«r ^ m /«.M w» -ìCTr BIBLIOTHEQUE DES PHILOSOPHES CHIMIQUES- ' NOUVELLE EDITION , Revûë, corrigée & augmentée de plusieurs Philosophes, avec des Figures & des Notes pour faciliter l’íntelli- gence de leur Doctrine. Far M'. J. M. D. R. TOME TR OISIE’ME. A PARIS, Chez André’ Caiubau, Place de Sor» bonne, au coin de la rue des Maçons, à Saint André. M. D C C. XLL Avec Approbation & Privilège du Roy 0 TRAITÉS C 0 NT E NU S Pans ce troisième Volume» L Valent m. II. Le Triomphe Hermétique* III. La Lumière sortant des Té * nébrçs » Tome 3- LES DOUZE CLEFS D E DE FRERE BASILE VáLENTIN» Religieux de i/ordre de s. benoist. >LIVRE PREMIER. JDe lu Clavicule de la Pierre précieuse des anciens Philosophes A VA NT-PROPOS A n s ma Préface du Traité de !a Génération des Planettes , je me su s obligé,mon cher Lec- reur, en faveur de ceux qui font curieux de Science & qui veulent rechercher les Sécréts de la Nature, d’enfeigner, selon la capacité que Dieu m’cn a doa- Tome III. A 2 Les douze Clefs née , d’où , & de quelle Matière nos Ancêtres ont prémiérement tiré , & puis préparé la Pierre triangulaire , donnée par la libéralité du souverain Dieu, & de laquelle ils se sont servis pour entretenir leur santé durant le cours de cette vie mortelle, dé pour soupoudrer comme d’un Sel céleste les malheurs de ce Monde. Or afin que je tienne ma promesse , & que je ne t’enve- lope point dans des Sophistications trompeuses , mais que je montre , comme on dit , depuis un bout jusqu’à l’autre, la Source de tous Biens : Sois attentif, Sc considère diligemment çe que je vais dire, si tu aimes la Science , car je n’aime point à parler en vain , & mon intention n ? est pas de me servir à cet effet de paroles frivoles , qui ne fervent de rien ou de peu pour enseigner. Au contraire, mon dessein est de montrer en peu de mots des choses , qui soient appuyées fur de bons fondemens , âç fondées fur des expérienr ces très-certaines. Or il faut fçavoir qu’encore que beaucoup de Gens se flattent de pouvoir faire cette Pierre , néanmoins peu de ces Gens là en viennent à bout ; car Dieu n’a communiqué la connoissance de P Opération qu’à fort peu, & à ceux-là principalement qui haissent le mensonge , qui embrassent la vérité, & qui s’adonnent aus Ln- ré- la Us nté Sç ste îs ve- m- on la & ire, )int est fri- jea es- des ans en-, au- lire ens ira- ion ile- m- ius DE B as. Valentik, Liv.I. 5 ÍA.rts & LUX Sciences : Sur tout à ceux qui î’aiment de tout leur cœur , & qui lui demandent ce précieux Don avec instance 6Z prières. C’est pourquoi je t’averris , si tu veux chercher notre Pierre , de suivre mon conseil , qui est que tu pries Dieu de favoriser tes œuvres : Et si tu sens ta conscience chargée de péchés, je te conseille de l’en décharger par une vraie contrition & par une bonne confession , prenant une ferme résolution de persévérer dans la vertu , afin que ion cœur soit toujours pur, Sc que ton esprit soit éclairé de la lumière de la Vérité. Outre cela, propose toi en toi- même , que si après avoir acquis ce Don divin, tu ès élevé en honneur, tu tendras la main aux Pauvres , qui font comme embourbez dans le limon de la pauvreté; que tu redonneras par tes libéralités des forces à ceux qui font fatiguez de leurs malheurs, & que tu relèveras avec tes Richesses ceux qui font accablez de misère , afin que tu reçoives plus aisément la bénédiction de Dieu, & que ta foi, étant confirmée par tes bonnes œuvres, tu puilîès jouit de la Béatitude éternelle. Outre cela encore, ne méprise pas les Livres des anciens Philosophes, qui certainement ont eu la Pierre avant nous ; mais lis-les entièrement ; car après Dieu , Aij 4 Les bo'Uzï Clees iis font cause que je l’ai euë. Lis-les plus ct’une fois , afin de ne pas oublier tes Principes , de peur que tes Fondemens ne tombent, & que la Lumière de la Vérité ne s’éteigne. De plus , fois diligent à la recherche des Choses qui s’accordent avec la raison, & avec les Livres des Anciens. Ne fois point variable ni chageant ; vise constamment au but où tirent tous les Sages. Sou- viens-toi qu’un Esprit mobile n’a point de pied stable ,, & qu’un Architecte, qui a la tête légére , peut à peine bâtir un Édifice qui soit ferme & permanent. De plus encore, notre Pierre ne prend point son Estre & fa Naissance de Choses combustibles , parce qu’elle combat contre le feu, & soutient tous ses efforts, fans en être aucunement offencée. Ne la tire donc point de ces Matières, dans lesquelles la Nature toute puissante qu’eile est, ne la peut mettre. Par exemple, si quelqu’un disoit que notre Pierre est de nature végétasse, ce qui néanmoins n’est pas possible, bien qu’il paroisse en elle je ne fçai quoi de végéta- ble ; il faut que tu sçaches que si notre Lunaire étoit de même nature que les autres Plantes, elles ferviroit auífi bien qu’el- les de matière propre au feu pour brûler, Si ne remporteroit autre choie de lui que DE BA'S. Valèntïn, Ll7, T. y íe Sel mort, ou comme l’on dit , la Tête morte. Quoique nos Prédécesseurs ayent écrit amplement de la Pierre végétable , íï tu n’es auffi clair-voyant que Lincée, leurs Ecrits íurpaílèront la portée de ton esprit» car ils l’ont seulement appellée végétable» à cause qu’elle croît, Si se multiplie comme une chose végétable. Bref, sçache qu’aucun Animal ne peut étendre son Espèce ni engendrer son semblable, s’il ne le fait par le moyen de choses semblables , & d’une même nature. Voilà pourquoi je ne veux point que tu cherches notre Pierre autre part ni d’autre côté que dans la Semence de fa propre nature, de laquelle la Nature l’a produite. Tire de là auffi' une conséquence certaine» qu’il ne te faut aucunement choisir à cet esset une nature animale : car comme la chair & le sang ont été donnez par le Créateur de toutes choses aux seuls Animaux ; auffi du seul sang qui leur est particulier » eux seuls font nez & naissent tous les jours. Mais notre Pierre , que j’ai euë par succession des anciens-Philosophes , est faite & composée de deux choses , & d’une , dans lesquelles la troisième est cachée, & telle est la vérité fans aucune ambiguïté ni tromprie, car le Mari &la Femme n’étoìent pris par les anciens Philosophes que pour Ufl même Corps, non pas à cause de leurs '€ Les douze ‘Cx.ees accidens externes , mais à cause «3e ícaf amour réciproque, Sc de la vertu uniforme productive de leur sembable, née Sc insérée dans L’une Sc dans l’autre, dès leur première naiíïànce. Et tout ainsi qu’ils ont une vertu conservative & propagative de leur Espèce , tout de même la Matière , dont notre Pierre est produite, peut se multiplier & s’étendre par la vertu séminale qu’elle a. C’est pourquoi , si tu es un véritable Amateur de notre Science, tu ne feras pas peu d’estime de ce que je viens de te dire, &tu le considéreras attentivement , de peur de te laisser attirer avec les autres Sophistes, aveuglez en cet endroit dans la fosse d’ignorance, de te précipiter dans ce gouffre , & enfin de ne pouvoir jamais t’en retirer. Or,mon Ami, afín que je t’enfeigne d'oà cette Semence , Sc cette Matière est puisée, songe en toi-même à quelle fin Sc à quel usage tu veux faire la Pierre ; alors ru sçauras qsselle ne s’extrait que de Racine Métallique, ordonnée par le Créateur 3 génération seulement des Métaux. Or comprends en peu de paroles comment cela se fait. Au commencement , lorsque l’Esprit du Seigneur étoit porté sur les Eaux, Sc que toutes choses étoient enveloppées dans les obscurités ténébreuses du Cahos^. î>e Bas. Vaî.entiNjDív.I. 7 àlors Dieu, Tout-puissant & Eternel,Cofn- înencement fans fin, dont la Sagesse est de toute Eternité, créa de rien par fes conseils infcrutables & providens , le Ciel 8c h Terre, & tout ce qui est en 'eux visible & invisible, quelque nom qu’on donne ou qu’on puisse leur donner. Car Dieu fit toutes choses de rien. Or comment se fit cette merveilleuse Création t jestime que ce n'est point ici le lieu de s’en enquérir, & qu’il faut en cela se soumettre à la Foi 8c à la Sainte Ecriture. Dans cette Création, Dieu donna à chaque Nature fa semence » de peur qu’elles ne périssent, étant su j étés à corruption , & a fin que , par cette vertu sémmalle, elles pussent le gárentir de îa mort, & que les Hommes, les Anse maux, les Plantes 8c les Métaux , pussent être perpétuellement conservez. Dieu ne donna pas à l’Homme la vertu de pouvoir, contre fa volonté, faire de nouvelles Semences , mais il lui permit seulement d’é- tendre & de multiplier son Espèce : Et Dieu se réserva la puissance de faire de nouvelles Semences, - autrement la Création feroit postible à l’Homme , comme étant la plus noble Créature ; ce qui ne peut pas se faire , & doit être réservé au seul Créateur de toutes choses. Quant à la vertu séminale des Métaux , je veux que tu la connoisses de cette ma- A iiij i Les douze Clefs niére. L’Influence céleste , par la volonté Sc par le commandement de Dieu y dé- cend du Ciel, se mêle avec les vertus Sc les propriétés des Astres, Etant mêlées ensemble , il s’en forme comme un tiers presque terrestre. Ainst se fait le Principe de notre Semence ,& telle est sa première production , par laquelle elle peut donner un témoignage assez suffisant de son origine. De ces trois se font les Elémens, à sçavoir, PEau,PAir, Sc la Terre, lesquels , moyennant l’aide du Feu , continuellement appliqué , on régit & gouverne juTqu’à ce qu’ils ayent produit une Ame, qui ait une moyenne nature entre les deux, un Esprit incompréhensible , & un Corps visible Sc palpable. Quand ces trois Principes font joints ensemble par une vraie union, ils font, par une continuation de temps , Sc par le moyen du Feu destinent appliqué , une Substance sensible , à. sçavoir , la Mercurielle , la Sulfureuse , Ò* la Saline, qu’Hermès Sc tous les autres d’avant moi, ne pouvant rien par de-là, dès le commencement du Magistére , ont appel lé les trois Principes , lesquels y é- tant mis proportionnément, on coagule, selon les diverses opérations de Nature , & la disposition de la Semence, ordonnée de Dieu à cet effet. Quiconque donc se propose de cher- de Bas. Valentïn, Lïv. L 9- fclierla source de cette salutaire Fontaine, & espère de remporter le prix dans notre Art, qu il me croye ; car j’ateste le Souverain Dieu de cette vérité , Que là où se trouvent P Ame Métalique , PEsprit Métahque , 8c le Corps Métalique , là se trouvent auffi infailliblement, le Mercure, le Soufre & le Sel Métalique s , lesquels nécessairement ne sçauroient faire qu’ua Corps parfait Métalique. Si tu ne veux pas entendre ce qu’il faut que tu apprennes , ou tu n’auras jamais été élevé dansl’Ecoie de la Sagesse, ou tu ne feras pas Enfant de la Science , ou bien Dieu t’estimera indigne & incapable de telle Doctine. Je te dis donc en peu de mots, qu’il te fera impoiïìble de tirer aucun profit des Matières Métaliques, si tu n’assembles exactement en une Forme Métalique ces trois Principes. Outre cela, il faut que tu sçaches que tous les Animaux terrestres , composez de chair & de sang, sont douez d’ame 8c d ? esprií vital, mais qu’ils font dépourvus de Fentendement, qui est particulier à PHomme seul. C'est pourquoi, quand ils ne sont plus en vie , on n’en sçau- roit rien tirer de bon , tout étant mort en eux. Mais quand l’Ame de PHomme est contraints , par la mort 8c. par la disjonction îô .Les douze Cleí s d’avec le Corps , de tourner à son Créa* teur d’où elle étoit venueelle ne cesse point de vivre Sc revient habiter avec ìe Corps purifié Sc clarifié par le feu ; de maniéré que l’Ame , l’Esprit Sc le' Corps s’illuminent Pun l’autre d’une certaine clarté céleste , 8c s’errrbrassent de telle sorte, qu’ils ne peuvent plus ensuite être désunis l’un de l’autre. Voilà pourquoi l’Homme , à cause de ion Ame , doit être estimé Créature fixe , d’autant que quoiqu’il semble mourir, il vivra perpétuellement. A cause de cela, la mort de l’Homme n’est autre choie qu’une clarification, par laquelle, avant que de passer comme par certains degrés ordonnez de Dieu , il doit, après avoir quitté cette vie mortelle , vivre glorieusement d’une vie immortelle. N’en étant pas zinsi des autres Animaux , on doit les estimer Créatures non-fixes ; car après la mort, ils n’ont aucune espérance de ressusciter ni de revivre , parce qu’ils font dépourvus d'Ame raisonnable, pour laquelle le véritable Médiateur & unique fils de Dieu a versé son .Sang précieux & s’est livré à la mort. Si l’Esprit habite le Corps, il nc s’en* fuit pas de-là qu’ils soient liez ensemble, bien qu’ils soient en paix , 8c qu’ils n’ayent rien de discordant Pun de P autre ; car i!$ Sje Bas. Vaeentïn Liv.I. n Dnt encore besoin d’un lien plus fort, à sçavoir de l’Ame pure, noble & incompréhensible , qui puisse k s lier tous deux fermement, leurs.garantirde tous les dangers» & lesdéffendre contre tous leurs ennemis. Car quand l’Ame se sépare, il n’y a plus de vie, & il n’y a aucune espérance de la recouvrer. Voilà pourquoi une chose sans Ame est grandement imparfaite, C’est un grand Secret , que doit nécessairement sçavoir le Sage qui cherche notre Pierreï Ma conscience nra obligé de ne point passer sous silence un tel Mistére, mais de le découvrir awx Amateurs de notre Science. Pèse donc attentivement mes paroles , Sc apprens que les Esprits qui font cachez dans les Métaux , différent beaucoup entr'eux, les ans étant plus volatils , les autres plus fixes, & la même différence se trouve dans leur Ame êc dans leur Corps. Tout Métail donc, qui est composé de tels Esprits vraiment fixes ( cc qui est donné de particulier au seul Soleil ) a une grande force Sc vertu, par laquelle il combat même contre le feu, Sc par fa puiílance surmonte tous ses ennemis. La Lune a en foi un Mercure fixe, par lequel elle soutient plus longuement la violence du feu que les autres Métaux imparfaits» Sc la victoire qu’elle remporté, montre a ísez íombien elle est fixe, vû. que le raviíìàhs f 2 Les douze Cìïfî fa vie Saturne ne lui peut rien ôter ni diminués de de La lascive Vénus est bien colorée, & séché tout son corps n’est presque que Teinture, Vent & couleur semblable à celle du Soleil , le Se laquelle , à cause de son abondance, tire II grandement sur le rouge ; mais d’autant ment que son corps est lépreux & malade , la pas si Teinture fixe n’y peut faire fa demeure , Sc rmfe ce corps s’envolant , la Teinture doit né- rectif ceíîàirement suivre, car ce mtrfte corps & le - périssant, lame n'y peut pas demeurer , l'Am son domicile étant consommé par le feu , pnis , Sc ne lui restant aucun siège ni refuge. Cet- Alor te ame au contraire étant accompagnée, ta bâ demeure avec un corps fixe. Et f Le Sel fixe, fournit au guerrier Mars choí on corps dur, fort, solide ôc robuste, semb d’où lui provient sa magnanimité êí son séchc grand courage. C’est pourquoi il est très- tre ; difficile de surmonter ce valeureux Capi- îoujc taine ; car son corps est si dur,qu’à grand qu u peine peut-on le blesser. Mais si l’on mêle ns c ía force Sc fa dureté avec la constance de touc la Lune ôc la beauté de Vénus , & si on les tu a accordé par un moyen spirituel, on pourra Mag faire une douce harmonie, par le moyen poul de laquelle un pauvre Homme , s’étant à chat cet effet servi de quelques Clefs de notre mulí Art , après avoir monté au haut de cette que Echelle , ôc parvenu jufqu'à la fin de àv> lfOeuvre , pourra particulièrement gagnes de Bas. V ale n tin, Liv. I. t| K vie; car la nature phlegmatique Sc humi- linuer; de de la Lune peut,être échauffée & défié , & séchée par le sang chaud & colérique de rature» Vénus, & fa grande noirceur corrigée par oleil, le Sel de Mars, , tire 11 ne faut pas que tu cherches cette Sentant mence dans les Elémens, car elle n’est °, Ja pas si éloignée de nous, la Nature nous l’a ’e, Sc mise plus près , ôc tu l’cibtiendras, si tu it né- rectifies tellement le Mercure , le Soufre :orps Sc le Sel ( j’entens des Philosophes ) que arer, f Ame, l’Esprit & le Corps soient si bien feu S Unis, qu’ils ne puissent jamais fe quitter. Cet- Alors sera fait le vrai lien d’amour , & se- ;nés, ra bâtie la Maison de gloire Sc d’honneur : Et sçaches que tout ceci n’est rien autre líars chose que la Clef de la vraie Philosophie, iste , semblable aux propriétés célestes, & l’Eau son sèche conjointe avec une Substance terres- rès- tre ; toutes lesquelles choses reviennent iapi- toujours au même point, comme n’étant rand qu’une même chose , qui prend son originels ne de trois, de deux, ôc d’une. Si tu ï de touches ce but ôc parviens jusques-là , t ies tu auras & tu accompliras fans doute le urra Magistére. Après, joins l’Epoux avec l’E- yen pousc , afin qu’ils soient nourris de leur rt à chair & de leur sang propres, Sc soient )trs multipliez par leur semence à l’infini. Quoi -tte que par charité je voulusse bien t’en dire de davantage , néanmoins je ne le ferai pas, ? *4 Les bouzs Clefs de peur de passer les bornes que Dieu prescrites. Je ne dirai donc rien de plus, craignant qu’on n’abuse des Dons de Dieu <5c que je ne fois fauteur Sc la cause des méchancetés qui pouroient se commettre, car j’encourerois sire divine,& serois condamné aux peines éternelles avec les Mé- chans. Mon Ami, si ces choses font si obscures que tu n J y puiíïès rien comprendre, je Renseignerai encore ma Pratique , par le moyen de laquelle j’ai fait, avec l’aide de Dieu , la Pierre occulte. Considère la- diligemment, prends bien garde aux douze Clefs ,Sc les lis plus d’une fois; puis travaille selon que je t’ai instruit. A la vérité cette Pratique est un peu obscure, mais elle n’en est pas moins exacte. Prends de bon Or, mets-le en pie'ces, 5c le dissous comme la Nature enseigne aux Amateurs de la Science, Sc le réduits en ses prémicrs Principes , comme le Médecin a coutume de faire la dissection d’un corps humain pour connoître ses parties intérieures Sc tu trouveras une Semence, qui est le Commencement , le Milieu Sc la Fin de ]’Oeuvre,de laquelle notre Or 8c fa Femme font produits, sçavoir un subtil Sc pénétrant Esprit, une Ame délicate , nette Sc pure, & un Sel Sc Baûme des Astres, lesquels, étant unis ensemble, ne font qu’u- be Bas. Valektin, Liv. I. if ne Liqueur , & qu’une Eau Mercurielle. On mena cette Eau au Dieu Mercure , son Père, pour être examinée. IIvoulut Pépoufer, Sc en effet il l’époufa, & des deux il se fit une Huille incombustible. Mercure, en devint si orgueilleux & si superbe, qu’il ne se reconnut plus pour être foi-même. Ayant jette ses ailes d’Aigle , il dévora fa queue glissante de Dragon , déclara la guére 3 Mars , qui ayant assemblé la Compagnie de Chevaux légers, fit prendre Mercure , le mit prisonnier , Sc constitua Vulcain pour Géollier de la Prison , jufqu’à ce qu’il fût de nouveau délivré par le Séxe féminin. Auísi-tôt que la nouvelle en fut sçûë dans le Pais, les autres Planettes ^assemblèrent Sc consultèrent sur ce qu’il faudroit faire dans la fuite pour que tout fût gouverné avec prudence Sc avec maturité de conseil. Alors Saturne, avec une gravité nompareil- îe, commença en cette façon à dire le premier son avis. Moi Saturne, le plus haut des Planettes, je confesse & proteste devant vous , que je fuis le moindre de toutes , ayant un corps foible Sc corruptible, de couleur noire, sujet à toutes les adversités de ce misérable Monde : C'est moi toutes fois qui éprouve toutes vos forces , parce quç je ne sçawr-ois demeurer en une place, i 6 Les douzî Clefs Sc qu’en m’envoiant, j’emporte tout C6 que je trouve de semblable à moi. Je ne rejette la faute de ma calamité sur aucun autre que Mercure,qui par sa négligence & par son peu de soin , •m 1 a causé tous ces malheurs. C’est pourquoi ., je vous prie Sc vous conjure toutes, de prendre fur lui la vengeance de ma misère ; & que , puis- qu’il est en prison, vous le mettiez à mort, & le laissiez tellement corrompre & pourrir, qurl ne lui reste aucune goutte de sang. Après Saturne, Jupiter, tout chenu Sc cassé de vieillesse, se leva, & ayant fait la révérence , & étendu son Sceptre, il salua chacun selon sa qualité. Eníuitc d’un petit exorde, il louafavis de son compagnon Saturne , & voulut que tous ceux, qui ne trouverei.ent pas bonne cette opinion , fussent proscrits Sc éxiîez, Sc finit ainsi son Discours. Après Jupiter, Mars, s’avança avec une Epée nue,diversifiée d’admirables couleurs; C>n eût dit qu’elle ëtoit entrelaílée comme de Miroirs, jettans feu Sc flamme, à cause des rayons épars çà Sc là qui en sor- toient. Et il la donna à Vulcain , Geollier de la Prison , pour exécuter la Sentence prononcée, & réduire en poudre les os de Mercure.., après qu’il seroit mort : Vulcain lui obéit comme un Exécuteur de Justice, prêt 6 D L Bas. Va le m tin, Liv. I. 17 'prêt à faire ce qu’on lui commandoit. Quand Vulcain se fût acquitté de son devoir , on vit venir comme «ne belle Femme blanche , vêtue d’un habit long ,, de couleur grise & argentine, tissu & en- trelassé d’Eaux, Sc dès que les Áffistans l’eûrent considérée de plusprès , ils connurent tous que c’éroit la Lune , E- poufe d u Soleil , laquelle se jetta à leurs pieds, & après plusieurs soupirs y accompagnez de larmes , elles les pria a- vec une voix tremblante & entrecoupée de sanglots , de délivrer le Soleil son Mari,qui étoìt emprisonné par la tromperie de Mercure , ou qu’il faudroit qu’il pérît, ^vec Mercure, dèja condamné à mort par le jugement des autres Planettes. Mais Vulcain, fçachant bien ce qu’il avoit à faire, & ce qui lui avoít été ordonné ferma l’oreille à ses prières, Sc ne cessa d’éxécuter la Sentence fur ces pauvres Criminels , jufqu’à l’arrivée de Vénus, qui parut vétuë d’une robbe bien rouge , & Sc doublée de vert. Elle étoit extrêmement belle de visage & avoit une voix dou» - ce & gracieuse ; son maintien & là'> façon > de faire étoient tout-à-fait agréables. Elis portoit un bouquet de fleure odoriférantes , qui, à cause de leur admirable diversité * de couleurs, apportoient un merveilleux contentement aux Hommes. Elles pria eu* Tome III. B s8 Les doïïze Clef.? Langue Caldaïque Vulcain de délivrer íe Soleil, & le fit ressouvenir qu’il devoir être racheté & délivré par leSéxc féminin; mais fa prière ne le toucha point, & il ne voulut pas seulement l’écouter. Comme ils parloient ensemble , le Cieî s’ouvrit, & il en sortit un grand Animal avec une infinité de petits , lequel tua Vulcain, & à gueulle ouverte dévora la belle Vénus, qui prioit pour lui. II cria à haute voix : Les Femmes m'ont engendré; les Femmes ont semé & répandu par tout tna semence; elles en ont rempli tout le inonde , ôc leur ame est unie avec moi : C’est pourquoi aussi je vivrai de leur sang. Ayant proféré hautement ces paroles „ il se retire , accompagné de tous ses petits : Et cela se fit par tant de fois , que tout le monde en fut rempli. Ceci s’étant passé de la forte , plusieurs doctes Personnages du Pais s’aílemblérent, & sc mirent conjointement à chercher le moyen de connoître ce mistére, pour avoir une plus parfaite connoiíïànce du fait ; mais ne s’accordant point ensemble , ils se donnèrent une peine inutile, jufqu’à ce qu’on vit venir un Vieillard , qui avoit la barbe & les cheveux aussi blancs que 3a nége. U étoit vêtu d’écarlate depuis les pieds jusqu’à la tête , avec une Couronne tfQr , entrelassée de Pierres précieuses de D E B A S. V A 1 EN f î N, LíV. í. X f grande valeur. Outre cela,il avoit une ceinture de toute gloire & de tout bon-heur,., & marchoit nuds pieds. II parloir par ut* singulier Esprit, qui étoit en lui ; ses paroles pénétroient tout son Corps, & de telle façon que son Ame s’en resientoit. Cet Homme s’elevoit un peu plus haut que les autres, Sc faifoitfaire silenceaux Asiìstans, parce qu’il étoit envoyé du Ciel pour leur déclarer & expliquer, par un Discours phtisique,la Parabole ou Enigme,qu’ils avoient entendue , Sc il leur recommandoit de l’é- eouter avec attention. Le silence se faisant donc dans cette Assemblée , le Vieillard commença ainsi son discours: Eveille-toi, Peuple mortel, & regardé la lumière , de peur que les ténèbres & les obscurités ne te trompent. Lès Dieux du bon-heur , Sc les grands Dieu x m’ont révélé ceci en dormant. O qu’heuu reux est celui qui a les yeux éclairez pourvoir la lumière qui lui étoit cachée auparavant 111 s’est levé, par la bonté dës-Dieux deux Etoilles aux Hommes, pour chercher la véritable & profonde Sagesse. Re.. garde-les , Sc marche à leur clarté , parce que l’on y trouve la Sagsse. Un Oiseau- Méridional, vîte & léger y arrache le cœur du corps d’un grand Animal d’Orient. L’ayant arraché, il le dévore, II donne auffi des ailés à ? Animal- Bi j 20 Les DotrzE CtEFg d’Orient, afin qu’ils soient semblables % car il faut qu’on ôte à la Bête Orientale íà peau de Lion,A que derechef ses ailes dis- parodient, & qu’ils entrent dans la grande Mer salée, & en resortent une seconde fois ayant une pareille beauté. Alors jette ses esprits remuans dans un puits bien crueux, où seau ne tarisse jamais, afin qu'ils soient rendus semblables à leur Mère, qui y est cachée , qui en a été composée, & qui a pris fa naissance des trois. La Hongrie m’a premièrement engendré; le Ciel & les Astres me nournííent, & la Terre m’alaite. Et quoi que je meure & fois enterré, ie prends néanmoins vie & naissance par Vulcain. C est pourquoi la Hongrie est mon Pais ; Sc la Terre , qui contient toutes choses, est ma Mère. Les Aílìstans ayant entendu cela, il recommença encore à parler. Faits que ce qui est dessus soit dessous; que le visible soit invisible ; que le corporel soit incorporel : Et faits encore que ce qui est dessous soit dessus ; que l’invisible soit rendu visible, Sc l’incorporel corporel. De ceci dépend entièrement toute la perfection de l’Art, où habite la mort Sc la vie, la génération Sc la corruption. C’estune bouìle ronde, fur laquelle se tourne l’inconstante Roue de la Fortune ; elle apporte aux Hommes divins toute sagesse & tout bon- DE Bas. V A L E N T I N, LîV.. ï. Z í .beur, Sc de son propre nom , on Rappelle Toutes choses. Toutes fois Dieu seul est Souverain, Sc a ie seul commandement sur les choses éternelles. Or celui qui fera curieux de sçavoir ce que c’est que Toutes choses dans tomes choses , qu’il fasse à la Terre de grandes ailes, & la presse tellement qu’elle monte en haut,. Sí vole pardessus toutes les Montagnes, jusqu’au Firmament, & alors qu’d lui coupe les ailes à force de feu, afin qu’ellc tombe dans la Mer Rouge & s’y noyé. Ensuite,qu’il fasse calciner la Mer., & dessèche ses Eaux par Feu , & par Air, aà. que la Terre renaisse. Alors en vérité il aura Toutes choses dans toutes choses. Et s’il ne peut le trouver, qu’il regarde dans son propre sein ; qu’il cherche A visite tout ce qui eít autour de lui , & en tout le Monde , Sc il trouvera. Tout dans Tout ce qui ssest rien autre chose qu’unc vertu jìiptique ' &■ astringente des Métaux & des Minéraux,. provenans du Sel & du Soufre, & deux fois née du Mercure.. Je te jure que je ne sçaurois te déclarer plus amplement Toutes choses dans: toutes choses vu que Toutes choses font comprises dans toutes choses. Ayant achevé ce discours > mes Amis, dit le Vieillard , je croi qu’en entendant ainsi la Sagesse , vous avez appris & recueilli de mon Discours, de quelle Ma- 22 Les DotrzE Clefs tiére, & par quel moyen vous devct faire la Pierre précieuse des ancietis Philosophes. Or cette Pierre ne guérit pas seulement les Métaux lépreux & imparfaits » en les convertissant par régénération en une nature tout-à-fait accomplie, mais aussi elle conserve la santé des Hommes -, les fait vivre long-temps , Sc par fa vertu céleste , elle m'a conduit à une telle vieillesse, que, m’ennuyant de vivre st longuement , je voudrois dèja quitter le Monde* A Dieu en soit la louange , l’honneur S la vertu Sc la gloire,aux Siécles des Siécles» pour la grâce & la sagesse qu’il y a si longtemps qu’il m’a libéralement donnée. Ainsi soit-il. Ayant dit cela, il disparut, Sc s’envola dans Pair. Ces choses s’étant passées de ía forte, tous s’en retournèrent d’où ils étoient venus, appliquèrent leur esprit à ce qu’ils avoient entendu, Sc chacun opéra selon la sagesse que Dieu lui avoit donnée» Fin du premier Livre » Tífme 3 • re 23 de Bas. ValinTîN. Liv. II. L Z ^^^c>l***** ********* ****** ************ LIVRE II- PREMIERE CLE? de l’Oeuvrc des Philosophes De la préparation de la première Matière. S Çache, mon Ami, que tous Corps impurs & lépreux ne font pas propres à notre Oeuvre ; car leur impureté Sc leur lèpre ne peuvent non seulement rie» produire de bon, mais elles empêchent même que ce qui y est puisse produire. Toute marchandise de Marchand, tirée- des Minières, est vendue chacune à son prii ; mais lorsqu’elle est falsifiée, elle eíl rendue inutile, parcequ’elleest gâtée,- Sc n’étant pas semblable à la naturelle , elle: ne peut faire les opérations dûës. Comme le Médecin purge le dedans du corps Sc nettoyé de toutes les ordures par les Médicamens ; de même aussi , nos Corps doivent être purgez & nettoyez de toutes leurs impuretés, asin qu’en notr® L4 Les do-u-ze CtEíff Génération , ce qui eít parfait puisîè éxcr- cer des Opérations parfaites car les Sages demandent un Corps net, fans'tache ni souillure d’aucun Corps impur, parce que le mélange des choses étrangères est la lèpre & la destruction de nos Métaux. Que la Couronne du Roi soit d’Oí très-pur & qu’on lui joigne fa chaste E~ poufe. Si donc tu veux opérer en nos Matières, prends un Loup affamé & ravissant ; sujet, à cause de l’étimologie de sotr nom., au guerrier Mars ; mais de race tenant de Saturne , comme étant son Fils. On le trouve dans les Vallées sc fur les Montagnes,toujours mourant de faim. Jet* te-lui le Corps du Roi,afin quhl s’en foule. Après qu’il l’aura mangé , jette-le dans un grand feu. pour y être emiéremement consumé& alors le Roi fera délivré. Quand tu auras fait cela trois fois , le Lion [i] aura surmonté le Loup, & le Loup ne pourra plus rien consumer du Roi , Sc notre Matière sera.préparée óc prête a commencer FOeuvre. Apprens que e.en’est que par cette- voie- là qu’on peut .rendre nos .Matières pures ; car on lave Sc purge le Lion du sang du Loup , & la nature du Lion se délecte merveilleusement en la Teinture du Loup, parce qu’il y a une grande affinité.à.com- [it] Xe Lion, t’est 1c Roi-, oa- i’Or, & li Loup , c’;st F Antimoine. m» ï>e Bas. Valentin, Liv, II. 25 me un parentage entre le sang de l’un Sc i’autre. Quand donc le Lion se sera soûlé Sc que son esprit se sera fortifié, ses yeux reluiront & éclaireront comme le Soleil, & fa force intérieure fera bien grande, & très-utile à tout ce que vous voudrez. Et après qu’il aura été deûment préparé , il servira de grand remède aux Fpileptiques, & à ceux qui feront attaquez de grièves maladies. Et dix Lépreux îe suivront, voulant boire de son sang , Sc tous Malades , de quelque mal qu’ils soient affligez, se plairont grandement en son Eíprit. Bref, tous ceux qui boiront de cette Fontaine découlante d’Or, feront rendus joyeux de corps Sc d’esprit,jouiront d’une santé parfaite, sentiront un rétablissement de leurs forces, une restauration de sang , une confortation de cœur, & une entière disposition de tous leurs membres, tant au dedans qu’au dehors, parce que cette Fontaine conforte les nerfs, & ouvre îes conduits pour chasser les maladies, A introduire en leur place la santé. Mon Ami, prends garde soigneusement a ce que la Fontaine de vie soit très-pure, Sc qu’aucune Eau étrangère ne se mêle avec elle , de peur quhl ne s’engendre un Monstre, Sc que îe salutaire Poisson ne se change en venimeux poison. Et si Pon s ajouté quelque eau forte & corrosive pour Terne III C 2.6 Les douze Clefs dissoudre les Matières , qu’on l’ôte , Sc qu’on lave diligemment toute force corrosive , car nulle acrimonie ni corrosion n’eft propre à donner la fuite aux maladies, par* ce qu’elle pénétre, avec destruction & corruption du Sujet, êc engendre d’autres maladies. Et comme on pousse une cheville, par une cheville, de même il faut chasser le poison par le poison ; il est néanmoins nécessaire que notre Fontaine en soit totalement purgée,& rendue entièrement exempte de toute corrosion. On coupe tout Arbre qui ne porte pas de bon fruit, & l’on ente fur le tronc une meilleure greffe. Cela fait, le tronc produit un rameau , 8c de-là fe fait un Arbre fructifiant, selon le désir du Jardinier. Le Souverain, voyage par six Villes célestes, (i) A fait fa résidence dans la septième, parce que son Palais Royal y est orné 8c embelli d’Or, & de Bâtimens dorés. SÌ tu entens ce que je viens de dire, tu as ouvert la première porte de la prémiére Clef, 8c tu as passé la prémiére barrière ; mais si tu ne le comprens pas , & si tu n’y vois aucune clarté,tu auras beau manier âc (i) Les six Régimes ; !e premier de Mercure ; le 2 de Saturne ; le 3 de Jupiter ; le 4 dsla Lune; le S ds Vénus 1 e 6 de Mars. Après ces six Régimes, vient celui du Soleil, désigné ici fous le nom du Palais Royal, embelli d’Or, w DE BAS. VAtENTIN, LlV. II. 27 regarder le verre, cela ne te servira de rien, 3c ne t’aydera aucunement la vue corporelle , pour trouver à la fin ce qui te manque au commencement, car je ne parlerai pas davantage de cette Clef, comme m’a enseigné Luce Papirius. DEUXIEME CLEF De l’Oeuvre des Philosophes. O N trouve dans les Cours des Princes diverses sortes de breuvages ; 8c il n’y en a pas un qui soit semblable à l'au- tre , en odeur , en couleur & en goût, car ils sont préparez de diverses façons, 8c à diverses fins , & cela est nécessaire pour en donner à différentes sortes de Gens. Quand le Soleil darde & épand ses rayons entre les nues, l’on dit çbmmuné- mentrLe Soleil attire l’eau/à foijc’e st pourquoi nous aurons de la pluie ; & si cela se fait souvent, il s’ensuit presque toujours une année fertile. Pour bâtir une superbe 8c magnifique Maison on a besoin de beaucoup d’Ou- vriers avant qu’elle soit achevée 8c embellie comme il faut, car le bois ne peut pas suppléer au deffaut de la pierre. Les Pais contìgus & proches voisins de la Mer font enrichis par son âux & reflux. Cij 23 Les douze Clefs causez par la simpathie & influença cfes Corps célestes, car à chaque reflux elle ne leur amène pas peu de Biens, mais grande quantité de précieuses Richesses. On habille de beaux & riches vétemens une Fille à marier, afin que son Epoux la trouve belle , & la voyant ainsi parée, en devienne amoureux. Mais quand ils doivent coucher ensemble, on lui ôte toutes ces sortes d’habits , & on ne lui laisse que celui qu’elle a apporté du ventre de fa Mère en venant au monde. Tout de même auíïï, quand on doit marier notre Epoux Appollon avec la Diane , on doit leur faire diverses fortes de vétemens ; leur laver la tête, & même tout le corps, avec de f Eau qu’il faudra préparer par plusieurs Distillations , car il y a de plusieurs sortes d’Eaux, les unes plus exellentes, & les autres moins, Sc selon que 1c requiert leurs divers usages à peu près , comme je viens de dire, que l’on fe sert de diverses sortes de breuvages dans les Cours des Princes Sc des Seigneurs. Si quelques vapeurs s’élévent de la Terre , & fe condensent dans l’Air, sçache qu’elles retombent, à cause de la pesan* - teur naturelle de l’Eau, & que la Terre re< çoit derechef son humidité perdue; de lad quelle elle se délecte & se nourrit , Si s des x elle gran- :mens lux la e, en ; doí- outes e que i Mé- doic avec 'erses tête, l’Eau Diserte. & les leurs viens fortes inces Ter- ;ache esan*- re re»- ie la-- j Ss Dr Bas. Valentin* Liv, ÎT. 29 par laquelle elle est rendue plus propre à produire son fruit. C’est pourquoi l’on doit réitérer ces préparations d’Eaux par beaucoup de Distillations j de maniéré que la Terre soit souvent imbibée de son humeur, Sc que cette humeur soit tirée autant de fois que l’Euripe laisse de fois à sec la Terre, vers laquelle il retourne toujours jufqu’à ce qu’il ait achevé son cours ordinaire. Quand donc le Palais Royal fera bâti avec bien de la peine , & paré avec grand foin , Sc que la Mer de verre l’aura par son flux Sc reflux enrichi de beaucoup de Richesses, le Roi y pourra sûrement entrer & s 5 y loger. Mais , mon Ami , prends garde que la Conjonction du Mari avec ion Epouse ne se fasse qu’après avoir ôté tous leurs habits Sc ornemens, tant du visage que de tout le reste du corps , astn qu’ils entrent dans le tombeau aussi nuds que quand ils sont venus au monde, de peur que leur demeure ne se rende pire, Sc ne se gâte par le mélange de quelque chose étrangère. Je veux encore Rapprendre, comme par supplément, que la précieuse Eau , de laquelle il faut laver le Roi, doit se faire avec grand soin Sc beaucoup d’industrie , par le combat de deux Champions ( j’en- tens de deux divcries Matières) car l’ua 30 Lis novzÊ Clefs d’eux doit donner le défi à l’autre,pour se rendre plus prompts ôc plus encouragez à remporter la victoire. Car il ne faut pas que l 1 Aigle seul fasse son nid au haut des Alpes, parce que ses Aiglons meuroient à cause des néges qui en couvrent le sommet. Mais si tu joins un horrible Dragon , qui est toujours dans les Cavernes de la Terre, & qui a toujours habité les Montagnes froides, & couvertes de nége, Pîu- ton soufiera de telle sorte, qu’enfin il chassera du froid Dragon un Esprit volant Sc igné , qui, par la violence de sa chaleur , brûlera les ailes de fi Aigle , & jettera une chaleur pendant un si long-temps , que la nége , qui est au haut des- Montagnes , se fondra Sc se réduira en eau , afin de bien préparer un Bain minéral propre & très- sain pour le Roi. TROISIEME CLEF De POeuvre des Philosophes. L E feu peut être étouffé & éteint par l’eau, & beaucoup d’eau versée sur un peu de feu s’en rend maîtresse. De même notre Soufre igné doit être modéré, & dûment vaincu par l’Eau , & ensuite £a force ignée doit à son tour surmonter Sc dominer, les Eaux se retirant. Mais on ne S Q . RZMWW jMWtól ggsa D 8 Bas. Va ientïn, Lïv. ít. z r sçauroít ici remporter la victoire, íìle Roi n’a empreint , sa force & sa vertu à sort Eau , & s’il ne lui a donné une clef de fa livrée ou couleur Royale, pour être dissout par elle & rendu invisible. II doit néanmoins reparaître & se présenter à la vûë. Et quoi que cela ne se puisse faire qu’avec dommage & lésion de son corps , cette lésion toutes fois se fera avec augmentation de sa nature & de fa vertu. Un Peintre peut mettre une autre couleur sur un blanc jaunâtre , comme un jaune rougeâtre & un vrai rouge. Et quoi qus toutes ces couleurs demeurent ensemble , cependant la derniere est la plus en vûë , & tient le premier rang par dessus les autres. 11 faut faire de même en notre Magistére. Quand tu sauras fait, sçache que la lumière de toute sagesse s’enléve, laquelle resplendit même dans les ténèbres , & tou- tes-fois ne brûle pas Ôc n’est pas brûlée ; car notre Soufre ne brûle point & n’est point brûlé , encore qu’il efpande & darde fa lumière bien au long, II ne teint point, s’il n’est auparavant préparé & teint de fa propre teinture, pour pouvoir teindre ensuite les Métaux malades & imparfaits. Et ce Soufre ne peut teindre, si l’on ne lui donne & empreint vivement cett® couleur ; car jamais le plus foible ne remporte la victoire , parce que le plus fort; 32 Les douze Ceses la lui ôte , & le plus foible est contraint de la céder au plus fort. Ainsi,de ce que je t’ai dit,tire cette conséquence , que le foible jamais ne peut rien forcer n’y aider Je foible , & qu’une Matière combustible ne peut préserver d’em- brasement une autre Matière combustible comme elle. Si Pon a donc besoin de Protecteur pour deífendre la Matière combustible, tel Protecteur doit nécessairement avoir plus de force & de vertu que la Partie qu’iî a à deífendre, ôc étant hors de danger de combustion , il doit, par fa vertu naturelle vivement résister au feu. Quiconque voudra préparer notre Soufre incombustible , qu'i! le cherche dans une Matière où il est incombustibîement incombustible. Ce qui ne fe peut faire avant que la Mer salée ait englouti un Corps,& ensuite rejetté, lequel Corps doit être sublimé jusqn’à tel degré qu’il surmonte de beaucoup en splendeur les autres Astres, Sc que son sang soit tellement augmenté & perfectionné, qu’il puisse, comme le Pélican béquetant sa poitrine sans faire aucun tort à fa santé , ni sans incommoder les autres parties de son corps, nourrir tous ses Petits de son propre sang. C’est cette Rosée des Philosophes,de couleur purpurine, & ce Sang rouge du Dragon , duquel ils ont tant parlé dans leurs Ecrits. C’est cette Ecarlate de l’Em- 3 . p 33 MK-K mm y s^>3 MM MZM UW DE B AS. VA LENT IN, LïV.II. Z Z péreur de notre Art, de laquelle est couverte la Reine de salut, Sc cette Pourpre de laquelle tous les Métaux froids &imparfaits font échauffez Sc rendus accomplis. (f est ce superbe Manteau,avec le Sel des Astres, qui fuit ce Soufre céleste , gardé soigneusement , de peur qu’il ne se gâte , & qui les fait voler comme un Oiseau, autant qu’il est besoin, & le Cocq mangera le Renard, & se noyera & s’étouffera dans l’Eau, Sc puis reprenant vie par le feu,fera ( afin de jouer chacun leur tour ) dévoré par le Renard. QUATRIEME CLEF De F Oeuvre des Philosophes. Oute chair née de la Terre fera dif- JL foute , ôc retournera en Terre , afin que le Sel terrestre, aidé par l’Influence des Cieux, fasse lever un nouveau Germe j car s’ìl ne se fait aucune terre , il ne fe pourra austì faire aucune résurrection en notre Oeuvre, parce que le Baume de Nature est caché dans la terre, comme Test le Sel de ceux qui y ont cherché la connaissance de toutes choses. Au jour du Jugement,le Monde fera jugé par le feu,& ce qui a été fait de rien,fera par le feu réduit en cendre,de laquelle renaîtra un 34 ^25 douze Clefs Phœnix, car en elle est caché le vrai Tas» tre, lequel étant dissout, on peut ouvrir leç-plus fortes serrures du Palais Royal. Après rembrafement général, il fe fera une nouvelle Terre,& de nouveaux Cieux, & un Homme nouveau, bien plus splendide & plus glorieux qu’il n’étoit lorfqu’il vívoit dans le premier Monde , parcs qu’il fera clarifié. De cendres & de fable décuiî au feu » un Verrier fait du verre à f épreuve du feu, «Sc de couleur semblable à de /claires Pier- ries, & l’on ne le regarde plus comme cendres. LTgnorant attribue cela à une grande perfection; mais non pas l’Homme docte, d’autant que par f expérience,A la con- noìssance qu’il en a, cette opération lui est devenuëfamìliére. On change les pierres en chaux propre à beaucoup de choses , Sc avant que la chaux soit faite par le moyen du feu , ce n’est autre chose que pierre, de laquelle on ne se peut servir au lieu de chaux ; mais elle se cuit par le feu, & recevant de lui un haut degré de chaleur , elle acquiert une vertu tellement propre , que l’efprit ignée de la chaux est venu à sa perfection, & qu’il n’y a rien qui puisse lui être comparé. Toute chose réduite en cendres, montre Sc manifeste son Sel. Si, dans fa Disse- r a i Tar- ouvrir yai se fera Cieux, pleodi- ‘rsqu’il e qu’il ' feu , u feu, Pier- “ cen» gran~ doc» con- JÎ est opre e la îu , - 1 a- de : re- ur, ,re » i à lui info» CE B A S, Valenti N, Lir, ïî, Z5 lution, tu fçais garder séparément son Soufre & son Mercure, & de ces deux derniers redonner avec industrie ce qu’il faut en donner au Sel, il se pourra faire le même Corps que devant fa dissolution : Ce que les Sages de ce Monde appellent folie, & disent qu’il est impossible à l’Homme pécheur de faire une nouvelle Créature , ne prenant pas garde que ça été auparavant une Créature, que l’Artiste, en faisant démonstration de sa science, a seulement multiplié la semence de la Nature. Celui qui n’a point de Cendres , ne peut faire deSelpropreà notreOeuvre, car elle ne sçauroìt se faire sans Sel , parce qu’il n’y a que lui qui donne de la force à toutes choses. Comme le Sel commun conserve toutes choses,& les préserve de pourriture;de même le Sel des Philosophes dessènd & préserve tous les Métaux , & empêche qu’ils ne soient entièrement détruits,conservant son baume & son esprit qu’ils ont en eux; car autrement ildemeureroit vmcorpsmort, qui ne pourroit plus servir à rien,parce que lesEspritsmétaliqueslequitteroient,lesquels étant ôtez & perdus par la mort naturelle ; laissoient leur domicile vuide &mort, dans lequel on ne pourroit plus remettre de vie. Mais , mon Ami, fçache que le Sel , provenant des Cendres, a le plus souvent z § Les douze Clefs une vertu oculte , néanmoins il ne peu£ servir de rien, si son dedans n’est tourné au dehors ; car il n’y a que S’Esprit qui donne la vie & la force ; Le Corps ne peut rien seul. Si tu peux trouver cet Esprit , tu auras le Sel des Philosophes, & î’Huile vraiment incombustible, si renommée dans les Livres des anciens Sages. CINQUIEME CLEF De l’Oeuvre des Philojophes. L À vie , qui est cachée dans la Terre, produit les choses qui en prennent naissance. Quiconque donc dit que la Terre n’est point animée , ne dit pas la vérité ; car ce qui est mort ne peut rien donner à un vivant , & n’est susceptible d’aucune chose , parce que TEsprit de vie s’en est séparé. C’est pourquoi l’Esprit est la vie & l’ame de la Terre, où il demeure & acquiert ses vertus, empreintes à la Nature terrestre, par l’Etre céleste & les propriétés des Astres. Car toutes les Herbes, les Arbres, les Racines, les Métaux & les Minéraux reçoivent leur force & nourriture de l’Esprit de la Terre , parce que c’est la vie , que cette Esprit, qui étant nourri de l’influence des Astres, substante toutes choses qui croissent fur la Terre. Et comme h Mère nourrit elle même ì’Eufant MIÉ be Bas. Valentin, Liv.IÏ. 37 qu’elle porte dans son ventre ; de même la Terre produit & nourrit de l’Esprìt, dé- cendu du Ciel , les Minéraux qu’elle porte dans ses entrailles. C'e n’est donc pas la Terre qui donne îes Formes à chaque Nature , mais bien î’Esprit de vie qu’elle contient : Et si elle étoit une fois destituée de son Esprit, elle seroit morte, Sc ne pourroit donner aucun aliment, parce qu’elle manqueroit de l’Es- prit de son Soufre, qui conserve la vertu vitale , Sc qui de sa vertu fait germer toutes choses. Deux Contraires demeurent bien ensemble, néanmoins ils ne peuvent bien s’accor- der ; car vous voyez qu’en mettant le feu dans la poudre à Canon , ces deux. Esprits, dont elle est composée, se séparent l’un de l’autre avec un grand bruit & une grande violence ; Sc s’envolant dans F Air , ils ne peuvent plus être vûs de personne. On ne sçait où ils font allez, ni ce qu’ils font devenus , si l’on n’a pas appris ce qu’ils font, Sc en quelle matière ils étoient cachez. Par-là tu connoîtras que la vie n’est qu’un Esprit ; c’est pourquoi tout ce que l’Ignorant estime être mort, doit vivre d’une vie incompréhensible , visible néanmoins & spirituelle , Sc être conservé ea elle. Si tu veux que la vie coopère avec h vie, ces Esprits font alimentez Sc nourris 38 Les douze Clefs de la Rosée du Ciel, 3c prennent leur ex-* traction d’un Estre céleste , élémentaire & terrestre , que l’on nomme Matière faus Forme. Et comme le Fer attire à foi í’Aiman par la sympathie & la qualité occulte qui est entre eux deux ; de même il y a dans notre Or de l’Aiman, qui est la première Matière de notre Pierre précieuse. Si tu entens ceci, te voilà assez riche Sc aíïèz heureux pour toute ta vie. Je veux encore t’apporter un exemple. En regardant dans un Miroir, on voir la réflexion des Espèces, la même ressemblance de celui qui regarde ; Sc si celui-là veut toucher de la main son image , il ne Souche que le Miroir , qu’il a regardé. De même auílì , on doit tirer de cette Matière un Esprit visible , qui soit néanmoins incompréhensible. Cet Esprit est la Racine de vie de nos Corps, & le Mercure des Philosophes , duquel l’on prépare indus- trieusement la Liqueur de notre Art, que tu rendras derechef matérielle, & feras parvenir par certains moyens d’un degré très- bas , à la souveraine perfection de la plus parfaite Médecine. Car notre Commencement est un Corps bien lié & bien solide; le Milieu est un Esprit fuyant & une Eau d’Or sans aucune corrosion , par le moyen de laquelle les Sages jouissent de leurs dé- ©eBas.Vàlentik, Liv. IL 29 ërs en cette vie ; & la Fin est une Médecine bien fixe, tant pour le Corps humain, que pour les Corps Métaliques , la connaissance de laquelle a été plutôt donnée aux Anges qu’aux Hommes, quoi que quelques-uns Fayent eue, qui Font demandée instamment à avec prières continuelles à Dieu , & qui n’ufent d’ingratitude ni envers lui ni envers les Pauvres. Et par surcroît , je te dis avec vérité, «ju’un travail doit succédera un travail, & une opération suivre une autre opération ; car au commencement on doit bien purger & nettoyer notre Matière , puis la dissoudre , la mettre en pieces , &la réduire en poudre & en cendres. Après quoi on doit en faire un Esprit volatil , auffi blanc que nége , & un autre auffi volatil & auífi rouge que sang. Ces deux-là en contiennent un troisième ; & ce n’est toutes fois qu’un seul Esprit, & ce sont eux trois qui conservent Sc prolongent la vie. Conjoins- les ensemble , Sc leur donne une boisson Sc un manger - qui soient propres à leur nature , & les tiens en un lit de rosée, qui soit chaud jusqu’au terme de la génération. Et tu verras quelle Science Dieu t’a donnée ainsi que la Nature. Et sçache que jamais je ne me fuis tant ouvert Sc allé si loin , que de découvrir tels Sécréts, Sc Dieu a tant donné de force à la Nature & lui fait 2jjÓ LëS DOUZE CtEËS faire tant de miracles,qu’à peine l’Homfflé peut-il les croire. Mais il m’a été donné certaines bornes & limites pour écrire, afìn que ceux qui viendroient après moi pûssent publier les estets admirables de la Nature, lesquels, quoi que Dieu permette d’en traiter font néanmoins estimez par les Ignorans illicites & surnaturels. Mais le naturel prend son origine du surnaturel, & toutes fois si tu conjoints toutes ces choses, tu ne trouveras rien que de purement naturel. SIXIEME CLEF De F Oeuvre des Philosophes. L E Mâle fans Femelle n’est qu’uti demi Corps, de même que la Fémelle fans Mâlecar étant l’un fans Fautre , ils ne peuvent engendrer ni multiplier leurs Espèces. Mais quand ils font mariez ás mis ensemble , ils font un Corps parfait, & propre à la génération. Un Champ trop ensemencé, étant surchargé , devient infructueux, Sc ses fruits ne peuvent parvenir à maturité- Auffi ne Fêtant pas aíìez , il ne vient que bien peu de grain , Sc encore mêlé avec beaucoup d’y vraie inutile. Le Marchand, qui veut acheter Sc débiter fa marchandise avec conscience, la donne deBâs. Valintin, Lïv. II. 41 donne à son prochain seion le taux de Justice , de peur d’encourir la malédiction, mais pour sembler faire plaisir aux Pauvres. Beaucoup de Gens se rsoyent dans les grandes & profondes Rivières, mais aussi les Ruisseaux font aisément taris & dessèches par la chaleur du Soleil & nous en sommes aisément privez. Voilà pourquoi, afìn d’avoir bonne issue de ton entreprise, tu prendras garde diligemment à choisir avec prudence , un' certain poids & mesure en la conjonction des Liqueurs Phîsiques, asm que le plus grand ne pèse pas pius que le moindre, Sc de peur que Faction du moindre, étant débilitée ou empêchée , la génération ne foie aussi retardée; car les trongrandes pluies ne font pas bonnes aux fruits de la Terre * Si la trop grande sécheresse les avance trop tôt , & les fait mourir devant le temps. Puis le Bain étant entièrement préparé par Neptune, mesure avec grande industrie & diligence ton Eau permanente, & garde toi bien de manquer,, en.donnant ou trop ou trop peu- On doit donnera manger un Cigne blanc- à l’Hommc double igné, afin qu’ils se tuent Fun Pautre,& ressuscitent l’un avec Pautre- Que F Air. qui vient des quatres Parties dr. Monde’occupelestroisparts duLogisfermé- de cetHomme igné,aíin que F on puisse enter») To me ÍLL U 42 Les douze Clefs drelc chant du Cigne , disant son dernier adieu , & le Cigne rôti sera pour la table du Roi. Et la voix mélodieuse de la Reine plaira grandement aux oreilles du Red igné ; il Pembrassera aimablement pour la grande affection qu’il lui porte, & en fera répû jusqu’à ce qu’ils oisparoissent tous deux, & que d’eux deux il ne soit fait qu’un Corps, Un seul est aisément vaincu Sc surmonté par deux autres, principalement ssils peuvent exercer leur malice. Propose-tòidonc cela comme une chose toute arrêtée, qu’il est besoin du souffle d’un double vent que Ton appelle Vulturve ou Sud Sudefl , puis d’un vent simple qui se nomme Émus ou vent du Levant Ù J du Midi. Après qu’ils se seront apaisez , & que l’Air sera converti en Eau, tu croiras à bon droit qu’il se fera une chose corporelle d’une incorporelle , Sc que le nombrê prendra la domination sur les quatres Saisons de l’année su quatrième Ciel, après que les sept Plane ttes auront l’unc agrès l’autre fait le temps de leur domination , qu’il achevera son cours dans le bas du Palais , & fera rigoureusement examiné. Ainsi les deux auront surmonté le seul & l’aurontmisàmort. Si tu désires acquérir par ton Art de grandes Richesses, tu as besoin d’une grande prudence & de beaucoup de doctrine , jffyite**' EAU Sel jR 4 IfosuypJiej *t*ar MWD KAW de B a s. Va t en t r*, íiv. IL 43 afin que tu faíles comme il faut la division Sc la conjonction : Ne mets pas un poids faux, & le premier qui se renconuoit par hazard devant toi. (Lest icî le vrai fondement solide de tout le -Magistérc, que tu mettes à fin Sc perfection ce que je t’ai dit, parle Ciel de l’Art, par l’Air, & par la Terre , vraie Eau Sc Feu semblable, & par conjonction &par admission de poids,mise comme je t’ai enseigné avec toute vérité. SEPTIEME CLEF De VOeuvre des Philosophes. A chaleur naturelle conserve la vie de 1 j l’Homme ; étant dissipée Sc perdue, il faut qu’iî meure. L’usage modéré du feu nous deffend des injures du froid ; mais fi tu en veux user outre raison Sc plus qu’il ne faut, il nuit & apporte de la corruption. I! n’est pas besoin que le Soleil touche la Terre de près de son Corps Sc Substance j, il suffit qmi lui communique fa vertu Sc lui donne des forces, par le moyen de ses. rayons dardez vers elle; car par leur réflexion , il a assez de force pour s’acquitcr.' de fa charge, & par la continuelle concec- tion , il fait meurir toutes choses, parce que ses rayons brûlans se dispersant pas' 44 I- E B A S. V A L E N T I N, Ll V. II. s f toontée & éteinte , il est encore empreint de poison ; mais fi on le tire par vinaigre distillé , ce qui en viendra , fera de belle- couleur. Et puis, si, tirant le vinaigre par le Bain-maric,on lave la poudre jaune qui demeure au fond , en versant beaucoup de* fois de Peau commune dessus , & la retirant autant de fois & qu’on ôte toute Ja force du vinaigre, alors il se fait une Poudre' douce , qui ne lâche parle ventre comme devant; mais qui est un-excellent Remède* qui guérissant beaucoup de maladies , est à bon droit réputé entre les merveilles de la Médecine. Cette Poudre mise dans un lieu humide, se résout en Liqueur, qui, fans faire aucune douleur,, est très-souveraine pour le* maladies externes. Que cela suffise.' En ceci consiste tout le principal de cette huitième Clef ; à sçavoir , Qu’une Créature ceieste , la vie de laquelle est nourrie par les Astres , Sc alimentée par les quatre Elémens , meure , Sc puis se putréfie. Après cela, les Astres^moyennant les Elémens , qui ont cette charge ,■ redonneront de nouveau la vie à ce Corps pourri, afin qu’il s’en fasse un céleste , qûì prendra fa plume en la plus haute ville du Firmament. Ayant fait cela, tu Verras le. terrestre entièrement consumé par le céleste ; Ò; ie Corps terrestre toujours en ce- §6 Les douze Cíïfs leste Couronne d’honneur & de gloire; NEUVIEME CLEF De l'Oeuvre des Philosophes. S Aturne, le plus haut des Planet- tes , est le plus bas Sc le plus abjet en notre Magistére. II tient néanmoins la principale Cle5,6c étant le vil, 5c n’ayant presque point d’autorité , il tient le plus beau lieu. Et quoique par fa volonté il soit monté au plus haut par dessus les plus hautes Planettes, il doit toutes-fois décendre au plus bas, en lui couppant les ailes- Sa lumière obscure doit être grandement diminuée , Sc toute la perfection de l'Oeuvre doit venir par sa mort, afin que le noir soit changé en blanc,& que le blanc prenne la couleur rouge. II doit aulíì surmonte? toutes les autres Planettes par l’avenement de toutes les couleurs qui font au Monde* que l’on verra jusqu’à ce que vienne la couleur surabondanteduRoitriomphantdccom- bîé d’honneur; marque très-certaine de la victoire. Et encore que Saturne semble le plus vil 5c le moindre de toutes les Planettes , il ne laisse pas d’avoir une si grande vertu 5c une telle efficace, que fa noble Essence, qui n’est autre chose qu’unfroid pat trop excédant , étant conjointe avec jTotne S «ì? 4 ’ > ., * ' ' J^ItgfS •v- ' ■rjÈ'&txk b ■■'■me ïirV è "' <-' ' de Bas. Valentih, Liv. II. 57 un Corps Métalique volatil & igné, il le rend fixe , solide, & même meilleur & plus ferme & permanent qu’il ne l’est lui-mê- me, Cette Transmutation prend son origine du Mercure, du Soufre Sc du Sel, & se faisant par eux,on prendauífi sa fin & son dernier période. Ceci passera la portée de plusieurs , ce Mistére étant à la vérité fí haut, que difficilement peut-on le comprendre. Mais d’autant plus que la Matière est vile& abjecte , d’autant plus l’Efprit doit être relevé Sc subtil, afin d’entretemr l’inégaìité du Monde , & que les Maîtres puissent être distinguez des Serviteurs, 3c les Serviteurs reconnus à leur ministère d’avec les Maîtres, De Saturne, préparé avec industrie , sortent beaucoup de couleurs , comme la noire, la grise, la jaune Sc la rouge & d’au- tres moyennes entre celles-ci. De mêms la Matière des Philosophes doit prendre & laisser beaucoup de couleurs, devant qu’eh le parvienne à la fin Sc perfection desirée 5 car autant de fois qu’on ouvre une nouvelle porte au feu , autant de fois le Roï emprunte-de ses Créanciers de nouveaux habits , jusqu’à ce que se remettant en crédit , il devienne riche , Sc n’ait plus affaire d’aucun Créancier. Vénus, tenant en main le gouvernement du Royaume * Sc distribuant, selon fa coû* s8 Lès boûze Clefs. íume.les Offices à chacun,paroît la première , bnilante & éclatante d’une maniéré Royale : La Musique porte devant elle un ; Etendart rouge, au milieu duquel est artistement dépeinte !a Charité, vêtue d’un habit vert .'Saturne est son Prévôt dePHô- tel & Intendant de fa Maison , & lorsqu’il est en quartier, l'Astronomie marche devant lui,portant une Enseigne,qui,à la vérité est noire,mais qui est néanmoins le portrait de la Foi,habillée d« jaune & de rouge* Jupiter, avec son Sceptre, vient en : qualité de Viceroi. La Réthorique porte devant lui la Science, de couleur blanchâtre & grise, où estreprésèntée l’Espérance avec de fort agréables couleurs. Mars, Capitaine expérimenté au fait de la guerre , commande auíïï , tout échauffé' par la chaleur. La Géométrie le devance, lui portant son Guidon teint de sang , au- milieu duquel est empreint l’effigie de la: Force, vétuë d’un habit rouge. Mercure est le Chancelier de tout. L 9 Arithmétique porte son Enseigne, diversifiée de toutes les couleurs du monde,car il y en a une variété indicible & la Tempérance est au milieu, dépeinte d’une admirable diversité. Le Soleil est Gouverneur du Royaume. La Grammaire tient son Etendard jaune', sur lequel on voit la Justice peinte en Or , , de Bas. Valent in, Liv. II & quoi qu 1 un tel Gouverneur dût avoir plus de puissance & d'autorité dans son Royaume, Vénus Ta néanmoins surmonté par sa grande splendeur, A lui 2 fait perdre la vue. Enfin la Lune paroît auffî. La Dialectique porte sa Bannière de couleur très-blan- ehe & reluisante , sur laquelle on voit la Prudence peinte de bleu. Et parce que Se Mari. de la Lune eft mort, elle doit lui succéder au Royaume. C’est pourquois ayant lait rendre le compte à Vénus , elle lui recommandera Tadministration & surabondance du Royaume ; §c par l’aide du Chancelier, elle reformera l’Etat; y mettra ane nouvelle police, & ils prendront tous deux domination fur la noble Reins Vénus. Remarque doncqtfune Planette doit faire perdre à l’autre, Offices Domination & Royaume, & lui ôter toute puissance 8c majesté Royale, jusqu’à ce que les principales d’elles tiennent le Royaume en main,, le conservant par leur constante & permanente couleur, remportant la victoire avec leur Mère Sc, elle dès 1c commencement conjointe, Sc en jouissent d’une perpétuelle Sc naturelle associacion & amour. Alors, l’ancien Monde ne fera plus Monde ; il en fera fait un autre nouveau en fa place & une Planette aura tellement consommé spirituellement l’autre, que les glus fortes iô LîS DOUZE Ctlï s tétant nourries des autres, seront feules demeurées de reste , & deux & trois auront été vaincus par un feu L Remarque enfin qu’il te faut soulever la Balance céleste & mettre dans le côté gauche le Bélier, le Taureau, l’Ecrevisse, le Scorpion , & le Capricorne , & au côté droit, les Gémeaux, le Sagittaire, le Verseau , les Poissons Sc la Vierge : Et fais que le Lion pcrte-Or , se jette au sein de la Vierge , Sc que ce coté-là de la Balance pèse le plus : Enfin , faits que les douze Signes du Lion Zodiaque, faisant leurs Constellations avec les sept Gouverneurs del’Universsse regardent tous de bon œil» Sc qu’après que toutes les Couleurs feront passées, la vraye conjonction se fasse Sc le mariage, afin que le plus haut soit rendu ls plus bas Sc le plus bas le plus haut» Si de TUnìvers la nature Mise étoit sous une figure „ Et ne pourroit être changée Ni par aucun Art altérée. Perfinne ne la connoîtroh Ni les miracles qu’elleferoit , Cefi pourquoi remercier devons Ce grand Dieu qui nous à fait tels doms -de Bas. Valeíttist,L nr, II. ' 6 i DIXIEME CLEF De Oeuvre des Philosophes. D Ans notre Pierre , que les anciens Sages, mes Prédécesseurs, ont faite ïong-temps avant moi, tons les Elémens font contenus,toutes les Formes & Propriétés Minérales 8c Métalliques, même aussi toutes les Qualités qui sontau Monde; car on y doit trouver une extrême chaleur d’une grande efficace , parce que le Corps froid de Saturne doit être échauffé & rendu pur par la véhémence de son feu interne. On doit aussi y trouver un extrême froid, pour en tempérer la grande Vénus, qui brûle & consume tout 8c congèle Je Mercure vif,& il faut en faire un Corps solide. La cause en est, parce que la Nature a donné à la Matière de notre divin® Pierre toutes ses propriétés, qu’il faut par certains dégrés de chaleur, comme cuire, faire meurir & mener à perfection;ce qui ne peut s’éxécuter avant que le Mont Gibel ête Sicile-ait mis fin à ses embrasemens, 8c ne se puisse plus trouver aucune froidure fur les Montagnes Hiperborées , lesquelles , tu pourras bien aussi appeller Fouge- raye, toujours gelées de froid, & cou- pertes de négçs, », s i§2 Les douze Clefs Toutes Pommes cueillies avant que d’être mûres se saunent & ne sont presque bonnes à rien. II en est de même des Vaisseaux des Potiers , qui ne peuvent servir , s’ils ne font cuits à un assez grand feu; parée qu’un moindre ne leur a pas donné ieur perfection. II faut prendre garde à la même chose en notre Elixir, auquel on ne doit faire tort d’aucun jour dédié ct consacré à sa génération, de peur que notre Fruit étant trop tôt cueilli, les Pommes des Hespérides ne puissent venir à une maturité extrêmement parfaite, & que la J faute n’en soit rejettée fur l’Ouvrier peu \ sage, qui se seroit follement hâté ; car il est notoire à tout le monde qu’il ne se peut produire aucun fruit d’une fìeur arrachée d'un Arbre. Parquoi toute hâtiveté doit s’éviter dans notre Art, comme dangereuse ct nuisible ; car on peut rarement venir par elle au bout de son dessein, ct l’on va toujours de mal en pis. C’est pourquoi le diligent Explorateur des Effets merveilleux de l’Art & de la Nature doit prendre garde à ne pas se laisser emporter par une curiosité dommageable, de peur qu'il ne recueille rien de notre Arbre avant le temps , & que la Pomme, eti lui tombant des mains, ne lui en laiíîè qssune marque ct un vestige misérable. Car fi l’on ne laisse meurk noue Pierre, véri* Je s tus ne d ’Hbbjm o gejík V D,W3 f 3 n^yv ?77? Wà'8à> à«,«LK wm ■de B as. 'Váientïn, Lív. ÎT. 6$ tableraient elle ne pourra jamais donner Maturité à .aucune chose. La Matière s’ou-vre & se dissout dans ì’Eau , se conjoint & est rendue gr-osse en la putréfaction. Dans la Cendre elle acquiert des Fleurs , dignes Avant courie- res du Fruit. Toute Pbumidité superflue se desseehe dans le Sable. La flamme du feu la rend entièrement mûre , & fermement fixe , non pas qu’iì faille nécessairement se servir du Bain-marie , du Fient de Cheval, de Cendres Sc de Sable: Mais parc.e qu’iî faut par tels degrés régir & gouverner son feu. Car notre Pierre , enfermée dans le Fourneau vuide , Sc munie de triple boulevart,se forme & cuit toujours jusqu’à ce que tous les nuages & vapeurs soient dissipées Sc disparoissent Sc qu’ellc soit vétuë & ornée d’habits de triomphe ôç de gloire , & demeure en la plus basse ville des Cieux, Sc s’arrête en courant. Car quand le Roi ne peut plus élever ses mains en haut, on a remporté la victoire de toute la gloire mondaine; parce qu’étant alors comblé de tout bon-heur, & doué de constance & de force , il ne fera dorénavant fujét à aucun danger. Je te dis donc que tu dessèches la Terre dissoute en fa propre humeur, par feu dûment appliqué. Etant dessechée , PAir lui donnera une Nouvelle vie ; cette vie inspirée fera une #4 LES DOUZE C LE E S Matière, qui à bon droit doit être ap- pellée, La grande Pierre des Philosophes, laquelle comme un Esprit, pénétre les Corps humains Sc métalliques, & est un Remède général à toutes maladies ; car elle chasse ce qui est nuisible, & conserve ce qui est utile, en donnant à toutes chose un être accompli. Elle accorde & associe parfaitementlemauvais avec lebon. Sacou- leur tire du rouge incarnat fur le cramoisi, ou bien de couleur de Rubis fur la couleur de Grenade. Quant à ía pesanteur, elle pèse beaucoup plus qu’elle n’a de quantité. Que celui qui aura trouvé cette Pierre, remercie Dieu, pour ce Beaume céleste, 8c le suplie de lui accorder la grâce de pouvoir franchir heureusement la carrière de cette vie misérable , & enfin de jouir de la béatitude éternelle. Louange soit à Dieu , pour ses Dons infinis & les singuliers plaisirs qu’il nous a faits, & lui en rendoas grâces éternellement. Ainsi soit-il. ONZIEME tre ap-; sophes, ítre les est un 1 cs ; car Dnserve es cho- aiïbcie Sacou- 'amoist, ía cou- teur, el- e quan- Pierre, :éleste , ace de carrière e jouir 5 Dons ’il nous crnelle- IEME MW ©E Bas. V ALENTIN, Liv. IÍ 65 ONZIEME C L E. F De p Oeuvre des 'Philosophes.. J E t’expliquerai l’Qnziéme Clef, qui sert à multiplier notre céleste Pierre par cette Similitude. 11 y avoit dans les Pais du Levant un brave Chevalier, nommé Orphée, grandement riche, car il avoit des Richesses à foison , & ne manquoit cPaucune chose, II avoit épousé sa Sœur propre , appellée Euridice. Mais n,e pouvant en avoir au-, cuns Enfans , & croyant que ce mal-heur lui étoit envoyé pour punition de son inceste, il prioit Dieu continuellement, ess pérant d’en obtenir miséricorde. Un jour qu’il dormoit profondément, il lui sembla voir un Homme volant vers lui, nommé Phébus, qui Payant touché dc ses pieds grandement chauds , lui parla- de cette forte : Courageux Chevalier,, après avoir voyagé par beaucoup de; Royaumes , de Pays, de Provinces & de Villes , après t’être hazardé fur Mer à beaucoup de dangers, Sc avoir renversé: à la guére de ton bras victorieux ce qui -te faisoit résistance, on t’a donné à bon droie lie Collier de Chevalier. De plus, d’autan®: que tu as dans les Joíìtes &dkîïs lés- Tousp Tome ÍIL F 66 Lis douze Clefs nois rompu beaucoup de Lances , & que mainte-fois les Dames t’orst, aux acclamations de tous les Affistans, adjugé le prix & Phonneur de la victoire, le Père céleste nfa commandé de venir t’annoncer ■qu’il a éxaucé tes prières. C’est pourquoi tu prendrasdu sang de ton côté droit, & du côté gauche de ta Femme, comme auffi du sang , qui étoit au cœur de ton Père & de ta Mère. Ce sang, de sa nature, est seulement double , & néanmoins , seulement simple. Conjoints-les, & les mets dans le Globe des sept Sages bien fermé , & l 5 Enfant nouveau né , trois fois grand,, fera nourri de fa propre chair, Si son glorieux sang lui servira de breuvage. Si tu fais bien cela, il te viendra de grandes Richesses & tu auras beaucoup d’Enfans.. Mais apprens qu'il faut, pour perfectionner: ta derniere Semence, la huitième partie du temps qu’a mis à fa faire la première,,, de laqtfelie tu as pris naissance. Si tu fais ceci souvent, ôc que tu recommences toujours, tu verras,les .Enfens de tes Enfans & une multiplication à l’infini de ta Race. Et le grand Monde tellement rempli par la fertilité & fécondité du petit, qu’on pourra: aisément posséder le Royaume, céleste du Créateur,de l’Unìvers. Phébus ayant fini son discours , s’envo- 3a 3 & soChevaiier s’étant àuísi-tôt réveillé, de Bas. Valen-tin, Liv. ís. 67 il se leva pour éxécuter ce qui lui avoir été commandé. L’ayant mis en éxecution, il ne fut pas seulement assisté sur le champ de bonheur en toutes ses entreprises, mais s’appuyant toujours fur la bonté de Dieu, il engendra plusieurs Enfans , qui devenus les Héritiers des Biens de leur Pére,s’ac- quîrent une grande renommée, & conservèrent toujours l’Ordre de Chevalerie qu’il-s avoient euë de fa succession. Si tu es Sage & si tu aimes la Sagesse , tu n’as.pas besoin d’une plus ample démonstration. Si tu n’es pas tel, tu n’en dois pas rejetter la faute fur moi, mais fur ton ignorance ; car il ne m'est pas permis d'en déclarer davantage, ni mettre en vfìë tous les Sécréts. Cela fera assez clair Sc manifeste à celui que Dieu en jugera digne; car j’ai tout écrit aussi clairement qu’il est possible de le faire, & j’ai montré toute POeu- - vre en Figures, comme les anciens Phi- - losophes font fait aux Maîtres; mais en-- core plus clairement qu’aucun autre-,-ne ; Bayant rien caché.Si tu chasses de toi les té- ' nébres de P Ignorance,' & que tu fois clair voyant des yeux dePéntendement,tixtrou“ • veras une Pierre précieuse qu’ont cherchée - beaucoup de Gens ,-5c-que peu onttroiî--’ vée ; car je t’ai- comme entièrement nem>- nié la Matière, Sc> suffifám'ffl®nr-démontré’ !