PALAIS. CHATEAUX. HOTELS ET MAISONS.
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on verra, de cette façon, que nous ne sommes pas seul à apprécier sévèrement peut-être,mais à coup sûr justement, les restaurations et surtout les démolitions faites par ordredu populaire banquier. « C’est à peine, écrit M. Nicolle, si nous avons osé dire que, dansles salles où les lambris demandaient à être renouvelés, il fit remplacer le bois sculptépar des papiers peints. Encore ceci n’était-il rien ; on a pu arracher ces tentures bour-geoises et rendre à leur style ces salons déshonorés. Mais, hélas! le lecteur se souvient-ilqu’en commençant la description du château, nous avons passé devant ce qui restedes écuries d’autrefois, nous promettant d’y revenir plus loin ? C’est là qu’est ledommage irréparable.
» Pour ces écuries, Mansart avait demandé à l’architecture et à l’ornementationsculpturale leurs plus exquises recherches. Elles étaient demeurées intactes jusqu’àM. Laffitte. Qui donc put le décider à les démolir ? Ce qui le porta à enlever lesrampes en fer à cheval qui montaient de la Seine au château ; ce qui le porta plus tardà déshériter la propriété de son grand parc, — le besoin d’argent, lorsque la spéculationde la monarchie de juillet se fut traduite par un mécompte dans son ambition, parmidéficit dans sa caisse. Un ventre affamé n’a pas d’oreilles ; un banquier besoigneuxdevant un chef-d’œuvre est aveugle et vandale : le plus beau palais n’est pour luiqu’une superposition de pierres dont il trouve à faire ressources. »
C’est en 1834 que M. Laffitte conçut le projet de faire du grand parc ce qu'ilappela la « Colonie de Maisons ». Le parc en entier fut donc divisé en portions de900 mètres, avec une réserve de 250 hectares pour les promenades. Cette spéculation,ce morcellement eut une pleine réussite qui, à la rigueur, peut servir d’excuse à cetteregrettable mutilation. On vit donc s’élever promptement, sur leurs 900 mètres deterrain, ces monotones et bourgeoises petites constructions, dont l’ensemble a été assezjustement appelé, par des esprits caustiques, « le Père-Lachaise des vivants » (1).
M. Laffitte mourut en 1844, mais le château ne fut vendu par les héritiers qu’en1849; l’acquéreur fut M. Thomas de Colmar , qui l’habite encore présentement (2).
Telle est, en résumé, l’histoire de Maisons ; histoire remplie de grands souvenirs, ettenant assez bien sa place dans un tableau général des deux derniers siècles.
11 nous reste maintenant à montrer au point de vue architectural le beau palaisauquel ces souvenirs se rattachent, et à compléter par une description écrite ce que lesplanches gravées sont destinées les premières à faire connaître.
(1) Jamais comparaison plus juste n’a été établie : lorsque nous eûmes à relever pour cette publication le château desLongueil, et qu’entre nos heures de travail nous parcourions les longues avenues de cette colonie bourgeoise, il nous sou-vient aussi d’avoir été particulièrement frappé de son aspect monotone et triste,
(2) Qu’il nous soit permis, à cette occasion, de rassurer les personnes qui se sont intéressées à l’un de nos plus beauxmonuments français du xvn° siècle,et de leur dire que le chef-d’œuvre de Mansart n’est plus menacé. M. Thomas de Colmar ,avec lequel nous nous sommes longuement entretenu de son château, de son mérite architectural, de son importancehistorique, et surtout de sa conservation à venir, nous a paru fort enthousiasmé du chef-d’œuvre que nous décrivons etqui est devenu sa propriété. M. Thomas de Colmar est bien décidé à ne rien ajouter ni détruire dans le remarquable édificedes Longueil : nous faisons des vœux pour qu’il persiste toujours dans cette louable résolution, qui devra lui conquérirl’approbation de tous les artistes et de tous les gens de goût. Quant à nous, nous ne voulons pas laisser échapper l’occasionqui se présente ici de remercier M. Thomas de Colmar de la bienveillance qu’il nous a témoignée, et des facilités qu’il nousa données de dessiner et de mesurer le merveilleux château de Maisons-sur-Seine .