c’est à M. Mallet qu’ou est redevable, en France dumoins, des améliorations considérables qu’a subies cettepartie (le la fabrication du gaz.
Parlons d’abord de l’eulèvement des sels ammonia-caux contenus dans le gaz.
En privant le gaz d’ammoniaque on obtient les ré'sultats suivants : 1° l’ammoniaque qui vient nuire à lapuissance éclairante du gaz, et qui, en se transformantpartiellement par la combustion du gaz en acide azo-tique (1), agit d’une manière énergique sur notre orga-nisation, est totalement absorbé; 2 U la chaux bu toutautre oxyde, en présence de l’acide hydrosulfuriquc,enlève beaucoup plus facilement au gaz la totalité dece produit, toujours délétère, soit qu’il se transformeen acide sulfureux par la combustion du gaz, soit qu’ilagisse comme acide hydrosulfurique dans les fuites degaz; 3° les eaux des citernes des gazomètres ne sontplus ammoniacales, et les infiltrations dans les puitsenvironnants moins à redouter; 4° l’absorption del’ammoniaque rend bien moins fréquentes les obstruc-tions des tuyaux de conduite parla naphtaline et au-tres produits similaires, car une portion delà naphtalinen’est contenue dans le gaz qu’en dissolution, pour ainsidire, à la faveur de l’ammoniaque; quand on enlève l’am-moniaque dans l’épuration, la naphtaline en questionse dépose dans la substance absorbante; sinon cettenaphtaline va se déposer plus loin, alors que sous cer-taines influences de température ou d’humidité 1 am-moniaque se condense, dépôts toujours à redouter,qu’ils se forment dans l’intérieur de l’usine ou au de-hors. Quand ces dépôts se produisent, on lance dansles tuyaux de la vapeur qui dissout, entraîne la naph-taline et Peau de condensation qu’on a soin de retirerencore chaude, la plus chaude possible; 5° le gaz,privé d’ammoniaque et d’acide hydrosulfurique, n’at-taque plus les conduites des rues, ni les compteurs,ni les appareils d’éclairage, ce qui se produit très éner-giquement avec du gaz mal épuré ; le gaz brûle avecune flamme plus blanche en donnant peu do fumée,même quand la flamme est portée à une hauteur de'12 à 45 centimètres; 6° la chaux n’exhale plus l’odeurd'ammoniaque caustique, qui gêne les ouvriers qui re-nouvellent les cuves; 7° il faut beaucoup moins dechaux pour épurer; aussi dans des épurations métho-diques, dont nous parlerons tout à l’heure, I hectol.de chaux suffit pour épurer complètement 1,500 mè-tres cubes de gaz environ.
On peut pour absorber l’ammoniaque employer 1° leprocédé par la voie humide, 2° le procédé par la voiesèche,
1° Voie humide. C’est M. Mallet qui a le premier ap-pliqué ce procédé au moyen des dissolutions métalli-ques neutres, et indiqué le premier la dissolution dechlorure de manganèse comme la plus économique.Le chlorure de manganèse étant le résidu de la fa-brication du chlore, se trouve en grande quantité et àun prix d’autant plus bas qu’il est, pour les fabricantsde chlorures décolorants, un produit encombrant, dontils ne peuvent souvent se débarrasser qu’au détrimentde la salubrité publique.