è C o mm encem ent, jé.-Milieu-& la Fia d© - rOéuvre;- ‘ F-ijj é8 Les douzi Clefs DOUZIEME CLEF De f Oeuvre des Philosophes. L ’Epée d’un Escrimeur, qui ne sçaít pas tirer, ne peut lui servir de rien , parce que ne la maniant pas comme il faut, il est aisément vaincu & terrassé par utï autre qui sçaít mieux tirer & porter ui» coup que lui. Mais celui qui entend parfaitement l’escrime , rerflporte aisément ls' victoire sur son Adversaire. II en arrivera de même à celui qui, avec Paide de Dieu , aura acquis la Teinture , & ne sçaura pas s’en servir , comme il enr arrive au Gladiateur, qui ne sçait pas feu métier. Mais d’autant que voicy la douzième & dernière Clef qui ferme ce Livre, je ne parlerai plus avec aucune ambiguïté Philosophique , & j^expliquerai nuëment & clairement cette Clef touchant la Teinture. Comprenez donc la Doctrine suivante'. Prends une partie de cette Médecine ou Pierre des Philosophes, dûment préparée êc faite du Lait Virginal, avec trois parties de très - pur Or , passé par la Coupelle avec de T Antimoine, & battu en lamines très-menues. Conjoints-les dans un Crcu» set & leur donne un feu modéré auxdou; . 1 * T Sc ay es 70 Les douze Clefs en grande recommandation le Milieu de l’Oeuvre. Et Dieu le Pere , le Fils ëc le Saint Esprit vous donnera ce qui est néceP íài're à l’Esprit, àTAme & au Corps. Fin des douze Clcfs..- DE LA PREMIERE MATIERE De la Pierre des Philosophes. U Ne Pierre Je voit , qui d vil prix se vend , D’elle un Feu fugitif son origine prend. Notre Pierre de lui es faite composée , Et de blanche couleur de rouge parée* Elle es Pierre & non Pierre , & laNatu - re m elle , Peut seule démontrer sa vertu nompareìlle ,, Pour d’elle faire'yjstr un Ruisseau clair couplant, Dans lequel elle ira son Père suffoquant , Et puis d y icelui mort, gourmande se paîtra^ Jusqu à ce que son Ame - en fÒn Corps renaîtra. Et fa Mère , qui es de nature volant e ,, En puissance lui soit-, &- en tout rtfserm blante, Et à la véritéfòn Père renaissant ,. A bien plus de vertu qu'il Favoit par avant*- z>e Bas, Vax en tin; Lîv. II. 7P 1 de La. Mère du Soleil jurpœfjè les années, ^ te. En âge, à cet effet., par toi Vulcain ai - ccf-' rites. Son Père néanmoins précède en origine, P ar son spirituel Etre & Essence divine. V Esprit , l’Ame , le Corps font contenus t en deux.. . Le Magijïére vient, d’'un,, qui seul & un ^ étant,. *-* Pezíí ensemble assembler le Fixe Ù 1 lt- Euycmt.. E liées deux , elle est trots , & toutes f ois c fè‘ n’est qu une. Si tu nés sage en cela , n entendras chose: aucune. Faits laver dans un Bain Adam le pré" " e - mier P.ére, tu ~ Oú fe baigne Vénus, â’es Voluptés la Mère , U*un horrible Dragotì.ce Bain l’on prépa-■ ■ r oh ,. Síí * fstand toutes ses vertus ses for ces il per->- doit > Et comme, dit fort bien le Génie de Nature } , a i> On ne peut le nommer que le. double Mer - í ’"*" cure* Je me tais, j\ai fini, f ai nommé.la Matière., Heureux , trois fois heureux, qui comprend ce. misère. jQiie le soucieux ennuy ne le surprenne point S , *'■ L’issue te fera voir ce.tant désiré point.. 72 Le s Douze Cìîïs LIVRE III- CONTENANT EN ABREGE" une répétition de tout ce qui efí enseigné dans les Traités des Douze Clefs de la Pierre précieuse des Philosophes. L a Lumière des Sages, mise en lumière far le même Auteur , Fr. Bazile Valent'm. M O i , Bazile Valentin., Religieux de f Ordre de S. Benoît, sai composé ces Traités précédens, dans lesquels, en suivant les traces des anciens Philosophes , jYi déclaré par quelle voye ou moyen on peut chercher & trouver ce précieux Trésor, avec lequel les Sages ont conservé leur santé & prolongé leur vie de beaucoup d’années. Et quoi que je ne me fois éloigné en aucun point de la vérité , comme ma conscience en tendrai témoignage devant Dieu , qui connoît le- fond-de nos cœurs, j’ai même encore tellement de Bas. Valentin, Liv. III. 75; lement mis en vûë cette vérité,qu’un Amateur de la Science, tant soit peu intelligente, ne devroit pas avoir besoin d’autre flambeau pour l’éclairer: Caria Théorie que je lui ai donnée jointe a-ux douze Clefs de Pratique que je lui donne , fera plus que suffisante pour le dispenser dépasser comme moi des nuits à veiller, & de perdre un repos que je ne prenois point en ne dormant pas. Les diverses pensées , qui me travaiî- loient toujours ^imagination, m’ont enfin déterminé à m’expliquer plus clairement , en réduisant en abrégé le Livre d® la Lumière des Sages , que je mets dans une lumière plus éclatante , pour mieux éclairer, Sc pour conduire plus sûrement à la connoissance de n'otre Pierre , ceux qui sont Amateurs de l’Art , Sc qui désirent connoître la Nature : Et encore que je sçache qu’on dira que j’enseigne trop clairement , & que par-ìà je charge ma conscience de beaucoup de péchés, je ne m’en mets pas en peine , Sc je répondrai que ce que j’écris est encore assez obscur pour les Ignorans ôc pour les Gens de peu d’esprit, Sc qu’il n’est clair que pour les Enfans de la Science. C’est pourquoi écoute St pèse bien mes paroles. Si tu fuis ce qu’elles Renseigneront , tu parviendras à la connoiíïàn- ce des Mistéres les plus cachez de l’Art êc de la Nature. 74 I/ES DOUZE ClEîS Je n’écris rien que je ne doive approuver , & dont je ne soîs prêt à rendre compte au jour du Jugement. Tu trouveras dans cet Abrégé des Instructions écrites d’un stile simple , car je nem’applique point à .chercher des mots affectez Sc trompeurs, & je dis nuëment la vérité. J’ai enseigné dans le précédent Traité , Que toutes choses naissent Sc font composées de trois, à sçavoir de Mercure de Soufre Sc de Sel. (Test une chose certaine. Mais apprens encore, Que notre Pierre est composée de deux , de trois , de quatre sc de cinq. De cinq,e’est à dire de fa Quintessence ; de quatre, c’est-à-dire des quatre Elémens ; de trois, c’est - à* dire des trois Principes des choses naturelles ; de deux, c’est-à-dire du Mercure double 5 & d’un, c’est-à-dire duprémier Principe de toutes choses , qui fut produit pur au moment de la création du Monde, fiat p soit fait. Afin que personne ne se peine à comprendre les choses , & à en chercher le Sens mistique , & la vraie explication, je vais traiter en peu de mots du Mercure , du Soufre & du Sel, qui font les Principes matériels de notre Pierre. OS Bas. Valentin, Liv III. y p DU MERCURE, Prêmier Principe de l’Oeuvre des , Philosophes * R Emarque premièrement que nul Argent-vif commun ne sert à notre •Oeuvre ; car notre Argent-vif se tire da pieilleur Métail par Art Spargirique Sc qu’il est pur, subtil, reluisant, clair comms •eau de Roche, diaphane comme Christal, & sans aucune ordure. Réduis cet Argetit- vif en Eau ou en Huile incombustible , parce que selon les Sages,le Mercure a été Eau au commencement. Dissous en cette huile incombustible son propreMercure, duqael cette Eau a été faite. Précipitc-le dans fa propre Huile , & tu auras le Mercure double. Mais remarque bien que le Soleil, après avoir été purifié, comme je te l’ai enseigné dans la prémiére Clef, doit être dissout par une certaine Eau particulière, que je fiai donnée dans la seconde Clef, Sc réduit en Chaux subtile, comme je te fiai auífi enseigné dans la quatrième. Cette Chaux doit passer par l'Alam- bic avec l’Efprit de Srl , & être précipité dans cet Esprit & réduit à feu de réverbère en Poudre subtile, afin que son Soufre puisse plus facilement entrer dans fa propre nature, & l’embrasser plus étroite- >7 S Les dqd'ze Ciits Msnt par un amour réciproque. Alors tu auras deux Substances dans une, qu'oy : appelie le Mercure des Philosophes , qui ffl’est qu’une Nature, & le premier Ferlaient. DU SOUFRE, Second Principe de POeuvre des Philosophes, T U chercheras ton Soufre dans le même M étail. II faut le tirer, fans aucune corrosion par feu de réverbère, d’un Corps purifié & dissout. Comment cela se peuí-il faire ? Je te l’ai déclaré en ne t’en disant rien , & je te l’ay assez clairement montré dans la troisième Clef. Tu dissoudras ce Soufre dans son propre sang, duquel ii a pris naissance, observant le poids que je t’ai ordonné dans la sixième Clef. L’ayant fait ainsi , tu auras dissout & nourri ìe vrai Lion du sang du Lion vert ; car îe sang fixe du Lion rouge est fait du sang volatil du Lion vert. C’est pourquoi ils sont tous deux d’une même nature. Le sang volatil de Pun, rend aussi volatil le sang fixe de l’autre. Comme ati contraire, îe fixe rend le volatil auffi fixe qu’il étoit avant la solution*, Entretiens les dans une chaleur modérée, jufqu’àce que |e Soufre soit entièrement chssom,L tu au,- ; de Bas. Valentin, Liv. III. f f ras, suivant tous les Philosophes , le se* cond Ferment & le Soufre fixe y nourri du volatil, qu’on tire dans PAlembic pat Fefprit de vin, qui est rouge comme sang; ce qu’on appelle Or potable , qu’on no peut consolider, ni réduire en Substance corporelle* DU SEL, Troisième Principe de P Oeuvre des Philosophes.- L E Sel , selon qu’on le prépare, a des effets divers. II rend le Corps fixe , volatil. Car l’esprit du Sel de Tartre, tire fans aucun ingrédient, rend, parla résolution & la putréfaction, tous les Métaux volatils , & les réduit en un Mercure vif, comme te l’enfeignent mes Minéraux. Lé Sel de Tartre a auffi une vertu grandement fixative, fur-tout fi l’on ajoûte de la Chaux vive avec fa chaleur ; car étant joints ensemble , ils ont une merveilleuse vertu pour fixer. Selon donc qu’on prépare le Sel végétable de Tartre , il peut fixer & rendre volatil ; ce qui est un Secret admirable de la Nature , & un efíèt merveilleux de l’Art Philosophique. II fe fait un Sel volatil Sc bien clair de ■surine d’un Homme , qui n’aura bu pen- Giij 7? Les douze C r. e f s dant quelque temps quedu vin pur. Ce Sel dissout toutes choses fixes, & les tire avec foi par l’Alembic. II ne fixe pas néanmoins , quoi que cet Homme n’ait bû quedu vin , duquel par son urine est tiré ce Sel de Tartre. Car il s’est fait dans le corps de ce même Homme une certaine transmutation , par laquelle la partie végétable» c’est-à-dire l’esprit végétable du vin, s’est changée en animale, c’est-à-dire en Fes- prit animal du Sel de l’urine ; comme, par exemple, dans les Chevaux , il fe fait une transmutation d’avoìne , de foin & d’au- tres nourritures semblables, les changeant en leur propre Substance , à sçavoir en chair, & en autres parties de leurs corps. Les Abeilles aussi , font du miel des meilleurs particules des herbes & des fleurs; éc ainsi des autres choses, dont la Clef K la principale Cause est dans la putréfaction , d’où proviennent toutes ces sortes de séparations A de transmutations. L’esprit de Sel commun , tiré par ua moyen que je t’ai montré dans ma dernière Instruction , étant mis avec un peu de l’esprit du Dragon , dissout l’Or & l’Ar- gent,& les faits monter au haut de l’Aient- bic , tout de même comme l’Aigle , joint avec l’esprit du Dragon , Hôte perpétuel des Rochers & des Montagnes. Mais û l’on fond quelque chose avec le Sel avant Ze Sel s avec néan- )û que tiré ce ; corps ; trans* étable» in, s’est en Pes- ne, pat fait une k d’au*> ingeant voir en corps, fiel des s fleurs; Clef & utréfao* :s sortes s. : par ua .demie- t peu de & l’Ar- l’Aient- e, joint erpetuel Mais íi ìel avant de Bas. Valentxn, Liv. IIï. j'p !a séparation de Pesprit d’avec le corps, if est plutôt rendu fixe que dissout- Je te dis davantage Pesprit de Sel commun, joint avec Pesprit de vin , & distillé par trois fois avec lui , devient doux & perd toute Corrosion & accrimonie. Ceï esprit ne combat plus corporellement contre POr ; mais fi on le fond fur la Chaux de POr, dûment préparée, il tire fa grande rougeur , & si l’on procède comme il faut,- la Chaux donne Sc empreint à 3a Lune purifiée une couleur semblable à celle qu’a eu premièrement le Corps, ú’où elle a pris son origne. Ce Corps peut recevoir fa première couleur, se mêlant Sc joignant à la lascive Vénus, d’autant qu’a u commencement il a pris avec elle sa naissance de son sang, ou du moins d’un sang semblable au sien,L je ne t’en dirai pas davantage. Remarque bien que Pesprit de Sel dissout auísi la Lune préparée , & la réduit, comme Renseignent mes Instructions, en une nature spirituelle , de laquelle on peut faire la Lune potable. Ces Esprits, du Soleil Sc de la Lune , doivent être conjoints comme le Mari à la Femme, par l’entremise de l’Esprit du Mercure , ou de son Huile. L’Esprit est dans le Mercure, la Couleur dans le Soufre,& la Congélation dans Giiij Les doit ze Clefs le Sel, & ce sont ces trois qui peuvent reproduire !e Corps parfait, c 1 est - à - dire , PEsprit du Soleil, fermenté de sa propre Huile. Le Soufre , qu’on trouve abondamment dans la nature de Vénus, est enflammé de sang fixe, par elle engendré. L’Esprit, provenant du Sel Phifique, donne , en fortifiant A endurcissant, la victoire entière , encore que Pesprit de Tartre , d’Urine & de Chaux vive, avec du vray Vinaigre ait bien de la vertu ; car l’esprit du Vinaigre est froid, & celui de 3a Chaux vive est chaud;c’est pourquoi on le juge à bon droit être de nature contraire, comme on le voit par expérience. Je viens de parler en Philosophe ; mais il ne m’est pas permis de passer outre, ni de montrer comment les portes font fermées & remparées au dedans. Je te donne encore ceci, pour te dire adieu: Cherche ta Matière dans la Nature Métalique. Fais-en un Mercure , & la fermente d’un Mercure , puis d’un Soufre, & le fermente pareillement de son propre Soufre. Dispose & mets tout en ordre par le SeL Tire-le une fois par l’Alembic ; mêle le tout par juste poids , & il viendra Un , qui a pris auffi auparavant son origine d’Un. Fixe-le, &le coagule par chaleur continue , puis le multiplie , comme je t’ai appris dans les deux dernieres Clefs,, be Bas. Valentïn , Liv. II. 8 # L le fermente pour 3a troisième sois, & ta viendras à bout de ton dessein, Quant à l’usage de la Teinture la douzième Clef t’en.a allez instruit. PREMIERE ADDITION, Continuant les enjeignemens de f Oeuvre P Ourne te laisser rien à désirer, je veux Rapprendre que du noir Saturne & du doux Jupiter on peut auffi tirer un Esprit, qui par aptes se réduit en Huile douce comme en sa plus grande perfection , qui peut particulièrement 8c fermement ôter la vie au Mercure, & le rendre beaucoup meilleur , comme je te l’ai enseigné dans mes Minéraux. SECONDE ADDITION j Pour les mêmes Opérations . Yant préparé ta Matière, fois feule- J~x. ment soigneux de gouverner ton feu, car toute l’Oeuvre en dépend, depuis le commencement julqu'à la fin. Notre Feu n’est que commun & naturel , & le Fourneau vulgaire. Et bien que les anciens,Sages mes Prédécesseurs, ayent D2 Les boúze Cle ts écrit que notre feu n’est pas un feu com* mun : Je te dis néanmoins en vérité, que e’est qu’ils ont tout caché selon leur coutume. Car notre Matière est vile , ÔC l’Oeuvre, que l’on conduit seulement par le Régime du feu, est aisée à faire. Le Feu de Lampe, fait avec l’esprit d s vin , n’y est pas propre, parce qu’il conduit à de írop grandes dépenses. Le siens de Cheval n’est que perte & destruction & notre Matière ne peut jamais par font moyen venir à fa perfection. La multitude Sc variété de Fourneaux est superflue , car il ne faut en notre triple Vaisseau que varier 3c changer les degrés du feu. Prends donc garde que les Trompeurs ne te déçoivent en la variété des Fourneaux, car le nôtre est vulgaire, commun & ls Matière vile Sc abjecte. Le Matras ressemble en figure au contour & à la rondeur de la Terre. Tu n’as pas besoin d’autres instructions pour fçavoir gouverner ton Feu, & bâtir ton Fourneau, parce que celui qui a la Matière trouvera bien-tôt un Fourneau, comme celui qui a de la Farine ne tarde guéres à trouver un Four, & n’est pas beaucoup embarassé pour faire cuire du Pain. II n’est pas nécessaire d’écrire plus amplement fur ce point. Prends feulement DL Bas. Valentïn y Liv. ÍII. 8z garde à la chaleur , & fais ensorte que t vt puiílès dicerner le chaud d’avec le froid. Si tu frappes le but, tu auras tout fait, Sc tu feras parvenu à la sin désirée de l’Art, pour la reconnaissance de laquelle» soit perpétuellement lotis Dieu, Auteur d© toute la Nature. Ainsi soit-il. Fin des Additions »■ 3S*ïS L’AZOTH» o u LE MOYEN DE FAIRE L’OR CACHE DES PHILOSOPHES, DeFbere Basile. Y alentïMv PREMIERE PARTIE LE VIELLARD , ADOLPHE , Adolphe. E vous salue, vénérable Vieillard; il y a dèja long temps que je vous considère de loin, réfléchissant en vous même, auprès de cet Arbre , fur quelque chose inintéressant, & je ne puis résister à la ten- 3 .page 8. 'rnoty Ntz Bas. Valentin, Part. I. 8 f dation de vous demander quel est le sujet de vos réflexions. le Vieillard. Je puis , jeune Adolescent, connoître maintenant des choses , qui, dans ma jeu- ■ nesse, me sembloient incroyables & hors de raison , Sc je me souviens que lorsque jfétudiois , mon orgueil étoit tel, que je présumois posséder toutes les Sciences. Mais à présent, que je suis fur le déclin de mon âge, je pense différemment, Sc je cherche à pénétrer dans ce grand Livre de la Nature, si rempli de difficultés. Eu forte que je commence à me plaire dans mes Recherches , quand je rn’apperçois que le temps s’écoule comme une onde fugitive, Sc c’est de quoi j’ai bien sujet de me plaindre. Adolphe; Je ne puis, respectable Vieillard,rffem- pêcher de vous admirer , en voyant des affections si contraires entre vous & moi. Il vous semble que le temps s’envole trop vîte, & il me paroît que les jours paílènt trop lentement. C’est pourquoi je veux voyager ayec quelque Compagnie agréable qui me tire de cette mélancolie , où je m’abforbe , en voyant le temps coulej Kvec tant de lenteur, 3 (j L’âzotk b Es Philosophes * Le Vieillard. Vous étés encore, cher Ami, dans Iíè fleur de votre âge ; vous avez un visage resplendissant, une phisionomie heureuse, Sc je voudrois sçavoir votre nom Sc votre origine. Peut-être ne seriez-vous pas fâché de m’apprendre i’un Sc Vautre, ainsi q ne la Profession que vous exercez. Adolphe. Je m’appeiîe Adolphe, Sc ma Patrie se Homme Hassie. J’ai étudié pendant ma jeunesse ; & dans un âge plus avancé » fai quitté mes études pour apprendre le Commerce. N’ayant personne qui administrât les Biens que mes Parens m’ont laissé , j'aì formé le dessein de parcourir le Monde, Sc, comme je viens de vous dire» je veux trouver quelque Compagnie, avec laquelle je puisse commencer mes voyages par celui de Rome, cette Capitale de l’U- nivers. Mais avant que de me mettre en chemin, je serois bien aise de prendre vos conseils , parce que vous me paraissez avoir une grande expérience de toutes- choses. Le Vieillard. Je vous aiderai volontiers des mes con* feìls, íì vous vous sentez de la diípositioa- de Bas. ValentiN, Paet. I. 87 à les suivre, & je suis plus propre que personne à vous donner de bons avis , parcs .que j’ai une connoissanceparfaite.des LieuE que vous pourrez allez visiterj Adolphe. Je suivrai d’autant plus volontiers ce que vous me conseillerez, que je suis per> íuadé qu’à votre âge vous ne me recommanderez rien qui ne soit fondé sur l’usage que vous avez du Monde. Ainfî daignez instruire un jeune Homme, qui cherche à ne pas tomber dans l’erreur , Sc vous aurez en moi un Auditeur docile, qui écoutera vos Préceptes avec beaucoup d’atten- tion. Le ViEîT.r.ÀKn. Vous venez de me dire, mon Fils, que Vous voulez commencer vos voyages par celui de Rome ; à la bonne-heure , & j’aj commencé, comme vous avez dessein dc faire, par visiter cette Maîtresse du Monde j mais l’âge m’ayant rendu plus sage que je n'étois alors, je fuis maintenant plus prudent, & je prévois mieux les périls oà l’on peut s’exposer. Ensorte que si vous voulez suivre mon conseil, vous ne vous arrêterez pas long-temps dans cette Villes là, car elle est ce que je vous dirai plus amplement dans la fwke.Mais pour revenir à ps §8 L’Azoth bes Philosophes J que vous disiez il n’y a qu’un moment, je fuis étonné de ce que dans une santé auííì parfaite que celle dont vousjouiíTez dans le Printemps de vos jours, vous trouviez que le temps s’écoule avec trop de lenteur. Je vous conseille donc d’en estimer la durée, si vous désirez apprendre,comme moi, beau- coup de choses ; de ne point remployer dans l’oisiveté , & d’en passer la meilleure partie à la recherche de la connoissance de Dieu & de ses Oeuvres ; car nous sommes créez à son image, ëc non pas à la ressemblance des Bêtes, qui n’ont été créées que pour notre usage. Que nos yeux soient donc ouverts pour contempler la Nature ; que nos oreilles soient attentives aux enseignemens qu’elle nous donnejque notre bouche chante les louanges de son Créateur, 6c au lieu de mener une vie oisive , employons le temps à des études, qui nous deviennent profitables. Adolphe. II me semble , sage Vieillard , que faî dèja appris les choses qui me sont nécessaires , ayant assez bien étudié la Langue Latine , & m’étant appliqué à la connoissance des Langues étrangères. Je ne crois pas qu’il soit utile de trop s’adonner aux Etudes, car j'ai reconnu que toutes les Sciences sont imparfaites , & il n’y a au- cuti ï>e Bas. Vaeentin , Bart. I. ZA cuti Maître, dans quelque Art que ce soifc, qui puisse conduire son Disciple à la fin qu’il désire. L’Astronomie , par exemple, qui, entre tous les Arts, devroit être un Art certain,n’est cependant qu’un tissu d’in- certitudes, ainsi que l’Art de la Médecine. Quelles Erreurs ne se glissent pas dans îa Théologie ? la Vérité n’est - elle pas Une, Á peut-on douter de celle des Saintes Ecritures f Cependant elle est prise en des sens , différens par les Théologiens, & leurs Controverses ne finissent point. Quoique jeune, je ne puis approuver ces choses , &.si je ne m’applique plus à l’éfude, c’est à cause que jai remarqué que presque personne ne va au vrai but de la Science. Un Villageois me difoit l’autre jour , que les véritables Sçavans font les plus méchans, ÔZ qu’ils porteront la peine de leur méchanceté. Je conviens-néanmoins contre ce que je viens de dire , qu’aueune raison ne doit nous détourner de la Doctrine céleste f: Sí que nous devons en faire le principal objet de nos- méditations , puisque nous la- tenons de îa bouche divine du Verbe Incarne. Mais, pour conclure, je pense' qu’il manque quelque chose à îa perfection- ,de la Sagesse humaine , & que le Cercl©' de s diverses Doctrines n’à point encore acquis îa sienne. Je crois que vous étés cje; mon sentiment Ià-dessus, Tome. III, M £0 ï/àzoth des Philosophes ; Le Vieillard. Cela peut bien être. J’ai, comme vous- •appris la Langue Latine; mais l’usage des Langues Etrangères ne nous est pas néçest- faire, à moins que ce ne soit celui de la Grecque Sc de l’Hébraïque, par le secours desquelles nos Prédécesseurs ont connu les Arts , dont ils nous ont ensuite communiqué la connoissance. Je ne blâme pourtant point l’étude de ces Langues , parcs qu’elles font utiles aux Princes, à cause des - affaires qu’ils ont à traiter avec les Etrangers , Sc je les regarde même comme un excellent Don de Dieu, tel qu’ills fit aux Apôtres,bien différent de celui qu’il fit aux Orgueilleux, qui édifioient la Tour de Babel, parmi lesquels il mit une confusion de Langage si étrange, qu’ils ne purent plus 5 entendre, qu’ils abandonnèrent leur entreprise , & qu’ils se dispersèrent par toute la I erre. Toutes choses étant gouvernées par un Dieu très bon Sc très- grand , cette Tour, par la puissance de son Saint Esprit , a été, en présence des Gentils assemblez , convertie en Temple , dans lequel les Apôtres ont fait entendre les louanges de Dieu; caria confusion ne plaît point à fa divine Majesté, & les Démons font seuls les Auteurs de toute discorde. Dieu en Trinité nous demande la paix f ôs de Bas. Vàlentin, Part. I. §i c’est dans la paix qu’il a créé le Monde, de laquelle Jésus-Christ, notre Sauveur, nous a laissé un exemple,que nous devons imiter. II ne faut donc pas employer son temps à acquérir la connoissance des diverses Langues Etrangères, il suffit de sçavoir celles qui nous font nécessaires pour entendre les Sermons des Prédicateurs, & pour lire les Saintes Ecritures; je veux dire, les trois Langues principales , la Latine , la Grecque & l’Hébraïquc. Pour la Langue Maternelle, nous ne devons pas fignorer, non plus que la Philosophie Naturelle , & le moyen d’acquerir légitimement des Biens de la Fortune Mais les prétendus Sages du Siécle prennent une route différente , & peu contens du Gouvernement que Dieu a établi , ils en cherchent qui lui íont contraires. D’où il s’ensuit que le temps , qui est un trésor précieux , sc dissipe en recherches vaines, & que les Aînesse ront en danger de succomber, lorsque le Souverain Juge visitera la derniere Jérusalem , & qu’il jugera le Monde Universel. Alors on verra paroître les trois Ennemis' principaux. Les Spirituels paraîtront tels qu’ils étoient avant la venue de Jésus- Christ ; mais à son dernier Avennetnent ils se trouveront confondus devant son Tri*- bunai. S’il arrive qu’ils paraissent pendant que nous vivons, sous connaîtrons pat H tz §2 L’Azoth des Philosophes ; leur présence que la fin. du Monde approche , 6c nous verrons se lever en même temps les différentes Sectes des Pharisiens, des Sadducéens & des Esséens. Les Pharisiens n’étoient-ils pas attachez à la terre, Si feulement occupez aux œuvres extérieur res,n’ayant aucune connoilTance del’Esprit, ,ni de la venue du Messie f Les Sadducéens ne nioient-ilspas la Résurrection des Morts? Les Esséens , véritables Anabatistes, ne combattoient-ils pas contre la Sainte Trinité ? Les premiers blasphèment contre ía puissance de Dieu , les seconds contre fa miséricorde , & les troisièmes contre son Esprit,. Ce qui montre que les Hommes font toujours opposez à la Loi de Dieu. Quoique ceux-ci fussent partagez en diverses Sectes , néanmoins elles étoient nommées les. principales, parce que ceux qui en étoient, tant d''Orient que d’Occident, détruisoient, autant qu’ils pouvoient, la .Doctrine de la Sainte Trinité ; & les Juifs,,, qui suivoient le. vrai Culte, étoient en petit nombre ; menoient une vie cachée , & foyoient les embûches du Monde. II faut ' donc éprouver tout Esprit ; mais il faut aussi que chacun de. nous s’éprouve soi-mê- ane par le Verbe Divin,comme par la Pierre de touche. Toute Conscience étant ainsi .éprouvée, elle demeurera à toute épreuve, qComme il n’apparnent qu’à PHomme de be Basí Vaontiît, Part. L pj tomber dans l’Erreur, on ne doit pas, pour fa conservation naturelle , s’attacher seulement à en connoîtreîe corps animal, mais à acquérir la perfection des deux parties , dont il est composé, c 5 est-à dire du corps ëc de Fefprit au Verbe Divin, & après qu’on a pourvûà ce qui est nécessaire pour le conserver, on doit s’appliquer à une connoissance parfaite de la Nature , parcs que nous venons de Dieu , que nous retournons à Dieu,que nous nous arrêtons à Dieu , & que le Verbe étant le Sceptre , ia Nature est la régie de toutes les Créa- tures, préparant la voye pour l’habitation du corps & de Famé. C ? est ce qui fait eonnoître ie Sage, qui aime véritablement Dieu. Quelque docte qu’ait été Aristote, quelque excellent qusiì ait été en subtilité de raison humaine, il n’a point eu une vraie connoissance de toutes ces choses, Ail enr a ignoré les principales. 11 en faut dire de même de ceux qui suivent sa Doctrine, quoique queîquesuns d’eux soient dans une grande estime. Par préférence à toute occupation, nous devons considérer le temps, en partager éxactement Fempîoi, & s’a- dbnner de tout son pouvoir à l’étude dé là Justice & dé la Vérité, en implorant le S. Esprit de nous donner la connoiíìance des choses spirituelles, Sc en prenant garde que -les; Vices ne nous: fassent tomber dans ls- 94 L’Azoth des Philosophes, Labyrinte de ce Monde. Après quoi y marchant dans le chemin de l’équité, fans nous en écarter, dîne laissant passer aucun jour ni aucune heure fans nous occuper au travail, nous dirigerons nos actions à la gloire de Dieu & à l’avantage de notre Prochain. Adolphe. Vous venez, ô bon'Vieillard, de dire tant de choses .excellentes, que je r?ai pû en retenir qu’une partie. Je fçais qu’il faut suivre la bonne voye & faire le bien ; mais je ne fçais pas si j’agirois prudemment en répondant à toutes ces choses ensemble , ou s’il ne me feroit pas plus avantageux de ne répondre qu’à chacune d’elles en particulier , & même qu’après y avoir bien réfléchi auparavant. Le Vieillard. II faut, mon Fils, que vous appreniez les choses que vous ignorez encore ; c’est par l’étude des anciens Sages que je me fuis ouvert le chemin où je voulois entrer; ne désespérez pas de vous l’ouvrir à votre tour pat le même moyen, & vous y entre* rez si vous en avez la volonté. ■Adolphe- Je ne désire rien davantage que d’áp* de Bas. Vaeentin , Part. ï. 99 prendre toutes choses de vous, parce que vous êtes Sage comme les Anciens dont vous me parlez, & je mettrai volontiers; toute mon application à satisfaire mon désir , en connoissant que toutes choses font Utiles & honnêtes. Le Vieillard. Vous devez d’abord considérer la NO- Bleíîè & l’excellence des sept Dignités „ que je vais vous mettre par ordre, lesquelles font la santé heureuse , & le juste emploi du temps, qui est triple ; mais il faut tejetter le foin de briguer la faveur, i’auto- rité, & l’estime des Hommes , & ne point se prévaloir de la force , de la puiílànce , des richesses, ni même rechercher fa propre commodité; parce que ces quatre dernières font ces Dons , desquels on a coutume d’abufer, fans y prendre garde. Si Dieu, à cause de ces Dons , ne nous vi- sitoit par les affl ctsons, par les tentations 7 &quelque-fois par la mort subite, nous parviendrions facilement à la connaissance de ces Biens. En travaillant au salut de notre ame , nous devons auílî avoir foin de notre santé, d’une paix durable , de Tangelique Beauté, de la céleste Sagesse, & des trésors de la Gloire, toutes choses qui nous font promises , & dont nous attendons la communication par Jefus-Christ, 9 <5 L’Azoth des Philosophes ; notre Sauveur, íì nous persévérons jut qu’à la fin à marcher dans la sainte voye qu’il nous a enseignée ; car si nous obéissons toujours à fa volonté divine,qui nous est manifestée dans le Livre de vie , notre nom ne fera point effacé dé ce Livre', Sc bous vivrons éternellement avec lui,, parcs que nous sommes tous appeliez à la vie éternelle. Je pourrôis dire quelque chose de la gloire de ce Monde, qui ne laiíls pas, dans un-sens , que d’avoir de la solidité; mais , quoique je la regarde comme un trésor précieux., quand elle s’ac- quiert par des voyes légitimes, néanmoins ee n’eíî qu’une. ombre vaine, en 3a compactant à la Gloire céleste , qui est Jesus- Christf Heureux , vraiment heureux font ceux, dont Dieu éprouve le cœur parles tentations,parce que s’ils les. surmontent en les combattant, ils font voir une force plus que natuelie dans ce combat,& cette force leur vient uniquement du Verbe de Dieu-, qui ne f accorde souvent aux Hommes qu’aux approches de la mort. Mais,malhcu- .îeux,& plus malheureux qu’on ne peut dire, ceux,qui méprisant la vie céleste,en mènent une terrestre 6c voluptueuse; car les, rem ors de conscienceleur feront envisager la mort comme un objet bien terrible. Plût à Dieu que nous pûstîons tourner les yeux vers sa Gloire toutes les fois que fa Grâce BOUS de Bas. Valentïn, Part. I. 97 nous y invite , & que son Verbe , en qui sont cachez les Trésors éternels, nous y appelle par de saintes inspirations. Tout est rempli de Dieu ; ses Créatures 8c les Oeuvres de ses mains portent témoignage de fa puissance dans le Ciel & sous le Ciel, fur la Terre & sous la Terre, & l’on con temple en toutes choses fa Divine Majesté., L’Homme peut contempler Dieu en esprit, Sc se réjouir en Dieu , quand il pense que son esprit est limage de Dieu, & qu’il veut diriger les aétions de fa vie selon la Loi de Jesus-Christ. Dans la vie future, nous aurons fans étude une connoissance entière de la Gloire Divine , & nous apprendrons fans peine ce que nous nous efforçons inutilement de vouloir connoître en celle-ci. Dans celle-là, l’honneur du nom de Dieu fera parfait, Sc demeurera perpétuellement. Sa miséricorde se renouvelle tous les jours , & les Anges ne peuvent assez chanter ses merveilles. Pour nous, Pécheurs que nous sommes , nous ne pouvons louer ses divins Mistéres , si le Saint Esprit ne nous aide à le faire. A regard des Méchans, qui ne songent qu’à leur intérêt particulier, ils ont toujours devant les yeux les flammes éternellesjla faim & la solfies suivent en tous les lieux, & la vision des Démons les effraye fans cesse. C’est pourquoi nous devons bien réfléchir sot Tome III, I çB L’Azoth des Pmíeosophes, î’Eternité, dont la durée n’aura point de fin , & prier Dieu tous les jours de notre vie de nous délivrer de l’Ennem:, qui ne cherche qu’à nous faire perdre fa grâce par des tentations continuelles, & de nous oefFendre des Corps célestes, desElémens & des Esprits , qui nous nuiroient s’il ne nous mettoit fous fa sainte garde. C’est donc par des prières ferventes que nous devons demander l’affistance du Saint Esprit, afîn que nous entendions la parole de Dieu , qui est la régie de notre vie , puis- qu’il dit lui-même : Faites cela 8c vous vivrez: Qui a péché, fasse pénitence, 8c ne pèche plus. II ne veut pas la mort du Pécheur , mais fa conversion, 3c qssil vive. Si nous nous en tenions à nos foibles eonnoissances , il sembleroit d’abord qu’il n’y auroit aucune Puissance céleste, dont nous dûffions craindre la colère, parcs que nous ne voyons de nos yeux que des choses terrestres & que nous n’entendons pas de nos oreilles les Commandemens du Créateur du Ciel & de la Terre ; mais nous avons Moyfe , les Prophètes & la Voix qui crie au Désert, lesquels nous annoncent la parole de Dieu & fa volonté. Tâchons de nous y conformer , afin d’être frouvez Justes au moment de notre mort, & de comparoître fans crainte au Jugement yiîiverfei, où toutes les actions des Hom- be Bas. Valent™, Part, î mes seront examinées selon la régie du Livre de vie, & le témoignage de l’Esprit, car une Sentence irrévocable y sera rendue contre toute Chair vivante. Ce sera dans ce Jourterriblequeles Infidelles verront celui, dont ils ont percé le sacré côté, & qu’ilsisont point voulu reconnoître, à moins que de mettre auparavant leurs doigts dans les payes que les Juifs lui ont faites, parce que leurs esprits terrestres Sc groíïìers , ne connoillànt que ce qui est du ressort des Sens, n’ont pû , fur les ailes de la Foi, élever leurs pensées jusques dans les Cieux pour y contemplée fa Divinité. Adolphe. Vous venez de me prêcher comme un véritable Pasteur ; vos paroles ont fait de î’impression dans mon ame ; mais je doute que je puisse régler mes actions de maniéré qu’elles ne s’écartent en rien de vos préceptes ; cependant je les y conformerai autant qu’il me fera possible, car on est toujours satisfait quand on a rempli son devoir. Vous avez aussi parlé de Trésors; je voudrûis sç.avoir s’il y en a d’autres que les Richesses de ce Monde , & vous m’o- bligericz , si vous vouliez m’en instruire. |0,0 L’Azqth des PHILOSOPHES, Le Vieillard. Je ne suis point surpris de votre curiosité; presque tous les Hommes brûlent de sça- voir ce que vous me demandez; mais sça- chez que ce Trésor est une Essence Spirituelle , & d’une vertu, non-seulement Redondante en Richesses, mais .aussi en Sciern ce de Médecine , & que par son breuvage les Hommes,par la permission de Dieu, font délivrez des maladies les plus enracinées , même de çelles aufquelles les Mé- decins ne peuvent .apporter de soulagement, Ç’est une Oeuvre qui surpasse l’éxcellence de l’Or & de l’Argent, qui étonne laRai-? Ion humaine, ou si vous voulez; c’est un Xvlistére presque incompréhensible. Pour en concevoir quelque idée , lisez la Révélation Hermétique de Théophraste. Je ne veux pas encore vous dire ce que c’est que ce Mistére , qui est un Sécret caché dès le commencement du Monde par la volonté de Dieu, Sc il ne m’est permis de vous le révéler qu’à la façon des Philosophes , qui en parient assez ouvertement dans leurs Livres , mais la Providence Divine n’en accorde la eonnoissance parfaite qu’aux pieux Sectateurs de cet Art, Adolphe. Quoique vous vous efforciez à couvrir ee de Bas. Valentin, Part. ï. toi Secret d’un voiíe spirituel, je conçois néanmoins que vous entendez parler de se Pierre des Philosophes , dont les Ecrits nous apprennent qu’elle se compose de se première Matière ; c’est - a - dire, de Sel, de Soufre Sc de Mercure. On met tous îes jours est lumière de cette forte d’Ecritâ Sc j’ai connu des Sçavans, adonnez à ceí Art, qui me communiquoient les leurs , que je corigeois de moi - même en quel-* qu es endroits. Les anciens Philosophes ont soigneusement travaillé leurs Livres , mais on les a malicieusement corrompus* Ce qui fait que les bons Artistes font rares comme le Merle blanc ou îe Oigne noir , Sc par conséquent, que nous ne voyoná point l’Effet de la Fin que ce grand Art nous propose. J’ai vû de doctes Perforé nages traiter d’Impofleurs des Artistes, à cause de l’incertitude de leur Science, Sc je ne sçaurois croire, non plus que ces Sçavans, qu’ils puissent convertir en So leil Sc en Lune les Métaux inférieurs, à moins que ce ne soit par une vertu divine ou parle ministère des Démons, avec lesquels j’ai oui dire qùe ces Artistes avoient de la familiarité. Ce seroit vous, Homme vénérable, qui pourriez mieux que personne m’instruire des Sécréts de îa Nature, & de la Transmutation des Métaux ; mais puisque vous ne jugez pas à propos de ms liij 202 L’Azoth des Philosophes, révélier les Mistéres principaux de PArt , apprenez moi du moins íì c’est de Dieu que les Hommes obtiennent un Don íì précieux. Je fuis dans l’étonnement quand je me souviens d’avoir lû fur ce sujet plusieurs Ecrits , fans en avoir pû comprendre 3e sens , Sc lorsque je me rappelle dans la mémoire que j’ai vû des Gens, qui ne les entendoient pas mieux que moi, travailler dans cette Art aux dépens de ceux qui les en croyoient capables , d’où s’enfui- voit la perte de leur temps ôc de leur argent. Ce qui me faifoit dire avec ces Personnes trompées , que l’efpérance , dont se repaissent les Enfans de l’Art, n’est pas fondée fur la Démostration , puifqu’au- cun d’eux n’en faifoit voir la Certitude par îes Effets. Le Vieillard. Je vous montrerai, moi, la Fin Sc l’Ef- fet de cet Art, pour que vous en connoiF fiez la Certitude , & que vous fçachìez que je le possède véritablement. Perfuadez- vous par avance que je connois la Racine de l'Arbre, ainsi que toutes les choses, qui font nécessaires dans cette Science. Cette Racine est connue de peu de Sça- vans , & elle est entièrement ignorée du Vulgaire. Si je vous semble m’étendre trop, en vous parlant de cette même IDE Èas. Valf.ntin, Part. ï. ioj Science, ne vous lassez pas de m’écouter| la raison lê demande de la sorte, &: les choses les plus excellentes doivent être traitées avant celles qui le sont le moins. Au reste en répondant à vos Questions, je vous ferai voir clairement que jen’aurai dit qu s des choses véritables. Adolphe. Avant que d’entrer en matière , je Voù» drois fçavoìr pourquoi nous ne trouvons aucun Artiste, qui soit parvenu à la perfection de ce grand Art , ni qui sçache é- xactement 3a Transmutation de s Métaux'. Et pourquoi auffi cette Science est méprisée par des Sçavans, qui dêvroicnt en avoir une pleine Côhstoiílànce, puifqsselle est si fructueuse Sc si utile , quoiqu’en quelque lieu que je me sois trouvé , je n’aye point entendu dire qu’aucun, par son moyen, ait acquis les Richesses de Crésus. Vous- même, vénérable Vieillard, vous me dites que vous possédez cet Art, & cependant vous êtes vêtu pauvrement comme Pess un Solitaire. Pour moi, je vous l’avouë, si j’avois la connoissance d’un Art qui procure tant de Biens , j’amasserois de grands Trésors,& j’achepterois des Dignités & des Etats si étendus, que les plus puisians Princes du Monde cn prendroient l’épouvantc, Sc porteroient envie à ma fortune. (Test cc I iiij 104 L’Azoth ces Philosophes, que tous les Artistes promettent à ceux quî leur ouvrent leur bourse. De grâce, dites- moi ce que vous pensez là-dessus. Le Vieillard. Je pense que vous raisonnez en jeune Homme, ou comme les Fo.ux, qui ne désirent des Richesses que pour satisfaire leur volupté. L’intention des Philosophes est bien différente , & ceux qui courent après ces choses corruptibles & périssables , font indignes de ce nom , qui n’ap* partient qu’aux Sages, qui s’adonnent à la connaissance des Mistéres divins, qui consacrent leurs travaux au service de Dieu , & qui étouffent en eux tout sentiment de vaine gloire & d’ambition. Je ne condamne pas le désir des Richesses , quand il se borne à ce que Dieu nous en envoye pour les besoins de cette vie ; mais je blâme cette cupidité déréglée, qui porte l’Hom- me à n’en souhaiter que pour satisfaire son orgueil. Et c’est par cette raison que les Philosophes ne parlent que raistérieufe- ment de leur Art, de peur d’encourir la disgrâce de la Famille de Nembrot ; car si cet Art n’étoit caché aux Faiseurs de tours de passe-passe , il s’ensuivroit de la connoistance qu’ils en auroient , une confusion étrange dans les Ordres de ce bas Monde , dont Dieu lui-même a établi les vr Bas. Valentin, Part. I. 10 jf différences , qui font nécessaires pour entretenir la concorde entre les Hommes, & il les a établies dans le dessein que les uns serviroîent les autres, dans l’union & dans la paix, jufqu’à ce qu’il les séparât les unS des autres, comme le Philosophe a rtifíe/e- pare F un de F aime , je veux dire, le Corps, ssíme & P Esprit s Sc ensuite les réunit ensemble. Aucun ne doit faire cette divine séparation à moins que le Verbe de Dieu ne lui ait commandé de réprimer les Méchans , parce qu’il est seul la Justice & la Vérité , ôc que ce qui est hors de lui, n’est que mensonge & abomination devant Dieu. C’est de ce Verbe, que reçoit une puissance divine, le Magistrat qui tient ici bas; la place de Dieu, aum íera-t-îl puni sévèrement s’il prévarique dans son Office, & s’il verse injustement le sang humain, contre le Précepte de Dieu ; car Dieu ne fait acception de personne, tout étant égal devant lui. Cette Séparation divine est donc rl’une grande considération. II semble que ces choses soient dites hors. de propos; cependant elles apportent un grand profit su Genre Humain, 6c elles ne lur font pas d’une moindre utilité; c’est pourquoi il m’a paru convenable de les dire, 11 est parlé dans le Prophète Ezéchiel de quatre Vents, qui soufflèrent sur des Os de Morts, lesquels se placèrent austì-tôs jo6 ÏPAzoth ©es Philosophes, chacun dans fa jointure, & fur lesquels se formèrent des nerfs , & des chairs, qui les environnèrent ; comme auffî de PEfprit, que leur souffle fit entrer dans ces Os, lequel Esprit, par la volonté de Dieu , les anima & les rendit vivans. A. l’agonie de la mort, toutes les parties de l’Homtïie se séparent les unes des autres ; car alors les quatre Elémens , PEfprit & l’Ame font divisez , & se séparent Pun de l’autre. En leur place, PEau Sc la Terre élémentaires font conjointes , Sc un autre Air avec un autre Feu font épaissis. L’Esprit astral de la vie, PHomme intérieur & invisible , re- tourneau Ciel, où il est élevé au dessus des Elémens , & l’Ame va au sein d’A- braham, suivant la promesse de Dieu, Sc y repose jusqu’à ce que vienne la consommation de ce Monde, que toutes choses seront accomplies. Nous voyons la Terre nous fournir toutes les choses nécessaires à la vie, dans lesquelles PEfprit des Elémens est caché comme nourriture & céleste Essence. Nous avons aussi la nourriture du Feu Sc de l’Eau , Sc nous conservons par l’un Sc Pautre le tempéramment du Corps terrestre, qui contient PEau & le Feu spirituels pour donner de nouvelles forces à PEfprit intérieur. Car, comme la Terre a en foi ces deux choses, le Ciel les contient pareillement, ce qu’on appelle de Bas. Valïktin, Part. X. 107 Quintessence, laquelle est plus noble que ìes Elémens, Sc est la nourriture de l’Es- prit, comme le Verbe de Dieu est la nourriture de f Âme. Et il s’est fait Corps , afin de donner la béatitude céleste au Corps , à P Ame & à l’Esprit , quoi qu’il ne soit ni viande ni nourriture corporelle, & qu’il soit seulement le Lien & le Sçeau de la Promesse & du Livre de vie , en témoignage de la vérité , à cause de la faiblesse de notre foi, Sc du peu de connaissance que nous avons de la Divinité. Dieu aime tellement les choses naturelles Sc spirituelles , qu’il veut que fa Créature soit toute dans l’Homme en conjonction avec Jésus-Christ , par qui les péchés font pardonnez. Car comme le Verbe Divin est le Principe de toutes choses, il est de même le Principe de l’Image de Dieu. Le Verbe de Dieu nous dit : De cette Fleur du Saint Esprit commence la Foi ; de îa Semence de cette Fleur n’aît F Arbre des bonnes œuvres, & les bonnes œuvres ne méritent pas le Salut éternel, mais la foi au Verbe de Dieu. Ce Verbe est un amour magnétique , qui nous attire à lui avec les Bons > 8c n’en peut être séparé. II n’y a point d’amour astral magnétique qui lui soit semblable dans la Nature. Nous devons péser exactement toutes ces choses dans la balance, comme nous devons aussi toi L’A-zoth bes Pmt©soj?REs, considérer ce que l’Homme intérieur fa?£ dans la Nature, lequel Homme intérieur est invisible & céleste, de même que l’A- me est surnaturelle Sc surcéleste; connoif- íânce néanmoins que nous n’avons que par révélation de Dieu. La Nature propose les Esprits naturels ; ils font grands, & d’u- sle considération sécrété: Et l’Homme corporel ne pourroit entendre les choses spirituelles , si l’Esprit de vérité ne lui étok révélé par le Roi des Esprits : Et par celui-ci , le Saint Esprit examine la Sagesse, les Arts & les Sciences. Cet Esprit Saint excite dans les Chrétiens un feu fur-cé~ leste d’amour, Sc un esprit magnétique de sagesse. II nous enflamme , nous lave d’u- ne eau pure, & nous rend nets, afin que nÒUS raíïìons pénitence de nos péchés , Sc que nous ne mourions pas dans nos ofFen» ces. C’est pourquoi on parle souvent de TEau Sc du Feu, du Sang Sc de l’Èsprit de l’Eau , qui est celui qui donne la vie; car le péché est de couleur sanguine, & la punition du péché est la Mort noire , la croix Sc f adhésion ; mais la récompense des Lieux Sc des Dévots , c’est la Robe blanche Sc la Couronne de gloire. Ces choses^ bien entendues, suffisent présentement. Venons à l’explication des Questions qus vous m’avez proposées ; je vous les rapporterai par ordre, Sc je vous ferai voir la VL Bas. Valentin, B art. I. io| certitude de PArt par la chose même, & de telle maniéré que vous ne pourrez la révoquer en doute. Or quant à ce qui re* garde l’autre objet, qui est que plusieurs Sçavans ont une folble connaissance de cet Art, íçaehez, mon Fils, que c’est la volonté de Dieu , 8c que cela se fait pour quelque considération, ear Dieu réprouve toute superbe & toute ambition, & ne donne ce Trésor qu’aux Humbles Sc aux Pauvres , & non pas aux Grands Sc aux En- fans de ce Monde. L’Homme doit faire usage de ce Trésor suivant la Loi du Seigneur , & pour sa gloire en soulageant ceux qui sont dans la misère, Sc non pas en paíîànt sa vie dans l’oisiveté 8c dans la mollesse, sans faire de bonnes œuvres suivant la volonté de Dieu. Si ce Trésor íe donnoit indifféremment à tous, quelle confusion , je vous prie , ne seroit-ce pas entre les Hommes ? Autrement,je ne con- cevrois pas ce qu’entendroit Sirac , en disant : Mon Fils , si tu veux servir Dieu & lui plaire , prépare-íoi au Jour de PaíHic-* tion. Ce qui est dit véritablement de la pauvreté & de Pimbécilltté humaine, com* me vous pourez facilement le conjecturer de vous-meme ; óc il n’est pas permis à FHomme d’user de ce Trésor comfaebon lui semble , à cau'e que sa nature est corrompue-, A qu’elle panche plutôt vers 1g iïo L’AzoTh bïs Philosophes » ! mal que vers le bien. Ne révélé donc ce Secret à personne , Sc ne le donne point; , fur-tout à une Ame avare, ambitieuse 6e superbe ; car c’est l’honneur & la gloire de Dieu ; mais conduis-toi de cette forte : Si la Fortune t’est favorable , garde-toi d’en concevoir de l’orgueil : Si elle ne te favorise pas, garde-toi auíîì d’en avoir de la Couleur ; car Dieu est l’arbitre de la bonne Sc de l’adverse Fortune ; il dispose de l’une Sc de l’autre comme il lui plaît. II y a autant de vertu à rechercher la Science, qu’à la tenir sécrété l’orsqu’on i’a acquise; car si vous la révéliez autrement qu’il est permis de le faire, ce grand Art perdroit le nom 6c la dignité d'Art; ce qui a fait dire à un Philosophe : Cache cet Oeuvre aux yeux de tous ; n’en parle devant personne ; n’en dispute même point en toi-même, >> de peur que le vent ne porte tes paroles à un autre, ce qui te pourroit être domma- géable. Je t’avertisfidellement de ces choses ; c’est à toi d’y prendre garde, si tu ne j veux pas être tourmenté dans ton corps S 6c dans ton ame. L’abus que l’on feroit de A cet éxcellent Don de Dieu feroit d’autant 1 plus criminel, que Dieu ne fait ce Don que par une pure grâce ; aussi seroit-ceune t honte si ce même Don Philosophique étoit prophané par les Méchans, qui, à cause de leur malice Sc de leur ignorance, doivent de Bas. Varentin, Part. I. m être privez de voir cette lumière. L’Avarice & la Luxure ont pris des racines si profondes dans le cœur des Enfans de ce Siécle, qu*on n’y découvre presque plus aucuns vestiges de la Foi ni de la Justice. Je vais vous raconter à ce sujet ce que j’ai vû de mes propres yeux. II y avoit dans une certaine ville un Homme très-riche , qui se refusoit à soi-même l’usage de ses grands Biens, qu’il accumulait continuellement pour ses Enfans. Leur Mère les élevait dans l’abondance de toutes choses, & comptant fur les Richesses de leur Père , ils passaient leur jeunesse dans l’oisiveté & dans la débauche. A mesure qu’ils croissaient en âge , les déréglemens de leur vie augmentoit à proportion. Enfin, leur Père étant mort, ils en dissipèrent l’héritage en se plongeant danstoutes sortes de vices^ensor- te qu’ils se virent réduits à une extrêmepau- vreté, & exposez au déshonneur le reste de leur vie. Ils ne feraient point tombez dans ce malheur,s’ils avoient profité des instructions qui leur avaient été données , car on les avoit élevez dans la connaissance des Mœurs & des Sciences. Telle est la volonté de Dieu, que les Ordres soient distincts parmi les Hommes , & que les uns servent les autres. Notre Sauveur lui même à fait des œuvres serviles , &a lavé les pieds de ses Disciples. L’honnear est í ii L’Az©th des PííiiosoraEj, plus grand dans les uns que dans les autr'es,' & nous sommes comme il plaît à Dieu de l’ordonner & de nous bénir. Et il a dit : Je te récompenserai de la même maniéré que tu serviras dans ta vocation. Dieu distribué' en un jour tant de Richesses qu’elles semblent surpasser celles des Rois les plus puissans, Sc ses Trésors ne diminuent point ; au contraire , ils augmentent toujours. Sc c’est pourquoi il doit être aimé avant toutes choses Sc fur toutes choses. II n’en est pas ainsi des Richesses humaines ; car quelque fois celui qui les amasse par avarice,laiste en mourant un Successeur prodigue qui les dissipe, Sc suivant ce que disent quelques Sçavans, les Richesses précipitent souvent ceux qui les possèdent dans les tourmens éternels de l’Enfer ; parce que pendant qu’ils ont été dans l’abondance des Biens de ce Monde , ils n’ont point pensé à la paix du Ciel, ont négligé de soulager les Pauvres , Sc ont entièrement oublié Dieu. Les jeunes Gens fur tout, font les plus ex-, posez au danger de tomber dans le piège que leur tendent les Plaisirs, quoi que la prudence supplée quelque fois au destaut de leur âge. Les Hommes pieux font contraints de boire le Calice des afflictions, óç les Impies font réservez aux peines éternelles. Mais ce qui est le plus déplorable, c’est qu 5 on ne fait presque point attention à ces .. t>e Bas. Valentin, Part. L 113 à des choses, & que ies Avares ne pensent qu’à laisser des Dignite's & des Richesses à leurs Enfans , se moquant de ceux qui leur disent, qu’avant toutes choses il faut consulter la Sagesse Divine , & que sans elle il n’y a rien de stable ni de solide dans ce Monde. Ce qui fait qu’à l’agonie de la mort le Ver de la conscience ronge le cœur de ces Misérables, Sc le désespoir, ne s’empareroit pas d’eux dans cette extrémité, si, pendant qu’iís étoient en santé,ils avoient songé au salut de leur ame dansí une parfaite humilité. A D O L P H E- II semble que ce que vous venez de dire soit contraire au dessein de me faire Oonnoître que ce que vous avez dit eít pour moi ; cependant ajoûtez le reste, & je l’écouterai attentivement. En attendant, je voudrois sçavoir comment il se peut' faire que l’Àrqdont nous parlons,n’est pas révélé à toutes Personnes avec les 1 Mistéres ' des Philosophes, puisque les autres.Arts- 1 font connus dé tout le Peuple ; ce qui me' porte souvent, quand j’y pense , à d'outetf de la vérité de l’Art dont il s’agit; Le Vieillard. Je vous ai dèja dit que le silence ; a-e'tss ! imposé aux Eníans de la- Science , atìss Ta me IIL _ K.- ir4 L’Azoth des Philosophes, qu’elle fût tenue sécrété à cause de la puissance des Princes , & de la méchanceté des Superbes, des Usuriers, des Luxurieux A des autres Scélérats. Tous les Philosophes cachent avec foin la connoiíîàn- ce de cet Art, parce que quelques-uns , après avoir eu communication de cette Science divine, en ont fait un mauvais usage , & fait périr ceux qui 4 leur avoient communiquée. II faut. donc que celui qui possède cet Art , ainsi que le Disciple qui veut Rapprendre , soit discret, humble , pieux & débonnaire. Ensorte que quand Dieu vous aura communiqué cette Science , il faudra vous gouverner avec beaucoup de prudence, & vous appliquer soigneusement à connoître les choses les plus sécrétés , Sc à faire dmbien non-seulement à votre Prochain , mais encore à vos Ennemis , car la Loi de Jesus-Christ nous y oblige. Nous devons auffi résister de toutes nos forces aux Ennemis de la Foi, & nous appliquer à louer Dieu & à publier ses miséricordes. LTngratitude est cause que beaucoup de choses font cachées, Sc Plgnorance engendre de très-grands maux.' Au contraire , la Science augmente les biens & est le rayon de ia Lumière. Plusieurs s’occupent à la recherche de cet Art, & peu cultivent les vertus qu’il demande , principalement celle de le tenir v« Bas. Valentin , Part. I. i iy secret. Semblables à ce Phaëton,dont parle Ovide, qui ne fçut pas conduire 3e Char dePhœbus, son Père, ils tombent dans le même malheur que ce Téméraire. II faut donc garder avec soin la connois- sance d’un si grand Trésor. Quand l’Hom- mea considéré les Paraboles & les Misté- res , il doit être pleinement satisfait, lors- qu’il voit l’image & le sçeau de la divine Bonté empreints dans la Nature, laquelle parfait toutes choses beaucoup mieux que ÎTIomme , quoiqu’il soit la très-noble Créature de Dieu , la plus raisonnable. Sc celle qu’ìl aime le plus. Son éxellence fur toutes les autres Créatures est manifeste en ce qu’il lui propose des Préceptes pour Je conduire à la vie éternelle. Adolphe. II y a de grandes choses à considérer fur cette matière. Mais je voudrois sçavoir ce que vous pensez des Paraboles, fur lesquelles vous m’avez dèja dit qu’il faut réfléchir avec beaucoup d’attention. Le Vieillard. Je vous dis encore qu’il faut avant toutes choses faire ensorte d’en découvrir ls sens ; car celui qui a connnoiíìance de cette Oeuvre , conooît par ioi-même qu’il ne doit point donner dans les opinions erroné i2 6 L’Azoth des Philosophes, nées , parce que les Imposteurs tâchent de vendre aux Simples 3e Secret de l’Arf, qu’ils n’ont pas , à ceux-ci, avides des Biens de la'Fortune, leur acheptent autant qu’il veulent une chimère pour une réalité. En bonne foi c’est une grande, impiété que de comparer une autre Oeuvre à la Puissance Divine, car le Verbe de Dieu est l’Echeile de Jacob : Et Jesus-ChrisT est le seul Médiateur; par lequel toutes choses font mises dans le Livre de vie. Par la même raison nous voyons dans notre Oeuvre naturel, la vie Sc la mort, la création & la résurection de tout le monde ; les nombres, les mesures & les poids; l’acroissement, les forces & l’éfficace des Etoiles Sc des Elé*- mens , principalement du Soleil & de la Lune. Car par le Soleil, la vie décend comme il plaît à Dieu& c’est pour cela qu’eile est comparée à cet Astre, &qu 1 elle est appeîlëe de son nom. Tel que le So- leiLest en haut, tel il est en bas, & par lur toutes merveilles font accomplies. LeSo- leil purpurin, rouge. & doré, est mâle & femelle; il est le Serviteur de tout l’Univers, & contient en folles Richesses universelles. II faut remarquer ici deux choses, comme d’une chose Sc de deux, car Dieu a créé : quelque chose de rien. Or cette choie étoit telle , que toutes les autres choses, de Bas. Valintin, Páet. î. r iy tant célestes que terrestres , en ont été' produites ; car Dieu dit : Soit fait ; & il fur fait. Quand donc toutes choses furent créées par son Verbe, la Nature universelle fut séparée de la chose , & elle étoit bonne en son essence , parce que c’étoir îe bon plaisir de Dieu , duquel il s’étoit soudain retiré quelque chose , qui n’avoit pas duré jufqu’au temps du grand Monde;- êc pour cela, il falloir une autre chose, car il ne pouvoir subsister par une feule chose, comme il avoir été fau dès le commencement à cause de la Créature la plus débile que Dieu désiroit, à laquelle il dit: Croissez mens, fans en rien diminuerni rien y ajouter. Toute chose bonne est du Verbe Divin; par lui toutes choses font faites, & on peut les comprendre par la vue & parTattou- j chômentparce que le visible est fait de P'mvisible. La Foi prend son commence- , ment de ce qu’on entend dire de la Foi ; c’est-à-dite l’invisible du visible ; Sc du Verbe de Dieu le Chrétien est engendré. Ces choses font ainsi établiesafin qus PHomme agisse Sc opère avec raison , & qu’il ne se forme pas des idées frivoles de la Toute - puissance , car c’est la volonté de Dieu. L’incrédule Thomas ne parvint point à comprendre ceci, tant qu’il ne con- I nut que la Nature humaine , le Ciel élémentaire , & les choses extérieures, comme PEau & la Terre , qui font les réceptacles & les prisons de la Mort. SaintPaul- , rejette cette Philosophie comme imparfai- ' te Sc n’admet que la Philosophie céleste,, j qui consiste dans la Foi, dans PEspérance j Sc dans la Charité. 11 faut observer ici que i ' Comme nous devons croire à la parole qui est sortie de la bouche de Dieu, de même Jeíus-Christ nous enseigne au nom de son Père, que rien ne peut s'acquèrir-sans la Foi. Mais la plupart des Hommes ne | " croyent que ce quh's vuyent , Sc ne considèrent que Dieu le Père. Dieu le Fils&i p Dieu ie Saint Esprit ne peuvent être vus d s ; ■ LOK 1 de Bas. Vaìentin, Part. I. 12 1 Oos yeux , chargez de péchés , non plus que leurs rayons , qui surpassent de beaucoup la splendeur du Soleil. A cause de la Nature pécheresse , les Hommes n’ont pû voir le Verbe Divin,tel qu’il étoit, pendant qu’il conversoit avec eux en forme visible» ni ne le voyent maintenant, qu’il nous assiste Corporellement,ayant accompli la volonté de son Père , en décendant aux Enfers , en montant au Ciel en chair & en esprit,& en parachevant tout en tout. Lequel d’entre les Hommes , qui en cherchant, puisse trouver la grandeur & la sageííe de Dieu ? Nous sçavons feulement que le Ciel est son siège , & que la Terre est Tes— cabel de ses pieds. Nous ne pouvons pénétrer dans les choses célestes , ni connqx- tre que celles qui nous font enseignées par le Verbe Divin, que Saint Paul a vues » & qu’il n’a pas jugé à propos de nous raconter. II Test contenté de nous parler du Verbe de Dieu , comme d’un Pain céleste , ou comme d’un Sceau, dans lequel consiste le Salut de nos âmes , lequel Verbe est un véritable Arbre de vie ; 8c cela asm que nous mangions fa Chair,que nous buvions son Sang, & que nous croyons que tout ceci est vrai, après que les Paroles de l’ínstitution du Sacrement sont ' proférées. Quand l’Ecrsture Sainte est connue , la Nature parfaite nous mou- T orne III. L *22 LLAzoth des Philosophes, îre beaucoup de merveilles dans un seul miroir. Celui qui fait la volonté de Dieu voit toutes choses & les connoît, comme les ont vues & connues plusieurs Sages d’entre les Payens. Adolphe. Votre discours , vénérable Vieillard, a été si long, que je n’ai pu en retenir qu’une partie. Cependant je voudrois bien que vous m’apriffîez si cet Oeuvre de la Nature ne contient pas en soi un Esprit qui soit la Cause de quelque mutation, parce qu’il me semble que vous avez fait mention du second Nombre, je veux dire, de la Multiplication , pour laquelle il me paroît qu il faut un Esprit vital. Le Vieillae,d. II est vrai que l’Esprit vital minéral eít requis en cet Oeuvre , & qu’il sc parfait par P Artiste, qui sçait le préparer pour le mettre en action. Car Dieu, par sa bonté infinie,a constitué l’Homme le Seigneur de cet Esprit, afin qu’il en formât autre chose , sçavoir un nouveau Monde par la force du feu, selon l’ordre & le commandement du Tout-puistànt, qui ne permet pas que l’Homme parachève aucune chose , s’il n’agit dans la crainte de son Créateur par yn moyen honnête , 6c par une conseicn- de Bas. Valent in, Part. I. t 25 Ce très--pure. Si quelqu’un d’entre le Vulgaire ne parvient pas à la fin de cet Art , cela ne doit point surprendre , quoique sa Matière soit devant les yeux de tous les Hommes , qui la voyent fans la connoître, & qui l’employent à d’autres usages qu’à celui qui lui est véritablement propre Us ignorent que Ce Trésor est environné de ténèbres ; que cet Or très-pur est comme anéanti dans !a rouille & dans la boue , Sc que la Nature le cache de la forte par la volonté du Tout-puissant. Au nom seul de Mercure, les sages Philosophes con- noissent ce Trésor & sont présent à leurs yeux, Tout spirituel & invisible qu’ii est , néanmoins il est matériel & palpable. (Test une Vierge trés-chaste,qui n’a point connu d’Homme. Ce qui a fait qa’on Fa nommé Lait Virginal, Miel terrestre des Montagnes,Urine d’Enfans,& qu’on l’appelle encore de plusieurs autres noms semblables. Plusieurs Artistes ont cherché ce Mercure dans des choses diverses, mais ils ne Font pas trouvé , parce qu’il est préparé d’uns Matière purement Métallique. Adolphe. Si je m’en rapporte au sens de vos pa- . rôles, il me semble, que cette Matière est l’Or même , à cause de sa noblesse, & qu’il est le plus parfait des Métaux. Lij i.24 L’Azoth des Philosolkes, Le Vieillard. Vous vous trompez,mon Fils,en croyant •que j’entens parler de l’Or terrestre , & vous n’avez pas conçu ce que j’ai voulu dire. Mon discours n’est pas austì clair qu’il vous le semble ; mais il ne m’est pas permis de parler avec plus de clarté, & je vous mettrai par écrit le principal mis- tére de cet Art. Sçachez que l’Or vulgaire n’est point ce dont il s’agit ici, non plus que l’Argent commun , ni le Mercure, ni le Soufre, ni l’Antimoine, ni le Nitre, rji toute autre chose. Mais c’est l’Efprit d§ l’Or , & le Mercure, que les Philosophes nomment la prémiére & seconde Matière, propre , & seul de la Nature ; Or très- pur Orienta!, qui n’a point senti la force du feu , qui est le plus éxellent de tous, qui est le plus mou, & qui est plus facile à fondre que l’Or vulgaire. II est vrai Mercure de l’Or ; & Antimoine, attirant ses qualités des Corps, s’il est liquéfié. Sa préparation ne consifie qu’à bien le laver,& le mettre en menues parties , par i’eau & par le feu 5 comme toutes les autres choses font préparées de la même maniéré , afin qu’elles soient agréables à Dieu & aux Hommes. II faut avoir une connoistance exacte de la Sublimation, de la Distillation, de la Séparation, de la Digestion, de la vr Sas. Valentïn, Sart. í. Purification, de la Coagulation Sc de la Fixation, Sc rechercher avec beaucoup de' foin cet Oeuf de la Nature, fi désiré de plusieurs dès le commencement. Iïy a utr grand nombre d’Ecrits fur ce sujet, comme ceux de Bernard , Comte de la Marche Trévisane, Sc de quelques autres, dont je vous donnerai connoifiàtice à la fin de notre discours, que je termineraipar quelques Paraboles. A DOLPHï* En considérant que l’Art, dont il s’agíf, ne peut s’apprendre que par beaucoup de travail ; que la pofTeísion en est dangereuse Sc que nous devons suivre la vocation que Dieu nous donne , je vous' avoue que la douceur que je croyois trouver par le moyen de cet Art se convertit en amertume , Sc je fuis fâché de me voir trompé dans mon espérance. Le Vieillard. Croyez-vous que je vous aye parlé comme par maniéré de passe-temps , quand je vous ai dit qu’il faut travailler &; exercer íes œuvres de miséricorde envers les Pauvres, Sc secourir les Veuves & les Orphelins pour la gloire du nom de Dieu ? L’honneur est dû à Dieu plutôt qu’à nul autre, Sc les consolations nous viennent du Liij I2§ L’Azoth dhs Philosophes , Verbe Divin Ce Verbe est audessus de la Natûre, comme le Maître est audessus du Serviteur, & comme le Père surpasse la Mère en dignité. 