LETTRES SUR LE CHRISTIANISME DE M\ J. J. ROUSSEAU, ADRESSÉES A. M\ I. L. PAR - JACOB VERNES, Pasteur de l’Eglise de Célignt. Nulla accmita bibuntur Fictilibus; tune illa time, cùm pocula fumes G«nmata j & lato Setujum. ardebit in auto. Juv. Sat. X. . Hlith A GENEVE, De l’Imprimerie d’E T i E N N E ' B L A N c* M. D C C. LXIII. T NB. On s’est servi dans les citations, de PEdition d’ Emile, in-12. Amsterdam » chez Jean Néaulme 1762. Rép. à Mr. l'Arch. Amsterdam, chez Marc-Michel Rey. 1765. Fautes (TImpressions. Page 3 8e. ligne 14 e ., effacés, de la. P. 67 e . Jig. 2.0 e ., donné ; lises , donnée. P. 83 e . iig. 10 e . en-, iiíës , enfans. P. 84-.IigI i e . de la Note; commander ; lises ; recommander. P. 86 e . zàe. Note; lig. I e . quelle ; lises, qu il. ^ 252 . C I ) (ji^A-íKjLí 1--.Y j~J^v-XiiL?K-la ^j|fc ^ Z(âê^ Ltz ^-Và %M& rK H-',â **.* 3 N^F **. à ** ;cc«>í;*í ^ 'W/ìrn'-' -u, jcOsOsOsùs? ^ïï = ilrT 3-^KTX=rì|r*=r-íls I ' T >í PREMIERE LETTRE. gtèîi^UY, mon Ami, fai iu Emile, 6c la Re- *| O {j* jonse de Mr. Rousseau à Mr. VArcheve - TSt’"~*viîs q ue fa Paris. Cet Auteur célébré est, suivant moi, un des hommes les plus éloquens de son siécle. Son stile m?ile 6c vigoureux donne à la langue Françoise un tour, une précision, une énergie, dont elle ne paroissoit pas íuseeptible ; 6c s’il n’est pas toujours neuf par la pensée , il le paroi t toujours par l'ex- preffion. Quelle chaleur ! quelle vie ! quelle ame! On diroit, quelquefois, que fa plume distille le sentiment. Il intéresse, il attache, lors même qu’on ne pense pas comme lui; 6c le plaisir qu’il cause est quelquefois tel, qu’on est tenté de prendre son parti contre soi - même. Mais, mon Ami, cette ardeur de génie, cette bouillante imagination qui saisit le beau avec A .tout, c - ) transport, qui le rend avec force, qui anime tout 5 qui vivifie tout, ne peut elle pas entraîner celui qui s’y livre, dans les erreurs les plus dangereuses? Si le flambeau de la Raison cesse d’éclairer sa marche, tous ses pas ne seront- ils point autant de chutes? L’entoufiafine du génie est une forte d’y vresse, qui ôte cette paisible & précieuse liberté d’esprit, si nécessaire pour examiner & pour comparer ses idées ; si nécessaire pour saisir, non pas les raports qui éblouissent au premier coup d’œil, & qu’un second détruiroit, mais ceux qui, sondés íiir l’essence des choses , íè soutiennent après l’examen le plus rigoureux, & fournissent des principes fixes, dont on tirera les con-* séquences qui en découlent naturellement ; en un mot, si nécessaire pour porter des juge- mens que la Raison approuve dans tous les tems & dans tous les lieux. N’aiant alors pour guide que le génie & l’imagination, qu’ar- rive-t-ìl? On substitue le brillant au solide, le fard à la nature , le clinquant à l’or, le spécieux au vrai. On s’égare d’autant plus aisément que c’est, en quelque maniéré, le plaisir qui égare; on aime ce que le génie a créé, ce que l’imagination a embelli. Si l'on communique ses productions au Public, du C ? ) on donne à sos lecteurs le plaisir des phrases i du coloris, des belles figures, des traits har- dis , des saillies heureuses ; mais il est acheté bien cher , puisque c’est aux dépens de la vérité. Dans quels écarts encore ne jette point l’i-í maginatìon, si elle est mise en jeu par Peso prit de système , la singularité , le dédain de penser comme le grand nombre, ou quelque autre passion qui fermente , en secret, dans le cœur ! On ne voit plus alors les objets tels qu’ils sont; l’imagination ne les offre que comme la passion les demande j elle ne les embellit j qu’afin de mieux tromper celui qui juge d’après l’une & ? autre. L’on s’étonne des erreurs où tombent quelquefois les plus grands génies j cela s’explique par les talens mêmes qui les rendent tels ; à sert à consoler ceux qui les voient dans ce haut degré d’élévation, où l’amour propre ne les contemple pas toujours lans émotion ôz même íàns envie. • Je n’ai fait ces réflexions qu’au sujet de la Question que vous m’avez proposée; car j’ai- me à le reconnoître & à le dire ; Mr. Rousseau , cet homme étonnant, qui, seul, avec son génie, a osé protester contre tant d’opinions A 2> géné* .( 4 ) généralement reçisés, paroit souvent tenir la clef de la nature ; souvent il fait marcher de concert la raison la plus profonde avec la plus brillante imagination ; joignant ainsi aux charmes de la vérité ceux de la diction la plus élégante ; & c’est alors qu’il remplit l’ame de lumière, qu’il réchauffe, qu’il la transporte. Mais, par là même qu’il elì si séduisant lors- qu’il tient le vrai , il n’en est que plus dangereux lorsqu’il se trompe. L’on doit se défier d’un guide que l’on a tant de plaisir à suivre. Je profiterai de cet avis. II est tems, mon Ami, de venir k votre Demande. Après avoir donné, dans votre Lettre , les plus grands éloges k l’exposé de Mr. Rousseau fur la Religion naturelle après avoir admiré la maniéré victorieuse dont il terrasse l’eípéce d’Incrédules la plus dangereuse, comme la plus incompréhensible, les Athées & les Maté* rialistes vous me demandés ce que je pense du Christianisme de cet Auteur? Je vais vous le dire fans détour ; je tacherai d’oublier, pendant cet examen, les rélations que j’aï eues avec Mr. Rousseau , pour ne chercher que la vérité seule ; que dis-je! l’amitié que je lui porte toujours, celle qu’il eut pour moi, ne m'en font-elles pas un devoir? Vous exa- minerés. C 5 ) mìnerés, mon Ami, vous péserés, vous ju- gerés : &, quelle que soit notre conclusion} nous ne cesserons point d’admirer les grands talens de Mr. Rousseau , fa brûlante éloquence ; nous estimerons toujours la droiture d’in- tention qu’il montre dans tous ses Ecrits. Si je 1^ mal jugé , il ne démentira pas ce beau caractère de candeur & de bonne foi, qu’il aime tant & qu’il recommande si fort ; il ne me Marnera pas, je feípére , d’avoir proposé librement ma pensée fur fa maniéré d’être Chrétien ; si , fur-tout, je n’ai point manqué aux égards qu’il mérite par tant d’endroits, & qui font dûs à tout être pensant, lors même qu’il ne pense pas comme nous. L’examen d’une Question en suppose futilité ; la votre est très-importante. 11 ne s’agit pas ici de Mr. Rousseau , considéré comme un simple individu, dont la maniéré de penser n’auroit aucune influence. A Dieu ne plaise que je goûtasse le plaisir méchant de lui disputer le titre de Chrétien qu’il croit mériter, & dont, par là, je me rendrois moi- même indigne ! Non feulement je déteste toute épithéte injurieuse ; je me fais, de plus , une vraie peine de dire à qui que ce soit, que je pense qu’il n’est pas ce qu’il croit A z être. ( 6 ) çíre. C’est l’Auteur d ''Emile que j’ai ici en vue ; ce sont les conséquences fâcheuses qui me paroislent résulter de sa façon de penser, qui me forcent à rompre le silence. Il s’agit j enefiêt, de sçavoir, íì un homme qui fera Chrétien-, à la maniéré de Mr. Rousseau, fera un véritable Chrétien j' íì cette maniéré de l’être s 'accorde avec les idées que l’on doit tìvoir de Jésus - Chrifi ; íì elle liajfoiblit point la foi en ses promesjes ; íì la Doctrine & la Morale n en reçoivent aucune atteinte ; íì cet Auteur a rappelle, comme il le prétend , le Peuple à la véritable foi qu’il oublie. Rep. à Mr. l’Arch.p _ £ 4 . <5c s’il seroit réellement à souhaiter que saRé- Iigion, (il entend fans doute , par la, son Christianisme) fut celle du genre humain. Ibid. p. 5 6. Prenons garde d’équivoquer fur des mots. Si Mr. Rousseau eut fût cette attention; s’íl nous eut dit, par exemple, ce qu’il entend par ces expressions, Divin, Révélation , Foy, Vérités essentielles &zc. , la question que nous examinons, auroit esté , je pense, toute décidée. Un homme mérite-t-il le titre de Chrétien , s’il fait un bel éloge du Caractère de Jesus- Chrifi & de fa Morale? Si cela est, Mr. Rousseau est Chrétien , & Chrétien par excellence. Ecoutés. » Je c 7 ) » Je vous avoue auffi que la majesté de s jj Ecritures m’étonne, la sainteté de l’Evan- » gile parle à mon cœur. Voyez les livres j) des Philosophes avec toute leur pompe ; » qu’ils sont petits près de celui-là! Se peut- 33 il qu’un livre, a la sois fi sublime 8c fi 3 > simple , soit l’ouvrage des hommes ? Se 33 peut-il que celui dont il fait l’histoire ne 33 soit qu’un homme lui-même? Est-ce la 33 le ton d’un enthousiaste ou d’un ambitieux 33 sectaire ? Quelle douceur ; quelle pureté 33 dans ses mœurs ! quelle grâce touchante 33 dans ses instructions ! quelle élévation dans 33 ses maximes ! quelle profonde sagesse dans » ses discours ! quelle présence d'esprit , quel. 3> le finesse 8e quelle justesse dans ses répon- 33 ses ! quel empire fur ses passions ! où est 33 l’homme , où est le sage qui sait agir, sous- » frir 8e mourir sans foiblesse 8e fans osten- 33 tation ? Quand Pláton peint son juste ima- 33 ginaire couvert de tout ì’opprobre du cri- 33 me, 8e digne de tous les prix de la vertu , 33 il peint trait pour trait Jésus-Christ: la 33 ressemblance est si frappante, que tous les 33 Peres Pont sentie, 8e qu’il n’est pas poffi- » ble de s’y tromper. Quels préjugés, quel A 4 33 aveu- C 8 ) v aveuglement ne faut-il point avoir pouf x» oser comparer le fils de Sophronisque au » fils de Marie ? Quelle distance de l’un à » Tautre ! Socrate mourant fans douleur, fans » ignominie, soutint aiíemeut juíqu’au bout » son personnage, & fi cette facile mort » n’eût honoré ía vie 3 on douteroit si Socrate ». » avec tout Ion esprit, fut autre chose qu’un. » sophiste. 11 inventa, dit-on, 1a morale» » D’autres avant lui Tavoient mise en prati- » que ; il ne fit que dire ce qu’ils avoient » fait, il ne fit que mettre en leçons leurs » exemples. Aristide avoit été juste avant 5> que Socrate eût dit ce que c'étoit que justi- r> ce; Léonidas étoit mort pour son pays r> avant que Socrate eût fait un devoir d’ai- » mer la patrie; Sparte étoit sobre avant que » Socrate eût loué la sobriété' : avant qu’ií t> eût défini la vertu, la Grece abondait en » hommes vertueux. Mais où Jésus avoit-il f> pris chez les siens cette morale élevée & « pure, dont lui seul a donné les leçons & n f exe m p le ? Du íein du plus furieux fana- v tifìne la plus haute fageííe se fit entendre, » & la simplicité des plus héroïques vertu ho- 3>nora ie.plys vil de tous les peuples. La mort » mort de Socrate philosophant tranquiíle- » lement avec ses amis, est la plus douce » qij’on puisse désirer j celle de Jésus expi- » rant dans les tourmens, injurié, raillé, «maudit de tout un peuple, est la plus hor- » rible qu’on puisse craindre. Socrate pre- » nant la coupe empoisonnée, bénit celui » qui la lui préíènte A, qui pleure; Jeíus au » milieu d’un supplice affreux prie pour ses » bourreaux acharnés. Oui, si la vie '& la « mort de Socrate font d’un Sage, la vie & « la mort de Jésus font d’un Dieu. Dirons- « nous que l’histoire de l’Evangile est inven- » tée à plaisir ? Mon ami, ce n’est pas ainsi « qu on invente, ôz les faits de Socrate, dont » personne ne doute, sont moins attestés que «ceux de Jésus-Christ. Au fond, c’est re- « culer la difficulté fans k détruire ; il séroit » plus inconcevable que plusieurs hommes « d’accord eussent fabriqué ce livre, qu’il ne « l’est qu’un seul en ait fourni le sujet. Ja- » mais des Auteurs Juifs ff eusseut trouvé ni j) ce ton, ni cette morale ; ôc l’Evangile a # des caractères de vérité si grands , si frap- » pans, si parfaitement inimitables, que l’in- « ventcur en seroit plus étonnant que 1® héros- » Emile. T. z. p. 165. Voilà C 10 ) Voilà un fort beau tableau ; il frappe d’autant plus, que les deux feuillets où il est encadré, ne fe présentent qu’après 43 pages d’objections, entassées les unes fur les autres, contre toute Révélation prétendue divine & qui sembloient ne laisser aucune espérance de rien trouver ensuite qui fut favorable au Christianisme. On respire un instant, après avoir presque perdu haleine pendant une heure. On íàisit avec empressement ce débris, que la main charitable de Mr. Rousseau paroit tendreau millieu d’un naufrage auquel on déséspéroit d’e'chaper. Revenu de l’étonnement où ce tableau m’avoit jette, je me demandai, ce que l’on en pouvoit conclurrc? J’avois eu souvent occasion de remarquer, que les ennemis les plus déclarés du Christianisme ne refusaient pas leurs éloges au Caractère de J. C. & à íà Morale ; qu’ils permettaient qu’on l’honorat du nom de Sage. Ils ont tous vu, qu’on ne pouvoit appliquer à J. C. 5 ce que Cicéron dit de ces hommes de son tems, qui s’appelloient Philosophes. « Où est le Philosophe dont la vie soit ré- » glée comme elle devroit l’être ? Où est le Phi- » losophe qui n’emploie plutôt sa science en » vaine ostentation j qu’à se corriger lui mê- »roe? C II ) » me? Y en a “ t - il quelqu’un qur prenne » pour lui même les préceptes qu’il donne » aux autres ! Les uns sont íì légers Ôc Q » vains qu’il vaudroit mieux pour eux qu’ils » n’eussent rien appris.... 11 y en a qui » font uniquement dominés par l’orgueil Sc » f ambition. Plusieurs sont de vils esela- » ves de la volupté. Tous démentent hon- » teufement leur professions par leur con- » duite. Tus#. Qiuefi. Lib. II. Voila, dis-je, ce que j’avois eu souvent occasion de remarquer. J’observai ensuite, que Mr. Rousseau étoit frappé du tableau qu’il alloit faire ; La majesté , dit-il, des Ecritures ni 1 étonne ; la sainteté de VEvangile parle- à mon cœur. Je voiois qu’il trouve de l’ex- traordinaire dans la vie de J. C. & dans ses préceptes j qu’il a de la peine à se persuader qu’il ne soit qu’un homme ; qu’il découvre en lui, trait pour trait, le juste imaginaire de Platon ; qu’il le met bien au dessus de So- crate ; qu’il est étonné, que » du sein du plus » furieux fanatisme la plus haute sagesse fe » soit faite entendre, ôc que la simplicité » des plus héroïques vertus ait honoré le » plus vil de tous les peuples ; « que f histoire de l’Evangile ne lui paroit pas avoir été inventée C la ) Ventée à plaisir, par ce que ce rí’ejl pas aínfi qu’on invente. Je croiois, qu’après cela, Mr. Roujjeau alloit déclarer, que les objections ou’ií avoit faites contre toute Révélation Divine, étoient renversées par ce qu’il venoit de dire ; & je m’attendois à cette conclusion : » Jeíus-Christ a été l 'Envoyé de Dieu , il est » marqué de son sçeau ; cela est incontesta- » ble. » Mais, mon Ami, cette conclusion est-elle celle de notre Auteur? Si cela est , il aura le premier trait de la Foi du Chrétien ; il pourra en appeller à l’Evangile même. C'est ici la vie eternelle de te connoitre pour le Jeul vrai Dieu , & J. C. que tu as envoyé, Ouvrons donc Emile. T. 3. p: 168. rr Avec » tout cela, ce même Evangile est plein de » choses incroiables, de choses qui répu- » gnent à la raison, & qifil est impo[[ible à » tout homme Jensé de concevoir ni d’ad- » mettre. Que faire au millieu de toutes ces 5 > contradictions ? Etre toujours modeste ôz » circonspect; respecter en silence ce qu’on 3 > ne sauroit rejetter, ni comprendre, & s'hu- » milier devant le grand Etre qui seul sçait » la vérité. Voilà le scepticisme involontaire » où ’je suis resté ; mais ce scepticisme ne » m’eji nullement pénible &c. ïe C 13 ) Je ne vous demanderai pas ici, ce que c’est que respecter ce qu’il est impossible à un homme sensé de concevoir» ni £ admettre ? Je ne vous demanderai pas, st Mr. Rousseau a eu ce respect ôz cette circonspection qu’il recommande? Je ne vous ferai pas remarquer ce scepticisme , qui n’est nullement pénible à Mr. Rousseau» ôz qui semble devoir pourtant inquietter, dans un sujet de cette importance; mais je vous prierai de me dire, si vous trouvés que la conclusion de cet Auteur soit celle à laquelle je vous ai dit que je m’é- tois attendu? Y trouvés-vous la réponse d’un Chrétien à cette question, Quesl-ce que croire en J. C. ? Y découvrés-vous clairement quelle est la Foi de Mr. Rousseau ? Conciliés-vous le caractère d’un. Envoyé de Dieu , avec ces choses incroiables que tout homme sensé ne peut admettre , & dont pourtant on ose dire, qu’est plein PEvangile de cet Envoyé de Dieu' 1 . Plein ! remarqués bien ce mot. Pour moi, je ne vois là que des ténèbres en opposition avec la lumière; mais, puisque Mr. Rousseau semble s’être enveloppé ici d’un nuage, essayons de 2e dissiper, afin de nous faire de justes idées de fa maniéré de penser; volons s’il n’au- roit ( 14 ) roit point détruit d’avance l’efíet que devoit produire le beau tableau qu’il vouloit tracer; voions s’il n’auroit point écarté cette conséquence , qui sembloit en résulter naturellement» /. C. est l'Envoyé de Dieu. Tachons, en raisonnant d’après ses propres principes, sès propres assertions, de déterminer, si fa Croiance est celle d’un Chrétien. ' Je vois d’abord, que , non seulement il paroit étrange à Mr. Rousseau , qu’il saille une autre Religion que la Religion naturelle> mais qu’il déclare de plus, ffielle suffit à