ÉLECTIONS ET NÉGOCIATIONS.
243 .
M. Thiers ne pul retenir ce mot : « Mais c’est uneindignité! » Aussitôt M. de Bismarck, imperturbable,continua la conversation en allemand jusqu’à ce queson interlocuteur, complètement décontenancé, luieût dit, avec des larmes dans la voix :
— Mais, monsieur le comte, vous savez bien que jene comprends pas l’aLemand.
Et le chancelier, qui sait et parle le français aussibien qu’on le parle àl’Acndémie, qui connaît le géniede notre langue comme un agrégé de grammaire, derépliquer :
— Je reviens à mon langage national, parce quemon ignorance de votre langue a pu seule faire quej’aie dit ce que vous appelez une indignité.
Il a raconté lui-même l’anecdote et la leçon à sesfamiliers.
M. Thiers n’avait plus qu’une chose à faire : retour-ner au pont de Sèvres et conférer avec Jules Favre,car il ne lui plaisait point de rentrer à Paris, où il nese jugeait plus en sûreté, qu’il devait évacuer si pré-cipitamment au 18 mars. M. Thiers avait déjà pris sesprécautions à cette époque, et recommandé son hôtelet ses vieux domestiques à Edmond Adam, le préfetde police, qui avait promis de s’en inquiéter.
M. Thiers était un ambitieux très habile, un écri-vain très instruit, un vulgarisateur très clair, mais iln’a jamais été un brave à trois poils; et la preuve,dirais-je, si j’osais risquer une plaisanterie, c’est qu’ilse rasait comme un acteur ou un curé. Il aimait par-ler de la guerre, mais non la faire. 11 aimait les revues,