DU THEATRE D’ AGRICULTURE.
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sans les remuer que pour en prendre àmanger : croyans que la curiosité de lesrevoir, pour en séparer les pourries d’a-vec les saines ou autre occasion, gastetout le monceau. Ceste façon-ci est aussireceue par aucuns : les pommes sont en-fermées dans des tonneaux défoncés d’unbout, assis sur l’un de leur fond, l’autreregardant en haut ; et parmi elles, estmise de la paille pour les garder de s’entre-froisser : le tonneau est après renfoncési justement, que l’aer n’y puisse entrer,non plus que s’il estoit rempli de vin 3 làles pommes se gardent saines et entières,jusqu’au printemps. Mais plus asseuré-ment et plus longuement se gardent lespommes dans les tonneaux , en ceste ma-nière : sans y mettre aucune paille, l’onles emmoncelle dans le tonneau, les y ar-rengeant doucement l’une après l’autre,sans les presser : puis est le tonneau fer-mé assez grossièrement, sans se soucierde respirer ou non. Ceste curiosité y estad-joustée, que l’humeur que les pommesainsi pressées rendent en suant, est sé-chée avec un linge blanc, avec la sueurostantla cause de leur pourriture. De dixen dix jours l’on les visite , une à une ,curieusement les essuyant, sans les pres-ser , tout doucement les remuant de lieuen autre : ce que réitéré par trois ou quatrefois , et en somme jusqu’à ce qu’on reco-gnoistra les pommes ne suer plus , dontdeschargées de telle humeur nuisible, segarderont sainement de là en hors tantqu’on voudra.
<w nm Chacun consent à ceci, que le lieu au-'garZ à Je, l’°n garde les pommes, doit estrepomme,. tempéré de chaleur et froidure , non hu-mide , ains sec et modérément aéré. Lespommes qui se treuveront cassées quand
l’on les cueillira, non toutes-fois pourries,seront employées en la boisson , l’usagedu pays le portant, ou à tel défaut l’onles couppera à quartiers , puis séchées ausoleil ou au four, serviront au mesnagedurant l’année, les faisant manger parles valets, trempées en vin, ou en potages,ou meslées au pain, avec le blé, réduictesen farine, si l’abondance de tel fruictn’en faict réserver pour les pourceaux.N’est convenable de confire des pommespour la table du seigneur, ni au succre ,ni au miel, ni au vin-cuit : parce que cefruict ne se peut guières bien accommoderà aucune sorte de confiture: très-bien entartellages , buignets et semblables gen-tillesses de cuisine, pour estre mangéincontinent, qui est tout le desguisementqu’il souffre (i36).
En mesme saison que le pommier estplanté le poirier, en mesme sorte : et enmesme façon et temps , est enté etaffranchi, pour la sympathie de leursmoeurs. En ce peu discordent-ils par-en-tr’eux, que le poirier ne monte si haute-ment que le pommier; qu’il aime plusl’aer chaud, que le froid, toutes-foistempéré; qu’il profite plus en terre ten-dante à l’argille , qu’au sablon , telle queles fromens la désirent. Sur lui-mesmes’ente le poirier, sur le pommier aussi,en change de pareille facilité : et ensomme, sur mesmes sujets que le pom-mier se reprend et vit le poirier, commesemblable soin est requis au recueillir etgarder les poires que les pommes : toutes-fois , sous les diversités ci-après repré-sentées. Il 11 ’y a arbre, entre tous les pri-vés, qui tant abonde en espèces de fruicts,que le poirier, dont les diverses sortessont innumérables, et leurs différentes
Poirier .
Où et com-ment le plan •ter et enter.