Vhomtpe, & qu’il ne croit pas que l’on puisse rien y ajouter de bon. » Vous ne volés dans mon » exposé que la Religion naturelle ; il est bien 3 > étrange qu’il en faille une autre. Emile • j> T. 1 p. 122. Quelle pureté de morale, 7 > quel dogme utile à l’homme & honorable » à son Auteur, puis-je tirer d’une Doétrine » positive, que je ne puisse tirer, sans elle t » du bon usage de mes facultés ?. Les » plus grandes idées de la Divinité nous j> viennent par la raison seule. Volés le spec- » tacle de la nature, écoutés la voix inté- » rieure. Dieu n’a-t-il pas tout dit à nos »yeux, à notre conscience, à notre juge- » ment ? Qu’est-ce que. les hommes nous j) diront ( IZ ) J> diront de plus? Leurs révélations ne font D que dégrader Dieu , en lui donnant les pat » fions humaines » Ibid. Voyant que toutes » mes recherches ( fur une R évélation) étaient y> & seroient toujours fans succès , & que je » m’abimois dans un Océan fans rives, je fuis revenu fur mes -pas , f ai rejserré ma foi » dans mes notions primitives. Je n’ai pu » croire que Dieu m’ordonnât, fous peine de ï'fEnfer, d’être íi savant. J’ai donc refermé » tous les livres. II en est un ouvert à » tous les yeux ; c’est celui de la nature. Ibid. p. i6z. Que d’hommes, mon Ami, qui ont eu des yeux, Sc n’ont point vu; des oreilles , & n’ont point entendu ! Les Payens » livrés aux feules lumières naturelles, ont-ils bien fçu lire dans le Livre de la Nature ? Mr. Rousseau a-t-il oublié son sage Volmar ? Et ceux qui savent le mieux lire dans ce Uvre > y trouvent-ils quelque chose de plus que des conjectures, fur l’importante question de la destinée de Thomme, de l’immortalité de soname, du sort qui l’attend après cette vie? II paroit que Mr. Rousseau est pleinement satisfait de ce qu’il a appris daas le Livre ( i6) 'Livre de la Nature ; rien de plus positif que les passages que je viens de citer; l’Auteur referme tous les autres Livres ; il retourne fur ses pas ; il resserre sa foi dans ses notions primitives. Ou, je n’entens rien à ces expressions, ou, elles reviennent à celles ci; » je m en tiens uniquement à la Religion Naturelle. Et qu’est-ce qui lui a fait prendre ce parti? C’est que, suivant lui, outre la suffisance de la Religion naturelle , la voie de Révélation ne fauroit avoir lieu; & pourquoi ? farce que , lorsqu’il demande , quelle ejì la bonne ? Chacun lui répond í> C 1 est la vinicnne... Ib. p. 126. & parce que le témoignage des hommes, n’étant, au fond, que la Raison même, il n 1 ajoute rien aux moiens naturels que Dieu a donne' à chacun de nous de connoitre la vérité'. Ib. p. 129. Voilà ce qui porte Mr. Rousseau à rejettes toute Révélation Divine y sans exception, car il n’en met aucune. II est vrai, qu’après avoir accumulé ses objections, il ajoute, à la page 164^. Qu’à l’égard de la Révélation, ,, s ’il étoit meilleur raisonneur ou mieux ,, instruit, peut-être il sentiroit sa vérité & ,, son utilité pour ceux qui ont le bonheur de C 17 ) » de la reconnoitre ; (il n’estdonc pas de ces heureux là) „ mais que s’il voir en fa fa-; » veur des preuves qu’il ne peut combatte, (preuves qu’il n’a -pas raportées) „ il voir r> aussi contre elle des objections qu’il ne », peut reToudre. ( objections qu’il n’a point cachées.) Et quelle conséquence tire—t~il de ce qu’il seroit possible qu’il fut meilleur rai « sonneur ou mieux instruit ? II ne conclud pas en affirmant, comme ci-delTus, que Dieu a tout dit far la nature ; que les révélations tic font que dégrader Dieu ; qu’il retourne à ses notions primitives. Non; il reste, actuellement, dans un Doute respectueux. O mon Ami ! je cherche en vain à me faire illusion fur la véritable maniéré de penser de Mr. Rous'eau , à l’égard de la Rêvé* lation. Quand je réunis les difîei ens passages que je vous ai cité, sur la suffisance de la Religion naturelle , ïinutilité d’une Révélation , V immense difficulté', ou plutôt, P impossibilité de s'asurer s , il y en a une , le retour de Mr. Rouseau aux notions primitives ; quand, dis— je, je réunis tous ces passages & que je veux apprécier ce doute respectueux .. mais soit ; c’est un doute & un doute respec- B tueux. C IB ) tueux. Dites moi, je vous prie, si, pour mériter le titre de Chrétien , il suffit de s’en tenir au doute fur cette question capitale; Y a-1-il me Révélation , ou n'yenat-il pointé Si cela est, je me fois fait, jusques ici, d’é- tranges idées de la Foi du Chrétien. J’ai toujours cru, je l’avouerai, (& je ne luis pas le seul dans cette idée) que Mr. Rouf- seau n’auroit pas été admis à la communion des Chrétiens , si le Pasteur * devant lequel il fe présenta, à Geneve, en 1754, pour rendre raison de sa foi, lui aiant demandé, Dieu s’ejl-il révélé •f aux hommes ? il lui eut répondu, » Monsieur, ce que vous me de- rr mandés m’embarrasie fort; j’y vois du pour » & du contre; permettés moi de rester là-des « lus dans un doute respedueux.v 3’ai lieu de croire que c'est là la réponse qu’il eut faite à son Pasteur, si la question lui eut été proposée * Feu Mr. le Pasteur Mayjìre. ■j- J’entens par Révélation , une déclaration exprestè , faite aux hommes de la part de Dieu, òc munie de son Sçeau. Je fais cette remarque , parce qu’il me pa- roit que, dans quelques endroits de ses Ecrits , 3c particulièrement dans fa Réponse à Mr. ÍArch. page 108. Mr. Rousseau appelle Révélé > tout ce qui est conforme à la droite raison. Dans ce sens là, les Offices de Ci-, çeron seroient, presque en entier, une Révélation. ( 19 ) posée; -je la prens, comme vous voies, dans ses propres paroles, que je vous ai raportées; & dans le conseil qu’il donne à la page 84 e . de sa Rép\ a Mr. VArcheve'que. » Honorés en général tous les fondateurs de » vos cultes respectifs .... Ils lè íònt dits les 3 > Envoyés de Dieu ; cela f eut être & r? être ■npas.a. Je le remarquerai, en passant; comment accorder ce Conseil avec ce qu’à dit Mr. Rousseau , à la page 76 e .» La plupart 33 des cultes nouveaux Rétablissent par le fa- 3>natisme.3> Ne fera -1 - on pas réduit à honorer des fanatiques , s’il faut honorer tous les fondateurs des cultes respectifs? Ne crain- dra-t-on point d’en augmenter ainsi le nombre ? Le íystême de Mr. Rousseau , qui ne les aime assurément pas, ne leur fera-t-il point favorable? Concluons. De l’examen que j’ai fait jusques ici, que résulte -1 - il ? Nous avons, mon Ami , un Christianisme d’un genre nouveau ; un Christianisme inconnu certainement juíqu’au 18 e . siécle ; un Christianisme fans Révélation , ou, qui s'en passe, à la faveur d’un Doute respectueux. Vous verrés, dans la fuite , des choses qui ne vous étonneront pas moins. Je suis &c. < 2V ) II*. LETTRE. C E Christianisme , mon Ami, que nous avons vu se passer de Révélation, à la faveur d’un Doute respectueux , nous allons le voir, à présent, se passer absolument de miracles. En effet, à quoi aboutissent les recherches de Mr. Rousseau for cet important fojet? Elles aboutissent, non pas seulement à écarter la preuve des miracles , mais encore à conclurre , qu 1 il auroit mieux fait de ne pas même Texaminer. » Que faire en •» pareil cas ? ( dam le prodigieux embarras ok » il se trouves Une feule chose j revenir » au raisonnement, & laitier là les miracles. » Mieux eut vcdu rdy pas recourir. Emile, v T. z. p. 1 36. à la Note. « Si vos Mira- 5) clés faits pour prouver votre DoCtrine , ont V eux même besoin d’être prouvés, de quoi v servent-ils? Autant voioit n enpoint faire ! n’ai pas même besoin des miracles pour » être Chrétien.» Voïons à présent si, pour l’etre, il ne faut pas avoir ce besoin, &, s’il n’est pas possible de le satisfaire. Je lis dans les Evangiles, que Jesus-Christ declaroit fans cesse, Sc de la maniéré la plus formelle, qu’il parloit aux hommes de la part de Dieu 5 Sc qu’en preuve de ce qu’il B 5 disoit, C 22. ) disoit» il en appelloit à ses Miracles. r> Les » œuvres que mon Pere m’a donné le pou- » voir de faire, rendent témoignage que je suis envoyé de mon Pere. Jean V. z6.iL Les Disciples de Jean Batiste lui aiant demandé , s’il étoit le Mejfie , c’est-à-dire, cet Envoyé extraordinaire de Dieu , que les Juifs attendoient, il leur répondit » Allés » dire à Jean ce que vous avés -m j les J> Aveugles voient , &c. Luc. VIII. ZZ- &c. En effet, le seul moyen par lequel J. C. put convaincre les hommes de la divinité de íà Mission» étoit de faire des œuvres que le Tout-puiíTant lèul peut accorder le pouvoir de faire. Cela posé; voici mon raisonnement. Après une déclaration auffi précise de J. C. » il saut nécessairement croire, ou, qu’il a réellement sait des Miracles, comme il l’a dit ; ou > qu’il a trompé les hommes, à cet égard ; ou bien, il faut ne rien prononcer l'a dessus. Dans le premier cas, on admet positivement les Miracles. Dans le second, on décide que J. C. a été un Imposteur. Et dans le troisième, on met en doute s’il a été un Imposteur ou s’il ne l’a pas été ; à cette Question, J. C. a-t-il parlé aux hom mes ( r; ) mes de la fart de Dieu', a-t-il prouve', comme il ía prétendu , fa mission far des Miracles ? on fait la réponse que j’ai raportée. » Çe- » la peut être , ôí n’être pas. a Rep. à Mr. VArch. p. 84. Vous ne mettrés pas Mr. 'Rousseau dans le premier de ces cas , puis- qu’il a renoncé à la preuve des Miracles, & qu’il a déclaré, qu’il n’y a pour lui d’au- tre moien de les croire, que de les voir. Vous ne le placerés pas dans le second, puis qu’alors il feroít de J. C. un Impojìeur. Reste le troisième, c’est-à-dire, le doute si J. C. a été un Imposteur , ou s'il ne l’a pas été. Que pensés vous de ce syllogisme ? Et quelle conséquence en tirés vous fur l’eípéce de Chriílianisme de Mr. Rousseau ? * Dira-t-on > que cet Auteur , jugeant J. C. d’après son Caractère & sa Morale > croit, sur sa seule parole, qu’il a été VEnvoyé de Dieu? Mais, alors, je demanderai i°. Pour- B 4 quoi ——— . - — - 1 . "■ o * Si Jésus Ckrift , dit St. Paul j rìeft sas rêfliuitê , notre foy eft {vaine , & nous femmes encore dans nos péchés. La Résurrection de J. C. est le plus grand de tous tes Miracles. Quel nom mettrons nous donc à la Foy rie celui qui met en doute, íi J. C. ne la point trompé , quand il a dit qu’il réssuciteroit trois jours après & mort? ( 24 ) quoi il ne déclare pas poíìtivementj que c’est là la conclusion qu’il tire d u Caractère de J. C. Ôi de fa Morale? Quelle raison a-t-il de ne pas l’honorer de ce Titre glorieux, s’il est vrai qu’il trouve qu’il le mérite ? 2 °. Comment conciliera-t-il ce Titre , avec la suffisance de la Religion naturelle , r inutilité d'une Révélations & f impossibilité de s’assurer s’il y en a. une? Si J. C. est F Envoyé de Dieu , la Religion naturelle ne foffit donc pas ! II existe donc une Révélation ! Qui admet l’un» admet l’autre. Qui rejette l’un, rejette l’autre. II n’y a pas de milieu. 3°. Dans cette supposition, for quoi tombe le Scepticisme où Mr. Rousseau dit qu’il est reslé 7 . Est-ce être Sceptique , que de croire J. C. for fa parole ? Ce Scepticisme ne seroit-il point plutôt Crédulité , dans une affaire de cette importance ; for-tout, lorsqu’on lui annonce, à lui, homme sensé , des choses in~ croiables ? 4°. Mr. Rousseau me paroit s’être clairement expliqué for ce qu’il pense de. ceux qui se sont dits Envoyés de Dieu ; écoutés le dans ces paroles de íà Rép. à Mr. FArch. p. 84 e . que je vous prie de bien remarquer. » Qui ( 25 ) ^ Qui sait jusqu’où les méditations continuelles íur la Divinité , jufqu’où Ten- » tousiaíme de la Vertu > ont pu dans leurs » sublimes âmes, troubler l’ordre didacti- » que & rampant des idées vulgaires ? Dans » une trop grande élévation » la tête tour- » ne, <§c l'on ne volt plus les choses com- » me elles font. Socrate a cru avoir un ef- » p rit familier ; & Ton n’a point osé , pour » cela, l’accuser d’être un fourbe. Traite- » r on s nous les Fondateurs des Peuples , les » Bienfaiteurs des Nations, avec moins d’é- » gards qu’un particulier? Vous le voiés, mon ami; (suivant notre Auteur) le plus honnête homme, le plus sage dans ses discours & dans ses leçons, peut avoir fa folie; la tête peut lui tourner fur un seul article ; il peut se croire PEnvoyé de Dieu. II est bien vrai que, dans ce cas, on ne doit pas lui donner le nom <£Imposteur, mais celui d?Insensé eíl-il beaucoup plus honnête ? » Quoi donc ! si je n’ai pas besoin des \ » Miracles pour admettre la Doctrine de » J. C., s’ensuivra -1 - il, que je ne sois pas- ». Chrétien ? Sur- (26) Surpris d’abord, Mr. Rousseau, que vous íëpariés ce que Dieu a trouvé à propos de joindre 3 comme fi c’étoit a l’homme à reformer les Conseils de l’Intelligence Suprême, je vous prierai de remarquer, 1°. Qu’il y a quelque chose a changer dans la maniéré dont vous vous exprimés ici ; voici, ce me semble , ce que vous voules dire. s Quoi donc ! íì je n’ai pas be- » foin des miracles pour admettre quelques » uns des points de la DoCtrine de J. C., » s’eníùivra-t-il que je ne fois pas Ckráìen ? Ouï, Mr. Roujfeau, quelques uns des points de la Doctrine de J. C.! car vous nous avés assuré positivement , que « PEvangile est * plein de choses qui répugnent à la raison, » âz qu’il est impossible a tout homme sensé y> de concevoir ni d’admettre, ct Quoique je n’aime pas à me repérer, je ferai cependant obligé de faire souvent usage de cet aveu. Ce qui me surprend, c’est qu’apres une telle déclaration, au lieu de dire à Mr. T Archevêque, (p. 56) » Monseigneur , je „ luis Chrétien , & sincèrement Chrétien, „ selon la Doctrine de PEvangile. a vous ne lui aiés pas dit; „Monseigneur, je luis » Chré- ( 27 ) ,, Chrétien, & sincèrement Chrétien , selon „ quelques uns des points de la Doctrine de j, l’Evangile-j & ces points, ce font ceux „ qu’un homme sensé peut concevoir & ad- „ mettre.a Cette petite correction faite, je vous répondrai» - 11°. Que si vous séparés les Miracles, de la DoÛrine , vous serés Disciple de J. C.» comme un Platonicien est Disciple de Platon, & un Stoïcien, Disciple de Zenon ; qui , pour être tels, n’ont pas besoin de Miracles. Je vous répondrai, que vous regarderés J. C. comme un Sage par excellence ; avec cette réserve pourtant , que vous ne savés pas, s’il ne vous a point trompé fur l’article des Miracles', ou si la tête ne lui tournoit point quand il se disoit Y Envoie de Dieu. III P . Vous n’avés pas besoin des Miracles ? Je n’en ai pas plus besoin que vous, pour admettre comme Vraie, c’est-à-dire, comme conforme à la raison, la Doctrine de J. C. ; mais j’en ai besoin pour l’admettre comme Divine, * c’est-à-dire, comme annoncée * Cet éclaircissement est nécessaire pour entendre Mr. Rousseau, qui a quelquefois emploie ce mot équivoque. L’on dit, par exemple , les Divines maximes ( 28 ) cêe aux hommes par un Envoyé de Dieu. Remarqués bien cette distinction. Dans le premier cas » J. C. a st bien parlé qiiil étonne. Dans îe second» il a annoncé les Oracles de Dieu même. Voila une des grandes diftérences quil y a entre le Chrétien de Mr. Rousseau i ôi le Chrétien de VE- vangile. IV 0 . Vous n’avés pas besoin des Miracles? Je n 5 en ai pas plus besoin que vous, pour admettre une Doctrine , dont tous les préceptes sont fondés for la justice même ; dont la pratique feroit le bonheur des sociétés & des individus. Mais n’y a-1-il dans l’Evangile que des préceptes de Morale? .N’y trouvons nous pas les promesses les plus grandes, les plus intéressantes pour l’homme ? J. C. ne nous y parle —t - il pas d’une Résurrection , d’un Jugement , d’une Immortalité' bienheureuse ? Que me dit là- deffus ma Raison ? Q u’il est vraisemblable que ces promesses s’accompliront. Et mon Cœur ? mes de Platon , pour exprimer fortement que ce fout de belles & sublimes maximes. On a été jusqu'à dire j en ce íeas , le -Divin Platon. C Ì9 ) Cœur? Í1 se livre avec plaisir a de telles espérances. Mais, si m’a Raison ne me donne que des vraisemblances $ & mon Cœur, que des désirs^ je l’avouerâi ; cela ne tne satisfait point ; je voudrois des certitudes dans une affaire d’une si haute importance; je voudrois pouvoir me dire. „ II est démontre' que ce- ,, lui qui ma fait de telles promesses, est » ,, lui-mème, la RéfurreŒon & la Vie.?, Mais comment puis-je me tenir à moi-même ce délicieux langage ? comment puis je croire avec certitude , que c’est de la fart de Dieu même , que J. C. m’a fait ces promesses, si je n’éxamine pas feulement ses miracles, les Lettres de Créance qu’il a produites; si après les avoir examinées, je les regarde comme fausses; ou, si je suspecte, le moins du monde, leur authenticité? Je ne fais pas, Mr. Roujeau , quelle est la vivacité de votre Foi fans miracles', mais je sens qu’il en faut a la mienne, pour qu’elle soit une re~ présentation des choses que f espère, & une dé- mon[lration âe celles que je ne vois point. Hebr. XI. v. I. V°. Vous n’avés pas besoin des Miracles? Prenez y bien garde, je vous prie; en écar- ( 30 ) écartant ainsi les