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HISTOIRE DES BALLONS
ceux qui faisaient le service de la machine. Une garde nombreuse décrivait unedouble enceinte autour de ce vaste théâtre.
a Le dôme de le machine était déprimé, et portait horizontalement sur la grandeouverture de l’échafaud à laquelle il servait de voûte ; le reste des toiles était abattuet se repliait circulairement sur les banquettes; de sorte qu’en cet état la machinen'avait aucune espèce d’apparence, et ressemblait à un amas de toiles de couleurqu'on aurait entassées sans ordre : il en régnait cependant un très-grand dans ladisposition et la conduite de tout cet appareil.
« Le dessous de l’échafaud était consacré pour les opérations propres à produirela vapeur. C’était sous la grande ouverture, recouverte par le dôme de la machine,que devait se faire ce travail. Au milieu et à terre était un réchaud de fer à claire-voie, de quatre pieds de hauteur sur trois de diamètre, fait pour recevoir les ma-tières combustibles. Un entourage en forte toile, peinte et de forme circulaireadhérant à la base du ballon, et descendant par le trou jusque sur le pavé, pouvaitêtre considéré comme un vaste entonnoir, comme une espèce de cheminée destinéeà contenir les vapeurs et aies conduire dans l’intérieur de la machine; de sorteque les personnes qui devaient diriger le feu se trouvaient placées par ce moyensous le ballon même; elles avaient à leur portée des provisions de paille et de lainehachée pour produire la vapeur, ainsi qu’une cage d’osier avec un mouton, un coqet un canard (I), et tous les autres agents nécessaires pour l’expérience. »
Dès dix heures du matin la route de Paris à Versailles était couverte de voitureset de piétons; de toutes parts accouraient des milliers de curieux, et à midi le châ-teau tout entier était envahi : la foule se pressait dans les avenues et dans les cours ;les fenêtres, les combles regorgeaient de spectateurs, et tout ce que Paris comptaitd'hommes illustres par leur science, leur naissance, leur fortune ou leur talentétait là, regardant d’un œil impatient les préparatifs, tandis que les gens dupeuple, qui, moins heureux, n’avaient pu pénétrer dans l’enceinte du palais, sepressaient au dehors, avides de voir s’élever dans l’air l’aérostat nouveau : la pre-mière expérience faite à Paris n’avait pas convaincu bon nombre d’incrédules ob-stinés dont la méfiance ne voulait se rendre qu’au succès d'une seconde tentative.
La cour vint à son tour occuper la place qui lui avait été réservée et, avant des’y rendre, le roi voulut voir de près les préparatifs : il pénétra jusque sous la ma-chine et se fit expliquer dans tous ses détails les opérations qu’exigeait le lance-ment de l’aérostat.
A une heure, une boite éclate : à ce signal, le gonflement commence. Presqueaussitôt le ballon s’élève, s’enfle, prend forme; ses plis et replis sans nombre dispa-raissent et il se développe majestueusement. Déjà il touche le sommet des mâts.
Une seconde décharge annonce que l’aérostat va prendre son vol, et les cordescoupées à un troisième signal délivrent de tout lien la vaste machine qui s’élèvelentement aux applaudissements de la foule, emportant avec elle dans sa course àtravers les airs le panier qui renfermait un mouton et des poules.
Le gonflement n’avait duré que 11 minutes.
(1) Il avait été d'abord question de confier au ballon un voyageur et des appareils, mais le roi,s'effrayant des périls d'une semblable tentative, s’y était formellement opposé et avait iDterdit sous despeines sévères l'ascension de tout ballon monté. Il permit seulement à Montgolfier de suspendre au-des-sous de l’aérostat une cage qui contiendrait quelques animaux.