ê' à M Ì0tí000<)0<)0©(>©<)©<>©<Ì2l L EXERCICE MINISTERE SACRE', PAR MONSIEUR OSTERVALD, Pasteur de l’Eglise de Neufchâteî. P IsE MIE ]{E PARTIE. Qui traite de la Prédication , U de V ïristrucìkn de la Jeunesse. Suivant l'Edition d’Amsterdam. <•mmmmmmm , A BASLE, Chez Jean B r a n d h m k s, . ' A. MDCCXXXIX. cfocfocjbcfocfocfo dbdbdb c& dbcfodbdb cjb dadb cpq^c^pcpqpc^pqpqpqp qpqpcy>K> MMMMM MMM sLL>^2?2 E-GK-KH-:KVAK4SGV°KKGR-GGK-GOKK-W MMàM MLWsMLM WWVW E ‘*v ,N tAV '■ V tA%' ▼.%** ''w ' v #a* ‘'^A* SOMMAIRE DES PRINCIPALES MATIERES DELA F H.E M I È HE P A H T I E. I Ntroduction. i. Plan du Ministère Sacré. 3 -du Gouvernement de l’Eglise, 4. I. Préliminaire. 6. de la Piété , fa nécejsitê. 7. Sa nature, 10. Défauts de la Jeunesse qui fe destine au St. Ministère. XI. 13 . II. Préliminaire. 12. Des Dons en général ; De ceux de PEfprit U du Corps. Ibid. & 1 3. Pourquoi ils font plus nécessaires aujourd'hui : Avis fur les Dons en particulier. I Z. £f? 14. ITT . Préliminaire, is. Du Travail, fa nécessité 5 manière dont on doit travailler , fou )( f Objet SOMMAIRE. 9 bjet. Ibid. Quelles études on ne doit p oint faire principalement. 17. De la Prédication en général. 18. Nécessité de donner des règles là-dejfus : Ce qu'elle ètoit avant la Information : Source de la mauvaise Manière de prêcher. Ibid. & 19. Moyens de la réformer : Si l'on aprend à bien prêcher dans les Académies. Ibid. Défauts des Livres qui traitent de la Prédication. 20. Jugement fur quelques- uns de ces Livres , en particulier fur celui de Mr. Claude. 21. & 22. Des Modèles qu’on a pour la Prédication. 24. Avantages qu'on retire des Modèles vivans. 2s. Précautions à prendre à cet égard : Des Sermons , ou Modèles morts , anciens U modernes : Jugement fur plusieurs d'entr'eux. 2s. 2 6 . 27. Air. le Faucheur le meilleur de ceux-ci. 29. Air. Claude prêchoit mieux qu’il n’enseignait a prêcher , U excellence de ses Sermons fur la Parabole des Noces. 31. Des Sermons & des Catéchismes en général. 32. D u h ut des Sermons: D u choix des Matières: ObjeBìon à ce sujet. 34. Maxime pour bien choisr ses Matières. 3s. Les Réflexions du P. Rapin fur PEloquence de la Chaire recommandées 3 6 . La plupart des Ministres s’aquitent mal de leur devoir , U par quels principes : Si l’on doit prêcher fur des Textes détachés de P Ecriture , ou fur des .Livres entiers. 37. 38. Règles là-dejfus. ibid. & feq. k l 1 k H M h m Ct ie h b Sei K I ta k Des ire :ts- tife m ai. :cs. fr. n. ïí. )es s : 7 - 9 - ?ií la é- !íí ne e- la si- ,rr h ris DES MATIERES. Des diverses sortes de Sermons. 39. Idée du Service Divin chez les Juifs 40. 41. Avantages qu'on retireroit des Homélies fi on les rétablijfoit, U des Sermons proprement ainfi nommés : Si Von doit faire plufieurs Sermons fur un même Texte , & diverfifier fa méthode. 41. 42. 43. Des Préceptes qui regardent la Prédication, & Règles générales pour la composition des Homélies ou des Sermons. 44. Abus dans la Manière de prêcher d'aujourd'hui , & moyen d 1 en revenir. 4s. S'il faut écrire fes Sermons oit non. 51. A quoi il faut avoir égard en relisant ses Compositions. S z. Ce que c'est que prêcher le lieu-commun , défaut oh donnoit Mr. D u Bosc. S 1. Des Objections dans les Sermons. 61. On doit en faire le moins qu 1 on peut, les proposer de bonne foi , U les bien résoudre. 62. De la Citation des Passages. 63. Eloge des Sermons de Mr. de Superville, quoiqu'ìl ne citât pas assez VEcriture : Si Von doit citer jus. qu’aux Versets. 6 3. & 64. Réflexions fur le Stile. 6q. Un Prédicateur ne doit pas négliger VExtérieur : D'où doit naître le Stile. Ibid. Qualités du Stile : Vissage qu'il faut faire des Livres du Tenu : Autres qualités du Stile. 66 . En combien de manières on pèche contre la Simplicité , une des qualités du Stile, 67, te De SOMMAIRE De PEloquence. 68. En quoi elle conjìjle, Ibid. Ce qui ejl requis four parvenir à la vraie Eloquence. 69. En quoi elle ne conjìjle pas toujours, & en quoi elle conjìjle aujjì. 70. Des Moyens de rendre l’Auditeur attentif. 70. C'est de dire de bonnes choses , de parler avec ordre , d’étre précis. 71. Ajoutez que lorsqu'on a quelque chose d’important à proposer , U saut en avertir , employer des Parenthèses U des Digressions : BJgles à observer pour les Digressions. 71. 72. De plus citer quelques Histoires de PEcriture , user de Transitions , se servir d’Interrogations , tâcher de bien entrer dans P esprit de P Auditeur, V bien réciter, ibid. & feqq. De la Prononciation & du Geste. 74. Mérite du Traité de Mr. Le Faucheur là-dessus, & fi P on doit négliger P Extérieur. Ibid. Sur le trop de Gejles, U ce qui doit les régler. 74. & feqq. Du tems qu’on doit employer a la composition d’un Sermon. 7 6 . Il ne faut y en mettre ni trop peu , ni trop , U raisons de cela. Ibid. Deux ou trois jours suffisent à un Ministre qui est en exercice , séponse à une Objection qu'on sait sur ceci. 77. De la longueur des Sermons. 78. Elle est constamment un défaut. Ibid. saisons qui doivent engager un Prédicateur à les faire courts , U leur juste mesure selon les Jours U les Occasions. Ibid. Source de la longueur des Sermons. 79. Règles particulières pour les différentes espèces de Sermons, & 1 . de ceux où l’on ex- e, lie u- % r- u > ?x ì IS e î e n it tt í S 1 DES MATIERES. explique l’Ecriture. 80. Utilité des Concordances , U indication de quelques-unes des meilleures. Ibid. Dans quelle vue on doit consulter les Commentaires , & quels ent f autres font bons. 82- Des Textes de Miracles & d’Histoire. 9r. Les règles qu'il y a à observer sont à-peu-près les mêmes pour les uns que pour les autres, U quelles elles font. Ibid. -Allégoriques ou des Pararaboles 93. Ils font L écueil des Prédicateurs qui manquent de bon sens : Règles qu'on doit suivre en les expliquant. Ibid — --d’Oracles. 95. Usages qu!on en doit tirer. 96. •-où il y a des mouvemens de piété. Comment ils doivent être traités. 97. —'——- de Doctrine & de Morale 98 - Ce qu'il faut observer en les expliquant. Ibid. Des Sermons où l’on traite des Matières particulières. 99. Maniéré d’y réiijjrr. ros. -où l’on traite des Matières de Doctrine. IOO. Règles à observer là-dejsus. Ibid. -où l’on traite des Matières ds Morale. 102. Ils font les plus importuns , Çf ce qu'on doit y observer. Ibid. — -de Circonstance. 107. Règles fur k composition deces Sermons. Ibid. De l’Exorde. 109. Son peu d! utilité. Ibid. Dans quelles occafions il convient , U ce qu'on doit SOMMAIRE doit observer quand on en en veut faire. HO. Cat ou P on-peut s'en passer 112. De la Connexion. 1x2. Elle n"est pas tou - jours nécessaire , ££? quand c’ejl qu'elle Pest. Ibid. De la Divion X xz. Différence entre la Division du Texte U celle du Discours : Quand Pest qu!il faut diviser son Texte, U quand point. Ibid. Sur la Divifìon des Textes qui renferment deux sens, fur celle des Textes d! Oracles , de Similitu - des , de ceux qui font exprimés en termes obscurs sfij figurés , £5? de ceux ou il est fait une allusion 1 perpétuelle à quelque chose ou à quelque fait 114. Règles pour bien diviser. 116. Des Subdivisions. 118. Quand Pest qu'eìleS font utiles U nécessaires. Ibid. En général il faut les éviter. 119. De la Tractation. 120. Avertissement là- dessus. Ibid. De l’Aplícation 121. Difficulté d'y réussir, sfj pourquoi. Ibid. Ce qui doit surprendre d ce sujet dans le Traité de Air. Claude Ibid. De PAplication en général. 122. Distin&ion entre /’Aplication & /'Epilogue. Ibid. Quand Pest qu'on doit employer P une ou P autre. I2Z. S'il est besoin de faire toujours des Aplìcations, V s'il faut inférer les usages dans le corps de la Tièce , ou les laisser pour la fin. I2Z. & 124. De l’Aplication en particulier 12^. D'oint la faut tirer. Ibid. But qu'on doit s'y proposer. 126. Ce ù foi à) oid !tm kt "m, êt U 'û fu lì f» dr ïDl 1 3k , m m m ìe l ÍÀ, lì6 C DES MATIERES. Ce que c'est que toucher. 127. Preuve douteuse qu 7 on a touché . 129. Règles générales pour toucher. 130. Cor - re&if qu’on doit y apporter. Ibid. -particulières pour toucher. 131, Il y en a neuf. Ibid. De P Exhortation. 144. Avec quelles dispositions on la doit faire. Ibid. De la Consolation. 146. Dispositions requises pour consoler. Ibid. De la Censure. 147. Quelles choses on doit censurer. Ibid. Quelles personnes. 149, Comment on doit le faire. I sO. Préceptes fur les Aplications. 1 ^ 2 . Des Catéchismes. Isf. Leur importance . Ibid. On devroit les substituer à la plupart des Prêches : En général il y a peu de bons Catéchismes imprimés , & en quoi ils pèchent , 15 6. Défaut en particulier de celui ^’Heidel- berg : Des Catéchismes qu 7 on fait de vive voix , b de combien de sortes ìl devroit y en avoir. - 57 - Des Matières qu’on doit traiter dans les Catéchismes. IS9. Nécessité di instruire la JeuneJse dans PHistoire Sainte. Ibid. Défauts à éviter dans les Catéchismes. 16 i. Il faudroit fixer les Matières, U qu’on eut même des Livres qu 7 on expliquât à la JeuneJse. 163. Si les Ministres se relâchement pour n’étudier que ces Matières. Ibid. D« SOMMAIRE DES MATIE'RES. De la manière dont on doit traiter les Matières, 164. Il faut être clair. 16s. Simule ’ÌS bref. 166 & 167. Avoir de l’ordre. Ibid. Et inflruire d’une manière agréable à un double égard. 16 8. De la manière d’interroger les Enfans. 170.. Bsigles à observer à cet égard. Ibid. Du but & de l’usage des Catéchismes. 172. C’eji de rendre les Enfans vertueux U craignons Dieu. Ibid. Ce qu 1 il faut faire pur cela. 173. mm, DE I AMGM WWW WWWW i «a?''«sfv»a DE LEXERCICE D U MINISTERE SACRE. PREMIERE P ABETIE. P Uisque la Providence de Dieu a permis , que vous vous rencontrassiez en assez bon nombre dans cette Ville , j’ai résolu de vous faire quelques leçons pendant cet hiver. Le but que je me propose dans ces leçons , est de vous donner une idée juste du St. Ministère , & de la manière de l’exercer. Deux raisons m’ont déterminé à choisir cette matière, i. Sa nécessité & son importance. II faut que celui qui aspire à une Charge, en connoisse les fonctions. De tout ce qu’on peut faire pour la gloire de Dieu, rien n’est plus important que de for- /. Part. À mer s De /’Exercice mer les Jeunes - gens, qui aspirent au Ministère. Cela est auffi très - propre à les exciter à la piété & au travail : Car si ceux qui étudient connoislbient la nature du St. Ministère , son poids , ses devoirs, &c. ils 1e- roient plus gens-de-bien & plus assidus qu’ils ne sont. La seconde raison ; c’est que c’est ici un sujet peu connu , & sur lequel on n’a pas d’instructions. x. On n’a point de Livre qui en traite en toute l’étenduë nécessaire, les Lieux - Communs n’en parlent que fort superficiellement. 2. On ne donne point d’instruction fur ce sujet dans les Académies ; ce seroit pourtant la prémiére & la principale chose qu’on y devroit faire. Ce qu’il y a de pire, c’est qu’on y donne des idées imparfaites, & quelquefois fausses, duSt. Ministère. On y forme simplement les jeunes Etudians à la Prédication, & on leur fait étudier un Lieu-Commun. Mais outre qu’on n’y aprend bien souvent, ni la véritable Maniéré de prêcher, ni la vraie Théologie, on n’y dit rien de plusieurs fonctions de la Discipline , de l’Instruction de la Jeunesse, de la Visite des Malades, &c. En un mot, on n’y tourne point les choses du coté de la Pratique. Cela fait qu’on entre dans le Ministère tout novice, & fans sçavoir à quoi on est apellé ; & que dans les Consistoires, chez les Malades, dans l’Examen des Enfans, en général ân Ministère Sacré , J général dans la Conduite d’un Troupeau, on est embarassé, on fait les choses au ha- zard, & on vieillit avant que d’avoir aquis quelque pratique. Le plus grand mal est qu’on n’aquite pas fa conscience, & qu’on ne fait pas son salut. Voici le Plan que je me fuis fait de mon Sujet. Je parlerai dans des Préliminaires de trois choses, fans lesquelles mon travail se- roit inutile, & qui font absolument nécessaires à ceux qui se destinent au St. Ministé- i re. Ces trois choses font la Piété, les Dons, 1 & le Travail. Je viendrai ensuite à la chose même ; & comme le Ministère a deux fonctions, savoir la Prédication & le Gouvernement de l’E- glise, je traiterai de ces deux choses, 1. A l’égard de la Prédication , aprés avoir fait quelques réflexions fur la Prédication en général, fur la nécessité qu’il y a de vous donner des préceptes fur ce sujet, & sur les i moyens & les secours dont vous pourrez vous servir pour y parvenir , je vous parle- ! rai d’abord des Sermons, & ensuite des Cuté- I cbifmes. Pour ce qui est des Sermons , je parlerai en premier lieu du but qu’on doit s’y proposer i & du choix des Matières & des Textes, Je vous montrerai en second lieu qu’il y a ! de deux fortes de Sermons; les uns, qui ! font destinés à l’explication de l’Ecriture A % Sainte ; 4 De r Exercice Sainte ; les autres, ou l’on traite des matières particulières de Doctrine ou de Morale. Sur ces deux sortes de Sermons je ferai I i. des Réflexions générales fur la maniéré de les composer , je parlerai de l’Invention , de la Disposition , de l’Exactitude, de la Clarté, de la Simplicité , del’Ordre, du Sti- le, de l’Eloquence, des Moyens de rendre l’Auditeur attentif, & de quelques autres articles. Je dirai auffi quelque chose de la Récitation , du tems qu’il faut mettre à com- j poser les Sermons, & de leur longueur. Je | passerai 2. à des Régies particulières pour les i diverses fortes de Sermons : Et d’abord pour ceux où l'on explique PEcriture, dont j’exa- ; minerai les diverses espèces, comme les Tex- | tes d’Histoire, d’Oracle , de Morale, &c. Ensuite pour ceux ou l'on traite des Matières particulières , & pour les Sermons de Circonstance. Je parlerai après cela des Parties du Dis- | cours, dePExorde, de la Connexion, des : Divisions, de la Tractation , & surtout de \ l’Aplication. Touchant les Catéchismes , après en avoir distingué les diverses espèces , je ferai voir : 1. quelles matières on doit y traiter. 2. La ; manière de les traiter. 3. Leur but & leur í usage. Je parlerai aussi de la manière d’in- > struire & d’examiner les enfans en particu- : lier. II. L'au- du Ministère Sacré., s II. L’autre fonction du Ministère est le Gouvernement. Je parlerai prémiérement de la Discipline générale del’Eglise qui s’ex- erce par les Pasteurs & par les Consistoires, & il faudra voir r. quelles font les Loix de la Discipline. 2. Comment il faut les observer. C’est îci que j’entrerai dans le détail fur la manière de procéder dans les Consistoires, dans les divers cas qui se présentent. Je viendrai après cela à la Discipline particulière , qui est presque totalement ignorée. J’apeìle ainsi les foins qu’un Pasteur doit prendre en son particulier. Ces foins regardent ou l’Eglife en général, ou certai- i nés Personnes en particulier. Ceux qui regardent l’Eglife en général, I font ces quatre. i. De connoître son Eglise. : ; 2. Comment un Ministre doit vivre dans i son Eglise avec les différentes sortes de Per- • ; sonnes qui la composent. M Z- D’y faire régner l’Ordre & la Pieté, en 11 maintenant les bons établissemens, ou en en faisant de nouveaux. f j 4. Comment il peut y conserver son au- t torité. r j Les soins qui regardent certaines Person- k j nés en particulier sont, i. Les Avertissemens ■ j particuliers. 2. La Visite des Malades, & ■ ! ^insisterai beaucoup fur ce second chef. A j quoi j’ajouterai quelque chose touchant les *, Criminels. A z Avant 6 De l’Exercìce Avant que d’entrer en matière , je ferai voir que pour bien exercer le Ministère, il faut trois choses, x. De la Piété. 2. Des Dons. 3. Qu’il est nécessaire de travailler. I PRELIMINAIRE. DE LA PIETE'. Prémierèment, il faut avoir de la Piété, c’est par elle qu’on doit commencer. La faute la plus essentielle qu’on commette dans les Académies, c’est de ne pas faire le capital de la Piété, & de n’en pas parler. Vous savez vous-mêmes qu’on a peu d’in- fpection furies moeurs de ceux qui étudient. II est surprenant que certains Auteurs , qui ont traité de la Prédication, n’en n’ayent point parlé ; par exemple, dans le Traité de la Compofition £ un Sermon par Mr. Claude. Cet article , qui est le plus essentiel, y est omis , tandis-que d’autres choses beaucoup moins importantes y font touchées. Deux choses font voir que la Piété est le tout d’un Ministre. I. Elle est nécessaire pour son propre salut ; sans elle il se damne, étant un impie ou un hipocrite. Là-dessus remarquez qu’un Ministre est obligé d’étre plus saint que les autres, x. II a plus de lumières ; 2. plus de motifs à la Piété 3 3. plus d’aides & de secours, II. La du Ministère Sacré, 7 II, La Piété est nécessaire pour Pexercice du St. Ministère , parceque sans elle on ne peut réussir ; je le prouve 1. Parceque fans la Piété on ne peut com, prendre la Doctrine de l’Evangile, ni en connoître le genie. Vhomme animal , dit St. Paul, ne comprend point les choses qui font de l’E- fprit de Dieu , car elles lui font folie , Çf? il ne les peut entendre , parce qu'elles se discernent spirituellement. Et Jésus Christ nous aprend la même chose Jean VII. 17. Si quelqu'un veut faire la volonté de mon Pere , Qf connoître ma Doctrine , savoir fi elle est de Dieu , ou. fi je parle de moi- même. La Piété préserve des erreurs dangereuses , & qui empêchent le salut ; elle contient dans l’humilité; elle bannit la vaine curiosité ; elle fait, qu’on s’attache uniquement à Dieu. 2. Sans la Piété, on ne peut s’aquiter des fonctions du Ministère. D’abord, pour ce qui est de la Prédication tout y dépend de la Piété. C’est elle qui fait trouver des sujets édifians, qui fait qu’on s’attache à des sujets utiles & nécessaires ; elle donne de la force, de Ponction au Discours; elle fait dire des choses touchantes. Un homme pieux connoit le coeur de l’homme. La Piété est la source de la vraie Eloquence, qui est naïve , simple & sublime. Voyez ce qu’en dit Erasme de Art. Cône. pag. 20. S De I Exercice Qui cupit juxta Paulum ejse JiJatnuici , h. e. ad tradendam DEI doBrinam idoneus, det opérant, ut prius fit QtuJ'tJ'itinoç , j. e. Divinités edoBus. ibid. p. 184. Sicui munificentiâ Kumìnïs adfint ea quœ diximus , huìc magnoperèmnfueritopusprœ- ceptis ac monitis verbofioribus , quod babitus ille fin- cerus acperfe&us facundiam rébus facris dignam, ff? pronuntiationem appofitam , U gefius decentes ultra suppeditet etiam non ajse&anti. Et suivant ClCERON, Id demum Oratorem perficit, fi res ex animo geratur. Une autre fonction du Ministère , c’est la Conduite de PEglise. Or le Gouvernement de PEglise renferme des fonctions qu’on néglige absolument, quand on n’a pas de piété : Telles sont les avertisse- mens particuliers, le soin des Enfans, la visite des Malades fans être apellés. Après cela , si même on s’aquite de son devoir , 011 le fait mal, quand on manque de piété. Les uns font mous & timides, d’autres aigres & pointilleux , d’autres imprudens ; & tout cela faute de piété, surtout quand il s’agit de toucher la conscience des gens, de prier avec eux, de les consoler. Un homme qui est destitué de piété, fait tout cela froidement & fort mal. Une 3me raison qui prouve la nécessité de la Piété , est prise de l’exemple , que les Ministres doivent à leur Troupeau. II faut être un modèle pour donner du poids à la prédication. Valent plurimtim ad vincendum , du Ministère Sacré. 9 probati mores , institut a fa&a , N vita eorum qui agunt causas. Si Cicéron disoit cela des A- vocats, à combien plus forte raison doit-on le dire des Ministres. Toutes ces considérations font voir, que la principale qualité d’un Ministre est la Piété & la Dévotion. Devotioni primas partes hic tribuendas censemus , quippe cujus ad tam multa U tam varia porrìgìtur , ut in toto Ecclefîafiico Mìnisterio nulla pars fit , in quâ suum non fit devotioni fingularepretium , dit G a u s s E N , De Ra- tione Concionandi. Erasme étoit du même sentiment. Me.îsententiâ , dit il , nihil illi prius aut majore studio curandum est , qui tam ex- ceìienti muneri jefe prœparat , quant ut cor , oratio - nis fontem, quàm purgatijfimum reddat. Et ailleurs , In Ecclefiastâ hœc inprimis spe&anda sunt , ut cor habeat ab omnibus vitiis cstj cupiditatibus humants mundumut vitam habeat, non tantum à criminibus , jed U a fufpicione fpecieque crimi- numpuram & inculpâtam sut spiritum habeat ad- versus omnes satanœ machinas firmum , adamanti - num U inconcufium ; ut mentent igneam & ad benè merendum de omnibus flagrantem , ut animum habeat fapientem ad condiendam Populi fiultitiam , cor habeat prudens Q§ oculatum , ut facile dijpiciat quid filendum, quidve dicendum , & apud quos, qteo tempore , quo modo fit temperanda oratio. Qui cum Paulo sciât mutare vocem suam, U omnia fierì omnibus, utcunque viderit saluti auditorum expe- dire. Nam hune unicum oportet esse scopum , ad A s quem 10 De fExertice quem EcdefittJles ratìones J,ms omneS âirigat , à quo fi dejietiens oculos , continuòfit ut quò mugis instruBus fueris ad dicendum , eò majorem invehas perniciem in Gregem Dominicum, II dit encore dans le même Traité : Tu- turo Ecclefiajlœ a teneris fiatim annis enìtendmn est, ut de Scripturis Divinis quàm magnificentijjìmè sentìens , cornovum U spiritum reBum impetret à Domino. Remarquez bien cela, il veut qu’on y travaille dès fa jeunesse. II répète la même chose, pag. 51. Après vous avoir montré la nécessité qu’il y a d’avoir de la piété, je vai vous en faire voir la nature. La piété sincère doit avoir trois degrés. Le 1, c’est de n’être pas en mauvais exemple, & que la vie d’un Pasteur soit exemte de blâme. Le 2. c’est d’ètre orné de toutes sortes de vertus , 2. Tìm III. Le z. c’est qu’il faut avoir un grand fond d’humilité , de zèle , & de dévotion. Comme j’ai parlé de ces trois degrés dans le Traité des Sources de k Corruption , je vous y renvoie. Voici en quoi cette Piété consiste. 1. Dans la Dévotion & dans la Piété. C’est par là qu’il faut commencer la journée & ses études. 2. Dans un Zèle ardent pour la Gloire de Dieu, pour ce noble dessein de la Réforma- tion des Chrétiens. du Ministère Sacré. I ï Vous devez surtout y être excités à présent , que tant de gens songent à l’entière déformation de l’Eglise. Vous étés jeunes , & vous verrez des choses, que des gens, qui font depuis vingt ou trente ans dans le Ministère ne verront point. z. Cette Piété consiste à raporter toutes ses Etudes à un bon but, à la Sainteté & à l’Edification. Remarquez que le Ministère a auffi ses tentations, & que souvent en étudiant on se distrait, en ne pensant pas à fa conscience, & en regardant la Religion d’une manière spéculative. 4. Vous devez travailler à votre sanctification. Voici quelques avis que je vous donne fur ce sujet. Le premier c’est d’éviter les défauts , auxquels on est sujet. PoUr cela, il faut s’examiner. Voyés fl vous n’étes point portés à l’orgueil, aux plaisirs ; fl vous n’étes point d’une humeur légère & opiniâtre ; voyez quelle a été votre conduite paflee ; il est bon même de prier nos amis de nous avertir de nos défauts. Le second il faut fuïr les désirs de la jeunesse, qui font 1. L’Orgueil. Les Jeunes-gens font ordinairement présomtueux : Au-lieu qu’il faut être modeste , & témoigner cette modestie au dehors, par des manières douces & soumises, & en se gardant d’être pointilleux & adonné à son propre sentiment. 2. La 12 De PExercice 2. La Paresse & l’Oisiveté, qui cause trois grands maux ; la Perte du tems, l’Ignorance, & le Vice. 11 ne faut pas passer son tems à ne rien faire, ou à s’occuper de choses inutiles. z. IlyaPAmour des plaifîrs. Vous devez éviter particulièrement tout ce qui tend tant soit peu à l’Ipipureté. Evitez les tentations, les lectures & les compagnies dangereuses, l’exces dans la nourriture, dans le dormir & dans les divertissemens. 4. La Légèreté. II faut avoir de la gravité , de la lagesse, de la circonspection, & de la prudence dans les compagnies & dans les discours ; on doit même s’en faire une coutume avec ses amis & dans fa famille. s. Pour fuir les désirs de la Jeunesse, il faut fe détacher du monde, & vivre un peu dans la retraite. Outre futilité qu’on en retire pour l’a van cernent dans la Piété & dans les Etudes, c’est que par-là on fe concilie l’estime & l’amitié du monde. II* PRELIMINAIRE. DES DONS. Je vous parlerai i. des Dons en général. 2. Des Dons en particulier. I. Ces Dons font de deux sortes, ceux de PEsprit & ceux du Corps. Les du Ministère Sacré. I z Les Dons de PEsprit sont le Bon-Sens, la Pénétration, la Clarté, la Mémoire &c. Sur quoi vous devez remarquer que les plus excellera Dons ne font pas ceux qui vont au Brillant, mais ce font ceux qui vont au Solide , comme le Bon-Sens. Ceux du Corps font la Force de la voix, la Langue libre, la Santé, &c. On ne de- vroit pas faire étudier ceux qui manquent de ces Dons corporels ; mais il faudroit faire ce que Cicéron dit qu’Apollonius faifoit, c’étoit de renvoyer ceux qui n’avoient pas de talent pour parler en public. Erasme déplore le malheur de son tems, en ce que l’Evangile étoit prêché par des gens destitués de Dons. Verìrn ad Conciones Sacras admit - tuntur , interdum etiam affiliant quilibet Adolescentes leves , indoiii, quafi nihil fit facilius qumn apud Eopulum exponere Divinam Scriptu - Tarn , U abundè fujfiáat perfricuijfie faciem , & abfierfo pudore linguam volvere. Hoc malum ex eo fonte manat, quod non perpenditur quid fit Ec - clefiafiici Concionatoris , tkm dignitas , tùm diffi- cultas , tkmutilitas. II faut bien remarquer, que les Dons font plus nécessaires aujourd’hui que jamais, par- ce que les fonctions du Ministère ne font pas partagées aujourd’hui comme autrefois. II faut prêcher, gouverner l’Eglife, voir les Malades, instruire la Jeunesse &c. En un mot, il faut être propre à tout. II. Sur 14 De P Exercice II Sur les Dons en particulier, j’ai deux avis à vous donner. Le i. C’est qu’il faut examiner son génie, ses talens & son caractère ; voir à quoi Ton est propre, & à quoi l’on pourra mieux réussir, asm de s’y attacher principalement, fans pourtant négliger le reste. L'un a un caractère véhément, il ne doit donc pas en affecter un autre qui ne lui convient point ; à moins de cela, il tombera dans le ridicule, comme Démosthène, qui faifoit rire tout son Auditoire, quand il vouloit le faire pleurer. Un autre aura un caractère doux, & ainsi du reste. Le 2. avis. C’est de ne pas s’abandonner absolument à son naturel, & d’éviter les défauts dans lesquels il peut nous jetter. Par exemple, ceux qui ont bien du feu vont ordinairement trop vite, & ils manquent souvent de bon-sens, s’ils ne prennent garde à eux. Ceux qui ont l’efprit subtil l’évaporent en curiosités, & prêchent d’une manière Mètaphisique. Les gens d’une humeur froide & retirée aprofondiíTent, mais ils font opiniâtres. II faut donc être fur ses gardes, & cultiver ces dons par le travail, dont je vai vous entretenir. ÏIL PRE- àu Ministère Sacré. if III. PRELIMINAIRE, o v TRAVAIL. Je montrerai trois choses fur le Travail, i. Sa nécessité. 2. La manière dont on doit travailler, z. L’objet de ce Travail. I. Le Travail est nécessaire à tout le monde, tant à ceux quin’ontpas de grands dons ni de grandes lumières, comme font les Jeu- nes-gens ; qu’à ceux qui en ont. II y a bien des gens qui fe vouent au St. Ministère fans dons : D’autres qui enfouissent leurs talens* fous prétexte qu’ils ont des dons ; ne faisant pas attention à ce que dit St. Paul, Ne néglige point le don qui ejl en toi, I. Tim. IV. j 4. La nécessité de ce Travail fe prouve par deux raisons. La 1. parce que c’est Punique moyen d’acquérir de la fçience, de la prudence, & les autres qualités nécessaires. La 2. parce qu’en travaillant on fe garantit de la paresse & du vice. Ainfî on doit travailler, ne fut-ce que pour domter fa chair. II. Comment on doit travailler. C’est Premièrement avec ordre. Or cet ordre doit régler 1. Les Etudes. II faut toujours étudier ce qui est nécessaire dans le tems présent, & non pas imiter certains Proposons, qui font des lectures qui ne leur font pas fort nécessaires , 16 De P Exercice faires , comme des Livres du Tems, des Dissertations fur des Matières de Critique &c. 2. Le Tems. On doit avoir ses heures réglées, & on ne doit pas faire de la nuit le jour ; ou comme ceux qui étudient beaucoup de fuite, & qui après cçla font longtems fans rien faire. z. II faut étudier avec assiduité. II faut faire tous les jours quelque chose, fans s’im- patienter &íàns interruption. 4. Avec exactitude. Par exemple, il faut se préscrire la Loi de faire une chose quand on l’a résolu ; on doit la faire bien & non pas à demi, afìn qu’on ne soit pas obligé d’y revenir Enfin il faut étudier dans un bon but, non pour devenir savant ou éloquent, mais pour faire des progrès dans la connoissance de la Vérité, & pour être en état d’y avancer les autres. On doit regarder à futilité de l’E- glife. III. A quoi l’on doit travailler. Tout dé- S jend du but qu’on fe propose ; ainsi il faut avoir en quoi consiste le Ministère, pour bien étudier en Théologie. Les Livres que je crois que vous devez lire principalement, font l’Écriture Sainte que vous devez bien étudier ; après cela, les choses qui font nécessaires pour la bien entendre, comme les Langues, l’Histoire &c. Vous devez joindre à cela des Livres qui contiennent une Doctrine âu Ministère Sacré. 17 trine pure, ceux qui vont à convaincre de la Vérité de la Religion Chrétienne, & à in- fcuire de ses Devoirs, Je vous recommande aussi l’usage des Livres de Dévotion: Ils font très-propres , non seulement à sanctifier, mais encore pour aprendre à bien prêcher. Vous devez aussi vous étudier vous-mémes, & travailler fur votre propre cœur. Vous voyez donc par-là que je condamne. 1. Ceux qui s’adonnent à des lectures inutiles, comme font la plupart des Livres du Tems. 2 Ceux qui font de l’accessoire le principal , comme ceux qui négligent l’essentiel pour étudier la Langue Françoise ou l’Hi- ítoire Profane. II y a des matières dont il doit faire son principal, & qu’il doit pénétrer à fond ; d’autres qu’il suffit de connoître d’une manière générale. Sur quoi Erasme disoit une chose sur laquelle vous ne sauriez faire assez d’attention, & dont je vous recommande de vous ressouvenir toujours, Ron est necejse ut futurus Ecclejtastes in quibuslihet consumât operam , atque atatem quœ fugax est ac brevis , etiamst contingat fene&us quœ non ita multis concesta est : sed ea prim'mn ac potijjìmùm discat , quœ ad docendi munus sunt accommodatis- sima. De Art. Cône. p. 77. Remarquez encore ceci ; c’est qu’entre les choses nécessaires & utiles , U faut avoir R égard r 8 De P Exercice égard à la nécessité présente. 11 y a des choses qu’on peut aprendre étant Ministre ; mais il y en a d’autres qu’on doit étudier étant Proposant. DELA PREDICATION i[ EN GENERAL. ' P Our entrer maintenant en matière, & pour répondre au but que je me suis proposé, je vous parlerai d’abord de la nécessité qu’il y a de donner des règles aux Proposans fur la Prédication , & ensuite des moyens qu’on peut employer pour y réussir. I. La nécessité de donner des règles aux Proposans .touchant la Prédication, paroît en ce que la Manière de bien prêcher n’est ! pas encore bien connue. La Prédication doit être mise au rang de ces Arts, qui n’ont point encore atteint un état de perfection. Avant la Réformation, c’étoit une folie que la Prédication ; mais elle se rétablît un peu , du tems de la Réformation. Je pour- rois dire bien des choses pour montrer que l’Evangile n’est pas bien prêché , mais je vous renvoie à ce que j’en ai dit dans le Traité des Sources de la Corruption. La ! âtt Ministère Sacré. IA La mauvaise manière de prêcher vient de deux sources. 1. C’est qu’on n’a pas de justes idées de la i Prédication. Plusieurs s’imaginent que pour- i vu-qu’ils remplissent leur heure , & qu’ils traitent scholastiquement un Texte avec le secours des Commentaires , il n’en faut pas i davantage. 2. C’est limitation. On ne met pas en I question s’il faut prêcher d’une autre manière qu’on ne le fait ordinairement. Pour réussir, il faudroit prendre de la peine, cela rebute, & fait qu’on fuit la route ordinaire. Quoiqu’il en soit, si l’Evangile n’est pas bien prêché , il est impossible qu’il produise du fruit. Voyons donc ce qu’il faut faire pour réussir. II. Les Moyens que l’on peut employer font de deux sortes. II y a d’abord les Préceptes & les Règles, puis les Exemples & les Modèles. Les Préceptes & les Règles fe trouvent, ou chez les Vivans, ou chez les Morts ; je veux dire qu’elles fe donnent, ou de vive voix, ou dans les Livres. Or il est certain qu’à ces deux égards on n’a pas les secours nécessaires. i. Pour ceux qui fe donnent de vive voix , on en est presque destitué. Dans les Académies où l’on va pour étudier, on a- prend plutôt à mal prêcher qu’à bien prê- B a" cher, 20 De P Exercice cher. Voici ce qu’on y fait. Un Professeur se contente de donner un Texte à un Proposant , on lui laisse le soin de composer un Sermon, sans lui dire comment il doit s’y prendre, de forte que c’elt un miracle s’il réussit. 11 eít vrai qu’on fait des censures, mais elles viennent après coup, & personne n’en profite : Au lieu qu’ilfaudroitmontrer à un jeune-homme , comment il doit faire, cle quelle manière il doit tourner son Discours pour le rendre touchant.. On est a- bandonné à son propre génies s’il nous conduit bien,, à la bonne heure ; mais s’il nous conduit mal, on ne se met pas en peine d’y remédier. 11 y a un autre défaut essentiel qu’on commet dans les Académies : C’èst qu’on n’y montre point à faire les Catéchismes, & la manière d’instruire familièrement. Cela é- tant, n’est-il-pas surprenant que l’on voie encore quelque bon Prédicateur ? Si on en- seignoit les Métiers, comme on enseigne les Devoirs du Ministère, constamment on ver- roit peu de bons Ouvriers. Quand on veut aprendre à écrire à quelqu’un, on ne se contente pas de lui donner de l’ancre , des plumes , & du papier ; mais on lui enseigne encore à tenir ìa plume, on lui mène la main &c. 11 en est de même des autres Arts. Pourquoi ne prend-on pas la même peine pour ceux qui se vouent au St. Ministère? 21 âti Ministère Sacré. Aère? Mais les Grands - Hommes s’occu- pent d’autres choses. Concluons donc qu’à cet égard , on n’a pas les secours nécessaires. 2 . Voyons si le secours qu’on peut rétirer des Livres est plus considérable. On a plusieurs Ouvrages fur cette matière, mais ils se bornent tous à l’explicatîon des Textes & ils ne disent rien de l’Art de faire des Catéchismes , de ce qu’il faut faire pour toucher & pour gagner les coeurs. Parcourons un peu les Auteurs qui ont parlé de la Prédication. II y a Erasme 9 le P. Rapin, Gaussen , & Mr. Claude. Erasme fit imprimer l’an 1543. à Lyon' un Livre intitulé EccleJListes, ou de Arte Con~ cionandi. II y a dans ce Livre de très-bonnes choses, comme dans tous les autres Ouvrages d’E r a s m e ; & il débute par un très-bon endroit, qui est de faire voir, que la Piété est absolument nécessaire pour bien prêcher. Mais il est trop fcholastique, vers le milieu de son Ouvrage il fuit le Lieu Commun. I! est un peu confus, il ne digère pas ses matières , íe fiant fur fa réputation. Cependant la lecture de cet Ouvrage est utile. Le P. Rapin, Jésuite, a publié des Réflexions fur l'Eloquence. Vous ferez bien de les lire. Elles font judicieuses , & vous en retirerez du profit. Cependant ce ne font que des Réflexions détachées, & il oublie plusieurs choses essentielles. B 3 Mr.GAus- 22 " De VExercice Mr. Gausse n a donné un Traité ie Arte Concionandi, qui est ce que nous avons de meilleur. G’est un Livre que l'on doit lire fans cesse & avec exactitude, en faire son Vademecum. Mr. Gaussen est celui de tous les Théologiens de France, qui a le mieux senti les défauts de la Réformation. Enfin Mr. Claude est celui qui a parlé : le plus au long de la Prédication, dans son I Traité de la Composition d’un Sermon. Cet Ouvrage est bon, mais il y a pourtant des défauts , & je ne confeillerois à personne de le suivre par tout. Comme cet Ouvrage est entre les mains de tout le monde, il est bon de l’examiner un peu, afin qu’on ne le prenne pas pour modèle. Voici donc les défauts que je trouve dans cet Ouvrage, & desquels vous devez vous garder. i. C’est qu’il ne se propose pas le vrai but de la Prédication, qui est de toucher, & de porter les hommes à la Piété. Or 3 uand on pêche dans le but, c’est un grand éfaut. Pour vous le montrer, je n’ai qu’à vous dire qu’il emploie tout son Livre à parler de la Tractation , & qu’il renferme dans deux feuillets tout ce qu’il yak dire fur I mplication. 2. II semble s’être proposé de montrer l’Art de prêcher facilement, & non pas utilement. C’est ce qui paroît par ses 27 Sour- da Ministère Sacré. L Z Sources d’Invention , qui peuvent être autant de Sources d’Hlusions pour qui les vou- droit suivre. Ce seroit le moyen de prêcher deux heures fur chaque verset, & même sur chaque mot. La meilleure Source d’Invention est le Bon-Sens & la Piété. 3. Sa Méthode conduit à parler le Lieu- Commun. Voyez , par exemple, pag. 347. 414. &c. 4. II multiplie trop les Chefs, & même fans nécessité , pag. 232. 272. 11 veut qu’on traite les Textes à différens égards , qui n’ont quelquefois aucun raport, pag. 1 6%. 169. 170. 306. 307. s. 11 charge trop ses Sermons, pag. 2is. 223.40s. 431. On n’a qu’à lire cet Auteur, pour reconnoître la vérité de ce que j’avan- ce. On peut dire que Mr. Claude prê- choit mieux, qu’il n’enseignoit à prêcher. Au reste je ne prétens pas détruire son mérite. Son Ouvrage est un Ouvrage Posthume. Et si Mr. Claude avoit vécu plus longtems, ilnel’auroit pas donné tel qu» nous Pavons. *4 De PExercice mmmmmmmmm.wmm DES MODELES Que l’on a pour la PRÉDICATION. C E que nous avons vu cî-deíïus, prouve que nous avons besoin de Préceptes pour aprendre l’Art de prêcher, & que ceux que nous avons font fort imparfaits. Voyons maintenant fi l'on trouve plus de secours dans le second moyen que nous vous avons dit qu’on pouvoit employer pour rêûífir dans la Prédication, qui est les Exemples & les Modèles. I. II est très - important d’avoir de bons Modèles devant les yeux. C’est le plus court chemin pour réussir dans la Prédication. Dans les Arts on avance plus par les Exemples que par les Préceptes, il en est de-même de la Prédication. D’ailleurs quand vous auriez composé un Sermon , il n’est pas récité ; mais il est rare de rencontrer de bons Modèles. Quoiqu’il en soit, il faut tirer ce que l’on peut de ceux qu’on s devant les yeux. On en peut retirer ces deux avantages. Le i. C’est qu’on aprend à prêcher. Ecoutez le conseil que donne Erasme fur ce du Ministère Sacré. 2s Ce sujet, pag. 199. Profuerìt igìtur Adolescentes Concìoni defiinatos fréquenter ad elo- quentiam hominmn conciones adducere ac paula- tim confuefacere , ut meminerìnt ac reddant qua audierint. In boc ubi profecerint , deìnceps ad- monendi funt fi quid in eit concione dictum fuit annotatu dignum . II faut seulement éviter une chose, c’est l’Esprit de Critique , qui peut faire naître l’orgueil & retarder l’édification. Si quid exciderit reprehenfìone dignum , íít excidunt sape permulta , illa fuffecerit indicare adolefcenti , fed citra petulantìam ; per banc occa- Jìonm obrepit maledicentìœ vìtìum U Ecclefiafìa contemptus. Erasme pag. 200. Le 2. avantage que l’on retire des Modèles vivans , c’est qu’on peut les consulter sur les Compositions. Un proposant de- vroit aller consulter quelque Habile-Homme quand il a travaillé sur un Texte, & le prier de lui corriger les endroits défectueux de fa Pièce. Ce seroit la voie la plus sure & la plus courte pour réussir. Avant que de passer outre, je dois vous dire que les Jeunes gens qui veulent se former sur les Exemples qu’ils ont devant les yeux, doivent y aporter ces deux précautions. 1. C’est de ne pas imiter ce qu’il y a de mauvais dans les Modèles que l’on choisit ; car dans les plus excelleras, il y a quelquefois quelque chose de mauvais. Si on les B s imite 2 S De P Exercice imite à tous égards, on tombe souvent dans le ridicule ; comme, par exemple , ces Pro- posans qui afFectoient presque tous de parler du nés, parce que Mr .Amyrault, qu’ils prenoient pour leur modèle, avoitce défaut. La 2 . précaution qu’il faut prendre, c’est qu’on ne doit imiter que ce qui nous convient, & qui est conforme à nos talens. Pour cela chacun doit s’examiner, afin de savoir à quoi il est propre. Un homme qui seroit doux, & qui voudroit imiter un Prédicateur dont le caractère seroit d’être tonnant, ne réussirait pas. Voilà ce que nous avions à dire fur les Modèles vivans. Parlons maintenant des Morts, qui font les Sermons imprimés. II. Les Sermons imprimés peuvent êtr® de bons modèles, si l’on s’en sert bien. II y en a de deux fortes, i. Les anciens. 2. Les modernes. I. Les Anciens font les Pères de la Primitive Eglise. Leur manière de prêcher est fort éloignée de celle d’aujourdh’ui, comme cela se volt par les Homélies que nous avons d’eux. Les meilleurs qu’on peut lire, font St. Basile & St. Chry sostome. St. Augustin ne fait rien qui vaille, surtout sur les Pseaumes ; il fe jette toujours dans des Allégories fades. St. Basile peut servir de modèle pour la simplicité & pour l’onction. àti Ministère Sacré. 27 St. Chrysostome est très-bon à lire. II est vrai qu’il fait de terribles écarts en Histoire & en Géographie, cependant il a fait beaucoup de fruit. 1. On doit le lire, à-caufe qu’il est fort populaire & fort simple ; il prend le sens d’un Texte en gros, & ne s’amufe pas à ve~ tiller ; il ne charge pas ses Sermons. 2. II a beaucoup d’éloquence. 3. Ce qu’il y a de meilleur dans ses Sermons, c’est fa piété & son zèle. Cela paroît même souvent dès l’Exorde ; on diroit qu’il veut élever ses Auditeurs au Ciel. II condamne fortement les vices de son tems, fans aucun égard pour personne. Si avec les défauts que St. C h r y s o s t o m e avoit, il n’a pas j laiífé de fe soutenir h la faveur de fa piété, cela montre combien elle est utile. II. Les Modernes sont en grand nombre ; mais pour ne parler que de ceux qui ont écrit en notre Langue, je vous dirai d’a- ! bord que les Prédicateurs de l’Eglife Romaine sont très-peu de chose. Il y a quelques bonnes moralités, mais il y a une grande affectation d’éloquence. Ils Rattachent à la beauté des expressions, mais pour l’Ecriture ils ne l’expliquent point comme il faut. On peut les lire pour le langage & pour les beaux tours. J’en excepte pourtant le P. Cheminais , dans les Sermons duquel il y a de Ponction. Les 28 De f Exercice Les Réformés font des modèles plus assurés. Si vous lisez ceux qui vivoient du temsde la Réformation, comme font Calvin, Bullinger, Brentius, &c. vous remarquerez ces trois caractères dans leurs Sermons. 1. C’est que ce font des Explications Théologiques ; on n’y trouve presque rien qui aille à la Réformation des Mœurs. 2. On y trouve beaucoup de Controverses , en quoi on ne doit pas les imiter. Elles étoient nécessaires alors , pour faire connoï- tre au Peuple la nécessité qu’il y avoit eu de réformer l'Eglise, & pour réfuter les Adversaires. 3. La morale y est absolument négligée. Je passe à ceux qui les ont suivis, & dont nous avons les Sermons ; savoir, Messieurs Du Moulin, Drelincourt, Mestre- zat, D AILLE, Le Faucheur, Claude, vuBosc, Allix, Moru s. Je ne prétens pas m’ériger en juge de ces Messieurs , je vous dirai seulement ce que les plus habiles gens pensent sur leur íùjet. í . Mr. D u M o u l i n fut un des plus habiles Prédicateurs de son tems ; jusques là que le Roi d’Angleterre voulut l’entendre prêcher, & même le faire Evêque en Angleterre, s'il avoit pu. II y a assez de Morale dans ses Sermons ; ils sont remplis de piété, auffi- bien que ses autres Ouvrages. II. Mr. da Ministère Sacré. 29 II. Mr. Dre lin cou r t avoît beaucoup de piété, de dévotion, & de douceur. II n’a- voit pas pris garde que la douceur fait qu’on n’est pas assez ferme, & qu’on pèche par trop d’indulgence. De-là vient, i x. Qu’il s’attache plus à consoler qu’à sanctifier, ce qu’il ne faut pourtant pas faire; car la Sainteté est la source des plus solides consolations. Voyez les Consolations contre | les Traceurs de la Mort. 2. II n’est pas assez judicieux. 3.11 ne prêchoit que par pensées détachées. 4. II donnoit trop dans les Allégories & les Raports. Voyez ses Exordes. III Mr. Mestrezat avoit beaucoup de jugement & de science. Mais c’est un méchant modèle pour la Prédication. II n’est point populaire, il est trop sec, un peu scholastique, faisant peu duplication. Ses Sermons font d’excellens Commentaires. IV. Je viens à Mr. Le Faucheur. C’est ? eut-être celui qui a le mieux réussi dans la rédication. II a beaucoup de bon-sens; voici quels font ses avantages. 1. II explique les choses simplement, c’est pour cela qu’il prend de longs Textes. 2. II est populaire, ce qu’il dit est clair & íìmple. 3. Ce qui est une marque qu’il savoit ce que c’est que le Ministère, c’est qu’il ne dispute guère». 4- II 30 De /’ Exercice . 4. II savoit l’art de faire des Aplications, ce qui étoit fort rare de son tems. On peut même dire, que c’est lui qui nous a apris à les faire. On peut donc le lire avec fruit, cependant il ne faut pas f imiter en toutes choses. II fait de trop longues périodes. Cela vient de ce qu’il étoit un peu Cicéro- nien, & qu’il vouloit imiter cet Auteur qu’il poíïédoit parfaitement. V. Mr. D ai l le' a été un des plus fa- vans Ministres de notre Communion. En général, il prêchoit bien ; & ce qu’il y a de meilleur , c’est qu’il fe foutenoit toujours. On lui trouve pourtant quelques défauts. 1. 11 est trop Didactique & Controver- fiste, II raporte presque tout à la Doctrine & à la Controverse, ce qui n’est bon que pour un Professeur. 2. II n’est pas assez méthodique; vous ne trouvez presque aucun à linea dans ses Sermons. 3. 11 est un peu trop sec. 4 II avoit l’efprit trop aigre. II semble qu’il cherchoit querelle aux C. R. & souvent il s’amuse à réfuter des Commentaires particuliers. 5. II est trop passionné contre tout ce qui s’éloi^ne tant soit peu du sentiment des Réformes. Par exemple , quand il accroche l’Epifcopat, il dispute íà-dessus avec la même Dh Ministère Sacré « Z ï nie ardeur, que íì c’étoit contre le Catholicisme. II croyoit que les Réformateurs avoient tout amené à la perfection; de-là vient qu’il n’est pas fort estimé én Angleterre, VI. Mr. Morus a fait beaucoup de bruit. C’étoit un excellent Homme , bon Théologien, bon Humaniste , savant dans 1 Antiquité. Mais pour ses Sermons, c’est peu de chose. II avoit comme des coups de foudre, qui frapent ; mais quand vous avez lu un de ses Sermons, vous n’en remportez que très-peu de chose. II fait le bel- esprit. II pêche dans l’affectation des Jeux- de - mots & de Pointes, dont on ne sauroit trop se garder. VII. Mr. Claude est judicieux. II a une éloquence mâle & forte, l’expreffion naturelle. On peut dire qu’il prêche mieux, qu’il n’a enseigné à prêcher. Les quatre premiers Sermons qu’il a faits fur la Parabole des Noces font excellons, mais le cinquième est le Lieu-Commun tout pur. VIII. Mr. du Bosc avoit de belles parties pour la Prédication. 11 possédoit surtout le talent de bien parler. On sait que Louis XIV. l’ayant entendu, lui rendit ce témoignage , qiPìl avoit oui Vbomme de son Royaume qui par loi t le mieux. Cependant, ce n’est pas un modèle à suivre. r. II affecte trop la politesse » & je crois qu’il y a du péché en cela, 32 De P Exercice 2. II prêche trop le Lieu-Commun. II y a de certaines choses qui reviennent trop souvent ; par exemple les Objections , lors- qu’il explique quelque exhortation à la Sainteté, E homme feut-il donc faire cela if c, ? IX. Mr. Allix est celui qui a fait leS meilleurs Sermons que nous ayons. 1. II explique l’Ecriture comme il faut. 2. II presse fortement la Réformation des Moeurs. Son Sermon des Malheurs de ÏImpé- nitence est une des meilleures Pièce que nous ayons. 3. II ne s’amufe pas à la bagatelle, aux pensées ingénieuses &c. On a trouvé cependant x. qu’il n’est pas assez net, voyez le commencement du Sermon que j’ai cité. 2. II n’est pas tout-à-fait assez populaire. DES SERMONS E T D E S CATE'CH ISMES EN G E' N E'R AL. J E vai vous parler de la manière dont on fait les Sermons & les Catéchismes ; & je vous avertis par avance, que je dirai beau- àa Mìnijlère Sacré, AZ btatlcoup de choses qui conviennent & aux Sermons & aux Catéchismes, Pour commencer donc par lês Sermons, je me propose de vous donner d’abord deux Règles. La i. regarde le but qu’on doit se proposer. La 2 . traitera du choix des Textes & des Matières, I. Avant toutes choses, il est nécessaire de se proposer un but, sans quoi on agit au hazard. Or j’ai deux choses à faire voir fur ce sujet. i. Quel n’est pas ce but. 2. Quel il est, I. II est nécessaire de montrer qu’el n’est pas ce but. Prémièrement, plusieurs prêchent fans avoir aucun but ; ils se proposent seulement de remplir leur heure, ils ne prêchent que pour parler. En second lieu , il y en a d’autres qui se proposent à-la-vérité un but, qui est d’expli- quer l’Ecriture, mais ils ne se proposent point de porter les hommes à la Piété, En troisième lieu, le but n’est pas non- plus de disputer, En quatrième lieu, ce n’est pas de paroítre éloquent, d’aquérir de la réputation ; cela est criminel. Enfin, beaucoup moins doit-on prêcher son intérêt ou ses pallions. L Fart. C II. Pour 34 De 1 ‘Exercice II Pour dire maintenant quel est ce but, s c’est en général nidification , c’est le même que celui de la Religion, & on saura dès la ce qu’on doit prêcher. Or la Religion consiste à instruire les hommes de leurs devoirs , & à les y porter ; voilà auffi ce que vous devez rechercher avec ardeur, Toutes j les fois donc que vous monterez en Chaire, | vous devez avoir en vue d’avancer la Gloire J de Dieu, de faire connoître & d’infpirer à vos Auditeurs la Piété & la Sainteté. On ne réussira jamais,si l’on fe propose un autre but. Car si on manque de piété, on ne se proposera pas d’y porter les autres. Voilà ce qui vous montre encore, que fans la piété on ne fauroit bien prêcher. Venons présentement au choix des Matières, c’est-là une chose très-importante. On juge souvent d’un Prédicateur, par la lecture d’un Texte. Voici donc ce qu’il faut faire. II faut rechercher l’édification. Pour cela il faut s’ar- rêter aux Matières les plus édifiantes & les plus nécessaires. La vie d’un Prédicateur n’est pas assez longue pour s’amufer à traiter des choses peu utiles, quand il y en a tant d’importantes. Mais on me fera fans-doute cette Objection. Toutes les Matières qui font contenues dans /’ Ecriture , ne font-elles pas bonnes & utiles ? Cela est vrai ; mais elles ne font da Ministère SaCré. 