Miracles , vous ne tentés pas, peut-être, quelle atteinte vous portés à la Morale Evangélique ! On ne m'e contestera pas, que ce ne soit lui nuire, que d’affoiblir sa. Sanùlion. Mais qu’elle est cette Sanction de la Morale de l’Evangile ? Quelle est cette Sanction qui la distingue d’une Mo- raie Payenneì Quelle est cette Sanction qui peut lui donner du pouvoir 6c de l’éíHcace fur le cœur de l’homme ? Le Jugement , les Peines & les Récompenses après la mort. Mais, fur quel fondemeat admettrasoje la certitude de cette Sanction ? Ce ne será pas parce que J. C., qui a mieux parlé 6c mieux vécu que Socrate même, m’a annoncé ce Jugement , ces Peines & ces Récompenses. Ce ne pourra être que parce que J. C., qui s’est dit VEnvoyé de Dieu , m’a fait cette déclaration de fa part. Mais, encore une fois, comment croirai-je à cette Mission prétendue Divine y si je n’ai pas recours aux Lettres de Créance , ou, si, après les avoir examinées, je dis avec Mr. Rousseau , Mieux eut valu ri y pas recourir ? N’est-ce point ici le cas de dire » Philosophe ! tes loix Morales » sont fort belles, mais montre m’en, de grâce í » la C ) d la Sanction ; 6c dis-moi nettement ce que tn » mets a la place du Poul-serrho. c Emile. T. z. p. 187. à la Note. Mais si, comme le pense l’Auteur d’£- mile , les Faits Miraculeux ne peuvent jamais être prouvés, n’est-il pas inutile de recourir à cette preuve, * 6c ne faudra t-il pas s’en palier? Cette question, mon ami, m’écartera de mon objet principal ; il importe cependant d’y répondre; j’ai lieu de croire que cette éípéce de digreffian ne fera pas inutile. On dit donc, que les Miracles étant des faits qui n"ont jamais été soumis à notre expérience & à notre observation , sont , par là même , de nature à ne pouvoir jamais être prouvés’, que, par conséquent, nous ne devons pas les croire , fur quelque témoignage humain que ce * On a si souvent & si bien répondu aux objections tirées de la suffisance de la Religion naturelle ; des faux miracles ; de ceux que Fon attribue aux Démons ; du Cercle que l’on fait, en ■prouvant la Dodrine par les Miracles & les Miracles far la Doffrine ; (Cercle, qu'il est trés aisé d’évìter, en prenant la marche la plus simple & la plus naturelle) que je me contenterai de répondre à l’Argument contre les Miracles , qui me paroit avoir le plus frappé Mr. Rousseau, & qui peut en imposer , quand on ns lexamine pas de près. ( Zr ) ce puisse être. f>T)es prodiges! Des Miracles! D je n’ai jamais rien vu de tout cela. a dit le Raisonneur. Emile. T. 3. p. 143. Et quelques lignes après, »L’on ne peut autoriser » une absurdité sur le témoignage des hom- D mes. Encore une fois, voions des preu- » ves surnaturelles, car l’attestation du genre » humain n’en est pas une. « Prenons d'abord le Principe íùr lequel est sondée cette objection ; le voici. ■» Nous » ne devons croire que ce qui «'accorde avec v l’expérience & Pobservation ; & dans les » cas seulement où les sens ont déja eu oc- » casion de voir la liaison entre un effet & » sà cause. Mais, mon Ami, si nous admettons ce principe, pourrons nous jamais avoir une Régie fixe, à l’égard de ce que tout homme sensé doit croire? Cette Régie ne va- riera-t-elle pas, comme varie l'expérience de ceux à qui l'on raconte quelque fait? Toys les hommes n'ont pas les mêmes occasions d'examiner les mêmes choses ; celui - ci peut avoir vû fréquemment ce dont celui - là n’a pas entendu parler. Je dis plus j íùivant le principe que l’on pose C 33 ) pose ici) les événemens même , que l’on déduit clairement des Loix de la Nature, & qui s’expliquent par des principes mé- chaniques, ne pourroient pas plus être admis que les Miracles. Aucun témoignage humain, par exemple, ne'íùffiroit pour convaincre un habitant de la Zone torride, que, dans plusieurs endroits du monde, l’eau devient si ferme & si solide, qu’elle peut soutenir les plus grands fardeaux. Le Roi de Siam , à qui l’on racontoit ce fait, auroit pu dire à toute l’Europe aíTemblée pòur le lui certifier ; » De Peau ferme à solide, ca- » pable de porter les plus grands fardeaux ! » Je n’ai jamais rien vu de tout cela ! Votre té- » moignage ne peut autoriser une absurdité. » Aussi, le principe que nous examinons est-il si peu fondé , que Mr. Roujseau dit lui même, » qu’on s’abuíèroit en Laponie , de fixer ** à 4 pieds la stature naturelle de Phomme. Rép. à Mr. VArch. p. 102. Pourquoi s’abuse- roit-on, si l’on n’avoit jamais vu des hommes de la hauteur de 5 pieds ? Quand il s’agit de faits extraordinaires, nous avons droit de ne les admettre , qu’au- tant qu’ils font bien prouvés ; mais si nous C avons ( 34 ) avons toutes les preuves que nous pouvons raisonnablement demander , & que nous refusions de croire, uniquement parce que les faits ne s’accordent pas avec notre observation & notre expérience , notre incrédulité est injuste , inexcusable, & condamnée par le sentiment & la pratique du Genre humain. Dire que nous ne croirions pas une multitude de témoins , quels qu’ils fussent, à moins qu’il ne nous fut déja prouvé par d’autres argu- mens, que ce qu’ils attestent, est vrai, ou du moins, très - vraisemblable, c’est détruire, par le fondement, tout usage du témoignage humain; c’est rejetter ce que dicte le fens- commun, Qui est-ce, en effet, qui a aisés peu d’expérience pour n’avoV pas remarqué , qu’il y a souvent de la probabilité fans vérité, & de la vérité fans pro* habilité ? Si donc il n’implique pas contradiction, que le cours de la nature puisse changer ; si les Miracles font, en eux mêmes, possibles à l’Etre Tout-puissant ; comme on ne le conteste pas ; s’ils peuvent, comme tous les événemens naturels, tomber fous mes sens, enforte que je ne puisse pas plus douter de leur réalité que de celle des faits ( 35 ) faits ordinaires, ne pourrai-je pas certifier |c d’autres ce que j’aurai vû ? Et si les Miracles peuvent être vus & certifiés ; s’ils ont leur évidence , comme tous les faits ordinaires ; pourquoi ne feroient-ils pas, comme eux, l’objet de la croiance des hommes ? * Si je vois une personne, qui m’est bien connue, attaquée d’une paralysie, qui lui ôte, depuis long- tems, l’uíáge de tous ses membres; A que je voie un autre homme lui rendre la santé & les forces , en lui disant ce seul mot, Lève toi , & marche ! Ne 1ms-je pas auffi certain de ce fait, que si j’avois vû la íànté de cet homme se rétablir insensiblement, en solvant les ordonnances du Médecin? Et pourquoi ne pourrois-je pas attester ce premier fait , comme je pourrois attester le second ? Si les faits ordinaires, qui ont été vus par des hommes, peuvent s’établir par des témoignages C 2 hu- * Mr. Adams, célébré Auteur Anglois, a fort bien remarqué , lúr l'objection que nous examinons, que ce que Mr. Hume ( l’Auteur, ou le grand défenseur de cette objection ) nomme une expérience uniforme , peut fou veut être détruit par un íèul témoignage ; parce que l’expérience ne donne çu’une preuve négative, tandis que le témoignage en fournit une -positive, qui, dans ce cas y doit toujours f’.iíre pancher ía balance. Voies la Prés des Ejfaij de Mr. Hume. p. 40. ( Z6 ) humains", pourquoi les faits extraordinaires, qui peuvent être vus par des hommes, ne pourroient-ils pas s’établir par des témoignages humains ? Les Apôtres ne pouvoient-ils pas être aussi certains qu’ils voioient J. C. rejfucite, qu’ils avoient pft l’être de savoir vu boire & manger, avant fa Résurrection l Ne purent-ils pas le toucher, lui parler, fe convaincre, par tous leurs sens, qu’il étoit plein de vie ; comme ils avoient pu fe convaincre, qu’il avoit bû & mangé avec eux, avant íà mort? Et, dès lors, pourquoi n’aur oient-ils pas pu certifier le premier de ces faits, comme ils pouvoient certifier le second ? Si la vraisemblance manque à l’égard du premier sait, par ra- port à ceux qui ne l’ont pas vu, ce n est pas une raison suffisante pour le rejettera c’en est une de bien examiner les témoins qui le raportent. Mais le témoignage des Peuples , dit le Raisonneur, ( Emile T. z. p. 143.) est-il d’’un ordre surnaturel ? Non ; auroit pu répondre l’ Inspiré, si son eut voulu le faire raisonner; ce sont les miracles qui font des -preuves f un ordre surnaturel ", mais le témoignage de ceux qui les ont vû, nous refond de la re'alité de ces preuves ; s 1 ils ont pu voir ces miracles, pourquoi ( 37 ) quoi ne p ouïs oient - ils pas les attefler ? Et s* ils nous paroiffent bien attejle's, pourquoi ne lésai - mettrions-nous pas/ Avés vous, mon Ami, quelque chose à répliquer à ce raisonnement? A£n de bien éclaircir cette importante matière, permettez-moi de vous présenter, sous un autre point de vue, les réflexions que je viens de faire, & de m’expliquer par un exemple. II y a deux choses a distinguer dans un Miracle j du Naturel & du Surnaturel. Le Naturel , c’est le fait même, ce qui tombe sous mes sens, ce que je puis voir. Le Surnaturel, c'est le comment de ce fait; je l’ignore. Le Naturel, c’est-à-dire, le fait même , est donc dans l’ordre des choses humaines , puisqu’il tombe fous mes sens, puis- qu’il peut être vu. Mais si les témoignages humains peuvent attester les faits qui font dans l’ordre des choses humaines , n’est-il pas évident, que les faits miraculeux , qui, quant à leur action fur nos sens, & quant à la capacité de les voir, entrent dans cet ordre des choses humaines, peuvent par conséquent être attestés par des témoignages humains? Ce raisonnement me paroit encore sans répliqué. Venons à .un exemple. , C z Un ( ;8 > tin homme appellé Lazaret tombe malade, meurt, est enterré ; &.» par un miracle, J. C. le réísucite. Voilà ce que l’on raporte. 11 y a là du Naturel &. du Surnaturel. On demande, íi le témoignage humain peut constater l'un comme l'autre? Je répons que ouï; & je le prouve. Lazare tombe malade ; la maladie est-elle du ressort des sens ? Sur quoi repolèroit la Médecine ? La maladie augmente ; les tens sont-ils juges du progrès de la maladie? Lazare meurt; les sens ne íàuroient-ils attester la certitude de la mort? Lazare réssucite; il paroit vivant ; les sens, qui ont li bien jugé de la de la maladie , ne jugeront-ils point de la jante' 2 . Les sens qui ayoient prononcé fur la mort , ne prononceront-ils point fur la vie ? II n’y avoir que quatre jours que les Sœurs du mort s’entretenoient avec lui, auroient- elles perdu le souvenir de íès traits, ne pou- roient - elles plus le reconnoitre ? En un mot, par quelle raison leurs sens seroient-iîs ici recusables ? Et pourquoi ne pourroient- elles pas affirmer que Lazare est vivant, comme elles peuvent affirmer qu’il étoit mort? Ne peut-on pas voir un Vivant , comme on ( 19 5 ’on peut voir un Mort ? Le fait surnaturel ■> 'Lazare ejl vivant , après avoir été mort , rentre donc dans la dalle des faits qui peuvent être attestés par les hommes, puisqu il peut tomber sous les sens, & que par la on peut en être aussi assuré que s’il s’agis- soit du fait le plus ordinaire. Ce dont on ne rend pas raison , c’est de la maniéré dont Lazare a passé de la mort à la vie; elle est toujours surnaturelle. (Aussi le témoignage des Apôtres ne porte-1-il pas for le comment') On atteste le fait même, Lazare est vivant , fait que l’on a pu voir, connue Ton atteste un fait que l’on auroit vu tous les jours. Les Sœurs de Lazare auroient pu dire; »Nous ne savons pas comment J. C. a » fait palier notre frère de la mort à la vie; » mais ce que nous savons bien, c’est qu’il -, étoit mort, Sc qu’actuellement il est vivant. -, Nous certifions ce second fait, comme » nous certifions le premier ; nous n’avons pas „ moins de raison de croire l’un que l’autre, a Conclusion. Les faits miraculeux peuvent être certifiés par des témoignages humains, & devenir ainsi les objets de notre croian- cè. Cela me paroit démontré. C 4 Après C 42 ) Après avoir établi que les miracles peuvent être attestés par les hommes , je vous prie de remarquer que si, d'un côté, ceux de l’Evangile manquent d t vraisemblance, entant que tout miracle est un changement au cours ordinaire des choses ; de l’autre , ils font extrêmement vraisemblables , lorsqu’on considère le but dans lequel ils ont été faits. Si les Miracles de l’Evangile avoient été opérés à propos de rien, ou pour des íùjets d’une légére importance, l’on auroit lieu de cire , ,, Quelle apparence que Dieu eut in- 3, terrompu , pour cela, le cours ordinaire des 3, choses » Mais pensés , mon Ami , qu’il s’agissoit d’établir une Religion, qui seroit nn jour la Religion du Genre humain; qu’il falloit , pour cela , détruire celles qui etoient reçues dans le monde, & aux quelles les hommes étoient fortement attachés. Si tel étoit le dessein de Dieu, n’étoit - il pas naturel, n’étoit il pas digne de fa Sagesse & de fa Bonté , d’appôser son sçeau à ¥ Evangile , par le moien des Miracles ? Et» dés íois, ne deviennent-ils pas très vraisemblables' 1 . Et cette vraisemblance ne balance- t-elie point celle qu’ils n’ont pas à f égard (40 du cours ordinaire des choses? Continuons. Si la Révélation , , .qu’annonce un Envoyé de Dieu , 6c qu’il appuie par des Miracles ? est faite. ? non - seulement pour la Génération qui la reçoit , mais encore, pour toutes les Générations à venir , qui doivent en faire l’objet de leur Foi , & la régie de leurs Mœurs j comment devons nous nous conduire, nous qui vivons dans des tems fort éloignés de celui dans le quel a vécu cet Envoyé de Dieu , pour nous assurer qu’il n’a pas été un Imposteur l, Devons nous nous plaindre de ce que Dieu ne s’esl pas fait entendre à nous mêmes \ De ce qu’il a atteflé fa parole par des moiens puì ont eux-mêmes fi grand besoin d’attejla- tion , comme s 1 il se jouoit de la crédulité des hommes , & qu il évitât à dessein les vrais moiens de les persuader ? * De ce que, Maître du choix de ces moiens, il a cherché St. Paul pour parler aux hommes du 18 e . siécle? En un mot, chacun de nous doit-il dire au Sage Souverain Arbitre des événemens ; Puis- » que * Emile T. z. p. rzp Ce ne sont pas les moiens de se persuader, qui manquent à tant de gens j ce sont plutôt eux qui manquent aux moiens. ( 42 ) v) stue ku ne stadresses pas à moi-même , je d 11e veux pas seulement examiner si tu ne jjin’as point parlé par d’autres. Je saurai m'é- jj pargner un travail dont tu aurois bien pû jj m'exempter ! « Mon ami , prenons un parti qui me paroit & plus humble & plus sage. Faisons l’importante recherche dont il est ici question j taisons la 3 avec tout le foin, toute l'attention, toute la bonne-soi possible. Avant que d’entrer dans cet examen, tachons de dépouiller tout préjugé ; n’ad- mettons rien que fur des raisons suffisantes ; mais aussi, soions diíposés à recevoir tout ce qui est appuié des preuves que l'on peut à juste droit demander, dans une affaire de ce genre. Essaions par-là, si nous ne pourrons pas être de ces Heureux , dont parlait J. C., qui croiraient , quoi qu ils rfeussent pas vu. Je renvoie cet examen à une autre Lettre. II fuit evidemment de celle-ci, que le Chrifiianisme de Mr. Roujseau se passe de Miracles, Je crois vous avoir fait sentir ce que c’est qu’un tel Christianisme ; quelle idée on a alors de J. C. ; & Patteinte que l’on porte à la DoCtrine & à la Morale. Je pense aussi que j’ai clairement établi, que l’on peut C 40 peut avoir recours à la preuve tirée des Mira* clés. Afîn de vous satisfaire pleinement lìir cet important article» il me reste à vous montrer les fortes raisons que nous avons de regarder, comme certains, les miracles qui íbnt attribués à ]ï C. Je reviendrai eníuite à mon objet principal; j’examinerai ce que pense Mr. Rousseau. íur les autres objets de la Foi du Chrétien. Je suis & c. â ^ â â î î î î * î -K' î î î î î î î î° III™. LETTRE. A Vant que d’entrer» mon Ami, dans l’éx- amen que nous devons faire, je vous prie de remarquer , que les Miracles étant des changemens au cours ordinaire des choses» la rareté est de l’efíence de ces Faits. Comme nous ne connoiffons ce cours des choses que par Inexpérience & l’observation , si les changemens étoient fréquens, nous ne pourrions pas déterminer ce qui est dans le cours ordinaire des choies, & ce qui n’y est pas ; par conséquent, nous ne pourrions jamais prononcer, avec certitude, que tel événement est un vrai Miracle. Mr. Rousseau dit lui même» que comme » c’est Ford r e inaltérable ,, de la nature , qui montre le mieux l’Etre su- „ prême, s’il ârrivoit beaucoup d’exceptions, il ne sauroit plus qu’en penser. Emile. T .3. p. 134. Cela posé; voulés vous que je vous di- íè ce qui m’a déterminé k admettre les Mira- râcïe-S de F Evangile, quoique je ne les aie pas ' ’ ' - vft* ( 45 ) vM Je me resserrerai le plus qu’il me fera possible j il vous fera aisé de développer les réflexions que je vais vous présenter. Observés , 1 °. Que les Faits miraculeux de l’Evangile n’irnpliquent point contradiction par eux-mê- mes; c’est-à-dire, qu’ils font possibles, dès qu’on suppose l’intervention de l’Etre Suprême, Que cette forte de preuve étoit convenable , puise qu’eile étoit à la portée des ignorans » comme des íàvans ; du Peuple, comme des Philosophes. Chacun pouvoit fe convaincre par ses yeux. Que, de plus, les Miracles étoient absolument nécejfaìres , dans le cas dont il s’agise soit; puiíqu’U falloit déterminer les Juifs à embrasser un nouveau Culte, & par conséquent à abandonner celui qu ils étoient convaincus que Moyse leur avoit prescrit de la part de Dieu, & qui devoit naturellement subsister, tant que Dieu ne l’annulleroit pas par de nouveaux miracles. Comment, je vous prie, J. C. & les Apôtres auroient - ils osé aller aux Juifs avec de la Morale toute feule? Ceux-ci ne leur auroient-ils pas dit avec raison; Nous savons que Dieu a •parlé à Moyse $ mais , pour ce: homme , nous ne savons cCqù il vient. Jean. chap. 9. $. 