(HISTOIRES|| "| cxorsies. à| (DES AUTEURS "== MI. i | TRADUITES EN WiNCOIS, M^. | À | AVEC LE LATIN À COTÉ; Oül'on a mêlé divers Préceptes de Morale; 1 tirés des mémes Auteurs.€ P \ PREMIERE PARTIE. 4 BASLE,; |, Chez ÉMANUEL TOURNEISSE, Jet Saa Paca Racist a Ka di dt tata te| *i LAE DA UA ls WU RT AE AT A PA FAP PREFACE Latin des e choifies de Lane ancien Teflament, m'a déterminé à lui posé » en préfenterun fecond d'Hiftoires choifies des Auteurs profanes, accompagnées de ' quelques-uns de leurs préceptes de Morale. | Mon deffein a été dans l'un& dans l'autre de mettre entre les mains des enfants,& eennesqui commencent?«pouvrage qui; fr& facile à à Md& ile utile pou No es mceurs. Il eff hors de doute aue les sh res Saints recu c ces deux publique ou Mense REOR leur faire lire notre premier Recueil. Pour procurer, autant qu'il feroit poffia i] vj PRÉFACE ble, une pareille faveur à celui que je donne aujourd’hui, Mea point perdre de Vue ces deua obje ts: la clarté des penfées & des expreffions, l'utilit é des matieresPar attention pour la clarté, je été obligé, fur-tout dans la premiere Partie, de retrancher des hiftoires& ds maximes que We. NÉ des Anciens, les penfées obfcures ou trop fubtiles,de changer quelquefois les expreffions trop fines& trop relevées pour des enfants, en d’autres plus fimples; d’accourcir les phrafes trop longuts;& enfin, en préférant la netteté& - la facilité à l'harmonie, de placer les mots dans un ordre plus naturel; leur dérangement, qui fait une fi grande beauté dans la langue Latine, étant ce qui fatigue le plus ceux qui commencent à traduire les Auteurs qui ont écrit en cettelangue, C'eft pour cette raifon qu'on trouvera prefque tous les mots des premiers Chapitres de ce Livre, rangés felon la conftruétion la plus fimple= ja plus commune. Quand on ER une langue à des enfants, il fufüt d'abord deleur en apprendre les regles, PRÉFACE. vig & de leur en faire entendre les mots. H viendra un tems où il faudra les rendre attentifs Al élégance. Cen'eft qu'aprés avoir bien établi les fondemens, d'un édifice» qu'on s'occupe du foin d'embellir les appartements. Les moyens que j'ai pris pour faciliter l'intelligence des originaux, leur ont fait perdre certainement de leur force& de leur beauté. Mais j’ofe affurer qu’il leur en refte encore affez pour pouvoir plaire & être utiles auxenfants, Et je n’ai pas cru que ce fût agir contre l'intention de ces iluftres morts, qui ont travaillé pour la poftérité, que de leur óter pour un tems une partie deleur majefté& de leurs ornements,en faveur d'un âge qu'on veut mettre de bonne heure à portée de profiter de leurs lecons,& de faire ufage des remedes qu'ils ont préparés,(4) comme le dit un d'entre eux, àtoutle genre humain.On les montrera aux jeunes gens dans tout leur (4) Pofterorum negotiu que poffint prodeffe, co monitiones, velut medicamento: compofitiones, litteris mando. Senec. alv vij PRÉFACE. éclat& avec tous leurs agréments, dès qu'on les croira capables de connoître tant de beautés& d'y être fenfibles. Quelque degré de facilité qu’on aittâ-| er ché de donner à ce petit Ouvrage, on peut y avoir laiffé quelques endroitsun peu difficiles pourles enfants. Auffi n’efpere-t-on point que ceux qui n'auront qu'üne légere teinture des principes du latin,puiffents'en x fervir aifément fans le fecours d'un Ma ll en fera comme des Auteurs clafi plus faciles, pour l’intelligencedefeu Commençants ont befoin d’un interprête d & d'un guide. L'ávantage qu'il a fur cha-.—| fi cun de ces Auteurs, que l’on n’a garde de vouloir leur ôter des mains, c'eft quii he éunit& met comme fous un feu! po nt € vue, une grande quantité de maximes & d b ds» qui pourront non feule-| n£attirer& entretenir l'attention des| nes gens par leur variété, mais encore l ntribuer à former leurs mœurs; ce qui le plus grand fruit qu'on puiffe tirer de la le&ture des Payens. On y verra que ces Payens, méme au Mus 1 co et PRÉFACE ix is| milieu des ténebres de l'Idolátrie, nous eignent: Que la providence de Dieu veille non eulement fur tous les hommes ant ent ncore fur chacun d'eux ut en Font jer ehe il connoit nos penfées s plus fecrettes;& que c'eft lui qui nous «€| infpirelesbonnes, comme il condamne& te| punitlesmauvaifes: Quelevéritable culte n qu'on lui doit, confifte dans la pureté du te, coeur:& que les injuftes defirs ne font pas ; plus permis, que les aftions criminelies: la Qu'il éprouve les gens de bien par les te i afflidions,& leur donné la force de les &|— fupporter: Quelebonheurdel'homme ne l| confie, ni dans les plaifirs, ni dans les honneurs, ni dans les richeffes, mais dans la vertu: Quenous ne devons accorder au, : corpsquece qui eft néceffaire pour le foà? : tenir: Qu'on doit fouffrir les injures, n& point rendre le mal, pour le mal, faire du bien à tout le monde, même à fes&nnemis: Qu'il n’y a de véritable amitié que celle quiala vertu pour fondement& pour t: Qu'il faut fuivre en tout la vérité& : m Qu'il vaüt mieux perdre fon re-| a V. x PRÉFACE pos, fa liberté, fa vie, que de manquer àíon devoir,&c. Les bons exemples, fouvent plus effica cesque les préceptes, principalement fur Pefprit des jeunes gens, s’y préfentent partout en foule,& rendent la vertu plus aimable& plus refpeétable. Tantót ce font des Généraux d'armée Grecs ou Romains, qui après avoir paffé par les plus grandes charges de l’État, Savoir enrichi leur patrie des dépouilles de fes ennemis, meurent fi pauvres, qu'ils ne laiffent pas de quoi fournir aux frais de leurs funérailles. Tantót ce'font des pe eresqui renoncent aux fentimentsles plus nes dela nature, , pouraffurer la liberté publique& maintemir la difcipline militaire: ou des enfants que la pété filiale remplit de courage 82 rend ingénieux pour conferver la vie à €eux de qui ils l'ontrecue, Les plus riches préfents ne fauroient donner atteinte au noble défintéreffement des Curius, des Fabricius, des Phocions, des Xénocrates. Les plus rudes menaces, la prifon, l'exil, lamort, n'ébranlerent point la fermetádes PRÉFACE. xj Catons, des Metellus, des Regulus. Les injures font fouffertes avec ARA, diífimulées,oubliées, pardonnées. L'amitié y eft(age, religieufe, fidelle: la liberalité A E& induftrieufe:la frugalité dela table& la foie ité dans les habits, dans les meubles, dansle logement, font autant du goût S gra nds Capitaines, que d des Philofophes: les Juges& les Magiftrats font éclairés ipods défintéreffés:les Rois ont des entrailles de peres pour leurs fuJets: la vertu eft pratiquée par l’amour du devoir, fans aucune vue de récompenfe; & rien ne paroit utile, s’il ni'eft entierement d'accord avec la ju(tice. En un mot on y voit raflemblé un nombre confidérable de traits de morale& d'hiftoire, dont plufieurs peuvent fervir de regles& de modeles pour différents états de la à vie,& même donner prelque pi plaiür s la d divers fité des matières, Det foi Rd» qui qu’ils ont In artrefoi a vi PRÉFACE: différents Auteurs. Si parmi tant d’exemples de diverfes vertus, on en a entremêlé quelques-uns ca 1 des vices contraires, ce n'a été que pour faire voirla difformité de ces derniers,& pour en infpirer de l'horreur. On fait ce que Tite-Live a dit de l’hiftoire en gér ral(a): qu'elle fournit des exemples de toute efpece, dontlesuns font des modeles à fuivre,& les autres avertiffent de ce qu’il faut fuir. Les exemples! que j'ai choifis font quelquefois affez étendus& circonftanciés,& les préceptes de morale affez développés. Souvent au contraire les uns& les autres font courts,& ne confiftent qu'en quelque réponfe d'un grand Capitaine ou d'un Philofophe, Ceux-ciont cet avantage, qu'on lesretientplusaifément. Cefontcomme des traits perçants quientrent fortavant, felon (a) Hoc illud eft præcipuë in cognitione rerum falubre ac frugiferum, omnis te exempli documenta in illuftri pofita monumento intueri: inde tibi tueque reipublice quod imitere, capias: inde fœdum inceptu, foedum exitu, quod vites, 4, 1. in Pref, PRÉFACE. xiij l’expreffion& la remarque de Sénéque(2): qui nous dit que de fon temps on faifoit apprendreaux enfantsdes maximes de morale énoncées en peu de mots. De même que Quintilien confeille(7) de leur faire apprendre auffi, par forme de divertiffe-ment, les paroles des grands Hommes, GE quelques vers choifis des Poètes. Comme il m'a paru néceffaire de méler lès préceptes avec les exemples, felon que l’a fait Ciceron, afin d'éclaircir, defixer. 8 d’embellir les uns par lesautres; j’ai cru ne pouvoir mieux faire que dé diftribuer cette vafte matiere conformément à la méthode qu'il a fuivie dans fon premier Livre des Offices ou des Devoirs,& de: rappeller àua certain ordte des maximes & des faits fi diverfifiés, qu'il eütété difficile deles retenir fans ce fecours. Ciceron, (2) Facilius fingula precepta incidunt circumícripta,& carminis modo inclufa. Ideo pueris&t' fententias edifcendas damus: quia comple&i eas puerilis animus potefl. Senec. Ep. 33. VideS& Epift. 38. 94. (2) Eciam di&a clarorum virorum edifcere inter lüfum licet,& sleGos ex poëtis maxune locos, Quintil.& 1,€ 2, xiv PRÉFACE. conime chacun fait, rapporte tout ce qu’il doit traiter à la prudence, lajuflice, la force& la tempérance, J'ai fuivi cette divifion, qui eft très-connue& trés-fimple, en faifant quatre Livres de ce que f'avois à dire fur ces quatre vertus;& Jai mis à eur tête un premier Livre fort court concernant Dieu, la Religion& la nature de Phomme. Celui qui lefuit fur Ja Prudence eft auffi très-court: parce que je me fuis reftreint à ce qui regarde les fciences,& à ce qui y a quelque rapport. Le titre de chaque Chapitre eft Ie plus fouventune maxime qu'ilferoit bon qu'on retint: parce qu'elle renferme en peu de mots l'inftru&ion principale que l’on donne dans le Chapitre. Les chiffres Arabesqui fe trouvent dans prefque tous, Ies Chapitres, fervent à en diftinguer les différentes parties. Tout ce qui eft dans un Chapitre n'a pas toujours un rapport néceffaire avec titre. l'ai penfé qu’il fuffifoit qu'il concernât la même matiere. Je n'ai pas cru qu'il fallüt m'atracher à PREFACE, xv donner à tous les Chapitres une égale étendue: mais je l’ai réglée ordinairement par la fécondité& par l’importance de la matiere, Je ne me gêne pas non plus, par une exa&itude fcrupuleufe, à mettre dans tous les Chapitresun certain nombre d'exemples,& une certaine mefure de morale» J'en mets tantót plus, tantót moins. Il y a même des Chapitres qui ne contiennent que des exemples, ou de la morale feulement, Je fuis perfuadé que Puniformité, que peut-être quelques perfonnes défireroient, ne plairoit point aux enfants. Comme il ya une efpeced'enchainement entre toutes les vertus,& que fouyent une bellea&ion,felon qu’on la confidérerafous différentesfaces,pourra étreregatdée comme un ate de prudence, par exemple, ou comme un a&e de juétice, j'ai mis quelquefois fous un titre ce qui auroit pu être mis également fous un autre, Il feroit inutile de dire ce qui m'a déterminé en ces occafions. Pouryu que ce qu’on trouve dans un reçueil comme celui-ci, ait fon. PRÉFACE. utilité, de quelle conféquence ett-il qu’il foit placé dans un endroit plutôt que dans un autre? meí(uisfervi d: tous lesanciens Aus teurs profanes tant Grecs que Latins, que j'aicru pouvoir contribuer à l’exécution de mon deffein. Je les ai même qu uelquefois, our amnfi dire, fondus enfemble efur un mêmefait ou für une même m xime, pour 3 ieux faire fentir l'objet que je montrois, & éviter les redites. J'ai ordinairement préféré, comme je le devois, les Latins aux Grecs. J'ai été exa& à citer les uns& les autres, afin que les perfonnes qui voudroient avoir recours aux Originaux le ,, puffent faire facilement; Si fai fouvent abrégé les faits hiftoriques& les préceptes de morale, ç’a été pouren retrancher ce qui me paroiffoit peu convenable à mon plan, ou de peur de trop groffir l'ouvrage. Je n'ai pas entrepris de concilier les Hiftoriens entre eux fur la vérité d'un fait ou fur fes circonflances, Je cite mon Auteur:il doit Être mon garant, Cela me fuffit, [ & WX ls ls "4 PRÉFACE. xvij Je ne porte prefque nulle part aucun jugenient,& je ne fais aucune réflexion fur les endroits des Anciens que Je mets en œuvre, Je laiffe ce foin aux Maîtres, qui le feront plus utilement de vive voix, queje: ne l'aurois pu faire par écrit.(4) Il y a dans Sénéque le Philofophe une: infinité de maximes& d'exemples dontj'ai cru devoir profiter; d'autantplus que cet Auteur n2 fe lit point ordinairement dans Iss claffes,&& qu'ainfiil demeure fouvent inconnu aux jeunes gens le refte de leur vie, Il eft vrai que l’affeGtation fe montre prefque par-tout dans fon ftyle: mais fa: phrafe eft courte, fes penfées vives,& il orne fon difcours par des comparaifons & des images naturelles. qui divertiffent l'imagination: de forte qu'avec les changements que je me fuis donné la liberté de faire dans ce que j'en. ai emprunté y fa) Ipfe præceptor aliquid', imo multa quo= tidi$ dicat, quæ difcipuli fecum: audita. referant, Licét enim fatis exemplorum: ad imitandum ex leGione fuppeditet, tamen viva ila; ut dicitur, vox alit plenius, præcipuèque-præceptoris qaem difcipuli, fi modo reGé funt inftituti,& amant,& verentur, Quintil, 4 2. ce 22 xviij PRÉFACE. j'efpere qu’il pourra plaire& être intelligible aux enfants, fans leur nuire. Je ne penfe pas qu’on veuille me chicaner, pour avoir détourné à un fens favorable certains endroits de cet Auteur,& peut-être de quelqu'autre encore, dans la vue de les endre dpi:$& utiles à la jeuneffe, On réncontre dans ce Philofophe, comme danstous les ame it Payens, des principes de morale qu’il n’eft pas à propos de préfenter à des Chrétiens fans quelque correQif, qui les ramene à l’exaQitude dela vérité quela Religion nous a fait connoître, Les gens de bien ont la confolation de voir qu'ona peu à peu introduit l’ufage de fan&tifier l’inftru£tion publique& particuliere des enfants, en leur expliquant& en leur faifant apprendre tous les jours par œur quelques paffagesdel'Ecriturefainte, qui puiffentleur fervir de regle de conduite dans le cours de leur vie. Ils amaffent parlà infenfiblement un riche tréfor, infiniment plus précieux que ceux qu'ilspeuvent hériter de leurs parents, Quoiquece tréfor PRÉFACE. xix puiffe leur fuffire pour connoitre tousleurs devoirs, puifque la parole de Dieu eft une fource féconde& intariffable; ils pourroient pourtant y en joindre un autre, qui étant d'un bien moindreprix, ne laifferoit pas de leur être de quelque utilité. Ce feroit de fe meubler la mémoire desmaximes les plus pures qui font répandues dans les Auteurs profanes, foit en profe, foit en vers,comme nousavons dit que les Payens le pratiquoient, Ces maximes du Paganifme nous viennent à la vérité par des canaux fafpe&ts; mais cela n'empéche point qu'elles ne foient très-refpeétables; puifqu'elles partent de la vérité éternelle,& qu’elles coulent de l’unique fource de tout ce qu’il y a de vrai& de bon parmi les hommes. Ceux qui jugeront à propos de faire apprendre aux enfants de ces fortes de maximes, trouveront quelque fecours pour cela dans ce recueil. Et c'eft en partie pour cette raifon qu'on y a mis plufieurs vers de Publius Syrus. Quoique la raifon de Phomme ait été fort obfcurcie par le péché, il eft pour PRÉFACE, tant refté encore affez de lumiere pour connoître fes principaux devoirs. Ceux d’entre les Philofophes Payens qui fe font laiffés guider par ces foibleslüeurs de la loi naturelle, nous donnent quelquefois des principes de morale fi folides& fi purs, qu'ils paroiffent approcher de la Doétrine de l’Evangile, Et alors il eft bon d'en faire la comparaifon,& de montrer qux jeunes gens combien il eff hónteux. à des Chrétiens, qui ont reçu le don ineflimable de la foi, d'avoir des fentiments& des mœurs moins raifonnables qu'au Payen. Quelquefois au contraire nous trouvons dans ces prétendus Sages de l'antiquité des erreurs fi groffieres, qu'on voit bien que le divin flambeau fans lequel l'homme refte dans les ténebres, ne lesa point éclairés. Et de-là on doit prendre occafion de faire connoître aux jeunes gens quelle foibleffe& quel obícurciflement le péché a caufé à la raifon,& combienla morale des Payens eft imparfaite. D’où l’on conclut que c'eft Jefus-Chrift que nous devons écouter; que PRÉFACE"! xxj 'C'eft fonEvangile qu’il faut confulter comme un oracle sür& infaillible, que c'eftla Religion Chrétienne feule qui a le privilege d'enfeignerla vérité fans mélange derreur. C'eft pourquoi s’il fe trouvoit dans ce livre quelques principes des Payens qui ne fuffent pas conformes à la Do&rine de l’Eglife, on efpere de la piété& de la vigilance des Maîtres, qu'ils auront foin de faire remarquer en peu de mots à leurs Difciples en quoi ces principes s’écartent de l'exa&e vérité, On ne peut point douter qu'il n'y ait .€u des Payens, qui perfuadés que c'étoit la raifon qui faifoit le mérite& la dignité de l’homme, aient táché de la fuivre en bien des occafions,& aient pratiqué plufieurs vertus morales. Mais outre que la connoiffance& l'amour du feul Dieu véritable& de Jefus-Chrift fon Fils, fans quoi il n’y a aucune vertu folide, leuront manqué; on pourroit reprocher degrands vicesà ceux d'entr'eux qui ont paffé pour les plus vertueux, Ainfi on n'a garde de des donner ici pour des modeles parfaits. xxij PRÉFACE. On rapporte quelques-unes de leurs belles a&ions& de leurs paroles fages, fans ap- f profondir les motifs quilesfaifoientagir—| 1 ou parler,& fans examiner ce qu’ils ont fait ou dit de contraire en d'autres occa-] 4 fions, On les montre ordinairement du| d beau cóté,& autant qu'ilspeuvent fervir d'exemple d'une vertu qu'on recon-| mande. Si les Maitres qui feront traduire à leurs Eleves notre petit Ouvrage, vouloient fe donner la peine de lire dansles originaux la vie des Philofophes& des grands Capitaines que nous n'avons fait connoitre que fort imparfaitement, ils y trouveroient beaucoup debonnes chofes, dont ils pourroient leur faire part:& par-là les jeunes gens s'inftruiroient infenfiblement& utilement des actions& des fentimens des grands Hommes de l'antiquité. Il ne feroit pas non plus inutile de leur faire un peu connoitre les Auteurs dont ils traduifent quelques endroits, en leur difant comme en paffant qui ils étoient, en quel fiecle ils vivoient, quelle ma: PRÉFACE. xj tiere ils ont traitée,&c. C’eft une petite érudition qui ne coûtant gueres de tems, ne laiffe pas d'avoir fesavantages. Les Maîtres, qui verfés dans la le&ure des Anciens, jeteront les yeux fur ce Recueil, trouveront peut-être qu’on y a omis des exemples& des préceptes d’une grande beauté, Ils auront la bonté d’y fuppléer de vive voix ou autrement. Pour moi, outre la néceffité où j'étois de me renfermer en des bornes étroites fur chaque matiere, j'ai mieux aimé que les jeunes gens luffent un jour dans les originaux mémes certains endroits longs & brillants, dont je n'aurois pu faire ufage fans les dégager étrangement. Et il y en a d'autres, foit longs, foit courts, dont ma mémoire ne m'a point rappellé le fouveir. Ceft une faute que je prie qu'on veuille bien me pardonner, auffi bien que toutes les autres que je puis avoir faites dans ce petit Ouvrage; à l’arrangement duquel je me ctoirai heureux d'avoir donné quelque tems, s'il plait à Dieu d'y répandre fa bénédi&ion pour le xendre utile à la jeuneffe, MEAE CT ae Gili SELECT Æ E PROFANIS SCRIPTORIBUS HISTORI.E. PARS PRIM À LIBER PRIMUS. DE DEO. CAPUT I Confenfus populorum emnium probat Deum effe. Choro"x NIMAL nulum eft, preter ho- Y de leg:«| À|‘ G minem, quod habeat notitiam aliT ades le quam Dei. At inter homines gens Ty"4 semen X*^E sulla eft tam fera, que non(ciat| 7:5, Deum effe habendun fi| T hat: eum efe habendum, etiamfi ignoret qua1.45.44.lem habere deceat, Quoniam yeró in re omini N HISTOIRES fl HISTOIRES HOZISIES DES AUTEURS PROFANES. Ww 45 PREMIERE PARTIE, LIVRE PREMIER. Le confentement de tous les peuples prouve qu'il y a un Dieu, Î L n’y a aucun animal, excopté l'homme; qui ait quelque connoiflance d'un Dieu; mais entre les hommes, il n’eft aucune Nation aífez fauvage pour ignorer e doit exifter, quoi qu'elle ne fache pas la nature qui lui convient. y» puifqu'en pes chofes ME i t : ji | DE D 1IEVv. | CHAPITRE T » 2 Sentca tonfenfio firma gentium omnium, eft vox naEpift. turze,& argumentum veritatis; confitendum eft numen aliquod divinum effe. 2 Hiforiæ? profanis Script. à. Confuetudo difputandi contra Deos eft ^ mala& impia, five id fit ferio, five fimulatè. 2.68. aque cum Protagoras, fophifta maximus temDes. poribus fuis, pofuiffet in principio libi cujufEL dam, fe dubitare an Dii effent; juffu Athenien1i. fium exterminatus eft ex urbe eorum atque agro, librique ejus combufli funt in concione. Ferunt quoque talentum argenti fuiffe propofitum præznium ei qui illum occidiffet. Sic etiam dubitatig de Diis non potuit poenam effugere. E CAPUT II * Cim. i, Agnofcimus Deum ex operibus ejus: Tufc.n Diary L4 Quis eft tam vecors, qui, cum fufpexerit refp.n.19 in coelum, non fentiat Deum effe? 2.Dedi-* Pulchritudo mnndi, ordo rerum cæleftium; "T 7. converfio folis, lunæ, fiderumque omnium, ziponar indicant fatis afpe&tu ipfo ea omnia non effe forn. 15,& tuita:& cogunt nos confiteri, naturam effe ali4 90.' quam præftantem æternamque, que fit admiranda humano generi. Ibid,. 2, Quemadmodum, fi quis venerit in ædes» aliquas, aut in gymnafium, videritque ibi diffn&ionem rerum omnium, ordinem, difciplinam; intelliget aliquem. effe profe&ó, qui præfit,& cui pareatur: fic, fi quis intueatur i eo Hifloires des Auteurs profanes,? le confentement décidé& unanime de toutes les Nations, eft le cri de la nature,& le témoignage de la vérité, il faut avouer néceffairement qu'il exifte un Etre fuprême, quel qu’il foit. II. La coutume de difputer contre l’exiftence des Dieux eft criminelle& impie, foit qu'on le faffe férieufement ou par füppofition. C'eft pourquoi Protagoras, le plus fameux Sophifte de fon temps, ayant aväncé au commencement d’un certain livre, qu'il doutoit sil y avoit des Dieux, fut chaffé par l’ordre des Athéniens dela vile& du territoire d’Athènes,& fes livres furent brûlés en place publique; fa tête même, fuivant le rapport de quelques Auteurs, fut mile à prix;& l'on promit pour récompenfe . un talent d'argentà celui qui le tueroit. C'eft ainfi que le doute feul de l'exittence des Dieux ne put &chapper au châtiment de la Juflice, CHAPITRE IL Nous connoiffons Dieu par fes œuvres; I. Où eft l'homme affez dépourvu de raifon; qui en jetant les yeux au Ciel, ne comprenne quil y a un Dieu? La beauté de l’univers, l’ordre des cotps ctleftes, la marche du foleil, dela lune,& des Étoiles, montrent aflez au premier conp d'œil qu’ils ne font pas l'effet du hazard,& nous forcent d'avouer qu'il y a une nature fupérieure & éternelle, qui mérite les hommages& l'admiration du genre humain. Il. Tel qu'un homme qui venant à entrer *dans un Palais ou. dans une Académie, s’il y, appercoit de l'arrangement& de la difcipline, conçoit fans aucun doute qu’il y a un chef dans Ces lieux qui préfide,& à qui l’on obéit: A ij á Hiftoria à profanis. Script. motus perpetuos& certos, vicilhitudines; ordines rerum cœleftium tot tantarumque; ü neceffe eft ut fateatur, hac cunda gubernari. à mente aliquâ. Cum autem nec mens nec poteftas humana poflit hoc efficere; Deus unus 3 poteft effe architedus& re&or tanti operis N ac muneris. CAPUT III. Nara Dei eff optima,& preftantiffima. 1. Sententiæ veterum Philofophorum de naJbidm.4. tura Dei, fuerunt varie atque inter fe difi= lbid. effet. Itaque cüm tyrannus Hiero quafiviffet dentes, quas longum ac difficile effet dinumerare. Naturà duce intelligebant Deum effe; fed non conveniebat inter illos, quid Deus è Simonide, non folüm poérà fuavi, verüm etiam: viro do&Go fapienteque, quid Deus 1 eflet; poftulavit fibi diem unum ad deliberan- 4] gum. Cüm idem quereretur poftridie ex eo; E: petivit biduum,& deinceps fzepius duplicavit| numerum, Admirans Hiero requifivit cur ita Senec. faceret: Quis ,ipquit, res videtur mihi tantà obfcurior, quanto diuti&s eam confidero. 2. Si, cum intramus templa; folemus leffe compofti animo, habitu, inceffuque: fi, acceffuri ad facriicium, fubmittimus vultum, aptamus togaz,&-ftudemus omni modo fig-| . Hifloires des Auteurs profanes, Gi c'eft ainfi que quiconque regardera les mouvements perpétuels& inva: ables, les viciflitudes& la difpofition des objets céleftes, qui font en fi grande quantité,& d’une fi bella ftruQure, il eft néceffaire qu'il avoue que toutes ces chofes font gouvernées par un Efprit divin; or, puifquenilintelligence, ni le pouvoir des hommes, ne penvent opérer ces merilles, Dieu feul peut étre PArchitede& le leur d'un Ouvrage aufli admirable. CHAPITRE IIT La nature de Dieu efl trs- pure& très- excellente, I. Les fentiments des anciens Philofophes fur l’effence de Dieu, ont été fi étrangement partagés& oppofés entr'eux, qu'ilferoit trop long& trop difficile d'en faire le détail. Guidés par la nature, ils comprenoient tous qu’il exiftoit un Dieu, mais ils ne saccordoient pas fur ce.que ce Dieu pouvoit être. C'eft pourquoi le Tyran Hieron ayant demandé à Simonides, illuftre non feulement par la délicateffe de fa poëfie, mais encore par fa fageffe& fon érudition, ce que c'étoit que Diev, il demanda un jour pour délibérer. Le Tyran lui ayant fait le lendemain la méme queftion, il demanda deux jours,& fur de nouvelles inftances, alloit toujours en augmentant. Hieron furpris, voulut favoir la caufe de ce retardement; c’e/? que, repartit-il y plus j'entre dans Pexamen de cette matiere, plus elle me paroît obfcure& embrouillée. II. Si lorfque nous entrons dans les Temples, nous avons coutume de recueillir nos efprits, de compofer notre extérieur& notre marche; fi pour approcher du Sacrifice, nous A iij é. Hiflori à profanis Script, nincare modefliam: debemus quoque difputare verecundé de natura Deorum, ne afirmemus aliquid temere, Jamblic. Non poffumus loqui reQ de numine dividemyfle. no, nifi fimus illuftrati lumine ems. Nam numen divinum eft fons luminis, ficut& bonitatis. DeuseR^. Deus non poteft intelli fpiritua- ns quaedam lib lis. mens quæcam E era, omnia fentiens& movens, ms (0 Puro^D Quid intereft inter natutam Dei& nofttam? 66.. Pars melior nofiri, eft animus: in illo pars nulla Seneci. extra animum, totus eft ratio, Effugit oculos; T.^ vifendus eft cogitatione, pref. 7. e OC 4. Quomodo poffumus intelligere Deum; nus. nifi fempiternum? Natura quæ dedit nobis noCic.1,de tionem ohne» infculpfit quoque in menti727-25 bus, ut credamus eos æternos& beatos. Thauo les interrogatus» quid effet Deus? Quod, inLaër. in, Quit, caret. initio& finc. Thal, Omni- 5$. Nibil eft quod Deus non poffit efficepotens, fe,& quidem fine labore ullo. Etenim ut Cic.3.de membra hominum moventur mente ipsà ac 74.7.22 voluntate, fine contentione ullà; fic omnia poffunt fieri, moveri, mutari numine Deorum. Immen-| 6. Quocumque flexeris te, habebis ibi Deum fus. eccurrentem tibi; nihil vacat ab illo, ipfe imSenec. 4. jo uui. F3 plet opus fuu cb. i P te m it iC ia 0Hifloires des Auteurs profames. 9 baiffons le vifage, nous atrangeons notre robe, & nous nous faifons une étude de faire éclater la modettie dans toutes nos manieres, nous devons auffi parler de la nature des Dieux avec une crainte refpe&ueufe de rien avancer indifcrettement. Nous ne pouvons pas nous exprimer dignement fur la Divinité, fi nous ne fommes éclairés de fa lumiere; car la Divinité eft la fource de toute lumiere, comme elle l'eft de fa bonté. IIl. Nous ne pouvons comprendre Dieu que Die e? comme un Efprit libre, indépendant, d c/ de la matiere,& qui donne le mouvem vie à toutes chofes. Quelle difproportion y a-t-ilentre notre nati & celle de Dieu! La meilleure partie de n mémes eít notre ame. ll eft tout entier raifon & intelligence. Il ne peut tomber fous nos fens, & on ne peut le voir que par la penfée.; IV. Comment pouvons-nous concevoir Dieu, Étermel. fi nous ne le concevons pas en méme temps éternel? La nature qui a imprimé dans nous-mêmes la connoiffance des Dieux, y a gravé auffi le principe qui nous porte à croire qu'ils font éternels& bienheureux. Thalès interrogé de ce que c’étoit que Dieu, répondit: C'efl ce qui ma ni commencement ni fin. V. Il-n’y a rien que Dieu ne puiffe faire,& Tourmême fans aucune peine; car comme les mem- puiffante bres des hommes fe meuvent fans aucun effort par la feule penfée& la feule volonté, c'eft ainfi que toutes chofes peuvent fe faire, être mues& changées par la toute-puiflance des Dieux. VI. De quelques côtés que vous vous tour- Infnt niez, vous y trouverez Dieu à votre rencontre. Aucune portion de l'Univers n'eft exempte de fon être. Il remplit lui-même tout fon ouvrage par fon immenfité, A: iy. pro Kof. me. 4j | B. EL I | Senec. 5, | D enef, c, | F1 de | €ic. 1.diVi. 7 || t7. 2.De leg. Mis Senec. «pud La- Senec. E éant.l6. in culus confpettu viv Deo: approbemus nos ei. 83, pe&u omnium: cogitandum eft, tanquam ali8 Hiflorie è profanis Script; 7. Commoda quibus utimur, lux quà fruiMur, fpiritus quem ducimus, dantur nobis& impertiuntur à Deo. Dii. funda nt munera fine intermiffione dia: bus ac not! us. Beneficia illorum. nunc oferuntur ultró, nunc dantur or nti qui non fenferit munificentiam mo eft exi i eft ad quem 2$ Deus regit ac videt cuni, sA 1. Mundus adminiftratur providentià Deorum;| idemque confulunt rebus humanis» nec folüm Is univerfis, verum etiam fnguls.^" Hoc fit perísafam- hominibus omnibus; Deos effe dominos ac moderatores rerum omnium,& ea, que gerantur» geri numine ac> judicio eorum: eofdem intueri» quali mente= quifque fit,& habere rationem piorum atque|® impiorum. Si mentes fuerint imbutæ his opi-| 9 nionibus, mens fupplicii divini revocabit multos à fcelere. 2. Ne quis putet fe lucrari quicquam, fi non| habebit aliquem confcium deli&ii fui. Nam ille;| q imus, fcit omnia. Patemus Vivendum eft; tanquam vivamus in conf Hifloires des Auteurs profanes. VII. Tous les avantages que nous poffédons, Bom X la Jumiere dont nous Jouiffons, l'air que nous refpirons, nous font duin de dons diftribués par la main de Dieu. : Les Dieux répandent fur nous fans cefle leurs : faveurs] our& nuit; tantôt ils nous préfentent d’eux mêmes leurs bienfaits;; tantôt ils les accorde nt dea nos prieres. Qui eft l'homme qui n'a nti la libéralité des Dieux? Aucun des xempt des graces céleftes. Il n’y a r’eux, vers qui il ne coule quelPitié de cette fource intariffable de bonté, CHAPITRE IV. Dieu gouverne& voit toutes chofes, I. Le Monde eft gouverné par la providence des Dieux,& ce font eux qui conduifent les évènemens humains, nonfeulement en général, mais encore en particulier. Tous les hommes doivent être convaincus que les Dieux font les maîtres& les arbitres de tou,& que tout ce qui fe paffe ici bas : que par leur ordre& leur décifon, Qo at dans l'ame de chacun ed eux,& h 9: quin nous viv Dieu, nous lui{ cell à a mes faudr ions aux yeux de tout «0 Hifloriæ è profanis Scri quis poffit infpicere in pe&us in poteft. Nam quid prodeft aliquid| effe ab tum hominibus? Nihil claufuz: is nofris,& i i Qus, imo nunquam difcedit. ue Demo- Qui crediderit Deu im infpicere cunt a, non «rat. fen- pecca ibit neque clanc ce t 1e à etur an faGa hominum fallerent Deos: Illos ne cogitata quidem fallunt> inquit. Admonuit nos. hóc refponfo., ut velimus habere non folim ma fed etiam mentes; cim. numen colefte cogitationibus noflris fecretis. Sextus ad ricus dixit fimili fententià: Agens inju i, quam. latebis Deum,& ne cogitans quidem Rn. 3. Cüm Thales interrogar& V alter. 1.7.6 2* €APUT V. Deus colitur& placatur pietate; 1. Prima officia. debentur Diis immortalibus; ?' fecunda Patriæ, tertia parentibus, deinceps Of' gradatim reliquis, Stobœus Tria funt colenda maxime juvenibus., Dii; Serm.!- parentes, leges.; sem Ep.- Vir bonus eft fumma pietatis erga Deo os. 76, itaque fuftinet animo equo quidquid acci derit j ei. Scit enim id accidifle lege divinä, quà univerfa reguntur. 7 M eu aux hommes? Rien n° ef fent à nos efprits,€: peníées, OÙ, pour mieux dire; Pp ne s'en€ Jamais. Celui qui à fer 1 perfuad e Dieu voit tout; rete mem à découvert. om:ne l'on demandoit à Tha actions m hommes pouvoient re nues aux Dieux: leurs penfées mémes, répondit-il, ne peuvent Jas létre. Le Sage nous a o avertis par cette réponfe, de conferver lement nos mains, mais auffi nos ame puifqu'il nous apprend que la Divinité fente à nos peníées les plus fecre Pithagoricien, a dit par une mé: Ne comptez pas tromper Dieu par injufles, encore moins par vos penféess HAPITRE V. On adore& on appaife Dieu par un efprit de piété. T. Les premiers devoirs de la vie font dûs aux: Dieux immortels, les feconds à la Patrie, les troifiemes aux Parents,& enfuiteau Prochaim par degrés. Les] funes g ens fur- tont doiventobferver tr chefs, les Diar les Parents,& les Loi X. Un homme de bien a un refpe& fouveraux peur les Dieux; c'eft pourquoi il fupporte d'une ame égale tous les accidents qui peuvent lux forveni» parce qu^l fait que cela n'arrive que par la loi divine, qui difpofe tous les évênements de l'Univers. LA É. f 12 Hifloriæ à profanis Script. teer. i. Pietate adverfus Deos fublatä, fides etiam; Nat.n.4.& focietas humani generis,& x ellentiffima 275-78* virtus juftitia tollitur. 3i. 7. Hierocl. Debemus col ere Deos. Cultus autem Deoin Pyth. rum optimus eft, ut veneremur fem mper eos -— mente purà, integrâ» incorruptâ, Deus habet Laël c. locum nullum in terra grat tiorem animà pu è faxis conge Non templa funt ftruenda illi in’ altitudinem: eít conf ani cuique in fuo pectore, Cier.:. Pietas& fanditas efficiet Deos placatos. ici[o^ ï "Plnin 3. Animadverto Deos non tam lætari precipaneg, bus adorantium concinnatis arte& curâ quàm illorum innocentià& fanGitate:& eum effe gratiorem Diis qui intulerit| delubris eorum mentem puram& caítam, quàm T» qui cum cagmine meditato accefferit. Sect. Deus colitur non corporibus opimis tauroEp.n6. rum contrucidatis>TON auro, non argento, 2f. non fpe infusà in thefauros: fed voluntate pià& re&à. Itaque boni funt religiof etiam oblato fa arre ac farinâ: mali contrà non eífugiunt in t» quamyis cruentaverint aras multo fanguine, €. 6. Kefod. Tacito ©^ te: atou ris cul U'& quando tempus matutinum Yenerit, ut fint animio benevoig in ie, [2] je S Hiffoires des Auteurs profanes: 13 Si vous enlevez le refpe&& la piété envers les Dieux, vous enleverez la fidélité& la fociété entre les hommes,& vous fupprimerez la juttice, qui eft la plus excellente de toutes les vertus, Nous devonstous rendre hommage aux Dieux; mais le meilleur culte que nous puiffions leur rendre, eft de les honorer avec un cœur pur, integre& fans tache. Dieu n'a point fur la terre de demeure plus gracieufe qu'une ame chaîte. Il n’eft pas néceffaire de lui dreffer des Antels de pierres entaífées les unes fur les autresen hauteur, il fuffit de lui en confacrer un dans notre cœur. La piété& la fainteté nous rendra les Dieux propices. 1i. Je remarque que les Dieux font plus fenfibles à l'innocence& à la fainteté de leurs Adorateurs, qu’à des Prieres compofées avec art& avec foin,& que celui qui apporte à leurs Autels une ame pure& cbafte, eft plus agréable à leurs yeux, que celui qui s'en approche avec des chants médités& étudiés. Le culte des Dieux ne confifte pas à leur immoler des corps gras de Taureaux, il ne confifte pas dans l’or, ni dans l'argent, ni dans les aumônes dont on remplit leurs tréfors, mais dans une intention droite& religieufe. C'eft pour= quoi les bons font refpe&tueux envers les Dieux, en ne leur offrant méme que du gáteau& dela farine: les méchants au contraire n'en font pas moins impies, quoiqu'’ils enfanglantent les Autels du Sang de Vi&imes innombrables. Faites des Sacrifices purs& chaftes aux Dieux; fuivant vos facultés; appaifez-les,& rendez-les favorables quand vousirez vous coucher,& que le temps de vous lever fera ventu, h uA Hifloriæ à profanis Script, CAPUT VI Deus efl colendus magis pib; quam magnifice. Cicodeg— 1. Homines adeant caflé ad Deos, adhibeant 7.19.25. Dletatem, amoveant opes. Significat hec lex probitatem effe gratam Diis;& fumptum effe removenáum ab eorum cultu. Cüm enim paupertas debeat elle probro nemini inter homines; non eft arcenda ab aditu Deorum. Præfertim cum nihil fit futurum minus gratum ipfi Deo, quàm viam ad colendum fe& placandum non patere omnibus, Æenoph— Clim Socrates faceret facra tenuia de faculs memor. tatibus. exiguis, putabat fe non præftare minùs, quàm eos qui de magnis opibus cæderent hoftias multas. Etenim aiebat non decere Deos, ut ganderent potius. facrificiis magnis ,. quàm exiguis: quia cum fcelefüi funt plerümque ditiores viris bonis, eorum facrificia futura effent acceptiora. ltaque exiftimabat facra ila& munera effe maxime grata Diis, que offerrentur ab hominibus maxime pis. Livius 2. Apud veteres Romanos Dii colebantur Lp37. magis piè, quàm magnifice; placabantque eos od ed efficacius, quó fimpliciüs, ex libamentis "T7 wictüs fui, farre& fale, | | Hiffoires des Auteurs profanes. 1$ CHAPTTRE VI ;> Le culte de Dieu exige plus de piété que de magnifi Cer2ce I. Que les hommes s templo! ent li £a piété pour anocence& ] des Dieux,& qu'ils en éloignent les richeffs es. E e loi que Ciceron impofe, apprend que la probité eft agréable aux Dieux,& qu’il faut écarter la€ icis fe du culte qu'on leur rend. En effet, puifque la pauvreté ne doit pas étre parmi les hommes un fujet de honte, il ne faut pas non plus la bannir de l'approche des Dieux;; fur-tout rien ne devant moins plaire à Dieu, que de choifir une voie, pour Fappaifer& l’h adis qui ne feroit pas ouverte à tous les hommes, Socrate en offrant de modiques Sacrifices properdent à la modicité de fes pouvoirs, comptoit faire autant que ceux e, abondants en icheffes, immo!oient une grande quantité de vi&imes: car, difoit-il, il ne conviendroit pas aux Dieux de goüter plus de plaifir dans les gra facrifices, que dans les petits, parce que sn étant Grdisirem t plus riches que acrifices deviendroient plus ar aréahies, En Vini nce, il eftimoit que les offrandes& les préfents c des perfonnes pieufes devoient étre recus plus favorablement des Dieux. II. Le culte des Dieux chez les anciens Romains fe pratiquoit avec plus de piété que de magnificence,& leurs facrifices avoient d’autant plus de vertu pour les appaifer, qu’ils étoient plus fimples, en ne leur offrant pour libations que les mets de leur table, du gâteau & du fel, 16 Hiflorue$ profanis Script. Plinls4 L. Papirius imperator adversis Samnites €.13. dimicaturus, fecit votum Jovi, fi. viciffet, pocillum vini. Imagines fidiles Deorum erant tum laudatiffime: nulla conficiebantur ex fac, 197 nulle ex argento. Nec deinde rempubliSat. i, CAM poenituit eorum qui colnerant D eos tales. APTA Quippe. Jupiter videbatur effe DT tius, cum iud ejus finger la, non vero conflarentur ex auro. Sim Deorum lignea aut fiétilia, funt dicata Rome in templis"ufque ad Aim devictam, unde luxuria is ny afit urbem, auAlexander magnus dicitur, coluiffe magnificé Deos à pueritia. Cum aliquando faciens facrum injeciflet manibus ambabus thura in ignem; Leonidas prædagogus ejus: Adolebis, inquit, fic» cim fubegeris regiones eas, ubi thura nafcuntur: Interea utere parcé præfenti Pofteà Alexander, Arabià, regione thi redaGA in ditionem fuam, memor repr fionis olim fade à Leonida, mifit‘ei thura multa, odorefque alios, admonuitque ne vellet pofthac€ efle parcus ia honoribus Deorum. que! Hifloires des Auteurs profanes. 17. Lucius Papirius, Général, prêt à marcher contre les Samnites, fit vœu à Jupiter, s'il remportoit la yi&oire, de lui offrir une petite coupe de vin. Les Images des Dieux les plus eftimées alors étoient de terre: l’on n’en faifoi aucune ni d'or ni d'argent. La Répulique ne rougit pas d'honorer dans la fuite des hommes qui avoient adoré fincérement de tels Dieux; car Jupiter fembloit être plus favorable, lorfque fes Statues étoient formées d'argile, que quand elles étoient d'or. Cette modeíte coutume de confacrer à Rome des Statues dans les "Temples des Dieux, faites de bois ou de terre, à duré jufqu'à la conquête de l'Afie, fatale époque ou le luxea commencé de s'einparer de cette Ville. Tii. On rapporte qu'Alexandre le Grand aima de bonne heure à faire éclater la magnificence dans le culte des Dieux. Comme il jettoit un jour, dans la célébration d'un Sacrifice, de l'encéns à pleines mains dans le feu facré; Lecnidas fon Précepteur le reprit en ces termes: Prince, vous prodiguerez ainfi l'encens, lorfque vous vous ferez rendu maître des Pays où il prend naiffance: en attendant, ufez-en avec plus d'épargne. Alexandre, quelque temps aprés, ayant foumis fous fa puiffance l’Arabie où croit l’encens,& s'étant fouvenu de la réprimande que lui avoit faite autrefois Leonidas, il lui envoya une grande quantité d'encens& d'autres parfums, avec le fage confeil de ne plus étre fi ménager déformais dans les honneurs qu'il rendroit aux Hifloriæ à profanis Script. CAPUT VIL Impii non placant Deum donis, Cie, 2. lmpii audiant Platonem; qui vetat dubitare leg.n.4:. quà mente Deus fit futurus in eos; cüm vir nemo probus velit donari fe ab improbo. ios Jucundum ton effet viro ptobo accipere doIm py : na, qua non ignoraret dari animo malo. Si €ATT2. ÿ; cs pietas adfit, nihil non poteft effe gratum Deo: contrà autem, fi defit. Plaut.in Scelefti inducunt in animum fuum, fe poffe Rudente. placare Jovem donis& hoflüis, at perdunt operam& fumptum, Diog. Bias navigabat aliquandè cum impiis: cüm Leër. in Vetd, tempeflate ortà, navis quateretur dian. fluGibus, Mlque invocarent Deos: Silere> inquit, ne Dii audiant vos navigare in hac nave. Idem refpondit nihil homini impio percontanti quid effet pietas. Cümque ille feifcitaretur caufam fléntü: Taceo inquit, qua quæ= ris de rebus nihil. pertinentibus. ad te. PSyrus.— 4, Puras Deus, non plenas; afpicit manus* Cicer.pro vi s Cuni, Mentes Deoram poffunt placari pietate,& :4.— Teligione,& precibus juflis, non fuperftitione contaminatä, neque hoftis cæfis ad-perficienáum fcelus, 4 € c Hifloires des Auteurs profanes,— 19 CHAPITRE VII Les Impies m'appaifent point Dieu par leurs offrandes, ss I. Que les Impies écoutent Platon, qui leur défend de douter dans quelle difpofition Dieu t être à leur égard, puifque même un homme de probité ne T oudia pas recevoir le préfent d'ua méthant. Une perfonne de bien n'accepteroit pas avec plaifir des dons qu'elle fauroit lui;être faits de la part d'un cœur malin. Je ne fache rien où lapiété à quelque part, qui ne puiffe Être agréable aux Dieux,& rien qui ne puille leur deplaire où elle manque. Les Scélérats fe mettent dans l’efprit, qu'ils peuvent appaifer Jupiter parleurs préfents& par leurs facrifices, mais ils perdent leurs peines& leurs dé penfes. Bias voyageoit un jour fur! Mer avec des Imi le vaiffeau s'étant trouvé tout- à- coup iolemment agité par les flots qu’une tempête imprévue fouleva, ces Impies effrayés du péril, invoquoient la miféricorde des Dieux: Taifezvous leur dit-il, de crainte qu'ils m'entendent que vous etes ici. Le même Sage ne répondit rien à un Libertin qui lui demandoit ce que c’étoit que la Religion,& comme il infiftoit, pour Ícavoir la caufe de fon filence, je me tais, lui Jias, parce que vous vous informez de che 4 qui ne vous regardent| point. ll. Le Ciel n'exauce point des mains pleines, ma is chaftes. es Diei ux ne peuvent étre fléchis que par la piété, le re{pet,& par des prieres pures Gc innocentes, X non pas par une fuperflition cri^» [*] 8. o > 20 Hifforia à profanis Script, 417^— Rfchinius dicit apud Terentium patri: Pa"Adelph. aë.4.fe, fef; tu comprecare Deos potius, quàm ego. 2. Nam certè fcio eos obtemperaturos tibi magis, quód es vir melior multo, quàm ego fum. Cultus primus Deorum eft, credere Deos. Deinde, fcire eos effe qui præfident mundo, qui gerunt tutelam generis humani, curiofi fingulorum. Vis propitiare Deos? Efto bonus. Quifquis imitatus eft cos, fatis coluit. Sexti Sentent, Dilige Deum plus quim animam. Si non gis Deum, non ibisad Deum. Non amabis autem Deum, nifi habueris in te aliquid fimil Dei. Plain— Cogandum eft ut efficiamur fimiles Deo j Theat. quantüm licet homini. Homo autem efficitur fimilis Deo prudentiâ, juftitià, fanGitate. CAPUT VIII, Mens bona,& inventio artium; veniunt à Leo, Platoin Y. Virtus non advenit à natura, neque à Menon. doGrina, fed à numine di Sen. Ep. dat virtutem. Nafcimur quid 9o. fine hoc. Ep.4., Nemo vir bonus eft fine Deo. An poteft aliquis exfurgere fupra fortunam, non adjutus no. Natura non em ad hoc, fed tes, T Merez 1 & fa É n,/ Ai : Hifloires des Auteurs profanes.— 31 minelle, ou en égorgeant des victimes qui met« tent le comble à l’iniquité. Ælchine dans Térence, dit à fon pere: Faites, mon pere, des prieres aux Dieux plutôt que moi; car je fuis für qu’ils vous écouteront plus favorablement que moi, parce que vous êtes bien meilleur que je ne fuis. Le premier objet que nous devons nous pro= pofer dans le culte des Dieux, eft premiérement de croire qu'ils exiftent; enfuite d’être perfuadés que ce font eux qui prennent la tutelle du Genre Humain,& qui ont foin de chaque homme en particulier. Voulez-vous vous rendre les Dieux propices? foyez homme de bien: qui les prend pour modéles, les honore affez: Celui qui s’étudie à rendre fon ame femblable à Dieu, autant qu'il eft poffible à sn Mortel, lui rend un très-bon culte. Aimez Dieu plus que votre ame. Si vous ne l'aimez pas, vous n’irez pas à lui. Or vous n’aimerez Dieu, qu’en approchant en quelque chofe de fa reffemblance. ll faut employer tous nos efforts pour devenir femblables à Dieu, autant qu'il eft poffible à un homme. Or l'homme ne devient femblableà Dieu que par la prudence, la juftice& la fainteté. CHAPITRE VTITIT Le cœur droit& l’invention des Arts vien= nent de Dieu. I. La vertu n'eft point le fruit de la nature; ni de la fcience, mais elle eftun don de la Divinité. La nature ne donne point la vertu: nous naiffons pour elle, mais fans elle.; Il n’et point d'homme vertueux fans Dieu. L’homine peut-il s'élever au-deffus de fa condi | 22* Hifloriæ à profanis Script. abillo? llle dat confilia magnifca& erekta: ille habitat videris hominem interritum periculis, intactum cupiditeübus, felicem inter adverfa, placidum in tempeíletibus; defpicientem quafi ex loco fuperiore humana omnia; nonne admiraberis cum? Nonne dices: Virtus illa eft major & altior corpujculo in quo eft: vis divina defcendit üluc? Si quis eft animo excellente y;& moderato! fi quis rider Sridquid caeteri mortales timent aut optant? coelefiis potentia agitat eum ac regit: tes tanta non poteft flare fine adminicus lo numinis. Ep.75— lur ad aftra frugalitate, temperantia, fort titudine, aliifque virtutibus. Dii non funt faf. tidiofi, non invidi. Admittunt nos,& porriunt manum afcendentibus. Imó Deus venit ad homines& in homines, Mens bona nulla eft fine Deo. Auer— 2. P. Scipio Africanus nihil cœpit priufquam. dc vir. il.{ediffet diutifimé in cella Jovis, quafi acciperet t^. inde mentem divinam,& confilia falutaria lius, L7, reipublice. Propterea folitus erat ventitare in 3.1 Capitolium ante diluculum. 1 7. 40v Cicero in oratione pro Sylla palàm praedicat; confilium patrie fervandz fuifle inje&um fibi à Diis, cim Catilina. conjurâffet adversüs eam. O Dii immortales! Vos profedo incendiftis tum animum meum cupiditate confervandæ i in unoquoque virorum bonorum, Si| qu ftot Treti na Qin fon taf Xr Venit bu hd Le ett ana aH eu Hifloires des Auteurs profanes. 25 tion; fi Dieu ne lui prête fon fecours? C’eft lui qui infpire les deffeins nobles& hardis. C'e(t lui qui fait fa demeure au-dedans de chaque homme de bien. Lorfque vous voyez un homme intrépide dans les dangers, infenfible aux paffions, heureux au milieu de l’adverfité, paifible dans les tempétes, regardant avec dédain tous les biens d'ici bas, comme s’il étoit élevé à un degré fupérieur à l'humaniré, n'étes-vous pas pénétré d'admiration,& comme forcé de vous écrier? Une vertu plus grande& plus excellente que ce petit corps où elle et, l'anime. L'efprit Divin eft defcendu dans ce Mortel. C'eft une puiffance divine qui conduit& organife cette ame excellente& tempérée, qui fe moque de ce qui fait l’objet de la crainte& des défirs du rete des hommes. Une force d’efprit auffi naturelle ne peut fe foutenir fans le fecours de la Divinité. On n'arrive aux Cieux que par la frugalité 3 la tempérance, la force& les autres vertus. Les Dieux ne font ni dédaigneux ni jaloux; ils nous recoivent avec bonté,& nous tendent la main pour monter vers eux. Ce n’eft pas affez direz Dieu s'abaiffe jufqu'aux hommes,& defcend em eux: tout cœur droit vient de lui. lI. P. Scipion l'Áfriquain ne fit jamais aucune démarche, fans auparavant avoir fait une lon^ gue(cance fur le trépied de Jupiter, feignant qu'alors il étoit infpiré de fon efprit,& qu’il en rece voit des confeils falutaires à la République: C'eft»our cela qu'il avoit coutume de fe rendre très-fouvent au Capitola avant la pointe du jour. À; Ciceron dans une Harangue qu'il a compofée, pour Sylla, déclare ouvertement que le deffein qu’il fentit naître tout-à-coup en lui-même de conferver fa Patrie,& de la mettre à l'abri des noirs complots de Catilina, lui avoit été infpiré 24 Hiflorie à profanis Script. patrie. Vos avocáítis me à cogitationibus omnibus cæteris,& convertiflis ad falutem unam patris. Vos denique prætuliftis menti meæ clarimum lumen in tenebris tantis erroris& infcientiæ. Tribuam enim vobis quz funt veftra. Nec vero poffum dare tantum ingenio meo, ut difpexerim fponte msà, in tempeftate illa guess reipublice, quid effet optimum delV. Come Nihl infolens& gloriofum exit unquam dVcposin ex ore Timoleontis: qui quidem citm auciret Timo. audes fuas praedicat, nunquam dixit aliud, *' quàm fe habere atque agere gratias maximas Diis, quód chm ftatuiffent liberare Siciliam à dominatu tyrannorum, voluiffent fe potiífumum effe ducem hujus operis. Putabat enim nihil rerum humanarum agi fine numine DegEUMe Diog,$3. Quidquid boni egeris; puta acceptum effe Toe in à Diis, inquiebat Bias, M. Ant.. st.. Let.c,17, M: Antoninus in libro de vita fuâ, at ibi gratias Diis verbis multis, quod dederint Íepius monita& adjumenta ad inflituendam vitam fapienter; quód eripuerint fe& juvenem & fenem ab occafionibus multis peccandi; quod conceflerint bonos parentes, præceptoTes, amicos, Except, Cürn. divitie foleant afferre hominibus aut pli.— amorem voluptatis, aut animi fuperbiam; opus eft homini auxilio divino, ut modeftiam colat, par Dara. It d, mas n à of enm Jt: [i agit lam Wm li tos aut pus Ë lat, paf Hifloires des Auteurs profanes. 2$ par les Dieux. O Dieux immortels! s'écrie-t-il, c’eft vous fans doute qui avez allumé dans mon ame le zele dont je me fuis fenti embrafé pour fauver ma Patrie: c’eft vous, qui ayant fu détourner mes idées de tout autre objet, les avez uniquement fixées vers le falut de ma Patrie; c’eft vous qui au milieu des ténébres épaiffes de l'erreur& de l'ignorance, avez répandu dans mon efprit la lumicre la plus propre à les diffiper; car je dois vousrendre ce qui vous appartient. En effet, ce feroit trop attribuer à mon génie que de lui donner le mérite d’avoir difcerné par lui-même le parti le plus sûr dans une circonftance auffi orageufe que celle où fe trouvoit la République. Jamais il n’eft forti de la bouche de Timoleon aucune parole qui portât le moindre cara&tere d'orgueil ou d’oftentation: lorfquil entendoit publer fes louanges, il fe cóntentoit de dite quil devoit,&-qu’il rendoit en effet aux Dieux des remerciments infinis, de ce qu'ayant réfolu de délivrer la Sicile de l'injufte domination des T yrans, ils l'avoient choifi pour être l’inftrument de ce glorieux miniftere: car il étoit convaincu que rien ne fe pafloit dans le monde que par leur providence. 111. Quelque bien que vous faffiez, rendez en toute la gloire aux Dieux, comme venant de leur part, difoit Bias. Marc-Antonin, dans le Livre qu'ila compofé de fa vie, rend graces aux Dieux en termes étendus, de ce qu'ils lui avoient fouvent donné des avis& des préceptes pour régler fagement fes mœurs, de ce qu’ils lui avoient fait éviter dans fa Jeuneffe& dans fa vieilleTe plufieurs occafions de chüte; de ce qu'enfin ils lui avoient accordé de bons parents, de bons maîtres,& de vrais amis; Comme les richeffes jettent ordinairement dans le cœur des hommes, ou l'orgueil, ou l'amour de layolupté, ils ont befoin du fecours dela grace 26 Wiftoria e profanis Script. de Credendum eft neminem virorum bonorum &£e. Ze za. n, talem fuiffe, nifi adjuvante Deo. Et.nemo un165. quam fuit vir magnus fine afflatu aliquo divino, Ibid, n. Si mens, virtus; fides, concordia ineft in 79e genere humano; unde hec potuerunt deflue4 re in terras, nifi à fuperis 5 4. Cura prifcorum in inveniendo, benig nitas in tradend fo, eft donum Deorum. Si quis e forte credit illa potuiffe excogitari ab homi; ne, intelligit ingrat? munera Deorum. i Senec.4ù Ne dixeris iil enef, c. tta. Seins arti ^i bis,& Deus excitat ingenia. a; que invenimus; effe nof. um omnium infita funt nemagifer ex occulto acuit& CAPUT IX Templa ad augendam pietatem ,ex3 pr Junt, Cier.z. QCenfeo delubra effe excitanda Diis i in feg.n,26 bibus, Nec fequor magos Pe fa confilio Xerxes dicitur f Gracia. Indignabantur quipp tibus Deos, quibu is omnia del p L] tentia ac libera, quorumque! omnis effet templum& domus. i Romani melüs fenfère ac fecére: qui, licèt agnofcerent divinum numen eíl jue diffufum, tamen, ut augerent pietatem| noftram in Hifloires des Auteurs profaz. célefte, pour ne point oublier alors la P de la modeflie. devons croire que de tous ceux qui font ien, il n'y en a aucun qui ne le foit avec u,& jamais il n'a exifté un grand is quelque infpiration divine. Si la raifon, la probité, la foi& l'union regnent parmiles hommes, d’où cesexcellentes vertus t-elles pu defcendre en terre, fi ce n’eft d’en haut? IV. Les foins que prenoient nos Ancétresd'inventer& de perfeCtionner les Arts, leur bonté à faire paffer leurs découvertes jufqu'à nous, font autant de préfents des Dieux. C’eft mal cor fidre,& payerd’ingratitude les biensfaits des Dieux, que de croire que nous fommes redevables à un Mortél de toutes ces inventions. N'allez pas prétendre que les connoiffances auxquelles nous donnons, ou l'étre, ou quélque accroiffement, foient notre ouvrage. Nous avons naturellement en nous-mêmes les principes de tous les Arts,& Dieu, ce maître invifible, dreffe & réveille nos efprits par une impreffionfecrette Gt cachée. pr CHAPITRE 1X, Les Temples ont été bâtis pour auge menter. la dévotion, le penfe, dit Ciceron, qu’il eft néceffaire d'é: lever des Temples dans les Villes. Je ne fuis pas du fentiment de ces Mages Perfans, qui confeillerentà Xerxès d ttre le feu à tousies T'einples de la Gréce. Ils nt indignés, à l'entendre, qu’on renfermár dieux entre quatre-murailà qui t due de l'Univers doit ervit pour ainfi dire de Les Grecs& les Romains j jo l | | | 28 Hifloria à profanis Script. Deos; voluerunt illos incolere eafdem urbes quas nos. Affert enim hec opinio religionem utilem civitatibus. Si quidem bene diétum eft à Pythogora dodiffimo viro, pietatem& religionem maxim& verfari in animis, cüm rebus divinis operam damus in templis, cernentes fimulacra Deorum. =“ Thales; qui fuit unus& fapientibus illis feptem, dixit, oportere homines exiflimare, Deos omnia cernere? Deorum omnia eife plena: ut ubique tam fanü? caftèque agerent, quàm fi in fanis effent maxime religiofise Arianus— Olim tanta reverentia præftabatur templis; E Epid, ut in iis exícreare aut mungere nefas eflet. Le 4e Ce " CAPUT X. Tuta& honorata inter hofles pietas. Liiius|l. I. Cim Galli; captá urbe Romà, Capif:€/46- tolium obfiderent&, intenti effent ad id, ne quis hoftium poffet evadere, juvenis Romanus convertit in fe civium atque hoftium admirationem. Sacrificium erat ftatum gend Fabis in cole Quirinali Ad quod faciendum cum C. Fabius Dorfo defcendiffet€. Capitolio, ferens facra manibus; per medios hoftes tranfiit,& nihil motus voce cujufquam& minis, in Quirinalem collem pervenit. Ibi omnibus rebus pera&is folemniter, regreffus eft vià IG Ier (re |ple 1 ne tfloires des Auteurs profanes. 29 a divinité fût répandue dans toutes les s du monde, néanmoins pour augmenter la ation enversles Dieux, ils ont voulu qu'ils habitaffent dans les mêmes Villes que nous. En effet, cette perfuafion de leur préfence entretient dans les Villes une piété qui leur eftavantageufe. C'eft pourquoi Pythagoras,Perfonnageilluitre par fon favoir, a fagement dit que la vué des Images des Dieux dans les Temples, quand nous y affitonsaux Cérémonies facrées, necontribue pas peu à infpirer dans nos cœurs des fentiments de piété& de religion. Thalès qui fut un des fept Sages de la Grece, à dit qu’afin que les hommes fe conduififfent avec autant d'innocence& de réferve par-tout, que s'ils étoient dans les lieux les plus facrés, il £ falloit qu'ils fuffent convaincus de cette vérité, queles Dieux voient tout,& que la plus petite portion de la terre eft remplie de leur être. On avoit autrefois une vénération fi parfaite pour les Temples, que c’étoit un crime de s’y, moucher& d’y cracher. CHAPITRE X La Religion en honneur& en füreté; même parmi les Ennemis, I. Pendant que les Gaulois, maîtres de la Ville de Rome, affiégeoientle Capitole,& étoient attentifs à ôter à l’Ennemi tout moyen de pouvoir s'évader, un jeune Romain attira fur lui feul l'admiration des(iens& des Ennemis. Le Sacrifice Mont Quirinal étoit héréditairement attaché à famille des Fabiens. Caius Fabius Dorfo defdit donc du Capitole pour s’en acquitter, pordans fes mains les Offrandes facrées;& pafau milieu des Ennemis fans être ébranlé ni urs cris, ni de leurs ae il arriva au iij Au moe, e PE 3 Led 1 a 1 » m a rnt or Li «o n pO futu , tutur , multitudinem quoque juftä r levit: adduxit i tium n legatos; ap en eft pr præfidio naviur Roma ux fof; i funt au public enu, avec unecont ice& unedémar ux affurée, plein d'unefainte confiance, que Dieux dont il n’avoit pas a rop o0 I mms: a porter à Delpl Apollon. 1 f menés nenes f acqu 1S AU ée> M lhumeur étoit er'ouva revétu pour : Me ziftrature, qui touché de & pour les Ambaffadeurs& pour le l'on envoyoit ce préfent, vintà bout d'infpirer au Peuple les mêmes fentiments de refpe&& de religion. Il fit donner aux Députés l'hofpitalité puplique,& les fit conduire à Delpliesavec une efcortede Vaiffeaux,& ramener fains& faufs à Rome. LeSénatvoulut par reconnoiffance contratter avec lui le droit d'hofpitalité, lecombla de préfents au nom de la République. 3? Hiftoria à profanis Script,| CAPUT XI ends Publica religio privatis. affedibus praelata. L».L5. Cüm Galli ad Romam ferro& igné vaftan-|| * 4?- dam accelerare dicerentur:& mulis fpes effet|(a urbem poffe defendi; multi Romanorum per agros dilapfi fant, multi urbes petierunt fini- fi timas, afportantes quæcumque habebant pretioInterim Virgines Vettales; omifs rerum arum curà, cüm*confultaflent, quæ facra fecum ferenda effent,& quae relinquenda, quia vires deerant ad ferenda omnia; defoderunt in loco facro quedam condita in doliolis: alia ferentes, onere inter fe partito, ingreffæ| funt viam quz ducebat ad Jinicuhin. Eas cum confpexiffet Albinus à plebe Romanâ| p homo, plauftro conjugem ac liberos vehens f inter dd turbam qua urbe excedebat; k ratus eft irreligiofum effe fanQas Virgine b t pedibus ire, portantes manibus facra sa li b© Romani; fe verd ac fuos in yehiculo conf; ict| i taque flatim omiffo, quod incæperat, itine-|| re, defcendere uxorem ac liberos juflit, Virgines facraque in plauftrum impofuit,& perFlorusl. vexit Care, quo iter erat Ve flalibus. Adeo ^ 73. tunc in ulümo etiam cafu religio publica an-; tecellebat privatis affetibus, falvumque erat l difcrimen rerum divinarum& humananun, Hifloires des Auteurs profanes. 33 CHAPITRE XL La Religion publique préférée aux intérêts particuliers, Le bruit s'étant répandu dans Rome que les Gaulois fe hâtoient de venir à grandes journées pour la mettre à feu& à fang, comme il nereftoit aucune lueur d efpérance de pouvoir la défendre ,une pa artie des Romains fe difper(a dans les campa Em; une autre emportant ce qu'elle avoit de plus précieux, fe réfugia dans les Villes voi Ts Cependant les Veftales oubliant le foin de ce qui les regardoit perfonnellement, tinrent confeil entr’ellesf{ur ce qu'elles devoient laiffer ou emporter des Reliques facrées;& parce qu'elles maniuoient de forces fuffifantes pour les enlever toutes, elle es en dépoferent une partie dans des barils,& l’enfouirent dans un Lieu facré. Enfuite partageant ce qui en reftoit ehtr’elles, elles prirent le chemin qui conduifoit au Janicule. Un homme du Peuple, nommé Albin, qui parmi la multitude de céux qui abandonnoient la Ville, conduifoit dans un chatiot fa femme& fes enfants, vint à les appercevoir. Se perfuadant que c’étoit blefferla Religion, de fouffrir marcher à pied des Vierges facrées>& qui portoient entre leurs bras les Dieux des Romains, tandis qu’onle verroit affis tranquillement dans en chariot, il s'arrêta,& fit de{cendre fa femme& fesenfants. Il fit monter en leurs places ces Vierges, avec leurs Reliques,&les mena jufqu' à Cérès, Où elles avoient defl‘ein de fe rendre. Ce trait nous prouve affez qu’on favoit alors préférer dans €irconítances les plus orageufes de la R Ja Religion: à fes avantages particuli 24 Hifloriæ? profanis Scripti CAPUT XII Empii feritis ocins. dant panas. i. Dionyfius major, Siciliæ tyrannus, us crudelitatem exercuit in fuos, fic 1 in Deos furtis&. cavillationibus.. Cum num Jovis veniflet, detraxit. ei aureum amiculum, quo fuerat.à. tyranno Gelone exornaius: atque in eum etiam cavillatus eft, diÆ flaze gravem e 1 frigidum. Exque dicebat aptum s E. Fano qu'odà nm e E ra rumque lento g procedi * 1* v. . tarditatemque iup]J licu Hifioires des Auteurs profg anes.— 33 la différence qui doit être entre les chofes divines & humaines. CHAPITRE XII Les Impies font châtiés tôt ou tard. I. Denis l'ancien, Tyran de Sicile fit patoître autant d'impiété pat fes larcins& fes railleries, que de cruauté envers les fiens. Etant entré dans le Temple de Jupiter il h Sha un manteau i fa Sta tue, ant qu’ unm 1 | él veu dit-il, mes Dieux immortels accor que Denis ne fubit pa ve NI Ou D Hiforie$ profanis. Script littora Locrorum. Qui tantà elede edoQus tandem Rex effe De 208; juffit pecuniam omnem conquifitam referri in thefauros Proferpine. Nec tamen unquam pofeà quicquam profperi evenit ei i5 pulfufque ex Italia, ignobili morte occubuit, cum temere noctu ingrefPut. in fus effet Argos. Eanceà primüm leviter vulnePyrrho. ratusfueratà juvene quodam Argivo. Matrem habebat hic anum pauperculam» que interahas mulieres fpe&ans praelium.& teGo domüs, cüm videret Pyrrhum ferri toto impetu in. au&orem vulneris fui, timens vite fili, protinus tegulam corripuit,& utrâque manu libratam dimifit in caput Regis. Quo vulnere deje&dus ex equo Pyrrhus, à Zopyro quodang eft obtruncatus. Livl:5.. 4. Longo poft tempore Q. Plemimus præS gs 2h pObtus præfidio Romanorum in urbe Locrorum, clim à facrorum fpoliatione non abftinuiffet,& eofdem Proferpinæ thefauros d puiffet, quos olim Pirrhus; ex fenatufconfulto Praetor& legati Locros miffh, precipuam, ut mandatum erat, cnram religionis habuére. Omnem enim facram pecuniam, que apud Pleminium X milites erat, in thefauris Dez repofüerunt, cum ea quam dup! am Romà attulerant, ac piaculare facrum. fecerunt. ' Iofe Pleminius, anteà à fuis hoftiliter laceratus,& nafo auribufque mutilati is, prop& Vale.1 exanimis relictus, Rom am miffus eft, cauar^ tam diQurus. Sed ante caufæ diGionem, teterrus. rüno genera morbi in carcere eft confumptus. ho 4 ! 1 d. Hiffoires des Auteurs profanes,— qr mis l'argent facré, fur les rivages de Locres. Le Rotinftruit par ce cruel défaftre qu'il y avoit des: Dieux, fit amaifer tout l'argent,& donna ordre qu'onle remportát dans les Tréfors de Proferpine. Malgré cette reftitution, jamais depuis ce temps il ne jouit d'un moment de profpérité. Chalfé de Y Italie,& étant entré imprudemment la nuit dans Argos, il y rencontra une mort honteufe, IE avoit été d'abord légérement bleffé d'un coup de lance par un jeune Grec. Ce jeune homme avoit fa mere, qui étoit une. vieille femme pauvre,& alors occupée avec d'autres femmes regarder le combat du faite de fa maifon: elle envifagea: Pyrrhus quialloit fe jetter de toute fa force fur l’auteur de fa bleffure. Craignant peur la vie de fon fils, elle fe faifit tout-à-coup d'une de fon cheval,& futégorgé par un certain Zopire. Ili. Long-temps après Quintus. Pleminius, à. qui on avoit donné le commandement de la Garnifon Romaine établie dans Locres, ne put s'abftenir de jetter fes mains criminelles furles chofes: facrées,& pillales mêmes Tréfors de Proferpine: que Pyrrhusavoit autrefois enlevés. Le Préteur fut envoyé à Locres avec des Députés qui étoient: chargés de maintenir le refpe& dà à la Religion. En effet, ils remirent dans les Tréfors de la Déeffe, outre l'argent. facré dont Pleminius s'étoit: emparé,& qu'il avoit diftribué à fes Soldats, le: double dela fomme, qu'ils avoient apportée exe près de Rome,& firent un: Sacrifice d'expiation: Pleminius, après avoir été impitoyablement déchiré par les fiens, le nez&les oreilles coupés, & laiffé à demi mort ,fut envoyé à Rome en cet état, pour y plaider fa caufe. Mais avant de pouvoir fe jufti&er, il mourut dans la Prifon, confumé d'un genre de maladie la plus cruelle qu'on puiffe 28. Hiffrie? profanis Script: Uifinl 4: Xerxes ante navale prelium, quo v 2:€ 12 eft à Themiftocle, miferat quatuor millia armatorum Delphos, ad diripiendum templum| Apollinis; quafi gereret bellum non tar cum Gracis., fed etiam cum Diis imm bus. Que manus tota deleta eít imbribus& fülminibus: nt intelligeret quàm nulle: effenr liominum: vires adversus Deos.. iCtus 5. Contrà Ageflaüs, Rex Lacedæmonio- É rum, magnam templis reverentiam habuit.? flcié Maxima laus fuit vitoriæ, quam de Athe-( nienfibus& Bæotis apud coroneam ader eft qubd antetulit ire religionem. Cum enim plerique ex: fuga fe in templum Minerva con-? jeciffent,& quæreretur ad eo quid his vellet, feri, eos vetuit violari: etfi ahquot vulnera acceperat in prelio,& Se videbatur om- i nibus qui adversus fe ma tulerant. Neque|! folum in Gracia fan habuit templa Deo--| rum, fed etiam os barbaros fummä reli-| gione omni a fimul acra atque aras confervavit. c Alexander nus, cum Thebas everte-| ret, non eít obl is pietatis erga Deos; fed| cavit fummo ítudio ne Deorum ædes,& alia facra loca violarentur. Ín apeditione quoque e Afiaticà. cum à Perfis rep a nuit 2 locis omnibus æ Dus die icata era q is Perfe hoc potiffimum injurie cut nere fent i in Græcia.. 0s "a Hifloires des Muteursprofanes;— i IV. Xerxès, avant le Combat Naval où il futdéfait par Themiftocle, avoit envoyé-quatre mil= la hommes armés à Delplies., pour piller le Temple d'Apollon;agiffant en cela-comme s'ib faifoit la guerre non feulement avec les Grecs, mais auffi avec les Dieux immortels. Cette troupe.de brigands fut exterminée,& entierement écrafée par l'orage& la foudre, pour faire comprendre à Xerxès combien la puiffance des hommes. eft foible auprès de Dieu. V. Agefilaüs au contraire, Roi des Lacédémo= niens ,.a toujours eu une fouveraine vénération. pour les. Temples. La.vi&time qu’il remporta au Camp de Coronée fur les Atheniens& les Béotiens ne lui acquit pas tant de gloire que le facrifice qu’il fit de fon reffentiment à la voix dela Religion: car plufieurs des Fuyards s’étant jettés dans le Temple de Minerve,& comme on lui demandoit ce qu’il vouloit en faire, ce Prince défendit qu’on leur fit ancun mal, quoiqu’il LOIG part indigné contre tous ceux qui avoient pris les armes contre lui,& irrité des. bleffüres qu'il avoit recues dans le combat. Ce ne fut pas feulement dans la[Créce qu'il fe montra jalou conferver la majefté des Temples des Die xefpeCta même parmi les Barbares les Au les Statues des Dieux. C'eft ainfi qu'Alexandr bes, bien.loin d'oublier le reí fe donna bien garde d’abar profane des Soldats vitorieux les autres Lieux facrés. Dans Senec. Ep. i0. Damaf. Philofil, Be Ce 24 Valer. 1. je 6-2. CAPUT XIII Quæ vota facienda fins Deo. r. Deum roga bonam mentem, bonam valetudinem--animi, deinde corporis. Quidni tu hec vota fepe facias? Scito effe omnibus cupiditatibus liberum, cüm eo perveneris, ut Deum nihil roges, nifi quod rogare pofüs palàm. Quanta nunc dementia eft multorum hominum! infufurrant Diis vota turpiffima: fi quis admoverit autem, conticefcent,& quod fcire homines nolunt, Deo zarrant. Tu fic vive cum hominibus, tanquam Deus videat; fic loquere cum Deo, tanquam: homines audiant. Pædalii; gens Indica, mihil aliud petebant à Diis quàm juftitiam. Dicebat Apollonius has tantüm preces effe profundendas ab homine accedente ad Deorum templa: O Di! que mihi conveniunt, praftate. 2. Socrates, qui fuit quafi quoddam terreflre oraculum humanæ fapientiæ, arbitrabatur nihil ultra petendum effe à Diis, quàm ut bona tribuerent: cüm ü foli fcirent quid unicuique effet utile; ros autem plerümque ea expeteremus votis, qua foret melius nom impetraffe. Etenim involuta denfiflimis tenebris mens mortalium effundit fefe in cœcas precationes. Divitias appetit, que fuerunt multis exitio: honores concupifcit, qui complures peffumdederunt: fplendida conjugia follicitè querit, qua nt aliquando illuftrant j Hifloires des Auteurs profanes, CHAPITRE XIII Quels Faux il faut faire à Dieu. RS I. Demandez à Dieu un cœur droit, une parfaite fanté d'efprit, enfuite du corps. Pourquoi ne lui adreffez-vous pas fouvent ces voeux? Sachez que vous ne ferez dégagés& libres de toutes vos paffions, que quand vous ferez parvenus au point de ne faire aucune priere à Dieu, que vous ne puiffiez lui faire en public. Car à quel excès la plüpart des hommes ne pouflent-ils pas aujourd’hui leur folie? Ils marmotent tout bas aux Dieux des vœux de la derniere turpitude; & fi quelqu'unapproche les oreilles, ils ferment la bouche,& ils racontent aux Dieux ce qu’ils ne voudroient pas que les hommes fuffent. Pour vous,vivez avec les hommes comme fi Dieu étoit témoin de votre conduite, 8t parlez lui comme fi les hommes vous écoutoient. Les Pedaliens, Peuples des Indes, ne demans doient rien autre chofe aux Dieux que la juftice. Apollonius difoit, qu'un homme entrant dans les Temples des Dieux, pouvoit fe contenter de leur adreffer cette priere: O Dieu, accordezmoi les chofes qui me conviennent. II. Socrate, qui a paffé fur la terre pour l'Oracle de la Sagefle humaine, penfoit qu’il ne falloit rien demander autre chofe aux Dieux, que de nous accorder leur faveur, parcequ'iln'y a qu'eux qui fachent ce qui eft utile à chacun de nous,& que nous leur adreffons fouvent des voeux dont il nous eft plus avantageux dene point obtenir l'accompliffement. En effet, le cœur des Mortels enveloppé d'épaiffes ténebres,s'égare en des prieres aveugles; il ambitionne les richeffes, qui ont formé la perte d’une grande partie des hommes; ilregarde les honneurs avecdes yeux de concupi£ Ce n fég.n.z2, plenum confli, quem vocamus hominem, generatum eft à fupremo Deo præclarä quidam conditione. Solum' eft enim ex tot animantium generibus particeps rationis& cogitationis, cüm cetera fint omnia expertia. Quid BJe .Q se ea qu 4t Hifforie à profanis Script ita non munquam fundiths domos'evertunt; Definat tandem ftülta inhiare iis rebus>. qu ili multorum malorum caufa fepe funt, fe totam"permittat arbitrio Deotum: tribuere S bens folent, etiam. eligete apt poffunt Permittes ipfis. expendere numinibus, quid Conveniat n que fit utile noflris, Nam pro jucu: na queque dpud Dii:: arior eft illis homo, quàm fibi,&c, non orantibus tribue "bus ne concede. CAPUT XIV. Homo praecipuum opus Dei, 1. Animal hoc providum; fagax; memor; eft autem ratione præftantins? Qua cüm adolevit& perfeQa eft, nominatur rite fapientia, à ‘ ( C Hifbir es dés Auteurs profa tence, qui i ont perdu l’autre partie; il rec! avec emoreffement les alliances éclatantes 1 oir quelquefois illuftré des fam nt ren ben AS ri ede d wie s'ab baton fans in i; parce que ceux qui ;Íont er état de plus convenable, p foin d'examiner. vous le exdonmer é x 3 que l'homme n’ef au; Socrate louoit cette-Priere d'un ancien Poéte: O Jupiter! accordez-nous ce qui peut nous être bon, foit. que nous vous le demandions, foit ue nous ne vous le demandions pas: mais refufez 20$ prieres ce qui peut nous être pernicieux, CHAPITRE X JV. L'Homme eft /'Ouvrage de. Dieu, le plus parfait. T. Cet Animal rempli de prévoyanc e, de fagaité, d'intelligence,& de confeil, que nous llons homme DE été créé par i"tre fuprême dans un éta t fupérieur à celui des autres Créatures; car entre tant d'efpeces d'Animaux, il eft le feul qui ait recu en partage la raifon& la fée, dont tous font dépourvus. Or, qu'y a-t- ilplus parfait que la raifon, qui lorfq‘elle eft venue à un certain point nd maturité& de a A rfc&ion,prendordinairement le nomde ces effe? Met. v. 44 Hifo ia à à profanis Script. Propter ingeneratam homini à Deo raticnem, eft aliqua ei cum Deo fimilitudo, cognatio, focietas. Ttaque ad commoditates hominum tantam rerum| ubertatem, natura, hoc eft Deus, largita ef, ut ea, qua gignuntur, meritd videantur, donata Bob effe"confi non autem nata fortuito. Ártes prater merabiles repertz funt, docente aturà imitata ratio, confecuta eft multa ad neceíffaria, aut. commoda. « Eod itura hominem non folüm merdec ornavit, T d etiam dedit ei figuram corporis habilem& aptam ingenio humano. Nam cüm ceteris animalibus caput in terram pronum dediffet; folum hominem erexit, excitavitque ad coeli, quafi cognationis domiciliique fui, confpectum, dr l^f ÿ fmali" Ovid; Pronaque cüm fpe&tent animalia cætera terram; Os homini fublime dedit, eorumque tueri Jufft,& ere&os ad fidera tollere vultus, Omitto opportunitates habilitatefque alias corporis; moderationem vocis, orationis vim, que conciliatrix eft humanae focietatis, c, 3. In prima rerum conflitutione cèm Dii ^e Univerfa difponerent, rationem hominis ha2. buerunt. Non eft homo tumultuarium& incogitatum opus. Cogitavit nos anté matura, quàm fecit. Ita eft: cariffimos nos habuerunt Dii,bhabentque:& in orbe proximos ab ipfis collocaverunt, qui maximus honos tribui potuit. | e| jJ Di | Iw Hiffoires des Auteurs profanes. 43 L'homme a quelque reffemblance avec Dieu & contracte avec lui une efpece d'alliance& de fociété, par la raifon qu'il a reçue en naiffant. C'eft pourquoi la Nature, je veux dire Dieu, a donné libéralement aux hommes pour leur ufage une fi prodigieufe quantité de créatures, que tout ce que la terre produit, bien-loin d’être l’ou vrage du hazard, paroit avec raifon nous avoir été donné à deffein& par préfent. Nous devons encore l'origine d’une infinité d'Arts aux Leçons de la Nature, fur laquelle la raifon prenant copie, ellea procuré à l'homme l'acquifition de plufieurschofes ,ounéceffaires, ou commodes à la vies II. C’ef cette même Nature, qui non-feulement a doué l'homme de raifon, mais qui lui a donné une figure de corps propre& capable de renfermer un fi précieux don: car ayant créé les autres animaux la tête penchée vers la terre, elle a formé l'homme feul droit,& a voulu par-là l'engager à contempler le Ciel, comme le lieu de fa naiffance& de fon domicile, Les Animaux courbés envifagent la terre y Mais la Nature fage en tout ce qu'elle opere, Forma le front de l'homme élevé vers les Cieux, Et voulut que fans cefle il y fixàt fes yeux. Je paffe fous filence les autres avantages 8 les qualités qui font propres aux corps; favoir, la foupleffe de la voix,& la force de la parole, qui fert à entretenir la fociété entre les mortels. IIl. Dans la création de l'Univers, lorfque les Dieux arrangerent toutes chofes, ils eurent principalement égard à la formation de l’homme; car l'homme n’eft point un ouvrage fait au hafard & avec précipitation. La Nature a réfléchi avant que de nous créer; cela n’eft point douteux. Nous avons été de tout temps chers aux Dieux,& nous le fommes encore;& le plus grand honneur qui Hifloriæ à profanis Script. C, Qu fe ipfe norit, intelliget fe habere alideg. 2790 quid divinum, femperque& faciet& feniet aliquid dignum tanto munere Deorum,| alu, Decet eos, qui ftudent præftare cæteris ani-| bell. Cat, filius, fummá operâ niti ,.ne vitam tran€.4, feant veluti pecora, que natura finxit prona m NC Db6dichtia ventri.:Conftamus animo-& corpore. Alterum nobis commune ef| cum Diis, alterum cum bellus. Animus des Bellum Pet imperare, corpus verb fervire. Itaque adJugurt, miranda& deteftanda eft pravitas eorum, qui (: U £2» dediti gaudiis corporis, in luxu pique ignavià| ætatem Aout at: ingenium autem incultu& fe:| 1 cordiâ finunt torpefcere.; | CAPUT. X-V.| Virus proprium atque unicum homini$| bonum, Cis de Ut ad curfum matus eft equus, ad aranfr.n.39.dum bos, ad indagandum canis, fic homo ad duas res natus eit, intelligendum,& agendum convenienter nature, id eíl rationi dn quo pofitum eft 3 E: Honeftum prium atque unicum eft in ter\ refert. ad Î item ejus.s|€ | Sence, PUT Non: sna i Epif.76. qm ag lutetur, multis fa-, ta ta | ad naturæ volu in | feQa, qua virtus 6 T. Hifloires des Auteurs profanes: 47 püt nous être accordé fut celui de nous placer, fur la terre auprès d’eux. Quiconque le connoîtra lui-même comprendra bientôt qu'il poffede en lui quelque chofe de divin,& évitera de jamais faire aucune action, ou former aucune peníée qui ne foit digne d'un don auffi excellent de la part des Dieux, Il convient à ceux qui veulent s'élever au deffus la condition des animaux, d'employer tous urs foins à ne pas paífer leur vie comme des bêtes, que la Nature a créées penchées vers la terre,& affujetties à leur ventre. Nous fommes compofés de corps& d'ame, nous partageons l'un avec les bêtes,& l’autre avec les Dieux. L'ame doit commander,& le corps doitlui obéir. ll faut donc avoir horreur,& détefter la corruption da ces hommes, qui livrés aux plaifirs fenfuels, pata fent leur viedansle luxe& la crapule,& laiffent &mouffer leur efptit par la molieíTe& l'ina&iong CHAPITRE X V, La vertu efl le meilleur bien de Homme & le feul qui lui foit propre en ce Monde. Comme le cheval eftné pourla courfe, le boeuf ur labourer, le chien pour fuivre à la pifte, "homme a été mis au Monde pour deux avoir, pour penfer,& fe conduire con1ément à Ja nature, c'eft-à-dire; à la ai i confifte T'] 3 if f aifon, en quoi confifte l'honnéte, qui forme(ur la] et m Lai la terre le feul bien qui cenvienne à l'homme; caril n'importe pas, pour le bonheur de l'homme, quelle étendue de champ il laboure, combien de Courtifans lui f allentla révérence, combien foit riche ou précieux le lit fur lequelil repofe, mais s’il et homme de bien. Or il fera honnête homme, fi la raifon chez lui eft fabordonnée aux Joixde la nature,& fe regle fur fa perfection s. A 48 Hifloriæ& profanis Script. Cie. Of. In quatuor partes Honeftum dividi folet; jicena4. Prudentiam, Juftitiam, Fortitudinem,& "^. 3."Temperantiam. Ex fingulis autem| illis virtutibus certa officiorum genera nafcuntur, in quibus colendis fita eft omnis vite honeftas, & in negligendis turpitudo. ltaque de unaquaque íeorfüm agemus,& quatuor libris comple&emur qua pertinent ad quatuor illas virtutes, me iuum dan LIBER SECUNDUS. DEPRUDENTIA. CAPUT I Inefl mentibus infatiabilis cupiditas veri yidendi. £icer. 1. M Unus proprium Prudentiæ eft indagatio Offic. n. atque inventio veri. Qui enim maxime je perfpicit quid in re quaque veriflimum fit, is prudentiffimus haberi folet. Tributum eft à natura generi omni animantium, ut fe, vitam, corpufque tueatur; declinet ea qua videantur nocitura;& inquirat ac paret omnia que fint ad vivendum necef, Tufe, fatia. At inquifitio atque invefligatio veri, &.44. propria eft hominis, qui unus eft rationis particeps:& naturà ineft mentibus noftri infatiabilis quedam cupiditas veri videndi. - Traque cüm fumus neceflariis negotiis& curis raiton n. 11 18. Anclination qu Hifloires des Auteurs profanes 49 raifon que nous appellons vertu& honnêteté. L'honnéteté fe reduit ordinairement À à quatre chefs, qui font, la p rudence, la juftice, la force, &latempérance 9! chacune de ces vertus produit une certaine Rr te de devoirs,& l'on n'eft honnête, ou mal-honnête homme, quà proportion qu'on les obferve ou.qu'on les néglige. Nous traiterons à part chacune de ces vertus,& nous renfermerons en quatre Livres.ce qui regarde& téfulte de ces quatre vertus, LIFARE$ECOND. t———M—€ UE OR ER E ciam, room ra—MM à DE LA PRUDENCE CHAPITRE I La Nature amis dans tous les e pri: s Nm deftr inf ( de connoître la vérité. rticuliere à la Prudence,& qui , eft la recherche& la‘découchaque chofe. _ La Nature a d’Animaux un it peut Ta raie C so Hifloria à profanis Script. vacui, tum avemus aliquid videre, audire j addifcere,& putamus cognitionem rerum aut occultarum aut admirabilium effe ad beat? vivendum neceffariam. In fcientià excellere pulchrum ducimus; errare autem, nefcire, decipi,malum& turpe. QAPUT ll Scientia pabulum. animi. Cic.s.de 1. In ipfis rebus, que difcuntur& cognofda fin.n.48. cuntur, infunt profe&o invitamenta quaedam ec, n.$7.) quibus moveamur ad difcendum cognofcendumque. Etenim an non videmus eos, qui ingenuis ftudiis atque artibus dele&antur, aliquando non habere rationem nec valetüdinis nec rei familiaris,& maximis laboribus confequi eam, quam ex difcendo capiunt, volub»tatem? Quem ardorem ftudii cenferis fuiffs in Archimede, qui dum in pulvere defcriberet quedam attentius, ne fenferit quidem Syracufas, patriam fuam, effe captas? Quid de Pythagora& Platone loquar, qui judicavetunt veniendum fibi effe eb ubi aliquid. efiet quod difci poffet, tantas regiones barbarorum obierunt, tor maria tranfmiferunt? Quid de emocrito, qui dicitur oculis fe privaffe ,ut animus quim minimà abduceretur à cogitationibus, qui patrimonium neglexit, agros incultos deferuit? Valerl. 4. Carneades laboriofus& diuturnus fapien8.€ 7-tiæ miles, nonaginta expletis annis, habuit jt Hifloires. des Auteurs profanes. er Hbres des foins& des affaires erdinairesdela vie, nous cherchons à voir, à entendre; OU à apprendre quelque chofe,& nous regardons la découverte même des fecrets& des merveill:s de la nature, néceffaire au bonheur de la vie. Nous netrouvons rien de plus beau, que d'exceller dans quelque fcience,& rien au contraire de fi miférable, ni de fi honteux, que d'être dans l'ignorance ou dans l'erreur ls de fe méprendre, ou de s'en laiffer impofer. 5 ï CHAPITRE II La Science efl la nourriture de/ 4e, e L. Il y a fans doute dans les chofes que nous apprenons,& dont nous cherchons la connoiff» Certains attraits fecrets qui nous engagent à les apprendre& à les connoître. Carne voyonsnous pas que ceux qui fe plaifent à l'étude des beaux Arts, oublient fouvent le foin de leur fanté& de leurs biens domefliques,& que ce n'eft qu'à force de grands travaux qu'ils acquierent le qu'ils goütent àapprendre? Quelle paffion pour l'étude croyez-vous qu'ait eu Archimede qui étant occupé à tracer fur le fable quelques lignes de, G rie, ne s'appercut point que Syracufe fa Patrie étoit prife! Que dirai-je de Pythagore& de Platon, qui n'ont pas fait difficulté de parcourirtant de Nations fauvages,de traverfer tant de Mers, pour venir quelque part où ils puffent apprendre quelque chofe! Que dirai-je encore de Démocrite, qui, fi l’on en croit l'Hiftoire, fe crava les deux yeux, afin que fon efprit fât moins détourné par les objets extérieurs, qui abandonna les biens de fes peres,& laiffa fes Terres en friche, pour fe livrerà l'étude? IL Carnéades, ce laborieux& infatigable Soldat de la Sageffe, ne cefla de s'appliquer à la 1j 52 Hifloriæ? profanis Script. eumdem finem vivendi ac philofophandi. Ita quidem fe inquirende veritati addixerat, ut; | cum recubuiffet cibi capiendi causà, manum | ad menfam porrigere oblivifceretur, alio abíÏ tra&tus cogitationibus, cr.4.. Eft animorum ingeniorumque noftrorum na£ad.^. turale quoddam quafi pabulum, confideratio po contemplatioque naturz;& indagatio ipfa re-| zum magnarum occultarumque habet oble&a-| tionem.| €i á CAPUT III | Pertinax labor& difüplima naturam | yincunt, I is nde 1. In Demothan:, Grecorum oratorum Orat. n. principe, tantum fcendi ftudium, tantuf260. LPS ER Valer.1, que labor fuifie dicitur, ut tandem fuperaret 8.c.7. impedimenta mature diligentià aique indufQuintil. trià, Cum ita balbus effet, ut Rhetorica artis 5 e.€ cui fludebat, primam litteram non poffet dia"* cere; perfecit exercitatione, ut nemo putare? tur locutus planius eo. Deinde perduxit ad gratum auribus fonum vocem fuam, qua propter exilitatem acerba erat. Laterum firmitate deftitutus; mutuatus eft à labore eas viz rés, quas corporis habitus negaverat. Conje&is in os calculis, fummá voce verfus mult inambulans,& ardua loca € o9 tos pronunciaba -celeri gradu fcandens. gt Declamitans in maris littore; in quod fe fu&us illidebat, confusfcebdt concitaræ mul| titüdinis fremitus noa exoavefícere, Cellam hacaffe(ubterraneam dicitur, in inuos aliquando quoque. æ: | qua duos trefve menies conu inclufus, operam dabat getai& voci, X qui v Hiffoires des Auteurs profanis;$ Philofophie, qu'en. ceffant d de vivre. Il s’étoit a taché à la recherche de la vérité, au point que fe mettant à table pour manger, il oublioit d'étendre la main pour fe fervir; ayant l’ efpritabftrait par d’autres idées, L'examen& la contemplation de la Nature eft comme l'aliment propre& naturel de nos ames & de nos efprits,& la recherche même des chofes fublimes& cachées a- quelque chofe d'attrayarit pour nous, CHAPEPTTRE- FII Un travail opinidire& un exercice r Pemportent fur la Nature, —— es T. Demofthéne, Prince des Orateurs Grecs;. avoit une fi forte paffion pour!’ étude,& s’y portoit: avec tant d’ardeur, qu’il vint à bout de fürmonter quelques empéchementsd de la Nature par fes foins & fes efforts. Comme il bégayoit de façon qu'il nepouvoit méme prononcer lapremiere lettre de la Rhétoriq jue qu'il étudioit, il fit tant, par um exercice affidu» quil paffa depuis pour avoir parlé plus nettement que perfonne. II: Patvint enfuite à rendre le fon de fa voix gracieux aux. oreilles, qui choquoit avant par QU aigreur. Ayant les reins naturellement foibles, Alemprunta du travail des forces que fon tempérament lui avoit refufe cli lant fa bouche de cailloux, il prononçoit à‘haute voix plufieurs Vers enfe, promenant,& en grimpant à des endroitsefcarpés avecuni pas précipité. Il s'étoit accoutumé à fouffrir, fans en être troublé, le bruit tumultueux d’une multitude I en: allant déclamer fouvent fur le rivage de la Mer, où les flots venoient fe brifer avec fracas. On dit encore qu’il s’étoit bâti une caverne fous terre, où demeurant enfermé quelC iij $4 Hiffori æ à profanis Script, dem medi parte capitis abrasà, ut in publicum fine verecundia prodire non poffet. Sic diu præliatus adversus naturam, vi&or 3 & malignitatem ejus pertinacifümo animi robore fuperavit, Senec. expugnet pertinax opeEp. 50 s Cura. 5.«. Labor omnia vincit £org-v. 1 1 146. mprobus.. Diog. 1 hi du he 25, 2 Erat Cleanthi tardum obtufumque ingedean, fium: erat& fumma rerum omnium inopia. At ubi ejus animum fapientiæ amor occupavit, tarditatem. ingenii acri ftudio ac diligentià vicit, Zenoni interdiu. affiftens audi inopiam veró, aquam& puteo no@u hauriens, acceptà ab hortulano mercede. Aiunt. eum aliquando in Judicium vocatum fuiffe, quod roufto admodim ac pingui corpore effet, cim nullam artem, unde eret, videretur prof teri, At ubi quæftüs fui ac vidüs teftes adhi buit, hortulanum, cui aquam haurieba mulie fem, apud quam pinfebat: non eft dimiffus, fed etiam ab Areopagitis ju : bus donatus decem minis, quas REA accipere. acut um faif : Scrbun m: ü neque hoc S feribult vituperantes. eum, ed potiüs ad laudem. Significant enim vitiom naturam ab eo fic edomitam& compret TM ope. Hi froires des Auteurs profanes.—$5. quefeis l'efpace de deux ou trois mois, il donnoit toute-fon application à compofer fes gettes& fa voix, Il sétoit méme fait rafer la moitié de la téte, pour fe mettre hors d'état de paroitre décemment Apres avoir ainfi long-temps lutté ature ,il fortit vk Gorieux de ce come v engea deíon avarice par une apon d'efprit o anonte able. ll n'y a rien qu'une étude opiniâtre,& un oin exa&& affidu, ne puiffent furmonter. In travail obfüné vient à bout de tout à un erit tardif& bou1e er; mais à peine eut-il conçu de l'amour pou à Philofo ophie, quil en furmonta la péfanteur par un travail dur& une vigilance laborieufe. Pendant le jour, il fe rendit Difciple affidu de Zénon; pendant, la nuit, pour chaffer fa mifere, il fe ono à un Jardinier,& tiroit de l’eau. On rapporte qu'il fut un jour cité en juftice.,& accufé de ce qu'il étoit d'une complexion robufte& épaiffe, quoiquil ne parût profeffer aucun Métier qui pût le faire fubfitter E & lui procurer cetembonpoint. Mais ayantamene, pour ie juftifier, le Jardinier pour qui il puifoit de l'eau& la femme chez qui il piloi it au mortier, témoins tous deux de fon gain& de fa facon de vivre, non feulement les Juges de l'Aréopag renvoyerent abfous, mais lui firent donner en préfent dix mines, qu’il ne voulut pas recevoir. HI. Nous lifons dans l'Hiftoire que Stilpon ,Philofophe de Mégare, fut un de ces génies délicats,& univerfellement goûté dans fon temps, Ceux qui luiont été le plus attachés, écrivent qu’ilétoit enclinau vin& aux femmes:& ce qu'ils en difent n'eft pas pour le méprifer, mais bien pour le louer, car ils nous sai 55 en mêmeOy it ice 15€ r P. E, 1 MMOL 56 Hifloria à profanis Scri inà, ut nemo unquam vinofam fuiffe coGrinä au ilum viderit, nemo in eo veftigium bidinis deprehenderit. D 4£ f ona f 4 Zopyrus, qui profitebatur permofcere 1 hominum mores naturafque ex cor pore>, ocuIis, vultu, fronte, cpu in conve cratem ftupidum effe& bardum mulierofum: in quo Alcibia @ ixl t Soidit etiam 1 -PiSyr. Animus hominis., quidquid fibt imperat; obtinet. . Epif. Cicero Quintum fratrem laudans, quod BC eos, quibus præerat in Afiæ provincia, contineret in officio, oftendit his varie quid doctrina poffet efficere: Tibi fui eujus natura talis ef, ut videatur moderata e[fz pot do&rina ef}, quæ vel vitio) excolere, imam. naturam| Hiffoires des Auteurs profanes: 97 temps quil fut vaincre& réprimer ce caraËere vicieux, au point que perfonne ne le vit jamais pris de. vim,& ne reconnut en lui-la moindre trace de libertinage. IV. Zopyre, quifaifoit profeffion de connoître le caractere& les inclinations des hommes par la phifionomie, la difpofition de leurs corps, les yeux & le front., dit en préfence d’une nombreufe Affemblée, que Socrate étoit un ftupide& un. hébêté: il ajouta même qu'il étoit paffionné pourle fexe. Alcibiades qui étoit préfent, fit, dit-on ,. un grand éclat de rire. Mais Socrate ne diffimula: point quil avoit” ex eff2élivement un penchant naturel à ces deux vices, mais qu’il avoit fu les corriger par la force de la raifon. En effet, les: vices peuvent tirer leur origine de caufes naturel les, mais on ne peut les extirper& les arracherradicalement, que par la volonté, l'attention Gc: la régularité. L'efprit de l'homme obtient tout ce qu'il fecommande.. Ciceron, dans la louange qu'il donne à fon: is, fur ce qu'il avoit contenu dans. u devoir ceux quilui étoient fubordons la Province de l'Afie, prouve bien parces termes jufqu’où va là force de la fcience:: Cette entreprife vous a- été pluss facile quid tout autre, vous dont le: caratfere heureux-étoir a[fez delui-même porté vers la modér. fans le fecoursz uon,& qui pouvez encore dans le befoirsz de fcience-le plus propre. à. core lus corrompua. y P! de! a vita periculo fcientia: l3. Platenicus: Philofophus:; nomine Tau*S:rus-, difcipulos ad Phil ofophiam mno ftuü d excitaba tmultis exemplis,& clidem Se tpatio tin facAthenienf: es:, ut fi quis civis. Megarenfis depreheníus effet. p: thenas intuliffe: id ei capitale foret. Tu: Euclides Megarenfis, qui ante id decretum confueverat is^ eum imorari;& Socratem ,.tunicá longà muliebri indutus, verficolori te&us>& caput. atque os ve habens, notte ex urbe Megaris Athenascomn m 7 (0 t bat., ut faltem aliq monumque Socratis {ub lucem:eàdem vefte illà tectus domum redia emen(us. Sic ille vitæ tempore. c confiliorum er eret particeps: rurfufqu bat, millia pur per riculam'adize non dubitabat, comparanda fapientie causa.. iam fapien ue 1 aque tender E inceníus- magno jn caput ba culo, quem ünis non terriNon receffit , inquit, // ta pl prabebo, Neque. verb. tam durum. invenies.[uf FHiffoires des Auteurs profanes. 39 CHAPITRE Lv, LI hs./* Jt LI La Science acquife, méme au péril de Ia vie, loyoit plufieurs clides, Difciple porté un décree tent mettrele pied dans-Athénes.. lides qui en étoit,& qui avoit coutume d’al: ler avant ce décret à Athénes pour y entendre Lio Socrate, ufa de. ce ftratagéme. Il vrit une.robe de femme,& s'étant enveloppé la téte& le vifage, t Ó'un.manteau higarré, il fe tranfportoit: cet état, à la faveur de la nuit, de la Ville de Athênes, pour profiter au moins quelmps des difcours& des préceptes de Socrate. { jour commençoit à reparoitre, il s’en I dans le méme équipage à fon logis, faifant tous les jours plufieurs milliers de pas: c’eft ainfi qu'Euclides expofoit hardiment fa. vie, pour faire acquifition de la fageffe. II. Antifthenesne ceffoitd’exkorterfesDifciples à s'appliquer fér ment à l'étude de la Sagefft mais peu l'écoutoient. Enfin, las& indigné, il les à tous;& de ce nombre étoit auffi Dio-Celui-ci demeura opiniâtrément attaché, fans vouloir s'én féparer, par le violent défir quil. avoit d'écouter ce Philofophe. Antifthenes le menaca de lüi frapper la tête du bâton qu’il portoit ordinairement;& comme il n’en étoit pas plus effrayé, il le frappa effetivement un jour. Diogene ne fe retira pas pour cela; mais confervant toujours en lui-même une envie opiniâtre 2 defe remplir l'ame des préceptes dela Philofophie,, ff Frappe:,. dit-il, au: Philofophe:, f c'eft ton. bon: AS; &.vi, 6o Hifériæè profanis Script: tem, ut me à tua fehol a abigas. Ad mifit tan dem tam cupidum delrinæ cifcipulum tifthenes.,& enm maxime. amavit. ER [^ =) T CAPUT V. Dodlus indodo multèm praflat. 4 t; Acceffit ad Arifippum Philofophum pas Diog: pa Laer. in terfamilias ,.rogayitque ut flium. fuum fufArif.. & de recevoir un Difciple qui ne lui laiffoit plus à douter de fon zele pour apprendre. Il ne tarda pas à l’aimer,& conçut depuis une affedion: particuliere pour lui CHAPITRE V. Un Savant vaut Beaucoup mieux qu'um Ignorant, L Un pere de famille vint trouver-Atiftippe le Philofophe,& le prier de fe charger de l'inftru&ion de fon fils, Il lui demanda pour récompenfe cinq cens dragmes, Le pere changeant de propos, à ce 1X prix qui paroiffoit exceffif à un homme ignorant ) G avare toutenfemble, dit qu'il ne lur en coüteroit "i pas tant pour acheter un Efclave.. Le Philofophe repartir: Achere-le,€ tu en auras deuxs Un autre pere de famille demanda au méme Ariflippe quel avantage il lui reviendroit, s’il faifoit étudier fon fils? Si zen retire pas d'autre, répondit-il, ll ef} sûr au moins d'en retirer celui-ci; c'e que dans le TÀ fièges alors Á étoient de marbre) une; une autre pierre, Le Sag: ces deux réponíss, que l'on poa hommes fans fcience-& fans Y ou à des pierres. Il avoi rüt-Hd',& celle qui prés”,& ceux qui ne le font pass -- Comme: um. champ, quelque: fertile qu'il pat: lui-même, demeure:(anssffuir- s'il; ad fatus accipiendos, e h ferit que, cum adolev uberrimos.: ge Salst ridebat Diogenes Sinopenfis inertiam & incuriam Megarenfium, qui liberos nullis bonis artibus inftruebant, curam vero pccorum diligentem habebant. Dicebat enim rj fe Megaren] fis alicujus arictem effe, quam; Macrob. Non abfimili fententià, fed aliam ob caufam, msan dint de Herode Judæorum rege Avgnîtus: Melius ef} Herodis porcum. de, quàm fiium. Abflinebat quippe Herodes à porcis: à filiarum cade non abftinebat.. CAPUT VIL Fir dodlus potiiis non vult ditefcere, quam: non poteft. Y. Cim Thalen Milefio paupertatem vererent vitio cives fui,& contenderent fludium "Philo ophie effe inutile ad rem. augendam etiam RUM 2 solui ille objurgatores f convincere, oftend dereque Phil ofophum poffe pecuniam, fi ei ita. vifum fuerit que arte eft ufus. Intellexerat, ut aiunt, ex atrologià| olearum: ubertatem. hóc anno fore. Itaque hyeme nondum exaQà, paucorum nummorum copià infru&us., conduxit parvo pretio omnia prala-& trapeia quz Mileti& in €hio infula erant, cm nemo cont: rà. licitaresur, Ubi verà. conficiendi. olei. tempus venit à E. d màs $& Tent des Auteurs profanes. 6 T il en eft de méme par rapport ruction, Qr, l'i re à 1 lofophie, qui déraciae e: ent les vices ,, prépare nos cœurs à rec mences de la vertu,a foin de les y répandre dans 5 rfemences qui, quand elles ont pris arvenues à ancertain point de ma— utité, rendent desfruitsen très-grande abondance. gene de Sinope railloit avec beaucoup de fel l'ignorance& la molleffe des Habitants de: Mégare, qui négligeant de faire appliquer leurs enfantsaux beaux Ârts, avoient un foin particulier d'élever des. befliaux. I difoir, qu'il. aimeroit mieux être le belier d'un. Habitant« fégare, que e fon fils. C'eft dans le même fens, mais pour un fujet oppofé, qu’Augutte dit d'Hérodes, Roi des Juifs, qu valoit mieux être le porc d'Hérodes, que fon enfant, parce que ce Prince s’abftenoit de la viande de porc, mais ne s'abftenoit pas de tremper fes mains dans le fang de fes enfants. CHAPITREVI TET (e + e a = [e v qo [nd 2. nd. La volonté, plutôt que le pouvoir:dà dávenirriche, manque à l’homme favant; 3 I. Les Habitants dé Milet faifant un crime X. a pauvreté,& prétendant que l'étude. foplie étoit inutile à un homme qui: défiroit augmenter fes fonds, il voulut confondre. fes À ccufateurs,& leur montrer qu'un Philofophepouvoir gagner de l'argent, s’il en avoit envie. Il: fe fervit de cet artifice pour parvenir-à fon but. La. connoiffance qu'il avoit dans l'Aftrologie, lui&tprévoirquecetteannée feroit abondanteenOlives. Il fe munit donc d'une certaine fomme avant là fin del'Hyver,& l'employa à louertos les Preffoirs. & les Meules.qui étoient tant à, Milet que dans VIe de Chios. Ne s'étant trouvé perfonne. pour. ÿC 64 Hifloriæ à profanis Script, multis vndique& fimu! ad præla accedentibus; ille. ea elocavit tanti: quanti voluit,& magnâ inde pecuniá. coaGâ, probavit, facile effe Philofophis ditefcere fi velint: fed eos in alia longe É præftantiora ftudium conferre,. ü Feu? Ego, inquit Vitruvius de fe ipfo; parengrefat. tum curâ& praeceptorum doGrinà paravi animo à 6. poffeffiones& divitias, quarum ea proprietas eft, is frü&us, ut nibil defideretur amplis. Nonnulli bec lævia judicantes, putant eostantüm effe.| fapientes qui pecuniâ funt copiofi. Itaque ad id unum contendentes, audaciá adhibitá, opes& notitiam confequuntur. Ego autem non ad pecuniam parandam architeQuræ aliifque artibus ftudium dedi: fed putavi fequendam potius tenuitatem cum bona fama, quàm abundantiam cum infamia. Neque eft mirandum quód itaignotus fim pluribus. Cæteri archite@li rogant& ambiunt, ut archite&entur: mihi antem à præceptoribus eít traditum, oportere eum, qui curam alicujus rei fufcipit, rogari, non veri. rogare. €XPUT VII. | Ea viatica paranda funt, qua cum naufrago enatent, Dion. x Arfüppss, Fhilofophus Socraticus, da :/" quo fuprà, imierrogatus quid: cifgrrer: lap ene ^ tibns; Dapni Jh. loros longe Hfloires des Auteurs profanes. 6 Y faettre enchere, il en fut quitte à bon marché, Quand le temps de faire l'huile fut venu, tous les Habitants ne manquerent pas d'accourir en foule aux Preffoirs. Illes leur loua ce quil voulut,& ayant amaflé une fomme confidérable d'argent, il leur fit voir que rien. n'eft plus facile aux Philofophes que de s'enrichir. ,, mais qu’ils aimentmieux s'appliquer à des occupations plus élevées,. Paur moi, dit Vitruve en.parlant de lui-mê—me, je fuis redevable aux bons foins de mes. Parents& à l’inftruGion-de mes Précepteurs, del'avantage d’avoir fait provifion de biens& de richeffes dont la nature& la propriété ne me láiffent rien à defirer. La plupart des-hommes qui. en portent urrautrejugement ,.ne regardent com: me fages que ceux qui font fournis d'argent. C'eft pourquoi ne tendant qu'à ce but, ils emploient la hardieffe& l’effronterie pourgroffirleurstréfors, Mais pour moi, ce n’eft pas en vue de l’argent que j'ai étudié l'Archite&ure& les autres Arts; Je me fuis imaginé qu'il valoit mieux.me borner à. une fortune médiocre, jointe à une bonne réputation, que d'afpirer à une. plus éclatante, avec un mauvais renoms Il ne faut donc: pas êtrefurpris que dans mon état je fois inconnu à plufieurs. Le refte des Archite&es. n'épargnent niprieres ni careífes. pour trouver de la befogne 3: quant à moi, j'aurai fans ceffe préfente à mes yeux cette Leçon de mes Maîtres, que» celui qui » prend la conduite d’un Ouvrage, doit attendre».qu’on le prie, bien loin de prier les autres.» CHAPITRE-VH. I faut fe munir de provifions qui puiffent; échapper au naufrage, L Ariftippe, Philofophe Platonicien, dont j'ai: parlé plus haut, interrogé, quelle différence il! x D Vitruv, præfat. L 6. 66 lifioriæ à profanis Script. ab infipiente? Mise, inquit, utrumque‘ad _& dices. Que refponfio quàm veta fius exemplo probatum eft. Cüm ejecaufragio in littus Rhodiorum, aniniadveriffet geometricas figuras, exclamavit primum: peremus, ó amici, hominum enum vefligi confpicio. Deinde in oppidum Rhodum dit,& re gymnafium devenit, ibi Philofophia difputans, magais mur donatus: ad vidum, præftaret iis qui unà n i fecerant. Cum deinde comites ejus in patri reverti cupientes, interrogailent eum quidnam vellet domum renuntiari, mandavit dicerent: Ejufmodi poffffones& viatica liberis parari à parentibus oportere, qua etiam é naufragio und poflent enatare. Namque ea funt vera præfidia vite, quibus neque fortune iniquitas, neque publicarum rerum mutatio, neque belii vaftatio poteft nocere, » Theophraftus homines hortsndo, ut docti potits effent, quàm fortune confiderent, prædicabat: Do&um, folum ex omnibus, neque in alienis locis peregrinum eff:, neque, amiff. familiaribus& neceffariis, inopem. amicorum: ftd In omni civitate civem cenferi, adverfofque fortuna cafus poffe defpicere. Sancitum erat legibus Graecorum, ut parentes omnes àliberis alerentur. Athenienfes vero illos tantüm parentes ali à-filiis jubebant, qui eos artibus erudiffent. Etenim fortuna facillimé adimit hominibus munera quz dedit: difciplinæ verb cum amimis conjuntæ, nullo tempore deficiunt, fed permanent ftabiliter ad fum €" B» d Hifloires des Auteurs profamss.— 67 mettoit entre un fage& un fou: Envoyez-les, dit-il, Lun& d'autre chez des inconnus,& vous l'apprendrez. L'exemple de ce Philofophe peut fervir de preuve à la vérité de fa réponfe. Jetté par la tempête fur lerivage de Rhodes,& JY ayant appercu des Figures Géométriques, il S'écria d'ahord: 4yons bonne efpérance, mes amis, car je vois ici des traces d'hommes. ll fe reudit enfuite dans fa Ville,& étant entré dans une Ecole, il f» fit tant d'honneur à difputer fur quelques matieres. de Philofophis, qu’il fut comblé de préfents, de forte qu'il fourniffoit aux compagnons de fon naufrage l'habillement& les befoins néceffaires à la vie: Puis» comme ils défiroient retourner dans leur Patrie»& sinformoient de ce qu'il vouloit/mander à fes proches; il les chargeade cette commiffion: Recommandezleur de ma part d'enfeigner de bonne heure leurs enfans à fe fournir de biens& dej provifions qu£ puiffent braver la tempête; car les vrais foutiens de la vie font ceux à qui, ni l'inuftice de la fortune ni l'inconftance des événemens, ni le ravage de la guerre, ne peuvent porter aucune atteinte: IL Théophratte, en exhortant les hommes à fe 1er plutôt fur leur capacité que fur leurs biens, iMoit hautement: que de tous les Mortels le Savant avoit feul la Prérogative de n'être point étranger chez les Etrangers, de ne point manquer d'amis lorfqu'il les perdoit, mais qu’il portoit avec Lui le titre de Citoyen dans toutes les Villes du Monde,& qu'il pouvoit méprifer les revers fácheux de la Ae. Il étoit ordonné par les Loix des Grecs, que tous les enfants fans exception nourriroient leurs peres& meres. Au contraire, chez ies Athéniens, on ne comprenoi: dans cette Loi que ceux qui en avoient recu quelque inftru&ion; car la fortune dérobe fans peine aux hommesles préfents qu'elle. leur à faits; mais les Sciences incorporées avec. s 9g Pu AT Hiflorie& profanis Script. ]taque ego, inquit Vitrufinitafque parentibus ago atmum e» vius, maxim que habeo g probantes, me erudiendum curayerunt.| Plut. in Nicia, dominos fuos memoriâ ten decantatos ejus. verfus Siculi pra ceteris G rum fi quid a j appellebant, illud avid, letique fecum. invicem communicabant; Quin| etiam memorie ptoditum eff, cim navis Caunia, quam lembi prædatorii premebant, ad Siculum littus confugiffet; Siculos primà noluíffe eam recipere:at ubi interrogati Caunii an noffent Euripidis carmina, fe noffe refponderunt, tum. vero liberum eis receptum patuiffe.. Hiflores des Auteurs profanes.— 9 nos efprits, font à l'épreuve du temps, ne manquent jamais,& demeurent inébranlables Jufqu'au dernier inftant de la vie. C'eft pourquoi, dit Vitruve,j'ai des graces infinies à rendre à mes Parents, de ce qu'approuvant la Loides Athéniens, ils ont eu foin de me faire inffruire. Ill. Plufieurs Athéniens de ceux qui purent échapper à l'affreu(e déroute de la Sicile,& fe fauver dans leur pays, vinrent trouver Euripide, & le remercier, avouant qu’ils lui etoient redeva‘bles de leur vie,& ils ajouterent, que les uns avoient été dégagés des chaînes de l’efclavage, our avoir appris à leurs Maîtres certains lamper de fes poëlies qu'ils avoient retenus;& que les autres trouverent des fecours contre l'extréme faim& la foif qu’ils fouffroient au milieu des Campagnes, où ils erroient miférablement aprés la perte de la bataille, à la faveur de quelques uns de fes Vers qu’ilsdéclamoient. Eneffet,lesSiciliens, de tous les Peuples de la Gréce, étoient celui qui avoit le plus de paífion& de curiofité pour les Tragédies d'Euripide. Si les Voyageurs qui abordoient dans l'Ilfe, en apportoient quelques morceaux, ils les leur arrachoient avec avidité,& {e les communiquoient avec ua grand plaifir, Ce n'eft pas tout..: L'Hitoire nous apprend qu'un Vaiffzau de Caune, ferré de près par des Brigantins, s'étant réfugié fur les côtes de la Sicile, les Habitans. d’abord:refuferent de l'y recevoir; mais que fur la réponfcailirmative que donnerent les Cauniens à la demande qu’on leur fit, s'ils connoiffoientles Ouvrages d'Euripide, les Sici liens leur lailferent l'entrée libre. 1d. Hifloriæ à profanissScript, CAPUT VIII Litteræ ornamenta hominum funt& Jolatia, Si non tantus fruQus perciperetur ex alium artium ftudiüs, quantum pe :t, fed ex his dele&atio! fola peter 1 hec ammi remiffio jud ro homine dignifüma. Nam cz Pom omnium funt, neq atatum, neque locorum. Hzc ftudia adolefcentiam alunt, feneftutem ebettant., fecundas res ornant, adverfis-perfugium ac folatium præbent, delectant domi, non impediunt foris, pernottant 1 nobifcun n,pe resr imantur, rufticantur. tere neque te Si tempus in ftudia conferas, omne vite Senec.de 2 ul" faftidium pri s., nec noctem fieri optabis Tranq.c. t 3$ tedio lucis, nec tibi gravis eris, nec alis fupervacuus, _{ Nidemus litteras& ingenuas artes mon fodefiz. n. lam beate vite oble&ationem' effe, fed etiam 5 levamentum miferiarum. dem e futi cum in poteftate effent hoftium, tan as; multi in exilio, dolorem t fes litteris levaverunt. Demetrius Phalereus 5 cum e s pulfus effet injutià, contulit x Alexandriam ad Ptolemæum regem, multaque preclara in illo Plutar. calamitofo otio fcripfit. Dicitur turn monuiffe Apoph. regem, cu jus hofpitio utebatur, ut coníciiptos de regno imperioque libros fibi compararet atque perlegeret: Quia ,in iquiebat, qu& fn ici non audent moncre reges, hæc in libris pta funt. & aux afflidions; témoins ceu Hifloires des Auteurs; CHAPITRE VIII. Les Belles-L:ttres fervent d'ornement& T. Quand il feroit vrai que l'on ne retirât pas del'étude des Belles- Lettres tout le fruit qu'il et confiant qu'on en retire,& que tout leur avantage fe bornát au plaifir qu'elles procurent, cette derniere raifon feule devroit les rendre très-dignes de l'application d'un homme bien né; car la plûpart des autres Arts ne conviennent point à tous les temps, ni à tous les âges, ni à tous les lieux. Les Belles-Lettres fervent denourriture à la Jeunelle, de récréation à la Vieilleffe, d’ornement dans la profpérite, d’afile& de confolation dans l'adverfité; elles divertiffent à la maîfon ,n'embarraffent point au dehors;elles nous accompagnent le jour& la nuit, voyagent,& vont en Campagne avec nous. On éviteles chagrins& les dégoüts de la vie, en la paffant dans l'Etude: elle eft un moyen sûr pour ne pas s'ennuyer du jour,& foupirer après la nuit, pour n'étre pas fâcheux à foi-même,& inutile aux autres. Nous éprouvons que les’ Lettres& les Beaux Arts ne forment pas feulement la douceur d’une visheureufe, mais encore un foulagemenr propre étant tómbés entre les mains des Ennemis, fcit en prifon, foit en exil ,ont trouvé de la confolation dans les Belles-Lettres, Démétrius de Phalere ayant été banni injuftement de fa Patrie, fe réfugia à Alexandrie, auprès du Roi Ptolémée,& compofa dans cette malheureufe retraite plufieurs beaux Ouvrages. On dit même qu'il engagea le Roi, fon Hóte, à faire acquifition des Livres qu'il avoit écrit fur l'état& les devoirs d’un prince,& de les lire 72 Hiflorig à profanis S cript. Cicer. z, 2, Quamdiu refpublica Romana per eos ge Offic. n-tebatur quibus fe ipfa commiferat, in eam cusm Off ras cogitationefque ferè omnes fuas conferebat 2 ec Cicero,& plus opere ponebatin agendo quàm in fcribendo. Cim autem dominatu unius Julii "Cafaris.omnia tenerentur: non fe angoribus dedidit, quibus fuiffet confe&us., nec indignis homine do&o voluptatibus. Fugiens confpectum fceleratorum, quibus omnia redundabant; urbe relidà, rura peragrabat, abdebatque fe, quantitm licebat ,-& folus erat. Cum verb nihil agere animus ejus non poffet, neque vellet languere eam folitudinem, quam ipfi afferebat neceffitas, non voluntas.; exiftimavit moleftias honefti…imè deponi poffe, fi fe ad Philofophiam retuliffet, cui adolefcens multum temporis tribuerat, difcendi causà: omne ftu4 dium curamque convertit ad fcribendum 5 at4 que ut qui antea occupatus profuerat civibus fuis, aliquid quoque iis prodeffe poffet otio4 Tue fas, elaboravit ut dolores fierent& fapien*/* tiores: pluraque brevi tempore eversà republicà fcripfit, quim multis annis eà flante (cripferat. Sic paruit virorum fapientum præcepto, qui docent non folum ex malis eligere minima«opportere, fed etiam excerpere ex his ipfis. fi quid infit boni, Q,. J4*"o nu Ps, 3, DoGitnæ ftudia& optmè felicitatem p. 36. extollunt,& facillime minnunt calamitatem: eademque& ornamenta hominum maxima funt,& folatia. attentiye— HM GÀ AL undis ubt p Hifloires des Auteurs profanes 73 attentivement; parce que, difoit-il, il y trouveroit bien des vérités que les Courtifans mofemt pas dire aux Rois. IL. Tant que la République fat gouvernée par ceux qu'elle fe choififfoit elle-même, elle étoit prefque l'unique objet des foins& des penfées de Ciceron,& il étoit plus appliqué à la fervir qu'à écrire; mais l'autorité étant tombée entre les mains de Jules-Céfar feul, il ne s'abandonna pointà une rifteffe qui l'auroit miné, ni à des plaifirs indignes d'un homme qui fait quelque chofe: fuyant au contraire la vue des Brigands, dont tous les coins de la Ville regorgeoient, il quittoit Rome, alloit d’une Maifon de Campagne à l’autre, fe cachoit autant qu'il pouvoit,& trouvoit le moyen d’être feul. Or, comme fon efprit ne pouvoit demeurer dans l'inadion,& qu'il ne vouloit pas que la folitude où il fe tronvoit, plutôt parnéceflité que par choix, lui devint ennuy iffante; il crut qu'il lui étoitimpoflible de fe confoler d'una maniere plus digne d’un honnête homme, qu'en revenant à cette méme Philofophie à laquelle il avoit facrifié beaucoup de temps dans fa jeuneffe, pour fe former l'efprit. Il s’app iqua tout entier à écrire;& afin de n'étre pas inutile même dans fon repos à fes Citoyens, qu’il obligeoit auparavant dans les Charges qu’il tenoit, 1l travailla à leur donner des préceptes pour les faire devenir plus fages& plus favants,& fit plus d'Ouvrages em peu de temps depuis la ruine de la République, qu’il n'en avoit fait en beaucoup d'années pendant qu’elle fubfiftoit. Il obéit auffi au précepte d'habiles gens, qui enfeignent que de plufieurs maux inévitables, il faut non- feulement choifir les moindres, mais en tirer encore, s’il fe peut, quelque forte d'avantage. II. L'étude de la Science fert à augmenter le bonheür de la profpérité,& à diminuer le malheur- de l’adverfiié: elle tient encore 74 Hiforiæ# profanis Script. Plutarg. Ipfe Dionyfius junior, cum tyrannide exci-| Apopht, diffet, interrogatus) quid Plato philofophiaque| ipfi profuiffent? Ur, inquit, famam forme| mutationem equo animo ferar.| Punig, Et gaudium mihi, inquit Plinius,&{ôla1 tum eft, Ejif, tum in litteris: nihilque tam lætu 13. quod non per has letus fiat 5 nihil tam trif| te, quod non per has fit minus trifte. Itaque | in infirmitate uxoris,& amicorum periculo| | aut morte turbatus, ad ftudia, unicum doloris levamentum, confugio.: quæ præftant ut advería patientius feram. CAPUT IX. Qua in fcienuæ fludio fint vitanda Cua. t Duo vitia vitanda funt in cognitionis& Of. n. fcientiæ ftudio, naturali fané& honefto. i$, Unum, ne pro cognitis habeamus incognita, hifque temerè affentiamus. Quod vitium. effuere qui volet,( omnes autem velle debent,) adhibebit& tempus& diligentiam ad confi-| derandas res. Alterum eft vitium, quód qui-| dam nimis magnam operam conferunt in res| obfcuras atque difficiles, eafdemque non neceffarias. Quibus vitiis declinatis, quod operæ curæque ponetur in rebus honeftis& cog« nitione dignis, id jure laudabitur. Hifloires.des Auteurs profanes."s aux hommes lieu de parure& de confolation. Denis le jeune lui-même étant déchu de la puiflance quil avoit ufurpée, quelqu'un lui demandant à quoi lui avoit fervi la le&ure de Platon& l'étude de la Philefophie, répartit: J'ai - GUI T Avec une. ame courageufe» uL y. ID]; : U aufs Imprévu de la fortune. fol e goûte, dit Pline, autant deconfolation que d, ir dans l'étude:il ne m'arrive jamais aucun tré fujet de joie qui ne me devienne plus fenfible par fon moyen, commeil ne n'arrive aucun fujet de trifteffe qui ne me devienne moins affi ant. C'eft pourquoi, quand j'ai quelque occafion de chagrin» Íoit par lie de ma femme, foit par le danger ou la perte de 1 nis, j'ai fur le champ i l'unique remede à ma ter plus patiemment CHAPITRE IX, it Inconvénients à éviter dans l'étude de la Scierce, I. Il faut éviter deux défauts dans lefquels on tombe ordinairement, quand on fe livre à l’inclination de favoir qui nous eft naturelle,& qui n'a ren que d'honnéte; L'un eft de croire favoir on ne fait pas,& de prononcer téméraire= ment fur ce qu'on ne connoît pas aflez. Celui qui | voudra Éviter cet inconvénient»(& qui eft ce Dm qui ne doit pas le vouloir?) donnera à l'examen nm de chaque chofe tout le temps& tout le foin qe néceflaire pour la bien connoitre. L'autre défaut ap eft de s’attacher avec trop d'ardeur,& de donner trop de fens à des chofes obfeures& difficiles, 8€ dont on peut fe paffer: pourvu qu'on fache fe garder de l'un& de l'autre de ces inconvénients, À n’y aura rien que de louable l'application Ui N. 155. > Licer.$e de fin. n. 49. #6 Hiftoria? profanis Script. Si quis tamen ita teneatur difcendi ftudio; nt eos deferat quos tutari debet, ab officio difcedit,& à juitiig, qua in hominum tuendis commodis maxim? cernitur,& contemplationi cognitionique rerum anteponenda eft, Quod optimus quifque judicat,& re ipsà oftendit. Quis eít enim tam cupidus perfpiciendæ rerum nature, ut, fi ei fubito allatum fit periculum aliquod patrie, propinquorum, amicorum, cui fubvenire poffit, non ftatim abjiciat res cognitione digniflimas? 2. Cupere omnia fire; cujufcumque modi fint, curioforum eft: dud vero cupiditate fcientiæ ad mágnarum rerum contemplationem, fummorum virorum effe eft putandum, Senec.de Ti operose agendo nihil agunt, qui in litteBrev. c. parum inutilium ftudiis detinentur. Ecce RoWi. 14: manos quoque invafit ftudium fupervacua difÆliam 4267 3; Anniceris Cyrenæus magnifice de fe ten cendi. Cujus errores ifta minuent? cujus cupiditates prement? quem fortiorem, quem juitiorem, quem liberaliorem facient? Cum gloriaretur quidam quod multa didiciffet, dixit ei Ariftippus: Sicut qui plurima im qui fumunt comedunt, non melius valent, qua nece[Jarias fic eruditi habendi funt, non qui plu rima legerunt ac didicerunt, fed qui utilia. Hifoires des Auteurs profanes: 4 Qu'on pourra donner à des chofes honnêtes par elles-mêmes,& qui méritent qu'on s'en inftruife. Si quelqu'un cependant fe livtoit de telle forte à la pafhon d'apprendre, qu'il négligeât de défendre ceux qu’il doit défendre, il‘pécheroit contre les regles de fon devoir& de la j juftice, > qui paroit fur-tout dans le foin qu on prend à foutenir les intérêts des hommes,& qui doit êtré préférée à l'application& à la connoiffance de toute autrechofe.C’eft le fentiment& la regle des altions d’un homme de bien; car quel eft RA me au monde, quelque curiofité qu’il eût d’ex miner& de comtempler la Nature, quine MESH volontiers fur le champ les objets les plus dignes de ía connoiffance, pour feconrir, felon fon pouvoir, fa Patrie, fes Amis, ou fes Parents, s'il apprenoit qu'ils fuffent en danger!? II. C’eft la preuve d'un efprit curieux, dedéfirer tout favoir fans aucun choix; au Tien que c'eft la marque d'un efprit noble& élevé, de fe propofer pour but dans l'étude la connoiffnce des matieres fublimes, Ceux qui fe livrent fans retenue à l'étude. des Sciences inutiles, en faifant beaucoup, ne font rien. Nos Romains commencent aufli à donner dans le faux goût d'apprendre des chofes fuperflues: Mais qu elsdéfauts corrigeront-ils avec at Quelles paffions arrêteront-ils? Qui deviendra pa cette Etude fférile plus courageux, plus jufte& plus homme de bien? Aritlippe répartit à un homme qui fe glorifioit d'avoiracquis un grand nombre de connoiffances: Comme ceux qui mangent beaucoup ne JouifJent pas d'une. meilleure fanté que ceux qui fe bornent à leur néceffaire y de même. ce ne font pas ceux qui ont lu d'avantage, ou. appris plus de chofes> qui doivent pafer pour les plus habiles, mais ceux qui ont lu& appris les plus utiles. m lil. Anniceris de Cyrene avoit une grande Diij tiebat ob artem equit andi, 8& curr dorüm peritiam. ve lens igitur 1 Platoni exhibere, j e un repr EN Er nOtüs,€ | na vifa eft que: Fieri Hi€uram adeo 7 | enilibus;.,6 nullius melti»€4 non multó potiora,& veri ili Quineil Quædam rare eft artis imitatio, q| tH Aanzn Yanum. a is illius fu gi con jéichat mis. Qaem cüm fpc£ fet Alexander, dom naffe eum dicitur ejuf fdem leguminis modio. | Quod quidem premium fuit ilo opere digIH nifhmum, d Mart. 2e Turpe ef difficiles habere nugas L Epigr. Et fultus labor eft ineptiarum, 8 $6. Decor, Hiftrionum, gladiatorum, equorum ftudio Elog.€ occupatus& obfeffus adolefcentum animus, 9: quantulum loci bonis artibus relinquit? Sen, Ep. IV. Etiamfi longa homini vita fuppeteret; 49 tempus parce di enfandum effet, ut fufüce-| 1f, unc que dementia ef anta“égeftate tempos? ret ecelfaris: N vacua difcere in t Tf] Ws, Hifloires des Auteurs profanes. 79 opinion de lui-même, à caufe de fon habileté à monter à cheval,& à"conduire un char. Voulant donc en donner une preuve à Platon, il fit plufieurs tours dans le manége, frayant avec tant d'adreffe le premier cercle que les routes d adon chariot avoient tracé fur le fable, qu’il ne s’en écarta pas même d'une ligne. T'ousles Spectateurs furent ébahis à la vue de ce prodige,& comblerent le Cocher de louanges. In’y eut que Pla= ton qui jugea cette habileté plus digne de réprimandes que d'éloges,& qui dit, qu'il l'ne fe pouvoit pas faire qu'un homme qui avoit donné tant de tempe € d'application à des. bagatelles,& à des chofes ui ne font: d'aucune utilitd., Weût négligé pour €cla le foin dechofes plus avantageufes.,.& véritas blement dignes d: admirationsIl y a une induftrie qui n’eft qu’une fauffe imitation de l'Art, où l'homme épuife vainement fon travail, Telle a été l'adreffe d'un homme qui fichoit dans la pointe, d'une aiguille, à plufieurs coups réitérés, fans jamais en mahquer yn feul; des grains de pois, qu’il fouffloit de fa bouche dans un éloi gnement aflez confidérable. Alexandre Faysntqeperde qs ique temps, lui fit donner en préfent un boiffeau de ce même légume: digne zéc ompenfe,&fagementproportionnée&fonobjet, C’eft le travail din Fou, d'épuifer fa cervelle Sur des riens fatiguans, fur quelque bagatelle Quelle place peuvent trouver les beaux Arts dans l'efprit d’ B jeune homme totalement obfédé & envahi par les paffions de la Comédie& de l'exercice ,foit des Gladiateurs, foit des Chevaux? IV. Quand la vie del homme feroit pluslongue qu’elle ne l'eft en effet, il devroit néamoins en ufer avec épargne, pour fuffire à fes devoirs effentiels. Quel excès de folie eft-ce donc, dans une fi grande difette de temps, de s'appliquer à à. des connoiflances inutiles! D iv 8o Hiflorie à profanis Script, Ep.117. Non tam benigne& liberaliter tempus natura nobis dedit, ut liceat aliquid ex illo perdere. Vide tamen quantum etiam diligentifiimis pereat. Aliud cuique valetudo fua abftulit, aliud. valetudo fuorum: aliud privata negotia, aliud publica» Occupaverunt: vitain nobifcum dividit fomnus. Ex hoc tempore tam angufto ,tam rapido, tam nos auferente, quid juvat majorem partem mittere in vanum? CAPUT*X Qui retlè vivit, is fcientiam. utilem& " neceffariam eft. adeptus. $T Si quis animum virtuti confecravit, 8: fas^"quitur quocumque vocat illa: fi dtt fe fociale animal effe& in commune bonum genitam, mundum ut unam omnium domum foe&at: fi femper tanquam in public o vivit: fi fciat nec malum effe ullum, nifi quod turpe eft, nec bonum, nifi quod honeftum;& ad hanc legem ac regulam agat cun&a& exigat: fi judicet miferrimos omnium mortalium, quantifcumque opibus refulge, homines ventri ac ideal deditos, t animus inerti otio torpet. Hac fi quis& fciat& præftet, confummavit fcientiam utilem atque neceffariam. Reliqua obleGamenta otii funt. Plus prodeft, fi pauca præcepta fapientia teneas, fed ill la tibii in promptu& in ufu fint, quàm fi multa quidem didiceris, fed illa non habeas ad manum. à n Hifioires des Auteurs profanes,— 8x: La Nature ne nous a pas fait préfent du temps avectant de bonté& de libéralité, pour qu’il nous fut permis d’en perdre la moindre partie. Voyez pourtant combien ilen échappe à ceux quien font les plus ménagers. La maladie en emporte d’un côté, celle de nos amis en emporte de l’autre. Nos affaires particulieres en dérobent quelque portion, & les affaires publiques occupent le refte. Le fommeil partage la vie de moitié avec nous. Quel avantage avons-nous donc à employer à fond perdu la plus grande partie d'un temps fr étroit, fi rapide,& qui nous enleve fi tôt peu de temps! CHAPITRE X. C'ef. avoir acquis la fcience utile& nés ceffaire, que de vivre honnétement, Quiconque a acquis les connoiffances fuivantes; & fait en faire ufage, eft confommé dans la fcience utile& néceflaire à l'homme: c'eft-à-dire, celui qui s’eftconfacré à la vertu,& la fuit partout où elle l'appelle, qui perfuadé que l'homme eft un animal né pour la fociété& le bien commun, regardele Monde entier comme une famille réunie fous un méme toit, qui vit toujours comme s’il étoit en public, quine connoit de mal que ce qui eft honteux,& de bien que ce qui eft honnéte, quirapporte toutes fes actions à cette regle& àcette loi, qui regarde comme les plus malheureux de tous les Mortels, ceux qui font des Dieux de leur cupidité, quelques richeffes qu’ils aient,& laiffent croupi leur ame dans une honteufe molleffe, Toute autre fcience peut fervir d'amufement à notre repos. Voustirerez plus de gain à vous enrichir la mémoire d'un petit nombre de préceptes de la SageíTe, dont vous puiffiez faire ufage au befoin, que de la charger d'un grand amas, dont vous nq gourriez pas vous feryiz à la main, D.3 Hiflorie à profanis Script. GCAP,UT..X.I p T S]; Naturá tam docere cupimus y quàm * e r. Impellimur naturâ, ut prodeffe velimus - quamplurimis, in primifque docendo,& tra-—| RARE 1 À-: T! dendis comparanda prudentiæ rationibus. Îta| que non facile eft invenire, qui non tradat | alteri quod fciat ipfe. Ita non folum ad dif-".^ cendum propenfi fumus ,, verum etiam adi 1 1 docendum,| || Cupio; dicebat olim. Seneca: fcribens ad ll Lucilium, in te. transfundere omnia que ad | fanandos animi morbos efficacia expertus fum. Gaudeo aliquid difcere, ut doceam: nec me ulla res dele&abit, licet eximia fit& falutaris. quàm mihi uni. fciturus fum.. Nullus boni| jucunda poffeffio eft fine focio.. Mittam ita-—| que tibi ipfos libros, unde falutaria haufi: & ne multum opere impendas in:totis libris perlegendis, imponam motas y ut tu, qui fectaris profutura, protinus accedas ad ea quae probo& miror. Plus tamen tibi& viva vox& conviQus- fapientum proderunt» quàm lbris E Primüm quia homines amplius oculis, quàm j auribus, credunt: deinde. quia longum eft iter | per præcepta, breve& efficax per exempla, Cleanthes non-expreffiffet. moribus Zenonem, l. | fi eum tantummodo' audiffet. Vite ejus inter-| | fuit, fecreta- perfpexit, obfervavit illum, an | ex preceptis fuis viveret. Plato& Ariftoteles | I plus ex moribus, quàm ex verbis Socratis; traxere.. tns Ctr plus que les Livres, La. premiere raifon; c'eft que Hifloires des Auteurs profanes, 83 CHAPITRE X1 La Nature nous a donné un deftr égal d'inflruire ,.& d’être inftruis. 9 I. Nous naiffons avec une inclination naturelle à nous rendre utiles aux autres le plus qu'il nous eft poffible ,fur-tout en leur enfeignant lesmoyens d'acquérir la prudence. C'eft pour cela qu’il n'eft pas aifé‘de trouver un homme qui refufe de communiquer à un autre ce qu'il fait;. tant eft violent le penchant que nous avons, non-feulement à apprendre, maisencore à enfeigner. Je ferois charmé, écrivoit autrefois Seneque à Lucile, de pouvoir vous faire le tranfport des 5 f I remedes dont j'ai éprouvé demanderent à Annibal ce qu’il penfoit de ce Philofophe. Ce Carthaginois réponditavecune liberté qui lui étoit naturelle, quil avoit bien vu des Vieillards depourvus de bon fens y mais qu'il n'en avoit jamais 9u aucun qui radotát au point que le faifoit ce bon homme Phormion. ll ne le difoit pas fansraifon. En effet, y a-t-il rien de plusimpudentj & qui marque davantage un grand parleur, que 90 Hiftoria? profanis Script. ullius publici; attigerat, dare praeceps fa de-re milit imperio. cerzaver m populo. Romano ompium gentium re à? Hoc mihi facere videntur omnes illi, qui, quod. ipfi experti non funt, id docent ceteros. CAPUT XIII Etiam fini. difcere. decorum eff. 1; Gloriabatur Solon, fe, aliquid. quotidie in, addifcentem, fenem fieri. Quod& fuprémo ; vite die confirmavit. Nam cüm affidentes ei ler. l. agnigi, quàdam de re inter fe fermonem con£5 To-= 7e Siirent: capur ám morte inflante gravatum erexit, interrogatufque cur id feciffet? refpor dit: Ut cùm iflud quidquid eft, de quo dip monmre ANIMA T latis, percepero., æguiois 2DITO avi care "ato major græcas litteras fenex didicit: quas quidem avidè arnpuit, quaíi diuturnam fitim explere. cupiens. N 25 Sophocles: ad fummam feneQtutem tragc:dias fecit. Propter quod fludium cim rem familialis in judicium rem negligere: videretur, à fil vocatus eft, ut judices à rei f quemadmodum apud folebat patribus ma fenex recitavit Judi, qu proxime fcripferat, quefivitque num illud carmen: hominis defipientis effe videretur? Quo recitato, fententiis judicum eft liberatus, foires des Auteurs profanes. QI es de voir un homme G:‘ec, qui n’avoit jamais vu msi en toute(a vieni Ennemi ni Camp,& n'avoi: déaucune Charge dela république, r des Le çons für la Science Militaire à un i lifputé; MEAM tant d'années 14 Maître alors de toutes les [ u Monde? Tous ceux qui veuapprendre auxautres ce qu'ilne favent point pat expérience, imitent ce Philofophe infenfé. CHAPITRE. XIIL. y I ef glorieux, même. à ur. Fieillard; L^ d’apprendres. 3 fri (Tác I. Solon fe glorifioit fur le déclin de fon âge d'apprendre tous les jours quelque chofe. Il ena donné une preuve conyaincante dans le dernier ; monem de fa vie. Quelques amis s'entretenoient Wf certaine ra" cR autour Aeon H-lawa- fa» -2--o— 0^aa ane A Aw a rm oc . téte appéfantie par le fommeil de la mort;& jp comme ils lui demanderent pourquoi il faifoie cela: C'ef!, répondit-il, afin de mourir plus content, en recueillant tout ce que vous dites de bon. Caton l’ancien apprit dans fa vieilleffela langue Greque> qu‘il faifit avec une avidité femblable à celle d'un homme qui defire éteindre une longue foif. Sophocles s acompofé des Tragédiesj l'extrémité defa vieilleffe. Sesenfantstr ette. application lui faifoit négliger affaires, í pourvurent en Bodice. pour le"faire inter: dire, comme il fe pratique chez les Romains à l'égard des peres mauvais éconon nes de leurs biens. Le rd, pour toute, fe contenta de lire edens re T equil venoit d'ached é sils one que e fi iom 7 uc Script. ut ja s À 1 potius inte Sm.Ep.,> Senecam etate prove 16, ire ad phi Quintur va hora phom quod; fihoc unum theatrum fenex-i befcam? Quid quia diu non iceris?"Tamdiu dif a ef, quamdiu nefcis: tamdiu- difcendum ef guemadmodum vivas, quamdiu vivis,| Pudet autem me generis| Sis. Mihi Me|. trona&is domum petenti t rie| MN ter theatrum. Hlud femper genti fludio judicatur at in illo loco ubi difcitur quomodo quis fi poffit vir bonus, pauci. fedent:& hi plerifque videntur ac vocantur inepti& inertes. Mihi contingat ifte derifus. Æquo animo audienda| funt imperitorum convici:ad honefta vadens ti contemnendus eft ite contemtus, T morade Cur nefcire, pudens pravé, quàm difcere; artPo et, e mal v.$8. o: iN] t Hiffoires des Auteurs profanes. 03 n que fes enfants avoient intentée contre lui. Uaquelqu'un confeilloit à Diogene de fe repofer dans fa vieilleffe, Quoi donc, repondit-il» f£ je courois dans la lice, faudroit-il que prêt à atteindre le but, je reléchafle ma courfe? ne devrois-je pas jen plutôt rafembler alors toutes mes forces? IT. Seneque avancé en âge, n’avoit pas de honte d'aller dans les Ecoles de Philofophie, comme il paroît par cette Lettre:» Voilà déjà cinq jours » que je vais en Claffe,& que j'affiteà huit heures » précifes aux Leçons du Philofophe Metronate, » Mais peut être direz-vous que je me mets au » rang des enfants; fans doute,& je m’eftime » heureux, s'il n'y a que ce reproche qui puiffe » deshonorer ma vieilleffe. Quoi! il me fera per» mis, quoique vieux, d'aller au Théâtre,& je » rougirois d'entendre un Philofophe! Y a-t-il »rien au monde de plus fou, que de ne vou» loir pas apprendre, parce qu'onne s’y eft pas pris » affez tôt pour le faire. Il eft toujours la faifon » d'apprendre, quand on eft ignorant,& l'on doit » s'inftruire des devoirs de la vie, tant qu’on a à » vivre. » Mais j'ai compaffion de la folie des hommes: » mon chemin pour aller au logis de MetronaGe, » m'oblige de paffer derriere le Théâtre: je le vois » toujours rempli d'une foule de partifans qui »sempreffentàjuger quieftle meilleur Comédien. » Mais dans le lieu oinf'ün apprend à devenir plus » honnéte homme, les bancs y font vuides,& le » petit nombre de ceux qui y vont, paffent dans le » Monde pour infenfés& ridicules. Je me mocque » de ces railleries. ll faut écouter, fans s'émou» voir, les reproches designorants,& leur mépris =» doit être méprifable à celui ui tend à ce qui eft @ honnête. Quelle eft ma bizarre penfée Duppe d'une honte infen(ée, 94 Hiflorie à profanis Script, Galenus—"Tu deaff.cu- nentes rand, eft, quemp bobortre, a Grammaticus vel Medicus nunquam quiddai Iraperator fapien pud Sextum philofophi H F3 edes propterea ventitans. E egredientem: rogavit Lucius P] modo Romam advenerat., quo pergeret, 6 ad quod negotium? Tum Marcus: Seni eri inqui it 4d lifcere. decorum efl. haque ad Sextum philofophum eo, ut fciam que nondum fcio. Lucius, manibus in ccelum fublatis, exclar navit, Q Jupiter.! Romanorum Imperator jam fene[cens, tabellis è zona[ufpenfis ad ludim agiftrum pergit, puerorum inflar! CAPUT XI V. -Honos docs habitus. Plinljs 1. Dionyfus tyrannus, qui fzvitie& fus *3?^" perbiæ natus videbatur, navem vittis ornatam mifit obviam Platoni, gravií fimo dicendi & vivendi magiflro, venienti Syracufas. Ipfe\ quadrigis albis excepit in littore egredientem| 3 | | è navi. Confule ædes aliquas ingreffuro; earum fores virgà à lidore percuticbantur, monendi Fhiflowes des Auteurs profanes. 95 aime mieux vivre eni jnorant Que de m'infruire en vieilliffant, Il eft honteux qu'un homme travaille /ansceffe^ & fe donne de la peine pendant plufieurs années pour devenir bon Grammairien, Rhéteur; Géometre ou Médecin,& que pour devenir honnéte homme, il ne facrifie pas uti moment de fon temps & de fon travail pendant toute l'étendue de fa vie. I. Marc-Aurele, Empereur, s'appliquoit à l'étude de la Sageffe fous le Philofophe Sextus,& fe rendoit très-fouvent pour cet effet chez lui. Un autre Philofophe nominé Lucius, nouvellement débarqué dans Rome, ayant apperçu l'Empereur qui fortoit de fon Palais avec l'équipage d'un Écolier, prit la liberté de lui demander où il alloit, & pour quelle affaire. Alors Marc lui fit cette «téponfe: Z/ efl honorable, même à un Vieillard, de s'inflruire& c'efl dans cette intention que je vais chez le Philofophe Sextus, pour apprendre de lui ce que je ne fais pas encore. Lucius levant les mains au Ciel, ne put s'empêcher de s’écrier: O lupitert un Empereur Romain, dont la tête blanchi déjd s va à l'école comme un enfant, fes-tablettes pendues, à fon cóté! CHAPITRE XIV, Honneur rendu aux Savants, Denis le Tyran; qui paroiffoit un monftre né pour la cruauté& l’orgueil, envoya au devant de Platon, Maître célébre par la force de fon élo= quence,& la fageffe de fa morale ,qu venoit à Syracufe, un vaiífeau orn de guirlandes. Il alla lui-même le recevoir fur la rivage avec un chariot attelé de quatre che vaux blancs. C'étoit un privilege attaché à la Charge d'un Conful, lorfqu’il vouloit entrer dans quelques 26 Hiflorie e profanis S cript. causä adeffe Confulem: nifi edes eífent ejus hominis, cui habendus ab ipfo magiftratu honos videretur. Itaque Pompeius cüm ex Afia rediens Rhodum veniffet,& Poffidonii philofophi domum effet intraturus, fores ejus de more percuti à lidore vetuit:& fafces li&orios januæ philofophi fubmifit is, cui fe Oriens| Occidenfque fubmiferat.! Ep.3.10, fpáque commotus, ad vifendum eum ab ultimis terrarum fnibus venit, ftatimque ut viderat, abiit. Ælian, 2. Alexander magnus captis Thebis, pofte13.. 7. is Pindari Poëtæ in ea urbe nati pepercit; ipfiufque domum flare incolumem voluit. InPlin.l,7. ter fpolia Darii Regis Perfarum capto unguen& 29. torum fcrinio, quod erat auro gemmiíque, ac margaritis pretiofum, varios ejus ufus amicis| demonílrantibus: Imè Aercuié, inquit, librorum Homeri cuflodiæ detur. Cupiebat nempe ut preüofifümum humani ingenii opus ferva. Dio retur opere quàm maxime diviti. Prfædicabat M*?" hunc Poétam complexum effe omnia bellandi ac regnandi precepta: eumque tanto amore atque honore profecutus eft, ut Homeri amator; cognominaretur. Interrogante aliquando Philippo patre, cur tantopere hóc uno Poétà deleCaretur, ceteros vero negligeret? Ided, inquit, pater, quód non quævis poëfrs regem decere mihi videmur, ficut nec quodvis veflimentum, Unius. Homeri ingenua ef},& magnifica, Plu.in& verb regia. ltaque Homeri libros fecum inMiexe ter bella ferre folitus erat;& cum quiéfceret, eos unà cum pugione fub pulvino, cui incumbebat, reponere 5 militiæ viaticum€ bellicæ virutis in[ütutionem appellans, Cum quidam maillons Plinlz. Gaditanus quidam Titi Livi nomine fa—--————————— Hifloires des Auteurs profanes; 97 maifons, de frapper avant à la porte avec un des faifceaux de verges que le Liteur portoit devant lui, à moins que ce ne fût la maifon d'un Particulier à qui le Magiftrat dût loi-même quelque égard. Pompée fur fon retour d'Afie» entra dans Rhodes,& voulant rendre vifite au Philofophe Poflidonius, défendit au li&eur de frapper, fuivant la contume à la porte de fon logis:& celui devant qui l’Orient& l'Occident avoient baiffé pavillon, voulut que les faifceaux defon Licteurfilent hommage à lademeure d’un Philofophes Un certain Gaditanus, frappé du nom& de la renommée de Tite Live, vint des extrémités du Monde pour le voir,& s’en retourna après avoir contenté fa curiofité. TI. Alexandre le Grand s’étant rendu Maître de la Ville de Thèbes, pardonna aux defcendans$t à la maifon de Pindare, Poëte natif de cette Ville. Parmi les dépouilles de Darius, Roi des Perfes, il fe trouva un coffre de parfums qui étoit enrichi d'Or, de Pierreries& d'Emeraudes;& comme les Courtifans s’empreffoient:à lui en montrer les différens ufages: J'aime beaücoup mieux, leur ditil, qu’il ferve à conferver les Ouvrages d'Homere, Ce Prince défiroit que l'Ouvrage le plus précieux de l’efprit humain füt renfermé dans l'Ouvrage des mains le plus riche qui püt fe trouver. 1] difoit ouvertement quee Poète avoit fcu embraffet tous les préceptes propres à former un Général & un Roi. Il eut toute fa vie pour ce Poète une affc&ion fi particuliere,& un f grand refpe&, qu'il fut furnommé le Courtifan d'Homere. Son pere Philippe lui demandant un jour pourquoi il prenoit tant de plaifir à la leQure de ce Poète,& qu’il paroiffoit regarder les autres avec indifférence: C'efl, dit-il, mon cher pere, parce que comme toutes fortes d'habillemens ne conviennent pas à un Roi, toutes fortes de Poëfies ne lui conwiennent pas non Plus, Hl Wy a que i d'Homere 98 Hifloriæ è profanis Script. Ydem de profper& geftæ rei nuncius citato curfu acces profec. deret, vultu ingentem laetitiam praeferens: yuzut, Quid mihi nunciaturus es, inquit, tanto gaudio dignum 3 nifi for[an Homerus reyixit, xlii 3: Alcibiades quoque Homerum magno in | 15,8, Dretio habuit. Itaque cüm forté in fcholam puerorum veniffet, Homerum fibi petiit exhiberi, Cüm vero ludimagifter fe nihil Homeri habere réfpondiflet; colaphum ei durum inflixit,& abüt, imperitum, dicens,@ qui tales redderet pueros. Quy Com Zoïlus, qui Homeromaftix, id ef, prifan Homeri flagellum, eft vocatus, Alexandriam veniffet,& fua contra liadem& Odyfleam fcripta Ptolemeo Philadelpho recitaflet: ani-—| | madvertens Rex Poétarum principem vexari | abíentem& inauditum, ut potè mortuum;& | eum, cujus ab cunétis gentibus fcripta fufci|»erentur, à Zoilo vituperari; indignatus, nulp ei refponfem dedit? llle diutius Alexandrie cemmoratus,& inopià preffus, fummifit ad regem, poftulans ut aliquid fibi tribueretur. Rex vero dicitur refpoadiffe: Homerum, qui ante annos mille decefferat, quotidie pafcere multa millia hominum: debere pariter eum, qui fe meliore ingenio profiteretur, pe[Je alere non modd fe unum, fed etiam plures i: dj af Hifloires des Auteurs profanes 99 gui me paroít naturelle, élevée, Sublime,& vraiment digne d’un Roi, Il s’étoit impofé la coutume de porter fes Ouvragesà la guerre,&lorfqu’il repofoit, il les mettoit fous fon oreiller avec fon cimeterre, les appellant le Viatique des Guerriers, & l’Ecole de I Art Militaire. Voyant un Courier qui fe hâtoit à grands pas de venir lui annoncer la nouvelle d'une Vi&oire,& montroit für fon vifage une joie extraorcinsire, il le prévint en difant: Que vas-tu n’annoncer qui pui[fz être digne d'une fi grande joie, à moins peut- être que ce ne foit la nouvelle de la réfurrettion d' Homere à IH. Alcibiades fit auffi un très-grand cas d'Homere; c'eft pourquoi le hazard l'ayant conduit dans une Ecole de jeunes gens, il demanda qu'on lui fit voir Homere. Le Maitre lui ayant répondu qu'il n'avoit aucun Ouvrage de ce Poste, il lui appliqua un rude foufllét,& fortit; en ajoutant qu'Z/ étoit un ignorant,& qu'il formeroit des Ecoliers femblables à lui. Zoile, qui fut furnommé le fléau d'Homere; vint à Alexandrie, où il récita devant Ptolémée Philadelphe les Satyres qu'il avoit compofées contre l'Hiade& l’Odiffée. Le Roi faifant réflexion que le Prince des Poétes étoit déchiré en fon abfence,& fans pouvoir fe jufüfier, comme étant au nombre des morts,& que celui dont les Œuvres enlevoient l’admiration de tous les Peuples, étoit méprifé par Zoile feul, faifi d'indignation, ne lui fit aucune réponfe. Zoile refta quelque temps à Alexandrie,& étant tombé dans una extrême indigence, vint fe jeter aux pieds du R oi; le conjurant de lui faite quelque libéralité. Mais le Roi lui répondit, qu’Homere, qui étoit mort de= puis mille ans, nourriffoit tous les Jours plufieurs. milliers d'hommes; que pour lui qui fe flatoit d'avoir un efprit fupérieur à celui de ce Poëte, devoit à plus forte raifon être en état de fe nourrir non Seules ment lui-même, mais auffi plufieurs autres avec luy Ejj ——— Á— 166 Mifforie à profanis Script. nicer. 4. Sylla duxit aliquo. premio dignam fedugre.Arc. litatem etiam mali Poëtæ. Nam cüm ille epi^*f: gramma ipfi obtuliffet, juffit premium ei ftatim tribui, fob ea tamen conditione, N° i Sueton. pofteà fcriberet. Julius Cæfar civifate do nce liberalium artium do&ores,& medicinam '** Romæ profeffos, ut ed li& ipfi uts.1. bem incolerent,& cæteri appe Optimi .c 35. llle quidem: folet quippe labo| . unde emolumentum atque f Mgr At fublatis ftudiorum præmiis, etiam fl e, 7. pereunt. ‘A.Gell.—*. Mandatum eft memorie, Platonem phi136,17, lolophum tenui admodum pecuniâ fuiffe: atque eum tamen mercatum efie decem millibus drachmarum tres Philolai Pythagorici libros. Quidam dixerunt amicum ejus Dionem Syracufanum eam pecuniam illi dediffe. T'radi raditum eft quoque, Ariftorelem libros pauculos Speufippi philofophi emiffe talentis Atticis tribus. Plin 1, Mocrates pro una oratione viginti talenta acce7,c.3». pit. Dicitur O&avia, cüm Virgilium audivif-"u&or. fet recitantem illos de filio fuo verfus, Tz Ca Marcellus eris,&c. deliquium animi paífa effe g deinde, recepto animo, Virgilio dari jufliffg pro fingulis verfibus dena feftertia. [53 w* 6."Greci magnos honores conflituerunt Athletis, qui in Olympiis, Pythiis, Ithmiis; Nemeilque certaminibus vicerint. Nam non modo in publico Gracie conventu laudes ferunt cum palma& corona: fed etiam cüm revertuntur in fuas civitates; triumphantes quadrigis invehuntur in patriam,& conftitutis& republica veGigalibus fruuntur per totam vitam, Quod cum egg animadverto, inVitruy. by pref. si Hifloires des Auteurs profanes, Yor IV. Sylla jugea autrefois la peine d'un certain Poéte, quoique mau vals, digne de fon falaire; car lui ayant préfenté une méchante Epigramme, il lui fit donner fur le champ une récompenfe, fous la condition pourtant qu'il. n'en compoferoit plus à l’avenir. Jules Céfar fit donner le droit de Bourgeoifie aux Maîtres ès Arts,& aux Docteurs en Médecine, qui étoient à Rome, pour lesy attacher d’avantage,& infpirer aux autres l'envie de leur reffembler. Il agit en cela tfès-fagement, car on s’emploie ordinairement plus volontiers où l'on efpere du gain& de l'honneur, La décadence des Belles-Lettres eft affurée; fi vous en banniffez les prix& les récompen(es. V. Nous’ apprenons: dans» l'Hiftoire, que Platon le Philofophe; malgré fon extrême pauvreté, acheta cependant trois Livres de Philolaüs$ Pythagoricien; dix mille dragmes. Quelques-uns ont foupconné‘que‘cetté fomme lui avoit été donnée en préfent par fon ami Dion le Syracufain.Nous apprenons encore qu’Ariftote acheta trois talens attiques, les Ouvrages du Philofophe Speufippe, qui étoient en trés-petit nombres Ifocrates pour une feule Harangue reçut vingt talens. On dit qu'OGavie ayant entendu Virgilsréciter quelques Vers en l'honneur de fon fils; qui commençoient ainfi, Tu feras un autre Marcellus, tomba évanouie,& qu'étant revenue àelle-méme, elle fit donner à Virgile dix fefterces pour chaque Vers. Vl. Les Grecs avoient établis des honneurs extraordinaires en faveur de ceux qui remportoient le prix dans les jeux Olimpiques, Fithiens Ithmiens& Néméens: car non feulement on les couronnoit en public, mais auffi quand ils retournoient dans leurs Villes, ils étoient portés furdes Chars de triomphe tirés par quatre chevaux,& on leur affuroit une rente viagere für les fonds de la République. Quand je fais ij s Top) Hifloriæ& profanis Script. quit Vitruvius, admiror cur non iidem ho: atque etiam majores, tributi fint fcriitas utilitates perpetuo evo enun eo magis cdignum Aihlete fua tantüm cor's efficiunt fortiora; fcri» ptores vero non folimfua ingenia fuofque fenfus perfi iam omnium aliorum, ea in hbris fuis precepta dantes, quz plurimum juvent ad animos exacuendos,& ad difcendum. Quid enim Milo Crotoniates, quód fuit corporis viribus inviQus, prodeft hominibus, aut ceteri qui*eo genere fuerunt vi&ores? Pythagore verb, Palatonis, Ariftotelis, cæterorumque fapientum præcepta, omnibus gentibus edunt novos quotidié fru&us; quibus qui à tenara etate fatiantur, ipfi optimos habent fenfus,& humanos mores civitatibus infundunt, equa jura ac leges defcribunt, fine quibus nulla poteft effe civitas incolumis. Cum ergo tanta munera privatim publicéque fuerint hominibus preparata ab fcriptorum prudentia; non folüm palmas& coronas his tribui arbitror oportere, fed etiam& triuma phos,& divinos, fi fas fit, honores decerni, pora exercitation:l iunt, fed et See.— Animi remedia inventa funt ab antiquis Tp. 64. philofophis. Sufpiciendi propterea funt,& propé Deorum ritu colendi. Equidem quam venerationem praeceptoribus meis debeo, eamdem illis praeceptoribus generis humani debere me exiflimo. Quid ergo? fi Confulem videro aut Prætorem, omnia faciam quibus honor haberi folet, equo defiliam, caput adaperiam, femita cedam: Socratem cum Platone,& Zez Hiffoires des Auteurs profanis; 101 félexion à cette coutume. des Grecs, je fuis furoris, dit Vitrave, qu'en n'acéorde pas les mêmes prérogatives,& méme de plus confdérables, aux Teivains qui oftren ins tous les fieclesau Public des fervi es Cet établi ment, fercird'autanti tes ne font que rento plus robufte ins fe f per! Giennent leurs idé procurent le méme avantage aux autres, en donnant dans leurs Livres des preceptes qui coritribuent beaucou les eff X à étendre nos con= aux homines que uitres comme lui, aient eu La S Cot de corps prodig ienfes? Mais les Leçons d’un Pythagore, d'un platon, d’un Ariftote,& d'autres de leur Clafle, produii tous les jours de nouveaux fruits chez tontes les Nations, procurent la jufte d'efprit à ceux qui ont eu foin de s'en remplir de bonne heure, civilifent les mœurs des Villes, dic Gent j'ar-tout la juftice& les Loix, fans lefquelles un Etat ne peut fubfitter. Puifque donc les Savants comblent les hommes de tant& de fi précieux avantages par leurstalents& leur érudition 2 foiten général, foit en particulier, je penie qu’ils méritent nonfeulement des lauriers& des couronnes, mais encore les honneurs du triomphe,& même, s'il étoit permis, les honneurs divins. Les anciens Philofophes ont fait la découverte des remedes propres aux maladies de l’ame,& ce fervice mérite bien nos refpects,& prefque unautre culte. En vérité, Je me crois obligé d'avoir la méme vénération pour mes Maitres, que j'ai pour les Maîtres de l'Univers. Quoi donc fije rencontre un Coníul ou un Préteur ,je ie donnerai toutes les marques de la plus profonde foumiflon, Je defcendrai de herd» je décou1Y. es v app frequentiffimum omnium in Grecia conven104 Hiflonæ profanis Script: nonem,& Cleanthem mon vénerabor| nof tanta nomina colam 1 CAPUT XV. Modeftia cutn eum dodrina. Dicebat do&iffimus ,. idemque fapientiff hacr. in mus, Socrates: p hoc utum fcre, quód nihil: Socrat. fciret. £ Cüm veniffet Plato. ad ludos Olympicos, tuum; Olympie contubernium iniit cum ignotis omi ibus. ignotus iis& ipfe. Ita vero €os cepit ac fibi devinxit tum mor um fuaviiate, tum fermonibus ab omni affeQatione fapientie alienis, ut peregrini ili plurimüm gauderent fortuito talis viri contubernio ac convidu. Neque verb Academiæ aut Socratis mentionem ullam fecit. Hoc folum illis declaravit, fe Platonem appellari. Chm peraÂis ludis Athenas veniffent 3 perhumaniter eos excepit. Tum hofpites:: Age, inquiunt, 7 bis illum tibi. cognominem. Socratis cujus magna ubiqi ue fama efl. Duc nós in Es ademiam, 6 fifle viro, ut ali iquem ex efus quoque colloquio feutium colligamus. At ille leni iter fubridens, quemadmodum folebat: E go veró, inquit ille ipfe fum. Obftupuere illi, quód ‘focium tandiu habuiffent tantum vim ignorantes: intellexeruntque, poffe eum fibi conciliare animos fom quib: ifcum ageret, etiam fne confuetis illis de philofophia fermonibus, fre no viiraim aucune un non le pius fuge des * 3 u e 3 qui étoit quil ne fa Z5 ton défirant voir. jeux ig,& ar la douceur T(onc ara Gere,€& pe A A g faux ai r de oient infia ie S homme,; as un mot d'un qu'ils devoient LA eme d js de Socrate ni de fon À cad leur dire q u'il s^ bration; ct Piaton les re cuta avec toutes f Alors fes Hótes luifirentcette pr voir, s'il vous plait, ce Difcipl porte votre nom,& dont tout tant de bruit‘ Menez; préfentez- nous à> ut» afin quenous‘retirions quelque. fruit‘de(ation.; faifant un doux moi-méme-, leur| es:] sas furpris diana ndre J ; ans le favoir, un Camarade de ids,& comprirent bien quil les cœurs de ceux avec qui il: vi pioyer-les difcours infinuans& Philof ophie, fi. D mn ile je 5 Cie, Seneca. Ep.$84. P? "n 106 Hifloriæ à profanis Script. Magna eft admiratio copiose fapienterqué O fic. n- dicentis, Si verb ineft in oratione mifta modeftie gravitas, nihil admirabilius fieri poteft Maxime, cum ea funt in adalefcentes CAPUT XVI Jon refert quam multos, fed quàm bonos; libros habeas ac legas. 1. EflleGio neceffaria: alit enim ingenium; & cogitando inveniendoque fatigatum reficit. Nec fcribere tantäm, nec tantüm legere, debemus, fed invicem hoc Mlo commutandum eft,& alterum altero temperandum, ut qu quid le&ione colle&um eft, profit ad pabulum animi aut ad fcribendum. Apes debernus imitari, qua ducunt fuccum ex floribus ad mel faciendum idoneis, deinde difponunt per favos quidquid attulere Alimenta corporis tunc demum in fanguinem & vires tranfeunt, cüm funt concoCa. Idem præftemus in his quibus aluntur ingenia: concouamus illa. 2& 2. Le&io omnis generis voluminum habet aliquid vagum& inftabile. Paucis libris immorari& innutriri opportet, fi velis aliquid trahere quod in animo fideliter haereat. LeGio certa prodeft, varia dele(tat. Qui vult pervenie quo deftinavit, unam fequatur viam, non per plures vageturs Hifloires dés Auteurs profanes. 1 07 Un homme qui parle avec íacilité,& en méme temps avec poids& f e» fe fait infaillible. ment admirer; mais fi avec cela on remai que dans fes difcours une modeflie foutenue de force & de gravité, rien n'enleve davantage notre eftime; fur-tout quand ces deux qualités fe rencontrent dans un Jeune homme. CHAPITRE XVI I1 mimporte pas d’avoir& de lire beau: coup de livres, mais de les avoir bons € de les Lire, I. La leQure eft d'une indifpenfable néceffité; puifqu’elle fert de nourriture à l'efprit,& qu'elle le rétablit dela fatigue qu'il effaie à imaginer& à inventer. 1 ne faut pas feulement écrire, mais il faut encore lire,& favoir fi bien entreméler l’un avec l'autre, que tout ce que nous recueillons de notrele&ure puiffe coutribuer à nourrir notre efprit,& nous aider à compofer. Nous devons imiter les Abeilles, qui tirent des fleurs le fuc propre à travailler leur miel,& difpofent enfuite tout le butin par rayons. Les aliments du corps ne fe tournent en chyle -& en fang, que lorfau'ils font digérés: obfervons la même chofe à l'égard de l’efprit, digérons les viandesqui lui font propres. La lecture d'un grand nombre de volumes fans choix, a quelque chofe de vague& d'inconftant, Ilfaut vous en tenir à une petite quantité de Livres,& f Or, vous en nourrir, fi vous voulez en , ne dans votre du . Un de) 1e de hemin, fans s'écarter dans plufieurs, #.c.3- runt ex fva civi 108 Hiflorie à profanis Script. Librorum i inop jjam quereris. Non: malos h abeas, fed qum bonos. Difiab it ani, hunc mum pipes m n mo tis ftomachi eft mula degu & diverfa fant, nocent; itaque libros femper lege: alios divertere hibueri quid quotidie au peftes compara:& cum ua excerpe quod illo à ipfe facio, X». 3$. Plinius major libros legens;. adnotabat; Epift.5. excerpebatque. Nihil enim legit, quod non excerperet. Dicere etiam folebat nullum effe librum tam malum, ut non aliquâ parte poffet prodeffe,. guit 3. Pueri legant& diftánt non modb que 0 diferta funt, fed magis que honefta. Faque non tantiun auctores elige endi, fed etiam pare tes operis. Nam& Græci licenter quædam fcripfere,& Horatium in. quibufdam nolim interpretarls..; Vale.l'. Läcedæmonii libros poëtæ Archilochi juffear, quód eorum " tbi cundam ac le&ionem arbi pudicam..Nolu rum animos imbui, né quàm ingeniis prodeff: eà iorum fuo-plus moribus noceret,: —— CÓ, AD MÀÀ— sí $, retournez provifion tous : puiffent vous ; nuifibles vous aurez lequel vous toujours aux pre les jours de quelq garantir contre les à l'efprit,& entr Pline l'ancien lifoit, il recueilt les endroits c! fes remarques. il ne lifoit jamais er cette mésiiod pi avoit même coutume de dire, qu’il 5 n’y avoit point de SERRA Livre, qui ne pût Ü q lei ILI Les enfans d t rendre, non feulement ce qui peut former tou» mais encore les mœurs, I! faut; donc en leur faveur faire choix, je ne dis pas ERREUR Auteurs mais auíl des endroits de leurs Ouvrages les: plus utiles: car: les: Grecs ont compoíé quelques Ecrits liéencieux;& moiméme je ne voudrois. pas expliquer Horace en Certains lieux... Les Lacédémoniens firent tranfnorter hors de leur. Ville les Œuvres du Poëte cus, parcequ"ils en regardoient la Jeture€ mme op. pofée à la vertu& à la pudeur. Ils ne vouloient: point que les t encore tendres de leurg 5 119 Hifloria à p.ofanis Scripti 1 t f d CAPUT XVlTI: | Bibliothéca ad publicum& privatum ufum J comparetur, non ad offentationem. Diode, I. Ántiquifüma, cujus ad nos memoriaves|, nerit, Bibliotheca ,ea eft quam exftruxit apud Ægyptios Rex Ofymandias,& cujusin frónte infcripta erant haec verba grace medica anima oficina. L I, "AG, Pififtratus tyrannus, qui ftudia litterarum 1.6,c.17, plurimüm fovit, dicitur primus comparaíle Athenis libros difciplinarum liberalium pubii| | | cà præbendos ad legendum: quorum numerum| ipfi Athenienfes deinde ftudiofiüs auxerunt, Sed Xerxes potitus Athenis, urbe ipsà prater| arcem incensà, abftulit, af fportav e ad Perfas omnem illam librorum copiam. Multis autem poft annis Seleucus Rex, qu itunes appellatus eft, eofdem libros referendos Athenas curavit. Ingens pofteà. numerus librorem i in Ægypto à Ptolemæis regibus conq: itus& comparatus eft, ad milia ferm? voluminum fer tin, I il de Sed ea omnia( aut faltem. quadringenta milPéri lia, tefte.Senecà) in urbe Alexandria conflagratunt bello inter Cæfarem& Pompeii liberos. — Jofephl. Bibliothecam Ægyptiacam inffruxerat PtoJe,€ 7. lemæus Phil adelphus, tum pon S d tum etiam facris petitis& Judaea. N Hifloires des Auteurs profanes. 111 enfants en fuffent imbus, craignant qu’elle ne fit plus de tort à leurs mœurs, que de progres dans leurs efprits. CHAPITRE XVIL IL faut fe former ume Bibliotheque pour Jon ufage& celui du public,& nom pour l’oflentation, I. La Bibliotheque la plus ancienne dont la mémoire foit parvenue jufqu'à nous, eft celle que le Roi Ofimandias dreffa en Egypte,& fur le Frontifpice de laquelle étoient écrits en mots Grecs, Aposicairerie de l'ame ou Tréfor des reme= des de l'ame. L'hiftoire donne au Tyran Pififtrate, qui cultiva particulierement les Belles-Lettres, l'honneur d'avoir introduit à Athenes l'ufage d'une Bibliotheque publique: les Athéntens fe font appliqués depuis à l'augmenter. Mais Xerxés s’étant rendu Maitre d'Athenes, fit mettre le feu à la Ville, à l’exception de la Citadelle, dont il fit enlever ce prodigieux amas de Livres,& les fit tranfporter en Perfe. Mais plufieurs années aprés, le Roi Seleucus, qui fut furnommé Nicanor, fit reporter ces mêmes Livres à Athènes. À l'exemple d'Athénes, les Rois Ptolémée firent recueillir en Egypte une quantité infinie de Livres, au nombre d’environ fept cens mille Volumes. Mais prefque tous, ou pour le moins quatre cens mille, fuivant le témoignage de Séneque, furent brûlés dans la Ville d'Alexandrie, autemps de la guerre qui s'éleva entre Céfar& les enfants de Pompée. Prolémée Philadelphe avoit compofé une Bibliotheque, tant de Livres Profanes, que de Livres Sacrés, qu’il avoit fait venir expres de 112 ne e rofanis Script. ejus autes fama Hebrææ fapientiæ tetigiffet; mifit Eleazaro, Judeorum fummo Pontifici dona multa,& epi quà orabat ut divinos libros 1 s curaret cum idoneis holinguam Græcam ex votis ac precibus felettos& fingulis feniores, utriufque linla cele) ,qua feptuaginta int au tem Ptolemæi riptis 4 e E m = B. v iluflris Demetrius Phalerœus, quem pulfum Rex benigne excep Iühs m. Primus Ebrorm copiam Romam advexit Jo. Æmilius Paulus, deviGo rege Macedonum Plut. in. Perfeo, eujus thefauros ne cere quidem Emil, dignatus eft: libros vero filiis fuis, quia. erant litterarum. fludiofiflimi, afportandos permifit. Deinde Lucullus a praeda plures conViros. geffit. Nam reges i literarum amore » Capti, egregiam Bi m ad communem utilitatem.&. del Laudanda eft Lucullh imp in libris: Nam& multos& op fivit, soiree liberaliter dedit u ‘bat omnibus Bibliotheca,& in porticus ei as relut ad Mufarum adem i bart maximè Greci, tempuf i inter fe traducebant, ab a pe:cum iis verfabatur Lucullus magnam: doftorum© virorum' turbam: ambuinter £3 ne TTE nm AA—|(A Hifloires des Auteurs profanes: 1 15 Judée. La réputation de la fageffe des Hébreux étant venue à fes oreilles, il envoya à Eleazar fouverain Pontife dés Juifs, beaucoup de préfens, & une Lettre, par laquelle il le prioit de lui envoyer les Saintes Ecritures, avec des Perfonnages capables de les traduire de l’Hébreu en Grec. Eleazar, pour fatisfaire aux inftances& aux prieres du Roi, lui envoya fix Vieillards choifis de chaque tribu, verfés dans l’une& l'autre Langue, qui compoferent cette fameufe Verfion des Livres Sacrés» Qui fut: appellée celle des Septante. Démétrius de Phalere homme auff illuftre par fes bellés- a&ions, que par fes Ouvrages;& qui ayant été banni d'Athénes, avoit été reçu de.ce- Roi avec- bonté, étoit chargé du foin de cette Bibliotheque. H. Paul Emile amena le premier dans Rome ode des Bibliotheques, après la défaite de Perfée, Roi dé macédoine. Îl'ne daigna jeter un coup d’œil fur fes Tréfors, mais il permit à fes enfants ,'qui étoient fort curieux des Belles-Lettres, d'enlever fes Livres: enfuite Lucullus en ramaffa un grand nombre dans les dépouiles du Pont; car les Rois d'Afie épris d'amour pour les Sciences, avoient établi une riché Bibliotheque à Pergame pour l'ufage& Pamufe: de leurs S. La d Lucullus,& là paffion quil ent pour les Livres, ne mérite que des éloges; car il en fit acquifition d'excellens»& en grand nombre,& en permettoit généreufement l'ufage. Sa Bibliotheque étoit ouverte à tour«le monde, & les Grecs fur-tout venoient dans les Portiques qui en dépendoient, comme dans le«Palais des Mufes»,& y- paffoient. agréablement le temps entreux, lorfqu'ils étoient dégagés de toutes autres affaires, Lucullus fe méloit fouvent parmi eux,& fe promencit au milieu d'une troupe de Savans, Cicer. 3. de fin. c. je 114 Hifloria à profanis Script. In Tufculino cum eífem, inquit Cicero j vellemque èë bibliothéca Luculli pueri qui bufdam libris uti; véni in ejus villam, ut eos ipfe, ficut folebam, inde promerem. Quo cüm veniffem, M. Catonem, quem ibi efle nefcieram, vidi in bibliotheca fedentem, multis circumfufum Stoicorum libris. Erat enim in eo inexhaufta aviditas legendi, nec fatiai poterat: quippe qui reprehenfionem inanem vulgi non reformidans, in ipfa curia foleret legere fæpe, dum Senatus cogeretufs Ttaque magis tum in otio, maximâque voluminum copià, videbatur quafi helluo librofum: fi hóc verbo in tam præclara re uti licet. Tum ego Catoni: Certé, Cato, totam hanc copiam jam Lucullo. noftro notam effe opor= debit. Nam his libris eum malo, quam reliquo ornatu ville delettari. ZEtaiem quidem video: fed infici tamen jam debet iüis artibus, quas ff s dum efl tener, combiberit., ad majora venis paratiors 3. Quim fludiofus comparandæ ottandas ue Bibliothece ipfe Cicero fuerit, pater ex multis ejus epiftolis ad Atticum. Tu, veli, des/ operam; ut quamprimüm habeamus eä, quæ te nobis emiffe& parafle feribis:& cogites quemadmodum. Bibliothecam nobis conficere poíüs. In tua humanitate pofitam habemus fpem omnem deleGationis, quim ,cüm in otium venerimus, habere volumus. Ego quotidie magis, fi quid mihi& forenfi labore temporis datur; in litteris conquiefco Summum me librorum ftudium tenet, .ficnt odium Jam ceterarum rerum, Dlibliothez r0 eo g ou= 2f. ts$t L c à d | qu teft, iot Hiffoires des Auteurs profanes.— 118 Etant à Tufculum, dit Ciceron>& voulant mefervir de certains Livres qui étoient dans la Bibliotheque de Lucullus encore enfant, j'allai exits à fa Maifon de campagne; pour les prendre moi-même, fuivant ma coutume. Je fusfort furpris en entrant de yoir Marc Caton aifis dans la Bibliotheque, envirronné d'une foule de Livres Stoiciens; car ce grand homme, avoit une avidité infatiable pour la le&ure; au point que, fans appréhender les reproches ironiques du Peuple, il lifoit ordinaicement en plein Barreau, pendant que le Sénat s’affembloits C'eft dans cette tranquillité ou il étoit alors, & parmi cette multitude infinie de Volumes, qu'il faifoit paroître davantage l'appéut dévorant quil avoit pour les livns" sil eft permis d'employer ce terme pour exprimer une fi noble occupation. Je m'approchai de Caton,& je lui dis: Il ne fera pas Lors de propos de faire connottre d. Jae cullus toutes les richeffes de fa Bi ibliorh eque y car J'aime Mieux quil y prenne goût, qu'à tous les autres agréments de fa Campagne. Ja connois la foiblefl de fon âge; mais il eft temps de lui donner les premieres impreff ons des Sciences, qui le conduiront à de plus hautes, f£ on lui en infpire le goût de bonne heure. II. Ciceron fait bien voir dans plufieurs de fes Lettres à Atticus, la paffion qu'il avoit à augmenter& orner fa Bibliotheque. Je vous prie de faire enforte que j'aye, le plutót qu’il fe pourra, tout ce que vous avez acheté& deftiné pour moi: penfez fur-tout à me compofer une Bibliotheque; c'eft fur vos foins obligeants que je fonde toute l'efpérance de lafélicité que je me promets de goüter, quand j'aurai quelques moments de répos. Si le travail du Barreau me laiffe quelques heures libres, je cherche du délaffement dans l'étude,& ce goût accroit de jour en jour. J'ai autant de UNS Script, m pe ondeas, quamvis: 116— Hiflorie 6; cam tuam cave cuiqua 3 acrem amatorem inveneris N am ego omnes-; meas vindemiolas eo refervo, ut illud fubfi=-| qu dium feneftutii parem. Noli defperare fore ut:| c libros tuos facere poffim meos. Quod fi affequor, fupero Craffum divitiis, atque omnium; agros, lucos, prata comtemno, 4* Comparandorum librorum impenfa: libe=| Ine 5 aliffima eft. At i in ea hakendus modus. Quid km e Up dei innumerabiles libi, quorum domi-|i : nus viX- tOtà vità fuà Mes perlegit?? Onerat il difcentem turba; 3 mult oque fativs: eft tradere te paucis au& m errare per multos. Nunc: plerif rum ignaris, libri non ftudiorum inftrumenta funt, fed dium otnamenta, Paretur;itaque quantum fatis fit librorum, nihil iü- appare. Honeftits» inquis; in libros: impenfas effundam, quàm in vafa pretiofa, pi&afque tabulas. Vitiofum eft ubi4 que, quod nimium eft. An ignofcas homini:|; i aptanti-armaria cedro atque ebore ,aut inter | tot millia librorum ofcitanti, cui voluminum fuorum- frontes‘maximè placent titulique 2 Apud defidiofiffimos videbis quid quid orationum hiftoriarumque eft,& teQo tenus exfiruda loculamenta. Sicque facrorum opera ingeniorum"inzfpéciem tantum& cultum pa-rictum: comparantur, nut ‘ Hiffoires des Auteurs profanes. 1 Ty toutes autres chofes. rai perfonne de votre B liotheque que vous en offre l'homme du curienx, Je deíliae toutes mes p r post cetteacquifition, qui me fera d'une erar reffource dans ma vieilleffe. Ne défefpérez pas que je ne puiffe un jour me les approprier. Si je(uis jamais affez heureux pour cela ,je me croirai plus riche que Craffus,& je regarderai avec indifférence toutes les Terres, les Bois& les Prés de l’Univers. IV. La dépenfe que l'on fait à amaffer des Livres eft extrêmement noble& digne d’un homme de bien; mais il faut y mettre des bornes, À quoi fert une infinité de Volumes» dont le Maître peut à peine parcourir les titres en toute fa vie? la trop grande quantité charge la mémoire de celui qui apprend. Il vaut beaucoup mieux fe livrer à certains Auteurs, que d’en parcourir ça& là un grand nombre, Aujourd’hui que la plàs grande ignorans, les liv 3 plus des inftrumens propres à acquerir de la fcience, mais des orne= mens pour embellir les maifons: faifons done acquifition de Livres autant qu’il nous en faut, & non pour la parade. Mais, dites-vous, ma dépenfe devient plus honnête du côté des Livres; que fi je la plaçois en Vaiilelles& en Tableaux, L'excés eft un vice pat- tout. À qui pardonneriez- vous plus volontiers, où à un homme qui affortiroit à grands frais des Armoires de cédre& d'yvoire, on à celui qui báilleroit au milieu d'un millier de Volumes,& dont le plaifiz confifteroit à en lire les Etiquettes& les Frontifpices? Vous verrez chez les hommes les plus oififs tout ce qui concerne lHiftoire& l'Eloquence,& des Tablettes garnies jufqu'aü plancher: car maintenant on ne recueille les oO a 318— Hifforie à profanis Script. um Indo&um gloriantem bibliothecà ridet Ag fonius hóc epigrammate: — Emptis quód libris tibi bibliotheca referta eft, , Do&um& Grammaticum te, Philomufe, putas. #3. Hóc genere& chordas,& plectra,& barbita condet Mercator hodie, cras citharœdus eris, Epigr. |! CAPUT XVIII Memoria augetur curá, negligentid ins tercidit,| | Qum. 1 Omnis difciplina memorià maximé confTi.c.2, tat; fruftraque docemur, fi quidquid audimus, przterflut. Quidam eam mature modo munus effe exiftimaverunt: fed ipfa excolendo, ficut alia omnia, augetur. Imo nihil æquà vel augetur curà vel megligentià intercidit, quàm memoria, 4262 Maxima& una memoriæ augendae ars; exercitatio eft& labor. Quare pueri, quorum tenaciffima memoria eft, ftatim quam plurima edifcant:& quaecumque ætas operam juvandæ ftudio memorie dabit, devoret initio tædium illud fcripta& le&a fæpiüs revolvendi,& quafi eumdem cibum remandendi. Quod ipfum fieri poteft levius, fi primüm pauca cœperimus edifcere, tum quotidie aliqua accefs fio fiat. € Hifloires des Auteurs profanes; 1 19 Ouvrages facrés des génies les plus fublimes s que pour en embeilir& parer les murailles, th Aufone raille dans cette Epigramme un ignorant qui tiroit vanité de fa Bibliothéque, Philomufe, tu crois que ta Bibliothéque, Que tu remplis tous les jours à grands frais y D'Auteurs(ayants achetés tout exprès, Eft fürement la preuve& l'hypothéque D'un habile homme,& d'un Grammairien: Fais dans ce fens aujourd'hui bonne emplette D'archets nombreux, de cordes de Mufette, Et demain tu feras fameux Muficien, CHAPITR E XVIII La mémoire fe fortife quand on en prend foin,& penu quand on la néglige. tas, doo 1. Toutesles Sciences dépendent principalement cf dela mémoire,& c'eft en vain qu’on nous |! enfeigne, files préceptes qui frappent nos oreilles, échappent à notre fouyenir. Quelques uns ont penfé qu'elle étoit un pur don de la Nature, & mais il eft conftant qu'elle s'augmente avec le ir Íoin, comme les autres dons que nous tenons d'elle: au contraire, la mémoire eft de tous, celui qui s'accroit davantage par le foin& qui tombe le plus par la nég'igence;: Le moyen le plus für,& l'unique pour augmenter la mémoire, elt l'exercice& le travail, Il faut donc que les enfants, dont la mémoire eft ferme& ténace, apprennent beaucoup en peu de temps;& à quelque àge qu'on s'applique à la cultiver, il faut commencer par dévorer cet ennui indifpenfable de feuilleter, de relire fouvent les mêmes endroits,& de remâcher pour ainfi dire la même viande, On peut adoucir ce dégoût, en commançant à apprendre peu,& en s'impofant tous les jours une augæ mentation nouvelle, 1.Syrus, 1, Lite Contr, ic? pro anis Script. 