3 f sont pas toutes de la même importance. Par exemple , íì un Prédicateur expliquoit le X. Chapitre de la Genèse , il ne feroit pas grand fruit ; parce qu’il faudroit entrer dans un détail de Chronologie, de Géographie & de Critique, qui feroit peu utile pour le Peuple. II en est de-même des derniers Chapitres £ Ezéchiel. On ne doit auffi jamais choisir des Textes tronqués & imparfaits. Pour bien choisir ses Matières , voici une Maxime à laquelle vous devez faire attention, & qui vous éclairera. C’est qu’il y a de deux fortes d’Utilités i. Une Utilité générale. 2. Une Utilité particulière. I. II y a une Utilité générale. Je veux dire qu’il y a des Textes & des Matières qu’on peut proposer en tout tems, en tous lieux, & à toutes sortes de personnes. Tels font ceux qui expliquent les principaux Articles de la Religion. A l’égard des Vérités, il est bon de prêcher souvent sur celles qui font fondamentales , comme font l’Existence de Dieu , la Providence, la Rédemption » le Jugement Dernier &c. A l’égard des Devoirs, on doit prêcher souvent sur les Vertus Chrétiennes, fur l’A- mour de Dieu & du Prochain,, fur la Pureté, l’Humilité &c. Entre les Vices, on doit combattre principalement les Juremens, rHipoerisie dans le C % Ser- De l } Exercice Service Divin, l’Impureté , & tous les Vices qui font le plus en vogue. Pour porter les Hommes à tous ces Devoirs , il est bon de leur mettre souvent devant les yeux, la Vanité de la Vie & des Choses du Monde , la Mort, le jugement &c. Le P. R api n entend très-bien comment il faut presser une chose, & il marque les sujets qu’il croît que l’on doit sourtout proposer en chaire. Voyez ses Réflexions fur l'E~ loquence de la Chaire. Ayez donc foin de vous attacher à ces matières générales, comme font l’Amourde Dieu, le Renoncement au Monde &c. Elles font très-importantes ; parce qu’elles embrassent pour ainsi dire toutes choses. Parla vous combattez indirectement tous les Péchés. On doit toujours avoir en vuë cette Utilité générale. II. II y a une Utilité particulière, à laquelle on doit avoir égard ; c’est le besoin de son Troupeau. Voici donc une maxime que vous devez observer : C’est qu’un Ministre doit choisir les Textes, non suivant son inclination & son caprice, mais suivant les nécessités de son Troupeau. II ne suffit pas de dire des choses utiles, mais il faut avoir égard aux besoins les plus pressans. II faut faire ce que fait un sage Médecin, qui con- noissant la maladie de son Patient, lui donne pré- du Ministère Sacré. 3 7 précisément les choses qui font nécessaires pour le guérir de fa maladie présente. Ainst un Ministre doit avoir égard. 1. Au stems. Quand un Troupeau se trouve dans de grandes Afflictions, ou dans un teins de Jeûne ou de Ste. Cène, il est à-propos de bien choisir ses Textes, suivant les circonstances. 2. Aux Lieux. On ne doit pas prêcher à la Campagne , comme dans la Ville. II y a certains endroits, où certains Péchés font plus en vogue qu’ailleurs. Dans nos Montagnes , par exemple , l’Impureté & la Fainéantise y règnent plus que dans le bas ; comme au-contraire , dans le bas on est plus sujet à l’Ivrognerie: 3. On doit faire attention aux Personnes à qui l’on parle. Un Ministre doit tâcher de connoître la portée de ses Auditeurs, leur humeur, leurs défauts dominans, leurs inclinations, leur manière de vivre &c. C’est ainsi qu’il faut avoir fans cesse les yeux ouverts fur les besoins de son Troupeau. Des deux principes que je viens d’établir, je tire deux conséquences. La 1. c’est que la plupart des Ministres ne s’aquitent pas de leur devoir. Ils choisissent des Matières dont il ne revient que peu ou point d’utilité au Peuple, & qu’il se- roit très-nécessaire de laisser à coté, pour en traiter de plus utiles. Us expliquent les C 3 Tex» 58 De F Exercice Textes qui leur paraissent les plus faciles. Or en cela ils pèchent par ignorance & par paresse. 1. Par Ignorance ; parce qu’on ne leur a jamais dit à quoi ils font apellés. 2. Par Paresse. Nous sommes plus en danger de pécher par cet endroit, que par tout autre. On n'a égard qu’à la facilité des Matières. Quand on travaille fur certains Textes qui nous plaisent, & qu’on ne cherche pas à toucher les Consciences, on évite un grand travail. Tout homme qui prêche doit fe faire scrupule de dire des choies peu utiles, & il doit mettre son tems à profit, afin de gagner fa conscience. La 2. conséquence regarde la Question, fi Von doit prêcher sur des Textes détachés de VEcriture, ou fur des Livres entiers. 11 est assez difficile de déterminer cela. Voici pourtant quelques Règles fur ce sujet. 1. Lorsqu’on voit qíi’il y a une nécessité pressante de prêcher iiir certaines Matières, il faut tout quiter pour choisir des sujets qui y conviennent : comme quand on verrait un Vice prendre pié dans son Troupeau, il faudrait tout quiter pour l’arracher, quelque matière qu’on eût entrepris. 2. Quand on veut expliquer quelques Li- j vres, il vaut mieux choisir ceux du Nouveau j Testament que ceux du Vieux. z. Quand âu Ministère Sacré. Z. Quand on choisit quelque Livre, & surtout des Livres Historiques, il faut faire bien du chemin , & prendre de longs Textes. 11 ne faut pas imiter certains Ministres, qui s’arrètent plusieurs années fur un Livre, pendant qu’ils négligent plusieurs matières essentielles. Voici une Remarque importante : C’est que les choies que je viens de vous dire , doivent être mises en usage plus à la Campagne que dans les Villes. Dans les Villes, où il y a plusieurs Pasteurs, ost peut fe donner plus de liberté ; parce qué les Sermons y font fréquens, & que ce què l’un ne fait pas l’autre le fait. Mais à la Campagne, où les Sermons font plus rares, il est bon de répéter souvent les choses nécessaires & importantes. On n’instruit les Paysans & les Enfans, qu’à force de répéter & de revenir à la charge. DES DIVERSES SORTES D E SERMONS. TL y a de deux sortes de Sermons, qu’il importe de ne pas confondre, i. 11 y C 4 en 40 De l’Exercice en a où l’on se propose simplement d’ex- pliquer PEcriture. 2. 11 y en a d’autres où l’on traite quelqtie Matière en particulier. Aujourd’hui on ne les distingue pas beau- 1 coup , quoiqu’autrefois les Pères de l’Eglise missent bien de la différence entre les Homélies & les Sermons. Dans les Homélies on expliquait PEcriture fort simplement; mais les Sermons étaient des Discours de Piété ou de Doctrine, dans lesquels on traitait les matières qu’on jugeait les plus importantes. C’est ainsi que St. Chryso- stome a fait des Sermons de Eleemosynâ contra. Judœas &c. II y a des Sermons qu’on pourrait appeller Mixtes , dans lesquels on donne d’abord une courte explication de son sujet, Sc qu’on laisse bientôt pour traiter la matière qu’on s’est proposée. I. Cette distinction m’oblige à faire deux I remarques, qui regardent le choix des Textes. La i. c’est que quand on veut faire des Homélies, on doit choisir des Textes un peu longs, & qui ayent un sens parfait C’est ce que faisaient les anciens Pères. Afin de vous donner plus de jour, il est bon que je parle ici de l’origine des Homélies & des Sermons. Pour cela, il est nécessaire que je vous dise comment on célébrait le Service Divin parmi les Juifs. Au Sabat on commençoit d’abord par les Prières, puis o» i du Ministère Snórê. 4T on continuoit par la Lecture de la Loi & des Prophètes ; ensuite on invitoit ceux qui avoíent assisté à la lecture , à adresser quelque exhortation au Peuple. Vous pouvez voir des exemples de ce que je dis, dans les Actes des Apôtres. Les premiers Chrétiens, qui retenoient plusieurs Coutumes des Juifs quand ils les trouvoient bonnes, faisoient le Service Divin à-peu-près de la même manière. Ils commençoient par l’Ádoration & par la Prière, après cela ils lifoient l’Ecritu- re. Dans la fuite, on marqua l’Evangile & l’Epitre pour chaque Dimanche. Après la lecture, on interrompoit le Service pour donner P explication de l’Evangile. De-là vient que dans PEglife Romaine le Sermon fe fait le matin, avant qu’on achève le Service, & avant la Messe. II feroit à souhaiter que dans nos Eglises on eût retenu la lecture, & que les choses s’y fissent comme elles fe faisoient autrefois. Par ce que nous venons de dire de l’ori- gine des Homélies, vous voyez que rien n’empêche les Ministres d’en faire. II feroit nécessaire que les Ministres les rétablissent. Voici les avantages qu’on en retireroit. 1. On feroit bien du chemin en peu de tems, & le Peuple aprendroit mieux fa Religion. 2 . C’est qu’on ne feroit pas d’écarts, on se tiendroit à son sujet. Cy 3 - Le 4$ De l’Exercice z. Le Peuple retiendrait mieux ee que l’on dit, parceque les Sermons ne feraient pas si chargés ; & en lisant l’Ecriture chez foi, il ferait facile de retenir les réflexions, qu’on aurait entendu faire dans le Temple. 4. Cette manière d’expliquer l’Ecriture est la plus Apostolique & la plus Chrétienne. On n’a pas d’occaiions de faire une vaine parade de son éloquence. II. Je viens présentement à ce qu’on apel- loit proprement Sermons, dans lesquels on trairait quelque Matière de Doctrine ou de Morale, ou des Textes détachés. Quand on traite quelque matière, il faut choisir des Textes , qui s’y raportent. II est quelquefois difficile d’en trouver de propres: mais un Ministre, qui sert une Eglise , n’est pas obligé d’en trouver qui aille précisément a son sujet. On en peut prendre qui ne servent que de prétextes. C’est ainsi que St. Chrysostome en ufoit souvent. 11 y a bien plus. Autrefois on ne prenoit même aucun Texte, quand on avoit dessein de traiter des matières particulières ; ce qui confirme que l’origine des Sermons vient de la lecture. Quand les Pères montoient en chaire, ils fe contentoient de dire à l’entrée de leurs Sermons , f ai dessein de vom farter aujourd'hui de telle U telle chose &c. C’é- toient-là des Discours simples. II ferait à souhaiter qu’on eût ajourd’hui la liberté d’en clu Ministère Sacré. 43 d’en faire de pareils : mais ce seroit donner du scandale, que de ne point prendre de Texte. On fait ici une Question, savoir , fi son peut faire pìufieurs Sermons fur un même Texte. Je répons que quand on veut fe borner à l’ explication, on doit tant que l'on peut n’en faire qu’un ; mais quand on explique une matière à l’ocasion d’un Texte, on fait tant de Sermons que l’on veut. Avant que d’entrer dans le détail des Règles qui regardent la Prédication, je vai vous donner quelques Maximes, auxquel- les il est bon de faire attention. 1 . On ne doit pas toujours suivre la même méthode, mais elle doit varier suivant le but qu’on se propose. La Méthode de traiter les Sermons, doit être différente de celle avec laquelle on traite les Homélies. 2. La Méthode doit varier, même dans les sujets d’une même nature. Faire toû- jours un Exorde , toujours une Division, toujours une Aplication, cela est capable de dégoûter. In omnibus rébus fimilitudo eji fiitie- tatis mater , dit Cicéron. Au lieu que quand on diversifie , cela frappe l’efprit de l’ Auditeur, cela le rend attentif. Voici donc ce que je veux. C’est qu’un Ministre fe réserve une honnête liberté. Les circonstances fournissent assez d’occasions de varier. Outre cela, comme 44 Os l'Exereice comme il faut suivre les mouvemens de la Dévotion, & que la Dévotion n’est point astreinte à la Méthode , on peut s’en écarter. Quelquefois on peut faire une Aplication, quelquefois entremêler ces usages dans le corps du Discours &c. Et c’est par là que je voudrois répondre à la Question qu’on fait touchant la Prédication , ou plutôt faire voir que cette Question est inutile, savoir, s 1 il faut toujours faire un Exorde , s'il faut toujours réserver les usages four. la fin Us. Ce que j’ai dit, détruit tout cela. On peut faire tantôt l’un , & tantôt l’autre. Ce qu’il faut observer , c’est d’avoir égard aux circonstances du Tems, des Lieux, des Personnes, des Matières, &c. Et il ne faut pas croire, qu’il soit toujours indifférent de suivre une méthode, ou de n’en point suivre. LGWLWOZLWHZLWHDZKHHWUZ LES PRE'CEPTES £ui régardent la PRÉDICATIO N. Règles générales pur la Composition des Homélies ou des Sermons. I L ^ a de deux sortes de Règles. 1. Des Règles générales, qui régardent toutes sortes âu Ministère Sacré. 45 sortes de Sermons. 2. Des Règles particulières , qui regardent les espèces particulières de Sermons ; comme ceux où l’on explique l’Ecriture , ceux qui traitent de quelque matière, les Sermons de circonstance, comme de Jeûne, de Cène, &c. Nous parlerons de ces Règles séparément. A Pégard des Règles générales pour les Homélies & pour les Sermons, voici celles que je crois les plus nécessaires. I. Règle. Un homme qui veut composer un Sermon , doit commencer par la Prière & par des Exercices de Dévotion. Je crois même que ces Prières que l’on fait avant que de se mettre à composer, sont plus àpropos I que celles qu’on fait en chaire pour demander le secours de Dieu. Quand un Sermon est composé, on n’a plus les mêmes grâces à demander à Dieu qu’auparavant ; on ne doit rien oublier de ce qui peut nous toucher, Pour cela, vous voyez bien qu’il faut se connoître. On acquiert, par le moyen de la piété & des mouvernens de dévotion, certaines dispositions , & des sentimens dans le coeur, qui animent le stile , les conceptions , & qui rendent touchant tout ce que l’on dit ; parce qu’alors cela part . du coeur : au lieu que quand on ne tire pas les choses de son coeur, elles font ordinairement enflées. Vide GauïSENUM snbfinem. II. Rè- \6 De VExercice II. Règle. Apres s’être ainsi disposé par la Prière & par les Exercices de la Piété , il faut bien concevoir le but qu’on se propose, il faut bien se remplir l’esprit & le coeur de son dessein , sans cela vous ne ferez jamais rien de bon. Ainsi avant que de rien écrire (car on ne doit jamais commencer parla ) on doit se remplir ^imagination de sa matière , en faire le plan dans sa tête, & puis mettre ses pensées fur le papier. Un Ministre qui compose , doit disposer son plan íur le papier d’une certaine manière , qu’il puiste mettre chaque chose en son lieu , & qu’il voie toujours de quoi il doit faire son fort, de peur que l’imagination ne lui fasse faire des écarts. Vous voyez par-là, qu’il faut toujours qu’un homme fe fasse fa route lui-même. III. La troisième Règle regarde l’Inven- tion. Pour inventer, il y a en nous deux sources qu’il faut consulter. i. La Nature. 2. La Piété. Si quis ai hœc duo , Devotionem dico & Naturam, oculos conversât, vereri non debet , ne in eà longâ fané V p arum tut à etiam navìgatione , à portu nimutm aberret. Gaus SENUS pag. 58. Si l’on suivoit ces deux principes, il ne feroit pas nécessaire de donner tant de préceptes. La Piété & la Nature ini'pireroient tout ce qu’il est nécessaire de dire dans les Sermons. Quand on considère bien ce que c’eít du Ministère Sacré . 47 : c’est que la Prédication, on doit voir qu’elle ; ne demande pas tant d’aparat. Pourquoi parler autrement en chaire, qu’on fait ail- 1 leurs ? Mais , direz - vous, fi cela est , pourquoi donc nous donner des ìfigles V des Préceptes pour mus aprendre à prêcher ? Je répons que ces Règles font destinées à vous ramener à la Nature , dont on s’est écarté. II s’est iijtroduit des abus dans la Manière de prêcher. Les Prédicateurs fe font éloignés 1. Du Bon-Sens. Ils ont suivi la Coutume. 2. 11s ne consultent point la Piété. Tout le secret de la Prédication consiste donc à les ramener à la Nature & à la Piété. I. Je veux donc que vous consultiez la Nature , par oû j’entens deux choses. 1. Que vous choiíïílìez ìe Bon-Sens pour guide ; c’est là une pièce essentielle à un Prédicateur. Plus on aura detalens, & plus on s’égarera si on manque de Bon-Sens. L’Imagination, si le Bon-Sens ne lui sert de guide & de frein, est comme un cheval fougueux, qui court à travers champs. Un Ministre qui manque de cette partie essentielle, ne sauroit imposer longtems, il est bientôt reconnu , & ce défaut rebute extrêmement les Auditeurs. Ainsi si l’on souhaite de faire du fruit, on ne doit pas s’en éloigner. II est rare de voir des gens qui le con- 48 De PÉxercíce consultent. Gaussenus pag. 178. Pour donc ne pas s’égarer dans ses Compositions, il faut regarder les choses de sang froid, & ne pas fe précipiter. Ce qui perd les Jeu- nes-gens, c’est qu’ils regardent trop aux Or- nemens. 2. Par la Nature , j’entens le Génie d’un chacun. Je n’en parle id, que pour vous faire souvenir de ce que j’en ai dit ci-devant. Chacun doit donc consulter son ^énie. Le Bon-Sens est commun , mais les Génies sont différens, Voyez donc quelle est votre manière de concevoir les choses, & laissez vous y conduire. Mais fouvenez-vous que vous ne devez pas vous y abandonner aveuglément. II. La seconde source d’Invention c’est la Piété, qui est une excellente & une abondante source, sans laquelle on tombe infailliblement dans la sécheresse. Mais envain vous indiquerai-je cette source, si vous avez le coeur attaché au Monde. Voyez donc toujours la nécessité qu’il y a de fe sanctifier. I/la est devotionis propria dos , quod dmn fuos in intimant familiaritatcm ìnstnuet, illa dehinc familiarisas gratiam parit , in qua funt omnes thesauri sapientite fst cognitionis qui olim erant reconditi. Gaussenus pag. 149. iso. is 6 . 157. Je vous ai montré que rien ne donne tant de force au Discours que la Piété. Devotio cum Ecclefiasten fuis ujjìt façihus , mm rapit extra fe s âu Ministère Sucré. 49 neC fui satis comptent ejfe finit , ut verè N fciti respndijse videatur , qui interrogatus ab Amico * quà viâ ptijjìmum magnos in Eloquentiâ Christian à progreffus faceret ? Si , inquit , maxime âmes Christum . Mais vous ne manquerez pas de me faire cette objection, qu'on voit souvent des Prédicat teurs fans piété , tirer des larmes de leur Auditoire+ Je dis à cela, 1. Que les larmes ne font pas toujours un íigne certain de la bonté d’un Sermon. 2. Un homme qui dit des choies bonnes en elles-mêmes, peut faire impression fur les Auditeurs, quand ils font abstraction de la personne qui les propose. 3. Les larmes peuvent venir de la bonne disposition des Auditeurs. Cest ce qu’un Homme répondit une fois à un Libertin, qui l’avoit fait pleurer : Non tua facundia , fed misericordia mea extraxit lackrymas. Mais cela vous doit faire faire une remarque : c’est que si un Prédicateur fans piété peut toucher , combien de fruit ne feroit-il pas, si à festalens il joignoit le secours de la piété. III. Un Ministre doit faire tout ce qu’il peut de lui-même. Avant que de recourir aux Commentaires, il lui faut tirer de son génie tout ce qu’il pourra. Je ne parle pas à-préí'ent de l’usage qu’on doit faire desCom- mentaires, cela viendra dans la fuite. En D travail- 50 De PExercice travaillant ainsi par soi-méme , voici les fruits qu’on en retire. 1. L’esprit le développe: au lieu que si vous ôtez les Livres à ceux qui font le métier de Copistes , ils n’ont rien à dire. 2. C est que les choses ont un certain air original qui touche, & qui persuade infiniment plus, que ce qu’on a ramassé de coté & d’autre. , 3. Cela soulage un Prédicateur. Les choses qu’il tire deïui-même, s’impriment beaucoup mieux dans l’efprit & dans la mémoire, que ce qu’on a pris d’ailleurs. Ainsi ayez pour maxime de faire par vous- : mêmes tout ce que vous pourrez, & de ne pas imiter ces gens, qui avant que de mé- diter fur le sujet qu’ils ont en main, recou- j rent d’abord aux Commentaires. ! IV. Supposé qu’un homme ait observé tout ce que nous venons de dire, il doit ; après cela écouter tout ce que l’Imagination ! lui dicte. II ne faut rien rejetter, surtout ! vous qui êtes dans les commencemens. Quand on rebute l’Imagination , elle perd spn feu & son activité. Je veux donc qu’on couche sur le papier tout ce qui nous vient j dans l’esprit. On ne doit point penser au j stile dans ces occasions. II ne faut quelque- I fois qu’une réflexion fur un mot, pour dissiper tout ce que nous avons dans l’esprit. j Par ce que je viens de dire, vous voyez bien j que àu Ministère Sacré. s t que ma pensée n’est pas qu’on récite ses premières conceptions. V. Quand on a ainsi assemblé ses matériaux , il faut les ranger par ordre. C’est alors, & non auparavant, qu’on doit les examiner. Si les choses sont bonnes, c’est dans ce moment qu’on doit juger de l’éten- duë de son Sermon &c. Les premières conceptions ont toujours besoin d’être retouchées. On doit les revoir, surtout lors- qu’on est de sang froid. Car bien des choses nous parodient bonnes aujourd’hui dans la chaleur de la méditation, qui ne nous pa- roítront pas telles demain. VI. La sixième Règle regarde la nécessité qu’il y a d’écrire ses Sermons. Je m’arrê- terai tant soit peu ici, parce que les fenti- mens sont partagés fur ce sujet. II y a des gens qui croient qu’on peut se passer d’écrire , d’autres disent le contraire. A l’égard des premiers , ils doivent prendre garde , qu’ils parlent de cette manière, plutôt par paresse que par raison. Nous aimons tout ce qui flate notre paresse. Mais si nous consultons les Maîtres de l’Art , ils nous diront tous qu’il faut écrire. Cicéron ( Lìb. I. de Orat. ) nous dit que la Plume est la meilleure Maîtrejse de l y Eloquence. Ce travail est encore plus nécessaire à un homme qui parle de la part de Dieu, qu’à tout autre. Da II y 2 De V Exercice II faudroit avoir bien bonne opinion de soi, pour croire qu’on pût prêcher dignement l’Evangile sans préparation. Mais, dít- on , âejï une grande seine. 11 est vrai, niais elle est bien employée , & on ne doit pas la plaindre. II arrive de-là qu’on cultive son génie & sa mémoire. On dit encore que cela gène la mémoire. Je répons qu’on ne doit Î ias écrire ses Pièces pour réciter en Eco- ier , mais pour régler ses conceptions. On ajoute, que ceux qui prêchent par méditation ont plus de feu. II est vrai, mais il faut joindre ces deux choses. D’un coté, il ne faut pas s’attacher absolument à son papier , mais de l’autre il est bon d’écrire pour modérer son feu. Quand on est dans la passion, & qu’on s’y laisse entraîner, tout nous plaît; mais l’Auditeur qui n’est pas dans la même émotion , ne raisonne pas comme le Prédicateur. D’ailleurs quand on donne l’essor à ce feu , on est en danger de tomber dans des redites, on s’expose à pousser les choses trop loin dans ses censu- | res, & à s’en repentir. II y a des gens qui ont un génie heureux, | qui se sont faits une habitude d’être exacts, j qui ont beaucoup de bon-sens & d’experien- ce ; ceux - là peuvent prêcher par méditation. ; Quand on a prêché un certain nombre j d’années, on peut se contenter de l'Analyse, mais du Ministère Sacré. s Z mais pour les Teunes-gens, ils doivent toujours écrire. Un homme qui a accoutumé d’écrire & d’être exact , quand même il vient à être surpris, & qu’il est obligé de prêcher fans beaucoup de préparation, on ne s’en aperçoit pas. A QUOI IL FAUT AVOIR EGARD EN RELISANT SES COMPOSITIONS. Q Uand on a ainsi écrit ses conceptions, k il s’agit de les examiner & de les re- k lire. Or comme vous me pourriez demander à quoi il faut avoir égard en les relisant, voici ce que j’ai à vous dire fur ce sujet. I. La prémière chose qu’on doit observer c'est d’être exa&. Dans un Sermon, il ne faut pas que rien pèche contre la justesse & contre la vérité. Cette exactitude doit être gardée i. Dans les Raisonnemens. II faut qu’ils soient clairs , solides U concluans. On doit se soutenir, & non pas se contredire, & détruire dans un endroit ce qu’on a dit dans un autre, comme font bien des gens. 2. II faut être exa& dans les Faits. II est honteux de raisonner mal, mais il I’est bien ♦ De l’Exercice 54 bien plus d’avancer des choses qui ne font point. Ainsi ne citez jamais des faits, dont vous ne soyez bien asturés. Je n’aprouve point ces gens qui disent tout sur la foi d’au- trui; ausiì voit-on qu’ils s’exposent souvent à dire des faussetés. J’en trouve un exemple dans Mr. Claude, pag. 279. où il dit que les Juifs, du tems de J. C. étoient ex- tremement corrompus , qu’ils ne l’avoient jamais été à ce point. Cependant il est certain qu’on ne vit jamais parmi eux tant de piété. Les gens-de-bien a’entr’eux avoient plus de lumières & de meilleurs sentimens , que jamais leurs Pères n’avoient eu. Voyez ce qu’en dit Josephe. Ainsi quand vous avancerez quelque chose, fait, ayez toujours recours à la Mais pour cela, il faut être un peu n’être pas au - moins tour-à fait Voici encore un avertissement 1 je dois vous donner touchant l’exactituc e’est de ne sortir jamais de fa sphère. Par exemple , on voit plusieurs Prédicateurs, 2 ui se mêlent de parler de la Guerre ou du )roit &c. & qui donnent souvent à gauche : ainsi à-moins que de savoir parfaitement ces choses, on doit s’en taire, si l’on ne veut pas s’exposer à la raillerie de ses Auditeurs. II. Règle. II ne faut rien dire que rV utile. Je distingue ce qui est vrai, de ce qui est utile. lource. savant. écolier, du Ministère Sacré. ç s , utile. On peut dire des choses véritables, claires & solides, qui ue servent de rien au Peu- í| pie , comme si son traitoit quelque Point ! de Critique &c. Par cette utilité j’entens une utilité générale. On doit donc se dire sur chaque Article , le Vigneron , le Valet , cette Servante, j qui n? entendent , profiteront-iïs de ceci ? &c» ] Allez donc toujours à l’édification, & sou- ! venez-vous que vous pariez de la part de I Dieu à son Peuple. i III. 11 y a une troisième chose à laquelle ' vous devez faire attention , & qui est très- ! importante ; c’est la Clarté , elle est Pâme du Discours. Quand on est obscur, plus on est savant, plus on fait mal. Cette clarté • dépend. 1. Des choses mêmes. Quand on prê- > che, on doit avoir des idées simples & naturelles de ce qu’on dit. II faut concevoir les | choses clairement, afin de les pouvoir faire i comprendre aux autres. Pour cet effet, tenez pour maxime que les choses communes font toujours les plus claires.. Les choses abstraites n’entrent point dans Pesprit du Peuple. Et quand vous avez dit une chose qui est claire, n’.y insistez pas, & pcenez garde qu’en voulant ajouter d’autres choses, vous ne l’obscurcíffiez. 2. La Clarté dépend des termes. II faut fuir les termes obscurs, comme font ceux D 4 de * s6 De t Exercice de l’Ecole, qui ne sont point entendus du Peuple ; les métaphores, le stile figuré &c. Remarquez que ce qui est clair pour le Prédicateur , ne l’est pas toujours pour le Peuple. Mais vous ne ferez jamais ce que je vous dis, si vous n’êtes humble. Ainsi j’en reviens toujours à la grande maxime que j’ai posée au commencement; c’est qu’on doit avoir de la piété, & qu’il faut toujours avoir en vuë l’édification. Comme cette clarté est de grande importance, je vous dirai ce qu’il faut faire pour donner plus de clarté à un Discours. 1. On peut raporter des Exemples ou des Histoires de l’Ecríture, qui étant bien apli- qués éclaircissent beaucoup. 2. Les Comparaisons font très - utiles pour le Peuple; une preuve de cela , c’est que J. C. s’en sert très - souvent ; mais on doit les choisir des choses communes & que le Peuple connoisse, pourvu-qu’elles n’ayent rien de bas. Z. II faut tourner les choses en différentes manières : on doit surtout avoir recours a ceci dans les choses obscures, & dans celles qui font importantes. 4. Pour éclaircir une chose, il faut la répéter. On s’en fait de la peine ; mais cette peine est mal fondée, & je trouve que c’est une partie considérable de l’Eloquence, que de savoir répéter à-propos. IV. Rè« du Ministère Sacré. f 7 IV. Règle. 11 faut avoir égard à la Sìm~ i flkité. Elle paroît être la même chose que la : Clarté, mais il y a pourtant de la différence. Cette Simplicité doit régner dans tout le ! Discours. II y a du péché à n’être pas íìmple. Cette Simplicité est le caractère de J. C. Elle nous oblige à ne rien mettre de trop savant dans nos Sermons, rien de recherché & de trop sublime. De-même, elle ; veut qu’on fuye les raisonnemens subtils & i métaphysiques. Quand vous voulez vous servir dé quelque raison , & que vous voyez que vous ne pouvez l’établir que par de longues conséquences , il vaut mieux la lait ser-là. La simplicité doit encore paroítre dans le stile , dans la récitation , & dans le - geste ; en un mot, elle doit régner par-tout. ! 11 faut considérer qu’on parle au Peuple , & que l’aparat ne vaut rien pour lui. V Règle. 11 faut avoir beaucoup d’égard à l’Ordre. Cela est d’un grand secours. 1. Au Prédicateur. II aprend ses Sermons plus facilement. 2 . La Méthode facilite Pintelligence de l’Auditeur ; au lieu qu’il se rebute, & qu’il ne sauroit suivre le Prédicateur , s’il n’avoit point d’ordre. Or pour suivre un bon ordre , il faut toujours commencer par les choses les plus simples ; de-là on palfe aux idées composées ; ensuite les distinctions aident beaucoup à l’ordre. II est bon de pro- D î poser s8 De l'Exercice poser ses chefs l’un après l’autre ; cependant il faut prendre garde que si cela aide à la clarté, lorfqu’on fait les proposer à propos ; aussi cela est capable d’étourdir ? Auditeur . Iorsqu’on charge les Prêches de trop de subdivisions , s’il est impossible qu’il vous suive. Vous en pourrez faire ; mais quand il y en a trop , on peut fe passer de les indiquer. VI. La sixième Règle que j’ai à vous donner, c’est & être précis. La Précision est un caractère considérable , & que vous devez tâcher d’aquérir. Etre précis , c’est dire l’essentiel, & le dire clairement & brièvement. x. Pour être précis, il faut dire tout ce qui est nécessaire, & ne rien dire d’inutile ; mais le difficile est de trouver ce point essentiel. Pour cela, je vous renvoie aux deux Conducteurs que je vous ai tant recommandé de suivre, savoir la Piété & le Bon- Sens. Réprésentez - vous toujours que vous parlez au Peuple , & non à des Savans. 2. Pour être précis , il faut être clair. Ce n’est pas être précis que d’être obscur, quand même on ne diroit rien d’inutile. Si vous ne vous étudiez pas à cette clarté , vous vé- rifiérez ce que l’on dit: Dtan brevis ejje vola, obscums fio. C’étoit-là le défaut de Grotius ; il est précis au suprême degré, du Ministère Sacré. sA degré , mais il n’est pas clair à proportion. z. La Précision demande qu’on dise les choses en peu de mots. II faut renfermer ! ses matières en peu de paroles, toujours autant qu'on le peut faire fans être obscur. De tous les caractères auxquels on peut s’étudier pour l’édification de l’Eglise, il n’y en a point que vous deviez plus tâcher, de revêtir que celui-là. II arrivera de-là que votre Auditeur, sachant que vous avez cette qualité, vous écoutera avec attention, parce qu’il fait que vous ne lui direz rien. que de nécessaire : Au lieu que quand on voit un homme diffus, on laisse passer sans scrupule bien des choses, & ainsi l’on perd insensiblement l’attention. VII. Règle. II faut savoir se borner, & ne pas trop charger ses Sermons. Cette Règle est ! nécessaire. On voit bien des gens qui tâchent d’épuifer les matières, soit par habitude , soit par affectation. Quand il y a l une si grande abondance de matière, le Peu- j pie ne vous écoute pas, Sc même cela le ! rebute. Rien n’est plus dégoûtant, que de ! voir un homme donner la gêne à son ima- J gination pour épuiser son sujet. Mr. [ Claude condamne cela avec raison, pag. 201 II seroit à souhaiter qu’il ne tombât j pas lui-même dans ce défaut, en chargeant trop 60 De /’Exercice trop ses Analyses. Ce qu’il dit pag. 31 y. des Sources d’Invention, conduit naturellement à ce défaut. Voici ce que je crois que vous devez faire : c’est de ne pas examiner une matière dans toute son étendue , mais seulement selon la nature du Texte que vous traitez, ou suivant le but que vous-vous proposez. Par exemple, si j’avois à parler de la \é~ fmre'âìon de J. C. j’aurois une infinité de choses à dire fur les preuves , íur la nature, fur les fruits &c. de cette Résurrection ; mais peut-êtie mon Texte ne m’engage à parler que des preuves de cette Résurrection ; je ne dois donc pas parler de toute la matière en général. Mais dira-t-on : Ne doit-on pas expliquer les choses à fond ? J’avouë que cela est quelquefois nécessaire , & qu’il faut expliquer certains sujets avec exactitude, mais il n’y a aucune nécessité de le faire toujours. Encore quand on le fait, doit - on savoir se borner ; autrement à l’occasion d’un mot on fera un Sermon, & on tombera dans des redites. Les Apôtres n’en ufoient pas ainsi dans leurs Discours , ils expliquoient les choses fort simplement. Vous devez donc vous arrêter à des explications simples. Quand on entreprend une matière, alors on peut Pépuifer, pourvu cependant qu’on ne dise rien que d’utile. Plût à Dieu que cette Règle àtt Mìnijìère Sacré. j Règle fût bien observée ! on ne mettroit pas tant de superfluïté dans les Sermons, & on : ne feroit pas tant d’écarts. : VIII. Règle. Cette Règle, qu’il faut savoir i se borner, m’oblige d’en ajouter une huitiè- j me : c’est qu’on ne doit pas prêcher leLieu- : Commun. Voici ce que j’apelle prêcher le i Lieu-Commun. i. Quand à l’occasion d’un mot on dit : tout ce que l’on trouve dans les Lieux™ i Communs, ou dans ses Recueils ; comme | quand à l’occasion du mot Père , on dit tout ce qu’on fait de Pâtre. Ce qui oblige les î Ministres de prêcher le Lieu-Commun, c’est i la paresse ; car quand on prêche ainsi, on trouve ses Sermons tout faits. I 2. J’apelle prêcher le Lieu-Commun, i quand on entre dans des Considérations & ! des Objections Idéologiques fans nécessité, I comme fait Mr. d u B o s c. Je ne blâme pas toutes ses considérations, elles peuvent avoir leur utilité. DES OBJECTIONS. Ommeon est obligé quelquefois de faire ’ des Objections dans les Sermons, il ne fera €i De l’Exercice sera pas inutile de vous donner quelques Règles fur ce sujet. Voici donc ce que vous devez observer a cet égard. I. C’est qu’on doit faire le moins d’Ob- jections qu’on pourra. Plusieurs Prédicateurs font faire des Objections au Peuple, auxquellesiln’a jamais songé. Amoins donc qu’elles ne viennent naturellement dans l’efprit, il faut les laiífer-là ; parcs qu’autrement on ne fait que jetter des scrupules dans l’efprit de ses Auditeurs. En cela on doit consulter le bon-sens. Pouf bien proposer une Objection, il faut en juger par l’efprit du Peuple , & non par le sien. Plusieurs Objections naissent du défaut du Prédicateur, qui veut trop subtiliser, & non du sujet qu’il a en main. Telles font celles qui naissent d’une Théologie Scho- lastique. II. Quand on se propose une Objection, on doit se la proposer de bonne foi. On ne doit point l’affoiblir, mais dire les choses comme elles font. On volt Plusieurs Prédicateurs ,, qui flatent le parti qu’ils défendent. Ensuite on doit la proposer clairement, en Î >eu de mots, & fans détour; & non avec un ong discours, comme fait Mr. d u B o s c, qui emploie quelquefois une page ou deux à proposer des Objections assez inutiles. RI On doit bien résoudre une Objection, ou ne se pas mêler de la faire. Une Objection âu Ministère Sacré. 6z tîon qu’on rie résout pas bien, fait beaucoup plus de mal que de bien ; parce que cela jette de grands scrupules dans l’esprit des Auditeurs. Mais j’en reviens à ce que je vous ai déjà dit : C’est qu’on doit s’en proposer le moins qu’on peut, n’en faire que lorsqu’une nécessité absolue le demande. DELA C 1TA TION DES PASSAGES. Q Uand on relit ses Compositions, on doit bien faire attention à la citation k des Passages de l’Ecriture Ste. Per- ; sonne ne doute qu’on ne doive la citer. Les Passages qui en sont tirés ont beau- ; coup de force , & donnent du poids à nos Discours. Cette réflexion paroîtroit I inutile, si depuis quelque tems on ne voyoit plusieurs Prédicateurs, qui prêchent d’une manière toute Philosophique. Leurs Sermons ne sont remplis que de Raisonnemens, & ils sont absolument dénués de Passages. Cependant le Langage de l’Ecriture Ste. est toujours le meilleur. Mr. deSuperville, qui a fait des Sermons qui sont très-bons d’ail- 6"4 De P Exercice d’aìlleurs, pèche beaucoup par cet endroit- là. Or voici ce qu’on doit observer en citant l’Ecriture. I. II ne s’agit pas de citer des Passages à-tors & à-travers ; mais on doit citer l’E- criture à-propos, & raporter des Passages qui soient propres à donner du jour à ce qu’on avance. II. Pour bien citer l’Ecriture, il faut citer les Passages exactement. Rien ne fait plus mal qu’un Passage tronqué. Je ne veux pas dire par-là qu’on doive citer les Passages tout entiers, il suffit d’en rapporter ce qui fait à notre but. III. On ne doit pas citer un trop grand nombre de Passages ; les secours de l’Ecriture doivent être ménagés, & on ne doit en citer beaucoup , que lorsqu’il s’agit de quelque chose fort importante : car II on le faisoit toujours, bientôt ils ne feroient plus d’impreffion. On demande, Si l’on doit citer non seulement ' les Chapitres, mais encore des Versets de ce qu’on allègue . Quand il s’agit des choses ordinaires, on ne doit pas citer le Verset ; mais lì c’étoit une matière inconnue, comme la RéjHtutim, il faudroit dire, cela est dans un tel Chapitre, & dans un tel Verset ; mais pour cela, il faut bien savoir l’Ecriture. REFLE- áiî Ministère Sacré. §s , REFLEXIONS QU’ON DOIT FAIRE SUR LE STILE , L’ELOQUENCE . LA PRONONCIATION, &c. DU STILE. C E que nous avons dit jusques-ici , regarde les choses mêmes auxquelles on doit avoir égard en relisant ses Pièces. Les réflexions que nous allons ajouter, regardent la manière d’exprimer & de prononcer les choses qu’on a méditées. Un Prédicateur ne doit pas négliger l’ex- térieur. La manière de dire les choses, contribue beaucoup à les faire recevoir. Je commence par le Stile , & voici ce que je crois, qu’il y a de plus essentiel à observer sur ce sujet. I. Le Stile doit naître des choses mêmes, plutôt que de l’étude & du travail. Ainsi íì vous concevez clairement ce que vous dites, & que vous en soyez bien pénétrés, vous Texprimerez toujours bien. Toutes les paf. fions font éloquentes. Nam ita fat, ut ex fknitudine fe&oris verba fundat , qua, quia if fa ! rerum natura , non dicentìs industria , [uffedìtat , *moto omni verborum tumore, fine ullâ hyperbole , rébus non J,écus ac vestis corporiaftijfimè adhœre- bmt, Erit in illws stilo virils quoddam robur , E m De l’Exeráce ac flenœ sententiarum vocçs-, quœ rerum non tam figna erunt, quàtn vividœ quadam U exprejfie imagines. Gaussenus pag. 2Zs. II. Le Stile doit être pur , clair & exaóí. Pour cela il faut avoir 1. Des Idées claires de ce qu’on veut dire. 2 . 11 faut entendre la Langue. Pour cet effet on doit lire les Remarques fur la Langue , & des Livres bien écrits. On doit s’y apliquer pendant qu’on eít jeune ; car quand une fois on a pris l’habitude de parler mal, on ne s’en défait pas aisément. Cependant on ne doit jamais faire son capital du Stile , & ne s’occuper qu’à la lecture des Livres du Tems, sous prétexte 3 qu’ils sont bien écrits. Pour aquérir un beau Stile, voici le conseil que j’ai à vous donner. C’est que quand vous trouverez de beaux endroits dans les Livres , vous en fassiez l’extrait, & que vous relisiez de tems en tems ces endroits que vous aurez copiés. Si vous le faites, vous vous accoutumerez insensiblement à penser noblement , & à écrire purement. III. Le Stile de la Chaire doit être grave ; & afin qu’il soit tel, vous devez le former fur celui- de l’Ecriture Sainte & de la Piété. II y a plusieurs Phrases qui peuvent être bonnes dans la Conversation , mais qui sont trop cavalières pour la Chaire. Je dis la même du Ministère Sacré. 6 y même chose de certains Mots à la mode, des Termes nouveaux & singuliers. Remarquez que quand on parle fur VImpureté , il faut bien prendre garde qu’il ne vous échape quelque chose qui pût faire naître des idées ! impures, ou qui sentît tant soit peu la galanterie. IV. Le Stile doit être simple & naturel. II faut qu’il soit tel, afin que le Peuple l’entende. On pèche en plusieurs manières contre cette simplicité. ' i. Quand on recherche trop ses mots & ses phrases. S’il faloit choisir entre un Stile négligé & un Stile guindé , j’aimerois mieux | qu’un Prédicateur tombât dans le Stile né- | gligé , pourvu-qu’il fût naturel, que s’il fai- i loitparoître tropd’art. 1 2. Quand on recherche les Bons - mots, | les Jeux-de-mots, les Pointes &c. c’est-là j une faute des Petits-Esprits. z. On pèche à cet égard, quand on se sert d’un Stile pompeux, relevé & brillant; il y a même du péché à y donner. 4. Quand on employé certains tours trop fins & trop éloignés de l’usage ordinaire. On peuts’en servir dans certaines occasions, mais ils doivent toujours être bannis de la Chaire. Mr. la Placette tombe dans ce défaut - là. s. Quand on emploie des expressions , qui paílènt la portée du Peuple, comme font E % les í S 68 De l'Exercice les termes de Sciences. Par exemple, le Peuple ne fait guères ce que c’est que Dispensation , Economie , Idée , &c. II ne connoit pas non plus les termes de Peinture , & ainsi on doit les bannir de la Chaire autant que l’on peut ; & quand on est obligé de s’en servir, il est bon de les expliquer. 6. C’est pécher contre cette Simplicité, qued’outrer les choses, de se servir d’hyper- boles. II n’y a rien qu’on doive fuir avec plus de foin, que les exagérations. Ainsi je n’aprouve pas la coutume de ceux qui ayant quelque beau sujet à traiter, l’élèvent auflì-tôt par-deísus tous les autres Textes de l’Ecriture. Vous devez bien prendre garde à toutes ces choses. D E 1/ELOQUENCE. A L’occafìon du Stile il est naturel que je vous parle de l’Eloquence. Je pour. rois vous dire qu’elle naît des Règles que nous avons données, & qu’elle consiste à suivre la Piété & le Bon - Sens. Je pour- rois, dis - je, me contenter de cela, mais j’ajouterai encore deux mots fur ce sujet. da Ministère Sacré. 69 I. Je dis donc que pour parvenir à la vraie Eloquence , il faut renoncer à la fausse, qui consiste dans les faux brillans » dans la voix forte, dans un stile pompeux &c. Quand on s’arrête uniquement à ces choses , on n’est pas éloquent ; parcequ’il n’y a rien en cela, qui parte du coeur. C’est encore une fausse Eloquence, que de vouloir tout dire avec esprit, tourner toutes choses délicatement. Par - là on aquiert le titre de beau parleur , mais on ne convertira jamais une Ame, & on ne plaît pas même aux gens solides. Déplus , il y a de la conscience à en user ainsi ; car l’Auditeur est trop attiré au dehors par toutes ces choses, au lieu qu’on lui doit faire goûter les réflexions qu’on propose. Voulez-vous donc parvenir à la vraie Eloquence , vous devez d’abord vous défaire de l’envie de paroítre éloquent. II ne faut pas réchercher les louanges & la réputation. Tant qu’on aura de ces vues d’orgueil & d’ambition, on ne prêchera pas bien, & on ne fera jamais véritablement éloquent. II. II faut s’attacher à la simplicité de l’E- vangile. II n’y a rien de si noble que cette mâle Eloquence , qu’on trouve dans l’Evan- gile & dans toute l’Ecriture. II y a des endroits dans les Prophètes qui ne sauroient être plus éloquens. De-même dans les E- pîtres. I. Or. XI. I. Tim. VI. &c. vous trou- E z ver *7© De l’Exercice vezdes endroits qui ont quelque chose de íì grand , que rien ne sauroit les égaler. III. L’JEloquence ne consiste pas toujours dans la force & dans la grandeur des choses que l’on dit, mais elle paroît auffi dans la douceur & dans la simplicité. Celui-là est éloquent, qui s’insinue & qui persuade. Or on persuade plus aisément par la douceur , que par la véhémence : Qui semper movet , nun- quam movet. Ainsi il ne faut pas toujours se piquer d’être pathétique ; car par-là vous accoutumerez tellement votre Auditeur à ces endroits forts, que quand vous aurez besoin de toucher , vous ne sauriez plus le faire. Voy. le Traité des Sources de la Corruption Fart. II. Chap. 3. DES MOYENS DE RENDRE L’AUDITEUR ATTENTIF. I L ne suffit pas d’être éloquent, il faut joindre à cette éloquence certains tours qui rendent l’Auditeur attentif , & qui le réveillent. Le moyen de se faire écouter, c’est de dire de bonnes choses, de parler avec ordre, d’être précis, en un mot, c’est de pratiquer les Règles précédentes. Mais ce que d,u Ministère Sacré. fl ce que je veux dire id, regarde plutôt la manière de proposer les choses, que les choses mêmes. Car bien des Prédicateurs disent de bonnes choses, qu’on n’écoute cependant pas. Prenez un bon Discours, une personne qui lui donnera un certain tour se fera écouter , au lieu que le même discours ne paroîtra point dans la bouche d’un autre. Or pour retenir l’Auditeur d’une manière qu’il n’échape pas, il faut beaucoup de naturel. On ne sauroit bien dire, en quoi cela consiste : c’est un certain je ne sai quoi qu’on ne sauroit réduire en art. Caput Artis est decere , qu o d t amen unum est , qu o d tra- ! di arte nonpotest , Cicéron. Cependant je vous donnerai quelques Préceptes, qu’il est bon de mettre en pratique. I. C’est que quand on a quelque chose d’important à proposer à ses Auditeurs , il ! faut les en avertir. Par exemple , on peut se servir de ces manières de parler : Si vous ni avez écouté jusqu’ici, vous devez redoub'er vo- tre attention j Ce que je vai vous dire , vous touche de fort près &c. Ces manières excitent la cu- ! riosité de l’Auditeur , & l’empêchent de se distraire. Vid. Gaussen,^. 279. II. Les Parenthèses font un excellent moyen pour réveiller l’attention. Par exemple , quand en parlant de l’ Ivrognerie , on di- roit tout-à-coup d’une voix élevée, fans que l’Auditeur s’y attendit : On entend dire quHl y E 4 a plu- 72 De PExercice a plusieurs de ceux qui niécoutent qui s'adonnent à ce Vice, de dire fi ce bruit est vrai, je ríert fiai rien , Dieu le saitmais f cela est , je prie Dieu d’avoir compassion de ces gens-là par Jésus Christ , &c. & qu’ensuite on reprît tranquile- ment le fil de son Discours. Cela ne man- queroit pas d’exciter l’attention de l’Audi- teur. Gaussen. pag. 280. III. On peut employer les Digressions. Une Digression mal placée ne peut causer que du mal ; mais aussi quand on s’en sert à-propos , elles attachent merveilleusement P Auditeur. Quand on les veut employer, il faut observer ces trois choses 1. Qu’elles soient rares. 2. II faut avertir l’Auditeur qu’on en va faire. 3. On ne doit en employer que pour des choses importantes. IV. A ces moyens que Mr. Gaussen indique, on en peut ajouter d’autres, comme de citer quelques Histoires de PEcriture. Quand ces Histoires font bien placées, elles plaisent beaucoup. V. Les belles Transitions font un bon effet. Quand on passe sèchement d’un sujet à un autre , cela ote beaucoup de la grâce du Discours. VI. Un sixième moyen que je crois très- propre pour rendre attentif, c’est de se servir d’Interrogations ; elles touchent extrêmement. St. Chrysostome s’en servoit beaucoup. VIL iu Ministère Sacré. 