DE PEGASE ET DU VIEILLARD. 173
Ont mis sur ton front chauve un brin de ce laurierQui coiffa Chapelain, Desmarets, Saint-Didier 11 .
N’as-tu pas vu cent fois, à la tragique scène,
Sous le nom de Clairon, l’altière Melpomène,
Et l’éloquent Lekain, le premier des acteurs,
De tes drames rampants ranimant les langueurs,
Corriger, par des tons que dictait la nature,
De ton style ampoulé la froide et sèche enflure ?
De quoi te plaindrais-tu ? Parle de bonne foi :
Cinquante bons esprits, qui valent mieux que toi,
N’ont-ils pas, à leurs frais, érigé la statueDont tu n’étais pas digne, et qui leur était due ?
Malgré tous tes rivaux, mon écuyer PigalPosa ton corps tout nu sur un beau piédestal :
Sa main creusa les traits de ton visage étique,
Et plus d’un connaisseur le prend pour un antique.
Je vis Martin Fréron, à le mordre attaché,
Consumer de ses dents tout l’ébène ébréché.
Je vis ton buste rire à l’énorme grimaceQue fit, en le rongeant, cet apostat d’Ignace.
Viens donc rire avec nous ; viens fouler à tes piedsDe tes sots ennemis les fronts humiliés.
Aux sons de ton sifflet, vois rouler dans la crotteSabatier sur Clément ', Patouillet k sur Nonotte 1 ;
Leurs clameurs un moment pourront te divertir,
LE VIEILLARD.
Les cris des malheureux ne me font point plaisir.
De quoi viens-tu flatter le déclin de mon âge ?
La jeunesse est maligne, et la vieillesse est sage.
Le sage en sa retraite, occupé de jouir,
Sans chercher les humains, et pourtant sans les fuir,
Ne s’embarrase point des bruyantes querellesDes auteurs ou des rois, des moines ou des belles.
Il regarde de loin, sans dire son avis,
Trois États polonais doucement envahis ;
IE>.