2. entium idi ftudioque valeat memes ria, teftis eft. vel Themiftocles, quein cor unum intra annuín optime locutum effe 1 fic, vel Mitridates, cui note fueruut due G viginti lingue e 1 us à rabat, nationem: vel Craffus Afiæ præeflet, fic ten monis diffe m diciter protinüs reddidiffe femel auditos Ko Sor verfus. oriam in Themiftocle fuifi > ita ut quæcumque auc > hærerent animo. Iaque cum Simoni des, five quis aliu retur artem memori yenta erat: Olliei mnemini qua volo. ,-inquit, mali qua nolo i oblivifci non poffam Etiam oblivifci q 3. Seneca Rhetor hoc 1 fua memoria. Cim 6: multa defideranda, rit, aurium fenfum hebetaverit, nervorum firmitatem infregerit, men memoriam maxime incurrit. Hanc aliquando i in me fic floraille non nego, ut non tantüm ad‘ufum fvfficeret, fed ufque. in miraculum procederet. Nam& reddebam duo millia nominum, quo ordine erant dida:& plures quàm ducentos verfus, qui finguli à fingulis cond lifcipulis dati erant, referebam; ab ultimo incipiens ufque ad pri-. mum. Nec tantüm velox erat mihi memoria ad compleGanda qua vellem, fed etiam firma ad continenda qua acceperat, ltaque 3 I uod fcis, interdum expedit; reliquit de fecerit Hifoires des Muteursprofanes;— var TI. Nous avons plufieurs exemples de ce que la mémoire peut par elle- même»& avec le ecours de l'exercice. Thémiftocles en eft le premier témoin, qui apprit en une année à parler très-bien la Langue Perfanne. Mithridate, Roi de vingt Nations différentes» parloit leurs Langues. Craffus, célébre par fes richeffes, étant Gouverneur de l'Afie, appritfi parfaitement les cinq façons différentes de la Langue Grecque, qu'il rendoit juftice à chacun dans fa Langue. Cyrus enfin, fi l’on en croit l’Hiftoire, favoit Par cœur tous les noms de fes Soldats. On dit encore que ThéodeGe répétoit fur le champ plufieurs Vers qu’il n’avoit entendus qu’une fois. Thémiftocles avoit une mémoire fi prodigieufe, que tout ce qu'il entendoit, ou quil voyoit, reftoit gravé dans fon efprit. C'eft pourquoi, comme Simonides, ou quelque autre, lui promettoit une méthode nouvellement trouvée pour former la mémoire, il répondit, quil en aimeroit mieux une qui lui apprít à oublier 3 Can Je me fouviens de ce que je voudrois oublier, 6 je ne faurois oublier ce que je voudrois qui le für. Il eft.bon quelquefois d'oublier ce qu'on fait. HIT. Voici ce que Sénéque le Rhéteur nous apprend lui- méme de fa mémoire. La vieilleffe m'ayant déjà ravi plufieurs parties de moiméme, dont il ne me refte plus que le regret, n'ayant affoibli la vue, diminué l'ouie& les forces de mes-nerfs, elle a fur-tout offenfé ma mémoire: Je fuis forcé d'avouer qu'elle a été autrefois fi brillante chez moi, qu'elle ne fuffifoit pas feulement à mon befoin, mais pouvoit être réputée comme un prodige; cat je répétois deux mille noms dans le même ordre qu’il avoient été prononcés,& plus de deux cens Vers que chacun de mes Compagnons me donnoient tour à tour, en commençant par le dernier,& remontant toujours jufquau premier, Ma 14 12 Hiflorie à profanis Script. cundatione‘etlam nunc profert quafi modb audita, quecumque apud illam aut puer aut juvenis depofui. Imminuta tamen eft ætate,& longà defidià, que juvenilem| quoque animum diffolvit. Nam fi qua ei commifi intra annos proxime elapfos, fic perdidit, ut, etiamfi fæpius ingerantur, toties tanquam nova mudiam, Hortenfius in au&ione perfedit totum diem: & vefpere recenfuit omnes res,& pretia,& emptores ordine fuo, ita ut in nullo falleretur» Quidam recitatum à poëta carmen novum, [füum effe dixit,& protinus memorià recitavit: cm ille, eujus carmen erat, hoc facere non poifets Hiffoires des Auteurs profanes. 133 mémoire n'étoit pas feulenient prompte à faifir ce quete voulois, mais encore fidelle à retenir ce qu'elle avoit une fois reçu. C’eft pour cela qu’elle me répréfente même aujourd'hui fans peine, comme fi c’étoit des chofes que je ne vinffe que d'entendre, tout ce que je lui ai confié, foit dans mon enfa(cit jeuneffe; mais à Ee elle ne laif affoibli Í ongue oi auroit pu amoliir l'efprit méme d'un; me. Car fidepuis quelques années Jy ai d quelc, elle en a telleme nt; que q on me le rappelle plufieurs fois, il femble néan imo ins que ce foit toujours du nouveau que j'entends. Horten is fe tint affis tout le jour à une vente,& fit un ail fidele le foir, fans fe tromper, par ordre, de toutes les marchandifes, des prix,& des acheteurs. Un certain homme récitant par cœur une Pièce de Vers nouvellement compote par un Poéte, dit qu’elle lui appartenoit, puilque l'Auteur n'en pouvoit faire autant. P Y e SR] ci 114 dHiforia à profanis Script. LIBER TERTIUS. € ÓÓÁÀ DEJUSTITIA CAPUT.I Jufüitia omnium regina virtutum. Cic. 2. Y Uflitia eft omnium domina& regina virtuOf.:$. J tum: ejus fplendor maximus; ex ea boni 108 vin vulgo jufü appellantur. At unum Ariftin dem à Grecis cognominatum fuiffe Juftum accepimus. Com. Mic Athemis natus, à pueritia firmo confNep.& tantique animo fuit, nunquam ab eo, quod P in juftum videbatur, difcedens,& nullam frauriftide. à ull dacum admi E em ,nullumque mendacium admitrens ne Jor co quidem& in ludo. Ubi ad rempublicam acceffit, non potenfium amicorum præfidio niti voluit, fed conflüs fa&ifque utlibus& juftis. Non animum inflabant fecunda res, non frangebant adverfæ. Id fe patrie debere exiftimabat, ut ei prodeffet fipe ullo pecunie aut honorum * premio. Cum aliquando eo præfente pronunciarentur in theatro verfus& tragoedia Æfchyli de Amphiarao, qui dicebatur, 707 velle videri jufus, fed effe: omnes converterunt in eum eculos, tanquam ad quem hac laus pertine Hifloires des Auteurs profanes. 133 | LIVRE TROISIÈME. DE LA JUSTICE, CHAPITRE I. La Juflice efl la Reine de toutes les Vertus. L A Juflice eft la Souveraine& la Reine de dits toutes les Vertus: fa beauté eft frappante: boni c’eft d'elle que les gens de bien empruntent le nom de Juftes. Mais de tous les Grecs, l’Hiftoire ne cite qu’Ariftides qui ait mérité le furnorg de Jufte. Ariftides, Athénien, eut dès fon enfance une conf grandeur d'ame ferme& inébranlable à pratiad quer-la Juftice, fans jamais s'écarter de fes | regles,& employer même par maniere de jeu aucun détour, ou aucun menfonge. Etant parvenu aux Charges de la République; il ne s'appuya point fur le crédit& la protection de fes amis, mais fur la fageffe de fes confeils, fur celles de fes démarches,& l’avantage qu’il pourroit procurer à fa Patrie. La profpérité it n'enfloit point fon cœur,& l’adverfité ne mm l’abbattoit pas. Il étoit perfuadé que fon devoir | l'engageoit à être utile à fa Patrie, fans attendre aucune récompenfe d'elle, foit en argent, foit en Dignités. Comme l'on déclamoit un jour fur le Théà:ra où il étoit préfent les Vers tirés de l'Amphiaraüs, Tragédie d’Æfchile, dont le Po&te difoit, quil aimeroit mieux être jufte, que d'en montrer| les dehors, tous les Seefee i n la* iij tits Hifioriæ à profanis Script. iominaverunt Juftum. Quod um erat& omnium am idi mvidiam conflavit& The.& concitate ab illo multihoc commune v 1 civitatibus, ut invidia g & libenter detrahant de us eminere aldüs. lraque mul&atus decem angorum exilio, quod oftracifmum vocabant. Eo tempor ejiciendo pio more dam&; uni e pop ^ e, quo congregatus populus de ifide ferebat fuffragium teftulis riptum, dicitur ilhtteratus quià rudis tradidiffe Arifüdiipfi, ut lo, teftulam, petiiffeque ut infcriem. Admirante eo,& rog: n illum peccaffet Ariftides; AZuit, negue efl ille mihi notus. Sed hoc non placet, quód cupid? elaboraverit, ceteros Juflus appellaretur. Arittirunt nihil refzondifle, fed infcripfifle teflule nomen fuum, hominique reddidifle. . Urbe excedens ut in exilium iret, fupinas manus tetendit in colum, Deofque oravit: Ne ullus tempus populo Athenienfi incideret, quo Ariflidis reminifci neceffe. effet. Tertio pof anno revocatus in patriam, immemor accep ‘injuriæ, utilem operam prebuit civibus in bello & pace per annos multos. lllius abfünentie à pecunia nullum eft certius indicium, quàm tx ta quód, cm exercitibus& ærario præfuiilet, in tanta paupertate deceffit, ut vix reliquerit uo efferretur. Unde faclum eft, ut filie. ejus sb Hifloires des Auteurs profanes.— 155 Vue fur Ariflides, comme fi cette louange lui appartenoit& lhonorerent du furnom de Jufe. Ce furnom étant nouveau;& le plus honorable qu'on püt donner, attira la Jaloufie de Thémiftocles fon rival& de toute la mul, que ce dernier fouleva par fon crédit, ut éntralner dans fon parti. En effet, c'eft comimün à toutes les Villes libres& un puil, dv voir l'envie marci grefque toujours à côté de la gloire,& fe plaire à ab1 1 baiffer ceux qui levent au-deffus d Ariftides fe vit doñc condamner à un bannifement de dix ans, qu’on appelloit Offracifme. Dans le temps que le Peuple étoit ai lé pour donner fes(uffrages fur des coquilles, où l’on avoit coutume d'écrire le nom de celui qu'on vouloit bannir, un citoyen groffier& fans éducation vréfenta à Ariflides, comme à un homme du Peuple, d'y mettre fon nom. Âr demane da ce qu'Ariftides lui avoit fait; pour mériter 2 une telle vengeance: Rien, dit-il fort ingénument, Je ne le connois méme pas; mais ce qui me fáche contre lui, c’efi qu'il ait eu feul dans Zthènes l'ambition de fe fare donner le nom de Jufle: Ariltides ne répondit rien, mit fon nom fur la coquille,& la rendit au Payfan. 1 En fortant de la Vilie pour lieu de fon exil, il levales mainsau Ciel& pria les Dieux, de ne pas meitre les Athéniens dans latrifle nécefjité de fe fouvenir d' Ariflides. Trois années après, il fut rappellé dans fa Patrie» & ne fe fouvenant plus de l’affront qu’il en avoit reçû, il lui rendit d'importants fervices pendant plufieurs années, tant en guerre qu'en paix. Lapreuve la plus authentique du défintéreffement& de l'intégrité d'Ariftides, c'eft qu'au milieu de tant de moyens qu'il eut pour sienxichir, ayant toujours femp. les premiers * 1V æ ju 1:& nulli Sen Ep. 1. Te juftum effe gratis oportet:& nu! Hiftoria$ profanis Script, CAPUT IF Hominem juflum effe gratis oportet, ni jufte a&ionis premium majus eft, quàm juftum effe. Nihil refert quàm multi equitatem tuam noyerint. Qui virtutem fuam pradica:i ' vult, non virtuti laborat, fed glorie. Non vis. effe juftus fine gloria? At mehercule fepe juftus effe debebis cum infamia:& tunc, fi fapiens, mala opinio juftitiä parta te delecta“bit. Nemo mihi videtur pluris æftimare virtutem, nemo magis illi effe devotus, quàra qui boni viri famam perdidit, ne confcientiam perderet. Patercul. M. Cato, genitus proavo Marco Catone principe familie Porciæ, nunquam rede fecit, ut facere videretur, fed quia aliter facere non poterat: eique id folum vifum eft rationem habere, quod haberet juflitiam. Effe, quàin videri, bonus malebat. Ita, quó minüs glonm petebat, ed magis illam adfequebatar. Hiffoires des Autzurs profanes. 129 Emplois de la Répub lique, ayant eu le commandement des Armées,& la garde du Tréfor public, il mourut cependant dans. une fi grande pauvreté, qu'à peine lui trouva-t-on de quoi l'enterrer. Ses filles mêmes furent nourries& dotées fur le Tréfor public. CHAPITRE IL m L'Homme doit être jufle, fans attendre de recompenfe. Il Il faut; dit Sénéque, que vous foyez juft fans intérêt,& la plus belle récompenfe qu vous devez attendre de la Juftice, ef celle d'ét jufte. Il ne vous fert de rien que beaucoup de perfonnes| connoiffent votre équité. Celui qui veut que fa vertu foit publiée» ne travaille p pour la vertu, mais pour la eloire. Quoi! vous m d ne voudriez pas être jufte, s en tirer vanité à dolath gie Au contraire, vous devriez, ce me femble, re qi l'être fouvent même aux dépens de votre honneur;& dans ces rencontres, fi vous êtes fage, cette opinion défavantageufe que votre juftice vous attire, vous caufera de la jo: Il me paroit quil n'ya perfonne qui d'avantagela vertu, perfonne qui lui foi véritablement dévoué, que celui qui, ne pas perdre fa confcience, a mieux auné perdre la réputation d'homme de bien. Marc Caton, qui eut pour bifajeul Mar Caton, chef de la Famille Porcienne, ne í jamais le bien pour fe parer des dehors l'honnéte homme: mais parce qu’il ae pou: faire un autre perfonnage. Il me exut ja avoir la raifon pour lvi, qu'il ne la v: d'acce avec la juftice, Il aima mieux 6 re homme bien, que dele paraître. Ainfi, gu 15 il fuy la gloue, pius il en mgritoit, Script. la in mercedem übus non placeat virtus gratuita. ilain fe magnificum, fi quidn venale habeat. Quid enim eft turpius, aliquem computare quà mercede fit vir nus? Calcatis utMitatibus ad virtutem eun- dum eft, quocumque vocavit, quocumque mifit, fine refpe&u rei familiaris. Interdum etiam fine ulla fanguinis fui parcimonia vadendum: nec und imperium ejus detreGandüm. Qvid s inquis, fi hoc gratis fecero! R f: uod feceris tium, in 1:fis eft. Si non 1: ut boni viri fimus, fed fru&u, callidi fumus, non boni. n Injuflifimum eft, jufitiæ mercedem quære= 1.re. Reliquæ quoqre virtutes p fe colendæ iy funt,& in iis fequi o] fu&um. Nam ut quifqu fuum commodum quæc mi eft vir bonus. Verüm, ut olim quereoaqur Ovidius: ft, carum eft. CAPUT 1I1 Cir. Omni ratione colenda& retinenda juf2j. LA"n> 7 titia eff. ee no 0$. Quanquam omnis virtus nos ad fe alliif Me 4 s: 3e. fb: ff e cit, facitque ut eos diligamus, in quibus ipia "a "cha e Hifloires des Auteurs profanes. 131 M. ll fe trouve des gens qui pratiquent l'honnéteté dans la feule vue d’être récompenfés, & à qui une vertu gratuite ne fçauroit plaire. Mais où eft l'éclat& le mérite d'une vertu qui fe m E? Eft=il rien de plus honteux, que de compter à quel prix on eft homme de bien? | faut fouler aux pieds toutes fortes d’avantages, pour a aller à la vertu,& la fuivre par ù el le nous appelle,"fans avoit bie érêts perfonnel quelquefois m? D: D Hienne récom doiven: mém fiot h 7 Offn 132 Hiforiæ& profanis Script. ineffe videatur: tamen juftitia& liberalitas id maxime efficit. . Juftis hominibus ita fides habetur, ut nulla fit in his fraudis injuriæque fufpicio. ltaque 383*;; his falutem noftram, fortunas, liberos rec5, 4,‘iffmè committi arbitramur. Mihi quidem videntur bene morati reges olim fuiffe conítituti ab hominibus, juftitiæ fruendæ causa. I cüm inops multitudo premeretur ab iis iores opes habebant, confugiebant ad » de cujus juflitä& prudenti inio: qui cüm. prohiberet ab ummos& infimos equo m fuit conflituendarum Inventa enim leges femper unà atque —— | | | I Hifloires des Auteurs profanes:— 133 nous les appercevons, la juftice néanmoins& l'inclination à faire du bien produifent cet effet-là. Ona tant de confiance en ceux qui paffenc pour juftes& fideles, qu'on croiroit commettre un crime, fi on les foupconnoit de la moindre forte de fraude ou d'injuftice: ainfi on eft toujours prét de leur confier fes biens, fes enfans & fa vie méme. Il me paroit que les hommes en fe faifant des Rois,& choififfant pour cela ceux qui leur paroiffoient les plus gens de bien, n'ont eu en vue que le maintien de lajuftice parmi eux: car dans ces premiers temps, la multitude foible& pauvrefe trouvant opprimée par la puiffance des riches, recouroirà quelque homme diflingué par{a vertu, qui garantiffant les foibles de l’injuftice& de la violence, faifoit fubir la méme loi aux grands& aux petits. Ce quiavoit fait établir les Rois, a fait depuis établir les Loix, dont la voix ne change jamais,& qui parlent toujours le méme langage à tout le monde.^ II. Agefilaüis, Roi des Lacedémoniens, élevoit la Juftice, comme étant la Reine les vertus,& affuroit qu’il=’, yrai courage fans elle. C. rapportant un ordre le Souverain Ro: Efl-ce qw moins A a 134 Hifloria ë & in altam fublato: hunc, ut eo, Kf jufté . Viët, jm ma. E. contrà me. nium peccare minis f. du profar ids pe, > unperem, Quoni D mn cæteros. 15 efl, quàm cat ripis it à fores ædium nunquam occlufas habebant. Quid mirum ,nquit,f lympicis certa €euocue anno per Unum mi : &lcm maximi ‘ d Hiffoires des Auteurs profanes;— 138 pereur, le tira du fourreau,& le tenant levé: Reçois, dit-il, cette épée, pour fervir à à ma défenfe y fi mon regne eft équitable, mais s'il ne l'efl pas; pour en ujer contre moi: car il efl moins permis à celui qui commande, qu'à tout autre, de manquer à fon devoir. IT. Les Vs iopisns cobferectent trés-réguliérement lag: db n'y avoit poin t de portes: od urs maiíons; 1 SN laiffoient au milieu des rues la plus grande partie de leurs effets, f; perfonne s'avisàt de rien prendre. Les r e ne fermoient jamais l'entrée de Léon, Roi des Ville on vivoit en repartit-il, où ice ii an HON é ferme& per(ecm pétuelle de re ph à iie ce pie Iniappartients C'eft mnoi comme on combloit d'éloges en préfence d'Agi is, Roi des Lacédémoniens, la juftice& l'éguité des Eléens dans les Feux Olimpiques: Quel prodige, dit-il, de rendre la Juflice, en quatre ans pendant l'efp ace d'un Jour! eut pas appeller jufte un homme & = , Commanétoit dans fournir à la ues Amsd de leu ratidas, qui préferoit la ju Cléandre qui étoit Pour moi j'aurois regn. cette offre, J Kf p euffe été Callicratidas. Et moi auf, ajouta dE ARA» À j'euf]e etd Cléandre. C'eft ainff qu'Alexandre le Grand répondit à Parmenion 136 Hifloria à profanis Script. dam pacem, refpondit: Er ego pecuniam; quàm gloriam, mallem, fi Parmenio e[Jem. Se Ep. Vir bonus, quod honefte fe faturum puta"s, verit, faciet, etiamfi laboriofum erit: faciet, : etiamfi damnofum erit: faciet, etiamfi periculofum erit. Rurfus quod turpe erit, non faciet, etiamfi pecuniam afferet, etiamfi voluptatem, etiamfi potentiam. Ab honefto nullà re deterrebitur, ad turpia nullà fpe invitabitur. CAPUT IV. Communi utilitati coufulere debemus; Cicer.… bL Sumus ad Juftitiam nati: neque opinio= de leg.n, NE fed naturà, conftitutum eft jus. 28. nOffi,. Juftitia verfatur in hominum focietate tuenda, tribuendoque fuum cuique,& rerum contra&arum fide. 7. 2.. Jufütie primum munus eff, ne cui quis noceat: deinde ut communibus utatur, tanquam communibus; privatis, ut fuis. Sunt privata nulla, naturâ: fed quia aliquid eorum, que naturâ fuerant communia, obtigit cuique hominum varià ratione; id quifque teneat. Si fibi plus eo appetet, violabit ju& humane focietatis. m mu: Quoniam(ut præclaré fcriptum eft à Plato= ne) non nobis folum mati fumus, fed euam = 22? — e 2 f0"2 t9 Hifloires des Auteurs profanes, 137 qui lui confeilloit de recevoir l’argent que Darius lu? propofoit pour acheter la paix: E; moi au[i fi j'euffe été Parmenion, j'aurois préféré l'argent à la gloire. Un honnéte homme fera fans héfiter ce qu'il penfera pouvoir honnêtement faire, quand bien même il auroit à effuyer de la peine, de la perte& du danger: au contraire, il ne fera rien qui foit deshonnéte, quand il en retireroit de l'argent, du plaifir& de l'autorité. Rien ne pourra le détourner de ce qui eft honnête, comme rien ne pourra l’inviter à ce qui eft honteux, quelque flatteufe efpérance qu'on lui donne. CHAPITRE IV. Nous devons avoir en vue l'utilité publique, P 4 I. Nous fommes nés pourla Juftice,& le Droit n'eft pas établi fur l'idée des hommes, mais fur la Nature. La Juttice confifte dans ce qui va à maintenir les Loix de la fociété huinaine, à rendre à chacun ce quilui appartient,& dans la fidélité des conventions. Le premier devoir que prefcrit à Juflice eft de ne faire jamais aucun mal à perfonne; enfuite de n’ufer de ce qui eff en commun 5 que comme étant en commun,& de n'ufer en maitre qu de ce qui efl véritablement à foi. À ne confulte que la Nature, il n'y a rien qui appartienne à l’un plutôt qu’à l’autre; mais comme ce qui étoit naturellement commun à tous, fe trouve partagé, chacun a droit de conferver ce quz lui eft échu;& quiconque envahit ou convoite quelque chofe.de plus, viole les Loix de la fociété humaine. Comme il n'y a riende plus vrai que ce beau mot de Platon ,» que nous ne fommes pas nés e e r x 138 patrie, Msi dil 15, amicis, ceteri nibus;& que in terris gignu omnium honinum crean debemus fequi>& con 4 mutatione ofüciorum devincireque tum o; N minum inter homines focietatems e | m fil i d Sen. Ep,^. Juantulam eft ei non nocere, cüi debeas 55 etiam prodeffe! Parva laus eft, fi homo manfuetus homini eft, fi na ufrago manut porri-| git, erranti viam monftrat, Cum efuriente pa^ nem fuum dividit. Membra fumus corporis magni. Natura nos cognatos edidit. Hac no- à | bis amorem indidit mutuum,& fociabiles fe«; cit:illla æquum juftumque compofvit: ex illius conflimtione miferius eft nocere quàm lædi,& illius imperio parata funt omnium ma- i nus ad(e. invicem ju van?os. Itaque ille! Te- h £* du rentianus verfus in pectore(x in ore fit: A Homo fum, humani nihil à me alienum puto. 3. Si hoc natura pref fcribit, ut homo ho' mini, quicumque fit, confulat, ob eam cau mo 3» mn Ue 5 des Auteurs profanes, 139 5feulement pour nous-mêmes, mais encore » pour notre Patrie, nos parents, nos amis »& nos femblables,«& comme toutes les produétions dela terre font pour les hommes, nous devons tous entrer dans le deffein de la Nature,& fuivre notre deQination, mettre chacun du nôtre«dans le fonds de l'utilité commune» par in commerce réc iproque& perpétuel d'ofüces& de fer vices, n'étant pas moins emprefles à donner qu'à recevoir,& employant non-feulement nos foins& notre induftrie, mais nos biens mêmes, à ferrer pour ainft dire, de plus en plus les nœuds de la fociété humaine. Il. ER- ce faire beaucoup que de ne pas nuire à celui à qui vous devez rendre fervice? C'eít un élogebien médiocre pour un homme, d'avoir dela douceur pour un autre, de tendre la main à celui qui eft prêt à fe noyer; de montrer le chemin à celui qui s'égare,& de partager fors pain avec celui qui eft. preffé« de la faim. Nous fommes!es membres d’un grand corps; la Nature nous a tous formés parents: c'eft elle qui nous a infpiré une inclination fecrette les uns pour les autres,& qui nous a donné un penc hant pour la fociété; c'eft elle qui a établi le droit& la juftice farmi nous: c’eft elle qui nous dite ce principe, qu’il ef} plus injufle de nuire aux autres, que d'en être offinf?: c'eft elle qui donne le mouvement à tant de mains, pour s'aider les unes les autres. Ayez donc toujours dans la bouche& dans le cœur ces Vers de Térence= Je fuis un homme; en cette qualité, Je me dois à l'humanité; Et dans le Monde aucune affaire A mon égard ne doit être étrangere, TIT. S'il eft vrai que la Nature nous ordonne de chercher le bien& l'avantage de quelque Y40 Hifloriæ à profanis Script. fam quod is homo fit; certé violare alterutss lege nature prohibemur. 8.22.°+ Ut, fi in corpore humano unumquodqué membrum proximi membri vires atque vale| tudinem ad fe traduceret, debilitari& intel rire totum corpus neceffe effet, fic, fi unufB quifque noftrüm rapiat ad fe commoda alio| rum, detrahatque quod cuique poíht, emolumenti-fui gratià, focietas hominum& communitas evertatur neceffe eít. Conceffum eft, non repugnante naturà ,ut quifque fibi malit acquirere, quàm i quod pertineat ad ufum vite; at illud natur: non patitur, ut aliorum fpolüs noftras facultates, Opes, copias augeamus, » 47— Chryfippus hoc fcité dixit; ut multa: Qui fladium currit, eniti& contendere debet quàm | maximè poffit, ut vincat: fupplantare eum, || quicum certet, aut manu depellere ,nulo m | | o| do debet, Sic in vita non iniquum eft, fibi quemque petere, quod ad ufum pertineat: alteri deripere, jus non eft. " m29.€ 4. Forfitan quifpiam dixerit: nonne igitur Ml 39 fapiens, fi fame ipfe conficiatur, auferet ci' bum homini ad nullam rem utili? Minimé || verb. Non enim cuiquam vita fra potior effe | debet, quàm animi talis affeio, neminem ut violet commodi fui causà. Et fuum cuique incommodum ferendum eft potius, quàm de alterius. commodis detrahendum, ed x; Hifloires des Auteurs profanes. 14x autre homme que ce foit, par cette feule raifon qu’il eft homme comme nous, beaucoup moins peut on doutet que cette même Loi de la Nature ne défende à chacun de rien attenter fur autrui. De la même maniere que fi dans un corps humain chacun de fes membres, pour augmenter fa vigueur& fon embonpoint, tiroit à lui ce qu'il y en auroit dans fon voifin, tout le corps fe détruiroit infailliblement; de même, dès que chacun tirera à foi tous les avantages qui appartiennent aux autres,& qu’il leur prendra ce qu’il pourra de leurs biens, pour augmenter le fien, il faut indifpenfablement que toute la fociété& la liaifon entre les hommes aille enpiéces. Il n’y a rien à redire,& la Nature ne s’oppofe pasà ce que chacun ait plus de foin d'acquerir pour foi, que pour les autres, ce qui cft néceffaire à la vie; mais que nous veuillons nous enrichir des dépouilles d'autrui, bâtir notre fortune fur la ruine de celle des autres, c'eft ce qu'elle défend.: Chryfippe a dit un beau mot entre beaucoup d'autres: comme dans la lice chacun doit faire de fon mieux pour emporter le prix, mais qu’il n'eft pas permis de tendre la jambe à fon concurrent, ni de le repouffer avec la main; de méme dans la vie chacun a droit de chercher ce qui lui peut étre utile, mais non pas de le rendre aux autres.; IV. Mais quoi? dira peut-être quelqu'un: Si le plus honnête homme du monde,& qui aura le plus de fageffe& de vertu, eft fur le point de mourir de faim, ne pourra t-il point ôter un morceau de pain à un miférable qui n'eft bon à rien? Non certes; car cette difpofition de fon cœur qui le rend incapable de rien ôter à perfonne pour fon profit particulier, doit lui être plus chere que la vie,& il faut que chacun cest—— preesse tois eee 142 Hifloria? profanis S eript. 8.13. VElian.l. 14.6.28. "ISenec.de Conf. £.7se benef. €. 14. Democr. Sentent. Stobœus Serm. 9. Non folüm naturâ, fed etiam legibus populorum, confürutum eft, ut non liceat fui commodi causá nocere alteri; Hoc enim fpectant leges, hoc volunt, incolumem effe civium conjunfüionem:&, fi qui eam dirimunt, eos morte, exilio, vinculis, damno coërcent. CAPUT.V. Ipfa peccandi voluntas peccatum efr. i. Me quidem judice, non is folus malus eft, qui injuriam fecit, fed& qui facere in animo habuit. Poteít aliquis. nocens fieri, quamvis mon nocuerit. Omnia fcelera perfecta funt, quamtüm fatis eft culpe, etiam ante effelum operis. Latro antequam manus inquinet, latro eft: quia, ut ait P. Syrus, Exeritur opere nequitia, nôn incipit.. Vir probus, aut improbus, non ex operibus tantüm, fed etiam ex voluntate fpeCatur. Bonus eft, non qui non ipjuriam facit, fed qui ne vult quidem. sierodot. 23, Fuit Lacedemone civis nomine Glaucus; L 6, cujus juftitia maximé celebrabatur. taque grandem pecuniæ fummam ejus fidei credere non dubitavit civis quidam Milefius. Eam pecuniam repetentibus poftea mortui Milefi liberis, retinere in animo habuit Glaucus;& oraculum Apollinis confuluit, an interpofito M. Hiffoires des Auteurs profanes. 7143 fupporte ion malheur, plutót que de s'en tirer aux dépens d'autrui. C'eft une maxime établie, non feulement par la Nature, mais encore par les Loix de toutes les Nations, de ne point faire de malà autrui, pour fe faire du bien à foi-même; car le maintien de la fociété& de l’union entre les citoyens eft le but& l’objet de toutes les Loix;& fi quelqu'un d'entr'eux entreprend de la troubler, elles e puniffent non-feulement d'amendes pécuniaires, mais avíli de prifon, d'exil,& de mort même, CHAPITRE V. La volonté feule de pécher eft un péché. I. Celui-là feul à mon avis n’eft pas couue pable, qui commet effeivement le crime, 7!- mais encore celui qui penfe à le commettre. Un homme peut d'evenir criminel fans faire le mal; il n'y a point de crime qui ne foit tel avant fa confommation. Un voleur, eft voleur avant que de fouiller fes mains par aucun affafhinat, parce que, comme dit Publius Syrus, L'œuvre met en fon jour le crime confommé, Mais avant d'éclater, il eft déjà formé. L'honnéte homme, auffi-bien que le méchant, ne fe jugent pas fenlement par leurs aGtions, mais auifi par leurs intentions. Un homme de bien eft celui, qui non feulement ne fait pas le mal, mais qui même ne le penfe pas. Il. I y eut à Lacédémone un Citoyen nommé Glaucus, dont la juftice étoit extrêmement en vogue. Un Habitant de Milet ne fit point difficulté, fur fa réputation, de lui confier une fomme confidérable d'argent. Les enfans après fon décès vinrent redemander à Glaucus l’argent que leur pere lui avoit confié. Glaucus réfolut 144 Hifloriæ$ profanis S eript. jurejurando abnegare poffet depofitum apud fe auri pondus. Refpondit Pythia, ipfum daturum poenas graves, propter hanc retinendi depofiti voluntatem. llle poenarum metu deterritus à fcelere, non juititæ ftudio inducius, depofitam apud fe pecuniam reftituit. Veruüm in cogitati fceleris poenam cum tota prole& domo interiit. Ipfam quippe peccandi voluntatem fuperi ple&unt: quia qui fcelus peftore deliberatum concepit, perinde nocens eft ac fi illud admififfet. Juven. Sut. 13. Ve 195» Has patitur poenas peccandi fola voluntas: Nam fcelus intra fe tacitum qui cogitat ullum y FaQi crimen habet. Stbeus 3. Arifüdes ille juftus, interrogatus quid Serm. 9e juftum effet; Aliena non concupifcere, reípondit. Cicer. s.. Natere, que lex eft divina& humana; Off. 23. parere qui volet, nunquam committet, ut alienum appetat. Democ./ Inimicus eft non folum qui injuriam infert; Sentent,{ed etiam qui de inferenda cogitat. Senec. 1.- Veftalis incefta eft etiam fine flupro, que 6. Exer. cupit ftuprum. cont. Dio. Poteftne fieri, ut, qui Jovi amicus fuerit; nr rem aliquam iniquam concupifcat, aut turpe ^7? 4* aliquid cogitet? en 3.- Vir bonus non modo facere, fed ne cogitare J'77' quidem quidquam audebit, quod non poflit * prædicare. nOf308 4. Benè praecipiunt qui vetant quidquam de * Hifloires des Auteurs profanes. 145. de le reténir,& confulta l'Oracle d’Apollon, pour favoir s’il pouvoit, à l’aide d’un faux "ferment, nier la fomme d'argent qui lui avoit été donnée en dépôt. La Pythoniffe lui répondit quil payeroit fort cher lintention feule qu’il avoit eu de garder ce dépôt. Glaucus détourné de fon crime, plis par la crainte du châtiment, que par l'amour de la juflice, rendit l'argent; elu mais en punition du défir criminel qu'il- avoit Xni eu, il périt avec fa famille,& fa maifon fut ‘Tuinée; car les Dieux châtient ju(qu'à la volonté deule de pécher ÿ parce que celui qui a concu dans fon cœur l'idée de commettre un crime, eft auffi coupable que s'il l'eüt déjà«ommis, Le chátiment du Ciel fut toujours attaché, Méme au fimple de de commettre un péché, t d. Car quiconque médite une noîte entzeprife, Eft auffi criminel, que s’il l'avoit commife TI. Ariftides, le même qui a été furnommé le jufte,interrogé fur la nature de la Juftic e,tépondit, qu'elle confifioit à ne pas défirer le bien d'aurrui, Quiconque voudra obéir à la Nature» qui n'eft autre chofe que la Loi divine& humaine ,ne convoitera Jamais le bien de fon Prochain. Je regarde comme mon ennemi, non feuleo ment'celui qui me fait tort, mais même celui qui en a la penfée, u Une veftale qui a dans le fond du cœur le déür d'un incefte, eft déjà inceftueufe, méme fans en venir au fait. Se peut-il faire qu’un homme qui aime Ju= piter, c'eft- à- dire Dieu, conçoive quelque deffein injufte, en même quelque penfée qu’il eût honte de produire au jour? Un homme de bien fe gardera de rien faire‘ ni de tien penfer qu'il ne puiffe avouer devant tout le monde. par Vw z: T LV, C'eft un fage précepte, que celui qui e G 146 Hifloria à profanis Seript,. agere, quod dubites equum fit, en iniquum, s 4 s i n 38.— Turpifümum eft non mocd pluris putare quod utile videatur, quàm quod honeftum: fed hec etiam inter fe comparare,& in his addubitare. E& totum fceleratum& impium genus eorum hominum qui deliberant, utrum id fequantur quod honeffum effe videant, an fe fcelere contaminent: in ipfa enim dubitatione & deliberatione facinus ineft, etiam fi ad fcelus non pervenerint. Ergo ea omnino delibes. randa non funt, in quibus eft turçis ipfa deliberatio.* p". 17. Sen. Ep.$*‘AGio re&a non erit, nifi re&a fuerit vo9j luntas: ab hac enim eft aGio. Rurfus voluntas non erit re&a, niü habitus afümi rectus fuerit: ab hoc enim eft voluntas. CAPUT Vl Qui folo metu à peccato abflinet, non eft innocens. 1. Non dicendus eft juftus, quifquis non infert injuriam; fed qui inferre impuné cüm pofht, libenter abftinet. Demo. Non metu, fed officii causà; peccatis abfSentent. nendum.. Dioc, Quidam parum curant, fpontene, an meOr.68, tu, legibus pareant. Verüm non minüs fur eft, qui metu à furto abftinet, m ipfum non perofus nec éamnans, quam i qu tur. Er ill homines non funt bellus meliores: Philem. fax int furan à J ti* Hiffoires des Auteurs profanes,— 14g nous défend de rien faire que nous doutions être jufte ou injufte. Il eft très-honteux non-feulement de préférer à l'honnéteté ce qui a quelque apparence d'utilité, mais même d’être capable de mettre l'un en paralleleavec l’autre,& de balancerentre les deux. Je mets au nombre des hommes coupables & criminels, la claffe de ceux qui déliberent fi l'on fuivra ce qui paroît conforme à l'honnéteté, ou fi l’on fe fouillera d'un crime: Car une telle délibération eft déjà un crime:& une impitié par elle-méme, quand on ne feroit pas venu Jufquà l'exécution;& c'eít être coupable, que d'avoir héfité entre l'une& l'autre de ces parties. Il ne faut donc point délibérer fur des chofes où la délibération même eft honteufe. .. V. Une ation ne peut être droite, fi la volonté dont elle part ne l'eft pas; car c'eft la volonté qui produit l’ation: d'une autre part, la volonté ne fera pas droite, fi notre inclination. ne l'eft pas; car l'inclination eft la mere de la volon:é; CHAPITRE VI Un homme qui conferve la volonté de pécher,& qui ne s'abflient. de pécher que par la feule erainte, m'efl pas innocent, L Il ne faut pas appeller jufte tout homme qui ne fait point de tort, mais bien celui qui pouvant le faire impunément, s'en abftient volontiers. Notre devoir,& non la crainte, doit nous porter à éviter tout péché. Il y a certaines gens qui fe foucient fort peu d'obéir aux Loix de bon gré ou de force. Mais celui que la crainte empéche de voler, n'en eft pas moins voleur que ceux qui dérobent;& ces mémes hommes ne font pas meilleurs que G ij ^ 148 Hifloriæ$ profanis Script. sam ille quoque, fi timeant homines aut ca= nes gregem cuftodientes, à rapina abftinent. $enec.4. Non dicam pudicam mulierem eam; que Bemf. aut legem att virum timuit, cum à flagitio m abftineret. Et non immerito refertur in numeTum peccantium, que retinuit pudicitiam metu poene, non amore honefli. Qvid 3. Si qua metu demto cafta eft, ea denique cafta eft, ‘Amor. El. 4. Non poffumus pudicos dicere eos, qui à v flagitio arcentur infamiæ aut legum ac judiyo. jy, Clorum metu. Nam quid faciet is homo in te4t nebris, qui nihil timet nifi teftem vel judicem? 2.Philip. Non eft diuturnus magifter officii timor. 2. 90, 2. Et fi infamiz ac fuppliciorum metus hominem, qui à peccato abftinet, non præitat innocentem; fepe tamen non nihil confert, ut Clé nde lle tandem vir bonus fiat. Nam dum illum à Orat, t. Ícelere avocat, paulatim affuefacit parere di1$4-(inis humanifque legibus, quibus docemur domitas babere libidines, coërcere omnes cupiditates, neftra tueri, ab alienis mentes, Lil, 9culos, manus abftinere. Itaque fapienter adn n 19, MOdUMm antiqui legum conditores, ut efferatos agrefti- vità, aut militià, populorum animos mitigarent,& ad maníuetudinem ac juttitam traducerent, Deorum primüm metum £icer.pro iis injiciendum effe rati funt; deinde ad terroRof(. À sem impietatis, audaçiæ, flagitii, carceres, mé?'wincula, variaque fupplicia inftituerunt: wt 79 m ] | | | E Hifloires des Auteurs profanes. 1 45 les animaux; car quand ces derniers appréhendent les hommes ou les chiens quigardent un troupeau, il fcavent alors auffi bien qu'eux, s'abítenir de prendre. Je n’appellerai pas femme vertueufe, celle que la crainte des Loix ou d’un mari rigide qu'on répute au nombre des femmes vicieufes, celle qui ne doit la confervation de fon honneur quà lappréhenfion du châtiment,& non à l'amour de l'honnéteté, Pouvons-nous donner le titre d’honsêtes gens à ceux que la terreur des Loix, la honte. de l’infamie, ou la févérité des Jugements détournent du crime? En effet, de quels brigzndages ne feroit pas capable, à la faveur des ténébres, un homme qui ne redoute que la préfence d'un témoin ou d'un Juge? La crainte dans la pratique de nos devoirs n'eft pas un Maître qui noustiennelong-tems en refpe t. IL. Quoique la crainte du deshonneur& des fupplices ne rende pas un homme innocent dansle fond, quand il ne s'écarte du vice que par cette vue, cette méme frayeur néanmoins ne contribue pas peu quelquefois à le faire devenir, homme de bien. Car en l'éloignant du crime; elle l'accoutume infenfiblement à fe foumettre aux Loix divines& humaines qui nous enfeignent à dompter.nos paffiens, à mettre un frein à nos caprices déréglés, à conferver nos biens, & à garder nos mains, nos. yeux& nos cœurs purs à l'égard du bien d'autrui. C'eft pour cela que les anciens Légiflateurs, afin de corriger l'humeur fauvage des Peuples abrutis par une vie paffée dans les champs ou dans les armes; & ramener dans le beíoin ces efprits intrairables G iij Hiflorie à profanis S cript. honeft in officio non retineret; à fcelere deterrerentur. 150 quos amor ii gravitate poene CAPUT VIT Oderunt peccare boni. virtutis amore, 1. Nobis perfuafum elfe debet, etiamfi omnes Deos hominefque celare poffimus, nihil tamen avarè, nihil injuftë, nihil libidinofé effe faciendum. Philofophum nomine Peregrinum virum , vidimus, inquit À. Gellius, cum gtav A ik "Athenis effemus, diverfantem in tugurio extra urbem. Cümque ad eum frequenter irehercle dicentem utilia& honefmus, multa ta à nus; in quibus hoc precipuum auditum meminimus: Pium fapientem non peccaturum effe, etiamfi. peccalle eum Dii aique homines ignorari forent. Nom enim pena aut infamia metu non e[fe peccandum, fed. juf honeflique fludio,& officio. 2. Cüm olim in Lydia, ut ferunt fabula, terra difceffiffet magnis quibufdam imbribus; in illum hiatum defcendit Candaulis regis paftor Gyges, eneumque equum animadvertit, cujus in lateribus fores erant: quibus apertis, mortui hominis vidit corpus magnitudine inuimque aureum In digito: quem inferuit,& in coftità, annulu ut detraxit, fuo ipfo digito tum paftorum fe recepit. Ibi cum palam ejus AHifoires des Auteurs profanes. 151 à la douceur& à la juftice, ont eu la fage précaution de 1 eur infpirer d'abord la crainte des Dieux,& enfuite, pour tenir en bride Yi Paudace& le crime, ont établi des Priforis, des chaines,& diveríes fortes de tourments, dans l'intention d'arcéter par la crainte du châti ment, ceux que l'amour de la vertu ne pourtoit retenir dans les bornes de leurs devoiss. CHAPITRE VII Les gens de biens ont horreur du mal, par l’amour de la vertu, I. On doit pofer pour principe, que quand on pourroit tromge: les yeux des hommes& des Dieux mémes, on ne doitjamais fe livrer à aucun mouvement d'inj uftice; d'avarice& de dé buche. Jai vu, dit Aulu-Gelle, étant à Athène ün Philofo phe, nommé Peregrin, homme PR poids, qui Re i dans une Chaumiere! hors de y Ville. Comme j'allois fréquemment l'entendre, parmi les leçons utiles& les préceptes honnêtes quii donnoit,je me fouviens de cette i effentielle: Qu un derete fage ne commett pas un 4, quand il pourroit le céler à & aux hommes, que l'amour feul& á ce qui eh juff e honnête devoit détourner du crime,& non la crainte du fup ou de l'ignominie. Il. La terre autrefois s'étant entr'ouverte en Lydie; rapporte la Fable, fort profondement par de grandes pluies; Gygés, Berger du Roi Candaule, deícendit dans cet abyme» OÙ il trouva un Cheval d'airain, qui avoità ch un efpece de porte, qu il ouvrit: il trouva dans ce cheval un corps mort, d’une grandeur prodigieufe, qui avoit v anneau d'or à un doigt. Il le prit;& l'ay m m mis à un des fiens, il revint G iy* 352 Hifloriæ$ profanis Script. annuli ad palmam converterat, à nullo videbatur, ipfe autem omnia videbat: idem rurfus videbatur, cum in locum fuum annulum inverterat. Ítaque hác opportunitate annuli ufüs, regem dominum interemit, ac fuftulit quos. obftare fibi arbitrabatur: nec in his eum quifquam facinoribus potuit videre. Sic repente annuli beneficio Rex exortus eft. Lydiæ Fida quidem& commentitia hec fabula eft, prolata à Platone. Sed hunc ipfum annulum fi habeat fapiens, non magis fibi licere n putet peccare, quàm fi non habeat. Hon enim bonis viris, nom occulta, queruntur: atque, fi nemo fciturus, nemo ns fufpicatu= xus quidem fit eos aliquid mala feciffe, non faciant. CAPUT VITI Ea fola utilia funt, que jufta& honeffa, €. 3. 1. Homo juftus ifque quem fentimus vieget rum bonum, nihil cuiquam detrahet quod ia ' fe transferat: intelligetque nihil. nec expedire nec utile effe, quod fit injuftum. Quihoc non didicerit, nec perfuafum habuerit, bonus vir effe non poterit;& ab eo nulla fraus aberit, nullum facinus. Sic enim cogitans: Eff 1flud quidem hone[lum, verèm hoc expedit: is utile atque honeitum, res à natura copulatas, audebit divellere: qui fons eft fraudum, maleficiorum, fcelerum omnium. pa Hifloires des Auteurs profanes, 133 permi les autres Bergers. Lorfqu’il tournoit le chaton de fon anneau versle dedans de la main, il devenoit invifible,& ne laiffoit pas de voir tout le monde;& lorfqu’il remettoit le chaton en dehors, il redevenoit vifible comme auparavant. Ayant ufé de la commodité de cet anneau; ilfir mourir fon Maitre& fon Roi,& fe défit de tous ceux qu’il crut lui pouyoir faire quelque obftacle,& dans tous ces attentats perfonne ne lé vit. Ainfí, par le moyen de cet anneau, Àl parvint à la couronne de Lydie. Ceci n'eft qu’une Fable inventée par Platon. Mais quand le Sage auroit ce méme anneau, il ne fe croiroit pas plus en liberté de mal faire, que s'il ne l'avoit pas; car ce que cherchent les gens de bien, c'eft de ne rien faire que d'honnéte,& non pas de fe cacher pour pécher impunément;& quand même ils ne feroientni vus, ni foupconnés de perfonne, dans l'exécution du mal, ils n’en feroient rien.: CHAPITRE VIII. H my a de chofes utiles que celles qui font juftes& honnêtes, I. Un homme jufte,&. que nous regardons comme un homme de bien, n'ótera rien à perfonne pour fe l’attribuer. Il comprendra que ce qui eft injufte, ne fauroit jamais Être utile ni convenable: car qui n'a pas appris ce principe,& ne l’a pas gravé dans le fond de l’ame, ne fauroit être homme de bien,&il n'y a pas de fraude n& de crime dont il ne foit capable. Quand on fe dig à foi-même: il eff vrai que ce parti efl. Bonnéte y, mais celui-ci eft utile; on fépare deux chofes que la Nature a étroitement unies, je veux dire, lu tile& l'honnéte;& cette feule Suec. foutce €icalid. orig à profanis Script. . Mariam confolaths ingens cupido exa/ i ipi um longé abeffe fummi ea virum “tri iminari flaheit jagurm cum imfado ullo nec fibi m animos locutas, pu quod n n ina7 1imis caudenis aude pollicitus; voti comi it. FaGus eft ergo ille quidem Conful: fed à fide juflitiäque difceffit, i imperatorem fuum. invidia m Íalfo crimine tu 3. Alter quoque Marius, cognomento Gra= üdianus, boni viri officio fun&us non eft.. Cum ins effet;& Tribuni plebis collegium Prætorum adhibuiffent, ut res nummaria communi fententià conflitueretur; confcripferunt communiter editum, conftitueruntque ut omnes fimul Præto res ac Tribuni poft meridiem ad populum accederent, renunciaturi édictum jllad quod i debatur futurum grat fam omnibus civibus, Ceteri quidem, alius ) es accufotions contre Metellus, ay! Hif oires des Auteurs pr det utes. les fraudes, de toute at) t. S'appercevant qu’il étoit bi.d'y parvenir, il répandit de faux uff bruits& d é sgrands hommes& des plus illuftres de Rome, fous qui Marius fervoit en Lieutenant. Il agiffo it ainfi pour être die avec l'autorité d'un Conful, gloire d'achever la guerre de$us énagea donc ni intrigues, ni cagagner les cœurs des Soldats de "e) ur fon ,& fe combla Il ditentr’autres: Que c'étoit à deffein que ce Général prolongeoit la guerre, parce que ce monjtre d'orgueil& de vanité aimoit à commander; ; onner la conduite oit à la R q gurtha pieds& mains liés. "temps ap res Tenes à Rome Po Clas 156— Hifone à profanis Script. alib, difceffere: Marius à fubfellits in Rofira reQà ivit, idque, quod communiter compofiz tum fuerant, folus edixit. Ea res ei apud populum magno honori fuit: omnibus vicis fta tue ere&e, ad eas thus,& cerei incenfi. Quid multa? Nemo unquam mulütudini fuit| carior. 4. Conturbantur nonnunquam homines in deliberatione, cüm id, in quo violatur æquitas, videtur non ita magnum; illud autem commodum quod ex eo paritur, permagnum videtur. Sic. Gratidiano videbatur non ita tur-| pe, praripere collegis& Tribunis plebis po-| ularem gratiam: valde vero utile videbatur,| Confulem hàc ratione fieri: quod fibi runc propofuerat. At honeftate dirigenda eft utilie tas:& quod turpe eft, nunquam. utile debet videri. Quid igitur? Poffumufne Gratidia-| num virum bonum judicare? Nihil profedà| minis cadit in virum bonum, quàm prærie| | | €ic,ilid. pere aliis gloriam, aut gratiam fallere. Nulla ies tanti eft, nec commodum ullum tam ex-[ etendum, ut propterea vir bonus ab offido!^? m 64. difcedat,& fidem ac juftitiam violet. Nun- f quam enim eft utile peccare, quia femper et|* turpe;& quia femper eft honeflum virum be| U num effe, femper eft utile.| Sym Dampum appellandugs ef, cues malà-fama fucum d'en Hifloires des Auteursprofanes. a$7 & chacun alla de fon côté. Marius laiffa aller les. autres,& du lieu de l'Affemblée marcha droit à la Tribune,& prononga feulau Peuple ce qui avoitété fait en commun,& à quoi les autres avoient autant de part que lui. Cela lui fit un grand honneur parmi le Peuple: où lui éleva des Statues dans toutes les rues,& on brüla à leurs pieds des bougies& de l’encent. Enfin, quoi de plus? jamais perfonne ne fut mieux dans lesbonnes graces da Peuple. IV. Telles font les occafions où les hommes fe troublent dans leurs délibérations,& aprés avoir héfité quelque temps, l'apparence de l'utilité l'emporte, lorfque la faute- contre la juftice ne paroit pas grande,& que l'avantage qu'elle produit paroît grand. C'eft ainfi que Gratidianus trouva que c’étoit peu de chofe, d’enlever à fes Collêgues le mérite qu'ils fe feroient fait auprès du Peuple,& que c'étoit un grand avantage pour lui de profiter de cetteoccafion, pour fe frayerle chemin au Confulat qui étoit le but à quoi il tendoit. Mais ce n'eft que par l’honnêteté feule qu'il faut mefurer l'utilité;& ce qui eít honteux ne doit Jamais nous paroitre utile. Pouvons-nous donc prendre Gratidianus pour un homme de bien? Rien he défigne moins un honnête homme, que de dépouiller les autres de leur gloire& de leur crédit pour s’en revêtir,& de les tromper. Un homme de bien doit être difpofé à facrifiertoute forte d'utilité& d'avantage, plutôt que de violer fes devoirs, ceux de la fidélité& de la jufz ? Li ^ tice;.carjamais il n'y:va de notre intérêr de pé‘cher; parce qu'il eff toujours honteux de la faire,& qu'il eft toujours de notre intérêt d’être honnêtes gens, parce qu'il eft toujours honnête ire profeflion, Hi faut appeller perte,& non pas avantage, Tout gain dont notre honneur fouffre quelque dommages 158 Hiflorie$ profanis Script. €icr.3; 8. Themiffocles, victis navali prælio Perfis; Off. 45. dixit Athenis in concione, fe habere confiliuné p reipublice falutare, fed illud vulgari sion oportere: poftulavitque ut populus daret aliquem quicum communicaret. Datus eft Anfticess Hunc ille monuit, claffem Lacedamoniotum; quz fubdu&a erat ad Gytheum portum, clam incendi poffe: docuitque hâc ratione frangi quoque poffe opes Lacedæmosiorum, cüm quibus de Gracie principatu contendebant Athenienfes. Quod Ariftides chm audiviffet, ad concionem exfpe&atione fufpenfam rediit, dixitque: Perutile videri confilium quod Themiflocles afferret, fed minimè honeftur- die: Athénienfes, quod honeftum non cflet, id quoque non effe utile judicaverunt:&, auc2 tore Ariftide, repudiaverunt eam rem, quan Lans ne audierant quidem. Ubi nunc in uno inve4-4^ nerseum amorem honeíli, qui tunc populi univerfi fuit? CAPUT LX. Vim.+. Qui adipifci veram gloriam volet, jufiriæ 07.2.43 7= Xn Ju fungatur offeus. Cicer.i.^ Y. Facillim? ad res injuftas impellitur: quifer 62. quis eft animo priricipaths& gloræ nimis cu= : pido. Nihil verb honeflum& gloriofum effe poteft, quod juftitià vacat,& nemo gloriam injuftitià& immanitate eft confecutus. Senec.2 An eos aliquid vere laudis adeptos putas; Fit qui exitio multarum gentium clari, non minos TOQ E y y je Hiffoires des Auteurs profones: 159 V. Thémiftocle ayant défait les Perfes dansun Combat naval, dit à Athènes dans une Affemblée, qu’il avoit penfé quelque chofe de fort avantageux pour la République, mais qu’il n’étoit pas à propos de le divulguer,& demanda qu'on lui donnât quelqu'un avec qui il püt en communiquer, On lui donna Ariftides. Il lui dit qu'il avoit: un moyen für de ruiner entierement la puiffance des Lacédémoniens, avec qui les Athéniens difputoient l’Empire de la Gréce,& qu’il ne falloit Four celaqu'envoyer fecrettement mettre le feu, à leur Flotte qui étoit retirée fous le Port de Gye.Artitide revenu dans l’Affemblée où il étoit attendu avec grande impatience, dit, Que /apro-: Pofition de Thémiflocle étoit for: utile, mais qu'elle An'éoit pas honnête. Les Athéniens-perfuadés que ce qui n'étoit pas honnête, ne pouvoit être utile ,. n'en voulurent pas favoir davantage,& rejeterent Ja propofition fur la parole d'Ariítide, fans l’en-tendre. Où trouveriez-vous aujourd'hui, dans vn feul.homme, un attachement pour ce qui eft honnête, tel que celui qui fe trouva alors dans» tout un Peuple?: CHAPITRE IX [2 = (o Celui qui voudra acquérir la vraie gloire; Sattachera à remplir les devoirs de la Juflice; I. Ceux qui ont au- dedans d’eux-mêmes l’am= bition de la fupériorité& de la gloire, fe laitfent très-aifément aller à des entreprifes injuftes. Une aétion qui pêche par Ie défaut de la Juice 5: n'eft nihonnête ni glorieufe,& jamais perfonne ne: s’eft acquis de la gloire par l'injuflice& la cruauté. Croyez-vous que ces mon(tres fameux par la: tuine de plufieurs Nations, que ces peftes du Gen Ep. 94. Ep. 53. 160 Hifloria à profaris Script. res faere peffes mortalium, quàm inundatio& conflagratio? Agebat infelicem Alexandrum furor aliena devaftandi. Non contentus patetno regno, arma toto orbe circumferebat,& nihil inta&um relinquebat: immanium ferarum modo, que, plus quàm exigit fames, mordent. Cum ei civitas quedam offerret partem agrorum,& dimidium rerum omnium;£o, inquit, propofito, venil in Afiam, non ut id acciperem. quod. dediffetis, fcd ut id haberitis quod reliqui[fem, 2. Ubi ad fines Scytharum vincendo perve= . nit, unus ex corum legatis hec ei inter alia multa dixit, quibus ejus injuftitiam& ambitionem argueret: Quid nobis tecum ef}? Nunuam terram iuam attigimus. An non licet nobis, qui in vafits fylvis vivimus, ignorare quis fis,& unde venias?. Nec fervire ulli poffumus, nec im perare defideramus. Major fortiorque es fortaffe, quam quifquam? tamen alienigenam| dominum, pati nemo vult. Gloriaris te ad perfequendos iztrones venire, ipfe amnium gentium latro. Lydiam cepifli, Syriam occupafli, Perfidem tenes, Battrianos habés in poteflate, Indos petifli: jam eliam ad pecora noftra avaras manus porrigisi Quid tibi divitiis opus efl, qua te efurire cogunt, ita ut quà piura habes, eo acris cupias que non habes à Denique fi. Deus es, tribuere murtalibus beneficia debes, mon fua! eripere: fi autem homo es, id quod. es, femper e[e te cogitas Hifloires des Auteurs profanes; 161 re-humain qui ne lui ont pas caufé moins de maux que ledéluge& le feu, fe foient acquis une véritable& folide gloire? La fureur par exemple; de piller lesterres de fes Voifins, poffédoit le malheureux Alexandre. Se trouvant trop ferré dans le Royaume de fon pere, il porta fes armes dans tour l'Univers,& rien n’échappoit à fon infatiable ambition, femblable à ces bétes fauvages qui donnent plus de coups de dents que leur faim n'en demande. Comme une Ville lui offroit une partie . de fes Terres,& la moitié de fes biens: Je ne fuis pas venu en Âfie, tépondit-il fézement, pour recevoir ce que vous me donneriez, mais pour vous donner ce qu'il me plaira de laiffer. IL. Ses Conquétes l’ayant amené jufqu'aux bords de la Scythie, un Ambaffadeur Scythe luiadrefía entr'autres ces paroles, par lefquelles il lui reprochoit fon injuftice& fon ambition: Qu’avonsnous à déméler avec toi? Jamais nous n'avons mis L pied danston Pays. N’ef}il pas permis à ceux qui vivent dans les bois d'ignorer qui tu es,& d'où tu viens? Nous ne voulons ni obétr ni commander à perfonne. Je veux que tu fois le plus puiffant;& le plus grand Prince du Monde: on n'efl pas bien aife d'avoir un Etranger pour Maître. Toi qui te vantes de venir pour exterminer les Voleurs, tu es toi-méme le plus grand voleur de la Terre. Tu as pris la Lydié, envahi la Syrie; tu tiens fous ta puifance la Perfe& la Battriane; tw as pénétré Jujqu'aux Indes,& tu viens encore ici porter tes mains avares jufques fur nos Troupeaux. Qu'as-tu affaire de tant de richeffes, qui ne font qu'allumer za foif? Tes mains ont beau être pleines, tu cherches toujours nouvelles proies;& quand tu as ce que tu defires, tubrüles d'avoir ce que te as pas. Enfin, fi tu es un Dieu, comme tu veux le faire croire, tu dois faire du bien aux Mortels,& nom pas leur ravir ce qu'ils ont, mais ft tu es homme, 162 Hifloriæ à profanis Script, S.Aug.l. Eleganter& veraciter. Alexandro ill li magrió 4. de Ci- quidam comprehenfus pirata refpondit. Nam vit.€. 4 cm Rex hominem intertogaffet, quo jure mare infeflaret? llle liberâ contumiacià:£Zodem; inquit, quo tà orbem terrarum i fed. quia. id ego » exiguo navigio facio, latro vocor; tu, quia magná claffe, Imperator. CAPUT X Quid tibi firi mon vis, alteri he. feceris, Lenpa, V Alexander Sevetus in expeditionibus belin A.Se- licis aperto tabernaculo pfandebat& cœnabat; Fs jt. militarem— cibum, cun&is videntibus atque gaudentibus ,fumens. Circumibat propé cuncta tentoria,& neminem abeffe à fignis patiebatur, Si quis de via in agros cujufdam deflexiffet; aut faftibus fubjicieba atur in confpe&u ejus, aut virgis, aut multe pecuniarke, aut faltem. verbis cafligato ipfe dicebat HA fe in agro tuo fes quod facis in alieno? Ufur quod à Pqnibuidam five Judzis f f ive Chrifti Mis audierat, aut per præconem inclamari Jubebat, cium Ec puniret: Quod tibi fei non vis> alteri non feceris. Quam fententiam ufque adeô dilexit, ut& in Palatio& in publicis operis bus præfcribi juberet. ‘ sep CIS, eris Hüfloires des Auteurs profanes.| 163 C'eft au même Alexandre qu'un Pirate ayant été fait Prifonnier parla avec autant de force que de vérité. Comme ce Prince lui demandoit par quel droit il couroit la Mer, il lai repartir avec une libre hardieffe: Par le même droit que tu cours toute la Terre; mais parce que je le fais avec un petit Navire, on m'appelle Brigand,& toi qui le fais avec ume grande Flotte, on t'appelle Roi. CHAPITRE X. Ne faites pas d autrui ce que vous TE voudriez pas qu'on vous fi. I. Alexandre Severe dans fes Campagnes dinoit & foupoit, fa Tente-ouverte, mangeoit comme fes Soldats,& prenoit tous fes repas en leur préfence,& au milieu de leurs divertiffements. ll avoit foin de vifiter toutes les Tentes,& ne fouffroit pas que perfonne perdit de vue fon Etendart. Si quelqu'un dans la route quittoit fon rang pour fourrager quelque Campagne, il étoit châtié à coups de bâtons oude vetges devant le Maitre à qu'il avoit fait tort ,ou condamné à une amende pécuniaire; ou, ce qui étoit le moins, après l'avoir réprimandé de vive voix, il lui difoit; Foudriezvous qu'on fit dans votre Champ ce que vous faites dans celui des autres? 1 fe fervoit encore très-fouvent de cette maxime, qu’il tenoit, ou de quelques Juifs, ou des Chrétiens;& lorfqu'il faifoit punir un coupable ,il faifoit en même temps publier parun Crieur: Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit. ll chériffoit fi fort cette Sentence, qu’il la fit graver daas fon Palais,& dans d’autres Ouvrages publics. IL. Attends-toià être traité comme tu traiteras les autres. 164 Hiflorie à profanis Script. Vale.l, Syracufis pulfus à Dionyfio tyranno Dion; 4.1. petierat Megaram. Ubi cim Theodorum principem hujus urbis domi convenire vellet, neque admitteretur, diu ante fores retentus, dixit comiti fuo: Patienter" hoc ferendum efi: forfan enim& nos chm in gradu dignitatis noftra effemus, aliquid tale fecimus. Quà tranquilitate animi ipfe fibi«conditionem exilii placidiorem| reddidit, Prod, 3: Vulpesad coenam dicitur Ciconram H. Fab, Prior inviraffe,& illi in patina liquidam 16, Pofuiffe forbitionem, quam nullo modo Guflare efuriens potuerit Ciconia: Que Vulpem cum revocaffet; intrito cibo Plenam lagenam pofuit: huic roftrum inferens: Satiatur ipfa,& torquet convivam fame: Qua cum lagenæ fruftra collum lambere; Peregrinam fic locutam volucrem accepimus: Sua quifque exempla debet æquo animo pati, CAPUT XL Injuriam pati fatius ef. quám facere. Plut Agis Lacedemoniorum Rex ultimus; ex pop. infidus captus,& inciGà causá ab Ephoris damnatus, cm ad laqueum abduceretur, conf.» LL.» piceretque quemdam ex miniftris flentem: Define, inquit, 6 homo., meam vicem-flere. Nam ic inique,& contra leges moriens, fuperior. feli-{..." n.?£+ ciorque fum s qui mlhi vitam eripi jubent, J Nd Joi; pri e fus, Hifoires des Autre? profanes. 16$ Dion, banni de Syracufe par l’ordre de Denis le Tyran, s’étoit réfugié à Mégare. Voulant rendre fa vifite à un des premiers de la Ville, nommé Théodore,& ayant demeuré long-temps à la porte, fans pouvoir obtenir audience, il dit à celui qui l'accompagnoit: 7/ faut fupporter ceci avec patience: car peut-être en. avons-nous fait autant dans notre élévation. Ce fut par cette méme tranquillité d'ame quil rendit la condition de fon exil plus douce& plus fupportable. III. On dit que le Rentrd invita le premier la Cigogne pour lui donner un fouper,& qu'il iui ervit dans un plat un mets fort liquide, dont elle ne put jamais goûter, quoiqu’elle eût une grande faim. La Gigogne invita le Renard à fon tour,& ne lui fervit qu'une bouteille pleine de viande hachée fort menue, dans laquelle paffant aifément fon bec, elle mangea autant qu’elle voulut, pendant que celui qu'elle avoit invité, mouroit de faim. Comme il ne pouvoit que lécher en vain le goulot de la bouteille, nous apprenons que cet Oifeau paffager lui dit ce bon mot: Chacun doit fouffrir patiemment qu'on. fuive fon exemple,& qu'on le paye de la rnéme monnoie qu’il a donnée aux autres.. CHAPITRE XI Il vaut mieux foufrir Tinjuflice que d'en faire, Agis, dernier Roi des Lacédémoniens» ayant €té pris par embûches, fut condamné à mort par les Ephores, fans aucune forme de procès, Comme on le menoit à la potence, il apperçut un de fes Officiers qui pleuroit: Cefez,, lui dit-il, mon ami, de plaindre mon fort; car en mourant 7 ainfi contre la Juftice& les Loix, je me 165— Hifloria? profanis Script. Hæc locutus, ultro collum laqueo induis, 3 à JElanl, Athenienfes, quos multis beneficiis affece2.c.16. rat, ingratos exfpertus Phocion, in concionem rociit,& fapientiffimè dixit: Malo à vobis, Athenienfes, malum. accipere, quàm ipfe. vobis malum inferre. is CAPUT XII| Quod meum non efl, redeat ad dominum.|( Senec7. Pythagoricus quidam emerat à futore cal.| benef.©» ceos, rem rnagnam, non præfentibus nummis, 20,6 2 Poft aliquot dies venit ad tabernam pretium foluturus4 Quam cim claufam inveniflet,&|| . ofüum diu pulfaret, fuit qui diceret: Quid|' perdis operam iuam à Sutor ille, quem quaris, p elatus& combufus efl. Quod. nobis moleflum e[fe —= pote}, qui in eternum noftros, amittimus; ubi minimé qui fcis. futurum ut. ille renafcatur. Quibus verbis jocabatur in Pythagoricum, qui metempfychofim, hoc eft migrationem animarum in alia corpora, fieri credebat. At Philofophus|: nofter tres aut quatuor denarios, quod pretium| calceorum attulerat, non invitus domum retulit, fubinde manu concntiens. Deinde cüm intellexiffet arrififfe fibi illud lucellum; reprehendens hanc fuam non reddenci tacitam vo-| | luptatem, ait ipfe fibi: Suror ille tibi vivit. Tu redde quod debes. Rediit ergo ad eamdem | tabernam& per clauftrum, quà parte rimam | invenit, quatuor denarios inferuit ac mifit, œnas à fe exigens improba cupiditatis, ne lieno affuefceret, _ Indi ffe. Onem» ifloires des Auteurs profanes. 166 regarde au- deffus& plus heureux que ceux qui me font ôter la vie, Après avoir dit ces paroles, il s’attacha lui même la corde au col. Phocion ayant effuyé l’ingratitude des Athéniens, qu'il avoit comblé de fes bienfaits, parut dans l'Affemblée,& leur dit avec beaucoup de fageffe: J'aime mieux, Athéniens, fouffrir du mal de voms, que de vous en faire moi-même, CHAPITRE XII. Ce qui me nous appartient pas, retourne 4 fon Maitre Un Philofophe Pythagoricien avoit acheté à eréditune peus de fouliers, empletteconfidérable. Quelques jours après il vint à la Boutique du Cordonnier pour le payer. Ayant trouvé la porte fermée,& ayant long- temps frappé quelqu'un lui dit: Pourquoi perdez- vous ainfz votre qun? Je Cordonnier que vous demandez ef mort& enterré. Cette perte ef fort affligeante pour nous, qui perdons nos amis fans refource, mais pour vous qui comptez| fur une Jens naiffance, cela vous importe peu. il fe railloit du Pythagoricien: qui croyoit la métempfycofe, c'eft-àdire, le paffage des ames dans"d'autres corps. Cependant notre Philofophe remporta, fans fe faire prier, les trois ou quatre deniers qui étoient le prix de fon acquifition,& prenoit plaifir à à les faire fonner de temps en temps dans fa main, puis ayant fait réflexion que ce gain, tout petit qu’il étoit, lui caufoit une fatisfation focrate 2 il s'en fit un reproche,& fe dit à lui-même: Ce Cordonnier m'e[l pas mort pour toi: acquitte ta dette envers lui, Autli tôt il retourne fur fes pas, va droit à la Boutique,& met dans une fente de la porte fes quatre deniers, châtiant ainfi fur 1368 Hifloriæ ë profanis Script. CAPUT XIIL Verbis non minis, quàm fadi, ft injuria. 2 0 Quintil. Maledicus à malefico non diftat; nifi occaEpi. fione. reg, X Fame damna majore funt, quàm qua æfticicer.pro nari poffint.: j Planes.— Nihil eft tam volucre quàm-malediQum; 37. pihil facilihs emittitur, nihil citis excipitur; nihil latius diffipatur. Ci.+. Providendum eft in primis, ne fermo nofter Off.». indicet vitium aliquod ineffe in moribus noftris. 134^ Quod maxime folet evenire, cüm, joco, aut ferib, de abfentibus, detrahendi causà, maledicé contumelioséque dicitur. Moral.... Abfentem qui rodit amicum, vi non defendit alio culpante, folutos Qui captet rifus hominum, famamque dicacis? Fipgere qui non vifa poteft, commifia tacere Qi nequit; hic niger ef: hunc tu, Romane, caveto, t1. Sat, 4. PSy Lingua eft maliloquax mentis indicium malæ. Syrus. Difficilem oportet aurem habere ad crimina, In judicando criminofa eft celeritas. Lbhslo Ceca invidia eft, nec quidquam aliud. fcit; 38.c.47. quàm detrcQare virtutes. onn 2. Cum Mardonius Xerxem ad bellum GræP di Hifloires des Auteurs profanes, 16 9 lui-même le mauvais défir qu'il avoit eu s pour ne point s'accoutumer à dérober le bien d'autrui, CHAPITRE XIE On nuit autant par les Paroles que par les effets, L Il n'y à que l'occafion qui met de la différence entre un médifant& un mâlfaifant. Les atteintes que l’on porte à la réputation font plus grandes qu'en ne peut l'exprimer, ll n’eft rien qui parte avec plus de viteffe, qu’une parole injurieufe, rien ne s’échappe ayec plus de facilité: rien ne fait dans le monde de progrès plus rapides,& qui s'étendent plus loin. Mais ce qui eft le plus important, c'eft de bien prendre garde qu'aucune da nos paroles marque quelque dérangement dans. nos mœurs;& rien n'en marque davantage, que de fe Jeter fur les abfents,& de les déchirer par des médifances&c des calomnies atroces, foit{érieufement, foit pag maniere de jeu, Celui qui d'un ami médit en(on abíence; Et ne le défend point contre la médifance; Qui fans ménagement fait rire à tout ropas, Et court aprés le nom d'un Difeur de pee mots 5 Qui foutient hardiment ce qu'il n'a pas vu faite, Et s'il fait un fecret, ne peut jamais le taire; C'eft un homme, Romains» chez vous pernicieux; Ayez foin de le fuir, il eft contagieux, Une langue en difcours maligne& médifante, D'un efprit dangereux eft la preuve parlante, Il faut croire le mal trés-diffici'ement.: On fe rend criminel par un prompt jugement, La jaloufie eft aveugle,& n’a point d'autres talents que celui de d'écrier les vertus, ll Comune Mardonius, pour dias Xerxès 170— Hifforie profanis Script. cis inferendum excitaret, deprimendo eorum in rmis virtutem, lifque detrahendo; Artabanus ei refpondit longà oratione, in qua hac dixit de aliene fama detra&tione feu calumniá.» Res| » eft teterrima alienæ famæ detraftio: in qua » duo funt qui injuriam faciumt, unus cni in» juria fit. Qui enim detrahit, injurius eft, » quód accufat non præfentem. Injurius quo» que eft qui credit detrahenti, antequam rem » compertam habeat. Sic abfenti fit duplex in» juria: ab altero enim infimulatur ut malus, » ab altero talis temere putatur, CAPUT XIV. Ex omni vita fimulatio dijimulatioque tollenda. eff. Cir. i, 1. Cum duobus modis, vi aut fraude, fiat Ofn.23 injuria: fraus quafi vulpeculæ videtur, vis leonis: fed fraus odio-digna majore. Injuria autem nulla capitalior eff; quàm eorum, qui, chm maxime fallunt, dant operam ut viri boni videantur, Bonitatis verba imitati, major malitia. P.Syrus; Malus bonum ubi fe fimulat, tunc eft peffimus, z.0fa, C Canius, eques Romanus, homo nec in58. facetus,& fatis litteratus, cüm fe contuliffet Syracufas, otiandi causà; diGitabat fe emere elle hortulos alquos, quo invitare amicos, & ubi oble&are fe fine interpellatoribus pofYet. Quod cüm percrebuiffet, Pythius quidam; Ue iri Hiffoires des Auteurs profanes, 1 7t à déclarer la guerre aux Grecs» parloit avec méprisde ieur valeur,& lesrabaiffoient extrêmement. Artaban lui répondit par un long difcours, dans lequel il lniditeniz'autres ces paroles furlacalom-nie&letort que l’on fait à la réputation d’autrui: » C'eft le vice du monde le plus criant, que de » noircir la réputation des autres: car dans la » médifance, il y ena deux qui font tort,& 1l my » en a qu'un qui le reçoit. Celui qui médit, fait » injure en chargeant d'accufation un abfent, »celui qui croit au médifant, avant diêtre » éclairci du fait, fait encore injure: ainfi l’abfent » fe trouve doublement lézé, Le premier l’accufe » comme méchant,& le fecond le prend indifcret» tement pour tel. CHAPITRE XIV, Il faut exclure de toute Ja conduite ie déguifement& la fourberie, l. L'injuftice prend ordinairement deux di£férentes formes, dont l'une tient du Renard,& C'eft celle de l'artifice& de la fraude;& l'autre du Lion,& c'eft celle de la violence. Mais la plus odieufe& la plus déteftable, eft la fraude& la perfidie, fur tout de ceux qui dans les a&ions& les pratiques les plus noires, fe couvrent des dehors de la probité, Qui d’un langage doux emprunte l’artifice; Ou qui feint l'honnéte homme» ale plus de malice; Caius-Canius, Chevalier Romain, homme agréable& de bon efprit,& qui n'étoit pas fans étude, étant allé à Syracufe, non pour affaire, mais pour fe repofer, fit favoir qu'il feroit bien aife d'acheter une maifon de plaifance proche dela Ville, pour y allez quiguetois fe divertir, y 172 Hiftoria? profanis Script. qui argentariam faciebat Syracufis, dixit ei; hortos quidem fuos non effe venales, fed licere ili uti ïis, fi vellet, ut fuis. Et fimul invitarit eum in hortos ad coenam in pofterum diem. Cüm ille promififfet, tum Pythius, qui, ut argentarius, erat apud omnes ordines gratiofus, pifcatores ad fe vocavit,& ab his petivit, ut ante hortulos fuos poflridie pifcarentur. Ad cenam tempore venit Canius. Opiparè aratum erat convivium, cymbarum ante oculos multitudo: pifcatorum quifque, quod ceperat, afferebat: ante pedes Pythii pifces abjiciebantur. Tum Canius: Quafo, inquit, quid eft hoc y Pythi? tantumne pifcium, tantumne cymbarum? Et ile: Quid mirum? inquit. Quidquid éft pifcium Syracufis, in hoc loco efl: hic aquaut: hác villa ifli carere non. po[Junt. Incenfus Canius cupiditate, contendit à Pythio ut hortos venderet. Gravaté ille primb rem accipere eft vifus Impetrat tandem Canius. Emit hortos homo cupidus& locuples, tanti quanti voluit Pythius,& emit inftruétos; negotium conficit. "ÜYnvitat in hortos Canius poftridie familiares fnos: venit ipfe maturè cymbam nullam videt, Quaerit ex proximo vicino, num ferie quedam pifcatorum effent, quod nullos videret? Nulla, quod fciam, imquit ille, hodiè pifcatorum ferie funt: fed hic pifcari mulli folent. Itaque leri mirabar quid accidiffets Stomachari Canius. Sed à Hifloires des Auteurs profanes. 173 avet fes amis,& fe dérober aux vifites, Le bruit s’en étant répandu dans la Ville; un certain Pythius qui faifoit la Banque à à Syracufe, lui dit qu’il en avoit une, qui à la vérité n'étoit point à vendre, mais quil la lui offroit, pour en ufer comme fi elle étoit à lui;&le pria d'y venir manger le lendemain. Cantus l'ayant promis, Pythius, à qui fa Caiffe donnoit un grand crédit dans les corps;& parmi les perfonnes detoute condition, fit venir les Pécheirs,& leur dit de venir le lendemain pêcher devant fa maifon. Canius ne manqua pas au rendez-vous, Tl trouva un feftin magnifique;& toute la Mer couverte de Barques de pêcheurs, qui s’empreffoient à jeter aux pieds de Pyt thius une grande quantité de Poiffons, comme s'ils fnflent venus de les prendre devant lui. Canius tout furpris de ce qu'il voyoit. Quoi, dit-il à Pythius, y a-1-U donc ici tant de poiffons,& y voit-on tous les jours tant de Barques de Pécheursè Cela n'eft pas étonnant, dit Pythius; 3 my a que ce feul e es autour de Svracule où 25 rrouve ám. Foifon,& où les Pécheurs puifjent même venir puifer de l'eau;& tous ces gens-la ne peuvent fe paffer de cette Maifon. Voilà Canius amoureux de la Maifon. Il preffe Pythius de la lui vendre: Pythius paroit avoir bien de la peine à s'y réfoudre; il s’en fait beaucoup prier: enfin il y confent. "Canius, homme riche,& qui en avoit grande envie, l’achete tout ce que l’autre voulut,& r achete méme toute meublée, On fait le Contrat: voilà l'affaire confommée. Canius prie de fes amis de l’y venir voir dès le lendemain: il s’y rend lui-même de fort bonne heure; mais il ne voit ni Pécheurs, ni Barques. Il demande à quelques Voifins sil étoit Fête ce jour-là pour les Pêcheurs. Nulle Fête que Je f che, divie Voifin, jamais on ne pêche ici ,6& hier je ne favois ce que tout cet appareil vouloit dure, Hi C———————————— B 174 Hifioriæ eprofanis Script: quid faceret? Nondum enim erant latæ leges adversüs eos qui dolo malo agerent. "N, 60. 2. Omnes aliud agentes, aliud fimulantes; ut Pythius, perfidi, improbi, malitiofi funt. Nam ex omni vita fimulatio diffimulatioque N. 68. tollendaeft. Et ratio poftulat ne quid infidiosè, ne quid fimulaté, ne quid fallaciter fiat. Itaque vir bonus, nec ut emat melitis, nec ut vendat, N.€4 quidquam fimulabit aut diffimulabit. Si veto vir bonus eft is qui prodeft quibus poteft, nocet nemini; certe virum bonum non facile reperiemus, N, 6: Quaedam video; propter depravationem con= ^. LI LENS"s* uetudinis, neque. more turpia haberi, neque Jure civili fanciri: at naturae lege fancita fant. CAPUT.XV. etn Improbi hominis eft mendacio fallere, ICer.pro M. 7. 62. d s Plato de Y. Vera dicere, juftum eft; mentiri vero inJufl juftum.. D: €ic.;, In virum bonum non cadit mentiri emoluOffic.$1 menti fui caufà. o RM A Gel, Qui mentitur, fallit, quantüm in fe eft. Vir Lio. c.n. bonus præitare debet ne mentiatur. r Cic, Volumus viros fortes&. magnanimos, eofOff.n.63 dem efle bonos,& fimplices, veritatis ami cos: minimeque fallaces. Quæ virtutes ad ju Plut. in ttiam pertinent. Itaque Ariftides apud AtheArf mienfes,& Epaminondas apud Thebanos, tam 3 Hifloires des Auteurs profanes,— 175 Voilà Canius en grande colere; mais que faire? “Car on n’avoit pas encore établi des Loix contre ceux qui agiffent de mauvaife foi. II. Tous ceux qui comme Pythius donnent lieu de s'attendre à toute autre chofe qu'à ce que l'on trouve ,font des gens malins, des méchants & des perfides: car on ne doit jamais ni feindre ce qui n’eft pas, ni diffimuler ce qui eft. La raifon exige que nous banniffions de notre conduite toute feinte, toute tromperie,& toute fraude. C'eft pour cela qu’un homme de bien ne feindra; nine diffimulera jamais, foit pour vendre plus cher, foit pour acheter à meilleur marché. Mais fi un homme de bien eft celui qui fait du bien à tout le monde quand il peut,& qui ne fait Jamais de mal à perfonne, où trouverons-nous un homme de bien? Je vois beaucoup de chofes que la coutume dépravée des hommes ne tient pas pour mauvaifes,& que les Loix& le Droit civil fouffrent, mais la Loi de la Nature les défend. CHAPITRE X V. Il my a qu'un méchant homme qui trompe par un menfonge. T. L'homme jufte dit toujours la vérité, mais l'injufte a recours au menfonge. Íl ne tombe point fous l'idée d’un honnête homme de mentir, méme dans la vue de fon intérêts Celui qui ment, cherche autant qu'il peut à tromper. Un homme de bien doit fuir le menfonge. Nous ne fuppofons de véritable grandeur d'ame,& de véritable courage, que dans ceux qui font d'ailleurs gens de bien, finceres, amateurs de la vérité,& incapables de tromper. Or toutes ces qualités appartignnent à la pce Ariflides iv 176 Hifloriæ è profanis Script. "pos Alieni à mendacio,& tam veritatis diligentes an. faille traduntur, ut ne joco quidem unquam '" mentirentur. Et Atticus ille, quicum Cicero vixit conjunttif…imè, mendacium neque diceHonor. 3t, neque pati poterat. J//um odi, aiebat Ia Lg. Áchilles, equé ac portas Plutonis, qui aliud v. 310. quidem recondit in mente, aliud sero dicis. Mas S Quid€ft in quo maximà laborare debe105.1, 3. fius.? Ut mens fit jufta, Oratio mendacii exfi. i6, pers. Hoc viri boni proprium eft, nihil à veri- 4 tate alienum loqui, ut& nihil à juftitiä alienum 33* exfequi. Qui injuflé agit, impiè agit. Chm enim natura homines ediderit, ut fibi invicem profint, nec ullà ratione obfint; qui hoc nature placitum violat, adversus eam eft impius. Eadem natura Veritas quoque nuncupatur; eftque prima omnium, quz vera funt, caufa. Itaque qui fciens volenfque mentitur, impiè agit, quia fallendo injufte agit. Cie Quod verum, fimplex, fincerumque eft, id 671. nature hominis eft aptiffimum. a 3. Áfluefce dicere verum,& audire. Affuefaciendi maxim? funt pueri, ut vera I4 dicant: mentiri enim fervile eft,& omnium pus. hominum odio dignum vitium. Eàdem fentenPhilof. tià dixit Apollonius: Illiberale eft mentiri! ingein Epift. nuum veritas decet. "Apol, Cei,—liliberalis& fordidus vulgb putatur quæftus Offic. n.eorum, qui emunt à mercatoribus quod ftatim 150. divendant: quia nihil folent proficete, nifi admodum mentiantur. Nec verb quicquam eft turpius vanitate, id eft mendacio. am y i Éuu Ed Hifoires des Auteurs profanes. 177 par exemple, chez les Athéniens, Epaminondas chez les Thébains, avoient tant d'averfion pour le menfonge,& d’attachement à la vérité> qu'ils ne proféroient pas un menfonge, même par maniere dejeu. AÂtticus, le même avec qui Ciceron fit une fi étroite liaifon, ne pouvoit ni prononcer ni entendre aucun menionge. Je hais, difoit Achilles, celui qui parle autrement qu’ilne penfe, autant que[es portes du Palais de Pluton, 1I. Nous devons fur-tout nous appliquer dans la vie à avoir le cœur droit»& à ne jamais mentir. C'eft le caractere d'un honnête homme de ne pas bleffer la vérité,& dene rien faire contrela Juftice, Quiconque agit avec injuftice, agit en impie; car la Nature ayant engendré les hommes pour fe rendre fervice les uns aux autres» fans qu'aucun d'eux y mette empéchement» Celui qui viole cet Arrêt de la Nature, commet un facrilege envers elle. Cette même Nature s'appelle Vérité,& eft le principe de toutes chofes vraies. C’eft pourquoi celui qui fait un menfonge de fon plein gré, eft coupable d’impiété, parce qu'en trompant il péche contre la Juflice. La connoiffance de la vérité fimple& pure, eft ce qui convient le plus à la nature de l'homme, IT. Accoutumez-vous à ne parler& à n’entendre que la vérité. H faut far tout habituer les enfans à parler vrai, car il y'a de la baffeffe à mentir 3& c’eft na vice digne de la haine du Genre Humain. Apolloniusa dit dans lemémefens: Ze menfonge convient à un Efclave, la vérité fred à une perfonne dien née., On regarde dans le monde comme bas& fordide, le gain de ceux qui achetent des Marchands pour revendre auffitót» parce qu'ils ne gagnent qu'à force de mentir;& quil Wy a rien de plus honteux que le menfonge, 178 Hiflorie$ profanis S cript. srerodot. Perfæ liberos fuos à quinto anno ad vicefiL1. gum tria edocebant, equitare, fagittas arcu mittere, vera loqui. Turrifimum apud eos habebatur mentiri. Secundum mendacium, in proximo turpitudinis loco ponebant es alienum: maxime quod qui ere alieno obftringitur, mendacio obnoxius efle foleat,& plerumque verba pro re dare. Xenoph. Juítitiam quoque liberi Perfarum edoceban3. Cy- tur à pueritia. Ac quemadmodum pueri in Pop» Gracia in fcholas itabant, litterarum. liberalumve artium difcendarum causà j fic apud Perfas pueri. fcholas frequentabant, ad accipiendam juftitiæ difciplinam. Quam quidem ut citis&'cerüus difcerunt, non folium eorum auribus precepta Juftitie inculcabantur, fed etiam docebantur juitas ferre fententias de iis., que inter ipfos exoriebantur, controverfis;& legitimas pro cujufque delidi modo ponas irrogare. Itaque bonam diei partem impendebant publici juflitie præceptores in audiendis dijudicandifque puerorum diíceptationibus. Diog.| 4 Hoc confequuntur mendaces 5, inquiebat Laer. in. Ariftoteles, ut cm vera dixerint, non illis cre "rif. datur Similiter Cicero dixit: Mendaci homini, Cic. a. de; depu divin, n, Re verum quidem dicenti, credere folemus. 146. COS Tis qui peccarunt, non facilè deli&i venia con1. 3 Cy- ceditur, fi interrogati deprehendantur mendaces. n pri Quid intereft perjurum& mendacem? Rofe.. Qui mentiri folet, non longè abeft à perjurio, Com. n, Quem ego, ut mentiatur, inducere poflum, 46 eum facilè exorare potero, ut pejeret. Ut poena à Diis immortalibus per juro confütuta eft, fic& mendaci, at i n Hifioires des Auteurs profanes. 183 pas du fecours s’il le pouvoit. S'il ne le pouvoit. pas, il lui étoit ordonné de citer le coupable devant les. Juges,& dele pourfuivre en Juftice: s'il manquoit à cet article de la Loi, il étcit condamné au fouét,& à refter trois jours fans. manger. Si celui quine défend pas les autres d'une in=jure que quelqu’un leur voudroit faire, lorfqu'il le peut, commet une injuftice, que doit on dire de celui qui, bien loin de repoufler l'injure, y prête la main? Certaines gensapporterent de Grece à Rome unfaux teftament de Lucius Minucius. Bafilus, qui avoit laiffé de grands biens. Pour le. "ire valoir plus aifément ,ils y avoient mis pour j itlers avec eux Marcus Craffus,& Quintus fe.rtenfius, les deux hommes de ce temps-là qui. tesient le plus de crédit. Quoiqu'ils fe doutafpor bien que le teftament étoit faux ils crurent qui‘étoit affez de n'avoir point de part à fa faufpeine. ne furent pas fáchés de prefiter ducrime: jugeo. fe les crois coupables d'une grande ineníeign 30i qui trouve qu’il n’eft pas Honnêre de partie du ême des teftamens véritables, lorfqu’on qui naifcsirés par des foins étudiés,& par une IV. Le, asfaites. n'être point‘, Ciceron di, PITRE XVIL pas ajouter fo. la vérité.*$2 Onn’accorde^€£/] zm. terme contraire à te à ceux qui: s’er l'humanité, Quelle différen.un Menteur? Celu, defevenger,commelepenmentir ,n'a pasbeauc.‘re tort à perfonne, quelarriver au parjure. Ui.;'onait reçu; car il n'y gager à mentir, fauffera“our autorifer une inf je le prends parles folliciiz impofé des châtiments égaux.(erver à l'égard de le Menteur,. jure: car il fau et a'étre poini Ciceron dii pas ajauter fo% la vérité,: On n’accarde te à ceux SN s'er Quelle un Ae di mentir, n'a pas beauc arriver au parjure. Ui. gager à mentir, fauffera &| je le prends parles follici impofé des châtiments ég le Ment teur, ve fic impe Ur eos, quos altero genere incidunt. Comnunt,& in vite tudii, nihil opere, ios legibus cautum erat ut; s videret quempiam à latroPhiri, aut aliquid injurie perpeium ferret, cuu. poifet, morts P fes caufes% mis,& celle uns agiffent par lâcheté;* tourner de que à lamerci desc! de défendre& éviter la premier la feconde; car il3 ne,& ne l'aident i duftrie, ni de leurs IIl. Chez les Eg noient à mort tout Voy fon chemin un homme 4 ou prêt a recevoir quelqu® amicitià Ultioi vulgus putat, nez lominum, quodcumÉris. Nullo enim moa adversis eos fervanda; ceperis, Eft enim. nlçifcen E Hifloires des Auteurs profanes. 18$ pas du fecours s’il le pouvoit. 5'il ne le pouvoit pas, lui étoit ordonné de citer le coupable devant les Juges;& dele pourfuivre en Juftice: s'il manquoit à cet article de la Loi, il étoit condamné au fouét,& à refter trois jours fans manger. Si celui quine. défend pas les autres d"une in-jure que quelqu' unleur voudroit faire, lorfqu’il le peut, commet une injuftice, que doit on dire de celui qui, bien em de repouffer l’imure, y prête tarot in? Certaines gensapporterent de Grece à Rome unfaux teftament de Lucius Minucius Bafilus, qui avoit laiffé de e grands i biens. Pour le. faire valoir plus aifément, ils y avoient mis pour héritiers avec eux Marcus Craffus,& Quintus Hortenfius, les deux hommes de ce temps-là qui avoient le plus de crédit. Quoiqu'ils fe doutafent bien que le teftament étoit faux ils crurent que c'étoit affez de n'avoir point de part à fa fauffeté,& ne furent pas fâchés de prefiter du crime: d'autrui. Je les crois coupables d'une grande injuitice, moi qui trouve qu'il n'eft pas honnête de profiter même des teftamens véritabl es ,lorfqu’on fe leseít attirés par des foins étudiés,& par une amitié contrefaites CHAPITRE XVIL La vengeance efl um. terme contraire à l'humanité, I.Ineconvientpasde fevenger, commelepenfele Vulgaire, ni de faire tort à perfonne, quelque mauvais traitement qu’ on ait reçus‘car iln y a aucune railon légitime pour autorifer une injuflice. H y a certains devoirs à obferver à l'égard de ceux dont on a reçu quelque injure: car il faut 184 Hifloriæ$ profanis Script; di& puniendi modus. Atque haud fcio an noni fatis fit eum, qui te laceffierit, injuriz fue posfitere, ut& ivfe ne quid tale pofthac committat,& cæteri fint ad injuriam tardiores. P.Syrus, lgnofcere hominum eft, ubi eum pudet, eui ignofciturs Salluf. Veteres Romani, acceptà injurià, malebant eue) ignofcere, quàm perfequi. Et plus penè auxeIVIUuS.L... 0^ n. 30 c, 42, lUNtimperium parcendo viétis, quàm vincendo; Plur. in Omnibus noxis veniam dare fe dicebat Cato Cat.maj. Major, praeterquàm fuis. P. Syrus Ignofcito fepe alteri, numquam tibi, Semel, 32. Beneficia beneficïis repenfare honeflum 2. deira eft, non autem injurias. lllinc vinci turpe eft: rbi bic, vincere. Ultio inhumanum verbum eft, licèt malà confuetudine pro jufto receptum. Quàm pulchrum eft, hominem, velut nulli penetrabilem tello, nullis injuriis, nullis contumelis perfiringi! Ultio, doloris confeffio efl. Catoni minori in balneo quidam os percuflit, ignorans: quis enim illi fciens fecifTet injuram? Homini deinde fatisfacienti Cato, Non memini, inquit, me perc Non excanduit, non vindicavit injuriam"Melius effe. putavit non agnofcere quim vindicare. Nihilne. inquies, mali ex impunita homini petulantia ortum eft? Imb multwm boni. Cepit ille Catonem mnoffe& mirari, Magni animi eft inju rias defpicere, — 5 « — se e—oce ns= pA Ihfloires des Auteurs profanes.— x8$ garder des mefures jufques dans la vengeance& la punition des coupables;& je ne fais même ft pour réprimer ceux qui ont fait une faute, pour les empécherd'y retomber& rendre les autres plus circonfpecis, il ne fuffiroit pas d'en exiger le repentir. Pardonner une injure Dont fe répent l'auteur, C'eft le penchant du cœur, Et l'humanité pure. Les Anciens Romainsaimoient mieux pardon= ner une injure, que d'en tirer vengeance;& ils devoient l'aggrandiffement de leur Empire, plutôt aux pardons qu'ils accordoient aux Vaincus, qu'à leurs Armes. Caton l'Ancien difoit ordinairement qu’il par Qui goûte du plaifir dans la noire vengeance. Celui qui entend fans s’effrayer les cris des petits chiens;& fait fe mettre au-deffus d'eux, a vraiment l’efprit noble& élevé, Il a fouvent plus gagné à diffimuler, qu'à fe venger. Certains Yvrognes s'étant attaqués à la femme de Pififtrate,& l'ayant infiiltée de paroles & d'effets, vinrent le lendemain demander pars don à Pififtrate, quife contenta de leurrépondre: Ayez foin d’être plus circonfpetts à l'avenir: quant à ma femmes elle ne fortit point hier du logis. Hii. Les Habitans de Cumes ayant livré à Pittacus le Meuttrier de fils; pieds& mains liés, ille renvoya impuni avec ces belles paroles: Le pardon eft préférable à la vengeance; car l’un tient de l'humanité,& l’autre de La férocité. Mufonele Philofophe a dit dans le même fens: Ce n'efl pas le carattere d’un homme, mais d'une béte, de chercher morfure pour morfure, mal pour mal, Ariftides n'avoit pas oublié que Thémittocles avoit été fon ennemi fecret ou déclaré dans le Gouvernement de la République. Il favoit móme que c'étoit à fa follicitation qu'il avoit été chaflé en exil. Mais il fit voir combien fon caractere étoit éloigné de l'efprit de vengeance. Dans une occafion la plus favorable du monde, OÙ l’on délibéroit à bannir de la Ville Thémiftocles par l'Oftracifme, il ne lâcha aucune parole,& 188 Hifloriæ? profanis Script. quod nocere poffet inimico. Et ut prius ei no inviderat florenti opibus& rerum geítarum glotià; fic tum noluit premere periclitantem 3 & eo dejecto exultare. *.N:p05;.'T. Pomponius Atticus nullas inimicitias gef| in Áttic. Y 13:. | aul fit, quod& lædebat ipfe neminem,&, ft | quam injuriam acceperat, malebat oblivifci; n quam ulcifci. P.Syrus— Magnanimo injurie remedium oblivio ef, Spart. T Adriañus multôs in privata vita inimicos expertus erat, quorum injurias, ubi imperator factus eft, adeb neglexit, ut uni, quem capi|. talem habuerat, diceret: Æva//ii. Livius,l. Vulgatum illud, quia verum etat, in prover= 49,49. bium venit: J4micitias immortales, inimicitias mortales, effe debere. Plin A Cüm Dion expeenafier Syracufas; quas Dio. ab impotenti tyrannorum dominatu liberare cupiebat; Heraclides& Theodotes, infenfi ejus hoftes, fe ultro dedidere, culpam fatentes, orantefque, ut benignior in ipfoseffet, quàm | ipfiin eum fuerant. Admonuerunt quoque deji cere Dionem, qui multis ahis virtutibus ornatus effet, ire imperare,& ultionis cupidum non effe. Hac illis precantibus& monentibus, hortabantur amici Dionem, ne improbis hominibus, funeftarum turbarum anGoiibus, parceret, fedeos militum furori permitteret, Tum Dion: Cereris, inquit, ducibus atque imperatotibus plerümque fola belli& armorum exercisia cordi funt. Mihi veró, qui plurimum temporis: in Academia confumpfi, cura fuit id difcere, ut iram, ultionem, invidiam pertinaciam,& alias hujufmodi pefles pofem vincere: cujus vidloria Hifloires des Auteurs profanes.+89 te fit aucune démarche qui püt nuire à fon Adverfaire;& comme il ne lui avoit pas porté envie dans le cours de fa gloire& de fes brillans exploits, il ne voulut pas non plus profiter de fa difgrace pour fatisfaire fon reffentiment, ni triompher de fon exil, Titus Pomponius Atticus ne s’attira jamais un ennemi, parce qu’il n’offenfoit perfonne,& s’il zecevoit quelque injure, il aimoit mieux l’oublier que de s'en venger, Chez un homme infpiré par un noble courage, Le remede ordinaire eft l'oubli de l'outrage, Adrien devenu Empereur, méprifa fi fort les injures qu'il avoit reçues de fes Ennemis lorfqu’il étoit Particulier, qu'il fe contenta de dire à l'un d'entr'eux, qui s'étoit le plus fignalé: Zu l’as échappé belle, On a fait un Proverbe de cette Sentence, à caufe de la vérité qu'elle renferme; Les amitiés doivent être immortelles,& les inimitiés mortelles. IV. Dion ayant afliégé Syracufe, qu'il vouloit délivrer de la cruelle domination des Tyrans Héraclides& Théodotes, fes ennemis jurés, vinrent d'eux-mémes lui rendre les armes, avouant leurs fautes& le conjurant d'en ufer plus favorablement avec eux qu ils n'avoient fait à fon égard. Ils lui repréfenterent auffi qu'il étoit bienféant à un Prince, tel que Dion, orné de beaucoup d'autres vertus, de favoir commander à fon reffentiment,& de ne point fe laiffer aller à la baffe paflion de fe venger, Malgré leurs prieres & leurs remontrances, les Courtifans confeilloient an Roi de ne point pardonner à des hommes méchans, chefs de complots& de brigues funeftes, mais de les abandonner à la fureur des Soldats. Alors Dion leur adreffa ce difcours: La gloire des Armes»& les exercices militaires? font ordinairement‘soute la pafion des Rois& assi 190 Hiflorie à profanis Script. argumentum certum efl, non in amicos€ wiros bonos benignitas,[ed erga iniquos& infenfos inimicos placabilitas€ lenitas. Heraclidem| fu perare mihi animus eft, non potenti& pn identid, at humanitate& juflitid: in his enim virzutibus vera fortitudo, magnitudo, gloria pofita eft: cim. miles, aut faltem fortuna, fibi vindicet partem. glorie bello quæfitæ. Quod fi Heraclid € invidus,& infidus,€& mali Fi efl 5 Ideone Dionem, oportet virtuti fue labem inurere iræ impotentid? Lege quidem humaná definitum q.;.] eum minis peccare adversis Jufti tiam qu accep-| tam injuriam ulcifcitur, quàm qui prior infert: at naturá utrumque ab eadem animi mitate profeiféiur Nullius porrè hominis um afpera temque effra efl improbitas, quae non ro[ fft fieWir beneficiis manfuefcere&| expugnari. His ufus rationibus Dion, Heraclidem& Theodotem miífos fecit. CAPU:T-XVIIt. , Fee. Injuriæ beneficiis vincuntur. fpeciofiüs$ «4 0.2, s quàm mutuo odio penlantur, Sen r, Ufque ad ultimum vite fimem non defi050,64 el : Hifloires des Auteurs profanes. 191 des Généraux. Mais pour moi qui ai paf]: bien du remps dens Lis Ecoles, jai eu foin d'y apprendre à dompier ma colere, à furmonter la Jaloufie, Lemportement, la vengeance& lopinidtretó,& d'autres vices contagieux de cette efpzce. La Preuve certaine de cette vitbire fur nous-mêmes n'efl pas de montrer de l'inzlination à faire du bien à nos amis,& aux perfonnes qui le méritent, mais bien d'ufer des voies de douceur& de bonté envers nos ennemis& ceux qui n'en font pas dignes. Je n'ai pas envie d'avoir le deffus fur Héraclides en crédit& en prudence, mais en clémence& en juffice, car je fais confifter dans ces dernieres vertus la vraie grandeur,& la folide gloire, puifque le foldat, ou du moins la fortune, s'approprient une partie de l’honneur qu'on acquiert par les armes. D: ce qu Héraclides eft un jaloux, un perfide& un méchant y Dion e[-il en droit de faire une tache à fa probité, en Je laiffant aller à la colere? Il eft vrai qu'il eft décidé par les Loix humaines, que celui qui fe venge d'une injure quil a reçue, pêche moins contre la juflice, que celui qui l'a faite le premier, mais la Loi naturelle apprend que l’une & l’autre a&fion part de la même baffeffe d'efprit; car il n’y a point d'homme au monde affez mauvais, ni affex fauvage, pour ne pas s'adoucir & fe laifler gagner à force de bienfaits. Dion fe fervit de ces motifs pour renvoyer abfous Héraclides& Théodotes. CHAPITRE XVIII 1! y a plus d'honneur à furmonter les rt... 1 injures par des bienfaits, qua ls Payer d’une haine réciproque. l Nous ne ce(ferons point jufquau dernier 192 Hifforiæ€ profanis Script, nemus communi bono operam dare, adjuvare fingulos, opem ferre etiam inimicis. nt.anton_ Optimus injuriam ulcifcendi modus eft, ne 1.6.c. 6, fimilis fis eam inferenti Contemnit me quifZ. at.€ quam; ipfe viderit. Ego mihi cavebo, ne quid 33e contemptu dignum vel egiffe vel dixiffe deprehendat. Odit me quifquam; ipfe viderit. At ego mitis effe& benevolus cuique pergam,& huic etiam ipfi, qui me odit, errorem oftendere paratus ero, non contumeliose, neque ut patientiam meam oftentem, fed benigne,& ingenuè: interius enim me ita affeCtum effe oportet, ut ipfi Dii videant me eum effe qui nihil indignè ægrève feram. Diog... mico moli maledicere 5 ac ne inimico quidem; Laë in in inquiebat Pittacus. Pitac, Laudante quodam Cleomenis di&um, qui vas' interrogatus quodnam effet boni regis officium, Liog. refponderat: Amicis bené, inimicis malé facere. Laër. in Quantd retliks. erat, inquit Socrates, amicis Pat. benefacere, ex inimicis autem amicos facere? Sie invicem vivendum effe dicebat Pythagoras, ut non ex amicis inimicos, verüm ex inimicis amicos faciamus. Plal4.%- M. Marcellus, chm. de eo Confulatum r.i. tunc gerente Siculi queftum Romam veniffent, ultro de illis: in Senatum admittendis retulit, querentefque de fe patienter fuflinuit. Improbatis à Patribus querelis eorum, clementer excepit orantes ut ab eo in clientelam recipérenut. in tüF: mullas adversüs illos inimicitias exercuit, Marcel,&‘pen reliquam vitam illis benefacere non dettitit, momens ma w. Hiftoires des Auteurs profanes. moment de notre vie de nous appliquer au bie public, d'aider chacun en particulier,& de Íccoutir même nos Ennemis. La meilleure façon de fe venger d'une injure; c'eft de ne point reffembler à celui qui l'a faite. Quelqu'un me méprife à? C'eft fur fon comp Quant à moi, je me donnerai bien de garde rien faire, ou de rien dire, qui puiffe m’attirer du mépris. Quelqu'un a de la haine pour moi? Tant pis, ce font fes affaires; mais je ne dimi nuerai rien pour cela de ma douceur,& de a inclination à faire du bien aux autres:j méme toujours prét à faire connoit qui me hait, fon tort, non pas avec aigre ni pour faire parade de ma patience, mais d maniere honnête,& à cœur onvert: car je avoirau fond de l'ame des fentimens fi purs, que les Dieux mêmes n'y puiffent appercevoir aucun mouvement d'impatience ou de fAcherie. JV'outragez point votre ami\, ni méme votre ennemi, difoit Pittacus, uelqu’un louant en préfence de Socrate cette parole de Cléomene, qui, interrogé fur le devoir d'un bon Roi, avoit répondu qui! coafifloit à aire du bien à fes amis, du mal à fes ennemis; » le Philofophe reprit: J/ er été plus juffe de dire,, que c'étoit à faire du bien à fes amis,& de fes ennemis en faire fes, amis. ll faut vivre les uns avec les autres, difoit Pythagoras, de maniere à changer fes ennemis en amis,& non fes amis en ennemis. II. Des Siciliens étant venus à Rome pour y faire des plaintes contre Marcus Marcellus, qui éroit alors le Confulat, il les fit introduire luiméme à l'Audience,& écouta patiemment leurs griefs. Ayant été défavoués du Sénat, Marcellus reçut avec bonté les prieres que:ces faux Accufateurs lui firent de vouloir bien les recevoir fous fa protection; il ne leur fit point fentir fon Hiftoria? profanis Script. "u.in Cum& carcere atque ipfa urbe Athenien^ fium profugiffet orator Demofthencs; refpexit nii: aliquos ex inimicis citato curfu ve ee fua fubfequentes,& latebras pavidus quæfivit. At S eum ferius m nomine compellatum tandem i t> po[fur non graviter ferr ed urbe carere, ubi tales inimicos habeam; T s alibi amici inveniri vix queant? 3. Magni animi eft, injurias in fu tentià pati: nec quicquam eft'glo cipe impune leo, P contra dep onebát: Sueton. me ac prior of famofa Cafe ejus adyersim fe ep um Ca-| tullum, cujus verficulis iu laceratam non ignorabat, adhibuit cone.€. Memmi fuffragator in petitione Cor fuit, licèt| afperrimæ fuiflent ejus contra 1 fe orationes,| Vefpafiani intet cetera bona, illud fingue f, B ^ lare fuit, inimicitias oblivifci: adeo ut Vitgl Hifloires des Auteurs pro er nn roii ne ceia r ant échappé de là Prifon& I quitter toute frayeur,& de rec d'ar rgent dont ils ven noient lui£ aider à fa fabfiftance& à fon vo terent autant qu'ils purent à n la denisur, mais à fouffrir les injures quand€ ns l’élevation j & rien i ince, que de laiffer les« ï iceron‘ que rien A aile selles qui avoient leur pardonna. H nême à tous des fent écrivit le peni Cornelius Cal mes quil avoit à fa table Va avoir déchire fa r Il étaya de fon qu^il briguoit le Co mé contre lui les Ha: Parmi les belles qu paticuliérement celle à Faler, I. nai 196 Hifloriæ e li hoftis fui. filiam! è dotaverit 7 & viro fplendidifimo in matrimonium dederr Ferebat quoque patienter contumelias; Hs, ut erat faceuffimus, diclis jocularibus reiponla «ens, o CAPUT XIX. Juflitia vidrix odi. 1. Ca. Domitius Tribunss plebis M. Scaué. c. 4. Tum principem civitatis in judicium populi Romani vocaverat, iratus quod ab eo in Augurum collegium mon fuiffet cooptatus. Cum opprimendi inimici fummo ftudio flagraret; fervus Scauri ad eum no&u pervenit, promittens fe infru&urum ejus accufationem mulis& gravibus domini criminibus. At Domitius nefario indicio fervi perfidi uti noluit. Continuo enim& fuis auribus obduratis, & indicis ore claufo, comprehendi hominem & ad Scaurum deduci juffit. Sicque in infefto arcufatore juflitia odium vicit. Hunc Domitium deinde popülus, tum hanc ob caufam, tum propter alias virtutes, libentius ,& Confelerm& Cenforem& Pontifcem maximum £, iecit, 2. Non minus infigne juftitiæ fpecimen dedit L. Craflus in nobili illá accufatione, quam adver:üs Carbonem inftituit, annos. natus unum& vigint ti, N fcrinium rei, plura continens q primi poffet, allatum ei fu fervo; fignatum, ut erat, remitir ad illum cum fervo catenato, nclens caufam obtinere alienà fraude ac perfidiâ, Hifloire des Aute urs profanes; 197 ait‘point de donner en m ariage à un homme trés- diftingué, la fille de Vitellius fon ernemi; & de l'avantager d'une dot confidérable. Il fupportoit aufli toutes fortes d’injures, y répondant en termes badins, parce qu’il étoit d’une humeur naturellement facetieufe. CHAPITRE XIX La Juflice vidorieufe de la haine, 1. Cneius Domitius, Tribun du peuple ,affigna pour comparoître pardevant le Peuple Romain Marcus Scaurus, un des principaux de la Ville, irrité de ce quil ne l'ayoit pas affocié dans le College des Augures. Commeil avoit conjuré la perte de fon ennemi, l’Efclave de Scaurus S'échappa la nuit,& vint trouver le Tribun, lui promettant de faire le| rocès à‘on Maître fur plufieurs chefs d’accufation confidérables, Domitius ne voulut pas faire ufage de la dénonciation de cet Efclave traître& infidele; car ayant auffi-tôt bouché fes oreilles,& férmé labouche an délateur, il le fit prendre,& mener à Scaurus. Ainf lajuf tice l'emporta fur la haine dans un accuf. teur ontre fon ennemi. Le Peupledepuis cette X à caufe de plufieurs autres vertus dont 'arques, le fit plus volontiers Con, Cenfeur& grand Pontife. 1I. Lucius Craffus donna une preuve également uable de juftice dans la fameufe accufation qu'ilin enta à l'âge de vingt-unanscontre Catbon: car l’Efclave de l’accuié lui ayant apporté les Tablettes de fon Maître, où étoient renfermées bien des chofes qui auroient fervi à le condamner fans peine, Craífus les renvoya cachetées comme elles étoientà Carbon, avec fon Efclave ga rotté, ne voulant pas devoir le gain de fa Caufe à la fraude& à la perfidie d'autrui. 1 iij T1034 0 lille fretudinem rectam, humanus, , cum eum ulcifceretur quidam, OR"EE Si ipfe, | mend fthene eum, qui i velit, opus hanimicis vehemen1 tatem fuar vel veris 199 e croyons-nous que la jufentre les amis, puiftoit f i inviola ent ateurs-& les HA 1 a e 1 et é quelle Sl & nos paroles avec i ntion,& pour fais rlemoment de nous nuire. er nous tenons fur nos gardes, pour ne lui pas donner occafion de mordre fur nous: cette vigilance& cette pr écaution forcée nous conduit infenfiblement à l'habitude& au défi fir de menerune vie droite& fans ï ulez-vous chagriner votre ennem zpas de fae de débauché, ni d ê bligean it, droit,& hor ce principe qt[2e Diogene, interrog naniere il fe vengeoit d'un ennemi> efte en devenantle plus vertueux qu'il E gli 10 Ge Da ea oi de Macédoine, ayant ai que le rs At! s 1:^n des j:5 4 théniens e chargeoient en pleir ne affemblée d de calomuies atroces: J'ai, dit-il, «e grandes obligations à ces gens-là; zcarje ferai formats K cire ect. dans mes atlions& mes: 3 gue je LES convaincrai de menfonge. ênes a dit avec vérité, que quicons que veut fe maintenir honnête homme, abefoin, ou de vrais amis, ou de grands ennemis, parce que les premiere par leurs confeils,& les feconds par leurs reproches, fervent à le détourner des vices, Mais comme dans le Lei où nous fom4 fiones eft prædita> loquax in adulando, muta in cafligando 7; audienda eff nobis ex inimicis veritas. Quemadmodum" enim Thelephus, ut ferunt fabule, domeflico medico deftitutus, hofüli hafle fanandum prebuit dta eft, ut ii, quos deficit benevo gator, fermonem audiant infenfi inimici peccata eorum. infeGantis, non confiderantes animum mnalsdie centis» fed reprehenfionis verititbi atque utilitatem. 3. Sicut qui volebat Jafonem Theffalum interfcere, gladio voricam ejus aperuit, cáque rup falutem ili attulit: fic fæpe convicium ad irato homine aut inimico jd um in nos , aperuit 8: fanavit morbum animi latentem aut n:gle&um. At plerique maledidis impetiti, non difpiciant an. vere aliquid pis objiciatur; fed quid yiciffin pofünt arguere in praledis centibus, Ab inimico tuo notatus aliquo crimine sil lud ,fi veram fit, jets ftu C expurga debes, quàm commonftratam aliquam veli tuæ maculam. Si falfum; quaerenda tamen eft caufa qua criminationi occafionem dedit, cavendumque ne deinceps committas aliquid aut. affine. aut fimile ejus quod objectum fuit. 4. Multa funt quæ inimicus magis depre-hendit in nobis, quàm amicus: quoniam, ut p t ! t" La Vw. 2: Hifloires des Auteurs profanes, 201 mes l'amitié à la voix extrêmement foible pour les remontrances libres, comme elle à beaucoup de , üt langue pour flater,& qu'au contraire elle eft tus, muette pour reprendre les défauts, c'eft de nos ennemis-qu’il fant entendre la vérité, car de méme que Thelephe, fuivant le rapport dela i Fable, abandonné de fon Médecin, guérit fa blefante fore avecla roville de fer qui en avoit été l'auve teur; ainfi il eft néceffaire que ceux à qui il manque un amiailez charitable pour Jes châtier, écoutent les leçons d’un ennemi qui déclare la guerre à leurs vices, fans avoir égard à ladifrofition de celui qui les reprend, mais à la vérité& à l'utilité qu’on peut tirer de fes réprimandes. IH. De même encore que celui qui vouloit tuer Jafon de Theflalie, ouvrit avec la pointe de fon épée un abfcès, dont la rupture lui racheta la vie: c’eft ainfi que fouvent une parole injurieufe lâchée de la part d'un homme en colere. Où d’un ennemi, a fervi à nous faire découvrir,& a occafionné la guérifon de certaines maladies fpirituelles, ou qui nous étoient cachées, ou dont nous-ne tenions auctin compte. Mais le mal vient de cequela plüpart de ceux à qui l'on dit des injures ne font pas attention fi on leur reproche quelque cho/e de vrai, mais à ce qu'ils pourront répondre à leur tour& reprocher à ceux qui les outragent. Si votre ennemi cenfure en vous quelques défauts, vous devez en purger votre ame avec plus “de foin, que vous n'en auriez à nétoyer une tâche qu'on vous montreroit à votre robe.$i l’accufation eft fauffe, vous devez néanmoins chercher à découvrir le fujet qui a pu y donner lieu,& prendre garde dans la fuite de commettre uelque chofe qui paroiffe approcher, ou vous qu foupçonner de ce dont vous avez été repris, 1V. Il y abien des défauts chez nous, dont un gnnemi s'appercoit plus aifément qu'un ami, y Jum. o munificum , in omni- ü con-» do noa vendendo, | uc equum& facilem fe pra-|. bere, multa mulus de jure fuo OFF; Ru Dnbus vero abhorrentem. Eft autem non modo fioc tuofum, paulum bus abeft .. pue d IHiffoires des Auteurs profanes. 3 parce que, comme di Phiren l'amour eftav veugle. Un homme qui en vouloit à Theron; luireprocha la puanteur de fon haleine. De retour au logis, Qu'eff- ce donc que ceci? dit-il à fa femme, Pourquoi ne m'avez- vous pas fait obferver le défaut de ma bouche? Mais comme cette Dame étoit vertueufe& fimple, Je croyois, lui réponditelle ingénument, que tous les hommes fentoient de même: tant il eff vrai que nos ennemis nous font connoître quelquefois: plutôt que nos amis, jufqu'à nos défauts corporels. CHAPITRE XXI {/ faut avoir les Procès em horreur. I. L'honnéteté demande de l'homme qu'il foit toujour rs difpofé a faire des libéralités;& que quand il eft queftion d'exiger ce qui lui eft dû ,il ne le faffe j jamais avec Que, Elle dema ande auffi que dans tous les traités où il s s'agit de vendre, d acheter,, de louer, ou de prend ire à louage> ik fe rende non feulement équii: ble, mais facile, quilrelàche de fon droit quelque chofe méme de confiderable,& que fur tout il abhorre les Procès, Se. A a. nnête, mais fouacrifier quel ique choire à pro pos peu d'ét t de l'argent, € C'eft quelquefois nn grand émolument, Ce n’efl pas au‘on ne doive avoir foin de fes ly an me une efpece de crime à à les Maire rj érir z mais il faut les telle(certe, qu'on ne fcfe j i qui dente l'avari€5;& ce 104 Hiftor$ profanis Script; Ifoer.de— 3, Mocrates vocatus in jus anno ætatis ottoz Permut, gefimo fecundo, orationem habuit in quâ his verbis oftendit quàm alieno à litibus animo femper fuiffet: Sic vixi haQenus, ut nemo unquam me nullius injurie aut contumelie accufaverit, neque judex neque arbiter fuerit qui de meis adversüs quemquam fa&is aut diis pronunciaverit. Etenim cavi, ne quid ipfe erga quemquam delinquerem. Mihi vero, fi qua faa fuit injuria, non judido quæfivi vindictam de inimicis, fed eorum amicis coñ= troverfiam dirimendam permifi, 3. Parum liberale& nimis, litigiofum effe ,:... e:iftimo, vocare aliquem in jus propter malevao aita. Svoteus. Negabat Mufonius fe vocaturum quem Sem.19, quam in jus. Se enim meque injurià neque contumehà affeüum putabat, fi maledi&is laceffi, confpui, verberari contigiflet. Qui ignorant, inquiebat, quid honeflum aut turpe reverá fir inpuriam[e pati cenfent, fi quis. aut torvis- oculs ipfos intueatur, amt irideat, «Lt percutiat, aut conviciis laceffat. At vir fapiens his omnibus mom perturbatur: non illa peto. fed facere turpe ducens. Itraque memo nente præditus propterea ad accufationem& forum convertelur, utpote qui fibi nullam aecepiffe in= Juriam vidsutur, dle Hifloires des Auteurs profanes; 50$ Oùil n’y ait rien de honteux»€'eft auffi parle foin, le bon ordre& le ménage, qu'on le conferve. lI. Ifocrates cité en Juftice à l'àge de quatrevingt-deux ans, fit un difcours» dans lequelil fit voir l'averfion qu'il avoit toujours eue pour les Procès. J'ai vécu, dit-il, jufqu'à préfent de façon à ne donner lieu à perfonne de fe plaindre des injures ou des affronts que j'aurois pu lui faire, & qu'il n’a pas été befoin de Juge ni de Médiateur pour décider fur la moindre entreprife ou la moindre parole à l’encontre de quelqu'un; car j'ai toujours pris garde de manquer jamais à perfonne. Si quelque ennemi m'a fait injure, je n'ai point eu recours au Tribunal de la Juftice pour me venger; mais j'ai remis l'altercation en'reles mains de fon ami, pour étre jugée. III. Je penfe qu'il eft indigae d'un honnéte homme,& que c'eft trop aimer les Procés ,que de traduire quelqu'un devan: les Juges, pour des paroles injurienfes, à Mufone avoit coutume de dire qu’il ne citeroit Jamais perfonne en Juftice» parce qu'il ne croyoit pasétre outragé quand on l'auroit chargé d'imPrécations, qu'on l'auroit couvert de crachats, & que méme on l'auroit frappé, Ceux qui ne favent. pas, difoit-il, ce qui efl honnéte ou honteux ,fe figurent qu’on leur fait injure, fi on les regarde avec des yeux de travers, K l'on rit en leur préfence ,fi on les frappe, ou f£ on les provoque par des termes infultans. Mais un homme fage ne s’effraye point de tout cela. H regarde qu'il y a du deshonneur à faire toutes ces chofes,& non pas à les fouffrir: par cette raifon, un homme de bon Jens, qui ne f croira point ofenf: de toutes ces bagatelles, ne s'avifera point d'accufer un ennemi qui lui fera toutes ces Jimagrées, ni de le citer au Barreaït Hifloriæ? profanis CAPUT XXII . L*| 7 Paci confulendum, nec bella acerfbè| 7 ; t gerenda. £icrr, Y;. Cüm fnt duo genera decertendi, unum| "n. pes diíce; ptationem, alterum per vim; iud, proprinm hominis t. hoc, belluar nec confugiendum eft ad“pofterius, nif uti l | IH | | | non licet fuperiore fulendum. Quare | bella fuat, ut fi Partà autem vitori: qui non crudeles in fuerunt. Sic Romani Sa cos etlam in civitatem thaginem& Numantiam | fuga 2. Chm de imperandi glorià decertatur,] 38. armis fama quaeritur, caufas tamen omnin| M fubeffe oportet ufus bellandi:&€;| ve 7 1. bella us acerbé gerenda funt z^ gi pr zfüterunt tp olemæus Rex" 2e Demetrius À Antigoni filius. Cim:|h | Demetrius vi&us effet; 1| T era venit ex moder i torià. Siquidem ier q non folüm cum s infuper mu Hifloires des Auteurs profames. 207 HAPITRE XXII Il faut chercher la paix,& ne point faire la guerre avec aigreur. ter, dont l’une ts e des raifons, igi pr emiere eft autre n'appartient onn'y doit jamais fire,& conferver £ e donc la guerre que pour affurer le repos de l'Etat,& fe mettre à couvert de toute infulte E mais apres la vi SUR qu'on Sgeng e ceux qui n'auront pase ju 1 cruauté| pe 1. De deux manieres de c l dicuffion e des o iR 3 ER ndant la guerre,& qui l'aur fans bleff; fer les loix del'humanité: les Romains ont accordé le droit aux Sabins, aux Eq 8 lieu qu’ils ont rafé€ H. Les guerres où Maître,& où l’onne c! vent avoir au fond des là fe doivent f faire avec mo autres: c'eft ce qu'ont prati Ptolémée, Roid'l. tigone, Ptolér bataille à fon Énnemi, apsés -208 Hifloriæ à profanis Script. benignitatis vices rependens, filium ejus,& fratrem,& amicos in /Egyptum remifit cum privato cujufque inftrumento: ut appareret, eos; non odio, fed laudis fludio accenfos, donis muneribufque inter ipfa bella contendere. Certé honeflits tunc. bella gerebantur, quàm nunc amicitiæ coluntur. CAPUT XXIII '.... 1 - Juflitiä hofles vincere gloriofrus ell, quatt 8> armis. Polyb.l 1. Fa&is honefüs atque juftitiä hoftes vinJ* Livius; cere, non minor, imo etiam utilior res eíl viGorià armis partà. Hic enim neceffitate compulfi hoftes cedunt, illc fponte. Haec vi&doria magnis cum damnis revocat ad officium malefanos: illa verb fine detrimento in viam reGam reducit aberrantes. Preterea ubi armis res geritur, pars potifima vidorie opus eft militis; ubi vero juflitià, totum de£us corum eft qui prafunt. 4. Romani Camillo duce obfidebant jamdu= £g..27 dum Falerios, Falifcorum urbem. Mos erat tunc apud Falifcos, ut plures fimul pueri unius magiftri cure demandarentur. Qui fcientiâ videbatur precellere, erudiebat Principunt liberos, Is cüm in pace folitus effet pueros ë -—.£30c.3 tud 4 iJ ab T Hac 0 IN di 275] Hifloires des Auteurs profanes. 209 entiere de fa Flotte,& de fe réfugier en Egypte. Alors Démétrius, pour payer d'un jufte retour l'humanité dont Ptolémée lui avoit donné l’exemple, lui envoya en Egypte fon fils, fon frere& fes amis, avec chacun leurs bagages, montrant que ce n'étoit point la paffion de la haine, mais celle de la gloire qui les animoit, jufqu'à fe difputer entr'eux, dans la chaleur même des combats, à qui fe feroit plus de préfents& de libéralités. H faut convenir que dans cestemps on obfervoitavec plus de foin les Loix de la guerre, qu'on n'obíerve aujourd'hui celle de l'amitié. CHAPITRE XXIII ly a plus de gloire a vaincre fes Ennemis parla juflice, que par les armes. L La vi&oire que l'on remporte fur fes Ennemis du côté de la juitice& des a&tions honnêtes, eft plus avantageufe,& n'eff pas moins éclatante que celle que l’on doit à la force des armes: dans l’une, ils cédent malgré eux,& par néceffité; dans l'autre, par eux-mêmes,& de leur plein gré. La derniere ne rappelle que de groffes pertes des infenfes à leurs devoirs; dans la premiere ramene, fans aucun préjudice, mais le droit chemin, des malheureux qui s'égaroient. De plus, quand on a recours aux armes, la meilleure partie de la vi&toire eftl'ouvrage du Soldat; mais quand la juftice s'en mêle, tout l'honneur appartient aux Généraux. Il. Les Romains affiégeoient depuis long-temps Faleres, Ville des Falifques,fous le commandement de Camille. C'étoitune coutume chez les Falifques, de charger un feul Maitre de l'éducation de plufieurs enfans à la fois. Celui d’entreux qui paroilfoit l'emporter en fcience y étoit defline à 516 lufüs exer ud natura amnibus v d$> fem pa L Eos iu nov de: iL Ze fiut: ego Romanis arti Jute, Opere, aris y Vincam.. Denudari deinde ludimagifirum Juffit, eum J que pueris tradidit reducendum Falerios, manibus poft tergum illigatis: virgas quoque eis dedit, quibus. proditorem verberantes. Ad quod ie nrbe in, i urbe concur perii primüm fa Go, deinde vocato à magiftratibus fenatu, tenta mutatio animis eft injeCla, ut ii, qui modo efferati odio irâque IF nguée de la Maître TE pies nairement 1 Vile, pour leur cd exercice sal | pendant le temps inant plus loin que sle Camp des = lomains,& livra toute fa Jeune effe à Camille, rès is avoir dit par avance qu’il remettoit : nla puiffance des Romains, puifqu' il iui oit les enfans dont les peres étoient le Vile Camille ayant entendu lui dit-il, avoir affaire à uple& à un Général qui te reffemblent, pour avec um préfent auff feeléra 1 que toi1e? Nous n'avons point d'autre fociété avec les / que celle que la Nature a mife entre es,€ nous rejettons. celle qui n'eft s conventions humaines. La guercomme la paix,& nous avons apsire avec autant de juflice que de prenons les armes, non contre cet âge à qui l'on pardonne méme é illes; mais contre des gens invent armés, qui, fans avoir été ni attaqués ni offenfés, ont fait irruption dans le Camp Romains Tu as cherché autant que. tu. as pu« à furmonter les tiens par un crime rare& inoui; mais pour mol jt ü"emploierat pour les vaincre, que les yes dont les Romains: ont coutume de fe ferr;je veux dire, le courage,’attion& les armes. À Camille fitenfuitedé pouiller le e Maitre d'Ecole, & le livra. à fes Ecoliers les mains liées SISTER le dos, pou leramener en cet état à Faleres; il le: fitauffi donner des verges, av rec ordre de conduire devant eux ce traître à coups de fonéts jufques ns la 1 fos&acle il samaffa d'abord le Peupl en-tót les Magifrmé le Sénat, ce trait fit une. S te S u epar [85 112 Hifloria à profanis Script. erant, ftatim pacem pofcerent. Itaque Romas norum juflitiam admirantes, ultro fe iis dediderunt, rati fe melius fub imperio eorum, ^ quàm legibus fuis, vi&uros. Camillo& ab hoftibus& à Romanis gratia aQæ funt. Pace Falifcis datà, exercitus Romam reductus, Cicer. 1... 53. Pyrrhi belló maximum éxemplum jaftiz Off.^. tiæ in hoftem eft à Romanis datum. Cüm PyrOpAs6 rhus Epiri Rex bellum populo Romano intu(^ Hffet,& de imperio certamen effet cum rege generofo ac potente; perfuga venit ab eo in caftra Fabric Confulis,& pollicitus eft fe Pyrrhum veneno necaturum, fi fibi premium proponeretur. Hunc Fabricius reducendum ad Pyrrhum gyravit. Si fpecie utilitatis decipi: paffus effet Fabricius, fuflulifet unius perfuge operâ magnum bellum,& gravem populi Romani adverfarium. Sed magnum dedecus fuiffet& flagitium, venenis certaffe cum hofte,non armis;& eum non virtute, fed fcelere, fuiffe fuperatum, cum quo laudis certamen erat Romanis. Eutrop.| Hanc Fabricü magnitudinem animi admirans l2. Pyrrhus, exclamaffe fertor: Hic eft ille Fabricius, qui diffcilibs ab honeflate, quam fol à A. Gell. curfu fuo averti poteft| Gratias& Fabricio& Pot populo Romano egit:& ne ipfo beneficio inPyrn4 vidus videretur quofcumque tum habebat '. captivos Romanos dimifit fine pretio,& bene veftitos. Quin etiam ad pacem& amicitiam impetrandam mifit Romam Cineam legatum £çum muneribus pretiofis, tam feminarum Hiffoires des Auteurs profanes, 212 impreffion fi frappante fur les efprits,& les| changea tellement, que ces hommes, qui un inftant avant étoient tranfportés de rage& de fureur, demanderent tout-à-coup la paix. Ils fe rendirent volontairement aux Romains, admirant leur équité,& jugeant qu'ils vivroient plus heureufement fous leur domination, que fous leurs| propres Loix. Les Ennemis& les Romains louerent également Camille,& le remercierent, La peix ayant été conclue avec les Falifques,| l'Armée fut ramenée dans Rome. III. Les Romains donnerent dans la guerre de Pyrrhus un exemple fignalé de juftice envers l'Ennemi. Pyrrhus, Roi d'Epire, ayant déclaré la guerre au Peuple Romain,& comme il s'agiffoit de difputer l’Empire avec un Roi brave&| puiffant, un Déferteur paffa dans le Camp du Conful Romain,& lui promit que s'il vouloit lui affurer une récompenfe, il empoifonneroit Pyrrhus. Fabrice le fit prendre& ramener à fon| Maitre. SiFabrice fe fütlaitté gagner par l’apparence de l'utilité, il auroit délivré par ie fimple moyen d’un transfuge tout d’un coup l'Etat d’une groffe guerre,& d’un Ennemi formidable; mais il auroit été extrêmement honteux,& même 1 criminel, dans une guerre où il n'étoit queftion| que de la gloire, de fe défaire de fon Ennemi| par un noir attentat, au lieu d'en triompher par le courage& la vertu. On dit que Pyrrhus, dans le tranfport d'ad-| miration où il fut de la grandeur d’ame de Fabrice, s'écria: C'efl donc ce Fabrise, qu'il eft auff difficile de détourner dela vertu, que le Soleil de fa courfe 1 Il remercia Fabrice& le Peuple Romain;& pour ne pas fe laiffer vaincre en bienfaits, il renvoya fans rançon,& bien vêtus, tous les Prifonniers Romains qu’il avoit. Ce ne fat pas tout: il députa Cineas à Rome avec de riches préfens, deftinés à l'ufage de l'un& de l’autre fexe, pour TS V aler.l. Sem virorum aptis ufu 4.63. afpernati effent ii,€ Livius, fyerant,& ad ahos oftia sete Romani omnes abftin k T cipiendis voluerit.& Rex rermiforat, gratis reci pro his Tar entinorum Sam: ad em à temporibus, ic totius pops e cont ada in ie 2c statut ruf fut€ ^ H f£ Etiam hofli fides j fervanda. temporibus adéu&us aliquid fervanda. Eft de promi eris, eft fides : Q guis iàndum affirmatio religiofa:& id i m eft, quod affirmat?, quafi Deo:efle,|. * ipiis Se Primo t cum Con A itrum in À um ad fen traffet ut quidam. In Fish venit, mandata expo & primum ne fententiam ferret deca vit, ; on offrit d'abord ces p retulerent; commeon lestratuoit de por teenporte, EIC fement, qu’il ne fe trouva dans toute la Ville aucun homme ni aucune Dame qui voulüt ouvrir fa Porte pour accepter les libéralités du Roi,& même pour ne pas recevoir fans reconnoiffance le es Prifonniers qu'il venoitderendre,onluienvoya en échange autant de Samnites& de T'arintins. Pre efque dansle móme S UM Rt lon le rapport de Juftin, quelques Ambaf s Romains donnerent un exemple de moc on pareil à celui ue donna tout ie Pests tés vers Ptolémé ée en Ey te, 5 re iques p préfens ques jours apre S , à un fouper er où le Roi les ii> ils gud reçurent,& le lendemain les placerent fur les Statues du Rois tous les Romainsfirent paraître tant dedé éfintéref24 CHAPITRE XXIV. Oz doit garder la fidélité méme à fon Ennemi, I. Si vous vous trouvez enga con jon& utes à promettre uelc » vous étes tenu de lui g e ferment eft une proteftation facrée: qe on afürme de cette forte,& dout on prend Dieu méme à témoin, il faut le tenir: ans la premiere guerre Punique, Marcus ilius Regulus, Cort ul pour la fe sonde fois, ds été pris en aie par us Canhagibuis, fut député à Rome verse Sénat, fur le ferment qu il fit ze revenir à Carthage$$ Po nobtenoit pas la délivrance de quelques Prifonniers de confidéra= tion que l'on avoit fait fur eux. Il vint dans le = 03 216 Hifforie à profanis S'eript. dicens, fe, quoniam in hoftum poteftatem venerat, jam non efle fenatorem. Deinde juffus expromere que patrie conducere arbitrabatur; non modo non cenfuit captivos Poenos effe, remittendos, verüm etiam diffuafit, negavitque utile effe eos reddi, quia adolefcentes effent& boni duces, ipfe verb jam confe&us feneétute. Cujus cim valuiffet auctoritas; captivi retenti funt, ipfe Carthaginem redit, nec eum Rome retinuit charitas patriæ& fuorum, Neque verb tum ignorabat Regulus, fe ad crudelifimum hoftem& ad exquifita fupplicia proficifci: fed jusjurandum confervandum putabat. ltaque tum cum vigilando aliifque cruciatibus necabatur, erat in meliore caufa, quàm íi domi remanfiffet fenex captivus, perjurus Confularis. Nifi fenatui auctor fuitfet retinendorum Rome captivorum Pænorum, eflent profedo redditi,& ita incolumis in patria reflitiffet: fed quia id patri non utile putavit, idcirco fibi honeftum efle ' credidit& fentire illa& pati, Ex tota hac laude Reguli, inquit. Cicero; unum ilud ef admiratione dignum, quód captivos Poenos retinendos cenfuerit. Nam quód rediit, nobis nunc mirabile videtur: ilis quidem temporibus aliter facere non poSénat, ; d = Hifloriæ à profanis Script. 217 Sénat, ilexpofa fa Commiffion,&s’excufa d'abord de dire fon avis, alléguant pour raifon qu'il ne fe regardoit plus comme Sénatear depvis qu’il étoit au pouvoir des Ennemis: puis étant preffé de dire ce qu’il penfoit être plus utile à fa Patrie, non feulement il n'oppina pas à rendre les Prifonniers Carthaginois, mais on diffuada même les Sénateurs,& leur remontra qu’il ne convenoit pasà la République de les renvoyer, parce que c’étoit de jeunes gens,& de bons Généraux, au lieu que fon grand âge le mettoit hors d'état de fervir. Sonavis prévalut ,on retint les Prifonniers, & il s'en retournaà Carthage, fans que l'amour qu'il avoit pour fa Patrie, ni celui que fes proches avoient pour lui, fuffent capables de le retenir, Regulusn'ignoroit pas qu'il alloit fe livrer à des Ennemis cruels,& aux fupplices les plus horribles que leurreflentiment leur pourroitfaire inventer; mais il étoit perfuadé qu’il devoit garder fon ferment. Cela fit que dans les tourmens qu'on lui faifoit fouffrir, tels que celui de l’inf-mnie, il tronvoitfa condition meilleure, que s'il fût demeuré chez lui, bien plus chargé du poids de fa captivité, que de celui de fa vieilleffe,& plus deshonoré par fon parjure, qu'honoré par la dignitéqu'il avoit acquife, en paffant par le Confulat. Il eft vrai que s’il n'eüt été lui-même le premier àconfeiller aux Romains de retenir les Prifonniers, on lesauroit infailliblement rendus,& Regulusferoit demeuré tranquille dans fon Pays, & auroit fauvé fa vie; mais il crut qu'il étoit utile à fa Patrie de ne les pas rendre: il tronva qu'il étoit honnête pour lui d'en ouvrir l'avis,& de s'expofer à tout ce qui en pourroit arriver, Dans la conduite de ce grand homme, dit Ciceror, ce que j'y trouve de plus beau& de plus admirable, c'eft d'avoir opiné à ne pas rendre les Prifonniers, car d'étreretourné chez les Ennemis, £ela nous paroit furprenant préleniement» Mais 218 Hifloriæ è profanis Script. terat. Itaque ifta laus non eft hominis, fed temporum. Nullum enim vinculum ad aftrin$endam fidem jurejurando ar&ius majores noflri effe voluerunt. | | | Lis! 2, Oo Romanorum millia poft Cannenfem| | E d pugnam in Poenorum manus venerant. Cum Annibal illis redimendi fe:dopiam feciffet, decem elegerunt, qui Romam-ad fenatum irent.| Nec Pœni pignus aliud fidei ab eis poftula-| runt, quàm ut jurarent fe-in caftra redituros,| niü à fenatu impetraffent-captivos redimi.| Cüm egreffi& caftris effent; unus ex iis,| minimè Romani ingenii homo, in caftra paulo poft reverfus, quafi aliquid. effet oblitus, ante| | noftem comites. affecutus eft. Hâc arte fe ju-| E rejurando folutum putebat. Et erat verbis,| | re non erat.| I Legatis captivorum in fenatum introdudis;| eorum princeps M. Junius multa dixit cur| captivi redimendi effent,& ad movendam Patrum mifericordiam nihil omifit. Ubi finem | dicendi fecit, extemplo.çlamor flebilis eft fuB j blatus ab eà virorum&-mulierum turbâ quae ad fores. Curie flabat; manufque ad Curiam tendebant, Oorantes‘ut fbi patres., liberi, | conjuges, fratres ,- cognati ,redderentur. Confulu ex ordine fenatores decreverunt captivos non eífe redimendos, cum id parvá pecuniâ fieti poffet: ut effet infitum militibus Romanis aut vincere aut mori. Cum trifte refpon-| fum redditum. effet; mifta cujufvis generis hominum turba cum magnis fletibus queftibufque legatos ad portam profecuta e&, Unus um n mps-là il ne pouvoits'en difpenfer,& c'eít € fiecle qu'il en faut louer, plutót que l'homme, car nos peres ont toujours regardé le ferment comme le plus inviolable de tous les liens paroù on peut ferrer les hommes.,& les obliger à fe garder a foi les uns aux autres. II. Aprés la bataille de Cannes, huit mille Romains furent faits prifonniers par les Carthaginois. Annibal leur ayant accordé la permi— fion de fe racheter, ils en choifirent dix d'entr'eux pour aller à Rome vers le Sénat. Les Carthaginois n'éxigetent point d'autre gage de léur foi, que leur promeffe par ferment qu'ils reviendroientau Camp, s'ils n'obtenoient pas la liberté des Prifonniers. Lorfqu’ils furent fortis du Camp, l'un d’entr’eux, qui n'étoit rien moins que Romainde caractere, y retourna quelques momens après, fous prétexte de chercher quelque.chofe quil feignoit avoir oublié,& alla rejoindre fes Camarades avant la nuit. Il croyoit être quitte par ce ftratagême de fonfermen:; auffi n’en étoitil quitte que felon la lettre& il ne l'étoit nuülJD jement dans le fond. Les Députés ayant été amenés dans le Sénat; Marcus Junius leur chef expofa les motifs qui devoient engager la République à rendre les Prifonniers,&-il n'oublia rien de ce qui étoit propre à émouvoir la compatfion des Sénateurs: À peine eut-ilcefféde parler, qu'ibs'éleva tout-à= coup un cri lamentable pouflé par une foule d'hommes& de femmes qui fe tenoient à la porte du Palais les mainsjointes, priant en cette pofture qu'on leur rendit leurs peres, leurs enfans, leurs femmes, leurs freres& leurs parens. Les fuf» frages ayant été recueillis par ordre,les Sénateurs délibérerent qu’il ne falloit pas racheter les Prifonniers, quoiqu'on pût en être quitte à une fomme fort modique, pour imprimer plus avant dans les efprits des Soldats qu'il faut, ou vaincre oumourizg K ÿ Oj2.3& 220 Hifloriæ? profanis Script. € legatis, qui propter fallacem redditum iri caftra fe jurejurando exfolutum putabat, domum abit. Quod ubi innotuit, relatum ad fenatum eft. Omnes decreverunt, ut ille veterator& callidus comprehenderetur,&, cuftodibus publicé datis, ad Annibalem reduceretur. 3. Exiftunt fepe injuriæ calumnià quâdam; maliiofá pactionum interpretatione. Quo in genere multa peccantur. Utille peccavit, qui, cüm triginta dierum indaciæ effent pacte cum hoffe, no&e populabatur ejus agros: quod, inquiebat, dierum inducie pace effent, non nottium. Vasrl. Cum Q. Labeo pa&us effet cum rege Ans 7:63" tiocho, quem bello fuperaverat, ut ab eo dimidiam claffis partem— acciperet: ferunt omnes ejus naves medias fecuiffe, ut regem totà claffe privaret. éic.ibid. dem Labeo à fenatu Romano datus arbiter Nolanis&- Neapolitanis de finibus agrorum terminandis, cüm ad locum veniflet; fepa« ratim cum utrifque eft locutus, monuitque ne cupidé agerent, fed ut regredi, quàm progredi, mallent. Id cm vtrique feciflent; aliquantum agri in medio relitum eft, quod populo Romano adjudicavit. Decipere hoc quidem, non dijudicare, eft. Quocirca in omni zefugienda eft talis folertia. ) 60 "nt em ni Hifforie à profanis Script. 22Y Dès que cette trifle réponfe eut été rendue au Peuple, on vit une multitude d'hommes de toute efpece& de toute condition accompagner les Députés jufqu'à la porte de la Ville, parmi les larmes& les gémiffemens. L'un d'entr'eux qui fe croyoit quitte de fon ferment par fon faux retour dans le Camp, retourna chez lui: mais le Sénat ayant été informé de fa tromperie, il fut arrêté d’une voix générale, que ce Fourbe& cet Impofteur feroit pris& reconduit à Annibal, avec une efcorte publique. II. On fait fouvent des Injuftices, auxquelles les conventions fervent de prétexte, quand on les prend trop à la lettre,& qu’on leur donne une interprétation artificieufe. On péche fouvent dans le méme genre que fit celui, qui ayant conclu avec lennemi une Treve de trente jours, ravageoit la Campagne toutes les nuits, fous prétexte, difoit-il, que par les termes de la Treve, elle n’étoit que pour le jour,& non pas pour la nuit. Quintus Labéon s'étant obligé par Traité de laiffer au Roi Antiochus qu’il avoit défait dans une Bataille, la moitié de fa Flote fit couper, dit-on, tous les Vaiffeaux par le milieu, pour rendre au Roi toute fa Flote inutile. Le méme Labéon ayant été nommé par le Sénat pour régler le différent de ceux de Noles avec les Napolitains touchant leurs limites, fe rendit fur le lieu, les prit chacun en particulier,& leur remontra qu'il étoit dangereux pour eux de paroitre intéreffés,& qu'ils gagneroient davantage à reftreindre leurs prétentions qu’à les pouffer trop loin; de forte que chacu ayant reftreint des fiennes, il fe trouva du terrein de refte» qu’il adjugea au Peuple Romain. Or c'eft ce qu'on peut appeller une fraude& une fupercherie, plutôt qu'un jugement. Qu'on fe garde donc bien d'ufer en quoi que ce puiffe être d'une pareille fubtilité, K iij æ à profanis Script, ae APUT.X*X V. Jusjurandum colito. mè coles, fi eo nec frene C temere: fed in rebus tanis adhibeas. Ina tua fidem apud eos qui àudien i ixeris, ut iis rerfuafum i ibi j i to videri. 7 que nter £g. tm nec venient urandi confuetudine in perjurium facilè prolabimur. Contrà ,chm parcè juratur, fancie Jurare, nifi ubi neceffe eft, gravi viro parum ' convenit. Jusjurandun m refnge, fi. v in.minüs, cüm licet. Cum enim jusjurandum Deum citet m eorum quae dicuntur 5. parum pium& religiofum videtur eífe, divinum numen advocare ob res humanas, quarum plurima parva vilefque funt. , prorfus: f 1focrat. 2. Jusjurandum fi poftulabitur; duabus de ad Dem. caufis dabis: vel ut temetipfum turji crimine liberes, vel ut amicos à peric tan Pecuniæ vero caufà per nullum Deum jurabis, etiamfi id ver? facere poffis. Drodor, Pythagoras difcipulis præcipiebat, ut ad ju1.6,‘randumrardb& tardè accederent, fe vero di ape quibus ncn jurantibus fides hai Dos: IL. tur, propter vite integritatem. Itaque Py: i ythagoricus, cüm trium talentor: nm $. Bajil. j irejurando effugere poft et, maluit tant: d nie damnum facere, quàm Jurare; cum tamen non effet falso juraturus. SEAT TESTS— Hifloires des Auteurs profanes; 323 CHAPITRE XXV. N'employez le Serment qu'avec refpett. L La meilleure maniere d'honorer le Sérment; eft de ne s'en fervir ni fréquemment ni indifcrettement, mais uniquement dans les rencontres néceffaires& trés-importantes yosfermens mêmes ne trouveront de. foi-chez:ceux à qui vous les ferez, qu'autant que l'innocence de votre conduite les aura convaincus que la chofe du monde la plus facrée pour: vous, eft la vériré, foit que vous juriez, foit que vous ne juriez pas 1 De l'habitude du: ferment, nous tombons aifément dans le parjure: au contraire, quand on jure avec retenue, on jure avec religion. mm li ne convient pas à un homme de poids de jurer fans une indifpenfable néceffité. Evitez tout-à-fait le jurement, fi vous pouvez ,finonn’en ufez que dans des cas légitimes; car puifque-dans lé ferment l'on prend Dieu à témoin de ce que-l'on avance, il eft contraire à la piété& à la religion de citer la Divinité pour des affaires humaines, dont la plus grande partie eft vile& méprifables. lI. Si.l'en exige votre ferment, vous ne le ferez qu'en deux rencontres, ou pour vous làver d'un crime honteux, ou pour fauver vos amis de preffans dangers, mais vous ne jurerez jamais par le nom d'aucun Dieu, lorfquil fera queftion d'argent, quand méme vous pourriez le faire fans bleffer la vérité. Pythagorasordonnoit à fes Difciples de recourir *arement,& à la derniere extrémité; au jurement,. mais bien plutót de mériter la confiance publique par l'intégrité& la pureté de leurs mœurs, fansjurer. C'eft pour cela que Clinias fon Difciple, pouvant Éviter une amende de trois talens par le moyen d'un-ferment, il aima mieux fouffris. May 224 Hiforiæ à profanis Script. Paler. L Quantum honoris ab Athenienfibus tributum 2.c. 6. eft Xenocrati, viro fapientià pariter ac fanGitate P oe daro! Qui cüm teftimonium publicé dixiffet, E Ez.&, ut mos Grecorum erat, ad aras accederet, I1 Jarandi causà fe omnia veré retuliffe; unà voce| omnes judices, ne is juraret, reclamaverunt: & exiftimaverunt concedendum effe integritati ilius viri, quod non erant fibi poftmodum conceffuri in dicenda fententia: juramentum enim praftiterunt. ( Plao,l,- 3. Olim, cum hominibus Deorum cura'& 12. de. reverentia effet, jurejurando in fingulis caufis à liKg. tigantibus requifito, res cito fimul& tuto dijadicabantur; nunc verb, quoniam peffimi homines, quorum magna multitudo eft, Deos res humanas curare non credunt, aut eos hoftiis& blanditiis ita fibi conciliari poffe putant, ut liceat impun? vel grandem pecuniam aliis eripere, vel impofitam fibi gravem mulctam effugere, commutandæ leges funt. Itaque rudens legum lator in judiciorum diíceptatione prohibebit jusjurandum litigantium ,ne, fi jurandi licentia cuique detur, plures perjuri hant. * es ab omni abftinebant juramento: ita pfi jurarent, nec alios ad jusjurandum adigerent. Grotis| Rarus fuit prifcis Romanis ufus jurijuranexPolyb, di; imo& teflium& fignorum, in privatis Dainif. ut nec i Hifloires des Auteurs profanes. 225. la perte d'une fomme fi confidérable, que de lé faire, quoiqu'il ne l’eût pas fait à faux. Quelle marque plus particuliere de confidération peut-on donner à un homme, que celle dont les Athéniens honorerent Xenocrate 2 perfonnage également illuftre par(a fageffe& la fainteté de fa vie? Ayant été forcé de rendre quelque témoignage en Public,& s'approchant des Autels pour y faire ferment, felon la coutume des Grecs, que tout ce qu’il avoit rapporté étoit veritable, tous les Juges fe récrierent d'une voix générale, que fon ferment étoit inutile,& déciderent qu’ils devoient accorder à la probité de Xenocrate ce qu'ils fe refuferoient dans la fuite à eux-mêmes quand‘ils donneroient leur avis; car depuis ils obferverent la loi du ferment. III. Dans les fiécles paffés, où les hommes iX avoient une fouveraine vénération pour les Al Dieux, dans chaque Procès on requeroit le 0 di ferment des Parties;& fur cette proteftation elfni facrée, on portoit un jugement prompt& affuré: Dur mais aujourd'hui que le nombre des hommes si méchants eft augmenté,& qu’ils ne croient pas pu que les Dieux prennent foin des chofes d'ici bas; ou au moins qu'ils s'imag'nent pouvoir gagner id UM re 17 SM. leurs faveurs par des facrifices& des foins étu diés, jufqu’à ravir impunément aux autres de groffes fommes d'argent, ou éluder de fortes amendes 5, impofée fur eux, il faut né les Loix. C'eft pourquoi un fage Légiflateur agira prudemment, de défendre aux Plaideuts le ferment >-. dans toutes leurs conteftations, de crainte que s’il 1:> 2 2i 1^ en rendoit l'ufage trop fréquent, il ne donnât occafi auplusgrandnombre e devenirparjures, ; Les Phrygiens s’abftenoient de tout jurement, de forte Que n'en ufant pas eux-mêmes, ils ne forcoient pas non plus perfonne à le faire. Les Romains anciens faifoient rarement u'age da ferment,& même de témoins& de fignatures Kv flairement changer 5 6 Hifloriz 9 profanis Script. iSionibus: quia vix inveniebatur qui datant iem falleret. Diod. 4 Apud JEg gyprios per rjur i capite mul&aSic. 1. bantur, ut qui pietatem in De os violarent, &t fidem inter homines tollerent, maximum vinculum focietatis humane, Si quis pejeret, à Diis poenam, ab hominibus dedecus expeGet. Latere quidem homines poteft: at Deos non poteft. Cicer.;. Perjurii poena divina, exitium; humana; les.n.22. dedecus. Pluar. Qui juramento. hoftem. circumvenit, fatetur in Lyf. fe hominem timere, Deum vero contemnere. Hefod. Si quis Deorum, ut fingunt poëtæ, perZheog.v. Stygem jurando pejeraffet;;per annum totum 72i. mhil Ambrofiæ& NeGaris deguftabat: jacebat le&o affixus, vocis& fpiritôs expers, gravi veterno oppreflus: novem quoque annos agebat procul à ceteris Diis, non eorum «oncilis intererat, non epulis, GRR; Servis imperare moderate ,. laus eff. Deer rimes& adversis infimos juftiLd iam effe fervandam.| Eft autem infima.conditio j& fortuna fervorum: ibis uti xehenus, uc mercenaris, lta ut r: vantur. Hiflotres des Auteurs profüncs; 239" d dans leurs conventions particulieres, parce qu'à peine trouvoit-on un feul homme qui manquât à fa parole. 1V. Chez les Egyptiens, on puniffoit de mort les parjures, comme violateurs du refpe&t dà aux Dieux,& deftrueurs de la foi qui doit être entre les hommes,& qui fait entr'eux le lien le plus fort de la fociété. Quiconque. fauffe fon ferment; doit s'attendre à être châtié des Dieux,& être méprifé des hommes. Il peut en impofer aux hom-mes, mais il ne peut rien cacher aux Dieux. La punition que le Ciel impofe au parjure ,.. eft la.perte de celui qui le fait; celle d'ici bas eft la honte& l'ignominie. tot: L'homme qui furprend fon ennemi par un faux: = ferment, fait un aveu authentique qu’il craint les. mortels, mais qu’il n’a que du mépris pour les. ver Dieux. à Si quelqu'un des Dieux, fuivant là fion des Poétes, prenoit en vain le nom du Styx, il lui étoitdéfendu pendant une année entiere de goûter l'Ambroifie& le Near;-on l'attachoit: étendu fur un lit, où-il ne pouvoir ni fouffler, ni par-ler,.& tomboit dans. un- afoupiffement léthar- gique.. Outre cela, ik étoit- banni pendant: neufs ans de la compagnie des Dieux, n'affiftoit point à leurs affemblées ni à leurs repas. JIy' a de l'honneur à commander aus Efclaves mêmes. avec. modération. < Uvenons-nous- que nous dévons la jufliceralement à.tous.les hommes, que ceux mes du deraier rang; c'eft-à-dire les Bfclaves, n. font pas exceptés. Ea meille: ie de. les traiter comme des Quvriers; enfort | Exi T 1. ; lx] €b»oy m "e 8 EE à S nec, t. de Cl. c. 18. 3-De ira, Cüm aliquando: apud. eum cœnaret Auguitus € 40. Ep. 7. 228 Hifloria à profanis$ cript, Servis imperare moderatè laus eft:& in mancipio tibi cogitandum eft, non quantüm illud impune pati poffit, fed quantum tibi permittat æquitas: qua jubet parcere etiam captivis,& pretio paratis. Cum omnia licere videantur in fervum, quia eum emifli; eft tamen aliquid, quod commune jus hominum vetet licere in ilum, Nam ejwídem mature eft, cujus tu. 4. Quis non oderat Vedium Pollionem; quód murænas fanguine humano faginaret;& fervos, fi quid deliqueránt, in vivarium abjici juberet? O hominem mille mortibus dignum DI fregit unus ex fervis vas cry&allinum. Rapt ilum protinus Vedius jufft,&, ne vulgari morte periret, objici murænis quas ingens pifcinacontinebat. Evafit à manibus puer, confugit ad Cafaris pedes, ne efca pifcium ieret. Motus eft novitate crudelitatis Cæfar, imoeravitque fervum dimitti: cryftallina autem vafa omnia coram fe frangi,& completi picinam. Fuit Cæfari fic caftigandus amicus, benz ufus eft poteftate fuà. 3. Superbiffima confuetudo circumdedit cœs nanti domino flantium fervorum turbam. Comedit ille plus quàm capit,& ingenti aviditate onerat diftentum ventrem: at infelicibus fervis non licet movere labra, ne ut loquanfur quidem. No&e totà jejuni mutique perftam. Sic fit ur illi de domino loquantur, quiAus coram domino loqui non licet, e-— S.€ A oU d Ex I Vifloires des Auteurs profanes. 289 que comme on en tire du fervice, on leur fourniffe auffi leur falaire raifonnable. H y a de la gloire à maitrifer fes Efclaves avec retenue,& vous ne devez pas agir à leur égard fuivant l'étendue du pouvoir que vous avezíur eux, mais fuivant les regles dela Juftice, qui commande de pardonner méme aux Prifonniers,& à ceux que nous achetons pour nous feryir. Quoique tout vous paroiffe permis fur votre Efclave, parce que vous l'avez acheté; il y a cependant quelque chofe que le droit commun des hommes vous défend d'exercer contre lui, car il eft homme comme vous. IL. Quin’avoit pas en horreur VediusPolliony qui engraiffoit les Lamproies du fang humain, & faifoit Jeter fes Efclaves dans un Vivier, lorfqu'ils faifoient quelques fautes? O Montre, digne de mille morts! Auguíte foupant un jour chez lui, un de fes Efclaves biifa un verre de «ryftal. Vedius le fit prendre fur le champ,& donna ordre qu'on le jetát‘dans un grand réfervoir, à la merci des Lamoroies: nouveau genre de mort qu’il avoit inventé. Le jeune Efclave s’échappa,& courut fe jeter aux gonoux de Céfar, le fuppliant d'empêcher quil ne devint la proie des poiffons. Céfar fut frappé de cette cruauté inouie, fit lâcher l'Efclave, brifer en fa préfence tous les verres de cryítal,&en fit remplir la pifcine. Céfar ufa fage:ment de fon autorité, pour chátier un ami qui le méritoit bien, HL. C'eft l’orgueil qüia dicté à un Maitre de fe faire environner à fa table, l'orfqu'il mange, d'une foule d’Efclaves inutiles. Il fe raffa&e audelà de fes befoins,& fe charge le ventre avec rne avidité infatiable, pendant qu’il n'et point ermis aux pauvres Efclaves de remuer les lévres, ni de proférer une feule parole. Ils demeurent la nuit entiere à jeun»& fans parler. 1 arrive de-là que ne pouvant s'expliquer en préfence de leurs ANicol. Dan. 230:— Hifloria à profanis Script: 1 Proverbium ja&átur: Nobis totidem effe hof=tes, quot fersos. Ipfi eos hoftes facimus, cum,( oblii homines efle, tanquam jumentis abuti- y mur. Cogitemus illum, quem fervum noftrum. vocamus, eodem modo. ortum effe ac nos ,.| eodem frui celo, eque fpirare, æquè vivere ,. eque mori.\ 4. Sic cum inferiôre vivas, quemadmodum tecum fuperiorem velles vivere. Vive cum fervo clementew, Comiter quoque& in fermonem& in: confilium admitte. Amicum in foro aut in curia tantüm ne quæras: fi diligenter attenderis.;& domi invenies. Virtus nulli. przclufaeft, omnes.admittit, ingenuos, fervos, reges, exules. Non cenfum eligit: nudo. homine. contenta eft, Poteft fervus iuftus effe, fortis:, magnanimus. Dicitur Nicolaïs à Damafcenus, fcriptor celeberrimus, maximam] in erudiendis famulis curam pofuiffe,& eos] ad morum fuorum fimilitudinem formaffe quotidianà cum illis vivendi confuetudine. Itaque cos expertus eft non deteriores amicis. fuis, s: Ego^non mirifleriis fervos æftimabo, fed moribus. Quemadmodum fultus eft, qui ,equum empturus ,. non: ipfum infpicit, fed ftratum ejus ac^ frenos:- fic flultifimus ef, qui hominem. eflimat'aut ex: vefte. ,. aut ex conJitionez. Servus. eft: fed fortaffe liber ani: zo. Servus eft:-vide, quis noftrüm non fit? Alus libidini fervit.,. alys avajitiæ-,, ali Hiffoires des Auteurs profanes. 2315 Maîtres, ils s'entretiennent d'eux quand ils en font éloignés. L'on nous apporte pour raifon ce Proverbe: Que nous avons autant d' Ennemis que d' Efclaves, mais c’eft nous-mêmes quien faifonsnos ennemis, parce qu'oubliant qu'ils.font- hommes comme ju nous,nous nous fervons d'eux:corame de bêtes de charge. Souvenons-nous que celui à‘qui nous donnons le nom d’Efciäve;.elft formé dela même matiere que nous, qu'il refpire le mêmeair, jouit du même Ciel,& qu’il vit& meurt comme nous. IV. Vivez avec votre Inférieur, comme vous voudriez qu'unSupérieur vécüt avec vous. Vivez avec votre Eíclave d'une maniere douce& humaine; admettez-le avec complaifance à votre confeil& à votre compagnie. Ne vous bornez pas à chercher des amis dans la place publique ou dans le Bárreau; fi vous y faitesattention, vous en trouverez fans fortir de chez vous. La vertueft commune à.tous les états; elle ne fait point acception de perfonnes; elle fe trouve dans les Efclaves comme dans les hommes libres, dans les Rois, comme dans les Exilés. L'argent ne fixe pas fon choix; elle fe contente d’un homme dénué de tout. Un Efclave peut-être jute,& avoir l'ame noble& élevée. Oi rapporte que Nicolas Damafcène, Ecrivain très-célebre,prenoit un foin particulier à inftruire fes-Domettiques, & qu’il tàchoit de régler lénr-conduite fur la fienne, en vivant continuellement-aveê eux: auifi éprouva-t-il depuis qu’ils waloient bien fes amis. V. Pour moi je ne ferai jamais homme à juger des Efclaves par ld-na déléursfervices, mais par leurs bon Corame- on accufe de folie um homme;, qui vonláatacheter un cheval, ne s'arrête pas à fa taille, mais à fa houffe& à fa bride 5je regarde de même comme infenfé. celui. qui juge de l'homme par l’Habit ew par Ia cor ditiom. Un homme elt efclave: mais pent-ê 3 1 Î Lucian. in Dem. Diodor. $16. 4.7. "Galen. de aid. 232 Hiforiz à paf Script. ambitioni, ferè omnes timori. Nulla fervitus turpior eft quàm voluntaria. Ne te faftidiofi ifti fuperbique domini deterreant, cuominus fervis tuis hilarem te præbeas. Colant p potiüs te, quàm timeant. Id non debet dominis Fem effe, quod Dto fatis eft, qui colitur& amatur. Non poteft amor cum timore mifceri."Reife ergo te facere judico, quód timeri à fervis tuis non vis, quôd verborum tantüm cafligatione uteris, Verberibus muta animalia admonenda funt. Lacedæmonio cuidam flagris fevienti in fetz vum, Define, inquit Demonax, te fervo tuo fimilem oflendere. Apud JEgyptios fi quis fervum fponte oce ciderat, eum morte damnari aqu? ac fi liberum occidiffet, jubebant leges, non refpicientes hominis occif fortunam, fed facinoris attrocitatem. 6. Cum Adrianus Imperator ftylo oculum fervi cujufdam fui vulneraffet, ac poftea eum vidiffet fa&um ex illo vulnere unoculum: vocavit ad fe, fecitque ei poisse petendi munus pro amiffo oculo. Cüm autem ille mifer taceret; rurfus hortatus et Adrianus, ut quidquid vellet peteret. Tum ille negavit fe quidquam petere, defiderare autem atque optare oculum quem amififet. Enimvero quod tandem munus inveniri pofüt, quo oculus amiflus rependatur à U fon Hifloires des“Auteurs profanes. 2 33 *-t-il les fentimens d’un homme indépendant. Un homme eft efclave: mais, dites-moi» qui de nous ne l'eff pas? L'un eft efclave de fa paffion, l'autre de fon avarice, un troifiéme eft affujetti à lambidon,& prefque tous le font à la crainte. De toutes les fervitudes, il n'y en a pas de plus honteufe que celle où l’on tombe volontairement. Que ces Maîtres remplis de dédain& d'orgueil ne vous détournent point d'avoir un frent ferein pour vos Efclaves. Cherchez plutôt à vous en faire aimer, qu'à vous en faire. craindre, Les Maitres ne doivent-ils pas fe contenter d'un tribut dont Dieu lui-même eft. fatisfait, je veux dire, le refre&& l'amour! L'amour ne peut s'accorder avec la crainte, Je penfe donc que vous faites tràsfagement de ne pas prendre le parti d'intimider vos Eíclaves, mais de n'employer fur eux que le châtiment verbal. Onne fe fert des coups que pour réduire lesanimaux dépourvus de parole&de raifon Demonax dit à un certain Lacédémonien qui frappoit inhumainement fon Efclave: Ceffe de te montrer égal à lui,( parce qu’il étoit en ce moment l'efclave de fa fureur.) Chez les Egyptiens, les Loix condamnoient à mort un Maître qui tuoit fon Efclave volontairement, comme s’il eût tn un homne libre: ayant égard, non pas à la condition du mort, mais à l'énormité du crime. Diod. Sic. L 1, VI. L'Empereur Adrien ayant bleffé avec un fliler l'oeil d'un de fes Efclaves, qui en devint borgne, il le fit venir,& lui donna la permiffion de lui demander telle grace qu'il fouhziteroit. Ce pauvre miférable gardant le filence, Adrien lengagea de nouveau à s'expliquer, l'Efclave pretia par les follicitations de l'Empereur, lui répondit, Qu'il ne deftroit rien,& ne demandoit rien autre chofe que le recouvrement de l'œil qu avoit perdu. En effet, où trouver un préfent dans l'Univers qui puiffe racheter la perte d'un œil? 234—Hifforie? profanis Script, 7. RoMmà redeunti mihi, inquit Galenus 3. itineris comes faQus eft quidam patrià Cre=tenfis ,.vir bonis moribus, in amicos“bene= volus,& liberalis, fed fic iracundus, ut fuis ipfius manibus adversis feryos. uteretur. Is furore percitus ,. quàd fervi duo de fupellectili fua interrogati, nihil refpondiffent, cos in capnutita: percuffit ,ut fanguis multus efflueret: Cum ipfum deinde fadi ponituiffet; me manu arreptum introducit in edes qu dam:-deinde lorum porrigens, ubi fe exuit, jubet verberare, pro iis que fur nefario, ut ipfe vocabat, corr ptus patrav rat. Cüm autem ego, ut at, m ri prorumperem; ille mihi ad genua procumbens, inflabat:, obfecra! ut ejus precibus annuerem, Ego con ajores rifus um, quo diutius-i Jer propofito ut.cederetur; Tandem promifi me fa&urum quod petebat ,hoc eftei verbera illaturum, fi ipfe quo um quiddam; quod ego eram petiturus, mih taret. Übi illi conditio plácuit, rogavi hominem, ut me quadam dicentem audire vellet. Quod ille fe faQurum equo animo dixit. Tum ego longiori fermone illum docui, quemadmodum ratione emendari& coerceri oporteat quidquid. eft in nobis iracundiæ ac furoris. Et multa attuli ut probarem non verberibus, fed alio modo peccata efie corrigenda. Clim ille interea ad feipfum rediffet, longè poftcà. feipso melioreffeGtus eft. vicifim præfs H'flotres des Auteurs profanes. 235 JM Y À:: ls C. VII. À mon retour de Rome, dit Galien: jeuse" pour Compagnon de voyage am cettain Crétois, Mad 3.5 mo 1.:^ fis homme de probité ,/bon ami& bien honnéte 2 kh I mais d'un caredeere fi emporté, qu'il frappoit i lui-màme fes Efclaves. Outré de colere de ce que deux d'entr'eux à quiil.demandoit fes hardes, ne t lui répondoient rien, il les frappa f rudement à la tête, qu’il en couloit une grande quantité de fang. Bientôt après touché de répentir, il me prit parla main,& me conduifit dans un appartement, où ilfe dépouilla luimême,& puis me. préfentant un fouët, me prià-de lui rendre les coups qu'il n'avoit donnés, difoit-il, que par un emportement criminel; Comme-je m'éclatois de rire à cette propofition,& j'en-avois fujet, il fa jeta à mes genoux,& me conjura avec inftance de me laiffer aller à fes prieres. Je riois de plus belle,& plus j’éclatois,, plusje le voyois opiniâtre dans le deffein qu'il avoit d’être battu. Je lui promis enfin de faire. ce. qu'il me demandoit; ceft à-dire, de lui donner des coups.de fouët, s'i m'accordoit à fon tour une petite faveur que j'allois lui demander. Ayant accepté la condition, je priai mon homme de vouloir bien écouter ce que j'avois à lui-dire. Il*me. dit qu'il le feroit volontiers; alors je lui. fis une: lôngue rémonm il trance, dans laquelle je lui appris. comment il m falloit corriger-&: réprimer tous lés-mouvemens iil de colere& d'emportemens qui s'élevent dans sd notre ame, Je lui prouvaipar plufiéurs raifons quece n'étoit point par les coups de- fouét qu'il falloit réparer fes fautes, mais par d'autresmoyens plus convenables, Mes lecons l'ayant fait rentrer en lui-même, il devint dans la fuite plus humains. ar a 236 Hiftoria à profanis Script: CAPUT. XXVII Dominorum benignitas in fervos. Jufin.l. t. Ántiquiffimus Italie Rex Saturnus tantæ 4j. c.i. juftitiæ fuife traditur, ut neque fervierit fub ilo quifquam, neqae aliquid private rei habuerit: fed omnia communia& indivifa fuerint, veluti unum cun&is patrimonium effet. Athen. 1, Hæ@c&tas aurea vocata eft. Ad fervandam tam 14. c.10, felicis temporis memoriam inflitura funt apud Græcos& Romanos Saturnalia, in quibus doDis minorum ac fervorum jus æquabatur. Imo per L 58.?- eos dies fervi habitum herilem fumentes» fedebant ad menfam, dominis miniftrantibus, aut uni fedentibus: honores in ædibus gerebant: Sen. Ep. jus dicebant. Caufidici Roma non veniebant in Áisniat. forum. Claufz erant fcholæ. Geftabantur pilei, pafim. Nefas erat poenas à nocentibus exigere,& bela Macrob, lum fufcipere. x 1.$at.€, io. 2. Nonnulli Romanorum fervos; quorum fideli operá ufi erant, donabant libertate, numerabant inter amicos, hæredes fcribebant. Patet ex Plinii epiftolis, que fuerit cjus benigniz.Ep,6, tas in manumittendis fervis,& in concedenda 2. 5. Ep. teftamenti conficiendi licentia: qui dolor de 19. 1.$. eorum infirmitatibus aut mortibus: que cura ;& follicitudo, ut ægris nihil deeffet ad convalefcendum ex morbo. Cicer.Ep— 3. Extant quoque plurimæ Ciceronis epiftoaifam.l. Ye quz declarant ejus follicitudinem de vale#6, tudine Tironis fervi, quem Patris in Achaia Hiffrie à profanis Script, 237 CHAPITRE XXVII Bonté des Maîtres envers les Efclaves, I. On dit que Saturne, le plus ancien Roi C'ítalie, regna avec tant de juflice; que pas un de fes Sujets ne fut réduit à la baffe condition d'Efclave,& ne poffeda rien en particülier fous Íon regne, mais que tous les biens furent communs entr'eux,& refterent fans être partagés, comme fi tous n'euffent eu qu'un même patrimoine. Ce fiecle fut nommé l’Age d'or. Pour conferver la mémoire d’un temps auffi heureux, les Grecs& les Romains inftituerent les Saturnales, pendant lefquelles le droit des Maîtres& des Efclaves étoit égal. Bien plus, dans ces jours les Efclaves prenant l'habit de leurs Maîtres, s'affeyoient à table à côté d'eux, oumême étoient fervis de leurs mains. Ils faifoient les honneurs dans les maifons, ils rendoient la juftice. A Rome, le Barreau& les Ecoles étoient fermées, ils portoient les bonnets, marques de la liberté. C'étoit un crime de punir les coupables,& d'entreprendre la guerre pendant ces Solemnités, Il. Quelques Romains, pour récompenfer les fervices des Efclaves dont ils étoient contens, leur donnoient la liberté> les comptoient au nombrede leurs amis,& en faifoient leurs héritiers. Nousvoyons dans les Lettres de Pline avec quelle bonté il affranchiffoit les Efclaves, leur permettoit de faire des teftaments» le chagrin que lui caufoient leurs maladies ou leur mort, la vigilance& l'inquiétude où il étoit à ne leur lziffer manquer de rien lorfqu'ils étoient malades; pour leur procurer un prompt rétabliffement, VH. Tl nous refte plufieurs Lettres de Ciceron, où 3l fait bien voir l'inquiétude dans laquelle le mettoit la fanté de Tiron qu'il avoit lai(fe malade 238 Hifioriæ? profanis‘Script. ægrum reliquerat: fimulque quam parum propterea fumtui pepercerit,& quam flodiosè eum amicis fuis commendaverit. Hac autem eft fumma illarum. epiftólarum. » Paulà faciliis-poffe me ferre defiderium tui » putavi: fed plant mon fero. Et^ quanquam -» magni intereft ad honorem meum, quampri» mim ad urbem.me venirg: tamen peccaffe » mihi videor, qui à te difcefferim. Tu hoc » tibi perfuade, nihil me malle quàm te effe » mecum: at fi intelliges-opus efle te Patris; ». convalefcendi causà., paulum commorari; » exifima nihil me melle.,.quàm te valere. » Quod maximè conduxit valetudini tuæ fi » feceris, maxime obtemperaris voluntati meæ. » Hoc pro tuo ingenio confidera. Innumerabi» lia funt tua in. me officia, domeflica, forenfia 5 » urbana, provincilia. Omnia-vicetis, fi ut » fgero, te validum videro. Illud, mi Tiro, te » rogo, fumtui ne parcas ulla: in re, quà ad » valetudinem opus fit. Scripfi ad Curium da»ret medico quod dixiffes.,-ut fit.ftuciofior: » Ego omnem fpem tui diligenter cvrendi in » Curio babeo. Nilil poteft fieri illo huma» nius, nihil. noftri amantius.-Ei te totum tra» de. A. quoque Varroni, quem tum.aman» tiffimum mei cognovi, tum etiam valdè- tui » ftudiofum., diligentiffimè, te commendavi: » quem-omaia facturum confido::recepit: enim. » Feflinare tenolo. Nihil laboro, nifi ut falvus »fis. Tuam prudentiam., tuum erga me ani» mum, novi. Scio:te omnia fatterum, u » nobifcum quamprimhm fis Sed tamen ità » velm ,:ut nihi properes. Quanquam te » videre toto animo cupio ,‘tamen te penitès y rogo, ne te nifi bene firmum committa » hyemem tam lorge navigationi& viz. Cura »igitur te, Gt confirma: à cum commode,& » per valetudinem,& per anni tempus nevie ao it pet ne & vis Hifioires des Auteurs profanes; x 39 à Patris, Ville d'Achaie, combien il:'nageoit peu la dépenfe pour lui,& avec quel zeleille recommandoit à fes amis. Voici la fubftance de fes Lettres. » Je m'imaginois avoir affez de force d’efprit; » pour fupporter plus aifément que je ne fais le » chagrin de votre abfence; Mais j'éprouve le » contraire. Quoiqu'il y alloit de mon honneur » de retourner au plutôt à la Ville je me fuis » pourtant toujours reproché depuisla fauteque » jai faite de vous quitter. Perfuadez-vous que je » ne gofite pasau monde de plus grand plaifir, » que celui d'étre avec vous, mais fi vous jugez » qu'il foit néceffaire pour votre rétabliffement, » que vous reftiez à Patris, reftez-y,& croyez que » Je ne défire rien tant que de vous voir en bonne » fanté. La vraie maniere de m’obéir, eft de faire »ce qui pent fur-tout continuer à la main » tenir: j'abandonne le tout à votre prudence. Je » compte pour rienauprix de votre fanté» qui à ce » que J’efpere deviendra meilleure» les fervices » infinis que vous m’avez rendus à la maifon; » au Barreau, à la Ville& en Province. Je vous » prie, cher Tiron quelque chofe qu’il en coûte; » de ne rien ménager pour vous rétablir. Pai -» mandéà Lufius qu’il eût attention de donner » au Médecin ce que vous m'aviez marqué, afin » qu'il renouvellàt fes foins.‘J'ai beaucoup de »-confiance en ceux de Curius, C'éft l'homme du » monde le plus obligeant,& le plus attaché à » mes intéréts: livrez-vous à lui fans réferve. Je » vous ai encore recommandé trés-particulié» rement à Aulus Varron, en qui j'ai reconnu » une grande affe&ion pour moi,& un grand attachement pour vous. Je me flate qu’il fera » tout en notre confidération; au moins s’en eft»il chargé. Je ne veux point que vous vous » précipitiez: toute mon inquiétude eft de vous "voir parfaitement remis. J'ai des preuves de Y = 240 Hiforiæ à profanis Script. » gare poteris, ad nos amantiffimos tui vent » Nemo nos amat, qui te non diligat: carus » omnibus expeGatufque venies. Vale, mi » Tiro, vale, vale,&falve. 444, Hunc Tironem; quem poftea manumifit; tic, 1. 7, Verè amabat Cicero, ut ipfe his verbis fcribit Ep.j. ad Atticum:» De Tirone video tibi cure effe. »Qui etfi. mirabiles utilitates mihi præbet, » càm valet, in omni genere negotiorum'vel, » ftudiorum meorum: eum ego tamen propter » humanitatem& modeftiam malo falvum, » quàm propter ufum meum. stbaus, 4. Quàm jucunda res eft fetvis, bonos domiJim. 6o, nos nancifi;& dominis, fervos benevolos! ex Eurip. papi Cüm flipendia faceret Cato major, in agmine ferebat ipfe armafua. Servus eum unus fequebatur, qui cibaria portabat: cui quidem prandicm aut cœnam quamlibet apponenti.nvnquem fuccenfviffe dicitur, turpiffimum| effe exiftimans cum fervis ventris causà rixari:imoó eum ipfe, expletis militaribus muneribus, fepius adjuvit ad coquendos& parancos cibos. In pace reverfus ad villam, ifdem, quibus fervi, operibus vacabat, eidem cüm illis menfa »» votre y Hifloires des Auteurs pro * votre fageffe, comme j'en ai de votre zèle, » ne doute pas que vous ne faffiez tous vos efforts » pour n oindre au plntôt, mais que ce » foit j je vous prie, fans rien outrec. Quoique » je foisimpatient de yo us voir, Ja vous demande pas vous confier à un fi long » erace de ne ». fur-tout à l’eau pendant le froid, à » ne vous fentiez en bon état. » Ayez donc foin de vous,& reprenez vos forces, »& quand votre fanté& la commodité de la » failon vous le permettront, venez rejoindre vos » plus intimes amis. Tous ceux qui m'aiment » en cette Ville, vous aiment auffi: votre » retour fera plaifir,& remplira l'attente de nos » amis commu n cher Tiron, bon» nefanté, po ien; Je vous falue. Ciceron aimoit véritablement ce même Tiron; à qui il donna par la fuite la liberté, comme il le prouve par le témoignage avantageux qu’il rend de lui à Átticus en ces termes:» Je vois avec » plaifir que vous vousintéreffez à ce quiregarde » Tiron. Quoiqu'il me rende toutes fortes de » fervices,& en grand nombre, je lui fouhaite » néanmoins une prompte convalefcence, plu» tôt à caufede fon bon naturel& de fa modeftie; Y des avantages qu'il me procure. [ félicité pour des Efclaves de rencon< trer de bons Maîtres!& pour les Maîtres de rencontrer des Efclaves zèlés& fideles! Caton l'Ancien, dans toutes fes Campagnes portoit lui-même fes armes, fuivi d'un feuf Efclave chargé de fa provifion. On ne dit point qu'il fe foit jamais emporté contre lui, quelques mets qu'il lui préfentât, perfuadé que rien aw monde n'étoit plus honteux que de quereller fes Efclaves par rapport à fon ventre; au contraire 7 quand il avoit rempli fes fonGions militaires, il l’aidoit très-fouvent à faire cuire& à apprêter les viandes: en temps de paix, retiré à f reifen de scatpemunemmess — _—_ 47idem bibebat vinum. In multis alus re - inutiles. Quod. quidem quid aliud erat, q 242 Hifloriæ à profanis Script. accumbebat, eodem vefcebatur pane, aténé benignum in fervos herum agebat, ut ill ubique predicarent magnam ejus moderationem, afiiduos labores, faceté aut graviter dicia. 5 Unum tamen fuitin quo Catonis defiderabatur humanitas, Nempe fervos, ubi confe1 1 zienrn 3:61GO0S nuiffent, venundandos putabat, neqie aic fervis, ficut jumentis, abuti? atque exiftimar nullam homini cum homine intercedere foc tatem, nifi quæitñs causâ. Ego vero, inquit "Plutarchus, ne bovem quidem operarium velim domo abigere ob fenium,& pecuniolà ali, : A quà venundare, nedum hominem. Exercendà enim manfuetudine erga bruta animantia aífue1 o.. o 1. facere nos debemus benignitatiin Homines, qua .^ o n 2 latius cert patet, quàm condlituta legibus quititiae CAPUT XXVIII Servorum in dominos fides. Sen. Ep. 1. Servi qui domino clementi& benigno uf fuerant, pro domino parati erant porrigere, cervicem,& periculum ei imminens in feipíos avertere. Illi quorum os non confuebatur, fed quibus fermo erat non folüm coram dominis; verüm etiam cum ipfis, in tormentis tacebant. Fall.(C. Plotius Plancus à Triumviris) Antonio; &.c9. Lepido,& OGavio profcriptus, latebat. Ab iis, qui latentem quærebant, comprehenfi fervi ejus, multüm ac diu torti negabant fe fcirg j h 2 . ft la bonté de leurs Maîtres, étoient dif Sa Hifloires des Auteurs profanes. 243 Campagne, il travailloit comme fes Efclayes; mangeoit ala méme table ,le même pain,& buvoit le méme vin. Il fe comportoit dans beaucoup d’autres rencontres avec eux en Maître doux» qu'ils publioient par-tout fa modération, fes travaux journaliers, fes fentences ou fes bons mots; Il y eut cependant un point dans lequël Caton manquoit d'humanité; c'eft qu'il croÿait qu'on devoit vendre les^Efclaves lorfqu’ils.étoient devenus vieux,& qu'il ne falloit plus lés nourrir quand l’âge les avoit mis hors d'état de fervir. N'étoit-ce pas en ce cas-là ufer des Efclaves ëomme desbétes de charge,& croire qu'il n'ysait" point entre les hommes d'autre union que cel. le qui eft fondée fur un intérêt mutuel? Pouf moi, dit Flutarque, je ne voudrois pas.chaffer de chez moi un bœuf de labour à caufe de fa vicilleffe, nile vendre à vil prix: à plus forte raifon, ne le feroisje pas à un homme comme 4191: car la douceur dont nous ufons envers les animaux, doit nous accoutumer à en avoir pour les hommes, douceur qui s'étend plus loin que n la ju(tice établie fur les Loix. CHAPITRE XXVIIL Fidélité des Efclaves envers les Maîtres] Y. Les Efclaves qui avotentéprouvé la douceur fouffrir la mort pour eux,& tous les danz qui les menacoient. Ceux à qui on ne t pas la bouche, mais qui avoient la liberté de parler enpréfence de leurs Maîtres,& avec eux, €toient muets dans les tourmens. Caius Plotius Plancus, proferit par les Triumd virs Antoine, Lépidus& Odavius, fut condtraint de fe cácher. Ses Efclaves ayant été pris par ceux qui le cherchoient, foutinrent long Lij 244 Hiftoria& profanis Script. ubi domians Fer Non. fuflinvit Plancus tam i que gladiis militum objecit. Hoc volentiæ inter fervos& dominum certamen facit, ut dignus videatur fuiffe dominus, qui tam f*antem fervorum fidem experiretur;& digni 4 fervi, qui tam juiti domini mifericordiàà quæitionis(ævitiâ liberarentar, Jhd.^$.M. Antonius, Orator itii accufabatur ab inimici ueftionem ejus fervum, quem teftem& t on(cium flagitii fuiffe contendebant. Dominum Ë t fariffimus, turpis|© s, qui poftulabant [s | vehementer proptereà follicitum ultro hortatus | eft fervus, ut fe judicibus torquendum tradeF| ret: affirmans nullum ore fuo verbum exitu| rum, quo caufa ejus lederetur. At promifli e | fidem mirâ patientià praftitit. Plurimis enim la- Le fl ceratus verberibus, equuleoque impofitus, can-{5 l| dentibus etiam laminis uftus, à domino pericu-| |" lum filentio fuo avertit. 3. Quàm admirabilis fidei fervus Panopionis | fus fuit! Qui cüm cognoviffet advolare milites ad ES | occidendum dominum fuum, qui fuerat prof-: | criptus; commutatà cum eo vefte, illum pofli-| 4 | co clam emifit, fe autem in cubiculum ac lec-|. 