(82 TROISIÈME DIALOGUE.
i* l’amour de la vertu m’a fait dire sans crainte et» sans intérêt ne fait à l’avenir, comme aujourd’hui,» qu’exciter contre moi la prévention et la haine,>> et ne produit jamais aucun bien ; si, au lieu des» bénédictions qui m’étoient dues, mon nom, que» tout devoit rendre honorable , n’est prononcé dansn l'avenir qu’avec imprécation ! Non, je ne suppor-» terois jamais une si cruelle idée ; elle absorberoit» tout ce qui m’est resté de courage et de constance.» Je consentirais sans peine à ne point exister dans» la mémoire des hommes, mais je ne puis consentir,n je l’avoue , à y rester diffamé. Non, le ciel ne le« permettra point, et, dans quelque état que m’ait» réduit la destinée , je ne désespérerai jamais de« la Providence, sachant bien qu’elle choisit son•» heure et non pas la nôtre , et qu’elle aime à frap-» per son coup au moment qu’on ne l’attend plus.» Ce n’est pas que je donne encore aucune impor-» tance , et surtout par rapport à moi, au peu de» jours qui me restent à vivre, quand même j’y« pourrais voir renaître pour moi toutes les dou-» ceurs dont on a pris peine a tarir le cours. J’ai» trop connu la misère des prospérités humaines,« pour être sensible, a mon âge, à leur tardif et» vain retour; et quelque peu croyable qu’il soit,« il leur serait encore plus aisé de revenir, qu’a moi)> d’en reprendre le goût. Je n’espère plus et je dé-« sire très-peu de voir de mon vivant la révolution» qui doit désabuser le public sur mon compte. Que)» mes persécuteurs jouissent en paix, s’ils peuvent,» toute leur vie , du bonheur qu’ils se sont fait des