*** M» . s V : <* 3 , Wï- ' .Ms* . r. • * ••Mr*'*í. -r îè 34j# 4T>* *J5f-. v/, è_ w STAND0R1 + COURS D’ARCHITECTURE, O u TRAITÉ De la Décoration, Di(lribution & Conftruclion DES BÂTIMENTS; C ON T ENA-N T Les Leçons données en 1759, 8c les années suivantes, par J. F. Blondel , Architecte, dans son Ecole des Arts. Publié de Caveu de /’ Auteur , par M. R * * *. TOME SECOND. 3PA. JBLX S Chez D ES ain T, Libraire, rue du Foin-S.-Jacques. ♦i --— = ■ ■= M D C C L X X I. Avec Approbation , 6* Privilège du Roi. •V > I AVANT - PROPOS. O U PRÉCIS DES REGLES CONTENUES DANS LE VOLUME PRÉCÉDENT. Suivi d'une Dissertation sur la NÉCESSITÉ DE L'ÈTUDE DES ORDRES d'Architecture. Nous avons cru intéressant pour nos Elevés de placer à la tête de ce second Volume, un précis des objets contenus dans le précédent ; cette récapitulation rapro- chera les idées des Lecteurs, & mettra les préceptes dans un plus grand jour : on se rappellera sans doute que pendant trente années, nous en avons usé ainsi dans nos Leçons. Cette méthode qui a été accu-uillie assez généralement, nous a déterminés à suivre ici la même marche ; ce Cours d’Architecture n’étant autre chose qu'un corps de Leçons, telles que nous les donnons encore dans nos Ecoles. On fait que pour les lier les unes avec les autres, nous observons, au commencement d’une conférence, de récapituler sommairement ce que con- tenoit la précédente , & à la fin de cette même conférence de donner une indication de celle qui doit suivre. Cet enchaînement qui nous a toujours réussi, nous a T orne. 11. » lj ê A V AN T - P R O P 0 S. inspiré d’observer le même procédé dans l’imprefsion de notre Ouvrage 5 nous en userons.de même à la tête de chaque Volume , ces précis aideront la mémoire de nos Eleves encore peu versés dans cette science, & faciliteront à ceux qui sont déja avancés une étude plus particulière de l’Ouvrage entier. Précis de l’Introduction du premier Volume. Cette Introduction a eu pour objet l'hdtoire de l’Architecture , de la Sculpture , de la Peinture & de l’Art du Jardinage. Cet Abrégé a dû nous donner une notion préliminaire des beaux Arts en général, 8c particulièrement nous apprendre à (Tistinguer exactement l’ Architecture antique, ancienne , gothique Lc moderne ; il a du nous indiquer la révolution des siècles , la prospérité des grands Princes qui ont íu mettre en vigueur les beaux Arts, Lc les Artistes célébrés dans tous les genres qui s’y font signalés? nous y avons fait sentir que Í’hiítoire en général doit être sue de tous les hommes bien nés, que celle des beaux Arts, utile à l’Amateur qui se propose d'en acquérir les connoiíîances, eít indispensable aux jeunes Architectes qui veulent exceller dans leur Profession, 6c éyl-» Avaxt-Propos. ÎÏJ ter à l’avenir de répandre dans leurs Ouvrages un mélange indiscret de plusieurs sortes d’Architectures, mélange nuisible au caractère de l’ordonnance , &: plus souvent encore à la convenance de TEdifice , le premier mérite de l’Architecture. On trouve auílì dans cette Introduction une dissertation qui donne à con- noître futilité de l’Architecture & fa prééminence fur tous les autres Arts libéraux qifelle associe à íes besoins. Cette dissertation eít íuivie des moyens d’acquérir les talents nécessaires d un Architecte : nous invitons nos Eleves à se rappeler souvent les avis que notre expérience nous a suggéré de leur y donner. Chapitre Premier. Dans ce premier Chapitre nous avons parlé de l’origine des ordres , source dans laquelle il saut puiser le choix qu’on en doit faire pour la décoration des façades de nos Bâtiments. Ce que nous avons dit à ce sujet a du nous conduire d l’esprit de comparaison, nous accoutumer d regarder les Grecs comme les inventeurs de la belle Architecture les Romains comme leur plus parfaits imitateurs. Les discussions dans lesquelles nous sommes entrés d cet égard ont du nous convaincre que c’ell fur le a ij !v Avant-Propos. goût de ces deux Nations éclairées que l’Architecture Françoise s'est formée dans le dernier siecle , 6c qu’elle s’acquiert tous les jours un rang distingué chez les Nations impartiales 6c non prévenues. De l’origine des cinq ordres nous avons passé à ceux connus fous le nom de Cariatides 6c de Persi- ques, nous avons auíîì parlé des ordres symboliques, des colonnes torses , des étages attiques, 6c nous avons traité de supplication plus ou moins judicieuse qu’on peut faire de ces découvertes du second j^enre, ainsi que des autorités des grands Maîtres à ce sujet, dans l’intention qu’elles puissent servir de guide aux jeunes Architectes, en leur enseignant néanmoins la prudence avec laquelle ils doivent user de ces derniers objets, qui ne peuvent être regardés que comme des resiources, tendantes à déterminer plus précisément le caractère de chaque Edifice. Chapitre II. Ce Chapitre a eu pour objet les préceptes de l’Art, puisés dans les différents caractères 6c les diverses expressions des ordres Toscan, Dorique, Ionique, Corinthien 8c Composite. Nous avons présenté leurs divisions générales selon Vignole , ensuite selon Palladio 6c Scammozzy. Nous avons ÂVANT-PfOPOS. V Fait remarquer pourquoi Vignole a été le plus univeríèllementíuivi enFrance. D’après les différents caractères des ordres , nous leur avons assigné des places convenables dans l’Architecture Civile, Militaire 8í Navale, & nous avons fait voir combien il étoit nécessaire d’en faire un usage prudent dans la décoration de nos Bâtiments d’ha- bitation ; leur présence dans ces Edifices, n’ossrant le plus souvent que de petites parties, 8c amenant presque toujours fur la ícene, une fuite d’ornements contraires à leur destination. Après avoir indiqué leurs mesures générales , nous avons parlé des moulures ; nous en avons reconnu de íèpt eípeces, 8c fait voir combien chacune d'elles pouvoir recevoir d’exprelsions différentes, lorfquelles étoient distribuées dans les diverses ordonnances des Edifices par un Artiste intelligent. Nous avons insisté fur la nécessité de cette étude 8c prouvé que l’art de profiler devenoit une partie essen- cielle des connoissances 8c de la méditation de l'Architecte; que presque tous les anciens ont excellé dans cette partie de l’Archi- tecture , 8c que chez nous les deux Man- íàrds, Libéral Bruant, 8c Bullet, íònt les Architectes du dernier siecle qui fe font le plus signalés dans cette branche de l’Arr. Apres avoir parlé de la maniéré de tracer a ui vj A'y A N T - P R O P o s. avec goût les moulures, nous avons pris loin dans plusieurs planches,de donner leurs constructions géométriques , pour faire marcher l’Eleve d’un pas égal dans la Théorie & dans la Pratique. Nous avons aussi traité des ornements qu'o n peut appliquer fur chacune de ces moulures ; èc pour hâter i’expérience de nos jeunes Artistes stir l’alTemblage de ces différents membres, nous avons donné en particulier les entablements de Vignole, de Palladio &. de Scammozzy, íur lesquels nous avons tracé des profils detcteshumaines, qui indiquent par les differentes parties de ces diverses corniches , combien le profil de Vignole l’emporte fur ceux de ses contemporains $ ce qui se conçoit facilement par la com- paraiíon qu’on peut faire de ces trois têtes tracées avec fidélité fur les profils des entablements de ces Auteurs. Ensuite nous sommes entrés dans le dénombrement des divers membres attribués à l’ordre Toscan par Vignole , nous avons donné les mesures générales & particulières du piédestal, de la colonne & de l’entable- ment. A propos des piédestaux , nous avons prouvé que ce soutien de l’ordre est une innovation des Modernes ; que Vignole applaudi en toute autre occasion, a été blâmé, même par la plupart des Sectateurs A V AN T - P R c P o s. vîj 3e Vitruve , pour avoir donné aux piédestaux le tiers de la hauteur de l’ordre, quoique Debrollé l’ait imité &: même furpaslè dans l’ordre Toscan du Luxembourg. Nous avons examiné après cela si tous les membres de ce piédestal étoient relatifs au caractère de Tordre ; n’en ayant pas été satisfaits, nous y avons proposé quelques changements utiles, à dessein de faire sentir combien il est este n ciel d’observer une certaine relation entre les détails, les parties Le les masses, non-feulement des ordres, mais encore de toutes les efpeces de productions qui appartiennent à TArchitecture. En traitant de Tordre Toscan, nous avons approuvé la base de Vignole, la proportion du fût de fa colonne & les moulures de son chapiteau. Ce que nous avons dît des fûts nous a donné occasion de parler des bossages dont on les revêt quelquefois > &: nous avons cité à ce sujet la plupart de nos Edifices importants, tels que lc Luxembourg, les Guichets du Louvre, le Chutcau- Neufde Saint-Germain en Laye»«n ces mêmes bossages fe trouvent appliqués avec plus ou moins de succès. A Tégard de Tentablement de Vignole , nous avons reconnu les dimensions de son architrave, de sa frise Lc de sa corniche dans un parfait rapport j nous avons auílì beau- vil} Avant-Propos. coup applaudi à sa projection & à la simplicité de se8 membres, quoique nous ayons paru désirer quelques légers changements dans les moulures de ía corniche, ainsi que dans l’astragale du chapiteau de fa colonne : toutes les autres parties d’ailleurs nous ont paru un chef-d’œuvre. Enfin ce Chapitre est terminé par Tordre Toscan de Palladio Lc de Scammozzy, qui avec Vigno- le font regardés comme les trois plus célèbres interprètes de Vitruve. A u reste, nous n’avons pas dissimulé dans nos remarques la préférence qu’on doit donner à Vignole fur Palladio ôc Scammozzy, particulièrement si Ton envisage ces trois Auteurs du côté des détails ; néanmoins nous avons aussi fait sentir qu’on les pouvoit suivre tous trois dans leurs proportions générales, lelon l’applica- tion qu’on voudra faire de cet ordre dans TArchitecture Civile ou Militaire , ayant fait remarquer que Vignole donnoit á tous fes piédestaux le tiers, ôc à fes entablements le quart de la colonne ; que Palladio, au contraire , ne donnoit que le quart aux premiers & le cinquième aux derniers ; qu’enfin Scammozzy prenoit toujours le milieu entre ces deux extrêmes : ce qui tour à tour peut être également suivi félon le genre de TEdifice, son étendue, son élévation , le mouvement de fes façades ôc le À V AN T - P R o P O 5. ii point dc distance d’oìi il doit être ap- perçu. Chapitre III. Ce Chapitre entier a été consacré au raisonnement de l’Art, & il comprend les définitions de ses principaux termes? nous y avons aussi parlé de l’application ,dela forme &c de la proportion des différents membres d’Architecture ? des cas particuliers où ils peuvent recevoir des changements, selon les occasions qu’a l'Architecte de les mettre en œuvre. Nous avons fait voir que toutes ces différentes parties dévoient prendre leur place dans la décoration , d’après la diversité des expressions des ordres d’Architecture; que chacun de ces membres, contribue plus qu’on ne s’imagine ordinairement à la perfection de l’ouvrage entier ; que de leur simplicité ou de leur richesse, de leur peu de saillie ou de leur relief naissent nécessairement un caractère relatif à chaque Edifice ; que pour négliger ces éléments, & faute de remonter à la source, les hommes fans doctrine produisent presque toujours des compositions îrrégulieres, qui loin de satisfaire les connoisseurs, les forcent, pour ainsi-dire, à mésestimer l’ouvrage & son Auteur. Nous avons désiré que la plupart de ceux qui se destinent à l’Architecture s’atta- x Avant-Propo s. chent plus particulièrement: à l’étymologíe de chacun des termes de l’Art, afin que par cette connoiilance ils parviennent a íe tromper moins íur le choix & la véritable application des membres dontils décorent leurs façades , nous leur avons recommandé fur-tout de fe rappeler les beautés ou les médiocrités que leur auront offertes ces mêmes membres employés avec plus ou moins de succès dans nos Edifices, ce font les seuls moyens de les faire arriver à la perfection, ôc de leur faire distinguer de bonne heure les objets qu’ils doivent imiter ou rejeter absolument. Dans ce même Chapitre nous avons parlé de la Sculpture en général, & traité en. particulier de la plus grande partie des ornements qui contribuent à l’embelliílè- ment des édifices ; nous avons insisté fur la nécessité d’en user toujours avec sobriété. Apres avoir parlé de quelques Edifices qui nous ont paru justifier notre opinion à cet égard, nous en avons cité d’autres qui doivent faire sentir à nos Eleves combien les ornements qu’on y a prodigués, ont plutôt contribué à défigurer l’Architecture, qu’à lui procurer cette véritable beauté qu’on doit attendre de la Sculpture, lorsque < elle-ci s’y trouve répandue avec choix Ôc avcc discernement. Nous avons désiré} Avant-Propos. xj que les jeunes Artilles qui se vouent à l’Ar- chitecture, apprennent le dessin, plutôt chez nos habiles Statuaires que chez nos Peintres célèbres ; l’expérience nous ayant fait connoître qu’ils deviendroient plus véritablement savants dans la beauté des formes, moins outrés dans les contours, plus circonspects dans leurs compositions. Dans les conférences spéculatives qui accompa- gnoîent nos leçons, nous leur avons con- íeillé l’étude de l’art de modeler, mais de n’imiter dans leurs modelés que les ornements les plus approuvés &c les plus relatifs au genre de l’Architecture. Nous avons taché de leur persuader, que dans les dehors les ornements doivent paroître naturels, décents, amenés dans la décoration pour la rendre aimable, intéressiante, jamais trop parée : nous avons dit qu’on peut user de moins de retenue dans l’intérieur ; que cependant il convient que les appartements des grands Seigneurs tiennent plutôt leur magnificence du prix & du choix des matières, que de la profusion des ornements ; nous les avons prévenus que le marbre, le bronze, la pierre, le plâtre, le bois exigent des formes, des galbes, un faire, diffèrent ; que le Brun, le Pautre font les Maîtres qu’il faut imiter pour le style grave ; que pour le genre agréable ils trouveroient des mode- xïj Avakt-Propos. les dans le Clerc, Gilloc, Label j mais qu’il falloit abandonner les Meilîonniers, les Cu- viliers, les Lajoueôc tant d’autres, qui loin de faire éclore aux jeunes Artilles un heureux génie, les portent presque toujours à hasarder des compositions bizarres & déréglées. Chapitre IV. Nous avons eu pour but dans ce Chapitre l’analyíe de l’Art, nous y avons donné de nouvelles définitions , tendantes à présenter une idée précise de ce qu'on doit entendre par une Architecture, dont l’ordon- nance offre distinctement un style, une expression , un caractère particulier : nous y avons expliqué ce que nous entendons par Architecture aisée, libre , originale, belle , noble , pyramidale , licencieuse , froide , stérile, altérée, aride ou pauvre , autant de dénominations qu’il ne faut pas confondre , 6c dont les véritables distinctions contribuent plus qu’on ne s’imagine à régler la marche des jeunes Artistes , 6c à leur apprendre à faire choix d’un genre convenable à leurs diverses productions. Nous avons préféré'les définitions pour ce genre d’étude , parce qu’elles nous ont paru le vrai moyen de dégager l’art de tout accessoire étranger, & d’accoutumer l’Architecte à séparer dans fa décoration toutes les par- Avant-Propos. xiij ties qui ne font point de son relTort ; nous avons fait voir d’ailleurs que les définitions aidoîent l’Eleve à se rendre compte à lui— même & à rendre compte aux autres, des reílources auxquelles il est souvent obligé d’avoir recours, pour concilier l’économie avec la solidité, la simplicité avec la convenance 6c la décoration avec la distribution. Nous avons espéré que ces nouvelles définitions intéresseroient particulièrement les Amateurs, 6c familiariseroient les Artistes avec la logique particulière de leur Art que par ce secours ces derniers jugeroient plus efficacement les beautés des grands Maîtres, 6c plus précisément les médiocrités de leurs premiers essais; que par-là ils ac- querroient plus de réflexion , plus de jugement, 6c que peut-être se surveilleroient- ils davantage, lorsqu’á l’aspect de nos Bâtiments , ils se trouveroient dans la nécessité pour leur étude, d’apprécier les ouvrages de leurs prédécesseurs ou ceux de leurs contemporains. Chapitre V. Nous avons prouvé dans ce Chapitre combien il étoit intéressant que le goût secondât les préceptes de l’Art. Nous avons fait voir que ceux-ci s’acquierent par l’étude des sciences Lc l’examen des ouvrages de xiv A V A N T - P R O P O S. réputation : le goût par l’exercice dudessn, &: la fréquentation des plus habiles Artistes. Le goût développe le gêniez & aidé du raisonnement, il íait faire choix des proportions , établit futilité des coníònnances, & fixe la beauté des formes. Nous avons avancé que le goût en général ne doit être ni personnel ni arbitraires que malgré la diversité des opinions des différents peuples à cet égard, cette viciiîìtude provenoit plutôt de la variété des régions qu’ils habite ient, que de toute autre considération j que le beau étoit universel, déterminés qu’il a droit de plaire à tous & en tout temps s qu’il n’y a que les esprits médiocres qui puiílent applaudir en particulier les ouvrages foibles ou imparfaits, que pour fe former un goût fur &. exquis en Architecture, il faut cultiver tous les talents de son reíiòrt. Nous avons fait voir que les productions, même les plus régulières, fans le goût de l’Art dont nous parlons, ne présentent le plus souvent que des compositions froides Lc monotones. Nous avons prouvé que c’est le goût qui fait assortir les genres, faire le choix des ornements propres aux différentes ordonnances, assigner îe relief de la sculpture & des membres d'Architecture dans la décoration , indiquer le caractère de fermeté ou d’élégance qu’il con- Avant-Propos. xv vient de donner à tel ou tel Edifice j que le goût secondé de l’expérience met l’Architecte à portée de se choisir les divers Artistes qui doivent le seconder dans ses travaux. Nous avons fait sentir néanmoins que 1 c goût dont il s’agit étoit plus aisé à concevoir qu’á définir ; qu’il n’est pas toujours facile de le saisir dans son plus grand degré de perfection ; que pour y parvenir il faut une longue habitude de bien voir ; qu’on doit d'ab or d le chercher dans les monuments d’athenes fous Périclès, ensuite dans ceux de Rome du temps des Césars ; enfin dans les Edifices François fous Louis le Grand. Nous avons aussi avoué que ne pouvant souvent nous- mémes définir le goût pour ce qu’il est, nous avons quelquefois pris le parti de rendre compte à nos Eleves de ce qu’il doit accepter ou rejeter dans les différentes compositions de l’Architecture ; pour cela nous avons cité nombre d'exemples célèbres qui nous ont confirmé son existence, ií plusieurs autres qui nous ont fait voir combien on pouvoit s’en écarter. Enfin, nous avons fait sentir dans ce Chapitre que le goût de l’Architecture doit s’étendre fur toutes les parties de la décoration extérieure & intérieure des Bâtiments ; que chacune d’elles exige un goût particulier 5 que xvj Apant-Propos. l'es destins de Serrurerie , ceux des Jardins de propreté , ceux des meubles doivent ‘ avoir séparément une maniéré de s’annon- cer dont on ne doit se départir que pour donner à ces difFerents objets plus de correspondance , plus de liaison qu’on ne l’a fait jusqu’à présent ; que les Glaces , la Peinture, la Dorure , tout en un mot est digpe de l’attention & de l’étude de l’Ar- chitecte ; que tout est de son ressort > que c’est dans le spectacle que lui offre la nature , qu’il doit puiser le goût exquis dont nous voulons parler, s’il veut répandre dans ses compositions cet accord &c cette entente admirable, qu’on remarque avec tant de plaisir dans les ouvrages les plus renommés. Chapitre VI. Après avoir donné les différentes notions de ce qui constitue le raisonnement proprement dit en Architecture , nous avons dans ce dernier Chapitre parlé des moyens d’appliquer convenablement l’ordre Toscan à la décoration d’une porte de Ville de Commerce. Nous avons rendu compte des procédés dont il falloit uíèr pour mettre chaque partie de son ordonnance dans fa véritable place j nous avons assigné le genre Avant-Propos. XVíj genre propre à la chose , rendu compte des rapports & des proportions que les plans éc les élévations doivent avoir en- tr’eux, la préférence que la principale façade doit avoir íur les autres. Nous avons fait choix des formes les plus analogues à la rusticité de l’ordre Toícan; nous avons aulîì delîgné le caractère que la Sculpture peut avoir avec l’ordonnance, & nous sommes entrés dans les détails les plus circonsi- rancies pour eníeigner l’art de développer de tous les sens cette premiere composition , asin que cet estai puisse conduire nos Eleves à d’autres productions plus compliquées , selon qu’elles appartiendront aux ordres solide, moyen ou délicat. Après ce précis , il nous reste à rendre compte du motif qui nous a déterminés à mettre un intervale assez considérable entre les principes de l’ordre Toscan & ceux de l’ordre Dorique, qui fera la matière du premier Chapitre de ce second Volume. Dans le premier Volume nous n’avons donné que les principes généraux des ordres d’Architecture, & les mesures particulières de l’ordre Toscan. Peut-être auroit- il paru intéressant au plus grand nombre, d’offrir fans interruption les principes des Torne. II, b xviij Avant-Propos. cinq ordres, ainsi que l'on c fait Ja plupart des Auteurs qui ont écrit fur l’Architectu- re, &c que nous l’avons fait nous-mêmes depuis long-temps dans nos exercices publics y mais comme nous avons appris par notre propre expérience,que c’étoit toujours le plus petit nombre de ceux qui fe destinent à cet Art qui avoient la constance d’é- tudier fans aucun intervale ces premiers éléments de la décoration , nous avons cru devoir, en faveur des autres, essayer de faire succéder â la sécheresse de ces premieres leçons fur l’explication de chaque ordre, un exemple de son application à l’Archi- tecture, comme on le remarquera dans ce fécond Volume, pour le Dorique, bionique , le Corinthien & le Composite , &. comme nous l’avons fait précédemment pour le Toscan. Nous espérons par-là leur présenter les moyens de reprendre haleine en cherchant par eux-mêmes l’art d’appli- quer les préceptes qu’ils auront puisés dans chacun des ordres, aux compositions d’Architecture de leur invention : ce qui leur donnera occasion alors d’étudierde nouveau ces mcmes ordres avec plus d’attention, pour démêler dans les modelés que nous leur donnons , & les observations qui les accompagnent , la route q u'ils doivent suivre dans leurs premiers estais. Avant-Propos. xix Cette méthode, que nous avons cru devoir préférer, ne doit pas empocher néanmoins ceux qui fe sentiront aílez de courage pour suivre cette étude intéressante , de passer les applications dont nous parlons, sauf à y revenir après qu’ils se seront accoutumés à réfléchir profondément fur la maniéré d’aflocier ensemble les éléments Sc la théorie de l’Art, & sur-tout lorsqu’ils auront examiné avec foin les profils des anciens Sc des modernes, insérés dans ce Volume à la fuite des ordres de Vignole : nouvelle étude qui ne pourra que les amener plus promptement à faire un choix judicieux des divers membres d’Architecture , Sc á les assortir entr’eux félon les divers besoins. Au reste , quelque attention qu’ils y apportent , nous croyons leur devoir recommander de fe ressouvenir qu’il faut beaucoup de goût pour atteindre à l’art de profiler, Sc pour parvenir á bien saisir l’ex- preilion qu’il convient de donner à chaque moulure j qu’il ne leur saut pas moins de jugement pour savoir s’éloigner des négligences de quelques Architectes à cet égard : nous désirons leur apprendre encore que J’agré- ment même dans les contours des moulures ne convient pas à toutes; que d’un autre côté la fermeté qu’on affecte souvent dans certains membres, ne doit être em- btj XX A VANT - P RO P 0 S. ployée que rarement, qu’il ne suffit pas d’avoir un genre à foi pour réulîìr , qu’il faut les avoir tous pour en faire