29. Je ne vois C 4« ) vois pas, mon Ami, ce que J. C. & les Apôtres auroient eû à leur répliquer. 11°. Les Faits raporte's dans les Evangiles ne font pas feulement quelques signes particuliers , opérés devant peu de gens obscurs > dans des Carrefours j dans des chambres , dans des déserts j * mais des œuvres absolument au destins des forces humaines, de vrais Miracles j faits en Public; à la vue d’un grand Peuple ; en présence des ennemis déclarés de Jésus , qui difoit hautement, qu'il les fai- íòit dans la vue de conílater fa Miífion Divine ; & qui invitoit, par là, à les bien examiner. S’il en opéroit dans des chambres , c’est que, pour l’ordinaire , les malades font dans des chambres. S’il en faifoit dans les carrefours , c’est qu on y amenoit ceux qui voulaient être guéris, & qui pouvoient être transportés. S’il en faifoit dans le Désert , c’est que la multitude qui le faivoit, étoit quelquefois fi grande que, pour instruire le Peuple, il étoit obligé de le mener dans le Désert -, c’est - à - dire, en raze-campagne ; comme porte 1 ''Original. iîl". Ces Miracles ont été en grand nóm- bre # Emile. T. 5. p. 133, ,3;. ( 47 ) bre, de différent genre, souvent répétés, continués pendant pluíìeurs années ; ik les effets qui en résultoient, n étant pas passagers, mais durables, il étoit très-facile de s’assurer de leur réalité. On pouvoit interroger Lazare, les Paralytiques qui avoient été guéris ; l ’Aveugle-né &c- IV Ce qui me frappe, c’est que ce ne font pas des Miracles d’ostentation , de parade, & faits íàns nécessité; ce font autant des signes de charité , que des prodiges de puissance. Des Aveugles voient ; des Faralitiques font guéris par un mot ; &c. Celui qui fe dit f Envoyé de Dieu , fe montre ainsi P Ami du genre humain , dans toutes ses œuvres 1 ; il íè plaît à voir des heureux autour de lui, & à en faire. II paroit que Mr. Rousseau auroit voulu d’autres Miracles ; qu’il auroit reconnu le Maître du monde, au bouleversement des Cieux , au dérangement des Etoiles. Emile. T. z. p. IZZ- Mais, outre que des Miracles, où la bonté fe montre autant que la puissance, annoncent le Dieu de Charité , Mr. Rousseau n’auroit-il pas eu toujours occasion de dire; 3> Où font ces prodiges ? Dans des Livres. Et qui a fait ces Livres? Des hommes. » Et ( 48 )- D Et qui a vu ces prodiges ? Des hommes » qui les attestent. Quoi ! Toujours des té- » moignages humains! Toujours des hommes » qui me raportent ce que d’autres hommes » ont raporté ? Que d’hommes entre Dieu t> & moi ! a Emile. T. z. p. 130. N’auroit-il pas toujours appelle ces Miracles , » des ab- » surdités , qu’on ne peut autoriser sur le 3> témoignage des hommes ? Ib. p. 143. • V p . Je vois que ces Faits font annoncés dans le tems, ou, peu de tems après qu’ils ont été opérés ; par des gens qui en ont été les témoins oculaires ; qui avoient vécu avec Jésus dès le commencement 3 * qui Tes publient dans les lieux mêmes où ils se sont passés ; & qui les racontent d’une maniéré naturelle » fans prétentions, fans emphâíe, fans déclamation , fans aucun de ces artifices par lesquels on cherche à en imposer aux hommes- Rien de plus naïf, rien de plus simple que leurs récits; je ne puis m’empecher d’y re- çonnoitre le ton de l'ingénuïté, & le langage caractéristique de la candeur. N’avés vous point remarqué , mon Ami, que, dans les quatre Evangiles , omne trouve pas un seul éloge de J. C., à l’occasion de ses Miracles ? VI p . Ces Témoins marquent le tems, le .ridn. i>. - 7 . lieu , C 49 ) lieu, les circonstances, &c. C’est à Jérusalem ; c’est à Naïn ; c’est k Sidom ; c’est à Béthanie ; &c. C’est le Fils d’un Centenier Romain ; c’est le Serviteur du grand Prêtre ; c’est la Fille de Jaïrus ; c’est Lazare ; &c« Les Apôtres racontent en personnes qui ont bien vu, & qui ne veulent pas en imposer; souvent leurs narrations font tellement cir- constanciées, qu’ils raportent des particularités qu’ils auroient pû omettre, fans altérer en rien la nature des faits dont ils parlent. Lifés,en particulier, l’histoire de la guérison de VAveugle ne', de la Résurrection de Lazare à être les témoins. « Comment encore au- roient-ils osé en appester au pouvoir de faire des Miracles, qu’ils prétendoient avoir communiqué? Pouvoient - ils fe flatter qu’ils per- íùaderoient, par exemple, à des Sociétés de Chrétiens, qu’elles pofledoient le don des Langues, si réellement elles ne l’avoient pas possédé ? Peut-on fe faire illusion sur un fait de ce genre? Un homme peut-il croire qu’il parle des langues étrangères , loríqu’il ne les parle pas réellement ? Un grand nombre d’hom- mes peut-il fe mettre dans la tête une chimère de cette nature ? Comment encore, St. Paul auroit - il osé reprocher aux Corinthiens , qu'il y en avoit parmi eux qui abusaient dy don des langues, s’ils n’avoient pas D 4 eu ( 56 ) eu ce don ? Quelle étrange reproche , que celui qui est fondé for le plus grossier mensonge ! Où seroit ici le bon sens , que personne n’a contesté aux Apôtres , ôz qu’ils montrent dans tous leurs Ecrits ? Remarqués de plus, comment-ils parlent de leurs propres miracles ; s’en glorifíent-ils? Non; ils en font honneur à leur Maître. Ail. 3. v. 12. & 16. Est-ce là le caractère de l’imposture ? Elévent-ils leurs miracles au-dessus des plus grandes vertus ? Non ; ils les mettent au de£ fous de la Charité'. I e . Corinth. 13. v. 1. Est- ce là le caractère de l’enthousiaíme ? N J est-ce pas plutôt celui de la candeur & de la raison? XV 0 . Après avoir enduré des afflictions en tout genre , ces Témoins , loin de se démentir jamais, scélérent de leur sang la vérité des Faits qu’ils avoient annoncés. La fureur des Tirans, tout ce qu’une barbarie, cruellement ingénieuse, inventa pour faire durer les tourmens & prolonger la mort, ne fut pas capable d’arracher un désaveu à un seul des Apôtres. Concevés-vous, que rien n’eut pu faire rétracter ces hommes, qui s’étoient montré si peu courageux avant la Résurrection de J, C.? ces hommes, que nous vpions si sages ( 57 ) sages-, si amateurs de la vérité ? Certainement j il n’y a que la ferme persuasion où ils étoient de la réalité de tout cc qu’ils disoient, qui ait pu leur inspirer ce courage & cette constance. XVI 0 . Une grande multitude des Contemporains de ces Témoins , des hommes de toutes nations, de toutes conditions » de génies différons , ont été convaincus de la vérité de ces faits, & ont donné la plus forte preuve qu’on put demander de leur conviction, en renonçant à tous leurs attachemens, à tous leurs intérêts-, à leur Religion même , que les hommes quittent si difficilement ; & en s’exposant auffi aux persécutions & à la mort. XVII°. Les Révolutions arrivées dans le monde moral ác religieux, depuis le tems où il est dit que ces Faits se font passés, ont été telles qu’elies dévoient naturellement être » en supposant la vérité de ces faits ; Lc, ce qu’il faut bien observer, il est impossible de les attribuer à quelqu’autre cause, comme à l’ignorance du tems, à l’éloquence, au crédit, à l’authorité, aux désirs des passions, à l’épée » à l’or, à l’argent, &c. Plaçons ici ce mot àe St. Chrysojlome, si vrai, & C 58 ). quî a été & sera la croix de plus d’un Incrédule. » Si la Religion Chrétienne s’est éta- J> blie sans miracles , c’est le plus grand de J) tous les miracles, a XV1I1°. Je vois enfin que, dans les premiers siécles de i’Eglise , les efforts des Celfes , des Porphyres , des Juliens , ces ennemis rusés du Christianisme , n’ont abouti qu’à attribuer les Miracles de J. C. à des causes ridicules, telles que la magie , les enchantemens &c -, ou à en nier quelques uns ; ce qui prouve qu’ils admettoient tous les autres. Je vous le demande maintenant, mon Ami; lorsque tant de circonstances se réunissent pour attester des Faits, fans qu’on puisse rien leur opposer,, si non Pextraordinaire de ces Faits ; leur refuser son assentiment, n’est-ce pas se refuser à l’évidence même ? J’entens cette forte d’évidence, que l’on peut demander dans le cas dont il s’agit ici. Certainement, si l’on ne doit pas croire des faits si bien attestés, toute la sagesse humaine se réunirait, qu’il seroit impossible de donner à des événemens historiques, une évidence telle, qu’un homme sage &; prudent fu,t excusable s’il leur ajoutoìt foi. Dès-lors, il C 59 ) il n’y a plus» à l’égard des événemens passés,’ que ténèbres, que doute, qu’incertitude ; il faut ne croire que ce qui tombe fous les sens » que ce que l’on connoit par fa propre expérience ; & Mr. Rousseau fera bien fondé à dire, » Que les hommes sensés doi- » vent regarder l’Histoire comme un tissu de » fables. v Emile. T. i. p. 4,18. Mais» dirés-vous, & VAutentìcitè des Livres, où ces Faits font raportés, vous la passés fous silence ? Comment pouvons nous nous en assurer ? Cette Question est aussi naturelle qu’im- portante ; voici ma réponse. 1 °. Nous n’avons pas plus de raisons de penser , que ces Livres ne soient pas de ceux dont ils portent les noms, que nous n’en avons de croire, que PIliade n’est pas à'Homère , & TEneïde de Virgile. 2 0 . Les plus anciennes Copies de ces Livres portent les mêmes noms des Apôtres & des Evangélistes, que nous leur volons aujourd’hui ; & c’est fous ces noms là qu’ils ont été constamment cités par les plus anciens Auteurs de l’Ëglife, dont plusieurs étoient contemporains des Apôtres. 2°. La ( 6o ) 3*. La plupart de ces Livres étoient adressés à des Sociétés entières, 8c son en faisoit régulièrement la lecture dans des assemblées» qui lè formoient fréquemment pour cela, 8c dans les Fêtes solemnelles. 4 0 . On ne cachoit pas ces Livres, comme les Oracles des Sybil» les ; on gardoit seulement les Originaux dans les Archives des Eglises, après en avoir donné des Copies fidèles, qui étoient entre les mains des Chrétiens, 8c celles de leurs ennemis; 8c afin qu’elles se répandissent d’avan- tage, l’on en faisoit une multitude de traductions en langues différentes. 5 0 . Ces Livres étoient regardés comme les Oracles de 'Dieu , par les différentes Sectes & Factions qui s’élevérent parmi les Chrétiens. 6 °. Ceux d’en- tre les Chrétiens qui se disputoient far quelqu’un des points de la Doctrine Chrétienne, en appelloient à ces Livres , pour terminer leurs disputes. 7 0 . Les ennemis mêmes du Christianisme , Juifs ou Payerís , n’ont jamais rien objecté contre l’autenticité de ces Livres; jamais ils n’ont prétendu, qu’ils ne fussent pas de ceux dont ils portent les noms. 8°. 11 est vrai que, pendant un certain tems, on eut des doutes fur quelques uns de nos Livres Sacrés ; mais ces (6i) ces doutes mêmes sont une preuve de la cir-* conspection dont on usoit à eet égard, & de Pautenticité de ceux qui n’ont jamais été fui pectés, & qui forment le plus grand nombre. 5>°. Obsorve's enfin , que ce dont il nous importe d’être bien convaincus, c’est » qu’il „ y a eu un homme appelle Jésus , qui s’est ,, dit l’ Envoyé de Dieu ; qu’il a prouvé fa mii „ sion par des miracles ; qu’il réífucita après „ avoir été mis à mort par les Juifs, a Cela pôfé ; quand on pourroit avoir des doutes fur Vautenticite' de quelques uns de nos Saints Livres, on ne feroit pas moins assuré de cette vérité fondamentale , Jésus - Chris ejl VEnvoié de Dieu\ puifqu’il n’est aucun Livre du Nouveau Testament , où elle ne fe trouve, ou qui, du moins, n’y faífe des allusions fréquentes & bien marquées. Mais ces Livres n’ont-ils point été altérés? Jé répons à cela, l p . Que ces Livres étoient, comme nous Pavons dit, entre les mains de tous les Chrétiens, qui fe faisoient un devoir & une gloire de les posséder » qui les confervoient avec un soin religieux, qui, quelquefois, enduroient les ( 62 ) les plus. grands tourmens, plutôt que de les livrer entre les mains'de leurs Persécuteurs. Que ces Livres étoient lus dans des assemblées publiques ; qu’ils servoient de régie fixe > k l’égard de la foi ôc des mœurs; ce qui ne permet pas de penser qu’on eût osé y faire des altérations & des changemens. 2°. On trouve dans les Ecrivains qui étoient, ou, contemporains des Apôtres, ou qui vécurent après eux, des citations de passages-, qui font les mêmes que ceux que nous trouvons dans nos Sts. Livres. Les Copies de ces Livres étoient en si grand nombre & en langues si différentes, que ceux qui auroient voulu y faire des cha emens , n’auroient jamais pu altérer que iniques exemplaires; ce qui ne leur eut se.- ’i de rien ; quelque but qu’ils se se, fuíTe'it ,-rooosés par ces altérations. 4°. On fait que, dès les commencemens de l’Egliíè Chrétienne, on voulut mêler des opinions humaines, le langage & les maximes de la Philosophie du tems, à la Doctrine de l'Evangile. Delà il résulta un bien. Les différens partis, s’appuiant tous íùr l’E- vangílé même, pour autoriser leurs prétentions, il est clair qu’ils se íèroient mutuellement ( 6Z ) ment récriés contre les altérations que l’on auroit tenté de faire aux Livres Sacrés , ôí que jamais ils ne les auroient fouffertes. Les Marciorùtes , qui osèrent hazarder quelque changement, ne soulevérent-ils pas toute l’E- glise Chrétienne contre cet attentat, & leurs efforts ne furent - ils pas inutiles ? On fait quels reproches Spiridion fit 'a Triphille , qui , dans une assemblée de Prélats, avoit substitué à un terme de l’Evangile, une expression qu’il regardoit comme plus élégante. Tant étoit grand le respect que l'on avoit pour nos Saints Livres ! 5°. On ne doit pas être surpris si, en confrontant les Copies innombrables du Nouveau Testaments & les Versions qui en ont été faites , en Syriaque , en Arabe , en Cophte , &c. on trouve des différences dans plusieurs passages. Ce qui doit bien plus étonner, c’est que, vû l’ignorance des Copistes, leur négligence, leurs abréviations, &c. il ne fe trouve pas un plus grand nombre de ces différences. 6°. Les Savans qui ont fait cette confrontation , avec l’exactitude la plus scrupuleuse , sont convenus, que ces différences tombent sor la Construction grammaticale , sor des ( § 4 ) des particules explétives , fur d’autres points peu importuns, & non fur la substance même de la Doctrine &; des Faits. De forte qu’on ne peut raisonnablement avoir ni soupçon ni défiance fur ce sujet. Mais, dit Mr. Rousseau , „ les Livres fa- j> crés font écrits en des langues inconnues.... „ On traduit ces Livres, dirat-on; belle ré- ,, ponfe ! Qui m’aífurera que ces Livres soient ,, fidèlement traduits ? Emile. T. z. p. 150. l° On traduit ces Livres, dirait-on j belle réponse ! Et que voulés vous donc que l’on salle, Mr. Rousseau ? Voulés vous qu’on les lise dans l’ Original , lorfqu’on ne l’entend pas ? Et quelle autre réponse , plus belle , auriés vous imaginé, vous même, à votre Objection » que celle-ci j On traduit ces Livres ? 