4 | tum domini recepit,& ut Panopionem occidi|* L| paflus efl. 1 s| a Valer, Servus barbarus dominum fuum ab Afdru= EX |$63. bale occifum fuifle graviter ferens; eum fubito[.. | aggreffus, interemit, Cumque comprehenfus, i | omni modo cruciaretur; laetitiam tamen, quam f | ex vindida ceperat, in ore conftantifimé re-| Y | tinuit,$ d Hiffoires des Auteürs profanes,‘248 temps au milieu des fupplices, qu'ils ne favoient point où étoit leur Maitre. Plancus ne fouffrit point qu'on tourmentát davantage des Efclaves fideles& d’un fi bon exemple; il s'avanga au milieu du Peuple,& préfenta fa tête aux Soldats. Le combat d'affe&ion mutuelle entre les Efclaves &le Maître, fit trouver digne le Maitre d'avoir des Efclaves d'une fidélité à cette épreuve,& les Efclaves dignes d'avoir un Maître jufte, dont la compaffion les délivra de la rigueur de la queftion. II. Les Ennemis de Marc-Antoine, Orateur trés- célebre, l'accufoient d'un crime infâme 3L emandoient qu'on appliquât à la queftion fon Efclave, qu'ils prétendoient avoir été témoin& ‘complice de fona&tion. L'Efclave engagea de luimême fon Maitre, que l’onfollicitoit vivement à ce fujet, à le livrer entre les mainsdes Juges pour fubir la queftion, affurant qu'il ne lâcheroit cune parole qui püt faire tort à fa caufe;& il exécuta fa promelfe avec une patienceadmirable: carayant été déchiré de coups de foüet, étendu far le chevalet brûlé même avecdes larmes ardentes; il tira par fon filence fon Maitre de danger. Ill. Quela fidélité de l’Efclave de Panopion e(t bien digne de notre admiration! Ayant appris que des Soldats accouroient pour tuer fon Maitre qui avoit été profcrit, il changea d'habit avec lui; & le fit fortir fecrettement par une porte de derriere,& montant à la chambre, alla fe mettre dans le lit de fon Maitre,& fe laiffa tuer en place de Panopion. Un Efclave irrité de ce qu'Afdrubal avoit tué fon Maitre, fe jeta fur lui,& le tua. Ayant été pris& condamné à différens fupplices, il laiffa voir jufqu'à la fin de fon vifage la joie qu'il avoit goütée à fe venger, Lij 246 Hiflorig à profanis Script. CAPUT XXIX. Omnes omnium charitates patria. coîtpleêt: IU. Kies P ufa, ut antè didum eff, verfatur in| €f.2. communi focietate tuendà, tribuendoque fuum à cuique. Quoniam vero varii funt neceffitudinum gratus in eà, que latifim? patet, omnium hominum inter fe focietate, funtque officia quee alis magis, quàm alis, debeantur:: fi quærator, quibus pluimum tribuendum fit officii; principes fint, Patria,& parentes, quorug beneficiis maximis obligati fumus: proximi, hber, foraqne domus que feo i in nos folos, neque aliud ullum poteft habere perfngium; deinceps ,. propinqui, amici A. 57: Omnium focietatum nulla carior, quim ea que cum republicá eft unicuique noflrüm. Cari. funt parentes, cari liberi, pro opinqui»familiares: fed. omnes omnium charitates patria una ; complexa eft, pe. qua quis bonus dubitet mortem oppetere; fi ei fit profuturus 2 sroSext,— 2. Vite brevis eff curfus, glorie fempiter#.47- mus. Cüm fit omnibus definita mors, Optand eft, ut vita potiüs patria donata, quàin refe[= vata nature, videatur. ProPlam-. Ego ne immortalitatem qui dem accipiendam tio,2.90. putarem contra riam:& eos qui pro repupea vitam reddiderunt nunquam mortem po Coh tan ium wd Ie Duet Hifloires des Auteurs profanes. 147 CHAPITRE XXIX. Damour de la Patrie renferme en lui Seul tous les autres, I. La juftice, comme il a été dit plus haut Confifte à maintenir la fociété publique,& à rendre à chacun ce qui lui appartient: mais comme Cans cette fociété générale des hommes qui s'étend fort loin, il y a différens degrés de lizie fons,& certains égards que nous devons aux vns plutót qu'aux autres; fi l’on veut favoirà qui nous devons le plus,& pour quinous devons je plus faire, notre Patrie, nos peres& meres,à. qui nous formes redevables de très-grands bienfaits, doivent tenir le premier rang, après viennent nos proches. nos enfans& toute notre famille, qui n'attend rien que de nous & quine peut avoir au monde d'autre: réfuge;; enfuite nos parents S nos amis. Mais de routes les liaifons, il n'y en a point de plus chere que celle qui nous unit avec la Républ ique. Nous avons de l'amour pous nos peres& meres, nous en avons pour nos enfans nos proches, nos paréns& nos amis; n ces erents amours fe trouvent réu celui que nous avons pour notre Patri point d'homme de bien qu {ervir aux dépens même de fa vie. IT. La carriere de la vie eft courte, mais celle de la gloire eft éterneile. Pufque la mort une loi établie pour tous les homn es, on plut ôt foul faire un facrifice de à(a Paule, que idre l’Arrêt de la N Pour moi je ne voudrois pas même Timmort alité au préjudice de ma Patri toujours penié que ceux qui fe font Lis Liv 248 Hifloria à profanis Script. tiüs, quàm immortalitatem, affecutos putavi Somm. Què fis africane, alacrior ad tutandam remSep publicam, fic habeto: omnibus, qui patriam confervaverint, adjuverint sauxerint, certum effe in cœlo& definitum locum, ubi beati evo fempiterno fruantur. 1.de Or._ 3» Sic nos patria noftra deleBat, ut fapien196, tiffimus vir Ulyffes immortalitati anteponeret Ithacam illam, in afperrimis faxulis tanquam nidulum affixam. Out. te Nefcio quà natale fofum dulcedine cun&os Ducdt,& immemores non finit effe fui, CAPUT XX X. Hout Duke& decorum. eff pro patria. mori, Faln+ Cüm Attica regio ferro ignique vaflarepc. 6, tür à Dorienfium exercitu; rex Athenienfium Juflin.1.. Codrus, fuis focior mque viribus diffidens, ad 2. c. 6, Apollinis Delp phici oraculum confugit, perque a i tus eft, quoniam modot, bellum averti poffe et. Ref| ita finem ei for ret. Quod fes, ne quis Codri cor depofitis imperi infi cultum. induit, tum| bo fefe objiciens, unum ex his, qu em fal ice rercufferat, in cedem fuam compuli gr regis corpore, Dorienfes fine præli Átque ita Athenienfes virtute du te patrie fe morti offerentis, bello ee et© pus vulnerare 1$, gregaru militis ulantium hoftium gloHi > pro faiuberati fant, 2o un Y " île Hifloires des Auteurs profanes; 248 la République ne font point morts, mais font parvenus à l’immortalité. Afin que vous foyez plus difpofe, Scipion, à défendrela République, foyez perfuadé qu'il y a dans le Ciel un lieu réfervé& infailliblement defüné à tous ceux qui auront confervé leur Patrie, quil'auront aidée& agrandie par leurs foins; où ils jouiront d’une félicité éternelle: FIL. La Patrie a pour nous tant: d’attraits, qu'Ulyffe, le plus fage de tous les Mortels, préferoit fon lthaque, nichée fur la pointe de: Rochers inacceflibles, l'àmmortalite méme. Je ne fais quel penchant, quel! Vers le pays natal fans cefle: Et ne permet jamais que fon Imprimé dans nos cœurs y p CHAPITRE XXX. s'abolir, EH eft doux€ honnête de mourir pour fa Patrie, T. L'armée des Doriens mettant à feu& à fang le plat Pays d'Athènes, Codrus, quien étoit: Roi, fe défiant de fes forces& de celles: de fes Alliés,eutrecours à l’Oracle d’Apollon deDelphes & l'envoya confulter par des Ambafledeursfur le parti qu'il devoit prendre pour ôter de deflus fes: bras une guerre: aufli fácheufe. On dit que le: Dieu fit réponfe quela guerre ne celfferoit point, file Roi lui même ne periffoit de. Ia: main. des: Ennemis, Ce bruit s'étant répandu, les.Dorizns. firent publier um Edit, qui: défendoit.à: perfonne: de bleffer Codrus:: mais: le Roi ayant: ôté les marques de fa dignité, prit. Ehabit Gc l'équipage: d'un Soldat; enfuite fe: jetant à travers les pe— lotens: d’Ennemis: qui: fourrageoient, il, forga: Kum d'enu'eux À le tuer, en E donnant vx Bu C ao 250 Hifloriæ à profanis Script. s Codrum non miretur, qui iifdem a tibus tem quaerit, quibus vita ab igaavit quas. Seed Romenos- finguinem- liberorum: attriæ impendit L. fanius Brutus ,. cujus id tur altiüs repetenda. Hic cum fra-il Care PS hil in undue inà fuâ| concopifeendomm.| flaltitiam fimulans,&- bona fua prædæ re haud abnuit cognomen Brit. bus Tarquin i filis pro Seien bos a le donum D eo ar iculura aureum ligneo cavato inclufam, qua erat effi-giesingeni foi; Cum regii juvenes. percgiffent: mandata Tarquinii, confulto oraculo= pro-s quod i:=: ie aulà nuper cciderat; it eos fcifcitandi Apol line R ximo fps ecu redditam€ € A toOmantetr eiiet db. 14 imperium ammnum Romae= habebi inii mifere forti, uter eorum matri n IR daret, ciim: Romam Brutus. ratus. oraenlt- refponfam alio terranr ofculo contigit ,. quód ca communis mater omnium mortalium. eflet, sn du Roi, fe retireren Athéni= niens fe virent tre renr! de fes e deux fils ur Del; nes> T nne rent our Mervir de jouet que de ta, dit-on, en pront au ollon un bâron d'or, enfermé dans vu bâton de! bois; fymbole de fon efprir. 1 jeunes Princes apre's avoir. exécuté les ordres de leur pere,& confulté l'Oracle für uni prodige nouvellement arrivé dans le Palais du Roi, eurent la. curiofité de demander. à Apollon à qui la Couronne tomberoit. après lui. L'hifteire ra pporte. qu'ils entendirent du fond de la caverne.une voix qui leur dit: Jenn = or X à Seigneur, le premier d’ena tre vous qui donnera un baifer à fa mere, Maitre de l’Empire Romain. Les deux Ta arquins tirerent au fort à qui embrafleroit le, premier fa: mere, lorfqu’ils feroient de retour à Res Mai is. Brutus comprenant bien que laréponfe de l'O: ele avoit um autre-fens, baifa la terr étant la. mere: commune- de. tous les L.2.c.3. Virgil. o e" À &. 7.383. 252 Hiforiæ à profanis Script. Tarquinio Superbo cum omni" hii eje&o ex urbe, n je operà L. primi Rome Confales reati. funt nus Brutus,& L. 1 inius€ rüm ut Romanis hii libert ita cuftos fuit. Erant in Romanâ ju lefcentes aliquot, nec ii ten i loco orti, quorum, libido folutior fuerat ante Tar i æqua es&: fodales adolefcentium rum affueti& ipfi regio more vivere. Í nam vit æ licentiam 1 de acci e rent, remotis, ut putabant, arbitris, fermonem eorum unus ex fervis excepit:& preterea littere', quas ad Tarquinios feripfe rant, deprehe enfe; rem coarguerunt. Proditoros extemplo 4 ad fume i ceciderunt f E rerum pere;cüm omnium oculi con je effent in vultum , Qui, ejus. fup pplicii exador erat, ingenita liberorum patris maluit & charitas mini perfonam exuit, ut Conf erbus vivere, quàm publice vin |ié pati vide Vicif amor patrie, landumque immenfa eupidos , pour la recouvrer, coninel de faire entrer fecrettees Tarquins dans Rome, eur complot les enfans mê= , Tite& Tibere.^ que“les Conjurés tenoient: confeil entr'eux,& croyoient étre- feul ls ,, un Efclaver Mit toute leur délibération,& des Lettres aux Tarquins, qu’on intercepta, acheont de manifefler leur confpiration. Les es fur le champ furent traines dans les , puis condamnés. Les. Confuls tinrent affemblée; on envoya des Licteurs pour mettre à exécntion leur Sentence; on les dépouilla: on tta à coups de verges., St on: leur trananties yeux ES tous les aífi(far le ri fage de: Brutus E 1 un pere- ne Pu permettoit Mais. il' quitea. lans ce im pere» pour: faire mieux paffer le: refte de fes joar le: veuvage ,. que: de fe- déshonorer E ast à la ja ice: publique;& rour-dè-la Patrie,& l'ardeur dela gloire:,, Qui ne peut fe borner ,. gagaerent Ja victoire; Hifloria à è proj fanis$c 7, Targ nius viam dolo zsperendum, belk Obvi ian hoít tatu antecedit. Præerat regis Áruns Targuinin vit, inflan ama expulit p atri njbus magn d Y agnij 0 Concitat calca aribus equum: Confulem dirigit. Senfit in; avidè fe certamini obtuli D 3 concurrerunt 1"+ "ils DOS fui tronarum, quæ eum i H luxer æ in Lucretià ant: Dectorum pro patriä devotiones, ES T6 m adversus Latino vi js utrique. per nod tajor augu lior que: vi ucc n Dis inferis deberi tum: 6. villoriam fore E eujus imperator ri legior: fe fuper ces. Ubi Confules conti Bos.vifus. noGumos- 5. placnit primiug vitimass Confulibus Decio& M als Româ proto ies af” Hifoires des Auteurs profames.| 338 T'arquim voyant que le chemin à la Couronne Tui étoit ferme du côté de l’artifice, il éut’ recours à une guerre ouverte; Les Confuls mar€hent au-devant de l'ennemi, Valerius à la tête de l’Infanterie Aruns Tarquin, fils du Roi, commandoit la Cavalerie des Ennemis, Dès qu’il eut appercu Drutus, tranfporté de rage- Voilà donc, dit-il, cet homme qui nous! a. chaffés de. notre Patrie. C'efl lui-méme, il marche avec orgueil,& paré des marques d'honneurs qui nous. appartiennent: Dieux, vengeurs des Rois, foyezmoi propices. En difant ces mots il pique vivement: fon cheval,& va droit au Conful. Brutus fentit bien qu’il venoit für fui, l’attendit de pied fermez. Ils fe jetterent l'un-fur l'autre avec tant de: violence& d’acharnement, que- bleffés dans le même moment d'un coup de lance, ils.tomberent morts de leurs chevaux. Valerius fit enterrer Brutus fon Collègue avec le plus de pompe qu'il Iài fat poffible;-mais ce qui fit le plus d'honneur à fes funérailles, fut le regret du Public,& furtout des Dames.Romaines, qui le pleurerent une année entiere comme. leur. pere, parce qu'il avoit été le généreux vengeur de la chafteté: violée dans la perfonne de Lucrece.. CHAPITRE XXXL mx: 2 3 LM Dévouement: dés Décius pour là Patriz;. La-muit que lés Confuls Décius-& Manlinspartirent de Rome pour allér faire là guerre aux. Latins, ont dit qu’il leur apparut une- figured'homme d’une taillé ples haute& plus majefe tueufe que l'ordinaire, qui leur dit:: Que l’une des deux Armées devoit aux Dieux infernaux fon Cómmandánt,& l'autre fes Soldats,& quela vitlóire feroir du côté de l'Armée& de la: Nation. dons. lé. Général. leur. dévouerois., les. Lés Valsr.1, 256 … Hiforiz» profanis Script. cædi, avertendæ Deorum iræ causá: deinde ffa= tuerunt, ut ille Conful fe pro. populo Romano devoveret, ab s cornu cedere Romanus exercit G vo,cornu preerzt. Primo utrimque æquis viti8t eodem ardore animorum res gerebatur. de ab levo cornu Romani non ferentes imionem. Latinorum, pedem referre cæpesidatione, Decius Conful folemis verba pronuntiavit, praeeunte M, Valerio!>, armatus in equum infiluit, ac fe in medios hoftes immifit, patrie falutem, fibi vero: mortem., petens. Quocumque equo inveGus eff, có. fecum pavorem ac terrorem tulit. Poflquàm vero corruit. obrutus telis, tum Latini lat& fugam fecere. Sic ille voluntariâ morte magnam Komanis vi&oram pepent Manlius lacrymis& laudibus debitis profecutus eít tam. memorabilem college interitum. Decii corpus poftero die inventum eft inter maximam hoflium ftragem, coopertum. telis; funufque ei par morti eft factum. nia de Tam egregium exemplum æmulatus eft bello: adversus Gallos Deci filiu. Nam in quarto confulatu, paternis veftigiis infiftens, erexit ac zeftituit labantes ac propè: perditas urbis Romas nz vires fimili devotione:& pari exitu. cer: mn Denique bello contra Pyrrlium regem, terdi fin.n. tins- P.. Decius- fe tertiam. victimam reipublice: 6t... prebuit, À patrio avitoque in patriam: amore: non degener. Io Ziifloires des Auteurs profanes: 25% gions ennemies,& foi-même par-deffus elles: Les Confuls ayant conféré entr'eux fur ces vifions noGurnes,on jugea d'abord qu'il falloit égorger des vi&imes pour détourner la colere des Dieux; puis ils arréterent que le Conful dont l’aile commenceroit la premiere à lâcher pied, fe dévoueroit au nom du Peuple Romain. Manlius commandoit l'aile droite, Décius la gauche: On fe battit d'abord de part& d'autre à forces égales,& avec la méme chaleur; mais les Romains du côté de l'aile gauche ne pouvant plus réfifter à la charge des Latins, commencerent à reculer. Dans cette allarme ,, Décius Conful, prononca les paroles folemmelles du vœu qui avoit été fait, précédé de Marcus Valerius, Chef des Augures, puis fautant tout armé fur un cheval, il fe précipita, tête baifTée, au milieu des Ennemis, pour y chercher le falut de fa Patrie par fa mort. Par-tout où il fonça il y porta avec lui la frayeur& l'épouvante. Mais étant tombé mort, criblé de traits, les. Latins prirent la fuite de toutes parts. C'eft ainfi que par une mort volontaire, il acquitde fon fang aux Romains une victoire complette. Manlius ne put refufer des larmes& des éloges au trépas honorable de fon Collegue. On trouva le lendemain fur le Champ de bataille le corpsde Décius entouré d’un monceau de cadavres ennemis, couverts de bleffures, & on lui fit des funerailles convenables à fa mort. Le fils de Décius imita un exemple auffi célebre dans la guerre contre les Gaulois, car pendant fon quatriéme Confatar, marchant fur les traces de fon pere, il releva& rétablit les forces de Rome abbatues,& fur le point d’être anéanties, rar un dévouement& une mort femblable, Enfin dans la guerte contre le Roi Pyrrhus, un troifiéme Publius Décius fe montrant digne hé; axci toujours eu pour la Patrie, s'immola en troifiéme vidime pour la République. Valer. f. 4.€. 8. Valer. I. 4. 62. 258 Hifforie& profanis Script. CAPUT XXXIII Divitie in patriam impenfa. Doni quidem megnitudo facit ut gratum fit? gratius tamen eft,licét parvum, fi opportune detur. Hinc opportunitas liberalitatis Q. Fabii Maximi fecit eum ad hoc ufque tempus Jaudabilem ,ob parvam peccunie fummam tot ante fecula,erogatam patriæ cavsà. Captivos Romanos ab Annibale Carthaginenfium duce receperat, interpofitä paltione nummorum. Qui cim à Senatu non folverentur; miffo in urbem filio, fundum, quem unicum poffidebat, vendidit: ejufque pretium Annibali protinus numeravit ,. parvum quidem, utpote e feptem agelli jugeribus 1eda&tum,‘ed omni pecunià maius,& efümetur animo erogantis. Se cnim carere pae trimonio ,quàm patriam fide, maluit. Ejufdem temporis femina Apulie ditiffima; Bufa nomine, Romanos, qui? Cannenfi. clade fupererant; benignifmé ali fuite Salvotamen{ cam fe populo honorem patiic ? Er) fadus eít, *— 2- E Ue Hifloires des Auteurs profanes, 2%9 CHAPITRE XX XIL Richelles employées au profit de la Patrie, La grandeur d’un préfent le rend agréable; mais il le devient encore davantage, quelque petit qu’il foit, s’il eft donné à propos. C'eft pourquoi la libéralité de Quintus-Fabius Maximus,en ce quelle a été faite dans un temps propre, lui a mérité des louanges jufqu'aujourd'hui, quoiqu'ellene confiftât que dansunepetite fomme employée pour les befoins de la Patrie depuis tant de fiécles. Annibal, Général des Carthaginois, lui avoit rendu quelques. Prifonniers fous la convention d’une certaine fomme. Le Sénat n’acquittant pointcette dette, il envoya fon fils à Rome, pour vendre un fonds de Terre qu’il poffédoit pour tout bien, dont il compta le prix fur le champ à Annibal, Il devoit fansdoute être médiocre, puifqu'il ne provenoit que d'un petit Champ de fept arpens; mais il étoit bien au deffus de toutes autresfommes plus confidérables, fi on en juge par le cœur de celui qui: donnoit. En effet, il aima mieux fe dépouiller de fon patrimoine, que de fouffrir que fa Patrie manquât à fon engagement. Une femme de l’Apouille, qui vivoit dans le même temps, nommée Bnia, donna fort obligeamment la fubfiftance aux Romains qui étoient échappés au maffacre de Canes, Elle ne fit point fes générofités au peuple Romain aux dépens de fa fortune: mais Fabius de pauvre qu’il étoit, fe réduifit à une entiere indigence, pour fauver l'honneur de fa patrie 260 Hiforiæ ë profanis Script: CAPUT XXXIIL Inimiciæ publice utilitatis caufd depofüg.|^| 1. M. ZEmilius Lepidus bis Conful, Pontifex maximus, gravitateque vite par fplendori honorum, geilit diutinas ac vehementes inimicitias cum Fulvio Flacco, ejufdem amplitudinis viro: quas, ftatim atque Cenfores fimul renunciati funt, depofuit; exiftimans non oportere eos, qui publicé junÂi effent poteftate, privatis odiis diffidere, Id judicium Lepidi& præ— fens&tas comprobavit,& veteres annalium Ícriptores nobis laudandum tradiderunt. 2. Noluerunt quoque ignotum effe pofteriz tati Livii Salinatoris illuftre confilium finienda= rum, patrie causi, fimultatum. Is namque, etfé Neronis odio ardebat, cujus præcipuè operâ in exilium ierat, tamen ubi ei collega in Confulatu eft datus, fibi imperavit oblivifci& inge^ nii fui, quod erat acerrimum,& injurie, quan graviflimam- acceperat: ne, pertinacem fe exhibendo inimicum, malum Confulem ageret. Hac à imeatis inclinatio. ad tranquilliorem habitum, fn plurimüm profuit ad falutem urbis atque Îta-" he in dificii temporum articulo: quia pari po virtutis impett conniüi duo Confules, terribi- x les Poenorum. vires contuderunt.:; ü ft 3. Cum P. Scipioni Africano duo Q. Petilit n diem dixiffent; Tribunus plebis eg. tempore Tib. Sempronius Gracchus ezat: cui inimicitiæ 2 & Hifloires des Auteurs profanes:— 261 CHAPITRE XXXIII Haines facrifiées à l'intérée public, I. Marc-Emile Lepidu deux fois Conívl, Grand Pontife‘ intégrité des :5 emplois auxquels & violents démélés oublia toutes ces vieilles {ant qu'il ne convenoit pas que des ‘Etat avoit unis par l'égalité du pouvoir, fuilent défunis par des animofités particulieres. Notre fiécle a approuvé ce fentiment de Lepidus,& les anciens Ecrivains l'en ont fort loué& nous en ont confervé la mémoire. II. Ces mêmes Hiftoriens n'ont pas voulu laiffer ignorer à la poftérité le généreux confeil que donna Livius Salinator, de facrifier tout reffentiment au bien de la Patrie. Car quoiqn'il fût l’Ennemi juré de Néron, qui avoit été le principalauteur de fon exil, néanmoins quand il lui fut donné pour Collégue dans Je Confulat, il gagna fur fon efprit d’en modérer la bouillante vivacité,& d'oublier l’injure outrageante qu’il lui avoit faite: il craignoit qu’en fe montrant ennemi inflexible, il ne fit les fonGions d'un mauvais Conful. Ce penchant naturel à des difpofitions pacifiques fut extrémement avantageux pour la confervation dela Ville& de l'Italie, dont la fituation étoit épineufe& critique; car les deux Confuls ayant raffemblé une force égale de courage, rebattirent la puiffance formidable des Carthaginois. Les deux Quintus Petillius fommerent Scipion l’Afriquain de comparoitre en Juftice un certain jour marqué. Tiberius Sempronius Gracchus querelles, penfan hommes que| 262 Hifloriæ$ profanis Script.| cum P. Scipione intercedebant. Triftem omnes abeo fententiam expeGabant. At ille dixit: Se aon paffurum P. Scipionem abfentem. accufart: 1 &, cim rediiffet, auxilio ei futurum, ne caufam 1 diceret. Multa deinde addidit de infignibus inimici^—^ fui meritis in patriam. Movit oratio Gracchi non cateros modb Tribunos,fed ipfos etiam accufato-| res:&, Senatu habito, gratiæingentes abuniverfo ordine Tib. Graccho ae funt, quód rempublicam privatis fimultaribus potiorem habuiffet: Perilii vero vexati funt probris, quod fplendere alienà invidià voluiflent. Silentium deinde de Africano fuit. me-- n"AA iau a m um A Ne di m CAPUT XXXIV. Y Patria irafci nefas eff.| Kiss],. Ut parentum, fic patrie fævitia, patienda 27.c. 34. aC ferendo lenienda eft. €.Nepos| Suorum injurias civium patienter ferebat| inEpam. Epaminondas, quod fe patrie irafci nefas effe €. 7. duceret. Cim aliquando eum propter invidiam "Thebani noluiffent præficere exercitui; delectus erat. dux alius imperitus belli, cujus errore Tres ed deduQa fuerat, ut omnes de falute exercitüs pertimefcerent, qubd locorum angufliis claufus, ab hoftibus obfidebatur. Tum defideran coepta eft Epaminondæ diligentia, qui tunc miles fine ullo imperio erat. Cüm ab illo opem petiffent fui, nullam retinuit memoriam accep4» contumeliæ,& exercitum obfidione libera-[ 4 ar tee Hiffoires des Auteurs profanes. 263 y| étoit alors Tribun du Peuple,& avoit quelques & démélés avec lui. Tous les amis de Scipion en n] attendoient une fâcheufe Sentence; mais il prononce Qu'il ne fouffriroit point que Publius n fut accufé en fon abfence»& que lo fau il ü froit de retour, il l’appuyeroit de fon crédit, o- pour qu’il ne ft pas obligé de Je Juflifier lui- mêmes Ç 1l fit enfuite un long détail de s fervices import ants que fon advérfaire avoit rendus à la Patrie. Le difcours. de Gracchus émut non feulement les 2 autres Tribuns, mais les Délateurs eux-mêmes; JE& le Sénat s’étant affemblé, l'on fit de commun accord de grands remerciments à Tiberius Gracchus, de ce qu'il avoit préféré le bien de la Lépr ibliqne à fes animofités particulieres. Oa ccal bla de vifs reproches les Perilius, de ce qu'ils oient voulu établir leur g! loire fan la ruine de elle d'autrui. Il ne fut plus queftion depuis de cipion l'Afriquain. 2 E ea n CHAPITRE XXXIV. C'eff un crime de s'emporter contre fa Patrie, | On doit s’adoucir par la patience& la conftente à fouffrir la cruauté de fa Patrie, comme celle de fes parents. Epami inondas fouffroit avec fermeté les i injures de fes Citoyens, parce qu'il regatdoit comme un crime de fe fâcher contre fa Patrie. Les Thébains un jour lui ayant ôté par jaloufie le Commandemens de l'Armée E choifirent un Gé énéral duifit les ue l'on iH ORAS à tel'Armée, parce f dans des à$s, elle ÿ étoit 3 Auxofi: ie ide tous côtés par l'Ennemi. Dans cette ; fâcheufe pofition, on et"habileté d'Epami| nondas, qui étoit alors fimple Soldat fans auca " H a Plut.in Arift. Livius.l. Fe€ 33* >. 2t ‘Appian. 1. 4 Cl tic. 264 Hifloria à profanis Script. tum domum reduxit incolumem. Neque verd hoc femel fecit, fed fæpius. Arifüdes Athenis, Camillus Romá 5 ejed in exilium, long? alio animo patrie injuriam tulere.-llle eni e egrediens, Deos oravit ne unquam$ i Hic contrà dicitur ab Dis precatus efi fibi innoxio injuria fieret ,defiderium fui facerent ingrate patrie quàm primüm. Idem tamen non mülto anté tempore digniora bono cive vota fecerat. Nam captis Veiis, urbe opulentifimá, manusad coelum tollens, precatus erat, ut,{ cui Deorum nimia fua populique Romani fortuna videretur, liceret eam invidiam lenire fuo privato incommodo potiüs quàm publico populi Romani. Et cum deinde, Româ à Gallis obfefsà, miffus ad Camillum exulem Caedi cius, eum Di&latorem creatum effe nuntiaffet, cohortarique cœpiffet, ne injuriæ à patrià illatæ reminifceretur; ille, interrupto fermone Cædicii; Numquam, igquit, à Diis precatus effem, ut mei defiderium Romanis facerent., fe odi illorum: defiderium. futurum. effe exiflima[Jem. p nunc equiora, à Dis poflulo: mea ut opera tantam patrie utilitatem.«ferat y quanta ef ea, quá nunc premitur, calamitas, Vide inhà Coriolani iram in patriam cap: 37.& Q. Fabi Maximi patientiam, l. 4. " Hifloires des Auteurs profan:s 265 cune autorité. Les Thébains ayant imploré fon fécours, il ne Conferva aucun fouvenir de l'affront qu'il venoit de recevoir 3:& après avoir fait lever le Siége, il remena lui-même à la Ville toute l'Armée faine& fauve: il ne fit pas cette ation pour une fois, mais plufieurs. Ariftides à Athènes» Camille à Rome, chaffés en exil, ne prirent pasavetle même efpritl'affronr qu'ils recevoient de leur Patrie; car le premier en fortant de la Ville; conjura les Dieux de ne V jamais mettre les Athéniens dans la néceffité de recourir à fes fervices: le fecond de fon cót les Dieux, lui faifoit, d’en j au plutót à fon ino Patrie une occafion de s'en repentir. Le d it fait pen de temps avant des vœræ 2| bon Citoyen; car après s’être rendu Maître de Véies, Ville trés-opulente, levant les mains au Ciel, il adreffa cette priere aux Dieux:» Que fi quelqu'un d'entr'eux portoit » envie au bonheur& à la gloire des Romains> » il pouvoit tourner fon reffentiment contre lui » feul,& non contre le Peuple Romain;» Quelque temps après, Rome étant affiégée par » ON envoya Cædicius vers Camille pour lui annoncer qu’il venoit d’être iCateur;& comme il fep oit à l'engager à ne point fe fouvenir de| jure que lui avoit fait fa Patrie, Camille interrompant le difcours de Cædicius, lui dit: Jamais je n' aurois demandé aux Dieux que les Romains-me regretaf= fent, fi j'euffe prévu qu'ils Peuffent dá faire en pareille circonflance: mais aujourd’hui je leur adre[fe des vœux plus juftes 5 je les cohjure désprocurer par mon canal à ma Patrie un avantage aufft grand, que la calamité qui l’opprime eft grande. — Lifez ci-après le trait d'emportement de Coriolan contre fa Patrie, Chapitre 37,& celui de patience de Quintus-Fabius Maximus, Livre IV. M 266 Hiftoria? profanis Script. CAPUT XXX V. Cic pro. Fundamentum efl omnium virtutum pietas Plantio,;; mn. 29. in parentes. P..... Pate L 1. Prima& optima pietatis in parentes maJ^ 4 giftra eft natura. Hac nullo vocis minifterio, j nullo ufu litterarum indigens, propriis viribus charitatem parentum peGtoribus liberorum tacitè infundit, i -. Parentes cariffimos habere debemus, quod icpofl. ab iis nobis vita, matrimonium, libertas, fed. in civitas tradita eft. Sen.n. 2.:; Beneficiorum maxima funt ea que à parenSenec.6. tibus accipimus, dum aut nefcimus, aut nobenef. Ge]umus. Parentes cogunt teneros infantes: ad 2p falubrium rerum patientiam. Flentium ac repugaantium corpora diligenti curâ fovent;&, ne membra in pravum detorqueantur, conf-| tringunt. Mox liberalia ftudia inculcant, adhibito timore nolentibus. Juventam frugalitati, pudori, moribus bonis applicant coactam, fi non obfequatur libenter. Adolefcentibus quo-| que vis adhibetur& fervitus, fi remedia per|| intemperantiam rejiciunt,| stobæus, 2, Quifquis in vita fua parentes colit, hic $97^77..& vivus& defun&us Diis carus eft. Contrà contentus parentum ,ejus generis peccatum _ Hifloires des Auteurs profanes. 267 CHAPITRE XXXV. ' L’ameur filial efl le fondement de toutes les vertus. I. La Nature eft la premiere& la meilleure Maitreffe qui puiffe donner des Leçons fur l’amour que l'on doit à fes pere& mere: c’eft elle qui fans le miniftere de la voix humaine, fans avoir befoin du fecours des lettres ni d'aucune force étrangere, infpire fecrettement par elleméme dans les cœurs des enfans la tendreffe qu'ils doivent à leurs parents. Nous devons chérir extrêmement nos peres& mere, puifque c'eft d'eux que nous tenons la vie ,le bien, la liberté, la Patrie. Les plus grands bienfaits font ceux que nous recevons de nos peres& meres durant le temps que nous fommes dans l'ignorance, ou que nous-ne pouvons faire ufage de notre volonté, Les peres accoutument leurs enfans à écouter de fages Lecons quand ils font dans un âge tendre, & les forcent à prendre de bonnes impreffions. Lorfqu’ils pleurent ouqu’ilsréfiftent, ilsapportent les différens foins propres à conferver leurs foibles corps: ils refferrent leurs membres, afin qu'ilsne prennent pas une figure difforme, enfuite ils leur inculquent la connoiffance des beaux Arts> & lorfqu’ils refufent, mettent la crainte en œuvre. Ils leur infpirent dans lajeuneffe la frugalité, la pudeur, la régularité des mœurs,& s'ils n’obéiffent pas de bon gré, ils emploient la force. Sont-ils dans l’adolefcence? Ils joignent à, la force la contrainte& la fervitude, fi leur déréglement ne fouffre plus ces premiers remedes. 1I. Quiconque honore pendant fa vie fes peres & mere, eft chéri des Dieux avant& aprés fa mort, au contraire le mépris des parents eft ua Mi 268 Hiforiæ& profanis Script. eft, quod& ab hominibus odio habetur,& in viventibus ac mortuis à Diis damnatur ac punitur. Cicer.de— Ea caritas. que eft inter natos&. parentes Amic. n. M eei: AE= a ii dirimi, nifi deteftabili fcelere, non potett. j Facilè intelligo liberos non modo reticere .parentum injurias, fed etiam equo animo ferre, oportere. JElian.!— Adolefcentulus-qnidam"Zenonis fcholam ?.€ 33 dià frequentaverat. Reverfum in paternas &des interrogavit pater, quid tandem fapientiæ didiciffet? Ille rebus ipfis fe oftenfurum refpondit. Indignante autem patre,& verbera ipfi ingerente, ille quietus permanens,& patienter ferens: Joc, inquit, didici, iram patris equo animo ferre. 4. Gal, 3+ Quæri folitum eft in Philofophorum fchoLac, 7. lis y an femper atque in omnibus patri parendum fit? Certè in plurimis parendum eft, in quibufdam non obfequendum. Omnia enim qua in rebus humanis fiunt. ficut doli. cenfuerunt, aut honeffa funt, aut turpia. Qua fuà vi re&a honeftaque funt, ut fidem colere; ut patrians defendere, ea fieri. oportet, five imperet pater, five-non imperet, Sed quz is contraria, quaque turpia,& omnind iniqua funt; ea, ne fi imperet] quidem, facienda funt. llla tamen ipfa, in quibus obfequi patri imperanti non. Oportet, leniter& verecunde, declinanda, fenfimque relinquenda funt, potius quàm refpuenda, Pime.de Agefilaüs j patre jubente eum in quodam vit pud. judicio fententiam legibus adverfam ferre: À te, inquit, mi pater, jam inde à pueritia J Hifloires des Auteurs profanes, 269 de ces péchés qui font déteftés chez les Mortels, & que les Dieux condamnent& châtient dans. les vivants& dans les morts.: Onne peut violer l'amour qui eft entre les peres & les enfans, fans commettre un crime déteftable. Je comprends fans peine, que non feulement* les enfans doivent taire les mauvais traitemens de leurs peres, mais encoreles fupporter patiemment. - Un certain jeune homme avoit fréquenté longtemps l'Ecole de Zenon.Lorfqu’il fut de retour à la maifon, fon pere luidemanda quels fruits de fageffe il avoit recueillis:: il répondit qu'il les lui feroit voir par des effets. Le pere indigne de cette réponfe le frappa; le Jeune homme demeurant tranquille,& fouffrant courageufement les coups: J'ai appris, dit-il, à fupporter fans: emportement la colere d’un pere. IN. Oa a coutume d'agiter dans les Ecoles de Philofophie cette queftion, f£ on doit obéir en tout temps 6 en-toules chofes à fon pere. lY eft certain qu'on ne doit lui obéir qu'en certaines chofes,& ne le point faire en d'autres; car toutes les aCions des hommes, fuivant l'opinion des Savants, font, ou honnêtes, ou honteufes, Celles qui par elles-mêmes font droites& honnêtes, comme de garder fa-parole,& de défendre fa Patrie, on doit les obferver, foit que: le pere les commande, foit qu'il ne les commande pas; mais toutes celles qui leur font contraires, & par-là-deshonnêtes,& tout-à fait injuites, il ne les faut pas faire, même par fon ordre,. Dans les chofes pourtant où il ne faut pas obéir à fon pere, lorfqu’il nous les ordonne, i] eft néceffaire de les éviter fans éclat& avec refpe&t,. & de paroitre plutót s'en écarter peu à peu, que de les rejeter avec dédain. Comme: le pere d'Agéfilaus lui ordonnoit un jour dans une certaine Caufe, de porter un Jugement. contraire aux Loix: Vous m'avez appris, 270 Hiflorie à profanis Script. edoëlus fum legibus parere. Itaque etiam nune tibi obtempero y nihil in leges peccando. focr. ad Ei 4. Talem erga parentes te præfta, quales em. optares fe tibi tuos liberos exhibere. Cicer. de Amic,n, 79. Si liberi parentibus nati fint humilibus, fi propinquos habeant imbecilliores vel animo vel fortunà; eorum, cüm poterunt, augeant opes, eifque honori fint. Fru&us enim ingeni, fortune, omnifque præftantiæ maximè tum capitur, chm in proximum quemque confertur, Omnes homines palàm prædicant primhm Diis, deinde parentibus, honorem deberi naturà& legibus; neque liberos quicquam gratius Diis facere poffe, quàm fi benign?& alacrier cum foenore gratias referant iis à quibus geniti educatique funt: contrà vero nullum effe majus impietatis argumentum, quàm contemtum& negleQionem parentum. Itaque interdidum eft nobis, ne quid mali aliis faciamus: injuftum autem.& impium habetur, non femver patri ac matti ea dicere& facere quibus laetentur. CAPUT XXXVI Patres à periculo liberati, Ællant_ 1. Cum captum atque incenfum eft Ilium; 3.€. 22. Graci Trojanorum fortunas miferati, hoc maximé dignum gentis fne humanitate pronuntiari per praeconem jufferunt: Ur finguli è liberis civibus fecum auferrent in humeros. fub= - X.€ ct Tus iC] Hiftoires des Anteurs profanes. 271 lui réponditil-, mon cher Pere, à me foumettre dès l'enfance aux Loix; c'eft pourquoi je vous obéis méme en ce moment, en ne voulant pas les violer. IV. Comportez vous envers vos peres& meres, comme vous voudriez que vos enfans fe conduifi(fent à votre égard. Si les enfans font nés de parens obfcurs, ou s'ils ont des proches peu favori(és de l'efprit& de la fortune, ils doivent avoir du refpe& pour eux, & les tirer de cet état humiliant, en les aidant, s’ils le peuvent, de leurs biens; car le plus bel ufage que l’on puiffe faire de ce qu'on a d’efprit & de vertu,& de tous les autres avantages qui nous élevent au-deffus du commun, c'eft celui de s’en fervir pour faire du bien à fes proches. Tous les hommes publient ouvertement, que fuivant la nature& les loix, on doit en premier lieu le refpe& aux Dieux, enfuite aux parens & que les enfans ne peuvent rien faire au monde de plus agréable à Dieu, que de rendre d'eux-mémes& d'une maniere em; reffée, des remercimens avec ufure à ceux qui leur ont donné la naiffance& l'éducation; mais qu'au contraire iln’ya point de plus grandespreuves d'irreligion, que le mépris& l'indifférence pour fes parens; c'eft pourquoi il nous a été défendu de faire du mal à autrui; mais c'eft une dnjuftice& une impiété, de faire ou de dire quelque chofe qui ne puife plaire à nos peres& meres. CHAPITRE XXXVI Peres, fauvés du péril par leurs enfans, I. Les Grecs, à la prife& à l'incendie de Troyes, émus de pitié fur le malheur des Troyens, firent prononcer par un Crieur public cet Edit bien digne de l'humanité de cette Nation, Que chaque Citoyen libre pouyoit ore fur fes iy 172 Ie€ profanis Script. latum id ur quo putarent. inter res fuas pracipué ferv. 2. Statim Eneas Deos patrios humeris imz gofuit, cetera negligens. Hac pieiste capti C permifere ipfi etiam alteam rem afportare. Tum ille Diis alterum enus addidit patrem fuum| Anchifem fenio conte&tum. Quo fa&o mirum in modum obftupefadi Graci, Ew fua omnia reftitui voluerunt: ia illos eran qui hoftes funt,& T iti i poffunt, manfuefcer moveti in eos qui Decs& -æci 5 2,Cræfo Lydiorum-regi opulentifimo is fuit, formá quidem& ingenio præftans, fed 'naturà mutus diu exifti matus, quoniam cum jam multèm adoleviffet, nihil terat. Ad em eda nino medicorum artes > urbem regiam, ercitus,& m ra fum eu irruens quidam miles eum fibi ignotum Jamjam occifu i tur; vite patris timens plus adol blitus quid fibi nafcenti natura diduxit& clamare nitens, folvit cula, atque in has voces erupi Crafum, miles. Sic à patris cap 1 depulfa mors fuit beneficio filii, qui& i ipf: p inr patrem amore confecutus eit üt per reliqu vite tempus vocalis effe poffet, ac plané articulatèque loqui. . Clim, feditione inter Macedonas milites Pacs mercenarios ortà, Rex Philippus 1 n es ce”«4 Ee Mae pne, "E -—- o—— ne Le is Hifloires des Auteurs profanes:. 273 épaules celui de fes effets qu’il croyoit mériter davantage d’être confervé. Avfütôt Enée, fans fe mettre en peine du refte, chargea fur fon dos les Dieux de fon foyer. Les Grecstouchés de cette devotion,lui permirent d’emporter encore telleautre chofe qu’il voudroit. 1l joignit alors à ce premier fardeau celui de fon pere Anchife, qui étoit un bon vieillard accablé d'années. Les Grecs étonnés au-delà de ce qu’on peut dire de cette ation, voulurent qu’on reflituát à Enée tous fes biens, déclarant ouvertement par là, que ceux-mêmes qui font ennemis entr'eux,& qui péuventufer du droit de la guerre contre les Vaincus, fe laiffent adoucir& toucher de compaflion envers ceux qui honorent refreftueufement les Dieux& leurs parens. - II. Créfus, Roi de Lydie, fameux par fés richeffes, eut un fils d'une beauté& d'un efprit: accompli, mais Qui. pafa long-temps pour&tre-naturellement muet, parce qu'étant déjà devenu grand, il ne pouvoit encore s'expliquer. Tant que le pere jouit d'une éclatante fortunes il mit tout à l'épreuve pour corriger ce défaut de lan- gue, mais toute l'habileté des Médecins échoua. Comme l'Armée des Perfes affiégeoit Sardes, où:: étcit le Palais: du Roi un Soldat fe jetantfur Créfus, le fabre levé, alloit le tier fans le connoître. Le pieux jeune homme craignant pour la vie de fon pere qu’il refpe&oit beaucoup,& oubliant ce que la Näture lui avoit refufé en venant au monde, écarta fa bouche,& faifant des efforts pour crier, dénoua les filets de fa langue,& làcha avec impettofité ces paroles: Soldat, netuepoint Gréfus. C’eftainf que le pere futredevable de la vie à fon fils;-qüi de-fon côté; poueréccmpenfe de fon amourfilial;'recouvra l'ufage de! parole libre& articulécjufqu’à la fin de fes jours. HI. LeRoeiPhilippe ayant-été bleffe dangereufement,& précipité de fon cheval dans.une.féci>— RUN 4 *,. x 274— Hiferie* profanis Script. Plu. i.gravi vulnere percuffus effet,& ex equo defot.— Je&us; profilut ante omnes Alexander, anAlex. num tunc feptimum decimum agens, jacentem clypeo fuo protexit, ruentefque in eum multos faâ manu occidit. Cum graviter poftea ferret Philippus, quód propter vulnus, quo tum femur transfoffum fuerat, claudicare cogeretur; veré& fcité dixit ei Alexander: Non debere eum irafci. vulneri, quo virtutis bellicæ memoria revocaretur, quoties pedem moveret. Vale.l. 4. Eadem pietas virili robore armavit P. Sci$-€4 pionem, qui deinde Africanus eít didus, ad opem patr in acie ferendam, cüm vix pue- rilitaris annos egreflus effet. Nam eum Confulem pugnantem cum Annibale apud Ticinum fluvium,& graviter faucium, fervavit intercurfu fuo. Neque illum-aut etatis infirmitas aut militie tirocinium interpellavit, ' quominus laudem confequeretur rapi ex ipfa morte patris& imperatoris. Cicer. 3.$. L. Manlium plebi Rontane invifum mulOffc.^. ta facerant: acerbitas in habendo militum des le&u ad bellum; ingenium atrox, cognomen 7.c.4.j. lmperiofi ab ipfo afcitum ad oftentationem fævitiæ. Itaque ubi primàm DiGaturâ abiit, diem ei dixit ad populum M. Pomponius Tribunus plebis. Ctrimini inter cetera dabat, quod ab hominibus relegaffet,& ruri inter fervos ac pecudes habitare cogeret Titum filium( cui poftea Torquati cognomen fuit) adolefcentem| nullius probri compertum, fed tanti linguà impromptum. Ægtè paffus Titus fe caafam effe hujus ad| 1l i l———' AR hri Hifloires des Auteurs profanes.— 278 tion quis'éleva entre les Soldats Macédoniens& les Grecs qui étoient à fa folde, Alexandre alors âgé de dix-fept ans, fauta le premier, convrit de Íon bouclier Philippe étendu par terre,& tua de fa main plufieurs Soldats qui vouloient fondre fur lui. Philippe enfuite témoignant fon chagrin de ce qu'il éroit forcé de boiter à caufe de la bleffure qu'il reçut à la cuiffe en cette rencontre, Alexandre lui dit à propos& avec efprit: Qu'il ne devoit point fe fâcher contre une bleffure qui lui rappellois le fouvenir de fa bravoure guerriere, toutes les fois qu’il remuoit le pied.; IV. C'eft ce même amour qui infpiraà PubliusScipion, furnommé depuis l'Afriquain, un courage au-deffus de l'enfance dont-il venoit à peine de fortir, pour fécourir fon pere dans une bataille. Comme il combattoit en qualité de Conful fur le bord du Fleuve Téfincontre Annibal,& qu'il étoit dangereufement bleffé, il lui fauva la vie, en fe jetant au travers de fon Ennsmi Ni la foibleffe de fon âge: ni fon noviciat dans l'Art militaire, n'empécherent point qu’il n’acquit la louange d'avoir arraché à la mort un pere& un Général tout à la tois. V. Plüfieurs raifons avoient attiré à LuciusManlius la haine du Peuple Romain; fa dureté en faifant la revue des Soldats, fon humeur cruelle, le nom d'impérieux qu’il s'étoit donné lui-même pour faire parade de{a févérité. C’eft pourquoi dés qu’il eut abdiqué la Di&tature, Marc Pomponius, Tribun du Peuple, le fomma de comparoître à certain jour marqué. Entre plufieurs chefs d'accufation, il citoit celui-ci: qu’il avoit banni de la fociété des hommes,& forcé fonfils Titus, qui depuis fat farnommé Torquatus, à demeurer à la Campagne parmi les E(clavas & les Animaux: jeune homme à qui on ne pouvoit reprocher d'autres défauts que celui de bégayer, Titus fouffrant avec peine d’être l’objet de ce M v] p ul : D, S* 4 D D 276 Hifloriæ$ profanis Script. versis parentem criminationis, capit confiz lium rudis quidem atque agreflis animi, fed pietate. in patrem laudabile.| Nefcientibus cunétis, gladio fuccindus no&u Roma accurrit,& primâ luce Pomponii domum venit: Janitori, opus fibi effe domino«ejus expló convento, ait, eique nuntiari jubet "Titum Manlium Lucii filium adeffe. Tribunus, cui fpes erat juvenem irà percitum in patrem aliquid novi criminis afferre, eum ftatim, remotis arbitris, admittit. At ille ut eft ingreflus, gladium diftringit,& fuper le&um Jacentis Pomponii ftans ferro intento, fe eum transfixurum minatur, nifi jurejurando confirmet, fe ab infütuta adversus L« Manlium accufatione receffurum.— Tribunus. gladium ante oculos micantem cernens, feque folum atque inermem cum juvene prævalido& feroce, juravit iis verbis, in qua adaülus eft à Tito: rem ad populum detulit, docuit cur fibi ab incepto defiftere neceffe effet, Manlium patrem miffum fecit. Tantum temporibus ilis jusjurandum valebat. Maluiffet quidem Romana plebs fibi: poreftatem fieri ferendi fuffragii de tam crudeli& fuperbo reo, quem oderat: verumtamen non ægrè tulit filum id pro patre aufum effe,& ejus fadum vifum eft.eó laudabilius, quod adolefcentis animum acerbitas patria nihil à pietate- avert ut.fuus virtuti honos, fuu anno fecundum inter fex ares locum. confecutus eft T. Manlius, licét mullis preclaré factis cognitus, ut qui rure& procul à çœtu hominum juventam egiffet. Hiffoires des Muteursprofanes,-. 2995 point d'accufation contre fon pere: prend une réfolution digne à la vérité d’un efprit ruftique& fauvage, mais louable par la tendreffe filiale qui en fut le principe. A l'infcu de tout le monde, il part la nuit armé d'un couteau, vole à Rome, & arrivé à la pointe-du jour au logis de Pomponius, il dit au Portier qu'il’avoit.une affaire preffante à communiquer à fon. Maître, de l'aller trouver promptement y& de lui annoncer que Titus-Manlius, fils de. Torquatus, l'attendoit,. Le Tribun, qui simaginoit;que le jeune homme. outré de colere, venoit lui fournir quelque nouveau crime contre fom pere y le fait entrer fur l'heure,& fans témoins. Mais Titus tire auffi-tôt fon épée,& la tenant levée fur la tête de Pompolus qui étoit-encore au lit, le menace de l'en percer, s’il ne lui affuroit par ferment qu’il fe défifteroit de l’accufation formée contre LuciusManlius. Le Tribun voyant un fer nud briller à fes yeux,& fe fentant feul fans défenfe contre un Jeune homme plus fort que lui;&. d'une humeur farouche, il fit le ferment concu en telles paroles que Titus le voulut; puis il alla faire fon rapport au Peuple', lui déclara pour quel fujet il étoit obligé de fe défiftet de fa dénonciation,& il ceffa de ponrfuivre Manlius: tant le ferment en ces temps-là àvoit de force. Le Peuple Romain auroit mieux aimé qu'on lui livrât ce cruel& fier accufé“qu’il haiffoit fouverainement, il ne put pourtant refufer fon approbation au coup hardi que le fils avoit entrepris pour la défenfe de(o8 pere;-& cette dématche lui parut d'antant-plus digne- d'éloges, que la'rigueur du gete-n'avoit-rien diminué de l'amour que le^ fils‘lui portoit.:C'eft pourquoi pour rendre à une-vertu fi rare tout l'honneur qu'elle méritoit,& ne la pas laiffer fans récompenfe', on lui dogsa cette année la féconde. Dignité entre les Tribuns Militaires, quoique: u— 278 Hiforiæ à profanis Script,| CAPUT XXXVII Pietas liberorum in matres.] Plu.in 1. C. Marcius, cui capta urbs Corioli feCoriol, I. firmavit, generofam indolem, fi liberali inftitutione careat, edere multa fimul cum virtu tibus vitia, ficut fœcundum naturâ agrum, qui excultus non fit. Quoniam invidum voluptate, pecunià, labore animum gerebat; ejus continentia, juftitia, fortitudo præcicabantur: at præfervida ira, afperi mores,& parüm civilis congreffus, graviter ferebantur. Huac autem mortales maximum fru&um fe-| runt à Mufarum difciplina, ut molliatur man-| fuefcatque eorum ingenium;&, fi quid fe-| rum natura indidit, exuat.| ra cit cognomen Coriolani patre orbatus adhuc( NEA puer, fub matris tutela adolevit. Sortitus-erat 1 £*. à natura nobiles ad laudem impetus: fed quia do&Grina non acceffit, ire impotens, obftina- e teque pervicaciæ, fuit:& exemplo fuo con-|: , Í - cs* ed iM Ovid. 2. Scilicet ingenuas didiciffe fideliter artes de Pon- Emolit mores, nec finit effe feros. to, El.9. Horat.:, Nemo adeo ferus eft, ut non mitefcere poffit, Zp;É. 2, Si modó cu!tura patientem commodet aurem. fe. 2. P Cum prima flipendia facere coepiffet adoJefcens; é- multis praeliis, quibus interfuit, nunquam redit, ni donatus coronà aliove a Hifloires des Auteurs profanes. 279 d'ailleurs il ne fât connu par aucune aGion aiftinguée, ayant paffé fa jeuneffe à la Campagne, & loin du commerce des hommes. CHAPITRE XX XVIL Piété des Enfans envers leurs Meres; I. Caius Marcius ,à qui la prife de la Ville de Corioles donna le furnom de Coriolan, étant devenu orphelin dés fon bas âge, grandit fous la tutelle de fa mere. Ilavoit naturellement d'excellentes qualités pour s'cquerir un jour de la gloire; mais comme il refta fans inftruGion, il fe livra àl'emportement&à une opiniâtreté infurmontable. Son exemple prouve bien que le naturel le plus heureux, s'il manque d'une honnête éducation, produit un mélange affreux de vices& de vertus, comme un champ de luimême fertile,s'il n'eft cultivé,produit confufement de bonnes& de mauvaifes herbes. Parce qu’il avoit l'ame infenfible à la molleffe, à l’avarice, & qu'il étoit à l'épreuve de la fatigue, on vantoit beaucoup fa continence, fa juitice& fon courage; mais on{upportoit avec peine fon emportement excefhf, fon caractere fauvage,& fon abord groffier, car le plus grand avantage que les hommes tirent de l'Ecole des Mufes, eft celuid'amollir& d'humanifer leurs efprits,& d'y dépouillertoutcequelanature y a mis de farouche, En effet les beaux Arts cultivés avec fruit, Civilifent les mœurs,& poliffent l'efprit, L'homme le plus féroce enfin devient docile, En prétant aux Leçons une oreille facile, Dans les premieres Campagnes qu’il fit dès fa jeuneffe, de plufieurs batailles où il affifta, il remporta foit une Couronne, foit quelqu’autre a 280 Hiforiæ? profams Séript. militari premio. Commilitonibus cjus, bellicæ virtutis:finis erat. gloria:: illi vero finis glorie gaudium.- matris- Nam- ubi illa. audiviffet ip-fum laudari;& donari vidiffet coroná-,& pre letitià lacrymans effet complexa; id fibi fummo honori felicitatique ducebat effe. Sic Epa- minondas dicebat nihil- fibi unquam jucundius feliciufque contigiffe, quàm quód patrem& matrem habiuiffet tefles ac participes. parte Len&ricà pugnâ glorie. Cornolanus; ut uni matri rependeret gratiam quam utrique parenti debebat, eà oble&andà& colendâ fatiari non poterat. Hlà cupiente atque orante, uxorem‘duxit: illius in ædibus, natis jam liberis, cum uxore habitavit. Poft multä in patriam. merita judicio populi damnatus Coriolanus, in Volfcos exulatttm abit, minitans patriæ, hoflilefque jam tum fpiritus gerens, Venientem. Volfci benigne excepere,& ufus eft hofpitio. Atti. Tulli, qui princeps-Volfcorum- erat, Romani/que fuerat femper, inféftus.. Itaque cüm alterum vetus odium, alterum-recens ira, ftimularet; brevi effecerunt, ut legerentur Imperatores ad bellum adversus Romanos. gerendum. Cériolanus expugnatis‘non paucis Rômano--rum oppidis, caftra.pofuit quinque millia paffuom:ab urbe, agrumque Romanum eft popu- 1" 4 h latus. Miffi. Remáà ad eum: Oratores. de pace, atrox:.refponfum-s retulerunt; It i mihine in cafira- quidem admifh fcn dates. quoque fuis infulis velatos. ifle. a £e. Eum go 0 m ti«i 3 "3 Hifloires des Auteurs profanes. 381^ récompenfe militaire. Le but dela valeur de fes camarades étoit la gloire; mais le but de la gloire qui l'animoit, étoit la fatisfa&ion de fa mere: car lorfqu’elle apprenoit qu’il avoit mérité. des éloges,& qu’on lui avoit donné la Couronne, elle l’embraffoit en pleurant de joie. Marcius regardoit ce témoignage de tendreffe. comme la plus belle fortune& le plus grand honneur qui pouvoient lui arriver, Epaminondas. difoit aufli que l’événementrle plus heureux&. le.plus charmant de fa vie, fut la Bataille de Leu&res, où il eut pour; témoins& pour compagnons de fa gloire fon-pere& fa mere.: Coriolan, pour faire rejaillir uniquement fur fa mere une. afeGion- qu’il devoit à tous deux,. ne pouvoit fe raffafier à la contenter,& à lui donner des.marques de fon refpe&: à fa folli-. citation,& pour lui plaire ,.il. fe maria,& demeura chez elle avec fa femme&fes enfans:. Après beaucoup de fervices rendus à fa Patrie, Coriolan condamné par. Sentence du Peuple, allà en exilchez lesVolfques, faifant des menaces à fa Patrie,&portanr-au fond de lui-même un vif reffentiment contr’elle. Les Volfques le recurent avec beaucoup de bonté,& Attius-Tulius, Prince des Volfques, qui avoit toujours été ni déclaré des Romains, lui donna l'hofpitalité. L'un donc pouffé par-une haine invétérée, & l'autre par un mouvement de colere récente, ils n'eurent pas de peine à engager les Sujets à choifir des Généraux pour déclarer la guerre aux Romains. Coriolan s'étant. rendu Maitre. de’- plufieurs Villes des Romains, vint camper à cinq mille pas.. de Rome,& mit à feu& à fang le plat Pays. Onluienvoya des Députés pour traiter de la Paix, qui en reçurent une. dure réponfe.. On en renya une feconde fois; qui nefarent pas même insroduits dansle Camp, Les Hittorigns rapportent: ngniner . Valer. £. S. Code Plin.l.5. *. 36. 282 H florie à profanis Script. fupplices traditur,& nihil magis flexiffe animum, quàm legati flexerant. Tum matronæ coëuntes pervicerunt, ut Veturia Coriolani mater, exadà etate mulier,& Volumnia uxor, duos parvos ex Marcio filios ferens fecum, in caftra hoftium irent cum frequenti mulerum comitatu,& eam urbem precibus lacrymifque defenderent,; quam viri armis non poterant. Ubi ad caflra ventum eft, nunciatumque Coriolano, adeffe ingens mulierum agmen; qui motus non fuerat, nec publicà majeftate in legatis, nec religione in facerdotibus, multó obflinatior erat adversis muliebres lacrymas, Át ut matrem afpexit: Expugnafli, inquit ,& vicifli iram meam, 6 Patria, admotis matris meæ precibus, cui tuam in me injuriam. condono! Contiqbque Komanum agrum hoflilibus armis liberavit, à Prætor tradidi Hore necandam im carcere mulierem fanguinis ingenui, capitali, crimine damnatam. Is qui cuftodiæ præerat, mifericordià motus, non eam protinus ftrangulavit. Dedit quoque aditum ad eam filiæ, fed diligenter excuffæ, ne quid cibi inferret. Exiftimabat enim fotor um ut inedià confumeretur. Cüm autem jam diss plures effluxiffent; miratus quód tamdiu viveret, curiofits obfervatà filià, animadvertit illam exerto uber lenire famem matris lacis fui fubfidio. oin res tam admirabilis ad Judices perlata, impetravit matri remiffionem pene. Nec tantüm matris falus donata et filia pietati, fed amba perpetuis glimentis fuftentæ funt plublico VR e MUROS INS AS 1 Hs eo c e es ee es x Us m D *-—— Pu. A5 Hiffoires des Auteurs profanes.— 283 qué les Prêtres eux-mêmesen habits facrés vinrent faire leurs fupplications,& qu’ils ne gagnerent pas plus fur fon efprit que les Ambaffadeurs. Alors toutes les Dames fe raffemblant, obtinrent de Véturie mere de Coriolan, Dame fort âgée, qu'elle iroit dans le Camp des Ennemis avec Volumnia, femme de Marcius, portant avec elle les deux petits enfans qu’elle avoit eus de lui, accompagnée d'un nombreux cortege de Dames,& qu'elles tâcheroient de défendre par leurs prieres & leurs larmes, une Ville que les hommes ne pouvoient plus défendre par le fecours des armes. Dés qu'on fut arrivé au Camp,& que l'on eut annoncé à Coriolan qu'il fe préfentoit une prodigieufe troupe de femmes, il demeura bien plus ferme contre leurs cris& leurs pleurs, lui qui ne s'étoit laiffé fléchir, ni par le refpe& dû aux Ambaffadeurs publics, ni par la vénération due aux Prêtres; mais dès qu'il apperçut fa mere: O Patrie, S'écria-t-il, vous m'avez vaincu,& vous avez défarmé ma colere, en employant les prieres de ma mere, à qui feule j'accorde le ardon de l'injure que vous m'avez faits:& auffitôt il ceffa fes hoftilités fur le Territoire Romain. Il. Le Préteur livra au Triumvir une femme de bonne naiffance, convaincue d'un crime caap pour. être mife à mort dans la Prifon. Le Geolier touché de compaffion ne l’étrangla pas fur le champ: il donna même accès à fa fille auprès d'elle après l'avoir foigneufement fouillée, de crainte qu'elle ne lui apportát à manger; car il comptoit qu'elle périroit d'inanition. Plufieurs jours s’étant paffés, furpris de ce qu'elle vivoit fi long-temps,& ayant épié la fille de près, il apperçut qu'elle alaitoit fa mere,& foulageoit fa faim par le fecours de fon lait. Cette a&tion étant venue aux oreilles des Juges, leur parut fi admirable qu'elle méritaà la mere le pardon de fon crime, Oa n'accorda pas feulement à la piété de 284 Hiflorie$ profanis Script, fumptu;& carcer ille confecratus eft; ex= ftruGo ibi pietatis templo. Què non penctrat, aut quid non cogitat pietas? que novam! rationem invenit genitricis fervandæ in car-| €ere. Quid tam inufitatum atque inauditum, quàm matrem nate uberibus alitam fuiffe? M Putaret aliquis. hoc contra naturam fatum| effe, nifi prima. nature lex effet diligere pa- e rentes,-|| PRE PRIN er, Fi lia alia, cui nomen Pero, admovit fantem pe&ori fuo, atque aluit, p 2, grandi ætate fenem, qui in cuftodiam: ES traditus fuerat.. CAPUT XXXVIIL + PAD ee Parricidium fcelerum omnium. maxi- mur eft. iet ejufmodi, ut eo uno maleficio fcelera omnia= comprehenía eífe videantur. Etenim fi( id quod præclarè à fapientibus dicitur) vult fæpe Leditur pietas; quod fupplicium fatis acre reperietur in eum, qui mortem attuE C lerit parenti; pr 9 qua mori ipfum jura divina : atque humana cogebant 5 fi res poftularet? 1. Parricidium, nefarium"facinus ef, atque=|| g,,, Portentum atque mo nftrum eft, effe ali- j quem humanà fpecie& figu, qui tantüm ids 1 i at cos indigniffin nè vicerit 1 luce privaret,| cem afpexerät: ci egam feras inter fe concil Hifloires des Auteurs profanes:— 1385 cette fille la vie de fa mere, mais on leur donna encore à toutes deux la fubfiftance perpétuelle aux frais publics,& on éleva un Temple dans cette Prifon, confacré à la piété. Où l'amour ne fe fait-il pas accès? Et rien.an monde eft-il plus ingénieux? C'eft lui qui fuggéra.ce nouveau moyen, pour conferver une mere dans la Prifon. Quoi de plus extraordinaire& de plus inoui, que de voir uae mere alaitée par fa fille? On feroit. porté à croire que cette aftion eft oppofée à la Nature, fi elle.ne nous impofoit pas pour premiere Loi, celle d'aimer fes parens. Une autre fille nommée Peron donna à tetter; & nourrit de fon lait fon pere dans la Prifon où il avoit été condamné. CHAPITRE XXXVIII Le Parricide eff.les plus grand de tous les crimes, I. Le Parricide eft une a&ion déteftable,& un crime de telle efpece, qu'il paroit en lui feul renfermer tous les autres: car fi, comme difent très-bien les Philofophes ,: l'amour paternel eff' bleffé fouvent par l'apparence; quel fepplice affez grand pourra-t-on imaginer pour punir celui qui a donné la mort à fon pere, pour qui les Loix divines& humaines le forçoient lui-même de mourir, fi l’occafion le demandoit? C'eft une chofe inouie.& monftrueufe dans fa nature, qu’il s’y trouve quelqu'un, qui avec la figure& la forme humaine furpaffe en cruauté les bêtes féroces, au point de priver indignement de la lumiere ceux de qui il en tient le précieux bienfait, puifque la génération& la tendreffe que les bêtes ont pour élever leurs petits, les attachent les unes avec les autres. jh, v 286 Hifforie$ profanis Script, 2. Aiunt Clœlium quemdam: Terracinenfem; cum conatus iffet cubitum in’ idem conclave cum duobus adolefcentibus filits, inventum efle mané jugula Quoniam nec fervus quifquam nec diber reperiebatur, in quem facinoris fufpicio‘éaderet; eà autem ætate filii prope patrem cubantes ne fenfiffe iquidem fe dicebant: nomina filiorum de parricidio delata funt. Parum enim verifimile videbatur, quemquam aufum effe committere fe in. id conclave, eo potiffimum tempore cim 1brdem effent duo adolefcentes filii, qui facilè poflent& fentire& defendere. Taie eum/ Judicibus planum effet; fa&dum, aperto‘oftio repertos effe eos dormientes; judicio abfoluti funt,& omni fufpicione liberati. Nemo enim putabat, quemquam effe, qui fomnum ftatim capere poffet poft perpetratum parricidium: ptoptereà quód qui tantum facinus commifefunt, non modo non poffunt quiefcere fine curà, fed ne fpirare quidem fine metu. 3. Civitas. Athenienfium prudentiffima fuiffe traditur. Ejus porro civitatis fapientiffimum Solonem ferunt fuiffe, qui leges illis fcripfit. Is chm interrogaretur y cur nullum fupplicium coñnftituiffet in eum: qui parentem neccaffets refpondit: Se id neminem fa&urum putaffe. Sapienter feciffe dicitur, cum nihil fanxerit de illo fcelere, quod antea commiffum non erat: ne non tam prohibere. videretur, quàm oftendere committi poffe. Quanto fapientius majotes noftri fecere? qui cüm' intelligerent nihil effe tam fanQum, quod tion aliquando violaret- audacia; fupplicium in parricidas fingulare excogitaverunt, ut ii, quos nátura ipfa non potuifet in officio retinere, magnitudine pone fummoverentur. à maleficio. Infui voluerunt in culeum vivos, A ed p» = 1 e. , Hifloires des dufllPsprofanes, 291 foitile tableau vivant de fes mœurs jde£a vertu, x de fa^conftance., de fa piété,& defon efprite ll n'appartient qu'à un: fils d’être l'héritier du mérite de fon pere,& de copier fes aGtions. Or l'héritage,le plus précieux&de plüs noble ‘qui püiffe-paffer dés perés auxyenfants, c'eft la gloire qu’ils ont acquife par leur.vertu& parleurs. y grandes; aGtions; X c'eft une efpece de crime& d'impiété, que de la terit? par quelque*chofe de hoüteux& d'indigne d'un honnête homme. INT. Que perfonne ne s'attach&. à groffir fes tréfors en vue de fes enfants,& pour leur laiffer plus de:biens, carles richeffes ne leut font point avantageufes, non fus qu'à la Patrie. La fortune la plus convenable aux jeunes gens ,eft'celle qui ne les rend point,efclaves des flateurs& qurfuffità leurs befoins£ll faut donc laiffer à nosenfants peu d'or& d'argent, mais beaucoup d'honneur. Souvent les peres, avec une bonne intention fouhaitent du mal à leurs enfants. Si vous voulez être heureux, priez les Dieux qu’il ne vousarrive rien de tousles vœux qu’on vous fait. Les richefles,‘ les honneurs, les dignités dont on voudroit que vous fufliez comblé, ne font pas de vrais biensLa vertu eft le feul bien qui foit le‘principe& le fondement d'une vie heureufe. Soyez vous-même l’artifan de votre bonheur;& ous le fêrez, fi vous pratiquez la vertu. Kd etiam immortalis, quae Car Caïn des$ Con cubines, i on des 5 debaucl 1e e A le tendre "à toi; tu ne ste pas sers ón 1 e i fuivant les Loix8&la Difcipline tre"Ville E non pas dans l'école de tes ses& de tes turpitudes. Nous aurions efféminé, impudique& fcélérat, unfiis e&i honnéte hem ENS uque de ae elopidas, qui avoit u un fils d dérangé, faifoit eà p ondas de ce qu'il n'étoit point difoit qu'il ne rendoit point un bon a Rér ublique, en ne lui laiffant point ants: Prends garde, repartit Epaminondas, re un plus mauvais> en lui laïffant : e tien: quant à mot, ma ne veut Jama is manquer: car je laiffe après moila Bataille de Leuctres ma fille, qui non feulement me furvivra, mais fera füfement immortelle, nile En donnant ui fujet au peuple, à la Patrie, Vous leur sante fans doute une joie infinie; Si vous veillez fur tout à le former exprès, Propre aux foins de la Ville, aux travaux de Cerè# s Juvenal. i4. Sat. forie à profamis Script. Plurimüm enimintererit quibus artibus& quibus hunc tu Moribus inftituas. CAPUT. XLI Maxima debetur puero reverentia. Plurima funt....famáà digna fnifirà, Que monfrent ipfi pueris traduntque parentes, Sic natura jubet: velociüs& citiüs ros Corrumpunt vitiorum exempla domeftica. Nii di&u fœdum a‘ifuque hac limina tangat, Intra qug puer eft. Maxima debetur puero reverentia, Si quid Turpe paras, ne tu pueri contempferis annos. Sed peccaturo obfiftat tibi filius. infans, nam liberorum noftrorum| mores non ipfi m n Infantiam ftatim deliciis folvimus. Mollisilla educatio, quam indulgentiam vocamus, nervos omnes& mentis& corporis frangit. Quid nen concup imer cim adolererit, qui’ in cunis purpureis vagierit? In lecrefcunt; fi terram pedibus a atti pent, manibus utrinque fuffinentium pendent. Gaudemus, fi quid licentius dixerint.: rifü& ofculo excipimus verba ingenuis indigna. Nec mirum videri debet: nos ocrinus, ex nobis audierunt. Omne convivium obfcenis.canticis. ftrepit: pudenda fpeGantur. Fitex his confuetudo, deinde natura. Difcunt bac miferi, antequam fcianteffe vitia. Hifloires des Auteurs profanes. 295 itoyen plein de zèle envers la République, que 3 Pinítrudion Excellent Capitaine, habile Car tout dépend des mœur Que vous lui donnerez....;. CHAPITRE XLI. o @æo [7] d On doit un fouverain refpeë aux enfants, On voit bien des défauts que des peres peu(ages Laiffent à leurs enfants comme autant d'héritages? Qeft l’ordre naturel; l'exemple familier Empoifonne l’efprit, plutôt que l'étranger: Be tout ce qui falit l'oreille& la vue, Chez les foibles enfants l'entrée eft défendue; L'enfant, le tendre enfant mérite nos refpe&ts, Si donc vous méditez de coupables projets, N'allez pas de fon âge altérer l'innocence; Mais, pour ne pas pécher, honorez fa préfence, Plût au Ciel que nous ne fuffions pas nousmêmes les auteurs de la corruption de nos enfants! Nous les gâtons par les délices& les douceurs: cette molle éducation, que nou anrellans complaifance, énerve l'efprit&le corps. Un enfant qui aura jeté les premiers cris dans un berceau de Pourpre, pourrs-t-il modérerfon orgueil quand il fera grand? On les éleve dans des litieres: s'ils touchent la terre du bout du pied, vous les voyez fe pendre, pour ainfi dire, aux bras de.ceux qui les foutiennent. Nous nous réjouiffons s'ils échappent quelques paroles libres & indignes d’un enfant bien né; nous les recueilJons en riant,& nous les félicitons en les embraf= fant. Cela ne doit pas nous étonner, nous le leur avons appris, ils l’ont entendu de notre bouche. Du bout à l’autre d'unrepas, on y fera retentir des Chanfons obícénes; on y donnera des exemples indécents. Ils feforment d'abord une habitude de toutesces chofes,& bien-tót elle tourne en nature. Ces malheureuxinnocents apprennent tous ces vices, ayant de favoir T cen fonts iv tito. Nec Diis tus ef}, quàm à oribi tuæ contigit. Spero enim fore, ut edutatus erüditufque abs te, dignus nobis exiflát,& non fit impar tanto émperio,Cic. de. Non fefellit. Philippum fua de Ariftote! Orat, 140. ^: gio, Quippe. Alexander eo doctore iere accepit àb illo tam utilia agendi& Salernend Plut. in præcepta, ut.non dub: iverirpre i= Non des inis Arifioteli debere fe, j nim munus. effe quèd Po dn Quit. neflé yiveret,. Voluit. ve Le Pip at€, le gâtent 3 U& bon encore bien mauvais paffent le nombre des bons, HAPITRE XLIL t Une bonne éducation fert beaucoup pour le refle! de la vie, J te Mufes ettr&s, mén rras de A Il avoit une infinuan ; aifoit-plus de cas des conquêr as quil: n éloquence, que de celles qu'il devoit à-fes:armes, Il nous refte de lui des Livres-d’Epi- s de délicateffe& de. prudence; dont parn, dit Aulu- S mériterla peine aduite edu Grec en Latin, pour fervirshortètion aux peres& meres du foin& de üté qu’ils. doivent api por ter à l’education; ote, falut... Je Ras l'ont donné, dans le pere. qu pline Lil deviendra un jour dig & du grand Empire que je lui réf. Phr ilippe ne‘fut poss tromp 'Ariftote; car Alexan !re l’ayant eu t! wl tul avoitd d ; long temps pour Maitre ,enrecut des‘préceptes« 3 pour bien. vivre& bien parler fi avantageux,. il n'héfit: Qu'il avoit autan: | SE d puifga $c 198. Hif; ria à profanis Script. terarum. elementa filio fuo. tradiab Ariftotele 2 fummo ejus etatis Philofopho,& ille fuícepit hoc officium: quia magni momenti eft ad fludia, eorum initia à per tee præceptore tradi, Sept 2, Plürimim in reiquam vitam pr oderit; de ira, c.. unmum in req pr> 18. pueros. ftatim falubriter inftitui. Facile eft enim Ad g,]y,@Nimos adhuc teneros componere; difficulter 4.16, Ieciduntur vitia, quæ nobifcum creverunt. AlQuiaiil, tiis defcendunt precepta, que. primis impri4i ea. muntur ætatibus:& naturá tenacif…imi fumus eorum que pueri percipimus.: ut. fapor, quo nova vafa.imbuuntur,. durat.. ‘Horat:3- Quo femel eft imbuta recens, férvabit odorenn Ep.2. v. Tefta diu. m gi Nulla etas videtur tam infirma, quæ nom protinus difcat quid rectum pravammquo, fit: eft enim maximé sat formanda. ,. cim. facillime cedit. precipientibus. Monendus ergo puer, ne quid cupid, ne quid improbe, ne quid impotenter faciat. Habendumque eft in animo femper illud Virgilianum= ] POL L2- Adeo in teneris. confuefcere multum eft Sen. de 3, Tn pueris. modo gem utamur, odó rd L 2, fimuli lis:eft enim in illis aliqu uid quod coérLC 2t. t. cendum fit ,.eft quod. excitandum. Hinc lfocrates, doGQor fingulàris, dicebat fe calcaribus in Eph Oro, con in Ti apo frenis alter enim reprim erat, alter Plut: im incitandus, Et. Ehemiftocles. ,, quiin Mohfens, cm Q h.»* j bout Hifloires des Auteurs profanes.‘499 Bien vivre. Or Philippe voulut que les premiers élémentts des Belles Lettres fuffent donnés àfon: fils par le plus célebre Philofophe de fon temps; & Ariftote n’en refufa point l'emploi, parce qu’i eftdela derniere conféquence, en fait d’études, que les commencements foient enfeignés par le Maître le plus parfait, IL, H fera d'une importance effentielle pour le refte de la vie, de donner aux enfants de bons principes d’éducation: caril eft facile de plier des efprits encore tendres. Mais on a de la peine à déraciner des vices qui ont crü avec nous, Les préceptes qu'on imprime dans le bas âge defcendent plus avant,& font des impreffions plus profondes. Nous avons naturellement peine à démordre des chofes-que nous apprenons dans l'enfance.ll en eft de même que des-vafes neufs qui confervent longtemps le goût de la liqueur qu’on y a d'abord mifesUn vafe imbu- d’une liqueur’ Long-temps aprèsen gardera l'odeur. Il nya point d'áge fi foible qui ne: puiffe: apprendre fur le champ ce qur eft bon ow mauvais: le temps le plus favorable pour la: former, eft celuioü elle obéit aux Maîtresfans aucune réfiftance. Il faut donc avertir les enfants de ne rien faire par paffion, par mé. chanceté& par emjortement; il faut toujours, avoir devant l'efprit cétte maxime: de Virgile.. Tant l'habitude dès- l'enfance Sur lanature a de puiffance. III faut employer auprès des enfants tantôt: Te frein ,tantôt l’aiguillon;-caril y a des occafions: où il faut les retenir,& d’autres où il faut les exciter, C’eft pourquoi lfocrates ce Maître illuftre, difoit àl’égard de deux de fes Difciples, qu'ili ufoit: ordinairement pour Ephore d'éperons, mais; de brides pour. Thiéopompe 5 car l'unayoit: NY» en, 300 Hifl profanis Script. 4 1ià fuerat. feroci admodum ingenio, : r+ bat mirant ibus pfius mores: J/peros, quos OpLumos, Jf domi-. é 4S ITaG MUT. aur ü raptor T E. Longe novenda e pueritia obrentur parentes: eriracun& flenti 6. Omnibus homir inde relaxare, Exci| n ititia, quæconti| w 19 | | 4| ne.aut n uetuginem aiters UNI AOL xt loires des Auteurs profanes: 30r e arrêté,&T Cii: Sic encouragé:: cles, qui ns fa jeunefle avoit meur taie fauvage» difoit ui. étoient.. furprifes- de fon d dif ies À . c£ & les plus intraitables vous. qu Naud on les co p 3 de la contagion des deles; car rien ne leur infpire davantage du penchant pour les. plaifirs & la colere., qu une éducation molle.& complaifante. Auffi plus on.a d'i ndulgence| pour desfils uni ques, plus on lâche la bride aux‘pupilles, plus leur cœur devient corrompu. Un enfant à qui jamais on n’a rien refufé, dont la.mere inquiétea toujours effuye les larmes, en condefcendant à fes defirs, qui tire routce qu'il veut de fon Maître pour fa fatisfaCtion, un tel enfant, disse, ne fouffrira pas patiemment qu’on le contrarie... ; AUN V. Il faut encore écarter la flaterie loin de l'enfance: qu’elle n'entende à fes oreilles que le 133 edis: à 1 langage de la vérité; qu'on. lui reproche fes roauvaifes altions; qu'elle c: aigne quelquefois fes Parents& fes Malires,& qu'elle les refpe£te toujessqrellonedthendenie olere& par larondes] ville ce gus 302 Hifloriæ à profanis Script. Ly. curg. rorum& adolefcentum edu ucatione, parentum *€& Lacon. :.Cyrop. ióque unum videntur fluduiffe> ut ils, qui rentur= æ leges vetabant:& civium peccatis obviàm ierunt: formandis publicá— feveráque bus. Sic enim fisbat, ut à teneris annis virtui Quz veró fuerit illa pauperunr& divitum conutile erit SA ere apud. Plutarchum.& Xence ‘ honte CAPUT XLIII Füerun Romanorum in educandis pueris difciplina. Quim.— Y. Non affuefcat infans ei fermoni aui dedifil sc: Cendus deinde fit. Magniintereft quos. c | Cicer. in audiat quotidie domi ,- quibufcum loqu Bun pueritia, queue dmodum pattes 3 ped Mo. matres etiam log 2imus t k Cornelie mattis . filios, qui eloquentià flor LF. gremio matris educatos j T Palèr.], leFMonis elegantiam haufifi T 54* Matronis ornamentum effe Hh. r tutos meritô putabat fapi i U !]^C Kum. Campana. Matrona spud. illam: hofpita; Plut in 7. Omnes ferè legum. latores, negle&à pueAuuph.* arbitrio liberorum inftitutionem reliquerunt= i€ inLa- adversis legum præcepta peccafent, poene D. son, const ae sog tentur: At Pería& La2 celemonii: Hâ ratione cave:"uit, ne admitte= infitutione puerorum& adolefcentum moritem colere, vitia vero averfari affuefierent.. & E fub publicis magiftris educatio, non Qi ifii toc” Hiffoires des Auteurs pro fanes. 30$ conçoivent de la haine pour les études, ou qu’en: leur en donnanttrop, os ne sonsradtent Fhabitude de l’oifiveté. VII. Prefque tous les Légiflateurs, fans tenir aucun compte de l'éducation de la Jeunefle, fe font contentés dela laifferau caprice& au pouvoir des peres. Ils paroiffent s’être propofés pour: uniquebut d'établir& d'enjoindre des. Loix contre ceux qui en violerGient les préceptes. Mais. les Perfes& les Lacédémoniens ont pris d'autres mefures pourmaintenitl'obfervation de cesmêmes. Loix; ils ont été au-devant des fautes que pour— roient cominetre les. Citoyens, en prefcrivant une éducation publique& auftere pour former les mœursdes enfants& desjeunesgens.Il arrivoit de là qu’on les accoutumoit dès leur basá áge à cultiver la vertu& à détefter les vices. Il ne feroit: pas hots de propos de s'inftruire dans Plutarque & dans Xenophon du genre d'éducation qui fe: donnoit égalemeut aux riches& aux pauvres. fous. des Maîtres publics. CHAPITRE XLIIT Miniere des anciens Romains d'élever leurs enfants. LI Qu'un enfantne s'accoutume point à une: facon de parler qu'il luifaudra défapprendre dans. la fuite. Il eft d’une extrême importance de Mim dre garde aux perfonnes qui l'approchent, qui font ceux avec qui il parle, la maniere de s' exprimer des peres,des Précepteurs ,des meres mêmes. Tl paroit évidemment par la le&ure des. Lettres. de Cornélie, mere-des Gracques, que fes enfants. qui fe font diftingués par leur éloquence, ont été non feulement élevés dans le fein. de lenrmere, mais. qu'ils y. ont puilé cette élégance à. parler. Certe. Dame remplie defageffe avoitbiem* CRT en pudentia, fui alienique contemptus,. é profanis Script. rant illo fzculo‘pretiofif: ud bn irit eam fer-.^|, à redirent liberi. Quos; reverfos d eli exhibens, E: hæc, inquit;, ornamenta mea funt, 2; Oferæ- pretium eft cogofcere veterum et feveritatem ac. difciplinam circa educandos formandofque liberos. Jamprimum filius ex caflà parente natus, non in cella empt2 nutricis ed rabat irn, fed in gremio ac fnu., matris, cujus precipua laus erat, tueri domum,. & infervis re liberis. Eligebatur autem aliqua majornatu- prop pinqua, cui ptopter probatos mores foboles. omnis eojufplam familie committeretur: coram quá neque dicere fas.erat quod turpe di&u videretur., neque facere quod iphonéitam fatu. Hac, non fludia modo, fed remiffiones etiam lufufque puerorum, quádam, verecundiâ temp erabat, Sic Comeiam Gracchorum; fic Aureliam Julii. Cefaris:, fic Attiam fü matrem, præfuifle educativnibus libe= um accepimus,. Eo Hzc difciphna ac feveritas di eue, ut| v pneri toto pectore grriperent rtes honeftas. A nunc natus infans del egatur ancilla, cui adjungit ur unus au nul erio- minifterio accommo i fabulis& erroribus teneri-& rudes: imbuuntur; nec-quifquam in tota domo curat, quid coram. infante. domino aut dicat;.aut faciat; quoniam etiam ipfi. parentes nec probitati nec modeftiæ parvulos affuefaci viæ.& audaciæ. Per qua. p 7] Tutzurs profanes. desenfantsbien élevés| ieux que les: mere e , lui vantant, 2 1 qe étoient ence t d'une naiffance dans la cabane s le giron de lei ars, certaines fami en fa pré enfants. Cette méthode& cette| rigoureufe difcipl faifoit que les enfants toientavec ardeur aux: aux Arts; mais aujourd d'hu bá Li eine s un enfant m'a 279 0@ quelque Servante e u deux Efclaves ne qu ares ni lu: ieux. Son efpr ientót.imbu de leurs & de leurs défauts... Per fonte ne s’inquiête dans toute la maifon de ce qu'ils difent onde ce qu'ils foat devants leur. jeune ue parce due les … peres eux- nes n’accoutument pas de bonne heure leurs enfants à l'honnêteté& à la modefiie,. IM ERREUR IM RE A. GL, Itc. 1. Plut. in 306 Hifforie à profanis Script. 5. Nunciatum quondam eft Phavorino Philos fopho, nobis præfentibus, uxorem-anditoris fe&atorifque fui paululum anté peperiffe, eumque effe au&um filio,£amzs, ifquit tum. Phavorinus,& vifum puerperum,& gratulatum patri. lsenim erat loci fenatotüi, ex famili nobiliore. lvimus unà qui tunc. aderamus,& cum eo fimul domum SOM fumus. Phavorinus complexus hominem, ongratulatufque ei, affedit: atque ubi percontetus eit ,quàm diutinum puerperium fuiffet;& cognovit puellam defeffam labore& vigilià fomnum capere ,fabulari inflituit prolixiüs::& nihil, inquit, dubito quin filikm lacte fuo. nutritura fit. Sed cüm mater puelle parcendum ei effe. diceret, adhibendafq: ie puefo nutrices, ne ad dolores, quos in pariendo tuliffet, munus quoque nutricationis grave ac difficile accederet: Oro te, inquit, mul: E) fine eam IoIaz; ac imtegram ejje Mate flii fui Hoc enim efl contra naturam imperfectum€ dimidiatum| matris genus, parere& ftatim. abs s fe fe alert panum: alere in utero ne[uo nefcio quid quod non videat; nor latte quod eat, Ja n' hominem, jam viventem, jam matris ofrcia implorantem. 4. Cum Catoni majori natus effet ex uxore Cat.mej. filius; nullis negotiis, nifi publicis, impediebatur, quominus"adeffet matri infantem abluenti & tafciis involventi. llla proprio late filium alebat, fepeque etiam liberos fervorum fuis uberibus admovebat, ut nutzimenii confortium cos puero domino magis benevolos redderet, bl EZ iffoires des Auteurs profanes. 307 mais à la molleffe& à limpudence; d’où fe gliff: peuà peu chez eux l’effronterie, le mépris des autr A& de leurs parents mémes. de apporta la nouvelle un jour: en notre MER es Difciples fon m ur UC RORIS coucher,& étoit plus riche d'un fils. Allons, dit alors Phavotin, vifiter l''Accouchée,& féliciter le Pere: Or c'étoit un Sénateur d’une famille diftinguée. Nous y allàmes tous avec lui,& nous entrâmes tous dans la maifon par compagnie. Phavorin après avoir embraffé cet homme, A lui avoir fait fon compliment, s’ailit. S'étant enfuite informé comment s"étoit palfé l'accouchement,& voyant que la Dame, fatiguée de travail& di infomnie, prenoit fon repos, il profita dece moment pour converfer plus au long: Sans doute, diti, que votre Epoufe nourrira cefils de fon lait. La mere qui étoit préfente répondit qu’il falloir nee er fa fille,& faire venir des nourrices à l'enfant, de crainte qu'après les douleurs de l'enfa: atement on n'altérát fa fanté, en y ajoütant la charge venible& difficils de nourrir par elle mà me. Phavorin lut repartit; Laiffez, Jevous prie, à votre fille l'honneur d'être tout-a-fait&en tout point la mere de fon fils; car ce n'efl être mere gu‘imparfaiterzent& à moitié, d engendrer& d'écarter auff-tót fon fruit loin de foi; de nourrir dans fes entrailles de fon propre fang un quelque chofe qu'on ne voit pas;& quand on le voit, réfufer fon lait à un homme, 4 un vivant qui implore déja le fecours de fa mere. IV. Caton l'ancien ayant eu un fils, fe faifoit un devoir d’être préfent toutes les fois que fa femme le lavoit ou l'emmaillottoit, à moins. quil en fàt empêché pár les affaires publiques. Elle lui donnoit à tetter elle même,& fouvent même aux enfants de fes Efclaves, afin que la participation de la même nourriture les rendit MET nan $: E Æmilio Paulo multi anni rerum publicarum curâ inter rum Confulatum. Eos totos facris,& maxime liberorum infi: erudi voluit non tentüm Pis ciplinà, fed etiam| Grecis pe Grammaticæ, Rheto oricæ tandis fimus inter Romanos, eorum e) bus intererat, nifi refpublica. alib. vocaret, corpus laborio iliraribueg üedurabat, E m licite balnes MA res des Auteurs profa jeg hés à leur jeune Maitre. Dès quil eut ed fon, Caton le fit étudier luichez Luisa Efclave nommé oit Disi d’autres enfants. s, comme il la marqué. dans fes ;: écrits, qu’un Efclave grondàt outirât l'oreilleX fon fils, s'il eût été tar bd à apprendre 2& encore * moins quil lui füt redevable d'un préfent auff pre . excellent que la fcience: c'eft pourquoi il fut lnimême fon Régent, fon Profeffeur en Droit,& fon Maitre en fait d'Armes Non fei alement i il lui apprit à lancer le javelot, à manier les armes; à monter à cheval, mais encore à combattre avec le cefte, fapporter la chaleur& le froid,& à: paffer les Rivieres à à la nage. Il lui écr ivit de fa main en grandes lettres des-Hiftoir res,afin de lui mettre fous les yeux, fans fortir de la maifon paternelle, les mœurs&les exemples de fes Ancétres. Ilfut auffi circonfpe& à parler en préfence de fon fils, ques'ileür été devant les Vierges Veftales; & jamais il ne fe laiffa voir‘à lui dans-le bain. V. Lucius Paul Emile eut gate fon premier& - fon fecond Confulat quelques années exemptes de l'embarras des affaires publiques. Illes; paffa eneem dans les devoirs de la Religion,& fur out dans l'éducation de fes enfants, qu'il éleva fos la difcipline ancienne des Romains,& auxquels il apprit la langue Grecque. Il leur donna, des Maitres de Grammaire, de Rhétorique& d 3 Logique, des Maitres à de aor, à moater àcheval,& à chaffer;& comme il étoit l'homme d’e entre les Romains quiavoit le plus de‘tendreffe pour{es enfants, il aflitoit à tous leurs exercices à moins que la République ne l'appellàt ailleurs, VI. Áugufledans fa jeunefle fe formoit l’efprit par les beaux Arts, G endurciffait fon corps aux exercices laborieux de la guerre, Sa mere Attia 82 Philippe fon beau-père l'obferyoient: de fort prèsy 310 Hiforiæ à profanis Script. uh lié à magiftris& cuftodibus, quos puero ap- s poiuerant, ie ciis fludiosé quid rei egif-| fet, quo effet profe‘us uà ratiome dim j« q I, f tranfegillet, quibufcum denique effet verfatus. Hâc Attiæ matis follicitudine fa&um eft, ut Auguílus evaferit€ multis ipfius pudori oblatis periculis. Sueor, Auguftus fummum imperium Rome adepin 4ug.tus, nepotes fuos litteras aliaque rudimenta €. 64. per fe plerumque docuit. CAPUT XLIV.! — i S: > oc Publice utilitatt plurimüm profunt qui|" Juventutem: erudiunt.‘| Senec. o 1. Quia utile eft juventuti regi, impofuimus|, ben*1 Ir i.$e quafi domefticos magiftratus, fub quorum T cuflodià cont ineretur, à DeTrans Nonisfolus reipublicæ prodeft qui tuetur ^5:. reos,& de pace belloque cenfet; fed qui ju-|} ventutem exhortatur, qui, in tantà bonorum preceptorum inopiá, virtute infiruit animos, qui ad pecuniam luxuriamque ruentes prenfat ac retrahit,&, fi nihil aliud poteft, Certe, moratur. An iie plus præftat, qui inter cives jus Gicit, quàm qui docet juventutem quid fit juftiia, quid pietas, quid patientia, quid fortitudo, quàm pretiofum bonum fit bona confCieritia? q Cii. de 2 Quærenti mihi quânam re poffem prodefDiv,n.2. fe quamplurimis, nulla major vifa eft, quàm fi 4. traderem civibus méis vias optimarum artium, Quod enim munus reipubli icæ majus meliufve afferre poffumus, quàm fi docemusatque erudimus juventutem? his præfertim tem, oribus, Leld tueur Jui fie n Que. Hifloires des Auteurs profanes. 311 affidus à s'informer tous les jours des Maîtres& des Gardiens à qui ils avoient confié leur enfant, comment il avoit pafls la Journée, ce qu’il avoit fait, où il avoit été,& avec quiil s’étoit entretenu.^ Cette inquiétude maternelle fut caufe qu’Auguite échappa de plufieurs dangers où fon innocence fut expofée. Auguíte depuis étant devenu fouverain Maître de Rome, enfeigna lui-même à fes Neveux les Belles-Lettres,& les éléments des autres Sciences. CHAPITRE XLIV. Ceux qui infiruifent la jeuneffe, contribuent beaucoup à l'utilité publique, I. Comme il eft important de tenir la bride à la Jeuneffe, nousavons établi fur elle des Magiftrats domeftiques,chargés de la contenirfous leur garde. Celui qui défend les coupables, qui regle la paix& la guerre, ne rend pas feul fervice à la. République, mais encore celui qui inftruit la Jeuneffe, qui dans une fi grande difette de bons Maîtres, forme l’efprit des jeunes gens à la vertu, quiréprimande& rappelle à leurs devoirs ceux qui donnent tête baiffée dans la luxure ou dans la affion de l'argent, ou qui du moins leur met un frain s’il-ne peut faire davantage. En effet un homme qui-rend la juftice aux Citoyens, fait-il plus que celui qui enfeigne la Jeunefe, qui lui’ apprend ce que c’eft que la juftice, la piété, la patience,& combien le témoignage d'une bonne confcience eft un bien précieux. Il Cherchant un moyen, dit Ciceron, pour me rendre plus utile, à un plus grand nombre de perfonnes ,je n'en ai point trouvé de plus sûr que celui de montrerà mes Compatriotesles différentes routes qui conduifent aux beaux Arts. Car quel fervice plusnoble& plus agréable pouvons nous neSenc, 71e 294 Et Præceptores& fudia amet adolefcenss? "QuiniL 1, Difcipuli, fi. modo fant bent. inflitut a 608 PM amant& verentur.; Md."ld præcipuè monendi funt ament praceptores fuos non íà ie a;&-exif 1 sn um onferet >. P" Cha = my [e ^ LA a péter OO A :E Rh. p. 2 R ipfos denique cœtus convenient: emendati no gaudebunt,‘ut fint, cari ut.) ut ic d ipnlorum præbere neutrum fine altero fufiiciets ræcepto Toid.c.3s ti atur etiam aff E. iss oinloio c— Epaminondas philofop E- buit Lyfim Tarentinum, Hifloires des Auteurs profanes, 315 / fl entierement, que tout jeune homnie qu’il étoit, il préféroit la compagnie de ce Vieillard trifte& férieux, à celle de tous fes égaux. Ine ceffa point de prendre fes Leçons,& ne le congédia que Camarades, de forte même qu'on pouvoitbien préfamer qu'il les pafferoit également dans les à autres Arts.* i Le fils de Ciceron a déclaré ouvertement dans ; la Lettre fuivante à Tiron, l'affe&ion particuliere qu'il avoit pour Cratippe fon Précepteur, » Soyez perfuadé, lui écrit-il, que je fuis tràs» attaché à Cratippe, non comme fon Difciple, » mais comme fon fils: car jegoute autant. de » plaifir à l'entendre en Public, qu'en particuliéft » Sa douceur meplait extrêmement, je paffe les » journées entieres avec lui,& très-fouvent » une partie de la nuit; car je le prie autant de » fois qu’il m'eft poffible de fouper avec moi. » Cette coutume étant établie entre nous, il fe » faitfouvent un plaifir de nous farprendre quand » nous fommes à table, où il converfe familiere» ment& plaifante avec nous, dépofant toute fa » gravité Philofophique: faites donc enforte de » voir au plutôt nn homme auffi agréable,& » d'un mérite fi excellent. « IL Il effaifé de voir dans une Lettre de Treboniusà:Ciceron, avec quelle réputation de fageffe& avec quelle ardeur fon fils s'adonnoit aux Belles Lettres.» J'ai été, dit-il, à Athènes, j'y » ai vu ce que je defirois le plus, je veux dire ar» votre fils, qui s’eft acquis une grande eftime par à» fon entier dévouement à l'étude,& par fa » modeftie: vous pouvez juger par-mon filence » combien cette nouvelle m'a caufé de fatisfac» tion; car vous Êtes fans doute perfuadé de la » confidération que j'ai toujours eue pour vous, ,»& notre ancienne& parfaite liaifon fait que je TS“ 5» mé rejouis de tout le bien ge vous arrive, » Og quand il fe fentit fupérieur en capacitéà fes autres 516 Hiforiæ è profanis Script. fius earum artium qua è amas, hoc eft optimarum. Itaque"ubi, quod veré facere poffum, libenter gratulor. Eum ,. licét ingreffum pleno gradu in ea ftudia, ad que tuà cohortatione incitatur, cohortari non intermittemus, uf difcendo exercendoque fe, i longius procedat, CAPUT XLVT Sit gratus erga Magiflrum| difcipulus. I 1. Præceptores fuos adolefcens veneretur ac Sen, Ep. fufpiciat, quorum beneficio fe vitiis exvit,& fub quorum tutelà pofitus exercet artes bonas. Quis eft noftrüm liberat ter educatus, cui non educator, cui non ma uus atque doGor, cui non locus.ille mutus ipíe altus aut doGQus eft, cum grata re atione in mente verfetur? 2 Vefpafianus natus eft in vico modico SabiVefp. norum,& educatus fub paterna avia in prediis. 2.- Quare princep js.quoque locum incunabulorum affiduè frequentavit, manente villà q fuerat olim, ne aud fi et mutaretur ex ils, quibus oculi affueverant. Avi 2 quoque memor iam tantopere dilexit, ut iio mnibusac feftis diebus pocillo ejus argenteo bibere perfeyeraverite Hifioires des Auteurs profanes. 317 sy'autant que s'il arrivoit à moi-même. Ne croyez » pas, cher Ciceron, que je dife ceci pour vous » flater; non, de tous les jeunes gens qui étudient » à Athênes les Belles- Lettres dont vous faites vos » délices, il n’y en a point qui en foit plus curieux; »ni quifoit plus accompli que votre fils, qui » eft auffi, pour parler vrai, le mien: c’eft pours » quoije vous félicite du meilleur de mon cœurs »& avec toute la franchife pofbble. Qu’ciqu’il » fe porte-de lui-même,& qu'il ait le pied bien »affermi dansla carriere de l’étude, où vous l'ani»'mez par vos exhortations, nous ne cefferons »pourtant point. de motre:cóté de l'exciter » auffi, afin qu’en s'exercant& s'appliquant de » plus en plus, il faffe. de;jour en jour de »-nouveaux‘progrès, CHAPITRE XLVT Un Ecolier: doit‘être reconnoiffant envers Jon: Maître, I. Qu'un jeune homme ait de la vénération & de l’eftime pour fes Maîtres, à qui il doit le bienfait d’être corrigé de fes vices,& fous la proteGlion- defquels 1l étudie les beaux Arts. Quel eft l'Homme bien élevé qui ne fe rapelle avec un fecret plaifir la mémoire de fon Maitre? à quile fouvenir de ce lieu muet où il a été nourri & enfeigné, ne caufe une fatisfaétion véritable? Vefpafien naquit dans un.petit. Village: des Sabins,& fut élevé fous fon ayeule paternelle. Etant devenu Empereur, il fréquenta fouvent le lien de fon berceau, il voulut qu'on laifsät le Village tel qu’il étoit anciennement, afin que rien ne changeátde ce que fes yeuxétoientaccoutumés d'y voir. Il chérit même fifort la mémoire de fa grand mere, qu'ils'étoit fait une loi de boire dans fa.tafle d'argent les jours de Fête on de cérémonie. O ij 318— Hifforia à profanis Script. Ci.c.1. 2. Cum Cicero natus, vivente avo, in parvà deleg.n. villà, dixiffet Attico, fe eo loco maximé delec^ tari; his verbis refpondit ei Atticus: Ego vero tibi iftam juftem caufam puto, cur huc lubentüs venias, atque hunc locum diligas. Quin ipfe, veré dicam, fum ipfi ville amicior factus, atque huic omni folo in quo tu ortus que es. Movemur enim nefcio quo pa&o locis ipfis, in quibus eorum, quos diligimus aut admiramur, adíunt veftigia. Me quidem ipfæ ille noftre Athene non tam deleGant operibus magnificis, quàm recordatione fummorum virorum, ubi quifque habitare, ubi federe, ubi difputare fit folitus: ftudioséque eorum etiam fepulchra contemplor. Quare ilum, ubi tu es natus, plus amabo pofthac locum. 3. Præceptorum& medicorum. magna charias, magna reverentia fit. Ne dicas nihil quiduam his debere te, nifi mercedulam. Nam primb quedam pluris funt quàm emuntur. Emis - edico rem ineflimabilem, vitam ac valetu: à bonarum artium praeceptore, fludia Hberalia& animi cultum. Itaque his non rei pretium— folvitur, fed laboris, quód deferviunt, quód à rebus fuis avocati nobis vacant. Deinde& medicus& preceptor fepe in amicum tranfeunt,& nos non tam arte, quam vendunt, óbligant, quàm benignâ& familiari voluntate. Hoc chm fa&um eft tam medico.quàm præceptori pretium opera folvitur, animi femper debetur. Hifloires des Auteurs profanes. 3x9 II. Ciceron né du vivant de fon grand-pere dans une petite maifon de Campagne, ayant écrità Atticus qu’il fe plaifoit infiniment en cet endroit, Átticus lui répondit en ces termes: » Pour moi, je trouve que vous avez une bonne » raifon pour chérir ce lieu,& y aller plus volon» tiers qu'en tout autre: je vous avouerai bien » plus que je fuis devenu moi-méme plus amou»reux de cette Cabane& du paysoù elle eft fituéz, » depuis que je fais que vous y avez pris naif» fance, car il y a quelque chofe que Je ne fau-: » rois définir, qui nous attache fur-tout à ces » Lieux où nous voyons des traces de ceux que » nous aimons, ou qui ont gagné notre eflime. » Athènes ne me flate pas tant par fes richeffes& » fuperbés Bâtiments, que je goûte de plaifir à me » rappeller les endroits ou tantde grands Hommes » ont demeuré, où les uns s'affeyoient ordinai» rement pour juger, où les autres avoient cou»tume de difputer: je me fais un grand plaifir » d'examiner leurs Tombeaux. C'eft pourquoi je » chérirai plus que jamais l'endroit où vous êtes » né.; III. Hl faut avoir une grande affection& un grand refpe& pour les Médecins& les Maîtres. Ne dites pas que vous ne leur devez rien de plus qu'une légere récompenfe. Car en premier heu, il y acertaines chofes qui font d'un prix trop haut pour être achetées. Un Médecin, par exemple, vous rend la vie& la fanté; un Maitre vous enfeignelesbeaux Arts& forme votreefprit; ce fontlà des chofes-ineftimables,& qu'on ne peut acheter ce qu’elles valent. Vous ne payez donc pas la - valeur de ces chofes en elles-mêmes, mais fimplement la peine qu’on a de vous fervir ,& de quitter fes affaires pour vaquer aux vôtres. En fecond lieu ,un Médecin& un Maître fe transforment fouvent en amis,& nous obligent autant par leur intention. bienfaifante, que par leurs . iv. sauflé.$. Alexander- magnus elequentia ifloriæ à profanis Séript. imis artibus que vitàm confervant a int, qui nihil fe plus exiftimat debere, quàm pepigit,ingratus efl. 4 Con Pythagoras accepiffet Pherecydem; 15 preceptor£ as Tai P in inf u ila De! 9 ser 'otare; conf feftim ex Italia in infulam navigavit: ubi clim aliquandiu feni fomenta adhibuiffet ftudiosè, nihilque-omififfet, quod ad priftinam valetudinem eum revocaret; tandem feneQute& morbi vi faperatum fedulb fepeliit:& poftquam ei, tanquam patri filius, jufta perfolvit, rutíus in Italia: zeverfus eft. vif ad LITE & -Valer.lévfus erat Anaximene La 7.3:“poftmodum Lampfaco diruere ftatuerat Ale: Dari adversüm fe ftetffet “Anäiximenemè muris nec dubitans quin venir p triâ, per Deos juravit fe non fat ile petiffet. Quo audita, caHidu gem rogavit., ut Lampfacum dirueret.- Juris jurandi religione ta&us Alexander,& catus piâ praeceptoris quondam fui-folertià ad ferVàndám patriam., Lampfacenis' delicti gratiam fecit. Stagiram quoque urbem; à Philippo patre " dirutam, refüituiffe dicitur, exoratus precibus “Ariflotelis; ejus urbis civis, quem ferè fe fecum habuit, donec poft mortem patris re potitus. in, Afiam tr ajiceret.- P: tr ‘ils nous vend us payons à falaire de fa peine, mais notre coeur n MES jamais la dette qu’il a contra&ée envers eux.. Dans tous les Arts qui tendent, foit à conT erver notre vie, foit à former nos mœurs, quic SR s’imagine ne devoir pas plus que ce. qu'il“eft convenu-de payer, eft un ingrat. IV. CAS) y: ant appris que Phérécydes qui avoit été fon Maitre, étoit dangereufement malade dans l'Hle de D e s'embarqua auffi-tót & fe rendità l Ide, où il fit donner tous les fecours néceffaires à ce vieillard,& ne ménagea rien de ce qui pouvoit lui rétablir fa fanté. Le grand âge enfin ,.& la. violence de la maladie, ayant endu tous-les remedes inutiles> il prit le foin ‘ yant rendu les derniers. voirs, comme fÍi.c'eüt. été fon pere; il. our r fes pas,& repartit pour l'Italie. Alexandre le Grand avoit eu pour Maitre i A Ans ximénes de Lampfaque ,& cela. fut caufe de Ja con ersadon de..cette Ville, e quete Ayant venoit au dev ant.de h ui, oen d tait point G |? r pour fa Pat jn feri muore:'RCe énieux que ien Précep apteur as voit ima giné é pour fauv yens de Lampfaqu L'hiftoire rapport tablit encore la de Stagit e que fon p ippe avoit: ài trois fai olir4 àla. foi licitation d’Ariftote, Citoyen Ville, qu'ilent toujours à fes cótés,& qu'il ne quitta qu'après la mort de fon pere, pour "E m is n Ana ur ENG = zn 322 Hiflorie è profanis Script. ter belli curas non omifit magiftrum venerati; crebróque per litteras compellavit, ut ab eo & difciplinarum fublimium. arcana& morum. pr&cepta acciperet, "n Q.Cu:. Cüm Tyri obfidio non pro fpe Alexandri E43: procederet;. ne isgnite r adf idere uni urbi videretur, operi. Perdiccam Craterumque praipfe cum crpoliin manu Afabiam petite magnum in peric culum venit propier padagum fuum Ly fimachum, qui comitari eur luerat, jaQans fe neque animo inferiorem 1 effe, neque atate graviorem Phoenice, olim 1! Achilis primüm educatore, deinde ed bella | mite. Nam. ubi ad montana ventum eft,&, il equis, iter pedibus faciendum fuit 5. ingruente& hoftibus circà ac defeffum. fenem mit: fed& verbis excita-ulo corporis fui, adjuvit; ita ut ab enu iti. apa, qui longius proceflerat, diftiaQus, no&em egerit in tenebris,& acri: "s der nocte Zaër. in 6. Anaxa agoras Clazomenius non modó genelitate& opibus, verum etiam animi fnit. ls ut rerum naturaeR fium, contem,-latioÆnasa. ris nobi magnitudine, fuis M e privatæ ei narum Hiffoires des Auteurs profan 323 aîler en Âfie prendre poífeff on de l’i np re qu 2 lui avoit laiffé. Il ne ceffa point de donner à fon Maître des marques de ref? ied, au milieu méme des embarras& des fatigues militaires. 1l entretenoit avec lui un commerce de Lettres, pour s'inftruire des m yfteres des Sciences élevées, 8e pour en recevoir des préceptes pour bien vivre. Le Siége de Tyr ne reuffiffant pas au gré d'Alexandre,& ne voulant point demeurer aux pieds d'une Ville feule fans rien faire, il remit le foin de cetteentreprife à Perdicas& à Cratere,& pour lui il fe rendit en-Arabie avec un camp volant. Il s'y expofa à un grand danger enfaveur de Lyfimaque fon Maître qui avoit voulu le fuivre ,fe vantant de n'avoir pas moins‘de forces,& de n'étre pasplus caffé de v ieilleffe que Phoenix, qui avoit d’abord été le Gouverneur: d'Achilles,& enfuite fon Camarade de Guerre. Dés qu'on fut arrivé aux lieux pleins de montagnes,& qu ul fallut mettre pied à terre& marcher, Mess andre ne quitta point ce Vieillard fatigué, à qui es forces manquoient, malgré les: an ochesde la nuit& les effains d‘Ennemis qui vo Inigeoient d de toutes parts. HH fit plus, il l'encouragea pars es difcours, le foulagea en ide foutenant de fon corps, de 1 forte-qu’étant écarté de fon Armée qui avoit pris {. les devants j"n paffa la nuit au milieu des ténébres, de laneige,& dans des endroits efcarpés: Vi. Anaxagores de Clazomenes ne fut pas feulemen at illuftre par la Beiefie& l’opulence de fa famille, mais auifi par fa grandeur d'ame. Pour fe livrerentierement à la contemplation des chofes naturelles, mais fur-tout des chofes céleftes, il abandonna de fon plein gré tout fon patrimoine à fes parents,& fans fe mettre en peine des intérêts publics; nidesfiens propres, ilfe retira à Athènes, où les fcienses ont pris leur origine& fe cultiparticulierement quem toute autre "uu das demandant pourquoi n" | PE 324 Hier: fümma» eft. Pericles rerum mo ueletoqu eris ids fanis Stript eo Athen fie dh; a «les, adv Oravit cum coníervare gerendà. c ab ore velar lucernæ nf opus, Anax çurà Peric Job t5 mortuum educatorem sen Ro; aulici miniftri| revocarent "' elaratione.: Pennine. id, Antoninus Pius, ut. homo: fit . philofo plua vel. imperium. tollit af Mure 7 Dis-aceepium: refero: pris ha M Aure lius P467: Yinperator-,. quod» bonas:; quód ills mare ev peieres videbant:: i Hiffoires des: Auteurs profanes, 323 témoig End une auff gra ande indifférence pour{a Patrie: J'ai, dit-il, en élevant un doigt vers] Ciel, autant de fin qu'on en puife evoir de ma pe ie. Periclés, Général des Athéniens, ayant recu de luiles premiers élémens des connoiffances liefen eut une ame grande& él évée, une iere de parler fublime,& aida de. fes biens mbre infini-de pauvres. Il arriva néanmoins ericlès diftrait par une foule d'occupations ny^, paroiffoit avoir oublié Atiaxagores. e Vieillard en fut fi-pénétré de douleur, qu’il s'enveloppa la téte dans fon lit,& réfolut en cet état de fe laiffer-mourir de faim. Cette voue effraya Periclès» quivola fur le champ vers] ui. T employa les prieres& les larmes pour! engager à continuer de: vivre,&à ne lui point enlever fi-tôt un fage& fidele Confie ani Gouvernement de la Ré spublique À:ces paroles, Anaxagores rejettant le voile qui lui couvroit le vifage, lui repartit: O Pa T l'eeux qui ont befoin z^ une["] lampe, ont foin a fournir d'huile. Depuis ce temps,Periclès ca ra particulierement Anaxagores;& comme il étoit accufé d’impiété,& cité même en Jaftiee+ parce-qu’il fémbloit- ne reconnoître qu’un feul Dieu, Periclès fefervit de fon crédit pour le-tirer d’e atre les mains: des Juges, & le fit fortir.de la Ville fain& fauf» it; Marc Aurele, qu üte Empereur, pleurant la mort de fon Gouverae ur, fes Courti(ans: |& fes Officiers l'exhortoient à ne point donner à connoître m«chagrin, raies fui donner des preuves, 326 Hifloriæ 3 profanis Script. rit magiftrorum, qui ad educandos liberos Capitol. effent idonei. mo tantüm honoris magi *;M.Z4n- detulit, ut imagines eorum aureas domi inter £02.06. 3. Lares Î hahere ac fepul um hofti res Deos. haberet, ac fepulera eorum hoiuis & floribus femper honoraret.:: meos ris fuis CAPUT. XLVIH. Praceptor nec kabeat vitia, nec ferat. 1. Optimum erit pueris dari praeceptores de&«; pedagogoíque vitiorum. expertes: eorum € 22, epim, ficut& nutricum, mores pueri ple que referunt. Apud Platonem educatus puer, cüm ad parentes reverfus vociferantem videret Quint, 1, Patrem: Numquam, inquit, hoc apud Platonem £62 audivi. Leo s Alexandri pedagogus imbuit e aiumnum q ufdam vitis, que illum ab inftitutione puerili profecuta funt ufque in regale folium. is magiftris erit tradendus; sinn] Cum puer publi infridi mores oportebit. Hoc c.2.l. eorum inprimis 1 €.2,^ enim in omnibus cum domefticis, tüm pu do&oribus examinandüm quàm dilgent .puto. Itaque parentes, fi non caca& fopita eorum focordia eft, magiftrum eligent fancüffünum quemque( fanétitatis enim. precipua prudentibus viris cura eft)& difciplinam qua opuma fuerit. Plinius,^ Corelliam Hifpullam admonet Plinius, E. 3. Ep. Jem filio Rhetore ere debeat. Cim SERT um ianct 2. $ tem utrüm patrem fufpexerim magis, an amaverim,& te diligam; i, atque etiani enita, ut filius tuus& avo Ob majoribus fim iih»^ A INR Gi [9« f NES Hifloires des Auteurs profanes. 327 je nai point manqué des Précepteurs qui füffznt capables d'élever mes enfants. Bien plus, il porta tant de refpect à fes Maîtres, qu’il avoit leurs reffemblances chez lui parmi les Dieux Lares; qu’il immoloit par honneur des victimes fur leurs Tombeaux,& y répandoit des fleurs. CHAPITRE XLVIL Un Précepteur me doit point avoir de vices, ni en fouffrir. T. C'eft un foin effentiel de donner aux enfants des Maitres& des Gouverneurs exempts de vices; car fouvent ils deviennent leurs imitateurs, comme ilslefont des habitudes de leurs Nourrices. Un enfant élevé chez Platon, étant de retour à: la maifon peternelle,&t voyantfon peres'emportcr en parol es, dit: Je n'at jamais entendu pareilles: enis chez Platon. Léonidas, Précenteur d’Aleandre, infpira certains défauts À fon Eleve, qui, Sat puis l'éducation. de l'enfance, le fuivirent jutau Trône.; Quand on aura quelque. enfant à confier aux Maîtres publics, il faut fur-tout avoir égard aux mœurs; car c'eít un point à mon avis, qui mérite une at ttention particulie ere dans les Maitres | iliers, C’eft pourquoi les peres& s ne foient d'une négligence cheificont un“Ma aître pour fon fils: Pen autant À in que E att BER. pour votre pere, homme refpe&table parl’intégrité: le{ ite, Y vous aimant partic ulierement* je dois. défirer ,,& même m'intérelfer autant que: Pon pn to «1 | monftrare tibi poffe Julium. Genitorem. V 318^— Hiflorie à profanis Script." éxiftat. lis autem ita demum fimilis adolefcét 3: fi imbutus bonis artibus fuerit, quas plurimiim refert à quo potiffimim accipiat. Adhuc ilum pueritia intra.contubernium tuum tenuit,& domi praeceptores habuit. Jam fludia ejus extra limen proferenda‘fünt-: jam cireumfpiciendus Rhetor Latinus, cujus fcholæ feveritas, pudor inprimis,& caftitas, conftet. Videor ego deemendatus& gravis: paulo etiam Horricior & durior ut in hàc licentià- temporum. Nihil ex hoc vifo filius tuus audiet, nifi profuturum: nihil difcet, qnod nefciffe re&ius fuerit. Nec minis fepe ab illo quàm à te meque admoneBitur, quàm majorum gloriam ac famam{uf-. tmendam habeat. Proinde, faventibus Diis, trade eum præceptori, à quo mores primum ,, mox eloquentiam. difcat: qua mal? fine moribus difeitur,. 2. Sumat preceptor parentis ergz difcipulos fuos animum; atque exiftimet fuccedere fe 1 locum eorum, à quibus fibi liberi tradunt Ipfe nec babeat vitia, nec ferat. Non tas ejus triftis fit, non diffoluta comitas inde odium, hine contemptus oratur. Fi mus ei de honefto& bono fit fermo: fæpits monuerit; hoc rarius caftigabit. Minime iracundus fit, nec tamen eorum, qu& emendanda erunt., difimulator. Orbilius Pupillus Beneven profeflus in pau, quinquagefm o j --(va 7 Uu Ld d Hifloires des Auteurs profanes.— 329 je le puits à ce'que votre fils devienne fembl able àfon ayeul& à fes ancêtres. Oril ne pourra leur reffembler à mefure qu’il croîtra en âge, qu’en fe formant dans les Belles Lettres;& i let d une extrême confequence e de prendre gard de qui les lui enfeignera. Son bas âge la retenu ju fqu’aujourd'hui renfermé dans votre máifon, où il à eu des Précepteurs particuliers; il s'agit aQtuellement de le faire étudier au dehors. Il faut donc tourner la vacdetous côtés pourdécóuvriranRhéte eur Latin; dont la fêvere difcipline; mais fur-tout l'innocence& la chafteté» foient- connues. Il me femble que je peux vous‘adreffer à Julius Genitor: c’eft un homme de-poids& fans-défauts: peut être un peu trop dur.& trop auflere; fi l'on s'en rapporte au u déréglenient dece-Siècle. Il n’entendra rien que d'utile& d'édifiant de fa bouche; il n° apprendra tien qu’il vaudroit mieux pourlui n'avoir jamais fcu; il‘lui remettra devant les yeux ani fouvent que vous& moi lagloire& la réputation de fes Ancêtres, qu’il doit foutenir. C'eft pour-quoi mettez-le, avec le xoi Dieux ,entre les mains d'un Précepteur: qui lui apprenne d’abord à biem vivre, anfutteà à bien paler; cat l’un ne. s'apprend jamais bien fans l'autre; IL. Un Maitre doit prendre-à l'égard dé fon Difciple 4a sendet d'un pere,& fe perfuader qu'il entre en la place des parents-qui lui confient leurs enfants: il doit é être fans vices,& n’en point fupporter. Sa févérité ne. doit point-être amere; ni fa douceur: trop libre; de peur quel'un n'engendre la haine,& l’autrele mépris; 3 qu'il entretienne-fouvent.fon Eleve de ce qui. eft bon& honnête; car plus il ufera deremontrances, plus il rendra le châtime nt rare: quil ne fe laiffe point aller à la colere; mais qu'il; ne paffe pourtant rien de tout ce qui mérite corre&ion.Orbilius-Pupille de Benevent? aprés avoir profellé long-tems les Humanités dans fa Patrie, Clem. 16, 17. Horat.2. l Epift.1. Sen.2.de C. "es 339 Hifloriæ à profanis Script. anno Romam, Confule Cicerone, tranfiit; dos cuitque majore famê, gm emolumento: nam fenex& pauper habitabat fub teguli. Fuit nature aceto in dií Vh und de Horatius, qui puer eo magiftro ufus erat, illum plagofum appellat. 3.-Peffimus pater| videbitur, qui affiduis plagis liberos etiam ex leviffimis caufis compeícet. Uter autem praeceptor liberalibus artibus, quas docet, dignior eft, qui excarnificat difcipulos, fi memoria illis non conftiterit, aut fi. parüm agil is in legendo oculus hæreat: an qui monitionibus& verecundiâ mavult emendare? Numquid æquum eft, gravius& duriüs homini imperari, quàm imperatur animalibus mutis:? Atqui domandi peritus artifex‘mon equum crebris verberibus exterret:fiet enim formidolofus & contumax, nif eum ta&u blandiente permulferit. Nullam animal morofius eft, nullum majore arte tradtandum, q: iàm homo: nulli magis parcendum. Quid-enim flultius, quàm alive stis jumenta& canes erubefcere iram exercere, homineín autem peffimà conditione cffe fub homine? Morbis corporis medemur, nec irafcimur: fui animo morbi funt, qui. defiderant medentem minimè infeflum aegro. Ille cui aliorum credita falus& cura eft, cum eorum vitiis luctetur 5& refiffat. Quibuídam morbum(uum exprobret, quofdam mollis curet: ad graviora remedia ,ubi tantüm neceffe fuerit, confug'ats rt Us y Hifloiris e Auteurs profane 331 vint en fa cir nquantième année à Roms, fous le Confulat de Ciceron,& y enfeigna avec plus de réputation que d fuccès; car étant vieux& pauvre» il habitoit fous des tuiles. Il fut d'une humeur emportée contre fes Ecoliers: c'eft pourquoi Horace, qui l'avoit eu pour Maître, l’ appelle fouetteur. III. Unpere quifur les moindres fojetsemploiera continuellement les coups, pour contenir fes enfants dans leurs devoirs paroitra d'un mauvais naturel. Or quel eft le Maitre plus digne de la Profeffion qu'il excerce, ou de celui qui maltraite en Bourreau les Écoles, fileur mémoire n'eft pas fidelle, ou s'ils font"ndolents à lire, ou de celui qui aime mieux les corriger par avis,& les piquer d’horineur? Eft-il raifonnable de commander avec plus de rigueur& de dureté à l’homme, qu'à des animaux muets,& fans entendement? Un Ecuyer habile à dompter un cheval, ne l'effarouche point par des coups réitérés, car ille rendroit MR E& fantafque, s’il ne l'adouciffoit en le careffant d'une main flateufe. Il. n'y a point d'animal plus bizare, plus difficile à mener, qu'il faille traiter avec plus d'adreffe& de ménagement, que l'homme; car y a-t-il rien. de plus infenfé que de fe fácher, Gc de fe mettre en colere contre des bétes& des chiens? à plus forteraifonla condition d'un homme ne doit pas étre pire que la leur fousunautre homme. Ne remédions-nous pas aux maladies du corps fans nous emporter? L'ame a fes maladies quidemandent un Médecin favorablement difpofé envers fon malade. C'eft à celui à qui l'on confie le foin de la fanté, ou l'éducation d'autrui, à luter contre les vices,& à leur tenir tête. Il ufera de ré»rimande envers l'un, il traitera l'autre plus doucement,& il n'aura recours aux grands ternedes que quand la néceilité l'y forcera. ; 332 Hifloriæ è profanis Script. NS Pudore& liberalitate liberos retinere fatius pg effe credo, quàm metu: didit pater quidam apud Terentium: Quint. 1, 4. Docendi peri '€e6e4«. pum ejus naturan tratandus fit^di. Sunt enim qvidam; nifi in n RU imperia indignantur: quofdam continet metus, quofdam de ebilit at^; aD ahis continuu s aliquid extundit; in aliis plus animi impetus facit. Mihi ille detur puer, quem laus excitet; quem gloria juvet, qui vi&us fleat: hunc mors debit objurgatio, in hoc defidiam- nunquem tus, tradito fibi puero, ingeentis animus int ell fliteris, reni verebor, Cic. t. de iligentifme" videndum eft is qui infiOzat.y tuunt E nos atque erudiunt, quo fua cuems gs te natura maxime ferre videatur. Eft enim, ad calque jaturam accommodanda, quantum cet doGoris inflitutio. G'APUT' XLVIIL Parentum| adverfus: filios. feveritas. Titus Manlius Torquatus, qup perinddi: in patrem fuer:: versus Latinos fque; T. Mat fervero mil itar runique ne quis extra ordmem in] s pugnaret. Fortè inter cæteros turmarum Praffe&tos, qui in diverfas partes mifi erant exp lere '. Manlius Confulis flius cum fuis turmalibu acceffit prope flaticnem Tufculanorum equiad prifco os redigeretur mores: edixeue perfpiciat, ut gud: labor HE floires des Auteurs profanes. 333 ert: ain pere dit dans Terence: Je crois ç qu'il pee: retenir les enfants par les motifs nneur& d'intérét, que par la crainte. V. Un M: aitre v orle dins fon Art, étudiera rd l'efprit& le naturel de l'enfant dont on fiera l'éducatio on, afin de fe mettre aü fait e dont il pourra le traiter; carily a fants qui fereláchent fi vous ne lestanez, d’autres refufent d’ obéir. La crainte en certains, elle en décourage d’autres. Il y en dont on'tire quel que chofe avec.un travail inue!; dans quelques-uns linclnation fait out, Quen me donne un enfant que la louenge aiguillonne, à qui la gloire faffe» plaifir, qui pleure quand il a le detlous, laréprimandé le oies: Je ne crains point qu il fe laiffe aller à la fainéantife. Les perfonnes NR inftruire, d'élever les autres, doivent examiner avec une extrême attention les difpofitions naturelles de. ceux qu’ils. ont fous leur garde: car un Maitre doit prop ortionner m. Leçons, autant qu’il lui eft poffible, au génie différent de chaque: Eleve. CHAPITRE XLVIII, "^em mmo mtn, . o noo d m =. E ouo I mo sn B. 5® E Sévérité des peres a l'égard de leurs enfants: T. Titus-Manlius Torquatus eut autant de(évéritépour fon fils, qu'il eutde condefcendance pour fon pere. Les Romains ayantdéclaré la gue rreaux Latins & aux Tofcans, Titus Manlius Torquatus; & Publius Décius, Confuls, ordonnerent qu’on ebfervereitdanscette guerre. reglefévere,& que la Diícipline militaire feroit ramenée à‘on ancienne vigueur; ils firent même publier un Edit, qui défendoit à aucun Soldat ni Officier de quota avetes defon rang. ll arriva par hazard que par s Commandans qui avoient été détachés pour ial er en différents endroits à la décou-; 334' Hiflorie à profanis Script. tum quibus praeerat Gemenius Metius, vir tum genere tum fais clarus. Is ubi Romanos equites cognovit, infignemque inter eos pracedentem Confulis filium paufufum ab tuis equo prove&us; Visne, inquit, dum illa dies venit, quá Confulares exercitus cum Latinis decertabunt, interea tu ipfe congredi mecum., ut utriufque noflrám eventu cernatur ,quantüm, eques Latinus Romano praflet? Movitferocem animum juvenis feu ira, feu detreGandi certaminis pudor, feu inexfuperalis vix fati. Oblitus itaque imperii patrii, confulumque edidi, ruit in id certamen, in quo haud multèm intererat vinceret-ne ,an vinceretur. Equitibus cæteris, velut ad fpedaculum; utrinque fummotis, Metius& Manlius adverfos concitarunt equos,& cüm infeftis cufpidibus concurriffent, Romanus Tufculanum ex equo excuffum transfixit, fpolifque le&is ad Cic, 1.de turmam fuam réveGus, in caftra ad patrem vefinn23. nit. Tum: Ut me, inquit, omnes tuo.[anguine 62 veré ortum prædicarent, provocatus ab hofte, hac arma ex co cæfo capta attulli. Quod ubfaucivit Conful ,extempló filium averfatus,& patrio amori praeferens rempublicam, cujus interera exercitum in gravifiimo bello animadverfionis metu contineri, milites claffico advocari juffit. Qui poftquam frequentes convenere:» Quan» doquidem, inguit, tu, Tite Manli, neque » imperium confulare, neque majeftatem pa» triam veritus, in hoftem pugnafti;& folvifti, » quanthm in-te fuit, difciplinam militarem, » quà Romana res ftetit ad hanc diem: fos »potius pro noftro delido ple&i oportet, » quàm rempublicam luere peccata nofira Y Hifloires des Auteursprofanes.— 33 5 verte, Titus Manlius, fils du Conful, fe trouva près d'un Corps de Garde de Cavaliers Tofcans, commandés par Germinius Metius, homme illuftre par fa naiffance& par fes belles aCtions. Metius ayant reconnu les Cavaliers Romains,& le fils du Conful à leur tête, s'écarta quelques pas de fa lroupe,& lui dit: Voulez-vous, en attendant le jour que les Armées des Confuls combattront avec les Latins, vous battre avec moi, afin que felon le Succès de notre duel, on puiffe juger de combien un Cavalier Latin l'emporte fur un Romain? Soit animofité, foit la honte de refufer le combat, foit peut-être la force infurmontable du deftin, cette propofition toucha le fier courage du jeune homme. Oubliant donc,& l'ordre de fon pere,& l'Edit des Confuls, il fe livre témérairement à un combat dont il importoit peu qu'ilfortit vidorieux ou vaincu. La Cavalerie s'étant rangée en haie de part& d'aitte, comme pour affifler à un fpe&acle, Metius& Manlius piquerent leurs chevaux en avant,& pouflerent leurs lances, tête baiffée, l’un contre l’autre. Le Romain perça d'outre en outre le T'ofcan, qu’il précipita de fon cheval,& ayant ramaflé fes dépouilles, il vint rejoindre fon Corps,& fe rendit au Camp de fon pere. Afin de convaincre tout l'Univers, lui dit-il en l'abordant, que je fuis réellement votre fils, j'ai accepté le défi que m'a fait mon Ennemi y& l’ayant tué, voilà fes armes, que j'ai apportées pour preuve de ma: villoire.. Le Coníul entendant ce difcours, tourna fur le champ le dos à fon fils, préférant lesintéréts de la République à la tendreffe paternelle, qui demandoient que dans une guerre de cette importance on contint les Soldats dans leurs devoirs par la crainte du châtiment, il fit affembler l'armée au fon des trompettes. Dès que les Troupes furent réunies: Puifgue, Tise- Manlius, dit-il à fon fils; fans refpeéter ni l'autorité corD Plut, Apoph. “336 Hifloriæ€ profanis Script, » magno íno damno.1, lor, deliga-æd » palume "Exanimati-omnes tam atroci imperio,& quafi diftri&am in fe cernentes fecurim, metu magis, quam modeftià, quievere. Poftquam cervice cæsâ fufus eft cruor. ,- cum libero conqueflu coorte voces funt: ita ut neque lamentis. neque execrationibus parceretur. Deinde fpolis contedum juvenis corpus, à militibus rematum eft, ftru&o extra vallum rogo. * Fecit atrocitas pœnæ de Manlio fumptæ ôbedientiorem duci militem,& ea feveritas ad felicem belli exitum profuit. Cum T. Manlius Conful ve vi&or rediit, ei venienti feniores tanthm obviàm exierunt: juventus& tunc& omni-deinde.vità averfata eum execrataque eft. Viguit quoque plurimim apud’ Lacedæmonios‘difciphna militaris, Ita que chm in acie quidam Lacon ftridtum enfem jam effet in hoftem infixurus, audito figno quod. canebat receptni, non infxit. Iterrogatus deinde, Cf hoftem, quem in poteftate habel bat, non occidiffet: Quoni am, inquit, melius efl parere impeatori, quam hoftem occidere. 2. Cim Macedonum legati Romam venitéent con queftum de- Silano Manlü T Torquati po- ras art «nbi MÀ— Hiffoires des Auteurs profanes. 3 fulaire, ni la puiffance paternelle, vous avez combattu contre, l'Ennemi,& que vous avez violé autant qu'il a étéen vous. la difcipline militaire, dont l'exaéle obfervance à maintenu qu'à ce jour l’Empire Romain, il eff plus à prope que vous Soyez i puni de votre faute 5 quc faire ff la Républ ique y fi elle refloit impunie. Va, Liceur, attache- le au poteau. Tous les Soldats glacés d'épouvan te d'entendre un ordre fi cruel,& comme s'il Is euffent vu la háche fufpendue fur leurs têtes, n'oferent fe révolter, plutôt par frayeur q ue par modération; mais dès qu'on eut vu le fang couler, on entendit une multitude de voix conf i ouvertement,&? les inarications de ce jeune Hé ils le brûlerent dans ig ice exercé contre Manlius, br'k rendit le Soldat plus foumis à fon Général,& cette févérité contribua beaucoup à l’heureufe . Lorfque"Titus-Manliu retourna vi& ins Rome, iln"y eut que les vieillards-q ent à fa rencontre; mais la Jeuneffe concut dés lors pour lui une extrême averfion,& la conferva. tant que Manlius vécu La difc ipline militaire ne fut pas moins en réuffite dec £ vigueur chez les Lacédémonie ens; car uni Soldat qui auroit eu dans une Bataille l'épée en l'air, pr et à p percer fon Eenemi,s silente ndoit fon ner la Ennemi, eden de le faire: C'efl, di mieux obéir à fon‘Gén 11. Des Députés Mack venus à Ron ne pour s'y pla ündre de Sila us, sde M Torquatus, parce quil avoit , pa ce qu o vaut de tue fon Ennemi. 2; x sas 338 Hifforie è profanis Script. Livius, tet, avitæ feveritatis heres, petit à Patribus Epif/54. Confcriptis, ne quid de eà re fjatuerent, ante” quàm ipfe infpexiffet Macedonum& filii fui caufam. Id à Senatu libenter conceffum eft viro fumme dignitatis, ut pote Confulari,& juris civilis peritiffimo. Itaque inflitutà domi cogni-| tione caufa, folus per totum biduum vacavit utrique parti audienda, ac tertio die pronuncavit: Filium fuum videri non talem füiffé in | Provinciá? quales. ejus majores f iffent. Et in| | confpe&um fuum deinceps venire vetuit. Tan| | trifii patris judicio perculfus Silanus ,' lucem| ulterits intueri non fuflinuit,& proximâ note | vitam fufpendio finivit. Peregerat"Torquatus | fever& religiofi judicis partes, fatisfatum | erat reipublicæ, habebat ultionem Macedonia:| at nondum eratinflexus patris rigor. Igitur ne| que filii exequiis interfuit, ut patribus mos| erat apud Romanos;& eo ipfo die, quo funus | ejus ducebatur, aures, ut folebat, volentibus confulere fe de jure accommodavit. 3. Ut Torquatus fuerat feverus in coërcen-| dà filii avarità, fic fuit Scaurus in puniencá D C filii fui ignávià. Nam cüm apud Athefim flu. 1-. ex T vium à Cimbris Romani equites puli, Romam pavidi repeterent, deferto Proconfule Q. Catulo; mifit Scaurus qui filio illius confterna-[| tionis participi dicerent:» Se libentiùs occur» furum ejus in acie interfeCli offibus, quàm » vifurum reducem, reum tam deformis fu|» gæ: itaque confpe&um irati patris degeneri |» filio vitandum effe, fi quid verecundie fu-| » pereffet.« Quo nuncio accepto, juvenis|: adversis femetipfum convertit gladium, quo in hoftes ufus non fuerat,& fibi mortem conícivit. Lorum )G dte oca Hiffoires des Auteurs profanes, 339 Province pendant fa Préture, le pere, héritier de la févérité de fes ayeuxs pria les Sénateurs de ne rien décider avant qu’il eût examiné la caufe des Macédoniens& de fon fils. Le Sénat accorda volontiers cette demande à un homme d'un rang auffi élevé, qui avoit paffé par le Confulat,& qui étoit profondément veríé dans le Droit Civil. Ayant donc travaillé chez lui à l'examen de cette affaire, il employa deux jours entiers à entendre feullesdeux Parties,& prononça le troifiéiniejour cette Sentence: Que fon fils ne lui paroilloit pas s'être comporté dans la Province avec autant d'intégrité que(es Ancêtres;& il le bannit de fa préfence. Silanus frappé d’une condamnation fi fâcheufe de la part d’un pere, ne put vivre plus long-temps,& la nuit d’après fe pendit. Torquatus avoit rempli le devoir d'un Juge févere& religieux: la République étoit fatisfaite par fa. décifion, la Macédoine étoit vengée par la mort du coupable; mais la févérité paternelle n'étoit pas encore appaifée. Il n’affifta point aux funés failles de fon fils, comme c’étoit la coutume deg peres chez les Romains;& il donna mémá audience à ceux qui venoient le confulter fur les matieres de Droit, le jour qu'on l'enterra. III. Autant que Torquatus fut févere à réprimer lavarice de fon fils, autant Scaurus le fut à châtier la làcheté du fien: car la Cavalerie Romaine repouffée par les Cimbres près le Flauve Adèfe, ayant abandonné le Proconful QuintusCatulus,& pris la fuite en tremblant vers Rome, Scaurus envoya des gens dire à fon fils qui avoit art à ce défordre: Qu’il auroit vu avec plus de fatisfaition fon corps étendu fur le Champ de Bataill:, que de le voir revenir complice d'une fuite auff honteufe; qu'’ainft ce fils indigne devoir éviter la préfence d'un pere irrité, s'il avoit encore quelque refle de honte. Le jeune homme ayant appris cette nouvelle, tourna ortis i cage ung y vn Vale,_ 4- Non intra. verborum caftigat ionem het idi.. Fulvius, vir Senatorii ordinis. Nam cun lius ejus pravo confilio in. caftra Catil line rueret, ilum& medio itinere retractun mortis affecit, prefatus:» Non fe E T » eum Catiline adversus patriam, fed patrie » adversis Catilinam.« adus feptem Careum Q verbis ca Ce lia. fuadenti; pues s ili, dn neque ille"auftulurer utire fortb in eam ionem is Perfarum fingulas i erant, ad Jus dii cendum,& propterea aliquando Oculi regis ^. vocabantur. Tum vero Rhe coces filium com| prehendit,& manibus poft tergum ligatis ad | judices traxit: quibus cum enumerafiet que il fuerant ab illo audacter& imp perpetrata, | poflulavit ut contumacie& i tatis poe| nas morte lueret. Tam inufitatà versus. filum pofiulatione obftupefadi judices, à fententià-ferendà abflinuere,& utrumque ad regem Perfarum Artaxerxem deduil xerunt. 1 yep. ui | Ut ftetit in confpe&u Artaxerxis |& eadem, que priüs, adversus fil | queftus e eft> ac poftal avit:» Er |» rex, tu oculis tuis videre mori l,» foflinebis prise? Maxime, » quoniam in rto LH que hacoces; in conone, inquit em filium actuçarum ito, nihil fl» omnino farris ex‘eo mater irépremant au-d s de nouves rl'oreilleaux f: {on nere reproches. Les Commiffaires qui par Roi avoient coutume de parcourir les pour y rendre la juftice,€& qui pour n tefois nommés les Feux du‘Roi, 3 Pays de Rhacocès. ii fe & le traîna les mains liées derriere es mauv & aprés leur avoir ions& les impertiqu’‘il avoit faites, il demanda qu'on lui fit jar la mort les peines dues à fa méchanceté e effronterie. Les Jugesi interdits d’ ente ndn lab zent, mom Bin # ou quand jy'arraci jetons amers‘qu'elle produit, i iij. dlaitue les re de le reprendre a avec douceur,& de faifit auffi- dulcior evad Pariter& ego, Ô idero Rc iberi ab pere€ eum, ie& dor es nmn cum m&is ais unà fibes vivam.« Qaibus audiollaudatum quidem Rhacocem :s federe juifit, ita allocuentes aderant:» Qui tam de fuis ipfius liberis fententiam prontiat, omnino etiam adversus 208 dilierit& incorruptus judex.« Adolefvero præfenti poœnâ E RR, gramortis genus interminatus ei, fi eprehenfus effet patrare fimilia præ" | l€. N.- ias Lacedaemoniorum dux, elatus | pos. in v sartà de Mardonio apud Plateas, nea fat hs patriam confilia inierat. Eum cüm juffiffen: Ephori, it: unde ne exire di eamque, i ie ad introitum i lum filium. Com dcinde Pa tenias us A temp>lo clans effet i conglo "E o. siam turpi morte: maculay it. —"3€ a. se — PM" i mae Lucus …S Hifloires des Auteurs profanes. 343 reffent aucun mal, Ma is elle n'en fait que croître € fleurir davantage: il en efl de même à mon égard. Seigneur, quand j'aurai vu périr& met tr hors d'état de nuire celui qui porte un préju confidérable à ma maifon& sf freres, me aires n'en iront que mieux,& je joninai. d d'un fort Brunei avec le ee de mn fo am ville. Art axerxes ra RE un Juge exa&& incor: ruptible à l'égard des autres. Le Roi garantit pour cette fois le jeu homme du fupplice,& le menaça d'un genre de mort très-affreux, s'il étoit furpris dans la fuite commettant des actions femblables aux paflés. VI. Paufanias, Général des Lacédémoniens, enflé de la vi&oire quil avoit remportée fur Mardonius aux Champs de Platée, avoit formé des complots odieux contre fa Patrie. Les Ephores ayant ordonné qu'on le pri» il fe réfugia ans la Chapelle de Minerve: afin qu’il n’en pût fortir, ils en firent auff tôt boucher la porte,& démolir le toit, pour qu"ll mourüt plus promptement, expofé aux injures de l'air. On dit que la mere de Paufanias, qui vivoit encore en ce temps, ayant appris le e crime de fon fils, vint ap porter une pierre à l'entrée de ce Temple pour y enfermer. A peine leut-ton retiré quelque temps après, qu’il rendit auffi-tôt le dernier foupir: c'eft ainfi qu’il ternit par une mort honteufe toute la gloire que fon courage guerrier lui avoit acquife. [s [n] oria e profants eft opf pidum S C 5s civitatis fi Venatufii enait defiliit, filiumque hortatus eft, o protinus fe. in urb em rec n1 pes pais:: neque pater riculum ef fugere, projecto certan f Itaque cüm alter alterum flens oraret, S ambo inter fe certarent, paterno amore in filium bo eum flit pietate in patrem, interim. latrones utrumque affecuti confoderunt. nt l » Zaleucus apud Locrenfes.legem- tulerat; ut S deer oculi effoderentur. Cujus flagiti cüm pauló póft convi&us fuiffet ipfius filius, :m ex paterna lege daturus erat. Tota neceffitatem pao: remitti adolefcenti ratiam& h iis ibus fae à 7 o,ut fii teretur. llle tandem preci bus populi"vit fe inter mifericordem patrem& juftum leai( latorem eft partitus:&, ne quod femel fancitum fuerat, irritum fieret. per impunitatem admiff flagitii, unum fibi, alterum filio, oculum eruit. Hiffoires des Auteurs profanes, 348; CHAPITRE XILIX. Amour des Peres pour leurs Enfants. L H y avoit à Murgence, Ville de la Sicile; un homme qui y tenoit le premier rang par fa fortune& fon crédit, farnommé Candale. Etant forti pour aller chaffer,& fevoyantfur le point de tomber entre les mains des Voleurs, il gagna pied du côté de la Ville. Son pere Gorgus montéà cheval, fe trouva par hazard à fa rencontre; auffitôt il mit pied à terre, engagea fon fils à prendre fon cheval,& à fe fauver promptement dans la. Ville; mais le fils ne voulut jamais préférer fa vie à:celle de fon pere,& le pere de fon côté ne: voulut point éviter le péril, enabandonnant fon+ fils à une mort certaine. C’eft pourquoi pen-— dant que l'un& l'autre fe prioient mutuellement,. attoient entr'eux: la tendrefle paternelle« ant avec le refpeCt& l'amour. filial, le: leursarriverent fur ces enttefaites.,& les pere coups. TI. Zaleucus chez les Locriens'avoit porté une Loi qui condamnaoit un adultere à avoirles deux yeux creyés, Son fils quelque fupplice en; l’auteur. Tonte «D> MÀ rz C dq ES t Hiflorie à profanis Script 3. Dia Mord Rhodius tres filios adolefcentes buit, unum kerum pancratiaftertium| jue omnes vidit M 4. Ubi accepta ad Trafimenum lacum clades ma audita eft, varias in curas dif] i rum animi fuer i interfuerant: fuorum fortun mere deber quot fequenti quim virorum()periens aur fuorum al quem,; aut nu mim de his: circumfundebanturque obviis multa fcifcitantes, neque avelli ab illis j bo FLAME M ul ordine omnia inquif: nt. Inde varios vultus cerneres, ut cuique aut lata aut triftia nune ciabantur. Feminarum precipué gaudia infignia erant,& luüus. Ferunt unam, fofpite filio repent in ipfà urbis portà oblato prater fpem, in confpedu ejus e Expirafis;: alteram, cui mors fili falsd nunciata uerat, m fla fedentern domi, nimio gaudio exanimatam fuiffe ad primr im confpetum redeuntis fiii. .Sic quas dolor non extinxerat, letitia con" : fumpfit. D f» r ——À A Hifloires des Auteurs profanes. 347 IN. Diagores de Rhodes eut trois enfans, qui fe THivrerent dans leur jeuneffe, l'un à l'exercice du Pugilat, l'autre de la Courfe,& le troifiéme de la Lutte: il les vit tous trois remporter le prix,&^ couronner à Olympe le même jour. Ces trois jeunes gens embraffant tendrement leur pere,& lui metzant fur la tête leurs couronnes, le peuple d'un autre côté s'empreffant à le féliciter,& lui jettant des fleurs de toutes parts, il excira fur la place en préfence du Peuple, au milieu des embraffements,& dans les bras de fes enfants. 1V. Dès qu'on eut appris à Rome la fanglante défaite du Lac de Trafiméne, les efprits de ceux dont les proches avoient aflifté à cette déroute, fe trouverent partagés par différents motifs d'iaquiétude. Comme chacun ignoroit le détail de la: Bataille, on ne favoit fi l'on devoit efpérer ou craindre. Le lendemain,& quelques autres jours fuivants, on vit aux portes de la Ville une plus grande multitude de femmes que d'hommes, qui attendoient, ou quelques-uns de leurs parents ou du moins de leurs nouvelles. Elles entou toutes les perfonnes qu'elles rencontroient, leu faifant mille queflions,& on ne pouvoit les en arracher qu’après les avoirinft s par ordre de tous les événements. C'étoit un fpeCtacle curieux de voir les différentes couleurs de vifages, felon qu'on leur annoncoit des nouvelles agréables, ou triftes. Les femmes fur-tont fe faifoient diflinguer par leursdivers mouvemens de joie ou de trifteffe, On rapporte qu'une d'entr'elles ayan contre toute efpérance fon fils fain& f; de joie en fa préfence: qu’une autre à qui fauffsment annoncé la mort de fon fi défefpéroitchez elle,renditl'am i dont elle fe fentit tränfrortée a: fon fils qui étoit de retour: ai rer celles à qui la douleur n'avoi to t c r 5 3Zd June coz Gradus plures ma focietas eft in Maritale 1 eft, ut no jucundifüma, fed etiam utiliffima v€ is iniretur, Ex eà plurima mortalibus adjutoria& prom ugmacula preparata funt. Cum vidus& cultus humanus accurandus effet ,.non in fylvefiribus locis& in in propatulo, ficut feris, fed domi fub tedo: ffarium fuit., alterum à conjn effe foris& fub dio, qui labore& iudi à compararet qua neceff: ana effent rum.intis y qui con opera c diftril itineta& id eft num: mu 2 = buit Hifloires des Auteurs profanes. 349 CHAPITRE. L La Nature a marqué. les devoirs propres: aux: perfonnes mariées. : La fociété-qui eft entre les-hommes a plufieurs.. iS dégrés; le premier conüfte dans: le Mariage... L'union conjugale a été établie par la Nature,. non-feulement afin que la liaifon qui eft entre les Mortels devint plus agréable, mais encore afin qu'elle en tirât de trés-grands avantages. En effet, elle procure aux hommes plüfieurs fecours,.. & une infinité d'aifes; car puifque lesnéceffités& les commodités de la vie ne peuvent fe préparer . au milieu des- Champs& en plein air, il a été cle indifpenfablement néceffaire que l'un fût au dehors, qui pût gagner par fon travail& fon induftrie, dequoi. fournir aux befoins.du corps, tandis que l’autre- renfermé au-dedans. de. la maifon veilleroit à la confervation des biensacquis,& fe chargeroit des autres foins qui. concernent le Ménage. La Nature a donné à l'homme en partage la force pour fouffrir les chaleurs& les froids, la n fatigue des voyages& des navigations,lestravaux ela guerre& de la paix, c'eft-à-dire; des camagnes& des exercices propres à la guerre: mais la femme qu'elle avoit faite incapable de tous loise ial i des affaires o c.^ 5^9 0. e cone yum dom om 350 Hiflorie à profanis Script. CAPUT LI Maritorum amor. in uxores. 1.de Y. Tiberius Gracchus, Romæ Cenfor,& bis v.n.36. Conful, geminos reportavit Riumphes:: majoPs 7. rem tamen ex virtute& fapienti ià gloriam in"y, 1, Yenit- Itaque dignos eft. habitus qui in matri4. c,€, monium acciperet Corneliam, filiam P. Scipionis, à quo devictus m Annibal. Hic, quemadmodum C. Gracchus, filius ejus fcriptum reliquit, duobus anguibus diverfi fexüs in thalamo comprenhenfis, rem prodigii loco habuit, quia augur erat,& convocatos harufpices confuluit. Qui cum refpondiffent: Non«ffe otcidendos ambos angues, non e[fé etiam dimittendos; fed occifo uno, alterum dimittendum: fü marem emififet, uxori celerem. mortem inf re; fi feminam, ipfí: JEquius effe ceníuit fe jam atate prove&um maturam mortem oppere> quàm Corneliam» QUE juvenis effet^ & adhuc patrie dare cives poffet ex alio marto, Îtaque& uxon parcens,& reipublicae confulens, feminam ferpentem emifit: ipfe paucis poft diebus eft mortuus. Marito fuperfles conjux, fic rei familiaris curam geflit, fic liberos inflituit, tantam vite fanGitarem & animi magnitudinem oftendit Bt non: alé vifus fit confaluiffe. Tiberiu 15, qui pro tali muliere voluiffst emo'i. Valer,. Ab hoc mariti in uxorem an fuit Admetus Pheræorum rex, h di E habeatur. Nam cüm à diis monitus. effet, f inAlcoft. ut præfentem mortem effugeret, fi quis reperiretür qui ejus vice mori veilet;; paffus eft jugem sid Alceltim, adhuc integrâ etate florentem, voluntario obitu pro fe defungi. Hifloires des Auteurs profanes.— 351 CAPUT Ll r. Amour des Maris pour leurs Femmes, I. Tiberius Gfacchus, Cenfeurà Rome, jouit deux fois des honneurs du Confulat& du Triomphe: il s’acquit pourtant encore plus de gloire par fa fagefle& fa vertu; c'eft pourquoi il fut jugé digne d’époufer Cornélie, fille de P. Scipion, le Vainqueur d’Annibal. Tibere, fi l'on en croit le rapport defon fils Caius-Gracchus, ayant furpris dans fon lit nuptial deux Serpens dedifférent fexe, regarda la chofe comme un prodige, parce qu'il étoit Augure,& confulta les Devins affemblés pour cela. Ils firent réponfe: Qu'il 2e falloit point tuer les deux Serpens, ni les lácher tous deux, mais quil falloit en tuer un,& laiffer aller l’autre; que s’il lächoit le mâle, une prompte mort menacoit f2 femme; mais que s'illdchoit la femelle, ce feroit lui qui mourroit. lljugea qu'il étoit plus convenable à la nature qu’il mourût, étant déjà fort âgé, que Cornelie qui étoitjeune,& pouvoir encore donner à{a Patrie des Citoyens avec un autre mari; c'eft. pourquoi épargnant la vie de fa femme,& cherchant les intérêts de la République, il laiffa aller le Serpent mâle,& quelques jours après il mourut. Cornélie furvivant à fon mari, conduifit fi fagement fes ires domefliques, éleva fi bien fes enfants, ft voir une telle intégrité de moeurs,& une telle grandeur d'ame, que Tibere fut loué d'avoir facrifié fa vie pour une femme de ce mérite. Admétes, Roi des Phéréens, fut bien éloigné d’avoir un amour pareil pour fa femme, fil'on en croit lesPoétes: car les Dieux l'ayantaverti qu'il échaperoit à la mort prochaine, s'il fe trouvoit quelqu'un qui voulàt mourir enfa place, il fouffrit que fa femme Alceftis fe donnât volontaite P" Paler, nor ibid, Plut in Cat, Valer. 1.4. c.6. 352- Hifloriæ à profanis Script, 2: C. Plautius- morte uxoris audit ità, dolo:; ris impotens, cm jh Gus fuum gl; adio per-a LUI d cuffiffet.; incæp tum: pe ficere eft. prohibitus" intervéntu. fuorum, qui& vulnus obliga- 4 ie JGi runt. At ubi primüm occafio data eit, feiffs fafciis& vulnere divulfo, ex- imis Seer bus animum dolore oppreffum extraxit. PE Ejufdem ut- nominis, ita amoris quoque ( feu potiüs furoris) M. Plautius, cim Taren-| 7 tum clafle appuliffet, atque ibi uxor ejus, qua& maritum illue e an fuerat, morbo decefv fiffet; funeratâ eà atque.in rogum impofità, fiio ferro incubuit. 3. Dicebat Cato major, majorem laudem effe boni mariti; quàm magni Senatoris:& Socratem ilum veterem fibi propterea maxime adspirasioni effe, quod perpetuo placide comiue vixilet cum uxore morofà. [i T CADET LIT Uxorum con[lans: amor- in maritos.: r. Porcia M. Catonis Utic S filia, TOR E apud Phi gu vitium& inter| à cegoniee| de ur k Ir M, turba Sen v wo loires des Auteurs profanes. 3 ment la mort pour lui dans la fleur de fon à Il. Caius Plaute ayant appris là mort de fa femme,& n'étant point Maitre de fa doule æ * g o r,fe donna un coup d'épée dans le fein. Ses amis étant arrivés fur l'heure, l'empécherent d’achever,& banderent-fa bleffure; mais dès qu'il put trouver le moment favorable, il coupa les ligaments, Gt. rouvrant fa plaie, il forca, pour ainfi dire, fon ame accablée de trifleffe à. fortir:de fon- corps. Marcus Plautius qui portoit le même nom,& qui avoit la-même tendreffé; ou plutôt la même paffion pour fa femme, ayant débarqué à T & fa femme, qui l'avoit fuivi;, et ei y étant morte, il fit faire fes fin mife furlebücher,ilfejettafur III. Catonl'Ancen difoit ent qu'il: avoit plus de gloire à être un bon mari, qu'un illuftre Sérateur,& qu’il admireroit le vieux Socrate, principalement parce qu'il avoit toujoursvecu dans une paix, une douceur& une complaifance parfaite, avec. une femme.de-mauvaife humeurs CHAPITRE LII né 1CT Ointe nc ‘Amour conftant des femmes pour leurs maris,. I. Porcia, fille de Marc Caton d'Utique, ayant appris que fon mari avoit été défair& tué dans lés Plaines Philippiques, n'héfita point d'avaler des chatbons ardents, parce qu'on.lui refufoit un poignard qu'elle démandoit pour fe donner la mort. Cette femme iita par. ce nouveau genre de mort la fin courageufe de. fon pere. Porcia ayant appris là tragique mort de fonmari Brutus,& cherchant dans l’excès de fa douléur des armes qu'ónavoit eu foin de fouftraire à fes yeux, dit à fes enfans: Vous ne favez donc pas encore que la mort ne peut fe refufer? je croyois pourtant que. celle de votre pere n'étoit que trop 154 Hifloriæ à profanis Script, Valer. Lac. Ad mortem fortiter ferendam fefe anteaeru=| dierat Porcia. Pridie quàm Cæfarà Bruto cæterifque confciis eft occifus, cultellum tonforium, quafi ungaium refecandorum causä, popofcit, eoque velut fortè à manibus elapfo fe ipfa vulneravit. Clamore ancillarum in cubiculum uxoris vocatus Brutus, objurgare eam ccepit, quàd tonforis officium præripere voluiffet.|] At Porcia ei fecretd dixit: Non«cafu» fed de in-| duflria, hoc mihi vulnus feci, certiffmum amoris erga te mei indicium. Experiri enim volui, an fatis mihi animi futurum efet ad mortem fero quarendam, fi tibi generofum propofitum ex. fenPlut. tentia. parim cefkffet. Dicitur Brutus, his audiin Bruto tis, manus& oculos ad coelum fuftuliffe» Deofque oraffe, ut dignus conjuge Porcià maritus poffet yideri.& le pud 2. Ægrotabat Cæcinna Pætus maritus Arriæ; pa ægrotabat& filius, uterque mortiferè, ut vi- n debatur. Filius deceffit, eximiá pulchritudine, n pari verecundià,& parentibus non minüs ob 2 alia carus, quàm quod filius. erat. Huic illa ita funus paravit, ita duxit exequias, ut ignoraret| fs maritus. Quin imó quoties cubiculum ejus intraret, vivere filium atque etiam meliüs habere fe fimulabat. Ac petfæne interroganti quid f,: MD H 2 ageret puer, refpondebat: Benè quievit libenter cibum fumpfi. Deinde cam diu prohibite lacrymz vincerent prorumperentque, egredie-| batur. Tunc fe dolori dabat. Satiata flendo, « ficcis oculis, compofito vultu, redibat, quafi| eblita orbitatis, e fm Ü Hifloires des Auteurs profanes. 355 (ante pour vous l’apprendre En prononcant paroles, elle avala des charbons ardents: 4/Zer maintenant, continua-t- elle, zroupe importune, cacher toutes vos armes,@ me les refufer. Porcia s'étoit inflruite auparavant poür fupporter courageufement la mort. La Veille du jour que Céfar fut affafiné par Brutus& les autres Conjurés, elle demanda un rafoir, fous prétexte le couper fes ongles,& s’en blefla elle-même, feignant qu'il étoit échappé de fes mains par mégarde. Brutus étant accouru dans la chambre de n Í la réprimander de ce qu'elle avoit voulu empiéter fur les droits du Barbier, mais Porcia lui dit : Ce nef point par hazard, mais c'eft que je me fuis fait cette bleffure, qui eft inconteflable de l'amour que j'ai pout car j'ai voulu éprouver fi j'aurois affez de r ine donner moi-même la mort, en cas que t entreprife ne réufsit pas à votre gré. rutus entendant ces paroles, leva les mari d'une époufe telle que Porcia. na Pætus, mari d’Arria,& fon fils, attaqués d'une maladie mortelle. Le étoit d'une parfaite beauté,& d'une égale que fon pere& fa mere chériffoient ife de fes bonnes qualités, qu'à caufe il étoit leur enfant, mourut. Arria fit préparer onvoi& célébrer fes funérailles, de maniere jue fon mari n'en fçut rien. Bien plus, toutes les fois qu'elle entroit dans fa chambre, elle agiffoit comme s’il eût été vivant,& fe füt mieux porté: comme Pætus lui demandoit très-fouvent comment alloit fon fils, elle répondoit: Z2 a. bien repofé cette nuit, il a mangé de bon appétit, puis lorfque fes larmes, qu’elle retenoit le plus longtemps qu'il lui étoit poffible échappoient malgré elle, elle fortoit& fe livroit à la douleur:raffa tur. Cüm e milites, n bat, daturi quorum eum & quibus. calcietur impetravit. Cond genfque navigi Romam verit,& mori ftatui E düram ad mortem viam,; Potera Diod, Meffalinze E,€i mortis comes efle xcitaret ad morte l ipfa prior peQus fuum per €. vulnere pugionem marito porrigens mortalem.. hane. vocem. edidit.: dolet... — res des du 7 er E eu tre contre Claubraífé fon parti. ammena Pætus à Rome! pour h s. Comme il étoit fut le point ie monter dem le Vailleau; Ania laves qui? y á manger, qui f aalueront& le chai Je lui nnda| moie méme tous ces LER[aas avoir befoin de perfonne. On ne lui a da: elle loua une Ba rque pes Péthour>&. uivit le Vaiffeau. Quand l’Équipage fut arrivé à Rome, défefpérant de la vie de fon mari, elle parut déterminée à ne lui point furvivre; celles qui-la fervoient la garderent de près. Elle s'en apperçut,& leur dit: Ce que vous faites ne fert à rien: vous pouvez a"obliger 4 choifr une mort cruelle, mais pour m'empécher de mourir fe us m'en pouvez venir à bout. En même temps fe précipitant de fon fiége, elle alla fe heurter la téte de toute fa force contre la muraille qui étoit devant elle,& tomba évanouie. Quand elle fut un peu re emife: Ne vous moli pas bien dit, s'adreffant à fes Suivantes, ue ft vous me refufiez un moyen f£ rir, jen jrs Tetris un violent pourtant après la mort de fon: blement, car elle ayoit une ét Meffaline, femme de asd:; Sis e accompagne r fon mari jufqu] eft, pont. l'ani mer à i S Me EE ouxJe fa su elle prononca mortalité: Pætu$, Cette Martial, tib.Ep. 14. Valer l. 4. C. 6. A. Gell. l40.c.18. Cicer.l.3. Tuf. n. 75. Erafr, Apoph, stobæus, Serm. 5. 358 Hiforiæ? profanis Script. Cafta fuo gladium cum traderet Arria Pæto; Quem de viíceribus traxerat ipía fuis: Si qua fides, vulnus quod feci non dolet, inquit; Sed quod tu facies, hoc mihi, Pate, dolet. 3. Gentis Cariæ regina Artemifia virum fuum Maufolum maxime dilexit vivum: quantopere vero defideraverit mortuum, judicare facile eft ex habitis ejus funeri honoribus,& ex ftru&o illi fepulchro tam magnifico, ut inter feptem mundi miracula numeraretur. Præmiis quoque excitavit præftantifliima ætatis fue ingenia ad laudes mortui celebrandas. Sed his magni amoris indicis non contenta, ipfa Maufoli vivum ac fpirans fepulchrum fieri concupivit,& cim ejus cinerem atque offa mixta odoribus contufaque indidiffet aque, ebibit. Aut faltem, ut Ciceroni placet, quamdiu vixit, vixit in lu&u, eodemque etiam confeda contabuit. 4. Marcia Catonis Uticenfis filia cim diutius lugeret maritum, interrogata quem diem luctüs ultimum effet habitura? refpondit, fibi futurum eumdem lu&üs finem,& vite. Et Valeria, Meflalarum foror, rogata, cur, amif'o Servio viro, nulli vellet nubere: Quoniam, inquit y mihi[emper vivit maritus Servius. Phocionis uxor mulieri cuidam aurea& gemmis diíinclas veftes oftentanti, dixit: 24? / mihi fatis fplendidum ornamentum| eft Phocion meus, pauper quidem,, fed wicefimo jam anno Athenienfium dux. d Hifloires des Auteurs profanes.— à$9 La chafte Arrie préfentant à fon mari Pætus le poignard qu’elle venoit de tirer tout fumant de fon fein, lui dit: Si vous m’en croyez, ma bleffure Ne m'a fait aucune douleur; Mais, cher Pætus, je vous le jure, La vôtre me perce le cœur, III. Artémife; Reine de Carie, aima paffione nément fon mari pendant qu’il vivoit;& l’on peut juger aifément par'les derniers honneurs qu'elle lui rendit, par l'élévation de ce Maufolée íi magnifique qui fut compté parmi les fept' Merveilles du Monde, combien elle le regretta après fa mort. Elle employa les récompenfes pour exciter l'émulation des Génies les plus fameux de fon fiécle, qu'elle chargea de chanter les louanges de fon Epoux. Elle voulut elle-méme devenir le tombeau vivant& animé de ce Maufolée,& aprés avoir mêlé fes cendres& fes os pilés avec des parfums dans l'eau, elle la but; ou du moins fuivant le rapport de Ciceron, fa viefutun deuilperpétuel, & accablée du poids de fa douleur, elle en fécha. IV. Marcia, fille de Caton d’Utique, pleurant fon mari trop long-temps, quelqu'un lui demanda quel feroit le dernier jour de fon deuil: Ce fera, répondit-elle, Ze dernier de ma vie. Comme on demandoit auffi à Valeria, fœur des Meffala, pourquoi elle ne vouloit plus fe marier depuis qu'elle avoit perdu fon mari Servius: Ce parce que, dit- elle, il vir toujours pour mor, La femme de Phocion répondit à une certaine Dame qu’ lui vantoit fes robes garnies d’or& de pierreries: Je penfe pour moi que c’eff une parure afex magnifique d'avoir un Phocion, pauvre à la vérité, mais qui depuis vingt ans ef} Général des édthéniens, 360 Hiftoria à profanis Script, CAPUT LIIL Conjugis deletlus ex moribus fiat. 1. Lycurgum quodam percontante cur virgines indotatas nubere lege precepiffet: Ut, inquit, 2eque propter egeftatem aliquæ relinquan-iur innupte, neque aliæ propter divitias expePlaut. lul.fc. Pittace tantur: fed juvenum. quifque mores puellæ fpecz tans, ex virtute eligat. Virgo, dummodo morata re&é veniat, dota: ta eft fatis. Dos eft magna parentum virtus. Dicebat Cleobulus; filias nuptum dari óportere etate virgines, at prudentià mulieres, Unice filie pater Themiftoclem confulebat; utrüm eam pauperi, fed bono viro, collocaret; an locupleti parum probato. Cui is, malo, 4 AU GI + inquit, virum qui pecuniá 11, quam pecuABIQIm, qua vrro. Quo monuit, ut generum, po generi, legeret. 2. Adolefcens‘Pittacum roga rit,.ut doceret; uua fibi? duabus puellis ducenda effet uxor: uas enia offerri dixit, alteram. genere atque opibus parem fibi, alteram utrâque re fibi præitantem. Ille fublato baculo, qu: ætatem admünicnlo utebatur, trivium of quo ludendi causà pueri folerent convetire, eoque juffit illum pergere, ut audiret à pueris id ipfi facere optimum effet. Paruit adolef,& pueros in trivio qudivit invicem dicentes: Tu tibi fume parem. CHAPITRE " jte 5 o Hiffoires des Auteurs profanes.— 361 CHAPITRE Llill Les mœurs doivent fervir de regle dans le choix d’une Femme, T: Quelqu'un demandant à Lycurgue pourquoi il avoit ordonné par la Loi, de marier les filles qui n'avoient point de dot: C’efi afin, dit-il, qu'on ne lai[fe pas certaines filles fans les pourvoir à caufe de leur pauvreté,& qu'on n'en recherche point d’autres à caufe de leurs richeffes: mais afin que les jeunes gens, ayant égard aux mœurs d'une fille, reglent leur choix fur fa vertu. Une fille eft aifez dotée, pourvu qu'elle ait de bonnes mœurs. Je tiens pour riche dot la vertu des Ancétres, Cléobule difoit qu'il falloit marier les filles jeunes par l’âge, mais formées du côté de la prudence. Un pere qui avoit une fille unique, confultoit Thémiftocles, s’il devoit la marier à un homme pauvre, mais de probité, ou à un homme riche, mais peu vertueux. 1l lui répondit: J'aimerois mieux un homme fans argent, que de l'argent fans homme. ll avertit ce pere infenfé par cette réponfe, de choifir plutôt un Gendre, que la fortune d'un Gendre. Il. Un jeune homme pria Pittacus de lui apprendre laquelle il devoit époufer de deux filles qu'on lui préfentoit, dont l’une lui étoit égale,& l'autre fupérieure en naiffance& en bien. Pittacus levant le bâton dontilfefervoit à caufe de fon grandáge, lui montraun Carrefour où les enfants de la Ville avoient coutume de s’affembler pour jouer,& luidit d’yaller,qu'ilapprendroitdesenfants ce qu’il lui faudroit faire. Le jeune homme obéit, & entendit cette troupe d'enfants qui fe difoient les uns aux autres: Prenons chacun notre égal (Ta "Vidc dixit., quod nuptiarum& r fo omniad negligens effet. Nihiltum ThaIE 6 poftperegrinum quemcz ife nuper Athenis adveniffs uid in eà 1 à Thale idit, nifi quod vidillet, cujus Erat quippe 2 nter cives virurbe-abfentis. nabat Solon. $ numen fe mere = it, ut ferebant tute præcellentis, (9) infortunatu m Caterum dic,, bant? Audivi equidem, refpot dit mihi. Hee vante memini: Solon, chips n = [21 ponfiones magis ac magis animo atque anxin fiv j; 5 fato funétus) olonis effe füius| dicello., coepit e e& dicere umridens ur. Quod i ita ef Solon capnt cade se, quae te angunt. Te vero nihil ‘enim omnia. fida funt, on Mile etum veniffet ad Thaletes si FE je^D. FM AA -du plus honnête homme de la Ville,& qui en — Hifoi res des Auteurs prof . Thalès n’avoit| poinsdinclination pour 1 mariage. Sa mere le preffant un jour d de prendr femme, il répondit que la faifon n'étoit pas encore venue. Plufieurs années après le folli citant encore 1s vivement, àl lui die, Seien étantun joural! lès, à premiere chofg qu vil iu d dit ,ce fut d s'ét onnoit co nt il ne s'étoit jamais foucié > ni enfants. Thalès ne luiréponmais quelques jours aprèsil arrivé tout bord r rivé autre chofe que x mort d'un jeune Een» dont toute la Ville accompagnoit le convoi; Car c’étoir, difoit-on, le fils étoit abfent depuis bien du temps. Ah! s'écri Solon, que ce pauvre pere eft à plaindre! D 7oi pourtant, Comment l'appelloit-or 2? del ius repliqua l'Etranger prétendu is fon om m'eft échappé: je:me fouviens ns feulement quon ne ne paré que de fa fagefle& de f lice. Solon., dont la frayeur augmentoit.à chaque réponfe que faifoitl'Etranger,& dont l’ef; egit ju ment inquiet& troublé. hide: Stl’on ne doit point quece jeune homme mort ft le fie Solon. L'Etranger lui En: cela méme, Solon commença par fe fr & à donner toutes les marques ordinaires de la plus vive douleur. Alors Thalès qui étoit préfent lui dit en fouriant:-Voilà les raifons q qui m'ont empéché d'avoir femme& enfants: c"ef pour méPargner ces chagrins q qui vous abbatent me sigrétoute votre grandeur: t nii A l'égard de. cette nouvelle, n'en foyex pas effrayé, car tout ceci n'eft. qu'un pure fiction, Qi Hif orie$ profanis Script, CAPUT LIV. Magna fe fit inter fratres concordia& benevolentia. 364 Élue.de 1. Amicitiæ eorum hominum quos familiarimm tas conjunxit> nihil aliud funt, quàm unibre '..& imagines illius prime, quam natura fratribus erga fratres indidit, charitatis. Hanc qui non colit ftudiosè ac veneratur, an fidem facere cuiquam poteft, fealiis effe benevolum? Cicer. x.— Sanguinis conjun&io devincit charitate ho0ff/c.54- mines." Magnum eft enim eadem habere monumenta majorum, üídem uti facris, fepulchra habere communia. Saluft. Jug.c.10. Quis amicior eft, quàm frater fratri? aut quem alienum fidum invenies, fi tuis hoftis fueris? far.— Silurus Scytharum rex. morti. proximus, afferri fafc iculum haflilium juffit, eumque. ut erat colligatus, dedit confringendum filiis fuis ofogin Cum id quifque fe poffe facere negaffet; ipfe, foluto fafciculo ,fingula haftilia facilà e confregit: ita docens ilics; fi cencordes effent, infuperabiles fore; fi difüderent, in= firmos" futuros. Tul, Plutar. 2. Ego noftrà ætate non minis raram fratrum fa 7^". amicitiam video effe, quàm fuere quondam U^— fratrum inimicitiæ: que quia nature legi adverfabantur, in Tragœdis& theatris publicè fuat exagiratz. Phuanino L. Paulus Ænmnilius üliarum alteram Catonis Ænil, filio in mattimonium dedit, alteram ZElio Tu ut (s E fus fiia rdès rom an ide d Hifloires des Auteurs profanes.— 363 CHAPITRE LIV. Il doit y avoir entre les Freres une grande concorde& une grande affection, I. L’amitié que l'étroite familiarité met entre les hommes, n'eft rien autre chofe que l'ombre& la premiere image de l'affe&ion que la Nature infpire aux freres pour leurs freres. Celui qui n'a pas foin de la cultiver,& qui la viole fans refpe&, peut il engager à croire qu'il ait quelque bienveillance pour les autres? La proximité du fang unit les hommes par une liaifon réciproque: auffi eft ce quelque chofe de bien fort, que de defcendre des mémes Áncétres, de partager la gloire des monuments qu'on leur à dreilés, d'avoir les mêmes Dieux domefliques,& la même fépulture. Quelle amitié doit être plus étroite que celle qui eft entre des freres? Qui trouverez- vous au monde qui vous foit fidellement attaché, fi vous êtes l'ennemi méme de vos proches? Silure, Roi des Scythes, prêt à mourir, fit apporter un paquet de dards,& le donna tel qu’il étoit à fes quatre- vingts enfans pour le rompre. Chacun en particulier après l’avoir effayé, avoua qu'il ne pauvoit en venir à bout, Silure le prit à fon tour, délia le paquet,& brifa chaque dard l’un après l'autre, leur montrant par-là que s'ils étoient toujours unis enfemble, ils feraient invincibles; mais que s'ils fe Íéparoient une fois, ils feroient aifés à vaincre. II. Je m’apperçois que dans notre fiécle l'amitié des freres n'y eft pas moins rare, que les inimitiés entr’eux l'étoient autrefois;& parce qu'elles étoient oppofées à la Loi naturelle on les cenfuroit publiquement dans les Tragédies& fur les Théâtres. Lucius Paul- Emile donna l’une de fes filles en mariage au fils de Caton,& l'autre à Ælius TubeQ ii} Presse, 366 Hifloriæ à profanis: Script. beroni, viro optimo,& qui fortifime pem tatem tulit. Sexdecim erant Æli cum numero fobole>& uxo peranguftis concordi animo habi jus noftre ætatis frat tarchus,. nifi Marii inter fe. fpátii i rint, nifi muris, fluminibus, re xerint patrimonia& rem m. IET, non ceífant à mutuis contentionibus. M. macis etiam ae p de mutuæ benevolentiæ, n: 1æreditatem accedere diri ida, imitantes[ I Ch riclis& Antiochi, qui relitum à à patre poculum argenteum ac veftimen in d part difciffum| Í vent ilum. ercifc r aut difcordiæ inimi des soncordiæ amicitiæque pri EAE re familiari Hg nàmíe, effe, univerfam hær dre> qu talentis& pluris æftimabatur, ei conceffit. Si enim demum Fabius opibus æqualis ipfi erat futurus. Quod fatum chm ab omnibus celebraretur, aliud quoque clarius animi fui f. men dedit. Nam chm Fabius.in funere p gladiatores dare confli tum facilé poffet fu impen f. partem de fuo e verb impenfa non minor tri ON RE LOIFES c fi a patiemment la pauvreté, Il y avoit 2 Ælius, qui tous avec fami: e& leurs femmes, vivoien dans une maifon fort étroit i les fremoins quil n'y v entr'eux, qu’ils & leurs biens Îles, foit par ys entiers. il eft plus foigneux : une Dienvel,e réciproque,& qu'ils ne fe jettent point fur: l'héritage paternel’, comine fur un butin qu’ilsenleveroient à l'Ennemi, imitant le fort mauvais: exemple de Chariclés& d’Anthiochus, qui firent peren deux parts un Vale d’argent&Lune Robe: que leur pere avoit lale& en prirent une chacun.. Îl leur importe donc de bien prendre leursmefures. pour le jour où il fera-queftion- de partager la fucceffion, jour qui ordinairement eft, on l’origine d’un amour& d’une paix éternelle, ou l’époque d'une haine& d'une diffenfion irréconciliable. Après lamortde Paul-Emile, P. Scipion] Emidonna des ^ p lien; héritier avec fon preuves d'un cœur v voyant qu'il avoit moins abandonna l'héritage en ion e foixante talei e 1 eftimé plus d moyen lui devenoit égalenric étoit vantée de toutes parts; mais il:donna une lus éclatante encore de fon bon coeur 5 sant deffein de donner le Spectacle rs aux funérailles de fon pere,& ne nent foutenir cette dépenfe ,Scipion lài en fournit la moitié de fon bien. Or cette dépenfe n'alloit pas moins en ep eus là qu’à d iV 368 Hifloriæ$ profanis Script. folebat effe, fi quis magnifice munus gladiatorium edere vellet. Com Scipionis quoque mater Papiria paulo poft de vità deceffiffet, univerfam hæreditatem conceffit fororibus, tametfi nulla pars bonorum legibus ad eas rediret. Æternam fibi apud pofteros famam paravit Proculeius paterno in fratres animo. Eques Romanus fuit, Augufti amicus. Patre mortuo, patrimonium cum fratribus Murena& Scipione equis partibus diviferat: at illi bello civili bonis omnibus fpoliati funt. Quam calamitatem ut leniret Proculeius, facultates omnes fuas cum fratribus iterüm eft partitus. Unde Horae tüs diit:: HMorat. Comm, 2.04.l.2, Vivet extento Proculeius evo, Notus in fratres animi paterni, Pimar— 4. Opere pretium eft. difceptationem audire P 4". fratrum barbarorum, non de agelli particulà, fo un, non de mancipiis, non de pecore, fed deipfo L.2.c.10, Perfidis regno. Cum Darius Perfarum rex obiffet, certamen de regno ejus ortum eft inter Artemenem maximum natu filiorum ejus, & Xerxem: quod quidem concordi animo detulerunt ad patruum fuum. Artaphernem, velut ad domefticum judicem, Îlle, domi cognitâ causà, Xerxem præpofuit. Porrd adeo fraterna contentio fuit, ut nec vi&or infultaverit, nec vi&dus doluerit; ipfoque litis tempore invicem doma miferint. Jucunda quoque inter fe& fida convivia habuerunt;& judicium fine ullo convicio fuit. Ádeo tum fratres moderantiüs inter fe maxima imperia dividebant, quàm nunc exigua patrimonia partiuntur. Hiftoires des Auteurs profanes.— 36 trente talents, quand on vouloit faire Jes chofes avec magnificence. Papiria, mere de Scipion, étant morte quelque temps après, il laiffa toute fa eS teen fes fœurs, quoiqu'elles ne puffent y prétendre aucune part fuivant les Loix. Proculéiuss'eft acquis une réputationimmortelle chez la Poftérité, par fa tendreffe paternelle envers fes freres. Il fut Chevalier Romain, ami d'Auguíle. Après la mort de fon pere ,il avoit partagé également l'héritage avec fes freres Muréna& Scipion; mais ils furent. totalement dépouillés parla Guerre civile. Proculéius pour les foulager dans leur malheur, partagea une feconde fois tous fes biens avec fes freres; c'eft ce quia fait dire à Horace: De l'amour fraternel le modele vanté, Protuléius vivra dans la Poférité, TV. Het bon d'entendrela conteftation de deux freres étrangers, non fur une légere portion de Champ, fur des Efclaves, ou fur des Troupeaux, mais fur la Couronne de Perfe. Darius, Roi des Perfans, étant décédé, il s'éleva une difpute entre Artaménès l'ainé de fes enfans,& Xerxés, à qui auroit l'Empire. Ils s'en rapporterent tous deux d'un commun accord à leur Oncle Artapherne, comme à leur Juge domeflique. S'étant éclairci du différent chez lui, il donna la Couronne à Xerxes, Cette querelle fe vuida ainfi avec une telle fraternité, que le vidtorieux n'infulta point le Vaincu, ni le Vaincu ne porta point envie au Viorieux, que danslachaleur même de la difpute ils s’envoyerent mutuellement des préfens; ils fe donnerent même plufieurs repas, où ils fe divertirent, fans chercher à fe furprendre. Enfin le Jugement fe rendit fans aucune inveGive de part ni d'autre: tant il eft vrai que tes freres divifoient alors idis avec plus de Y 370. Jiflorig à profanis Script; $. Antiochus, versus Scleucum rebat. Cüm tame nufquam Antiochus fumptà$& poft cüm,& alium exercitum co jdn publicum progreflus, D üusfacra pr'opter falutem fratris fecit,& fubditas id gems in, fignum lætitiæ urnes gettare Juff Hercdotr 6. Darii £x$e cata E Enaphemem ,unum e omni familia j ternis uxor ad redvolavir:& cüm nec lacryim faceret; hoc illi rex quem. ex omnibus cat ers cuperet, 1 ua omnes eq[5] Cen f es fores mis nec tenccder prec confit m perma infit. fibi. poftulavit, condonari. fivit. cur. maritum (ens, fratrem. ele Jucundus ac«a Ci Ph. Beló- Ahtiochi T pee 2 V. Anti , nteroit 3 tpar Jes hj n ordonna: de por+avec toute pherne confternée m fur le champ au Palais du Roi 5; & comme elle ne ceffoit de tâcher à le fléchir p eres& par fes larmes, le Roi lui dit armiceux qui ét imât plüs que les autres e. Cette Dämele d'avoir un , lala aller Émandé/, en-y: ajoutant il Gt conduire lés autres au fup n? D VII. Dans la guerre importante d"Ah 6 v i; 372. Hiffrie à profanis Script. #pp.T.n. Lucio Scipioni obveniffet Afia provincia; quia 5. parum in eo putabatur effe anii, parum roboris, Senatus belli gerendi curam mandari volebat college ejus Caio Lælio, Lælii fapientis patri. Surrexit tunc P. Africanus, fra4er major L. Scipionis,& illam ignomin'am familie deprecatus eft: dixit, in fratre fuo fummam virtutem. effsa, fummumque confilium: feque eà ætate, iis rebus geftis, ei legatum futurum promifit Quod cum ab eo efle: didum, nihil eft de L. Scipionis próvincia commutatum. ltaque frater natu major, minori legatus in Afiam profetus, tamdiu eum Conflio operâque adjuvit, donec ei triumphum& cognomen Afatici peperiffet. 9 _Plutar. 8. Chm admodum puer effet Cato UticeninCuton. fis, quærentibus ex eo quibufdam, quem omnium maxime diligeret, refpondit, fratrem. lifdem rurfus quaerentibus, quem fecundum maxime diligeret, fratrem quoque refpondit. interrogatus de tertio, idem refponfum dedit; | donec illi à percontatione defifterent. Crevit |; cum ætate illa in fratrem benevolentia& reverentia: ab ejus latere non difcedebat, ei fe in | cun&is obedientem praebebat,& annos natus | viginti fine fratre Cæpione nunquam cœnaverat, non in forum progreffus, non peregrè profe&tus fuerat, Utriufque probi erant mores: at Catonis vita feverior. Itaque Cæpio, cim | ipfius frugalitas& temperantia laudabatur, fatebatur fe virum frugi videri poffe, fi cum inulis Romanorum compararetur; A: uli, inquiebat, cum Catonis vita comparo meam y nihil mihi videar à Sippie differre. Exat autem Me Sippius vir nequam,& luxu percitus. fo Hifloires des Auteurs profanes. 373 le Gouvernement de l'Afie étant échu à Lucius Scipion, le Sénat vouloit en tranímettre la conduite à fon Collégue Caius Lalius, pere du fage Lælius, parce qu'on ne lui croyoit pas affez de force ni de grandeur d'ame pour remplir cet emploi. Alors Pub'ius Africanus, frere ainé de Lucius Scipion, fzieva,& pria les Sénateurs de ne ooint faire cet affront à fa famille; dit que fon frere ne manquoit ni de courage ni de prudence,& promit qu’il lui ferviroit de Lieutenant dans les conjon&ares aGuelles,& dans la fituation préfente des affaires. Sur ce difcours on ne changea rien de la Commiffion qui étoit tombée à Scipion. Le frere aîné partit donc en qualité de Sous-Lieutenant à fon cadet,& laida de fes con'eils& de fes fervices, jufqu'à ce qu'il lui eût enfin acquis l'honneur du triomphe,& le farnom d'Afatique. Vill. Caton d'Utique étoit encore jeune, lorfqu’il répondit à certaines perfonnes qui lui demandoient quel étoit fon meilleur ami dans le monde: Cft mon frere. Lui ayant encore demandé qui tenoit le fecond rang dans fon cœur: C'eft. encore mon frere» répartit-il:& lui faifant une troifiéme fois la même queftion, il leur donna la même réponfe, jufqu'à ce qu’ils ceffaffent de le queftionner. Cette bienveillance& ce refpe& pour fon frere crut avec l’âge; il ne quittoit point fes côtés; il lui obéiffoit en toutes chofes,& à l’âge de vingt ans il n'avoit fêit aucun fouper, aucun pas dans le Barreau, ni aucun voyage fans fon frere Cæpion. L'un& l'autre avoient de bonnes moeurs; maisla vie de Caton étoit plus auftere. C'eft pourquoi Cæpion, toutes les fois qu'on vantoit fa frugalité& fa tempérance, avouoit qu’il pouvoit paffer pour un homme ménager, fi on le comparoit avec beaucoup de Romains. Mais, difoit-il, quand je com pare ma vie avec celle de Caton, il me Jemble 374.— Hiftoria? profanis Scripis. Bello adversus Spartact dia fecit Cato fratris causà, qui t militum erat. Cum Afiam petentem Thracia 3 licèt tum gravis tempe neque ad manum eflet magna na portu Theffalonicæ exi guà‘ravi duobus tantüm amicis X t hauftus flaGibus, tandem lumis evafit. At. fratrem peri it. Tum verb& quef & iis omnibus que dolo tradidit, tam pius& kk afper& inviQus adversi & iniquas i magni icentiffi confpicuurr narm t in Æni foro exftrui curavit fuis.imp 2 poftea faturus, cum fuaderent amici ut Cæplonis reliquias in alio navigio ponere nimam fe prius quàm illas relié atque ita folvits » (^. À es nere ea lio:‘um, nempé C s tali,» & At Mrd æpiffimè fe beatam pre ,& Diis rni‘age at, non propte atque imperium, fed qubd tres 2 fui s fvis natu maximi! lites,. ita imnedio- ipforum- gladios& Contrà. Xerxess,. Ochum filium bus ftuxiffa. cüim: comperifler extinctus; t » Si-qna-forté inter fràtres: controve o.| T Hftoires des Aüteurs profanes: 373: que je E unautre Sippius. Or ce Sippius étoit un komme prodigue,& perdu. de débauches. Dans la Guerre contre Spartacus, Caton fit volontairement quelques Campagnes en faveur de fon frere, qui étoit Ttibun des Soldats. Ayant appris qu’il étoit tombé malade à Ænien Thrame i alloit en Afie, il s'embarqua dans vaiffeau de charge, n'en ayant pu avoirid au Port de Theflalonique, avec deux. feulement& trois. Efclaves, quoiqu' il fit alors une a ema NET& après avoir étéprefque englouti dans les flots; aborda contre toute efpérance à Æni, mais il trouva fon frere mort. Il fe livra aux regrets, aux larmes,& au: mouvemens de la douleur la plus vive, autant de tendreffe& de douceur enve proches, qu’il étoit dur.& inflexible contr voluptés» les menaces& les demandes inju es Il fit enterrer le sorte du défunt avec le plis grand appareil‘qu’il put,& lui fie‘élever à fes frais un fuperbe T Tombeau dans la place publique à, Ænt, fait d’un marbre précieux: Comme il fe difpofoit à fe rembarquer,& fes amis lui confeillant de mettre dans.un. autre Vaiffeau les cendres de. Cæpion ,il r t: qu'il abandonneroit plutôt fa vie,& léva l’ancre. S IX. Apollonis, mere du Roi Euménes& de trois autres fils, favoi letere,,& Athenée, dif toit bien» heureufe,; non de fes richeffes e du lui avoient dorme, mais déce qu'ell; en£ 2 Senec.de elem. 1. £, 6. Plut, ibid. Cic. de Amic, n. 20. 