DES SUPERSTITIONS.
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jourd’hui à personne , ou qu’à tres-peu de personnes.Cependant selon les maximes de l'Art notoire, tout lemonde en peut avoir communication , si tout le mondegarde exactement tout ce qu'il ordonne. Ainsi la com-munication que l’on en a , s’il est vrai que l’on en aitquelqu’une , ne vient ni ds Dieu, ni des bons Anges,mais feulement des Démons , qui seuls seront la récom-pense de ceux qui esperent de devenir íçavans & sagespar le moyen de cet Art.
Celui que quelques-uns appellent l’A rt de S. Paul , parcequ’i's s’imaginent que Dieu l’enseigna- à S. Paul loríqu’ilfut ravi au troisième Ciel, & qúe ce grand Apôtre l’ap-prit ensuite aux hommes, est quelque chose d’approchantde l’Art notoire; & quoi qu’on n’en connoiíse pas bien
CHAPITRE III.
D<? r observance des jours , des mois , destemps ér des années . En quoi elle confise,fils elle efi superfl itieufe ò 4 condamnée com-me telle par l'Ecriture , par les Conciles& par les Saints Eeres. ‘Divers exemplesde cette Superstition.
Eux qui n’obfervent les jours, les mois, les
temps, & les années, que pour connoître les es-tes mystères, on peut dire qu’il n’est pas moins supersti- sets naturels qui font produits par les influences celestes,lieux ni moins illicite; tant parce qu’il est combattu par & qui arrivent selon l’ordre que la Providence divine ales mémes raisons que nous venons de rapporter contre établi dans le monde , comme font les Médecins dansl’Art notoire, qu’à cause qu’il est tres-faux que S. Paul les maladies, les Laboureurs, les Vignerons & les Jar-ait jamais révélé aux hommes ce qu’il ouït dans son ra- diniers dans l’Agriculture, ne peuvent fans injustice êtrevissement, puifqu’il dit lui-même qu’il entendit des pa- accusez de Superstition.
rôles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme de ra-conter (a).
II y a encore un autre Art qui a beaucoup de rapportavec l’Art notoire , bien qu’il ne promette pas la science
On n’en peut pas auffi accuser les Chrétiens, quotqu’ils observent les années Jubilaires , les Quatre-Tems,l’Avent , le Carême , les Dimanches & les Pestes,parce qu’ils ne le font que par l’ordre de l’Eglife, la-par voye d’infusion. On le nomme t Art des Esprits , ou quelle étant conduite par le S. Esprit les met à cou-
í Art Angélique , & on prétend que par son moyen un vert de toute sorte de Superstition. Joint qu’à propre-
homme peut acquérir, avec le secours de son Ange-Gar- ment parler, ils n’observent pas les temps , mais ce qui
dien ou de quelqu’autre bon Ange, la connoissance. de est signifié par les temps, selon la judicieuse remarque
tout ce qu'il veut. de S. Augustin (e).
On en distingue de deux fortes ; l’un obscur, qui Mais on ne peut pas exempter de Superstition ceuxs’exerce par voye d’élevation, de transport, de ravisse- qui observent les temps par rapport aux choies qui nement ou d'extafe; l’aútre clair & distinct, qui s’exerce dépendent ni des influences celestes, ni de l’ordre de lapar le ministère des Anges qui s’apparaissent aux hom- nature , & fur lesquelles les astres n'ont nul pouvoir,pies fous des formes visibles & corporelles, & qui s’en- telles que les évenémens cafuels, les opérations de l’en-tretiement agréablement avec eux. rendement & les actions de la volonté. On volt des
II est rapporté dans la Vie du B. Jean de la Croix, gens, par exemple, qui s’imaginent qu’il y a des tempsstu’on peut appeller le Coadjuteur de sainte Therefedans heureux , & qu’il y en a de malheureux, & qui dansla Reforme de l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Car- cette imagination attendent certains temps, pour faire ou(M ), qu’il découvrit la fourberie & l’imposture d’une pour ne pas faire certaines choses, comme si tous lescertaine ^ eligieust, qui ayant fait pacte avec le Démon, jours de l’année n’étoient pas bons, & qu’on ne pût pasíçavoit tres-bien kTheologie Scholastique & en difpu- avec la grâce de Dieu , faire de bonnes actions tous les
* i 1 ,
toit avec les plus stavans Maistres ; ce qu’elle pouvoitfaire par le moyen de l’Art Angélique.
ans, tous les mois, tous les jours , & toutes les heures
tr\ r' c ’ * - du jour.
