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persuadé de ne blesser les oreilles à personne, l'écho seul m’accompagnait :la liberté a toujours des charmes. Quoique sur un terrain stérile, et dans unetriste position, je sentis je ne sais quoi qui me plût, eh! ne serait-ce pascet air de liberté pleine et entière ? ne trouverait-on pas ce même bonheur, cesmêmes sensations , dans les plus beaux pays du monde, si l’homme ne reçutdès sa plus tendre jeunesse ces erreurs , dont il lui est presqu'impossible de sedébarrasser , si, faute de connaître les vérités que la nature seule doit inculqueril ne se trouvait porte à tyranniser son semblable et se rend ainsi récipro-quement malheureux ?
Pcu-à-peu , je trouvais une multitude variée de fleurs toujours agréables et plusencore pour celui qui a passé la journée dans un désert. Enfin au loin et del’autre côté du ruisseau , je vis une baraque et un cheval qui me parut paître ;je découvris bientôt un chalet vers lequel je me dirigeais. J’y trouvais deuxpâtres et un troupeau de vaches ; ces braves gens que je ne compris pas mieuxque s’ils eussent parlé chinois , me présentèrent une grande gamelle de crèmedç lait et me firent asseoir; leur physionomie m’inspirait la confiance , j’acceptaisleur offre avec d’autant plus de plaisir que je m’y sentais* très disposé. Je n’euspas l'agrément de leur conversation, ce qui ne leur procurait pas une longueprésence de ma personne; je leur présentais quelques petites pièces de mon-naie qui me restaient et ce fut avec peine qu’ils les acceptèrent. Ils m’indiquè-rent autant que possible la route à suivre, et je quittais ces braves et heureuxmontagnards. Je trouvais bientôt la petite rivière 7 occia qui prend sa sourcedans les glaciers du mont Gries ; une vallée s’ouvre à ma gauche, vers laquellecette eau se dirige ; une chapelle me servit de direction ; près de là • un petitchemin en zig-z-ag conduit en descendant dans la vallée; ce sentier suit depuisle haut jusqu’au bas la magnifique cataracte de la Toccïa ou Tosa, haute de plusde 3oo pieds. On y distingue trois gradins ; sauf celle du Rhin à Schaffhausen , iln'existe pas dans toute la Suisse , de cascade , dont la masse d’eau soit aussi con-sidérable ; je la trouve la plus remarquable de toutes celles que j ai vues . saforme est pyramidale ; de quelque côté qu’on la voit elle offre des accidens variéset superbes, entourée de tous côtés de rochers d’une hauteur menaçante et cou-ronnés de mélèzes. N’entendant que le bruit de ces eaux , le voyageur isolé ytrouve toujours quelque chose d’effrayant ; mais bientôt le groupe de maisons
du hameau de FrtiHal le rassure ; ce fut avec plaisir que je les approchais
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