376 Hifloriæ à profanis Script. exorta eft, ea ftatim. aut ab ipfis, aut arbitrorum judicio dirimatur: imitandique funt Pythagore:, qui non cognatione, fed doctrinz. dumtaxat focietate conjun&i, fi quando per iram ad maledicta prorupiífent, ante folis occafum dextris mutud datis,& fa&á invicem falutatione, in gratiam redibant. Fruftra& nullius rei causá nobis natura largita eft manfuetudinem,& patientiam moderationis animi filiam: aut his utendum eft max mé erga cognatos& affines. Eft hotninis, fuos, urjubet natura, ex animo amantis, petere gratiam deli&di fui, ubi adversum eos peccavit;& ubi ipfe ab iis læfus eft, veniam illis ultro dare, antequam petant. Verüm nefcio an neino ad dandam veniam difficilior fit, quàm qui illam poftulare fæpius meruit. Celebris eft in fcholis fama Euclidis Socratici, quod, audità iniquâ& belluinà voce fratris, qui dixerat, Percam, niff te ulcifcar: refpondit: Ego veró peream, nifi tibi perfuafero y ig, pofüáirá, nos ames, ficut olim 1 CAPUT LV. Nifi in bonis amicitia effe non poteft. Eft amicitia nihil alind nifi fumma confenfio rerum. divinarum atque humenarum inter aliquos, cum benevolentia& charitate. Quà quidem haud fcio an quicquam, exceptâ fapientià, melius homini fit à Dis immortalibus datum, Hifloires des Auteurs profanes. 377 entre des freres, ils doivent les vuider fur l'heure, ou les remettre à la décifion de quelques Arbitres particuliers,& imiter les Pythagoriciens, qui n'étant point unis par les liens du fang, mais uniquement par une fociété de doctrine, s'ils avoient prôféré par colere desparoles injurieufes, fe réconcilioient avant le coucher du Soleil, en fe donnant les mains,& fe faluant réciproquement. C'eft en vain,& à pure perte, que la Nature nous a donné la douceur& la patience, fille de la modération, fi nous n’en faifons aucun ufage, fure tout à l’égard de nos proches& de nos alliés. Il eft du devoir d'un homme qui aime fes parents du fond'de fon cœur, comme la Nature lordonne, de demander pardon de fa faute, quand il en a commis quelqu'une contr'eux;& s'il ena été lui-même offenfé, il doit leur pardonner de fon propre mouvement avant qu’ils le demandent; mais je ne fais sil y au monde quelqu'un plus difficile à accorder un pardon, que celui qui en à le plus fouvent befoin. La réputation d’Euclides, Difciple de Socrate, eft célebre dans les Ecoles, parce qu'ayant entendu lacher à fon frere cette parole déraifonnable& barbare: Que je meure, fi je ne me venge de toi! répondit: Et moi que Je meure, fi je ne l'engage à quitter ton re[Jentiment y & à nous aimer comme auparavant! CHAPITRE LV. Il ne peut y avoir de véritable amitié qu'entre des Gens de bien, L'amitié n'eft autre chofe qu'une parfaite con' formité de fentimens fur toutes les chofes divines & humaines, foutenues d'un amour& d'une bienveillance réciproque. Or ce bien-là eft fi grand, que fi vous en exceptez la fagefle, je ne $2. DeAmic. 2,198420, N./'100. Saluft. Jug. e. Cicér. de Amic. n. $J22 e 225 A102 f£; 0ffc; nulla firmi fimiles,! fent MS E 2. V conferv eadem cupe mett H hoc icitur ,. hac fed que inter on malos factio eft. €APUT-LVI Amicitid fublat go vos hortor, ut am rebus anteponatis. Nihil ra Sprum.> dam conveniens 13 1 iec n tam na fecundas vel facit ami adverías fac leviores. tus in profperis-, nifi haberes.* E M i] actu ipfe gauderet? Adverías vero ferre di ficile effet. fine eo qui gravius etiam illas, quàm iu; ferret.Quid dü'cs, quàm habere aliquem quicu omnia audeas fic loqui, ut tecum? Quoniam res humanæ fragiles| caduceque funt, femper aliqui acquirendi funt, quos dili ; e es des Auteurs profanes.— 379 jeux immortels ont rien donné à >lus excellent. & la plus étroite de i‘amitié fait entr des mœur ,€ u véritable a mi i la vertu qui u pas peffibie qu'il y à ait UH l'amiti a point de vertu. C'eft: la vert encore, qui forme feule.& c Nous v 1 hair& e les mêmes chof nous llons amitié. dans les n'efl. véritablement entr'eux que HAPITRE LVI. En retran onferv uelquefois les: méci hant femine dg vous sd toute I. Je vous exlorte e mettre Pamitié au-deffus nde;‘car il n’y a rien de & de fi.convenable à t tirer tant de fecours bonne& c dans la mauvaife fortune. Comme elle redoublele plaifir 8& l’éclat des profpérités, elle diminue de.méme le: pois ds des adverfités. Le plaifir que nous peuvent, caufer les chofes agréables qui nous arrivent, n'eft-il pas tout autre, quand nous. avons ok un qui n'y eft pas moins fenfible que nous? Et quel foulagement n’eft-ce point, dans les difgrac es& les accidens de la vie, que d’avoir un ami qui en ef encore plus. touché que nous- mêmes? Y a-t- il rien au-monde de plus doux, que d’avoir un homme à qui l’on puiffe fe. confier> & parler comme à foi-même? Comme il n'y a rien de ftable dans l'Univers; &. que tout y ef fragile& fujet à périt, il faut N. 86. Plus in Ant, + 380 Hifhrie» profanis Script. gamus,& à quibus diligamur. Charitate enim benevolentiàque fublatà omnis eft& vità fublata jucunditas. 2. Una eít amicitia in rebus humanis, de cujus utilitate omnes uno ore confentiunt. Divitias defpiciunt ii, quos tenuis vidus cultuíque delectat: honores, quorum cupiditate multi inflammantur, quidam ita contemnunt, ut nihil inanius, nihil levius effe exiftiment: itemque cetera, que alüs admirabilia videntur, alii funt qui pro nihilo putent. De amicitia omnes ad unum fentiunt, fme amicitia vitam e[fe nulJam, Quinetiam, fi quis eft eâ afperitate& immarütate nature, ut congreffus hominum fugiat atque oderit, qualem fuiffe Athenis Timonem nefcio quem accepimus; tamen is pati non poffit, ut non anquirat aliquem, apud quem evomat virus acerbitatis fug. 3. Timon, de quo hic Cicero; licàt humani generis ofor, appellaretur, amico utebatur uno, cui nomen Apemantus, quem ob morum fimilitudinem admittebat. Is tamen cim fort apud Timonem cœnaflet, exclamaffetque: Quám dulce eft, 6 Timon, hoc convivium! Ita fané, inquit ille, f£ 1m non. adefles. Eidem Apemanto interroganti cur Alcibiadem juvenem ferocem atque audacem diligere videretur, refpondit Timon, ideo fibi carum effe adolefcentem, quód illum prævideret fore populo Athenienfi magnorum malorum caufam. Prodiit aliquando Athenis in concionem. Quod chm preter confuetudinem— faceret; magna omnium expeCatio fuit, quidnam afferret. Tunc ille à fuggeftu, in quem afcenderat: afere derat+ ioi Hifloires des Auteurs profanes.— 381 toujours avoir foin de choifir quelqu'un que nous puiffions aimer,& de qui nous puiílions être aimés; car la vie n'a rien de doux fans l'amitié. II. De toutes les chofes de la vie, l'amitié eft celle dont l'utilité eft le plus univerfellement reconnue. Ceux qui fe contentent du peu qu'ils ont fe plaifent à mener une vie frugale& éloignée de toute forte de luxe, méprifent les richefles; plufieurs n'ont que du mépris pour ces honneurs que d'autres recherchent àvec tant d'ardeur,& les regardent comme la chofe du monde la plus vaine & la plus frivole. Il en eft de méme de beaucoup d'autres chofes qui paroiffent admirables à quelques-uns,& que d'autres comptent pour rien. Mais tous les hommes conviennent tous d'une voix, que fans l'amitié on ne peut vivre. Je dis plus;& je foutiens que quand il fe trouveroit un homme affez fauvage& affez dénaturé pour fuir & détefter le commerce des hommes, comme on dit que faifoit un certain Timon à Athénes, il ne poutroit sempêcher de chercher quelqu'un avec qui il püt exhaler fon venin. Ill. Ce Timon dont parle ici Ciceron, quoiqu'il füt appellé Mi/antrope, c'eft-à-dire, l'Ennemi du Genre Humain, ne laiffa pas que d'avoir un ami intime qui fe nommoit Apemante, auquelil s'étoit attaché à caufe de la conformité du caractere. Soupant un jour chez Timon,& s'étant écrié: Cher Timon, que ce répas me paroit doux! Sans doute, lui répartit-il, fi tu n’y étois pas. Le même Apemante lui demandant un jour pourquoi il aimoit fi tendrement Alcibiade, Jeune homme hardi& entreprenant, C’ef., lui répondit-il, parce que je prévois quil fera la caufe de la ruine des Athéniens. Il parut un jour dans l'Affemblée publique à Athènes,& comme c'étoit contre fa coutume, tout le Peuple étoit dans une grande impatience de{avoir quelle raifon l'avoit amené. Alors fe il j 382 Hiforie è profanis Script. Á. Athenienfes, inquit, eff mihi arca qua.: ái qua crevit ficus, unde muli voluntario vitam finiere. Quoniam autem in. area exfiruere mihi in animo ef; 3 antee ": feindam, VOS manitos volo 4. ut, 4 cogitant, maturent quam ae CAPUT LVII In eligendis amicis cautio t adhibenda. I] “Cicer. de X ici; M 3 ise no fira LS. In amicis eligendis negligentes ne fimus. 1j 62. E 7; Sucton, Auguftus amicitias non facile admift,&"m sin f conftantiffime retinuit. Cie. dd.'Ne nimis cito UE Pn. 73 neve non i dignos. Dig gni in ca uf. eorum genus;.& quiet rec quicquam eft c quod fit omni‘ex parte in fuo tum. Sed plerique in rebus humanis n num norunt, nifi quod fruGuefum fit: cos, tanquam pecudes, eos potiffimum e ex quibus fperant fe maxim fradium: -Capturos. Ita carent pulcherrima ilà& maxiré naturali amicitià per fe propter fe expe.tendà. Senecde 2 Nihil æquè obleQare poteft animum 4; Mey quàm amicitia fidelis ac dulcis. Quantum bo^T— gum eft, ubi na&us es ejufmodi amicos, ia ."s oires des Auteurs profanes.— 383 a Tribune aux Harangues où il étoit 25,] 41 un Champ où i y:« ë un Figuier qui a jà fervi à plufieurs pour . Comme j'ai defjein de le couper pour y Je vous donne avis que sil y avoit encore qu s-uns qui fongea(lent à s'y pendre, ils aient à fe dépêcher prompt ement. ! CHAPITRE LVII I! faut ufir de précaution dans le choix des Amis. 1. Il ne faut point être négligent dans le choix -de nos amis. Augufte ne faifoit point aifément de nouvelles amitiés,& confervoit avec un grand foin les anciennes. Tl ne faut pás aller fi vite, quand il eft queftion de lier amitié avec quelqu'un,& il n'en faut faire qu'avec des gens qui en foient tout-à-fait dignes. Or les hommes dignes de l'amitié font ceux que leurs qualités perlonnelles& intérieures rendent aimables: ceux-là font rares., comme toutes les chofes excellentes le font;& il n'y a rien de plus difficile, que de trouver quelque chofe de parfait, dans quelque genre que ce puiffe être; mais la plupart des hommes ne connoiffent rien de bon, que ce qui peut leur être de quelque utilité, Iis fe choififfant des amis,commo ils fe choifiroient des chevaux,& celui dont ils efperent le plus de t fervices, eft celui qu’ils aiment le plus. Mais dès-là ils font incapables de cette amitié fi pure& fi noble, à quoi la Nature même nous porte, qu’on ne doit chercher que pour elle-même fans aucun intérêt,& dont ils ne connoillent ni la beauté ni le prix. 1I. Y a-t-il rien qui puiffe réjouir davantage le cœur, qu'une amitié douce& fidelle? Quel bonheur plus grand que celui de trouver de cette % Cic.1.de finn.67. 394 Hifloriæ à profanis Script. quorum peétora tuto fecretum omne defcendat, quorum fermo follicitudinem tuam leniat4 hilaritas triftitiam diffipet, prudentia bona confilia afferat, confpe&us ipfe delectet? Amicos, quantum fieri poterit, vacuos à cupiditatibus eligemus. Serpunt enim vitia,& in proximum quemque tranfiliunt,& contattu nocent. Itaque ut in peftilentia curandum eft ne affideamus corporibus jam corruptis& morbo flagrantibus, quia in afflatu ipfo periculum eft: ita in legendis amicis dabimus operam, ut quàm minimè vitiis inquinatos affumamus. Neque hoc precipio tibi, ut neminem nifi omnino fapientem velis admittere. Ubi enim iftum invenies, quem tot feculis quaerimus? pro optimo eft minime malus. In tanta bonorum egeftate, minime faftidiofa fiat electio. CAPUT.LVIII Æmicus amicum non minùs diligat, quàm feipfum. Si quis fapiens amicitiam tueri velit, eodem modo erit affedus erga amicum, quo in feipfum;& eofdem labores ejus causâ fufcipiet, quos propter fe fufceperit. Lætabitur amici leütià æquè ac fuà,& pariter dolebit ejus angoribus. Eft enim, ut dicunt, foedus quoddam fapientum, ut non minüs amicos quàm feipfos diligant. Quod& fieri poffe intelligimus,& aliquando videmus: perfpicuumque forte ETT Y k Hiffoires des Auteurs profanes. 389 Tl. Alexandreayant défait Darius près du fleuve Ile, envoya fes Gardes annoncer à la mere& à la femme de ce Prince, fes prifonnieres, qu’il venoit les voir;& ayant fait retirer fa Suite, il entra feul dans leur tente avec Hépheftion; c'étoit celui d'entre tous les Courtifans que le Roi chériffoitle plus. Il avoit été élevé avec lui,& étoit le con-* fident de tous fes fecrets: perfonne n'avoit droit de le reprendre que lui; liberté dont il ufoit avec: prudence. ll avoit le même âge que le Roi, mais il le paffoir de la taille. Les Princeffes l’ayant pris: pour Alexandre, l'adorerent à la maniere des Perfes. Sifigambis, mere de Darius, avertie qu’elle fe: trompoit, courutfe jeter aux pieds d'Alexandre, lui demandant pardon de fa méprife:,& le priant: de l'excufer, parce qu’ellenel'avoit jamais encore vu. Alexandre lui tendant la main pour la relever: Vous na vous êtes point trompée, lui dit-il, car celui-ci eft un autre Alexandres. Qui féliciterons-nous des deux:, ou Alexandre qui voulut-bien donner cette louange à Hépheition, ou Hépheftion qui eut le bonheur de l'entendre? INT. Outre Hépheftion, Alexandre avoit encoreun autreaminommé Cratere, Le génie& le caractere de l'un& de l’autre étaient bien différens. H£pheftion s'áccommodant à. la volon:é de fon: Maître, lui applaudiffoit en-tout, jufques dans la jaloufie qu'il portoit aux modes étrangeres,& le parti qu'il prenoit de les embraffer. Cratere: au contraire Ícrupuleufement*attaché aux coutumes de fes peres, ne confultoit que la gloire d'Alexandre,& ce qui lui étoit le plus avantageux. Aléxandre avoit plus-d’amour pour: Hépheflion, mais il avoit plüs d'eftime pour Cratere. Il fe fervoit du premier pour faire fes réponfes aux Etrangers,& de l’autre pour répondre aux Macédoniens& aux Grecs. R iij 399 Hrfloriæ à profanis Script. CAPUT LX. "mico omnia credenda. Senee. Diu cogitaan tibi in amicitiam aliquis. reciEp.3. piendus fit. Cüm placuit recipi, toto illum pectore admitte, tam audaGer cum illo loquere, quàm tecum. Tu quidem ita vive, ut mhil dicas aut facias nifi quod committere etiam inimico poffis: fed quia quedam funt quz arcana dici folent, hec cum amico communica. Fidelem fi putaveris, facies. Quidam narrant obviis quae tantiim amicis committenda funt,& in quaflibet aures exonerant quidquid illos urit. Quidam conti eüàm carifhmis diffidunt,& intertüs premunt omne fecretum. Neutrum| faciendum eft: utrumque enim vitium eft,& omnibus credere,& nulli Sed alterum honeftius dico vitium, alterum tutius, CAPUT LXI Res turpes amicum non rogemus, nec faciamus rogati. C$ 1. Qua videntur utilia, honores, diviti Off. n. voluptates,& caetera generis ejufdem, haec 17*t nunquam amicitie anteponenda funt. At vir bonus neque contra rempublicam, neqve contra jusjurandum ac fidem quidquam faciet, amici causá; Nam fi omnia facienda fint que MÀ ÀÁ— Iu Hiffoires des Auteurs profanes. 39% CHAPITRE LX. Hl me faut rien céler à fon Ami, à Réfiéchiffezlong-tempsavant que de recevoit quelqu'un pour votre ami, Quand une fois vous ferez décidé, donnez-lui accès Jufqu'au fond de votre cœur: parlez auffi librement avec lui wavec vous-même: vivez de maniere que vous pe faffiez nine difiez rien que vous ne puiffiez confier à votre ennemi. Mais comme il y a certaines chofes qu'on nomme communément fecrets, communiquez-les à votre ami: vous le ferez, fifa fidélité ne vous eft pas fufpette. Quelques-uns racontent aux premiers venus des chofes qu’ils ne devroient confier qu'à des amis,& déchargent dans les oreilles de tout le monde tout ce qui les chagrine; d'autres au contraire fe défient de leurs amis les plus intimes, & gardent au dedans d'eux-mómes leurs penfées fecrettes. Il faut éviter l'un& l’autre excès; car c'eft un défaut de fe fer à tout le monde,& cen et un de ne fe fier à perfonne; mais je crois l’un plus honnête,& l’autre plus sûre CHAPITRE LXI ;;> Ne demandons rien dnos Amis,& Tac 1 es, qui foit, cordons rien à leurs pri 2, contre l'honnêteté. I. Les chofes qui ont une apparence d'unité, comme les honneurs, les biens, les plaifirs,& beaucoup d'autres de ce genre» doivent toujours céder à l’amitié. Mais un homme de bien e£ incapable de faire jamais rien pour fon ami qui foit contre la République; contre fon ferment ou contre fa foi promife; car s’il falloit faire tout ce que veulent nos amis, qe chole qu 39%— Hifbrie? profanis. Script: amici velint, ejufmodi amicitie. conjurationes: putanda funt. Deamic. Nulla eft excufatio peccati, fi amici causá 7? 37.*. peccaveris. Nam æque nefas eft, malum ali3 quod& facere rogatum ,.& rogare. #; 30. Hæc prima lex in amicitia fanciatur, ut-neque rogemus res turpes, nec faciamus rogati: fed ab amicis honefla petamus, amicorum caum. 44.*à honefla faciamus: nec expeCtemus quidem dum rogemur, Studium femper adít, cunGatio abfit. 4. Gey,— 2: Pericles iile- Athenientis, egregius vir in4.[2r.....-€ 1.1.c.3. Beni, bonifque omnibus difciplinis ornatus, profeffus eft. quatenus amici causà progredi fas effe exiftimaret. Nam cum amicus eum rog Tet, ut pro re causáque ejus falfum pejeraret; his ad eum verbis eft ufus: Me amicis opitu=lari oportet, ed ufque: ad Deos. ; 3. Simonides poëta, fretus eÂ, que ipfi 7 cum Themiftocle erat familiaritate, petiit ab nl eo aliquid injuftt: quod negans Them dixit ei: Neque tu, 0 Simonide, b us] 0ns.ff camina contra poëticæ artis leges condideris; neque. ego bonus magilratuss, f£. quid contra patrie leges tu causá fecerim. n 4. Cüm Pub. Rutilius Rufus amici cujuf6.4. dam injuflæ rogationi refifleret, atque is per fummam. indignationem| dixiffet: Quid€ mihi opus efl amicitid tuà, fi, quod rogo, non facis?[mo, refpondit Rutili tud, fi propter te aliquid oporteat? Sciebat. quippe vir f £ tra officium efle, tribuere amico quod non fit 2 3. 12 43 —— MÓN Hifloires des Autem ce pût être, de telles amitiés feroient c des conjurations, pluiôt que des amitiés. Ce n’eft pas une excufe raifonnable dans les mauvaifes aClions, de dire qu’on ne les à faites que pour l'amour de fon ami; car il eft égal ment criminel de faire quelque mal à la priere de fon ami, ou de l’exiger de lui Pofons pour premiere loidans l'amitié, dene jamais rien demander niaccorder à nos amis qui foit contraire à la vertu, mais n'exigeons d'eux que deschofes honnêtes,& n'en faifons avffi que d'honnétespourl'amour€ me attendre qu'ils nous le d ce Gu i fcn grand génie,& infiruit dans toutes fortes de Sciences, montra bien clairement jufqu'oü ils xenfoir que l'équité permettoit d'aller. pour l’a= mour de fes amis; car un ami le priant de faire: un feux ferment à fon avantage dans une 2 qu'il avoit il lui dit ces rétoles: Je dois fécourir: mes amis, mais jufqu'aux Dieux.. 1H. Lecoéte Simorides s'appuyant fur l'étroit liaifon qu'il avoit avec Thémiftocles ,lui demand quelque grace injufte. Themiftocles la refufa, St lui dit: Cher Simonides 5 vous'ne- feriez: pus um H bon Poête JE vous faifiez des Vers qui péchaffent contre les regles de D. Poëtique 3.& moi je ne ferois point bon Magifirat ff je commettois quelque: a&ion qui fit oppofée aux: Loix de ma. Patries« IV. Publius Rutilius: Rufus s'oppofant à” la demande injufte d'n-de fes amis, celui-cilui dit avec indignation:: Qu'ai-je-befoin-deton amitié;« fi tu ne veux point m'accorder ce que.“ste derané de? Bien mieux, répondit Rutilius, qu'ai-je béfoirde la-tiènnes, sil faut que- je fa[fe quelque: chofe contre l’énnêteté pour l'amour de toi? Cet homme vertueux favoit que l’on pêche sec conte ex 394 Hiflorie€ pro lent que honefta non funt, reli dem efle amicitiæ anteponendam. CAPUT Ve Ci.pro. 1, Vetus eft ill 274 n.. pe Planen. we idem amici fe . 30, focietas confi €icer.de velle, atque id dá mic. n. cita eft. Itaque profanis Script. &quum, quàm non tribuere id quod re&é poilimis: atque, fi forté amici à nobis poftuLXII. ritas e fides in amicitia retineantur,, a lex jufte vereque amicitie; mper velint: neque eft ullum sallupp, Certus amicitie. vinculum, quàm confenfus& iorum& voluntatum. Nam idem demnolle, ea demum firma amiq inter a nicos, quorum emen62. E dati mores fueri filiorum, volun communitas. 2. Monendi tamen amic nt, fit omnium rerum. Contatum, fine ulla exception e > ifæpe funt& objurgandi:& hæc accipienda amicé, ehm benevolè fiunt. Adhibenda nitio afperitate reat. Verum quidem eft autem diligentia eft, ut mc» Objurgatio contumeliâ, CaTerentianum illud; Ofeguium amicos, veritas odium. parit. At in Jeq 2 obfequio comitas tantim adfit : affentatio vitiorum adjutrix procul removeatur; que non modó amico, fed ne libero quidem, digna eft Aliter enim cum tyranno vivitur. Hujus autem fal aliter cum amico us defperanda eft, €ujus aures veritati claufæ font, ta nt ab amico verum audire nequ prium eftverz amicitie& & qui monet, debet libere facere, non afperè; qui monetur, debet patienter ferre, Banter; fic habendum«fl eat. Ut igitur promonere& moneri, non repug; nullam in amicigionem& fi Hiffoires. des Auteurs profanes. 395 fon devoir, d'accorder à un ami ce quin eft pas jufte,& de lui refufer ce que nous pouvons lui doaner fans bleffer l'équité;& que fi par hazard nos amis nous demandent quelque chofe de malhonnête, la religion& ja fidélité à notre fur l'amitié. confcience doivent l’emporter CHAPITRE LXII. Il faut garder la foi& la vérité dans Pamitié, 1. La Loi qui exige, pour une véritable& folide amitié; que les amis alent toujours les mêmes volontés, eft ancienne,&il n'y a'pas un lieu plus sûr pour la ferrer, que l'accord& l'union des fentimens& des inclinations; car l'amitié conftante & inébrantable confilte à vouloir& répugner les mêmes chofes. ll faut donc qu'entre amis, dont je fuppofe les mœurs pures& honnêtes, il y ait une communauté entiere X parfaite de deffeins, de volontés,& de toutes chofes fans exception. 1L.Oneft pourtant obligé de donner fouvent des avis à fes amis,& de les reprendre même queluefois,& cela doit toujours être bien reçu, quand c'eft l'amitié qui le fait faire. Mais il faut prendre garde, quand on à des avis à donner, ou des réprimandes à faire, que les avis n'aient rien de dur ni defec,& les réprimandes rien d'offenfant; car cette maxime de Térence cft vraie: Que la complaifance fait des amis,& la vérité des ENPTAISe Il faut même avoir une certaine condefcendance pour fes amis,& elle doit être accompagnée de inanieres douces& agréables. Mais qu'on banniffe de l'amitié cette flaterie baffe qui nouriit le vice, & qui bien loin d'être foufferte entre des amis, n'eft pas même pardonnable à quiconque fait profeffion d'être honnête homme: car nous ne vivons sas avec nos amis comme on vit avec des Tyrans. m;"quim adulationem e 4 : t | 3. Quemcumque :€ bebo, multd magis ar verbis durioribus, fi hàc canons emendari illum fperavero poffe. An patiemur amicos fana-| biles,& qui fieri boni poffunt, fi quid illos imomorderit, perire, fublatà admonitiène, quà & pater filium. aliquando correxit,& uxor| maritum aberrantem. ad fe reduxit?.| Qui non vetat gp cür poffit, jubet, Amici vitia fi fera Bis peccas, cüm pecc nti obfeq uiüm accommo Bonus animus.punquam erranti obfequium accome modat.. ua. e Hiftoires dés Auteurs profanes.— 3977 ey. a aucune efpérance de guérifon pour un omme dont les oreilles font re int fermées à réciproquement: s donne le Caffe avec ,mais d'unem 2 qui n'ait rien.de dur, & que“Pautré. le recoive. toujours. bien;& fans en avoir aucun jeine, il faut croire auffi qu'il n’y apoint de pefte plus pernicieufe à l'amitié, que là flaterie& la£zuffe complaifance. Caton‘a dit un beau mot entre plufieurs autres: Que nous avons plus d'obligation:'àides ennemis declarés 2 qui ne nous difent jamais:«que des chofes dures& f s, qu'à de certains amis complaifans, dont toutes les paroles[ont des douceurs, puijque les uns AOUS difent-- fouvent des vérités:& Jamais les. autres. En-effet, l'amitié n’eft qu'un| shantôme, lorfque r un des deux n'aime pas qu' on lui dife la vérité,& que l'autre eft.toujours-prê ér à mentir: pour ini compláire. Reprenez en fecret, louez publiquement. II. Perm pêch 1erai de commettre une faute tout Homme que je verrai prêt à y tomber. Je ma: fervirai même quelquefois de paroles dures, fi je crois q: 12 ce puiffa être le moyen de le corriger. Dois-je fouffrir que' de s amis qui:peuvent êtr pe sc de leurs défauts,& devenir honnêtes gens, n les pique ant par quelque moyen; fe perdent,. n s d'ufer envers eux de la correétion dont un pere ufe envers fon fils;&' avec quoi une femme ramene. fon mari égaré de. fes; devoirs 2? l uit là’ préfence.: l'auteur;. op d'indu'gence;. itle Pécheur-,, 398 Cicer.de— Confilium. verum. dare gaudeamus liberé.: mic. n. Plurimim in. 2micitià valeat amicorum bene Y TH fuadentium auGoritás: eaque finie(atur ad» monendum non modo aperte, fed eriam acri- fo ter, fi res poftulabit:& adhibitæ VIVA ME Diod. j Clim Moecenas Augufto Czfari perquam|& familiaris effet>& magnà apud eum gratià t valeret eo animo fuit, ut prodeffet quibus poflet, noceret veró nemini. Amicorum fuorum nonnullos ad magiftratus& imperia curavit promov en, in Équettri ordine ipfe permanens. Mira quoque ejus ars& libertas fui le CS vo a e in Augufti&e ndo‘ad mitiora, cum x jrà incitatus. effet. Exemplum hoc unum erit| sn fiat 1 EE 3 B] inftar omnium. Jus aliquando dicebat Auguí- B tus, i multos morte dampaturus videbatur, d ^ circumftanribunal procum fruitra pis ac MEHR conatus ei ft. Q entailet; sud verba in tabel tandem, carnifex; Eamque tabel i m IRI Qua leQà, is ftam furrexit,& nemo eft morte multatus. H 4 € Seng.de 4.In Socrate ire vecem fub- i nt er mittere loqui par ehendebatur ita34., p ri que à familiaribus,& coargueba Nec erat j: ilftexprobratio latirantis Sic iram à ejus multi inte ligebant, nemo fentiebat. Senfiffent autem, nifi insicis idem dediffet quod ip! f Quanto magis. dpt Leib ———* Mifloires des Auteurs profanes. 399 Il faut prendre plaifir à donner de bons conteils à fes amis avec une entiere franchife, Nous devons déférer beaucoup à ceux que les nótres nons donnent, lorfqu’ils font contormes à la raifon& à la vertu;& tout ce que les droits d’amitié peuvent donner d'antorité, doit être employé à s'entr'avertir les uns les autres,& cela fe doit faire non feulement avec liberté, mais avec force, quand les chofes le demandent;& il faut nous rendre à cette autoritéquand on l’a mife en ufage. Mécénas étoit intime favoride men & avoitun grand crédit fur ce Prince, Son caractere naturel le portoit à faire du bien à qui il pouvoit,& à ne faire jamais de mal à perfonne. S'étant toujourscontenté de refter dans l'ordredes Chevaliers, il ufa de fon pouvoir pour élever quelques uns de fes amis à la Magiftrature& au Gouvernement. ll avoitun talent merveilleux& un certain afcendant pour manier l'efprit d'Augufte,& le fléchir à propos quandi! femettoit en colere: cet exemple tiendra lieu de beaucoup d’autres. Un jour Augufte rendoit la juflice,& paroiífoit difpofé à condamner plufieurs Accufés à la mort. Mécénas étoit préfent,& faifoit tousfes efforts pour fe gliffer jufqu'au Tribunal de fon Maitre à travers la foule des Affiflants. Ayant fait des tentatives inutiles, il écrivit fur une Tablette ces mots; Leve-toi enfin Bourreau:& il jeta cette Tablette à Augutte: l’ayant lue, il leva feance fur le champ,& perfonnene fut mis à mort, IV. Lesfymptomes de colere dans Socrate, étoit de baiffer la voix.& de parler avec plus de réferve qu’àl’ordinaire: c’eft pourquoi fes amis n'avoient point de peine à s’en appercevoir,& le reprenoient. Les reprochesqu'on luifaifoit de cacher & de difimuler ainfi fa colere, n'étoient point infru&ueux: beaucoup connoiffoient quand il étoitfurle point des'emporter, mais perfonne n'en fouffroit On en auroit sûrement fouffert, Sén.g.de ara. x 37Ælian.l, 14.6.20. Dit, Laert. Lu JXenoc. Sinree6. bencf. 29. 3te ‘400° Hifforie& profanis Scr Hpts versus nos libertate utatur tunc maxime, cu” minimè ilam pati videbimur poffez nec affcntiatur ire noftre aut cupiditatin Optimum eft profpicere impedimenta notis vitiis,. $: Admoneri bonus gaudet: peffimus- qui que correptorem afperrim e patitur. Xenocratem CHalcedonium Plato. Magifter & amicus, tuflicitatis ar guebat, cique{a piüs dicebat: Xenocrates, Gratis facra. facito. Quamre; rehenfionem admonitionemque ille femp æquo& grato. snimo accepit:& aliquan cuidam ipfum incitanti ad repellencam Flatonis objurgationem, fapienter prorfus refjoncit:: At illud mihi utile eft... CAPUT LXIIE Omnia po[fdentibus fepe amicus. deeft: 1. Neminem tam ahé fupra cæteros fortuna extulit, ut non illi A iquid defit. Si cætera adfint, abeft plertmque res omriem præflantif-fima, amievs-. qui verum dicat,& ab errore vindicet hominem: deceptum cot fiterndine audiendi blanda provre&is, Regibus- ac: potenti ibus^ viris vix quifquam ex-animi fui fententià fva- det ciffuadetque:: fed. adulandi certamen eft, & vna* contentio^ ,- quis blandifamès fallat. Ignorant. itaque. vires fuas, fe-tam magnos — 401 dires des Auteurs profanes. sil n'eüt donaé à fes amis là même droit de le repre sue e qu’il avoit pris fur eux. Nous devons à bien plus forte raifon fuivre cette méthode. Prions donc nos plus intimes amis d'ufer envers nous de la liberté que donne l'amitié, fur-tout alors que nous paroiff Gps. moins en humeur de fupportec la réprimande, GC de ne po: nt flater notre colere 01 notre cupidité. Il eft très-important de fe précautionner de tous les am En qui peuvent arréter le cours des défauts dont nous avons la connoiffance. V. Un homme de bien fé réjouit d’être repris;: mais plus un homme eft corrompu, plus il a. de. peine à fouffrir un Cenfeur: Platon, Maitre-& ami de Xenocrate le Chal.-cédonien, lui réprochoit fa groffiéreté,& lut: répétoit fouvent: Xenocraie faites votre cour aux: Graces, en leur offrant des facr fien, Il recut tou-jours cet avis St ce reproct che volontiers,& avec un cœur reconnoiffant: il répondit même un jour fort fagement à un homme qui l’éxhortoit à ne point fouffrir q: ge Platon Le ui fit d dav; apres cette réprimande ficha f"V uiilités CHAPITRE LXIIL om us = Li 1. H LU fouvent um: ami 4 ceux qui: poffedent tous- les autres: biens. I. Dans quelque degré d’élévation fupérieure auxautres que la fortune placeun homme, il n'eft as poffible qu'il ne lui manque quelque chofe. Sus ften: poffsffion de tons les autres biens, celui s eft le plus excellent fouvent lui manque, je veux dire un ami qui lui parle fincerem?nr, le retire de l'erreur quand il fe laiffe tromper par l'habitude d'entendre des flateries pour des vérités. Perfonnz n'ofe à peine confeiller ou diffuader les: Rois& les Hommes puiffans, ni leur ouvrir les: 402 Hiffrim& profanis Script. rati, quàm audiunt, iræ obfequuntur, quam nemo revocat; bella temere fuícipiunt,& in fummum rerum omnium fuarum difcrimen veniunt. 4. Cim bellum Grecis indiceret Xerxes; pBemo non impulit animum ejus tumentem, oblitumque quàm caduca effent ea quibus confideret. Alius aiebat Grecos non laturos nun- or | cium belli,& ad primam adventantis exerci- ch | tüs famam terga verfuros. Alius, nihil dubii ét eife, quin Gracia non vinci foiim, fed etiam obrui, poflet, illà, quam fecum trahebat, ei inüumerabih militum mulitudine. Cim in hunc modum multa jaCtarentur, que concitarent Regem nimiâ æftimatione fui furentem; Demaratus Lacedæmonius folus dixit: Jpfzm iam, quá placeret fibi, miluum| turbam indigeflam& gravem, non faci regi pofe:&$ periculum effe, ne pauci Lacones obfiruentes corporibus[uis, commif/as fibi Gracie ang atque aditus, morarentur tot illa gentium 7 unt que Demaratus præcixerat. Vi tus Xerxes,& regnum fuum trepidà renetere coaQus, Demarato gratias egit, que folus fibi dixiffet verum. , TE cc cec , ; Pl.$4. Antiochus cum in venatione feram pe:| 4P^P'^ fequendi ftudio ab amicis& fervis aberraffet,(( in cafam pauperum hominum intravit, ignotus. Cum iis coenans, fermonem de Rege inje —————— Hifloires des Auteurs profanes.— 403 fentimens de fon cœur; mais on voit autour d'eux un combat de flaterie,& chacun de ceux qui les approchent, fe difpute à qui les trompera plus adroitement par fes careffes. C'eft pourquoi ils ignorent ce qu’ils font,& fe croyant aufi grands qu'on les fait, ils fe livrent à l'einportement, que perfonne ne fe met en peine d'arréter. Ils entreprennent des guerres injuftes; & fouvent e&pofent l'Etat à de grands dangers, II. Xerxés ayant déclaré la guerre aux Grecs, il n'y eut perfonne dans fa Cour qui ne flattàt fon orgueil,& qui osát le faire fouvenir combien les chofes dans lefquelles il mettoit fa confiance, étoient foibles& incertaines. L'un difoit que les Grecs ne pourroient même fouffrir la nouvelle de cette guerre,& qu’au prémier vent de l'arrivée de fon Armée; ils tourneroient lé dos. Un autre, qu'il.n’y avoit point de doute que la Gréce ne pût être écrafée par cette multitude innombrable de Soldats qu’il traînoit après lui. Comme chacun des Courtifans fe répandoit en belles paroles,& s’étudioit à infpirerde bonnes efpérances au Roi, que fa trop grande préfomption mettoit hors de lui-même, il ne fe trouva qu’un Lacédémonien nommé Demarate, qui lei dit: Que cette maffe péfante& mal ordonnée de Soldats, für laquelleil fe ficu tant, ne feroit pas aifée à cc qu'il devoit craindre qu'une poigné mmander, e de Lacédérioniens,bouchant avec leurs corps.les défilés de la Gréce où on les auroir poflés, ne fût fufifante pour arréter tant de milliers d'hommes. L'événement prouva la vérité de ce qu'avoit prédit Demarate. Xerxès défait fut contraint de fe refugier honteufement dans fes Etats& rendit gracesà Demarate de yce qu’il avoit été le feul qui eût of? lui dire la vérité, 4 1L Antiochus dans l'acharnement où il étoit de pourfuivre une Bête à la Chaffe, perdit de vue fes Courtifans& fes Efclaves,& vint defcendre dans une cabane de pauvres gens, fans s'y Aur. v d. Ep, 69. 404 Hifforiz à profanis Script, cit, ut fciret que effet hofpitum de fe epinie s audivitque: Regem im cateris quidem bonum& laude dignum effe, fed. amicis utentem malis» plurima negligere.,& fepe cue necefjaria effent", nihi curare, quàd venationi plus equo indulgeret. Tacuit tum: quidem. Antiochus.$ed poftquam orto. fole: ad cafam illàm venére regii fatellites,& purpuream veftem cum diademate attulére; converfo fermone ad regia illa infignia: Certe inquit, ex quo die vos fampfi,. Herr prinüm veros de me fermones audivi. 4: Perfe&us haud dublà Princeps enituifet Valentinianus, fi ei conuigiffet, aut carere infidis homiribus, quibus fefe quafi fidiffimis pruden rique dederat, aut. uti proba.is eruditifque monitoribus. GAPUT L XIV. Feros. amices reparare difficile e. 1. Cim Atguflus audiviffet tandem Jülis flie fus flagitia, que tamdiu nefcierat, pzrum potens iræ, patefecerat, eain relegando. Deinde vbi, interpofito. tempore, in locum ire fubiit verecundia; gemens quód non illa filentio preffiffer ,.( quia. quarumdam rerum turpitudo aliquando ctianr ad eum redit qui eas vindicat) fepe exclemavit: Horum miki y nihil accidiffet, fi aut Agrippa. aut. Mecenas] vixifféet. lntellipebet fcilicet quàm ule fit Regi aut principi viro fidum amicum habere n quèm damnofum carere. Imperante Augufto caía funt legiones Romane,& aliz prounus [9N Hifloires des Auteurs profanes. 403 ‘faire connoitre, En foupantavec eux, il fit tomber la conv os fur le Roi, afin de favoir ce a es nouveaux Hôtes pen dit: Que le Roi d'ail y E; se ient de lui,& il entenurs étoit bon, 67 meritoit zyant de mauvais Confeille, de chofes importantes,& fouvent même néce]] aires, parce. qu'il de livroit trop à la Chaffce. Antiochus garda le filence, mais au lever du Soleil fes Gardes du Corps étant venus lui apporter dans cette Chaumiere fon Manteau de Pourpre& fon Diadéme, adreffant la parole .à fes Ornemens Royaux: Certes, dit-il, depuis que je vous porte, je n'ai entendu que d'hier parler véritablement fur mon comple. IV. Il n'y a point de doute que Valentinien n'eüt .été un Prince parfait, s'il eût eu le bonheur, ou de n'avoir point de Courtifans perfides, auxquels il fe fioit comme à des perfonnes très-sûres& fort prudentes, ou de ne fe fervir que de Confeillers univerfellement approuvés& remplis de lumieres; CHAPITRE LXIV. Rien nef plus difficile que. de remplacer de vrais amis. I. Les défordres de Julie, fille d'Augufte, étant enfin parvenus jufqu'aux oreilles de fon pere, après lui avoir été long-temps cachés,& n'étant plus le maître de contenir fa fureur, il la fit éclater par un banaiffement public. Quelque temps aprés, la honte ayant pris la place de la colere; témoignant fes regrets de n'avoir pas gardé fous filence des débauches dont la turpitude retombe toujours en quelque maniere fur les perfonnes qui «n tirent vengeance, il s'écria fouvent: Je ne férois point tombé dans tous ces malheurs, fi AgripPa ou Mécénas euffent vécu. Il comprenait fans 9loute combienil eft avantageux à un Roi ou‘un 406 Hiflorie à profanis Script. fcriptæ. Fracta claffs;& intra paucos cies natavit nova. Sevitum eft in opera publica ignibus; furrexerunt meliora confumptis. Totà reliquà Augufti vità, Agrippe& Moecenatis vacavit locus; Adeo Imperatori, tot millia homi! num habenti, duos reparare difficile fuit, = P.Syrus. Amicum perdere, eft damnorum maximum. Plu. 2. Cüm Darius Xerxis pater malum grana| Apoph.«um aperuiffet,& quidam ab eo fcifcitaretur, ! quarum rerum tantum numerum habere, opta| ret, quantus illic ineffet granorum numerus? ] Jufiin.l- Refpondit: Zopyrorum. Fuerat enim Zopyrvs |^€ 1? Dario amiciffimus, ficque illi deditus, ut ultro fe verberibus toto corpore lacerari, nafum, aures& labia fibi præcidi voluerit, ad revocandam in ejus poteftatem Babyloniam. CAPUT LXY. "Amici thefauri regum. funt. |] Saft 1. Non exercitus, neque thefauri præfidia Jug.c.to regni funt: verüm amici, quos neque armis| cogere, neque auro parare queas; officio& fide; pariuntur. Interrogatus Alexander vbi thefau-‘ 4mm. l.ros haberet? Apud amicos, refpondit. Idem| 23. cum ad Achillis tumulum veriffet; felicem eur fibi videri, dixit, quód, dum viveret, fidum ami JE Plut. in. cum( Patroclum) na&us effet,& pofi fata mag” 4{ Alex. num praconem( Homerum).| Hifloires des Auteurs profanes.— 407 homme qui a l'autorité en main, d'avoir un ami fidele,& combien il lui eft préjudiciable d'en manquer. Sous l'Empire d'Auguíte, les Légions í Romaines furent taillées en piéces,& on en fir de nouvelles levées fur le champ. La Flote fut brifée, en peu de jours, il en reparut une feconde. On réduifoit en cendres les Monuments publics, on en voyoit auffi-tôt renaître de plus magnifiques que ceux qui avoient été détruits. Dans tout le refte de la vie d’Augutte, la place d'Agrippa& de Mécénas refta vacante; tant il fut difficile à un Empereur qui avoit à fa difpofition tant de millions d'hommes, de réparer la perte de deux. Perdre un fidele Ami, c'eft le comb'e des pertes. II. Darius, pere de Xerxès, ouvrant une Gre3| tade, un de fes Courtifans lui demanda quelles AM feroient les chofes au monde qu'il defireroit avoir ; en auffi grande quantité quil y avoit de grains | dans ce fruit. Il répondit: Je voudrois avoir autant | de Zopyres. Or ce Zopyre avoit été extrémement '"Ü attaché à Darius,& tellement dévoué à fon fere vice, qu'il fe laiffa déchirer tout le corps à coups | de fouêts, couper le nez, les oreilles& les lévres, pour remettre fous fon pouvoir Babylone qu'il avoit perdue, S CHAPITRE LXV. MEE: Les Amis font les Tréfors des Rois. Ce nefont ni les Armes, ni les Tréfors,qui font l'appui d'un Royaume, mais bien les amis, qui ne s'enrollent point par argent,& qu'on ne (contraint point par la force des Armes,mais qui ne s’acquierent que par les bons Offices& la fidélité. Quelqu'un demandant à Alexandre oh il placoit È fes Tréfors: Chez mes amis, épartit-il. Etant [ es vifiter le Tombeau d'Achilles, il dit: Que 408 Hiflorie à profanis Script, Cim plurimis amicitiis fortuna Principum in-« digeat; præcipuum eft Principis opus, amicos'* parare. Nullum-majus boni-imperitinftrumentum eft., quàm boni amici. Pla, 2. Cum'à Pififtrato ,-qui principatum-Athe."pceph. mis invaferat, amici quidam defciviffent,#4 que in arcem Phylam feceffiffent, acceffit ad eos, veftem ftragulam colligatam ferens fe‘cum, ac mirantibus ilis, quærentibufque | quid vellet?» Aut, inquit; perfuadere ut '» mecum redeatis; Rut., fi minüs id perfua» fero, manere vobifcum, ideoque iníflructus » veni.» -Plin. 3. Trajanum-imp prd laudat Plinius, Pus quod& amicos diligat,& ipfe diligatur. In| /777* animis hominum exoleverat, prifcum mortalium bonum, amicitia: cujus-in locum. migra-| 1 verant affentationes, blanditie,&, pejor| | odio, amoris fimulatio. In principum domo | nomen tantum amicitie inane manebat. Nam ——Matíà te xai Dg poterat effe inter eos amicitia, quorum ali fibi domini, alii fervi, videbantur? Tu ilh pulfam.& errantem reduxifti, Habes| amicos, quia amicus ipfe es. Neque enim| ;amer, ut alia., fubje(lis:imperatur: neque eft. ullus affedus tam erectus& liber,& domi- 1 nationis impatiens, nec«qui magis vices exigat. Diligis ergo,& diligeris: atque in eo tota gloria tua eft, qui fuperior factus, def- f cendis in omnia fumiliaritetis officia,& in k amicum ex Imperatore fubmitteris: imo tunc| maxime Imperator es, ciim amicum ex Imperatore agis. Jucundiffimum eft in rebus huma-| pis amari; fed non minüs armare. Quorun ce! | | Jes Atitèurs pre 409 : JI heureux‘, eh ce qu'il avoit eu ant fa vie Patrocle pôur fidel ami,& après fà mort un célebre Panégyrifle, qui étoit Homere. ne d'un Prince exigeant un © bon ami. IL. Certains amisayant quitté le parti de Pififtrate, qui avoit ufurpé le fouverain Empire X Athènes, s'étoient retirés dans la Citadelle de Phyla. Il vintles trouver avec fon paquet de nuit; & comme ils étoient furpris,& lui demandoient ce qu'il vouloit:» Je veux, leur dit-il, ou vous » perfnader derevenir avecmoi,oufijene peux en » venir à bout, deméurer.avec vous;& c'eft » pour cela que je fuis venu dans cet équipage.» IL Pline loue ainf'Empereur Trajan de ce qu'il étoit attaché à fes‘amis:,& de ce que fes amis l’étoient à lui. L’amitié,ce bier autrefois propre& convenable aux hommes,étoitentiérement effacée de leurs cœurs; la flaterie, les fauifes complaifances,& le déguifement, qui eft pire que la haine, avoient pris fa place. Il ne reftoit plus dans le Pap : lis des Princes qu'un vain nom d'amitié: car quel amour pouvoit-il y avoir entre des gens, dont les uns fe croyoient Maîtres,& les autres Efclaves 2 C'eft vous qui avez rappellé cette amitié bannie&c fugitive. Vous avez des amis parce que vous l’êtes vous-même; car il n’en eft pas de l’amour comme de bien d’autres chofes, le Prince n’en peut pas faire une loi à fes Sujets, Il n’y a point de faculté dans l'homme plus indépendante, plus jaloufe de fa liberté, qui foit plus ennemie de la fujétion,,& exige plus de retour. C'eft pourquoi vous êtes aime, parce que vousaimez7,&z vous mettez toute votre gloire à defcendre de votre élévation, pour vous abbaifer aux devoirs les plus humbles de H c 2 410 Hiflorig à profanis Script. utroque ita frueris, ut, cum ipfe ardentiffimè diligas, ardentius tameit diligaris. dus A). RS ERA LL. CAPUT LXVI Emus,—Amicus certus in re incerta cernitur. ( P.Sirus. 1. Tpfæ amicos res opimæ pariunt, adverfæ probant, Senec. Pofcunt fidem fecunda, at adverfa exigunt. Agam. y. 934Plutin— Qum Catoni Uticenfi obveniffet morte paCat. truelis fui Catonis hereditas centum talentorum; D** D. 2 omnia in pecuniam redegit, quam amicis, ubi g cuiquam opus erat, commodabat. Quinetiam&| u predia fua& fervitia eorum caus aliquando op- n pignerabat.& Vale. Sinceræ fidei amici precipue in rebus adver-© L.4.6.7- fis. cognofcuntur: quidquid enim tunc prafta- du tur, totum à conftanti benevolentia proficifcitur. Át qui fortunatum amicum colit, ille| magis causa fuà adulari, quàm veré diligere, im A.. v D+ P eu poteft videri. Libentius igitur& diutius ferva- Gi vit pofteritas nomina eorum, qui amicos in| t adverfs cafibus non deferverunt, quàm illorum, qui amicos opibus florentes coluerunt.| Nemo de Sardanapali familiaribus loquitur: Oreftes penè notior eft propter Pyladem amicum, quàm propter Ágamemnonem patrem.' Illorum amicitia, fi qua tamen fuit, in deliciis & luxurià turpiter extinda eft, horum vero e Hifloires des Auteurs profanes. 4x l'amitié; d'Empereur, vous vous transformez en ami, ou plutót c'eft alors que vous paroiffez plus véritablement Empereur, lorfque vous dépouillant de votre grandeur, vous faites le perfonnage d'ami. C'eft un bonheur très-doux dans la vie d'étre aimé, mais ce n'en eft pas un moins grand d'aimer. Vousjouiffez de l'un& de l'autre avantage fi pleinement, que quoique vous aimiez avec beaucoup d'ardeur, vous êtes pourtant aimé bien davantage. CHAPITRE LXVI. C'eft dans les revers de la fortune que l'om reconnoít un véritable ami, 1. On acquiert des amis dans la profpérité, On les met à l'épreuve au temps d'adverfité; La premiere agréant notre foi, la demande, Mais l'autre, malgré nous, l'exige& la commande, Une fucceffion de cent talens étant échue à Caton d'Utique par la mort de Caton fon Coufingermain, il en fit de l'argent qu'il prétoit à fes amis dans leurs différens befoins. Bien plus, il mettoit quelquefois en gages fes fonds de l'erres, & fes Eíclaves pour leur rendre fervice. f: On reconnoit fur-tout dans l'adverfité les amis d'une fidélité fincere; car tout ce que l'on fait alors,part entierement d'une bienveillanceinvariable. Mais quiconque eft attaché à la fortune d'un ami, doit paffer plutôt pour un flateur intéreflé, que pour un véritable ami. C'eft pourquoila poftérité a pris plus de plaifir à conferver les noms de ceux qui n'ont pas abandonné leurs amis dans les malheurs de la fortune, que les noms de ceux qui les ont cultivés dans l'abondance& la profpérité, Perfonne ne dir mot des amis de Sardanapale. Oreíte eft plus connu à caufe de fon ami Pylade, qu'à caufe de fon pere Agamemnon. L'amitié des premiers, s’il y en a eu chez eux, s'eft éteinte Ü 412 Hifforie à à hpvafanis Script. enituit communi calumitate 1x immortalem apud pofteros famam eft dep. Quid enim “eclebratum miagis, quàm illa yes atque Oreflis coram rege MT Rosnte| plena amoris cóntentio, uter moreretur? Dum alter nititur ab altero depellere crimen& criminis pcenam, atque in fe transferre: dum, ignorante rege bci eter eorum-fit. Oreftes., 5D; ylades- Oreftem fe p 4; effe dicit; ut pto illo ne 1 Oreftes autem, 6; ita ut eft ,“Oreftem fe. Qui clamores Rome to:à ca ant in M. Pacivii de-Orefte& Py t pe tes plaudebant in re fidià: quid in verà fuiffe fa&uros? Facil& indicabat ipf natura vim fuam, ciim‘ho ,id quod facere ipfi non poffent, reGè fieri i in altero Vadis rent. | Valer, 2, Mutinâ fugiens D. Brutus, ut cognovit | h4.€ 7«miffos ab Antonio equites ad fe interficiendum advenifle, in loco quodam cum paucis fuorum delitut, morti fe{ubftraQurus. Ed fad ab equitibus irruptione,‘Servius Terentius fideli mendacio Brutum fe efe.fimulavit, obfcuritate ipfà loci fuf P gante,& corpus fuum objecit trucidandum. Verl co gnitus à Furio., cui Brutiana- cædes fuerat, non potuit nece fuà amici fupplicium avertere, fic invitus, fortunà cogente, vixit. Incæœpto egregio, non autem irrito eventu, æftimari debet Servii Terentii fdes in amicum, Quanquam enim ei, ficut cupierat, pro amico fuo perire mon contigit; ipfe extin(tus eft,‘quantim ia Ma"ue, d d Um m em a Hifloires des Auteurs uofen 413 honteufement dans les.délices& la luxure. Celle des feconds a paru avec éclat, parce q geoiententr'eux leurs diferaces,& scit acq: üfepar-là chez les defcendans une réputation immortelle. Y a-t-il rien de plus connu dans l’Hiftoir:, que cette tendre que erelle; pleine d'amour, entre Pylade& Orefte, à qui mourroit de srdsuts en préfence du Roi Tho as? Of voyoit l'uns'efforcer àjuftifier l'autrej8cà faireretomber fur foi] lapeine du crime oméga être coupable; on entendoit Py[lade atenir eu"il étoit Orefte, pourmourrenf rant déméler qui desdeux fteaucontraire pe: ioi à qui a rténhoitee our cc iil ge Quelles f t les acclamations c tout le Théa treàla ata tiond' unePiécequeMarc-Pacuva compo ofa fur c fr la fimple sicud d'une telle pa exciter defi‘grands ap cine ns] Spectateurs, qu'aur oit-ce été, filachofemê toit paîlée devant leurs yeux? La force de M nature éclata dans: cette occafion, chacun aimant& admirant dans ces-deux excellents Perfonnages ce u'il ne fe fentoit peut-être pas.capable de faire. IL Decimus- Brut us fayant de Mutines, apprit dans fon chemin que des Cavaliers envoyés de la part d’Antoine venoient pour le tuer; il fe cacha dans la premiere retraite avecune poignée d'amis: pour échapper àla mort. Les Cavaliers l'y ayant furpris, firent irruption. Servius-Térence feignit d’être Brutus ,.& l’obfeurité du lieu fe trouvant favorable à fon deffein, il l'imita parfaitement, & préfenta fon col pour être égorgé en fa place, mais Furius qui étoit chargé de la commiflion, le reconnut: fon entreprife échoua,& il ne put(auver fon ami du fupplice parfa propre mort.ll fe vit forcé de vivre. malgré lui, la fortune ne l'ayant point fecondé. On ne doit pas juger dela fidélité de Térence pour fon ami par l'événement qui ne Sij. A Faler. ibid. Phædr.l. 3.F. 9. A14 Hifloriæ à profanis Script. ilo fut,& D. Brutus periculum. mortis evafit. 3. Laudatur alterius Romani in amicum extin&um conftans charitas. T. Volumnius, Equeftri loco natus, M. Lucullum familiariter coluerat. Eum à M. Antonio interemptum cim vidiffet,& liceret fugà vite confulere; exanimi amico adhæfit, fic in lacrymas& gemitus profufus, ut nimià pietate caufam fibi mortis accerferet. Namque propter praecipuam & perfeverantem lamentationem ad Antonium pertracus eft. Cujus poftquàm in conípe&u ftetit:» Jube me, inquit, protinus ad Luculli » corpus perduci& occidi. Neque enim ab» fampto illo fupereffe debeo, ciim ei infe» licis adversüm te militie au&or fuerim« Facilé impetravit ab Antonio: du&tufque qub voluerat, Luculli dextram avidè ofculatus eft, caputque ejus, quod abfciffum jacebat, pe&ori fuo applicuit: ac deinde cervicem fuam interfectoris gladio prebuit. CAPUT LXVIT. Pheds J'ulgare amici momen, fed rara ef fides. Cüm parvas ædes fibi fundaffet Socrates; E. populo fic nefcio quis, ut fieri folet: Quafo., tam anguflam talis vir ponis domum? Ülinam, inquit, veris hanc amicis impleam! Hifloires des Auteurs profanes: 4ï% téuffit point, mais par la grandeur de l'aGion;car See ne fouffrit pas réellementla mort pour rutus, il mourut effectivement dans le fond du tœur,& eut une véritable envie de le garantir du fupplice. 1i. On vante dans l’Hiftoire l'amitié qu'un autre Romain eut pourfon ami jufqu'apres fa mort, Titus-Volumnius, de l'Ordre des Chevaliers, avoit affe(tionné particulierement Marcus-Lucullus. Antoine layant fait mettre à mort, parce qu'il avoit fuivi le parti de Caffius& de Brutus, il‘ne voulut point quitter fon ami, quoiqu'il pût éviter le même fort par là fuite: il fe livra à tant de regrets& de larmes, que fon trop grand amour lui coûta la vie: car fes plaintes éternelles ayant été caufe qu’on le traîna aux pieds d’Antoine, il dit en fa préfence: Ordonnez que jefois conduit fur le champ vers le corps de Lucullus,& que j'y fois égorgés car je ne peux furvivre à fa mort, étant moi méme la caufe de ce qu'il a pris malheureufement les armes contre vous. Il n'eut pas de peine à obtenir cette grace d’Antoine. Lorfqu’il fut arrivé à la place qu'il demandoit, il baifa'avec empreffement la main de Lucullus,& appliqua fa tête, qu’il ramaffa par terre, fur fa poitrine; puis préfenta la fienne au Bourreau. CHAPITRE LXVII. Le nom d'ami efl commun, mais la fidélité en eft rare. Socrate s'étant fait bâtir une petite maifon, un homme inconnu d’entre le Peuple: comme c'eft la coutume de donner fon avis en pareil cas, lui dit: Comment efl-ce, je vous prie, qu'un auf grand homme que vous, fait bâtir une maifon fi petite? Piát à Dieu, lui répondit Socrate, que, toute petite qu’elle e(l, je pu[fe la remplir de siehe amis! iy 416 Hifloriæ profanis Script; ». AÁmicus., res rara uem non alibi maois E:q * deeft, quàm ubi creditur abundare 'an regum, aut reces iimulantium, À 5e à plena funt, amicis vacua. 3 Illud amicitie fanQum- ac. ven Re jam pro vili füb pedibu méi&u,(ed, nomen; E. 9 vera fatemur; Et cum-fortunà flatque caditque fices, Petron, Cüm fortuna manet; vultüm fervatis ,; amicis £m. cecidit, turpi vertitis-ora fu à, , Tüf.E. Donec eris felix y multos numerabis amicos 3 TO Tempora fi fnerint nubila, folus eris, au. 4uo,— Hitundines. zflivo. tempore- prefíb(unt: y r po i. y sd He- ingore pulfæ recedunt. Ita falfi amici fereno "enm. Vite tempore præftô funt: fimul atque adverfam fortunam viderunt, omnes avolant, Non funt ria hominibus t prior eft, quàm quid fit honestum= Lo 4 Hifloires des Auteurs profanes. 417 Un ami eft une chofe rare,& qui ne manque jamais davantage qu’où on la croit manquer le moins. Ne comptez pas pour amis ces Courtifans qui viennent en foule frapper aux portes des Palais des Rois, ou de ceux qui feignent l'étre: leurs antichambres font remplies d'hommes, mais væides d'amis. Dans-notre: fiécle on foule au: pié, Comme une chofe méprifable: Le titre faint de l'amitié, Ce nom jadis fi refpectable. Avouons fans déguifement, ( Quoi qu’il en coûte à notre honte?) Que l'intérét communément Eft le point fur lequel on compte; Et dans l'amitié fert de loi, La vertu rarement nous guide y: C'eft la vertu qui décide, Et qui regle à fon la fois Tant que la fortune m'eft bonne Amis ,vous me faites la cour; Mais fitôt qu'elle m'abandonne, Vous me quittez à votre tours Vous aurez mille Adorateurs ÿ … Tant que la fortune volage Vous comblera de fes faveurs 3; Mais s'il furvient quelque nuage y Vous ferez.{eul-dans vos malheurs; Ls Hirondelles ne manquent-pas à paroitre en” :: 1; d Tdi nio 16; mais quand le froid vient elles fe retirent: de même les faux amis font affidus à vous faire e Cicer. 1, 20. ". 42. » Tufc. n. 32. 2. Off. mn 63. ProLiga, n. 37. C. Nepos € Piut, in Cim. Juffin. L Ze C. 1g. 418 Hiffria? profanis Script. CAPUT LXVIIL Nihil efl natura hominis accommodatius Beneficentid. 1. Juftitiæ pars eft beneficentia, quam eamdem vel benignitatem vel liberalitatem appellare licet. E& nihil: eft nature hominis accommodatius:& in hominum genere nullà melior eft natura, quàm eorum, qui fe natos ad homines juvandos, tutandos, confervandos arbitrantur. Gratiffima eft liberalitas ,. eamque eo ftu-diofius plerique laudant, quód potentium ac divitum hominum bozitas commune perfugium eft omnium, Itaque nihil eft tam pogulare, quàm. bonitas. 2. Cimon Athenienfis& pietate in patrem; & in cives benevolentià infignis fuit. Cum nihil haberet quod dare, prater. feipfum, poffet, ad redimendum fepulturæ-jus parenti fuo Miltiadi, qui in carcerem. conje&us ibique mortuus fuerat; ejus vinculà in fe tranftulit. Aliquot poft annos à cuftodià emiffus, magn. juris civilis.& rei militaris prudenti celeriter ad. Principatum pervenit. In. quo tantà fuit liberalitate, ut, cüm pluribus locis hortos puediaque haberet, nunquam in eis cuftodem impofuerit fru&üs fervandi gratià: ne. quis impediretur quominus rebus ejus frueretur. Semper eum pediffequi cum nummis funt fecuti, ut, fi quis opibus ejus indigeret, habe-| ret quod ftatim daret, ne differendo videretur| 3 negare. Sæpè cum aliquem videret minüs bené veftitum, fuum amiculum dedit, Nulli opera tjus, nulli res familiaris defuit. Multos locu | Hiffoiris des Auteurs profanes. 419 CHAPITRE LXVIII H n'y a rien de plus conforme à l’homme que la liberalité, T. La libéralité eft une portion de la juftice,& * fe peut encoreappeller bonté, inclination àfaire du bien. ll n'y a rien de plus conforme qu'elle.à la nature de l'homme;& je ne connois point au monde de meilleur cara&ere que celui d'un homme quife croit né pour aider fon femblable ,le défendre& le protéger. | La libéralité fait beaucoup de plaifir à tout le: monde,& chacun la loue d'autant plus votontiers, que cette vertu dans les perfonnes riches& élevées eft regardée comme un recours affuré pour tous ceux qui peuvent‘être dans le befoin: aufft rien n'attire davantage la faveur du Peuple qu'un cœur liberal. II. Cimon l'Athénien fe rendit également re| commandable par un amour refpe&ueux envers. E fon pere,& par fa bienveillance envers les Ci| toyens. N'ayant rien à donner que lui-même pour | payer le droit de fépulture de fon pere Miltiade qui étoit mort en Prifon, il fe chargea de fes chaines. Quelques années après ayant obtenufa liberté, il parvintau Gouvernement en peu de temps, par fa connoiflance profonde du Droit Civil,& à fon expérience dans l'Art Militaire. Il donna dans. j cette Place de fi grandes marques de libéralité, qu'il ne mettoit aucun Gardien pour veiller à la confervation des fruits de plufieurs Jardins,& des it biens de Campagne qu’il poffedoit en différens 3 endroits, ll fe faifoit continuellement fuivre defes Valets avec une bourfe d'argent, afin de pouvoir aider fur l'heure ceux gni étoient dans lapeine,Sc le crainte qu’en retardant il ne parût leur re— fufer du: fecqurs. Souvent. grad il rencontroit mop .ter dominandi ftudium, nullus eo me "fuit. Si quos otiofos cerneret in foro obambuantes, ad fe vocatos.interrogabat cur fic otiofi | effent? Si verdilli fe aut. frumenta;.aut jumen| 4,.,, tà non habere-xefpondiffent;- jubebat, his à fe ire-Gt laborare. Quando in publiprodibat., comitabantur. eum pueri duo jui minütos nummos ferrent erogandos egenis, maxim? in mortuorum fepultuam. Pratereà liberum in hortos ac predia fua introitum omuibus permittebat,& ea capiendi, quibus opus effet, facultatem, , Piler.-^ 4*-Gilias Agrigentinus; vir: opibüs excel^*-6$.]ens, fed animo, quàm divitiis, locupletior, femper in erogandâ potiès, quàm in contrahendà pecunià fuit occupatus: adeo ut domus ejus-quafi/quedam Munificentiæ- officina. crederètur.- Ilinc. enim. apta publicis. ufibus. ædificia exfttuebantur:,. illiric grata-popnli} oculis debantur; illinc; deficiens annone laborantibus». dotes«virgir reffis.erogabäntur:-hofpites is tum,rufficis;teétis«ben: nuneribuss orne 7 CICEP-;5. Pififtratus fümmá æquitate geffif' Athenis: principatum, quem iniqué invaferat:&, præ-lor civis: Ï Hifloires des Auteurs profanes. 423 un pauvre mal vêtu, il lui donnoit fon manteau. Ih ne rafufa jamais à perfonne fes fervices.& fes biens: il enrichit percer de miférables: il fit enterrer à fés dépens un grand nombre de Pauvres. qui n'avoient pas laiffé dequoi-le faire. Il n'eft point du tout étonnant qu'un. homme qui menoit une telle vie, fütà l'abri de toutes fortes d'embüches,& que(a mort ait affligé tousles Citoyens.. II. Pirate feconduifitavec la derniere équité dans le Gouvernement: d'Athénes qu'il avoit injuftement ufurpé,& jamais Citoyen ne fut meilleur né lui, fi vousexceptez la paffion de commander. ll appelloit à lui ceux-quàl voyoit fe promener dans h Place publique,& leur demandoit pourquoi ils fe tenoientainfi fans rien faire. Ceux qui lui répondoient qu'ils n'avoient ni Grains ni Be(tiaux, il leur en faifoit donner, lesrenvoyoit, en leur ordonnant de travailler. Quand il paroiffoit en public il-avoit foin defe faire accompagner de deux oa trois Domeftiqués qui portent de petites piéces de monnoye pour diftribuer aux Pauvres,& fut-tout pour faire enterrer les morts. Outre cela, il avoit donné la permiffion à tous les Citoyens, fans excestion, d'entrer dans fes Jardins€ dans fes Maifons de Campagne; avecla liberté d’y prendre toutce dont ils'ai aroient be foin. IV: Gillias d’Agrigente, homme puiffant en richeffes, mais dont la grandeür- d'ag»e- paffoit la’fortune:, fat toujours occupé: plotót à diftribaer fon.argent,qu'à en ama au point que fa ifon-pafloit pour une efpece ide M3 agafin de ralités. C'eft-là qu'on prenoit ies fonds néceffaires pour bátir-les E 1 nés aux uf(ages publics,8t. pour c donner divertifftis, Cet contre“. difétre e:-gé fub iance€ qu‘on puifoit: VEeS 3 ON: y-- donnoit-! là*qu’ onstiroit des etes; érale?; ,auffi-bien-que la& 422 Hifloriæ à profanis Script. Quodam vero tempore compulfos vi tempeftatis in. predia fua quingentos equites Galenfum aluit ac veftivit. Quid multa? Eum propemodüm ipfius Liberalitatis precordia habuiffe conftat. Ergo quod Gillias poffidebat, omnium quafi commune patrimonium erat. Colloca ex contraria parte arcas claufas feris, ad nullas preces& miferias aperiendis, nonne Jongè preftantiorem exiftimabis nobilem illam Gilliæ impenfam, quàm triftem.& duram hane cuftodiam? €ictr. z; ÿ. Multitudinis benevolentia beneficiis ca€f. n.pitur maximà: fecundo autem loco beneficá ge voluntat?, etiamfi res forté non fupperit. Ipía quippe fama& opinio liberalitatis, beneficentie, juilitiæ, fidei, nos eis amicos facit, in. & etoris quibus ilas ineffe remur. Hine. Titus, quia in Tito, naturà erat benevolentifimus, amor ac deliciæ 9. 8. 10. generis. humani appellatus efl. Hoc illi. propofiM. tum& folemne fuit, ne quem accedentiumk 7."ad fe fine fpe dimitteret. Admônentibus vero amicis, quafi plura polliceretur, quàm præftare poflet: Non oportere, ait, quemquam à fermone| Principis triflem difcedere. Atque etiam recordatus quondam fuper coenam, quód nihil cuiquam toto die praflitiffet, memorabilem ilam meritóque, laudatam vocem edidit: Æmici, diem perdidi. Quaedam fub eo fortuita ac triftia acciderunt, ut incendium Rome per triduum,& peflilentia quanta raro aliàs. In. his ac talibus adverfis non modo Principis folicitudinem., fed& parentis affe&um fingnlarem præftitit,^ nunc confolando, nunc opitulando quatenus fuppeteret facultas. Extino tam benigno lmperatore, majore civium damno quàm fuo, omnes tanquam i y Hifloires des Auteurs profanes. 423 avec beaucoupd'honnéteté, tant à la Ville qu’à la Campagne, puis on les congédioit avec divers. préfens. Gillias nourrit.& habilla pendantun.certain temps cinquante Cavaliers que la violence de la tempête avoit jetés fur fes Terres. Quepeuten faire de plus? Il eft conftant qu'il avoit, pour ainfi dire, desentrailles de bonté. Tout fon bien étoit comme un patrimoine univerfel: repréfentez-vous d'un autre cóté des coffres forts garnis de ferrurtes,& dont l'ouverture ne s'accordeni aux prieres, nià l’indigence. N'aurez vous pas plus d’eftime pour cette noble dépenfe de Gillias, que pour cette dure& trifte inquiétude à garder fes tréfors? V. On gagne fur-tout la bienveillance du Peus ple par les bienfaits, enfuite par l’inclination à. rendre fervice, quoiqu'on m'enait pas le pouvoir; car nous aimons, ceux qui paffent dans le monde pour avoirla libéralité, la bonté, la juftice, la fidelité,& en qui nous croyons appercevoir toutes ces vertus. C'eft à canfe de fa difpofition na-turelleà faire plaifir, que Titusmérita d’être fur-nommé l'Amour& les Dilicisdu Genre Humain. 11 fe faifoit une loifacrée de ne renvoyer perfonne fanslui donner au moins de bonnes efpérances.. Ses amis.lui repréfentant qu'il permettoit en quelque façon plus qu'il ne pouvoit tenir: J'agis ainfi, leur dit-il, parce qu'il ne faut jamais. que perfonne forte trifle de la converfation d'un. Prince. S'étant un jour reffouvenu, comme il étoit à fouper, qu'il n'avoit rendu aucun fervice pendant le jour entier, il prononça cette parole remarquable,& digne des éloges qu'on lui a donnés: Mes amis, y ai perdu lajournée. ll arriva fous fon. regne plufieurs accidens fâcheux, comme. un incendie à Rome, qui dura trois jours, une pefte telle qu'on n'en avoit point encore vue. Il fit voir dans toutes ces calamités, non-feulement l'inquiétude d’un Prince, mais. auffi la. tendre affection. Lampr: in Alex. 4x4. Hifloriæ à profanis Script. proprià orbitate doluerunt,& Senatus tanta®mortuo gratias egit, laudefque congeflit quan» tas ne vivo quidem unquam& præfenti. Alexander Séverus memori comple&tebatar & defcriptum habebat, quid cvique præftitiffet. Et, fi quos fciret vel nihil petiffe, vel non multim, vocabat eos,& dicebat fingulis: Quid efl cur. nihil petis-2. An me tibi vis fieri debitorem His& horunr fimilibus exemplis beneficentia generis humanr nutritur atque augetur. Hee funt ejus faces, hi ftimuli. 6. Verfabatur in regia Ptolemei Regis adolefcens nomine. Galetes, facie quidem pulcherrimus at morum fuavitate& animi in omnes benignitate magis infignis: ita ut Rex, cui erat cariffimus, fepe exclamaret: O be UP caput! nulli tu Unguan: ullius mali caufa fuif; fed contra mulis multa. bona praftii] Cim zligvando híc adolefcens, regi comes in equo fedens, vidiflet procul aliquos ad fupplicinm trahi;^oblatam: bené faciendi occafionem non pratermifitz fed flatim:» O Rex! in» quit, quandoquidem: prof ».rumce hominumr, qui morte damnati Í » fortunâ x,‘equis-nune vehim ut; age, » videtur; curfum: intendamus, ut ii » temporisvarticulo quafi ferv atores Di > | -reamus.:«Plorimum- vol iuptat is^ ex« Galetis confilio. cepit Rex, G5 animum«jus ad mifericordiam: propenfumadeamans, cüm. morti ad» âdam ho- Hifloires des Auteurs profanes. 435 ‘in pere, en confolant lesuns, fecourant les aues, autant que fes facultés le lui permettoient. a mort d’un Empereur fi bienfaifant, qui fut d tr L moins défavan:ageule pour lui que pour fes Cito-yens, caufa autant de douleur à fes Sujets, que s'ils fuffent devenus tous orphelins;& le Sénat lui donna plus-de témoignages de reconnoiffance, lui prodigua plus d’éloges après. fa mort, qu’il n'avoit fait pendant fa vie.-. Alexandre-Severe tenoit en fa mémoire un compte exa& de ceux à qui il rendoit fervice. S’il favoit quelques-uns qui ne lui euffent rien demandé ,ou trop peu, il les faifoit venir,& leur difoit à chacun: Pourquoi ne. me: demandeg- vous rien? Efi-ce. que vous voulez que je devienne votre débiteur??—— C'eft par detelsexemples& d'autres femblables; ue la bienveillance entre les homme s'entretient & fefortifie. Ce font autant d'attraits& d’aiguillons qui nousexcitent à enavoir les uns pour les autres. D . VI.II y avoit dansla Cour du Rói Ptolémée un jeune garçon nommé Galetes, beau de vifage, mais encore plus recommandable pat la douceur de fon caratere ,'& fon inclination à faire plaifir à tout le monde; de forte même que le Roi qui l’aimoït beaucoup, s'écrioit fouvent: O qué vous êtes un excellent jeune homme!. Bièn loin d’avoir jamais fait du mal à qui«que. ce foit, vous avez au contraire rendu fervice à‘un grand nombre de perfonnes. Ce jeune Galetesfe promenant un jour à cheval avec le Roi; apperçut de Join quelques Criminels que l’on menoit au fupplice. Il ne perdit point cette-heureufe occafion que le hazard lui préfentoit pour faire une bonne ation, mais il dit ' auffi-tót: Seigneur y puifque le fort veut que pour Ze: bonheur de ces miférables qui: ont été condamnés: à la mort ,nous nous trouvions à cheval, vonlezvous tourner bride vers eux, afin que nous leur apiffons comme des. Dieux tutélaires dans Pinf Cicer. Y. 42. 6«. N. 45e Senec.de Beat. vit. €. 20. 25. 24. 426 Hifloriæ à profanis Script. dios fervavit, tum amori in illum. fuo mule tim addidit. CAPUT LXIX. Multas cautiones habeat beneftcentia, 1. In exercenda beneficentia multe funt caus tiones adhibendæ. Videndum eff primüm ne obfit benignitas& iis ipfis quibus prodeffe volumus,& ceteris. Deinde ne major fit, quàm facultates. Denique ut cuique pro dignitate tribuatur. Nam ad juflitiam referenda funt omnia, & nibil eft liberale, nifi quod idem fit juftum. Utamur igitur eà liberalitate quæ profit amie Cis, noceat nemini: qua fontem ipfum benignitatis non exhauriat: qua deleum faciat eorum, in quos beneficium conferetur. Verüm multi beneficia conferunt fine judicio, vel modo, inomnes, impetu animi, repentino quafi vento, incitati. Quae beneficia«quà magna non funt habenda, atque ea que judicio, conftderatèque delata funt, 2. Si vir bonus divitias habeat fine cujufquam irjurià partas, nec fordidè cuftodiet, nec prodigè fparget: partim ipfe utetur, partim dofacere poterit bonos. Donabit cum fummo confilio, digniflimos eligens: nam inter turpes jac. abit. Donabit autem aut. bonis, aut iis quos im Hifloires des Auteurs profanes. 427 tant fatal où ils font? Le confeil de Galetes plut beaucoup au Roi, qui charmé de lui connoitre un cœur fenfible à la pitié, ne fe contenta pas de fauver la vie aux Criminels, mais enchérit em» core beaucoup fur l'amour qu'il lui portoit. CHAPITRE LXIX La libéralité demande plufieurs précautions. 1. Il y a beaucoup de précautions à garder en fait de libéralité. La premiere eft de prendre garde que le bien que l'on veut faire à quelqu'un ne tourne à fon préjudice, ou à celui de quelque autre,la feconde eft de proportionnerfes libéralités $ fes facultés;& la derniere de les régler felon le mérite de ceux à qui l'on en fait: car il faut tout rapporter à la juftice;& où elle n’eft point gardée, il ne peut y avoir de libéralité. Soyons donc généreux envers nos amis, Mais d'une manière que nous puiffions leur être utiles,& ne nuire à perfonne, fans épuifer la fource même de la libéraliré, & après avoir fait choix de ceux à qui nous ferons du bien. Mais il y en a beaucoup qui ne rendent fervice que par une certaine impulfion téméraire fans difcernement& fans choix, ou par un mouvement févreux qui les porte à faire du bien à tout le monde, ou enfin par une certaine faillie d’efprit qui les emporte comme un tourbillon. Or il s’en faut bien que l’on doive faire le même cas de ces fortes de bienfaits, que de ceux qui font l'effet d'une volonté ferme& arrêtée, conduite par la raifon& le jugement. II. Si un homme de probité a des biens acquis par des voies juftes, fans avoir fait tort à perfonne, il ne doit point lesconferveravec avarice,ni les répandreavec prodigalité. Il les partageraavecceux qui font gens de bien, ou qu'il pourra rendre tels. ll ne donnera qu'avec beaucoup de difcernement, 428 Hifforie à profanis Script. en turas inconfultum munus ponitur. Errat, fi quis? exiftimat facilem rem efle donare, Plurimum habet hec res difficultatis; fi modo confilio tribuitur, nom czfu.f;"gitur. Aliis fuccurram, dignis quos nom premat paupertas. Alis non dabo, quamxis: defit- quia etiamfi dedero, eft defuturum. Quibufdam offeram, quibufdam etiam inculcabo. Quid refert, fervi liberine fint, qui indigeant? Ubicumque homo eft, ibi bene2,Binef, ficio locus eft. Pauperi viro bono donabo. Non €10,11, lucrum. ex beneficio captabo, non voluptatem, non gloriam. Ideo dabo ut quod oportet fa= Yi ciam, Licét fortuna ei, qui à me beneccium ac-- foie cepit, nihil tribuat quo referre mihi gratiam poffit., ex fententià meà res gefta eft, Cei Ci. s.(lüdeligendis idoneis in quos béneficha confe- si Ofn.62. ramus:, Judicium& diligentiam adhibere debe- nem mus. Nam præclarè Ennius: Benefaëa mali lo- dt cata, malè fatla arbitror.-. j À ! P.Syrus à umpdionic hide er nli M ns. Beneficium dignis ubi des; omnes obliger, t Pliniusl. 3; Laudas-miht& prefens& per epiftolas=|" 9«Ép.30. Nonium tuum, quod fit liberalis in quofdam.| Etipfelaudo,íi tamen non in nos folos. Volo€ enim eum qui fit verè liberalis, tribuere patrie, propinquis; affinibus, amicis: fed amicis dico pauperibus: Quod non ifli faciunt, qui iis potiffimum donant, qui donare! maximè poftunt. Hos ego non fua donare puto, fed vifcatis hamatií 1 que muneribus aliena corripere.) Hifloires des. Auteurs profanes. 439 en choififfant les perfonnes qui en feront les plus dignes;car on compte au nombre des pertes honteufes un préfent fait fans réflexion. On fe trompe, fi l’on croit que-ce foit. une chofe facile que de donner.On y rencontre. beaucoup de difficultés, quand on veut le faire:avec difcrétion,& ne point jeter fon bien avec-profufion. Je fecourrai ceux-ci qui ne méritent point que la pauvreté les opprime: je ne donnerai pointà-ceux-là, quoique dans le befoin, parce qu'ils manqueront toujours, quelque bien que je leurfalle. Je préviendrai les uns, je forcerailesauttes à prendre. Que m'üinporte que ceux qui font dans l'indigence foient efclayes on pauvres? Par-tout où je trouve un homme, j'y trouve matiere de bienfait. Je donnerai à un honnête homme pauvre: je ne tirerai de mon bienfait, ni gain, ni plaifir, ni gloire: je n'obligerai que pour remplir mon devoir; quoique la fortune ne mette point en état celui à qui je fais plaifir de me rendre la pas reille, je n’en ai pas moins agi du fond du cœur. Nous devons apporter nos foins& notre difcernement pour choifir ceux qui font les plus dignes d’être affiftés; car comme dit très-bien Ennius à Les bienfaits mal placés& fans réflexion, Au fond ne font rien moins que bienfaits, ce mefemble; Mais fi vous les placez avec difcrétion, Vous obligez alors tous les hommes enfemble, III. Vous-ne ceffez de me vanter de bouche& par lettres votre ami Nonius, parce qu'il eft libéral envers certaines perfonnes: je l'en loue auffi-bien que vous, pourvu quil ne le foit pas feulement à notre égard; car je foutiens qu'un homme vraiment libéral doit affitter fa Patrie, fes Proches, fes Parens& fes Amis, je veux dire, Amis p que ne font point les perfonncs qui donnent principalement à ceux qui peus Cat vres.\u ei 430 Hifloriæ? profanis Script. Alii funt qui, quod huic donant, auferunt illi; famamque liberalitatis avaritià petunt. Primum autem hominis officium eft, fuo effe contentum: deinde quos precipue fciat indigere, fuftentare ac fovere. CAPUT L X.X. Bencficia alia alios decent, sue ki a. Urbem cuidam Alexander donabat. Cüm ac."alle, cui donabatur, feipfe menfus, tantum munus recufaret, diceretque non convenire fortune fue: Non quero, mquit, quid te accipere deceat, fed quid me dare. €. 17. 2. Ab Antigono Cynicus quidam petiit talentum. Refpondit, plus efle quàm quod Cynicus petere deberet. Repulfus, petit denarium. Refpondit Rex, minus effe quàm quod regem deceret dare. Turpiffima eft ejufmodi cavillatio. Invenit Antigonus quomodo neutrum daret. 1. Ben. 3. Alexandro Orientis vi&ori Corinthii per * 13" legatos gratulati funt,& civitate illum fuà donaverunt. Cüm rififfet Alexander hoc munus; unus ex legatis: Null, inquit, civitatem unquam dedimus alii, quàm Herculi. Tum vero Aléxander lubens accepit honorem non vulgatum: neque tam eos refpexit, qui fibi civitatem donarent, quam illum, cui uni, antequam fibi, dedifTent. es F^ I. 9£95 MM M + 4—--— |: Piaget i Hifloires des Auteurs profanes.— 431 |] vent les payer de retour. Je ne penfe pointque ces fortes de gens font des largeffes de leurs biens, mais | je les regarde comme gens qui attrapent le bien A 4 d'autrui par des préfens intéreffés,& faits en vue ! d'en attirer d'autres. ll y ena certains qui ótent à : l'un pour donner à l'autre,& qui par ce commerce ! d'avarice cherchent à fe gagner en apparence la réputation d’être généreux; mais le premier devoir de l'homme confifte à être content de{a fortune, & enfuite de s'en fervir pour foulager& affifter fur-tout ceux qu'il faura être dans le befoin. CHAPITRE LXX. Toutes fortes de bienfaits ne conviennent pas à toutes fortes de perfonnes. n|» Y. Alexandre faifoit préfent d'une Ville à un xl Particulier, qui fe mefurant lui-même avec l’offre, me| ne vouloit pas recevoir un don qu'il difoit être in| au-deffus de fon état; Alexandre lui répartit: Je ne cherche point ce qu’il vous convient d'accepter, mais ce qu’il me convient de vous donner. II. Un certain Philofophe Cynique demanda un talent à Antigonus, qui lui répondit, que c'étoit plus qu'un Cynique ne devoit demander. Se voyant refufé, il demanda un denier; le Roi lui répartit: Que ce feroit trop peu donner pour un Roi. Cette plaifanterie eft très-indigne d'ur Prince: Antionus imagina ce moyen pour ne rien donner. II. Les Chorinthiens envoyerent des Ambaffadeurs à Alexandre, pour le féliciter de la Conquéte de l'Orient,& lui donner le droit de Bourgeoifie. Ce Prince s'étant pris à rire de la fingularité du préfent, un des Députés lui dit: Nous n'avons encore donné ce droit de Bourgeoïfie à perfonne avant vous qu'à Hercules. Alexandre entendan: cela, reçut volontiers un honneur aufli extraordinaire,& n'eut pas tant égard à ceux qui Hiftoria à prc CAPU Beneficia quadam, palam. danda, quadam -elám. 1. Precipiunt omnes fapientiæ magif am beneficia palàm danda cfle quaedam fe P s que confequi gloriofum eft, ut m dona, honores,& quid ià contrà, quæ fuccurtunt T ne nitati, egeftati, ignominiæ ,tacité danda funt., ut nota. fint folis dos profunt. Interdum& ipfe qui juvatur, allendus eft;-ut-habeat, nec. à quo. acceperit. fiat. Arcefilaüs y, ut aiunt, Ctefibio amico zgro.; pauperi; paupertatem fuam diffimulanti, chm clàm fuccurrendum effe judicaffet;; pulvino ejus ignorantis facculum nummis plenum fubjecit, ut homoi inutiliter verecundus id quo carebat inveTiret potibs quàm acciperet. Invento facculo Crefibius: Z7) inquit» Arcefilaï Judus eíl. 2. Nihil æquè in beneficio dando vitandum eft, qnàm fuperbia, quz quidquid dat corrumpit. Non tantüm ingratum, fed invifum eft beneficium fuperbé datum.'Jucunda funt iiid humanà, leni, placidàáque fronte tr quz cüm daret mihi fuperior, detraxit muneri fuo pompam?& obfervavit idoneum tempus fuccurrendi, fe uno tefte contentus. Alioqui in Hifloires des atiis profanes. 433 lui donnoient ce privile ge, qu'à celui qui l'avoit eu avant lui. | CHAPITRE LXXI ix &S Le S 3 = s e demanden RAS: en mt ceux c qu ub eft ter, tels que! font les récomvenfes honneurs; tout ce qui ems mettant au jour. Au contraire 29 endent à fecourir les perfonnes ion, dans l'indigence ou dans l'ignonie, doivent fe donner"fous main,& n’être connus qu ue de ceux à qui on les rend, 1l eft quel-quefois à propos de tromper celui à qui on fait du bien, de maniere qu’il ne fache pas de qui lui. vient ce qu'on lui donne.: Arcefilaüs, fuivant le rapport des Hiftoriens,; perfuadé qu'il devoit affifter en fecret fon ami Ctéf lois; malade, pauvre,& qui cachoit fa pauvreté, gliffa fous Da oreiller, fans quil s'en appercut un fac plein d'argent; afin qu’en épargnant la honte à fon ami Mp parût plutôt trouver fous fa in ce dont il avoit befoin que le téfibius ayant tr ouvé cette bourfe, vila-un tour d’ ail t3 a point dé s de foin quand on rend fervi ice, que qui corrompt tout le bie nqu on peut bienfait qui part d'un efprit d'orgueil y 1 1 fie point, mais devient out ce que lon donne avec un air poli& I honnéte, fait plaifir. J'aime ur MR eft donné de la part d'un homme Léa! cud qu'on doive éviter 434;florig& profanis Script. non benefacere dele&ar, fed videri benefeciffe. Diog. ldem Arcefilaüs, de quo fuprà, clim viro Laërt. probo pauperi opitulari vellet, ei vaía aurea ibid. ad amicos convivio excipiendos commodavit de induftria: qua cüm ille redderet, recipere noluit. Plu. de 3. Aliquando viro bono non petenti danvitis pu- dum eft, quod improbo poftulanti negaveris, dor. Archel aüs Macedonum rex, in coena aureum poculum pofcente quodam, cui nihil pulchrum videbatur, p accipere:: puerum id Euripidi dare juffit: in alterum illum intuens:» Tu » ES j p, dignus eras, qui peteres » nec acciperes: at hic dignus erat qui accipe» ret vel non petens.» Phed.l— Attendecur negare cupidis debeas: f.i Modeflis etiam offerre quod non petierint. Super juvencum ftabat deje&um leo. Prædator intervenit, partem poftulans. Darem, inquit, nifi foleres per te fumere: Et improbum rejecit. Fortè innoxius Viator eft deduttus in eumdem locum Feroque vifo, retulit retro pedem. Cui placidus ille: Non efl quód timeas, ait; Et, qua debctur pars tug modelliæ, Audaëler tolle. Tunc. divifo tergore, Silvas petivit, homini ut acceffum daret. Exemplum egregium prorfus,& laudabile. Verüm eft Aviditas dives,& pauper Pudor, | E n F er [4i zr po"t me & Hifloires des Auteurs profanes. 435 = fupérieur à moi, quand il en retranche une affectation de vanité, qu’il épie le moment propre our me fécourir, fe contentant d’être lui feul émoin de fon a&ion; autrement on ne fe fait í point un plaifir de rendre fervice, maison veut paroitre obliger. Le méme Arcefilaüis dont on vient deparler cideífus, voulant affifter un honnête homme indigent, lui prêta à deffein desvafes d'or pour donner à mangér à quelques amis,& lorfqu’il voulut les lui rendre, il ne voulut Jamais les recevoir. III. Tl y ades occafions où l’on doit donner à un honnéte homme fans qu'il demande, ce que vous refuferiez à un méchant qui vous le demanderoit. Archélaüs, Roi des Macédoniens, fit donner à Euripides dans un fouper un vafe d'or, qu'un certain Homme accoutumé à prendre,& quine trouvoit rien de plus beau au monde, lui demandoit,& ajouta en le regardant: Vous méritiez pour vous qu'on vous refusát même ce que vous demandiez, mais celui-ci efl. digne qu'on lui donne, fans attendre qu'il. demande. Apprenez par la Fablefuivante les raifons pour lefquelles vous devez refuferaux perfonnesintéreffées ce qu'elles demandent,& offrir à ceux qui font modérés& retenus ce qu'ils ne demandent pas. Un Lion tenant un jeune boeuf entre fes griffes, un Voleur furvint,& lui en demanda fa part: Je ze l’accorderois dit le Lion, f£ zu n’avois > pas coutume de le prendre toi méme,& renvoya "n ainfi cefcélérat. Il arriva enfuite qu'un voyageur, homme debien, fe trouva dans ce même endroit, & qu'ayant apperçu cet Animal, il fe retira auffitôt,& reprit fon même chemin; mais le Lion | farréta,& lui dit avec douceur: Vous m'avez m rien à craindre,& vous pouvez prendre hardiment | la part que votre modération& votre retenue méritent. Auffi-tót il partagea fa proie en deux | portions, emporta la fienne, A rena dans le 436 Hifforie à profanis Script. Senec. o.— Omnis benignitas propera orium eft Benef. c. libenter facientis, cito facere. Qui tardè proje fecit, non ex animo fecit. Tardè velle, nolent| | tis eft. 4 ( à|: 5| | P.Syrus, Bis ef gratum, quod opus eft, ultró fi offeras, | I Martial, Sex feftertia fi fiatim dediffes; | 6. Ep.30. Cüm dixti mihi: fume; tolle, dono:| | Deberemtibi, Pete, pro ducentis. E [| At nunc cüm"dederis diu moratus| L] Poft feptem puto vel novem K er | Vis dicam tibi veriora ve Sexfeftertia, Pate, reddi. 1 || P.Syrus, Inopi bene&cium bis dat, qui dat celeriter, ! 7 || || D TIT'rT NT| CAPUT XXIII E A"+ Quas dederis, folas femper habebis;/ opes.| j + Senec. 6.. 1, Cum M. ' tranflatam videre Hiffoires des Auteurs profanes. 437 Bois pour laiffer au Voyageur la liberté d'approcher. Cet exemple eft beau fans doute,& digne delouange; mais dans notre fiécle, ceux qui défi rent du bien avec ardeur, s’enrichiflent;& ceux qui font modérés, demeurent dans la pauvreté. CHAPITRE LXXII. €f refufer un bienfait, que de différer à le rendre. "Tout bienfait ne fouffre point de retardement, & c’eft le naturel d'un homme qui aime à rendre fervice, de le faire promptement. Quiconque recule à faire plaifir, ne s'y porte pas de bon cœur, le délaien fait de fervice eft un refus. Un bienfait à propos dans un temps néceffaire,. Et de fon propre mouvement, Paffe les fentimens d'un plaifir ordinaire, Et nous fatisfait doublement, Si quand vous m'avez dit: Prenez ces fix fefterees;. Je vous les donne en pur préfent, Vous les euffiez donnés fans délai, fans traverfes Pætus, je vous en devrois cent; Mais n'ayant confenti qu’à force de priere, Après neuf mois, peut-être plus, Soyez sûr de ce fait, plus clair que la lumieré, Vos fix fefterces font perdus. Qui ae au pauvre un bienfait promptement, Et fans délai, le donne doublement. CHAPITRE LXXIII Fous ne po[féderez véritablement de richeffes,. que celles que vous aurez données. I. Marc-Antoine voyant que fa fortune l'avoit abandonné,& qu'ilne luireftoit rien, s'écriaayec : Tij 438 Hifloriæ à profanis Script. giè mihi videtur exclamaffe: Zoc habeo quodcumque dedi. Hæ enim funt divitie certe, in© quacumque fortis humanæ levitate permanfu-" re,& que quo majores fuerint, hóc minorem"s habebunt invidiam. Quid tanquam tuo parcis? Do Procurator es. Omnia ifta que te tam tumidum 2. faciunt, qua: ferreis clauitris cuftodis, propter e quae omnia affinitatis& amicitie federa rum- m pis, non funt tua. Depofiti loco funt, jamjam-» que adalium dominum fpe&antia. Quaeris quo- à modo illa tua facias? dando. Hac ratione cer- à 1 tam tibi& inexpugnabilem eorum poifeflio- x nem parabis,: B si Martial, 2. Callidus effracià nummos fur auferet arcà: g.Ep. Profternet patrios impia flamma Lares. AP Debitor ufuram pariter fortemque negabit Non reddet fterilis femina jacta feges. Depafcentur oves diri contagia morbi: Mercibus exftru&as obruet unda rates. Extra fortunam eft quidquid donatur amicis. Quas dederis, folas femper habebis, opes. CAPUT LX XIV. Non quid detur refert, fed quá mente. Suy; b Bene&cium non in eo, quod fit aut datur; enec. i.. 5^ n E*" A benef. c, Confiftit: fed in ipfo facientis aut dantis animo, t 6.7.8. Animus eft enim qui beneficiis dat pretium,| 8 TM Hiffoires des Auteurs profates.— 439 beaucoup de bon fens: J'ai du moins encore tout ce que j'ai donné: Car cefont-là véritablement les biens folides, qui n'éprouvent point la fragilité ordinaire aux chofes humaines,& qui font d'autant moins expofés à la jaloufie, qu'ils font plus gran ds. Pourquoi tant ménager votre bien? Vous n'en êtes que le difpenfateur. Tous ces Tréfors qui vous rendent fi préfomptueux ,que vous enfermez avec des barraux de fer, dont la paffion vous fait violer les droits les plus facrés de l’alliance& de l'amitié; tous ces Tréfors, dis-je, ne vous appartiennent point: vous ne les avezqu'en qualité de dépót,& ils font fur le point de retournerà un autre Maître. Si.vous demandez par quelle maniere vous pouvez vous lesapproprier,c'eft en donnant: par ce moyen, vous en. acquerrez la poffeffion sûre& invariable.II. Du Coffre fort rompant les cadenats, L’adroit Filou dérobe vos ducats; Le feu ctuel peut convertir en cendre Votre héritage; un débiteur brutal Ne voudra point d'un jute prêt vous rendre Nil'intérét, nile fort principal; Un feul ingrat trompera votre attente 5 Un air malin ravira vos Troupeaux; Sur vos Vaiffeaux la tempête fondante, Engloutira vos effets dans les eaux: Bienfait d’ami ne court aucun dommage, De tous les biens qu’on entaffe avec foin, Le bien donné fe fauve du naufrage, Et refte feul dans le preffant befoin, CHAPITRE LXXIV, Il n'importe pas ce que vous donnez, mais dans quel efprit vous le faites. I. La valeur d'un bienfait ne confifle pas dans «e que l'on fait, ou ce que l’on donne, mais dans le cœur de celui qui rend fervice, de quelque iv Ælian.l, 1.0.31. 132 ">lutar in rtax. Plin ad fauí . bant, alii boves aut oves, ali frume f pon lü dit parv a ma profanis Script. magis nos obligat qui de)& exiguum tribuit, fed cum multa. multi, pro fuis us, offerrent; Æfchines pau» Inquit, dignum te, quod i-po im, invenio:& hóc tantüm eperem effe fentio. Itaque dono tibi i habeo, me infum. Hoc munus, eris; derent, iftud quimunus videtur, as. Habebo itaque rem tibi reddam, quàm acBichines hoc munere omnem 2. Regi Perfarum intra- regti fui fines iter facienti munera ab onini & lex erat. Qui in terra colenda operam ponentum aut lac; caum fraus» qui agro nafcerentur. Qua omnia, non tributi, fed doni nomine, à fingulis afferebantur regi prætereunti- ac preterequitanti, Cum Perfa à quidam, cui nomen Sinætas procul à tugurio fuo in Artaxerxem, qui jui Mnemon l eagrominabas ur, incidiffet, ac nihil pre manibus haber » quod regi poffet offerr re 5 noluit tamen eum'à fe indonatum videri. taque ad proximé præterfluentem Zuvium curfa contendit,& aquam utráque manu hauftam regi obtulit, munus. exornans» quantim pot tique bonifque verbis. B dono& vinum dabant: qui vero pauperiores, feum,.palmas., aliofque arb in cujuf + 1 bus Perfis offerri mos. Hifloires des“Auteurs profanes. 441 maniere que ce foit: car c’eft le cœur qui fait tout le prix des bienfaits. C’eft pourquoi celui qui nousdonne peu,mais de bon cœur& libéralement, nous oblige autant que s’il nous donnoit beaucoup. Comme les Difciples de Socrate lui faifoient des préfens, chacun fuivant leurs facultés, Æfchines qui étoi t pauvre, lui dit: Mon état ne me permet pe: int de Tien trouver qui foit digne de vous être préfenté: ainfi je vous offre tout ce que je poffêde, en m'offrant moi-même: La feul e grace que je vous dem ande, efl de ne point refufer ce préfent quel qu'il foit,& d'être perfuadé que quoique les autres vous aient donné beau: p, ils ont encore gardé davantage pour eux. Socrates lui répondit: Je fais un grand cas de ce préfent-, que j'eflime confidér ble, à moins que vous ne vous prifiez peu être pas beaucoup: je fo donc enforte de vous rendre meilleur à vous-m«que je ne vous recois aujourd'hui. L'offre d’Æi chines paífa toute la magnificence de ces jeunes gens beaucoup plus riches que lui. IT. C’étoit une coutume& une loi chez lesPerfes, d'offrir despréfens au Roi quand il vifitoit: les différentes Villes de fon Royaume, Ceux qui ultivoient la terre, préfentoient les uns des bœufs & des brebis, les autres du bled& du vin; ceux qui étoient plus pauvres offroient du lait, du fromage, des-dattes& d'autres fruits, fuivant l’efpece propre à chaque terrein. On offroittoutes ces chofes au Roi; non comme un tribut, mais comme un pur don; lorfqu’il paffoit-Gt faifoit fa : L^ Un certain Pe rfan^,. nommé pris loin def fa c riem à fa portée qui méri ne voulut pourtant-pas le :M-cosrut donc au procháin;& lui demar lécreux de des-deux‘mains 5 accom; 441 Hiflorie à profanis Script. animo atque oratione mirè delectatus Artaxerxes;| neque minüs regium effe exiftimans pazva grato.| animo accipere, quàm magna tribuere, dixit:[ Se aquam illam libenter accipere,& pretioftffani mu( neris loco habere. Deinde homini mifit non. par- n vam pecunie fummam cum vefte Perficà,& L phialà aureà, quà juflit eum. deinceps hauftam d € fluvio aquam bibere, f / d ô ; d f Æliande. 4, Eidem. Artaxerxi per Pérfidem zquitanti 1 c. 233® b*^ Pl ingens malum.punicum à quodam Omafo obla- c Fiutar. o: 1; 4. induta, fm ferunt. Quod ille benign? comiterque ac- d & Apop. CIpiens ,, purpuratis. comitibus dixit:» Qui.curâ L »& labore agellum fuum. talinm pomorum fe- be » racem effecit ,, nae ille parvam civitatem fibi s » creditam poterit ex parva magnam reddere?« Et haininem ingenti præmio, eft cemuneratus.. E b] uin. Fuit hic Artaxerxes- regni fub initio adim ax. facilis, in. largiendis honoribus& beneficiis. ef E fufus, Omnem fuppliciis detrahebat contumeliam;, t leto hilarique animo beneficia& accipiebat& f dabat. Nullum. donum eras aded exiguum quod: 2 non.libentiffimé acciperet:& majorem in:dando; à Beneficio.voluptatem percipere videbatur ,, quàm: H aliian.accipiendo folent..; i 2= 8 Gus Hifloires des Auteurs profanes. 443 offre de vœux& de fouhaits, tels qu’il pouvoit les faire. Artaxerxes auffi charmé de la fingularité du don, que du bon cœur& de la franchife de celui qui le faifoit,& perfuadé qu'il n'étoit pas moins convenable à la Majefté d'un Roi de recevoir peu de chofe avec unefprit reconnoiffant que: de donner beaucoup, dit qu'Z acceptoit avec plaifir cette eau,& qu'il la regardoit comme un don très-précieux; puis il envoya une groffe fomme d'argent à ce bon homme, avec un habit Perfan & une coupe d’or, qui devoit lui fervir pour puifer à boire dans ce même ruiffeau. Il. On rapporte qu'un certain Omafe offrit à ce méme Artaxerxès qui fe promenoit à cheval dans les environs.de la Perfe, une belle grenade. Le Roi la prenant d'un air de complaifance.& de borté, dit aux Courtifans qui étoient à fa fuite: » Croyez-vous qu'un homme qui par fes foins&. » fon travail à fu rendre fon champ fertile en fi. 7» beaux fruits, ne pourroit pas d'une petite Ville » dont on lui confieroit le gouvernement, en. » faire une grande?» Etauffi-101.1] lui fit donner une grande récompenfe.. Cet Artaxerxès fut au commencement de(on régne d'un abord facile,.& prodigue. dans la. diítribution des honneurs& des bienfaits:il paniffoit fans outrage, rendoit(ervice,& en recevoit avec ur cœur également joyeux& ouvert. Il n'y avoit point de fi. mince préfent qu'il ne rec(it trèsvolontiers,& il fembloit goûter plus de plaifir à: répandre de toutes parts fes bienfaits, que d'autres; n'en prennent ordinairement. à les recevoir,PES 44^ Hiflórie€ profanis Scripts CAPUT LXXV. Sint gratuita Deoram exemplo beneficia, m per fe expetendum eft,& una a accipientis utilitas, noftrs. Si enim ipfe tacitus dicas: Joc €s 1t ulli profi : non dabo beneficium proficifcenti diverfas longinquafque regiones; non dabo futuro femper; non dabo fic ægrotanti, ut in noftrum modo delato portum,& ftatim abihnro., füccurrimus. Difcedit ille, vix fatis noto-falutis au&ore;& nunquam ampliüs in comfpettum noftrum reverfurus, debitores nobis delegat Deos, precaturque ut illi pro fe gratiam referant. Interim nos juvat fterilis beneficii conícientia,. eura-& reverentia.hofpitalitatis, eique atque m>f cerant; Jovem hofpitalem abo, hoc recipiam; fordida negotiatio eft. Qui benefcium, ut reciperet, dedit, non dedit. Humile eft prodeffe, quia expedit. & turpis computatio me liberalem ofim, nifi ut invicem illees- ei nulla fit convalefcendi. Atqui ut fcias| rem eile per fe expetendam benefacere, advena agna fuit apnd veteres Grecos ac Ro=rl: 1 parentem ,., — fau£24. Cf I em. "o k i ires des Auteurs profanes.— 44$: CHAPITRE. EXXV. Les bienfaits doivent être gratuits, à l'exemple des Dieux. I. Où doit chercher à faire du bien par l'amour feul du bien,& mettant à l'écart fes intérêts, on ne doit confulter que l'utilité de celui qu on oblige; car fi vous dites en vous-même: En donnant ceci, je retirer. zi cela; c'eft un négoce vil& fordide: quiconque donne dans la vue de recevoir, ne donne point. Il y a de la baffefle à faire plaifir par des motifs d’intérêt. Si c'eft le profit,& un intérêt deshonnéte, qui me rend libéral, fi je ne fais du bien à perfonne que dans le motif à en recevoir:, je ne rendrai point fervice, par exemple, à un homme qui parti, ra pourles Pays éloignés, à à celui qui{era toujours abfent; ni même à celui que je faurai tellement indifpolé, qu'i il ne lui reitera P. us d'efpérance de rétablir fa 2 fanté, Mais afin qr 1ev us n’ignoriez pas que bien faire eft une chofe défirable par elle-même, nous affiftons un Frans er nouvellement débarqué à notre Port,& quidoit auffi-tót t repartir:: il fort fans avoir à peine connu celui à qui ila obligation.,& ne devant plus reparoitre devant nous, il nous laiffe A eux pour gums de fa dette,& les prie de fe cl 1erciment qu’il nous doit. En atendon ous goûtons de la fatisfa&ion dans le tém de notre conf fcience, qui nous ditte def ILL es aaci ens ee oient fcrupuleux obfervateurs de l'hofpitali:é, Es en faifoient un grand cas. Ils ont voulu que Jupiter, € fouverain Maître des Die eux& des hommes, y pré éfidät; l'appellant& l'invoquant fonsi& titre de= -F.Hofnütaliers lis: r gardoient-co pme um Ke ds Aig point donnez T bofgiralittà des s.étrag=< Es 4 As Tir 1 e» 446. Hiffrie à profanis Script, Ovid.Li,& ab eo mitterentur. Imb Dii ipf putabantur & 3 Mc aliquando fub peregrinorum habitu terras.lufPU. trare,& ad mortalium tecla accedere, explorandz eorum humanitatis, causâ.. Hinc. omnibus hofpitio indigentibus. alttô offerebantur privaÆlian. tim aut publice quie opus effent. Lucanorum L4-5 pc lex fuit:» Si occidente. jum fole venerit peregrinus, volieritque fub: te&um. alicujus Civis. divertere, is verb hominem non receperit: qui hofpitium prebere recufaverit, peenas luat inhofpitalitatis.,& injuriæ tum pereTaciins Sino, cum Jovi hofpitali-fa&a.» Nulla gens, deGerm. L'atito teffe, magis indulgebat. hofpitiis, quàm €.21. Germanica. Notum ignotumque ,. quantim.ad jus hofpitii., nemo: difcernebat,& quemcumque mortalium arcere te&o. nefas. habebatur. Pro fortuna. quifque advenam apparatis epulis excipiebat, Cüm ille defecerant, advena& ejus hofpes proximam domum non invitati adibant., ubi uterque pari: humanitate excipiebatur. Senec 4. 3. Propofitum. nobis. effe debet Deorum: Benef. c- exemplum fequi. Vide quanta illi. quotidie noftri "pe: causà faciant ,.quanta diftribuant, quantis imbribus repenté deje&is folum molliant, quantis terras fruCtibus impleant, Omnia hec fine mer-cede ,.fine ullo: ad ipfos. perveniente: commodo: faciunt. Nifi forte exiftimes. illum. frutum operum fuorum percipere ex fumo extorum& odore tliuris.. Hic quoque. homo., fi. ab exemplari füoaberrare nolit ,fervet;; nec ad res hone(tas privato commodo» duGus: veniat. Pudeat: ullum ele-venale beneficium clim gratuitos. habeamuss ed Hifloires des Auteurs profants.— 447 gers ou à des pauvres, lorfqu'ils étoient fous la Brotedion de Jupiter,& qu'ils étoient envoyés de fa part. Ils croyoient bien plus que les Dieux vifitoient quelquefois la terre fous la forme de Voyageurs,& qu'ils venoient dans les maifons. pour éprouver la douceur des Mortels..C'eft pour cela qu'on alloit même au; devant des befoins de ceux qui demandoient l'hofpitalité, foient en: pu blic ,. foit en particulier. Telle fut auffi la Loi des Lucaniens.» Si quelque. Etranger vient vers le coucher du Soleil,& demande àloger chez quelque Citoyen, quiconque lui refufera l’hofpitalité, fubira les peines portées-contre ceux qui: violent ce droit facré,& celles que mérite l’injure qu’il fait à Jupiter l’Hofpitalier». Il n’y à: point de: Peuple, felonle témoignage de Tacite:, qui füt: plus foigneux à exercer l'hofpitalité que les Germains: quand il.étoit queftion de la donner, on ne faifoir point diítin&ion: d’un Homme connu d’avec l'inconnu,& c’étoit un crime de refufer: l'entrée de fon Logis à quelque perfonne que ce: fûts Chacun fe piquoit de régaler fon Hôte fuüivant: fa fortune, quand les vivres manquoient quelque part, l'Etranger& celui qui l'avoit recû, alloient fans être invités dans. la. maifon: voiline ,, où ils. étoient traités avec la même. honnêteté. 1. Nous devons nous propofer de fuivre l'exemple des Dieux. Voyez combien.de-merveilles. ils ne.ceffent d'opérer tous les jours en notre faveur”;.combien de graces ils répandent fur nous 5 de combien:de pluies douces, enyoyées tout-àcoup, ils amolliffentla terre; de combien de fruits enfin ils, enrichiffent tous les. Pays, Ils.font tout cela fans récompenfe& fans aucun int&ét perfonnel ,à moins que-vous ne penfiez que tout le: gain. qu’ils retirent de leurs bienfaits., confifte dans la fumée des. entrailles.,. 8 l’adeur des. parfums. L’hommeaudii, s'il" ne-veut: pas-siécarter: de- for; modéle» coit(soniormeri este regle:»& ne: m Diodsic. do. 448'- Hifloriæ à profanis Script: 4-Pythagorici, fi quis. exciderat, bona fua cum eo^ veluti cum dividebant. Neque verb id erga eos folüm præftabant, quorum in convictu quotidie verfabantur, fed erga omnes qui ea amdem difciplinam f tabantur. ltaque Ch in a duidam Tarentinus Py thagori cus, cum accepiffet Prorum Cyrenæum faculratibus fuis em in fumma rerum omnium penuria effe; ex Ttália Cyrenas profe&us eft cum grandi pecunia,& patrimonit jaCcturam refarcivit ei homini quem tamen E IRI antea viderat. Plures quoque alii idem feciffe.memorantur. CAPUT LXXVI Cicer. 1. Of. m. Nullum officium referendá t gratid"agis 47. nece[farium eff. e Ts 16 Si Hefiodus jubet ea reddere majore mens OF 7* furà, fi poffis, qua acceperis utenda; quidnam 48. beneficio provocati facere debemus? An non imitari: agros fertiles, qui multo plus afferunt quàm acceperunt? Etenim fi non dubitamus beneficia conferre in eos à quibus nihil expe&tam: us, aut quos tantüm fperamus nobis aliquando p fatto: quales in eos effe deben profuerunt?? IS> qui Cüm-^ duo- genera libéralifatis fint-^ unum dandi. beneficii; alierum reddendi: demus.,. se> a. ce ü zo t Li tu a | à 1 1 e Hiffoires des Auteurs profanes. 449» point fe porter à desa&tians honnêtes par des vues ét particulier. iRougiffons de vendre nos ts, tandis que les Dieux nous en comblent ans l'indigence, partaiensavec lui comme avec un frere. noient pas feulement tette conduite à l de ceux-avec quiils étoient en liaifon jourmais-encoreà l'égard de ceux qui fuimême SeGe qu'eux. C'eft pourquoi un iniasdé Tarente', Pythagoricien, ayant appris que Prorus, Cyrénéen-,. dépouilié de fes b étoiv réduità lad se"f^ 4arntd? lens, Étoit réduit a la dern:ere miiere, parut d 1talie pour Cyrennes avec une groffe fomme d'argent,&réparala perte d’un patrimoine à unhomme qu'il n'avoitjamais vu auparavant. L'Hiftoire en. cite plufieursautres qui ont fait-la même chofe. CHAT-ITRE LXXVI L gy a point de devoir plus indifpenfable, que celui de faire du. bien à. ceux qui nous en ont fait. . Si Hefiode veut que ceux qui ont emprunté: elque chofe, la rendent avec ufure, s’il eft pof, que ne devons-nous point faire, quand il git de marquer notre reconnoiffance à celui qui nous a prévenus par fes bienfaits? Ne devons-nous pas être comme ces terres fertiles, qui rendent: toujours fans comparaifon plus qu’elles n’ont recu? car fi nous fommes tant difpofés à rendre fervice à ceux de qui-nonsn'attendons rien, ou dà moins|de qui nous n'efpérons quelque chofe que fort tard, que ne fommes nous point obligés de faire pour ceux qui nous ont déjà fait du bien? Comme il y a deux fortes de libéralités, dont: lune confifte à faire du bien par pure volonté, à. jo Hifloriæ e profanis Script. 4 7]£g p nec ne, in noftra poteflate eft: non reddere} E viro bono non licet, modo id facere poffit fing p cujufquam injuriâ. fo dè N.49.[n referendà gratià hoc maximë officii eff 3 el potifimim opitulari, qui maxime opis in- g | digeat. le | 3-Philip. Clm referrt gratia tanta non poteft, quanta #3 debetur; habenda tanta eft, quantam maxi- le mam animi noftri capere poffunt. no Pro 2. Cum omnibus virtutibus me affeQum effe Blanc cupiam, tamen nihil eft quod malim, quàm me te o& gratum effe& videri. Hac eft enim virtus| non ífolüm maxima, fed etiam mater virtutum emnium reliquarum. Quid eff liberorum pietas, nifi voluntas grata in parentes? Qui funt bont cives, qui de patria bene merentes, nifi qui patrie beneficia meminerunt? Qui fan&i, qui gr religionem«colentes, mifi qui meritam Diis Q immortalibus gratiam juftis honoribus& me- ce mori mente perfolvunt? Quz poteft effe jucun- on ditas vitæ, fublatis arnicitiis? Quae porrd ami- ur citia poteft effe inter ingratos? 4, Tu.— 3. Quo tempore Thebis obfes fuerat Philips| Apoph. pus, eum Philo Thebanus hofpitio exceperat, & multis beneficiis affecerat. Is cum poftea à Philippo rerum potito nihil vicifim muneris in vellet accipere;» Oro, inquit Philippus, ne Q » häc glorià me privari velis, quam maximè » quero, ut à nemine benefciis& gratiâ: vic» tus fim.« ldem Hipparchi Eubœenfis mortem graviter tulit: ac cuidam ad confolandum ejus dolorem dicenti, Hipparchum maturâ I4 «V9-— CM a^ Ber. x:—ÀQ tt 9 Hifloires des Auteursprofanes.— 41 l’autre à en faire par pure reconnoiffance; la premiere dépend de notre bon plaifir,& nous en fommes les maîtres; mais l'autre eft un devoir de juftice auquel un homme ne doit jamais manquer, dès qu’il peut s’en acquitter fans faire injuftice à pertonne. Dans les bienfaits que la reconnoiffance exige, il eft fur-tout de notre devoir de préférer les perfonnes dont le befoin eft le plus grand. Puifquela reconnoiffance ne peut jamais égaler le bienfait, elle doit avoir autant d'étendue que notre cœur. II. Quoique je défireavoir l’efprit orné de tou5 les vertus, il n’y ena point qui me plut davarre, quecelle d’être& de paroitre reconnoiffant; car la reconnoiffance n'eft pas feulement la plus grande, mais auffi la Reine de toutes les autres vertus, Ea quoi confiíte l'amour des enfans pour leurs peres& meres, finon dans un cœur plem de gratitude envers eux? Qui fontles bons Citoyens? Qui font ceux quirendentferviceà leurPatrie,finoa ceux qui fe reffouviennent des bienfaits qu'ils en ont recus?Qui font les hommes faints?Qui font les vrais obfervateurs de la Religion, finon ceux qui payent les faveurs des Dieux immortels par de juftes hommages,& par un cœur reconnoiffa'it? Quelle douceur peut-il y avoir dansla vie, l'on en retranche l'amitié? Et quelle amitié peut-il y, avoir entre desingrats? III. Dans le temps que Philippe étoit enótage à Thébes,un certain Philonl’avoit récu enhofpitalité,& lui avoit rendu plufieurs fervices. Comme ilne vouloit rien recevoir enrevanche de Philippe ui étoit remonté furle Trône ,» Je vous prie, li »dit Philippe, dene point me dérober lagloire dont » je fuis extrêmement jaloux,dene me laiffer vain» cre par perfonne en bienfaits& enfaveurs.« Ce même Philippe fut vivement touché de la mort d'Hipparque delle d'Eubée;& quelqu'un lui ber. d 451 Hifforiæ? profanis Script, morte decefhífe: Sibi quidem, inquit, fortaffe:* »fed mihi prematurá, Nam anté mori prope- is > ravit, quàm dignam noftrà amicitiá gratiam à >*me reciperet. Saluft,. B ne occhus Maurorum tex pacem cum RomaHs nis facturus operâ L. Sylle, fic eum eft allocutus:» Nunquam egoratus fum fore, ut rex maximusin hacter: othnium opulentiffimus, pri rem. Et Hercule, Sy] tus effes, multis orz met opem tuli, nullius us aon equam mihi cogni» » alis ultrb, egodgui ld mutatum effe, ego letor,& eguiffe me amicitiâ tuá, quà mihi nunc nihil carius eft. Id te experiri licet. Arma, viros, pecuniam, poftremo quidquid animo lubet, fume, utere:& juoad vives, nunquam tibi redditam gr femper apud me integra erit. Denique. ni ihil à meífrufià voles Mam, ut ego exiflimo, Regen armis, quam munificentid vinci> Tüink$ flagitiofum eft. 3 Li y Mares* 4. Hoc maxime optabat. Cæfar Auguftus, ut fr 2 7"** pratus in omnes videretur. Eum aliquando adiit: qu E veteranus miles, qui, vocetus in jus, pericli- de tabatur; rogavitque ut fibi adeffet. Statim Cæ- le farei è comitatu fuo unum elegit advocatum, ca cui commendavit litigatorem. Exclamavit ingenu voce veteranus:-dt non: ego, Cæfar, periclitanie te Aétiaco Bello, vicarium quaftyi: fed pro te ipfe pugnavi. Simulque detexit cicairices. Erubuit Cæfar, atque ipfe venit in ad- a vocationem,. ii * en M mici —RÜ— LUipg])——ERG … Mifloires des Auteurs profanes, 453 difant pour le confoler de fa douleur d'Hipparque n’avoit point été » répondit-il, pour lui, mais elle l’a été sour moi; » car il s’ek hâté de mourir, avant que J'aye eu le » temps de lui rendre les rémercimens dignes de ?» notre amitié. Bocchus, Roi des Maures, prêt à conclure la paix avec les Romains, par l'entremife de LuciusSylla, luitint ce difcours:» Je ne me ferois jamais imaginé que le plus grand Roi de cette terre&le plus riche que je connoilfe, dût avoir quelque obligation à un Particulier;& certes» Sylla, avant de vous connoître, je faifois du bien aux uns par follicitation,& aux autres de mon plein gr, fans avoir befoin de perfanne. Je fuis charmé que mon étatfoit changé,& d’être dans la néceffité de rechercher votre amitié, qui eft la chofe que j'etimele plus au monde: vous pouvez me mettreà l'épreuve; prenez à votre difpofition,& ufez comme de vos propres biens, de mes amis, de mes foldats, des mestréfors, enun mot de tout ce qui vous fera plaifir. Soyez perfuadé que je ferai toujours en refte avec vous tant que Je vivrai,& que ma reconnoiffance ne fera jamais parfaitement entiere. Enfin vous ne demanderez rien que vous n'obteniez auffi-tôt{; car je penfe quil efl moins indigne d'un Prince de fe laiffer vaincre par les armes que par libéralig. IV. Céfar-Angutte fe faifoit un fouverain plaifir d'en faire à tout le monde.‘Un vieux Soldat quiavoit été cité en Juflice& couroit grand rifque de perdrefon Procès, vint le trouver& le priade le fecourir. Céfar lui choifit far le champun Avocat d'entre ceux qui étoient à(a fuite,& lui recommanda ce Plaideur, Le Soldat vétéran s’écria d’une voix haute: Céfar, efl-ce que j'ai emprunté l'aide d'un fecond, quand votre vie Je trouva expofée dans la Bataille d'Alium} N'ai-je pas combattu en perfonne 1 1l découvrit eg même-jemps fes blefque la mort prématurée:» Ou Jofeph, EL, i8. Diod. Sic. l1. Senec, 1. benef. c. 3* 454 Hifloriæ à profanis Script. $. Tiberii juffu Prætoriani milites Agrippam Judeum vin&Qum trahebant in cuftodiam:&, quia æftas erat vehementior, eum urebat fitis. Confpicatus tunc quemdam è Caii Caligula fervis, nomine Thaumaftum, aquam in hydiia ferentem, potum popofcit quem ille dedithumeniter. Regnum poftea adeptus Agrippa,am;lo munere leve accepte aqua beneficium remuneratus eft. Nam Thaumaftum libertate donavit, fuorümque bonorum difpéne fatorem conftituit: quin& moriens providit,“ ut apud liberos fuos eodem minifterio fungeretur: inter quos confenuit ,in pretio uíque ad extremum diem habitus. 6. Erant Ægyptii preter alias gentes grati erga bene meritos de ipfis, exiflin mabantque magnum effe omnibus hominibus fubfidium ad vitam, gratam acceptorum beneficiorum memoriam. Et meritó quidem: nam movetur quifque ad beneficia eis impendenda, apud quos fenferit ea optime collocati. CAPUT LX XVII Officia etiam. fere fentiunt, 1. Officia ipfe fera fentiunt: nec ullum. tam immapíuetum animal eft, quod non curà mitiges,& in amorem tui vertas. Leonum ora à magiftris impunè tra&antur: elephantorum feritas cibo mitefcit ufque ad praftandum homini fervile obíequium. Adeo etiam qua intelligere beneficia non poffunt, pertinaci merito evincuntur. Hifloires des Auteurs profanes.— 455 fures. Céfar eut honte,& fe chargea lui-même de fa Caufe. | V. La Garde Prétorienne emmenoit en prifon, | par l'ordre de Tibere, le Juif Agrippa, enchaîné, ]& comme la chaleur étoit trop violente, il mouroit de foi. Ayant appercu un des Efclaves de Caius- Caligula, nommé Thaumafte, qui portoit en fa main une cruche d'eau, il lui demanda à boire: l'Efclavelui en préfenta fort honnêtement. Agrippa étant monté enfuite fur le Thrône, | récompenfa par de riches préfens le petit office que Thaumafle lui avoit rendu, en lui donnant ; un peu d’eau, car il lui rendit fa liberté,& le fit Intendant de tous fes biens: de plus, il prit fes e.| mefures avant de mourir, de maniere qu'il con^ fervacetteméme Charge fousfes enfans. Eneffet, Thaumafte vieillit à leur fervice,& fut en grande confidération chez eux jufqu'à fa mort. i VI. Les Egyptiens étoient de tous les Peuples : les plus reconnoiffans envers ceux qui leur avoient Y rendu de bons offices: ils regardoient comme le * plus ferme*foutien de la vie humaine la reconnoiflance des bienfaits,& il penfoient tràs-jufte; car chacun ne fe porte à faire du bien qu’à ceux en qui il s'appercoit que fes bienfaits ne lont point mal placés. CHAPITRE LXXVII. Les Bétes mêmes fentent les bons offices quon leur rend. i I. Les bétes mémes font fenfibles aux bienfaits; & il n’y a point d'Animal fi farouche que vous ne puiffiez adoucir,& vous rendre attaché par vos foins. Les Maîtres manient fans rien craindre la gueule des Lions qu’ils nourriffent: la néceflité fait dépofer aux Eléphans toute leur férocité, jufqu'à rendre à leurs Maîtres les fervices d'un Efclave: A Cel. DL$64. “456 Hiftoria à profanis Scripz. "ferae H qu iarum inu Apion, litteris homo! mulis praeditus, hoc libro quinto refert, quod edid audife, neque legiffe, fed ipfum fefe i omanà oculis fuis vidiffe, confirmat. In C plifimum fpe aculum beftierum nibus decertantium populo dabatur. ihtata forma erat& 1 fed leonum immanitas præcipuè a fuit,& preter caeteros unius. qui E ris mois, terrifico rugitu, jubis flu&du antibes, animos oculofque omnium:in fe convertebat. ‘IntroduCus eratinter complures alios ad pugnandum eum bellus fervus y cui nomen Androclus fuit. Hunc ille leo ubi vidit procul ,repentè quafi admirans fletit: ac deinde fenfim atque placidè tanquam-nofcitans ad jhominem accedit: tum caudam more adulantium canum blandé movet, cruraque& manus propè jam exanimati metu leniter linguâ demulcet. Inter ila tam atrocis feræ blandimenta animum colligit Androclus,& oculos, quos prz timore averterat, paulatim ad contuendum leonem refert. Tum vero quafi mutuâ recognitione faGà gratulabundos videres hominem& leonem. Ée tam admirabili maximi clamores populi excitantur, arcc ffitur à Cæfare Androclus, & interrogatus cur.ipfi uni ille atrocifimus leonum peperciffet, rem mirificam narrat his Y erbis. » Cüm provinciam"Áfricam dominus meus tant t ere 203 73 — Hifloires des Auteurs profanes. 437 tant il eff vrai que les animaux mêmes dépourvus de raifonnement, fe laiffent gagner par les bons offices réitérés dont ils ne connoiffent point le prix. Apion, qui étoit un homme verfé dans plufieurs belles connoiffances, rapporte dans fon cinquiéme Livre un fait qu’il affure n'avoir ni entendu, ni lü, mais avoir vü de fes propres yeux à Rome. On y donnoit dans le grand Cirque un SpeGacle magnifique de combat de Bétes contre des Hommes. Il y en avoit plufieurs dont la férocité n'étoit pas moins extraordinaire que la figure. Onadmiroit fur-tout l'air fauvage& terrible des Lions:& il y en avoit un par deflus tous les autres qui attiroit fur lui les regards de tout le monde par la maífe énorme defon corps, fes rugiffements effroyables,& fes crinieres hériffées. Onavoit amené entre plufieurs autres, pour lutter contre ces animaux, un Efclave nommé Androcle. Dès que le Lion l’eutapperçu deloin, il s'arréta fur le champ, comme s'il eÂt été faifi d’admiration,& puis s'approche de cet homme quil reconnoit, en fe gliffant tranquillement jufqu'à fes pieds:alors remuant la queue d'une maniere careffante comme les chiens quand ils flatent,il leche doucement avec fa langue les cuiffes& les mains del'Efclave, quiétoit déjà prefque à demi-mort de crainte. Androcle fe raflure& reprend fes fens parmi les carefTes d'une bête fi horrible,& retourne peu à peu fes yeux que la frayeur lui avoit fait détourner, pour voir le Lion. Ce fut en ce moment querenouvellant,peur ainfi dire, connoiffance enfemble, vous auriez vu l'Homme& le Lion fe complimenter réciproquement. Un événement auffi admirable excita les applaudiffemens du Peuple. Céfar fait revenir Androcle,& lui ayant demandé pourquoi ce Lion, qui étoit le plus cruel de tous, n'avoit ménagé que lui feul, il lui raconta cette mer» veilleufe aventure en ces termes: » Lorfque mon Maitre avoit le A CE —— n » 32 » » » » » » » » » » » » » » » » 3 n » » 3» » » P 2 7 55 n ? 3 » » » » » 4 » $8 Hifloriæ à profanis Script.; Proconfulari imperio obtineret, ego iniquis ejus X quotidianis verberibus ad fugam fum coatlus;&, ut mihi à domino tutiores latebrz forent, in arenarum folitudines conceffi. Confilium autem erat mortem aliquo patto quærere, fi defuiffet cibus. Sole medio fpe-| cum quamdam natlus remotam latebrofamque, in eam penetro, ac me recondo. Neque multó pbft ad eamdem fpeluncam venit hic leo, debili& cruento uno pede, gemitus edens dolorem cruciatumque vulneris fignificantes. Primo advenientis feræ confpe&u territus& pavefa&tus hefi: fed poftquam introgreffus leo in habitaculum illud, ut reipfa patuit, fuum, vidit me procu: delitefcentem: mitis& manfuetus acceffit, ac fublatum pedem offendere ac porrigere quafi opis petendæ gratià, vifus eft. Ibi ego fpinam ingentem veíligio pedis ejus hærentem revulfi, conceptamque faniem vulnere intimo expreffi. Ille meà operâ ac medelâ levatus, pede in manibus meis pofito recubuit ac quievit. Ex eo die triennium. totum ego& leo in illa fpecu eodem vidu viximus. Nam mihi fuggerebat earum, quas venando ceperat, ferarum membra opimiora: que ego, quia ignis copia non erat, fole meridiano torrens, edebam. Sed ubi me vitz illius fetinæ pertæfum eft, leone venatum profedo, reliqui fpecàm:& viam fermè tridui permenfus, à militibus vifus apprehenfufque fum,& ad dominum ex Africa Romam deduétus. Is me flatim curavit rei capitalis damnandum, dandumque ad beftias. Intelligo autem hunc quoque leonem, poftquàm ab eo'difceffi, captum,& huc addutum 5 gratiam nunc mihi beneficii& medicine referre. Hifloires des Auteurs profanes.— 459 » dela Province d'Afrique en qualité de Procon» ful, je fus obligé par les marekemen& les » coups de fouéts perpétuels qu’il me faifoit don»ner de Prendre la fuite;& pour trouver une » retraite plus süre contre fa fare ur, je me retirai » dans des lieux déferts& arides.‘Mon deffein » étoit de chercher quelque moyen de me faire » mourir, fi la nourriture venoit à me manquer. » Versle midi, ayant heureufement découvert » une grotte écartée,& propreà me cacher,j'en» trai Jufqu' au fond,&jem' y enfevelis. Quelque » tems après, un L'on vint à la même Caverne, » ayant un pied boiteux& enfanglanté,& pouf» fant des fanglots q qui ma-quoient la dou! » lui caufoit fa bleflure: je l » au premier abord de cet animal. Etant entré » dans cette grotte qui lei fervoit de retraite » ordinaire, comme il p arut par la fuite, il » m’apperçut caché au ton Il m'aborde avec un » air de douceur,& levant fon pied, il fembloie » me le montrer,& me le tendre, comme pour » implorer mon fecours: je lui arracha ai donc une » grande épine qui y étoit enfoncée,& je fis fortir » le fang caillé quiétoit au fond de la plaie. Le » Lion foulagé par mon E adus» fe coucha> fon » pied dans ma main,& dormit. Depuis ce jour » nous avons vécu, logé& mangé enfemble dans » cette taniere pendant trois ans entiers: car it » avoit foin de m'a; pporter les membres les plus » gras des bêtes qu’il prenoit à là is'& X comme » Je n'avois point de feu, je les fa cuire au » Sole3 du Midi. Mais enfin m’étant ennuyé de » cette vie fauvage] Je ques la Caverne pendant » que le Lion étoit à la chaffe,& après une » marche d'environ trois jours, je fus attra pé& » ramené d'Afrique à Rome, chez mon Maître, Il me fit fur le champ condamner à mourir,& » à être dévoré par les bêtes. Je comprens bien que » ce Lion fut pris après mon départ, conduit ici, ; vi is d eS Haec ubi dixit Androclus, cundis petentibus, ponâ folutus ac dimiffus eft: Leo qucque ei fuffragüs populi eft donatus. Poftea Androclus,& leo tenui loro revinQtus, urbe tot cireum tabernas ibant. Donabatur ere Androclus: floribus fpargebatur leo: omnes fere obvii dicebant: Hic efl leo hofpes hominis, hic eft homo medicus leonis. Plin.lg. 2. Cafare Augufto imperante, cüm paupec. 8.— ris cujufdam filius puer delphinum fæpius fragmentis panis allexiffet; eum delphinus miro A. Gell. amore dilexit. Quocumque diei tempore incla1. 7.€. 8. matus à puero, quamvis occultus atque abditus, ex imo adnatabat, paftufque à manu, praebebat dorfum afcenfuro, pinnz aculeos cohibens, ne dile&um corpus laceraret: receptumque ferebat per ftadia ducenta à Baiano littore Puteolos ad ludum litterarium,& fimili modo revehebat. Quod officium per annos plures præftitit: donec puero mortuo ex morbo, delphinus fubinde ad locum confuetum ventitans, tri& mœrenti fimilis, defiderio pueri extin&us eft, & in ejus fepulchro humatus. Qua omnia feipfum multofque alios vidiffe refert Apion. Ælianl. 3. Puer nomiae Thoas parvulum draconem 13. c. 36. magnâ curâ aluit, loquens cum eo quafi cum Plin|*- intelligente;; ludenfque unà& dormiens: dopriis“nec draconis, qui ad miram magnitudinem excreverat, confpellu territi, urbis cives, eum in folitudinem emitti, invito& flente puero, ema Hifloires des Auteurs profanes. 461 » qu’aujourd’hui il veu: me témoigner fon remer» ciment du fervice& de la guérifon queje lui ai » rendue«. Dès qu’Androcle eut achevé ce récit, il fut renvoyé abfous à la priere de tout le Peuple,& de fon confentement, on lui fit encore préfent du Lion. Enfuiteonattacha Androcle&le Lion avec un cordon,& onles promenoit ainfi le long des boutiques de la Ville. On donnoit de l'argent à Androcle; on couvroit le Lion de fleurs,& prefque tous ceux quiles rencontroient, difoient: Voilà le Lion qui a donné l’hofpitalité à l'Homme, € voilà I Homme qui a fervi de Médecin au Lion. II. Sous le regne de Céfar-Augufte, le fils d'u Homme pauvreayant attiré très-fouventun Dauphin avec des morceaux de pain qu'il lui jetoir, le Dauphinconcut pour lui un amour extraordinaire. À quelqueheure du jour qu’il l'appellàt, quoique caché& retiré dans le fond del'eau, il venoit à lui, prenoit à manger de fa main, lui préfentoit "fon dos pour monter, refferrant les pointes de fes nageoires,de crainte debleffer le corps qu’ilchériffoit ,le portoit ainfil'efpace de deux cens ftades, depuis le Port de Bayes jufqu'à Putéoles, à l'endroitde fon Ecole,&le repafloit dela même maniere. Il lui rendit ce bon office pendant plufieurs années, jufqu’à ce que l’enfant étant mort de maladie, le Dauphin, après s’être rendu très-fréquemment au lieu où il avoit coutume de prendre fon jeune bienfaiteur 5& paroiffant tri(te& chagrin, mourut enfin de douleur,& fut enfeveli dans ce même tombeau. Apion rapporte qu’il n’eft pas le feul témoin oculaire qui ait vu ces chofes. HI. Un enfant nommé Thoas éleva avec un grand foin un peut Dragon, converfant, jouant & dormant avec lui, comme s’il eût été doué yès de la vue de une grandeur iller dans les V ij d'intelligence. Les Citoyens era ce Dragon, qui étoit parven sæceffive, voulurent qu'on Je|. re ae se eee 462 Hifioriæ è profanis Script. voluerunt."Poftea chm puer ille, jam adolefcens faQus 3 à fpectaculo quodam rediens, aut, ut alii trad us ad venationem egreffus, in latrones incidiflet, opemque inclamaflet, ad notam ejus vocem draco ftatim adfuit,&, latronibus aut óccifis aut fugatis, adolefcentem, educatorem quondam fuum, periculo ereptum fervavit. CAPUT LXX VIII Ingratus animus omnium odio damnatus. 1. Ego ingrati animi crimen horreo, in qua Peer. 9 vitio nihil mali non ineft. ad. Jtt. E526 $7 zpif.4. P.Sras, Omne dixeris maledi&um, cám ingratum hominem dixeris, Omnes immemorem beneficii oderunt,& 0f eum communem omnium, maxim? vero te6. nuiorum, hoftem putant, quia ipfam liberalitatem deterret. Ingratus unus miferis omnibus nocet, P.Syrus.‘Mali ignos fieri maximè ingrati docent, Senec. g. Quaritur utrèm hoc tam invifum vitium benef.c.6 impunitum effe 6.5 beat; an contrà lex in civitatibus pone: nda fit, quà ingratis peena conftituatur? Noftri majores, maximi fcilicet viri, beneficia magno animo dabant, magno perdebant. Non eft in ulla gente data adversüs ingratum adio. Hoc frequentiflimum crimen nuíquam punitur, ubique imorobatur. Neque illud abíolvimus: fed cum difficile effet incerte rei P METTE moe Hiffoires des Auteurs profanes. 463 Boi$, malgré les pleurs& la réfiftance de l’enfant. Quelque temps après l’enfant devenu grand, au retour de quelque Spectacle, ou, comme difent d'autres, étant forti de la Ville pour chaffer, tomba entre les mains des Voleurs,& cria à fon fecours. Le Dragon auffi-tôt reconnoiffant fa voix, accourut,& ayant tuéune partie des Voleurs WES mis l'autre en fuite, il fauva la vie à fon ancien pere nourricier. CHAPITRE LXXVIIL Un cœur ingrat trouve fa condamnation dans la haine de tous les hommes. I. Je détefte le crime d'ingratitude,&il n'y a point de mal qui ne foit renfermé dans ce vice. Tl n’e point dans le Monde aucun genre d'outrage, ;, f Dont le feul mot d'ingrat v'enferm e l'affemblage. Tout le monde hait un ingrat,& il eft regardé comme l'ennemi commun du Genre Humain, furtout de ceux qui ont befoin: parce qu'il tarit la fource des libéralités. Un feu! ingrat Mortel peut porter préjudice, Et nuire au Corps entier des hommes m ureux; Les Ingrats, dont le cœur eft noirci de ma! Nous enfeignent fur tout à devenir comme euxOn demande fi un vice auffi odieux doit refter impuni, ou fi l'on doit établir dans les Villes une Loi contre les Ingrats. Nos Ancêtres, qui étoient des hommes fort éclairés, donnoient leurs bienfaits avec un cœur généreux,& les perdoient de méme. Il n'y a point de Nation où l'onait permis d'informer contre les Ingrats. Ce crime très ordimaire n'eft châtié nulle part,& condamné partout, Nous n'ayons point non ghe décidé cette iv 464— Hiflorie? profanis Script, Judicium, tàntüm odio damnavimus,& inter ea reliquimus quz ad judices Deos mittimus. L.Cyrop.. 2. Apud Perfas tamen, ut refert Xenophon, Jucicium inflituebatur de eo crimine, unde gravifhma inter homines odia foleàt exiftere, cim nemo propterea in jus vocari foleat, nimirum de ingrato animo. Itaque fi quem intellexerant gratiam non retuliffe, cm poffet; in eum graviter animadvertebant. Ingratos enim nullà Deorum réverentiä, nullà parentum» patrie, amKorum curà tangi putabant. CAPUT LYXIX Quos experimur ingratos, ipft facimus, $663.— 1. Non referre beneficiis gratiam,& eft turbenef. 1e pe,& apud omnes habetur: nullum tamen inter : plurima maximaque hominum vitia frequen1. Benef, us, quàm ingrati animi, Id evenire ex pluritte bus caufis video. Primo» quod in collocandis beneficiis non eligimus dignos, quibus tribuamus. Secundo, fi quos. experimur ingratos, ipfi facimus: quia aliàs diu& enixé rogati beneficia conferimus, aliàs collatorum graves exprobratores exacdlorefque fumus, Quis enim noftram contentus fuit aut leviter rOgari, aut femel? Nemo autem libenter debet, quod non tam accepit, quàm expreffit, Gratus effe quis poteft erga eum, qui beneficium aut iratins aut precibus fatigatus, dedit? chm in omni officio magni æflimetur voluntas, Ï ! 1 | [ t Q E T A. N.N Hifloires des Autenrs pro ofanes. 46 q:eflion; mais comme il étoit difficile de ren: un Jugement fur un point auffi i import ant haine- toujours tenu lie: 1 de condamnation, nous abandonnons le refte à la juitice de Il. C'étoit pourtant une Loi chez le felon le rapport de Xéno; ion, de pde f Juftice ceux qui étoient acet és du cr titude, qui occal 1 ordi ement dos ha violente s parmi les h orames, parce que cen"eit paratiac coutume d rperfonne dev antlesju 1 6 0^ & oí a. LE. CHAPITRE LXXIX. Nous rendons fouvent nous-mé Îmes ingrets ceux dont nous éprouvons T7 ratitude. I. ll efthonteux chez tous les Peuples de n'as roir pointde reconnoiffance pour tous les bienfa mous avons rec pendant parmi un grand nombre de vi ables,& ordine: aux hommes ,iln coeur ingra t 3s Ren ue cela caufes. Lap i eft| queftion de i fons pas ceux d: i ena point de plus commun q 466 Hiforiæ profanis Script. P.$yrus.^ Eodem animo beneficium debetur, quo-datur. 3.Bencf. 2.Generofi& magnifici animieft, juvare& *5.— prodeffe. Qui dat beneficia, Deos imitatur; qui repetit, fœneratores. Saliuf. Cüm Syn in Áfricam atque im caftra Marit Jug.c.96 veniffet; alis rogantibus, aliis ultro beneficia dabat: imvitus accipiebat,& properantiüs quàm es mutuum reddebat, ipfe à nullo repetebat: magis id laborabat, ut illi quamplurimi deberent. Cicer.de— Odiofüm fané genus hominum officia exproAic. n.brantium: qua meminiffe debet is, in quem 2 collata funt; non commemorare, qui contulit. Met Extat in hanc fententiam elegantifimugs J-7P'$- Martialis Epigramma. 53. Qua mihi præfliteris memini, femperque tenebo, Cur igitur taceo, Pofthume? tu loqueris. Incipio quoties alicui tua dona referre, Protinus exclam dixerat ipfe mihi, Non bellè quedam aciunt duo: fufficit unus Huic oreri: fi visut loquar, ipfe tace. Crede mibi, quamvis i gentia; Pofthume, dona Au&oris pereunt garrulitate(ui pros uen nudi fonne ne rend de bon cœur un fervice q tótextorqué que reçu. Qui peut être 1econnoiffant envers un homme qui n’a fait du bien que par emportement, ou parce qu’il eft fatigué des pourfuites qu'on lui fait, puifque ce qu'on eftime le plus dans un bienfait, eft l'intention? Un bienfait doit fe rendre avec un cœur ouvert, Et femblable à celui dont il nous eft offert. Il. C’eft la marque d'une ame généreufe& élevée, de faire plaifir,& d’êtreutile aux autres. Celui qui répand fes bienfaits, imite les Dieux, & celui qui les redemande, imite les Ufuriers. Sylla étant venu en Afrique,& dans le Camp de Marius, prévenoit les uns par des bienfaits, en accordoit aux prieres d'autres, Il n'en reccvoit que malgré lui,& il étoit plus exaût à rendre un bienfait, que fi c'eut été de l'argent prêté. Il n'exigeoit le réciproque de perfonne,& il s'étudioit bien plutôt à obliger les autres, qu à en être oblige. Il n’y a point certainement de fortes de gens plus odieux, que ceux qui reprochent leurs fervices. Celui qui les a reçus doit Sen fouvenir, mais il n'eft jamaispermis à l'autre d'en faire mention. Nous avons fur cette maxime une Epigramme fort ingénieufe de Martial. Oui, j'aï de la reconnoiffance Pour tous.vos bienfaits fignalés 5. Mais fi je garde le filence,. Pofthume, c'e que vous parlez. €haque fois que je les annonce ,.. En étalant votre crédit, On me fait auffi-tót réponfe, Lui méme. nous les avoit dit. Hi eff des cas où d'ordinaire Deux enfémble ne font pas: bien: Un feul füfüt pour cctte affaire; Je parlesai, ne dites rien, Beneficium qui dedifs fe dicit, petit. CAPUT LXXX Ingrati i Ingratos dquo animo feramus. onec€.. Grave efti ingrati i animi vitium, intolerabenef..& corcordiam, quà à humana imbecillitas ir, fcindit ac diffipat. Sed ufque eb vulut illud, nec qui queritur quidem, Cogi à tecum, an, quibufcumque atiam retuleris, an omnium te be-] memoria comitetur. Videbis quz pue:o data funt, ante adolefcentiam ex; animo elapía effe 3 que in Juventutem collata; funt, non perduraffe in. fene&utem. Si te diligenter excufleris> vitium, de quo quereris in: finu invenies. Iniqué publico irafceris crimini:; ut abfol yaris, ignofce. j u-— H floires des Auteurs profanes. 469 ll n'ef point de fi grand fervice Croyez-moi, mon cher Die: Qui'ne fe perde& ne périfle Par le caquet de fon Auteur. Publier un bienfait, c'eft le redemanders CHAPITRE LXXX. Souffrons de bon cœur les ingrats, puifque nous fommes ingrats nous mêmes, I. L'ingratitude eft un grand vice,& qu'on ne peut fouffrir. Elle rompt& anéantit la concorde qui fert de foutien à la foibleffe humaine; mais elle eft fi commune, que celui même qui s'en plaint, n’évite pas d’y tomber. Répaffezavec vousmême fi vous avez fait du bien à tous ceux qui vous en oat fait, x file fouvenir de tous les bienfaits qu’on vous a rendus ne vous quitte jamais z vous verrez que ceux que vous avez reçus dans votre enfance, fe font échappés de votre efprit avant votre Jeuneffe,& que ceux que l'on vous a rendus dans votre jeuneífe, n'ont point duré jufqu'à votre vieillefle. Si vous vous examinez à fond, vous trouverez en vous même un vice que vous condamnez. C'eft injuftement que vous reclamez contre un crime général: pardonnez» fi vous voulez qu’on vous pardonne. IL. Il faut fupporter les ingrats avec un efprit tranquille ,doux& généreux. L’oubli d’un bienfait ne doit jamais vous offenfer au point de vous faire renentir de votre bonne ation. E'injure que vous fait un ingrat, ne doit point vous forcer à lâcher jamais ces. paroles indignes: Je voudrois n'avoir point donné. Vous corrigerez l'ingrat par la patience, vous aizrirez par les reproches. A. quoi fervent les plaintes& les inve&ives? ll faut traiter les maladies de l'ameavec autant de ménagement que cele D 479 Hifforia é profanis. Script DU tinax bonitas: nec quifquam tam duri animi €fL, ut tandem bonos non amet. Si nobis non eft relata gratia, quid faciemus? Demus, etiamfi multa in irritum. data. fint. Demus nihilominus aliis, demus ipfis apud quos jadura fa&a efl. In hoc homine videor beneficium perdidiffe: huic ipfi beneficium dabo iterum,& tanquam bonus agricola, curá. cultuque fterilitatem foli vincam. —L i ÉL ou MA MM LAU DSyres. Beneficium fæpe dare, docere ef reddere. re MB 5 Non eft quód turba ingratorum nos faciat 612, àd bene merendum tardiores» Cum ne Deos quidem immortales facrilegi negligentefque eo-| d rum ab effufa benignitate deterreant. Hos fequamur duces, quantüm humana imbecillitas patitur. In dandis benefciis permaneamus, etiamfi fpes præcidatur gratos reperiendi. Ne ceffaveris: opus tuum perage,& partes boni viri exfequere. Alium re; alium fide, alium gratià, alium confilio ,. alium preceptis falubrbus adjuva, Finis puma Paris, at Hifloires des Auteurs profanes. 471 les du coros. La perfévérance à faire plaifir réduit les méchans,&iln’y a perfonne d’un carattereaffez dur pour ne pas aimer enfinceux qui l'obligent. Si on ne nous rend pas le bien que nous avons fait, quel parti prendrons-nous? Donnons, quoique nous ayons fouvent donné à fond perdu. Donnons néanmoins à d'autres, donnons méme à ceux chez qui nos bienfaits demeurent inutiles. J'ai rendu à unhomme des fervices que je crois entiérement perdus, Je lui en rendrai de nouveaux;& ,comme un bonJardinier, je corrigerai par mes foins& mon travail la ftérilité de là terrea Faire fouvent du bien, c’eff montrer à le rendre. III. Le grand nombre des Ingrats ne doit pas ralentir notre zèle à faire du bien, puifque les Impies& ceux qui négligent le culte des Dieux immortels ne les. empêchent point de répandre leurs graces fur les hommes. Prenons-les pour guides, autant que linfinité humaine le permet. Demeurons conftans à rendre fervice, quoiqu'on nous ôte la douce efpérance de trouverdes coeurs reconnoiffans. Ne vous relâchez point: rempliffez votre état ,:& les devoirs de l'honnéte homme. Aidez l’un:dé votre bien, l’autre de votre confance; celui-ci de votre crédit, celui-là de votre coníeil; un autre enfin d'inftru&ions falutairese Fin de la premiere Partie; gJDITRES Contenus dans ce premier volume, LIFRE PREMIER.( DE DIrU. CHAPITRE LL E confentement de tous leg Peuples prouve qu'il y a ur: Dieu, page zx Cap, ll. Nous connoifons Dieu par fes œuvres,( Cnar. Ill. La nature de Dieu eff tràs-pure 6 17ès-excellente,| €Har.IV. Dieu gouverne& voit toutes chofes. 9 CHAP. V. Oz adore& on appaife Dieu( par un efprit de piété. 11 CHAP. VL Le cult: de Dieu exige plus de( . piété que de magnificence. 1 CHap. VIL. Les impies n'appaifent point C Dieu par leurs offrandes. 19 Crap. VIIL Le cœur droit& l'invention des C zrts viennent de Dieu. s 21| CHap. IX. Les Temples ont été bâtis pour| augmenter la dévotion. 2|C Cua». X. La Religion efl en honneur& ez Jureté même parmi les ennemis, 29 TABLE DES CHAPITRES. Cua». XI. La Religion publique préférée aux intérêts particuliers. | Cmap. XIL Les Impies font châtiés tôt ou $ tard. 35 (^ Cuap. XIIL Quels vœux il faut faire a "2^ AUF Dieu. 41 Cnuar. XIV. L'homme efl l'ouvrage de Dieu le plus parfait. 43 Cuap. XV. La vertu eft le meilleur bien de l’homme,& le feub qui lui foit propre em ce monde. 47 tr a MM ü LIFRE SECOND. ; DE LA PRUDENCE. CHAPITRE. T. F. 4 Nature a mis dans tous E les efprits un deftr. infaj tiable de connoître la vérité. 49 j Cua». ll. La fdience eff la nourriture de Pame.$1 Cnap. IIl, Un travail opiniâtre& un exerE ok cice réglé l’emportent fur la Nature, 53 Cuar. IV. La fcience acquife, méme au péril de la vie,$9« E. Cuap. V. Un favant vaut beaucoup mieux | qu’un ignorant. 61 | Cnap. VI. La volonté plu:ót que le pouvoir de devenir riche, inanque à l’homme avant, 63 Cua». VIL. Il faut fe munir de proviftons qui puiffent échapper au naufrage. 65. Cup. VIII, Les Belles-Lettres fervent d'or a —— TABLE nement& de confolation aux hommes. 71 CHap. IX. Inconvéniens d éviter dans l’étude de la Jiience. 75 CHAP. X. C'eff avoir acquis la fcienceutile& nécefjaire, que de vivre'honnétement. 81 CHA». XI. La Nature nous a donné un defer égal d'inflruire 6 d'étreinflruits. 8 3 Chap. Xil. C'eff être infinfd, d'enfeipner €x autres ce qu'on ne fait pas par 1. €xperzence. CHap. XIII. 7/ eft glorieux vieillard, d‘apprendre, 9t CHA P. XIV, Honneurrendyu aux favants.9 5 CHAP.XV La modefliejointe à la féience.1 0 5 CHAP. XVI. Il n’importe pas d’avoir& de dire beaucoup de livres» MAIS de les avoir bons,& de les lire, ro7 CHap. XVII Z/ faut Je former une Bibliotheque pour fon ufage& celui du Public,& non pour loffentation, 111 CHAP. XVIIL Fa mémoire fe foriifie quand on en prend foin,& périt quand on la négligz.; 119 uU——— LIVRE TROISIEME. DE LA JUSTICE. CHAPITRE L F A Juflice eft la Reine de — toutes les vertus. 125 CHAP. I. L’hommre doit être Jufte, fans attendre de récomperzfe I29 CHAP. Ill. Z/ faut cultiver& conferver la' Juflice avec tout le foin Pofible, 131 » Même a um nu es es DES CHAPITRES. Cnap. IV. Nous devons avoir en vue Putilité publique. 137 Crap. V. La volonté feule de pêcher eft un péché. 143 Cua». VI. Un homme qui confirve la volonté de pécher,& qui ne s'abflient de pêcher que par la feule crainte, m'eft as innocent. 147 Cua. VIL Les gens de bien ont horreur du mal, par l'amour de la vertu,— 1 si Cua». VIIL Il zy a de chofes utiles que celles qui font juftes& honnêtes. 153 Cuar. IX. Celui qui voudra acquérir la vraie gloire, s'attachera à remplir les devoirs de la juftice, 159 Cua». X. Ne faites pas à autrui ce que vous névoudriez pas qu’on vous fit, 163 Cua». XL Il vaut mieux fouffrir l’injuflice ue d'en faire, 165 CuaP. XIL. Ce qui ne nous appartient pas, 6 retourne à fon maître. 167 Cuap. XII. On nuit autant par les paroles que par les effets. 169 Cua». XIV. H fautexclure de toute fa conduite le déguifement& la fourberie. 17 1 Cua». XV. Il n’y a qu’un méchant homme ui trompe par un menfonge. 175 Cua». XVI. Celui qui ne Soppofe pas à l'injufice quand il le peut, efl coupable lui-máme d'injuflice. 181 Cuar. XVII. La vengeance eff un terme contraire à l'humanité, 183 TABLE CHAP, XVII. 7/, y a plus d'honneur à Surmont er les 17 njures par desbienf. 15,4 qu’à les payer d’une haine ré éciproque. 19E CHA». XIX, La Juffice vidoricufe de la haine 197 CHap. XX. 77 faut tirer avantage méme de ROS€ Se 199 CHap. XXI. 4 faut avoir les procès en horFerr, 203 CHAP. XXIL E Four chercher la paix,& ne la guerre avec aigreur. 207 Ly a plus de gloire d a vaincre la Ju ice» que par les 20 (IV. Oz doit Sarder la fidélité, méme à fon 7 215 CHap. XXV, N°en finus qu'avec refpett. 223 Cua». XXVI,; I/ y a de l'honneur d con mander ata es*,méme avecmodTli‘on, 22 Cap. XXVH. Bonté des Maîtres envers ia Efclaves. 237 CHAP. XXVIII. Fidélité des Efclaves envers les Maîtres. 243 CHAP XXIX. L’amour de la Patrie renferme en lui feul tous les autre S. 247 CHAP.XXX. H eff loux& honnéte de 720urir pour Ja lame. CHap, XXXI. D."VOHEImeA pour la Patrie, 255 CHA», XXXII, Richeffzs emp Zo?yées 5 AI proe |% DES CHAPITRES. | fit de la Patrie, 259 U| CHAP.XXXIIL Haines facrifiées à l’intérêt | public. 26 1 1| CHAP. XXXIV, C'eft un crime de Zempor. er contre fa Patrie. 263 7| Cnar. XXXV. L'amour filial eft le fondeRi ment de toutes les vertus. 267 »| CHAP. XXXVI. Peres fauvés du péril par m| Leurs enf«nts. 271 i Cuar. XXXVII. Piété des enfants envers bi.. deurs meres. 279 9| CHuap. XXXVIIL. Le Parricide eft le plus ii| grand de tous les crimes. 285 as Cuar. XXXIX. Z'komme na rien au mozde de plus cher que fes enfants. 289 CHA». XL. 4 faut bien élever fes enfants en vue de fa Patrie. 291 | CHAP. XLI. Oz doit un fouverain refped | anx enfants. 295 ("| QCHAP.XLIL Unebonneéducation fert beauoi| coup pour le refte de la vie. 297 Cuar. XLIII. Maziere des Anciens Romains d'élever leurs enfants. 393 CHAP. XLIV. Ceux qui inflruifent la Jeunef]:, contribuent beaucoup à l'utilité publique. 311 Cuap. XLV. Qu'un jeune homme ait de£ amour pour les Maîtres& pour les Etud des. 313 149 Cuar. XLVI. Un Ecolier doit être reconuoo] noiffant envers fon Maitre. 317 5| CHAap.XLVII, Un Précepteur ne doit point ; k TABLE avoir de vices, ni en fouffrir.— 337 CHap. XLVIIL Sévérité des Peres à l’égard de leurs enfants. 333 Cua». XLIX. Amour des Peres pour leurs enfants. 345 CHAP.L. La nature a marqué les devoirs propres aux perfonnes mariées. 349 CHaP. Ll. Amour des maris pour leurs femmes. EET CHAP. LII. Amour conflant des femmes pour leurs maris. 353 CHAP. LI. Les mœurs doivent fervir de regle dans le choix d'une femme. 361 CHap. LIV. I/ doit y avoir entre les freres une grande concorde& une grande affècton. 365 CHAP. LV. Il ne peut y avoir de véritable amitié qu'entre les gens de bien, 377 CHAP. LVI. En retranchant l’amitié, vous Ôtez toute la douceur de la vie. 379 CHaP. LVII. 7/ faut ufer de précaution dans Je choix des amis. 383 Cxap. LVIIL. Un ami doit aimer fon ami autant que foi-même, 385 CHAP. LIX. L’amitié de plufieurs hommes n’en fait qu’un feul. 387 CHAP.LX.I/ne fautrien célerà fon ami. 393 CHAP.LXI. Ne demandonsrien à nos amis, & n’accordons rien à leurs prieres qui Soit contre l’honnéteté, ibid, CHA». LXII. F/ faux garder la foi& la vérité dans l’amitié.—— ee. 395 E rens RM TT RII Man— HE GI RAT, HISTOIRES CHOISIENS DES AUTEURS | PROFANES, TRADUITES EN FRANÇOIS, AVEC LE LATIN 4 COT É; Où l’on a mêlé divers Préceptes de Morale; tirés des mêmes Auteurs. SECONDE Pang TIE, d BASL E. Chez EMANUEL TOURNEISSE, ETENIM M. DCC LXYIII SELECT É PROFANIS SCRIPTORIBUS HISTORL. SERA PARS SECUND A. V CAES SL TIES ES E = LL TETE Fiojeeseoieolest ote | 2 SE Gates* A STgar tte E x jf HEUS: i id ML tostostecte jest PROFANIS SCRIPTORIBUS HISTORLÆ. PARS ALTER 4. ET RE LIBER QUARTUS. DE FORTITUDINE. CAPUT 1 nimi fortitudo duplex. Cleer, 1, Re UP LEX cft animi fortitudo. Una Offic. n. Ja Gin rerum externarum defpicientià $6, ponitur: cüm perfuafum nobis eft, lv, MF hominem nihil, nifi quod honeftum à decorumque fit, aut admirari aut expetere| oportere; nullique neque perturbationi animi, neque fortunæ, faccumbere. Altera animi fortitudo eft, ut res geras magnas illas quidem H k' x I wes x Ba PUE WX SEE treten HISTOIRE P". CHOISIES Ü DES AUTEURS E. PROFANES. SEVRES — ta SECONDE PARTIE. IDE S j y, LIVRE QUATRIEME, XE DE Fa FORCE, CHAPITRE L f IT y a deux efpeces de Grandeur d’' Ame, indo.Vil TRAJES L y a deux efpecés de Grandeur foicittà[ 7, d'Ame 5 l'une«onfifte dans le mépris e des chofes qui nous font étrangeres, loríque nous fommes vivement pereet fuadés que l'homme ne doit, ni admirer, ni anini, défirer, ni rechercher que ce qui eft conforme ifor à l'honnêteté, à- la droiture& à la probite, las quis& qu’il eft indigne de lui de fc laiffer entraîner A nj [ui^ nolis elt 6 Hifloriæ é profanis Script. & maxime utiles, fed vehementer arduas; plenafque laborum ac periculorum, $561. Ea animi elatio, quz cernitur in adeundis periculis,& laboribus fuftinendis, fi juftitià vacat, pugnatque non pro falute communi, fed pro fuis commodis, in vitio eft. Itaque probé definitur à Stoicis Fortitudo, cüm eam virtutem effe dicunt pugnantem pro &quitate, EE ur: c1 Fido| Dicitur Auguítus adeo fimultates, turbas; Ep. 6% bella execratus effe, ut nifi juftis de caufit ES, nunquam genti cuiquam bellum- intulerit. ne Sca) fans des mo CAPUT IL Bellicæ fortitudinis exempla. Cie. T. Nunquam periculi fuÿà committendum x. Ofic. e(t, ut imbelfes rimidique videamur. Sed 2. 77. fugiendum etiam illud, ne offeramus nos periculis fine caufa: quo nihil poteft effe ftaltius. In tranquillo tempeftatem adverfam optare, dementis eft: fabvenire autem. tempeltati quàvis rationc, fapientis. N. 75. Temeré in acie verfari,& manu cum hofte]* confiügere, immane quoddam& belluarum]'* fimile eft. Sed cüm tempus neceflitafque|: poftulat, decertandum manu eft,& mors fers vituti turpitudinique anteponenda. Hiftoires des Auteurs profanes.— dos, par aucune paflion, ou abatre par les accidens de la fortune. L'autre efpece de grandeur d'ame fe reconuoît à l'exécution de ces projets, gon-feulement nobles& utiles, mais encore épineux,& environnés de travaux& de dangers. alendis Cette élévation de l'ame que l'on fait pa(qd. roitre à foutenir les fatigues les plus rudes, «xm€ à sexpofer aux perils les. plus affreux, fi od,p elle n'eft accompagnée d'un grand fond de mb,cn juftice,& fi elle n'a pour objet que fon propre avantage,& non l'intérét commun, devient un vice: c'eft pourquoi les Stoiciens ont parfaitement bien défini la force, quand ils ont dit que c'eft une vertu qui combat pour la juftice.: smi;, Augulte avoit tant d'horreur pour les refsd ci fentimens, les troubles& les combats, qu'il ne déclara jamais la guerre à aucun. Peuple, Au Di l dudes fans des motifs légitimes. ; CHAPITRE II mi. Exemples de la Force guerriere. mum P Bae faut jamais que la crainte du danmy; et nous donne le moindre air de foibleffe& de lâcheté, mais auffi ne faut-il pas s'expofer aux périls inutilement,& de gaieté de cœur; car c'eft le comble de la fols. C'eft étre infenfé de fouhaiter la tempête, quand on eft dans le calme; mais quand l'orage eft venu, il eft d'un homme fage de mettre tout en œuvre pour s'en garantir. ; Se livrer dans une bataille indifcretement, ,,& tête baiffée, à la fureur de l'Ennemi, en venit aux prifes avec lui, c'eft une pure férocité, qui tient plus de la bête que de l'homme 5 mais lor(que l’occafion& la néceffité l'exigent, il faut obéir à fon devoir,(e battre SA iv unus nij uem tX Livius; 1.2, Ce io, Hiftoria? profanis Script. 2. Tarquinii Romà pulfi perfugerunt ad Porfennam Etrufcorum regem: qui eorum pre- cibus: motus, bellum Romanis intulit, ut ejes in urbem reduceret. Cüm Etrufcorum exercitus adeffet, duce Porfennà, Romani ex dgris in urbem demigrant, camque fepiunt præfidiis. Aliæ urbis partes muris, alie Tiberi amne objeGo, videbantur tutæ. Sed pons fublicius iter hofti dediffet, nifi illo die Roma virum unum, Horatium Coclitem, munimentum habuiffer. Hic ubi hoftem é capto Janiculo decurrere in urbem vidit, focios autem füos, deferto pontis præfidio, fi gere 5 eos obteftans monuit, ut pontem ferto ignique interrumperent, dum ipfe impe« tum Ecrufcorum exciperet. Vadit inde in primum aditum pontis, armis in hoftem ob. werfis.ad prælium ineundum, Cum Horatio Romanos duos pudor tenuit; Lartium& Tolumnium, ambos claros genere facifque. Cum his primam periculi& pugna procellam parumper fuftinuit; deinde eos cedere in tutum coëgit. Circumferens inde truces minaciter oculos ad proceres. Etrufcorum, nunc fingulos provocabat, nunc increpabat omnes, fervos regum fuperborum vocans, qui fua libertatis immemores| alienam oppugnatum. venirent. Cunctati aliquandiu illi funt; deinde pudor commovit eorum imet qa towt c lg E n xp "m Toroquo; ynovit qx . j Hifloires des Auteurs Profanes.— 5 tourageufement»& fgavoir préférer la mors àl efclavage& à la honte. IT. Les"Tarquins chailés de Rome, fe réfugierent chez Porfenna, Roi des Tofcans, qui touché par leurs prieres, déclara la guerre aux Romains, pour rétablir ces Exilés fur le thróne. L’Armée des Tofcans s'étant avancée, Porfenna à leur tête, les Romains difperfés dans les Campagnes rentrerent dans leur ville,& en munirent l'enceinte de bonnes Garnifons. Ea force& la hauteur des murailles fembloient mettre une partie de la ville fa£-: fifammentà couvert,& l'autre paroifloit in“ acceffible, par la barriere que le Fleuve du Tibre y formoit 5 mais un pont de bois alloit nes paflage à à l'Ennemi, fi Rome n’eût trouvé ce jour-là dans fon fein, pour fa défenfe& fon appui, un feul homme, Horace Coclès. Ce génereux Citoyen ayant apperçu l'Ennemi défiler du Janicule, dont dls'étoit em-aré dans la ville,& fes Compagnons prendre làchement la fuite, en abandonnant la Garde du pont, il les.conjura de vouloir feulement brifer le Pont, avec le fer& le feu, tandis quil recevroit la décharge des Tofcans: il vole enfuite à l'entrée du Pont, fes armes toürnées contre l'ennemi, pour fe. difpofer au combat. La honte d'abandonner leur Patrie dans cette fàcheufe extrémité, fe faifit avec Horace de deux Romains, Lartius& Tolumnius, également illuftres par leur naií ance& leurs ES actions. Il foutint quelque temps avec ix le premier feu de la Bataille,& le plus fox dü danger, mais il les força de fe mettre en füreté 3 puis roulant de toutes parts fes yeux menaçans für les. Chefs des Etruriens tantôt il les harceloit en panticalies x ratés il les provoquoit en général: les appellant; Av: LUE . xo— Hiftoriæ ëprofünis Script: aciem,& clamore fublato undique in unum Horatium tela conjecere. Qua cüm in objedo feuto hafiffent, neque ille minus obftinatus pontis. aditum obftrueret;-virum impetu facto parabant detrudere, cüm fimul fragor rupti pontis ,. fimui clamor Romanorum fublatus, corum impetum fuftinuit. Tum Cocles: Tibe- ua rine pater, inquit, ze, fane ,. precor ,.hac fans tie erma& hunc militem propitio flumine accipias. Inde armatus in Tiberim defiluit, multifque füperincidentibus telis, incolumis. ad fiios tranavit: rem aufus plus fama: habituram: ad pofteros.,. quàm fidei. cos, i fe fs receroir Etardelle,€ Grata erga tantam virtutem civitas fait: ftastua in comitio pofita: tantum agri, quantum: uno die arare potuit, datum. Privata quoque inter publicos honores ftudia eminebant: nam: in magná annonæ inopi quifque pro. domelticis copiis aliquid ei contulit, fraudans-feipfevidu fuo,.; \ A:Gel- 3- Bello primo Punico cüm Imperator Pænoslius, 1, rum colles quofdam opportunos in Sicilia prior i 3: s. occupaffet 3 exercitus vero Romanus-fe temerè:| ter de oy L 25. c, demififfet in fubje&os collibus-illis faltus; ac=| 44 Sij; Éc. ceffit- ad Confulem Tribunus militum ,de|"; See cujus. nomine. non convenit inter antiquos: LM Hiffoires des Auteurs profanes: 11 | Unum ils Efclaves de Rois orgueilleux, qui oubliant objédto leur propre liberté, venoient pour opprimer celle luxus— d'autrui. Les Ennemis balancerent quelques whi» momens; maisla honte S'empara bien-tôt de quu^ feursefprits,& toure l'Armée ayant pouffé un hiblas, grand cri, fit pleuvoir de tous côtés fur HoS:Tk race une grêle de traits. Il oppofa fon boutr.^ clier, fans rien diminuer de fon opiniâtreté 5. * boucher le paffage du Pont. Les Tofcans fe difpofoient à repouffer vivement ce brave Champion ,:en fondant tous à la fois fur lui, lorfque le bruit du Pont qui fe rompit, joint au cri que les Romains jetterent, arréta toutà-coup leur fougueufe. impétuofité. Alors Coclés dif: Tzbérius., Pere facré, recevez, je vous prie, favorablement ce Soldat& ces Armes dans votre Fleuve. Après cette priere, il fe précipita tout armé dans le Tibre,& malgré la nuée de Javelots qui fondoit fur fon corps, il fe traîna vers les fiens à la nage, fans recevoir aucune bleffure.: ation pleine de hardieffe,& qui devoit trouver chez la. poftérité plus de gloire que de créance; La ville ne paya point d'ingratitude un cou-rage fi extraordinaire: on lui dreffa une Statue dans le Comice; on lui donna autant de terrein qu'il. put-en labourer dans un jour: Parmi ces honneurs publics, les Particuliers fignalerent auifi leur zele& leur recontioiffance 3 car dans une extrême difette. de vivres, chacun retranchant quelque chofe de fa fubAiftancenéceffaire., s'empreffa de l'aider felon fes facultés. III. Dans la premiere Guerre Pünique, le Commandant des Carthaginois s'éroit faifi lepremier de quelques éminences avantageufes dans la Sicile; au lieu que l’Armée Romaineangans dor rator Peso Sicilia o pusiet ENS Sétoit témérairement engagéc. dans les bois: t vb.. i fiués au-deffous- de ces collines. Un Tribun: E Av} 1» Hiflorim? profanis Script. Scriptores: nam alii Q. Cædicium, alii Laberium, plures Calpurnium Flammam vocant. "uh ya.i» ubi oftendit quantum periculi ex loct Ep. 82. iniquitate inftaret: Cenféo, inquit,f rem 939. Romanam fervare vis, id faciendum ,ut milites quadringentos ire jubeas ad hanc, quam cernis petram, inter medios hoftes afperam atque editam, eamque uz capiant imperes horterifque. Futurum enim profe&ió eff, ut hoflium fortiffimus quifque& prompiffmus properet ad oc: eurfandum illis,& pugnandum. j atque ita circa eam petram. atrox pugna flat, im qua omnes illi, quos dico, quadringenti. mitites noffri obtruncabuntur. At tu- interea galligatis illo uno negotio hoflibus,€ in ea cade ccupatis tempus habebis exercitás ex loco infefio educendi. Alia, nifi hac, falutis vid nulla eff. Fidum quidem& providum hoc confilium. videtur, refpondit Confal: fed: quifnam erit qui ducat quadriagentos illos milites ad eum locum inter cuneos hoffium à Si alium; inquit Tribunus, neminem reperis, me licet ad hoc periculum. utare. Ego hanc tibi 8 Reipublice animam. de. Conful Tribuno gratias egit,& meritas laudes tribuit., ille traditos fibi quadringentos milites ad-monens quem in lócum deduceret,& quo confilio: Jre, inquit, commilitones y z//ó neceffe eff, unde redire non eff neceffe. Moriamur, G morte noftrá eripiamus ex- ob[idione-circumyentas le myentas i . Hifloires des Auteurs profanes. 13 des Soldats, fur le nom duquel les anciens Hiftoriens ne font. point d'accord,( car les uns: l’appellene Quintus-Cædicius, d'autres Laberius, plufieurs Calpurnius Flamma,) Savanca vers le Conful. Aprés'lui avoir montré le péril évident ou la funefte expofition de ce lien mettoit l'Armée., il parla de cette forte: Voici, felon mon avis, le parti que vous devez prendre, fi vous avez envie de fauver la République Romaine; c'eft d'envoyer vers cette roche efcarpée qui eff devant vos yeux,© qui paroit s'élever au milieu des Ennemis, un détachement de quatre cens Soldats, en les encourageant, 8. méme leur ordonnant de s’en rendre les maîtres; car il arrivera inJailliblement que les Carthaginois les plus brayes G les plus vigoureux fe háteront de venir au-devant: d'eux' pour leur tenir tête,& par ce moyen il fe donnera autour de cette Roche ur fanglant combat, où nos quatre cens Soldats dont jeparle feront tous taillés en piéces; mais sous, tandis que les. Ennemis feront attachés à cette aétion,© animés au carnage, vous aurez le temps de retirer votre Armée de ce mauvais pas+ il ne vous refle que cette unique reffource. Ce confeil, répartit le Conful, me paroît fur& prudent; mais qui conduira ces quatre cens Soldats en cet endroit, à travers les. Bataillons Ennemis? Moi-même, ajoûta le Tribun', fi vous n'en trouvez point d'autre. Je m'offre pour ce coup de main,& je facrifie volontiers ma vie pour vous& pour la république. Le Conful remercia le 'Iribun,& lui donna les éloges qu'il méritoit. Ce Tribun prévenant les quatre cens Soldats qu'on lui remit, de l'endroit où il les menoit,& à quel défféin, leur dit: Z/ faut pénétrer, Camarades, jusqu'à cette hauteur que vous voyez ,d ouilu eff pas befoin que nous +4 Hiftlorin* profünis Script.: Tfuite giones.[um omnes nullà fpe evadendi,{ed ni amore laudis& fervandi exercitüs cupiditate—| ji accenfi, proficifcuntur. Hoftes cam hominum.| siia manum venire ad fe demirati, in incerto primum funt quó ire pergant, Sed ubi apparuit eos ad illam petram occupandam iter intendere; mittit adversum illos Carthaginenfium imperator ftrenuiffimum quemque ex peditatu & equiratu fuo militem. Romani circumveniuntur circumventi repugnant. Fit præliumdiu anceps.. Tandem fuperat multitudo. Quadringenti omnes perfoili gladiis, aut. milfilibus operti;, cadunt. Conful, interim dum. €a pugna fit, fe in loca. edita&-tuta fubducit. Dii immortales Tribuno militum fortunam ex virtute. ejus. dedére. Nam ita evenit; ut, cüm mulufariàm faucius fa&us cí- aeg: fec, nullum. in capite vuinus acciperet. Inter pulls au fl mortuos multis confoffus vulneribus, fed ad-| boy: huc fpirans,. inventus, convaluit: fæpeque| æcmba fe poftea operam reipublicae ftrenuam perhibuit.| qv: 157 p q Zt. 4% Leonidas quoque: Lacedæmonius cum l. 3. c. ttecentis civibus apud Thermopylas obje&us: 7. Xerxi in Græciam irrumpenti cum innumera-L v ud bili militum copià, maluit occumbere dimiSenee. cando, quàm affignatam fibi à patria ftationemEp. 83. deferere. Ideoque tam alacri-animo cohortatus. 6. Bé- eft fuos ad id prælium, quo perituri erant, ut diceret: Szc prandete, commilitones, tan-quam apud inferos. cenaturi, Mors erat-denun- piditats minum TO pris ipanuit tal n rm qun (4. jnnumee bere dit a(Latiorem coloratus yi étant y qus» tan a; deny luy Hifloires des Auteurs profames.. 15 Tevenions.: mourons tous, G par notre mort, délivrons du Siége nos Légions invefires. Tous alors fe hàtent de partir fans aucune efpérance de retour, uniquement excités par l'amour de la gloire,& parle defir de fauver l'Armée. Les ennemis étonnés qu'une fi petite poignée de monde osât venir les attaquer, ne fe douterent pas d’abord de l’endroit où ils vouloient aller; mais dès qu'en vit qu'ils tournoient leurs pas vers la Roche, pour s'en emparer, le général des Carthaginois envoya contr'eux l’élite de fon Infanterie& de fa Cavalerie. Les Romains font enveloppés, ils font. face de toutes parts; le fort du combat fat long-tems incertain, le plus grand nombre ‘enfin l'emporte. Les quatre cens Soldats, fans en excepter un feul, tombent morts, partie. pailés au fil de l'épée, partie accablés fous la multitude des javelots. Le Conful pendant ce combat fe retire dans des lieux fürs& découverts: les Dieux immortels, pour récompenfer la bravoure du Tribun des Soldats, lui rendirent la fortune favorable; car quoiquil eût reçu plufieurs bleffures en divers endroits, il n’en reçut heureufement aucune à la tête. Ayant été trouvé parmi les morts, refpirant encore,& tout couvert de plaies, il recouvra la fanté,& rendit depuis, en de. fréquentes rencontres, d'importans fervices à la République. IV. Léonide, Lacédémonien, difputant: avec trois cens Citoyens, auprés des Thermopyles, l'entrée dela Grece à Xerxés, qui. fe difpofoit à y faire irruption avec une Atmée innombrable, aima mieux mourir dans, le combat, que. d'abandonner le pofte qui luz avoit été affigné par la Patrie. Il exhortoit avec tant de joie fes Soldats à combattre, quoiquils duflent périr, qu'il leur difoit; 16 Hiflorir à profanis Script: ciata trecentis illis Lacedæmoniis: nec ví&oxrccet S riam fperabant, nec reditum: ille locus iis fepulcrum füiurus erat. Perinde tamen ac vicdoria effet promiffa, dudtori intrepidé paraerunt. Lacedæmonii Leonidam& focios ejus pro (o patria cæfos decoravere fepulcris, ftatuis, eloBini iis: Tribuno militum Romano egregii faci3. 4*noris merces data eft corona graminea>, quà nulla nobilior corona fuit in przmium virtutis bellicæ apud populum terrarum principem; & quæ ab univerfo exercitu fervato decerni folebat. Qum. Populi Romani honotes quondam fuerunt Wèp. in Tati X tenues, ob eamque caufam gloriof: Milriad; poftea veró effufi fuere,& ideo viles, Sic € 6.. olimapud Athenienfes fuiffe reperimus. Thra0 I" fybulo enim, pro magnis in patriam meritis, honorisergo corona à populo data eft, fa&a €: duabus. virgulis oleaginis, quz magna ci o gloriz fuit, quâque ille contentus, nihil amplius requifivit.. Diodor, 5$: Epaminondas non Thebanorum modó; frag. sfed omnium æfatis fuz. Graecorum fine conJufti— rera princeps extitit. Ántequam eo duce: nus; Jo À: 6. c. 8, ltetentur Thebani;| nullum. memorabile bellum gefferunt,& eo exüncto, fuis tantum cladibus infignes fuere: ut manifeftum fit, patriæ-gloriam& natam& extinctam cum eo^ tue aue) ves, 8 [unl eriere& guerere, à Kits, de for ec vits iQQ r men acl Mtr Hiffoires des Auteurs profanes.| 17 dinez, mes Amis, nous fouperons enfemble chez Pluton. On avoit expreffémenr annoncé la mort à ces trois cens Lacédémoniens; ils étoient fans efpérance de vaincre ni de fe fauver 5 ils regardoient le Champ de Bataille comme leur tombeau. Néanmoins ils obéirent à leur Général avec autant d'intrepidité, que fila vi&oire leur eût été affurée. Les Lacédémoniens honorerent par des€atafalques, des Statues& des Oraifons funebres ,la mémoire de Léonide,& de ceux qui, comme lui, s’étoient immolés pour leur Patrie. On donna au Romain Tribun des Soldats, en récompenfe de fa belleaction, une Couronne d'herbe, Couronne qui pour lors chez ce Peuple Souverain Maitre de l'Univers, étoit le plus noble prix de la vertu guerriere,& qu'il n'avoit coutume d'accorder qu'à ceux qui délivroient du Siege l'Armée entiere. Autrefois les récompenfes du Peuple Romain étoient rares,& de peu de conféquence, & par-là plus honorables; mais dans la fuite étant devenues fréquentes", elles devinrent auffi viles& méprifables. Nous trouvons dans PHiftoire que la méme chofe arriva chez les Athéniens: car ce Peuple paya les Services importans dont Thrafybule avoit comblé fa patrie, par uné Couronne faite de deux branches d'olivier. Cette marque d'honneur lui en attira beaucoup,& content de l'avoir obtenue ,il ne porta pas plus loin fes defirs. V. Epaminondas fut fans contredit le premier homme, non-féulement de Thebes, mais même de la Grece entiere. Avant que les Thébains l’euifent à leur tête, ils ne s'étoient diftingués par aucune action mémorable; après fa mort ils ne fe(ignalerent que par leurs pertes, de forte qu'il cft hors de doute que la 18\ Hifforia à profanis Script.| mire Corn. faille! Quàm fortiter veró& libenter vitam| jii Wep. in pro patria profaderit, hzc declarant quz. de Epam. ejus morte narrantur. Cüm Thebanorum imerator adversus Lacedaemonios acie inftructà conftitiflet prope urbem Mantineam 3.Lacedæmonii, quiin ejus unius pernicie fitam putabant falutem fuam, univerfi impetum fecerunt.|; ineum, neque pridsabfcefferunt, quàm haftili. idis; eminus percuflum, dum foriffimé pugnaret y bi! concidere confpexerunt. Epaminondam expiranti fimilem. cüm in caftra detuliffent fui, paulatim redeunte animo circumftantes amicos agnovit,& animadvertit mortiferum fe vulnus accepiffe,fimulque animam ftatim amif; fürum, fi extraheretur ferrum quod in corpore Cicer. 1: remanferat. Tunc quæfivit, fa/vusne effet clypus defin. peus. Cüm falvum effe flentes fui refpondi£-| uis fent,& allatum ofculatus effet, velut labo- qi to: rd rum gloriæque focium, rogavit, efentne fufs.|$| hoftes. Cümque id quoque ut cupiebat, audi-| jx viflet: Bene fe res kabet, inquit,& fatis vixi. r D Re 97e J 'Tum evelli juffit eam, quà transfixus erat,|; haftam,& multo fanguine profufo, in lætitia & in vi&oria eft mortuus. Quód veró de clypeo fuo follicitus fuerit Epaminondas, mirum non debet videri. Nihil enim apud Græcos, atque in primis Lacedæmonios, magis dedecori erat militi, quàm épugna reverti amiffo clypeo: quemadmodum fuminz laudi ducebatur, militem vulneribus Hf eptis occifum,& clypeo impofitum, in patriam reportari. Unde mulier Lacæna filio ad bellum proficifcenti fcutum tra" Hiffoires des Auteurs profanes. 19 gloire de fa Patrie naquit& s'éteignit avec lui. Les circonftances de fa mort rapportées par les Hiftoriens nous convainquent affez du courage & dela grandeur d'ame avec lefquels il répandit fon fang pour cette même Patrie. S'étant campé à la téte de l'Armée Thébaine, qu’il commandoit prés de la Ville de Mantinée, les Lacédémoniens, qui faifoient confifter leur falut dans la perte de ce grand Homme, le chargerent tous à la fois,& ne reculerent qu'après l'avoir vu tomber d'un coup de javelot qu’il regu: en combattant avec trop d'ardeur. Les Thébains emporterent dans le Camp Epaminondas, qu'ils regardoient comme mort; mais revenu peu à peu à lui-même, il reconnut les amis qui l'environnoient, fentit(a bleffure mortelle,& que fi on tiroit le fer ui étoit relté dans fon corps, il rendroit infailliblement l'ame avec le fang. Il. demanda donc f£ fon Bouclier étoit fauvé. Ses Amis en pleurs lui ayant répondu qu'oui,& le lui ayant montré, il le baifa comme un fidele Compagnon, avec lequel il parrageoit{a gloire & fes Exploits Militaires; il s'informa encore fi les Ennemis avoient été défaits. La réponfe s'étant trouvée conforme à fes défirs: Tout ya bien, dit-il, j'ai affez vécu. Alors il fe fit arracher le fer dont il. avoit été percé,& ayant perdu tout fon fang, il expira content & vi&orieux. Il ne doit pas paroître étonnant qu'Epaminondas ait fait voir tant d'inquiétude au fujet de fon Bouclier 5 car rien n'étoit plus diffamant pour un Soldat chez les Grecs,& fur. tout chez les Lacédémoniens, que de revenir d'une Bataille fans certe Arme 5 comme auffi c’étoit le comble de l'honneur chez eux de mourir bieffé feulement par le devant du corps,& d'être reporté dans fa Patrie étendu 20 Hifloria é profanis Script. dens, dixifie fertur: Aut hoc, aut in hoc, Td eft, aut(catum domum refer é pugna, aut ipfe in hoc fcuto jacens. domum reporteris. Jufinl. 6. Magnis veterum fcriptorum laudibus ce^' 9^ febraza elt Cynegiri militis Athenienfis eloria; qui cüm in campis Marathoniis, duce Miltiade, magnam Perfarum cxdem feciffet, hoftefque fugientes in’ naves egiflet; onnítam. navem dextrá manu tenuit, nec priis dimifit, quàm manum amitteret. Amputatà dextrà, navem. finitrà comprehendit. Quam& ipfam cim amififfct, ad poftremum morfu navem detinuit, Mirum eft tantam in Cynegiro virtutem fuiffe, ut non cede hoftium fatigatus, non. duabus| manibus amiffis victus'yàd poftremum, veluti fera, dentibus dimicaverit, CAPUT IIT Fortitudo domeftica non eft. inferior militari. Cicer;| I. Sunt domefticæ fortitudines non infero: 1. Offic. res militaribus: nec plus Scipio Æmilianus, #76 fingularis& vir& imperator, in ex{cindendà Numanciâ reipublice Romanæ profuir, quàm eodem tempore P. Scipio Nafica, cum Tiberium Gracchum interemit. Cüm Tiberius Gracchus Tribunus plebis; ^ Hiffoires des Auteurs profanes.— 2x ih; fur fon Bouclier. C'eft pour cela qu'une Dame Wa Lacédémonienne dit à fon fils qui partoit pour u^ la guerre, en lui préfentant un Bouclier, oz avec, ou deffus, c'elt-àdire, ou reviens ici de ta Campagne avec ce Bouclier, ou qu’on te ramene deflus, mort dans le Combat. ... V. Les Hiltoriens de l'Antiquité ont relevé , par de magnifiques éloges l'a&ion glorieufe de Cynégire, Soldat Athénien, qui aprés avoir fait un affreux carnage des Perfes dans Ja Plaine de Marathon, fous la conduite de Miltiade,& après avoir forcé les Ennemis de fe refugier dans leurs vaiffeaux, arréta de : fa main droite un de ces vaiffeaux chargés, .& ne làcha prife que quand il l’eut perdue. ;: La droite coupée, il le fait avec la gauche, ;qui ayant eu le méme fort, pour derniere reffource il s'accrocha au vaiffeau, en le mordant. On ne peut s'empécher d'admirer le courage incroyable de Cynégire, qui, fans étre las du Maffacre des Ennemis,& ne voulant point fe rendre, qu'oiqu'il eüt perdu fes deux mains, fit les derniers efforts en combattant avec les dents, comme une bête féroce. " CHAPITRE IIL OU y Y La Valeur domeftique meft point inf : rieure à la Valeur militaire. I.lly a des actions domeftiques& privées qui fele cedent point aux exploits militaires 5 car Scipion l'Emilien, perfonnage& Capitaine illuftre, rendit-il un fervice plus ,important à la République, en rafant Numance, que Scipion Nafica, homme privé> en ôtant la vie dans le même temps à Tibere Gracchus? Ce Tribun du Peuple dont il avoit captivé 36 ms 22 Hiflorie à profanis Script. occupato profufis largitionibus favore populi; rempublicam oppreffam teneret, palàmque dictitaret omnia per plebem agi debere, Senatu interemto; in ædem Fidei convocati Patres Confcripti à Confule Mucio Scævola, deliberabant quidnam faciendum effet in tali tempeftate: cun&tifque cenfentibus, ut Conful armis j rempublicam tueretur,Scævola negavit fe quid{'Pater- quam vi acturum. Tum Scifio Nafica,qui consuit?: fobrinus Tiberii Gracchi erat, patriam cogna *'*', tioni præferens: Quoniam, inquit, Conful, dum confuetum juris ordinem fervat, res noftras in hoc periculum adduciz, ut cum omnibus|£9** legibus imperium Romanum corruat: egomet pris| 93 Yu S vatus voluntati veftra, Patres Confcripei, me| JE A paoë. ducem offero. Ac deinde fublatà dexter, quafi ove Lord fignum extolleret, proclamavit: Qui rempu- pe longe blicam falvam effe volunt, me fequantur. Hif.| Para que verbis cunctatione bonorum omnium dif-| mé, es cufsà, Gracchum cum fcelerata factione, quas| 70 2 merebatur, poenas perfolvere coëgit, eumque hou, Ei manu fuà interfecit. Quod fa&um cüm plebs t ii graviter ferret, Tribunique fingulos Senatores in concionem productos interrogarent, quis auctor cædis fuiffet 5 ceteri quidem omnes vexiti concitatz multitudinis furorem, à fe id fadum negabant, variifque& obliquis refponfonibus utebantur. Solus Scipio Nafica fuà manu cxdem effe fa&am profeffus eft. Tum veró conftantià& auctoritate viri mota plebs conticuit, d qni = kw. pue Gicer}$5 Q. Metelli; cognomento Numidici,, prie Ll nds pro i Hiffoires des Auteurs profanes. 