un uíige prudent selon le caractère du Bâtiment > que limitation des chefs-d’œuvre est insu- fiíànte ; qu’il faut que l’Architecte ait le génie porté vers cette partie de l’Art ■> qu’au- trement ses efforts font vains, & qu’on a le droit de condamner ses œuvres, non parce qu’il a imité la maniéré de tel ou tel Maître , mais parce qu’il a fait un mauvais choix ou qu’il n’a pas fa s’approprier l’ob- jet de son imitation. Nous en dirons autant à nos Eleves pour ce qui regarde les autres parties de l’Architecture ; par exemple , comme nous le prouverons bientôt, on peut, selon l’occaíìon,se permettre de racourcir ou d’alongcr lc fut d’unc colonne : cn certaine circonstance, on pourroit altérer la véritable hauteur d’une croisée , la largeur d’un trumeau, forcer ou diminuer un entablement, augmenter la hauteur d’un soubassement , d’un attique ; enfin tenir la largeur d’un avant corps un peu au-deffous du rapport qu’il doit avoir avec ion élévation : fans doute le plus grand nombre de nos Architectes se sont permis ces licences ; mais les prendre inconsidérément pour des autorités , fans avoir ni les mêmes besoins, ni être fur qu’elles produisent les mêmes beautés Avaxt-Propos. XXj d’ensemble , c’est recourir à la médiocrité òc ne présenter plus que des compositions imparfaites & désassorties. Nous leur répéterons que nous portons le même jugement des formes contrastées en Architecture ; qu’elles peuvent bien quelquefois produire d’heureux effets, mais qu’il est nécessaire d’en user avec sobriété, principalement dans l’extérieur des Edifices graves i qu’il ne saut pas les confondre avec ce qu'o n appelle oppositions3 ces dernieres font amies de la symétrie 3 les contrastes lui sont presque toujours opposes, 8c ils peuvent à peine être tolérés dans les dedans des appartements. Ce que nous disons ici de l'Architecture doit s’entendre aussi des ornements de sculpture ; ici les oppositions respectives font toujours vues avec plaisir 3 les formes contrastées au contraire , avec une forte d’inquiétude, parce que souvent elles ne servent qu’à défigurer l’ordonnance. Nous ajouterons que jamais on ne doit présenter d’ornements indifférents ou d’une allégorie obscure , ils doivent tous parler aux yeux ; autrement la Sculpture ôte à l’Architecture toute son énergie. Plus l’ordonnance est simple, plus on se trouve porté à admirer l’ouvrage entier & à rendre justice au talent de l’Architecte au discernement du propriétasj xxij A vant-Propos. re. Enfin rien n’est véritablement beau dans la décoration d’un Edifice fi les membres d’Architecture ne font exécutés avec précision, &; les ornements placés avec goût; nous répéterons que la précision des profils particulièrement, est d’une nécessité absolue , tandis que les ornements ne font qu’un accessoire; que l’art de profiler est la première loi de l’Architecture; qu’on est souvent dans l’obligation de composer plusieurs corniches avant de s’arrêter à aucune ; que l’aifortiment des moulures les unes avec les autres, leur analogie avec la simplicité ou la richesse du Bâtiment font autant de difficultés qui fe présentent & qui empêchent souvent d’exceller dans cette partie de l’Art; que néanmoins cette étude est indispensable ; qu’elle est nécessairement du reílort de toutes les espèces d’Edifices, qui souvent ne diffèrent entr’eux que par la diversité d’ex- preísion qu’on donne à chacun des membres de leur décoration; que l’ordonnance de leurs façades étant puisée dans la même íburce, l’art de profiler doit leur être commun être fu de tous les Architectes. II est vrai que chacun à fa maniéré de profiler; mais les grands Maîtres, en suivant des routes différentes, n’ont pas moins produit des chefs-d’œuvre. Qu’on examine les ouvrages des Lefcot, des Delorme,des Bruant, Avant-Propos. xxiij &: des Mansard, & l’on verra que tous, en suivant Jes réglés fondamentales de l’Art, ont néanmoins, par des nuances imperceptibles , assigné un caractère d’originalité á leurs profils qui, comparés tour à tour, peuvent contribuer à fertiliser en ce genre l’ima- gination de nos jeunes Artistes , &z à leur faire porter une variété intéressante dans leurs différentes productions. Nous les engageons donc à se ressouvenir que pour réussir dans la carrière qu’ils ont embrassée, non-seulement l’antiquité leur offre des modelés assez parfaits, mais que le dernier siecle leur en fournit d’autres non moins estimables, &: que les Architectes de nos jours peuvent aussi les instruire dans cette branche de la décoration ; en un mot, que ces diverses maniérés de profiler doivent être pour eux autant d’exemples qu’ils doivent suivre. Qu’une noble émulation les anime &c les excite à égaler ou même à surpasser leurs illustres prédécesseurs ; la carrière leur est ouverte ; une étude réfléchie la leur sera parcourir avec succès j ils ont plus dereílòurces que n’enavoient ceuxdont nous leur proposons l’imitation. Qu’iís se ressouviennent enfin qu’après les grands hommes, il est encore des places honorables qui les attendent , ce qui doit les encourager à poursuivre par un examen réfléchi tous les xxiv A V A N T - P R O P O S. moyens divers donc se sont íervis les hommes les plus célébrés dans l’art de profiler. Dans cette vue nous avons mis fous leurs yeux dans ce Volume différentes compositions en ce genre, non que nous ayons eu dessein d’épuilerla matière, mais du moins pour les exciter à parcourir les traités &í les oeuvres des grands Maîtres où nous les avons puiseesnous-mêmesjd’ailleurs nousn’a- vons pu pousser plus loin nos exemples dans ce corps de leçons, nous ayant paru nécessaire d’y fixer le nombre des planches : nous avons même été obligés pour offrir à nos Eleves les profils que ce Volume contient, d’abréger d’autres parties que nous avons crues moins intéressantes j par exemple, nous n’avons donné qu’une maniéré de tracer la conchoïde qui détermine la forme du fut des colonnes, nous en avons usé de même f mur ce qui regarde les circonvolutions de a volute du chapiteau Ionique ; nous n’avons pas rapporté non plus tous les portiques de Vignole avec ou fans piédestal ; nous nous sommes contentés íur chaque objet de donner la meilleure maniéré de parvenir à les bien faire : par-là nous avons ap- perçu deux avantages j le premier, de réduire les préceptes à leur juste valeur ; le second , de pouvoir nous étendre davantage far la partie du raisonnement qui conduit AvantPropos. XXV néceílairement au goiit de l’Art. Nous nous Tommes étendus néanmoins avec une sorte de complaisance sur les ordres d’Archi- tecture, parce que nous avons regardé cette étude comme indispensable ; encore n’en avons nous dit que ce qui nous a paru le plus nécessaire, pour d’une part apprendre à profiler, Lc de l’autre pour acquérir i’idée des proportions Lc des rapports que contiennent chacun d’eux, puisque fans ces con- noissances la décoration de nos Bâtiments seroit toujours imparfaite. C’est ce que nous allons tenter de démontrer dans la dissertation suivante, en essayant d’expliquer à nos Eleves combien l’étudedes ordres est néces faire pour parvenir à rendre l’ordonnance extérieure ôc intérieure de nos Edifices, plus régulière qu’on ne le fait ordinairement, lors qu’on néglige de puiser dans ces mêmes ordres le style de fa décoration, ou qu’on les y applique seulement pour faire richesse, & non pour produire de véritables beautés. De la nècejjltè de l’ètude des ordres d.’ Architecture. La connoifsance des ordres d’Architeclura consiste dans l’étude méditée de leur origine , de leur espèce &: de leurs propriétés particulières 3 cette connoissanc-e guide le xxvj Avant - Propos. choix qu’on doit faire de telle ou telle expression, & conduit le jeune Artiste au caractère convenable â la décoration, avec elle il saura embellir & varier à propos ses productions, donner non-feulement à chas que Bâtiment, mais à chaque appartement, à chaque piéce la forme, la distinction & l’expreffion qui leur conviennent : négliger cette connoiífance, c’est vouloir renoncer à la perfection de l’Art, c’est s’expofer à ne produire que des compositions médiocres Si hasardées. On doit considérer dans la connoîstance des ordres deux avantages eíTenciels ; le premier regarde l’efprit de convenance, la beauté de l’ordonnance & la nécessité de la fymé- triesie second,l’augmentation,la modification Ce la décomposition des membres d’Archì- tecture qui les composent. Appliquons-nous à développer ces idées, elles pourront convaincre la plupart de ceux qui étudieront ces leçons, de l'avant âge de faire une étude particulière des ordres pour les conduire , lorfqu’ils en voudront appliquer les principes , dans la décoration de leurs façades , lors mcme que par économie ou autrement ils en retrancheroient le faste Le l’appareil. Nous Pavons dé j a observé, nous allons P observer encore ; en considérant P Archi- Avant-Propos. XXVÎj tecture da côté de la convenance , nous trouverons dans les ordres différentes expressions 8c différents caractères ; le rustique Sc le solide dans le Toscan Se le Dorique ; le moyen dans l’Ionique ; le délicat dans le Corinthien Sc le Composite : tel est du moins le but qui a déterminé les peuples qui leur ont donné naissance, Sc c’est íur le plus ou le moins de rapport avec cette idée qu’on est parvenu à apprécier les ouvrages qui par leur antiquité ou leur réputation nous fervent aujourd’hui de guides dans la décoration de nos Bâtiments. L’esprit de convenance, étayé du goût de l’Art, fait faire à l’Architecte le choix du caractère de l’un de ces ordres pour désigner l’efpèce , l’importance , Se l’ufage de l’é- disice qu’il veut décorer. D’aprés ce raisonnement nous avons consacré les trois ordres Grecs , aux Temples , aux Palais des Rois, aux Hôtels des grands Seigneurs : les deux ordres Romains, le Toscan Scie Composite ont aussi leur distinction particulière ; le dernier pour les Théâtres , les Pompes funèbres, les Arcs de Triomphe, le Toscan pour les Bâtiments destinés a la sûreté, pour les Arsenaux , les Portes de Ville, 8c pour les dépendances de nos Maisons de plaisimce. Nous avons déja dit cela ; mais c’est ici le moment de s’aílurer XXVl'lj A vant~Propos. delajusteste de ces applications, parcs qu’il s’agit de íè rendre compte de la nature des parties qui les composent ; par exemple , qui ne seroit blessé de voir la délicatesse & les grâces du Corinthien appliquées fur le frontispice d'une porte de Ville de guerre? Qui de nous ne trouveroit ridicule l’applica- tion du Toscan à un Temple, ou à un Palais destiné à l’habitation d’un Souverain , ainsi de fuite de l’application des autres ordres ? Quel que soit l’ordre qu’on veut employer, on ne peut donc le faire avec succès fans fe rappeler fa véritable origine &c fans le faire entrer en comparaison avec les au- tres, pour parvenir à juger comment on doit l’employer , si c'est positivement avec son caractère particulier, ou bien en lefai- lant plus simple, ou en y ajoutant quelques enrichissements 5 ces variétés parviendroient peut-être à distinguer plus particulièrement le genre de l’édifice. Par la connoissance exacte des ordres, non-íeulement nous ferons un choix plus judicieux de celui qui doit caractériser le monument ; mais nous saurons encore nous en interdire l’application,si le Bâtiment est subalterne , s’il ne peut avoir une situation avantageuse ; enfin, si le propriétaire est d’une condition ou d’une fortune qui ne puisse lui permet- Avant-Propos. xxîx tre raisonnablement la présence des ordres d’Architecture dans les façades de son habitation. Les ordres dans leur origine surent consacrés d la décoration des Temples, pour distinguer ces monuments de la demeure des particuliers ; dans la fuite on les fit servir d manifester la grandeur des Princes & la magnificence des Cités, aujourd’hui, nous pouvons le dire, nous abusons des objets les plus sublimes, nous en décorons juí'qu’á nos maisons à loyers, par-tout nous plaçons indistinctement des colonnes des pilastres. Telle est, dit-on , la révolution des choses humaines : ce qui eut été regardé par les Grecs & dans l’ancienne Rome, comme un dérèglement d’imagination, est devenu, selon quelques-uns, un avantage pour l’em- bellistement de nos Villes, lin sujet d’érnu- lation pour les Arts, & un moyen aux Artistes de trouver la récompense de leurs travaux dans l’opulence des citoyens. Cette spéculation a dequoi séduire sans doute-, mais un véritable Achitecte ne s’y doit jamais prêter aveuglément : il doit craindre, en satisfaisant à la volonté du propriétaire qui le met en œuvre, d’alservir son art, £c peut-être la décence, aux caprices de celui qui le force pour ainíî-dire à s’écarter de la route, & de cet esprit de convenance sans lequel iln’est point de véritable Architecture. XXX Avant-Propos. En effet, si pour la décoration d’un Bâtiment particulier, nous employons les ordres, que nous restera-t-il pour les Temples & pour les Edifices de la premiere importance ? Suffira-t-il d’y épuiser la richeffe des matières , la multiplicité de la sculpture ; ces reílources ne peuvent jamais être regardées que comme des accessoires : rien de tout cela ne peut suppléer à cette beauté distincte de t Art que présentent les ordres, que nous employons inconsidérément dans nos Bâtiments privés, pendant que par une inconséquence bien plus condamnable encore, nous les retranchons dans les édifices d'éclat, fous le vain prétexte d’y répandre une certaine simplicité. Il est cependant vrai que si la grandeur d u monument ou de l’ériisice ne pouvoir permettre l’appareil des ordres, qui jamais, selon nous, ne doivent s’employer que d’un certain module, il fau- droit cfans ces occasions avoir recours à une composition qui, émanant de ces mêmes ordres, détermineroit à se passer de ceux-ci ; autrement leur aspect n’offriroit qu’un modelé, qui un jour devroits’exécuter en grand. D’un autre côté, il faut éviter de faire l’or- dre colossal ; car à quoi bon une décoration dontl’ocuilne peut jouir en entier? Qu’im- porte alors la beauté du fût d’une colonne, le caractère de son chapiteau, la réguiari- áfant-Propqs. XXXj té de son entablement, fi l’on ne peut voir ces objets qu’impariaitement, íì l’on n’en Í ieut juger que par la íeule inípection de a baie &l du piédestal ? Nous venons de dire que les ordres d’Architecture avoicnt chacun séparément une expreíììon & un genre particulier ; nous dirons ici que ce genre, une fois choisi , doit néceílairement décider toute la partie de f ordonnance du Bâtiment. Mais ce choix n’eít pas indifférent ; il faut considérer si Pédifíce a un, ou plusieurs étages, ou s’il est composé seulement d’un bel étage élevé sur un soubassement & couronné d’un attique ; dans ce dernier cas, la fonction du soubassement dans un Bâtiment de cette espcce est non-seulement de garantir le premier de J’humilité du sol, mais encore d’expo- í'er avantageusement un ouvrage où Part s'est montré avec quelque complaisance. La propriété de l’attique, au contraire, est de terminer avec une sorte de distinction l’étage sur lequel on Pemploie. D’après cette maniéré cl’envisager ces deux étages subalternes, employés dans Part de bâtir pour faire valoir ôc prééminer celui destiné à la résidence du propriétaire , on doit les appeler à son secours ou les rejeter, suivant que leur application dans les façades conviendra ou nuira au caractère propre qu’il faut donner â Pédifice. XXXI) Avant-Propos. Dans le cas où le Bâtiment doit avoir plusieurs étages réguliers, Sc chacun de ces étages recevoir des ordres, il faut avoir attention de commencer le rez-de-chaussée Í >ar le Dorique ou Monique, & continuer es autres ordres jusqu’á la cime de l'édisi- ce , asin de conserver dans chacun de ces étages la même progression qu'il est naturel d’obíerver entre les parties inferieures Scies supérieures , entre ce qui porte Sc ce qui est porté ; enfin entre les ordres d’Architecture qui ne peuvent se correspondre en- tr’eux que par les extrêmes comparés avec les moyens. A ces diverses réflexions nous ajouterons , que si l’ordonnance du Bâtiment est choisie legere , il faut lui donner plus de mouvement dans fes plans, en faisant valoir le jeu des avant- corps Sc des arriere-corps , introduire fur la fcene des ailes basses, employer les formes pyramidales , appeler à íoi les tours rondes Lc les tours creuses, les pans coupés : autant d’ob- jets divers qui peuvent être employés avec succès, mais dont on ne doit point du tout faire usage dans les ordonnances solides ou rustiques ; ou du moins il ne faut alors les employer que pour faire valoir quelques parties principales 5 tout devant d’ailleurs s’y ressentir de la solidité Lc de la simplicité ; on doit même y observer des malles fortes , Avant-Propos. XXXÌff tes, les porter aux extrémités de Tédifice, mettre des formes rectilignes dans les plans &. n’y jamais prodiguer les membres d’Ar- chitecture ni les ornements, en un mot, dans tous les cas, il faut avoir foin que la disposition des avant-corps ôc des arriéré-corps présente autant d’objets distincts, plus fermes ou moins ressentis, plus riches ou plus simples, selon le caractère de Tordre que l’on aura choisi, soit qu'il soit présent ou que par des raisons de convenance on n’en ait retenu que Texpression.On se ressouviendra sur-tout que souvent un chapiteau, une base , un métope, un mutule , un modillon fait loi ; qu’on ne peut raisonnablement procéder a la distribution extérieure des façades fans avoir coníulté d’abord la largeur des entrecolonnements, la disposition des portes , des croisées, des trumeaux ; enfin fans s’être rendu compte par un calcul exact, de la régularité & de la saillie des entablements : qu’autrement il en ré- sulteroit des porte à faux , des mutilations, des pénétrations qui ne doivent jamais, ou que rarement, se rencontrer dans les façades des Bâtiments d’une certaine importance. La présence des ordres dans les façades demande une disposition avantageuse , un développement aisé dans toutes les parties Tome II. t xxxïv Avant-Propo 5. qui les composent ; il convient d’évíter touc ce qui peut en altérer la beauté, & d’y observer fidèlement les proportions que leur ont assignées les Maîtres les plus célébrés. De tout cet appareil, il résultera fans doute des ordres d’une belle exécution ; mais il faut savoir que cette beauté sera imparfaite, fi l'on ne cherche à mettre un rapport intime entre les membres qui les accompagnent , les couronnent &. les soutiennent ; or pour y parvenir, après avoir consulté le caractère de chaque ordre distribué dans les différents étages de son Bâtiment, il saut se pénétrer de l’analogie qu’on doit chercher à mettre entre les uns 6c les autres , quoique d’un caractère différent;c’est ce qu’à observé avec tant de succès François Ma n fard au Château de Maisons. On doit eníuite conserver ces transitions heureuses dans les pleins, dans les vides, dans les ornements, & enfin dans toutes les parties qui concourent â la décoration des divers étages du Bâtiment ; autrement, on ne remarque plus que des ordres, dont les beautés particulières divisent F attention de l’examinateur; on ne voit plus que de belles croisées, des chambranles, des impostes , des archivoltes; mais fi ces parties quelqu'estimables qu’elles puissent être bailleurs , se trouvent en contradiction ou avec l’ordre de chaque étage, ou avec les mo- AVANT-PrûPOS. XXXV dificatîons qui unissent ces ordres les uns avec les autres dans toute la hauteur de l’é- difice, elles doivent nécessairement produire un tout mal assorti. On ne doit donc pas ignorer, que c’est dans le caractère particulier de chaque ordre, que se trouve la dimension des pleins & des vides 5 que la réitération de ceux-ci concourt à la délicatesse Corinthienne 3 qu’au contraire des croisées moins rapprochées les unes des autres font voir la simplicité & la solidité de l'édisice; qu’il en doit être de même de l’usage des niches, des balustrades, des frontons : qu’il faut que ce soit le même esprit, la même main qui dispose ces parties, qui en décide les proportions &c les rapports. L’accord général d’un Bâtiment dépend donc de cette unité d’expreísion qui met chaque partie à fa place, ensorte que la moindre désunion formeroit une dissonance & romproit l’accord que doit produire l’harmonie qui dépend du rapport bien entendu qu’on sait mettre entre un ordre & un autre ordre, entre les masses & les parties principales, entre celles-ci & les plus petits détails, enfin entre la relation progressive des dehors &c des dedans. Dans quelle inadvertence ne tomberoit-on pas, par exemple, si l’on faisoit usage d’un ordre Corinthien dans l’extérieur des façades, LL cij xxxvj Avant-Propos. d’un Toscan dans l’intérieur ? Si la propos- tion, la forme des portes & des croiíees d’un appartement paroissoit plus courte &: plus massive que celle répandue dans les façades , en un mot, íì les membres d’Architecture dont-on voudroit orner les niches, les frontons, les balustrades ou les attiques fe remarquoient plus délicats & plus ornés dans les dehors que les corniches, les chambranles , les cheminées , les lambris des dedans j ou si l’un & l’autre, loin d’être puisés dans l’ordre qu’on auroit choisi, fe trouvoient n’avoir aucune conformité avec le caractère qu’il doit assigner à toutes les parties de l’ordonnance, caractère qu’il est même essenciel de conserver dans toutes les parties des embellissements qui concourent à orner les appartements, &C qui des les dehors doit être annoncé par cet esprit de convenance qui doit donner à chaque Bâtiment un caractère particulier. Lorsque dans la décoration des Bâtiments, on croit devoir soustraire l'a p pareil des ordres, vouloir fe refuser à faire usage de certaines modifications permises alors dans la division des membres d’Architecture d'une façade, c'est fe donner des entraves , c’est se condamner à une imitation servile, c’est le priver, pour ainsi-dire , de la sseule ressource qu’on puiíîe avoir pour satisfaire à la diversité des ordonnances ex- Afant-Propos. XXXV î) térieures &; intérieures. Mais pour user de ces modifications avec discernement , ne doit-on pas convenir qu’il faut d’abord s’è- tre rendu familière l’étude des ordres, dans laquelle peuvent fe puiser ces mêmes modifications. Qu’on y prenne garde , glisser trop légèrement fur l’expreífion des ordres, fur leurs propriétés, c'est s’expofer à déplacer ou à altérer non-feulement leurs parties les plus essencielles, mais auffi tous les membres d’Architecture qui doivent les accompagner 3 car, fans cette connoissance, 011 court risque de copier aveuglément les licences dont les productions de nos prédécesseurs ne font pas toujours exemptes : d’oìi il fuit que l’abus n’est pas toujours le seul mal qui naisse de ce défaut de connoiflance, puifqu’il produit encore la timidité, l’irré- folution, l’ineptie. Mais, disent quelques-uns, tout ce qu’on nous enseigne fur l’origine des ordres , est au moins douteux ; presque toujours le sentiment d’un Auteur est détruit par un autre : comment, d’apròs la diversité de leurs opinions asteoir un jugement solide qui doive faire préférer une opinion à toutes les autres? Voici à peu près ce qu’on peut répondre à ceux qui affectent de révoquer en doute les traditions les plus vraisemblables. Personne n’ignore que le premier ou- xxxv ií j Avant-Propos. vrage régulier d’ordre Dorique dans la Grèce, elt encore aujourd’hui celui qui réunie l’univeríalité des suffrages des con- noiiîèurs ; tous conviennent qu’il se íuffit à lui-même, sans le secours de la sculpture , & que sa régularité, sa beauté & sa simplicité en font un chef - d’œuvre : à cette vérité on peut ajouter, que sa proportion est puisée dans la nature , & que s’il s’est acquis si singulièrement le droit de nous plaire, c’est parce que toutes ses parties font fondées fur la forme & la disposition naturelle des corps solides. En effet, dans la colonne Dorique, même dans son entablement, on trouve la représentation exacte de toutes les parties qui entrerent dans la Construction des premiers Bâtiments ; les troncs d’arbres retenus à leur extrémité par des liens, pour les