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PROMENADE
un troupeau de chèvres qui paissait le long d’uno énorme fente; jè les approche,mais iis fuyaient comme si l’ours leur fut apparu ; je crie de toutes mes force*pour voir si aucun pâtre ne se trouva dans ce désert, mais mes cris n’etircntd'autre réponse que leur écho. Il ne s’agissait pas de perdre courage. Je pour-suis , mes pas seuls retentirent au milieu de ces affreux rochers je marchaisincertain et fatigué, regardant à tout moment ces géants couronnés d’uneneige éternelle,. Rien ne prête plus aux réflexions philosophiques que ces lieuxsolitaires : on peut méditer sans distraction et sans trouble dans le silence dela nature.
Ceé sommets , la profondeur de ces abîmes, les vents, les nuages , lestonnerres qui s’y forment, les neiges , les glaces, les torrents , les cascades,les lacs, les forêts , les ombres et les lumières, tout y fait spectacle, tout yannonce la grande nature. Arrivé sur une éminence , j’ouvre de nouveau lacarte , je dresse la boussole et remarque par cette petite manœuvre , que jesuis en bonne ligne ; mon courage se fortifiait, mais mon estomac était biem,faible ; malheureusement je n’eus pas prévu cette malencontre, grande faute pourun voyageur , j’en conviens. Mon magasin aux vivres ne contenait qu’un petit,morceau de pain et un bout de cervelas, ce qui ne put satisfaire le quartde mon, appétit ; il me vint à l’idée que je possédais encore ce morceau depain reçu à Winterthur et que je m’étais proposé de rapporter en Belgique ;il y a quinze jours qu’il tient le fond de mon sac, cependant il faut qu’il ensorte , je m’en fis un excellent régal, en remerciant la dame de Winterthur ,repliais carte , armes et bagages, et me remets gaîment à la marche vers lesud. L’air était froid et pluvieux, jetais fort mouillé ; je ne découvre que rochersde granit, de l’eau , de la neige et des pics énormes qui en sont couvertset dont les nues m’en dérobent une partie à la vue : en un mot rien de gaini d’agréable. Cependant comme pour me moquer de ma situation, je repris magaîté , et découvris avec plaisir -la première fois les restes dune de ces innom-brables chapelles de trois pieds de long sur autant de large , sans aucun orne-ment. De là je vis quelques perches plantées dans le rocher, ce qui parut m'in-diquer une route; je suivis ces traçes qui ne me conduisirent pas loin, mais jetrouvais un courant d’eau , je le suivis ,1e traversais quelque fois pour raccourcirle ehemin ; je trouvais par hazard dans ma poche la chanson du Guernadieret pour soutenir mon courage et ma gai te, je 1 entonnais a gorge déployé bien