HISTOIRE DES LACEDEMONIENS. Liv. L Ch. XIX. 667Archidamus succéda à son Père Eudamidas , comm q Aréus, Père d ’Acro- Histoiretate, fit à son Grand-Père Cléomène, non sans difficulté, Ion Oncle Clêony-des Lacé-me soutenant que le Trône lui appartenoit; mais Je Peuple préféra au frè- démaiens.re cadet le fils du frère aine. Cléonyme cependant se retira à la Cour dePyrrhus, qu’il amena dans son Pays avec une Armée pour soutenir fa cause, mus bquoique le Sénat & les Ephores fussent disposés à lui accorder toutes les con- Aréus Roisditions raisonnables qu’il pouvoit exiger. Les Spartiates envoyèrent Der- ^ Sparte.cyllidas au devant de lui jusques fur les frontières, pour lui reprocher l’injus-tice de son invasion : mais Pyrrhus lui fit dire par un de ses Courtisans, qu’ileût à faire savoir au xLacèdémoniens, qu’ils reçussent leur Roi Cléonyme, ouqu’il leur feroit sentir qu’ils ne valorem pas plus que d’autres hommes. Sei-gneur , répondit Dercyllìdas , fi votre Maître eji un Dieu, nons ne le craignonspoint , parée que nous n avons fait aucun mal : S s’il est Homme , nous ne lecraignons pas non plus , parce que nous sommes autant que luì (a). Cette expé-dition pensa achever la ruine de Sparte; la perte qu’elle lui causa, ayantété plus grande que toutes celles qu’elle avoit essuyées de la pari; à'Epami-nondas. C’est ce qui nous oblige à en donner ici un récit détaillé. Pyrrhusavoit avec lui 20000 hommes d’Infanterie, 2000 chevaux, & 24 éléphans.
Aréus se trouvoit alors en Crète, & la défense de la Ville étoit principale-ment confiée à son fils Acrotate , dont les amours avoient en grande partiedonné lieu à cette guerre; car il avoit débauché Chélidonide, épouse de sonOncle Cléonyme, qui, entre autres raisons, avoit à cause de cela mêmepris le parti de se retirer auprès de Pyrrhus, qu’il accompagna dans cetteexpédition. Quand ils arrivèrent aux environs de Sparte, oíi l’on ne les at-tendoit guères, les Citoyens se flattant que leurs Ambassadeurs auroient ob-tenu la pai x,Pyrrhus fut informé que le Peuple étoit dans une telle conster-nation, & la Ville fi mal pourvue , qu’il n’auroit aucune peine à s’en ren-dre maître; ce fut à l’entrée de la nuit qu’il reçut ces nouvelles. Cléonymeauroit souhaité qu’on se fût mis en marche à l’instant même ; mais le Roicraignant que les Soldats ne profitassent de l’obscurité pour s’appropriertous les Trésors de Sparte, ne voulut pas faire d’attaque avant le jour: dé-lai fur lequel les Spartiates comptoient si peu, que les Ilotes préparoientdéjàle souper dans la maison de Cléonyme , ne doutant pas que Pyrrhus n’y vîntloger. Mais quand on fut que les Soldats avoient dressé leurs tentes prèsdes murailles, le Sénat s’assembla pour examiner s’il y avoit encore quelquechose à faire. La prémière résolution qu’on prit, fut de faire passer au-plutôt les femmes en Crète: mais cette résolution ayant été sue, les DamesLacèdêmoniennes s’assemblérent, & députèrent Archidamie au Sénat. CetteHéroïne entra dans l’Assemblée i’e'pée à la main, & tint ce discours auxSénateurs: Pourquoi, Seigneurs ,avez-vous assez mauvaise opinion des femmes deSparte, pour croire qu’elle s puissent survivre à la liberté de leur Patrie ? Au-lieude délibérer sur s endroit qui pourroit nous servir de retraite, soyez persuadés quenous sommes prêtes à tout entreprendre pour le salut de notre Pays (b). Auffi-tôtil fut arrêté qu’on tireroit une tranchée parallèle au Camp des Ennemis pourleur disputer l’approche de la Ville, & qu’on garniroit les extrémités de la
([b ) Plutarch. in vit. Pyrrh.
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(a') Plut. in Apopht.