empêcher de s’éclater j les empattements dont on les revêtiffoit par-deffous, pour en perpétuer la durée ; la maîtresie poutre, les solives qui assuroientla solidité des planchers ; les jambes de force, qui par leur point d’appui & leur réunion au faîtage, élevoient les couvertures : tous ces objets, il n'en faut pas douter, ont déterminé les anciens à consulter le vrai dès leurs premiers estais, d’abord dans leurs productions Doriques, ensuite dans leurs autres ordres; ce qui nous porte à croire que le goût de la simple nature a pu prést- ÂvAnr-PROPo s. xxxíx der à U naissance de l’Architecture ; mais qu’à son tour celle-ci réduite en art est parvenue à perfectionner la nature déja soumise en quelque sorte à l’industrie humaine : en sorte que dans la fuite cette première imitation perfectionnée & réfléchie a perpétué la beauté des formes, d’où fe font trouvés fixés les proportions Le les rapports qui déterminent aujourd’hui notre jugement & causent notre admiration. Bientôt les Doriens furent imités de leurs voisins. Entre plusieurs Temples bâtis fur les Í 'reportions Doriques , les habitants deDé- os en élevèrent un à Apollon ; dès - lors dans leurs mains ingénieuses le bout des poutres, servit à représenter la lyre de ce Dieu, & à faire connoître par-làplus positivement la dédicace du Temple ; enfùite entre les intervales, on sculpta les instruments distinctifs des sacrifices; puis les têtes des victimes qui annonçoient la diversité des cultes ; enfin, les différentes Divinités qu’adoroient ces peuples donneront lieu à des changements dans les proportions générales & paticulieres de l’ordre. Insensiblement, des Beautés fieres & mâles, on passa à un caractère doux 2c naïf; l’Ar- chitecture sortit de l’enfance, & l’on parvint à connoître l’élégance, les grâces lé- geres & délicates. Cet art sublime s’accrut c iv xl Avant-Propoç. encore chez les Romains. Ces peuplés n’ont pu surpasser les Grecs ; mais ils les ont imités : 6c si nous ne leur devons pas autant du côté de l’invention, leur goût pour la magnificence , l’immensité de leurs entreprises 6c les différentes applications qu’ils ont faites des ordres d’Architectu- re , nous confirment du moins l’usage que nous en devons faire. Nous avons rapporté la plupart de ces traits historiques dans le premier Volume, en parlant de l’origine des ordres ; mais nous tachons de les présenter ici sous des faces differentes, dans l’intention de porter nos Eleves à relire plus d’une fois les mêmes objets, puiíque c’est par cette étude réitérée ^ peut parvenir à passer du simple au composé. En effet, elle nous apprend à connoî- tre le génie des anciens, à mettre comme eux du goût Lc du raisonnement dans nos productions, enfin à nous en tenir à ces découvertes de l’antiquité, fans aller chercher , comme l’ont fait quelques - uns, á vouloir créer de nouveaux ordres ou plutôt des chimères, ainsi que nous l’avons déja avancé plus d’une fois. Nous avons dit que l’ordre Dorique paf son inspection annonçoit la disposition la plus naturelle 5C la plus solide : il est essen- ciel de se rappeler encore ici cette remarque; puisque c’est par elle qu’on doit se for- âvant-Propos. xlj mer l’idée des divers caractères des autres ordres, leur différente expression &c la variété des membres qui les distinguent, tels que les modillons, les denticules, les doubles larmiers, les triples cimaises, membres qui ne peuvent plaire dans leur distribution, qu’autant qu’ils ne dérogent point au genre de l’ordre, ôc que chacun d’eux préíente à ^imagination, ou de la fermeté ou de l’élégance, selon qu’ils font destinés à soutenir ou à être portés. Qu’on nes’y trompe pas, c’est par ces notions qu’on peut établir l’usage qu’on doit faire de chaque ordre &c de chacun de ses membres; elles nousaprenent quand on peut augmenter,diminuer ou retrancher quelques- uns de ces derniers, â raison de l’application qu’on en veut faire dans l’ordonnance des édifices ; ou même en quelles circonstances on peut, suivant le genre du bâtiment, user de quelques modifications dans les proportions de l’ordre. Mais un des objets estenciels à observer d’après l’exemple des plus célébrés Architectes, c’est de ne jamais , ou presque jamais se permettre d’altérer le rapport de la hauteur de la colonne, comparée à son diamètre , parce qu’alors ce seroit la priver de sa beauté & de son caractère. Ainsi dans une Architecture régulière, on doit éviter la pénétration de deux fûts ; & ces fûts, à l’exception du Toscan } ne doi- xlíj â^ant-Propos. vent jamais être revêtus de bossages ; il faut toujours rejetter les colonnes ovales, engagées, nichées, 2c généralement tout ce qui peut avoir trait aux licences & aux abus qui fe font introduits dans notre Art. Peut-être feroit-il tout aussi eíîénciel de conserver à l’entablement son parallélisme, son rapport avec la colonne & la disposition de chacune des parties qui lui ont été aííi- gnées par les anciens ; mais il faut convenir néanmoins qu’on peut fe permettre quelques changements dans les corniches de ces mêmes entablements, qu’on peut y retrancher ou y substituer quelques membres , augmenter ou diminuer la saillie des larmiers , recreuser leur soffite, changer les moulures des cimaises, leur donner plus ou moins de rejfentiment , substituer un mo- dillon à un mutuie, ou supprimer l’un 8c l’autre, selon le besoin ; ce qui ne se peut permettre lorsqu’il s’agit de la colonne , iur-tout quand celle-ci porte un entablement régulier. II faut même beaucoup de prudence pour en changer les chapiteaux & pojir en varier les bases : peut-être seroit- ce un abus de donner à un ordre Dorique des denticules, de renfler la colonne, enfin de faire que par son peu de hauteur , ou au contraire par sa trop grande élévation, elle paroisse n’avoir aucune relation avec les membres de nécessité, répandus dans les fa- âvant-Propos . xliij Racles. Nous venons de condamner ouvertement les abus qui íe font gliíïes dans l’Ar- chitecture, nous nous montrerons plus indulgents pour les licences prefqu’inévitables, fur-tout íorfqu’il s’agit de la décoration des Bâtiments d’habitation. Dans ces derniers la décoration des dehors doit souvent ctre déterminée par l’usage qu’on veut faire de Pintérieur. Ce feroit alors ignorer la propriété des ordres que de ne pas chercher à en modifier certaines parties, ces trésors font dans nos mains pour en jouir, pourvu toutes fois que ce soit avec goût Sc avec discernement. Après avoir appris la juste proportion des ordres, il est peut-être tout aulìì avantageux d’apprendre à les décomposer. Souvent la convenance nous défend leur application dans les dehors, relativement au peu d’importance du Bâtiment ; on les supprime aussi très-íouvent dans Pintérieur, ou par le trop peu d’élévation des planchers, ou parce que i’œuíî ne pourroit embraííèr leurs développements ; mais nos façades ne doivent pas moins être régulières, ni leur ordonnance moins Dorique ou Corinthienne , quoique l’ordre ne paroiífe pas dans leur décoration, fie qu’il suffise alors d’y conserver quelques parties essencieîles qui en retiennent le caractère Sc Pexpreision. Par cxemple, l’entablementpeut couronner l'é- xlíV A V AN T - P R ô P O S. disice 5 le chapiteau Toscan ou Dorique peut-être converti en imposte, en archivolte , en chambranle ; le dé du piédestal peut servir de retraite dans les dehors, & de lambris d’appui dans les dedans. Mais d'ailleurs la proportion des croisées, la largeur des trumeaux, les écoinçons, les encoignures, par leur relief, par leur enfoncement, parleur largeur, contribuent â déterminer le caractère du Bâtiment, lorsque ces parties font puisées dans l’expreílìonde l’ordre qu'o n n’a pas cru devoir employer ou par retenue, parce qu’il convient de réserver les ordres pour les édifices d’importance , ainsi que nous l’avons remarqué précédemment. An reste, on pourroit, selon la circonstance, faire usage de l’ordre dans l’avant-corps d’un édifice pour le faire prééminer ; il íe- roit permis de le supprimer dans les arriere- corps ou dans les ailes; on pourroit même dans ces dernieres ne conserver de la corniche que la cimaise inférieure, 3 c convertir le reste en plinthe, en arrasant la cimaise supérieure Sc le soffite du larmier. Dans d’au- tres cas, il íeroit à propos de supprimer la frise, de réunir seulement l'architrave à la corniche, ou bien au contraire de supprimer l'architrave pour y substituer un astragale : on en peut user de même pour l’in- térieur des appartements, lorsqu’on veut leur affecter plus de légèreté ou de richesse, 3c Avant-Propos. xlv donner en apparence aux planchers plus d’élévation qu’ils n’en ont effectivement; dans ce cas on courbe la Frise en v ou dure, on la fait anticiper sur le plat-fond,on la termine par un cadre, ensuite on y introduit des bas-reliefs, selon que l’esprit de convenance l’indique, en un mot, on peut varier à l’infini cette partie de la décoration ; le génie de l’Architecte trouve dans les membres qui composent les entablements des ordres, une source inépuisable de membres capables de servir de couronnement dans les vestibules, les escaliers, les salions: autant d'ocalions où l’on peut décomposer en mille maniérés différentes toutes les parties qui concourent à la décoration extérieure Sc intérieure, pourvu qu’avant tout, on consulte la hauteur de l’étnge, Sc qu’on se représente toujours l’ordre qu’on aura choisi , afin de soumettre à son caractère particulier la hauteur, les saillies de ces nouveaux membres &: la maniéré de les profiler ; pourvu qu’on n’aille pas inconsidérément rapprocher de l’œuil par une imitation inconséquente, tel ou tel objet qui, dans son origine , a été disposé par un grand Maître à raison d’un point de distance beaucoup plus considérable que ne le porte l’imita- teur, faute d’expérience òc d’un certain acquit : il faut íur-tout, dans ces occa- ílons, consulter la situation,l’aspect du lieu; xlvj Avant-Propo s. enfin le genre de Tordre, pour détermines* le caractère particulier de chacun des membres dont on voudroit supprimer ou réformer quelques parties esténcielles. Duíîìons-nous nous répéter encore : avant de finir cette dissertation , résumons en peu de mots les différents objets qu’elle contient, pour exciter nos Eleves à retenir du- moins ce qui leur est essenciel de ne pas ignorer abíolument,avant de se livrer à Té- tude des ordres d’Architecture, dont la con- noissance peut feule aííùrer leurs succès pour ce qui concerne la décoration extérieure & intérieure de tous les genres de Bâtiments. La connoissance des ordres d’Architecture conduit un Architecte à mettre dans ses productions ces belles proportions, cet accord èc cette harmonie qui ravissent Tâme & charment les sens. L’Architecture, comme la Musique &í la Poésie est susceptible d’har- monie &c d’expreífion : tantôt grave ou lé- gere , tantôt riche ou simple , elle procure au Bâtiment le caractère qui lui convient » elle embellit la Capitale d'u n nombre infini de monuments qui relèvent la gloire de la Nation, &. attirent TEtranger empeste de venir contempler ces merveilles : la elle éleve un Temple auguste dont T ordonnance tranquille & majestueuse décide le caractère - ici un superbe Palais où la Sculptu- Avant-Propos. xlvij re de concert avec P Architecture déploient tout leurs trésors : plus loin se remarque un magnifique Hôtel-de-Ville où des issues bien ménagées aboutissent de toutes parts , &c laissent appercevoir à leur extrémité divers édifices d’importance : tantôt c’est un Arsenal renfermant les armes qui fervent à repousser l’ennemi, & dont la décoration présente une ordonnance mâle Le fiere : tantôt c’est un Hôtel des Monnoies, une Bourse, traités d’un genre plus simple3 mais qu’il y a d’art pour parvenir à cette simplicité! C’est si l’on veut une Basilique où Thémis rend ses oracles : tout est grave dans fa décoration , tout y inspire le respect pour les Loix, pour la Religion ; & si l’Architecture a emprunté l’éclat de la Sculpture, c’est pour y représenter des actions de vertu , de générosité, de justice. Est-ce enfin une place publique que le Peuple éleve à la gloire de son Sou- verain?La Statue du Prince en occupe le centre ; de superbes portiques en terminent Pen- ceinte, & annoncent la demeure des Ministres dépositaires de l’intéret des Peuples : tout respire dans l’ensemble de ce monument la grandeur & la dignité; tout y est marqué au coin de la splendeur du Monarque. Tels sont à peu près les biens que procure l’Architectu- re, tel est le secours que nous fournissent les ordres qui contribuent à fa magnificence ; ssks-là rien de pins grand que son objet. xlviij Avant-Propos. L’Architecte qui sait consacrer fes veilles à l'étude des ordres , apprend à con- noître, comme nous venons de le remarquer, leurs différents caractères, pour les placer chacun selon que la convenance semble l’exiger ; il fait plus, il fait les fup- Î >rimer à propos, &c íè contente d’en retenir 'expression, expression qu'il conserve dans tous les membres, dans les moulures, dans les ornements des façades. C'est dans l’é- tude des ordres que les grands hommes qui nous ont précédés, ont comme dans une source féconde, puisé le germe des chefs- d'œuvre qu'ils ont produits. C’est à leur propre gloire ainsi qu’à celle des Princes généreux qui ont encouragé leurs talents qu’ils ont élevé ces illustres monuments qui font passer leur nom à la postérité; c’est enfin au pied de ces édifices que ceux qui se vouent aux arts, doivent aller consulter les mânes de ces grands hommes ; combien la contemplation de ces miracles de l'art ne les rem- pliront-ils pas d’admiration ! C’est-là qu’ils sentiront naître en eux cet enthousiasme sublime qui produit les grandes entreprises : une lumière éclatante brillera alors à leurs yeux étonnés, ils perceront à fa saveur l’obí- curité du nuage dont ils etoient enveloppés; Sc, échauffé d’une ardeur nouvelle , ils marcheront à grands pas dans la carrière pénible qui conduit à l'immortalité. TABLB TABLE DES MATIERES, des Chapitres et des Planches Contenues dans le second Volume . J FA NT- P RO p Os. ! Précis des Réglés contenues daNs le VOLUME PRECEDENT , SUIVI tìuNE DISSERTAT L O N SUR LA NÉCESSITÉ DE C Ê- tude des Ordres d'Architecture. , . , . ‘ P a g e j Précis de t Introduction du premier volume . ij CHAPITRE PREMIER. De l'ordre Dorique. page l Planche I. Du Piédesul & de lu Buse de lu colonne de l'ordrt Dorique. 3 Planche II. De t Entablement lenticulaire & du Chapiteau de tordre Dorique, rapporté par Fignole. 7 Planche III. De t Entablement mutulaire & du Chapiteau de tordre Dorique, suivant Fignole. JO Planches IV, V & VI. De t Entablement & du Chapiteau de tordre Dorique , accouplés fur un angle saillant , & groupés dans un angle rentrant. 17 Tome II, d I TABLE Planche VU. £fpacement des Colonnes ^suivant topinion des anciens & des modernes. 24 Des cinq maniérés d espacer Us Colonnes , selon Vi- truve. ihid De tAccouplement de tordre Dorique , selon Vignole. De C Espacement des Colonnes de l’ordre Dorique , suivant les modernes . 27 Planche VIII. Entablement de tordre Dorique à angle saillant & rentrant , d après le sentiment des modernes. 29 Planche IX. Portique d ordre Dorique , avec & fans pièdesal , selon Vignole. 31 Planche X. Portiques Doriques avec les changements nécessaires pour rendre leur ordonnance plus régulière que dans Vignole. 3 J Planche XI. Des ordres Doriques de Palladio & de Scamnio^pi. 39 Application de l’ordre Dorique a la DÉCORA T ION D'UNE t ONT AINE PUBLIQUE. 41 Planche XII. Plan développé dune Fontaine publique d ordre Dorique. 43 Planche XIII. Façade principale dune Fontaine publique dordon - nance Dorique , vue du côté de la Place publique. 44 DES MATIERES. lj Planche XIV. Deuxième Façade de la même Fontaine, vue du côtl de la cour, mais d’ordonnance Toscane. 46 Planche XV. Façade latérale & coupe de cette même Fontaine . 47 CHAPITRE II. De l'ordre Ionique. jq Planche. XVI. Du Piedesal & de la Base de la colonne de tordre Ionique. j I Planche XVII. De t Entablement & du Chapiteau de tordre Ionique. ;; Planche XVIII. Développement du Chapiteau Ionique antique, 6 i Planche XIX. Maniéré de tracer la volute Ionique , selon Fignole. 64 Planche XX. Développement du Chapiteau Ionique moderne. 6 J Planche XXI Développement du Chapiteau Ionique de Michel-An<*e. 6 ? Planche XXII. Développement du Chapiteau Ionique-Pilastre, 70 Planche XXIII. Des ordres Ioniques de Palladio & de Scammops. 71 Application de Tordre Ionique a Ta va n t-corps d’une maison de Plaisance. di J. Kj TABLE Planche XXIV. ’Avant-corps de la façade d'une maison de Plaisances décoré d'un ordre Ionique antique. 75 Planches XXV & XXVI. Avant-corps de la même façade , décoré d'un ordre Ionique moderne 3 avec les deux plans de ces avant - corps. 76 CHAPITRE III. De l’ordre Corinthien. 78 Planche XXVII. D u Piédefal & de la Base de Cordre Corinthien. 79 Planche XXVIII. Du Chapiteau. & de C Entablement de tordre Corinthien. 83- Planches XXIX & XXX. feuilles & principaux détails du Chapiteau Corinthien • Planche XXXI. Développement du Chapiteau Corinthien. 8 —^- -l'-JB-fJ SUITE DU LIVRE PREMIER. SECONDE PARTIE. « 1,1 = =!=- ■• ■ ■ ■ ■■— . —- - =••'•.-•< «■• -î> TRAITÉ DE LA DÉCORATION EXTÉRIEURE DES BATIMENTS* CHAPITRE PREMIER. .De U o r d r e Dorique. Li’OrdR e Dorique est la premiere belle production des Grecs ; & quoiqu’il soir probable que ce chef- d’œuvre se soir encore perfectionné par ces Peuples lorfqu’ils passerent en Italie fous là domination des Romains, on doit considérer cette découverte en Architecture, comme une de celle» qui font le plus d’honneur à l’efprit humain , fa beauté & fa régularité l’emportant de beaucoup fur les autres compositions de ce genre, imaginées depuis dans la Grecs & dans lTtalie. Tome IL A 2 Cours Nous avons parlé précédemment de Torigine de Tordre Dorique ; donnons - en ici les mesures d’après Vignole ; ensuite, selon Topinion de Palladio , celle de Scammozzi & de quelques-autres Architectes modernes: après quoi nous en ferons Tapplieation à une Fontaine publique , & nous détaillerons les moyens dont nous nous sommes servis pour rendre cet ordre peut-être plus régulier qu’aucun de ceux qui décorent des Bâtiments élevés chez nous, depuis le renouvellement de la bonne Architecture. Avant d’entrer dans les détails exacts qui contribuent à la perfection de cet ordre , nous remarquerons que la division totale de son ordonnance est la même que celle de Tordre Toscan, c’est- à-dire , que son piédestal a le tiers de la colonne, & l’entablement le quart : que chacune de ces trois parties font divisées en trois autres ; enfin celles-ci en plusieurs membres , qu’on appelle moulures , toutes à peu-près semblables à celles désignées figure II de la planche II, ou à celles tracées géométriquement, planches III, IV, V VI Lc VII du premier volume. Nous invitons nos Eleves à examiner de nouveau la construction de ces dernieres moulures, avant de tracer Tordre dont nous parlons, afin de se familiariser avec la maniéré de les profiler chacune en particulier, & d’apprendre l’applica- rion qu’on en doit faire » non-seulement dans les ordres, mais encore dans tous les genres d’édi- stces , Civils & Militaires. Nous observerons encore, que le module de cet ordre se divise en douze minutes, comme le Toscan, & que nous avons placé ici fur deux planches particulières, d’un côté les profils exacts d’Architecture. 3 du piédestal & de l’entablement de Vignole, & de l’autre les changements que plusieurs de nos Architectes François ont cru devoir y faire. Ensuite nous expliquerons en quoi consistent ceux qu’il convient d’observer pour rendre son entablement mutulaire 'ou denticulaire plus régulier. Du Piédestal et de la Base de la Colonne de l’ordre Dorique. Planche Premiere. En parlant du piédestal de l’ordre Toscan, premier volume , page 271 , planche XV, nous avons dit quil nous avoir paru nécessaire de faire quelques changements au profil de la corniche qui lui sert de couronnement. Nous rappellerons ici que c’est celle du piédestal Dorique dont nous parions, qui nous en a donné l’idée , layant trouvée assez enrichie de moulures pour devoir augmenter celles du piédestal Toscan, toutes les autres corniches des piédestaux des ordres étant conformes d’ailleursà Texpression de chacun deux. Néanmoins nous proposons quelques changements à cette corniche du piédestal de Vignole , figure I : c’est par exemple , de retrancher un filet à fa cimaise supérieure , pour le donner à la cimaise inférieure, comme dans la figure 11 , ayant remarqué que cette premiere cimaise , composée de trois moulures , devenoit plus riche que celle de la corniche du piédestal Ionique : ce défaut nous a paru essenciel à éviter , les principaux membres qui constituent Tordonnance entiere devant être assortis à T expression solide, moyenne ou délicate qui caractérise chaque ordre en particulier. II est plus important qu’on ne s’imagine d’apporter 4 Cours cette attention, puisque c’est de ces divers rapports considérés d’un ordre à sature , que dépend non- seulement la perfection des ordres, mais encore le succès de la décoration de tous les Bâtiments. En parlant de la base du piédestal Toscan , nous avons auíli estimé nécessaire de reluire celle du Dorique à neuf minutes , au-lieu de dix. Le double socle qu’on remarque figure I, nous paroît un membre inutile , austì bien que la baguette qui, dans cette base , semble détruire le caractère de virilité attribué à cet ordre. Nous pensons aussi, qu il conviendroit d'en réduire la saillie -à trois minutes, au-lieu de quatre que Vi- gnole lui donne , & de réduire de même la saillie de la corniche de ce piédestal à cinq minutes & demie, au-lieu de six. A l’égard du dé du piédestal, nous y avons pratiqué une table très-peu saillante, ornée d’un renfoncement. Les champs de cette table sont de quatre minutes , Se la largeur de ce renfoncement d une minute & trois-quarts. Cet enrichissement nous paroît être le seul qui convient à ce piédestal , encore fa ut-il supposer que le fût des colonnes soit cannelé ; car s’il étoit lisse , il conviendroit que le dé du piédestal le fût aussi. La base de la colonne , offerte par Vignole figure I , nous paroît conforme à l’expressioi» de cet ordre , à sexception de la baguette placée au - dessus du tore , que nous désirerions un peu plus forte , aux dépens du listeau supérieur , & tel qu’on le remarque dans la figure II, ces deux membres , dans Vignole , ayant trop d’éga- lité, & paroissant foibles placés fur le tore, qui a quatre minutes de hauteur. Nous rapporterons ici, que quelques Architectes blâment cette ba- d’Architecture. 