7î VII. Vous devez tâcher de bien entrer dans l’esprit de l’Auditeur. Si vous y entrez, vous le rendrez infailliblement attentif. Vous devez vous étudier avec beaucoup duplication à trouver le secret d’entrer dans l’e- íprit de votre Auditeur, de prévenir ses objections & ses scrupules. Pour cela il faut une méditation fréquente fur nous-mêmes & fur les autres hommes, lire de bons Livres, &c. VIII. Outre toutes ces choses , qui regardent le Discours même, il y a encore d’autres moyens qu’on peut employer utilement , & qui consistent dans la manière de réciter. Tels font les fréquens changemens de voix. Attentio nuïïâ re magìs quàrn récurrente fapius oratìonis fimilitudine retunditur , nulla. contra magis quant varietate excitatur. G A u s s E N. pag. 276. Mais il faut prendre garde, que ces variations soient toujours proportionnées & conformes à la nature des choses que l’on dit. Les Pauses contribuent encore beaucoup à l’attention de l’Auditeur. Le Geste produit le même effet. Tous ces moyens quoiqu’extérieurs , ne doivent pas être négligés , & ils font de plus grande importance qu’on ne pense, t E f DE 74 De r Exercice DELA PRONONCIATION E T DU geste* L’égard de la Prononciation & du jL \ Geste, je dois vous renvoyer à Mr. le Faucheur, qui a fait un excellent Traité fur ce sujet. Je vous avertirai seulement de trois choses. I. La première regarde la pensée de plusieurs , qui croient qu’on peut négliger l’ex- térieur, & que c'esì vouloir plaire aux Hommes que de s’y étudier. Cela seroit bon à dire, li Dieu & la Nature nous a voient donné toutes choses dans fa perfection. Mais quand la Nature s’est gâtée par de mauvaises habitudes, il faut la ramener. Pour ce qui est de plaire aux Hommes, si l’on ne se proposoit d’autre but que celui-là, ce seroit un grand crime. Mais ce seroit être ridicule, fi quand on croit faire plus de fruit en parlant d’une certaine manière , on ne le faifoit pas. Je crois même qu’il y auroit du péché a ne le pas faire. II. La seconde chose que vous devez remarquer , c’est qu’on pèche du coté du Geste, en du Ministère Sacré. s en ce qu’on en fait trop. Cela vient de ce que les Proposans , dans les commence- mens , croient qu’il est nécessaire de faire des gestes; & ne sachant pas comme on s’y prend , ils en font à tort & à travers : deforte qu’ils contractent une mauvaise habitude , & tombent dans l'excès. II y a plus de gravité à en faire peu , qu’à en faire beaucoup. O'ailleurs un Homme qui n’en fait pas beaucoup, touche ordinairement bien davantage quand il vient à l’employer. III. La troisième chose que j’ai à vous dire, & qui est générale. C’est que la meilleure chose qu’on puisse suivre à cet égard, c’est la Dévotion & la Nature ; ou pour réduire tout en un , c’est de suivre les mouve- mens du cœur. Pour réciter les choses d’une manière convenable , il faut laisser agir le cœur , à-moins qu’on n’eût pris de mauvaises habitudes , car en ce cas il faut de l’étude, & des foins pour fe corriger : mais vous êtes dans un âge , oû l’on n’a pas encore contracté des habitudes vicieuses. DU JS De PExercice DU TEMS QU’ON DOIT EMPLOYER A LA COMPOSITION D’ U N SE R M O N. Q Uand on compose, on doit employer un tems raisonnable. On ne doit en mettre ni trop peu, ni trop I. Je dis trop peu. Car. i. On doit se donner le tems de méditer. 2. De mettre ses méditations par écrit, z. De les revoir. C’est-là une peine qu’on doit se donner. II faut être bien sur ses gardes contre la paresse. Quand une fois on s’y laisse aller, on a recours à de mauvaises raisons pour Pau- toriser ; comme par exemple , qu' il ne faut pas tant d’aparat pour prêcher P Evangile. En quoi il y a quelque chose de vrai, mais qui ne peut pas avoir lieu ici. Ita afequor ut alio tempore cogitem. ClC. de Orat. II. II ne faut pas aussi employer trop de tems. Car i. Cela du Ministère Sacré. 77 1. Cela rend paresseux, on ne fait rien qu’avec peine, & on fe rebute pour peu qu’on aît de penchant au relâchement. 2. On perd beaucoup de tems. Un Ministre doit être ménager de son tems, il doit faire enforte qu’il lui en reste toujours assez pour les autres fonctions du ministère & pour ses études. Ainsi je n’aprouve pas les conseils que donnent certains Ministres ( & ceux de France en particulier ) aux Propo- fans , de mettre beaucoup de tems à la composition de leurs Pièces , il ne faut que deux on trois jours à un Ministre qui est en exercice. Ainsi quand vous voudrez travailler, Travaillez tout ^ une fuite. Voici l’avantage que vous en retirerez : c’est que vous exercerez votre imagination, & que vous l’accoutume- rez à produire promtement. Mais le moyen , direz vous , d?être toujours en état de produire dequoi remplir un Sermon en fi feu de tems ? Le voici, c’est de travailler à l’avance, & de méditer de longue main. Et quand il vous vient quelques pensées fur un sujet, de les mettre par écrit, afin qu# vous les trouviez en leur tems. DE 78 De VExercice îagfflgssssgaea^s^oîaîîageîîsgagaÈaaas DE LA LONGUEUR. DES SERMONS 1 A longueur dans les Sermons est con- stamment un défaut ; & quoiqu’on en puisse dire, comptez que les longs Sermons ennuyent. D’ailleurs, elle rebute les Auditeurs. II se trouvera bien peut-être , dans une Assemblée , quelques personnes qui diront qu’elles ne font pas ennuyées, malgré la longueur des Sermons. Mais s’il y a douze personnes qui parlent de cette manière, tout le reste de P Assemblée dira le contraire. Ensuite, il est impossible de bien retenir un long Sermon. Si le Sermon que l’on fait n’est pas bon, il ne sauroit être trop court ; & s’il est bon , vous devez ménager l’ascendant que vous avez fur l’esprit de vos Auditeurs ; car après trois quarts- d’heure l’attention le lasse : fous prétexte de nourir , on ne doit pas rassasier les gens jus- qu’au dégoût. Voici une autre raison, de conscience, qui doit obliger à être court. C’est le lieu & le rang que tiennent les Sermons dans le Service Divin, ils n’en font que l’interruption. II faut donc réserver l’attention de vos Auditeurs pour les Prières que Pon fait après da Ministère Sacré . 7K le Sermon, & pour le Chant des Pseaumes. Si vous prêchez long teins, 1. Vous rebutez votre Auditoire. 2. Vous lui inspirez du chagrin , & dès-là il n’estplus en état de prier Dieu. z. De-plus, dans une Assemblée un peu nombreuiè, il y a toujours des Infirmes. II faut avoir un peu d’égard pour l’Eglise de Dieu. La mesure ordinaire d’un Sermon doit être d’environ trois quarts - d'heure , le Dimanche; les Jours fur Semaine, entre demi - heure & trois quarts - d’heure ; les jours de Communion on doit être plus court qu’à l’ordinaire ; pour les Jours de Jeûne , on peut s'étendre davantage. Si nous examinons les Sermons des Anciens Pères de PEglsse & leurs Homélies s vous verrez qu’elles n’ont qu’une demi- heure. On n’en volt presque point d’une heure. II y a trois sources principales de la Longueur des Sermons. La r. C’est qu’on ne fait pas attention aux Règles que nous avons données, & qui regardent la précision. La 2. C’est qu’on a de fausses idées , soit de la Théologie , soit de la Prédication. On croit que pour bien prêcher, on n’a qu’à bien charger ses Sermons. go De /’Exercice La z. C’est que l’on consume trop de tems en Exordes & en Préliminaires. Si on les retranchoit, on seroit bien plus court, & on ne retrancheroit rien d’essentiel. Ainsi ayez pour maxime, d’entrer d’abord en matière. Voilà comment nous avons achevé la matière de la Prédication en général. REGLES PARTICULIERES POUR LES DIFFERENTES ESPECES DE S E R M O N S. ET I. DE CEUX OU L’ON EX- PLIQUE L’ECRITURE SAINTE. C Omme il y a de deux sortes de Sermons , i°. des Homélies , ou de ceux où l’on explique l’Ecriture. 2. de ceux que l’on apelle proprement Sermons , qui traitent de quelque matière ; il faut voir les Règles que l’on doit observer dans les uns & dans les autres. Pour commencer d’abord par ceux où l’on explique l’Ecriture , voici les Règles que j’ai à vous donner. I. Règle. C’est de connoître le but du Texte. Avant que de penser à ce qu’on pour- áu Ministère Sacrés §i pourroît dire sur le sujet qu’on a en main il faut en connoître le but. Pour cet effet, il ne faut jamais regarder un Texte en lui- même , mais il faut voir à quelle occasion & ; dans quelle intention il a été prononcé. On doit faire attention à ce qui précède & à ce qui fuit le Texte , en un mot, à toute la fuite d’un Discours ; examiner qui parloit, à qui le Discours est adressé, dans quelles circonstances &c. Par exemple íì on expli- quoit les Epîtres de St. Paul aux Romains 8c aux Galates , il faudroit toujours bien fe souvenir que l’Apôtre avoit en vue les Chrétiens qui vouloient joindre les Cérémonies de la Loi à l’Evangile. II. La seconde Règle , c’est de lire le Texte dans l’Original. Les Versions font dé- : fectueuses en bien des endroits. Les Histoires ; font traduites fidèlement, parce que ce font : des choses simples. Mais dans les Textes Pro- I phétiques ou Dogmatiques, les Versions don- i nent le plus souvent à gauche. Les Pfeaumes, les Proverbes, & sur-tout le Livre de J o B, sont assez mal traduits. Je ne veux pas par-là blâmer nos Versions, mais seulement vous faire : connoître que quand on veut expliquer P Ecriture, on doit la lire dans la Langue Originale. Le Nouveau Testament est mieux traduit que le Vieux , parce que le Grec a plus de raport à notre Langue. Mais cela ne vous dispense pas d’observer cette Règle à l’égard L Part . F du 8 2 De P Exercice dû Nouveau Testament, comme à l’e'gard du Vieux. III. Une troisième Règle qu’il est nécef- faire que je répète, c’est qu’il faut faire par soi-même tout ce que l’on peut. On doit employer ses connoissances pour faire quelque chose, & tout-au moins un plan qui soit de notre cru. Voy. Gausse n. Pour ce sujet, iì faut bien lire í’Ecriture, asin de voir en quel sens les façons de parler font figurées. A cet égard je vous dirai que les Concordances font d’un grand secours & d’un grand usage, & il est permis de s’en servir. Nonprihs Com- ■mentatores adeat , quàm ipfi aqua hœreat. G A u S- sen. pag. 28. Les meilleures font celles de Kircher en Grec, celles de H. Etienne auffi en Grec fur le Nouveau Testament, le DiBìonnaire de Marinus Brixianus en Hébreu. II y a auffi en Latin les Concordante Biblicœ Majores , qui font excellentes. IV. Règle. Quand on a ainsi fait de soi-mè- me ce que l’on peut, il est permis alors de fe servir de Commentaires. J’ai trois choses à Vous dire fur ce sujet. 1 . 11 faut les consulter principalement dans ces deux vues. 1 . Quand il y a quelque thofe dans un Texte qu’on ne peut entendre fans le secours d’autrui, comme par exemple des Faits d’Histoire, des Articles de Critique, ou des Coutumes des Juifs &c. 2 . Pour voir si l’on n’a sien omis d’essentiel. Quelque- du Mîmjîère Sacré. K§ quefois on peut s’assurer qu’on a réussi dans la composition, mais d’autres fois l’on peut être en doute íì l’on a tout dit, si l’on ne pouvoit pas être plus précis ; & c’est dans ces occasions qu’on peut chercher à s’éclaircir dans les Commentaires. 2. II faut les bien choisir. Voyez ce que j’en ai dit dans le Traité des Sources de la Corruption Part. II. Source 7. Je dirai seulement une chose ; c’est que ceux qui sont courts, qui éclaircissent le sens littéral de l’Ecriture, font les meilleurs. Calvin est un des plus Ì 'udicieux Commentateurs que nous ayons. Iullinger est excellent. On peut lire avee utilité les Homélies de Gu alther. Pour les Modernes, il y a Grotius qui est excellent. Les Petits Critiques font aussi très-bons, mais il faut s’en servir avec jugement. Les Paraphrases sont encore bonnes. Celle d’E r a s m e fur le Nouveau Testament a été admirée de tout tems. II y a cependant un défaut, c’est qu’il y met trop d’efprit, & d’affectation de politesse dans le langage & dans les pensées. ■Celles de de Launay & de Hammond ont aussi leur prix. 3- L’uiage qu’on en doit faire, ce n’est pas de les copier comme font quelques-uns, & de débiter en Chaire tout ce qu’on y trouve. Mais on doit s’en servir pour s’instruire, ensorte que nous les convertissions en notre propre Insistance. Pour cela, if faut bien F 2 8XS- J54 Dtf PExercice examiner les choses. Je n’aprouve pas qu'un Prédicateur rende raison au Peuple de ce j qu’il a lu. Le Peuple n’a que faire de tout i cela. V. Règle. On ne doit pas raporter en Chaire les différentes explications qu’on peut donner à un terme. Ilfaut se déterminer chez foi, choisir le sens qu’on croît le meilleur, & faire son Sermon là-deffus. En raportant les divers sens , on fait naître des scrupules dans l’esprit de í’Auditeur, & on se jette dans la longueur. j excepte pourtant certains cas. Par exemple dans les Textes obscurs & singuliers où il | y a matière de douter, alors on ne peut se dispenser de raporter les différentes explications & significations qu’on leur donne: Surtout on doit faire cela, quand ce font des Passages auxquels on veut donner un sens : qu’on ne leur donne pas ordinairement; comme fî l’on expliquoit ces paroles de St. , M atth. XII. 3 6 . où il est dit que les hommes rendront compte de leurs paroles oiseuses &c. II I faudroit alors lever les scrupules qu’on pour- roit avoir fur ce sujet. C’est auffi une peine perdue, que de dire en quel sens se prend un Terme. On n’est 1 pas obligé de rendre raison de tout, cependant ! plusieurs prédicateurs le font. Cela vient de ! ce qu’on s’imagine qu’il faut dire quelque i chose sur chaque mot du Texte. VI. Rè- âu Ministère Sacré. VI. Règle. II faut bannir de la Chaire 1* plupart des Observations de Critique & de Grammaire. Ce font-là des choses où le j Peuple n’entend rien, parce qu’il y entre de | la Philologie. Je consens qu’on fasse ces Ob- i fervations dans son cabinet, mais je ne veux j pas qu’on aille rendre compte en chaire de ! lès études. Quelquefois lorsqu’un Texte est obscur, & qu’on peut l’éclaircir par une remarque de Critique ou de Grammaire, alors on peut le faire. Comme, par exemple, voici un Passa- ! ge où la Critique est nécessaire, Mat t h. ; XXVII. 8.9. Cepalïagene fe trouve point I dans J e'r e'm 1 e comme le dit St. M a t t h 1 e u, mais dans Zacharie. On peut éclaircir cela I en disant, que les Juifs donnoient le nom de ; Je're'mie à tout le Volume des Prophètes, comme Lighfoot l’a fait voir. VII. La septième Règle , c’est qu’il ne faut pas beaucoup insister sur les Termes. Par où j’entens deux choses, dont la première regarde l’explication des Termes, & l’autre la force des Termes. Prémièrement, il ne faut pas toujours expliquer les Termes. 1. Ceux qui font clairs d’eux-mêmes n’en ont pas besoin. 2. Ceux qui sont obscurs, ne doivent pas auffi être toujours expliqués. Par exemple, le terme de Pharisien ne doit pas toujours F z être 86 De f Exercice être expliqué , quoiqu’il soit obscur. Si je prêchois fur l’Evangile , la première fois que je trouverois ce mot, je l’expliquerois ; je Î tourrois encore le faire, en peu de mots, a seconde & la troisième fois, pour en rafraîchir la mémoire ; mais après cela je n’en parlerois plus. De-même, le mot de Mystère se trouve Epks I. 9. & VI. 19. Si je prêchois fur le premier de ces endroits, il faudroit expliquer le mot de Mystère , parce que c’en est-là le lieu ; mais non pas si j’expliquois le second. Vous pouvez apliquer cette Règle à plusieurs autres Passages, En général, il n’y a rien de si fade que de s’attacher aux mots, il faut s’arrêter à ressenties Secondement, pour ce qui est de la force des Termes, plusieurs Prédicateurs fondent bien des réflexions fur la force des Termes, qui n’y font point renfermées. Les Ecrivains Sacrés parloient & écrivoient fort simplement. Pour éviter cet écueil, il faut avoir j. du jugement. 2. la connoissance des Langues & du Stile des Auteurs. Ayez donc pour maxime de ne pas presser les termes, mais de vous arrêter à l’estèn- ti el. Si on vouloit le faire dans les Eseau- fies , où l’on trouve à tout le moment le mot Eternel, où en feroit-on ? VIII. Règle. II faut discerner dans un Texte ce qui a besoin d’être expliqué, & ce qui n’en a pas de besoin. Voici deux Maximes fur ce sujet. La -1 > du Ministère Sucré. 8? e La i. c’est de voir s’il y a des choses qui e paroîssent assez avoir besoin d’explication, s & dont on peut juger que le Peuple n’a , i pas de connoissance , comme des Faits >- ; d’Histoire &c. Mais lorsque les cho- ti ses s’entendent d’elles-mêmes , il faut passer rt , outre. J’aplique ceci aux Textes mêmes. II is y en a un grand nombre que le Peuple en- ;■ tend à la simple lecture qu’on en fait. Sj n , on vouloit s’attacher à les expliquer , il fau- e droit necessairement dire des choses inutile les. Mais il faut dans ces occasions ea il i montrer la vérité ou f usage, & y faire des x réflexions. Par exemple, si on avoit à expliquer ces paroles de St. J a q. I. 2 . Tenez e pour une parfaite joie quand vous tomberez en' ,t diverses tentations , on pourroit en donner >, i l’explication en huit ou dix périodes : mais s il faudroit montrer qu’on doit regarder , comme une joie, & comme une grande joie, r I quand on est exposé aux tentations : ainsi il , i ne faut pas avoir pour maxime, de vouloir I tout expliquer. La 2. Maxime est de voir tout ce qu’il . I est à-propos d’expliquer. 11 y a des endroits . , fur lesquels il faut passer légèrement, quoi- t ; qu’ils eussent besoin d’être expliqués. Par ! exemple , si je devois expliquer le J. Chap. , j aux Romains , quoique les crimes dont St. , Paul parle eûssent besoin d’être expliqués, ; i je ne dirois pourtant rien fur leur nature, i I ‘ F 4 Je S 8 De l’Exereice Je me contenterais de dire que ce sont-là des horreurs qu’on ne peut pas porter en Chaire. Mais je m’arrêterois à faire voir dans quelles abominations les Hommes vivent, quand ils suivent leurs convoitises. Ainsi quand on a en main ces fortes de sujets , il ne faut pas s’attacher à l’explication, mais se tourner du coté des motifs qui doivent en détourner les Hommes. IX. Règle. II faut toujours s’attacher au sens Littéral autant qu’on le peut , c’est presque toujours le meilleur. Je ne prétens pas bannir par-là le sens Allégorique ou Mystique. Mais il faut être fort sobre , & s’arrèter aux idées que le Texte présente à l’esprit, & qui naissent de la suite du discours. Les Commentateurs prolixes tombent souvent dans le défaut de chercher du mistère , où il n’y en a point. Mais afin de ne pas chercher le sens Mystique mal-à-propos, ne considérez jamais un Texte détaché, mais suivez toujours le fil du discours, & cela vous empêchera de faire des écarts. Pour vous faire bien comprendre ma pensée, voici ce que je condamne. i. Ceux qui donnent deux ou plusieurs sens à un Texte , qui les admettent tous, & qui les expliquent séparément, comme fit Mr. Morus dans un Sermon fur Matth. XXIV. 28. II expliqua d’abord ce Texte des Rpmains, iu Ministère Sacré. 8- îî ; Romains , & ensuite des Aigles Mystiques. Je i sai bien qu’on peut considérer un Texte à r j différens égards ; mais je-dis - | 2 . Qu’autre chose est apliquer un Texte !> à divers égards, & autre chose lui donner ;• plusieurs sens : il n’y en a toujours qu’un. i, Par exemple, quand on prêche fur les Ffeau- mes , où David parle des délivrances que I Dieu lui avoit accordées, on peut les apli- u quer aux délivrances que Dieu accordera à ì j ses Enfans, à celles qu’il accordera aux der- I niers jours &c. Mais le prémier sens est le 5 véritable ; & l’on se tromperait, si l’on di- 5 i soit que David a voulu marquer les autres ; : sens. Ainsi il ne faut pas confondre l’expli- t i cation avec l’aplication. X. Règle. Quand on veut expliquer un - 1 Texte, il faut tâcher de connoître ce qu’il > i renferme de plus essentiel. Pour ce sujet, il ; ; faut d’abord examiner un Texte par les lumiè- . res du bon-sens, & tâcher de bien distinguer . l’accessoire du principal, afin de s’attacher à l’essentiel. Quand on ne le fait pas, on perd beaucoup de tems inutilement ; on s’arrête à des préliminaires qui ne fervent à rien ; & quand il s’agit d’en venir au principal , le : tems destiné à l’Action est presque passé. Alors étant pressé, on n’a pas le tems de s’y étendre , & on passe légèrement fur la chose. II ne faut donc jamais s’arrêter à ce qui n’est pas le principal dans un Texte j & pour le F s bien 5 ® De l'Exercict bien connoltre, il faut se souvenir de cette règle ; c’est qu’il faut savoir se borner, & ne pas vouloir tout dire. XI. Règle. II faut éviter les Questions & les Objections inutiles. J’ai dit ci-dessus qu’il faloit proposer les Objections fidèlement , & les bien résoudre ; mais ceci regarde l’Explication de l’Ecriture. Quand vous vous engagez dans beaucoup de Qué- stions, votre Auditeur ne vous fuit pas ; ou s’il vous écoute , il ne se souvient pas de ce que vous avez dit. C’est-là cependant un défaut assez commun dans les Prédicateurs , qui procède de ces deux causes. La r. c’est qu’on manque de bon-sens & de jugement. Les gens de bon-sens ne s’a- musent pas à ces vétilles: Aqmla non captaû m use as. 2. Cela vient quelquefois de l’affectation de vouloir paroître savant. Ordinairement on s’épuife en conjectures inutiles. Un homme de peu de sens qui auroit à traiter Mat t h. XV. 21. s’arrêteroit aux préliminaires , examineroit pourquoi Jésus Christ alloit à Sidon & à Tir &c. au lieu qu’il faut toujours regarder un Texte dans des vues simples. Voilà les principales Règles qu’il faut suivre dans l’Explication de l’Ecriture. Mais comme il y a diverses sortes de Sermons , où l’on explique l’Ecriture, comme des Je T o t c < I âu Ministère Sacré. 91 des Textes de Miracles & d’Histoire, des Textes de Paraboles & d’Oracles, de ceux où il y a des mouvemens de Piété, des Textes de Morale & de Doctrine, je vai vous ídonner des règles particulières pour chaque espèce de Sermons. DES TEXTES DE MIRACLES ET D’HISTOIRE. J E commence par les Textes de Miracles & d’Histoires. Ces deux sortes de Textes font à - peu - près la même chose , & il y a à - peu - près les mêmes règles à observer pour les uns & pour les autres ; parce- que tous les Miracles font des Histoires. II faut beaucoup de jugement pour les traiter. I. La prémière Règle qu’il faut observer dans ces Textes , c’est qu’on doit les expliquer tout entiers autant qu’on le peut, & I foire beaucoup de chemin. Ces Textes ne parodient beaux, que quand ils font ramas- i sés. On ne doit donc pas les partager, ! à-moins qu’on n’ait quelques vues particu- i Hères. ; II. Règle. Dans ces Textes, il faut s’atta- | cher aux choses, & non aux mots. Ma j peu- IL De /’Exercice pensée n’est pas qu’il ne faille jamais s’arré- ter aux mots ; car s’ils sont difficiles , ou íì ce sont des allusions aux Coutumes des Juifs ou d’autres Peuples, il est bon de les expliquer. Mais on n’a pas occasion de 8'arrêter beaucoup fur les termes, parceque la narration des Histoires est fort simple. Ainsi ce feroit perdre du tems, que de s’y arrêter beaucoup. III. Règle. Puisqu’il ne faut pas s’arrêter aux termes, les Textes demandent plutôt des réflexions qu'une explication. Les Histoires sont ordinairement aífez claires, & elles ne fervent qu’à faire faire des réflexions. IV. Règle. Pour savoir fur quoi doivent rouler les réflexions , il faut faire attention aux circonstances de l’Histoire, qu’on doit traiter , distinguer avec soin ce qui est accessoire d’avec le principal, afin de s’arrêter toûjours à l’essentiel. Par exemple, si on expliquoit le commencement du Chap. VIII. de St.Matth. il ne faudroit pas s’arrêter fur ces mots, Quand il fut descendu de la montagne , parce que cela rì’est point essentiel. Vous vous apercevrez fans-doute , que je fais cette réflexion, parce que c’est un défaut où tombent bien des gens. On ne fauroit trop avertir les Jeunes- gens de s’arrêter à l’essentiel. V. Règle. Pour ce qui est des Usages qu’on doit tirer de ces Textes, ils doivent être du Ministère Sacré. 93 être tantôt de Doctrine , & tantôt de Morale. Mais principalement quand ce sont des Mi- ì racles, on ne doit pas oublier d’en tirer des Usages, pour confirmer la Religion Chrétienne. DES .^{V> ; TEXTES ALLEGORIQUES O U D E S PARABOLES. ì J ’Ai dessein de parler ici des Allégories » des Similitudes, & de tout ce qu’on peut apeller Comparaison, Type, Parabole, &c. Ces Textes doivent être traités fort judicieusement , & ils sont ordinairement l’é- cueil de ceux qui n’ont pas de bon-sens. I. II n'en etì pas de ces Textes ici comme I des Histoires qui sont claires, car ces Textes J veulent être expliqués. II faut souvent s’ar- rêter aux mots, mais cependant on ne doit pas y insister long-tems. Pour ce qui est des Similitudes, il n’est pas nécessaire de dire, d’où elles sont prises. Mais comme dans ces Similitudes il y a des allusions prises des Coutumes Etrangères, il est bon de les expliquer. Par exemple, si l’on expli- quoit 94 De l’Exercice quoit la Parabole des Vierges, ilfaudroit dí- £ re que c’étoit une ancienne Coutume , que c les Jeunes - gens allâssent au-devant de l’E- « poux fur le minuit avec des lampes &c. < II. II faut s’attacher à la choie signifiée , 1 en venir d’abord au but principal de la Para- ; bole ou de la Comparaison , & ne pas s’ar- '< rêter longtems aux circonstances qui ne fer- J vent que d’ornement. Dans toutes les Pa- i raboles ou Similitudes il y a un certain point j de vue , auquel il faut s’attacher, & laisser ce qui ne sert pour-ainsi-dire que d’ornement. On explique ceci par la comparaison d’un tableau , dans la bordure duquel il peut y avoir plusieurs choses ; mais pour ju- I ger de fa beauté, il faut s’arrêter à l’objet principal. Par exemple , dans la Parabole de l’Enfant Prodigue, il y a un endroit où il est dit que quand le Fils - aîné s’aprocha de la maison, & qu’il entendit les danses, il en fut scandalisé &c. Ce n’est pas là le lieu de voir ce que ces danses signifioient, & pourquoi il en étoit scandalisé. C’est - là une circonstance sur laquelle on ne doit pas s’arrêter. ITT . On ne doit jamais trop presser ces sortes de Textes. Cependant les Prédicateurs ne finissent jamais, quand ils accrochent quelque Type. 11s veulent apliquer à J. C. jusqu’aux moindres ornemens des Sacrificateurs. Quand ils trouvent un endroit du Ministère Sacré. 9s où Christ est apellé Pain , ils commencent par dire comment le Pain se fait. On met le grain au moulin, dilènt-ils, fuis on pétrit la farine, ensuite on cuit la pâte au four , &c. De-même , disent-ils , Jésus Christ a été brisé, il a été pétri dans les affilions. Au lieu que fans s’arrêter à subtiliser là-dessus , il faudroit dire que Jésus Christ est apellé Pain , parce qu’il nourrit : nos âmes, de-même que le Pain nourrit nos corps. II en est de-même de la Manne. Toutes les Allégories que l’on fait fur cefu- I jet, font des jeux - d’efprit, dont le Peuple ne retire aucune édification. DES TEXTES D-ORACLES. J ’Ai trois Maximes à vous donner fur cee sortes de Textes. I. II ne faut mettre au rang des Oracles, que ce qui est véritablement Oracle. 11 y a certains Auteurs qui convertissent tout le V. T. en Oracles. II ne faut mettre au nom- i bre des Oracles, que ceux qui y font mis par l le St. Esprit, & qui sont cités dans le N. T. I ou qui se raportent si visiblement à J. C. í qu’on ne sauroit s’empêcher de reconnoître I que ce font des Oracles. IL On §6 De l’Exercice II. On doit établir le sens de POracle ; avant que d’en montrer l’accompliíì'ement. Je remarque ceci, parce que cette forte de Textes font presque tous exprimés en termes figurés & obscurs. Dans les Textes d’Histoire, presque toutes les Versions Raccordent ; mais à r égard des Oracles, cela est tout différent. De-là vous devez conclure , qu’il y a quelque chose d'obscur, & que par conséquent la connoiffance de la Langue est nécessaire. Mais quand le sens est clair, il faut en venir d’abord à l’accompliísement. III. 11 faut montrer l’accomplissement de l’Oracle, mais fi clairement & si visiblement, que l’Auditeur ne puisse pas douter qu’il n’ait été accompli. Quand on traite de ces Textes, on doit en tirer de deux fortes d’Usages. 1. Pour combattre les Juifs. Par exemple , il faudroit bien établir contr’eux celui d’E saie VIL Mais quand ce font des choses que le Peuple ne connoit guères, il ne faut pas y insister. 2 . Pour combattre les Athées. II ne faut laisser échaper aucune occasion d’établir la Vérité de la Religion. Et selon moi il n’y a point de preuve plus claire de I’Existence d’un Dieu & de la Vérité du Christianisme, que les Prophéties ; mais cela doit être bien manié. DES 97 du Mìnìstèrt Sacré . DES TEXTES OU IL Y A DES MOUVEMENS DE PIE'TE'. C Es Textes où il y a des Mouvemens de Piété, comme font ceux des Pseaumes pour la plupart, ne doivent pas être traités tout-à-fait comme les autres. I. II ne faut pas s’arrêter beaucoup aux termes, parce que le langage de la Piété est un stile simple, & il ne tant pas beaucoup raisonner. Cependant dans les Textes du V. T. il est bon d’avoir égard aux termes, parce que nos Versions ne traduisent pas toujours bien TOrigmal. II. 11 faut s’attacher au sens du Texte, & aux principaux mouvemens qu’il exprime. Par exemple , vous trouvez souvent dans un Verset plusieurs expressions différentes qui signifient la même chose. II ne faut pas les prendre séparément, mais dire que cela marque en général une telle chose. III. Pour bien réussir dans ces Textes, il faut bien entrer dans l’efprit de celui qui parle, fe mettre à fa place, & dans les cir- G constan- 98 De P Exercice constances où il se trouvoit, écouter les mou- vemens qui nous viennent. Mais cela ne vous servira de rien, st vous n’avez vous-mê- mes de la piété, & st vous n’avez pas éprouvé ce que c’est que la Dévotion. IV. On doit principalement tâcher de faire enti er son Auditeur dans les mouvemens qu’on lui propose, & ceci regarde l’Aplica- tion. 11 faut faire ensorte , que même dans l’Explication, on lui inspire ces sentimens. DES TEXTES de DOCTRINE ET DE MORALE. J E ne m’arrêterai pas à vous parler beau- I coup de ces Textes. Pour ce qui est des j Textes de Doctrine, I. II faut bien choistr ses matières. II. Quand on les a choisies, on doit s’é- tudier beaucoup à la clarté & à la simplicité. III. Quand on les explique, on ne doit pas mêler des endroits touchans, & faire ls pathétique ; car quand on enseigne , on doit le faire simplement. IV. II faut traiter les matières autant qu’iî est nécessaire pour réclairciflement du Texte, ou du Ministère Sacré . 99 : ou pour le but qu’on se propose. Autre» i ment on donnera dans le Lieu-Connnun , à- moins qu’on ne voulût traiter une matière à fond. A l’égard des Textes de Morale , en général ils font très-utiles , & il est bon de les proposer souvent au Peuple. II faut s’y étendre davantage, car la Morale veut être traitée avec plus d’étenduë que la Doctrine. C’est de quoi nous allons parler plus particulièrement. DES S E R M O N S OU L’ON TRAITE MATIERES PARTICULIERES. J Usqu’ici je vous ai parlé des Homélies , ou des Sermons où l’on explique l’Ecriture. II s’agit maintenant de vous parler de 1 l’autre espèce de Sermons, qu’on apelloit proprement Sermons dans l’Ancienne Eglise, 1 où le Texte qu’on prenoit ne servoit que de ! prétexte aux matières que l’on vouloit trai- j ter. Je ne m’étendrai pas beaucoup fur cet- | te forte de Sermons , parce que la plupart ! des règles, que nous avons déjà données, | peuvent s’apliquer ici. G 3 En 100 De VExercice En général il ne faut pas s’arréter long- tems fur f explication des Textes. II faut en supposer le sens, & avertir d’abord du but qu’on fe propose. Si pourtant il y a- voit quelque chose qui pût répandre du jour fur ce que vous avez à dire , vous pourrie? expliquer votre Texte, mais fort brièvement, & puis en venir d’abord au but. Les matières que l’on traite dans ces Sermons font de deux sortes. On y traite des matières de Doctrine, & des matières deMo- rale. Nous allons parler de ces deux sortes de Sermons. - DES S E R M O N S OU L’ON TRAITE MATIERES DE DOCTRINE, I.TJ Egle. Quand on veut traiter quelqu® XV Doctrine, on doit choisir les plus importantes. Ainsi j’aprouve fort que l’on prêche fur la Vérité de la Religion Chrétienne, fur la Résurre&ion , fur le Jugement Dernier &c. qui font des matières solides, & qui portent les hommes à la Piété. Ainsi je n’aprou- verois pas qu’on insistât fur des matières à straites & difficiles, & dont la curiosité des hom- du Ministère Sacré. IOI hommes peut facilement abuser, comme sur les Décréts , la Prédestination , &c. II. Kègle. II faut bien établir les Doctrines que l’on a en main. On en doit bien établir la nature , en donner des idées claires & justes, afin que le Peuple sache ce qu’on veut lui aprendre ; mais il faut auíïï lui en montrer la nécessité, ou la vérité. II y en a d’autres, dont il faut expliquer la nature. Quelquefois il faut expliquer Pune & l’autre, je veux dire la vérité & la nature. Si par exemple j’avois à prêcher fur la Résurrection , je croirois devoir en établir principalement la vérité , & faire voir qu’il y aura nécessairement une Résurrection. III. Règle. Pour bien établir une Doctrine , il faut se servir de preuves claires & simples , il ne faut point avoir recours aux choies recherchées. Les preuves les plus simples font toujours les meilleures, & l’on ne doit pas fe piquer de dire des choses extraordinaires. IV. Règle. II faut mettre cette différence entre les matières de Doctrine , & celles de Morale, c’est que dans les prémières il faut être plus court que dans les dernières : Car tout homme qui aura un peu de bon - sens & d’attention , comprendra dans peu de tems la vérité que vous voulez lui enseigner : Qui breviter dicunt , docere pojfunt , dit Cicéron. Mais quand il s’agit de tou- G 3 cher 102 De VExercice cher le coeur, d’émouvoir les passions, il faut plus de tems. V. Règle. Dans les matières de Doctrine il faut voir s’íl n’y a point d’erreur à réfuter. En ce cas, il faut les détruire solidement ; voyez ce que j’en ai dit ailleurs. J’avertis seulement qu’il ne faut pas tomber dans ces deux défauts. Le i. de réfuter des Erreurs inconnues au Peuple. Le 2. de disputer sans-cesse & fans nécessité , comme le font surtout les Prédicateurs Allemands. VI. La sixième Règle , qui est la principale , c’est qu’il faut toujours traiter les Doctrines dans leur but. Par où j’entens qu’il les faut toujours raporter à la pratique de la Piété & de la Sainteté. DES MATIERESdeMORALE. J E m’étendrai un peu plus fur cette espèce de Sermons, parce qu’ils font plus im- portans. I. Règle. Dans les Textes de Morale, comme dans ceux de Doctrine, il faut bien choisir ses matières. Je ne vous dirai pas ici à quoi il faut avoir égard. Je vous ai déjà du Ministère Sacré. 103 déjà dit qu’il y avoit une utilité générale, & une utilité particulière, & qu’on doit * consulter les besoins de son Troupeau. II. Règle. Cest de donner une idée juste de la Vertu ou du Vice dont on veut parler. Ainsi quand vous traitez de quelque Vertu , il faut montrer clairement & nettement, quels en sont les caractères, & jusqu’où elle doit s’étendre. II en est de - même des Vices. Dans la Morale vous voyez bien qu’il faut un peu s’étendre , les généralités ne fervent de rien. Quand on parle par exemple de VAvarice , il faut faire ensorte que tous les Avares fe reconnoissent dans ce que vous dites. Tous les Avares ne sont pas avares de la même manière. II y en a qui n’ont qu’une humeur trop épargnante, d’autres amassent des biens pour les garder, d’autres pour satisfaire leur luxe ou leurs convoitises. Ainsi il faut faire ensorte qu’un Avare ne puisse pas rejetter la faute sor un autre Avare. II faut être judicieux, & ne jamais rien outrer. On est fort sujet à tomber dans ce défaut. Parlez-vous d’un Devoir , ne demandez jamais des hommes, que ce que Dieu demande d’eux. Car si vous en exigez davantage, à coup sor vos Auditeurs fe révolteront. A l’égard des Vices, bannissez aussi les maximes d’une Morale outrée & trop sévère, mais que le jugement & un esprit de douceur vous fervent toujours de règle. G 4 III. Rè- i®4 De /’ Exercice III. Règle. Quand on a donné l’idée de la Vertu ou du Vice dont on veut parler, on doit proposer les motifs qui doivent engager les hommes à pratiquer la Vertu & à fuir le Vice. La feule vue de la Vertu devroit nous la faire suivre : mais comme les hommes n’y font pas assez sensibles, Dieu nous montre par fa conduite qu’on doit employer des motifs pour les y porter. Mais pour lavoir ceux qui peuvent faire le plus d'im- preffion , il faut bien connoitre le coeur de l’homme. Pour savoir les motifs qui conviennent le mieux , il faut faire de sérieuses réflexions fur foi-même, & avoir éprouvé la force des motfls que l’Evangile propose. Quand on présente des motifs, il faut toujours prendre les plus forts, ceux qui font marqués dans PEvangile, comme font ceux qui se tirent de notre devoir , de notre intérêt &c. Mais on parlera de ceci dans Implication. IV. Règle. II faut répondre aux raisons des Pécheurs. Pour cela il faut tâcher de pénétrer ces raisons , & voir par quelles défaites les Pécheurs veulent fe dispenser de leur devoir , découvrir ce qui les retient dans leur corruption. Car à-mesure que vous disputez contre le Pécheur, il dispute à coup sûr contre vous ; il vous fait des objections tacites, qu’il faut tâcher de dissiper. Mais pour savoir quelles font ces objections des àu Minìjìére Sacré. i o f des Pécheurs, il faut en puiser la connois- sance dans foi-même, car tous les Livres du monde ne fervent à rien, ou fervent de peu de chose à cet égard. II faut aussi démêler certains faux motifs dont les hommes se servent pour se disculper. Un homme aura commis un crime, il croira que pour- vu-qu’il ait par exemple pleuré , prié ou fait saumoné, il n’en faut pas davantage; & cependant il peut avoir fait cela par de faux motifs. V. Règle. Quand vous croyez avoir convaincu vos Auditeurs par les quatre choses que nous venons de dire, il faut leur montrer les moyens qu’il faut mettre en usage pour fe former à la pratique des Devoirs de la Religion. II est très-important d’indiquer ces moyens, comme vous pouvez savoir éprouvé. On sent bien le plus souvent, qu’il faudroit renoncer à une mauvaise habitude qu’on a contractée ; mais on fe sent fossile, on ne fait comment faire pour fe débarasser. II faut supposer que les Pécheurs font dans les mêmes fentimens. 11 est donc nécessaire qu’un Ministre les aide dans ces occasions. II faut rendre la Piété aisée , on en viendra toujours à bout, pourvu que l’on suive le vrai Esprit de l’Evangile. II faut montrer que dans les commencemens, Dieu fe contente de nos bonnes intentions & de nos fossiles efforts, pourvu-qu’ils soient sincères. G f IV. Rè« 105 De VExercice VI. Règle. II faut proposer & résoudre des Cas de Conscience. C’est-là un excellent moyen de toucher vos Auditeurs, cela leur rend la conscience délicate ; & quand un homme a la conscience délicate, on en fait tout ce que l’on veut. Ceci est fort négligé, & il est constant qu’on a tort de le faire. Ces Cas de Conscience sont plus efficaces que des Censures. Par exemple , fi je parlois à des Usuriers , que je leur fisse des censures directes, que je leur disse, Malheureux! fi vous ne tejiituez , vous ne ferez jamais sauvés &c. je ne produirois pas tant d’effet, que fi, après avoir tâché de réveiller l’attention, je disois : On demande , fi un homme qui fais telle & telle chose eji en état de salut , Qs ce qu 1 il doit faire dans la situation ou il est ? On répond telle U telle chose, &c. II est certain que ces voies indirectes touchent quelquefois beaucoup plus. Par tout ce que je viens de dire, vous pouvez remarquer de quelle manière on doit faire Paplication de ces Sermons. Quelquefois il est bon de réserver ses Usages pour la fin , d’autre fois non. Si vous croyez avoir touché vous Auditeurs, finissez. Mais s’il vous reste encore quelque choie à dire pour les émouvoir, faites une Aplication. On ne sauroit traiter les Matières de Morale, fans entrer dans un grand détail. Cependant prenez garde d’entrer dans un dé- du Ministère Sacré. 107 tail insipide & indigne de la Chaire, qui cau- seroit du dégoût à vous Auditeurs. DES SERMONS D E CIRCONSTANCE* J E mets dans le rang de la seconde espèce de Sermons, les Sermons de Circonstance. Dans ces Sermons, qui se font dans les occasions extraordinaires, comme les Jours de Jeûne , les Jours de Communion, de Préparation &c. il faut suivre à-peu-près les règles que nous venons de donner. I. H faut s’arrêter presqu’uniquement à l’Action du Jour, & non pas au Texte, à- moins qu’il ne convienne parfaitement au sujet pour lequel on est assemblé. Mais si le Texte s’y raporte absolument, on peut s’y arrêter : comme si par exemple, dans un Jour de Communion, j’avois ces Paroles, Eprouvez-vous vous-mêmes , U que chacun mange &c. je pourrois bien l’expliquer. II. Comme on doit supposer que dans ces occasions le Peuple est porté à la dévotion, io 8 De l'Exercice tion, il faut laisser tout ce qui est trop didactique , & s’arréter à l’Aplication & à l’Exhortation. II faut profiter des dispositions où les circonstances ont mis l’esprit de votre Auditeur. II faut enflamer sou zèle & sa dévotion , l’aider à prendre de bonnes résolutions pour l’avenir , le porter à les exécuter. III. II faut avoir grand foin de ne pas donner au Peuple de fausses idées, qui l’obligent à reitraindre fa dévotion aux Saints Jours où l’on est. II est porté à finir fa dévotion avec le Jour qu’on célèbre. Mais si le Peuple a été touché, il faut revenir à la charge dans la fuite, faire en sorte que fa piété, bien loin de s’affoiblir, prenne de nouvelles forces, & aille toujours en augmentant. DES 109 du Ministère Sacré. DES PARTIES DISCOURS. D E L' B X O K D E C E qui me reste à faire , c’est de parler des Parties du Discours. Et pour commencer par l’Exorde, on demande d’a- bord s ' 1 il est toujours nécejsaire de faire un Ex- orde. Je ne voudrois rien décider fur ce sujet, il est quelquefois bon de s’en servir ; mais après tout, futilité en est très-petite. On ne doit pas s’y arrêter beaucoup, parce que c’est la partie la moins essentielle. Exor- àmm plané artem fatetur , nos autern omnia revo- camus ad Naturœ puros çf) limpidiffìmos fontes. Gaussen pag. 27 6. Erasme étoit à-peu- près dans les mêmes sentimens, aumoìns il fe déchaîne furieusement contre les Exordes longs & recherchés, pag. 214. II se sert de cette raison ; c’est que les choses qu’un Prédicateur a à dire, font aflèz conlì- IIO De PExercice considérables par elles-mêmes pour attirer l’attention de l’Auditeur. Cependant le gros des Prédicateurs d’au- Ì 'ourd’hui font d’un sentiment tout contraire, într’autres M. Claude fe trémousse beaucoup pour en faire voir la nécessité, en quoi il fe trompe pourtant. 11 y a cependant des occasions où un Exorde est nécessaire. x. Quand on "prêche dans des Jours Extraordinaires. 2 . Quand on prêche dans une Eglise Etrangère. Hors de cela, il ne s’en faut pas mettre en peine : c’est un tems perdu pour le Prédicateur & pour le Peuple , que celui qu’on emploie en Ëxordes. Cependant voici ce que je crois que vous devez remarquer , quand vous en voudrez faire. I. C’est qu’il ne faut jamais commencer la composition de son Discours par l’Exor- de , c’est par-là plutôt qu’il faut finir. C’est ainsi que Cicéron faifoit, & voici pourquoi : C’est qu’en composant un Discours, il vient plusieurs pensées pour un Exorde, dont on peut fe servir. II. Quand en méditant il fe présente quelque pensée propre pour un Exorde , prenez- la ; mais s’il ne vous en vient aucune, n’en cherchez point : car si vous travaillez pour cela, vous ne réussirez pas. Une marque ; que les Exordes font fort inutiles, c’est quand IIÏ du Mìnìjíère Sacré . quand il faut mettre son esprit à la gène pour les trouver : Nam quod mturale est „ [ponte fluit. III. L’Exorde doit être court ; ainsi on ne doit jamais les prendre de choses qui demandent des éclaircíssemens & des discussions. Si vous le prenez d’une Histoire, il faut supposer que vous Auditeurs la savent, & se contenter d’en rafraîchir la mémoire, & ensuite Papliquer à votre but. IV. II ne faut pas qu’un Exorde soit pompeux , & qu’il y ait rien de trop recherché, je blâme en cet endroit une certaine éloquence, qui pourroit bien venir ailleurs. II doit y avoir beaucoup de sang froid , & peu d’aparat. Exordium gravìtatis plurhnum bubere debet fplendoris , festivitatis , concinnitudinis nimum. ClCER. V. II ne faut pas, fans une grande nécessité, tirer ses Exordes de comparaisons trop communes & de choses rebatuës. VI. Enfin l’on peut commencer son Discours par l’avertissement du dessein qu’on fe propose, ou par la division de son sujet* comme fait l’Auteur du Sermon de la. Fréquente Communion. Ou bien, si l’on ne veut pas commencer son Discours si crûment, on peut se servir de quelque sentence de l’Écri- ture. On peut encore prendre pour sujet de son Exorde , les circonstances qui se présentent, comme St. Paul au Chap. XVII. det 112 De V Exercice des Aides. II commence son discours en disant aux Athéniens , qu’en passant par une de leurs rues il avoit vu un autel drejfè au Dieu Inconnu , & prend de-là occasion de leur dire que c’étoit le Vrai Dieu &c. On peut encore prendre son Exorde de la Transition & de la Connexion. On doit surtout le faire, lorsqu’on explique quelque matière de fuite. Quelquefois on peut le tirer de l’im- portance de la matière, de son utilité , de fa difficulté &c. Les occasions où l’on peut se passer d’Exordes, sont 1. Quand on explique des matières de fuite, & qu’on est dans son Eglise. 2. Quand on n’en trouve point de propre. 3. Quand on a un sujet bien riche; car alors il faut ménager l’attention de l’Audi- teur. Mon intention n’est pas cependant, qu’il faille toujours commencer son Discours sèchement. DELA ; CONNEXION. L A Connexion n’est pas toujours nécessaire, & à moins qu’elle ne fe présente d’clle-même, il n’en faut point faire. Par exem- du Ministère Sacré. 113 exemple , quand vous prêchez fur quelque Sentence détachée dont le sens est complet, vous n’en devez point faire, non-plus que dans les Mouvemens de Piété, dans les Textes tirés des Proverbes , prefqu’à la fin de toutes les Epîtres. Cependant il en faut faire dans quelques occasions. I. Quand elles éclaircissent le Texte, qu’elles fe raportent à ce qui précède, comme Rom. VIII. l. II. Quand on prêche de fuite, mais elles doivent être courtes. 11 n’y a rien de si fade que ces longues liaisons qui remontent au commencement du Chapitre, ou même de PEpître. DELA D I y I S I O R I L faut avant toutes choses faire la distinction de Mr. Claude fc’est qu’il y a de la différence entre la Division du Discours , & celle du Texte. Qpand on volt que dans un Texte il ne fe présente pas une Division naturelle, il est inutile d’en vouloir faire une. II y a, par exemple , certaines Sentences qu’on ne lauroit partager. II suffit en ce cas de les I. Part, H ré- De P Exercice i?4 réduire en propositions , & de diviser le j Discours fans diviser le Texte. Or pour juger quand il faut diviser un Texte, & quand il ne faut pas le faire, cela dépend beaucoup du jugement & du bon- sens d’un Prédicateur. ! En général, on peut dire que quand on se j propose d’instruire ses Auditeurs, & de don- j ner Texplication d’une Matière, il est bon de : marquer Tordre qu’on veut suivre, afin de faciliter Tattention & la mémoire de ses Auditeurs : mais cela est moins nécessaire, quand on ne fe propose que d’exhorter un Peuple. Les Pères faisoient peu de Divisions ; auffi a-t-on toujours remarqué qu’ils manquoient ' d’ordre. II y a des Textes où il n’est nullement besoin de diviser, parce que tout y est mis dans un ordre naturel, il suffit de le suivre. Par exemple, dans une Histoire qui est claire , il n’est pas besoin de diviser. Car comme la Division est un moyen pour faire que le Peuple suive mieux un Prédicateur dans ses pensées , le moyen est inutile dans . une Histoire, parce que les choses se succè- 1 dent Tune à l’autre. II n’y a rien de si aisé que de suivre le Prédicateur pas à pas, dans tout ce qu’il débite fur chaque partie d’une Histoire. Mais auffi il y a bien des sujets qu’il faut diviser. Comme il y a plusieurs fortes des Textes, il y a auffi plusieurs fortes de Divisions, selon les différens Textes àu Ministère Sacré. I if tes qu’on peut traiter. Nous avons déjà parlé de chaque forte de ces Textes ; ainsi ce que nous avons dit pourra fupléer à ce qu@ nous omettons ici, & nous nous contenterons d’en dire seulement quelque chose ea passant. Par exemple, il y a des Textes qui renferment un sens Littéral & un sens Mystique , la Division en est toute faite. Sur les Textes d 1 Oracles , il faut d’abord les expliquer & après cela il en faut montrer l’accomplif- fement. Sur les Textes de Similitudes , il faut commencer par expliquer en peu de mots la chose d’où la Comparaison est tirée, après quoi il faut s’attacher à la chose signifiée. Sur les Textes, qui font exfrimés en termes obscurs tst figurés , il faut d’abord éclaircir ce qu’il y a d’obfcur, ensuite venir à f essentiel. Dans les Textes ou il est fait une allusion perpétuelle à quelque chose ou à quelque fait , comme par exemple au VI■ de St. Jean , où il est fait allusion à la Manne, il faudroit faire en peu de mots l’histoire de la Manne, ensuite venir à l’Aplication, & ce doit être - là le principal du Discours. II y a encore des | Textes qui renferment deux sens, l’un vrai, i & l’autre faux. Souvent le faux sens est le | plus commun , & celui qui est reçu le plus ! universellement. Au contraire , le véritable sens est le moins connu. Dans ces cas, j il faudroit I ï. Rejetter le sens ordinaire & commun. II S r. II De tExercice ní 2 . II faudroit bien établir le sen$.véritable. II y a bien des Prédicateurs, qui divisent des Textes à plusieurs égard différens. Voyez Mr. Claude pag. 168 . Cela se peut, pourvu - que ce Texte puisse & doive s’entendre à tous ces égards - là. Hors de-là on ne doit pas le faire , a-m oins que ce ne fût dans PAplication : car alors cela est permis, parce qu’on a plus de liberté. Par exemple, dans le Ps. XX111. où David dit que Dieu couvre abondamment sa table , il faudroit d’abord expliquer ce Texte à la lettre, & par raport j à David mais dans PAplication , on pour- roit Papliquer différemment. Enfin dans les Textes où l’on ne découvre absolument aucun ordre, il faut les réduire en propositions. Voilà en général comment on peut diviser les différens Textes qui se présentent. Dans les Sermons où Pou traite une matière, . la Division doit être réglée fur le but qu’on : se propose. Sur quoi il n’est pas nécessaire ì de s’étendre, après ce qui a été dit ci-dessus. Mais pour bien réussir dans ces Divisions, il y a quelques règles qu’on ne doit pas né- i gliger. Nous allons les indiquer. 1. Règle. II faut bien concevoir le but particulier d’un Texte, ce qui en fait proprement Pessentiel afìn qu’on ne fasse pas une partie , de ce qui n’entre pas dans le véritable but. Les Prédicateurs qui Rattachent aux du Ministère Sacré. 