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HISTOIRE DES PAPES.
[XVII. S.]
Marie de Médicis suivit les conseils du prélat : une nuit,elle descendit par une échelle de cordes d’une des fenêtres deson appartement, qui était à plus de cent vingt pieds du sol;elle traversa les fossés accompagnée d’une seule de sesfemmes, du comte de Brennes, son premier écuyer, de deuxexempts de ses gardes ; puis elle gagna un carrosse qui étaitau delà du pont, et qui la conduisit à Montrichard, où lecardinal la Valette l’attendait avec quarante gentilshommesqui l’escortèrent jusqu’à Loches . Dans le trajet, sa petitetroupe se trouva renforcée de deux cents chevaux que luiamena le duc d’Épernon ; enfin elle quitta la ville de Loches et vint établir sa résidence dans le château d’Angoulême ,qui se trouva dès lors le rendez-vous obligé de tous les mé-contents du royaume.
Cette fuite de la reine-mère causa un grand trouble à lacour. Luynes, effrayé des conséquences qui pouvaient ré-sulter pour lui du triomphe de Marie de Médicis , persuadaau roi que l’intérêt de sa couronne exigeait qu’il réprimâtla rébellion dans son principe et avant que les insurgéseussent réuni toutes leurs forces; qu’en conséquence il étaitd’avis qu’il vînt assiéger la reine dans son château d’An goulême . Ce conseil fut très-goûté du monarque, mais nonde la nation ; et le duc de Luynes avait tellement renduodieux le gouvernement de Louis'XIII , que ceux mêmes quiavaient applaudi à l’emprisonnement de Marie de Médicis au Louvre, à son exil à Blois , se prirent à la regretter. Detoutes parts on cria au scandale, et l’on approuva hautementle duc d’Épernon de l’appui qu’il avait prêté à Marie de Médicis pour la faire évader de sa prison.