Il s’opère entre les sels métalliques et les sels am-moniacaux une double décomposition; il se forme unsulfate ou un hydro-chlorate d’ammoniaque soluble, etil se précipite du sulfure et du carbonate de fer ou de^manganèse. Les dissolutions épurantes sont placéesdans trois laveurs en fonte nécessairement disposés encascade. Pourobtenirunlavageméthodique, on asoin dediviser les gaz en bulles ; il suffit d’exercer sur chaquelaveur une pression de 2 à 3 centimètres pour opérerl’absorption. Les laveurs sont munis d’agitateurs pour
empêcher le précipité d’adhérer à la fonte. Ces laveursportent, comme les lavcursàeau, un trop plein pourem-pêcherla pression de dépasser la hauteur déterminée. Leslaveurs doivent être munis de robinets placés un peu au-dessous du niveau du liquide, afin de pouvoir à chaqueinstant connaître le degré de saturation du liquide.C’est toujours du premier laveur qu’on extrait les dis-solutions; lorsque celui-ci est vide, on le remplit avecla dissolution contenue dans le second laveur; on rem-plit celui-ci au moyen du troisième qui, à son tour,reçoit une dissolution nouvelle, afin que le gaz ren-contre toujours en premier lieu le liquide le plus saturéet qu’il achève de s’épurer dans le liquide qui possèdeencore toute son action. Ce liquide ne doit point êtreacide : on neutralise facilement avec les eaux ammo-niacales les dissolutions du manganèse qui sont tou-jours acides.
Au lieu de chlorure de manganèse on peut aussi em-ployer une dissolution de sulfate de fer de qualité in-férieure, la petite couperose qui coûte 6 fr. environ les400 kil. M. Mallet a, avec raison, rejeté, par des mo-tifs très bien déduits dans sa notice sur l’épuration,l'emploi des acides pour absorber l’ammoniaque; per-sonne n’y songe plus aujourd’hui.
Le procédé des dissolutions métalliques neutres esten application depuis longtemps dans plusieurs usinesà gaz; celles de Saint-Quentin , Douai , Roubaix etTourcoing , Bruges , Courtrai , Saint-Josse-Ten-Noode (Bruxelles ), Gratz , etc.
2° Voie sèche. Dès que la pratique de plusieurs an-nées eut démontré l’efficacité du procédé que nousvenons de décrire, M. Mallet trouva des imitateurs etdes concurrents. Pour faire autrement (et quand ils’agit d’un brevet à tourner, c’est un point important)et aussi pour employer une pression moindre que celledes laveurs, pression de 6 centimètres; pour éviterdans les usines à gaz les manipulations des liquides etrester dans les habitudes des employés, plusieurs chi-mistes proposèrent de substituer la voie sèche à la voiehumide. Nous ne parlons pas du but d’éviter des appa-reils nouveaux, car il est reconnu aujourd’hui sans con-testation que pour arriver à un bon résultat, il faut descuves pour arrêter l’ammoniaque et d’autres cuvespour arrêter l’acide hydrosulfurique.
En 1847, M. Johnson, chimiste anglais , conseillade placer sur les claies ou grilles des épurateurs de lasciure de bois mélangée intimement avec du sulfate defer pulvérisé, égrugé, le tout suffisamment mouillépour rendre plus efficace l’action du sulfate de fer dis-sous dès lofs en petite partie. Il faut six à huit couchesde cette matière pour arrêter complètement l’ammo-niaque. Ce procédé a été essayé et employé à l’usineà gaz de la Compagnie de l’Est à Paris ; la théorie del’opération est absolument la même que celle donnéeplus haut.
A peu près dans le même temps, M. R. Laming,aussi chimiste anglais , fit usage de sciure de bois im-bibée d’une dissolution concentrée de chlorure do cal-cium (muriate de chaux). L’expérience a démontré que,contrairement à la théorie, on pouvait avec cet agentenlever toute l’ammoniaque du gaz ; le sulfhydrated’ammoniaque contenu dans le gaz est décomposé parl’acide carboniquelibre ettransformé en carbonate d’am-moniaque sur lequel le chlorure de calcium peut agir,tandis qu’il n’exerce aucune action sur le sulfhydrate.Dans cette réaction, due probablement à l’affluité duchlorure de calcium pour le carbonate d’ammoniaque,l’acide hydrosulfurique de l’hydrosulfate est mis enliberté et va se joindre à celui qui existe déjà dans legaz.
Le chlorure de calcium qu’emploie M. Laming esttoujours mélangé d’une quantité notable de chlorumde manganèse,, substance spéciale du procédé Mallet.