11 faut donc faire des Biens de ce Monde comme s’iis ne nous appartenoient point, & les employer, fui- . vant notre vocation, pour futilité de notre Prochain , pour le maintien de la République , Sc pour prévenir les maux qui nous viennent de l’Ignorance. Le Corps doit travailler fans relâche , parce que f oisiveté nous fait tomber dans les pièges de Satan , & que Dieu nous ia défend fous de grandes peines , comme étant la Source de tous les vices, de la luxure, de l’a- varice, de 1 homicide , du mensonge, de la. fraude, Sc de l’imposture. De même, notre Oeuvre n’est jamais oisif, Sc il opère nuit Sc jour jusqu’à ce que son Sabat approche» car alors il fe repose & honnore son Seigneur,qui est l’Homme,auquel il doit servir selon le commandement de Dieu. De même,aussi nous autres Hommes,nous devons travailler jusqu’à ce que nous entrions dans le Royaume de notre Dieu. Notre nature semble s’opposer à cela , Sc nous nous fâchons quand nous entendons direqu’il faut travailler assidûment pour vivre, jusqu’à ce que nous retournions en terre , de laquelle nous sommes faits, parce que l’oi- sivetéde le désir de commander nous plat» ïje Bas. Vaeentin, Par?. I. 127 sent à tous également,cequi occasionne que nous sommes paresseux & tièdes en nos oraisons & prières, quoique nous devions prier Dieu avec ardeur, fi nous voulons en obtenir toutes choses. Nous méprisons les uns comme Pauvres à cause de leur modique revenu , cependant nous sommes obliges de faire du bien aux véritables Pauvres, & même à nos Ennemis. Toutes méchancetés se sont introduites en nous, la colère ,• Pavarice, la haine , la défiance : Et à cause de tous ces vices le très-éxcellent Bien 1 nous est ôté : De même, cette Science de Médecine , qui est cachée en ce Bien, est inconnue aux Médecins les plus doctes $ car cette Science ne s’apprend pas dans les Ecoles des Médecins , & elle demeure cachée à leurs yeux de la même façon que }*Esprit interne de la Sainte Ecriture étoit caché aux Pharisiens, lequel Esprit étoit le Messie & la Médecine de l’arffe, qui étoit néanmoins au milieu d’eux. Aussi il ren- ' dit grâces à Dieu , son Père , de ce quhl avoit caché ce Trésor aux Sages de ce Monde, & savoir manifesté aux Petits & aux Humbles. II en est de même de notre Médecine naturelle. Si nous voulons en connoître ia Science , il faut en demander à Dieu la connoissance par de ferventes prières, car fa volonté divine dispose de toutes choses. D'où nous voyons ía L iiij 128 L’Azoth des Philosophes, Vanité de ces Médicamens de Simples, de ces Sirops, que distribuent des Charlatans, au déshonneur des Médecins , &au grand dommage des Malades , qui meurent souvent pour avoir pris de ces Breuvages. Nous voyons ces mauvais Opérateurs vouloir se rendre recommandabies à la Postérité, comme des Dieux , quoi qu’iis ayent négligé de lire les bons Livres, qui enseignent la connoissance universelle de cet Art, Tous ceux qui veulent en avoir la possession, doivent donc s’étudier à avoir une notion parfaite de ce qui peut séparer le bien d’avec le mal ; c’est-à-dire , qu’iîs doivent Rappliquer avec patience & avec humilité , à connoître la vertu & les fruits du bon Arbre, ainsi que la R.acine triple. Us doivent auíîì cultiver les fruits de PA- rae , qui est la Foi, la Charité, &PEfpé- rance , pour sçavoir ce que c’est que Justice <& Vérité, tant de l’Ame que du Corps, c’est-à-dire du Bien céleste & du Bien corporel. Et afin que nous puissions comprendre facilement cette chose, nous ne devons pas ignorer que Dieu nous a donné la Science de la Théologie & de la Justice, parce que la pureté & la sainteté de la Nature consistent dans la première ; & dans la seconde, la lumière & cette sagesse, qui fit que Salomon surpassa de beaucoup en prudence les autres Hommes. Dieu a or- ete Bas, Valektin, Part. I. 129 donné à chacun de nous ies oeuvres de fa vocation, & nous a commandé de diriger nos actions prudemment, pieusement Sc justement,comme bons Serviteurs de Dieu, selon les préceptes du Verbe Divin, Juge souverain de toutes les Nations, devant lequel toutes les œuvres des Hommes feront manifestées au Jour de son Avènement. Tout vient de Dieu , le Sage ôc ÍTnfenfé, le Riche & le Pauvre, le Fort Sc leFoible ; & qui méprise le NéceíGteux & rimbéciile, méprise auíïï celui qui l’a créé. Comme tous les biens émanent de Dieu , de même tous les maux viennent du Démon, qui est la source ôc l’origine de tout le mal. Mais Dieu permettant que le mal afflige les Hommes pieux, néanmoins ce mal est pour eux un bien envers Dieu , Sc Satan est contraint par-là de servir lui-même malgré lui à la gloire de celui que son orgueil a offensé. Nos péchés sont cause que pendant notre vie le mal est mêlé avec le bien, & Dieu , par sa miséricorde divine , nous a donné ses dix Commandernens , afin que nous pûff on» séparer le mal d’avec le bien, pour nous faire éviter la damnation éternelle. Dans ce Monde , les Avares, qui se disent Chrétiens , parce qu'ils ont reçu !e Baptême , imitent les Juifs par leurs concussions, leurs, ulyres, Sc pensent íuivre la volonté da ïjo L’Azoth des Philosophes, Teur Créateur en ravissant les Biens des Gentils & des Etrangers. Cependant J issu s -Christ menace des peines éternelles, ceux qui,pour fournir à leurs dépenses immodérées, vexent leur Prochain par des éxaébons, & qui s’emparent par la fraude des Biens des Veuves dc des Orphelins. La vie de ces riches Patriarches-, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, & Job, a été remplie de justice , de modestie , & d’obéisiance envers Dieu, car ils le préíé- roient à toutes ses Créatures, & lui of- froient leurs prières avec un cœur pur. Si dans Fancienne Loi les Richesses ont porté plusieurs à s’éloigner de Dieu , dans le Nouveau Testament la Pauvreté a acquis à Jesus-Christ des Adorateurs, qui lui font fidelles, & qui l'aiment en toute vérité. Je croîs que vous comprenez maintenant la raison pourquoi ce Mistére, ce Secret a été caché à plusieurs, que le Démon auroit détourné de la voye droite par les voluptés , car c’est un Séducteur , qui a induit à pécher Adam, notre premier Père, qui ne pensoit point à désobéir à Dieu. C’est par ses artifices que les Saints font tombez dans des fautes , K que la colère de Dieu s’est répandue fur nous. Toutes choses sont vendues à l'Homme rru prix de son travail & de ses sollicitudes. Nous devons tous dans le Calice de la Croiie m Bas. Valentin, Part. I. ìjî boire du fruit de la vigne avec J e s u s- Christ, Notre Sauveur, iufqu’au grand Jourdu Sabat, je veux dire, du repos éternel , où nous demeurerons aveccelui qui fe presse de venir à nous , si Dieu , très- bon,daigne nous y recevoir par notre Médiateur , auquel nous sommes conjoints par alliance de filiation , âc auquel nous sommes obligez d’obéir, en faisant, les bonnes œuvres qu’iis nous commande , & en nous abstenant de faire les mauvaises. En remplissant les promesses , que nous avons faites dans notre Baptême , l’Esprit de Dieu opère en nous par la Foi, i’Eípé- rance & la Charité. La patience parfait dans la Nature beaucoup de choses, qui semblent incroyables, & peu de Gens Rattachent patiemment à la connoissance de Dieu, aimant mieux jouir des Biens périssables , âc s’abandonner à la volupté. C’est pourquoi Jesus-Christ les séparera de ceux qu’iLadmettra dans son Royaume, & nous devons le supplier fans cesse, & de tout notre cœur, de nous y donner une place. Je voudroìs maintenant fçavoir quel est votre sentiment fur ce, que je viens de vous dire. Adolphe. La vérité me contraint d’avoìier que ces choses font telles que vous les exposez, & ÏJ2 L'Azoth des Philosothe?, mon sentiment s’accorde avet l’opìnion des Enfans de la Lumière. Je Conviens que ce Miíìére ne doit point être révélé à tous par' Tabus qu’on pourroit faire d ? un Secret ír merveilleux, Sc je confesse que dans les Arts, qui rions font donnez par la Nature, ou qui nous font enseignez par des Maîtres, î! faut tenir un même chemin pour parvenir à leur connoissancc, je veux dire, que nous devons, comme dans toutes les autres choies de la vie,prier la Sagesse Divine d’éclai- rer notre entendement,de nous assister dans noire travail,& de favoriser le succès de nos entreprises. Quant à la vie voluptueuses , ayant vu des Voluptueux acquérir fans tra- vaif beaucoup' de Biens de k Fortune, je vous avouerai aussi, que je vivrois patiemment en leur compagnie , & je me plairois volontiers à amasser comme eux de grandes Richeílès pour satisfaire mon ambition^ &m’élèver aux honneurs. Le VIEILtARD. Ignorez-vous, mon Fils,que Dieu transmet aux Princes de ce Monde fa puissance pour qu’ils répriment la malice des Hommes parla Justice, afin que toutes choses se fassent dans Tordre durant cette vie. Comme les Juges Politiques punissent les Médians par îe glaive íècuHer;de nicme les Pérès Spirituels q, ou Magistrats- Eeeléstacti- se Bas. Valewtîn. Part. I. •ques .gouvernent le Peuple Chrétien par le glaive de l’Esprit, c’est- à - dire par les Commandemens de Dieu 6c de son Verbes xar les Ecclésiastiques ne doivent pas guérir les playes de la conscience parie glaive temporel. Aaron, Moyse & Josuéonteu des Offices séparez jusqu’à leur entrée dans Ja Terre de Promiíïïon. II est ordonné aux Sujets d’obéir aux Magistrats que Dieu a .établis, & il leur est deffendu de s’élever Lux Magistratures par brigues, parprésens ni par la subornation clés Puissances ; car qui s’élévera au dessus des autres, fans être légitimement appellé , fera humilié, parcs que Dieu ne soutient point i’Ambitieux. JLa Superbe est une idolâtrie, qui offense d’autant plus le Créateur de l’Univers , qu’il est le seul Grand , le seule Puissant & que lui seul gouverne selon sa volonté tops îes Ordres de la Puissance humaine : Lui seul connoît pleinement toutes choses dans îa lumière .& dans les ténèbres : Lui seul est PAuteur de tout Ordre de Justice & de toutes Créatures : Lui seul empêche les Montagnes Sc les Arbres de s’élever plus haut vers îes Cieux : Lui seul réprime les Sectes ravissantes, ainsi que la cruauté des Tirans. Car quiconque s’oppose à ses volontés, & résiste a ceux qu’il choisit pour gouverner en fa place , Au lieu de bien ssont que du mal, quoique le Soleil luise ï 3 4 L 5 Azoth ors Philosophes, sur eux comme sur ies autres , Sc Dieu ne manque point d’affoiblir la force de leur puissance, ainsi que nous en avons souvent des exemples devant les yeux. Outre cette forte de Gens , il s’en trouve encore ssautres, qui, ayant quelque connaissance des Arts, se vantent de les posséder parfaitement , & ceux-là , en élevant la puissance de Dieu, mènent une vie toute Epicurienne. Nous devons nous garder des uns Sc des autres , parce qu’ils font d’une nature qui panche vers le mal. Quoique nous ignorions comment le Monde a été fait par le Verbe de Dieu , comment procède l’Efprit de ce Verbe Divin, Sc comment î’Image de Dieu est cachée, cependant Moyfe voyoit cela derrière le K.ocher , encore que dans son temps Jesus-Christ ne pût être vu par des yeux corporels. Adolphe. En voulant éclaircir des Questions spirituelles , vous faites des digrelsions bien éloignées du Sujet que vous avez commencé à traiter. Cependant je voudrois, fous votre bon plaisir , vous entendre dss courir fur la Proposition , dont vous avez dèja touché quelque chose, afin de concevoir pourquoi elle doit être balancée avec tant sséxaébmde. ide Bas. Valentin, Part. I. 13 p Le Vieillard. En cherchant 3a connoissance des Biens de la Terre , on doit en même temps cherchera connoître les Biens du Ciel. Ceux- là donnent entrée à la félicité temporelle pour une fois seulement, & ceux-ci, qut _ sont dans la volonté de Dieu, doivent durer toujours , Sc nous devons méditer nuit & jour fur fa sainte Loi ; car le salut de notre ame dépend de nous y soumettre & de la suivre. L’Homme connoît que toutes choses doivent être demandées par prières à cette Fontaine de tous Biens, Sc que ceux qui en découlent en fa faveur , doivent être conservez avec reconnaissance pour en faire une distribution légitime, de peur que le Démon n’en inspire un usage contraire à l’esprit de cette Loi divine, parce que ses ruses font telles, que nous ne pourrions nous empêcher de nous y laisser surprendre, si Dieu , par sa miséricorde , ne nous gardait Sc ne nous donnait la force de lui résister. De quelques Richesses dont THomme soit comblé , quelle estime peut-il faire de sa félicité Sc de son excellence, s’il ne guérit pas son ame des maladies qui peuvent lui causer la mort ? Le plus grand Bien , est celui que J esus-Christ, notre Sauveur, a fait »z6 L’Azoth des Philosophes, en joignant la rémission des péchés 4 à la guérison des maladies. Adolphe. Cette vérité est constante, & malheureusement on n’y fait pas aílez d’attention , moi principalement, quand je souille mon arae par les voluptés de cette vie. Mais puisque la possession des Richesses , quand on en fait un bon usage., ne répugne point à la 5 volonté de Dieu, non plus que la connoistance de l’Oeuvre, je pourrois parvenir à cette Science, 6c en prófîter en suivant Ces divins Commandemens. Tou- te-fois l’aveuglement des Pharisiens me tient en suspens ; ils ne v.ouloient croire en ' Jésus-Christ q.u’en voyant ses Signes 8c fes .Miracles, Ce n’est pas que je doute que la Foi m’est donnée par la grâce de Dieu , & qu’eile est nécessaire au salut de l’Ame ; mais pour confirmer la mienne dans les Miracles divins, & dans les Paraboles de cet excellent Trésor, j’at- tens de vous une explication plus exacte pour m’en donner la connoistance. Le Vieillard. Je vous ai dit toutes ces choses, mon Fils, asm de vous faire comprendre que ce Trésor ne s’acquiert point par un Art magique , comme quelques-uns pensent acquérir de Bas. Valkntin, Part. í. 7 quérir des Richesses par cet Art, dans lequel on ne doit mettre aucunement fa confiance. L’Amateur de la Sagesse cache la conrtoiíîànce de ce même Trésor , quoi- qu’il ne soit pas pour un seulement, car toutes choses ne font pas données à un seul. Nous voyons que Dieu s’est montré à découvert dans les Oeuvres de la Nature , asm que ses Oeuvres , qui font admirables, soient connues de tous. Quoique' Zachée fût tombé dans le vice de l’Efprit, néanmoins tout petit qu’il étoit, Dieu voulut loger dans fa maison, parce qu’ií avoit pour lui un amour magnétique , qui étoit auíîi donné aux autres par écoulement. Mais par un vice, attaché à notre nature , notre Esprit, au moindre succès , sTníle d’orgueil, & par là nous nous fermons cette Fontaine, d’oùdécoulent toutes les douceurs , parce que ce grand Trésor ne nous est pas donné pour notre utilité feule’, mais pour exercer les œuvres de miséricorde envers ceux qui font dans ìa misère. Les Partisans de ce Monde fe moquent dc ces Principes, qui-font les fondamentaux du Christianisme, parce que les Richesses pervertissent leurs mœurs , Sc kur font faire tout ce qui est contraire à 1* Justice, c ? est pourquoi Jesus-G h r i socles a appellécs Mammon. Quelque - fois les Richesses donnent la Sagçssèj mais fou - T orne UL M i ;8 L’Azoîh des Philosophes, vent la Sagesse des Pauvres n’est pas écoutée , quand les Richesses ferment f oreille de ceux qui devroient les entendre. C’est pour cela qu’il est difficile qu’un Riche entre dans le Royaume des Cieux. Mais Dieu , qui connoîtie Pauvre, sage, humble 6c doux , prend foin de le nourrir ; & pour punir le Riche, qui pense n’avoir besoin de personne , il convertit ses Richesses en une cfpéce de vapeur, qui s’éxhale & qu’il perd de vûë ; ce qui nous fait bien voir que la Sagesse de ce Monde n’est qu’une pure folie. DifFérens de ces mauvais Riches, cherchons avant toutes choses le Royaume de Dieu , 6c prions , avec le Prophète David » fa divine Majesté de nous donner ce qui nous est nécessaire selon fa volonté, de peur que nous nc nous. détournions de la véritable voyc , pares que celle de ce Monde est dangereuse. Salomon demande à Dieu !a Sagesse, afin de gouverner lagementle Peuple queDieu' tnéme lui, a soumis , 6c afin de le porter à bonnorer son Créateur, 6c à publier les louanges qui lui font duës. La Sagesse, dit ce Roi, crioit dans la voye : Invite un. chacun à son amour, 6c à Pétude de ses préceptes. La gloire de Dieu est grande 6c elle fe manifeste à nous en tout lieux Mais peu de personnes considèrent attentivement ces choies- durant cette vie ra o r- de Bas. Valentin, Part: I. izy telle , qui , s’éclipsant, pour ainsi dire » auilì-tôt que nous en jouissons , semble néanmoins à plusieurs être d’une durée qui ne doit point avoir de fin. Les Mistéres de Dieu ne font pas cachez pour ceux qui le craignent , &, par fa miséricorde, fa lumière les éclaire dans les ténèbres. Pour ne pas employer le trésor précieux du temps, ni les forces de notre esprit Sc de notre corps à amasser des Richesses, & à- imiter les Ambitieux Sc les Superbes , faisons toutes choses dans 1a, crainte de Dieu* Sc travaillons pour futilité de notre Prochain. A D O L F H E. Quoique j’avouë que ce que vous ditc*$ f est véritable, cependant j’ai un scrupule-' dans i’ame, & fai peine à comprendre' pourquoi les Philosophes pensent qu’il faut demander à Dieu ce Tréíor, A le prier de nous Taccorder, L e Vieil l a e d.- Vous m’avez dëja entendu dire, qu’a-' vant toutes choses, nous devons chercher" le Royaume de Dieu, & qssen le cherchant , Dieu ajoûtera à ce que nous lui* demanderons; qu'il. trous donnera toutes» choses selon notre désir , Sc que- ì’Hom-- me ne peut vivre de seul pair,, mais de’ tout verbe procédant'- de la bouche» à M-iji 1.40 L’Azoth des Philosophe?, Dieu. Or comme le Démon a tenté notre Sauveur, de même il nous tente, principalement dans les temps que nous avons besoin de demander quelque chose ; car la Foi, dans ces occasions , venant à nous manquer, Sc la Parole ds Dieu cessant de nous assister, nous nous désespérons etr nos afflictions, Sc nous en sommes tout abatus : Ce qui n’arrive pas quand la Fortune favorise nos desseins , parce que nous- mettons notre espérance dans F Ennemi de Dieu , FAuteur de tout mal, & que nous lui demandons, pour ainsi dire, dans nos entreprises un secours , qusil ne manque point de nous promettre , quoiqu’il ne loir pas en ía puissance de nous le donner , & qu’il ne puisse que nous précipiter dans les ténèbres de FIgnorance-, Préférons donc* autant que nous pourrons , le Pain Céleste à la Manne terrestre.. Quant à ce que cîisent.les Philosophes,Qu'ii faut prier Dieu pour réussir dans la recheche de ce Trésor, c’est une chose dont nous ne pouvons douter , car c 1 est lui seul qui nous îe donne , pourvûque soumis à fa volonté, nous le lus demandions par de ferventes prières & par une étude assidue , qu’ii daigne diriger îui-même ; parce qu’ii est seul la Vérité , kiSagestè & ìa Justice, rendant à chacun:selon son mérite par le Saint-Esprir, Cùmm& il a sait à l’égard des Apôtres.- de Bas. "Valentin, Part. I. r 41 C’est pour cette raison qu’il nous est enjoint de demander par FOraiíon Dominicale notre pain quotidien, à cause que nous ignorons les choses, què nous devons prier Dieu de nous accorder , parce que souvent nous lui demandons celles qui tour- neroient à notre dommage , quoiqu’elles' nous soient accordées pour nous tenter. Nous devons seulement demander à Dieu le secours du Saint Esprit, une santé heureuse, Sc une paix de cœur, que les tentations ne puissent troubler. Car c’est de' Dieu qisémane toute Science & toute Sagesse, tant naturelle que spirituelle. Jesus- Christ défiroit ardemment le salut des Hommes, ce qui me fait dire que son Royaume n’étoit point de ce Monde , Sc qu’il n’y étoit venu que pour sauver les Hommes , en-les retirant des tenébres de ^Ignorance êc en leur inspirant le mépris - des Richesses temporelles, jusqu’à ce qu’en- fin il en eût conduit quelques-uns dans sorr Royaume Céleste: Et e’est-là, comme je - n’en doute point, le motif pour lequel is nous a donné cette Oraison, que nous appelions Dominicale , & qu’il nous a enseigné comment nous devons faire notre prière; à Dieu, son Père , dont nous sommes - les Enfans par adoption , dès le temps que nous marchions devant lui dans une crainte servile sous les Cérémonies de la EoR 142 L’Azoth des PHTr.osorríFS, Outre ce que je viens de vous dire, je présume que vous sçavez que les choses naturelles font sorties des surnaturelles, & que le Royaume de Dieu est éternel, du- quel procède le Royaume temporel. N’eíi- H pas vraisemblable que le Ciel ou Firma* ment a d’abord-été préparé , l’Elément ensuite & la Terre la derniere ? Après la I erre , l’Homme , Créature nouvelle & petit Monde, fut fait pour habiter la Terre,-, comme le centre du Cercle,êt la vie lui fut transmise avec l’ame immortelle. La- Terre a un Sel qui préserve toutes choses de pourritute. Quelle contagion ne sortiroit pas de l’Oceéan, cette vaste Mer, qui environne notre Globe,si Dieu ne préservoit ses Eaux de corruption par le Sel & par le Mouvement ? On compare les Ministres de la Parole de Dieu au Sel, qui préserve: de putréfaction les Membres, à eux commis dans cette Mer du Monde, par la prédication du Verbe Divin & par le Saint Esprit. Adam , notre premier Père, avoit' une entière eonnoiííance de toutes les* Créatures; & nous, ses Successeurs, à- peine en connoiísons-nous quelques particularités. Ce que nous soavc>ns le mieux',, c’est que notre connoissanee est imparfaite.- Dans les derniers tems-, au lieu d’un feu|- Àdam, il y en aura pìuffeurs ; car on dit qu’avant le Jugement Universel Les Arts-: de Bas. Va ee;n tin, P a p, I. 145; seront manifestement révélez à tous. Jamais Homme n’eut tant de Science qu’ii- en fut donné à Adam , excepté Jésus- Christ, qui laissa à son Eglise celle qu’il avoit, pour y être conservée jusqu 1 » ee que nous entrions dans la vie éternelle,., où toutes choses nous seront connues,. & où chacun recevra la récompense duë àses mérites. Dans ce Monde , nous sommes- agitez par des tentations continuelles parce que Satan , cet Ennemi mortel du; Genre Humain , nous portant fans cesse à pécher,. nous effaçons en nous ces traits de la Divinité., que le Créateur de toutes- choses y a imprimez en nous formant, & que nous faisons toujours le contraire de à volonté.. Considérez donc ce que dit le Sauveur , quand il recommande de chercher ics Trésors , qui ne sont pas sujets à:- la pourriture , ni propres à émouvoir la cupidité du Larron ; c’est-à-dire,,des srésors- Ípiriíueis , qui fassent triompher lTíomme. des tentations qui l’atiaquent de tous côtés ; cardans ces momens il a besoin, d’u- ne Armure céleste, je veux dire d’uneforce , qtiil ne peut obtenir que de J L s o s- C h R í s T , en se conformant à sa parole. Si,pendant le Cours- de notre pèlerinage sor la Terre, nous avons la Foi, l’Efpérancc & la Charité, avec la Modestie , l’Humili- tó ô: la. Patience, comme l’Epouse de Je- *44 L’Azoth des Philosophes, sus-Christ nous en donne l’éxemple pour r/o u s rendre conformes à son divin Epoux, rcits monterons dans le sein d’Abraham 5c d’Isaac par f échelle de Jacob, & nous verrons dans fa gloire la Pierre de la Foi-,, avec son bien aimé Disciple Saint Jean , qui , en s’ëlevant vers le Ciel, regarde fixement le Soleil comme FAigle, c’est-à-- dire cette vive Lumière, que Jacob ne vit point, mais de laquelle les trois Disciples vîrcnt quelque rayons fur la Montagne de Tabor. Je ne décris ces choses- qu’afin' qu’à leur exemple , méprisant les Richesses de ce Monde , Sc suivant uniquement la Loi du Verbe Divin-, nous employions* le secours du Saint Esprit, &'que nous marchions devant Dieu en Foi , en Espérance 5c en Charité, comme en Modestie en Humilité 5c en Patience , désirant intérieurement parvenir à la céleste Jérusalem , qui est le séjour du repos- éternel comme nous l’apprenons du Verbe de Dieu , qui est le seul Juste 5c le seul Miséricordieux. Qui désire rétablir en soi 1 5 I- mage de la Divinité, doit s’empîoyer aur œuvres de Miséricorde & de Charité, parée que nous ne faisons tous ensemble qu’ura Corps en J esus-Crht st, 5c que foi* Epouse s dont nous sommes les Membres, n’est de même qu’ur.e en nous. Je vouI pr-opeíè ces choses, quoique je fois persuadé r DE Bas. Valentiít, Part. I. 147 íbadé que vous les avez apprises en écoutant la Parole de Dieu, & que vous sçavez que Saint Paul dit qu’ií n’y a rien de plus avantageux pour l’Homme que de désirer de la piété ; car n’apportant rien dans ce Monde, lorsque nous y venons, nous n’en remportons rien non plus quand nous en sortons. Si Dieu nous a donné les choses nécessaires à la vie, il est raisonnable que nous vivions contens de ses dons. Car ceux qui recherchent trop soigneusement les Richesses de ce Monde, font. ordinairement tentez, 6c tombent dans le retz de la Cupidité , qui les précipite ensuite dans de grands malheurs. L’Avarice étant la source de tout les maux, l’Homme, qui se laisse posséder de cette Paífion, se laisse en même temps détourner de la Foi, Sc se plonge souvent par ce moyen dans une extrême calamité. Fuyez donc soigneusement toutes ces choses, Homme de Dieu, & suive? la Justice , la Piété, la Foi , la Pénitence Sc ['Humilité, en combattant contre ce qui ne peut plaire à Dieu, Sc en concevant qu’elle est la vie éternelle, pour laquelle vous avez été créé , Sc que vous avez confessée publiquement en adorant votre Créateur. Enseignez aux Riches de ce Monde ,à ne pas s’en orgueillir Sc à pe pas mettre leur espérance dans des Richesses paílkgéres ; mais en Dieu , qui don-* Tome III, U r^.6 L’Azgth des Philosophes ; m libéralement toutes choses, afìnque les Riches secourent les Pauvres, Sc que par .ces bonnes œuvres, ils acquièrent le Trésor de la vie éternelle. C’est-làle Sommais re de la réponse que je vous fais pour tempérer en vous le désir des Richesses terrestres. Ces paroles procèdent du Centre du Soleil de Justice , Sc des Rayons du Saint Esprit par le Vaisseau élu de Dieu,. A dire la vérité, la vie céleste surpasse da beaucoup la terrestre , 6c nous devons passer celle-ci,de maniéré que nous devenions une Chair spirituelle , qui «'abstienne ds toutes les sensualités, & qui fasse une guerre continuelle aux Ennemis de Dieu, eiî Jes mettant fous le joug de l’Eíprit. Adolphe. Je fuis dans l’admiration en vous écoutant parler de la Doctrine céleste & des choses spirituelles , à cause qu’il y a peu de Personnes , recherchant le Séeret, qui ayent coutume d’y faire attention, Cependant vous vous expliquez si obscurément: sur cette matière , que vous inspirez plutôt le désir des Richesses, que de la Sainte Ecriture. Quant à moi, j’ai pris plaisir à vous entendre, quoique j’ayc entendu plusieurs fois de semblable Morale fans en - avoir fait beaucoup de cas, Sc cela, parcs oue de notre nature étant enclins au mal $ de Bas. Valentin, Part. I. 147 flous nc sommes pas plus portez à bien dire & à bien faire , qu’attentifs au choses bien 4ites & bien faites. ii e Vieillard. Nous devons d’autant plus prendre gar- 3e à ces mêmes choses, que cet Oeuvre naturel est plein de la gloire divine, soit en Paraboles, soit en Images, fans parler de l’abondance des Richesses, qui en proviennent. Je nsafflige en voyant la vie que mènent la plupart des Hommes, & il y en a peu qui soient dignes de participer à ce Mistére. Dans ma jeunesse, ayant besoin de toutes choses ; me voyant tantôt reçu favorablement des uns , & tantôt misérablement rejette des autres ; Sc me trouvant continuellement tourmenté par diverses sollicitudes Sc par différentes afflictions, je tournois souvent les yeux vers le Ciel, en réfléchissant fur l’aveuglemcnt des Hommes , & je priois alors Dieu , notre Sauveur , de me préserver du même aveuglement. Ne voyons-nous pas la plupart d’en- tre les Sçavans & les Riches se rendre méprisables par leur ambition & leur or- geuil, quoique leur Science & leurs Richesses ne leur soient d’aucun secours, ni d’aucune consolation quand ils touchent le moment de quitter cette vie ? Ce n’est point par l’arabition, par la Superbe, ni par la *48 L’Azòth des Philosophes; pareíïè que Dieu nous fait part de cette Lu* ïniére ; & nous devons nous employer, ù acquérir la Sagesse Divine, que plusieurs rejettent méchamment, & qui n’est plus reçûë chez les Hommes de notre temps » comme elle le fut autrefois par Abraham, par Loth, & par la Vierge, Mère de Dieu; car elle demeura chez ceux-ci, &. se fit dans leurs cœurs une habitation 1 ferme Sc solide. Cette Sagesse est PEÍprit de Dieu, ou pour mieux dire, c’est Dieu-même. C.e qui doit nous faire comprendre ce que c’est que son Verbe Divin qu’il entend devoir habiter en nous comme la Sagesse la plus parfaite. Ce Verbe n’habite point dans les. Superbes ni dans les Orgueilleux, non plus que dans ceux qui ne. recherchent point la Sageíle ; parce qu’if n’aime .que les Pieux Sc les Humbles, & la piété & l’humilité. font les commencemens de cette S a'geiïè, d’où procède la diversité des états qui font : établis parmi les Hommes, tant pour les choses spirituelles que pour les corporelles , pomme font la Théologie, la Jurif- pmdence, Sc la Médecine - lesquelles font: appellées Arts libéraux ou mécaniques. Ce qui fait que les Manufactures font dans un ordre juste par ces Sept ; que le bien est séparé du mal, & que la vérité est discernée du mensonge. Car Dieu veut que la véritable Lumière reluise en nous, le mal ì>ê Bas. Valentin, Part. í. 149- étant séparé du bien. Par le péché du pré- mier Adam, que Satan avoit séduit, Tordre de toutes choses fut subverti & troublé , & le nouvel Adam , pour le rétablir , nous sépare de toute tache Sc de toute souilliure, comme cette Eve régénérée divise le bien d’avcc le mal, ramène la vie & le nouveau Monde par elle même & par sa parole sainte, afin que déformais le Corps & T Ame ne soient plus séparez l’un de Tautre, Sc demeurent stables en l’Imagc de Dieu , car c'est la volonté du Tout-puiííàntiSt en cetre façon,ïl demeurera avec nous jusqu’à la fin du Mondé. Mais le Monde étant opiniâtre, s’aveugle par les obscurités Judaïques, parce qu’il marche dans les sentiers du vieil Adam, ne le faisant point mourir par la foi su Sacrement du Baptême , & Popération du Saint Esprit est dans la foi par le Verbe, & fans le Verbe il n’y a rien ; car c’est le Verbe même de Dieu. Or, qui ne croit pas en Dieu, est dans les ténèbres de la mort . avec le vieil Adam, & n’a pas i’espérance, de la vie éternelle , ne pouvant, sans fondement , persévérer dans la foi ; ensorte que c’est un Payen ou un Hérétique , qui offense la Pierre angulaire, que saint Jean nous a démontrée. Par fa grande miséricorde Dieu nous propose plusieurs moyens pour que nous puissions nous préserver des N iij iso L’âzoth bes Philosophes,' maux Sc des tentations, ÔC nous garantir des surprises de l’Esprit maudit, qui, par sa mauvaise Doctrine, cherche à nous faire perdre ensemble notre corps & notre ame. Le Magistrat politique repouíîè la force Sc réprime l’audace des Médians, & entretient la paix & la concorde entre les Hommes bons 8c pieux. II écarte la fraude Sc la tromperie, Sc fait droit à qui il appartient, non selon le désir des Hommes injustes , mais selon les régies de la Justice Sc la volonté de Dieu. Nous devons dire la même chose du Médecin , qui, par ses remèdes, guérit le Malade de ses infirmités. Mais , quant à l’Esprit malin, il accable, autant qu’st peut, le Genre Humain de toutes fortes de maux & d’aístictions - t comme font les injustices, les inimitiés, les haines, les adversités, les mensonges, les calomnies,, les persécutions, la pauvreté, & tâche continuellement d’éteindre en nous la Foi,l’E£ pérance & la Charité. Après que Jesus- Christ, notre Sauveur, eut été emmené du Jardin les mains liées , l’Apôtre Saint Pierre donna un éxemple manifeste de ^inconstance 8c de la fragilité humaine. Nous devons aimer de tout notre cœur le Verbe Divin ; le faire habiter dans notre ame , Sc l’y retenir par la vertu de son Sa- - crement, afin qu’en sortant de cette vie mortelle, nous entrions dans la vie éter- m Bas. Valentin, Part. L r p# nelle,malgré toutes les Puissances de l’Én- fer. Je vous dis là bien des choses, mon Fils ; mais je vous prie de ne point vous ennuyer de la longueur de mon discours , Sc je souhaite qu’à l’éxemple de Tobie, vous ne vous occupiez pas da foin des choses de ce Monde ; que vous Vous contentiez de votre nécessaire, Sc que vous mettiez toute votre espérance en Dieu, en secourant les Pauvres & vous reposant du surplus fur fa Providence* Mais pour que vous entendiez plus clairement ce que j'ái dit, je Vous fais ce Présent , par lequel le sens de mes paroles Vous fera développé, Sc par lequel auiîï Vous acquerrerez,en vous appliquant à i’ë- lude,ee rare Trésor , dont vous ferez usage pour le soulagement de votre Prochain Sc pour la gloire du nom de Dieu. Vous l’estimcrez véritablement un grand Trésor, si , avec Paide de Dieu, Vous pouvez en avoir la connoiíïànce qu’on ne trouve point dans les Ecrits des SçaVans » ni dans les Receptes des Sophistes, parcs qu’elle est cachéeaux Usuriers Sc aux Voluptueux; car c'est notre Eau Sc notre Feu, qui paroit aux yeux des Bons pour leur utilité, Sc aux yeux des Méchans pour leur ruine, parce qu’ils agissent molement dans la recherche dés choses qui veulent être recherchées avec beaucoup de peine Sc de K iiij p 52 L’Azoth des Philosophes 5 travail. Si vous êtes humble , modeste , patient & d’un esprit docile, vous découvrirez ce Trésor , dont vous jouirez paisiblement en servant Dieu & en soulageant votre Prochain. Je vous mettrai par écrit les paroles d’Hermès, ce Sage Roi & Prêtre Egyptien , avec fa Table d’Eme- raude ; & j’ajoûterai à cela d’autres Pièces touchant la Teinture des Philosophes , pourvu que vous me déclariez avec sincé-, rite quel est votre sentiment sur ce Sujet. Adolphe. r Vous arrivez enfin au but ou tendent le plus ardent de mes désirs, je vous promets devant Dieu que jemployerai ce Trésor à sa Gloire, en le distribuant aux Pauvres, & que je réglerai mes actions avec tant de prudence, que personne ne sçaura jamais que je le possède. Et je vous promets encore de faire ensorte , autant que la fragilité humaine pourra me le permettre , de ne souiller mon esprit ni mon ame d’aucun vice , & de ne causer aucun scandale pendant qu’ìl plaira à mon Créateur de me conserver la vie qu’il m’a donnée. Le Vieillard. Sçachez que celui qui éxerce les œuvres de miséricorde envers le Prochain , & qui partage son Bien avec le Pauvre com-; VL Bas. Valentín,Part. I. i§z me avec son Fre're, est grandement approuvé de Dieu. Maïs pour revenir à notre propos, ayant assez considéré la candeur de votre ame, je me détermine à vous donner ^intelligence des Paraboles , dont les Philosophes font avec raison un très- grand mistére, & vous vous appliquerez à la lecture des Livres qui vous aideront à en acquérir la connoissance , vous remettant à Dieu de toutes choses , parce qu’il est très-bon & très-grànd. Adolphe. Je ne puis, vénérable Vieillard, trop re* connoître le bon office que vous me ren- dezen daignant m’instruire, Sc pour répondre à votre désir, je m’adonnerai déso» mais à la lecture des Livres dont vous me parlez. J’en profiterai avec l’aide de Dieu, que je prirai fans cesse de m’ouvrir l’enten- dement, 8c je mènerai une vie siéxemplai- re, que j’édifirai ceux qui aimeront la vertu. Dès maintenant je me dévoué tout entier à l’étude, 8c je vous offre par avance tout. le fruit que j’en pourrai retirer Le Vieillard. Je souhaite que toutes choses soient ainsi que vous me le dites ; & si Dieu, par fa bonté, vous donne la connoissance de ce Mistére, soyez-lui-toujours agréable en le íf 4 L’Azoth dés Phíìosoéhés> servant fidellement & en publiant ses loiian-* ges Sc fa gloire, suivant ce que dit le Prophète Jérémie : Le Sage ne se glorifiera point en sa sagesse,'ni le Puissant ne se fiera point en sa force, ni le Riche en ses richesses. Celui qui se glorifie, en cela seul doit se glorifier, Qu’il connoît que je suis le Seigneur miséricordieux Sc juste , dit le Seigneur, ton Dieu. Ainsi soit-il. Fin de la première Partie# I/AZOTH, o u LE MOYEN DE FAIRE L’OR CACHE DES PHILOSOPHES, SECONDE PARTIE. Contenant la Pratique Générale de POeuvre des anciens Sages . >1, Atlas, je porte sus mes épaules le Ciel Sc la Terre ; ! je les observe exactement & fon- !i damentalement, & je recherche avec autant de prudence que de simplicité ce qu’ils contiennent l’un & l’autre, jusqu’à ce que, par mes Observations & mes Recherches , j’en aye une connoissancc, qui i$6 L’Azoïh des Philosophes, me récompense de mes sueurs Sc de mes travaux. Cet Art mistérieux ne peut être révélé qu’en Paraboles , Sc le Sens de ces Paraboles doit se chercher avec beaucoup de réfléxion Sc de jugement. Pour cela, il faut avoir les Livres des Philosophes ; pé- fer mûrement ce qu’ils enseignent, Sc démêler ce qu’ils disent de conforme à la maniéré , dont la Nature opère , d’avec ce qui ne s’accorde pas avec ses Opérations. Pour se perfectionner dans les autres Arts, on employé souvent íix ou sept années dans une fatigue continuelle , Sc dans celui-ci ,• on peut fans beaucoup de peine Sc fans une grande dépense, se rendre parfait en moins de douze heures, Sc se porter en huit jours à fa perfection, 6 fa Matière a en foi fou propre Principe. Cependant quelques-uns ont durant trente ou quarante ans employé de grandes sommes à la recherche de cet Art, fans parvenir à la connoiílànce de ce' Mistére; Sc les Artistes , ausquels la fin en est connue, cachent soigneusement le secret de cette artifice , qu’admirent véritablement ceux qui Rappliquent à connoître ce Monde & ce qui endépend. Mais ces choses sont en la miséricorde de Dieu, Sc nous avons seulement besoin dans notre Oeuvre de I’Azoth Sc du Feu j (i) qui (*) I/AzoTH , c’eft-à-dire I l’Eau MercurieUe > 3í le\ de Bas. Valentin, Part, II. x f 7 íi’est autre chose que laisser cuire, dissoudre , pourir, coaguler & fixer. Le Pauvre i comme le Riche, peut faire cette chose. 11 n’est pas permis (Récrire cette artifice pour qu’on s’en souvienne j on peut feulement Renseigner de vive voix, & je ne puis parler plus clairement à cause de la puissance & de l’injuflice de quelques- uns. Néanmoins je dis: Voulez-vous con- noître la Pratique de l’Art ? Prenez de PEau Lunaire, ou Eau d’Argent, dans laquelle font les Rayons du Soleil. Cette Opération , disent les Anciens , convient véritablement aux Femmes. Quoiqu’il y ait beaucoup de Livres composez au sujet de cet Art, avec tout cela, quoique plusieurs d’entre le Peuple, ainsi que d’entre Feu, dit TAuteur dit.pareillement que le Feu & l'Eau , qui est TAicih , lavent le Laton , & le n citoyen t 'de fa noirceur. 11 faut, dit Fiamel dans ses Hierog ifes-, .faire deux parts nu Corps coagulé , dont Furie servira d'Afcoth pour j Javer & mondifier l’autre , qui s'appelle Laton , qu*ji feutblachir. Çelui qui est lave est le Serpent Python , qui, ayant pris son Etre dè la corruption du limon de la terre , assemblé par les eaux du Déluge quand toute* I Confections étoienten eau, doit être vaincu par les fíé-r j ches du Dieu Appollon , s c'est-à-dire par notre Feu , égal à celui du Soleil. Cet- té moitié,ou Aioth» qui la- | ve , ajoiire-t-il, ce sont les 1 dents de ce Serpent, que ; le Sage Artiste , le vaillant Thésée, sèmera dans la me- ; me terre» dont naîtront des | Gendarmes, qui s'emre-m-* I ïont eux-mêmci. iy8 L’ Azoth des Philosophes; les Grands , n’épargnent ni travaux ni dé-» penses pour en acquérir la connoissance , toutes-fois ils travaillent vainement, parcs qu'il y a entr’eux &la Nature une barrière, -qui les empêche de Rapprocher* Pour une plus grande intelligence , après ces Paraboles, voyez la Table d’Emeraude d’Her- mès, excellent Philosophe, ôclc Père des Ensans de la Science. [LA TABLE D’EMERAUDE D’ H E R M E S Ou les Paroles des Sécréts de ce Philosophe. C Eci est vrai,& fans mensonge, que tout ce qui est deílòus est semblable à ce quï est dessus. Par ceci les merveilles de l’Oeu- vre se font d’une seule chose. Et comme toutes choses se font par Un, & par la méditation d*Un, ainsi toutes choses font faites d’Un par Conjonction. LeSoleil en est ie Père , & là Lune la Mère. Le Vent la porté dans son ventre. La Terre est sa Nourrice , la Mere de toute perfection. Sa puissance est parfaite, si elle est changée en terre. Séparez la Terre du Feu avec prudence, Sc le Subtil de l’Epais avec ss- 2 b ms. UT • p2*2 e ©e Bas. Valehtin, Part. II. 159 geílè. II monte de la Terre au Ciel, Sc re- décend du Ciel en Terre, & reçoit la puissance , k vertu Sc l’efficace des choses supérieures & inférieures. Par ce moyen vous aurez la gloire de tout. Vous repousserez les ténèbres, toute obscurité Sc tout ,aveuglement 3 car c’est la Force des forces» qui surmonte toutes forces, toutes choses subtiles, Sc qui pénétre les choses dures dc solides. En cette façon le Monde a été fait Sc les Conjonctions, ainsi que les effets admirables qu’il produit > C’est le chemin par lequel ces merveilles font faites. Pour cette cause, je fuis nommé Hermès Trisinégiste» ou trois fois grand, ayant les trois parties de la Sagesse ou Philosophie du Monde Universel. Et ce que je dis de l’Oeuvre Solaire est véritable Sc parfait. Ces paroles emportent le prix fur tout ce qui a été dit touchant cette Matière. Théophraste , en parlant de cet Art, nous dit entre autres choses : Prenez la Lune du Firmament ; du Lieu supérieur chan- gez-la en eau; réduisez-la ensuite en terre» & vous opérerez un miracle , qui surprendra tqut le monde. Si vous conduisez l’O- pération jusqu’à sa fin, Sc que dès son commencement vous mettiez dans fa terre cette Lune en eau purgée Sc nettoyée de toute ordure, alors elle jettera des rayons clairs jk luisanspnais si vous la voyez changée U i âo L’âzoth des Philosophes, comme pâle, lavez-la au Bain de bienséan- ce , Sc l’ornez de vétemens de splendeur permanente 8c de terre crue, de laquelle elle se réjouit merveilleusement. Laissez-la en cet état jusqu’au temps qui lui est propre; mais elle y demeurerait perpétuellement, si vous ne ïa délivriez des liens du tombeau, C’est le Mistére de la Lune renversée. Si vous en venez à bout, tous les Sécréts de l’Art vous seront découverts. LES PAROLES D’HERMES, Dans son Pimandre. E Pimandre d’HermèsTrimégicte dit: J j Une fois entre autres en pensant à la nature des choses, Sc en élevant au Ciel la subtilité de mon esprit, mes Sens corporels venant alors à s’assoupir, je fus surpris par le Sommeil, à peu près comme il arrive à celui que trop de réplétion ou quelque fâcherie endort insensiblement, & auísi-tôt il me sembla voir une très-grande Statue, qui, m’appellant par mon nom, me dit Pimandre, que souhaite-tu voir Sc entendre ? que désires-tu connoître? Jelui der» mandai qui il étoit. Je fuis, me répondit-il, la Pensée de la Puissance Divine ; je ferai ce que tu voudras, & je fuis par tout avec toi. Alors je lui répartis que je désirais avoir uns ©s Bas. Valshtin, Part. II. i St une connoissance parfaite de la Nature, de l’Essence & d u Ressort de toutes choses,& principalement de connoître Dieu. Aye bonne mémoire, me répliqua fil, Sc je Renseignerai tout ce que tu veux apprendre. En disant ces choses, il changea de forme, Sc en un instant toutes choses me furent ré* vélées. L E SYMBOLE De Frere Bazììe Valentin. L A Pierre,de laquelle notre Feu Fugitif est extrait, n’est pas des plus précieuses , & de ce Feu la Pierre même est faite de Couleur blanche Sc rouge. Toutefois cette Pierre n’est pas Pierre. En cette Pierre la Nature produit une Fontaine claire & nette, qui suffoque son Père fixe , & l’engsoutit jusqu’a ce qu’enfin l’Ame lui soit rendue , Sc que la Mère fugitive soit faite semblable dans le Royaume. Cette Pierre acquiert de grandes puissances Sc dé merveilleuses vertus» Elle est plus vieille que le Soleil. La Mère préparée par le feu,le Père engendré par l’esprit; & l’Ame, le Corps Sc T Esprit consistent tous en deux choses, desquelles toutes choses font d’Un, &cet Un conjoint ie Fixe avec le Volatil, Ces closes sont Deux,Trois Si Un. Si tu ne con- Tome III, Q 3 6 2 L’AzOTH DIS PHILOSOPHES, nois pas ces Nombres , tu feras frustré de l’eíFetde P Art. Adam demeure dans leBain, où Vénus trouve chose semblable à elle,A ce Bain fut préparé par ce Dragon antique, quand il eut perdu ses forces & fa puissance. Et ceci n’est autre chose, dit le Philosophe , que le Mercure Double ; son nom est caché, Sc l’on doit le rechercher aveç grand foin & un travail fort assidu. La Fin prouve les effets. LE SYMBOLE Nouveau. J E fuis Déesse, d’une excellente beaute & d’une grande Race. Je fuis née de notre Mer propre ; j’environne toute la Terre , je fuis toujours mobile , & le Lait Sc le Sang coulent de mes mamelles. Cuis ces deux choses jufqu’à ce qu’elles soient converties en Or & en Argent, surmontant les autres. J’enrichis celui qui me possède. O fondement très-précieux, dont toutes choses font produites dans ces terres , quoique d’abord tu sois un Venin, décord du nom d’Aigle fugitif! La première Matière est la Semence blanche & rouge, dans le Corps de laquelle la sécheresse Sc les Toute UT.pcuje J-à 2 ’yj&m de Bas. Valentin, Part. II. r 6z pluies font encloses 8c cachées aux Impies, à cause de l’Ornemcnt, 3c de la Robe virginale, éparse par toute la Terre. Tes Père Sc Mère sont le Soleil & la Lune : Et l’Eau Sc le Vin opèrent auíE en toi, comme l’Or 3c l’Argent dans la Terre, asin que l’Homme s’y réjouisse en cette façon. Dieu, très-bon Sc très-grand , répand fa Bénédiction Sc fa Sagesse avec la pluie Sc îes rayons du Soleil à la gloire éternelle de son nom. Mais , ô Mortel / considère ici quelles font les choses dont Dieu te fait présent ! Tourmente l’Aigle jusqu’à ce qu’il répande des larmes, & le Lion jus- qu’à ce qu’il soit si fort affoibîi, qu’il désire la mort en pleurant. Le Sang de celui- ci , conjoint avec les larmes de l’Aigle, est le Trésor de la Terre. Ces deux Animaux ont coutume de s’engloutir l’un Tau» tre,de se poursuivre par un amour mutuel, Sc de prendre la nature Sc la propriété de la Salamandre. S’ils demeurent mêlez ensemble dans le feu fans en être offensez , ils dissipent les maladies des Hommes, des- Bêtes Sc des Métaux. Après que les anciens Philosophes ont eu la eonnoissance- de ce Mistére, ils ont soigneusement recherché le Centre de l’Arbre , qui est au milieu du Paradis terrestre , en y entrant parles cinq Portes contentieuses. La première de ces Portes, a été la connoissancc OÍ J iit pé- Mer- lique. r tou- jeune , visi” ant en ìnd & L’or- gé en fc me» e. Je & de ; rien, dëurs a So- ile Sc :rans- .in ÔQ Tottze JjJ (bi- An Np zSMj. dan ms DS Bas. Vaíentïn, Part. IT. \ 6 % OPERATION DU MISTERE PHILOSOPHIQUE* PREMIERE FIGURE. J E suis vieux , foible & malade. Mon surnom est Dragon ; je suis Serviteur fugitif, & Ton m’a enfermé dans une fosse, afin que je fois ensuite récompensé de la Couronne Royale , & que j’enrichiíïè ma Famille. Après ces choses nous pof* fédérons tous les Trésors du Royaume.' Le Feu me tourmente grandement, & la Mort rompt ma chair & mes os jusqu’à ce que fix semaines se passent. Dieu veuille que je puisse surmonter mes Ennemis. Mon Ame & mon Esprit m’abandonnent. Cruel venin , je suis comparé au Corbeau noir, car c’est la récompense de la malice. Je suis couché dans la poudre & dans la terre. Plût à Dieu que de trois une chose se fît, afin que vous ne m’abandonniez plus , ô mon Ame ôc mon Esprit, pour que je revoye de nouveau la lumière du jour, & que ce Héros de la Paix, que tout le monde attend,puisse sortir de moi. On trouve dans mon Corps le Sel, le Soufre & le Mercure. Que ces choses soient comme il faut sublimées, distillées, séparées, pour- i68 I/Azoth des Philosophes, ries, coagulées, fixées, cuites & lavées i-, afin qu’elles soient bien nettoyées dè leur fèces & de leurs ordures. SECONDE FIGURE. Q Ue si ces Couleurs, qui sont de plusieurs sortes , se trouvent changées , Sc que ce Héros apparaisse rouge, ce fera le Fils très-puissant, n’ayant point son semblable dans le Monde , car il aura les forces du Soleil & de la Lune , & fera le Vainqueur de tout l’Or rouge. Tu en ac- querreras la connoiíîànce, si tu le purges sept fois par le feu. Après cela , produis- le parmi la Populace envieuse , qui hait notre Oeuvre, parce qu’elle ne le connoît pas. Mais écoute ce qui fuit, TROISIEME FIGURE. D ix Hommes terrassent ce Héros Sí le tuent,& néanmoins il leur pardonne cette méchanceté après qu’il est ressuscité. Lorsqu’il a repris la vie, il s’en réjouit éternellement, avec eux & leur communique fa substance pour les faire vivre aveclui.' Cependant la Ville est affiégée de tout côtés , & il faut que durant ce Siège ceux-ìa; endurent o .*{ M Tbtnœ TU. -t£8 w. à MÊLï , _i ■pcUfAXOg WM ï 3 ë Bas. Vaontin, Pa&t. II. 169 endurent & meurent, & sont perclus au premier regard. Or les ténèbres assaillant la Lune Si le Soleil, ce Pasteur succombe , Sc néanmoins ne peut être séparé , k cause qu’il n’est pas semblable à la première terre, ôc les Ennemis meurent pareillement avec lui, s’íls veulent participer à PhonneuráS à la gloire. De la pure grâce de Dieu l’Arc-en-Ciel apparoît quand le Roi les favorise, & alors il faut chanter ses louanges & ses effets admirables. QUATRIEME FIGURE. M Aintenant les Ennemis du Roi font à la géhenne, ôc reconnoissant leur méchanceté, ils tombent tous ensemble par terre. Alors ils font déclarez coupables au fécond Chef, & leur Ville est as- ■ siégée par les Ennemis , d’abord spirituellement par le feu, Sc ensuite corporellement, Sc succombent tous comme ceux de la prémiere Ville. Mais ce Héros, comme vrai Roi, les aide Sc les assiste , parcs qu’euxtoussontsculement Un,&qu’ilssone presque réduits au néant à cause de cette Eclipse du Soleil, ôc les Corbeaux très- noirs consument toute leur chair. Leur Ame Sc leur Esprit étant blessez , ils sont proches de leur chair pourrie , Sc le Roi Tome III, L I 's 7© L’Azôth ©is Phiiosôï>sïs; est nettoyé de toute pourriture. Pour cet» te cause l’Ame , l’Esprit & le Corps font conjoints, afìn qu’il demeure en eux , & qu’ils habitent pareillement en lui. Or le Fixe rend semblablement cet autre fixe, .afin qu’il sorte de lui une Lignée nouvelle & blanche. Mais considères plus avant les Couleurs qui montrent que ceux-ci font .dignes de la Robeblanche nuptiale A que s’ils embrassent aimablement le Roi, ils gagneront la Robe pourprée Sc dorée, & le repos du Sabath , durant lequel ils rendront à Dieu , leur Créateur, Thonneur qui lui est dû. Dèja la Lune .obéissante fait luire le jour du Soleil, & cette Amie bien aiméé est couverte de vétem.ens blancs «comme la nége.A présent que tu es joyeux, Comprens le reste. CINQUIEME FIGURE. E voilà maintenant ressuscité du Sé- XVA pulchre & j’apparois à rn.es Frères » mon Epoux m’embrassant, par lequel je rendrai suffi mon Frère constant, spirituel .& blanc, en le teignant, qûoiqu’il soit foi- ble & débile, afin que je lui redonne la force & la puissance du Roi, lequel étang vainqueur, doit bien - têt me suivre , Sc íîoms rendra semblables au Soleil, doutant Tome Hr.pa-geJ.yo ©e Bas. Valêntíîí, Part. Iî. 171 í|u’il a ressuscité én moi. Je suis donc comparé à la Mer cristaline fixe , & je déplore amèrement ^imperfection de mes Frères , par laquelle se retirant de moi, conjoints aux pierres & à la poudre de la terre , ils perdent toute force, aspirant après les choses terrestres , & méprisant les célestes $ car fans intermiíîîon je pleure ôí js jette des larmes , desquelles fort la bénédiction, qui apparoît & je ne ry'adonns pas à la vaniténi àl’impudence comme ma Sœur Vénus, qui est toujours attentive aux voluptés de ce Monde. Toute-fois elle pourra acquérir mon vêtement, que je dois distribuer à cinq, pourvu qu’ils puissent vivre avec moi. Pour mon Frère Mars, ce méchant & scélératTrompeur,après q"'iì a eu de mes larmes, il renverse & tue p 1- fieurs Innocens , & tout enflammé de colère rayonnante , il méprise la sagesse , h modestie & la paix. Mon Frère Saturne, qui a le même esprit, se trouvant toujours pressé d’une Passion mélancolique & d’a» varice , renverse le salut de plusieurs , Sc ç’est pourquoi il a la face triste. Jupiter, étant doux & clément approche de la Courronne Royale, quoiqu’il soir sévère, craintif, & plusieurs fois sujet aux Passions d’inconstance, comme le font ia plupart des Hommes, quoique tous les Hommes doivent être assemblez & conjoints en ua, PU Y j 2 L’Azôtïî pts Vwï.osomxs} Mais mon Frère Mercure, le plus jeunes quoique vieux à cause de fa prudence, rornp les liens de concorde ; il pleure 3c rit tout ensemble, quand il se volt semblable à la Salamandre. II opère des Oeuvres admirables , & ressemble à celui,qui, courant par toutes les parties du Globe universel de la Terre, se réjouit de la compagnie des Bons & des Médians, Zc la quitte ensuite. Si donc îous mes Frères imi- foient ma constance, le Roi céleste distri- bûroit de grands Biens oh le Soleil se plaît dans les pluies, & après les pluy.es il donne de grandes Richesses. Comme le Père de Famille aime f? Femme, & la poursuit d’un tunour ardent, de même rejettant les discordes & les contentions , qui son entre mes Frères & moi, je donnerai Teinture à l’Ar- gent en réduisant mon Roi en Or. SIXIEME FIGURE. R Eluisant d’une grande clarté , j’ai vaincu tous mes Ennemis, d’Un plur fieurs , & de plusieurs Un , décendu de génération illustre. Du plus bas Lieu il monte au plut haut. La plus basse force est jointe dans ce Monde avec la plus haute. Je fuis Un , & plusieurs font en moi, Multiplié par dix ? je guéris autant de soif WZ « mmíim K-M îíS^sI Mî MUM RìS - vH »è Ras. Válïnïïn, Part. IÌ *75 nies six Amis , pourvû que dans la fusion ils m’obéissent promptement, à Texemplé démon Amie la Lune. J’ai six Robes nup~' tiales Sc six Couíronnes dorées chacune desquelles fera donnée à chacun de mes six Amis , afin que , semblables aux Rois, ils règnent avec moi, dominant fur ceux qui m’ont méprisé & qui n’ont fait aucun compte de mon amour. Ils seront découverts par le feu, d’autant qu’iîs font soigneux dé monter de la terre. S’ils ont été vraiment joyeux , blancs & de couleur de pourpre & de sang, ils donneront de grandes Ri- cheílês , ainsi que Dieu , de qui sont toutes choses , hautes & basses, le commencement Sc la fin. Car il est A & O , présent en tous Lieux. LeS Philosophes m’ont donné Î6 nom d’Azoth ; les Latins me marquent par A Sc Z ; les Grecs par, Alpha & Oméga ; les Hébreux pauÂleph Sc Thau, & tòus ces différens noms font ensemble Azoth. Etant jetté dans le Feu comme par colère , j’opressc l’eau , âc les six autres Métaux louent grandement mon nom, parcs que je les introduis dans le Royaume du Soleil. Ils m’appellent Universel , quand je les transmue en Or très- pur, auquel ni l’eau, ni le feu, ni la terre, ni aucun venin ne causeront de dommage. De plus je fers de Rémede aux Maladies des Hommes, Si je fuis le vrai Trésor P5j 'z 74 L’àzoth des Phteosoîhis, Royal, qui est donné seulement à ceust qui ont de la piété. Si donc Dieu , très» bon & très-grand, te donne la connoissan- ce de ce Trésor, vis modestement avec toi-même, de peur qu’en te réjouissant dans îa compagnie des Médians , tu ne tombes dans le danger, & dans l’affliction ; car plusieurs , fous l’apparence de l’amitié, méditent des Empêchemens à ton Salut, & la Révélation- n’appartient qu’à Dieu. L’OEUVRE UNIVERSEL Des Philosophes, L EViElLLARDestle premier Principe révélé par l’Art d’Hermès ;car le Sel, le Soufre & le Mercure, le bas comme le haut, l’Astre du Soleil abondant eu couleurs, le Feu , l’Air, l’Eau, la Terre de la génération de Diane & d’Apoilon -, le Feu masculin , P Air féminin , tout cela ne signifie que la Terre & l’Eau, de poids pésant Si léger,stable Sc fugitif, Sc dépouillé de la Robe terrestre. Prépare-le nud ; enferme-le dans un Bain chaud,& le cuits à la chaleur des vapeurs , jour Si nuit, jus- qu’à ce que paroisse l’Etoile , autour de laquelle sept autres courent par la Sphère , Sc qu’il soit suffoqué dans l’Eau. Le noir Corbeau, premier Oiseau, voltige à Tomem-pa&e i?5 Déclaration et eecplicatwtv dlAdolphejj 4J \°\wF/ ■ÍP !^W!KM iH ï)E Bas. Valehtïn, Part. ïí. 17/ tour des Corps morts , jufqu’à ce que de 3a Colombe blanche il forte un Oiseau fouge qui la suive. Eteins donc spirituellement le Corbeau noir, afin que toutes les Couleurs paroissent. Mais pendant que la Lune corporelle subsiste, la Licorne se repose, & prépare le chemin au Roi. L 5 Argent blanc fort, le Roi fuit de près , étant rouge, encore solitaire, mais très-pur. Si tu íe menes avec fa Mère par tous les Royaumes, il muîtiplira fa valeur de dix; & donnera de grandes Richesses à ses Frères. Heureux trois, même quatre fois heureux , celui qui a acquis la connoissanc» entière de cet Art. DECLARATION D’Adolphe. Près que moi, Adolphe , j’eus , ii selon le désir que j’en avois, pris la résolution d’aller à Rome, j’en entrepris le voyage afin de pouvoir ensuite m’atta» cher avec plus de foin à la recherche de la connoissance des Arts les plus. secrets. Etant donc arrivé dans cette Ville si renom* mée, & me trouvant une certaine nuit hors de mon logis, grandement affoibli par les pluies & les tempêtes qu’il avoit fait durant le long de la journée , /entrai, pour ms P Jiij i"]6 L’Azoth des Philosophes, reposer, dans une Caverne fous-terraíne dont il y a un aílez grand nombre dans Rome. Ayant dans ce Lieu-là fait ma prière à Dieu & imploré son assistance , étant encore à jeun, le Sommeil me surprit Sc je m’endormis ; mais n’étant pas couché commodément, je m’éveiilai fur le minuit, & je considérai la Caverne qui me servoít d’Hôtellerie. Alors pensant aux Ouvrages admirables de Dieu,très-bon & très-grand, & réfléchissant avec attention fur les misères de la vie humaine, je vins ensuite à raisonner en moi-même sur les Sécréts & fur l’Oeuvre des Philosophes. Comme je pen- soit profondément à cette Science, il me sembla entendre ^.elque bruit dans ma Caverne , qui néanmoins ceíloit au même instant. Cependant cela me faisoit peur | je craignois que ce ne fût des Sorciers ou des Larrons. Implorant de nouveau l’as- íîstance de Dieu, j’apperçusau plus profond de ma Caverne une petite lumière , qui j s’augmentant peu à peu, s’appro- choit insensiblement auprès de moi. Tombant comme en, foiblesse de frayeur , jssié- íìtois fur ce que j’avois à faire. Au moment même je vois un Homme très-repîen- dissant Sc comme Aérien , portant fur fa tête une Courronne Royale, qui étoit par tout ornée d’Etoiles. Le regardant attentivement, 6c considérant toutes ses parties de Bas. Vaebntin, Part. II. 17 7 intérieures , je voyois son Cerveau , da wême qu’uíie Eau cristaline , se mouVoif de soi-même somme les Nues. Son Cœur me paroissoit d’un rouge de Rubis. L® Poulmon , le Foye, le Ventricule & la Vessie étoient purs, clairs & transparans comme le Verre. La Rate & le reste des Intestins paroissoient aussi , mais il n’avoit point de Fiel, & je ne puis par mes paroles exprimer la clarté de cette Homme Hon plus que fa pureté. Effrayé de plus en plus de cette vision : ô Seigneur, mon Dieu, m’écriai- je , délivrez-ffloi de tout mal! Mais cette Homme s’approchant de„ moi : Adolphe, me dit-il, suis-moi, Sc je te montrerai les choses, qui te font préparées pour que tu puisses passer des ténèbres à la lumière. J’ignore qui vous étés, lui répondis-je ; que l’Efprit du Seigneur du Ciel 8c de la Terre me conduise. Suis- moi,me dit-il une seconde fois ,'car à cause que tu crains Dieu , ajoûta-t-iî, ôc que'tu m’aimcs, je t’aimerai pareillement, 8c tu loueras le nom du Seigneur. Ayant proféré ces paroles, il me fit entrer dans le fond de la Caverne , où considérant plus attentivement toutes ces choses , je vis dans fa Courronne une Etoile rouge très- reluisante, dont les Rayons pénétrèrent mon Corps Sc mes Entrailles. Sa Robe étoit de Lin blanc, parsemée de fleurs de s ïjS L’ÀZOTH DES PhïIO'SOÏHES, i diverses couleurs ; la verte principalement i , reluìsoit au dedans. Outre ces choses , une certaine vapeur , toujours mouvante | montoit de son Cœur à son Cerveau, Sc j redécendoit de son Cerveau dans son Cœur. Enfin il ébranla de la main la mu- | raille en faisant un bruit éclatant, Sc disparut à mes yeux. Je me trouvai de nouveau dans les ténèbres, & mon aine fut saisie d'u- ne nouvelle crainte. Au lever du Soleil , /allumai une bougie pour visiter l’intérieur de la Caverne. Je vis la muraille ébranlée. Sc je trouvai un Coffre de Plomb. L’ayant ouvert, j’en tirai un Livre, dont les seuileta étoient d’écorees de Hêtre, sor ses seuil-* !ets étoit mise en écrit,pour qu’on pût ssem souvenir, la Figure Parabolique du vieil Adam. Je la lisois jour Sc nuit, Sc enfin une Voix me révéla ce Secret, & me fit con- noítre plusieurs choses admirables. Je regardons au Midi, où font les chauds Lionsj- Sc aux Lieux assujettis aux Pôles & au Septentrion, dans lesquels Lieux font les Ourses. Je chantois les louanges du Seigneur ; /exaltons son saint Nom, & je con- noissois le Mistére de ce Livre , cacheté du Sceau de la Nature. Je vais mettre ici ee Secret , de la maniéré eju’il étoit écrit dans ce même Livre» Xc>trve XZL’ pctye xy i m Bas. Vaiihtïn, Part. ïï. 27$ LE SYMBOLE De Saturne . A Dam , chargé de vieillesse , n’ayanî pas obéi au commandement de Dieu non plus que fa Femme , avoir attiré fur foi f effet de la Sentence de malédiction, L’un ôc l’autre déchus de leur état, Sc remplis de crainte prennent la fuite, Sc se cachent dans les buissons parmi les épines. Emus de honte à la vue de la nudité de leurs corps» il en seroìent morts misérablement si Dieu , très-bon & très-grand , ne les eût ensuite» par sa miséricorde, rétablis dans leur premier état. Car avant qu i! les eût renouveliez, ils engendroient dés En- fans imparfaits. S’étant eux-mêmes rendus indignes de la possession du Jardin de délices , Sc devant être révélez à tout le monde» ils furent chassez de ce Jardin par un rayon de feu. Et quoique ce même Jardin abondât en douceurs, Adam avec fa Femme , en avoient plus abondamment que lui. Au moment d’être jettez hors de ce Jardin, Eve, Femme inconstante ôc fossile» en sortit la première, 6c Adam , Homfne constant & magnanime , ne voulut céder qu’après avoir reçu six blessures. Mais Eve recevoit le Sang qui couloit àe ses -’íSo L^AzoîH VLS ÍHÍtOSOPÍTHs,' plaies, & le gardoit, eri tirant Adam dtíf Jardin par une vertu aymantine, parcs que ses prémiéres forces commcnçoìent à s’afFoiblir, âí qu’il ne pouvoir les recouvrer jusqu’à cc que se lavant ensemble dans un même Bain , Sc l’aimant mutuellement, iîs désirassent tous deux de mourir & qssa- près la mort ils ressuscitassent en Un, êc engendrassent un Enfant d’une essence suprême. Mais cet Enfant désirant pareillement la mort, a ressuscité pour pénétrer’ toutes choses , A doit être multiplié par dix ; car ses Frères imparfaits Sc débiles l’attaquent Sc le combattent : Et si cela tì’étoit de la forte, tout le travail seroÎÊ Inutile Sc sans profit. Or après css choses, ses Frères meurent tous ensemble avec lui, êc à la Fin ressuscitent Sc règnent avec lui, reluisansát rayonnants comme le Soleil de la Terre : Car leur volonté est obéissante aù Roi, dé qui ils ont reçu des Richesses éternelles, qui seront dix fois , cens fois, & mille fois.  Dieu seul, duquel procède toute sagesse, soit honneur & gloire.’ Ainsi soit - il au Mercure , qui, quoi qu’il n’ait point de pieds , court comme î’eau ne mouillant point les mains, Sc opét fant tout métalliquement. FIN, 3 Xûrne s.«ií(C;f" ,r,««-1#^,; 55®*JÍ , il'V,!»! •«. Dc ccwcrfitó jnetatíi?t'U4ìi occufáud c/>t,ijui Z/ ii^ió £àt r t>eiic , f'’ftbìlu . Jïjzx-mes ME MLì O.'iS MS,,, mm Wfm mm mm UKW WW> ''àà, k'MM L’A NCIENNE GUERRE DES CHEVALIERS, o u LE TRIOMPHE HERMETIQUE. i" « w i - 1 ' .. 111 1 i " . . » ENTRETIEN De la Pierre des Philosophes avec VOr & le Mercure . E sujet de cet Entretien est une Dispute que l’Or, Sc le Mercure eûrent un jour avec la Pierre des Philosophes. Voici de quelle maniéré parle un véritable Philosophe , qui est parvenu à la pof? seíïìon de ce grand Secret. J E, vous proteste devant Dieu , & fur le salut éternel de mon ame, avec un cœur àchrs f touché de compaíïìon pour ceujç r r§2 Le Triomphe. qui sont depuis long-temps dans les grafip des recherches ; & je vous certifie à vous tous, qui chérissez ce merveilleux Art, fl. que toute notre Oeuvre prend naissances) d’une feule chose , & qu’en cette chose l’Oeuvre trouve sa perfection, sans qu’elle ait besoin de quoi que ce soit autre, que S 2 . d’être (*) dissoute S Sc coagulée, ce qu’elle doit faire d’elle même, sans le secours d’aucune chose étrangère. Lorsqu’on met de la Glace dans un Vase placé sur le feu, on volt que la chaleur 3 - la fait refondre (*) en Eau : on doit en user de la même maniéré avec notre Pierre » qui n’a besoin que du secours de l’Artiste, de l’opération dp ses mains , Si de faction 'H. dufeu(*)naturel: car elle ne se résoudra jamais d’ellemême, quand elle demeureroit éternellement fur la terre : c’est pourquoi nous devons l’aider , de telle maniéré tou- íes-fois, que nous ne lui ajoutions rien, qui lui soit étranger, & contraire. Tout ainsi que Dieu produit le froment dans les champs , & que c’est ensuite à nous à le mettre en farine, la pétrir, St en faire du pain ; de même notre Art re- quiert que nous fassions la même chose. (*) Dieu nous a créé ce Minéral, asm que neus le prenions tout seul, que nous décomposions son Corps grossier, & épais i que nous séparions, Sc prenions pour nous HERMETIQUE. IZZ' ce qu’il renferme de bon dans son intérieur; que nous réjetions ce qu’il a de superflu ; ■Sc que d’un venin mortel, nous apprenions, à faire une Médecine souveraine. Pour vous donner une plus parfaite intelligence de cet agréable Entretien,* je vous ferai le récit de la dispute qui s’éle- va entre la Pierre des Philosophes , POr, & le Mercure ; de forte que ceux qui depuis long-temps s’appliquent à la recherche de notre Art, & quifçavent de quelle maniéré on doit traiter(*)ies Métaux & les Minéraux, pourront en être assez éclairez, pour arriverdroit au butqu’ils se proposent II est cependant nécessaire que nous nous appliquions à connoître (*) extérieurement j. & intérieurement l 5 essence & les propriétés de toutes les choses qui font fur la Terre, & que nouspénétrions dans la profondeur des Opérations , dont la Nature est capable. RECIT. ? Or, & le Mercure allèrent un jour s .« j main armée , pour combattre & pour subjuguer la Pierre. I/Or, animé de fu- feur, commença à parler de cette sorte. L’ O r. Comment as-tu la témérité de t’élever au deíîus de moi, & dé mon Frère Mer- pure, & de prétendre îa préférence s«ç 'xB^ Ee Tr 10 S pmb J. nous ? toi,qui n’es qu’un (*)Ver 3 bouffi de venin ? Ignores-tu que je fuis le plus précieux , le plus constant, & le premier de tous les Métaux ? Ne íçais-tu pas que les Monarques, les Princes, sc les Peuples' font également consister toutes leurs R.i~ chesses en moi, &en mon Frère Mercure; sc que tu es au contraire le dangereux Ennemi des Hommes, & des Métaux ; au , lieu que les plus habiles Médecins ne cessent de publier, sc de vanter les vertus sin- . A. guîiéres que je poíîede (*) pour donner sî pour conserver la santé à tout lc monde ? La Pusse. A ces paroles , pleines d’emportement, îa Pierre répondit fans s’émouvoirMon ' cher Qr, pourquoi ne te saches - tu pas plûtôt contre Dieu, & pourquoi ne lui demandes-tu pas pour quelles raisons il n’a pas créé en toi, cc qui se trouve eq moi ? JJ O R. C’est Dieu même qui m’a donné Phon«! neur, la réputation , & le brillant éclat, qui me rendent si estimable: c’est pour cette raison que je suis si recherché cTun chacun. D ne de mes plus grandes perfections est d’êtrc an Métaìl inaltérable dans le feu, A hors du fcu;austì tout le monde m’aime, A # H E R M E T I Q. V E. 185 ic court après moi : Mais toi tu n’es qu’u- ne (*) Fugitive,& uneTrompeuse,qui abu- iQi se tous les Hommes : Cela sc voit en ce que tu t’envoles, Sc que tu t’échappes des mains de ceux qui travaillent avec toi. La Pierre. II est vrai, mon cher Or, que c’eít Dieu qui t’a donné l’honneur, la constance, & la beauté , qui te rendent précieux : C’est pourquoi tu es obligé de rendre des grâces éternelles à fa divine'bonté, & ne pas mépriser les autres, comme tu fais ; Car je puis te dire que tu n’es pas cet Or, dont les Ecrits des Philosophes font mention ; (*) mais que cet Or est caché dans i z; mon sein. II est vrai, je l’avoiie,je coule dans le feu , & je n’y demeure pas tontes-fois} tu sçais fort bien que Dieu Sc la Nature m’ont donné cette qualité, & que cela doit être ainsi, d’autant que ma fluidité tourne à Pavantage del’Artistë, qui fçait (*) la ma- niére de P extraire. Scaches cependant que mon Ame demeure constamment en moi,A qu’elle est plus stable , Sc plus fixe, que ta n’es, tout Or que tu fois, Sc que ne font tous tes Frères, Sc tous tes Compagnons. Ni l’eau, ni le feu, quel qu’il soit, ne peuvent la détruire , ni la consumer ; quancl ils agiroient fur elle pendant autant d& romps que le Monde durera»- 'X&mt Mír © i 26 L s TsïíapHi Ce n’est donc pas ma faute, si je fuis re» cherchée par des Artistes, qui ne sçavent pas comment iì faut travailler avec moi, ni de quelle maniéré je dois être préparée» Ils me mêlent souvent avec des Matières* étrangères , qui me font entièrement con- traites. Us nPajoûtent de seau , des poudres » 6c autres choses semblables, qui détruisent ma nature, Sc les propriétés qui me font effentieles; auíïì s 5 en trouve t il à peine . un entre cent, (*) quitravaiîleavec moi. lis s’apliquent tous à chercher la vérité de l’Are dans toi, & dans ton Frère Mercure : c’eíl pourquoi ils errent tous , & c’est en cela que leurs travaux font faux. Us en font eux- mêmes un bel exemple : car c’est inutilement qu’ils empìoyent leurOr,&qu’ils tâchent de le détruire : il ne leur reste de tout cela , que l’extrême pauvreté, à la» quelle ils se trouvent enfin réduits. C’est toi, cher Or, qui es la prémîére cause de ce malheur; tu sçais fort bien que fans moi, il est impossible de faire aucun Or , ni aucun Argent, qui soient parfaits; & qu’il n’y a que moi seule , qui ait ce merveilleux avantage. Pourquoi souffres- îu donc que presque tout le monde entier fonde ses Opérations fur toi, & fur le Mercure ? Si tu avois encore quelque reste d’honnêteté, tu empêcherois que îes Hommes ne s’abandonnaíTent s une perte ' ïï E RW'E T í Q.'tr fi. _ 1 87 fonte certaine ; mais, comme au lieu ds cela, tu fais tout le contraire , je puis soutenir avec vérité, Que c’est toi seul, qui es un Trompeur. L’ O a. Je veux te convaincre par l’autorité des Philosophes, que ia vérité de l’Art peut être accomplie avec moi. Lis Hermès. II parle ainsi : Le Soleil est son Père ,(*)&! A' 3a Lune fa Mère : or je fuis le seul que l’on compare au Soleil, Aristote , Avicenne, Pline , Sérapion,. Hipocrate , Dioscoride, Mesoé, Rasis 9 Averroës , Géher, Raimond Lulle , Albert le Grand , Arnaud de Villeneuve, Thomas d’Acquin, & un grand nombre' d’autres Philosophes, que je passe fous silence , pour n’être pas long, écrivent fous clairement & distinctement, Que les Métaux, & la Teinture Phisique, ne sont comp osez que de Soufre,& de M ercure;(*) r 5% què ce Soufre doit être rouge, incombustible , résistant constamment au feu, & que le Mercure doit être clair, Sc bien pu-' rifié- Ils parlent de cette forte fans aucune' réserve , ils me nomment ouvertement par’ mon propre nom-, Sc disent que dans F Or, ífest-à-dire dans moi, fe trouve le Soufre' rouge , digest, fixé , Sc incombustible ; ce qui-sst vórimbls Sc tom évident ; car il n’y Q T i88 Li Triomphé a personne qui ne connoisse bien que je suis un Métail très-constant Sc inaltérable ; que je fuis doué d’un Soufre parfait, & entièrement fixe, fur lequel le feu n’a aucune puissance. Le Mercure fut du sentiment de l’Or; H approuva son discours ; soutint que tout ce que son Frère venoit de dire, étoit véritable , & que TOeuvre pouvoit se parfaire de la maniéré que l’avoient écrit les Philosophes ci-dessus alléguez. 