2.5 : popti, la faveur par des largefles exceffives, tenant hqued la Republique en oppreílion,& difant hauteSw ment quil falloit"dépofer la fouveraine autod Pan zitéente les mains du Peuple,& anéantir 1 dei: le Sénac 5 les Peres confcripts affemblés par lime le Conful Mucius Scævola dans le Temple hu de la Foi, délibéroient fur le parti qu'ils devoient prendre pour écarter cet orage. Tous y étant d'avis que le Conful prendroit les armes pour la défenfe de la République 5 Scævola ne voulut point y confentir,& refufa d'en venir à la force ouverte. Alors Scipion. Nafica y ; qui étoit coufin de Tibere Gracchus, préfé, rant la voix de fa Patrie à celle du fang, prit la parole: Puifque le Conful, dit-il, pour . eonferver l'ordre accoutumé de la Juffice, ex. pofe l'empire Romain à la fácheufe extrémité : de périr avec toutes fes Loix, je m'offre moi;, méme, Peres conférips ,tout particulier que je , fuis, pour être le Chef& l'Exécuteur de vos Ordres. Enfuite ayant levé la main en forme de fignal, il s’écria: Que rous ceux qui s’inzéreffent au falut de la République, me fuivent. , Ces paroles ayant raffuré les efprits des braimas Yes Citoyens, il fit fouffrir à Gracchus& à ..;; fes Complices le traitement qu’ils méritoient, & le tua de fa propre main. Cette action har;yj; die irrita vivement le Peuple,& fes Tribuns fisc] ayant cité chaque Sénateur devantleur Tripinot bunal, les interrogerent pour apprendre d'eux qui avoit commis cet affalfinat. Tous appré« bendant la fureur d'une multitude foulevée; fe défendoient dece meurtre ,& méme avoient recours à des réponfes artificieufes& détournées; il n’y eut que Scipion Nafica feul qui ofa sen déclarer ouvertement l’auteur. Le Peuple frappé de la conftance& du crédit de ce grand homme, s’appaifatour-à-coup. dir IL. La conduite de Quintus Metellus; fuzz midi, 24. Hifforia à profanis Script.: Domo;clarum imperium in re militari fuit, egregia. pro Bal- Cenfura, omnis vita plena gravitatis. Cum ab e inimicis accufatus caufam de pecuniis repetun' dis.diceret,& ipfius tabulæ circumferrentur judicibus infpiciendæ 5 nemo ex illis fuit, quin removereroculos,& fe totum averteret, ne quifquam dubitafle videretur verum an falfum eflet quod ille retulerat in tabulas. Hujus viri laudem magnitudo animi&-calamitas propagavit ad memoriam fempiternam, De civitate decedere, quàm de fententià, maluit 5 eique falus patriæ dulcior, quàm conf pe&us, fuit. Plu.in—Legemtulerat Saturninus Tribunus plebis; Mario. wt Senatus in concione juraret, fe. quidquid populus juffiflet comprobaturum, neque ullo modoimpugnaturum. Hanc legem quia Metellus cenfebat& Senatüs majeftati adverfam, & Reipublicz perniciofam, palàm dixit fe nunquam in eam juraturum;& tanti viriauctoritate motus Senatns, à foro domum difceffit. Poft paucos dies cüm Saturnius vocatos ad Roftra Patres minando compelleret ad præftandum jusjurandum; Marius fextüm Conful. juravit primus, eumque populus plaufu& lætis acclamationibus excepit. Senatores deins de omnes, fuo quifque ordine, populi me tu, jurarunt, donec ad Metellum ventum eft: qui, orantibus licét& obfecrantibus amicis ut juraret, ne graviflimas| poenas fubiret, quz erant à Saturnino propofitæ, nihilex animi fortitudine remifit, fed moribus fuis ferviens,& acerbiffima quaque potids perpeti paratus, quàm quidquam turpe sacere, difceflic à concionc tumque deducen-|: nommé AUN Hiffoires des Auteurs profanes. 2$ SUR. sommé Le Numidique, dans le commandement mà des Armées> lui fut honorable, fa cenfure repetun glorieufe,& toutes fes démarches furent fou“KM tenues par une égale fermeté jufqu'à la fin de sr, fa vie. Obligé de fe juftifier du crime de con| cuffion, dont les ennemis l’avoient chargé, & fes comptes étant entre les mains des Juges pour être difcutés, il ne s’en trouva pas un feul qui ne fe bouchât les yeux,& ne tournàt le dos, dans la crainte de laiffer entrevoir le moindre fi on fur leur exa&titude ou leur infidélité. L'infortune& la grandeur dame de cet homme inébranlable ont immortalifé fa gloire; il aima mieux abandonner la Ville que fon fentiment,& il préfera la douce. fatisfadion de fauver fa Patrie Re celle de jouir de fa préfence. Saturnin, Tribun du Peuple, avoit porté y une Loi par laquelle le Sénat étoit obligé de jurer en pleine affemblée qu’il foufcrivoit à toutes les Ordonnances du Peuple,& qu'il ne sy oppoferoit en façon quelconque. Métellus regardant cette Loi comme injurieufe à la majefté du Sénat,& préjudiciable à la Ré| publique, dit publiquement, que jamais- il né donneroit fon ferment. Le Sénat ému par la noble réfiftance d'un homme fi recomman« dable, fortit du Barreau fans rien faire, Peu ah de jours après Saturnin preflant de nouveau (les Sénateurs convoqués au même lieu de prêter leur ferment; Marius> Conful pour la y fixieme fois, intimidé par fes menaces, fe rendit le premier,& le Peuple approuva ía démarche par de grands applaudiilemens& de grands cris de joie. Tous les Senateurs enfuite, chacun à leur rang, entraînés par la crainte du Peuple, firent leur ferment> jufqu’à ce qu’on en vint au tour de Metellus, qui ne relâcha iiem de fa fermeté, malgré lI. Partie, B Ne 26 Hiftoria à profanis Script. tibus eum domui amicis dixit: Aliquid fzeLeris admittere, improbum effe: bene agere, ubi nullum periculum effet, vulgare; proprium verô viri boni, etiam cum pericuio fequi quod rectum effet. Metello aquâ& igni interdictum cft,& lata rogatio à Saturnino, ne quis eum tecto reciperet, videbatur quoque plebecula etiam ad ædem ejus parata.Quidquid virorum bonorum Romz fuit, ad illius edes confluxit, ejus vicem dolens,& operam pollicens. At ille eos fui caus feditionem in urbe movere vetuit, cüm contentione& armis fuperior poffet effe, & urbe difceffit, hzc fecum reputans:$i rerum melior flatus fiat,€ populo fana mens redeat, magná cum laude ia patriam revocabor. Si contrà nulla rebus& animis mutatio accedet, optimum erit abeffe. Honcftum Rhodi feceffum invenit, ibique litteris ac philofophiz operam dedit, donec Senatüs auctoritate populique jutfu revocatus eft in patriam, tanto dns omnium gaudio, ut dies totus non Appian- ufficerer gratularionibus illum ad portam urL1. bell. bis excipientium. Sic Q. Metellus nec triumcivil. phis, nec honoribus clarior fuit, quam aut Paterc. C s is. 1. 4.77 causá exilii, aut exilio, aut reditu. ij Tot chez la Moins acliarg : 2 fly Tatent tour : ph g&oriat p aiam, LÉ t, quia 8 qiu Hiffoires des Auteurs profanes. 27 les prieres à les vives follicitations de fis amis, qui le conjuroient de fuivre cet exemple, pour fe fouítraire aux violentes peines décernées par Saturnin contre les Oppofans à fa Loi; mais qui fe livrant à fon cariétere naturel,& difpolé à fouffrir les plus affreux fupplices, plutót que de fe deshonorer par une démarche indigne, fe retira de l'affemblée,& dit à fes amis qui le conduifoient chez lui: Qu'il falloit avoir une ame dépravée Pour commettre le mal, une ame vulgaire pour aire le bien, où l'on ne court aucun danger; mais que la vertu propre& perfonnelle à un homme de probité, c'étoit de ne fe jamais écar= ter de la juflice, méme aux dépens de fa wie. Métellus fut banni de la Ville,& Saturnin poufla le reffentiment jufqu'à propofer une Loi qui défendoit à tout Citoyen de le recevoir chez lui. La populace ne fembloit pas moins acharnée à ía perte 5 tout ce qu'il y avoità Rome d'honnétes gens vinrent en foule à foa logis, plaignant fon fort,& lui promirent toutes fortes de fervices; mais il ne voulut pas qu'ils excitaffent dans la Ville une fédition à caufe de lui|& quoiqu'il püc avoir le deffus par la voie de la force& des armes, il fortit de Rome avec ces confolantes penfées qu'il rouloit au- dedans de luimême: Si l'écat des affaires devient meilleur, & ff le Peuple recouvre fa feine raifon, je ferat rappellé dans ma Patrie avec beaucoup d'honneur. Si au contraire il ne farvient auun changement, ni dans les affaires, ni dans les efprits, mon éloignement. nea fera que plus heureux. Il trouva dans Rhodes une honnête retraite,& il s’y livra aux belles lettres& à la Philofophie, jufqu'à ce qu'ayant été rappellé dans fa Patrie par le crédit du Sénat& l'ordre du Peuple, il y fut reçu avec une Bij Cicer. 1. de leg.n. 34 Plut. in Caton. Utic, Hiffori& e profanis Script. Opprimi in bonà causà melius eft, quàmà malè cedere. 3. Cüm Tribuni plebis auctore Cæfare Confule legem Agrariam tuliffent, addidiffentque ut Senatus in cam juraret, mul@â gravi fancità jn eum qui non juraffet; juraverunt Senatores omnes non Metelli fortitudinem imitati, fed exilium metuentcs. Catonem nec muliebres lacrymæ, nec propinquorum atque amicorum verba infringere potuerant. Tandem ejus conftantiam expugnavit Cicero, inter cætera admonens: ff Cato Romá opus non haberet, at Romam Catone opus habere. Acceflit ergo ad jurandum noviffimus, fi uhum amicum cjus Tavonium excipias. Hc vi&orià elatus Cæfar aliam legem ferendam curavit. Cui cüm nemo preter Catonem obftitiffer; hunc à Roftris in vincula rapi juffit, nihil de libertate lingue remittentem, atque commonentem cives, ut talia molientibus adverfarentur. Sequebatur Catonem mocítus Sepatus,& optimus quifque é populo; tacité indignantes. Id non latebat Cæfarem: fed expe&abat dum aut ad humiles preces Cato fe fe demittere, aut ad populum provocarce qu ks fous peine( que Caton, ni les Hiffoires des Auteurs profanes.— 29 fatisfaction fi univerfelle; qu'un jour entier ne put fuffire aux félicitations dont fes Concitoyens le comblerent aux portes de la Ville. C'eft ainfi que Quintus Métellus ne fe rendit pas moins illuftre par la caufe de fon exil, par fon exil méme,& par fon rappel, que par fes conquêtes,& par les dignités auxquelles fon mérite l’éleva. Il vaut mieux f@ laiffer opprimer dans une caufe jufte& légitime, que de làcher pied mal-à-propos. II. Les Tribuns du Peuple à la follicitation du Conful Céfar, ayant propofé la Loi touchant le partage des terres, en ajoütant que le Sénat la fcelleroit de fon ferment, fous peine. d'une amende confidérable contre celui qui le refuferoit 5 tous les Sénateurs, loin d'imiter le courage héroïque de Metellus, craignant l'exil, obéirent. Il ne refta que Caton, que ni les pleurs de fa femme, ni les remontrances de fes proches& de fes amis n'avoient pû ébranler. Enfin Ciceron vint à bout de faire plier fa conftance, en lui donnant cet avis parmi plufieurs autres: Que ff Caton pouvoit fe paffer de Rome, Rome ne pouvoit fe paffer de Caton, Il savança donc le dernier pour préter ferment, fi vous exceptcz fon feul ami Favonius. Céfar enflé de cette viétoire, ne manqua pas de préfenter une autre Loi. Perfonne ne s'y étant encore oppofé que Caton, il le fit trainer dela Tribune aux Harangues en prifon, fans que pour cela il rabatit rien de fa liberté ordinaire à parler; mais continuant méme dans le chemin à s'expliquer fur cette Loi, il exhortoir fes Compatriotes à réfifter vivement cont us ceux qui trameroient de pareilles entreprifes. Le: at éploré,& les plus honnêtes gens du Peuple indignés au fond 50 Hiftoria 6 profanis Script.: Quod ubi fruítra à fe fperari animadvertit; pudore vi&us, à Tribunis unum fummifit qui Catonem dimitteret, Wale. 4. C. Pifo mirificé& conftanter Confulem 1.3.€. 8. egit, turbulento reipublicz ftatu: ut narratione infequenti patebit. M. Palicani fediriofif…imi hominis peftiferis blanditiis captus populus Romanus,fummum dedecus admittere parabat, mandando ampliffimo imperio homini ei, cujus fa&is fupplicium potids, quàm honos, debebatur:& Tribuni fatis per fe concitatz multitudinis temeritatem fuis concionibus inflammabant. In hoc miferando pariter& erubefcendo ftatu civitatis, cum Roftra confcendiffet Pifo,& interrogaretur an Palicanum renunciaturus effet Confulem, fi populi fuffragia in eo creando confenfiffent; primo refpondit: Non exiffimare fe tantis tenebris offufam effe rempublicam, ut eà indignitatis veniretur. Deinde cüm perfeveranter inftarent, ac dicerent: Âge fi ventum fuerit, quid facies? Non renuntiaso, inquit. Quo quidem tam brevi& forti refponfo Pifo Confulatum Palicano, priufquam ilum adipifceretur, eripuit. Plu.in*5. Cum Eurybiades baculum fuftuliffet in Thom jt. Themittoclem fententiæ fux adverfantem: Æercute, inquit Themiftocles, fed audi, Eam # deur-mél pot f fs pieds tes, Où€ pa lén vis, i€ pu ne T. Cii pre h fe crconftanc ques coma legge 3 pioméss niet oppro quod e ls ador neurs, dei Autre coté par leurs d ttity t qui xfülen ratios tici pat aTada, i cou NS te m inda Hiffoires des Auteurs profanes. 31 d'eux-memes, fuivoient Caton. Céfar ne l'ignoroit pas, maisil fe flattoit de voir Caton à fes pieds sabbaiffer à des prieres humiliantes, ou en appeller au Peuple. Convaincu par l'événement que fes efpérances étoient vaines, il envoya fous-main un des Tribuns y pour remettre Caton en liberté. IV. Caius Pifon fit éclater avec admiration toute la fermeré digne d'un Conful dans une circonftance la plus orageufe de la République, comme va le prouver le récit fuivant. Le Peuple Romain gagné par les careffes empoifonnées de Marcus Palican, homme turbalent& féditieux, alloit fe‘couvrir du dernier opprobre, en remettant la fouveraine autorité entre les mains d'un homme, dont les actions, loin de le conduire aux honneurs, devoient le condaire au fupplice; d'un autre côté, les Tribuns du Peuple aigritfoient ar leurs difcours l'aveugle fureur de la multitude, déja affez mutinée par elle-même. Dans cette fituation également digne de compaffion & de honte, où la Ville fe trouvoit réduite ,. Pifon monta dans la tribune aux Harangues 5 & quand on lui demanda s’il déclareroit Paican Confal, en cas que les fuffrages du Peuple‘ concouruffent à le nommer, il répondit d'abord, qu’il ne croyoit pas la République enfevelie dans des ténebres affez épaiffes, pour en venir à ce degré d'infamie. Enfuite comme on le preffoit vivement,& qu’on lui répétoit: Parlez, que fertez-vous, fi la chofe arrivoit? Non ,repartit Pifon, je ne le nommerois point. Par cette réponfe ferme& laconique, il enleva le Confulat à Palican, avant qu'il pût l'obrenir V. Euribiade ayant levé fa canne fur Thémiftocle, parce qu'il foutenoit un avis contraire au fien; frappe, lui dit-il, mais écoute, B iv :; Hifoi $2 Hifforia à profanis Script.— liac: f animi moderationem fimul& magnitudinem| miratus Eurybiades, Themiftoclem loqui, quantum vellet, juffit,& ab eo ad meliora confilia revocatus eft, CAPUT Iv. Imperare fibi, maximum imperium eft. ,Cie 1. 1. Vera& fapiens animi magnitudo in duoOfic- bus cernitur, fi& id folum, quod. honeftum ^7 fit, bonum judices,& omni animi perturbatione liber fis, Nam fortis animi magnique eft, & ea, qua plerifque eximia& preclara videntur, parva ducere ac contemnere;& ea, que videntur acerba, ita ferre, ut nihil difcedat à dignitate fapientis. Non eft autem confentancum, qui metu non frangatur, eum frangi cupiditate: nec qui invictum fe à labore prattiterit, vinci à voluptate. toutes s Y teinte 5 car Senec,— O quàm magnis homines erroribus tenentur, Ep. 113. qui jus dominandi trans maria cupiunt extendere, feliciffimofque fe judicant, fi multas armis provincias obtinent,& novas veteribus adjungunt! ignari, imperare fibi, maximum imperium efle: ficut fervire cupiditatibus; graviílima fervitus cft it. 1n dion Hifloires des Auteurs profanes.— 35 Eurybiade fürpris d'une telle modération,& admirant la grandeur d'ame de Thémiftocle, lui laiffa la liberté de parler autant qu'il voudroit;& aprés l'avoir écouté, il changea de fentiment,&{fe rendit à des confeils plus falutaires CHAPITRE IV. La plus belle maniere de commander, eff celle dde commander à foi-méme. . US I. La véritable grandeur d'ame fe reconnoît à ‘deux marques: Ea premiere, quand on n'eftime rien de bon qüe ce qui eft conforme àl'honnéreté, La fecoffde, quand on eft exempt. de toutes les pañiôns qui lui portent quelqu'atteinte; car c'eft le propre d'un cœur noble& élevé, de n'avoir que du mépris’ pour touË ce qui fait le principal objet de l'admiration de la plupart des hommes,& de fupporter tout ce qui leur paroit cruel& fàcheux, fans: rien éprouver au dedans qui bleffe la dignité d'un homme fage. Or il ne convient pas que: celui qui réfifte à la crainte, fe laiffe ébranler par l'avarice, ni que celui que le travail ne Ícauroit abattre, céde aux autraits de la volupté. m Oh! que ces mortels qui font jaloux d'étendre leur domination au-delà des Mers, qui méfurent la grandeur de leur félicité par celle des Provinces que la force des armes leur gagne,& qui ne fe laffent point d'accumuler conquêtes fur conquêtes, que ces hommes, dis-je, font le jouet de leur groflicre erreur! ils ignorent que la plus‘belle maniere de commander eft. de fe commander à foi-même, comme le plus dur& le plus ignominieux de tous les efclavages eft. d'obéiz à fes palfions. By = 34 Hifforie? profanis Script. Quefi.l Quid præcipuum in rebus humanis eft vi3."U^ tia demuiffe? Hàc nulla eft major victoria. pref. Multi funt, qui urbes, qui populos habuere in poteftate: pauciffimi, qui fe. P.Syrus Stultum eft imperáre cæteris, qui nefcit fibi. Senec.s. 2. Gentes barbaras& alieni imperii imper C7 patientes regere facilius eft, quàm animum gd fuum continere. Satis inftructi contra hoftes; fæpe contra fortunam& cupiditates inermes fant. Alexander quidem Perfas, Hircanos, Indos,& cæteras ufque ad Oceanum gentes vaftavit fugavitque: at tot regum& populorum vi&ot, iræ, triftitiz, voluptati fuccubuit: id enim ftuduerat, ut omnia potius haberet in poteftate, quàm affedus. Quem arina Perfarum non fregerant, vitia vicerunt, Vi&o ad Arbela Dario, palàm cupiditates fuas folvit,& priftinam moderationem ac continentiam in fuperbiam ac lafciviam vertit. Purpureum diadema, quale Darius habuerat, capiti circumdedit, veftemque Perficam fümpfit. Et ille quidem fe Perfarum fpolia geftare Q. Curt. A6, 6.26, dicebat; fed. cum illis. quoque corum mores. induerat,& fuperbiam habitüs animi infelentia. fequebatur.. Cicer: pro Me 3: Hanc Cæfari laudem eximiam tribuit Ci4» de Tienes t dine domin ls mouet Ts ennemis fans diet dedans,( fone& Alexandre i des Hircanie tons jolqu' q eom d'un Walls Darius ,&: vantoit, à hs, maisa & leurs c Képondoi: liL. Ci tribun n-: Hifloires des Auteurs profanes. 3g Quelle doit être la principale ambition des hommes? C'eft de corriger leurs vices. Il n'eft pas de vicdoire au monde plus importante 5 on compte une infinité de Conquérans qui ont réduit fous leur puiifance des Villes.& des peuples entiers 5 mais le nombre de ceux qui fe font vaincus eux-mêmes eft fort petirs C'eft un injufte orgueil, une folie extrême 5: De vouloir commander, efclave de foi même. IL. Il eft plus aifé de contenir des Peuples fauvages& peu accoutumés à fouftrir le joug d’une domination étrangere, que de réprimer les mouvemens de l'ame. Affez munis conte. les ennemis du dehors, fouvent nous fommes fans défenfe& fans armes contre ceux du dedans, c'eft-à-dire, contre les revers de la fortune& les affauts de nos paffions. En effet, Alexandre bartit& mit en déroute les Perfes, les Hircaniens, les Indiens,& les autres Nations jufqu'à l'Océan 5 mais ce Prince, Vainqueur de tant de Rois& de Peuples, fe laiffa vaincre par la fureur, la triftefle,& la volupté; car fa principale étude avoit été plutôt de maîtrifer tour l'Univers, que fes affe&ions déréglées:auffi les vices défirent celui que les armes des Perfes n'avoient pû ébranler. Après la défaite de Darius à Arbelles, il lâcha la brideà fes pallions,& il changea(on ancienne modération& fa continence' en orgueil& en molleffe; il-fe ceignit le front d'un Diadéme de pourpre, tel. que celui de Darius,& prit l'habillement des Perfes. Il fe vantoit, à la vérité, de porter leurs dépouilles, maisavec elles il avoit adopté leurs mœurs & leurs coutumes ,& la fierté de fon cœur répondoit au luxe de fes habits. HL. Ciceron- donne- cette- belle louange. à 36 Hifloria?profanis Scripts; cero, quód iram faam non minus fortiter viciffer, quàm hoftes vicerat. Domuifli, Cæfar b gentes immanitate barbaras, mulricudine innumerabiles, locis. infinitas, omni copiarum genere abundantes. Sed tamen ea vicifti, quz & naturam& conditionem, ut vinci poffent,}# habebant. Nulla eft enim tanta vis, tantaque d copia, quz non ferro ac viribus debilitari frangique poffit. Verüm animum vincere, iracundiam cohibere, vi&oriam temperare, fi quis fciat; non ego eum fummis viris comparo ,, fed. fimillimum Deo judico. P.Syru$«— Bis vincit, qui fe vincit in vi&oria, Iracundiam qui vincit, hoftem fuperat maximum Livius Cüm Scipio, poft partam de Syphace rege 39.6 14e viGoriam, vidiflee Maffiniffam"intempeftivo Sophonisbæ captivæ amore captum; ei abducto in fecretum dixit: Noz-zff, miki. crede, tantum ab. hoflibus. armatis etati nofira periculum, quantam ab circumfifis undique voluptatibus. Qui eas füd temperantiá franavit ac domuit, na ille multó majus decus majoremque victoriam fibi. peperit, quàm nos Syphace vido habemus. CAPUT V. Vitiorum irritamenta funt fugienda: Ld Ziviusl. x. Capua, Campania: urbs, prona femper 23. C. 4.18.^in luxuriam fuit, non modó ingeniorum vis Hifloires des Auteurs profanes—.37 Céfar, d'avoir fcu. vaincre fon reflentiment avec autant de courage que fes ennemis. Vous avez foumis, lui dit-il, des Peuples formidables par leur férocité, innombrables par leur étendue, difperfés en beaucoup de Pays différens, pourvus abondamment de tout ce qui eft néceffaire pour fe défendre; mais aprés tout, vous n'avez vaincu pour lors que ce ui étoir de nature à‘être vaincu 5 car il n'eft rien de 6 puiffant& de fi redoutable, dont le fer& la force ne puiffent enfin venir à bout: mais fe dompter foi-même, etouffer fon reffentiment, mettre un frein àla Vidoire 5 qui fgait en ufer ainfi, fe rend, je ne dis pâs comparable aux plus grands Hommes 5 mais prefque femblable aux Dieux. Un Vainqueur,qui malgré les charmes de la Gloire, Scait fe vaincre, remporte une double V i&oire, Dompter de fa fureur l'impétueux effort, De tous les Ennemis c'eft dompter le plus fort. Scipion après la défaite du Roi Syphax, voyant Maflinifa fe livrer à un amour hors de faifon pour Sophonifbe fa Prifonniere, le prit à l'écart& lui dit.:- Croyeg-moz, mous >:\ 28v. A mavons point tant à craindre pour notre âge des ennemis armés, que des paffions qui ne affiegent de toutes parts. Celui qui par fa fageffe a fjü leur mettre un frein& les dompter, Seft acquis en véi té beaucoup plus d'honneur,& a remporté une villoire plus glorieufe que celle: que nous venons de gagner far Syphax. CHAPITRE V. YI faut éviter tout ce qui fert d'aiguillon aur vices, I. Non feulement le. goût dépravé de fes Habitans, mais auffi cette foule abondante de p 38 Hifloria€ profanis Script. tio, fed edam affluenti copià voluptatum+ quas longa indulgentia forrunæ& loci amœnitas fubminiftrabant. Cum illuc iter fiexiffet Annibal, vi&is ad Cannas Romanis; ibi majorem. partem: hiemis(ub te&is habuit. exer-citum:, duratum priüs adversus mala,& nondum expertum bona. Itaque quos' nulla vis mali vicerat, perdidére nimia bona& voluptates immodicz. Somnus enim ,& vinum,& epulæ,& otium con(uetudine in dies blandius, ità enervaverunt corpora animofque, ut vires ad deinceps vincendum: ademerint;& Marcellus veré dixiffe videatur, Livius 1. Capuam Annibali Cannas fuiffc. 23:645» dense Non tantüm corpori, fed ctiam moribus» Epift, falubrem locum. eligere debemus. Inter popie si. nas habitare nolim, videre ebrios per littora errantes,& fymphoniarum cantibus perftrepentes. lacus. Id agere: debemus, ut irrita=menta vitiorum quam longiffimé profugiamus, Indurandus eft animus,& à blandimentis yoluptatum: procul. abftrahendus. Una: Annibalem hiberna folverunt:& Campania enervavit virum illam| nivibus atque Alpibus indomitum.. Armis vicit, vitiis viŒus cft. Perfequenda funt vitia fine. modo> fine fine,. Debellandæ funt in primis voluptates, quæ fæva etiam. ingenia ad fe rapuerune. Nihil delicaté, nihil molliter eft faciendum: non€molliendus animus. Itaque loca feria fanc=taque ad. habitandum. eligere. oportet, Effzpotiin dela ca s pibal gare Ville M toit endi gunt enc ifi lere «quc IL No demeure í pu a üt à atu de n mal pr le p qui fera notre o des plai Annibal kcourac do Mu is Alpes Esa Hiffoires des Auteurs profanes.| 39 plaifirs qu'une longue profpéiité,& qufla beauté naturelle du lieu préfentoient avec profufion, répandirent dans Capoue, Ville de la campante, l’efprit& l'amour du luxe. Annibal, après la Bataille de Cannes, où il défit les Romains, ayant pris fa route vers cette Ville, y fit paffer une grande partie du quartier d'hiver à(on Armée, qui pour lors étoit endurcie contre les maux, mais n'avoit point encore éprouvé la douceur des plaifirs 5 auffi l’exceffive jouiffance,& la trop grande variété des biens& des délices, furent la perte de ceux que les travaux& les épreuves les plus rudes n'avoient pu abattre 3 car le fommeil, le vin, la table,& l’oifiveté, que l'habitude fait paroitre de jour en jour plus douce& plus aimable, affoiblirent tellement leurs corps& leurs efprits, qu’ils perdirent les forces néceflaires pour tenter de nouveaux fuccès,& que Marcelius femble avoir dit avec vérité, que Capoue fut pour Annibal ce que Cannes avoit été pour les Romains. IL Nous fommes intéreffés à choiür une demeure faine,& qui non-feulement ne pui: porter aucune atteinte à notre fanté, mais encore à nos mœurs. Je ne voudrois point me loger dans des endroits od je ferois expofé a voir des hommes yvres courir indécemment ça& là,& à entendre retentir: autour de mes oreilles les chants dangereux d’une mufique luxuricufe. Nous devons éloigner le plus loin qu’il eft poffible tout ce qui fert à irriter les paífions. Il faut aguerrir notre cœur,& l'arracher aux appas féduifans des plaifirs. Un feul quartier d'hiver perdit Annibal;& le féjour de la Campanie énerva lé courage de ce Général, que les neiges& les Alpes trouverent inébranlable. Il vainquit par les armes; il far vaincu par les vices. Il Hifloria à profanis Script. anat animos amoenitas nimia: nec d dubié ad »pendum vigorem aliquid potcft regio. Severior loci difciplina firmat ingenium, aptumque magnis conatibus reddit. Q. Cun 5. Diutius Babylone, quàm ufquam, confL$.c.x,titit Alexander: nec ei]us locus difz ipling militari magis nocuit, Nihil urbis ejus moribus corruptus, nihil ad irritandas illiciendafque voluptates aptius iis Babylonii quippe maximè in vinum,& quz ebrietatem fequur ntur, effufi erant. Inter has delicias& fagitia exercitus ille domitor. Afiz per tri« ginta quatuor dies faginatus, haud dubié debilior fuiffet ad ea quz fequebantur bella, fi cum forti hofte decertaflet.… CAPUT VI. ‘Anguffi animi eft amare divitias y magné contemnere. Qiea. QD Pecunim fugienda cupiditas. Nihil enim Offic, n,€t tam auguíli animi tamque parvi, quàm $8, amare divitias. Nihil honeftius magnificentinfque, quàm yr | lecdoue ju agn Ji. A Babylon aucun€ pu que liz plopre à! lum ,a Hifloires des Auteurs profanes.| 41 faut donc leur livrer une guerre éternelle& fans réferve. Il faut principalement s'armer contre lès voluptés, qui féduifent& entrainent les caracteres les plus farouches; il ne faut rien faire avec délice, tien avec molleffe, rien enfin qui puiffe efféminer notre cœur: c'eft pourquoi il faut choiür des endroits favorables à la retraite& à la vertu, pour y fixer fa demeure. Trop d'agrémens & de douceurs amolliffent l'efprit,& la nature du Pays contribue fans doute en quelque chofe à corrompre fa vigueur: Mais dans Wn lieu où la police exa&e& l'ordre font obfervés, l'efprit s'y affermit,& devient plus capable de grands& de nobles efforts. II. Alexandre féjourna plus long-temps à Babylone que par-tout ailleurs,& jamais aucun endroit n’altéra davantage la difcipline militaire: rien n’étoic plus corrompu que les mœurs de cette Ville, rien de plus ropre à irriter& à charmer les paffions 5 car les Babyloniens étoient livrés'principalement au vin y X à toutes les fuites de Yyvireffe. Cette Armée vi&orieufe de l’Afie s’étant engraiffée pendant trente-quatre jouzs dansle fein des délices& des diffolutions, auroit fans contredit ea. moins de force pour foutenir les guerres fuivantes, fi elle eût eu à combattre contre un gnnemi redoutable. CCHAPITRE VI FA Une ame baffle aime les ric! noble les méprife ffes. une ame 1. Il faut fe défendre contre la paffion de for; car rien ne marque davantage un efprit foible& rampant. 2; ani nef pius dj ie l'honné Rien aufü neit pius digne de honncte 42 Hifloriaé profanis Script. pecuniam contemnere, Ut non haocas 3 fi habeas, ad beneficentiam liberaliratemque cons ferre. 2r ore Homines niaximé admirantur eum qui pes °°^ i batum arbicrancur. 4.Tufe,— 2. Cm eft concupita pecunia, nec adhibita æ 24. continud Ratio, quafi quzdam medicina, quz fanaret cain cupiditatem 5 permanatin venas, cunià non movetur,& illum quafi igni pros lif Tom, 2 cas del f vous a à ka Jagell Les lona yos furto pt poit & inhærer ia vifcenibus illud. malum, exifs]^ titque ægrotatio, cui nomen eít Avaritia; qua evelli inveterata non poteft. Itaque Ovid. de Principiis obfta. Seró medicina paratuz, RKemed. Cüm mala per longas convaluere moras, V. 9t.— Sallf.^ Avaritia pecuniæ ftudium habet, quam ne Caiil.c, mo fapiens concupivit. Ea femper iufinita, 1i& infadabilis eft: neque copià neque inopi minuitur. Etenim P. Sy» Avarum irritat, non fatiat, pecunia, TUS. Avarus animus nullo fatiatur lucro. ^ Tamdeeft avaro quod haBet,quàm quod non habet; Is minimo eget mortalis, qui minimum cupit. m Sall, 3: Provideas oportet, ut juventus probii. ad‘AU& induilrim., non fumpibus neque di"f, Un rien Ayant Maisun Etqui conten Voins il a de IL fu iid poi P, Es as 3 fil Hiftoires des Auteurs profanes. 43 , homme; ni plus noble, que de faire peu de mou, cas de l'argent, fi vous n'en avez point,& ain qui 1 uu gu fi vous en avez, de l'employcer en bienfaits & en largeffes. , Les hommes ne peuvent refufer leur admi( ration fur-cour à celui que l'éclar de l'argent “ netente point,& ils le regardent comme un nae al ACC adu “dr 1, Laque ) Tin ves À YE Av AVAIT] mortel d'une trempe plus épurée que les autres. II. Quand on ne fait point ufage de fa rai. fon comme d'une efpece de remede, pour guérir la paffion de lor, fon poifon fe gliffe ; dans les veines,& pénetre jufqu'aux entrail‘les; il sy attache& forme une maladie qu’on nomme Avarice, maladie qu’il n'eft plus poffible de déraciner quand elle s’y cft une fois invérérée. C’eft pourquoi, Du mal dans fa racine érouffez le progrès; Le remede tardif eft fouvent fans fuccès. L’avarice eft une attache pour l'argent qui n’a jamais fait l'objet des défirs du Sage, elle ne connoit point de bornes,& ne peut Ÿ fe raffafer 5; ni l'abondance ni la difeue ne diminuent rien de fa cupidité. Car, De l’Avare toujours avide, L’Or izrite la foifau lieu de la calmer; Le Gain de plus en plus ne fais que l’allumer, Et jamais de(o2 cœnr ne peur remplir le vuide; Plein de d:firs jufqu’au(répas, Ii manque des Biens qu'il poffede 3 Autant que de ceux qu'il n’a pas: Maisun Mortel que nul fouci n’obfede, Et qui content de peu, vit libre de tousfoins, Moins il a de defirs, moins il fent de befoins, P HI. Il faut à voir foin que la jesneffe ne Sazache point aux richefles ni aux dépenfes 5 = 44. Hiftoria à profanis Script. demferis. Senee, Ex quo pecunia in honore effe coepit, non T. Ep, 115. quæritur quale fit aliquid, fed quanti. pretii,: Hzc ipfa, quz magiftratus& judices facit, tot magiltratus, tot judices detinet, pecunia 'Ovidius Curia pauperibus claufa eft: dat cenfus honores; 3. mor. Eleg. 7. Senee, Admirationem nobis parentes auri argenti: AP'ilj que fecerunt:& teneris animis infufa cupi. ditas, alids infedit, crevitque nobifcum, Deinde totus populus in ceteris difcors, in fp hoc convenit. Hoc fufpiciunt, hoc fuis opP E tant, hoc Diis confecrant velut rerum hus manarum maximum, cüm grati videri volunt. Denique eó mores funt redadi, ut paupertas probro fit, contempta divitibus, invifa pauperibus,& loca cuncta his vede bus perfonare videantur; Hove: O cives, cives, quetenda pecunia primhm eft; SP Le"Virtes poft nummos, Propert, Aurca nunc veré funtfæcula: plurimus auto 3:51.12, Venit honos. vidis, ftudeat. Id ita eveniet, fi. pecuniæ,| qux maxima omnium pernicies eft, deous|. Vent, vi lur fans V Siecle d ftu dg 4 Fa. Hiffoires des Auteurs profanes.— 45 pps qu elle saccoutume au travail& à l’ac‘quifirion de la probité: cela ne manquera point d'arriver, fi vous lui infpirez du mépris pour largent, dont le faux éclat entraine après lui la plus confidérable de toumu, tes les pertes. . Depuis que l'argent a commencé d'étre en ihonneur, on ne sinforme pas de la qualité , d'une chofe, mais de fa valeur. C eft lui qui faitles Juges& les Magiftrats 3 c'elt lui qui tient chez la plupart d'enu'eux la vérité captive. M La porte du palais au Pauvre eft interdite»: L'argentíeul peut louvrir,& non pas le méritec Ce font nos parens qui nous infpirent d'aV bord des fentimens d'admiration pour for& » pour l'argent;& cette cupidité répandue dans : nos cœurs encore tendres, Sy eft gravée profondément,& s’eft accrue avec nous. Tous fes Peuples enfuite divifés entr'eux fur tout autre point, s'accordent en celui-ci 5 l’argent eft l'objet univerfel de leur eftime, de leur ambition,& des vœux qu'ils font pour leurs enfans; il le confacrent aux Dieux, comme ia marque la plus fignalée de leur reconnoiffance,& le plus grand des biens de la Terre. Enfin la dépravation des mœurs eft montée à un tel période, que la pauvreté eft un opprobre«, qu'elle eft expofée au mépris des riches, haie même de ceux qui l'ont en partage,& que tous les coins de l'Univers femblent retentir de ces maximes: L'Argent, vive P Argent, fans lui tout eft ftérile; La vertu fans l’Argent n’eft qu’un meuble inutile: Le Siecle d’Or chez nous eft vraiement repart» Car tout» jufquà l'honneur» cout à POr eft vendus 46 Hifforia à profanis Script. Ovidius Tempore crevitamor, qui nunc eft fummus, bad l.1.Faft, bendi:; e 195. Vix ultrà, quó jam progrediatur, habet, Creverunt& opes,& opum furiofa cupido: Et cum poffideant plurima, plura volunt, Sic quibus intumuit fuffusá ven:er ab ondá, Quó plus(unt. potz, plus fitiuntur aquæ. In pretio pretium nunc eft, Dat cenfus honores? Ceníus amicitias: pauper ubique jacet, 1 Plinius Tam rarum eft liberalitatis exemplar, ea| L 9. EP. invafit homines habendi cupido, ut poffi-| 3 deri magis à divitiis, quam cas poffidere, videantur. CAPUT, Vil Horat.l. Quod fatis eff cui contingit, nihil amplits I Epp 2. Optet. L:4,0d, I. Non poffidentem multa vocaveris 9, Reáé beacum. Re&iüs occupat Nomen beati, qui Deorum Muneribus fapienter uti, Duramque callet pauperiem pati; pejufque letho flagitium timet: Non ille pro caris amicis Aut patriá timidus perire, "Waler.l; Contemplatus Cato major Manii Curii vil4.c 3. lam, que non longé aberat à fuà, admirari sets fatis. non poterat vcl hominis ipfius contiss. nentiam, vel temporum difciplinam. Huic Curio ad focum fedenti in agrefti fcamno, fero que tels puisse (ap cds kie mai 'ux-memes i Hiffoires des Auteurs profanes.— 47 ipt,: Fam, Chaque âge a vu paroitre "^€esvouxque pour Plutus formoient quelques Morl » habet, À es à S Mais tous dans notre Siecle affi-gent fes Autels; LOUpido:? Leuramour pour ce Dieu ne pourra plus s'accroitres En vain il leur prodigue l'Or, Rien ne peut contenter leur avarice exitóme, Et dans le fein ie l’abondance même» Comblés de fes bienfairs, ils défivenc encor. Tel, brûlé de la fu: f qui toujours Je tourmente, d hydropique en büvant de plusen p:us l'augmentes Le bien feul donne cour, honneur, pouvoir, Amis L'honnétehomme indigent rampe dans le mépris, DUE aqua, cenfos hogy ut jacet, Les exemples de libéralité font devenus fi ' gares, la fureur de largent s'eft tellement emparée des hommes, qu'ils femblent plutôt être maitrifés par les richeiles, qu'en être eux-mêmes les Maîtres. VII. CHAPITRE VII. uuu Que celui à qui fa fortune füffit 5 ne defire rien de plus. 1, Vainement un Mortel au fein de l'opulence» t Semble à nos yeux jouir d’un fort délicieux. n Qui fcait ufer des Biens que le Ciel lui difpenfe; Eft en effect heureux. f gno De l'injufte fortune il méprife l'outrage, met+: i Ilredoute le crime,& non les coups du fort» cis d:: E; Pour fon Roi, fes Amis, piein d’un noble courage s perire,: 1 Ii a&ronte la Mort. Lorfque Caton l'ancizit jettoit les yeux fur Maniiluit la Mailon de Campagne d'Annius Curius, * qui n’écoit pas fort éloignée de la fienne, 1l : ne pouvoit fe laffer d'admirer, ou la modefte .& Gmplicité de ce grand homme, ou la fage dif 48 Hiftoria€ profanis Script. & ligneo catillo cenanti, cüm magnum auri pondus Samnites attuliflent; repudiati ab co funt, dixitque: Noz, aurum abere, fibi praclarum videri, fed ils, qui haberent. aurum ,imperare. Quo refponfo Curius Samnitibus oftendit, fe ut non acie vinci, fic non pecunià corrumpi poflc. Valer. Idem cüm ex Italia Pyrrhum expuliffet; 2 n: X A A:. ibid. nihil omnino ex prædà regià, quæ exercitum dors ut::"ter f urbemque ditaverat, attigit, prater gutrum Cumque Senatus civibus feptena jugeraagri ex hoftibus capti affignaffet, ipfi autem quinquaginta 5 plus accipere, quàm fingulis é Plin. L. plebe datum fuerat, noluit: parum idoneum, 18,c,3.imÓ etiam perniciofum reipublice civem eum exiftimans, cui feptem jugera non effent fatis. Valerle 2. Non ditior Curio Attilio Regulus fuit,' 4. c. 4. Cüm in Africa Carthaginis opes crebris prælis contunderet, ac prorogatum fibi ob res bene geftas imperium cognoviflet; fcripfit Confulibus, villicum agelli, quem feptem jugerum habebat, mortuum effe 5& fervum quem ille conduxerat, occafionem nactum, aufugiffe, ablato ruftico inftrumento: ideoque petere fe, ut fibi fucceffor in Africam mite teretur, ne, deferto agro, non effet unde uxor& liberi alerentur. Quz poftquam Sematus à Confulibus"accepit; res, quas Regulus amiferat, publicà impensà redimi jufüit, agellum dari colendum,& alimenta conjugi ac liberis praeberi., cipline SB ligneum, quo deinde ad facrificia ufus eft. i ciple apporté‘ Kung fie, n 5 du Ro l'Armée e tt vale de qr Scd chaque( " uie, m, i ape Pt, agnum P: Qdtatt ad; dee|i Hiffoires des Auteurs profanes. 49 cipline de ce temps-là. Les Samnites ayant apporté.à ce Curius, affis far une efcabelle, & mangeant dans une affiette de bois au coin de fon feu, une fomme confidérable 2 la refufa,& leur dit: qu'il n'effimoit point honorable d’avoir de l'or, mais. de commander à ceux qui en avoient. Curius fit voir aux Samnites, par cette réponfe, que comme il ne fe laifloit pas vaincre par les armes, il ne fe laiffoit pas non plus corrompre par l'argent. Ce méme Curius ayant chaffé Pyrrhus d'Icalie, ne voulut rien prendre des dépouilles du Roi, ni du butin dont la Ville à l'Armée entiere*s'étoient enrichies, qu'un pe= tit vafe de bois, qui lui fervit dans la fuite aux Sacrifices;& le Sénat ayant affigné à chaque Citoyen fept arpens du terrein qui venoit d’être enlevé fur l'ennemi,& à lui cinquante, il refufa de prendre plus quil n'avoit été accordé à chaque Particulier, regardant non-feulement. comme un Citoyen inutile, mais encore dangereux, celui à qui fept arpens ne fufüfoient pas. IL. Attilius Regulus ne fut pas plus riche que Curius. Après avoir affoibli la puiffance de Carthage par de fréquens combais, apprenant qu’on lui avoit lailé le commandement à caufe de fes fuccès, il écrivit aux Confuls que le Fermier de fa petite Métairie de fept arpens étoit mort,& que l'Efdave qu’il avoit loué ayant trouvé l'occafion; s'étoit échappé,& avoit emporté avec lui tous les outils& les meubles qui fervoient à la faire valoir;& qu'en ce cas, il demandoit qu'on lui envoyât un fucceffeur en Afrique, de crainte qu’en abandonnant fon champ, il ne fût plus en état de procurer la fubfitance à fa femme& à fes enfans. Les Confuls ayant fait le rapport de cette Lettre au Sénat, on racheta 4L, Partie, C ço— Hifloris* profanis Script. ‘Aul. 3. Legat à Samnitibus ad C. Fabricium Gel. Lx, Imperatorem Romanorum venerunt:& comfM memoratis qua ille benevolé in Samnites, poft redditam illis pacem, fecerat 5 dono ei obtnlerunt cdm fervos multos, tum grandem pecuniam, atque erarunt ut"acciperet utereSri turque. Id vero fe facere dixerunt, quód Proy.é.3 viderent multa ei ad fplendorem. domüs e Valer.l. vicis deeffe: neque. pro magnitudine ejus ac 4C A. dignitate lautum| illi apparatum effe. Cenabat quippe ad focum illas ipfas radices& herbas, quas in agro repurgando triumphalis fenex vulferat: totaque ejus fupellex argentea falino conftabat,& patellà ad ufum facrorum, quz tamen ipía corneo pediculo fuftinebatur. Tum Fabricium ferunt refponValer.l, dille: Quandiu cupiditatibus obfiffere atque 463. imperare poffet, nunquam fibi quidquam defüturum 5 propterea fe pecuniam, quà nihil fibi opus effet, non accipere ab iis, quibus fciret £am ufui effe. Exat certè Fabricius continentix fuz beneficio fine pecunia prædives: quia locupletem illum faciebat non multarum rerum poffeffio, fed paucarum defiderium. Ergo domus ejus, quemadmodum auro& mancipiis Samnitum vacua fuit, ita glorià ex his contemptis partà referta fuiffe dici poteft. Horat. l Vivitur patvo bene, cui paternum 2,0d:16, Splendet in menfa tenui falinumg oi II| Fabaicus gar ra comblès li ftri arc un &x pol joute isi al li manga ditt de| ménoit d : i ri patens feu les attaché toure la fiere,| des Sacri un pid réponfe: e nf Yu d ç liri, ly ag ple: us à tn Wuva vo ts, elle{ Ayit à; Heureu Du lux pt amit, pternom [aiouny don dà Hiffoires des Auteurs profanes. qx aux frais publics tout ce qu'il avoit perdu, on afferma fon Champ,& on nourrit fa femme& fes enfans. II. Des Députés vinrent trouver Caius Fabricius de la part des Samnites,& lui ayant rappellé les fervices dont il les avoit comblés après leur avoir rendu la paix, ils lui offrirent en préfent plufieurs Efclaves, avec une fomme confidérable en le priant de ne point les refufer,& d'en faire ufage 5 ils ajouterent que ce qui les avoit engagés à en ufer ainfi, c'eff qu'ils s'étoient apperçus qu'il lui manquoit bien des ckofes pour la magnificence de fa Maifon& de fa table,& qu'il menoit un train peu convenable à fon mérite € fa dignité; car ce Vieillard. illuftré par plufieurs Victoires, mangeoit au coin de fon feu les racines& les herbes qu'il avoit arrachées& cucillies dans fon champ,& toure fa vaiffelle d'argent confiftoit dans une faliere,& dans un vafe confacré à l'ufage . des Sacrifices, qui méme étoit foutenu fur un. pied de corne. Alors Fabricius leur fit réponfe: Que rant qu’il pourroit tenir tête $ réfifter à fes paffions, jamais rien ne lui manqueroit; qu'en. conféquence il ne rétevoit point un argent qui lui étoit inutile, de la main de ceux quil ffavoit en avoir befoin. Fabricius, grace à fa moderation, étoit riche fans argent: car il ne faifoit pas confitter l'opulence à pofféder beaucoup de chofes, mais à en défirer peu. C'eft pou:quoi l'on peut dire avec vérité, que fi fa Maifon fe trouva vuide de l'or& des Efclaves Samnites, elle fe trouva remplie de la gloire qu'il acquit à méprifer ces offres. Heureux qui, falisfait du foyer de fes Peres, Du luxe de Plutus ignore tousles maux 5 Cij 42 Hifroria profanis Script: Nec leves fomnos timor aut cupido Sordidus aufert. Qui domum intraverit, nos potiis mire? 1 a tur, quàm fupellectilem noftram. Magnus jo ille eft, qui fictilibus fic utitur, quemadmo-|; dum argento: nec ille. minor eft, qui fic arento utitur, quemadmodum fidilibus. In» firmi enim animi eft pati non poffe divitias. Senec.7.| 4. Cüm Caius Cæfar, cui cognomen Cas ben©[igula, Demetrio philofopho ducenta feftertia - 1% donaret; ridens hic rejecit, ne dignam qui- Jegtex dem fummam judicans, quà non acceptà Jum! gloriari poffet: miratufque Caii dementiam, is, quod fe purailet hàc pecunià poffe mutari: jure Si tentare, inquit, me confrituerat, toto li jy, fai experiendus imperio. fon Aya Ces cxez 'Cieer.2. Sunt quidem exempla hec præclara: fed jlmor d. Offic. n. mores noftri corrupti depravatique funt amore. does P 71. divitiarum: quarum magnitudo illum fortaffe lu p adjuvat, qui habet; quanquam ne id quidem ah femper: fed fac juvare 5 an propterca honeftior eft?: Cicer.i. Dele&ant multos magnifici apparatus, vie Ofiens tæque cultus cum clegantià& copià: quibus|; 25. A:: rebus effe&um eft, ut infinita pecuniæ cuprditas effet, CAPUT VIII Optimus quifque Gracorum pauperrimus, Lx lus Ælian. i, Viri inter Grecos przftantiffmi, pet T 1.2.c.43...::: [1545 vitam omnem in fumma paupertate verfati Hiffoires des Auteurs profanes.$3 Jamais les noirs foucis, ni les folles chimeres Ne troublent fon repos. ; Quiconque entre dans ma maifon, doit plutôt en admirer le Maître que les meubles. C'eft avoir le cœur noble de fe fervir de vaiffelle de terre, comme fi elle étoit d'argent 5 & celui qui fe ferc de vaifelle d'argent, comme fi elle étoit de terre, ne l'a pas moins noble; car il n'appartient quà une ame baffe de ne pouvoir fouffrir les richeffes. IV. Caius Céfar, furnommé Caligula, ayant offert au Philofophe Démétrius deux cens fefterces, il les rejetta en riant, ne jugeant pas ce préfent aflez confidérable pour tirer vanité même de fon refus;& étonné de la folie de Caius, qui s'étoit imaginé pouvoir le gagner par cette fomme 5 S'i/ vouloit, ajouta-t-il, méprouver, d devoit nem offrir pas moins quetout fon Royaume, Ces exemples font fans doute frappans; mais l'amour des richeffes a corrompu& gâté nos mœurs: Peut-être que leur grand éclat eft un avantage pour ceux qui les poffedent, quoique ce n'en foit pas toujours un: fuppofonsle pour un inftant; mais en font-ils pour cela plus honnêtes gens?‘ç Beaucoup aiment la magnificence, les grands équipages, les beaux meubles, l'abondance& la délicateífe de la table;& c'eft ce qui fait que la palfion de l'argent ne{fouffre point de bornes. CHAPITRE VIII Le plus vertueux Citoyen chez les Grecs m pa étoit le plus pauvre. fa Grece vécurent dans une extrême pauC iij ITEM I. Les perfonnages les plus diftingués de Ÿ 13. A 5:6 Nep. Epam. € 4 44 Hiforia à profanis Script. funt, nec eorum virtus pecunià potuit expus gnari. Ephialtes Sophonidæ filius pauperrimus fuir Cum vero amici ducenta talenta ci dono darent, ipfe non accepit, dixitque: Hac non accipio, propter qu&, f£ gratus videri velim, cogar fortaffe aliquid prater jus concedere: fà verd nihil gratificer, habear ingra€ tus. Adco autem eum inopiæ non puduit, ut, homine nefcio quo eam illi exprobrante, refponderit? Cur non etiam alterum exprobras, quód juffitiam colam? $412 2. Epaminondas, dux clariffimus Thebanorum, unam folim habebat veftem. Itaque, quoties eam mittebat ad fullonem, ipfe i interea cogebatur fe continere domi, quód veftis altera deeffet, In hoc flatu rerum, cum ci Perfarum rex magnam aur copiam mififfa, noluit accipere. Si re&té judico, celfiore animo fuit is qui aurum recufavit, quàm qui obtulit, Cor.^ Diomedon Cizicenus rogatu Artaxerxis in Epaminondam pecunià corrumpendum fufceperat. Venit ergo"Thebas cum magno auri H qt, ler ai C fli Ss am qas tal aqu pa hi pourqua tes les| Jun état préfente me voul Jugement for, me dame qu pendere,& per Micythum adolefcentulum|‘ Epaminondæ cariffimum, quem quinque ta» lentis corruperat, pred adventüs fui oftendit. At ille Diomedonti: NZ/, inquit, opus pecuniá efl. Nam fi ea rex vult, qua Thebanis fint utilia, gratis facere füm paratus; fin autem contraria, non habet auri neque ar« gemi fatis, Namque orbis terrarum divitias accipere nolim pro abjicienda patrie caritate, Te, qui me incognitum tentafti, tuique fi fimiLem exiffimafii, non miror: tibique ignofco» Sed egredere proper?, ne alios corrumpas, ci n. Ott ex pauperi, SOA din i Jus ox Radéar ug. , Glfiore ati Yan qui did Hifloires des Auteurs profanes.$$ vreté,& l'éclat de l'or ne put jamais ébranler ni corrompre leur vertu. Ephialte fils de Sophonide fut très-pauvres Ses amis lui ayant offert en pur don deux cens talens, il les refufa,& leur dit: Je ne. reçois pas des préfens qui me forceroient, fs je voulois vous en montrer ma reconnoi[[ance, à vous accorder quelque chofe contre la Juflice, ou qui me ferotent paffér pour un ingrat, ff je ne vous en témoignois aucune gratitude. Md rougit fi peu de fon indigence, qu'un certain inconnu lui en faifant reproche, il repartit z Que ne m'en faites-vous encore un autre, de ce que j'obferve la Juflice? IL. Epaminondas, le plus illuftre Capitaine des Thébains, n'avoit qu'un feul habit; c'eft pourquoi il étoit forcé de refter chez lui toutes les fois qu'il l'envoyoit au foulon. Darts un état fi refferré, le Roi de Perfe lui fit préfenter une groife fomme d'argent, quil ne voulut pas recevoir. Je ne fçai fi mon Jugement eft équitable; mais celui qui refufa lor, me paroi avoir eu plus de grandeur d'ame que celui qui l’offrit. . Diomedon de Cizicéne s'étoit chargé, à la priere d'Artaxerxés, de corrompre Epaminondas par argent; il vint donc à Thébes avec des fommes confidérables,& il lai fit déclarer le motif de fon voyage par Micythe, jeune: homme chéri d'Epaminondas,& qu'il avoit fuborné avec cinq talens: mais il répondit à Diomedon: Qu'ai-je befoin d'argent? Si votre Prince défire de mo: des chofes utiles aux Thébains, je fuis prêt à le faire gratuitement; s'il en exige au contraire qui leur foient défavantageufes, il m'a pour cela ni affez d'or ni affez d'argent; car toutes les richeffes de PUnivers font incapables de me faire oublier l'amour que je dois à ma Patrie, Pour vous, Diomedon, Civ S «6— Hiftoria à profanis Script.: me non pozueris. Tu Micythe, argentum. huic redde. Quàd nifi confeftim facis, ego te tradam Magiftratui. @ 3: Paupertatem veró adeo facilè perpeflus eft Epaminondas, ut de republicà nihil prater gloriam ceperit;& amicorum facultatibus, non ad fuam, fed ad aliorum paupertatem fublevandam, ufus fit. Nam cüm aut civium fuorum aliquis ab hoftibus effet captus, aut viri probi virgo nubilis propter paupertatem collocari non poffet; amicorum confilium habebat, ab iifque poftulabat, atque impetrabat, ut pro fuis quifque facultatibus conferret ad conficiendam pecuniæ fummam, quà opus effet. fomme à IL. Q vent à la Co,— 3. Etfi fepe exercitibus præfait, fummofque Nep. in Magiftratus geflit Phocion Athenienfis, fait Phoc, p. y, Lmen perpetuo pauper 5 nec ditior fieri voluit, cum facile poffet, Attulerant ei legati Philippi Macedonum regis magnam pecuniz vim.Quam quia magno animo repudiabat, eum admonuerunt, ut, fi ipfe pecunià facilé careret, liberis tamen fuis profpiceret, quibus difficile futurum effet in fumma paupertate paternam gloriam tueri. His ille: Sz me? fimiles, inquit, erunt filii, idem hic agellus eos alet, qui me ad hanc dignitatem perduxit: Sin diffimiles Junt futuri, nolo meis impenfrs illorum ali aw gerique luxuriam Vis point ttr JA gentum bs Ms »: 1 paupe 1m aut eve & caps, T pagperat conflium E WW Wn AUS(ont ni YI eum adm careret ET paternam: llores Hifloires des Auteurs profanes.—$7 qui m'avez tenté fans me connoître,& qui m'avez cru femblable à vous, je n'en fuis point fürpris,€ je vous le pardogne; mais fortez promptement de cette Ville, de crainte que mayant ph me féduire, vous m'en féduifiez d'autres. Vous, Micythe, rendez l'argent que vous avez reçû; fe vous mobezffey promptemenz, je vous livre au bras féculier, Epaminondas fupporta l'indigence avec tant de facilité, que dans le maniement de la République, il n’en retira rien que la gloire, & qu'il n’ufa des biens de fes amis que pour foulager la mifere des autres,& non la fienne. En effet, lorfque quelqu'un de fes compatriotes tomboit entre les mains de fes ennemis, ou qu'une fille d'hoanéte extra&ion, en âge d'être mariée, ne pouvoir l'être à caufe: de fa pauvreté;, il tenoit confeil avec fes amis, les engagecoit& obtenoit d’eux de contribuer chacun felon leurs facultés, pour fournir la fomme dont il étoit befoin. IIl. Quoique Phocion l'Athénien füt fouvent à là tête des Armées,& qu'il poffédát les plus hauts emplois de la République, if fut cependant toujours pauvre,& ne voulut pas devenir plus riche, quoiqu'il le püt facilement. Des Députés de Philippe, Roi de Macedoine, lui avoient apporté Une groffe fomme d'argent. Sur fon refus généreux, ils fexhorterent à l’accepter, finon pour. luimême, du moins pour fes enfans, qu’une fi grande pauvreté mettroit hors d'état de foutenir la gloire de fon nom: Si mes enfans me reffemblent, leur repliqua-til, ce petit fonds de terre, dont j'ai vécu jufqu’ièi,& qui m'a conduit à cette gloire dont vous parlez, leur fuffra auff. pour les nourrir; finon, je ne pré= tens point, par les biens que je leur laifferois» entretenir G augmenter leur re x Plut. in Phocione lian. 41. 0. 2$. l.11. É 9 $8 Hifroria ë profanis Script.— Eidem Phocioni Alexander Philippi filius centum talenta dono mifit. Oblati muneris magnitudine nihil motus Phocion, eos qui pecuniam attulerant percontatus eft, cur fibi uni inter tot Athenienfes dona mitteret Alexander? Quibus refpondentibus, eum unum Alexandro videri virum, honeftum& bonum. Ergo finat, inquit ille, me zalem& haberi& effe. Inftiterunt tamen legati, ut allatum auri pondus acciperet, maximé ubi domum ejus ingreffi, vilem ubique fupelle&ilem,& uxorem ejus pinfentem viderunt; ipfeque, hauftà in corum confpe&u aquâ é puteo, pedes lavit. At ille non mutatà fententià:$7 eam, inquit, quam offertis obtruditifque mihi pecuniam accepero, neque eá utar> fruftra tantus thefaurus in manus meas venerit: Si verd utar, & mihi& Alexandro malam apud Athenienfes famam comparabo. Sic in Afiam ad Alexandrum reportata fuit illa pecunia:& ditior eft vifus qui eà æquo animo carere potuit, quàm. qui obculit. Munera fua fuiffe à Phocione repudiata moleftè ferens Alexander, féripfit ad eum:| Non habere fe pro amicis eos, qui nihil à fe vellent accipere. Eamdem pecuniam denuó offerri juffit,& quatuor Afiæ urbes nominari, quarum unam pro arbitrio eligeret, cujus reditibus frueretur. Phocion ne fic quidem quicquam accepit. Ne tamen plané Alexandrum. contemnere videretur, hoc regiæ majeftati dedit, ut liberos dimitti rogaret viros quatuor p, Ales "s khg qid qui kprele jonas Joué, du qu Mais. qua avec t dan, | 8 pod Mur pur T| pua & edi um,! Tfi Ax joi f écrivit | fes am de lu, & lui d l'A li pla Ás tey Mais fs lippi£s n mus 2, 0c 8t, curé Qum jui 1 n,&u , Qu i cuniam& Hiffoires des Auteurs profanes. eg Alexandre> fils de Philippe, envoya cent 'ralens à ce méme Phocion, qui peu touché dela grandeur du préfent, s'informa de ceux ui étoient chargés de certe Commiflion: Pour, quelle raifon& dans quelle vue Alexandre le choififfoit feul parmi un fi grand nombre d'Athéniens, pour lui faire des préfens? C'ef, lui répondirent- ils, qu’ Alexandre vous juge Jeul homme de bien G vertueux. Qu'il me laiffe donc, répartit-il, paffer pour zel,& l'être en effet. Cependant les Députés étant entrés chez lui,& ayant vu de toutes parts des meubles de vil prix,& fa femme pilant au mortier, le preflerent encore d'avantage de recevoir la fomme qu'ils avoient apportée; d'un autre côté ,-Phocion lui-même ayant tiré de l'eau. du puits en leur préfence, fe lava les pieds:. Mais, perfévérant dans fon refus, il repliqua: Sz j’acceptois la fomme que vous m'ojjrez avec tant d'inflances, G que je m'en fiffe point ufage ,.un fi grand tréfor fe trouveroit inutile G perdu dans mes mains. Si au contraire je m'en fervois y. ce feroit me donner@ à votre Matre Alexandre, une mauvaife réputation parmi les Athéniens. Ainfi, l'argent fut remporté en Áfie, pour être remis à Alexandre; & celui qui fçut s'en priver avec tant de courage, fut eftimé plus riche que celui. qui l'offrit. Alexandre, mortifié de ce que Phocion avoit fait fi peu de cas de fes préfens, lui écrivit: qu’il ne comptoit point au nombre de fes amis les gens qui ne vouloïent-rien recevoir de lui, Il revint une feconde fois à la charge, & lui fit préfenter les noms de quatre. Villes: de l'Afie, en lui laiffant le choix de celle qui: lui plairoit davantage, avec la jouiffance de: fes revenus. Phocion refufa toutes. ces offres 5; mais.afin de: ne. point affecter. du. ms pous vi 'Cieer. 37: Tufc. n. $9. Diog. Laërt. in Socrat. Cicer. 3. so. ee 6o Hifforia profanis Script. qui in arce Sardium vinéti tenebantur: quod extemplo praftitit Alexander.* Antipater dicebat duos fe Athenis habere amicos, Phocionem& Demadem: quorum alteri perfuadere non poffet, ut quicquam accipezct 5 alterum, multa dando, explere nequiret, CAPUT IX. Parvo. contentus fapiens, paupertatem non timet, 1. Quàm parvo contentus eft fapiens! quàm parum. paupertatem timet! Etenim qua res pecuniz cupiditatem afferant, gula, ambitio, libido, cüm procul ab iis omnibus rebus abfit 5. cur pecuniam magnopere defideret, vd potius, curet omnino? Ducebat certè pro nihilo. pecuniam Anacharfis Scythes, cujus extat epiftola, his verbis: Anacharfss Hannoni Jfalutem.. Mihi amidius eff, ut Scythis, fera pellis: calceamentum, pedum callum 9 cubile ,, terra: obfonium, fames: latte, cafeo., carne vefcor. Quare ut: ad quietum me licet venias. Munera autem fla tua, vel civibus tuis., vel. Düs immortalibus. dona.. Socrates, qui. eum Diis proximum dicebat; cui quàm pauciffima fatis effent, cüm aliquando in pompa magnam vim auri atque argenti Tafc, n, ferri videret: Quàm multa qua non defidero! inquit. l, Ta Maid dre lali enfermés di ar d Anipa deux ami dont il ni voir, n C nt pause ce qui ; pérance, quoi fed. Toit-il le Avoir pour mona toncaeen Y les avosco Soctate dioit da Ë content jour la qi Knit da toute(on; Ume tente p RDIUE à qui ms hie + qur SIS X, Daurertaten piens enim e ri atque ag Le non dum Hiffoires des Auteurs profanes.— 61 Ia Majeíté Royale, il pria Alexandre de rendre la liberté à quatre Prifonniers qui étoient enfermés dans la Citadelle de Sardes;il l'obtint fur le champ, Antipater difoit ordinairement qu'il avoit deux amis x Athenes, Phocion& Démades, dont il ne pouvoit engager l'un à rien recevoir, ni raffafier l'autre à force de pré(ens. CHAPITRE IX. Un homme fage qui fe contente:de peu» ne redoute point la pauyreté. I. Qu'un Sage mortel, s'écrie Ciceron, fcait fe contenter d'une médiocre fortune! que la pauvreté l'effraie peu! car étant éloigné de tour ce qui forme la paífion de l'argent, del'intempérance, del'ambition, de la débauche, pourquoi le défireroit-il? ou plutôt pourquoi en feroit-il le moindre cas? Le Scythe Anacharfis avoit pour ce métal un fouverain mépris, comme on n'en peut douter par une de fes lettres conçucen ces termes: Znzachkarfrs falue Hannon. j'ai pour habillement, à la maniere des Scythes, une peau de bête; pour chauffure le calusde mes pieds; pour lit la terre nue; pour tout affaifonnement des mets a faim; je me nourris de lait, de fromage& de viande. Vous pouvez donc venir chez moi ,comme chez un hommetranquille&content de fon fort. l'égard de vos préfens donnezles à vos compatriotes ou aux Dieux-immortels. Socrate, qui difoit qu’un homme approchoit d'autant plus près de la Divinité, qu’il fe contentoit de moins de chofes, voyant un jour la quantité infinie d’or& d'argent qu'on portoit dans de certaines cérémonies, borna toute fon admiration à dire: Que de chofes qui ueme tentent point! = 62 Hifroria? profanis Script. 2. Xenocrates, cum legati ab Alexandro quinquaginta ei talenta atculiffent, qua erat pecunia temporibus illis, Athenis præfertim, maxima, abduxit legatos ad cenam in Academiam, iifque appofuit tantüm quod(atis effet, nullo apparatu. Cum poftridiè rogarent cum, cui numerari pecuniam juberet? Quid! vos heflerná ,inquit, cenulá non intellexiflis, me pecuntá non egere? Quo refponfo fa&os illos triftiores ut vidit-, triginta minas accepit; ne afpernari regis liberalitatem videretur. Aid. 3. Diogenes Alexandro roganti, ut diceret, fi quid fibi opus effet, liberè, ut Cynicus, refpondit: Nunc quidem paulum à fole abfis. O£fecerat videlicet apricanti. His audits Alexan-drum dixiffe ferunt:- Nzf£ Alexander effem,. Senec. Libenter effem Diogenes. Multo potentior muls. benef. tóque locupletior tunc erat Diogenes omnia: $4: 9 6: polfidente Alexandro. Etenim aliquid majus. erat, illum nolle accipere quod offerretur ,. quàm hunc poffe dare. Et qui gloriari folebat à nullo fe beneficiis vi&um, eo die victus eft, quo vidit aliquem, cui nec dare quicquam. poffet, nec eripere. Cicer.— Diogenes quidem predicare folebat, quantó: s. Tufc. t $ pfum Regem Perfarum felicitate fuperaret 5. Sibi nihil deeffe, illi nihil fatis unquam feres fe ejus voluptates non defiderare, quibus. nunquam fatiarz ille poffet: fuas eum confequi nullo Ibid. n, Modo poffe. Hzc veré Diogenes: Nam Xerxes: 20, rcfertus omnibus præmiis bonifque.fortunz ,. ROn peditatu, non equeftribus copiis. ,. nop: Dépués d ii i vou Cynique: silnavo figu qu'y étar ge. On ra SL je néto ] gue Ce mox plus Ce; car c à Diogene quon liic lu offrir ordinairem bienfaits y Heu à un dme,© ; Diogen " Un dura. font 1ncay T s piter des Ce lang su Rowe E di Hifloires des Auteurs profanes. 63 ? II. Des Ambafladeurs d'Alexandre vinrent offrir defa partà Xenocrate cinquante talens, fomme alors. trés-confidérable, fur-tout à Athenes. Xenocrate les emmena fouper chez. lui,& ne leur fervit qu’autant qu'il en falloit, fimplement& fans appareil. Le lendemain les Députés lui demanderent entre les mains de qui il vouloit qu'ils remiffent l'argent? Quo:! leur dit-il, mon petit fein d'hier ne vous a pas fait comprendre que je n'ai pas befoin d'argent? S'étant apperçu que fa réponfe les attriftoit, il accepta trente mines, pour ne point paroitre méprifer la générofité du Roi par un refus dédaigneux. IIL Diogene répondit avec la fierté d'un Cynique à Alexandre qu'il le prioit de lui dire s'il n'avoit pas befoin de quelque chofe: Oui, c eff que tu t'ótes un peu de mon Soieil; parce qu’y étant alors couché, il lui portoit ombrage. On rapporte qu'Alexandre dir à ces mots: Si je n’étois Alexandre» je voudrois être Diogene. Ce Philofophe en cet état étoit infiniment plus riche& plus puiffant que ce Prince 3 car c’étoit quelque chofe de plus grand à Diogene de ne vouloir point accepter ce qu’on lui offroit, qu’à Alexandre de pouvoir le lai offrir. Ec ce Monarque, qui fe glorifioit ordinairement d’être invincible du côté des bienfaits, dut en ce jour fe reconnoître inférieur à un homme à qui il ne pouvoit ni rien donner, ni rien ôter. Diogene vantoit fouvent la fupériorité de - fon bonheur fur celui du Roi des Perfes: Je n'ai befoin de rien, difoit-il; pour lui, jamais — iln’aura affeg: je n envie point fes plaifirs, qui font incapables de le fatisfaire; il ne peut, lui y. goûter les miens, quelque moyen qu'il emploie.: quifque fort Ce langage étoit véritable 5 car Xerxés regorbus copis, geant des biens& des faveurs de la fortune 9. » queer is prelertin, xmi Acak 64 Hiftoria é profanis Script. navium multitudine, non infinito pondere auri contentus, przmium propofuit ei qui inveniffet novam voluptatem. Quà invent ipfe non fuit contentus. Neque enim unquam finem invenit libido. CAPUT X. Divitis atque otium peffes virtutis. Jufi- 1. Ut Lacedæmoniis nihil(upereffe: quod nus» L3. o ferm xcer audi ACLSTEES €. 2. magnopere quzrerent> Præter 1au em virtutis 5 Plutar, auti argentique ufum, velut omnium fcelerunr in Ly- materiam, fuftulit Lycurgus. Hocque adeo feveré ab illo interdi&um fcribunt, ut inqui: reretur de auri poffeflione, tanquam de gravi fcelere:& qui hac in re contra leges peccaffe deprehenfus effet, morte poenas daret. Solo ferreo nummo uti permifit, qui ita gravis pondere,& mole amplus erat, ut ad transferendum non ita magnum ejufmodi nummorum numerum plaultro opus effet. Emi autem pleraque non pecunià, fed mutatione mercium juffit. Fandos equaliter inter omnes divifit; ut æquata patrimonia neminem altero potens tiorem redderent. "Eliam. Cüm Lacedæmoniis folitum effet non folüm Ll. 14. c. in acie adverfüs hoftem, fed etiam domi ad4s versis divitias, invictum animum gerere 5 Lacedæmonius adolefcens, qui viliffimo pretio: fundum emerat, in judicium vocatus cft apud p, & nta tude 1000) uélors in & popdf eneroit| [Ang er toute le de la gli boli iul finftrame ajoute qu: féveres, 9 scculé day convaincu conque étoi Gi Loi,€ yir de fe quil& d'u "ipta pondere any Lou inven tà iple mn Lan neris Hiffoires des Auteurs profanes. 65 & n’étant point encore content de la multitude innombrable de fes Armées, ni de fes tréfors immen(es remplis d’or& d'argent, fit propofer une récompenfe à celui qui inventeroit un nouveau genre de plaifirs. On l’inventa, fans qu'il en füt plus fatisfait; car la cupidité ne connoît point de bornes, CHAPITRE X. Les RichefÉs& l'Oifiveté font les peftes de la Vertu. I. Afin que les Lacédémoniens puffent tourner toute leur ambition& leurs défirs du côté de la gloire attachée à la vertu, Lycurgue abolit l'ufage de l'or& de l'argent, comme linftrument de tous les défordres. L'hiftoire ajoute qu'il en fit la défenfe fous des peines fi féveres, qu’on informoit contre un Citoyen accufé d'avoir de l'argent, comme s’il eût été convaincu d'un crime capital;& que quiconque étoit furpris en prévarication contre cette Loi, expioit fa faute par la mort. Il ne ermit de fe fervir que de monnoie de fer, quil fit d'un fi grand poids& d'une telle épaifeur, quil falloit une charrette pour en tranfporter une affez modique quantité. Il ordonna qu'une infinité de chofes ne s'acheteroient point à prix d'argent, mais par échange. 1l fit partager également les terres entre tous les Citoyens, afin que les patrimoines étant égaux, l'un ne für pas plus puiffant que l’autre. Comme il étoit ordinaire aux Lacedémoniens de montrer un courage inflexible non-feulement au combat contre l'ennemi, mais encore chez eux contre l'amour des‘richefles 5 un jeune Spartiate fus cité devant les Magiftrats 66- Hifforia profanis Script. Magiftratus& damnatus. Mali quippe exeme pli vifum eft, juvenem lucri ftudio teneri, Ibid, ce 2: Alter Lacedæmonius nomine Timandridas; peregré abiens, domüs fuz ac rei familiariscuram filio reliquit. Reverfus poftea, ab co rem fuam multó ampliorem fa&am cüm comperiffet, dixit: Magnam ab illo Dis, propinquis, amicis, hofpitibus ac pauperibus fadam effe injuriam: que enim in facultatibus, prater neceffaria ad yitam, abundarent, ea in illos effe eroganda. Elian 2. Tamdiu glorià& potentià floruit Lace4 e dxmoniorum refpublica» quamdiu apud eam Pluc.in Paupertatis amor viguit. Invidam per quinLycurgo gentos annos præftiterat fevera Lycurgi difci€ Sylla. plina; intra annos haud multos divitiæ peffuns dedere. Primus Lyfander iis, quibus carebat ipfe, vitiis patriam infecit 3& pecuniz abftinens, cjus cupiditatem injecit civibus. Quidquid auri& argenti ex præda hoftili redegerat, non fibi vindicavit ,- fed Lacedæmonim deferendum curavit, qua antea ferreis tantum nummis utebatur. Tum veró exortum eft inter privatos ftudium habendi,& fic interiit put tina eorum virtus: fuoque ipfi damno intellexere, quàm verum effet quod olim Lycurgo interroganti Dythia refponderat: Auro@ argento inacceffam effe Spartam. oporzere. Salluff. 3. Quomodoprifcorum quoque Komanorunt Cat, c»vittus labefacta fuerit, narrant his verbis Sal« Pod. dafüus& Paterculus.» Ubi labore atque jufticul, Lx, 9 tà refpublica crevit, reges magni bello doe 6. mii, populi ingentes vi fuba&i,& CarD, & condi tete à to qnorenpl dif mai Un autré is, parta (ouvernem foils. De fin éconont uy, iid 1 ui alex ptr atra I. gi Slique Lac l'amour de) terc difcip ébranlable fes[a enm. k premier Yaoi pas lait qielabydie autrefois| AOncrent i Bh Nippe eu lio teneri Hiffoires des Auteurs profanes. 67 & condamné pour avoir acheté un fonds de terre a trop vil prix; car on regarda comme un exemple dangereux qu’un jeune homme fc laiffàt maîtrifer par un fordide intérêt. Un autre Lacédémonien nommé Timandrides, partant pour un voyage> abandonna le Gouvernement de fa Maifon& de fes biens à fon fils. De retour, ayant reconnu que par fon économie il avoit augmenté fon héritage, il lui dit: Qu'il avoit commis une gran de injuflice contre les Dieux, fes proches, fes amis, fes hôtes,© les pauvres ,puifau il devoit, à l'exception des befoins de la vie, partager entr'eux tout ce qui reffoit de fuperfiu. II. La gloire& la puiffance dela République Lacédémonienne feurirent tant que l'amour dela pauvreté y fut en vigueur. L’auftere difcipline de Lycurgue l’avoit rendu inébranlable pendant cinq cens ans; les richeffes la renverferent en peu de temps. Lyfandre le premier infe&a fa Patrie des vices qu’il n'avoit pas,& quoiqu'il s’abftint d'argent, il en infpira l'amour à fes Citoyens. Loin de s'attribuer la poffeffion de tout Por& l’argent qu'il avoit pris fur l'ennemi, il eut foin de le faire porter à Lacédémone, où l’on ne fe fervoit que de monnoie de fer. Cette abondance fit naître parmi les Particuliers la paffion d'en amaffer,& éteignit infenfiblement leur ancienne vértu s ils comprirent à leurs propres dépens combien étoir vraie la réponfe que la Pythie, Prétreffe d' Apollon, avoit faite autrefois à Lycurgue: Qu'il falloit que Sparte át inacceffible à l'or& à l'argent.: II. Telles furent les caufes, qui> felon le rapport de Sallufte& de Patercule, altérerent la vertu des anciens Romains. Voici leurs termes:» Tant que le travail& la jufcice » regnerent dans la République, qu'elle eus w 68 Hifforia 6 profanis Script. »thago æmula Imperii Romini interiit; tum » iis, qui labores, pericula, dubias atque » afperas res facilé toleraverant, otium& » divitiæ omeri miferiæque fuere. Non len» to gradu, fed præcipiti curfu à virtute def|» citum eft,& ad vitia tranfcurfum: vetus |» difciplina deferta, nova inducta: à vigiliis » ad fomnum, ab armis ad voluptates, à > negotiis in otium. converfa civitas. Primó »pecuniz, dein imperii cupido crevit.» Ea quafi materies omnium malorum fuere. Poftquam divitiæ honori effe cœperunt,& eas magiftratus atque imperia fequebantur; hebeícere virtus; paupertas probo haberi coepit: juventutem luxuria atque avaritia cum fuperbiâ invafere. id t Valer.— Vidit P. Scipio pofterior quantüm periculi L4. c. 1, patriæ immineret ab nimiis opibus. Nam cum cenfor luftrum conderet,& in folito fieri fail crificio fcriba folenne precationis carmen ei præiret, quo Dii rogabantur, ut populi Romani res meliores ampliorefque facerent: Satis, inquit, Bone ac magna funt': Itaque precor ut eas perpetud incolumes fervent. Ac protinus ad | hunc modum carmen emendari juffiz. Quà votorum verecundià deinceps Cenfores in con dendis luftris ufi funt. # » 2 coni y gii Í ? ps inn 2 tage j|] s Itn, C » Capaton »de lag Ottance du c érpoleroient & qulit de i an le li dà ] conjuroit Kuple Ron Elles Je fin énferver to It changer (ales par hetémonie : int. merit s te libis atr tomi & AYALUS(UE . Hif foires des Auteurs profanes. 69 » à combattre contre des Rois puiflans, » quelle foumit à fa domination des Peu» ples immenfes,& jufqu'à la ruine de Car» thage, cette fiere rivale de l'Empire Ro» main, ces hommes accoutumés à fupporter »lesfatigues, les dangers,& les épreuves »les plus rudes& les plus épineufes, regar» doient alors l’oifiveté& les richeffes com»me un grand malheur,& un lourd far» deau. Ce ne fut point lentement& par » degrés, mais à grands pas& par un fubit. » changement, qu'on déferta la vertu, pour » fuivre l’étendard du vice: Une nouvelle » difcipline prit tout-à-coup la place de l'an» cienne; on paffa rapidement dela vigilance » au repos, des armes aux plaifirs, de l'oc» cupation à la molleffe: D'abord la paffion » de l'argent, enfuite l'ambition firent. des » progrés.» Telle fut l'origine& la fource de tous les maux qui inonderent la Ville. A peine les richeffes commencerent-elles à être honorées& recherchées jufques dans les Magiftratures& les emplois, que la vertu s'affoiblit, la pauvreté devintun opprobre,& que le luxe, l'avarice& l'orgueil envahirent tout à la fois les cœurs de la Jeuneffe Romaine. Publius Scipion le jeune fentit bien l'importance du danger où les richefles exceflives expoferoient fa Patrie 5 car célébrant le Luftre en qualité de Cenfeur,& comme le Greffier, dans le Sacrifice ordinaire en ce jour, lui di&oit le Vœu folemnel, par lequel on conjuroit les Dieux de rendre les affaires du Peuple Romain meilleures& plus brillantes: Elles le font affez, dix il,& je les prie de les conferver toujours en ce même état. Il fit auffitôt changer le Vœu de cette maniere. Les Cenfeurs par refpect sen fexvirent depuis dans la cérémonie des Luftress Hiftoria é profanis Scripte CAPUT XI Vera bona virtus& docfrinas . Sentt.— 1. Urbem Megara ceperat Demetrius, cui de conft. cognomen Poliorcetes fuit. Ab hoc Stilpon es hilofophus interrogatus, num quid perdidiffet? NAH, inquit: omnia namque mea mecum Junt. Atqui& patrimonium ejus in predam cefferat,& filias rapuerat hoftis,& patriam expugnaverat. Ille tamen nihil fe damni paffum fuiffe teftatus eft. Habebat enim fecum vera bona, doctrinam fcilicet,& virtutem, in qua hoftis manum injicere non poterat:& ca qua à militibus diripiebantur, non judicabat fua. Omnium fcilicet bonorum, quz extrinfecus adveniunt, incerta poffeffio eft. Tra inter micantes ubique gladios& ruentiumtectorum fragorem uni homini pax fuir, "Ctcer, 2: Nunquam vir fapiens exiftimavitin bonis 1.parad, ebus ponenda effe, atque expetenda, impeValer. ria, te&ta magnifica, pecunias,& eas, quiL 7.6.2. bus plerique hominum maximé adftridi funt, voluptates: quoniam ea qui habent, non folim augendi libidine cruciantur, fed etiam amittendi metu:& illa omnia effe talia videmus, ut etiam improbi habeant,& obfint probis. Plus apud fapientem vera ratio valet, quam vulgi opinio: neque unquam illum bona perdidiffe dicet, qui pecus aut fupellei‘lem amiferit. Hac erat fententia Biantis, qui inter feptem illos Græciæ fapientes numeratur, ] ubfophe CUT gavoit lou ] fans doute fur vfque pit, t De compt quí ne p ] hz. E Jen renvet IL Jamais aus des b lotus, ils ph des morels pois c Tore Ut y mais k que da s mains La Gaine ç Ve, q s comprer apicte nux b. Hiffoires des Auteurs profanes. 71 CHAPITRE XL JI] my a de vrais biens que la Vertu& là Science, I. Démétrius furnommé Poliorcetes avoit pris la Ville de Mégare. Ayant demandé au Philofophe Stilpon, s’il n'avoir rien perdu: Rien, r:en du tout, repliqua-til, car tous mes biens font toujours avec moi. Or, fon patrimoine étoit devenu le butin de l'ennemi, qu£? lui avoit enlevé fes filles,& s'étoit rendu maitre de fa Patrie. Il affura néanmoins qu'il n'avoit fouffert aucun dommage, parce que fans doute il portoit avec lui les vrais biens, fur lefquels l'ennemi ne peut avoir aucune prife, la Science& la Vereu;& parce qu'il ne comptoit pas au nombre de fes biens ceux qui ne pouvoient échapper à la fureur du Soldat. En effet, la poífeffion de tous les avantages extérieurs eft toujours incertaine. C'eft ainfi qu'un feul homme fçut trouver la paix au milieu des épées tirées de toutes parts, & parmi le fracas des Maifons que le fer ennemi renverfoit. II. Jamais l'homme fage n'a placé dans le rang des biens honnétes& déürables, les honneurs, les riches Palais, l'or& l'argent, ni les plaifirs, auxquels le plus grand nombre des moitels eft dévoué, parce que ceux qui poffedent ces biens font violemment agités non-feulement par la paíffion de les augmenter, mais encore par la crainte de les perdre 5 & que d'ailleurs ils tombent également entre les mains des-méchans,& nuifent aux bons. La faine raifon a plus d'afcendant fur l'efprit du Sage, que l'opinion du vulgaire. Jamais il ne comptera dans la perte des biens celle de 72 Hifforia. à profanis Script. Cum patriam ejus Prienem cepiffet hoftis, cæs terique cives multa é fuis rebus fecum afportarent 5 admonitus à quodam ut idem ipfe faceret: Ego veró, inquit, facio: nam omnia mea porto mecum. Ile hzc munera, vel potus ladibria fortunz, non putavit fua. Ea veró tantüm effe fua exiftimavit, que pectore geftabat, virtutem fcilicet& doctrinam. a -Plu de— 3. Quidquid auri fupra& infra terram eft; url. es nullius preüi eft, fi cum virtute comparetur, Re inquit Plato. Et viris probis illad Solonis in mente femper habendum,& verbis ufurpandum: AZ ffbi divitias habeant, nos virtutem. CAPUT XII. Cavenda eft. gloria cupiditas, neque unperia expetenda. 1. Cavendæeft gloriz cupiditas: eripit enim Ofic. n, libertatem, pro qua magnanimis viris omnis 3. debet effet contentio. Nec veró imperiaexpe-|: tenda 5 ac potis aut non accipienda inter dum, aut deponenda nonnunquam. Cicer. 1: Timolcon Cozinthius magnus omnium juditroupeaux tu cq H 4 P ut Prot Hzffoires des Auteurs Profanes.| 73 et hollis a troupeaux ou de meubles; tels étoient aulli 1 les fentimens de Bias, l'un. des fept Sages de la Grece. L'ennemi s'étant emparé de fa Patrie,& tous les Citoyens emportant avec eux tout ce qu'ils pouvoient prendre de leurs cffets, il répondit à un certain homme qui l'exhortoit à en faire autant: Pour moi je le fais aufi, car je porte tout ce qui m appartient avec moi, ll ne mit pas au nombre de fes biens, ces préfens ou plutót ces jouets de la fortune, que fes Compatriotes recueilloient avec tant d'empreffement; mais il ne regarda | comme tels, que ceux qu'il portoit au-dedans de lui-même, la Science& la Vertu. IU. Tout ce qu’il y a d'or fur la terre,& tout ce qu'elle en renférme dans fes entrailles, perd tout foh prix& fon éclat, dès qu'on 1e compare à celui dela vertu, dit Platon. Les ; gens de bien devroient avoir continuellement dans le cœur& fur les levres cette maxime de Solon: Laiffons en partage au reffe des mortels les richeffes; mais que la Vertu foit le nôtre. Xll CHAPITRE XII. c infra tern? 4 TI faut être en garde contre l'amour de la gloire,& ne point ambitionner les premieres Charges. zh I. Il ne faut point fe laiffer entraîner par la palfion de la gloire 5 car elle enleve la liberté, que les grandes ames doivent conferver à quelque prix que ce foit: il ne faut pas non plus briguer les commandemens, ou plutôt il y a des occafions où l'on doit les refufer,& il y en a d'autres où il eft glorieux de s'en dépouiller. mé Timoleon de Corinthe fut au jugement de 1 … IL Partie, D 24— Hifforie€ profanis Script & Plut. cio virextitit. Namque huic contigit quod nef inTimol» cio an ulli, ut& patriam opreffam à tyranno "Aur. liberaret,& depulsä à Syracufis, quibus auxilio crat miflus, invereratä fervitute, totam Siciliam in priftinum ftatum reltituerer. Cüm frater ejus Timophanes tyrannidem Corinthi occupaller, ipfeque particeps regni cum illo poffet effe, tantüm abfuit focietate fceleris, ut antetulerit civium fuorum libertatem faluti fratris,& patriæ legibus obtemperare fatius duxerit, quam imperare. Itaque fratrem tyxannum, fæpius fruftra oratum ut civibus li bertatem reftitueret, interficiendum| curavit| uz cædes aliis praeclariffimum facinus vifa cit; alii lzfam à Timolcente pietatem fraternam putaverc. Miffus à Corinthiis ad ferendam opem Sy racufanis, Dionyfium tyrannum totà Sicilià depulit: civitatibus leges libertatemque reddidit:& ex maximo bello tancum otium toti infulæ conciliavit, ut urbium conditor videretur. Cüm jam tantis effet opibus, ut Siculis ctiam invitis imperare poffet; tantum autem haberet amorem omnium, ut, nullo recufante, fummam potentiam obtineret: cüm primum pe| tuit, imperium depofuit,& privatus Syratufis, quod reliquum vite fuit, vixit. Nullus tamen ei honos, qui haberi virtuti folet, defuit: neque poftea res ulla gefta cft publica, de qua prius fit decretum, quàm Timoleontis fententia cognita fuiffet. Acceptius præftantiufque Viü.c. nihil eft tyrannorum depulforibus, maxime f 40» modefti ipfi abftinentefque fint. tour le mo doute qua de purger d moi,& de A er T etai tilavage€ tps. Son d 1 remonte Hiffotres des À Uteurs'profanes. 74 ‘tout le monde, un illuftre perfonnage 5 car je 'doute qu'aucun autre que lui ait‘eu la gloire ‘de purger fa Patrie d’un Tiran‘qui T'oppris -moit,& de rétablir la Sicile entiere dans foh «premier état, après avoir délivré Syracufe de d'efclavage où elle gémiffoit depuis fi Jongtemps. Son frere Timophane, exercant la tiTannie dans Corinthe,& pouvant partager avec lutla fouveraine autorité, bien-loin-d’entrer dans fon complot, il préféra le falut de fes Compatriotes à celui de fon frere,& il crut qu'en cette occafion les Loix de fa Patrie devoient l'emporter fur d'ambition'de tégnèr. C'eft pourquoi après avoir employé à plufieurs reprifes, mais envain, fes prieres& fes remontrances pour l'engager à rendre la liberté à fes Citoyens, ille fit affaffiner, Plufleurs admirerent cette action comme le plus noble effort de la vertu humaine; les autres jugerent que Timoleon avoit violé ies droits des plus facrés de l'amitié£aternelle, Ayant été député par les Corinthiens pour ‘porter du fecoürs aux Syracufains, il chaffa de Tiran Denis du Territoire entier de la Sicile, y rétablit par-tout les Loix avec la Ha berté,& fit fuccéder au feu le plus violent de la Guerre allumée dans cette Ifle, une telle Paix,& un calme fi profond, qu'on le Tegardoit comme le reftaurateur des Villes, Aprés de fi glorieufes actions, qui lui avoient donné un fi grand crédit, qu'il pouvoir ufurs per l'Empire malgré les Siciliens eux-mémes» & que d'ailleurs il avoit gagné tous-les cœurs à un tel point, que perfonne ne lui auroi difputé le fouverain Commandements néau= moins aufficór qu'il de put, il fe dé d'autorité 4& pafla le refte de fa vi cufe ea nuple particulier. Sa pécha point qu'on ne le combi 5 Livius L, 10.0.13. Faler.l. &, Co Yo Hiftoria profanis Script. 4. Cüm Roma fama exorta effet Etrufcos Samnitefque confcribere in gentes exercitus, & illuftres viri Confulatum peterent; omnium animi atque oculi converfi funt in Q. Fabium Maximum, primo non petentem deindeetiam recufantem.Acuebat hàc moderatione tam jufta civium ftudia: quz vetecundià legum reftinguenda ratus, legem recitari juffit, quà intra decem annos eumdem Coníulem refici non liceret: tot veró anni non effluxerant ab ultimo ejus confulatu. Vix pr ftrepitu audita lex eft: Tribunique plebis nihil id impedimenti futurum aiebant: fe enim laturos ad populum, ut legibus folveretur. Ille in recufando perltabat, rogitans: Quid ergo attineret leges. ferri, quibas per eofdem, qui tuliffent, fraus fieret? & querens, jam regi leges, non regere. Po-pulus nihilominus fuffragia inibat,& fiagulz centuriz Confulem haud dubié Fabium jubes bant. Tum demum confenfu civitatis vidus, Confulatum accepit, cique is collega eft. datus, quem petierat, Idem Fabius, cüm à fe quinquies,& à pa Jj Honneurs Jamais de m- Hifroires des Auteurs profanes. 77 Honneurs qu'on rend ordinairement au mérite, Jamais dans la fuite on ne termina aucune affaire publique, qu'on n'eüt auparavant confulté Timoleon. Il n'y a rien de plus honoré ni en même temps de plus chéri que ces Deftru&eurs de Tirans, fur-tout sls font: eux-mêmes doux& modeftes. IL. Le bruit s'étant répandu dans Rome que les Tofcans& les Samnites levoient de groifes Armées,& le Confulat étant brigué par des hommes également illuftres, les cœurs& les yeux de tous les Romains fe fixérent fur ©! 1% % tus Fabius Maximus, qui, loin d'y pré, l'avoit ouvertement refafé. Sa modéation ne fervit qu’à reveiller davantage les applaudiffemens fi- juftes de tous les Citoyens. Comprant les ralentir par le refpek dû aux Loix, il en fit lire une qui éfendoit de créer le même Conful avant dix ans expirés: or il n’y avoit point cer intervale depuis fon dernier Confulat. À peine entendit-on la . de cette Loi; parle tumulre qu'on faifoit. Les Tribuns du Peuple répondoient que cela ne formeroit point un obftacle, puifqu'en portant l'affaire au Tribunal du Peuple, il fcauroit bien l'affranchir de l'obligation de la Lois Il perfftoit toujours dans fon refus, en demandant, à quo} feroit bon déformais d'établir des Loix, puifque les Auteurs eux-mêmes en étoient les prémiers prévaricateurs? Il fe plaignoit encoré, que les Loix ne gouvernoient plus, mais qu'elles étoient gouveraées. Cependant le Peuple recucilloit de nouveau les fu£frages,& le choix unanime de chaque centarie(e décida clairement pour Fabius. Enfin ne pouvant réfifter à la voix univerfelle de toure la Ville, i reçur le Confulat,& on : Collegue qu'il avoit demandé. Le méme Fabius voyant que l'honneur du D iij es v & Hifforia à profanis Seript. Hi te, avo, proavo, majoribufque fuis Confulas. Conful tum geftum animadverteret 5 In comitiis, quis. ion pr bus filius ejus fümmo confenfu Conful creaba-. jus pdt tur, flagitavit à populo, fcd fruftra, ut vaca- blqueoë À tionem hujus honoris Fabiæ genti daret. Non. pal, toit quód filii virtutibus diffideret: fed ne maxi- j mum imperium in una familia continuaretur, Quid hàc moderatione valentius& mirabilius, inveniri poteft, quz ctiam patrios affeétus, qui potentiffimi habentur, fuperavit?. ZiusL 3. Comitia Confulibus creandis habente Fuis.-| I 3$, 0.22. Vio, centuria juniorum, quz prima fententiam,— ctio& rogata fuerat, declaravit Confules T. Manlium,] jenes 52 '"lorquatam.,& T. Otacilium,.Cüm dubius,| somma Ti non effet confenfus totius populi; Manlius,. qui præfens erat, ad Tribunal Fulvii venit, ta poin magná circumfufus turbá quz gratulandi causà, fat, spp venerat, petiitque ab co, ut pauca fua verba.| envitonné d audiret. Erectis omnibus expedtatione quid-. nam poftulaturus effer; oculorum valetudinem, excufavit. Dixit, Impudentem G gubernatorem; € imperatorem futurum effe, qui, cim alienis; Oculis ei omnia agenda effent, aut pofiularet aut pareretur fibi aliorum capita G fortunas committi, Oravirque ut centuria juniorum in, fuffragium rediret;& Confulibus creandis, meminiffet belli, quod in Italia effet, graviffimi. Succlamavit centuria frequens nihil; fe mutare fententiz, feque eofdem Confules. di&uram effe. Tum Torquatus: Neque ego veffros, inquit, mores Conful ferre potero. neque vos imperium meum. Redite in fuffrazum,© cogitate bellum Punicum in italia, € ducem Annibalem, effe. Tandem centuria. fus Cosfi comitiis, qi Confal cred Wa, ut vas dae Ne } f. SN M i la continua patros Ph Hiffoires des Auteurs profanes. 79 Confulat lui avoit été déféré cinq fois, àlui, à fon pere, fon ayeul, fon bifayeul,& à leurs prédéceffeurs; dans une affemblée publique où fon fils, d'un confentement général, étoit créé Conful, pria le Peuple, mais en vain, d'interrompre cette dignité dans la famille des Fabiens; non qu’il fe défiàt du mérite de fon fils, mais dans la crainte que le fouverain Commandement ne fe perpétuât dans une feule& même Maifon. Y a-til rien de plus noble& de plus digne d'admiration qu'une telle modcftie, qui va jufqu’à étouffer les fentimens les plus vifs& les plus puiffans? je veux dire ceux de la tendreffe paternelle. IN. Fulvius tenant les Comices pour la ertation des Confuls, la Centurie des plus jeunes, à qui d'abord on avoit demandé avis, nomma Titus Manlius Torquatus,& Titus Otacilius. Le confentement de tout le Peuple n'étant point douteux, Manlius qui étoit préfent, sapprocha du Tribunal de Fulvius, - environné d'une foule nombreufe de perfonnes qui s'empreffoient à le féliciter,& le pria de vouloir bien entendre le peu de mots qu'il avoit à lui dire. Tout le monde étant attentif & impatient de fcavoir ce qu'il alloit demander; il s'excufa fur la maladie de fes yeux, & dit: Que rien ne feroit plus impudent qu'un homme qui, ne pouvant rien voir que par des reux étrangers, prétendroit ou fouffriroit qu'en le faifant Chef& Géneral, on lui confiât la vie& la fortune des autres. M demanda par grace que la Centurie des plus jeunes retournât aux fuffrages,& qu'elle fe fouvint dans le choix des Confuls, de la guerre importante que l'iralie avoit fur les bras. La Centurie entiere fe mit à crier, qu'elle ne changeroit rien de fa premiere décifion,& qu'elle D iv Bo Hiffori& à profanis Script, autoritate viri mota, poft petitum atque habitum cum Senioribus colloquium, ex eorum Torquati confilio alios Confules dixit jam przclaré gef-| purs) tis cognitos: Ejufque fententiam omnes cen-| qu, vuriz fecutæ fünt, atl d fement à i Valer.l.— 4, Maxima fuperioris Africani merita in pr ^:^ I* triam paribus ornamentis decorare conati fant Romani. Voluerunt illi ftatuasin comitio, in xoftris, in curia, in ipfa denique Jovis Æde ponere. Voluerunt imaginem ejus triumphali ornatü indutam inter Deorum fimulacra collocare. Voluerunt ei continuum per omnes vitz annos Confulatum, perpetuamque Dictaturam tribuere. Quorum fibi nullum neque plebifcito dar, neque fenatufconfulto decerni patiens, pené tantum in recufandis honoribus fegeffr, quantum geflerat in emerendis. (rates d: Statues C dans le 5 Jupit ur. f. Diocletianus fponte depofitis imperialibus Vit. fafcibus, in propriis agris confenuit. Quum aliEp.6.54. quando ab Herculio atque Galerio ad recipiendum imperium excitaretur; illud tanquam peftem deteftans, hoc quoque refpondit: Urinam i Salona poffetis vifere olera noffris manibus con- prendre à fita& dimenfa! Profcétà nunquam iftud tentare.| 1 a dum judicaretis. Script, etum à aq i gium nm u Hiffoires des Auteurs profanes. 81 élizoit toujours les mêmes Confuls. Alors Torquatus ajouta: SZ j'érois Conful, je ne pourrois fouffrir la licence de vos mœurs, nz vous, Meffieurs, la Jévé érité de mon joug. Recueillez de nouveau les voix,& penfez férieuJément à la guerre Punique,© que votre ennemi a pour"chef un-Annibal. ka Centurie enfin forcée de céder au crédit d'un fi grand homme, après avoir tenu Confeil avec les plus âgés, créa, conformément à leurs avis, d'autres Confuls, déjà connus par leurs beles actions. Toutes les Centuries foufcrivirent au fentiment de la premiere, IV. Les Romains firent tous leurs efforts pour honorer des même emplois Scipion le premier Africain. Ils voulurent lui dreffer des Statues dans le Comice, dans le Barreau, dans le Sénat,& julques dans le Temple de Jupiter; ils voulurent placer fa Repr éfentation revêtue des ornemens du triomphe, par mi celles des Dieux; ils voulurent enfin rendre dans fa perfonne le Confulat& la Dictature perpétuels& inamovibles jufqu'à fa mort; mais Scipion ne fouffrit point que ni le Sénat ni le Peuple lui décernât aucune de ces marques d’un hommage public,& il ne parut pas moins grand à méprifer les honneurs, qu'il s'étoic montré grand à les mériter V. Dioclétien ayant dépofé de lui-mémeles faifceaux de l'Empire, pañla le refte de fa vie dans. fes biens de Campagne. Comme Herculius& Galerius le follicitoient un jour à. reprendre la Couronne, Diociétien qui la redoutoit autant que la pefte, fe contenta de: leur répondre: P/ír aux Dieux: que vous puffez voir le potager que j'ai planté& com.paffé de mes mains à Salone! D ous; jugeriez, fans doute au premier coup d'œil, que vous: ne deviez jamais rifauer cette tentative. Dy Ti 2 Hifforia? profanis Scripts saint^ Fuit incertun. vir melior, an dux, effet 6,58, Epaminondas. Nam& imperium non fibi, fed: | patrie, femper quæfivit:& pecuniæadco negligens fuit, ut[amtas faneri defuerit. Gloriæ. quoque non cupidior, quàm pecuniæ: quippe. reculanti omnia imperia ingefta funt: honorefque ita geffit, ut ornamentum non acciper$a, fed dare ipfi dignitati, videretur.| 1 CAPUT. XIII. Hoc eff regnare» nolle regnare> cim poffisi. Senec,6. benef. Ce E 37* ÿ A m E: 1. Cüm P; Cornelius Scipio. præHo vi&or ,. Livius» fe erga Hifpanos gelfiffet perhumaniter; cir-. i. ei i 1; E; dus€ cumfufa multitudo regem cum ingenri con1$: o bis- D fen(u appellavit. Tum Scipio, filencio per præ-. conem fado, dixit: Nomen Imperatoris, quo. fe milites fui appellaffent, fibi maximum effe: Regium nomen, alibi magnum, Rome intoleras..| Bile elfes Si id ampliffimum. ducerent quod re-. s ampli A lt gale effet; regalem animum. 1n Je effe tacit judicare eos. poffe: ut autem. à Tégus. appella-. zone ab[linerent, fe orare., Senfere etiam barbari magnitudinem animi id nomen afpernan-. tis., cujus admiratione.aliü mortales ftupesAS. sid C 5 me chercl ndr exe» QU von ut j I fonoré. me quelque Wn& M f v. Hifloires des Auteurs profanes.— 83 n dux, di VI. On a douté fi Epaminondas étoit plus non ài, grand Capitaine ou plus homme de bien. il xnieadeo ne chercha point à dominer lui-même, mais à rendre(a Patrie dominante;& il porta le déüntéreffement fi loin, qu'il ne laifla pas en mourant de quoi fournir aux frais de fes funérailles. Il ne fut pas plus avide de gloire que d'argent; car ce fat toujours malgré lui won lui donna les Commandemens dont il hu chargé;& il sy conduifit de telle maniere, qu’il fit plus d'honneur aux dignités qu'on lui conféroit, que lui-même n'en fut honoré. xit CHAPITRE XIIL evedet. Cfi regner que de ne vouloir pas regnest quand on le peut. I. Publius Cornelius Scipion, dans une Vi&oire qu'il remporta fur les Efpagnols, fe conduifit a leur égard. avec tant de bonté, qu'une multitude de voix confufes le proclamerent Roi d'un confentement unanime, Alors Scipion ayant fait faire filence par un Herault, dit: Que La qualité de Général que fes Soldats Lui avoient donnée, étoit la plus grande& la: plus honorable pour lui; que le titre de Roi, “par-tout ailleurs illafère, étoit odieux& ins füpportable à Rome: que s'ils regardoient coms me quelque chofe de plus glorieux tout ce qui approchoit de la Majefté d'un Ro:, ils pouvotenz aifément juger en eux-mêmes qu'il en avoit le - cœur 3 mais qu'il les prioit de.ne lui en point impofer le nom. Ces efprits quoique grofliers, fentirent toute la grandeur d'ame de Scipion, qui n'avoir que du mépris pour un ticre, dont le efte des mortels font l'objet de leur étons nement& de.leur admiration, EY 84 Hiftoria à profanis Script.;[ Plut in x. Inter komanorum legatos, qui ad Pyr- ILC Eyrrho. rhum de captivis redimendis aut cummutan- balades dis venerant, C. Fabricius fuit. Cujus poft- thus po: quam. audivit Pyrrhus magnum elfe apud Trfonni Romanos nomen, ut viri boni& bello infignis, nom éto fed admodum pauperis; eum præ cæteris benigné habuit, contenditque ut münera atque aurum abs fe acciperet, in hofpitii tantim& amicitiæ pignus. Cuncta oblata rcfpuit Fabricius. Poftero die cm illum exterrere cuperet Pyrrhus. fubito confpectu elephantis, cujus Ípeciem- nunquam viderat.;- imperavit fuis, ut bellua, quz ceteras maguitudine- præftaret, Fabricio fecum colloquenti admoveretur l à tergo: poft auleum. Quod'ubi fadum eft; dont à n° /figno dato, remotoque aulæo, repenté bellua à les e ftridorem horridum emifit+& probofcidem lien où fuper Fabricii. caput fufpendit minaciter, At: cher à ile placidé ad belluam converfus, fubrifit,| ad, dixitque Pyrrho: Non me hodie IMAGTS COMMO-| fie& vet tua bellua, quàm heri aurum tuum-movit.. tn cri he Admiratus Pyrrhus Fabricii fortitudinem ani-| mi& gravitatem, illum privatim invitavit, ut, poft fa&am cum Romanis pacem, fecum. vellet vivere, primumque ci inter amicos loÆlorus[; CUM atque etiam imperit partem- obtulit: Cui 3-6»28, fummifsä voce fertur- Fabricius: refpondiffe:Hoc tibi ,6 rex, non expedit: Nam ill Tpf… qui te-nune tantoper? colunt ac rairantur, fi me. cognoverint ac probaverint, magis à me regi.,, quàm à te, volent. ; i E ua. m Méroient @. Cure, 3» Cüm Strato Sidonis rex, urbis deditio= I. s: 1.461, nem. Alexandro feciffet magis civium. volun- ayant fi tate; quàm fuá fponte 5'ci vifus eft indignus itf Hiffoires des Auteurs profanes. 3, IT. Caius Fabricius fut du nombre des Ambaffadeurs que les Romains députerent à Pirrhus pour négocier la rançon ou l'échange des Prifonniers. Ce Prince ayant appris que fon nom étoit célebre parmi eux, non-feulement parce qu'il étoit homme de bien,& excellent Capitaine, mais auili parce qu'il étoit pauvre, il le traita avec plus de bonté que les autres,& employa tous les moyens poffibles pour lui faire accepter de l'or& des préfens, en qualité feulement d’Hôte& d'Ami. Fabricius rejetta toutes ces offres. Lc lendemain Pyrrhus voulant le furprendre& l'effrayer par l'afpect imprévu d'un Eléphant dont il n'avoit jamais vit la figure, ilordonna à fes gens d'amener le plas grand dans le lieu od il converféroit avec lui,& de le cacher derriere une tapifferie. Cela étant exécuté,& le fignal donné, on retira la tapifferie,& cet animal énorme jetta tout-à-coup un cri horrible,& leva d'un air menaçant fa trompe fur la tête de Fabricius 5 qui s'étant tourné tranquillement, dit à Pyrrhus, en fouriant: Votre Eléphant ne m'étonne pas plus aujourd'hui, que votre or ne m'émut hier, Pyrrhus admirant la grandeur d'ame,& la grave contenance de Fabricius, le pria en particulier de vouloir bien, après avoir fcellé fon accommodement avec lès Romains, vivre dans fa Cour, où il lui offroit la premiere place parmi tous fes amis,& le partage même de fa Couronne. Fabricius lui dit à l'oreille: Przzce, vous entendez mal vos Intérêts: car ceux qui vous honorent€ qui vous admirent préfentement, s'ils m'avoient une fois connu, m'atmeroient mieux pour leur Roz que vous-même, III. Straton, Roi de la Ville de Sidon, ayant fait fes foumiffions au Vainqueur, plutôt forcé par les Habitans que de fon bon gré, $6: Hifforia à profanis Script regno, Hcphæltionique eft permitfum, ut reem à Sidoniis conflitueret eum, quem illo faftigio. dignillimum arbitraretur, Erant Hee phæitioni hofpites:, juvenes iater faos clari: qui, fa&tà ipüs ab Hephæltione poteitate regnandi, negaverunt quemquam patrio more ad hanc dignitatem. evehi poffe, nifi regià ftirpe. ortum. Admiratus Hephæftion magnitudinem animi fpernentis quod alii per ignes ferrumque. peterent: O fortes! 6 felices, inquit, juvenes! qui primi intellexiffis quantó. majus effet reggnum faflidire, quàm accipere, Caterum date aliquem. regia flirpis, qui meminerit à vobis. acceptum habere fe regnum. At illi cüm. viderent, mukos avidà regnandi cupiditate tenes zi; judicarant neminem effe tanto honore digniorem, quàm Abdalonimum quemdam, ftirpiquidem regiz annexum, fed qui ob inopiam. fuburbanum hortum exiguà merccde coleret. Caufa ci paupertatis, ficut plerifque probiras.. erat: intentulque operi diurno, Ítrepitum atmorum, qui totam Afiam conculflerat, non. exaudiebar,.. Juvenes; de quibus antè di&üm eft, cum: zegia vefte hortum intrant, quem tum forté, fteriles herbas eligens, Abdalonimus repurgabat:& rege co falutato, alter ex his: Veffis h&c, inquit, quam cernis in meis. manibus., cum fqualidis iflis pannis permutanda tibi eft.. Cape regis animum; G in. eam fortunam, 9: dignus es iflaim continentiam profer. Atque cim regali folio, refidebis, vita necifa ue omaium (E ct Ër in an tE Hiftoires dés Auteurs profanes. 87Afexandre lui ôta la Couronne,& permit à Hépheftion de: mettre en fa place celui des. Sidoniens qu'il jugeroit le plus digne d'une fi haute fortune, Ce Favori étoit logé chez deux jeunes Scigneurs des plus confidérables du Pays, auxquels il offrit le fceptre; mais ils le refuferent, apportant pour raifon de leur refus, que par les Loix de l'Etat, nul ne pou- voit monter fur le Thrône, qu'il ne füt du. Sang Royal. Hépheftion admirant cette grandeur d'ame, qui méprifoit ce que les autres cherchent par le fer& par le feu; OL courage héroique! leur dit il, oh ames heureufès! vous qui les premiers avez compris combien il eff plus glorieux de ref. fer un Royaume, que de le pof féder! mais. au moins:, donnez mo: quelqu um de la race Royale, qui fe fouvienne. quand il fera Roi, que vous lat avez mis la Couronne. ‘fur la tête, Ces deux freres voyant que plufieurs dévorés d’ambition, afpiroient à ce haut rang, déclarerent qu'ils nc connoiffoient perfonne plus digne du Diadême, qu'un certain Abdalonime, defcendu, quoique de loin, de laitige Royale, mais fi pauvre. quil étoit contraint, pour vivre, de cultiver par un travail journalier un Jardin hors la Ville. Sa probité l'avoit réduit, comme beaucoup d'autres, à cette pauvreré. Uniquement occupé de fon travail, il n'entendoic point le bruit des armes, qui avoit ébranlé route l'Afie. Auffitót les deux:jeunes- Seigneurs, dont nous avons parlé, l’érant allé chercher avec les habits Royaux, le trouvent qui arrachoitles mauvaifes herbes de fon Jardin 5 ils le faluent Roi;& l'un d'eux portant la parole: Jl s'agit; lui dit-il; de changer ces vieux hait-. lons avec l’habit que j£ vous apporte: Prenez ur 4 3 LA sœur de Roi; mais portez& confersez fur las T'hrône cette vertu qui vous en a rendu digne y. Cicer.a, Of£.n. 84. $8 Hifforis à profanis Script. civium dominus, cave oblivifcaris hujus[fae tüs in quo accipis regnum, imà hercule propter quem. Somnio fimilis res Abdalonimo videbatur: & à juvenibus quaerebat; an íanz mentis effent, qui tam protervéfibi illuderent. Sed ut ci cunctanti fqualor ablatus eft,& injedia veftis purpurà auroque diftinda,& jurantibus feriam rem effe credidit, iifdem comitantibus in regiam pervenit. Admitti eum Alexander protinus juffit, diuque contemplatus: Corports, inquit, zui habitus fama generis non repugnat. Sed velim[cire, inopiam quá patienzá tuleris. Tum ille: Utinam» inquit, eodem animo regnum pati poffim. Ha manus Juffecere defiderio meo. Nil habenti> nihil defuit. Hoc refponfum magnz indolis fpecimen Alexandro eft vifum. Itaque non Stratonis modó regiam: fupelletilem tribui Abdalonimo juffit, fed pleraque etiam ex Perficà pradà. Regionem quoque Sidoni vicinam ditioni ejus adjecit, Nec fané quidquam ingenium Alexandri folidius. & conftantius habuit, quam admirationem: verz laudis& gloria. CAPUT XIV. Gloria& fams jadura facienda eff publi: c& utilitatis causá., . P p*; I. Inventi funt multi, qui non modó pe= cuniam,{ed etiam. vitam, pro patria profune | H |& quan yam a pos Cito; | dans lequ | déchoifi I | ne, à | us, il Hifloires des Auteurs profanes. 83 © quand vous y ferez monté, devenu le fouverain Arbitre de la vie& de la mort detous yos Citoyens; gardez-vous bien d'oublier l'état dans lequel, ou plutôt pour lequel vous avez été choïfi. Il fembloit à Abdalonime que c'étoit un fonge,& ne comprenant rien a tous ces difcours, il leur demandoit s'ils n'avoient pas honte de fe mocquer ainfi delui; mais comme il tardoit trop à leur gré, ils le nettoyent eux-mêmes,& lui jettent fur les épaules une robe de pourpre toute brillante d'or;& après lui avoir fait mille fermens qu’ils ne fe mocquoient point, ils le conduifent au Palais. Alexandre commanda qu’on le fit entrer,& après l'avoir long-temps confidéré, il lui dit: Ton airne dément point ce qu'on dit de ton origine; mais je voudrois bien fzavoir avec quelle patience tu as porté ta mifere. Plaife aux Dieux, répondir-il, que je puiffe porter cette Couronne avéc autant de force. Ces bras ont fourni à tous mes défirs,© tandis que je n'ai rien eu, rien ne m'a manqué. Cexte réponfe fit concevoir au Roi une grande opinion de fa vertu; de forte qu'il lui fc donner non-feulement les précieux meubles de Straton, mais beaucoup d’autres chofes du butin fait fur les Perfes;& de plus, il ajouta à fon état une des Contrées voifines de Sidon;& certes rien ne fut plus louable, ni plus naturel dans Alexandre, que ce refpe& quil eur toujours pour la valeur& la véritable vertu. CHAPITRE XIV. Il faut facrifier fa gloire& fa réputation pour l'intérêt public. I Il s'eft trouvé des hommes qui n'auroient point hélité de facrifier leurs biens,& 90° Hiftoria à profanis Script: dere parati effent; idem gloriæ ja&uram ne: minimam quidem facere vellent, etiam republicà poftulante. Ut Callicratidas, qui, cum. Lacedaemoniorum dux fuiffet Peloponnefiacobello, multaque feciffet egregié 3 vertir ad. extremum omnia, cüm confilio non paruit corum, qui claffe cum Athenienfibus ne dimicaret fuadebant; Quibus ille refpondit: Lacedamonios, claffe illá amifsá, aliam parare poffe: fe fugere fine fuo dedecore non poffe. Quanto melius fecit Q. Fabius Maximus! de. quo Ennius: Unus homo nobis cunctando reftituit rem: Non ponebat enim rumores ante falutem, £rgo pôftque magifque viri nunc gloria claret; Tiocus. Etenim adversus Annibalem. callidum im» È 2, c. 6, Livius 1.22. peratorem, toties victorem, dux à Romanis eledus Q: Fabius, novam vincendi artem: commentatus eft, non pagnare,& hoftem morà frangere. Unde cunétaior eft dictus. Non ignorabat fuam cunétationem Romz infamem effe, feque timidum pro cauto, imbellem pro perito belli haberi. At maluit ut fe: hoftis metueret, quàm ftulti cives laudarent. Obftinatus in id quod videbat patriæ faluti faturum effe; eodem confiliorum tenore femper. “ bellum geffit. Q. Minucium magifrum Equitum jure imperii æquari Fabio Dictatori juffit: populus, verz vigeutis malus æftimator. Quam legem omnes qui Romx aut in caftris erant» lat: 2 eur got firatidas» ponlens de Ir I El'éclat de Care Tbh yunm n Xam xe Hifloires. des Auteurs profanes. ot + B B dé répandre leur fang pour leur Patrie; mais qui auroient refufé de faire la moindre breche à leur gloire en fa faveur. C'eft ainfi que Callicratidas, qui avoit été Géneral des Lacédémoniens dans la. Guerre du Péloponnefe ,& qui avoit rempli ce pofte avec beaucoup de valeur& de füccés, les mirà deux doigts de leur perte, pour n'avoir pas voulu écouter ceux qui lui confeilloient de ne point livrer le combat aux. Athéniens. Il fe contenta de répondre que, quand les Lacédemoniens perdroient leur Flotte, ils pourroient aifément en équiper une nouvelle, mais que pour lui, ne pouvoit reculer, fans fe couvrir de honte& d'infamie. Que. Fabius Maximus fe conduifit avec bien plus de fageffe 1 lai dont Ennius dita Un Homme parmi nous-, feul en temporifant 5. Rétablit de l’Etat les affaires critiques 5 Il faifoit au Salut céder les bruits publics; . Ex éclat de fon nom n'en ef que plus luifant; Car ce Quintus Fabius ayant été choifi par Jes Romains pour tenir tête. à Annibal, Capitaine fameux par fes rufes& par tant de vic-. toires, imagina un nouveau moyen de vaincre, non point en combattant, mais en fatiguant fon ennemi à force de reculer devant lui. G'eft pourquoi il fut furnommé le T'erzporifeur. Il n’ignoroit pas que fa lenteur le faifoit décrier à Rome; que fa prudence y étoit trai, tée de làcheté 5 fa prétendue expérience dans. l'Art Militaire, de. molleffe: mais il.aima: mieux fe rendre redoutable à l'ennemi, que louable aux yeux de Citoyens infenfés. Opi- niâtre dans tous les deffeins qu’il voyoit tourner à l'avantage de fa Patrie, il fuivit toujours le plan de Bataille qu'il avoit formé. Le. Peuple, mauvais Juge de la véritable vertu». 92 Hzforia è profanis Script.; æqui atque iniqui, præter ipfum Diétatorem, in contumeliam cjus latam effe judicaverunt, Ipfe quà gravitate criminantes fe ad multitu" dinem inimicos tulerat, eadem& populi iu fe fævientis injuriam tulit. Invictum tam à civibus quàm ab hofte animum retinuit,& patriæ confulere etiam fama fuz difpendio non dettitit. Livius Fa caritas patrizeffe debet, ut tam ignomiL. 9. c. pià cam; quàm morte noftrà, fi opus fit, EE férvemus. Se Et honores& contumeliæ vulgi in prodeConft. mifcuo habendi funt: nec his dolendum, nec €,19. illis gaudendum. Alioquin mülta timore aut tedio contumeliarüm neceffaria omittemus;& publicis privatifque officiis deerimus, dum' muliebris nos cura anget aliquid contra animum. audiendi. Cice,, Vera& fapiens animi magnitudo, honeftum x. Of, ih factis pofitum effe, non in glorià judicat. m.65. Qui ex imperi maltitudinis judicio pendet, hic in magnis viris non eft habendus, Liu; Gloriam qui fpreverit, veram habebit, ]. 23.6, 39. 3. Sunt qui, quod fentiunt, etiamfi optiCres mum fic, ramen invidiz metu non audent 194. dicere, Quod genus peccandi vitandum eft in rebus urbanis;& T. Quintius Capitolinus vile double( vie, pour fa | Came conr TQ PSI à A Clan quon Hiffoires des Auteurs profanes. 95 ordonna que Fabius, tout dictateur qu'il étoit, partageroit le commandement avec Quintus Minucius, Général de la Cavalerie. Tous ceux qui étoientà Rome, au Camp, les méchans Citoyens& les bons, excepré le Dictateur lui-même, regarderent cette Loi comine un affront qu'on lui faifoit. Il fouffrit cette injuftice du Peuple qui déchargeoit fa fureur, avec autant de fermeté qu'il avoit fouffert les fauffes accufations portées contre lui à fon Tribunal. Il fit paroitre une grandeur d'ame également inébranlable& du côté de fes Compatriotes,& du côté de fes ennemis,& il ne cefla point de rendre fervice à fa Patrie, aux dépens même de fa réputation. La tendreffe due à fa Patrie, exige de nous le double facrifice de notre gloire& de notre vie, pour fa confervation. II. Il faut pefer dans la méme balance. les faveurs& les outrages du peuple. Ceux-ci ne doivent pas nous aflliger, celles-là ne doivent pas nous réjouir; finon la crainte& le dégoüt des affronts nous feront oublier beaucoup. de chofes néceffaires,& nous manquerons à nos devoirs particuliers, tant que nous ferons dominés par lafoible& làche appréhenfion d'entendre quelque chofe qui nous déplaife. La véritable& fage grandeur d'ame fait confifter l'honnêteté dans les actions en ellesmêmes,& non dans la gloire qui les fuit; car on ne doit pas compter parmi les Grands Hommes, ceux qui font efclaves des fauffes opinions d’une multitude aveugle. Quiconque eft parvenu jufqu'à méprifer la gloire, poffede la véritable. II. Il y en a qui n'ofent déclarer leurs fentimens, quoique trés-juftes, dans la crainte d'armer contr'eux la haine ou la jaloufie. Cft un défaut qu'on doit éviter dans le Miniftere 94. Hifloriæ è profanis Soript. tavit. Cüm Romz Patrum ac plebis certamine civitatem diftraherent, Æqui Volfciq: ue fuftulere animos.,& ad ipfa urbis moenia populabundi acceffere. Unde poftquam prædas multi egére., Tribunis dele&um militum impedientibus;$1. Quintius Capitolinus quartum Conful populum ad concionem vocavit, eumque graviter objurgatum cum liberé monuiffec qua Livius agenda effent, hzc fubjunxit: His ego gra] 3.6 tiora alla didu effz fcio fed me vera pro gra68. us loqui, etf; meum ingenium non moneret, neceffitas cogit. Vellem equidem vobis placere, Quirites: fed malo vos falvos effe., qualicumque-erga me animo futuri efis. CAPUT XV. Moriem ac dolorem comtemnere fortis animi eft. 1. Fortitudinis munus duplex maximum; 2. Faje: mortis dolorifque contemtio. Fungendum eft n. 43. Utroque, fi virtutis compotes, Yd potius f De Se- viri effe volumus. nett. n,^ m 5 Hoc meditatum ab adolefcentia debet effe & Lujc.nm 2, mortem ut negligamus, Moriendum enim certé eft,& id incertum, an co ipfo die. Qui autem id, quod vitari non poteft, metuit, 1s vivere animo quie eto nullo modo poteft. Cicer. P. 8y- Stultum eft timere quod vitare non potes, ruse A morte|, mper homines tántumdem abfumuë Homo vitz commodatus; non donatus eff. ^ & | quic; gen gara pt ks di es Tas ] gate P ds nus« füivre aa mor lót der pari rein ét elt cns let point X€ peut éy ls Cert Hiffoires des Auteurs profanes. 95 public;& Titus Quaintius Capitolinus fcut s'en garantir. Le fein de Rome étant déchiré par les diffentions du Sénat& du Peuple> des Æques& les Volíques vinrent, en favageant le plar-Pays, camper jufqu'aux pieds des murs de la ville. Comme ils y commettoient routes fortes de défordres impunément 3 parce que les Tribuns s'oppofoient à la levée des Troupes; Capitolinus, Conful pour la quatrieme fois, fit affembler le peuple. Après lui avoir fait de vives réprimandes,& lui avoir librement donné les avis qu'il devoit fuivre en cette occafion, il ajouta: Je n’ignore pas que je pourrois vous tenir un langage plus gracieux; mais la nécejfité me force avec mon caraëtere naturel, de vous dire plutét la vérité Je voudrois, Meffieurs, gagner vos bonnes graces, mais je leur préfere votre falut, quelques mal-intentionnés que vous deviez être contre 7n0L, CHAPITRE XV. Ceft le carackre d'une grande ame y de méprifer la-mort& la douleur. 1. Il ya deux efpeces de devoirs propres àla grandeur d'ame: le double mépris de la mort& de la douleur. Il faut remplir l'un.& lautre; fi nous voulons atteindre à la vertu» ou plutôt devenir hommes. Nous devons neus. préparer dés l'enfance à paroître indifférens pour la mort 5 car fon Arrét eft certain,& le jour de l'exécution ne Teft point. Or celui qui craint une chofe qu'il ne peur éviter, comment peut-il mener unc vie tranquille? Hélas! infenfés que nous fommes, Nous redoutons un mal qu'on ne peut éviteze Hifforia à profanis Script. x. Tufe: Non terret fapientem mors, quæ propter & 9t: incertos cafus quotidie imminet, propter bre£s vitatem vite nunquam longé poteft abeffe. Dedit nobis natura ufuram vitz, tanquam pecuniæ ,nullà praftitutà die. Quid eft igitur quód querare, fi repetit cüm vulc? eà enim conditione acceperas. Qua. vero atas longa eft? aut quid omnino homini longum? Apud Hypanim fluvium qui in Pontum influit, Ariftoteles ait beftiolas quafdam nafci, quz unum diem vivant. Ex his igitur quz horà diei odtavá mortua cft, provedtà xtate mortua eft; quz veró occidente fole, decrepita. Confer noftram longiffimam ætatem cum æternitate, in majore Ls]^ À> À brevitate, quàm ille beftiolæ, reperiemur. DE Bid.ne 2. Contemnamus omnes ineptias-, beatam= 93» que vitam in animi robore ac magnitudine, & in omnium rerum humanarum defpicientià, ac mortis contemtione ponamus. Nunc quidem cogitationibus molliffimis fic effeminamur, ut, fi mors celeriüs opinione noftrà adventet, fpoliari magnis quibufdam bonis nobis videamur. Quód fi, dum vivimus, expe&ando, defiderando, metuendo, pendemus animis, cruciamur, angimur: proh Dii immortales! quàm iter illud jucundum effe debet, quo confe&to, nulla reliqua cura, nulla follicitudo futura fit! n Hiflotres des Auteurs profanes. 97 La Mort également menace tous les hommes, E: nos jours font à Dieu qui veut nous les prêtery mp} La mort n'effraie point le Sage, parce qu'il { fçair que des malheurs incertains l'en menacent tous les jours,& qu'elle ne peut jamais être fort éloignée vû la briéveté de la vie humaine. La Nature nous a donné l'ufage de la vie, comme d'un tréfor, fans fixer aucun terme, Quel fujet avez-vous donc de vous plaindre, fi elle veut vous la retirer? Ef-ce à d'autres conditions que vous l'avez recue 2 Mais quel eft l’âge d'homme qu'on puiffe appeller long? qu'y a-ril chez lui de durable? Ariftote raconte que près du Fleuve Hypanis qui fe décharge dans le Pont, il naît certains petits animaux qui ne vivent qu'un jour. Donc celui d'entreux qui meurt à huit heures s meurt dans un âge avancé; mais celui qui vit jufqu'au coucher du Soleil, me 1 ane^ ans un ace la "longue avec l'Erernicé, nous la trouverons plus coûrte que celle de ces infectes. IL. Mettons- nous au-deflus de toutes leg extravagances de la foibleffe humaine,& faifons confifter le bonheur de la vie dans la nobleffe& l'élévation de l'ame, dans le mépris univerfel des accidens de la vie,& de la mort méme. Mais aujourd'hui, nous fommes fi fort amollis par des fentimens làches& eíféminés, que(i la mor: vient nous furprendre plutôt que nous ne l'atendions, nous nous croyons dépouillés de je ne fçais quels biens, qui nous femblent confidérables. Que fi notre efprit, toujours flottant entre l’efpérance, le défir& la crainte, eft livré en proie à de continuelles allurmes,& à de vives inquiétudes: 6 Dieux immortels! que d'attraits ce départ de la vie ne doit-il pas avoir pos: nous, I1. Partie, E ... e? décrépit. Comparons maintenant la vie la plus P P Valer,l. SC» 2. Senec. Epif. 77. * sm me delectat Theramenes! quàm elato no! Etfi enim flemus, cüm ejus exitum lcgimus, tamen non miferabiliter vir clarus: emoritur. Qui cüm, conje&us in carcerem -. 4 1. juffu triginta tyrannorum Athenienfium, venenum, Ut fitiens, bibiffer; reliquum fic€ poculo ejecit, ut id refonaret: quo fonitu red- dito, ridens, Propino, inquit, hoc pulchro Critia: qui in eum faerat à tyrannis teterrimus. Græci enim in conviviis folebant nominare cui poculum tradituri effent, Tum fervo publico qui venenum præbuerat, poculum dedit perferendum Critiæ. Lufit vir egregius extremo fpiritu, cum jam præcordiis conceptam mortem contineret, verèque Critiæ mortem eft cam auguratus, qux brevi con(e euta cfl, CAPUT XVL Non quam dius fid quàm bene; vireris$ refert.; r. Nemo tam imperitus eft, ut nefciat fibi aliquando moriendum. Tamen cüm ad mortem prope accefferit, tergiverfatur> timet, plezat. Nonne tibi videretur ftulciffimus Om», nium, qui feret quód ante annos mille non vixiffet? ZEqué ftultus eft, qui Se quód poft. annos mille non vivet. Utrumque tempus alienum nobis eft. Non eris, nec fuifti, Quid£e? EO ibis, quó omnia eunt. q $ de compallion, Monde n t deo ug vive, o à pa ; Hiffoires des Auteurs Profanes. 99 puifqu'ii termine toutes nos agitations,& nos Íoinsdévorans!. Que l'exemple de Théramene me fait un vrai plaifir! que fon courage me femble héroïque! quoique je ne puiile arrêter mes larmes, toures les fois que je lis la fin de ce grand hommc, cependant elle n'eft point digne de. compaflion. Ayant été conduit en prifon par l'ordre des trente Tirans Athéniens;& condamné à boire la ciguë; aprés l'avoir avalée, comme s'il eût voulu éteindre une grande foif, il en jetta le refte. fur la table, de facon qu'il rendit un certain fon;& dit en riant: Ceci efl à la fanté du beau. Critias. Or c'étoit l'un des Tirans le plus acharné contre lui, C'étoit une coutume qui s'obfervoit chez les Grecs dans les repas de réjouiffance, de nommer celui à qui l'on. devoit tendre le verre. Enfuite il donna la covpe de poifon au Valec qui le lui avoit préparé, pour la préfenter à Critias. Ce héros fe joua jufqu'au dernier moment de la mort, qu’il portoit déja dans fon fein,& prédit véritablement celle de Critias, . qui fuivit de prés la fienne. CHAPITRE XVI, ll n'importe pas que vous ayez longUS y Mais bien vécu. I. IH n'y a perfonne affez ftupide pour igno, Wt quil lui faut mourir un jour; cependant quand on approche de la mort, on recule> on tremble,& on gémit. Ne regarderiez-vous pas comme un homme infenfé celui qui verferoit des larmes, parce qu'il ne feroit pas veDu au monde mille ans auparavant? N'eft-ce pas le même degré de folie de pleurer> parce qu'on ne vivra pas mille ans d l'un Ed pa Qvid: Metam: 1. 10, c, 32. Ad Liviam 7. 257* R.Syruse Senec. ibid. Cicer. Sene&. 2.69.70. Virgil. UEn. 10, g. 467, veo— Hiftoria t profanis Script. Omnia debentur morti: paulumque morati j Serius aut citius fedem properamus ad unam? Tendimus huc omnes: hzc eft domus ultima, Fata manent omnes, omnes expect avarus Portitor,& turbæ vix fatis una ratis. Tendimus huc omnes: metam properamus ad unam: Omnia fub leges mors vocat atra fuas. Lex univerfa eft, quz jubet nafci& mori, Ad hanc legem natus es: hoc patri tuo a& cidit, hoc matri, hoc majoribus, hoc omnibus ante te: hoc omnibus poft te accidet. Quantus te populus moziturorum fequetur! quantus comitabitur! multa millia hominum& animalium hoc ipfo momento, quo tu mori| dubitas, animam vario mortis genere emittunt, Quomodo fabula, fic vita: non quàm diu,(ed quàm bene, acta fit, refert.; Quod cuique tempus ad vivendum datut; eo debet effe contentus. Breve tempus tatis; fatis eft longum ad bene honeftèque vivendum. Stat fua cuique dies; breve& irreparabile tempus Omnibus eft vitz: fed famam extendere fais s Hoc yirtutis opus, ... Hiffoires des Auteurs profanes. 101 & l'auue cas le remps nous eft étranger,& hors de notre pouvoir. Vous n'exifterez plus dans un temps, vous n'avez point exifté dans un autre. Pourquoi répandre des pleurs? vous aurez le même fort que toutes les créatures du monde. Vous aboautirez à la même fin, Ici bas tout ce qui refpire, Subit la Loi du deftin rigoureux: Rois, Sujets, de la mort reconnoiffant l'empire; Et vont fe rendre aux mêmes lieux. Tôt ou tard la main de la Parque Tranchera le fil de nos jours, Et le Nocher du Scix, dansfa fatale Barque; Nous conduira chez Pluron pour toujours. €'eftune Loi commune à la race des hommes C'eft un Arrêt du fort, Que tout ce que nous fommes', En commençant de naître» eft foumis à la mort, Oui, vous êtes né fous cette condition 5 vous n'éprouverez en cela que ce qui eft arrivé à yotre pere, à votre mere, à vos ancêtres, à tous ceux qui vous ont précédé,& à tous ceux qui vous fürvivront, Quelle foule de mortels eft prête à vous fuivre! Combien d'autres expireront avec vous! Que de milliers d'hommes, en cet inftant, ou vous craignez de mourir, rendent les derniers foupirs par différentes manieres? La. vie eft comme une repréfencation de théâtre: qu'importe combien elle dure, pourvá qu'elle foit bien exécutée? Chacun doit être fatisfait du temps qui lui a été donné pour vivre; il eft court, mais il eft aCfez long pour en faire un fage&honnéte emploi. Chacun a pour fa courfe un temps irréparable 3 Et fa plus longue vie eft courte& périffable; Mais d'étendre fon nom par des faits glorieux; Dieux. G'eft par où la vertu des Mortels fait d E Senee.de brev.c.r. 2. Epift. 79:97. Valer. L9.c.10, Senec. Ep. 191, 102 Hifforia à profanis Script. 2. Major pars mortalium de natura conqüeritur quod homini tam breve ad vivendum tempus detur. Verüm non inopes vitz, fed prodigi fumus: eam nulli bonæ rei impendimus, & per luxum& negligentiam defluere finimus, Sicut amplz opes, ubi ad malum domi, num pervenerunt, momento diffipantur; at quamvis modicz, fi bono cuftodi tradita: funt, fufliciunt, aque etiam ufu crefcunt: ita vita, fi(cias uti, longa eft; ii veró foli uti fciuat 2 qui fapientiz vacant. Vivere, bonum non eft, Íed bene vivere. Itaque non ut diu vivamus curandum eít, fed ut bene. Longa eft vita, fi plena eft‘Quid hominem juvant octoginta anni per inertiam exacti? Sapienter ac fortiter factis metiamur cujufque vitam, non tempore, Laudemus& in numero felicium reponamus eum, cui, quantulumcumque temporis contigit, bex ne collocatum eft, Eo tempore quod ad vivendum datus fi benc uti velis, etiam parvum ampliffimum efficics, numerum annorum multitudine operum faperando. Excutienda tibi vitz cupido eft, difcendumque, quàm bene vivas referre, non quàm diu, Hiffoires des Auteurs profanes. 103 I. La plus grande partie des mortels fe plaint de la Nature, de ce qu’elle a reflerré leurs vies dans des bornes fi étroites: mais bien-loin que le temps nous manque, nous en fommes prodigues 5 nous n’en faifons aucun boa ufage,& nous le laiffons inutilement écouler parmi le luxe& la molleffe. De méme que les richeffes, quelqu'immenfes qu'elles Íoient, fe diffient en un moment, fi elles tombent entre les mains d'un mauvais Maitre 5 mais au contraire, quelque médiocres quelles foient, fuf&fenc& même s'augmenil été à une fage eft longue ainíi que n faire ufag ufage onnu que de ceux ent à phi d il n’y a point bonheur à ivre, mais à bien vivre. C'eít pourquoi nous devons nous propofer pour objet, non point une longue, mais unc bonne vie: clle eft toujours telle pour nous, fi nous l'avons bier remplie.Que ferventà un homme quatre-vingts années patfées dans une entiere inutilicé? Ne mefurons pas la vie par la quantité des jours, mais par celle des grandes& vertueufes actions. Accordons nos éloges,& plaçons au nombre des Bienheureux celui qui a bien& utilement employé le peu de temps qui a vécu. Le vrai moyen de prolonger la vie Ja plus courte, c'eft de la mettre à profit, en furpaffant le nombre des années par celui des bonnes œuvres. Il faut combattre tout attachement à la vie, & graver dans nos efprits que le plus important pour nous n'eft pas de vivre long tms, mais de bien vivre, Xo4— Hrfloria M profanis Script: CAPUT XVIL Mortem aquo animo oppetit qui ben Yir. Cicmr.t.— y, Profe&tó mors tum æquiffimo animo op:. m?* petitur, cüm fuis fe re&é fa&tis vita occidens ^. confolari poteft. Nemo parum diu vixit, qui virtutis fundus eft munere. Quare fi ipfa ratio minus perficiet ut mortem negligamus; at vita acta perficiat, ut fatis fuperque nobis vixiffe videamur. Cicer. t; de Orat. meque vi A. 231. us effet Socrates, fandiffita in judicio capitis pro fe ,Ut non fupplex aut reus, fed magifter Quintil. aut dominus judicum, effe videretur. Quin *2.€- T etiam cum ei fcripram orationem attuliffet diL put fertillimus orator Lyfias, demiffam& füpplicem,& przfenti procellæ accommodatam, quam edifceret, fi ei videretur,& quà pro Íc apud judices uteretur, non invitus legit,& bene{ctiptam effe, dixit. Sed» inquit, quemadmodum fi mihi calceos Sycionios( qui tum crant omnium clegantiflimi) arculiffes, non uterer, quamvis effent habiles© apti ad pedem, quia non effent viriles: fie illa oratio tua, diferta mihi& oratoria videtur, fortis © virilis non videtur. Caufam ipfe fuam fic egit, ut, judicibus quid poena fe commeruiffe exiftimaret interrogantibus refponderit: Id fe meruiffe ut fibi vidus quotidianus in Prytanao publice praberetur: Qui honos apüd Græcos maximus habebatur. Quo refponfo fic judices exarferunt, ut capis hominem innocentiffimum condemnarent. Nunciand quód cum ju2 T D aerz, in C v» Hiftoires des Auteurs profanes. CHAPITRE XVII. ‘Celui qui a. bien vécu fouffre courageufc» ment la mort. [0] v^ I. On va fans doute à là mort d'un pas beaucoup plus ferme, quand on eft foutenu; fur le déclin de fes jours, par la confolation de fes bonnes œuvres. Quiconque a rempli les devoirs de la vertu, n'a pas peu vécu. Si. donc la, raifon ne peut nous conduire au mépris de la mort, que du moins: notre conduite paífée nous faile regarder la vie comme affez,& même comme trop longue. Socrate étant d’une extrême fageffe& ayant toujours vécu dans une parfaite innocence, parla avec tant d'affurance dans le Procès criminel qui lui fut intenté, qu’on l'eût pris plutôt pour le Maître. de. fes Juges que pour un Suppliant ou. un Coupale. Il y a plus’, Lyfias qui paffoit. pour le plus habile Orateur de fon temps, lui’ ayant apporté. un difcours quil avoit travaillé dans un(tile tendre& touchant,& conforme à fa. malheureufe fortune, pour lapprendre par cour, s’il le jugeoit à propos,& s’en fervir auprès de fes Juges; Socrate lelüt avec plaifir,& le trouva fort bien fait. Mais de même, lui dit-il’, que fr, vous m’euffiex apporté des. efcarpins à la Sicionienne, (c'étoit ators-les: plus magnifiques)» je ne uen fervirois point, quelque conformes qu'ils füffent à lá:mefüre de mes pieds, parce qu'ils ne conviendroient point à un. homme: ainfs votre plaidoyer me paroit éloquent& conforme aux regles de.la Rhétorique; mais peu zonyenable à la grandeur d'ame&: la ferEx: 106— Hifforiaé profanis Script: Cicer. 3. Tufc. U. 71. dices morte damnaffent:£z z//os, inquit, zz2« tura. Uxonique cum lacrymis exclamanri ergone injuflé morieris i An tu, refpondit Jue malles 2 Non patronum ergo quæfvit ad judicium capitis Socrates, nec judicibus. fupplex fuit: adhibuitque liberam contumaciam, à magnitudine animi ducam, non à faperbia. Cum facilé poffet educi à cuftodia,& effent qui promitcerent fugam> noluit, remanfitque dies. triginta 1h carcere.& im expecatione mortis, ut duarum rerum graviffimarum hominibus metum demeret, mortis& carceris. Supremo vitz die, cüm pené in manu jam mortiferum teneret poculum, locutus itacít, ut non ad mortem trudi, verüm in colum videretur afcendere. Sic enim cenfebat, dicebazque: Duas effe vias animorum e corpore excedentium. Nam eos qui fe yitizs contaminaviffent, deyium quoddam iter ingredi feclufum à concilio Deoram: contràverd facilem ad Deos aditum patere illis qui fe integros caffofgu aviffent, effentque. Zn corporibus humanis vitam imitati Deorum. Hiffoires des Auteurs profanes. Yo meté digne d'un PAüofophe. M défendit fa Caufe avec tant de vigueur, quil répondit à fes Juges qui lui laiiloient le choix de la peine, qu a croyoi it mériter, qu'il méritoit d'être nourri le refte de fes fours dans le Prytanée aux frais de la Rép publique 5; honneur qui chez les Grecs paffoit pour le plusconfidéfable, Cette réponíe révoka tellement tous les Juges, qu’"ils réfolurent fa perte, tour innocent qu'il étoit. Quelc qu'un étant venu lui annoncer, quil avoit été condamné à mort par fes Juges: Et eux, rep! iqua- ti, l'ont été par la Nature. Il répartit à fa ftne qui crioit en pleutant: Mon cher Socrate, vous mourez donc Innocent 2 Voudrois-tu que je mouse ruffe coupable? Socrate n'employa donc point une voix« étrangere pour fe défendre,& il ne pärur point Hevant fes Juges dans la pofture humiliaate de Suppliant; il+ de cette noble& fiere liberté, qui part plutóc de grandeur d'ame que d'orgueil: quoiqu'il pà 4 aifément s'évader du Cachot,& qu’ on lui affurât une retraite, il refufa d'en fortir,& y demeura trente jours dans la cruelle attente de fon Jugement» pour guérir les hommes de la foible eiat de deux chofes qu'ils n'er iyifagent qu'avec peine, la mort& la prifon. Lc dernier jour de fa vie, dans le moment prefque qu'il tenoità la main le breuvage mortel, il parla. de maniere à faire entendre qu'il regardoit la mort, non comme un violence| qu'on lui faifoir, mais comme un moyen qu'on lui donnoit de monter au Ciel. Celt ainfi qu’il penfoit,& il dédaroit>, qu'au fortir de cet ce vie s'ouvrent deux routes, dont l’une mene à um lieu de 2; nels les: ames. qui fe font Jouillé i ba: des. plaifirs p) nteux.& des aétions crimtuel— P v} me Hifloria à profanis Script. Dicg. Interrogatus Ariftippus quomodo Soctatés: Latrt.in diem óbiillet? Ut t€go, inquit, optarem. Arift. Senec, Nunquam magnis viris cara in corpore mora; 44 Marc. eft: re atque erumpere geltiunt A ægrè has #23 anguftias ferunt. Phuns P Cüm Athenienfes in concione.& Phocio: inPhoc. EM& non os alios morte damnaflent 5: hi qt üudenrinter amicorum& propinquorum complexus lamentantes sjulantefque trahebantur in carcerem: ille veró eodem animo vultuque ibat, quo quondam publice, accepto exercitûs im perio, domum deducebatur: ita ut gravitatem viri& conítantiam mirari nemo fatis poffet. Emphylerus, quo familiariter. fuerat quàm i indigna perpeteris, Phocion! Huic il Ât non inopinat. a, inquit, hunc ent Im exitum pleriqu te clari yiri habuerunt AÂthentenfes. Ini mici prevercurrentes laceffebant eum conviciis. Unus etiam infpuit in faciem ejus. Ibi fama eft Phocionem converfum ad Archontas, id unum dixiffe: An nemo.h pefcet petulantiam? Rogante quodam ex,amicis numquid filio fuo Phoco mandari vellet? s hominis comÆlian.. xime, inquit: Jubéo enim I2. Ce nienfss injuriarum in me obli 439» » datam qui n on admiratur, is mi i nihil egtc22 gium fape re. vidétur, inquit Ælianus, 2. ini ufüs, cum ei obvius dixiffet lacrymans: Oi,» Quod man- Un de| Hiffoires des Auteurs profanes. 109 Wes; l'autre conduit à l'heureux féjour des Dieux celles qui fe. font confervées pures fur la Terre,€ qui dans des corps humains ont znené une vie toute divine. Quelqu'un demandant à Ariftippe comment Socrate‘etoit mort? Comme je voudrois, repliqua-t-il, mourir moi-même. Jamais les grandes ames ne féjournent que malgré elles dans le corps; elles font impatientes d'en fortir,& de brifer leurs chaînes 5 elles ne fouffrent qu'avec peine cette étroite Prifon. x I. Les Athéniens, dans une affembléc, ayant condamné Phocion& quelques autres à perdre la vie: ceux-ci étoient trainés au cachot parmi les lamentations& les cris déplorables de leurs amis& de leurs parens 5 mais Phocion avoit le même vifage& la même grandeur d'ame que lorfqu'il acceptoit le commandement des Armées,& que le Peuple en foule laccompagnoit jufques chez luipar honneur; de forte qu'on ne pouvoit fe laffer d'admirer la conftance& l'intrépidiié de ce grand homme. Emphilete fon intime ami, étant veu lui dire en pleurant: OR! mon cher Phocion, que vous fouffrey-là un traitement b jufte 1 Oui, lui répliqua-t-il, mais jem y attendois: c'eff le fort qu'ont effuyé les plus illufères Citoyens d’AÂthenes. Ses ennemis affemblés autour de lui, le couvroient d'infultes& d'opprobres, Un plus infolent que les autres lui cracha au vifage. Phocion ne fit, dit-on, que fe tourner vers les Magiítrars.& leur dit: Quelqu'un ne veut-il point empêcher cet homme de commettre des. chofes. fi. indignes? Un de fes amis lui ayant demandé sil avoit quelque chofe à mander à fon fils. Ozz, certes, dit-il; c'eff de ne point fe fouvenir de l'iniuflice des Athéniens,»» M faut.( dit Ælian) 1:0— Hiforiaë profanis Script, Poftquam in carcerem ventum eft,& cicutz teri coepta, Phocionem Nicocle amico fidiffimo rogante, fibi ut permitteret priori vene« num haurire: Ia quidem, inquit, 6 Nicocle ,. ztolefra mihi valde& gravis eft poftulatio tua» verhm, quia nihil tibi unquam denegavi, hoc quoque largiar. Ubi cæteri venenum biberunt, defecit 5negavitquecarnifex fe aliam cicutam triturum., nifi duodecim drachmz fibi effenz numeratz. Tam Phocion, accerfito quodam. amico, petiit ut carnifici illud pecuniæ darer; quoniam. ne gratis quidem mori Athenis licebat, 3. Quum Canius Julius, vir in primis mags nus, cum Caio Cæfare Caligulà fuiffet altercatus; abeunt crudelis ille Imperator dixit: Ne forze ineptd fpe tibi blandiaris ,'dd mortem te duci juff. Tum Canius magno animo: Gratias, inquit, 270, optime princeps. Decem medios ufque ad fupplicium dies fine ulla follicitudine exegit. Vix credi poteft, qua interea dixerit, quz fecerit, quàm in tranquillo fuerit, Ludebat latranculis, cüm Centurio trahens ad fupplicium agmen hominum niorte damnatorum, illum quoque accerffi juffit. Vocatus, numeravit calculos,& ei quicum ludebat: Vide, inquit, ne poft mortem meam menHariste viclfz. Tum. Centurionem compellans: T'effis, inquit, eris, me uno cakulo an” tecedere. O miram in media tempeftate trans quillitatem! cum lade Hzfoëres des Auteurs profanes. Y1t % manquer de bon gout,& n'avoir aucune » élévation de fentimens, pour ne point ad» mirer un ordre fi génereux.» Quand on fut arrivé à la prifon,& qu'or en vint à apprêter la. cigue, Nicocle, un des plus fidéles amis de Phocion, le pria de lui permettre d'en goûter le premier: Votre demande, 6 mon cher Nicocle| lui repartit Phocion, m'ef. fort défagréable ,& me caufe une extrême peines mais comme je ne vous ai jamais rien refufé, je vous accorde encore ceci, Ceux qui devoient fubir la même peine ayant bà le poifon, il n'en refta plus. Le Bourreau ne voulut point broyer d'autre ciguë, qu'on ne lui eût compté douze dragmes. Phocion fit approcher quelqu'un de fes amis,& le pra de donner cette fomme au Bourreau 5 parce que, ajouta-tcil, I n'étoit pas permis à Athines méme de mourir fans payer. III. Canius Julius, homme des plus 1llusttes de fon temps, ayant eu une altercatio avec Caius-Céfar Caligula, ce cruel E reur lui dit en fortant: ne te flatte pas d'une vaine efpérance, J'ai donné ordre qu'on te fit mourir. Canius lui répartit d'un ton ferme: Je vous en remercie, très-bon Prince. Jufqu'av jour deftiné à l'exécution de cette barbare Sentence., il en pafla dix fans donner aucun figne de chagrin, A peine pourroit-on croire tout ce qu’il fit, tout ce quil dit,& la tranquillité dont il jouit pendant cet intervalle. Il jouoir aux échecs, lorfque le Centurion. conduifant au fupplice une groupe d'hommes condamnés à mort, le mit de ce nombre, Lorfqu'on l'eut averti, il compta les échecs qui lui reftoient,& dit à celui avec qui il jouoit 5 Prenez-garde de mentir après ma mort, en vous. vantant de m'avoir gagné. cette partie, Alors s'adreflant au Cene Hiftoria profanis Scripts. 1 tUr0n: ril, com e. 4. Eorum, qui mortem fortiter oppetierunt d. S a ii‘exemplis incitati, mortem tandem vel optare Ë incipiamus, vel certé timere defiftamus. Nam cüm fupremus ille dies, non animi exftin&ionem, fed commutationem tantüm afferat loci, quid optabilius? Itaque fi quid tale acciderit, ut à Deo-nobis denunciatum videatur exire à vira 5 xti& agentes gratias, pareamus, emite tique nos é-cuftodia-& levari vinculis arbitremur, ut in æternam,& plant in noftram domum remigremus. Mortem portum nobis & perfugium putemus. Senece, Vir fapiens mortem, morbos,& alia quain de Beat. vitam humanam incurrunt, feret, non folum ?«15* patienter, fed etiam libenter, ut pareat legi naturæ: quemadmodum bonus miles fert vulnera; & tranfverberatus telis, moriens amat eum, pro quo cadic, Imperatorem. Habebit in anis mo illud vetus przceptum: Deurz fequere. CAPUT XVIII Humatio contemnenda in nobis, non nes gligenda. in noffris. Cictr.3..— y, Cüm Socrates jam jam morituras, effetMufc. n. A 203,109, 19 Gatus à Critone quemadmodum. fepeliri vef.. ii^ Hiffoires des Auteurs profanes. 113 curion: ous me fervirez de témoin, ajoutatil, comme je fuis fapérieur d'unepiece. Quelle admirable& merveilleufe fécurité au milieu de l'orage! IV. Encouragés par les exemples de ces ames héroïques, qui ont bravé la mort avec tant de valeur, commençons enfin à la défirer, ou ceffons au moins de la redouter; car puifque ce dernier inftant n'entraine point l’anéantiflement de notre ame, mais un fimple changement de lieu, y a-til au monde un objet plus digne de nos vœux? Si donc i nous furvient quelqu’accident, par lequel il femble que Dieu nous ordonne de fortir de la vie, obéiffons avec joye,& rendons-lui graees. Penfons que nos chaines vont fe brifer, & notre prifon s'ouvrir, pour être tranfportés dans notre éternelle& unique Patrie. Regardons enfin la mort comme un port& un azile affuré contre tous les écueils de la vic. Un homme fage fupportera avec autant de patience que de courage, la mort, les maladies,& les autres miferes inféparables de la vie humaine, pour fe conformer à la Loi de la Nature 5 femblable à un bon Soldat qui fouffre les bleffures,& qui, criblé de traits, prét à rendre le ernier foupir, n'en aime pas moins le Prince pour lequel il meurt: en un mot il aura toujours préfente à lefprit cette ancienne maxime: Elevez-vous jufqu'à Dieu. CHAPITRE XVIII. Ilfaut méprifer la fépulture pour nous-mémes ,maisil n'en faut pas négliger Iefoin dans les perfonnes qui nous regardent. I. Criton ayant demandé à Socrate, prêt de mourir, de quelle manicre il vouloir être eu 114 Hifforiz e profanis Seript. let, fic refpondit, ut fe oftendere: hác de re nibil laborare. Diogenes durior, ut Cinicus, projici fe juffit inhumatum. Tum amici: o/ucribufae& feris? minim? verd, inquit: Sed bacillum prope me, quo abigam, ponitote. Qui poteris? illi: non enim fenties. Quid igitur mihi ferarum laniatus oberit nihil. fentienti? Senec 2.Minabatur Theodoro philofopho tyrannus mortem,&& quidem fine fepultura. Cui T dorus: O te zneptum, fr ue ineref tcrram, anu fra 5 putr 11 usa f Ja egreffarus corpore, nihil 2d i(e judicat pertinere quo illud conferatur, an ignis exurat, an feræ diftrahant, an terra contegat. Cicer. 1? Præclaré Anaxagoras, qui cüm Lampfact Tufe. p, MOrcretur, quærentibus amicis, vellerne Cla1c4. Zomcnas in patriam, fi quid ei accidiffet, referri? Nzhil neceffe eff, inquit: undique enim Dia ad inferos tantumdem via eff. Rogantibus quo. Inn Se civitatis principibus, num quid fieri poft «nar, mortem mandaret? Juffiffe E fen nt, ut pueri m n ,€0 ,quoé jun abiiflet, die, ludendi copiam haberent. Quod deinde Lamp. faci obfervatum. Cuegs(De humatione unum tenendum eft; cone Tufc. c, temnendam in nobis, non negligendam in nof9.108. tris: ita tamen ut mortuorum corpora nibil fentire intellizamus. Quantum autem confuetudini famzque dandum fit, id curent v ^ Hifoires des Auteurs profanes. 115 feveli, il lui répondit de façon à lui faire entendre qu'il ne s'en embarrafloit point. Diogene, plus févere en qualité de Cynique, ordonna en mourant, qu'on jettät fon corps fans l'inhumer. Quoi! lui dirent fes amis, vous fee expofé aux bêtes farouches© aux oifeaux 2> Non vraiment, répondit--il, mettez auprès de moi un bâton, afin que je des ch affe. Ec comment le pourrez-vous, ajouterent-‘ils, puifque vous n"aurez p plus de féntiment? Que m'importe donc d'être mangé par les bêtes, puifque je n'en fentirai rien? II. Un Tiran menaçoit le Philofophe Théodore de le faire mourir,& même de le priver de la fépulture. Ak! que vous êtes fimple, lui repliqua Théodore, f£ vous croyez que ji me foucie beaucoup de pourrir fur la terre ou deffous! Une grande ame prête à rompre les liens du corps, penfe qu'il lui eft fort inditférent où ce corps foit tranfporté, qu'il foit confumé par le feu, déchiré par les bêtes, ou couvert de terre. Anaxagore, demeurant à Lampfaque, t£» pondit figement: à(esamis, qui lui demone doient s'il vouloit 9e on le fi: porter pue zoméne fa Patrie, en cas| Cela n'ef point neceffair Enfers n'eff pas pis m d'un lieu. que d'un autre, Les principaux de la Ville l'étant venu prier auffi de leur dire ce qu'il. défiroit d'eux après fa mort: Il répondit qu'il ne défiroit autre chofe finon que le jour anniverfaire de Ja mort ft vn congé pour les Jeunes gens. Cela fat exécuté dans la(uite à Lamplaque. IH. Un point effentiel à obferver au fujer dela(épukure, c'eft d'en faire peu de cas à l'égard de nous-mêmes, mais de n'y point paroître indifférens à l'égard si ceux qui nous appartiennent, fans croire pour cela que les Hiftoria è profanis Script. CAPUT XIX. i Tollatur fortuna difcrimen in morte; Cicer. z.— x. Maximé é natura cft tolli fortunz diferide Le men in morte:& ut cæterorum fumtuum, fic *9?^^ euam epulcrorum, modus recté requiritur, Credo' minimam olim hujus rei faiffe cupiditas tem: alioquin mula extarent exempla majorum. Nec hoc à fapienti(fimis leeum fcriptoribus negle&um. Athenis ille mos, jam à Cecrope ductus, diu permanfit, corpora humandi terrà, quam proximi injicicbant. Sequebantar epulz, quas inibant coronati.:& apud quas de mortui laude, cm quid veri erat, prædicari folitum. Nam mentir nefas habebatur. Cüm deinde fumtuofa fieri funera& lamentabilia cœpif, fent 5 Solonis lege fublata funt. Menopg,|? Cyrus morti proximus filiis mandavic,ut; Cyrop.l. poltquam obiiffet, corpus fuum neque auto ,. De neque argento, neque ullà alià re pretiosà conderent: fed terræ quam primüm redderent. @-Cure, Alexander Afiz fines ultimos vidor pera E 19,C. 1e D gite IY À À Hiftoires des Auteurs profanes.— 117 EOrps ayent aucun fentiment après la mort. Les vivans doivent fur-tout confidérer, dans les honneurs qu'ils rendentaux morts, ce que la coutume& le foin de leur réputation exigent d'eux. CHAPITRE XIX. La différence de la fortune doit difparoître à la mort. I C'eft un des principaux droits de la Nature, d'égaler à la mort la fortune de tous les hommes;& il y a de juftes bornes qu'on ne doit pas pafler dans la dépenfe des tombeaux, comme entoute autre. Je penfe que nos Ancétres, à cet égard, furent extrémement modérés,& ne poufferent pas trop loin leur ambition; car l'hiltoire nous en fourniroit plufieurs exemples: c’eft d'ailleurs un article fur lequel les plus fages Légiflateurs n'ont point été indifférens. cette coutume établie déjà par Cécrops, de couvrir les corps de la terre que les voiíins jettoient, dura long-temps à Athenes; elle étoit fuivie de feftins auxquels ils alfiftoient avec des couronnes fur la téte,& dans lefquels on faifoit ordinairement l'élogc du Mort, s’il y avoit quelque chofe de vrai à en dire; car c'étoit un crime de mentir. La pompe enfuite& la magnificence s’étant introduites - dans les funérailles, Solon fit une Loi pour les en bannir. II. Cyrus, fur le point de mourir, recommanda à fes enfans de ne point renfermer fon corps, ni dans l'or, ni dans l'argent, ni dans aucune autre matiere précieufe, mais de le rendre auffi-tôt à la terre. Alexandre ayant porté fes armes victorigus4 Yit Hifloria è profanis Script. P grans, Cyri regis fcpalcrum juffit aperiri in quo eratconditum ejus corpus, cui dare volebat inferias. Auro argentoque repletum effe crediderat: quippe Perfæ ita vulgaverant. Sed prxter clypeum ejus putrem,& arcus duos Scythicos,& acinacem, nihil reperit. Caeterum amiculo fuo loculum, in quo jacebat corpus, vclavit, coronamque auream impofuit: miras tus tanti nominis regem ,tantis przditum opibus, haud pretiofits fepultum effe, quàm f fuiffet€ plebe, Heodow ,, Babyloniorum Regina Nitocris,fupra por= dr. 2 H 5 tam urbis celeberrimam» loco edito& confpicuo, fepulcrum fibi extrui jufiit, atque his verbis infcribi: SZ cui regum., qui poft me apud Babilonios imperium obtinebunt» pecunia inopia terit; aperto fépulcro, fumito quantum libuerit. Ne tamen aperito» Hf Indiguerit: non enim proderit aperuiffe, Hoc fepulcrum intactum permanfit: donec regnum pervenit ad Darium Hyftafpis filium: qui, referato monumento, non quidem pecunias, quas{peraveTat, invenit, fed cadaver>& hac verba exasata: Né turpis lucri fludiofus effes,& te Znexplebilis pecunia cupiditas teneret,"OortuoTum fepulcra non violaffes. Diod. 4. Refert Diodorus Siculus hunc apud vete= Sic. Lx. res Ægyptios morem fuiffe, ut mortui Rcgis corpus non anté fepulcro conderetur; quam cuncta ejus fada expenfa effent. Volenti cuique facultas dabatur defunctum accufandi. Inftuebatur judicium:& fi plura malé feciffe FCX coargueretur, carebat fepulcro. Cujus de. decoris timore fadum eft ut multi pié juftéSuc imperaverint, Mlions ed i: | Toute Hiffoires des Auteurs profanes. 115 fes jufques dans les confins les plus reculés de l'Aüe, fit ouvrir le Sépulere du Roi Cirus, pour rendre à ces cendres les honneurs funèbres. ll croyoit le trouver plein d’or& d'argent, comme les Perfes en avoient fait courir le bruit; mais il n'y trouva que fon bouclier tout pourri, deux arcs à la facon des Scites, avec fon cimeterre. Le Roi mit ane Couronne d'or fur l'Urne où étoient refermés les reftes de fon corps,& la couvrit de fon manteau, s’étonnant qu'un Prince d’un fi grand nom ,& fi puiffant en richeffes, ne füt point enfeveli plus fomptueufement que fi c'euc été un fimple Particulier I. Nitocris, Reine des Babiloniens, fe ft élever un tombeau au-deffus d'une des portes la plus remarquable dans la Ville, avec ces paroles: Si quelqu'un de mes f'4cceffeurs, qui porteront la Couronne après moi, a befoin d'argent, qu'il ouvre mon Sépulcre, & qui en puife autant qu'il voudra. Mais qu'il my touche point fans une extrême G indifpenfable néceffité, finon fa peine fera perdue, Le Tombeau demeura fermé jufqu'au regne de Darius fils d'Hiftafpes, qui l'ayant fait ouvrir, au lieu des tréfors immen(es quil fe flattoit d'en tirer, n'y trouva qu'un cadavre, & cettte infcription: Si zu n'éois Infatiable d'argent,€ dévoré par une baffe ayarice, tu maurois pas ouvert les Tombeaux des moris. IV. Diodore de Sicile rapporte que chez les anciens Egyptiens, la coutume y étoit établie de ne point enfevelir dans le tombeau le corps d'un Roi mort, avant que toutes fes a&ions euffent fubi un Jugement folemnel. Toute perfonne indiftinctement étoit admife à acculer le défant; on lui faifoir fon Procés dans toutes les formes;&(i le nombre de fes fautes paffoit celui de fes vertus, ü Hiftoria é profanis Script. CAPUT XX Viro forti fortiter ferendus eff dolor. Cice. 1. Inter omnes hoc conftat, non do&oshoTuf..n mines folüm,{ed etiam indo&tos, virorum effe fi. fortium toleranter dolorem pati. Nec verd quifquam fuit, qui eum non laudandum putaret, qui ita pateretur. Itaque dolorem aut extimefcere venientem, aut non ferre præfentem, nonne turpe eft? 2» Tufc., In dolore cogitandum nobis eft, quid for1.52,58. titudine, quid magnitudineadimi, dignum fit: & maxime providendum, ne quid abjcáé, ne quid timidé, ne quid ignavé, ne quid ferviliter muliebriterve faciamus. Ingemifcere viro conceffum eft, idque raró: cjulaii, ne mulie quidem.* Eig,*- Dolorem placidé& fedaté feres, fi cogites quàm id honeftum fit, Sumus enim naturâ ftudiofiffimi apperentiffimique honeftatis, pro quà nibil eft quod non parati funus& facere & perpe. Hinc pericula adeuntur in przliis. Non fentiunt viri fortes in acie vulnera: vel fentiunt, fed mori malunt, quàm tancillüm modo ab eo, quod eos decet, dinioveri. Fulgentes gladios hoftium videbant Decii, cm in aciem eorum irruebant: his levabat omnem Nulncrum metum ac dolorem nobilitas mortis& étoir DE TA 1 dO CLOS os orum eut vel quil ,. Hiffeires des Auteurs profanes. 12x étoit privé de la fépulture. La crainte de cette infamie a été caufe que plufieurs Princes ont regné avec une grande piété& une grande Jüitice CHAPITRE XX. Un homme ferme dort fupporter Ia douleur avec fermeté, I. Tout le monde convient,& c'eft un fentiment adopté par les Scavans, comme par lesIgnorans, qu'un des caracteres propres aux grands Hommes, c'eft de fcavoir fouffrir la douleur avec patience. Jamais perfonne n'a contefté les louanges dués à celui qui l’endure paifiblement. En effet, n’eft-il pas honteux de craindre la douleur quand elle vient, ou de n’y pouvoir réfifter quand elle eft venue? Il ne faut penfer dans la douleur, qu'à ce qui eft digne de la force& de la grandeur d'ame;& prendre garde fur-tout à ne rien faire qui fe fente de la baffeffe d'une crainte fervile, ou de la molleffe d’uñ cœur cfféminé. Il eft permis à un homme de fe plaindre, & cela rarement; mais il eft indigne même à une femme de pouffer des cris. II. Vous ferez tranquille& fans trouble au milieu de la douleur, fi vous penfez que rien n'eft plus glorieux; car nous fentons une pente& une inclination naturelle pour la gloire, & il n’y a rien que nous ne foyons difpofés à entreprendre& à fouffrir pour elle. C’eft elle qui dans les combats nous fait braver le péril. Les hommes courageux ne fentent point les bleffures qu'ils y reçoivent 5 ou s'ils les fentent, ils aiment mieux mourir que dc Sécarer tant foit peu de ce qui cft honora11 Partie, E 422- Hiforia® profanis Script. gloria. Num cum ingemuiile Epaminondam putas; cüm unà cum fanguine vitam eflluere fentiret? Minimé fané: patriam enim fuam Lacedæmoniis imperantem relinquebat. Hac funt folatia, hzc fomenta fummorum dolorum, ‘Cicer.s. 3. Ácerrimus virtuti adverfarius effe videTufc. n. tur dolor: is ardehtes faces intentar: is forti25. tudinem animi fe debilitaturum minatur. Huic ... ágitur füccumbet virtus? quàm turpe, ô Dii pne boni, futurum effet! Pueri Spartiatæ non inge'5* mifcunt verberibus laniati. Adolefcentium grees Lacedæmone vidimus ipfi, inquit Cicero, incredibili contentione certantes pugnis, calcibus, unguibus, morfu denique, ita ut exanimarentur prius, quàm fe viétos faterentur. In India ii, qui fapientes habentur, nudi ætatem agunt,& Caucafi nives perferunt 5 cumue ad flammam fe applicuerint, fine gemitu aduruntur. Mulieres veró, cüm eft cujufque carum vir mortuus, in certamen judiciumque veniunt, quam plurimüm ille dilexerit: plures enim uni marito folent effe nupta. Qua eft vidrix, ea lata, profequentibus fuis, unà cum viro in rogum imponitur: vi&z mœftæ difcedunt. Quanto magis dolorem non formidabit fapientis& conftantis viri virtus? Hifoires des Auteurs Profanes. 123 ble. Les Décius voyoient les épées nues briller de toutes parts, lorfqu'ils fe précipitoient tête baifffe à travers les bataillons ennemis; mais l'ambition d'une mott noble& eloricufe les empéchoit de craindre les bleffures& d'en fentir la douleur. Croyez-vous qu'Epaminondas laiífa échapper le moindre foupir, quand il perdit. la vie avec fon fang? non certes; il quittoit fa Patrie viétorieufe& maîtreife de Sparte. Tels font les motifs de confolation,& les adouciffemens qu'emploient les grandes ames dans les plus cuifantes douleurs. HI. La douleur femble être la plus redoutable épreuve de la vertu 5 elle lui préfente fes feux allumés,& la menace d'affoiblir& de rendre inutile toute la grandeur d'amc qu‘elle lai oppofe. Quoi tla vertu lui rendra-celle les armes? Oh Cid! qu'une pareille défaite feroit honteufe! Les enfans à Sparte. déchirés à coups de Fonet, ne foufflent même point. J'ai vu, dit Ciceron, des troupes de jeunes gens à Lacédémone fe battre avec un incroyable courage à coup de poings, de pieds, d' ongles& de dents, jufqu'à rendre le dernier foupir plutôt que de s’avouer vaincus. Dans l'Inde ceux qui font profeffion de fageffe, marchent toujours nuds pieds au miad des neiges qui couvrent le Mont Caucafe, paffent leur vie fans jamais s'habiller, & PN font cux-mémes brüler vifs fans jetter le moindre cri. Les femmes auffi après la mort de leur mari commun( car la Loi leur permet d'en avoir plufieurs) fe difputent à l'envi,& fubiffent un Jugement, pour fgavoir qui eft celle que le mari a la plus aimée pendant fa vie. Celle qui remporte la victoire, coutrà la mort au milieu des acclamations, & monre fur le bucher avec une joie inconEa CTUM Cicer.2. Tufc, n. 2. Valer.1. 346.3. Diog. Laërt.in Anax. L.vius Le 8.€, I2, 114 Hifforia? profanis Script. CAPUT.XXI Dolorem ferri fortiter. pof, multorum exempla docent, 1. Ut lubentiüs dolori obfiftere poffimus, obferventur animo fortium virorum exempla. Zeno proponatur Eleates, qui perpeffus eft omnia potius, quàm conícios delendz Nearchi tyrannidis indicaret. De Anaxarcho Democritio cogitetur, qui cüm Cypri in manus Nicocreontis regis incidiffet, nullum genus fupplicii deprecatus eft. Conje&tus in mortarium faxeum, ibique ferreis malleis contufus, Tunde, inquiebat, Znaxarchi culeum,( fic corpus vocabat) tunde: Anaxarchum weró ipfam non tundes. Ad uliimum amputationem linguz tyranno minitante, protinis eam dentibus abíciffam& comminutam in os illius iià patulum confpuille dicitur. 2. Romam obfidebat rex Porfenna, feque urbem propter frumenti inopiam expugnaturum fpem habebat: cüm C. Mucius adolefcens nobilis audaci aliquo facinore patriam effe à periculo liberandam ratus eft. Itaque penetrare in hoftium caftra conftituit. Sed metuens ne, fi Confulum injuffü& omnibus Büfurs€ Jupporta comptoit« Un jeune‘ lit bien q t fa dé den. 4 Gui * 1 Os Li Hiffoires des Auteurs profanes. 125 cevable”, pendant qu’on voit celles qui lui furvivent, fe retirer pénétrées de triftefle. Combien à plus force raifon la vertu d'un homme fage& ferme doit-elle vaincre la douleur? CHAPITRE X XL Plufieurs exemples prouvent qu'on peut Jfupporter généreufèment la douleur. I. Afin que nous éprouvions moins de peine à réfifter aux atteintes de la douleur, préfentons-nous à l'efprit les exemples de tant d'hommes fermes& courageux. Mettons-nous devant les yeux un Zénon Eléate, qui fouffrit toutes fortes de tourmens, plutór que de découvrir les Complices de l'attentat formé contre le Tyran Né irque. Rappellons-nous Anaxarque, Difciple de Démocrite, qui étant tombé à Cypre, entre les mains du Roi Nicocréon, n'eut point la foibleffe de s'abaiffer jufqu'aux prieres pour fe garantir du fupplice. Ayant été-jetté dans un mortier € pierre,& broyé à coups de marteau: Frappez, difoit-il, mon fac, mais pour Anaxarque, jamais vous ne pourrez lui faire aucun mal. Enfin le Tyran l'ayant menacé de lui faire couper la langue, il la coupa avec fes dents, la mit en morceaux,& la lui cracha dans la bouche, que la fureur tenoit largcment ouverte. II. Le Roi Porfenna affiégoit Rome,& comptoit s'en rendre Maitre par la famine. Un jeune Seigneur nomme Caius Mucius fentit bien qu'il falloit un coup de main pour délivrer fa Patrie. Il conçut donc le deflein hardi de pénétrer jufques dans le Camp des ennemis; mais craignant que s’il le faifoit F ijj 1:6. Hiforia? profanis Script. ignaris irer, pro transfuga haberetur, Senatum adiit. Zranfire Tiberim, inquit, Parres, & intrare, fi poffim, caftra hoflium volo, non füturus prado, neque populationum hoffilium ultor. Majus, fi Dii juvant, in animo eff facinus. Approbant Patres. Abdito intra veftem ferro, proficifcitur. Ubi in hoftium caftra venit, in confertiffima turba prope regium tribunal conftitit. Tum forté{tipendium militibus dabatur, qui propterea adibant fcribam cum rcge pari feré ornatu fedentem,& multa agentem. Timens Mucius fcifcitari uter eorum qui fedebant Porfenna effet, ne talia interrogando fe Romanum effe aperiret, re fortuna permifsà, fcribam pro rege obtruncavit. Inde cm viam fibi cruento macrone per trepidam turbam faceret, comprehenfus à regiis fatellitibus,& ad tribunal addu&us eft. 'Yum ille nihil metuens: Romanus fum, inquit, civis: C. Mucium vocant. Hoflis hoffem occidere volui: nec ad mortem ferendam minis animi ef), quàm ad cadem patrandam fuit. Ert facere© pati fortia, Romanum efl. Addidit deinde, non fe unum occidi Porfenna gloriam petere: idem periculum, eafdemque infidias ei imminere à juventute Romana. Cùm Rex irà percitus, peticuloque conterritus, circumdari ignes juberet, nifi properé& claré expromereteas, quas minabatur;, Romanæ juventutis infidias; Vide, inquit Mucius, quàm vile fit corpus iis, qui magnam gloriam fpectant. Dextramque accenfo ad facrificium igni injecit. Quam cüm velut fine ullo doloris Hiffoires des Auteurs profanes. 117 fans lofdre des Confuls,& à linfgu des Romains, on ne le regardàt comme un Déferteur, il fe rendit au Sénat. Meffeurs s dit-il aux Sénateurs, j'ai réfolu de paffer le Tibre,& d'entrer, fi je le puis, dans le Camp ennemi, non pour y piller, ni pour venger les ravages qu'il a faits für nos terres; je médite une entreprife plus glorieufe& plus importanze, pourvu que les Dieux me foient favorables. Les Magiftrats y confentent. Mucius part un poignard caché fous fon habit. Dès qu'il fut arrivé au Camp, il fe méla dans la plus grande foule,& s'avança jufqu'au Tribunal du Roi. On diftribuoir alors la paye aux Soldass, qui s'adreffotent pour cela au Secretaire affis à côté du Roi ,,& vêtu prefqu’auffi fuperbement que lui. Le jeune Seigneur craigaant qu'on ne découvrit qu’il étoit Romain 5 sil s'informoit qui des deux étoit Porfenna, laiffa le fuccès au hazard,& tua le Secretaire en. place du Roi. Comme il fe faifoit jour à travers la Populace effrayée, avec la pointe de fon fer enfanglanté, il fut arrêté par les Gardes-duCorps,& conduit au Tribunal du Roi. Alors fans s'étonner: Je fuis, dit-il, Citoyen Romain, je m'appelle Mucius. J'ai voulu tuer mon enin,€ je n'ai pas moins nemi de ma prope mat de courage pour fouffrir la mort, que j'en at eu pour exécuter ce meurtre. C'eft le caractere d'un Romain de tenter les projets les plus hardis,& d’endurer les maux les plus violents. Puis il ajoüta, qu'il métoit pas le feul qui enviât la gloire de tuer Porfenna, qu'il avoit à craindre le même danger& les mêmes piéges de toute la Jeuneffe Romaine. Le Roi tranforté de fureur,& que la vue d'un fi grand péril épouvantoit, donna ordre qu'on préparât de grands feux, sil ne lui découvroit € iv 125— Hifforia è profanis Script. fenfu torréeret; attonitus rei miraculo Rcx ab fede fua profiluit, amotumque ab igne juvenem dimifit inviolatum: fimulque Romam miff legati ad pacis conditiones offerendas, granish/ Cüm pide rebem dn faketlite Hextra; a UN Injecir facris(efper tura fücis,' ( Sed tam|fz»va pius mirácula non tulis hoftis; V Etraptum flaiimis jufíit abire vitm, Urere! quam potui: contemto Mucius'igne ,. Hanc fpeétare manum/Porfena non potuit. "Major decepta fima e edere:; Si non peccaffet, fecerat illa minùs. E. Valer.l,— Vetufto macedonum more, tegi Alexandro HI Ci 8-c+ 3» facrificanti præftô crant nobiliffimi pueri. E We quibus unus cüm thuribulum tenens ante[e$e regem aftitiffet; in ipfius brachium carbe IE Le ardens delapfus eft: quo et ita adurebatur;"m ten ut aduftæ carnis odor ad circumftantium na-" andre, | 0e £es perveniret; tamen& dolorem filentio prefft,& brachium immobile tenuit: ne facri Hifloires des Auteurs Profanes, 129 prompiement& fans détour le complot de la Jeuneffe Romaine dont il le menaçoit. Vois, lui repliqua Mucius, combien le corps eff méPrifable à ceux qui m'ont pour objet que la plas haute gloire;& en même-temps il met fa main dans le feu allumé pour le facrifice. Comme il la laiffoit brûler,(ans donner aucun figne de douleur, Porfenna frappé de ce prodige, s'élanga de fon Tribunal,& lui ayant tiré le bras du feu, le renvoya fans lui faire aucun mal. Auffi-tót il députa des Ambaffadeurs à Rome, chargés des Conditions de Paix.. Ce Héros courageux, qui du Roi d’Etrurie Au milieu de(on Camp alloit percer le fein, Dans un ardent brafier ofa punir fa main De Perreur qui l’avoit trahie. Le Roi frémit à cer afpe&t, Et forcé d’admirer certe Vertu Romaine; Crut, au lieu des tourmens que préparoitfa haine 5 Ne lui devoir que du refpeét, Epouvanté d'un tel miracle, Dont le Romain fe fait un jeu, D’une main qui bravoit les atteintes du feu ,. Porfenna ne put même endurer le fpeétacle,Fortune, graces à tes foins, Scévola te fçait gré de l’heureufe méprife Qui couronna fon enireprife: Avec plus de fuccés, il réuffiffoit moins, III, C'étoit une ancienne coutume en Macédoine, que les jeunes Seigneurs les plus dift tingués ferviffent le Roi dans les Sacrifices.L'un d'eux. tenant l'encenfoir en préfence d'Alexandre, un charbon ardent vint à tom-ber. fur fa main: Quoiqu'il en für fi fortement brûlé, que l'odeur de fa chair rôtie montoit au nez des. affiftans;. cependant il ne jetta: Ev. Cicer. 2. Tufcul. m5: 52». Ibid. n. Gr 5.D? fin, B. 94, i40 Hifloriæ à profanis Script. ficium ullo gemitu. impediret. C. Marius rufticanus vir, fed plané vir cüm ei varices in crure fecarentur, non fine acri doloris morfu, vetuit fe alligari. Nos, fi pes, fi dens condoluit, ferre non poflumus. 4. Ex Syria decedens, confecto Mithridatico. bello, cum Rhodum veniffet Pompeius; nobiliffimum. Stoïcæ difcipline philofophum Pofidonium cupiit audire. Sed cum diceretur graviter tunc zger effe, quód doloribus podagræ cruciabatur maximis; voluit faltem vifere, quem audire de rebus philofophicis dif-ferentem. non licebat. Quem ut vidit,& falutavit, honorificifque verbis. eft profecu-tus, molefté fe ferre dixit, quód eum non poffet audire. At ille: Tu. veró, inquit, potes: nec committam, ut dolor corporis efficiat ut frufra tantus vir ad me venerit, Itraque cubans, graviter& copiosé difputavit de hoc Stoicorum dogmate: NZz/ effe bonum, nif quod honeftum effez. Cümque. quafi faces doloris eiadmoverentur, fæpe dixit: N/A agis, dolor: quamvis frs moleffus, nunquam te effe confitebor malum. Mud enim Stoici negabant malum dici poffe, quod turpe non effet. Etfi Peripatetici dolorem: dicebant malüm elle, de co tamen fortiter ferendo eadem præcipiebant quz ftoici, Et quidem Arcefilas Hiftoires des Auteurs profanés. 13x aucun cri,& tint toujours fon bras immobile, pour ne point troubler le Sacrifice. Caius Marius, homme fimple, mais vraiment homme par fa fermeté, ne voulut point qu'on le liàt pendant qu'on lui fit la douloureufe opération de lui tailler des tumeurs à la cuiffe;& nous, fi le pied, fi la dent, nous‘fait le moindre mal, nous perdons patience. IV. Pompée, à fon retour de Syrie, aptés avoir heureufement achevé la guerre contre Mithridate, vint exprés à Rhodes. Il avoit envie d'y profiter en paffant des Leçons de: Pofidonius, célebre Philofophe de la Secte: Stoïcienne. Comme on lui apprit qu’il étoitfort malade d'une goutte qui lui faifoit fouffür de cruels tourmens, il voulut du moins voir. celui qu’il fe flattoit d'entendre raifonner fur des fujets philofophiques. 1l alla chez lui, le falua,& lui parla. en termes fort refpe&ueux; il lui témoigaa la peine qu’il avoit de ne pouvoir l'entendre. Il ne tiendra qu'à vous ,.repartit-il,& il ne fera pas dit qu'à caufe de ma maladie, un fi grand homme foit venu chez moi inutilement. Yi commenga donc dans fon lit un long& grave difcours fur ce Dogme des Stoiciens: Qu'il zy avoit rien de bon, que ce qui étoit honnête;& comme cependant la douleur fe faifoit fentir vivement,& lui enfonçoit fes pointes dans tout: le corps, il répéta fouvent: Tu ne gagneras rien, 6 douleur; quelqu'incommode& violente que tu puiffes être, je n'ayouerai jamais que zu fois un mat: Car les Stoïciens ne comptoient- point au nombre des maux, tout ce qui étoit exempt de honte& d'infamie. Quoique les Péripatéticiens convinífent que {à douleur étoit un mal, leurs préceptes cependant s'accordoient avec ceux des StoiciensEvj: 32. Hrfforia 8 profanis Script. Peripateticus, ctia arderet podagræ doloribus, vitirafferque hominem Carneades,& triftis exiret: Mane, quafo, inquit, Carneade nofter: nihil illine huc, pervenit. Oftenditque pedes,& pectus. I: 5. Confuetudo labôtum perpeffionem dolorum efficit faciliorem.. Ferre laborem, contemnere vulnus,& dolorem confuetudinis., magna vis. Perno&tant venatores in montibus & in nivibus. Pugiles ceftibus contufi, ne ingemifcunt quidem. Gladiatores perditi homines aut barbari, quas plagas perferunt! "Tantum exercitatio& confuetudo valet. Ergone hoc Poterit homo. viliffimus? Vir natus ad gloriam& honeftatem; animum tam mollem habebit, ut eum non meditatione&. zatione. corroboret adversis dolorem 2. Did: ni 6. 6. Dolorum: patientia in omni. genere-(eæquabilem præbcat. Sæpe multi, qui aut progter glori cupidiratem., aut ut jus fuum& libertatem tuerentur, vulnera. exceperunt fortiter& tulerunt, iidem dolorem. morbi ferre non poffunt: neque enim. ratione& fapientià vulnerum dolorem tulerant, fed gloriæ& proprii comniodi. ftudio. Nihilautem poteft effe æquabile, quod. non à ratione proficifcitur. Traque barbari ferro decertare acerrimo poffunt: ægrotare viriliter non. queunt. Sic Cimbri& Celtiberi in pralio exfultant, lamentantur in morbo, d'une m; M par fr péril, m: mont de Eat point as . Hifotires des Auteurs profanes. Y33 fur la force avec laquelle on doit la fupporter;& en effet, Arcéfilas ,. Philofophe Péripatéticien, confumé par les douleurs de la goutte, dit à Carnéades qui l'étoit venu voir, & fortoit affligé de fon état: Reffez, je vous en prie, mon cher Carnéades; rien n'eft paffé delà ici;& en même temps il lui montra fes pieds& fa poitrine. V. L’ufage du travail nous donne plus de facilité à fouffrir les douleurs; c'eft l'habitude qui nous apprend à foutenir les fatigues de l'exercice, à méprifer la violence des maux; car fon pouvoir eft fort érendu. Si les. Chaffeurs paifent les nuits dans les montagnes& les neiges; files Athletes. moulus à coups de ceftes, ne pouflent pas le moindre foupir; files Gladiateurs enfin, ces hommes perdus ou barbares, font infenfibles à toutes fortes de bleffures, tous ne doivent-ils pas cette intrépidité à la force de l'habitude? Quoi donc! le plus vil des Humains fera. inébranlable au milieu des douleurs,& un homme né pour la gloire& l'honéteté, aura le cœur fi lâche, qu’il ne fçaura point l'aguerrir contrelles, par le fecours de la réflexion ni de la raifon! .. IV. La conftance dans les douleurs ne doit jamais fe démentir, mais doit fe montrer égale en toute fortes d'épreuves. Il n'eft pas rare de voir des hommes qui ont reçu généreufement- des bleffures, foit pour acquérir de l'honneur, foit pour la défenfe de leurs droits & de leur liberté 5 mais ces mêmes hommes fouvent ne peuvent tenir contre les douleurs d'une maladie: car ce n’étoit ni par raifon; ni par prudence, qu'ils s'étoient expofés du péril, mais par l'ardeur de la gloire,& l'amour de leurs intéréts. Or, tout ce qui ne part point de la raifon, ne peut. fe. foutenix Hiftoria? profanis Script: CAPUT XXII Qua dura funt, fiunt. leviora patientis, P. SyI. Cuivis dolori remedium eft patientia. rus. Miferiarum portus.eft patientia. Senec.de /— Nihil tam infeftum tranquillitati animi, Trang. quàm nihil pad poffe: Itaque id fummopere ?.14. ftudendum., ut damna; quàm minimé fieri poterit, fentiamus 3 etiam adverfa benigné interpretemur. Nunciato naufragio, Zeno cüm omnia fua audiret fubmerfa: Jubet» inquit, me fortuna expeditis philofophari. ; Lacæna-quædam, cüm filiam, quem ia Cicer.re T: TH up: Tufe. n, Prælium miferat, interfedtum audiffet: Zgcir102. co, inquit, genveram, ut pro patria non dut>> bitaret occumbere. 