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regardent 1 A vingt pas de distance et en arriéré la patrouille du soir , en uniforme,indifférente pour ainsi dire à ce spectacle et battant la retraite , passant en silence àtravers cette multitude étonnée de voir mêler une apparence d’ordre public à ce renver-sement de tout ordre social attesté par les hideuses dépouilles qu’on promenoit impu-nément sous ses yeux !
Qu’il nous soit permis , après le récit de ces scenes d’horreurs , de n’accorder qu’unregard à la plus révoltante , à celle qui a laissé les plus affreux souvenirs ! La mort deBerthier offre des atrocités qui repoussent le burin de l’artiste et la plume de l’historien;et plût au ciel que toute plume se fût interdit d’écrire ces abominables détails ! plût auciel qu’on eût pu les dérober à la postérité ! Que la haine du peuple contre M. Berthierfût fondée ou non, ne le trouve-t-on pas innocent , dès qûe l’on songe au monstre quiput lui arracher le cœur , et le présenter tout sanglant aux yeux d’une grande assemblée?En vain assure-t-on que M. Berthier avoit fait périr le pere de ce monstre. La naturefrémit d’être ainsi vengée ; et la patrie s’afflige qu’une telle vengeance ait pu être exercéepar un scélérat revêtu d’un habit français . Ce fait est d’ailleurs bien loin d’être prouvé.Ces lâches barbaries consternèrent d’abord tous les amis delà révolution, et firentmettre en doute si les Français méritoient d’être libres. Les ennemis de la libertéen tirèrent avantage ; et il est certain que ces vengeances atroces et soudaines ne contri-buèrent pas peu à faire haïr la révolution à ceux qui n’observoient pas que ces crimesn’étoient avoués ni eommis par la nation , ni même par le peuple considéré en masse,mais par une foule de scélérats qui l’agitoient en tout sens, et l’exaspéroient par toutessortes d’artifices. Ne cessons de répéter que la plupart de ces monstres étoient salariéspar le parti d’Orléans .