Band 
[Tome second.]
Seite
96
JPEG-Download
 

96

VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MO.NDE.

reçut la visite de son ami le chef Bonassar, quilui raconta comment, pendant son absence, lafortune avait tourné contre lui ; comment lestribus, récemment soumises, sétaient révoltées,et avaient appelé à leur aide, comme auxiliaires,les tribus puissantes des rives du Nanpakab.De, une guerre cruelle et désastreuse. Bo-nassar espérait que le séjour de son ami serviraità rétablir ses affaires ; il ajouta, par voie dinsi-nuation , que ses sujets ne pourraient séloignerdans les montagnes pour aller couper le bois desandal, tant que la défense des côtes nécessite-rait leur présence, et que son intérêt politiques'accordait en cela avec lintérêt commercial ducapitaine. Son accueil, du reste, ne fut aprèscette ouverture ni moins cordial, ni moins francque de coutume.

A celte époque, dailleurs, chaque chef vitienavait à ses ordres quelques Européens , les unsdéserteurs, les autres naufragés sur celte plage.Bien reçus, bien traités, ils avaient pris racinedans le pays. Quelques-uns seulement ayantabusé de linfluence acquise par leurs servicesmilitaires, avaient été égorgés par les peuplesde Bao (Imbao sans doute) ; mais ces représaillessévères ne sétaient exercées que contre troishommes. Intervenant à temps, le roi de Baoavait sauvé les autres de la rage de ses sujets.

Voilà en étaient les choses au momentle Hanter parut. Robson aurait bien voulu oppo-ser des moyens dilatoires à la demande directeet pressante de son ami Bonassar. Il ouvrit sonchargement, et chercha à le poursuivre tantbien que mal; mais la fin de mars était venuesans quil fût fort avancé. Le même argumentdes naturels : « Aidez - nous, nous vous aide-rons ; combattez avec nous, et nous vous don-nerons tout le bois que vous voudrez, » fut in-cessamment articulé et reproduit. Enfin Robsoncéda ; le 1 er avril il mit à la disposition de sesalliés trois embarcations portant vingt fusilierset un petit canon du calibre de deux livres deballes. Réuni à une armée de trois ou quatremille sauvages, ce détachement européen cinglavers la petite île de Nanpakab. On débarqua, onattaqua les natifs, et les armes à feu eurentbientôt décidé la victoire. Nanpakab futévacuée;on y recueillit dix cadavres, dépouilles opimesdu combat. On remonta la rivière ; on incendiatout sur les bords, cases et plantations; puis onrevint camper sur la grève, lon festina avecles corps des vaincus. « Les cadavres des enne-mis, dit le capitaine Dillon, furent éiendus surlherbe et dépecés par un de leurs prêtres. Voilàcomment on procède à celte opération : on

commence par séparer les pieds des jambes, etles jambes des cuisses; ensuite on détache lescuisses des hanches, les mains des avant-bras,les avant-bras des bras , et les bras des épaules.Finalement, la tète et le cou sont séparés dutronc..Chacun de ces fragmens du corps humainforme une pièce de viande que lon enveloppesoigneusement dans des feuilles de bananiervertes, et que lon met au four pour la faire rôtiravec la racine du taro. »

Robson avait rempli les conditions dutraité; mais Bonassar ne les tint pas. Au moisde mai, le chargement de bois était fort peuavancé , quand le Hunier fut rallié au mouillagepar son allège VElisabeth.. Vers cette époqueaussi, les Européens établis à Bao vinrent visiterle capitaine Robson, et celui-ci les engagea,moyennant salaire, à travailler à son service.Malgré ces secours, la besogne allait lentement,et au mois daoût lon avait à peine à bord centcinquante tonneaux de bois de sandal, cest-à-dire le tiers environ de la cargaison. Les insu-laires avaient signifié quils ne pouvaient en four-nir davantage , les forêts étant épuisées. Crai-gnant toutefois la colère du capitaine joué de-puis si long-temps, ils cessèrent de venir à bord,pour ne pas y être retenus comme prisonnierset comme otages.

Robson était furieux; son ami Bonassar lebernait; il sétait fait aider par lEuropéen, aveclintention évidente de ne point laider à sontour. Cétait une mauvaise foi et une roueriedont il fallait tirer vengeance. Robson voulutquelle fût éclatante. Passant sur le cutter mouilléà soixante toises du rivage , il attaqua la flottillede Vaïlea et prit quatorze pirogues ; puis ,ayant besoin dabattre son Elisabeth en caiène,il résolut de ne pas laisser aux natifs une seuleembarcation, afin de leur enlever jusquauxplus petits moyens de lui nuire.

Pour réaliser ce coup de main, il profila delarrivée de deux grandes pirogues de Bao, qui,armées de deux cent cinquante guerriers,étaienlvenues léclamerles Européens au servicede ce roi. Embauchant ces pirogues et leurséquipag s, aidé par des Anglais , des Américainset des Espagnols , ses journaliers depuis quel-ques mois, groupant tous les marins de ses deuxnavires, il se crut assez fort pour tenter unedescente. Le 6 décembre, elle sopéra sous lesordres de M. Norman, second du Hunier.

A terre une première faute eut lieu. Au lieude marcher en troupe serrée , les agresseurs sedivisèrent par petits pelotons de trois ou quatreindividus. Cétait se livrer en détail. Les sau»