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«orité de la raison , tels font les asphaha-mtes ; d’autres la préfèrent aux opinionsdes docteurs , tels sont les hanifites ; il yen a qui balancent les motifs ; il y en a aticontraire au jugement desquels rien ne iprévaut fur un passage précis. Au reste , 1quelque parti que l'on prenne , on n’estaccusé ni d’erreur , ni d’incrédulité. En-tre ces cafuistes , Malichi fut un des pluscélébrés. Son souverain s’adressa quelque-fois à lui, mais la crainte ne le porta ja-mais à interpréter la loi au gré de la pas-sion de l’homme puissant qui le consoltoit.
Le calife Rashid l'ayant invité à venirdans son palais instruire ses enfans , il luirépondit : « La science ne vient point à« nous , mais allons à elle » ; & le sultanordonna que ses enfans fussent conduitsau temple avec les autres. L’approche dela mort , & des jugemens de Dieu luirappella la multitude de ses décisions : ilsentit alors tout le danger de la professionde casoiste ; il versa des larmes ameres endisant : » Eh , que ne m’a-t-on donné au-» tant de coups de verges, que j’ai décidé»> des cas de conscience ? Dieu va donc» comparer mes jugemens avec fa justice :
*> je fuis perdu ». Cependant ce docteurs étoit montré en toute circonstance d’uneéquité & d’une circonspection peu com-mune.
Averroës embrassa l’assharisme. II étu-dia la théologie & la philosophie scholasti-que , les mathématiques &. la médecine.II succéda à son pere dans les fonctions dejuge & de grand-prêtre à Cordoue. II futappellé à la cour du calife Jacque Al-Man-f°r , qui le chargea de réformer les loix &? lurisprudence. II s'acquitta dignemente cette com mission importante. Al-Man-
'} avo ' t présenté ses enfans, les
en , i demanda le plus jeune aupere ,qui le lui refusa. Ce jeune homme aimoitle chéris St la cour. La maison paternellelui devint odieuse ; il sc détermina àla quitter , contre le sentiment de son
pere , qui le maudit , & lui souhaita lamort.
Averroës jouissoit de la faveur du prin-ce , & de la plus grande considération ,lorsque l’envie St la calomnie s’attacherentà lui. Ses ennemis n’ignoroient pas combien
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il étoit aristotélicien , & ['incompatibilitéde l’aristotelhme & de Í’iílamisme. Ils en-voyerent leurs domestiques, leivrs parens,leurs amis dans l’école d’Averroës. Ils seservirent ensuite de leur témoignage pourl’accuser d’ímpiété. On dressa une liste deaifférens articles mal - sonans, & on l’en-voya, souscrite d’une multitude de noms,au prince Al-Mansor, qui dépouilla Aver-roës de les biens, & le relégua parmi lesJuifs. La persécution fut si violente qu'ellecompromit ses amis. Averroës , à qui elledevint insupportable à la longue , cherchaà s’y soustraire par la fuite ; mais il futarrêté & jetté dans une prison. On assem-bla un concile pour le juger, & il futcondamné à paroitre les vendredis à laporte du temple , la tqte nue , & à souf-frir toutes les ignominies qu’il plairoit aupeuple de lui faire. Ceux qui entroientlui crachotent au visage , & les prêtres luidemandoient doucement : ne vous repen-tez-vous pas de vos hérésies ?
Après cette petite correction charitable& théologique , il fut renvoyé dans famaison , où il vécut long-temps dans lamifere 'Sc dans le mépris. Cependant ungénéral s’éleva contre son successeur
cri
dans les fonctions de juge & de prêtre ,homme dur , ignorant, injuste & violent.On redemanda Averroës. Al-Mansor con-sulta là-dessus les théologiens, qui répon-dirent que le souverain qui réprimoit unsujet, quand il lui pîaisoit, pouvoir austile relever à son gré ; & Averroës retournaà Maroc , où il vécut assez tranquille Scassez heureux.
Ce fut un homme sobre, laborieux &juste. Il ne prononça jamais la peine demort contre aucun criminel. II abandonnaà-son subalterne le jugement des affairescapitales. II montra de la modestie dansses fonctions , de la patience & de la fer-meté dans ses peines. II exerça la bien-faisance même envers ses ennemis. Sesamis s’offenferent quelquefois de cette pré-férence , & il leur répondoit : " C'eft avec» ses ennemis & jnon avec ses amis qu’on» est bienfaisant : avec ses amis c’eft un» devoir qu’on remplit ; avec ses ennemis» c’eft une vertu qu’on exerce. Je de-» pense ma fortune comme mes parensG z