71
ÉCRITES DE LA MONTAGNE,tièrcs j tout de même qu’il ne lui est pas permis,bien que juge suprême , d’évoquer a soi les causesciviles avant qu’elles aient passé aux premières ap-pellations.
L’article xvm dit bien qu’en cas que les ministresne puissent s’accorder, la cause doit être portée aumagistrat pour y mettre ordre ; mais il ne dit pointque la première connoissance de la doctrine pourraêtre Ôtée au consistoire par le magistrat ; et il ny apas un seul exemple de pareille usurpation depuisque la république existe (a). C’est de quoi l’auteur
(a) Il y eut, dans le seizième siècle, beaucoup de disputes surla prédestination, dont on auroit dû faire l’amusement des éco-liers , et dont on ne manqua pas , scion l’usage , de faire unegrande affaire d’état. Cependant ce furent les ministres qui ladécidèrent, et même contre l’intérêt public. Jamais , que je sa-che , depuis les édits , le petit Conseil ne s’est avisé de pronon-cer sur le dogme sans leur concours. Je ne connois qu’un juge-ment de cette espèce , et il fut rendu par le Deux-Cents. Ce futdans la grande querelle de 1669 , sur la grâce particulière.Après de longs et de vains débats dans la compagnie et dans leconsistoire , les professeurs , ne pouvant s’accorder, portèrentl’affaire au petit Conseil, qui ne la jugea pas. Le Deux-Cents l’é-voqua et la jugea. L’importante question dont il s’agissoit étoitde savoir si Jésus étoit mort seulement pour le salut des élus ,ou s’il étoit mort aussi pour le salut des damnés. Après biendes séances et de mûres délibérations, le magnifique Conseil desDeux-Cents prononça que Jésus n’étoit mort que pour le salutdes élus. On conçoit bien que ce jugement fut une affaire de fa-veur, et que Jésüs seroit mort pour les damnés, si le professeurTroncliin avoit eu plus de crédit que son adversaire. Tout celasans doute est fort ridicule : on peut dire toutefois qu’il ne s’a-gissoitpas ici d’un dogme de foi, maisdcl’uniformité dcFinstruc-