2°. Mais qui m’assurera que ces Livres soient fidèlement traduits ? II n’est pas nécessaire de vous donner d’autre assurance que celle que vous paroissés avoir , puisque c’est, fans doute, dans la persuasion où vous êtes de la fidélité des Traductions du Nouveau Testament , que vous nous avés dépeint, d’après ce que vous y avés lu, le Caractère de Jésus-Christ. Que répondriés vous à ceux qui, pour vous contester , qu’il ait eu réellement un tel carac- c 65 > Caractère » vous diroient, ,, Qui vous a ajsu-° „ ré que ces Livres , où est renfermée la vie ,, de J. C., aient été fidèlement traduits ? Ou, si „ vous avés lu Y Original même , qui nous „ assurera que vous l’aiés bien entendu ? a III®. Qui m’ajsurera que ces Livres aient été fidèlement traduits ? Períbnne ne pourra vous l’assurer, de maniéré à vous en convaincre, si vous êtes fermement résolu de croire, qu’il n’a pas existé & qu’il m existe pas-un seul Savant , un seul Interprète, qui ait de la bonne- foy j si vous n’avés pas même de la confiance en ces Théologiens de Genève , dont vous avés cependant fait, dans une Epître Dédlcatoire , de si grands éloges. Mais si l’on peut vous ôter cette défiance, il fera très aisé, alors , de vous tranquilliser sur la fidélité des Traductions ; si tant est que vous aiés réellement quelque inquiétude fur ce sujet ; ce que j’ai bien de la peine à croire. Confrontés les Traductions qui ont été faites par des Savans de Communions opposées} & volés, si vous y trouverés des différences tei'es, que vous aiés un juste sujet de vous défier deS Traducteurs. Je n’ajouterai rien, mon ami, à ce que je viens de vous dire. Ceux qui trouveront la Question des Miracles auífi importante qu'elle E me C 66 ) me paroit l’être ; qui ne la mettront pas parmi les questions peu sensées , & qui font fans instruction ; qui ne se rendront pas à la feule autorité de Mr. Rousseau , lorfqu’il dit de la preuve tirée des Miracles , » Mieux eut valu » n’y pas recourir ! a * je les renvoie à l’ad- mirable Traité ô?Abadie fur la Vérité de la Religion Chrétienne ; & à celui de notre célébré Professeur Mr. Vernet , ** qui ne laisse rien à désirer fur la preuve des Miracles , non plus que íur toutes celles qu’il a dévelopées; il ne dissimule point les objections; il ne les aifoiblit point, & il y répond, j’olè le dire, d’une maniéré triomphante. On m’excufera si je renvoie aux Théologiens , -f que Mr. Rousseau n’aime pas; mais il m’a toujours paru con- * On comprend bien, que les Prophéties 3 étant une torte de Miracles , ne font pas autorité pour Mr. Rousseau ; » il fàudroit, dit-il, pour cela , trois choses, dont » le concours est impossible ; &c. Emile. T. z p. 144. ** Ce Savant Théologien s’étoit d’abord propose de donner une réfutation d’ Emile ; mais la foibleíle de út íànté, le dessein où il est d’achever íbn Traitté de la Vérité de la Religion Chrétienne , & d’autres occupations indifteníàbles, l’ont empêché de satisfaire ses délits, Sc l’attente du Public. î Ceux qui préfèrent des Auteurs Laïques , peuvent coníûlter les excellons Ouvrages de Grotius , de Ditton , d’MdiJTcn ) de Lutleton , de Ùenyse , &c. ( ST) convenable d’en appeìler aùx Maîtres, en fait d’Arts & de Sciences, lorsqu’il est quesi tion de choses qui font de leur compétence. S’il s’agissoit d'une question de Mathématique, trouveroit-on étrange qu’on en appellat a des Mathématiciens 2 . S’ii s’agiffoit d’une question de Musique , s’étonneroit-on qu’on en appellat à Mr. Kouffeau ? Ne seroit - on pas tenté de croire, que dans cette ajjémblêe , f qu’à formée cet Auteur, ,& dont il a été le Président . il a craint qu'st s’y trouvât des gens qui entendissent quelque chose aux matières que l'on devoit y traiter? Ce qui résulte, mon ami, de ce que je viens de dire , c’est qu’on peut s’assurer de la Mission Divine de J. Co par l’examen de la preuve tirée de ses Miracles. Je ne conteste pas que cela ne demande du travail ; mais qui pourra regretter la peine qu’il se sera donné pour se convaincre» que celui en qui il croit, est Y Envoyé de Dieu j que ce qu’il » dit, est Ouï &. Amen } que les Cieux & la Terre passeront , mais que ses paroles ne passeront point l * * Le travail de l’eíprit, fiit-il en- E 2 cors •j - R épi à- Mr. l’Arch. p. 8d. . * Math. Z4. v. C 68 ) core plus grand, n’est-il pas bien récompensé par les délicieuses espérances du cœur? Pour moi, j'ai peine à comprendre, comment on se livre à quelqu’autre travail que ce puisse être, tandis qu’on ne s’est pas occupé de celui là, ou qu’il reste encore, à cet égard, quelque chose à faire. Quel est Pob- jet de tant de Sçiences , que les hommes dévorent? A quoi aboutissent - elles presque toutes ? A satisfaire une vaine curiosité ; foible dédommagement des peines qu’ils se donnent ! Et quand il est question des plus grands intérêts de l’homme, on s’écriera, Ah st Dieu eut daigné me dispenser de ce travail! Et quel juste sujet auroit-on de s’efsraïer ici? Ne sait-on pas que Dieu ne demande qu’u- ne Foi proportionnée aux lumières que l’on a reçu de lui, & aux moyens que l’on a eu de s’instruire? Non; il n’est pas un Pharaon qui demande des briques , & qui réfuté la paille pour les faire. 11 ne moissonnera point où. il ria pas semé. Mais fera -1 - on excusable, si l’on a fermé les yeux pour ne pas voir? si l’on n’a voulu les ouvrir qu’aux obsédions , & non point aux preuves ? ou si, après avoir épuisé ses forces k rat- sem- c 69 ) íèmbler des difficultés contre le Christianisme? ou à en imaginer de nouvelles? on en manque pour l’examen des raisons qui rétablit sent & le défendent ? Qu’il me soit permis d’adreíTer ici la parole à l’Auteur d’ Emile. Si l’on doit s’effraïer du travail dont vous parlés, Mr. Rousseau , ne porterés vous point, par là, bien des gens » le Peuple surtout, à ne pas même admettre la Religion Naturelle ? Est-ce , fans travail ÔZ fans peine, que vous avés formé ce système que vous nous en avés donné , dans le 3 e . Vol. d’Emile ? Comment ne futes-vous point effraie, lorsque vous eut es fait cette réflexion. r> L’infuffifance de l’Efprit humain » est la première cause de cette prodigieu- se diversité de sentimensj & l’orgueil est » la seconde. Nous n’avons point les me- » sures de cette machine immense, nous » n’en pouvons calculer les raports j nous v n’en connoiífons ni les premières loix, ni » la causé finale ; nous nous ignorons nous- » mêmes ; nous ne connoissons ni notre » nature ? ni notre principe actif j à peigne savons-nous si l’homme est un être » simple ou composé ; des mystères impéné- E 3 trahies ( 7ô ) » trahies nous environnent de toutes parts ; » ils font au-dessus de la région sensible; «pour les percer nouscroionsavoir.de Fin- ,, tellig_ence, & nous n’avons que de l’imagi- » nation. * Comment le fruit que vous tirâtes- J- de ces réflexions , ne fut-il pas de tout abandonner, & de vous reposer dans une profonde ignorance sor tout ce que vous étiés tenté d’é- tudier & deconnoitre? Comment ne dites vous pas, « Ah si Dieu eut daigné íe faire en- ,, tendre à moi ! S’il eut daigné m’éxempter ,, de ce travail, l’en aurois-je servi de moins « bon cœur l « Mais, ce qui ne vous a pas allarmé, en essaiera d’autres, moins courageux, moins intelligens, moins méthaphysiciens , moins fa- vans que vous; & ce ne íera pas le petit pombre. Supposons cependant, qu’animés par votre exemple, ils veuillent essaïer de vous suivre dans votre marche , afin de devenir vos Disciples; croiés-vous qu’il leur fera auffi aisé qu’à vous, de concevoir les propositions suivantes, qui sont la base de votre système , & dont l’énoncé seul pourroit les * Emile. T. z. p. î Ib. p. r 8. ( 71 ) les rebuter? „ ]’éxiste, & j’ai dessensi pac -, lesquels je fuis affecté . ... Ma sensation s» qui est moi, & sa cause ou son objet» „ qui est hors de moi, ne font pas la mê- s, me chose .Appercevoir, c’est sentir; » comparer, c’est juger; juger & sentir ne sont » pas la même chose. Par la sensation les » objets s’offrent à moi, séparés, isolés, tels » qu’ils font dans la Nature ; par la com- » paraison je les remue » je les transporte » v pour ainsi dire, je les pose l’un fur l’autre, » pour prononcer sur leur différence, ou » sur leur similitude, & généralement íùr » tous les raports. Selon moi, la facul- » té distinctive de l’Etre actif ou intelligent, ,, est de pouvoir donner un sens à ce mot 5, ejl. Je cherche en vain dans l’Etre pu- ,3 rement sensitif, cette force intelligente, „ qui superpose , & puis qui prononce , je j, ne la fàurois voir dans íà Nature. &c. -f Arrêtons - nous ici, Mr. Roujfeau » car je soupçonne, que le plus grand nombre des hommes ne íèroit pas feulement venu jusques là: quoique un peu versé dans le jar- E 4 gon H Emile. T. 3. p. z r. Lcc. C 72 ) gon métaphysique , j’ai eu de la peine à vous suivre & à vous comprendre. Quels efforts entendement, quel travail de cerveau, ne vous a - t - il pas falu pour montrer „ que les idées comparatives, p/«s s, grand> plus fetit , de même que les idées „ numériques , d’un , de deux , ne font pas „ des sensations; quoi que l’eíprit ne les pro- „ duise qu’à l’occasion des sensations ? .... „ Pour déduire toutes les propriétés essen- „ tielles de la matière, des qualités sensibles „ qui nous la font appercevoir, & qui en ,, font inséparables ? Pour conclurre, qu'une „ volonté m’eut l’Univers & anime la Na- „ ture .... Que la matière ne peut être la „ cause productrice du mouvement ... Que ,, le lui donner par abstraction, c’est dire des „ mots qui ne signifient rien ? a &c. &c. * O mon Ami! si le travail doit effraier, quand il s’agit de s’assurer de la vérité des Faits miraculeux* concluons-en, que le meilleur parti que l’on ait à prendre, en fait de Religion, est de n’en avoir aucune, puise qu’il faut tant de peine pour se former un íystême T- 3. p. 35. & siûvantes. ( 75 ) système de Religion Naturelle , ou pour le comprendre j &, qu’après tout, en l’admet- tant, il ne resteroit dans P esprit, que conjectures & probabilités fur plusieurs objets, que doutes & incertitudes for un grand nombre d’autres. Pour moi, je bénis Dieu, de ce qu'il ne nous a pas livrés, for les vérités les plus importantes, à nôtre sçience, à notre mé- thaphysique, disons mieux, à notre ignorance. II est tems de finir cette Lettre $ je reviendrai à mon objet principal dans celle qui la foivra. Vous y verrés ce que pense Mr. Rousseau for la DoClrine & sur la Morde. Je suis &c. IVms. ( 74 ) H-ii-tz. 'IsJ-fr 4^4» íc^>^> *í^K^ 4^4» <^i^4> IV me . LETTRE. I L seroit à souhaiter, mon Ami, que Mr. Rousseau se fut mieux expliqué sur la Do&rine * Evangélique ; mais ce qu’il en dit suíEt pour nous faire connoitre fa façon de penser , à cet égard. Je trouve d’abord que, rélativement à la Doctrine , s Auteur d ’Emile se sert de tours indirects, qui ne me paroissent rien moins que propres à en donner l’idée que doit en avoir un Chrétien ; & à la faveur deíquels, il semble qu’il ait voulu se ménager des ressources dans le besoin. Ecoutons. » Les v Révélations des hommes ne font que dé- » grader Dieu, en lui donnant les passions » humaines. Loin d’éclaircir les notions du „ grand Etre, je vois que les dogmes parti- „ culiers les embrouillent i que loin de les ano- * On entend par la Doctrine,, les Vérités Sc les Dogmes de l’Evangile, C 75 ) 5) anoblir, ils les avilissent j qu’aux mystères „ inconcevables qui l’environnent, ils ajoutent „ des contradictions absurdes ; qu ils rendent „ l'bomme orgueilleux, intolérant, cruel.a* Si Mr. Rousseau nous eut déclaré nettement, fur quels Dogmes de l’Evangile tombent de telles accusations, je pense qu’on auroit pu les dissiper aisément. Dira-1-il, que l’on auroit tort d’appliquer ce passage au Christianisme ; qu’il n’a en vue que les Révélations des hommes , & non point les Révélations Divines ? Je me luis fait cette difficulté ; mais quand je me fuis demandé, de quoi il s’agissoit dans l’endroit où se trouve ce passage, j’ai vu qu’il étoit question de savoir » s'il existe quelque Révélation , que Dieu ait f u & voulu ajouter à la Religion naturelle ì Et j’en ai conclu, que Mr. Rousseau, se jettant sur les défauts des Révélations des hommes , íàns faire aucune exception , ni distinction , attaquoit par là, généralement , toute DoCtrine Révélée . II y a plus j les propres paroles de Mr. Rousseau lèvent entièrement la difficulté que je m’étois faite. Aprés * Emile. T. z. p. irz- ( ?6 ) -àprès avoir accumulé toutes ses Objections contre la voye de Révélation , il dit, „ Je jj soutiens qu’il n’y a pas de Révélation con- ” tre laquelle les mêmes Objections n’aïent j» autant & plus de force que contre le jj Chrijlianisme. a * L’objection de Mr. Rousseau tomboit donc fuir le Chrijlianisme ! Vous comprenésj par la, ce qu’il pense sur les dogmes particuliers de la Doctrine Evangélique ; j, Loin d’éclaircir les notions du grand Etre, » ils les embrouillent ; loin de les ano- » blir, ils les avilissent ; aux mystères in- j, compréhensibles qui l’environnent, ils ajou- „ tent des contradictions absurdes ; ils ren- ,, dent l’homme orgueilleux, intolérant, cruel.a: Si vous me demandés, quels font ces Dogmes Evangéliques , capables de produire de tels effets? Je vous ai déja dit que Mr. Rousseau ne s’est pas expliqué ; auffi, je m’en tiens à vous raporter íbn sentiment sur cet article. Je vous citerai un mot » qui semble être échapé à notre Auteur, sur le dogme de la Rédemption , qui est , peut - être , un de ces dogmes particuliers qu’il avoit en vue , dans le passage * Emile. T. 3. p. r60. . ( 77 ) passage que je viens de vous citer. „ Que „ répondre à ceux qui me feroient voir ,, que , relativement au Genre humain, l’effet ,, de la "Rédemption , faite à si haut prix , se «réduit à peu près a rien' 1 , u. * Encore un trait. ,, Quiconque est vraiment tel, (homme » de bien, miséricordieux, humain, charita- ,, ble,) en croit assés pour être fauve'.,, "f En croît , & non pas en fait. Ce n’est pas la Foi fans les Oeuvres ; mais ce font les Oeuvres íàns la Foi. Vous entendes ce que cela signifie. N’avés vous point eu occasion, mon Ami, de découvrir un tour qu'on a souvent pris pour jetter du ridicule fur la Doíírine E- vangélique ? II consiste à fe servir cf expressions très impropres, pour en avilir le Dogme , qu’une maniéré plus exacte de parler, plus conforme k la vérité , fait recevoir à tout homme sensé déraisonnable. Ecoutons Mr. Rousseau. «Vous m’annoncés un Dieu ne' & mort, ,, il v a deux mille ans* Emile T. 3. p. 157. „ Les habitans. de Jérusalem ont traité Dieu „ comme un Brigand, a Ibid. p. 158.., Dans «cette même ville où Dieu est mort.a 1 b. p. 159, C 78 ) p. 159. „ Une Vierge est Mère de son Crèa* teur ôc a enfante Dieu. a. Ib. T. 4. p. 86. Quelles absurdités! s’écrie-t-on; Qui pour- roit les digérer ? Auíïì, je défie Mr. Roujfeau de me les montrer dans l’Evangile ; & st elles ne s’y trouvent pas, comme il le fait aussi bien que moi; puis-je croire, avec les meilleures intentions du monde, qu'il ait voulu relever la Doctrine Evangélique , en se servant d’expressions qui la défigurent? Je ne puis pas, non plus, me rendre raison du but que s’est proposé Mr. Rousseau , en supposant, en plusieurs endroits ù 1 Emile y particulièrement à la p. 157 e . du T. 3 e ., que, suivant l’Evangile, tous ceux- là font damnés fans miséricorde, < 3 c pour l’éternité, qui ne croient pas en J. C.', lors même que cet Evangile ne leur a pas été annoncé, & quel que soit l’ufage qu’ils aient fait de leurs lumières naturelles. Ah ! fans doute, « Celui qui destineroit ainsi au suplice » éternel le plus grand nombre de les Créa- » tures, ne seroit pas le Dieu clément Si. » bon, que ma raison me montre » * ck, j a- jouterai, que mon cœur avoue! Mais, Mr. Roujfeau * Emile T. 3. p. 138. ( 79 ) Rousseau^ quelle a été votre intention, en faisant tomber cette imputation sur la Doctrine de l’Evangile» sans mettre ici aucune exception ? Soutirés que j’en appelle à votre conscience ; que je l’interroge en secret. A-t-il été impossible de séparer sor, d’un vil alia- ge ? & ne pouviés - vous le présenter épuré à votre Elève ? Emile ! Emile ! je ne serai point surpris» si vous n’avez pas grande idée de la Dotlrine Chrétienne ; & si vous n’êtes qu’un sage Payen ! Mais écoutons le Maître d ''Emile ; il va s’expliquer de la maniéré la plus claire & la plus formelle, n Avec tout cela , ( c’est - a-dire) malgré le bel éloge que je viens de vous faire, de J. C. ôí de sà Morale ) » ce même Evangile est plein de » choses incroyables, de choses qui répugnent » à la raison , & qu’il est impossible à tout » homme sensé de concevoir ni d’admettre.œ Emile. T. z. p. i68- La première fois que je lus ce passage, j’avouë que je n’en pouvois pas croire mes yeux ; tant il me pa- roissoit contradictoire avec les quatre pages que je venois de lire. Bien convaincu que je ne me trompois pas, j’ai « niait e rapproché (8o) ché ces 5 lignes, de celles-ci , que j’aí trouvées dans la Re'p. à Mr. VArch. p. io5. » Je » croirois plutôt à la Magie , que de recon- » noitre la voix de Dieu dans des leçons 3> contre la raison, ct Et voici ce que f en ai formé; » Je croirois plutôt à la magie, que í 3) de reconnoitre la voix de Dieu dans ces 3> choses dont l ’Evangile efi plein , qui ré- j 31 pugnent à la raison, a. Ai - je mal lu ? Ai- j je mal interprété ? Ai-je mal raisonné ? Quoi ! | cette DoClrine Evangélique, qui devoit être la perfection de la Raison, en devient le renversement ì Mais, peut-être, y aura-t-il ici quelque modification ? Non ; aucune distinction entre ce qui est au-desus des lumières naturelles , 6i ce qui les combat : entre, ne pas concevoir la maniéré d'une chose , & admettre la chose. Seroit-ce donc là des subtilités de Théologie , qui n’auroient qu’un air de solidité, & que les gens de bon-sens ne con* noissent, ni ne veulent con noitre ? Encore une fois, Mr. Rousseau ne distingue rien; il prend ici le ton le plus affirmatir. Décidés de celui qu’Il faut prendre fur cette question; » L’ Auteur d , Emile a-t-il de la Doc- 3 > trine Evange'lique les idées d’un Chrétien ?... Passons à la Morale. Ea c 8i ) La Morale*. Vous vous étonnés! mon Ami; ouï, la Morale , cet objet si important, où Mr. Roujjeau semble triompher. Je vous surprendrai bien d’avantage, par une queiìion, qui me paroit à moi - même fort étrange. Pensés vous, que l’on puisse donner le nom de Chrétien , à un homme qui dît positivement , qu’il ne pratique pas un devoir très-essentiel, que J. C. a soigneusement observé , qu’il a recommandé fréquemment » 6c de la maniéré la plus forte ?.Quoi! Mr. Roujjeau ?. ... Et bien!.... Ecoutés. » Je m’attendris aux bienfaits de Dieu, je le » bénis de ses dons : mais je ne le f rie pas. » Que lui demander ois-je ? Qu’il changeai pour » moi le cours des choses ?