278 V O Y A G E
gion, soit quils soient aísez stupides pour aimer jusqu à leur escla-vage j soit quils ne sachent où aller, ignorant les Langues étrangè-res , soit enfin quils croient qu’on ne peut être heureux qu’au mi-lieu des neiges de Rufiie. Cent Soldats désertèrent à la vérité dansquelques jours du seul Régiment d’Azow, en 1761 ; mais cesévénements font si rares, qu on doit regarder comme nulle la dé-sertion des Soldats Russes lorsqu’ils font à farinée. Cependant lenombre des Russes qui périssaient par les armes dans la derniereguerre,,réuni à ceux qui meuroient de maladie,étoit si grand, quej'ai connu plusieurs Officiers de cette armée qui étoient convaincusque farinée Russe se renouvellent, pour ainsi dire , chaque an-née. La mortalité , qui a sa source dans les maladies qu’éprou-vent les Soldats, paroît principalement fondée fur les raisons sui-vantes. On a vu à l’article des mœurs 5 c du climat, que le tempé-rament des Russes exige quils prennent des bains de vapeurs deuxfois par semaine (1), Les Officiers Généraux & quelques autresMilitaires font en état d avoir les secours nécessaires pour prendreces bains ; mais il est impossible qu’une armée puisse en jouir : ilseroit même dangereux de les lui procurer si on en avoir les moyens,parce que f armée seroit hors d'état de combattre deux fois par se-maine. Or les Soldats ne pouvant pas faire usage à f armée des bainsnécessaires à leur santé , il est tout simple quils ayent beaucoup demaladies, 5 c qu’il en meure une grande quantité , parce queleurs Hôpitaux font si mal montés, quils n’en méritent pas le nom.Dans les Villes de Pétersbourg 5 c de Moscou, on manque de Mé-decins 5 c de Chirurgiens, à plus forte raison à farinée.
Le Corps des Officiers est peu instruit dans fart de la guerre :cette science aussi vaste que compliquée, suppose une multitudede connoifiances, dont elle est le résultat. La Russie possede à peine
(l) Voyez page