QUARANTE-CINQUIÈME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
Ue toutes les autorités qui ont succombé sous le torrent de la révolution , celle peut-etre de qui la chute a le plus attesté la puissance du corps constituant est cette corpo-ration parlementaire qui fut réellement et si long-temps tutrice du peuple et des rois ,et qui , comme la plupart des tuteurs , avait si souvent sacrifié à ses intérêts ceux deses prétendus pupiles. Sa puissance , éprouvée par tant d’orages , semblait à l’abri mêmedes tempêtes révolutionnaires ; et lorsque l’impossibilité de se soustraire autrement auxjussions royales força le parlement de prononcer, après un long silence , le nom desétats-généraux, si on lui eût dit : Ces assemblées dont vous avez prétendu tenir la place,et que vous réclamez enfin , briseront, il est vrai, le joug tyrannique auquel vous voulezvous soustraire , mais elles briseront aussi le vôtre ; elles vous dissoudront, vous, vospairs, vos douze classes, et, dans deux ou trois années, il ne restera plus de votre corpo-ration qu’un vain nom ; sans doute aucun de ses membres n’aurait voulu le croire.
Les parlemens étaient revenus du coup que M. de Maupeou leur avait porté, quoiqu’ilen eût masqué les coupables motifs sous l’intention louable de supprimer une vénalitéscandaleuse , mais ce fut parceque plus scandaleusement encore il avait rempli ces courssupérieures d’un ramas d’intrigans et de premiers venus, et que M. de Maurepas voulutpopulariser un nouveau règne par le rappel des parlemens , rappel qui paraissait alorsUne opération populaire. L’établissement des grands-bailliages tenté par MM. Lamoignonet Brienne, à grands frais , à main armée , avec toutes les formes du pouvoir arbitraireet de la tyrannie, au moment où les finances étaient presque sans ressource, les troupesdéjà peu disposées à prêter leur force au despotisme ministériel, et par conséquent cedespotisme lui-même et son pouvoir arbitraire à la veille de leur chute ; toute cette pré-tendue révolution de la magistrature n’en fut que le bouleversement passager : les par-lemens , revenus de cette agitation momentanée comme d’un songe fatigant et pénible,resaisis de leur popularité par la persécution, par quelques actes de courage , et par lademande même des états-généraux, se crurent désormais invincibles, et virent d’abordSa ns effroi la cour forcée par la nation de faire droit à leur demande.
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