11 adjoû- ta même, que chacun connoissoit assez 6. combien étoit grande (*) P amitié mutuelle, qu’il y avoit entre l’Or, Sc lui, préférablement à tous les autres Métaux j qu’il n’y avoit personne qui ne pût aisément en juger par le témoignage de ses propres yeux ; que les Orfèvres & autres semblables Artisans sçavoient fort bien, que lors qu’ils vouloient dorer quelque Ouvrage, âls ne pouvoient se passer du mélange de l’Or, Sc du Mercure, & qu’ils en faiíoient la Conjonction en très-peu de temps, fans difficulté, Sc avec fort peu de travail. Que ne devoit-on pas espérer de faire avec plus de temps , plus de travail, Sc plus inapplication. La Pierre. A ce discours, la Pierre se prit à rire, & leur dit ; En vérité, vous méritez bien l’ua HERMETIQUE., ï8$ & l’autrc qu’on se mocque de vous > & de votre démonstration. Mais c’est toi, ester Or, que j’admìre encore plus , voyant que tu t’en fais si fort accroire, pour l’a- vantage que tu as d’être bon à certaines choses. Peux tu bien te persuader que les anciens Philosophes ayent écrit, comme ils ont fait , dans un sens qui doive s’en- tendre à la maniéré ordinaire ? Sc crois-tu qu’on doive simplement interpréter leurs- paroles à la lettre l U O r. Je fuis certain que les Philosophes , Sc les Artistes que je viens de citer, n’ont point écrit de mensonge. Ils sont tous de même sentiment touchant la vertu que j© possède. II est bien vrai qu’il s’en est trouvé quelques-uns, qui o,nt voulu chercher, dans des choses entièrement éloignées, la- puissance & les propriétésqui font en moi ; ils ont travaillé fur certaines Herbes," fur les Animaux ; fur le Sang; fur les Urines ; fur les Cheveux ; fur le Sperme; & fur des chosess de cette nature. Ceux-là fe font fans doute écartez de la véritable voye, A ont quelque-fois écrit des faussetés : mais il n'en est pas de même des Maîtres que j’aì nommez. Nous avons des- ureuves certaines, qu’ils ont en effet pos- iédé ce grand Art ; c’est pourquoi nous- ï90 Lî TsíoSîirt devons ajouter foi à leurs Ecrits.’ La Pierre, Je ne révoqué point en doute que ces Philosophes n’ayent eu une entière con 4 * noissançe de l’Art ; excepté toutes-fois quelques-uns de ceux que tu as alléguez J car il y en a parmi eux , mais fort peu, qui Pont ignoré , A qui a’en ont écrit, que íur ce qu’ils en ont oui dire: mais lorsque les véritables Philosophes nomment simplement l’Or, & le Mercure , comme les Principes de PArt, ils ne fe servent de ces» termes, que pour en cacher la connois- sance aux Ignorans, & à ceux qui sont indignes de cette Science ; car ils fçavent ort bien que ces Esprits vulgaires ne s’at- achent qu’aux noms des choses, aux Ré-' ceptes, Zc aux Procédés, qu’ils trouvent écrits ; fans examiner s’il y a un solide fondement dans ce qu’ils mettent en pratique. Mais les Hommes fçavans, & qui lisent les bons Livres avec application, considèrent toutes choses avec prudence,- éxaminent le rapport L la convenance qu’il y a entre une chose & une autre ; dc par ce moyen ils pénétrent dans le fondement de l’Árt 5 de sorte que par le raisonnement, A parla méditation , ils découvrent enfin quelle est k Matière des Philosophesentre lesquels il ne.s’en trouve aucun /qui ait vou-f Hemetiq.uk. îfí lu syndiquer, ni la donner à connaître ouvertement , Sc par son propre nom. Ils se déclarent nettement là-deísus r íors qu’ils disent qu’iis ne révèlent jamais moins îe Secret de leur Art, que lorsqu’ils parlent clairement, Sc selon la manière ordinaire de s’énoncer : mais ils avouent au contraire que ( * ) lorsqu’ils se fer-17» vent de Similitudes, de Figures, & de Paraboles , c’est en vérité dans ces endroits de leurs Ecrits qu’ils manifestent leur Art: Car les Philosophes, après avoir discouru de l’Or & du Mercure, ne manquent pas de déclarer ensuite , & d’assurer, que leur Or n’est pas le Soleil ou l’Or vulgaire, $z que leur Mercure , n’est pas non plus 1 ® Mercure commun. En voici la raison. . L’Or est un Métail parfait, lequel à cause de la perfection que la nature lui a donnée , ne sçauroit être poussé , par l’Art ,, à un dégré plus parfait ; de sorte que ds quelque maniéré qu’on puiíïè travaille® avec l’Or, quelque artifice qu’on mette en usage ; quand on extrairoit cent fois fa- Couleur Ôí fa Teinture ; l’Artiste ne fera jamais plus d’Or Sc ne teindra jamais une plus grande quantité de Métail, qu’il y avoit de Couleur, Sc de Teinture dans l’Or, dont elle aura été extraite. C’est pour cette raison que les Philosophes di- disent,Qu’on doit chercher la perfections) iS î $2 Le Tkiomîiî dans les choses imparfaites, ôc qu’on fy trouvera. Tu peux lire dans le Rosaire ce que je te dis ici. Raimond-Lulle , que tu Ki’as cité,est de ce même sentiment,' il assure que ce qui doit être rendu meilleur , ne doit pas être parfait ; parce que dans ce qui est parfait, il n’y a rien à changer , 6c qu’on détruiroit plûtôt fa nature que d’ajoûter quelque chose à sa perfection. L' O r. Je n’ignore pas que les Philosophes parlent de cette maniéré : toutes-fois cela se peut appliquer à mon -Frère Mercure , qui est encore imparfait ; mais si ost nous jomt tous deux ensemble, il reçoit alors de moi la perfection , qui lui manque : Car il est du Sexe féminin , Sc moi je fuis du Sexe masculin ; ce qui fait dire aux Philosophes, que f Art est un Tout homogène. Tu vois un éxemple de cela dans la procréation des Hommes : car i! ne peut naître aucun Enfant fans l’accou- pîement du Mâle & de la Fémcle ; c’est-à- dire, fans la conjonction de l’un avec fausse. Nous en avons un pareil éxemple dans les Animaux , Sc dans tous les Estres vi- vans. La Pierre. 11 est vrai ton Frère Mercure est imparfait (*)• â par conséquent il n’cstpasle Mercu- m Hermétique? 195 re des Sages : aliíîì, quand vous feriez conjoints ensemble, & qu’on vous tien» droit ainsi dans le feu pendant le cours de plusieurs années , pour tâcher de vous unir parfaitement l’un avec l’autre ; il arrivera toujours la même chose; sçavoir, qu’aufíì-tôt que le Mercure sent Faction du feu j il se sépare de toi, se sublime, s’cnvole > Sc te, laisse seul en bas. Que si on vous dissout dans l’Eau forte ; si on vous réduit en une feule masse ; si on vous résout > si on vous distille ; Sc si on vous coagule; vous ne produirez toutes-fois jamais qu’une Poudre, & un Précipité rouge. Que si on fait projection de cette Poutre dre fur un Métail imparfait, elle ne le teint point; mais on y trouve autant d’Qr, qu’on y en avoit mis au commencement, & ton Frère Mercure te quitte & s’enfuit. Voilà quelles sont les expériences, que ceux, qui s’attachent à la recherche de la Chimie, ont faites à leur grand dommage, pendant une longue fuite d’années : voilà auíîì ou aboutit toute la connoissance qu’ils - ont acquise par leurs travaux : Mais pour ce qui est du Proverbe des Anciens, dont tu veux te prévaloir, Que l’Art est un Tout entièrement homogène ; Qu’aucun Enfant nepeut naître fans le Mâle & la Fémele ; & que tu te figures, que par là les Philosophes entendent parler de toi A de ton Frère Mei- Tomc III, R J & dans fa crainte. E v D o x E. Je fuis prêt à satisfaire à vos demandes, Sc je ieraì très-aiíe, que vous touchiez le point essentiel, dans la résolution ou je fuis de ne vous rien cacher de ce qui peut íer- vir p or r - instruction , dont vous croyez Tome JII. S sïo Le T r i o m p h e avoir besoin. Mais je crois qu’il est à pro* pos que je vous fasse faire auparavant quel- ques remarques ,, qui contribûront beaucoup à éclaircir quelques endroits impor- Sans de l’Ecrit dont vous me parlez. Remarquez donc que ie terme de Pierre ©st pris en plusieurs Sens différents, Sc particulièrement par rapport aux trois différents états de i’Oeuvre. Ce qui fait dire à Géber , Qu’il y a trois Pierres, qui font les trois Médecines, répondant aux trois «degrés de perfection de l’Oeuvre. De forte que la Pierre du premier Ordre, est la Matière des Philosophes, parfaitement pu- sifiée , Sc réduite en pure Substance Mer- curieìíe : La Pierre du second Ordre est. la même Matière cuite, digérée, Sc fixée en Soufre incombustible ; La Pierre du troisième Ordre est cette même Matière fermentée , multipliée & poussée à la der- aiéte perfection de Teinture fixe, permanente , & tingente : Et ces trois Pierres font les trois Médecines des trois Genres» Remarquez de plus qu’il y a une grandie: différence entre la Pierre des Philosophes Sc ìa Pierre Philosophais. La pré- Wîé'-'s est le Sujet de la Philosophie , considérée dans l’état de fa première Prépara- id on 3, daos lequel elle est véritablement.: IHerrg.:; puisqu’elle est solide , dure., ps- €âfíàate>j friable», £íkeii»n CsrM H E R M Ê T I Q. V S. 2 T I ( dit Philaléthe ) puisqu’elle coule dans le feu comme un Métaìl ; elìe est cependant Esprit, puisqu 1 elle es toute ■volatile. Elle efi k Composé,& lafïene qui contient PHumi- dité qui court dans le feu, dit Arnaud de Villeneuve dans fa Lettre au Roi de Naples.. C’est dans cet état qu’elle est Une Substance moyenne , entre le Métail & le Mercure, comme ditPAbé Synésius. C’est enfin , dans ce même état que Géber 1a considère , quand íl dit en deux endroits dosa Somme : Prens notre Pierre c’efl-à-dìre ( dit-il) la Matière de notre Pierre ,\ tout de même que s’il disoit : Prends la Pierre- des Philosophes qui est la Matière de la Pierre Philosophais La Pierre Philosophais est donc la même Pierre des Philosophes, lorsque, parle Magistére secret, elle est parvenue à 1» perfection de Médecine du troisième Ordre , transmuant tous les Métaux imparfaits en pur Soleil -, ou Lune , selon la nature du Ferment, qui lui a été ajoutés Ces distinctions vous serviront beaucoup- pour développer le Sens embarraíîé des; Ecritures Philosophiques , & pour éclaircir plusieurs endroits de l’Auteur , fur lequel vous avez des questions à me faire.. f ÏROÎHîtE.- fereconnois. futilité, de. ces remacr- r 2 ï 2 LeTriomphs ques, & j’y trouve l’explieation de quelques-uns de mes doutes : Mais avant que de passer outre , dites-moi, je vous prie» û P Auteur de l’Ecrit, dont je vous parle, mérite l’approbation , que plusieurs 5ça- Vans lui ont donnée , & s’il contient tout le Secret de l’Oeuvre ? E U D O X E. Vous ne devez pas douter que cet Ecrit ne soit parti de la main d’un véritable A- depte, ôí qu’il ne mérite par conséquent l’estime & /approbation des Philosophes. Le dessein principal de cetAuteur est de dé- /abuser un nombre presque infini d’Artistes, qui, trompez par le Sens littéral des Ecritures, s’attachent opiniâtrement à vouloir faire le Magîstére par la Conjonction de î’Or avec le Mercure diversement préparé/ êc pour les convaincre absolument, il soutient avecles plus anciens & les plus recom- smendables Philosophes, que l’Oeuvre n’ejì fau que d’une seule chose , d’une seule Ò 3 ‘ mime Espèce. PïROÎHILI. C’est justement là le premier des endroits qui m’ont causé quelque scrupule : car il me semble qu’on peut douter avec raison } qsson doive chercher la perfection dans une feule A même Substances que Hermétique. 21; sans y rien ajouter, on puisse en faire toutes choses. Les Philosophes disent au contraire, que non seulement il faut ôter les su- perfluités de la Matière; mais encore , qu’il faut y adjôuter ce qui lui manque. E U D O X E. II est bien facile de vous délivrer de ce doute par cette comparaison : Tout de même que les Sucs extraits de plusieurs herbes, dépurez de leur marc , Sc incorporez ensemble, ne font qu’une Confection d’une seule Sc même Espèce ; ainsi les Philosophes appellent avec raison leur Matière préparée une seule Sc même chose ; bien qu’on n’ignore pas que c’est un Compose naturel de quelques Substances d’une même Racine , Sc d’une même Espèce » qui font un Tout complet & homogène: Ên cc Sens, les Philosophes font tous d’accord ; bien que les uns diíent, Que leur Matière est composée de deux choses; & les autres de trois; Que les uns écrivent qu’elle est de quatre , Sc même de cinq, Sc les autres enfin,qu’elle est une feule chose. lis ont tous également raison, puisque plusieurs choses.d’une même Espèce, naturellement , Sc intimement unies, ainsi que plusieurs Eaux distilées d’herbes, Sc mêlées ensemble, ne constituent en effet qu’une feule A même choie ; Ce qui se sait dans Le Triomphe 'i noire Art, avec d’autant plus de fondement , que les Substances, qui entrent dans le Composé Philosophique, différent beaucoup moins entre elles, que l’Eau d’Oseil- îe ne diffère de l’Eau de Laitue. ' Pyrofhìle. Je ffai rien à répliquer à ce que vous venez de me dire. J’en comprens fort bien - le Sens j mais il me reste un doute, fur ce que je connois plusieurs Personnes qui font versées dans la lecture des meilleurs Philosophes , & qui néanmoins suivent une Mé- tode toute contraire au premier fondements que notre Auteur pose ; sçavoir, Que la , Matière Philosophique n a besoin de quoi que ce fòit autre , que dartre dissoute , 2. coagulée. Car ces Personnes commencent leurs Opérations par la Coagulation ; il faut don c quils travaillent fur une Matière liquide, aux lieu d’une Pierre : Dites- moi, je vous prie , si cette voie est celle de la vérité. E u d o x E. Votre remarque est fort judicieuse. La plus grande partie des vrais Philosophes est du même sentiment que ceìui-ci. Las Matière n’a besoin que d’être dissoute, Sc ensuite coagulée ; la Mixtion , la Conjonction } , la.Fixation,, la Coagulation â-LUz- H E R M á T I q U 2L 21s tres semblables Opérations , se font presque d’elles mêmes : Mais la Solution est le grand Séctet de ì’Art, Cest ce Point eísentiel, que les Philosophes ne révèlent pas. Toutes les Opérations du premier Oeuvre , ou de la première Médecine, ne font, à proprement parler, qu’une Solution continuelle; de forte que Calcination, Extraction, Sublimation, & Distillation ne font qu’une véritable Solution de la Matière. Géber n’afait comprendre ìa nécessité de la Sublimation , que parce qu’elle ne purifie pas feulement la Matière de ses parties grossières & adustiblcs, mais encore parce qu’elie la dispose à la Solution 3 «Tort refulte THumidité Mercurielle, qui est la Clef de l’Oeuvre. Pyrophile. Me voilà extrêmement fortifié contre ces prétendus Philosophes , qui font d’utî sentiment contraire à cet Auteur ; & je ne fçai comment ils peuvent shmaginer que leur opinion quadre fort juste avec les meilleurs Auteurs. Eu X) 0X3. Celui-ci tout seul suffit pour leur faire: voir leur erreur; il s’explique par une comparaison très-juste de la Glacequi se fond; •5 la moindre chaleur - gournous faire c.o.nr 216 Le Trio me h b noître, Que la principale des Opérations 3 • ejì de procurer la Solution d’une Matière dure & séchs , aprochant deía nature de la Pierre, laquelle toutes-fois , par Faction du feu naturel, doit se resoudre en Eau sèche , auíîì facilement, que la Glace se fond à ia moindre chaleur. PïEOPHXLE, Je vous seïois extrêmement obligé, si vous vouliez me dire ce que c’est que le H. Feu naturel. Je comprens fort bien que cet Agent est la principale Clef de l’Art. Plusieurs Philosophes en ont exprimé la Rature par des Paraboles très-obscurcs ; mais je vous avoue que je n’ai encore pû comprendre ce Mistére. E U D O X E. En effet c’est le grand Mistére de l’Art, puisque tous les autres Mistéres de cette sublime Philosophie dépendent de s'intel- ligence de celui-ci. Que je serois satisfait, s’il métoit permis de vous expliquer ce Sécret fans équivoque ; mais je ne puis faire ce qu’aucun Philosophe n’a crû être en son pouvoir. Tout ce que vous pouvez raisonnablement attendre de moi, c’est de vous dire, que le Feu naturel, dont parie ce Philosophe, est un Feu en puissance, qui ne brûle pas les mains;mais qui fait paraître H 2 K M é T ï Q. U fil 2 r 7 Fon efficace pour peu qu’il soit excité par le Feu extérieur.C’est donc un í eu véritablement sécret, que cet Auteur nomme Vulcain Lunatique dans le Titre de son Ecrit, Arthéphius en a fait une plus ample description , qu’aucun autre Philosophe. Pon- tanus l’a copié, & a fait voir qu’il avoit erré deux cens fois ; parce qu’il ne connois- soit pas ce Feu , avant qu’il eût lû, Sc compris Artéphius; Ce Feu miíférieux est naturel, parce qu’il est d’une même nature que la Matière. Philosophique > l’Artiste néanmoins prépare l’un & l’autre. Pïkoîhiie. - Ce que vous venez de me dire augmente plus ma curiosité, qu’il ne la satisfait. Ne condamnez pas les instantes prières que je vous fais, de vouloir m’éclaircir davantage fur un point si important, qu’à moins que d’en avoir la connoissance , c’est en vain qu’on prétend travailler; on se trouve arrêté tout court d’abord après le premier pas , qu’on a fait dans ia Pratique de l’Oeuvre. E U D O X E. Les Sages n’ont pas été moins reservez touchant leur Feu, que touchant leur Matière ; de sorte qu’il n’est pas en mon pouvoir de rien ajouter à ce que je viens de Terne III, X Lr§ Le Teïojsphï vous en dire. Je vous renvoyé donc à Af-s téphius , & à Pontanus. Cohsidérez seulement avec application, que ce Feu naturel est néanmoins une artificieuse invention de l'Ártiste; qu’il est propre à calciner, dissoudre , & sublimer la Pierre des Philosophes ; & qu’il n'y a que cette feule forte de Feu au monde, capable de produire un pareil effet.Considérez que ce Feu est de îa nature de la Chaux,& qu’il n’est en aucune maniéré étrangère à regard du Sujet de la Philosophie. Considérez enfin par quels moyens Géber enseigne de faire les Sublimations requises à cet Art : Pour moi, je ne puis faire davantage , que de faire pour vous le même souhait, qu’a fait un autre Philosophe : Sydcra Veneris , Ù 1 cornictí * latx Dlanx tibi propitiasumo . PïROÍHUI, J’auroìs bien voulu que vous m’euíïïez parlé plus intelligiblement; mais puisqu'il y a de certaines bornes , que les Philosophes ne peuvent passer, je me contente de ce que vous venez de me faire remarquer ; je relirai Artéphius avec plus d’application, que je n’ai encore fait, & je me souviendrai fort bien que vous m’avez dit, Que îe Feu secret des Sages est un Feu, que T Artiste prépare selon l’Art, ou du moins, Hu'il peut faire préparer par ceux qui ont .HERMETlQtrg. LkK fefie parfaite connoissance de la Chimie : Que ce Feu n’est pas actuelement chaud , mais qu’il est un Esprit igné, introduit dans un Sujet d’une même nature que la Pierre, & Qu’étant médiocrement excité par le Feu extérieur, la calcine, la dissout, la sublime, Ù 1 la résout en Eau sèche , ainsi que le dit ie Cosmopolite. E U D O X t. Vous comprenez fort bien ce que je viens de vous dire ; j’en juge par le Commentaire que vous y ajoutez. Sçachez feulement que de cette première Solution, Calcination , ou Sublimation, qui font ici une même chose, il en résulte la Séparation des parties terrestres <3e adustibies de la Pierre ; fur tout, íì vous suivez le conseil de Géber touchant le régime du feu, de la maniéré qu’il l’enseigne, lorsqu’ii traître de la Sublimation des Corps, & du Mercure. Vous devez tenir pour une vérité constante , qu’il n’y a que ce seul moyen au monde, pour extraire de la Pierre son humidité onctueusò, qui contient inséparablement le Soufre, 6c le Mercure des Sages. PïKOPHItE. Me voilà entièrement satisfait fur ie principal poiyt du premier Oeuvre : Faites.- I J J 'iliq Le Triomphe moi la grâce de me dire si la comparaison | que notre Auteur fait du Froment avec là Pierre des Philosophes , à P égard de leur préparation nécessaire , pour faire du Pain avec Pun, & la Médecine Universelle avec l’autre , vous paroît une comparaison bien juste. Eudoxe, Elle est autant juste qu’on puisse en faire, fi on considère la Pierre en Péîat, où I’Ar- tiste commence de la mettre, pour pouvoir être ligitimement appellée le Sujet, & & le Composé Philosophique : Car tout de même que nous ne nous nourrissons pas de bled, tel que la Nature le produit; mais que nous tommes obligez de le réduire en farine, d’en séparer le son, de la pétrir avec de Peau, pour en former le Pain, qui doit être cuit dans un four, pour être un aliment convenable : De même nous prenons la Pierre ; nous la triturons ; nous en séparons parle Feu secret, ee qu’eile a de terrestre; nous la sublimons; nous la dissolvons aveel’Eau de la Mer des Sages; nous cuisons cette simple Confection, poux pn faire une Médecine souveraine, PïROÎHIIiE, Perraettez-jnoi de vous dire Hu'i! pie HìRMETIQUÈ.' 22'A f©ît qúelqué différence dans cette comparaison. L’auteur dit qu’il faut prendre ce Minéral tout seul, pour faire cette grande Médecine, & cependant, avec dia bled tout seul, nous ne sçaurions faire do Pain i il y faut ajoûter de Peau & même du levain. ÈUXOB I. Vous avez dèja la réponse â Cetíê Objection, en ce que ce Philosophe * comme tous les autres, ne deffend pas ah-» solument de ne rien ajoûter ; mais bien de rien ajoûter qui soit étranger & contraire. L’eau qu'o n ajoûte à la farine, ainsi que le levain, ne font rien d’étranger ni de . contraire à la farine ; le Grain,dont elle est faite , a été nourri d’eau dans la terre ; & partant elle est d’une nature analogue avec la farine : De même que Peau de la Mer des Philosophes est de la même nature que nôtre Pierre ; d’autant que tout ce qui est compris fous le Genre Minéral Sc Métallique, a été formé & nourri de cette me* me Eau dans les entrailles de la Terre r où elle pénétre avec les influences des Astres. Vous voyez évidemment, parce que je viens de dire, que les Philosophes ns se contredisent point, lorfqu’ils disent que leur Matière est une seule ôc même Substance, Si lorsqu'ils en parlent comme d'un . L22 Le Triomphe Composé de plusieurs Substances d’uctf feule & même Espéee. P ï K o P HiU. Je ne crois pas qu’il y ait Personne qui îîe doive être convaincu par des raisons auffi solides , que celles que vous venez d’alléguer. Mais, dites - moi , s’il vous plaît j si je me trompe, dans la conséquence que je tire de cet endroit de notre Au- C teur, ost il dit, que Ceux qui fçavent de quelle maniéré on doit traiter les Métaux Ò 1 les Minéraux , pourront arriver droit au but qu’ilsje proposent. Si cela est ainsi r il est évident qu'on ne doit chercher la Matière, & le Sujet de l’Art, que dans ia Famille des Métaux, & des Minéraux , & que tous ceux qui travaillent surcTau- îres Sujets , font dans la voie de l’erreur* E u d o x E» Je vous réponds que votre conséquence est sort bien tirée : Ce Philosophe n’est pas le seul, qui parle de cette sorte il àccorde en cela avec le plus grand nombre des Anciens & des Modernes,. Geber, qui a sçû parfaitement le Magisté- re , & qui n’a usé d’aucune Allégorie, ne traitte dans toute fa Sommé , que des. Métaux , & des Minéraux ; des Corps. & des Esprits& de la maniéré de ks fî E R M E T ï‘Q, V t. 22Z bien préparer, pour en faire TOeuvre í Mais comme la Matière Philosophique est en partie Corps, & en partie Esprit ; qu’en un sens elle est Terrestre , & qa’en l'autre elle est toute Céleste ; Sc que certains Auteurs la considèrent en un sens, & les autres en traittent en un autre ; cela 3 donné lieu à Terreur d’un grand nombre cî’Artistes , qui sous le nom d’Univeríà- lístes , rejettent toute Matière qui a reçu une détermination de la Nature ; parcs qu’ils ne sçavent pas détruire la Matière particulière, pour en séparer le Grain & le Germe , qui est la pure Substance Universelle , que la Matière particulière renferme datïS son sein, & à laquelle TAr- tiste sage' Sc éclairé , sçaìt rendre absolument toute rUniveríâlìté qui lui est nécessaire , par la Conjonction naturelle qu’il fait de ce Germe avec la Matière Ûniversaliííìme , de laquelle ii a tiré soit origine. Ne vous effrayez pas à ces ex- pressions singulières ; notre Art est Cabalistique. Vous comprendrez aisément ces Mistéres , avant que vous soyez arrivé à la fin des questions , que vous avez dessein de me faire, fur T Auteur qùe vous examinez» Pïroîhiie. Si vous ne me donniez cette espérait- T fil] <224 Le Triomphe ce , je vous proteste que ces mistérieufeS obscurités seroient capables de me rebuter, & de me faire désespérer d’un bon succès : mais je prends une entiere constance en ce que vous me dites , & je comprens fort bien que les Métaux du vulgaire ne font pas les Métaux des Philosophes jpuisquc je vois évidemment que pour être tels , il faut qu’ils íoient détruits , & qu’ils cessent d’être Métaux ; Sc que le Sage n’a besoin que de cette Humidité visqueuse , qui est leur Matière prémiere , de laquelle les Philosophes font leurs Métaux vivants , par un artifice , qui est aussi secret , qu’il est fondé sur les Principes de la Nature : N’eíl-c© pas là votre pensée ? E U D O X E. Si vous sçavez aussi bien les Loix de ta Pratique de l’Oeuvre , que vous me paroisse? en comprendre la Théorie ; vous n’avez pas besoin de mes éclaircissement. Pyrophíle. Je vous demande pardon, Je suis bien éloigné d’être aussi avancé que vous vous: l’imaginez ; ce que vous croyez être un effet d’une parfaite connoissance de PArt, n’est qu’une facilité d’expreffion , qui ne .vient que de la lecture des Auteurs , dont HERMETIQUE. 2 2/ ]Yi la mémoire remplie. Je suis au contraire tout prêt à désespérer de posseder jamais de si hautes Connoissances, lorsque je vois que ce Philosophe veut, comme plusieurs autres , que celui qui aspire à cette Science , Connoijje extérieurement y ÌT intérieurement les Propriétés de toutes choses , & qu il pénétre dans la profondeur des Opérations de la Nature. Dites-moi, s’il vous plaît, qui est l’Homme qui peut se flatter de parvenir à un sçavoir d’une fi vaste étendue’ f E V D O X E. II est vrai que ce Philosophe ne mer point de bornes au sçavoir de celui qui prétend à l’intelligence d’un Art si merveilleux : Car le Sage doit parfaitemen® connoître la Nature en général, & les Opérations qu’elle éxerce , tant dans le Centre de la Terre , en la génération des Minéraux, Sc des Métaux , que fur la Terre, en la production des Végétaux , éc des Animaux. II doit connoître auísi la Matière Universelle , & la Matière Particulière & immédiate , fur laquelle la Nature opère pour la génération de tous les Estres. Il doit connoître enfin le rapport Sc la fympatie , ainsi que l’antipatie Sc l’aversion naturelle, qui se rencontre entre toutes les choses du Monde. Tells s,26 Le Triomphe étoit la Science du Grand Hermès, Sc d'eS premiers Philosophes , qui , comme lui, font parvenus à la connoissance de cette sublime Philosophie , par la pénétration de leur Esprit, & par là force de leurs Raisonnemens. Mais depuis que cette Science a été écrite , & que la connoissance générale, dont je viens de donner une idée, se trouve dans les bons Livres ; la lecture & la méditation , le bon Sens Sc une suffisante Pratique de la Chyraie , peuvent donner presque toutes les Lumières nécessaires, pour acquérir la con- ïioiíïànce de cette suprême Philosophie J fi vous y ajoutez la droiture du cœur & de i’intention , qui attirent la bénédb ction du Ciel fur les Opérations du Sage , fans quoi il est impossible de réussir. PïROPHILE. Vous me donnez une joie très - sensible. JYt beaucoup lû ; j’ai médité encore d’avantage ; je me suis exercé dans la Pratique de la Chimie ; j’ai vérifié le dire d’Artéphius , qui assure Que celui-là ne connaît pas la Composition des Métaux , qui ignore comment il les faut détruire , dc fans cette destruction y il est impossible d’extraire l’Humidité Métallique , qui est la véritable Clef de P Art ; de forte que je puis m’aííurer d’avoir acquis la glus grau- HERMETIQUE. 227 8 e partîe des qualités , qui , selon vous , font requises en celui qui aspire à ces grandes Connoiííànces. J’ai de plus un* avantage bien particulier , c’eft la bonté que vous avez de vouloir bien me faire part de vos lumières, en éclaircissant mes doutes ; permettez-moy donc de continuer , & de vous demander, fur que! fondement f Or fait un fi grand outrage à 3 a Pierre des Philosophes, Pappellant g„. un F'ers venimeux , & la traitant cTennemie des Hommes , & des Métaux. ? E u d o x E. Ces exprellîons ne doivent pas vous paroître étranges. Les Philosophes mêmes appellent leur Pierre , Dragon , & Serpent , qui infeéîe toutes choses par son venin. Sa Substance en effet < 5 c fa Vapeur font un Poison, que le Philosophe doit fçavoir changer en Thériaque , par la préparation , & par la cuisson. La Pierre de plus , est l’Enn'emie des Métaux, puis- qu’elle les détruit, & les dévore.. Le Cosmopolite dit qu’il y a. un Métail, & un Acier 5 qui ejl comme V Eau des Métaux i qui a le pouvoir dé consumer les Métaux qiì'il dy a que PHumidè Radical du Soleil & de la Lune , qui puijfsnt lui restjìer„ Prenez-garde cependant, de ne pas confondre id ia. Pierre des Philosophes, avec L2§ Dr Triomphé la Pierre Phiîosophale; parce que si la pré-* îTiiére , comme un véritable Dragon , dé- truit , & dévore îes Métaux imparfaits ; la seconde , comme une souveraine Médecine , les transmue en Métaux parfaits** & rend les parfaits plusque parfaits , & propres à parfaire les imparfaits. Pysoïhue, Ce que vous me dites ne me confirme r pas feulement dans les Connoiíìànces que j’ai acquises par la lecture , par la méditation , & par la pratique y mais encore me donne de nouvelles lumières, à l'é- clat defqueîîes, je sens dissiper les ténèbres , fous lesquelles les plus importantes Vérités Philosophiques m’ont paru voilées jusqu’à présent. Auffi je conclus par les termes de notre Auteur, Qu’il faut que les plus grands Médecins fe trompent, en §. croyant Que la JVÍedecìne Universelle ejì dans P Or vulgaire. Faites-moi la grâce de me dire ce que vous en pensez. Euboxi 11 n’y a point de doute que l’Or possède de grandes vertus, pour la conservation de la santé, & pour la guérison des plus dangereuses maladies. Le Cuivre , PEtain , le Plomb , & le Fer font tous les jours utilement employez par les- Méde- H ff fi & E T r <2 tfE.' 22L eins, de même que l’Argent j parce que leur Solution , ou Décomposition , qui manifeste leurs propriétés, est plus facile, que ne l’est celle de l’Or. C’est pourquoi, plus les préparations que les Artistes ordinaires en font, ont de rapport aux Principes , Sc à la Pratique de notre Art ; plus elles font paroître les merveilleuses vertus de l’Or : Mais je vous dis en vérité , que fans la connoiíTance de notre Magistére, qui seul enseigne la destruction estentiele de l’Or , il est impossible d’en faire la Médecine Universelle ; mais le Sage peut la faire beaucoup plus aisément avec l’Or des Philosophes , qu’avec l’Or vulgaire : Aussi voyez-vous que cet Auteur fait répondre à l’Or par la Pierre , Qui doit bien plutôt se fâcher contre Dieu de ce qu’il ne lut a pas donné les avantages , dont il ct bien voulu la douer elle feule. PïROÎHUE, À cette première injure que l’Or fait à la Pierre , il en ajoute une seconde , Vappellattt Fugitive & Trompeuse , qui abuse tous ceux qui fondent en elle quelque espérance. Apprenez-moi, je -vous prie , comment on doit soutenir l’innocence de la Pierre, Sc la justifier d’une calomnie dp pettg nature» Sjo Le Triomphé E U D O X E. Souvenez-vous des remarques que je •vous ai dèja fait faire , touchant les trois états différons de la Pierre ; & vous con- noîtrez comme moi , qu’il faut qu’elie soit dans son commencement toute volatile , & par conséquent fugitive , pour être dépurée de toutes fortes de terrè- stréités, & réduite de l’imperfection à la r perfection que le Magistère lui donne dans ses autres états : C’est pourquoy • Finjure que l'Or prétend lui faire , tour-* ne à fa louange ; d’autant que si elle n’é- toit volatile ôc fugitive dans son commencement , il feroit impossible de lut donner à la fin la perfection , & la fixité qui lui sont néceíîàires ; de sorte que íï elle trompe quelqu’un , elle ne trompe que les Ignorans ; mais elle est toujojur§ fidèle aux Enfans de la Science. Pyrophile. Ce que vous me dites est une vérité constante : J’avois appris de Géber qu’il n’y avoit que les Esprits , c’est-à-dire, les Substances volatiles , capables de pénétrer les Corps , de s 1 unir à eux, deJes changer , de les teindre , & de les perfection- ner ; lors que ces Esprits ont été dépouillez de leurs partiesgrojsem, & de kurhumi- HERMETIQUE.' S Z t ëìté aduflìble. Me voilà pleinement satisfait fur ce'point : Mais comme je vois que la Pierre a un extrême mépris pour f Or, & qu’elîe se glorifie de contenir dans i r; son sein un Or infiniment plus précieux ; faites-moi la grâce de me dire , de combien de sortes d’Qr les Philosophes recon- poissent* E U D O X E. Pour ne vous laisser rien à désirer touchant la Théorie & la Pratique de notre Philosophie, je yeux vous apprendre que selon les Philosophes il y a trois sortes FOr. Le premier, est un Or Astral, dont le Centre est dans le Soleil , qui par ses rayons le communique en même temps que fa lumière , à tous les Astres , qui lui font inférieurs. C’est une Substance ignée , êc une continuelle émanation de Corpuscules solaires, qui, parle mouvement du Soleil & des Astres , étant dans un perpétuel flux & reflux , remplissent tout í’Univers ; tout en est pénétré dans l'é- tenduë des Cieux , fur la Terre , & dans fes entrailles : Nous respirons continuellement cet Or Astral ; fes particules solaires pénétrent nos-Corps & s’en exhalent fans cesse. jue second , est un Or Elémentaire ; L z L Le Triomphé c’est à dire , qusil est la plus pure & là plus fixe portion des Elémens , 6c de toutes les Substances , qui en sont composées ; de sorte que tous les Estres sub- lunaires des trois Genres , contiennent dans leur Centre un précieux Grain de cet Or Elémentaire. Le troisième, est le beau Mélail, dont l’éclat 6c la perfection inaltérables , lui donnent un prix , qui le fait regarder de tous les Hommes , comme le souverain Remède de tous les maux, 6c de tou* tes les nécessités de la vie , 6c comme l’u- îiique fondement de l’indépendance de îa grandeur 6c de la puissance humaine ; àst pourquoy il n’est pas moins l’objet de la convoitise des plus grands Princes, que celui des souhaits de tous les Peuples de la Terre. Vous ne trouverez plus de difficulté après cela , à conclure que l’Or Métallique n’est pas celui des Philosophes, 6c que ce n’est pas fans fondement, que dans la Querelle, dont il s’agit ici, la Pierre lui reproche , qu’il n’est pas tel, qu’il pense être ; mais que c’est elle , qui cache dans son sein le véritable Or des Sages , c’est-à-dire les deux premières sortes d’Or, dont je viens de parler : Car vous devez sçavoir que la Pierre étant Ja plus pure portion des Elémens Métalliques f HERMETIQUE. 255 Eques, après la séparation & la purification , que le Sage en a fait , il s’ensuit qu’elle est proprement l’Qr de la seconde Espèce ; mais lors que cet Or parfaitement calciné, Sc exalté jusqu’à la netteté, & à la blancheur de la nége , a acquis par le Magistére une fympatie naturelle avec: l’Or Astral, dont il est visiblement devenu le véritable Aiman , il attire , Sc ìl concentre en îui-même une si grande^ quantité d'Or Astral r Sc de particules foliaires , qu’il reçoit de F émanation eonti-- nudle qui s’cn fait du Centre du Soleil, & de la Lune , qa’il fe trouve dans la diípo-- sition prochaine d’être l’Or vivant des Philosophes , infiniment plus noble , Sc. plus précieux , que l’Or Métallique, quh est un Corps fans Ame , qui ne fçauroit être vivifié , que par notre Or vivant.,,» Sc par le moyen de notre Magistére,, ÎÏROPHI L E„ Combien de nuages vous dissipez dam 1 mon esprit& combien de Mistéres Philosophiques vous me developez tout'à-lsít fois , par les- choses- admirables que vous ; venez de me dire / Je ne pourrai jamais-» vous-en remercier autant que je lé deis.- Je vous avoue que je ne fuis plus surpris après cela, que la Pierre prétende la prë^ férence au. dessus de lîO* ,,&■ qu’elle mé~- '£eim líít. W fî 3 4 L e Triomphe prise son éclat, Sc son mérite imaginaires - ^ puisque la moindre partie de ce qu’elle: donne aux Philosophes , vaut plus que. tout l’Or du.Monde. Ayez, s’il vous plaît,, îa bonté de continuer à mon - égard, comme vous avez commencé ; & faites-moi ]a grâce de me dire comment la. Pierre .peut se.faire honneur d’être une Matière fluide ,, non permanente , puisque tous- les Philosophes veulent qu’elle soit pluL fixe que l’Or même. Eudox e„. Vous voyez que votre Auteur assuré; que la, fluidité de la Pierre tourne à l’a- vantage. de P Artiste ; mais il ajoute qu’iL faut en même temps , que TArtiíîe fça- che la maniéré d’extraire cette fluidité T .c’est à dire cette Humidité, qui est la seule chose ,. dont le Philosophe a besoin ,, comme je vous. Pai dèja dit : De sorte: qu’ëtre fluide, volatile ,.Sc non permanen- • te , sont des qualités autant, nécessaires- à.la. Pierre dans son premier- état, comme le- sont, la fixité & la permanance lors qu’elle est dans Pétât de. fa dernière perfection : C’est donc avec raison qu’ells s’en glorifie d’autant plus justement;, que: cette fluidité n’emp.êche point qu’elle ne soit douée d’une Ame plus fixe, que n'est ■l!Oí :. Mais je vous dis encore une. fois J- H e r lyi e T t o. us. 235* que le grand sécret consiste à sçavoir la maniéré de tirer l’Humidité de la Pierre. Je vous ai averti, que e’est là véritablement la plus importante Clef de FArt. Audi est-ee fur ce point, que le grand Hermès s’écrie ; Bénite soit la Forme aqueuse qui dissout Iís Ëlémens. Heureux dònc’ F Artiste , qui ne connoît pas; feulement la- Pierre ; mais- qui sçait der plus la convertir en Eau. Ce qui ne peuf fe faire par aucun autre moyen , que paf notre Feu secret qui calcine , dissout^ & sublime la Pierre.. P Y R O E Hl E E.. Dsou vient don c ,s)u’entre cent Arû- fies , il s'en trouve à peine un qui travail- k avec la Pierre , & qu’au lieu de s’attacher tous à cette seule & unique Matière , seule capable de produire de fi grandes merveilles, ils s’appliquent su contraire presque tous à'des Sujets , qui n’on t aucune des Qualités essentielles , que le$ ; Philosophes attribuent à leur Pierre, I 3k Eudûx s.. €ela vient 1 etv premier lieu dé- Figno-- rence des Artistes,, qui. n’ont -point sa»- îant de connoissance r qu’ils- cìevrcienf- en avoir,.de taNature „ n-y ' dé • eer qu’ elle.' fie capable: dsogérer en «haque: eMaíse j¥-'ijj ■ a ^6 Le Triomphe Et en second lieu , cela vient d’un man- I que de pénétration d’esprit, qui fait qu'ils h se laissent aisément tromper aux exprès- i’ íîons équivoques-, dont les Philosophes- & se servent , pour cacher aux Ignorans, q Sc la Matière Sc ses véritables Préparations, Ces deux grands défauts font cause que css Artistes prénent le change , & s’attachent à des Sujets , auxquels ils voyent o quelques-unes des Qualités extérieures de cc la véritable Matière Philosophique, fans bi faire réstéxion aux caractères, essentiels rà qui la manifestent aux Sages. qi PïROfHl LE. Je reconnois évidemment P erreur de eeux qui s’imaginent que f Or & le Mercure vulgaires sont la véritable Matière des Philosophes j’en fuis fort persuade , îo voyant: combien est foible le fondement m< sur lequel l’Or s’appuye , pour prétendre ne cet avantage au dessus de la Pierre , aile- so guant en fa faveur ces paroles d’Her- Vc rnès, Le Soleil ejison Père , & la Lune es qu sa Mere. de: E u d o x e. cif ■ t ail Ce fondement est frivole ; je viens dé* toi vous faire voir ce que les Philosophes en-?- te 1 tendent lors qu’ils attribuent au Soleil: qu' L 3 , la. Lune les Principes, de la. Pierre». Cl: H E R M E T r Q. U t. 277 t Le Soleil & les Astres en font en'effet la prémiére Cause ; ils influent à la Pierre- l’Esprit & l’Ame-, qui lui donnent la vie ? & qui font toute son efficace. Cest pour**- quoi ils en sont le Pers & la Mère; P Y R O P HI £ E, Tous les. Philosophes disent comme celuy-cí , .Oue la Teinture Phifque est , composte d 1 un Souffre rouge & incomèusti- ble , & d’un Mercure clair & bien purifié : .Cetts autorité eft-eîle plus forte 3 „ que la précédente, pour devoir faire conclure que POr & le Mercure, son tla Madère de la Pierre f Eudoxe.. Vous ne devez pas avoir oublié , Que tous- les Philosophes déclarent unanimement , que l’Or & les Métaux- vulgaires ne. sont pas leurs- Métaux ; Que les leurs- sont vivans ; & Que les autres.font morts, Vous ne. devez pas avoir oublié non plus que je vous ay soit voir par. Pautorite des Philosophes , appuyée sor îës Principes de la Nature , que l’Humidité Métallique de.la Pierre, préparée & purifiée contient inséparablement dans son sein; te Soufre & le Mercure des Philosophes j, qu’elle est par cottféquent cette feule. Chose, d’une feule.& même Eípéce, à. las*- s;,S Le Trio»fhe quelle on ne doit rien ajoûter ; Sc qtie le seul Mercure- des Sages a son propre Soufre , par ie moyen duqaeì il fe coagule & fe fixe : Vous devez donc tenir pour une vérité indubitable , que le mélange artificiel d’un Souffre , & d’un Mercure > quels qu’ils puissent être , autres que ceux qui font naturellement dans la Pierre, ne fera jamais-ia. véritable Confection Philos fophique. P Y K o p h; î l e. Mais cette gr-ande amitié naturelle qui K 6. ejt entre FOr & le Mercure ,■ & Canton ■■ qui denfaufi aisemem , ne sont-cs pas des- preuves , que ces deux Substances doivent fe. convertir par une Digestion con*, venable, en une parfaite Teinture f E u n o x s. Rien ssest plus absurde que cela : cas quand tout le Mercure qu’on mêlerait avec POt, fe eonvernrok en Or ; ce qui est impossible ; ou que tout l’Or fie con- vertiroit en Mercure , ou bien en une moyenne Substance , il ne fie írouveroit jamais plus de Teinture Solaire dans cette Confection-, qu’il y en avoit dans l’Or y qn’on auroit mêlé avec 3e Mercure : Et par conséquent elle n’àuroit- aucune vertu; tingeante.nf aucune puissance- mukigfiy II S 31 K T T Q* IT B. fl-'J D featïve.. Outre qu’on doit tenir pour constant qu’il. ne se fera jamais une parfaite- union de FOr.Sc du Mercure ; Sc que ce fugitif Compagnon, abandonnera l’Qr aussi-tôt qu’il fe sentira pressé par Faction; du feu. P x it o s h. r r, e. Je ne doute- en aucune manie'redece que vous venea de me dire ; c’ess là le sentiment conforme à. F expérience des plus solides Philosophes., qui fe déclarent ouvertement contre FQr Sc le Mercure vulgaires Mais il me vient en même temps un scrupule , fur ce qu’étant vrai que lea Philosophes ne disent jamais moins la vé* rite , que lors qu’ils l’expliquent ouvertement, ne pourroient ils pas, touchant 1:exclusion évidente de.POr,. abuser ceux; qui prennent leurs paroles à la lettres ou bien doit on tenir, pour assuré , comme dit cet Auteur , Que les Philosophes ne I> 75 ,, manifestent, leur An que lorsqu il fe fervent, de Similitudes , de Figures de Pa=- mholes f. E u B O X. E. II y a Bien de la. différence , entre déclarer positivement ,..que telle ou telle Ma*- itère siest pas le véritable Sujet de FArt ,, cammeiìs font touchant FOr Scie Mercur- 34° L E' TsiOîlï H ï rc ; & donner à connoître sous des Figures & des Alie'gories, les plus importants Sécréts , aux Enfans de ia Science, qui ontl’avantage de voir clairement les Vérités Philosophiques , à travers les voiles énigmatiques, dont les Sages sçav-snt les couvrir. Dans le premier cas , les Philosophes disent négativement la vérité sans- équivoque ; mais lorsqssils parlent affirmativement , & clairement fur ce sujetr, on peut conclure, que ceux qui s’a t tacheront aux sens littéral de leurs paroîes : , seront indubitablement trompez. Les Philosophes n’ont point de moyen- plus assuré , pour cacher leur Science à ceux qui en font indignes , 8c la manifester aux Sa-- ges, que de ne l’expliquer que par des Allégories dans íes points essentiels dé leur Art j c’est ce qui fait dire à Arté- pîiius, Que cet Art ejì entièrement- Caba- Hjlique , pour ^intelligence duquel, on a besoin . d'une espèce de révélation , la plus grande pénétration d’esprit , sans se secours d’un fidèle Ami, qui possède ces grandes Lumières, n’étant pas suffisante pour démêler 1e vrai d’avee le faux : AuíE i est-il comme impossible , qu’avec le seuiì secours des Livres , & du travail , ora> puisse parvenir à la connoiffance dé la Matière j 8c encore moins à l’intcliigence d’une Pratique si singulière, toute simple LOUtN HERMETIQUE. 24I toute naturelle , Sc toute facile qu’elle puisse être. PïKOPHIiK. Je reconnois par ma propre expe'rìen- Ce , combien est nécessaire le secours d’un véritable .Ami, tel que vous Fêtes. Au défaut dequoi il me semble que les Artistes , qui ont de Fesprit, du bon sens , & de la probité , n’ont point de meilleur moyen , que de conférer souvent ensemble , tant sur les lumières qu’ils tirent de la lecture des bons Livres , que fur les Découvertes qu’ils font par leur travail ; afin. que de la diversité Sc du chocq , pour ainsi dire , de leurs dìffe'rens senti- mens , il naisse de nouvelles étincelles de clarté., à la faveur desquelles ils puissent porter leurs Découvertes , jusqu’au dernier terme de cette sécrété Science. Je ne doute pas que vous ri’approuviez mon opinion : mais comme je sçai que plusieurs Artistes traînent de vision & de paradoxe le sentiment des Auteurs, qui soutiennent avec celui-ci, Qù'on doit chercher la perfection dans les choses imparfaites , je vous serai extrêmement obligé., û vous voulez bien me dire votre sentiment sur un point, qui me paroît d’une grande conséquence. Tome III. X LeTriomphs E U D O X E. Vous étés dèja persuadé de la sincérité j & de la bonne foi de votre Auteur ; vous devez d’autant moins la révoquer en doute fur ce point , qu’il s’accorde avec les véritables Philosophes,; Sc je ne sçaurois mieux vous prouver la vérité de ce qu’il dit ici, qu’en me servant de la même raison qu’il en donne , après ie sça- vant Raimond Lulie. Car il est constant que la Nature s’arrête à ses Productions, lors qu’elle les a conduites jufqu’à l’é- tat , & à la perfection qui leur convient ; Par exemple, lors que d’une Eau Minérale , très-claire & très-pure , teinte par quelque portion de Souffre Métallique , la Nature produit une Pierre précieuse, elle en demeure là , comme elle fait, lors que dans les entrailles de la Terre , elle a formé de l’Or, avec l’Eau Mercurielle, Mère de tous les Métaux, imprégnée d’un pur Souffre Solaire : De forte que comme il n’est pas possible de rendre un Diamant , ou un Rubis, plus précieux qu’il n’est en son efpéce; de même il n’est pas, au pouvoir de l’Artiste, je dis bien plus , jl n’est pas au pouvoir même de la Nature , de pousser l’Or à une plus grande perfection que celle qu’elle luy a donnée : Ee seul philosophe est, capable de porter HERMETIQUE. 24; ia Nature depuis une imperfection indéterminée , jusqu’à la plusque-perfection. II est donc nécessaire que notre Magisté- re produise quelque chose de plusque-parfait ; & pour y parvenir, le Sage doit commencer par une chose imparfaite , laquelle étant dans le chemin de la perfection , se trouve dans la disposition naturelle à être portée jusqu’à la plusque-per- fection , par le secours d’un Art tout divin , qui peut aller au delà du terme limité de la Nature : Et si notre Art ne pouvoit rendre un Sujet plufque-parfait, on ne pourroit non plus rendre parfait , ce qui est imparfait, èc toute notre Philosophie scroit une pure vanité. Pïrophiie. II n’y a personne qui ne doive se rendre à îa solidité de vos- raisonnemens : mais ne diroit-on pas que cet Auteur sb contredit ici manifestement , lors qu’ìl fait dire à la Pierre , que le Mercure commun ( quelque bien purgé qu’il puiííc être ) n’est pas le Mercure des Sages ; par aucune autre raison , sinon a cause qu’il est imparfait ; puisque selon lui, s’il T 9‘ étoif parfait, on ne devroit pas chercher en lvn la perfection, Xij L e Tríoiìpkï E u D O x E, Prenez bien garde à ceci, Sc concevez bien , que 11 le Mercure des Sages a été élevé par i’Art d’un état imparfait, à un état parfait , cette perfection n’est pas de Tordre de celle , à laquelle la Nature s’arrête dans la production des choses, fe- Ion la perfection de leurs Espèces, telle qu’est celle du Mercure vulgaire ; mais HU contraire, la perfection que ì’Art donne au Mercure des Sages, n’est qu’un état moyen , une disposition , Sc une puissance , qui le rend capable d’être porté par la continuation de l’Oeuvre, julqu’à fêtât de la plusque-perfcction , qui lui donne îa faculté , par l’accomplissement du Ma- gistère, de perfectionner ensuite les Ira- parfaits. PPOÏSILÍ, Ces raisons, toutes abstraites qu’elles font, ne laissent pas d’être sensibles , & de faire impression íur l’esprit ; pour moi, j.c vqus avoue que j’en fuis entièrement convaincu : Ayez la bonté, je vous prie , de ne pas vous rebuter de la continuation de mes demandes. Notre Auteur assure que Terreur , dans laquelle les Artistes tombent, en prenant l’Or Sc le Mercure vulgaires , pour la véritable Matierg ÏÏERMETÏQ.UÉ.' 24? de îa Pierre , abusez en cela par le Sens littéral des Philosophes , e[ì la grande 20 pierre d’dchopement âi'un millier de Personnes ; pour moi, je ne sçai comment, avec la lecture &. le bon sens , on peut «'attacher à une opinion , qui est fi visiblement condamnée par les meilleurs Philosophes» E U D O X E» Cela est pourtant ainsi. Les Philosophes ont beau recommander qu’on ne se laisse pas tromper au Mercure , ni même à l’Or vulgaires ; la plupart des Artistes s’y attachent néanmoins opiniâtrement , & souvent après avoir travaillé inutilement pendant le cours de plusieurs années, fur des Matières étrangères , reconnoissent enfin la sauts qu'iis ont faite ; ils viennent cependant à l’Or & au Mercure vulgaires-* dans lesquels ils ne trouvent- pas mieux leur compte. II est vrai qu’il y a des Philosophes , qui paraissant d’ailleurs fort sincères , jettent néanmoins les Artistes dans cette erreur ; soutenant fort sérieusement , que ceux qui ne connoissent pas l’Or des Philosophes , pourront toutes- fois le trouver dans l’Or commmun , cuit avec le Mercure des Philosophes. Phila- léthe est de ce sentiment ; il assure que le Trévisan , Zachaìre , & Fiante! ont suivi cette voie ; il ajoute cependant Q idelh 246 Le Triomphe rdefi pas la véritable voie des Sages ; quoi qu’etle conduise à la même fin. Mais ces assurances , toutes sincères qu’elles parois- sent, ne laiísent pas de tromper les Artistes ; lesquels voulant suivre le même Phi- laléthe, dans la purification & l’animation, qu’il enseigne , du Mercure commun , pour en faire le Mercure des Philosophes , ( ce qui est une erreur très-groííìérc fous laquelle il a caché le secret du Mercure des . Sages ) entreprenant fur fa parole un Ouvrage très-pénible & absolument impossible ; aussi, après un long travail, plein cPennuis Sc de dangers , ils n’ont qu’un Mercure un peu plus impur , qu’il n’étoit auparavant , au lieu d’un Mercure animé de la Quintessence Céleste : Erreur déplorable , qui a perdu Sc ruiné , & qui ruinera encore un grand nombre d’Artistes. PïROÏHILEi C’est un grand avantage dc pouvoir se faire sage aux dépens d’autrui : pour moi, je tâcherai de profiter de cette erreur , en suivant les bons Philosophes , Sc en me conduisant selon les lumières que vous me faites la grâce de me donner. Une des choses qui contribue le plus à l’aveuglement des Artistes , qui Rattachent à l’Or 3 c au Mercure , est le dire commun des Philosophes ; sçavoir, que Hemetiqtje. 247 leur Pierre est composée de Mâle & de Femelle ; que l’Or tient lieu de Mâle , selon eux, & le Mercure de F emelle : Je sçai bien, ( ainsi que le dit mon Auteur ) JJu’il rien est pas de même avec les Nié - 2 S. taux , qu’avec les choses qui ont vie : Cependant je vous serai sensiblement obligé, si vous voulez bien avoir la bonté de m’ex- pliquer en quoi consiste cette différence. E U D O X E. C’est une vérité constante , que la Copulation du Mâle & de la Femelle est ordonnée de la Nature, pour la génération des Animaux ; mais cette union du Mâle & de la Femelle , pour la production de l’Elixir 5 ainsi que pour celle deâ Métaux , est purement allégorique , & rr’est ncrx plus nécessaire , que pour la production des Végétaux , dont ia Semence contient feule tout ce qui est requis pour la germination , l’accroissement, & la multiplication des Plantes. Vous remarquerez donc que la Matière Philosophique, ou le Mercure des Philosophes, est une véritable Semence , laquelle bien qu’homo- géne en fa Substance, ne laisse pas d’être d’une double nature ; c’est à dire, qu’elle participe également de la nature du Souffre , & de celle du Mercure Métalliques, intimement & inséparablement unis , dont 248 Le Triomphe l’un tient lieu de Mâle , & i’autre de Femelle : C’est pourquoi les Philosophes rappellent Hermaphrodite ; c’est à dire, qu 1 elle est douée des deux Sexes ; en forte que fans quM soit besoin du mélangé d’au- cune autre chose , elle suffit feule pour produire l’EnfantPhilophique, dont la Famille peut être multipliée à l’infini ; de même qu’un Grain de bled pourroit, avec le temps , & la culture , en produire une aíîez grande quantité pour ensemencer un .vaste Champ. PïROPHIIE. Si ces merveilles font auíïì réelles, qu’el- îes font vrai-semblables , on doit avouer que la Science , qui en donne la connois- sance, & qui en enseigne la Pratique , est presque surnaturelle, & divine : Mais pour ne pas m’écarter de mon Auteur , ditcs- ■ moi, je vous prie , st la Pierre n’est pas bien hardie de soutenir hautement, & fans en alléguer des raisons bìen-pertinentes , jQuesans elle il est impossible de faire aucun 2 .Or , ni aucun Argent , qui soient véritables. L’Or lui dispute cette qualité , appuyé sur des raisons, qui ont beaucoup de vraì-semblance >• & il lui met devant les yeux ses grandes défectuosités, comme d’être une Matière crasse, impure, & venimeuse ; & que lui au contraire est une HERMETIQUE. 249 Substance pure & sans défauts : De maniéré qu’il me semble , que cette haute prétention de la Pierre , combatuë par des raisons , qui ne. paroiíTent pas être fans fondement, méritoit bien d’être soutenue, & prouvée par de fortes raisons. E U D O X E. Ce que j’ai dit ci-devant est plus que suffisant pour établir la prééminence de la Pierre au dessus de POr } & de toutes les choses créées. Si vous y prenez garde , vous reconnoîtrez que la force de la vérité est si puissante , que P Or , en voulant décrier la Pierre , par les deffauts qu’elle a en fa naissance , établît, fans y penser , sa supériorité,, par la plus solide des raisons , que la Pierre puisse alléguer elle- même en fa faveur. La voici. L’Or avoue , & reçonnoît que la Pierre fonde son droit de prééminence sur ce qu’elle efi une chose universelle. En faut-il 2 jV «avantage pour la condamnation de POr, & pour Pobliger de céder à la Pierre ? Vous n’ignorez pas de combien la Matie're Universelle est au dessus de la Matière Particulière. Vous venez de voir que la Pierre est la plus pure portion des Elémens Métalliques , & que par conséquent elle est la Matière prémiére du Genre Minéral & Métallique, Sc que lors que cette même. 2fo Le Triomphe Matière a été animée & fécondée par fanion naturelle, qui s’en fait avec la Matière purement universelle, elle devient la Pierre végétable, seule capable de produire tous les grands effets , que les Philosophes attribuent aux trois Médecines des trois Genres. 11 n’eû pas besoin de plus fortes raisons pour débouter , une fois pour toutes , l’Or & le Mercure vulgaires , de leurs prétentions imaginaires : L’Or & le Mercure , & toutes les autres Substances particulières , dans lesquelles la Nature finit ses Opérations, soit qu’elles soient parfaites , soit qu’elles soient absolument imparfaites, font entièrement inutiles , ou contraires à notre Art. PïKOPHILR J’en fuis tout convaincu ; mais je con- nois plusieurs Personnes , qui traînent la Pierre de ridicule , de vouloir disputer d’anciennejé avec l'Or. Cet Auteur - ci soutient ce même Paradoxe, & reprend l’Or sur ce qu’il perd le respecta îa Pierre , en donnant un démenti à celle qui ejl plus 24 . stFée que lui. Cependant comme îa Pierre tire son origine des Métaux > il me paroît difficile de comprendre le fondement de son ancienneté. y~rf -«■■a-y.JTt î'-is. ar l’u- i Ma- ient la : pro- Phi- ;cines m de » une ; vul- sires : mtres aelles ’elles ibso- : inu- ;on- ît la uter ci - end rre, plus erre roît 1 de HERMETIQUE. E U D O X E. II n’est pas bien malaisé de vous satisfaire là dessus : Je m’étonne même que vous ayez formé ce doute. La Pierre est la première Matière des Métaux, par conséquent elle est devant l'Or, & devant tous les Métaux : Et si elle en tire son origine , ou si elle naît de leur destruction, ce n’est pas à dire qu 1 elle soit une production postérieure aux Métaux ; mais au contraire elle leur est antérieure , puis qu’elle est la Matière dont tous les Métaux ont été formez. Le secret de l’Art consiste à sça- voir extraire des Métaux cette première Matière , ou ce Germe Métallique , qui doit végéter par la fécondité de l’Eau de la Mer Philosophique. Pyrophile. Me voilà convaincu de cette vérité , ÔC je trouve que l’Or n’est pas excusable de manquer de respect pour son Aînée , qui a dans son parti les plus anciens & les plus grands Philosophes. Hermès, Platon, Aristote sont dans ses intérêts. Personne ssi- gnore qu’ils ne soient, sur cette dispute » des Juges irrécusables. Permettez-moi seulement de vous faire une question sur chacun des passages de ces Philosophes, que la Pierre a citez ici, pour prouver par leur Zs2 Le Triomphé autorité , qu’eile est la seule & véritable Matière des Sages. Le passage de la Table-d’Emeraude du grand Hermès prouve l’excellense de la Pierre , en ce qu’ilfait voir que la Pierre est douée de deux natures , (çavoir de ce’-le des Estres supérieurs , & de celle des Estres inférieurs ; Sc que ces deux natures , toutes semblables, ont une feule & metne origine : De forte que nous devons conclure , qu’étant parfaitement unies en la Pierre , elles composent un tiers Estre d’une vertu iuéfable : Mais je ne sçai si vous serez de mon sentiment, touchant la Traduction de ce passage Sc le Commentaire d’Hortulanus. On lit après ces mots: . Ce qui ejî en bas ejî comme ce qui est en haut ; O" ce qm ejl en haut eft comme ce qui ejî en bas. On lit ( dis-je ) pour faire ìes Miracles d’une feule chose . Pour moi, je trouve que ì’Original Latin a tout un autre sens : Car le jQuibus , qui fait la liaison des dernieres paroles avec les précédentes , veut dire que par ces choses ( àst à dire par fanion de ces deux Natures ) on fait les Miracles d’unè feule chose. Le pour , dont le Traducteur , & le Commentateur se sont servis, détruis le sens & la raison d’un passage , qui est de lui-raême fort juste , & fort intelligible. Dites-moi , s’il vous plaît, 5 ma remarque est bien fondée. itable HERMETIQUE. 2 J3 E U D O X E. Non seulement votre remarque est fort 3ô dut juste ; mais encore elle est très-importante. de la Je vous avoue que je n’y avois jamais fait sterre réflexion ; vous faites en ceci mentir le ►ir de Proverbe , vu que le Disciple s’éiéve au e des dessus du Maître. Mais , comme j’avois lû natu- laTable'd'Emeraude plus-souvent en Laie & tin , qu’en François , le défaut de la Tra- vons duction & du Commentaire ne m’avoit "s en point causé d’obscurité , comme elle peut Estre faire à ceux , qui ne lisent qu’en François ?ai si ce Sommaire de la sublime Philosophie mt la d’Hermès. En effet la Nature supérieure, nen- la Nature inférieure ne sont pas sem- iots : blables , pour opérer des Miracles >• mais ^ en c’est parce qu’elles font semblables , qu’on ? qui peut par elles faire les Miracles d’une feule e les chose. Vous voyez donc que je fuis tout , je à fait de votre sentiment. utre -n des PïBOPHIIE. :es , Je me fçai bon gré de ma remarque : dire je doutois qu’elle pût mériter votre appro- faït bation ; Sc je m’assure après cela, que les w, Ënfans de Sa Science me fçauront auffi eur quelque gré d’avoir tiré de vous fur ce son sujet un éclaircissement , qui satisfera fans j u- doute les Disciples du grand Hermès. On. s’il , pe doute pas que le sçavant Aristote n’aiç 25*4 Le Triomphe parfaitement connu le grand .Art. Ce qu’il en a écrit, en est une preuve certaine : auffi dans cette dispute la Pierre fçait se prévaloir de l’autorité de ce grand Philosophe , par un passage qui contient ses plus singulières & plus surprenantes qualités. Ayez , s’il vous plaît la bonté de me dire comment vous entendez celles-ci : 26. L//e s’épouse elle même ; elle s’engrosse élis même j elle naît. (Pelle même . Eudoxï. La Pierre s'épouse elle même ; en ce que dans fa première génération , c’est la Nature feule , aidée par P Art, qui fait la parfaite union des deux Substances , qui lui donne l’Estre , de laquelle resulte en même temps la dépuration essentielle du Souffre & du Mercure Métalliques. Union Sc épousailles si naturelles , que l’Artiste, qui y prête la main } en y apportant les dispositions requises , ne sçauroit en faire une démonstration par les Régies de P Art ; puis qu’il ne sçauroit même bien comprendre le Mistére de cette union. La Pierre s’engrosse elle même ; lors que l’Art, continuant d’aider la Nature par des moyens tout naturels , met la Pierre dans la disposition qui lui convient, pour s’im- prégner elle même de la Semence Astrale, qui la rend féconde, A multiplicative de son Espèce, 1 prè mê: d’ai ne pre tou cen m Sc 1 qui & c pei pui me pre rist tue me pre lui tés ve îe fo A su; qu’il tine : ait se hilo- t ses [uali- e me s-ci : e elle e que Na- t par- j uì lui | . mê- iouf- on & :iste , , sdis- ■ une Art ; iren- : que r des ■ dans Fim- rale, e de HERMETIQUE, 2pZ La Pierre naît d’elle même ,• parcequ’a- près s’être épousée , & engrossée elle- même, l’Art ne faisant autre chose que d’aider la Nature, par la continuation d’u- ne chaleur nécessaire à la génération , elle prend une nouvelle naissance d’elle-même, tout de même que le Phénix renaît de ses cendres : Elle devientle Fils du Soleil, la Médecine Universelle de tout ce qui a vie, & le véritable Or vivant des Philosophes , qui par la continuation du secours de l’A rt, Sc du ministère de l’Artiste , acquiert en peu de tems le Diadème Royal , & la puissance souveraine sur tous ses Frères. PïKOÎHlLI. Je conçois fort bien, que fur ces mêmes Principes, il n’cst pas difficile de comprendre toutes les autres Qualités, qu’A- ristote attribue à la Pierre , comme de se tuer elle-méme > de réprendre ‘vie d’elle même j desè resoudre (Pelle même dans son propre sang , de se coaguler de nouveau avec lui , & d’acquérir enfin toutes les propriétés de la Pierre Phìlofophaíe. Je ne trouve même plus de difficultés après cela dans îe passage de Platon. Je vous prie toutes- fois de vouloir bien me dire ce que cet 'Ancien entend, avec ,tous ceux qui Font suivi ? sçavoir, Que la Pierre a un Corps , 256 Le Triomphe une Ame, & un Esprit, & que toutes cho - Jisfont d'elle , par Ale, & en elle. E U D O X E. Platon suroît dû, dansl’ordre naturel, passer devant Aristote, qui étoit son Disciple , & duquel il est vrai-semblable qu’il avoit apris la Philosophie sécrété , dont il vouloitbien qu’Aiexandre le Grand le crût parfaitement instruit, si on en juge par quelques endroits des Ecrits de ce Philosophe ; mais cet ordre est peu important, & si vous éxamînez bien le paílàge de Platon 5 & ceiuy d’Aristote , vous ne les trouverez pas beaucoup différons dans le sens. Pour satisfaire néanmoins à la demande que vous me faites, je vous dirai seulement que la Pierre a un Corps, puis- qu’elle est, ainsi que je vous l’ai dit ci-devant , une Substance toute Métallique, qui lui donne le poids : Qu’elle a une Ame , qui est la plus pure Substance desElémens, dans laquelle consiste fa fixité , & fa per- manance : Qu’elle a un Esprit , qui fait l’union de l'Ame avec le Corps : II lui vient particulièrement de Finflúence des Astres , & il est le véhicule des Teintures. Vous n’aurez pas non plus beaucoup de peine à concevoir , que tomes choses font d'elle , par elle , & en elle ; puiíque vous avez déja vu que la Pierre n’eft pas feulement HERMETIQUE. 2 s 7 mèntla prémiérc Matière de tous îesEstres, contenus fous le Genre Minéral, & Métallique ; mais encore qu’elle est unie à la Matière Universelle, dont toutes choses ont pris naissance ; & csest là le fondement des derniers attributs-, que Platon donne- à la Pierre. PïKOÏHILE. Comme je vois que la Pierre ne s'attri- buë pas seulement les Propriétés Universelles , mais qu'elle prétend auffi , Que le 28 succès que quelques Ártijìes ont eu dans certains Procédés particuliers, soit uniquement? ' venu d’elle ; Je vous avoue que j’ai quelque peine à comprendre comment cela- s’est pû faire.- E u D O X E. Ce Philosophe l’explique toutes - fois" affez clairement. H dit que quelques Artistes, qui ont connu imparfaitement la Pierre , ôc quin’ont sçû qu’une partie de l’Oeu- vre, ayant cependant travaillé avec la Pierre , & trouvé le moyen d’en- séparer som Esprit, qui contient sa Teinture , sont venus à bout d’en communiquer quelques* parties à des Métaux imparfaits , qui ont affinité avec la Pierre ; mais que pour n'a- voir pas eu une connoissancc entière de ses * vertus, ni de la. maniéré de travailler avec* Tome ÎÍL Y 2 53 Le Triomphe elle, leur travail ne leur a pas apporté une grande utilité ; outre que le nombre de ces Artistes est assurément très-petit. PïBOÎHUS. II est naturel de conclure par ce que vous venez de me dire, qu’il y a des Personnes qui ont la Pierre entre les mains , fans con naître toutes ses vertus, ou bien , s’ils les connoistènt, ils ne sçavent pas comment on doit travailler avec elle, pour réussir dans le grand Oeuvre, Sc que cette ignorance est cause que leur travail n’a aucun succès. Je vous prie de me dire st cela est ainsi. EtïDOxs, Sans doute, plusieurs Artistes ont la Pierre en leur poílèffion ; les uns la méprisent , comme une chose vile ; les autres l’admirent, à cause des caractères en quelque façon surnaturels, qu’elle apporte en naissant, fans connaître cependant tout ce qu’elle vaut. 11 y en a enfin qui n’igno- rent pas , quel est le véritable Sujet de la Philosophie ; mais les Opérations que les Enfans de l’Art doivent faire fur ce noble Sujet, leur font entièrement inconnues ; par ce que les Livres ne les enseignent pas, & que tous les Philosophes cachent cet Art admirable, qui convertit la HERMETIQUE, 2fp Pierre en Mercure des Philosophes, & qui aprend à faire de ce Mercure la Pierre Philosophale. Cette première Pratique est l’Oeuvre secret, touchant lequel les Sages ne s’énoncent que par des Allégories , & par des Enigmes impénétrables, «m bien ils n’en parlent point du tout. C’est là, comme j'ai dit, ia grande Pierre d’acho- pement, contre laquelle presque tous les Artistes trébuchent. P ï £ O ï H I t E, Heureux ceux qui possèdent ces grandes Connoissances ! Pour moi, je ne puis me flatter d’être arrivé à ce point; je ne fuis qu’en peine de sçavoir comment je pourrai assez vous remercier de m’avoir donné tous les éclaircissemens, que je pouvois raisonnablement souhaiter de vous fur les endroits les plus essentiels de cette Philosophie, ainsi que sur tous les autres , touchant lesquels vous avez bien voulu répondre à mes questions. Je vous prie instamment, de ne pas vous lasser, j’en ay encore quelques-unes à vous faire, qui me paroisssnt d’une très-grande conséquence. Ce Philosophe assure que Terreur de ceux qui ont travaillé avec la Pierre , & qui n'y ont pas réiiffi , est venue de ce qu'ìls ríont 2 A pas connu P origine d'ou viennent les Teintures, Si la Source de cette FontainePhá- a 6 o Le Triomphe losophiquc est si sécrété , & si difficile à découvrir ; ii est constant qu’il y a bien des Gens trompez ; car ils croyent tous géné- râlement que les Métaux, ôi les Minéraux, & particulièrement i’Or, contiennent dans leur Centre cette Teinture , capable de transmuer les Métaux imparfaits. EtiDon. Cette Source d’Eau vivifiante ejl devant ìes yeux de tout le monde , dit le Cosmopolite , &" peu de Gens la cemoijfent. L’Qr, l’Argent, les Métaux , & les Minéraux ne contiennent point une Teinture multiplicative jusqu’à Tirifinî ; il n’y a que les Métaux vivants des Philosophes , qui ayent obtenu de l’Art Sc de la Nature , cette faculté multiplicative : Mais aussi, il n’y a que ceux qui font parfaitement éclairez dans les Miíléres Philosophiques , qui controissent la véritable origine des Teintures. Vous n’êtes pas du nombre ds ceux qui ignorent, où les Philosophes puisent leurs Trésors , fans crainte d'en tarir la Source. Je vous ai dit clairement, Sc fans ambiguïté , que le Ciel & les Astres, mais particulièrement le Soleil & ía Lune , sont lc Principe de cette Fontaine d’Eau vive, feule propre à opérer toutes les merveilles que vous fçavez. C’est ce qui fait dire au Cosmopolite dans son Enigme 3 Hermétique^ 26 î que dans l 5 Me délicieuse , dont il sait la description , il h’y avoit point d’eau ; que toute celle qsson s’essorçoit d’y faire venir , par machines, & par artifices, étoit ou inutile , ou empoisonnée , excepté celle que peu de perjònnes fçavoient extraire des rayons dU Soleil,ou de la Lune. Le moyen de faire décendre cette Eau du Ciel, est certes merveilleux; il est dans la Pierre „ qui contient l’Eau centrale , laquelle est véritablement une feule 8c même chose avec l’Eau Céleste ; mais le secret consiste à fçavoir convertir la Pierre en un Ai* man , qui attire embrasse, & unisse à foi cette Quintessence Astrale, pour ne faire ensemble qu’une seule Essence, parfaite & plusque-parfaite, capable de donner la perfection aux Imparfaits , après l’accom-. plissement du Magistére., P Y R O P H I L E. Que je vous ai d’obligations, de vouloir bien me révéler de si grands Mistéres, à la connoissance defquels je ne pouvois jamais espérer de parvenir, fans le secours de vos lumières ! Mais puisque vous trouvez bon que je continue , permettez-moi, s’il vous plaît, de vous dire, que je n’avois point vû jufqssici un Philosophe , qui eût aussi précisément déclaré que fait celui- ci , qu’il falloit donner une Femme à la 262 L s Triomphe 3 o. Pierre , la faisant parler de cette sorte. Si ces Artistes avoient port é leur recherche plus loin, & qu 1 ils eussent examiné quelle es la * Femme , qui me fl propre ; quais l’eujfent cherchée , & qu’ils m*eussent unie a elle ; c'efl alors que faurois pù teindre mille-fou davantage. Bien que je m’apperçoive en général que ce passage a une entière relation avec le précédent ; je vous avoue néanmoins que cette expression , d’une i Femme convenable à la Pierre , ne laisse pas de m’embarraílèr. Eudoxe: (Pess beaucoup cependant, que vous connoiffiez dèja de vous-même, que ce passage a de la connexité avec celui que je viens de vous expliquer ; c’est-à-dire , que vous jugez bien , que la Femme qui est propre à la Pierre , & qui doit lui être unie , est cette Fontaine d’Eau vive-, dont la Source toute Céleste, qui a particulièrement son Centre dans le Soleil, & dans la Lune , produit ce clair & précieux Ruisseau des Sages, qui coule dans la Mer des Philosophes, laquelle environne tout le Monde ; ce n’estpas fans fondement, que cette divine Fontaine est appellée par cet Auteur la Femme de la Pierre ; quelques- uns Pont représentée sous la forme d’une Nymple Céleste; quelques autres lqi don- HERMETIQUE. 