écc. a Emile. T. 3. p. Il6. Rien de plus formel! Ouvrons, à présent, l’Evangile ; volons ce que fait, «Sc ce qu’ordonne le Législateur 6c le Maître des Chrétiens. . II me semble voir clairement dans l’Hif- toire de la Vie de J. C., que la confiance qu’il avoit en Dieu, 6c la persuasion où il étoit, que tout est connu à cet Etre suprême, ne l’empêchoient pas de lui adresser des prières, pour en obtenir ce qu’il désiroit. Quoique F fa (82) ta vie fut active à laborieuse, je vois qu’il íè ménageoit de ces moraens » si précieux pour une ame religieuse, où il se délfiíloit des fatigues de son Ministère, par les effusions de son cœur, en présence de son Père céleste. Lorsque ses travaux le privoient dé ces sublimes entretiens, pendant le jour, je vois qu’il leur consacrent les veilles de la nuit. St. Luc * * * § nous dit, qu’il passa en prier es , celle qui précéda l’admirable Sermon fur la montagne. Je le vois» dans le jardin de Gethsémané, fè projlernant le vifoge contre terre, adrejj'er à Dieu , par trois fois , la même prière, "j" Etoit-il embarasie fur ce qu’il pouvoit demander à Dieu, en faveur de ses chers Disciples, l’orsqu’il alloit s’en séparer? Ç Voilà l’é- xemple; écoutons les ordres ; mais abrégeons. Lisés la Parabole du Juge inique ; parabole , dit l’Evangéliste , que Jésus proposa à ses Disciples , pour faire voir , qu'il faut toujours prier , ne jamais se lâjfer. § Lisés celle de s deux Amis , que J. C. conclut, en disant; * Luc. C. .V. 22. t Math. 16. V. 39. & 44. 5 Jean. 17. v. i. &c. Combien de Demandes ! § Luc, 18. y. 1. Sic. ( S 3 ) disant; Ainsi) demandés t & il vous fera donné', à. *. Quand les Apôtres dirent à J. C., qu’il leur enseignât à prier Dieu, comme Jean Baptiste savoir enseigné à ses Disciples, leur répondit-il , « Mes amis, Jean Baptiste n’é- » toit pas aisés instruit ; moi, je vous dis ; At- r- tendrijsés-vous aux bien-faits de Dieu ', bé- » nisfés le de ses dons', mais ne le priés pas* v Que lui demanàerïés - vous ? Qu'il changeat » pour vous le cours des chose st & c. a Les en- savent la réponse du Sauveur ; Quand voua prières, dites ; Notre Père qui ès aux Cieux , &c. J. C. a donc cru , que les Apôtres pou- voient faire quelqu’autre demande à Dieu, que le dérangement du cours des choses ; &c. Auffi, fidèles à íès ordres , à peine les eut- il quittés, que nous les voions persévérer en prières & en oraisons ; jp & recommander aux Chrétiens, presque à chaque page de leurs Ecrits , de prier fans cejje , de persévérer dans la priere ; de demander à Dieu , Quoi ? La Sagesse. Et laquelle? Celle qui vient d'enhaut , qui est pure , pacifique , modérée, traitable , pleine de miséricorde & de bons fruits , point F 2 conten- * Luc. ir. v. &c. Yo:és auffi Luc. ri- v. Z S. Sc u. v. 45, &c. •J- J fies. Chap. 1. v. 14. c 84) contentieuse , & sans hypocrisie. Excellente demande ! Qiíil faut faire , (ajoute St. Jaques) sans héziter. Conciliés, maintenant, je vous prie , conciliés, si vous le pouvés» un tel exemple, ôc des ordres si exprès, avec le passage d’E- mile , que vous avé s lu. Mr. Rousseau n’au- roit-il pas pensé, qu’il vouloit mettre dans le Tableau de J. G. » Quelle élévation dans ses » maximes 1 Quelle profonde sagesse dans lès » discours ! a. Le précepte fur la Prière ne seroit-il pas digne de cette profonde sagesse ? Et l’exemple que le fils de Dieu a donné, à cet égard, seroit-il une tache dans son Tableau ? Je l’avouerai franchement ; lorsque Mr. Rousseau me dit, je ne prie pas Dieu j je ne puis m’empêcher de lui dire, ,, Jésus-Christ » n’est-il pas digne d’être le modèle d’unChré- » tien ? Le Disciple ne doit-il pas obéir à íòn » Maître ? a Et quand il ajoute, que lui de - manderois-je ? Etrangement surpris d’une question , qu’un Payen "j" même n’eut pas faite , d'uns î Cicéron ne íè contente pas de commander la prière. il décrit, de pius, les faveurs que nous devons demander Lc les dispositions pour le faire dignement. Voies , en particulier j le ze. Liv Dç Nat. Deor. ( 85 ) ePune question íi déplacée dans la bouche de l’homme, cet être si petit, si foible, si chargé de besoins, je ne puis m’empêcher de lui répondre. » Si vous êtes un vrai Disciple de « Christ, quand vous prières , dites \ Notre « Pere qui ès aux Cieux ; & ce qui suit. O mon Ami, c'est en s’occupant de ce que son a st demander à Dieu ; c'est en étudiant ses besoins , que l’on apprend à se con- noître, & que l’on se forme à l’humilité la plus profonde. Quand la prière, si utile, k tant d’autres égards, ne produiroit que cet effet, elle seroit déja de la dernière importance. Pour moi, loin de ne savoir que demander à Dieu , qui daigne m’inviter k m'ap* f rocher de lui , je sois comme accablé par la multitude de choses fur lesquelles je sens que j’ai à l’invoquer ; ' 1 c, si Mr. Rousseau est Chrétien , fans prier Dieu t j’avoue que je le sois d’une maniéré bien différente. J’eípére cependant, que, lors que nous serons jugés, l’un & l’autre, sor cet article, je pourrai me tranquilliser, en pensant aux ordres exprès , óc au bel exemple de celui là même qui nous jugera. Je viens de trouver un passage dans le I V me . Vol. d 'Emilei p. 161e. , qui servira, F 3 peut- c 86 ) peut - être , à nous expliquer, pourquoi Mr. Roujseau ne prie pas Dieu} & qui nous apprendra , a’ur.e maniéré courte, mais sûre, l’idée qu’il fe fait de la Morale Chrétienne ; le voici » Le Christianisme, à force d’outrer » tous les devoirs , les rend impraticables <& » vains. « Un Texte auffi clair n’a pas besoin de Commentaire. Cependant, ceux qui en souhaiteront un, le trouveront dans le Chapitre du Contraíï Social , intitulé, De la Religion Civile. Us y verront » que le Chris » tianifme, non pas celui d’aujourdhui, mais a> celui de l’Evangile , qui est tout-à-fait dif- »férent, * n’aiant nulle rélation particulière » avec le corps politique, laisse aux loix la » feule force qu’elles tirent d’elles - mêmes , 3> lans leur en ajouter aucune autre , -f & » par la un des liens de la Société particu- s> liére reste fans effet. Bien plus, loin d’at- » tacher les coeurs des Citoiens à l’Etat, il » les en détache, comme de toutes les au- » tres choses de la terre. Je ne cannois rien de * H n’en excepte pas celui que l’on professe à Genève , & dans les autres Etats Protellans. î Et le motif de la Confçimce qu elle y ajoute z n’elt-il d’aucune force ? í 87 ) » de plus contraire à P Esprit Social. quoi non ? Ce feroient des CitoienS infini- » ment éclairés fur leurs devoirs, & qui auroient F 4 un * Il paroit que Mr. Ronflait confond les vrais Chrétiens , avec des Chrétiens enthousiastes & fols ; qu'il apli- que aux États les Maximes de la Morale Evangélique, ílir la Vengeance, le pardon des injures, la patience, &c; qui ne regardent que les particuliers envers d’autres particuliers. &c. ( 88 ) » un très-grand zélé pour les remplir; ils » sentiroient très-bien les droits de la défense » naturelle ; plus ils croiroient devoir à la » Religion, plus ils penseroient devoir à la » Patrie. Les Principes du Christianisme, » bien gravés dans le cœur, seroient infini- » ment plus forts que ce faux honneur des » Monarchies , ces vertus humaines des Ré- v publiques, & cette crainte servile des Etats » Despotiques.» Esp. des Loix. Liv.2.4® à 6e. Vous voies que la décision de ce grand homme est bien différente de celle-ci ; Je ne connois rien de plus contraire à PEsprit Social. Mais, tel est le sentiment de Mr. Rousseau íùr le Chrijlianisme de tEvangile. Quelle idée de la Do£trine ! Quelle idée de la Morale ! La Doctrine est pleine de choses incroiables , qui répugnent à la Raison. La Morale , à force d*outrer tous les devoirs , les rend impraticables & vains. Rien de plus Antì - Social que l’une & l’autre ! * Prenons maintenant Emile ; Sc met- * Asm d’abréger , je réexaminerai pas, li l’on ne trouve point dans Emile , des maximes tendantes à autoriser l’indìffêrentìsme , & la dijïïmulat'ton , en matière de Religion ; je me contenterai de ïenvoier , sur le premier article, à la pag. 73 e . du T. 4 e . » Toute fille òíc. & ( 89 ) mettons, à coté de cette peinture de la Doc* trine & de la Morale , ces beaux traits, qui se trouvent dans le Tableau de J. C. * Se D peut - il qu’un Livre , à la fois si sublime » & si simple , soit l’ouvrage des hommes ? R Oà J. C. avoit-il pris, chez les siens, cette v Morale élevée & pure ? Quelle profonde sart gesse dans ses Discours! » Emile. T. 3. p. 165. Quoi donc! La Sagesse consisteroit -1 - elle à annoncer des choses qui répugnent à la Raisonì La Morale seroit-elle élevée & pure, quand elle outre les devoirs , & les rend impraticables & vains? Un Livre seroit-il sublime & simple, quand ce qu’il renferme est Anti-Social 1 . Pour moi, je ne vois là qu’une Sagesse absurde ; qu’une Morale ridicule ;. qu’un Livre à jetter au feu. Et l’on se dira Chrétien , avec de telles idées du Chrisianisme ! Rappelles vous auffi , mon Ami, le Retour de Mr. Rousseau à ses Notions primitives ; son Doute je prierai qu’on compare avec T. 3. p. 128. » Cherchons nous Sic. N’jr auroit-il pas là une contradictions Sur le fécond, voiés la p. 171e. du T. ze. ; 8 c remarqués, en même teass , comment le bon Vicaire , qui n’aime pas les Miracles , s^íforce d'en croire un } qui eít plus qu’un mirack. » Je tache d’anéantir &c. ( 9V ) Doute respectueux sur la Révélation , qui, suivant lui, ne peut rien ajouter à la Religion Naturelle ; sa maniéré de penser sur les Miracles ; & apréciés ensuite cet autre trait du Tableau » Se peut-il que celui, dont ce Li- » vre sait l’histoire, ne soit qu’un homme lui * même ? « Jbid. Et que fera-t-il de plus, Mr. Rousseau, si vous n’admettés pas, décidément, une Révélation ? Si vous dites de la preuve des Miracles , Mieux eut valu réy pas recourir ! Si fa Doctrine & ía Morale font telles que vous nous les avé s dépeintes ? Chrétiens ! Quelle idée vous restera-t-il de votre Législateur & de votre Maître ? Que devient le pompeux éloge que l’Auteur d'Emile a bien voulu vous en faire ? Mais, mon Ami, afin que vous volés, pour ainsi dire » d’un coup d’œil, tout le système de cet Auteur, en raprochant ses diíférens principes, permettés moi d’emploier ici la Méthode Socratique , dont il s’eíì servi, dans le Dialogue de C Inspiré & du Raisonneur, lin Lettré Chinois , plein d’eíprit & de sens, aiant ouï faire de grands éloges du Christianisme , & aiant appris qu’à Genève , l’on le professent dans fa pureté, voulut connoitre à fond la Reli- (50 Religion des Chrétiens ; il partit de Pékin,, & arriva ? il y a quelque teins, dans dans notre Ville. II avoit été adressé à un de nos Concitoyens , qui paroit avoir bien médité Emile-) & la Réponse à Mr. F Archevêque. Voici le précis d’un de leurs Entretiens. Le Chinois. J’ai vû plusieurs Religions dans le monde; aucune n’a autant piqué ma curiosité que celle des Chrétiens ; dans quel Livre le trouve cette Religion? je vous prie. Le Chrétien. Dans un Livre appellé Y Evangile. Le Chinois. Et qu’y a-t-il dans cet Evangile, qui vous ait déterminé à vous faire Chrétien ? Le Chrétien. La vie admirable de Christ , l'excellence & la sublimité de íà Doctrine. Du sein du plus furieux fanatisme, la plus haute sagesse se fit entendre , & la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peuples. Emile. T. 3. p. 167. Vous connoissés, fans doute, le Peuple Juifl Le Chinois. Oui, je le connois. Quoi ! c’est chez ce Peu- ( n ) Peuple qu'est né le Christ ? il y a là quelque chose de bien e'tonnant ! Mais enfin , ce qui est plus étonnant encore; du sein de la superstition & des erreurs du Paganisme, la sagesse des Socrates Ôí des Platons se fit entendre ! Nous avons aussi nos Philosophes 1 . Le Christ ne prétendoit-il pas être quelque chose de plus qu’un Philosophe ? Le Chrétien. L’Histôire de fa Vie nous apprend , qu’il se disoit VEnvoyé de Dieu. Le Chinois. II me sembloit bien que je Pavois ouï dire; mais le Christ vouloit-il qu'on l’en crut fur fa parole? Le Chrétien, Sur... fa.. parole ?_ Ne vous ai - je pas dit, que , du sein du plus furieux fanatisme t la plus haute sagesse.... Le Chinois. Je vous ai bien entendu; mais cela ne prouve pas, que le Christ ait été VEnvoyé de Dieu ; n’avoit-il point quelque maniéré de le démontrer ? Le Chrétien. Quand Platon peint son Juste imaginaires couvert C 93 ) 'lien de tout f opprobre du crime , & digne de tous les -prix de la vertu » il feint trait four trait Jesus-Christ. Emile. T. z. p. 1 66. Le Chinois. A la bonne heure ! Mais > encore une ibis» quand le Chrift s’est dit VEnvoyé de Dieu , vouloit-il qu’on l’en crut íur fa parole ? Le Chrétien. Où est P homme , o à est le sage qui sait agir , souffrir & mourir sans foiblejfe & fans ostentation ? Ibid. Le Chinois. Ce n’est pas ce que je vous demande ; de grâce , comment le Christ prouvoit - il.... Mais non.... Donnés moi l’Histoire de fa vie ; j’y trouverai, fans doute , la réponse à ma question , qu’il me semble que vous n’enten- dés pas.... Donnés, je vous prie. Le Chrétien. La voila... Vous y verrés que le Christ a frétendu prouver íà Mission Divine par des œuvres surnaturelles, que l’on a nommées des Miracles. II est dit, qu’il en appelloit à des paralytiques guéris d ì un seul mot ; à des morts rejfucités j à fa fropre résurrection. ( 94 ) Le Chinois. Que ne parités vous ? C'est ce que je me tuois de vous demander! Vous avés, fans doute, de fortes raisons de croire ces Miracles ? Le Chrétien. Moi ! des Miracles ! des Prodiges ! je r?ai jamais rien vu de tout cela. Emile. T. z. p. 145^ Le Chinois. Vous les croies donc fur le témoignage de ceux qui les ont vû? Le Chre'tien. A Dieu ne plaise! On ne peut autoriser me absurdité sur le témoignage des hommes. Ibid. Le Chinois. Une absurdité ! Vous rejettés donc ces Miracles?. Et tous les Chrétiens les rejettent-ils > comme vous ? Le Chrétien. Le plus grand nombre les admet fur le témoignage des hommes. Mais je vous dirai, que je n’aime pas à voir tant £ homme s entre l)ieu& moi. Emile. T. 3.p. 150. Que Lan me montre des Miracles & je croirai aux Miracles ■■? Rép. a Mr. l’Arch. p. 10 5 . Le Chinois. J’aimerois bien aussi avoir ce plaisir là j mais fi ( 95 ) si le Tien f nous i’aecordoit, je sens qu’il faudroit qu’íl l’accordat à tous ceux qui vou- droient se faire Chrétiens. Et que seroient des Miracles de tous les jours 6c de tous lieux? Le Chrétien. II y a bien là quelque chose à dire ; mais fâchés, que les preuves morales suffi santes pour constater des faits , qui font dans P ordre des poffibilite's morales , ne suffisent plus pour constater des faits d’un autre ordre & purement surnaturels. Rép. à Mr. l’Arch. p. 104. Le Chinois. Je ne saisis pas bien cette distinction; ex* pliqués vous , s’il vous plait. Le Chrétien. Laissons plutôt cet examen des Miracles y qui demanderoit un travail , dont vous êtes fort heureux que je vous dispense’, (Emile T. z. p. izi.) car, après tout, vous fériés obligé de dire , Mieux eut valu r?y pas recou « rir ! Emile. T. z. p. 136. La Note. Le Chinois. Comment donc! Vous me fériés soupçonner la bonne foi - du Christ , quand il a dit î Nom que les Chintis dorment à Dieu. ( 96 ) dit qu’il faiíoit des Miracles ! Auroit-il été un impofleur ? Le Chrétien. Eh ! que vous importe ? Cela -peut - être & rìêtre pas. Rëp. à Mr. l’Arch. p. 84. Gar- de's vous seulement de traiter trop légèrement d'impofleur s , les fondateurs des Religions ; ne savés vous pas que, dans une trop grande élévation t, la tête tourne , & que Von ne vois plus les choses comme elles font ? Socrate a cru avoir un Esprit familier , & Von n’a point osé pour cela V accuser d’être un fourbe. Ibid. Qu’a- vés-vous à répliquer? Les plus grands hommes ont leur folie. Mais, encore une fois, laissons-là ces Miracles ; nous tien avons pas besoin pour être Chrétiens. Ibid. p. 105 e . Vous le fentirés, lorsque nous aurons parlé de la DoÚrine. Le Chinois. Je le veux bien; quoique je serois fort curieux de savoiç si le Christ a réellement .mais enfin, écoutons; & bien, la Doélrinel Onm’a afiuré que c’est une Révélation donnée aux hommes de la part du Tien même. Le Chrétien. Une Révélation! — Voies le SpeUacle de ( 97 ) de la Nature. Ecoutés la voix intérieure . Dieu n’a-t-il sas tout dit à vos yeux» à votre con « science , à votre jugement ? Emile. T. z. p. 12,2., Le Chinois, Tout dit ! íì cela etoit, aurois - je quitté la Chine , pour m’ínformer , 11 le Tien ne s’est point explique» ailleurs, d’une maniéré plus claire ôz plus formelle ? II a même moins dit à cent mille Chinois qu’à moi! J’avouë que vous m’étonnés. Quoi! vous, Chrétienl vous rejettés la Révélation que les Chrétiens prétendent avoir reçue ? Le Chrétien. Moi! je ne P admets, ni ne la rejette .... je reste fur ce point dans m doute respectueux, Emile. T. 3. 