5 guette, prétendant qu’elle n’est qu’une répétition du tore , qui effectivement n en différé que par la grosseur: ils apportent pour autorité la base d£ la colonne Trajane fans baguette; ils soutiennent qu’elle elt d’ordre Dorique, à cause qu’elle a huit diamètres de hauteur. Nous ne sommes point de cet avis; la base Toscane proprement dite, est trop simple ; & la base attique, que d’autres Architectes y ont substituée , nous paroît au contraire trop riche. C’est pour cette raison que nous préférons celle que Vignole nous a donnée , dit-il, d après celle de Tordre Corinthien du Temple de Jupiter Stator, & que Le Mercier a employée depuis à Tordre Ionique du porche du Vieux-Lou- vre, du côté de la rue Fromenteau. Au reste, à en juger par un grand nombre d’exem- ples antiques, il paroît que les Anciens ont refusé long-temps une base à cet ordre : sans doute que le peu de largeur qu’ils donnoient à leur entrecolon- nement a produit la cause de cette suppression , qu aucun de nos Architectes modernes n’a suivie ; cet empâtement a paru indispensable à la colonne , sur - tout depuis que nos Architectes François ont changé la largeur des entrecolonnements prescrits par Virruve, ainsi que nous aurons occasion de le dire bientôt, en rendant compte des raisons qui les y ont déterminés. Au-defsus de cette base, on remarque une partie du sùt inférieur de la colonne. Dans la figure I on a tracé des cannelures à vives - arêtes , rapportées par Vignole , lesquelles font composées chacune d’une portion de cercle décrite par un Triangle équilatéral, comme Tindique la figure III ; peut-être nous a-t-il donné ces cannelures d’après celles des colonnes du Temple de Persépolis, où Ton 6 C O U R s en comptoit, au rapport de Chardin ( a) , quaranttf à chacune, au-lieu de vingt que Vignolea fixées à à cet ordre. Quoi qu’il en soit, ces sortes de cannelures nous paroiffent peu propres au caractère de solidité de l’ordre Dorique ; nous croyons devoir y substituer celles nommées cannelures à côtes, figure II, & développées figure IV , parce que ces dernieres n’interceptent pas totalement, comme les précédentes , la circonférence de la colonne , & que d’ailleurs elles présentent moins de petites parties , ainsi qu’on remarque celles d u portail de Saint-Sulpice qu’on peut comparer avec celles du portail de S. Gervais, exécutées comme la figure V , mais qui néanmoins ne règnent que dans les deux-riers supérieurs de l’ordre. II est bon de remarquer que celles-ci forment un demi-cercle , & que celles que nous proposons figure IV , ne forment qu une demi-ellipse , dans l’intention d’en- tamer moins la solidité de la tige de la colonne. Au reste, peut-être vaudroit-il mieux faire indistinctement usage de ces trois différentes cannelures , que d’employer jamais celles nommées méplates dont parle Vitruve, représentées figure VI , parce qu’alors elles ne présentent plus qu’un poligone de vingt côtés , au - lieu de la circonférence d’une colonne. Les listeaux ou côtes qui séparent les cannelures proposées ici, font du quart (a) Ce même Écrivain , en parlant du Temple de Persé- polis, appelé aujourd'hui Tekelminar, qui veur dire quarante colonnes , rapporte que ce Temple avoir été bâti 450 ans avant Moise, qui vivoit 1 syr ans avant J. C. . suivant ce rapport, ces colonnes a voient donc été employées environ 800 ans avant les Doriques , qui ont pris naillance dans l'A :baïe : ce qui prouveroit l'an uenneté des colonnes, déja portées à un certain degré de perfection, ijjo ans avant notre Ere. D* A R C H I T E C TU R E. 7 de la largeur de la cannelure. Voyez les différents dessins des cannelures, puisés dans nos plus célébrés édifices françois, planche VIII, premier volume : exemples néanmoins dont il faut faire un usage prudent. Celles que nous avons rapportées ne peuvent pas toujours servir d’autorité, leur succès dependant de l’analogie quelles doivent avoir avec le caractère de richesse , ou la simplicité de Tordre auquel elles font adaptées. N’oublions pas de dire ici, que le commencement des cannelures doit prendre naissance immédiatement après le congé , soit dans la partie inférieure de la colonne , soit dans fa partie supérieure. De ^Entablement denticulaire , et du Chapiteau de Tordre Dorique du Théâtre de Marcellus, ■rapporté par Vignole. Planche II. Cette planche offre , figure I , Tentablement denticulaire & le chapiteau de Tordre Dorique du Théâtre de Marcellus , rapporté par Vignole; cet entablement, quoique tiré d’un des plus beaux exemples antiques, nous paroil peu propre à la décoration des dehors ; il est composé en général de trop petites parties , & le cavet de fa cimaise supérieure est une moulure trop délicate pour la solidité de cet ordre : d’après ce sentiment, il convient donc de ne Temployer que dans les dedans, & pour cela de réduire fa hauteur au cinquième de Tordre, au-lieu du quart, comme dans la figure 11, par la raison que A iv 8 Cours tous ses membres étant plus légers que ceux cle l’entablement mutulaire , il convient que fa hauteur toit moins conlìdérable. D’ailleurs il faut observer que la colonne du Théâtre de Marcellus n’a que quinze modules, au-lieu de seize , cette colonne étant fans base , à limitation de celles des Grecs. D’un autre côté, il faut convenir que les denticules attribués à cet entablement, rendent plus facile son application dans la décoration de nos bâtiments , que les mutules, ce qui n’a pas peu déterminé quelques-uns de nos Architectes François à lui donner la préférence au mutulaire, même dans les dehors , ainsi que Fa fait François Manfard au portail des Minimes ; cet exemple néanmoins ne peut devenir une autorité pour nos Elevés, à moins qu’on ne veuille , comme lui, surmonter le Dorique d’un ordre Composite ; ce qui ne doit fe permettre qu’avec beaucoup de circonspection. Nous ne conseillerions jamais d’élever, avec encore moins de vraisemblance , Tordre Corinthien l'urle Dorique, tel qu’on le remarque aux portails des Eglises de Saint -Roch , & de l’Oratoire. Nous observons encore , que la simplicité des membres de l’architrave s’accorde assez peu avec la richesse & l’élégancedes moulures de la corniche & de son plafond ; la bonne Architecture prescrit nécessairement une relation exacte entre toutes ses parties, pour qu’elles soient véritablement recommandasses; autrement l’édifice n’ossre plus que des beautés désassorties , au-lieu de cette unité qui en fait le mérite principal. Le chapiteau qu’on voit au - dessous de cet entablement, figure I , nous paroît d’une belle proportion ; mais nous ne saurions approuver les trois réglets placés au-dessus: du gorgerin ; cettç d’Architecture. 9 répétition de moulures , semblables les unes aux autres, parodiant monotone & de mauvais goût, nous préférons Tastragale du chapiteau de Vignole, figure II,quoique composé des mêmes moulures que celui placé au-dessous du gorgerin de ce chapiteau, & faisant partie du fût supérieur de la colonne. La figure II de cette même planche offre cet entablement denticulaire réduit au cinquième de la hauteur de Tordre, avec les changements que plusieurs Architectes modernes ont cru devoir faire dans plusieurs de ses membres : par exemple , de substituer d’autres moulures à fa cimaise supérieure & inférieure , de rendre son plafond ou sofite moins compliqué, enfin de pratiquer une double plate- bande à son architrave ; autant de changements nécessaires qui nous paroissent produire le meilleur effet, & dont nous recommandons l'imitation à nos Eleves ; en substituant néanmoins, selon le besoin , telles autres moulures qui leur paroîtront convenables dans les cimaises de la corniche. On remarquera que nous avons incliné en sens contraire le sofite du larmier de la figure II, comparé avec celui de la figure I , pour des raisons d’optique, faciles à imaginer ; & que nous avons austi supprimé dans le plan, figure III, les goûtes distribuées dans les cassettes du Théâtre de Marcellus, comme ornement postiche , & peut- être de mauvais goût , malgré Tautorité des anciens à cet égard ; nous les remplaçons, comme dans la figure I V, par des cassettes plus régulières, composées de moins petites parties , & dans lesquelles on peut mettre des rosaces ou autres ornements symboliques , relatifs à Taoplication de cet ordre pour la décoration intérieure. Pour parvenir à réduire cet entablement au io Cours cinquième , on pourroit faire une échelle d’un nouveau module, ou bien , comme dans cette planche , fe servir de celui de la colonne, qui ne donnera à cet entablement que trois modules deux minutes ; sçavoir, dix minutes à l’architrave, quinze à la frise , & treize à la corniche ; les autres mesures fe trouveront par les cotes indiquées dans la figure 11. En comparant ces deux entablements mis à côté l’un de l’autre, il est aisé de s’appercevoir de l’elégance de celui-ci, fur celui-là, & de recon- noître combien cette légéreté est nécessaire pour les dedans : légéreté qui pourroit autoriser peut- être à donner à la colonne un module de plus de hauteur, pour rendre toute cette ordonnance plus propre à figurer avec les autres membres d’Architecture qui s’emploient dans l'intérieur des porches , des galeries , des vestibules où supplication de cet ordre semble convenir. De l’ Entablement mu t u lai re, ET DU CHAPIT EAU DE L'ORDRE Dorique y suivant Kignole. Planche III. La figure I offre l’entablement mutulaire de Vignole , qui , comme dans tous ses autres ordres , a le quart de la hauteur de la colonne : cet entablement , fa projection, la division de ses principaux membres , ses moulures, en un mot, toutes les parties qui le composent, nous paroissent être un chef-d’œuvre qu’il dit lui- même avoir composé d’après plusieurs fragments antiques. Nous ne relèverons point ici quelques ©'Architecture. II légeres imperfections que nous y avons remarquées , & que plusieurs de nos Architectes François ont su rectifier pour le porter encore à un plus grand degré de perfection; néanmoinns comme ces derniers ont écarté diversement leurs colonnes dans une même ordonnance, & que souvent ils ont accouplé cet ordre, il en est résulté nécessairement des altérations dans la proportion & la disposition de cet entablement, pour parvenir à rendre son plafond plus régulier. Expliquons ici sommairement les différents moyens dont plusieurs de ces mêmes Architectes se sont servi ; cette explication préparera nos Eleves à concilier les réglés que les Grecs nous ont prescrites concernant leur Dorique avec notre Architecture, qui différé assez de celle de ces Peuples & de ceux de l’Italie qui leur ont succédé. La figure II sait voir une partie des changements que nous voulons indiquer. Par exemple ici l’entablement a un quart de module de plus que dans Vignole , l’architrave a douze minutes, la frise vingt - une , & la corniche dix - huit, au total quatre modules & un quart. Cet entablement que nous avons porté au-delà dit quart de la hauteur de la colonne , paroîrra peut- être un peu considérable. Nous rendrons compte dans la fuite du motif qui nous y a déterminés. Nous nous contenterons ici de rapporter, que presque tous les entablements des ordres Doriques trouvés dans les débris des monuments d Athènes , avoient encore plus d’élévation , puisqu’au rapport de M. le Roi, celui du Temple de Minerve élevé dans la Citadelle de cette Ville, a douze pieds de hauteur , fur une colonne de trente- un pieds sept pouces & demi. II est vrai que les ir Cours colonnes de ce Temple n’ont que six diamètres, au-lieu de huit attribués aujourd’hui à Tordre Dorique ; mais du moins est-il certain que les anciens ont porté leurs entablements bien au-delà du quart de la hauteur de Tordre. Notre intention n’est pas d’approuver cet excès. Nous avons même déjà remarqué que Vignole étoit presque le seul Architecte moderne qui ait porté ses entablements au quart de Tordre, que Palladio ne leur a donné que le cinquième , & Scammozzi presque toujours entre le quart & le cinquième ; mais il n’est pas moins vrai que lors- qu’on ne peut s’en dispenser, on peut varier la hauteur des entablements, pourvu toutefois que la proportion de Tordre n’en souffre aucune altération. Avant d’entrer dans quelques détails touchant les changements utiles à faire à Tentablement de Vignole , pour concilier les préceptes des anciens avec les découvertes des modernes, donnons une idée de Topinion de quatre de nos plus célébrés Architectes François à cet égard, & faisons part à nos Eleves des avantages ou des désavantages qu’onr produits dans nos bâtiments leurs différents systèmes ; ensuite nous expliquerons les moyens dont nous nous sommes servis nous-mêmes pour rendre cet ordre encore plus régulier que ne l’ont fait nos prédécesseurs. Jacques Debroii'es, au portail de Saint-Gervais, a fait indistinctement les métopes distribués dans fa frise , quartés, barlongs ou oblongs, & en a usé à peu-près de même au Luxembourg. François Mansard, au portail des Minimes & à la façade extérieure des Ecuries du Château de Mailons, pour rendre ses métopes réguliers dans Taccou- plement de ses colonnes, a fait pénétrer les bases D ’ A R C H I T E e T U R E. I) & les chapiteaux. Libéral Bruant, au frontispice dû Bureau des Marchands Drapiers, a diminué le bas de ses colonnes pour en rapprocher les bases & faire ses métopes quarrés. Louis le Veau, au portique Dorique de la Cour Royale du Château de \incennes , a augmenté la hauteur de ía colonne d’un module, pour augmenter celle de la frise , écarter ses trigliphes, & parvenir à faire ses métopes quarrés. Nous ne pouvons dissimuler jqvi£.tous ces différents moyens présentent autant d’impersections qui rangent la plupart de nos productions de ce genre , dans la classe de la médiocrité ; car enfin il faut convenir que la véritable Architecture exige la plus grande sévérité ; & cependant rien de si irrégulier que tous les ordres Doriques, qui, en France, décorent ncs bâtiments , même les plus renommés. On doit déja appcrcevoir , dans les figures II & III de la planche que nous décrivons , les changements qu’offrent ces figures , comparées avcc celles I & IV de cette même planche. Bar exemple , dans la figure 11 la frise A, a vingt-une minutes de hauteur , au-lieu de dix-huit : la largeur du triglipheB, & du mutule C, est de quatorze minutes au-lieu de douze ; enfin le chemin ou listeau D, a une minute & demie, au-lieu d’une demi-minute : intervalle qui rapproche moins les cassettes & les mu- tules que dans la figure IV. On doit aussi remarquer, dans les figures II& III, que nous avons donné une minute de saillie aux trigliphes , au-lieu d’une demi-minute prescrite par Vignole. Tous ces changements, qui détruisent les petites parties, détachent les membres les uns 'des autres , & donnent un caractère de relief à tous les détails de cet entablement, nous ont paru nécessaires ici, ? w 14 Cours parce que, non-seulemenr Texpression de cet ordre est virile, mais parce que , comme nous l’avons dit ailleurs , il est destiné pour les dehors de nos bâtiments,& que pour cette raison tous les objets qui le composent doivent le montrer en grand. Nous avons dé j a rapporté les tentatives qu’ont faites Debrosses, Manl'ard, Brillant & le Veau, comme n’ayant d’autre but que de chercher les moyens d’accoupler les colonnes de Tordre Dorique; /*•**« remarquerons que ces divers moyens nous nous - ont paru très-imparfairs; c’est pour cela que nous en allons tenter d’autres qui pourront contribuer à rendre l’application de cet ordre plus générale. Les anciens donnoient à Tespacement de leurs colonnes une largeur relative à leurs différents genres d’édifices, & en fixoient les espacements de cinq maniérés que nous rapporterons planche VII. Examinons pourquoi il n est pas toujours possible de s en tenir à ces espacements rapportés par Vitruve , fur-tout lorsqull s’agit de Tordre Dorique. Les Grecs tailoient la largeur du métope égale à la hauteur de la frise , & celle-ci d'un module & demi : ils donnoient au trigliphe un module de largeur; d’où il suivoir que de Taxe d’un trigliphe à Tautre , il ne pouvoir y avoir que deux modules & demi ; en forte que les plus petits espacements étoient de cinq modules , les suivants de sept modules & demi, de dix modules, &c. disposition régulière sans doute, mais qui ne peut précisément être suivie que lorsque Tordon- nance du bâtiment n’exigera aucun accouplement. Or comme il arrive souvent qua l’exemple des modernes Taccouplement de cet ordre devient nécessaire ; dune part, pour apporter plus de variété dans Tordonnance des façades; de Tautre, d’Architecture. 15 pour procurer une plus grande apparence de solidité aux angles des avant-corps, & leur donner un plus grand entrecolonnement dans leur milieu ; il en rélulte que lorsqu’on veut accoupler les colonnes , & f'uivre la distribution des métopes & des trigliphes des anciens, les colonnes ne peuvent s’accoupler fans que leurs bases le pénétrent de quatre minutes , ainsi qu’on le remarque au portail des Minimes; autrement il faudroit -renoncer à la régularité de f entablement , & faire les métopes d’angles plus larges que ceux placés dans l’efpace des entrecolonnements , comme on Fapperçoit à Saint-Gervais , au Luxembourg, au Château de Maisons & ailleurs. Rendons compte de la source de ces deux inconvénients. La saillie de la base de Tordre Dorique selon Vignole , est de cinq minutes. Pour que les bases ne se pénétrent point, Tordre étant accouplé , il est de nécessité d’écarter Taxe des deux colonnes de trente-quatre minutes ; sçavoir, de douze minutes pour chaque demi - diamètre , & de cinq minutes pour chaque base ; total, trente-quatre minutes. Car autrement , pour que les axes des colonnes tombent à plomb de ceux des trigliphes , il ne faut leur donner que trente minutes , comme Vignole, & nous venons de voir quil en falloit nécessairement donner trente-quatre, pour éviter la pénétration des bases. Bruant n’a guere été plus heureux en voulant éviter les deux inconvénients ci-dessus; il a diminué ses colonnes d’environ deux minutes vers la base, & réduit la faillie de ces dernieres à quatre minutes & demie , au-lieu de cinq : il a fans doute évité par-là, la pénétration des bases, & Tirrégularité de la frise ; mais il a renflé ses colonnes, & porté les deux 16 C O V R s modules vers le tiers inférieur du fût. Cet exemple a eu peu d’imitateurs * n'ayant pas paru naturel au plus grand nombre, que le foible portât le fort ; d’ailleurs ce renflement paroit contraire aux lois de la solidité , & mécontente l’œuil, fur-tout lorl- qu’il est trop considérable. Le Veau , déja cité, est peut - être tombé dans un défaut plus contraire encore aux préceptes de l’Art ; il est vrai qu'il a conservé la faillie de fes bases entiere , & rendu la distribution de fa frise régulière; mais il faut remarquer que pour y parvenir, il a augmenté la hauteur de fa colonne dun module, ce qui la rend grêle, lui ôte son caractère de virilité, & lemble lui faire porter , avec peine, le surplus de hauteur qu’il a donnée à l’entablement, en l’augmentant d’un quart de module. Nous pourrions rapporter encore une infinité d’autres exemples pour le moins aussi abusifs , des moyens que la multitude des Architectes de la seconde classe a employés ; comme , par exemple, d’avoir supprimé les trigliphes & les métopes dana la liilé ; de u’avolr placé des trigliphes qu’à plomb de saxe des colonnes, & de les avoir supprimés au-destus des entrecolonne- ments ; d’avoir fait dans une même ordonnance, tantôt les métopes quarrés , tantôt barlongs ou oblongs ; d’avoir placé dans la même corniche des mutules fur les avant-corps, des denticules fur les arriéré - corps ; enfin d'avoir presque tous négligé les angles rentrants : de maniéré qu’on n’y aperçoit le plus souvent qu’un quart de mutule, qu’on voit au contraire, dans les angles saillants , des intervalles si considérables, qu’il semble que la partie supérieure de la corniche ne puisse fe soutenir en l’air , faute d’y remarquer des mutules plus rapprochés, qui en rendant cet angle moins foible d’Architecture. 17 foible en apparence , feroient paroître sa saillie plus supportable, sur-tout lorsqu’elle est apperçue sur la diagonale. Examinons à présent de nouveaux moyens qui nous fartent éviter la pénétration des bases & même des chapiteaux lorsque Tordre est pilastre, & qui conservent la frise & la corniche régulière, tant dans les angles saillants, que dans les angles rentrants. De l' En t ab le ment et duChapiteau de l’ordre Dorique , accouplé SUR UN ANGLE'SAILLANT, ET GROUPE DANS UN ANGLE RENTRANT. Planches I V & V. Nous venons de voir que pour que les bases des colonnes & les chapiteaux pilastres de Tordre Dorique ne se pénétrent point, il saut donner entre les deux axes des trigliphes , trente-quatre minutes au-lieu de trente ; que pour cela on doit donner vingt-une minutes à la hauteur de la frise. Nous dirons ici, qu’il faut donner vingt minutes de largeur aux métopes, & quatorze de largeur aux trigliphes , ainsi qu’on le remarque planche IV ; que par ce moyen le rapport de la largeur à la hauteur du trigliphe restera le même que dans Vignole, cest-à-dire , qu’il fera de quatorze minutes fur vingt-une, celui de Vignole étant de douze fur dix-huit. Suivant ces nouvelles mesures le mutule aura ausiì quatorze minutes dé largeur, & quatorze de saillie ; d’oìi il doit résulter une variété assez intéressante , puisque le plafond de ce mutule se trouvera un quarté parfait, placé au-dessus du trigliphe , conservé de forme oblongue , comme deux, est à trois ; & qu’au con- Teme IL B 18 Cours traire le métope se trouvera être aussi un quarré parfait, couronné par une caísete de forme bar- longue, comme on le voit en A , planche V. Nous rappellerons que dans cette même planche & la précédente , nous avons donné une minute de faillie au trigliphe Q, au - lieu d’une demi- minute que lui donne Vignole, ce trigliphe nous ayant paru avoir trop peu de saillie, & les canaux trop peu de profondeur, ainíì qu’on peut s’en convaincre planche III, figures I & I V. On devra aussi s’appercevoir du meilleur eífet que doit produire le chemin ou listeau D , porté à une minute & demie dans ce dessin, au-lieu d’une demi-minute. Si dans un bâtiment on ne deVoit frire ni avant-corps, ni ressaut, ni retour , les changements dont nous venons de parler leroient suffisants pour l’aecouplement des angles saillants de l’ordre Dorique , & Ton en seroit quitte pour donner trente - quatre minutes d’axe en axe d’un trigliphe à Tautre, A de même dans Tétendue de Tentrecqlonnement, en supposant même qu’on voulût placer un métope ou un trigliphe sur le milieu de l’arcadequi y seroit contenue; mais ici il s’agit de parvenir à rendre cet ordre applicable à tous les genres d’ordonnance d’Architecture civile & militaire ; il faut donc employer d’autres moyens, non-feulement pour rendre les angles rentrants des façades , plus réguliers que ne l’ont fait nos prédécesseursmais encore pour que toutes les parties qui entrent dans la composition de cet ordre loient aussi de - la plus grande perfection : nous croyons y être parvenus dans les compartiments du plan de cet entablement, planche V , qui exige que de. Taxe. E F on d'Architecture. 19 donne trenre-neuf minutes ( b ), au-lieu de trente- quatre proposées pour les colonnes accouplées des angles saillants. Parce moyen le chemin ou listeau D, régnera d’une égale largeur & autour des intitules G & au tour des cassettes H. Cette attention essencielle est échappée à presque tous nos Architectes ; c’est néanmoins de-là que dépend le succès des compartiments du soffite de l’entable- ment de cet ordre, & celui des ordres Ionique , Corinthien & Composite. Ces réflexions, plus importantes qu’on ne s'imagine , doivent du moins apprendre à nos Eleves qu’il est nécessaire de se rendre compte des plus petits détails, avant même de vouloir établir dans leurs murs de face , la largeur & la saillie des avant- corps , le rapport des trumeaux avec les portes & les croisées, l’espacement de leurs entrecolonne- ments ; ensin l'application des membres d’Archi- tecture qui doivent les remplir. Si cependant les trente-neuí minutes que nous exigeons d’un axe à l’autre , nuisoient à la relation qu’on est obligé d’observer entre les dehors & les dedans de l’édisice, on pourroit réduire cette distance E F , à íâS|## v minutes & demie , au-lieu de trente-neuf, comrruA dans la planche VI : distance suffisante pour que du moins les angles des (é) Nous ferons observer que par le moyen de ce nouvel arrangement , le métope d’angle a devient de quelques minutes plus large que ceux des faces b ; mais nous avons cru devoir passer fur ce défaut dégalité en faveur de la régularité du plafond de cette corniche ; parce que, d'un côté , ce double métope n étant jamais apperçu que d angle, il ne peut sembler disparate, ses recours se rétrécissant par l'optique ; Sc que de l'autre on peut , si l’on juge à propos , placer un angle de trigliphe pour séparer lçs deux métopes, comme l'exprimc celui ponctué c. Bij to Cours deux mutules angulaires A le touchent fans fe pénétrer. 