QUATRE-VINGT-ONZIEME TABLEAU
MORT DE BAILLY, LE 12 NOVEMBRE 1798;
LE 22 BRUMAIRE, AN DEUXIEME DE LA RÉPUBLIQUE.
La révolution fera comme Saturne , disoit Vergniaud , elle dévorera tous ses en fansCette prédiction , si malheureusement vérifiée sur son auteur , devoit recevoir unaccomplissement non moins funeste dans la personne des philosophes qui , aprèsavoir préparé par leurs écrits les grands évènements dont nous avons été témoins ,avoient encore eu le courage de se jeter dans la tourmente révolutionnaire , et demonter sur le vaisseau dont ils vouloient diriger la marche. Ces affreux sacrificesdes premiers hommes du siecle, immolés tous par la modération de leurs opinions,c’est-à-dire, pour avoir refusé d’outre-passer le but au-delà duquel ils ne voy oientque désordres et malheurs , amènent naturellement cette question : Dans l’intolé-rance qu’exercent toujours les opinions politiques ou religieuses à leur premieressor , ne vaudroit - il pas mieux que le philosophe continuât de se livrer à sesétudes chéries , et qu’il se gardât bien de devenir acteur des scenes orageuses quise préparent ? S’il suffisoit , pour résoudre cette question, d’y répondre par desexemples , la retraite deviendroit dans cet instant le seul parti du sage. Eh ! quedeviendra cependant le sort des hommes , si la sagesse est absente de leurs conseils ,si la première fois qu’ils mettent en pratique des théories nouvelles , ils n’ont paspour guides les seuls qui aient médité sur ces objets importants ? Ne doit - on pascourir vers l’enfant qui joue avec des armes ? Ah ! respectons , bénissons ces élansgénéreux , cet abandon des goûts les plus chers , cette abnégation de soi-même ,qui portent le génie à guider l’ignorance et la foiblesse. Nous offrons la malheureusepreuve qu’il peut succomber quelquefois , et qu’un sang précieux est répandu pardes hommes égarés ou barbares : mais le sage aura laissé de grands exemples à sesconcitoyens ; il est devenu le modèle du législateur , de l’homme public ; et aprèsavoir été placé par ses ouvrages au nombre des bienfaiteurs des nations , il est mispar la postérité , mieux éclairée sur lui , au rang des martyrs de la liberté.
Ces réflexions ne peuvent s’appliquer à personne mieux qu’à Bailly. Les détailsoù nous allons entrer sur la vie et les travaux de ce savant contribueront à fixerl’opinion encore incertaine sur son compte. Nous prendrons une grande partie deces détails dans l’Éloge historique de Bailly , publié par le citoyen Lalande , son
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DE LA RÉVOLUTION.
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