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piémontaise. D'après le pittoresque récit d’un olficier, voici de quellemanière la première alerte fut donnée dans le camp français .
Il était onze heures du matin; celles de nos troupes qui campaient, àdeux portées de fusil, en avant de Yoghcra, déjeunaient, assises en rond,par escouade, autour d’une large marmite où quelques tranches de lardnageaient dans un bouillon copieux, mais léger. Tout à coup, on entenditdes décharges de mousqueterie qui venaient des hauteurs de Casteggio.
On se lève avec rapidité, on écoute, on regarde ; de nouveaux coups defusil retentissent dans la même direction. On saute sur les armes et onattend. Cependant les coups de feu semblaient se rapprocher, sans qu’onput rien apprendre de ce qui se passait.
Soudain le Qui vive? des sentinelles avancées se fait entendre; il estrépété par les grand’gardes ; puis un cavalier lancé au galop, tète nue,couvert de sang et de boue, passe, rapide comme l’éclair, en criant : Auxarmes! les Autrichiens ! C’était un officier de cavalerie piémontais ; cou-ché sur les crins de son cheval, il lui labourait les lianes à coups d’épe-rons ; son sabre nu pendait au poignet droit. 11 disparut au tournant duchemin, courant à bride abattue vers Yoghera.
Cinq minutes après, les clairons sonnaient le rappel au camp, et le gé-néral Forey, accompagné de trois aides de camp, partait ventre à terredans la direction de Ginestrello. Le 17 e bataillon de chasseurs parut bien-tôt, marchant au pas gymnastique.
Averti, en effet, par l’officier de cavaleiie piémontais de ce qui se pas-sait à Casteggio, le général Forcy s’était immédiatement porté avec rapi-dité aux avant-postes, sur la route de Montebello, avec deux bataillons du74 e de ligne, qui étaient destinés à relever deux autres bataillons du 84 ede ligne cantonnés sur cette route, à la hauteur de la Madura.
En même temps que le général Forey accomplissait de sa personne cemouvement en avant, il faisait prendre les armes aux autres troupes desa division, qui, après s’être réunie en avant du pont de la Staffora, semit en marche tout entière, ayant en tète la (3 e batterie du 8 e régimentd’artillerie.
Cependant le général Forey était arrivé à un petit pont construit sur leFossagazzo. C’est là que se trouvait l’extrême limite des avant-postes de1 armée française. Il fit mettre en batterie une section d’artillerie, appuyéeà droite et à gauche par deux bataillons du 84 e de ligne, bordant le ruis-seau avec leurs tirailleurs.
Le corps d’armée autrichien, placé sous le commandement du comtede Stadion, fort de vingt-quatre mille hommes, était échelonné sur toutesles hauteurs qui dominent la route, dans une position formidable. Ce corps