11 est vrai qu’il résulte de ce rapprochement que le chemin ou listeau B fe trouve intercepté autour de la cassette C , & que d’ailleurs cette derniere fe trouve plus petite que celle de sangle E : défaut de symétrie contraire en quelque forte à la sévérité de cet ordre ; aussi nous préférons toujours les compartiments de la planche V à ceux de la planche V I ; ce que nous conseillons d’aurant plus volontiers , qu’ayant donné en 1764 le dessin du portail de lEgìife de Metz , dont les colonnes Doriques ont quatre pieds & demi de diamètre , & dont le plafond de l’entablement est exécuté tel que le présentent les compartiments de la planche VI , nous nous sommes reprochés de n’aveir pas observé ce listeau continu, plus possible à pratiquer dans un monument de l’efpece de celui dont nous parlons, que dans tout autre genre d’édifices destinés à l’habitation. II faut remarquer que dans la planche IV on ne trouvera , pour la largeur du métope , que vingt minutes , pendant que fa hauteur est de vingt-une ; mais cette différence nous a paru devoir être telle, parce que fa .largeur s’apperçoit toujours entiere & fans altération , au-lieu qu’il n’en est pas de même de fa hauteur qui fe trouve altérée par la saillie du listeau de l’architrave toujours de deux minutes ; en forte qu’il est ailé de concevoir que les vingt-une minutes données en réalité à la hauteur de la frise se trouveront réduites en apparence à vingt, ce qui fera paroître alors le métope quarté. Qu’on y prenne garde , il ne fussit pas toujours de la théorie de l’Art ; il f tut lui associer les réglés de l’oprique, & prévoir la différence que doit occasionner la saillie des d’Architecture. 21 membres inférieurs fur ia hauteur de ceux qui se trouvent au-dessus. Les mesures cotées assez exactement dans les planches dont nous venons de parler, semblent nous dispenser ici d’entrer dans un détail plus cir- constancié ; d’ailleurs nous supposons que ceux qui auront intérêt de Rappliquer à l’étude de cet ordre, auront acquis préliminairement les connois- sances qui leur sont nécessaires pour # parvenir, par l’afpect des dessins & la lecture du premier volume, mais principalement par l’examen qu’ils auront fait des bâtiments que nous avons cités plus d’une fois , & qui, quoiqu’assez irréguliers pour la plupart, ne les amèneront pas moins à sentir futilité de notre procédé , & à découvrir à l’avenir les moyens d’employer cet ordre avec plus de succès que ne l’ont fait précédemment nos Architectes. En décrivant Tordre Toscan , nous n avons parlé ni des entrecolonnements, ni des portiques que V ignole nous en a donnés, l’entablement de cet ordre n’apportant aucune sujétion qui puisse gêner TArchitecte pour Tefpacement des colonnes; d’ailleurs les portiques avec ou fans piédestal, qu’il nous propose, nous ont paru trop imparfaits pour les rapporter dans ce Cours. II n’en est pas de même pour Tordre dont nous parlons. Ici tout importe , fans compter que ce que nous cherchons à approfondir par cette théorie , est autant de connoissance acquise pour les ordres suivants , toujours moins difficiles dans Texécution que le Dorique. Ne craignons donc point de nous étendre un peu : dussions-nous nous répéter quelquefois, ne négligeons aucuns des éclaircissements qui fassent concevoir à nos Elevés combien il feroit B iij iz Cours intéressant pour l’Art de pouvoir appliquer plus souvent cet ordre à nos édifices ; c’est ce qui arrive- roit fans doute, si une fois on pouvoit parvenir, soit par ce que nous en enseignons, soit par d’autres tentatives plus heureuses, encore à l’employer fans inconvénient. Nos plus habiles Architectes y renoncent volontairement par la crainte de ne pouvoir éviter les difficultés qu’il entraîne. Nous ne parlons pointée ceux qui, fans aucune doctrine, «n font souvent parade dans leurs compositions, fans s etre jamais rendu compte des obstacles qui fe présentent pour concilier les préceptes des anciens avec les procédés des modernes. Au reste, nous proposons notre système fans aucune prétention ; nous convenons même quil n’est pas fans défauts, puisque l’entablement a trois minutes au-delà du quart; q tuba aussi une minute de saillie de plus que dans Vignole ; en forte que ces augmentations peuvent paroître considérables, Vignole ayant déja porté au quart de la colonne son entablement : ce rapport a été combattu par Palladio & Scammozzi ; le premier n’ayant donné à l’entablement que le cinquième ; le dernier entre le quart & le cinquième. Voici néanmoins ce que nous avons à répondre en faveur de notre opinion. Le Veau a donné de même un quart de module de plus à Tentablement de son portique Dorique de Vincennes ; mais nous avons l’avantage fur lui, d'avoir conservé la proportion à la colonne , tandis qu’il a donné à la sienne dix-sept modules au-lieu de seize ; hauteur prescrite par la plupart des modernes , ne parlant pas ici des anciens qui leur ont donné long-temps beaucoup moins. Nous observerons encore, que si notre entablement paroît forcé , du moins avons-nous conservé d’Architecture. 23 Tordre dans toute fa virilité , & qu’étant du sentiment de ne jamais employer les ordres d’Archi- recture que dans les grands édifices, cette augmentation d’un quart de module semble se perdre par son élévation, toujours de quarante ou cinquante pieds, par la voracité de Fair qui l’envi- ronne , & par le point de distance d’où il doit être apperçu ; qu’enfin les métopes, dans route l’étendue de l’ordonnance, paroiísent quarrés, & que cette régularité fans doute est préférable aux exemples des bâtiments déja cités. Quoi qu’il en soit nous abandonnons aux vrais Architectes à pronon- sur cet objet. Pleins d’cstime pour les ouvrages de nos prédécesseurs , nous dirons que Debrosse à Saint-Gervais & a u Luxembourg, Maní'ard au Château de Maisons , ont peut-être cru pouvoir se dispenser de faire les métopes quarrés fur leurs colonnes accouplées , fondés fur l’autorité de Vitruve, liv. 4, chap. 3 , qui prétend que les métopes doivent être plus larges dans les extrémités du bâtiment ; à cause , dit-il, qu'il convient de faire porter les trigliphes fur le nu du retour de - la frise , & non fur Taxe de la colonne d’angle. II est vrai qu’en s’exprimant ainsi il fait entendre que cette maniéré de placer le trigliphe apporte un défaut de symétrie dans la décoration extérieure des Temples , & que cette raison a plus dune sois fait renoncer à employer cet ordre dans leurs frontispices, plutôt que de négliger la sévérité qu’il semble exiger : il cite Tar- chijius , Psytheus , & même Hcrmogenes , comme autant d’Architectes qui en ont use ainsi. Combien des nôtres ont été moins réservés à cet égard » puifqu’ils nous ont offert, dans presque toutes leurs productions , tous les défauts dont nous B iv 24 C O U R s avons parlé, & qu’il seroit essenciel d’éviter r , pour employer à l’avenir Tordre Dorique avec tout ton éclat , puiíqu’il est plus propre que tout autre à décorer les Monuments sacrés, les Edifices publics , les Palais des Rois, & généralement tous les bâtiments où la dignité , & la simplicité doivent avoir le pas lur la magnificence des ornements , que semble exiger Tapplication des autres ordres, à l’exception du Toscan. De l'Espacement jdes Colonnes, SUIVANT L’OPINION DES ANCIENS ET DES MODERNES. Planche VII. Des cinq maniérés d’espacer les colonnes selon Vitruve . Nous rapportons ici ces divers espacements , non qu on puisse les regarder comme une réglé qu’on doive suivre > mais plutôt comme une preuve de la lévérité dont les anciens usoient dans ía compétition de leurs bâtiments , & de Tatten- tion quils aboient à mettre des rappors entre leur entrecolonnement & le diamètre de leurs colonnes. II est vrai que la plupart des productions antiques n’ossrent pas toujours des colonnes espacées selon cette méthode, & que chez nous c'est la distribution des mutules & des modillons des corniches, qui doit décider leur largeur , & non précisément un diamètre & demi, deux diamètres , deux diamètres & demi, trois diamètres ou quatre diamètres , comme Texpriment les entrecolonnements marqués A, B, C, D,E, appelés par Vitruve, d’Architecture. 2J picnojlylt , siftylt , eujiyle , diajìylc & areojlyle , autant d’espacements qu’il est bon de connoître » afin de puiser dans les sources qui ieules peuvent nous apprendre quand nous devons imiter les premieres réglés , ou nous en écarter pour parvenir à un plus grand degré de perfection. De l’Accouplement de l’ordrc Dorique selon Vignole , dont les bases se pénètrent de quatre minutes. Nous avons déja reconnu que, selon la disposition des métopes & des trigliphes , distribués dans les frises des ordres Doriques des anciens, on ne peut accoupler les colonnes , fans que les bases se pénétrent de quatre minutes, & même les chapiteaux lorí'qu’on emploie des pilastres , comme on l’a fait au portail des Minimes; c’est pourquoi nous avons tracé fur cette planche figure F, le plan de cet accouplement, à dessein de rappeler non-leulement ce que nous avons dcja dit, mais pour que d’un seul coup d’œuil on puisse apper- cevoir la dissérence de rapprochement de ces deux colonnes, comparé avec ^accouplement G , ainsi que le petit entrecolonnemenr H, celui I, K, enfin celui L ; ce font là presque les seuls qu’on puisse mettre en œuvre pour les raisons de solidité que nous expliquerons bientôt. Avant de parler de Teípacement que doivent avoir les colonnes de Tordre Dorique, disons un mot des raisons qui ont déterminé la plupart de nos Architectes à faire usage des colonnes accouplées dans la décoration de leurs bâtiments : accouplements regardés néanmoins par plusieurs comme une innovation contraire en quelque forte à la i 6 Cours régularité de la belle Architecture. II est cependant certain que ceux d’entre nos modernes qui ont été de cet avis en ont trouvé plus d’un exemple dans les ouvrages antiques , tels que dans la façade du Temple de Trévi , dans l’intérieur de celui de Bacchus près de Rome, dans un arc de triomphe qui fe voit à Pôle en Dalmatie , & ailleurs. D’après ces autorités , Bramante fans doute n’a pas hésité d en faire usage dans plusieurs endroits du Vatican, Michel-Ange les a employées à la tribune qui soutient la coupole de Saint-Pierre ; Sangalo , Labaco son Eleve , & les autres Architectes • d’Italie les ont presque tous placés dans leurs productions; ces derniers ont été imités à leur tour , par nos Architectes François ; Ducer- ceau les a mises en crédit dans son livre ; Delorme en a exécuté aux Tuileries; Metezeau au Château neuf de Saint-Germain-en-Laye ; Debrosse au Luxembourg & à Saint - Gervais ; Le Mercier au Louvre , & Manfard à Maisons : tous ces Artistes célébrés en uyani donné l’exemple à ceux de notre temps, cet usage fe perpétuera vraislèmbla- blement à l’infini, contre l’opinion de ceux qui, fans trop savoir pourquoi , préfèrent les colonnes solitaires, fans fe rendre compte du motif qui a porté à cette innovation ; rebutés feulement parl’abus qu’en ont fait plusieurs, ils croient devoir imiter l’antique , & refusent de fe rendre au bien que peut produire lune & l’autre maniéré, réunie avec art dans l’ordonnance de nos édifices, ainsi que Palladio & Scammozzi en ont usé avec autant de goût que de discernement. II est vrai qu’il ne faut pas faire un trop fréquent usage de l’accou- plement dont nous parlons. Par exemple on ne peut les appouver dans les parties intermédiaires d’Architecture 27 des avant-corps du Vieux-Louvre, ni dans celui de l’Hôtel de Soubise ; ils font au contraire un merveilleux effet aux Châteaux de Maisons, deClagny, au péristile du Louvre ; d’où il résulte que ce n’est pas de l’accouplement des colonnes qu’on a droit de fe plaindre, mais du mauvais usage qu’en ont fait plusieurs Architectes. Réflexion qu’il est important de ne pas négliger avant d’approuver ou condamner les accouplements ; car ensin il ne faut pas douter que ceux-ci, les colonnes groupées , les colonnes solitaires, même les pilastres disposés avec discernement, peuvent également bien réuffìr, s’ils font amenés fur la fcene par le genre del’édifice. Ce fera donc toujours à l'Architecte » & non à l’Architecture qu’il faudra s en prendre, lorsque faute du génie & du véritable goût de l’Art, les façades de nos bâtiments ne pourront s’attirer le suffrage des connoiffeurs, parce que nos jeunes Architectes voudront s’en tenir aux seuls éléments, pour produire des compositions qui nc peuvent devenir des chefs - d’œuvre que par le fruit dune étude réfléchie & d’une longue expérience. Mais revenons à l’efpacement régulier que doivent avoir les colonnes de Tordre Dorique suivant les modernes. Nous aurons occasion ailleurs de discuter d’une maniéré plus intéressante encore, l’avantage des colonnes accouplées fur les colonnes solitaires. De l’espacement des colonnes de l’ordre Dorique suivant les modernes. Les figures G, H, I, K, L, font dessinées ici suivant les nouveaux espacements des trigliphes, qui, au-lieu de trente minutes coipme ceux des 28 Cours anciens, sont écartés d'axe en axe de trente-quarre minutes ; d’où il s’enluit que l’accouplement G est fans aucune pénétration; que même il leroit possible de pratiquer un petit interstice d’une demi- minute entre les deux tores pour les séparer, & les plinthes qui les soutiennent, aíìn d’empêcher par-là leur approximation , toujours vicieuse en Architecture. Pour y parvenir, on pourroit, comme en a usé Bruant, diminuer la saillie de chaque baie d’un quart de minute , ou applatir insensiblement les deux tores vers leur attouchement, pour produire l’interstice que nous semblons désirer. Nous avons indiqué dans cette planche VII, l’entrecolonnement L, comme le plus grand espacement qu’on puisse mettre en œuvre ; cela peut être vrai, sur-tout si l’on donne un certain diamètre aux colonnes ; car il taut savoir qu’il ne suffit pas d’avoir attention d’observer le rapport que doit avoir la largeur de l’entrecolonnement majeur, relativement à la hauteur de Tordre ; ce rapport, quelque intéressant qu’il soit, ne regarde que la seule beauté de l’ordonnance ; il est un autre motif plus important encore , qui regarde la solidité , lequel consiste à ne pas donner trop de portée à l’étendue de l’architrave , qui doit toujours se mesurer à raison du diamètre de la colonne, à raison de la largeur de l’ëntrecokmne- ment, & à raison de leur éloignement sur le nu du mur qui leur sert de fond. Perrault au péristile du Louvre, nous a montré tout ce que pouvoit l’art dans l’ordonnance & dans la construction de ce iuperbe édifice. Par exemple, il a osé donner vingt-quatre pieds de portée à l’architrave, de l’avant-corps # du milieu de fa façade, dont les d’Architecture. 19 colonnes à la vérité font approchées dn pilastre adapté au mur de face ; il a donné seize pieds aux entrecolonnements des pavillons , & léulement douze pieds d’écartement à ceux de fa colonnade. II est bon aulsi d’obferver que toutes fes colonnes font accouplées, ce qui non-feulement multiplie les points d’appui, mais procure encore une plus grande résistance au poids des architraves. Si nous nous sommes hâtés de faire cette citation, qui n’appartient quà la théorie ; c’est pour faire connoître de bonne heure à nos Eleves, que les premiers pas qu’ils doivent faire dans les éléments de l’Art, doivent être accompagnés des observations préliminaires qui amenent a ia pratique, <5c qui dans la fuite doivent gouverner leurs différents genres de productions. Entablements de l’ordre Dorique A ANGLES SAILLANTS ET RENTRANTS, D’APRÈS LE SENTIMENT DES MODERNES. Planche VIII. En décrivant la planche I V, nous avons déja dit quelque chose des angles saillants & rentrants, & annoncé qu’il falloir donner trente-quatre minutes d’un axe à l’autre pour les angles taillants, & trente-neuf pour que ie plafond des angles rentrants fût régulier , comme le fait voir la figure planche V. Notre intention n’est pas ici de revenir l'ur cet objet ; mais de faire voir, figure premiere, que lorfqu’on introduit des pilastres derriere les colonnes, que ces dernieres, à cause de leur diminution, l'e trouvent réduites à vingt minutes , 30 Cours pendant que les pilastres en conservent vingt-quatre dans toute leur hauteur ; que le l'osite de l’archi- trave, pour porter à plomb du fût supérieur de la colonne, doit être en retraite de deux minutes fur le pilastre de sangle rentrant, ainsi qu’il est pratiqué au péristile du Louvre, à moins que, comme dans la figure II, on ne juge à propos de faire porter à taux d’une minute farchitrave fur le fût supérieur de la colonne, pour ne porter en retraite fur le pilastre , que d’une minute, comme on le remarque au portail des Minimes. Dans la figure III, le pilastre derriere la colonne, est réduit dans toute fa hauteur à vingt- deux minutes, au - lieu de vingt-quatre qu’il de- voit avoir; par ce moyen Farchitrave, comme dans la figure précédente, porte en retraite d’une minute fur le pilastre, mais du moins il n’y a point de porte-à-faux fur la colonne , ainsi qu’on peut le voir au portail de Saint-Roch. Enfin la figure IV , à l imitation du portail des Quatic-Nations, olFrc un pilastre diminué comme la colonne, en forte que les deux fûts supérieurs étant égaux , Farchitrave porte également fur l’un comme fur l’autre , fans retraite ni porte-à-faux. Nous n’entreprendrons point de décider fur ces différents moyens employés par nos Architectes François. Le genre de Fédifice & la prudence de l’Architecte doivent seuls indiquer le choix qu’on en peut faire. Nous dirons seulement en passant, que dans les édifices colossaux, on pourroit faire usage de la figure I , moins vicieuse à certains égards, que le destin de la figure II , qui néanmoins pourroit trouver fa place dans l’intérieur des bâtiments ; qu’à la rigueur , la figure III pourroit être employée dans le premier étage d’une d’Architecture. p façade qui se trouveroit élevée sur un soubassement; & que si jamais on pouvoir faire usage de la figure IV, ce ne devroit être que lorsque les colonnes leroient placées immédiatement devant les pilastres , fans aucun retour ni ressaut. Le fruit ou talus que produit au pilastre la diminution de la colonne , est contraire à la sévérité de la bonne Architecture, qui semble exiger que toutes les surfaces planes soient rectilignes dans leur élévation. Ces diverses observations ont lieu pour tous les ordres : austi venons-nous de citer indistinctement pour exemple , le péri- stile du Louvre , & le portail des Quatre - Nations d’ordre Corinthien , & les portails des Minimes & de Saint - Roch , d’ordre Dorique , n’ayant eu ici pour objet que la maniéré de faire porter les sofites des Architraves & fur les colonnes & fur les pilastres, lorlqu’ils se trouvent réunis dans une même ordonnance. Portiques Doriques, avec et sans Piédestal , suivant Vignole. Planche IX. Nous avons tracé fur la même planche les deux portiques Doriques proposés par Vignole, c’est-à- dire, la moitié de celui avec piédestal, & la moitié de celui fans piédestal, non que nous soyons satisfait de ces deux genres d’ordonnance, mais dans l’intention de discuter sans partialité tout ce qui nous y a paru contraire au rapport que les parties doivent avoir avec le tout, & principalement avec l’exprelîion de Tordre qui doit donner le ton à tous les membres dune pareille décoration. Zr C o u r * Dans la figure premiere, on peut remarquer combien la colonne A, élevée fur son piédestal, diffère de diamètre de celle B , figure 11, dont la baie porte lur le sol du pavé, & combien cependant les pieds-droits C paraissent lourds & massifs , comparés avec la largeur de la colonne ; & combien au contraire ceux D semblent grêles & sveltes : on peut encore remarquer combien l’archivolte E parait petit, & le claveau F considérable , devant compter pour rien la continuité de l’astragale G, qui remplit mal cet espace. L’archivolte H & le claveau I sont beaucoup mieux en rapport avec Tordre, que les précédents ; mais l’imposte K descend trop vers le milieu de la hauteur du fût de la colonne ; autant d’imperf estions que nous n’a- vons pas cru pouvoir nous dispenser de rapporter ici, & qui règnent dans tous les portiques de V'i- gnole , à commencer par le Toscan , jufqu’au Composite. Nous ne pouvons non plus passer fous silence , le défaut de rapport que Ton doit remarquer entre la petitesse clés trumeaux la largeur des arcades , principalement celui de la figure II, qui n’a que trois modules de largeur, pendant que les arcades en ont sept ; de forte que ce trumeau le trouve moindre que la moitié de la largeur des vides quìl sépare : du moins celui de la figure I , égale la moitié de la largeur de Tarcade ; mais pour cela il n’en elt pas plus tolérable , les pleins d une ordonnance Dorique devant être virils comme Tordre : autrement on allie ensemble les contraires, & Ton pèche alors incontestablement contre les principes de TArt les plus approuvés. Nous remarquerons aussi, que la hauteur des arcades de ces deux portiques Doriques sont feulement du double de leur largeur, & d’Architecture. 33 & qu’il seroit mieux , ainsi que nous l’avons observé dans nos définitions, premier volume, page 30 qu’elles eussent deux fois & un sixième, pour les taire différer du Toscan, & mettre une hauteur progressive entre celle de ce dernier ordre , & celle des ordres Ionique, Corinthien & Composite. Nous renvoyons aussi à nos définitions pour les rapports que nous avons désiré qu’on observât entre les trumeaux & la largeur des ouvertures , ces principes généraux devant suppliques à tous les genres d’ordonnances. La source des défauts que nous venons de remarquer , provient fans doute de la sujétion qu’apportent les trigliphes distribués dans la frise de l’entablement. Mais n’est-il pas des moyens de concilier la régularité de ces membres essenciels à Tordre Dorique, avec ceux qui doivent déterminer, accompagner ou enrichir ces arcades dune maniéré plus analogue au caractère de cet ordre ? Oui, & c’est ce que nous tenterons de deux maniérés dans la planche X. Avant d’y passer , disons un mot fur les plans placés au bas de ces portiques. Vignole a engagé ses colonnes d’un tiers de diamètre dans tous ses ordres. Nous avons déja prévenu combien une colonne perdoit de fa beauté lorsqu elle se trouvoit engagée , & combien il seroit intéressant de les isoler, à Texception cependant de Tordre Toscan, où cette maniéré semble ajouter à la rusticité réelle de cet ordre, une rusticité apparente , souvent utile aux édifices Navals & Militaires ; mais non, ou rarement dans l’Archi- tecture Civile. II nous reste à parler des ornements de Tordre Dorique de Vignole , tels que les têtes des victi- Tome II. C 34 Cours mes, les bassins & antres instruments des sacrifices du Paganisme qu’il a placés dans les métopes, à lexemple du Théâtre de Marcellus, ainsi que les roses, les oves , les patenotes & les -ses-de-cœur appliqués au chapiteau ; les gouttes , les fleurons & les foudres distribués dans les cassettes du sofïte du larmier ; enfin les rosaces pratiquées dans des tables fur les côtés de l’archivolte : Sculpture qui nous paroit non-seulement assez inutile dans les dehors , mais souvent peu convenable au motif qui fait élever l’édifíce. Debrosse l’a mal-adroite- ment imitée au Palais du Luxembourg ; il l’a même confondue , & avec les attributs du Christianisme , & avec les allégories de la Fable. D’ailieurs il faut y penser, les ornements dans cet ordre, ne peuvent avoir lieu que pour les édifices de marque, que lorsque les cannelures font admises aux colonnes , les cassettes affectées au sofite du larmier , & les espèces de frites placées dans les plafonds des architraves ; autrement les ornements s’y trouvent déplacés, &, encore une fois , ils conviennent peu dans les façades extérieures, étant plus convenable de s’en tenir aux seuls membres d’Architecture qui y font attribués, & bien capables de les faire figurer dans tous les genres de bâtiments , fans l’appareil d’une Sculpture souvent auíîi négligée qu’indiscrète. d'àìichitecïùrèj 3f Portiques Do riqu es , avec les CHANGEMENTS NECESSAIRES POUR PARVENIR A RENDRE CETTE ORDONNANCE PLUS REGULIERE QUE DANS ì^J GNOLE . Planche X* Cette planche présente deux dessins différents ; celui de la figure premiers, est composé d’après l’espacement des trigliphes prescrit par les anciens, c’est-à-dire, que depuis saxe A , jusqu a l’axe B ; il n y a que sept modules six minutes, parce que fespacement de chaque trigliphe n’a que trente minutes. Le dessin de la figure II, est composé suivant l’opinion des modernes ; en forte que de Taxe B , jusqu a saxe C , il y a huit modules Sis qun w c minutes, chaque espacement de trigliphe a’un axe à l’autre étant de trente-quatre minutes au - lieu de trente , à cause de ['accouplement des colonnes , souvent reconnu nécessaire dans nos compositions françoises : ce n est pas que nous voulions blâmer ici l’espacement des colonnes des édifices antiques , dont la disposition & la symétrie continue produisoit le plus grand effet ; mais comme cette maniéré , quelque intéressante quelle soit , s’ajuste difficilement avec l’usage & la relation que nous cherchons à mettre entre l’extérieur & l’intérieur de nos édifices, particulièrement de ceux destinés à ['habitation ; nous avons cru devoir indiquer ici la maniéré employée par les modernes à cet égard. Dans la planche précédente, on a remarqué la moitié du portique avec piédestal, & un autre fans piédestal : dans la planche dont nous parlons, Cij 3 6 Cours nous avons évite ces cieux maniérés si opposées Tune à l’autre ; le piétleílal, selon nous, ne servant qisà rendre Tordre chétif : d’un autre côté , sa suppression totale rend presque toujours les colonnes colossales, lorlqu’on vient à les comparer avec les membres d’Architecture qui les accompagnent. Pour éviter ces deux inconvénients, dans la figure premiere nous avons substitué au piédestal un socle de trois modules de hauteur, & dans la figure 11 nous lui avons donné le cinquième de celle de la colonne , compris base & chapiteau : ces socles nous paroissent préférables à beaucoup ci’égards aux piédestaux ou à leur entiere suppression ; d’une part , pour préserver le bas de la colonne de Thumidité du pavé ; & de Tautre, pour procurer plus de hauteur à Tordre , & rendre son diamètre plus en rapport avec les membres d'Architecture qui occupent l’espace des entrecolonncments. En général le dessin de la figure 11 nous paroi r préférable à celui de la figure I : l’ouverture de Tarcade D est plus grande ; les pieds-droits E, les alertes F, Timposte G , Tarchivolte H , & le claveau 1, font plus en rapport avec le module de Tordre ; enfin le trumeau est dune largeur plus relative avec celle de Tarcade , que dans la planche précédente. Le trumeau de la figure I , se trouve aussi assez bien en rapport avec Tarcade K ; mais cette derniere est trop petite, & le claveau, ou plutôt la distance depuis L jusqu à M, trop élevée & trop massive, quoiqu’elle soit remplie par une table propre à recevoir une inscription d’un usage assez nécessaire dans les frontispices de nos édifices aimportance ; mais du moins faut—il faire en forte que cet objet de nécessité ne soit jamais d'Architecture. 