histoire des
douter qu’ils n’ay en t long-tems trompé les hommespar les prodiges qu’ils saisoient opérer à ceux qui sedévouoient plus particulièrement à eux ; que plusieursOracles n’ayent été un effet de leur puissance & deleurs connoissances , quoiqu'une partie se doive attri-buer à la subtilité des hommes ; & qu’ils ne soyentapparus fous |des figures phantastiques qu’ils pre-noient de la même maniéré que les prennent les Anges,c’est-à-dire, fous des corps aériens qu’ils organifoient.L’Ecriture sainte nous assure même qu’ils s’emparoientdes corps des personnes vivantes. Mais Jefus-Christdit trop précisément qu’il a détruit l’Empire des Dé-mons , & nous a affranchis de leur tyrannie , pourqu’on puisse raisonnablement penser qu’ils ayent en-core fur nous h puissance qu’ils avoient autrefois,jusques à opérer des choses qui paroissoient miracu-,leusesj comme on le raconte de cette Vestale qui por-ta de l’eau dans un crible pour prouver fa virginité,& de celle qui avec fa simple ceinture fit remonter furîeTybreun bateau qui étoit tellement engravé, quetoute la force humaine ne le pouvoit ébranler.Presque tous les saints Docteurs conviennent qu’il neleur reste d’autre moyen de nous tromper que par lasuggestion , laquelle Dieu leur a voulu laisser pourexercer notre vertu.
Je ne m’amuserai point à combattre toutes les im-postures qu’on a publiées des Démons Incubes & Suc-cubes , dont quelques Auteurs ont sali leurs écrits :non plus qu’à répondre aux prétendues possessions desfilles de Loudun, & de Marthe Brossier, qui ont faittant de bruit à Paris aù. commencement du dernier sié-cle ; parce que plusieurs favans qui nous ont donnéleurs réflexions fur ces avantures , ont assez fait voirque les Démons n’y ont eu aucune part ; & la der-niere surtout est parfaitement détruite par le rapport deMarefcot célébré Médecin, qui sut député par la Fa-culté de Théologie, pour examiner cette fille qui sai-soit tant de merveilles. Voici ses propres paroles, quipeuvent servir d’une réponse génerale à toutes ces sor-tes d’avantures: à natura multa , plura f tla, aDame-ne nulla. C’est-à-dire, que le tempérament de MartheBrossier , qui étoit apparemment fort mélancolique,& hypocondre , contribuoit baaucoup à ses enthou-siasmes : qu’elle en feignoit encore plus, & que le Dé-mon n’y avoit aucune part.
Si quelques Pérès, comme Saint Thomas, croyentque les Démons opèrent quelquefois des effets sensi-bles , ils ajoutent toujours que ce ne peut-être que parune permission toute particuliers de Dieu, pour fa gloi-re & le salut des hommes.
A l’égard de tous ces prodiges, & des maléfices siordinaires, que le peuple attribue au sortilège, & aucommerce avec les Démons , il est constant qu’ils nepeuvent être opérés que par la Magie naturelle » quiest la connoissance des effets secrets des causes naturel*les, & plusieurs par la feule subtilité de l’arr. C’estle sentiment de la plupart des Pérès de l’Eglise qui enont parlé , & sans en chercher des témoignages dansles Auteurs du Paganisme , comme Xenophon, Athe-née, & Pline, dont les Histoires font remplies d’uneinfinité de merveilles toutes naturelles , nous voyonsde notre tems des effets si sorprenans de la nature,comme ceux de l’aiman , de l’acier, du mercure, quenous les attribuerions au sortilège, comme ont fait lesAnciens, si nous n’en avions des démonstrations toutessensibles. Nous voyons aussi des Batteleurs & Joueursde Gibeciere faire des choses si extraordinaires , &qui semblent si opposées à la nature , que nous regar-derions ces Charlatans comme des Magiciens , si nousne savions par expérience que leur feule adresse jointeà la force de l’habitude leur fait opérer tant de chosesqui nous paroissent merveilleuses.
