HISTOIRE NATURELLE
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L’OISEAU-MOUCHE \
De tous les êtres animés, voici le plus élégant pour la forme,et le plus brillant pour les couleurs. Les pierres et les métaux po-lis par notre art ne sont pas comparables à ce bijou de la Nature;elle l’a placé, dans l’ordre des oiseaux, au dernier degré de l’é-clielle de grandeur : maximè miranda in minimis. Son chef-d’œuvre est le petit oiseau-mouche; elle l’a comblé de tous lesdons quelle n’a fait que partager aux autres oiseaux : légèreté,rapidité, prestesse, grâce et riche parure, tout apparlient à ce pe-tit favori L’émeraude, le rubis, la topaze, brillent sur ses ha-bits; il ne les souille jamais de la poussière de la terre, et, danssa vie tout aérienne, on le voit à peine toucher le gazon par ius-tans . il est toujours en l’air, volant de fleurs en fleurs; il a leurfraîcheur comme il a leur éclat; il vit de leur nectar, et n’fiabileque les climats où sans cesse elles se renouvellent.
C’est dans les contrées les plus chandes du nouveau monde quese trouvent toutes les espèces d’oiseaux-mouches. Elles sont asseznombreuses et paraissent confinées entre les deux tropiques; carceux qui s’avancent en été dans les zones tempérées n’y font qu’uncourt séjour : ils semblent suivre le soleil, s’avancer, se retireravec lui, et voler sur l’aile des zéphyrs à la suite d’un printempséternel.
Les Indiens, frappés de î'éciat et du feu que rendent les cou-leurs de ces brillans oiseaux, leur avoient donné les noms derayons , ou cheveux du soleil. Les Espagnols les ont appelés lomi-neios , mot relatif à leur excessive petitesse ; letomine est un poidsde douze grains. J’ai vu , dit Nieremberg, peser au trébuchet unde ces oiseaux, lequel, avec son nid, nepesoit que deux tomines.
1 Les Espagnols le nomment tomineios ; les Péruviens, quinti , selon Garci-lasso; selon d’autres, quindè , et de même au Paraguai ; les Mexicains, huic-zitzil , suivant Ximenès ; boitzitzil dans Hernanilès ; ourissia { rayon il’. 1 so-in ! , suivant IVieremljerg ; les Brésiliens, guaimunbi (ce nom est générique, etcomprend dans jMarcgrave les colituis avec les oiseaux - mouches ; c’est apparem-ment ce même nom corrompu que Lérv et Thevet rendent par goruimbouch , etque les relations portugaises écrivent guanimibique) ; guachichil a la IVou-velle-Espagne, c’est-à-dire, suce-fleurs , suivant Gemelli Cavreri ; en anglais ,humming bird ( oiseau bou rdonnant ) ; en latin moderne de nomenclature, nve/-liiuga ( Brisson ) , trochilus ( Linn.}.