CHAPITRE IV. 45
toute sa politique. Bernadotte paraît entraîné :tous les jours il se montre au lever de l’em-pereur avec son fils, se mêlant aux autrescourtisans. Par ces marques de déférence, ilpénètre dans le cœur de Napoléon . Il va par-tir, mais pauvre. L’empereur ne veut pas qu’ilse présente au trône de Suède ainsi dépourvuet comme un aventurier : il lui donne géné-reusement deux millions de son trésor ; il ac-corde même à la famille du nouveau princeles dotations que celui-ci ne pouvait plus con-server comme prince étranger ; enfin ils seséparent satisfaits.
Mais les espérances de Napoléon sur l’al-liance de la Suède s’étaient accrues de ce choixet de ses bienfaits. D’abord, la correspon-dance de Bernadotte fut celle d’un inférieurreconnaissant ; mais, dès ses premiers pashors de la France , se sentant comme soulagéd’une longue et pénible contrainte, on ditque sa haine contre Napoléon s’exhala en dis-cours menaçans : vrais ou faux, ils furent dé-noncés à l’empereur.
De son côté, ce souverain, forcé d’êtreabsolu dans son système continental, gène lecommerce de la Suède ; il veut exclure jus-qu’aux vaisseaux américains des ports de ceroyaume ; enfin il déclare qu’il ne reconnaîtplus pour amis que les ennemis de la Grande-Bretagne. Bernadotte fut forcé de choisir :l’hiver et la mer le séparaient des secours ou