117 aux termes, & qui veulent parler fur chaque mot, pèchent contre cette règle. Par exemple , lorsqu’il est dit dans les Actes , que d est far flufieurs tribulations qu'on entre au Royaume des Cieux , celui qui feroit une partie pour traiter du Royaume des Cieux se tromperait fort, Car dans cet endroit il ne s’agit proprement que des Affli&ions , & on ne doit pas traiter d’autres choses à l’occasion de ce Texte. II. Règle. II faut faire fa Divifion enforte que la première partie serve de fondement à la seconde, & qu’elle la précède ordine rut. turœ , de façon qu’on ne soit pas obligé dc répéter ou d’ancipiter. Et c’est ce qui ne manque jamais d’arriver, quand on ne divise pas comme il faut, & qu’on ne fe forme pas un ordre suivi. Car ou dans la pré- mière partie, on dit des choses qui conviennent à la seconde ; ou au-contraire dans la seconde, des choses qu’on a déjà reportées dans la première. Cela n’arrive pas, quand on divise de la manière que j’ai dit ; chaque chose trouve sa place, & tout est dans un bon ordre. Cependant il faut dire qu’il y a certains Textes qu’il n’est pas poffible de bien diviser , qu’on ne soit obligé d’en venir à des répétitions. II feroit aisé d’en donner plusieurs exemples. Cela se voit surtout dans les Textes où le second membre est une conséquence du premier, comme dans ColoJJ' III, 1. &c. H 3 III. Rè- 118 De P Exercice III. Règle. En divisant, il faut éviter de faire trop de parties. On peut quelquefois en faire trois, ou quatre, & jusques à cinq tout-au-plus, mais jamais davantage. Cela fatigueroit trop, & obscurciroit le Discours. On remarque ce défaut dans quelques-unes des Analyses de Mr. Claude, elles font trop chargées. Ajoutez à cela , qu’il n’y a point de Texte qu’on ne puisse réduire en un petit nombre de propositions. IV. Règle. Enfin de toutes les Parties du Discours il n’y en a point où il faille observer tant de clarté, de brièveté & de simplicité, que dans celle-ci, parceque c’est de la Division que tout dépend. Si l’Auditeur ne comprend pas votre Division, il ne sauroit vous suivre. II ne faut pas non plus imiter ceux qui se piquent de répéter une même Division en plusieurs manières différentes, & même par des jeux-de-mots. Cela embarasse les Auditeurs, & eít indigne de la gravité de la Chaire. A l’occasion de la Division, nous allons dire quelque chose des Subdivisions. WOUGDAD'AO -GDAGEAGGD DES SUBDIVISIONS. L Es Subdivisions font quelquefois très- utiles & très-nécessaires, surtout quand on tla Ministère Sacré. HA on explique quelque matière. Par exem- ! pie íì je parlois de la RésurreSion , je dirois que j’en ferai voir x. la Vérité , 2. la Nature. Sur la 1. Partie je ferois une subdivision, & . i j e dirois qu'il y a trois ou bien quatre preu- ! | ves qui établiííènt cette Vérité. Et cela ièroít t : nécessaire, pour bien traiter cette matière. 1 1 Pour ce qui est des choies qui se divisent 1 S d’elles-mêmes, il est bon d’en montrer les espèces, les degrés &c. Par exemple, si je 1 ; voulois traiter d’un Vice ou d’une Vertu, - ; comme de la Charité , je pourrois dire en j I général qu’elle nous engage à aimer notre - i Prochain. J’ajouterois qu’elle a plusieurs - j degrés. Je commencerois par le degré le s ! plus bas, c’est 1. d’aimer ceux qui nous ai- i ; ment. 2. d’aimer ceux qui ne nous aiment - i pas. Leg. qui est le plus haut, c’est d’aimer ï I ceux qui nous font du mal, & qui résistent e à la Vérité. II est utile d’entrer dans ce dé- t i tail. s Cependant il faut remarquer en général, qu’il ne faut pas faire trop de Subdivisions , » parceque les Auditeurs ne peuvent pas sui- * ! vre un Prédicateur. On prétend en en faisant beaucoup , éclaircir son sujet, & il arrive tout-au-contraire qu’on l’obscurcit, & qu’on le réduit pour-ainsi-dire en poussière. Ici je distingue entre ce qu’un Prédicateur doit faire pour soi-même & pour son utilité 1 propre, & entre ce qu’il doit dire dans ses H 4 Ser- 1 .120 De rExercice Sermons. II peut en son particulier se faire un ordre & une méthode pour les Diviiìons & les Subdivisions , mais il ne faut pas les indiquer : Caput artis eji celare artem. Vous voyez donc par-là qu’il est permis de subdiviser une partie de son Discours , mais non de subdiviser un membre de cette partie, & encore moins de reí'ubdiviíèr les articles de ce membre. DELA TRACT A tion. 'est ici lapins longue partie duDifcours, j & celle pourtant, fur laquelle je m’é- tendrai le moins ; parce que j’en ai déjà parlé assez au long ci-dessus , lorsque j’ai montré la manière de traiter les differen- tes sortes de Textes. Seulement ajouterai-je un avertissement: c’est que quand on aune fois divisé son Texte en peu de mots, il faut en venir d’abord au lait, & ne pas laisser , comme font quelques-uns , ses Auditeurs long-tems en suspens fur la manière, dont on exécutera son dessein. C’est une très- mauvaise coutume, que de faire des préliminaires qui font comme de seconds exordes fur laprémière Partie. On fait plaisir à f Auditeur , quand on le ménage, & qu’on ne perd pas le tems inutilement. I âa Ministère Saôrê. 121 D E L’ APLICATÏON. I L nous reste à vous parler de l’Aplícatíon, qui est la dernière partie du Discours, & fans contredit ce qu’il y a de plus important & de plus difficile. L’Aplication est pour-ainsi-dire la croix des Prédicateurs. II y en a très-peu qui y réussissent, & on peut regarder une bonne Aplication comme un chef-d’œuvre. II n’en est pas de cette partie , comme de l’Explícation ; plusieurs se tirent passablement de l’Explication , qui é- chouent à l’Aplication. La raison n’en est pas difficile à trouver. On peut, par le secours de quelque bon Auteur, dire ce qu’ii faut fur l’Explication d’unTexte; mais quand il s’agitd’en venir à l'Aplication , il n’y a que le génie & la piété qui nous puissent faire réussir. II faut que le coeur seul agisse. Aussi voit-on que cette partie du Discours est, non feulement fort négligée , mais même que plusieurs n’ont qu’une fausse idée de l’Apîi- cation. La plupart font de l’Explication le tout du Discours. On voit fur ce sujet une chose surprenante dans Mr. Claude. 11 emploie dans son Traité près de 400. pages pour l’Explication, tandis-qu’il n’en deiti- H î ne 12 % Bt l'Exercice ne que z. ou 4. pour l’Aplication ; quoique ce soit la partie la plus importante , & celle où il soit besoin de plus d’exactitude. Nous vous proposerons donc quelques- unes des règles qu’on doit observer pour réussir dans les Aplications ; & nous vous parlerons de cette partie du Discours, d’a- bord en général, puis en particulier. D E L’APLICATION E N GENERAL. J E ferai d’abord deux Observations générales. I. II faut bien distinguer entr’une Apli- cation & un Epilogue. Ces deux manières de conclure un Discours ne doivent pas être confondues, & il y a une grande différence entr’elles. Car un Epilogue n’est proprement que la récapitulation de ce qu’on a dit auparavant , & une conclusion où l’on remet devant les yeux de l’Auditeur ce qu’il a entendu , en Grec AW«4>síW&> qui est triste, abatu, pensif, qui fans se distraire retourne chez lui dans cet état, & qui fait voir dans fa conduite les fruits de la Prédication, on doit faire plus de cas d’un tel homme, que d’un autre qui auroit versé un torrent de i larmes, ou qui couronnerait le Prédicateur : de louanges & d’aplaudissemens. | La seconde choie qu’il íaut considérer sur le but de l’Aplication, est de savoir comment on peut toucher ses Auditeurs : c’est , ici un écueil pour la plupart des Prédica- | teurs, c’est-là le grand art & le grand but de la Prédication, & c’est auffi ce qu’il y a de plus difficile & de plus important. Je dois vous lire un endroit de Mr. Gaussen, qui est bien hardi, c’est à la pag. 214. Nos ìgitm hoc mine quarimus , quid iliud tandem fit fer quod affe&us adhibitâ eratione commoveretur ? Quod profeSlò tantum est U tam pracelkns bonum M qui id pojfit , eum ms ad Detim , quantum qui- dem homini lìcet, proximè accedere arbitremur i ut ne quis miretur , fi eum tanta fit pqffim diserte - rum multitude, tam r mi éloquentes appareant. Pour toucher , il faut se souvenir de ce qui a été dit sur l’Eloquence : c’est qu’il faut toucher par les choses mêmes, & non par l’extérieur seulement ï I. Fart. Les 1ZO Del* Exercice Les uns croient que la beauté du Discours, d’autres que le itile, le geste, l’élevation de la voix , font ce qui touche. Cela peut avoir son usage, mais ce n’est que de la fumée, si les choses n’y répondent pas. DEUX REGLES GENERALES POUR TOUCHER. E N général, pour dire des choses touchantes, il faut que le Discours ait ces deux qualités. I. Qu’il soit clair & solide, ensorte que les Auditeurs en puissent être convaincus. II faut que les conséquences qu’on tire, naissent naturellement des principes qu’on a posés , & que tout soit conforme au bon-sens. Car les Hommes étant raisonnables, ils ne se laissent gagner que par la raison. Cependant je dois aporter ici un correctif, quand je dis que l’Aplication doit être solide : c'est qu’il ne faut pas trop raisonner, ni être didactique ; cela ne convient pas à l’Aplication. II. Outre la justesse & la solidité, il faut que le Discours ait quelque chose d’iníînuant & de touchant. C’elt-là une chose nécessaire pour du Ministère Sacré. 13 ï pour toucher, & très-difficile à exprimer. Cicéron dit fur ce sujet , caput est artis quod tamen tradi arte non potest. C’est un certain je ne fai quoi qui se sent mieux qu’on ne sauroit le dire , une certaine on&ion qui excite dans le cœur certains mouvemens de douceur, de crainte , de piété &c. Mais c’est en cela que consiste la difficulté. II importe donc de faire tous ses efforts pour aquérir ce talent. II y a des moyens qu’il n’est pas inutile d’employer. Nous allons vous proposer ceux qui paroîssent les plus propres. SHKBHOKHHRBRAHRRASRHKKHRîM REGLES PARTICULIERES POUR TOUCHER. Ï L y en à neuf. I. Règle. La première Règle que j'ai à vous donner pour toucher les autres, c’est d’ê- tre touchés vous-mêmes, & de ressentir dans votre propre cœur les sentimens que vous voudriez inspirer aux autres. Or pour se mettre dans cet état, Mr. Ga u s s en dit qu’il faut suivre la Nature & la Dévotion , qui sont les deux sources auxquelies il faut qu’on ait recours. Ceux qui manquent de piété, ds zèle, quelque favans qu’ils soient, ne réus- I 2 fissent IZ2 De l'Exercice fissent point : Si vis me fiere , dolendum ejlpri- mìm ipjì tibì. C’est ici que les Commentaires sont inutiles, & ou il faut que le Cœur agisse. C’est ici que l’on peut apliquer ce que dit notre Sauveur , VHomme-de-bien tire de bonnes choses de son cœur. Erasme dit la même chose, pag, 481. Nihil potentìus ad ex- citandos bonos ajsecfus , cgiàm piorttm affe&uum fontem habere in peBore. Vous ne toucherez jamais les autres, fi vous n’avez de la piété. C’est elle qui inspire des pensées , des mouvemens, des paroles qu’on ne trouve pas ailleurs : c’est elle qui anime la voix, le geste, en un mot toute faction du Prédicateur. Mr. Claude propose plusieurs sources d’Invention dans son Traité, mais voici la grande & la principale source d’Invention. ; II. Règle. Cela posé , il s’ensuit qu’il faut j se mettre dans un état de piété. II est d’au- tant plus nécessaire de vous donner cette rè- | gle, qu’on n’est pas toujours dans cette disposition. Si vous me demandez les moyens ^u’il faut employer pour se mettre dans cet état, en voici quatre qui pourront y contribuer beaucoup. 1. II y a la Prière. Elle est utile & nécessaire en tout tems, mais principalement dans cette occasion. Elle donne de l’éleva- tion » elle détache du monde, elle touche le cœur & euflame la piété. Voyez Eras- 133 du Ministère Sacré. NI e pag. 486. Sub horam concionis Eccîejtastes det Je profonde deprecationi , U ab eo postulet fapìentiam , linguam U orationis eventum , qui linguas infantium facit difertas. Incredibile dicíu quantum lucis , quantum vìgoris , quan- tmnque roboris atquè alacritatis bine accédai \ Ecdefiastce , imo cuncïis bomìnibus ad quod- vis unquàm negotium arduum fufeipiendum V peragendum. 2. La Méditation. Mais il faut la tourner du coté de la Piété. II faut fe faire des idées grandes, & qui frapent l’efprit & le cœur. , Mais auíÉ il faut envisager les choses, d’une manière qui nous inspire Phumilité, & qui nous sanctifie. i 3. II faut lire l’Ecrìture Sainte, & les Li- i vres de Dévotion, surtout les endroits qui í nous touchent le plus. II n’y a personne ! d’entre vous qui ne sache quelles font les ; choses qui le touchent le plus. Lors-même qu’elles n’ont pas de raport à ce que vous faites, vous ne devez pas laisser de les lire. 4. C’est de se représenter devant les yeux quelques pensées efficaces, comme l’Impor- tance de fa Charge, la Présence de Dieu , de réfléchir sur le compte qu’il faudra rendre un jour des Ames, fur la Mort & le Jugement &c. Un Prédicateur doit avoir incessamment ces grands Objets devant les yeux. Quand on s’est mis dans cet état, il est incroyable avec quelle facilité & avec I 3 quel 134 De l’Exercice quel succès on travaille ; on goûte une douceur indicible ; c’est alors qu'o n sent sa vocation, qu’on parle de la part de Dieu, & qu’on est en état de toucher les autres. 111. Règle. Pour toucher, il faut connoî- tre le cœur de PHomme. Cette connois- sance est d'une absolue nécessité , & le grand but qu’on doit se proposer, & qu’on doit tâcher d’acquérir. On peut la puiser dans deux sources, dontl’une est en nous-mêmes, & i’autre hors de nous. Prémière source. II faut bien nous con- noitre nous-mêmes & notre propre cœur , il faut parler suivant ce que nous avons senti en nous-mêmes. Pour cet effet, il faut examiner notre propre cœur , voir ce qui nous touche, ce qui nous émeut. Quand on s’est étudié à cette connoiífance de soi- tnême, il est aisé de voir comment les autres font disposés, car les hommes sont à- peu-près tous faits de la même manière ; & ainsi ce qui nous a touché, les touchera aussi. Un homme a-t-il de la piété ? il remarque ce qui en a été la cause. S’est-ií corrigé de quelque défaut? il examine comment il a fait pour en venir à bout. N’est-il pas encore amendé entièrement, & est-il sujet à des rechutes ? il verra ce qui l’entraîne, & ce qui est cause de ses rechutes. Si vous faites cela , vous ferez en état de donner de bons avis, vous parviendrez à cet art si diffi- in Ministère Sacré. rzs difficile , qui est de parler ensorte qu’il semble que vous lisiez dans le cœur de vos Auditeurs. La seconde source où l'on peut puiser la connoissance du cœur de l’Homme, c’est l’étude des Hommes & du Monde, c’est de faire de continuelles réflexions fur les différentes choses qui se présentent, de remarquer les maximes que les Mondains débitent, quelles font les échapatoìres dont ils se íer- vent pour se dispenser de suivre la Vertu. II faut étudier les différais caractères des Grands, des Pauvres, des personnes du Sexe, de ceux en un mot en qui vous avez remarqué quelque défaut particulier. Surtout il faut faire une étude particulière pour connaître le caractère de ses Paroissiens, pour tâcher de découvrir quels font leurs défauts , les péchés & les désordres qui ont le plus la vogue parmi eux. C’est-là une étude qui vaut mieux, que tous les Livres du monde. Visa humante contemplatio tanti ejî & tam latè patentis ufus , ut emn plus pro- fe&urum putem , qui vitam humanam non in transcurfu , ut Vulgus filet , fid Philofiphicè con- templatur i quam qui omnes , quotqmt cen- tum abhinc annis de Bgtione Concionanâi in lucem proàierint , Libros diligentijjìmè verfa- verit. EJi enim con do pharetrœ jimilis, ex qui promuntur Jpicula quie milites , mercatores, viras, juvenes, avaros , prodìgos &c.falutariter I 4 fau- IZ6 De /’Exercice saucient. Qtíare qui eormn bominum mores , «/- genìwn , indolem U injtituta ignorabìt j yarro Etbices imferitus ad concionem accedet , unurn- quemqne effingere & fer suos ìiMVKfMe dejcribere non foterit , t amen Ecclejiajlœ sttmmus conatus ejt. GauSSEN. fag. 243. Mais pour acquérir cette connoissance de ses Paroissiens, il est nécessaire qu’un Pasteur converse avec eux. Pourvu-que ce commerce ne dégénère pas en une trop grande familiarité , qui attireroit le mépris du Peuple, il fera très-utile. IV. Règle. II faut qu’un Ministre ait fans- ceffe l’esprit occupé de sa Charge , il doit y raporter tout ce qu’il lit, tout ce qu’il entend , & même tout ce qu’il volt dans les Compagnies. Quand on s’accoutume ainsi à méditer continuellement fur les devoirs du Ministère , & fur le moyen de procurer le salut des Ames , on envisage les choses par mille endroits différois, on rend son imagination féconde & fertile. Si l’on veut, par exemple , rémédier à un désordre, il fe présente à l’efprit plusieurs moyens différois, & on retire de cette méditation beaucoup plus de fruit & d’avantage , qu’on n’en peut espérer de la lecture de plusieurs Livres. Parla on prend un certain caractère, qui fait que ce que l’on dit paroît original. Mais comme les réflexions qu’on peut faire fur son propre cœur, & fur la conduite des autres, s’é- vanouïf- du Ministère Sacré. 137 vanouïssent & s’oublient facilement, il faut se donner la peine de les écrire, & d’en faire un recueil. Un pareil Recueil vaut mieux que tous les Livres du monde, & vous y trouverez des pensées que vous ne trouverez point ailleurs. Mais pour prendre cette peine, il faut avoir de la piété, asm de vaincre le dégoût qu’on a naturellement pour penser I à des choses qui ne nous font pas plaisir, & qui nous font incommodes. V. Règle. II ne suffit pas d’exhorter les Pécheurs à Pamendement de vie, il faut en- | core pour les toucher se mettre à leur place, ! voir ce qu’ils peuvent objecter, & y répondre. Chaque Pécheur se flate à sa manière, il a ses objections & ses défaites. Prenons { pour exemple un Avare. II vous dira que Dieu a donné les dons du monde aux Hommes, ' U qu'ainsi il ne faut pas les mépriser i qu'il faut pourvoir aux nécessités de la vie , & amasser quelque chose pour les besoins de fa vieillesse & j pour ses enfans. II ajoutera à ces objections & à ces défaites générales, d’autres objections & défaites qui seront conformes à son état. Si c’eit un Avare qui amasse du bien pour fournir à ses plaisirs , il vous dira qu'il ríejî pas de ces Avares qui damassent que pour entasser trésor sur trésor , U qui ne se servent point de leur bien. Prenez un Avare de cette espèce, il dira qu'U n’est pas de ceux qui font tors aux autres , qu'il rìemployé que I s des IZ8 De t Exercice des voies légitimés &c. II en est de-même de tous les autres Pécheurs : s’ils ne se connaissent pas dans ce que vous dites, vous ne les gagnerez jamais. Je justifie ceci, en ajoutant qu’il faut avoir égard aux différentes dispoíitions des Pécheurs. II y en a qui font endurcis, d’autres qui ne le font pas, d’au- tres qui commencent à s’amender &c. Prenez garde de dispenser ce que vous avez à dire, d’une manière que chaque Pécheur en prenne fa part, & qu’il voie que c’est à lui que vous parlez. Vous voyez par - là qu’il ne faut jamais proposer les promesses , les consolations, comme si elles regardaient tout le monde ; ni les censures, comme si tous les Pécheurs étaient dans un endurcissement désespéré. VI. Règle. Voici une sixième Règle , qui revient presque à la précédente. II y a pourtant quelque différence : C’est de prendre garde que les Auditeurs n’abusent de ce qu’on leur dit, ce qui peut arriver en plusieurs manières. Par exemple , si l’on prêche fur la Miséricorde de Dieu , fur le Mérite de J. C. à coup sûr les Pécheurs abuseront de cette Doctrine. C’est pourquoi il faut toujours ajouter un correctif, afin d’aller au-devant des fausses conséquences que les Pécheurs en voudraient tirer. C’est à quoi il faut prendre garde, surtout dans ces deux occasions. Prémièrement lorsqu’on parle du Minifère Sacré, 139 des Vices. Secondement, ìorsqu’on traite de quelque Vertu. 1. A l’égard des Vices, il arrive très-sou- vent qu’en combattant un, on affermit les Pécheurs qui auront du penchant pour le Vice opposé. Un exemple éclaircira ce que je dis. Si vous déclamez contre Y Avarice , un Prodigue íe joindra à vous, & enchérira par-dessus tout ce que vous aurez pu dire de plus fort, mais il se datera qu’on n’a rien à dire à son désavantagé. Si vous prêchez contre les Profanes & les Impies , les Hipocri- tes qui n’ont que les dehors de la Piété , s’a- plaudiront en eux-mêmes ; comme au contraire íì vous parlez contre les Hipocrites , les Profanes entreront dans votre pensée : II a raison , diront - ils , ces Mangeurs de Sermons N de trières valent moins que nous , & ils s’autori- seront par-là dans leurs désordres. De-mê- me lorsqu’on prêche fur les endroits des Pléaumes de David où il maudit ses Ennemis, les Vindicatifs ne manquent pas de se dater , & de croire que leur procédé n’a rien de mauvais. Et voilà comment les Pécheurs abusent presque de tout. Il faut donc prévenir ces abus. 2. II arrive presque la même chose à l’égard des Vertus. On prend souvent pour Vertu ce qui n’en a que l’aparence , soit que faction en elle-même n’aít rien de bon , soit qu’on la fade par de faux motifs. II faut donc 140 De t Exercice donc bien développer tout cela. Par exemple , si l’on faisoit Péloge de la Charité , plusieurs s’imaginans qu'elle consiste à faire quelquefois saumoné, fe flateroient d’aller droit en Paradis, fous prétexte qu’ils ont donné quelquefois, quoique peut-être ils l’ayent fait par ostentation ou par nécessité, &c. Parlez de la Réconciliation , plusieurs croient qu’elle consiste simplement à se donner la main , fausse mettre en peine des mouve- mens dont le coeur est agité. Si l’on exhorte les Pécheurs à la Eepentance , plusieurs se flatans croiront qu’il suffit de se reconnoître pécheurs, & de concevoir quelque regret à ìa vue de ses péchés : moyennant cela , ils croient être de véritables repentans, quoiqu- ils retournent toujours à leur prémier train. 11 faut donc toujours avoir les yeux ouverts, & prendre garde que quand on blâme un Vice, ou qu’on loue une Vertu, on ajoute toujours un correctif, afin que les Pécheurs n’abufent pas de ce qu’on leur dit. VII. Règle. Cette septième Règle est moins connue que les autres, mais elle n’en est pas moins importante. C’est que pour toucher , il faut distinguer les mouvemens, qu’on veut exciter. II faut distinguer les grands mouvemens, d’avec ceux qui font plus doux & plus tranquiles. Quand on veut exciter de grands mouvemens , comme de tirer des larmes de vos Auditeurs , âu Minijlére Sacré. 141 diteurs , de leur donner beaucoup d’admi- ration , il ne faut pas s’y arrêter longtems - coìnmotis animis àiutiks ìn cenquejìione commorar 1 non opportebit. Quand vous avez produit l’ef“ set, que vous vous étiez proposé, il faut finir, ou palier à d’autres choses. Ce qui nous montre que c’est fe tromper, que de vouloir toujours être pathétique : Qui fimper ; movet mnqmm movet. Et c’est à quoi vous I devez prendre garde ; car les Propofans ont ce défaut, de vouloir toujours exciter de grands mouvemens. | Pour ce qui est des mouvemens plus tran- quiles, on peut y insister davantage. Par ; exemple , voulez - vous exciter vos Âudi- ! teurs à VAmour de Dieu , ou un Pécheur à la j Rep entance ? une période ou deux ne íiîffifent pas, il faut s’y étendre. Mais il importe de | remarquer ici, que les grands mouvemens ne font pas toûjours les plus sincères & les j plus durables : Nullum vìolentum durabile. Je vous expliquerai ceci par un principe de Morale, qui est très-vrai : c’est que les Passions sourdes font les plus dangereuses. Prenez un homme qui éclate d’abord , dès- qu’ila jetté son feu il en revient. 11 n’en est pas de même des gens cachés : ils nourrissent longtems leur passion , jufqu’à ce qu’ils trouvent occasion de fe satisfaire. Pourquoi croyez-vous que l’Ecriture condamne tant l’ Avarice ? C’est que c’est une de ces Passions 142 De C Exercice Passions sourdes, qui demeure bien plus longtems dans le coeur que les autres, & qui par conséquent est plus dangereuse. Cette réflexion peut-être apliquée au sujet en question. II est certain que les mouve- mens doux & tranquiles font plus d’effet, ils durent & ils opèrent beaucoup plus sûrement la conversion. VIII. Règle. Pour toucher il faut savoir íe borner, & ne pas dire plus de choses qu’on ne doit. II y a des Prédicateurs, qui quand ils font une fois en train de parler d’un Vice ou d’une Vertu , d’exhorter ou de censurer ne finissent jamais qu’ils n’ayent épuisé la matière. Cette méthode est très- mauvaise. Un Prédicateur judicieux sait parler & se taire, il sait dire ce qu’il faut & s’arrêter où il faut. On doit donc prendre garde d’éviter ces deux écueils. Le i. est d’outrer les choses. II ne faut jamais le faire, ni dans les Censures, ni dans les Exhortations, ni dans les Louanges, &c. Car quand on tombe dans ce défaut, on ne trouve plus de créance chez les Auditeurs; & quand même, en d’autres occasions, on diroit les choses les plus raisonnables, les Auditeurs n’y ajouteront pas foi. Le 2. écueil est de dire tout ce qu’on pourroit dire avcc vérité. C’est un grand art que de savoir se taire à-propos. Par exemple 3 lorsqu'il s’agit de censurer un désordre. du Ministère Sacré . 143 ordre , qui a fait de l’éclat & du bruit, il est bon quelquefois , après s’être mis en train » & lorsque l’Auditoire comprend de quoi il s’agit, de s’arrêter tout court, en disant, chacun voit bien ce que je veux dire. Ce tour-Jà est bon , & feroit beaucoup d’eífet, mais il faut s’en servir à - propos. Le détail est délicat , & il y a certaines choses particulières, qu’il vaut mieux taire que dire. Voici une maxime que vous devez bien observer, & qui confirme ce que je dis: c’est qu’il faut laisser faire des réflexions à l’Auditeur. Quand on l’a mis en train de aenfer , les réflexions qu’il fait de lui-même, aroduifent beaucoup plus de fruit, que cel- es que vous lèriez. II peut même arriver qu’ils concluront du silence du Prédicateur 9 qu’ils font plus mauvais & plus corrompus, qu’il ne le croit. D’aiìleurs un Auditeur fait bon gré, quand il volt qu’on le ménage. IX. Règle. II ne faut pas toûjours s’adret fer directement à ses Auditeurs par voie de Censure & d’Exhortation. Quelquefois on les volt attentifs, alors il est bon de changer, de proposer quelque Question , quelque Cas de Conscience, ou bien de raporter quelque Histoire : cela produit plus d’effet 3 que si l’on continuoit. Je n’étens pas cette réflexion, parceque je l’ai déjà touchée. Ce font-là les moyens qu’on doit employer pour toucher ses Auditeurs. Or 144 Del'Exercice Or comme les Aplications roulent ordinairement , ou fur l’Exhortation, ou fur la Censure, ou fur la Consolation, nous allons encore vous parler de chacune de ces choses en particulier. DES PARTIES D E L’APLIC ATION. E T I.DE L'EXHORTATION. J E suppose que vous savez bien que dans I’Aplication on fe propose principalement d’exhorter les uns à l’Amendement de vie, & les autres à la Persévérance dans la Piété. Or pour exhorter d’une manière convenable, il faut le faire I. Avec autorité & avec gravité , & non pas en tremblant, comme une personne qui craint d’être reprise. Quand on considère qu’on parle de la part de Dieu , on doit revêtir un caractère digne de l’excellence & de la grandeur de l’Evangile. Mais prenez garde auffi à ne pas prendre un certain air impi- âa Ministère Sacré. 14Ç impérieux & hautain, où il paroisse de la vanité. Car si la mollesse fait tort d’un côté, de Pautre la hauteur rebute & cabre les Esprits. II. Avec douceur. C’est l’avis que St. Paul nous donne 2. Tim. IV. 2. Exhorte en toute douceur £ esprit. Comme f Exhortation tend principalement à désabuser ceux qui sont dans l’Erreur, ou à retirer les Pécheurs du Vice, il faut mettre la douceur en usage à l’un & à l’autre de ces égards. III. Avec doctrine. St. Paul l’exige dans j le même verset que je viens de citer. Exhorte en toute douceur d’esprit , & avec do&ri- 1 ne. Pour cela, il est nécessaire de parler I d’une manière qui soit propre à persuader & à convaincre les Auditeurs de la vérité de cequ’on avance. On demande là-desius , S*il est bon de proposer au Peuple les raisons fur lesquelles on fonde son Exhortation. Je répons, que tantôt on peut le faire , & que tantôt on peut s’en paf. fer. Quand dans le Corps de l’Action on a posé de bons principes, qu’on a prouvé une Vérité, ou la néceíîké d’un Devoir, il est assez inutile de les répéter dans l’A- plication. Mais quand on n’a pas eu occasion de le faire, on peut les dire dans l’Aplication. Pour bien exhorter, le principal est de savoir bien proposer les motifs fur lesquels on K apuve De l'Exercice 14^ apuye les Exhortations. II y en a qui font tirées de la juítice de ce que l’on exige ; d’au- tres le font de la Aliférícorde de Dieu ; d’au- tres de la Crainte, de l’Efpérance , de notre Vocation , de la Vie Future &c. II faut toujours apuyer ses exhortations, de quelqu’un de ces grands motifs que la Religion nous fournit. C’est ainsi que St. Paul en use, Rom. XII. 1 . 2. Cor. V. Ephéf IV. Mais le moyen d’en faire sentir la force, c’est d’en être bien persuadé soi-même. GUGG:OOOOGGDDGD:DDDD II. DE LA CONSOLATION. C E que j’ai à dire sur ce sujet, revient à ces deux choses. I. C’est qu’il faut consoler d’une manière tendre & affectueuse, ensorte que vos Auditeurs comptent que vous compatissez à leurs afflictions. Rien ne les touche tant, que de voir qu’on prend part à leurs maux. Mais pour cela, il faut être véritablement touché ; car la compassion est une de ces choses qu’il est très-difficile de contrefaire. Vous devez donc avoir un véritable amour pour les hommes, & être touché de tout ce qui leur arrive. II. II faut consoler avec prudence & discrétion. Les Consolations mal dispensées produisent du Ministère Sacré. 147 duisent un très-grand mal, elles endurcissent ceux à qui on les adresse. Pour consoler à-propos, il faut distinguer ì’état de ceux à qui l’on parle. Les uns sont affligés par des maladies , les autres par la mort de leurs Parens &c. II faut parler à ces gens- là différemment. II faut amener les Pécheurs au point où ils doivent être, qui est une véritable repentance. Quand ils en sont-lâ, il leur faut montrer l’uíage qu’ils doivent faire de leurs afflictions. Voyez fur ce lùjet le Traité des Sources de la Corruption Part. II. Source Dernière. III. DE LA CENSURE. L A Censure est une des choses les plus difficiles & les plus délicates de notre Pro- feflìon, il y a bien des défauts à éviter. Pour cet effet, il est nécessaire de faire attention à ces trois choses. Prémièrement, il faut examiner quelles font les choses qu’il faut censurer. Secondement, quelles sont les personnes qu’on doit censurer. Et enfin, la manière dont on doit censurer. La I. Règle regarde les 'Sujets pour lesquels il faut censurer. Sur quoi un Ministre doit toujours avoir deux choses devant les yeux. Iv L En iqg De r Exercice En premier lien , il doit examiner la certitude du fait. II faut être bien assuré de la chose en elle-même , & de ses principales circonstances. 11 ne faut jamais censurer sur de simples bruits, & fur des raports. II faut éviter d’être crédule & soupçonneux. Rien ne fait plus de tort à un Ministre, que quand il prend feu mal-à-propos. Mais comme tous les faits certains ne méritent pas la censure, On doit, en second lieu, avoir égard à la nature des choses dont il s’agit. 1. II y a beaucoup de choses peu considérables, des bagatelles qui ne méritent pas d’être censurées en chaire, & de faire un article dans un Sermon. 2 . II y a des péchés cachés, dont très- { >eu de personnes font informées. On doit es censurer en particulier ; ou si on veut le faire en public, il faut le faire avec tant de circonspection , qu’on ne donne pas à con- noître les personnes dont on veut parler. z. On ne doit jamais porter en chaire des choses particulières & personnelles, cela peut avoir des fuites trop fâcheuses. Ce n’est pas pourtant qu’on ne pût envenir-là, maison ne le doit que dans des cas extraordinaires, & après que les moyens particuliers ont été inutiles ; autrement, on accuferoit avec justice un Ministre d’agir par passion ou par imprudence. II. Règle. da Ministère Sacré. 149 II. Règle. 11 faut faire attention aux Personnes qu’on doit censurer. 1 . II ne faut jamais dire de trop grandes ; particularités. On ne doit pas désigner en chaire telle ou telle personne en particulier, à-moins que ce ne soit pour des péchés énormes & connus, & que les censures particulières n’ayent rien opéré. | 2 . II faut censurer les Pécheurs diverfe- I ment, selon que leurs fautes font plus ou moins grandes, suivant les degrés de corrup- í tion & d’endurcissement qu’il peut y avoir en eux. Si l’on cenfuroit ceux en qui il y a encore quelque chose de bon , comme les gens perdus, on ne feroit point de fruit. z. On ne doit jamais censurer trop facilement les Magistrats, & les Personnes Publiques : crainte qu’en découvrant leurs fautes & leurs désordres , on ne donnât au ! Peuple occasion de les mépriser , & de ne se | pas ranger íous leur autorité. Ces censures pourroient d’ailleurs faire croire aux gens, qu’on manque de respect pour le Magistrat, & qu’on agit par vanité. Ce n’est pas que quand on leur parle , on ne le puisse faire fortement ; mais il faut commencer par la simple exhortation. On doit employer d’a- bord les avertissemens particuliers. S’ils font inutiles, & que les Magistrats soient coupables de quelques grands désordres, on peut alors en parler en public. K 3 4- II De /’Exercice 150 4. II ne faut pas censurer indifféremment tout le monde. II ne faut pas outrer les censures, & parler comme 11 tout étoit perdu & désespéré, & qu’il n’y eût plus de piété fur la terre. Ces reproches outrés produisent un très-mauvais effet. Voy. Gaussen pag. 18 s- Dummodò Concionatores de fiumma rei ver a. dicant , de catero in iis quibus Veritas ornatur vel illujlratur veris addere f arum iis re- iigio efi : mdè porro fit , ut qui dicant non quâ de re dicant attendentes , nullum exagerandi vel deprimendi moàum faciant : fie fi quandò perverfis £ 5 * in pejus mentes auditorum mores déplorent , ni~ hil fibi ad fiummam nequitiam deferibendam reliqui faciunt (fi> magno verborum Jìrepitu ea aliquando déblatérant , ex quibus fi quis mores auditorum afiimet paratus fit dejerare , eos ejje Tbyefie,. Bufiride , zfi toto illo nefariorum hominum chora- gio nequìores. III. Dans la troisième & dernière Règle, il s’agit de voir de quelle manière on doit censurer. II y a trois maximes à observer sur ce sujet. 1. II faut censurer avec zèle, & avec une sainte liberté. II ne faut point craindre d’ir- riter les Pécheurs, ni avoir égard à Papa- rence des personnes, mais faire son devoir comme devant Dieu. Cependant quand je dis ceci, je suppose qu’on ne soit pas aigre ni outré. Quelquefois on apelle zèle , ce çjui n’est que l’effet d’une paillon secrète. Si vous da Ministère Sacré. Isl vous voulez n’ètre point trompes en ceci, voici une marque sure à laquelle vous pourrez reconnoître fans peine íì ce zèle est véritable. C’est de voir st on a le courage de | dire en particulier aux Pécheurs, ce qu’on leur dit en public. 2. II faut censurer avec prudence, & ne pas s’étouffer mal à-propos pour une bagatelle. Chaque chose doit être censurée suivant sa nature & son importance , autrement on ne produira aucun effet, j z. II faut censurer avec charité, comme l’ Apôtre St. Paul nous l’ordonne. On doit régler les censures & les reproches qu’ost fait , d’une manière que les Auditeurs sentent que st vous le s censurez, vous le faites par un principe d’amour & de charité pour eux. Pour cela, st importe de se remplir j d’une sincère charité pour le Prochain. Cette ! charité fera que d’un coté vous parlerez sincèrement & fans les stater ; & de l’autre, elle vous donnera ce caractère de douceur qui plaît & qui touche le coeur. Encore une fois, il faut éviter de faire des censures trop aigres, & épargner quelquefois le Pécheur. Outre les raisons que nous avons alléguées , en voici uneaqui est prise de f intérêt des Pasteurs. C’est que de pareilles censures les décrient parmi le Peuple, & leur attirent souvent des affaires fâcheuses. Et ce sont- là les précautions qu’on doit mettre en K 4 usage, Isa De P Exercice usage, quand on entreprend de censurer les Pécheurs. Enfin pour finir ce que j’avois à vous dire fur les Aplications, je n’ai plus que deux Préceptes à vous donner. Le prémier, c'est qu’il faut savoir finir son Discours à-propos. Or pour cela 1. II ne faut pas toujours finir de la même manière, comme ceux qui dans la fin du Sermon conduisent toujours leurs Auditeurs à la Vie Eternelle. 2 . 11 faut finir d’une manière qui laisse l'Auditeur touché. Car quand on est venu à bout de le toucher, & que nonobstant cela on continué , on détruit tout l’effet qu’on avoit produit. Z. Quand on a un endroit un peu fort dans une Aplication, il faut le réserver pour la fin & le bien ménager. Pour plus de clarté , remarquez qu’il y a deux sortes de mouvemens qu’il faut distinguer. II y a des mouvemens qui ne font pas du but général du Discours, & qui font produits par des endroits particuliers des Sermons. II y en a d’autres qui font du but du Texte , auxquels le Sermon est destiné. Ces derniers font ceux par lesquels on doit tâcher de finir. Dès-que vous croirez les avoir excités, finissez, ou tâchez de tenir votre Auditeur en haleine. Par exemple, croyez- àu Ministère Sacré. Isz croyez-vous avoir excité dans un Pécheur le désir de la conversion , entretenez ce désir, & lui dites par exemple, vous trouverez, tels Sfj tels obstacles à Fistsuè' de ce Sermon &c. Ou bien donnez lui quelques moyens pour tra* vailler à son salut. Le second Précepte regarde ce qu’on doit faire après avoir prêché. Ce n’est pas assez d'avoir observé tout ce que nous avons dit jusqu’ici. Si on s’imaginoit après cela que tout est fait, on se tromperoit : car outre ce qui a été dit sur ce sujet, il faut examiner quel fruit font les Sermons, & si le Peuple se corrige. Vous devez examiner si l’on prend goût à votre Prédication ; si l’Ivro- gnerie , si les Juremens, si l’impureté , ou les autres Vices contre lesquels vous aurez prêché, ont un peu cessé. Un Laboureur ne jette pas fa semence dans un champ pour la laisser là, mais il va voir de tems en tems s’il y a aparence de faire une récolte abondante. C’est aussi ce que doit faire un Ministre. Si dans cet examen vous trouvez que vos Sermons ayent fait quelque fruit, cela doit vous réjouir & vous encourager : il faut tâcher de reconnoître par quel endroit vous avez produit cet heureux effet, afin que vous mettiez dans la fuite les mêmes moyens en usage. II faut auffi témoigner à son Peuple la joie qu’on ressent du changement qu’on remarque, & l’encourager. Des K s louais IÏ4 De l'Exercice louanges dispense'es à-propos produisent un très-bon effet. Et si l’on censure les Auditeurs lorsqu’ils s’en aquitent. Si d’un autre coté vous trouvez que votre Ministère produise peu ou point de fruit, il faut tâcher d’en découvrir la cause ; si c’est de vous, ou des Auditeurs. Si c’est de vous, il faut vous corriger ; si le mal vient des Auditeurs, il faut tâcher de reconnoître ce qui peut rendre vos soins inutiles, & chercher de nouveaux moyens pour les gagner , & pour retrancher , s’il est possible, les sources de leur corruption. Ce n’est pas à dire pourtant, que fous prétexte que vous ne remarquez pas d’abord que vos Sermons ayent fait du fruit, il faille s’imaginer qu’ils font demeurés fans effet. L’amendement fè fait par degrés. D’ailleurs ce fruit est quelquefois caché. II faut fe souvenir de ce que Jésus Christ nous aprend dans une Parabole , que la semence croîssoìt pendant que le laboureur dormoit. Dieu fait son oeuvre , fans qu’on s’en aperçoive quelquefois. Et c’est-là ce que nous avions à dire fur les Sermons, nous dirons encore quelque chose des Catéchismes. DES du Ministère Sacré. If f DES CATECHISMES- I L semble que je pourrois me dispenser de parler des Catéchismes en particulier, puisque la plupart des Règles que j’ai données jusqu’ici sur les Sermons conviennent auffi aux Catéchismes. Cependant j’ai cru devoir en traiter en particulier. D’abord ces Exercices font d’une très-grande importance, puisqu’ils font destinés à donner la connoissance de la Religion, & qu’ils ont divers autres usages que je ne toucherai pas présentement. Ce que j’ai à vous dire sur ce sujet, c’est que quand vous ferez jeunes Ministres, vous devez principalement travailler à former une nouvelle Génération. II nhr a que deux fortes de personnes qui puissent le faire, les Pères & les Pasteurs. Mais les Pères font souvent vicieux , négli- gens, ou occupés d’autres choses que de l’éducation de leurs Enfans, & ainsi ils ne travaillent pas à les rendre gens - de-bien. Ce foin regarde donc les Ministres. Mais de tous les moyens qu’ils peuvent employer pour cela, les Catéchismes font un des plus utiles. II faut instruire les Jeunes-gens ; car Is6 De P Exercice dès-qulls ont atteint un certain âge , il n’est plus tems; dès-qu’on a 22 ou 23 ans, on n’aprend plus rien en matière de Religion. Par - là vous voyez que ceux-là íè trompent, qui regardent les Catéchismes avec mépris. Ils sont beaucoup plus importans & plus utiles que les Sermons, & il seroit à souhaiter qu’on les substituât à la plupart des Prêches. C’est-là la vraie Théologie. Autrefois il n’y avoit point de Professeurs, comme aujourd’hui. Les Catéchistes étoient regardés comme les Docteurs de la Religion. Par les Catéchismes on peut entendre , ou les Sermons, ou les Livres qui expliquent les principaux points de la Religion. Vous voyez bien que c’est des premiers dont je veux parler. Cependant il ne fera pas inutile de dire un mot des Livres auxquels on donne le nom de Catéchismes. En général on en a peu de bons, & ils manquent presque tous, soit à l’égard de la matière , ou à l’égard de la méthode. I. Pour ce qui est des matières , je trouve trois défauts dans les Catéchismes, & j'ose même dire que je n’en trouve point de parfait. 1. II y a des choses essentielles qu’ils o- mettent, comme PHistoire ; la Morale y est traitée fort superficiellement ; les preuves de l’Existence de Dieu, de la Vérité & de la Divinité de la Religion Chrétienne & des Livres Sacrés, ne s’y trouvent point. 2. II da Minijìère Sacré. 1^7 2. II y a plusieurs choses qu’on en devroit retrancher, comme sont les Matières Scho- lastiques, les Controverses qui ne regardent pas les choies fondamentales de la Foi. 3. On y pourroit changer bien des choses „ soit dans Tordre des matières, soit dans la manière de les expliquer. II. Tous les Catéchismes renferment de bonnes choses, mais la méthode de plusieurs Catéchismes est obscure & pas assez judicieuse. Quelquefois même ils disent des choses qui ne sont ni justes , ni vraies. Voyez , par exemple , le Catéchisme dl Heydelberg, Ce qu’il dit fur le I. Article du Symbole , n’ex- prime pas le vrai sens de T Article. De-mê- me dans le IV. Commandement , il s’agit du Sabat, & nullement du St. Ministère & des Ecoles. Après cela, les Auteurs des Catéchismes débitent toutes ces choses dans des termes scholastiques & obscurs, comme il seroit aisé de le montrer par un grand nombre d’exemples. Avant que d’en venir aux Catéchismes qui se font de vive voix, je dois vous dire qu’ií y en a , ou au moins, qu’il y en devroit avoir de deux sortes. 1. II seroit à souhaiter qu’il y en eût de fort simples, pour ceux qui commencent. 2. 11 seroit bon d’en avoir de plus étendus , pour ceux qui font plus avancés. Les if 8 Del’Exercice Les premiers font plus nécessaires que les autres, parce qu’on peut supléer à ces derniers par les Sermons , mais il n’y a rien qui tienne lieu de ces Catéchismes familiers. Or dans ces Catéchismes familiers, il faut bien de la clarté , de la simplicité, & surtout de la brièveté. Il doit y avoir la même différence entre ces deux espèces de Catéchismes , qu’il y a entre ceux qu’on fait pour ceux qui font un peu plus avancés, & les Leçons de Théologie. Ainsi quand Dieu vous apellera à défervir des Eglises, vous devez travailler à y établir ces fortes de Catéchismes familiers. Si cela ne fe peut pas , travaillez k y supléer par l’Instruction que vous donnerez aux Catéchumènes, & par les Catéchismes que vous ferez le Dimanche. Pour en venir maintenant aux Catéchismes , il faut vous montrer trois choses fur ce sujet, i. Je parlerai des matières qu’on doit traiter. 2 . De la manière dont on doit le faire, z. Je montrerai le but &l’ufage desCaté- cjjilmes. DES âu Ministère Sacré. 15 9 des MA TI E'R ES Q.U'ON DOIT TRAITER DANS LÏS CATECHISMES. A Vant toutes choses, il est nécessaire de vous avertir qu’on ne sauroit bien in- ! struire la Jeunesse , si elle n'a quelque con» noissance de l’Histoire Sainte. C’est par-là qu’il faut commencer. Preuve de cela , c’est que Dieu a voulu nous instruire par des Faits Historiques ; & on voit par l’expé- rience , que les Enfans comprennent mieux les Histoires, que les Préceptes & les Dogmes. Ainsi il seroit bon qu’on en eût un petit Abrégé, & même fans cela on ne peut avoir une idée juste de la Réligion ; puisque I les Sermons & les Instructions que vous 1 donnez , supposent la connoissance de l’Hi- stoire. Si l’on ne sait en gros quand vi- voientMoYSE, David,Jésus Christ, > & les Circonstances de leur Vie, il n’est pas ' possible de bien comprendre ce qu’on nous en dit. II faudroit donc d’abord commencer à parler de la Religion ; d’une manière ISO De /’Exercice re historique. On peut voir plus au long ce que j’en dis dans le Traité des Sources de la Corruption , Part. II. Sourc. V. 05 * VII. Je viens maintenant aux matières qu’il faut traiter dans les Catéchismes. Je remarquerai d’abord ici ce que j’ai dit par ra- port aux Sermons : C’est que toutes sortes de matières ne font pas propres à être proposées. II importe de les bien choisir, & cela est encore plus nécessaire dans les Catéchismes que dans les Sermons. On ne doit rien dire dans les Catéchismes, que tout le monde ne comprenne ; au lieu qu’on a un peu plus de liberté dans les Sermons. Ainsi il faut se former aux principaux Points de la Religion. C’est ce que St. Paul. Hebr. V. apelle le lait, par opposition à la viande solide. Si l’on veut savoir ce qu’on entend par ces matières principales, on en peut juger par ce qu’on fàisoit dire aux Catéchumènes dans l’Ancienne Eglise. 11s déclaroient qu’ils croyoient en Dieu , en Jé sus Christ. Ils renonçoient après cela au Diable & à ses œuvres, au Monde & à fa pompe , à la Chair & à ses convoitises. On doit donc bannir des Catéchismes les matières qui ne font pas fort nécessaires, & il ne faut pas proposer aux Enfans des choses trop abstraites. Si vous faites attention à ce que je viens de dire , vous verrez qu’il y a deux défauts à éviter. Le da Ministère Sacré. 16 ’t Le i. c est les questions qui lie fervent de rien aux Enfans, comme font les Disputes de Théologie, celles-là même qui pour- raient avoir quelque utilité , mais qui n’ea ont point par raport aux personnes avec qui Vous parlez. Le 2. défaut qu’il faut éviter, c’est qu’il ne faut pas traiter les matières d’une manière trop profonde , ni s’écarter de cette simplicité si nécessaire dans les Catéchismes. Mais pour entrer dans le détail de ces matières , elles font de deux sortes. Les unes regardent la Foi, & les autres les Devoirs de la Religion* I. Entre les Matières de Foi , il faut choisir celles qui servent de fondement à la Religion. Pour cela nous avons deux Règles. La i, est le Symbole des Apôtres ï où toutes les choses nécessaires se rencontrent, & qui, à deux expressions près, est tout tiré de l’Ecriture. La 2. est contenus dans ce que St Paue dit fur la fin du Chap. V. & au commencement du VI. aux Hébr. où, après avoir dit aux Hébreux qu’ils avoient besoin de lait, il montre dequoi on doit informer les Catéchumènes. Je crois que St. Paul a renfermé dans cet endroit, ce que l'on doit dire dans les Catéchismes. II importe de bien affermir les Enfans dans la créance des Fon- L demens 162 De V Exercice demens du Christianisme. Cela paroît d'a- ; bord difficile : cependant on en vient à bout, I en se servant de preuves claires & de raison- nemens simples. Par exemple, on peut i. leur faire sentir que le Monde est fait d’une certaine manière , qu’il faut que quelcun le conduise & le gouverne. 