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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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ÉLECTIONS ET NÉGOCIATIONS.

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M. Thiers ne pul retenir ce mot : « Mais cest uneindignité! » Aussitôt M. de Bismarck, imperturbable,continua la conversation en allemand jusquà ce queson interlocuteur, complètement décontenancé, luieût dit, avec des larmes dans la voix :

Mais, monsieur le comte, vous savez bien que jene comprends pas laLemand.

Et le chancelier, qui sait et parle le français aussibien quon le parle àlAcndémie, qui connaît le géniede notre langue comme un agrégé de grammaire, derépliquer :

Je reviens à mon langage national, parce quemon ignorance de votre langue a pu seule faire quejaie dit ce que vous appelez une indignité.

Il a raconté lui-même lanecdote et la leçon à sesfamiliers.

M. Thiers navait plus quune chose à faire : retour-ner au pont de Sèvres et conférer avec Jules Favre,car il ne lui plaisait point de rentrer à Paris, il nese jugeait plus en sûreté, quil devait évacuer si pré-cipitamment au 18 mars. M. Thiers avait déjà pris sesprécautions à cette époque, et recommandé son hôtelet ses vieux domestiques à Edmond Adam, le préfetde police, qui avait promis de sen inquiéter.

M. Thiers était un ambitieux très habile, un écri-vain très instruit, un vulgarisateur très clair, mais ilna jamais été un brave à trois poils; et la preuve,dirais-je, si josais risquer une plaisanterie, cest quilse rasait comme un acteur ou un curé. Il aimait par-ler de la guerre, mais non la faire. 11 aimait les revues,