37 pris aux dépens de l’accord général qui doit régner entre le tout & les parties de la décoration. Sans doute on auroit pu taire l’ouverture de cette arcade K , plus grande , ou du moins plus large ou plus élevée ; mais ce dernier moyen auroit rendu le trumeau plus étroit ; ce qui, pour ainsi dire, auroit détruit la solidité apparente de ce portique, de tous les déduits le moins excusable en Architecture. Bailleurs on peut remarquer dans ce dessin , que l’imposte N semble couper la hauteur du fût de la colonne en deux également; ce qui arriveroit nécessairement lans l’alette O, qui renferme le pied-droit P : défaut qu’il faut éviter absolument ; jamais une telle production ne pouvant s’attirer le suffrage des connoisseurs , parce qu’nne petite porte, une colonne moyenne, un très-grand claveau , ne peuvent produire une belle ordonnance en pareille circonstance : & dans le cas de la largeur d’un entrccolonnement donné, il vaudroit peut-être mieux le passer d’inléription & préférer une ouverture à plate - bande avec chambranle , contrechambranle , & un attique tel que l’expriment les lignes ponctuées, tracées fur ce même dessin, & qu'on le remarque dans beaucoup d’édifices antiques , & à Paris au Val-de- Grâce , à la Sorbonne & ailleurs. Cependant lorsque les arcades' peuvent avoir lieu , & qu’elìes se trouvent en rapport & avec l’ordre & avec l’entrecolonnement, comme dans la figure II; certainement elles méritent la préférence fur toutes les autres formes d’ouvertures; celles àplate-bande, ainli que nous l'avons remarqué précédemment, semblant devoir être réservées pour les croisées, & les arcades plein-cintre , pour les portes qui donnent entrée à l’édifice, pourvu toutefois que Z8 Cours leur largeur & leur hauteur ne paroissent ni trop petites comme celle K, ni trop considérablement grandes, comme celle qui se remarque au rez-de^ chaussée de la cour du Vieux-Louvre. Au bas de ce te planche nous avons tracé le plan de ces deux especes de portiques , & en avons isolé les colonnes. Celle de la figure I est seulement adossée contre le mur ; celle de la figure II l est devant un pilastre , & celui-ci est en- gagé dans le mur de face : ces deux exemples font également bons à suivre. II saut seulement remar- quer, que la colonne Q, moins écartée du nu du mur que la colonne R, procure une faillie S bien moins considérable que celle T , puisque celle-là n’est que de vingt minutes, & celle-ci de trente- huit : saillies qu’il est nécessaire de comparer l’une avec l’autre avant de déterminer la largeur des entrecolonnements, pour connoître la portée des architraves, & pouvoir faire un choix de ces deux exemples ; les lois de la solidité déterminant sou-, vent la íorme du plan, & l’ordonnance des là-, çades. Avant de passer à Tapplication de Tordre Dorique à TArchitecture , donnons dans la planche suivante, comme nous lavons fait pour le Tosi can, premier volume page 281, planche XVII, Tordre Dorique de Palladio & celui de Scammozzi, afin d’exciter nos Eleves à consulter les plus habiles Auteurs qui ont écrit fur lçs cinq ordres donç nous traitons ici. d’Architecture* Z9 Des ordres Doriques de Palladio ET DE ScAMMOZZI. Planche XI. De V ordre Dorique de Palladio . Figure Premiere. Lorsque Palladio donne une base à sa colonne , il la sait attique, & donne à son ordre seize modules, à son entablement trois modules trois- quarts , & à son piédestal quatre modules deux- tiers. 11 a supprimé dans la corniche de son entablement , les denricules & les mutules. Nous avons trouvé fa corniche toscane , premier volume , planche XVI, compliquée de moulures trop sinueuses ; peut-être serions-nous tout aussi bien fondés à trouver celle-ci trop peu composée de membres d’Architecture , la suppression des larmiers mutulaires & denticulaires ne pouvant convenir que dans les bâtiments où l’on retranche f ordre, pour n’en retenir que l’expression virile. Chambrai applaudit sort à la suppression de la base de cet ordre. 11 s’en faut bien que nous soyons de son avis , à moins qu’il ne s’agisse dans la Gravure, la Peinture ou la Sculpture, de représenter quelques fabriques , quelques anciennes ruines des premières productions des Grecs; mais aujourd’hui que les bases sont reconnues universellement nécessaires f ce soroit une erreur au contraire, quoi qu’en dise Chambrai, de se singulariser au point de vouloir retrancher cet empâtement à la colonne. Nous préférons aussi la base C iv 40 Cours de Vignole, à celle arrique que Palladio lui donne, & nous pensons de même pour le chapiteau qui se remarque ici ; les trois réglets qu’il place sous le quart de rond , imités fans doute du Théâtre de Marcellus , nous paroissent une répétition mal entendue. De l’ordre Dorique de Scammozzi. Figure II. Scammozzi donne dix-sept modules de hauteur à fa colonne , à son piédestal quatre modules & demi , & à son entablement quatre modules un quart : ce dernier nous paroît en général d’une composition plus savante que le précédent ; mais fa corniche , qui n’a que des denticules , nous semble moins virile que celle de Vignole , qui a des mutules; & par conséquent elle est moins propre à servir de couronnement à Tordre Dorique, à moins, comme nous savons remarqué ailleurs , qu on ne la referve pour f intérieur des bâtiments. Nous trouvons aussi qu’il a donné peut-être trop de hauteur à son architrave , & trop peu d’élé- vation à fa frise. Au-lieu de trois réglets placés fous le quart de rond de son chapiteau , il propose un filet & un talon pour éviter la répétition du double astragale de celui de Vignole ; mais il n’a pas pris garde que ce membre est précisément le même que celui qui couronne son tailloir. Ces observations nous paroiísent effencielles à faire ici, parce que c’est par la comparaison des divers sentiments des Auteurs, qu’on peut parvenir à faire un choix judicieux des exemples qu’ils nous donnent , & qui puisse apporter une certaine variété d’Architecture. 41 dans nos compositions. D’ailleurs qu’on y prenne garde : pour cette raison , nous ne rapportons que ceux des trois plus célébrés interprètes de Vi- truve , & nous passons fous silence les Bullant, les Barbaro , les Cattaneo dont nous parlerons ailleurs, mais qui tous , nous osons le dire, nous paroissent bien inférieurs à Vignole, Palladio & Scammozzi. Appliquons à présent l’ordre Dorique que nous venons d’enseigner , à une Fontaine publique , & rappelons ce que nous avons dit de Tordre Toscan, en décrivant dans le premier volume les planches XVII, XVIII, XIX & XX. Nous avons cru devoir répéter cet ordre à cette Fontaine vue du côté de la cour, afin de le rendre familier à nos Fleves, & de les accoutumer a passer du simple au composé. Application de tordre Dorique à la décoration d’une Fontaine publique. Lorsque nous avons cité le Palais du Luxembourg , le portail des Minimes, le frontispice du Bureau des Marchands Drapiers, le portique de Vincennes , & que nous avons rendu compte des diverses tentatives qu’avoient faites nos plus célébrés Architectes , pour parvenir à concilier ensemble les procédés des anciens avec ceux des modernes, touchant Tordre Dorique ; nous n’a- rons pas laissé ignorer , combien ces diverses tentatives laissoient encore de choies à délirer , pour rendre son ordonnance parfaitement régulière. Qu’eusse donc été alors , si nous avions entrepris de relever les inadvertances qu’on rernar- «ue dans Tapplication de cet ordre aux portails ce Saint-Roch, de l’Oratoire, des Barnabites, de 4* Cours la Charité , des Jacobins , de Saint-Louis à Versailles, des Invalides, de la façade du Temple du côté de la rue , de la Compagnie des Indes, & de tant d’autres productions Doriques , foibles imitations des distcrents procédés des DebroíTe, des Maníard, des Bruant & des le Veau , tant de fois cités, qui toutes , à l’exception des trois dernieres , offrent autant de compositions au-deíTous de la médiocrité , qui doivent annoncer à nos Eleves, combien il leur est essenciel de fe surveiller lorsqu’ils voudront acquérir quelque célébrité dans cette partie de l’Architecture. Au reste, nous offrons ici la décoration de cette Fontaine &. ses développements , non comme un exemple pour les hommes véritablement instruits , mais comme un guide pour nos Eleves, qui les fasse parvenir insensiblement à des compositions plus régulières que la plupart de celles dont nous venons de parier. Ce monument, situé dans le fond d’unc des Places de nos villes frontières, nous avoit été demandé fur les dimensions que nous rapportons ici, & il fait partie d’un projet plus considérable que nous donnerons dans les volumes suivants , lorsque nous traiterons des bâtiments dutiliré. Cet ordre Dorique est élevé fur un soubassement de la hauteur des trois septièmes de l’or- donnance Dorique , y compris tés deux socles & Ion entablement : hauteur assujettie à celle des ailes des bâtiments pratiqués du côté de la cour , & d’expreíficn Toscane , plus propre que toute autre à la déccration-du château d’eau, placé dans le fond de la cour en opposition de ce monument, & destiné à contenir le réservoir & les magasins nécessaires à un bâtiment de cette efpece. D’A R G H I T E C T U R E. 4; Plans développés de cette Fon t ai n e. Planche XII. Les figures A, B, C, D, présentent autant de portions des différents plans de ce monument ; celle A, donne celui du soubassement; celle B, celui pris au-deíTus de ce soubassement ; celle C , celui du plafond de l’entablement Dorique, & celle D, celui de la plate-forme qui termine la partie supérieure de cet édifice, autant de développements dont il faut se rendre compte , non-seulement pour concevoir toutes les différentes parties qui doivent entrer dans la composition d’un tel projet, mais aussi pour déterminer d’une maniéré très-précise la largeur des entrecolonnements , la sujétion qu’exi- gent les angles saillants & rentrants , la largeur que les empâtements des parties inférieures doivent avoir pour soutenir les parties supérieures , la variété qu’on peut apporter dans l’ordonnance des différentes façades d’un édifice , enfin le jnoyen , dans ce dernier cas , de raccorder les diverses hauteurs & saillies des entablements, dans leurs retours, lorsque le monument sc trouve isolé. Toutes ces difficultés vaincues ici , se concevront encore mieux par le développement des planches suivantes, & la description que nous en allons faire en peu de mots , notre dessein n’étant pas de répéter ce que nous avons déja dit tant de fois concernant l’espacement des métopes & des trigliphes qui, dans les angles saillants, doivent avoir trente - quatre minutes , & trente- neuf dans les angles rentrants : moyen infaillible si que fois notre opinion à ççt égard ell approuvée 44 C o u r s par les Maîtres de T Art, en se ressouvenant néanmoins , que pour y réussir , il faut éviter dans ces compositions toutes formes circulaires, sinueuses ou obliques, aussi-bien que les angles aigus ou obtus ; car les surfaces planes & les angles droits, font les seuls qui conviennent au caractère viril de cet ordre , malgré l’autorité de quelques exemples contraires assez célébrés. En esset rien n’est si intéresiant dans l’Architecture, que de savoir accorder le mouvement des plans avec le caractère de Tordre, qui décide ordinairement le style qui doit présider dans la décoration des façades. Façade vue du coté de la Place publique. Planche XIII. Nous avons cherché à donner un certain relief à la décoration de cette façade; ce mouvement rectiligne nous a paru nécessaire ici, cet éditìce devant être apperçu d’un point de distance fort éloigné , & cependant être susceptible de détails intéressants lorfqu’il feroit vu de près. Nous avons retranché dans ce dessin la plus grande partie de la Sculpture qu’on avoit exigée de nous lorsque nous reçûmes des ordres de faire ce projet. Nous pensons depuis long-temps qu’il feroit à desirer que les vrais Architectes pussent devenir entièrement les maîtres de leurs productions. Combien de chefs-d’œuvre dans notre Art, cessent de nous paroître tels, par Tentêtement ou Tignorance des personnes qui nous mettent en œuvre. Quand les hommes en place feront-ils très - persuadés que la belle Architecture l'e suffit à elle-même, d’Architecture. 45 que la Sculpture n y doit être appelée que pour la symboliser, & jamais pour l'euricbir avec excès ? Quand se persuadera-t-on que la principale beauté des édifices d’importance ciepend de la justesse de leurs proportions , de leur lituation , du choix des matieies , & de la perfection de la main d’œuvre. Quoi qu’il en loit, nous n’avons pu retrancher dans ce deíîìn tous les ornements que nous aurions déliré, parce qu’originairement cette ordonnance en devant recevoir beaucoup ( c ) , il nous a fallu dans le temps composer le mouvement du plan & de l’élévation pour pouvoir la faire recevoir avec une sorte d’avantage. Sans certe considération, peut-être aurions-nous préféré un avant-corps, au-lieu de 1 arriéré - corps qui se remarque au milieu de ce monument ; mais comme il nous falloit placer une statue de Neptune en bronze avec les allégories relatives à cette Divinité , nous avons pensé quelle ne pouvoit être mieux située qu’au pied d’un grand entrecolonnement, & qu’il seroit avantageux de la mettre à couvert sous la faillie du solfie de Farchitrave. Sous cette statue & dans la hauteur du soubassement, nous avions placé un piédestal en formé de vase que nous avons supprimé ici, & à la place duquel nous avons préféré un nappe d’eau qui, par fa chute , annonce le volume considérable de celle contenue dans le réservoir placé dans la partie supérieure du Château d’eau auquel (c) M. dc Montulet, amateur de goût & bon connoisseur, a dans Ion Cabinet le modèle rrès-précieux dc cette Fontaine, que nous avions fait faire avant de passer à l'cxécution, Sc dans lequel est exprimée toute la Sculpture en bronze Sc en marbre qu'on avoir exigée dc nous, & dont nous avons retranché la plus grande partie dans le dessin qui sc voie id. 46 Cours cette Fontaine sert de frontispice. Nous avoiis» ausll supprimé deux crédences en marbre , ornées de bronze, que nous avions placées au pied des bases des petits entrecolonnements des avant- corps, comme autant d’objets plus riches qu intéressants , considérés avec Penfemble général de ce monument. 11 est vrai que toutes ces différentes parties de Sculpture procureroient à cet édifice des eaux jaillissantes, trop négligées peut - être parmi nous ; mais aussi faut-il convenir quelles ne font jamais mieux placées que dans les Fontaines découvertes , comme il s’en remarque en Italie , & dans quelques-unes de nos Provinces méridionales ; au-lieu que celles dont nous parlons, étant d’un style plus grave, semblent exiger plus de retenue dans la composition de leur ordonnance. Façade vue du côté de la Cour. Planché. XIV. Cette façade est d’ordonnance Toscane , parcs qu’elle devoir figurer, comme nous savons annoncé , avec les ailes des bâtiments de la cour, & particulièrement avec le Château d’Eau placé précisément vis-à-vis cette façade. Cette ordonnance tient un peu de la richesse du dessin précédent ; mais nous osons croire qu’elle produit un assez bon effet , & nous Pavons préférée à toute autre composition que nous aurions pu choisir dans nos porte-feuilles : premièrement parce qu’en général ce projet a été étudié avec sein avant de 'passer à Pexécution : secondement , parce que cette ordonnance Toscane, telle qu£ d’Architecture. 47 nous la donnons ici, pourroit s’appliquer à la principale façade d’une Fontaine qu’on voudroit ériger dans une petite Ville ou dans les Faubourgs d’une grande Capitale, pour servir & de Fontaine publique & de réservoir capable de distribuer ses eaux dans différents quartiers , où il l’eroit nécessaire de veiller à la salubrité & à Futilité des habitants. Une autre raison qui nous a fait préférer ici l’ordonnance Toscane à celle Dorique ; c’est qu’ayant appliqué dans le premier volume cet ordre à une Porte de Ville , nous avons cru qu’il í'eroit utile, dans ces Leçons , d’offrir une seconde composition Toscane, pour présenter à nos Eleves plus d’une production en ce genre , & rappeler au plus grand nombre l’usage que son peut faire de cet ordre, son mérite essenciel dépendant de l’application plus ou moins judicieuse qu’on en peut faire, en imitant sur-tout la maniéré savante dont l’a employé Hardouin Mansard àl’Orangerie de Versailles & qu’on l’a pratiquée au Château-neuf de Saint Cermain - en - Laie : deux chefs-d’œuvre Toscans qui prouvent assez que F Architecture la plus simple , même la plus rustique , lorsqu’elle est mise en œuvre par les grands Maîtres, & relativement àl’objet qui la produit fur la fcene , peut trouver place dans les ouvrages de génie , ísinsi que dans les occasions les plus importantes: témoin encore Fusage qu’en ont sait les Romains lorsqu’ils ont voulu préconiser la gloire de Trajan. Façade latérale et Coupe de cette même Fontaine. Planche XV. La figure I fait voir l’élévation de la face laté- 48 Cours raie de cette Fontaine, & au bas la coupe d’une portion de l’une des galeries qui conduisent à couvert dans l’intérieur des bâtiments placés derrière cet édifice. Cette façade n’offre rien d’inté- ressant que la table saillante que nous avons placée vers l’extrêmité supérieure des deux entablements : table qui nous a paru nécessaire pour masquer la disparité des différents profils Toscans & Doriques des deux Plinthes , qui, venant mourir contre la saillie de cette même table , empêchent qu’on n’apperçoive leur pénétration & la dissonnance qu’on auroit remarquée sans cette ressource ; autrement il auroit fallu que l’ordonnance des deux façades fut la même, ce qui auroit empêché de faire prééminer celle du coté de la place fur celle du côté de la cour ; ou bien l’on auroit été forcé de faire celle-ci d’ordonnance Dorique, ce qui ne se pouvoit raisonnablement à cause de son regard avec les bâtiments placés dans le fond de la cour, qui, parleur destination, exigeoient un caractère plus stmple & d’un style plus rustique assorti à leur usage. D’un autre côté ce dessin n’est pas inutile , puisqu’il rend compte à nos Eleves des développements qu’ils font obligés de faire de toutes les parties de leur projet, avant d’arrêter aucune des façades principales , & avant d’avoir construit les différents plans que nous avons donnés , planche XI. La figure II fait voir la coupe de ce monument , & les différentes ordonnances de ses façades , l’une Dorique, l’autre Toscane, séparées seulement par un mur de six pieds d’épaisseur dans toute la hauteur de l’ordre ; dans le soubassement on a pratiqué une voûte de 15 pieds de largeur, qui, en économisant la matière , procure un ma- D’ARCHITECTUttE. 49 gasin servant de dépôt pour les outils & ustensiles . relatifs à un édifice de ce genre : au-dessus de cs monument on volt le profil de la terrasie qui le met à couvert, & à laquelle on monte par des escaliers pratiqués dans les deux avant-corps de ce monument, lesquels font exprimés dans les plans précédents. Ces escaliers ont leur entrée à rez-de chaussée fous la gallerie qui donne entrée à tout ledifice. u Tome il. ço Cours CHAPITRE II. De jl' o r d r e Ionique. Cet ordre, dune proportion moyenne entre le précédent & le Corinthien qui va luivre, est la seconde production des Grecs en ce genre. Nous ne rappellerons point ici ce que nous en avons dit en parlant de son origine ; nous avouerons feulement , que celui que Vignole nous propose nous paroìt bien inférieur , ainsi que le Composite , à ses autres ordres, quoiqu’il nous le donne comme une imitation d’après Vitruve , & que celui-ci l’ait annoncé comme un des plus célébrés exemples de lantiquité. Nous allons donner dans les planches suivantes, comme dans Tordre Toi can & Dorique , d’uncôté Tordre Ionique de Vignole , de Fautre les changements que nos modernes ont cru devoir y faire, lélon les différentes occasions qu’ils ont eues de l’employer dans leurs diverses productions ; néanmoins nous ne changerons rien aux rapports que Vignole a observés dans les principaux membres de cet ordre ; rapports quil a rendus communs à tous : ainst le piédestal aura toujours le tiers de la colonne , & Fentablement le quart. Les changements dont nous parlons ne regardent guere que les parties de détails , & nous en expliquerons l’objet en décrivant les planches où ces changements se trouveront placés. Nous ne donnerons dans les développements de cet ordre Ionique , ni les entrecolonnemenrs , ni les portiques que Vignole & d’Ayiler , son n’ÂRCHlTECTURE. tommenrateur, nous ont donnes. Ce que nous avons enseigné à cet égard en traitant de Tordre Dorique , doit servir pour les cinq ordres ; d ailleurs il finit savoir que les denticules dont V ignoie a enrichi l'on entablement , n’apportent pas , à beaucoup près autant de difficultés, pour iespacement des colonnes , que les intitules de l orcire Dorique ou les modillons des ordres Corinthien & Composite , membres capitaux & de la distribution régulière deíquels depend absolument la largeur des entrecolonnements , leur rapport entr’eux & leur accouplement, relation intéressante que nous croyons avoir suffisamment expliquée en décrivant les planches Vil, VIII, IX & X de ce volume. II faut íe ressouvenir ici , que le module de Tordre Ionique se divise en dix-huit minutes, ainsi que pour Tordre Corinthien & Composite, au lieu de douze pour le Toscan & le Dorique qui précédent. Du Piédestal et de la Base de la Colonne de l'oudre Ionique. Planche XVI. Le piédestal figure I, a six modules de hauteur, selon Vignoìe, tiers de la colonne, qui en a dix-huit, ou neui diamètres ; nous avons conservé la même hauteur au piédestal de la figure II, & 11’avonsrien changé aux moulures de sa baie ni à celles de la corniche rapportée pins en grand EF ; nous avons seulement diminué la saillie de ceile-ci d’une minute, & celle de la base de deux minutes , dans Tinten- tion d’une part, que certe base qui sert d empalement au piédestal, se trouve à couvert par la ;r Cours laiiíie de la corniche , & que de l’autre cens même corniche, un peu moins saillante cjue dans Vignoie , masque moins la véritable hauteur tie la haie cíe la colonne , en supposant que ce piédestal ait une certaine élévation. Nous avons auiíi observé un revers -deau ou talut sur cette corniche , pris aux dépens de la hauteur cl u piédestal, qui d'ailleurs , comme nous savons cléja remarqué, parcìt considérable , porté au tiers de la colonne ; c’est pourquoi nous avons recommandé précédemment de réduire la hauteur des piédestaux entre le tiers & le quart de la colonne, comme renseigne Scammczzi , ou , ce qui est encore mieux, de préférer dans nos bâtiments d’habitation les socles aux piédestaux, tant aux rez- de-chauffée qu’aux premiers étages, pour les raisons que nous en avons données précédemment. Nous avens tracé dans le clé du piédestal de la figure 11, une table ravalée, dans le cas où cet ordre le treuveroit employé avec toute la richesse dent il est susceptible, 11 e devant jamais négliger aucunes des parties de l’ordre ni de lés accompagnements, fur-tout lorsque le genre de i’édifíce a pu porter TArchirecte à orner le fût , la base Lt le chapiteau de la colonne. Peut-être seroit-il bien de donner treize minutes à la base de ce piédestal , au-lieu de dix que lui donne Vignoie » par ce moyen on éloignèrent de Thumidité du pavé les moulures de la baie , lorsque Tordre est placé à rez-de-chaussée ; ou Ton empêcheroit ces mêmes moulures d’être masquées par la saillie de l’entablement , lorsque cet ordre se trouve élevé au premier étage sur un autre ordre. Nous sommes auffi d’avis d’ajouter au-dessous de la corniche de ce piédestal un gorgerin & un astragale i d’Architecture. 