2. Comme la Religion est fondée sur des Faits , il est facile de les convaincre. Par exemple , on peut facilement les faire convenir de la Résurrection de J. C. en leur montrant que cette Vérité est fondée fur des Faits, fur des Témoignages qu’on ne peut révoquer en doute, 1 que le Sauveur est aparu à soo. personnes. Z. II faut employer principalement les preuves de sentiment. Les Énfans les sentent mieux que ceux qui font avancés en âge, parce qu’ils font encore in puris naturalíbus ; & qu’ils ne font pas distraits par les occupations que les Hommes fe donnent en ce Monde. II. Je viens aux Devoirs de la Religion. A cet égard on peut entrer dans un plus grand détail ; cependant il faut prendre garde à ne pas rebuter les Enfans, par un détail trop long & trop ennuyant. Les principaux Devoirs qu’on doit leur inspirer , c’est d’a- dorer Dieu , de lui rendre le service qui lui est dû , de l’aimer ; c’est de leur faire sentir comment on doit élever son cœur à Dieu; de leur aprendre à prier avec attention, a avoir da Ministère Sacré. i§z avoir de Phumilité, de la douceur , de la charité envers le Prochain, de les porter ensuite à se détacher du Monde. Quand on peut leur inspirer ce détachement, ils sentent eux-mêmes qu’il faut être sobres, chastes &c. Les Devoirs généraux font comme la clé de tout le reste. II faut pourtant entrer dans quelque détail. On peut leur expliquer le Décalogue , mais il faut le faire suivant les maximes de PE- vangile , & suivant l’étenduë de ses préceptes. Pour cela , il faut leur faire aprendre les principaux Passages de l’Ecriture Sainte. Voilà pour les matières. De tout cela j’en tire cette conclusion. C’est que tout le monde n ; étant pas propre à instruire les Enfans, il faudroit que les matières luisent fixées & réglées , & qu’on eût même des Livres que l’on expliquât à la Jeunesse, afin que les Enfans & les Particuliers pussent fe préparer là- dessus. D’ailleurs cela empêcheroit les Ministres de fe jetter dans des choses inutiles : & bien loin que cela ennuyât, les Peuples auroient plus d’idées de la Religion; par- ce que les choses ne s’insinuent dans les Esprits grossiers, qu’en inculquant les mêmes matières, & par une manière Renseigner uniforme. Mais direz-vous, les Ministres ne devroienU ils étudier que ces matières , cela ne les forteroit- L 2 il IÍ4 De r Exercice il pas ati relâchement ? Bien loin qu’ils se relâchassent , ils n’en aprendroient que mieux leur Religion. Celui qui est en état de bien enseigner la Religion à la Jeunesse , la sait aussi bien que les plus habiles Théologiens. C’est ce qui m’oblige à vous dire que vous ne sauriez rien faire de plus utile, ni qui facilite plus l’exercice du Ministère, que de travailler à vos Catéchismes. Ce font les meilleures études que celles qu’on tourne du coté de l’instruction de la Jeunesse. On en retire cette utilité , que l’esprit ne Rattachant qu’à des choses solides, on ne consulte que la piété & le bon-sens, & on ne goûte point les choses inutiles. I DELA MANIERE DONT ON DOIT TRAITER LES MATIERES. O N peut dire que le fruit des Instructions dépend autant de la manière de traiter les choses, que de la matière même. En effet la matière est ordinairement bonne , mais la manière ne l’est pas toujours. Pour bien instruire, il faut se proposer ces cinq cho- âu Ministère Sacré. ' I6s choses, i. La Clarté. 2. La Simplicité, z. La Brièveté. 4. l’Ordre; s. d’Inítruire d’une manière agréable. I. Règle. II faut instruire d’une manière claire. II ne seroit pas nécessaire de faire cette réflexion , puisque nous en avons déjà parlé , n’étoit qu’elle est encore plus nécessaire dans les Catéchismes ; parce que les Enfans ne connoissent pas la plupart des termes, & qu’il faut employer les manières de parler les plus simples pour les instruire. Si vous voulez voir en quoi consiste cette clarté , je vous renvoie à ce que j’en ai dé- Ì ’a dit. Cependant, voici encore quelques lègles que je donnerai. 1. Le moyen d’être clair, c’est de Rattacher aux choses essentielles & absolument nécessaires. A proportion que les choses font nécessaires, elles font plus ou moins claires. Par exemple, prenez la matière du Jugement Dernier , vous la ferez aisément comprendre à un Enfant. Prenez après cela la matière de la Transsubstantiation , ou celle de la Prédestination , vous aurez beaucoup plus de peine à la lui faire entendre. Ainsi ce qui est absolument nécessaire, est ordinairement clair. Ce qui est simplement utile, est plus clair que ce qui n’est pas nécessaire. Tout ce que vous trouverez d’obscur dans la Religion , comptez qu’il n’est pas nécessaire. L 3 2. Pour 1 66 De l'Exercice 2. Pour être clair il faut se servir des moyens que nous avons proposé pour les Sermons, qui font de raporter des Histoires, de se servir de Comparaisons, de tourner les choses en différentes manières, de répéter, &c. Z. II faut être clair dans son stile, bannir non seulement les termes de l’Ecole & des i Sciences, mais même les façons de parler obscures, qui ne font pas entendues des gens simples, mais seulement des gens d’es- ; prit & de lecture. II faut s’abaistèr, & ne rien dire, qui soit au-dessus de la portée des Enfans. Dans les Instructions particulières, ! il faut même quelquefois parler le patois | auquel ils font accoutumés. ! II. Règle. On doit être simple. J’ai déjà parlé de la simplicité : & par-là j’entens qu’il ne faut pas se piquer de vouloir tout dire, & de traiter les matières à fond & trop scrupuleusement ; car cela fait un mauvais effet. Ensuite pour être simple, il ne faut jamais se servir de preuves abstraites & de raiionne- mens subtils. La plupart des Ministres se gâtent en lisant des Livres de Philosophie, qui sont bons d’ailleurs. C’est ainsi que plusieurs ont pris un stile & une manière de raisonner Méthaphysique, en lisant la Recherche de la Vérité duY. Malebranche. Ainsi si vous traitez de la Résurre&ìon , il ne fau- droitpas se jetter dans les Objections que l’on fait du Ministère Sacré. 1 6*? fait sur la Dissolution des Corps, mais il faudroit s’arréter aux preuves que l’Evan- gile fournit. III. Règle. La Brièveté doit régner 1. Dans les Discours, c’est-à-dire dans í’Explication. Cela est encore plus nécessaire dans les Catéchismes que dans les Sermons. Qui breviter dìcunt , docere possunt. Dès-que vous chargerez trop un Catéchisme, vous ne ferez point de fruit ; car la Jeunesse n’est pas capable d’une longue attention. 2. II faut expliquer ceci à chaque Article. II faut réduire la matière à peu de chefs, & dans chaque chef éviter les longs raison- nemens. Si vous croyez n’être pas entendus, tournez plutôt vos raisonnemens d’une autre manière. Evitez auífi le grand nombre de Subdivisions. IV. Règle. L’Ordre. Dans chaque matière il faut procéder par ordre. r. Commencer par les choses les plus simples , & de-là on peut passer à celles qui font plus difficiles. Car dans ces matières, il y a toujours quelque chose qui n’est pas tout- à-fait clair. L’ordre demande qu’on distingue les chefs & les raisonnemens ; & après les avoir distingué, il faut les répéter , afin que l’Au- diteur puisse s’en souvenir, & savoir Tordre qui a régné dans votre Catéchisme , en L 4 cas J6% De P Exercice cas qu’íl voulût méditer fur ce que vous avez traité. Le meilleur ordre qu’on puisse suivre, n’est pas celui que les Hommes ont inventé, mais celui que Dieu a marqué par fa conduite. Avant la Loi, il s’est d’abord révélé aux Hommes comme un Dieu Créateur & Rémunérateur. Apres cela nous voyons la Chute d’A- dam, les Suites de cette Chute, Pldolâtrie & le Péché qui rétablissent. Ensuite, ie choix que Dieu fait d’un Peuple, les Loix qu’il lui donne , les promesses d’envoyer le Meíìie, Enfin, la Venue du Sauveur , & par ce moyen une Manifestation plus claire par son moyen des Dogmes particuliers dç la Religion. Voilà comment en suivant l’ordre des Tems, on pourroit instruire la Jeunesse. Ce feroit pécher contre le bon sens, que d’aller d’abord parler aux Enfans des Controverses fur la Religion, fur la Ste. Cène &c. On doit auparavant leur aprendre ce que c’est que la Religion. V. Règle. II faut instruire d’une manière agréable. Ceci est très-important. Quand même on diroit les choses les plus claires & le? plus solides, st on ne les dit d’une manière qui touche les Enfans, on ne fera jamais rien. Les Jeunes-gens font sensibles au plaisir, ce qui leur paroít désagréable les rebute ; & c’est de-là que vient le peu d’amour que les Hommes ont pour la Re- àti Ministère Sacré. 169 Iigion. II y a deux manières de leur être agréables. D’abord par les choses qu’on leur enseigne, ensuite par les personnes qui les enseignent. 1. II faut leur faire sentir la beauté , la justice, la nécessité de ce qu’on leur enseigne, Inutilité qui en revient, le malheur où l’on se précipite sans cela, combien grande a été la bonté de Dieu de nous donner son Fils, le misérable état où nous étions, le malheur de ceux, qui auront ignoré ou négligé ces choses. Par-là il vous paroîtqu’il ne suffit pas de dire les choses d’une manière nuë & lèche. 2. La personne peu t beaucoup contribuer à faire recevoir agréablement les instructions. Car quand nous sommes prévenus en faveur de celui qui nous parle, nous profitons davantage avec lui. Ainsi il faut, en conservant son autorité , se faire aimer des Enfans, s’accommoder à leur foiblesie & à leur âge , avoir pour eux de la cordialité & de la douceur, les louer quand ils font bien, ne les pas rebuter quand ils font mal. On ne sauroit croire combien cela touche les Jeunes - gens, quand ils voient des personnes pour qui ils ont du respect, s’abaiíser jusques à eux. Ce que je viens de dire peut s’apliquer Lux deux Espèces de Catéchismes que j’ai touchées, Cependant je croirois tomber L s dans I y o De f Exercice dans quelque défaut, si je ne vous parlois pas de ce qu’il faut faire dans le particulier. C’est alors qu’il faut principalement pratiquer les cinq Règles que je viens de donner. On instruit mieux les Ënlàns en particulier, qu’en public ; on peut leur faire mille questions différentes, & aller où ils vous mènent fans être gêné. Mais il faut surtout apliquer cette maxime , quand il s’agit des Catéchumènes. DELA MAN 1 E R E D’INTERROGER LES ENFANS. O N voit beaucoup de gens qui expliquent bien une Matière, mais qui ne réussissent pas, quand il s’agit de faire des questions aux Enfans. J’ai donc cru qu’il étoit nécessaire de vous donner quelques Règles fur ce sujet, & voici celles que je crois que l’on doit observer. I. Règle. II ne faut jamais rien demander aux Enfans que ce qu’ils savent, & à quoi ils peuvent répondre. Si vous prévoyez que les Enfans ne fauroient pas une chose, ne la leur demandez pas: expliquez pré- inièrement la chose , & puis vous ferez votre question. II. Rè- du Minìflèrc Sacré. 171 II. Règle. II faut former la question d’une manière que la réponse soit la plus claire , la plus courte, & la plus simple qu’il fe pourra; & n’engagez jamais les Enfans dans de longs Discours. Pour cet effet, s’il y a de longs raifonnemens, proposez - les par parties ; après cela vous les rassemblerez & vous ferez la question toute entière. III. Règle. II ne faut pas les rebuter, ou répondre foi-même, quand ils ne répondent Ç as. On ne doit le faire qu’à f extrémité, achez plutôt de leur faire comprendre la chose , en la tournant de plusieurs manières. IV. Règle. On doit instruire les Jeunes- gens , plutôt par jugement, que par mémoire. Or pour cela il faut les faire parler, il faut gagner leur coeur ; car fans cela, sis ne «'ouvrent pas, le respect & la crainte les retiennent. Pour cela il faut avoir de la patience, & pour savoir il faut avoir de la piété & du zèle. Cette fonction est désagréable pour une personne qui manque de piété, mais il n’y a rien de plus agréable pour un homme E ieux, & qui a du zele pour la Gloire de lieu. V. Règle. II est nécessaire pourtant de leur faire aprendre quelque choie par coeur. 1 . Ils s’exercent par-là en particulier. 2. Cela les empêche de tomber dans l’oi- fiveté. Mais il faut leur expliquer ce qu’ils ont 172 De íExercice ont apris, & le leur faire dire d’une autre manière. VI. Règle. 11 importe qu’ils soient convaincus que les choses qu’on leur enseigne sont véritables. Or il y a deux principes de Certitude , la Raison & l’Ecriture Ste. C’est par-là qu’on doit les convaincre. Faites leur sentir qu’ils doivent croire une chose non parce qu’un Ministre ou quelqu’autre personne le leur dit, mais parce que c’est la Raison, que c’est Dieu lui - même qui le dit. Ensuite il faut les prendre par les sen- timens de la conscience , parce qu’alors elle est encore tendre. C’est pourquoi il est nécessaire de leur faire aprendre des Passages de l’Ecriture Sainte, & de leur faire voir que ce qu’on leur enseigne a été révélé par îe Seigneur lui-même. D U BUT ET'DE L/U SAGE DES CATEXHISMES. L E but qu’on doit fe proposer dans les Catéchismes , c’est de rendre les Enfans vertueux & craignans Dieu. On n’au- roit rien avancé, íì après leur avoir donné la connoissance de la Religion, on ne leur inspi- da Ministère Sacré. 173 inspirait de la piété , on en feroit des impies ou des hipocrites. La plupart des Ministres ne se croient obligés qu’à instruire , ! & les Enfans croient avoir satisfait à leur devoir , quand ils savent répondre aux questions qu’on leur fait. C’est-là la source de rHipocrisie , ainsi on ne sauroit trop prévenir ce mal. Voyons donc comment on peut faire servir les Catéchismes à inspirer la Piété. I. Maxime. II faut raporter à la Piété tout ce que l’on dit aux Enfans. II ne faut rien ; dire dont on ne leur fasse remarquer l’ufage ; dans la conduite de la Vie. Quand on leur représente les Vérités de la Religion , il ne faut pas fe contenter d’une simple explica- i tion , mais il faut montrer qu’elles tendent à nous détourner du mal. Propofe-t-on la matière de la Providence, du Batême &c. qu’on regarde comme des matières de Spéculation, il faut en faire voir l’ufage. Tout de même quand on leur propose les Devoirs du Christianisme , il est encore plus nécessaire de tourner les choses du coté de la Pratique. Voyez les Sources de la Corruption Part. II. I Sourc. s. II ne faut jamais louer les Enfans, ; parce qu’ils ont bien répondu, mais leur : faire comprendre que quand ils auroient répondu comme des Anges, s’ils en démeu- rent-là , ce n’est rien ; que le principal est de pratiquer ce qu’ils savent, & que quand ils 174 De F Exercice j ils le pratiquent, c’est alors seulement qu’ils | méritent des louanges. ! II. Maxime. II faut convaincre les Enfans qu’on ne leur demande rien que de julte. 11 faut les gagner par la raison , par la persuasion , & par la conscience; en sorte que s’ils croient qu’une chose est nécessaire , ce ne soit pas parce qu’on le leur a dit, mais parce qu’ils le sentent. II ne faut donc pas leur dire tout crûment, Voilà ce qu’il faut croire , mais on doit les prendre par les senti- mens de la conscience. Quand on leur parle de quelque Devoir, il faut leur demander s’ils ne sentent pas intérieurement du plaisir quand ils s’en aquitent, & du chagrin ou du trouble lorsqu’ils ne le font pas. Voilà j comment on leur inspire de la piété. III. Maxime. On doit s’attacher à former la conscience des Enfans. La conscience doit être formée dans le premier âge de la Vie, il faut les accoutumer à se faire des scrupules. Ce qui nous fait tomber en bien des fautes, c’est que nous agissons fans réflexion. Pour leur rendre la conscience délicate , il faut leur former des Cas de Conscience. Par exemple, en expliquant le VIII. Commandement , je demanderois à un Enfant, s'il seroit bien-aise qu'on lui prît quelque chose F Non me disoit-il. Auriez-vous dons plus de droit de le faire que les autres ? lui dirois- je &c„ Voudriez vous qu'on vous vendît trop cher? âu Ministère Sacré. 177 ther ? Voilà comment il est bon de leur proposer des Cas de Conscience. C’est ici une des Maximes les plus utiles que vous puissiez i pratiquer. Proposez de ces cas sur toute sorte de sujets, fur le Luxe, fur l’Injustice, fur les Sermens &c. IV. Maxime. Je difois ci-devant qu’il fa- : loit instruire d’une manière agréable , j’a- joute à cela qu’il faut leur rendre la Piété aimable. Si vous ne faites naître dans leur coeur cet amour pour la Piété, & cette horreur pour le crime , ils n’agiront jamais que j par de faux motifs. II faut donc leur in- I fpirer des sentimens élevés, leur aprendre í à mépriser le monde, leur montrer qu’il y a I beaucoup de gloire à mortifier ses fenti- | mens & ses passions &c. Par-là vous voyez que ceux - là se trom- | pent, qui instruisent d’une manière austère, ì Les Enfans s’en dégoûtent, parce que ce qui va au plaisir les entraîne toujours davantage. II faut leur montrer qu’il n’y a rien de plus heureux, que l’état d’un homme-de-bien; que dans le Crime il n’y a que chagrin & que ; tourment, lors même que ceux qui le com- i mettent paroîssent les plus heureux ; & que ! quand la mort vient, ils font troublés Sc i agités par les remords de leur conscience, I & qu’ainsi dans cette vie & dans l’autre les j Impies font misérables. C’est r 76 De /’ Exercice C’est de quoi il est bon de leur faire Voir des Exemples dans l’Ecriture, ou dans l’Ex- périence de tous les jours V. Maxime. Ce que je viens de dire regarde proprement les Moeurs. Mais outre cela il faut encore inspirer aux Enfans de la dévotion à l’égard de la Piété & du Service Divin. Les Enfans font en grand danger de devenir hipocrites, & de prier fans attention , ainsi il faut leur recommander surtout ce point de prier avec attention. II faut leur demander en particulier - comment ils prient , s'il ne leur vient point de distrayions , de pensées ejui les troublent. Ils nous diront qu’oui. Le meilleur conseil qu’on puisse leur donner à cet égard, c’est de faire de courtes prières. Les Formulaires troublent souvent l’atten- tion. Ainsi demandez - leur de quoi ils croient avoir besoin , & dites-leur de le demander à Dieu fans s’attacher aux Formulaires de Prières. Ce font-là les meilleures Prières, qu’ils puissent faire. VI. Maxime. II faut acoutumer les Enfans à regarder les Choses Saintes avec un profond respect. J’entens par ces Choses Saintes Dieu lui - même, fa Parole, le Service qu’on lui rend , les Prières , les Circonstances du Culte, les Jours Saints, le Dimanche, les Personnes qui fervent à la Religion, les Lieux, les Cérémonies, &c. Ce font - là des principes, qu’il faut leur inculquer pendant du Ministère Sacré. 177 dant qu’ils sont jeunes. Quand ils regardent ainsi ces choses, c’est un frein qui les retient. C’est ce qui esi un peu négligé parmi nous. VII. Maxime. II eít nécessaire de leur inspirer de l’amour pour l'Ordre. C’est-là une excellente chose, cet Ordre doit régner 1. Dans PEglise à P égard de PAutorité des Pasteurs, de la Discipline, des bons Rè- glemens. II faut montrer qu’un Chrétien est obligé de se soumettre à ces choses par la conscience, à-moins que ce ne fussent des choses contraires à l’Evangile. 2. Dans l’Etat. II faut leur inspirer de Pamour pour l’Ordre Civil, pour le Prince, pour les Magistrats &c. Cela regarde les fen- timens qu’011 doit inspirer aux Enfans. Je vous parlerai maintenant de la manière qu’il faut leur faire pratiquer le Rien, & éviter le Mal. VIII. Maxime. II faut profiter des bonnes dispositions où la Jeunesse fe trouve. Vous pouvez supposer que dans tous les Enfans, il y a quelque chose de bon, ils ne font pas encore attachés au Monde. D’ailleurs étant ignorans, & sentant leur ignorance, ils fe laissent conduire ; surtout ils n’ont pas cette malice noire, qui résiste aux Instructions. Ainsi c’est le plus souvent , ou la faute des Pères, ou celle des Pasteurs, si les Enfans ont tant de mauvaises qualités. Quand M on 178 Oc P Exercice on leur parle en particulier, on les ramène aisément. 11s ont pourtant quelquefois de mauvaises dispositions, mais on peut les corriger pour peu qu'on y prenne garde. IX. Maxime. II faut les garantir des Tentations. Ces Tentations font, ou communes à tous les Enfans , ou particulières à quelques-uns. Les premières font celles qui se rencontrent ordinairement dans l’âge de la Jeunesse. Les Défauts communs à cet âge- là, lont 1. Le Mensonge, dont ils se servent pour couvrir toutes fortes de fautes. 2. II faut leur inspirer du détachement pour les Plaisirs, les détourner du Luxe, de la Gourmandise &c. 3. Par-là vous les garantirez de l’Qrgueil, qui outre que c’est un grand péché, rend les hommes malheureux. 4.II faut leur inspirer de l’aversion pour TOisiveté. Voilà les défauts qu’il faut toujours se proposer de combattre. Outre cela il y a certains défauts particuliers, dont il faut les détourner. Pour cela il faut leur faire recon- noítre leurs propres défauts, leur faire sentir comment l’un est porté à la Colère ; l’autre à la Dissimulation ; que ces dispositions seront la source de tous leurs désordres, & que cela suffit pour les damner un jour ;qu’ils doivent s’en corriger dans leur jeunesse , puiíqu’il n’y a point de tems plus propre que celui-là. 11 da Miniflère Sacré. 179 faut demander aux Pères & aux Mères, quels font les défauts de leurs Enfans, afìn de les en corriger. X. Maxime. Les Enfans ont des Tenta- tions qui viennent du dehors, il faut travailler à les en garantir. Voici pour cela les leçons qu’il faut leur inculquer , toutes les fois qu’on les voit. C’eít que les Chrétiens ne font pas ce qu’ils devroient être, & qu’ainst ils doivent s’attendre à voir bien des désordres dans le monde. Par exemple, rì entenàez-vous pas jurer ? leur faut-il dire ; cependant J. C. le défend. Si on ne leur met pas cela dans l’efprit, ils s’imaginent qu’ils peuvent vivre comme les autres. Mais voici ce qu’il faut ajouter ; c’est que les Exemples domestiques font les plus dangereux de tous. Avertissez-íes donc que peut-être ils verront leurs Pères & leurs Mères s’empor- ter, jurer &c, mais que c’est-là une tentation à laquelle ils ne doivent pas fe laisser entraîner. II faut les munir contre des Tentations íì fréquentes. XI. La dernière Maxime que j’ai à donner fur ce sujet, c’est que quand vous auriez instruit les Jeunes-gens, il faut leur parler en particulier, les faire venir quelquefois chez vous. Si on leur parloit en présence des autres, on leur donneroit de la honte, & on n’auroit pas tant de liberté. M s Quand ïgo De PExercice du Ministère Sacré. Quand les Pères vous les amènent, il faut s’iníòrmer de leurs défauts , les étudier vous- mêmes , car ils ne fe déguisent pas. Quand vous les aurez avertis de quelque défaut, faites-les venir au bout de quelque tems, informez- vous s’ils se font corrigés : deman- dez-leur, si s’étant corrigés ils ne sentent pas de la joie & du contentement. S’ils vous disent qu’oui, encouragez - les, dites-leur que cette joie ira toujours en croissant. Par ce moyen vous aurez vous-mêmes le plaisir de voir les fruits de vos travaux, & par - là vous contribuerez bien plus à la Gloire de Dieu que par vos Sermons. Tin de la Première Partie. D E 3 D E L'EXERCICE MINISTERE SACRE 1 , PAR MONSIEUR OSTERVALD, Pasteur de PEglise de NeufchâteL SECONDE PARTIE. Qui traite du Gouvernement de P Eglise. A B A S L E, Chez Jean BrandmulleRv' A. MDCCXXXIX. s- > SZMc--)S8M 183 GOUVERNEMENT LEGLISE SECONDE FAB^TIE. S 'II falloit envisager le Ministère comme on l’envisage ordinairement, je n’aurois plus rien à vous dire. Le plus grand nombre des Ministres croient que tout notre Emploi ne consiste qu’à prêcher. Je vous ai montré ci-devant, que la plupart n’ont pas de justes idées de la Prédication. Mais quand même on prê- cheroit comme il faut, on n’auroit pas fait son devoir si on négligeoit le Gouvernement de l’Eglise. C’est pourquoi je me propose de vous parler du Gouvernement de l’Eglise dans cette Seconde Partie. Je crois qu’il est très-nécessaire de donner des règles fur ce sujet ; parce qu’on a encore M 4 moins I§4 D/- Gouvernement moins d’aides pour Je Gouvernement de l’E- glise, que pour la Prédication. On manque de secours à l’égard des Préceptes, des Exempleis & des Livres. I. On ne donne aucun précepte dans les Académies, pour former les Jeunes-gens à la Conduite de PEglise. On y fait la censure des Propositions qu’ils rendent, mais on ne leur dit rien fur cette autre fonction du Ministère , vous le savez par expérience. Cela vient de deux sources. 1. C’est que les Professeurs n’enfeignent pas des choses auxquelles la plupartd’entr’- eux ne pensent point, & qui ne leur paroîs- sent pas assez importantes. 2 . Cela vient de ce qu’il n’y a rien de fixe parmi nous fur la Discipline. Autant dé Pays & d’Eglifes, autant de différentes Coutumes. Desorte que si les Professeurs en vouloient parler, ou ils ne sauroient que dire, ou ils ne s’accorderoient pas. Je crois même qu’il n’en parlent pas, parce qu’ils disputeroient peut-être là-dessus, comme fur les Points de Doctrine. II. On ne peut pas être instruit fur le Gouvernement de l’Èglise par les Exemples. Le Gouvernement n’est pas, comme la Prédication , exposé à la vue de tout le monde , c’est une fonction cachée. Les Propo- sans peuvent profiter des Sermons ; mais quand les Pasteurs vaquent à la Discipline, de P Eglise. l8s cela se fait en particulier, & les Proposans n’y font point admis. Voilà ce qui fait que cette matière est si fort ignorée. 111. On n’a prefqu’aucun secours dans les Livres. Si les Livres fupléoient au-moins au défaut des Préceptes & des Exemples, ce seroit quelque chose ; mais c’est ce qui nous manque. Dans l’Eglife Romaine, les jeunes Prêtres ont des Livres qui fervent à les instruire ; mais les Protestans n’ont rien d’exact là-deífus, au-moins que je sache. Les Réformateurs ont bien laissé quelques Pièces. Bucer a fait un Traité de Animarum Cura , mais il y manque plusieurs choses. On a auífi Gaussen de Usu Clavium, mais il ne traite pas des autres fonctions du Gouvernement de l’Eglise. On a encore quelque chose fur la Discipline dans les Ecrits des Réformateurs, mais on n’a point de Traité complet. Les choses étant fur ce pié-là , faut-il être surpris si plusieurs Ministres ignorent ce que c’est que le Gouvernement de l’Eglife, s’ils fe trouvent arrêtés à tous momens, si le moindre cas les étonne, & s’ils entrent dans le Ministère fans savoir l’exercer ? Toutes ces considérations m’ont déterminé à vous donner quelques Règles là-dessus. La prémìère chose que vous devez examiner, c’est l’importance de cette Seconde Partie, & la nécessité qu’il y a d’être instruit M 5 des Du Gouvernement 18^ des choses dont nous devons parler. Si je voulois traiter cette matière ex profejso, je pourrois prouver que les Ministres sont apellés à gouverner PEglise. Je pourrois établir cette vérité par l’Ecriture , par les noms & les fonctions qu’elle attribue aux Pasteurs. Je pourrois en second lieu le montrer par la nature de la chose même ; car il est impossible d’avancer la Gloire de Dieu sans cela. Enfin, par la pratique des prémiers Chrétiens. Mais cela ni’en- gageroit trop loin , & d’ailleurs j’en ai parlé dans le Traité des Sourc. de la Corruption fart. II. Sourc. 2. & 3. à quoi je vous renvoie. Je me contenterai de faire ici quelques réflexions. I. Réflexion. Le Ministère de la plupart des Pasteurs est peu fructueux , parce qu’ ils ne s’apliquent pas au Gouvernement de PE- glise. On blâme les Chrétiens qui se contentent de faire une profession extérieure de l’Evangile , mais ne pourroit-on pas dire la même chose des Ministres qui se contentent de prêcher ? Ils parlent, mais ils ne mettent S as la main à Pœuvre. Ils ressemblent à un Iagistrat qui feroit de bonnes Loix, mais qui ne se mettroit pas en peine de les faire observer. Voilà ce qui arrive à ceux qui négligent cette partie du Ministère. Prenez deux Ministres, aont Pun prêche bien, mais qui ne fasse pas observer l’ordre dans son Eglise, de F Eglise. 187 Eglise, & un autre qui prêche médiocrement, & qui fasse régner Tordre ; ce dernier fera sans-doute beaucoup plus de fruit. Heureux ceux qui possèdent ces deux talens ! C’est à quoi vous devez tendre, & tâcher de parvenir. II. Réflexion. C’est pour ne pas faire attention au Gouvernement, queplusieurs tombent dans la paresse. S’ils y prenoient garde, ils ne fe donneroient jamais de repos, ils ne croiroient pas pouvoir fe distraire à diverses choses qui n’ont point de raport à leur Charge, & ils ne s’imagineroient pas qu’ils ont tout fait quand ils ont prêché. Les Ministres tombent plutôt dans le relâchement à l’égard des foins qu’il faut prendre du Troupeau , parce qu’il n’y a pas de loi qui les oblige expressément à prendre ces foins, comme il y en a qui les astreignent à monter en chaire en de certains jours. C’est de-là que vient encore la perte du tems : car j’apelle perdre le tems non seulement quand on le consume en amusemens ou dans l’oiíìveté ; mais auffi quand on ne l’emploie pas à ce qu’il faut, & qu’on le donne tout entier à prêcher. Celui qui sent que fa Charge l’engage à la conduite d’un Troupeau, a toujours de ì’occupation, il trouve le tems court. III. Réflexion. Quand on n’est pas instruit fur le Gouvernement de l’Eglife, delà procède un défaut qu’on reproche aux Mini- ï§8 ~Du Gouvernement Ministres ; c’est qu’ils ne font bons que four la Chaire , qu ils manquent de conduite U de prudence , U qu’ils ne font sas propres pour les Affaires. Tel est bon Prédicateur, qui est pitoyable dans la conduite de son Troupeau. II en est de ces gens-là, comme de ces Sa- vans qui ont beaucoup étudié , mais qui ne savent pas vivre, & qui font peu propres pour la Société. IV. Réflexion. On est en danger de manquer de zèle & piété. Je sai bien que la Prédication peut inspirer au zèle ; mais l'In- spection sur un Troupeau le fait bien plus, elle lie tout autrement la conscience. Un Ministre qui se croit obligé d’avertir les Pécheurs , d’avoir foin des Malades &c. sent beaucoup mieux le compte qu’il a à rendre à Dieu, qu’un Homme qui croit n’avoir qu’à prêcher. Si cette matière est importante , elle est de grande étendue , & elle n’est pas fans difficulté , parce qu’elle renferme une grande quantité de choses. Dans l’Exercice de la Discipline, dans les Consistoires, dans la Visite des Malades &c. vous ne trouverez pas beaucoup d’occasions où il faille agir de la même manière , les cas varient à l’infini. Auflì, quelques règles que je vous donne, je dois vous avertir que ces choses-là s’apren- nent encore mieux par la pratique & par Inexpérience que par les préceptes, ce qui demande de VEglise, 189 mande du tems. O11 peut dire à cet égard, Ars longa, vit a brevis. Cependant il faut prendre garde qu’avant que d’entrer dans la pratique , vous ayez quelque connoissance de ces choses ; de peur qu’à limitation des Médecins ignorans, vous ne faisiez votre aprentiífage aux dépens des Ames. Voici le plan que je suivrai dans cette Seconde Partie. I. Je parlerai de la Discipline générale de PEglise , qui s’exerce par les Pasteurs & par les Consistoires, & il faudra voir 1. Quelles font les Loix de la Discipline. 2. Comment il faut les observer. II. Je viendrai à la Discipline particulière. J’apelle ainsi les soins qu’un Ministre doit prendre en son particulier. De ces foins, il y en a qui regardent l’Eglise en général, d’au- tres qui concernent certaines Personnes en particulier. Ceux qui regardent l’Eglife en général font ces quatre. 1. De connoître son Eglise. 2. Comment un Ministre doit vivre dans son Eglise. 3. Les foins qu’il doit prendre pour faire régner l’Ordre & la Piété. 4. Comment il peut y conserver son autorité. Ceux qui concernent certaines Personnes en particulier, font 1. Les Avertissement particuliers. 2. Lkî Du Gouvernement 190 2. La Visite des Malades, Sc ce qui regarde les Criminels. DELA DISCIPLINE EN GENERAL. D Ans un sens général le Gouvernement de l’Eglise est tout ce qui regarde les Pasteurs , & tout ce qui a du raport à l’Eglise; comme le Culte, la Vocation & l’Election des Pasteurs &c. Quoique je ne veuille point parler de ces choses en détail, je dois pourtant vous dire qu’à tous égards on pourroit rectifier bien des choses, & en établir bien d’autres. Cependant je n’en parlerai pas dans cette vue, cela í'eroit trop long. D’ailleurs cela regarde particulièrement les Corps Ecclésiastiques. Je me bornerai donc à montrer ce qu’il faut faire , quand on est apellé à conduire un Troupeau. Je commence à parler de la Discipli en général, sur quoi il se présente deux choses à considérer. 1. Sa nécessité. 2. Sa nature. I. Sur ce premier Article , j’entens par ìa Discipline, l’Qrdre qui est établi dans l'E- glise pour la gouverner, & pour en retrancher de P Eglise. 19 x cher îes scandales; II faudroit d’abord prouver > qu’elle est d’Institution Divine * & répondre aux Objections que l’on fait fur ce sujet. Mais je ne le ferai pas ici, & je renvoyé à ce que j’ai dit fur ce sujet, dans mon Livre des Sources de la Corruption , Parti II. SourCi 3 ; II. Pour passer donc à la Nature de la Dilcipline, je ferai voir , y i. Quelles en font les Loix* 2- Comment elle doit être exercée.- DES L O I X DELA DISCÍP LINE. C ìì qu’ií y a de plus essentiel dans la Discipline est marqué dans le Nouveau Testament. A la vérité on n’y trouve pas des Loix fur les Cas particuliers qui peuvent se présenter ; cela n’é- toit ni nécessaire , ni possible. Mais on y IL ParL N trouve 19 2 D u Gouvernement trouve des Loix generales , & des Principes qu’il est facile d’appliquer aux divers cas que l’on doit décider. Si on lit avec attention l’Evangile & les Epitres des Saints Apôtres, on y verra de la maniéré la plus claire : Que Dieu a voulu qu'il y eut un ordre dans l’Eglise , tout de même qu’il en a établi un dans la Société civile ; Que le dessein de Dieu dans rétablissement de cet Ordre a été de conserver dans son Eglise , la pureté de la Foy & celle des Moeurs ; & * d’empêcher que l’Erreur * le Vice & les Scandales n’y eussent la vogue ; Que le soin de maintenir cet Ordre a été commis aux Pasteurs ; Que leur devoir est, non seulement d’enseigner, mais auffi de reprendre & de censurer , même publiquement , ceux qui pêchent ; Que ceux qui vivent ouvertement dans le désordre, & qui déshonorent la profession Chrétienne par leurs dereglemens, ne doivent pas être régardez comme Freres, & comme membres de l’Eglise ; & qu’ils doivent être retranchez du corps des fideles; Que ceux qui reviennent de leurs égaremens doivent être reçus à la paix & rétablis dans la Communion de l’Eglise. Tout cela est marqué dans les Livres Saints de la maniéré la plus expresse ; ainsi que je l’ai fait voir dans l’endroit des Sources de la Corruption , que j’ai cité cy dessus ; ce qui lait que je n’en parle pas ici plus au long. L’ap- de VEglise. 193 L’application de ces saintes Loíx a été laissée à la sagesse de l’Eglise & de ses Conducteurs , comme cela paroit évidemment par les Epitres de S. Paul ; mais en telle forte qu’il ne leur est en aucune façon permis de s’écarter de ce que Jésus Christ & les Apôtres ont íì expressément ordonné. mi DES LOIX D E L’EGLISE PRIMITIVE. L Es Loix & la Pratique de la Primitive Eglise, méritent après cela une attention particulière. Et peut-on douter que ce qui s’est pratiqué dès le second & le troisième Siecle, ne tire son origine des Apôtres & de leurs premiers Successeurs ; surtout quand ces usages se trouvent établis d’ancienneté dans toutes les Eglises, & quand ils s’accordent avec ce qui est contenu dans les Ecrits du Nouveau Testament? Pour savoir quelle étoit la pratique dans Ces premiers tems, on peut coniuiter les plus anciens Auteurs Ecclésiastiques, comme Justin Martyr , Tertúllien* Origeìîe , S. Cyprien, &c. aussi bien que O J $4 à Gouvernement | que les anciens Canons de l’Eglise, Ce | qu’on recueille manifestement de ces Mo- j numeiis de l’Antiquité Ecclésiastique , & J en quoi toutes les Eglises du Monde s’ac- I cordoient, c’est que les Evêques & les Pa- f steurs ne le bornoient pas à enseigner & à j prêcher, mais qu’ils avoient un foin partis ì culier de faire regner l’ordre dans l’Eglise , & que ceux qui vivoient dans la licence, n’y étoient pas soufferts, non plus que 5 ceux qui eníëignoieht des Doctrines dan-» gereusesconformément à ce que les A-- pôtres avoient ordonné de la maniéré la plus formelle. On les eloignoit de la participation des choses saintes, & on les séparait de PEglise par l’Excommunication. II y avoit sur tout trois ordres de pécheurs envers qui cela s’oblervoit, savoir leé A- postais, les Adultérés & les Impurs, & les Meurtriers. Ceux qui tomboient dans d’antres péchés, encouraient auiìì les censures & l’Excommunication, mais la plus grande rigueur de la Discipline s’exerçoit éontre ceux que je viens de nommer, Ces Pécheurs qui avoient encouru l’Excommunication demeuraient exclus de la Communion des fideles pendant un certain tems, & ce teins étoit plus ou moins long , suivant la nature de la faute, On abbregeoit quelque fois le tems de la Pénitence , à lA reçommendation des Martyrs de P Eglise. I9s tyrs & des Confesseurs, 8c on appelloit cela Relaxation , ou Indulgence j & c’eít ce qui a donné lieux aux indulgences de l’Ëgii- se Romaine, Ceux qui étoient admis à la paix de l’Eglise, confessoient publique- ment leur faute, & étoient réconciliez pat slmposition des mains. Mais ceux qui retomboient, n’étoient plus réconciliez à l’Eglife , & on ne les recevoit à la paix qu’à l’heure de la mort. De là vient qus l’on comparoit la Pénitence au Baptême , qui ne se réitéré point. Au reste, il y avoit divers Ordres de Pénitens. i. Ceux qu’on appelloit Pieu-, r ms , qui fe tenoient à la porte de l’Eglife avec larmes, & qui fe recommandoient aux Prières de ceux qui entroient, 2. Les Ecoutons. 11s pouvoient écouter la Prédication de la Parole de Dieu, comme les Catéchumènes, mais ils fortoient quand on célébroit l’Eucharistie. 3. Les Prosternez , qui étoient prosternez dans de certains endroits de l’Eglise. 4. Les Affìstam , qui de~ meuroient pendant tout le Culte, & même pendant la Sainte Communion, fans pourtant communier. Enfin, après avoit passé par tous ces degrez de la Pénitence s ils étoient reçus à la paix, & à, la Communion de l’Eglise. P Voilà . I I M Ij S Du Gouvernement Voilà une idée générale de la sainte Discipline des premiers Chrétiens; par où l’on peut voir combien on est aujourdhui éloigné de ce qui se pratiquoit autrefois, & de ce que les Apôtres avoient établi. Je n’entreprendrai pas de parler ici des Loix de la Discipline , qui ont lieu dans nos Eglises Reformées. Le détail en fe- roit infini & même impossible, parcequ’el- les font fort diftereutes, chaque Païs, & quelques fois même chaque Eglise , ayant ses pratiques particulières ; ce qui, pour le dire en passant, est un très - grand défaut , & cause des maux infinis. J’obfer- verai seulement que ces Loix font bonnes , ou défectueuses , à proportion qu’cí- les s’accordent avec ce que les Saints Apôtres ont ordonné fur ce sujet, ou qu’elles s’en éloignent. II feroit à souhaiter que dans le teins de la Reformation on eût fait plus d'attention à ceci, & qu’on eût conservé Sc rétabli ce qui s’observoit dans les commencemens de l’Eglise Chrétienne. L’Eglise en feroit plus pure , on se feroit plus facilement accordé , & les Chrétiens ne seroient pas partagés & divisés en sectes à en partis differens, comme ils le sont. Mais de P Eglise, r 97 Mais comme dans Pétât où font les choses, les Pasteurs fe trouvent dans la nécessité de se conformer à ce qui est établi dans les Lieux où ils exercent leur Ministère 3 il scroit inutile de s’étendre d’avan- tage fur ce sujet 5 & nous passerons maintenant à la manière dont la Discipline doit être exercée* cfcdacfocfecbcfodbcfoebcfocfcicfcgb ob Efc/tfcidb ï?5 qp èp cp cp qpqp qp qp q5 qp qpqp qp qâ cp COMMENT t L DISCIPLINE DOIT ESTRE EXERCEE. I L y a trois Règles générales qui doivent diriger les Pasteurs dans fExercice de la Discipline& en général dans toutes leurs fonctions, savoir, le Zele la Emdençe , & la Charité, I. La 19 B £>u Gouvernement I. La Discipline de PEglise doit être exercée avec Zélé & avec fermeté ; c’est à dire j qu’il faut faire ce qui est préferit par l’Or- dre, & ce que l’Edrfication publique * & le Salut des Pécheurs dénìandent, fans s’en écarter pour aucune considération que ce puisse être. II est contre le Devois de chercher des adoucisseur ens contre les Loix , & d’avoir des égards personnels, comme en épargnant les Personnes distinguées, les Riches, ou ceux qu’on voudroit favoriser, Dès qu’un Pasteur paroit partial á indulgent , ou timide * il perd toute confiance ; outre qu’il trahit íòn devoir, & qu’il fe rend coupable envers Dieu & envers l’E- glife. Et comment pourroit-il avec justice proceder par les voyes de la Discipline contre les Petits, pendant qu’il épargnerait ceux, qui font d’un rang plus considérable ? II. Le Zele doit être règle & dirigé par íd Prudence. Je renferme ceci dans las maximes suivantes. i. Agir de V Eglise * 199 3 , Agir toujours de sang froid & se posséder* Cela eít d'u n homme sage & grave * & plus encore d’une personne constituée en autorité. Ce qu’on dit & ce qu’on fait de cette manière est toujours mieux reçu, & est d’un plus grand poids* Pour cet effet , il importe, 2 . De tfagir jamais par passion dans l’e* xercice de la Discipline. II y a de deux sortes de passions, dont on doit se defier. Il y a des fajjìons injustes , LOwme celles quí procedent de haine , de colère, d’interét de ressentiment. 11 y en a d’autres, qui f aroìjfent légitimés, & qu’on croit venir d’un bon principe, comme de s’irriter contre les pécheurs, & de leur parler d’une manière trop vive. On apelle cela zele pour la gloire de Dieu, mais c’est un zele mal dirigé , & qui produit un effet tout contraire au but que Pon doit se proposer* On a souvent à faire à des gens vifs, opiniâtres , emportez , déraisonnables. Si l’on s’irrite, on ne fait que les aliener, & les provoquer encore davantage, &quefe U. Fan. Q. com- 200 - L42 Du Gouvernement commettre. Il est donc tout à fait necessaí- re de ne sortir jamais des bornes de la modération. Z. La Prudence Veut, qu’on évite toute préoccupation , & qu’on ne se laisse j a- , mais prévenir. La sagesse & la Justice de- [ mandent qu’on écoute & qu’on examine t tout avec 'un esprit tranquille pour bien S’asseurer de la nature des Faits , dont il s’agit ; c’est par - là qu’on doit toujours , commencer. Mais ceux qui jugent fur des rapports, fur des bruits, ou fur une prémiere information, ne manquent jamais de prendre un mauvais parti. La 4me maxime de la Prudence est d’a- voir égard aux circonstances , & principalement à ces deux : A la Nature du Fait , dont il s’agit, & au CaraBère de ceux avec qui l’on a à faire. Par rapport au Fait * on ne doit pas traiter toutes les fautes ' également, il y en a de plus grandes, & il y en a de plus legetes. Autre j est la manière de proceder, quand c’est une premiers faute, à autre quand ^ de P Eglise . 24 Z C’est une récidive : on n’est pas fi sévère au premier cas, qu’au second. II en est de- même des personnes avec qui l’on a affaire» ii faut distinguer entre un honnête-homme & un méchant. II ne faut pas traiter un honnête-homme qui a fait jusques-Ià son devoir » comme fi l’on avoit affaire à un rebelle & à un dérègle & c. On doit agir avec le premier avec douceur, lui témoigner de l’amour & de la compassion , & surtout ! qu’on espère qu’il en reviendra. Pour ce I qui est de ceux qui n’ont point de piété, il I faut leur marquer quson est scandalisé de leur conduite, qu’on les croit dans un très-mau- vais état &c. II faut avoir égard outre cela à la disposition des Pécheurs , à leur tempérament &c. II y a des gens fiers qui ne savent ce que c’est que céder, d’autres font doux & traitables : il faut savoir parler aux uns & aux autres suivant leur état. Ainsi avant que de censurer les Pécheurs, tâchez de découvrir dans quel esprit ils paroîffent devant vous. S’ils font confus, repentans, dociles, on n’a pas besoin de grands efforts. S’ils sont fiers, impénitens, insolens, on doit leur parler avec fermeté , mais jamais avec colère-: obligez-les à vous écouter, à-mesure qu’ils vous écoutent, parlez-leur plus ferme, & si vous venez à bout de les étonner, venez alors aux reproches. S’ils se cabrent, Q_ S laissiez- 244 Bu Gouvernement laissez-les jusques à une autre fois, leur paf» íìon ne fera peut-être pas si violente alors. On ne doit jamais trop pousser les gens. 11 y en a plusieurs, dont on ne peut pas tirer grand’ chose. II faut en user avec eux comme avec les mauvais Payeurs , dont on tire ce que l’on peut. On ne fait pas revenir un Homme tout-à-coup d’une grande irritation , mais il faut les ramener peu-à-peu & par degrés. III. 11 faut exercer la Discipline avec douceur & avec charité. La douceur est absolument nécessaire. Dans le tems même qu’on procède à l’égard des Pécheurs avec le plus de rigueur , il faut leur faire sentir qu’on les aime , que c’est avec chagrin qu’on se voit obligé d’exercer contr’eux la rigueur de la Discipline. Pour cela il faut en effet avoir pour eux de l’amour & de la tendresse, il faut observer là-dessus i. De ne jamais paroître en colère contre les Pécheurs, cela produit plusieurs mauvais effets. Bien des gens appellent cela zèle, mais ils fe trompent le plus souvent, & ce n’est qu’un effet de leur passion, II faut fe souvenir de ce que dit St. Jaques III. 14 . La haine & la colère exposent au mépris. Si cela arrive aux Particuliers, combien plus les Ministres n’y feront-ils pas exposés ? D’ailleurs, si un Ministre fe met en colère, on perd le respect qu’on lui doit. Un de f Eglise. 24s i Un Homme qui voit sou Pasteur s’empor- ter , se croit en droit de le faire aussi. Après cela, les censures qu’on fait dans ce cas-là 11e touchent point, elles irritent même fort souvent. Si les censures paroîssent dures lors-même qu’elles font assaisonnées de douceur, combien plus lorsqu’elle's font aigres ; & faites avec colère. ! 2. La douceur est encore nécessaire lors- qu’on veut établir quelque chose d’impor- tant, & où l’on prévoit que l’on trouvera de la résistence. 11 ne faut jamais vouloir emporter les choses de hauteur, & à quelque prix que ce soit : autrement ceux à qui nous avons affaire y cherchent du mistère, ils se défient, & s’opposent à vous. Combien de fois n’a-t-on pas vu dans les Corps échouer de bons règlemens, par cela seul qu’on ne les proposoit pas avec douceur, & qu’on s’y prenoit mal ? C’est ce manque de douceur qui fait qu’on se plaint que les Ministres ont l’efprit aigre, qu’ils cherchent à dominer , qu’ik font intraitables & roides. Cela n’est que trop vrai, & c’est peut-être-là la plus grande source d’envie & de jalousie qu’on ait contr’eux. Ainsi soyez en garde contre cette tentation, souvenez-vous toujours qu’il faut être ferme, ne rien relâcher de Tordre, mais qu’il faut toujours agir avec douceur. Quand on n’a pas de douceur, ou Ton réussit , ou Ton ne réussit pas. Si Ton réussit, Q. 3 on Du Gouvernement 246 on ne gagne pas les gens par la conscience, on les oblige à le tenir fur leurs gardes pour une autre occasion, on leur inspire de la crainte au lieu d’amour , & l’on s’attire de nouvelles oppositions. Si l’on ne réussit pas, c’est une grande mortification , & l’on perd son crédit. On doit surtout éviter de se roi- dir pour des choses qui n’en valent pas la peine. Ce n’est pas qu’en certaines occasions on ne puisse témoigner de la vigueur, & donner l’essor à son indignation. J. C. qui étoit la douceur même , a parlé dans certaines occasions avec beaucoup de force. St. Paul l’a fait aussi, en écrivant aux Gdates: mais cela doit être réservé pour des cas très- importans, comme quand on a affaire avec des gens incorrigibles. Surtout il faut prendre garde qu’il n’y ait jamais tien qui se rapor- te à nous & à notre intérêt. Quand on prend feu pour des bagatelles, voici ce qui arrive. On s’engage à pousser la choie, on en vient aux voies de rigueur : & en venir-là pour des choses de peu d’importance , c’est ce qui fait grand tort. Afin que vous puissiez éviter ce manque de douceur & de charité, (que je regarde comme capital,) il faut vous faire faire attention à la cause d’où il procède. Je trouve qu’il vient i. Du genre de vie des Ministres. Ils mènent une vie retirée , qui aigrit le tempérament , & les met en danger de devenir opiniâtres & intraitables. s. II de PEglise. 247 2° Il vient d’un manque de savoir-vivre, je n’entens pas par-là ce qu’on entend dans le monde, mais un savoir-vivre qui convienne aux Ministres. Ils prennent un certain air de suffisance, ils manquent de condescendance, ils sont attachés à leur propres pensées. Voilà en quoi ils ne savent pas vivre. z. Cela vient souvent de préjugé. Ils croient soutenir la Gloire de Dieu quand ils la savent mêler parmi d’autres choies, & ils l’intéressent dans leurs affaires particulières ; mais lors-même qu’on soutient la Gloire de Dieu, on peut le faire sans aigreur, Cela paroît par l’exemple de J. C. de la vie duquel vous devez vous faire une étude sérieuse. Voyez sa condescendance , & celle des Apôtres, à l’égard des personnes qui avoient des sentimens contraires à l’Evangile. C’est cet esprit aigre & roide qui produit cet attachement à ses sentimens, & ces disputes qui règnent parmi les Ecclésiastiques. Les Préceptes que je vous ai donné jus- qu’ici ne suffisent pas pour vous former à l’exercice de la Discipline. II faut y ajouter l’Expérience, qui donne ce que les Préceptes ne peuvent donner. II y a deux sortes d’Expériences , une Expérience de pratique, & une Expérience de lecture & d’exem- ple. La première est celle des personnes qui exercent le St. Ministère. Une longue pratique donne l’Expérience; mais si l’on Q_4 n’a 348 Vu Gouvernement n’a pas de règles il faut trop de teins, & il arrive qu’on ne fait son métier que fur la fin de iès jours. Pour ce qui est de PEx- périence de lecture & d’exemple , comme vous n’êtes pas dans le Ministère , vous devez travailler à Paquérir par la lecture de l’Histoire Ecclésiastique, & par la conversation des Personnes qui exercent la Discipline. DELA DISCIPLINE P A RTICULIB'iE.  Près vous avoir parlé de la Discipline générale, il s’agit maintenant de vous parler de la Discipline particulière. Sur quoi il faut remarquer, I. Que les soins dont nous parlons, regardent le Ministre seul. II n’en est pas ainsi de la Discipline générale , où les Consistoires qui font ajoínts au Pasteur portent une partie du fardeau. Quand il s’agit de donner des Avertissemens particuliers, de visiter les malades &c. cela regarde le Pasteur seul, II. Vous devez remarquer que les fonctions de cette espèce de Discipline sont en plus grand nombre, que celles de la Discipline générale. Les Consistoires ne s’assemblent que de tems en tems, tous les cas n’ysont de l'Eglise. 