26; nent le nom de la chaste Diane , dont là pureté & la virginité n’est point souillée par le lien spirituel qui Tunit à la Pierre ; en un mot j cette Conjonction magnétique est le Mariage magique du Ciel avec la Terre , dont quelques Philosophes ont parié ; de forte que la Source féconde de la Teinture Phisique, qui opère de si grandes merveilles, prend naissance de cette union conjugale toute mistérieuse. PïROÎHlLE, . Je ressens avec une satisfaction indicible tout l’effet des lumières , dont vous me faites part ; & puisque nous sommes fur ce point, permettez-moi, je vous prie, de vous faire une question , qui pour être hors du Texte de cet Auteur , ne laisse pas d’être essentielle à ce sujet. Je vous supplie de me dire , si le Mariage magique du Ciel avec la Terre, se peut faire en tout temps , ou s’il y a des Saisons dans Tannée , qui soient plus convenables les unes que les autres, à célébrer ces Nopces Philosophiques. E U D O X E. J’en fuis venu trop avant, pour vous refuser un éclaircissement si nécessaire , à si raisonnable. Plusieurs Philosophes ont marqué la Saison de Tannée, qui est la plus V 264 L e T r 1 o a p a e propre à cette Opération. Les uns n’eit ont point fait de tnistére ; les autres, plus ' réservez , ne se sont expliquez sur ce point que par des Paraboles. Les premiers ont nommé íe mois de Mars , êc le Printemps. Zachaire , Sc quelques autres Philosophes disent, qu’iîs commencèrent POeuvre à Pâques , Sc qu’ils la finirent heureusement dans le cours de Tannée. Les autres se con- \ tentent de représenter le Jardin des Hes- pérides émaillé de fleurs , Sc particulièrement de Violettes Sc de Hyacinthes , qui font les premières productions d u Prin- > temps. Le Cosmopolite , plus ingénieux que les autres , pour indiquer que la Saison la plus propre au travail Philosophi- > que , est celle dans laquelle tous les Estres vivans, sentitìfs, & végétables, paroissent animez d’unfeu nouveau, qui les porte | réciproquement à l’amour , & à la multiplication dé leur Espèce, dit que Vénus ejl la Déesse de cette IJle charmante , dans la- -, quelle il vit à découvert tous les Mistéres de la Nature : mais pour marquer plus pré- cisément cette Saison , il dit qu’on voyait \ paître dans la prairie des Béliers , & des■ 1 Tauraux , avec deux jeunes Bergers , exprimant clairement dans cette spirituelle Allégorie , les trois mois du Primeurs, par les trois Signes Célestes qui leur répondent j Arles, Taurus, & Gemini. Pyrophile. HEMETIQ.UE. 2§5 Pyrophjle. * Je suis ravi de ces interprétations. Ceux qui font plus éclairez que je ne fuis dans ces Mistéres , ne feront peut-être pas autant de cas que je fais, du dénoûment de ces Enigmes, dont le Sens toutes fois a été , jufqu’à présent, impénétrable à plusieurs de ceux , qui croyent d’ailleurs entendre fort bien les Philosophes. Je fuis persuadé qu’on doit compter pour beaucoup un pareil éclaircissement, capable de faire voir clair dans d’autres obscurités plus importantes : En esset, peu de Personnes s’i- maginoient, que les Violettes & les Píya- cintes de d’Espagnet ; & les Bêtes à cornes du Jardin des Hespérides ; le Ventre & la Maison du Bélier du Cosmopolite , & de Philaléthe ; l’Iste de la Déesse Vénus ; les deux Pasteurs, & le reste que vous venez de m’expliquer, signifiassent la Saison du Printemps. Je ne fuis pas le seul, qui dois vous rendre mille grâces, d’avoirbien. voulu déveloper ces Mistéres ; je fuis assisté qu’il se trouvera dans la fuite des temps un grand nombre d’Enfans de la Science qui béniront votre mémoire , pour leur avoir ouvert les yeux fur un point, qui est plus essentiel à ce grand Art, qu’ils ne se le seroient imaginé. Tome ÎJL Z %66 Le Triomïhi L U D O X E. Vous avez raison , en ce qu’on ne peut «’assûrer d’entendreles Philosophes,à moins qu’on n’aiî une entière intelligence des moindres choses , qu’ils ont écrites. La Connoissance de la Saison propre à travailler au commencement de POeuvre, n’est: pas de petite conséquence. En voici la raison fondamentale. Comme le Sage entreprend de faire par notre Art une chose, qui est au dessus des forces ordinaires de }a Nature , comme d’amolir une pierre , de faire végéter un Germe Métallique ; il se trouve indispensablement obligé d’en- trer par une profonde méditation dans le plus sécreî intérieur de la Nature , & de îe prévaloir des moyens fimples , mais efficaces , qu’elle lui en fournit : Or vous ne devez pas ignorer que la Nature , dès îe commencement du Printemps, pour se tenouveller , & mettre toutes les Semences , qui font au sein de la Terre, dans Je mouvement qui est propre à la végétation , imprégné tout l’Air qui environne la Terre , d’un Esprit mobile , & fermenta- fi f, qui tire son origine du Père de la Nature : C’est proprement un Nitre subtil , qui fait la fécondité de la Terre , dont il est P Ame, & que le Cosmopolite appelle k Sel-pétre des Philosophes, C’est donc HERMETIQUE. 267 dans Cette féconde Saison, que le sage Artiste , pour faire germer fa Semence Métallique, la cultive, ia rompt, l'hume- cte , l’arose de cete prolifique Rosée , <$j lui en donne à boire autant que le poids de la Nature le requiert: De cette forte, le Germe Philosophique, concentrant cet Esprit dans son sein , en est animé & vivifié , Sc aquiert les propriétés, qui lui font estèntieles , pour devenir la Pierre végéta- ble & multiplicative. J’efpére que vous ferez satisfait de ce raisonnement, qui est fondé sur les Loix Sc fur les Piincipes de la Nature. \ Pyrofhile. Iî est impossible qu’on puisse l’être plus ' Sc le Cosmopolite ne s’éíoigne point de uj ce Père de la Philosophie, lorfqu’ii assure, 3t Que notre Sujet est devant le peux de tout u le monde ; que Personne ne peut vivre fans it lui ; & que toutes les Créatures s’en fervent ; L mais que peu de Personnes F aperçoivent. Hé bien , rstêtes-vos pas du sentiment de votre e Auteur, Sc n’avoiiez-vous pas, que de ] quelque maniéré que vous considériez la Pierre, il est vrai de dire qu’eile est invisible.. ; P Y R O P H I LE. II faudroit que je n’eûsse ni esprit, ni raison, pour ne pas tomber d’accord d’une vérité, que vous me faites toucher au doit, en me dévelopant en même temps le sens le plus caché, Sc le plus mistérieux 274- tÈ Triomphe des Ecritures Philosophiques. Je me trou* Ve si éclairé par tout ce que vous me dites , qu r il ms semble que les Auteurs îes plus abstraits n’auront plus d'obscurité pour moi Je vous ferai cependant fort obligé, si vous voulez bien ms dire votre sentiment, touchant la proposition , que cet Auteur avance , fht’il nef pas 54 .possible cPacquérìr la pofeffion du Mercure Philosophique autrement , que par le moyen de deux Corps , dont f un ne peut recevoir la perfection fans Vautre. Ce passage me jparoît si positif Sc si précis, que je ne doute pas qu’il ne soit fondamental dans la Pratique de l'Oeuvre. E u n o x e. Il n’y ett a pas assurément de plus son* damental, puisque ce Philosophe vous marque en cet endroit, comment se forme fa Pierre , sur laquelle toute notre Philosophie est fondée. En effet, notre Mercure, ou notre Pierre, prend naissance de deux Corps : Remarquez cependant que ee n’est pas le mélange de deux Corps qui produit notre Mercure, ou notre Pierre : Car vous venez de voir que les Corps' font contraires , & qu’il ne s’en peut faire une parfaite union : Mais notre Pierre naît m contraire de la destruction de deux Herhïtiquï. 27 ç Corps , lesquels agissant l’un fur l’autre , comme le Mâle & la Femelle, ou comme le Corps & l’Esprit, d’une maniéré autant naturelle, qu’elle est incompréhensible à l’Artiste , qui y prête le secours nécessaire , ceílènt entièrement d’être ce qu’ils étoient auparavant, pour mettre au jour une Production d’une nature, Sc d’une origine merveilleuse , 3c qui a toutes les dispositions nécessaires , pour être portée par í’Art, Sc par la Nature, de perfection en perfection , jufqu’au souverain dégré, qui est au dessus de la Nature même. Remarquez aussi que de ces deux Corps, qui se détruisent, Sc se confondent l’un dans l’autre , pour la production d’une troisième Substance, & dont l’un tient lieu de Mâle , & l’autre de Fémelle , dans cette nouvelle Génération, font deux Agens, qui se dépouillait s de leur plus grossière* Substance dans cette action, changent de nature , pour mettre au monde un Fils d’une origine plus noble , Si plus illustre que le Père Sc la Mère , qui lui donnent l’Estre : Aussi, il apporte, en naissant, des marques visibles , qui font voir évidemment que le Ciel a préside à fa naistànce. Remarquez de plus , que notre Pierre renaît plusieurs & diverses fois ; mais que dans chacune de ses nouvelles naissances elle tire toujours son origine de deux cho^ 276 L e Triomphe íes, Vous venez de voir comment elh commence de naître de deux Corps : Vous avez vû qu’elle épouse une Nimphe Céleste, après qu’elle a été dépouillée de fa Forme terrestre , pour ne faire qu’une seule & même chose avec elle : Sçachez aussi , qu’après que la Pierre a, paru de nouveau fous une Forme terrestre , elle doit encore être mariée à une Epouse de son même sang.; de sorte que ce sont toujours deux choses, qui en produisent une seuleq d’une seule & même Espèce : Et comme e’est une vérité constante , que dans tous les difFérens états de la Pierre , les deux choses qui s’uniíîènt pour lui donner une nouvelle naissance, viennent d’une feule Sc même chose : C’est auffi sur cc fondement de la Nature , que le Cosmopolite appuie une vérité incontestable dans notre Philosophie , sçavoir, Que d'un il s 1 en fait deux , & de deux un ,. à quoi fe terminent toutes les Opérations naturelles &“philosophiques , fans pouvoir aller plus loin ► Pyrophile. Vous me rendez si intelligibles 5 c si palpables ces sublimes vérités, toutes abstraites qu’elles font, que je les conçois prest- que auffi évidemment, que si c’étoient des- Démonstrations Mathématiques. Permet- HERMETIQUE. Z'J'f tez-moî, s’il vous plaît, de vous demander encore quelques éclaircissemens, asm qu’il ne me reste plus aucun doute touchant ^interprétation de cet Auteur. J’ai fort bien compris que la Pierre , née de deux Substances d’une même Espèce , est un Tout homogène, & un tiers-Estre , doué de deux natures , qui le rendent.seul suffisant par lui même à la génération du Fils du Soleil ; mais j’ay quelque peine à bien comprendre , comment ce Philosophe entend , shte la fèule chose, dont se fah la % j Médecine Universelle , es i’Eau & l’Esprit du Corps, E U D O X E, Vous trouveriez le sens de ce passage, évident de lui-même , si vous vous souveniez , que la prémiére & la plus importante Opération de la Pratique du premier Oeuvre , est de réduire en Eau lc Corps , qui est notre Pierre, & que ce point est îe plus secret de nos Mistéres. Je vous ai fait voir que cette Eau doit être vivifiée , & fécondée par une Semence Astrale , & par un Esprit Céleste , dans lequel résidç toute Inefficace de la Teinture Phifìque : De forte que si vous y faites réflexion , vous avouerez qu’il n s y a point de vérité plus évidente dans notre Philosophie, que gelle que votre Auteur avance ici , sça-. L78 X e Trio m í h e voir, que la seule chose , dont le Sage à besoin, pour faire toutes choses, n’est autre que P Eau & f Esprit du Corps. L’Eau est le Corps & l’Ame de notre Sujet ; la Semence Astrale en est l’Eíprit : C’est pourquoi les Philosophes assûrentque leur Matière a un Corps, une Ame, ót un Esprit. Pyrophile. J’avoiie que je m’aveuglois moi-mê- snc, 6c que si j’y avois bien fait réfléxion, je n’aurois formé aucun doute fur cet endroit. Mais en voici un autre , qui n’cíl point cependant un sujet de doute ; mais qui ne laisse pas pour cela, de me faire souhaiter que vous veuillez bien dire votre sentiment fur ces paroles-ci : Sçavoir, que la feule chose , qui est le Sujet de l’Art, 3c <3 ^ qui n’a pas fa pareille dans le Monde , est vile toutesfois , & qu 1 on peut P avoir à peu 4efrais. E u d o x E. Cette chose si précieuse par les dons ex- eellens , dont le Ciel l’a pourvue , est véritablement vile , à l’égard des Substances , dont elle tire son origine. Leur prix n’est point au dessus des facultés des Pauvres. Dix sols sont plus que fuffisans pour acquérir la Matière de la Pierre. Les In- Hermétique. 27^ S a strumens toutesfois , & les moyens quí iu-, font nécessaires pour poursuivre les Opé- lau rations de l’Art, demandent quelque sor- la te de dépense ; ce qui fait dire à Géber , est Que VOeuvre n’ejl pas pour les Pauvres. La :ur Matière est donc vile, à considérer le fon- Ef* dément de l’Art, puisqu’elle coûte sort peu ; elle n’est pas moins vile , si on considère extérieurement ce qui lui donne la perfection , puisqu’à cet égard , elle ne ,Z- coûte rien du tout ; d’autant Que tout >n, le monde Va en fa puijfance , dit 1c Cosmo- ;n- polite : De sorte , que soit que vous distin- cst guiez ces choses, soit que vous les coulais fondiez ( comme font les Philosophes , )U- pour tromper les Sots & les Ignorans ) tre c'est une vérité constante , que Ja Pierre jue est une chose vile en un sens ; mais qu’elle , Sc est très-précieuse en un autre , & qu’il n’y eji a que les Fous qui la méprisent, par M oett juste jugement dc Dieu. Pyrophisle, EX- Me voilà bientôt autant instruit qu® vé- je puis le souhaiter; faites-moi feulement an- la grâce de me dire , comment on peut >rix connoítre quelle est la véritable Voie des au- Philosophes ; puisqu ils en décrvent plu- 3 ur fi urs différentes , & qui paroîílent souvenÇ In-; opposées. Leurs Livres font remplis .d'un* -sIs Le Triomphe infinité de diverses Opérations ; sçavoir, de Conjonctions ,Calcinations, Mixtions, Séparations, Sublimations, Distillations, Coagulations, Fixations , Désiccations, dont ils font fur chacune des Chapitres entiers ; ce qui met les Artistes dans un tel embarras , qu’il leur est presque impossible d’en sortir heureusement. Ce Philosophe insinue", ce semble, que comme il n’y a qu’une chose dans ce_ grand Art, il n’y a aussi qu’une Voie ; & pour toute rat- 3 ’-j . son, il dit, Que la Solution du Corps ne Je f ait que dans Jbn propre Sang. Je ne trouve rien dans tout cet Ecrit, où vos lumières me soient plus nécessaires, que fur ce point, qui concerne la Pratique de l’Oeuvre , fur laquelle tous les Philosophes font profession de se taire : Je vous conjure de ne pas me les refusera Eudoxe. Ce n’est pas fans beaucoup de raison, que vous me faites une telle demande: Éìle regarde le point essentiel de l’Oeuvre ; & je fouhaiterois de tout mon cœur pouvoir y répondre aussi distinctement que j’ay fait à plusieurs de vos autres questions. Je vous proteste que je vous ai dit pat tpuî la vérité j je veux en faire encore de même ; mais vous sçavez que les Misté- res HERMETIQUE. 28k fes de notre sacrée Science ne peuvent être enseignez qu’avec des termes misté- r'reux : Je vous dirai néanmoins, fans équivoque , que l’intention générale de notre' Art, est de purifier exactement, & de subtiliser une Matière , d’elle même immonde & grossière. Voilà une vérité très-im- po r tante , qui mérite que vous y fassiez' réflexion. Remarquez que pour arriver à cette', fin , plusieurs Opérations font requises , qui ne tendant toutes qu’à un même but & qui ne font dans le fond considérées parles Philosophes , que comme une feule & même Opération , diversement continuée. Observez que le feu sépare d’abords les parties hétérogènes , & conjoint les : parties homogènes de notre Pierre : Que le Feu secret produit ensuite le même effets mais plus efficacement en introduisant dans la Matière un Esprit igné , qui ouvre in«- térieurement la porte sécrété , qui subtilise , & qui sublime les parties pures, les séparant des parties terrestres & adustibles.- La Solution , qui se fait ensuite par Pad-’ dition de la Quintessence Astrale , qui ani- me la Pierre « en sait une troisième Dépuration, & la.Distillation sacheve'entière-’ ment : Ainsi -, purifiant , 8c subtilisant la- Pierre, par plusieurs différents dégrésq aux-; quels les Philosophes ont accoutumé-de ' Tmm I1J,-  a- 282 Le Tkïomphe donner les noms d’autant d’Opérations différentes & de Conversion des Eléraens , on l’élevé jusqu’à la perfection, qui est la disposition prochaine, pour la conduire à Sa plusque-perfection , par un Régime pro- portioné à l’intention finale de f Art 5 c’est-à dire , jusqu’à la parfaite Fixation. Vous voyez donc qu’à proprement parler , il n’y a qu’une Voie , comme il n’y a qu’une intention dans le premier Oeuvre , & que les Philosophes n’en décrivent plu- - sieurs j queparce qu’iîs considèrent les différeras dégrés de Dépurations , comme autant d’Opérations & de Voies différentes j dans le dessein ( ainsi que le remarque fort bien votre Auteur ) de cacher ce grand. Art. Pour ce qui est des paroles , par lesquelles votre Auteur conclut ; fçavoir , Que la Solution du Corps ne fe fait que dans son propre Sang ; je dois vous faire observer que dans notre Art, il fe fait en trois temps différons,trois Solutions essentielles , dans lesquelles le Corps nc fe dissout que dans son propre Sang, c’est àu commencement, au milieu , & à. la fia de l’Oeuvre : Remarquez bien ceci. Je vous ai dèja fait voir que dans les principales Opérations de l’Art, ce sont toujours deux choses, qui en produisent une ; que ds ces deux choses f une rient lieu de HERMETIQUE. 28 ; Mâle , & Pautre de Femelle ; Pun est le Corps, Pautre est PEfprit : Vous devez enfaire ici Papplicatien ; fçavoir, que dans les trois Solutions, dont je vous parle , ie Mâle & la Femelle , le Corps & PEf- prit, ne sont autre chose que le Corps & le Sang , & que ces deux choses font d'uns même nature , Sí d’une même espèce : De forte que k Solution du Corp^ dans son propre Sang, c’est la Solution du Mâle par' la Femelle , & celle du Corps par son Esprit. Voici l’ordre de ces trois Solutions importantes. En vain vous tenteriez par le Feu la- 5 véritable Solution du Mâle en la première Opération ; elle ne vous reiiffiroit jamais , fans la Conjonction dé la Femelle : C’est dans leurs embrassemens réciproques qu’ils se confondent, & se changent Pun Pautre, pour produire un Tout hcmogé-- ne , différent des deux. En vain vous auriez ouvert & sublimé le Corps de la Pierre , elle vous scroit entièrement inutile s . si vous ne lui faisiez épouser la Femmes que la Nature lui a destinée ; elle est- ceSí Esprit , dont le Corps a tiré fa prémiére- origine ; ausiì il s’y diíFout : , comme fait* íà glace à la chaleur du feu , ainsi que vo-' tre Auteur Pa fort bien rentarqué.-Enfin* vous essayeriez en vain de faire la parfaite; Solution du même Corps, si vous ne réî-’  a ij: 284 L E T R I O M. P H E teriez sur lui l’affusion de son propre Sang* qui est son Menstruë naturel, sa Femme , & son Esprit tout ensemble , avec lequel il s’unit si intimement, qu’iîs ne font plus qu’une feule Sc même Substance. PïSOÎHUï. Après tout ce que vous venez de me révéler, je n 1 ai plus rien à vous demander touchant Pinterprétation de cet Auteur. Je comprens fort bien tous les autres avantages qu’il attribue à la Pierre , au dessus, de POr,& du Mercure. Je conçois austì comment Texcès du dépit de ces deux Champions, les porta à joindre leurs forces , pour vaincre la Pierre par les armes , n’ayant pû la surmonter par la raison : • Mais , comment entendez-vous , Que la Pierre les dijfpa, & les engloutit Pitn & Vautre , en forte qu il líenrefa aucuns vejìi- ges? E U D O X E. Ignorez-vous que le grand Hermès dit, que la Pierre ejl la Force forte de toute for- ee ? car elle vaincra tome chose subtile , & pénétrera toute chose solide. C’est ce que voire Philosophe dit ici en d’autres termes . pour vous apprendre que h puissance de ìa Pierre est si grande, que rien ssest Hermétique. 2A5 «apable de lui résister. Elle surmonte era effet tous les Métaux imparfaits, les transmuant en Métaux, parfaits , de telle maniéré , qu’il ne reste aucuns vestiges de. ce cj.u’ils étoient auparavant ( 1 ). F y r o p h 1 L E. Je comprens fort bien ces raisons; mais il me reste nonobstant cela un doute , touchant les Métaux parfaits ; l’Or, par exemple , est un Métail constant & parfait, que. la Pierre ne sçauroit engloutir. E u D O X E.- Votre doute est sans fondement ; ca f tout de même que la Pierre à proprement- parler ,.n’engloutit pas les Métaux impar- faits , mais qu’elle les change tellement de. nature ,.qu’il ne reste rien , qui faste con- noître ce qu’ils étoient auparavant.; ainsi. • (s i ) Il n’est pas question 1 ici de la-Pierre parfaite au Blanc ou Rouge , qui convertit le-s Métaux imparfait? en Lune ou en Soleil, Sc Eu- doxe , pour mieux instruire Pyxophiie ,auroit pu lui répondre que la Pierre, dont il s’agit dans cet Article , est cette moyenne Substance du Trévifan a cette Eau Mercu- •neUé,-Principe des'Métatix, ' qui engloutU-POr & le. Mercure , paree qu’étant de la nature de P un & de Pautre 3 - elíe les dissout sans violence, Sc fait de leur Substance avec' la sienne un Corps , qui s’apr pelle alors PElixir des Philosophes ?& leur Azot, lors- qu’après le Régime de 8a^ turne , ces trois Substances - d’une même Racine» ne font. plus ensemble qu une seuta; -3c même Substance* af8' qui dévoient me paraître assez intelligibles d’elles mêmes. Je n’ai plus que deux demandes à vous faire, au sujet des deux- ; conseils' que mon Auteur donne aux En- ! fans de la Science, touchant la maniéré de procéder, & la fin qu’iîs doivent se proposer dans la recherche de la Médecine Uni- 1 verfelie. II leur conseille en premier lieu , d’éguifer la pointe de leur esprit ; de lire les Ecrits des Sages avec prudence ; de travailler avec éxactitude ; d’agir fans pré- . cipitation dans un Oeuvre si précieux : Farce , dit-il > qu’il a son temps ordonne par la Nature ; de même que les fruits qui font - fur k s Arbres , & les grapes de r aïs ns qu». í 3 $ i- ;s* ie; se ! 3 : ;î- ]X sx; ■ n- ie o- û- j, ire' de ré- aria ’mt- [m HERMETIQUE. 28 'f la Vigne porte. Je conçois fort bien Inutilité de.ces conseils ; mais je vous prie de vouloir m’expliquer, comment se doit entendre cette limitation du temps. E U D O X E. Totre Auteur vous l’explique suffisamment par la comparaison des Fruits , que la Nature produit dans le temps ordonné. Cette comparaison est juste : La Pierre est un Champ , que le Sage cultive , dans lequel l’Art & la Nature ont mis la Semence*, qui doit produire son Fruit : Et comme les quatre Saisons de l’année font nécessaires à la parfaite production des Fruits , îa Pierre de même a ses Saisons déterminées. Son Hyver, pendantlequel le Froid Sc l’Humide dominent dans cette Terre préparée , Sc ensemencée : Son Printems , auquel la Semence Philosophique , étant; échaufée , donne des marques de végétation & d’acroissement : Son Eté, pendant lequel son Fruit meurit, & devient propre* à la Multiplication : Son Automne, auquel ce Fruit parfaitement mûr, console le Sage , qui a le bonheur de le cueûillir. Pour ne vous rien laisser à désirer sur ce Sujet, je dois vous faire remarquer ici trois choses. La première , que le Sage doit imiter îa Nature dans la Pratique de 2.88 Li Triomphe FOeuvre ; Sc comme cette savante Ouvrière ne peut rien produire de parfait, si on en violente le mouvement, de même FÂrtiste doit laisser agir intérieurement les Principes de fa Matière, en lui administrant extérieurement une chaleur proportionnée à son exigence. La seconde, que la connoiffance des quatre Saisons de POeuvre doit être la Régie, que le Sage doit suivre dans les différons Régimes dn Feu, en le proportionnant à chacune , selon que la Nature le démontre , laquelle a besoin de moins de chaleur pour faire fleurir les Arbres, & former les Fruits que pour les faire parfaitement mourir. La troisième , que bien que l’Oeuvre ait ses q-uatre Saisons , ainsi que b Nature , il ne «'enfuit pas , que les Saisons de l’Ârt ôí de la Nature doivent précisément répondre les unes aux autres , l’Esté de POeuvre pouvant arriver fans inconvénient dans- P Automne de la Nature , & son Automne dans l’Hyver. C’est assez que le Régime du Feu soit proportionné à la Saison de l’Oeuvre : C’est en cela seul que consiste le grand secret du Régime, pour lequel'je ne guis vous donner de régie plus; certaine. P Y RO P H ILE. Pat ce raisonnement, & par cette simi- Hermétique. 289 litude , vous me faites voir clair fur un point, dont les Philosophes ont fait un de leurs plus grands Misères; car l’inteliì- gence des Régimes ne se peut tirer de leurs Ecrits ; mais je vois avec une extrême satisfaction , qu’en imitant la Nature , Sc commençant Tordre des Saisons dePOeu- vre par l’Hiver, il ne doit pas être difficile au Sage de juger comment, par les divers dégrés de chaleur , qui répondent à ces Saisons, il peut aider la Nature , Sc conduire à une parfaite maturité les Fruits de cette Plante Philosophique. Mon Auteur conseille en second lieu aux Enfans de la Science d’avoir la droiture dans le cœur, & de se proposer dans ce Travail une fin honnête , leur déclarant positivement, que s’ils ne font dans ces bonnes dispositions » ils ne doivent pas attendre fur leur Oeuvre la bénédiction du Ciel, de laquelle tout le bon succès dépend. 11 assure, Que Dieu ne communique un fi grand Don , qu à ccux qui en veulent faire un bon usage , & qu’il en prive ceux qui ont dessein de s’en servir pour commetre le mal. II semble que ce ne soít-là qu’u- ne maniéré de parler, qui efi ordinaire aux Philosophes ; je vous prie de me dire quelles réfléxions on doit faire fur ce dernier point. Terne III B b 40, 2p0 Le Triomphe E U D O X E. Vous étés assez éclairé dans notre Philosophie , pour comprendre , que la possession de ia Médecine Universelle , Sc da Grand Elixir , est de tous les Biens de ce Monde le plus réel, !e plus estimable , Sc ie plus grand , dont i’Homme puisse jouir. En effet, les Richesses immenses , les Dignités souveraines, & toutes les Grandeurs de la Terre , ne font point à comparer à ce précieux Trésor, qui est le seul des Biens temporels , capable de remplir le cœur de i’Homme, II donne à celui qui le possède une vie longue , exempte de toutes sortes d infirmités , & met en fa puissance plus d’Or Sc d’Argent, que n’en ont tous les plus puissans Monarques ensemble. Ce Trésor a de plus cet avantage particulier, au deííiis de tous les autres Biens de la vie, que celui qui en jouit , se trouve parfaitement satisfait, même de fa feule contemplation , & qu’il ne peut jamais être troublé de la crainte de le perdre. Vous étés d’ailleurs pleinement convaincu , que Dieu gouverne le Monde ; que fa Divine Providence y fait régner Tordre , que fa Sagesse infinie y a établi depuis le commencement des Siécles ;&que cette même Provider.ce n’est point cette Hermétique. 290 Fatalité aveugle des Anciens , ni ce prétendu Enchaînement , ou cet Ordre nécessaire des choses , qui doit les faire suivre sans aucune distinction ; mais vous étés su contraire bien persuadé que .la Sagesse de Dieu préside à tous les Evénemens qui arrivent dans le Monde. Sur le double fondement, que ces deux réfléxions établissent , vous ne pouvez douter , que Dieu , qui dispose souverainement de tous les Biens de la Terre, ne permet jamais, que ceux qui s’appliquent; à la recherche de ce précieux Trésor, dans le dessein d’en faire un mauvais 'usage, puissent , par leur travail , parvenir à sa posseíîìon : En effet, quels maux ne seroit pas capable de causer dans le Monde un Esprit pervers , qui n’auroit d’autre vûë , que de satisfaire son ambition , & d’assou- vir ses convoitises, s’d avoit en son pouvoir , & entre se s mains , ce moyen aíîuré d’exécuter ses plus criminelles entreprises. C’est pourquoi les Philosophes, qui con- noissent parfaitement les maux & les désordres , qui pourroient arriver dans la Société Civile, si la connoissance de ce grand Secret étoit révélée aux Impies , n’en traitent qu’avec crainte , & n’en parlent que par Enigmes ; afin qu’il ne soit compris que de ceux , dont Dieu veut bénir l’étu- de & le travail. B b ij 292 Le Triomphe Pyrophile. 11 ne sc trouvera Personne de bons sens, & craignant Dieu , qui n’entre dans ces fentimens , Sc qui ne doive être entièrement persuadé , que pour réussir clans une iì grande & íì importante Entreprise , i! ne faille supplier incessamment la Bonté Divine d’éclairer nos esprits, & de donner fa bénédiction à nos travaux. 11 ne me relie plus qu’à vous rendre de très - humbles grâces de ce que vous avez bien voulu me traîner en Enfant de la Science , me parler sincèrement, & m’inílruire dans de íì grands Mistércs , aussi clairement, & aussi intelligiblement, qu’il est permis de le faire , 6c que je pouvois le souhaiter. Je vous proteste que ma reconnaissance durera tout autant que ma vie. FIN. 293 LETTRE r Aux vrais Disciples d 1 Hermès , contenant six principales Clefs de la Philosophie Sécrète. S I j’écrivois cette Lettre pour persuader la vérité de notre Philosophie à Ceux , qui s’imaginent qu’elie n’cst qu’u- ne vaine Idée , & un pur Paradoxe , je suivrois l’éxemple de plusieurs Maîtres en ce grand Art ; je tachetois de convaincre de leurs erreurs ces sortes d’Efprits , en leur démontrant la solidité des Principes de notre Science , appuyez fur les Loix, & fur les Opérations de la Nature , ôc je ne parierais que légèrement de ce qui regarde fa Pratique : Mais comme j’aí un dessein tout différent, & que je Décris que pour vous seuls , sages Disciples d’Hermèsí, & vrais Enfans de l’Art, mon unique but est de vous servir de Guide dans une Route si difficile à suivre. Notre Pratique en effet est un Chemin dans des Sables , où l’on doit se conduire par l’Etoile du Nord , plutôt que par les Vestiges qu’on y voir imprimez. La confusion des traces , qssun nombre presqu’in- B b iij 294 L e Triomphe fini de Personnnes y ont laisfées , est fi grandes , & on y trouve tant de différents Sentiers , qui mènent presque tous dans des Déserts affreux , qu’il est presque impossible de ne pas s’égarer de la véritable Voie, que les seuls Sages , favorisez du Ciel , ont heureusement sçu démêler 5c reconnoítre. Cette confusion arrête tout court les Enfans de l’Art ; les uns dès le commencement , les autres dans le milieu de cette Course Philosophique , & quelques uns même, lorfqu’ils aprochent de la fin de ee pénible Voyage , & qu’ils commencent à découvrir le terme heureux de leur Entreprise ; mais qui ne s’apperçoivent pas , que le peu de chemin , qui leur reste à faire , est le plus difficile. 11s ignorent que les Envieux de leur bonheur ont creusé des fosses & des précipices au milieu de la Voye , & que faute de fçavoir les détours sécréts, par où les Sages évitent ces dangereux pièges , ils perdent malheureusement tout favantage qu’ils avoient acquis , dans le même temps qu’ils s’ima- ginoicnt avoir surmonté toutes les difficultés. Je vous avoue sincèrement, que la Pratique de notre Art est la plus difficile chose du monde , non par rapport à ses Opérations , mais à l'égard des difficultés quhl Hermétique. 295 y a de rapprendre distinctement dans les Livres des Philosophes : Car si d’un côté elle est appellée avec raison , un Jeu d’En- fans j de l’autre elle requiert en ceux, qui en cherchent la vérité par leur travail & Lur étude , une connoissance profonde des Principes , & des Opérations de la Nature dans les trois Genres ; mais particulièrement dans le Genre Minéral & Métallique. Ce st un grand point de trouver la véritable Matière , qui est le Sujet de notre Oeuvre : II faut percer pour cela mille voiles obscurs, dont elle a été enve- lopée : II faut la distinguer par son propre nom , entrç un million de noms extraordinaires , dont les Philosophes Pont diversement exprimée : II en faut comprendre toutes les propriétés, & juger de tous les dégrés de perfection , que PArt est capable de lui donner : II faut connoître le Feu secret des Sages,qui est le seul Agent, qui peut ouvrir , sublimer , purifier, & disposer la Matière à être réduite en Eau : II faut pénétrer pour cela jusqu’à la Source Divine de l’Eau Céleste , qui opère la Solution , P Animation , & la Purification de la Pierre : II faut sçavoir convertir notre Eau Métallique en Huile incombustible par l’entiére Solution du Corps, d'ou elle tire son origine ; & pour cet effet il faut faire la Conversion des Eîémens, la Sépa- B b iiij 296 Le Triomphe ration , & la Réunion des trois Principes : II faut apprendre comment on doit en faire un Mercure blanc, & un Mercure citrin ;.J1 faut fixer ce Mercure, le nour-. rir de son propre Sang , afin qu’il se convertisse en Soufre fixe des Philosophes. Voilà quels font les points fondamentaux de notre Art ; le reste de f Oeuvre se trouve assez' clairement enseigné dans les Livres des Philosophes, pour n’avoir pas besoin d’une plus ample explication. Comme il y a trois Règnes dans la Nature , il y a auífi trois Médecines en notre Art, qui font trois Oeuvres difterens dans la Pratique , & qui ne font toutes-fois que trois différens degrés , qui élèvent notre Elixir à fa dernière perfection. Ces importantes Opérations des trois Oeuvres , font réservées fous la Clef du Secret par tous les Philosophes, afin que les sacrés Misté- res de notre divine Philosophie ne soient pas révélez aux Prophanes : Mais pour Vous, qui étés les En fans de la Science , â qui pouvez entendre le langage des Sages , les Serrures vous feront ouvertes, & vous aurez les Clefs des précieux Trésors de la Nature , & de l’Art, si vous appliquez tout votre esprit à comprendre ce que j’ai dessein de vous dire , en termes autant intelligibles , qu’il est nécessaire , pour ceux qui font prédestinés, com» Hermétique. 297 me vousietes, à ia Connoissance de ces sublimes Mistéres. Je veux vous mettre en main fix Clefs , avec lesquelles vous pourrez entrer dans le Sanctuaire de la Philosophie , en ouvrir tous les Réduits , & parvenir à ^intelligence des Vérités les plus cachées. Premiere Clef. La première Clef, est celle qui ouvre les Prisons obscures , dans lesquelles le Soufre est renfermé ; c’est elle qui sçait extraire la Semence du Corps , & qui forme la Pierre des Philosophes, par la Conjonction du Mâle avec ia Fémeiie ; de l’Esprit avec le Corps ; du Soufre avec le Mercure. Hermès a manifestement démontré l’Opération de cette première Clef par ces paroles. De Cavernis Meiaìlorum oc- cultus eft , qui Lapis eft venerabìlìs , colore splendìdus , mens fublimis , & mare païens : Cette Pierre a un brillant éclat : elle contient un Esprit d’une origine íublirne : Elle est la Mer des Sages , dans laquelle ils pêchent leur mistérieux Poisson. Le même Philosophe marque encore plus particulièrement la naiílànce de cette admirable Pierre , Iorsqu’il dit : Rex ab igné ve- ntet , ae conjugio gaudebìt , Ò“ occulta pa- îebunt. C’est un Roi couronné de gloire » qui prend naissance dans le Feu, qui se 298 Le Triomphe plaît à l’unton de l’Epouse, qui lui est donnée : C’est cette union qui rend manifeste ce qui étoit auparavant caché. Mais avant que de palier outre, j’ai un conseil à vous donner , qui-ne vous fera pas d’un petit avantage : C’est de faire réflexion que les Opérations de chacun des trois Oeuvres, ayant beaucoup d’a- nalogie , Sc de rapport les uns aux autres > les Philosophes en parlent à dessein en termes équivoques , afínque ceux qui tfont pas des yeux de Lincée, prenent le change , Si se perdent dans ce Labirin- the, duquel il est bien difficile de sortir. En effet, lorsqu’on s’imagine qu’iís parlent d’un Oeuvre , ils traittent souvent d’un autre : Prenez donc garde de ne pas vous y laisser tromper ; car c’est une vérité , que dans chaque Oeuvre le sage Artiste doit dissoudre le Corps avec l’Ef> prit ; il doit couper la tête du Corbeau , blanchir le noir Sc rougir le blanc ; c’est toutes-fois proprement dans la prémiére Opération , que le sage Artiste coupe la tête au noir Dragon , Sc au Corbeau. Hermès dit, que c’est delà que notre Art prend son commencement, Jhiod ex Cor- 'vo nasatur , hujus Anìs ejì prìncïpìum. Considérez que c’est parla Séparation de la Fumée noire , sale , & puante du Noir très-noir, que se forme notre Pierre Astra- Hermétique. 299 le f blanche , & resplendissante , qui contient dans ses veines le Sang du Pélican : C’est à cette première purification de la Pierre , & à cette blancheur luisante , que se termine la première Clef da premier Oeuvre. Seconde Clef. La féconde Clef dissout le Composé ou la Pierre , & commence la Séparation des Elémcns , d’une maniéré Philosophique : Cette Séparation des Eîémens ne fe fait qu’cn élevant les parties subtiles & pures , au dessus des parties crasses & terrestres. Celui qui sçait sublimer 3a Pierre philosophiquement, mérite à juste titre le nom de Philosophe, puisqu’il com- noît le Feu des Sages , qui est Punique Instrument, qui puisse opérer cette Sublimation. Aucun Philosophe n’a jamais ouvertement révélé ce Feu sécret , ëi cc puissant Agent, qui opère toutes les merveilles de PArt : Celui qui ne le comprendra pas, & qui ne fçaura pas le distinguer aux caractères » avec lesquels j’ai tâché de le dépeindre dans PEntretien d’Eu- doxe & de Pyrophile , doit s’arrêter ici, & prier Dieu quM Péclaire ; car la connaissance de ce • grand Sécret est plutôt u» Don du Ciel, qu’une Lumière acquise par la force du raisonnement : Qcfil lise ce- 300 Le Triomphe pendant les Ecrits des Philosophes ; qu'il médite, & fur tout qu’il prie ; il n’y a point de difficulté qu’ilne soit enfin éclairci par le travail, par la méditation, & par la prîére. Sans la Sublimation de la Pierre, la Conversion des Elémens , Sc PExtraction des Principes , est impossible ; Sc cette Conversion , qui fait PEau de la Terre , PAir de l’Eau , & le Feu de PAir , est la feule voie par laquelle notre Mercure peut être fait , & préparé. Appliquez-vous donc à connoître ce Feu secret, qui diítout la Pierre naturellement, Sc fans violence, & la fait résoudre en Eau dans la grande Mer des Sages , par la Distillation qui se fait des rayons du Soleil Sc de la Lune. C’est de cette maniéré que la Pierre , qui selon Hermès , est la Vigne des Sages , devient leur Vin , qui produit par les Opérations de l’Art leur Eau de vie rectifiée ; Sc leur Vinaigre très-aigre. Ce Père de notre Philosophie s’écrie fur ce Mistére : Benediéîa aquina Forma , qwje Elementa diffòlvis ! Les Elémens de la Pierre ne peuvent être dissous, que par cette Eau toute Divine, & il ne peut s’en faire une parfaite dissolution , qu’après une Digestion & Putréfaction proportionnée , à laquelle fe termine la seconde Clefdu premier O eu- Hermétique. 30 't Troisième C le f. ■ La troisième Clef comprend elle feule une plus longue fuite d’Opérations , que toutes les autres ensemble. Les Philosophes en ont fort peu parlé , bien que la perfection de notre Mercure en dépende ; les plus sincères même , comme Ar- téphius , le Trévifan , Flamcl, ont passé sous silence les Préparations de notre Mercure , & il ne s’en trouve presque pas un , qui n’ait supposé , au lieu d’enfeigner, la plus longue 8c la plus importante des Opérations de notre Pratique. Dans le dessein de vous prêter !a main en cette partie du chemin , que vous avez à faire , où faute de lumière , il est impossible de suivre la véritable Voie , je m’étendrai plus, que les Philosophes n’ont fait, fur cette troisième Clef, ou du moins je suivrai par ordre ce qu’iìs ont dit fur ce Sujet , si confusément, que sans une inspiration du Ciel, ou sans le secours d’un fidèle Ami, on demeure indubitablement dans ce Dédale , fans pouvoir en trouver une issue heureuse. Je m’allure , que vous , qui étés les véritables En fans de la Science , vous recevrez une très-grande satisfaction de Véclaircissement de ces M ictères cachez , qui regardent la Séparation & la Purification des Principes de notre 302 Le Triomphe Mercure, qui se fait par une parfaite Dissolution , & Glorification du Corps, dont il prend naissance , & par I’union intime de i’Ame avec son Corps, dont PEfprit est l’unîque lien, qui opère cette Conjonction : C’est-là l’intention, & le point essentiel des Opérations de cette Clef, qui se termine à la Génération d’une nouvelle Substance , infiniment plus noble que la première. Après que le sage Artiste a sait sortir de la Pierre une Source d’Eau vive, qu’il a exprimé le Suc de la Vigne des Philosophes , & qu’il a fait leur Vin , il doit remarquer que dans cette Substance homogène , qui paroît sous la Forme de PEau, il y a trois Substances différentes, & trois Principes naturels de tous les Corps, Sel, Soufre & Mercure, qui sont l’Efprit, l’A- me, & le Corps ; & bien qu’ils paroissent purs & parfaitement unis ensemble, il s’en faut beaucoup qu’ils le soient encore; car lorsque par la Distillation nous tirons l’Eau, qui est l’Ame & l’Efprit, le Corps demeure au fond du Vaisseau , comme une Terre morte , noire , & féculente , laquelle néanmoins n’est pas à mépriser ; car dans notre Sujet, il n’y a rien qui se soit bon. Le Philosophe Jean Pontanus proteste que les fuperfluités de la Pierre le convertissent en une véritable Essen- Hermétique. zoz ce ; que celui qui prétend séparer quelque chose de notre Sujet , ne connoît rien dans la Philosophie , & que tout ce qu’il y a de superflu, d’immonde , de féculent, & enfin toute la Substance du Composé , se perfectionne par faction de notre Feu. Cet avis ouvre les yeux à ceux , qui pour faire une éxacte Purification des Élémens & des Principes, se persuadent qu’il ne faut prendre que le subtil, & rejettes l’é- paìs ; mais les Enfans de la Science ne doivent pas ignorer que le Feu & le Soufre font cachez dans le centre de la Terre , & qu’il faut la laver exactement avec son Esprit, pour en extraire le Beaume , le Sel fixe , qui est le Sang de notre Pierre : Voilà le Mistére essentiel de cette Opération , laquelle ne s’accomplit qu’a- près une Digestion convenable, & une lente Distillation. Suivez donc , Enfans de PArt, le précepte que vous donne le véridique Hermès , qui dit en cet endroit : Oportet autem nos cum hâc aquìnâ Anima , ut Formant fulphuream pojjìdeamus , Aceto noflro eam mijeere > càm enim Com- pofitum Johitur , Clavis ejì reftauratìonis. Vous sçavez que rien n’est plus contraire que le Feu & l’Eau ; il faut néanmoins que le sage Artiste faste la paix entre des Ennemis , qui dans le fond s’aiment ardemment. Le Cosmopolite en dit le moyen 304 L E Tr i o h p he en peu de paroles : Purgatìs ergo rébus-; sac ut îgn 'u & Aqua amìci fiant} quoi in Terra sua , qux cum iis ajcenderat , facile faciem. Soyez donc attentifs fur ce point ; abreuvez souvent la Terre de son Eau , Sc vous obtiendrez ce que vous cherchez. Ne faut-il pas que le Corps soit dissout par l’Eau, & que la Terre soit pénétrée de son humidité , pour être rendue propre à la génération f Selon les Philosophes l’Eíprit est Eve ; le Corps est Adam ; ils doivent être conjoints pour la propagation de leur Espèce. Hermès dit la même chose en d’autres termes : Aqua nam - que jontjfma ejl natura , quce tranjcendit , &fixam in Corpore naturam excitât ; hoc ejl lattfìcat. En effet, ces deux Substances, qui sont d’tme même nature, mais de deux Sexes différons, «'embrassent avec le même amour, & la même satisfaction , que le Mâle & la Fémeìle , & s’élévent .insensiblement ensemble , ne laissant qu’un peu de fèces au fond du Vaisseau ; de sorte que T A me , l’Efprit, & le Corps , après une éxacte Dépuration , paroiífent enfin inséparablement unis sous une Forme plus noble , & plus parfaite, qu’elle n’étoit auparavant , & auíìi différente de la prémiére Forme liquide, que l’Alkool de vin , éxa- ctement rectifié , & acué de son sel, est différent ds la Substance du vin , dont il z H E R M È T ï Q. V Ë. q€>f a été tiré : Cette-comparaison n’est pas seulement très-juste ; mais elie donne de plus aux Enfuns de la Science une connoiífance précise des Opérations de cette troisième Clef. Notre Eau est une Source vive , quï fort de la Pierre , par un miracle naturel de notre Philosophie : Omnium primo efi Aqua , quœ exìt de hon Lapide. C’est Hermès qui a prononcé cette grande vérité. II reconnoît de plus , que cette Eau est le Fondement de notre Art. Les Philosophes lui donnent plusieurs noms ; car tantôt ils Rappellent Vin , tantôt Eau de vie , tantôt Vinaigre , tantôt Huile , selon les différens degrés de préparation , oà selon les divers effets qu’elle est capable de produire. Je vous avertis néanmoins qu’elle est proprement le Vinaigre des Sages , & que dans la Distillation de cette divine Liqueur, il arrive la même chose que dans celle du Vinaigre commun : Vous pouvez tirer de ceci une grande instru-* ction ; l’Eau & le Flegme montent le premier ; la Substance huileuse , dans laquelle consiste l’efficace de notre Eau , vient la dernière. C’est cette Substance moyenne , entre la Terre & l’Eau , qui , dans la génération de f Entant Philosophique, fait 1a fonction de Mâle : Hermès nous la fait jaìen remarquer par ces paroles intelE” Tome líl , C c 30 6 Le Triomphe gibles : Unguentum médiocre , quod ejt ignis , ejì médium inter fcecem, & aquam. Ií ne se contente pas de donner ces lumières à ses Disoples , íl leur enseigne de plus dans fa Table d’Emeraude , de quelle maniéré ils doivent se conduire dans cette Opération : Separabis Terram ab Igné ; subtile ab (piffo fuaviter , magno cum ingenio. Prenez garde fur tout de ne pas étouffer le Feu de la Terre par les Eaux du Déluge : Cette Séparation, ou plutôt cette Extraction se doit faire avec beaucoup de jugement. 11 est donc nécessaire de dissoudre entièrement le Corps , pour en extraire toute son Humidité, qui contient ce Soufre précieux , ce Baume de Nature , & cet Onguent merveilleux , sans lequel vous ne devez pas espérer de voir jamais dans votre Vaisseau cette Noirceur si desirée de tous les Philosophes. Réduisez donc tout le Composé en Eau , Sc faites une parfaite union du Volatil avec le Fixe : C’est un précepte de Senior , qui mérite que vous y faisiez attention : Supremus fumus , dit- ìl, ad inf.mum reduci debet , Ù“ divina aqua Rex ejì de Cœlo defiendens , Reduffor Anïmx ad fuum Corpus- ejì , quod demùm à morte vivifieat. Le Baume de vie est caché dans ces fèces immondes ; vous devez les laver avec l’Eau Céleste, jufqu’à ce Hermétique. 3 of que vous en ayez ôté la noirceur. & pour lors votre Eau fera animée de cette Essence ignée, qui opère toutes les merveilles de notre Art. Je ne puis vous donner ìà- dessus de meilleurs conseils, que ceux da grand Trismégide : Oportet ergo ~ vos ab Aquà fumum super - exijîemem , ab Un- guento nipredìvem , & a face moriem de- pellere s mais le seul moyen de réussir dans cette Opération , vous est enseigné par le même Philosophe , qui ajoute immédiatement après : Et hoc Dífalutione , quo pe~ rafio, maximum habemus Philofìphiam } & omnium secret ot um Secretum. Mais afin que vous ne vous trompiez pas au terme de Compose ; je vous dirai que les Philosophes ont deux sortes de Composés. Le premier, est le Composé de la Nature ; c’est celui dont j’ai parle dans la première Clef; car c’est ía Nature qui le fait d’une maniéré incompréhensible à P Artiste . qui ne fait que prêter la main à la Nature , par l’administration des choses externes , movennant quoi elle enfante , Sc produit cet admirable Composé. Le second , est le Composé de l’Art : c’est le Sage qui le fait par l’union intime da Fixe avec le Volatil , parfaitement conjoints , avec toute la prudence qui se peuc aciuénr par les lumières d’une profonde Phstosophie.Le Composé de 1 Art n est pas zo8 Le Triomphe îout-à-fait le même dans le second , qu®' dans le troisième Oeuvre ; c’est néanmoins toujoiys l’Artiste qui le fait. Géber le définit un Mélange d’Argent vif & de Soufre ; c’est-à-dire , du Volatil & du Fixe > qui, agissant l’un fur l’autre , fe volatilisent j & fe fixent réciproquement juf- qu’à une parfaite fixité. Considérez Pèse m pie de la Nature ; vous verrez que la Terre ne produiroit jamais de Fruits , si elle n’étoit pénétrée de son Humidité , & que l’Humidité demeurerait toujours stérile , si elle n’étoit retenue, & fixée par !a íìccité de la Terre. Vous devez donc être certains , qu’on ne peut avoir aucun bon succès en notre Art, si, dans le premier Oeuvre , vous ne purifiez le Serpent, né du limon de la Terre , si Vous ne blanchissez ces fèces féculentes & noires, pour en séparer le Soufre blanc , le Se! ammoniac des Sages , qui est leur chaste Diane , qui fe lave dans le Bain. loutce Mi stère n’est que Pextra* étion du Sel fixe de notre Composé, da-ns lequel consiste toute Pénergie de notre Mercure. L’Eau , qui s’éléve par Distillation , emporte avec elle une partie de ce Sel igné ; de forte que Paffulion de l’Eau fur le Corps réitérée plusieurs fois, > ïmpreigne, engraissé > & féconde notre Mercure» & le rend propre à être. fixé j Hermétique. zoD jus ' cc qui est le terme du second Oeuvre : Ora 'ins ne sçaurok mieux exposer cette vérité , dé- qu’Hermès a fait par ces paroles : Ckm vi~ )u- àerem quod A qu asenfim crassier , durior- ;c , que fi en ïnciperet , gaudebam ; certò enim la- jçìebam , ut invenirem quod querebam. uf- Quand vous n’auriez qu’une fort mé- ’é- diocre connoiflànce de notre Art, ce que ; la je viens de vous dire seroit plus que fuf- , íì fisant, pour vous faire comprendre que , & toutes les Opérations de çette Clef, qui lé- met fin au premier Oeuvre, ne font autres la que Digérer, Distiller, Cohobcr, Dilfour dre, Séparer, & Conjoindre, le tout avec on douceur & patience : De cette forte, vous ire n’aurez pas seulement une entière extraire ction du Suc de la Vigne des Sages ; mais ;r- encore vous posséderez leur véritable Eau- u- de-vie : Et je vous avertis que plus vous fre la rectifierez , & plus vous la travaillerez , [ui plus elle acquerra de pénétration, & de le vertu. Lts Philosophes ne lui ont donné a- le nom d'Eau-de-vie , que parce qu 5 elle ns donne la vie aux Métaux ; elle est prote prement appeliée ia grande Lunaire , à il- cause de la splendeur, dont elle brille : ils ic la nomment, auílï la Substance sulphurée , de . le Baume , la Gomme , l’Humidité vis- 3, queusc , & le Vinaigre très-aigre des Phi» re îosophes, &c. : j Ce n’est pas fans raison que les Philofo.» gio Le Triomphe phes donnent à cette Liqueur Mcrcurielle le nom d’Eau pontique , & de Vinaigre très aigre : Sa ponticité exubérante est le vrai caractère de fa vertu ; il arrive de plus, comme je l ai dèja dit , dans fa Distillation , la même chose qui arrive en celle du Vinaigre, le flegme Sc l’eau montent les premiers , les parties soufreuses Sc saìmes s’élevent les derniers : Séparez le Flegme de l’Eau . unissez l’Eau & le Feu ensemble , le Mercure avec le Soufre, & vous verrez enfin le Noir très-noir, vous blanchirez le Corbeau , Sc rougirez le Cigne. Puisque >e ne parle qu’à vous , vrais Disciples d’Hcrmès , je veux vous révéler un Secret, que vous ne trouverez point entièrement dans les Livres des Philosophes. Les uns se sont contentés de dire , que de leur Liqueur on en fait deux Mercures , l’un blanc , Sc l’autre rouge. Flamel a dit plus particulièrement, qu’il faut se servir du Mercure citrin , pour faire les Imbibitions au rouge ; il avertit les Enfana de l’Art de ne pas fe tromper fur ce point ; il assure aussi qu’il s’y feroit trompé lui-même, fi Abraham Juif ne l’en avoit averti. D’autres Philosophes ont enseigné , que le Mercure blanc est le Bain de la Lune , Si que le Mercure rouge est Fe Bain du Soleil : Mais il n’y en a point qui ayent voulu montrer distinctement aux HERMETIQUE. 3 11 Enfans de la Science , par quelle voie ils peuvent obtenir ces deux Mcrcures Sì vous m’avez bien compris, vous étés dèja éclairez fur ce point. La Lunaire est le Mercure blanc : Le Vinaigre très-aigre est le Mercure rouge. Mais pour mieux déterminer ces deux Mercures, nourrissez- les d’une Chair de leur efpéce ; le Sang des Innocens égorgez , c'est-à-dire, les Esprits des Corps , tont le Bain, où le Soleil & la Lune fe vont baigner. Je vous ai developé un grand Mistére , st vous y faites bien réflexion : les Philosophes qui en ont parlé , ont passé très- légérement fur ce point important : le Cosmopolite l’a touché fort spirituellement par une ingénieuse Allégorie, en parlant de la Purification , & de P Animation du Mercure : hocfiet , dit-il ,fi Sent noflro au~ rum & argentum deglutire dabìs , ut ipfi consumât iìîa, & tandem ille etìam mo- riturus comburmur . II achève de décrire tout le Magistére en ces termes : Cìneres ejus fpargantur in Aquam ; coquho eam donec satis est , & habes Medìcinam cu- vandi lepram. Vous ne devez pas ignorer que notre Vieillard est notre Mercure , & que ce nom lui convient. parce qu’il est la Matière première de tous les Métaux : Le-même Philosophe dit , qu’il est leur Eau p à laquelle il donne le nom d’Acier 3ï2 Le Triomphe & d’Aiman , & il ajoûte pour une plus grande confirmation de ce que je viens de vous découvrir ; Si undeáes coît Aurum cum eo , emittit fuum Semen , & débilita- turferè ad monem usque; concipit Chalybs , & générât Fi.hum Fatre clariorem. Voilà donc un grand Mistére , que je vous révélé fans aucun Enigme ; c’est là le Secret des deux Mercures , qui contiennent les deux Teintures. Confervez-les séparément & ne confondez pas leurs espèces , de peur qu’ils ne procréent une Lignée monstrueuse. Je ne vous parle pas feulement plus intelligiblement qu’aucun Philosophe n’a fait, mais aussi je vous révélé tout ce qu’il y a de plus essentiel da'ns la Pratique de notre Art : Si vous méditez là deíïus, si vous vous' appliquez à le bien comprendre ; mais fur-tout, si vous travaillez fur les lumières que je vous donne, je ne doute nullement que vous n’obteniez ce que vous cherchez : Et si vous ne parvenez à ces Connoiíîànces,par la Voie que je vous marque, je fuis bien assuré que difficilement vous arriverez à votre but , par la feule Lecture des Philosophes. Ne désespérez donc de rien : Cherchez la Source de la Liqueur des Sages , qui contient tout ce qui est nécessaire à POeuvre : Elle est cachée fous la Pierre : Frapez dessus avec - k HERMETICITE*. Zi; ia verge du Feu magique, & il en sortira une claire Fontaine : Faites ensuite comme je vous ai montré : Préparez le Bain du Roi avec le Sang des Innocens , & vous aurez le Mercure des Sages animé, qui ne perd jamais ses vertus , si vous le ■gardez dans un Vaisseau bien bouché. Hermès dit, qu’il y a tant de simpatie entre les Corps purifiés, Sc les Esprits, qu’ils ne se quittent jamais, lorsqu’ils ont été unis ensemble ; parce que cette union est semblable à celle de s Ame avec le Corps glorifié , après laquelle la Foi nous aprend , qu’il n’y aura plus de séparation , ni de mort. OjAa Spiritus , abíutìs Cotporibas defiderant ineJJ’e , habitis autem ipjìs , eos ■•vivifieant, & in us habitam.V ous voyez çar là le mérite de cette précieuse Liqueur , à laquelle les Philosophes ont donné plus de mille différens noms : Elle eib l’Eau de-vie des Sages , l’Eau de Diane , la grande Lunaire , l’Eau d’Argent vif : Elle est notre Mercure , notre Huile incombustible , qui au froid se congèle comme de la glace, & se liquéfie à la chaleur comme du beurre : Hermès i’appeile îa Terre feuillée , ou la Terre des Fertiles ; non fans beaucoup de raison ; car si vous Pobservez bien , vous remarquerez qu’elîe est toute feuilletée : En un mot, elle est la fontaine très-elaire, dont le Tome III. D d I*4 Le Triomphe Comte Trévifan fait mention : Ensin , elfe est íe grand Alkaest, qui dissout radicale*- ment les Métaux : Elle est la véritable Eau permanente , qui, après les avoir dissous, s’unit inséparablement à eux , & en augmente le Poids & la Teinture. Quatrième Clef. La quatrième Clef de l’Art , est Pénétrée du second Oeuvre ; c’est elle qui réduit notre Eau en Terre ; il n’y a que cette feule Eau au monde, qui, par une simple cuisson , puisse être convertie en Terre ; parce que le Mercure des Sages porte dans son Centre son propre Soufre , qui le coagule. La Terrifícation de l’Es- prit est la seule Opération de cét Oeuvre : Cuisez donc avec patience ; si vous avez bien procédé , vous ne ferez pas long temps fans voir les marques de cette Coagulation ; & si elles ne paroissent dans leur temps , elles ne paroîtront jamais ; parce que c’est un signe indubitable , que vous avez manqué en quelque chose d’es- íentiel, dans les premières Opérations ; Car pour corporifier PEfprit, qui est notre Mercure , il faut avoir bien dissout le Corps , dans lequel Soufre , qui coagule le Mercure , est renfermé. Hermès assure que notre Eau Mercurielle aura acquis toutes les vertus , que les Philosophes H E R M E T ï Q. tT ft 31 f îuì attribuent, lorsqu’elle sera changée en Terre : Vis ejus Integra est, ft w Terram conversa fuerit. Terre admirable par sa fécondité ; Terre de Promiíïïon des Sages , lesquels, sçachant faire tomber la Roíée du Ciel sur elle , lui font produire des Fruits d’un prix inestimable. Le Cosmopolite exprime très-bien les avantages de cette bénite T erre : shà scit Aquam congelare cali- âo , & Spìritum cum eajungere , certe rem inveniet millefies pretìofiorem auro } & omni re. Rien n’approche du mérite de cette Terre , & de cet Esprit, parfaitement alliez ensemble, selon les Régies de notre Art : Ils font le vrai Mercure , ôí le vrai Soufre des Philosophes , le Mâle vivant, Sc la Fémelle vivante , qui contiennent la Semence , qui peut feule procréer un Fils plus illustre que ses Parens. Cultivez donc soigneusement cette précieuse Terre ; ar- rosez-la souvent de son Humidité ; dessé- chez-la autant de fois , & vous n’augmcn- terez pas moins ses vertus, que son poids , Si fa fécondité. Cinquième Clef. La cinquième Clef de notre Oeuvre est la Fermentation de la Pierre avec le Corps parfait, pour en faire la Médecine d u troisième Ordre. Je ne dirai rien en particulier de l’Opération du troisième Oeuvre - zr6 X. b Tr îom?iï ■si non, Que le Corps parfait est un Levain nécessaire à notre Pâte : Que l’Esprit doit faire l’union de la Pâte avec le Levain , de même que l’Ëau détrempe la Farine, & dissout le Levain , pour composer une Pâte fermentée , propre à faire du Pain. Cette Comparaison est fort juste ; c’est Hermès qui l’a faite le premier. S'icut enìm pafia fine fermenta fer ment art non pot est ; fie ckm corpus Jublirnaverìs , mundaverìs , & turpitudtnem à fce.ce feparaverìs ; ckm jungere voltteris, pone in eis fermentum, & aquatn terram confite , ut pafia fiat fermentum, Au sujet de la Fermentation, le Philosophe répété ici tout POeuvre , & montre que tout de même qúe la Masse ,de la Pâte devient toute Levain , par faction du Ferment, qui lui a été ajoûté ; ainsi toute la Confection Philosophique devient par cette Opération un Levain , propre à fermenter une nouvelle Matière, â à la multiplier jusqu 1 à finsini. Si vous observez bien de quelle manière se fait le Pain , vous trouverez les proportions , que vous devez garder entre les Matières , qui composent votre Pâte Philosophique^ Les Boulangers ne roet- tent-ils pas plus de Farine que de Levain, & plus d’Eau, que de Levain & de Farine ì Les Loíx de la Nature sont les Réales que vous devez suivre dans la Prati- Hesmiticur 3 T7 que de tout notre Magistére. Je vous aï donné fur tous les points principaux toutes les instructions qui vous font nécessaires ; de forte qu’il feroit superflu de vous 4 en dire d’avantage , particulièrement touchant les dernières Opérations, à l’égard- defquelles les Philosophes ont été beaucoup moins refervez, que fur les prémié-' res, qui font les fondemens de l’Art, Sixième Clef. La sixième Clef enseigne la Multiplication de la Pierre , par la réitération de la même Opération , qui ne sonsiste qu’à ouvrir & fermer, dissoudre & coaguler* imbiber & dessecher ; par ou les vertus de la Pierre s’augmentent à Pinfini. Comme mon dessein n’a pas été de décrire entièrement la Pratique des trois Médecines , mais feulement de vous instruire' des Opérations les plus importantes, touchant la Préparation du Mercure , que les Philosophes passent ordinairement fous silence , pour cacher aux Profanes des Mistéres, qui ne font que pour les Sages ; je ne m’arréterai pas davange fur ce point Sc je ne vous dirai rien non plus de ce qui regarde la Projection de la Médecine , parce que le succès que vous attendez ne dépend pas delà : Je ne vous ai donné des- instructions très-amples que fur la troiíìé- Ddhj.; g 7 8 Le Triomphe - me Clef, à cause qu’elie comprend uns longue suite d’Opérations , lesquelles quoi que simples Sc naturelles, ne lais- sent pas de requérir une grande intelligence des Loix de la Nature , Sc des Qualités de notre Matière , ausiì bien qu’une parfaite connoiíïànce de la Chimie , Sc des diíFérens degrés de chaleur, qui convien* nent à ces Opérations. Je vous ai conduit parla droite Voie j fans aucun détour ; Sc si vous avez bien remarqué la Route que je vous ai tracée » je m’assure que vous irez droit au but * fans vous égarer. Sçachez-moi bon gré du dessein , que f ay eu de vous épargner mille travaux , Sc mille peines, que j’ay essuyez moi-même dans ce pénible voyage-> faute d’un secours pareil à celui que je vous donne dans cette Lettre , qui part d’un cœur sincère , Sc d’une tendre affection pour tous les véritables Enfans de la Science. Je vous plaîndrois beaucoup fi , comme moi, après avoir connu la véritable Matière , vous passez quinze années entièrement dans le travail, dans Pé- tude , Sc dans la méditation , fans pouvoir extraire de la Pierre, le Sue précieux, qu’eîle renferme dans son sein , faute de connoître le Feu secret des Sages , qui fait couler de cette Plante sèche Sc aride en apparence, une Eau, qui ne mouille H E R M E T ï Q. V i] J r A' pas les mains , & qui par l’union magique de l’Eau sèche de la Mer de Sages , se résout en une Eau visqueuse , en une Liqueur mercurielle , qui est le Principe , le Fondement, Sc la Clef de notre Art : Convertissez , séparez & purifiez les Eiémens 7 comme je vous l’ai enseigné , & vous posséderez le véritable Mercure des Philosophes , qui vous donnera le ■ Soufre fixe , ôc la Médecine Universelle. Mais je vous avertis, qu’après que vous íerez parvenus à la connoissance du Feu secret des Sages , vous ne ferez pas toutes fois encore au bout de la première' Carrière. J’ai erré plusieurs années dans le chemin qui reste à faire , pour arriver à la Fontaine mistérieufe , où le Roi te baigne , se rajeunit, & reprend une nouvelle vie, éXempte de toutes sortes , & par ce moyen vous réussirez fans doute dans votre Entreprise. C’est là tout ce que j'avois à- vous dire i dans cette Lettre ; je n’ai pas voulu vous faire un Discours fort étendu , tel que la matière paroî-t le demander ; mais aussi je ne vous ai rien dit que d’essentiel à notre Art : De forte , que si vous connoissez notre Pierre , qui est la feule Matière de notre Pierre , & si vous avez Inintelligence de notre Feu , qui est secret & naturel tout. ensemble, vous avez les Clefs de l’Art r & vous pouvez.calciner notre Pierre, non par la Calcination ordinaire , qui se fait. par la violence du Feu ; mais par une Calcination Philosophique , qui est. purement naturelle. Remarquez encore ceci avec les plus éclairés Philosophes, qu’il. y a cette différence ,. entre la Calcination ordinaire qui fe fait à force de feu , & la Calcination naturelle : Que la première détruit le. Corps, & çonseme la plus grande partie. H É R M E T I Q. V E. Z L T 3 efon Humidité radicale ; & que la seconde ne conserve pas seulement l’Humi- dité du Corps , en lé calcinant; mais encore elle l’augmente considérablement, l/expérience vous fera connaître dans la Pratique cette grande vérité ; car vous -trouverez en effet, que cette Caîcination Philosophique, qui sublime ,, & distile la Pierre en la calcinant, en augmente de beaucoup PHumidité : La raison en est , que l’Esprit ignée du Feu naturel se cor- porifie dans les Substances qui lui font analogues. Notre Pierre est un Feu, Astral qui simpatise avec le Feu naturel, & qui:, comme une véritable Salamandre , prend naissance , se nourrit, 6c croît dans le Feu Elémentaire , qui lui est géométriquement proportïoné. Le Nom: de l’Auteur est en Latin dans- cette Anagramme : H'IVES - SICUT - ARDENS, S F I N„ La Lumière L A SORTANT TAR SOÎ-MESME D E S TENEBRES. POEME Sur la Composition âe la Pierre deí Philosophes j traduit de P Italien avec un Commentaire. Chant Premier. I. E Cahos ténébreux étant sorti- comme une MaíTè confuse du fonds du Néant , au premier son de ía Parole toute puìíïan- îe ; ont eut dit que le désordre l’avoit produit , & que ce ne pouvoit être l’Ouvra- ge d’un Dieu , tant il était informe, Tou- SORTANT DES TENEBRES, z 25 tes choses étoient en lui dans un profond repos , Sc îes Elémens y étoient confondus , parce que l’Efprit Divin ne les avoir pas encore distinguez. II Qui pourroit maintenant raconter de quelle maniéré les Cieux , la Terre & la Mer furent formez si légers en eux-mêmes , Sc pourtant si vastes, eu égard à leur étendue ì Qui pourroit expliquer comment le Soleil & la Lune reçurent là haut le mouvement & la lumière, Sc comment tout ce que nous voyons ici bas , eut la Forme & l’Estre ? Qui pourroit enfin comprendre comment chaque' chose reçut fa propre dénomination , fut animée de son propre esprit, & , au sortir de la Masse, impure Sc inordonnée du Cahos fut ré^ glée par une loi, une quantité Sc une ms-» sure ? III. O vous du divin Hermès les Enfans 3 Sc les Imitateurs , à qui la Science d@ votre Père a fait voir la Nature à découvert 5. vous seuls , vous seuls fçavez comment cette main immortelle forma la Terre Sc les Cieux de cette Masse informe du Cahos ; car votre grand Oeuvre fait voir clairemement que de la même maniéré dont f 2 4 - L A Lumieki est sait votre Elixir philosophique ) Vietk aussi a fait toutes choses. I V. Mais il n’appartient pas à masoible plume de tracer un íì grand tableau , n 5 étant encore qu’un ehetis Enfant de P Art, sans aucune expérience : Ce n’est pas que vos doctes Écrits ne m’ayent fait apercevoir le véritable but où il faut tendre j & que je ne connoiííè bien cet Illiaste, qui a en lut tout ce qu’il nous faut, aussi bien que cet admirable Composé, par lequel vous aveZ' sçû amener de puissance en acte la vertu» des Elémens. V.