53 pour rendre ce couronnement moins chétif, & racourcir d’autant la hauteur du dé : changements qui feroient paroître ce piédestal moins gigantesque, Sc le rendroient peut-être, paria proportion & par fa richesse , plus analogue au caractère moyen de cet ordre. Voyez les nouveaux profils A , B, figure II, qui lu n & fa litre peuvent varier dans leurs moulures , selon 1 application que l’Architecte voudra faire de cet ordre dans ses différentes compositions. La base de la colonne placée au - dessus du piédestal, figure I , est la base antique, appelée Ephéfienne, parce quelle a été employée pour la premicre fois au Temple d’Ephese; les colonnes avant cette époque n’avoient point encore reçu de base : aussi est-il aisé de s’appcrcevoir que son profil, rapporté par Vignole d’après Vitruvc, est très-imparf.iit, ce qui nous prouve la vérité de ce qu’ont dit les Historiens fur son origine ; cette base néanmoins a été employée telle quelle est ici, Sc plus en grand, sig. C, par plusieurs bons Architectes. Au reste , nous n’en conseillons limitation à aucuns de nos Eleves, 1c gros tore Sc les petites moulures qui la composent nous paraissant un abus quil convient deviner. Se taire fur de pareils défauts, ce feroit trahir l’Art que nous nous proposons d enseigner aux Eleves. Nous croyons donc devoir dire courageusement la vérité. Nous admirons fans doute les beautés répandues dans les ordres de Vignole ; mais nous devons aussi leur en faire sentir les défauts dont l imitation rendroit leurs compositions vicieuses. Ainsi. nous leur conseillons de préférer la base nommée attique, inventée par los Athéniens, Sc que nous avons tracée Íír le piédestal de la figure 11, & plus en grahd 54 C o u r s figure D , comme étant reconnue pour la plus beilc cìe toutes. Sa beauté la fait employer assez; indistinctement par le plus grand nombre , à tous ies ordres, à Texception du Toscan: il s’en íaut bien que nous soyons de cet avis ; nous la trouvons trop riche pour Tordre Dorique ; elle nous paroi t trop simple pour le Corinthien & lc Composite; elle ne semble convenir précisément que pour Tordre Ionique. Quoi qu’il cnlòit, Le Mercier à son Ionique du porche du Vieux - Louvre, lui a préféré la base de Tordre Dorique de Vigno- le ; au contraire François M an fard , à son ordre Dorique des Minimes , a fait usage de la base attique ; & Philibert Delorme de celle Ephésienne à son ordre ' Ionique des Tuileries : variation, <ìe la part des Architectes , qui ne contribue pas peu à rendre les préceptes de TArt indécis , arbitraires : incertitude qui porte nos jeunes Artistes à employer tour-à-tour ces différentes baies, fans s’informer du bon ou du mauvais effet qu’elles ont pu produire dans les ouvrages qu'ils veulent imiter, ni du motif qui a pu porter leur Maître à varier ainsi. Qu’ils se ressouviennent donc que les préceptes prennent tous leur source du raisonnement de TArt, & c!e la juste application qu’on doit faire de ces différents membres 7 & 8, jusqu a I. Pour tracer le listeau de cette volute d’une minute de largeur , pris du dessops du tailloir 9 réduit à rien au point I, chacune des quatre parties CO, CN, CM, CP, figure II, doit être divisée en quatre autres parties, pour , du point 9 , tracer le listeau de la premiere courbure; du point 10, celui de la seconde ; du point 11, celui de la troisième; du point 12, celui de ia quatrième, & toujours en continuant de même juí'qu’au point I. Voyez ces divisions exactement tracées , figure II, & destinées beaucoup plus en grand. Pour empêcher les jarrets que pourroit former la rencontre de ces différentes courbures , il íaut arrêter les unes & prendre les autres fur la rencontre des lignes ponctuées OQ, NR, MS&PT, II n’est pas besoin de recommander ici de tracer cette construction avec beaucoup de précision, pour qu’une sois bien connue 011 puisse parvenir à la destiner à la main, sur-tout lorsque séchelle est peu considérable , parce qu’alors il seroit im- posiible de pratiquer dans sœuil de la volute les divisions nécessaires pour parvenir à la tracer géométriquement. Développements nu Chapiteau Ionique moderne. Planche XX. La figure I représente une des faces du chapiteau moderne, à-peu-près telle que Scammozzi cous le propose dans son Traité des cinq Ordres * Toim II, E 66 Cours ou plutôt semblable à celui de Sébastien Le Clerc dont nous avons déja parlé avantageusement , & comme d’un homme de goût , & comme du plus célébré Graveur de ion temps. Ce chapiteau a plus de mouvement que le précédent; ses,ornements font d’un bon choix; mais peut-être manquent-ils de cette naïveté intéressante que nous avons remarquée dans le chapiteau antique ; d’ailleurs les divers membres qui le composent nous paroissent trop peu séparés les uns des autres. Nous souhaiterions plus d’inter- valle entre le tailloir & l’échine ou quart de rond , ainsi que nous l’avons destiné figure I I ; d’où il est réíulté que la partie supérieure des volutes entame moins le tailloir, ce qui procure à ce chapiteau une plus grande légéreté , souvent nécessaire à raison de supplication qu’on veut faire de l’ordre Ionique à la décoration des Bâtiments. Nous ne rappélerons point sa vanta ge que peut avoir ce chapiteau fur sancien ; mais nous remarquerons qu a l’exception du portail de Saint-Sul- pice, de la façade de la Fontaine de (jrenelle, & de plusieurs autres monuments érigés depuis environ trente années , on a presque dans tous nos bâtiments où l’ordre Ionique préside , préféré les chapiteaux modernes, & qu’ils ne diffèrent en- tr’eux qpe parce qu’ils font plus ou moins enrichis d'ornements , ou parce que leurs exécutions ont été négligées, ceux - ci étant d’une touche lèche, aride, comme au vestibule du Château des Tuileries ; ceux-là d’une forme massive , tels que ceux du Palais Royal du côté de la grande cour ; ou , ce qui est pis encore, accablés d’une Sculpture découpée, cernée, qui leur donne plutôt |*air de chapiteaux faits de tôle que de chapiteaux d’Architecture. 67 exécutés en pierre, en marbre , matière solide k la vérité, mais qui n’en permet pas moins un. faire large & facile. La figure III donne le plan de ce chapiteau , dont la régularité de ses quatre faces rend la composition plus analogue à la décoration de nos bâtiments, parce qu alors il peut s’employer indistinctement dans les angles saillants, dans les angles rentrants , & généralement dans tous les retours amenés fur la ícene pour donner du jeu & du mouvement aux façades des maisons de plaisance , ainsi que dans tous les édifices ou Fagrément doit l’emportersur la sévérité des réglés des anciens. De ce que nous venons de dire en faveur du chapiteau moderne, il ne faut pas inférer que nous mésestimions le chapiteau ancien , ni que nous ne faisions pas un très-grand cas de ce que Vignole nous a enseigné : cet Auteur est assez célébré pour n’avoir pas besoin déloges. D’ailleurs il y faut prendre garde ; ce ne font pas des défauts que nous relevons : ici il est question des découvertes qui lé font faites dans FArchitecture depuis ce célébré Architecte jusqu a nous. Notre but est d’é- clairer nos Eleves & non de les jeter dans Ferreur ; il s’agit de la perfection de l’Art ; il s’agit de les accoutumer à réfléchir, à juger par eux mêmes & à le rendre compte des divers procédés donc fe font servis les Artistes célébrés de nos jours, & ceux de l’antiquité. Développement d u Chapiteau Ionique e>e Michel-Angk. Planche XXI. La figure I offre la principale face d’un des Eij 68 Cours chapiteaux du portique du Capitale, & que Lff Mercier , comme nous l avons dit, a imité au porche du Vieux-Louvre , du côté de !a rue Fromen- teau. Cette figure présente ce chapiteau moitié vu de face , & maillé sur son retour : son tailloir est curviligne ; ce chantournement qui nous paraît «l’ailleurs faire un bon ester, nous semble s'accorder assez mal ici avec le caractère de pesanteur & la disparité des faces de ce chapiteau. Nous osons le dire , nous manquons d’expreílions pour rendre la peine que nous fait cette composition , aussi-bien que la plupart des productions de ce grand Maître; nous ne nous en consolons que parce quelles doivent faire connaître à nos Eleves la difficulté de bien faire, lorsqu’on s’écarte une fois des réglés de Fantique. Si Vignole a négligé quelques-unes des parties de ses ordres, combien, d’un autre côté , n’a -t-il pas rendu de services à l’Art î Combien n en est - on pas dédommagé par la beauté & les détails des masses , par la facilité Lr I:i clarté de ses préceptes ! ()uel fruit au contraire peut - on tirer des compositions de Michel-Ange , principalement de celles qui nous font présentées avec autant de crédulité que de faste dans d’Aviler ? De ce nombre font celles de la porte du Peuple à Rome , de la Porte-Pie: celle de la Vigne du Patriarche Grimani, celle de la Vigne du Cardinal de Spolette, &c. elles font toutes «Tune composition aussi bisarre qu’inconséquente ; les membres d’Architecture & les ornements de Sculpture y font on ne peut pas plus mal assortis : négligence fans doute échappée à cet Artiste, d’ailleurs si estimable , & que nous divulguons ici, non dans l’intention de faire la critique des ouvrages de cet Architecte célébré; mais pour ap- d’Architecture. 6y prendre à nos Eleves à sentir de bonne heure ies fautes des grands hommes , parce qu’aurrement elles pourro:ent devenir pour eux des exemples dangereux. Si ces remarques sont vraies , nous ne pouvons donc ni ne devons ies taire ; nous invitons même les Eleves à prendre le même intérêt à démêler dans les ouvrages médiocres , les beautés qui peuvent s’y trouver répandues, puisque sans cette attention ce l'eroient autant de beautés perdues; ce qui nécessairement nuiroit à leur avancement. Qu’on y prenne garde , la source des abus que nous relevons souvent dans nos Leçons, ne provient pour l'ordinaire que de la négligence de nos jeunes Architectes à examiner avec soin, & à apprécier avec justesse les différentes productions qui leur sont offertes ; ils s’en remplissent í’imagination ; ils confondent les genres , les especes ; ils négligent l’analyse , sesprit de discussion : tout ce que leur idée leur présente leur paroît bon ; ils se rappellent, lans y trop réfléchir , ce qu’ils ont vu, prennent des exemples pour des autorités , & annoncent leurs productions comme des chefs-d’œuvre. Mais finissons cette digression, dont nous userons cependant quelque fois , dans l'intention d’arrêter la rapidité de l’étude de quelques-uns , & l’amour - propre souvent prématuré de quelques - autres. La figure II représente le même chapiteau offert avec des proportions plus analogues au caractère de cet ordre, & tel à peu-près qu’on l’exécuta de nos jours dans la plupart des bâtiments élevés par les Architectes qui, aux préceptes, joignent le véritable goût de l’Àrt dans leurs productions. Les mesures que nous avons pris loin de coter exactement fur les dessins de ces différents chais iij 7© Cours piteaux, nous dispensent ici d’une description aussi froide qu'inutile. Nous invirons feulement les Elèves à prendre garde au rapport que les différentes moulures ont entr'elles , à les dessiner beaucoup plus en grand que n’a pu nous le permettre le format de ce volume , afin de pouvoir rendre avec sentiment les contours qui les déterminent , & avec l’esprit qu’il convient de donner à chacun. Avant d’appliquer cet ordre à l’Architecture , donnons dans la planche suivante, le dessin d’un chapiteau ionique pilastre dans le goût moderne : exemple qui pourra servir également pour les chapiteaux des autres ordres , les procédés étant à-peu-près les mêmes, & j’habitude d’opérer par soi-rnême, & d examiner nos édifices, pouvant suppléer aux différences qui peuvent se rencontrer dans cette partie de la décoration. Développement d u Chapiteau Ionique Filastre . Planche XXII. La figure I présente f élévation d’une des faces du chapiteau Ionique dans le genre antique avec son plan : la figure II 1 élévation du chapiteau moderne avec Ion plan , celui-ci plié dans l’un de ses angles. Ces deux derniers chapiteaux ne diffèrent des précédents , que parce que le fût supérieur du pilastre étant plus large de íix minutes que celui de la colonne , chacjue face du chapiteau acquiert plus de largeur ; c est pourquoi dans une décoration où l’on emploieroit des pila tires fans colonnes , on pourroit lui donner un peu plus de hauteur, à cause de 1a plus grande d’ARCH ITECTURE. 7! largeur. Dans une ordonnance d’Architecture où l’on allieroit les pilastres & les colonnes eníemble, fa hauteur reste roit la même ; mais on pourroit donner un peu moins de faillie aux volutes du chapiteau pilastre, & un peu plus à celles du chapiteau des colonnes : ressource permise , & souvent préférable dans cette occasion à la lévérité des réglés dont isolent s’écarter les hommes de routine , mais que les grands Maîtres savent franchir. Voilà pour quoi il est important aux Eíeves de mesurer plusieurs genres d’édifìces , de les considérer fous différentes faces, & de hâter par-là leur expérience fur celle de leurs prédécesseurs & de leurs contemporains. Comme dans Tordre précédent, parlons ici de l'Ionique de Palladio & de Scammozzi, avant de passer à Tapplication de Tordre Ionique à TArchi- tecture. Des ordres Ioniques de Palladio ET DE ScAMMOZ ZI. Planche XXIII. De tordre Ionique de Palladio. Figure Premiere. Palladio donne de hauteur à fa colonne dix- huit modules , à son piédestal cinq modules huit minutes, & à son entablement trois modules dix-huit minutes. ( II ne faut pas oublier que Palladio & Scammozzi divisent leur module en trente minutes , au - lieu que Vignole ne le divise qu’en dix-huit pour les ordres Ionique, Corinthien & Composite , & seulement en douze pour le Toscan & le Dorique. ) Nous avons de* Eiv 7 z Cours sire, en parlant précédemment de Tentablemeiît: de Tordre Ionique denticulaire de Vignole , qu’oa préférât celui modillonaire de Palladio. Nous persistons à penser ainsi, sur-tout lorsque l’on voudra faire usage du chapiteau de Michel-Ange ; néanmoins il faut entendre que lorsque nous applaudissons à cet entablement , que c’est particulièrement de la corniche & de l’architrave que nous voulons parler ; car il esc aisé de s’apper- cevoir, non-íèulement que la frise bombée ne convient point ici, mais qu’elle a trop peu de hauteur comparée avec Tarchitrave: dans celui-ci meme il auroit été très-bien de retrancher les deux baguettes qui accompagnent les trois plares- bandes , devant réserver ce degré de richesse pour Tordre Corinthien, à moins qu’on ne plaçât bionique seul dans un bâtiment, & que sa destination particulière n’exigeàt une magnificence & une élégance qui tiennent de la légèreté Corinthienne. Palladio a ausiì placé avec plus de vraissemblance qu’au Dorique, la base attique à son ordre Ionique. Nous désirerions néanmoins qu’on n’imitât pas la baguette supérieure qu’il y a ajoutée , à moins, comme nous venons de le remarquer , que cet ordre n’exigeât une certaine richesse , parce que , dans ce cas, non - seulement cette baguette l’eroit nécessaire, mais qu’on pourroit en ajouter encore une , comme nous le proposerons en parlant de la base Composite. De íordre Ionique de Scammoqqi. Figure II. Scammozzi donne à la hauteur de fa colonne, dix-fept modules & demi , les deux septièmes au piédestal, & les deux cinquièmes à l’entablement; d'Architecture. 7? fcn architave & la frise font dans le cas d n destin précédent, c’est-à-dire que l’architrave est trop éle- vee & la frise trop baise. La corniche nous paroìt avoir auslî trop peu de hauteur, & être compoíée de trop de membres, qui, au nombre de lix, donnent à chacun une moindre élévation qu’à ceux de Palladio, ce qui rend cette corniche trop maigre, propre tout au plus à être employée dans les dedans ; au-licu que celle de Palladio peut figurer dans les dehors : observation qui peut faire faire un choix judicieux de ces diftêrents exemples , loin de les regarder comme autant de contradictions , mais plutôt comme des ressources offertes à nos Elèves, à qui il ne manque plus que d’en savoir faire une juste application. Le chapiteau deScammozzi différé de celui de Palladio , en ce que ses volutes , au - lieu de partir de dessous le tailloir , semblent sortir au contraire de lechine ou duquart de rond, en quoi il s’est éloigné de l’antique & de la route qu’cnt suivie fes contemporains ; il en différé encore, en ce qu'il a lait les faces de son tailloir concaves , au-lieu deqiiadrangulaires, telles qu'on les remarque chez les Anciens : il est vrai qu’il faut convenir que c’est à cet Auteur qu’on doit l’idée d’avoir lc premier rendu les quatre faces de ce chapiteau régulières , de dissemblables quelles étoient dans deux de fes faces, avant lui : régularité qui a été imitée par presque tous ceux de notre temps ; fa baie est tout-à-fait semblable à celle de Palladio. Application de l'ordre Ionique a l’avant-corps o’une Mmson de Plaisance. Dans le prçjnier volume nous avons appliqué 74 Cours Tordre Toscan a une Porte de Ville; au commencement de celui-ci nous avons appliqué Tordre Dorique à une Fontaine publique, ces deux ordres , Tun rustique , Tautre solide , étant consacrés , pour ainsi dire, àia décoration des monuments de cette eípece. Nous allons appliquer ici l’Ionique à la façade d'un Bâtiment d’Habitation ; le Corinthien & le Composite trouveront leur place » Tun pour le Frontispice d'un Edifice sacré , & Tautre à un Arc de Triomphe. En parlant précédemment des différents chapiteaux attribués à Tordre Ionique , nous avons dit que celui nommé antique , avoit une beauté naïve & intéressante; mais que la disparité de ses faces latérales avec celles de devant, nuisoit nécessairement à la symétrie , si essencielle à observer dans la décoration des façades, quoi- qu’imitée ainsi dans plus d’un édifice célébré par nos plus habiles Architectes. Pour donner à nos Elèves le moyen de comparer le bon ou le mauvais esset du chapiteau antique avec le moderne , les planches XXIV & XXV vont leur offrir Tavant- corps de la façade extérieure d’une maison de plaisance, où le caractère de Tordre Ionique semble convenir plus que par-tout ailleurs : à la première ce fera Tordre Ionique avec le chapiteau antique , Tentablement (lenticulaire & la base Ephé- sienne que nous a donnés Vignole : dans la seconde, un autre avant-corps pour la même façade, où préside aussi Tordre Ionique , mais où nous avons préféré le chapiteau de Scammozzi, Tentablement modillonaire de Palladio , & la base attique. Par ces deux exemples il fera facile de s’appercevoir, combien ce changement, dans les détails, apporte de différence dans la disposition d’Archt tecture. 75 de l’enfemble ; ce qui no us a déterminés à donner deux dessins de même genre, d'après lesquels nous allons dire notre sentiment sur le choix que l’on doit faire de l’une ou de l’autre application , sans avoir égard ni à l’autorité des anciens ni à l’opi- nion des modernes, pouvant, selon les différentes circonstances, faire usage de Fun ou de l’autre, après avoir considéré néanmoins lequel des deux peut procurer plus de beauté à l’édiíìce. AVAN T-CORPS DE LA FáCADE D’UNE Maison de Plaisance décoré d’un ordre Ionique antique. Planche XXIV. Pour rendre la disparité des retours du chapiteau de l’ordre Ionique , moins frappante dans cette planche, au-lieu d’avoir fait un avant-corps , nous proposons un arriere-corps ; par ce moyen on n’apperçoit en quelque forte que les principales laces des chapiteaux j encore est-il vrai que dans les colonnes les faces latérales A, s’apper- çoivent différentes de celles B ; d’où il s’eiffuit que le chapiteau C , doit ressembler au côté A de la colonne , & que celui - ci ne ressembleroit plus au chapiteau de face D : de maniéré que pour éviter toute dissemblance , il faudroit supprimer entièrement les colonnes dans cette façade, pour réemployer que des pilastres , comme on l’a tracé dans Fun des côtés de cette élévation, ce qui ne présente plus qu’une Architecture froide, peu propre à la décoration d’une Maison de plaisance, qui, par son ordonnance, doit offrir un mouvement intéressant, qui plaise aux spectateurs les moins éclairés. D’ailleurs, il en faut convenir, le 76 Cours milieu d’une façade d’une certaine étendue, doit s’annoncer par un avant - corps. Ici cette partie rentrante réussit mal , fur-tout en supprimant les colonnes ; c’est pour quoi il vaudroit peut-être mieux passer par-dessus l’irrégularité qu offre le détail des chapiteaux, que de rendre les masses imparfaites; peut-être encore ( & nous sommes de cet avis ) feroit-il plus à propos de renoncer à faire usage du chapiteau antique, que de s’essorcer à suivre les anciens dans nos ouvrages modernes , aux dépens delaccord général, & de la symétrie des détails, comme on le verra dans la planche suivante , où nous avons préféré le chapiteau moderne, qui nous a permis & des détails plus heureux & un ensemble beaucoup plus conforme à l’ordonnance de la décoration d’un tel bâtiment. A vant-corps de la même Façade, DÉCORÉ D’UN ORDRE IONIQUE MODERNE , AVEC LES DEUX Plans de cet avant-corps. Planche XXV & XXVI. fton-feulement nous avons pu faire un avant- corps dans cette façade, mais un porche, des rampes douces pour y descendre à couvert , un vestibule, enfin une difpoíition plus agréable , autorisée par la symétrie du chapiteau de Scam- mozzi : chapiteau qui, traité par un ciseau habile, sans avoir la naïveté de celui de íantique, n’est pas lans agrément. En faveur de ce chapiteau moderne, qui a plus de capacité & un peu plus de hauteur que le précédent, nous avons supprimé les denticules de Vignole, auxquels nous avons substitué les modillons proposés par Palladio. Nous D’ A K C K I T E C T U R E. 77 se-rions même d’avis d’cjouter un ait ra gale au- dessous de ce chapiteau, ainsi que l’a fait Michel- Ange; mais, dans ce cas, nous croyons qu’il laudroit ausli mettre moins de détails dans les moulures qui composent chaque membre de cette façade : suppression ou augmentation dont l’Architecte doit se rendre le maître , principalement lorsqu il n’emploie qu un seul ordre dans son bâtiment, comme nous aurons occasion d’en parler dans la fuite. Nous n’entrerons pas dans un plus grand détail, concernant ce deuxieme dessin , la comparaison qu’on en pourra faire avec le précédent , nous dispense ici d’en faire sentir l’avantage. Nous serons remarquer seulement que les dimensions de ces deux avant-corps, diffèrent peu entr’elles; que la distribution intérieure n’en souffre aucune altération , & qu’il n’y a pas à balancer à donner la préférence à celui-ci, fur celui-là. Au reste, nous donnons ces deux destins fans aucune prétention, notre objet est seulement de prévenir les Elevés qu’il faut de bonne heure qu’ils étudient les différents moyens d’arriver an dernier degré de perfection ; que pour cela il faut d’abord qu’ils se rendent compte des procédés des anciens, ensuite île ceux des modernes , asm de parvenir à concilier , dès leurs premieres productions, tout ce qui peut tourner à Favantage cíe leurs projets. On trouvera, dans la planche XXVI , les plans de ces deux avant-corps, qui n’ont pu tenir au bas des élévations , & qui nous ont paru nécessaire pour faire sentir la diférence qu’on doit donner à celui qui forme un avant-corps, suc celui qui est en arriere-corps. 