249 pas portés. Mais il n’y a point de tems, point de jour où un Ministre ne soit obligé de vaquer à quelque fonction de cette Discipline. III. Ces foins font les plus importans de tous, & peuvent fupléer au défaut de Discipline. De ces réflexions générales, on en peut tirer une conséquence : O est que le Mini - Jière ejì me véritable charge , & qu’il demande un ■ homme tout entier. La Prédication demande déjà bien des foins. Mais après avoir prêché , il faut vaquer à la Discipline. Ce n'est pas encore tout, il faut prendre foin de son Troupeau en particulier, ce qui est le plus pénible & le plus considérable. IV. Si l'on manque d’instructions fur la Discipline générale, on en manque encore davantage à l’égard des fonctions, le relâchement des Ministres est extrême. II y a des loix qui les obligent à prêcher, & à faire quelques actes de Discipline ; mais il n’y a pas de loix qui les obligent aux autres devoirs de leur charge. Â-la-vérité il y a des devoirs dont ils ne peuvent fe dispenser , comme la Visite des Malades : mais il y en a d’autres dont la plupart ne s’aquitent point, comme des Avertistèmens particuliers &c. Pour entrer maintenant en matière, je réduirai à deux chefs ce que j’ai à dire fur la Discipline particulière. i. Je parlerai des foins qui regardent l’Eglife en général. dí 2 > De LsS T)u Gouvernement 2. De ceux qui regardent certaines Personnes en particulier. PRE’MIE'RE SECTION. DES SOINS QUI REGARDENT L’EGLISE EN GE’NE'RAL. L Es foins qui regardent l’Eglise en général sont ces quatre. i. Un Pasteur doit connoître l’étatdeson Troupeau. 2. II doit procurer de bons Etabliílemens. z. Savoir vivre & converser avec les gens de son Eglise. 4. Savoir conserver son autorité & son crédit. I. DE LA C O N N O ISS ANGE D E S O N TROUPEAU, E commencerai cet Article, par vous en montrer la nécessité, Ensuite nous verrons de r Eglise. 2s I rons quels font les moyens qu’on peut employer pour aquérir cette connoissance. Et enfin l’usage qu’on en doit faire. I. II est nécessaire de connoître Pétat de son Eglise, parceque sans cela on ne sauroit édifier ; c’est à quoi la plupart ne font pas d’attention. II saut bien se représenter le compte qu’on aura à rendre à Dieu de son Troupeau. Eh ! comment pourra-t-on rendre compte d’une chose, qu’on n’aura pas connue , ou qu’on n’aura pas examinée ? Quand un Pasteur a exhorté les hommes à faire leur devoir , il doit voir si l’on en profite. II ne suffit pas d’indiquer le chemin , il faut voir si l’on y marche. Il faut connoître le bien & le mal qu’il y a dans un Troupeau. 1. Le bien, afin d’en rendre grâces à Dieu, de se consoler, de s’encourager, & de redoubler ses foins. 2. II faut connoître les désordres pour y rémédier , les péchés qui règnent, qui sont ceux qui mènent une vie scandaleuse, les familles qui y donnent lieu , les auteurs de la source du mal, afin qu’on puisse travailler en public & en particulier , à arrêter le cours de ces désordres. La meilleure étude qu’on puiffe faire, c’est i. de s’étudier foi-même. 2. D’ét'udier les autres, son Troupeau. II vaut mieux étudier cela , que beaucoup d’autres choses. Voyez ce que G a u s s e x dit là-deslus, pag. 357. U» Du Gouvernement LsL II. Cela étant ainsi remarqué, voyons maintenant les moyens qu’on peut mettre en usage pour aquérir cette connoissance. On peut connoître son Troupeau, ou par les autres, ou par soi-même. Je dis premièrement par les autres. Plusieurs personnes peuvent nous informer ; mais il y a une chose dont un Paíteur peut tirer beaucoup d’avantages, c’eít qu’on doit se servir 1. Des Anciens. C’est la principale utilité qu’on peut retirer de leur établissement, c’eít pour cela qu’on les place en divers quartiers. II importe donc d’en établir qui soient gens-de-bien, & de gagner leur confiance. 2. On peut se servir des gens - de - bien, des personnes sages ; on peut les prier de s’informer de telle ou telle chose , & de vous en avertir. Voici une précaution, qu’il faut observer à l’égard des uns & des autres : c’eít qu’on doit agir avec prudence & avec discrétion, & employer des gens qui ayent du jugement : car on pourroit faire les choses d’une manière qui donneroit de la défiance aux Particuliers, & qui les cbligeroit à se mettre en garde contre leurs Pasteurs, & à envisager les autres comme des espions. Secondement, on peut aquérir cette con- noissance par soi-même , & celle-ci est toujours la plus sure & la meilleure. Lorsqu’un Âlini- de P Eglise. 2sZ Ministre est informé de quelque chose par quelcun , il doit tâcher de la connoître par lui-même. Voici les Règles qu’il faut observer pour cela. 1. Règle. Un Ministre doit profiter de tout ce qu’il voit & de tout ce qu’il entend S & y faire ses réflexions. II y a certains désordres qui éclatent toujours dans le Public, comme la Débauche, le Luxe &c. Peu de scandales échapent à un Pasteur vigilant. Mais outre cela , il y a plusieurs occasions où l’on peut reconnoître le génie & le caractère de ceux avec qui l’on a affaire. Quand on les fréquente, on voit quel est leur génie, par les pensées qu’ils manifestent. Je disois en parlant de l’Aplication , qu’il faloit faire de fréquentes réflexions fur les hommes. Cela est très-néceífaire ici, je vous renvoie à ce que je disois alors, pour que vous j faisiez attention. 2 . Règle. On doit rechercher les occasions de voir & de connoître ses Paroissiens, surtout ceux qu’on n’a occasion de voir que fort rarement, comme ceux qui sont éloignés &c. II y a des gens qu’on ne connoî- tra jamais , qu’on ne les aille chercher. Là- destus voici une chose qui me paroîtroit fort utile. C’est que chaque Pasteur eut un rolle des personnes qui composent son Troupeau , qu’on s’imposât la loi de les connoî- • tre a 2s4 Du Gouvernement tre, qu'on marquât à' la marge ce qui les regarde ; qu’on visitât chaque famille , au- moins tous les ans, ou tous les deux ans une fois, si le Troupeau est bien dispersé. Voilà une chose à laquelle on ne pense pas, on regarde cela comme un tems perdu , cependant rien n’est plus utile : cela fe faifoit autrefois à Génève & ici, mais cela est tombé , & il feroit bon de rétablir cette coutume. III. L’ufage que l’on doit faire de cette, connoissance , soit par raport au Troupeau en général, soit par raport aux Particuliers. II faut connoítre les gens - de - bien , les déréglés , ceux qui profitent des Avertissemens, les Vices règnans &c. Mais ce n’est pas tout, il faut après cela agir suivant la connoissance que l’on a de l’état des choies. S’il y a des désordres dans l’Eglife, il faut les retrancher. Si ce sont des Particuliers qui s’éga- rent, il faut les ramener. Si c’est des Gens- de-bien , il faut les confirmer. Vous voyez donc que cet usage regarde les mesures qu’il faut prendre pour l’édifica- tion de l’Eglife en général, & pour celle des Particuliers. Au prémier égard, on est mieux en état d’édifier l’Eglife i. par ses Sermons: quand on connoit son Troupeau , on prend des textes qui conviennent à ses besoins. 2. Dans l’exercice de la Discipline : on peut mieux rémédier aux désordres, quand on en est informé. A l’é- i de P Eglise. 3ss A l’égard des Particuliers, on peut leur donner des Avertissemens plus salutaires, soit dans la lanté , soit dans la maladie, soit dans les autres états où ils se rencontrent. Je m’étonne comment des Ministres peuvent être tranquiles, quand ils réexaminent pas leur Troupeau. Ici, l’ignorance produit la sécurité. Surtout remarquez qu’une des plus importantes fonctions du Ministère, c’est la Visite des Malades. Or il est impossible de s’en bien aquiter, si l'on ne connoit pas ceux à qui l’on parle. Comment leur parler à-propos fans cela ? On le fait bien mieux, quand on prend cette connoissance de bonne heure. On trouvera peut-être que c’est une grande peine, mais je trouve que cela abrège notre travail. On vient bien plutôt à bout d’une personne que l’on connoit, que d’une autre, qui nous est inconnue. Enfin je voudrois que comme la mémoire est labile , chaque Pasteur eût un Mémoire ou il marquât ce qu’il auroit observé sur son Eglise en général, & sur chaque Particulier ; mais ces sortes de Mémoires ne doivent être vus de personne. Par exemple, on pour- roit remarquer s’il y a dans l’Eglise de l’en- durcissement , du libertinage , de l’attention dans les Sermons, si les scandales qu’on a censuré diminuent, si un homme, qui a promis de s’amender, le fait. Par ce moyen on connoit son Troupeau à fond, on voit ses . pro- 2s6 Du Gouvernement progrès. Cela console infiniment, quand on voit des gens qui peu d’années auparavant étoient attachées au monde, & qui ne le font plus. Si la Parole ne fructifie pas, on voit d’où cela vient, on tâche d’y apor- ter du remède, & voilà comme on dégage fa conscience. II. DE LA CONDUITE mjN PASTEUR. DANS SON TROUPEAU. and on connoit son Eglise , il faut observer de quelle manière on doit se conduire avec les personnes qui la composent. On peut là - dessus faire des réflexions générales, & des réflexions particulières. I. II est extrêmement important de savoir se bien conduire, cela contribue plus aux progrès de l’Evangile qu’on ne pense. Dans le Monde la bonne conduite est nécessaire pour réussir. II est d’autant plus nécessaire aux Ministres de savoir vivre , qu’ils ont affaire avec toute forte de personnes, &qu’au- tant qu’il y a de personnes, il faut pour-ainsi- dire de differentes manières d’agir. Remarquez ici i.Que de P Eglise, 2?7 ï. Que par savoir vivre je n’entens pas savoir observer certaines cérémonies & certaines bienséances, comme font les Gens du Monde, elles ne conviennent pas à un Pasteur , & font pour la plupart opposées à la piété & à la sincérité. On doit donc les éviter , & marquer beaucoup de simplicité dans fa conduite. 2. On doit prendre garde à la manière dont on se conduit avec un chacun, la prudence le veut, & cette prudence n’est point opposée à la piété, II faut imiter St. Paul qui se faisoit toutes choses à tous. Je vai donc parcourir les différens Ordres de personnes dont une Eglise est composée , & montrer comment on doit se conduire à l’égard de chacun d’eux. Je suppose en prémier lieu, qu’un Pasteur doit avoir du commerce avec son Troupeau. II le doit en deux occasions. 1. Lorsqu’il lui faut faire quelque fonction de fa Charge, qu’il donne des Avertissemens, qu’il visite les Malades &c. 2 . II est nécessaire d’ailleurs d’avoir quelque commerce, qui ne doit être à-là-vérité ni trop familier ni trop fréquent, on ne doit pas être trop répandu. Quand on voit les gens un peu rarement, ils n’en ont que plus de respect, les gens graves & un peu retirés font toujours plus estimés. Surtout il faut éviter les Personnes vicieuses & suspectes. Je II. Part. R dis 2s 8 Du Gouvernement dis la même chose des Compagnies Mondaines & du Sexe. II ne faut pourtant pas pouffer les choses à une autre extrémité, & ne voir personne : on se mettroit par-làhors d’état de rendre de bons offices aux gens : de-là vient qu’ËRASME difoit, que ceux qu’on tirait des Déserts n’étoient pas propres à être Fajieurs. Mais quelles que soient les Personnes avec qui un Pasteur se rencontre, il doit toujours conserver sa gravité , mais avoir une gravité accompagnée de douceur ; jamais il ne faut rien faire qui soit opposé au caractère de Pasteur ; mais auffi il ne faut pas toujours parler, comme si Ton étoit en chaire. On peut s’y entretenir de divers sujets, pourvu- que l’honneur de votre charge & la piété n’y soient point bleffés. , Mais pour mieux entendre ceci, remarquez que les Pasteurs agissent avec les Hommes en deux fortes d’occasions. 1. Us agissent d’office. Alors ils ne doivent parler que de choses qui regardent leur Emploi. Quand ils donnent des AvertiíFe- mens, qu’ils voient des Malades, ils doivent le faire avec gravité & avec autorité. 2 . D’autrefois ils agissent par honnêteté & pour le commerce, alors ils peuvent agir différemment. Si l’on vouloit toujours censurer ou exhorter, on feroitplus de mal que de bien : mais il faut éviter tous les discours indignes de F Eglise. 2sA gnes de gens sages, ne pas revenir souvent à des conversations inutiles, témoigner trop de joie pour les choses du Monde. Autant qu’on le peut, il faut faire tomber la conversation sur des choses graves, & qui donnent occasion de faire des réflexions pieuses. II. Voilà qui est général fur la vie des Ministres, venons à quelque chose de plus particulier , & voyons les maximes qu’on doit observer avec un chacun. Premièrement , avec les Principaux de son Eglise, il faut tâcher de bien vivre avec eux, c’est-là une maxime importante pour le succès du Ministre. II ne faut pourtant pas les voir trop souvent ni trop particulièrement, surtout s’ils font élevés en dignité. Les Ministres font mauvaise figure chez les Grands. D’ailleurs cela est mal pris du Peuple. Quand ils voient les Pasteurs fi affidus chez les Grands, ils les regardent comme des fia- teurs & des courtisans, & ils ont moins de respect pour eux. Au lieu que quand on est un peu réservé , que l’on vit un peu dans la retraite , le Peuple & les Grands ont plus de considération pour vous. Cependant il faut les voir quelquefois, leur marquer même de la confiance & de la déférence. Dans ces Païs où il y a peu de Grands à la Campagne , on doit voir les Principaux un peu familièrement. II faut tâcher d’avoir part à leur confiance, fans pourtant faire voir de la R a fia- 25 o Du Gouvernement flaterie ou une baffe complaisance. Ce commerce a une utilité considérable ; parce que quand on veut faire de bons Etabliffemens, cela réussit, le Peuple ne s’y oppose pas : au lieu que si les Principaux ne vous aiment pas, ils entraînent tout le Peuple ; ou si cela n’arrive pas, il y a du trouble & de la division, ce qui n’est pas édifiant. Tâchez donc de gagner les Principaux fans bassesse. Pour arriver à ce but, voici un moyen excellent ; c’est de prendre les gens par la piété, & de les entretenir de leur devoir. S’ils font gens-de-bien, vous attirerez infailliblement leur estime & leur confiance. S’ils font médians & vicieux, tâchez de leur inspirer de la piété : pour cet effet, reprenez-les avec douceur mais hardiment; par* là vous les gagnerez, ou du-moins vous-vous ferez craindre. Si vous voulez entreprendre quelque chose dans votre Eglise, & qu’ils la doivent savoir, consultez-les, ils prennent cela à honneur ; on peut même faire enforte qu’ils entrent d’eux-mêmes dans ce qu’on souhaite. Les Ministres ne font malheureux le plus souvent , que parce qu’ils font trop roides : ils veulent tout faire d’eux-mêmes, & ne ménagent pas les Principaux de leur Troupeau. Voici une chose qu’il faut éviter dans une Eglise, c’est d’y former des Partis. C’est une maxime pernicieuse dans la Religion, que celle qui dit Divide & Imp.era, il faut observer de P Eglise. 2 §i ver la maxime contraire. Si vous trouvez qu’il y ait des Familles divisées, tâchez de les réiinir. Paroîssez neutre autant que vous pourrez , ou si vous prenez un parti, que ce soit toujours celui de la justice : c’est-là un moyen de s’aquérir de l’au- torité. Secondement, avec ses Anciens. îl faut converser plus familièrement avec eux, qu’avec tous les autres. II faut les entretenir souvent des soins & des besoins de l’Eglife, leur demander des nouvelles de leur quartier, les entretenir de ce qui concerne leur charge, leur parler avec ouverture de ce qui regarde l’édification de l’Eglife, leur communiquer ce que vous avez dessein de faire. Je vou- drois même qu’on les instruisît un peu de la Discipline Ancienne. II est bon de rechercher avec eux les moyens de rémédier aux Mœurs des Chrétiens, leur dire ce qui se fait ailleurs. Par-là on leur inspire du zèle pour l’Exercice de la Discipline. Je vous recommande fort cet Article. Troisièmement , à l’égard des Particuliers. | i. Les Pasteurs doivent voir les Gens-de- j bien plus que les autres, leur témoigner qu’on les aime à-cause de leur piété, les confirmer, les exhorter lorsqu’ils fe relâchent , les ramener par la douceur lorsqu’ils tombent dans quelque faute. On doit té- ; moigner publiquement l’estime qu’on fait des ! R 3 Gens- Da Gouvernement 2,62 Gens-de-bien & de la Piété , donner des louanges à ceux qui la pratiquent. 2. Pour ce qui est des Méchans , leur nombre est plus grand , & il est plus difficile de les ramener. On ne doit pas converser avec eux si souvent, ni leur donner les mêmes marques d’estime & d’amitié qu’aux Gens-de-bien. Je ne veux pas dire par-là qu’il faille les abandonner. Je dis plus, un. Pasteur doit faire davantage à leur égard qu’un Particulier. Un Particulier peut éviter absolument leur commerce ; mais les Pasteurs doivent voir quelquefois les Méchans pour les ramener. Dans le commerce qu’on a avec les Impies & les Méchans, on doit agir d’office , & ne pas s’entretenir avec eux de choses indifférentes; mais les conversations doivent être saintes, graves & utiles. Z. Je passe à un autre Ordre de personnes. II y a des gens qui font non seulement impies , mais encore fiers & rebelles ; il y en a toujours quelques-uns qui soutiennent le parti de PImpiété, & qui s’opposent à la Discipline. Le nombre n’en est pas grand, mais ce font des Brebis galeuses qui peuvent infecter tout le Troupeau : c'est par eux que le Diable établit son règne, ce sont eux qui tournent en ridicule les Sermons des Ministres & les Maximes de l’Evangiîe, ils forment des partis dans l’Eglise, & s’opposent ainsi Ae PEglise. L§Z ainsi à l’avancément du Règne de Dieu. Que faut-il faire pour ramener ces gens-là ? Là charité veut d’abord qu’on tâche de les ramener par la douceur, d’autrefois il faut de la sévérité , de la patience &c. Voici deux Maximes qu’un Pasteur doit fe proposer dans ce cas. Examiner premièrement de quel principe procède l’humeur impie & profane de ces gens-là. Aux uns, cela vient d’Athéisme & de Libertinage : il faut les instruire, leur montrer l’excellence & l’importance de la Religion , le danger qu’il y a dans le parti de l’Impie , leur parler de la mort, du compte qu’ils auront à rendre , à Dieu &c. En d’autres , cela peut venir de quelque déplaisir, de quelque chagrin qu’ils ont reçu ; pour ceux-ci, il est aisé de les ramener. II faut avouer une chose, c’est que la plupart de ceux qui fe laissent ainsi emporter, le font par la faute des Ministres. D’autrefois, cela procède d’une passion à laquelle ils font attachés. L’un par exemple fera adonné à i’Impureté , il s’oppofera à tout ce qui est contraire à fa passion. II faut examiner de quel principe vient la rébellion des Pécheurs, afin de les en retirer. La seconde Maxime , qui est peut-être lá plus utile , c’est qu’il faut bien prendre son tems pour donner des Avertiífemens à ces gens-là. Pour cet effet il faut poser ce prin- R 4 cipe, /■ 264 T>u Gouvernement cipe, c’est qu’il y a des tems où les Médians I font roides, & ne veulent rien céder ; d’au- 1 tres, où ils font prenables par quelque en- | droit. Remarquez qu’il n’y a rien de íì foi- I ble qu’une mauvaise conscience. Quelque- I fois la moindre chose les dérange. Prenez- I les dans la douleur, dans la maladie, ou 3 dans quelqu’autre affliction ; quand vous les aurez amené à un certain point, ne les abandonnez pas. S’ils vous écoutent, témoi- gnez-leur de la joie, tâchez de les fortifier | dans leurs bonnes dispositions. j 4. II y a un quatrième Ordre de Pécheurs. Ce font ceux qui commencent à revenir de leurs égaremens, & qui font dans les commencemens de leur repentance. II faut agir avec prudence à leur égard. On doit leur marquer de la joie de leur conversion , les fuporter, les encourager ; mais on ne doit jamais les flater, au-contraire on doit leur faire entendre qu’ils ne font pas encore où il faut être. Quelquefois on prétend les convertir tout-à-coup , mais il faut toujours se souvenir que la conversion se fait par degrés. Quatrièmement , on peut considérer les Hommes dans les différens Etats de la Vie. Nous ne parlons pas maintenant des Malades , mais les Pasteurs doivent voir les personnes affligées, & même les visiter fréquemment.. Les visites font alors très-bien reçues, de P Eglise, 2§s çuës, & elles attirent l’aíFection du Troupeau. Mais par ces visites, entendez celles qui font utiles. Ce qui vous montre l’im- portance de ce que l'on fait à l’égard de ceux qui font affligés de la mort de leurs parens, ou pour quelqu’autre sujet, c’est que Dieu se sert de l’affliction pour convertir les Pécheurs. Tel fe moque des Sermons , qui est tremblant dans un deuil, ou dans une maladie. C’est alors que le coeur est le plus susceptible de bonnes impressions, c’est a- lors aussi que le Ministère peut être le plus fructueux. Ainsi il faut profiter de ces occasions , & non pas s’amufer à faire de vains complimens. II faut au contraire donner alors des Avertissemens s’il est nécessaire, & porter à la repentance : mais cela doit fe faire en particulier. Cinquièmement , il faut faire attention aux différens Ages de la Vie. i. Pour ce qui est des Jeunes-gens, les Ministres doivent leur parler quelquefois , leur témoigner de l’affection, les exhorter à leur devoir. Quand vous verrez des gens que vous aurez instruits pour la Communion , il faut les faire souvenir de leur voeu, leur dire que vous croyez qu’ils y pensent toujours. Nous avons accoutumé de dire aux Catéchumènes, qu’ils doivent fe souvenir de nos exhortations, après qu’ils ont été admis. Nous devons donc aussi leur faire R s çon- 266 Du Gouvernement connoître que nous nous souvenons toujours d’eux, & que nous avons l’oeil fur leur conduite. Bien des Jeunes-gens ne se corrompent , que parce qu’ils font négligés. 2. A l’égard des Vieillards, íes Pasteurs font obligés en conscience de les visiter, parce qu’ils n’ont pas beaucoup de te ms a être en ce monde. C’est ici où les conversations doivent être graves, sérieuses & tendres. II faut les faire penser au grand compte qu’ils font prêts à rendre ; & cela d’autant plus, que les Vieillards font portés à se Hâter , & que les habitudes font plus enracinées en eux que dans les autres. Sixièmement. Pour ce qui est des Riches & des Pauvres, voici comment on doit se gouverner envers les uns & les autres. i. On doit avoir des égards pour les Riches & pour les Gens-de-qualité, mais fans f sousser cela trop loin ; parce qu’autrement e Peuple en jugeroit mal. Cela seroit attribué ou à crainte ou à avarice. Cela rui- neroit un Pasteur dans l’esprit des Pauvres & des Riches , & on nourriroit la vanité si ordinaire aux Grands. II faut les détourner des vices auxquels les Richesses & la Qualité les portent, les exhorter à l’humilité & à la modestie &c. 2 . A l’égard des Pauvres, de ceux-là même qui font dans la médiocrité, un Pasteur doit se régler sur le modèle de son Maître. A l’e- de ïlglìse. 26 ? A l’exemple de J. C. un Pasteur doit les voir, les assister , prendre foin de leur salut &c. Ce devoir est important, parue que les Pauvres font en grand nombre, & que bailleurs ils font fort ignorans & fort négligés. La conscience ne permet pas qu’on mette tant de différence entre les Riches & les Pauvres, & qu’on parle souvent aux uns & point aux autres. De tout ce que nous venons de dire, il paroit que la charge de Pasteur est bien pénible , & qu’elle demande un homme tout entier. On ne manque jamais d’occupa- tion dans cet Emploi, & la plus grande n’est pas celle de faire des Sermons & de Prêcher. III. DES ETABLISSEMENS QU’ON PEUT FAIRE , D ANS SON* TROUPEA U. D Ans toutes les Eglises il y â déjà quelques bons Règlemens,qu’il faut maintenir : mais lorsqu’ils 11e font pas suffisons , il en faut faire de nouveaux, & procurer de bons Etablissemens. I-Je T)u Gouvernement 268 I. Je dis qu’il faut conserver les bons Eta- bliíTemens. II y en a de deux sortes. Ils peuvent regarder , ou la Discipline, ou l’Or- dre Civil. 1. A l’égard de la Discipline , on peut y supléer par ce que nous avons dit ci-dessus. Tout ce qu’il y a à observer, c’est qu’il faut maintenir les bonnes Loix, & les faire subsister dans leur force. 2. Pour ce qui est des Choses Civiles, un Pasteur doit faire régner l’ordre à cet é- gard. Quand le Peuple est soumis dans les Choses Civiles, il l’est auffi dans celles qui regardent la Religion. Les Ministres ont intérêt à faire observer les Règlemens Civils. Entant que Pasteurs, cela les touche ; car si l’on méprise les Loix Civiles, on méprisera auffi les Loix de l’Evangile. Un Pasteur doit donc avoir soin d’exhorter à rendre la Justice , & à réprimer l’Injustice. Les soins d’un i asteur fur cet article sont 1. A l’égard des Magistrats, de les exhorter à se bien aquiter de leur charge. Ils peuvent le faire dans les Sermons & dans les Conversations particulières. Les soins qu’un Pasteur se donne à cet égard , sont d’une très- grande utilité. 2. Pour ce qui régarde le Peuple , il faut le porter à se soumettre aux Loix de leurs Supérieurs Temporels. II faut surtout qu’un Pasteur fasse bien comprendre aux Peuples, une de P Église* 269 I uiie chose , qui né leur est gueres connue » c’est qu’on doit être soumis aux Puissances par un principe de Conscience & de Re~ i ligion ; comme S. Paul le dit au Chapitre XII. de l’Êpître aux Romains. La plupart ^ s’imaginent que pourvu qu’on ne puisse * pas les convaincre juridiquement d’avoir mal fait, ils font innocens ; Ils ne se font . point de scrupule de frauder les droits des I Souverains, de parler mal de leurs Su- í perieurs, de violer leurs Loix & leurs î Défenses 5 quand ils peuvent le faire en ì cacheté & fans danger. II faut donc les instruire là-dessus avec exactitude ; c’est un devoir du Saint Ministère. Voyez fur ce sujet Ep. à Tite Chap. III. v. 1 . j II. Un Pasteur doit travailler à établir í de bons Reglemens & de bons Ordres, & s’adresser pour cet effet à ceux qui ont l’au- torité en main, lorsque leur intervention est nécessaire. Le Magistrat peut faire divers reglemens pour l’avancement de la Pieté; & s’il ne peut pas empêcher tout le j mal, il peut en retrancher une bonne ! partie. 11 peut réprimer la Débauché ouverte 2ya Gouvernement verte , la profanation du Service Divin; & d’autres désordres de cette nature. Il est du devoir des Pasteurs de solliciter ces reglemens, quand cela est nécessaire , & de faire leurs remontrances fur ce sujet aux Supérieurs temporels , toujours avec les justes égards qui leur font dûs , & avec prudence, fans quoi les meilleurs projets pourroient échouer. Sur tout pour y réussir, ils doivent avoir pour maxime de ne recourir aux Magistrats que pour des sujets graves, & qui intéressent visiblement l’édification de l’Eglife. Mais aussi dans ces cas là ceux qui font dans les charges doivent avoir égard aux Rémontran- Ces que les Conducteurs de f Eglise peuvent leur faire. Cet article est de la plus grande conséquence, & il est bien certain que si les Personnes publiques vouloient prendre ceci à coeur, la face de l’Eglife feroit tout autre qu’elle n’est. D’ailleurs l’Eglife ne peut pas pourvoir à tout ; il y a plusieurs choses qu’on ne peut faire fans le secours de ceux , qui ont l’autorité & les fonds publics entre leurs mains ; lors, par exemple, qu’il s’agit de Fondations , des Gages & de certaines dépenses, si le Magistrat de P Eglise. 271 gistrat n’y intervenoit pas, on n’en pourroit pas venir à bout. Mais comme cet Article est important, il faut entrer dans quelque détail. Avant toutes choses, il faut fe souvenir de cette Règle générale, C’est que quand il s’agit d’Etablissemens, on doit y aporter beaucoup de prudence. II ne suffit pas d’entreprendre quelque chose de bon, il faut examiner si les Esprits font bien disposés, st le Tems est propre , autrement on ne réussira jamais. II ne faut pas tenter l’impossible, ni gâter les choses par des contretems. II est de la sagesse d’en user ainsi, autrement on se commet, & l'on perd son autorité. Quand on entreprend quelque chose, il faut tâcher de n’en pas avoir le démenti, mais d’en venir à bout. Qpand on échoue, la chose qu’on avoit résolue devient odieuse , on ne peut plus la faire réussir dans la fuite. Quand les Corps Politiques ont pris des résolutions contraires , ils font engagés d’honneur â les maintenir. Cela est cause de trouble & d’ai- greurs, tout cela vient du défaut de prudence. On peut faire trois sortes d’établissemens. Pour l’Instruction de la Jeunesse, pour bannir l’Oisiveté, & pour la Charité. En prémier lieu, il faut régler l’Instruction de la Jeunesse, c’est la prémière chose qu’un Pasteur doit faire. De tous les moyens de banuir l’Ignorance & le Vice, il n’y en a point 272 Du Gouvernement point de plus efficaces que ces deux-ci. i.Dc former une nouvelle Génération. 2. De procurer de bons Pasteurs. Je ne répète pas ce que j’ai déjà dit là-dessus. i. II faut qu’un Pasteur ait foin des Ecoles, qu’il en établisse où il n’y en a pas, il ne doit rien négliger pour cela. II doit tâcher d’a- voir de bons Régens, asm qu’elles soient bien réglées. Cela est d’une plus grande conséquence qu’on ne le croit ordinairement. Les Régens donnent les prémiers principes & les élémens de la Religion. II faut donc choisir pour cet emploi des gens capables, des gens-de-bien, & surtout qui soient exacts & patiens. Ceux qui iont moux & emportés, n’y sont pas propres : mais c’est presque demander l’impossible, que de demander cela dans un Maître d’E- cole. II n’y a ni bien ni honneur à gagner dans cette profession, c’est ce qui fait que l’on trouve peu de bons Maîtres : on ne doit cependant rien négliger pour cela. Afin de rémédier à cet inconvénient, il faudroit établir de bons gages. Un Ministre devroit contribuer du lien même s’il pouvoit. Supposé qu’il n’y eut pas moyen de rien avoir bailleurs , & que les Communautés ne pussent ou ne voulussent pas fournir. Les En- fans sont mal élevés, parce qu’il y a de mauvais Régens, & il y a de mauvais Régens , parce qu’il n’y a pas de gages. Pour de VEglise. 273 Pour former de bons Régens, les Ministres doivent les instruire eux-mêmes, leur enseigner, comment on doit se prendre a- vec la Jeunesse, leur montrer qu’ils doivent tâcher principalement de porter la Jeunesse à la Piété &c. 2. Un Pasteur doit visiter les Ecoles, tant à-caufe des Maîtres, qu’à cause des Ecoliers, pour voir si les Maîtres enseignent bien , & îì les Ecoliers profitent. Plusieurs regardent cette fonction comme basse , mais il faut s’en faire un plaisir, & réputer cela à honneur. On retire une grande utilité de ces visites des Ecoles. On remarque quels font les Enfans qui promettent. Quand on en trouve, il faut les louer, les encourager, cela leur donne une nouvelle ardeur. S’ils font portés au Vice, il faut les avertir, les faire châtier , parler à leurs Pères & à leurs Mères : c’est même le meilleur moyen d’a- prendre à connoître son Troupeau. Les Jeu- nes-gens ne fe déguisent pas, ils agissent à découvert, & on reconnoit leurs inclinations. II faut qu’un Pasteur ait encore foin d’instruire les Enfans en certaines occasions, cela paroít petit, mais on en retire de grands avantages. Quand on rencontre les Enfans» on peut leur parler, les faire venir chez for ensemble, pour les louer ou les censurer selon qu’ils le méritent. On pourroít faire des Catéchismes familiers, comme on fait ìll Fart. S dans Du Gouvernement 274 dans cette Ville , ou il n’y auroit personne que les Enfans ; cela íeroit d’une grande utilité à la Campagne. II n’y a que la paresse, ou Rattachement à un vil intérêt du coté des Pasteurs, qui les empêchent de le faire. En second lieu, il faut travailler à bannir l’Oisiveté , ce doitétre-là un des principaux soins des Pasteurs. L’Oisiveté perd les Jeu- nes-gens, c’est la source de toute sorte de désordres. Elle produit 1. le Vice & la Corruption. 2. La Misère & la Pauvreté , la Fourberie, la Friponnerie , la Mauvaise- Foi &c. II y a des Eglises dans ce Pays, où par la paresse du Peuple on voit régner plus de défauts, que dans d’autres Eglises. II faut donc tâcher de rendre les Jeunes-gens actifs & laborieux : mais pour cela , il faut que les Magistrats & les Communautés concourent avec le Pasteur. On aura beau prêcher» lì ceux qui ont l’autorité ne mettent pas la main à l’oeuvre pour bannir l’Oiíìveté. En troisième lieu , on doit faire des Rè- glemens pour la Charité. Les Chrétiens font engagés à s’aquiter de tout ce qui regarde ce devoir, mais les Pasteurs le font plus que -les autres , & d’une façon plus particulière. Avant toutes choses il faut avoir dequoi donner, & pour cet effet établir des fonds dont puisse disposer l’Eglife. C’est-là un des plus importans foins des Ministres, d’établir ainsi des fonds. Un des prémiers foins qu’eu- rent de P Eglise. 2JÇ rent les Apôtres, du tems de l’Etablissement de PEvangile & de l’Eglife, ce fut d’établk un fond. On peut employer deux voies pour cela. i. Les Aumônes & les Charités ordinaires. 2. Les Donations ou Legs Pieux. Pour faire de ces Etabliífemens {jui vont à f intérêt, il ne faut pas aller trop vite : cela feroit suspect aux Peuples, qui s’i- magineroient que fEglife veut attirer à foi les biens des Particuliers. Quand on a des fonds , on doit les distribuer aux Néceíiiteux. 1. Aux Etrangers, domestiques de la Foi : mais il faut y apporter quelque précaution, voir s’ils ont des Attestations. 2. Aux Pauvres du Lieu. Les Sachets ont été établis dans nos Eglises pour les Pauvres paífans, à-caufe des persécutions de l’E- glife de France, l'An. 1682. Les Pauvres du Lieu doivent être assistés par les Communautés , l’argent ne doit pas être entre les mains du Ministre, mais entre celles d’une personne du Consistoire. Ordinairement les Ministres font des billets d’ordonnance, qu’ils envoient à celui qui a l’argent. Quand on veut donner quelque chose au delà de f ordonnance , on le fait par l’avis du Consistoire , ou au-moins de quelques Anciens. Z. II faut avoir égard à ceux qui ne peuvent pas gagner leur vie , ou qui n’ont pas de parens de qui ils puissent être assistés. Ceux S 2 qui 276 D# Gouvernement g ui ne peuvent pas gagner leur vie, font les ,nfans, les Vieilles gens & les personnes Infirmes : ce font-là les principaux objets de la Charité. Un Pasteur doit outre cela les visiter , & en avoir foin. A f égard de ceux qui font en état de gagner leur vie, il faut agir autrement : ce íeroit entretenir la paresse , que de leur donner. 4. On peut íe servir de l’argent & du bien de l’Eglise à des Oeuvres de Piété & de Charité, acheter quelques bons Livres pour les Pauvres, payer l’instruction pour les Enfans nécessiteux : cela regarde auffi les Aumônes que l’on peut faire en particulier. Autant qu’il fe peut, un Pasteur doit tâcher de faire observer les Règles que nous venons de proposer. IV. DES MOYENS DE CONSERVER v E L* A U T O R I T E' ET DU CREDIT DANS SON EGLISE. I L est extrêmement* néceflàire d’avoir de l’autorité dans son Eglise; car sans cela, eûffiez- de t Eglise, 277 eûffiez-vous toutes les qualités possibles, elles ne serviroient de rien. Le fruit du Ministère dépend beaucoup de-là. Sur cette matière il faut considérer deux choses. Le but que l’on doit fe proposer, ! & les moyens d’y parvenir. I. On pourroit se tromper à l’égard du but que l’on doit se proposer. Je n’apelle pas j avoir de l’autorité & du crédit, lorsqu’on est ! animé de l’amour de la gloire , & qu’on a í de l’ambition. On ne doit pas se proposer d’être honoré, & de s’attirer des égards mondains ; cette vuë scroit criminelle. Mais de- i plus, si l’on se propofoit ces vues, on met- j troit un obstacle à aquérir de l’autorité; car rien n’est plus ordinaire, que l’orgueil & la va- | nité dans un Ministre. Ainsi évitez julqu’aux moindres aparences de vanité, de domination , & ce que recherchent les Politiques quand ils veulent aquérir de l’autorité. Mais voici ce que doit rechercher un Pasteur, & ; en quoi consiste l’autorité ; c’est d’être craint | & aimé. L’Autorité se soutient par la Crainte & par l’Amour. Voilà le but qu’il faut se proposer. Remarquez que je fais dépendre l’autorité de ces deux choses jointes ensemble, l’une ne sert de rien sans l’autre. La crainte fans l’amour ne retient que pour l’extérieur & par contrainte. L’amour fans la crainte engendre ordinairement le mépris & la licence. S 3 Mais Du Gouvernement 278 Mais celui qui fait s’attirer l’amour & la crainte, est en état d’aquérir une véritable autorité. II. Ce qu’il y a de principal, c’est de voir quels font les moyens qu’on doit employer pour fe faire aimer & craindre. Je renferme cela dans ces six Maximes. La x. c’est une bonne vie. La 2. c’est d’être doux, bienfaisant & équitable. La z. d'avoir de la prudence. La 4. de ne jamais sortir de sa Charge. La s. de l’exercer comme il faut. La 6. d’avoir le courage de parler où il faut, & de donner des Avertiífemens particuliers. Prémièrement, il faut mener une bonne vie. En général rien ne concilie tant l’amitié qu’une vie sainte. II n’y a de véritable estime que celle qui est fondée sur la vertu. Si donc vous voulez avoir du crédit, il faut être vertueux & grave. Voici ce que j’en- tens par cette gravité. 1. Un extérieur simple , mais honnête. 2. La sobriété, & particulièrement dans le vin. 3. L’éloignement des plaisirs des sens. 4. Une manière de vivre un peu retirée. Les choses communes font d’ordinaire méprisées ; & l’on ne fauroit fe produire trop souvent, sans manifester ses défauts & découvrir ses foiblesses, surtout quand on est jeune. de r Eglise. 279 • s. 11 faut tenir des discours sages , posés & retenus &c. < 5 . La gravité paroît dans un genre de vie sérieux : on doit garder un silence raisonnable. 7. On doit s’apliquer au travail. 8. Avoir de la prudence & de la discrétion &c. Vous devez supléer à toutes ces choses par votre méditation. Vous voyez que je 11e parle pas de la Piété & des Vertus Chrétiennes , mais je les regarde comme le principe de tout ce que je viens de dire. Voilà ce qui peut véritablement vous concilier du respect. Voici au-contraire ce qui fait mépriser les Ministres. Un extérieur mondain, où il paroît du luxe & de l’affectation ; les trop fré-' quens repas, l’intempérance, surtout l’ivro- gnerie & ce qui en aproche tant soit peu ; l’amour des plaisirs & des divertissemens même permis, quand on les recherche trop souvent; l’impureté , L tout ce qui en a la moindre aparence ; une manière de vivre trop libre & trop ouverte, surtout avec les personnes avec qui on ne peut conserver la gravité qu’à grande peine , comme de fréquenter les Jeunes-gens & les personnes du Sexe ; les discours vains, dissolus, libres, la légèreté en paroles, les railleries, les bouffonneries , les juremens , l’intempérance de S 4 lan- 28o T) u Gouvernement langue, l’indiscrétion, l’oisiveté &c. Si je ■ n’étens pas toutes ces choses, ce n’est pas qu’elles ne le méritent bien, mais je vous recommande d’y penser. Secondement. S’il est nécessaire d’avoir M toutes les vertus, il y en a une surtout qui Ê est très-importante : C’est, st l’on veut se taire aimer, d’être doux & bienfaisant, c’est par-là qu’on gagne le cœur des Hommes, hommes demerentur benejiciis. Ceci engage à des devoirs qu’on doit pratiquer dans toute fa conduite. i. En toutes occasions il faut donner des marques de charité à ceux qui ont besoin de vous, & surtout à des Pauvres. II faut que chez un Pasteur on trouve toujours du soulagement , & des entrailles ouvertes. St. Paul veut qu’ils soient hospitaliers: autrefois même, ils étoient obligés de recevoir les Etrangers chez eux. Ainsi vous devez soulager les prémiers : si vous ne le pouvez par vous - mêmes , faites - le au - moins par autres , par vos conseils & par vos consolations. Mais 2. cette humeur douce oblige à faire paroítre de l’équité , une humeur facile & commode. Ceci doit fe pratiquer, & dans les fonctions du Ministère, & dans fa conduite particulière. Au prémier égard, il ne faut pas être trop rebutant, rigide, & d’un accès difficile : il ne faut jamais s’attacher à des âe P Eglise. 28 ! des choses de petite conséquence , pour en faire le sujet de ces censures. Ce caractère pointilleux & dangereux, est odieux à tout le monde. Au second égard, ou dans fa conduite particulière, il faut garder le même caractère de facilité & de douceur, être accommodant ; il faut éviter avec foin d’être roide , soupçonneux & difficultueux. Sur» tout je dois vous avertir d’un défaut dangereux & commun, c’est que plusieurs font trop roides fur le chapitre de l’Intérêt, cela marque un esprit bien attaché au Monde. Je vous recommande de pouffer à cet égard la délicatesse jusqu’au scrupule, ne point recevoir de présens des gens qui ont des affaires par-devant vous. Dès-qu’on est sensible à l’intérêt, le Peuple le remarque, & un Ministre, est décrédité. En troisième lieu , il faut être sage & prudent dans toute fa conduite. La raison en est, que la conduite d’un Ministre est exposée aux yeux de tout le Public. On juge des Personnes Publiques par leur manière de vivre. Un homme qui ne fait pas se conduire, perd l’estime qu’on avoit pour lui. Cette prudence & cette sagesse doit paroître en deux choses, dàns l’exercice de fa charge, & dans fa conduite particulière. i. La prudence doit accompagner un Ministre dans ses Sermons, dans les Censures, dans l’Exercice de la Discipline, chez les Malades &c. S 5 2. II S82 Du Gouvernement 2. II faut conserver le même caractère dans fa conduite particulière. Car íi l’on voit qu’un Ministre est imprudent dans ses affaires particulières, on jugera qu’il en est de même dans les choses les plus importantes. Quand on voit qu’un homme lè charge d’affaires qui ne lui conviennent pas, qu’il s’engage dans de mauvaises entreprises, qui conduit mal fa famille, qui se charge de dettes, qui ne fait rien, on en a mauvaise opinion. II est difficile qu’un homme qui manque de conduite pour ses affaires particulières, en ait pour celles de l’Eglise. Voyez i. Tim. III. 5. Si quelcun, dit St. Paul, ne sait pas gouverner fa propre famille , comment au - ra-t-il foin de VEglise de Dieu ? En quatrième lieu , pour aquérir de l’auto- rité, un Ministre ne doit jamais sortir de son caractère & de sa charge. J’entens par-là qu’il ne doit point se mêler d’affaires qui ne le regardent pas. Ceci cependant ne doit pas être pris généralement, comme st l’on ne de- voit jamais intervenir dans des affaires qui ne font pas de la charge d’un Pasteur. On doit avoir foin de ses affaires , mettre la paix dans les Familles, terminer les différends de ses Paroissiens, mais avec ces restrictions. 1. On. doit le faire comme Ministre, dans des vues de piété &de charité, «Stnon dans des vues mondaines. 2 . Avec de l’Eglise, 28 j 2 . Avec discrétion, & d’une manière qui ne déroge point à sa charge. Cela íe comprendra mieux par les deux Maximes suivantes. Première Maxime. C’est qu’il ne faut ja- | mais se mêler de ce qui regarde le Magistrat & qui lui apartient. On se fait le pins souvent moquer de soi, quand on veut entrer j dans ces choses, & cela excite la jalousie ; des Magistrats. D’ailleurs les Ministres réiis- : fissent ordinairement très-mal, quand ils se | mêlent des Affaires' Civiles. Cependant íì | l’on étoit consulté sur quelque chose, on ■ pourroit donner son avis modestement : & | même fi l’on a des avis importans à donner ! dans une affaire , on peut en avertir le Magistrat en particulier, mais jamais en chaire. La seconde Maxime, qui explique la première, & qui est une autre précaution : C’eít qu’il ne faut pas s’ingérer dans les affaires particulières , ni entrer dans les secrets des Familles. 11 ne faut pas s’ériger en juges, ou en | faiseurs de partage. J. C. nous l’aprend dans i l’Evangile : 0 hommes ! qui nia établi juge fur vous ? dit il à un homme qui voulut rengager dans quelque affaire. Luc. XII. Chacun doit donc demeurer dans sa vocation. La nôtre est si sainte, qu’on ne doit pas la mêler dans d’autres affaires. D’ailleurs, elle ì demande un homme tout entier. m Du Gouvernement 284 En cinquième lieu , on doit exercer sa charge comme il faut. On doit être ferme & exact dans ses fonctions, avoir du zèle, procéder à tous égards comme notre charge le demande , fans jamais fe démentir. Dans la Prédication, reprendre le Vice partout où il etì à'reprendre. Dans l’Exercice de la Discipline ne jamais biaiser, ne favoriser personne au préjudice de la Justice. Un homme qui va toujours droit, est craint & aimé, les Pécheurs ne fe flatent point de trouver du fuport auprès de lui. II est vrai que quel- quesuns le trouvent mauvais, mais ce n’est pas pour longtems : au lieu que dès-qu’on a biaisé dans deux ou trois occasions, on perd son crédit pour le reste de sa vie. / En sixième lieu , il faut donner des Avertis- semens particuliers. Ceci est à - la - vérité compris dans l’Article précédent, mais j’en 4 fais un chef à part, parce qu’on y doit faire H une attention particulière. II faut donc â avoir le courage d’avertir les gens de ce qui | regarde leur salut, soit dans la santé, soit | dans la maladie. Rien ne donne plus d’au- E torité, pourvu-qu’on le faste avec prudence f & avec piété. On ne doit pas agir en cela par politique pour avoir du crédit, mais par conscience. Les Censures générales produisent quelquefois un effet tout contraire à celui qu’on en attend. Ceux que ces censures de l’Eglise. 28s res regardent, comprennent bien qu’on les a en vuë : mais quand on ne leur parle pas en particulier, ils s’imaginent qu’on les craint, qu’on ne leur óseroit dire ces choses en face , & ainfi l’on perd son crédit. Si l’on a aífaire à des gens - de - bien, ils seront scandalisés, fi on ne les avertit pas en particulier. Ce que l’on dit dans les Avertisse- mens particuliers est bien reçu, on a de l’e- ltime pour des Pasteurs qui adressent ces exhortations. Pour les gens qui pèchent publiquement, il faut les reprendre publiquement ; comme ceux qui jurent, qui tiennent des discours impies. Quand on en use ainfi, pourvu- que ce soit avec prudence , la íeule vuë d’ua Pasteur, ou la crainte qu’il ne vienne à savoir ce qu’on a fait, retient les Pécheurs. Quelques-uns s’irritent d’abord, mais ils en reviennent, & ne peuvent s’empêcher d’a» voir de l’estime pour leur Pasteur. Du Gouvernement 286 MOYENS Q.UELES JEUNES-GENS EN PARTICULIER DOIVENT EMPLOYER POUR AQJJERIR D U CREDIT. I L est difficile à tout âge d’aquérir de Pau- torité , mais principalement dans la Jeunesse. On respecte les Vieillards à-caufe de leur âge, lors - même qu’ils n’ont pas grand mérite. Au-contraire , on méprise les Jeunes-gens, même avec du mérite , seulement parce qu’ils font jeunes. Cependant le Ministère demande beaucoup de respect : les Jeunes-gens ne s’en attirent pas , cependant il faut tâcher d’en aquérir. La Jeunesse décide quelquefois de toute la vie. Quand une fois on est tombé dans le mépris, on ne s’en relève jamais. Or afin de voir ce que les Jeunes-gens doivent faire pour aquérir de l’autorité , il faut voir quels font les défauts de la Jeunesse qui attirent le mépris. II y a la légèreté , l’imprudence, le défaut de gravité, le penchant à la gayeté, la joie , surtout l’orgueil & la préfomtion. C’est la pensée où l’on est que les Jeunes-gens ont ces de t Eglise. 28? ces défauts, qui fait qu’on ne fe soumet pas à eux. Vous devez donc toujours les avoir devant les yeux. C’est ce qui obligeoit St. Paul à dire à Timothe'e , qui étoit bailleurs fí saint & lì pieux , que nul ne méprise t» jeunesse. Pour donc aquèrir de-bonne-heure de Pau- torité , il faut i. éviter les Défauts que nous venons de nommer. 2 . tâcher d’aquérir les Vertus qui leur font opposées, & qui sont celles qui rendent la Vieillesse vénérable : savoir la sagesse, la prudence, la circonspection , la gravité , une vie sérieuse & é- loignée de ce qui marque un esprit léger, inconstant & folâtre. Pour cet effet, iì faut que les Jeunes-gens ayent toujours cette règle devant les yeux : de ne jamais aller trop vite dans ce que l’on fait. Quand on a de Inexpérience , on peut se déterminer sur le champ ! & sans peine , parce que l'on est fait aux affaires : mais un Jeune - homme qui manque d’expérience, peut fe trouver embarassé, quelques talens qu’il ait d’ailleurs. Ainsi il faut fe défier de soi-même, prendre du tems, soit pour penser à la chose, dont il s’agit, soit pour consulter quelques j personnes : mais il faut le faire fans donner à connoître qu’on est dans i’embarras, car í cela pourroit produire un mauvais effet. Quand je dis que les Jeunes-gens doivent être graves, vous devez entendre cela avec ces deux précautions. La 288 D« Gouvernement La i. c’est que la gravité ne doit point être ; trop sévère, ni trop éloignée de l’âge où l’on est. On ne doit pas être trop réservé ni trop , affecté, cela seroit infailliblement attribué à ; orgueil ou à présomtion. Rien n’est plus i propre à faire perdre le crédit que l’orgueil dans les Jeunes - gens. Leur gravité doit consister dans un grand fond d’humilité, de modestie & d’honnêteté. La 2. précaution, c’est que quand les Jeu- nesMinistres font obligés de fe servir de leur ; autorité, ils doivent toujours le faire avec I ; modération, retenue & modestie. II y a i certain degré d’autorité qui ne convient qu’aux Vieillards : on ne trouve pas étrange j j qu’ils décident, mais on le blâmeroit dans I un Jeune-homme. C’est pour cela que St. Paul fait souvenir Timothée, de ne pas reprendre rudement un Vieillard. Si vous voulez parvenir à ce but, qui doit être votre grand but, vous ne devez pas attendre à mettre ces choses en pratique, que vous soyez en charge. II faut commencer dès-à-préfent, & cela pour deux raisons, auxquelles je souhaite que vous faisiez bien d’attention. La prémière, c’est que quand on a pris des habitudes contraires aux Vertus que nous avons touchées, on n’en revient pas aisément. Quand on a mené une vie trop répandue, qu’on a vu des personnes qui font perdre la gravité, comme font les Jeunes- • gens, âe f Eglise. 