3. Tufe, Abaxagoram quoque ferunt, audità morte: 1.30. fliijid unum dixiffe: Sciebam me genuiffe mor$m talem. Quotidie prater oculos noftros tranfeunt ?". notorum Ignotorumque funera: multi tamen hob. 6, 2 29. 30, MInes, Ut reram aliarum, fic vitz infatiabiles, indignantur fe fuofque inde exire, quód ad: tempus tantum admiffi funt. Quantó ille juCüor, qui nunciatam filii mortem non tanquam novum nuncium accepit? Quid eft enim novi: hominem mori> CUjus tota vita nihil aliud: yeux la connoif &1 Hiftoires des Auteurs profanes. 13$ avec uniformité. Auíli ces Peuples barbares combattent avec beaucoup’ de valeur,& cef(fent d’être hommes dans les maladies. C'eft ainfi que les Cimbres& les Celtibériens courent avec joie à une bataille, mais fc défefperent dans une. maladie. CHAPITRE XXII La Patience adoucit les maux les plus durs. I,Fermes dans la douleur,armons-nous decourages Nous braveronsles coups du fort: Réfiftons aux fareurs des vents& de l'orage 5 La conftance conduit au Port. Rien n’eft À préjudiciable à la tranquillité de l'efprit, que de ne pouvoir rien fupporter: c'eft pourquoi il faut fur-tout nous accoutumer à être le moins fenfibles qu’il fe peut aux pertes qui nous arrivent;& à prendre en bonne part les difgraces de la forrüne. Zénon apprenant que tous fes biens avoient été fubmergés dans un naufrage: La fortune, dit-il, veut que je philofophe plus à mon aife. Une Mere Lacédémonienne ayant appris la mort de fon fils; qu'elle avoit envoyé à la. guerre: Je ne l’avois mis au monde, réponditelle, que pour l’immoler à fa Patrie On rapporte auffi qu’Anazagore, fur la nouvelle de la mort de fon fils, ne dit que ces mots: Je feavois n'avoir fait qu'un mortel. Nous voyons paffer tous les jours fous nos yeux la pompe funebre d'hommes que nous connoiífons,& que nousne connoiflons pas 5 & malgré cela plufieurs, infatiables de la vie, comme de beaucoup d'autres chofes, ne fortent& ne voyent fortir leurs proches qu'avec une efpece d’indiguation de ce monde, où Viler.l. 3: Æmilius Daulüg P0 10. Miferrimi patris clari Livius, L45. c 1: 4n dolis 136— Hiflorin à profanis Script. quam ad mortem iter eit> Itaque id quod ne: cefle cít, nunquam timeamus 3quod incertum eft, femper expectemus.. Valer.l. 2. Xenophon Socratis difcipulus, eique: $«€ 19. facundiá proximus, cüm folenne facrum£zceret, é duobus filiis majorem n Gryllum cognovit cecidiffe in prælio apud Mantinzam, nec idco incœptum Deorum cultum omittendum putavit, fed tantummodo coronam deponere contentus fuit. Persontatus deinde quonammodo occubuiffet filius$ ut audivit fortiffimé pugnantem interiiífe, coronam capiti repofuit, numina» quibus facrificabat, teftatus., majorem fe ex virtuta filii voluptatem» Guam ex. morte dolorem, fentire. Alius removiflet hoftiam, abjeciffet altaria, lacrymis thura refperfiffec. Xenophon & corpore& animo immobilis permanfit. Dolori fuccumbere»ipsà clade, quæ nunciata erat, triftius duxit, atü nomine ,,Bunc£diciffimi, nuncffimum exemplum, ex forme& egregiæ in» duos in Corneliam Fabiamque gentem adoptione tranftulir» duos eifortuna abftulir; quorum alter, quarto. die antequam. patertriumpharet, fanère eft elatus; alter in triumphali curru confpettus, poft diem tertium expiravit, Itaque qui liberis fic abunday erat. quatuor. filiis infignis pet pus def de dodeur, U Iit du pls] de tous aimables de fer deux P Coraeliens Hifloires des Auteurs profanes. 137 ils ne font entrés que pour un certain temps. Ah! que ce Philofophe qui ne reçut point comme une nouvelle étonnante la mort de fon fils, penfoit bien plus juftement! Car, eft-ce une nouveauté de voir un homme mourir, lui dont toute la vie n’eft autre chofe qu'un voyage à la mort? Ceffons donc de craindre ce qui eft néceffaire,& ne ceffons d'attendre ce qui eft incertain» II. Xénophon, Difciple de Socrate,& fon Rival en éloquence, apprit au milieu d'un Sacrifice, que l'ainé de fes deux fils, nommé Gryllus, avoit été tué à la Bataille de Mantinée; il ne crut pas pour cela devoir interrompre la Cérémonie facrée, mais il fe contenta d'Óter fa couronne. S'étant enfuite informé de quelle maniere il étoit mort; comme on répondit qu’il avoit vendu chérement fa vie, il remit fa couronne, prenant les Dieux, auxquels il offroit ce Sacrifice, à témoins, que la valeur de fon fils lui faifoit infiniment pius de plaifir que fa mort ne lui caufoit de douleur. Un autre auroit repouffé la victime, abandonné les Autels,& arrofé l'encens de fes larmes. Xénophon ne changea point de contenance,& fon efprit ne fut point troublé, Il regardoit la perte, qu’on venoit de lui annoncer, comme moins fàcheufe pour lui, que la honte de céder à la violence de la douleur. II. Paul Emile, ce fameux modele, tantót du plus heureux, tantôt du plus malheureux de tous les peres, de quatre Eils également aimables de figure& de cara&tere, en fit paffer deux par adoption dans la Famille des Corneliens& des Fabiens y& perdit les deux autres. L'un moutut quatre jours avant fon triomphe;& l'autre qui l’y avoit accompagné, expira uois jours après, Ce pere donc, 138— Hifforia ë profünis Script. ut duos in alienas familias tranfmififfet, ad orbitatem fubitô eft reda&us. Quem cafum quo robore animi fuftinucrit, nemini dubium eife poteft. Nam orationi, quam ad populum de rebus à fe geftis habuit, hanc. claufulam adjecit: Cum in tam profpero bellorum Jfucceffu timerem, Quirites, ne quid mali contra nos fortuna moliretur; Deos precatus fum, ut, fs quid adverfi populo Romano immineret, id totum In ream domum converteretur. Quapropter bene. fe res habet: anruendo enim votis meis, idegerunt, ut vos potiks meum cafum doleatis, quam ego vefiro ingemifzam. CAPUT X XIII. "Aliorum refpice incommoda» ut mitiiis feras tua. Vale.!. Cüm ex amicis quemdam graviter mceL7.c,2, rentem videret Solon, in arcem Athenarum perduxit, hortatufque eft, ut per omnia fubjecta ædificia oculos circumferret. Quod ut factum animadvertit: Cogita nunc tecum, inquit, quàm multi lucus fub his telis& olim fuerint, hodieque verfentur, infequentibufque Seculis fint habitaturi: ac define ea incommoda tanquam propria deflere, qua funt. communia mortalium. Idem Solon aiebat: Si imumum locum cuni mala fua contuliffent; futurum ut quifque pro». gria domum. reportare mallet, quam ex comifortut y Jer. la mienne, CHA Hiffoires des Auteurs profanes. 139 qui peu de jours avant étoit allez riche en enfans, pour en remettre à des Familles écrangeres, fe vit tout-à-coup réduit à un trifte veuvage. On ne peut révoquer en doute la conftance& la fermeté d'ame avec laquelle il foutint un funefte accident 5 car dans le difcours qu’il tint au Peuple fur la conduite qu’il avoit tenue dans fes Campagnes, i finit ainfi: Craignant, Meffieurs, à la vue de tant de fuccès inouis, que la fortune ne nous préparát quelque grand revers> j'ai prié les Dieux que fi le Peuple Romain étoit menacé de quelque malheur, de le faire tomber entierement fur ma famille. Fai donc fujet d'être content, puifqu'en exaugant mes Vœux, ils m'ont épargné la douleur de gémir fur votre infortune, au lieu que vous devez compatir& la mienne. XIII CHAPITRE X XIIL »umü^^ Contemplez les malheurs d'autrui» pouf fouffrir les vôtres avec plus de douceureI. Solon voyant un de fes amis plongé dans une profonde trifteffe, le mena fur la Citadelle d'Athenes,& l'invita à promener fes ycux fur tous les bâtimens qui s'y préfentoient. Quand. il leur fait: Figurez-vous maintenant, loi ditil, ff vous le pouvez, combien de détails& de chagrins logerent autrefois fous ces toits ,combien il y en Zjourne aufourd'huz, 9 combien dans la fuite des fiecles il y en doit habiter. Ceffez donc de pleurer vos difgraces, comme f elles vous étoient particulicres,puifqu'elles-vous font communes avec tous les hommes. Le méme Solon difoit: 57 zous les Mortels pouvoient raffembler en un même lieu: leurs maux, chacun aimeroit mieux remporter .. M- D 140— Hifforis? profanis Script.; muni mifertarum acervo portionem fuam accipere. Unde colligebat, non oportere nos, quz fortuitó patimur, ca magis intolerabilia judicare, quàm qua alii patiuntur. AU RR 2. Ciceroni mortem Tulliæ filiz infolabiliFam, terlugenti, cüm multa alia, tum hzc fcripfit Ep.s. Servius Sulpicius. Quz res mihi non mediocrem- confolationem attulit; volo tibi commemorare, fi forté eadem res ribi minuere dolorem poffit.»» Ex Afâ rediens; cüm ab » Ægina Megaram versus navigarem, cœpi » regiones circumcirca profpicere. Poft me erar » Ægina, anté Megara, dextrà Pirœus» finif» trà Corinthus. Quz oppida quodam tem» pore florentiffima fuerunt, nunc proftzata »& diruta ante oculos jacent.> Cœpi egoMCE mecum fic cogitare.» Hem» 705 homunculi indignamur, Je quis noffrám interiit> QUE occifus eff, quorum vita Brévior effe debet: cim uno loco tot oppidorum cadavera projecta Jaceant? Visne tu-te» Servi, cohibere,& meminife hominem te effe natum? Crede mihi cogitatione eà non mediocriter fum confirmatus. Hoc idem, fi tibi videtur» fac ante ocu. los tibi proponas. Modó uno tempore tot clariffimi viri interierunt: de imperio Romano Præterca tanta diminutio facta ef: Omncs provinciæ conquaffatz funt. In unius mulierculae animulo fi jara facta eft» tantopere comm moveris? Quz fi hóc tempore non diem fuum obiffet, paucis poft annis tamen ei moriendum fuit, quoniam homo nata fuerat. lever tant d | core une b: lomain; to Is;& la ile n'étoit hus ea Hifloires des Auteurs profanes. 143 les ffens cheg foi, que de prendre la moindre portion de l'amas.commun des mifereshumaines; d'ou ce Sage concluoit que nous ne devons pas regarder nos chagrins plus difficiles afupporter que ceux des autres. II. Voici comme Servius-Sulpicius confole dans une de fes Lettres Ciceron, qui pleuroit amérement la mort de Tullia fa chere fille. Je veux vous faire part, lui dit-il en tr'autres chofes, d'une qui m'a beaucoup fou-: lagé dans mon afflidion, pourvu qu'elle opere le méme effet fur vous.» À mon retour » d'Afie, allant d'Egine à Mégare, je com» mengai à jetter la vue fur les Pays qui » m'environnoient de tous cótés. Egine étoit » derriere moi, Mégare devant mes yeux 3; » J'avois à droite-Pyrée, Corintheà gauche. » Ces contrées autrefois peuplées& des plus » floriffantes, n’offrent plus au regard que » débris& ruines.» Je fis alors ces réfiexions au dedans de moi-même: Hé quo:! Nous qui ne fommes que de foibles mortels, dont la vie doit étre bien plus courte, nous mous füchons fi quelqu'un des nôtres vient à mourir ou à être tué; tandis que les reffes malheureux de tant de Villes couvrent un feul coin de la terre. N'apprendras-tu point, Servius, à maítrifer ta douleur,& à ne point oublier que tu es homme? Croyez-moi, je vous parle à cœur ouvert, cette réflexion m'a tout-à-fait raffuré, Faites enforte, fi vous le trouvez bon, de retracer à vos yeux le même fpe&tacle. Un feul& même inftant vient d'enlever tant de têtes illuftres 5 il s’eft fait encore une breche fi confidérable a l'Empire Romain; toutes les Provinces ont été ébranMes;& la perte d'une fimple femme, qui fi elle n'éroit pas morte aujourd'hui, devoit toujours en fubir la Loi quelques années Horat. x, L Ep; @ Cicer. 1. Offic. n. 69. 142. Hifloria à profanis Script. Noli te oblivifci Ciceronem effe:& eum qui aliis confueveris pracipere,& dare confilum. Neque imitare malos medicos, qui in alienis morbis profitentur tenere fe medecinz fcientiam, ipfi fe curare non poffunt: fed potiüs quz aliis praecipere foles, ca tu-te tibi fubjice, apud animum propone. t Nullus dolor eft, quem non longinquitas temporis minuat ac molliat. Hoc te expectare tempus, tibi turpe eft, ac non ei rci fapientià tuà te occurrere, Vidimus aliquoties fecundam pulcherrimé te ferre fortunam, magnamque ex eà re te laudem adipifci. Fac aliquando intelligamus, adverfam quoque te æquè ferre pofle; neque id majus, quàm debeat, tibi onus videri: neex omnibus virtutibus hzc una tbi videatur deeffe. CAPUT XXIV. Ira füror brevis eff. 1. Vacandum eft omni perturbatione animi, tum cupiditate& metu, tum etiam ægritudine & iracundià: ut tranquillitas& fecuritas adfit, ‘quæ afferat cüm conftantiam, tum edam dignitatem.* après, pa allarme d# pbliez-1 | dedi, B à cés I d'a maladies da! jar An,& vues, Mas fa Li des paflion da crainte afin de lui Y noble tpi de di i Le KX 17. az Hifloires des Auteurs profanes. 145 après, parce qu'elle étoit née pour cela; vous allarme fi fort? Oabliez-vous donc que vous êtes Ciceron, c'eft-à-dire, celui qui avez coutume de donner des confeils aux autres? Ne reffemblez as à ces mauvais Médecins, qui dans les maladies d'autrui font voir de l'habileté dans leur Art,& ne peuvent fe foigner eux-mêmes. Mais faites mieux: rappellez-vous à l'efprit,& tournez à votre propre ufage les avis que vous donnez ordinairement en pareil cas. Il n'eft point de douleur fi violente, que la longueur du temps n'adouciffe& ne diminue. Il feroit honteux pour vous d'attendre après ce fecours, pendant que vous pouvez le prévenir par votre prudence. Nous avons été témoins en plufieurs rencontres, que vous fcaviez parfaitement bien vous conduire dans la profpérité,& vous vous êtes acquis parJà beaucoup de gloire. Faites-nous donc voir cette fois que vous n'avez pas moins de force pour fou&rir la mauvaife fortune,& que ce fardeau ne vous paroît pas plus accablant qu'il ne l'eft en effet; de crainte que de toutes les vertus dont vous êtes rempli, celle-là feule ne femble vous manquer. CHAPITRE XXIV. La colre efl un mouvement pafager de folie. I. Il faut affranchir notre ame de toutes les paffions qui la troublent, de l'envie, de la crainte, de l'inquiétude,& de la colere, afin de lui procurer ce calme& cette fécurité qui répand fur notre conduite une certaine nobleffe également foutenue,& une efpece de dignité qui nous attire lc refpect, 144 Hifloris? profanis Script. gyenec.de/— Quidam é fapientibus viris dixerunt iram ir, lt. brevem infaniam. Æquè enim impotens fui " T us eft, decoris oblita, neceflitudinum immemor, ;6 6, in id, quod cepit, pertinax, rationi confiliifque præclufa. Ut autem fcias non effe fanos, quos ira poffedir, ipfum illorum habitum intuere. Nam ut furentium certa indicia funt, ita& irafcentium. Flagrant oculi,& multus ore toto rubor. Labia quatiuntur, dentes comprimuntur, horrent ac fubriguntur capilli, tumefcunt venæ, concutitur crebro fpiritu pectus, parum explanatæ voces funt, comploduntur fzpius manus, pulfatur humus pedibus, totum concutitur corpus: ita ut nefcias utrüm magis deteftabile vitium fit, an deforme, Cætera vitia{æpe licet abfcondere: ira fe profert,& in faciem exit; quantôque major eft, hoc cffervefcit manifeftius. Ibid.. Si iræ effe&us malaque intueri velis, nulle 1,2, 624 peftis humano generi pluris ftetit. Videbis cædes ac venena,& fubjectas tectis faces,& urbium clades,& totarum exitia gentium. Afpice nobiliffimarum civitatum fundamenta vix notabilia: has ira dejecit. Afpice regiones per multa millia fine habitatione defertas: has ira exhaufit. Afpice tot duces ac reges, mali exempla fati: ira alium in cubili fuo. confodit, alium inter facra aut epulas percuffit, : alium fub oculis multitudinis lancinavit. de es 1 ch Quelques Hiffoires des Auteurs profanes. 1 4$ Quelques Sages ont défini la colere unc courte folie; en effet, elle n’eft pas plus maîtreffe d'elle-méme; comme elle,:elie oublie les devoirs de la bienféance, les droits du fang& de l'amitié; elle eft opiniàtre dans les deileins qu'elle a une fois formés,& ferme les oreilles à la raifon& aux confeils; Mais afin de vous convaincre que ceux que la colere anime font en démence; examinez leur maintien; car les fymptómes qui caractérifent la folie, font les avant-coureurs de la colere. Le feu fort des yeux,& s'empare de tout le vifage, les levres font agitées, les dents-fe refferrent, les cheveux fe hériffent& fe dreffent, les veines s'enfient, le cœur palpite avec précipitation, la voix eft entrecoupée, on bat fouvent des mains, on frappe la terre de fes pieds, enfin tout le corps friffonne, de forte qu'on ne fçait fi ce vice eft plus déteftable que hi les autr ideux. On peut cacher nais la colere fe trahit elle-même,& fe peint fur le vifage;& plus elle eft violente, plas fon feu fe manifefte& éclate au dehors. Si vous voulez jetter les yeux fur les effets de la colere,& fur les maux qu'elle a entraînés aprés elle, jamais pefte n'a couté plus cher au genre humain. Vous verrez à(a fuite les meurtres, les empoifonnemens» les incendies, les démolitions des Villes,& la ruine de Natians entieres. Contemplez les fondemens de ees Villes autrefois fi Horiffantes,& dont il refte à peine le moindre veftige, c'eft la colere qui les a renverfées. Parcourez cette immenfe étendue de Pays défert& inhabité, c’eft la colere qui l'a épuifée. Fixez vos regards fur tant de Rois& de Généraux, exemples frappans d'une funefte deflinéc> c'eft la colere qui a affaffiné l'un dans fon Quit lI. Partie. G 146 Hiftoria é profanis Script. a. Plutarchus, vir do&tiffimus& prudentiffimus, fervo fuo, homini nequam& contumaci, fed difputationibus philofophicis aures imbutas habenti, tunicam detrahi juffit ob aliquod deliétum, eumque loro cædi. Ille primum vociferari: Non meruiffe fe ut vapularet 5 nihil mali, nihil fceleris admififfe. Deinde inter vapulandum querimonias jactare, fletus fundere, ejulatus facere. Poftremó ad verba objurgatoria converfus, dixit: Noz effe eo animo Plutarchum, quo illum deceret: Philofophum zrafci, turpe effe: fape eum, prafente atque. audiente fe, de iracundia malis differuiffe, librum. quoque de cohibenda ira pulcherrimum confcripfiffe: iis omnibus, qua in illo libro fcripta& pracepta effent, nequaquam convenire, quód effufus in iram fervum plurimis plagis multaret. Tum Plutarchus placidé & leniter: Quid» inquit, verbero, nunc ego zibi irafci videor? Ex vultune meo, an ex colore, an ex voce, an etiam ex verbis correptum effe me irá intelligis? Mihi quidem neque oculi, opinor, truces funt, neque Zn ruborem fpumamve ejfervefco, neque pudenda dico aut penitenda. Hac enim omnia, fi ignoras, figna effe irarum folent. Et imul ad eum qui czdebat converfo fermone, Interim, inquit, dum ego atque hic difputamus, hoc quod pracepi perage, ASQ & pda ip inb nda dico d Hiffoires des Auteurs profanes. 147 lit, percé l'autre à table, ou méme aux pieds de lAutl,& qui a mis en pieces celui-ci fous les yeux du. Peuple. II. Plutarque, également célebre par fon érudion& par fa prudence, fit pour quelque faute dépouiller fon Efclave, naturellement mauvais& infolent, mais imbu des connoiffances Philofophiques,& lui fit donner les étrivieres. ll commença par crier: qu'il avoit point mérité d'être battu, qu'il étoit innocent, OG quil mavoit commis aucun mal. Enfuite, à mefure qu'on le frappoit, il s'épuifoit en plaintes,& jettoit de grands cris mélés de larmes; il eut enfin recours aux reproches,& dit: Que Plucarque avoit des fentimens indignes d'un Philofophe, à qui il étoit honteux de fe mettre en colere; qu'il l'avoit fouvent entendu raifonner fur les triffes. effets de cette paffion, qu'il avoit méme compofé un très-excellent Livre für la maniere de la dompter; mais que fa conduite envers un Efclave qu'il faifoit maltraiter par emportement, ne s'accordoit point du tout avec les préceptes qu'il avoit donnés dans cet Ouvrage. Plutarque, fans s'émouvoir, lui répondit avec douleur: Quoi! parce que je te fais châtier, tu me crois en colere? Je n'imagine pourtant pas que mes yeux foient terribles, je ne rougis point, je n'écume point, je ne me répands point en paroles qui faffent konte, & dont je doive me repentir; car tels font, fi tu l'ignores, les fignes qui annoncent ordinairement la colere. Et en même temps s'étant tourné vers celui qui chátioit fon Efclave, ne laiffez pas, lui dit- il froidement, peudant que nous converfons enfemble, d'éxécuter mes ordres, 148 Hifloria é profanis Script. CAPUT Xx XV. Senec. NA] minus, quam irafci, punientem L. de ira, €. 15. ^^» dece° Cicer.1, 1. Prohibenda maxime eft ira inpuniendo: Ofic.n. nunquam enim iratus qui accedet ad poenam 89. de aliquo fumendam, mediocritatem illam tenebit quz eft inter nimium& parum. Senec.l. Ad coërcitionem errantium fceleratorumqueÀ Tin irato caíligatore non c{t opus. Nam cum ira deli&um animi fit, non opportet peccata corrigere peccando. Ad emendationem poena proficit, fi judicio lata eft. Inde eft quód Socrates fervo ait: Caderem te, nifi irafcerer. Pocnam fervi in aliud tempus diftulit: illo tempore feipfe admonuit. Cujus erit temperatus in ira affedus, cüm Socrates non fit aufus Cicer. 4. fe ire committere? Sic Archytas, cüm vilTue.^. lico fa&us effet iratior, quód rura fua ejus 7 ule. negligentià corrupta animadvertiffet, Quo ze, l. 4.03. inquit, modo accepiffem, nif iratus effem! Maluit impunitatum dimittere, quàm propter iram gravius jufto punire, Seneca| 2. Maximum remedium irz, dilatio eft, ut 2 Hé primus ejus fervor relanguefcat 5& caligo, '^" quae premit mentem, aut refidat, aut minus denfa fit. Non taptüm dies, fed etiam hora, quadam ex his, qug te praecipitem ferebant, molliet, quzdam evanefcent. Iratus aliquando fervo fuo Plato, ponere illum ftatim tunicam,& præbere{capulas verberibus juffit, fuà manu ipfe cæfurus. Poftquam intellexit Hiffoires des Auteurs profanes. 149 CHAPITRE XX V. Rien n'eff moins convenable, que de punir dans la colere. I.-Il faut, fur-tout quand on punit, écarter tout fentiment de colere, fans qui l'on ne{e tiendra jamais dans ces juftes bornes qui font entre les deux excès du trop& du peu. Il n’eft pas befoin de recourir à la colere, pour ramener dans tous les devoirs ceux qui s'en écartent 5 car la colere étant elle-même un vice, peut-elle être un remede bien propre pour en corriger d’autres? Le châtiment n’a de fruit qu'autant que la raifon le prononce & le guide. C'eft pour cela que Socrate dit à un de fes E(claves: Je re ferozs punir, fi je n'étois en colere. il(e donna confeil à lui-même en ce moment,& remit à une autre faifon la punition defon Efclave. Qui pourra fe flatter d’être modéré dans la colere, puifqu'un Socraté lui-même n’a point ofé s'y expofer? C'ft ainfi qu'Architas indigné contre fon Fermier, qui par fa négligence avoir laiffé fes Terres en friches; Que je te traiterois, lui dit-il, comme zu le mérites, f£ je ne me fentois en colere! Il aima mieux le renvoyer impuni, que de le châtier avec trop de rigueur, sil écoutoit fon reffentiment. I. Il n’eft point de remede plus efficace pour guérir la colere, que le délai. Il. ralentit fon premier feu,& diífipe, ou du moins éclaircitle nuage épais donc elle couvre Pefpric. Il ne faut qu'un jour, que dis-je? une heure pour diminuer une partie des fujets de votre emportement,& l’autre fe perd& sévanouit. Platon s'étant un jour fâché contre fon Efclave, le fit dépouiller& préfentes G iij 3:0— Hifforia é profanis Script. irafci fe, panum, ficut fuftulerat, fufpenfam detinebat,& ftabat percuffuro fimilis: oblitus jam fervi, quia alium, quem potius caftiaret, invenerat. Interrogatus deinde ab ami€o, qui intervenerat, quid ageret? Exigo, inquit, peas ab homine iracundo. Tu, Speufppe, fervulum iftum verberibus objurga: nam ego irafcor. Ob hoc non cecidit, propter quod alius cecidiffet. Irafcor, inquit: plus faciam quàm oportet: libentiùs faciam. Non fit ifle Jérvus in ejus hominis peteflate, qui fui compos non eft, À. Vif.—;. Theodofii ira citè fle&i folebat: unde in Theod: modicâ dilatione emolliebantur aliquando fevera ejus juffa; habuitque à natura, quod Auguítus à Philofophiz do&ore Athenodoro: qui cüm vidiffet eum facilé commoveri 5 ne afperum aliquid ftatueret, monuit ut, ubi irafci cœpiffer, quatuor atque viginti Græcas litteras memorià recenferet: ut iræ impetus parvi temporis interjetu languefceret, mente alià traductà, CAPUT XXVI Ne inimicis quidem irafcendum. y. LNon audiendi, qui graviter irafcendums inimicis putant, idque magnanimi& fortis dat! unde quando fea, quod tenodoro, over; ne i Fortis Hiffoires des Auteurs profanes. 1$ fon dos, pour le battre lui-même de verges; mais ayant reconnu qu'il étoit en colere, il s’arrêta,& tint fa main élevée en l'air dans latitude d'un homme prêt à frapper, ne fe reffouvenant déjà plus de fon Efclave, parce qu’il en avoit trouvé un autre dans fa perÍonne qui méritoit plus juftement d’être chàtié. Un de fes amis, qui furvint alors, lui demanda ce qu'il faifoit: Je punis, repliquat-il, un homme emporté. Vous, Speufippe 5 fouettez cet Efclave, car pour moi je me fens trop en,courroux. La raifon qui l'engagea à ne point frapper, fut celle qui auroit porté tout autre à le faire. Je fuis en colere: fe ditil à lui-même, je pafferai peut-être les bornes de l'équité,& je gouterai plus de plaifir à me venger. Effil raifonnable que cet. Efclave refte au pouvoir d'un Matre qui ne l'eff pas de lui-méme. HI. La colere de Théodofe étoit facile à appaifer; auffi le plus léger délai fufüfoit pour reformer fes ordres les plus cruels, IL eut naturellement ce qu’Augufte puiía dans les leçons du Philofophe Athénodore, qui voyant que ce Prince s'emportoit aifement,& craignant les fuites funeftes d’un caracteré fi violent, lui confeilla, dès qu'il fe fentiroit échauffé, de réciter les vingt-quatre lettres de l’Alphabet Grec, afin qu’en appliquant fon efpric à d'autres objets, la vivacité de fa colere püt samortir dans cet intervalle de temps. CHAPITRE X XVI. Il nef pas permis de s’emporter même contre fes ennemis. I. Il ne faut point adopter l'opinion de seux qui çroyent qu'on doit pouffer la. haine G iv 152.— Hifforia à profanis Script. viri effe cenfent.Nihil enim laudabilibus, nihil magno& przclaro viro dignius placabilitate atque. clementiá, Diodor,, Zaleuci legibus interdictum erat, Ne quis Sic,l.12, civis diuturnam adversis civem iram& inimicitiam gereret. Si qui effent iræ pervicacioris, cos pro indomitis,& feris,& agreltis inhumanique ingenii viris habendos(anxcrat. Pare 2. Titus Imperator nec au&tor cujufquam 2 9. necis, nec confcius fuit, quamvis interdum Æur. graviter ulcifcendi caufa non deeffet: fed peri me turum fe potiiis, quàm alios perditurum, affitEurop, mabat. Cüm ampliffimi ordinis duo adversüs L 7 eum conjuraffent, neque abnuere cogitatum Ícelus poffent; monuit ut defifterent ab incoepto: fi quid defiderarent, promifit fe tributurum: curfores fuos confeftim mifit ad matrem alrerius, ut ei anxiæ de vita flii nunciarent illum falvum: utrumque epulis fecum accumbere yoluit,& in eadem familiaritate> quà antea, habere non deftitit. s cf Cüm Conftantini Imperatoris ftatuam lapiad Ant, dibus impetere aufi effent nonnulli ex ejas inimicis; ipfum amici hortabantur ad fupplicium fumendum de contumeliæ au&toribus> à quibus faciem cjus deturpatam& convulneratam licebant, Verüm ille cüm& vultum& caput fuum conire&taffet: A: ego, inquit leniter ridens, nullum in ore ac fronte yulnus invenio, Led omnia illafa G fana. : des Auteurs profapes. 153 jufqu'aux dernieres excrémirés,& qui prétendent que ceft l'effet naturel du courage & de la grandeur d'ame; car rien au contraire n'eit plus louable& plus digne d'un honnête homme, que la douceur& la modération. Il étoit défendu par les Loix de Zaleucus à tout Citoyen de conferver“éternellement l'un contre l'autre la haine& la colere; elles mettoient au nombre des bêtes féroces,& des efprits groffiers& indomptables, ceux qui rfiftoient avec trop d'opiniâtreté dans leur iment.; H. L'Empereur Tite ne(e fervit jamais de fon autorité pour faire mourir aucun de fes Sujets, il ne fe fouilla jamais de leur fang» quoiqu'il ne manquát point de juftes fujets de vengeance 5 mais il affuroit, qu’il aimeroit mieux périr lui-même, que de caufer la perte d'autrui. Deux Sénateurs ayant confpiré contre lui,& ne pouvant nier le crime dont ils. étoient accufés, il les avertit de renoncer à leur deffein, leur promit de leur accorder tout ce qu'ils fouhaiteroient, envoya fur le champ fes Couriers àla mere de l'un pour la tirer d'inquiétude,& lui annoncer que fon £ls vivoit;illes admit tous deux à fa table ,. & il ne retrancha rien de fa premiere confiance, ni de fon ancienne amitié à leur égard. Quelques ennemis de l'Empereur Conftantin ayant eu l'audace de jetter des pierres à fa Statue, fes Courtifans l’animoient à tirer vengeance des Auteurs d'une telle infulte', gui, difoient-ils, avoient pouffé l'infelenee jufquà lui défgurer& lui bleffer le vifage. Mais l'Empereur, en paffant la main fur fa: tête: Pour moi, dit-il avec un fourire plein de douceur, je ne fens aucune bleffure, mais tout me paroit.[ain G entier. Su Senec, Ll. 1. de ar,c16, 14— Hifforia é profanis ócrzpt. CAPUT XXVIL lra fui impotens eft& pBertinazs 1. Ira fibi indulget, ex libidine judicat; audire non vult. Fruftra oculis ingeritur veritas 5 amat& tuetur errorem, coargui non vult,& in malé coeptis honeftior illi pertinacia videtur, quàm pœnitentia. Cn. Pifo fuit vir à multis vitiis integer 5. fed pravus ,. & cui placebat pro conftantia rigor. Is cim iratüs ad mortem duci juffiffet militem, quaft. interfeciffet commilitonem cum quo cgreffus. erat€ caftris,& fine quo redierat 5 roganti tempus aliquod ad conquirendum, non dedit. Damnatus miles» extra vallum caftrorum du&us elt,& jam cervicem porrigebat, cüm fubito apparuit ille commilito, qui occifus dicebatur. Tunc Centurio füpplicio prapofitus, condere gladium carnificem jubet. Ambo. commilitones alter alterum complexi, ingenti, concurfu& magno gaudio exercitüs deducuntur ad. Pifonem. Ille confcendit tribunal furens, utrumque ad mortem duci jubet, adjicit& Centurionem qui damnatum militem reduxerat, hzc præfatus: Te morte plecit jubeo, quia jam damnatus es: te» quia caufa damnationis commilitoni Juiffi: te, quia juffus occidire militem» Imperatori non paruifi. O. quam folers eft iracundia ad fingendas caufas furoris t. | dam,& | Ayant don ! ke, dec comme cou pons, à | tion, ord Tosedn |(orum apis$t condaits | jum Hzfroires des Auteurs profanés.. 13$ CHAPITRE X XVI. La colere n'ef point maîtreffe d’elle-méme, ni facile à dompter. T. La colere(e livre entiérement à elle-même, régle fes Jugemens fclon fon caprice,& refufe de. rien entendre. On lui met en vain: la vérité fous les yeux, elle chérit& foutient l'erreur, elle ne veut point qu'on la reprenne ,.& dans fes fauffes démarches, l'entêrement lui paroit un parti plus honnête que le repentir. Cnéius Pifon, exempt d'ailleurs de beaucoup de vices, fut un homme méchant,&{a fermeté dégénéra en cruauté. Ayant donné ordre, dans la chaleur de fa colere, de conduire au Supplice un Soldat, comme coupable de la mort d'un de fes Compagnons, avec lequel. il étoit forti du Camp> & fans lequel il étoit revenu, il ne voulut jamais accorder à fes prieres quelque. temps: pour s'informer de ce qu'il pouvoit être devenu. Le Soldat, pour fubir fa condamnation, fut mené hors des retranchemens,& déjà il préfentoit la tête, lorfque fon Compagnon, qu’on l'accafoit d’avoir tué, reparoi. Le Centurion alors chargé de l'exécution, ordonne au Bourreau de remettre fon: fabre dans le fourreau. Ces deux Compagnons s. après s'être embraffés l'un& l’autre, font conduits vers Pifon, au milieu des cris de joie de toute l'Armée,& d'une foule prodigieufe de Peuple, Pifon tout écumant de rage, monte fur fon Tribunal, prononce. contre tous trois, fans excepter le Centurion: qui avoit ramené le Soldat condamné, un même Arrét de:morc en ces termes: Toi, j'ordonne qu'on.te messe à-mort, parce que t 156— Hifforia 0 profanis Script. P.Syrus, Fulmen ubi cum poteftate habitat iracundia; € APUT XXVIII Circumfcribenda multis modis ira ef. Senec.l... t. Non expedit omnia videre, omnia au3- deira. dire. Injuriarum plerafque non accipit, qui € 3h nefcit Non vis cie iracundus? ne fis. curiofus. Qui inquirit quid in fe di&um fit, fc ipfe inquietat. Alia negligenda, alia deridenda, alia donanda. Circumícribenda mültis modis ira eft. Pleraque in lufum jocumque vertantur. Socratem aiunt colapho percuffum nihil ampliüs. dixiffe, quàm. molefeum effe quód nefcirent homines quando cum galea prodire deberent. Alià vice mirantibus amicis quód à protervo quodam homine calce impetitus., Diog. Patienter tuliffet: Quid euim» inquit fi me La£rt.in Afénus calce umpetiffet, num illi diem dixifjem 2 Socr, Denique cüm ipfum malediétis inceffere quii dam diceretur; hoc unum refpondit: Bess dicere enim. non didicit. Hifloires des Auteurs profanes. 137 as déjà été condamné; toi, parce que tu as été da caufe de la condamnation de ton camarade; & roi, parce qu'ayant eu ordre de faire mourir ce Soldat, tu m'as pas obéi à ton Princes Oh que la colere eft. ingénieufe à inventer des prétextes pour autorifer fa violence! Quand le pouvoireft joint à la Colere, On doit la craindre autant que le Tonneres CHAPITRE XXVIII Il y a plufieurs moyens dont on doit fe fervir> pour modérer ja colere. I. Il n’elt point avantageux de tout voir ni de tout entendre; on sépargne beaucoup d'injures, en les ignorant. Voulez-vous n'éue point emporté? ne foyez point curieux. Quiconque sinforme de ce qu'on a dit fur fon compte, eft l'ennemi lui-même de fon repos; ily a des chofes qu'on doit regarder avec indifffrence; il y en a de certaines dont on doit fe moquer, d'autres enfin qu'on. doit pardonner. Il faut employer divers moyens pour réprimer la colere,& le plus fimple, Celt de traiter comme un jeu& un badinage la plupart des infultes qu'on nous fait. Socrate ayant reçu un fouffler, fe contenta, dit-on, de répondre, qu'il étoit bien facheux que les hommes ne puffent pas prévoir quand il faut s'armer d’un cafque. Une autrefois fes amis étant étonnés de ce qu'il avoit fouffert fans rien dire un coup de pied d'un infolent, Quo: donc! leur dit-il, ff un âne m'en donnoit autant, le ferois-je citer en Jufiice? Enfin, comme on lui rapportoit qu'ün certain liomme l'accabloit d’inveétives il ne fit que cetre réponfe: C’ef# qu'apparemment iln'apasappris à bien parler, 148 Hifforia profanis Script. Plut.in— 2. Cato major profciflus conviciis ab homine Cason. flagiziofo& improbo: Iniqua, inquit, tecum mihi pugna eff. Tu enim probra facil audis: & dicis libenter: nihil verè& dicere infuave,© audire infolitum. HEHAN, Arcefilaüm. Academicum Antagoras poëta. Ll. 14. c. probris laceffebant, malo fuo philofophum &6. aggreflus in foro. Nam ille magno animo contumeliam ferens, ubi quamplurimos cives ftare videbat, eó ibat, ut ita conviciator plures protervitatis teftes haberet. Sic alter vir gravis, alter infanus, omnibus cít vifus.. ldem. k Clazomenii quidam Spartam cüm veniffent 5. 2. Co 25 fedes Ephororum, unde jus dicere confueverant, nigro colore inunxerunt infolentius, Ephori re cognità, non in iram exarferunt; fed tantüm vocato præcone publico., hoc ci mandaverunt ut publice proclamaret: Lzceac Clazomeniis indecorè fe gerere. Sene b. Qui rarior in regibus& principibus: viris 2.deira. moderatio, hóc laudanda. magis eft. C, Ju€552' lius Czefar, qui vi&orià civili clementiffimé Par ufus.eft, cüm fcrinia deprehendiffe: epiftolaPlin, rum ad Pompeium miffarum ab iis qui videL7. bantur aut in diverfis aut in neutris fuiffe partibus;:gere noluit, fed combuffit: ne fort? in multos gravids confulendi locum darent, Quamvis moderaté foleret irafci; maluit ta men non pofe. Gratiffimum putavit genus veniz, nefcire quid quifque peccaffer. vat& fic; ain q| fon el la cak Cottam pis len qui point Cain qu'un colère lg Ww Hifloires des Auteurs profanes. 149 II. Caton l'Ancien, chargé d'outrages par un fcélérat& un coquin, Zaffaut, lui repliqua-ril, z'eff pas égal entre nous deux j car pour toi ,tu entends fans peine les injures»& tu en dis de bon cœur; mais pour moi, je n'aime point à en dire, G je ne fuis pas accoutumé 5; à en entendre. Le Poëte Antagore fe répandoit en reproches outrageans contre Arcefilatis l'Académique,& l'avoit, malheureufement pour lui, attaqué en plein Barreau. Le Philofophe bravant ces affronts avec une courageufe patience, alloit dans tous leslieux ou il voyoit une plus grande foule de Peuple raffembié, afin que cet Infolent eût plus de témoins de fon eifronterie. Ainfi l'un paffa pour un homme prudent,& l'autre pour un infenfé. Quelques Clazoméniens étant venus à Sparte eurent linfolence de barbouiller avec de la craie noire les Siéges où les Ephores avoient. coutume de rendre la Juftice. Ces Magiftrats l'ayant fcu., ne fe livrerent poiat à l'emportement; mais ayant fait venir un Hérault, lui ordonnerent de crier publiquement: Qu'il ne foit permis qu'aux Clagoméniens de[2 conduire d'une maniere indécente. Plus la modération eft une vertu rare chez les Rois& les perfonnes élevées en dignité, plus elle mérite d'éloges. Caius Jules-Céfar, qui fçut ufer avec beaucoup de clémence de la viétoire civile qu'il remporta, ayant furpris des tablettes où étoient renfermées des lettres que les Partifans de Pompée,& ceux qui étoient neutres, lui écrivoient, ne voulut point les lire, mais les jetta au feu, dans la. crainte d'y trouver fujet à maltraiter. quelqu'un: quoiqu'il für lent& retenu dans la. Solere, il aima mieux lui ôter tout prétexte. ll regarda comme un genre de pardon le plus :60— Hifforia à profanis Script. Pli Fuit Cotys, Thracum rex, naturà iracunÆApoph, dior;& alper corum qui in minifteriis deliquiffent caftigator. Cám ei aliquando hofpes vafa multa fictiliz, arte quidem exquifità elaborata, fzd tenuia admodum& fragilia:, donum attuliffet 5 ipfe viciffim hofpiti dedic munera. At vafa omnia ftatim con: uc tum dixit, 22 eos, qui za fregiffe rias animadverteret. Senec..—$. Non video quare fit difficilis irz mode3-de ira ratio, cám(ciam tyrannos quoque familiarem ^'1^ fibi fevitiam repreffiffe. Certé memoriæ proditur Pififtratum Athenienfium tyrannum, cuin inulta in eum ebrius conviva dixiffet, nec decffent qui ci faces ad iram& vindidam fubderent, placido animo tuliffe,& refpondiffe: Non magis illi ebrio fe faccenfère, quam fi quis obligatis oculis in fe incurriffet. Vulg,_, Tatentini, qui regis Pyrrhi auxilium adver= 1.5. c.1,$ü$ Romanos imploraverant, fe pro focio doLivii minum- accepiffe feró intelligentes, fortem fuppl. L.faam liberis queftibus- miferabantur, maxi 28, mé ubi vino. incaluerant. Itaque accerfiti ad Pyrrhum nonnulli funt, qui de eo inter convivium parum. honorificé locuti fuiife arguebantur, Sed horum quidem periculum fimplex& ingeniofa cujufdam ex illis confeífio difcuffit. Nam- cum percontaretur rex, an quæ ad aures fuas pervenerant, dixiffent: Æt hac diximus, inquit, Rex:© nifi vinum. age ples Cor Wc Hifloires des Auteurs profanes. 161 agréable, d'ignorer jufqu'aux fautes des Complices. Cotys, Roi de Thrace, fut d’une humeur naturellement trop violente,& châtioit avec dureté ceux qui tomboienr en faute contre les devoirs de leur emploi. Un certain Hóte lui ayant un jour fait préfent de plufieurs coues d'argile travaillées avec beaucoup d'art& de délicateffe, mais extrêmement minces& fragiles, il les donna réciproquement à ce même Hôte. Mais auffi-tôt il les brifa toutes contre terre, de crainte, ajouta-t-il en même-temps, qu’il ne fit punir trop sruellement ceux qui les auroient caffées. III. Je ne comprends pas comment il peut paroître difficile de réprimer la colere, puifque je connois des Tyrans qui ont feu mettre un frein à la cruauté qui leur étoit familiere. En effet, l'Hiftoire nous apprend que pitttrate Tyran d'Athenes, chargé d'injures pat un Convive pris de vin,& environné de gens qui cherchoient à aigrir fa foreur,& l'excitoient vivement à en tirer vengeance, ne laiffa pas que de les fouffrir avec un efprit tranquille,& répondit: Qu'il ne s'emportoit vantage contre cet homme ivre, que fi qu'un fe fit jetté für lui des yeux bandés. Les Tarentins qui avoient appellé à leur fecours le Roi Pyrrhus, s'étant apperçus» mais trop tard, qu'ils avoient reçu leur Maitre plutôt que leur Allié, fe plaignoient hautement& avec liberté de leur fort, fur-tout lorfque le vin avoit échauffé leur bile. On en cita donc devant Pyrrhus plufieurs qui étoient accufés d'avoir parlé peu refpe&ueufement. de lui: mais la plaifanierie de lun d’entr'eux qui marquoit de l'ingénuité& de l'efprit, les tira du danger; car le Roi leur ayant demandé f tour ce qu'on lui avoit rapporté Ctoit vrais 162 Hifforia é profanis Script. defeciffet, illa qua Ubi relata funt, lufus ac jocus fuiffent, pra iis que de te locuturi eramus. Ib1 Pyrrhus, qui vini, quàm hominum, culpam hanc effe videri malebat> airidens, dimiffit eos. Senec.— 4. Homini iracundo cum placidiffimis&£3.deira. cillimis& minime morofis vivendum eft ofi e.8. iræ mederi velit: fumimus enim eorum, quibufcum vivimus, mores. Ut corpus quofdam morbos proximis tradit» fic animus vitia fua. Ebriofus convi&ores in amorem vini fxpids traxit: impudicorum coctus fortem quoque virum emolliit€ avaritia virus fuum in vici. nos tranftulit. Eadem ratio virtutum eft; quidquid ad eas accedit; mutatur in melius. Re. tunditur paulatimque dedifcitur inter placidos viros afperitas. Accedit huc» quód non tantüm exemplo melior fit; qui cum quietis hominibus vivit: fed etiam caufas irafcendi non eux qi au q dans c pe des verti nale là far& lei invenit, nec vitium fuum exercet. Fugere itaque debebit iracundus omnes quos irritaturos iram fuam fciet, Eliget fimplices, faciles, moderatos. CAPUT XXIX, Tmitanda multorum in fummá potentiá Initons! lenitas. la douce Senec,],^ 1. Iracundis hominibus ob oculos ponere 3-de ira, inut Ln : ile non erit exempla moderata& lenia * 88. lis eux d Hiftoires des Auteurs profanes. 163 ui, repartit celui-là,& ce n’efé qu'un je e ux badinage, en comparaifon de ce que nous aurions dit de vous, fi le vin ne nous eût manqué. Pyrrhus, qui aimoit mieux qu’on imputàt cette faute au vin qu'à ces hommes, ne fit que rire,& il les renvoya. IV. Un homme qui fe met aifément en colere, s’il veut fe corriger, ne doit lier commerce qu'avec ceux qui font d'un caractere extrémement tranquille, doux& uni 5 cat nous adopions ordinairement les habitudes des perfonnes avec qui nous vivons. Les maladies de l'ame fe gagnent& fe communiquent ainfi que celles du corps. Un Client de Bacchus a fouvent entraîné fon ami dansl'excès du vin 5 le commerce des Libertins a quelquefois énervé& amolli un cœur mâle& vigoureux 5 l'avarice a gliffé fon poifon jufques dans ceux qui l’approchoient. Il en eft de mème des vertus; tout ce qui les touche devient meilleur, la rudeffe& la brufquerie s'émouffent& fe(perdent infenfiblement au milieu de caracteres paifibles. Ajoutez à cela que la fociété des hommes ennemis du trouble, n'eft pas feulement propre à corriger par l'exemple». mais qu'elle ôte encore tout fujer d'emportement,& ne préfente aucune occafion d'entretenir ce vice. Un homme violent aura donc foin d'éviter tous ceux qu’il fçaura capables d'aigrir fa fureur 5 il choifira pour amis des cœurs humains, traicables& patiens. CHAPITRE XXIX. Tmitons l'exemple deplufieurs» qui ont Joint la douceur au plus haut degré depuifance. I. Il ne fera point inutile de mettre devant les yeux des hommes livrés à la colere, les 164 Hifloria 0 profanis Script.‘ eorum quibus nec ad irafcendum caufa defuit; E p nec ad ulzifzendum poteftas. Quid facilius B ut fuit regi Antigono, quàm duos milites ad fup- let plicium duci jubere> qui proximi regio taber- m 2 naculo, de rege fao multa temere effutiebant?| pr g Audierat omnia Antigonus, urpote cüm ip.|J E d ter dicentes& audientem velum tantüm inters 1 A eflet: quod ille leviter commovir>& Lon.|& uh' gis, inquit, difcedite, ne vos rex audiaz, Idem eux ul ó quàdam node, cim aliquos à militibus fais[mcr audiílet omnia" mala imprecantes regi» quód ipfos in iter dificile»& inextricabile lutum deduxiffet: acceffit ad cos qui maxime labo. rabant,& ignorantes à quo adjuvarentur ex illo luto eduxit, illorum vero maledicta miti animo tulit, Ce meme. Ælian,y,, Nartant hunc Antigonum£lio fao violens 2, c.2o, US adversus cives agent dixiffe: An non ng. viféi, E, noftrum regnum nobilem effe fervitutem? Quz verba maximæ humanitatis funt : Paler Ll.& manfuezudinis, Alterum regem ferunt tra*^2* ditum fibi diadema, priufquam capiti impoheret, diu confiderafle; Ac deinde dixiffe: Q nobilem magis, quàm felicem, pannum! quem ze humi quidem Jacentem tollere Quis velit, À cognofcat quam multis Jolficitudinibus n Pertulis,& Mifériis fit refertus, Hine P, Syrus: fr@ tee xgda log fin plus we Mortels re ramaffer à foucis, de | oiromé!] Suus: qui étoie lufer appe ce mauva : Une gran Fortuna magna, magna domino eft fervitus, LS Ph 2.51 qua in Philippo Macedonum rege vire & Hifloires des Auteurs profanes. 16$ modeles pleins de fagefíe& de bonté, que nous préfentent ceux qui n'ont manqué, ni de raifon pour exercer leur fureur, ni de pouvoir pour fe venger. Y eur-il rien de plus facile au Roi Antigone, que de faire conduire au fupplice deux Soldats, qui près de fa tente vomifloient des impertinences contre leur Prince? Antigone avoit entendu toute leur converfation, n’étant féparé d'avec eux que par un rideau. Il le leva doucement,& leur dit: Rerirez-vous un peu plus loin, de crainte que le Roi ne vous entende. Comme quelques-uns de fes Soldats le chargeoient encore de mille imprécations, parce qu’il les avoit engagés la nuit dans un chemin difficile,& que la boue rendoit impraticable; loin de s'en fácher, il les écoutoit fans rien dire,& vint tendre la main à ceux qui étoient le plus embarraffés;& fans leur laiffer appercevoir qui il étoit, il les tira de ce mauvais pas. Ce méme Antigone dit à fon Fils, qui traitoit fes Sujets avec trop d'empire& de hauteur: Eff-ce que vous ne fpavez pas, mon Fils, que notre Royauté eff un honnête efclavage? Ces paroles marquent une grande humanité & une grande douceur. On lit dans l'Hiftoire qu'un autre Roi, avant que de mettre fur fa tête le Diadéme qu'on lui offroit, le regarda long-temps,& dit enfin: O vil chiffon plus noble qu'heureux, toi qu'aucun des Mortels ne voudroit fé donner la peine de ramaffer à terre, s’il fravoit de combien de foucis, de dangers G de malheurs, tu es enwironné! Delà vient cette maxime de Publius & Syrus: Une grande Fortune eft un grand Eíclavage, IL Si Philippe, Roi de Macédoine, a pof 166— Hifforis? profanis Script. H tus fuit, maximé contumeliarum patientia,(iit qu ingens inftrumentum ad tutelam regni. Demo- fouffiir chares, Parrhefiaftes ob nimiam& procacem lié pou linguam à Græcis appellatus, ad eum inter Grecs 8 alios Athenienfium legatos venerat. Audità fue, à benigné legatione, Philippus: Dzcize, inquit, de fa lan Mihi facere quid poffim, quod fit Athenien-| qusà fibus gratum. Excepit Demochares: Te fuf- sagi? pendere. Indignatio circumftantium ad tam in-—| ls im humanum refponfum exorta cft: quos Philippus conticefcere juffit,& protervum hominem falvum& incolumem dimittere. At vos, inquit, ceteri legati, nunciate Athenienfibus multó Juperbiores effe qui ifla dicunt, quàm qui impu-—| ne dida audiunt. fnlolent{a | domat hantains vent les i Jufin.l. Cüm Methonem urbem oppugnaret; in Comm 7.0.6. prztereuntem fagitta jacta de muris dextrum fe tiré " ejus oculum effodit. Quo vulnere nec fegnior | in bellum, nec iracundior adversus hoftes fac| tus cít: adeo ut pacem deprecantibus dederit, & mitis adversus victos fucrit. ae fai Sene 3. Mula& Cæfar Auguílus digna memorià fecit dixitque, quibus appareat iram ili non imperafle. Timagenes, hiftoriarum fcriptor, quzdam in ipfum, quxdam in uxorem ejus,& in totam domum dixerat; nec perdiderat dicta: avide enim excipitur& pet ora hominum circumfertur mordax didum. " Sepe illum monuit Caefar, ut moderatiüs accueille |. linguà uteretur: perfeveranti, domo fuà tan- nie,& tüm interdixit.: touche| le falota langue; Hifloires des Auteurs profanes.| 167 fédé quelque vertu, c'eft fur-tout celle de fouffrir patiemment les injures: grande qualité pour bien régner. Démocharés, à qui les Grecs avoient donné le furnom de Parrhefiafte, à caufe de la trop grande pétulance de fa langue, étoit au nombre des Députés que les Atheniens avoient envoyés à ce Monarque. Philippe à la fin de l'Audience, pria les Ambafífadeurs de lui dire:$7 pouvoit rendre quelque fervice aux Athéniens. Le plus grand fervice que tu leur puiffes rendre, reprit Démocharés, c'eff de t’aller pendre. Cette réponfe barbare excita la jufte indignation de tous ceux qui l'entendirent. Philippe fit ceffer les murmures,& ordonna de renvoyer cet infolent fans lui faire aucun mal. Pour vous» ajouta-ril, dites à vos Maîtres que ceux qui ofent prononcer de pareilles infolences, font plus hautains€ moins pacifiques que ceux qui fçavent les entendre G les pardonner. Comme il affiégeoitla Ville de Méthon, une fleche tirée du haut des murailles vint lui crever l'ail droit. Cette bleffure ne rallentit point fon courage,& il n’en devint pas plus animé contre les ennemis, puifqu'étant demeuré vainqueur, il leur accorda la paix,& les traita avec beaucoup de douceur, III. Céfar augufte a bien fait voir par un grand nombre de fes actions& de fes paroles dignes d'immorzaliré, qu'il n’étoit point lefclave de fa colere. L'Hiftorien Timagènes avoit laiffé échapper quelques railleriesinfukantes contre lui, contre fon époufe& toute fa famille,& elles avoient porté coup; car on accueille avec complaifance une mordante ironie,& elle ne tarde pas à fe répandre de bouche en bouche. Céfar lui réitera fouvent le falutaire avis de modérer un peu plus fa langue; mais le voyant incoxrigible, il lui Hifzoria à profanis Script. Ibid.c. 4. Dicat quifque fibi, quoties laceffitur: 24. Numquid potentior fum Philippo? llli tamen impuné maledicum eft. Numquid in domo mea plus poffum, quàm toto orbe terrarum Divus Auguftus potuit? Ille tamen contentus fuit conviciatorem à fe dimittere. Quid eft quare ego flagellis& compedibus puniam fervi mei elatius refponfum,& contumaciorem vultum,& non pervenientem ufque ad me murmurationem? Quis fum, cujus aures lædi nefas fit? Ignoverunt multi hoftibus: ego non ignofcam pigris, negligentibus> garrulis? Puerum ætas excufet, feminam fexus, extraneum libertas, domefticum familiaritas. Aliquis nos nunc primum offendit? Cogitemus quamdiu placuerit. Sæpe& aliàs oftendit? Feramus quod diu tulimus. iis[ouf CAPUT XYvX CRI Minimis rebus exafperari infania eff. Uyak | Senec.l.— 1. Diligenter cavendum eft ne minimis re- LI£n ?. deira. bus exafperemur, Parum agilis eft puer, aut te feu po 625.260 menfa negligentius pofita? Ad iffa irà conci- ip tan, infania eft. Æger& infelicis valetudi- tk avec nis cft, quem levis aura lædit; imbecilli oculi Pitt pour - interdit, Il ar inr IDE| Hiffo ires des Auteurs Profanes. 169 interdit, pour toute punition, l'entrée de fon Palais. IV. Que chacun fe dife à lui-méme toutes les fois qu'il eft infulté; Suis-je plus grand & plus puiffant que Philippe? on l'a cependant outragé inpunément. Mon autorité eftelle plus étendue chez moi, que celle du divin Augufte ne l’étoit dans tout l'Univers? Il fe contenta pourtant de bannir de fa préfence un infolent. Eh! pourquoi donc ufurperois-je le droit de punir dans mon Efclave, par les coups de fouets& par les fers, une réponfe trop libre, un air trop impérieux, ou un murmure qui n'eft point parvenu jufqu'à moi? Qui fuis-je, pour qu'on ne puiffe point fans crime bleffer mes oreilBeaucoup ont pardonné oénéreufement à leurs ennemis,& moi je ferai inexorable envers des hommes lents, peu foigneux ou caufeurs. L'âge doit excufer un enfant, le fexe, une femme; la liberté doit juftifier un Etranger,& la familiarité un Domeftique. Quelqu'un nous a offenfé pour la premiere fois, rappellons toutes celles où il nous a plu. Mais cela, dira-t'on, lui eft déja arrivé dans beaucoup de rencontres. Eh bien! fouffrons encore‘ dans celle-ci, ce que nous avons fouffert dans tant d'autres. CHAPITRE XXX. mœ [7 m Il y a de la folie à fe mettre en colere pour la moindre chofe. I. Il faut bien fe donner de garde de prenre feu pour le moindre fujet. Votre Valet n'eft point alerte, votre table a été fervie trop terd& avec peu de foin, quelle folie de s'emporter pour cela! c'eft Ja marque d’une fanté 11 Partie, H Senec.3. deira.c. 21, 170 Hiflorie& profanis Script. funt, quos candida aut rubra veftis obturbat, Ubi animum fimul& corpus voluptates corrupere, multa intolerabilia videntur: non quia dura illa funt, fed quia nos molles. Nulla res magis iracundiam alit, quàm luxuria intemperans& impatiens. Durée tractandus eft animus uz icum non fentiat, nifi gravem. 2. Infania quoque eft adversus inanima& non fenfura irafci. Cum Babylonem oppugnaturus feftinaret Cyrus, Gyndem laté fufum amnem vado tranfire tentavit: quod vix tutum cft, ctiam cüm æftatis calorem fenfit,& ad minimum deductus eft, amnis. Ibi unus ex equis albis, qui trahere regium currum folebant, aquis abreptus, vehementer commovit regem. Juravit itaque có fe reda&urum amnem illum, ut tranfiri calcarique etiam à feminis poffet: & tamdiu affedit operi, donec alveum‘in trecentos& fexaginta rivos difpergeret,& ficcum relinqueret, in diverfum fuentibus aquis. Periit itaque& tempus, magna in rebus magnis jactura;& militum ardor, quem inutilis labor fregit;& occafio aggrediendi imparatos: dum ille bellum indicum hofti gerit gum flumine, lspll au de vai ingrid Wit d'a Hiffoires des Auteurs profanes. 171 foible& chancelante, de ne pouvoir fouffrir la plus legere haleine du vent. Une vue que la couleur d’une étoffe blanche ou rouge trouble, eft trop tendre& trop délicate. Dès que les plaifirs ont énervé l'ame& le corps, beaucoup de chofes nous paroiffent impoflibles à fapporter, non qu'elles foient fàcheufes en elles-mémes, mais parce que.nous fommes làches& efféminés. Rien ne nourrit& ne forifie d'avantage le penchant à la cclere, qu'un luxe immodéré qui ne connott point de bornes, Il faut traiter de bonne heure l'ame avec dureté, pour l'accoutumer à n'être fenfible qu’agx coups violens& confidérables. C'eft encore une autre efpece de folie, de faire éclater fa fureur jufques contre des objets fans ame& fans fentiment. Cyrus marchant à grandes journées pour aller mettre le fiége devant Babylone, tent de patler au gué le Fleu du Prince, entrainé par l'impétuofité des flots, F'effraya beaucoup. Echappé du péril, il jura de réduire la fierté de ce Fleuve, de maniere que les femmes mêmes.pourroient le traver(er d'un bord à l'autre,& y marcher à pied fec. Il le fit donc couper en trois cens foixante ruifleaux, détourna le cours ordinaire de fes eaux,& ne démordit point de fon entreprife qu'il ne l'eüt entierement defféché. Il perdit avec ce deffein extravagant, d'abord le temps, perte irréparable dans les affaires importantes, enfuitele courage de fes Soldats, don: l'ardeur fut amortie par un travail inutile;& il perdit enfin l'heureux moment d'attaquer fes ennemis qui ne s'y at 172 Hifloria à profanis Script. Herodot. Xerxes ut ex Afia in Europam trajiceret, L7- pontem in Hellefponto fecit. Qui cüm tem-! peftate& flutibus effec quaffatus ac disjectus;| juffit trecentos flagellorum i&us ponto infligi,| ftigmata inuri compedes dari.| CAPUT XX XI. Lingua diligentiflimè continenda. CH, @iccr.r. 1. Retumett, eciam in illis contentionibus,| Offic. n. quæ cum inimiciflimis fiunt, licét nobisiadigna 337. audiamus, tamen gravitatem retinere, iracundiam repellere. Quz enim cüm aliqua perturbatione fiunt, ea conftantiz adverfantur, nec ab iis, qui adfunt, poffunt probari G tout ce Plus.tn Periclem in foro publica negotia tractan-. Pericle, tem improbus& petulans homo maledi&is infedaba:ur. Que cüm ille patienter ferret, nec ullum ad ca verbum reponeret; diem totum perfeveravit infedatio. Vefperi- vultu greffuque placido domum reverfus eft Pericles, infequente codem nebulone& omnibus contumeliis eum impetente. Ædes ingreffurus x cüm jam nox effet, uni é fervis fuis mandavit, ut accenfo lamine hominem comitaretur ac reduceret, domum. ieu, I un, mu Hiffoires des Auteurs profanes. 175 tendoient pas,& quil oublie pour déclarer follement la guerre à un fleuve. Xerxés, pour traverfer de l'Afie en Europe, fit fur l'Hellefpont bâtir un Pont, qui ayant été ébranlé par les vagues,& renverfé par une tempête il donna ordre, pour punir la Mer de fa témérité, de lui donner trois cens coups de fouets, de la marquer avec un fer chaud,& d'y jetter des chaînes comme pour la garotter. CHAPITRE XXXTLI JI faut retenir fa langue ayec un grand oin. I. Il eft convenable, méme dans les con= teftations qui nous arrivent avec nos plus grands ennemis, quelque parole ínjurieufe qu'on nous dife, de garder notre fang froid, & d'étouffer les mouvements de la colere 5 car tout ce qui fe fait par paflion, eft indigae de la fermeré de l'homme,& ne peut mériter l'approbation de ceux qui en font témoins. Un impudent vomiffoit mille outrages en plein barreau contre Periclés occupé aux affaires de la République. Comme il fouffroit ces infultes avec une grande patience,& qu’il n'y répondoit rien, cette fcene injurieufe dura tout le jour. Periclés fur le foir s'en retourna chez lui d'un pas tranquille& d'une contenance affurée, toujours perfécuté par ce Scélérat, qui ne ceffoit de l'accabler de toutes fortes d'inve&ives. Rentré au logis, il ordonna à l'un de fes Valets, parce qu'il faifok nuit, de reconduire cet homme en fa maifon,& de l'accompagner avec une lanterne. H iij 174 Hifforia é profanis Script. . Stob. Dionem Academicum é convivio redeuntem ferm.19. maledicus quidam infedabatur, nulla non convicia in eum fundens. Tacebat interea Dion: cui jam. domum ingrefluro cüm conviciator dixiffer: Nikilne ad kac refpondes? NiÀU prorfis, inquit Dion. Herod,, Cüm Lacedæmoniorum legatus Geloni Sy3,7. Tacufanorum regi quzdam dixiffer quibus offendi poffe videbatur: Spartane hofpes, inquit Gelon, contumelia. homini fada folent ejus iram accendere. Verkm tu, contumeliofis dicet in me verbis fis inveilus, non tamen induces me ad vicem tibi contra decus reddendam. F Stob.. 2. Magni animi man(uctique eft, moderaté ferm, 19. ferre obje&a crimina,& contemtum: non celeriter rapi in ultionem: nec facilè moveri ad iram: fed moribus comem effe mitemque, ingenio quieto& conftanti. Cicer. de llud te admoneo, dicebat olim Cicero 2. Epift. fratri fuo, viro iracundiori, ut quotidie mefrair. ditere refiftendum effe iracundiæ 5 cümque ca iaximé animum movet, tum tibi effe diligentiflimé linguam continendam. Quz quidem mihi virtus non interdum minor videtur, quàm omnino non irafci. Etenim non irafci, non femper gravitatis eft, fed aliquando lentitudinis. Moderari veró& animo& orationi, cum fumus irati, aut etiam tacere, eti. non Cft perfeQæ fapientiæ, tamen eft non mediocris ingenii, PA: tes d'éars Ton à fon ko, faut rii avez à|; trouble ç contenir caution; femble p P ea— esse re ut a d Hiftoires des Auteurs profanes. 173 Un cértain médifant pourfuivoit Dion, Philofophe Académicien, en lui difant quantité d’injures 5 i| l'avoit rencontré fortant d'un repas. Dion gardoit un profond filence. Comme 1l fe difpofoit à rentrer chez lui: N'avezvous rien à répliquer à tout cela? lui div: cet homme. Non, rien du tout, repartir froidement Dion. Un député deLacédémone ayant laiffé échapper quelques paroles don il fembloit queGélon,; Roi de Syracufes, avoit droit de fe choquer 3 E Citoyen de Sparte, lui dit Gélon, les znjures qu'on fait à un homme, allument ordinatrement le feu de fa colere 5 mais pour vous, quoique vous vous foyez déchainé contre moz en fermes offenfar ns, VOUS ne me forcer eZ jamais à vous rendre la pareille contre mon honneur. IH. dl n'appartient qu'à celui qui joint la douceur à la grandeur d'ame, de fupporter avec modération les crimes qu'on lui impute,& le mépris qui y eft attaché;& bien-loin do fe livrer téte baiffée à la TOME de la vengeance, ou de fe prêter facilement aux accès de la colere, d’être affable& compatiffant dans fes manieres,& de conferver dans toutes fortes d'états un efprit ferme& pacifique. Je vous donne avis, écrivoit autrefois Ciceron à fon frere, Cep d'une humeur violente, de penfer tous les jours qu'il vous faut réGfter à ce fancfte penchant que vous avez à la colere;& que lorfqu’elle jette le trouble dans votre ame, vous devez alors contenir votre langue avec le plus de précaution: d'ailleurs cette derniere vertu ne me femble point inférieure à celle de ne point s'emporter du tout; car fi l'on ne semporte pas, c'eft quelquefois, plutôr l'effet d'une lenteur nature lle> que dc la modération; mais Hiv 376 Hifloria à profanis Script. Valer. 2 Cüm apud Philippum regem prz vino dor0€ Ze mitantem dixiffet caufam mulier, fuiffetque immerito damnata 5 fe ab cjus judicio provocare, exclamavit. Ad quem ergo provocas? inquit rex iratus. A Philippo, refpondit illa, bene poto© dormitante, ad Philippum fobrium© vigilantem. Excuffit regi crapulam & fomnolentiam tam liberum mulierculæ refponfum:& non modó in eam non eft-acerbiüs inve&us, fed etiam, causá ejus diligcntis infpe&à, juftiorem fententiam tulit, CAPUT XXXIL Cicer, s. Quanto, fuperiores fumus, tanto nos fumOffic. n. mifus geramus, 9o. Jd.— 1r. In rebus profperis,& ad voluntatem noftram fluentibus, fuperbiam, faftidium E arrogantiam magnopere fugiamus. Nam ut adverfas res, fic fecundas» immoderaié ferre, levitatis eft. Philippum quidem Macedonum regem rerum geftarum glorià video fuperatum à filio 5 at facilitate& humanitate viJuffinus deo fuperiorem fuiffe. Ingenti clade apud Lo. c. 4. Chzeroneam Athenienfes ac'Thebanos affeceÆlian.l, rat Philippus,& magnos propter tam claram '^ 15^ viloriam animos gerere poffe videbatur. Verüm ille quo die parta eft vi&oria non ia convivio rifit, non lados inter epulas adhibuit, non coronas aut unguenta famp ir:& de n de fon Hzfloires des Auteurs profanes. 177 fcavoir régler fon ame,& mettre un frein à fa bouche, lorfque la fureur nous anime, ou méme, ce qui feroit encore mieux, fçavoir fe taire, quoique ce ne foit pas le fruit d'una fagelfe accomplie, c'eft dà moins l'effort d'un génie ferme& élevé.^ Une femme plaidant fa Caufe devant le Roi Philippe, que l'excés da vin-avoit affoupi,& séant vue condamner injuftement, s'écria qu'elle en appelloit de fon Jugement. Et à qui donc en appellez-vous, reprit cé Prince en colere? De Philippe, repliqua-t'elle, qui a bien bà G qui dort, à Philippe Jobre& bien eveillé. Une réponfe fi libre de la part d’une fimple femme di(fipa l'yvreffe & lengourdiffement du Roi, qui loin de semporzer trop vivement contrelle, examina de nouveau fon affaire,& répara l'iniquité dc fon Jugement. CHAPITRE XXXIT. Plus nous fommes élevés au defus des autres, plus nous devons mous conduire avec modeftre. I. Quand la fortune nous rit,& que tout réuffit à notre gré, c'eft alors que nous devons principalement nous mettre en garde contre l'orgueil, le dédain,& l'arrogance; car il y a de la petitelfe d’efprit à ne fcavoir pas fupporter la bonne fortune avec autant de modération que la mauvaife. Je conviens que Philippe, Roi de Macédoine, a été inférieur à fon Fils da côté de la gloire des armes, mais il faut avouer qu’il a éié bien au deffus de lui par la douceur& lhumanité. Philippe ayant remporté uue célebre vi&oire à Chéronée fur les Athéniens& leg : Hv Ælian- S £,2.0,19. 178. Hifforis? profànis Script. quantum in illo fuit, ita vicit ut vitorem nemo fentiret. Athenienfibus, quos paffus infeftiffimos fuerat, captivos gratis remifit, & bello confumprorum corpora fepulturæ reddidit, Denique adeo nihil fuperbè, nihil infolenter egit, ut voluerit fibi deinceps ab. uno à fervis fuis fingulis dicbus in memoriam revocari, fe hominem effe. Itaque nec foras ipfe prodibat, nec ad eum quifquam mané priüs intrabat, quàm famulus ei ter acclamaffet: Philippe homo es. Q.Cur, 2. Quàm difpar Philippo patri Alexander 1.8. c. s. fuit! Superato Dario Perfarum rege, Jovis filium non dici tantüm fe, fed etiam credi, voluit: tanquam perinde animis imperare pof' fet ac linguis. Itaque Macedonas ipfum falutare, profternentes humi corpora jufft. cripfit quoque Gracie populis, ut fe Deum effe publicis edictis confiterentur. Aliis alia in ejis honorem decernentibus, Lacedæmonii hujufmodi decretum fecerunt: Quoniam. Alexander Dreus effé vult, eflo Deus: Laconic libertate& brevitate redarguentes vecordiam Alexandri. Plin. 3. Cüm folitus effet Epaminondas uncto Æpopk. corpore hilarique vultu prodire in publicum Hiffoires des Auteurs profanes. x79 Thébains qui leur coûta cher, fembloit étre. en droit d'en tirer vanité; mais le jour méme: qu'il gagna la bataille, il ne rit point à table, ne mit point de couronne fur fa téte, ne fe parfuma point,& en ufa de telle forte, que perfonne ne l'eüt pris pour un Vainqueur. Il renvoya libres les Prifonniers des Athéniens, qui avoient exercé contre lui les Actes d'hoftilité les plus marqués, fans en exiger de rancon,& fit inhumer les corps des Soldats tués fur le Champ de Bataille. Enfin il craignoit tant que fes actions ne fuffent animées par l'efpzit d'orgueil& de fierté, qu'il gagea un de fes Efclaves pour le faire reilouvenir tous les jours qu'il étoir homme. Il ne mettoit jamais le pied hors de fon Palais, ne donnoit Audience à perfonne, que ce Valet ne lui eut crié par trois fois: Philippe fouviensroi que tu es mortel. II. Qu'Alexandre en cela fut bien différent de Philippe fon pere! Vainqueur de Darius, Roi des Perfes, il ne fe contenta pas de fe faire appeller Fils de Jupiter; mais comme s’il eüt eu autant de pouvoir fur les efprits que fur les langues, il voulut qu'on crüt quil l’étoit,& qu'en conféquence les Macédoniens fe profternaffent en terre pour l'adorer; il pouffa l’orgueil jufqu'à écrire aux Peuples de la Grece, de le déclarer Dieu par des Ordonnances publiques. Comme on s’empreffoit dans toutes les Villes à lui prodiguer les honneurs divins de diverfes manieres, les Lacédemoniens fe diftinguerent par ce Décretfingulier: Puzfqu Alexandre veut être Dieu, foit, on le déclare tel; lui reprochant par ce peu de mots& cette liberté digne de Sparte, l'excès de fa folie. III. Epaminondas, qui avoit coutume de ne{fe montrer en public que parfumé,& EL vi, 180—— Hifforia é profanis Script. poftridie cjus diei, quo feliciter pugnatum. erat in Leuctris, proceffit fqualidus,& triftis. Scifcitantibus igitur amicis, ecquid illi molefti accidiffet: NA, inquit, fed herz Jenfi me animo fuiffe, quàm par fit, elatore. Quocirca hefferna latitia intemperantam hodierná trifiitid caffigo. EivissL. 4. Poftquam vi&um,& ad pedes fuos #5. C8»{ummittentem fe, regem Perfeum confolatus eft vi&or Paulus Æmilius; fermone ad circumftantes Romanos converfo, dixit: Exemplum infigne cernitis mutationis rerum huma narum. Vobis hoc pracipu? dico, juvenes. Ideo in fecundis rebus nihil in quemquam fuperbè ac violenter confulere decet, nec prafenti credere fortuna; quum quid vefper ferat, incerzum fit. Is demum wir erit, cujus animum fortuna nec profpera flatu fuo afferet, n?c. adverfa infringet. Idem. 1. Modum imponere fecundis rebus, nec ni42. C.62 ' mis credere ferenitati præfentis fortunz, prudentis hominis& meritô felicis eft. did. Mos erat Romanis, in adverfis vultum fecundæ fortunz gerere, moderaii animos in fecundis. Jufin.l$. Agathocles, qui in Sicilia regnavit; 82.6 I. ad regiam majeftatem ex humili& fordido genere pervenerat. Nam in Sicilia patre figulo natus, ipfe figlinam artem primüm exercuit: poftquam rerum potitus eft, folebat in æenfa pocula fictilia inter aurea ponere,& Parfée Hiffoires des Auteurs profanes. 18a avec un vifage riant, parut le lendemain aprés la célebre victoire de Leuctres, dans un extérieur trifte& défordonné. Ses amis lui ayant donc demandé s'il ne lui étoit pas arrivé quelqu'accident: Z4ucun, leur repliquatil; mais je me fuis appergu que je paffai hier les bornes de la modeflie.s c'eft pour cela que je châtie cette joie immodérée, par la triffeffe où vous me voyez aujourd’hui. IV. Paul Emile Vainqueur, voyant le Roi Perfée profterné humblement à fes pieds, le confola de fa grace,& adreflant la parole aux Romains qui l'environnoient, leur dit: Vous voyez devant vos yeux un exemple frappant de l'inconflance des chofes hümaines. C'ef à vous, jeunes Romains, que je donne Principalement cet avis. Convient-il après cela, quand nous jouiffons de la profpérité, de traiter qui que ce foit avec hauteur& avec dureté, puifque nous ignorons le fort qui nous attend à la fin du jour? En un mot, celui-là Seul fera véritablement homme, dont le cœur ne s'enflera point dáns la bonne fortune, ni ne s'abbatra point dans la mauvaife. C'eft être prudent& juftement heureux, de fçavoir impofer des bornes à la profpérité,& de ne point trop s'endormir dans le fein d’une fortune tranquille. Les Romains faifoient ordinairement paroitre dans l'adverfité le même vifage que s'ils euffent été dans là profpérité,& ils s'accoutumoient en jouiffant de celle-ci, à régler les defirs de leurs cœurs. V. Agathocle, qui régna en Sicile, étoit monté du fein de la mifere& de la baffeffe fur le Thróne: car étant fils d'un Potier, il exerca d'abord ce métier. Devenu Maitre de l'Empire, il fe faifoit ordinairement fervir en vaiffelle de terre, quil méloit avec la vaif 182 Hifloriæ? profanis Script. palàm fateri fe, quondam ejufmodi poculorum fuiffe artificem. Senec. 1. Longé animo alio fuit Tiberius. Nam inter 5. benef. initia principatüs dicenti cuidam: Meminifüi€ 75e ne? Antequam ille plures notas familiaritatis veteris proferret, Non memini, inquit, quid fuerim. Averfabatur nempe omnium. veterum amicorum& æqualium notitiam.& illam E ord folam cogitari& narrari volebat. Contra Vetc.12. pafianus mediocritatem priftinam neque diffimulavit,& fzpe declaravit: quin& conantes quofdam originem ipfius ad comitenx quemdam Herculis referre. irrifit. CAPUT x*xxIlIit Ne affentatoribus patefaciamus auress Cir.n 1° IN fecundiffimis rebus maximé eft utenOffic. n. dum confilio amicorum, hifque etiam ma91: jor» quàm antè, tribuenda eft auctoritas. iifdemque temporibus cavendum eft, ne affentatoribus patefaciamus aures, nec adulari nos finamus. In quo falli facile eft: rales enim nos effe putamus, ut jure laudemur. Hinc nafcuntur innumerabilia peccata. fs nous poil fomr notre Juan Hifloires des Auteurs profanes. 183 felle d’or& aimoit à renouveller cette efpece d'aveu public, qu'il avoit autrefois travaillé en ouvrage d'argille. Tibere fut animé d'un efprit tout oppofé 5 car dans les commencemens de fon regne > quelqu'un lui ayant dit: Vous fouvenez vous> Prince? Tibere, fans permettre à cet homme de lui donner des époques plus füres de l’ancienne connoiffance qu'il vouloir lui rappeller, lui repliqua brufquement: Noz jé ne me fouviens plus de ce que j'ai été. En effet il déteftoit par fierté le commerce de fe anciens amis& de fes égaux; il prétendoi qu'on n'envifageáàt, qu'on ne s'occupát, qu'on ne s’entretint uniquement que de fa fortune actuelle. Vefpafien penfoit bicn plus fagement. Jamais il ne cacha l'obícurié de fon extraction,& en fit fouvent une déclaration authentique. Il fe moqua méme des efforts de quelques Flateurs, qui faifoient remonter fon origine jufqu'à un je ne fcais quel Compagnon d'Hercule. CHAPITRE XXXIII Ne prétons point l'oreille aux Flatteurs I. C'eft dans le cours d’une heureufe fortune qu'il faut fur-tout avoir recours aux falutaires confeils de nos amis,& leur donner plus de poids& de crédit qu’auparavant; c’ett alors auffi qu’il faut fe tenir en garde contre les Flatteurs, leur fermer les oreilles,& ne nous pas laiffer féduire par leurs difcours empoifonnés, car rien n'eft plus facile. Nous fommes naturellement fi bien prévenus en notre faveur, que nous croyons mériter les louanges qu'on nous donne;& telle eft la fource d'une multitude infinie de fautes dans lefquelles nous tombons, 184— Hifforia à profünis Script. Senec, Citó nobis placemus,‘Quidquid in nos| P. 59. adulatio fine pudore congeffit, tanquam de-| bitum prendimus: adeoque indulgemus nobis, ut laudari velimus de iis quibus contraria ma- 4 ximé facimus.| 4-Quef- Adulatoribus ne aures præbeas. Habent hoc PSU in fe naturale blandirix edam cüm rejiciunzur, placent; fepe exclufæ, novifimt recipiuntur. 4..{ Ep. 123: Quemadmodum qui audierunt fymphoniam, ferunt fecum in aurib ous modulationem ilam aec dulcedinem cantüs> Qua: mentem ad fera non patitur intendi: fic adelatorum & prava laudantium fermo, diu» poftquam| auditus eft, hæret, nec facile eft illum ani-| Ino excutere. Ideo claudendæ funt aures blandis vocibus. rifles! O.Curt. 2, Alexandro ccleftes honores concupifeg centi non deerat adulatio» perpetuum malum| 1 SAM, quorum opes(æpids affentatio, quàm| hoflis, evertit. Graci quidam, non ingenii: | folüm, fed ctiam nadonis vitio, adulatores, . veris amicis& maximorum exercituum duci- Í bus à rege præfercbantur. Hi tum cœlum illi aperiebant; Herculemque& Liberum& cum Caftore Pollucem. novo numini cefluros- effe. Jadabant. Quæ adulationes Alexandro mir placebant. Etenim(o&qu | dus, ce nou tne Juvenal,|. V Nihileft quod credere de fe E Sat.^ Non poffit, cüm laudatur Diis equa poteftas; E dut Hiffoires des Auteurs profanes. 185 Rien ne nous plait fi vite que nous-mêmes; nous nous approprions comme une dette légitime, les éloges que la flaterie ne rougit pas de nous proftituer,& nous fommes fi complaifans à notre égard, que nous exigeons d’être loués même des chofes que notre conduite dément. Soyez fourd au langage des Flateurs 5 les carefles ont naturellement la finguliere vertu de plaire, lors même qu'on les repouffe,& aprés des refus reitérés, de prendre enfin le deffus. De méme qu'il refte dans les oreilles de ceux qui ont entendu une belle fimphonie, une douce mélodie& un fon harmonieux, qui ne leur permet pas de s'appliquer à des objets graves& férieux 5 c'eft ainfi que l’éloquence des Flateurs& des faux Panégyriftes fait impreffion dans l'efprit, s'y infinue, & ne peut plus en être effacée fans une extrême peine. Il faut donc boucher les orcilles aux difcours artificieux. II. Alexandre jaloux des honneurs divins; ne manquoit point de Flateurs, pefte ordinaire des Prinóes,& qui renverfent plus fouvent, leurs Trónes que les armes de lEnnemi. Un tas de Grecs, lâches Adulateurs, autant par leur naturel, que par le vice de la Nation ,avoienc plus de crédit auprès du Roi, que les Seigneurs de fa Cour, & fes Généraux d’Armées. C’étoit ces fortes de gens qui lui ouvroient l'entrée du Ciel, & qui publioient par-tout qu'Hercule, Bacchus, Caftor& Pollux céderoient la place à ce nouveau Dieu. Ces difcours flatoient extrémement la vaniré d'Alexandre 5 car Celui que fon pouvoir fupréme Egale prefque à la Divinité, Hiffloria à profanis Script. Admonebat contrà Callifthenes, vir haudquaquam aula& aífentantium accommodatus ingenio, ne rebus feliciffimé geftis invidiam contraheret afcità Dei appellatione. At gravias viri,& loquendi libertas invifa erat regi, quafi folus Macedonas paratos ad tale obfequium moraretur: fuitque propterea. in cum iræ pervicacis. Cujus explendæ occafionem ubi invenit, virum præditum optimis moribus, indictà causà excruciatum necavit, Quam crudelitatem fera poenitentia fecuta eft. Certé nullius cedes majorem apud Philofo;^ phos invidiam Alexandro excitavit, Hinc illa "Senece: Fuit Calliftheni iagenium nobile,& fünbundi regis impatiens. Ejus mors crimen Alexandri æternum eft 5 quod nulla virtus, nulla bellorum felicitas redimet. Nam quoties quis dixerit, occidit Perfarum multa millia: opponetur,& Callifthenem. Quotics didum erit, occidit Darium, penes quem tunc magnum regnum crat: opponetur,& Callifthenem. Quoties didum erit, omnia Oceano tenus vicit, ipfum quoque tentavit novis claffibus,& imperium& Macedonia ufque ad Orientis terminos protulit: dicetur; Jed. Calliffhenem occidit. Denique ex his que fortiter feliciterque fecir, nihil tantam ei gloriam afferet, quantum dedecus cades Callifthenis. À Hiftoires des Auteurs profanes. 187 Et qui par la louange eft fans ceffe flaté y Ofe aifément préfumer de lui-même. Callifténe dont l’humeur étoit bien différente,& ne s'accommodoit point avec les manieres infinuantes de la Cour, avertit librement le Roi de ne point ternir la gloire de fes belles actions, en s'atribuant le titre d'un Dieu. Mais la gravité de ce Philofophe, &{a liberté brufque à dire fon fentiment, déplaifoit au Monarque, comme fi lui feul eût été capable d'empêcher les Macédoniens de lui rendre cet hommage;& c'eft pour cette raifon qu'il conçut une vive indignation contre lui. Dès qu'il trouva le moment propre à fa vengeance, il le faifit,& fit expirer au milieu des tourmens, fans aucune forme de procès, le plus honnête homme qu'il eût à fa fuite. Une action fi barbare fut fuivie de fon repentir; mais il vint trop tard. En effet, rien n’a plus deshonoré parmi les gens fenfés la mémoire d'Alexandre, que la mort injufte de Callifténe. C'eft ce qui fait dire à Séneque: Callifténe avoit un génie ferme& élevé, incapable de fouffrir les excès d’un Prince emporté par le feu de la jeuneffe,& la pétulance d'un fang bouillant. Sa mort eft our Alexandre un reproche éternel, un crime ineffaçable, dont nulle belle qualité, nulle a&ion guerriere, quelqu'éclazante qu'elle poit fe étre, ne peut couvrir la honte: car toutes les fois qu'on dira d'Alexandre: ila tué plufieurs milliers de Perfes;& Callifténe auíli, fe rappellera-t on. Toutes les fois qu'on dira: Il a détrôné& fait périr Darias, le plus puiffant des Rois de la Terre, on ne manquera pas d'y ajouter Callifténe. Toutes les fois qu'on dira: Il a porté fes armes vi&torieufes jufquà l'Océan, il a méme parcouru cete Q. Cure, DENT 188 Hifloria à profanis Script. 3. Darius adversás Alexandrum in Cilicia Buaturus, coëgerat undique pené innumerabilem militum multitudinem. Cujus afpe&tu cüm admodum lesus effet: fpem quoque ejus inflabat adulatorum| turba» Certam de Alexandro vi&oriam pollicitantium. Converfus tum ad Charidemum viram b elli peritum, qui Athenis, jubente Alexandro > expulfus, ad Darium confugerat, percontari cœpit: Satifne ei videretur infrruttus ad obterendum hoftem? At ile& fuz fortis biz, oblitus» liberé admon nibus Orientis partibus exci titudinem, purpurá »& regix fuperuit: ZZam ex omtam hominum mul> argento, auroque fulgentem., futuram effe imparem Macedonibus, qui paupertate magiftrá ufi, militarem difciplinam didiciffent;& non decora arma, fed fortitudinem animi, ad precum. afferent. Itaque fuafit, ut argentum atque aurum illud, quo €jus exercitus fruftra fulgeret, in conducendis à gente bellicosä militibus infumerctur, Erat Dario natur mite ac tra tab niu:; fed naturam £umpit. It tabile ingepierum jue fortuna coraque veritaus impatiens, hofpitenr dime, la Gi Gt or j | dans fon | Darius Qu E n kg; b ad Hiffoires des Auteurs profanes. 189 Mer avec de nouvelles Flottes,& il a étendu les bornes de fon Empire, depuis le fond de la Macédoine jufqu'aux extrémités de l'Orient. Mais, repiiquera-ron fans fin: Ja tué Califfenz. En un mot, linfamie& l’énormité de ce meurtre effaceront toujours la gloire& la grandeur de toutes fes belles actions. III. Darius fe difpofant à livrer bataille à Alexandre dans la Cilicie, avoit ramaffé de toures parts une multitude innombrable de Soldats. Ravi de contempler une fi groffe Armée, fes Satrapes enfloient encore fon cceur, & le félicitoient par avance fur la victoire quil alloit' remporter, comme fi elle eût été immanquable. S'étant alors tourné vers Caridéme, Athénien fort habile dans le métier de la Guerre,& qui ayant été chaffé de fon Pays par l’ordre d'Alexandre, s'étoit mis fous la prote&ion de Darius, il lui demanda: 5'7/ le trouvoit affez puiffant pour paffer fur le ventre à fon Ennemi. Caridéme ne fe fouvenant plus de l'état de la fortune,& combien il étoit dangereux de heurter l’orgueil des Princes, lui répondit avec liberté: Que ce prodigieux amas d'hommes raffemblés de tous les coins de l'Orient,€ magnifiques par l'éclat emprunté de la pourpre, de l'argent& de l'or, feroit inférieur aux Macédoniens, qui n'avoient pris des leçons de l'Art. Militaire que dans l'Ecole de la pauvreté,& qui portoient au Combat non des armes riches& brillantes, mais un courage& une force d'ame intrépide, c'eft pourquoi il lui confeilla d'employer tout cet or& cet argent, qui brilloit inutilement dans fon Armée, àlever de bonnes Troupes. Darius étoit par lui-même d'un caractere doux& traitable. Mais quel heureux naturel la fortune ne gâte-t-elle point? Ne pouvans PaterDiod. Sic. L 26, 190. Hifloris? profanis Script. tunc maxime utilia fuadentem abitrahi juffit ad capitale fupplicium. Ille ne tum quidem libertatis oblitus: Ha&eo, inquit, paratum mortis mea ultorem. Expetet à te penas mec confilii fpreti, ipfe contra quem tibi fuaft. Tu quidem licentiá regni fubitó mutatus, docuznentum eris pofferis, homines, chm fe permifere fortuna, ettam. naturam. dedifcere. Hxc vociferantem ii, quibus erat imperatum, jugulant. Sera deinde poenitentia fubiit regem: & Charidemum vera dixiffe confeffus, eum a fepeliri juflit. 4. Non defuit Caio Cæfari Caligulæ famicul. La, liaritas hominum, vitia cjus affentatione alen€. 102. rium. Etenim magnæ fortunz femper comes eft adulatio. Prolemæus Rex Ægypti aliquandiu cum laude imperavit. Poftea vero ab adulatoribus corruptus, Ariftomenem, qui tutor ipfius fuerat, qui cuncta negotia prudenter adminiftraverat, quem initar patris diu coluerat, tandem odio profequi cœpit, ob illius in loquendo libertatem, ac poítremó epoto cicutz poculo mori coëgit. Exinde magis ac magis efferatus.,& tyrannicà fævitià, non regià utens poteftate, in odium Ægyptio ium venit, parumque abfuit quin regno excideret. €—— moins Tauori le lain Qi me Hifloires des Auteurs profanes. 191 donc fouffrir la vérité, il fit trainer au Supplice un homme qui étoit devenu fon Hôte* & qui lai donnoit alors le meilleur confeil qu'il eût pu prendre. Caridéme ne rabattant rien pour cela de fa liberté accoutumée: J'ai un. V'engeur, s'écria-t-il, tout prêt dans la perfonne de celui-là même contre qui je vous ai donné confeil. Il vous punira bientôt du mépris que vous en faites. Pour vous en qui la Puiffance Souveraine a fait un fi prompt changement, vous apprendrez à la pofférité, que quand les hommes s'abandonnent une fois à la fortune, elle étouffe en eux toutes les bonnes Jfémences de la Nature. Comme il prononçoit ces dernieres paroles avec force, les Bourreaux l'étranglerent. Darius fe repentit bientôt, mais trop tard, d'avoir fait mourir un fi fage Confeiller 5& ayant reconnu la vérité de tout ce qu'il avoit dit, il lui fit rendre les honneurs de la fépulture. IV. Caius-Cefar Caligula ne manqua point d'Amis particuliers, qui entretenoient fes vices par une lâche condefcendance; car la flatterie fut toujours la compagne inféparable d’une brillante fortune. Ptolemée, Roi d'Egypte, regna quelque temps avec honneur; mais ayant été bientôt corrompu par une troupe de Flatteurs, il commença par faire éclater fa haine contre Ariftoméne, qui, en qualité de fon Tuteur, avoit gouverné fes affaires avec beaucoup de prudence,& qu’il avoit long-temps honoré comme fon pere; enfin il poufla le reflentiment, à caufe de fa liberté à parler, jufqu’à le forcer à avaler la ciouë. Il devint depuis moins traitable que jamais,& abufant deautorité Royale en Tyran cruel, il s'attira la haine de fes Sujess,& peu s'en fallus qu'il ne perdit la Couronne. 192 Hifforia à profanis Script. Senee.3.—«. Duplex exemplum ex ingenti curbà prode ira.c. fertur, unde difcere licet quó prorumpat ali14:15" quando prepotentum hominum ira;& quàm turpiter iis affententur adulatores. Hero-— Somnio quodam& deinde hariolorum refOA ponfo territus. Medorum rex Aftyages, na1.c.4,5. um à filia fua filium( qui poftea Cyrus eft Senec. di&us) Harpago amico necandum tradiderat. lii.(Quod cüm ille facere neglexiffet,& infans inter paftores adoleviffet; Aiítyages filium Harpagi, in ultionem fervati nepotis, inter"fecit:& cüm ignaro patti edendum appofuiffet in menfa, identidem quærcbat, az placeret conditura? Deinde ubi ullum fcelettis epulis faturatum vidit, caput aliafque occifi reliquias mifero patri juffit afferri: quas agnofcentem iterrogavit, quomodo effet acceptus? Harpagus, diffimulato dolore, crudeli regi turpiter adulari non dubitavit,& apud regem, inquit, omnis cana jucunda eft. Herod,| Cambyfem regem Perfarum nimis deditum L z. vino Prexafpes unus ex amicis monebat, ut i parciüs biberet: T'urpem cffe maxime regi * ebrietatem, dicens, In quem omnium oculi conjicerentur, G cujus nec facta, nec didía obfcura effent. Ad hoc ille, Scies, inquit; quemadmodum femper mentis compos fim:& probabo jam oculos& manus poft vinum etiam. folitum officium praftare. Bibit deinde largius, quam alias, capacioribus fcyphis:& jam vino gravis, objurgatoris fui filium procedere ultra limen jubet, allevatàque fuper caput finiftrà manu ftare. Tunc intendit ar5. D'une TS Hiffoires des Auteurs profanes. 195 EE V. D'une foule d'exemples on en va tirer E deux, qui apprendront jufqu'où va, d'un xam côté, l'injufte fureur des Mortels trop puild p pui fans,& de l'autre, la baffeffe de ceux qui leur font la cour au dépens de la fincérité. Aíliage, Roi des Medes; fur un fonge cffrayant& la réponfe des Devins, chargea Harpagus, fon Confident, de faire mourir un Fils qui étoit né du mariage de fa Fille;& qui fut enfuite appellé Cirus. Il n'obéit pas, & fit élever cet enfant parmi des Bergers. Aftiage, pour fe venger d'Harpagus, qui avoit fauvé la vie à fon Petit-Fils, fit égorger fon Fils,& le fervit dans un feftin à ce malheureux Pere, fans qu’il en fcut rien; puis ajoutant la raillerie à la cruauté, il lui demandoit de temps en temps, /f /a fauce étoit de fon goût: Dès qu'il le vit raffafié de cet horrible régal, il lui fit apporter fur la table la tête& les autres membres du Cadavre, quil avoit/mis à part. Le Pere reconnut' fon Fils,& Aftiage le pria de lui dire, s'Z/ ézove content de fa réception? Harpagus, diffimulant fa douleur, ne ceífà point de flatter ce Prince cruel,& il lui repartit: Chez un Roi, tout repas eff bon.: Prexafpes, l'un des principaux Courtifans de Cambyfe, Roi des Perfes» le reprenoit fur don penchant exceffif pour le via, lui repré-fentant: Que de tous les vices; il ny enavoit point de plus honteux à un Roi qne l'yvreffe, lui “fur qui les yeux de tous fes Sujets étoient attackés,€ dont toutes les attions& les paroles ne pouvoient être cachées. Je vais vous apprendre, lui repliqua Cambyle, que le vin ne me fait point perdre la raifon,& que mes yeux mes mains ne font pas moins en état de «faire. leur devoir‘ accoutumé, V fe mit.donc X « boire de.plus grands coups,& en plus grand II. Partie. 1 194— Hifforia.t profanis Script, cum,& ipluin, cor adolefcentis, quod petère 1 fe dixerat,, figit; recifoque;pectore;; haerens;( in ipfo corde fpiculum oftendit. Tum refpi-[ ciens patrem, an fatis certam hábeat manum; interrogat. Ille, ejus rei laudator, cujus nimis erat fpectatorem fuiffe, negavit: Apol/inem potutffe certiàs fagittam mittere. O: regem cruentum,& dignum in quem omnium fuorum arcus tenderentur! Ô patreni animo, mai gis, quàm conditions, fervum! c— Plin. nés Ad Trajani aures. omnis adulatoribus T Paneg.‘obffruus erat aditus: filebant ergo,& il quiefcebant... Cüm. non. eft cui. füadeatur 5| & qui fuadeant non funt.. il Spart.in Cüm Pefcennio Nigro Imperatori recèns Qu** fa&o quidam panegyricum recitare vellet; dixit ei Niger: Scribe laudes. alicujus ducis optimi vitá: funtli.,& dic quid ille. fecerit, ut.eum nos imitemur. Nam viventes Jaudare', zrrifto. ef maxim Imperatores, à quibus aliquid fperarz aut timeri poteft,.Ego verd vivus placere volo, mortuus etiam laudari. om PN Plut.in Quo tempore. Solon ad‘Crœfum vocatus Selon. venir Sardes, erat im zegia/ZEfopus; nobilis pt vocat j nobii Hiffoires des Auteurs profanes. 19$ nombre qu'il eût jamais fair. Aprés quoi il ordonna au Fils de Prexafpe, qui l'avoit réprimandé, de fe tenir droit au bout de la Salle, là main gauche fur la tête. Prenant alors fon Arc,& le bandant contre lui, il déclara qu’il en vouloir au cœur du jeune homme,& le perca en effet; puis après lui avoir fait ouvrir le côté, il fe tourna vers Prexafpe,& lui montrant la fleche attachée au cœur de fon Fils, il ajouta d'un ton moqueur: Az-je la main fûre? Ce malheureux Pere, qui n'avoit déjà que trop fait d’affifter à un pareil fpectacle, eut la lâcheté de lui répondre, en louant un tel coup: Apollon lui-même ne tireroit pas plus jufte. Oh Roi! vrai monftre de cruauté,& qui méritoit que tous les Arcs de l'Univers euffent été bandés contre lui feul. Oh Pete! vil& lâche Efclave, plus-encore parla baffefle du cœur, que par celle de fon état. VI. Tout accès étoit interdit aux Flatteurs prés de Trajan; ils gardoient à fa Cour un profond filence,& n'én altéroient peint le repos: il ne fe trouve point de Flateur, par-." tout où il n'y a perfonne à flatter. Un Orateur voulant déclamer devant Pefcennius Niger, qui venoit tout récemment de monter à l'Empire, le Panégirique qu’il avoit fáiten fon honnear: Compo/ez plutôt, lui repartit Niger, l'éloge’ de quelque fameux Capitaine qui foit mort,& retracez à nos yeux fes belles atiions, pour nous fervir de modèle, C'eff fe mocquer que d'encenfer les Vivans, furtout les Princes dont ilya toujours quelque chofe à craindre ou à efpérer. Pour moi, je veux plaire pendant ma vie,& n'être loué qu'après 7:4, mort.: Dans le temps que Solon appellé à la Cour du Koi Créfus vint à Sardes, Efope ce falij La [0] pd 196 Hiforiaë profünis Script.| fabularum fcriptor: qui dolens vicem Solo-| nis parim benigne accepti, quód Craœfo interroganti liberè refpondiffet, his verbis eum| admonuit: O Solon, cum regibus aut quam. Hn minim?, aut quam blandiffime agendum eft. Imó}" mehercule, inquit Solon, vel quam minime, vel| quam optimè. CAPUT XXXIV.( d"a: Fortis& conflantis animi eff non per. S rt turbari in rebus afperis. Senet. I. Sapientem nec fecunda evehunt, nec sd Het adverfa demittunr. Horat. Rebus anguftis animofus atque fortis appare, ie Od Quem res plus nimio delc&avere fecundæ,| L.1.Ep. Mutatz quatienr, 10.| | Diog.=: A red:« Lacuna, Dicebat Bias eum veré infelicem effe, qui Han, infelicitatem ferre non poffe. Interrogatufque, quidnam effet difficile? Ferre, inquit, fortiter mutationem reram in deterius. Senec. ui ea mala uibus alii oppri 2| €d Helv. e i£ 255 It i opprimunurs| magno animo fert, ipfas miferias in gloriam\ 6.13" verit, Quoniam ita affedi fumus, ut nihil( æque apud nos admirationem occupet, quàm| homo fortiter mifer.:| Biboi 2. Pulfus in exilium. Sencca, refert ipfe| quo animo calamitatem exceperit, Viri fa. Hiffoires des Auteurs profanes. 197 meux Inventeur des Fables, étoit dans le Palais de ce Prince. Fâché du mauvais accueil que Solom avoit reçu, parce qu'il avoit réponda avec trop de liberté aux queftions de Créfus, il lui dit par forme d'avis: SoZoz, il faut ou n’approcher point du tout des Rois, ou ne leur dire que des chofes qui leur foient agréables. Dites plutôt, repartit Solon, qu’il faut, ou ne les point approcher, ou leur diré des chofes qui leur foient utiles. CHAPITRE XXXIV. C’eff Ie propre d'une Ame grande& courageufe, de ne point fe troubler dans les affiiclions. I. Le Sage ne s'enorgueillit point de la bonne fortune,& ne fe laiffe point abbatre par la mauvaife. D'une héroique vertu Oppofez au malheur les invincibles armes, Un cœur qui du fuccès a trop goûté les charmes, Láche dans les revers, eft bientôt abbatu. Bias difoit que c’étoit être véritablement -malheureux que de ne pouvoir fuporter un malheur. Quelqu'un lui demandant, ce qu'il croyoit le plus difficile? C'eff, lui repliqua-til, de fouffrir les trifles révolutions du fort. Un homme qui fçait endurer courageufement les maux qui accablent les autres, fe fait de fes difgraces un fujet de mérite& de gloire 5 car rien ne nous frappe& n'excite davantage notre admiration, qu'un homme ferme dans fon infortune. IL. Séneque, chaffé en exil, nous apprend lut-méme de quelle maniere il reçut ce coup Ij 199 Hifforia à profanis Script. pientes, quibus me ab adolefcentia dedi, me jufferunt omnes fortunæ impetus profpicere, antequam incurrant. Illis gravis eft advería fortuna, quibus eft inexpectata: facilé cam fuftinet qui femper expe&tat. Quemadmodum repenunus hoftium impetus imparatos profternit, à paratis vero£acilé excipitur,' Nunquam ego fortunz credidi, etiam& videretur pacem agere. Dedi operam, ut quz in me indulgeniiffimé conferebat, pecuniam& honores, ea poffet à me repetere, ita ut nihil propterca mens mea movcretur. P.Syrus, Fortuna jus in hominis mores non habet,( Nihil eripit fortuna, nifi quod& dedit, Qui munera fortune amaverunt, feque propter illa fufpici voluerunt, illi jacent& mœrent, cüm eos mobilia ifta oblectamenta deflituunt. Ar ille qui fe lætis rebus non inflavit, non cft abje&oanimo mutatis: fic-| que adversus utramque fortunam invitum animum tenet. Ego in illis, quz plerique mortalium Ooptant, exiftimavi femper nihil veri boni inef-| fe, atque ita inveni. In illis quoque, qua| mala vocantur, nihil tam terribile ac durum| invenio quàm vulgus opinatur. Hiffoires des Auteurs profanes. 199 violent. Les perfonnes fages(dit-il) à qui je me fuis attaché dès l'enfance, m'ont fait un précepte de prévenir les: revers de la fortune, avant qu’ils arrivent. L'adverfité n’eft dure& chagrinante que pour ceux: qu’elle furprend fans s'être précautionnés. Qui fçait latendre à pied ferme, la fupporte fans peine. Je la compare à l'attaque imprévue de l'ennemi, qui renverfe ceux qui ne font| pas fur leur garde, mais qui eft aifément repouffé par ceux qui s'y font préparés. Je ne me fuis jamais fié à la fortune, quoiqu’elle femblàt me promettre le calme& la paix. Je m'y fuis toujours pris de telle forte qu'elle étoit la maitreffe de me reprendre toutes les faveurs dont elle me combloit avec le plus de profüfion, fans que mon ame en fü: même légerement ébranlée. Epris de la Fortune, en butte à fes rigueurs, Pourquoi lui prêtons-nous de vains droits fur nos mœurs? Le Vulgaire inconftant à fes mains s'abandonne»Le Sage-ne lui rend que les biens qu'elle donne. Ceux qui s'attachent aux biens de la fortune,& fe prétendent d'autant plus dignes d'admiration, qu’ils en font plus abondamment pourvus, fe livrent au chagrin& au défefpoir, quand ces légers avantages viennent à leur manquer; mais un homme que Fheureufe fortune n'a point enorgueilli, ne s'abbat point quand elle lui tourne le dos, & il fçait dans l’une& l'autre fituation conferver une ame inébranlable. J'ai toujours penfé quil n’y avoit point de folide& vrai bonheur dans les biens qui font l'objet des défirs de la plupart des Mortels,& l'expérience me l'a confirmé 5 de mémc que je ne trouve rien dans ce qu'on apliv ER 200 Hifforia? profanis Scripts^ CAPUT xxxv. Viri boni nati funt in exemplar ,& eos fibi Pr¶t Deus, Senece,—:. Quz verb mala dici de Prov. bonis remover Deus, fcelera 6 à Se i IeLvCIÓ quzdam dura patiu tem, exilium,& alia ejufmodi? Ut etiam alios pati doceant. Nati fun: in exemplar. Puta itaque Deum dicere: Quid habetis quod de me queri poffitis, vos» quibus reda placuerunt? Alis bona falfa circumdedi: auro illos G argento& gemmis ornavi: intus boni nihil eft. Non efe fla folida& fincera felicitas. Vobis. dedi bona certa, manfura. Conceffi yobis, qua vulgo videntur metuenda, contemnere; qua cupienda, faffidire, Non fulgetis extrinfecus: bona vefra intus Junt. Qua incidunt trifêla, Korrenda» dura toleratu, lis vos non Subduxi: animos veféros adversès omnia armayi, poffunt, à viris & flagitia. Quantur, paupertaSenec, Quemcumque fortem videris ercul. €. 464.: 34 3*f'i M 2. Wir bonus non tantüm Dei difcipulus, Senec. 1 c.f de Proy,& æmulator eft, fed & 12 Eum parens ille magni tres, duriüs educar, > miferum neges; etiam vera progenies. ficus, ficut feveri padifciplinà trifti continet, vous q Jai pr ms, 18 p Hiffoires des Auteurs profanes. 201 pelle Maux, de fi terrible& de fi dur, que les hommes fe l'imaginent. CHAPITRE XXXV. Les Gens de bien font nés pour l'exemple s & Dieu fe les defline particulierement. I. Dieu éloigne des gens de bien tout cc qui fe peut appeller véritablement Maux m c'eft-à-dire, les péchés& les crimes. S'ils font expofés à l'indigence, à l'exil,& à d'autres. incommodités de la même efpece, c'eft pour apprendre aux autres à fouffrir; ils ne font. au monde que pour fervir de modèle. Imaginez-vous donc que Dieu tient ce langage: Quel fujet avez-vous de vous plaindre de moi, vous qur aver toujours fait vos délices du bien? J'ai prodigué de faux biens aux autres hom. mes. Je les ai enrichis d'or, d'argent© de piere res précieufes; au dedans ils font vuides de toute vertu. Tous: ces avantages extérieurs ne forment pas la folide& pure félicité. C'eff à vous feuls que j'ai donné les biens fárs& durables. Je vous ai infpiré du mépris pour les chofes qui font l'objet de la crainte: du Peuple ,. & du dédain pour celles qui font l'objet de fon ambition. Vos richeffes font au-dedans de vousmêmes. Je ne vous ai point garantis des accidens trifles, fâcheux© incommodes; mais j'ai mis dans vos ames la force G. la patience. néce[Jaires pour lès fupporter.. Qui dans l’adverfité-fe montre courageux, Quoi que faffe le fort, n'eft jamais malheureux; M. L'homme dè bien n’eft pas feulement le Difciple& l'imitateur de Dieu, mais encore(on-vrai.Fils. Ce Pere. jalouxléleve avec une. dure autorité, le. retient fous une- auf-Lv 301 Hifforim€ profanis Script. experitur, indurat, fibi pra parar. Non vides quanto aliter patres, aliter matres liocros educent? Illi excitari eos maturé jubent ad ftudia obeunda, feriatis quoque diébus non patiuntur effe otiofos,& fudorem illis& interdum lacrymas excutiunt. At matres fovere in finu, continere in umbra, volunt; nun: quam flere, nunquam triftari, nunquam laborare. Patrium habet Deus adversus bonos. viros animum.,& illos fortiter amat. CAPUT XXXVL Praclara ef? univerfa vitæ aquabilitass. Cicer.2+ 1. Si quidquam ef decorum, nihil eft proOfic- 1H: fe&o magis, quàm æquabilitas in omni vita, ALME& idem femper vultus ,, eadeinque frons. Ut Tufc.s 1e de Socrate accepimus, quem prædicare folita erat uxor ejus Xantippe fe vidiíle femper eodem vultu exeuntem domo& revertentem. Plinius. Nec veró ea frons erat, qux M. Craffi ilL7-C19-]ius veteris, quem femel ait in omni vita rififfe Lucilius, Plinius nunquam: fed tranquilla& ferena. Jure autem erat femper idem vultüs, cüm. mentis, à qua is fiagitur, nulla ficret mutatio. .Sentc. Ut omnia equo animo feras, exemplum Ip. 194 ac cipe Socratem. per omnia afpera jadtatum, Hiffoires des Auteurs profanes.(203 tére difcipline 5 l'éprouve, l'endarcit,& le forme exprès pour lui-même, Ne voyez-vous pas la différence qu’il y a entre l'éducation des peres& celle des meres à Les premiers veulent piquer la lenteur naturelle de leurs enfans, pour les exercer de bonne heure aux. études, Ils ne fouffrent point qu’ils demeurent oififs, même les jours: de repos: ils en tirent quelquefois& de la'fueur& des larmes. Mais les. meres s'empreffent à: les réchauffer dans leur fein, à les mettre à l'om«e e tiguent au travail. Dieu a pour les gens bien un cœur de pere,&-les- aime. avec fermeté. CHAPITRE XX XVL à Rien ef plus beau qu'une égalité foustenue pendant toute Ia vie.I. S'il y a quelque chofe de glorieux dans: la vie, c'eft fans doute de fcavoir conferver jufqu’à la fin un caractere uniforme, une contenance égale,& un même front. Telle étoit, elon l'Hiftoire, a vertu de Socrate, que fa femme Xantippe difoit ordinairement n'avoir jamais vu ni fortir de chez lui; ni rentrer qu'avec le même vifage. Son front n'étoit point tel. que celui du vieux Marcus-Craffus, que Lucile affure ne s'être jamais dérid qu'une feule fois en toute fa vie,& Plin jamais; mais il étoit calme& ferein. En effet, comment. fon vifege. auroit-il pu éprouver quelque: altération, puifque l'ame, fur laquelle il, fe-compofe; n'en éprouvoit auéune 2: Pour vous encourager à fouffrir tous les: malheurs avec- une égale. fermeté;.propofezO0 0. ad Helv. 204 Hifforia profanis Script. invi&dum tamen& paupertate,& laboribus; tum quos militiæ pertulit, tum quibus domi eft exercitus: cüm uxorem haberet moribus feram, linguà petulanrem;& liberos indociles, matri quàm patri fimiliores. Noviffimé objecta illi eft& religionum violatio,& juventutis corruptela, quam immittere in Deos, in parentes, in rempublicam didus eft. Poft hec carcer& venenum. Hzc adeo Socratis animum. non moverunt, ut ne vultum quidem moverint. Illam mirabilem& fingularem laudem ufque ad extremum fervavit. Non hilariorem quifquam, non triftiorem, Socratem vidit: æqualis fuit in magna inæqualitate fortunz.. "Wale— 2. Q. Metellas Nümidicus Romà puifus;. 4'€ 1 ut fupra di&um eft, in Afiam fecefft. In qua, cüm ci forté ludos Trallibus fpeCtanti littere reddite effent, quibus fcriptum erat, maximo fenatüs& populi confenfu reditum ili in patriam effe datum; nihil. moveri vifus eft: non lætitiam proximé fedentibus ullà ex parte oftendit: eumque conftat pari vuleu in exilium abiiffe,& fuiffe reftitutum. Adeo moderationis beneficio& animi firmitate im-motus inter fecundas,&. adverfas. res: permanfit.. compofuit, ait fe vidiffe M. Marcellum Mitylenis exulantem,& quantim natura. homi3. Brutus, in eo: libro quem de virtute: a nes pe tá - oce h Dori ous doni . Hifloires des Auteurs profanes. 205 vous Socrate pour modele, qui ayant paílé par toutes fortes d'épreuves, réfifta avec fuccès à la pauvreté,& à toutes les peines qu'il eut a effuyer, foit dans la guerre, foit dans fon ménage; car il ayoit une femme d'une humeur brufque, querelleufe,& des enfans indociles, plus reffemblans à leur mere qu'à leur pere. ll fut accufé far la fin de fa vie d'être Prévaricateur de fa Religion,& le Corrupteur de la Jeuneffe, qu'il foulevoit, difoit-on, contre les Dieux, contre les Parens& la République. Les fuites furent le cachot& le poifon. Bien-loin que Socrate füt ému de toutes ces véxations criantes, il n'en changea pas méme de vifage,& il mérita certe louange rare& finguhere, de ne s’être point démenti ju(qu'au dernier fouffle de(a vie. On ne le vit ni plus gai ni plus trifte,& dans une grande inégalité de fortune, il demeura toujours parfaite-ment égal.: I. Quintus-Metellus-Numidicus:, chaffé de Rome, comme on l'a dit plus haut, fe réfugia en Áfie. Dans le temps qu'il étoit occupé à regarder les Jeux publics à Trallia, en lui remit des. Lettres, otù-on lai marquoic quil avoit obtenu fon rappel en fa Patrie, avec le confentement univerfel du Sénat&& du Peuple. Métellus n’en parut point touché,& ne laiffa voir aucun figne de joie à ceux qui éoient affis auprès de lui. C'eft un fait conftant qu'il partit en exil,& en revint avec le même vifage: tant il fçut garder une égale intrépidité dans la bonne& la mauvaiíe fortune, à l’aide de fa modération. & de fa grandeur d'ame; UL. Brutus, dans le Livre qu’il a: compofé fur la Vertu, affuze qui a va Marcus-Marsellus exilé à Mitylene, vivre auf. heureux. 2o6 Hiflorin éprofanis Script. nis pateretur y beatiffimé viventem, neque: Egon bonarum artium cupidiorem quam: ilo tempore. Bene ergo exilium tulit, nec quicquam in animo ejus mutavit loci commutatio, quamvis cam& paupertas fequcretur, Valér.l;| 4. P. Rutulii Rufi verbis& actis admi6.c. 4. rabile inerat robur, quod nullà unquam re p se iüflecti ac debiliraui potuit. Cüm effet ille Orar, p, Vit exemplum innocentiæ,& illo nemo nes 229.‘que integrior Romz: eflet, neque fan&ior 3: reus factus, nullà füà culpà, apud Equites Romanos, penes quos tum judicia erant', nihil fplendore acte vitz indignum fecit aut dixit: non infignia Senatoris depofuit, non obfoletam veftem induit:& non modó fupplex judicibus effe noluit, fed' ne o: pd .. quidem aut liberius caufam dici fuam; quàm Livius fimplex veritas ferebat. Damnatus itaque eft $70. repetundarum vir inter optimos numerandus ,, & miífus in exilium. Ex Italia in Afiam. venienti legatos ob viàm miferant certatim. omnes civitates, tus tum. honoratumque apud fe feceffam pollicentes, ita ut non tam exulare, quàm triumphare. videretur, ellecque unde ille formnz fuz. gratias ageret, Cüm. ei inter Smyraæos, £ 37 à quibus fuerat civitate; donatus:;:agenti' quidam confolandi:causâ dixiffet,, inftare bella civilia Romanorum, brevique futirum‘ue prôpterca omnes exules reyererentur: Quid -^ Hiffoires des Auteurs profanes. 207 & aufli content, que la condition humaine le permet ici bas,& que jamais il ne montra tant d'ardeur& de goût pour les Sciences que pendaat ce temps là. I feut donc profiter de fa difgrace, fans fuccomber làchement;& le changement d'Horifon n'en caufa aucun dans fon efprit, quoique l'affreufe mifere l'y fuivit,& füt fa fidelle compagne. IV. Il paroiffoit dans les difcours& les démarches de Publius-Rutilius-Rufas une force admirable, que rien ne put jamais affoiblir ni faire plier. C'étoit an modele de vertu 5. & il n'y avoit point à Rome de Citoyen, dont les mœurs fuffent plus pures& plus irréprochables. Ayant été cité comme coupale, fans en avoir donné fujet, au Tribunal des Chevaliers Romains, qui rendoient alors la juftice, il ne deshonora point la gloire de fa vie paííée par aucune parole ni par aucune action indigne. Il ne dépofa point les marques de la dignité de Sénateur, il ne prit point un. habit lagubre.,& non-feulement il refufa de paroitre devant fes Juges dans la pofture d'un Sappliant, mais encore il ne voulut point plaider fa caufe avec trop d'éloquence& de liberté, la vérité toute fimple la défendant affez. Néanmoins cet homme de bien, s’il en fur jamais, fut atteint& convaincu de concuffion,& condamné au banniffement. Sur fon paffage d'Italie en Afie, toutes les Villes s'empreflerent à l'envi de lui dépécher des Ambaffadeurs, chargés de lui offrir une retraite füre& honorable 5 de forte que. fon exil avoit tout l'air d'un triomphe,& quil avoit méme fujet de remercier(a fortune. Un des Envoyés de la Ville de Smyrne; qui l'avoit honoré de fon droit de Bourgeoifie, lui ayant dit par forme de confolation que Rome. étoit menacée de guerres civiles,& 208 Hifloriæ è profanis Script; tii, inquic Rutilius, mali feci, ut mihi pejo» rem reditum, quàm exitum, optares? Malo ut patria exilio meo erubefcat, quàm reditu moreat. Quod. dixerat præititit: nam cüm ei reditum in patriam poftea Syllana vi&oria fa. cilem faceret; in exilio, ne quid adversüs leges peccaret, remanfit.. Senec : Multos illuftrat fortuna, dum vexat. RuEp. 79. tilii innocentia ac virtus lateret, nifi accepiler injuriam. Cüm violata eft ,. effulfit.… ROC OO LIBER QUINTUS. DE TEMPERANTIA. CAPUT 1. Ratione duce per totam vitam eundüra’ eff. Tr 5: r.‘Emperantia. moderatrix omnium comAn erf motionum animi eft, à libidine avocat; 1.de fin, inani lxutià geftire non finit: hc pacem ani» 7.47. mis affert, in rebus expetendis aut fugiendis: d^ rationem. ut fequamur; monet: in ea vere'**' cundia, modeítia, omnis íedatio perturba-tionum animi ,.& rerum modus. cernitür,. _ cefive; nous fa les chol mous d. pudeur, ls pafíc tiun de Dm RI LU, Hifloires des Auteurs profanes. 309 qu'elle fe verroit forcée de rappeller tous fes Exilés. Quel mal vous ai-je fait, lui repliqua Rutilius, pour me fouhaiter un retour qui me feroit plus fücheux que mon exil? J'aime mieux que ma Patrie rougiffe de l’un, qu'elle ne s'affüge de l'autre. Il tint parole; car la viétoire de Sylla lui ayant procuré la liberté de retourner en fa Patrie, il ne quitta point fon exil, pour obéir aux Loix. Il en eft beaucoup que la fortune en perfécutant, ne fait que rendre plus illuftres. L'innocence& la vertu de Rutilius féroit enfevelie dans les ténebres, fi elle n'eut point été attaquées c'eft de fon outrage qu’elle a tiré fon éclat, Bb icideddeedife d ede LIVRE CINQUIEME. b(Ó SO EE EE EEE) DE LA TEMPÉRANCE, CHAPITRE I. I] faut marcher toute fa vie d la lueur du flambeau de la raifon. I. À tempérance regle les mouvemens de ] 5» elle en bannit la volupté, ne permet point qu'elle fe livre à une joie exceffive; elle répand le calme dans les efprits, nous fait prendre la raifon pour guide dans les chofes que nous devons défirer, ou que nous devons éviter. On trouve en elle la pudeur, la modeftie, la paix que procurent les paffions tranquillifées,& les juftes bornes qu’on doit fe propofer en toutes chofes. 216— Hifforig e profanis Script. 2. Tap,> Eft animus in partes diftributus duas; H.47, quarum una in appetitu pofita eft, qui hominem huc& illuc rapit: alteta in ratione, qua docet& explanat quid faciendum fugiendumve fit. Efficiendum autem eft, ut ratio præfit, appetitus vero obtemperet. Quod temperantix munus eft.: In animis omnium eft naturà molle quiddam, demiffum, humile. Si nihil effet aliud, quid effet homine deformius? Sed. przító eft domina& regina ratio, cujus magna vis. Hzc ut femper imperet illi parti quæ obedire debet, curandum eft: imperet autem velut; fervo dominus, imperator militi, pazens filio. Senee,- Ratione duce per totam vitam eundum eff; 2. benef, Minima maximaque ex hujus confilio gerenda €.18. funt. C& PUT::II In fedatione perturbationum animi vit& beata. Cicer. 52 I. Omnes animi perturbationes rationem res Tufc. n. pellentes, nullum beata vite locum relin15. quunt; hique foli beati dicendi fünt, quos nulli metus terrent, nulle ægritudines exedunt, nulle libidines incitant, nulle futiles lætitiæ efferunt, nulle voluptates. molliunt. Ut autem maris tranquillitas intelligitur, aullà ne minimà quidem aurä. fludus com De» QUE endum: prati, Ru Hiffoires des Auteurs profanes.— 2x1 IL L'ame elt partagée en deux principes différens; l'un confifte dans l’appéut, qui n'eft qu’une impulfion aveugle& téméraire qui entraîne l'homme de tous côtés; l’autre confifte dans la raifon, c'eft-à-dire, une lumiere certaine qui nous inftruit de ce que nous devons faire, ou de ce que nous devons fuir. Or la raifon doit commander,& l'appétit obéir;& c’eft-la précifément le devoir de la tempérance. Il y a naturellement dans le cœur de l'homme quelque chofe de mou, de bas,& de rampant. S'il ne s’y trouvoit que cela, y auroit-il un ouvrage plus imparfait? Mais la raifon vient au fecours, elle qui par fon pouvoir en eft la maîtrefle& la fouveraine. Il faut avoir foin qu'elle foit toujours fupérieure à cette partie qui doit être fubordonnée, comme un Efclave l'eft à fon Maitre, un Soldat à fon Général, un Filsà fon Pere. Il faut marcher fidellement toute fa vie fous l’étendard de la raifon,& ne rifquer aucune entreprife, foit légere, foit importante, fans l'avoir auparavant confultée. CHAPITRE IL Le bonheur de la vie confie dans la paix intérieure de l' ame. I. Toutes les agitations de l’ame qui étouffent la raifon, ne permettent pas de jouir d’une vie heureufe,& on ne doit donner le titre d’heureux qu'à ces hommes que la crainte n’ébranle point, que l'inquiétude ne ronge point, que la paffion n'anime point, qu'une vaine joie ne tranfporte point,& que la volupté n'amollit point, On dit que la Mer eft calme, à, de fin. æ. 59. 8.59, 212 Hifforia profanis Scripts movente: fic animi quietus& placatus ftatus cernitur, cüm perturbatio nulla eft quà moveri queat. 2. Quemadmodum civitas in feditione beata effe non poteft, nec in difcordia dominorum, domus: fic animus fecum ipfe difcordans pugnantibus& contrariis ftudiis confiliifque, nullam guftare partem poteft vere voluptatis. 3. Quod fi corporis gravioribus morbis vitz jucunditas impeditur: quantó magis animi morbis impediri necefle e(t? Animi autem morbi funt cupiditates divitiarum, gloriz, dominationis, libidinofarum etiam voluptatum; egritudines, moleftiz, mœrores>» qui animos exes dunt& curis conficiunt. Senec-— 4. Beatum dicamus hominem eum, cui unum de bear. €. 3: 4. Cicer. s. Tufc.n. 34Plato in Gorgia. bonum honeftas, unum malum turpitudo vis deatur, Cui vera voluptas erit, voluptatum contemptio. Quem honefti cultorem& virtute contentum nec extollant fortuita nec frangant. Qui fortunz muneribus utatur, non ferviar, Hunc neceffe eft fequantur gaudium incorcuffum& æquabile, perpetua tranquillitas& libertas, pax animi.& magnitudo. f. Cüm ex Socrate quæfitum effet à Pole nonne beatum putaret Archelaiim» Perdicæ filium, qui tum fortunatiffimus haberetur? Haud fcio, inquit Socrates, nunquam enim cum eo locutus fum. Polus: An zu aliter id fcire non potes? Soc. Nullo modo. Pol, Tu igitur ne l | hoifoue oine 1i ? E üt PEN Ait qu'un 1(oir f Qt ut pug Une me peut tr dance à ereur, ftit le pre fesait ce D VIE agg] Hiftoires des Auteurs profanes, 21 3 lor(que la moindre haleine de vent ne fait point rider(a furface 3 ainfi l'affiette tranquille de l’ame, eft quand elle n'eft troublée par aucun mouvement de paffion. II. De méme qu'une Ville dans le feu de la(édition, une Famille dans le fein de la difcorde, ne peuvent être heureufes, c'eft ainfi qu'un cœur déchiré par des defirs& des deffeins contraires, ne peut goûter aucune douceur. III. Si le bonheur de la vie eft altéré par les infirmités du cerps, combien doit-il l’être davantage par les maladies de l’ame? telles que font d'un côté l'avidité des richeffes, l'ambition de la gloire, l'envie de dominer; la jouiffance des plaifirs 5 d’un autre, les inquiétudes, les foucis, les chagrins qui confument& minent l'efprit. IV. Donnons à coup für le nom d'heureux à celui qui ne regardera comme un bien que ce qui eft honnête,& comme un mal que ce qui eft honteux; qui{e fera un vrai plaifir du mépris des plaifirs; qui fidele aux regles de l'honnéteté,& content de la vertu, ne fe laiffe ni enfler ni abattre par les différentes révolutions du hazard; qui fans être le vil efclave de la fortune, fgait faire un fobre ufage de fes dons. Un Mortel de cette trempe doit infailliblement avoir pour partage une joie toujours pure,& que rien ne peut troubler, une paix& une indépendance affurée, une tranquillité d'efptit,& une grandeur d'ame inaltérable. V. Polus demandant à Socrate s'il plaçoit Archelaüs, Fils de Perdiccas, au nombre des heureux, parmi lefquels il paffoit alors pour tenir le premier rang? Je m'en fais rien, gepartit ce Philofophe, car je n'ai jamais conwerfé avec lui, Polus: Ne pouvez-vous pas le 2:14. Hifforia à profanis Script. de Perfarum quidem rege magno potes dicere beatusne fit?. Soc. Amego poffum, ciim:gnorem quam fit bonus? Pol. Quid? tu in eo fitam vitam beatam putas; Soc. Ita prorfus exifiimo, bonos beatos, improbos miferos. Pol. Mifer ergo m M Pi. Archelaüs? Soc. Certe, fi injuflus. Nonne hic videtur Socrates omnem beatam sitam in una virtute ponere? CAPUT IIL Malus beata vita judex populus. Senec, … I. Vivere omnes beaté volunt: fed quid de beat. fit quod beatam vitam efficiat non pervident, €. 1,% Statuendum itaque primum quid appetendum nobis fit, tum circumfpiciendum qua pervenire illó celerrimè poflimus. Nigil magis eft cavendum quàm ne pecorum ritu fequamur gregem nos antecedentium, pergentes nos quà eundum eft, fcd qua itur. Id nobis. maximé nocet, quód non ad rationis lumen, fed. ad fimilitudinem aliorum vivimus: cadem laudamus ,eadem probamus, quz mulutudo,& alienis perimus exensplis. Id optimum nobis yidetur, quod petitores laudatorefque multos babet. at lu fouleri plouve & voul Hiffoires des Auteurs profanes. 21ÿ Ffavoir fans cela? Socrate: Noa, c'eft le feul moyen que je connoiffe. Polus: Vous n'êtes donc point non plus em état de décider fi le Grand Monarque des Perfes ef? heureux? Socrate: Comment m'y preudrois-je, puifque jygnore s'il eff jufle? Polus: Quoi! c'eff ea cela que vous faites confier le bonheur de la vie? Socrate: Sans doute, je regarde les gens de bien comme heureux,€ les méchans comme malheureux. Polus: Archélaüs, à votre avis, ef donc miférable Socrate: En doutez-vous, s’il eff injufle? Ne paroitil pas par cet entretien que Socrate fait dépendre toute la félicité de la vie. de la feule vertu? CHAPITRE III Le Peuple eff un faux Juge du bonheur p de la vie. I. Tous les hommes afpirent à une vie licureufe, mais ils ne voyent pas clairement ce qui peut la rendre‘telle. Il faut donc, en premier lieu, décider ce qui doit faire l'objet de nos defirs,& prendre enfuite les moyens les plus prompts& les plus furs pour y parvenir. Il faut fur-tout. nous donner. de: garde de fuivre à la pifte., comme des animaux, les traces de ceux qui nous précedent,& de nous égarer avec eux dans un chemin où nous ne devons point entrer. Rien ne nous porte plus de préjudice que de nous conduire à l'exemple d'autrui, plutôt que de nous conformer aux lumieres de la raifon. Nous louons, nous foufcrivohs à‘tour ce» que:lacmultitüde- ap-prouve ou condamne;& nous.nous perdons:, “en voulans imiter les-dutres> Une chofg neus > 216 Hiftoria. profanis Script. Una falutis via eft,(i feparemur à coetu. Hzc quidem pars major eft, at ideo pejor. Meliora pluribus placere non folent,& argumentum peílimi turba cft. Quæramus quid optimum factu fit, non quid ufitatiffimum: quid nos in poffeffione felicitatis æternæ conftituat, non quid vulgo, veritatis peffime judici, probatum fit. Diogen. 2. Quodam die cüm populus& theatre Laërr.in egrederetur, Diogenes adversus populum niDiof- tens ingrediebatur. Interrogatus quà de causá id faceret: Hoc, inquit, 72 omni vita facere fudeo. Idem in Dicebat Antifthenes: Satius effe cum paucis Antifls iris bonis diffentire ab omnibus malis, quàm cum multis malis diffentire à paucis bonis. Idem aliquando laudatus ab improbis hominibus: Quam timeo, inquit, ne forte quid mali feceCicer. in"n! Et T PTT poëta, cum convocatis Bruto.n. auditoribus legeret magnum volumen fuum, 191:& eum legentem omnes 5 prater Platonem, reliquiffents legam, inquit; nzhilominus: Plato enim. mihi unus inflar omnium eft. Valer.l.-.$. Anakagotás- interroganti cuidam; quifY: Ce 3e nam effet beatus; non parum prudenter refpondit; Nemo ex his quos tu felices exiftimas: paroit | Td gu $e le? l'aband aa Hiffoires des Auteurs Profanes. 217 paroît d'autant plus honnête, qu'elle à plus de Partifans.& d'Approbateurs. Il n'y a qu'un chemin ouvert au Salut, c’eft de faire divorce avec la multitude. Ce parti eft à la vérité le plus fort, mais à caufe de cela méme le moins bon. Il eft rare que les meilleures chofes fe trouvent du goût du plus grand nombre,& la preuve que quelue chofe ne vaut rien, c'eft quand le Peuple y donne fon approbation. Ne cherchons point ce qui eft le plus univerfellement adopté, mais ce qui eft le plus honnête à faite; ni ce qui nous attire les éloges de la multitude, Juge aveugle de la vérité, mais ce qui peut nous affurer la poffeffion du bonheur éternel. 1L Comme le Peuple fortoit un jour du Théâtre, Socrate forçoit le paffage pour y entrer, Quelqu'un. lui demandant raifon de cette conduite; C'eff répondit-il, ce que j'ai Join de faire dans toutes mes démarches, de réfifter a la foule. Antifthène difoit: qu’il valoit mieux fuivre l'opinion d'un petit nombre d'honnêtes gens, contre celle d'un grand nombre de Méchans, que d'adhérer au fentiment d’un grand nombre de Méchans, contre celui d'une poignée d'hounêtes gens. Le même Philofophe s’entendant fouer par certains Scélérats: Que je tremble, s écria-til, d'avoir fait quelque chofe de mal! Le Poëte Antimaque, lifant à fon Auditoire affemblé l'épais volume de fes Œuvres, tous l'abandonnerent au milieu de fa le&ure, excepré Platon: Quoi qu'il en foit, dit-il, je pourfuivrai, car Platon me tient lieu du Public entier.; III, Quelqu'un demandant à Anaxagore quel étoit fur la Terre l'homme vraiment heureux, il répondit avec beaucoup de faIl. Partie. K Solon, 218— Hifforia é profanis Script. fed. eum in illo numero reperies, qui à te ew miferis conflare creditur, Non erit ille divitiis & honoribus abundans: fed aut exigui ruris, aut non ambitiofa dottrina fidelis ac pertinax cultor; in pectore, quàm in fronte, beatior, Plu.in^ Ubi Crœfus Solonem, quem ad fe Sardés vocaverat, audivit accedere; ut advenæ oculos perftringeret, eumque aliquâ fui admirationeafficeret, corpus quàm potuit magnifi.centiffiné exornavit,& veltem tum variis coloribus diftin&am, tum auro& gemmis fulgentem induit. Quo fpectaculo non modó nihil moveri vifus eft Solon, nullamque emifit vocem, quà regi, pro ejus expectatione, gratularetur: fed etiam fatis oftendit fe ejufmodi ineptias centemnere,& angufti animi effe ducere. Juffit ergo Crœfus omnes ei pecuniarum fuarum thefauros aperiri,& regium omne inftrumentum ac fupelle&ilem ante ejus oculos explicari. Quz cunda contemplatus Solon, ut ad regem eft reductus, quafivitab eo rex, az quem in terris hominem vidiffet fe beatiorem. Ille Tellum nominavit popularem fuum, virum bonum, qui rebus ad vitam. degendam neceflariis cüm non caruiffet, egregié pugnando vitam pro patria profuderat, relictis liberis bene inftitutis& probatis. Tum veró Crœfo& agreftis& infanus Solon eft vifus, qui beatitudinem non auro neque argento metiretur,& privati hominis vitam atque obitum tantæ opulentiæ tantoque imperio præferret. Interrogavit tamen eum denuo, az pof? T'ellum iffum cogno[ceret aliquem alium fe ipfa beatiorem Beatioquil av pus de dé lon à ration p Ix de plus ly lus, c toute| fptáade quil en 1 liil Compat avoir& cefité,€ tant pou Hiffoires des Auteurs profanes. 219 gcffe: 1/ n'eff point de bonheur parmi ceux à qui vous donnez ce nom, mais vous le trou-. verez bien plutôt parmi ceux qne vous appellés Miférables. Ce Mortel heureux ne regorgera point de richeffes& d'honneurs, mais Joigneux à cultiver un petit fond de terre, iÏl n’embraffera point ferupuleufement& avec opiniátreté une Doétrine orgueilleufe. Sa félicité regnera plus au dedans de lui-même qu'aie dehors. Créfus ayant appris l’arrivée de Solon y qu'il avoit invité de fe rendre à Sardes auprès de lui, voulut, pour éblouir les yeux de fon nouvel Hôte,& le frapper d’admiration pour fa perfonne, paroître dans tout l'éclat de fa Royauté,& avec les habits les plus fuperbes, où la riche varieté des couleurs, où lor& les pierreries brilloient de toutes parts. Quelqu'étranger que füt ce fpe&tacle pour Solon, on ne s'appercut point qu'il en fût ému,& il ne dit pas la moin“dre parole de félicitation au Roi, qui s'y attendoit pourtant. Mais au contraire, il laiffa affez entrevoir qu’il regardoit toute cette pompe comme des bagatelles,& comme la marque d’un petit efprit. Créfus ordonna donc qu'on étalàt à fes yeux tous fes tré= fors,& qu'on lui fit voir la fumptuofité& la magnificence de fes appartemens. Quand Solon eut tout vu, on le ramena devant le Roi, qui lui demanda:$77 avoit trouvé dans le monde un Mortel qui füt plus heureux que lui? Le Philofophe lui nomma Tellus, fon Compatriote,& homme de bien, qui après avoir été toute fa vie à couvert de la néceffité, étoir mort glorieufement en combattant pour fa Patrie,& avoit laiffé après lui des enfans bien élevés& généralement eftimés. Solon, qui ne mefuroit pas la félicité 220 Hifloriæ è profanis Script. res profe&ó fuiffe, re(pondit Solon, Cleobis & Bitonem, fraternâ inter fe amicitià& fingulari in matrem pietate infignes viros: qui morantibus bobus, à quibus eorum genitrix ad Junonis delubrum trahi deberet; jugum plauftri ipfi fubierant,& facris peractis epus lati non furrexerant poftridie, fed vitam cum morte fine ullo dolore commutaverant. Quid, ergo, inquit jam irà incenfus Croefus, nu/lone nos numero inter beatos ponis? Cui Solon, nec adulari fuftinens, nec iram ultrà movere volens; Nos quidem Graci, inquit, 6 Lydorum rex, quam variis cafibus pateat hominum vita, - cernentes, nemini licere exiffimamus propter prafentiabona animos tollere: neque felicitatem Jüfpicimus, qua temporis viciffitudinibus obnoxia fit: illum veró. folum beatum dicimus; cui vitam feliciter abfolvere Dii. concefferunt. Viventis enim G adhuc fortuna telis propofiti hominis beatitudo non minàs incerta& dübia eff, quàm militis in acie decertantis vidloria ac corona. His dictis, difceffit. Solon à rege ofs fenfo magis quàm emendato, i Tuc Tor à pu tico gii moins il amitié| ans pue elle, où au Temp à var joug,& joan avoient quil| marquoi npe Solon, q cavateo autres Gr à l'abri T$ pa pur un Pas eno paroles, "ree titi jugum bu AL, Hiffoires des Auteurs profanes. 221 fur l'or; ni fur l'argent,& qui n'héfitoit point à préférer la vie& la mort d'un fimple Particulier à des richeffes fi immenfes,& à um Empire fi loriffant, parut à Créfus d'une groffiereté& d'une folie fans pareille. Néanmoins il lui demanda une feconde fois, ff après Tellus il connoiffoit-quelqu'un plus heureux que lui: Solon repartit que fans contredit Cléobis& Biton l'éoient encore plus que luis eux qui avoient été un modele parfait de l'amitié fraternelle, du refpe& qui eft dû aux parens; puifqu'un jour de Fête folemnelle, où la Prétreffe leur mere devoit aller au Temple de Junon, fes bœufs tardant trop à venir, ils s'étoient mis eux-mêmes au joug,& avoient trainé le Char de leur mere juíquau Temple, où après le Sacrifice, ils avoient terminé leur vie par une mort tranquille. Quoz donc! dit Créfus d'un ton qui marquoit fon mécontentement, vous ne me comptez point du nombre des gens heureux? Solon, qui ne vouloit, ni le flatter, ni l’aigrie davantage, lui répondit: Roi de Lydie, nous autres Grecs qui connoiffons à combien de vieiffitudes© de changemens la vie des hommes eft fujette, nous croyons qu'il m eff permis à perJonne de fe glorifier des biens dont il jouit, nous n'admirons pas dans les autres une Jélicité paffagere,& expofée aux révolutions des temps; mais celui-là feul nous paroît heureux, de qui les Dieux ont continué le bonheur jufqu'au-dernier moment de fa vie. Pour un homme qui vit toujours, G qui m'eff point à l'abri des traits de la fortune, fa félicité nous paroít auffi incertaine que la Couronne pour un Soldat qui combat encore ,.& qui n'a pas encore vaincu. Solon fe retira aprés ces paroles, qui ne firent qu'affliger Créfus fans le corriger, K iij . Juven. Sat. 10. PVa274o Senec, Ip. 23. Ep. 14. Ep. 65. 222 Hifforia à profanis Script. »»++.+». Ultima femper Expectanda dies homini eft, dicique beazus Ante obitum nemo fupremaque funera debes; CAPUT. IV. Corpori indulgendum» non ferviendums 1. Corpus quia nihil fieri fine illo poteft, magis neceffariam rem crede, quàm magnam, Vanas fuggerit voluptates, breves, ac, nifi magnà moderatione temperentur y poenitendas. Fateor infitam effe nobis corporis noftri caritatem. Non nego indulgendum illi, ferviendum nego. Multis enim ferviet, qui pro illo minimüm timet, qui ad illud omnia refert. Honeftum ei vile eft, cui corpus nimis carum eft. Agatur ejus cura: ita tamen, ut, cum exiget ratio, dignitas, fides, in ignem æittatur,; Major fum, inquiebat Seneca,& ad majora genitus, quàm ut mancipium. fim mei corporis: quod equidem non aliter afpicio, quàm vinculum,& pondus,& poenam. Nunquam me caro ifta compellet ad metum, nunquam ad indignam bono fimulationem: nunquam in honorem hujus corpufculi mentiar, Contemptus corporis fui, certa libertas clave ài patet vrai & une dí s Hifloires des Auteurs profanes. 223 €e Mortel fortuné, dont vous vantez le fort, vatis Qui vous paroît digne d'envie, debég; N?éft point heureux dans le cours de fa vie; Pour lui donner ce nom, attendez à fa mort. CHAPITRE VI nd, Il faut fe prêter aux befoins ducorps, mais il ne faut point en être l'Efclaye. I. Comme vous ne pouvez rien faire fans votre corps, regardez-le plutôt comme un inftrument néceflaire pour agir, que comme . un meuble précieux& important. Il vous procure des plaifirs vains, de peu de durée, & qui, s'ils ne font affaifonnés de beaucoup de modération, font fuivis d'un repentir. J'avoue que la nature ayant gravé chez nous l'amour de notre corps, nous devons le traiter avec douceur; mais je. foutiens qu'il pe faut point s’en rendre l’Efclave, Qui craint toujours pour lui,& lui rapporte tout, re .cevra la Loi de plufieurs Tyrans. L'honnéte eft quelque chofe de vil& de méprifable pour celai qui chérit trop fon corps. A la bonne heure qu'on veille à fa confervation; mais de maniere pourtant qu'on foit difpofé à l'expofer aux flammes, fi la raifon, l'honneur& la bonne foi l'exigent. J'ai l'ame, difoit Séneque, naturellement trop grande,& trop bien née, pour être l'efclave de mon corps, que je ne regarde, à parler vrai, que comme une prifon, un poids, & une efpece de chàtiment. Non, jamais cette fragile chair ne m'infpirera une crainte fervile; jamais en fa faveur je n'aurai recours à la diffimulation indigne d'un homme de probité, ni jamais je ne commettrai un menK iv 224 Hifloris à profanis Script. it; Sapiens corporis, velut oneris neceffarii; B, 93» on amator» fed procurator eft; nec fe illi; cui imperare deber, fubjicit. Nemo liber eit, qui corpori fervit. Nam multos dominos niinia pro corpore follicitudo nobis imponit, Hp. 8. 2. Memento hanc falubrem vite formam tenere, ut corpori tantüm indulgeas, quantüm bonz valetudini fatis eft. Durius tractandum eft, ne animo malé pareat. Cibus famem fedet; potio fitim extinguat, veftis. arceat frigus, domus munimentum fit adversus infefta corpori. Hzc utrüm é congefto cefpite, an& vario lapide gentis alienæ exftructa fit 3 Ep. 90, nihil intereft. Scito hominem tam bene culmo, quàm auro, tegi. Imd culmus liberos. tegit, fub marmore atque auro fervitus hae bitat. F Seneca. Tutus in menfa capitur angufta cibus: Thyeft. Venenum in auro bibitur, V. 4530 tant que k faut aft d mettre à I Mais le ric Kit dans: Hiffoires des Auteurs profanes. 228 fonge. C'éft dans le mépris de fon corps qu'on trouve une liberté& une indépendance affurée Le Sage n'eft point idolâtre d'un corps s dont-il fe fent obligé de porter l'indifpenfable fardeau; mais il n'en eft que le Dépofitaire& le Gardien. Il ne fe foumet pas honteufement au joug de celui à qui il doit commander. Quiconque obéit à fon corps, ne jouit point de la liberté; car une follicitude& une exceffive complaifance à fon égard nous affervit à plufieurs Maîtres. II. Ne vous écartez jamais de cette regle falutaire de conduite, qui vous prefcrit de n'avoir d'indulgence pour votre corps, qu'autant que le foin de fa fanté le permet. Il faut ufer de rigueur, s’il refufe de fe foumettre à l'efprit. Tel eft l'ordre naturel. La nourriture appaife la faim, la boiffon étanche la foif, les habits défendent du froid, & les maifons fervent de rempart au corps Abest contre tout ce qui peut lui nuire 5 il n’imWs hh porte pas qu'elles foient conftruites de gazon, ou de pierres diverfes tirées des Pays étrangers: Sachez que l'homme eft tout auffi-bier à l'abri des injures de l'air fous un toit de chaume, que fous un toit doré. Il y a plus, Ja liberté habite les chaumieres,& l’efclavage loge fous les lambris d'or& de marbre. d Sous Phumbletoft du Pauvre on goûte en affurance Les mets affaifonnés des mains de innocence; Mais le riche apprétant un repas à grands frais; Bois dans des coupes d'or le poifon à longs trait2; Xv à26—— Hiflorim? profanis Script. CAPUT v, 70 Cibus& potus defiderio condiuntum z e r. Magis juvat bibere fitientem:, gratior eft d* efurienti cibus. Fames commendat cibos.: nihil contemnit efuriens. Cicer.s, Darius in füga, cüm aquam turbidam& Zufe. n..cadaveribus inquinatam bibiffet, negavit un97. quam fe bibiffe jucundids: nunquam videlicet fitiens biberat. Nec cfüriens Ptolomzus edefat: cui cüm peragranti Ægyprum cibarius in cafa panis datus effet; nibil. vifum eft illo: pane jucundius. Plusar, 4‘ E zi Lépoph, Artaxerxes Mhemon cüm: ficis aridis& pane. hordeaceo vefceretur, in fuga direpto: ejus. commeatu:. Quali, inquit, voluptate: hatienus carui!: Cicer,| 2: Socratem ferunt, cüm ufque ad: vefpe-Zbid.z.de rum: contentis: laboraret, quæfitumque. effet Én.n.92; ex co quare id faceret, refpondiffe: Se; ut me-liis cenaret, obfonare famem. ambulando: cibi: enim. condimentum. effa famern, potionis[itim.. ics, Cüm Dionyfius: tyraunus à LacedæmoniisTufe. n. convivio exceptus effer; negavit fe jure illo 97» nigro, quod cena caput erat, fuifle delectatum. Tum quidam: Minim? mirum inquit: condimenta enim. defuerunt. Qua tandem? inquit ile. Labor in venatu ,. curfus, fames, fius. jn, liunfus Sag Hifloires des Auteurs profanes. 227 CHAPITRE V. L’appétit ef} Paffaifonnement du boire& du manger. f. Un homme preffé par la foif& par la faim, goûte plus de-plaifir à fatisfaire l'un & l'autre. C'eft l'appétit qui donne le mérite& le prix des mets, il n'en dédaigne aucun, Darius dans fa fuite ayant bà de l'eau bourbeufe& fouillée de cadavres, avoua qui n'avoit jamais fenti tant de plaifir à poire 5 parce qu'apparemment il avoit toujours bà fans foif. Ptolomée avoit auffi jufques-là mangé fans faim, lorfqu'un Payfan vint lui préfenter du pain de ménage; il le trouva beaucoup meilleur que tout ce qu’il ;; avoit encore mangé. Artaxerxès Mnémon, fe nourriffant de figues. ches& de pain d'orge, on lui enleva fa provifion dans une déroute: Que j'ai perdu! s'&cria-til, je n’avois point encore tâté de ma vie de mets plus délicats. II. Comme on demandoit à Socrate, poure quoi il fe fatiguoit à travailler avec tant de force jufqu'au foir, il répondit: Que pour mieux fouper il gagnoit de l'appétit en fe promenant y que Selon lui, le meilleur affaifonnement des viandes, étoit la faim,& celui de la boiffon, étoit la foifDenis le Tyran fut invité par les Lacédémoniens à un repas, où il trouva fort fade une efpece de fauce noire, qui étoit le: plus eftimé de tous les mets de la table. Je ne m'en étonne pas, lu repartit un des Conviés, l’affaifonnement y a manqué. Et quel affaix & vj Curr. fu Pal, 228. Hifforia à profanis Script. Plut.în| Maufoli Cariæ regis foror Ada> patrio regno Alex.Q, ab Alexandro donata, arte multà parari curas - vit exquifiti faporis cibos& varia bellaria, qua cum ipfis coquis& cupediariis rcgi donum mifit, tanquam relatura gratiam bene merenti, fi armorum laboribus fatigatum recrearet Afiatici luxûs deliciis. At ille talia munera averfatus, rcginæ quidem in fe voluntati comiter gratias egit: Ceterum coquos ad Je mitti, nihil opus faiffe, dixit: cèm duos longèmeliores haberet; quos olim à Leonida Padagogo accepiffet, nempe iter antelucanum ad prandium, © prandium frugale ad cenam.‘Addiditque E, Leonidam folitum fuiffe fuas veftes,& ftragula,& arculas perfcrutati, ne forté mater Olympias, nimiim filio puero indulgens, aliquid delicatioris cibi clam abícondiflet. Pueri. lis inftitutionis diu memor fuit Alexander: nam cum Áfiam pervagaretur, fi qui ad eum arborum rari frn&us, pifces, aliique cibi exquifiti afferrentur; cos amicis dividebat, vix €nquam fibi quicquam fervans. [ Ada, dur ren pg kp | eleme tout dt et de i donnés aut du prépar Mettre qu le luxe, Jecons de gie qui des fruit Morceaux buoit à(c que chofe Hiffoires des Auteurs profanes. 229 fonnement, reprit le Tyran? La fatigue à la chaÿe, la courfe, la faim, la foif. Ada, four de Maufole, Roi de Carie; étant remontée für le Trône de fes Peres, par le pouvoir d'Alexandre le Grand, prit elle-même foin de faire préparer des viandes d'un goût exquis avec beaucoup d'art& de délicateffe,& toutes fortes de pâtifferies les plus délicieufes, qu'elle envoya en préfent à ce Prince avec les Cuifiniers& les Pâtiffiers eux-mémes; comptant lui donner des marques agréables de fa vive reconnoiffance, fi au retour de fes Campagnes, où il avoit effuié de grandes fatigues, elle le délaffoit par les délices du luxe Afiatique. Mais Alexandre dédaignant de telles offres, la remercia civilement de fa bonne volonté,& lui dit: Qu'il n'étoit pas befoin de lui envoyer tout cet attirail de Cuifiniers, puifqu'il em avoit de bien meilleurs, qui lui avoient été donnés autrefois par Leonidas; dont l’un, qui lui préparoit un bon diner, étoit de beaucoup marcher dès le matin avant le point du jour; & l’autre, qui lui apprétoit un bon fouper, étoit un diner fort fobre. 1l ajouta que ce même Léonidas fon Gouverneur avoit coutume de vifiter les coffres& les malles, où l'on ferroit fes habits, pour voir fi fa Mere Olympias, aveuglée par un excés de tendreffe pour fon Fils, n'y auroit fait rien imettre qui ne fût que pour la délicateffe& le luxe. Alexandre fgut profiter par-tout des lecons de fon enfance; car dans la Campagne quil fit en Afie, fi on lui apportoit des fruits, des poiffons rares, ou d'autres morceaux exquis& recherchés, il les diftribuoit à fes. amis, s'en refervant à peine quelque chofe pour lui, 230 Hifforia è profanis Script» CAPUT VI. D Geneea Difce parvo effe contentus. Ep. 110.: Ep.119. i. Non præcipio ut naturæ neges quod pofcit: fed ut, quidquid naturam excedit, fcias: non neceffarium. Efurio? edendum eft. Utrüm. hic panis fit plebeius, an filigineus, ad naturam nihil pertinet. Ila ventrem non deleri: vult, fed impleri. Sitio? bibendum eft. Utrüm. hzc aqua fit é proximo lacu accepta ,anes quam nive aut glacie inclufero ac fefrigeraveIO, ad naturam nihil pertinet. Illa hoc unum ju» bet, fitim extingui. Utrüm aureo poculo utar ,, an manu concavà, nihil refert. Finem rerum: omnium fpecta,& fuporvacua dimittes.. Ciem, s,— 2. Civitates quedam univerfz, naturam quie Tufe. n. parvo contenta eft, fecutz y. parvo vi&u delec39: tatz funt, ut Lacedæmonii. Perfas negat Xenophon ad panem quidquam adhibere folitos effe,. prater nafturtium. Si quædam ctiam fuaviora natura defiderare videatur, quàm multa ex terps xa arboribufque nafcuntur fuavitate præftantis Sec,— 3.-Non utile folüm., fed etiam neceffarium: Ep. 119, cft, parvo afluefcere. Multæ difficultates& locorum.& temporum occurrunt etiam locuple-tibus,& magná rerum copià inftrudtis. Quidquid vult habere nemo poteft: illud poteft. ,. carere equo animo iis quz non habet,& rebus oblatis hilaris uti. In villam tuam.nocte muli die péceffair qu'impor quel E| Qu fait Jl lu à dux ta Fnyllage: à l'écar abondat II) encore pk torrent leur dé k part & ne] Pd Hiffoires des Auteurs profanes. 25t CHAPITRE VI. Apprenez à vous contenter de pem. I. Je ne prétends point que vous refufiez à la nature fes befoins, pourvu que vous fçachiez que tout ce qui va au-delà, n'eft point néceffaire. Ai-je faim 2 je dois manger. Mais qu'importe à la nature que le pain avec lequel je fatisfais mon appétir, foit groflier, ou fait de la plus pure farine 3 elle n'exige point que je faffe du plaifr à mon ventre ,. mais fimplement que je le rempliffe. Ai-je foif à je dois boire. Que fait à la nature, fi l’eau que je bois eft puifée d'un Lac voifin, d'un réfervoir ou d'une glaciere? tout ce z'ele m'ordonne, c’eft détancher ma foif. I lui eft fort indifférent que je me ferve d'une taffe d’or ou du creux de ma main. Envifagez en toutes chofes la fin,& laiffez. à l'écart tout fuperflu, I. Des Peuples entiers, les Lacédémoniens ,. par exemple, fe conformant à la nature qui fait fe contenter de peu, ont trouvé du goût& du plaifir dans une nourriture fimple& frugale. Xenophon rapporte que les Perfes ne mangeoient ordinairement avec leuz pain que du creffon alenois. Si la nature exigeoit des mets plus délicats, la terre& les arbres ne lui en offrent-ils point en grande abondance? III. Non feulement il eft avantageux, mais encore néceffaire de s'accoutumer à vivre de peu; les Riches méme, qui nagent dans un torrent de délices, effuyent, pour fatisfaire leur délicateffe, de fréquentes difficultés de ; la part des lieux& des. faifons. Aucun morpod lb écl ne peut avoit'tout ce qu’il, défire; mais 232 Hifforia à profanis Script. venis non expecatus: nihil paratum invenis 2 panem à menfa fua tibi apponit villicus malum. Expe&ta, bonus fiet: etiam illum tenerum tib & filigineum fames reddet: ideo non eft antè edendum, quàm illa imperet, yj tous peu 5 n Q8 Cupiditati nihil fatis eft: Naturz fatis ef| 9.6 T. etiam parum. Parabileeft, quod natura defide4. rat: ad manum eft, quod fatis et: ad fupervacua fudatur. Corporis cxigua defideria funt: quidquid ul»| trà concupifcitur, libidini quæritur,non neceflitati. Non eft neceffe omnia perfcrutarimaria,nec| tir pou ftrage animalium ventrem onerare,nec conchy-| mural lia ex ignoto littore eruere. Dii Deæque iftos|. fondé tours perdant, quorum luxuria fines imperit Romani tranfcendit,& undique convehit cibos gulæ omnia nota faftidienti. O miferabiles, quorum palatum non excitatur, nifi ad cibos;quos non eximius fapor, fed raritas,& difficultas parandi pretiofos facit!& qui cüm famem exiguo pretio poffint fedare, magno irritant, nel chat taçoits| eur rareté " N T — Hr€—— Áo frs-..$ Cn. Pompeio ægrotanti quum præcepifict Ld VIN Wt: Hiffoires des Auteurs profanes. 335 malum, tous peuvent fe paler aifément des. chofes à qu’ils n’ont point,& fe fervir avec joie de celles qui fe préfentent communément. Vous arrivez en pleine nuit dans votre Maifon de Campagne, fans y être attendu. Vous n’y trouvez rien de prêt. Votre Fermier vous apporte du méchant pain de fa table. Un moment, il deviendra bon, l'appétit vous le fera trouver tendre& excellent; mais il n'y $ faut point toucher avant que la faim vous le di&e. 3 IV. La gourmandife n'a jamais affez, la nature a affez méme de peu; fes déürs fe bornent à ce qu'on peut acquérir aifément. Or ce qui fuffit tombe facilement fous nos mains. On n'obtient le fuperflu qu'à force de fueurs. Les befoins du corps font extrémement bornés; tout ce qu'on défire au delà, eft plutót pour affouvirla cupidité, que pour fatisfaire à la néceflité. Demandent-ils qu'on fonde toutes les Mers, qu'on fe charge le ventre des viandes de plufieurs animaux,& qu'on tire d'un rivage inconnu de monftrueux poiffons? Que les Divinités confondent ces hommes mous& luxurieux dont la délicateffe rafinée paffe au delà des bornes de l'Emire Romain,& fait amener de tous les coins du Monde des mets extraordinaires, pour contenter un goût qui dédaigne les mets communs. Oh Mortels infortunés! dont le palais n’elt chatouillé que par ces viandes& ces ragoüts dont tout le mérite confifte dans leur rareté,& la difficulté qu’il y a de les avoir, plutôt que dans l’excellence& la bonté de leur nature;& qui pouvant appaifer leur faim à peu de frais, lirritent davantage à force de dépenfes. q V. Le Medecin de Cneius Pompée lui ayant 234— Hifforia à profanis Script. medicus ut curdum ederet, negarent au: eim(ers vi eam avem ufquam æftivo temporepotie reperii, ni& apud Lucullum, qui turdos doini faginaret 5 prohibuit Pompeius inde peti, fed. medico dixit: Ergo nzff Lucullus perditus deliciis effet,non viveret Pompeius?& aliam avem, qua parabilis effec, juffit fibi apponi. CAPUT VIL Platonica& Syracufang menfæ: Ælien.. i, Timotheus dux Athenienfis tam fclix ia do expugnandis urbibus fuit, ut ejus dormientis effigies depicta fit, tenentis rete, in quod Fortuna urbes cogeret. Quod. quidem vel affentandi vel irridendi causa excogitatum eft. Certé ejufmodi. honores ci ab Athenienfibus habiti funt, qui antea nemini. Cüm maximé& rerum glorià& potentià floreret, incidit forté in Platonem extra Athenarum menia cum difcipulis. ambulantem. Quem ut afpe&u venerabilem^ confpexit, audivitque non de armis& claffibus, non de tributis& ftipendio, aliifque cjus eneris rebus differentem, fed de bono atque fn e:O beatam vitam! 6 veram felicitatem! quibus verbis fignificabat, ejufmo; di colloquia omnibus divitiis atque honoribusCicer.$. fibi videri potioratEumdem Timotheum feT^ Te runt, cüm aliquando in Academia cenaviffer Ælian, apud Platonem, fuifletque& frugali mensà& L2.6,18, erudito. prudentique colloquio exceptus 5 eo convivio fuiffe miré dele&atum: cumque Platonem vidiifer poftridie, dixiffe: Veféra quidem cena non folim in prafentia, fed etiam offero die jucunda funt. x D erdonac git; fs urat à chez Lid Ponpée 1 demander; got wt quei lo fervit une gile à tros CH Mp Y Tux bonheur| entreprit, un flt à Villes, On vie qui fi tin que j nt dion quà li Loi re,& dans pis, le Platon, qu hors des 0 eut ce Dh pad, Ron. des Tributs pareils, 0h Tha folide bo ces parol tretiens@ honneurs t uem * n kam are, od, Tiiftoires des Auteurs profanes. 253 erdonné dans une maladie de manger de la grive;' fes Valets lui dirent qu'en Eté on ne pouvoit trouver cet oifeau nulle part que chez Lucullus, qui en engraiffoir chez lui. Pompée ne voulut point qu'on allàt lui en demander,& dit à fon Médecin, Quoi! Pompée feroit donc un hommemort, fi Lucullus z'étoit un Monftre perdu de molleffe& de luxure? Il commanda en méme temps qu'on lui fervit une autre oifeau, qui ne füt pas fi difheile à trouver. CHAPITRE VIL Repas de Platon& de Syracuft. I: Timothée, Général Athénien, eut ug bonheur fi rare dans tous les Siéges qu'il entreprit, qu'on le-fit peindre dormant avec un filet à fa main od la fortune prenoit des Villes. On ne fçait fi c'eft la flatterie ou l'envie qui függéra certe idée. Mais il eft cerfain que jamais les Athéniens ne firent autant d'honneur à aucun de leurs Généraux qu'à lui: Lorfqu'il étoit au comble de fa gloire,& dans le cours de fes plus brillants exploits, le hazard lui procura la rencontre de Platon, qui fe promenoit avec fes Difciples hors des murs de la Ville. Dès qu’il appereut ce‘ Philofophe; dont la mine étoit refpecable,& quil l'eut entendu difcourir, non des Armes& des Combats, non des Tribus& de la Solde, ni d'autres fujets areils, mais de ce qui eft bon& honnéte; OR l’heureufe vie! s'écria-t'il, oh le vrai& folide bonheur* Il faifoit bien entendre par ces paroles, qui'il préféroit-ces fortes: d'entretiens à toutes les richeffes& à tous les. honneurs de la Terre, /On raconte que ls i 436— Hiftoria i profanis deripig Cicer. C 2. Eft preclara epiftola Platonis ad Dionis à 1d. qui ipfum in Siciliam vocaverat, propinquos, : his feré verbis; Quà càm veniffem, vita illa 3 AN beata qua ferebatur, plena Italicarum Syracua fanarumqué menfarum, nullo modo mihi placuits bis in dre faturum fieri: nunquam.perno&tare folum: cateraque, qua comitantur huic VILA, Zr qua fapiens nemo efficitur unquam, moderatus vero multà minis. Neque enim mente reGè ui poffumus, multo cibo& potione completi, ZElian.| ldem Plato cum videret Agrigentinos magnis L 12. c. impenfis edificare, nec minoribus cenare: Agri-, LEZ gentini, inquit, adificant, quaft femper vitlue ri i€ cenant, quaft ultimum cenaturi. Diog Platonis magifter Socrates nonnullos divites Laëre. in Ad coenam.vocaverat,& Xantippem uxorem Socrat. pudebat modici apparatüs: cui Socrates: Bono éffo animo, inquit: nam fi homines boni frugi que funt,«quo animo ferent; À mali atque in» temperantes, de his nihil curandum. b intm 1 pium fe repas dta On 5 ul lois jomais ras, LE Sat, M Laer qui frmplement] fonat Socra fobres ils Va peine ii ^j Hifloires des Auteurs profanes. 239 inéme Timothée ayant un jour foupé à l'Académie chez Platon,& y ayant été accucilli par un repas frugal,& par une converfation fcavante& pleine de bon fens, il en fut extrêmement fatisfait,& dit le jour fuiyant à Platon: Le plaïfir qu'on goûte à votre table, Je fait fentir non-feulement tant qu'on y ef, ‘mais méme fe prolonge jufqu' au lendemain. ^H. La Lettre que platon écrivit aux Parens de Dion, qui l'avoit fait venir en Sicile, eft bien digne d’être lue. En voici la fubftance: "Quand je fus arrivé dans cette Province, la vie quon y menoit, G qui paffoit pour être heureufe, prefqu'entiérement employée dans les repas d'Italie& de Syracufe, ne put me plaire. On s’y raffaffoit deux fois le jour; on n'y veilloit jamais une feule fois;& on s'y livroit aux autres excès d'une conduite, qui loin de former une homme fage, ne peut pas même le rendre fobre& zempérant. Le même Platon voyant les Agrigentins faire d'auffi énormes dépenfes en bâtimens qu'en repas, dit=Les Habitans d’Agrigente bátffent comme s'ils devoient toujours vivre, © mangent comme s'ils mangeotent. pour la derniere fois. Socrate, Maître de Platon, avoit invité à fouper quelques. perfonnes riches,& fa femme Xantippe rougiffoit de les recevoir fi -{fimplement. Ne vous Inquiétez point, lui répondit Socrate 5 ff ce font des gens de bien G fobres, ils ne s'en fácheront point; mais s'ils font déréglés GO méchans, ils ne valent pas da peine qu'on s'en embarraffe. Plut. in Lycur. ge 248 Hiftoria à profanis Scripts CAPUT VIII. Convivia, Lacedamoniorum. r. Providit Lycurgus ne quis Lacedemos niorum privatim gulz indulgeret. Itaque inftis tuit, ut omnes fine ullo difcrimine communi mensà& frugali viu uterentur. Nemini lice‘bat ad publica convivia venire præfumpris domi cibis expleto. Propterea acriter fe fe invicem obfervabant, atque eum, qui non biberet cum ipfis aut vefceretur, irridebant& objutabant, ut intemperantem& à promifcuo convi&u faftidiosé abhorrentem. Singulis menfis quindeni accumbebant ut plurimüm: nec quemquam abeffe, nifi gravifhimà de causa, licebat. Itaque cüm é bello, quo Athenienfes vie cerat, reverfus rex Agis, domi cum uxore vellet cenare, portionem poftulanti non mifezuntmagiftratus..à. Ad hzc convivia pueri quoque, ficut ad temperantiæ fcholam, deducebantur. Ibi crebros de republica fermones excipicbant, magiftros liberé& faceté cavillantes audiebant, affuefcebantque& ipfi jocari,& diéteria citra fcurrilitatem jacere, atque aliorum cavillisnon offendi; namque videbatur in primis Laconicum, cavilla æquo animo fuftinere. Si quistamen fe eorum impatientem diceret; à facetiis in ilum temperabatur,  I.Iya gédémont chez eux les Ciroy même d devoient permis 2 mp de fe qui lemen à vivement get po grande d ces mets c tout au pl pouvoir sal ponantes, À vitoire elo Maires des point moient à| maniere q 0e point! Times; c Sraniate, ph Hiffoires des Auteurs profanes, 239 IL CHAPITRE VIIL rum, Repas des Lacédémoniense latam I. Lycurgue, pour empêcher que les Lasédémoniens ne fe livraffent à l’intempérance chez eux en particulier, ordonna que tous les Citoyens mangeroient enfemble, à une méme table,& des mêmes viandes, qui ne devoient point étre rechérchées. Il n'étoit permis à perfonne de venir fe préfenter aux repas publics, aprés avoir pris la précaution de fe remplir d'autres nourritures C'eft pourquoi tous les Convives s’obfervoient mutuellement avec un grand foin,& on reprochoit vivement à celui qui ne buvoit& ne mangeoit point, fon intempérance ou fa trop grande délicateffe, qui lui faifoit méprifer ces mets communs. Les tables étoient chacune tout au plus de quinze perfonnes,& on ne pouvoit s'abfenter fans raifons graves& im=portantes, Auffi le Roi Agis, au retour d'une victoire glorieufe qu’il avoit remportée fur les Athéniens, ayant voulu s'en difpenfer, pour manger avec la Reine fa femme, effuya la honte d'un refus, quand il vint demander fa portion aux Magiftrats. II. On menoit méme les enfans à ces repas comme à une Ecole de fageffe& de tempérance. Là ils entendoient de graves& fré-: quens difcours fur le Gouvernement, des Maîtres qui égayoient la converfation par des pointes fines& délicates; ils y apprenoient à plaifanter à leur tour, mais d'une maniere qui ne füt ni baffe ni choquante, à ne point fe fâcher quand on les railloit eux-. mémes 5 car rien ne paroiffoit plus digne d'un Spartiate, que de fupportez les raillerics fans face dte 14 246 Hifforia 6 profanis Script: Ut quifque intrabat, natu maximus comé monítratis ei foribus dicebat: Ex his nihil hic dictorum egreditur. Inter obfonia prima laus crat juri nigre; quo fenes maximé dele&tabantur, reli&tà juvenibus carne. Ubi mediocriter biberant, fine face recipiebant fe domum, neque permittebatur ad lumen incedere, ut difcerent in tenebris& nocte commeare fidenter. Stbeus, 3. Sunt quidam delicatuli, mulieribus alis ferm, 17 quando ciborum omnium faftidio laborantibus non diffimiles; nam& ipfi folitos cibos faftidiunt. Itaque ut obtufum ferrum novà acie eget: fic eorum ftomachus acui quodam modo poftulat nonnunquam, five aceto, five acerbo aliquo condimento. Quantum ab iftis differebat Lacon ille! qui cüm confpexiffet quemdam ejufmodi delicatulum pretiofam aviculam 'fibi appofitam prz faftidio renuere: At mihi, dixit, etiam vultur© hircus fapiunt, CAPUT XL ‘ Cafligata orporis cobefitas. 1. Lacedaemoniis lex erat, ne quis vultu præferret mollitiem colore femineo, aut corporis nimiam molem haberet: hoc enim fegnisem declarare videbatur, illud animum pasen fale, lepl I La L e Las= D ol Citminé,© Up épais; Il Parti t a p Hiffoires des Auteurs profanes. 34x Sen fâcher. 5i quelqu'un pourtant témoignoit qu'elles lui faifoient peine, on s'arrétoit tout : court fur fon compte. idit Quand un jeune homme entroir dans la Salle, le plus vieux lui difoir, en lui montrant la porte: Rien de tout ce qui fe dit ici, ne fort par-là. Le plus exquis de tous leurs mets étoit ce qu'ils appelloient fauce noire;& les Vicil.. dards la préféroient à toutes fortes de viandes, qu'ils laiffoient aux jeunes gens. Aprés avoir'bü fobrement, ils(e retiroient chez eux fans flambeau; car il n'étoit point permis de sen fervir, pour les accoutumer à marcher d'un pas ferme,& fans rien craindre dans les ténebres& en pleine nuit.: IIl. On voit certains hommes le difputer en délicateffe avec les femmes,& dont la bouche fenfuelle dédaigne les mets les plus ordinaires. Comme un fer émouffé, qui demande à être affilié de nouveau, leur eftomac dégouté a befoin d'éue en quelque forte aiguifé, foit par la force da vinaigre, foit par quelque autre ragoüt piquant. Quel contate avec ce Lacédémonien! qui voyant un voluptueux de cette efpece rejetter avec mépris un oifeau rare, qu'on lui fervoit fur fa table, ne put s'empêcher de dire: Pour moi je trouve du goût jufques dans la chair d’un ; Vautour G d'un bouc.: É CHAPITRE XI L’excès d'emboapoint puni. I. La Loi défendoit chez les Lacédémoniens de porter fur le vifage un air mou& efféminé, ou d'avoir un corps d'un volume trop épais; car l'un paffoit pour une marque HI Partie, 242 Hiftoria à profanis Script. rum virilem. Decimo quoque die adolefcenc, tes Ephoris fe fe exhibebant confpiciendos. Si 2. effent corpore bene conpa&to& per exercitia roborato, laudabantur; contra, fi membra flaccida& molliora viderentur, fuccrefcente per inertiam pinguedine, verberibus plectebantur. Itaque Nauclidem, Polybiadæ filium, præpinguem per luxuriam factum, cüm in mediam concionem produxiffent Ephori,& ibi Lyfander eum graviter objurgaffe:; parum abfuit quin é civitate cjicerent. Certé exilium minitati funt, ni(i emendaret vitam, quz Ionica magis, quàm Lacedæmonica erat:& corporis habitum, qui patriz dedecori effe videbatur, temperantià& exercitiis cozrigerct, A. Gel, Cenfores Romani Equiti nimis pingui equum L.7.6,23. adimere foliti erant, five minus idoncum cffe rai hominem tanto corporis pondere ad faciendum Equitis munus: five non omnino defidiæ culpà vacare videretur, cujus corpus tam immodicé exuberaffet. Idem.^: Non inutile erit pauca alia de feveritate 4.20, Cenforiàhlc exfcribere. Si quzdam coram Cenforibus erant intem-peítive dicta aut fa&a, ea notatione füà non carebant, Cujus rei omnium inflar erunt hzc exempla duo. Cenfores P. Scipio Nafica& M. Popillius quum Equitum. cenfum agerent, equum nimis ftrigofum, fed equitem ejus admodum fucci plenum& pinguem viderunt: £t cur, inquiunt, Za eff, ut tu fis, quam Hiffoires des Auteurs profanes. 243 &e fainéanufe,& l’autre pour une marque de molleffe peu convenable à l'homme. Toute la Jeuneile paffoit en revue devant les Ephores de dix jours en dix jours. On louoit publiquement les Jeunes Gens d'une complexion ferme, vigoureufe;& dont le corps étoit endurci par les travaux& les exercices. Mais on punifloit à coups de fouet ceux dont les membres paroiffoient foibles& délicats, & veux dont l'embonpoint venoit d'une làche oifiveté. Les Ephores ayant amené au milieu de l'Affemblée Nauclide, Fils de Polybiade, qui par nonchalance étoit devenu trop gras, Lyfandre lui fit une. vive réprimande,& peu s'en fallut qu'il ne fût chaffé hors de la Ville. Il eft certain qu'on le menaça de l'exil, sil ne changeoit fa façon de vivre, plus digne d'un Habitant d'lonie que d’un Lacéémonien,& s’il ne corrigeoit la taille de fon corps, qui deshonoroit fa Patrie, par le fecours de la tempérance& des exercices. Les Cenfeurs Romains avoient coutume d'ôter à un Cavalier trop gras fon Cheval, foit qu'ils regardaffent un homme chargé du poids d’un corps énorme, moins propre à remplir les fondions d' Ecuyer> foit qu'une groffeur fi prodigieufe x"püt s'acquerir, fans être en quelque"forte coupable de pareffe& d'inaction. H. H ne fera point inutile d'ajouter ici quelque chofe fur la févérité des Cenfeurs. Si l'on échappoit en leur préfence quelques paroles hors de faifon, ou fi l'on faifoic quelque action repréhenfible; la punition fuivoit de prés fans jamais y manquer. Je n'en citerai que les deux exemples fuivans. Publius-Scipion Nafica& Marcus Popilius Cenfeurs, faifant le dénombrement de la Cavalerie, apperçurent un Cheval à qui les os L ij Cicer. T. Offic. 2e 419 -244 Hiftoria à profanis Script. equas, curattor? Quonzam> inquit, ego me euro, equum. Statius nihili fervus. Vifum cft parvüm reverens effe refponfum, relatufque inter ærarios cit, Eques, Quidam amico apud Cenfores aderat advo satus. Is cum claré nimis& fonoré ofcitaffet, parum abfüir quin plecteretur;& de no: illi inurendà deliberandum eft. Sed cum illi dejeraffet invitiffimum fe ofcitatione vi&tum£uifíe 3 tenerique co vido quod ofcedo appellatur, tum notz jam deftinatæ exemtus eft, CAPUT.X. Borporis voluptas non eft digna hominis preftantiá, 1, Nunquam oblivifcendum eft, quantum natura hominis pecudibus reliquifque beftiis antecedat. llla nihil fentiunt nifi voluptatem, ad eamque feruntur omni impetu. Si quis veró hominum voluptate capiatur, ad eamque fit paulo propenfior 5 occultat& difimulat appetitum ejus, propter verecundiam. Ex quo intelligitur, corporis voluptatem non fatis effe dignam hominis præftantiâ, eamque contemni-& rejici oportere. Si veró fit quifpiam, qui aliquid tribuat voluptati; diligenter ei ténendus eft ejus fruendæ modus. Itaque victus cultufque corporis ad valetudinem refekantur,& ad vires, non ad voluptatem. | réponl & il fur Un h ami au fit fax la i p Mat réfiter à di(poltio de Linfa de noter, ie LImf de nature de des bêtes, ue pour ble, M cette min tn peu tr wir, à honteux dt yaf li mne re À IS du Hifoires des Auteurs profanes. z4q Pcrcoient la peau, tandis que fon Maitre étoit dodu, gras& bien nourri. EA! comment donc Je fait-il, lei dirent les Cenfeurs, que vous paroiffev mieux entreten que votre Cheval? Parce que, repartit le Cavalier, c'eff moimême qui me foigae,© c'efl mon Coquin de Valet Statius qui panfe mon Cheval. Cette réponfe parut peu refpe&ueufe aux Cenfeurs, & il fac déchu du droit de Bourgeoifie. Un homme en plaidant la. Caufe de fon ami au Tribunal des Cenfeurs, bâilla d'une maniere trop forte& qui fe fit entendre. On fut fur le point de le punir,& on délibéra fur la peine fétriffante qu'on devoit lui infliger- Mais ayant fait ferment qu'il n'avoit pu réfifter à cette envie,& que c’étoit une 1ndifpofition naturelle chez lui, on lui fit grace de l'infamie, dont on étoit deja convenu de le noter. CHAPITRE X. Les plaifirs du corps font indignes de la grandeur de l'homme. I. Il ne faut jamais perdre de vue combien la nature dc l'homme eft au deffus de celle des bêtes. Les‘animaux n'ont du fentiment que pour la volupté,& ils y font entrainés par un penchant aveugle& infurmontable. Mais fi l'homme fe laile corrompre par cette même volupté, fi elle le domine avec un peu trop de violence, fa pudeur le fait rougir,& lui fait diffimuler ces mouvemens honteux. Il eft aifé d'en conclure que les plaifirs-du corps d'érogent à l'excellence de la nature humaine,& qu’ils doivent être en conféquence méprifés& rejettés. S'il s’en trouve qui leur accordent quelque chofe, ils Lj 146 Hifloriæ* profanis Script. Atque etiam fi confiderare volumus, quæ fit in natura hominis excellentia& dignitas, intelligemus quàm fit turpe diffluere luxurià, & delicaté ac molli i vivere; quàmque honcftum, parcé, continenter, feveré, fobrié, Quine.l._ Si divina noftris animis origo eft, tenden12. c. a. dum ad virtutem, nec voluptatibus corporis ferviendum. 4.Gell.| Dicebat Socrates: Multos homines propterea L19.c.2. Velle vivere, ut ederent.& biberent: fe bibere atqué effe, ut viveret. Senec.— 2. Corporis voluptas fragiliis eft, brevis, 7. benef.& ed vicinior faflidio, quó avidiüs haufta Ce 2 cft. Ejus fubinde neceffe eft aut poeniteat hominem, aut pudeát. In ca nihil magnificum, aut quod naturam hominis Diis proximi deceat. Imo res humilis eft,& feda. Hec eft voluptas& homine& viro digna ,, non implere corpus, nec faginare, nec cupiditates irritare, quarum maximè optanda eft quies: fed omni animi perturbatione carere,: pen Lyfandro Spartiatæ, cüm in foniam :$,6:20. Xu, que ho; brij, rm /floires des Auteurs profanes. 247 doivent le faire avec beaucoup de mefure& de précautions. Il ne faut donc chercher dans la nourriture& dans tous les foins qu'on prend pour le corps, que la confervation des forces& de la fanté,& non pas la volupté 3 & même pour peu que nous voulions nous fouvenir de la nobleffe& de la dignité de notre nature, nous comprendrons qu'il n’y a rien de plus honteux qu'une vie molle,‘délicdte& paffée dans les plaifrs; mais que rien n’eft plus honnête ni plus digne de l'hom‘une vie frugale,& affujettie aux Loix o P. < et Si l'origine de nos ames eft. céleíte& furnaturelle, il faut tendre uniquement: tu,& point saffervir à fes paf Socrate difoit qu’une grande partie des hommes défiroit vivre pour manger& pour boire; mais que pour lui il ne buvoit G ne mangeoit que pour vivre. IL. Les plaifirs du corps font fragiles, paffagers,& fuivis d'un dégoût d'autant plus prompt, qu'on s'en eft raflafié avec plus d'avidité. Le gepentir ou la honte en font inféparables; Eu rien de grand en eux-mémes, ni qui convienne à la nature de l'homme, qui approche beaucoup de celle des Dieux. Ils n'ont rien au contraire que de bas& d'humiliant. Voici en quoi confifte la feule volupté digne de l'homme,& de l'homme vertueux, de ne point emplir fon corps avec excès, de ne point trop l'engraiffer, de ne point irriter le feu de fes paffions, dont le calme doit être le principal objet de nos vœux, mais bien plutór de l'éteindre,& de jouir -dedans de foi-même d’une paix& 13: 1 complette, idre Sparti en Ionie, iv 149 Hiflorim è profanis Script. fec, hofpites ejus inter alia munera bovem & placentam miferunt. Ile Oculis in placentam conjedtis, quæfivit quodnam effet ildit qui afferebat, eX lud cibi genus? Refpon Us condimentis effe coninelle& aliis füavib feum. Hoc érgo, inquit Ly(ander, date helotibus:( qui fervi erant) non eff enim hominis liberi cibus. Bovem verô juffit Lace| dæmoniorum more apparari,& libenter jucunp C B manda de ! déque in cena comedit. Plu.in Cüm A 4ipoph.(is efculenta& poculenta magni: pretii multa | helotibus diftribui juffiffet, quærentibus cau| fam, Thafis tefpondit: Eos» QUE probitati ac : ortitudini fluderent, non decere. iffiufmodi Zrritamentis ula deletari; Propterea quód; | Ingenuos homines Zs rebus moveri non opor| teat, quibus fervitia capiantur, Itaque farinam. ! tanuüum ab iis accepit. gefilais pariter oblata fibi à ThaERA La CAPUT xf. Corpus& animum ad patientiam exerce, Iun Cicer.x., T- Exercendum eft corpus, Offi, n. dum, ut obedire rationi poffit 79. negotiis, in labore toierando, & ita afficienIn exequendis 4.Gell, Corpus humanum Propé uti ferrum eft. ; On pou Lisez. Ferrum fi€Xerceas, conteritur: fi non exer= Main ay fe Ceas, tamen rübigo confümit. Item homines. 2 votre eui exercendo videmus conteri: fi nilil exerceas, y Zn . Hiffoires des Auteurs Profanes. 249 fes- Hôtes lai offrirent parmi plufieurs autres préfens, un bœuf& un gâteau. Il attacha principalement fa vue fur le dernier,& demanda de quoi il: étoit compofé. Celui qui étoit chargé de la Commiffion lui répondit qu'il étoit fait dé miel& d’autres affaifonnemens agréables. Envoyez donc ce gâteau, repliqua-til, aux Tlotes,( c'étoient des Efclaves,( car 4d ne fied point à un homme libre d'y toucher. Pour le bœuf, il le fit mettre X la fauce Lacédémonienne,& en mangea fa part de bon cœur& de bon appétit. Agefilais en fit autant. Les Thafiens lui ayant préfenté toutes fortes de mets& de liqueurs fort eftimés, il les fit diftribuer aux Iotes,& répondit à ces mêmes Thafiens, qui lai en demandoient la raifon, qu’il ne convenoit point à des hommes de cœur& de probité de prendre du plaifir à des fauffes de cette efpece ,. parce que des gens libres. ne doivent point être touchés des mêmes chofes auxquelles les Efclaves font fenfibles. C’eft pourquoi il ne voulut rien prendre que de la farine. | CHAPITRE XL 12m tfe Trek Exercez votre corps& votre efprit à lx patience. I, Il faut donner de l'exercice au corps,& le dompter de telle forte, qu’il ne réfilte jamais aux impreffions de la raifon,& qu’il foit capable de fupporter les travaux que nosintérêts& nos affaires demandent de nous. On pourroit prefque comparer le: corps hu-main au fer. Si vous le maniez, il fe broyc: à votre guife; fi non, la rouille l'ufe. Nous: voyons de même les hommes devenir fouples: Ly + * oofonfus‘anbav 40224222.* 40112d12d"IjD1 Tue -0p uy unm* sover2og ambur* zivzuong): 321 -38:xo uou OUIOP uieq22e urei tuoiomnui MD ner uevænb*wuoiexsog arArdomour exmuop sortoduionur snío sey po tgopour o:rieur Mopou anbiod urorp iod in#31‘vjoréIn( 29 102107 apmy wnpourpe vjot -ou sddnuex roxn snfg‘saiersos JEQOIIOXI*1‘9*E 17 tenvoned pe seu spigowop umwruy s"P9: "urpinb snypausy ou“ap - impp* 207€U1Yq0*1usga epuoned onm.,.,"e 7-10; ænb“va SUSIDAPE sndioo 3n*soe12Og——"wopy *onexpioxo ureub * nucum snid opadio) onbje eniour "Idus siupfoad awnonp c oV Hifloires des Auteurs profanes. 261 par l'exercice, fans quoi la molleffe& l’engourdiffement leur fait plus de tort qu'une occupation habituelle. On dit que Socrate pour endurcir fon corps contre les: accidens de la vie, entr'autres exerices, avoit coutume de fe tenir debout un jour entier dans l'attitude d'un homme réveur, immobile, fans fermer les paupicres, & détourner les yeux dû même endroit, Il marchoit en plein hiver nuds pieds fur la neige. Aprés avoir gagné de la foif par les igues& les mouvemens qu'il fe donnoit, | n’eût verfé dans le e d'eau qu'il en:: Diogene. employoit.auíli toutes fortes de moyens pour s'accoutumer à fouffrir les travaux& les peines. En hiver il embraffoir o emiere crucn fort de l’Eté il fe rouloit fur le fable brûlant. Comme l'efprit eft moins vif& moins agile ,.| parce qu'il eít comme accablé par le poids: du corps, il faut dégager l'efprit en exerçant le corps. Mais pourtant que vos exercices foient courts,& qu’ils ne faffent point unc: breche trop confidé: ; érable au temps, que vous: devez ménager avec beaucoup de foin. Du corps retournez promptement à l'efprit, culivez-le jour& nuit; s une occupation que ni le froid, ni la chaleur, nila vieilleffz: méme ne peuvent interrompre. à I. Sans fortir de fa propre maifon, Socrate: trouvoit de quoi exercer fa patience. dans toute fon étendue. Sa femme Xantippe la mit aux plus rudes épreuves jour& nuit, par fon humeur bizarre& querelleufe.