SUR MACHIAVEL.
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composés par conséquent pour une nation à laquelle est presquetotalement étranger le vieil idiome de Machiavel, si elles étoientcalomnieuses, il faudroit en conclure ou que ceux qui les ont faitesn'avoient pas su le lire, ou que si, capables de le bien lire, ils1 avoient bien compris, ils auroient voulu abuser de l’impossibilitéoù leurs lecteurs étoient de reconnoître la fausseté de ces accusations.
§• iv.
S’il est vrai , i°. que Machiavel ait , généralement parlant , enseignéaux hommes Vart de tromper ; et 2 °. qu'il ait donné au monde desleçons d’assassinat et d'empoisonnement.
Il faut convenir que le Livre du Prince fournissoit, en quelquespassages, à ceux qui vouloient faire ostentation de vertu, d’excel-lentes occasions pour afficher de belles théories de morale et dephilosophie; mais c'étoit au fond un travail assez inutile, que dese fatiguer à prouver qu'elles y sont quelquefois offensées. Ce livren’est point un traité destiné à faire que les particuliers qui le lisentsoient autres que le vice les rend ; mais un traité de politique,obligé de les prendre tels qu’ils sont réellement, et dans lequel ilne falloit pas se dissimuler qu’ils sont médians, puisqu’un pland'ordre social qui les supposeroit bons, n’auroit qu'une base chi-mérique.
Nous avons déjà vu que l’auteur auroit rejeté certaines de sesmaximes, et n’auroit conseillé aux Princes que la plus intègre et laplus invariable vertu , si les hommes en général étoient bons etvertueux ; c’est-à dire enclins à la justice, à la modération, àl’amour de l’ordre, au désintéressement, à l’obéissance et à1 abnégation des volontés et des vues déréglées de l’intérêt per-sonnel. Mais il en est autrement, quoi qu’en aient dit les philo-sophes du dernier siècle, auxquels il importoit si fort d’endormir