289 gens, les personnes du Sexe, on ne se concilie du respect qu’avec beaucoup de peine. Quand même un Ministre changerait, il lais- seroít pourtant toujours une mauvaise opinion de soi dans le Public. Quand on a donné de foi Popinion- d'un homme léger, folâtre, adonné aux plaisirs, cela demeure long- tems dans l’espnt. Réglez donc votre cœur ! & votre conduite, & soyez tels étant Propo- ! fans, que vous devez être étant Ministres. Faites enforte que des-à-présent on ait de ì’estime pour vous, souvenez-vous bien qu'oir est attentif à vos démarches, & qu’on a l’œil fur vos défauts. On laisse passer ceux des Particuliers, mais pour les vôtres on les relève. Le moyen de cacher vos défauts, c’est de mener une vie grave & retirée. La retraite est une excellente préparation pour le St. Ministère , pourvu-que ce ne soit pas une retraite de paresse , & qu’elle ne vous empêche pas de voir les personnes avec qui vous pouvez faire des progrès. Ensuite faites toujours paraître beaucoup d’humilité, éloignez-vous de Porgueil, souvenez-vous qu’il y a un esprit de mépris & de jalousie répandu partout contre les Ministres. Les Gens du Monde tâchent de leur trouver des défauts, on cherche des prétextes pour les abaisser & pour les mépriser. Quand on ne leur remarque pas ds défauts manifestes, on les taxe d’orgueil : II. Part, T au T)h Gouvernement U® au lieu que fi l’on mène une vie un peu retirée , on entre dans le Ministère avec honneur, & on attire Pestime des Hommes. Considérez encore que ceux qui fe font respecter étant jeunes, font en état de faire considérablement de fruit, & de parvenir h un grand degré d’autorité. Quand on ne peut pas reprocher à un homme les défauts de fa jeunesse , il agit hardiment, on le respecte : & si l’on a du respect pour lui dans fa jeunefle , que ne fera ce pas quand Page & Pexpérience auront donné un nouveau relief à son mérite ? SECONDE SECTION. CE au E LES M I N I S T R E S i ? j ■í ; ;í DOIVENT A CERTAINES P £ R S O N N E S E N PARTICULIER. S I je voulois déterminer ce que les Ministres doivent faire à l’égard de chaque Particulier , il faudroit faire un grand nombre de chefs. II faut se conduire envers chacun, suivant son état. C’est sur quoi nous de P Eglise. 2 $I nous avons déja dit quelque chose , & nous n’entrerons pas dans le détail à cet égard, j Je remarquerai seulement qu’il y a deux | devoirs particuliers & très-importans, dont les Ministres doivent s’aquiter par raport à deux sortes de personnes, qui sont t. les Pécheurs, 2. les Malades & les Mourans. De-là naissent deux fortes de devoirs. Aux prémiers, on doit leur donner des Avertisse- j mens particuliers, A l’égard des Malades, on doit les visiter. I. D E S AVERTISSEMENS PARTICULIERS. M On dessein n’est pas de vous parler des Avertissemens que l’on donne en chaire, mais de ceux que l’on doit donner en certaines occasions particulières. On donne des Avertissemens particuliers en deux occasions: ou lorsque les Pécheurs viennent vous demander conseil : ou lorsqu’ils n’en demandent pas, quoiqu’ils en ayent besoin , & que les Pasteurs les donnent de leur propre mouvement. I. D’abord il scroit à souhaiter que les Ministres eussent plus d’occasions de don- T 2 mec Dit Gouvernement 292 lier de ces fortes d’Avertissemens, mais ost les a dépouillés à cet égard de leurs droits. Les Peuples & les Pécheurs ne savent pas feulement s’ils doivent consulter leurs Pasteurs. Cela m’oblige de vous dire que vous devez instruire le Peuple de la nécessité où il est de consulter ses Pasteurs. Dans ces fortes d’Avertisiemens où l’on est consulté , on réussit beaucoup mieux que dans ceux que l’on donne de foi-mème. La raison en est claire. Quand une personne vient vous consulter , c’est une preuve qu’elle est disposée , à bien recevoir ce que vous lui direz, c’est la conscience qui la conduit-là. Les cas où l’on peut être consulté varient à l’infini, ainsi je ne saurois vous les indiquer tous. Je me contenterai de vous indiquer seulement quelques Maximes générales. II se présente deux tortes de Cas. Ou ils font clairs, ou ils font embarassans. 1. S’ils font clairs, décidez-les par la Parole de Dieu, quand ce font des Cas de Conscience ; ou par les Loix de la Discipline & de la Coutume , quand ce sont des Cas de Discipline. Pour peu inexpérience que l’on ait, on n’est point embarassé dans ces sortes de cas, il ne s’agit que de dire son sentiment avec sincérité. 2. II y a des cas plus embarasians, surtout dans les Matières de Conscience : ceci demande bien du discernement & de la sincérité de P Eglise. $93 cérité dans les Pasteurs. Quand un homme vient vous consulter , vous êtes le directeur de fa conscience : st 011 le conduit mal, on est responsable des péchés qu’il commet en suivant notre conseil. Voici donc les Règles qu’il faut observer dans ces cas emba- raslàns, il y en a quatre. Prémière Règle. C’est d’éviter la précipitation , soit dans l’examen du fait, soit dans le jugement qu’on en porte. 11 faut exa- | miner le fait avec foin , & dans toutes ses circonstances. Souvenez-vous bien que la ; plus légère circonstance change quelquefois entièrement un cas. Dans le jugement n’al- lez pas trop vite , pesez mûrement la décision que vous allez donner, de peur d’en- gager les gens à faire de fausses démarches. Quand on ne voit pas bien ce que l'on doit répondre , il ne faut point avoir honte de demander du tems pour y- penser. Seconde Bggle. II faut avoir des lumières, un Pasteur ne sauroit s’aquiter de son devoir sans cela. Pour ce sujet il est bon de se faire une étude des Cas de Conscience. On a plusieurs Livres là-dessus, entr’autres Sanderson De Oblig. Consc. qui passe pour un des meilleurs. J’aprouve donc qu’on s’aplique à cette Etude. A-moins de cela on est en danger de tomber dans deux extrémités également dangereuses : ou de lier la Conscience témérairement, ou de la délier T 3 de- Du Gouvernement &94 de-même. On tomberoit dans la première, quand par exemple on voudroit obliger à la Rejlitution , des gens qui n’y seroient pas obligés : & dans l’autre, quand on lesexem- teroit mal-à-propos. L’Ëtude des Cas de Conscience est une mer à boire, mais voici ce qui vous l’abrègera. C’est d’avoir vous-mêmes une bonne conscience, de vous étudier vous-mêmes. D’où vient que l’on biaise quelquefois ? C’est qu’on n’a pas de piété. Un homme qui en a, voit d’abord le bon chemin. II ne se laisse point entraîner par les Passions & par les préjugés, qui font les sources ordinaires de líos Erreurs. Troisième Bggle. On doit avoir de la sincérité. Comme un Juge qui après avoir examiné une Cause doit prononcer suivant les mouvemens de fa conscience, de-même les Pasteurs ne doivent j’amais biaiser ni donner des adoucissemens pour flater les Pécheurs. On ne doit point affaiblir les décisions de l’Evangile , ni adoucir ses préceptes. Outre que l’on commettroit par-là un grand péché, c’est que les Pécheurs venant dans la fuite à être désabusés > auroient très- mauvaise opinion de vous. Ceux qui agissent dans des vues politiques se contredisent, il n’y a que les gens-de-bien qui se soutiennent toujours également. Quatriè - de FEglisc. 29 s ì Quatrième Règle. La quatrième Maxime qu’il | faut observer religieusement, c’est de garder ! ie secret. Cela renferme deux devoirs. 1. Les Pasteurs doivent garder inviolablement le secret sur tout ce qui leur est confié. Ainsi vous ne sauriez révéler une cho- : se qui vous a été confiée, sans commettre un j grand péché. Le Secret de la Confession 1 dans l’Églife Romaine est regardé commt une chose sacrée. Je sai qu’il y a de l’abus, surtout à l’égard de la Confession Auricu- I laire , mais les maximes à l’égard du Secret font justes. On doit surtout garder le secret quand il s’agit de certains cas délicats, comme de l’Impureté , du Larcin &c. Alors tout l’honneur d’un Particulier , & quelquefois de toute une Famille, est entre les mains d’un Pasteur. Si donc il révéloit les choses, il perdroit tout crédit & toute confiance. 2. On doit garder le secret dans la manière dont un Pécheur dégage fa conscience. Quand un Pécheur peut satisfaire à fa conscience, & réparer sa faute sans s’expo- ser publiquement, on doit le faire, pourvu- que cela se puisse sans blesser les Loix de l’Evangile & de la Discipline. Par exemple, les Péchés de l’Impureté, du Larcin, doivent se réparer en secret, à-moins qu’il n’y ait du scandale. Mais dès - que cela a eu des suites qui donnent du scandale au Prochain , il faut les réparer en public. T 4 n. Je Du Gouvernement 2^6 II. Je viens maintenant aux Avertissemens particuliers que l’on doit donner à ceux qui ne les demandent pas, & qui en ont besoin. J’en distingue de deux sortes : car ou il se présente des occasions de les donner que nous ne recherchons pas, ou on recherche ces occasions. Pour ce qui est de la première espèce , nous ne nous étendrons pas beaucoup là-dessus, je ferai seulement trois réflexions. 1. En général quand un Pasteur entend dire que des personnes pèchent, il doit les reprendre : comme font par exemple ceux qui jurent, qui se querellent, qui se battent» qui disent des paroles sales &c. II faut les reprendre dans ces occasions, à - moins de cela le silence dans un Pasteur lèroit en scandale : surtout s’il y a des scandales publics, on doit avertir ceux qui pèchent, pour l’édification des autres. 2. O11 doit corriger les Pécheurs avec prudence , il faut examiner s’il est toujours à-propos de révéler tout ce que l’on volt & que l’on entend. On ne doit pas se mettre for le pié de quereller à tous momens pour des bagatelles. Si c’est une chose de petite importance, un léger avertissement peut suffire. Quand même le cas semble exiger la censure , elle n’est pas toujours convenable. Ainsi c’est reprendre les gens à contretems, que de les censurer quand ils de VEglise. ; 297 sont ivres, ou dans un grand accès de colère, Ce teins- là n’est pas propre , il faut laisser revenir les gens à eux-mêmes , & leur parler alors, leur faire voir 3 e tort qu’ils ont eu, II faut pourtant avoir cette précaution ; c’est que fi les Pécheurs donnoient du scandale en présence de plusieurs personnes, il faudroit leur dire quelque chose ; mais ce ieroit plus pour les Affistans que pour le Pécheur même. 3. Quand on reprend des personnes qui pèchent publiquement, on doit le faire avec force, mais fans emportement. II est nécessaire de vous donner cet avertissement : car les mouvemens promts & subits font souvent violens; comme ceux où il faut avertir un homme, lorsque Poccasion naît d’elle- même , & fe présente sur le champ. Quand on reprend les Pécheurs, on tombe ordinairement dans l’un de ces deux excès. Ou l’on reprend avec trop de feu, ou avec moleste. Par exemple , s’agit-il de censurer un homme que vous trouvez donnant quelque scandale dans les rues, on parle alors avec trop de feu & de chagrin, on s’emporte ; mais dans les avertissemens particuliers on le fait avec molesse. Quand on est dans un tête-à-tête , on cherche des détours, des circuits &c. II faut éviter avec foin l’une & l’autre de ces extrémités. J’ai dit en second lieu qu’il y a des Áver- T s ttííèmens L§8 Du Gouvernement tiísemens que l’on doit rechercher de donner. J’ai deux choses dignes de votre attention à proposer là-dessus: leur importance & leur nécessité, leur nature & la manière de les faire. I. Je ne prouverois pas cette nécessité, si toute évidente qu’elle est, elle n’étoit pres- qu’inconnuë. Ce qui m’y oblige encore, c’est que naturellement nous avons de la ré- Í mgnance à reprendre les autres, la honte & a molesse nous retiennent. C’est ici une des plus dangereuses tentations à laquelle un Pasteur soit exposé. Voici donc les considérations que vous devez vous proposer, pour vous obliger à reprendre un jour les Pécheurs. Je vous le dis pour que vous en avertissiez le Peuple dans vos Sermons, afin qu’il soit porté à bien recevoir ce qu’on lui dira. Voici ce qui prouve cette nécessité. i. L’Ecriture Sainte l’établit en plusieurs endroits. Ezechiel XXXIII. 6. Toi donc Fils de Phomme , je P ai établi four guette fur la Maison d’Israël , tu les avertiras donc de par moi. St. Paul Hèb. XIII. 17. dit, que nos Condu&eurs veillent pour ms âmes. Or comment veilleroient-ils & en rendroient-ils compte , s’ils ne les connoissoient pas, & s’ils n’y met- toient pas ordre ? Acl. XX. 20. St. Paul dit encore, qu’il n’a cessé d’avertir en public & en particulier. Et nous avons outre cela l’exemple des Saints du Vieux & du Nouveau de P Eglise. 29- veau Testament. Voyez comment Nathan avertît David, comment Jean Batiste reprit Herode. L’Histoire Ecclésiastique en fournit aussi plusieurs exemples. 2. Sans ces Avertissemens, on ne peut procurer le salut des Pécheurs. Car comment le procureroit-on fans cela ? Si l'on dit, il y a les Sermons. Mais quand les Sermons feroient les meilleurs du monde , cela ne suffit pas. Le plus souvent on prêche en- vain, ceux qui auroient besoin de les entendre n’y assistent pas, ceux qui y assistent réécoutent pas tout, de tous ceux qui y assistent il y en a peu qui s’apliquent ce qui les regarde , quelquefois les Auditeurs ne comprennent pas ce qu 'on dit, en un mot, il y en a peu qui en profitent. Ainsi il faut laisser périr ces gens-là, ou bien les avertir en particulier. II faudroit être scélérat ou athée, pour prendre ce premier parti. II faut donc avertir ceux qui pèchent, il ne reste que cela pour les sauver. De-plus, les Sermons ne suffisent pas pour une autre raison : c’est qu’il y a certaines choses qu’on ne peut point porter en chaire, il y a des cas que la bienséance & la gravité ne permettent pas de toucher dans un Sermon. Outre cela, pour convaincre un Pécheur , pour le ramener, il faut le satisfaire fur ses doutes. Or cela ne se peut faire, que dans une conversation particulière. Par exemple , je sai un Marchand , 300 D u Gouvernement ehand , un Artisan , un Laboureur &c. qui font certains tours, qui ont chacun leur a- dresse particulière pour tromper leur Prochain : on ne peut pas spécifier cela devant l’Assemblée , il faut donc avoir recours aux Avertissemens particuliers. z. Tous les Chrétiens font obligés de reprendre leur Prochain quand il pèche, à plus forte raison les Ministres doivent-ils le faire. Je suppose sans le prouver, que les Chrétiens font apellés à avertir leurs Frères : combien plus donc les Ministres, qui font établis pour cela, & qui doivent rendre compte des Ames qui leur font confiées. 4. Je prouve cela , parce qu’il est inconcevable qu’un Pasteur ait de l’amour pour ses Brebis, & qu’il ait leur salut au coeur, sans s’aquiter de ce devoir. Car fi l’on s’in- téresse à leur salut, on le procurera de tout son pouvoir, on les avertira quand même notre charge ne nous y obligeroit pas. Vous voyez que la charité feule nous engage in- dispensablement à remplir ce devoir , & combien plus la charité qui doit animer un Pasteur. s. S’il est du devoir d’un Pasteur de visiter les Malades, les Mourans & les Affligés, comme tout le monde en convient; n’est-il pas aussi obligé à visiter & à reprendre les Pécheurs? Rengagement n’est - il pas même plus grand ? Je pose en fait qu’il est plus nécessaire âe PEglise, 301 fcessaire de travailler à convertir les Pécheurs, que de donner des consolations à des personnes affligées. Même a l’égard des Pécheurs , il est bien plus salutaire de les avertir quand ils se portent bien, que quand ils font près de la mort. Si on laisse venir les Pécheurs jusques à l’extrémité 3 je vous laisse à penser de quel péché on se charge, & comment on pourra en rendre compte. Je vous exhorte donc à vous armer de-bonne-heure de résolution & de courage, &, pour vous acoutumer à cela, de vous avertir sincèrement de vos défauts les uns les autres. Avant que de quiter cette matière, je ne puis m’empêcher de vous faire voir le relâ- í chement horrible des Ministres à cet égard. Plusieurs Ministres Réformés se moqueroient de vous si vous leur parliez de ce devoir, : même les plus distingués n’en veulent point j entendre parler. Us se pertuadent que quand ils ont prêché , qu’iìs sont descendu de chaire , ils ont fait leur devoir. Mais ne vous laissez pas séduire : une conversation & un Avertissement particulier fait quelquefois plus de bien qu’un grand nombre de Sermons. Aquitez vous donc de ce devoir, quand Dieu vous apellera dans quelque E- glife. II y a quelquefois des gens qui sont fâchés de ce qu'on leur dit, mais la plupart vous en sauront gré. II. Pour ce qui est maintenant de la nature des 302 Du Gouvernement des Avertissemens particuliers, il faut voir deux choses fur ce sujet. Pour quels sujets on doit les donner, & la manière de le faire. Premièrement, il faut reprendre ceux qui pèchent, & dont la mauvaise vie est parvenus à la connoissance duPublic, ou du Pasteur en particulier : mais il faut que le fait soit certain. On demande, fi l’on ne feus f oint avertir les Pécheurs fur des bruits ? En général je répons qu’il faut de la discrétion , & ne pas ajouter foi trop légèrement aux bruits, ni avertir trop tôt fur ces simples bruits. Cependant quand un bruit se confirme de plusieurs endroits, & qu’il y a de la vraisemblance, on peut avertir les Pécheurs de cette manière , leur dire qu’il cours de tels bruits fur leur chapitre , qu’ils font innocent m coupables. S’ils sontinnocens, ils doivent voir s’ils n’ont point donné lieu à ces discours» & les avertir de s’abstenir même de l’aparen- ce du mal. S’ils font coupables, qu’ils se corrigent, & qu’ils préviennent le scandale. J’ajouterai une chose à laquelle on pense très-peu : c’est que l’on doit aussi avertir les Gens-de-bien, lorsqu’ils se relâchent. Cela est de conséquence pour leur salut, & pour l’édification publique. Quand ils tombent, leur chute fait beaucoup de scandale. De- même quand les gens témoignent vouloir profiter des Avertissemens qu’on leur a donnés , il faut les entretenir dans leurs bonnes dispo- de l'Eglise. ZOZ dispositions, fil ne faut négliger personne, encore moins ces derniers que les autres. II semble qu’étant Enfans de Dieu, la charité nous lie de plus près avec eux. D’ailleurs, on est sûr qu’ils recevront bien ce qu’on leur dira. En second lieu , sur la manière d’avertir il faut observer les trois maximes dont nous avons parlé pour les Censures que l’on fait, soit en Chaire, soit dans les Consistoires ; & qui font de reprendre avec zèle, avec charité , & avec prudence. Nous dirons ici ce qui a du raport à notre sujet. i. II faut avertir les Particuliers avec zèle. j Le zèle est fort nécessaire dans ces occasions, fans cela la fausse honte & la timidité ncms ; retiendroient. II faut plus de zèle pour parler ainsi aux gens en particulier, que pour tonner en chaire. Surtout voici où il en faut í beaucoup, c’est quand on doit parler à dee Personnes Considérables ; avec ses Egaux ou ses Inférieurs, on ne craint pas de parler ; mais ici on est fort en danger de succomber à la fausse honte, & il faut avoir un vrai zèle pour s’aquiter de son devoir à cet égard, j 2 . 11 faut de la charité & de la douceur , autrement on pourroií attribuer ces Avertis- semens à jalousie ou à colère, ou à quel- qu’autre passion. Les Avertissemens qui ne semblent pas partir d’un fond de charité, ne produisent pas grand effet : ainsi si faut toujours 904 D# Gouvernement jours faire paroître à ceux, à qui no us parlons , que c’est l’intérêt de leur lalut qui nous fait agir. z. La principale chose qu’on doit observer dans la manière de donner ces Avertissemens, c’eít la prudence. Pour cela , il faut parler aux gens dans certaines circonífances, où ils soient en état d’en profiter. Les Censures font désagréables en elles mêmes, ainsi il faut savoir prendre son tèms pour les faire. Voici donc les principales Maximes de Prudence qu’on peut observer dans les Aver- tissemens Particuliers. i. On doit avoir égard à l’humeur, au naturel, & à l’état de ceux à qui l’on parle. Si vous avez affaires à des Personnes considérables , il faut avoir certains égards pour eux, les ménager un peu. Si c’est à des Personnes fières, il ne faut pas les irriter. 2 .11 faut proportionner nos Avertissemens à la nature de la faute dont il s’agit. Si la faute n’est pas grande , un simple Avertissement suffit. Si elle est considérable , il faut revêtir un caractère d’autorité, & parler avec force. Surtout s’il y a du scandale, il ne faut pas épargner les Pécheurs. z. On peut parler aux Pécheurs directement & fans détour, ou indirectement, & les amener à la confession de leur péché : c’est ainsi qu’en usa Nathan. 4 . U faut avertir par autrui, quand on ne peut de P Eglise. ZSs peut pas le faire soi-même. Vous éprouverez un jour Futilité de cette Maxime. Quand on a un Troupeau nombreux, on ne peut pas satisfaire à tout, on est quelquefois hors d’état de voir les gens. II y a même souvent des raisons qui nous obligent à ne point aller chez eux, parce que les autres s’imagineroient que c’est pour telle ou pour telle chose, & cela ne fait qu’aigrir Fes- prit du Coupable. Un homme qui auroit commis une faute, seroit fâché qu’on le sçût : & comme elle se découvrirait si Fon i voyoit aller le Ministre chez lui, il vaut ! mieux donner les Avertissemens par autrui, | & choisir pour cela quelque ami, ou quelque personne de probité. f. Une autre Maxime qui est une des principales, c’est de savoir prendre son tems. Tous les tems ne font pas propres, il ne faut point donner divertissement aux Pécheurs dans les mouvemens de leurs passions, & quand ils font prévenus. En général un Ministre doit avoir foin de ne pas se produire mal-à- propos, & éviter de se commettre. 6. La dernière règle qui est une Maxime fort utile, c’est de voir les gens dans les tems de Maladie & d’Affliction; dans les grandes Dévotions, comme font les tems de Communion; & lorsqu’on aprend qu’un Pécheur se reconnoit. Ces tems-là font très-propres à donner des Avertissemens, & II. Part. U il Du Gouvernement Z06 il est à présumer qu’ils íèront bien reçus. On doit en profiter d’autant plus que ces circonstances font fort rares, il n’y en a quelquefois que trois ou quatre dans toute la vie d’un homme. Ainsi il faut en profiter, de peur de charger fa conscience. A tout ce que je viens de dire, je dois encore ajouter une chose : c’eít que quelques précautions que l’on prenne , ces Avertiífe- jnens ne feront cependant jamais bien reçus, si l’on n’a une grande opinion de la probité du Pasteur qui les donne. Les Hommes qui n’aiment la censure de personne , souffrent encore moins de s’entendre reprocher leurs défauts par la bouche d’un homme à qui il y a quelque chose à redire. Remarquez encore par là , combien il est nécessaire d’avoir de la piété & la crainte de Dieu dans cette fonction. Sans être véritablement homme-de-bien on ne peut réussir ni dans cette fonction ni dans les autres, comme je vous l’ai fait remarquer. Ainsi cela doit vous engager à vous sanctifier. «VH-KAARKSGKHHHHîKHRGHHOKRR II. DE LA VISITE DES MALADES A Visite des Malades est l’une des plus importantes fonctions du Ministère, puis- de PEglìse. 307 puifqu’on la fait dans le tems que les Hommes font prêts à sortir de ce Monde, & que ce tems décide de leur sort pour toute l’Eter- nité. Elle Test surtout par raport aux Ministres : ce sont-là les derniers soins que l’on rend aux Pécheurs, & Dieu redemandera le sang des mains de celui qui les aura i laissé périr. Cette fonction est auflì une de celles dont on s’aquite le plus mal. La plupart des Ministres n’y aportent aucune préparation. Cependant, elle n’est pas moins difficile qu’importante. On se prépare pour les Sermons, mais non pas pour voir les Malades : nouvelle preuve que le Ministère est souvent mal exercé. Ce qui rend cette matière em harassée, c’est qu’il n’y a point 1 d’Auteur qui en traite à fond. On a les Vìfi- i tes Charitables de Mr. DrelincouRX , OÙ il y a d’excellentes choses, beaucoup de dévo- í tion & de piété &c. La lecture n’en peut j être que fort utile, mais le défaut de cet í Auteur, c’est que dans tous ses Livres il ne j travaille qu’à consoler , il promet trop vite ; le salut aux Pécheurs. II n’entre pas assez j avant, pour connoître à fond la conscience d’un Pécheur. II vous représente, dans le i commencement de fa Visite , un Pécheur endurci, ignorant, & en moins d’un quart- d’heure il lui promet le salut. Mais fans miracle, je ne crois pas qu’un Pécheur puisse changer st subitement. U L Ou zo8 Du Gouvernement On a encore un Traité de Mr. La P la* cette , intitulé La Mort des Justes. Ce Livre contient d’excellentes maximes, mais il est trop diffus. 11 a été fait plutôt pour montrer le devoir des Mourans, que celui des Pasteurs. Les Prières qu’il y a, ne font pas aífez simples. Nous avons de-plus Gaussen de Ufu Clavium. Mais ce Livre ne regarde qu’une feule fonction des Pasteurs ; c’est qu’il s ne doivent pas annoncer le salut à tous les Malades fans distinction. Cependant ce petit Traité est excellent, & peut donner de grandes ouvertures. Je me propose de vous dire ce que je pense sur cette matière. Mais auparavant, je ferai deux Réflexions générales. La i. regarde le teins où il faut voir les Malades. La 2. les qualités que doit avoir un Ministre pour s’aquiter comme il faut de cette fonction. 1. 11 faut les voir le plutôt qu’il est possible. Pour cet effet, il faut faire deux choses. 1. II faut exhorter le Peuple à ne pas attendre d’avertir le Pasteur de visiter les Malades qu’ils soient à l’extrémité. C’est là une très- mauvaife coutume, & invétérée dans ce Pays. C’est encore un reste du Papisme, où l’on n’envoie chercher le Prêtre , que lorsque le Malade est agonisant, pour lui donner l’Ex- trêrne Onction & la Communion. 2. II faut voir les Malades fans êtreapel- lé. de l'Eglise. 309 lé. II faut s’informer de ceux qu’ii y a dans une Eglise , & cela pour deux raisons. 1. A-cause des Malades eux-mêmes. On ne peut les voir avec fruit, fí on ne les voit quand iis sont encore libres. Les visites qu’on I leur fait lorsqu’ils font à l’extrémité, fervent de peu de chose. II fout censurer les Parens, s’ils n’avertissent pas de bonne heure, 2. Pour fa propre commodité : car par ce moyen on peut foire ces visites dans un tems qui ne nous est,pas incommode, & on est dispensé de les voir de nuit & dans un : tems fâcheux. II. A l’égard des qualités nécessaires à ceux 1 qui veulent faire cette fonction, il faut des ! lumières, du zèle, de la piété, de la dévo- ; tion. Elle est encore plus nécessaire que dans les autres fonctions. Un homme qui n'a pas de zèle & de piété, ne réussira pas. Vous verrez des Ministres faire merveille en chaire , mais qui réussissent très-mal auprès des Malades. Pour montrer que la Piété est nécessaire , vous n’avez qu’à remarquer qu’on fait trois fonctions auprès des Malades. 11 faut sonder leur conscience, leur donner les conseils qui font nécessaires, & prier pour eux. 1. Pour sonder la conscience, il faut avoir d’autres lumières que celles qu’on trouve dans les Livres, il faut être éclairé dans les matières de Piété & de Dévotion, il fout de la U 3 patien- Du Gouvernement 31» patience pòur Connoître leur état & pour sonder leur cœur. Un Homme qui n’est pas animé d’un vrai zèle, ne prendra pas cette peine. 2. On ne sauroit non-plus donner les conseils nécessaires à uà Malade , fans piété & fans zèle. Les conseils fans dévotion sont secs, & l’on prend souvent de fausses mesures. 3. A l’égard de la Prière , on ne réûílit point fì l’on n’a un vrai zèle. Le Don de la Prière ne se rencontre que dans les personnes dévotes. Cela doit vous être un grand motif à la piété. Je viens maintenant à la chose même. On ì trois choses à faire auprès des Malades. 1. S’informer de son état, & sonder sa conscience. 2. Lui adresser les conseils, les exhortations , les promesses & les menaces qui lui conviennent. 3. Prier Dieu pour lui. 1. COMMENT ON DOIT SONDER L A CONSCIENCE D’UN malade. L E prémier soin d’un Pasteur doit être de connoître l’état d’un Malade, & les dis- pofi- de ['Eglise. % 11 positions où il se trouve. C’est dònc s’abu- íer , que de croire qu’il faille les voir pour discourir , & pour faire des Sermons auprès de leur lit: Voyez Gàussen pàg. 344. Le jugement le plus favorable qu’on puisse faire des Ministres qui én usent ainsi, c’est qu’ils font fort ignorans. II y a trois voies pour connoître la con- j science d’un Malade. Le Pasteur la peut connoître par lui-méme, par les personnes qui font auprès du Malade , ou par le Malade ; lui-méme. I. Un Pasteur doit rapeìler ce qu’il peut savoir par lui-méme, voir comment le Ma- ! ìade s’est conduit avant fa maladie. S’il fait 1 que le Malade foi! tombé en quelque grande faute, ou qu’il ait vécu dans quelque habitude vicieuse, ìl doit le lui remettre devant I les yeux. Ceci marque la nécessité qu’il y a de connoître son Troupeau. II. On doit aussi s’informer de ceux qui ont été le plus souvent auprès du Malade, dans quels sentimens il se rencontre, ce qu’il dit, ce qu’il fait, s’il craint la mort ou non, comment il a vécu &c. Cet Article est né- 1 cessaire, parce que souvent on ne connoit pas les Malades, ou ils né peuvent pas répondre. On né sauroit avoir trop de lumières fur ce sujet. A cet égard, je dois vous avertir qu’il iè commet de grands désordres. Les Aífistans rendent quelquefois urt très-bon U 4 témoi- Du Gouvernement Z12 témoignage au Malade, ils lui aplaudissent. Ainsi il faut recevoir avec discernement ce qu’ils disent, & leur faire connoître qu’ils ne doivent pas entretenir le Malade dans la sécurité. III. Le moyen le plus sûr est de tirer du Malade-même la connoissance de son état. Pour réussir à cet égard , il faut deux choses. i. Du tems & du loisir. 2. II faut parler au Malade en particulier. x. II faut du tems , cela ne se fait pas en courant. Ce n’est pas Taffaire d’un moment, que de fe préparer à rendre à Dieu le grand compte de notre vie. Quand ce font des Malades qu’on a vu souvent, & qu’on con- noit de longue main , on peut fe dispenser d’entrer dans un grand détail mais quand on ne les connoit pas , il faut du tems & de la patience pour connoître s’ils ne fe font point d’illusions, & pour savoir s'ils ont de la repentance. Ainsi la prémière chose qu’il faut faire , c’est de demander au Malade comment il se porte, s’il peut parler, s’il peut souffrir un discours un peu long, s’il est bien-aife de vous voir. Si ce sont des gens fòihles, ou qui souffrent de grandes douleurs, il faut avoir la discrétion de ne les pas entretenir longtems, il faut se contenter de leur dire l’effentiel, & donner ordre aux parens qu’ils vous rapellent lorsqu’il fera plus libre. 2 . L’au- de f Eglise. 3 1 3 2. L’autre chose nécessaire, c’est de voir les Malades en particulier, soit que vous ayez quelque chose de particulier à leur dire, soit qu’ils ayent quelque chose de secret à vous communiquer. Cela ne peut se faire en présence de beaucoup de monde. D’a- bord je vous dirai que ce n’est pas l’usage de voir les Malades en particulier. Plusieurs desaprouvent cela, a’autres l’aprouvent : Voyez Gaussen gag. 384. Mais il ne faut pas laisser de faire toujours les choses comme il faut, & tâcher d'établir cet ordre qui est très-bon. Tout-au-moins doit - 011 demander au Malade s’il n’a rien de particulier à vous dire , & s’il dit qu’oui, il faut faire sortir le monde. Ce seroit un très-grand péché de négliger cet article. Remarquez cependant qu’il faut agir avec prudence, n’être pas trop curieux, ni abuser de son autorité , en demandant certaines confessions , comme on fait dans l’Eglise Romaine. Voyons maintenant ce que l’on doit dire à un Malade, quand on est auprès de lui. 11 ne faut pas parler beaucoup, mais le laisser parler , lui faire des questions, écouter ses réponses, & lui parler suivant les ouvertures qu’il vous donne, à - peu-près comme un Médecin fait auprès d’un Malade. Or pour peu qu’on ait de lumières, on jugera d’abord quelles font les dispositions d’un Malade, surtout si on le connoit déjà. U 5 1. Quand 314 Gouvernement 1. Quând vous trouvez un homme qui se souvient de sa conduite passée, qui est pénétré de ses péchés, c’est une bonne marque. Mais ce n'est pas tout. 2. Souvent vous en trouvez qui paroissent fort tranquiles, qui croient d’aller en Paradis , qui ne parlent de leurs péchés que d’u- ne manière superficielle & vague. En ce cas un Ministre n’a qu’à se préparer à avoir bien de la peine , car il est très-difficile de désabuser ces gens-là. En général il faut se défier des Malades, la défiance est ici la mère de la fureté. II ne faut point s’en fier à leurs premiers discours. J’ai vu des Malades qui me paroissoìent très-bien disposés, & qui me donuoient bonne opinion d’eux , jusqu’a ce qu’ayant touché certaines choses, je les trouvois dans des lèntimens impies , & dans une obstination étrange : Le coeur de l'homme eji désespérément malin U rusé. Si dónc VOUS trouvez un Malade plein de confiance, dites- lui que cela est bien , que celui qui peut ainsi se confier en Dieu est heureux : mais deman- dez-lui sur quoi il fonde cette confiance. Voilà comment vous le pourrez désabuser, & entrer en matière avec lui. Si les hommes se servoient de leurs lumières, on auroit moins à faire , mais les Pasteurs doivent les aider. II faut ici avoir égard à une chose, savo'r si les Malades sont instruits , ou s’ils ne le font pas. En ce cas-ci, tout cé qu’on leur dit de P Eglise. Zls dit ne sert pas de beaucoup : il est bien tard de faire alors des Chrétiens, cependant il faut faire ce que Ton peut. Quand vous trouvez de ces Ignorans, donnez - leur d’abord une idée de la Religion , mais arrêtez vous à l’essentiel, cela est bon surtout avec les Paysans. II faut leur parier des Articles Fondamentaux , du Batéme, du Jugement, du Paradis, de PEnfer. Dites-leur qu’ils vont mourir , mais que tous ceux qui meurent, ne vont pas en Paradis ; mais faites cela simplement. II y a même des occasions où il est bon de leur parler notre patois. Après l’in- struction il faut venir à l’examen, leur demander l’état de leur conscience, Lies interroger sur la vie qu’ils ont menée. Voilà comment il faut les amener à la connoissance d’eux-mêmes, de peur que mourans dans la sécurité ils ne périssent. Mais il est nécessaire de vous avertir des principales illusions, que les Malades se font. I. Une des illusions les plus générales, c’est que la plupart d’entr’eux croient être gens-de-bien, pourvu-qu’ils n’ayent pas commis des crimes punissables par le Magistrat, ou en vertu de la Discipline Ecclésiastique. C’est particulièrement les Gens-du-commun qui font dans cette pensée : car quand on leur demande comment ils ont vécu, en quel état est leur conscience, ils vous répondent plein de confiance, qu’ils n’ont jamais fait 31 S Du Gouvernement de tort à personne , qu’ils n’ont jamais été en Justice ni en Consistoire. C’est-là une illusion que vous devez tâcher de prévenir.Pour cet effet, il faut leur dire que c’est quelque chose de n’avoir point commis cescrimes-là » mais que ce n’est pas assez ; que nous sommes apellés à quelque chose de plus, que les hommes ne voient pas les péchés cachés & du coeur , qu’on peut être exemt de ces crimes , & être damné pour l’Amour du Monde , l’Orgueil, l’Avarice &c. II. Plusieurs se croient gens-de-bien , par- ce qu’ils ont les aparences de la Piété. Pour peu instruit que l'on soit, on voit bien qu’il faut quelque chose de plus, que de n’avoir pas commis de grands crimes. Plusieurs croient donc que pour être homme-de-bien , il faut outre cela aller à l’Eglife , prier Dieu soir & matin , donner P Aumône &c. qu’a- vec cela ils sont bons Chrétiens. Prenez donc garde que les Malades ne prennent les dehors de la Piété pour la Piété même, & qu’ils ne tombent ainsi dans l’erreur. II faut leur faire comprendre que Dieu demande autre chose que ces dehors, & qu’il exige surtout le coeur & la sincérité. III. Il y en a qui vont plus loin. Outre ces dehors, ils ont certaines Vertus Morales ou Mondaines, qu’ils estiment fort. On en trouve qui ont de l’Amour pour la Droiture, pour la Justice &c. Mais bien loin de s’être élevés de /’ Eglise. 317 vés à la Sainteté Chrétienne, ils ne l’ant jamais connue. Ce font de ces gens dont Mr. G a u s s e n dit si élégamment, qui supra iaga~ nitatem non ajsurgunt. Ces gens n’ont jamais fou ce que c’est qu’aimer Dieu, renoncera soi-même &c. 11 faut mettre devant les yeux à ces gens-jà ce à quoi les Chrétiens sont apellés , & leur montrer par-là qu’ils sont encore loin du Royaume des Cieux. IV. Une quatrième illusion, c’est que les Pécheurs ne pensent point aux péchés qu’ils ont commis par les pensées & les désirs. Si les Pécheurs s’accusent, c’est pour l’ordinai- re de fautes insignes , comme d’Impureté , de Larcin &c. Mais de s’accufer de dérèglement dans leurs pensées, d’indévotion , Rattachement au monde , & à eux*mémes, c’est ce qui leur arrive rarement. J’ai trouvé que c’étoit un bon moyen d’émouvoir les Pécheurs , & de les tirer de la sécurité , que de les presser sur ce sujet, Quand vous trouvez un Malade qui s’aplaudit, demandez lui, par exemple , à quoi il penfoit quand il pri- oit Dieu, s’il n’étoit point distrait, s’il étoit attentif lorsqu’il étoit au Temple ? La plupart vous diront que non. Demandez-leur si ces distractions leur étoient ordinaires? S’ils vous disent qu’oui, demandez-leur encore s’ils ne travailloient point à s’en corriger ? S’ils disent que non, il faut prendre un ton sérieux, & leur dire que vous croyiez trou- 3 f 8 Gouvernement trouver de îa piété en eux, mais qu’iîs en font bien éloignés. On peut auffi les interroger fur les Commandemens, leur demander s’ils aiment Dieu, s’ils pensaient à lui? Plusieurs seront exemts d’Impureté, que l’on fera trembler si on leur met devant les yeux cette sentence de l’Evangile : Quiconque regarde me femme four la convoiter, a déjà commis avec elle adultère en fin coeur. Vous voyez donc qu’il est nécessaire d’insister fur ces péchés qu’on commet par la pensée. On doit le faire, non seulement auprès des Malades, mais dans les Sermons. V. Pour réveiller la conscience des Pécheurs , il faut leur faire faire attention, non seulement aux devoirs communs à tous les Chrétiens, mais encore aux devoirs de leur Vocation particulière. Par exemple, s’ils fe font aquités du devoir de Père , de Fils , de Magistrat, d’Anciens, de Justiciers &c. II faut représenter à chaque Malade la manière dont il se sera aquité de fa Vocation. On a quelquefois des choses bien fortes k dire aux Pères', aux Serviteurs &c. II faut avoir devant les yeux les défauts particuliers à í’Age, à la Condition, au Sexe des personnes qu’on visite, & les en avertir. Parlez-vous à un Jeune-homme, faites-le souvenir des défauts de la Jeunesse. Avertissez un Vieillard , du caractère de son âge ; les personnes du Sexe, de la médisance &c. Etes-vous auprès dun Pau- de l’Eglise. ZII Pauvre, faites-le penser à l’envie, à la jalousie , à ia friponnerie, qui sont fi ordinaires à ceux de son état. Aux Gens-de-qualité, aux Riches, faites - leur sentir que l’orgueil est une tentation presqu’inséparabìe de leur état : parlez-leur de cet amour - propre, par lequel ils raportent tout à eux-memes, ce qui est si contraire à la Piété. Et ainsi des autres Conditions , des Laboureurs , des Artisans. VI. Pour bien sonderda conscience , il y a une maxime que vous ne devez jamais oublier : c’est d’amener le Malade à la connoif- sance de les défauts dominans. Ces défauts- là font la source de presque tous les péchés que l’on commet. Quand un Malade se re- connoit pécheur, demandez-lui de quel péché il demande principalement pardon à Dieu , s’il n’a point été sujet à telle ou telle paillon. Vous connoîtrez par ses réponses ce qui en est. Dcíliandez-lui ensuite s’il n’y a point fait d’attention en de certains tems, comme quand il communioit &c. s’il s’en est corrigé, s’il a fait des progrès ? car c’est delà que dépend le jugement que l’on doit faire de íòn état. Faites-lui sentir dans combien de péchés cela l’a fait tomber : la Colère, par exemple, quels péchés ne produit- elle pas ? montrez-lui que cela engage dans l’habitude, & qu’un péché d’habitude suffit pour nous damner. Sur tout ces moyens z 20 Da Gouvernement de sonder la conscience. je ferai cette remarque générale : c’eít qu’il faut proposer ces réflexions, suivant la portée de ceux à qui l’on parle. II ne faut pas les représenter toutes à tous les Malades. II y en a plusieurs qui font grossiers, & quelquefois dans un état à ne pas pouvoir répondre. Alors il faut fe réduire aux choses capitales, il faut leur faire des demandes qui les engagent à faire des réponses courtes. ■ei&'3l8^«8^H8-8«8-ei&Ì!-3!í8^!ì8-3!l&ei!8-ôlie-8]|» II. COMMENT ON DOIT EN USER AVEC LES M A JL A D E S Q_U ANDON A SONDE LEUR CONSCIE N C E. I A première chose que les Ministres doi- v vent faire après avoir fondé la conscience des Malades, c’est de leur adresser les conseils, les promesses & les menaces qui leur font nécessaires. Avant que d’entrer dans la considération de ces Articles, ie dois vous dire une chose, qui âe l ! Eglise. ' Z2I quî paroît n’entrer pas dans les devoirs du Ministère, mais qu’on ne doit pourtant jamais oublier. Nous sommes apellés auprès des Malades, principalement pour ce qui regarde le salut : mais nous devons leur parler auíîì des Choses Temporelles , íl faut même commencer par-là. Je suppose pour cela deux choses. 1. C’est que Tétât du Malade le permette : car si cela n’étoit pas, il faudroit aller au principal. 2. C’est qu’il fût assez bien disposé pour faire ce qu’il doit à cet égard : car sans cela, il faudroit attendre qu’on l’eût mis dans les dispositions où il doit être. Ces Choses Temporelles regardent la Famille du Malade , ou son Bien. 1. A .Tégard de ce qu’il doit faire pour sa Famille , il faut exhorter un Père j. A prier Dieu pour sa Famille, & pour ses plus - proches, & à les bénir. 2. II faut P engager à exhorter fa Famille à la piété, à la paix & à l’union. . Z. A prendre toutes ses précautions, pour que la paix règne dans fa Famille après fa mort. II. Pour ce qui est des Biens, on a aulsi trois choses à faire, qu’on doit toujours avoir devant les yeux. La II. Fart, X D/í Gouvernement Z2L La x. à laquelle on ne pense pas assez , c’est devoir , si un Malade ne possede rien injustement, s’il n’a point de restitution à taire. 11 neíaut jamais voir un Malade fans cela,quand même il seroit pauvre. On doit auffi proposer cet article aux personnes de la probité de qui l’on est persuadé d’ailleurs. Cela est né- ceíìàire, d’un coté pour les obliger à s’examiner là-dessus , & de l’autre pour l’édification publique. Car fi on n’en parloit pas à tout le monde, ceux à qui on en parleroit croiroient qu’on les accuse. 2 .. II faut parler à un Malade sur la disposition qu’il doit faire de son Bien. II faut l’cx- horter à faire ensorte qu’il ne fasse aucun tort à personne, & qu’il rsarrive point de procès après fa mort par fa faute. , z. On doit les exhorter à employer quelque portion de leur Bien à des Oeuvres Pies, en cas qu’ils puissent le faire fans incommoder leurs Héritiers. Cependant il faut toucher ceci avec beaucoup de discrétion, de peur qu’on ne crût que les Ministres voudroient faire comme les Prêtres de rEglife Romaine , & solliciter les Malades. D’un autre coté , il faut toucher cet article d’une manière, & dans des circonstances que le Malade ne croie pas, que l’on se sauve en donnant. Un Pasteur doit encore détourner toutes les Donations qui ont duraport à son Mité- âe !'Eglise. Z2Z intérêt particulier. Un homme peut donner pour la compagnie , pour les Ecoles, pour Pérection de quelque nouvelle Eglise , cela va bien : mais íì on vouloit donner quelque chose qui allât par exemple à augmenter les gages d’un Ministre, ílfaudroit au- moins qu’il ne se prévalût pas de cette augmentation , & qu’il la laissât parvenir à ses successeurs. Je dis ceci, supposé que le Malade fïfc cette déclaration au Ministre : car il pourroit la faire d’une manière , & dans des circonstances qui mettroient le Ministère à couvert de tout soupçon d’intérêt. II y a eu dans ce pays des Ministres qui prenoient de l’argent des Mourans, mais il faut bien se garder de rien accepter. Après avoir parlé des Choses Temporelles, voyons maintenant ce qu’il faut faire pour le Salut des Malades. Ou le Malade est dans de bonnes dispositions & il a bien vécu , ou il est mal disposé. Suivant qu’il se trouve dans l’un de ces deux états, le devoir du Ministre doit varier. I. S’il paroît bien disposé, & qu’il ait bien vécu, il faut l’exhorter i. A rendre grâces à Dieu de toutes ses faveurs , & particulièrement de la piété qu’il a produit en son coeur, & de la grâce qu’il lui a fait de bien vivre. X r 2 . L’ex- 324 à Gouvernement 2. L’exhorter à la repentance, à s’humi- lier devant Dieu par le sentiment de ses péchés, dont le nombre n’est toujours que trop grand. z. II faut lui annoncer le pardon de ses péchés en l’autorité de J. C. qui a donné ce pouvoir aux Ministres. Cette fonction est plus essentielle qu’on ne pense, c’est une fonction du Ministère. Cela se prouve par la pratique de l’Eglise Primitive. Jamais on n’a seulement mis en question, s’il faloit recevoir f Absolution. Je remarque cela , parce qu’avec la Confession Auriculaire, qu’on a rejettée avec raison telle qu’eîle se pratique chez les C. R. on a négligé l’Absolution. Ce n’est pas qu’il faille annoncer le pardon des péchés à tous les Malades, mais il faut leur en parler, qu’on la leur accorde ou non. Ce seroit même une chose louable, que quand on accorde ce pardon, il y eut quelque circonstance grave & solemnelle qui accompagnât cette déclaration. Je dis qu’il faut annoncer le pardon des péchés à ceux qui sont bien disposés , & c’est ici la feule occasion où il faille consoler. C’est alors qu’il faut parler des Biens du Ciel, représenter ces grands objets qui font le sujet de l’Esperance des Chrétiens. Mais il ne faut mettre dans le ran^ des Gens-de-bien , que ceux qui ont bien vécu. Ce font ceux-là seulement de P Eglise. Z2s ïement qui peuvent espérer d’avoir part au mérite de J. C. Encore ne peut-on pas savoir avec une entière certitude, s’ils font bien disposés. II y a des marques auxquelles on peut reconnoître si les Malades font dans de mauvaises dispositions, mais on ne peut pas si bien s’asiurer s’ils sont en état de Grâce ; c’est un point qui n’est connu que de Dieu. Ainsi quand vous accordez le pardon à un homme, il ne faut même le faire que con- ditionellement, & en le remettant au Jugement de Dieu & de fa Conscience. II. 11 s’agit maintenant de voir comment on doit en user, quand on trouve des Malades qui font dans des dispositions contraires au Salut. Cette matière est difficile, & je ne puis en traiter qu'en distinguant plusieurs Articles différens. II y a des Malades qui sont dans un état douteux & parodient repentans. i. Je commence par ce qu’il faut faire, quand on trouve des gens dans l’endurcisse- ment. Pour ne pas fe tromper à cet égard, je ferai deux remarques. Prémière Observation. J’apelle entièrement endurcis, ceux qui ne donnent aucune marque de repentance, ou qui n’en donnent que de très-foibles. Seconde Observation. Je mets dans ce rang ceux qui donnent des marques de repentance fur certains chefs, & qui refusent d’en donner fur d’autres. II arrive tous les jours que X Z VOUS Du Gouvernement Z 26 vous trouvez des gens bien disposés à plusieurs égards, mais íi vous les mettez fur certains devoirs, vous trouverez qu’ils sont dans des sentimens impies. C’est ainsi qu’on 1 en voit témoigner de la charité envers les pauvres, ne point craindre la mort &c. mais qui ne veulent point pardonner. Ces gens- là ne font point en état de Salut, puisque la persévérance dans un seul péché nous damne. Quand on trouve des gens dans ces disposi- \ tions, il faut suivre ces deux Maximes. i. C’eít qu’il faut bien se garder de donner à ces gens-là l’espérance de leur salut, & beaucoup moins leur annoncer le pardon de leurs péchés. Mais voici ce qu’il faut leur dire : C’est que nous Jouîmes fort affligés de les voir st peu touchés , qu’on est dans une grande inquiétude pour eux , qu’on ne peut les f.ater ni les assurer de la Miséricorde de Dieuqu’au contraire ils ont à craindre Jes Jugemens sstc. II ne. faut avoir aucun égard à la délicatesse du Malade ou des Asiìstuns. Je dis du Malade , afin qu’on ne soit pas coupable de son sang. Pour ce qui est des autres, il y va de leur édification : ils pourroient te ílater , s’ils voyoient qu’on promit le salut à des Impénitens : cependant il faut en user 'avec prudence , & avoir égard à la faiblesse du Malade ; car on pourroit le jester dans un état d’où on au- roit de la peine à le retirer. 