164. Le Chinois . Mais, avec un tel doute, qu’aurés - vous à me dire de la Doctrine du Christ ? Je m’at* tendois aux plus grands éloges. Le Chrétien. La DoCírine du Christ ! elle est admirable...» divine même, * si vous le voulés ; à cela prés, que Y Evangile est plein de choses in- G croia- K On íè rappellera la Noie íùr le mot Divin. ( 98 ) Croiables* qui répugnent à la raison , & qu*il tst impossible à tout homme sense' de concevoir ni $ admettre. Emile. T. 3. p. 168. Le Chinois. Des choses incroiables ! .... qiéun hommç sensé..... Le Chrétien. Vous êtes surpris? .... II n’y a qu’à se tenir j là-dessus, dans un silence respectueux. Ibid. p. 169. Le Chinois. Qu’appellés vous un Silence respectueux ? En sera-t-il moins vrai, que Y Evangile est plein de choses qui répugnent à la raison , & qu un homme sensé ne peut ni concevoir ni admettre ì Le Chrétien. Non, fans doute ; mais j’entens par là, qu’il n’y a qu’à n’en point parler ; au moien de quoi, l’on peut dire , en toute fureté ; Je suis Chrétien , & sincèrement Chrétien , selon la DoCtrine de tEvangile. Rép. à Mr. l’Arch. p. 56. Le Chinois. Cela est fort commode, assurément. A-t-on les mêmes facilités fur la Morale du Chris l On me l’a beaucoup vantée , cette Morale. Le ( 99 ) Le Chrétien. La Morale\ Où trouverai-je des expressions pour vous la peindre ? Une grâce touchante étoit dans les instructions du Christ . Quelle élévation dans ses maximes ! Quelle profonde fagejfe dans ses discours ! Emile. T. z. p. 165. Ecoutés seulement celiy qu’il prononça sur une montagne ... il lit. * Le Chinois. Vous avés eu raison de réserver toute mon admiration pour ce moment-ci j à peine peut- elle y suffire ! J’ai cru entendre parler la Sagesse même. Mais ne me cachés rien; je n’ai pas actuellement le tems de lire ce volume, qui est bien gros ; diteS-moi, je vous en conjure , si toute la Morale qu’il renferme est de cette beauté la? Le Chrétien. On questionne prodigieusement à la Chine..,. Et bien ; vous avés vu le peu d'objections » qu’il y a à faire contre la Doctrine ; il n’y en a pas plus contre la Morale . G 2 Le * Les Chap. V. VI. & VII. de St. Math. Le Chrétien ne lut pas les versets 5—13 du Chap. VI. où le devoir de la p ricre est recommandé ; il voulut, d’abord, taire ce qu’il avoue, dans la íiute. ( ÎOO ) Le Chinois. f Mais encore? Le Chrétien. Le Christ a ordonné k ses Disciples de prier 1 Dieu , &, de lui faire des demandes. Le Chinois. Je ne vois pas ce qu’il y a là d’étonnant. Le Chrétien. Eh ! que pourries vous demander à Dieu ? Qu il dérangeât pour vous le cours des choses ? Qu il fit des Miracles en votre faveur ? Emile. T. Z. p. 116. Le Chinois. Non; mais il me semble qu’il y a tant d’au- tres demandes à faire. Le Chrétien. Ouï, il vous semble", mais prenés duteins pour examiner la chose de près, & vous ver- rés, que , réellement, on ne peur rien avoir à demander à Dieu. Le Chinois. J’y penserai. N’a ,7 és vous plus rien à dire fur la Morale du Chrifi ? Le Chrétien. A force d?outrer tous les devoirs , le Christianisme les rend impraticables & vains. Emile. T. IV. ?. 161. Le c wi ) Le Chinois. •C’est-à-dire » que cette Morale est», à peu près , inutile ? & que la Société n’en retire sas grand profit? Le Chrétien . Je ne.... dis.... pas cela.... mais il faut con*» venir, qu’il n’y a rien de fi contraire a l’Esprit Social que le Christianisme de l’Evangile .... Loin d’attacher les cœurs des Citoiens à l’Etat , il les en détache.... Il ne prêche que servitude & dépendance. ... Les vrais Chrétiens font faits pour être Esclaves, dont. Soc. p. ZII. Zr5' Zi6. Le Chinois. Que me dites vous la? L’étrange Religion que la votre! Une Révélation douteuse! Des Miracles suspects ! Une Doctrine pleine de choses incroiables ! Une Morale y tout au moins, inutile ! Un Evangile contraire à P Esprit Social ! O Confucius ! * Mr. le Chrétien ! ConnoiíTés vous notre Confucius ? Le Chrétien. Et bien, tenés vous en à Confucius , Je réfléchis, dans ce moment, que solliciter quel- t G z qiéun * Célébré Philosophe, en grande vénération à la Chine, / I C IOZ ) qu*un de quitter la Religion ou, il ejl ne, c’ejl U solliciter de mal faire , & far conséquent faire mal soi même. Emile. T. 3. p. 175. Le Chinois. Je ne puis pas vous reprocher de m’avoir sollicite'j mais íì votre Religion étoitj en effet , préférable à la mienne ?.... Le Chrétien. C’esl ce que nous ne savons f oint certainement ; à, dans cette incertitude , il vaut mieux s’en tenir à la Religion de ses Pérès , parce que Dieu pardonnera plutut P erreur où Pon fu& nourri, que celle qu’on osa choisir soi-même. Emile. T. z. p. 175. 179. 180. Le Chinois. Je vous rens grâces de vos instructions.... Et il prit la poste pour Pékin. Je fuis &c. V® f * C 103 ) KF î s»'e âL X ■T %$ T T,§ î V mc . LETTRE. E n’ai plus , mon Ami , qu’un Entre - tien à vous raporter ; j’ai lieu de croire qu’il ne vous fera pas indifférent. Celui avec qui je l’ai eû, est un homme > austt estimable par ses vertus, que distingué par la beauté de son génie, Fétenduê & la profondeur de ses connoistances. Nous avions d’abord exprimé fardent désir que nous aurions eu, que Mr. Rousseau eut consacré íòu pinceau de feu, à la défense du Christianise me , au lieu d’en forger une arme pour le combattre. Quel service, disions-nous, n’eut- il pas rendu à la Religion Chrétienne, si, Taiant étudiée dans l’Evangile même } & Fai- ant déoarassée de ce fatras d’opinions humaines » qui la défigurent, * il eut etnploié la force (*) Le but que paroit s’être proposé Mr. Roujfeau , est très-louable ; il a voulu porter les hommes à la tolérance. Mais n’a -1 - il pas manqué par les moiens ? Falloit- ( 104 ) ce de .son génie S & l’élégance de son stile* à íâ mòntrër à Emile , dans íà pureté , dans íà simplicité, dans fa beauté primitive , parée de ces grâces naturelles & touchantes , qui 'ne peuvent que gagner l’esprit, & captiver le coeur. Regrettons qu’elle ne se soit pas présentée à Mr. Roujfeau, sous fort vrái point de vue ; sans doute, il eut été íòn plus 2elé Défenseur ! Quelles Statués nos cœurs ne lui euffent-ils pas élevés, si, au lieu de sappef les fondemens de la Religion Chrétienne, cette Religion sainte Sc divine, l’honneur n’auroient-elles pas été déchirées ? » Nous examinâmes, ensuite, quelques tlrieS des principales difficultés de Mr. Rousseau ne pouvant pas comprendre qu’il n’eut pu les résoudre , nous étions tentés de croire qu’il ne les avoit pas examinées ; mais nous rejetta-i •mes un soupçon aussi injurieux. » Remarqués, k cette occasion, me dit Mr.» que si l’Auteur d ''Emile íè fut montré «Ennemi ouvert de la Religion Chrétienne, » s’il n’eut rien dit qui parut lui être favo- » râble, il auroit été moins k redouter ; son » Ouvrage auroit porté, avec lui - même , ía » réfutation, parce que, dans le fond, il ne » renferme que des objections souvent repé- y> tées, ôz aussi souvent détruites. Mais, je » ne comtois rien de plus dangereux qu’un «mélange d’un peu de bien, avec beaucoup » de mal. L’un passe à la faveur de l’autre. Le » poison agit plus sourdement, mais ses effets « n’en sont pas moins funestes. Un ennemi n’est ,, jamais ( ioS ) v jamais plus' à craindre que dans les momens » où l’on le croit ami ; ses coups n’en font que » plus allures ; la plaie n’en est que plus » profonde. Au reste , ajouta Mr...pour » revenir aux difficultés de Mr. Rou£eau ; * je vous dirai que, comme l’on a attaqué » 'es vérités les plus évidentes, l 'existence des » corps, íexistence de Dieu, &C. * je ne » luis point surpris des objections fans nombre, » qui ont été faites contre le Chrijlianijme ; mais » les preuves qui le soutiennent , ont bien v une autre force, que les argumens par les- » quels on voudroit l’ébranler ! Quoiqu’on » nous ait tracé de J. C. un tableau fort fail- » lant; permettés moi, d’abord, de vous pein- r> dre, en m’en tenant à la simplicité Evangé- » lique , ce divin Auteur de notre sainte Re- » ligion. Je me fuis plù ii rassembler, & à » graver dans mon esprit, quelques uns des t> traits de son Caractère, tels que je les trou- » ve dans l’Histoire de fa Vie ; & j’aime à » mettre fréquemment fous mes yeux un si »beau modèle. 5, Quelle * „ II n’y a point de si grossier mensonge, que „ l'on ne puisse étaier de quelque fausse raison. Rêp. à Mr. l’Arch. p. 75 e , ( 107 ) ■» Quelle élévation, quelle grandeur.» quelle » noblesse dans ses Sentimens! Ma nourriture D est de faire la volonté de celui qui tria en- » voie. (a) Quel zèle pour la gloire de Dieu ! » Père , glorifie ton nom ! (b) dit-il, à l'idée du » suplice qu’il doit endurer. Quelle soumis- » lion profonde k ses ordres! Ne boirois-je D pas la coupe que mon Père m'a donné à boi- y> boire ? (ç) Quelle confiance en Dieu! Je vfavois bien que tu m'exauces toujours, (d) Quelque grande que fut íà piété , on peut v dire , qu elle étoit égalée par fa Charité. 8i, » la nuit, il étoit en prières ; (e) le jour, il » voyageait en faisant du bien. (f) Charité » pleine de compassion. Je fuis ému de compaf- » fion envers cette multitude . ...fi je les ren~ » voie à jeun , ils tomberont en défaillance par * le chemin, (g) Charité prompte dans ses effets. » Ma fille vient de mourir , lui dit un père affli- gé', d fie levé & le fuit avec ses Disciples, (h) Cha- (a) Jean 4. f. 34. (b) Jean. 4. f. z8. (c) Math. r 6. f. zp. (d) Jean. 11. p. 4z. (ej Luc. 6 . f. u. (f) Adh tO. f. 38. (gí Marc. 8. f. z. (h) Match. 9. f. 19. ( io8 ) » Charité prévenante. Veux tu être guéri ? dit» 55 ilau Paralytique; &» an moment même, il ® fut guéri, (i) Charité tendre & délicate , qui » se plaît à rassurer les malheureux. Mon fils , » ayés bon courage ; dit-il k un malade ; & il » lui rendit la santé, (k) Charité? qui lui fait » regarder comme siennes les misères des » autres. Ce aue vous avés fait à Pun de ces ï> petits , vous me Pavés fait à moi même. (1) » Charité universelle. Les Samaritains le prié- Tirent de demeurer avec eux ; & il demeura là , » deux jours, (m) Quel amour pour ík Na- » tion ! Les Juifs lui disent , que le Centenier , » qui lui parle, aime leur Nation ; auffi-tôt D il lui accorde sa demande, (n) Portant ses » regards fur Pingrate & obílinée Jérusalem» » il pleure fur elle. (o) Quelle tendresse dans » son amitié ! 11 répand des larmes fur le tom- » beau de Lazare, honorant ainsi» & l’ami » qui en est P objet, & Phumanité qui les » verse. Voies , disent les Juifs, voies comme » il (H Jean. 5. f. 6 . (k) Matth. 9 . 1 . (l) Matth. i$. f. 40. (m) Jean. 4. 40. (n) Luc. 7. f- 5 - (o) Jean. 19. f .^ 41 ; C iop ) » il Paìmoit ! (p) Et à Fégard de ses Disci- » pies, quels traits pourroient peindre le cœur » de Jésus! Avec quelle affectueuse sòlliçitu- » de il les recommande à Dieu , loríqu’il » eít sur le point de les quitter! Pe're saints » garde les en ton nom !... Saniïifie les par ta » vérité .. ..Mon désir ejl quils soient là oa je » serai !... (q) Qu’il me touche , qu’il me » remue, quand il dit à Judas , au moment » où| il le livre aux'Juifs ; Trahis-tu le Fils dr y» l'homme par un baiser ? (r) Quand il íè 3 j contente de regarder Pierre qui le renie. „ Et le Seigneur t se tournant , regarda Pierre (s). -, Quel regard! Pierre pleura amèrement, (t) Et 3, quel sentiment, quelles entrailles, dans ces „ mots j répétés par trois fois, après son abné- >, gation ! Simon t fils de Jonas, ri aime s tu 1 . ...(y j 3, Quelle profonde humilité ! Le Fils de P hom - „ me n!est pas venu pour être servi , mais pour » servir, (x). Quelle bonté, quelle condés- „ cendance ! Laijjès ces petits ensans ; ne les em- ,, pèches (p") Jean. u. f. (q) Jean. 17. (r) Luc. 21. f- 48. (s) Luc. n. it- tous qui êtes travaillés & chargés , & je vous „ soulagerai. (z). Quel amour de la Vérité ! 33 II dit à un Scribe qui voulait le íltivre ; 3> Le fils de Vhomme ria pas un lieu où reposer ,, sa tête : (a), aux Soldats qui viennent pour 33 le saisir ; Cest moi : (b) à Pilate qui l’in- 33 terroge j Ouï , je suis Roi , je fuis né pour 3 , cela \ mais mon régne tl est pas de ce mon- 33 de. Quel respect pour s Autorité Civile ! 3, Qui eft-ce qui ma établi pour votre Juge t » & pour faire vos partages? (d) Quelle >3 Sagesse dans ses réponses ! De qui est cette » inscription" 1 . lis lui répondirent 3 de César y 33 il leur dit 3 reniés donc à César ce qui efi 33 a. César , & à Dieu 5 ce qui ejl d Dieu. (e) 33 Quelle humanité ! quelle tolérance ! Vous » ne savés de quel esprit vous êtes animés ! » Le (y) Matth. IA. f. 14., (Z) Matth. u. f 28. (a") Matth. 8. f. zo. sb) Jean. 18. t. 5. ( c> Jean. 18. if. 3 6 . 37. (d) Lac. ,2.. f. 14- (e°> Matth. zz. f. 10. voyez auíli Luc. 12. f. 13 &c. Sí Cae. 10. f. 3;. Sec. ' ( irr ) ,, Le Fils de V homme ríefl pas venu ■pour „ perdre les âmes , mais pour les sauver. ( f) ; „ Quel tendre intérêt pour tous ceux qui | „ embrasseront l’Evangile ! Je ne prie point j „ seulement pour eux ; mais aujfì pour ceux 3 ì qui croiront en 'moi , par leur prédication. 3 ) (g) Quelle douceur dans ses reproches ! ! s, Qui peut, fans émotion, lui entendre dire 3, au i Soldat qui le frappe ; Si fai mal parle ', 33 fais voir ce que f ai dit de mal ; & fi f ai j 3 > tien parle ', pourquoi me frappes tu ì (h) Et í ,3 fur la croix 1 il prie pour lès bourreaux ! j 3, F ère pardonne leur , car ils ne savent ce qu'ils 33 font. (i). II semble oublier fes douleurs, ,3 pour recommander fa mère à íòn Dilciple ,3 bien - aimé ; Voilà ta mère ! (!) II expire , 33 6c son dernier soupir est un soupir de piété,, 3, Père je remets mon esprit entie tes mains, (m) 3, Quelle vie! Quelle mort! Non, vous ne ,3 pouvés pas imaginer une íèule vertu qui n’en- 33 tre dans son caractère ; comme vous ne trou- (f) Luc. 9. f. 5 j. (g) Jean 17. f. 20. (g) Jean. 18. f. r;, (i) Luc. 1 3. ■$■. 24. ( l ) Jean. ,9. f, 2 e. (m) Luc 23 f. 4t. 33 ver es C 112 ) „ verés pas une feule passion qui le de'figure, „ Reconnoifles-vous, à ces traits, un Impos- 3 , teur ? » Le plan d’un Imposteur , est un plan 35 d’amour propre, ou de vanité, ou d’au- » tonte» ou de sensualité » ou d’ambition» » ou d’opulence. Lifés les Evangiles. Apre percevés vous en Jésus , les maximes §L 3 > les subtilités de la Sagesse & de la Poli- » tique humaine? Le voiés-vous se servir » d’artifices pour captiver la faveur des Grands, » des Puissans, & des Riches ? Cherche t - il » à se mettre en soreté, en flattant les Doc- »teurs de la Loy, les Scribes & les Phare risiens ; en embrassant quelqu’une de ces ro Sectes religieuses qui étoient en crédit , » chez les Juifs ; ou en tâchant , par de 3 ) trompeuses promesses, de s’insinuer dans ro la faveur du Peuple? Accepte t-il les hon- 35 neurs qu’on veut lui rendre, la Royauté 35 qu’on lui offre? Ménage t-il les pajsions sades Juifs; ou plutôt, ne leur déclare t-il 35 pas une guerre ouverte ? Met-il des pro- 35 jets ambitieux dans la tête de ses Disci- 35 pies; ou plutôt, ne les en éloigne-t-il pas ab» 35 solument ? Ne les prévient-U point, que 35 s’ils veulent le íùivre, ils ne doivent s’at- „ tendre C nz ) N tendre qu’aux injures, k la pauvreté , au «mépris, aux persécutions les plus violences? Ne leur dit - il pas j Us m'ont pcrsé~ » cute , ils vous persécuteront aussi ? Les re- « tiern - il, malgré eux, auprès 6e fa per- » sonne ; ou plutôt, ne leur dit-il pas, Et « vous , ne voulés vous pas aujst vous en » aller ? Encore une fois ; reconnoissés-vous, » k ces traits , un Imposteur ? » Et Y Enthousiaste 2 Le voye's - vous en » Jeíus-Christ 2 Trouvés-vous, en lui, des » contradictions, des inconséquences, un jar- » gon inintelligible , un verbiage mystique , b des expressions extatiques , de ridicules » hyperboles, des écarts, des songes d'ung » imagination en délire ? Ne voyés-vous pas b que fa piété est fins superstition ; sa dévo- b tion , sans bigoterie ; Ion zèle , fans amerri tume ; fa sagesse, fans singularité ; íà ternis pérance , fans austérité j fa charité > fans » affectation ; son humilité , fans bassesse ; ía b candeur , íkns licence ; fa sévérité , sans B rudesse; là fermeté, fans ostentation? Tout b est paisible, tout est aisé, tout est doux , b tout est sociable, dans son Caractère j tout est s décent, grave, íàge, intéressant, dans fes H „ discours C 114 ) i» discours. La vertu la plus pure est mar- » quéè dans ses œuvres ; le sens le plus D exquis se trouve