- Alcibiade étonné jufqu'à quel point alloient fes.bruf=queries, lui demanda pourquoi.il ne chafit vas de fa maifon une femme fi revéche?: Parce que, repliqua-til y. en fouffrant: chez: 25:— Hifforig? profanis Script: ut catérorum quoque foris petulantiam& Uu. riam facilius, feram: equitefque illos zmior, qui féroctorem equum eligunt, quem doment, futurum rati, ut cateris Poftea faciliks uti poffint. Xenoph. ên conv, Dio Cüm in conjügem, ipsà judice., mitiffiLaërein mum>» iracunda illa mulier aliquando conviSocr^ cia& maledicta conjeciffzt, deinde vero fordidam aquam cffudiffe:: Nonne, inquit amicis Socrates, ver? dicebam, à Xantippe poft tonitru. pluyiam venturam 2 Diodor,/ 3. Mirà quâdam ratione fe ad ciborum abf. Sic.L. 6. tinentiam exercebant Pythagorei, Apparato enim omni gencre ferculorum quæ in lautis conviviis apponi folént, cüm diutiffimé ocu. los paviffent, coque fpc&aculo comedendi cupiditatem excitaffent 5 ftatim menfam. tolli jubebant,& difcedebant impranfi. CAPUT XTIL Bona valetudgzts mater eff frugalitas; din 1. Valetudo fuftentatur notitià- fui corpoe ris;& obfervatione carum rerum quz prosé,. deffe folent aut obeffe;& continentià in victu omni atqne cultu, Corporis tuendi causá s. & prætermittendis voluptatibus: poftremó arte coram, quorum ad fcientiam hzc pertinent. Fele.| Bonæ valetudinis prifforum Romanorum 2. 0.5 Quafi. quzdam mater erar frugalitas, inimica apii IL Li thode 2 tance, Il dante,€ got Ie Hiftoires des Auteurs profanes. 253 mol fa mauvaife humeur, je m'apprens G je m'accoutume à fupporter plus facilement chez des autres les affronts qu'on a quelquefois à y efuyer. J'imite ces. Ecuyers, qui choififfent. £e cheval le plus ombrageux& le plus difficile à dompter, pour apprendre à manier plus habilement les autres. Cette femme un jour après avoir vomi contre fon mari, qui de fon aveu étoit fort doux, toutes les injures& les invectives dont fon dépit étoit capable, à la fin lui jetta un pot d'eau fale fur la tête. Ne vous difois-je pas bien, reprit Socrate, en fe tournant vers: fesamis, qu'il falloiz que Xantippe après un fi grand tonnerre,nous amenát la pluie? III. Les Pythagoriciens avoient une méthode admirable pour s'exercer à la. tempéance. Il fe faifoient fervir une table abondante;& chargée de tous les mets& les ragoüts les plus exquis qu'on fert dans les repas les plus fomptueux. Lorfqu'ils avoient aflez long-temps repu leurs yeux de ce magnifique fpectacle.,& qu'ils fentoient naître leur appétit, ils faifoient auffi-tôt enlever: la table,& fortoient fans manger. CHAPITRE XII. La frugalité eft la mere d'une bonne fantés I. La fanté fe conferve par la connoiffance étudiée de fon tempérament, par l'examen de ce qui peut nuire ou faire.du bien, par une grande fobriété, par beaucoup de propreté, par le foin exa& à tenir le corps en bon état, par la fuite des plaifirs, enfin par l'habileté des Médecins. La fobriéré, ennemie des feftins fomptueux, &oit pour ain dire la mere de la ferme& oria à profanis Script. lüxuriofis epulis. Maximis viris prandere& cenare in propatulo verecundiæ non erat, Nec fané ullas epulas habebant, quas Por puli Macrob. oculis fubjicere erubefcerent. Deinde ubi mo2»'* ves RS ET in pejus ruiffent 5 imperari ceA.Gell. pit, üt patentibus j januis praes& ceL 22514. nicaretur, ficque civium ocatriuxa ut x modum acerent,"Deinde varie leges late ah: qü bus non folüm cenarum fumptus finitus EE fed.etiam genus ciborum, Senec; /. 2. Poteft aliquatenus noftrà providentià lonEp. 58. = g ior prorogari huic corpufcul o mora, fi voluptates, quibus pars major hominum perit> poterimus: regere& coërcere. Plato erat quidem corpus validum ac forte f fortitus:: fed na; vigationes ac varia pericula multüm detraxea runt viribus. Tamen omnia fet? vite fuz temes 1,"pora inoffensà valetudine tradu£té. In illius peftilentiæ vaftitate, quz in belli Peloponnefiaci principiis Athe enienfium civitatem int necino genere. morbi depopulata eft, ipfe parcé& moderaté vi&itando,& iis carendo voluptatibus qua corpus& animum frar nguntautdebilitant, communi omnium cladi nequaquam cusoxins fuit. Temperantia eum perdaxit ad fene&utem:& natali fuo decef quum annum unum atque octog ii: iil pleffet. Dubium aurem effe non debet, quin aliquos ex liac fumma annos libenter fuiffet ZElian, remiffuras. Nam cdm eum juberent medici ex 19.0.19. Academia, xm morbis infefto, demigrarein Lyceur 71, ut valetudini contuleret: confilium ilud afpernatus, ait: Se ne in tho quidem montem ,ubz homines diutiis quàm alibi vivere ci redebantur, commigraturum, etiamfi fcire: fe iic omnium diatiffrn) yidurum. are Ei Re poo coms bornes: lement les dangers fes Forces va t [ Hiffoires des Auteurs profanes. x33 robufte fanté des anciens Romains. Les plus grands Hommes ne rougiffoient point de diner& de fouper en public, parce qu il n'entroit fur leurs tables aucuns‘mets qu’ils auroient eu honte d'expofer à la vue du Peuple. La fimplicité des mœurs ayant dé généré dans la fuite, on ordonna que tous ks repas fe feroient portes ouvertes, afin que les yeux de tous les Citoyens, en déclarant la guerre au luxe, y US des bornes. Peu de temps après on porta dif Loi i feulement p.d€ Ms SES ÿ réglerent l’efpe e& la quanti; S Nous pouvons 1s par une de prévoyance prolonger en quelque forte la durée de notre corps fragile, en modérant& en mettant des bornes à nos plaifirs, Platon avoit naturellement un corps robufte& vigoureux 5 mais les voyages qu’il fit fur Mer,& les fréquens dangers qu’il courut, altérerent beaucoup fes forces. Néanmoins il n'eut prefqu'aucune attaque de maladie dans tout le c ours de{a vie. Dans le ravage affreux que la pefte fit à Athénes, au commencen ent À la guerre du Péloponéfe, il échappa à cef fléau come mun par un régime de vie fobre& frugale & par la privation des plates qui i énervent & amolliffent le corps& Lefpri. Sa tempérance le conduifit au port d'une heureufe vieilleffe.,& il mourut le jour de fa naiffanee, aprés une carriere de quatre-vingr-un ans. ru n'y a point de doute qu vil eür fait volontiers quelque remife fur le. total de fes années; car les Médecins lui ayant confeillé, par forme d’ordonnance, de quitter promptement l'Académie, où l'air étoiz infefté de maladies contagieufes, s'il. vou iloit faaver fa vie; Platon, fans avoir égard à cet avis, leur affura qu'ZZ ne feroit. point. méme un pas pour aller au o Seneca, Ep, 95. 266 Hifforie? profanis ósrzpt. 3. Medicina quondam paucarum fuit liens ta herbarum, quibusfifteretur fluens fanguis, & vulnera. coirent paulatim. Deinde in hanc pervenit tam multiplicem varietatem; Minus illa negoti habebat, cám homines uterentur facili nec per artem corrupto cibo: qui poftquam ccepit non ad tollendam, fed ad irritandam famem quari,& inventz funt mille condituræ, quibus aviditas excitaretur; quz alimenta‘erant, onera facta funt, dum malè afluefcit venter plus capere, quàm poteft; hincque exorti innumerabiles morbi; fupplicia luxuriz. Quando homines corpora opere ac vero labore durabant,& cos aut curfu, aut venatu., aut tellure verfati defatigatosatque cfürieates excipiebat domi cibus parabilis& fimplex; nihil. opus erat tam magná medicorum fupelle&ile, nec tot ferramentis ac pyxidibus. Multos morbos ac medicos multa fercula fecerunt. Vide quantüm rerum per unam gülam tranfiturarum permifceat luXuria, terrarum marifque vaftatrix; quot cos. qui, piftores, miniftratores» ad coquendanv & inferendam cenam difcurrant. Dii boni, quautüm hominum: unus venter exercer! refermo des ede infinie de point ea peine eut & dug mandit y. Hiffoires des Auteurs profanes. 257 Mont Athos, où l'on croyoit que les hommes vieilliffoient plus tard que par-tout ailleurs, quand il feroit f'ir d'y vivre plus long-temps que le reffe des Mortels. II. La Médecine d'abord ne fut que la connoiffance d’un petit nombre de plantes, avec lefquelles on arrêtoir le fang,& on refermoit peu à peu les bleffures. Dans la fuite des fiecles elle eft parvenue a cette mulütude infinie de remedes différens. Elle avoit beaucoup moins à faire, lorfque les hommes menoient une vie frugale,& que l'Art n'avoit point encore empoifonné les viandes. Mais à peine euton inventé mille fortes de fauces & de ragoüts, plus propres à flater la gourmandife,& à irriter l'appétit, qu'à le farisfaire, ce qui fervoit d'aliment devint un fardeau pefant à l'eftomac, en le chargeant plus qu'il ne peut en porrer 5& c'eft de-là que viat cette prodigieule variété de maladies, fupplices ordinaires de la luxure.& de la débauche. Dans le temps que ics hommes endarciffoient leurs corps au travail,& qu'àprès avoir fait provifion d'appéti:, en fe fatiguant à la courfe, à la chaíie, ou à labourer la terre, ils trouvoient chez eux un repas fimple& modeíte, ils n'avoient pas befoin de tout cet attirail de Médecins, ni de tant de ferremens, ni de tant de boëtes à outils ou à onguents, C'eft la multiplicité des mets, & la diverfité des épices, qui ont donné naiffance à certe foule de maux& de Médecins dont le* Monde eft rempli. Voyez quel mélange monftrueux le luxe peut faire de tant & de fi différentes chofes qni ne doivent paffer que par une bouche,& le ravage horrible qu’il exerce fur Terre& fur Mer. Voyez cer effain de Cuifiniers& de Domeftiques voliger de toutes parts, pour préparer& 2z$8 Hifforia à profanis Script; Xenoph, 4 Cüm Mandanamfiliam& Cyrum nepoteñz Cyrop, adhuc puerum epulis exciperet Aftyages MeLi.— doram rex; patinas eis multas appofuit cum arc ee cujufvis generis condimentis ac cibis. Ibi Cy- il Le zum dixiffe ferunt: Quantèm zibi> miaye, foi pour là negotiorum eft in cena, fi ad omnes iflas pati-(imsa€ nas manus extendere neceffe eft,© cibos kofce sepas, 00 tam varios deguflare?' Tum Aítyages: Quid? Barras"^ i inquit, an nom Kac tibi cena multó videtur da main 410 melior effe Perficá? Ad que Cyrus: Nequaquam, ave. Nam via multà fimplicior apud nos| & recdior eft ad fatietatem, quàm apud vos. Etenim ad eam aliquid carnis& panis mos deducit 5 cim. vos eddem, quà nos, tendentes, mulas per ambages& circuitus furfum deorJàm vagati, vix ed tandem Perveniatis, quà dudum nos peryenimus, CAPUT XxIIL| CHA Omne vitium ebrietas& incendit& detegit.| Senec I. Turpe eft, plus&bi quempiam ingerere| t. n Es N. n m: Ep. 83, Cibi& vini, quàm capiat,& fomachi fai sa) non noffe menfuram. Quàm mula ebrii faciunt, quibus fobrii erubefcunt! anunus in fua poteftate, ebrietate | jun! Un bag r- El Onerati vino, ut cibum& potum,| sime. tum, non continent: quod fuum MANET eft, pariter cffündunt. »?, pi, Hiffoires des Auteurs profanes. 259 fervir ün repas. Grands Dieux! Combien d'hommes fait mouvoir le ventre d'un feul? IV. Aftiage, Roi des Medes, voulant régas ler fa Fille Mandane,& fon Petit-Fils Cirus encore jeune, fit fervir une table fomptueufe, où tout fut prodigué, foit pour la quantité, foit pour la qualité& la délicateffe des mets. Cirus à ce faftueux appareil lui dit: Que ce repas, mon cher Papa, vous a donné d'emBarras© de peines, s’il vous a fallu mettre la main à tous les plats,& goûter vous-même sant de ragodts. différens Y Quoi, lui répondit Aftiage, ce fouper ne vous femble-t-1l pas meilleur que celui des Perfes? Non, point du tout, mon Papa, reprit Cirus; car nous prénons un chemin bien plus court& plus fimple pour appaifer la faim: un peu de viande G de pain nous y conduifent, au lieu que vous s pour atteindre au même but, vous vous égarez dans des détours© des circuits, fans parvenir après tant de peines, où nous arrivons bien plus promptement& plus fürement que vous. CHAPITRE XIIL Lexcis du vin. fomente& découvre: toutes fortes de vices. I. Il eft. honteux de manger& de boire avec excès,& de ne point connoître la mefure de fon eftomac. Que je vin fait faire de chofes dont on rougit> quand on eft à jeun! Un efprit enchainé par l'yvreffe, n’eft ‘plus maître de lui-même. Les gens yvres ont autant de peine à garder un fecret, qu'a retenir les viandes& les liqueurs dont ils regorgent. Ils font auffi difcrers fus ce qui les regarde eux-mêmes, que fur ce qui regarde Hifoir fs autres,€ de ou indif [yt n fc, E une: 260— Hiftoria à profanis Script. Nihil aliud eft ebrietas quàm voluntaria itr fania,& brevis faror. Hinc Alexander cariffimum fibi ac fideliffimum amicum Clitum inter epulas transfodit. M. Antonium, magnum virum,& ingenii nobilis, qua alia res perdidit, quàm ebricras,& Cleopatræ amor? Hzc ilm res hoftem reipublice, hzc hoftibus fuis imparem, hzc crudelem fecit, cüm inter apparatiflimas epulas vino gravis, fitiret tamen fanguinem, Solet nempe vinolentiam cru delitas fequi. ES ; Gn Omne vitium ebrietas tegit, obftantemque malis diam remover. Ubi potfedit vini, quidquid mali lateba libidinofus- cupiditatibus fui Tint, fine dilatione permit non linguam, & incendit& des i" conatibus verecun- m a . x;: se Emparée animum nimia vis CA t5 emergit: tunc s T. IS quantam petie- p it: tunc petulans. hon manum continet. Crefcie infolenti fuperbia., crudelitas fzevo, malignis tas livido: omne vitium laxatur& prodit. Adjice illam ignorationem fui» parum expla-| nata verba, gradum errantem# vertiginent capitis, ftomachi tormenta, cüm effervefcit vinum ac vifcera ipfa diítend it. ILQ ;: id teair dans f. z. Quz gloria eft; capere multüm vini? fof uc] Cüm penes te palma fuerit, cm omnes con- M traf Vivas viceris virtute magnificà,& nemo tam A Mae Vini capax fuerit; vinceris à dolio, à 7 Hiffoires des Auteurs profanes.| 261 Ks autres, c'eft-à-dire, qu'ils fe déchargent de tout indiftin&ement. L'yvreffe n'eft autre chofe qu'une libre folie,& une fureur paffagere; c’eft elle qui a pouffé Alexandre à tuer parmi les verres & les pots Clitus, l'un de fes plus fideles & de fes plus intimes Courtifans 5 c'eft elle avec l'amour de Cléopatre qui a caufé la perte de Marc-Antoine, cet homme fi célebre,& d'un génie fi élevé; c'eft elle qui l'a rendu l'ennemi de la République, inférieur à fes Adverfaires 5 c'eft elle qui lui a infpiré une humeur féroce,& une violente foif pour le fang humain, au milieu des repas les plus magnifiques; car la cruauté eft la fuite ordinaire de l'yvrognerie. l'yvreffe entretient les vices; les dévoile, & écarte la pudeur qui s'oppofe à leurs effors criminels. Dès que la paffion du vin s'eft emparée du cœur, tout le mal caché paroit au grand jour. Alors le voluptueux accorde à{es dé(irs déréglés tout ce qu'ils demandent; l'infolent ne retient plus, ni fa langue, ni fes mains 5 l'ergueilleux augmente en préfomption, le barbare en cruauté, l'envieux en malignité 5 tous les vices en un mot rompent leur barriere,& fe répandent au dehors, Ajoûtez à cela la perte de la raifon, des paroles bégayantes, une marche chancellante, des étourdiffemens de tête,& des coliques violentes d'eftomac, quand le vin boût& déchire les entrailles. II. Quelle gloire y a-t-il à pouvoir contenir dans fa capacité beaucoup de vin? Je fuppofe que la vitoiré vous refte, que vous ayez terraffé tous les Convives par votre infigne courage,& que perfonne n'ait bu fi copieufement que vous; mais êtes-vous vains queur du tonneau i 2162 Hiftoria? profanis Script. Diog. Ariftippus cuidam gloriani quod maltüm Laërtin bibens non inebriaretur: Hoc, inquit,& muAriflip. Jus facit. Sic Demofthenes, cüm legati ad ponat Philippum miffi, atque inde Athenas reverfi regem eo nomine laudarent quod plurimüm biberet: Hoc, inquit, eZ cum fpongia commune eff. Diog. Mirabatur Anacharfis quód Græci initio Larinconvivii cyathis parvis uterentur, ubi veró Anach. faturati effent, majoribus 3 judicans potum adhibendum effe tantüm ad fedandam fitim: abfusdent iglyur cffe tum bibere, cum jam £s effet fedata. Idem interrogatus quo pado quis vitare poffet ne vini potator fieret: S7, inquit, pre oculis habeat ebriorum indecora Plur. in faéta diclaque. Hinc Lacedaemonii ut liberos Lycure ab ebrietate abfterrerent, fervos multüm vini bibere coactos, atque ita ebrios, in corum confpe&um jubebant venire. Ebrietas hilarem unius horæ infaniam longi 7' temporis tædio fxpitis penfar. 3. Cüm Aflyagi mirum videretur, quód Cyrus puer, pincernam Sacam egregie imitatusin porrigendo fibi poculo ad bibendum, non præguftaifer vinum, ut ille folebat; caufam ab eo quafivit. Cui Cyrus: Metuebam, inquit, ze vino admifrum venenum effet. Nam cim tu nuper die natali amicos convivio excie peres, Sacam iffum vobis venenum infudiffe animadverti. Videbam vos nec animis neccorporibus conflare. Qua nos pueros facere vetatis, ea faciebatis ipfi. Omnes fimul vociferd= bamini.; neque quifquam; quid ab altero diceretur, attendebat. Cantabatis ridicule admodum, jurabatis tamen cantum illum effe optttipa Vifance Hfloires des Auteurs profanes. 263 Arittippe répondit à un homme qui fe glotifioir de beaucoup boire fans s'enyvrer: Ur mulet en fait autant, Démofthénes fit à peu rès la méme réponfe aux Députés qui avoient été envoyés vers Philippe,& qui de retour à Athenes, louoient ce Prince du talent qu’il avoit de bien boire: C'eff une vertu, leux dit-il, qui lui eff commune avec l'éponge. Anacharfis s'étonnoit que les Grecs au com4nencemenr d'un repas fe ferviffent de petits verres,& de plus grands, lorfqu'il avoient bien bu, jugeant qu al y avoit de l'extravagance à boss, quand on avoit une fois éteint fa foif, puifqu' onne buvoit que pour cela. Comme on demandoit au méme Fhilofophe un moyeu pour fe garantir contre l'amour du vin: C'ef? repliqua-t--M, de fe rappeller les allons& les paroles indécentes des gens yvres. Auffi les Lacédémoniens, pour infpirer aux enfans l'horreur de cet infâme défaut, faifoient paroître devant eux des Efclaves, qu'on avoit forcé de s'enyvter tout exprès. L’yvrefle fait fouvent payer une heure paffée dans le plus’ extravagant de tous les plaifirs, par un repentir& un ennui de plufieurs jours, II. Aftiage, furpris de ce que Cirus, tout jeune qu il étoit, en imitant avec beaucoup de dextérité l’adreffe de fon Echanfon Sacas, à lui préfenter la coupe, n'en eût point goùté, fuivant la cérémonie ordinaire, lu en demanda la raifon: J'appréhendois, reprit Cirus, que le vin ne fût mélé de poifon; car ll my a pas long-temps que dans un repas que y0Ous donniez aux grands Seigneurs, G aux principaux de votre Cour, pour célébrer votre naiffance, je m'apperçus que Säcas vous verfa du poifon. La téte tourhoit à tous les ConviVes; vous fuifiez tout ce qu'on nous défend à 264_ Hiftoria à profanis Script. Fifa mum. Quinetiam ckm furrexiffetis ad faltan- fois aut dum, non modo non faltare ad numeros, fed à Ia fais 4 ne reci quidem flare poteratis: prorfufque cendre ls obliti eratis, G tu G ili, regem effe te. d'une man. Tum Aftyages: An verd, inquit, f mí, zi rit| pater tuus cum bibit, non fit ebrius? Nunquare lig vol ls profeitó, refpondit ille: fitire enim tanthm gu même 9 definit,: entigremen B eut gii reprit A à ur Per Crus; quan evo tout CAPUT XIV. Coërcendus luxus,& colenda frngalitas. Senec.de— y, Diogenes> VIF Ingentis animi, qui fé 2 f Ye, qu sen) complicuit in dolio,& in co cubitavit, divi- C e. 9. 9. P S 3 point d'autre Ep. 90. tias> ficut& Democritus E projecit> onus illas exiftimans,& effecit ne quid fibi eripi poffet; Servus quem fibi unicum fervaverat, cüm effugiffet; eum reducere, càüm monftraretur É tanti non putavit: Zurpe eff, inquit, Manem Jine Diogene poffe vivere, Diogenem fine Mane non poffe. Cum vidiffet puerum cavà manu bibentem aquam; fregit protinus exemtum é perula calicem, cum hac objurgatione fui: Quandiu homo flultus fupervacuas farcinulas p. habui! TR ape de l'eau dan &, d tira au t reproche. dax comme lotatrement 2 , 1019-te :,;: 9 RDS 4 Quoniam non cft tantüm roboris nobis, ut Comme n : tale exemplum fequamur: anguítanda certé Pur faivre ç ROUS} Partie, Hiffoires des Auteurs profznes. 265 nous autres enfans de faire; vous criiéz tous à la fois à tort G à travers, fans vous entendre ni les uns ni les autres; vous chantier d'une maniere ridicule, G vous juriez que rien n'étoit plus beau. Enfin, quand vous vouliez vous lever pour danfzr, vous ne pouviez pas méme vous foutenir; vous paroïffiez avoir entiérement oublié, vous, que vous étiez Roi, € eux qu'ils étoient vos Sujets. Comment, repartit Aftiage, n'arrive-t’il pas la même chofe à votre Pere quand il boit? Jamais, repliqua Cirus; quand il a bu, il ceffe d'avoir foif> & voilà tout ce qui lui en arrive. CHAPITRE XIV. I] faut bannir le luxe»& obferver le frugalité. I. Diogene, ce Perfonnage d'un genie élevé, qui s'enferma dans un tonneau,& n'eut point d'autre lit, fe dépouilla de tous les biens à l'exemple de Démocrite, les regardant comme un fardeau,& fe réduifit vo- lontairement à un état ed on ne pouvoit rien lui ôter. Le feul Efclave qu'il s'étoit réfervé ayant pris la fuite, il ne fe donna point la peine de le ramener, quoiqu'on lui eüt montré où il étoit: Z/ eff. honteux, dit-il, qu'un Efclaye puiffe vivre fans Diogene,& que Diogene me puife vivre fans Efdlave. Ayant appercu un jour un enfant qui puifoit de l'eau dans le creux de fa main pour boire, il tira auffi-tót de fa beface la taffe qu’il portoit,& la brifa, en fe faifant à lui-même ce reproche: Quelle folie de m'être chargé fi Jong-temps d'un meuble fuperflu! . Comme nous n'avons point affez de force pour fuivre ce modele, le plus für eft de réIT. Partie. M P 266. Hifforta à profanis Script. funt patrimonia. Optimus autem pecuniz modus eft, qui, nec in paupertatem cadit, nec , procul à paupertate difcedit, Placebit nobis hac menfura, fi priüs parcimonia placuerit, fine qua nullz opes fufficiunt,& cum qua vel. L.s. Ep, CXiguæ fatis patent. Poterit ipfa paupertas in 4e divitias fe, advocatà frugalitate, convertere. Hinc Plinius ad Calvinam fcribens, cui remittebat grandem pecuniæ fummam debitam fibi -ab ejus patre, hæc ait: Non eff quód verearis ne fit mihi iffa onerofa donatio. Sunt quidem emnzno nobis modica facultates, dignitas fump1uofà, reditus, propter conditionem agellorum, nefcio minor an incertior: fed quod deficit ex reditu, frugalitate fappletur; ex qua, velut& i(fonte, liberalitas noftra decurrit. Senee.7. 2. O miferum, quem delectat fui patrimobenej. c. nii liber amplus,& vafta fpatia terrarum co80: lenda per fervos,& immenfi greges pecorum per provincias pafcendi,& familia quibufdam mationibus major,& zdificia privata laxitatem urbium vincentia! Si quidquid haber, ei 5 Cicer. 1. quod cupit, comparet, paupereft. Neque enim Parad. unquam expletur nec fatiatur cupiditaris fitis. Seneid Solebat Attalus philofophus hàc imagine uti: Ep.7a. Vidifli aliquando canem miffa à domino frufta panis aut carnis aperto ore captantem? Quidquid excepit, protinus integrum devorat,& Íemper ad fpem novorum fruftorum hiat. Idein evenit ejufmodi hominibus femper ad nova fortunæ munera erectis& attentis. Hifor qti nos pa - aie d'être| | dim, ni t 1ons contél nous pofédio fas[quel le fot point, foamilent+0 économie,| opulence, C: en remettant table que[o tones: Ne c puicall: tgt-ifüt mé eyes, 0 auf incertair fupple au d proprement| liberali IL Que ce tonnoit d'aut 1n(pas terri der un hérita foule(y tutis d'une tinet à f fü dede de batir céraines Ville Mec ce qii dt pas pol picis Le 7 à ce füje« fon: Avez lapper les; Qi fon Ma étant d’avid "jours[a« Nigri " Hiffoires des Auteurs profanes. 36$ trécir nos patrimoines; car la meilleure maniere d’être riche, c'eft de n'être, ni trop éloigné, ni trop près de la pauvreté. Nous ferions contents de ce degré de fortune,& cum qua d nous poffédions l'art d'en ufer fagement, art Reus; fans lequel les plus grandes richeffes ne fuffifent point,& avec lequel les plus minces fourniilent toujours affez. A l'aide d'une fage économie, la pauvreté peut fe changer em opulence. C'eft ce que faifoit Pline, qui,€$ en remettant à Calvina une fomme confidérable que fon pere lui devoit, écrit en ces termes: Ne craignez point que ce don me foit préjudiciable: mes facultés, je l'avoue, font teut-à-fait médiocres, ma Charge onéreufe, mes revenus, à confidérer la nature de mes fonds, aufft incertains que modiques; mais l'économie Jüpplée au défaut de mes biens,& elle eff proprement la fource d’où je tire toutes mes - dibéralités. H. Que ce Mortel eft à plaindre, qui ne connoît d'autre bonheur que celui de voir un épais terrier de fon patrimoine, de pofféder un héritage immeníe, cultivé par une foule d'Efclaves, de couvrir des Provinces entieres d'une multitude de troupeaux, de traîner à fa fuite un peuple de Domeftiques, & de fe bâtir des maifons plus étendues que certaines Villes! Qu'il compare ce qu’il a avec ce qu’il défire, il eft indigent 5 car il n'eft pas poffible d'éteindre la Loi de la cupidité. Le Philofophe Attale avoit coutume à ce fujet de fe fervir de cette comparaifon: Avez-vous vu quelquefois un chien happer les morceaux de viande ou de pain que fon Maitre lui jette? Il les dévore avec autant d'avidité que de viteffe,& il demeure toujours la gueule béante, en attendant de nouveaux morceaux, C'eft l’image natureile » Mij 16$ Hiftoria profanis Script, Senec de— 5. Affuefcamus à nobis removere pompam; Trang. fervis paucioribus ferviri, veftes parare ad id Epift.s 5, cujus causa inventz funt, habitare contraétius. Difcamus membris noftris inniti*, naturz voluntati parentes, quz pedes dedit, ut per nos ambularemus, ficut oculos, ut per nos videremus. Difcamus victum cultumque non ad nova exempla componere, fed ut majorum fuadent mores. Difcamus continentiam augere, Juxuriam coërcere, gulam temperare, paupertatem æquis oculis afpicere, frugalitatem colere, defideriis naturalibus parvo parata remedia adhibere, fpes effrænatas velut fub vincuEpift.87, lis habere, denique id. agere ut divitias à nobis potius quàm à fortuna, petamus. Facit autem animus fibi divitias, nihil concupifcendes Wale l4 Si uis hóc fxculo, inquit Valerius, vit esc, 3. Muftris pellibus hœdinis pro ftragulà vefte utatur, quingentorum tantüm affium fumptu in tranfmarinam provinciam eat, eodemque cibo, quo nautz, uti contentus fit, tribus fervis comitatus Hifpaniam regat: nonne mirabilis exiftimetur? Atqui hæc libenter fecit, ac toleravit Cato fuperior, propter frugalitatis confuetuPlutar. dinem.Affueverat enim ab adolefcentia, aquam igCazon. in bellicis expeditionibus potare; fi nimio æftu torqueretur, acetum 5 fi vites deficerent, paululum vilis vini. Ipfe fcriptum reliquit: fe Hifoir dé es hot af io,! nés ies es II Acconti de nous le ke fiis que pa à ne faire pi mous en fat des apparet faire ulège d dre de la Nat pour made nobs-méime & tout noi mois, m anciennes: à tes& plis. la gourman pauvreté, à ployer que de te os appét dire, la bride & immodérée 15 riches qu ils de tables riche défier, IV. Dans k Valère-Marin admiration 0 vriroit de? Toit au-delà en frais la fe contenter Mm vin impoler le‘ fmplement dément ce Max& d Script, Vete pompa 5 parare d; TRE X, quis diu Ku V pet md tige mi fed un Hifloires des Auteurs profanes. 269 de ces hommes dont les vœux font fans ceffe fixés,& l'attention entierement tournée vers les nouvelles faveurs de la fortune. III. Accoutumons- nous à éloigner d'auprés de nous le luxe& la magnificence, à n'être fervis que par uii petit nombre d'Efclaves» à ne faire provifion d'habit qu'autant qu’il nous en faut pour nous couvrir, à loger dans des appartemens moins vaítes. Apprenons à faire ufage de nos membres, en fuivant l'ordre de la Nature qui nous a donné des pieds pour marcher,& des yeux pour voir pat nous-mêmes; apprenons à regler notre table & tout notre train, non fur le caprice des modes, mais fur la fimplicité des mœurs anciennes: apprenons à devenir plus modeftes& plus fobres, à réprimer le luxe& la gourmandife, à regarder favorablement la pauvreté, à pratiquer la frugalite, à n'employer que de fimples remedes pour contenter nos appétits maturels, à tenir, pour ainfs dire, la bride à nos defirs& à nos efpéranges immodérées; enfin appliquons-nous à tirer nos richeffes de notre propre fonds, plutôt que de les devoir à la fortune. Or les véritables richeffes de l'ame confiftent à ne rien defirer. IV. Dans le fiecle où nous fommes, dit Valere-Maxime, ne regarderoit-on pas avec admiration un homme diftingué qui fe couvriroit de peaux de chevres y qui voyageroit au-delà des Mers,& ne pafleroit point en frais la fomme de vingt-cinq livres, qui fe contenteroit de la même nourriture& du méme vin que les Nautonniers, qui fgauroit impofer le joug à toute l'Efpagne, efcorté fimplement‘de trois Efclaves? Or c'eft précifément ce qu’une longue habitude de tempérance& de frugalité a fait faire à Caton Miüj. 270 Hiforia éprofanis Script. nunquam veftem induiife qua majoris pretii; quàm centum denariorum, effet: cnm Confulatum gereret, idem vinum bibiffe quod opifices,& obfonium ad cenam é foro compa-| raffe triginta feftertiis: idque reipublice causä Seneca feciffe. Unde Seneca ait: M. Catonem CenEpift.87- forium tam reipublice profuit nafci, quàm SciValer. Ge Co 3. pionem: alter enim cum hoftibus noftris bellum, alter cam moribus geffit. Canterio vehebatur,& hippoperis quidem impofitis, ur fecum utilia portaret. O quantum erat fæculi decus, imperatorem triumphalem Cenforium; & quód fuper omnia hac eft, Catonem, uno cabello ele contentum,& ne toto quidem! partem enim occupabant farcinæ ab utroque latere. dependentes. L. S- Scipio JEaülianus poft duos inclytos Con"fulatus,& totidem triumphos, feptem fervis fequentibus officio legationis functus eft, E Carthaginis& Numantiz, qaas deleverat, fpoliis comparare certé plures potuerat: fed operum fuorum ad fe laudem, manubias ad patriam redundare maluit. ftaque cüm per populi Romani focios& exteras nationes iter faceret, non mancipia ejus, fed victoriz numerabantur: nec quantum auri& argenti, fed quantüm dignitatis atque. gloriæ, fecum ferret, æft imabatur. Hifui Yan, IS me boire qi Milites, d Jours,& 0 Js forces Y pd hi: dhzbit qui. deniers Qu dl ne but p Quas à allois lui fois, qua avoit eù t de Le Mp ise, ton Cale pou l'empi car l'un dé: tie aux mo far vt cle pe Qud un Général du triomphe quid de Ce be de(oy host, f; bagages! V. Sepi fois avec b meurs à C l'OFice 24 Dayanta alt poin une plus n & le Mai dae& d Ne referve: tploits,& uz Hifloires des Auteurs profanes. 271 T'ancien. Il s’étoit accoutumé dès l'enfance à ne boire que de l'eau dans fes Campagnes, Militaires, du vinaigre dans les grandes chaleurs,& un peu de méchant vin, lorfque tpe les forces venoient à lui manquer. Il nous : Cro apprend lui-méme que jamais il n'a porté lc quinté d'habit qui fut d'un plus haut prix que cent tas nos deniers; que dans le cours de fon Confulat, Cantroré il ne but point d'autre vin que celui de fes Limpofts, ví Ouvriers& de fes Domeftiques,& quil hun era fo alloit lui-même au marché faire fes proviem Cenfoñs fions, qui montoient à trente fefterces; qu'il a Catonem x n’avoit en tout cela pour objet que le bien Yt too quit de la République. C'eft aufi ce qui fait dire ring bun à Séneque, que la naiffance de Marcus Caton Cenfeur ne fut pas moins intéreffante pout l'empire Romain, que celle de Scipion$ car l'un déclara la guerre aux Ennemis; l'autre aux mœurs: il étoit ordinairement monté fur un cheval hongre, chargé de fon équipage. Quel heureux fiecle, où lon voyoit un Général qui avoit mérité les honneurs du triomphe, qui avoit été élevé à la dignité de Cenfeur,& en un mot, ce qui paífe tout cela, un Caton, fe contenter d'une bête de fomme, dont il n'avoit méme que la moitié, l'autre étant occupée par fes petits bagages! V. Scipion Emilien, aprés avoir joui deux fois avec beaucoup de diftin&ion des honneurs du Confulat& du Triomphe, remplit l'Office d'Ambaffadeur avec le méme(uccés, n'ayant à fa fuite que fepe Domeftiques, Ce n’elt point qu'il n'eut été en état d'en faire une plus nombreufe acquifition, lui qui avoit “été le Maître de toutes les richeffes de Carthage& de Numance; mais il aima mieux ne referver pour lui que la gloire de fes exploits,& en laiffor le profit à fa Pattic, Miy Juds inclÿtoi 205 pem E lois Tancius& Hiflorie à profanis Seria. m dit pour Naons& Romain, 0 mis es co pone pa gno ave réuion| 3Waler.l. arta€ Cüm Ætolorum gens va(a argentea magni ponderis& exquifitæ artis Q. Ælio Tuberoni Confulatum gerenti mififfet per legatos, qui € in priore legatione fictilia in ejus menfa.| vafa vidiffe retulerant eos cum fais mune-. desvals d'à ribus abire juffit, monitos ne voluntaria pau- beauconp d pettati, quæ à continentia oriretur, fuccurfendum putarent, Utinam, exclamat Valerius, hujus frugalitatis exemplum pofterior ætas fequi voluiffet! At nunc quó ventum eft? À dy gel fervis vix impetrari poteft, ne cam fuppellec-| uu tilem faftidiant, quà tunc Conful uti nom| freMain erubuit. 2 atre lean nce ean: b/ 1 We c mo eres le lo tel Bine in Sexdecim eodem tempore Æfii fuerunt; qui« us una Romz domuncula erat,& unus im agro Veiente fundus, cultores multó pauciores defiderans, quàm dominos habebat. Princeps E civitatis Æmilius Paulus Ælio Tuberoni, cujus t mim tam pauperes Penates videbat, nuptum dedit me filiam: quz viri paupertate adeo non offenfa ó RN eft, ut illam, propter quam pauper erat, vit» ur ii tatem, maxime admiraretur. ud T D) UL ved def :: voit reduj gi. 7. Qualis P. Scipionis Africani villa fuerit, VIL ls Ep. 86, quale balneum, fcribit ad amicum Seneca: In Xi "ipi depot) Elo Tisi V lp la eus me im fois ms latrare p Tur, fac mz Vig ofteior zs tan ipsis uci x. Prince , upum d deo non oti pat uz, micum$us: Hiffotres des Auteurs profanes.— 275 Celt pourquoi lorfqu’il voyageoit chez les Nations étrangeres, ou alliées au Peuple Romain, on ne comptoir point fes Efclaves, mais fes conquêtes,& on n'eftimoit point fa: perfonne par la quantité d'or& d'argent qu’il portoit avec lui, mais par la gloire& la réputation que fes vertus& fom mérite lui avoient acquife.: VI. Les Députés: que les Etoliens avoient: envoyés à Quintus Ælius Tuberon, leurayant rapporté que la table de ce Conful étoit fervie: en vaiffelle de terre, ils les renvoyerent avec des vafes d'argent fort mallifs& travaillés avec beaucoup d'art& de délicateffe. Tubéron les congédia, en les priant de remporter leurs préfens ,.& il leur repréfenta que fon indigence étant volontaire,& n'ayant pour principe que la modeftie, il étoit inutile de lui ofrir'du fecours. Plür au Ciel, s'écrie Valere-Maxime, que la Poftézité eüt voulu fui-: vre ce modele de frugalité! Mais à quel excès le luxe aujourd'hui n'eft-il point monté! A peine pourroit-on obtenir des Domeftiques de ne point regarder avec dédain les. meubles dont ce Conful ne rougifloit point de fe férvir: Il y eut dans le méme temps à Rome feize Ælius, qui n'avoient pour fortune entr'eux qu'une fimple chaumiere,& un petit fonds: de terre fitué à Veies, qui demandoit bien: moins d'hommes pour le culiver, qu'il n'avoit de Maîtres. Paul Emile, un- des principaux de la Ville, voyant l’état pauvre d'/Elius Tubéron, lui donna fa fille en mariage; qui loin d'être choquée de la pauvreté de fon. mari, admiroit la. vertu qui l'y avoit reduit. VII. Sénéque, dans une lettre qu’il écrivit à un de: fes Amis» fait la defcription M v * 274 Hifforia? profanis Script. ipfa Scipionis Africani villa jacens hæc tibi Ícribo. Video villam ftru&am lapide quadrato, murum circumdatum fylvz, turres in propugnaculum villz erectas, balneolum anguftum, tenebricofum ex confuetudine antiqua. Magna ergo me voluptas, fimul& pudor fubit contemplantem Scipionis mores ac noftros. In hoc angulo ille Carthaginishorror abluebat corpus laboribus rufticis feffum; exercebat enim opere fe, terramque, ut mos fuit prifcis, ipfe fubigebat. Sub hoc ille tecto tam fordido fte“tit, hoc pavimentum tam vile illum fuftinuit, At nunc quis eft qui fic lavari fuftineat? Sibi quifque pauper videtur ac fordidus, nifi parietes magnis& pretiofis fpeculis, marmore, ebore, variifque coloribus refulgant. In hoc Scipionis balneo minimæ funt rimæ magis quàm feneftrz, ut fine injuria muri lumen admitterent. Ac nunc balnea nolunt, nifi qux - zotius diei folem feneftris ampliffimis recipiant; nifi, dumlavantur, agros& maria profpiciant. ziilc $ic, quz in ufum reperta fucrant, oblectamenta ; Xàdia(unt. dh: Poblius detil, h voye pine€ bois, 0 tenpart aal voudroi & à qu On fe a time ba idor fibi > noftros D Hiffoires des Auteurs profanes. 274 de la Maifon de plaifance& des Bains de Publius Scipion l’Africain. Je date, lui mande-t'il, de la maifon méme de Scipion 5 ma plume va vous la tracer, telle que mes yeux la voyent en ce moment, Elle eft batie de pierre quarrée, les murs font bordés d'un bois, on a élevé des tours pour fervir de rempart, la falle du bain eft étroite,& ob(cure à l'ancienne mode. Quand je compare la maniere de vivre de Scipion avec la nôtre, je fens un fingulier plaifür mélé d'une efpece de honte. C'eít dans ce fimple réduit, me dis-je à moi-même, que ce Général, l'effroi de Carthage, lavoit fon corps fatigué par les travaux de la Campagne;( car il s'exergoit à cultiver la terre,& la béchoit lui-même, fuivant le goût des Anciens.) Ce grand Homme a couché fous ce petit toit, ce plancher pavé fi groffiérement l’a porté. Mais, qui voudroit aujourd'hui fe baigner fi fimplement, & à qui une telle médiocrité fuffroit- elle? On fe croit réduit à la pauvreté& à l'extrême baffeffe, fi les murs des appartemens ne brillent de toutes parts de glaces, dont la hauteur& le prix foient extraordinaires, files lambris ne font peints,& fi l'on n° voit par-tout relaire l'éclat du marbre& de l’yvoire. On à pratiqué dans ce petit bain de Scipion plutôt des fentes que‘des fenêtres, afin que le trop grand air ne fit point de tort. Mais on ne veut plus maintenant de bains qui ne reçoivent tous les rayons du Soleil par des ouvertures extrêmement larges, & d'ou on ne puiffe voir la Campagne& les Eaux. C'eft ainf qu'en a métamorphofé en purs amufemens des chofes inventées poux d'utilité des hommes, M vj 276. Hifforia à profanis Script. CHAPUT XV. Cicer, in Nihil efl agriculturá melius; nihil dulcius; Offic. n. nihil. homine libero dignius." 151. ProRofe..— 1. In urbe luxuriescreatur, ex luxuria exiftatAmer, n. avaritia neceffe eft: ex avaritia erumpat auda7» cia. Inde omnia fcelera ac maleficia gignuntur. Vita vero ruftica, parcimoniz, diligentia, juf-titiæ magiílra eft. Columels Vita ruftica fine: dübitatione proxima.&: kr quafi.confanguinea fapientia. cft. Cicer. de 2: Haud fcio an ulla beatior effe vita poflit ,. Sened, quàm eorum qui agris colendis dant operam: non íolüm. quód hominum generi univerfo. cultura agrorum eft falutaris:(ed etiam quód: delectationem affert,& copiam omnium rerumqua. ad. victum hominum.& ad cultum etiam. ProRofe. De0rum pertinent. Apud. veteres. Romanos Aimer, n, fummi viri; clariffimique homines, qui omni$1. tempore ad gubernacula. reipublice federe débebant, tamen in agris quoque. colendis aliquantüm opera.temporifque confumpferunt.In agris plerumque vivebant. Senatores& fenes ,. ;,&à villa in Senatum arceffebantur.Sic. M. AttiMp lium fuà manu ferentem agrum invenerunt, qui Plinius€um juffu Senatüs evocarunt ad imperium. po1,18, c:3, puli Romani fufcipiendum: unde illi cogno-. men Serranus fuit. Sed illæ ruftico.opere.attritz manus falutem: publicam ftabilierunt, ingentes hoftium copias peffumdederunt 5& quæ. modo arantium boim jugum.rexerant, triumphalis currüs habenas moderate funt: nec fuit deinde iis rubori, eburneo fcipione depofito; agreftem ftivam aratri repetere. Poteft paupeCI Une ssréabl| dumm; Lis lu Villes, À Famour d d'ou naf mais la vi de fap lat: Campagne fagele,€ Ik. bonheur À ls perlon nt dis pa &(aluzir aufi parce defournie a & a ce qui plu Ployolent à naeus& fouvent e les türoit| Celt ainf da se l'Empire hi-mé s nom de Se pat les tra a. S s. Hiffoires des Auteurs profanes. 277 CHAPITRE XV. D my a point d'Art plus utile y plus agréable, ni plus digne de l’honnêtehomme, que l'Agriculture, hil dli, UTER I.Le luxe prend naiffance dans le fein des. Villes, il entraîne néceffairement avec lui l'amour des richeffes, qui produit la licence, d'ou naiffent tous les crimes& les attentats 5 mais la vie: ruftique cft une excellente Ecole de frugalité, d'induítrie& de juftice: porima- Il faut avouer que la vie innocente de Ix Campagne a une liaifon bien étroite avec la fagefle, dont elle eft comme la fœur. de tiagolk, IL Je doute qu’il y ait une vie dont le dant oan; bonheur foit comparable à celle que menent Bei uiti) les perfonnes appliquées à l'agriculture 5 je d edam quid ne dis pas feulement parce qu'elle eft utile & falutaire à tout le Genre-Humain, mais auffi parce qu’elle procure du plaifir,& qu'elle fournit avec abondance à tous nos:befoins, & à ce qui regarde le culte des Dieux. Dans. les premiers Siecles de Rome, les plus grands Magiftrats& les. Hommes les plus illuftres, qui devoient en tout temps veiller au Gouvernement de la République, ne laiffoient pas de lui dérober quelques inftans qu'ils empvencrant d.ployoient à la culture de la terre. Les Séimperinm 5 nateurs.& les. Vieillards habitoient le plus fouvent les. Campagnes,& c'eft de là qu'on les tiroit pour les mettre à la tête du Sénat. C'eft ainfi que les Députés ,.commis par ordre du Sénat; pour aller offrir à Marcus Attilius l’Empire Romain ,le trouverent enfemençant lui-même fon Champ 3 d'où lui vint le furnom de Serranus: mais ces mains endurcies par les travaux ruftiques, affermirent le fa 278 Hifloriæ à profanis Script. res confolari Attilius: fed multó magis docere locupletes, quàm non fit neceffaria folidam laudem cupienti nimis anxia divitiarum coms paratio, Liviusl.|.$. Ducentis ante Attilii ætatem annis cum 3.c. 26, Romz nunciatum effet Minucium Confulem ve. y@tque exercitum ejus ab ZEquis cireumfefos teneri; tantus pavor, tanta trepidatio fuit, quanta, fi urbem, non caftra, hoftes obfiderent. Cüm autem in altero Confule Nautio pazum effe præfidii videretur, Dictatoremque dici placeret, qui rem perculfam reftitueret; L. Quintius Cincinnatus omnium confenfu Dictator eft di&us. Ille, fpes unicaimperii Romani, quatuor tantüm jugerum colebat agrum: nam Valer.1, 8 feptem, quæ prius poflidebat, tria amife4» ce 4, Tat Volens, folutà pro amico mul&à. Sicque Florus £. Peta in fex-menfesacceprâ fexto decimo die, ejus rura minus patebant, quàm nunc, inquit Valerius,multorum domus. Hic à legatis Senatüs five foffam fodiens, five arans, operæ certé agrefti intentus, inventus eft. Salute datà invicem, redditáque, rogatus ut Senatüs mandata togatus audiret 5 togam properé à tugurio proferre uxorem Raciliam juffit. Quà poftquamindutus eft,& abfterfo pulvere ac fudore, fe Dictatorem à legatis confalutari audivit 5 Romam. venit,& Minucio cie viétos hoftes pecudum in modum Tub jugum mifit, ne à ruftici operis imitatione ceflaret. Quz quidem tantà velocitate geffit, ut Dic| eel | fsdoup qi u i de Deui Tronph fuite de manche deco at encore| plein ed à quil li Li fius, lac quis t kO Ville n fi mation. à sn id & til Luci f Ten [Uti on. eni ser par lus peus; “aavoit ri dà an dmt À 3 & de tete lies 2! cienfan temen "tique, pat 8 robe? Femme doffa f hf | rip, 10 MAO de cera(ii. US Nem apis cs Hiffoires des Auteurs profanes. 279 fut de l’État, mirent en déroute de nombreufes tfoupes d'Ennemis;& ces mêmes mains, qui un inftant avant conduifoient un atrelage de Bœufs, tirerent les rênes d’un Char de ‘Triomphe; elles ne rougirent point dans la fuite de paffer de la baguette d'yvoire au manche de la charrue. Attilius peut fervir de confolation aux pauvres 5 mais il apprend encore mieux aux riches, que l'acquifition pleine d’inquiétude des richeffes, eft inutile à quiconque afpire à une gloire folide. IH. Deux ceus ans avant le Siecle d'Attilius, la nouvelle s'étant répandue dans Rome, ue les Eques tenoient bloqué dans fon Camp le Conful Minucius avec toute fon Armée, la Ville fur faifie d'une frayeur& d'une confternation aufli grande, que fi l'Ennemi eût été à fes portes. Le peu de fecours qu'on avoit à attendre de Nautius fon Collegue, obligea de nommer un Di&tateur pour écarter le péril. Lucius-Quintius Cincinnatus fut élu d'un confentement général. Cet Homme, l'unique æfpérance de l'Empire Romain, faifoi: valoir par lui-même un petit Champ de quatre arpens 5 car de fept qu'il contenoit avant, il en avoit retranché trois pour payer une amende à laquelle un de fes amis avoit été condamné. Ainfi tous fes fonds, fuivant la réfle.xion de Valere-Maxime, occupoient moins de terrein que.certaines maifons de Particuliers. Les Ambaffadeurs le trouverent,‘ou creufant, ou labourant la terre, ou certatnement appliqué à quelque autre travail ruftique. Aprés les complimens ordinaires de part& d'autre, on le pria de mettre fa robe pour entendre les ordres du Sénat.'Sa Femme Racilia la lui ayant apportée, ill'endoffa fur le champ, fe décraifa,& effuya ia fucur qui lui tomboit du vifage. Les Am z80 Hifforia è profanis Script. fe abdicaverit: prorfus ut feftinalfe. ad repe» tendum opus relidum videretur; Expeditione quippe finità, rediit ad boves triumphas lis agricola, Valer.— 4. P. Scipio Nafica, cüm Ædifitatem Curu7:05. lem péteret, manumque cujufdam civis Romani rufticoopereduratam more candidatoruns tenaciüs apprehendiffet; joci gratià interrogas vit eum: Num manibus: folitus effet ambulare? Quod di&um à circumftantibus exceptum, ad. populum manavit, caufamque repulfze Scipioni. attulit. Omnes namque ruftice Tribus communem fibi ab eo factam injuriam judicantes, iram fuam adversüs contumcliofum ejus dicterium exercuerunt. Fiin. L.$. Cultura agrorum operi, non impensä; “>> 6 conftat. C. Furius Crefinus ,cüm in parve admodum agello largiores fructus perciperet, quam ex ampliffimis aeris vicinitas; in invidia magna erat, quafi. fruges alienas in agellum fuum pelliceret veneficiis. Quapropter die ei didà ad populum Romanum, damnationem metuens, inftrumentum omne rufticum in forum attulit,& adduxit filiam validam atque: bene curatam& veítitam, ferramenta egregié fadia, graves ligones; vomeres ponderofos ,, bif: man D après ant p kd ja K maux, fe( tu; Il exe ndr f fx mois, fore qu'il prod En effet à ion IV. Da dilié Can lence, 2! quan C vill dons,& 1 avoit cauta putat fes Voi étendu,| & ils l'acc dre leurs dépens ur smléquen, ; ' al pe Edi. Tidmplas mOme| dvis le didrorx npe anular? epum, ad Scipioni ibus contMicantts y | jud 3 nim: TEE propt dt nation ynderoi0s, * à _ Hifoires des Auteurs profanes. 281 baffadeurs auffi-tót le faluerent, en le proclamant Di&ateur,& l’amenerent à Rome, où aprés avoir tiré Minucius du mauvais pas dans lequet il sétoit engagé, il fit fubir le joug aux Ennemis vaincus, comme à des animaux, ne quittant point en cela fon premier état. Il exécuta cette entreprife avec tant de rapidité, qu'ayant accepté la Diétature poux fix mois, il s'en défit le feizieme jour 5 de forte qu'il fembloit ne s'étre preffé que pour reprendre plutôt le travail qi avoit quitté, En effet ,à peine avoit-il achevé cette expédition, que ce Laboureur victorieux& triomphant retourna à fa charrue. IV. Publius-Scipion Nafica afpirant à l'Edilité Curule, faifit avec un peu trop de violence, à la mode des Candidats, la main d’uir certain Citoyen Romain, que le pénible travail de la Campagne avoit couverte de durillons,& lui demanda par maniere de jen, s’iZ avoit coutume de marcher fur fes mains, Cette parole ne tomba point à terre, elle paffa bientôt de ceux qui l'avoient entendue au Peuple, & lui mérita le refus de la charge qu’il briguoit; car routes les Tribus des Champs firent éclater leur indignation contre cette raillerie, la regardant comme une injure qui leur étoit perfonnelle.— V. La culture de la terre dépend davantage du travail, que de la dépenfe. CaiusFurius Créfinus cültivoit avec tant de foin um petit Champ, qu'il en recueilloit de plus beaux fruits,& en plus grande: abondance que fes Voifins; Maîtres d'un terrein beaucoup plus étendu. Un tel fuccès lui attira leur jaloufie, & ils l'accuferent d'ufer de magie, pour rendre leurs terres ftériles,& fe procurer à leurs dépens une fi étonnante fertilité. Il fut en conféquence appellé en Jugement devant lc M 392 Hiforia? profanis Script. boves faturos. Poftea dixit: Veneficia mea 3 Quirites, hac funt: nec poffum vobis offendere, aut in forum adducere lucubrationes meas ,vigiliafque& fudores, Omnium fententiis abfolusus cit. CAPUT X VL Omnes corporis motus decorum teneants Cicer.y,— r. Status, inceffus, feffio, accubitio, vultus, Offic. n. oculi, manuum motus» teneant decorum, præ"5.— fertim naturà ipsà duce& magiftrà. Quibus in rebus duo maximé fugienda funt: ne quid cffeminatum aut molle,& ne quid durum aut rufticum fit.: Xenoph, 2. Cüm pudorem pueris innafci vehementer in La-cuperct Lycurgus 3 juffit gos in vicis manum €on. utramque intra pallium continere, tacitofque incedere, nufquam circumfpicientes: at eatantum intuentes, quz ante pedes cífent, ZElian, Xenocrates Platonis difcipulus dicebat: N74;/ L. 14. c. Intereffe pedesne, an oculos in alienam domum 4 aliquis defigat« tam enim.peccare eum, qui ecupour| outils le 1 tsp chtreten dii: pas vou fs(ris p[3o dux co C Xu L Da debout, da biens 19 yat ture clé le premier enis gratis, Li pire à dès lei ca den: pes da ni à ga pies Xénoc Qui&; Hs ou/ 3 cie mq;- Hiffoires des Auteurs profanes. 283 fender, 7 Peuple Romain. Craignant fa condamnation, 1045 vig il fit apporter en plein Barreau tous fes infiis bol itumens de labour,& amena avec lui fa fille, qui étoit une groffe Payfanne, bien nourrie& bien vêtue. Il montra tous fes outils luifans& en bon état, des hoyaux très-pefans, une charrue bien équipée& bien entretenue,& fes bœufs qui étoient gros&— gras 5 puis fe tournant vers les Juges: Voilà, ditil, Meffeurs, mes fortiléges; je ne puis pas vous produire ici mes fueurs, mes veilles, mes travaux de jour& de nuit. Les(uffrai ges ne furent point partagés,& il fut abfous 1 d'une commune voix, 1] CHAPITRE XVI. m fuu Nous devons garder la bienféance dans tout notre extérieur. ardt, I. Dans quelque état que nous foyons y A debout, ou marchant, affis, ou couché, que qi= la bienféance éclate fur notre vifage, dans il dta nos yeux& dans nos geftes,& que la nature elle-même nous ferve par-tout de guide & de maître. Evitons fur cela deux excès; le premier, de paroitre. trop mous& trop efféminés 5 le fecond, trop rudes& trop. groffiers. II. Lycupe défirant avec ardeur d'in(pirer des fentimens de pudeur aux enfans ; dés leur berceau, ordonna qu'ils marcheroient Eum en filence dans les zues, les mains enveloptient, pées dans leur robe, fans regarder à droite ni à gauche, mais fimplement devant leurs ieds. 5 Xénocrate, Difciple de Platon, difoit: Qu'il étoit indifférent qu'un homme tournát fes pas ou fes yeux avec trop de curiofité vers H"m vehemens ids ma y ad 284 Hiffria? profanis Script.: los vertat quó non convenit, quàm illum, qui ingrediatur quà: non licet. » Cicer.t. Sic cüm prætereunte formofo puero exclaOffic. n. maffet Sophocles; O puerum pulchrum! dixit ?4^— eiDericles: Ât enim non folim manus, fed etiam oculos, habere abflinentes decet. W. 131, 2. Cavendumeft ne aut tarditatibus utamur in greffu mollioribus, ut pomparum ferculis fimiles effe videamur: aut tam celeres feftinationes noftræ fint, ut anhelitus moveantur E vultus mutentur, ora torqueantur, Hinc Tigellium ridet Horatius, qui interdum currebat, quafi hoftem: fugeret, aliàs lentus incedebat> tanquam Junonis facra fetret. s; Horat.r. Ll Sat.3. CAPUT XVIL À forma removeatur ornatus non dignus . Viro. Cicer.x.— f. Cüm pulchritudinis duo genera(int, quoOffic. n. rum in altero venuftas fit, in altero dignitas ,. 739.. venuftatem muliebrem ducere debemus, dignitatem virilem. Ergo à forma removeatur omnis viro non dignus ornatus. Formz autem dignitas coloris bonitate tuenda eft, color exercitationibus corporis, am T to exc um! dixit Jii aiam Is Qa 1 frais eflina. antur, inc Til cauebat, dor, Le; mus, digi mem d lor exec Hiffoires des Auteurs profanes. 285 une malfon qui lui étoit étrangere, parce qu'on ne fe rendoit pas moins coupable d'arrêter la vue fur des objets défendus, que de mettre le pied dans les lieux dont l'accés étoit inzerdit. C'eft pourquoi Sophocle s'étant écrié à la vue d'un jeune homme fort bien fait qui paffoit devant lui: OR Le beau jeune homme! Periclès lui dit; I/ convient d'avoir les yeux auff. chaftes que les mains. II. Il faut prendre garde en marchant d'affe&er une certaine lenteur molle& compofée, comme celle de ces gens qui dans les Fêtes publiques portent les Images des Dieux 3 ou une précipitation turbulente qui met hors d'haleine,& qui change& altére les traits du vifage. Horace fe raille de Tigellius, qui dans un temps couroit comme fi l'Ennemi eût été fur fon dos,& dans un autre marchoit à pas comptés, comme s’il eût gravement porté les Reliques de la Décfle Junon. CHAPITRE XVIL # ll faut écarter de notre extérieur toute. parure indigne de l'homme. I. Il y a deux efpeces de beauté; l'une confifte dans la délicateffe,& l’autre dans la majefté du vifage. La premiere eft proprement le partage des femmes, la feconde, celui des hommes. Il faut donc rejetter tout ornement étranger, peu convenable à la dignité de l'homme: or il eft une forte de teint qui contribue à la nobleffe du vifage; que l'homme doit conferver,& qui s’entretient par les exercices du corps, 286 Hifloria à profanis Script. Ovidius Sint procul à nobis juvenes, ut femina;comti Hi' Heroid Fine coli modico forma virilis amat, Er d Forma viros neglecta decet, Arte ve $99» Nofti juvenes barbà& comâ preter modum nitidos, elegantes totos? Nihil ab illis fperaveris forte, nihil folidum, . Senec. Bp. 115 Dio Diogenes Cynicus confpiciens adolefcentem It cultu geftuque parum virili? Non ze pudet, Diog. inquit, qui pejus tibi velis, quàm ipfa natura voluit? Siquidém illa te yirum finxit: tu te ipfe refingis in feminam. Sut. in Videns quemdam Metium formæ causà fibi Domi, nimis placentem Domitianus: Vellem, inquit, c.a20. tam formofus effe, quàm Metius fibi videtur. is enecin Anceps forma bonum mortalibus, Hipp.v. Exigui donum breve temporis, 258., Ut velox celeri pede laberis! Res eft forma fugax, quis fapiens bone Confidat fragili? "Juven. e» o., Raraeft concordia forma Sar.10.— Aiquepudicitie. V. 297.;: 2. Complures vide ibus apud tonforeim Seneca P yigeas, quious ap de Brev, multæ horæ tranfmittuntur, dum decerpitur @ 12, fi quid barbæ proximáà node fuccrevit,dum de fingulis capillis in confilium itur, dum disjecta coma reftituitur. Quis eft iftorum qui non follicitior fit de capitis fui decore, quàm de falute? qui non comptior effe malit, quàm honeftior? nj Di Frésicos Unair plus Du sarai Vous co bien filé tés ant@ On ne pe folie dete Dig me antc c nance afe ps à D RE 4 m, 8 Doniti tain Méia Tus lig IL Vous fat die tres de fi lar eft p nfi(or Super[d lg comi un] lis ote e(centet t padit, Hiffoires des Auteurs profanes. 287 “Un jeune homme occupé du foin de fa figure, Dont il eft follement épris, Et dui comme une Femme affecte la parure; Ne mérite que du mépris: Un air plus négligé; moins de défir de plaire 5 Du Sexe aimé de Mars foutient le caractere, Vous connoiffez fans doute ces jeunes geus bien frifés& bien poudrés, peignés& ajuftés avec art depuis les pieds jufqu'à la tête. On ne peut rien attendre de grand& de folide de tels caracteres. Diogene le Cinique voyant un jeune homme attifé comme une femme,& d'une contenance affe&ée, lui dit: Vous ne rougiffez pas de vouloir paroître pis que la Nature méme ne vous a formé Elle vous a fait homme,€ vous vous métamorphofez en femme. Domitien en jettant les yeux fur un certain Métius qui s'admiroit lui-même avec complaifance,& étoit épris de fa figure: Que je voudrois, dit-il, être auffi beau que Métius fe le paroít à lui-même! Beauté fragile& paffagere» Ceffe de nous vanter un frivole agrément. Le Sage eftime-t-il ce qui dure un moment? Ton éclat à fes yeux fe brife comme un verre, Rarement avec la beauté La pudeur fait fociété II. Vous voyez bien des hommes qui paffent chez leurs Perruquiers des heures entieres de fuite à fe faire arracher le poil qui leur eft pouflé la nuit précédente, à tenir confeil fur la difpofition de chaque cheveu, arranger l’étalage de leur frifure en déforte. Y en a-t-il un d'entreux qui ne foit 288— Hiftoria éprofanis Script. O S AT pedinem&[peculum defi diosé occupatos: Ea quotidie comminifcimur per quæ vitili dignitati fiat injuria. 7.Queft. Ge 310 “Sueton. Tormà fuit Auguftus eximià»& per omnes in Aug.“tatis gradus venuftiffimä. Erat tamen omnis € 3ÿ. lenocinii negligens,& in capite comendo tam incuriofus, ut eo ipfo tempore, quo illud ton: foribus committebat, aut legeret aliquid, aut etiam fcriberet. Ælian. 3. Regnante apud Lacedæmonios Archida17.0.30. MO, venit Spartam Ceorum legatus, jam fenex, vir naturâ oftentator,& qui formofus videri vellet. Itaque cum illum puderet fenectutis, crines fuos, qui cani erant, diffimulaverat tincturà. Ubiin concionem prodiit cum mentitis capillis,& ea dixit quorum causà venerat 5 * confurgens Archidamus,qui legati comam alieno colore tinctam deprehenderat; Quid, inquit, Ac veri& fani diceret, qui non in animo tantum, fed etiam in capite circumfert mendacium? Explofitque ejus di&a: de hominis ingenio, ex iis quz videndo cognofci poterant, judicans. Sparti. Cüm Adrianus Imperator cuidam canefcenti inAdr.c. aliquid negaffet 5 eidem iterum poftea acce20. deni, fed infe&o capite, lepidé refpondit: Jam hoc patri tuo negayi. os plus fou olfveté e Nous 1 tidicules fi gei dont a blèn obje juri eut done enprante, 00, Arca qi faf cn âge, 2 appatens q Adr ie: lum d que vil C rom men Or )mendo ta 10 illad ti aliquid, [VA MA js, Jamie, ous Y inni dé mat mé Hiffoires des Auteurs profanes. 289 plus inquiet& plus embarraifé de l'ornément de fa tête, que de fa fanté? qui n'aime mieux être peigné avec art, qu'être homme de probité? Quelle efpece d'hommes qui fc font une férieufe occupation d'une alternative oifiveté entre le miroir& la toilette! Nous inventons tous les jours des modes tidicules qui choquent& dégradent la grandeur de l'homme. ' Auguíte avoit une noble phifionomie, dont ies graces fe conferverent jufqu'à fa vieilleffe: cependant il n'étoit point curieux de parure, & il prenoit fi peu de foin de fa tête, qu’il lifoit, ou même écrivoit pendant le temps que fes Baigneurs étoient Occupés autour d'elle. II. Archidame étant fur le Trône de Sparte, un Député de la Ville de Cée vint à fa Cour: c’étoit un homme déjà avancé en âge, naturellement vain& infatué de fa perfonne. H avoit fait teindre fes cheveux, dont la blancheuf lui reprochoit fa vieilleffe, objet pour lui de honte& de confufion. Il parut donc à l'Audience avec fa chevelure empruntée,& expofa le motif de fa députation. Archidame qui s'étoit appercu de cette couleur fauffe& étrangere, fe leva,& lui fit cette réponfe: Que peut-il fortir de vrai & de fenfé de la bouche d'un homme qui porte le menfonge, non-feulement dans fon cœur, mais . auff fur fa téte? Ce Prince méprifa fon difcours, jugeant de fon efprit par les dehors apparens qui avoient frappé fa vue. Adrien refufa certaine grace à. un Vicillard qui avoit la téte blanche. Cette homme ayant fait peindre& arranger fes cheveux, revint une feconde fois auprès de l'Empereur, qui lui. repartit ingénieufement: J'ai déjà refufé la même demande à votre Pere. ll, Partie. N. 290 Hiflorie à profanis Script. "CAPUT XVII E fpeculo confilium ad quadam. Seneca| 1. Ex inventis fpeculis venit homini primó 1.Quæfte fui vultüs notitia, deinde& ad quaedam uti€.17. liora confilium: formofo, ut vitaret infamiam: deformi, ut fciret redimendum effe virtutibus quidquid corpori deeffet: juveni, ut fore ætatis admoneretur, illud tempus effe difcendi,& fortia audendi: feni, ut indecora canis deponeret,& de morte aliquid cogitaret. nidi enluite uo autres ch bell ped Habebat quidam filiam turpiffimam, Idemque infigni& pulchrà facie filium; Hi fpeculum, in cathedra matris ut pofi1 dis samolo tum fuit, d Pueriliter ludentes forte infpexeranr.' Hic fe formofum jactat; illa irafcitur, Nec gloriantis fuftinet fratris jocos, Accipiens( quid enim?) cuncta in contumeliam. Ergo ad patrem cucurrit læfura invicem, Magnâque invidià criminatur filium, Vir natus quód rem feminarum tetigerit. Amplexus utrumqne ille,& carpens ofcula, Dulcemque in ambos caritatem partiens: Quotidie, inquit, fpeculo vos uti volo: Ju formam ne corrumpas nequitie malis; fant né pay Tu faciem ut iffam moribus vincas bonis.; qui ne qt d p Hiffoires des Auteurs Profanes. 29: u CHAPITRE XVIII juadam, Avis utiles qu'on doit tirer du Miroir. homini pai I. L'homme a trouvé dans l'invention du miroir d'abord la connoiffance de fon vifage, enfuite un Confeiller fidele pour quelques autres chofes plus utiles. Il apprend à une belle perfonne à ne point deshonorer fa beauté. par linfamie du vice; à une laide, à racheter par fes vertus les défauts de fon Corps 5 à un jeune homme, à profiter de la fleur de fa jeuneffe, comme du temps le plus propre à sinftruire,& à former& exécuter de grands deffeins; à un Vicillard, à éviter tout: ce qui eft indigne de fa gravité,& à penfer quelquefois à la mort. Un homme avoit une fille extrêmement laide,& un fils parfaitement beau. Comme ils s'amufoient à badiner enfemble, à la maniere des enfans, ils fe virent tous deux dans un miroir qu'on avoit laiffé par hazard fur la chai de leur mere. Le petit garçon vante aufli-tôt fa beauté, la four de dépit fe met en colere,& ne peut fouffrir les railleries de fon frere, qui fe glorifioit d'être plas beau qu'elle, prenant tout ce qu'il luz difoit pour des injures;( car pouvoit-il fui faire un reproche plus fenfible?) Piquée de jaloufie, elle court fe jetter entre les bras de fon pere, dans le deffein de chagriner le frere à fon tour,& lui fait un grand crime de ce qu'étant né garcon, il avoit of toucher un meuble qui ne convient qu'à des femmes. Le pere alors les embraifant tour à tour pour lescon-* foler,& partageant également à l'un& à l'autre les marques de fa tendreffe> leur dit: Je veux que vous vous Jerviez tous les jours N ij morte alii 292 Hiftoria à profanis Script; Aut. Socrates quoque Philofophus dicitur fuaSo, hi difcipulis, ut qui infpeéto fpeculo formo“fus fibi. videretur, caveret, ne dignitatem| gicen corporis malis moribus dedecoraret; qui veró trouvera| deformis, daret operam ut virtutis fplendore tais dé * vultüs turpitudinem tegerer. 0]. mous; par l'éclat Senecæ— 2. Natura facultatem nobis dedit nofmetip- LL! >.Queft-{os videndi. Fons cuique perlucidus imaginem de nous €"7e fuam reddit. Qualem fuiffe putas cultum ho-| pic minum ad hoc fpeculum fe comentium? Ætas halde illa fimplicior beneficium atque inventum n&- pére turæ non vertebat in libidinem& luxum. Satis ft Conto nitidi fibi videbantur, fi fqualorem opere col- sauf? Je&um fluminis aquà eluerant. Crinem fine Tidi arte formofi quaticbant, non aliter quàm ju-] Nur,a bam generofa animalia. Deinde cüm,infitus le& il mortalibus fui amor coepit iis dulcem afpetum formz fuz facere,&& terra metalla cffofla funt; hic in poculo, ille in vafe ad alios ufus comparato fpeciem fuam infpexit curiofius: mox propria huic minifteria fpecula preparata funt:& tandem immodeftiüs crefcente luxurià, totis paria corporibus ex auro argentoque fada funt,& gemmis adornata: ita ut unum ex his pluris feminæ conftiterit, quàm antiquorum fuit dos illa, qua publicé dabatur Imperatorum pauperum filiabus. quer de rer les ver nl RC plus opere co inem lin: Hiffoires des Auteurs profanes. 293 du miroir, vous, mon fils, afin que vous évitiez de ternir votre beauté par la laideur du vice, G vous, ma fille, afin que vous répariez les défauts de votre vifage par la pureté de vos mœurs. s Socrate, illuftre Philofophe, donna le méme confeil à fes Difciples. Que celui, leur dit-il, qui d'entre vous en confultant le miroir, s'y trouvera beau, prenne garde de corrompre les traits dé fa beauté par la difformité de fes mœurs; mais que celui qui s'y: trouvera laid, s'applique à effacer la laideur de fon vifage par l'éclat de la vertu. II. La Nature nous a procuré un moyen de nous voir nous-mémes. Une fontaine claire peint à chacun de nous fon image dans le cryftalde fes eaux. Quelle imaginez-vous que pür être la parure des premiers hommes, qui ne‘connoifloient point d'autre miroir pour s'ajufter? Cet âge plus. fimple& plus modette n'abufoit point des bienfaits& des dons de la Nature, en les faifant fervir d'inftrumens au luxe& à la molleffe, Toute leur toileze fe bornoit à laver avec l'eau d'un Fleuve la fueur qu'ils avoient amaífée dans le travail. Comme ces fiers animaux qui laiffent floter leurs crinieres au gré des vents, les plus beaux hommes laiffoient tomber négligemment fur leurs épaules leurs cheveux fans art& fans apprêt; mais auffi-tót que l'amour de foi-même, qui naît avec tous les Mortels, leur eut fait goûter un fecret plaifir à voir leur reffemblance,& que l’avarice eut fait creufer les entrailles de la terre, pour en tirer les métaux, on contempla fom vifage avec plus dc complaifance& de curiofité, dans la furface unie d'une coupe ou de quelque autre vafe deftiné à des ufages tout différens. Bien-tôt après on inventa des miroirs Niij 294 Hifforie à profanis Script, Empereur &abli. CAPUT XIX CH In vefitu mediocritas optima. Cicer.1. 1, Adhibenda eft munditia non exquifita La Ofic.n. pimis: ficut fugienda agreftis negligentia. Ea739— dem ratio eft habenda veftirüs, in quo, ficut in plerifque rebus, mediocritas optima cft. iz prop tion,&| la roll srl Senee, Alter fe jufto plus colit, alter fe jufto plus Ep. 114. negligit. 4.Gell, Demofthenem, Atticæ eloquentiæ princil. t«c.5. pem, tradunt veftitu nimis accurato fuiffe. Hinc illi elegans veftis& molles tuniculz ab æmulis adverfariifque probro datz fant, nec ab indignis in eum verbis eft temperatum. Mations| Eorrené Sede f 102, eifüy Dlaidoyers € pour la Hortenfius quoque omnium Oratorum ætatis fue, fi M. tullium. excipias, clariffimus, propterea exagitatus eft: multaque in ipfis caufis& judicis funt in illum dicta, quód munditiæ nimiüm ftudiofus, compofité“ amictus effet, manufque ejus inter dicendum 1X, in quo, i opi d Hifloires des Auteurs profanes. 29$ qui ne fervoient qu'à cet unique emploi: enfin le luxe étant monté au dernier période, “ omen fit dont la hauteur püt repréfenter tout le corps humain, on en releva le prix par l'éclat de l'or, de l'argent& des pierreries; de forte qu’une feule de ces glaces coûte plus à une femme, que ne montoit la dot que le Public affignoit anciennement aux Filles des Empereurs pauvres& hors d'état de les établir. CHAPITRE XIX. La médiocrité dans les habillemens eft. ce qui convient le mieux. I. Il faut obferver dans tout notre extérieur une propreté. qui ne tienne rien de l'affetation,& fuir une négligence qui marque de la groffiereté. Cette regle doit s'étendre jufqu'aux vêtemens,& fur cela comme fur beaucoup d'autres chofes, la médiocrité eft le meilleur parti. Les uns portent à l'excés le foin de leur corps,& les autres l'oubli. Les Hiíloriens@keufent Démofthene, le Prince de l'Eloquence Attique, d'avoir pouffé trop loin l'affe&ation dans fes habits. Ses Ennemis& fes Rivaux lui firent un crime de la fineffe des éroffes qu'il portoit,& de fon goût trop recherché pour les ajuftemens, ils n'épargnerent point contre lui les déclamations ipjurieufes. Hortenfius, le plus célebre Orateur de fon Siecle, fi vous exceptez Marcus-Tullius Ciceron, efluya les mêmes reproches. Dans les Plaidoyers en plein Barreau, on lâcha plufleurs traits piquants contre fon amour exceffif. pour la propreté, fa maniere. affeQée N 1v Macrob, a. Sar Ge 9. Idem. 2. Sat, € 5. Sueton. in Aug. €. 73. Q. Curt. l. 5. e.2. a96— Hiforia à profanis Script. forent argutz admodum& geftuolx. Hzc ad deridendam Hortenfii mollitiem. addit Macrobius. Ut apté circumamiétus incederet Hortenfius, in fpeculum intuens, togam corpori fic applicabat, ut rugæ non forté, fed de induftria, locarentur.Cüm aliquando: procederet vefte ad{peculum ita coms pofità; collegæ diem dixit, quód fibi in anguftiis obvius offenfu fortuito ffruturam tegæ deftruxerat. 2. Julia, quum Auguftum patrem. veniffet falutatum, fenferat oculos ejus licentiore cultu fuo offenfos, licét ille tacuiffet. Itaque poftero die mutato habitu patrem complexa eft. Ac ille, qui pridie dolorem fuum continuerat, gaudium continere non potuit,&, Quantè magis, inquit, hic in filia Augufli cultus probabitur! Verüm fruftza Juliæ fepe precepit Auguftus temperato inter indulgentiam feves, ritatemque fermone, ut molliorem profufio: remque cultum moderaretur. Nam cum ei amicus, vir gravis, diceret, illam melits effe fa&uram, fi fe compofuiffet ad exemplar paternæ modeltiæ; fuperbég fpondit: Ille oblivifcitur fe Cafarem effe: êgo memini me Cafaris filiam. Augnítus quippe rard vefte alià e(t ufus, quàm confe&tà ab uxore,& forore ,& filià neptibufque. Quod& ab Alexandro magno faétitatum accipimus, antequàm Perficos mores& veftes induiffet. Nam cum Sifygambi captivæ matri Darii mulam purpuram mififfet, admonerique juffiffet, ut neptes fuas affucfaceret veftes conficere,& dono dare; ubi reginam afpernari id. munus audivit,& injuriam fibi fa&am putare, ipfe ad eam venit,&, Mater, inquit, Aanc veffem, quá indutus fum, fororum non folüm donum, fid fent; À Augulle€: vail de: fa. de(es niec Hiffoires des. Auteurs’ profanes. 29y d'arranger fa robe,& de déclamer, en frappant des mains,& compofant fes geftes. Macrobe ajoüte., pour tourner en ridicule la molletfe d’'Hortenftus, qu'il confaitoir le miroir pour s'apprendre à marcher avec grace; qu'il colloit fa robe avec tant d'art fur fon corps, que les plis ne fembloient point faits au hazard, mais à deflein; qu'un jour s'étant donné beaucoup de peine à s'ajufter, il cita en Juftice un Collégue, parce qu'en paffant dans une rue étroite, il. avoir dérangé par mégarde l'oeconomic de fa robe. I. Julie étant venue rendre vifite à fon Pere Augulte, parée avec trop. de faite& de magnificence, s'apperçut bien à travers de fon filence, qu’il en avoit été choqué. Le lendemain, pour réparer fa faute, elle parut devant lui vêtue fort fimplement,& courut l'embraffer. Mais ce Pere qui la veille: avoit fcu diffimuler' fon chagrin, ne fut pas: le maître de retenir fa joie,& lui dit: Que cette parure eff bien plus digne de la Fille d' Auguffe que celle d'hier! Quoi qu'ilen foit, ce fut en vain qu'Augufte mélant la douceur: à la févérité, tenta de mettre des bornes aux: folles dépenfes& au luxe immodéré de Ju— lie, car un. Seigneur qui avoit beaucoup de: crédit à la. Cour de ce Prince, lui ayantrepréfenté qu'elle. fe féroir beaucoup plus: d'honneur, en fe conformant à la modeftie de: fon Pere, elle: lui repartit d'un ton plein defierté; Mon Pere oublie qu'il eft. Céfar,& moi je n'oubliepas que je fuis: Fille de Céfar.. Augulte en effet ne. s'habilloit que. du tra-vail de: fa femme, de fa fœur, de fa fille&de fes nieces: Alexandre en ufa de même. jafqu'à. ce. qu'il. eût adopté les. coutumes.&les modes. des: Perfes: car ayant envoyé. à: Sifigambis, Mere de Darius& fa Prifonniere,, 298. Hifforia à profanis Script. etiam opus, vides. Noftri decepere me mores. Cave, obfecro, in contumeliam accipias 1gnorationem meam. Jufin. TII. Lycurgus juvenibus nom ampliis un [3 637 vefte uti. toto anno per rmi, nec quemquam cultis ornatum, quam alierum, progredi, nec epulari opulentits: ne imitatio in luxuriam verteretur. Plur,- pfe Lacedæmoniorum rex Agefilaus, quaÆpoph. tüor anni tempeftatibus unà tantürn vefte induebatur;& cüm in caftris inter milites ageret, le&um non habebat molliorem quam zi: hocque fzpe in ore ei erat: Przncipem decere, non mollitie& deliciis, fed temperantiá& fortitudine privatis hominióus preftare. Eodem vitz inflituto etiam fenex factus utebatur: & percontanti cuidam cur per acrem hiemem folo pallio te&us obambularet fine tunica, illà xtate? Ut, inquit, juvenes hanc vita razionem imitentur, cm exemplum habeant exroma feneciutis viros& principes. í marie f sole) free, D das Une démandan &[Hiver igne; Tits gens i 4 n velit efilaus, et Hifloires des Auteurs'profanes. 399 plufieurs étoftes de pourpre,& lui ayant fait dire que fi elle les trouvoit à fon gré, elle pouvoit faire apprendre à fes petires-filles à en travailler de pareilles,& qu’elle étoit la maîtreile d'en difpofer: Aufi- tôt qu'on lui eut rapporté que fon préfent, loin d'avoir été agréable à la Reine, en avoir été regardé comme un affront injurieux, il alla lui-même la trouver,& s'excufa en ces termes: Ma Mere, cette étoffe dont vous me voyez vêtu, n'eft pas feulement un prefent de mes Sœurs, mais c'eff l'ouvrage de leurs mains: Ppar-là jugez s'il vous plait, que la mode de notre Pays m'a trompé,© ne traitez point mon ignorance d'outrage volontaire. HI. Lycurgue ne permit aux jeunes gens d'avoir qu’un feul habit dans toute une année, fans qu'aucun d'entreux pût s'habiller plus fuperbement, ni fe faire fervir une table plus riche que les autres. Il craiguoit que l'envie de fe furpafler réciproquement, fi la Loi n’établiffoit une égalité commune entre tous, n’introduisit le luxe& la fomptuofité. Agéflaüs;, Roi de Lacédémone, ne portoit qu'ane méme robe dans toutes les faifons de l'année;& lorfqu'il étoit dans fon Camp au milieu de fes Soldats, il, couchoit auffi durement qu'eux,& avoit fouvétit‘ètre maxime fur les levres: Qu'il convenoit à un Prince de l'emporter fur les Particuliers, non par la molleffe© par les délices d’une vie voluptueufe, mais par la tempérance G par la force. Il ne quitta point fon régime de vie dans une extrême vieilleffe;& quelqu'un lui demandant pourquoi il fe promenoit au fort de l'Hiver à fon âge avec un manteau fans tunique: C’ef#, repliqua- til, afin que les jeunes gens ne puiffent fe difpenfer d'en faire N vj Hiffori&? profanis Script: Sueton... Quàm diffimilis Agefiläo fuit apud Roma: in Ner. pos Nero, cüm mulis aliis in rebus, tum in €39.— veflitu! Nam.nullam veftem bis induit. Diog. Cüm in regali folio. federet Crecfus pretioLairrin fiflimis veftibus indutus; Solonem interrogaSol, vit an quid unquam vidiffet pulchrius? Gal los, iaquitille,&@ pAaffanos,& pavones: nas turali eaim.G inimitabili colore ac. pulchritus dune. fulgent. CAPUT XX," Nihil olere fatius eff. quàm. bene. olere. Bün po, PeLuxuriam juvit multos odores: mifcere 8. 22. init,© cunctis unum. facere: ita reperta funt unguenta., Ab Afiaticis videtur veniffe unguenti ufus:ili madent co,& accerfito odore nas rum ex ingluvie foctorem oris extingunt. Senece. Unguentarios. Lacedæmonii urbe expule4: Quafi. runt,& properé cedere finibus fuis jufferunt: *. 13: quód oleum difperderent,& mollitiem ac lu Clemens vun, viderentur inve&ari. Alex. 1. firom. Diog.: y à Laërt, ip Caput habent, Vide, inquit Diogenes, ne Diog. bonus. capitrs. odor malum vita tu& ac fama odorem afferat.= Sueton, Cüm adolefcens fragrans unguento accefin Vefp.fiffet ad Vefpafianum, ut pro:impetrato Ma7 giftracu gratias ageret; hic, ne quam occahonc corrigendi difciplinam prætermitteret, Cuidam adolefcenti unguentis delibutumh ten odeur de Mar d 1 Un jen Temercier Earoi ir don pou : Hiftoires des Auteurs profanes. 501 mutant, ayant devant leurs yeux l'exemple des Princes& des Vieillards. Quelle différence en ce point, comme: en -beaucoup d'autres, entre Agéfilaüs& Neron! Car jamais ce dernier ne mit deux fois le. même habit. Cré(us affis fur fon Trône dans toute la: magnificence& la: Majefté Royale, demanda à Solon sil avoit jamais rien vu de plus beau? Oui, lui répondit-il, j'ai væ des Coqs, des Faifans& des Paons, dont la beauté naturelle© inimitable paffz la vôtre, qui neft 4‘empruntée, $5 CHAPITRE XX H vaut mieux ne rien fentir, que dé Jentir bon. I. C'eft le luxe qui a pris plair à mêler différentes odeurs,& de toutes à n’en compofer qu'une. Tellc eft l'origine des parfums, dont l'ufáge nous vient des- peuples de l'Afic. Ils s'en frottent pour diffiper la puanteur de leur bouche, occafionnée. par leur: gloutonnerie.: Les Lacédémoniens chafferent de leur Ville es Parfumeurs,& leur enjoignirent d'en quitter promptement les frontieres, les accufant de. perdre l'huile,& d’introduire le - luxe& la molleffe; .. Diogene: dit à un jeune Homme qui avoit la tête pommadée: Prenez garde que la bonne odeur de votre tête ne trahiffe la mauvaifo odeur de votre vie-@ de votre réputation. Un jeune. homme vint tout froté d'effences remercier Vefpafien d'une. Charge dont il Vavoit.honoré; l'Empereur faififfant cete oc-cafion pour corriger cette infame coutume * à 302. Hifforia? profanis Script. adolefcentem vultu afpernatus, voce etiam graviffimà increpuit: Ma/uiffem allium oboluiffzs, Munufque conceffum revocavit. 2. In omnem vitam unguento abftinemus; Senec. edi; t Ep. 108.( ait ipfe de fe Seneca,) quoniam optimus odor in corpore eft nullus. Martial, Hocmihi fufpe&um eft quód oles bene, Pofthume y 2. l Ep. femper. T2. Pofthume, non bene olet,qui bene femper olet, l.6. Ep, Rides nos, Coracine, nil olentes. ss. Malo, quàm bene olere, nil olere. us 3, Qui in folem venit, colorabitar. Qui in unguentaria raberna refederunt,& paulo diutids commorati funt, odorem fecum loci ferunt. Sic qui apud philofophum aut virum probum fuerunt, traxerint aliquid necelfe e(t quod profit. CAPUT XXI Dormi quantim fatis eff, Cicer.s, 1: Naturà appetit animus aliquid agere femdefin.n, pet, neque ullà conditione quietem fempiter54©c. nam poteft pati. Somnum, nifi requiem corporibus,& medicinam quandam laboris afterret, nobis contra natuzam datum putaremus: aufert enim fenfus, ationemque tollit omnem. - Endymionis fomnum nobis profe&ó nolimus dari: idque fi accidat; mortis inftar putemus. Nam ut quifque optimé natus infliturufque eft, effe omnino nolit in vita, fi gerendis negotiis aut doctrinæ ftudiis orbatus, poflit paratiflimis frui voluptatibus,& femper inerti quieti indulgere. npud naui, ani ac Il. e Séneque quim kon Poftor Je veux I unt to Parfum même c Philolo vent Dé Avantage CH Mun ] Nor fans cf n fom au coms Vl, n ce quj]. Met enti Youdrion tous don Sls nous ons(on Hifloires des Auteurs profanes. 303 regarda ce jeune homme avec des yeux dc mépris,& lui dit d'un ton fort dur: J'aimerois mieux que vous fentiffiez l'ail 5;&il révoqua fur le champ le. Brevet quil lui avoit accordé.: II. Je me fuis interdit pour toujours, dit Séneque en parlant de lui-même, l'ufage des parfums, parce que la meilleure odeur pour le corps, eft qu'il n'en ait aucune. Pofthume, vos Parfums me donnent du foupçon; C'eft fentir fort mauvais, de fentir toujours bon. Aucune odeur fur moi ne parfume la chambre; Je veux ne rien fentir, plutôt que fentir l’ambre. III. Qui s'expofe à l'ardeur du Soleil, ne peut manquer de gàter fon teint'; qui fait une trop longue féance dans la Boutiqued'un Parfumeur, en emporte avec foi l'odeur. De méme ceux qui ont fréquenté l'Ecole d'un Philofophe, ou d'un homme de probité, doivent néceffarement en avoir tiré quelque avantage perfonnel. CHAPITRE XXI. Mefurez Ie Sommeil à votre befoin. I, Notre efprit défire naturellement d’être fans ceffe occupé,& il ne peut fouffrir un repos éternel à quelque prix que ce foir. Le fommeil même, s’il ne fervoit de relâchement au corps,& d’une efpece de remede au travail, nous paroitroit contraire à la nature, en ce quil nous. ôte l'ufage des fens,& nous met entiérement hors d'érat d'agir. Nous ne voudrions point fans doute que les Dieux nous donnaflent le fommeil d'Endymion,& s'ils nous l'envoyoient., nous nous regardetions comme morts, Il fufüt en effet qu’un Hiforia à profanis Scripti W 1 Homme ffc de: * Propter no&urnam quietem dimidio tantáni Pli, p Quifque fpatio vite fuæ vivit. Extendamus 7. c, so. Vitam agendo: nam vitz argumentum&. Senec. officium, aŒus eft. Circumfcribatus nox,& m t Ep. 122, aliquid ex illa in diem transferatur. imi & len Herodot, Mycerinus ZEgypti rex ab oraculo monitus: mn hz.-fcx tantüm vitz annos fibi fupereffe, hoc|"anda | excogitavit, ut. oraculum., quantum liceret ,- ail | convinceret mendacii,&. duodecim pro fex. mm anni fierent. Quamminimé potuit, fomno indulfit,& accenfis cum nox appeteret, per= multis lucernis, aut domi fe continebat, aut. agros& nemora pervagabatur.. — ds pie, 8 Éambeaux hit, où Zimmia, 2 Julianus Imperator noctes ad officia diLon videbat tripartita: quietis, public rei;& Mu-farum. Quod& Alexandrum magnum feciffc: legimus. Noócte.veró. medià femperexfurgebar. | Julianus, non é plumistvel ftragulis fericis ambiguo fulgore. nitentibus., fed ex tapete&: pelle. Senec.^ Laudare folébat-Attalus Philofophus cutci=& for des £r, 168. tram quz refifteret corpori. Z'aZi utor, inquit. Ail, *(9 739* Seneca, etiam fenex, in qua vefligium appare-- Un matelas re non poffit. Breviffimo-quoque fomno. utor: Jen di an, Pythags 3- Vir bonus., qualem ex præceptis Pyrhas+ 49,,^ Hifloires des Auteurs profanes.- 305 homme foi bien né& bien élevé, pour refufer de vivre, fi, privé de quelque honnête occupation, telle que feroit celle des affaires ou des Belles-Lettres, ilnageoit toujours: au milieu des plaifirs,&,s'il croupiffoit dans une inutile oifiveté. Chaque-Mortel ne vit réellement que la moitié de fa vie, parce que le fommeil lui enleve l'autre. Il ne peut donc la prolonger que par les œuvres, car la principale preuve & le,devoir de la, vie, c'eft l'a&ion. Il faut tromper la nuit,& en dérober quelque cho. fe, pour en augmenter le jour. Mycérinus, Roi d'Egypte, averti par l'O« racle qu’il ne lui reftoit plus que fix ans à vivre, imagina ce moyen, pour convaincre autant qu’il pourroit, l'Oracle de menfonge, & de fix ans en faire douze. Il n'accorda au fommeil que le moins de temps qu'il lui fut poffible,& faifant allumer chez lui plufieurs flambeaux, pour en écarter les ombres de la nuit, ou il reftoit au logis, ou il fe profenoit dans fes parcs& dans fes vergers, II. L'Empereur Julien partageoix la nuit en trois exercices différens, fçavoir, le repos, les affaires publiques& les Mufes. L'Hiftoire nous apprend qu'Alexandre fit la même chofe. Mais Julien fe levoit toujours au milieu de la nuit,& dormoit, non fur la plume, ni avec des couvertures de foie bigarrée de diverfes couleurs, mais fur des tapis de laine, & fur des peaux de bêtes, Attale, Philofophe, vantoit ordinairement un matelas dont la dureté réfiftoit au corps. J'en ai un, dit Séneque, tout vieux que je fuis, où i| ne paroît aucune impreffton qui marque que j'y ai couché: j'ufe auffi fort fobrement du ommeil. III. Un homme de probité, tel qu'Aufone 306— Hifforiat profanis Script goré defcribit Aufonius Idyllio 8, Non priùs in dulcem declinat luminafomnum; Omnia quàm longi reÿutavérit a&ta diei: Ut pravis doleat, capiat vel gaudia juftis, Cicerde Hunc morem fecutus Cato Cenforius» quiá Sat. quoque die dixerat, audierat, egerat, com"^ 3^ memorabat vefperi.» Senec. Quotidie ad rationem reddendam vocandus l. 3. d. eft animus. Faciebat hoc Sextius, ut, con*/40« 36. fammato die, cèm fe ad no&urnam quietem recepiffet, interrogaret animum fuum: Quod hodie malum tuum fanaffi? cui vizio obféitifét 2 quá parte melior e$? Quid pulchrius hác confuetudine excuriendi totum diem? Utor, inquit Seneca, hâc confuetudine,& quotidie apud me caufam dico. Cüm fublatum€ confpe&u lumen eft,& conticuit uxor moris mei confcia, totum diem mecum ferutor, facta ac dicta mea remetior, nihil mihi ipfi abfcondo, L.3,$a7, Pihil tranfeo. Hoc quoque Horatius à fe fac& titari folitum narrat ipfe. Senec,, Hoc nos peffimos facit, quód nemo vitam Ep. 83. fuam refpicit. Quid fa&uri fimus, cogitamus, & id raró: quid fecerimus, non cogitamus. Atqui confilium futuri ex præterito venit. Senec. 4. Turpis e(t, qui alto fole in le&o dor«Ep. 122, miens jacet, qui vigilare medio die incipit, Hif te dip les Leçons diem qu! Sages Les dion: En profit Caron| rappeloit tendu, À pour le re dans d dl fe qu qul endr Tien de p ' en revue| r cette point un caule at ma lomier témoin de fiston€ fi comme u donne di fort fou own: diet: ut, tiorum ed (gua, gums Hiffoires des Auteurs profanes. 307 le dépeint dans fon huitieme Idille, d'après les Leçons de Pychagore, Avant que le fommeil ait fermé fa paupiere, Sagement repafle en fecret Les actions du jour,& regle fa carriere, En profitant du bien ou du mal qu'ila fait, Caton le Cenfeur, fidele à cet ufage, fe rappelloit le foir tout ce qu'il avoit dit y entendu,& fait pendant la journée. Il faut recueillir tous les jours fon efprit, pour fe rendre compte à foi-même. Sextius 'S'étoit impofé cette loi. Lorfqu'il s’étoit retiré dans fa chambre, pour y prendre fon repos, il fe queftionnoit,'&(e demandoit à luimême: De quel vice t'es-tu corrigé aujourd'hui? À quel défaut as-tu livré la guerre? Par quel endroit es-tu devenu meilleur? Y a t-il rien de plus beau que cette coutume de paffer en revue toute la journée! Je me fers de cette méthode, dit Séneque,& il ne fe paie point un jour que je ne plaide ma propre caufe au tribunal de ma confcience. Lorfque ma lumiere eft éteinte,& que ma femme témoin de ma conduite, eft endormie, je fais mon examen fur la journée entiere, je peíe toutes mes actions& toutes mes paroles, je ne me cache rien à moi-méme,& comme un Juge inéxorable, je ne me pardonne rien. Horace raconte qu'il pratiquoit fort fouvent la méme chofe. Ce qui rend notre conduite plus déréglée, c'eft que nous ne veillons pas allez fur nousmêmes. Nous penfons rarement à l'avenir ,* & jamais au paffé. Or le paffé porte confeil, & fert de guide pour l'avenir. IV. kien n’eft plus lâche ni plus honteux que de dormir long-temps après le lever du, Cic. pro MuræRA.N.1$. 308 Hiftoria à profanis Script. qui officia lucis nocifque perverur. Quanta illa in animo pravitas cft averfari diem,& magnam vitz partem in noctem transferre! iftis lucifugis caufa eft ita vivendi, communis vitz faftidium,& gravis male confcientiæ lux. Quomodo veftitu fe à cæteris diftingunt elegantià cenarum, munditiis vehiculorum, fic volunt etiam temporum. difpofitione diftingui, Omnes ifti, ut ita dicam, retro vivunt. Omnia vitia contra naturam pugnant. Tenenda nobis via eft, quam illa: præfcripfit, nec ab cà declinandum. CAPUT XXI# Nemo feri faltat fobrius, nifi fort ims fanit. r. Cüm: Cato Murænam Confulem faltaffé accufaffet 5 his verbis refpondit ei Cicero in oratione quam habuit pro Muræna. Saltatorem appellat L. Murznam Cato. Si veré objicitur faliatio,, maledictum eft vehementis accufatotis: fin falsó, maledici conviciatoris. Quare cum iftà fis auctoritate, Marce Cato, non debes temeré Confulem populi Romani faltatorem vocare: fed confpicere quibus præte: rea vitiis affe&um effe. neceffe fit eum, cui veré iftud objici poffit. Nemo enim feré faltat fobrius, nifi forté infanit: neque in folitudine, neque in convivio moderato atque honefto. Intempellivi convivii multarumque s lol i ie y( dca du jour jo pi dn pica luct 0 que parc qu col pecus Is ie d mapa 4 h delicat pat de lac redem | temps. Ce i en qui leues. route Qd. ptt du) faux el quoi, Mg omme de Capeler: Romain ul NT l'efpece le av a lom, f pda p. Quy* dm à tranne YEA Datura > qund i. filem(ad t ei Cicero? Hiffoires des Auteurs profanes. 309 Soleil, de ne commencer à veiller qu'au milieu de fa courfe,& de bouleverfer les fonctions du jour& de la nuit. Quelle corruption d'etprit d’avoir horreur du jour,& de métamorphofer en tenebres une partie confidérable de la vie! Ces ennemis de la lumiere ne la fuient que parce que leur confcience criminelle ne peut en foutenir les rayons,& qu'ils dédaignent une vie commune& ordinaire. Comme ils fe. diftinguent du refte des Mortels parla magnificence des habillemens, par le faite& la délicateffe des repas, par l'éclat& la propreté de leurs équipages 5, ils ne veulent pas leur reffembler par une égale diftribution des temps. Cette. claffe d'hommes particuliers vit en quelque forte à rebours. Tous les vices heurtent de front la Nature. Il faut tenir la route qu'elle nous prefcrit,& ne nous en point écarter, ni à droite ni à gauche. CHAPITRE XXIL Un Homme fobre ne danfe jamais, à moins qu'il ne foit fou. * I. Caton ayant accufé le Conful Muréna d'avoir danfé, Ciceron qui plaida pour lui, le juftifia de cette maniere: Si le reproche de la danfe eft vrai, c'eft une médifance qui part d'un Accufateur furieux 5 mais s’il eft faux, c'eft une calomnie outrée. C'eft pour* quoi, Marc-Caton, il ne convient pasà un homme de votre crédit& de votre gravité, d'appeiler témérairement Danfeur un Conful Romain: mais vous devez mürement examier l'efpece des vices dont vous pouvez le charger avec quelque vraifemblance 3 car jamais homme fobre ne danfe, à moins qu’il n'ait perdu la raifon, foit dans fon particulier, $10— Hiffori é profanis Script. deliciarum comes eft excrema f'altatio. Sueton.— Domitianus Quæftorium virum, quód geftiin Do- cujandi faltandique ftudio teneretur; movit znit. 6.8» Senatu. Macrob, 2. Apud Romanos matronæ faltationem non L2. Sat. inhoneftam putabant, quippe quà inter facra c.10. utebantur: eratque inter probas quoque faltanSalluft. 4..... fed f d arti fecti Cu. dicura, fed non ufque ad artis perfectionem. 2$.'*[taque Semproniam reprehendit Salluftius, non quód faltare, fed quód optimé, fciret. Erat, inquit, docta pfallere& faltare elegantius quam neceffe eft probæ. Multaque alia inerant, quz inftrumenta luxuriz funt. + Senecde Scipio triumphale illud& militare corpus Trang. movitad numeros; non molliter fc infringens, € 15- nt mos eft: multis fnceffu ipfo muliebrem molliriem vincentibus; fed at illi viri antiqui, qui folebant inter lufum ac fefta tempora virilem in modum tripudiare, nec faQuri erant famæ detrimentum, etiamfi ab hoftibus fuis fpectarentur. CAPUT XXIIL - Mufit& magna vis in utramque partem. Cicer.?.— t, Cantu, fidibus, tibiis uti licet, dumdeleg.n.\= Affent; etr. modo ea moderata. fins. Affentior enim Plaroni, nihil tam facilé in animos teneros atque , molles infucre, quàm varios canendi fonos, Domi quant pu gi I. Les pas la da notant ks Sacri ri agg iquoent puteo. quèle av ouft cet Hiffoires des Auteurs profünes.— 311 foit dans une table honnête. La danfe eit le dernier excés qu'on commet dans les grandes débauches,& dans les repas diffolus. Domitien fit fortir du Sénat un homme qui avoit paflé par la Charge de Quetteur, parce qu’il aimoit à gefticuler& à danfer. Il. Les Dames Romaines ne regardoient as la danfe comme un art infame& desI" ns» puifqu'elles en faifoient ufage dans les Sacrifices. Les Femmes de probité ne la négligeoient pas non plus, mais elles ne fe piquoient point d'aller jufqu'à une certaine perfedion. C'eft pour cela que Sallufte fait un reproche à Sempronia, non pas de ce qu'elle favoit danfer, mais de cc qu'elle avoit pouffé cette fcience trop loin. Elle étoit habile, dit cet Hiftorien, à jouer des inftrumens,& danfoit avec plus de grace qu'il ne convenoit à une femme d'honneur: elle avoit beaucoup d'autres talens qui fervent à nourtir le luxe& la molleffe. Scipion, cet illuftre Général,& ce fameux Conquérant, ne rougit point de danfer, non d'une maniere molle& efféminée ,mais comme ces fages Anciens avoient coutume de le faire dans les Jeux& dans les Solemnités publiques, fans bleffer la gravité convenable à l'homme,& fans faire la moindre breche à leur réputation, quand ils auroient cu pour Spectateurs leurs propres ennemis. CHAPITRE XXIII. La Mufique produit un effet doublement merveilleux. L La mufique vocale& inftrumentale font permifes, pourvu qu'elles ne paffent point les bornes de la modération; car je penfe àvec Platon, que rien ne fe gliffs& ne sin 312. Hifforia à profanis Script. quorum dici vix poteft quanta fit vis in utram» -que partem. Namque& incitat languentes, & languefacit excitatos:& tum remittit animos, tum contrahit. Civitatum in Gracia multarum mores lapfi ad m mollitiem funt&pariter immutati cum cantibus, de gua Quint.^ 2. Claros quofdam fapientià viros nemo du- Le luxe 17. bitaverit ftudiofos mufices fuiffe. Duces maximos& fidibus& tibiis ceciniffe traditum eft, & exercitus Lacedaemoniorum müficis ad prælium accenfos fuiffe modis. Apud. Græcos illc mos fuit, ut in conviviis poft coenam circumferretur lyra 5 cujus cam fe imperitum Themiftocles confeffus effet, habitus eft indoor, Veterum quoque Romanorum epulis fides ac tibias adhibere, fuit moris. & pl Romains + concerts d Muficam natuta ipfa videtur velut muneri| I: nobis dediffe ad tolerandos facilius labores. Si- à quidem& remigescantus excitat,& farigatos quantümlibet rudis modulatio folatur. Ut manifeftum fiat, inquit Quintilianus; quz mihi,& quatenus mufica placeat; aperté profitendum puto, non hanc à me probari & præcipi, quz nunc in Ícenis effeminata quidquid in nobis roboris virilis. manebat maximé excidit; fed eam quà olim viri fortes virorum fortium laudes canebant. finue Hiffoires des Auteurs profanes. 313 finue avec plus de facilité dans des cœurs tendres& flexibles, que les doux fons d'un chant varié, dont on peut à peine expliquer la double vertu; puifqu'il éleve& abba: tout à la fois, qu’il refferre& relâche les organes de l'efprit. La mufique amollit& corrigea les mœurs de plufieurs Villes de la Gréce. II. Perfonne ne peut révoquer en doute que les Philofophes les plus illuftres n'aient' été Partifans de la mufique. Les plus grands Généraux fe faifoient un mérite de chanter & de jouer des inftrumens,& on fc fervoit avec fuccès de fons harmonieux, pour exciter, à l'approche d'une Bataille, l'ardeur martiale dans le cœur des Lacédémoniens. C'étoit la mode chez les Grecs, de toucher de la lyre dans les feftins après le fouper. Thémiftocle ayant avoué fon ignorance fur ce point, cet aveu ne lui fit point d'honneur, & pafla pour un défaut d'éducation. Les Romains avoient auffi dans leurs repas, des concerts d'inftrumens& de flûtes. L'Àuteur de la Nature femble avoir mis dans l'homme un goût& un penchant fecret pour la mufique, afin qu’elle lui fervit à foulager fa peine dans fes travaux. Il n'eft pas jufqu'aux Rameurs dont elle n'anime le courage,& à qui la plus légere chanfon ne faffe prefque oublier toutes les fatigues. Afin qu'on ne puiffe douter, dit QuintiEen, quelle forte de mufique j'aime,& jufqu'à quel point je l'approuve, je crois devoir déclarer ouvertement, que je condamne& défends celle dont retentiffent aujourd'hui nos Théatres,& qui par fes airs lafcifs&efféminés éteint& étouffe en nous ce qui pouvoit nous refler de force& de vertu; mais que je recommande uniquement celle 11 Partie, Oo Hiftoria à profanis Scripte? dont ls ee Jouzngs IILC & bien o à compo hanfons prendre( fa 2 donx & dd quon i méme tr Cel{ conte la objes f à, gait nous in Seneca. 3. Habent ifti iners negotium, qui in com» de bre: ponendis, difcendis, audiendis canticis ope*'1* ram ponunt: qui vocem, cujüs re&üm curfum natura optimum fecit, infle&unt& torquent inertiffimé: quorum, cüm ad res ferias; fxpe & triftes, adhibiti funt, exauditur tacita mo* dulatio, Plut.in| Quum animis infit naturà quxdam difcendi Pericle. aviditas; ii culpà non carent, qui circa vana occupantur, honeftis atque utilibus przteritis. Præclaré itaque Anthiftenes, cüm quidam przdicaret infignem tibicinem effe Ifme-; niam: Ât, inquit, non magni animi: alioquin—| ls i non fit tam infignis tibicen. Et Philippus filio ponat Alexandro, cüm fuaviter admodum& peritè saut! in convivio ceciniffet: Non ze pudet. tam bene kie. canere? Sat enim eft, fi regi audire canentes mm vacet:&. magnum Mufis honorem habet, is fi alios de ejufmodi rerum gloria' certantes 5 En Ípe&et. Qui veró ultró humiles artes exer- gain cet, hic fuam ad utilia atque honefta fe&an- au da focordiam profert. Poft opportunam patris Fin dtu caftigationem Alexander leviorem muficæ ope- aid ram dedit,& delectatus mafculo cantu, mol- ifie les modulationes, ut morum perniciem, eft: frog averfatus. Accerfivit ad fe"Timotheum tibi- Up: cinem, quem ferunt, cum primum artis fuæ liani fpecimen Alexandro exhiberet, accommodaté avan ad illius ingenium& mores ceciniffe non mol-. fene, libus& remiffis modis, fed. ita acribus& in- Sur. A citatis, ut ftatim Alexander ad arma rapienda comethio exilierit,| pde At chan Qm curte t À tos PM 3 las le Oud Hiftsires des Auteurs profanes. 31$ dont les hommes pleins d'honneur& de courage fe fervoient autrefois pour chanter les louanges de leurs femblables. III. C'eft fe faire une occupation bien vaine & bien oifive que de pafler tout fon temps à compofer, à apprendre& à écouter des chanfons 3 que de gâter& forcer la voix à prendre des détours& des inflexions oppofées au cours droit& uni que la Nature lui a donné; que de fredonner entre les dents, & d'affe&er une cadence trop mefurée, lorfqu'on affifte à des Spectacles férieux, fouvent même triftes& lugubres. C'eft fe rendre coupable de prévarication contre la Nature, que de tourner vers des objets frivoles& inutiles, Je defir qu'elle a, gravé dans nos.cours d'apprendre& de nous inftruire, en laiffant à l'écart les chofes utiles& honnêtes. Auffi Antifthenes répondit-il fagement à un certain homme qui vantoit Ifménias, comme un habile joueur de flûte: Je conviens de fon habileté; mais pour y parvenir, il a dû facrifier tous les fer timens d'honneur. Philippe dit un jour à fon fils Alexandre, qui s’étoit diftingué dans un grand repas par la délicatefle& la grace de fa voix: Quoi! vous n'avez pas honte de fi bien chanter? En effec, c'eft bien aflez pour un Roi de prêter les oreilles aux Muficiens, & il fait beaucoup d'honneur à cet Art en fe rendant Spe&aieur& Juge de ceux qui fe difputent la gloire en ce genre; mais en fe livrant de foi-méme à des Profeffions balles& aviliffantes, on met au grand jour fon indifférence pour les exercices louables& avantageux. Alexandre fçut mettre à profit la(age correction de fon Pere: depuis il donna beaucoup de temps à la mufique,& prenant goût àun chant noble& majeftueux, il concut de O ij Hiftori& à profanis Script, .Plu.in— Cüm deinde Alexander in Afiam profectus; d campos, ubi veteris Ilii fedes monftrabatur, 1.9.c.38. Péragraret 5 quodam ex incolis lyram Paridis offerente: Quid, inquit; miAz mollium deliciarum vHleinfirumentum offers? Achyllis lyram quaro, quá fortis facta virorum fortium canebat, Plu.. 4.Demaratus, Lacedæmoniorum rex, earum Æpoph. artium contemtor qua. folummodó delinirent aures, nullam autem publice rei veram utilitatem afferrent, audito egregio cantore, id unum dixit: Naiffe mihi videtur non mal? nugari. Sic Archidamus Lacedaemonius cuidam citharœdumadmiranti ac laudibus extollenti:O amice, inquit, quzd honoris ac pram abs te ferent yiri boni, cüm citharedum tantopere laudes? Diod,. Ægyptii muficam non folàm inutilem, fed Sic. lex. etiam. noxiam, ducebant, tanquam virorum animos effeminantem. -$. Muficæ artis peritos mirari fe dicebat sd in Diogenes, qui lyra chordas ita aptarent, ut Düg. fÍuavisconcentus exifteret, animi vero affedtus inconcinnos haberent. Qrrom VI pêcher Sappliqu Hiffoires des Aüteurs profünes. 317 laverfion pour ces airs moüs& lafcifs, qu'il regarda comme la perte& l'écueil de la vertu. Il fit venir à fa Cour Timothée y fameux joueur de flûte, qui pour donner à ce Prince une preuve de fon habileté,& fe conformer à fon goût, ne joua point d'une maniere tendre, lâche& touchante, mais fit entendre des fons fi forts& fi vigoureux, qu'Alexandre tranfporté d’une fureur martiale, fe jetta fur fes armes.‘ Alexandre enfuite dans le voyage qu'il fic en Afie, parcourant les Campagnes ou avoit été fituée lancienne Troie, quelqu'un. des Habitans vint lui offrir en préfent la Lyre de Pâris: Qv'ai-je befoin, repartit ce Prince, d'un vil inftrument qui n'a fervi quà nourrir la mollefe& fes plaifirs 1 D'onnez-moi plutôt da Lyre d'Achille, avec laquelle ce Héros courageux chantoit les exploits des Héros comme lui. IV. Démarate, Roi de Lacédémone B'avoit que du mépris pou qui ne fervent qu'à procurent a tendu chanter i tenta de dire: Gez homm avec affev de grace. A nien, dit à un certain homme qui d'éloges& d'applaudiffemens a où c luth: Mon ami, quel honneur© quel rang Pouvez-vous donner aux gens vertueux, fi vous élevez tant un joueur d'inffrumens? Les Egyptiens regardoient la mufique non feulement comme un Art inutile, mais encore préjudiciable,& propre à amollir& à corrompre le cœur humain.: V. Diogene difoit qu’il ne pouvoit s'empêcher d'admirer le goût des Muficiens qui sappliquoient à arranger& monter les corO iij Cictr.s,— Ut in fidibus ac tibiis, quamvis paulum difOfic. n- crepent, tamen id à(ciente animadverti folet: 145. ficvidendum eft in vita moribufque noftris, ne. forté quid difcrepet; atque etiam multó magis; quia melior ationum, quàm fororum concenius cft, PRESS NES AE ANE. CAPUT XXIV. Bonis moribus damnofum eft defidere ie Jpectaculo. Sons D Nihil eft tam damnofum bonis moribus; Ep.7. quàm in aliquo fpectaculo defidere: tunc enim per voluptatem faciliüs vitia fubrepunt. Ego cerré confiteor imbecillitatem meam:numquam mores, quos. domo extuli, refero: aliquid ex eo quod compofueram, turbatur: aliquid ex his quz fugaveram, redit. Quid multa? avarior redeo, ambitiofior, luxuriofior ,imó veró crudelior& inhumanior,quia inter homines fui.: de CTAUXS vol Ovid.— Dixit Ovidius de feminis ad publica fpedta2709.99. cula euntibus: 7 Spe&atum veniunt, veniunt fpe&entur ut ipfæ Ille locus cafti damna pudoris haber, ES^" M rint Hiftoires des Auteurs profanes. 319 des d'une lyre, de maniere qu'il en réfultoit un accord& un concert charmant, tandis que les mouvemens de leur ame étoient dans un défordre affreux. Comme ceux qui fcavent parfaitement là mufique, ne peuvent fouffrir le moindre défaut de jufteffe dans les tons, nous devons de méme éviter la moindre diffonance dans le concert de nos actions,& garder dans toute notre conduite un uniffon parfait, avec d'autant plus de foin, que luniformité de nos démarches& de nos mœurs eft d'une conféquence beaucoup plus intéreffante pour nous, que celle des fons& des accords harmonieux. "1 CHAPITRE XXIV. La fréquentation des Spectacles eff dangereufe aux bonnes mœurs. I Rien n'eft plus préjudiciable à l'innocence des mœurs que la vue des Spectacles; car le plaifir qu'on y fent fait gliffer avec * plus de facilité dans les cœurs le poifon du “vice. Pour moi j'avoue ma foibleífe; jamais je ne retourne au logis avec les mémes fentimens; mes projers font troublés,& les défauts que j'avois quittés reviennent. Que na voulez-vous de plus? je rentre chez moi plus per Doming attaché à l'argent, plus dévoré d'ambition, plus porté au luxe, quelquefois même plus fauvage& moins hamain que je n’étois auaravant. Ovide dit des Femmes qui vont aux Spectacles publics: Elles vont en ces lieux pour voir, pour être vues;. La pudeur, l'innocence, y font fouvent perdues. O iv 320 Hifforia? profanis Script. €i. v Comodiam ac Tragoediam moribus plurie Tuc, n.j mim nocere exiftimavit Cicero.Nam poftquam $9, retulit aliquos Czcilii verfus de amore, exclamat: O preclaram emendatricem vire poëticam! de Comedia loquor, que, fi ejufmodi vitia non grobaremus, nulla effet omnino. Allatis quoque non paucis verfibus, quibus nobiles tragocdiarum fcriptores Sophocles& Æfchylus Herculem& Prometheum intoleranter dolentes exhi2.Tufe, buerunt, fubjungit: Vide/ne podte quid mali 9 77. afferant? lamentantes inducunt fortiffimos viros: molliunt animos noftros: ita funt deinde dulces, ut non audiantur modo G legantur, fed etiam edifcantur. Sic ad malam domefticam difciplinam vitamque umbratilem& delicatam cüm accefferunt etiam poëtæ, nervos omnes virtuCicer. tis elidunt. Quas illi obducunt tenebras? quos fragm invehunt metus? quas inflammant cupiditates? Rea igitur à Platone. educuntur ex ca civitate, quam finxit ille, cüm mores optimos 8 optimum reipublice ftatum exquirerer, Sent,— 3. Cum Thelpis egiflet ipfe Athenis, ut mos: Bo. L15- füit veterum, T ragcdiam quam fcripferat, audiente Solone jam fene; pera&t fabulà convenit hominem Solon, quzfivitque, an ipfum non puderet tot& talia proferre mendacia in tanta hominum corona? Refpondit Thefpis, üilhil incommodi effe hxc per ludum. fingereJL acu Tusddi p side 1 edes Y touve 4 roi pl LESTIE " T gu: 1 pott liqua i R, d Hiffoires des Auteurs profanes. 31x II. Ciceron a jugé que la Comédie& la "Tragédie portoient une vive atteinte à la pureté des mœurs; car après avoir rapporté quelques vers de Cacilius fur l'amour, il s'écrie 5 Oh! l'excellente école pour corriger les mœurs! j'entens la Comédie, qui ne fübfifferoie point,& tomberoit je ER fi les vices qu'elle canonife, ne trouvoient grace auprès de mous! Citant encore quelques vers élégiaquesque Sophocles& Efchile, fameux Poëtes tragiques, mettent dans la bot uche d'Hercule& de Promethée qu'une violente douleur pénétroit, il ajoüte: Voyez-vous le mat que cau> fent les Potes! Ils ntroduifent fur le Théades des Héros pleins de courage, languiffans »€ plaintifs; ils amolliffent nos cœurs ,.G fear fauffe douceur nous gagne infenfiblement> Jufqu'à fentir un fécret plaifrr, non feulement æ les entendre& à les Lire, mais encore à les apprendre. C'eft ainfi i que les Poètes joignant leur Art pernicieux à une conduite intérieurement déréglée,& à une vie obfcure& fenfuelle, achevent d'étouffer tout fentiment de vertu,& lui font perdre fa force. Quels nuages rénébreux ne répandent- ils pas fur les efprits? Quelles fauffes allarmes n'occafionnent-ils point? Quelle paflions n'allumentils point? Ce n’eft donc que par une fage précaution que Platon les a bannis de fa République, lorfqu'il cherchoit à y établir les Éoix les plus fages,& l'État le plus heureux. III. Thefpis ayant repréfenté lüi-méme à Athenes, fuivant la coûtume des Anciens> une Tragédie dont il étoit P Auteur, où Solon, déjà vieux affifta: la piece achevée, Solon ‘alla trouver le Poëte,&-lui demanda s’il n'avoit pas honte de proférer tant de menfonges& de. cette forte devant une aflemblée£ ” Oo M y ES 322 Hifforis? profanis Script. ac dicere. Tum indignatus Solon ,terrà baculo graviter percufsà; Arqui, inquit, ff hunc. lus dum probamus& amplettimur, eum. breyi in paitionibus ceterifque megotiis noftris reperiemus» Non defunt inter Tragicos, qui affectibus. ; noftris facem fubdant, qui divitias velut unicum vitz ornamentum laudent, qui lucro innocentiam& bonam famam poftponant, qui turpes. voluptates ja&itent. Plut.in 4» Omnes fabularum a&ores, hiftriones, miLacon, mos, é repüblica fua exulare voluerunt Lacedæmonii; ut cives neminem audirent qui vel ferió vel joco quicquam in leges. publicas& , falubriter inflitutam di(ciplinam jactaret. Cal-um lipides 2&or Tragœdiarum. totà Gracià celeberrimus, occurrens aliquando regi Lacedæmoniorum Agefilao, primüm falutavit eum, deinde confidenter femet admifcuit iis qui regem. comitabantur, futurum fperans, ut rex ipfum pra: cæteris comiter exciperet, propter celebratam, quà fibi plurimüm placebat, artem comicam. Quod: cum pro fpe non fuccederet; tandem: Non agnofcis me ,. inquit ,0 Rex? Tum. refpiciens eum Agefilaus, id unum rcípondit: An non tu es Callipides mimus: Romz quoque, etfi Comœdia ac Tragœdia .. M Populo placebant, emne hiftrionum genus malè it. je hi > f lun; hu m Dray mois ras y Qui afi 8 ventes qui luco i odant, quits Hiffoires des Auteurs profanes. 323 » sombreufe? Thefpis répondit qu'il n'y avoir rien à craindre ni rien de mal dans ces menfonges& ces fictions poëtiques, qu'on ne faifoit que par jeu. Solon indigné, repartit en donnant. un$rand coup de fon bâton contre terre: Mais ff nous fouffrons& approuvons ce beau jeu-là, tL paffera bien-tôt dans nos contrats G dans toutes nos affaires. On n’en trouve que trop parmi les Auteurs tragiques, qui par leurs vers licencieux irritent le feu de nos pafions, qui prônent les richeiles comme le feul agrément de la vie, qui préférent un intérêt& un gain fordide à l'innocence& à une bonne répuration, qui s'érigent méme en Apologiftes des plaifirs les. plus honteux. IV Les Lacédémoniens chafferent de leur République tous les Comédiens, Joueurs de: farce& les Danfeurs, afin que les citoyens n'entendiflent perfonne échapper quelque choÍc, foit par maniere de jeu, foit férieufement, contre les Loix publiques,& le fage gouvernement de l'Etat. Callipides, Acteur le plus fameux de la Grece entiere, vint au devant d'Asefilais Roi de Lacédémone,& aprés: l'avoir falué, il fe méla fans cérémonie avec la fuite des courtifans qui accompagnoient. ce Prince, dans la confiance qu’il lui feroit plus d'accueil qu'aux autres, à caufe de fon. habileté fi connue à jouer fur le Théatre ,. dont il faifoit parade. Comme le fuccès ne: répondoit point à fes fatteufes efpérances z 40i, dit-il, en adreffant la parole au Roi ,. vous ne me connoiffez point? Agefilaüs jettant: un coup d'œil 4; fe contenta de lui: repliquer: N'étes-vous. pas Callipides le Co-médien 3. Quoique la Comédie& la Tragédie euf-, fent à Rome le fuffrage univerfel du PeuOw 324— Hifforia. 9. profanis Script. Cicer. audiebat. Itaque Cicero Rofcium Comœdum 5 pro- pro quo orationem habuit, laudans, hzc de Quis. illo dixit: Cm arzifex ejufmodifit Rofcius, ut #78. folus dignus videatur effe, qui in fcena fpedfetur: vir ejufmodi eft, ut folus dignus yideatar. effe ,.qui ed non accedat. Tacit,. Imperante Tiberio decretum- eft, ne domos $n. 1.€ pantomimorum Senator introiret: ne eos egre77- dientes in publicum ullus-Eques-Romanus comitaretur, aut alibi quàm in theatro fpe&ia. Ant. 4. rentur. Quinetiam paulo poft hiftriones omnes € 14e Romà atque Italià pulfi. Water Maffilia civitas, feveritatis cuftos acerrima; a. c,6, nullum apud fe aditum mimis dabat, ne turpia fpectandi con(uetudo eriam imitandi licen-1am afferret. CAPUT XXV. Subducendus populo eff tener. animus; Stnee;— 1. Quid tibi vitandum prxcipué exiftimem;. Sp. 7. quæris? turbam. Nondum enim illi te tutó commiferis, Inimica eft multorum converfatio.. Nemo non aliquod nobis vitium aut commendat, aut imprimit;&' quó major eft: populus. .^ cui commifcemur., hóc periculi plus eft. Subducendus populo eft tener animus&- param Æp. 32, tenax recti: facilé tranfitur ad plures. Hoc eft falutare, non cenverfari diffimilibus& diverfa | kit; donnrAl dera pri, tude vou fer en(i monde ejt Volt tour p. y ns, bac XV. ve Anim, er anim, Hiffoires des Auteurs profanes. 325 ple, on n’y déteftoit pas moins toutes. les efpeces de Comédiens,& ils y étoient en mauvaife odeur. C'eft pourquoi Ciceron faifant l'éloge de Rofcius, qui-exergoit cette profeffion, dans la harangue quil compofa en fa faveur, fe fert des expreffions fuivantes: Rofcius ef? un Acteur fi accompli, qu'il paroit feul digne de monter fur le théatre; mais il eff tellement homme de probité, qu'il femble feul digne de n'y: monter jamais. On porta un Décret fous le.regne de Tibere par lequel il étoit défendu aux Sénateurs de mettre le pied dans les Maifons des Pantomimes; aux Chevaliers Romains de les accompagner en Public,& de les voir autre part que fur le théatre. Quelque temps après tous les Comédiens furent chaffés de Rome & d'Italie. Les Maffiliens ,. Peuple, exact. à maintenir là févérité de la di(cipline, ne donnoient aucun accés chez eux aux Joueurs de farce, craignant que l'habitude. à voir des chofes hon teufes& deshonnétes:;. ne préparât le chemin à la liberté de les commettre. CAPUT XXV. JI ne faut point expofer au torrent de Ia multitude un efprit.tendre& facile. I. Vous. me demandez l'écueil que vous devez principalement éviter, c'eft la multirude, vous-ne pouvez point encore vous y fier en füreté. La-fréquentation d'un grand monde eft ordinairement contagieufe. On y reçoit toujours l'impreffion de quelque vice, .& il eft rare que nous n’y trouvions pas d'approbateurs pour autorifer- certains défauts. Plus la foule dans laquelle nous nous. 3216— Hifforia à profanis Script. cupientibus. Socrati, Catoni, Lælio excutere mentem fuam diffimilis multitudo potuiffe:; adeo nemo eorum etiam, qui maximé concinnando ingenio dant operam, ferre poteft impetum vitiorum tam magno comitatu veniens tium. Unum exemplum aut luxuriz, aut avaritiz, multüm mali facit: convi&or delicatus paulatim enervat& emollit; vicinus dives cu-- epa piditatem irritat: quid tu accidere his credis, que au in quos publicé factus eft impetus? Difcede|o Sunt, ergoà turba, quantum potes. Cum his verfarc act qui te meliorem fa&uri funt: illos admitte, quos tu potesfacere meliores. Mutuo ifta&unr, & homines dum docent, difcunt. BUT (C pa Suae quil vous eur Diod,| z. Cüm Charondas, multarum apud ThuSicl. rios legum auctor, videret cos qui optimam: ta» naturam fortiti,& bonis artibus inítituti effent, plerümque corrumpi propter jun&am cum fa-| gitiofis hominibus confuetudinem.,& multa. inde in rempublicam mala redundare; lege cavit, ne quis perditorum civium familiaritate uteretur; gravemque mulctam ei imponi juffit, qui initz cum. improbis pravifque hominibus confuetudinis convi&us. effer. ipt. tlo ere, tata ve ng; Hifloires des Auteurs profanes. 327 confondons eft nombreufe, plus le rifque eft grand pour nous. Il faut fouftraire à la multitude un cfprit encore trop fouple,& eu affermi dans le bien. On palle aifément du côté du plus grand nombre. Le moyen le plus für, eft de ne lier aucun commerce avec des caracteres oppofés aux nôtres. La compagnie des gens d'une humeur antipathique auroit pû ébranfer la fermeté d'ame d'un Socrate, d'un Caton& d’un Lælius: tant il eft vrai que ceux même qui s'appliquent le plus à former leur efprit, ne peuvent foutenir le choc des vices qui les affaillent en fi grande foule. Un feul exemple de luxe ou d'avarice peut faire beaucoup de mal: un \ ami délicat& voluptueux énerve peu à peu & amollit notre’ goût: un voifin opulent fuffit pour irriter notre cupidité. Quel tort, quelles fâcheufes fuites n'entraine pas après lui l'exemple public,& quel ravage n'exerce-t-il pas dans les cœurs qu'il féduit? Séparez-vous donc de la multitude autant quil vous eft poffible 5 ne vous attachez qu'à ceux qui peuvent vous rendre meilleur,& n'admettez dans.votre amitié que ceux à qui vous êtes en état de rendre le méme fervice; car l'avantage eft réciproque, & les hommes en inftruifant les autres sinftruifent eux-mêmes. II. Charondas, Auteur de plufieurs Loix établies chez les Thuriens, voyant que ceux à qui le Ciel avoit donné le plus heureux naturel,& qui avoient été formés dans le fein des beaux Arts, fe laiffoient le plus fous vent corrompre par la liaifon& l'habitude qu'ils avoient avec des hommes vicieux,& que la République en fouffroit confidérablement, il fit une Loi qui défendoit à tous les Citoyens de contracter aucune familiarité avec * 228 Hifloriæ à profanis Script CAPUT XXVI Efl adolefcentis majores natu vereris. Cicer.s.— x. Officia non eadem difparibusætatibus triof?: buuntur, aliaque funt juvenum, alia(eniorum; $2229* Eft adolefcentis majores natu vereri; exque his deligere.optimos atque probatiffimos, quorum confilio atque auctoritate nitatur. Ineuntis enim ætatis infcientia conftituenda& regenda eft. fenum prudentia. Cicer.de- Ut adolefcentibus bonáà indole præditis fa» Ses pientes fenes deleétantur, leviorque fit fenec: tus eorum qui à juventute coluntar& diliguntur: fic probi adolefcentes fenum| preceptis gaudent, quibus ad virtutum ftudia ducuntur;* Qvid. 3. Magna fuit quondam capitis reverentia cani: faft. v. Inque íuo pretio ruga fenilis erat.. 57e 8 A.Géll.. Apud antiquos Romanos neque generi neque La,c.15. pecuniæ præftantior honos tribui folitus erat> quäm- ætati: Majores natu à minoribus coles bantur ad Deorum;propé& Parentum modum, atque in omni loco inque omni re priores pos tiorefque habebantur; Toi ceux QUE fans ame dini vos ‘CH À de quado eux,& ré Cher le point tant d imme yg Kigardés en À ke Peres 1 dox # Hifloires des Auteurs profanes. 325 ceux qui étoient corrompus,& il impofa une forte amende à quiconque feroit convaincu d'avoir violé cette Loi.: VE“CHAPITRE XXVI Cet le devoir d’un jeune homme de refpec= ter les Vieillards. I. Les. devoirs varient fclon les âges,& les obligations des jeunes gens font différentes de celles des vieillards. Les premiers doivent avoir du refpe& pour les feconds,& choifir entr'eux les plus gens de bien,& ceux qui fe font acquis le plus .de réputation par leur vertu, pour s'attacher à eux,& régler toutes leurs actions fur’ leurs confeils& leurs exemples 5 car le peu d'expérience de la jeuneffe a befoin d’être étayé & conduit par la peudence de la vieilleffe, Comme les vicillards fenfés fe plaifent avec les jeunes gens d'un bon naturel,& fupportent avec plus de facilité le poids de leur grand âge, quand ils en trouvent qui les. aiment& qui s'attachent a eux; de méme les jeunes gens qui font bien nés, fe plaifent avec Jes. vieillards,& fon charmés d'en recevoir des leçons& des préceptes qui les portent a la vertu. Dans les Sieclespaffés, la prudente: JeuneffeD'un front grave& ridé refpe&oit la Vieilleffe; Chez. les anciens Romains, on ne faifoit point tant d'honneur à la-naiffance& à la fortune, qu'à l’âge: les vicillards y étoient regardés en quelque forte comme des Dieux & des Peres& Meres, Il niy avoit point d'en-. droit ni d'occafion où on ne leur donnât la préférence& le plus haut rang. 330 Hifforia 0 profanis Script. Credebant hoc grande nefas& morte piandum; Si juvenis vetulo non affurrexerat,& fi Juven. at. 13. Ë= licécipie vid 7, 54. Barbato cuicumque puer: licèt iple videret Plura domi fraga,& majores glandis acervos, * Juffin.l, E convivio quoque feniores à juvenibus do3. c. 3. mum deducebantur: cumque morem Romanos ferunt accepiffe à Lacedaemoniis, apud quos Lycurgus maximum honorem non divitum& Cicer.de potentium, fed fenum, effe voluerat. Itaque Sene&, nufquam tantüm tribuebatur ætati , nufquam n. 63, erat fenedtus honoratior:& Lyfandrum Lacedæmonium dicere aiunt folitum: Lacedemone effe honeflifémum domicilium Jeneitutis. .Cicr.— 2. Quum Athenis quidam in theatrum gran: ibid. dis natu veniffer ad fpectandos ludos: in magValer.l, ER 40.5. DO confeffu locus ei à fuis civibus non eft datus, Cum autem ad Lacedaemonios accefliflet, qui certo in loco, quia legati effent, confederant; confurrexere 8mnes,& fedem(eni inter ipfos dederunt. Quod ubi feri populus adfpexit, multiplici plaufu comprobavit. Tunc quidam ex illis legatis dixit, Athenienfes féire que recta effent, fed facere nolle. F Plus in. 3 Legibus cautum erat apud Lacedæmo- Lacon, MOS, Ut adolefcentes non folüm parentes faos revererentur, eifque obedirent 3 fed. feniores quoque omnes. colerent. Itaque de vià illis decedebant, e fedibus affurgebant,& coner Qo | | da fon - dremenottn à pan guias, ds y tot épplaudt à 1 S 1 miens fran $ a 9 ronvencble. I: inl, Tte Dane: ER.!! &á : Videre 1 aceto + Hiffoires des Auteurs profates.. 331 Aucune raifon, dans ces temps, D'honorer les Vieillards n'excufoit les Enfans: Ils devoient fe tenir debout en leur préfence» Et ce devoir étoit d’une telle importance, Quelque inégal que füt entr’eux le fort» Qu'y manquer, c’étoit une offenfe Qu'on n'expioit que par la mort. Àu fortir des grands repas, les jeunes gens xemenoient les vieillards jufque chez eux. Les Romains avoient pris cette coütume des Lacédémoniens, chez qui Licurgue avoit donné la premiere place, non aux riches& aux puifans, mais aux vieillards 5 c'eft pourquoi ils y étoient plus refpectés que par-tout ailleurs,& ils y avoient des privileges particuliers. Lyfandre avoit donc raifon de dire: Que la vieilleffe n'avoit nulle part de domicile fi honorable,& qu'il étoit beau de vieillir& Sparte. II. Un Vieillard d'Athenes entrant dans le théatre pour affifter aux Spectacles, où la foule étoit grande, aucun de fes Compatriotes ne lui offrit de place; mais auffi-tót qu’il approcha de l'endroit où les Lacédémoniens, en qualité d'Ambaffadeurs, étoient affis avec leur fuite, tous fe leverent devant lui& le placerent au milieu d'eux. Tout le Peuple applaudit à cette action: l’un des Députés ne put s'empêcher de dire: Que les Athéniens fravoient à merveille ce qui eff jufle& convenable, mais qu'il ne leur plaifoit pas de le faire, II. Les Loix de Lacédémone obligeoient les jeunes gens, non feulement à avoir du refpect& de la foumiffion à l'égard de leur pere& de leur mere, mais auffi d'honorer tous les vicillards,& de leuz en donner des ente,& "ms $32 Hifforia à profanis Script. fiftebant quieti ac verecundantes dum M tranfirent. Y # Cuilibet feni non modo licebat juniores omnes monere& verbis caftigare; verüm ctiam. trate cont propofita poena erat hoc officium non praf- lir: de f tanti: ita ut qui peccantem Juvenem lücrepare lk reprendre neglexiffet, perinde puniretur ac fi ipfe peccaf-^t dans un fet. Quin, id’ moris erat, ut juniores à fenioribus fibi obviàm fais interrogarentur» quà» nam,& cujus gratià, irent? Tdr- com tun auto b far demvandet ht bcn. BB: IB de "ufo;_ 4 Solebant Romani adolefcentes cupidi doc; Cor. trina& glorie ad clarum aliquem. viram aut Elog. c. applicare ipfi(e, aut à parentibus deduci, que 34e duce in ftudiis& in inftituenda vita uterenturs Cicero. Facillimé& in optimanr partem cognofcunOffic, n. tat adolefcentes, qui fe ad claros& fapientes 46. viros bene con(ulentes reipublitæ contulerunt. Quibufcum fi frequentes fuerint, opinionem afferunt populo, eorum fore fe fimiles» quos fibi. ipfi delegerint ad imitandum. Ego, inquit "dais. Cicero., à patre ita eram dedu&us ad Scævomic.n. Y- Sir : lam ,ut, quoad poffem& liceret, à fenis latere - nunquam difcederem: Itaque multdab eo prudenter difputata, multa etiam breviter& commodé di&a memoriz mandabam» fierique ftudebam ejus prudentià doctior, Quo mortuo, i me ad pontificem Scævolam contuli, quem unum noftræ civitatis& ingenio& jultitià a- o præftantiflimum- audeo dicerc. Tint US dan à là TH UT Hifloires des Auteurs profanes. 333 marques, en leur cédant le pas dans les rues, en fe levant devant eux,& en fe tenant debout fans marcher, dans une pofture modefte, lorfqu'ils paffoient. Tout vieillard avoit la liberté de donner des avis, de faire des réprimandes aux jeunes gens,& même il y avoit une peine décernée contre ceux qui manquoient à ce devoir: de forte que celui qui avoir négligé de reprendre un jeune homme prêt à tomber dans une faute, étoit puni comme s’il l’eût commife lui-même:& plus eft, la coutume autorifoit les vieillards à queftionner les jeunes gens quils rencontroient, à leur demander où ils alloient,& quel étoit leur defícin. IV. Les jeunes Romains qui étoient jaloux d'acquérir de la fcience& de la gloire, s’attachoient d'eux-mêmes à quelque perfonne d'un mérite diftingué, qui leur fervoit de guide dans leurs études& dans leur conduite. Il eft facile aux jeunes gens de fe faire connoître,& de donner bonne opinion d'euxmémes, en s'attachant à des perfonnes- diftinguées par leur fageffe& leur vertu,& qui fervent utilement la République. Leur alfiduité auprès d'elles, donne lieu à tout le monde de préfumer qu’ils les prennent pour modeles,& qu’ils leur reffembleront qu'elque jour. Mon pere, dit Ciceron, m'avoit mis entre les mains de Scævola 5 de forte que je ne quittois point fes cótés autant qu’il m'étoit poflible,& que fes occupations me le pouvoient permettre. Je retenois avec foin les difcours pleins de force& de fageffe que je lui entendois faire, auffi-bien que les traits vifs& frappans qui lui échappoient à tout propos,& je m'appliquois à profiter de fes Hif. fomieres€ 1[ nad 554 Hiftoria à profanis Script, ProCel. Cicero in oratione pro Cœlio, his verbis ejus cm i 2,9. adolefcenuam laudat.» Fuit M. Coclii prima Nm kie e = ætas primum ipfius pudore, deinde ctiam »» patris diligentia difciplinâque, munita: qui » ut filio virilem togam dedit, continuo hunc » ad me wu Op hunc M. Cœlium in s] robe V s illo ætatis foré”vidit, nifi aut cum patre, »àut mecum, aut in M. Craffi caítiffima«anas où » domo, cüm artibus honeftiffimis erudiretur,|: dus da » Fuit affiduus mecum, Prætore me: à me aki f :» nunquam receffit.> Cali, » necs, Da etl Pn. 1. f: Eratantiquitus inftitutum, Ut à majoribus lili de S.Ep.14. natu non auribus modo, verüm etiam oculis,—..,. difceremus, qua facienda effent. Inde adolcfcentuli ftatim in caftris militaribus præceptis‘ imbucbantur, ut imperare parendo,& duces agere fequendo alios afluefcerent. Inde honores petituri affiftebant curiæ foribus,& confilii publici fpe&atores, antequam confortes, erant,. a Suus cuique parens pro magiftro,& cuinon x SE erat parens, maximus quifque& vetuftiffimus i y Wm : GIE ténolent arente, erat, Quz poteftas magiftratib M n pro parente, Quz p g US M a effet, quæ cæteris libertas; ubi cedendum ,ubi m refiftendum; omnem denique Senatorium mo- Ë Y m i rem, exemplis, quod optimum eft præcipiendi qm E. genus, adolefcentes docebantur, IN Hifoires des Auteurs profanes. 33$ fumieres& de fon habileté. Aprés fa mort, je m'attachai à Scævola, Grand Pontife, que je puis dire avoir été le plus fpirituel& le plus honnéte homme qui füt dans notre République. Ciceron, dans la Harangue qu'il a compofée pour Cœlius, fait l'apologie de{a jeuneffe en ces termes:» L'enfance de Cœlius » fat foutenue, tant par fon innocence na»turelle, que par les foins& les leçons » d'un Pere, qui, dés qu'il lui eut donné » la robe virile, me l'attacha fur le champ. » Jamais on ne le vit à la fleur de fon âge » dans d'autre compagnie que la mienne$ :» celle de fon Pere, ou dans la maifon de = Craffus, qui étoit alors une des plus hon» nétes. Pendant tout le cours de fes Etu» des& de ma Préture, il fe tint affidu» ment à mes côtés,& jamais il ne s’en 1» écarta. V. C’étoit une coutume univerfellement établie chez les Anciens, de prendre des regles de conduite,& des modeles parmi les vieillards. Dans le Camp méme, dés l’âge le plus tendre, on donnoit aux enfans des Leçons de l'Art Militaire& on les accoutumoit à commander, en leur apprenant à obéir,& à devenir bons Généraux, en les formant bons Soldats. C'eft pour cela qu'avant de parvenir aux Charges honorables, ils fe tenoient àl'entrée du Sénat,& qu'ils étoient.long-temps Spectateurs du Confeil public, avant que d'y prendre part. Chaque Pere fervoit de Maitre à fon fils,& le plus avancé en àge en tenoit lieu dang, chaque Famille aux Orphelins, Les jeunes gens apprenoient de cette maniere l'étendue de l'autorité des Magiftrats, les privileges des autres Corps. On leux montroit par la voie des Hiftoria à profanis Script CAPUT XXVIL Vr bonus afpedius& cogitatus emendat Rien: Iselpits pi de Sent— Nulla res animos in pravum inclinabiles ma-. P* 95* cis revocat ad re&tum, quàm bonorum converfatio. Viri boni frequenter auditi, frequenter afpecti, nobis multorum praeceptorum inftar funt: occurfus mehercule ipfe fapientum juvat:& cft aliquid quod ex magno viro vel i tácente proficias. | pn Speufippus fororis Platortis filius, adolefcens i ,. der, Omnis officii negligens, iracundus,& libidil nofus, cüm juftas parentum objurgationes pati non poffet, ad Platonem avunculum venit: qui eum domo exceptum non verbo ullo, non facto., læfit; fed ipfe.fe placidum, atque ab omniira& libidine vacuum quotidie exhibens, hàc arte magnum homini pudorem incuffit,& cüm illum in admirationem atque imitationem j fui rapuit, tum ad Philofophiz ftudium ac|| cendit, Platonemarguebant amicorum nonnulli, quód protervum& contumacem adolefcen- inboirer tem non caftigaret. Ego verd, inquiebat, caf- d; tigo,© quidem maxim, vita mea ratione demonfrrans ei diu noctuque, quod fit honeftarum G zurpium rerum difcrimen, Exemples, JA Hiftoires des Auteurs profsnes. 337 exemples, qui eft la meilleure& la plus füre pour inftruire, les occafions où il falloit demeurer fermes,& celles od il falloit lâcher pied; enun mot, on les mettoità portée decon-* noitre toutes les obligations d’un Sénateur. CAPUT XX VIL, La vue& l'idée feule d'un homme de bien corrigent les mœurs. Rien n’eft plus propre à rappeller à la vertu fes efprits aifés à tourner au mal, que la compagnie des Gens de probité. Leur préfence& leurs difcours valent beaucoup de Leçons inftructives, tout chez eux íe tourne à notre avantage, jufqu'à leur rencontre,& il ya de quoi profiter avec eux, méme quand ils gardent le filence: Speufippe, Fils de la Sœur de Platon 5 jeune homme rebelle à tous fes devoirs, livré à l'emportement& à la débauche, ne pouvant fouffrir les juftes corrections de fes Parens, fe refugia chez fon Oncle Platon, qui lui donna azile. Il ne lui reprocha point fes défordres avec trop de dureté,& ne lui fit aucun mauvais traitement; mais faifant paroître tous les jours un efprit tranquille & libre de tout reffentiment& de toute paffion, il vint à bout par ce fimple ftratagóme de couvrir fon Neveu de honte, de lui infpirer des fentimens d'admiration pour fa perfonne, avec la noble envie de l'imiter, & de s'appliquer à l'étude de la Philofophie. Quelques amis faifoient de temps en temps des reproches à Platon, de ce qu’il ne châ‘toit point l'infolence& le déréolement de jeune homme: Pardonnez-moi, leur repliquoitll, je Le chátie, G d'une manière très rigou* D GE Senec. Ep. Ko Cicer! 1, 338 Hifforia é profanis Script. Aliquis vir bonus nobis eligendus eft ac femper ante oculos habendus, utfic, tanquam illo vidente, faciamus. Hunc nobis cuftodem, hunc pzdagogum, datum putemus. Magna pars peccatorum tollitur, fi peccaturis teftis ‘adfiftat. Aliquem itaque habeat animus, quem vereatur,& qui non afpe&us tantüm, fed etiam cogitatus, emendet. O felicem, qui fic aliquem vereri poreft! ipfe citó erit verendus, Elige itaque Catonem. Si hic videtur tibi nimis rigidus, elige remiffioris animi virum Lælium: elige eum cujus placuit tibi& vita& oratio, & ipfius animum ac vultum tib præfentem fingens, illum femper tibi oftende vel cuftodem vel exemplum, Opus eft, inquam, aliquo ad quem mores noftri exigantur. Nifi ad regulam, prava non corrigas, CAPUT XXVIII Multa nobis aliorum judicio& exemplo facienda aut corrigenda funt. Ofic. n. infcientiam in iis qua dubitationem afferent 8470 1. Adolefcenti optimum erit propter ætatis Ifa fra Uf LI Hiffoires des Auteurs profanes. 339 reufe; car je lui fais voir tous les jours par ma conduite la différence qui fe trouve entre les chofes honnêtes& honteufes. Il nous faut faire choix d'un homme vertueux,& ne le jamais perdre de vue, afin de vivre& d'agir en toute rencontre, comme fi nous étions en fa préfence. Il faut le regarder comme un Précepteur& un Gardien à qui nous avons été confiés. Nous coupetions la racine à bien des vices,(i nous avions des témoins affidus de nos fautes. Notre efprit a befoin d'un Guide pour lequel il ait du refpe&t,& dont le fouvenir gravé chez lui puiffe faire autant d'impreffion que fa préfence méme. Heureux le mortel qui peut avoir cette vénération pour le Sage! H en deviendra bien-tôt lui- même digne. Choififfez donc un Caton. S'il vous paroît trop rigide, cherchez un Lælius. Sa difcipline fera moins févére. Optez pout celui dont la conduite& l'entretien vous a plü davantage; retracez-le fans ceffe à vous-méme,& vous figurant lire dans fon cœur, & voir fen vifage, ne l'effacez jamais de votre mémoire,& adoptez-le pour votre coníeil, votre génie tutélatre,& votre modcle. En un mot, nous avons befoin de quelqu'un dont la vie ferve de regle à Ja nôtre; c'eft le feul moyen de corriger ce qui fe trouxe en nous de défe&ueux. CHAPITRE XXVIII Il faut que le jugement& l'exemple d'autrui nous fervent de regle pour faire ou corriger bien des chofés. I Il fera fort avantageux à un jeune homme, dont l'âge excufe l'incapacité, de ne Pij 240 Hiftoria à profanis Script. adhibere doctos homines, vel ufu peritos,& quid his placeat exquirere. Ut enim pictores, & ii qui figna fabricantur, fuum quifque opus à vulgo confiderari vult; ut, fi quid repre“ henfum fit à pluribus, id corrigatur: fic aliorum judicio permulta nobis& facienda& non facienda,& mutanda,& corrigenda funt. Ex vitio alterius fapiens emendat fuum: P.Syruse Plini.. Omnia mihj ftudia excuffit dolor, quem ex EP.23. morte Junii Aviti graviffimum cepi. Ita me diligebat, ita verebatur, ut me formatore morum, me quafi magiftro, uteretur. Rarum hoc adolefcentibus noftris. Nam quotufquifque vel ætati alterius vel auctoritati ut minor cedit? Statim fapiunt, ftatim fciunt omnia: neminem verentur, imitantur neminem, atque ipfi fibi exempla funt. Sed non Avitus, cujus hac præcipua prudentia, quód alios prudentiores arbitrabatur: hzc praecipua eruditio, quód difcere volebat. Semper ille aut de ftudiis aliquid, aut de Officiis vitz confulebat. Semper ita recedebat, ut doctior aut melior fa&us. Plin.1, Apelles pidor egregius, cüm tabulam pins 35-c.10, xerat, eam infpiciendam proponebat tranfeuntibus;& poft ipfam latens, vitia, qua à quoque notarentur, aufcultabat: vulgi enim judicium fxpé praferebat fuo. Is aliquando à fu« j quiis € TE Yeroit de Hifloires des Auteurs profanes. 341 poit prendre parti fur des chofes qui paroitfent douteufes, fans confulter auparavant ceux qui ont de l'étude ou de l'expérience, ni fans demander leur avis. Comme les Peintres& les Sculpteurs font bien aifes d'expofer leurs Ouvrages aux yeux du Public, afin de corriger ce que plufieurs trouveront également de défetueux, de méme il faut que le jugement des autres nous guide pour faire, changer& corriger beaucoup de chofes. Dans les vices d'autrui, comme autant de miroirs; Le Sage fe contemple,& connoît fes devoirs, La douleur amere, dit Pline, que je reffenis à la mort de Junius Avitus, dérangea toutes mes études. Il avoit tant d'amitié, tant de refpe& pour moi, qu'il me regardoit comme fon Maître,& conformoit fes mœurs aux miennes. Les jeunes gens de cette trempe font rares parmi nous: car combien en voyez-vous qui cedent à la fupériorité de l’âge, ou qui lient fous l'autorité? Ils arrivent tout-à-coup au plus haut degré de fageffe& de fcience. Ils n'ont de déférence pour perfonne, il ne vont point chercher des modeles étrangers, ils s'en fervent eux-mêmes. Mais quelle comparaifon avec Avitus, lui qui faifoit confifter toute fa prudence à croire les autres plus prudens que lui,& toute fon érudition dans le défir de s'inftruire! S'agiffoit-il d'étude ou des devoirs de la vie? il ne faifoit rien fans confulter. Il fe retiroit toujours ou plus fcavant ou plus fage. Apelles, Peintre célebre, avoit coutume d'expofer tous fes tableaux à la vue des patfans,& fe cachant derriere la toile, il prétoit l'oreille pour entendre ce que chacun y trouveroit de défectueux; car il préféroit le P iij 342 Hiforiæ€ profanis Script. tore reprehenfus in crepidis pitæ imaginis; ftatim quod peccatum fuerat emendavit. At codem futore fuperbé propter priorem admonitionem cavillante circa crus imaginis die poftero, indignatus Apelles profpexit, denunciavitque, ne fütor fapra crepidam judicaret, quod deinde in proverbium venit. 2. Quid apté fit, quid à natura officioque difcrepet, facile& commodum eft judicare ex aliis, ut, fi quid dedeceat alios, vetemus & ipfi. Fit enim nefcio quo modo, ut magis in aliis cernamus, quàm in nobifmetipfis, fi quid delinquitur. Itaque ii facillimé corrigunsur in dicendo, quorum vitia imitantur, emendandi causà, magiftri. Phedr.,| Peras impofuit Jupiter nobis duas: &Fabs. Propriis repletam vitiis poft tergum dedit, Alienis ante pe&us fufpendit gravem. Hc re videre mala noftra non poffumus s Alii fimul delinquunt, cenfores fumus. promps à | quar ea " Aliena vitia in oculis habemus: à tergo Nui 2. de ira noftra. funt.* tra; les 2 €. 28. Erat inter difcipulos Zenonis adolefcens I yaro LU quidam miré edax, qui in convivio nihil feré demain jeu Gert.in^..:: H Zen. Obfoniorum fodalibus foleret relinquere, Huic appofitum aliquando in menfa ingentem pifeen fuftulit Zeno, quafi eum ipfe cffet folus Em alg, ais di pol ut, de. am ign i" 74 0ficionw a à elt Tdi Judicaré 95, Yetemus ]* ac LAS n poffumas s fans se Hiftoires des Auteurs profanes. 343 plus fouvent le goût du Public au fien. Un jour un Cordonnier trouva quelque chofe à redire à la chauffure, le Peintre en profita,& corrigea auffi-tót fa faute. Le lendemain ce meme Cordonnier, fier de l'avis qu'il avoit donné la veille, s'avifa de vouloir critiquer la jambe. Apellés indigne, fe montra,& lui dit hautement: Qu'il ne convenoit point à un Cordonnier de porter fon jugement plus haut que les femelles. Bon mot, qui depuis a paffé en Proverbe., II Hl fufft,& rien n'eft plus aifé, pour | connoitre ce qu'il convient de faire, ou ce qui peche contre la nature& notre devoir, d'examiner la conduite des autres, par-là nous éviterons tout ce que nous aurons trouvé d'indécent‘en eux: car il arrive, je ne fçais comment, que nous apperçevons infiniment mieux les défauts dans les autres que dans nous- mêmes. C’eft ce qui fait que le meilleur moyen dont nos Maîtres fe puiffent fervir pour corriger nos vices, eft de les contrefaire en notre préfence. Jupiter nous a mis une beface fur l'épaule, il a rempli la poche qui fe trouve derriere de nos propres vices,& celle qui fe trouve devant, il l'a chargée de ceux des autres,&{a pefanteur l'emporte. C'eft pour cette raifon que nous ne pouvons. pas voir nos propres fautes,& que nous fommes fi prompts à cenfurer févérement ceux qui manquent enla moindre chofe. Nous avons fous nos yeux les défauts d'au» trui; les nôtres font par derriere. Il y avoit parmi les Difciples de Zénon un certain jeune homme d'une fi étrange gourmandife, qu'il ne laiffoit rien à manger à fes autres Compagnons. Un jour Zénon lui óta un poiffon d’une grandeur énorme qu'on lui Piv 344 Hiforia* profanis Scripe. devoraturus. Cüm veró vorax adolefcens ig eum intueretur mirans atque indignabundus: Quid ergo? ait Zeno: num focios edacitatem zuam quotidie aquo animo ferre vis, qui hodie uon feras meam 2 T CAPUT XXIX. Adolefcentia in labore& patientia eff— Wfuar exercenda. ' Cicer.1. I Adolefcentia maxime à libidinibus arcen- 4 à s Ofic. 5 da eft»€xercendaque in labore,& patientià i Tufc,p, tüm animi tum corporis, ut ejus in bellicis& nd 36, civilibus officiis vigeat induftria.Itaque illi, qui Græciæ formam Rerum publicarum dederunt, D. 7 corpora juvenum firmari labore voluerunt. Gu | a m 4 qu eu 1 Li er Xenoph,., CM animadverteret Lycurgus adolefcentes inLacon, Plerümque ad injuriam faciendam proclives. Cicer.2, effe,& cupiditatibus voluptatum vehementiTufe. n. bus urgeri; Lacedæmonios juvenes laboribus 34.36. exerceri voluit; Vvenando, currendo, efuriendo, fitiendo, algendo æftuando; interminatus, > 3 3 omnem ad honores& imperia aditum occlu- di us j fum iri ei, qui conftituta legibus exercitia refu- pucr geret. Ut autem affuefcerent non labori per re- 2 liquam vitam cedere; non hofti;in quotidianis OBS inter ipfos exercitationibus& certaminibus re- Se omnino ferio agebatur,& ad mortem ufque Ms rude, victoriz inftabant. Imó ad aram Dianz certabant inter fc pueri ipfi de verberumtolerantià, d Hiffoires des Auteurs profanes. 34$ avoit fervi, feignant de vouloir le dévorer à lui feul. Comme ce jeune homme affamé lancoit fur lui des regards furieux»& reftoit interdit: EA bien ,lui dit Zénon, comment voulez-vous que vos Camarades puiffent fouffrir de bon cœur votre gourmandifz,& cela tous les jours, puifque vous-même ne pouvez pas voir pour aujourd'hui la mienne fans in» dignation?. CHAPITRE XXIX. X faut exercer Ia Jeune[é au travail& à la patience. I. On doit prendre garde fur-tout que la: jeuneffe ne fe livre à toutes fortes de débauches,& l'accoutumer aux exercices labos rieux du corps& de l’efprit, afin qu'elle fe rende capable de foutenir les emplois de la: guerre& ceux de la vie civile. C'eft pour cela que ceux qui ont formé des-plans de Républiques, ont tous- d’un commun accord enjoint le travail aux jeunes gens pour endurcir leurs corps à la fatigue. Licurgue n'ignorant pas que la jeuneffe eft: ordinairement portée à faire le mal,& qu'elle: eft tirannifée par fes paffions, voulut qu'on: occupât les jeunes Lacédémoniens aux exercices de la chaffe, dela courfe, qu'on les: accoutumât à fouffrir la faim ,la foif, le chaud & le froid; menaçant vivement d'interdirc: tout accès aux Charges& aux MagiftraturesÀ ceux qui fe refuferoient aux exercices preferits par les Loix. Pour leur apprendre de: bonne heure à ne point fuccomber au. travail: le plus: rude, ni à la violence de l'ennemi ,. leurs combats& leurs jeux particuliers étoient quelquefois férieux,& la victoire s'y ache« Py EU Plus iur: Lycur.& maximé edocebantur adolefcentes. LacedæmoÆpophe346 Hifloria à profanis Serzpt. & qui plura pertuliflet, maximam inde eloriam confequebatur. Sparte, inquit Cicero, pueri ad aram Dianæ fic verberibus accipiuntur, ut multus fanguis exeat, nonnumquam ctiam, ut, quum ibi. effem, audiebam ad necem. Quorum non modó nemo exclamavit unquam, fcd ne ingemuit quidem. Quinetiam in virgines, quz cæteris in urbibus molliffimo cultu, parietum umbris occultz, educantur ,. laboriofas exercitationes tranftulerunt Spartiatz: iifque palæftra, curfus, fol, pulvis ,. ftudio eft. Impellantur, feriuntur, cadunt: & ipfe labor quafi callüm quoddam. obducit dolori. Præter doforis ac faboris tolerantiam, lioe nii, imperium: pati, non magiftratuum folüm, parentum, magiftrorum, fed- etiam quorumvis ztate majorum.Exiftimaverat quippe Lycurgus fatius effe reipublice liabere. cives àd parendum. bene inftitutos& promtos, quàm magiftratus ad imperandüm idoneos. Hincque Thcopompas; quodam dicente Spartam incolumem ftare, quia reges fcirent imperare: Zmó; inquit, Cicer, 1, 214. Cives parere. Fecit quippe inflituta LyOffic. n. cütgi legibus. difciplina: ut reges: propterea: 76. parentiores. habuerint. exercitus.& fortiores, c nho nif d aput qnx pn& | ds iq coups; Il fafbls à Que la [oid tout rit | Gru bt pas im voir s S d'avoir ds Cet y ponit à« Gouvernen | parce que| | Dies plat favent old Di mali : PR à CC = Aon i. B nd Rit Cy, DUS dci 0 Wnünqur liebam djs Lamas. » Gd Hiffoires des Auteurs profanes. 349 toit aux dépens de la vie. Les enfans bien plus, fe difputoient entr'eux à qui fouffriroit plus patiemment& un plus grand nome bre de coups de fouet fur l'Autel de Diane le Vainqueur en tiroit beaucoup de gloire& de vanité. A Sparte, dit Ciceron, les ene fans fe laiffent ainfi fouetter fur l’Autel de cette inhumaine Déeffe, jufqu'à répandre des ruiffeaux de fang y& j'en ai vu quelquefois expirer fous les coups fans pouffer aucun cri, ni même aucun foupir. Les filles méme, à qui on donne dans les autres Villes une éducation molle& délicate, qu'on tient en» fermées entre quatre murailles, n’étoient point exemptes de ces durs& fatiguans exercices 5 elles fe plaifoient à la lutte, à la courfe ,. fans redouter ni l’ardeur du foleil, ni la pouffiere. Elles s’efcrimoient, entroient en: lice, frappoient,& fuccomboient fous les. coups; l'habitude du travail les rendoit in= fenfibles à la force de la douleur. Outre la patience que les jeunes Lacédémoniens avoient à fouffrir le mal& la fatigue, on leur enfeignoit principalement i plier fous le joug non-feulement des Magiftrats, des Parens& des Maîtres, mais encore de. toutes les perfonnes avancées en áge. Car Licurgue avoit regardé comme un bien plus important à la. République, d'avoir des Sujets accoutumés à obéir, que d'avoir des Magiltrats habiles à commander. C'eft par cette raifon que Theopompe répondit à quelqu'un. qui lui difoit que le: Gouvernement de Sparte ne fubfiftoit que: parce. que les. Rois fcavoient commander:: Dites: plutôt que c'eff parce que les: Sujets fravent obéir? cax la fage difcipline de Licurgue. a été caufe que les Rois ont.trouvé plus. d'obéiffance:& de valeur dans. les Armées. BR vn Xenoph. Cyrop. bt 348 Hifloriaé profanis Script. 2. Perfarum liberi, quos veritati maxime& juftitiæ ftuduiffe diximus, ad temperantiam quoque libidinum domitricem inftituebantur. Propterea non domi apud matres alebantur, fed apud præceptorem in fcholis publicis, ad quas fummo mane venientes quotidie, afferebant pro cibo panem, pro obfonio.nafturtium, & aquæ é proximo flumine hauriendz causà, poculum. Accedebat multiplex corporis exercitatio,& fevera magiftris parendi difciplina: ad quam obedientiam maximé excitabantur tum adolefcentum tum fenum exemplo, quos magiftratibus impigré obfequi cernerent. Poftquam à pueris excefferant, per decennium diu no&s:permanebant in quodam foro, quod Liberale vocabatur, cibum ibi& fomnum capientes, urbis cuftodiendæ, colendæ temperan tim causà. Quantó enim ad vitia proclivior proniorque adolefcentia eft, eo majore curà& diligentià eam effe inftruendam cenfebant Perfx. Non dabatur huc& illuc di(currendi licentia:& raró à magiftris difcedebant, nifi venationis causà; Regem enim tum dimidia adolcfcentum pars fequebatur, eadem in prandium ferens cibaria& obfonia, quz pueris dabantur; nec ante venationem peractam licebat randere. Cui abftinentiæ affuefcebant, ut in bello, fi quando res cogeret, inediam perpeti, poffent. - donnisaux = Kiveiout, gu lang visilards c n couchant fcript, tat anni Hiffoires des Auteurs profanes.— 349 Les enfans des Perfes, que nous avons dit ailleurs étre fort attachés à la vérité& à la juftice, étoient aufli élevés d'une maniere fobre, pour les rendre maîtres de leurs paffions. On n'abandonnoit pas le foin de leur éducation à des meres ordinairement trop indulgentes; mais on les. raffembloit tous dans des Ecoles publiques, fous les yeux d'un Maitre. Ils s'y rendoient de grand matin,& n'y apportoient pour toute nourriture que du pain, du creffon, avec un gobelet pour puifer de l'eau dans la riviere Ja plus proche. On y joignoit différens exercices de corps,& on leur impofoit un joug févere, pour les accoutumer à le porter. fans peine: on les encourageoit à la foumiffion par l'exemple de leurs égaux,& celui des vieillards qu'ils voyoient entierement fubordonnés aux Magiftrats. Quand ils étoient fortis de l’enfance, ils habitoient jour& nuit pendant l'efpace de dix ans, mangeoient&. couchoient dans une efpece de Corps-deGarde, qu’ils appelloient Je champ Libéral, tant pour la füreté de la Ville, que pour les. former à garder la tempérance; car les peres étoient perfuadés que plus la jeunefle a de penchant& d'inclination aux vices, plus on doitla retenir fous une exacte& févére difcipline. On ne permetroit point aux jeunes Perfans de courir cà& là,& rarement ils quittoient les côtés de leurs Maîtres, finon pour aller à la chafle où ils étoient obligés d'accompagner le Roi. Ils y emportoient pour leur alre les mets qu’on donnoit aux enfans,& il ne leur étoit pas permis de manger avant que la chaffe fût finie 3 on ne les accoutumoit à cette vie dure& frugale, que.pour les rendre capables. de fupporter la faim dans les guerres où la néceflité les y forceroit. 350 Hiftoria? profanis Script.— Salluft 7. Jugurthæ regis adolefcentiam fic defcribit. Jug.c.6, Salluftius: Ubi primüm adolevit Jugurtha, pollens viribus, decorâ facie, ingenio validus, non fe luxui neque inertiæ corrumpendum dedit: fed equitare, jaculari, curfu cum æqualibus contendere:& cüm omnes glorià anteite, omnibus tamen carus effe. Plurimum faces tre,& minimum ipfe de fe loqui. / Dio Publius Scipio Æmilianus à tenera atate Sic.l.26,£rcis litteris apprimé imbutus, ut primum. Polyb.l, licuit, fe Polybio ad optima queque erudien31, dum tradidit. Cujus à congreffu& contubernio, quod: rebus omnibus anteferebat, tantos fru&us tulit, ut non modó æquales fuos, fed etiam majores natu., omni virtutum genere fus ‘peratet. Temperantiæ& continentiæ laudem, prout ætati conveniebat, ante omnia comparare ftuduit. Quod quidem valde difficile tunc erat. Mirum enim eft, quo impetu ad fœdas libidines& epulas juvenes'eo-tempore ferrentur, Quippe bello Perfei diutiüs tra&o, Græcorum in-eo- genere mollitiem celeriter hauferant Romani,& maximarum divitiarum compotes fadi, habebant affatim: unde luxuriam: faam alerent atque explerent. At Scipio cons trarium vita inftitutum. fecutus.,& cum omnibus cupiditatibus, tanquam cum teterrimis belluis, colluctatus, intra quinquennium publicam: modeftiæ ac continentiæ laudem eft adeptus. Hzc autem. voluptatum abftinentia: optimam ei valetudinem corporis attulit, qu: per totum vitz: fpatium ufus, ampliffimam: temperantiæ fuz: mercedem percepit. Ad ftudium pudoris, cujus præcipua ei. cura fuerat ,. acceffit venandi exercitatio, quz bellicae fortietudinis quedam. effe difciplina. videbatur. y,( | pet 2 pa la& on jen T Ln fs ! en un mot; TT Blas S mms 2 — ul P sd gui&& ^ pu ant c d gue dt ve te cu d e oil pinu f T, qs des G fe peu ^. Tabonden ka la ) Banere| contre(i Hzfroires des Auteurs profanes. 3$* III. Sallufte décrit ainfi la jeuneffe du Roi Jugurcha: bien fait de fa perfonne, beau de "vilage, plein d'efprit& de fens, il ne donna point, quand il fut devenu grand> dans le luxe& le plaifir; mais il s'exergoit avec ceux de fon âge à la courfe, à lancer le javelot, à monter à cheval 5& fupérieur à tous, il fçavoit pourtant s'en faire aimer 5 en un mot, il excelloit en tour,& parloit peu de lui-même. Publius Scipion Emilien, qui dès l'âge le plus tendre avoit été parfaitement inftruit dans la Langue Grecque, auffi-tôt qu'il le put, fe livra tout entier à Polybe,& regarda comme le plus grand bonheur de fa. vie de pouvoir étre formé par un tel Maitre. Il tira de(i. grands fruits de fa compagnie& de fon entretien, qu'il préféroit à: tout autre chofe, qu'il furpaffa en quelque enre de vertu que ce puiffe être, non feue ceux qui lui étoient égaux, mais auffi ceux qui lui étoient fupérieurs en âge. IL s'appliqua fur-tout à acquérir le fond de tempérance& de modeftie qui conviennent à un jeune homme: deffein qui pour lors n'étoit pas facile à exécuter; car il eft incroyable avec quel excès d'aveuglement la jeuneffe Romaine s'abandonnoit alors aux déréglemens les gie honteux& aux débauches les plus infames. Les Romains avoient pris des Grecs ce goût dépravé pour la molleffe, pendant la guerre de Perfée qui dura trop long-temps,& étant devenus maîtres de richeffes immenfes, ils nageoient dans Kabondance,& ne refüfoient rien au luxe & à la cupidité 5 mais Scipion vécut d'une maniere: tout oppofée,& aprés avoir luté contre íés paffions, comme avec les plus. terribles: bêtes. ,. il remporta. une. victoire.$: Hifforia à profanis Script, Plur. in dd 4. Draco Athenienfis, vir infignis integris n. Aul tate vitz,& juris divini atque humani periGell. 1, tus, tulit Athenis multas leges: quas, quia: H«C/18, acerbiores erant, dicebat Demades videri fcriptasfuiffe fanguine potiüs quàm atramento. Una ex illis legibus capitali fupplicio ple&i eum: jubebat, qui convi&tus fuiffet defidiæ. ur 0d.— Amafs quoque Ægypriorum rex lege fanse xerat» ut finguli cives fingulis annis accede= rent ad provinciarum præfettos: quibus quifquis probare non poterat fe profiteri artem ali-quam certam& honeítam unde viveret tane quam perniciofus humanæ focietati civis,more te afficiebatur. Wicol Lucani publicajudicia inftituerant non DeDamaf. fidiæ folüm.» fed etiam Luxuriæ. Quin.& fs quis his vitiis infe&o mutuam pecuniam dedif=Íct. ,. cà pecunià mul&abatur, ] curl ant 3 itle tu s, qe Ji da cole Miltz J| bias go | donna plua ^ de, à tli n 2d wc dé encre d ad condamno 3 daret ^ mais aufi co | qrün avoit uk de a 1 trie en ame Hiffoires des Auteurs profanes. 3$3 complete, qu'au bout des cinq premieres années, il fut regardé dans toute la Ville comme un modele de retenue& de fagefle. Il fut avantageufement dédommagé& récompenfé de cette privation volontaire des plaifirs par la fanté ferme& vigoureufe dont il jouit tout le refte de fa vie,& qui le mit en état de goüter les plaifirs beaucoup plus purs, que procure la tempérance. L'exercice de la chaffe, qui femble être une efpece d'Ecole Militaire, contribua beaucoup à conferver fa vertu, qu'il regardoit comme le bien le plus précieux. IV. Dracon, Athénien célebre par l’innocence, la régularité de fes mœurs,& l'habileté profonde dans le droit divin& humain, donna plufieurs Loix à fa Patric, que Démade, à caufe de leur exceffive rigueur, difoit avoir plutôt été écrites avec du fang qu'avec de l'encre. Il y en avoit une entr'auttes qui condamnoit à mort un Citoyen convaincu d'oifiveté. Amafis, Roi des Egyptiens, avoit auffi porté une Loi qui obligeoit tous les Particuliers à infcrire chaque année leurs noms chez les Intendans des Provinces;& ceux qui n'exerfoire point quelque profeffion pour fubfifter onnétement, étoient retranchés de la Société, comme lui éant à charge,& comme Sujets pernicieux à l'Etat. Les Lucaniens avoient établi des peines publiques, non feulement contre l'oifiveté, mais auffi contre le luxe. Il y a plus; fi quelqu'un avoit prété de l'argent à un Citoyen infe&é de ces vices, cette fomme étoit convertie en amende contre lui. 4| pis’ 354 Hiforia? profanis Script.| NT CAPUT XXX.|^ À n! Plura audiamus, loquamur pauca. A.Gell. 1. Hæc Pythagoræ in recipiendis inftituenbi. c.9. difque difcipulis ratio fuiffe traditur. Adolefcentium, quife fe ad difcendum obtulerant, mores naturamque conabatur pernofcere ex otistotiufque corporis habitu. Tum eos, qui explorati ab eo& idonei habiti fuerant, recipiebat in difcipliaam,& jubebat tempus certum tacere; non omnes idem, fed aliosaliud, pro æftimato captu folertiz, Quinquennale ut plurimüm erat filentium, neque quifquam misud des jeu 91 admenoie gola 4 y mx| sis quàm biennium, tacere folitus. Ubi res ai» didicerant, rerum omüizm utquidam putant,— EC j difficillimas, ut alii, facillimas, zacereaudires d k MK | que, tum poteftas erat verba facete,& quæ- m pus rere, queque audiffent fcribere,&, qua ipfi agp opinarentur, expromere, P lends my Erat audiendi ftudiofus Epaminondas; ex Lh : em in hoc enim facillimé difci arbitrabatur. Itaque= tun, mi | Epañ.c, cüm in circulum veniffer, in quo aut de repu-{sfiepu ] 3. blica difputaretur, aut de philofophia fermo= foin haberetur, nunquam inde prius difceffit, quàm ad finem fermo effet perductus. j Q.Curt; 2. Apud Perfas lingua caftigabatur gravids, là c. 6. quàm quodvis probrum: nec magnam rem fuf- s tineri poffe credebant ab eo, cui tacere grave"ura ci effet, quod homini facillimum voluerateffe— huis] natura. Regum arcana mirâ fide celabant: non ip... Hiffoires des Auteurs profünes. 33$ 2 CHAPITRE XXX. Wr puce, Ecoutons beaucoup» parlons pet» m I. Voici quelle fut la façon dont Pithagore recevoit& formoit fes Difciples. Il s'appliquoit d'abord à déméler dans les traits du vifage& de tout le corps le caractere& le naturel des jeunes Eleves qui fe préfentoient 3 il admettoit enfuite à fon Ecole ceux qui lui paroiffoient, après l'épreuve faite, les plus propres à lui faire honneur,& leur faifoit fubir un rude noviciat de filence, dont là durée n'éoit pas la méme pour tous, mais que fon habile intelligence Ícavoit proportionner aux befoins de chacun en particulier. Le filence n'alloit jamais au-deffus de fine, key Cinq années, ni áu-deffous de deux. Dès E qui qu'ils{çavoient parfaitement ces deux chofes, écouter& fe taire, que les uns regardent comme extrémement difficiles,& d'autres comme trés-aifées, ils avoient alors la liberté de propofer leurs difficultés, de s’inftruire verbalement, de mettre par écrit ce qui leur étoit enfeigné,& d'expliquer leurs Íentimens. Epaminondas fe plaifoit extrémement à écouter, regardant cette méthode comme la plus füre pour apprendre; auffi lorfqu'il paroiffoit dans une Affemblée où l'on traitoit des matieres du Gouvernement ou des fujets Philofophiques, il n’en fortoit jamais avant que la conférence füt abfolument finie. II. L'intempérance de la langue chez les Perfes, étoit plus févéremens châtiée que tout autre crime,& ils jugeoient une perfonne qui ne fçavoit pas fe taire, incapable d'aucune entreprile noble& élevée 5 étais 3:6 Hifloriæ* profanis Script. Ípes ,non metus, cliciebat vocem, quà pros derentur occulta, Juf Sic& Hifpani{æpè tormentis pro fervando 24©, 2, I£tum creditarum filentio immortui: adeó for..—- B...^ B tor illis taciturnitatis cura; quàm vitz, Valer., Pompeii cujufdam, Romani viri, virtus laud]. 3. 63« datur 3 qui, dum legationis officio fungeretur, à Gentio Illyriorum rege interceptus,& Senatûs confilia prodere juflus, ardenti lucernz admotum digitum cremandum prebuit, câque patientià regi fimul& fpem tormentis quicquam ex fe cognofcendi abftulit,& expetenda populi Romani amicitiæ magnam cupiditatem injecit, Di 3. Zeno inepta& nihil ad rem loquenti L v n adolefcentulo, Zdcircd, inquit, aures habemus Zenon. duas,& os unum, ut plura audiamus, loquamur pauca. Idem, interrogantibus cum legatis Regis Ptolemzi, quid de fe renunciari regi vellet: Senem, inquit, rezunciate à vobis confpettum Athenis, qui iater pocula fervare filens tum fciat. Vale,, Xenocratis philofophi refponfum quàm fau1,2. 6,2. dabile i Cüm maledico fermoni quorumdam hominum intereffet, ac taceret; uno ex his quzrente,cur folus ita linguam cohiberer:Quia locutum fuiffe me, inquit, aliquando pænituit; tacuiffe, nunquam, JY # le flc; Que la ré Manges 1C fayn Mr| Hiftoires des Auteurs profanes. 357 c de toutes les chofes, celle que la nature a VAL Qu 3 rendu la plus facile à l'homme. Ils gardoient les fecrets des Princes avec une fidélité merveilleufe,& il n’y avoit ni promelfe, ni menace, qui püt arracher de leur bouche une feule parole propre à les trahir. Les Efpagnols auffi, plutôt que de révéler les chofes qu'on leur avoit confiées, expiroient fouvent dans les tortures, tant la religion du fecret l'emportoit chez eux fur l'amour de leur propre vie. On vante avec raifon le courage d'un certain Pompée, Originaire de Rome, qui dans le cours d’une Ambaflade dont il étoit char“ gé, fut pris par Gentius Roi d'Illirie,& fur l’ordre que ce Prince lui donna de révéler les deifeins du Sénat, préfenta l'un de fes doigts à une lampe ardente,& par la patience avec laquelle il le voyoit brûler,ôta au Roi toute efpérance de rien tirer de lui par la force des tourmens,& lui infpira une grande envie de lier amitié avec le Peuple Romain. III. Zénon dit à un jeune étourdi qui parloit à tort& à travers: Nous avons deux oreilles@ une bouche, pour nous apprendre à écouter beaucoup G à parler peu. Les Députés du Roi Ptolomée demandant à ce méme Philofophe, ce qu'il fouhaitoit mander à leur Roi: Rapportez, lui repliqua-t-il, que vous avez vu un Vieillard à Athenes qui fçait garder le filence parmi les verres G les pots. Que la réponfe de Xénocrate eft digne de louanges! Comme il étoit préfent aux dif= cours fatyriques de quelques médifans,& qu’il gardoit un profond filence, l’un d’eux lui ayant demandé pourquoi il n’y avoit que lui feul qui ne difoit rien: C'eff parce que, répondit il, je me fuis repenti quelquefois d'avoir parlé, mais jamais de m'être tû, 358 Hifforiæ è profanis Script. “Avis, Que Cæcilius Metellus Macedonicus amice & 61. cuidam interroganti quid effet a&urus? Tunicam, inquit, meam exurerem, fi eam confilium meum. fcire exiffimarem. Piu; Antigonus, Philippo filio multis præfentibus ÆApoph. quærente quando caftra moturus eflet? Ecquid,| inquit, times, ne folus tubam non audias? Senec. Alium filere quod voles, primus files Hippol, 6.873. Cicero, 4 Sermo, qui in circulis, difputationibus; 1. Offic. congreffionibüs familiarium, conviviis varfaB. 132» tur, fit lenis minimèque pertinax. Nec vero, 336. tanquam in poffeffionem noftram venerimus, excludamus alios: fed cüm reliquis in rebus, tum in fermone communi, viciffitudinem non iniquam putemus. Videamus quibus de rebus fit fermo. Si feriis, feveritatem adhibeamus; fi jocofis, leporem. Sed quomodo Tediffimé praecipitur, ut in omni vita motus animi niQuin;,, TMiOS rationi non obtemperantes fugiamus: fic 250 c, 1, SjuUfMmodi motibus fermo debet vacare, ne aut ira exiftat, aut cupiditas aliqua, aut talealiquid appareat. Profert enim mores plerümque ' oratio,& animi fecreta detegit. Nec fine caufa "Greci prodiderunt, quemque ita dicere, ut vivat. Maximé veró curandum, ut eos, quibufcum fermonem conferimus,& vereri& diligere videamur. ; que ma J| dnos en] i air dauor 1 dui due 3 maïetroure ^ t alleus | nis i : maniere eie 1 jouemen 1 Aie, lon e i, do à dt, de fo hralon eh dirt 108 s Gn tutitimen jas fu ; m = x Ed RU con MM. andum, feum, À Hiffoires des Auteurs profanes. 349 Quintus Cœcilius le Macédonien, répondit à un de fes Amis qui vouloit(çavoir quel étoit fon deffein: Je jetterois ma robe.au feu, fi je croyois qu'elle fgût ma penfée.: Philippe s'informant en préfence d'une grande Affemblée, de l'heure où on leveroit le camp: Quoi, lui répondit fon pere Antigone, craïgnez-vous d'être le feul qui n'entendiez point la trompette? Voulez-vous ne trouver jamais un Indifcret? Sachez tout le premier garder votre Secret IV. Le langage ordinaire aux cercles, aux conférences, aux entretiens familiers& aux repas, doit avoir de la douceur, fans aucune marque d'entétemenr. Il ne convient pas de nous emparer de la converfation avec un air d'autorité,& comme fi nous avions le droit d'en exclure les autres; il faut au contraire trouver bon que chacun, là comme partout ailleurs, ait fon tour. Réfléchiffons aux matieres dont on parle 3 traitons-les d'une maniere férieufe, fi elles le font, avec enjouement fi elles font enjouées; mais fi la vie, felon les préceptes de la faine Philofophie, doit être exempte de paffions, c'eft-àdire, de tous ces mouvemens violens dont la raifon n'eft pas maîtreffe, nos difcours ne doivent pas en être moins exempts,& nous devons faire enforte quil n'y paroiffe, ni colere, nile moindre reffentiment, ni lâcheté, ni pareffe, ni aucune autre forte de vice; car le langage trahit fouvent les défauts du cœur; & révele fes fecrets. Ce n'eft pas fans raifon que les Grecs ont dit que chacun parloit ordinairément comme il vivoit. Ne manquons jamais fur-tout à donner des marques d'amitié& de confidération aux perfonnes avec Qui nous converfons. 360 Hifforia? profanis Script. Habentur plerümque fermonés aut de domefticis negotiis, aut de republica, aut de arium ftudiis atque do&trina. Danda igitur opera eft, ut, fi aberrare ad alia cœperit, ad hzc revocetur, oratio: fed utcumque aderunt res. Neque enim omnes iifdem rebus, nec omni tempore, nec fimiliter dele&amur. fpit.c. Cüm aliquid obfcænum coram te didum $5 fuerit; aut, fi opportunitas feret, eum objurgabis, qui fermonem illum injecerit, aut filen- dn ky tio faltem, rubore, trifti vultu oftendes eam T diu orationem tibi difplicuifle, HS Sente. Adolefcentium ludis interfint majores de AU. drange ‘Ælian. 1. Non in eadem intentione femper retinen€.15. da mens, fed ad lufus& jocos revocanda. pres Socrates deprehenfus ab Alcibiade ludens cum filio infante, non erubuit. Agefilaus arundini i infidens equitabat cum filio puero:& quum quidam cum derififfet: Nunc, inquit, zace: cùm verd© ipfe pater fueris, tunc rem narraSueton. Bis. Cæfar Auguftus, animi laxandi caus, in Zug. modó pifcabatur hamo, modó talis nucibuf939. que ludebat cum pueris minutis, quos facie & garrulitate amabiles undique conquireIn Do- bat. Domitianus inter initia principatüs quoti#lt.c.3. die fecretum fibi per horam unam fumere folebat,& interim mufcas captare, ac flylo præacuto configere: ita ut cuidam inrerrogand, Les 0 rebus m edam, ram te dits Let» eum dis ecerit aut les 1 oftendes ee XXXI 0c0$ revocis fade ludens aa int majors Hiffoires des Auteurs profanes. 361 Les converfations roulent d'ordinaire fur les affaires domeftiques ou publiques, ou fur les Arts, ou fur les bélles Lettres. Lorfqu’elles paffent à d’autres fujets, il faut faire enforte de les ramener à quelques-uns de ceux-là, mais fans affectation,& les chofes doivent être amenées naturellement; car le goût des hommes n’eft pas uniforme,& ce qui plait univerfellement ne plait pas en tout temps, ni de la méme maniere. Lorfqu'on tiendra en votre préfence quelqu'entretien trop libre& deshonnéte, fi l'occafion le permet, vous reprendrez viveent celui qui l'a tenu, ou du moins vous lui ferez connoître par votre filence, par la rougeur& la triftelle répandue fur votre vi(ages que ce difcours vous a déplu. CHAPITRE XXXI Les perfonnes d'un âge avancé doivent être préfentes aux récréations des jeunes gens. I. Il ne faut pas gêner l'efprit par une contention toujours égale, mais le rappeller à lui-même par les jeux& les divertiffemeus. Socrate ne rougit point, lorfqu'Alcibiade le furprit jouant avec un petit enfanc. Agefilaüs fe promenoit à chevàl fug un bâton avec fon jeune fils;& quelqu'un voulant le railler: Taifez-vous, lui dit-il; lorfque. vous Jerez devenu pere, alors je vous entendrai. Céfar-Augafte, pour fe délaffer l'efprit, tantôt péchoit à la ligne, tantôt jouoit aux offelets& aux noix avec toutes fortes de petits enfans, qu'il ramaffoit de toutes parts, choififfant ceux en qui il trouvoit le caquet& Ja phifionomie la plus aimable. Domiuen, lI. Partie. Q 362. Hifforia€ profanis Script.: effetne quis intus cum Cæfare, non abfurdé refponfum fit à Vibio Crifpo: Ne mufca qui dem. Cicer.2, Laliam ferunt cum Scipione fæpe rufticade Crat. tum, eofque incredibiliter repuerafcere effe 9?^(folitos, cüm rus ex urbe, tanquam à vinculis evolaviffent. Vix audeo dicere de tantis viris, fed ita narratur: conchas eos ad Caïetam& ad Laurentum legere confueffe,& ad omnem animi remiffionem ludumque defcendere. Scilicet quemadmodum volucres videmus fingere & conftruere nidos, eafdem autem, cüm aliquid effecerint, levandi laboris fui causa, paffim ac liberé volitare: fic noftri animi, negotiis& opere defeffi, volitare quodammodo cupiunt, | quon raconte H 4 timaffoter oti pls * Herodot, 2 Amafim Ægyptiorum regem cum admob 2 nerentamici, eum parum é regia dignitate facere, quód Md 0d ud: Qui, inquit, s arcum habent, elm càm eft opus, intendunt,mox—"imm remittunt: fi enim perpetuó intentus fit, fran-— 1m, d gatur neceffe eff, ita ut eo amplius uti uonpof-— 77 us fint, Eadem eft hominis ratio. Si affidué feria tractare,& nihil fibi ad lufum indulgere velit; fenfim membris aut animo captus fist. à el de mà télement àp ill pe ç & fon Script, *, non dpi Ne mif gi : One tape ni Tepueralcere e nquam à vixi € de tantis vit, sad Catetam td Hiffoires des Auteurs profanes. 363 dans les commencemens de fon regne avoir coutume de fe renfermer tous les jours dans fon cabinet pendant une heure, où il s'amufoit à faire la chaffe aux mouches,& à les piquer avec un ftilet fort pointu. C'eft pourquoi. Vibius-Crifpus répondit fort à propos à un homme qui lui demandoit s’il y avoit quelqu'un avec Céfar, qu’il n'y avoit perfonne, pas méme une mouche, Lælius alloit fouvent en Campagne avec Scipion,& on auroit peine à croire jufqu'à quel point ils redevenoient enfans, lorfque rompant les chaines qui les attachoient à la Ville, ils voloient à leurs Maifons de plaifance. A peine ai-je la hardieffe de dire ce qu'on raconte de ces hommes fi graves. Ils ramaffoient, dit-on, des coquilles fur le port. de Cayete& de Laurente,& fe livroient à toutes fortes de jeux& d’amufemens. De même que nous voyons les Citoyens de l'air, lorfqu'ils báriffent leurs nids,& qu’ils ont travaillé quelque temps; planer& voltiger à lentour pour s'égayer 3 c'eft ainfi que nos efprits fatigués par les affaires& les travaux, déürent en quelque forte prendre leur effor, & voltiger avec liberté. IT. Quelques Courtifans ayant pris la liberté de repréfenter à Amafis, Roi d'Égypte, qu’il ne convenoit point à la Majefté Royale de rire & de plaifanter dans les repas: Ceux, leur repliqua-t'il, qui ont um arc, le bandent quand il eft néceffaire,& enfuite le reláchent; parce que s’il étoit perpétuellement tendu, il fe briferoit& ne pourroit plus leur fervir. Yl en eft de même de l'homme: sil eft continuellement appliqué à des exerciges férieux, & quil ne s'accorde aucun relâche, fon efprit& fon corps perdront infenfiblement leur force& leur. vigueur. Qi Phedr, L3. Fab. I4. Senec.de Trang c» i$. Ibid. - Cicer. 