LE BŒUF.
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RACE LONGUES-CORNES.
de précautions secrètes dont il s’était entouré. Il paraît s’être concilié le respect deceux qui vivaient avec lui par son caractère et son jugement ; mais il n’a jamais per-mis à personne de le faire sortir du cercle réservé qu’il s’était imposé relativement àses procédés particuliers; et, chose étrange à dire, il n’a laissé après sa mort aucundétail écrit de ses curieuses expériences. On ne peut malheureusement attribuercette conduite qu’à la cupidité d’une ame mercantile, voulant empêcher les autresde profiter de ses propres connaissances; mais elle révèle cependant une certaineforce de caractère, et permet de croire que Bakewell , tout en cédant à des inspira-tions trop vulgaires, n’était pas cependant un homme ordinaire. 11 imagina pourlui-même une nouvelle manière d’opérer, et poursuivant avec persévérance et suc-cès une longue suite d’expériences particulières, il posa, par son exemple, des prin-cipes dont l’expérience ii prouvé depuis la perfection. On ne peut citer, avant Bake-well, un éleveur qui ait fait autant que lui, et ceux qui l’ont suivi ont tous marchésur ses traces.' Malgré ses nombreuses déceptions, il ne désespéra jamais du succès,et sut jusqu’à la fin braver le ridicule, vaincre la négligence, et mépriser les prédic-tions sinistres. A une certaine époque, il éprouva de grands embarras pécuniaires ,mais à la longue il conduisit tous ses plans à bonne fin, et laissa à scs héritiersune fortune importante. Après qu’il eut terminé le perfectionnement de sa souche, il
muter ainsi : «On peut toujours augmenter le volume et le poids proportionnel de telle partie de l'animalque l’on détire, et l’on peut seulement diminuer à volonté le volume de certaines parties molles ou cor-nées ; encore l’atrophie, dans le règne animal, est-elle beaucoup plus difficile à régulariser et à fixer, dansune race, que l’hypertrophie. »
Une autre observation de la plus haute importance doit être faite ici. Elle est relative à la valeur com-merciale différente des divers morceaux de Viande de boucherie. Rien n’est plus propre à hâter le perfec-tionnement du bétail que cette d fférence dans le prix des morceaux d’un même animal, qui appelle l’at-tention des éleveurs et des bouchers, par l’appât du gain, sur la conformation des animaux, c’est-à-direcelle qui donne le plus de profit à la vente au détail. Il est certain que la consommation de fourrage uctcessaîre pour entretenir un poids donné de vuinde reste la même, lorsque ce poids se compose de 25 0/0de basses viandes, de 25 0/0 de 2 e qualité, et de 50 0/0 de viande de l re qualité, ou lorsque ce poids secompose, au contraire, de 50 0/0 de basse viande et de 25 0/0 de chacune des deux autres qualités. Ce-pendant, dans le premier cas, le consommateur paiera volontiers 475 fr. l’animal qu'il paierait'seulement100 fr. dans le second, et qui aurait coûté tout autant à produire et à nourrir. La différence de 75 fr.constitue donc un bénéfice net et certain d'environ 19 0/0 au profit de l’éleveur de l’animal bien con-formé.
Deux obstacles graves s’opposeront long-tems encore, chez nous, à citle sorte d’amélioration : l’imper-fection du commerce de la boucherie, qui vend encore au même prix, trop généralement, tous les mor-ceaux de viande, pour satisfaire une clientèle Inintelligente de ses véritables intérêts; et l’ignorance géné-rale, conséquence de cet état de choses, des parties de l’animal qui doivent être développées ou atrophiées,tant dans l’intérêt de la santé des animaux que pour le plus grand profit des éleici rs. R.