dans ses paroles. » Et quelle DoSlrine , que celle de Jésus î 3 , Toutes les Vérités naturelles y font établies 2 , 6c développes. Toutes celles que l'bom- „ me ignoroit, ou fur lesquelles il ne pou- „ voit former que des conjectures, 6c qu’il lui importoit de connoitre avec certitude , » y font anoncées 6c apuiées de preuves » données de la part de Dieu même. II » n’est aucune de ces Vérités » qui ne s’acorde » avec les idées que nous avons de la Sagesse » de l’Etre Suprême » de íà Bonté 6c de fa » Justice. Le Culte préscrit est digne du Dieu „ qui en est l’objet. C’est le Culte de l'esprit 3 , 6c du cœur. Uhomme y apprend son ori- 3) gine , sa destination 6c sa fin. Uhomme 3 , affligé, y trouve de puissantes consolations. „ Uhomme -pécheur & repentant , de quoî 3> dissiper ses allarmes. Uhomme avide de bon - s, heur 3 de quoi remplir ses désirs» par les ,, grands objets offerts à ses espérances. „ Uhomme fait pour la vertu , de prêssans „ motifs 'a se dévouer à elle ; de grands a , exemples qui l’animent ; de puissans secours a, qui le fortifient. Et, C 115 ) S) Et j ce que je vous prie de bien remar- 3, quer j le Christianisme , en portant nos re- 3, gards fur une autre vie , ne nous ordonne 33 rien qui ne tende à notre vrai bonheur , 33 dans celle-ci. La Morale de Jefus-Christ „ est, pour ainsi dire, l’expression naturelle „ des vertus pures Óc sublimes de cette belle „ ame. C’est du bon trésor de son cœur , qu’ii 33 a tiré tous ces préceptes, dont il nous a 33 donné l’exemple. Préceptes dictés par la «Sagesse Sc la Justice même j qui, étant ,, fondés sor la nature de l’homme, íònt fa- 33 estes à concevoir Sc à pratiquer. Jeíùs ne « nous deman íe, ni dures austérités, ni ac- 33 tes superstitieux & revoltans, ni extases 33 ridicules, ni ces dévotions en cérémonies, 33 qui n’honorent point l’Etre Suprême, Sc 33 qui laissent le cœur vuide de íèntimens , 33 û tant est qu’elles n'y mettent pas des vi« 33 ces, que l’on croît racheter par ces actes ex- 33 térieurs. Son prémiercommandement, c’est 33 P Amour de Dieu ; son second, semblable au 33 premier , c’est la Charité'. Et à l’égard ,, de nous - mêmes » l’Evangile nous dit , 33 d’avoir de nous une opinion modeste ; de 33 tenir en régie nos passions ; d’être modé- H 2 „ rés ( n6 ) } , rés dans les plaisirs, humbles dans la proí- „ pe'rité , patiens dans les revers. N’est-ce „ pas nous commander d’être heureux, dans „ ce monde même; indépendamment des ré- „ compenses éternelles, réserve'es à la vertu, -> & qui font la grande Sanction de l’Evangile „ de J. C.? Telle est fa Doíïrine ôz fa Mo~ s, raie ! L’une < 5 c l’autre renferment tout ce 5 , que les Philosophes, de tous les tems»a- 3 , voient écrit de sensé ôz d’utile ; ôz tout „ ce qui manquoit à leurs innombrables S y fi- 3» têmes, pour donner une bâfe solide à la -> vertu, pour faire le bonheur de l’homme , „ ôz celui des Sociétés. L’une Sc l’autre font s, anoncées, avec la sublime simplicité d’un „ Sage y ôz la majestueuse Autorité d’un En- 3 > voyé de Dieu. Ne vous êtes vous jamais 3, peint une Société, où chacun, écoutant s, les belles leçons de J. C., ne s’en écarte- 3, roit jamais, dans ses paroles & dans fes ac- „ tions? Union des cœurs; prévenances mu« 33 tuelles ; services réciproques ; exactitude à 33 remplir fa vocation; humanité, droiture, ,3 justice, dans les Magistrats & les Rois ; 3, respect, fidélité , obéissance, dans le Peu- 3, pie ôz les Sujets. Quelle tranquilité ! Quel- 53 C «7 ) le paix! Quelles douceurs! O mon Ami! „ nous serions trop heureux, íì les Disciples 3 ) s’étudioient à ressembler à leur Maitre. * „ Jusques ici, vous avés vu J. C., comme „ l 'Ami des hommes , comme un Philosophe 33 par excellence, dont on ne peut trop ad- „ mirer l’exemple la Mailbn de Dieu? * Un transportait cer- „ veau ^ une frénésie. Que devient ion Su- », port pour les Pécheurs, si ce n’esl pas avec ,, l’autoritó d’un Ambajjadeur de Dieu , qu’il ,, leur dit; Vos féchés vous font pardonnes', ailles en paix 2 . Quelle témérité! Quelle au- „ dace ! Que devient fa Véracité' 2 . Qui ôse- „ roit en parler, si l'on pouvoit imputer à „ Jésus le mensonge le plus odieux , fur l’ob- ,, jet le plus capital ? Que devient fa Charité ? ,, En lui ôtant ses guérisons miraculeuses, la j, tendre compassion, la bonté suprême avec ,, laquelle il les ope'roit, quelle atteinte ne „ portés vous pas à cette vertu, que, fans ce- 5, la , l’on pourroit appeller la sienne par ex- ,, celíence. Que devient sàSageJje ? Elle est „ obscurcie par les rêveries & les délires de „ sentousiafme & du fanatisme. Que de- „ vient son Humilité 2 . Se dire, sorti du seindu ,» T ère , marqué de son fçeau ! L’orgueil le „ plus éíïréné porta-t-il jamais plus loin fes „ téméraires prétentions ? Que devient son „ Amitié pour fes Disciples ? Cruauté, barba- ,, rie ! # Loríqu'il en chasse ceux qui la profanoient,. ( iï9 ) 5» rie ! Il leur fait tout quitter pour le suivre 5 ,, le sachant & le voulant, il les expose au „ mépris, aux injures, aux persécutions, aux «plus affreux suplic.es! II les trompe par ,, des promesses qu’il fait bien ne pouvoir pas ,1 tenir, s’il n’est pas l 'Envoyé du Tout-Puis- 3, sant, le Distributeur de ses grâces. II leur dit, 33 Que votre cœur ne se trouble f oint ; * & il ne », les rassure que par une espérance illusoi- « re ! Que devient sa Fermeté, sa Confiance , », son Héroïsme , k l’égard de la mort horrible } 5, qu’il prévoir & qu’il endure ? Obstination ,) incompréhensible , disons mieux, extrava- ,, gance , folie. Oh que le fils de Sophronis- ,, que est bien plus admirable dans íà mort ! „ il ne peut l’éviter ; il la souffre avec cons- « tance j & ce n’est pas pour soutenir un „ mensonge. En un mot, que deviennent », toutes les vertus de Jésus ? Quel épais nua- „ ge for cette brillante lumière ! Ne sont-ce- „ point autant d’artifices, pour persuader qu’il „ est Y Envoyé' de Dieu , par une Sainteté qui né- ,, ponde au titre respectable qu’il se donne ?... „ Mon Ami, j’abrège ; il m’en coute trop , „ pour faire une supposition si injurieuse à H 4 „ celui * Jean 14. f. 1. A c. ( 120 ) z, celui que je reconnois pour le Fils de Dieu , j> pour mon Le'gijlateur , & mon Juge. » Vous comprenés, parla, combien il im- ,, porte de se mettre en état de pouvoir di- ,, re à lèses j Nous connoijfons que tu es un ,» Docteur venu de Dieu ; car aucun homme „ ne peut faire les œuvres que tu fais , fi Dieu „ n'efl avec lui. (*) Pour moi, je n’ai pu „ m’empêcher de l’apeller un Dotleur ve~ „ nu de Dieu , lorsque j’ai vu en lui les „ Caractères, bien marqués , du Messie que 3, les Juifs attendoient : lorsque j’ai examiné „ attentivement ses miracles , leur nature , 3, leur publicité , leur variété' , leur nom- 33 bre , leur but , leur durée , & leurs fui - 3, tes : .quand j’ai fais attention à la sincérité 3, de ceux qui les raportent, à leur probité , 3, à leur prudence , a leurs détails, à la simplicité 3, de leurs récits , au bon-fens de leurs discours , 3, à leur uniformité , à leur désintéressement , à 3, leur courage à leur confiance , k leur martyr. 3, Quel Fait 3 en particulier, futjjamais attesté » com- * Jean z. r. 11 ejl étrange > difoit aux Juifs f Aveugle né , que voits ne fachiés pas doit il vient } puis. qu il ma ouvert les yeux, Ibid. ch. $. 30, c. iri ) -, comme r est celui de la Résurrection de J; „ C., qui atteste , pour ainsi dire , tous „ les autres ? -j- Et ces Témoins encore ? „ Ils font fans naissance, fans crédit, fans „ autorité , fans éloquence, fans richesses î -, loin de flatter les passions humaines, ils „ les attaquent jusque dans la racine. Ils „ parlent cependant ; & fe font écouter. -, Les changemens les plus étonnans arrivent ,, dans le monde. L’ignorance est dissipée ; „ la superstition , détruite ; la philosophie , ,, confondue ; l’idolatrie , renversée ; la Mo» -, raie sainte, reçue & pratiquée ; le Culte „ du vrai Dieu, établi; le nom de Jefus,ré- „ véré dans Jérusalem, dans Athènes, & dans „ Rome. Juifs , Payens , Prêtres, Magif- „ trats, Rois, Empereurs, fe liguent pour -, étouffer le Chrijlianisme dans son berceau ; -, il résiste à tous les coups qu’on lui porte; „ les efforts mêmes, que l’on fait pour l’ébran- „ 1er, ne fervent qu’à l’affermir & à l’étendre. „ Les plus beaux Génies embrassent la Reli- „ gion t Voyez, Les Témoins de la Résurrection de J-C. examinés & jugés selon les Régies du Barreau. ^Ouvrage augiiel on na jamais éílàié de répondre. ( 12,2 ) « gïon de Jésus » & en deviennent les plus „ fermes soutiens. Lises les belles Apologies t, du Christianisme, qu’ils présentoient à leurs 3 , persécuteurs. Voies aussi ce grand nom- „ bre de Martyrs , de tout âge , de tout sexe» „ de toute condition ; dont on ne peut ex- „ pliquer le zélé & la constance, que par 3, l’intime &. ferme conviction que leur don- „ noient les miracles qu’ils voioient, ou qui y, leur étoient attestés par des témoins irré— „ cufables. Et Pétât présent du Peuple Juif , », n’est-il pas, en quelque maniéré, un mira - 33 cle » actuellement fous nos yeux ? Comment 33 n’y pas voir l’accomplistement de cette Pré- 33 diction de Jésus; lis seront dispersés parmi 33 toutes les Nations ; & Jérusalem sera foulée 33 par les Nations , jusques-à~ce que le tcms des 33 Nations soit accompli. * Comparons cette „ Prophétie, avec l’e'tat actuel de ce Peu- 33 pie , qui > depuis l’épouvantable catastro- „ phe de la déstruction de Jérusalem par „ les Romains, a toujours subsisté, & subsi- », ste encore, exilé de son pays, dispersé sur 33 la surface de la terre, partout flétri, mé- 33 prisé par les peuples, au milieu defquels il se * Luc, il, f . 24. ( m ) „ íè perpétue, íàns se confondre , nulle part, ,, avec aucun d’eux ; toujours ge'missant fur „ les ruines de íà Patrie, fans jamais avoir „ pu la relever, ni s’y rétablir. Voilà une eí- „ péce d’énigme , que l’obstinatioitde ce Peu- „ pie à rejettes le Messie , peut, feule, réfou- „ dre. Voilà un fort bien étrange, une litua- „ tion unique , & que l’Efprit de Dieu pou- „ voit , seul, prévoir, & anoncer. . „ Je n’étends pas ces réflexions ; elles font „ faciles a déveloper ; mais , mon Ami, „ quel corps d ’argumens en faveur du Chrijlia- ,, nisme ! Quand je les réunis, ils me frappent „ au point, que je ne puis imaginer, que 3, Dieu eut permis que le Mensonge eut tel- ,, lement les traits de la Vérité, qu’il fut „ impossible de fe préserver de l’erreur ! A- j, près cela , qu’on entasse difficulté fur dif- „ Acuité j qu’on leur donne , au moyen du „ stile, un air de nouveauté , une apparence ,, de force , qui en impose ; tant que des preu- „ ves aussi pressantes, aussi victorieuses, fub- „ listeront, * il n’en fera pas moins vrai, que « Jésus * Ecoutons Mr. Rousseau ,, Je me disois -, les objec- 3, dons insolubles font communes à tous 1 r les systèmes) - » parce ( 124 ) 'r, Jésus a été l'Envoyé de Bien , & que c’eji ,, de fa fart qu il nous a aparté PEvangile. -, La feule conséquence que nous tirerons u de tant d’objections, qu’il feroit facile de „ multiplier à l’infíni, c’est que la vue de ,, l’homme ne peut pas tout embrasser , 6s 5, qu’il ne doit pas dire, qu’une chose n’eil „ pas , par cela seul qu’il ne peut s’en rendre 31 une parfaite raison à lui-même. Que de u difficultés dans le Monde Physique , comme „ dans le Monde Religieux ! Faudra-t-il donc si être Athée , parce qu’on ne sauroit expli- „ quer, comment les œuvres de la Création >, ont été produites de rien j comment elles 31 se conservent ; &. quelle est la raison du 3 , mal moral, & du mal physique ? &c. Mon 3, ami ; il a été un tems où je voulois tout 3, connoitre, tout expliquer j 8 í ce tems n’a 3, pas été le plus heureux de ma vie. Cette 3, espèce d’intempérance de l’esprit ne pro- 3, duit que troubles 6c inquiétudes ; je ne ré- 3, tabîis le calme au-dedans moi, qu’en prenant -, le parti que je vous ai indiqué. Je méditai si profondément les preuves qui établissent ii la Divinité du Christianisme j j’en nourris 3, mon ame ; je la pénétrai, pour ainsi dire, » de ,, parceque l’eíprit de l’homme est trop borné pour ,, les résoudre ; elles ne prouvent donc contre aucuà „ par préférence. Mais. quelle différence entre les preu» ver direCles ! Emile. T. z. p. z O. ( 12Z ) 5, de leur énergie; elles me sont tellement 3 , familières» que lorfqu’il fe présente quelque 3 , difficulté» je l’écrâse > en quelque maniéré, „ du poids de ces preuves ; & je renvoie la ,, décision de ce que je ne puis éclaircir, à ,0 ce tems heureux, où la vérité se montre- 3 , ra fans nuages ; à ce second & éternel pé- „ riode de notre existence , dont la feule idée „ met la sérénité, la paix,, «k la joye dans 3 , mon ame Ainsi me parla cet homme de bien j & je vis, fur íòn front vertueux , la touchante expression des doux léntimens de son coeur .... II fit quelques réfléxions , mais sens aigreur < 5 c sens fiel, fur ceux qui cherchent à ébranler cette précieuse Foy du Chrétien ; il me dit qu’il ne pouvoit se persuader , qu’ils comprissent quelle atteinte ils porteroient à son bonheur, s’ils lui Ôtoient ses grandes sources de consolations, & ses plus chères espérances.. O mon Ami ! ajouta- 3, t-il; quand ma croìance touchant une heu- 3, reuse immortalité'seroit douteuse , ce doute me r, seroit plus cher que toute autre certitude ; quand 3 » elle seroit faujje , il n y auroit point de vérité' „ sur la terre , qui me fut aussi précieuse que ce 33mensonge\ * Pourquoi des hommes cruels 3 , essaient-ils d’obícurcir cette lumière écla- 3, tante qui, du Chrijlianisne , réfléchit sor mon „ existence , me la montre dans l’éternité , „ & t* Expressions du Docteur Young. ( izS ) •» Sc me sait bénir mille fois 1 *Auteur de », mon Etre !«.... II fut ému un instant ; puis il continua en ces termes. „ Mon Ami, je vous ai ouvert mon cœur; 55 & je íûis ravi que mes sentimens soient 5, les vôtres ; je les expose librement, tou- 5, tes-les - fois que l’occafion s’en présente» », par ce que je voudrois communiquer mon », bonheur, avec ma façon de penser ; je ne », prétens cependant jamais y asservir person- », ne ; je íiiis bien éloigné de croire que je », fois la Raison Souveraine; que tout le bon- », sens se soit réfugié dans ma tête ; que tout », homme qui ne pense pas comme moi, & », qui parle en conséquence , soit un Charla- », tan , qui se fait un jeu de tromper les hom- », mes , fans autre Loi que son inte'ret , fans », autre Dieu que fa réfutation, * J’aprens », plutôt de mon Divin Maître, de mon bon », Sauveur, à être doux & humble de cœur ; ,, & * Mr.se servit de quelques expressions qui sont échapées à Mr. Rousseau , dans des momens d’humeur , & que, liire ment j il a désavouées , lorfqu’il a été plus tran- quile. II a ft bien dit à Mr. ¥ Archevêque ,, Je me plains „que vous m’accabliés d’injures , qui, fans nuire à ma , .cause , attaquent mon honneur, ou plutôt le vôtre.... ,,C’est ainsi qu’on se tire d’affaire quand on veut que- „reller & qu’on a tort. p. 13. & 14. 11 est vrai, que Mr. Rousseau ne nomme personne, mais seroit-il excusable , parce qiie ses épithètes tombent sor tous les Auteurs qui n’ont pas pensé comme Juif < m ) s, & voici, en peu de mots , ma foy, mes „ íèntimens, ma conduite & mes espérances. 3 , Je reçois, comme Céléste & Divine, la Re- » 1 igion de J. C., telle que je la trouve » dans nos Saints Livres } je n’y apperçois » rien que ma raison n’aprouve, & qui ne » me paroisse digne du Dieu qui a daigné » se révéler aux hommes ; je porte gravées » dans mon ame les sublimes promesses de » l’Evangile ; je m’efforce , par ma conduite, » de pouvoir m’en faire l’aplication ; je me „ garde bien de séparer les Oeuvres , de la n Foy, je rens à Dieu mes hommages, en ,, particulier & en public ; je le prie , mon „ Ami, c’estune des plus douces ocupations „ de ma vie! Je participe aux Cérémonies » de l’Eglise Chrétienne. * Je bénis Dieu de ,, m’avoir donné la Patrie que j’aurois choisie ,, préférablement k toute autre ; je chéris mes „ Concitoiens } je vis parmi eux } je leur fais „ tout le bien qui est en mon pouvoir ; je „ leur pardonne leurs torts, s’ils en ont avec „ moi} je ne me vange d’eux que par de „ de nouveaux efforts pour me concilier leur „ estime & leur afíèction} je cherche , non „ pas * Ces actes extérieurs sont indispensables; mais ils ne sont pas des signes infaillibles du vrai Chrétien. Ce mot de Mr. Rousseau ne peut s’apliquer qu’à trop de gens. » On fait comme les autres ; sauf à rire, >v en particulier, de ce qu’on feint de respecter an pu- », blic.« Rép. « Mr. tAreh. p. 77. C 12.8 ) »5 pas, seulement, à mettre sur mes lèvres ôz „ au bout de ma plume , mais dans mon cœur „ & dans mes actions, cette Charité , que f St. „ Paul appelle l’ accompli]]ement de la Loi , & „ dont il dit ailleurs, qu’elle est d’un esprit „ patient » qu’elle n est point insolente , qu’elle 5, ne s'enfle point