Toute. la part qu’ont les Démons dans les pra-tiques criminelles de ceux qu’on nomme commu-nément des sorciers , c’est la suggestion , par la-quelle ils ies invitent à la recherche abominable de
toutes les causes naturelles qui peuvent nuire au pro achain.
Me voici enfin, Monsieur , au point le plus déli-cat de votre question , qui est de savoir si nos âmespeuvent revenir sur la terre après qu’elles lont séparéesde nos corps.
Comme les anciens Philosophes erroient si fort siffla nature des âmes ; les uns croyans que ce n’étoitqu’un feu qui nous animoit, les autres un air subtil»& d’autres assurant que ce n’étoit rien autre chose qusle bon arrangement de toute la machine du corps, cfiqui étoit n’en point admettre , non plus que dans l eSbêtes : il ne faut pas s’étonner qu’ils ayent eu des idéessi grossières fur leur état après la mort.
L’erreur des Grecs qu’ils ont communiquée au*Romains, & ceux-ci à nos anciens Gaulois, étoit qu eles âmes dont les corps n’étoient pas folemnellement est'fevelis par le ministère des Prêtres de la Religion, er-roient hors des Enfers fans trouver de repos jufqu'èce qu’on eut brûlé leurs corps & recueilli leurs cen-dres. Homère fait apparaître Patrocle tué par Hec-tor ì son ami Achille pendant la nuit, pour lai de-mander la sépulture, fans laquelle il est privé , dit-ii>de la douceur de passer le fleuve Achéron. Il n’y a 'voit que les âmes de ceux qui avoient été noyés»qu’ils croyoient ne pouvoir revenir après leur mort»dont l’on trouve une plaisante raison dans Servius in-terprète de Virgile , qui dit que la plus part des ss-vans du tems de Virgile , & Virgile lui-même»croyant que l’ame n’étoit autre chose qu’un feu qn*anime & fait agir le corps ; ils étoient persuadés qu ele feu étoit entierement éteint par l’eau , comme si | ffmatériel pouvoit agir fur le spirituel. Virgile expli-que clairement son sentiment au sujet des âmes dan?ces vers,
Ignetts efl olîis vîgor & cteîestis orìgo.
Et peu après,
Totos infusa pet artùiAîens agitât molem & telo Jè corpore mifeit.
Pour marquer l’ame universelle dumotlde, qu’il cróy° )£avec la plupart des Philosophes de son tems.
C’étoit encore une erreur commune parmi les Pay eI,sde croire que les âmes de ceux qui étoient mortsvant leur juste âge , qu’ils mettoient à l’extrémité d •la croissance , erroient vagabondes jusqu’â ce quetems fut venu auquel elles dévoient naturellement etíséparées de leurs corps. Platon plus pénétrant ,mieux instruit que les autres , quoique dans l’err £UÍ -comme eux , disoit que les âmes des justes qu* a 'voient suivi la vertu mouraient au ciel : & que ce Lqui avoient été impies retenant encore la contagion ^la matière terrestre du corps , erroient fans cess etour des sépulcres, apparaissant comme dès ómbr eSdes phantômes.
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Pour nous, à qui la Religion apprend que nossont créées de Dieu & sont des substances spirituels’raisonnables’, & immortelles, & unies pour qtems à des corps , nous savons qu’il y a pour eliaprès la mort trois disserens Etats.
Celles qui jouissent de la Béatitude éternelle ,tes abîmées, comme parlent les saints Docteurs, “la contemplation de la gloire de Dieu , ne laisse 0 ^ tde s’interesser encore à ce qui regarde les hommeselles ont éprouvé les misères ; & comme elles fontvenues au bonheur des Anges, tous les Ecrivain s scrés leur attribuent le même privilège de pouvOir .des corps aériens se rendre visibles à leurs freres Hsont encore fur la terre, pour les consoler, & ' eU ^. te otprendre les volontés divines : & ils nous en rapp 0plusieurs apparitions qui font toujours arrivées papermission particulière de Dieu, < i ot i-
Les âmes que l’abomination de leurs crimes a pgées dans ce gouffre de tourmens que l'Ecriture ^