— 195 —
nés, ou que les mouches harcèlent, qu’il reste dans uneimmobilité parfaite, surtout quand trois ou quatre per-sonnes vont et viennent autour de lui! Aussi n’est-cepas sans luttes qu'on a pu y parvenir, et le photogra-phe a eu plus d’une fois à se réfugier avec armes et ba-gages sous sa tente, pour échapper à l’animal furieuxqui labourait le sol de son sabot. Pourtant, qu’on serassure, le sang n’a pas coulé ! et M. Tournachon a puremplir jusqu’au bout la mission qui lui était confiée. Ilest vrai que les modèles, si impatients qu’il fussent,n’attendaient pas longtemps. Souvent une fraction deseconde (nous l’avons vu de nos propres yeux) suffisaitpour que l’image se produisît sur la glace coilodionnée ;jamais la durée de la pose n’a dépassé deux secondes.Et cependant, il faut le dire en toute justice, il seraitdifficile d’arriver à des résultats plus complets, au doublepoint de vue de l’effet artistique et de l’étude des races.
J’ai sous les yeux soixante-dix de ces portraits d’ani-maux, tous appartenant h l’espèce bovine (M. Adrien Tournachon en a fait cent vingt-trois), et, quoique d’uneincompétence radicale en matière d’agronomie, je puis,par le simple examen de ces épreuves, juger des énor-mes différences qui existent entre les sujets de races di-verses. J’avais toujours cru, et je l’avoue en toute hu-milité, qu’un bœuf est un bœuf, comme un chat est unchat. Eh bien, pas du tout ! Il y a entre tel individu ap-partenant à la race de Durham et tel autre faisant partiede la race d’Angus, des dissemblances qui frappent leregard le moins observateur.