- Ce n’est pas que je ne sçache bien que' votre Mercure secret , n’est autre chose' qu’un Esprit vivant, universel & inné , lequel en forme de vapeur aérienne déeend sans cesse du Ciel en Terre pour remplir son ventre poreux , qui naît ensuite parmi les Souphres impurs , Sc en croissant passe de la nature volatile à la fixe , se don-- nant à soi-même la forme d’Humide radss cal. V I. Ce n’est pas que je ne sache bien en- Sors - que si notre Vaisseau ovale n’eít SOS.TÀ’NT BES TENEBRES. Z «scellé par l’Hiver , jamais il ne pourra retenir la vapeur précieuse , & que notre bel Enfant .mourra cLès fa naissance , s’il «’est promptement secouru par une main industrieuse & par des yeux de Lincée, car autrement il ne pourra plus être nourri çrémens, quel effet ne doit-on pas attendre de leur Humide radical, ou plutôt de leur noyau & de leur centre dépouillé de tout excrément, Sc pris dans un véhicule convenable. Un pareil Remède n’agit pas violemment, Sc n’irrite pas la Nature • au çontraire , il rétablit ses forces languissantes , Sc lui communique , par ses influen» çes bénignes Sc fécondes, une chaleur naturelle en laquelle il abonde. C’est par là qu’il opère dans les corps des Animaux des cures admirables & incroyables, lors- qu’au lieu d’employer la main du Médecin , la Nature feule sert en même temps de Médecin Sc de Remède. Tous les médicamens ordinaires ne font, çomme nous avons dit, qu’irriter la Nature , & l’obliger de ramasser toutes ses forces contr’eux ; d’ou ii arrive qu’après SORÏA'NT TSÊS TeNÊB&ES. z- £ í SVoir pris quelque remède , on reste longtemps languissant Sc abbatu. La Nature feule fçait rejetter les excrémens, & c’ess cette feule faculté qui est nécessaire en pareille occasion. Car de donner des purgatifs à un corps affoibli, ce n’est qu’an grir le mal, Sc augmenter les excrémens , au lieu de les diminuer ; mais puisque c’cst le propre de la Nature , lorfqu’un Homme est en santé , de rejetter d’elle - même les humeurs superflues ; pourquoi, quand elle est languissante, ne pas tâcherde la fortifier, & de lui communiquer une nouvelle ligueur par le moyen de notre Médecine ? Que d'e cures" admirables & tí'cssets íurpre- nans naîtroient de cette méthode. Je ne nie pas qu’on donne quelque fois des Cardiaques , qui, avec la faculté da purger, en ont encore d’autres très-bon- nes • mais outre qu’on en use fort rarement, ces Remèdes font préparez si grossièrement , Sc leur vertu est si foible, qu’ils font la plupart du temps fort inutiles ; il arrive même souvent , que celui qui les prend est si mal, qu’il n’a pas la force , non pas de sentir fesser du Remède , mais de sentir même le Remède. Je fçai bien encore qu’il y a certains Remèdes qui soulagent la Nature fans i’irriter, Sc qui par leur vertu spécifique attirent Sc surmontent la maladie ôc l’humeur, Sc il est vrai Ffiij 342 La Lumibre qu’avec de tels Remèdes on scroit qua^ fi sûr de guérir. Mais quiest-cequi les con» noît, ou qui, les connoissant , les sçait bien préparer ? La Science douteuse ne produit que des effets douteux ; & il n’y a que la feule Médecine Philosophique qui soit propre à toutes sortes de maladies ; non que par de différentes qualités elle produise des effets différens , car fa -faculté est uniquement de fortifier la Nature , laquelle par ce moyen est en état de se délivrer de toutes fortes de maux , quand on les supposeroit infinis. C’est fans doute de cette Médecine qufil «est dit dans l’Ecriture Sainte , que Dieu a créé une Médecine de la Terre , que l’Homme sage ne méprisera point. Elle est dite de la Terre , parce que les Philosophes la tirent de la Terre, Sc l’élevent à «ne nature toute céleste. Qui connoît cette Médecine, n’a pas besoin de Médecin, à moins qu’iln’cn use en plus grande quantité que la Nature ne demande ; car c’est «n Feu très-pur, qui étant trop fort, décorerait une moindre flamme ; Sc comme «n Homme, qui mangeroit trop suffoque- troit sa chaleur naturelle par trop de substance , de même les forces du corps ne ipourroient soutenir une trop grande abondance de ce Remède, 6c la chaleur naturelle servit trop dilatée. Les racines des SORTANT BES TîNEBRES. 343 Arbres, & les semences des Végétaux se nourrissent d’eau , & vivent d’eau ; mais s’il y en a en trop grande abondance, elles se noyent âc meurent. En cela comme en routes choses il faut de la prudence. Qu’on ne s’e'tonne donc plus si notre Pierre opère de si grandes choses , lorí- qu’eîle est administrée par les sages mains du Philosophe, & si les maladies les plus opiniâtres & les plus incurables font guéries comme par miracle , puisque la Nature en est tellement fortifiée & renouvellée, qu’il n’y a point de mauvaise qualité qu’elie ne soit en état de surmonter. Âprenez qúe c’est de la Nature seule que vous recevez ia guérison 8c la santé, pourvu que vous sachiez l’aider, 8i comme vous ne craignez point que votre Lampe s’éteigne tandis que vous avez de l’huile pour y mettre, ne craignez pas non plus que les maladies vous aíîàillent, tandis que la Nature aura en réserve un si grand trésor. Cessez donc de vous fatiguer nuit & jour dans la recherche de mille Remèdes inutiles , A ne perdez pas votre temps dans de vaines Sciences, ni dans des Opérations fondées fur de beaux raisonnemens , en vous laiíïànt entraîner par l’éxemple , & par les opinions du Vulgaire. Tâchez plutôt de bien comprendre ce que c’est que la Pierre des Philosophes , & alors vous F fiiij 544 LàLumïhre aurez îe vrai fondement de la Santé, fe trésor des Richesses, & la connnoissance ■ certaine de la Nature, avec la Sapience. Mais ii est temps de dire ici quelque chose de la vérité & de la possibilité de cet Art a l’égard de la Teinture, par laquelle les Philosophes assurent qsson peut teindre en Or les Métaux imparfaits, parce que îa connoiílànce de cette possibilité donnera encore plus d’envie de s’attacher à Fétudè de cette Doctrine ; & fans nous arrêter à Pautorité des Philosophes , dont on peut lire les Ecrits à ce sujet, nous ne nous attacherons qu’aux raisons qui nous ont persuadé , afin d’en mieux persuader le Lecteur, & lui donner lieu de juger des choses par lui-même , & non pas par autrui , comme nous Pavons pratiqué , avant , que nous eussions la connoissance de la vérité. Tous les Métaux ne font autre chose v qssArgent vif coagulé , & fixé absolument ou en partie, & comme il seroìt trop long de rapporter ici Pautorité des Philosophes pour prouver cette vérité, nous les laisserons encore à part à cet égard, & nous dirons seulement quhl est constant, par l’expérience, que îa Matière des Métaux est Argent vif, parce que dans leur liquéfaction ils font connoître visiblement les mêmes propriétés & la même nature SORTANT DES TeNEBSES. _ 3.4 f cíe V Argent vif. Ils en ont le poids, la mobilité , la splendeur, l’odeur , & la facile liquéfaction ; quoi qu’on jette dessus , il surnage à la superficie ; ils sont liquides & ne mouillent point les mains ; ils font mous, & quand ils font liquéfiez , ils s’era vont en fumée comme l’Argent vif en plus ou moins de temps, selon qu’ils font plus ou moins décuits & fixez , à l’exception toutefois de TOr, qui, pour fa grande pureté êc fixité , ne s’envole point du feu » mais y demeure confiant dans la fusion. Les Métaux démontrent toutes ces propriétés de f Agent vif, non seulement dans la liquéfaction, mais encore en ce qu’ils fe mêlent facilement avec l’Argent vif ; ce qui n’arrive à aucun autre Corps fublunai- re, la principale propriété de i’Argent vif étant de ne sc mêler qu’avec ce qui est de fa propre nature Quand donc il fe mêle avec les Métaux , cela vient de la matière de l’Argent vif, qui leur eft commune , & le Fer ne fe mêle avec lui, Sc avec les autres Métaux que difficilement, parce qu'il a très-peu d'Argent vif, dans lequel réside la vertu métallique, avec beaucoup de Soufre terrestre-, Ôc il faut même quelque artifice pour lui donner la splendeur mercuneïïe , la facile liquéfaction , Sc les autres propriétés dont nous avons parlé, lesquelles toutes conviennent L A L tJ Bï I È R E plus ou moins à certains Métaux qu’à d’atf ires. La ductibïlité, qui consiste dans Pu- nion mercurielle, & dans la conglutina- lion de 1’Humide radical, est encore une marque dans les Métaux que l’Argent vif y abonde , & y est très-fixe , ce qui fait que TOr est le plus ductìble des Métaux. Outre ce que nous venons de dire s pour justifier que les Métaux ne font autre chose qu’Argent vif, on le découvre encore dans Panatomie, & dans la décomposition de ces mêmes Métaux, car il s’en tire un Argent vif de même eílènce que' f Argent vif vulgaire, & toute la substance du Métail se réduit cn lui, à proportion que chaque Métail en participe ; mais du Fer beaucoup moins que des autres Métaux, à cause dequoi il est îe plus imparfait , comme i’Or est le plus parfait en ce qu'il est tout Argent vif. D’où l’on doit conclure que si l’Or n’est le plus parfait des Métaux, & n’est proprement tout Métal , que parcs qu’il est tout Argent vif fixe, il n’y a point d’autre substance d’Argent vif, soit pure ou impure, soit cuitte ou crue, cette différence ne changeant rien à l’cfpéce , comme un Fruit est toujours le même quant à l’espéce, soit qu’il soit vert su mur, acerbe ou doux, êí qu’il diffère en dégrés de maturité , ou comme «n Homme sain diffère d’un SORTANT DES TENEBRES. 347 Homme malade, & un Enfant d’un Vieillard. Cela posé, Que les Métaux ont pour Substance métallique le seul Argent vif, leur transmutation ou plutôt leur maturation en Or ne sera pas impossible, puisqu’ií ne faut pour cela que la feule décoction ; or cette décoction se fait par le moyen de la Pierre Phisique , qui étant un vrai Feu métallique , achève dans un instant, par la main du Philosophe, ce que la Nature est mille ans à faire. A i’égard de cette Pierre , elle est faite de la feulé moyenne Sc três-pure Substance de l’Argent vif, Sc fi l’Argent vif vulgaire peut bien fe mêler avec les Métaux lorsqu’ils font en fusion , comme l’eau se mêle avec l’eau, que ne peut-on pas dire de cette noble, très pure & très-pénétrante Médecine, qui est tirée' de lui, & amenée à une souveraine pureté , égalité , & exaltation ? Sans doute elle pénétrera l’Argent vif dans ses moindres parties ; elle l’embraíTera comme étant de fa nature , Sc étant toute ignée , Sc rouge au dessus de la rougeur des Rubis , elle le teindra en couleur citrine, qui est le résultat de la suprême rougeur , mêlée Si tempérée avec la blancheur de P Argent vif. A l’égard de la fixité, nous disons que la Substance de l’Argent vif dans tous les Métaux, l’Or excepté, est crue Si pleine Z48 La Lumière m d’une humidité superflue , parce que c’eíl le en cela que l’Árgcnt vis abonde ; or le Sec bj naturellement attire son propre Humide, la le dessèche peu à peu, & ainsi la Sèche- m resse & l’Humidité se tempérant l’une pat se l’autre, il se fait un Métail parfaitemeni pi égalisé , qui est l'Or : Et comme il n’estni le sec ni humide , mais participant également îl de l’un & de Pautre , cette égalité fait que dt k partie volatile ne surmonte point la par- ta rie fixe, mais qu’au contraire elle resistí ce au feu , y étant retenue par celle-ci ^ parce que dans souvrage de la Nature 1 í nc Sec terrestre & l’Humide font liez en ho- p? mogénéité ; de là vient que dans la sub- îu stance de s Argent vif, ou tout s’envole, P 1 ©u tout demeure fixe «Sc constant dans le P« feu, fans que rien de la partie humide îu «'exhale, ce qui ne peut arriver à aucun M autre Corps, à cause du défaut de cette parfaite mixtion. • 3n Nous voyons donc maintenant com- 8' ment notre Humidité desséchée, & ren- cl dúë souverainement pure, & pénétrante) dt peut entrer dans la Substance de l’Argent vif, renfermée dans les Métaux, la tein- d 1 dre & la fixer, après en avoir séparé les c ' excrémens dans l’éxamen , Sí qu’il n’y a 11 que cette feule Substance qui se puisse con- r ‘ Vertir en Or , à l’exclusion des autres. Pat ©u se découvre Terreur de ceux qui s’í- SORTANT BES TENEBRES. Z4^ înag'ineDt qu’un Corps imparfait, comme que c’eíl le Cuivre, le Fer ou quelqu’autre sem- or le Sec Cable, peut être tout converti en Or par Humide, la Médecine, sans séparation de ses excré- 1 Sèche- mens & de fa scorie ; & qu’il n’y a que sa une pat seule Substance humide mercurielle qui alternent puisse être ainsi changée. Ceux donc qui ìn’estni îe prétendent, sont des Imposteurs ; cat gaiement il ne se peut faire d’altération que dans : fait que des Natures semblables ; & quand on nous >t la par- raconte que des clouds, ou autres mor- e résiste eeaux de Fer , trempez dans un certain le-ci ;H Menstruë, ont été transmuez en Or, on ature ls nous dit faux, & Ton ne connoît pas la 5 en ho- nature des Métaux ; car quoi qu’une par- ; la sub- îie paroisse Or, & que l’autre garde sa envole, première Forme métallique, il ne s’ensuit dans le pas pour cela qa’il y ait eu de transmuta- humide tion ; mais c’est une imposture , & n’est à aucun autre chose qu’une partie d’Or , collés de cette adroitement à une autre partie de Métail imparfait, à la vérité avec tant de justesse : 5t com- ^u'il semble effectivement que ce soit un Sc ren- Coud entier, mais la fraude est facilement étrante, découverte par un Esprit éclairé. ’Argent Ce furent les choses par lesquelles je la rein- demeurai persuadé de la vérité de la Scien- paré les ce - à je croi qu’elles suffiront à tout Hom- il n’y a me de bon entendement, pourvu qu’il les sse con- rapporte toujours à la possibilité de la Na- res. Pat qui s’i- 11,1 j j! 3so La Lpmiese ture. Cependant il peut consulter encore i les autres Auteurs >• mais avant que d’en- treprendre TOeuvre qu’il lise & relise attentivement ce qui suit. Sortant’dis Tenibris. z y ï- CHANT PREMIER, I. Ií Cahot ténébreux étant sorti comme um Majfe confuse du fonds du Néant , au prémier son de la Parole toute puisante j ont eût dit que le désordre Vavoit produit , & que ce ne pouvoit être POu- vrage d’un Dieu , tant il étoit informe . Toutes choses étoient en lui dans un profond repos , & lés Elémens y étoient confondus , par ce que P Esprit Divin ne les avoit pas encore difinguez,. CHAPITRE PREMIER. ’Oovragï de la Création étant un Ouvrage Divin , il est sans doute que pour le bien comprendre, ii faudroit un esprit surnaturel, âc que c’cst se jetter dans de grands embarras , que d’entreprendre de parler de ce qui est si fort au dessus de nous , puisque toutes les hyperbo-, tzs2 La Lcmiïrë les , & toutes les similitudes , prises des choses visibles, ne fçauroient nous fournir d’idée , qui réponde , comme il sauf , à Fextenfion de ce Poinr invisible & infini. Toutefois , si par les choses créées on peut aller jusques au Créateur , & s’il est de Fordre de fa nature ineffable , de faire connoître ses propriétés & son essence f quoi que d’une maniéré imparfaite à notre égard, par les choses qu’il produit au dehors , il ne fera pas hors de propos de suivre notre Poète dans les instructions qu’il donne fur ce sujet, & d 1 expliquer un peu plus au long ce qu’il a si doctement écrit en peu de mots de ce merveilleux Ouvrage , afin que ce que nous dirons puiíse être de quelque utilité à ceux qui professent F Art Hermétique , & serve en même temps à la louange de ce ? rand Ouvrier, dont , ( comme parle le rophéte ) les Cieux racontent la gloire, & leur Etendue les œuvres de ses mains. II est impossible à l’Homme d’élever un bâtiment, si auparavant il n’a posé ses fon- denxens ; mais ce qui est défendu à la Créature est permis au Créateur ; parce qu’é- tant lui même la baze de ses propres ouvrages , il n’a pas besoin d’autre fondement. Si on demande donc pourquoi la Terre , pressée de tous côtés par F Air, demeure immobile, pourquoi les Cieux SORTANT DES TeNEBRÊS. g Sc la masse des Corps célestes se remuent avec tant d’ordre , Sc que cependant nos yeux ne discernent point la Cause & le Principe de toutes ces choses ; il suffit pour toute réponse de dire que ce sont des émanations du Centre , & que le Centre en est la véritable baze. O Mistére admirable , révélé à peu de. personnes ! La baze de tout le Monde , c’est le Verbe in- créé de Dieu ; Sc comme le propre du Centre est de représenter un Point dans lequel il ne peut y avoir ni dualité ni division quelconque , qu’y a t’il suffi de plus indivisible , quelle plus grande unité que le Verbe Divin. Le Point du Centre, ncn moins indivisible qu’invisible , ne se peut comprendre que par la Circonférence ; de même le Verbe de Dieu invisible n’eíì compréhensible que par les Créatures. Toutes les Lignes se tirent du Centre 3c aboutissent au Centre j de même tout ce' qu’il y a de créé est sorti du Verbe de Dieu , Sc retournera en lui après la révolution circulaire des temps. Le Point: da Centre demeure immobile pendant que la roue tourne ; de même le Verbe de Dieu: demeure immuable pendant'que.toutes les autres choies-font sujettes k des change— mens & à des vicissitudes. Comme, toutes ; choses sont- émanées-du;Cemre:par:e.xt@M* ainss toutes choies retssraerwt LV Z54 L à Lumière Centre par resserrement ; l’un a étésaíf par une bonté incréée, l’autre se fera par une sagesse impénétrable. Le Verbe ineffable de Dieu est donc, pour ainsi dire, le Centre du Monde , & cette visible Circonférence est émanée de lui, retenant en quelque façon la nature de son Principe ; car tout ce qui est créé renferme en soi les Loix éternelles de son Créateur, & il l’imite autant qu’il peut dans toutes ses actions. La Terre est comme le Point Central de toutes les choses visibles : tous les fruits , & toutes les productions de la Nature font auffivoir àl’œil qu’eìles renferment dans leur Centre le Point de leur Semence , qu’elles l’y conservent , Sc que de lui émanent toutes leurs vertus êc leurs propriétés , comme autant de Lignes qui se tirent du Centre , ou comme autant de Rayons qui sortent d’un Corps lumineux. L’Homme, ce pe- tit Monde, dont i’image a tant de rapport avec celle du grand Monde , ffa t’ií pas un Cœur , duquel, comme du Centre , dérivent les Artères , qui font les véritables Signes des Esprits vitaux, Si leurs rayons étincelants ? Où , je vous prie , est le modèle & l’éxemplaire de cette structure , si ce n’est dans le grand Monde f où est la Loi qui a prescrit une telle disposition , fi ce n est simpreffion Divine f En SORTANT DIS TeNïBRIS, J 55 forte que comme Dieu soutient tout par sa présence, tout est gouverné auíïï par ses Loix éternelles. Posons donc pour constant qúe de ce Point ont été tirées cette infinité de Lignes que nous voyons. Mais il y a une grande Question, qui jstest pas encore bien décidée , à sçavoir comment & sous quelle forme étoit la Matière des choses dans le Point de ía création. Si nous considérons de près la Nature, & la disposition des choses inférieures , nous aurons lieu de croire que ce n’étoit qu'une Vapeur aqueuse , ou une ténébreuse Humidité ; car si entre toutes îes Substances créées, la feule Humidité se termine par un terme étranger, & si par conséquent c’est un Sujet très-capable de recevoir toutes les F ormes, elle feule aussi a dû être le Sujet fur lequel a roulé îouL PQuvrage de la Création. En effet , ce Cahos ténébreux , comme l’a fort bien remarqué notre Poète , étant informe, & une masse confuse , propre à toutes les Formes , & indifférente pour toutes ( selon qu’Aristote, & plusieurs sçavans Scho- lastiques après lui, ont dit de leur Matière première ) devoir nécefîàirement avoir PEssence d’une Vapeur humide. On remarque que dans toutes les productions qui se font au Monde inférieur -, íss Spermes font 'Swjoprs revêtus êsss La Lïï m te r je humeur aqueuse , & que les Semences áe® Végétaux , qui ont en elies une nature hermaphrodite , étant jettées en terre pour y être réincrudées , commencentpar sc mol- lifíer , & par être réduites en une certaine humidité muífilagineuse. II ne se fait point de Génération en quelque Règne que ce soit, ( comme nous le ferons voir dans un Chapitre exprès ) qu’auparavant. les Spermes ne soient réduits en leur première Matière , laquelle est un vrai Cahos ^ non plus universel, mais particulier , &. spécifié, La Narure a voulu que les Semences; végétables fussent couvertes d’une dure; écorce pour les défendre de l’injure des; Eiémens, & les conserver plus îong-tems pour la commodité & f'usage du Genre. Humain; mais lorsque nous voulons les multiplier par une nouvelle génération, il faut nécesstirement.les réíncruder , & les, réduire en quelque façon dans leur pré- mier Cahos. A i’égard des Semences des Animaux, comme elles font plus nobles ëí glus remplies d’efprits de vie, elles n’au- roient pu se conserver hors de leurs corps, à moins d’avoir une écorce plus dure que le marbre, ce qui auroit répugné à la dignité du Composé , & auroit été sort incommode pour la génération. C’est pourquoi la sage Nature n’a pas voulu sépare? SORTANT DES TENEBRES. f J 7, le Sperme du Corps , mais elle Py a conservé tout cru & aqueux ; & ce Sperme r comme on l’expliquera. ailleurs, par Pex- citation d’un mouvement libidineux , est. jetté dans une matrice convenable , comme dans fa terre pour y être réincrudé par Punion du Sperme féminin, de nature plus humide , & ensuite multiplié en vertu &. en quantité par le moyen de la nutrition. Ce que nous avons dit des deux Rè- ' gnes Animal & Végétable , se peut fort: bien appliquer au Règne Minéral ; mai» comme nous en devons traiter dans un Chapitre particulier, nous n’en dirons rien: ici. II suffit que nous ayons fait voir , que î’Humidité aqueuse ou la Vapeur ténébreuse a été sans doute la Matière de cette MaíTe informe , & de cet Embrion du Monde, qui devoit servir de baze & de fondement à toutes les Générations. Et. tout ce que nous avons avancé fur ce. Sujet se prouve par la Doctrine Evangélique , où il est dit du Verbe Divin ,, que par lui toutes choses ont été faites ^ & que fans lui rien de ce qui a été. fait, n’eût été fait ; & lorfqu’il est ajoûté que ce Verbe étoit avec Dieu, cela veut dire ,,qu’au commencement il y. avoir un. Centre ou un: Point infini, premier Prin- pe" incompréhensible, qui étoit ce Verbe prnel, duquel point, toutes choses ont: zy8 La Lïïmiïsï été tirées, & fans ce Point rien ne pouvoir être. Et à l’égard de cette Vapeur humide, qui a servi à former le premier Cahos, 6r qui a été tirée de ce Point, Moïse nous la désigne aíïèz, quand il dit que la Lumière fut créée immédiatement, Sc que l’Esprit du Seigneur se mouvoit sur les Eaux ; ne faisant, comme on voit, mention que de la Lumière pour îa Forme, & de l’Eau pour le Sujet cahotique, & informe avant la manifestation de la Lumière, par la vertu de l’Eíprit Divin. Aureste, quoi qu’ilsoitditqu’au commencement Dieu créa Sc Ciei & la Terre, il ne faut pourtant pas entendre que la distinction du Ciel à de la Terre ait été faite , avant que îa Lumière fût séparée des Ténèbres , n’étanî pas áe la dignité ni de Perdre des choses, que la création de la Lumière fut postérieure à celle de la Terre , Sc que les choses inférieures fussent produites avant îes supérieures. Car, si selon î’opinion commune des Théologiens, îa troupe des Anges Sc des Esprits bienheureux a été créée dans le point même de la création, de k plus pure substance de la Lumière, quelle apparence y auroit- 51 que PElément de tous le plus grossier » Sc la lie du Monde fût produit avant ces Intelligences célestes ? Outre cela, je demander ois , sien ce temps là le Ciel & la SORTANT DES TENEBRES. Z Terre étoient distingués comme nous les voyons , ou s’iis étoient confus Sc pêle- mêle. Si c’est le premier, ôc qu’on entende que la Terre occupoit le centre da Monde, Sc que les Cieux ^environnaient sphériqueraent ; comment'se pouvoit faire îe mouvement des Cieux fans la Lumière , de laquelle dérive tout mouvement f Car de dire qu’ils ne se mouvoienî pas, ce fe- jroit avouer que la Terre , par ce repos Sc êc cette privation de mouvement, auroit été derechef comme engloutie dans son premier Cahos fans aucune distinction , puilqu’il n’apartenoit qu’à la feule Lumière de chasser les Ténèbres, ôc de les repousser jusqu’au fonds des Eaux, comme nousl’expliquerons dans3a fuite. Si auffion dit qu’ils rfétoient pas alors arrangez com- me ils font à présent, donc ils étoient confus , & nullement distinguez en Ciel & en Terre , Sc le Ciel n’auroit pû à juste titre porter le nom de Firmament, ou d’Eten- duë, qui sépare les Eaux d’avec les Eaux ; mais c'eût été un Cahos fans ordre, & une maílè confuse , ce que nous accordons. Moïse fait donc ici une division générale du Monde , désignant par le Ciel la partie supérieure visible, & la partie inférieure par la Terre , comme plus groíïïére & élé- > mentaire ; après quoi il passe à la distinction particulière, en nous apprenant que la Lu- # 3 §0 L A L U M'I S R E miére fut tirée de ce Point central 8c éternel. Or comme la Lumière étoit la véritable Forme de cette prémiére Vapeur humide , ii fe fit auíE en même temps la production de toutes les Formes en généraL Le Cahos n’avoit donc au commencement que ^apparence d’une Eau nébuleuse , & ce qui confirme cette vérité, c’eít qu’il est dit ensuite , que les Eaux , qui étoient au dessus de PEtenduë, furent divisées des Eaux qui étoient au dessous de FEtenduë ; par où i! paroît clairement, qu’en haut & en bas , dessus & dessous PEtenduë , il n’y avoir autre chose qu’uns Substance d’Eau , comme le Sujet le plus propre-à toutes les Formes , créé à cet effet d’une façon merveilleuse. Ge fondement ainsi posé, il faut maintenant poursuivre la description de cct Ouvrage immortel. Or nous avons dit, que du Gentre étoient sorties ces Vapeurs confuses & fans ordre , qualifiées du nom d 1 Abîme j fur lequel les Ténèbres étoient épanduës ;& alors, comme renseigne notre Poète, tous les Elémens confondus êc mêlez ensemble sans aucun ordre , étoient dans un plein repos, & ce profond silence étoit comme une image de la mort ; îes A gens ne fai soient aucune action , les Patiens ne foudroient aucune altération ; nul mélange des uns avec les autres , & par conséquent SORTANT DES TENEBRES. Conséquent nul passage de la Corruption à îa Génération ; enfin il n’y avoir aucune marque de vie ni de fécondité. CHANT PREMIER. Strophe II. \Qui pounoït maintenant raconter de quelle maniéré les Cieux , la Terre & la Mer furent formez fi légers en eux-même s , & pourtant fi vases , eu égard à leur étendue ? Qut pourroìt expliquer comment le Soleil & la Lune repurent là haut le mouvement & la lumière, ù“ comment tout ce que nous voyons ici bas , eut la Forme & l’Efire ? jQui pourroit enfin comprendre comment chaque chose reçut sa propre dénomination , fut animée de son propre esprit, & , au sortir de la Masse impure & inordonnée du Cahos , fut réglée par une loi, une quantité Ù* une mesure. Chapitre II. L A Lumière sortant comme un trait de cet éternel & immense trésor de 'Lumière, chassa dans un instant toutes les Ténèbres par fa splendeur radieuse , dissipa l’horreur du Cahos, & introduisit ia Forme universelle des choses , comme Tome III. H li z 62 La LtTMIERE peu auparavant, le Cahos en avoir fourni îa Matière universelle. Auífi - tôt on vit l'Esprit du Seigneur se mouvoir sur les Eaux , ne demandant qu’à produire , & tout prêt d’éxécuter les ordres du Verbe éternçl. Dèja par la production de la Lumière , le Firmament avoit commencé d’ê- tre, comme un milieu entre la supérieure & la plus subtile partie des Eaux, & entre l’inférieure & la plus grossière. Après quoij de la plus pure Lumière, enrichie de l’Esprit Divin , fut créée la nature Angélique , dont l’office perpétuel est d’être portée sur les Eaux surcélestes dans le Ciel empirée , toujours prête d’obéïr &ux ordres de son Souverain. Les Loix éternelles de Dieu ont passé de-là aux Créatures inférieures , & c’est fur ce Divin Modèle que la Nature a formé ses régies pour toutes les choses d’ici bas ; en sorte que chaque Créature est comme le Singe de son Créateur , ôc représente parfaitement bien l’ordre admirable dont il s’est servi. Car, comme du Centre du Verbe éternel les rayons de Lumière s’épandîrent au long & au large dans i’immeníìté, de même chaque Corps créé pousse íans cesse hors de lui ses propres rayons , quoi qu’inviíibles , qui se multiplient à l’infini. Or ces Rayons ou Esprits , qui émanent ainsi de tous les .Corps, SORTANT DES TENEBRES. Z 6z sont des particules , mais envélopées , d© cette première Lumière parfaitement pure , qui feule peut fraper & pénétrer le Verre , & même le Diamant le plus dur , ce qui est refusé à l’Air le plus subtil. C’est donc une Loi de Dieu qui oblige chaque Créature , autant que ses forces le lui peuvent permettre , de suivre le premier ordre établi dans le point de la Création, de que nous justifierons encore plus clairement dans un Traité que nous ferons exprès , Dieu aidant, pour fa gloire & futilité des Enfans de f Art. Dèja par la vertu de cet Esprit Divin, séparateur , îes plus pures & plus subtiles Vapeurs avoìent été ramassées ; & comme elles participoient abondamment de ía Lumière diffuse , elles étoient par conséquent un Sujet très-propre à y fixer la Lumière. Aussi vit-on d’abord le Firmament orné de Corps lumineux ; dèja des étincelles de Lumière avoient brillé , Si dèja les Etoiles tremblantes avoient fait éclater leurs rayons dans les Cieux, quand le Souverain Créateur rassembla toute cette Lumière dans le Corps du Soleil, qu’il fit comme le Siège de fa Majesté, suivant ce que dit le Prophète : II a mis fan Tabernacle dans le Soleil. Par ^irradiation continuelle de la Lumière le jour avoit apparu ; les Eléraens Hhij 3^4 La Lumière eto;ení émus ; 1c Principe des Générations étoit prochain , & n’attendoit que îe commandement du Verbe éternel. Cependant, quoi qu’il y eût naturellement de la simpa- thie entre les Eaux inférieures & les supérieurs , il ne laissoit pas pourtant d’y avoir beaucoup de disproportion entr’el» les, 6c les Agens supérieurs auroïent fans doute agi avec trop de vitesse ôc de promptitude fur les inférieurs ; ce qui obligea le fçavant Architecte de l’Univers d’unirces deux extrêmes par un milieu convenable , afin que leur mutuelle action fût plus modérée. Pour cet effet il créa la Lune , êc l’établit comme la Fémelie du Soleil, afin qu’ayant reçu en elle fa Lumière chaude & féconde, elle l’attrempât par son humidité , & versât par ce moyen des influences plus propres & plus convenables aux Natures inférieurcs.ll donna la domination fur le jour à l’un, & à l’autre !a domination fur la nuit , la plaçant dans la plus basse partie du Ciel, afin qu'elle fût plus en état de recevoir les influences des Supérieurs» & les communiquer aux Inférieurs. II jugea auffi à propos de la composer de la moins pure partie des Eaux supérieures, quhl ramassa en un corps afin que fa Lumière fût plus opaque, plus froide, & plus humide;& de là vient que toutes les altérations des Corps fublunaires font attribuées plutôt à la Lune qu’au Soleil t à çaufe de SOKTA&Î DES TENEBRES. Z 6 $ son affinité avec la Nature inférieure , Sc que les milieux s’unissent bien plus aisément aux extrêmes , que les extrêmes ne s’unissent entr’eux. Mais il est temps de poursuivre Tordre de la Création, Dèja par la Création du Firmament & des Corps lumineux s’étoit fait le mélange des Elémens , & dèja les Eaux inférieures commençoient à souffrir quelque altération , quand, par faction des Supérieurs , Sc par la voie de la raréfaction , il s’éleva comme du sein de ces Eaux, Sc se forma de la plus pure de leurs parties l’Air que nous respirons ; & comme les Eaux les plus grossières environnoient encore toutes choses, Dieu , par fa parole , les rassembla toutes , faisant apparoir le Sec ou la Terre, qui fut comme f excrément Sc les fèces de ce premier Cahos. Mais que dirons nous du mouvement & de l'étenduë des Cieux , de la .stabilité de la Terre , & de tout ce qui est contenu en eux ? Sc comment pourrons-nous atteindre à ce qui est si fort au-dessus de notre portée ? II semble qu’il ne doit appartenir qu’aux célestes Habitans d’annoncer de si grandes choses ; cependant, puisque nous faisons la principale partie de cette Lumière très-pure, ce seroìt un crime de ne pas profiter des avantages que Dieu nous a donnez, Sc notre ame toute cèle- H h iij Z<)6 L' A L 0 M I E R ’E fie, quoi qu’ensermée dans un Corps élémentaire , seroit indigne de son origine , íî elle ne publioit de toutes ses forces les choses magnifiques du trés-Haut ; ce seroit même une espèce d’impiété, & en quelque façon combattre l’harmonie admirable des Ouvrages Divins, que de n’o- fer nous élever jusqu’aux choses supérieures j puisqu’elles font d’un même ordre avec nous. IS n’y a qu’un seul Auteur de toutes choses , dans lequel il ne peut y avoir de variété ; qu’il ne reçoit aucune exception , & il a toute la perfection qu’il est poííìble d’imaginer. Ainsi ii faut recon- noître que tout est également l’ouvrage de sa sagesse , & l’cffet de sa bonté & que l’intention du Créateur a été que les choses créées , qui éíoient incompréhensibles en lui, fussent compréhensibles hors de lui, asin que par elles nous pallions parvenir à le connoître ; A puisque le Ciel, P Air & le Soleil même, sont auffi-bienles Créatures de ses mains que la moindre pierre & le moindre grain de fable, il faut croire qu’il n’est pas plus difficile de connoître les uns , que de comprendre les autres. Peut-çtre que quelque Esprit mal-lait, & qui suit la Lumière pour suivre les Ténèbres , s’imagincra qne le Corps humain est d’une structure moins noble , & moins parfaite que les Cieux ; mais il se trompe* SORTANT VTS TeNEBRES. roi t fort, puisque les Cieux & le Monde même n’ont été faits que pour lui. Ayons donc bon courage , & ne craignons point d’entreprendre de discourir des choses supérieures , par rapport à ce que nous con- noissons des inférieures, puisqu’une petits lumière en augftiente une plus grande , Sc qu’une étincelle allume quelquefois un grand feu. Mais avant que d’entrer dans la distinction des Cieux , il faut sçavoir ce qu’on doit entendre par ce mot de Ciel, & consulter sur cela í’Ecriture Sainte comme notre unique régie , puisque l’ordre de la Création y est fort fidèlement décrit dans la Genèse , quoi qu’un peu obscurément, êí que Moïse n ? en a rien dit que par inspiration-Divine , étant pourtant d’ailleurs fort sçavant, & fort instruit dans la Science de la Magie naturelle. On nous y apprend donc que Dieu fit le Firmament ou l’Etenduë , asin de séparer les Eaux d’avec les Eaux , & que Dieu appella cette Etendue Ciel,- par où l’on voit que îe mot de Ciel & celui de Firmament ne font qu’une feule $í même chose ; & que lorsqu’il est dit qu’il y a eu deux sortes d’Eaux, les unes au dessus du Firmament, Sc les autres au deílbus ; c’est comme fi on disoit qu’il y a eu des Eaux au dessus du .Ciel, éc des Eaux au dessous du Ciel. II H h iiij z68 La Lumière est encore dit que les Eaux , qui étoìenî au dessous du Ciel, fôrent rassemblées en un lieu , afin que le Sec, c’est-à-dire la Terre , apparût, Si que cet amas d’Eaux fût appellé Mer , comme tout ce qui est au-dessus de ces Eaux inférieures fût appellé du seul nom de Ciel ou Firmament. Au reste il ne faut pas croire que ces Eaux inférieures puissent jamais outrepasser le commandement Divin, qui porta qu’elles seroient assemblées en un lieu. C’est pourquoi, quand nous voyons que ces Eaux ne peuvent s’élever au dessus de la Région des nues , c’est parce qu’im- médiatement au delà est le Ciel ou le Firmament séparateur des Eaux. Car quoique le propre de l’Eau soit de se raréfier & que la raison naturelle nous dicte , que plus elle monte , plus elle doit acquérir de raréfaction, à cause de la grande capacité du lieu ; toutefois il arrive que ces Eaux se resserrent au lieu de se dilater, & qu’elles se condensent en cet endroit là , comme si elles j rencontroient un verre ou un cristal solide ; ce qui ne provient nullement du froid , ou de quelque autre Cause éloignée , mais de leur feule obéissance aux ordres de Dieu , qui a voulu qu’elles fussent distinctes Si séparées des Eaux supérieures par le Firmament. Nous pouvons donc déterminer que lé Ciel 3 SORTANT'DES TENEBRES. 3 6$ proprement parlant, contient tout cet espace , qui est depuis le dessus des nues jusqu’aux Eaux supérieures, appellées par plusieurs le Ciel cristalin : & le Ciel ou Firmament ( pour parler selon l’Ecriture ) est le Séparateur des Eaux, A l’égard de la division qu’on fait du Ciel en plusieurs parties différentes, ce n’est qu’une façon de parler. Dieu plaça les Etoiles Sc les autres Lu» minaires dans le Ciel, chacun dans le lien qui convenoit le plus à fa nature ; le Firmament n’étant de foi autre chose que la division des Eaux , Sc une certaine étendue dans laquelle la Lumière devoit être répandue pour éclairer & informer le monde. Mais comme la Lumière est de nature spirituelle, Sc par conséquent invisible, il étoit nécessaire de la revêtir de quelque Corps opaque, par le moyen duquel elle pût être sensible aux autres Créatures, ce qui obligea le souverain Créateur de former des Luminaires de l’amas des Eaux supérieures, dont il fit divers Corps suivant fa volonté , Sc leur départit la Lumière néceíïàire pour luire deçà & delà. Et comme dans tous les Corps de cette basse Région , les Eaux inférieures ont servi à fournir la Matière dont il étoit besoin , on doit dire aussi que tous les Corps célestes n’ont été formez; que de la feule Matière '3 f o La Lïïmiibï des Eaux supérieures ; car en eíFet, à quoi bon multiplier les Matières , puisque du seul Cahos on pouvoir faire toutes lés diverses distinctions qui ont été faites. Dieu donc ayant ramassé quelques parties des- Eaux supérieures , fous une forme sphérique , la nature de l’Eau étant toujours de se condenser en rond , il les revêtit de lumière , & les plaça dans Fe Firmament, afin ( comme il est dit dans la Genèse) que quelques-unes présidasient fur l'e jour, & les autres fur la nuit & fussent pour signes des temps Sc des saisons. Sur quoi il est bon de remarquer en passant combien c’est une chose ridicule, pour ne pas dire impie , que d’ajouter foi aux discours de ces Astrologues qui font leurs observations-fur ces Corps célestes, avec la pensée de pénétrer dans les secrets de Dieu, touchant les divers événemens des Hommes,leurs inclinations , leurs actions, à autres accidens, qui ne peuvent être prévus que par Dieu seul, lequel s’en est réservé la connoissance, & duquel seul dépend tout ce qui arrive au Monde. Mais laissons-les flotter au gré de leurs erreurs, & conten- tons-nous de pouvoir, par le moyen de ces Corps célestes, faire des prognostics , touchant les divers changcmens du temps Sc des faisons , ce que pourra facilement connoître un Homme un peu habile Si expérimenté, SORTANT DES TENEBRES fjï Tous les Corps lumineux occupèrent chacun leur place dans la vaste étendue du Firmament, & y furent balancez par leur propre poids & félon leur nature différente. Et quoique ce soient des Corps légers , puifqu’ils font formez des Eaux supérieures ; néanmoins,par rapport au Firmament , Sc eu égard à leur masse , ils se- roient assez pésans pour craindre qu’iìs ne sortissent de cette même place s’ils n’y étoient arrêtez , & comme fixez par le vouloir de Dieu , Sc par la direction de quelque Intelligence assignée à chacun d’eux , selon l’opinion de quelques Théologiens , qui veulent que tous les Corps des Créatures ayent chacun une Intelligence particulière qui préside fur eux. Ajoutez à cela le mouvement rapide du premier Mobile , qui , étant circulaire , fait, que tout ce qui se meut par lui , demeure dans fa propre Sphère & dans son Eccliptique. Inexpérience même nous faisant voir que quelque masse que ce soit , de Plomb ou de Marbre, dès qu’elie vient à tourner sphériquement, perd son poids, & Vole , pour ainsi dire , en tournoyant également autour du Centre ; en forte qu’un fil très-délié seroit capable de Py retenir toûjours dans une même distance. Nous voyons encore qu’une roue-, quelque grande qu’elle soit, après le premier. •572 La Lumière mouvement qui lui est imprimé , sé meut par soi-même , Sc tourne avec facilité autour de son Axe. Après cela i! ne faut plus s’étonner que les Corps des Luminaires , quoique d’une grandeur prod Aïeule, tournent facilement chacun dans fa propre Sphère , fans varier d’un seul point, comme s’ils étoient clouez à un mur solide. Au teste la cause d’un tel mouvement ne provient que de cet Esprit vivant & lumineux, dont ces Corps font pleins ; car cet Esprit ne peut souffrir le repos , & c’cst de lui que dépendent toutes les actions , & toute la force des Esprits vitaux , comme nous le ferons voir quelque jour en traitant de la structure admirable de l’Homme. Le Ciel donc proprement est pris pouf le Firmament, lequel de fa nature est unique , & fans distinction. Mais comme nous avons accoutumé d’appeller du nopi de Ciel tout ce que nous voyons au deílus de nous revêtu d’un habillement céleste , soit le Lieu des Eaux supérieures, soit l’Empirée, la dénomination fe prenant ordinairement de ce qui est le plus sensible Sc le pins en vûe ; de même Moïse a employé le mot de Terre pour désigner les ■Elémens inférieurs , & celui de Ciel pour signifier les supérieurs. En imitant Moïse,, nous appellerons donc tout ce qui est au dessus de nous Cid , Si tout çe qui est ctv SORTANT CES TeNEE&ES. 575 Ibas Terre ; après quoi nous diviserons cette Partie supérieure en trois Classes ou en trois Cieux. Le premier Ciel fera posé depuis cette Région Elémentaire, qui est immédiatement au dessus des nues, & où les Eaux inférieures ont leur terme assigné par lç Créateur jusqu’aux Etoiles fixes ; c’est-à- dire , jusqu’au Lieu où sont les Planettes errantes , ainsi dites à cause que dans leur tour, elles n’observent aucun ordre en~ îr’elles, mais tournent différemment les unes des autres pour mieux donner la forme à l’Univers, & servir à marquer le changement des tems 8c des faisons. Le deuxième Ciel fera le Lieu même des Corps fixes , dans lequel les Etoiles vont également, gardant toûjours entre- elles la même distance , & observant un cours invariable , ce qui fait qu’on les ap- pelleiixes, comme fi elles étoient effectivement attachées à quelque Corps solide. Ce premier & ce deuxième Ciel se joignent successivement, & il n’y paroît aucune distinction , ff étant qu’un même Firmament , & la même Partie supérieure de i’Unívers, comme nous l’avons dèja dit. Le troisième Ciel fera le Lieu même des Eaux furcélestes , distinctes des Eaux inférieures par le Firmament séparateur, 6c c’est là que sont les Çataractes des Cieux , |74 L a ^tnsïiÊRE qui s’y conservent pour réxécutioti de$ secrets jugemens de Dieu , & pour servir d’instrumens à fa vengeance, comme on s vû autrefois, lorsque Dieu envoya le Déluge pour la punition des Hommes. C’est jusqu’à ce troisième Ciel, voisin de i’Empirée , où réside la Majesté de Dieu & l’Armée de ses saints Anges > & où l'E- criture nous apprend que Saint Paul a été ravi, & elle ne nous marque point de bornes plus éloignées que le troisième Ciel. ; On pourroit demander si ces Eaux fur- , célestes mouillent, ou non ; mais il n’y a nulle difficulté à décider qu’elles ne mouillent point, parce que ce font des Eaux; raréfiées d’une raréfection souverainement parfaite , & que c’est proprement l’Esprit des Eaux. Et s’il nous est permis d’argu- menter du moins au plus t Les Eaux inférieures , quoique grossières Sc comme les fèces des autres, ne mouillent point lors* qu’elles font raréfiées 6c répandues ça 6c là dans les Airs , les Eaux supérieures doivent encore moins mouiller , tant à cause de leur nature plus subtile, que parce qu’elles sont dans une bien.plus vaste étendue. D’où l'on peut apprendre que plus FEau est raréfiée , plus elle approche de la nature de cette première Eau très-pure , placée au dessus du Firmament dans la Région Eîhérée. De cette raréfaction des des èrvir s on a le mes, ia de Dieu l’E- 3 été bor- el. fur- i J y_a ouil- ïaux ment isprit rgu- infé- e les lors- &là doi- :ause u’el- duë. ’Eau ì na- pla- Ré- des SORTANT DES TENEBRES, 375* Eaux , & de leur nature bien étudiée , le Philosophe Hermétique tirera plus destruction que de toute la Science d’Aristote & de ses Sectateurs , quoique d’ailleurs très-subtile & très-bellc , considérée à d’autres égards : C’est ce qu’insinuë le docte Sendivogius dans fa Nouvelle Lu~ tntére, quand il dit qu’on doit bien observer les merveilles de la Nature , Sc surtout dans la raréfaction de l’Eau ; mais nous traînerons de ces choses.plus amplement dans le.ur lieu. A l’égard de la Matière, dont le Firmament est composé , on ignore si ce n’est qu’tin vuìde , ou si c’est quelque chose de différent desEaux qui l’environnent. Mais en examinant de près la nature des choses , peut-être ne laisserons-nous pas de pénétrer la vérité malgré f éloignement qu’il y a .delà à nous. Nous disons donc que la Substance des Eaux a servi ,de Matière universelle , comme la Lumière a servi de Forme universelle ; & comme la Lumière diffuse de tous côtés devoit être principalement resserrée dans Je Firmament, & y resplandir avec plus d’éclat, son domicile devoit ausiì par conséquent avoir plus d 1 affinité avec la Lumière que la Substance matérielle n’en a, afin qu’elle eût lieu de luire & de répandre plus librement ; ©r il n y a qpe l’Air , & la nature de l’Air 37 6 La Lumier* qui soit voisine du Feu , ce que nous voyons par l’éxemple de notre feu ordinaire qui vit d’air, comme étant très conforme à fa nature , d’où nous concluons que dans la Région Ethérée, où les Elémens font plus purs & dans une plus grande vigueur, la Lumière tient lieu de Feu, le Firmamentid’Air, & les Eaux supérieures d’Eau. A 1*égard de la Terre , comme ellen’est pas proprement un Elément, mais l’écorce & la lie des Elémens , elle n’a point de rang dans un lieu où il n’y en a point pour des excrémens ; car la Lumière étant là dans son propre & naturel habitacle, elle n’a pas besoin d’envelope » comme elle en a besoin ici bas, ainsi que nous salions faire voir. Après avoir parlé du Ciel Sc des Corps célestes , il est temps de venir aux Elémens inférieurs ; & parce que nous avons souvent sait mention des Eaux inférieures, ïl faut présentement en dire quelque chose. Les Eaux inférieures ayant été séparées » Sc ramassées en un lieu par la vertu du Verbe Divin, à quoi contribua beaucoup faction de la Lumière , qui, chassant les Ténèbres , les obligea de fe réfugier dans le profond des Eaux, voilà aussitôt comme un nouveau Cahos, qui fe fit voir dans la Nature inférieure , car tous les Elémens y étoient confondus Sc fans ordre sortant r>ïs Tenebres. 377 3re f Sc il ne s’y faisoit aucune action. Ce qui obligea le Sage Créateur de départir à cette Nature inférieure une Lumière qui lui fût particulière ; mais parce qu’il est de la nature de la Lumière de vouloir toujours s’élever en haut, il songea à lui donner un Sujet qui fût propre à lui servir de domicile & à le retenir, & pour cela il chosit le Feu : Mais parce qu’il est très- pur Sc très-fec de sa nature , fortsitibond, & fort attractif de son humide naturel aérien , qu’il auroit trop aisément absorbé par Faction qui lui est naturelle, & se se- roit si fort augmenté ; qu’il auroit été capable de consumer presque tout le Monde , ác de convertir en lui tout l’Air inférieur la Nature prudente, ou plutôt T Auteur même de la Nature , en établissant le Feu pour servir de véhicule à la Lumière , voulut en même temps lui assigner une dure Prison , à sçavoir la Terre , Sc qu’il y fût retenu sous fes envelopes impures , de peur qu’il nechapât. il fut donc garot- té, pour ainsi dire par un double lien , à sçavoir par la froideur de la Terre , & par l’humidité de l’Eau crasse , afin qu’étant soumis à ces qualités contraires & anttpe- ristatiques, il demeurât arrêté pour la commodité de la Nature inférieure. Voilà Gomment le Feu fut fait le véhicule de la Forme, c’est-à-dire de la Lumière ; ôc foa Tome III, I i 37 8 LaLumiere Siège mis en la Terre , la lie des Eaux inférieures , où il est détenu fous une dure écorce. Ce Feu agit fur k Matière qui luì cû plus voisine, & plus propre à patir, à fça- voir l’Eau, qu'il raréfie audit ot & convertit cn la nature de i’Air, qui est au dessous des nuè's mêlé d’Eau , 8c attiré par la force des Corps célestes. Mais si ce Feu trouve renfermée au Centre de la Terre une humidité aérienne, dèja produite par son action , laquelle n’ait pu s’exhaler à cause de la solidité des Lieux 8c l’opacité de îa Terre , & qu’il agisse de nouveau fur elle , en joignant à cette humidité aérienne les plus sèches & les plus subtiles parties de la Terre, de là fe fait le Soufre bitumineux, & terrestre, lequel est divers selon la diversité des Lieux. Si aussi cet Air trouve jour pour sortir, il émeut l’au- tre Air & cause le vent. Et si. ce même Feu agit sur une humidité, aqueuse , l’aë- rienne s’éfant exhalée , & qu'elle fe joigne, aux plus pures , mais plus.sèches parties de la Terre, aufquelles elle fe rende adhérante , alors fe fait le Sel commun , 8c delà vient k cause de la fallure de 1a Mer ; car 3a Mer étant trop profonde , & quasi au Centre de k Terre , où le Feu central est le plus vigoureux , ce Feu trouvant là un grand amas d’Eaux 3 qui y font en qu.çlqux SORTANT DES TENEBRES. §7^ sorte de repos , il agit continuellement fur cette Matière humide, l’aërienne s’ex- halant toujours par les portes de l’Eau , & delà se fait le Sel, comme de cette exhalaison d’Air naissent les tempêtes, les tourbillons , & les vents qui viennent de la Mer. Mais nous traînerons quelque jour plus amplement de ces choses , auffi bien que du flux & reflux de la Mer. C’est assez pour le présent de sçavoir quels effçts produit ordinairement cette exhalaison .de l’humidité aérienne , laquelle étant auffi quelquefois retenue dans la Terre, en des lieux très-renfermez qui font obstacle à son paíîàge , y excite de grands trembie- mens de Terre selon la quantité de la Matière éniûë. De cette continuelle action du* Feu sur l’humidité aqueuse , l’union des plus subtiles parties de la Terre , se fait, comme nous avons dit, le Sel commun , lequel par l’agitation de la Mer, fort des cavernes de la Terre , & l’Eau s'en imprégnant par un mouvement continuel, devient salée. Mais ces Eaux salées, venant à passer par les'pores de 3a Terre dans leur cours ordinaire , ce Feu n’a plus d’action fur elles, dautant que les Sources des Fontaines ou des Rivières se trouvent profondes ; car la génération du Sel ne se fait point sur la superficie de la Mer mais dans îa Terre. Delà vient que ides liij 3 8o La LO'Miïri Lieux où se fait le Sel sont enduits de croye, ou s’ils ont les pores fort petits , en forte que l’Eau ne puisse les pénétrer pour y servir à la génération du Sel, ou que le Sel étant fait, elle ne puisse le puiser ni s’en imprégner , alors il demeure dispersé dans les entrailles de la Terre, & l’Eau reste fur la superficie, douce com- j me elle étoit auparavant ; mais dans le , fonds de la Mer, où il y a une grande quantité d’arène , il y a passage à l’Eau pour entrer Zc sc charger de la substance du Sel, & ainsi devenir salée. Voilà comment le Ciel , la Terre , Si ! la Mer ont été produits de ce premier Ca- ! hos informe , & comme le Monde s'est j trouvé formé de leurs divers arrangemens, avec régie , poids & mesure. Mais mon dessein étant de traitter de cette grande Matière dans un Livre exprès , nous y renvoyons le Lecteur. SORTANT DES TENEBRES. Z 8 1 CHANT PREMIER. Stkoïhe III. 0 vous ! du divin Hermès les Enfans & les Imitateurs , à qui la Science de votre Père a fait voir la Nature à découvert ; vous seuls , vous seuls fçavez comment cette main immortelle forma la Terre.& les Cieux de cette Masse informe du Cahos ; car votre grand Oeuvre fau voir clairement que de la même maniéré dont ejl fait votre Elixir philosophique , Dieu aujfi a fait toutes choses » Chaïitre III. L Es seuls Enfans de îa Science Hermétique connoissent les véritables Forv- demens de toute la Nature , Ôc eux seuls, éclairez de cette belle Lumière, méritent le nom de Philîciens. C’est à eux , ainíï qta’à des Aigles, qu’il est permis de regarder fixement le Soleil , source de toute Lumière, à l’heure de sa naissance , & qui peuvent de leurs mains toucher ce Fils du Soleil, le tirer de ses ténèbres , le laver, le nourrir Sc le mener à un âge de maturité. Ce font eux encore qui connoií- sent & adorent Diane, sa véritable Sœur ék qui ayant su Jupiter favorable dans leu? ZZ 2 L A L U M r 8 L L naissance, sont comme les Singes du Créa* teur dans FOuvrage de leur Pierre ; mais s’ils Fimitent sagement, ils le bénissent Sc le louent perpétuellement , lui rendant des grâces infinies du grand bien qu’iis possèdent. En effet , qui pourroit s’imagi- ner que d'une petite Masse confuse, oit les yeux du Vulgaire nevoyentque fèces , Sc abomination , !e sage Chimiste en puisse tirer une Humidité ténébreuse Sc mercurielle , contenant en soi tout ce qui est nécessaire à FOeuvre , suivant le dire commun. Que dans le Mercure ejl tout ce que cherchent les Sages s Sc que dans ce Réservoir des Eaux supérieures Sc inférieures tous les Elémens se trouvent renfermez , lesquels en doivent être extraits par une seconde.Sépara- tion Phisique , parfaitement purifiez , & conduits ensuite à Facte de la Génération parle moyen de la Corruption. Qui pourroit croire que là setrouvât le Firmament s diviseur des Eaux supérieures d’avec ies inférieures , Sc le domicile des Luminaires ausquels il arrive quelquefois des éclipses ? Qui croiroít enfin qu’au Centre de notre Terre se trouvât un Feu , le vrai véhicule de la Lumière, qui ne fût ni dévorant ni consumant , mais au contraire qui est nourrissant , naturel , Sc la source de la .vie, Sc de Faction duquel s’engendre ap SORTANT ]>ES 1LNL8RRSF.' Z § 5 fonds de la Mer Philosophique le vrai Sel de Nature , & qu’ìl se trouve en même temps au sein de cette Terre vierge le vrai Soufre , qui est le Mercure des Sages j ôc la Pierre des Philosophes f O í vous parfaitement heureux d’avoir pu con- joindre les Eaux supérieures avec les inférieures , par le moyen du Firmament : O vous encore plus habiles d’avoir sçû laver îà Terre avec le Feu, la brûler avec Peau» Sc ensuite la sublimer ! Certainement toute sorte de félicité Sc de gloire vous accompagnera fur la Terre >.ác toute obscurité s’enfuira de vous. Vous avez vû les Eaux supérieures qui ne mouillent point j vous avez manié la Lumière avec vos propres mains ; vous avez sçû comprimer l’Air ; vous avez sçû nourrir le Feu , & sublimer la Terre en Mercure , cn Sel, & enfin en Soufre. Vous avez connu lc Centre ; vous en avez sçû tirer des rayons de Lumière , Sc par la Lumière , vous avez sçu chasser les Ténèbres & voir un nouveau Jour. Mercure vous est né, la Lune a été entre vos mains, 3c le Soleil a pris naissance chez vous ; il y est né une seconde fois , 3c a été exalté. Vous avez admiré ce Soleil dans fa rougeur , & la Lune dans fa blancheur , Sc vous avez contemplé toutes les Etoilez dta Firmament au milieu des Ténébre s '384 L A Lumierë de la nuit ; Ténèbres devant la Lumière; Ténèbres après la Lumière , enfin la Lumière mêlée avec les Ténèbres vous a apparu. Que dirai je davantage , vous avez i produit un Cahos, vous avez donné une Forme à ce Cahos, que vous avez tirée de lui-même, & ainsi vous avez eu la première Matière, que vous avez informés , d’unc Forme plus noble qu’elle n’avoit i auparavant ; vous l’avez ensuite corrompue , & savez enfin élevée à une Forme entièrement parfaite. Mais c’est trop parlet fur un Sujet où il est bon d’être. plus réservé. CjïAïîí l SORTANT DES TENEBRES. zZZ CHANT PREMIER. Strophe IV. Mais il n’appartient pas à ma faible plume de tracer un fi grand tableau , n é- tant encore qu 1 un chétif Enfant de P Art , fans aucune expérience. Ce nefl pas que vos doóles Ecrits ne m’ayent fait apper- ce-voïr le -véritable but où il faut tendre J &" que je ne connoijfe bien cet llliafle , qui a en lui tout ce qu’il mus faut , aujfi bien que cet admirable Composé, par lequel vous avez fçu amener de puijfance en aile la venu des Elémens. C H APITRE IV. Î Ci notre Poste s’excuse d’avoir osé se servir de la comparaison qu’il a mise en avant, & fait bien voir que c’est une qualité attachée au vrai Philosophe que cf'ê- tre humble , & sans vanité ; au contraire des autres qui parlent hardiment de ce qu’ils ne sçavent pas. Ils disent bien à la vérité que le Mercure & le Soufre entrent dans notre Composition ; mais aveugles qu’ils font, ils ignorent quel est ce Mercure , quel est ce Soufre, & ne con- noissent ni ce qu’ils traittent, ni le but oà il faut tendre, & les voies qu’il faut tenir Tome III. Kk z§6 La Lumière leur sont incompréhensibles. Ils s’en tiennent au Mercure vulgaire , assurant qusil n’y en a point d’autre , quoique le docte Sendivogius affirme le contraire dans son Dialogue , où il dit qu’il y a bien un autre Mercure , & quoi qu’il soit dit encore ailleurs que notre Mercure ne se trouve point tel fur la Terre , mais qu’il est extrait des Corps. Enfin quoique tous les Philosophes unanimement condamnent le Mercure vulgaire, & défendent de s’en servir , ils s’obstinent à commenter à leur mode le texte des Philosophes , & veulent absolument qu'ils ayent entendu que le Mercure , dans la forme que nous le voyons , n’est pas à la vérité le Mercure des Philosophes , mais seulement lorsqu’il est travaillé & purifié à leur fantaisie, Sc qu’il est réduit sous une autre forme. Quelle folie , grands Dieux ! c’est à peu près comme si quelque Auteur avoit défendu qu’on se servît du Soufre commun pour la confection du Verre, & qu’un Homme s’ob- ílinât néanmoins de Pen vouloir tirer , par la feule raison que la défense auroit regardé le Soufre tel que nous Pavons , mais non pas le Soufre travaillé & préparé ; en faisant en lui-même ce beau raisonnement, que le Soufre a été au commencement Terre, 5c que par conséquent il peut se réduire en Cendre, de laquelle se fera Is SORTANT DES TENEBRES. 387 Verre. Qui ne voit que ce seroit aller directement contre l’mtention de celui qui auroit fait la défence. Voilà comme font ceux qui travaillent fur le Mercure vulgaire , lequel par faction de la Nature a passé dans une Substance certaine, trés-inutile à f Art ; & quoique le Mercure, l’Or, Sc les autres Métaux , même tous les Corps íublunaires contiennent en eux naturellement le Mercure des Philosophes, c’est pourtant une très-grande folie de travailler fur les uns & fur les autres , puisque l’Art a besoin d’un Corps qui soit voisin de la génération.Qu'ils sçachrntdonc que nous devons travailler fur un Corps créé par la Nature,que comme unebonne & prévoyante Mère elle présente à l’Art tout préparé. Dans ce Corps, le Soufre Sc le Mercure se trouvent mêlez, mais très foi- bîement liez ensemble,ensorte que l’Artiste n’a qu’à les délier, les purifier, Sc de rechef les réunir par un moyen admirable. Tout cela se doit faire , non pas par caprice , & par un travail ordinaire , mais avec beaucoup de sagesse & d’industrie , & toujours selon les voies_& les régies de la Nature, qui feule doit gouverner entièrement l’Ou- vrage Philosophique , âc c’est par là seulement qu’on peut parvenir au but qu’on se propose. Ce Corps est appellé par notre Poëte, Kkij 1 z88 La Lumière íiliaste , ou Hyié , & en effet c’est un véritable Cahos j qui dans cette nouvelle production contient en foi, quoique confusément, tous les Elémens, lesquels l’Art industrieux doit séparer , êc purifier par le ministère de la Nature , afin qu’étant de rechef conjoints, il en naisse le véritable Cahos des Philosophes ; c’est-à-dire , un Ciel nouveau & une Terre nouvelle. De cet Hylé ou Cahos le docte Pennot dit admirablement bien dans ses Canons fur l’Ouvrage Phiíìque , que l’Essence , en laquelle habite l’Esprit que nous cherchons, est antée êc gravée en lui , quoi qu’avec des traits & des línéamens imparfaits. La même chose est dite par Ripleus , Anglois, au commencement de ses douze Portes;& iEgidius de Vadìs dans son Dialogue de la Nature , fait voir clairement, Sc comme en lettres d’Or , qu’il est resté dans ce Monde une portion de ce premier Cahos , connue , mais méprisée d’un chacun , Sc qui se vend publiquement. Je pourrois alléguer une infinité d’Auteurs qui parlent de ce Cahos ou Masse confuse j mais ce qu’ils en disent ne peut être entendu que des Ensans de l’Art. Ce font les Oracles du Sphinx , qui ne font clairs que pour ceux qui les comprennent , Sc qui fous une même écorce cachent la vie & la mort. Que celui donc qui entreprens i 50&TANT DES TENEBRES. Z 8^ dia de manier nos Serpens hermétiques, s’arme d’une Théorie solide & fondamentale , s’il ne veut trouver fa perte où il cherche fa sûreté & ses avantages. Que ces malheureux PhilosophâtreS sont à plaindre , qui sor la simple lecture de quelques Livres , osent mettre la main à POeuvre. II ne s’agit pas de lire , mais d’entendre ce qu’on lit ; car s’il n’y avoit qu’à prendre au pied de la lettre ce que disent les Philosophes , que de Sçavans , que d’Hermès , que de Gébers il y auroit au Monde ! mais il n’y a eu , Sc n’y aura qu’un Hermès &qu’un Géber. Qu’il suffise donc aux plus Sages d’être reputcz dignes de leur succéder, & qu’ils comptent qu’iîs ne sçauront jamais rien faire , s’ils n’ap- prennènt auparavant comment il faut faire. Notre Poëte a parfaitement connu cette vérité j Qu’il ne sert de rien de connoître la Matière , de sçavoir les Opérations vulgaires , & de comprendre même la nature de l’Illiaste , si en même temps on n’a une parfaite intelligence des Livres , ôc une profonde théorie. Car enfin ceci est FOuvrage des Philosophes & non des Chimistes ordinaires ; c’est une Oeuvre de la Nature , & non une subtilité de P Art. II faut donc commenser par bien apprendre ce que c’est que la Nature , Sc e’est ce que tu trouveras, mon cher Lecteur, écrit K k ìij z§o La Lumière «n plusieurs lieux ; mais c’est à toi de fé» parer la rose des épines, & si ton jugement ne te sert à cela, la quantité des Livres & des Docteurs ne te servira de rien ; ce sera plutôt une confusion qu’une véritable Science , & loin d’acquérir des Connois- fances, tu ne feras que perdre Sc ton temps & ta peine. CHANT PREMIER. Strophe V. Ce n’efì pas que je ne fi ache bien que votre Mercure secret , n’efi autre chose qu’un Esprit vivant , universel ù“ inné , lequel en forme de vapeur aérienne décendsans cejfe du Ciel en Terre pour remplir fin ventre poreux , qui nuit ensuite parmi les Soufres impurs ,<& } en croijfant ,pajse de la nature volatile à la fixe , Je don* nant à fii-méme la forme d " 1 Humide ra » dical. Chapitre V. I L est temps maintenant de mettre au jour, autant qu’il dépendra de nous, le fondement de toute Sa Doctrine , puisqu’il ne serviroit de rien de connoître le Sujet de notre Science , si l’on ìgnoroit ce qui est renfermé en lui, Si ce qui en doit être- SORTANT DES TENEBRES. ZD T tiré; c’est dans ce dessein que notre Poète continue d’expliquer la nature du Mercure des Philosophes, mais pourtant sous un voile qui cache la vérité anx yeux des Ignorans , & la laisse appercevoir aux Sages &aux Entendus. II établit un double mouvement au Mercure , un de Desceníìon, & l’autre d’Ascension : Et comme le premier sert à rinsormation des Matières disposées , par le moyen des rayons du Soleil & des autres Astres , qui de leur nature se portent vers les Corps inférieurs , Si à révedller par faction de son Esprit vital le feu de Nature , qui est comme assoupi en elles , austì le mouvement d’Ascension lui sert naturellement à purifier les Corps des ex- crémens qu’ils ont contractez , & à exalter les Elémens purs avec lesquels il s’u- nit, Sc donc il fortifie la Nature ; après quoi il retourne vers fa Patrie, devenu plus vicieux à la vérité, mais non pas plus mûr ni plus parfait. Tout de même qu’il y a dans le Mercure un mouvement double , austì trou- ve-t-on en lui une double nature,à sçavoir une ignée & fixe , l’autre humide" & volatiles c’est par là qu’il accorde les Dis- cordans , 6c qu’il concilie les Contraires. Si nous regardons fa nature intrinsèque , c’est le Cœur fixe de toutes choses , très- K k iiij z§2 La Lumière pur, & très-persévérant au feu, le vrai Fils du Soleil, le Feu de la Nature , Feu essentiel, le véhicule de la Lumière ; en un mot le véritable Soufre des Philoso- phes. De lui procède la splendeur; de sa Lumière ia Vie, & de son mouvement l’Esprit. A l’égard de sa nature extrinsèque , c’est de tous les Esprits îc plus spirituel ; de toutes les puretés la plus pure ; la Quintessence des Elémens ; les Fonde- mens de toute îrr Nature, la première Matière des choses ; une Liqueur Elémentaire ; en un mot le véritable Mercure des Philophes. Ce double mouvement, 8c cette double nature du Mercure , font qu’on le considère fous deux différons regards ; car avant fa Congélation 8c dans la voie dc Defcension , c’est la Vapeur aérienne 8c très-pure des Elémens de la Nature des Eaux supérieures , portant naturellement dans son sein l’Esprit de la Lumière, & le vrai Feu de la Nature : II est humide & volatile , & c’est la plus noble portion de ce premier lihaste ou Cahos : C’est l’Eau permanente , tirée de cette première Humidité , toujours la même , & toujours incorruptible : C’est le Vent ou l 1 Air des Cieux , qui porte en son ventre la fécondité du Soleil, Zc qui de ses ailes couvre la nudité du Feu. Mais après la Con- SORTÀVT DES TENEBRES. Z§Z gélation , c’est PHumide radical des choses , qui fous de viles scories, ne laisse pas de conserver la noblesse de sa première origine , Sc sans que son lustre en soit taché ; c’est une Vierge très-pure, qui n’a point perdu fa virginité , quoi qu’on la trouve au milieu des Places publiques ; elle est en tout Corps , & chaque Composé la recolle en lui. Que seroit-çe qu’un Corps fans son Humide radical, Sc comment une Substance pourroit-clle subsister sans son propre Sujet f Comment les Esprits pourroient-ils être retenus s’il n’y avoit pas un lieu propre à les retenir ? Comment enfin le Soufre de Nature pour- roit-il être renfermé , s'il n’avoit pas fa propre prison ? Pour le mieux reconnoî- tre, examinons un peu dc plus près la nature des choses. II y a trois Humidités en tout Composé , comme l’cnseigne le docte Evaldus Vogélius au Chapitre de l’Humidité radicale , dont la prémiere s’appelle Elémentaire , laquelle , dans chaque Corps , est opiniâtrement unie à la Terre , Sc cette Terre & Eau , ainsi unies , sont appellées le Vase des autres Elémsns ; cette humidité n’abandonne jamais absolument le Composé j au contraire elle demeure toujours avec lui, même dans les Cendres , Sc dans le Sel, qui en est tiré j & ce qui 294 L A Lumière est plus admirable , c’est qu’elle reste me* plu me dans le Verre, à qui elle donne la fiai- à r. dité : Cette Humidité est le véritable A La très- pur Elément de l’Eau , qui n’a reçu im] aucune altération des autres Elémens, mais deí qui est demeuré dans la feule & simple nature d’Eau, hors l’union qu’il a con- ch tractée avec la partie terrestre. La deu- lér xiéme Humidité est nommée Radicale , ïïk de laquelle il a été dit quelque chose ci- les dessus , Sc dont nous parlerons encore de plus amplement ci-après : Dans cette Hu- sç: midité consiste particulièrement la force l'î du Corps ; mais elle s’enflamme , & se sé- nu pare aisément du Composé ; il en reste da pourtant toujours quelque petite portion, • q\ & même dans les cendres ; mais elle se íb dissipe entièrement dans la vitrification. La P. troisième Humidité s’appeìle Alimentaire, la & c’est proprement l’aliment qui survient le au Composé : Elle est de la nature de p l’Humidité radicale ; mais c’est avant fa ■ rr Congélation , & lorsqu’elle n’a point en- 1> core souffert d’altération considérable par s< les Agens spécifiques : Elle s’appelle de divers noms , Sc souvent elle est prise chez r les Philosophes pour l’Humidité radica- ( le , à dessein d’embaraíïèr les Lecteurs : r Cette Humidité est volatile, & abandon- i ne presque la prémiere le Corps. Au reste ‘ la connoissance de ces trois Humidités est ] SORTANT SIS TENEBRES, plus nécessaire pour ceux qui s’attachent à notre Science , que ceile de leur propre Langue ; car fans elle ii est absolument impossible de bien connoître le Mercure des Philosophes. Je dirai encore en peu de mots , touchant la première Humidité, que c’cstl’E- lément grossier de l’Eau uni avec l’Elé- ment grossier de la Terre , & qu’ils font les Vases de la Nature , dans lesquels les deux autres Elémens purs font renfermez, fçavoir le Feu dans ia Terre, & l’Air dans l’Eau ; mais non pas pourtant immédiatement ; car le véritable Air est renfermé dans un autre Corps plus pur , auffi-bien que le véritable Feu. Ces deux Elémens font encore nommez les Corps par les Philosophes , parce qu’ils communiquent la corporéïté à toute la Nature, Sc que leur substance sert comme d’habillement pour couvrir la nudité des véritables Elémens ; mais le Corps de la Terre particulièrement comprend Sc revêt- toutes choses. A l’égard de la seconde Humidité, c’est une Humidité aérienne , qui , avant fa Congélation, étant îa vapeur des Elémens , de nature éthérée, conserve cette même nature après la Congélation , ce qui fait que dans chaque Composé , elle prend la forme d’Huile, sur-tout dans les 5 96 La Lumière dan Végétaux , 6c dans les Animaux. Á l’é- le ; gard des Minéraux , comme ils abondent de , principalement en humidité aqueuse & en qu’: ferrestréïté , toutes deux liées ensemble , te . à cause de quoi leur Huile a reçu une al- pot îération terrestre & grossière , il s’ensuit cet: que la nature de leur Huile , où domine cals l’Huraidité , est transmuée en une qualité' 1 qui terrestre , où régne principalement la fé- étai chereíTe , A delà vient que leur Humide n’el radical, sur-tout des Métaux , résiste plus tou opiniâtrement au feu que l’Humide des cet autres Corps; toutes fois cet Humide n’est sujf pas fixe en tous , parce que l’aqueux y que prévaut quelquefois au terrestre ; mais fi cet une telle Humidité étoit resserrée & trans- me muée par la Coction , alors l’Humide est radical deviendroìt très - constant & très- boi fixe au feu. L’Huile donc abonde en té: Humidité aérienne , ce qui fait qu’ellc en /brûle , & s’aîlume aisément , cette pro- ble priété étant particulière à l’Humidité aë- de rienne, ( au lieu que les autres Humi- pìi« dites s’envolent fans s’enflammer ) parce quel’Air est de la nourriture du Feu , qui dit vit de stAir , s’en substante , s’en réjouit tat & se revêt de son corps ; de forte qu’on • cei peut dire que tout ce qui est de substance ■ res huileuse dans les Corps , Contient en foi tui cette Humidité radicale , laquelle dans les C< Végétaux eít fous une forme oléagineuse ; SORTANT DES TENEBRES. 