LES FORÊTS
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recouvertes de jonc et de ramée, ils célébraient leur officenocturne, les hurlements des loups accompagnaient leurvoix et servaient comme de répons à leur psalmodie dematines 1 . »
S’ils étaient restés seuls dans leur retraite, selon leurdésir, les ermites n’auraient pas beaucoup défriché. Illeur fallait peu de chose pour se nourrir ; des herbes,des racines, des fruits sauvages, ou quelques légumescultivés dans un petit jardin leur suffisaient. Mais leshommes, qu’ils fuyaient, venaient les chercher au fondde leur solitude. Un soir, on frappait à la porte de leurcabane : un voyageur égaré sans doute, et peut-être mou-rant de faim; il fallait ouvrir, et c’était un jeune homme,pris du dégoût du monde, altéré de pénitence et d’austé-rité, ou bien quelque vieux prêtre qui voulait terminerses jours dans le recueillement; les renvoyer était impos-sible : c'étaient des hôtes, et il s’agissait de leur salutéternel. Peu de jours après, survenait une autre âme éprisedu désert, affamée de privations, implorant un asile etune direction, puis une autre encore, que la charité com-mandait d’accueillir, et voici l’anachorète devenu, malgrélui, le chef d’une petite communauté.
Petite communauté au début, mais bientôt grandis-sante : le sentier qui conduit à la demeure des cénobitesest devenu un chemin, tous les jours plus fréquenté;quelques-uns, dans leur pieux respect, apportent des of-frandes; la plupart demandent des aumônes, les pauvresdu pain, les malades la guérison, les pécheurs des prières,les malheureux des consolations; on espère même desmiracles : comment ces hommes si saints, qui ne viventque pour Dieu et avec Dieu, n’en feraient-ils pas? On ditqu’ils ont rendu la vue à un aveugle, fait marcher un pa-ralytique, nettoyé un lépreux, délivré un possédé; il ya eu des témoins; comment en douter? Plusieurs de
j, Montalembert, les Memes d'Occident.