LES FORÊTS
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Meudon, de Marly, de Saint-Germain-en-Laye sont lesrestes épars d’un immense massif qui s'étendait jusqu’àla Seine. À l’ouest, le Maine, l’Anjou, la Bretagne, laNormandie étaient traversés par de grandes zones fores-tières; les arbres débordaient jusque dans la mer; lesvastes plages sablonneuses qui entourent le mont Saint-Michel étaient une forêt; on retrouve de vieilles souchesensevelies dans le sol. Aux rives de la Seine commençaitla Gaule-Belgique, qui n’était qu’une suite presque inin-terrompue de hautes et profondes futaies : au nord et aunord-est de Lutèce, les forêts de l’Isle-Adam, de Chantilly,de Villers-Cotterets, de Compiègne, de Coucy se rejoi-gnaient, ne formaient qu’un seul massif, se prolon-geant jusqu’à l’Amiènois ; la Somme charriait des troncsdéracinés que, dans ses débordements, elle arrachaità ses rives. Enfin, plus haut, régnait la forêt des Ar-dennes, la plus grande, la plus sauvage de toute laGaule; elle se déployait sur une longueur de cent lieuesdepuis le pays des Nerviens, c’est-à-dire le Hainaut,jusqu'aux Vosges, jusqu’au Rhin; ce fleuve la séparaitde la forêt Hercynienne, sous laquelle disparaissait laGermanie tout entière, et dont César disait qu’après yavoir marché soixante jours, on n’en trouvait nulle parles limites.
Les arbres qui composaient ces forêts étaient les mêmesque nous rencontrons aujourd’hui dans nos bois, Hêtres,Chênes, Érables, Bouleaux, Ormes, Frênes, mais biendifférents par leurs dimensions. A l’abri de la cognée, aufond d’impénétrables massifs, ils croissaient librementpendant des siècles et prenaient un développement auquelnous ne laissons jamais aux nôtres le temps de parvenir.Cependant quelques individus plusieurs fois centenaires,épargnés jusqu’à nos jours, nous permettent de nousreprésenter ces géants d’autrefois : tels sont certainsChênes célèbres de la forêt de Fontainebleau, le Clovis,le Henri IV, le Sully et les vieux arbres des fameuses