397 dans les Animaux fous une forme de graisse ; & dans les Minéraux fous une forme de Soufre , comme nous avons dit ; quoi qu’il arrive pourtant quelquefois que cette Substance varie, & pour le nom & pour la forme : Mais , au fonds , c’est cette feule Humidité aérienne Sc radicale , renfermée dans leur intrinsèque , qui est à considérer ; car cette Humidité étant détruite, le Composé tombe , A n’est plus ce qu’il étoit j étant altérée , tout le Corps est altéré ; car c’est dans cette feule Humidité que consiste le vrai sujet de toutes les altérations , auffi-bien que le fondement des générations ; mais cette Humidité subsistant, subsiste en même temps la vertu du Composé, lequel est vigoureux ou languissant, selon Fa- bondance ou le défaut de cette Humidité : Enfin , la Nature se trouve renfermée en elle, Si s’y conserve : C’est le vérita- ble"Spcrme des choses , dans lequel réside le Point séminal, comme nous l’ex- piiquerons ci-après. Pour ce qui est de la troisième Humidité , c’est proprement le Mercure végé- table étant encore dans la voie de Def- cension , lorsque par les Rayons planétaires , il décend pour faire végéter la Nature , & multiplier la Sémence dans les Corps ; mais parcs que c’sst une vapeur 3p8 La Lumière très-subtile , & très-spirituelìe , comme l’insinuë fort doctement notre Auteur, elle a besoin , pour pénétrer les Corps inférieurs & se mêler avec eux , de révétir la forme d’Eau , par le moyen de laquelle elle empêche que les Corps ne soient brûlez : Elle sert entièrement à la production des choses dans Pacte de la génération, car c’est le véritable Dissolvant de la Nature , pénétrant les Corps par fa spiritualité innée , & réveillant le Feu interne lorsqu’il est assoupi ; causant auílî par son Humidité la corruption & la noirceur, & à cause de ^acidité qu’il a contractée dans un Corps t o ut-à-fait minéral. II est très- acide , & très-aigu , 6c c’est le véritable Auteur de toutes les motions. 11 est quelquefois comparé au Mcnstruë, 6c il a une telle 6c si grande vertu, qu’on ne sçauroit l’exprimer, quoi qu’à le considérer en lui- même , Sc grossièrement , il soit très-im- parfait, très-crud 6c même très-vil ; mais c’en est assez. Les Philosophes ont quatre sortes de Mercure , dont les noms confondent tellement les Lecteurs , qu’il est quasi impossible d’cn pénétrer le véritable sens. Le principal & le plus noble est le Mercure des Corps, car c’est le plus virtuel 6c le plus actif de tous , 6c c’est aussi à son acquisition que tend toute la Chimie, puis- SORTANT DES TENEBRES. Z YS que c’cst la véritable Sémence , tant re- cherchée, de laquelle fe fait la Teinture & la Pierre des Philosophes. C’cst ce Mercure , qui a mû les Philosophes à tant j écrire ; c 1 est lui qui est véritablement la j Pierre ; &qui ne le connoît pas , se rompt | inutilement la tête à la chercher. Le sc- | cond est le Mercure de Nature , dont l’ac- i quisition demsnde un Esprit très-subtil , & très-docte : C’est le véritable Bain des Sages, le Vaze des Philosophes, PEau véritablement Philosophique, le Sperme \ des Métaux , Sc le fondement de toute la ' Nature : Enfin , c’est la même chose que l'Humide radical , dont nous avons parlé ci-dcvant. Le troisième est appelle le Mercure des Philosophes , parce qu’il n’y a que les seuls Philosophes qui le puissent avoir ; il ne se vend point ; il n’est point connu , Sc ne se trouve que dans les seu’s magazins des Philosophes , Sc dans leurs Minières. C’est proprement la Sphère de Saturne , la véritable Diane , Sc le vrai Sel des Métaux, dont l’acquiíìtion est au-dessus des forces humaines ; fa nature est très- puissante , Sc c’est par lui que commence POuvrage Philosophique , c’est-à-dire , après son acquisition, O que d’Enigmes ont pris de lui leur origine ! que de Paraboles faites pour soi ! que de Traités composez fur lui ! II est caché fous tant 4©o La Lumière de voiles, qu’il semble que toute l’adrefîè des Philosophes a été mise en Oeuvre pour le bien enveloper. Le quatrième est le Mercure commun , non celui du Vulgaire , qui est nommé de la forte seulement par ressemblance, mais lc nôtre, qui est le véritable Air des Philosophes ; la vraie moyenne Substance de l’Eau , & le vrai Feu sécret : II est appelle commun, parcs qu’il est commun à toutes les Minières ; que c’cst par lui que les Corps des Minéraux font augmentez , A que c’est en lui que consiste la Substance métallique. Si tu connois bien ces quatre Mercure , mon cher Lecteur , te voilà dèja à l’entrée, Sc le Sanctuaire de la Nature t’est ouvert ; car tu as dèja en eux trois Elé- mens parfaits, à sçavoir l’Air , l’Eau & le Feu : A l’égard de la Terre pure , tu ne peux savoir que par la Calcination Philosophique ; & alors seulement la vqrtu de la Pierre sera entière , quand tout sera changé en Terre. Mais voilà suffisament parlé de la nature de Mercure , Sc si notre Auteur , dans un autre genre d’écrire , en a traité doctement & magnifiquement, nous croyons avoir dit en peu de mots tout ce qui s’en pouvoit dire , Sc auíli clairement qu’une telle Science le peut permettre. Tu verras encore dans la fuite de plus grandes choses ; en forte qu’il ne te SORTANT DES TENEBRES. 4OI te restera que de mettre ia main à l’Oeuvre ; mais avant que de commencer , prends garde à bien entendre ce que tu liras. CHANT PREMIER. Strophe V I. Ce n’ejlpas que je ne fçache bien encore , que fi notre Vaisseau ovale n’ejl scellé par l’Hyver , jamais il ne pourra retenir la vapeur précieuse , & que notre bel Enfant mourra dès fia naissance, s'il itefl promptement secouru par une main industrieuse & par de s yeux de Lincée , car autrement il ne pourra plus être nourri de fia première humeur , à l’éxemple de F Homme , qui après s’être nourri de sang impur dans le ventre maternel , vit de lait lorsqu’ìl efi au monde. Chapitre VI. T Ous îes Auteurs disent beaucoup de choses du Sceau d’Hermès, & assurent tous que fans lui le Magistére seroit détruit, puisque par son moyen seul les E prits font conservez & le Vaisseau bien muni. Mais je n’ai pû encore comprendre ce que veut dire notre Poste par le mot d’Hiver qu’il employé , de forte que je Tome III. 402 La Lumière croirois aisément que c’est une faute d’é- criture > & qu’il devroit y avoir fi 'ïLùrfi dt vetro au heu dì verno , la reííemblance des mots ayant pû tromper le Copiste. Cependant je n’ignore pas ce que Sendi- vogius entr’autres enseigne , à fçavoir que l’Hiver est cause.de putréfaction, parce que les pores des Arbres & des Plantes font bouchez par le froid , ce qui fait que les Esprits s’y conservent mieux , 6 c ont leurs actions plus vigoureuses. Mais je ne vois pas comment ce raisonnement pourroit être appliqué à notre Oeuvre, où une chaleur continuelle doit environner la Matière , & l’échausser jusques à la fin , tous les Auteurs convenant que si elle vient 3 cesser un moment, la Com- Î olîtion tombe & f Ouvrage est détruit. ls apportent pour exemple l’Oeuf mis fous la poule pour la production du Poulet, qui devient inutile dès qu'il est refroidi. C’est ce qui a mis mon esprit cn suspens sur Tintention d" notre Auteur. Pour toi, mon cher Lecteur, sans t’arrêter à tout cela , lorsque tu voudras en temps dû mettre ton Oeuvre dans ton Vaisseau, prends feulement bien garde qu’ilsoit scellé exactement, afin que la vertu y soit retenue dans toute fa force, & que les Eaux salutaires & précieuses ne puissent en sortir s car c’est là où est tout le péril : Rap- SORTAKT DES TëNEBRES. -d® J porte fur tout ton Ouvrage à celui de la Nature ; qu’eile te serve de Maîtresse & de Guide, & observe soigneusement comment elle opère en pareil cas ; ayant toujours dans ton esprit la manière dont elle se sert pour mettre son ouvrage dans fort vase , & l’y sceller exactement, car la con- noistance de l'un donne celle de l’autre* Si tu veux chasser le froid de la maison , allumes y du feu ; mais si tu veux retenir l’Efprit, qui ne demande qu’à retourner vers fa Patrie , empêche PEnnemi Rapprocher des murailles, de peur qu’il ne tombe entre ses mains , & alors il demeurera à la maison ; sois donc prudent Si avisé. Nous avons nécessairement besoin d’u- ne Sage-femme lors de la naissance de TEnfant ; mais, si elle le reçoit fans précaution , on doit appréhender qu’il ne lui échape : Ou , si rayant reçû devant le temps , elle le ferre trop avec ses linges , il courra risque d’ècre suffoqué : Et enfin , si elle n’a bien soin d’cn séparer l’arriére- fais Sí les autres fuperfìuités , il est à craindre , ou qu’il n’en meure , ou qu’tl ffera soit perpétuellement infecté. On ne íçau- roit donc trop , en pareille occasion , recommander la prudence &. la vigilance ; car chaque chose a son heure déterminée pour la nai(lance, auffi-bien, que son Âb- Llij 404 La Lumière tomne pour la maturité. Les fruits cueillis avant le temps , ne viennent jamais à une parfaite maturité ; s’ils mûrissent aussi plus qu’il ne faut, ils pourrissent aisément. Ainsi rien n’est si nécessaire que de con- noître ce terme moyen ôc précis de la parfaite maturité; car que ferviroit-il de cultiver un fruit, de l’arroser, ôc le faire mûrir, s’il n’étoit pas cueilli dans le temps convenable ; ce feroit une peine entièrement perdue. Le temps de la naissance n’est point déterminé par les Philosophes, qui varient fort entre eux fur cela ; mais il suffit d’a- vertir le Lecteur que tout fruit fe doit cueillir en fa saison , ôc que la Nature qui fe plaît dans ses propres Nombres , est satisfaite du Nombre mistérieux de Sept , fur tout dans les choses qui dépendent du Globe Lunaire , la Lune nous faisant voir sensiblement une quantité infinie d’al- térations Sc de vicissitudes dans ce Nombre Septénaire. C’est par ce Nombre magique que la Nature , Sc tout ce qui en dépend , est sécretement gouverné. Mais ce Mistére naturel est caché aux Esprits grossiers , qui ne peuvent rien voir que par les yeux du corps, qui fe contentent de cela ôi ne cherchent rien davantage. Ce Nombre Septénaire est un des grands Secrets des Philosophes , ôc quiconque SORTANT BES TENEBRES. 40^ sçaura par lui comprendre Pordre de PU- nivers , sçaura un Mistére, qui, bien loin de devoir être révélé , doit au contraire être enseveli dans un profond silence ; mais quelque jour , Dieu aidant , nous traiterons plus à fonds des ces grandes choses. Que dirons nous présentement de la Nutrition , ou de la sécrété Multiplication , dont le Mistére repose parmi les plus grands Sécréts des Philosophes. Car que scrviroit-ii de cueillir la Moisson, si étant cueillie , on ne la conservoit avec soin pour Pempioyer à l’usage de la Multiplication. Nous disons doncqu’il y a de trois sortes d’Augmentations ; une , qui se fait par la voie de la Nutrition ; l’autre par l’addition d’une nouvelle Matière , Sc la troisième par dilatation ou raréfaction ; raais cette derniere n’est pas proprement une Augmentation , c est une Circulation d’une même Matière , & l’atténuation de ses parties. Des deux autres , la seconde, qui est celle qui se fait par addition , regarde plutôt P Art que la Nature, laquelle n'a point de mouvement local, ni de parties qui y soient propres ; mais elle use‘ feulement d’attraction , 8c c’est là proprement l 1 Augmentation qui se fait par la voie de la Nutrition. Pour comprendre fondamentalement ce que c’est que la Nutrition , il est nécessaì- 4o6 Là Lumière re de sçavoir que le Sec attire naturellement son Humide , Sc que plus l’Humide est spiritueux, plus il est facilement attiré: Or le Feu de Nature, qui réside dans l’Humidìté radicale , comme nous le ferons voir ci-après , étant très-sec , & le plus actif des Elémens , il attire à foi celui d’entr’eux qui est le plus raréfié , âc le plus spiritualité, à sçavoir l’Air. Delà vient que l’Air étant ôté , le Feu s’éteint , parce qu’il est nourri , quoique d’une maniéré insensible , de la moyenne Substance du Feu. Cette moyenne Substance aérienne est revêtue d’un Corps aqueux , & elle est dépouillée de cette écorce extérieure par le moyen de la corruption , «'insinuant dans le profond de l’Humide radical, qui est de même nature qu’ellc , mais plus congelé ; Sc ensuite, par une nouvelle génération , au moyen du feu digérant, elle se transforme en ce même Humide radical, d'où il arrive une continuelle corruption , Sc une continuelle génération. 11 est vrai que la nutrition Sc la réparation de ce qui a été détruit, ne se sait pas toujours , parce que le feu qui doit faire en même temps une double action, à sçavoir de consumer ce qui a été digéré, Sc de rétablir par une nouvelle nutrition ce qui a été consumé » se trouve quelquefois affoibli, ou bien est empêché par quelque accident de faire son SORTANT DES TENEBRES. 407 attraction , & c’est alors que le Corps meurt par la diffipation de son Humide radical, consumé par son propre feu. Afin donc que la nutrition se fasse comme il faut, il ne suffit pas qu’il y ait un feu agissant , & une confumation de THumide radical ( laquelle pourtant est nécessaire, car si rien ne se consumoit, la Nature seroit toujours contente , le Composé seroit immortel, Sc dans les Animaux il n’y au- roit jamais de faim, ni de désir de nouvel aliment. ) 11 ne suffit pas non plus qu’il y ait un nouvel aliment tout prêt ; mais il Faut encore que l’action du Feu interne soit égale , & même supérieure à la résistance qui se fait de la part du Nourrissant ; autrement l’effórt de VAttirant seroit vain dès qu’il ne pourroit convertir 1 ’Aitire en fa nature. Nous en avons l’éxemple dans î’Homme , dont la chaleur naturelle dévore perpétuellement son propre Humide radical, ce qui cause la faim, & le désir d’une nouvelle matière semblable : Quoi qu’il ait pris son aliment , Sc que ce mouvement de désir ait cessé, il ne laisse pas d’être encore nécessaire , pour que cet aliment soit converti en nourriture , de lux ôter tous ses empêchemens, de le dépouiller de son écorce extérieure, de l’atténuer par la formation du Chile , & de le faire paíIer’, pour ainsi dire , en la nature de son premier Cahos : & alors l’aliment s ainsi '408 La Lumière raréfié, est aisément attiré par la chaleur naturelle pour suppléer au défaut ds l’Hu- mide radical consumé, lequel pourtant ne ' se répare jamais absolument, à cause des \ excrémens que laissent les alimens , qui ; vont toujours en s’augmcntant, & aufíì à j cause que le Feu agissant s^affbiblit par une j action trop continuée, suivant cet Axiome , que tout Agent, à force d'agi r , P a * tit, Zc en patissant s’afFoibiit. Voilà comme se fait la nutrition de l’Hommc , & par conséquent son augmentation , à sça- voir par l’affimilation des alimens ; d’où il r s’ensuit que dans l’Oeuvre Phisique , cet Agent naturel, on Feu de Nature , consume continuellement par son action son | propre Humide radical, & qu’ainsi il est nécessaire de lui donner un nouvel aliment à la place de celui qui a été consumé : Mais parcs qu’au commencement fa vertu est soible, il ne saut lui donner d’a- cord qu’un peu d’aliment, qui soit fort ' léger, jusqu’à ce que ce feus’étant fortifié , on puisse lui donner des mets plus solides. Notre Auteur nous enseigne donc par là de fonifier l’Enfant après fa pré- ‘ miére nourriture par de nouveaux alimens, à l’éxemple de l’Embrion humain , qui dans le ventre de la Femme , est substance . d’un menstruë soible , mais à qui on donne après qu’il est né , une plus forte nourriture 3 à sçavoir du lait. Chant , 1 Sortant ces Teneeres. 40^ CHANT PREMIER. Strophe VII. Quoique je fiçache toutes ces choses ,je tiofie. pourtant pas encore en venir aux preuves avec vous , les erreurs des autres me rendant toujours incertain. Mais fi vous étés plus touché de pitié que d’envie , daignez oter de mon ejprit tous les doutes qui Pembarrajjëm ; & fi je puis être ajfez heureux pour expliquer dijìinéle- ment dans mes Ecrits tout ce qui regarde votre Magiflére, faites , je vous conjure , que j'aye de vous pour réponse : Travaille hardiment, car tu fçais ce qu’il faut sçavoir. Chapitre VII. A Près que notre Auteur nous a fait comme toucher au doigt notre divine Science , il s’excuse de n’en pas dire davantage , fur ce qu’il lui reste à lui- même beaucoup de choses à apprendre ; Sc il conteste quhî auroit dû faire voir plus de doctrine, ayant à parler à des Gens fçavans : II craint même qu’il ne manque quelque chose à son Ouvrage , & que Tordre n’y soit pas bien gardé. Apprenez de là , Vendeurs de fumée , combien st eíl Tome III. M m 4ïo La Lumiîrï difficile de faire notre Oeuvre , puifqu’il ne s’agit pas de faire des Opérations vulgaires , qui , bien que parfaites dans leur genre , font inutiles à notre deííein, Sc méprisées de tous les Philosophes. 11 n’y a , comme nous avons dit, qu’une Opération dans notre Magistére : Tous les Philosophes nous l’enseignent, en nous .avertissant d’abandonner toutes ces Opérations Sophistiques , & de nous tenir à la Kature , chez laquelle feule on trouve la vérité. C’est dans la Sublimation Philosophique que sont renfermées toutes les autres Opérations , & en elle feule consiste tout çe que l’Artiste peut faire de mieux & de jplus subtil. Si donc quelqu’un sçait bien faire cette Sublimation , il peut se vanter d’avoir connu un des plus grands Secrets, & des plus grands Mistéres des Philosophes. Mais afin que tu puisses toi-même la comprendre clairement, vois comment Gébcr définit la Sublimation : C’est, dit? il, l’Elevation par le feu d’une Chose sèche avec adhérence au Vaisseau. Pour donc faire une bonne Sublimation , il y a trois choses que tu dois connoître, le Feu , la Chose lèche j & le Vase. Si tu les convois , tu es heureux, & tu n’as qu’à faire enforte que la Chose sèche adhère au îaisseau z car fi elle n’y adhéjroit pas , élis SORTANT DES TENEBRES. 4 î ï fie vaudrait rien ; mais pour quelle y ad- hére , il faut qu’elle soit de même nature que le Vaisseau, & c’est leur nature qui fait leur ressemblance ; car la Sécheresse est de la nature du Feu , lequel est de toutes les choses la plus sèche : C’est par elle qu’il diffipe 8c consume toute hurmd'.té , comme c’est par elle auííì qu’ii abonde en pureté ; mais elle s’augmente de beaucoup dans notre Sublimation ; & c’est toute autre chose que quand il étoit renfermé dans les fèces : II faut avoir foin auííì que îe Vaisseau soit très-pur 6c de la nature da Feu. Or, entre toutes les Matières , îe seul Verre êc l’Or sont les plus constans au feu , s’y plaisent, 8c s’y purifient davantage; mais parce que l’Or ne se peut avoir qu’à grand prix , & que de plus il se fond aisément, les Pauvres n’auroìent pas le moyen d’entreprendrc FOuvrage Philosophique , & il n’y suroît que les Riches & les Grands de ce Monde ; Ce qui dérogerait à la Providence & à la bonté du Créateur, qui a voulu que ce Secret fût indifféremment pour tous ceux qui le craindraient. II faut donc s’en tenir à un Vaisseau de verre , ou de la nature du verre , très-pur , & tiré des cendres avec a- dresse 8c subtilité d’esprit. Mais , que les Disciples de l’Art prennent bien garde ici s ne pas se tromper , 8c à bien connoître M m i j 41 2 La LUMIERE ce que ssest que le Verre Philosophique » c n s’attachant au sens & non pas au son des mots ; c’est l’avis que je leur donne par un esprit de piété & de charité. Dans ce Vaisseau de verre bien connu , ^accomplit îa Sublimation, lorsque la Nature sèche s’é- leve par le moyen du Feu & adhère ais Vaisseau à cause de sa pureté & de leur même nature. Au reste, s’il y a beaucoup à suer dans la recherche du Vaisseau , il n’y a pas moins de peine dans la con->- firuction du Feu. Mais comme nous en parlerons dans un Chapitre particulier , nous croyons qu’il suffit pour le présent de ce que nous avons dit : Que ceci serve seulement de leçon aux Chimistes igno- rans , qui croyent qu’on doit entendre ces choses à la lettre, Sc qui, fans étude préi cédente, s’imaginent faire l’Oeuvre par leurs Sublimations vulgaires. 11s lisent continuellement débet, mais sans Pentendrs,6L le succès , ne répondant pas à leur attente , ils font les premiers à abboyer contre les vrais Philosophes : Et parce qu’ils ont pris un seul Auteur pour leur Guide , ils ne daigneroient pas en regarder d’autres , ne sçachant pas qu’un Livre en ouvre un autre > & que ce qui se trouve en abrégé dans l’un , se trouve étendu dans l’autre : ,Qu’ils lisent donc les Livres des Philosophe? , & fur tout de ceux qui, moins SORTANT DES TeNÊBEES. 4 X 3 Envieux que les autres , ont transmis k leurs Successeurs la Gonnoissance de la Nature. Entre tous ces Traités, ceux qui se trouvent insérez dans le Mujieum Her- meticum tiennent, à mon sens, le premier rang , & fur tout le Traité, qui a pour titre Via verïtatìs , quoi qu’ily ait auísi bien que dans les autres un Serpent caché , qui d’abord ne laisse pas de piquer ceux qui n'y prennent pas garde. Mais que dirons- nous de tant de Volumes , plus dangereux que la peste, dont les Auteurs , quoi que très-doctes en leur genre, sont pourtant si remplis d’envie, que Dieu fans douté les punira d’avoir été la cause de tant dé malheurs, ác les mesurera à la même mesure dont ils ont mesuré les autres f Car enfin, si l’amour du Prochain est aussi bien que celui de Dieu , le Sommaire de la Loi Sainte & des Commandemens Divins , que devient cette Loi, & où fera l’ob- fervation de ces Commandemens , si Pen- vie régne si fort parmi les Hommes?A quoi servent tant de Traités pleins d’im postures, tant de fausses Receptes, Sc tant d’Ecrits suggérez .par le Démon , sinon pour perdre les Gens trop crédules ? Et quel avantage a un Philosophe de suer sur de pareils Ouvrages , qui causent tant de maux ? N'est-ce pas assez de ces Rejetions pestilentieux , A de ces Semences maudites, M m iij 4T4 La Lumière incapables de rien produire de bon , fans que sEnvie , à l’exemple de Satan , vienne remplir nos Champs d’yvroye ? C’est cette rage envieuse , source de tant de malheurs , dont le soude fatal renverse les Maisons , & dont les brouillards infects gâtent la Moisson & détruisent l’cspérance des Pauvres. Ce font vos langues envenimées , dont les pointes réduisent en cendre la substance des Malheureux, 6c ce font ces noires vapeurs , que vous répandez dans vos Ecrits , qui jettent l’horreub & les ténèbres dans Fesprit de ceux qui vous lisent. Si vous ne voulez pas qu’otî profite de la lecture de vos Livres, pourquoi attirer les Gens par de belles promesses , 6c que ne gardez-vous plutôt un silence 3 dont Dieu 6c les Hommes vous sçauroient plus de gré que de parler avec envie ? On voit beaucoup d’Âuteurs, qui, en accusant les autres d’avoir été envieux, oc d’avoir caché malicieusement la vérité -, répandent dans leurs discours encore plus ^obscurité que les premiers , ce qui fait „ ue les pauvres Etudians ne recueillent de jíoute leur doctrine que beaucoup de confusion ; car si l’un rejette une chose , Pauvre l’él eve jusqu’au Ciel ; l’un commande e que l’autre défend , & de cette maniéré cls confondent tellement l’esprit du Lecteur , que plus il étudie , plus il a sujet SORTANT DSS TêNÏBRÉS. 41 £- de se défier de la vérité de l'Art. II n’y en a quasi point, parmi ceux quì écrivent , qui ne promettent de parler fidèlement'& sincèrement ; & cependant leurs discours font si pleins d’embiguité », qu’à grand peine peuvent-iis être entendus par les plus Doctes : Et quoi qu’ils s’excusent sus ce qu’ils ssont pas la liberté d’en dire davantage , & qu’on a mis, pour ainsi dire , un cachet fur leurs lèvres, on ne saisie pourtant pas de démêler leur envie , quelque foin qu’ils prennent de la cacher. 11 vaut bien mieux se taire , lorsqu’on se; croît obligé de garder le secret , que de‘ substituer un mensonge à sa place , à dessein de jetter les Gens dans l’erreur : Enfin les Philosophes parlent entr’euxsi obscurément , qu’à peine y trouve-t’on un seul mot éxemt de Sophisme. Qu’iís cachent la Pratique tant qu’ils voudront, à la bonne heure ; mais , au moins , qu’ils enseignent fidèlement la Théorie & les Fondemens de la Science, car fans Fon- demens il ne peut y avoir d’Edisicc. Est- ce que l’Art ne seroit pas assez caché aux Ignorans, si les Philosophes se conten- toient d’être réservez ou sur la Matière , ou far le Vaisseau , ou furie Feu ? A peine âvec cela, y en auroit-il de mille un qui pût approcher de cette Table sacrée ; mais il ne suffit pas à ces Messieurs de caches M m iiij 4i 6 La Lumière îoutes ces choses , il faut encore qu'ilà mettent en leur place des visions & des fantaisies , par où , bien loin de rendre un . Lecteur plus sçavant, ils ne font que montrer leur malice & leur envie. Que ces Envieux n’imitent-ils Hermès , dont ils se disent les Enfans ; car quoique dans fa Table d’Emeraude il ait été un peu réservé » il n’a pas laissé pourtant de faire sentir Codeur de cette divine Science , de laquelle il a parlé très-doctement ; mais ceux qui font venus après lui, au lieu d’éclaireir ses paroles , y ont jette de plus grandes ténèbres , Sc ont porté la chose à un teî excès d’obscurité , qu’il n’y a point d’Esprit , quelque subtil Sc éclairé qu’il soit , qui puisse la pénétrer , à moins que d’être secouru de la Lumière d’en haut, à laquelle rien ne peut résister. II se trouve des Gens, qui, lisant certains Auteurs , lesquels ont d’abordun air de sincérité ôc de charité , tiennent qu’il faut rejetter pour {'Oeuvre toutes sortes de Minéraux , Sc s’attacher , par leur conseil, aux Métaux : Mais lisant ensuite que les Métaux du Vulgaire sont morts , parce qu’ils ont souffert le feu ds fusion, ils recourent à ceux qui sont encore dans les Mines & se mettent à travailler sur eux , Sc ne trouvant rien dans la fuite de {'Ouvrage , qui les contente » SORTANT DES TENEBRES. 4Ï7 'après avoir fait divers Essais , tantôt fui rm Métail, & tantôt fur un autre, rebutez de leurs Expériences , ils reprennent les Livres , Sc trouvant que tous les Métaux imparfaits, fans exception , font condamnez , touchez par la raison Sc par l’autosi- té , ils en reviennent aux Métaux parfaits * à fçavoir à l'Or & à f Argent ; mais après y avoir pendant quelque tems perdu ieuï peine, Sc consumé leur Bien , ils se ravisent tout d’un coup , en considérant que ces Métaux sont d’une très-forte composition , & fe mettent en tête qu’il faut les réincruder , comme ils disent, par un Dissolvant naturel, qu’ils croyent mal- à-pro« pos être le Mercure vulgaire ; mais quoi- qu’ils fassent avec de telles Matières, ils ne trouvent que du dommage & de la honte, parce qu’ils ignorent les véritables Principes de la Nature , fur lesquels oa doit asseoir son fondement, & ne fçavent ni ce que l’Or vulgaire contient, ni ce qu’il peut donner ; car s’ils connoissoient bien cela , ils verroient que notre Corps , le véritable Or des Sages , possède suffisamment tout ce qui est nécessaire à l’Art. Ceux qui travaillent, comme nous venons dé dire , fe voyant enfin trompez dans leurs espérances , viennent à mépriser toutes sortes de Corps , Sc à blasphémer contre la Nature, nc comprenant pas que cha- H. r 8 La Lumierê que Corps, selon son Espèce , contient en soi sa propre Semence , laquelle ne se trouve point dans des choses diverses* Après donc avoir vainement travaillé tantôt fur une chose , & tantôt sur une autre , ils recourent encore une fois aux Livres, où trouvant que les Auteurs condamnent toutes sortes de Végétaux , d’Animaux, de Minéraux , 6c de Métaux mêmes, par un raffinement ridicule , ils sortent hors de la Nature, Sc portent leur recherche, ou plutôt leur folie , tantôt jusques dans le Ciel, & tantôt jufqu’au Centre de la ferre , essayant par de pénibles travaux, d’ex- traire un Sel vierge de la Terre, ou un Lait volatil de F Air, de la Rosée , ou de 1» Pluie ; mais lorsqu’ils croient avoir fait une Pierre très~fìxe, A le vrai Soufre des Philosophes , il fe trouve qu’ils n’ont autre' chose qu’une Pierre aérienne & le Soufre des Sots. Les erreurs infinies de ceux qui travaillent , ne viennent que de ce que les Philosophes trompent de dessein formé ceux qui les lisent , s’imaginant que par ce moyen s ils les détourneront du travail j. mais ils fe trompent eux-mêmes ; car chacun aime tellement son erreur, qu’il fe remet à travailler de nouveau avec plus de chaleur Si de confiance qu’il n’a fait. La cause de tant de malheurs est donc la feule SORTANT DES TeNEBRES. 439 envie des Auteurs ; ce qui fait que notre Poëte, épouvanté de tant de sortes d’er- reurs où tombent ceux qui s’attachent à cette Science , doute de lui même , & de son propre Ouvrage, implorant avec humilité f indulgence des Philosophes, & fur tout de ceux , qui, n’étant point infectez du venin de l’Envic , en exercent tous les devoirs, & font revêtus d’une charité vraiment Philosophique.C’cst de ceux îà dont on ne fçauroit trop, ni trop bien parler , car ce font les Oracles de la Nature , qui n’annoncent que de bonnes choses : Ce font des Astres radieux , dont la Lumière édatte pleinement aux yeux de ceux qui les consultent. Mais revenant à la modestie de notre Poëte , qui lui fait dire qu’il nc fçait pas l’Oeuvre , & lui fait demander l’indulgence des Philosophes , il y a beaucoup d’apparence qu’il n’en use de la forte que par prudence, & qu’il aime mieux passer pour Disciple que pour Maître. Néanmoins , pour le satisfaire , Sc ceux auffi qui seront dans ks mêmes doutes que lui , nous voulons bien les assurer qu’ils peuvent entreprendre l’Oeuvre hardiment , quand ils fçauront par théorie , comment, par le moyen d’un Esprit crud, on peut extraire un Esprit mûr du Corps dissout, Sc derechef l’unir avec l’Huile vitale pour opérer les miracles d’une feule 420 La Lumière Chose , ou pour parler plus clairement -} quand ils sçauront avec leur Menstruë vé- gétable , uni au minéral, dissoudre un troisième Menstruë essentiel, pour ensuite , avec ces divers Menstrues, laver la Terre * & l’ayant lavée, l’éxalter en nature céleste , afin d’en composer leur Foudre sulfureux f lequel , dans un elein d’œsl , pénétre les Corps, <5í détruit leurs exerémens. Voilà tout ce qu’il nous est permis de leur dire,- encore d’un stile figuré , parce que cela regarde la Pratique , de laquelle peut-être quelque jour nous traiterons plus clairement : Soyez-en donc contens, vous, qui aimez la Science, & qui recherchez la v& lité. Fin du premier Chanti 'SORTANT - DES TENEBRES. 42 r mm ■IWfea»1 CHANT DEUXIEME, Strophe I. jQye les Hommes , peu versez dans VEcolç d'Hernies , se trompent , lorsqu avec un esprit d’avarice , ils s’attachent au son des mots. Ces ordinairement fur la foi de ces noms vulgaires d’Argent vif orter beaucoup de fruit. II en est de même de l’Or ; c’est le fruit de la Terre mi- néralle Ôc de l’Arbre solaire ; mais un fruit d’une très-solide mixtion, & le Composé le plus achevé de la Nature , lequel, à cause de cette égalité d’Eiémens , qui se trouve en lui, souffre très-difficilement la corruption Sc l’altération de ses qualités , pour passer à une nouvelle génération. C’est donc une entreprise fort difficile Sc presque impossible , de prétendre le mettre en Terre pour le réincruder & le conduire à la végétation ; mais , si au lieu d c cela , on prend fa racine ou fa greffe , on aura bien plus aisément ce qu'on souhaite , Sc la végétation en arrivera bien plutôt. Concluons donc, Que quoique l’Or contienne en foi fa propre Semence, c’est. en vain qu’on travaille fur lui, puisqu’on peut la trouver plus aisément ailleurs. Mais; que dirons-nous dePArgsnt vif vulgaire*, que les Ignorans prennent pour leur Dissolvant ôc pour la Terre Philosophique , dans laquelle l’Or doit être semé pour s’j multiplier : Certes, c’est un erreur pirs que? îa première ; Ôc quoique d’abord il semble , à cause de son affinité aveei’Or, qu’il doit avoir la faculté de le dissoudre z. toutefois il est aisé de s’en désaJaoset dàs qu’on examine un peu les .P.rinetpes de Tome UU N r» '426 La Lu m ter L ire Art : Car nous accordons bien qu’il n’y a point de Corps quiait tant de ressemblance â d’affinité avec la nature de l’Qr que lui j en forte qu’il est vrai de dire que- l’Or n’cst autre chose qu’un Argent vif congelé, & cuit par la vertu de son propre Soufre , à cause dequoi il a acquis í’extention sous le marteau , la constance au feu, & la couleur citrinc ; mais cela ne fait pas que l’Argent vif ait la puiííànce de le dissoudre, ni qu’il la puiíïè jamais acquérir , d’autant plus qu’il a passé dans une autre Substance , & qu’il a perdu fa première pureté & simplicité , étant devenu un Corps métallique très-abondant en humidité superflue , & chargée d’une lividité terrestre, qui le rendent incapable de cètíc action. Ce feroit une grande bêtise de s’imagi- ncr qu’en mettant de la Semence d’un Homme avec du sang d’un autre Homme , on pourrait faire une nouvelle génération , fur ce fondement que la Semence n’est autre chose que la très-pure partie du sang , lequel a reçu une grande digestion , & que le sang est seulement plus humide & plus cru ; mais si au lieu de ceîá le Sperme étoit jette dans la matrice d’une Femme, où il se trouve un sang menstruel fort cru , lequel, par la vertu du Sel de la matrice, a acquis une certaine acui- SORTANT DES TENEBRES. 427 . fé & ponticité, alors ce Sperme , se trouvant dans son propre vase , s’y réincrude- roit fans doute par la voie de la putréfaction , & passeroit à une nouvelle génération. II en est de même de l’Argent-vif ; car quoi qu’il soit de même nature que I Or & que par son abondante humidité il s’in-. íìnuë aisément dans ses pores , Sc y faíse une difgrégation des moindres parties , en forte qssil paroisse dissout ; toutefois ce seroit une grande erreur de croire une pareille Dissolution bonne , qui proprement íi’est autre chose qu’une corrosion clu Mé— tailj comme sont celles qui se font avecr les Eaux sortes vulgaires. Un tel Argent- vif n’est pas notre Sang menstruel, & ce n’est que pour tromper les Ignorans , quci les Auteurs fe servent de ce nom équivoque. L’Or & l’Argent-vif vulgaires ne conviennent point du tout à l’Oeuvre Phi si— que, non-feulement à l’égard de leur propre Substance,mais encore parce qu’il leur-' manque une chose , qui, dans notre Art est d’une absolue nécessité, à fçavoir mv Agent propre. Je n’entens pas. parler ici de' cet Agent interne , qui est la vertu du Soufre Solaire, dont nous parlerons ci-après ;; mais de st Agent externe , lequel doit exciter l’interne', & l’amener de pnistance m !l -.acte Oá cet Agent a-été'-séparé- de J’Qá' L. nijj 428 La Lumière dans la fin de fa décoction , c’est-à-dire qu’à mesure qu’une nouvelle forme d’Or a été introduite dans la Matière, cet Agent s’est retiré, après y avoir toutefois imprimé fa propre vertu, ( comme dit très-bien fur cela l’Auteur du Livre intitulé Mar- garita pretiosa ) en forte qu’il n’est resté qu’une feule Substance matérielle j déterminée par Faction de l’Agent interne après son excitation. Si donc la Nature a séparé de l’Or cet Agent, parce qu’ils ne peuvent compatir ensemble , pourquoi vou- drions-nous le rejoindre derechef? En vérité cela feroit ridicule , tandis que nous pouvons avoir un Corps, avec lequel cet Agent se trouve uni par les poids de la Nature , aufquels , si on fçait ajouter les poids de l’Art , alors P Aï t achsvera ce que la Nature n’a pû faire. Zachaire parle stuíli fort doctement, dans son Opuscule , de P Argent-vif vulgaire comme étant privé de cet Agent externe , & nous enseigne qu’il n’est demeuré tel que nous le voyons , que parce que la Nature ne lui a pas joint son propre Agent. Que fe peut-il de plus clair & de plus intelligible ? Si donc l’Or & P Argent-vif vulgaires font destituez de leur Agent propre, que pou- vons-nous espérer de bon de leur cuisson ? Le Corme Bernard semble avoir eu la même pensée, lorsque, défendant depren- SORTANT BBS TeNEBRSS. H2A cire pour l’Oeuvrc Phiíïque, les Animaux , les Végétaux , &les Minéraux, il ajoute, & les Métaux , comme s’il vouloir dire les Métaux, qui font restez seuls & fans Agent ( i ) , ainsi que Pexplique FAuteuï ( i) Ilpafoît que le Tré- "visan pense autrement qsson ne le rapporte ici. Ce que je Vais transcrire de lui à ce sujet,quoi,qssun peu long , n’en sera pas moins satisfaisant pour ceux qui aiment ! les éclaiciíTemens. 11 est impossible , dit-il dans fa Réponse L Thomas de Boulogne , que T Art produise les Semences humaines , mais ■il peut mettre THomme dans Tétât qssil doit être pour engendrer son semblable. Les Semences vitales se digèrent seulement par ía Nature dans les Vaisseaux Spermnnques ; mais nous pouvons mêler ces $ë- mences dans la matrice par îa Conjonction du Mâle ct de la Femelle,ct cette Conjonction est comme i’Art , qui dispose ct mêle les Natures ou Semences pour la génération de T Homme. Par exemple : La Semence de T Homme , comme plus mûre, plus parfaite ct plus active , est conjointe par artifice avecla Sémence passive ct moins digérée de la Femme. La Semence de f Homme , contenant en foi plus actuellement ìes Elé- mens cT Agent , qui font ^Air 6c le Fau > est plus „ mûre ct plus active pour la. d’geftion ; De même, la Sémence de la Femme contenant en foi plus actuellement les Elémens indi- gests ct critds , qui font la Terre ct VEaw , est pafïìve & indigeste. Ces deux Semences étant mêlées dans le Vase natur.l de la Femme , sans aucune addition de choses étrangères , & étant aidées par la chaleur interne de la Femme , Ies Elé- mens actifs de la Semence de T Homme digèrent ct mûrissent les Elémens past- iifs de la Sémence de Ía Femme , ct par ce moyen l’Homme est engendré parfait en fa nature. Notre Art divin est semblable à cette génération de T Homme : Farce que comme dans le Mercure, dont la Nature' sart TCr • doit être engendrée , dans laquelle ces deux Sémences demeurent mêlées ensemble, quoiqu’Aristote semble êtred’une opinioin contraire. Notre Sòitfre-dotsc s ou Kéme?ì&e. masculine , ne se retire point après la Coagulation du Mercure 9 comme quelques-uns las- surent faussement .t en disant que cela se fait par là vertu du Soleil , dont la chaleur parfait (bus la Terre la Forme de TOr. 11s parieraient mieux shìs di- soient que c’èst par le. moyen ctet mouvement de son Globe Ôc de celui dc* tous les Cieux, parce que les rayons du Soleil déchaussant que la superficie - de la Terre > n’échaulient; point fa profondeur , dans l laquelle les Métaux svm- î engendrez.,' sortant des Ténèbres. 45 t parce que son Agent en a été séparé dans la fin de fa décoction ; & l’Argent-vif ,• parce qu’il n’y a jamais été introduit, Sc qu’il ést demeuré ainsi cru & indigeste. Que les Chimistes apprennent donc de là, combien ils se trompent lorsqu’íls travaillent aveg FOr Sc l’Argent vif ; prenant Pun pour le Dissolvant, & l’autre pour ce qui doit être dissout ; & combien peu ils entendent les Philosophes ? Pour nous r nous vous disons hardiment que ni l’Qr Vulgaire, ni l’Árgent-vifvulgaire . ne doivent point entrer dans s Oeuvre Philosophique , ni en tout ni sn partie. Qu’après cela chacun fasse valoir tant qu’il voudra son opinion , il me suffit de sçavoir que je fuis dans la vérité, &. que je l’ai manifestée M monde. Hzs La Lumiïse CHANT DEUXIEME. S'THOÎHE II. Mais s’’ils pomment ouvrir les yeux de leuf esprit' pour bien comprendre h sens caché des Auteurs ils verraient clairement ' que V Or & l’Argent vifdu vulgaire font deflìtuez de ce Feu . universel , qui efì le -j véritable Agent , lequel Agent ou Es- , prit abandonne les Métaux des qiiils fi j trouvent dans des Fourneaux exposez • t à la violence des flammes ;■ & c’eft ce 1 ' qui fait que le Métail hors de Ça Mine r . | fi trouvant privé, de 'cet Esprit , n efi j plus qu’un Corps mort & immobile. j Chapitre. II. j Otre Poëte semble souscrire à ïo- j pinion que nous venons d’expli- quer , en disant que les Métaux vulgaires font fans Esprit ou Agent, parcs qu’ils > Font perdu dans la fusion ; ce qui insinue que tous les Métaux, étant encore dans leurs Mines , ont avec eux cet Agent , à j la réserve feulement de l’Or & de P A r» gent-vif , lesquels , quoique dans leurs; , M-nes , n’ont pourtant pas leur Agent | propre , parce que , comme nous avons lait voir, il a, été séparé de FOr par fa .dëeocìioîî SORTANT DES TENEBRES. 433 décoction finalle , & n’a jamais été joint à l’Argent-vif par la Nature. Mais afirr que îe Lecteur ne retombe pas dans fa première erreur, il est tems que nous disions quelque chose de la Génération des Métaux. Tous les Philosophes assurent unanimement que les Métaux font formez par la Nature de Soufre & de Mercure, Sc engendrez de leur double vapeur : Mais la plûpart expliquent trop brièvement & trop confusément la maniéré dont fe fait cette Génération. Nous disons donc que la vapeur des Elémens, comme nous Pavons ci-devant montré , sert de Matière à toute la Matière inférieure, Sc que cette vapeur est très-pure & presque imperceptible , ayant besoin de quelque envelope au moyen de laquelle elle puisse prendre corps , autrement elle s’envoleroit & retournerait dans son prémier Cahos. Cette vapeur contient en foi un Esprit de lumière & de feu , de la nature des Corps Célestes , lequel est proprement la Forme de TUnivers. Enforte que cette vapeur, ainsi imprégnée de l’Efprit Universel, représente assez bien le prémier Cahos , dans lequel tout ce qui étoit nécessaire à la Création étoit renfermé, c’est-à-dire la Matière Universelle, Sc la Forme Universelle. C’est elle qu’Hermès appelle Vent, lequel porte en son ventre le Fils du Soleil. Lors Tome III. Q o 4?4- La Lgmïeks donc que par le mouvement des Corps Célestes elle est poussée vers le Centre , comme elle ne peut demeurer fans agir, elle s’insinuë dans la T erre , qui est le Centre du Monde : Mats ayant besoin d’un Corps pour se rendre sensible , elle prend un Corps d’Atr, qui est le même que nous respirons, ôc se renferme en lui pour servir d’áliment à la vie qui est en nous , & en même temps pour nourrir & vivifier toute la Nature. Cette vapeur est attiré© au travers de l’Âir par notre Feu interne , lequel la transmue & la convertit en sa propre nature ; niais toutefois après l’avoir fait passer par, des Milieux convenables , comme nous le ferons voir plus amplement quelque jour, en traitant de la véritable Anatomie de l’Homme, Cet Air est attiré si promptement & si naturellement qu’il est impossible dc concevoir aucun temps, aucun lieu, aucun corps dans lequel ne se fasse pas une telle attraction , ce qui prouve invinciblement qu’il n’y a point de vuide dans la Nature , comme î’attestent tous les Philosophes & tous les Scholastiques ; & bien que quelques-uns tâchent de prouver le contraire par des expériences , ce sont de mauvaises preuves ? fondées fur de fausses suppositions ; car ils né prennent pas garde, que ce qu’ils appellent vuide, n’est qu’une simple raréfia- SORTANT T55ÏS ■ TeSBÊRIs. 45 f Ztlon , qui n’empêche point qu’il n’y ait ds i’ Air , ou une Substance semblable , dans Jaquelle réside l’Efprit dont nous parlons. Nul Corps au Monde ne pourroit avoir ni conserver son Estre substantiel , s’il n’ç- toit doué de cet Esprit, lequel se spécifie & revêt la nature de chaque Corps , pour y éxercer les fonctions déterminées de Dieu , lequel a voulu que chaque chose sût en soi son Esprit spécifique pour la ■conservation de son Estre substantiel : Et comme cet Esprit, qui réside en chaque •Corps, est de la nature du Feu,, ainsi que nous savons expliqué au Traite' de la Création , il est fans doute qu’il a fans cesse besoin d’un aliment qui lui soit propre, la nature du feu demandant qu’il soit nourri & alimenté continuellement pour remplacer ce qu’il dissipe aussi continuellement , à cause du mouvement perpétuel qui est en lui, aussi bien que dans les Corps Célestes, douez de ce même Esprit. Le mouvement de cet Esprit, tei qu’il se fait dans les Corps, est caché K ne peut jamais s’apperœvoir par les Sens , à moins que P Art ne conduise ce même Esprit à une nouvelle génération par le ministère de la Nature.. A la vérité nous voyons bì.en que les Animaux attirent cette vapeur spirituelle , qui est dans ssAìr z mais O 0 ij 43Ó La Lïïmìebs à l’égard des autres Corps , dont la Nature est plus grossière & plus impure , il n’est pas si facile à cet Esprit de s’y insinuer lorfqu’il n’est revêtu que du Corps de l’Air : II a donc besoin d’un Corps plus solide , & qui ait plus d’affinité avec les Corps Terrestres : C’est pourquoi cette pure vapeur des Elémens s’insinuë dans l’Eau , & se revet de son Corps , & par ce moyen les Végétaux & les Minéraux reçoivent bien plus facilement leur aliment , à cause de cette conformité à leur nature : Cet Esprit donc n’est pas seulement renfermé dans T Air , mais aussi dans l’Eau. L’Eau est dispersée par toute la Terre, êc devient quelquefois talée , comme nous l’avons fait voir. Or il arrive qu’en certains Lieux où l’Air est renfermé , cet Air , par la simpathie ôc la correspondance qu’il a avec les Corps Célestes, est émû de leur mouvement, & ce mouvement de T Air cite la vapeur renfermée dans cette Eau salée, & raréfie l’Eau : Dans cette raréfaction , il se fait une grande commotion , & dilatation des Elémens : Et comme en même temps d’autres vapeurs sulfureuses, qui sont aussi répandues dans ces Lieux- là , à cause de la continuelle génération du Soufre qui s’y fait ( comme nous l’a- yens encore fait voir ci-dessus ) viennent SòRYÀNT des Tenbbs.es. 437 à s’élever, il arrive qu’elles fe mêlent aved ìa vapeur aqueuse Sc mercurielle , Sc circulent ensemble dans la matrice de cette Eau salée, d'ou ne pouvant plus sortir S elles ■ se joignent au Sel de cette Eau , & prennent la forme d’une Terre lucide, qui est proprement le Vitriol de Nature ; le Vitriol n’éíant autre chose qu’un Sel, dans- lequel font renfermez les Esprits mercu- riels Sc sulfureux , Sc n’y ayant rien dans toute la Nature qui contienne si abondamment & lî visiblement le Soufre que Se Vitriol , Sc tout ce qui est de la nature d-tí Vitriol. De ces Eaux Vitrioliques, par une nouvelle commotion des Elémens , causés par celle de FAir, dçnt nous avons parlé , s’éléve une nouvelle Vapeur , qui n’est ni mercurielle ni sulfureuse , mais qui est de la nature des deux, Sc en s’élévant par son mouvement naturel , elle éléve auíïï avec elle quelque portion de Sel, mais la plus pure , la plus lucide , & la mieux purifiée paiTattouchement de cette Vapeur ; en fuite dequoi elle fe renferme dans des Lieux^plus ou moins purs , plus secs ou plus humides, Sc là , fe joignant à la fécu- lence de la Terre , ou à quelqu’autre Substance , il s’en engendre diverses fortes de Minéraux , de la génération spécifique desquels nous traiterons,Dieu aidant, en O o iij 43§ La Lumière quelque autre occasion. Mais à l’égard dc la génération des Métaux , nous disons que si cette double Vapeur parvient à un Lieu, oà la graisse du Soufre soit adhérante , elles s'unissent ensemble , & font une certaine Substance glutineuse , qui ressemble à une masse informe, de laquelle, pat faction du Soufre , agissant sur l’H timidité vaporeuse qui est abondante en ces Lieux-là, se forme un Métail pur ou impur , selon la pureté ou l’iropureté des Lieux : Car fi ces Vapeurs font pures & les Lieux auffi très purs, il s’engendrera ùn Metail très-pur , à sçavoir l’Qr, duquel le propre Agent fera séparé à ia fin de la décoction ; en sorte qu’il ne restera plus que la feule Humidité mercurielle , niais coagulée : Et s’il arrive que la décoction ne s’acheve pas, & que le Soufre ne soit pas entièrement séparé , alors il s’engendrera divers Métaux imparfaits , qui le feront plus ou moins , à proportion de la pureté ou de l’impureté de la Vapeur Sc du Lieu, Sc tels Métaux sont dits imparfaits , parce qu’il n’ont pas encore, acquis une entière perfection par la dernière Forme. A l’égard de l’Argent-vif vulgaire , il s’engendre auffi de cette même Vapeur, lorsque , par la chaleur du Lieu, ou la commotion des Corps supérieurs , élis SORTANT DES TENEBRES. 4Z9- s’eléve avec les plus pures parties à Sel , mais séparée cîe son Agent propre § dont l’Esprit s’est évaporé par un mouvement trop subit , comme il arrive à l’Es-* prit des autres Métaux dans la fusion : Et cela fait qu’il ne reste dans l’Argent-víf que la partie mercurielle, privée de son Mâle , c’est-à-dire , de son Agent ou Esprit sulfureux , & quainsi il ne peut jamais être transmué en Or parla décoction de la Nature } à moins qu’il ne fût de nouveau imprégné de cet Agent, ce qúi nVrnve jamais. Farce que nous aidons dit, il est aisé de voir combien le Vitriol est éloigné , dans ia génération des Métaux * & quelle illusion se font ceux qui travaillent sur lut comme sur la véritable Matière de la Pier- te, dans laquelle doit résider actuellement ía véritable Eílence métallique. On voit aussi que les Métaux , tandis qu’iìs font dans leurs Mines , ont avec eux leur propre Agent, mais qu’ils en font privez par la fusion , & ne retiennent que l’écorce Sc l’enveloppe de ce Soufre , qui est proprement la scorie du Métaii, par ou est encore condamnée Terreur de ceux qui travaillent furies Métaux imparfaits, après qu’iís. ont souffert la fusion. Mais quelque misérable Chimiste insé- O o iíij 44® L a LûMim rera peut-être de là, que les Métaux- imparfaits , étant encore dans leurs Mines , pourroient donc bien être le Sujet fur lequel l’Art doit travailler. Quand on lui accorderoit la conséquence, toujours fe- roit-ce mal-à-propos qu'il entreprendrok de travailler fur eux , puisque nous avons fait voir que les Vapeurs mercurielles , dont ces Métaux imparfaits ont été formez , où les Lieux de leur naissance étoient impurs & contaminez. Comment donc pourroient-ils donner cette pureté qu’on demande pour l’Elixir f II n’appartient qu’à la feule Nature de les purifier , ou à ce bienheureux Soufre aurifìque , c’est-à- dire , à la Pierre parfaite & achevée , laquelle , en cet état, est un vrai Feu éthé- ré, très-pénétrant , qui dans un instant donne îa pureté aux Métaux , en séparant d’eux leurs excrémens, & en y introduisant la fixité & la pureté , parce qu’il est lui-même très-fìxe & très-pur : Et si l’Ar- tiste prétendoit séparer lui-même ces impuretés , il arriveroit qu’en y travaillant , cet Esprit ou cet Agent , fi nécessaire à l’Oeuvre , s’enfuiroit de ses mains. C’est donc l’ouvrage de la Nature , Sc non pas de l’Art : Mais ce que l’Art peut faire , c’est de prendre un autre Sujet , dèja préparé par la Nature , duquel nous trait- tetons dans un Chapitre exprès , le plus SORTANT DES TENEBRES. 44 ï clairement qu’il nous fera possible , pour le soulagement des pauvres Etudians , & pour la gloire du très-Haut. CHANT DEUXIEME, . Strophe III. CPeJì bien un autre Mercure , Ù 1 un autre Or , dont a entendu parler Hermès ; un Mercure humide & chajud , & toujours conjlant au feu. Un Or qui r fl tout feu & tout vie. Une telle différence n’efì- elle pas capable de faire aisément diffin- guer ceux-ci de ceux du vulgaire , qui font des Corps mons privez d?esprit , au lieu que les nôtres font des EJprits corpo - tels toujours vivans , Chapitre III. O N n’entend parler chez les Philosophes que d’Or-vif, d’Or Philosophique ; mais bien loin de vouloir nous expliquer ce que c’est , il semble qu’ils prennent à tâche de le voiler , Sc de l’en- veloper fous des ombres. Cependant,comme c’est en cela principalement que consiste le véritable fondement de la Doctrine , & même de la Pratique , j’ai cru ne pouvoir mieux faire que d’en dire présentement quelque chose, 442 La Luiiese ‘ Ce n’est pas fans raison que les Philosophes lui ont donné le nom d’Or , car il est réellement Or en Essence , & etï Substance,; mais bien plus pariait Sc plus achevé que celui du Vulgaire : C’est un Or qui est tout Soufre , ou plutôt, c’est ie vrai Soufre de i’Or : Un Or, qui est tout feu , on plutôt le vrai feu de l’Or, qui ne s’engendre que dans les Cavernes' à dans Ses Mines Philosophiques : Un- Or , qui ne peut être altéré ni surmonté par aucun Elément, puisqu’il est lui-même' îe Maître des Elémens : Un Or très-fixe, en qui seul consiste la fixité : Un Or très- pur 3 car il est la pureté mênie : Un Or tout puissant , car fans lui tout languit: Or balzarrtique , c’est lui qui préserve tous îes Corps de pourriture : Or animal, c’est famé des Elémens , & de toute la- Nature' inférieure : Or végétable , c’est le Principe de toute végétation : Or minéral, car il est sulfureux , mercuriel , Si salin : Or éthers, car ii est de la propre nature des- Cieux , & c’est un vrai Ciel Terrestre , voilé par ,un autre Ciel : Enfin , c’est un Or Solaire , car c’est le Fils légitime du Soleil, & le vrai Soleil de la Nature : C’est lui dont la vigueur fortifie les Elémens , dont la chaleur anime les Esprits, & dont le mouvement meut toute la Nature : De son influence naissent toutes les vertus des SORTANT DES TeNESKES. 443 ío- Chose? , car il est l’instuence de la foumié- 'ar re , une portion des Cieux , le Soleil m- en : férieur & la Lumière de la Nature , fans us laquelle la Science même est aveugle : Sans un fa chaleur , la Raison est imbécille ; fans -st Tes rayons , l’fmagination est morte ; fans -st ses influences , l’Esprit est stérile , Sc fans r y fa Lumière, l’Entendement demeure dans es de perpétuelles Ténèbres. C’est donc très- hr à-propos que les Philosophes lui ont don- té né ie nom d Or-vif, puifqu’il est lui-mère . rae , comme j’ai dit, la vie de i’Or, & O de fa propre Substance : Car l’Or n’est s- qu’une Substance mercurielle trcs-purs , lï séparée de fes excrémens, & de son pro- • pre Agent externe , dans laquelle le Sou- !S fre interne , ou autrement le Feu intrinfé- st que a introduit fes qualités, par lesquelles 6’ les autres qualités élémentaires ont été !- changées , 8c font demeurées soumises 3 r la domination de celles-ci, ce qui fait que r I Or est inaltérable ; car toutes les quali- s- tés des Elémens font en lui dans un tel y équilibre , qu’ii n’y a plus de lieu au mou» 1 vement ; en forte que lé Volatil étant fur- 3 monté par la nature du Fixe, Sc le Fixe 1 également mêlé avec ie Volatil, il en ré-- , fuite une certaine homogénéïté , quí fait : fa perfection & la pureté du Composé. ì L’Or vif des Philosophes n’est encore’ ^ autre chose que le pur feu duMercure^c’estr '444 La Lumière à-dire la plus digeste ôi la plus accomplis portion de la très-noble Vapeur des Elémens : C’est l’Humide radical de la Nature, plein de son chaud inné : C’est une Lumière , revêtue d’un Corps éthéré parfaitement pur, comme nous l'avons expliqué au Chapitre dela Création, où nous avons fait voir que la Lumière ne pouvant résider dans cette Région inférieure ,• le Créateur l’a- voit renfermée dans le Feu, Sc l’avoit revêtue de son Corps : Or ce Feu est un pur Esprit , qui fait fa demeure dans le Centre des Elémens, & sert de véhicule à la Lumière. Notre Esprit donc est joint à rHumide radical des choses, & réside particulièrement dans le chaud inné ; ce qui fait qu’à bon droit les Sages ont dit de leur Or-vif, quec’étoit la très-pure Vapeur des Elémens, fur laquelle l’Esprit igné avoir commencé d’agir , Sc y avoíf imprimé la fixité , la faisant passer en nature de Soufre, d'où elle a pris le nom de Soufre des Philosophes , à cause de la qualité ignée, qui domine en elle : Elle ne laisse pas aussi d’être appellée très -souvent du nom de Mercure, parce que toute son Essence dépend de la Substance mercu-, rielie, C’est ce Soufre qui agit est tout Composé , Sc qui ayant en soi la nature de la Lumière Céleste , veut, à son éxemple , sortant des Tenebres. 445“ Continuellement séparer la Lumière des Ténèbres , c’est-à-dire le pur de l’impur : C’est là le véritable Agent interne, qui agit fur fa propre Matière mercurielle, ou Humide radical , dans lequel il se trouve renfermé. C’est la Forme informant toutes choses ; & dans l’ordre de la Génération , c’est de son action Sc de l’altération qu’il cause, que naissent toutes les diverses Couleurs , selon les divers degrés de la digestion ; mais fa Couleur propre & naturelle est le rouge parfait, auquel se termine toute son action , & où se manifeste son entière domination sur le Sujet altéré. C’est îe chaud inné, lequel se repaît continuellement de son propre Humide radical ; Sc comme celui-ci fournit sans - cesse la Matière, l’autre agit aussi perpétuellement, C’est enfin le véritable Artisan de la Nature , par qui fe manifestent les vertus íìm- pathiques, & par qui fe font toutes les attractions ; d’où il nous est aisé de comprendre la nature de la Foudre , qui n’est autre chose qu’une exhalaison très-séche de la Terre , laquelle étant répandue dans les airs, ne demande qu’à s’élever, Sc dans cette élévation , venant à fe purifier Sc à fe dépouiller des fèces Sc des excrémens aufquels elle est jointe, elle commence à sentir peu à peu ses forces simpathiques» Cette exhalaison contient en soi cette Va? ■446 L A Lumierm peur des Elémens, que nous avons dit être répandue par toute la Nature , mais, revêtue d’un Corps , parce qu’elie a dèja acquis quelque fixité au moyen de la siccité terrestre : Et comme dans cette nouvelle élévation,, elle se trouve jointe à une autre Vapeur plus volatile , qui éxhale incessamment de la Terre,elle est contrainte de «'élever avec elle jusqu’au plus haut de l’air, où se trouvant plus pure & plus dégagée de ses excrémcns , comme j’ai dit, elle prend une nature ignée , & continuant à s’éîever toûjours d’avantage, 3 cause de la Vapeur volatile à laquelle elle est unie , elle s’écháuíFc enfin ôc s’altére par le mouvement des Etoiles & des Corps Célestes ; en forte qu’ayant attiré à foi les plus subtiles parties terrestres de i'exha- laiíon , & tout son Humide radical étant consumé, elle est dans un instant transmuée en un Soufre terrestre , lequel étant,de nature fixe, n’est plus porté en haut, comme 51 arrive aux Soufres volatils, mais tombe en terre avec tant d’inìpétuosité , qu’il n'y a point d’obstacle assez fort pour lui résister. La même chose arrive au Soufre des Philosophes , lorsqu’il est pro jette sur de l’Argent-vifjcar, par son feu, il change en sa nature tout l’Humide radical, qui est ! très-abondant dans FArgent-vif, après en avoir íëparé Zc rejette les excrémcns : Et SORTANT DES TfiNEBRlS. 44 J Cet Argctit-vif devient lui-même Soufre & Mededne dans toutes les parties, pourvu que ì’Humidité fe trouve inférieure à la -vertu & íìccité du Soufre : Car, si la projection fe fait fur une trop grande quantité d’Argent-vif, en forte qu’elle absorbe & surmonte la vertu du Soufre , alors il n’est changé à fixé qu’en Or, dans lequel il fe fait un tempérament entre l’Humide radical & le Chaud inné. Au reste, la Foudre, étant portée au travers de l’Air par fa propre vertu, elle est attirée en Terre par un autre Soufre qui se trouve fixe en elle, parce que le Fixe s’éj.oiïit de la Nature fixe , A va avec précipitation l’cmbrasser, & fe joindre à lui : Après quoi la Foudre, étant tombée en Terre, son mouvement cesse , & se trouvant dans un Lieu qui lui est propre , & où , par la présence de l’Attirant, il se fait plutôt une rétention qu’une attraction , elle demeure en repos , fe refroidit & fe concentre dans son propre Corps, après avoir déposé sa férocité , Sc réprimé sa violence. A l’égard de ses effets prodigieux , il ne s’en faut point étonner ; car comme c’est le Feu très-sixe de la Nature,il détruit en un clin d’œil tout ce qu’il touche , Sc en consume tout l’Humide radical , à peu près comme une grande flamme en dévoré une moindre, &qu’una grande Lumière en absorbe une médiocre» 44$ L a Lumière II arrive aussi quelquefois,, que la Foudre acquiert dans ces exhalaisons, une certaine nature spécifique , suivant laquelle elle détermine son action , en sorte qu’ellç détruira une chose, & ne fera aucun dommage à une autre ; ce qui provient de ce qu’elîe attire à soi , & absorbe seulement ce qui est de sa nature, laissant ce qui lui est étranger : Et quoique chaque Corps ait en foi cet Humide radical des Elémens , qu’il soit d’une seule Sc même nature par tout, Sc qu’il n’y en ait point de deux sortes , toutefois parcs qu’il se trouvera dans quelque Corps des Esprits spécifiques, opposez à ceux de la Foudre , Sc qu’il sera outre cela environné de divers excré- mcns , alors la Foudre , sentant une nature contraire à la sienne , se portera ailleurs. , & s’attachera à un autre Sujet. A l’égard de ces Esprits spécifiques , nous en traiterons plus amplement ailleurs , il suffit pour le présent d’avoir fait connoître d’oè proviennent les vertus fimpathiques Si la force des attractions. L’effet du Soufre, ou Chaud inné des Elémens , duquel nous traitons dans ce présent Chapitre , se découvre encore mieux dans la Poudre à Canon , car elle abonde extrêmement en vapeur aérienne mercurielle , à cause de la nature du Soufre Sc du Salpêtre , qui y sont renfermez : Mais SORTANT DES TENEBRES. 449 Mais , parce que son Humide est cru, & plus volatil que fixe par fa nature aérienne ; quoique cet Humide ait pourtant en foi son Chaud inné ou Feu interne , il arrive que lorsqu’elle est embrasée , elle démontre entièrement fa nature volatile , & remonte en haut vers fa Patrie , à cause de la conformité qu’elle a avec les choses supérieures , enlevant avec foi des portions d’exhalaison terrestre ôc ignée ; mais elle ne fait que vaguer au milieu des airs , fans qu’il y ait en elle aucun sentiment distraction, ni aucun mouvement, qui la porte plus ioin , Sc dans cet état indifférent elle sert seulement à la Nature pour de nouveaux usages. Mais si la Nature fixe étoit en elle , alors elle chercheroit le Centre de la Terre, Sc s’y précipitèrent,comme on voit qu’il arrive à la Foudre, ou à la Poudre fulminante de l’Or, dont les Experts fçavent bien extraire le Soufre fixe ( suivant ce qu’enseignent fidellement plusieurs Auteurs ) lequel après qu’il a été mêlé avec des choses inflammables & volatiles r à la façon de la Poudre à Canon , devient Tui-même inflammable i mais étant enfla- mé , il ne s’envole pas dans les Airs ; au contraire , devenu plus libre .& dégagé de .ses excrémens, il fe précipite vers la.Terre: à l’exemple de la Foudre ; & malgré tous íes obstacles, il fe cache en elle , à cause T ome I IL P p 45" o La L u m i'e u e que ìe Soufre de l’Or, étant devenu fixe parla Nature, est puissamment attiré par îe Feu fixe , qui est renfermé dans la Terre ; & ainsi par son propre mouvement, il est entraîné vers le lieu de fa Sphère. Puif- qu’on discerne donc si visiblement de semblables attractions , pourquoi ne voudra- t'on pas que ce qu’on appelle Vertus occultes & simpathiques,viennent de la même Cause,quoique cela ne soit pas tout-à-fait sensible aux Ignorans. O combien y a-t’i! de choses dans le cours ordinaire de la Nature qu’on attribué fort mal à propos à ces Vertus ocultes ! Mais il n’appartieot pas à de malheureux Philosophasses de conpoître 3a nature des Choses;cet avantage est réservé aux seuls vrais Philosophes, Que ceux donc qui s’arrêtent ainsi aux Causes occultes , s’en tiennent aux vaines subtilités de l’Ecole ; quoiqu’il fût beaucoup mieux pour eux de passer pour Chimistes , & que cela leur servît au moins à 3a connoissance de quelque vérité, que d’abboyer, comme ils font, contre la Lune , faisant voir qu’il ne sont au fonds que des Bêtes : Mais que chacun se berce à son gré de ses propres chimères, j’y consens de bon cœur» Notre Soufre est à bon droit appelle Or vif, ptusqu’il est en effet le mouvement & la vie de toutes choses z ôc notre Poète SORTANT DES TENEBRES. 45'ï en a très-doctement décrit ianature, en disant qu’il est chaud Sc humide , très-fixe au feu , & pourtant de nature spirituelle ; ce qui fait véritablement un Esprit corpo- rifié. II n’est donc pas surprenant que les Philosophes le cachent aux Ignorans , Sc ne le découvrent que fous le nom d’Or vif ; paree qu’en lui consiste tout le Sécret, Sc toute la Science. Mais examinons un peu en quel Lieu , Sc en quel Corps principalement on peut le trouver , afin d’en expliquer sidellement toute la Théorie. Le Soufre, dont il s’agit, est renfermé en tout Corps , & nul Corps ne peut subsister fans lui, comme il est aisé de Tin- férer de sa nature ; il est dans les Vallées ; il est dans les Montagnes ; il est au profond de la Terre, dans le Ciel, dans 3’Air, en toi, en moi, en tout Lieu enfin , & en tout Corps ; en forte qu’on peut fort bien dire que ì’Or - vif des Philosophes se trouve par tout ; mais proprement en le doit trouver dans fa Maison, & c’est là qu’il faut la prendre , autrement ce fera. cn vain qu’on le cherchera ailleurs L’Ot la Maison de l’Or est le Mercure , comme F enseignent tous les Philosophes : C’eíl donc dans la Maison du Mercure qu’iï faut le chercher; mais il ns faut pas entendre ici le Mercure vulgaire ; car quoi- qu’sl s 7 y trouw agis? Sc que son Corps te Ïj a Lumière renferme, toutefois ce n’est qu’imparfat- tement Sc en puissance seulement, comme nous avons dèja dit. Aprens donc à con- noîtrc le Mercure , Sc sçache que là où H réside principalement & plus abondamment , c’est là que se trouve le Soufre : Sçache de plus que c’est un vrai Feu , Sc que le Feu vit de T Air : Où donc l’Air abonde davantage , c’est là qu’il se nourrit , qu’il croît , Sc qu’il se trouve facilement : Mais prends garde à le bien discerner dans les Lieux, où, quoi qu’empri- sonné , il ne laisse pas d’éxercer quelque farte d’empire , & non pas en ceux où fl est absolument soumis aux autres, Sc fouillé par des excrémens; car le Feu de la Nature tend toujours à dominer fur les autres Elémens , s’il n’en est empêché par l’abondance d’Eau qui lui est contraire, ou qu’il ne soit suffoqué sous les excrémens : De là vient qu’il est écrit : Ne mange pas du Fils, dont la Mère abonde en menstruë. Les Philosophes ont donc cherché leur Pierre dans les Minéraux, pensant y trouver une Nature fixe , Sc une permanence propre à conserver la vie dans son Estre s parce que les Minéraux sont d’une nature plus fixe , à cause de la grossièreté des Elémens qui les composent, Sc l’abondan- ce d’Eau Sc de Terre , qui est en eux ; ce qui fait que leur 'Humide radical, ap~ SORTANT DIS TeNEBRIs. 45 J prochant davantage de la-fixité, se convertit plus aisément en Soufre fixe. Outre cela les Minéraux , Sc fur tout les Métaux s’engendrent aux entrailles de la Terre, oît l’Humide des Elémens, que les Influences ont porté au Centre , se conserve en plus grande abondance , d’où vient que les Principes, dont Ses Métaux font composez , sont fort remplis de cet Esprit éthé- ré ; & outre cela encore , à force de circuler en vapeur, Sc de se sublimer ils se purifient davantage , au lieu que dans les autres Composés, on ne sçauroit trouver cette naturelle & parfaite Sublimation , à cause de la porosité des Vases Sc de la débilité des Matrices, qui feroit que tout ce qui se sublimeroit s’envoleroit : Ou si la Substance étoit plus corporelle, il fe feroit une Altération Sc une Corruption , tendante à Génération , avec quelque déperdition d'Esprits , qui , particulièrement dans la génération d’un Enfant, pénétrant la Matrice , cauferoient divers simptômes, ou à la tête r ou à quelqu’autre partie du corps. Les Elémens donc ne s 1 élcvant pas en vapeur, ni ne fe raréfiant pas , il ne fe fait aucune circulation, & par conséquent point de purification ; par où il est aisé de voir de quelle excellence doit être la Pierre Phisique , qui, par le moyen d’une seconde Sublimation , qui sc fait dans le 4J4 La Lusierí Vaisseau Philosophique, acquiert une bieri plus grande perfection , & une pureté , fi j’ose le dire , toute céleste ; ce qui fait qu’à bon droit les Philosophes l’ont ap- pellé lest Ciel. CHANT DEUXIEME. Strophe I Y. ô grand Mercure des Philosophes , défi en toi que s’unissent C Or & l’Argent , après' qu 3 Us ont été tirez de puissance en etéíe ; Mercure tout Soleil & tout Lune ; triple Substance en une , & une Substance en trois. 0 chose admirable ! Le Mercure ,, le Soufre & le Sel me font voir trois Substances en une feule Substance. Chapitre IV, O us avons dèja discouru briévenienf du Mercure des Philosophes ; mais asin de le donner mieux à connoátre, il faut íçavoir que c’est par les seuls Philosophes que ce Mercure est-tiré de puissance en acte , la Nature n’étant pas capable d’elle-même d’achever cette production , parcs qu’après une première Sublimation , elle s’arrête, & fa Matière étant disposée r elle y introduit la Forme , faisant de l’Or su quelqu’autre Métaii, selon ie glus os . 