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et que s’étant fait montrer les rayons où étoient rangés les mémoires de l’académie dessciences : « U faudra brider dans trois ans tous ces volumes poudreux , dit - il en« pirouettant ; tous ces mémoires sont infectés du système de Newton. Mon livre sur la« lumière et le feu renverse tout cela , et fera révolution dans les sciences. «
Cette hardiesse avec laquelle il prononçoit sur des choses démontrées mathémati-quement , il la porta dans une science encore peu connue , et qui doit se garder plusqu’aucune autre des rêves de l’imagination, la science législative. Il publia, dès 1789,des pamphlets où il commença à produire ses théories politiques. Quoique dans un plande constitution il votât pour la royauté , on put voir qu’il ne cherchoit qu’à se faireremarquer , et à renverser tout ordre de choses où il ne seroit pas considéré commelégislateur suprême. C’étoit là probablement toute l’ambition de Marat . Le pouvoirproprement dit , tel que l’ont occupé Robespierre et autres , le touchoit foiblement ;mais il vouloit donner des lois , peut-être même être regardé comme un dieu ; et lapartie éclairée de la nation l’ayant trop bien jugé pour qu’il pùt rien espérer d’elle , ilse servit de la classe grossière , qui suivit avec ]oie celui qui lui promettoit des biens etde la puissance. De là le sans-culotisme et ses horreurs. Au reste , Marat est sans contreditle premier qui ait franchi l’intervalle qui séparoit la royauté de la démocratie 7 et cefut peut-être l’amour de la singularité et le désir de précéder les autres , qui le poussèrentdans ses systèmes exécrables , encore plus que ses opinions , tout exagérées qu’ellesétoient. Sa personne étoit petite , sa figure couverte d’un jaune cuivré , sa marcheconvulsive , brusque , coupée. C’étoit Oreste agité par les furies. ... Et c’est là l’hommeque la France a eu pour législateur -, qu’on lui a présenté comme un oracle , commeun dieu 5 qui a obtenu les honneurs du séjour des grands hommes 5 pour qui une placepublique a été souillée dix-huit mois d’un monument digne par sa forme et sa matièred’un chef de sauvages !... O révolution française , toi qui dois faire un jour le bonheurde tous les peuples , qu’il te faut de belles actions , de généreux dévouements , que tesphilosophes et tes guerriers te sont nécessaires, pour faire oublier tant d’opprobres!