CONVENTION NATIONALE.
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pointés sur la convention, qui recule, entre dans le jardin, le tra-verse et se présente à plusieurs passages qu’elle trouve égalementfermés. Partout les soldats sont sous les armes; Marat parcourtleurs rangs, il excite, il encourage les insurgés : « Point de fai-» blesse, leur dit-il; ne quittez pas votre poste qu’on ne vous les» ait livrés. » La convention rentre alors dans l’enceinte de sesséances, accablée de son impuissance, convaincue de l’inutilité deses efforts, et tout à fait asservie. L’arrestation des proscrits n’estplus combattue. Marat , vrai dictateur de l’assemblée , décide sou-verainement du sort de ses membres. « Dussaulx, dit-il, est un» vieillard radoteur, incapable d’être chef de parti ; Lanthénas est» un pauvre d’esprit qui ne mérite pas qu’on songe à lui ; Ducos» n’a eu que quelques opinions erronées, et ne saurait être un chef» contre-révolutionnaire. Je demande qu’on les excepte et qu’on les» remplace par Yalazé. » Et l’on retranche de la liste Dussaulx,Lanthénas , Ducos, et l’on y ajoute Yalazé. La liste fut ainsi arrêtée,sans que la moitié de l’assemblée prit part au décret.
Voici les noms de ces illustres proscrits. On décréta d’arrestationles Girondins Gensonné, Guadet , Brissot , Gorsas , Pétion , Ver-gniaud, Salles, Barbaroux , Chambon , Buzot , Birotteau, Lidon,Rabaud , Lasource, Lanjuinais , Grangeneuve, Lehardy, Lesage,Louvet, Valazé , le ministre des affaires étrangères Lebrun , le mi-nistre des contributions Clavières, et les membres des Douze,Ifervelegan, Gardien , Rabaud-Saint-Étienne, Boileau, Bertrand,Vigée , Molleveau, Henri La Rivière, Gomaire et Bergoing. Laconvention les mit en détention chez eux, et les plaça sous la sauve-garde du peuple. Dès ce moment, la consigne qui retenait l’assem-blée prisonnière fut levée, et la multitude s’écoula; mais, dès cemoment aussi, il n’y eut plus de convention libre.
Ainsi succomba le parti de la Gironde , parti illustre par degrands talents et de grands courages, parti qui honora la répu-blique naissante par l’horreur du sang, la haine du crime, ledégoût de l’anarchie, l’amour de l’ordre, de la justice et de laliberté; parti mal placé entre la classe moyenne, dont il avait com-battu la révolution, et la multitude, dont il repoussait le gouver-nement. Condamné à ne pas agir, ce parti ne put qu’illustrer unedéfaite certaine par une lutte courageuse et par une belle mort. Acette éqoque, on pouvait avec certitude prévoir sa fin : il avait été