50KÏÀNT DES TeNBBRSS le moins de Décoction , & aussi selon que les Lieux font purs ou impurs. Les Philosophes ont pris foin de cacher ce Mercure fous des voiles , & de i’enveloper de Paraboles ; n’en ayant jamais parle que par Enigme , ôí sur-tout sous le nom d’A- malgame d’Or , & d’Argent vif vulgaires, donnant au Soufre le nom d’Or, & au Mercure celui d’Argent vif, & cela pour mieux tromper les Ignorans. Tous leurs mots font équivoques , Sc c’est là leur façon cé parler ; tellement que ce fcroit une pure bêtise de vouloir travailler suivant le son de leur paroles. Si cet Amalgame ns se faisoit qu’avec l’Qr Sc PArgent vif vulgaires , ô que de Gens devìendroìent Possesseurs de la Pierre Philosophais ; tout 1s monde feroit Philosophe , & la Science seroit aisée à acquérir par cette seule Opération. Mais, au fonds , que peut-on recueillir d’un pareil Amalgame , quoique fait avec beaucoup de soin ì rien fans doute, & ii n’y a qu’un Esprit subtil & pénétrant qui puisse bien comprendre le Mercure Sc le Soufre des Philosophes , aussi bien que leur union. Que les Chimistes cessent donc de s’arréter au son des mots, Sc qu’ils sçachent que da travailler suivant leur sens apparent, c'est une pure folie , & une dissipation, de ses Biens , ce qu’ils reconEoxtronî enfìri à leurs dépens. ' 4 $(> La Lumière Après que par la Sublimation l’Art á purifié le Mercure , ou la Vapeur des Elé- mens , à quoi est requise une industrie merveilleuse, alors il faut l’unir à l’Or vis, c’est-à-dire y introduire le Soufre, afin qu’ils ne fassent ensemble qu’une seule Substance , & un seul Soufre. C’est cette onion que st Artiste doit parfaitement con- noître ; & les Points ou Milieux , par lesquels ií peut y parvenir ; fans quoi il fera frustré de son attente. II a besoin pour cet effet de sçavoir plusieurs choses ; mais . fur-tout, si le Mercure St le Soufre font bien purifiez j ce qui n’est pas aisé, à moins de connoître bien le principal Agent de eet Oeuvre , le Vaisseau qui y est propre , Sc plusieurs autres choses , enseignées par les Philosophes au sujet de la Sublimation. Quand donc ils seront bien purifiez , il faudra les unir parfaitement & les amalgamer ensemble, afin que , par l’addition d® ce Soufre l’Ouvrage soit abrégé , & la Teinture augmentée. C’est ici où nous devons imiter le silence des Philosophes , de peur que la Science ne soit profanée; car il est écrit de laisser ceux qui errent , dans leur erreur, Sc que ce n’est que par la permiíîìo nde Dieu qu’on parvient à la còn- aoiíïànce de cet Oeuvre , lequel consiste à sçavoir conjoindre le Soleil & la Lune dans un se ul Corps. JMkús afin aussi qu’on r SORTANT DES TENEBRES. 4^7 ne nous accuse pas d’envie , si nous n’cn disons pas davantage, nous protestons que si à la vérité nous nous sommes refervez quelque chose , il n’y a au rupins aucun mensonge dans tout ce que nous avons dit : Que nous n’avons enseigné aucune Opération Sophistique : Que nous n’avons point proposé divcfses Matières , $c Qu’ensin nous avons fait voir clairement qu’il n’y a qu’une feule vérité, quoique, par un juste jugement de Dieu , elle soit voilée pour quelques uns. Nous ajoutons encore que ce Mercure est très-souvent appelle par les Philosophes leur Cahos , parce qu'en lui est renfermé tout ce qui est nécessaire à l’Arfc : Par la même raison encore ils l’ont nommé leur Corps , le Sujet de l’Art, la Lune pleine , i’Argent vif animé , & d’une infinité d’autres noms. Et parce que les trois Principes y font .également balancez par l’opération de la Nature, les Philosophes, à cause de cette parfaite union des Principes , l’ont quelquefois appelle Vitriol : En effet le mariage d u Soleil & de la Lune s’y fait voir à l 1 œil, on y voit ls Roi dans son bain , Joseph dans fa prison, Sc l’on y contemple le Soleil dans fa Sphère ; mais I’explication de tous ces noms demande- rok un gros volume , ainsi nous la remettrons à une autre fois. Tome III. Q <3 CHANT DEUXIEME. Strophe V. jM-aìs où est donc ce Mercure aurifique ? qui, étant résout en Sel & en Soufre $ devient PHumide radical des Métaux ? ÌT leur Sémence animée ? 11 ejì emprisonné dans une prison fi forte , que la Na? t ure rnème.ne fçauroit P en tirer , fi P Art industrieux ne lui en facilite les moyensf Chapitre Y. E Soufre des Philosophes est, com--. I j me nous avons dit , enclos dans l'in- ■time de l’Humide radical, mais emprisonné sous une st dure écorce , qu’il ne peut .s’éléver dans les airs que par une extrême industrie de l’Art ; car la Nature n’a pas .dans les Mines un Menstruë convenable ni capable de dissoudre & délivrer ce Soufre , faute de mouvement local, & selon que ia vapeur s’éléve, ou qu’elie demeure renfermée , tout ce qui est de la première Composition demeure auíîì, ou s’envole ; mais si derechef elle pouvoit dissoudre, .putréfier Sc purifier le Corps métallique , fans doute elle nous donneroit elle-mëme |a Pierre Phisique, c’est-à-dire un Soufre s exalté & m íié en . vertu. Tout fruit, SORTANT DES TëNEERES. 45*9 ou tout grain, qui n’cst pas derechef mis dans une terre convenable pour y pourrir , ne multipliera jamais, Sc demeurera tel qu’il est. Or l’Artiste,qui'connoît le bon grain , prend ce grain, ôc le jette dans fa terre aprés savoir bien fumée Sc préparée., Sc là il se pourrit, se dissout, Sc se subtilie tellement, que sa vertu prolifique s’étend ■Sc se multiplie presque à l’infini : Et au lieu que d’abord cette vertu étoit renfermée Sc comme assoupie dans un seul grain, elle acquiert dans cette régénération tant de force Sc d’étenduë , qu’elle est contrainte d’abandonner fa première demeure , pour fie loger dans plusieurs autres grains. Que les Disciples de fi Art considèrent donc •attentivement comment, par le seul acte de la Putréfaction & de la Dissolution, ce Soufre interne acquiert une si grande vertu , renfermée dans le premier grain , qui est si simple d’abord , ôc à laquelle on h’en ajoute point de plus grande, est tellement fortifiée Sc purifiée par elle-même , qu’elle paíîë aisément de la puissance à l’acte en multipliant son Humide radical par l’Hu- mide radical des Elémens , auquel elle í@ joint; car c’est en cela que consiste iavertu spécifique , Sc point du. tout en autre chose. Tout dc même, si l’on sçait prendre le Grain Phisique , & qu’on le jette dans fa terre bien fumée, bien purgée de 4^0 La Lumière ses Soufres impurs, & amene'e à une parfaite pureté , il est fans doute qu’il pourrira ; que le pur se séparera de l’impur dans une véritable Dissolution p & qu’enfin il passera à une nouvelle Génération beau? coup plus noble que la prëmiére. Si tu fçais trouver cette Terre , mon cher Lecteur, il te reste peu de chemin k faire pour atteindre à la perfection ds f Oeuvre. Ce n’est point une terre commune , mais une Terre Vierge ; ce n’eíî pas non plus celle que les Fous cherchent dans la terre fur laquelle nous marchons , où il n’y a nulle Germe & nulle Semence ; mais c’est celle qui s’éiéve souvent au-des- sus de nos têtes & fur laquelle le Soleil terrestre n’a point encore imprimé fes actions» Cette Terreest infectée de vapeurs pestilentielles , & de venins mortifères, defquels il faut la purger avec beaucoup de foin & d’artifice, Sc l’aiguiserpar son Menstruë cru , afin qu’elle acquière plus de vertu pour dissoudre : Au reste il ne faut pas en? tendre ici çette Terre des Sages, où les ver? lus des Cieux se trouvent ramassées , <5c dans laquelle le Soleil Sc la Lune sont ensevelis f car une pareille Terre ne s'acquiert que par une véritable Sc complette Calcinai ion Phisique ; mais celle , dont il s’agit jci , est une Terre qui appéte les embraA somçns du Mâle , c’est-à-dire la Sémcnes SOETÂNT Ï>ES TeneBSïS. 46V. Solaire ; en «n mot elle est désignée chez les Philosophes par le nom de Mercure, 1 Mais prends garde , cher Lecteur, de ne pas confondre ce nom de Mercure , & prends pour ton Maître & ton Guide le Chapitre cinquième du premier Chant , afin que par son moyen tu te débarrasses de ces filets ; car cet Art est un Art mi- stérieuxqui ne peut s’apprendr-e, qu’après avoir bien connu ses véritables Principes»- Attaches-toi donc à les connoître , & ta parviendras à la fin que tu désires# CHANT DEUXIEME» Strophe VI. .Mats que fait donc F Art ? Ministre ingénieux de la diligente Nature , il purifie par une flamme vaporeuse les sentiers qui conduisent à la prison. APy ayant pas de meilleur guide ni de plus sùr moyen que celui d’une chaleur douce & continuelle pour aider la Nature, & lui donner lieu de rompre les liens dont notre Mercure ejì comme garrotté* Chapitre VI. 1 A Nature a toujours accoutumé de se j servir de chaleur pour la Génération des- choses , 8c cette chaleur est manifeste & sensible dans les Animaux. A l’égard Q q iij .462 La L uMri e-e e des Végétaux , elle est à la vérité insensible , mais elle ne laisse pas d’êtrc compréhensible suivant que le Soleil s’avance ou se recule ; ce qu’on appelle les Saisons j. quoi qu’il ne faille pas croire que la chaleur du Soleil íîòit une Cause efficiente , mais seulement une Cause occasionnelle ; le Feu externe de la Nature étant excité par ie mouvement du Soleil & des autres Sphères. Mais pour ce qui est des Minéraux , la chaleur n’y est jamais perceptible , si ce n’est par accident, lorsque les Soufres s’enflamment. Uae telle chaleur ne contribue point à la Génération, au contraire , elle brûle & détruit ce qui est dèja engendré dans les lieux voisins : Ainsi , il faut chercher pour eux une autre chaleur , & l'on trouvera qu’èlìe ne doit pas s’appercevoir par les Sens , parce que si cela étoit, l’Ouvrage de la Nature seroit trop prompt, mais elle doit être telle qu’on par exemple , dans les choses artificielles / que ssaiguille d’une Montre se meut sans ! cesse , & nous jugeons de son mouvement par les effets qu’il produit ; cependant il n’y a personne qui ait 3e Sens assez Subtil pourt aperçevoirce mouvement, quelque application qu’il ait à sobserver. On peut donc- aisément conclure, par un argument tiré du- petit au grand, que le mouvement de la' Nature, beaucoup plus subtil qile celui de 3 ? Art, doit être imperceptible à nos Sens» Enfin , c’est une chaleur dè la nature des Esprits 5 qui est d’être toujours en mouve-' ment ; Sc comme le mouvement est 1,a,Cause de 3a chaleur, elle a une faculté innée d’échauffer. On en peut trouver quelque idée dans les Eaux fortes, Sc dans de sem* blables Esprits , qui ne brûlent pas moins en Hiver, que 1c feu fait en tout temps r ôc qui font de tels effets ) qu’on les croiroit capables de détruire toute la Nature , & la" réduire à rien ; toutefois i’Humide radical- des Elémens ne craint point leur voracité, car en lui, comme nous avons dit, réside un feu d’une nature beaucoup plus noble, qui méprise cet autre feu. De là vient que 1 Or, qui abonde en cet Humide radical , n’est point détruit par de telles Eaux , Sc quoi qu’il paroisse quelquefois dissout par Q q iiij La Luiiïeè elles & réduit en nature d’Eau , ce n’efí •qu’une illusion des Sens , ptiifqu’il fort de' ces mêmes Eaux auíîì beau qu’auparavant, en conservant son même poids ; ce . qui n’arrivc pas aux autres Corps , parce que leur Humide n’eft pas si terminé ni si digéré par le feu intrinsèque de la Nature, lequel se trouve suffoqué en eux par l’Humidité trop crue , ce qui le rend languissant, & susceptible d’altération par le Feu de ces Eaux fortes , en forte qusil «'envole aisément, & que le Composé est réduit à rien , ne restant plus qu’une cendre corrodée. A l’égard de ces Esprits corrosifs , ils font appeliez Feux contre Nature, parce qu’ils détruisent la Nature.Que les Igno- rans apprennent donc de là combien ils errent, quand ils prennent de pareilles Eaux pour dissoudre les Métaux , ou d’autres Matières semblables, au lieu de se servir du même Feu , dont se sert la Nature, lequel il faut seulement sç.avoir bien aiguiser, afin de le rendre plus actif, & plus convenable à îa nature du Composé. Au reste , la construction de ce Feu est très- ingénieuse, & en cela consiste presque tout le Secret Phisique, les Philosophes n'en ayant rien dit, ou très-peu de chose. Pour nous, nous en parlerons ci-après , nous contentant pour le présent d'avertir les Chimistes de se donner bien de garde de SORTANT EES TENEBRES. 46^ Construire leur Feu avecíes Eaux fortes & vulgaires, car ce n’est pas avec un tel Feu qu’il faut secourir la Nature, mais avec un- Feu doux , naturel & administré à propos. CHANT DEUXIEME. Strophe VII. ïi, oui , c'est ce seul Mercure que vota’ devez chercher, ô Esprit s indociles \ puis qiden lui Jeul vous pouvez trouver tout ce qui est nécejjaire aux Sages, Oest en lui que se trouvent en puiffance prochaine & la Lune &" le Soleil, qui sans Or ó" Argent dtt vulgaire, étant unis en-' semble , deviennent la véritable Semence de l’Argent & de l’Or. Chapitre VII. I L est dit dans le Dialogue de la Nature , & ailleurs, qu’on juge aisément du Principe qui fait agirpar la fin qu’on se propose. Mais à l’égard des Chimistes , U n’est pas difficile de voir que lebut auquel ils aspirent, est de faire de l’Or , Sí qu’ils ne font portez à l’acquìsition de cet Art que par ce seul motif. La tirannie que l’Ot exerce fur les cœurs, s’est tellement emparée du Monde, qu’il n’y a aucun P aïs y aucune Ville , aucun endroit ou l’Or ne %6é t A LtsírÉRÍ manifeste son pouvoir : I] n’y a point de Sçavant, point de'Païsan, point d’Enfanî même qui ne soit réjoui par son éclat, 6c NE soit attiré par sa beauté ; & cela parcs qu’il est de la Nature Humaine de délirer le bien , éje de rechercher ce qu’il y a de plus parfait. Or il n’y a rien fous le 5oisif de plus'parfait que ce Fils du Soled , dans lequel est gravé le véritable caractère du Père : Ce n’est point un Enfant adultérin , maisfon Fils légitime, & fa- véritable Racé, revêtue de toute fa splendeur, qui a réuni en foi toutes ses vertus., Sc qui les départ ensuite libéralement aux autres» Rien 1 n’est íì-beau dans le Ciel que le So- î'eil,, rien de si parfait fur la Terre que l’Or ; auffi toute la Troupe Chimique n’aí- pire qistà fa possession j-d’où- il arrive que : selle qssest leur sin , tel- est leur travail j c’est-à-dire, que leur intention étant d’a- voir de l’Or, le fondement de leur travail' est l’Or ; mais ils ne fçavent pas que pour la Multiplication des choses , on ne demande pas le Fruit ni le Corps, mais le’ Sperme & la Semence du Corps , avec laquelle il fe puisse multiplier. Mais il est témps d’expliquer en peu de mots ce que' c’est que ce Sperme & cette Semence. Nous avons dc-ja dit ci-devant en plusieurs endroits , que le véritable Sujet de la Nature, eu Substance des Corps, étoit SORTAKTT DES TeNEBRES. 4 6~f PHumide radical , & nous avons si bien fait voir la Nature de cet Humide radical , qu’ìl ne reste plus à fçavoir.que ì’or-' dre de sa Spécification , & la maniéré de* sa Multiplication. Pòmr y parvenir , il faut regarder comme tine chose constante que 3c Feu de la Nature, ou autrement le Soufre de'Nature, réside dans cet Humide radical, & qu’il est le grand Artisan de H Nature * auquel- elle obéît absolument ; car ce qu’il veut, la Nature le veut auíîù Or ce Feu, ainsi renfermé dans les Corps, ne désire que'dc s’étencìre en vertu , & en quantité ; c’est pourquoi il convertit sans- eeífe en foi i’Humide radical, & fe multiplie en le consumant ; mais cela se fait imperceptiblement , & à mesure, autrement la.nature du Corps se détruiroit, si on ne lui fourniíîbit pas toujours un nouvel Humide pour remplacer l’Humide consumé» Ce Feu est le Chaud inné. toujour splein- de vie & de chaleur ; mais il est gouverné par des Esprits spécifiques , lesquels- font de la nature de la Lumière surtéle- fte , & ont reçu eette Spécification dans le- point de la Création par la vertu ineffable de Dieu , Sc selon son bon plaisir , auqncî la Nature ne fait qu’ebéïr, en suivant sans relâche ses Loix éternelles. Ces Esprits- spécifiques demeurent constamment dans- les Corps juíqu’à ce qu’ils soient entière- 4 68 L á L CHERE ment consumez , Sc réduits à rien ; c'est-g- dire, tant que l’Humide radical subsiste en tout ou en partie ; mais lui, étant une fois détruit la vertu specifique est auíïì détruite. Ce Chaud inné , enrichi de sort' Esprit spécifique , réside , comme nous avons dit, dans le Domaine royal de F Humide radical ,: comme le Soleil dans fa propre Sphère : La nature da Corps lui obéit, Sc i’Humide radical lui fournit sans- ceíTe fa matière Sc son aliment , lequel est aussi fans-c esté dévoré par ce Feu , & converti dans fa propre nature;-mais cette co- ction est plus ou moins forte, Sc la Nature opère plus ou moins facilement, selon le plus ou le moins d’excrémens qu’elle rencontre. Cet Humide- est dispersé par tout îe Corps, & se conserve dans le Centre de la moindre de ses particules ; Sc lorsqu’il abonde en Humidité , c’est ie ‘ Sperme du Corps : Mais si cette Humidité est terminée & plus cuite', alors c’est proprement la Semence du Corps. La Semence n’est donc autre chose qu’un Point invisible du Chaud inné, revêtu de son Esprit spécifique, lequel réside dans l’Hu- rriíde radical, Sc cet Humide , après quelque altération , est proprement le Sperme du Corps. Cette iémence, en quelque Règne que' ce soit 3 Animal, Végétabie ou Minéral, SORTANT DES TENEBRES. 46^ veut sans-cesse se multiplier autant qu’el- le en a le moyen ; mais elle est souvent contrainte de demeurer en repos & fans action , renfermée dans son Corps , à cause que la Nature n’a pas de mouvement local , à moins que P Art industrieux ïdexcite la chaleur interne par quelque moyen externe , & ne lut donne lieu par eet aiguillon de rassembler ses forces , & de réveiller fa vertu pour s’en servir à dévorer son Humide radical, Sc ainsi se multiplier : Mais l’Humide radical , qui est l’aliment propre de la Semence , est auffi quelquefois tellement enveloppé d'ex- crçrnens, qssil ne fçauroit aider au Chaud inné ; en forte qssil demeure tout languissant & fans action , quoique le propre de fa nature soit d’ágír ; & lors , ne pouvant attirer à foi qu’une très-petits portion de l’Humide radical , Sc encore avec beaucoup de peine Sc de temps , il arrive enfin, par l’émotion naturelle Sc Pin-' tempérie des Elémens , qu’il fe détruit entièrement , Sc retourne vers fa Patrie ; dsoà il revient dans de nouveaux Corps : Ainsi la Corruption de Pun est 3a Génération de Pautre , par une continuelle vicissitude de§ choses. Dans le Règne Animal , leChaud in-' né attire des alimens l’Humide, qui lui est nécessaire pour fa restauration z Sc par cette ^7 O I. A Lumiek L attraction, les parties du Corps affoibljesj se refourniííent d’un nouvel Humide à la vérité , mais pourtant plus cru , quoi qu’il soit de même nature , & qu’il ait d’autant plus d’affinité avec lui, que ces alimens sont plus souvent pris du mêmeRègne : Us font quelquefois pris aussi du Végétable , o à cet Humide a reçu une spécification particulière , mais plus convenable pourtant à la Nature Animale ,, que celui qui sc trouve, dans les Minéraux ou dans les JElémens, dont la nature est trop universelle. Au reste , tous ces Humides radicaux sontd’une même Substance Sc Essence , à la différence que quelqu’uns n sont reçu aucune coctìon , Sc que les autres Font reçue en partie. La Nature , dans ses Opérations, paíle ■toujours par des Milieux, Sc ne va jamais d’une extrémité à l’autre , si elle n 7 y est forcée; ce qui arrive très-rarement, com-, me on le remarque dans les Gens, qui, au rapport de quelques Auteurs , ont vêçu pendant un certain temps d’air seulement, ou de terre appliquée fur leur estomach , d’où on prétend qu’ils ayent tiré l’Humi- de, qui y étoit renfermé : Mais cjuand cela seroit vrai, il nson faudroit pas faire uns •régie. Quoi qu'il en soit, l'Humide radical est attiré de toutes les parties du Corps pour k rétablissement du Chaud inné, qui sortant des Tenebres. 472 a ëté consumé, & toutes ces diverses -parties , se trouvant pleines de cet aliment, rejettent un certain superflu aqueux, qui A quelque affinité avec Peau , lequel demeure .répandu par totìt le Corps, jufqu’à ce que , par la faculté attractive 4e certaines parties, il y soit attiré & conservé pour l’usage du Sperme : Ensuite dequoi, venant à recevoir sa détermination dan$ les Vases Spermatiques , il devient enfin un véritable Sperme , lequel ayant été répandu par tout le Corps, & en ayant ra^> massé en foi toute la vertu , contient, à cause de cela , en puissance tous lesmem- Jbres du Corps distinctement : Et de là s’é- tablit la vérité de cette Doctrine , Que le Sperfne est le dernier & le plus parfait excrément de l’aliment. Ce Sperme veut toujours être séparé 4u Corps grossier, pour être porté dans /un lieu pur, .où il puisse servir à la génération de l’Animal ; Sc comme c’est l’Ex- trait & la Quintessence du Corps.il est nécessaire qu’íl soit dissout par quelque chose de fort pur, afin que le Chaud inné » ou le Point Séminal, contenu en lui, puisse aisément se fortifier Sc multiplier en ver» tu r Pour donc y parvenir, la Nature & donné cet instinct à l’Animal de s’accou^* pler avec fa Fémfelle , afin que , par cet accouplement, ce Sperme fût porté hors '472 La Lumière de son lieu, A jette dans une matrice Coíî« venable. Le Sperme.masculin , étant entré dans la matrice , s’unit dans l’instant avec le Sperme féminin , d’où resulte un certain Sperme de nature hermaphrodite. Dans le Sperme féminin dominent les Elémens passifs , & dans le Sperme masculin dominent les Eìémens actifs , ce qui leur donne lieu d’agir & de pâtir entr’eux ; car autrement, s’ils étalent de même qualité , il ne se íe- roit pas d’altération , ni si facilement ni íl promptement, Sc il seroit à craindre que la vertu spécifique de la Semence , qui est très-subtile, ne s’évanouît. Ces Spermes , venant à recevoir quelque altération , à quoi contribue la qualité acide du Menstruë, alors le Chaud inné commence à agir fur l'Humide 6c I airìmiis à foi ; & ainsi croissant en vertu & en quantité , il devient plus mûr & plus actif ; en forte que recevant toujours un nouvel aliment du Menstruë, il le transmueen chair, en os 3 Sc en sang. Maïs comme nous traiterons de cela dans son lieu , il suffit pouf 3e présent de sçavoìr 3 que ee Sperme s’aug- mente par la transmutation du sang menstruel , & que ce sang menstruel abonde en Humidité , laquelle sert à faire corrompre le Sperme ; c’est-à-dire , que par sa crudité & son acidité, il corroœpt les Eìémens humides SORTANT DES TenEBEES. 475 humides de l’Humide radical, & les dissout j en sorte qu’étant purifiez par cette altération , ils deviennent un aliment plus noble & plus propre pour la Semence , à laquelle ils donnent lieu d’agir avec plus de vertu & de conduire les choses à une plus grande maturité. Mais c’eíl assez parler du Règne Animal. A l’égard du Végétabîe , nous disons de même, que le Sperme des Végétaux est leur Humide radical, répandu dans toute la masse du Corps , lequel est abondant en Humidité aqueuse : Ce Sperme ne demande qu’à être subtilisé 3c élevé en haut par l’attraction de ì’Ajr supérieur, parcs q-u’i! est Air lui-même , & que la Nature s’éjoiiit en fa nature ; de là vient que les Arbres, & les Hantes s’élevent en haut , laissant en bas la partie grossière , jusqu’à’ ee qu’étant parvenus à une subtilité convenable , Si !e pur étant toujours séparé' del’impur, ils paílènt enfin en grain de Semence. Ce grain , ouest renfermé le Sperme, est de nature hermaphrodite , & contient en foi les qualités masculine & féminine ; car les Végétaux n’ayant pas un mouvement local pour faire ^accouplement des deux Natures , il a été nécessaire que cette double Nature fut contenue dans ies : Grains ,-Sc dans les Semences* Ces Grains' demeurent fans action , & ne passent goinfr- Tome IIE, H.f 474 L A L U M í E K E à une nouvelle génération , à moins qu’ita ne soient mis en mouvement par un Agent, externe : Mais si le Laboureur les jette dans une terre , qui leur soit propre, comme dans une matrice , dans laquelle il y ait une humeur crue & menstruale, alors ils se corrompent par le moyen de cette humeur , & d’un certain Esprit acre nitreux , & par cette corruption le Sperme est purifié , & la Semence dissoute, laquelle attire à soi son aliment pour sa restauration y mais n’en trouvant pas suffisamment dans le Grain même 5 ,elle. est obligée d’en attirer de la terre , dont elle fortifie & multiplie fa vertu : Et en même temps , par cette attraction , font suffi attirées quelques parties de Terre. & d’Eau, qui servent de voies aux autres Elémens & à ì’Humide radical & de cette façon la Semence croît, en quantité à l’égard du Corps, & en qualité à l’égard de fa vertu. La Semence est: puissamment portée à une telle attraction , en forte que ne pouvant demeurer en repos , elle va d’elle-même au devant du nutriment , s’étendant .en racines , lesquelles se glissent soys terre pour y chercher sans- cesse un nouvel aliment, à quoi qu’il y, en ait abondamment dans I 5 Air , toutefois celui qui est dans la terre a plus d’affinsté- avec la nature du Grain, parce qu’il est lEGÎns. spirituel |.ç,e qui a obligé le Maître u’i'ÍS’ rent ette jra- t ait > iis hu- ux J. pu- at- 311 J.; .ans . itti- litî“ :ct- - ucs ■ : dc ide 'OÎî. ua- efí: m r ( re- j ÎU- ' iles ns«- ' : 7 ' OIS I iité - est í tre SORTANT DES TENEBRES. 47 f de la Nature de disposer tellement les choies , qu’en même temps que les Grains íe- roient semez , le froid de l’Hiver enviro- nât la Terre , afìn que les pores en étant bouchez , la Semence ne pût aller prendre son aliment dans l’Air , mais qu’ellc ìe cherchât dans la Terre , où , comme nous avons dit, il est plus convenable à fa nature. Outre cela, par faction d-u grand froid , cette vapeur des Eiémens , ou cet Humide radical cru dés choses, se conserve bien mieux'en terre, parcs que Jes pores en étant bouchez-, les racines s’étendenrbierp plus librement dans son sein , & y deviennent bien plus vigoureuses , y prenant un corps dur Sc solide, à cause de la froideur de la terre , Sc de 3a grossièreté ds' l’eau : Priais quand le Printemps vient reprendre la place, dè I’Hiver , alors les poires de la Terre s’ouvrent ; Sc cettír vapeur 3 - venant à s’exhaler, les racines , qui se trouvent destituées d’alirnent font obligées ; d’aller le chercher dans T Air , où elles : sentent qu’il est , ce qui fait qu’eiìes-sselé- vent, Sc sont comme attirées en haut , Sedans cette élévation , !e pur est toujours.-' plus aisément séparé-ds ì'impur , lVlimcnr* grossier étant attiré des racines pour la< production de la- masse- fèufement Au-i íéste-^ia-P-lants. croitôé- fe fortifie jníqase-* f 47 6 L A Lumière ce qu’eîie soit parvenue à un âge de perfection ; après quoi son attraction étant affoiblie , elle est contrainte de s’arrêter dans les termes de fa grandeur ; mais 1c pur ne laisse pas toujours d’être séparé de l’impur , & de se renfermer sous une écorce , d’où il se forme une grande quantité de nouveaux Grains ; & ainsi se fait la multiplication des Végétaux, par laquelle d’un seul Corps, il en naît plusieurs d’une façon merveilleuse. Venons présentement aux Minéraux , & disons qu’ils font produits de la même manière , parce que la Nature est une , & la même par tout. A Pégard des Métaux cn particulier , comme nous avons dèja traité de leur Génération , nous y renverrons le Lecteur , nous contentant de dire quelque chose ici de leur Semence. La Semence des Métaux est proprement leur Chaud inné; c’est-à-dire. le Feu enclos dans ì'Humide radical ; & parce que la Nature a eu le temps & le lieu propre pour bien purifier leur Humide & is subtiliser en vapeur, on peut dire que les Métaux, à raison de leur grande homogénéisé , ne sont autre chose que PHumide radical lui— même ; sur tout les Métaux parfaits , lesquels n’otit retenu aucune Scorie , ni aucun Soufre externe, mais en ont été séparez. Cet Humide est appelle d’ua autre icr- ant ; ter 1c de orme ul- ’un fa- X', me & LUX èja er- ire La :ur los ' la >ut fer ne ui~ ;s- u- a- ne SORTANT DES TêNEBRES. 477 nom , Argent vif ; mais il ne faut pas s’i- maginer qu’il ait été purifié & subtilié assez parfaitement pour avoir acquis entièrement une nature spermatique ; au contraire , il a contracté dans la terre quelque' grossièreté par lumen d’une Substance aqueuse, en laquelle les Métaux abondent extrêmement ; ce qui fait que ce sont proprement des fruits de Peau, comme les Végétaux le sont de la terre. Pour ce qui est des autres Elémens- ils y font mêlez diversement. Le Sperme donc des Métaux est renfermé dans un Corps , lequel Corps est l’Argent-vif, tant du Vulgaire, que celui des autres Métaux , Sc c’est lui qui en est proprement la Matière ; en forte que st vous séparez du Métail la Substance d® l’Àrgent-vifss ce qui est facile à faire, ) ce qui reste n’est plus un Métail. Ce Sperme ne laisse pas d’être souillé , parce qssii est renfermé dans un Corps de terre & d’cau Sc bien que cette eau & cette terre soient très-pures Sc très-resplendissantes au regard des autres Corps, toutefois, par raport à- la Semence, cc ne font que comme des fèces, 5c comme une écorce ; parce qus le Point séminal est de la nature du Ciel, dont il participe beaucoup plus que de la: Nature inférieure. Ce Sperme est le véritable véhicule cìe la Lumière céleste, qui 478"' L a tu ivri'E r L ríc pouvoit loger que dans un Corps aussi pur, & ce Corps est proprement la moyenne Substance de l’Argent vif, dont Géber éc les autres parlent tant, disant que c’est ia Pierre connue des Philosophes , Sc designes dans leurs Chapitres : Et que c’ess enfin le véritable Sperme des Métaux, lequel il faut nécessairement avoir , puisque fans lui la multiplication de la Semence : est impossible. La Semence des Métaux est donc enclose dans ce Sperme, de la même maniéré qu’ila été dit à l’égard des autres Règnes ; mais dans des dégrèa différens, selon le plus on le moins de co- ctien & de purification. Elle se peut auíïì extraire de tous Corps , mais fort facilement à Regard de quelques-uns , & très- difficilement à Regard des autres , c’est-à- dire , quasi point du tout. II est nécessaire àRArtiste de bien connoître cette Sémen- ce, & Tayant connue , Rextraire pour opérer une nouvelle Génération & Multiplication : Mais avant cela, il est nécessaire que ' son Sperme së putréfie, se sépare, & sc purifie pár un Moyèn propre Sc un'Meti~ struë convenable, dans une matrice qui le soit aussi ; après quoi tu la trouveras multipliée , & tu auras la véritable Pierre des' Philosophes, Niais tonte Semence efl inutile ,fi elle de - meure entière ,fl elle ne-pourrit , nr devient noire ; car la Corruption précéde- toujours la Génération •• C’efl amfi que. procede la Nature dans touttsjìs Opérations ; 0“ nous y ,qui voulons Vimìîtrpnous- devons auflfl noircir avant--de- blanchir fans quoi nous me-, produirons que des- Avortons. C h A.p n r ?: VII L N Ôtre Poète enseigne ici brièvement ce que nous avons dèja expliqué r à sçavoir que fans la putréfaction , il eso impossible d’atteindre au but désiré , qui est la délivrance du Soufre , ou Semence , renfermée dans la prison des Elémens : Et ©n efiet J; il n’y a que, ce seul moyen , car 480 L a Lumière si la Semence n’est jettée en terre pour y pourrir , elle demeure inutile ,. la Nature nous enseignant de procéder par la cor- I ruption à la multiplication des Semences, i Or cette corruption ne s’accomplit que y dans un Menstruë approprié, comme nous Pavons fait voir en parlant des Animaux & des Végétaux. Dans les Animaux , 1 c Menstruë est placé dans la matrice , où le Sperme se corròmpt ; & à l’égard des Végétaux ,, leur Menstruë se trouve dans la j terre, où les Semences font réincrudées j ôc corrompues. Pour ce" qui est des Minéraux , leur Menstruë est renfermé dans 1 leur propre matrice , qui est prise pour leur terre : Mais comme dans les Animaux , les matrices doivent être oonfor- ] fées , & les FéraelleS' nourries des meilleurs alimens , fans quoi PEmbrion aurait de k peine à être poulie dehors, ou rcste- .roit très-infirme ; & comme il faut auílí dans les Végétaux que la terre soit labourée , purifiée , appropriée , & fumée , autrement en vain y- jetteroit-t’on du Grain y il en est de même des Minéraux, & surtout de nos Métaux dans la procréation de l’Elixir ; car si la Semence aurifique n’est jettée dans une terre bien préparée, jamais l’Artiste ne viendra à bout de ce q u’il souhaite , parcs qu’aatrement k matrice sera infectée de vapeurs puantes ds; SORTANT BES TENEBRES '^8 f 2e Soufres impurs. Sois donc très - circonspect dans la culture de cette terre » après quoi jcttes-y ta Semence , & fans doute elle te rapportera beaucoup de fruit. Fia dusecond Chant < 482 La Lumière CHANT TROISIEME, Strophe I. 0 ‘vous ! qui pour faire de l’Qr par le moyen de P Art , étés fans cejfe parmi les flammes de vos charbons ardens ; qui tantôt congelez , & tantôt dissolvez vos divers Mélanges en tant 4y tant de manières , les dissolvant quelquefois entièrement , quelquefois les congelant seulement en partie ; doit vient que comme des Papillons enfumez , vous pajj'ez les jours & les nuits à rôder autour de vos foun neaux. CHAPITRE PREMIER. E front des Chimistes, ton moite de la sueur qu’ií jours hstille fans cesse, marque bien la dissolution de leur cerveau ; maïs 1 ! a beau s’en élever des vapeurs , elles font si noires êc fi impures , que bien Join que leur ignorance soit purgée par çs sortant'des Tenebres. 4S1 snoyen, & leur tête purifiée, elles ne font que découvrir leur folie. C’est le supplice des Damnés que d’avoir toujours envie de voir la Lumière , & d’être dans de perpé- ruelles Ténèbres : II en est de même de ces Chimistes -, car quoique la Lumière se lève pour les autres , ils demeurent toujours ensevelis dans un profond sommeil, & leurs yeux font dans un aveuglement qui ne finit point. Quel moyen de chasses ,©autour d’eux les Ténèbres qui les environnent , & comment dissoudre la grossièreté de leur esprit , si le feu continuel de leurs Fourneaux a tellement raréfié leuc entendement, qu’il ne leur en reste presque plus. Vous les voyez faòs-cesse occupez à anatomiser toutes sortes de Mixtes par leurs Caleinations , Dissolutions , -Cohobations , & Sublimations , ^'imaginant avoir distinctement, par ce moyen , les diverses Substances des Eiémens , A donnant à leurs Mélanges, à leurs Huiles, & à leurs folles Confections divers noms, comme d’Air , de Feu , & semblables. Quelle extravagance de prétendre purger les Corps de leur crasse , Sc de leur impureté , par le moyen des Eaux corrosives , & contre nature,, qui corrompent & détruisent la Nature, renfermée dans les Mixtes. Ces Eaux dissolutives des Philosophes ne doivent point mouiller les mains, parcs Sfij 484 L A Lumieîs qu’elics font da genre des Esprits rnercu» fiels Sc permanens , qui ne s’attachent qu’aux choses qui font de leur propre na- îure ; Et s’jls îiíoient les Auteurs, ils vet> soient qu’ils enseignent que nulle Eau ne peut dissoudre les Corps d’une véritable Dissolution j que celle qui demeure avec eux dans une même Matière , & fous une même Forme, & que les Métaux dissouts peuvent derechef recongeler. Mais , ea vérité, quelle convenance y a-t’il entre les Eaux de ces Gens-là, & leurs Corps i nulles fans doute ; par au lieu de se joinr L A L U M 1 E R É pure , & qu’ensuite il le mette daris uné terre bien cultivée j après quoi il peut fans difficulté le confier aux foins de la Nature , à l’àide d’une simple chaleur, administrée au dehors. Qu’ils commencent donc par entendre ce que c’est que notre Grain , ce que c’est que la culture de notre terre, & après ils pourront dire qu’ils fçavent quelque chose. Mais puisque nous avons touché ce qui regarde la Solution , il est à propos que nous l’éxaminions avec un peu d’attention. Les Auteurs disent qu’il y a trois fortes de Solution dans T Ouvrage Phisique : La première , qui est la Solution ou Ré- duâion du Corps cru & métallique dans ses Principes , à fçavoir en Soufre ôc en Argent vif : La deuxième, est Sa Solution du Corps Phisique : Et la troisième , est la Solution de la Terre minéralle. Ces Solutions font si envelopées de termes obscurs , qu’il est impossible de les entendre fans le feçours d’un Maître fidelle. La première Solution fe fait,lorsque nous prenons notre Corps Métallique , & que nous en tirons un Mercure & un Soufre ; c’est là que nous avons besoin de toute notre industrie, & de notre Feu occulte artificiel pour extraire de notre Suiet ce Mercure ou cette Vapeur des Eìémens , la purifier après savoir extraite , Sc ensuite par le même or- t SORTANT DES TENEBRES. 4$^ drc naturel, délivrer de ses prisons le Sou- fre, ou l’Eíifence du Soufre ; ce qui ne peut se faire que par le seul moyen de lá Solution, & de la Corruption , laquelle il saut parfaitement connoître : Le signe de cette Corruption est la noirceur , c’est- à-dire qu’on doit Voir dans le Vase une certaine fumée noire, laquelle est engendrée de i’Humidité corrompante du Menstruë naturel ; car c’est d’elle que dans la commotion des Elémens, fe forme cette Vapeur. Si donc tu vois cette Vapeur noire , fois certain que tu es dans la droite Voie , & que tu as trouvé la véritable méthode d'opérer. La deuxième Solutiotl fe fait, quand le Corps Phisique est dissout , conjointement avec les deux Substances ci-deílùs , Sc que dans cette Solution tout est purifié, Sc prend la Nature Céleste ; c’est alors que tous les Elémens íubtiliez préparent le fondement d’une nouvelle Génération , Sc c’est là propre-- ment le véritable Cahos Philosophique , & la vraie première Matière des Philosophes , comme l’enfeigne le Comte Bernard ; car c’est seulement après la Conjonction de la Fémelle Sc du Mâle, du. Mercure Sc du Soufre, qu'elle doit être ditte la première Matière , Sc non auparavant. Cette Solution est la véritable réin- crudation, par laquelle on a une Semence Sfiìij 4$'8 La Lumière très-pure , & multipliée en vertu ; car si fe Grain demeuroit en terre fans être réincru- dé St réduit dans cette première Matière, en vain le Laboureur attendroit-il la Moisson desirée. Tous les Spermes font inutiles pour la multiplication , s’ils ne font auparavant réincrudez : C’est pourquoi il est îrès-nécessaire de connoître parfaitement cette réincrudation , ou réduction en première Matière , par laquelle feule fe peut faire cette deuxième Solution du Corps Phisique. A l’égard de la troisième Solution , c'est proprement cette humectation de la Terre , ou Soufre Phisique Sc Minéral , par laquelle l’Enfant augmente ses forces ; mais comme elle a principalement son raport à la Multiplication , nous renverrons le Lecteur à ce que les Auteurs en ont écrit. Voilà ce que nous avions à dire brièvement fur le sujet de la Solution, afin que le Lecteur puisse bien comprendre tout ce qui appartient à la Théorie , Sc qu’avec ce secours il lise plus hardiment lès Ecrits des Philosophes, 8c fe dépêtre plus facilement de leurs filets. SORTANT DES TeNEEKES. CHANT TROISIEME, Strophe II. Ctjsëz désormais de vous fatiguer en vain ? de peur qu!une folle espérance ne fafjè aller toutes vos pensées en fumée. Vos, travaux dopèrent que d’inutiles sueurs , qui peignent fur votre front les heures ■ malheureuses que vous pajfez dans vos salles retraites. A quoi bon ces fiammes violentes , puisque les Sages n 1 usent point de charbons ardens , ni de bois enflammez pour faire /’ Oeuvre Hermétique ì Chapitre II. N Ous devrions dans ce Chapitre, pour suivre l’ordre de notre Poëte , parler du travail ridicule des Artistes ignorans ; mais parce que nous en avons dèja dit quelque chose j & que nous aurons encore occasion d’en parler, nous n’y insisterons pas- pour le présent, de crainte d’être trop prolixes , nous nous contenterons seulement d’avertir le Lecteur sur le sujet du Feu,qu’il- ne faut pas entendre un feu de charbon , de fumier, de lampe, ni de quelqu’autre genre que ce soit ; mais que c’est le Feu dont use la Nature, ce Feu si fort caché chez les Philosophes , & dont ils ne parlent 49® La Iumîisí que très-obscurémsnt ; la construction à- quel est aussi difficile qu’ellc est íëcrette, êi si les Artistes la sçavoient , nous pouvons aíltirer hardiment qu’ils n’auroient qu’à entreprendre i’Oeuvre des Philosophes pour y réussir : Mais afin que le Lecteur soit convaincu de nos bonnes intentions fur ce sujet, nous allons passer à l’ex- plication du Chapitre qui fuit. ' CHANT TROISIEME.' Strophe IIL ùejì avec le même Feu dont la Nature se sert som terre , que P An doit travailler 7 - & dejî airifi qu’il imitera la Nature. Uri Feu vaporeux, maïs qui n’ejl pourtant pas léger', un Feu. qui nourrit né dé A vote point ; un Feu naturel , mais que P An doit faire ; sec , mais qui fait pieu*' voir ; humide, mais qui dessèche.' Une Eau qui éteint, une Fau qui lave les Corps j mais qui ne modifie point les mains. Chapitre III . J E ne m’étonne pas si plusieurs , & presque tous ont erré faute de connoître le Feu s car c’est comme si quelqu’un manquoit d’iastrumens nécessaires à son SORTANT DES TENEBRES. 49 I Art ; il est sur qu’il ne viendroit jamais au fcut qu’il se propose , & ne feroit rien que d 9 estropié Sc d’imparfait. Asin donc que Vos Ouvrages soient parfaits , ô Enfans de b Art, íervez-vous de ce Feu instrumental , par lequel seul toutes choses se font parfaites. Ce Feu est répandu par toute la Nature, car fans lui elle ne íçauroit agir , & par tout où la vertu végétative est conservée, là aussi ce Feu est caché. Ce Feu se trouve toujours joint à l’Humide radical des choses, Si accompagne continuellement le Sperme cru des Corps : Mais , quoi qu’il soit ainsi répandu par toute la Nature inférieure , & dispersé dans les Elémens , il ne laisse pas d’être inconnu au monde, & ses actions ne font pas assez considérées. C’estceFeu qui cause la corruption des choses, car c’est un Esprit très- cru, ennemi du repos , qui ne demande que la guerre Sc la destruction. C’est une chose qu’on ne íçauroit trop admirer dans la Nature que tout ce qui se trouve exposé à l’Air, tout ce qui est dans l’Eau , ou fous la Terre se réduit à rien , & retourne dans son premier Cahos. Les Pierres les plus solides , les plus fortes T ours, les plus superbes Edifices , les Marbres les plus durs, & tous les Métaux enfin, excepté l’Or , font réduits en poudre après une longue fuite de temps. Le Vulgaire igno-; 4 $2 La tïïtURE rant a accoutumé d’attribuer une ehoíê fí surprenante au temps qui dévore tout ; Sc- cela vient de ce quhl ignore ce qui est caché dans les Elémens , Sc fur-tout dan? F Air. C’est une flamme invisible & insensible , qui insensiblement consume tout, & l’envelope fous un profond silence. Cs Feu dont nous parlons est diffus dans l’Air, parce qu’il est tout aérien de fa Nature.» Par son Esprit cru il décompose les Mixtes , Sc détruisant les Ouvrages de la Nature , il réduit toutes choses dans leur pré- 1 , mier E-stre par le moyen de la corruption î C’est par lui que les couvertures de plomb de certains Bâtirrrens , font après un long, temps converties en une rouille blanche , qui ressemble à la Gérufe artificielle , & qui étant lavée par l’eau des piuyes, fe confond avec elle Sc se perd. Le Fer , tous! de même , est changé en scorie peu à peu , Sc une partie après l’autre : Les cadavres des Animaux , leurs ossemens, les troncs des Arbres , auílì-bien que leurs racines quasi terrifiées , les Marbres , les Pierres, les Métaux , enfin tout ce qui est dans la Nature tombe par fucceísion de temps, Ss est réduit au néant par cette feule Cause , êc par ee seul Feu secret.- Ce Feu est quelquefois appelle Mercure par les Philosophes, par une équivoque à nom \ parce qu’il est de nature aérien- 6 n ; & ca- ìans tnfi- ,& Cs Air# urerf l\x- atu- pré->. otiî imb' ong. he # , ÔÔ , se toufi ieu i vrea mes ânes res t is la ì, & :tfe t rcu- »que SORTANT DES TENEBRES. 4f5' ps , & que c’eíl une vapeur très-subtile , participant du Soufre avec lequel elle a contracté quelque souilleure ; Sc nous di- sons de bonne foi j Que qui connoît le Sujet de l’Art, connoît aussi que c’est là principalement que réside notre Feu, toutefois enyelopé de fèces & d’impuretés ; mais il ne fe communique qu’aux vrais Sages , qui le fçavent constituer Sc purifier. 11 a tiré du Soufre une imperfection , Sc une siccité adustible , qui fait qu’on doit agir avec lui sagement Sc avec précaution » fi on veut s’en bien servir ; autrement il de- fvient inutile. Faute de ce Feu , la Nature ceílè souvent d’agir dans les Corps, &où l’entrée lui est déniée , là ne se fait aucun mouvement vers la génération , la Nature laissant son Ouvrage imparfait dès que cet Agent n’a plus son action libre. Ce Feu est dans un continuel mouvement, Sc fa flamme vaporeuse tend perpétuellement à corrompre , Sc à tirer les choses de puiííànce en acte; comme il se voit dang Jes Animaux , lesquels ne seroient jamais portez à la génération, ne rechercheroìent jamais l’aceouplement, & ne songeroient jamais à la production de leurs semblables, fans ce Feu prompt à se mouvoir, qui excite & réveille leur propre feu lorsqu 1 !! est engourdi : C’est lui qui est la véritable jCause du mouvement libidineux , par le- 494 La Lumierîí quel l’Animal est porté à se joindre a son h semblable, & y est excité par un aiguillon é très - pìcquant ; ee qui fait qu’en certain -d temps les Animaux font tellement incites ( • n à Faste de la génération, que malgvé tous ' j< les obstacles, oubliant toute tristesse, & d méprisant toute douleur, ils s’y portent de ei toute leur puissance , Sc en suivent tous les pi mouvemens avec joie. Qui des Hommes feroit assez fou pour souhaiter toutes les .«3; saletés attachées à cet action f Qui vou- qi droit se donner toutes les peines qui fer-? C vent ordinairement de moyen pour y par- y Venir ? Sc Qui ne craindroit de s’exposer A aux maladies , qui dérivent de cette four- jl ce, si on n’y éíoit forcé par un mouvement ap violent, 5c entraîné par les Loix de la Na- tri turc. C’est ce Feu, lequel répandu dans les pi membres , agite tout \ç Corps 5 usurpant .à ] un pouvoir tirannique sor les facultés qui ca lui font soumises , Sc soumettant toute no- ye tre volonté aux appétits de F Ame ; de de forte qu’on peut dire, si quelqu’un résiste fln à ses flammes , que ce n’est que par un se- da cours Divin, ôc par le frain d’une raison Ft toute puissante. Cet Esprit très-sobtii s’insi- ex nue dans les entrailles , les émeut forte- eju ment, Sc par son feu allume toute la masse & du sang. C’est par fa chaleur que 1s Feu nu Interne est excité & comme invité au com- au bat de Vénus, car ellç se porte avcc via? ì ÍOlî ûîlan :rtaia cites i ■ tous 5 , & nt d« us les rimes ss les vou- ii ser- *■ par- poser sour- :ment i Nans les rpant ;s qui te no- ; de •ésistç un se- faison s’infi- Forte- maíîc 2 Feu cora- ; vio- SORTANT IîïS TENEBRES, qpf lence aux Vases spermatiques , ôc les ' échauffe tellement, que la Semence pleins n'Esprits se dilatant, & rompant les bornes de fa prison , ne demande qu’à être jettée dans la matrice de la Femme , asm de s’y multiplier dans son propre vaiííèau S en faisant passer sa vertu générative de puissance en acte. Ce Feu exerce un semblable pouvoir dans le Règne Végétable ; mais , quoi qu il s’y trouve renfermé dans tóus les Corps, néanmoins, parce que les Elémens y font plus greffiers que dans le Règne Animal, il n'esi pas excité si aisément, & jl a besoin de Industrie de T Art, & qu’on appelle à son secours l’Air, ou quelqu’au- tre Elément, afin d’être rendu plus actif & plus prompt à opérer : Ce qui se remarque à l’arrivée du Printemps , & dans l’Eilé ; car alors les pores des Corps étans ou- vers , ce Feu , répandu dans les Elémens de l’Eau , de la Terre & de h Air, s’insi- jiuëdans ces Coqps, & fait voir son action dans l’ouvrage de la végétation. Sans ce Feu la Nature, accablée fous le fais des excrémens , ne feroit que languir, au lieu qu étant réveillée par ce mouvement vif & pressant, elle agit sans-cesse ; & devenue plus vigoureuse, elle épand ffi vertu su long & au large. Op peut dire la même chose des Miné- \.$6 La LtTMIERE faux , Sc comme ils s’engendrent dans les Cavernes de la Terre , il est aisé à cet Esprit de feu de s’y conserver à cause de ía solidité des Lieux ; ce qui fait que la Mature y engendre plus commodément les Métaux, sur-tout si les Lieux ont dèja été purifiez par ce même Feu. Mais comme il arrive quelquefois , à cause de la froideur duLieu , que les pores du Corps font bouchez, & que cela fait qu’ils demeurent fans action, pleins d’obslructions Sc d’excrémens ; alors cet Esprit est obligé de vaguer dans ces antres, Sc y suscite souvent des mouvemens violens , après .avoir abandonné son Corps. Mais pour le mieux faire connoître ce Feu, fçache qu’il s s envelope ordinairement d’excrémens sol- phureux ; parce qu’il appette la nature chaude, par sa Sécheresse ignée 8c innée , attire à foi son propre Humtde , & le consume ; Sc h cause de cela eiie est comparée au Dragon qui dévore sa queue Vuij joS La Lumière Au reste elle n’attire Sc n’affimile à soi son Humide que parce qu’il est de sa même nature. Par où se decouvre la sottise de ceux qui essayent vainement dsonir & de congeler par le moyen de leurs Eaux , des choses tout-à-fait opposées & auííì éloignées entr’elies , que le Ciel Test de la Terre, dans lesquelles il ne se fait pas la moindre attraction. La chaleur externe n’est pas capable de congeler l’Eau , à quelque degré que soit mise cette chaleur ; bien loin de cela, elle la dissout, & la raréfie en Pélevant dans les airs. Mais la chaleur interne de notre Terre Phisique opère bien plus naturellement ; aussi en arrive- t’il une sûre Si parfaite congélation. r t son me de de la la rne à U1 ^ ra- ha« »ére vs- SORTANT DES TENEBRES. J"Op CHANT TROISIEME. Strophe VIL Mais au lieu de considérer qiiunseul Com~ posé suffit au Philosophe , vous vous amusez , Chimìfles injènfiz , à mettre plusieurs Matières ensemble i & au lieu que le Philosophe fait cuire à une chaleur douce & solaire , & dans un seul Vaisseau , une seule Vapeur qui s’épaiffit peu à peu , vous mettez aufeu mille ingré- diens differens ; & au lieu que Dieu a fait toutes choses de rien , vous au contraire , vous réduisez toutes choses à rien . Chapitre VII. N Otre Auteur se mocque en cet endroit de tous les vains travaux des Chimistes vulgaires , Sc sur-tout de ceux qui travaillent sur diverses Matières à la fois ; ce qui répugne entièrement à la vérité de la Science ; car ces Substances font séparées ou par la Nature ou par l’Art : Si c’est par la Nature , quoi qu’ils fassent, ils ne pourront jamais conjoindre ce que la Nature a disjoint, Sc toujours la Substance aqueuse surnagera ; ce qu’il y a même à considérer, c’cst qu’ils ne connoî- krom jamais le juste poids , parce qu’ils y « »j yio La Lumière n’ont pas cn leur pouvoir ia balance de la Nature, laquelle, par ses attractions, pèse îes Essence^ des choses ; & ainsi ii arrivera que ces Ignorans, bien loin de fortifier ces attractions , les détruiront, ne considérant pas que ï’estomac de l’Animal attire seulement ce qui lui est nécessaire , Sc rejette le reste par les excrémens. Il leur est donc impoffible de connoître ce véritable poids Sc par conséquent leur erreur est sans remède ; car prenant des choses contraires Sç dèja séparées par la Nature » dans lesquelles il ne se peut faire d’attta- ction , jamais le poids ne se trouvera. Que si ces Substances íbnt séparées par l’Art, le poids de la Nature ne s’y trouvera pas non plus , étant détruit Sc diíîìpé par la diícontiimité des Elémens , & une partie demeurera toujours séparée de i’au- tre. Ainsi ceux-là n’crrent pas moins, qui „ prenant deux Matières, prétendent les travailler , les purifier & les conjoindre par leurs sophistiques opérations ,, que ceux qui, ne prennant qu’un seul Sujet, Se divisent en plusieurs parties, Sc par une vaine Dissolution croyent Ses réunir de rechef. Notre Art ne consiste point en pluralité » Sc quoi qu’il soit ordonné presque dans tous Ses Traités des Philosophes de prendre tantôt une chose & tantôt une autre , à sçayoir une partie fixe Sc une partie vola.- SORTANT DES TíNEBRES. $ I I tiîe , ou bien de prendre de TOr ou quelqu’autre Corps , le purifier , le'cal- ciner & le sublimer, tout cela n’est que tromperie & qu’un pur mouvement d’en- vie pour abuser les Hommes ; mais quand ils auront reconnu leurs erreurs par leur propre expérience , alors ils verront que je n’ai enseigné que la vérité. CHANT TROISIEME. Strophe VIII. Ce n’ejì point avec les Gommes molles nì les durs Excrémens, ce n'efl point avec le Sang ou le Sperme humain ; ce n’ejì point avec les Raisins verts , ni les JJuintessencesherbales, avec les Eaux fortes , les Sels corrosifs , ni avec le Vitriol Romain , ce n’efl pas non plus avec le Talc aride , ni P Antimoine impur , ni avec le Soufre, ou le Mercure , ni enfin avec les Métaux me me du vulgaire qu un habile Anijle travaillera a notre grand Oeuvre. Chapitre VIII. C Eux qui travaillent sur les Animaux , les Végétaux , & sur tout ce qui en dépend, se trompent fort lourdement j. & y u îiij 512 La Lumière quiconque peut s’imaginer de telles choses , n’est pas digne de porter le nom de Philosophe : Car quelle convenance, je vous prie, y a t*il entre les Animaux & les Métaux, soit matérielle, soit formelle ? Diront ils , pour s’excuser, que les Animaux , les Végétaux , Sc les Minéraux ont un même Principe de Substance en général , élans tous sortis d’un seul & même Cahos ? De tels Ignorans ne connoiíTent guéres la Nature , Sc n’ont jamais apperçu fa Lumière ; auílì seroit-ce du temps perdu que de s’amuser à réfuter une si vaine opinion } d’autant plus qu'on ne doit jamais disputer contre ceux qui nient les Principes. On se contente donc de leur dire , Qu’au lieu d’entreprendre tant de vaines Opérations fur des raisons auílì foibles ,il leur seroit encore plus pardonnable d’ana- tomiser les Elémens de i’Air ou de l’Eatï commune , dans lesquels ils. pourroienî trouver ces mêmes Substances & moins, fouillées d’excrémens. On peut dire la même chose à ceux qui s’amufent àtravaiî- ler fur les Gommes & fur les Raisinés, qui ne font proprement que des excrémens de l’Humide radical des Végétaux , que la Nature a rejettée comme une superfluité : Ce n’est pas q u’il n’y ait eu quelque légére altération des Elémens,& qu’elíesne renferment quelque vertu spécifique, capable SORTANT DES TeNEBRES. $IJ d’action ; mais que ceia est bien éloigné de la Nature minéraîle, dans laquelle feule on doit chercher ce qu’il faut pour Lotte Oeuvre. Ceux-là se précipitent encore dans une abîme d’erreurs qui rravaillentsurles Sels , & fur les Eaux fortes 3ç corrosives ; car ces choses n’ont point en elles cet admirable Soufre Phisique , la Nature n’étant jamais que dans fa propre nature ; & de plus, elles n’ont point cette splendeur métallique qu’il nous faut nécessairement trouver. Ces sortes d’Eaux nc sçauroient jamais nous être utiles , car ce font des Humidités contre nature qui la diiîìpent & la détruisent par leurs impuretés, & leurs Esprits puants ; & bien loin de nous servir de leur ministère pour notre Art, nous devons au contraire les éviter comme une peste. Mais que dírons-nous de ceux qui travaillent fur le Vitriol ? car il semble qu’ils ont touché droit au but, le Vitriol contenant en soi les Principes desquels fe forme PEssence Métallique : & ainsi ayant !e Principe, il n’est pas mal-aisé d’arriver à la Fin. Nous disons qu’ils fe trompent comme les autres , parce que ce Principe est trop éloigné , 8c qu’il nous faut prendre une Matière prochaine & spécifiée > dans laquelle la Nature ait pésé ses Spermes , & y ait renfermé une Semence prolifique. Or y 14 L a Lumière le Vitriol ne contenant point cette Semence métall que,laquelle,comme nous avons dit, ne se trouve pas dans le Sang encore cru , mais seulement dans un Corps amené à un certain terme de perfection , c’est à bon droit qu’il est rejette , & qu’il ne peut être pris pour notre Matière. li en est de même du Soufre & de l’Argent vif vulgaires , en chacun defquelsil manque quelque chose, fçavoir en celui-ci l 1 Agent propre , Sc en 1 autre ia Matière dûë , ou îe Patient ; à cause dequoi iìs font rejetiez de tous les Philosophes. 11 faut dire encore la même chose des autres Minéraux , dans lesquels on ne fbauroit trouver cette splendeur Sc cette Essence métallique , dont nous avons parlé. Mais pour ce qui regarde l’Antimoine , il semble qu’il soit en état de nous donner ce que nous cherchons ; car il a une si grande affinité avec les Métaux , qu’orx peut dire que c’est proprement un Métal! cru : Cependant , si nous examinons fa composition intrinsèque, il est certain que nous trouverons qu’iî a de très-grandes superfluités , Sc entr’autres une humidité grossière & indéfinie , qu’il est très-diffici- le à P Art de purifier , à cause que sa nature est trop déterminiée au Saturne, étant proprement un Plomb ouvert & cru, transmué. par l’opération de la Nature, ce qui SORTANT DES TENEBRES. p Î £ a obligé les Philosophes de défendre qu’on s’y attachât, ni qu’on travaillât fur lui. Ceux qui travaillent fur les Métaux , errent encore beaucoup dans îe choix de la Matière prochaine qu’il faut prendre ; car étant unique, il n’est pas nécessaire de s’amufer par trop de rafine- ment à faire des Amalgames , ni aucune autre vaine mixtion : Mais comme nous avons dèja traité de leur Génération Sc des Causes deleurimperfection, laquelle les empêche d’être propres pour notre Oeuvre , nous renverrons îe Lecteur à ce qui en a été dit. Pour la conclusion de ce Chapitre, nous avertissons ici îe Fils de la Science , qu’il doit profiter des expériences d’autrui, Sc fe mettre en tête que puisqne tant de Gens ont travaillé fur les Minéraux, par une infinité d’Opérations différentes , fans pourtant fapper au but , il faut nécessairement qssils ayent erré à l'égard des Principes » & des Fotìdemsns de i’Art , comme le î Comte Bernard le justifie par fa propre expérience , nous apprenant qssil a voyagé presque par tout le Monde fans jamais trouver que des Opérateurs sophistiques , . lesquels ne travailioient pas en Matière dûe , mais toujours fur de mauvaises Matières , toutes lesquelles il nomme, Sc condamne en même temps comme inutiles •- La Lumière pour l’Oeuvre. 1! faut donc qu’il y ait une autre Voie, & une autre Matière , que ies yeux d u Vulgaire ne discernent point; car íì la Matière était une fois connue, il eíì certain qu’après beaucoup d’erreurs , on trouveroit enfin le secret de la bien travailler ; mais on voit qu'ils ne la connois- sent pas, à cela particulièrement qu’ils se jettent d’erreur en erreur, sans pouvoir jamais s’en dépêtrer, ni discerner la moindre vérité : 11s ont toujours dans les mains des Métaux & des Minéraux, & ne sça- vent point lesquels font vifs, lesquels font morts , lesquels font sains , lesquels font malades , Sc de cette ignorance naît encore une infinité d’autres erreurs , jusqu’à c® qu’après s’être long-temps flàttez inutilement , perdant enfin tout espoir , ils ne songent plus qu’à tromper les autres. SORTANT DES TENEBRES. y I J CHANT TRO ISiEME. Strophe IX. A quoi servent tous ces divers mélanges ? puisque notre Science renferme tout, le Ji'îagìsére dans mie feule Racwe, que je vous ai dèja assez f ait connaître , ZF peut- être plus que je ne devois. Cette Racine contient en elle deux Substances , qui ri ont pourtant qu une feule EJJence ; & ces Subflances , qui ne font d’abord Or & Argent qu’en puissance , deviennent enfin Or & Argent en aile , pourvu que nous fcachions bien égaliser leurs poids. Chapitre IX. C Omme notre Auteur parîe ici de légalité des poids, nous nous croyons obligez, nonobstant ce que nous en avons dèja dit, d’en instruire de nouveau le Lecteur studieux. C’eíl i’office de l’Art & non de la Nature d’observer éxactement le poids en toutes choses. Mais quand la Nature a dèja ses propres poids, comme nous savons fait voir dans le Chapitre septième , !a même Doctrine nous apprend à accommoder nos poids aux poids de la Nature, $i8 La Lumîbke éc d’y travailler comme elle fait, par voie de purification & d’attraction ; c’est-à-dire , que quand nous avons bien purifié nos Substances , & que de la Nature terrestre nous les avons élevées à la dignité céleste , dans le même moment, & par la force de l’attraction nous pesons nos Elémens dans une fi juste proportion, qu’ils demeurent comme balancez, fans qu’une partie puisse surpasser l’autre ; car lorsqu’un Elément égale l’autre en vertu , en sorte, par exemple, que le Fixe ne soit point surmonté par le Volatil, ni le Volatil par le Fixe, alors de cette harmonie naît un juste poids , & un mélange parfait. Cette égalité de poids íe voit manifestement dans l’Or vulgaire , Sc c’est ce qui fait que les vertus des Elémens demeurent tranquilles en lui, fans qu’aucun domine fur l’autre ; maïs au contraire, leur force, étant unie par ce moyen , il est capable de résister à toutes les qualités contraires des Elémens furvenans du dehors. Dans noue Oeuvre tout de même , lorsqu’un pareil mélange est achevé , nous pouvons dire que nous avons le véritable Or vif des Philosophes, parce que la vie est bien plus abondamment en lui que dans i’Ôr vulgaire, & qu’il est tout rempli d’Eíprits, en forte qu’on peut ie regarder auílî-tôt comme un vrai Mercure , que comme un Soufre. Cela doit suffire au sujet des poids. SORTANT DES TENEBRES. £ ip lenonraiiuaMY i» tutwmwm* m CHANT TROISIEME. Strophe X. Oui, ces Su'ojlancesse font Or & Argent aéìuellement , A" par P égalité de leurs poids , le volatil ejl fixé en Soufre d’or. O lumineux ! o ■véritable Or animé! f a- dore en toi toutes les merveilles & toutes les venus du Soleil. Car ton Soufre ejl un trésor , Ù“ le véritable fondement de P Art, qui meurit en Elixir ce que la Nature mene feulement a la perseííion de l’Or. Chapitre X. Es Philosophes ont écrit plusieurs choses touchant la vertu de leur Soufre , ou Pierre cachée ; & comme, en cette occasion , ils n’ont point déguisé la vérité , mais au contraire l’ont éclaircie le plus quMs ont pû, le Lecteur pourra s’in- íìruire suffisamment dans leurs Livres , ort il trouvera que ce n’est autre chose que l’Humide radical de la Nature , revêtu & enrichi des qualité du Chaud inné, lequel a le pouvoir d’opérer des choses admirables , & même incroyables ; démontrant puissamment ses vertus dans les trois Règnes. Nous avons dèja fait voir ce qu’il La Lumière peut opérer sur ìes Animaux : Á l’égard des Végétaux , il est lans doute qu’il peut «k étendre si fort la vertu , qu’un Arbre portera du fruit trois ou quatre fois Tannée , ôc bien loin que ses forces en soient diminuées, elles cn seront augmentées ; car c’est un Soleil terrestre qui épand fans- cesse ses fertiles rayons du Centre à la Circonférence , fortifiant si puissamment la Nature , qu’elle multiplie au centuple. On | voit que les Jardiniers ont bien fçu trouver le secret d’avoir des Roses tous ks mois , & de multiplier assez leur vertu , pour la faire aller au-delà du terme ordinaire : Pourquoi donc > par une conforta- tion encore plus grande , ne fera t’on pas croître ôc multiplier les autres Végétaux î Et pour ce qui est des Minéraux, ne doit- on pas croire qu’il fera encore fur eux de bien plus grands effets , puifqu’iis ont j beaucoup plus de convenance avec fa na- j ture fixe, & que ces effets là seront mille fois plus admirables que ne disent les Au- teurs , dont la plûpart ne l’ont pas bien fçu , & les autres l’ont exprès envelopé fous le silence ? Quoiqu’il en soit, nous soutenons que par le moyen de ce grand Secret, il fera possible à un habile Artiste d’étendre si loin la force & la vertu des choses, que ce qu’il opérera, paroîtra miraculeux 6c surnaturel, sur-tout s’il fçaít bien SORTANT DES 1 ENEB'RES. y 21 bien se prévaloir de la connoisïànce qu’il aura des vertus íìmpathiques. A l’égard de ee qu ? on dit que par notre Pierre, le Verre est rendu malléable, la ehose est fort incertaine , quoique par raison elle soir possible , puisque la malléabilité ou Pexteníìon provient d’une certaine oléaginité fixe Sc radicale, qui conglutine les choses, Sc les unit par leurs plus petites parties, en quoi notre Pierre abonde extrêmement. Le verre étant donc une très-pure portion de terre Sc d’eau privée de son Humide radical, comme nous avons fait voir au Chapitre d u Mercure, il ne seroit pas surprenant qu’en lui redonnant un nouvel Humide radical, ses parties ss eonglutinassent, & fissent ensemble un certain Elire homogène. Enfin une infinité ds miracles se peuvent faire par cette voie là ,, lesquels ne seront pourtant que l’effet de la fimple Magie naturelle, maïs que les Ignorans croiront être des productions du Démon , ne faisant pas réfléxson que c’est un saçrilege & une impiété que d’attribuer à ce malin Esprit ce qui est dû à la seule; Nature, ou àl’Auteur de la Nature; Au lieu d’Epilogue , nous avertiílòn® feulement ie Lecteur, que s’il lit ces-choses dans l’esprit d’une sage curiosité , Sc avec le déíìr de S'instruire, nous voulons ; bien consacrer avec joie cet Ecrit à fom Tome III >. X x. 522 La Lumière loisir , afin qu’il en puisse retirer le fruit qu’il souhaite,, à proportion de l’étenduë ôc de la capacité de son esprit, ce que nous prions Dieu de lui accorder. Mais il doit fçavoir nuiss que tout Don parfait vient du Père des Lumières, & qu’il est écrit que la Sapience n’entrerajamais dans ùne Ame fouillée , & qu’on aura beau avoir l’esprit subtilou une profonde érudition , si le Très-Haut ne daigne regardée en pitié ceux qui l’invoqueront en sincérité de cœur, 6c ne leur accorde gratuitement ce grand Don. Quiconque donc s’approchera fans cette véritable disposition, s’en retournera fans aucun fruit.Nous - protestons au r este que si nous avons avancé quelque chose contre la Foi Catholique Sc Chrétienne , directement ou indirectement , nous voulons que cela soit tenu pour non écrit reconnoissant que le principal point du. Philosophe est de marcher selon la régie de Jesus-Chíust le Rédempteur ,: Ôc de craindre sur toutes, choses Dieu notre Souverain Juge., ï I N. éj: Troisième Volume-. TABLE Des Chapitres contenus dans ce Troisième Volume* L ES douze Clefs de Philosophie de Frère Bazile Valentin , Religieux de d Ordre de Saint Benoit , page l Avant-Propos. Livre I. Livre II. Première Clef de POeuvre des Philosophes , de la Préparation de la premiere Matière t 2Z Deuxième Clef de POeuvre des Philosophes y 27 3 e Clef de POeuvre des Philosophes , 3© 4 e Clef de POeuvre des Phylojlphes y z z ç e Clef de POeuvre des Philosophes s 3 6 6 e Clef de POeuvre des Philosophes y 40 7 e Clef de POeuvre des Philosophes , 4 5 I e Clef de POeuvre des Philosophes y 47 Clef de POeuvre des Philosophes , y íT 10 e Clef de POeuvre des Philosophes » 6L 21 e Clef de POeuvre des Philosophes y 6 § 3 2 e Clef de POeuvre des Philojòphes ,68- Dk la premiers .Matière de la Pierre des Philosophes , 7© Livre III. Contenant m abrégé uns Repz - îiîiow de wm ce qui ejj enseigné dam Lss TABLE. Traités des douze Clefs de la Pierre pré'- fP tieufe des Philosophes , ' page 7 2 D Du Mercure., Premier Principe de POeu- Lt -ure des Philosophes, 7 $ îd Bu Soufre. Second Principe de l’Oeuvre des Philosophes y 7 6 Et. Du Se!. Troisième Principe de POeuvre- des Philosophes r 77 Te Première Addition, contenant les Enjet- gnemens de l’Oeuvre des Philosophe s, S ; i Seconde Addition y pour les mêmes Opé- Lc rations , ibid. ïd Azot , ou le Moyen de faire POr caché Po des Philosophes , du Frère Bazile Va- lentin , Première Partie. 84, & Azot, ou le Moyen ck faire POr caché Ch des Philosophes , Seconde Partie. iyy Ch La Table d’Emeraudè d’Hermès, ou les Ât Paroles dés Secrets de ce Philosophe 1 y § Ch Les Paroles, d’plermès dans son Piman- Ch dre-, 1 60 Ch Le Symbole de Frère Bazile Vakntin, 1 6 1 . Ch Le Symbole nouveau, 162 Ch Matière première , 16y Ch. Opération du Misère Philosophique. Pré- Ch roiere Figure , 1-6-7 Ch Seconde Figure, 3 68 Ch Troifìénie Figure y ibid. Ch Quatrième Figure 169 Ch Cinquième Figure-, 1 70 Ch Sœéms Figure 5 , L 7 .L Ch, TA BLE. H'Oeuvre Universel des Philosophes , 17 '-f- Déclaration d'Adolphe , Le Symbole de Saturne-, x 7>' 179 U Ancienne Guerre des Chevaliers , om ìt Triomphe Hermétique , 18 I Entretien d’Eudòxe & de Pyrophile fur T Ancienne Guerre des Chevaliers, 204 Lettre aux vrais Disciples dPLermès , contenant Jìx principales Clefs de la Pkilo- phie secrète ? 29 z La Lumière sortant par soi- même des Ténèbres , Poème fur la Composition de la Pierre des: Philosophes , traduits de F Italien x avec un Commentaire a . Cham Premier, ibld. Chant deuxième , Chant Troisième * Avant-Propos , Chant Premier . Strophe T. Chant Premier , Strophe IL Chant Premier , Strophe 111 . Chant Premier , Strophe IF. Chant Prémier , Strophe F. Chant Prémier , Strophe FI. Cham Premier , Strophe FIT. Chant Deuxième , Strophe L. Chant Deuxième, Strophe II, Cham Deuxieme , Strophe III. Chant Deuxième s Strophe IF .» Cham Deuxième ,, Strophe F. Chant Deuxième x Strophe. FL 329 334 361 3 8 r 3 8 X; 3 p O: 4OI 40 A 42 SÍ 45 2 44* 454 ' 4 f# .46® TABLE. Chant Deuxième , Strophe VIL pag. 467 Chant Deuxième , Strophe VIII. - 479 Chant Troisième , .Strophe I. 48 2 Chant Troisième Strophe IL 489 Cham Troìjieme, Strophe III. 490 Chant Troisième , Strophe IV. ^98 Cham Troisième , S.rophe V. p o r Chant Troijiéme , Strophe VI. f 06 Chant Troisième , Strophe VIL $ 09 Chant Troisième , Strophe VIII. 5 I s Cham Troisième , Strophe IX » ç 17 C&#»f Troisième x Strophe X. 5 l>A ' Vin de la Table duTíoisiéme Volume, . 'tj*. 1 :.'í WUWffW f". «* ...« mm v-m. •Á:ì£ïV’cJ&* ïmm mm Ë£" mm