PUBLICATION INDUSTRIELLE.
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L’opération du dégraissage varie avec la nature de l’étoffe qu’on se pro-pose de fabriquer : pour les draps et pour les étoffes à poils feutrés et foulés,elle s’exécute après le tissage et généralement avant le foulage ; pour lesétoffes rases et légères, elle se pratique toujours sur le fil avant le tissage.
A Elbeuf , à Louviers , etc., le dégraissage se fait au moyen de l’argiledélayée dans l’eau, ou terre à foulon ; le tissu étant imprégné de cette sub-stance, on le fait passer entre deux cylindres de pression qui le mettent encontact avec la matière grasse ; celle-ci se trouve mécaniquement déplacéeet entraînée par l’eau qui afflue en grande quantité. Cette opération durehuit à douze heures ; elle compromet la solidité des tissus et des couleurs;en outre la présence accidentelle de quelques pierres dans la terre à foulonoccasionne des déchirures assez fréquentes que les fabricants désignentsous le nom de tares. Elle est d’ailleurs peu sûre, comme tout ce qui sefait par tâtonnement. On conçoit aussi que cette opération, manquéepour la première fois, devient beaucoup plus difficile ensuite, à cause dela formation de sels insolubles provenant de l’eau. Un dégraissage impar-fait empêche les couleurs de bien s’appliquer sur les étoffes.
L’huile qui a servi au graissage, se trouve entièrement perdue, car d’aprèsdes données recherchées par les auteurs, 8 kilog. d’huile se trouvent ordi-nairement renfermés dans 40 kilog. de drap de laine, ils sont délayés dansprès de 13,000 litres d’eau.
Dans le midi, où il se fabrique une très-grande quantité de draps com-muns pour la troupe ou pour l’exportation, l’huile végétale n’est pas entière-ment perdue au dégraissage. On se sert pour l’enlever d’une eau chargée desavon et d’alcali, qui est concentrée ensuite par la chaleur et qu’on emploiepour le foulage de l’étoffe dégraissée. Ce dégraissage, quoique très-impar-fait, est cependant plus économique que celui dont nous venons de parler.
A Sedan , dans la fabrication des draps noirs et des draps teints en pièce,le graissage et le foulage se font ordinairement en même temps. On sesert à cet effet d’une dissolution de savon ou d’urine et quelquefois de cesdeux substances réunies. Lorsqu’il s’agit de dégraisser la laine en fils ouen échets, on emploie des dissolutions savonneuses assez concentrées.
MM. Péligot et Alcan, pour remédier aux inconvénients nombreux queprésentent les divers procédés que nous venons de rappeler, ont pensé àremplacer les huiles végétales par l’acide oléique provenant des fabriquesde bougies stéariques. Nous avons vu que le suif saponifié se transfor-mait en deux acides gras, l’un solide et l’autre liquide : le premier est l’acidestéarique, qui sert à la confection des bougies, et le second est l’acideoléique. Ce dernier n’était encore, il y a environ trois ans, d’aucun usagebien spécial. Ces chimistes, en l’appliquant à la grande industrie lainière,ont rendu non-seulement un grand service à cette dernière, mais encoreà la fabrication des bougies stéariques, en faisant augmenter la valeur d’uneportion de leurs résidus.
L’emploi de l’acide oléique, outre l'économie notable de prix d’achat