Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
103
JPEG-Download
 

des sue er

parla vertu de Dieu dont il étoit rempli, & par laquel-le il operoit tant de miracles.

S T I T I O N S.

*o$

Hippocrate ( h ) se mocqueìde certains imposteurs &les deteste au même temps, de ce quils se vantoient deguérir le mal caduc par des Oraisons & par des íâcrifi-

CHAPITRE III.

Que les Conciles lesPeres , les Théologiens ,la Medecine ér les Loix Civiles condam-nent la guérison des maladies qui se saitpar paroles es par Oraisons. Sentimensd'Hipocrate , Gallien &c.

A T o u t e s les autorisez st expresses & si décisifves , que nous avons produites jusques ici pouríaire voir que les paroles nont nulle vertu pour guérirles maladies des hommes & des siestes , on peut ajouterselle des Médecins. Car saint Augustin nous apprendque toutes les ligatures & tous les remedes que la Méde-cine condamne , soit dans les enchantemens, soit dansles figures ou caractères, se rapportent aux Superstitions,& quils font des suites de quelque pacte que lon a faitavec les Démons (a).

Cest dans cet esprit que le Cardinal de Cusa (b) as-seure que cest être idolâtre que de chercher son sa- lut dans les caractères, dans les ligatures, dans les pa-,, rôles & dans les autres choses que les Médecins con-s, damnent.

Cest pour cela que le quatrième Concile Provincial<îe Milan (c) eni ; 76. ordonne aux Confesseurs dexa-,, miner avec foin si les penitens, pour guérir les mala-,, dies ou les playes, ne se servent point de certains re- medes inconnus à la medecine & superstitieux ; & sils en trouvent qui soient coupables de ce péché, de», reprendre sevérement, & de tascher de les detour-« ner de cette opinion vaine & erronée.

Cest dans cette veuë que Jean François Bonhomme.Évêque de Verceil & Visiteur Apostolique dit (d) : Quon ne guérisse aucunes playes par le moyen de cer-,j tain nombre de paroles, designes, ou de prières, de linceiiils, ou de certaines choses que lés Médecins n ap-», prouvent pas;

Cest encoré par cette raison 1 que ìe Concile Provin-cial de Bourdeaux (e) en 1583. suivant la pensée de S.Augustin, met au nombre des Superstitions les Li-,, gatures des remedes exécrables que la Medecine con- damne, les Oraisons, les signes Ou caractères, & les préservatifs ; & que les Statuts Synodaux de S. Ma-1° (f) en x<ïi8. blafment ceux qui sous pretexte de,, medicamens murmurent quelques charmes quils ap- pestent Oraisons, versent de leau sur certaine herbe, se servent dun ozier fendu ou dune mesure de cein- ture, ou exercent autres remedes que la discipline des Médecins condamne.

Enfin cest pour ce sujet que ìe Synode Diocésain duMont-Caffin (g) en 162,6. ordonne aux Confesseurs desinformer soigneusement des penitens » & entrautres deceux qui sont à larticle de la mort, sils ne se sont pointservis de quelques remedes superstitieux & inconnus àla Medecine , soit pour recouvrer la santé , soit pourguérir des playes.

Voyons donc quels sentimens quelques-uns des plussoávans & des plus célébrés Médecins ont de la guérisondes maladies qui se fait par paroles*

(a) L. r. de Doctr. Christ, d 10. Ad hòc geriuS, dìt-, per-tinent omnes etiam ligatur* atque remédia qu* Medicorum quo-nue disciplina condemnat, five in prxcantatio nibus, sive in qui-busdam notis quas chaxacteres vocant.

(f>) Tom. a. 1 . ï. Exercitat. Serm. in iHud , Ibant Magi, &c.st) Constit. p. 1. tit. 2. n. 4.

(/O In Decret. Visitation, tit. de Superstitio.st) Tit. 7.

(/) Art.A,.

.(g) C. 4. D ecret< 2. Diligenter à pœriitentibus , iis pr*ser-tim quos m mortis articulo vident constitutos , investigent, numahquod remedium valetudini, vel curandis vulneribus adhibuerint,non quod a medica arte, íed à superstitione promanaverit.

ces.

