HISTOIRE DES GAULOIS. Liv. IV. Cn. XIII. H7
blent avoir renchéri sur cette Coutume, dont songine semble plutôt duë Sect. H.à la cauíe <jue nous avons indiquée dans notre derniere Note, qu’à quel* P-eUgintque sainteté, ou vertu extraordinaire, que le Pere des Croyans,ou quel- j" s tíau 'ques-nns de ses descendans, ayent attribuées à ces arbres ; au*lieu que chez -les Celtes & les Gaulois, \e Chêne étoit un emblème Sacré* H comme leséjour particulier de la Divinité. Le Guy du Chene etoic tenu parmi eux Et pourpour un remède universel, qui guériíïòit tous les maux tant internes qu’ex- lt Guy.ternes, & qui produisoit les plus salutaires effets, même quand il étoitdonné à des animaux destitués de raison *. Les feuilles, ou quelques pe-
tites
mais auíïî par une effet de la vénération duë aux Patriarches, qui avoient habité & offertdts sacrifices fous ces arbres. Jacob fit enterrer la nourrice de fa chère Racbel fous un.Chêne, & lui-même enfouît fous un autre Chêne les Idoles de ses enfans (r). Ce dernierarbre devint fameux parmi les Sicbémites (2), probablement â cause que Josué plaça au-des-fous de ce Chêne une pierre, en mémoire de l’alliance qu’il venoit de xenouveller entreDieu & les Israélites (z).
Ce refpeét dégénéra avec le tems en superstition, non feulement parmi les Juifs , maismême parmi les Chrétiens, & les Mahométans. Pour ce qui est des premiers, ils fe dés-honorèrent par leur criminelle habitude de sacrifier & de brûler de l’encens dans leurs Bô-cages, & dans la fuite fous chaque Chêne, & fous tout arbre verdoyant (4). Et par rap-port aux autres, nous avons observé dans un autre Tome, en parlant des Chênes fous les.quels Abraham habitoit,qu’on les montroit encore du tems de Constantin , & que les Chré-tiens, les Turcs , & même des Payens, venoient les voir par un principe de dévotion (5).
* Nous citerons à cette occasion un passage de Pline (ô), qui nous a paru très-curieux :
„ Les Druides, dit-il, qui font chez les Gaulois ce que les Mages font ailleurs, n’ont„ rien de íì sacré que le Guy, & l’Arbre qui le porte, pourvu que ce soit un Chêne. Auffi„ ont-ils de cet arbre une si haute idée, qu’ils ne font pas la moindre cérémonie fans por.
„ ter une couronne de feuilles de Chênes, & c’est apparemment du nom que les Grecs don-„ nenc â cet arbre que vient celui de Druides. Au-reste, ces Philosophes tiennent quer tout ce qui naît fur cet arbre vient des Cieux, L que c’est une marque évidente que„ Dieu même l’a choisi.
„ Le Guy est fort difficile à trouver ; quand on l’a découvert les Druïdes vont le cher-„ cher avec des fentimens mêlés de respect, c’est en tout tems le sixième jour de Ja Lune :
« jour si célébré parmi eux,qu’ils Pont marqué pour être le commencement de leurs mois,
« de leurs années, & de leurs siécles mêmes, qui ne font que de 30 ans. Le choix qu’ils„ font de ce jour, vient de ce que la Lune a alors assez de force, quoiqu’elle ne soit pas„ encore arrivée an milieu de son accroissement. Enfin ils font si fort prévenus en fa.
», veur de ce jour, qu’ils lui donnent un nom en leur Langue, qui signifie qu’il guérit den tous maux.
„ Loifque les Druïdes ont préparé fous l’arbre tout l’appareil du Sacrifice & du Festin„ qu’ils doivent y faire, ils font approcher deux Taureaux blancs, qu’ils attachent alors ',, par les cornes pour la première fois. Ensuite un Prêtre, revêtu d’une robe blanche,
„ monte sur l’arbre, coupe le Guy avec une faulx d’or, & on le reçoit dans un Sttgumf , blanc. Gela est suivi de Sacrifices que lés Druïdes offrent, en conjurant Dieu de faire-, que son présent porte bonheur è ceux qui en seront honorés.
»> Au surplus , ils tiennent que l’eau du Guy rend féconds les animaux stériles qui en-» boivent, ct qu’elle est un remède spécifique contre toutes sortes de poisons. Ce qui prou-», ve que ja Religion des hommes n’a souvent pour objet que des choses frivoles ”,
f D Gen. XXXV.
fr) Judic. ix.
(?) Jos. XXiv.
(+) 2 Rois XVI. f. Esai. LVI.
s, &c. Jeiem.
II. îo. Osée IV. 1*. Judith III. *.fj) Hic supr. T. II. p. 107, & alib.( 6 ) Hist. Nat, L. XVI. c. 44.