D p , e u1 i P2 ur - etr e de cet Art dont fe servir le pere C’est de cette Superstition dont s’est plaint l’ApôtreT.’ or .J u ‘^disputa contré les trois Esprits Sec- S. Paul dés il y a plus de seize cens ans, comme d’une
, -- Efpr.., *J. 4 a XIX UVJ XX y a ^XILL, XXX. XI.LX.X. x-x.ua <xxxx , ì.
tateurs d Averoës, & c’est peut-être auffi ce qui a fait chose qui étoit capable de ruiner tout le fruit des tra-croire a bien des gens qu’il y avoir des Genies, des Ef- vaux qu’il avoit entrepris pour la conversion des Gala-
prits ou des Démons familiers, qui apprenoient à certai- tes (/), & de rendre inutiles toutes les peines qu’il avoit
nés personnes tout ce qui fe passoit, tel qu’étoit celui prises pour leur salut. Fous observez. , leur dit-il, leidu Philosophe Soci-ates , & celui que le Pere du même jours dr I e * m ois , les faisons & les annees-, j appréhende
Cardan eut pendant environ $ ans (d)» pour' vopís opte je n’aye travaillé en vain parmi vous *
Quoi qu’il en soit, je soutiens que cet Art est super- Je ne disconviens pas que la plupart des Interprètes deíiitieux & en soi, & en ses formules. cet Apôtre n’expliquent plus naturellement ces paroles ,
En soi, parce qu’il n’est autorisé ni de Dieu , ni de des observances légales, & des cérémonies Judaïques quel’Eglise , &r que les Anges par le ministère defquels on les Galates pratiquoient encore aprés leur conversion,
suppose qu’il s’exerce, ne font autres que des Anges de Mais il me suffit que S. Jean Chrysostôme , que S.
tenebres & des Anges de Sathan, qui ne respirent que Augustin, que plusieurs autres Saints Docteurs lesnotre ruine Se nôtre perte. ayent entendues des observances vaines, & des prati-
En ses formules, parce qu’elles ne font que des con- ques superstitieuses des Gentils , qui fe perfuadoientpirations 8c des imprécations, par lesquelles on oblige contre toute raison qu’il y avoit des temps heureux
les Démons , en vertu des pactes que l’on a faits avec & des temps malheureux , & qui n’eussent pas voulu
eux, de dire ce qu ils fçavent, & de rendre les services faire certaines choses en certain temps, parce qu ilsque l’on efpere d eux. _ eussent crû qu’il leur en fût arrivé quelque mal , ou
qu’ils n’y eussent pas si bien réussi s’ils s’y fussent
Cor. i». Audivit arcasta verba , quœ non licet homini
(<0 ».
loqui.
(H) L. L. C. j
[c) L i. Magicorum, Ste. p. 84. Vid. Cardan. Ub. 16. de re-niai variet. c. 93.
(4 Ibid.
pris en un autre temps, ainsi qu’on le peut voir dans(g) Macrobe, dans Alexandre d’Alexandre , &dansAu-
lu-
(e) Lib. contr. Adimant. cap. 16. Ea serviliter obíêrvabantJud&i non intelligentes ad quarum rerum significationes 8c prae-nunciationes pertinerent. Hoc in eis culpat Apostolus, 8c in om-nibus qui serviunt creaturae potiùs quam Creatori. Nam nos quo-que 8c Dominicain diem 8c Pascha solemniter celebramus, 8c quas-libet alias Cbristianas dierum festivitates : Sed quia intelligimusquò pertineant , non tempora observamûs , sed quae illis ligmfi-cantur temporibus.
(/) Galat. 4.
(s) Lib. 1. Saturnal. ç, j6.1. 4. génial, dier. c, »o, 1 . f. Noct.Attic. c. 17.