Galien (/) rejette ces sortes dimpostures comme descontes de vieilles , & des prestiges des Egyptiens & desBabyloniens ; 8 c il invective contre un certain Pamphi-le, qui avoit accoutumé de marmotter certains mots encueillant des herbes. .

Jean Langius (kj Médecin des Princes Palatins duRhin , réfuté par lautorité de S. Augustin, les guéri-sons qui se font par le moyen de certaines paroles delEcriture-Sainte , & asseure quil nen fait aucun cas.II fe plaint aussi (/) de lavarice & de lignorance decertains Médecins charlatans , qui se servent denchan-temens, de remedes magiques & superstitieux pour gué-rir les maladies, en corrompant ainsi la Medecine , quiest un des plus grands biens que Dieu ait jamais fàitauxhommes.

II y a des remedes ridicules &extravagans, ditFer-,, nel (m ), & que j'appelle superstitieux, parce que les,, esprits des hommes ont été assez foibles pour se laisser insatuër dés il y a longtemps, de leur superstition.

,, Ce sont des remedes dont personne ne peut dire d'ou leur viertt la vertu quon leur attribue. En voici des exemples. Guérir du mal-caduc en prononçant, ou eri portant fur soi ces vers Gafiar sert m^rrham , &c.,, Appaiser le mal de dents en touchant ses dents pen- dant la Messe & en disant , Os non comminueris ex eo ; guérir les écroiielles & remettre la luette quand,, elle est démise par le moyen des prierès qui sont rap-,, portées par Aëce ; faire cesser íe vomissement en ob- servant certaines cérémonies , & en proférant certains,z mots, quoiquen labfence du malade , dont il suffit,, de sçavoir le nom ; arrester le flux de íàng, de quel-,, que partie du corps quil coule ; en touchant seule- ment la partie, & en prononçant certaines paroles quej, quelques-uns asseurent être ceíles-cy ; De latere ejus exìvìt sanguìs dr aqua; guérir la fièvre, ou en prenant», la main du malade & en lui disant, ts£que facilis tibt febrishxcfit atque Maria Virgini Chrifii fartas , ou en se lavant les mains avec lui, & en récitant tout bas le,» Pfeáume, Exaltabo te Deus meus rex ; dire à loreille dun afne que lon a été blessé par un scorpion , pour,, faire passer aussi-tôt la douleur de cette blessure.

Que sil y a de la superstition dans les paroles, con-t,, timë le même Auteur, il y en a aussi dans les écrits.,» Pour la chassie, on trouve des gens qui portent lié

avec du lin autour de leur cou, un billet dans lequel sont écrits ces deux, lettres Grecques P A. Dautresj, pour le mal de dents portent attachées fur eux ces impertinentes paroles : Strigiles falcéfijue dentatx ,dentium dolorem perfimate, ,, Dautres enfin pour les fié- vres, & particulièrement pour celle que les Latins

1, appellent Semitertianam , les Grecs »;/zítpít«</ , &», qui est composée de la quotidienne, de la continue» & de la tierce intermittente , portent pendu à leuru cou un billet sur lecjuel ce mot Abracadabra est« écrit en lettres Grecques majuscules , de la façon

2, que rious marque Q. Serenus ancien Médecin , &

sectateur de lheretique Basilides, par ces Vers:

ïtifirìbes chartx quod dicitur ABRACAAABPASxpius dr fúbter repetes : Jèd detrahe fummam

Ut

fh) L. de Morbo lâcro.

(0 L. de fímplic. remedior. potestate.

, W L-1 Ep. 34. citât, de 8. August. Tract. 7. in Johan. ;. Meritôdit-il , aniles illos versiculos ex sacr* Scriptur* verbis unà cumD, Augustino deípiiimus, 8cc. Ego eas prscipuè qu* verbis cons-tant , non astis facio.

(/) Pr*fat in epistol. Quis non ab imo pectore ingeraiscaftMedi-cinam, tam sacrum Dei domina, avaritia & ignorantia Pseudomedico-rum in hominum perniciem converti? Salutare summi Deidonumanus Jatidicas, íycophantas quoque & agyrtas, fiais imposturis, artemagica, 8c idololatri* superstitionibus 8c incantamentis ita profa-nare 8c conípurcare, ut nulla sit artium ou* tot impiis scateat sia-perstitíonibus?

(tn) L. z, de Abdit. rer. causis c. 18.

Cc z