11 n’en faut venir-là , qu’après savoir bien examiné. de P Eglise. lí faut, s’il est possible, faire eu sorte que le .Malade prononce contre lui-même. Cela n’est pas bien difficile, il est aisé de le convaincre qu’il n’a pas bien vécu. Quand vous Tarirez amené-là , demandez-Iui ensuite , s' il croît être en état de salut ? Si Dieu Tavoit mis an Monde four vivre comme il a fait? S'il crois qttiln’y a f oint de différence entre un Homme-de- hìen U un Impie ? Quand il se sera condamné lui même, il vous fera aisé de fortifier íes íentimens. 2. On do^t alors exhorter les Pécheurs à la repentance. Représentez - leur ì’état où ils font, celui ou ils feront bientôt. Mettez- Jeur devant les yeux ces grands motifs que la Religion renferme. Si vous réiissistêz, vous lavez ce qu’il faut faire : si vous ne réussissez pas, il ne faut pourtant pas abandonner le Pécheur : mais quand vous ferez chez vous l remarquez bien ceci ) vous devez prier pour lui , & cela d’une manière qui ait du raport à son état. Après cela retournez chez lui fans être demandé, exhortez les Parens à lui rendre de bons offices, & dites-ìeur de vous envoyer chercher , quand il íèra en état d'être vu. II n’y a point d’autre moyen de remettre les gens qui ont mal vécu dans le chemin du Ciel, qu’une vive repentance : mais il est alors bien tard, & ordinairement ii y a peu à efperer. X 4 II. Paf- 328 D u Gouvernement II. Passons au second état où un Malade peut être dans un état douteux, & paroître repentant. II faut examiner la nature, de leur repentante. Suivant qu’elle paroît plus ou moins vive ou sincère, il faut leur donner plus ou moins d’esperance de leur salut. II y a plusieurs marques auxquelles on peut connoî- tre la sincérité de la repentante ; mais pour en venir à bout, il faut étudier la Morale. Voici une règle par laquelle on doit juger si la repentante est sincère ou non. C’est de voir si elle commence seulement alors, ou si elle avoit déjà commencé auparavant. Quand on trouve que le Malade avoit déjà commencé auparavant à se repentir,c’est: une bonne marque, mais il faut bien éclaircir cela. Demandez leur donc, s’ìls avaient fait réflexions fur eux-mêmes avant leur maladie , s'ils avoìent pensé à faire leur paix avec Dieu ? S’ils vous disent qu’oui, demandez-leur les cir- conjiances de leur converfion , quand par quels moyens Dieu les a touchés j informez - vous du Malade , s’il a bien connu ses péchés , surtout fes péchés dominons , fi les ayant connus , il a fait fes efforts pour les surmonter , il a fait des progrès. S’il vous satisfait fur toutes ces choses , vous pouvez espérer qu’il sera l’objet de la Miséricorde de Dieu ? Quand le Malade a vécu jusques-là dans l’impénitence, & qu’il commence seulement à se de l’Eglise. 22 9 à se repentir, que doit-on faire ? S’il donne des marques de repentance, il ne faut pourtant pas décider à la légère. II faut lui dire, je vois en vous du bien U du mal , mais encore f lus de mal que de bien : voilà toute votre vie employée dans f iniquité : d! autre coté , vous donnez présentement quelques marques de repentance , mais cette repentance est rarement fìncère , elle ne vient le plus souvent que de ffi crainte de la Mort ou des Jugement de Dieu j repentance que l’on a toujours regardée dans PEglìse comme insuffisante. Voyez Gaussen, pag. Z 54 - Cependant on ne doit pas exclure le Pécheur de l’efpérance du pardon , on peut lui donner plus ou moins d’espérance, félon qu’il paroît plus ou moins repentant. Cette pratique doit nous régler, & nous aprendre qu’on ne doit pas annoncer trop vite le pardon des péchés. Ce qu’on peut faire , c’est d’obliger le Malade à donner toutes les marques possibles de repentance, comme de confesser ses péchés , même devant ceux qui en ont été les témoins ; fí ce font des péchés publics, d’en demander le pardon &c. Comptez que quand un Homme est véritablement repentant, plus il a d’oc- casions de témoigner fa repentance, & plus il aura de joie. Si les péchés peuvent être réparés, obligez les Malades à le faire, enga- gez-les à renoncer à ces péchés en cas qu’ils revinssent en santé. Pour cela faites - leur X s remar- 330 Bu Gouvernement remarquer íes circonstances où ils se trouvent , la grâce que Dieu leur fait &c. S’ils font touchés , profitez de ce tems pour les toucher encore davantage. Si alors ils témoignent bien de la douleur & des allarmes, il faut leur donner des espérances ; mais ne leur en donnez jamais , comme vous feriez à un Homme qui. auroit bien vécu ; c’est la faute que faifoit Mr. Drel:tncourt, dans lés Visites Charitables. II vous représente un Homme endurci au commencement de fa Visite , Là la fin il lui donne Pabfolution. II ne faut jamais parler aux Méchans, comme aux Gens-de-bien. Quelquefois les Malades font dans un état douteux, on ne fait s’ils font repentans, on les quite souvent sans savoir dans quel état ils font ; soit que cela vienne des Malades , soit qu’on n’ait pas pu leur parler. Que faut-il faire dans ces occasions ; II faut Isur donner des espérances, à proportion des marques de repentance qu’ils font paroître, Voyez Gaussen, pag. Zs8. II faut exhorter le Malade à penser à ce qu’on lui dit, lui parler suivant la persuasion où l’on est à son égard. Quand on a des Malades dans cet état, il faut tout quiter pour les voir, obliger les parens à nous venir apeiler lorsque le Malade pourra parler. Voyons ce qu’il faut faire quand les Malades font effrayés, ce cas est le plus rare de eìe l’Eglise. ZZI de tous. On trouve des Malades allarmés, inquiets, chagrins ; mais cela ne procède le plus souvent que de la maladie; quelquefois cela vient de mélancholie , qui est assez commune en ce pays. En ce cas, il faut les prendre par la douceur , vaincre leurs scrupules , avoir de la patience avec eux. Mais pour ceux qui font dans la crainte & dans la frayeur , il est rare d’en trouver. Cette frayeur peut venir de deux sources. De la crainte de la Mort, & de la crainte des Juge- mens de Dieu. 1. Quoique la Mort soit le Rois des èpu- •vantemens , les Malades en général ne la craignent pas beaucoup. , 2. Pour ce qui est de la frayeur des Ju- gemens de Dieu, & qu’on appelle désespoir» elle est fort rare. D’ordinaire les Malades tombent dans une extrémité opposée, on a plus besoin de les allarmer que de les rassurer. Cependant si on en voit d’allarmés, voici ce qu’il faut faire. Si c'est de mélancholie , il faut en user doucement : mais quelquefois la mélancholie vient du combat d’une Ame qui ne veut pas quiter son péché : on est inquiet, chagrin, parce qu’on ne veut pas le confesser. Avec un peu d’adresse, vous pourrez découvrir que c’est cela qui inquiète souvent les Pécheurs. Si leur crainte vient de-là , il faut l’augmenter ; car on ne peut le guérir que par la repentance. Si cepeo» ZZ2 Du Gouvernement cependant cette frayeur venoit de la repen- tance, & qu’on s’affligeât par excès, j’ai deux choses à dire fur ce sujet. 1. C’est qu’il faut rassurer ces personnes- là, proportionnellement à la persuasion que vous avez de leur repentance. 2. Cet état-là n’est point dangereux, c’est la fausse confiance qui damne : mais bienheureux est Tliomme qui fe donne frayeur continuellement ! Voici un autre cas. C’est de savoir ce qu’il faut faire, supposé que le Malade guériíle & revienne en santé. La maladie a deux issues , ou la vie, ou la mort. II faut disposer le Malade à l’une & à l’autre. A l’égard de la vie, n’oubliez jamais de leur faire promettre qu’ils vivront mieux si Dieu leur rend la íknté. Si ce font des gens dont Tétât soit douteux, représentez-leur bien que Dieu ne peut être moqué , qu’ils doivent souhaiter de vivre pour réparer par une conduite Chrétienne la vie qu’ils avoient menée jusques-là. II y a plusieurs considérations qu’on peut leur mettre devant les yeux, pour les détacher du Monde ; fa vanité , l’excel- lence des Biens Spirituels, de la Vie Future &c. Quand ils font en santé, il faut les voir, comme nous le dirons ensuite. Les Malades ne sont pas toujours dans les mêmes circonstances, ils se trouvent dans différens états, soit à l’égard des dispositions de P Eglise, ZZZ tions qui regardent le Salut, soit par ra- port à la Maladie. Je ferai quelques réflexions fur ce que l’on doit faire à l’un & à l’autre de ces égards. Je n’entreprendrai pas de vous marquer tous les états où les Malades peuvent fe rencontrer. Voici avant toutes choses un Principe général : C’est qu’il y a des Malades qu’on amène plus difficilement à la repentance que d’autres. J’ai égard ici à la nature même des péchés. II y en a qui font plutôt suivis de la repentance que d’autres. On recon- noit plutôt des péchés qui ont éclaté par quelques actions extérieures, comme l’Ivro- gnerie, l’Impureté &c. à-moins qu’on ne soit dans un terrible endurcissement. Mais il y en a d’autrés qu’on ne connoit pas, qu’on n’avouë pas : ce font ceux qui n’éclatent pas au dehors par de mauvaises actions, comme l’Avarice, l’Orgueil, la Dissimulation &c. on a de la peine à gagner ceux qui sont coupables de ces péchés. On doit aporter beaucoup de foin à reconnoître ces péchés. Plusieurs ne croient pas que la Colère, le Ressentiment, soient de grands péchés. Cependant ce font ceux qui d’ordinaire font le plus d’obstacle au Salut. Car les péchés qui consistent dans des actes passagers, ne font pas un si grand obstacle au Salut, que ceux qui consistent dans une disposition fixe, & que 334 Gouvernement que l’on commet en tout tems & de sang froid. Par exemple, on a plus de peine avec un Riche dont le cœur est rempli d’or- gueil & d’amour-propre , qu’avec un autre dont la vie aura été scandaleuse ; on amène plutôt à confession un homme qui a ravi le bien d’autrui, que celui qui n’a fait tort à personne , & dont le cœur est plein d’avari- ce. II faut beaucoup de patience avec ceux-ci. Mais je dois principalement vous parler de ceux qui font coupables de péchés dont ils ne peuvent disconvenir. Ils s’abuíènt ordinairement, en croyant qu’il suffit de les confesser, d’en avoir quelque contrition » sans qu’il soit besoin de s'accu fer des autres péchés qu’ils ont commis. Quand vous trouvez de ces gens-là, repréfentez-leur l’atro- cité de leurs péchés , mais dites-leur que de tels péchés ne font jamais seuls, qu’il y a toujours d’autres crimes qui les accompagnent. Cet aveu que vous venez de faire t peut-on leur dire , est une preuve que vous ìíaviez pas de piété, que vous ne craigniez pas Dieu, , que vous aimiez le Monde &c. Vous verrez alors que vous les ferez penser à plusieurs péchés. Quand on est coupable de quelcun de ces grands péchés qui font contre la Régénération , on est toujours coupable d'un grand nombre d’autres. Mais il est nécessaire de venir à quelques cas particuliers. I. Far- de /’ Eglise. 33 f L Parions de VImpureté. II faut bien presser ceux qui y sont tombés, surtout s’ils ont vécu dans l’habitude de ce péché. Et comme cette forte de Pécheurs peuvent se trouver dans différais états, il est bon de les considérer un peu. La faute a éclaté, ou non. Si elle a éclaté & qu’ils Payent confessée, il faut tâcher d’exciterla douleur dans leur ame, leur dire qu’ils en doivent demander pardon à Dieu toute leur vie. Si elle n’a pas éclaté, on qu’ils ne Payent pas confessée, quoiqu’ils ayent été accusés, il faut leur déclarer nettement qu’ils ont commis de terribles crimes &c. qu’ils ont menti à Dieu, & qu’il n’y a point de pardon poux eux, s’ils ne le confessent publiquement ( supposé que le cas Pexige ) & qu’ils ne le réparent. C’est une règle générale» qu’on ne doit donner l’absolution de ces péchés , que quand on les a confessés. La réparation est auffi absolument nécessaire ici. Voici un autre cas. Si une personne est coupable de ce crime, qu’eìle n’ait pas été accusée devant l’Eglise, & qu’il Paît confessée à un Pasteur , que doit-il faire ? i. II doit la tenir secrète. 2. Porter le Pécheur k la repentance, le laisser quelque tems dans les pleurs, l’obliger de pourvoir à Pensant, & au salut de la personne avec laquelle il s’est souillé. Mais voici ce qu’il faut remarquer : c’est que les Impurs mettent quelquefois tant d’obstacles à leur repentance, qu’un. Du Gouvernement ZZ6 Pasteur ne sait que faire, & ne peut en bonne conscience donner l’absolution. II est important de parier de ceci dans les Sermons. II. VInjustice. Cette matière est bien vaste. Ce que l’on doit remarquer en général fur ce sujet, c’est que pour faire réparer le mal qu’on a fait par ce péché , il faut porter les Pécheurs à la restitution. J’ai quatre Maximes à proposer là-deísus. i. II faut avoir égard à Ja vocation &au genre de vie des Pécheurs, afin de presser la restitution par rapport à cet état-là. Chaque Métier a ses adresses pour tromper. Voyez les Marchands, les Artisans &c. II est bon. de représenter cela aux Malades , surtout S uand leur probité n’est pas bien reconnue. . faut presser chacun suivant sa vocation. 2. Quand le Malade est dans le cas de la restitution , il faut qu’il la fasse rigoureusement à celui à qui il a fait tort, & le Pasteur doit être ferme à refuser l’absolution à celui qui ne veut pas s’aquiter de ce devoir, fup- . posé que le Pécheur puisse faire cette restitution. On doit faire rendre, non seulement ce qu’on a pris, mais même les intérêts , le dommage qu’on a causé par-là à son Prochain, II faut prêcher là-dessus. Si on le faifoit, on ne verroit pas tant de gens coupables de ce péché. 3 Quand on ne peut pas rendre aux personnes de P Eglise. 337 sonnes mêmes ce qu’on a pris, ìl faut obliger le Malade à employer ce bien à de bonnes œuvres. Par exemple, des Marchands qui vendent en détail, comme ils ont trompé plusieurs fois, ils ne sauroient savoir à qui ils doivent restituer. On doit les exhorter à employer ce gain excessif qu'ils ont fait, à des Oeuvres Pies. 4. La restitution doit fe faire en secret. II n’est pas nécessaire qu’un Homme fe déclare larron, en restituant. On peut le faire par une personne secrète , à-moins qu’il ne s’agísse de la réparation d'un péché public. III. Les Pécheurs qui ont vécu dans la Colère , dans l’ Aigreur & dans la Division, donnent beaucoup de peine, ce font ceux qu’on ramène le plus difficilement. Le plus souvent, les promesses & les menaces ne les touchent point. Les motifs qu’on peut employer font en grand nombre. J’avertis en gros que c’est ici un cas fort difficile. II faut tenter toutes sortes de voies. Voici les principales qu’on peut employer. 1. II faut lavoir prendre Ion tems. Quand le Pécheur a de bons intervalles, il faut en profiter. A-t-on été rebuté, on peut revenir à la charge. Quelquefois ils fe rendent, quand on y pense le moins. Quand ils reviennent , on doit leur marquer de la joie & de la satisfaction. 2. Quand vous aurez affaire avec des Ef- II. Sart. Y prits Du Gouvernement 338 prits fiers, aigres, ne vous emportez jamais avec eux ; car si vous-vous y prenez avec feu , le mal est fans remède. Quand il s’a- git de réconciliation , il ne faut pas d’abord leur en parler de but en blanc , mais il faut les y préparer de longue main. Par exemple, je dirois à un Malade , que je le vois couché dans son lit , fret à aller paraître devant Dieu. Je lui demanderois, s'il a pensé à lu mort y s’il sst est préparé , s’il croit que ceux qui vont au Ciel font heureux j s’il ne souhaite pas d’avoir part à la Miséricorde de Dieu. Insensiblement je lui parierais des dispositions qu’il faut avoir pour bien mourir , & alors je pourrois entrer en matière. . Vous - vous tromperiez de croire qu’on peut amener d’abord ces gens-là à d’autres fentimens. C’est quelquefois beaucoup, si on peut les engager à voir les personnes avec lesquelles ils font en discorde. Demander [tout-à-coup une parfaite réconciliation , c’en est trop, il faut aller par degrés. Mais quand on les volt une fois ébranlés, c’est le teins de parler fortement : au lieu que si on l’avoit fait d’abord , on auroit tout gâté. Pour ce qui est de l’état où les Malades peuvent fe rencontrer par raport à leurs maladies , il faut fe conduire avec jugement & avec prudence. I. Cas. Quand les maladies font longues, en général elles font les plus salutaires ; par- ce i de P Eglise. 339 ceque les habitudes, bonnes ou mauvaises, íè forment peu-à-peu par des actes réitérés. La raison pour laquelle on ne peut pas compter fur la piété des Malades , c’est qu’elle naît seulement dans la maladie. Au lieu, que dans les maladies longues on peut faire des actes de piété & de repentante, & que les fruits en font plus furs. II est auíli plus ailé à un Pasteur de travailler au salut du Malade, on peut le voir plus souvent, & savoir les progrès qu’il fait dans l’amendement. Âuffi les longues maladies font des occasions que la Providence nous fournit pour le repentir. II. Cas. II y a des maladies courtes. Alors le Pasteur & le Pécheur ont peu de tems. Quelquefois le cas est si pressant, qu’on ne peut voir le Malade qu’une feule fois , on ne peut faire les choses qu’imparfaitement ; & à-moins que le Malade n’ait bien vécu, on ne fait qu’en juger. Voici ce qu’il faut faire dans ces occasions : C’est de fe borner à l’essentiel, tâcher de découvrir son cœur fur les articles les plus nécessaires suivant l’état du Malade , & que la maladie peut le permettre. III. Cas. Les Malades font quelquefois dans de grandes douleurs : ou dans d’extrêmes foi- blesses. Je joins ces deux cas , parce qu’ils demandent les mêmes règles. Quand on trouve ainsi des Malades, il faut Y 2 i. Des 34° D# Gouvernement 1. Des discours abrégés, & de courtes prières. 2 . II faut leur parler par intervalles, & ne pas leur faire des discours suivis. IV. Cas. On trouve quelquefois les Malades fans connoiífance, soit parce qu’ils font à l’extrémité, ou dans des rêveries. On ne leur sert de rien quand ils font dans cet état, ou au-moins de très-peu de chose. Si le Malade ne revient pas à lui-méme, son sort est décidé. Cependant voici la distinction qu’il faut faire. Ou il a eu de la con- noissance au commencement de fa maladie, ou il n’en a pas eu. S’il en a eu, vous pourrez vous régler fur les fentimens qu’il aura fait paroître. S’il n’en a pas eu , comme il arrive dans les apoplexies, on ne peut juger de lui que par fa vie passée. Un Ministre qui a de la piété , doit avoir du chagrin quand cela arrive. Ainsi, pour n’avoir rien à fe reprocher, il faut parler aux Pécheurs pendant qu’ils sont en lanté, de peur qu’eux & nous ne foyions surpris. Dans ce cas, il faut toujours s’adresser aux Aflìstans , leur témoigner le chagrin qu’on a, les exhorter à ne fe pas laisser surprendre, à profiter de cet exemple. II faut ensuite prier Dieu pour le Malade, de la manière que nous aurons occasion de le dire ci-après, V. Cas. Quelquefois les Malades entendent ce qu’on leur dit, mais ils ne peuvent de P Eglise. 341 vent pas parler, ils n’ont de libre que le jugement. II faut leur dire qu’on souhaiteroit qu’ils fussent en état de parler, il faut leur représenter le compte qu’ils ont à rendre à Dieu, les engager à répondre en eux-mêmes aux choses qu’on leur dit, & faire du cœur & de la pensée ce qu’ils ne peuvent faire au- dehors. VI. Cas. On peut trouver le Malade à l’agonie. Alors on lui est presqu’inutile, on doit lui parler par intervalles. Si c’est un Pécheur du salut duquel on soit en peine, di- tes-lui que son heure est venue, avertissez-le des péchés dont vous le croyez coupable, & exhortez-le à en demander pardon à Dieu. Si au-contraire c’est un Homme-de-bien, après l’avoir exhorté à la a repentance, confo- ìez-le, parlez-lui du bonheur de ceux qui meurent au Seigneur , de la Résurrection, de la Mort de J. C. &c. A toutes ces choses j’ajoute une dernière remarque , qui doit faire trembler ceux qui exercent le Ministère : C’est que la mort d’un Pasteur est tout autre chose que celle des Particuliers. Si le compte qu’un Particulier a à rendre demande tant d’exactitude, que ne doit pas faire un Pasteur ? Quel doit être l’état d’un Homme qui a à rendre un compte mille fois plus terrible, que celui des Particuliers. Cette réflexion doit nous inlpirer beaucoup de piété & de zèle, nous Y z véné- Bu Gouvernement 342 pénétrer d’une humilité profonde, & nous remplir d’une perpétuelle frayeur. Vous devez souvent penser à ces choses. III. DES PRIERES Q_U ON DOIT FAIRE AUPRE’S DES MALADES. TL s’agit de vous parler maintenant de la troihème fonction que les Ministres font obligés de faire auprès des Malades ; c’est la Prière. I. La prémière fchofe que vous devez remarquer, c’est que cette fonction est extrêmement importante. C’est une des principales raisons pourquoi on. doit apeller les Pasteurs, comme St. Jaques le montre, Ch. V. V. 14. Ta-t-il quelcun malade far mi vous , qu’ìl apelle les Anciens de f Eglise , V qffiils prient avec lui Uc. Un Pasteur qui prie auprès d’un Malade, fait donc alors une fonction de fa charge, comme quand il prêche ou qu’il administre les Sacremens. Ces Prières peuvent même être de grande efficace devant Dieu, comme le dit St. Jaques au v. 10. La Prière du Juste faite avec zèle est de grande efficace. , j àe P Eglise, 343 j II s’agit-là des Prières qu’on fait auprès des j Malades. II faut donc faire ces prières avec • gravité & avec ardeur, & non avec indiffé- ; rence ou par manière d’aquít, comme font | quelques Pasteurs, qui regardent cela com- : me un accessoire de ce qu’ils ont fait auprès des Malades, ft II. C’est une fonction difficile, il est plus malaisé de bien prier que de bien exhorter, Mais cette difficulté ne vient que du défaut de zèle & de piété , ce n'est que le défaut ; de dévotion qui rend le Don de la Prière I si rare. C’est ce défaut de piété qui est i ; cause qu’un grand nombre des Prières im- : primées que nous avons, ne font que des ; Discours étudiés, & ont si peu d’efficace, Dieu est offensé de voir que les Ministres, établis de fa part, prient avec tant de froideur. On ne sauroit bien prier sans avoir de la piété , & fans s’exerçer souvent en son particulier. Un homme qui est pénétré de piété, qui s’humilie souvent dans son cabi- î 1 net, parle de l’abondance du cœur quand il c est auprès d’un Malade : il le touche, il le i i console, il pénètre son coeur ; pendant qu’un j í autre , qui n’est point dans cette sainte habi- . l tude, ne fait que peu ou point d’impression, t Voyez encore par-la , combien la Piété est i nécessaire aux Ministres. L III. Remarquez qu’il ne faut pas donner . í í opinion aux Malades, que la prière du MU- 1 1 nistre 344 Gouvernement nistre les fauve : au-contraire, il faut leur faire comprendre que s’ils ne prient pas eux- mêmes , les prières de tout le Genre - Humain ne les sauveront pas. 11 faut désabuser les gens ; car plusieurs s’imaginent, que c’est les Ministres qui les mettent dans le Ciel, ail lieu que chacun portera son propre fardeau. Quand on prie , il faut fe proposer ces deux choses. r. De faire prier le Malade par votre bouche , de ne pas tant dire ce que vous pensez, que ce que le Malade doit avoir dans le coeur. 2. Vous devez pourtant auffi prier pour lui, en qualité de Ministre & de Chrétien. IV. Non seulement le Pasteur & le Malade doivent prier, mais on doit encore exhorter les Aísistans à prier pour le Malade ; c’est un devoir indispensable,/^. V. 16 . V. Ces prières ne doivent pas être longues. La longueur dans les prières n’est jamais à-propos, mais beaucoup moins auprès des Malades que dans une autre occasion. Car un homme qui est dans la douleur, n’est pas capable d’une longue attention. On peut prier fréquemment auprès des Malades, mais il faut le faire à différentes reprises. I. Pour en venir maintenant à la Prière même, voici ce qu’il faut observer. i. Ce qu’il faut demander à Dieu. On ne peut prier que dans deux vues : ou pour le bien du Corps, ou pour le salut de l’Ame. Au de l’Eglise. 34? Au premier égard, on peut demander à Dieu le rétablissement du Malade , & la bénédiction des remèdes: on prie Dieu qu’il veuille le soulager , le fortifier, lui donner de la patience &c. Mais on ne doit demander cela, qu’à condition que Dieu le trouve à-propos. Encore ne faut-il pas trop insister fur cet article , de peur d’attacher le coeur du Malade à la Terre , dans un tems où l’on doit l’en détacher. Mais voici un cas où l’on doit demander la guérison du Corps, même avec beaucoup de ferveur, & la faire demander au Malade. C’est quand il a besoin de tems pour se repentir : mais il faut la lui faire, demander dans la vuë de mieux profiter de la vie qu’il n’a fait jufques- là, & de réparer fa conduite par une vie sainte. 2. II faut prier principalement pour les nécessités de l’Ame. Et comme la Maladie fe termine par la Vie , ou par la Mort, A l’égard de la Vie, il faut d’abord faire faire des voeux & des promesses de bien vivre. Dans les prières que vous faites, exprimez bien cette promesse. O Dieu ! pourriez-vous dire, le Malade pomet U fait voeu de s’aquiter désormais des devoirs du Chrijlianisme &c. Ensuite il faut lui faire demander la grâce de la conversion, afin de pouvoir mieux répondre à ses promesses. A l’égard de la Mort, il faut demander à Y 5 Dieu 34 ne cherchez aucune religion, au moins pour l’ordinaire. III. II faut bien remarquer que la plu-. part sont dans une crasse ignorance, & fans idée de Religion. Us n’ont pas été instruits dans leur enfance , on les a élevés la plupart comme des bêtes, & ils sont toujours allés en empirant. IV. Ordinairement il y a en eux une horrible complication de crimes. Quand ils tombent dans tes grands crimes que la Justice punit, on est sûr qu’ils y ont été conduits par bien d’autres. Quelquefois ils sont coupables de plusieurs grands crimes j autres que ceux pour lesquels on leur inflige le dernier suplice. V. La frayeur de la mort trouble & épouvante les Criminels. On perd le plus souvent son tems avec eux. Ils sont tellement agités de la crainte de la mort, qu'iis sont fans attention. On a beaucoup plus de peine à les gagner, que les Malades, qui ont encore quelque espérance de la vie, au II. Pari. Z lieu Z if 4 Du Gouvernement lieu qu’une mort présente & certaine effraye étrangement ceux dont nous parlons.Dieu, qui est bon & sage, veut que nous ayons encore quelque espérance de la vie ; cela fait que nous sommes plus tranquilles, au. lieu qu’une mort déterminée & certaine al- larme terriblement les gens. Aussi faut-il tâcher d’ôter aux Criminels cette crainte de la mort. Et comme une crainte se chasse par une plus grande crainte, il faut leur parler du Jugement. Ici on doit mettre en usage tout ce que l’on a de dons, on a beaucoup de peine avec ces gens-là. Ces cinq considérations doivent nous faire sentir d’abord, qu’il faut beaucoup de travail pour mettre ces gens-là dans de bonnes dispositions. Tout ce qui empêche la repentance, se trouve pour ainsi dire réuni dans cette occasion, ainsi c’est où le zèle des Pasteurs doit agir. II faut vous montrer maintenant ce qu’il faut faire pour réussir auprès de ces gens - là, ou du-moins pour n’avoir rien à se réprocher ; car on ne réussit pas toujours. I. Avant toutes choses, il faut mettre le Criminel en état de vous écouter, s’ilest possible. Pour cela il faut lui parler doucement , en s’insinuant dans son esprit, & en témoignant qu’on prend part à son malheur. Rien ne les touche plus que la compassion qu’on leur marque. II faut même de P Eglise. Zss leur procurer quelques petits secours corporels , leur dire qu’on veut être avec eux pour leur bien L pour leur avantage, qu’on ne les abandonnera pas. II. H faut craindre ici, plus qu’en aucune autre occasion , une repentance tardive. Et pour cet effet, quand on fait qu’il y a des Criminels qui courent risque de la vie, il faut les voir le plutôt que l’on peut, demander au Magistrat l’entrée de la prison. C’est un abus, de n’y envoyer les Pasteurs que la veille de l’execution. III. Quand on est auprès du Criminel, il ne faut pas débuter par des exhortations, mais il faut commencer par les instruire ; car gresque tous font dans une crasse ignorance. 11 faut donc leur donner un abrégé de la Religion Chrétienne , les catéchiser fort simplement, leur faire remarquer les Com- mandemem que Dieu a donné aux hommes pour leur conduite , le raport qu’ils ont avec la Société, leur faire entendre queDieu a établi les Magistrats, qu’ils ne portent pas l’épée fans cause. D’où il faut leur faire conclure, que c’est la Providence qui les a amenés où ils font, pour les empêcher de périr éternellement, & pour leur bien & leur avantage. IV. Après l’Instruction, il faut les amener à la repentance. Pour cela il y a deux motifs, le Péché même, & la Peine qu’il mérité. Z % i. II Zs6 Gouvernement 1. II faut leur faire sentir la nature &l’a« trocité de leurs crimes, par les circonstances qui les ont accompagnées, &c. 2. Leur montrer les peines de la vie à-venir qusils ont méritées , leur représenter l’Enfer, les avertir qu’ils n’ont que peu d’heures à vivre avant que de tomber dans ce goufre. On peut autiì leur faire entrevoir quelque rayon d’espérance. V. On doit tâcher de sonder leur conscience , & voir en quel état elle se trc uve. Cela est d’autant plus nécessaire, qu’on a ordinairement affaire à des gens qu’on ne connoit pas : ce n'elì pas comme un Paroissien que vous voyez tous les jours. II faut tâcher de reconnoître s’iîs font endurcis, ou s’ils ont quelques dispositions dont on puisse profiter. On peut leur demander, par exemple, si leur conscience ne leur re- prochoit rien, lorsqu’ils commettoient leurs crimes ? S’ils ne s’apercevoient pas qu’ils Î (échoient ? S’ils prioient Dieu ? S’ils n’al- oient point aux Sermons ? S’ils ne s’ap- pliquoient point ce qu’ils entendoient? S’ils n’ont jamais fait aucune attention à leur conduite déréglée ? Les réponses qu’ils vous donneront, vous fourniront des ouvertures pour ce que vous aurez à leur dire. Entretenez - les de leur état présent. Demandez - leur s’ils ne craignent point l’Enfer, s’ils ne souhaitent pas d’être heureux ? de P Eglise. 3f7 reux ? S’ils disent oui, c’est quelque chose. Je leur demanderois après cela , s’ils croient qu’un Criminel, un Malheureux chargé dc crimes, peut entrer dans le ciel, & y vivre avec les Bienheureux, les Anges 3 &c. VI. La repentance des Criminels ne regarde pourl’ordinaire que le crime pour lequel ils font punis. Voici donc ce qu'il faut faire comprendre à ces gens-là. C’est que le crime pour lequel ils font détenus, n’est prs tout ce qu’ils ont fait de mal, qu’il y a plusieurs autres péchés énormes dont ils ne font pas accusés, mais dont ils rendront compte à Dieu. Le Magistrat ne punit que ce qui va contre la Société. Il y a plusieurs crimes contre Dieu, dont le Magistrat ne prend point connoissance, & qui font cependant très-grands. Il fe trouve quelquefois que le crime pour lequel on punit les Criminels, est un des plus petits qu’ils ayent commis. On doit particulièrement apliquer ceci aux Larrons. C’est une question de savoir , fi l’on fait bien de les faire m;mr. II semble qu’on ne devroit pr.s condamner à la mort les simples Larrons. Ii faut donc faire comprendre à ces gens-là, qn’à la vérité ils ont commis un grand crime , mais que la friponnerie, le libertinage , l’ìndévotion dans laquelle ils ont passé leur vie , est beaucoup plus criminelle devant Dieu. II y a une chose qu’on doit Z Z faire Zs8 D« Gouvernement faire remarquer aux Criminels, c’est que les grands crimes sont tellement compliqués, que cela doit faire horreur, &c. VII. On doit exhorter le Criminel à dire la vérité , & à donner gloire à Dieu, & cela en deux manières. 1. On doit l’exhorter à confesser au Magistrat les choses fur lesquelles il est interrogé. Car pour ce qu’on ne leur demande pas, ils ne font pas obligés de le déclarer à- moins qu’il ne s’agit de la Tranquilité Publique , ou de l’interêt de quelqu’un. 2 . Mais comme il peut y avoir d’autres crimes, je dis que les Pasteurs doivent en particulier exhorter les Criminels à confesser les péchés dont ils peuvent fe sentir coupables. Car comme ces gens-là sont igno- rans , ils ne fauroient d’eux-mêmes mettre ordre à leur conscience , & ils ont besoin de Directeur. Dlailleurs il y a quelquefois des choses qui intéressent d’autres personnes, & il est bon qu’ils découvrent ces chofes-lâ. VIII. 11 faut les affermir contre le fupli- ce qu’ils vont souffrir, & qui les met hors d’eux-mêraes. Je crois qu’il y a deux voies pour cela. i. Leur représenter que le suplice n’est terrible qu’en idée , & que ce qu’il y a de plus fâcheux , c’est l’ignominie & les circonstances qui accompagnent le suplice. 11 est sûr qu’il y a peu de maladies où l’on ne de VEglise. Zs9 m souffre plus que quand on est pendu ou qu’on coupe la tête. La douleur passe dans un moment. Et pour ce qui est de l’igno- minie, ils peuvent l’ôter, & devant Dieu & devant les Hommes, par la repentance. 2. II faut chasser cette crainte par une plus grande , leur parlerdes maux de la vie à-venir , leur dire que la douleur de leur suplice sera passée dans quelques momens,mais qu’il y a dans la Vie future des suplices qui ne finiront jamais. II faut leur dire que s’ils se repentent, il est bon qu’ils ne vivent pas d’avantage, puisqu’ils tomberoient peut- être dans de nouveaux crimes. Voici à quoi l’on peut reconnoxtre st les Criminels ont quelque repentir : c’eít s’ils disent qu’ils craignent les Jugemens de Dieu j s’ils ne témoignent pas une trop grande crainte de la Mort, s’ils disent qu’ils font bien-asses d’expier leurs crimes par le suplice qu’ils vont souffrir : ce sont là de bonnes marques. Mais il faut aller au-devant d’un préjugé des Criminels : c’est qu’ils s’imaginent que leur suplice tient lieu de satisfaction pour leurs crimes. Faites- leur donc comprendre, que rien ne peut produire cet effet devant Dieu , que la repentance. II y a plusieurs considérations , qu’on peut employer pour cela : l’Exemple du Bon Larron , qui disoit qu’il souffroit justement. On peut amener les Criminels à Z 4 des Z6S D« Gouvernement ie P Eglise. des bons sentimens, en leur parlant de J. C. qui a été mis au rang des Malfaiteurs. IX. La neuvième chose regarde les Exhortations qu’on doit leur faire, quand on va les exécuter. Le but de ces Discours n’est pas de donner desLieux-Communs du crime de question. II s’agit de deux choses : du salut du Criminel, & de l’Edification du Peuple ; car c’est proprement dans ces deux vues que les Exhortations se font. Ainsi il faut bien faire sentir l’horreur du crime. On le fait sentir, ou par des raisons générales, ou par des raisons particulières. Les raisons générales font celles qui font voir l’atrocité de tel ou tel péché. Mais il faut surtout s’ar- rêter aux raisons particulières, qui font prises des circonstances de la procédure. Voici une considération qu’ilne faut jamais oublier : c’est de faire voir où l’impieté conduit les gens, comment on tombe peu- à-peu danq les grands crimes , faire l’histoire de la vie du Malheureux, montrer qu’il n’en est venu où il est que par degrés. X. Enfin il faut engager le Peuple à prier pour le Criminel. C’est pour cela qu’on a coutume de finir par une prière, qui a du raport au sujet, & dans laquelle on prie auffi pour le Souverain, pour l’Officier, & pour la Justice du lieu. F l K, SOM- W WWWWWWW S O M M AIRE DES PRINCIPALES MA T IE R E S DELA SECONDE PJRTIE. U Gouvernement de l’Eglise, 18Z. Son Importance , ibid. On manque là - dessus de secours à F égard des Préciptes , des Exemples, U des Livres. 184. Bisques que courent les Pajîeurs qui ignorent cette partie dti Ministère, ou qui la négligent. 186- Son étendue : Plan de P Auteur dans cette Seconde Partie 189. De la Discipline en général. 190. Ce que défi que le Gouvernement de P Eglise. Ibid, Sa nécessité, sa nature. Ibid. Des Loix de la Discipline. 1. Des Loà Divines. 191. 2. Des Loix de l’Eglise Primitive. 193, De la Manière d’adtninístrer la Discipline p. 197. On doit le faire avecZele, avec Prudence, avec Charité, z S » SOMMAIRE De la Discipline particulière. 248. EUe regarde le Ministre seul. Ibid. Les fon&iom en font en f lus grand nombre , les foins plus importuns , conséquence tirée de-là. 248. & 249. La Discipline particulière réduite à deux chefs. 249. Des soins qui régardent l’Eglise en général. 2 s O. Ils se réduisent à quatre. Ibid. I. De la connoistance de son Troupeau. 2sv. Sa nécessité, moyens de l'aquérir. 2sI. L’usage qu'on en doit faire. 254. II. De la conduite d’un Pasteur dans son Troupeau. 2s6. Réflexions générales pour servir de dire&ion là - dessus. Ibid. A 257. Réflexions particulières fur le même sujet. 2s9- III. Des Etablistemens, qu’on peut faire dans son Troupeau. 267. IV. Des Moyens d’avoir la confiance de son Eglise. 276 . Moyens que les Jeunes-gens en particulier doivent employer pour fe faire aimer & éstimer. 286. Ils confisent à éviter les défauts attachés à la Jeunesse, & à tacher d'aqué- rir les vertus qui leur font opposées. Ibid. & 287. Ce que les Ministres doivent à certaines personnes en particulier. 290. Qui font d'un coté les Pécheurs , U de P autre les Malades fç? les Mourans. 291. I. Des Avertisiemens particuliers. 291. Dans quelles occasions on doit les donner. Ibid. Maximes pour les cas, ou clairs, ou embarajsans. Auteurs qui traitent des Cas de Conscience, San- DERSON, DES MATIERES. DERS0N , Amesius, &c. 293. Des Aver- tiffemens que l’on doit donner à ceux qui ne les demandent f as. 296. Leur importance U ' teur nécessité. 29 g. Relâchement des Pasteurs à cet égard. 30 J. De la nature des Avertiffemens qui regardent les Sujets qui les démandent. 3 ° 2 . Manière de les donner. 303, II. De la Visite des Malades. 306". Importance de cette fonBion , U f a difficulté augmentée encore farce qu'on iìaf oint d? Auteur qui en traite à fond. Ibid. Mérite U Défauts des Visites Charitables de Air. Dre lin court, de la Mort des Justes de Mr. LaPlacette, V de /’Uíus Clavium de Mr. G a us s en. Quand des qu’il faut voir les Malades, 30g. Qualités requises dans un Pafieur pour voir les Malades comme il faut : Fon&ions qu’il a à remplir auprès d'un Malade, 309. I. Comment on doit sonder la conscience d’un Malade. 319. Voies pour y parvenir, 311. Si P on doit démander h voir le Malade en particulier, Çf avec quelles précautions. 313. Ce qu'on doit dire à un Malade, à celui en particulier qui paroit tranquile , N qui ne parte de fes péchés que d'une manière vague. Ibid. & 314. Il faut examiner fi un Malade est instruit ou non : Illusions principales que fe font les Malades, 314. & 3 IÎ- II. Comment on doit en user avec les Malades quand on a fondé leur conscience 320 . On doit leur parler de ce qui regarde leur Famille SOMMAIRE DES MATIERES. Famille U leurs Biens , même commencer par-là fous deux conditions. 3 21. Ce qu'an doit faire four le salut da Malade selon qu"il s'efi bien ou mal conduit : De l"Absolution, U des -précautions qu"on y doit apporter, Z 22 . & Z2Z. Ce qu"il faut faire à l"égard des Malades qui font dans un entier endurcissement, & qui font ceux $ue l’on doit présumer y être. 32^. Des Malades qui font dans un état douteux fur leur salut. 328. De ceux qui font effrayés à ce sujet. 330. De ceux qui reviennent enfanté. 332. Des Impurs. 33s. Des Injujtes çf? de la Restitution. 336. Des Colorés, 337. Ce qu"on doit faire suivant l"état différent , où les Malades peuvent fe rencontrer par raport à leurs maladies. 338. Remarque qui duit faire trembler ceux qui exercent le Ministère. 34 r. IIL Des Prières qu’on doit faire auprès des Malades. 342. Importance de cette finition. Ibid. Sa dijficultè : Illusion contre laquelle on doit les munir fur la prière. 343. Ce qu’on doit fe proposer quand on prie. 343. Contre la longueur des Prières. 344. Ce qu’on y doit faire ailleurs. 341 - Qu’H faut faire parler le Malade: S"il faut le comprendre seul dans les prières. 246. On d.it les accommoder à ses besoins U à son état. 347. Ce qui reste encore à f lire nu Pasteur qui s" est aquité de tous ces devoirs. 350. Ce que l’on doit faire à l’e'gard des Criminels. 3 î 2 . Disiculté de cette f onction , & pourquoi, lbi.l. Ce qu’d faut f tire pour r éù/Jlr auprès des Criminels : ou du-moins pour riavoir tien à fi reprocher à leur égard. 354. Fautes Fautes à corriger* p. y. I. 8 - liter, cujus ufut p. 10. 1 a. 1 . deflectas. p. ii. 1.1-6.1. vous devez surtout y être excitez ea ce tems, où l’Impieté & l’incredulitè íe répandent plus que jamais, p. 13 . 1 . 18 - 1 - & vivre dans p. i 8 - I. si. C’étoit une folie &c. î. la Prédication étoic fur un pied tout à fait pitoyable, & avec cela fort negiigée. p. 23 . 1 . 4. otez, en faire son Vadcmecum Ibid. 1 7. déformation , 1 . Prédication. Ibrd. 1. 16 I. pour modde à tous égards, p. 2;. 1.13. 1. aucun rapport au vrai but du Texte, p. 34. 1 . «8- otez ces mots: Bailleurs, quand vous auriez composé un Sermon, il n’est pas récité, p. 2; 1. 3 1. eloquentium p 27. I. 11, 12. otez , On diroitqu’il veut &c. Ibid. 1 . 21. & suivantes, ce qu’on me fait dire det Prédicateurs de ì’Eglise Romaine , p. 2g det Reformes , n’exprime point mes Sentiments , tout cet artille devroit être refondu. p. 33.1. 23. 24 I. mais ils fe bornent à peu près à l’explication. p. 36. I. 9. une chose, 1. un sujet p. Z8 1 13. gagner, I dégager p. 40. I. 14. lisez , De Éleemosyna , De Providenfta Eei &c. p. 44 1 . 12. 1 . Ce que /ai dit, rend toutes ces questions inutiles. p. 4;. 1 . dern. enflées 1 . fans onction p. 48. 1 . '3, 13. I. Voyez donc quel est votreGeníe & votre Caractère &c. Ibid. 1 . 2ç. 1 . intimam Christ! familiaritatem Ibid. 1 . 26. 1 . Christ! gratiam p. 52. 1 . 16. 1 . Quand on est dans le feu de la récitation pag. 54. G Co) D pag. 34. 1. 10, ii. U il est certain qu’ils étoienttrès- éloignez de l’Idolatrie, & que les Gens de bien &c. p. âi. 1 . 13. de Pâtre , 1 . fur l’Adoption p. 67.1. 3, 6, 7. 1. qui fasse peine ou qui blesse tant soit peu la pudeur. p. 6Z. 1 . 4. de Peinture, 1 . des Arts & des Sciences p. 69. 1 . dern. 1 . 2 Cor. XI. 1. Tim. VI. 13-16. p. 71. 1. 2i. 1. pen. 1. en changeant un peu le ton de la voix, p. 73. I. 3,6.1. d’entrer dans les pensées de votre Auditeur, Ibid. I. 13. 1. les variations de la voix p. 76.1. antep. 1. ut alio tempore cogitem quid di- cam, & alío dicam p 77. 1 . 9, 10. otez la Paranthese. p. 78. 1. 13 , 16. 1. ménager l’attention. p. 82. 1 .15 , 16. 1 . II récommandoit celles deKir- cher qui font très-utiles. On a celles de Schmi- dius, celles de H. Etienne &c. p. 84- I- iy- I- passages dont le sens est diffèrent de celui qu’on leur donne ordinairement p. 86.1.1.1. quoiqu’il ne soit pas entendu de tout le monde P. 87 - I. ri- 1 - aux afflictions Ibid. 1 . antepen. 1 . Romains, je ne dirois rien fur la nature de ces crimes dont S. Paul parle, &c. p. 93. Tout cet Article N*. 1 . II. III. est mal énoncé, p. 102.1. 13, 14. comme le font &c. cela doit être ôté. p. 105.1. 13. I. les quatre endroits p. r 10.1. j. 1. s’étend beaucoup p. 114. L 13. otez, un Peuple p. 113.1. 19. otez perpétuelle p. 117. 1 . 4. & 6. 1. Royaume de Dieu Ibid. 1 . 15. 1 . anticiper, p. 120.1. 8-1- subdiviser p. 123. 1. dern. otez, qu’on tire p. j 29.1. 19.1. bien remarquable Ibid. I. 2i. 1. commoventur p. 13}. O (o) G p. 133. 1. 2. 1. profond® p. 157. ]. 7. ana de &c. toute cette periode retranchée. ibid. I. 18- 1. les biens du monde, p. 141. 1 . 1. 1 . Auditeurs, il ne faut pas &c. ibid. 1 . 10. I. car plusieurs Prédicateurs ont &c. p. 14;. I. 1-9. cela elt très-mal exprimé, ibid. 1. 17. & 18- 1. conclura -- qu’il est- - - corrompu , qu’il ne le croyois, p. 144.1.18, 19- 1- & non pas comme une person. ne &c. p. 146. 1 . j 2. & suiv. Cet article n est point excut , U devroit être entièrement changé. p. 149. 1. dern. 1. en public, mais toujours avec les égards qu’il convient. p. iço. 1. ir. 1. perverses, &1. 13. l.in pejusruen» tes p. 131. 1. 8- L s’échaufFer p. 194. 1 . 3. 1 . Auditeurs , lorsqu’ils manquent à leur devoir, il est bon de leur témoigner de la satisfaction , lorsqu’iís s’en aquitent. p. 134 1 . 12. 1. quand vous ferez dans le Ministère p. 156.1. 2. 1. il n’elt plustems, & ils n’apprennent plus rien &c. p. 157. 1 .14, 14. I. Ce qui y est dit fur le I. Article du Symbole , & fur le IV. Commandement, est bien vrai 5 mais cela n’exprime pas le vrai sens & le bat de cet Article, & de ce Commandement. Après cela &c. Ibid. I. 18. 19. 1 . Catéchismes fe servent quelquefois; de termes, &c. p. 160. 1. 14 1. fe borner aux &c. p. 162. 1 18,19.1 pas encore distraits par les occis» patrons &par les foins de cette vie. p. 164.1. 15.I. & on laisse là le-> choses inutiles, p. 168.I. 13, 14. I. plus claires des Dogmes, p. 173. 1. »8- otez, quand ils auroient répondu com»’ me des Anges p. 176. 1 . 17-22. Ce qui est dit i'i des Formulaires n’explique pas bien ma pensée. p. 179. 1 . 4. X. Tout ce qui eji dit dans cette G(--)O ejì exprimé d’une manière confuse & plate , & on nesauroit le corriger dans un Errata. p. 24;. 1- penult. 1. de les ébranler, p. 24Ç. 1. 24. 1. vrai à Tégard de quelquesuns ibid. 1. 25. l.de l’éloignement que l’on a pour eux p. 246.1. 1 l. otez, & donnez l’esíbr à son indigna* tion p. 247. 1. & 4. lisez ainsi le reste de l’article : Mais j’entens les justes égards qu’on doit avoir pour ceux avec qui l’on a à faire, un esprit aisé , flexible , doux & accommodant. La plu» part manquent de ce côté là. ;. ibid 1. 8 & suiv. 1 souvent des préjugez & des passions , qu'ils confondent avec les intérêts de la Gloire de Dieu ; mais lors même &c. p. 248- 1 . ?, 4. 1 . l’Experience qui s’acquiert parla lecture & par l’exemple, vous devez travailler &c. p. 254. 1 . 4. 1 . si le Troupeau est nombreux ou dispersé , p. 2^6. 1 . 22. 1 - Cela est d’autant plus nécessaire dans les Conducteurs de l’Eglise, qu’ils ont &c. p. 259. 1. ;. 1. trop d’attachement pour les &c. Ibid. 1. 27. 28. 1. dans les lieux, où il n’y a pas des personnes d’un rang distingué, on peut voir les Principaux &c. p. 260. L ig. 1 . vous vous ferez estimer, p. 261. 1. 20. otez , leur dire ce qui se fait ailleurs p. 26,. l. 9.1. qui est docile dans l’atììiction ou dans une &c. p. 266.1. 22.1. ou à intérêt 272. 1 . 2;. 1 . S’il le pouvoit, supposé que les Corps politiques ne pussent &c. ibid. 1. dern. 1. des gages suffisans p. 27;. 1. antep. otez, ensemble p. 274.1. 1. 1. dans la ville de Neufchatel ibid. 1. ;. 4. v Otez cette periode. p. 27 s. 1 . 22. 1 . L’argent qu’on recueille à la poste des Temples, est parmi nous entre les mains d une personne &c. pag. 276. G ( o) D p. 276. lisez le Titre ainsi: Moyens d’avoir la confiance de son Eglise, p. 277. 1. 16. 1. rien n’est plus odieux ibid. 1. 22. 2;. 1. d’être craint & aimé , & d’avoir la confiance du Troupeau p, ago. 1 . 19. 1 . les Evêques étoient obligés &c. p. 286. Au Titre, 1 . pour se faire aimer & estimer lbid. 1 . 7. &c. I. jeunes. Cependant, ceux qui a- spirentau S. Ministère , doivent tâcher de s’at- titer de l’amour, & d’être en quelque estime. La jeunesse décide &c. p. 287. L 1. 1. qui fait qu’on les méprise ibid. I. 6. 1. de bonne heure l’estime du public p. 289. 1 . 16. 1 . Le moyen d’eviter cet inconvénient p. 290. 1. 1. 1. une vie reglée, humble, retirée, & devroit être changé. p. 301. 1. 16,17, r8- 1- le relâchement, où l’on est tombé à cet égard ; plusieurs Ministres ne pensant point à cette fonction. ïls se persuadent que quand ils ont prêché, ils ont satisfait à leurs engagemens. Mais il est certain qu’une Conversation , ou un Avertissement particulier font quelquefois plus de bien que plusieurs Sermons. Le refle de ìartìch peut être supprimé, p. 30Ç.I. 6, 7, 8- 1- des raisons de prudence qui ne permettent pas d’aller chez les personnes quî auroient besoin divertissement ; c’est lorsqu’íî seroit à craindre, que cela ne donnât lieu de croire qu’ils ont fait quelque chose reprehensible p. 307. 1. 16. 17. 1. il y a peu d’Auteurs qui en traitent à fond. p. 308- 1 . 26. 1 . très-mauvaise coutume , qui vient de qu’avant la Reformation on n’appelloit ordinairement le Prêtre &c. p. 31 r. G (o) O p, jix. î. 7. !. c’est qu’ils connoisient peu les devoirs de leur charge p. ;i;. 1- n , ir. h comme le devoir & le salut du malade le demandent. Tout ceci eji confus U très-mal énoncé , de même que tout le reste du Chapitre. p. 313. 1. 6, 7. 1. cela est tout à fait nécessaire, avec ceux qui manquent d'instruction. II faut &c. p. 317.1. 14, 13. 1. cen’estpour l’ordinaire que de quelques défauts ou vices grossiers, qu’ils ne peuvent nier. Mais p. 318. 1.4,3 , &c. 1 . Plusieursse croyentinnocens par rapport à l’Impureté, qui changeront de sentiment, si on leur met p. 322. 1. 23-26. cela doit être retranché. ' p. 323.I. i.l. Les malades peuv -t donner pour les pauvres, pour les Ecoles, pour rétablissement du Service Divin, pour des fondations pieuses ; mais s’îls vouloient donner quelque chose qui allât à augmenter }bid. h 13-16. Cela doit être rétranché. p. 326. 1 . 19. 1 . de Dieu dansl’état où on les voit p. 329. 1. 8- 1- je souhaite qu’elle soitstncere , U que ce ne soit pas stmplement la crainte de la mort qui la produise. Voyez G A U S S E N &c. p. 332. 1. 3. 1. ces personnes là selon la persuasion p. 333.I. 12,13. 1- qu’ils font trés-coupables ibid, 1. 13. 1. s’ìlsne le confessent pas suivant que le cas l’exige, & s’ils ne le réparent pas p. 336. 1. 1, a. 1. ne peut gueres leur promettre le salut ibid. 1 . 20. 1 . la fasse à rigueur, & le Pasteur ne peut ni ne doit annoncer le pardon des péchés à celui &c. ibid. 1 . 23. 1 . On doit rendre ibid. 1. 27. 1. & réparer tout le dommage p. 337. 1. 7. 1. gain illicite p, 351. 1 .14. & 16. Tout cela ria aucun sens. mi) OH?*»