338 VOYAGE PITTORESQUE
exploita les environs; on poussa des reconnais-sances intérieures dans toutes les directions.L'élan donné à cette épocjue 11 e fit cjue se conti-nuer depuis, et aujourd’hui la colonie compte30,000 habilans, dont 13,000 sont d’originelibre. Long-temps le gouvernement de Van-Diemen’s Land resta subordonné à celui de laNouvelle-Galles du Sud . C’est seulement en1825 que Van-Diemen devint une colonie indé-pendante, sous la direction d’un lieutenant-gou-verneur; encore celui-ci doit-il prendre les or-dres du gouverneur voisin, dans le cas où cedernier se transporterait olfieiellement sur lesoi de la Tasmanie .
A coté du lieutenant-gouverneur siègent unconseil exécutil' et un conseil législatif. Le pre-mier, composé de quatre membres, réunit lechef de la justice, le secrétaire de la colonie, letrésorier et le chef de la police. Le gouverneurpréside ce conseil et doit prendre son avis pourtoutes les délibérations importantes; en casd’opposition delà part du conseil, le gouverneurpeut passer outre, sauf à exposer ses motifs parécrit au gouverneur de la métropole.
Le conseil législatif est composé de sept mem-bres, dont trois font déjà partie de l’autre, etde quatre autres personnes choisies parmi lesplus considérables de la colonie. A eux appar-tient de consentir les impôts et de discuter leslois : leurs séances sont secrètes jusqu’au mo-ment où la gazette officielle en publie les ré-sultats.
La composition de ce conseil et sa manière deprocéder furent dès l’origine l’objet de récrimi-nations très-vives.- Comme dans la colonie-mère,on vit les hommes indépendans réclamer avecinstance l’établissement du jury et la représenta-tion nationale. Des journaux libéraux, organesde l’opinion opposante, formulèrent à leur tources plaintes en polémique quotidienne. Mais,jusqu’ici, tous ces efforts sont restés comprimésdans ces terres lointaines ; on a perséculé leshommes les plus ardens, et tué, à force d’a-mendes, les feuilles les plus opiniâtres; le malsubsiste.
L’ile de Van-Diemen a été divisée, par les ha-bilans actuels, en deux grandes parties, savoir :le comté de Buckingham, partie méridionale del’île, dont IIobart-Town est la capitale ; et lecomté de Connvall, comprenant le nord de l’îleet la capitale Launceslon. Ces deux divisionsont pour limites le lit de la rivière Macquarie,dans la partie qui se rapproche de sa source.Jusqu’ici les établissemens des Anglais ont pres-que tous été,agglomérés dans la bande centrale
AUTOUR DU MONDE.
de l’île, la plus fertile et la plus habitable. Lesrégions voisines des côtes orientale et occiden-tale sont en grande partie couvertes de mon-tagnes impénétrables qu’occupent des tribus in-digènes.
Quelque temps après la fondation de la co-lonie, les naturels essayèrent de se lier avec lesnouveaux venus ; mais, par un malentendu fâ-cheux, l’officier qui commandait en ce momentles accueillit à coups de canons et de fusils : plu-sieurs de ces malheureux furent tués ou blessés.A la suite d’un accueil pareil, les insulaires con-çurent pour les Anglais une haine profonde, etrepoussèrent toutes les avances qu’on voulut leurfaire par la suite : retranchés dans des lieux pres-que inaccessibles, ils n’en sortirent plus quepour exercer des actes de vengeance et de pil-lage. Aujourd’hui que la domination anglaise apris dans cette contrée de plus grands dévelop-pemens, ces agressions de la part des sauvagesse font plus rares de jour en jour. Chaque jourles Tasmaniens reculent devant la civilisationeuropéenne , et il arrivera que, dans quelquesannées, l’on cherchera vainement un seul indi-gène sur l’ile. Déjà leur nombre est, dit- 011 , ré-duit à 2,000.
Ces indigènes, simple variété de la famillemélanésienne , se rapprochent par tous leurscaractères des races déjà décrites de l’Australie .Les mœurs, les habitudes, le genre de vie, toutest à peu près identique : seulement les Tasma niens ont, en général, le teint plus foncé, lescheveux plus crépus, et meme laineux, si l’on encroit quelques voyageurs (Pl. XXIX— 5 etXLII—3). Lâchasse et la pèche fournissent leursubsistance, surtout la pèche des crustacés et descoquillages. Les Anglais ont observé que chaquetribu reconnaissait pour chef un homme auquelles autres accordaient une véritable obéissance.Pour traverser les rivières et les bras de mer,ils se servent de radeaux ou catimarons formésde troncs d’arbres assemblés et réunis ensembleau moyen de traverses plus menues assujettiespar des liens d’écorce. Ces radeaux, montéschacun par dix personnes, sont habilement ma-nœuvrés à l’aide de pagaies. On les fabriquequand on en a besoin ; puis on les abandonnesur la plage.
Les deux sexes vont nus, quoique parfois,comme leurs voisins de l’Australie , ils se cou-vrent dans l’hiver de petits manteaux en peauxde kangarous cousues ensemble. Les femmessurtout conservent plus habituellement ce vête-ment qui s’attache sur les épaules, et qu’unecorde maintient autour des reins. Quoique les