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Voyages aériens par James Glaisher, Camille Flammarion, Wilfrid de Fonvielle et Gaston Tissandier : ouvrage contenant 117 gravures ... d'après les croquis d'Albert Tissandier / par Eugène Cicéri et Adrian Marie ...
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VOYAGES AERIENS.

le signal des villages; le silence absolu nous apprenait, que nouspassions au-dessus des montagnes et des bois.

Vers minuit, des feux apparurent disséminés au-dessous denous : cétaient des charbonnières dans les forêts.

Ces feux, vus de loin, ressemblaient à la lueur des phares, etle bruit lointain des grenouilles imitait à sj méprendre celui dela mer. Assurés dêtre au centre de la France , nous ne pouvionscraindre lOcéan, et la boussole marquait le sud-ouest. Depuis no-tre retour, jai pensé néanmoins quun courant deux fois plus ra-pide que celui qui nous emportait, et tournant un peu à louest,nous eût inévitablement jetés sur la Rochelle avant le jour.

Un éclair traverse le ciel au loin. Le bulletin de lObservatoiredu jour nous apprend que peu sen fallut que nous nayons étéemportés vers une forte tempête élevée du golfe de Gascogne.

Combien laspect de la nature varie dun jour à lautre, souslinfluence de quelques rayons de la lune et de quelques voiles denuages! Pendant lautre nuit, nous voguions dans la clarté mélan-colique et dans lazur, et lentement nous assistions à laccord ma-tinal de lorchestre divin. Cette nuit, enveloppés dun épais man-teau des ténèbres, nous planions dans des limbes obscurs, dansles cercles aériens flottent vaguement les fantômes et les ombres.

De temps en temps, on entendait le bruit sinistre de chutesdeau tombant dans lobscurité. Puis le silence succédait commeune sensation deffroi. Et lâpre concert des marais reprenait sanote plaintive.

Un bruit intense, que nous avions pris dabord pour celui duntrain, frappa nos oreilles à une heure et demie : cétait celui de laCreuse , que nous traversâmes au Blanc, entre Poitiers et Château-roux.

Tous ces bruits sélevant de la terre obscure pendant la nuit si-lencieuse étaient dune intensité singulière, qui m étonna dans lé-tude que je faisais alors sur la transmission du son dans lair.Était-ce le silence général qui, rendant mes oreilles plus attenti-ves, augmentait relativement lintensité de ces bruits? Javais déjàconstaté dans mes précédents voyages aéronautiques que le son setransmet plus facilement et à une plus grande distance de bas enhaut que dans toute autre direction. Jajoutai à ce fait la circon-stance que pendant la nuit latmosphère est plus homogène dans satempérature, et que le son doit la traverser sans rencontrer, commependant le jour, les mille obstacles fournis par la réflexion et laréfraction de couches diverses.