1. Offic. De 122. 364— Hiftoria é profanis Script. Puerorum in turba quidam ludentem Atticus E(opum nucibus quum vidiffet, reftitit, Et quafi delirum rifit. Quod fimul fenfit Derifor potius quàm deridendus fenex, Arcum retenfum pofuit in media via: Heus, inquit, fapiens, expedi quid fecerim. Concurrit populus; ille fe torquet diu, Nec quæftionis pofita caufam intelligit: Noviflimé fuccumbit. Tum victor Sophus: Citó rumpes arcum, femper fé tenfum habueris; At fi laxaris, cm voles, erit utilis. Sic lufus animo debent aliquando dari ,: Ad cogitandum melior ut redeat tibi, Danda eft remiífio animis: meliores acriorefque erunt poft quietem. Ut agris non eft imperandum fingulis annis frumentum, citô enim exhauriet illos nunquam intermiffa facunditas: ita animorum impetum affiduus labor frangit. 3. Naturalem quamdam voluptatem habent lufus jocufque. At eorum frequens ufus omne animis pondus omnemque vim eripiet. Sic fomnus refectioni corporis neceffarius eft: hunc tamen fi per diem no&emque continues, mors erit. Itaque fubinde tantüm indulgendum eft animo,& dandum otium quod ci alimenti ac virium loco fit. S 4. Cüm adolefcentes relaxare animos,& 5 api de re i foa€ tons avez devient mon l jour Script, d Hifloires des Auteurs profanes. 365 lu Sam À At iN Un certain Athénien ayant vu Efope qui dili is jouoit aux noix au milieu d'une troupe d'enX fimyl f fans, s'arrêta pour fe mocquer de lui comme indus f lt, d'un fou& d'un extravagant qui radotoit. media vis: Ce bon Vieillard, plus: propre à fe railler des autres, qu'à s'en‘faire railler ,, s’en étant apperçu, prit un arc débandé, le mit au milieu de la rue,& dit à cet Arhénien: Hola, Monfieur le Philofophe, qui faites ici l'homme fage, découvrez-nous un peu la raifon de ce que je viens de faire. Aulfi-tót le Peuple saffemble,& l’Athénien fe tourmente longtemps, fans pouveir comprendre le fujet de la queftion quon lai a propofée. Il fe rend enfin& avoue fon ignorance. Alors le fage Vieillard demeuré vainqueur> lui dit: ous romprez bientôt cet are, fe vous le tenez toup. Jours bandé; mais fi vous le débandez, vous po x vous en fervir quand vous voudrer. Ceft ainfi qu'il faut quelquefois relicher& divertir foa efprit, afin qu'il foit enfuite plus capable de réflexion»& qu'il faffe fes fonctions avec plus de courage. » Il faut accorder quelque repos à l'efprit, il n'en fortira que plus fort& plus vigoureux. Comme ce feroit fatiguer& épuifer un Champ, que de le contraindre à une abondance forcée,& qui ne feroit point interrompue, de méme un travail exceffif émouffe la pointe de l'efprit,& en énerve la force. II. La Nature a attaché aux jeux& aux divertiffemens un certain plaifir; mais comme le fommeil néceffaire à la fanté du corps> devient mortel, fi on en prôlon ge la dur le jour& la nuit, de méme auti l'efprit befoin de ménagement& de repos, pot foutenir& réparer fes forces altérées par travail. IV, Lorque les jeunes gens voudront fe o ined" Q iÿ 366. Hiftoria à profanis Script. dare fe jucunditati volent, caveant intemperantiam, meminerint verecundiæ, fine qua W. 148. nihil rectum effe poteft, nihil honeftum. Quod erit facilius, fi in ejufmodi quidem rebus maAriftor, jores natu intereffe velint. Ipfa quippe fenio7. polit. rum, ficut& magiftratuum præfentia, verum-- i € 1? pudorem& liberalem timorem animis folet infundere. 47?*^— Proderit fine dubio, cuftodem tibi impofuifBp. 25. fe,& habere quem refpicias. Cüm jam profeceris tantüm, ut fit tibi etiam tuf reveren» tia, licebit dimittas pædagogum: interim te aliquorum audoritate cuftodi. vids. Verba quis auderet coram fene digna pudore faftor. v. Dicere? 69, Xenoph, … Hinc Perfe, qui in liberorum inftitutione Cyrop. plurimüm ftudii ac diligentiæ ponebant, lec-. L1.— tosé(enioribus viros iis præficiebant;& LaPlut. in cedæmonii omnibus füorum ludis majores natu Eycwg. volebant intereffe. CAPUT XXXIL In ludo ac joco modus retinendus. Diog. I. Interrogatus Socrates quanam juvenum Eaérc.in virtus effet, refpondit; Ne quid nimis. Socr. Cicer.x. Ludendi eft quidam. modus. retinendus, ne: Offic. n. 103. Cc, nimis omnia profündamus, clatique volup« Hifoi guit; X | gis qu M fl 8 4 dans s dis d'avoir| bles Lacédém pres à tour CRAI Dy odia ! li]. Script, Neant ity, Mig s rev. oneftum. Qui ldem rers, la miel lentia, vers X animis(eis làm tul reyes oum à ieri Qh XXXIL uz quznam "m vamus Hiffoires des Auteurs profanes. 367 réjouir,& fe délaffer par quelques amulcmens, qu'ils évitent l’excès,& qu'ils ne perdent jamais de vue la pudeur& la modeltie. Ceft ce qui leur coutera beaucoup moins, fi dans leurs plaifirs mêmes ils font bienaifes d'avoir pour fpetateurs& pour té= moins de leurs a&ions, des perfonnes d'un âge avancé; car la préfence des Vieillards, ainfi que celle des Magiftrats, infpire une cettaine retenue,& une crainte refpectueufe. Il vous fera fans doute avantageux de prendré un guide& un modele, fur lequel vous teniez les yeux attachés. Quand vous aurez fait aífez de progrès pour vous refpecter vous-méme, alors vous pourrez congédier votre Précepteur. Jufques-là, ayez touz jours quelqu'un, fous l'autorité duquel vous marchiez. Qui devant un Vieillard auquel l'honneur e£ dà» Qui tiendroit des difcours dont rougit la vertu? ‘Ce pour eette raifon que les Perfes qui . s'appliquoient avec beaucoup de foins& de peines à l'éducation de leurs enfans, leur choififfoient des Maîtres parmi les Vieilfards 5 & les Lacédémoniens vouloient qu'ils fuffent préfens à toutes leurs parties de plaifirs.. CHAPITRE XXXIL. Il y a des mifures à garder jufques dans les Jeux 9 les Plaifantertes. Quelqu'un demandant à Socrate qu'elle étoit la principale vertu des jeunes gens: Cet, repliqua-til, de me rien faire de trop. Le jeu doit avoir fes bornes,& ils ne faut pas le pouffer trop loin, de peur, qu'emportésQ y 368' Hifforia é profanis Script. tate in aliquam turpitudinem delabamur. Appetitus omnes contrahendi fedandique funt:& excitanda animadverfio ac diligentia, n ut nihil temeré inconfideratéque agamus. Ne- qms| que enim ita generati à natura fumus, ut ad HN ludum& jocum faci effe videamur: fed ad feveritatem potids,& ad ftudia quadam gra+ viora atque majora, I FOSTER Ludo& joco uti quidem licet: fed ficut fomno& quietibus cxteris, cüm gravibus fes xifque rebus fatisfecerimus, Mid.^ x. Ipfum genus jocandi non profufum nec immodeftum, fed ingenuum& facetum effe debet. Ut enim pueris non omnem ladendi licentiam damus, fed cam quz ab honeftis actionibus non fit aliena: fic in ipfo joco aliquod probi ingenii lumen claccat. Duplex omnino eft jocandi genus: unum illiberale, petulans, flagitiofum, obfcœnum: alterum elegans, urbanum, ingeniofum& fa| cetum. Quo genere philofophorum Socratico| rum libri referti funt: multaque multorum tum à aïdus Græcorum tum Romanorum funt facetè dia.& 1t| rz e. RD Facilis eft diftin&io ingenui& illiberalis joci. idi Aler eft libero dignus: alter ne homine RI. davec| um ui Hifloires des Auteurs profanes. 369 par le plaifir, nous ne nous laiffions aller à quelque chofe de honteux& d’indécent. Il eft important de réprimer& de calmer tous les mouvemens défordonnés qui s'elevent dans nos efprits,& il: faut exercer fur nous- mêmes une vigilance perpétuelle,& employer toute notre attention pour ne rien’ faire témérairement& au hazard; car la Nature ne. nous a point faits pour les jeux& les plaifirs, mais elle exige de nous une conduite grave& férieufe,& elle nous: appelle à des occupations plus nobles& plus importantes. Ce n'eft pas qu'il ne foit: permis quelquefois d'en ufer; mais on doit le faire avec la: méme fobriété qu'on ufe du fommeil& des autres foulagemens néceffaires à la nature ,. c'eft-à-dire, aprés avoir fatisfait aux affaires: férieufes& les plus effentielles. II. La maniere de plaifanter ne doit rien: avoir d'emporté, ni qui bleffe les loix de la modeftie, mais elle doit. être. naturelle&. accompagnée d’une gaieté(ans affectation: car: fi nous ne permettons pas aux enfans.mémes toutes fortes de jeux, mais feulement ceux: qui(e peuvent accorder avec honnêteté, combien à plus forte raifon ne devons-nous rien nous permettre dans la plaifanterie, qui ne convienne.au caractere d'un honnête-homme? Il y a donc deux fortes de plaifanteries 5: l'une fade, emportée, lâche,& contraire à la pudeur; l’autre fine ,. polie, ingenieufe,& cajouée fans. baffeffe. On en voit des traits: répandus avec profufion dans.les Ouvrages des Philofophes Socraticiens,& on peut.y ajouter beaucoup de bons. mots, tant desGrecs que des Romains.: Il eft facile de diftinguer là bonne plàifanterie. d'avec. la. mauvaile; l’une convient à Qv 370. Hifforia è profanis Script. quidem, fi rerum turpitudini. adhibeatur vers borum obf&nitas. Herodot, per(z, quecumque fau turpia erant, ea«. s dem& di&u turpia cenfebant. Itaque nihil; dicere licebat, quod non facere fas effer. B. Syrus Quod facere turpe eft, dicere ne honeftum putas. Diog;$:Jocis tanquam fale, parcè utendum; apud S rob.;“uriilis 3 ca, Vitandum eft ne fcurrilis jocus fit autde art. mimicus. n. 239. Quiniil. Ledere nunquam velimus, longéque abfit. à.;.\: ^ 6.0.3. propofitum illud, potis amicum, quàm dictum, perdere,; Adversus miféros.inhumanus eft jocus. Ea quz dicit vir bonus, falvà dignitate& verecundià decent: nimium enim risüs pretiumeft, fi probitatis impendio conftat. s .SA**^ Oratori long? recedendum eft ab omni obfid' ceenitate&. verborum& fenfuum. Quædamfatis eft cum caufz detrimento tacere, quàm. cum. verecundia. dicere.: | Hifi fhomme de méme de 1 * que lon ! ae ds 4 js Perle | honrenls à fs à faire: lox mettol | redit Devc $ 0 Ce qu Ji, Lau | my de pr |£a tan | comique, Ne cherch bin de nou moles un-a Lyæd malheureu, Tout&€ yt homme del nds Script adhi qe, SUFpiA etant, à X. lagu oi Gare Da efr. Re honeftom 4 yo tacere, Qu Hiffoires des Auteurs profanes. 371 l’homme de probité,& l'autre elt indigne méme de quelqu'homme que ce foit, furtout lorfqu'on joint à la baíleffe des chofes, celle des expreflions., Les Perfes regardoient comme des chofes honteufes à dire, celles qui étoient honteufes à faire:. C’eft pourqnoi tout ce que les Loix mettoient dans ce dernier rang leur étoit: interdit jufques dans leurs difcours. De vos difcours banniffez la licence»Sachez refpecter Ja pudeur: On ne dit qu'avec indécence Ce qui fe fait aux dépens de l'honneur; III. Il faut employer la raillerie avec aue tant de. prudence& d'épar que le. fel, & en écarter une. bouffonnerie ridicule&comique. Ne.cherchons jamais à bleffer perfonne,& loin de nous cette bizarre réfolution d'im-: moler un ami à un bon mot. Il. y a+ de linhumanité à fe railler des malheureuxTout ce qui fort de la bouche. d’un honnéte homme. doit répondre à fa dignité,&refpirer la modeftie 5 car c'eft acheter trop cher le talent de faire rire, que- de l'achetez: au prix de la probiié. Un Orateur doit éviter avec. une: extrêmeprécaution toute obfcénité dans fes expref-fions& fes penfées. Il vaut mieux. taire cersaines chofes-au rifque de perdre fa caufe, que de les mettre au jour au rifque- de per-dre la pudeur& la vertus3 per] 372 Hifloria à profanis Script. CAPUT XXXIII. Ef cui magno conflitit dickriums dd in+ Cuüm Romæ medio foro quidam mortuus z IDers Ce av. efferretur, acceffit ad eum fcurra,& in aurem quiddam infufurravit. Interrogatus ab iis qui aderant, quidnam dixiffet à Mazda fe>-refpondit, ut Augufo nunciaret, nihildum£orum, que moriens plebi legaverat, folutum effe à Tiberio, Reaudità, Tiberius accerfitum fcurram fuà legatorum parte donavit,& duci ad fupplicium juffit, ue ipf Augufio verum nuneum. ferret, m. Longé alio in dicaces animo antea fuerat: Tiberius. Nam adversis convicia, malofque rumores,& famofa de fé ac füis carmina, firmus ac patiens, fubinde jactabat: in civis zate[bera linguam mentemque liberas effe oporzere. Et aliquando fenatu cognitionem de ejufmodi. criminibus. ac reis flagitante: Non tanzm, inquit, otii habemus» ut implicare nos gjufmodi negotiis debeamus. Si quis. temer? aliquid locutus fuerit, dabo operam ut rationem: Jadorum. meorum dictorumque reddam, Mert 2. Cüm-Theocritus Chius düceretur ad' Ar— 4.3. tigonum rcgem quem offenderat, eumque folarentur amici, ac fpem facerent fore üt regis. clementiam. experiretur» Ubi. ob ejus. oculos. Hiffoires des Auteurs profanes. 372 CHAPITRE XXXIII. Il y en a à qui un bon mot@ coûté fort cher. I. Un Convoi paffant à à Rome au milieu de la place publique, un Bouffon E’approcha du mort,& lui parla tout bas à l'oreille. Ceux qui séroicnt préfens lui ayant demandé ce quil avoit dit: il répondit qu'il l'avoit chargé d'annoncer à Auguite que Iiberenavoit encore acquitté aucun des legs qu'i 1 avoit donnés au Peuple Romain en mourant. Tibere l'ayant appris, fit venir le Bouffon, Jui fit délivrer en fa préfence la portion du legs qui lui appartenoit,& enfuite le fit conduire au fupplice, afa, ajouta--t-il, qu’il en portát lui-même la nouvelle à Augu ifie. Tibere avoit eu auparavant plus d'indulgence pour les railleurs,& s'en étoit. formé une idée bien différente; car oppofant un efprit ferme& inébranlable aux invectives ,. aux bruits injurieux,& aux Vers mordans que la Satyre avoit répandus contre lui, il fe contentoit de dire: Que dans une Vile libre, la langue G la penfée devoient être libres. Il dit un jour au Sénat, qui vouloit qu: on presos€ à l'information de ces faits ,. & à la recherche des Coupables: Nous n’avons point affez de fem Inutile, pour nous jetter dans l'embarras desces fortes d'a affaires. Si quelqu'un- a parlé indifcretement fur mon compte, Je fuis prêt à lui rendre. raifon de mes démarches& de mes paroles. II. Comme on conduifoit Théocrite de l’Ifle de Cliio au Tribunal du Roi Antigone qu'il. avoit offenfé,& comme fes Amis le confoloient,& l’animoient à compter fur ta. clés E 374 Hiftoria? profanis Script. veniffet: Omnem ergo, inquit, mihi fpem falutis eripis. Erat enim Antigonus uno orbatus oculo. Audito amaro intempeftivoque joco Rex, qui antea fe Theocrito gratiam delidi: fa&urum dixerat, hominem luce privavit. Æthenl. 3. Thacus Ægyptiorum rex, fa&us eft ex 24.€ T rege privatus, quód Agefilaum Lacedæmoniorum regem dicto falfo& amaro vellicaflet ,. quo tempore. ad fe venerat belli adjutor futurus. Quoniam enim Agefilaus brevi corporis: ftaturâ erat, hoc ex Æfopi fabulis memoravit Thacus. Phæd. L Monsparturibat, gemitusimmanes ciens;. a. fab. Eratque in terris maxima expettatio: 22, Ar ille murem peperit, Quz cümaudiffet Agefilaus, irà percitus:: Videbor, inquit, tibz aliquando etiam leo, Poftea regno: fpoliatus Thacus ad Perfas fugere coa&us eft. Waler, 1, Scipionem Naficam, cim ædilitatem peteZ»c 5. I€t, repulfam paffum effe fuprà retulimus ,. j quód civem, cujus manus erant ruftico labore duratz, interrogailet, Anmanibus folitus effet anibulare 2.: Phædr. Pleramque ftultirifam dum captant levem; pda Gravi deítringunt alios contumcelià ,. : Et fibi nocivum concitant periculum. Hifi mue ded 1 ifs eto j pue fra | dn elle hg | gri 9 3 pue afi pig t: mort 1I. Un bor * e Thzcus À lis, Roi de Feux vim Scrint, ii[9n Hifloires des Auteurs profanes. 375 das qn mence de ce Prince> auffi-tôt qu'il paroîtroit npeftivong à fes yeux, Vous m'enlevez donc, leur dit-il, ) patian toute efpérance de falut: car Antigone n'avoit qu'un œil. Le Roi qui avoit promis de lui accorder fa grace, ayant entendu cette railrerie auffi piquante que déplacée, le fit mettre à mort. III. Un bon mot infultant& plein de fel que Thacus Roi d'Egypte lácha contre Agefilais, Roi'de Lacédémone, au temps. méme que ce Prince étoit venu pour lui porter du x fecours dans une guerre quil avoit fur les 30U méme bras, fut caufe qu'il defcendit du Trône dans une condition privée. Voici comment: Parce qu'Agéflaus étoit d'une petite taille, Thacus lui recita ces Vers d'une des Fables. d'Efope: luce priva,“ D. |: Une Montagne en mal d'Enfant>. Jettoit une clameur fi haute, Que chacun au bruit accourant 5 Czut qu'elle accoucheroit d’une Cité fans fautes Mais admirez la fin de tant de cris y Elle accoucha d'une Souris. Agéfilatis indigné de colere: T'u me prendras auffi., lui zepliqua-til, quelque jour pour an Lion. En effet, peu de temps aprés, ille dépouilla de fon Royaume,& il fat contraint de fe refugier chez les Perfes. Nous avons rapporté plus haut que Scipion-Nafica prétendant à la charge d'Edile, effuya un refus, parce. qu'il avoit malignement demandé à un Citoyen, dont les mains étoient endurcies par les travaux ruftiques 3 s’il avoit coutume de marcher fur fes mains.. Il arrive fouvent que les Sots, pour avoir lé plaifir ridicule. de plaifanter& de railler ,. piquent vivement les aucres par des paroles Hiftoria à profanis Script. Hur CAPUT XXXIV. * Facete dida aut fata. Cicer.s;| X. Cüm ad poëtam Ennium veniffet Nafica; de Or.n, eique à foribus quærenti Ennium ancilla dixi(-: 276.— fet, domi non effe; Nafica fenfit illam domini juffu. ita refpondiffe,& eum intus eife. Paucis poft diebus., cm ad Naficam veniffet Ennius, & illum à janua. quæreret; exclamat Nafica ,. Je domi non effe. Tum Ennius: Quid? ego non. agnofco vocem, inquit, tuam? Hic Nafica: Homo es impudens: ego, cum te quarerem ,, ancilla tua credidi, te domi non effe; tu mihi nOn. credis Ipfi? 280, Siculus quidam, cui Ptætor Scipio patro-num caufz dabat hominem nobilem, fed admodüm ftultum: Quefo; inquit, Pretor, .adverfario: meo: da 1flum. patronum: deinde miki neminem dederis. a Patrono. malo, qui vocem in dicendo obtu' derat, fuadebat Granius, ut: mulfum frigidum biberet, fimulac domum rediiffet: Perdam, inquit, vocem, f id fecero. Meliis eft ,. refpondit Granius, quàm reum 28 ; ae Craffum, cüm caufam oraret, Lucio HelvioLamià, homine deformi, odiosé interpellante:: Audiamus, inquit Craffus, pulchellum puerum: Cüm-effet-arrifum: Non potui, inquit Las "Hiffoires des Auteurs profanes. 377 à effenfantes,& par-là s'expofent eux-mêmes : au danger d’être maltraités,& de s’attirer XI de fücheufes affaires. CHAPITRE XXXIV. Bons Mots,& Faits curieux. I. Nafica vint voir le Poëte Ennius,& s'étant informé à fa Servante sil y étoit, elle lui répondit que non. Nafica fentit bien qu'elle n'avoit fait cette réponfe que par l'ordre de fon Maître,& qu’il étoit au logis. Quelques jours après Ennius vint auffi rendre fa vifite à Nafica. Comme il le demandoit à la porte, Nafica lui cria qu'Z/ n’étoit point à la maifon. Quoi donc; lui repartit Ennius, eff-ce que je ne reconnois pas. votre voix? Nafica lui dit: Vous êtes un plaifant homme; j'ai cru dernierement votre Sergante, lorfquelle me dit que vous n'étiez pas chez “vous, G vous ne me croyez pas, lorfque je vous affure la méme chofe. Un Sicilien, à qui le Préteur Scipion don noit pour Avocat un homme de bonne naiffance, mais extravagant, lui dit: Donnez, je vous prie, cet Avocat à mon adverfe-Partie, pour moi je ne vous en demande point. Granius confeilloit à un mauvais Avocat, qui s'étoit enroué à plaider, de boire du vin mélé de miel, auffi-tót qu"il feroit rentré chez lui: Je perdrai la voix, répondit celuici, fije me fers de votre remede, Cela vaudra mieux, repliqua Granius, que de perdre un Innocent. Lucius-Helvius Lamia, homme extrémement laid, interrompä d'une maniere infolente Craffus au milieu de foh Plaidoyer: Ecoutons, dit-il, ce beau Garçon, Les ris 378 Hiftoria à profanis Script. mia, mih formam Ipfe fingere, ingenuum potui. Tum hic: Audiamus, inquit, difertum. Multo: etiam arrifum eft vehementids. . 278. 2. Cüm Orator malus in epilogo mifericordiam fe moviffe putaret, rogavit Catulum, videreturne mifericordiam moviffe? Ac magnam quidem, inquit Catulus: neminem enim puto effe tam durum, cui non oratio tua miJéranda vifa fit. Diodor, Poematibus fcribendis operam dabat Sicilie Sic.l,15, tyrannus Dionyfius:&( quoniam in hoc genere, magis quàm in aliis, fuum cuique pulchrum eft, vixque ullus reperitur poeta»qui fibi non optimus vidcatur) magis ob carmina ,quàm propter res bello bene geítas fe fe. Cicer. 5,]aCtabat. Accerfierat ad fe,& præcipuo in Tufz. n. honore habebat quofcumque ufquam arte poe63- ticà nobiles effe audierat, corumque judiciis poemata fua permittebat. At illi, ne regis benevolentiam& munera amitterent, quz fcribebat omnia probabant ac laudabant. Aderat inter eos Philoxenus, celeberrimus dithyramborum verfuum artifex, qui unus adulari nefcius, cüm aliquando inepta à Dionyfio recitata carmina audiviffet, de iis quid fentiret liberé aperuit. Quà libertate offenfus Rex poeta, reprehenforem fuum à fatellitibus abripi ,. & in latomias, qui publicus carcer erat, detrudi juffit. Sed poftridie ab amicis, Philoxenoveniam dari poftulantibus, exoratus, rur(usad epulas eum adhibuit. Carmina fua, ut folebat, ipfe mirum in modum extulit:& de quibufdam verfibus, quos omnium optimos exiftimabat, fententiam Philoxeni exquifivit. Ille, ^. B. nullà ad regis interrogationem refponfione facp Huerent de 7 hot Tim am ioi ks,& qii qu ne 52} di failoient p 15 À avoit f Toi parie aut; i Hiffoires des Auteurs profanes. 379 éclaterent de toutes parts. Je n'ai point été le maître, repartit Lamia, de me faire la tails le; mais il a dépendu de moi de me cultiver Pl'efprit. Ecoutons donc, xepliqua Craflus, ce Jfravant hommes Les ris recommencerent avec plus de force. II. Un méchant Orateur s'imaginant avoir touché les cœurs dans fa Peroraifon, demanda à Catulus ce qu'il en penfoit: Ouz, répondit-il, vous les avez vivement touchés, G Je ne crois pas qu’il y ait eu un feul de vos Auditeurs, fe. dur qu'il foit, dont votre difcours n'ait excité la compafion. Denis, Tyran de Sicile, s'occupoit à compofer des Poëmes;&( comme il n’y a point d'homme en ce genre, ainfi qu'en tout autre, à qui fes productions ne femblent belles,& qu'il eft difficile de trouver un Poëte qui ne s'applaudifle& ne fe regarde comme le plus habile,) il comptoit que fes Vers lui faifoient plus d'honneur que fes Victoires. ll avoit fait venir à fa Cour,& hono- roit particulierement ceux qui excelloient dans cet Art; il foumetzoit fes Poëfies à leur jugement. Mais tous craignant de perdre les bonnes graces& les faveurs du Roi, approuvoient& louoient avee excés tous fes Vers. Ilne s'en trouva qu’un feul dans toute la troupe, c'étoit Philoxéne, fameux dans la Poëfie Dithirambique, qui ne fcachant point fater, ofa dire fon fentiment avec une entiere franchife, lorfque Denis lui récitoit fes méchans Vers. Ce Prince, qui n'étoit point accoutumé à ce langage, en fut trés-bleffé, & ordonna à fes Gardes de conduire fon Cenfeur dans les Carrieres, qui étoient la Prifon publique. Mais le lendemain toute la Cour aíligée s'étant intéreffée‘pour Philoxéne, elle obtint fa délivrance,& le Roi D"n 5380. Hifforia à profanis Script:| De tà, ejus fatellites vocavit, feque ad latomias Le ii reduci juffit. Tam facetam libertatem, quz manqué p omnium convivarum rifu excepta fuerat,zquo animo tulit Dionyfius, Non multó póft admonitus oratufque ab amicis Philoxenus,ut à tam apertà loquendi licentià tandem abftineret, pollicitus cit fe deinceps effeturum, ut& vera diceret,& Dionyfii benevolentiam tamen retineret, Nec fané fefellit. Nam cüm deinde tyrannus, quibufdam verfibus, qui miferabiles affectus exprimerent, recitatis, illum interrogaifer, quales hi tandem& Tyran ler viderentur? Miferabiles, refpondit. Quà verbi caupolée fur ambigaitate præftitit quod erat pollicitus. Rex b, ou il fall enim ita accepit, quafi Philoxenus. verfus fuos. fief encore ad movendam commiferationem idoneos effe 2t . te[pondiffet, atque adeó illos laudaffet.: alii veró fic interpretabantur,( quz erat vera dicterii fententia,) quafi miferos, hoc eft, peflimos, dixiffet verfus illos, Di, 1 Lucernam accenfam circumferens DiogeLaëre.jn B6 ambulabat in foro clariffimà luce,quærenti Diog. fimilis, Rogantibus quid ageret, Hominem, inquit, quaro: notans publicos civitatis mores, in qua vix quifquam dignus effet homiAIS nomine, E Hiffoires des Auteurs profanes. 381 l’admit à fa table comme auparavant. Denis ne manqua pas de próner fes Vers à l'ordinaire,& il choifit ceux qu'il imaginoit être fes chefs-d’œuvres. Il demanda ile fuffrage de Philoxène, qui fans lui répondre un mot, appella les Gardes,& leur dit d'un ton férieux: Qu'on me remene aux Carrieres. Cette. plaifanterie libre& ingénieufe, dont tous les Convives ne purent s'empécher de tire, ne choqua Point le Roi. Quelque temps après les amis de Philoxène ayant employé les remontrances& les prieres, pour l'engager à parler avec moins de liberté, il leur promit de profiter de leurs avis,& de donner à l'avenir un tour à fes réponfes, qui, fans bleffer la vérité; fatisferoit Denis. En effet il leur tint parole; car le Tyran leur ayant là une piece qu'il avoit compofée fur un fujet fort trifte& fort lugu- bre, od il falloit exciter la compaffion, il s'adreffa encore à Philoxéne,& lui demanda ee quil penfoit de ces Vers. Je penfe, répondit-il, comme vous, qu'ils font fort propres à émouvoir la commifération. A l'aide de cette phrafe amphibologique>il ne viola point fa promeffe. Le Roi prit cette réponfe dans le fens qui lui étoit favorable, comme fi Philoxéne eüt voulu lui faire entendre que fes Vers étoient capables d'infpirer des fentimens de pitié; mais les autres ne S'y tromperent pas,& la prirent dans le vrai fens, c'eftà-dire, comme s'il eût dit clairement qu'ils étoient fort mauvais& fort miférables. II. Diogene Ye promenoit en plein jour dans la Place publique, une lanterne à la main, affe&ant l'inquiétude& l'empreifement d'une perfonne qui cherche quelque chofe. Il répondic à ceux qui lui demandetent ce qu'il faifoit; Je cherche un homme; Hifoir. psquant par anon 382 Hiftoria é profanis Scripte Animadvertens quemdam imperité jaculan= tem, proximé fcopum confedit;& cüm ex co quæreretur, curid faceret: Ne forzè, inquit, ille me feriat. | Reparoant un ls del'arc 2 Jaume on lu Í. f equat 14 ^in‘Ant. Ad Antifthenem, quem ferre moleftiüs motbi dolores audierat, acceffit cum fica:& cüm + ei dixiffet Antifthenes: Qus me hifce doloribus liberabit 2 Ille, oftensà ficà: Hac, ait. Cui Antiftenes: Do/oribus, inquit, dixi, non yitá, 4. Prætor Præneftinus per timorem fegnius fuos in prælium duxerat. Vids hoftibus, eum quum Papirius Curfor conful'inambalans ante tentorium vocari juffiffet, li&orem expedire fecurim juffit. Ad quam vocem exanimi ftante Præneftino: Agedum lidor, inquit, excide radicem hanc incommodam ambulantibus, Petfufumque ultimi fupplicii metu dimifit. Livius l, De€. 6, ^nt vop de no axCurlor, apt Wacrop, Auguftus pené nulli fe invitanti negabat. 2.Satur, EXcepus igitur à quodam cená fatis parcà& €.4.. pené quotidianà, hoc tantüm infufarravit: Non putabam me tibi tam familiarem. Sueton,, Ilienfibus pauló ferids Tiberium confolantiinTiber, bus de morte filii Drufi: Se quoque, refponv.$2. dit, vicem eorum dolere, quód egregium ciyem He&orem amififfent, Efüuxerant autem tum Hifloires des Auteurs profanes. 383 attaquant par-là les mœurs publiques, dont la dépravation étoit montée à un fi haut point, que l'homme méme n'étoit plus digne d'en porter le nom. Regardant un jour un homme mal-à-droit Atirer del'arc, il alla fe mettre près du but; & comme on lui en demandoit la raifon: C'efb,repliqua-il, afíg qu’il ne me bleffe point. Il alla voir Antifthene, qu'on lui avoit dit être abbatu par les douleurs d'une maladie aigue,& porta avec lui un poignard. Quz me délivrera, lui dit Antifthene auffi-tót qu’il le vit, des douleurs que je fouffre? Voilà votre dibérateur, lui répondit Diogene, en montrant le poignard. J'az demandé, lui repartit Antifthene, qu'on me délivrát de mes maux, € non pas de ma vie. IV. Le Préteur Préneftinus faifi d’une lâche frayeur, avoit mené fa Troupe au combat avec trop de nonchalance. Le Conful Papirius-Curfor, aprés la victoire, le fit venir, & Íc promenant devant fa Tente, commanda au Liéteur de lever la hache. A cet ordre Préneftinus fut glacé d'effroi: Q4 donc, Liéteur, ajoüta le Conful, coupez cette racine qui nuit au paffage. Il le renvoya ainfi troublé par la crainte du dernier fupplice, & lui donna une bonne leçon pour l'avenir. Augufte ne fe refufoit aux invitations de prefquaucun de fes Sujets. L'un d'entr'eux l'ayant traité d'une façon trés-frugale,& fort ordinaire, il fe contenta de lui dire: Je ne croyois pas être avec vous fur un tom ff familier. Les Troyens confolant un peu trop tard Tibere de la mort de fon fils Drufus: Ez moi, leur dit-il, je vous plains d'avoir perdu Hedlor, l'un de yos plus braves Citoyens, Ox 384 Hifforis 6 profanis Script. plus quàm mille anni à morte Heétoris. Quin.l. 5. Cüm Ciceroni in accufatione Verris ali@€, 4 quid obfcuriüs locuto dixiffet patronus Verris Hortenfius: Non intelligo hac anigmata. Atqui debes, inquit Cicero, Cam Sphingem domi "habeas. Acceperat enim Hortenfius à Verre Sphingem æneam magni pretii, Pre. Maximo Confule mortuo die Decembris Cicer. quam partem diei renunciaverat Caninium. Quem cüm plerique irent falutatum de more, Cicer. z, Feflinemus, inquit Cicero, priufquam abeat «d famil, magiftratu. De codem Caninio fcripfit Cicero: Ep. 30. Fui mirificâ vigilantid Caninius; qui fuo toto Confulatu fomnum non viderit. Plus in Quidam adolefcens, quem fama erat patri Cicer. venenum dediffe in placenta, agebat ferocius, & Ciceroni probra ac. maledicta minabatur; cui Cicero: Hoc, inquit, malo à te, quam placentam."Y Quint]. Fabiz Dolabellæ triginta fe annos habere 6. c. 4.. dicenti: Verum eff, inquit Cicero, nam hoc jam viginti annos audio.; Macrob.^. 6. Cüm partà A&tiacà vi&orià Romam in2.Satur, grederetur Auguítus 5 occurrit ei inter gratu£4. Jantes opifex quidam»corvum tenens, quem inftituerat hac dicere: Ave Cafar, victor Imperator. Miratus Cæfar officiofam avem, viginti millibus nummorum emit. Socius opificis, ad quem nihil ex illa liberalitate pue i ultimo, Cæfar Confulem horà feptimá in reliHifoir paroi pl «ot mort. = V Horendt | fri Cieron, Hiffoires des Auteurs profanes. 384 8 y avoit plus de mille ans que ce Héros étoit mort.. V. Hortenfius, Avocat de Verrés, ayant dità Ciceron, qui étoit fon Accufareur, fur quelques termes obfcurs quilui étoient échappés: Je m'entends point ces Enigmes. Vous «devez pourtant bien les entendre, lui répondit Ciceron, puifque vous avez un Sphinx chez vous. En effet, Hortenfius avoit reçu de Verrès une Statue de grand prix, repréfentant un Sphinx d’airain. Le Conful Maximus étant mort le dernier jour de Décembre vers les fept heures du matin, Céfar nomma en fa place Caninius, pour exercer le refte du jour. Comme chacun alloit le féliciter, fuivant la coutume: Hatons-nous, dit Ciceron, de[ui faire notre compliment avant qu’il forte de Charge. Ciceron dit encore de ce même Caninius: Z/ f:z d'une vigilance fi admirable, qu'il ne ferma point les yeux pendant tout le temps de Ja Magiftrature. Un jeune homme qui avoit la réputation d'avoir empoifonné fon Pere dans un gáteau, traitoit Ciceron d'une maniere outrageante, & l'accabloit de toutes fortes d'infultes: J'azme encore mieux, luit dit-il, tout cela de-ta part, qu'un gâtea Fabia-Dolabella difant qu’elle n'avoit que trente-ans: Rien nm'efl plus vrai, repartit Ciceron, car il y a déjà vingt ans que je vous l’entends dire. VI. Augulte, après la victoire remportée à Aium, rentrant à Rome, il. fe. préfenta au milieu d'une foule de gens qui s'empreffoient à le féliciter, un Artifan qui tenoit à fa main un Corbeau, auquel il avoit appris à répéter ces mots: Bonjour, Céfar, viitorieux Empereur. Ce Prince enchanté de la JI, Partie. R 386 Hifloria? profanis Script. nerat, affirmavit Cæfari habere illum& alium corvam, quem afferri poftulavit. Allatus corvus verba quz didicerat expreffit: Ave, vidor Imperator, Antoni. Nihil proptereà exafperaius Auguftus, fatis duxit jubere corvi doctorem dividere acceptum munus cum contubernali. Salutatus fimiliter à pfittaco, emi eum juffit. Idem miratus in pica, illam quoque mercatus cít. Exemplum pauperem futorem follicitavit, ut corvum inftituererad parem falutationem: fed cüm parüm proficeret, fzpe ad avem non refpondentem dicere folebat: Opera & impenfa periit. Tandem tamen corvus capit dicere di&atam falutationem. Hàc audità, dum tranfit Auguftus; refpondit: Satis domi faluzatorum talium habeo. Tum corvus illa verba, quibus dominum querentem folebat audire, fubtexuit: Opera© impenfa periit. Ad quod Cæfar rifit, emique avem jüflit quanti nullam adhuc emerat. Solebat Græculus quidam defcendenti é palatio Cæfari Augufto honorificum aliquod epigramma porrigere. Id cum fruftra fzpe fecifÍet, tamen rurfum eum idem facturum vidiffer Auguftus; breve fuà manu in charta exaravit Grzcum epigramma,& Græculo venienti ad fe obviàm mifit. Ille legendo laudare, mirarique tam voce quàm vultu geftuque. Deinde cüm acceffit ad fellam, quà Cæfar vchebatur, demifsà in pauperem crumenam manu, paucos denarios protulit, quos principi daret, dixitque: Se plus daturum fuiffe, fi plus habuiffét. Secuto omnium rifu, difpenfatorem Cælar vocavit,& fatis grandem pecuniæ fumjam numerari Græculo juffit. Hiffoires des Auteurs profanes. 387 politeffe de cet oifeau, l’acheta vingt mille écus. Son Camarade qui n’avoit rien PA de cette libéralité, affura à Céfar qu"il avoit auffi un Corbeau qu'il demanda la permiflion d'apporter. Le Corbeau dir les paroles qu on lui avoit apprifes: Je te falue, Antoine, vidlorieux Empereur. Augufte, fans fe déconcerter, jugea que c'étoit affez d'ordonner au premier de partager avec fon Compagnon. Ilfit encore l’acquifion d'un Perroquet& d'une Pie, qui lui firent le méme compliment. Cet exemple engagea un P.'uvre Cordonnier à donner la méme lecon à un Corbeau; mais comme il n'avancoit M. il difoit EAE à fon éleve: Ma peine© mon temps Jont perdus. Enfin le Corbeau commença à répéter fon compliment. Auguíte l’ayant entendu en paffant, fe cons tenta de dire: J'az affez chez mo: de ces fortes de Complimenteárs.Le Corbeau alors ajoura fort à propos la plainte que lui faifoit fon maitre mécontent: Ma peine& mon temps font perdis, Cé(ar ne put s'empêcher derire,& acheta ce dernier Oifeau plus cher que tous les autres. Un certain Græculus avoit coutume de préfenter à Auguíte, lorfqu'il defcendoit de fon Palais, guet Eipraees en fon honneur. Il fit plufieurs fois la même tentative fans faccès. Auguíte fentant bien qu'il n'en feroit point quitte fi-tôt, écrivit de fa main une courte Epigramme en Grec,& la fit donner à Græculus, comme il venoit au devant de lui. Celui-ci la lut avec emphafe, & fit paroitre par fes geftes, fon ton& fon air, qu'il étoit extafié d’admiration. Enfuite s'étant approché de la litiere où Céfar fe faifoit porter, il tira de fa pauvre bourfe quelques deniers qu'il lui préfenta, en difant: Qu'Z lui donneroit d'avantage, s’il étoit en état. Tous les Courtifans qui étoient à la R iij Wir 388 Hifforia€ profanis Script. fie de" : gare qe de com Sueton.- 7. Cüm M. Pomponius Marcellus ex oratiode gram ne Tiberii aliquid reprehendiflet quafi minimè 8:22._ Latinum, afürmaretque contrà Atæius Capito & effe illud Latinum,& fi non effet, futurum; Certe mentitur Capito, inquit Pomponius: zz £aim, Cafar, civitatem dare potes hominibus, verbis non potes. Spar. Quum Favorini, viri Cræcæ ac Latinæ linin Adr. guz peritiffimi, verbum quoddam ab Adriano BUNC : ne extremem ris. Imperatore reprehenfum effet, atque ille ce(- E i Qu H " ot Q fiflet; arguentibus eum amicis, quód malé TET D;: fs Amis loi cederet Adriano de verbo quod idonei au&ores wer de ufurpaffent: Non red? fuadetis, inquit jocans" ÿ a .. i.: Uu terme qt Favorinus, qui non patimini me illum. doétio- ies+ rem omnibus credere qui habet triginta legiones, M: pu m ui onn, en reurde comm Mri, un i Plu,- 8. Cüm inter duos fceleftos judex effet Phi‘Apoph, lippus Macedoniæ rex 5 audità causá, pronunciavit: Ut alter? Macedonia fugeret ,alter illum infequeretur. Hocfaceto judicio utrumque exulem effe juffit. ZElianl, Dexidenda erat,& íané derifui ab eodem 22.0.51 Philippo habita eft, Menecratis medici inanis fuperbia. Ille Syracufanus fuit: qui quia comitialibus morbis medebatür, in eam arrogantiam bent, eft prolapfus, ut ipfe fe Jovem diceret. Hanc 7.6. 10, Autem ab iis, quos curabat, mercedem pacifcebatur, ut fe per urbes Gracia euntem comiMir. ll ne Rit aux N Script. M Hifroires des Auteurs profanes. 389. fuite de ce Prince, rirent de cette naïveté. Céfar fit venir fon Intendaut,&. lui donna ordre de compter à Græculus une fomme affez confidérable. VII. Marcus- Pomponius Marcellus ayant repris quelque chofe dans un difcours dc Tibere, comme peu conforme à la pureté du Latin, Atheins Capito foutenoit au con-, traire, qu’il n'y avoir point de faute,& que fi ce quil critiquoit n'étoit point Latin, il pouvoit le devenir. Capto, répondit Pomponius, avance certainement un menfonge: car vous pouvez bien, Céfar, donner le droit de Bourgeoifie aux hommes, mais-vous ne pouvez pas le donner aux mots. L'Empereur Adrien ayant trouvé à redire à quelques expreffions dont Favorin, homme extrêmement habile dans la langue Grecque& Latine, s'éoit fervi, celsi-ci céda; fes Amis lui en. firent des reproches,& le blàmerent de s'être rendu fi facilement fur un terme que d'excellens Auteurs n'avoient point fait difficulté. d'employer. Vous ne me donnez point un bon confeil, leur répondit Favorin, en ne voulant point fouffrir que je regarde comme le plus Sçavant de tous les Mortels ,. un: Prince qui a trente légions fur pied. VHI. Philippe, Roi de Macédoine, Juge entre deux Scélérats après avoir entendu leurs raifons-, condamna l’un àifortir de Macédoine, & l'autre à le fuivre. Le méme. Prince fe moque avec beaucoup: de raifon de l'orgueil extravagant du Médecin. Mene:rate; Il. étoit de Siracufe. Il.s'entêta fi fort de fon habileté à guérir l'Epilepfie, quil pouffa la folie juíqu'à fe dire Jupiter. Il ne demandoit pour toute récompenfe aux Malades qu'il guériffoit, que de R iij Quint. L. R0, To 590. Hifloria à profanis Script. tarentur, minorum Deorum nomina& ornatum gerentes. Mifit aliquando ad Philippum literas, quibus'erat hzc prafixa falutatio: Menecrates Jupiter Philippo felicitatem. Ad ca Philippus refcripfit: Phzlippus Menecrati fanitatem. Suadeo tibi ut Anticyram te conferas, In urbe autem. Anticyra vel optimum nafcebatur, vel optimé temperabatur, helleborum, quo cerebrum purgabatur.Cüm in Macedoniam ad Philippum veniffet, lautiffimum inftrui convivium rex juffit,& novo Jovi ad epulas vocato lecum feorfim parari; tum pro cibo acersam apponi. Ita fuffitus ei fiebat, dum cæteri convivæ exquifitis vefcebantur cibis. Gaudere primüm Menecrates tali honore. At ubi obrepente fenfim fame nihilefcæ apponebatur efurient, feque folo odore thuris à rege pafci tandem intellexi:, jejunus& irrifus difceflit. CAPUT XXXY. Ezcitatur laude æmulatio. r. Cüm Quintilianus expendit utiliufae fit pueros domi atque intra privatos parietes continere, an frequentiz fcholarum& publicis przcceptoribus tradere: inter alia publicz inftitutionis commoda hoc praecipuum pradicat, quód in fchola audiet puer multa quotidie probari, multa corrigi: proderit alicujus objurgata defidia, proderit laudata induftria: excitabitur laude zmulaiio: turpe ducet cedere pari, pulchrum fuperaffe majores. Accendunt hac omnia animos:& licét ipía vitium fit ambi Hifloires des Auteurs profanes. 391 le fuivre dans toutes les Villes de la Grece, ortant les noms& les ornemens des Dieux inférieurs. Il écrivit un jour à Philippe en ces termes: Menecrate Jupiter à Philippe Salut. Philippe lui répondit: Philippe à Menecrate fanté& bon fens. Je Wous confeille de faire un voyage à Anticire, C'étoit une Ville où croiffoit le meilleur hellebore propre à guérir le cerveau, ou du moins od on Ícavoit mieux le préparer. Etant venu en Macédoine à la cour de: Philippe, ce Prince le pria d’un grand repas,& lui fit dreffer une table à part, où on ne lui fervoir pour tous méts que de l'encens& des parfums, tandis que les utres Conviés goütoient tous les plaifirs de la bonne chere. Les premiers tranfports de joie qu'il reffenut de voir fa Divinité reconnue, lui firent oublier qu'il étoit homme; mais quand la faim le força de s'en fouve"nir,& quil vit quon ne lui préfentoit que- de la fumée de creufes odeurs, il quittà la compagnie à jcün,& après lui avoir fervi de rifée. CHAPITRE XXXV. Z'amour de la gloire pique l’émulation. I. Quintilien dans l'examen qu'il fait, fi l'éducation publique doit étre préférée à l'inftiudión domeftique& particuliere, parmi lufieurs avantages qui fe rencontrent dans les Ecoles publiques, infifte fur celui-ci. Un enfant y verra tous les jours fon Maître approuver une chofe, corriger l’autre; blàmer Ja pareffe de celui-ci, louer la diligence de celui-là: il mettra tout à profit; l'amour de-la gloire lui fervira d’aiguillon pour le travail; il aura honte de céder à fes égaux, $921 Hifforjaé profanis Script. tio, frequenter tamen caufa virtutum ef; * Clcer.s: Honeftum per fe effe expetendam indicant de finm, pueri, in quibus, ut in fpeculis, natura-cerniSte tur. Quanta ftudia decertantium funt! Quanta ipfa certamina!. Ut illi efferuntur lztitià, cum vicerunt! Ut pudet victos! Ur fe accufari nolant! Ut cupiunt laudari! Quos illi labores non perferunt, ut æqualium principes fint! Quim. Utile eft habere quas imitari primm, mos 4. 1.€:3*- vincere, velis. Cuna À No&u ambulabat in publico Themiftocles, Tuft,n. Quod fomnum capere non poffet,& caufam. 4: quærentibus refpondebat, Miltiadis tropais fe à fomno fufcitari. Cui non fünt auditz Demofthenis vigiliz? Qui: dolere fe aiebat, fi quando opificum an: telucanà vi&us effet induftriâ. 1::: OX S e. Tufe. Ariftoteles vir fummo ingenio, mirá fcientiæ .7. cOpiâ, cüm motus effet Ifocratis.R hetoris oloE. 7.; D rià, dicere etiam. coepit, adolefcentes docere; & eloquentiam conjungere cum philofophia, DioB. accefferat. Eaërt, in drift. es;: 2i à ho^ Alexander paternz laudis.æmulator, cim Alex. Cum urbem aliquam nobilem expugnaffe, aut * 6 jour lurpe ad quam Xenocratis quoque exemplo incenfus Hifairt ipia rola ce ura deme moyens pour: gris js afusd lv éclat sini y NOUS 4p qu dlememe irs quel cour fon pour ls Is louanges 1 pour primer ea f Y. Thémaltoc vole, parce qu 1 I Toues les oc par Î ninm JOIE Lentes COX cum phi cezemph iat dis zmultor, ct n appa à Hzfroires des Auteurs profanes. 393 il fe piquera même de furpaffer les plus avancés: voilà ce qui donne de lardeur à de jeunes efprits 5.& quoique. l'ambition foit un vice en elle-même, elle eft un des meilleurs moyens pour les conduire aux plus grandes vertus. Les enfanschez qui la fimple innocence de: la'Nature éclate& paroit comme dans un miroir ,. nous apprennent que la. vertu mérite par elle-même d'être. l'objet de nos defirs. Avec quel courage ne fe difputent-ils pas: entr'eux! Quels fréquens combats: ne fe li-vrent-ils point! Quel excès de joie lorfqu'ils. font vi&torieux! quelle honte& quelle confufion lorqu'ils ont le deffous! quelle averfion pour les reproches! quelle paffion pour les louanges! quels efforts ne font- ils pas: pour primer entre leurs Camarades!. Il eft avantageux d'avoir devant foi des modeles qu'on fe flatte.de. pouvoir atteindre, & qu'on ne défefpere pas méme de pouvoir Un jour fürpaffer.— II.. Thémiftocle. fe promenoit la nuit en: public, parce. qu’il ne. pouvoit pas prendre de repos;& quand on lui. en demandoit la raifon, il répondoit: que les Conquétes de. Miltiade L'empéchoient de dormir, Qui n'agpoint entendu parler des veilles: de Démofthenes, qui rémoignoit fon chagrin lorfque les Ouvriers fe levoient avant lui? Ariftote, homme d'un génie fublime,& d'une vafte étudition, frappé de la gloire& de la réputation que le Rhéteur Ilocrate s'éoit acquife, embraffa.ce genre. d'étude, en donna des leçons,& joignit l’éloquenceà-la Philofophie, à laquelle même il ne s'étoit livré que par l'exemple. de Xénocrate, III. Toutes Ics fois qu'Alexandre jaloux dela gloire. de fon pere, apprenoit S avoit. 294 Hifloria.* è profanis Script. infigni victorià potitum effe, acciperet; adeo.: non 1 eju(imodi nunciis lztabatur, ut inter? æquales exclamaret: O amici, omnia nobis praripiet ? di pater, nec quidquam magnificum gerendum reCe linquet! Achillis quoque, à quo fe originem sd" ducere prædicabat, fortitudinem& gloriam ab. '* Homero carminibus celebratam æmulatus, cum ad ejus tumulum in Sigæo adititiffer: O fortunate, inquit, adolefcens, qu tue virtutis Homerum praconem inveneris! Ex veré: nam nifi Ilias extitiffet illa, idem tumulus, qui corpus Achillis contexerat, memoriam cbsaifiét, Plat, in^ Tulium Cæfarem ferunt, cum in Hifpania, Caf. quó reipublice causà miffus erat, legendis Alexandri rebus geftis vacaret, aliquando did. fecum cogitabundum hæfiffe, deinde 1 Jacrymas. profudiffe. Quarum caufam quærentibus amicis: Nonne, inquit, zdonea dolendi caufa eft ,. quód nihildum praclari egerim, eam atatem adeptus, quá Alexander multa regna vincendo: Pperagraverat? Cicer; 1. 4. Honosalit artes, omnefque incenduntur quie. n. ad ftudia glorià tienen ea femper, qua: dera. apud quofque popul probantur. Itaque quó minüs honoris erat Poëtis apud veteres. Romanos, eó minora Potticz artis ftudia fue-runt: feróqie ab illis Poëræ. vel.cogniti vel recepti.* CAPUT XXXVI. Famæ confulendàm eft. Cicerx.^ Cüm nobis à natura moderationis, tempeGffe. n. rantiz, verccundiz partes fint datæ, cumque 99.3 fine eadem natura doceat non negligere quomodo. P nos erga homines geramus; ei Dominis i ingejm au 101 d Ac farambeau:( dus Homère v : CHAPI b Nat Doi CD, 3; 7 Hifloires des Auteurs profanes. 395 pris quelque Ville confidérable, ou gâgné quelque grande Bataille; loin de s'en réjouir, gere, il difoit d'un ton plaintif aux jeunes gens egy| Qui Étoient avec lui: Mes amis, mon pere: Solo,— Prendra tout,€ ne nous Laiffera rien à faire. Il portoit encore envie à la: valeur& à la réputation d'Achille,& il s’écria en voyant fon tombeau: O4 l’heureux Mortel qui trouva dans Homere un Panéeyrifte digne de fon courage!& en effet, fans l'admirable Poëme de l'Iiade, le corps& le nom d'Achille euffent été enfermés dans le même tombeau. On dit que Jules-Céfar s'occupant à lire en Efpagne, où les affaires de la République l'avoient appellé, les exploits d'Alexandre, demeura un jour fort long-temps rêveur, & qu'enfuite il pleura. Ses Amis lui en ayant demandé le fujet: N'ai je pas de quoi m'affiger, leur repliqua-t'il, de m'avoir rien fait de grand à un âge où Alexandre avoit déjà: conquis plufieurs Royaumes 2: IV. L'amour de la gloire cft le foutien des Arts,& l’aiguillon le plus propre à exciter tous les hommes à sy appliquer: aufi voyons-nous que dans chaque Pays ,, ceux-qui ne font point généralement reçus, y languiffent toujours. Moins les Poëtes furent honofésà Rome, moins on y. culiva la poëfie;& ce ne fut que fort tard qu’ils y furent connus,& même admis. XXVI. CHAPITRE XXXVI. im e Il faut ménager fa réputation. 001$ prariig La Nature nous ayant affigné le rôle de: la modération, de la tempérance& de la: retenue,& d'une autre part nous ayant im-. polé certains devoirs à. l'égard: de nos femsR-vjp 396 H:foriæ e profanis Script. Hp nui& liberaliter educati, velle bené audire à Kbls, W° parentibus» à propinquis, à bonis viris, cæte-— s sépuration rifque hominibus; ut. non foldm arrogantiseft,— im piam fed etiam omnino diffoluri, negligere quid de— fre 0* j fe quifque fentiat. Quemadmodumaurem pul-& bien& le; chritudo corporis movet oculos,& dele&at— po> hoc ipfo quàd inter fe omnes partes cum quo-. imer p dam lepore.confentiunt: fic movemusapproba-. pul de tou tionem eorum quibufcum vivimus, ordine,&. pela beauté; conftantià,& moderatione.didborum-omnium,—[gp e atque. factorum, i 2d dans nos attirent. le Grp, Sicupis bene audire, difce bene dicere,&férm, 1. te&6 agere: fic enim perfrueris bonà fama. Uu Praclaré,Socrates dicebat hanc effe proxiDR. mam& quafi compendiariam viam ad famam 2.43.& gloriam, fi quis id ageret, ut qualis haberi vellet, talis effer. Quod fi qui inani oftentatione,& fi&o fermone ac vultu ftabilem fe, gloriam confequi poffe ren:ur, vehementer errant. FiCtà enim omnia celeriter tanquam. fofculi décidunt, nec fimulatum quidquam. potc& effe diuturnum. Paterc.l. Anté confcientiæ confalendum eft, quàm 2.8.31$, fame. Serie K dtne Hiffoires des Auteurs profanes. 397 Blables, nous devons être jaloux d'une bonne réputation;& bien-loin qu'il convienne à une perfonne bien née d'étre indifférente fur ce que fes-parens-, fes amis, les gens. de bien& le refte des Mortels, penfent fur fon compte, il faut pour cela étre parvenu à.umétrange point d'arrogance,& s'être dépouillé de tour fentiment de pudeur. Or com» me la beauté., qui confifte dans la proportion & le rapport des parties d’un même. corps, plaît naturellement aux yeux.,& que c'eft par cette convenance. méme qu'elle leur plait; ainfi la conftance.& l'égalité d'une conduire foutenue,& la.modération: exactement gars dée dans nos- paroles&. nos actions, nous attirent. l'eftime.& l'approbation. de. ceux avec qui nous vivons.: Si.vous fouhaitez qu'on parle avantageufement de vous, apprenez à bien pailer.& à faire le bien; ce n'eft que par-là que vous pourrez jouir d’une bonne réputation. Socrate difoit excellemment que la route la plus fûre& la plus abregée pour arriver X la gloire., c'eft d’être tel.en effet qu’on veut paroître au dehors. Il n'y a point d’erreur plus. groffiere que celle de s'imaginer qu'on peut fe faire un nom folide& durable, en montrant une vaine oftentation, en jouant un faux perfonnage,& en compofant fon air& fon langage. Tout ce qui n'a que lé mafque& l'apparence du bien, tombe tout-à-coup comme une fleur paffagere,& tout ce qui eft étudié& contrefait ne peut. fe foutenir long-temps.| Le foin de fa confcience doit paffer avant celui de fa reputation, Senec; Ep. 43. Plutar, Pol. prec. Hifforia e profanis Script: C APUT XXXVII Vive ut in publico. £. Tunc te virum bonum& felicem judica;, cüm domi tanquam in publico vives, cüm te parietes tui tegent, non abfcondent. Plerümque parietes nobis effe circumdatos volumus, non ut tutius vivamus, fed ut peccemus occultiis. Janitores ædibus noftristam malefatorum confcientia oppofuir, quàm fuperbia. Quid autem prodeft recondere fe,& oculos hominum aurefque vitare? Mala confcientia etiam in folitudineanxia atque follicita eft: bona turbam advocat. Si honeíta funt quz facis, omnes fciant: fi turpia, quid refert neminem fcire, cüm tu fcias à? O te miferum, fi. contemnis hunc teftem! Julii Dtufi ædes pluribus ex partibus patebant vicinorum profpectui. Hoc incommodum faber, fi quinque talenta ci darentur, fe. corre&urum pollicebatur, effe&urumque.ne. pars ulla effet obnoxia profpe&ui;: Tum Drufus: Decem, inquit., dabo, fi talem reddas domum: meam, ut non vicini tantàm, fed omnes etiam: eives videre pofent quomodo in ea vivams. Hifp: CHABI [ 1 Vous fee| g, heureux»| fi de votre= ee ?. Hiffoires des Auteurs profanes. 399 AVIL CHAPITRE XXXVII Vivez comme fi vous étiez toujours erm public. I. Vous ferez homme de bien,& qui plus eft, heureux, lorfque vous vivrez dans le fein de votre famille comme au milieu du Monde;lorfque vos murs ferviront à vous garantir des injures de l'air ,& non pas à vous cacher. Souvent nous nous enfermons pour pécher avec plus de liberté^, plutôt que pour vivre en plus grande füreté. C'e(t le cri de notre con(cience, autant que l'orgueil, qui nous-a fait placer des gardes à nos portes; mais à quoi fert de s'enfevelir dans la retraite,& de fe dérober à la préfence des hommes? Une confcience coupable eft en proie à fes allarmes& à fes in,quiétudes, jufques dans la folitude la plus profonde; mais une confcience pure défic l'Univers entier. Si vos actions font bonnes, quimporte que tous les hommes en foient inftruits à? fi elles font mauvaifes, que gagnez-vous à les tenir cachées, puifque vous ne pouvez vous-imême les ignorer? Que je vous plains f vous ne refpe&ez pas ce témoin! La maifon de Julius-Drufus étoit eXpofée au regard des Voifins par plufieurs en» droits: un Ouvrier lui promettoit, moyennant cinq talens, de corriger ce défaut,& . s'engageoit à démaíquer toutes les vues. Je vous en donnerai dix, lui repartit Drufus, À vous pouvez difpofer ma maifon de telle maniere, que non feulement les Voifins, mais tousles Habitans même puiffent être témoins ocu-—^ daires de ma conduite. 400 Hifloria* profanis Script: Gicer. 2. Magna vis eft confcientiæ in utramque:‘| Hifoit T Mi partem: ut neque timeant, qui. nihil commi V, Le m ne; M 6.^" ferint;& poenam femper ante oculos verfa Lim dobl putent, qui peccarint,.| pocurer ue per fans ue de fes d Nunquam fecura cf prava confcientiàs p. gy. Tuta fortaffe fcelèra effe aliquando poffunt;. fis: fecura.non poffunt. Prima& maxima peccans Les Mé Senec. tium eft pœna, peccaffe. 5:nec ullum fcelus. pda oi Ep. 97.licét publica poena non fequatur, impunitum.—«f eft; quoniam fceleris in fzelere fupplicium: eft. Mala facinora confcientià flagellantur. Pro-prium eft nocentium timere femper& expavefcere. Bona confcientia prodire vult& confz-—«s: le citm pici: ipfas nequitia tenebras timet,. a hi-méme, L Capebles 5 is. gums& aur tifience cherd Tunrer sle mali Hanc Catilinæ& Jügurthz poft patrata flas here. gitia& facinora imaginem expreflitSalluftius,.— qi] p Catilinz animus impurus, Diis liominibuf=: i ad, neque vigiliis, neque quietibus nh*** fedari poterat: ita confcientia mentem excitam vexabat. Igitur color ei ex(anguis: fadi oculi: citus modo, modo tardus, inceffus: prorfusin facie vultuque. vecordia inerat.. 400| Bell Neque poftea-Jugurthæ dies ulla aut nox: Jug. c, Quicta fuit; neque loco, neque mortali cuis 72 Seripe tte : IR f qu. nibil cote, Q6 Oculos ve va confie UTC E Hiffoires des Auteurs profanes. 4ox IL Le témoignage de la confcience pro duit un double effet. Le premier, c'eft de procurer une paix inalrérable à ceux qui n’ont rien à fe reprocher: le fecond, c'eft de rappeller fans ceffe aux yeux du Coupable l'image de fes défordres,& des fupplices qu'il mérite. Le Méchant fur fes yeux en vain metun bandeau; Le crimeett fon tourment,&fon cœur fon bourreau. Les Méchans peuvent bien être en füreté pendant quelque temps, mais ils ne peuvent être fans trouble& fans frayeur. Leur premiere& leur plus grande peine, c’eft d’avoir commis le crime;& il ne refte jamais impuni, quoiqu'il échappe àla vengeance publique: le châtiment du crime eft dans le crime lui-même, La confcience eft le fléau des Coupables; ils ne peuvent fe fouftraire aux craintes& aux allarmes: mais une bonne confcience cherche le grand jour,& veut fe montrer; le mal redoute jufqu'aux plus épaiffes ténebres.. Tel eft le portrait que Sallufte trace: de Catilina& de Jugurtha, lorfqu’ils eurent confommé leurs complots& leurs brigandages. Catilina, ce monftre de débauches, déteftable aux yeux des Dieux& des Hommes, ne pouvoit plus fouffrir, ni les veilles, ni le fommeil, tant fon ame étoit bourrelée par les remords de fa confcience; delà la pâleur de fon teint, la difformité de fes yeux, une marche tantót lente, tantót précipitée 5 la noiceur paroiffoit peinte fur fon vifage. A peine Jugurtha fe fut-il abandonné à Ésexcés., quilne trouva plus ni jour, ni. Hifoirs gutranquiés jan hommes ^od 1] cr 402 Hifloria à profanis Script. quam, aut tempori fatis credere: cives hofte(que juxtà metuere: circumfpectare omnia,& omni ftrepitu pavefcere: alio. atque alio loco fxpe contra decus regium noctu requiefcerc x interdum fomno excitus arreptis armis cumultum facere iita formidine, quafi vecordià, exagitarie joi jamais ^adoit quel alles à la À , Pacit. 3. Tibetio quoque facinora& flagitia fua in Ænnal, fupplicium verterant: neque eum fortuna imeso pediebat quin tormenta pectoris fuafque ipfe poenas in litteris ad fenatum fcriptis fateretur, Itaque non fruftra olim affirmavit vir fapienti przftantiffimus, fi recludantur tyrannorum mentes, poffe afpici laniatus& ictus ,quoniam ut corpora. verberibus, ita fævitià, libidine, malis confultis, animus dilaceratur. xps, on 4, l s& les pl Cîcer, ç. Dionyfius major Siciliæ tyrannus indicavit Sufc. n. ipfe quàm parum effet beatus. Nam cüm qui$1.62, dam ex ejus affentatoribas Damocles commemoraretin fermone copias ejus, opes, majeltatem,magnificentiam ædium regiarum; negaretque unquam beatiorem illo quemquam fuiffe: Vifne igitur, inquit, Damocle, quoniam. hac te vita delectat, ipfe eamdem deguflare,& fortu nam experiri meam? Cüm fe ille capere dixiffet 5 collocari juffit hominem in aureo leo> ftrato pulcherrimis ftragulis; abacofquecom-.plures ornavit argento aurôque cælato. Tum ' ad menfam eximià form pueros dele&tos juifit 5 orit, Hiffoires des Auteurs profanes. 403 "euh uit tranquilles; il ne fe fioit, ni aux lieux, Vou ni aux hommes, ni aux temps, tout lui étoic fufpeŒ; il craignoit également fes Citoyens &{es Ennemis; il jettoit de toutes parts une vue inquiéte,& il trembloit au moindre vent; il changeoit tous les jours d'appartemens, ne . couchoit jamais dans la même chambre,& fe cachoit quelquefois dans des lieux peu convenables à la Majefté d'un Roi: fouvent il séveilloit au milieu de la nuit, couroit à fes armes& faifoit grand bruit: une crainte frénétique s'étoit emparée de tout fon efprit. HI. Tibere trouva auffi fes bourreaux dans fes crimes& dans fes défordres 5 la grandeur& l'éclat de fa fortune n'empécherent point qu'il ne füt en proie aux remords de fa confcience,& qu'il n'en fit un aveu humiliant dans fes Lettres au Sénat. C'eft donc avec raifon qu'un Sage dit autrefois, que fi lon pouvoir pénétrer& lire dans les cœurs des Tyrans, on y verroit les cruelles révolutions& les plaies mortelles que le crime y fait 5 parce que l'ame eft déchirée par les paffions, les défirs& les intrigues criminelles, comme le corps left par les coups de fouet. Denis, Tyran de Siracufe, fit fentir luiméme combien peu il étoit heureux. Un de fes Courtifans, nommé Damoclés, vantoit tous les jours avec une efpece d'extafe fes richeffes, fa grandeur, le nombre de fes Troupes, la magnificence de fes Palais,& fabondance univerfelle de toutes fortes de biens& de plaiirs où il vivoit, ne ceffant de répéter que jamais perfonne n'avoit été plus heureux. Puifque vous penfez ainfi, lui dit un jour le Tyran, voulez-vous gotter vous-même de mon bonheur& en faire épreuve L'offre eft. acceptée avec joie: on e omnium difficillima. Ineunte enim adolefcen- VOIE Cn....--13: GE NUE, Que cel; DE au, cüm eft maxima imbecillitas confilii., tum::QU dd Wo4 Hiflrixm profanis Script. Hifoiré« confiftere, cofque ad nutum illius intuentes.,. p,mocks diligenter miniftrare. Aderant unguenta& co: ils pls ronæ, odores incendebantur, menfæ exquifis unis d tiffimis. epulis erant: inftructz. Fortunatus fibi iles Yéus Damocles videbatur. At Dionyfius in hoc me- iim, aveu dio apparatu fulgentem gladium, à lacunari fet. equinà appenfum, demitti juffit; ut impenderet illus beati cervicibus. lraque nec pulchros illos: adminiftratores afpiciebat, nec plenum artis argentum: nec manum porrigebat in menfam: jam ipfe defluebant corona, Denique exoravit tyrannum ut abire liceret, quód jam beatus effe nollet. Satisne videtur declaraffe Dionyfius, nihil effe ei beatum, cui femper aliquis terror ex confcientia malefactorum impendcea:? snde le plis| à de tout ce jfite une dé der qu'avec us) CAPU T XXXVIIL(H APIT Vita genus eligere y res difficillima. finài, Is rina, 1. De eligendo genere vitz deliberatio, eft. Ur, nya E" d A id fibi quifque genus degenda vita conftituit, d saccacant| E $ Serl m e a Hiffoires des Auteurs profanes. 40% D Une«place Damoclès fur un lit d'or» couvert de y. tapis les plus richement brodés. Les buffets . éoient garnis de vafes d’or& d'argent. Des » Efclaves vêtus magnifiquement l'environnoient, attentifs pour le fervir au moindte fignal qu'il donnoit. On n'avoit point épargné les effences les plus exquifes, ni les parfums les plus délicats: la table étoit fervie à proportion. Damoclés nageoit dans la joie,& fe regardoit comme l'homme du monde le plus heureux. Mais Denis au milieu de tout cet appareil, fit fufpendre(ur fa tête une- épée nue,& qui ne tenoit au planclier qu'avec. un crin de cheval. Dans le moment méme une fueur froide(aifit Damoclés; il ne voit plus cette foule brillante de Domeftiques qui le fervoient; l'éclat de lor relevé par la délicatefle de l'art ne l’éblouit plus; il n'ofe plus toucher les mets; déjà fa Couronne lui tombe d'elle-même; ii ne voit que l'épée,& ne fent que fon danger. Enfin pénétré de fa frayeur, il prie le Tyran de le laiffer aller,& déclare quil ne veut plus être heureux. Denis pouvoit-il faire un aveu plus fincere& plus naïf, qu'il ny à point de bonheur pour celui qui trouve dans les remords d'une confcience criminelle une fource intariffable de frayeurs& d'alarmes? (XU CHAPITRE XXXVIII. re UU L'affaire de la vie Ia plus importante& la plus épineufe, eft le choix d'un Etat. L Il n'y a pas de parti plus difficile à preudre, que celui de fe choifir un état 3 car dans la jeuneffz, où la raifon n’a point allez d’afcendant fur l'efprit pour ls conduire 23;; Hifoins 4o6 Hifloriæ€ profanis Script. ou deae quoi maximé adamavit. Traque anté implica: bre devants tur aliquo certo curfu vivendi, quàm potuit i. jf judicare quid optimum effet. Plerique paten-| ne de vie» tum præceptis imbuti, ad corum morem& iere qud€ exemplum deducuntur. Alii multitudinis ju-|;; ung dicio feruntur,& qua majori parti pulcherri-. i ma videntur, ca maximé exoptant. Nonnulli;?,( fon tamen felicitate quàdam, five bonitate natu- i fe lil rz, five parentum difciplinà, re&am vitæ ji is fecuti funt. viam. Pe gut,& eub enable, IL Il faut d 2. In conftituendo genere vitz, potiffimüm habenda eft ratio nature noftrz, modo non vitiofæ, ut conftare nobifmetipfis poffimus, EE nec in ullo officio claudicare; deinde fortüng, i ü à Saum igitur quifque nofcat ingenium; acrem- 1 lh MA que fe& vitiorum& bonorum fuorum judicem MCA præbeat; ut ad quas res apriflimus erit iniis; potiffimum elaboret. Si veró aliquando neceffitas nos ad ea detrüferit; quo noftri ingenii HP €, dil ... Ly tatio, diligentia; urea; fi non decoré, at quam- ,, minimé indecorè ,facere poflimus. » du moin x ls Si natura non feret, ut quis majorum ftudia EIQUE ne 4imarcher d atque inftirura fequatür: fi non poterit five caufas defenfitare, five populum concionibus Mis tenere, five bella gerere 5 illa tamen præftare ed debebit qua erant in ipfius poteftate,juftitiant; 5 das, COrum my; | min n :"e l» Hiffoires des Auteurs profanes. 407 par elle-même, on fe laifle aller à ce qui flatte davantage,& c'eft par-là qui on fe détermine. Ainfi l'on fe trouve engagé dans un genre de vie, avant d'avoir été en état de Sterne quel eft le meilleur. La plupart imbus des préjugés de l'éducation, prennent le goüt de leurs peres dés l'àge le plus tendre,& fe font un plan de vie fur le leur: d'autres fe laiflent entraîner par le torrent de la multitude, adoptent aveuglement fes décifions,& ne trouvent rien de beau que ce qu’elle approuve. Quelques-uns néanmoins, foit par une heureufe deftinée, foit par l'avantage d'un bon naturel ou d une excellente éducation, fuivent le droit chemin fans s'égarer,& embraffent un établiffement convenable. II. Il faut dans ce choix confulter fur-toue “notre caractere naturel, pourvu quil ne foit pas déréglé, afin de rendus notre état folide, de ne jamais nous démentir fur aucun de nos devoirs,& de nous mettre à l'abri des traits de la fortune. Que chaque homme s'applique donc à connoître fon génie, qu'il fe juge févérement lui-même fur ce qui eft bon& mauvais, afin qu’il ne force pas la nature, & quil ne s'attache qu'aux. chofes auxquelles il fera propre. Si la néceffité nous appelle à des emplois qui ne foient pas de notre goût, nous devons faire tous nos efforts, apporter tous nos foins& toute notre exactitude pour les remplir, finon parfairement, du moins le mieux qu’il nous fera poffible. Quiconque ne fe fent point les talens propres à marcher fur les traces de fes Ayeux, hi la vocation, foit pour le Barreau, foit pour le Goavegüement. du Peuple, foit pour l'Art Militaire, doit être exact au moins à SN 408 Hiftoria? profanis Script.; ie fidem, liberalitatem, modeftiam,temperantiamg gucquirer oe ut minis ab co id, quod defit, requiratur. Ne B & 4 proide; die à de j Ig pili fo qu, X quon have, CAPUT XXXIX. CHAP Magiftratus non fuis, fed civium y comé Un Magi i nodis confulat. pullio, Cicer.3. 1. Magiftratüs ea poteftas, hoc munusefts^ Lledmoié leg.n.2. ut. præfit, præfcribarque recta& utilia,&— wx kim conjuncta cum legibus. Utenim magiftratibus its, ule& leges,ita populo præfunt magiftratus: veréque— lir: cat coa dici poteit; magiltratum legem effe loquentem, eur, ils fon legem autem mutum magiítratum. ps& lon p Mgifrat ela lue,& la Lo N Magiftratibus opus eft, fine quorum prä- Une Vil ne *' dentià ac diligentiâ effe civitas non poteft.lis s Muir€ ‘non folim obtemperare atque obedire cives uiacc& le oportet, fed etiam cos colere ac diligere. Plato ls Peuples doi veróimpios,& Titanum, qui Jovi adverfati tx: docilré,« funt, fimiles effe ftatuit eos, quizmagiftrat-^ un co bus adverfentur. titt les Moni tirent fe(ouley ; à des Dieux, Lam-. Qui modefté paret, videtur qui aliquando Qu fi d prid.| imperet dignus effe, Sane m ja : iie Ubi voluiffet- Alexander Severus aliquos Ixfgdila: 2. dish provinciis rectores, præpofitos, procuratores lui de(| dare; nomina eorum püblicé proponebat, Ut, es IE fi quis é populo aliquid adversüs eos criminis Kd qu À haberet» afferre poflet: dicebatque, quod Chrif- i5 tax liant ac Jadai facerent in eligendis Sacerdotidictador .: ñ ER”."^L MDrement bus, id fieri debere in provinciarum rectori- rena fs s'acquitter—[py u + ipt. Tquigu, $40 Civitm qs h hoc mu sa da& im mg ACTUS 5 Yet quimpix: ir qui ans Severus ap rsus cos H tque> qu zendis SA Hiffoires des Auteurs profanes. 409 s'acquitter de ce qui dépend de lui, c'efti-dire, de tous les devoirs de la juftice, de la probité, de la libéralité, de la modeftie& de la tempérance, afin que l'intérêt public fouffre moins de ce qui lui manque,& qu'on len tienne quite plus volontiers, CHAPITRE XXXIX. Un Magiflrat doit veiller aux intérêts Publics,& non aux fiens propres. I. Le devoir d’un Magiftrat confifte à gouverner,& à ne prefcrire que des choles honnêtes, utiles& conformes à fa fagefis des Loix: car comme celles-ci leur font füpérieures, ils font de même fupérieurs au Peuple;& l’on peut dire avec vérité, qu’un Magiftrat eft en quelque forte une Loi parlante,& la Loi un Magiltrat muet. Une Ville ne peut fubfifter fans y établir des Miniftres de la Juftice, qui par leur prudence& leurs foins veillent à(a füreté, Les Peuples doivent non feulement leur obéir avec docilité, mais auffi les refpecter& les eimer. Platon compare ceux qui fe révoltent contre les Magiftrats à ces impies Titans qui oférent fe foulever contre le Souverain Maitre des Dieux. Qui fçait obéir modeftement, deviendra lui-même un jour digne de commander. Lorfqu'Alexandre Sévere vouloit donner aux Provinces des Chefs, des Intendans& des Officiers, il faifoit propofer leur nom au Peuple, afin que fi quelqu'un avoit quelques chefs d’accufation contreux, il püt les déclarer librement ,:& il difoit à ce fujer: Qu'on devoit fuivre dans le choix des Inten17 Partie, S 410-Hifforia* profanis Script. bus, quibus€ fortuna hominum commutteretts tur€ capita. Lis lon Cicer. 1... 2. Qui Reipublicæ præfuturi funt, hoc Plaliat or tonis preceptum rencant, Ut, quidquid agant ji ad eam refcrant, obliti commodorum fuorum. y de Platon Utrenim tutela, fic procuratio Reipublicæ, y, ad utilitatem eorum qui commifli. funt gerenda eft, non vero eorum quibus eft commiffa, x. Epif. Mihi quidem videntur hzc omnia effe refegdQuinr, Tenda ab iis qui prafunt aliis, ut ii, qui erunt in eorum imperio, fint quam beatiffimi. Eft enim non modo ejus qui civibus, fed etiam qui fervis, qui mutis pecudibus præfit, eorum quibus præfit commodis utilitatique fervire, Itaque gravis,& fortis civis, dignufque principata, tradet fe zotum Reipublicæ, eamque fic tuebitur ut omnibus confulat. Non opes& potentiam confe&abitur: omninoque ita juftitix& honeítati adhærefcet, ut mortem oppe: tat potius, quàm cas deferat. Spa, Adrianus, ubi ad imperium eft evectus; $.$8.— inconcione& in fenatu fxpe dixit: Lea fe rem publicam gefturum, ut non obliyifceretur popult rem effe, non propriam. Hijtoires des Auteurs profanes. 4x1 dans de Province, la regle que les Chrétiens G les Juifs obfervoient dans celui de leurs Prétres, avez d'autant plus de raifon, qu'on leur confieit entre les mains la vie© la fortune des Particuliers. Il. Les hommes deftinés à être à la tête d’une République doivent fe fouvenir du Précepte de Platon, par lequel il leur eft prefcrit de ne fe propofer dans toutes leurs démarches d'autre objets que celui du bien public, fans jamais confulter leurs intérêts particuliers. Car le gouvernement d'un Etat eft comme une tutelle qui ne doit pas tourner à l'avantage de celui qui en eft chargé, mais au profit feul du Pupille. Il me femble pour moi que ceux qui commandent aux autres, ne doivent avoir d'aütre but que celui de rendre heureux, autant quil leur eft potlible, ceux qui font foumi à leur domination. C’eft un devoir impolé non feulement à ceux qui gouvernent le: hommes libres, mais méme à ceux qui conduifent des efclaves& des animaux 3 tous font obligés de veiller à l'intérée& au bien ! des Sujers qui leur ont été confiés. C'eft . pourquoi un Citoyen zélé, plein de courage& digne de commander, fe dévouera fans réferve à la République, fe confacrera tout entier à fon fervice,& s'appliquera pate la fageile de fon gouvernement a repdre heureux tous les Membres qui la compofent: en un mot loin de briguer les richeffes& la fouveraine Autorité, il ne fuivra que la voix dela juftice& de la vertu,& ne s'en écartera jamais au péril de(a. vie. Lorfqu'Adrien monta fur le Tróne, il dit en plein Sénat& le répéta fouvent: Qu'il Je conduiroit dans le maniment des affaires Publiques, de maniere à ne jamais oublier que sij EN 412. Hiftoria à profanis Script, Hifoirs “ent célles qu Cicer.2. 5. Nullum vitium tetrius quàm avaritia, jjj 4 Offic. 1^ præfertim in iis qui rem publicam gubernant,(ru& 77: Habere enim queftui rem publicam, non mo- gavememen dó turpe eft, fed etiam fceleratum& nefarium, saria Nullà autem re conciliare facilius benevolen- ips cimi tiam multitudinis poffunt ii qui præfunt, quàm goi un uai N. 79. abftinentià& continentià. Itaque caput eft in(gm dn]4 omni procuratione negotii& muneris publici, 4s(ürement| ut avaritiæ pellatur etiam minima füfpiio,— 4 qui ont L ‘efement& li 3 dans adn et d'évire ::; /j ÿ érarice. Plain| CÜm videret Cimon omnes ætatis fuz mas—(is voyan Cimon. giftratus, prater Ariftidem& Ephialtem, quxf- 4 temps, d tui habuifle rempublicam Athenienfem,& Tg. qe en Que nas ex ea prædas collegiffe; aliam viam ingref- cverement fus, incotruptum fe& intactum ab omni ava- aidérablemen ritiz labe præftitic; dona oblata conftantiflimè repudiavit, omniaque gratis& innocenter per totam vitam& fecit& dixit. "i une route anpora dune “a confla £i,& toute vie annoncere Vale...— Valerius Publicola cüm tres acceptiffimos pre 4:04. populo Romano Confulatus geffiffet, mortuus tnis is" «eft, glorià ingenti, copiis familiaribus adeo... exiguis, ut funeri fumptus deeffet. Itaque pue. 7j. Livius blicà pecunià eft elatus. Menenius quoque... »2,6:16, Agrippa, quem fenatus& plebs Romana pacis inter fe faciendæ arbitrum legerant, ita pecuniæ inops deceffit, ut fepulturæ honore caruiffet, nifi à populo collatis in capita fextantibus funeratus effet.: i 186 quifonra Sil n que le {inent choi de tur, munt À à lhonneur de it levé par ch pour la| Cicer. 2. O^.» Omni Macedonum gazá, qua fuit maxima, Z6. tres actor gelten uc que at ms Hiffoires des Auteurs profanes. 413 s’étoient celles du Peuple,& non les ffennes propres. III. Il n'y a point de vice plus déteftable, fur-tout dans ceux qui font chargés du Gouvernement d’une République, que l'avarice5 car rien n'eft plus infame, plus odieux, ni plus criminel, que de faire d'un fi noble emploi un trafic& un moyen de s'enrichir. Comme il n’y a rien au contraire qui acquiere plus fürement la bienveillance du Peuple à ceux qui ont l'autorité fur lui, que le défintéreffement& l'intégrité. Donc le point effentiel dans l'adminiftration des affaires publiques, eft d'éviter jufqu'au moindre foupçon d’avarice. - Cimon voyant que tous les Magiftrats de fon temps, excepté Ariflide& Ephiale, 1: avoient en quelque forte commercé fur le Gouvernement d'Athenes,& qu’ils s'étoient 'confidérablement enrichis de fes dépouilles, prit une route entiérement oppofée,& fc comporta d'une maniere irreprochable. Il refufa conftamment tous les préfens qu'on lui offrit,& toutes les paroles& les actions de fa vie annoncerent le défintéreffement& l'innocence: Valérius Publicola, après avoir rempli trois Confulats avec les applaudiffemens de tout le Peuple, mourut couvert de gloire,& avec des biens-f-modiques, qu’il ne laiffa pas de quoi fournir aux frais de fes funérailles; le Tréfor public y fuppléa. Ménénius Agrippa, que le Sénat& le peuple Komain avoient choifi de concert pour Médiateur entr'eux, mourut fi pauvre, qu'il n'auroit point eu l'honneur de la fépulture, fi le Peuple n'eüt levé par chaque téte une fomme fuffifante pour la lui donner. Paul Emile fe rendit Maître detous les tré= Suj 414 Hifloria€ profanis Script.: Polyb potus eft Æmilius Paulus. Tantam in ærariutt LR; Populi Romani pecuniam invexit, ut unius. imperatoris przda finem attulerit tributorum. At hic non modo nihil ex thefauris regiis concupivit, fed ne ipfe quidem fpectare eos dig-: natus, per alios homines cuncta adminiftravit: qi & nihil in domum fuam intulit prater memo-: m Valer], iam nominis fempiternam. Quin, fi Valerio 4»€4. fides habeatur, adeo inops deceffit, ut, nifi. fundus, quem unum reliquerat, venundatuseffet, non habuiffet uxor ejus unde dotem res ciperet.[mitatus patrem Scipio Æmilianus, nihiló locupletior, Carthagine eversá, fuir: ut: nihiló copiofior L. Mummius; cüm copiofiffimam urbem Corinthum fuftuliffet. Italiam ornare, quàm domum fuam, illi maluerunt, gpl Quamquam Iualià ornatà ipfa eorum domus. me ike Cicer) videtar faiffe ornatior. Sic& M. Marcellus,| às don alt fn Verr. CUM captis Syracufis quzdam Romam afpor--=(oriathe, qu At, 6. taffet, quz vitoriæ populi Romani monumen- pales? Ces gré @ 120. ta& urbis ornamenta effent, nihil in dibus poployer tout fuis, nihil in hortis, nihil in fuburbano pofuits deque lus putavitque, fi ejufmodi ornamenta domum; mon gré lex fuam non contuliffet, domum fuam ornamento. fe augmenter urbi futuram. Singulorum enim abftinentiados^; ri &neftica, publicum civitatis decus eft, p Valer:... 4. Quum fecundo Punico bello Cn. Scipio, IV. Cain 0.4. c. 4, Africanipatruus, ex Hifpania Senatui fcripüf-| iun o la fecon fer; petens ut fibi. fucceffor mitteretur, quia it, 0 Hiffoires des Auteurs profanes. 415 fors de la Macédoine, qui furent fi confidérables,& monterent à une fi prodigieufe quantité d'argent; qu'on. ceífa de lever les impôts: fur le Peuple. Bien loin que:'ce Général‘portät envie à ces richeffes: immenfes: 5 il ne daigna pas même les regarder,& gouverna toujours. les finances par des mains étrangeres. Il n'en fit rien pafler dans fa maifon qu'une gloire immortelle. Il y a plus 5 flon croit Valeré Maxime, il décéda dans une fi grande pauvreté» que fi. fa femme n'eüt vendu le petit fond de terre qu’il avoit laiffé, elle n'auroit pu retirer fa dot. Scipion Emilien, à l'exemple de fon pere, après la ruine de Carthage, fe trouva tout auffi riche qu'aüpáravant. Lucius Mummius, fon Collégue.dans la Charge de Cenfeur, en faut-il plus à fon:aile après. avoir pris la Ville-de Corinthe;: qui regorgeoit de biens& de richeffes?- Ces: grands hommes aimerent mieux employer toutes ces dépouilles à orner l’Italie que leurs propres maifons, quoiqu'à mon gré Yembellifement de l'Italie femble augmenter celui de leurs maifons. C'eít ainfi que Marcus Marcellus, après la pri(e de Siracufe, fit tranfporter à Rome tout ce qui pouvoit fervir de monument à là vi&oire du Peuple Romain& d'ornement à la Ville, fans en faire entrer dans fa inaifon, dans fes jardins, ni dans fa campagne 5 & il jugea qu'en n'embelliffant point fa mai-. fon de ces dépouilles y elle n'en. feroit pas moins l'embelliffement de la Ville; parce que le défintéreffemenz de chaque. Citoyen en particulier, forme la gloire publique d'un Etat. IV. Cneius Scipion, Onclé de l'Africain, dans la feconde guerre Punique, écrivit de l'Efpagne, ou il étoit, au Sénat, de lui Sy 416 Hifforis? profanis Script. filiam virginem adulræ jam-ztatis haberet ,nes que ci fine fe dos expediri poffet; Senatus, ne refpublica bono duce careret, patris fibi partes. defumpfit, confilioque uxoris ac propinquozum Scipionis cenftitutam. dotem ex zrario ero» gavit, ac puellam nuptum dedit. Dos autem undecim millia eris füit. In quo. non folim humanitas Senatüs, fed etiam modus.veterum patrimoniocum, cognofci poteft. Namque adeo fuerunt exigua, ut, quia Megullia quinquafina millia zris dotem ad virum attulerat, otat4 cognomen invidiofum invenerit. . Mis temporibus bona animi, non divitiæ; in cunctis rebus ponderabantur. Hzc conciliabant magiftrarus& imperia: hac jungebans affinitates 1 hzc in foro, hzc in curia, hxc intra privatos parietes plurimüm poterant. Patriærem unufquifque, non fuam, augere proe perabat: pauperque in divite, quàm dives in paupere Imperio verfari malebat. 4. Gel, i; L'as.c._$e Extat C. Gracchi 6 Sardinia provincia 32. Romam reverfi oratio, in quà hzc inter alia de fe narrat: Verfatus fum in provincia quomodo ex ufa veftro exiflimabam effe, non quomodo: ambitioni mea conducere arbitrabar. Nemo poffit ver? dicere affom aut eo plus in muneribus me accepiffe; aut meá causá quemquam famptum feciffe. Zonas, quas Romá proficifcens plenas argenti extuli, eas ex provincia inanes retuli. Alii amphoras, quas vini plenas retule-FUnt, eas argento repletas domum reportärunt.. Bons? eyoyer un ucc van flle doat Je san, pour | qe dun À excel | fee, la maria; sement de la fe in; fa dot f dt peut fervir lement la gato encore la nature rimoines; 1s éto Mioolia eut k ins en dot à ic Dans ces Siedi liprit Temporto 3g richeffes; ce ^ar premieres a l'Etat; c'étoie hs Hatonss elles dis le Senat,( ^ lens les Familles fitt y i d'avoir RI Fat razpore Hi n 3t départ de Ron “us que d'autre cri us lae» tj Sud tris ibis & pin. Mer pr üt, Dos E QUO no(i. Dot ve Nigra iUe qui, um anle dent Di, non iri t. Hac im potra) jam, agp * qua dist deba T planas ] Hiffoires des Auteurs profanes. 417 envoyer un Succeffeur, parce quil avoit une grande fille dont l'établiffemenr demandoit fa préfence,& qu'on ne pouvoir doter fans lui. Le Sénat, pour ne point priver la République d'un fi excellent Capitaine, fit le róle de Pere, la maria,& la dota avec le confentement de la femme& des parens de Scipion; fa dot fut de onze mille livres. Ce trait peut fervir à faire connoître non feulement la générofité du Peuple Romain, mais encore la nature& la force des anciens patrimoines; ils étoient alors fi médiocres, que Mégullia eut le furnom envié de dotata, parce qu’elle avoit apporté cinquante mille livres en dot à fon mari. Dans ces Siecles heureux, les qualités de Fefprit l'emportoient en toutes occafions fur les richeffes; c'eft par elles qu'on arrivoit aux premieres Charges de la Magiftrature& de l'Etat 5 c'étoient elles qui formoient toutes les liaifons; elles avoient beaucoup de crédit dans le Sénat, dans le Barreau& jufques. dans les familles; chacun cherchoit à enrichir fa Patrie plutót que foi-méme,& aimoit mieux mener une vie pauvre dans une République riche, que d'étre riche pendant que la République feroit pauvre. V. Caius Gracchus dans le difcours qu'il fit au Peuple Romain à fon rerour de la Province de Sardaigne, rend compte de fon adminiftration em ces termes: Je me fiis conformé à vos ufages G je me fuis prêté a. vos intentions, fans écouter les mouvemens de mon ambition G fans confulter mes intérêts. Perfonne ne peut m'accufer d'avoir reçu un fol en: préfent, ni d'avoir occafionné la moinare dépenfe. Fat rapporté vuides mes coffres, qui& mon départ de Rome étoient pleins d'argent 5 tandis que d’autres., qui ont porté des vales Sy | Hif remplis des 419 Hiftoria à profanis Script. pn : n j A tpa de Paterc.h— Contrà veró. pecuniæ quàm non contemptor- vie comit ;: QNA 5.| MALE co 26.117" faerit Varus Quintilius, Syria. cui prafuerar,| ele Couvert declaravit: quam pauper divitem ingreffus, a pie dives pauperem reliquit. n. il la éoit avant, VE. Les C quimh 6. Cüm. Ser. Sulpicius Galba& Aurelius y iydis *"*5*' Cotta Confules in Senatu contenderent, uter ut qui des adversus. Viriatum in Hifpaniam mitteretur; Viae,& 1. ac magna inter Patres diffenfio effec; omnibus. vans à ce quónam Scipionis Æmiliani fententia inclinare- ado tur expeclantibus: Neutrum, inquit, mihi matti placet: quia alter nihil habet, alteri nihil eff fatis. Imperii ,in quo omnia licet pro arbitrio legere, zqué malam magiltram judicans. inopiam atque avaritiam. Quo dito, ut neus. ter in provinciam mitteretur, obtinuit, 0 udo CAPUT XL. Varia eorum; qui aliis. prafunt y officias.. Cicero,. Y. Difficile di&u:eff, quantopere. conciliet 2s ofr animos. hominum comitas affabilitafque fer149. monis m. Ofic. In gerendo magiltratu exercenda.eft facili2.98. tas& altitudo animi: ne, fi ira(camur aux intempeftivé accedentibus, aut impudenter rogitantibus, in morofitatem inutilem atque odio,Plurar. fam incidamus. Anui- pauperculæ Philippum Æpophe à Te regem obfecranti, ut litem fuam dijudicaret ,.-' m N-+ H nthronie 17: cum. refpondiffer., fibi tempus ad ita non fas=“ip Ù IM digo ad illa nn Hiffoires des Auteurs profanes. 419 remplis de vin, les ont rapportés pleins d'argent. L'Etat de la Syrie fit affez voir au contraire combien Varus Quintilius:; qui en avoit eu le Gouvernement, étoit attaché à l'argent; car d'opulente qu’elle étoit, lorfqu’il y entra, il la laiffa pauvre,& de pauvre qu'il étoit avant, il en fortit riche. VI. Les Confuls Servius-Sulpicius Galba ,. & Aurélius Corta, fe difputant ea plein Sénat qui des deux iroit en Efpagne contre Viriate, 8c les fentimens des Sénateurs: étant artagés à ce fujet, Scipion Emilien, doat on auendoit avec impatience la décifion, opina en di(ant: Je fuis d'avis qu'on my envoie ni lun ni l’autre, parce que l'un. ma. rien,& l'autre ma. jamais affg. M jugea uw'une extréme pauvreté étoit auffi préjudiciable à une autorité fouveraine& fans: bornes, que l'avarice. Cette réponfe termi-na la querelle,& fit qu'aucun. des deux: Confuls n'obtint la.commiffion qu'il demane doit. CHAPITRE XE. Différens devoirs des Perfonnes qui ont l'autorité fur les autres. I Il et difficile d'exprimer combien la: douceur& la politeffe du langage font propres à gagner les cœurs des hommes. Les Maciftrats doivent être d'une humeur: facile, affable,& avoir l’efprit élevé. Eg: effet, s'ils repouffent avec dédain ceux qui: les abordent hors de faifon, ou qui les fati'guenr par leurs importunités, ils fe rendront: odieux.&. inacceflibles par. une. inutile mi-fanthropie. Unc. pauvre femme. conjurant le 420 Hifforia à profanis Script. pereife: Ne ergo fis rex, illa repofuit. Admiratus Philippus liberam vetulz vocem, non folim ei aures prebuit, fed multam quoque jus fbi dici poftulantium turbam audivit ftatim. Macrob.— Quum Augufto principi optimo quidam. =. Sat. libellum fupplicem. porrigens, prz metu& 4d verecundià nunc manum proferret, nunc retraheret: Putas, inquit jocans. Auguftus, ze affemz Suet: in elephanto dare? Jus ipfe dixit affidué,& in: ds^ poádem nonnunquam; fi parum corpore valeret, lecticà ante tribunal collocatà ,. vel domi étiam cubans. Europ, Inter alia dicta Tiajani hoc fertur egregium. L8.^ Amicis culpantibus quód nimiüm in omnes a effet; refpondit: T'alem fe Imperatores effe privatis, quales. effe fibi. Imperatores. privatus. optaret. Co.Nep, Erat in miltiade cum. fumma. humanitas, in Mil- tum mira comitas: ut nemo tam humilis effet ,, ziad.€ cur non ad eum aditus paterer. Contrà PaufaPauf. pias conveniendi facultatem petentibus non dabat, fuperbè refpondebat,& crudeliter imperabat, icr. x, 7 Ita probanda eft manfuetudo atque cleOfüc.n. mentia, ut adhibeatur publicz utilitatis causá $8, feveritas, fine qua adminiftrari-civitas non poSenec.de t£ft- Nam ubr difcrimen inter malos bonofque Clem. 1, füblatum eft, confufio fequitur,& vitiorum: ^*?.— eruptio. Promifcuam habere& vulgarem clementiam non decet:& tam ignofcere omnibus. crudelitas eft, qnàm nulli. Hifoit ! gi hiüpet / cs, 1 I knps: LÉ | qua cere m | bcd qu | vent La latet | gent 1 pora andiene | lens qui lux Un homme nile E d doit la mann,| quine Que P dir Augulte ea Elphant? i f | hgucoup dera gi la nis. 1 3 b rendoit dan à Trajan, cell og, Ses amis. 10) générale: CEA pol vis orc une f tatre les Dons| senpate dun E Frot pas Cayo pt. o(eit, Ari, m Nm b. À Que c divi lin, prE ment ct, unc illus, tef Corpore vj tr earn. Trees, lim in ons fe Emperators mpératrts p 32 hona polgaren c (cere opos Hiffoires des Auteurs profanes. 42% Roi Philippe de vouloir bien terminer fon Procès, il lui répondit qu'il n'avoit point le temps: Ceffez donc d'être Roi, lui repliqua cette femme. Philippe fentit toute la force de cette parole hardie,& non feulement la fatisfit fur le champ, mais même donna audience à une foule prodigieufe de Cliens qui lui demandoient juftice. Un homme préfentant une Requête à Augufte, Prince extrêmement bon, tantôt étendoit la main, tantôt la retiroit, autant pat crainte que par honte? Croyez-vous:> lui dit Auguíle en riant, donner un as- à un Eléphant? Il rendoit lui-même juftice avec beaucoup d'exactitude,& quelquefois jufquà la nuit. Lorfqu'il étoit malade, ou il la rendoit dans fon lit, ou il fe faifoit porter en litiere aux pieds de fon Tribunal. Parmi plufieurs paroles remarquables de (Trajan, celle-ci me paroir tenir le premier rang. Ses amis Ini reprochant une familiarité trop générale: Je fais à chaque Particulier y leur dit-il, ce que je voudrois que chaque Particulier me fit, s’il étoit à ma place. Miltiade joignoir une grande douceur à une extrême politeile: tout le monde avoit accés auprès de lui, fans avoir égard ni au rang ,ni à la naiffance. Paufanias avoit un caradere tout oppofé. Il ne fe laiffoit approcher qu'avec peine, répondoit avec fierté, & fes ordres alloient jufqu’à la cruauté. II. 11 faut pour le bien public allier la douceur avec la févérité, fans laquelle on ne peus parfaitement policer une République; car f vous ótez une fois la différence qui doit être entre les bons& les méchans, le défordre s'empare d'un Etat, il eft bientôt bouleverfé & inondé par um déluge de vices. Il ne convient pas. d'avoir une. indulgence aveugle& 422 Hifleria à profanis Script.[7 | grade à( gi pum g prions ] P. gy. Bonis nocet quifquis pepercerit malis; p T$, Invitat culpam, aui peccatum przterit, Cd nir a Modum-tenere debemus. Sed quia difficile: jyade ju eft temperamentum; quidquid plus æquo futa- drons nous! rum.cft ,.in partem humaniorem-præponderet,— idm Cicer.r. 3. Objurgationes aliquando incidunt necefOffic. n. fariæ, in quibus utendum eft fortaffe& vocis '39.^ contentione majore,& verborum gravitate: acriore. Sed ,.ut ad urendum& fecandum me. yrs mais n dici, fic nos ad hoc genus caftigandi rard in- air 0905. vitique veniamus, nec unquam nifineceffarió ,,—' uk pi fi nulla reperieturalia medicina. Sed tamen ira procul abfit, cum qua nihil red fieri, nihil confideratè, poteft. Atque etiam fignificandum eft, illud ipfum acerbitatis quod habet objurgatio, ipfius causä, qui objurgetur, effe füfceptum.. Médecins nei pfgiils ont Quoi qu'il en! V n v avoir aucun ».0gc; Omnisautem animadverfio& caftigatio consm.88, tumelià vacare deber: neque. referri ad utilitatem ejus qui punit aliquem aut verbis caftigat ,. fed ad. Reipublice commodum. N.s 4 Cavendum. eft etlam- ne major poena ,. quam-culpa, fit:& ne.iifdem.de caufis alii- iss. ke i ie, à plectantur, alii ne appellentur quidem. es. pice, tan Il pnparoire les Tipt, " Hiffoires des Auteurs profanes. 423 univerfelle;& il n'y a pas moins d'inhumanité à pardonner à tous fans diftinétion, quà ne pardonner à qui que ce foit. Epargner des: Méchans la coupable injuftice,. C'eft nuire aux Gens: de bien; autorifer le vice, Il y a de juftes bornes dans lefquelles nous devons nous renfermer; mais comme il eft difficile de ne point fortir de cette égalité; sil y a de l'excés, que ce foi: plutôt du côté de fa-douceur& de l'humanité. III. Les corrections. fe trouvent quelque fois néceffaires,& elles demandent un ton de voix plus ferme& des expreflions plus. fortes; mais nous ne devons en venir là que malgré nous, le plus rarement qu’il nous eft poffible& par pure néceffité, comme les Médecins n'employent le fer& le feu que lorfqu’ils ont épuifé les autres remedes: Quoi qu’il en foit, la colere ne doit jamais y avoir aucune part» puifque toutes les a&ions dont elle eft le principe, ne font jamais, ni juftes, ni mefurées. Il. faut de méme déclarer que fi l'on fe fert de termes un peu duzs., ceft à regret,& que tout ce que la réprimande a damerume, n'eft que pour le bien& lavantage de celui à qui on la fait. Il ne doit rien y avoir d'injurieux ni d'ou-trageant dans les châtimens& les réprimandes,& on ne doit avoir d'autze but: que le bien de la République> fans y chercher aucun avantage pour foi-méme. IV. Il faur encore proportionner la.peine à la faute,& garder l'égalité entre les coupables 5 de forte qu’on n'envoie pas les uns au fupplice, tandis qu'on n'a pas même fair comparoître: les autres, 414 Hiflorin à profanis Script. Prohibenda maximé eft ira in puniendo, optandumque, ut ii, qui præfunt aliis, Legum funiles fint, quæ ad puniendum zquirate dux. Epift, cuntur, non iracundià, Quod. vitium cüm in. privata quotidianaque vita levis effc animi atque infirmi videtur, tum veró nihil eft tam deforme quàm ad fummum. imperium etiam acerbitatem natura adjungere. Quins. a Epi, Cyri& Agefilai, funrmo in imperio, nemo unquam verbum ullum afperius audivit. Senec. 1, Ad co&rcitionem errantium íceleratorumque, de ira.c. lato caftigatore non opus eft, Omne paenz geTj. 16, nus remedii loco admovebo. Varia in tot anis mis civium vitia video;& civitati curanda adhibitus fum: pro cujufque morbo medicina quæratur. Hunc fanet verecundia, hunc mutatio loci, hunc dolor>hunc egeftas, hunc fers rum. Procedam in trib infeftos, fed vultu Legis;& illa folennia verba damnationis pronunciabo, non iratus» fed: feverus.‘ 5: Cicero in egregià illà ad' Quintum fra» trem Afiz Pratorem cpiftolà, quadam eum admonet ut faciat, quedam quód. jam fecerit 1 laudat, quz hic paucis verbis referentur.. Sint hzc fundamenta dignitatis tug: tua primüm integritas& continentia. 5 deinde oniDium, qui tecum funt» pudor; dele&us ig unal non furens, non.' = Hifoin d ys s gi | purae| yir, qi Jaclalfent p gi que là | p cours OK pique dun “ec il pas grade lu meme? Jamais il { d'Agéllais Quid ur puit c " leurs de ierat tout -Jaunt de x yis de tant cs f is,& je qmment je diaquc mal E la hon: de lieu gue plo far a ied: V.Ciceron, tele à fon| - tli donant hs avis,« T(vans, Tes font| Ge fin Rot caf Scrip, n puit int aliis Le, JR aig | Viti Qn "s ei Eum Viri c 1 imperi ms lus audi. ierat, Omne Rus Varia m Griti quay DOO ndis tdi, luy gels lun non fures ny ila(olennis In ug i I Quintum quadam 10d jam fe referent. atis t2: 1 2 5 desde où” 2 deed Hiffoires des Auteurs profanes. 425 La colere fur-tout doit être bannie des chàtimens,& il feroit à fouhaiter que ceux qui gouvernent la Répulique fuffent comme les Loix, qui fans être fufceptibles de colere, ne laiffent pas de punir avec toute la févérité que la Juftice demande. Si ce vice dans le cours ordinaire d’une vie privée eft la marque d’un efprit foible& léger, ne devient il pas encore plus affreux quand il dégrade l'autorité fouveraine de l'humanité‘ même? Jamais il n’eft forti de la bouche de Cirus & d’Agéfilatis aucune parole trop dure. Qu'eftil befoin de recourir à la colere pour punir les coupables, ou pour ramener dans leurs devoirs ceux qui s'égarent? J'emploierai toutes fortes de punitions, comme autant de remedes. J'appergois dans les ef^ prits de tant de Citoyens, différentes maladies,& je fuis chargé de les guérir: Voici comment je m'y prendrai; j'appliquerai à chaque maladie le remede qui lui fera propre 5 la honte guérira l'un, le changement de lieu guérira l'autre; la douleur fait im= preffion fur celui-ci, la mifere& la prifon fur celui-là: enfin je monterai fur mon Tribunal, non avec un vifage où lon verra peinte la fureur, mais la férénité de la Loi, & je prononcerai l'Arrét de la condamnation d'un ton févere& non pas d'un ton emporté. V. Ciceron, dans l'excellente Lettre. qu'il adreffe à fon frere Quintus, Préteur en Afie, en lui donnant quelques éloges, y infere plufieurs avis, comme on va le voir par l'analyfe fuivante. Tels font les principaux devoirs de votre Charge: l'intégrité d'abord& le défintéreffement; enfuize l'exactitude& la retenue. de 416. Hifforig à profanis Script. familiaritatibus percautus& diligens: familie gravis& conítans difciplina. Quid autem erit negotii continere eos quibus præfis, fi te ipfe “contineas? Sit fumma in jure dicendo feveritas: dummodo ca non varietur gratià, fed confervetur: æquabilis. Sed tamen parvi refert abs. te ipfo: jus dici æqualiter& diligenter, nif idem ab iis fiet quibus tu ejus muneris aliquam partem. commiferis. Neque enim fatis eft te ipfum juftum effe,& abftinentem: fed omnes miniftros imperii tui tales praftare& fociis noftris& Reipublica debes. Conftanti famä ad me perlatum eft, tibtom-. nium,quibus praes, falutem, liberos, famam, fortunas effe cariffimas: te voluptati, te pe-: cuniz., te omnium rerum cupiditati fic jam biennium refiftere, utin Afia tam corruptrice provincia nihil te ab fumma integritate continentiaque deduxerit: non itineribus tuis perterreri: homines, non fumptu exhauriri: effe, :; E us quocumque veneris,& publicé& privatim maximam lætitiam, cüm urbs cuftodem, non tyrannum, domus hofpitem, non expilatorem, recepiffe videatur: facillimos effe aditus ad te y patere aures tuas querelis omnium:: nullius inopiam ac folitudinem., non modó publico acceflu ac tribanali,(ed ne domo quidem tuà& cubiculo effe exclufam tuo: toto denique im imperio nihil acerbum effe, nihil crudele, atque omnia plena clementix, manfuetudinis, humanitatis, axis, pro, uu qui p fg& pn qullatte:| las fe ien tinc ane" conficta av gouverné vC | Gardez Ul hice s gakere jam Mais ce Tai appe va brit qii qi vois filie, les en d tous cei muon; Qu & LET alia fr en frais, Wt 3 que Kecvoit© tie(on Tir Hiffoires des Auteurs profanes. 417 eeux qui partagent vos fonctions; le choix fage& prudent de vos amis 5]a pratique conftante d’une févere difcipline, jufques dans le fein de votre famille 5 car quelle peine aurez-vous à gouverner ceux que l'on confiera à vos foins, fi vous fgavez vous gouverner vous-méme? Gardez une extrême févérité en rendant la juftice,& que ni le crédit, ni la faveur n'altere jamais aucune de vos démarches. Mais c'eft encore peu de chofe que de vous comporter dans tous vos Jugemens d’une maniere égale& irréprochable, fi ceux à qui vous remettrez une portion de votre autorité ne marchent pas fur vos traces 5 car ce n'eft pas affez que vous foyez vous-même juite & défintéreilé, mais vous devez encore choifir à la République& à nos Alliés des Miniftres qui vous reflemblent. J'ai appris avec un extrême plaifir, pat uñ bruit qui ne s'eft point encore démenti, que vous n'avez rien de plus cher que le falut, les enfans; la réputation& la fortune de tous ceux qui font foumis à votre domis nation; que vous livrez la guerre depuis, deux ans à lamour de l'argent, à la volupté& à toutes les autres paffions, avec tánt de fuccès, que dans le fein de l'Afie> . ceftàdire, dans une Province où il ef difficile de fe préferver‘de la corruption 3 rien n'a pu jufqu'ici ébranler votre probité ni votresvertu; que vos vifites, loin de porter l'effroi parmi les Peuples,& de les épuifer en frais, y répandent une joie univerfelle 3 que chaque Ville s'empreffe à vous recevoir comme fon Protecteur,& non comme fon Tiran, chaque Particulier comme fon Hóte;& non comme fon Ennemi; que votre accès eft très-Facile 5 que vous prêtez 428 Hiffoia profanis Scripts CAPUT XLI Cicer. Judicis eff in caufis femper verum fiqui, 2. Offic. fl. 15. "EI 1. Dicebat Pythagoras donorum X Deo holian..":; 14.c.34, Mini concefforum hzc duo effe præftantiffima, veritatem. fequi,© benefacere aliis: his enim duobus mortales Deo propé fimiles fieri, Plur in Thebis Ægyptiacis vifebantur fimulacra Ju: Jüde. dicum manibus carentium,& Præfidis eorum oculos in terram verfos habentis. Quo fignificabatur, cos qui jus dicunt nec donis nec . confpe&tu reorum moveri oportere. Diod, Quoniam magna aut bona aut mala à judi Sic. L1.ciis aut æquis aut iniquis in publicam rem veniunt 5 JEgypiiis præcipua judiciorum cura erat. Optimos é majoribas urbibus viros triginta cligebant. Qui confeflus nec Arcopagitis Athenienfium, nec Senatui Lacedæmoniorum, videtur fuiffe poftponendus. Hi unum ex fe fe, juftitià maxime infipnem, fibi Præfidem dicebant. Stipendium à Rege omnibus dabatur in victum& alias res neceflarias. Cüm ad judicandum conveniffent, Præfes collo fuo. torquem aureum circumponcbat, à quo fufpenfa: Hifoi forcille aut fencrée,#0 mais ufi d l bre, em | eux fans 2} | de dur; de! J maniere de 1 geh bonté CH ee ], Pirhago tunes ue Di gus excel fuyre lavi ni que ce Monels app On voyoi de Juges f milieu d'eux terre, On v tur qui re ffr touche mots de con Les Eypi où le men ment de là: üt, sap fin,&y (n tiroit de plus honnéte doit en rien Sénat de L mêmes à le le plus par but alin "Tib, US WU fi 00m; D dr fmc Pralidis coms ts, Qu (oa t mal e publicam x idiciorum ca quo lii Hiffoires des Auteurs profanes. 429 l'oreille aux plaintes de tout le monde; que l'entrée, non-feulement de votre Tribunal, mais auffi de votre maifon& de votre chambre, eft ouverte aux pauvres& aux malheureux fans appui; qu'en un mot il n'y a rien de dur, de fâcheux, ni de cruel dans votre maniere de commander, mais que tout y refpire la bonté, la douceur,& l'humanité. CHAPITRE XLI. C'efü le devoir d'un Juge de ne jamais s'écarter du vrais I. Pithagore difoit qu'entre tous les avantages que Dieu a donnés à l'homme, les deux plus excellens étoient ceux-ci: De pouvoir Juivre la vérité,© faire du bien aux autres, puifque c'eft par ces deux endroits que les Mortels approchent le plus de la Divinité. On voyoit à Thebes en Egypte des Statuës de Juges fans mains, avec un Préfident au milieu d'eux, qui avoit les yeux collés en terre. On vouloit faire entendre par-là que ceux qui rendent la juftice ne doivent fe laiffer toucher, ni par les préfens, ni par des motifs de compaffion. Les Egyptiens perfuadés que le bonheur ou le malheur d'un Etat dépend principalement dela maniere dont on y rend la juftice, s'appliquoient particulierement à ce foin,& y donnoient le plus d'attention. On tiroit des principales Villes trente des plus honnêtes gens; ce Tribunal ne le cédoit en rien à l'Aréopage d'Athenes; ni au Sénat de Lacédémone. Ils mettoient euxmêmes à leur tête celui qui s’étoit diftingué le plus par l’amour de la juftice. Le Prince leur affignoit certains revenus pour fubfiftez at 43 Hifforia é profanis Script.— erat, confecta ex pretiofiflimis lapillis, ima» go, quam Veritatem dicebant,& octo volumina, in quibus fcriptz erant leges ZEgyptiorum, proponcbantur in medium. Actor& reus, non verbis, fed fcripto tantum, caufam agebant:& poftquam res fatis liquere judicibus vifa erat, ferebatur fententia,& Præfes Veritatis imaginem convertebat in alterum é litigatoribus qui causà vicerat. Hoc modo cuncta judicia peragere Ægyptiis folenne erat. Caufidicorum oratioñe mulum caliginis juri offundi arbitrabantur;& fpe fieri, ut oratorum artes, actionis præftigiæ, lacrimæ periclitantium, judicum aures, oculos, animos fic afficerent, ut unam veritatem non amplius intuerentur. Ifocr.in*- Athenis in Senatum Areopagiticum nemiÆreop. nem admitti fas erar, nifi& honefto loco natum,& vitz modeftià fpeétatidimum. Cicer.x., Nibil illis judicibus conftantius, nihil feveL. Ad Ar- rius, nihil fortius. Qui caufam apud eos dicetic.Epift bant, ab. iis omnibus, quz ad conciliandam I4.... benevolentiam& movendos affectus valent, L2.c.17. Jubebantur abftinere: quod fi negligere vide1. 6, c. 1. rentur, præconis voce cohibiti tacere cogebanLucian. zur. Ne rcorum.quoque miferando afpectu juiH dices commoverentur, ipsà nocte, nullisadPollux Motis luminibus, judicia exercebant: fummo1.8.c.10. que filentio fententiam rabellà dabant, ita ut Quint alter alterius fententiam ignoraret, Puerum coturnicum oculos eruentem dicuntur damnafle, Valer.!. judicantes id fignum cfle perniciofifimæ-menBe C. 6. tis,multifque malo futurz, fi adolcviflet. Iidem quid quifque Athenienfium ageret, aut quonam quæfiu fuftentaretur, diligenuffimé inqui,a8uie; Fifoires agorablement lc Drei iol; doi gu pile on apporoit à ipérré[ur a pypticus rend eue forme; 1 Ja nob ‘eur dans l'Ar sextraction, 6 $, Iegar 17D du mauvais cript, »& od Vl (eges ove ntm, cuf ! | liuere à | que y Hifloires des Auteurs profanes. 431 honorablement. Lorfqu'ils s'atfembloient pour juger, le Préfident portoit un collier d’or à fon col, d’où pendoit une Figure faite de pierres précieufes, qu'on appelloit Za J^érité, & on apportoit au milieu des Juges huit. Volumes, ou étoient renfermées-les Loix des Egyptiens. Les Parties ne plaidoient entr’elles que par écrit 5& lorfque la Caufe avoit été.difcutée avec tout le foin& l'examen poffible, le Préfident appliquoit l'Image de la vérité fur la Partie qui avoit gagné. Les Egyptiens rendoient tous leurs Jugemens en cette forme 5 ils croyoient que l'éloquence des ‘Avocats, la noblefle du difcours, les charmes de la déclamation, les larmes des malheureux, ne fervoient fouvent qu'à répandre une plus-grande obfcurité fur le bon droit,& à éblouir tellement les Juges, qu'ils ne pouvoient plus difcerner la vérité, IL. Il étoit défendu de recevoir aucun Sénateur dans l'Aréopage, qui ne füt de bonne extraction,& connu par la régularité de fes mœurs. Rien n'étoit plus ferme, plus intrépide, ni plus févere que ces Juges. On ordonnoit à ceux qui plaidoient devant leur Tribunal, de n’employer aucun des moyens propres à furprendre la bienveillance,& à émouvoir les pafüons. S'ils paffoient cette Loi, le Hérault leur impofoit filence. Ils rendoient leurs Jugemens en pleine nuit fans lumiere, pour n'être point touchés par une fauffe compaffion à la vue des coupables,& ils donnoient leurs avis fur des tablettes dans un profond filence, de forte que l'un. ignoroit l'opinion de l'autre. Ils condamnerent à mort un enfant accufé d'arracher les yeux aux Corneilles, regardant ce jeu comme la marque d'un mauvais naturel qui auroit un jour 432 Hifforis à profanis Script.: gebant: ut cives vitz rationem reddendam effe memores, honeftatem fequerentur. Herod. LT 3. Sifamnem, unum€ Perfarum judicibus; quód pecunià acceptâ injufté judicaffet, rex Cambyfes morte plecti juffit; interemtoque etradtà pelle contexit tribunal in quo ille federat: tum filium ejus Otanem ibidem(edere judicem voluit, almonitum ut nunquam pa5 ternz culpe ac pœnæ oblivifceretur. Severior iu* poftea Artaxerxes,alius Perfarum rex, in quofdam malos judices fuit: nam vivis pelles detrahi precepit, iifque aliorum judicum fubfellia infterni, ut recens femper ante oculos haberent exemplum juftitiæ non impuné violata. Sehece Qui ftatuit aliquid parte inauditá alterá, ÍnMedea y Equum licét flatuerit, haud æquus fuit, Vo 2CO. ;.. 4. Quemdam ex inimicis vocaverat in judicium Ariftides:& judices, auditàaccufatione, confeftim fententiam laturi videbantur de reo, quem audire abnuebant, notam omnibus accufatoris juftitiam ac fidem reveriti. Tum Ariftides in medium proceffit,& unà cum reo fupplex concidit ad pedes judicum, orans ut inimi€us audiretur,& ex legibus cum co ageretur, ve la vertu dgide, Il[. Le Ro lm des Jur ifft corrom; me Sentance: k en f com ni il vou c ce, pour] feur de La fa ire, Attarerce js erande fe uas Jupes, 9 ht peau fervi ts Juges, afi st les veux on ne viole (uiconque juge Enjugeantjuflen & les Enn Tut entendu[ac Lire Script, reddendam es un ; iere mal in qu em ibidem fs A nunquam p keretur. Se " m ide, aud equus f, Hiffoires des Auteurs profanes. 433 des faites funeftes, fi on le laiiloir grandir. Ces mêmes Sénateurs fe faifoient rendre un compte fidele de la profeffion que chaque Athénien exerçoit,& de la conduite qu’il tenoit, afin de contenir tous les Citoyens dans leurs devoirs,& les obliger à fuivre la vertu par la crainte d’un examen fi rigide, II. Le Roi Cambife fit mourir Sifamnes, fun des Juges de Perfe, parceque s'étant laiffé corrompre par argent, il avoit rendu une Sentence injuíte. Il lui fit ôter la peau, & en fit couvrir le fiége de fon Tribunal, où il voulut que fon fils Otane rendit la - Juftice, pour lui rappeller fans ceffe le fou-$eauir de la faute& de la punition de fon Pere. Artaxerce, Roi des Perfes, ufa d'une plus grande févérité à l'égard de quelques mauvais Juges. Il les fit écorcher. vifs,& leur peau fervit à faire des fiéges aux auues Juges, afin qu'ils euffent toujours devant les yeux un exemple qui leur apprit quon ne viole pas impunément la Juftice. Quiconque juge avant d'avoir tout écouté En jugeant juftement bleffe encor l'équité, IV. Ariftides avoit cité en Juftice quelqu'un de fes Ennemis,& les Juges aprés avoir entendu l’accufation, fe difpofoient à prononcer l’Arrêt de condamnation contre l'Accufé à qui ils avoient refufé la liberté de fe juftifer, par refpe&t pour la vertu& l'intégrité de l'Accufateur. Ariftides s’avança au milieu de l'affemblée,& fe jetta avec l'Accufé aux pieds des Juges, les conjurant de laiffer à fon ennemi la liberté de fe défendre,& de ne lui pas refafer une grace que les Loix lui accordoient. Il Partie, T Idem in 434. Hifloriæ à profanis Script. Alexander primis regni annis, cüm in capita Alex, libus caufis judex federet, loquente accufatore alteram aurem admorà manu occludebat.Interrogatus cur id faceret; J//am, inquit, aureng reo integram. feryo. Cicer. 3:— s. Nihil contra Rempublicam, neque contrá Offic n- jusjurandum ac fidem amici causà vir bonus ii faciet: ne fi judex quidem erit de ipfo amico; Ponit enim perfonam amici, cüm induit judicis. Hoc folüm dabit amicitiz, ut vétam amici caufam effe malit, ut perorandæ liti tempus, quoad per leges liceat, accommodet. Itaque præclarum à majoribus accepimus morem ea tantüm rogandi judicis, quz falvà fide facere poflet. Pro. Eft fapientis judicis, meminiffe non folüm Cluent. quid poteftati fuz permiffum fit à Republica, 2 EP fed etiam quid fidei commifium ac creditum; Poft. n. abfolvere aliquando, quem oderit; quem verd ia amet, condemnare: non putare, fibi, quodcumque concupierit, licere: fed habere in confilio legem, religionem, æquitatem, fidem; libidinem autem, odium, invidiam, metum; cupiditatefque omnes amovere: maximéque xebus omnibus praeferre confcientiam mentis fuz, quam à Diis immortalibus accepimus, quz à nobis divelli non poteft: quz fi optimozum atque fa&orum teftis in omni vita nobis erit, fine ullo metu& fumma cum honeftate vivemys. ; nous appreu Hifi Alexandr : fon gat; praes" cofateut par | Tune de fes mandoit la eralle toute V. Un ki pour fon ai contre fon| quand bien fe dépouill lu de Ji dors à T Cafe de for donner tout tent por di Peres pour le i ne demand ^ devoir leur| Cel le de de ne jamais ltendue du : donné, ma qielé lui à c tiis fon E k i fs Tugemes mors ont or t efi Mot toutes ni crit, QU tn es te acci did]; d tnquit 1 Uvdanai de liti ttp. Hiffoires des Auteurs profanes. 434 Alexandre, dans les premieres années de fon regne, lorfqu'il jugeoit des caufes importantes, pendant tout le temps que l'Accufateur parloit, bouchoit avec fes doigts l'une de fes oreilles Comme on lui en demandoit la raifon: Je réferve, dit-il, certe oreille toute entiere à l' Accufé. V. Un homme de bien ne fera jamais rien pour fon ami, ni contre la République, ni contre fon ferment, ni contre‘fa promeffe, quand bien méme il feroit fon Juge; car il fe dépouille du nom d'Ami, lorfqu'il prend celui de Juge. Tout ce qu'il peut accorder alors à l'amitié, c’eft de fouhaiter que la Caufe de fon Ami fe trouve bonne,& de lui donner tout le temps que les Loix permettent pour difcuter fes intérêts. C'eft ce que nous apprend cette formule établie par nos Peres pour les follicitations, qui nous réduit à ne demander aux Juges que ce que leur devoir leur permet. C'eft le devoir d'un Juge prudent& éclairé, de ne jamais perdre de vue, non feulement l'étendue du pouvoir que la République lui a donné, mais auffi l'importance du dépôt qu'elle lui a confié; il doit pardonner quelquefois à fon Ennemi, condamner fon Ami* ne point mefurer fa puiffance à fes defirs ambitieux, mais confulter toujours la Loi, la Religion, l'équité, la bonne foi, écarter de fes Jugemens la paffion, la haine, l'envie, la foibleffe,& tous les autres défauts; en un mot, préférer à tout le fentiment intérieur de fa confcience, que les Dieux immortels ont gravé dans nos ames en caracteres ineffaçables; fentiment qui, sil animoit toutes nos actions& tous nos defféins dans le cours de notre vie, nous la feroit paffer fans aucun trouble,& fans jamais attaquer la vertu. T ij A. Gell. Lhn,cs : Pin. "poph. 436 Hiftoria à profanis Script.— 6. Chilo iile fapiens in re capitali amici fui aliquando judex fuit cum duobus aliis judicibus, Itaque aut amicus ei capite plectendus erat, autlegi adhibenda fraus. Confultanti fecum quid in tam ancipiti cafu faciendum effet, hoc optimum vifum eft. Sententiam, quà amicum damnaverat, diffimulans ac tacens, duobus fociisjudicibus, ut eum abfolverent, perfuafit. Sicque fe& amici& judicis officio fundum faille exiftimabat. Verüm die vitz fupremo amicos circumftantes allocutus, cum dixitfet nihil à fe commiffum effe, cujus memoria aliquid. ægritudinis afferret morienti 5 confeflus eft fibi nondum liquere, rectène, an perperam feciffet in illo amici judicio: hancque fe ex co fa&o capere moleftiam, quód metueret ne perfidi hominis fuiffet, in eadem re, eodemque tempore,& communi negotio, aliis fualiffe diverfum ab eo quod ipfe juftum,& à fefaciendum duxerat. Virum fapieniià praftantem hac res metitô anxium& follicitum habebat. Declinavit enim de via,& à juftitia difceffit, cüm falfum confervandi amici causà confilium dedit, 7. Antigoni regis frater Marfyaslitem habes bat, poftulabatque ab ceo fibi domi judicium inftitui: Melihüs quidem, inquit Antigonus, in foro,& omnibus audientibus res agetur, fs aihil injuftè facere in animo eff. j qe la Sente 1 p iu le 1 chant sil av démarche Ti étoit d'avoir en donnant mue, des c f uk s tur. VI. Marfga SQQ. | YeTent ner NI pir litis oi Hiftoires des Auteurs profanes. 437 VI. Chilon, l'un des fep: Sages de la réce, faut choifi avec deux autres, pour ager un de fes amis dans une affaire criminelle. Il n’y avoit point de milieu; ou il falloit condamner fon Ami, ou il falloit tromper la Loi par un détour aitificieux. Après avoir long-temps délibéré en lui-méme fur le parti qu’il devoit prendre dans une conjoncture fi délicate, celui- ci lui fembla le;heilleur. Il diffimula& garda fous le fecret la Sentence de mort qu'il avoit portée contre fon Ami,& perfuada aux deux autres Juges de le renvoyer abfous. Il comptoit par ce moyen avoir rempli le devoir de Juge & d'Ami; mais au dernier moment de fa vie, comme il s'entretenoit avec fes amis, il leur dir qu’il ne fe fouvenoit point qu'il eût commis aucune faute qui püt troubler fa contcience, mais quil fe(entoit quelque fcrdpule fur le Jugement de fon Ami, ne fçachant s’il avoit bien ou mal fait; que cette démarche linquiétoit, par la crainte où il étoit d'avoir joué le perfonnage d'un Fourbe, en donnant dans une méme circonftance, dans un même temps,& dans une affaire coms: mune, des confeils tout oppofés à ce qu'il croyoit jufte,& à ce qu'il auroit fait luiméme. Ce n’étoit point fans raifon que ce Sage étoit allarmé; car il s'écarta pour lors du droit chemin& de la juftice, en donnant un faux avis pour fauver fon‘Ami du ' danger. VII. Marfyas, Frere du Roi Antigone, avoit un Procès,& il pria ce Prince de ‘permettre qu'on plaidát fa Caufe en particulier: Cela fera beaucoup mieux en public, lui repartit Antigone,& ex préfence de tout le monde, à moins que vous m'ayez quelque defféin contraire à l'équité, o v T ij 438. Hifforim à profanis Script.: Philippum regem rogabat Harpalus, qui gratià plurimum valebat apud eum, ut propinquus:& familiaris fuus Crates, accufatus injuriarum, mulé&tam quidem folveret, fed non damnaretur publico judicio ,. ne inimicorum aliorumque hominum maledi&is pateret. Cui Philippus: Sazius eff zpfum propter culpam, quam nos. propter illum, mèlè audire. uen in Cüm litis inter duos privatos judex effet TuHd€» Ariftides»& alter conciliandæ fibi judicis be-. nevolentiæ causá diceret adverfarium multa in Ariftidem injuriosé feciffe: Quin zu potils, quit, bone vir, fi quid ille te lafit, eloquere,. 15i enim nunc, non mihi, judex. fum, CAPUT XLIL Cives magiftratibus pareant, magiftratus : legibus. Cicer.2.— 1. Divina mens, prima& fumma lex eft, de leg. n» alia jubens, alia verans: ex qua illa lex, quam 2 Philipe Dii humano- generi dederunt, profecta eft, z. 28. Ratio, ad recté faciendum impellens& à delicto avocans. 2. Leg. Conftat profe&ó ad f2lutem civium, vitam1. que omnium quietam& beatam, conditas effe leges: eofque, qui primüm ejufmodi. fcita fanxerunt, populis oftendiffe, ea fe fcripturos atque laturos, quibus fufceptis honefté beaT De téque viverent. Vitiorum enim emendatricem Leg. n, legem oportet effe, commendatricemque vit58. turum. Ideoque fupplicia vitiis proponit, præmia virtutibus.: x Hifoi Harpalus> ups du J dwir de€ hui(rates, soie» X race publiqu | quie,& sat THIÈUX> hort à cad) de hu kite€ deux Dari mer h bicay dir que fon ; fais ti voir CHA Les Citoya ‘rats, 8 1 L'efrit fouveraine Lo iqi en d tete Loi que es hommes, c pos au bien, lux nayent€ ton, le repos k que le pri . Mum& des Fit& plus+ lli, Omer la. Quar la y ntglfratu I pokáad, npelleos$i Hiftoires des Auteurs profanes. 435 Harpalus, qui avoit beaucoup de crédit auprès du Roi Philippe, s'en fervit, pour obtenir de ce Prince que fon Parent& fon Ami Cratès, accufé d'avoir commis quelques injuftices, ne füt point flétri par une Sentence publique, ni expofé aux avanies du Peuple,& aux infultes de fes ennemis, mais fimplement condamné à l'amende: I/ vaut mieux, repartit Philippe, qu’il foit deshonoré à caufe de fa faute, que nous à caufe de lui.: Ariftides étant Juge d’un différent entre deux Particuliers,& l’un d'eux, pour gagner la bienveillance de fon Juge, lui ayant dir que fon adverfaire lui avoit fait tort en plufieurs occafions: Dires plutôt ,. répondit Ariftides, Je zort qu’il vous a fait; car je fais ici votre Juge,€ non le mien. CHAPITRE XLII. Les Citoyens doivent obéir aux Magif- trats,& les Magiffrats aux Loiz. I. L’efprit de Dieu eft la premiere& la fouveraine Loi, qui ordonne.certaines chofes, & qui en défend. d'autres;. de-là eft émanée cette. Loi que les Dieux ont donnée à tous. les hommes, c'eft.à-dire, la raifon, qui: nous porte au bien,& nous détourne. du mal. On ne peut révoquer en doute que les Loix n'ayent été établies pour la confervation, le repos,& le bonheur des Sujets, & que le principal but des premiers Légiflateurs n'ait été de donner aux hommes des maximes& des moyens pour vivre plus heuteux& plus vertueux: car l'effet propre à la Loi, c'eft de réprimer le vice& d'encourager‘la vertu. Auffi propofe-velle des T iv A40 Hifforig profanis Script. Livius; Sicut morbos antè neceffe eft cognitos effe: 1.34«644. P., quàm remedia eorum: fic cupidizates prius natz funt, quàm leges qua iis modam faceTacit. rent. Vetuftiffimi mortalium, quorum atas: 3. Ann. aurea di&a eft; naturam& ducem& legem a pili habentes, fine probro& fcelere, atque ideo. Ep.9o, fine coërcitionibus& pœna vitam agebant, Nec pramiis nec. minis Opüs erat, cum honefta fuopte ingenio peterent,& nihil contra morem cuperent. At poftquam pro modeftia. incufsére ,leges conditæ funt. Sic Cretenfibus Minos, Spartanis Lycurgus, Athenienfibus. Solon, leges perfcripfit Juf.l3. x, Lycurgus non habentibus Spartanis Îeges & 2: inftituit,& duo exemplo confirmavit: fi quidem nihil lege ullà fanxir, cujus non ipfe primus in fe documenta darer. Populum in obfequia Principum, Principes ad juftitiam imperiorum formavit: parcimoniamque omnibus. fuafit, exiftimans laborem militiz affiduà fruValer.l, galitatis confaetudine faciliorem fore. Tanto $.c.3. viro neque vitæ-fumma integritas, neque confPluz.in tantiffimus erga patriam amor, neque leges faz Lycur. lubriter excogitatz, auxilio effe potuerunt, quominusinfeftos. cives experiretur, Lapidibus. enim aliquando petitus à divitibus quibufdam ,. quorum luxui frænos injecerat, foro ejectus, -oculo'etiam privatus fuit, Hoc facinus admifit adolefcens nomine Alcander> qui Lycurgi& foro fugientis tergo inhærens, refpicientem fibià populo traditum ad poenam, cgregié ul& pudore, ambitio, vis, alizque cupiditates. percuffit baculo, cique ocolum excufflit, Illum, monta Hi skcompente fme Comme ls maladie | ve un feda ont vécu d g& pour! foient Jour fuent&o! imens, Il 1 ni de mena vurellement à rici contrel' pis la place te, quil fal « donna au IL Lyco | ants, q lexécater n f iret la for je cxempe, ns aux Prince se qe. 1 prx& dea h impii coutumer aux n la con amour invio UU* pat - bablifement c uf gau À lajuftce de( jt infe à ides dont j he, daft vl. Un jeune Tipt, Atos fr ddr : Hiffoires des Auteurs profanes. 441 récompenfes à l'un,& des châtimens à l'autre. Comme il a été néceffaire de connoître les maladies, avant les remedes qui leur font propres 5 de même les paffions ont pris naiffance avant les Loix qui devoient y mettre un frein. Les plus anciens Mortels qui ont vécu dans l’âge dor, n'ayant pour guide& pour loi que la feule Nature, ne fouilloient leur vie par aucun crime,& par conféquent- étoient- exempts de peines& de châtimens, Il n'étoit befoin ni de récompenfes ni de menaces, puifquils fe portoient naturellement au bien,& qu'ils ne- defiroient rien contrel'ordre. Mais à peine l'ambition, la force ,-& les autres paílions eurent-elles pris la place de la pudeur& de la modef= ‘tie, qu'il fallut établir des Loix. Ainfi Minosen donna aux Crétois, Lycurgue aux Lacédémoniens,& Solon aux Athéniens. II. Lycurgue ne donna aucune Loi aux Spartes ,. qui n'en avoient point, fans l'exécuter lui-même tout le premier,& en affurer la force& le maintien par fon propre exemple. Il apprit au:Peuple à être foumis aux Princes ,.& aux. Princes à gouverner” avec équité. Il infpira par-tout l'efprit: d'épargne& d'économie, regardant l'Ecole de la frugalité comme la meilleure pour s'accoutumer aux travaux de la guerre. Mais, ni la conftante régularité des mœurs, ni Pamour inviolable de la Patrie, ni le fage. érabliffement des Loix, ne purent garantir. un fi grand homme de lingratitude& dc l'injuftice de fes Compatriotes.. Il fut un jour infulté à coups de pierres par certains. Riches dont il avoit repris hautement le: luxe, chaffé du Barreau,& il perdit un œil, Un. jeune homme nommé Alcandze fus: 442 Hiflria à profanis Script. tus eft Lycurgus: nam cüm domi miniftrare fibi juffiffet; manfuetudinis, frugalitatis, fanc= titatifque fuz exemplo tantam in eo morum mutationem fecit, ut ille ex protervo& audaci adolcícente, in verecundum moderatumquetranfierit, qufiin. LL, 3 Codro rege Athenis extincto pro- pattid,,. ipi ice admini(tratio Reipublicæ annuis magiftratibus. permiffa eft. Sed civitati nulle tunc leges .crant: quia voluntas Regum pro legibus habebatur. Le&ns cit itaque Solon vir ingenio& - juftitià-infignis, qui velut novam civitatem legibus conderet. Hicque tanto temperamento inter plebem. fenatumque egit, ut ab utrifque parem gratiam. traherer. Plu.in— Solonem leges condentem itrifit Anacliarfis,. Son. dixitque, Leges aranearum telis fimiles fibi Vi a Pd videri. Quemadmodum| enim, inquiebat, 2//e Ten infirmiora animalia retinent, valentiora tranfmütunt.: fic pauperes& humiles legibus conftringuntur, divites© prepotentes eas perrum…, Plut- punt. Idem. Anacharfis cim concioni popali. sid, Athenienfis interfuiffet; mirari fe dixit, Quód apud Gracos verba facerent. fàpientes, fulti verd judicarent.. Stob. Interrogatus Solon quomodo optimus. fieri ferm.a2s; . Hi fureur de denitre Lyc échapper au dans le mot | k Frappe de Le peuple L | pur en tir ft d'une m uí grand pr l'exemp douceur, de rendit doux; & déreglé q [I], Le Ro our fa Pari ids Magiftr aa pour lors lh: volonté. d doift donc| par la jofti a-deffus des fer& renous pr des Mak ménager les e «il satira Le laver, Quad: Solor e Loir,/ 8 le ridis pa "* E A put par de des ad Ripe 7 S ti ls Grac le ipt m minifees SER Stats f; REtvO& and * Bodas Hiffoires des Auteurs profanes. 443 l’Auteur de cette derniere action. Il étoir derriere Lycurgue; comme il s'enfuyoit pour échapper aux pourfuites de ces infolens,& dans le moment qu'il retournoit la tête, il le frappa de fon bâton,& lui creva un œil. Le peuple livra le Coupable entre fes mains, pour en tirer vengeänce lui-même;& il le fit d'une. maniere bien noble; car il opéra un fi grand changement dans‘fon Ennemi, par l'exemple foutenu qu'il lui donna de douceur, de frugalité, d'innocence, qu'il le rendit doux, fage& modéfte, d'infolent& de. déréglé qu'il étoit auparavant. III. Le Roi Codrus étant mort à Athenes: pour fa Patrie, lé Gouvernement fut confié à des Magiftrats qu'on nommoit tous les ans ,. car pour lors cette. ville n'avoit.aucune Loi; la volonté des Princes en tenoit lieu. On choifit donc Solon:, que fon grand amour pour la juftice,& un génie élevé mettoit au-deffus des autres Citoyens, pour réfor-mer& renouveller en quelque forte.la Ville par des Réglemens falutaires. Il fcut. fi bien: ménager les efprits du Sénat& du Peuple, qu'il's'attira les bonnes: graces de l'un& de. l'autre.: Quand Solon conçut le deflein. d'établir dés Loix, Anacharfis, pour fe mozquer, lui dit: Que c’étoient des toiles d'araignées, où les: > petites mouches font: arrêtées,© que:les groffes rompent; parce qu'elles retiennent bien les - pauvres& les foibles, mais que les puiffans G les-riches paffent à travers, Gne: crai-gnent pas de les enfreindre. Le méme. Anacharfis après avoir affifté à une Affemblée du Peuple d'Athenes, dit: Qu'il éroit étonné que: chez les Grecs les fages plaidaffenz mals que: lés fous y jugeaffem: Quelqu'un. demandant à-Solon quelle‘ étoit: 444. Hifforia 0 profünis Script: 3 pollet civitatem ftatus? SZ inquit, cives mas k ré gifratibus obediant, magiftratus autem legibus, Ÿ* 5| pris 5€ W. Ua Plu,— 4s Archidamus. cuidam querenti, quinam.| ‘Apophs‘ Spartæ imperarent?. Leges»1nquit; ac fécuns— dame> q düm: leges magiftratus. L gas: C près des] Plutar. Cum Agefilaus Lacedæmoniorum rex, fub. Agellaÿ ÆApoph. a&à Afiæ parte, adversus regem Perfarum: HS NE? A pergeret, maximamque haberet fiduciam regni Rolls à qi ejus potiundi; ab Ephoris revocatus, corum HX il abfentium juffis tam obediens fuit, quàm(. Fphors“ privatus in comitio effet Spartæ: opulentiffimo Ere regno præpofuit bonam exiftimationem, multóque gloriofius fibi faturum dixit, fi patriz inftitutis patuiffet, quàm f bello Afiam füperaffet. Rediit itaque confeftim, dicens: Bonum: imperatorem. oportere legibus parere. pi;. Antiochus-tertius omnibus regni fui civitas Sbid, tibus fcripferat: SZ quid fort? per litteras juf-fffet facere. quod. effet contra leges, ne fibi pas rerent. Valer.l,.$. Charondas populi conciones ad: vim& 6.0.5. cruorem ufque feditiofas pacaverat, lege cavendo; ut fi quis eas cum ferro intzaffet, continuó interficeretur. Interjecto deinde tempore, ipfe.ex longinquo rure, gladio accin&us ,. domum repetens, fübitó indidà concione,. ficut erat armatus, in eam procelfit. Ubi cum: ab eo, qui proximé conftiterat, folutæ à fe le- gis fuæ admonitus fuiffet: Idem ego, inquit, ullam fanguins-meo fanciam.Ac protinus ferro, quod habebat, diftri&o incubuit. De Zaleuco vide lib. 3. c. 49. ÿ at Cri, 1, Ott Hifroires des Auteurs profanes. 44< fa meilleure forme. de Gouvernement: C'eff, dit-il, celle où les Sujets obéiffent aux Magiftrats,€ les Magiffrats aux Loix. IV. Un homme ayant demandé à Archidame, qui avoit la fouveraine. autorité à Sparte: Ce font les Loix:, réponditil,& après les Loix., ce font les Magiffrats. Agéfilaüis, Roi de Lacédémone, ayant foumis une partie de l'Afie, marchoit contre le Roi des Perfes, avec l'efpérance prefque certaine de conquérir fon Royaume; mais les Ephores le rappellerentau milieu de fa courfe,& il. fe rendit à leurs ordres avec autant de foumiffion qu’un fimple Particulier: il. préféra une bonne réputation au Royaume du monde le plus opulent, il regarda comme. plus glorieux pour lui d'obéir aux Loix de fa Patrie, que de ranger l'Afie fous fa domination: il revint donc auffi-tót fur fes pas ,en difant: Qu'un Général devoit être obéif= fant aux-Loix. 3 Antiochus avoit envoyé des Lettres circulaires dans toute l'érendue de fon Royaume, où il marquoit à tous fes Officiers: De ne lui point obéir, quand.il leur ordonaeroit quelque chofe de contraire aux. Loix. V. Charondas pour appaifer le tumulte féditieux des Affemblées du Peuple, qui alloient jufqu'à la violence& à léffufion du fang., pexta une.Loi qui condamnoit à mort quiconque y paroîtroit armé. Quelque temps aprés comme il. revenoit d'un long voyage, & qu'il retournoir à fa Maifon, on convoqua brufquement lAffemblée 5.& ne fe donnant point le temps d'ótez fon épée, il y courut auffi-tót. Un Particulier lui ayant reproché qu'il violoit lui-même fa Loi; Non, dit-il, je vais la fcellewde mon fang. Sur le champ il fe précipita fur la pointe de fon 446— Hif fria 0 profanis Script: Hif fée Voye VASE : incen Diod.. Idem Charondas neleges fuz temeré abros+ C ge Sie 1t garentur ad arbitrium& libidinem eorum qui- fs wr ferm. 43, bus graves effent 2 hâc ratione. præcaverat. Si a i quis quampiam é fancitis legibus abrogari vel- im t lec,& in ejus locum aliam novam inferri sis qu fe prop collo in laqueum immiffo, verba. facicbat ad: des ancienne populum de utraque lege. Ubi, latis fuffragiis, de nouvelles vifum erat. veterem legem abrogandam effe, blée pilo & novam accipiendam.; ille difcedebat nihil.—(5 évier. « mali paffus: Contrà veró fi prior lex.retinen- popolpalo dà,& nova rejiciendà videretur stemerarg.- MsUnC novz legis fuafori gattur perfringebatur co, hr le champ quo vinctüs accefferat, laqueo. foient-au d Cicer. 6. Jus civile neque infiedti gratià, neque vai po em perfringi potentià, neque adulterari pecunij^ Dui Cri 7; debet. Si non modó oppreffüm, fid etiam de-- Sir, ni far fertum aut negligentius adverfatum fuerit. 5 tune dans à nihil eft quod quifquam fefe habere certum s qd bien Le aut à patre accepturum, aut reliturum libe-. laa le paz ris., arbitretur,. h jolie prellon, Livius.^ Non caolim erat, quz nunc fzculüm tenets..-. Que fil L3.c.20; legum negligentia; nec interpretando fibi quif- ds Loix, qu' que eas aptas faciebat: fed fuos potius mores. Tous vivons, B ad illas accommodabat.… Cicer, 7. Dictum eft ab eruditiffimis viris, nifi fa- VI. Ds ho Parad. pientem, liberum effe neminem. Quid eft enim& éclairée ont $» libertas? poreftas vivendi ut velis. Quis igitur k Sue(ai& vivit ut vult, nifi qui re&ta fequitur, qui gaudét officio ,. qui legibus non propter metum paret, fed eas fequitur atque colit, quia id. rectum& falutarc maximè effe. judica:: qui [m in| homme Ke, qu| riph uer: any Tert, Precaverg, Ni eri ve D ieri sil ddr ha læcolim tent indo(ibi c vitis riti Quid es Jis, Quis ga ,, Hifloires des Auteurs profanes. 447 Épée. Voyez ce que nous avons rapporte de Zaleucus, au Livre troifieme, Chapitre quarante-neuvieme. Ce: méme Charondas, pour empêcher que fes Loix ne fufent témérairement abrogées au caprice de ceux qui les trouveroient trop dures, eut recours au moyen fuivant. Ceux qui fe propofoient d'annuler quelques-unes des anciennes Loix, ou de leur en fubftituer. de nouvelles, devoient paroître dans l’Affemblée publique la corde au cou: fi les fuffrages étoient favorables. ,.8 fi le changement: propofé paffoit, on ne leur faifoit aucun mals mais s'il n'étoit point reçu, on Jes étrangloit fur le champ avec la même corde qu’ils portoient.au cou.: VI. La faveur ne doit point faire plier. le Droit Civil, le crédit ne doit point l’affoiblir, ni l'argent l’altérer. Quelle eft la fortune dans un Etat qui pourra être folide? quel bien fera à l'abri. de la violence? quel fera le patrimoine affuré pour les enfans, fi la juftice, je ne dis pas gémit fous l'oppreffion, mais fi feulement on la néglige,& l'on ne foutient fes droits qu'avec une extré= me indifférence? On ne£ifoit point autrefois fi peu dé cas des Loix, qu'on en fait dans le Siecle où nous vivons. Bien-loin de fe les rendre favorables par des détours& des interprétations forcées, tous-y conformoient leurs mœurs& leurs fentimenss VII. Des hommes d’une fcience profonde & éclairée ont dit que de tous les Mortels, de Sage feui étoit libre. En effer, qu'eft-ce que la liberté? Le pouvoir de vivre felon. fa volonté. Or, qui vit de cette maniere» finan l'homme qui ne sécarte point de la veru, qui fe plait à remplir tous fes des 48 Hifforia 6 profanis Script. nihil dicit, nihil facit, nihil cogitat deese nifi libenter ac liberé: apad quem nulla res elt quz plus polleat, quàm ipfius voluntas ac judicium? Soliigitur hoc contingit fapienti, ut nihil faciat invitus, nihil.dolens, nihil coaQus, Pünl4, Non minüs apud viros bonos honeftas;. Ep. 10. quàm apud. alios neceffitas valet. Diog,| Interrogatus. Ariltippus ,.quid pra ceteris Laërtin hominibuseximium haberent Philofophi? Hoe,. rif. inquit, quód fi leges omnes tollantur,&quabi liter tamen viéturi fimus, P.Syrus, Legem nocens veretur, fortunam innocens. Senec.2. uàm.angufta innocentia cft, ad lezem bode:+ 2\ x B b' € r4-£, num effe! quanto latius officiorum pater,quam 7 uris, regula! quàm multa pietas, humanitas liberalitas, juftitia; fides exigunt, quz omnia publicz leges non jubeant! Senec,. Troas v, 332. Quod non vetat lex ,hoc vetat fieri puder Hifoi ' vois 5 qui{ éqe de fon haine s P T pour a : çommét aca T «qoi d'autre| dde a rail qx de ne! tes hommes. Comme on "h Phiofoph me droiture, Dans la Loi L'innocent« Qu ant ve bloi, elt ur Droit! Qu b Hiffoires des Auteurs profanes. 449 voirs, qui fe conforme aux Loix& les pratique de fon plein gré, fans y êtte forcé par la crainte, parce qu'il regarde ce parti comme le plus‘honnête& le plus avantageux pour lui; qui ne laiffe échapper aucune parole,ne commet aucune action, ne forme aucune penfée qu'avec une entiere liberté 5 qui ne connoit d'autre pouvoir que celui de fa volonté & de fa raifon? Il n'appartient donc qu'au Sage de ne rien faire malgré lui, par contrainte,& dont il ait lieu de fe repentir. La vertu a autant; de pouvoir für les gens de bien, que la néceffité en a fur les autres hommes. Comme on demandois à Ariftippe ,.en quoi les Philofophes excelloient fur le refte des Mortels: C'eff, dit-il, en ce que fi les Loix ne fubfifioient plus, ils vivroient avec la même droiture. Dans la Loi le Coupable apperçoit fon fupplice s. L'innocent craint du fort le bizarre caprice, Qu'une vertu refferrée dans les bornes de: la Loi, eft une vertu bornée! Que la regle de nos devoirs s'étend. bien plus loin que celle du Droit! Que l'amour des Dieux, l'humanité, la Jibéralité, la juftice, la bonne -foi nous impofent d'obligations, qui ne font point prefcrites par les Loix publiques! Sur de nombreux Sujets celui qui tient l’EmpireAime=t-il la. vertu? tout le monde y conf pire. 4310 Hifforia à profanis Script. CAPUT XLIIL Vitiofi Principes plus exemplo; quàm' peccato s» nocent. de Leg., F Ut cupiditatibus& vitiis Principum in8,30,32. fici folet tota civitas, fic emendari& corrigi continentià. Nam licet videre, fi temporum memorian repetas, qualefcumque fummi civitatis viri fuerunt, talem civitatem fuiffe:& quecumque mutatio morum. in Principibus extiterit ,. eamdem. in populo fecutam cffe, Cüm L. Lucullo magno vito magnificentia ville Tufculanz objiceretur; refpondebat: Duos fe habere vicinos, alterum Equitem Romanum, alterum libertinum; quorum cèm effent magnifica villa, id.[ibi concedi. oportere, quod. ils, quitenuioris ordinis effent;, liceret. At non videbat ab ipfo natum effe, ut illi talia cuperent. Nam Lucullus, fummus alioqui vir, profüfz in zdificiis, conviviis,& apparatibus luxuriæ primus auctor fuit: eumque ob inje&as moles mari,& fuffoffos: montes, haud infaceté magnus Pompeius Xe/xem togatum * Paterc, 12:033. vocare affueverat, Pauci autem, atque admodum pauci, honore& glorià amplificati, vel corrumpere mores civitatis, vel corrigere poffunt. Itaque. ed perniciofiüs de Republica merentur vitiofi Principes, quód non folüm vitia concipiunt ipfi, fed etiam ea infundunt in civitatem, plufque exemplo, quàm peccato ,. nocent, TULU | cumple des » ufi 1, sis pal gat corron jure Ville ent dion peuve ex les defaut p, en moi sl'Antiquité s que des C s füt confié j d artiverent d. gerent anf| Toutes les 1 js Lucullus; fle& la 1 "Hon de Can z, il avoit c ha Vorfns Du 2 Afrandhi, à x d'une condit a rotta! gus sque le mal pa a ce Luc: aies quali di& la fomp élapeloitagréa 1t qu[aen sd fo la À Zt les Moran f r Hiffoires des Auteurs profanes. 441 uu] CHAPITRE XLIIL L'exemple des Princes livrés au vice» eff it.| plus nuifible que leurs vices mêmes. I. Si les paffions& les vices des Princes. euvent corrompre& empoifonner les moeurs d'une Ville entiere, leurs vertus& leur modération peuvent auffi les réformer& en corriger les défauts. Il eft facile de fe convaincre, en remontant dans les premiers Siecles: de l'Antiquité", que les Etats furent toujours tels que les Chefs à qui le Gouvernement en fut confié;& que tous les changemens qui arriverent dans la conduite des Priaces ,. influerent aufi fur le Peuple. Toutes les fois qu'on reprochoit à Lucius Lucullus, homme d'un grand mérite, le faíte& la magnificence exceffive de la Maifon de Campagne qu'il avoit à Tufcu‘lum, il avoit coutume de répondre: J'ai deux Voifins, l'un Chevalier Romain& l'autre Affranchi, dont les Maifons de plaifance font fuperbes: pourquoi ce qui eft permis à des gens d’une condition moins elévée que moi, ne me feroit-il pas permis? Mais il ne fentoit range pas que le mal partoit originairement de fa fis mous,s faute;,car ce Lucullus, qui d'ailleurs avoit |Xéxmiz d'excellentes qualités, introduifit le premier zm,zu deluxe& la fomptuofité dans les bâtimens, räamplifet, les repas& les meubles;& le grand Pom| péc l'appelloit agréablement /e Xerxès Romain, parce qu'à l'exemple de ce Prince, il jettoit des digues fur la Mer,& faifoit creufer& miner les Montagnes. Mais il y a peu de | Particuliers, dans quelque degré d'honneur& de dignité qu’ils foient, qui puiffent altérer. ou réformer les mœurs d'une Ville. Les Prin| ees féuls en s'abandonnant à leurs défordres ,. à 1n rm lo feoumeke Li 452 Ufloria à profanis Script. ""ES Princeps optimus faciendo docet;& licèe 1 Un bon£ : e fit imperio maximus, exemplis major eft. Torn fo je, t zer l'auto ideo Mis y, ou Pi Non tam imperio nobis opus cft, quàm[aemple 1 fume exemplo: quippe malus:ecti rgagifter eft mes diac tus, Meliüs homines exemplis docentur,; enfeigner Le font bea s. Rex velit honefta; nemo non eadem volet, £:" Thyefh. eto 12»» COmponitur orbis 9.213, Regis ad exemplum: nec fic infle&ere fenfus Claud. Humanos edicta valent, ut vita regentis, de Conf.: Run Ho. Mobile mutatur femper cum Principe vulgus, $9. 296, !'semole du Mo file Peuple Kg . Vefpafianus legibus zquiffimis, quodque ife aol Zurel, vehementius eft, vitz(pecie vitiorum plura: ÜÓ px extrême i5. Roma abolevit. viacroyable p.c. 17, auus "Larin, Thcodofio Imperatori quód lapfos mores p Paco PL. exemplo fuo reftituerit, his verbis gratulatur nt Théodofe Latinus Paeatus: Ubi prumum imperium acce- ple la d pifti, non contentus ipfe vitiis carere, alienis vins, vitiis corrigendis curam adhibuifti, idque moderaté, ut faadere potius honefta, quàmcogere videreris. Et quia vel longo Orientis ufu, el Principum remiffione, tantus multos luxus. infecerat, ut adulta confuetudo non facil mutari poffe videretur; ne quis fe pati injuriam putaret,à te voluifti incipere cenfüram: impen-| dia Imperatoriz domüs minuifti,& ad menfam vix neceffarium adhibendo famtum, quod naturà difficillimum eft, emendafti volentes. An Aufl-tot Ine; non co 5 pops dé 1: maniere i Aq à co lavec tati de: lr pluri co "t; parce 2f haut poi avec l'Orien dance des Prino sir dts cou A vous quis ferret molefé(e ad Principis modum coërceri? aut. fubtra&um fibi aliquid doleret Hiffoires des Auteurs profanes. 453 font capables de leur porter atteinte;& leur exemple eft d'autant plus dangereux, qu'il ‘fait une impreffion univerfelle& communique dans tout leur Royaume le poifon de leurs vices. * II. Un bon Prince inftruit par fa conduite 5 & quoiquil foit au deffus de tous fes Su(jets par l'autorité fouveraine dont il eft re‘vêtu, il doit encore être plus grand qu'eux , par l'exemple qu'il eft obligé de leur donner. \ L'exemple nous eft plus néceffaire qu'un * Chef 3 car la crainte eft un mauvais Maître pour enfeigner la vertu. Les leçons de l’e‘zemple font beaucoup plus efficaces. L'exemple du Monarque eft plus fort que la Loi z E: le Peuple léger fe regle fur fon Roi.; Vefpafien abolit plufieurs vices à Rome paf des Loix extrêmement fages,& ce qui eft plus incroyable, par une apparence de conduite réglée. Latinus Pacatus félicite en ces termes l'Empeteur Théodofe de ce qu'il avoit rétabli par fon exemple la difcipline relächée parmi les iut Romains. Auffi-tót que vous êtes monté fur “le Trône; non content de livrer la guerre Z à vos propres défauts& de vous conduire d'une maniere irréprochable, vous vous êtes appliqué à corriger les autres,& vous l’avez fait avec tant de modération, que vous paroifiez plutôt confeiller le bien que l'ordonner 3& parce que le luxe étoir monté à un fi haut point, foit par un long commerce avec l’Orient, foit par la fauffe complaifance des Princes, qu'il n'étoit point aifé d'abolir des coutumes fortifiées par un anien ufage, vous avez voulu commencer la "E Quod ln 4 "t Cicer.x: Offic. n. 44 Hifloria à profanis Script. de privatà luxurià, cüm videret Imperatorem rerum potentem, terrarum hominumque dominum, parcè viventem, modico& caftrenf cibo contentum? ab hoc aulam omnem laboris, patientiæ, frugalitatis exemplis abundantem? Tuæ, imperator, epulae, menfiscommunibus funt parciores. Hinc in omnes, quiefcentibus legum minis, luxuriz pudor,& parcimoniæ ftudium venir. Sic eft enim, fic eft: Exafperat homines imperata correéiio, Mandiffim? jubetur exemplo, 3. Cavendum eft viro honorato& Principi, ipfe domum zdificet, ne extra modum fumptu Hifun forme pat! yi lien de. s dépend d Is de votre té gm, ct fce A vou h cenfure| 0 d d le? mauvais quo st fon Princ iflice du ret me domeltige eur, Mai fola farlo T hgdemen, faple& milit “A Cour plein wience& de vs eltins font tdinaires: vol qus des menz agite&[lh mabtere des h sert lesefpit mmander ef V. Le Princ gi doivent p 138.140:& maguificentià prodeat. Quo in genere mul-‘la(ooo ^ B in AgeI.€. 7e tum mali etiam in exemplo eft: ftudiosé enim plerique, praefertim in hanc partem, fada Principum imitantur. Ut Le Luculli virtutem quis? quàm multi villarum magnificentiam imitau funt? quarum quidem certé eft adhibendus modus,& ad mediocritatem revocandus. Kaucoup de ma fe par l'exemp venir contagi ant dans ce gucalls 24]. Ttt 2 Mais cor À mgoifeence «ta de fravoir ;{ui dans une j C.Nep. In Agefilao Lacedæmoniorum rege illud in€ qu me( primis admirabile fuit, quód, cüm maxima Inn e ion dans D ,. Hiffoires des Auteurs profanes. 455 #éforme par vous-même, afin que perfonne n'eût lieu. de fe plaindre; vous avez diminué les dépenfes de votre Maifon,& réduit celles:de votre table à peine au néceffaire 5 en un mot, ce qui par foi-même étroit le plus difficile, vous avez foumis tous les.efprits à la cenfure fans force& fans contrainte. Quel eft le Particulier qui pourroit trouver mauvais qu'on l'affujettit aux mêmes Loix que fon Prince? Pourroir-il fe plaindre avec , juftice du retranchement qu'on a fait à fon luxe domeftique, tandis qu’il verroit un Emereur, Maître de tout, qui a un Empire abfolu fur la Terre& fur les hommes, vivre frugalement, fe contenter d’une nourriture fimple& militaire 5 tandis qu’il verroit toute fa Cour pleine de modèles de travail, de patience& de tempérance? Oui, Seigneur, vos feftins font plus. modeftes que les repas ordinaires: vous infpirez par-là, fans le fe' cours des menaces de la Loi, l'amour de la frugalité& l'horreur du luxe 5 car tel eft le caractere des hommes: Une correétion forcée aigrit lesefprits 5 la maniere la plus douce de commander eft. celle de l'exemple. TI. Le Prince& l'homme élevé en dignité doivent prendre garde de pouffer trop foin la fomptuofité des bâtimens. On fait beaucoup de mal en cela, quand ce ne feroit que par l’exemple, qui ne manque jamais de devenir contagieux& funefte, chacun fe piquant dans ce genre d'atteindre les Grands. Lucullus a-t-il beaucoup d'imitateurs de fa vertu? Mais combien n'en a-t-il point pour la magnificence des bátimens? Il eft important de fcavoir fe borner fur ce point,& fe tenir dans une jufte médiocrité. Ce qui me femble le plus digne d'admiration dans Agéfilaüs, c'eft quil ne fit rica 456 Hiftoria€ profanis Script. ci munera à Regibus,& Dynaflis,& civiratibus mitterentur, nihil unquam in domum fuam coutulerit, nihil de vi&u, nihil de veftitu Laconum mutäverit. Domo eâdem fuit contentus, quà Euryfthènes progenitor majorum fuorum fuerat ufus: quam qui intrárat, nullum fignum libidinis, nullum luxuriz videre poterat 5 contrà plurima patientiæ atque abílinentiz: fic enim erat inftructa, ut nulla in re differret à cujufvis inopis atque privati domo. Zi.Gel. M.Cato Confularis& Cenforius villas fuas P 13.© ne tectorio quidem perlitas fuiffe fcribit ad an23 num ufque ætatis fuz. feptuagefimum 3 atque poftea addit: Neque mihi adificatio, neque vas, neque vefimentum ullum eft pretiofum, neque pretiofus fervus, neque ancilla. Si quid eft quo ut: poffim, utor: fi non eft, egeo,( id cli, facilé careo.) Suo quemque uti& frui per me icet. Mihi vitio quidam vertunt, quia multis £geo: at ego illis, quia nequeunt. egere. ., Craffus ille dives nullam, præter cam in quá Pu habitabat, domum zdificavit: dicebatque, homines ædificandi cupidos, omnibus ever fortunis folere. C. Nep, Cüm effet pecuniofus Atticus, nemo illo inAttic. Iminus ædificator fuit. Domum habuit Romz in € 13. colle Quirinali ab avunculo hereditate. relictam, cujus amœnitas non ædificio, fed fylvà, conftabat. Ipfum tetum antiquitüs ædificatum, magis venuftum erat quàm fumptuofum: in quo nihil commutavit, nifi quod vetuftate coactus eft. entrer Hp eurer dans fas que les * fifirent, 8 * piere accoü * pfe conten ye fur où bien-loin fille& de des preuves ment y car * que la mail Marcus es de Conf Ís Amis que Campagne 1 lige de foix DTE dieux ni hab fr, ni ern mu avoir, geje nai p gullement de rerfonne; que ge je manqué lar em fais a point bair d hpot, Bild gs de leur f Quoiqu'Atic bue ne t m qu'en Mafon Quirial, que ue,& dont t vhs,& n matradtion a pee+ i Il Paris, major(y At, ulum f 1 QC Hiffoires des Auteurs profanes. 443 entrer dans fa Maifon de tous les riches préfens que les Rois, les Dynafties& les Villes lui firent,& qu'il ne changea rien de fa maniere accoütumée de vivre& de s'habiller. Il fe contenta de la méme maifon où Eu. ryfthene l’unde fes Ancétres avoit logé,& où bien-loin de voir la moindre marque de faite& de luxe, on ne voyoir par-tout que des preuves de modeftie& de défintéreflement; car elle n'éoit pas mieux meublée que la maifon du plus fimple Particulier. Marcus Caton, qui avoit paffé par les Charges de Conful& de Cenfeur, écrit à un de fes Amis que les murs de fes Maifons de Campagne n'avoient jamais été crépis jufqu'à l’âge de foixante-dix ans,& il ajoûte enfuite: Je m'ai ni beau bâtiment, ni meubles précieux, ni habits magnifiques, nt Efclaves choiffs, ni Servante; je me fers de tout. ce que je peux avoir, G je frai me paffer de tout ce que je n'ai pas; je laiffe jouir chacun tranquillement de fa fortune; Je ne porte envie à perfonne; quelques-uns me font un crime de ce que je manque de beaucoup de chofes,€ moi je leur en fais un autre de ce qu'ils ne peuvent s'en paffer. Craflus, fi fameux par fes richeffes, ne fit point bâtir d'autre. Maifon que celle où il logeoit,& il difoir que les hommes paffionnés à bâtir couroient ordinairement les rifques de leur fortune.. Quoiqu'Atticus fût riche en argent, perfonne ne fit moins édifier que lui. Il n'eut qu’une Maifon à Rome, fituée fur le Mont Quirinal, que fon Oncle lui laiffa en héritage,& dont toute la beauté confiftoit dans - un Bois,& non pas dans le bàtiment. Sa conftru&ion antique étoit plus agréable que fomptueufe; il n'y fit aucun changement IL. Partie. 418—— Hifforia ë profanis Script: Sueton,— Habitavit Auguftus in ædibus modicis, nein Aug. que laxitate neque cultu. confpicuis: ubi fine £,72:73* marmore ullo aut infigni pavimento conclavia: ac per annos amplius quadraginta in eodem cubicülo hieme& æftate manfit. Inftrumentum quoque ejus& fuppellex vix privatz elegantia: ©. ay, crant. Idem tamen Romam, quam pro majeftate Imperii non fatis ornatam invenerat, adeo excoluit, ut jurefit gloriatus, marmoream fe relinquere, quàm lateritiam accepiffet. jer: Anno urbis conditz 628. Cenfores Caffius& *2:019* Longinus Lepidum Æmilium augurem, virum Confularem, coram fe adeffe jufferunt, quod fex millibus æris edes conduxiffet. At nunc, inquic Velleius, qui centum& quinquaginta poft annis fcribebat, ff quis tanti habitet, vix ut Senator agnofcitur. Âded matur? à rettis in prava a à pravis in pracipitia pervenitur. CAPUT XLIV. Potentia decori. eft» fi falutaris fit: Sente.1. I. Neminem ex omnibus hominibus magis de Cle- quàm Regem aut Principem decet clementia. ments lta enim potentia decori gloriæque eft, fi falu*'3* grande feret verfione: quis enim dubitat eum imultüm pof. tendue de lo ; temperatiffima. ‘antire-til fe? At contrà maxima, fi nec fuz, nec alienæ iræ ferviat, fi colere,& des autres? 1 Cefun dne Id facere laus eft quod licet, non quod liber;| Qu'ilehgrnd, béni?' Minimüm decet licere, cui multüm licet. Faire ce qu Troas v. Voilà la 435* De quelque digni Le pouvoir ef t "mmi. Cüm ab Alexandro magno flagitaret mater Li4.— Olympias mortem cujufdam infontis,& didi taret, fpe facilius impetrandi quz vellet, eum fe per novem menfes utero portaffe; prudenter refpondit: Aliam, parens optima, pofce mercedem 5 hominis enim innocentis falus beneficio nullo penfatur. piel, Antonius Pius hanc celebratam Scipionis '9? fententiam(pe inore habebat: Malle fe unum ciyem feryare, quàm mille hoffes occidere. . Joan. Theodofius, conquerente quodam ex famiAnticl.= ph 3t aliti. dmmouid als Henn a. | Principi h 1 patriz, Ya quini I mutis p EACUS Hiffoires des Auteurs prôfanes. 363 tendreffe, tantôt emploie les menaces,& quelquefois a recours au châtiment. Un pere fage& prudent deshérite-t'il fon fils à caufe d'une premiere faute?- C'eft l'exemple que doit fuiyre un Prince, à qui nous ne donnons le glorieux titre de Pere de la Patrie, que pour le faire fouvenir que fa puiffance elt précifément celle d'un pere, puiflance qui de toutes eft la plus douce& la moins génante. IT. Quelle gloire un Roi tire-t-il d'une trop grande févérité? On ne doute point de l’étendue de fon pouvoir. Mais quel honneur ne s’attire-t’il pas au contraire, s’il maîtrile fa colere,& sil ne fe prête point à celle des autres? * C’eft une erreur de croire Qu'il eft grand, qu’il eft beau de pouvoir ce qu’on veut, Faire ce que l’on doit,& non tout ce qu'on peut» Voilà la véritable gloire. De quelque dignité que lon foit revêtu y Le pouvoir eft toujours borné par la vertu; Olympias follicitant auprès d'Alexandre le Grand la mort d'un homme innocent, lui repréfentoit fouvent avec une extrême tendreffe,dans la confiance qu'elle obtiendroir plus facilement fa demande, qu'elle l'avoit porté neuf mois dans fon fein. Ce Fils lui répondit fort fagement: Ma chere Mere, demandez-moi toute autre récompenfe; car je ne connois pas de bienfait au monde qui puiffe entrer en parallele: avec le falut d'un innocent. Antonin le pieux avoit fouvent fur les le» vres cette maxime célebre de Scipion: Qu'Z aimoit mieux conferver la vie à un feal Citoyen, que loter à mille Ennemis. Quelqu'un des Amis de l'Empereur ThéoV4 VA 464 Hifforia à profanis Script. liaribus, quód fontes morte non multaret; Utinam, inquit,€ mortuos liceret ad vitam revocare! Sueton,— Vefpafianus nunquam cæde cujufquam læin Vefp. tatus, uftis fuppliciis illacrymavit eriam& #15 ingemuit. Senec.z.— Primis annis imperii Neronis animadverfude Cle- fus in latrones duos Burrhus Prætoriis cohor7entc..: Ó: 9- tibus prafectus, vir egregius» petebat à Nerone, ut fcriberet nomina earum in quos praterea animadverti vellet; hocque fæpe dilatum, ut tandem fieret, inftabat. Invitus invito cümcartham tradidiffet, exclamavit Nero: Vellem nef3. De ira Cire litteras. Quàm diverfa illa vox erat à Ca€ 19, ligulz voto! qui optabat, populus Romanus unam cervicem haberet, ut ipfe uno idu& uno die crudelitatem expleret. x. De. 3- Ad Cæfarem Auguftum delatum eft L; Clement Cinnaminfidias ei ftatuere. Dictum eft& ubi; * 9;& quando,& quibus confciis,& quemadniodum aggredi veller. His auditis Auguftus confilium amicorum in pofterum diem advocari juffit: ipfi interim inquieta nox fuit. Gemens fubinde voces erhittebat varias& inter fe contrarias. Quid! ego percufforem meum fecurum ambulare patiar, me follicita? Ergo non dabit punas', qui tot. civilibus bellis fruftra petitum caput, tot navalibus, tot pedeftribus pralüs incolume, immolare ad aras. conftituit; poftquam pax terrá marique parta eff? Rurfus filentio interpofito, fibi magis, quàm Cinnæ, iratus, feque ipfe compellans; Quid vivis; inquiebat, ff perire te tam multorum interef? “jour fà cru Hif dfe fe pla nir lès cc pil; qu gr les mort Vepalen de perlonne fes larmes 8 crécutions. Dias les Néron, Bar & Comma comme on 1 demanda à€ cu qu'il v ic ce qu'il uq fes inta qu'à regret, Néton seri - érire. Que c | 1 à veu de( ke Peuple Roc trancher d' II Où vi lius Cinna itn, Com évoit le(urpr (att co h D^ tt fs Amis p fus, isa frs différentes TID Hiffoires des Auteurs profanes. 46$ € mb dofe fe plaignant de ce qu'il ne faifoit pas ad si, punir les coupables: Pl@ aux Dieux, repritil, que j'euffe auf]? le pouvoir de reffafciter les morts-! ouam Ç; Vefpafien ne fe réjouit jamais de la mort "umi^ de-perfonne;& méme il ne pouvoit retenir fes larmes& fes fanglots dans les plus juftes exécutions. s: tnim Dans les premieres. années du regne de Mmodsgs— Néron, Burrhus, homme d'un rare mérite, !& Commandant de la. Cohorte Prétorienne, comme on menoit au fupplice deux Voleurs., demanda à ce Prince d'écrire les noms de ceux. qu'il. vouloit encore faire mourir;& far ce qu'il. remettoit toujours l'affaire, malgré fes inftances, il lui préfenta enfin, quoiqu'à regret, l'Arrét de mort pour le figner.. Néron s'écria: Je voudrois ne fgavoir pas 5 écrire. Que cette parole étoit bien différente du vœu de Caligula, qui auroit voulu que le Peuple Romain n'eüt qu'une tête, pour la: trancher d'un feul: coup,& affouvir en un. jour fa cruauté? III. On vint dénoncer à Céfar Augufte que Lucius Cinna avoit confpiré contre. lui;-on lui dit où, Comment&. de quelle maniere on devoit le furprendre,& on lui nomma jufqu'aux complices. Augufte fit auffi-tór avertr fes Amis. pour tenir Confeil: le lendemain,& il pafla toute la nuit dans une cruelle agitation; élançant de temps en temps des foupirs, il s'abandonnoit à une foule de penfées différentes& fouvent contraires: Quoi? fe difoit-il à lui-même, je /azfferai vivre tranquillement mon Affajfn, tandis que je fuis dévoré. d'inquiétude 2 Je. ne. tirerai. point vengeance d'un. homme qui a» congu. le noir deffein d'abattre aux pieds des Autels une tête: qui a échappé. à tant de Guerres- civiles ,, à; Vs 466 Hifloria éprofanis Script. quis finis erit fupplictorum? quis fanguinis 3 Ego fum nobilibus adolefcentulis expofitum cáput, in quod mucrones acuant. Non ef? tanti vita, fi ,ut ego non peream, tam multi perdendi funt. Interpellavit tandem illum Livia uxor:&, Admittis, inquit, muliebre confiHum? Fac quod medici folent, qui, ubi ufitata remedia non procedunt, tentant contraria, Severitate nihil adhuc profecifli: nunc. tenta quomodo tibi cedat clementia. Ignofce L. Cinna. Deprehenfus eft: jam nocere tibi non poteft, prodeffe fama tua poteft. Bené fuadere viía eft Livia: gratiasei egit Auguítus: Cinnam ad fe accerfivit; dimifhifque omnibus é cubiculo, delatum ad fe indicium expofuit, adjecit locum, focios, diem; rdinem infidiarum:& cüm fua in eam bentficia plurima commemoraffet, pro quibus ille infandam cedem paraverat; his verbis defiit: Vitam tibi, Cinna ,iterum do, prius hoffi, cam te in hoflium meorum caffris invenerim, nunc infidiatori atparricida. Ex hodie inter nos amicitia incipiat:& quàm libenter ego-tibi vitam. do, tam libenter tu mihi eam debeas. Poft hac detulit ei ultró Confalatum, queftus quód non auderct petere: amiciffimum fideliffimumque babuit z heres illi folus fuit:& nullis amHifoi ut de com napit en t la-vous reces fmme? mite A Una, en qualit Hiftoires des Auteurs profanes. 467 tant de combats livrés far Terre& fur Mer, & cela dans le temps où la paix regne dans tout l’Univers? Enfuite retombant dans une profonde mélancolie& tournant toute fa fureur contre. lui-méme, il s'apoftrophoit ainfi: Pourquoi vis tu, s'il eff interreffant pour le falut de tant d'hommes que tu- périffes? Quelle fera la fin de tant de fupplices?. Quand cefferas-tu de répandre le Sang? Ma tête eff expofée aux reffeatimens d'une jeune Nobleffe qui peut aiguifer la pointe de fes Armes contre moi. Ma vie eff-elle donc fi. précieufe, ff je ne peux la conferver qu'aux. dépens de celle de tant de Malheureux? Sa femme Livie l'interrompit enfin dans fes triftes réflexions: Voulez-vous recevoir, lui dit-elle, Zavzs d'une femme? imitez les Médecins, qui quand ils ont £puifé fans fuccès les remedes ordinaires, en tentent d'extraordinaires. Vous n'avez rien fait jas ici par la févérité; éprouvez aujourd'hui ce que pourra faire la douceur: pardonnez& Lucius Cinna; fon complot eft découvert 7 il ne ‘peût plus déformais nuire à votre vie, G il peut contribüer à votre réputation.| Le confeil de Livie plut à Augufte; il l'er remercia,& fit venir Cinna. Il le prit à l'écart dans fa chambre; lui expofa le détail de fa confpiration, le lieu, le nom de fes: Complices, le jour& les mefures qu'il avoit pifes; il lui rappella le fouvenir de tous les bienfaits dont il l’avoit comblé,& dont il étoit fi mal récompenfé,& finit par ces s s paroles; Je vous pardonne une feconde fois ,, Cinna, en qualité de Parricide& pour avoir attenté à ma vie, comme je vous ai déjà pardonné en qualité d' Énnemi, vous ayant farpris les armes à la main contre: mot. Serrons entre nous dis aujourd'hui les nœuds d'une véritable amitié,& ayez-moi een de ^f 6. " 468 Hiflorir à profanis Script. plids infidiis ab illo petitus eft; id clementi: beneficio confecutus, quod antea feveritate: fuftra quafierat,; Ej votre vic corde, Se Je Conful ft aufi{ Ami; il| jonas de pp quil avo Ja rigueu IV. Les Cicer;— 4. Populis id quod acerbiffinum eft, quód;| Tobligztio Ep. ad tributa pendant, non ita acerbum debet videri. joug dur Quin, Illud cogitent, nullam à fe neque belli externi,| yy ques neque difcordiarum domefticarum, calamita- te pour tem abfuturam effe, nifi alicujus'imperio rege=—(s af rentur. Id. autem imperium- cum exerceri fine, difenions vedigalibus ac tributis nullo modo poffit;^u æquo animo parte aliquâ fuorum fructuum pa-.— g(ucci cem fibi fempiternam redimant.atque otium. léger fact acheter le “d'un repos eiim Neque quies gentium, fine armis; neque leto + J-C-arma, fine ftipendiis; neque. flipendia, fine bike| : tributis, haberi queunt.|o mslsa filie exig Cicer-— Ve&igalia nervi funt Reipublicæs Les Inpó d Lge publique, dg'.— Tiberius præfidibus provinciarum onerandas Ixe ré Sueton. effe tributo provincias fcribentibus refcripfit: Hinces qui lh in Tiber. Boni pafforis effe, tondere pecus, non deglubere,“y: din 6. 32. A. Vi&. Epiz.c.6. sait tondreË Trajanusexactionesimprobans& deteftans,— Trla,a; ffcum lient fimilem effe dicebat, quo crefcente— ls tations artus. reliqui tabeféunt. Finis fecunda Partié.. Fi , id dene Ka yer mumek, s v im deb dt. Hiffoires des Auteurs profanes. 469 votre vie d'un aujft. bon cœur que je vous l'uccorde. S'éant plaint qu’il/n’ofoit pas briguer. le Confulat, il le fit élire lui-même 5 ilen: fit auffi(on plus fidele.& fon plus intime Ami; il l'inftitua fon unique’ héritier:& jamais depuis il. ne conjura fa perte; ayant gagné par le fecours de la clémence, cequ’il avoit cherché vainement à obtenir par la rigueur IV. Les Peuples ne doivent pas regarder. l'obligation de payer les impôts comme un: joug dur& infupportable: qu'ils fe fouviennent que:s'ils-n’avoient point un Chef à leur téte pour commander, il feroient expofés fans ceffe à des guerres étrangeres& à des diffentions domeftiques. Or, comme cette fouveraine- autorité ne peut s’èxercer fans impôts & fans tribus, ils doivent faire volontiers le léger facrifice d'une portion de leur bien, pour acheter le bonheur ineftimable d’une paix& d'un repos folide& durable. Le bonlieur tranquillé dès Etats ne pent. fubfifter long-tems fans le fecours des armes;.les armes dépendent. de la folde,& la folde exige l'érabliffement des fubfides. Les.Impôts font comme les-nerfs d’une République. Tibere répondit aux Gouverneurs des Provinces qui lui écrivirent qu'il falloit les furcharger d'impofitions: Quan bon Maître devoit tondre.G non.pas écorcher.fon Troupeau.. "Trajan, qui ne pouvoit fouffrir ni approuver les exactions outrées, difoit, que le fife Royal reffembloit à la rate, qui à mefure qu'elle enfle, fait fécher les autres membres du corps. Fin de la féconde Partie. TABLE DESCHAPITRES Contenusdansce fecond volume; ——À LIVRE QUATRIEME., DE LA FORCE. CHAPITREI. FL y a deux efpecesde grandeur d’aine,pag.s Cxap. II. Exemples de la force guerTiere, y CHAP. III. La valeur domefiique n'ef point inférieure à la valeur militaire. 21 Cap. IV. La plus belle maniere de commander, efl. celle de fe come mander à foi-méme. 33 T) Qu»! dai 2 Cup Cup. fuf Cup. 1 da Í yrc. Cul tente i pum Cup, X les pe (rap Xi la vertu Cup, XI tr l'an point a charges, Cu. XI vouloir pat. Cun, XI = [RES —— volue,| manu d +"^ (e de Jer ) TABLE DES CHAPITRES Crap. V. Il faut éviter tout ce qui fert d'aiguillon aux vices. 37 Crap.V1.Uneameba ffe aimeles richeffes; une ame noble les méprife..«t| CHA». VII. Que celui à qui fa fortune Jufft ne defire rien de plus. 47 Crap. VIII. Leplus vertueuz citoyen chez les Grecs étoit le plus pauyre. Ha s& 53 Cua». IX. Un homme fage qui fe contente de peu, ne redoute point la pauvreté. 61 Cnap. X. Lesricheffes€ l sient les pefles de la vertu: 65 CHap. XI. 7/ n'y a devrais biens que la vertu& la fcience. 71 Cnap. XII. 7/ faut étre en garde contre l'amour de la gloire,& ne point ambitionner les premieres charges. 73 Cuap. XHI. C'eff regner que de ne vouloir pas regner quand on le peut.: 83 €uap, XIV. Il Haut facri fer fa gloire T ABLE €[a réputation pour l'intérét public. 89 CHAP. XV. C'eff le caradere. d'une grande ame, de méprifer la‘ mort & la douleur. 95 CHA». XVI. Ilnimporte pasque vous. ayiez long-temps, Mais bien vécu. 99 Cxar XVII. Celui qui a bien vécu fouffre courageufement la mort. 10$— CHap. XVII. I faut méprifer la fépulture pour nous-mêmes, mais ël n’en faut pas négliger le foin dans les perfonnes qui nous regardent. in CHAP. XIX. La. différence de la fortune doit difparoitre à la mort. 1317. CHap. XX. Un homme ferme doit fupporter la. douleur avec fermeté. 121 CHap. XXL Plufieurs exemples prouvent qu'on. peut fupporter généreufement la douleur. 125 Chap. XXI. La patience adoucit les maux les plus durs. 135 pr: Car XX d'autrui Cap X3 ment pi Cua». X nable, le. Cuir. XX s'empor mis. Cua». X) - má dompier, Cup XX dont on fa colère, CHA, XXL , piles, au plus h Chap, XXX Mettre en uf, ^ np. XXX £k avec u "litt n y rn d'un rr la mort à la mort. ty " p £' J pe enc AOL A. DES. CHAPITRES Cnap.XXIII Contemplez les malheurs d'autrui, pour fouffrir les vôtres avec plus de douceur. 139 Cuar. XXIV. La colere efl un mouvement paffager de folie. 143 CHAP. XXV. Rien n'efl moins convenable, que de punir dans la colere. 149 CHap. XXVI. Il n’ef? pas permis de s'emporter, même contre fes ennemis. 151 CHA». XXVII. La colere n'efl point maítreffe d'elle-méme, ni facile à dompter.—. 153 Cuar KXVIIL. Il y a plufieurs moyens dont on doit fe fervir pour modérer f& colere. 157 CHap. XXIX. Imitons l'exemple de plufieurs, qui ont joint la douceur au plus haut degré de puiffance. : 163 .. Cnar. XXX. Il y a de la folie à fe mettre en colere pour la. moindre chofe. 169 Crap. XXXI. Il faut retenir fa langue avec un grand foin. 173, TABLE Crap. XX XIL Plus nous fommes éle. vés au deffus des autres, plus nous devons nous conduire avec znodefüe. 177 CHap. XXXIII Neprétons point l'oreille aux flatteurs, 183 Cuna». XXXIV. C'eff le propre d’une ame grande& courageufe, de ne point fe troubler dans les afflictions. 197 Cuap. XXXV. Les gens de bien font nés pour l'exemple,& Dieu Je les defline particulierement. 201 CHAP. XXXVI. Rien n'efl plus beau L, 1 7 qu uneézalité foutenue pendanttoute la vie. 203 LIFRE CINQUIEME. DE LA TEMPÉRANCE. CHAPITRE I. FL fout marcher toute fa vie à la lueur du flambeau de la raifon. 209 Cap, II. Le bonheur de la vieconfiffe DE dans li (map TIT. du bonhs (HA, IV. - ducorps - érelqa (gap. Vas ment(ll CHAP. VL de pa. (gap, VII. naf CHAP. VIII. AA (na, X. Li indies d Tit, Cp, XIL ai ls dfi. ( 17 / n'ef plis bay 12 mondantin us Prodanttos DES CHAPITRES. dans la paix intérieure de l'ame; 211 Crap. II. Le peuple eff un faux juge du bonheur de la vie. 21$ y. Crap. IV. Z/faut fe préteraux befoins ducorps, mais il ne faut point em être l’efclave. 223 CuaP. V. L'appétit efl l'affaifonnement du boire& du manger. 227 CHAP. VL Apprenez à vous contenter de peu. 231 Cua»; VII. Repas de Platon& de Syracufe.. 235 Cxap.VIII. Repas des Lacédémoniens. 239 Cuap,IX. L’excés d’embonpoint puni, : 241 Cua». X. Les plaifirs du corps font indignes de la grandeur de l'homne, 245 CHAP. XI. Exercez votre corps& votre efprit à la patience. 249 CnaP. XII. La frugalité ef} la mere d’unesbonne fante. 253 TABLE CHAP. XIII. L’excés du vin Jfomente & découyre toutes Jortes de vices. DE: jamais" Crap. XIV. Il faut bannir le luxe$ & obferver la frugalité. 265 Cxap. XV, IL n'y a point d' Art plus utile, plus agréable, ni plus digne de l'honnéte homme, que f A. griculture,» 277 Chap. XVI. Nous devons garder la bienféance dans tout notre extérieur. 283 Cha». XVII. Il faut écarter de notre extérieur toute parure indigne de l'homme.: 285 Cxap. XVIII. Avis utiles qu’on doit tirer du miroir. 291 CHAP. XIX. La médiocrité dans les habillenents ef? ce qui convient le mieux. 295 Cap. XX. I) vaut mieux ne rien fentir, que de fentir bon. 301 CHAP. XXI. Mefürez le fommeilàyotre befoin.: 303 CHAP.XXI.Unhomme Jobmg nedanfe (pi. XXI dit dou (gp, XX fpedacle TUS. (HAp, XXI au torreni tendre& + (HAP, XX jeune hon lards, AP. XXV d'un hom nau, iu, XXVII itent© l'es fat de r gr bien d dup XXIX. nt Au tra) 4». XXX, darlns peu, DES CHAPITRES, up fm; m;;. hs de A jamais, 4 moins qu’il ne foit fous y 309 hmi n, Crap. XXIII. La mufique produit un d m effet doublement merveilleux. 311 Cuar. XXIV. La fréquentation des Jpedlacles efl dangereufe aux bonnes "maurs. 319 7 CHaP. XXV. Ji ne faut point expofer au torrent de la multitude un efprit f tendre& facile. 325 " MUT(ti . *" CnHar. XXVI. C'ef fe. devoir d'un 1 a Iu homme, de refpeder les"E rare ij d D CHA». XXVIL La vue& l’idée Jèule d'un komme de bien corrigent les maurs. 337 yj ocrite dans qu ema CHAP. XXVIII. Z/ faut que le juges ment& lexemple d'autrui nous fervent de regle pour faire ou corTiger bien des chofes, 339 Crap. XXIX. Il faut exercer la Jeuneffe au travail& à la patience. 345. CHAP. XXX. Ecoutons beaucoup, parlons peu, 353 Le Jom Mi f edel TABLE DE Crap. XXXI. Les perfonnes d'un âge(01. XL avancé doivent être préfentes aux de nejan récréations des jeunes gens. 61 3- Cup, XI Crar. XXXIIL Il y a des mefuresà— olür au garder jufques dans les jeux& les— gifrats plaifanteries. 367 CnAp. XXXIII. Ily ena, à qui un bon frt mot a coûté fort cher. ps “ Cxap. XXXIV. Bons mots,& faits curieux: 377, Qus. XI CHAP. XXXV. L'amour de la gldire riaf n pique l'émulation. 391 Jante Cnar. XXXVI. Il faut ménager fa réputation. 395 : CHAP. XXXVII. Vivez comme fi vous étiez toujours en public.. 399 CHAP. XXXVIIT L'affaire de la vie la plus importante& la plus épineufe, eft le choiz d'un état. 495 CHap. XXXIX. Un Magiflrat doit veiller aux intéréts publics,& non auz fiens propres. 409 CnHar. XL. Différents devoirs des perfonnes qui ont. l'autorité für ks Gutres.; I a= DES CHAPITRES. es du) CHap. XLI. C"ef le devoir d'un Juge fentes de nejamaiss'écarter du yrai. 429 115,$ü€ CHAP. XLII. Les Citoyens doivent $ mein; obéir aux Magiflrats,€ les MaJeux CU giflrats aux Loix. 439 4 Ÿ: deu CHap. XLIII. L'exemple des Princes ; livrés au vice efl plus nuifible ,que TN leurs yices mémes. ASI 1 Cua». XLIV. La puiffance n'eff glos dili rieufe qu'autant qu'elle efl bienfaiy June& falutaire. 459 minor omme vi y delia lus gite) 5 bles o glori ji , EU