78 Cours CHAPITRE III. De l'ordre Corinthien. N o u s avons dit au commencement de ce volume, que i’ordre Dorique pouvoit passer pour la plus belle production des Grecs, & le premier chef-d’œuvre de Tetprit humain en ce genre. Nous pouvons avancer ici, que Tordre Corinthien doit être regardé comme le triomphe de TArt : en effet, rien de íi élégant que la proportion de cet ordre, de fi admirable que la délicatesse de íes ornements, rien de si accompli que la beauté de son ordonnance ; en un mot on doit regarder fa composition comme la découverte la plus précieuse qu’aient pu faire les Artistes de Tantiquité ; aussi a-t-il éprouvé peu de changements depuis les Grecs jusqu a nous, nos plus habiles Architectes François Tayant employé fur les mesures que nous a données Vignole, soit au Val-de-Grâce , à la Chapelle de Versailles , à l’Arc de Triomphe du Trône, &c. L’efpacement des modillons de la corniche de son entablement, ainsi que les mutules de Tordre Dorique , font ici les feules difficultés qui puissent gêner TArchitecte dans les différentes largeurs de fes entrecolonnements ; ainsi après la première disposition de son projet , il faut qu’il passe au développement de cette corniche , avant d’é- tablir aucune distance entre une colonne & une autre colonne, & avant de déterminer le rapport que la largeur d’un avant-corps doit avoir avec fa hauteur ; enfin avant de décider la rela- |ion qu’il con.yient d’obferver entre la décoration d’Architecture. 79 extérieure & la distribution des dedans de Tédifice. C'est par l’étude de cet entablement, que les dimensions générales de Tédifice paroissent engendrées des parties de Tordre , & celles-ci du caractère de son ordonnance. Toutes ces dimensions l’ont esten- cielles à suivre; on y parviendra incontestablement si Ton se rappelle avec soin tout ce que nous avons enseigné à cet égard en traitant de Tordre Dorique que nous avons annoncé devoir être suivi pour tous les autres ordres d’Architecture. Donnons dans les planches suivantes les développements de Tordre Corinthien de Vignole, avec quelques changements ; ensuite nous Tap- pliquerons à un Portail d’Egliíe en rotonde, faisant partie de TAbbaye Royale de Saint - Louis à Metz. II ne faut pas oublier que le module de cet ordre íê divise en dix minutes , comme le précédent. Du PlÈDEST AL ET DE LA B AS E DE l 1 ordre Corinthien. Planche XXVII. La figure I fait voir & donne les mesures du piédestal & de la base Corinthienne de Vignole. Nous remarquerons que la hauteur de son piédestal est portée à huit minutes au-delà du tiers de Tordre , dans Tintention , dit d’Aviler fou Commentateur, de donner à Télévation du dé de son piédestal, le double de sa largeur. Nous ne saurions approuver cet excédent , ayant déja remarqué que Vignole avoit donné a ses piédestaux une beaucoup plus grande liauteur , So Cours que rous les Interprètes de Vitruve ; mais nom? approuvons le choix des moulures qui ornent la base & la corniche de ce piédestal: cependant nous croyons qu’il conviendrait d’élever le ibcle de la base à huit minutes , au - lieu de quatre, & d’en diminuer un peu la saillie, en ne lui donnant que íix minutes au-liea de huit , comme dans la figure 11 ; a fi n que l’écoulernent des eaux qui tombent de dessus ia corniche íe trouvent portées aii-dc-là de la saillie de cette base : précaution qu’il est nécessaire d’apporter dans tous les ouvrages importants qn’on a dessein de faire passer à la . postérité. Dans cette figure II, nous avons tracé une renfoncée , qu il est nécessaire d’y introduire , sur-tout lorsque l’ordre se trouve enrichi de tous les ornements dont il est susceptible , Sc qu’on a cru devoir préférer le piédestal aux socles dont nous avons parlé précédemment : socles plus convenables à beaucoup d’égards que les piédestaux, à Texeption des ordres placés dans les frontispices des Temples, dans les Arcs de Triomphe & autres monuments où la grande élévation de la colonne semble exiger un stylobate , qui en éleve la base, au - dessus de Tœuil du spectateur ; parce qu’alors Tordre en acquiert plus de dignité, 3c qu on if est pas obligé de le considérer en deux temps , comme cela ne peut manquer u arriver lorsque fa base pose sur le sol, 3c que le point de distance est trop rapproché par quelque obstacle que T Architecte n’a pu vaincre, soit par des raisons d’é- conomie ou autrement. La base de la colonne destinée sur le piédestal de la figure I, est celle de Vignole : quoique mieux entendue que celle de son ordre Ionique, .il faut convenir que U réitération des deux l'coties d’Architecture. 81 Sc cîes cieux baguettes qui les séparent, offre une répétition désagréable à l’œuil ; & l’on peut dire que malgré les motifs qui ont engagé les anciens à vouloir communiquer à cette base beaucoup de délicatesse, on ne sauroit approuver la multiplicité de ces moulures de même elpece, toute la légèreté de l'ordre devant se porter plutôt vers fa cime que vers fa base, afin qu'on puisse s’appcr- cevoir que l’Architecte a pris foin de passer par des transitions insensibles , des membres forts aux moyens , & de ceux - ci aux délicats : attention qui feule peut procurer à i’ouvrage entier le succès qu’on a droit d’attendre d’un tout bien assorti. Qu'on y prenne garde , le plus grand défaut qu’on puisse reprocher à nos jeunes Architectes, c’elt ci’ignorer ces transitions dont nous voulons parler, non- seulement pour ce qui regarde les ordres qu’iîs emploient dans leurs façades , mais encore dans les ordonnances oìi les ordres ne peuvent présider & oii ils négligent de saisir le caractère & Tex- preísson attribuée à chacun d'eux. La base potée sur le piédestal de la figure II,' est celle nommée attique , augmentée seulement de trois baguettes qui en enrichissant cette base, lui conservent ses deux tores & fa scorie, que nous avons déja tant applaudie; ces baguettes, prises aux dépens des trois principaux membres de cette base , ( car il faut observer que toutes les bases des ordres ont un module) donnent à chacun de ces membres, moins de hauteur & un caractère de - légèreté propre à la délicatesse de Tordre Corinthien dont nous parlons. A u reste , on n'est pas tenu de suivre scrupuleusement les cotes des moulures indiquées îci ; elles peuvent varier de quelque chose, & même pour éviter les fractions Tome II. F 8r Cours qui se rencontrent dans quelques - unes, il est bon de préférer une division commune , ainsi que Tex- prime la figure A, ou de s en rapporter à fa propre expérience ; la sévérité des cotes ne doit être regardée que comme un préliminaire utile à l’E- leve ; Thomme instruit acquiert par l’habitude une toute autre maniéré de voir, de sentir & d’opérer. Les cannelures tracées fur la partie inférieure de la colonne, font comme dans Tordre précédent distribuées au nombre de vingt-quatre fur fa circonférence ; elles font tracées de même par un demi- cercle, & séparées par des listeaux qui ont de largeur le quart des cannelures. C’est ici, par exemple , qu’on peut orner ces listeaux de quelques filets, & baguettes,à l’exemple de ceux placés planche VIII, premier volume; à st encore dans cet ordre que chaque cannelure peut être accompagnée de ruden- rures, parce que Tordre est susceptible d’un plus grand degré de richesse, selon la place qu’il doit occuper dans nos édifices ; mais au moins fiiut-il fe souvenir que cette richesse , portée au fût de la colonne , doit déterminer auífi l’Architecte à orner le dé du piédestal, ainsi que la frise de Tentablement & le l’ofite ou plafond de la corniche. On doit même savoir que les rudentures placées dans les cannelures autorisent nécessairement les ornements taillés fur toutes les moulures de cet ordre ; mais il ne faut jamais abuser de ces différents degrés de richesse, principalement dans les dehors , malgré les exemples que nous offrent plusieurs édifices anciens & modernes. D ’ A R c H I T E C T U R E. 8Z Du Chapiteau et de l’Entable - MENT DE L’ORDRE CORINTHIEN. Planche XXVIII. Cet entablement a de hauteur, scion Vignole, comme tous ceux de ses autres ordres , le quart de la colonne ; savoir, un module & demi pour !'architrave, un module & demi peur la irise, Sc deux modules & demi pour la corniche ; au total cinq modules , ainsi qu’on le remarque figure I : cette égalité de hauteur dans l'architrave & dans la frise , nous plaît moins que les rapports que Vignole a donnés à ces deux membres dans l’ordre Ionique , ce qui nous fait proposer , figure 11, trente minutes pour la frise, & vingt-quatre pour l’architrave , par la raison que la saillie de ce dernier membre racourcit trop considérablement la hauteur de la frise , & que Taílragale de la cimaise inférieure de sa corniche se trouve pris aux dépens de cette même frisé. En parlant de lentablement de Tordre Ionique » nous avons fait remarquer les trois platesbandes de son architrave, & nous les avons comparées avec le nombre de celles des ordres Dorique & Toscan qui précédent. Ici Vignole n’a pas jugé nécessaire de continuer cette progression , mais il a ajouté à chacune une moulure qui les sépare, ce qui donne à cet architrave un caractère de supériorité, bien digne & de la richesse de tout remaniement & de la délicatesse de Tordre. Nous n’avons point exprimé dans cette planche , les bas-reiief's dont Vignole a orné fa frisé , ces sortes d’ornements devant prendre leur source dans le 84 Cours motif qui fait ériger l’édiíice. En France , aplomb de Taxe de chaque colonne , on introduit quelquefois des L ou des Fleurs-de-Lys couronnées , comme on le remarque dans i intérieur des Invalides , à la Chapelle de Versailles & ailleurs ; quelquefois dans les dehors on place des trophées au-dessus du milieu de chaque cntrecolonncment, ou des festons avec des génies, comme on le remarque dans les façades de la Cour du Vieux- Loavre. Cet enrichissement nous paroit préférable aux figures en bas-reîief, souvent d’un trop petit module , & qui par leurs détails nuisent presque toujours au repos qu’il convient d’obfervcr dans cette partie intermédiaire de l’entablement, pour laisser briller les ornements taillés dans les canettes fur les modillons & fur les moulures de fa corniche & de son architrave. Nous n’avons fait aucuns changements ni dans les principaux membres , ni dans les moulures de la corniche de cet entablement : ce couronnement nous a paru un chef-d'œuvre par 1’lieiueux esset que présentent aux yeux des spectateurs intelligents celui du peristile du Louvre , & celui de la Chapelle de Versailles , tous deux exactement les mêmes que ceux de Vignole. Perrault s’est contenté de retrancher les denticules taillés fur le larmier inférieur : suppression dont on lui doit savoir d’autant plus de gré , que toutes les moulures de fa corniche étant enrichies d’orne- ments, ce retranchement de denticules oppose un lisse entre les cimaises inférieures & intermédiaires qu il est très-bien d’obíerver dans les cas semblables ; puifqu’autrement on ne remarque plus qu'une confusion mal entendue : l’excès de la Sculpture n’est jamais une beauté, ainlì qu’on peur s’en d’Architecture. 85 convaincre dans Chambrai, en examinant l’enta- blement tiré des Thermes de Dioctétien à Rome, chap. 29, page 69. Envahi le rapporte-r-il comme un exemple célébré; on ne doit le regarder que comme le triomphe Je la prodigalité. Nous serions ausiì d’avis , qu on retranchât les mufles de lion qu’on distribué ordinairement dans la cimaise supérieure de sa corniche ; non-seulement ce genre de Sculpture ne convient pas toujours au genre de l’édifice , mais il est un autre moyen cl’écouier les eaux qui tombent fur fa saillie. C’cst sans doute parce que l’on ne connoissoit pas alors ce moyen , qu’on a fait usage de ces mufles de lion , dans lesquels on plaçoit un canon ou tuyau de bronze ou de plomb, qui, de distance a autre , jetoit seau qui s’amassoit dans les rigoles pratiquées fur la saillie des corniches , telles qu’il s en remarque dans l’intérieur de la cour du Vieux- Louvre. II est assez d’ul'age de placer un modillon à plomb de l’axe des colonnes , ce qui détermine la distance qui doit se trouver entr elles. Dans l’entablement de Vignole, figure I, cet intervalle est fixé à seize minutes, double de la largeur du modillon, & cette distance se répete régulièrement dans toute retendue du bâtiment, en réglant les différentes largeurs des entrecolonnemer.ts ; c’elt pourquoi, comme nous venons de ie dire , il convient de se rendre compte , de tracer en grand les profils dont on veut composer la corniche, de déterminer la saillie qu’on veut lui donner, d’avoir attention à la symétrie qu’on doit mettre entre les cassettes continues & celles d'angles : cette précaution fera éviter l’irrégularité qu on remarque dans la distribution des modifions & des 86 Cours cassettes des corniches de la cour du Vietix-Louvre & du portail de la Sorbonne. Dans le premier exemple, Taxe des mouillons ne tombe pas directement à plomb de celui des colonnes ; dans le second, les méditions se trouvent plus rapprochés fur les petits entrecolonnements que fur les grands : licence impardonnable , qu on ne doit jamais se permettre dans les monuments de quelque considération. Nous désirerions encore que les modillons eussent moins de faillie ; d’une part, pour que le listeau placé au-dessous &. vers le devant du larmier ne fût point interrompu ; de l’autre , pour que le modilion ayant moins de longueur, acquît aussi moins de largeur ; d’où naîtroit, dans tous les intervalles , des cassettes quarrées , tel les qu’on les remarque dans le plan de la figure II : plan beaucoup plus régulier que celui de Vignole, fans néanmoins altérer ni la saillie ni la hauteur des membres de fa corniche, ainsi qu’on peut le remarquer en comparant les deux plans tracés fur cette planche. Peut-être trouvera-t-on les modillons de la figure 11, un peu fossiles ; mais la régularité des cassettes & l’élégance de l’ordre , nous a paru la premiere loi qu’il fuioit observer dans la distribution des principaux membres d’une corniche. Au reste, c’est une proposition que nous saisons, & non une réglé qu’on doive suivre absolument. Par exemple, nous n’hésiterions pas d’en user ainsi dans Tintérieur des appartements , & peut-être même dans les dehors, en supposant que Tordre fût d’un petit diamètre, & par conséquent son entablement, assez près de Treuil du spectateur, si toutefois on peut fe permettre d’employer de petits ordres dans l’ordon- nance extérieure des façades. D’ARCHITECTURE. 87 le chapiteau tracé sur cette planche, entre les plans & les élévations de cet entablement, est le mcme que celui de Vignole , copié d’après l'anti- que , le chef-d’œuvre de l’imniortel Callimaque, & de 1 origine duquel nous avons parlé dans le premier volume, page 197. Les modernes ont néanmoins donné à ce chapiteau un peu plus de hauteur. Celui des anciens, rapporté par Vitru- ve , n’a que deux modules, au-lieu qu’ici il est de deux modules íìx minutes , augmentation qui le rend plus élégant & plus propre, pour cette raison , à servir de couronnement à la tige svelte de la colonne Corinthienne. La distribution des ornements de ce chapiteau, fa symétrie, la variété de ses aspects , vus de face & fur sangle , lotit autant de beautés qui concourent à fa perfection ; & l’on peut dire que fa composition, toute à la fois vraisemblable, intéressante & sublime , doit le faire regarder comme un chef-d’œuvre, ainsi que nous lavons dit ailleurs ; aussi n’a-t-il éprouvé aucuns changements jufqu’à nous , depuis que (a hauteur a été fixée par les modernes à deux modules six minutes ; & si dans nos édifices quelques chapiteaux Corinthiens plaisent moins les uns que les autres aux hommes de goût, cette différence provient feule de surcapacité ou de l’habileté des Sculpteurs qui font chargés de leur exécution, & non de la beauté de son ensemble & de ses détails ingénieux , dont l’idée admirable n’a pu être surpassée par aucun Artiste , à en juger par toutes les autres compositions de ce genre ; car on doit compter pour rien les feuilles d’olivier ou de persil qu’on lui applique à la place de celles d’acanthe, selon que cet ordre fe trouve faire partie de tel ou tel édifice. Les chapiteaux Corinthiens les plus 88 Cours estimés chez nous , font ceux de la nef du Val- dc-Gràce , de l’intérieur de la Chapelle de Versailles , des façades du Château de Maisons, & de celie de la cour du Vieux-Louvre, anciennement élevce íur les destins de Pierre Lefcot. Ceux qui ont été exécutés depuis dans cette même cour leu; étant bien inférieurs , ont en cela subi le fort de tant d’autres, sculptés à la hâte dans la plupart de nos bâtiments , & qui ne nous offrent qu’une médiocre imitation de la plus belle production qiu fe soit faite dans l'Architecture & la Sculpture. Feuilles et principeaux Détails du Chapiteau Corinthien. Planche XXIX & XXX. Avant de passer à la maniéré de tracer le plan & l’élévadon de ce chapiteau, vu de face & fur l’anglc , nous donnons plus cn grand , dans ces deux planches, les feuilles & les principaux détails de ce chapiteau , copié exactement d’après ceux de Sébastien Leclerc , & destinés par lui avec le goût & Inintelligence la plus admirable ; c’est pour cela que nous ne nous sommes point fait scrupule de les emprunter de cet Auteur cc'ebre, pour les offrir à nos Eleves comme autant de modelés qui ne peuvent que hâter leurs connoiffances dans l’étude de cette partie li intéressante ; nous nous y sommes déterminés d’autant plus volontiers , que l’œuvre de cet habile Graveur est devenu fort rare , & que par-îà ces développements fe trouvent entre les mains de fort peu d’Àrtistes ; ce qui est cause que le plus grand nombre ne fauroit d’Architecture. 89 profiter de ce secours. Nous en avons encora usé de même pour ce qui regarde Tordre Ionique, L plusieurs autres ornements de très-bon goût , dus à cet Auteur ; c’est de tous les Graveurs le plus excellent, & le plus utile aux jeunes Architectes ; nons puiserons aullì quelques entablements & quelques chapiteaux dans Bibiane ; ils font, à la vérité , plus convenables pour les décorations théâtrales, que pour celles des bâtiments proprement dits ; mais les profils & les ornements y font rendus avec tant d’el'prit qu’ils nous ont paru propres à inspirer le goût du dessin à nos Elevés. Développements du Chapiteau Corinthien. Planche XXXI. La figure I montre le plan de ce chapiteau , déterminé dans un quarré parfait , dont la diagonale est de quatre modules ; ce quarré indique la saillie du tailloir hors œuvre A B , & ses pans coupés C, de quatre minutes de face , déterminent la ligne ET, base d’un triangle équilatéral , du sommet duquel G , comme centre , on décrira la courbure pâme de chaque face, telle que celle E F. La largeur du bas du chapiteau égaie au diamètre supérieur de la colonne, réduit à trente minutes les cinq - sixièmes du diamètre intérieur , qui en a trente-fix , ou deux modules. C’est fur ce nouveau diamètre , & au- dessus de Tastragale, que se distribuent régulièrement les deux rangs de feuilles , au nombre de huit à chaque rang, qui ensuite sclevent verts $ô Cours calcinent du plan à sélevation, ce qui donne Ieu£ distribution géométrale autour de la circonférence du tambour du chapiteau , telle que i’expri- me le destin de la figure i 1, dont la moitié laisse voir le tambour I, autour duquel sont adaptées les seize feuilles dont nous venons de parler, & î’autre moitié, ces mcmes feuilles par masses qui en indiquent seulement le galbe , renvoyant pour leurs détails à la planche XXIX. Toute la hauteur de ce chapiteau fe divise en trois parties depuis !e dessus de l’astragale K, jusques fous le tailloir L, ainsi que l’exprime la hauteur des principaux membres de ce chapiteau. Donnons à présent , fur la planche suivante, ce même chapiteau vu fur sangle, pour apprendre à en sentir tous les développements, moins difficiles à concevoir qu’on ne fe l’imagine ordinairement, parce qu’on néglige d’en faire le plan , d elever sélévation sur ce plan, & de le destiner sur toutes les faces. Développement nu Plan et nu L’ElÈVA TION, VU SUR L'ANGLE DU Chapiteau de la Colonne Corinthienne. P L A N. .£,H E XXXII. La figure I, montre le plan qu’il faut tracer fur les mesures du précédent, avec cette différence , qu’il faut que la diagonale soit la verticale A B ; ensuite tracez le plan avec les seize feuilles qui circulent autour de la circonférence, les volutes qui soutiennent le tailloir, &c. & par des lignes à plomb & parallèles, destinez la figure II, en observant que les obliques C D, tirées d’Architecture.' 9 r de Tastragale au tailloir, soient les limites où devra se terminer la saillie du premier & du second rang des feuilles de ce chapiteau. La hauteur de ces derniers , celle des volutes font ici les mêmes que dans la planche précédente , & ne doivent jamais recevoir aucune altération , ces mesures étant constantes pour tous les chapiteaux de cet ordre. L’ordre Corinthien s’exécute en pilastre, comme en colonnes , ainst que tous les autres ordres, & les mêmes ornements y font employés : ceux-ci s’y distribuent facilement, & ne laissent pas d’y produire un effet également ben. Nous avons déja cité les chapiteaux Corinthiens de la nef du Val-de-Grâce ; ces chapiteaux font pilastres & de la plus grande beauté : aussi M. Germain, Orphé- vre célèbre, & qui entendoit assez bien l’Archi- tecture, les a-t-il imités dans l’Eglife de Saint- Louis-du-Louvre > dont il a donné les destins. Donnons, dans la planche suivante , Tordre Corinthien de Palladio & celui de Scammozzi en parallèle avec celui de Vignole , & laissons aux Architectes impartials à juger de la préférence qu’on doit donner à celui des trois qui aura le plus conservé delégance à toutes les parties de cet ordre délicat, & qui se sera le moins écarté de la doctrine de Vitruve. 5>z Cours Des ordres Corinthiens de Palladio et de Scammozzi Planche XXXIII. De l’ordre Corinthien de Palladio. Figure Premiere. Palladio ne clonne à la hauteur de son ordre f que neuf diamètres & demi , ou dix-neuf modules, an-lieu de vingt que lui prescrit Vignole: il donne à son piédestal le quart, & à lentahlement le cinquième; sa corniche est assez semblable à celle de Vignole , mais quoique beaucoup moins élevée , elle paroít forte , comparée avec la hauteur de la frise & de l’architrave ; celui-ci comme dans tous les ordres de Palladio , nous paroít trop fort, ayant près de dix minutes de plus que la frise : son chapiteau égal à celui de Vignole , a deux modules dix minutes; fa hase est celle attique à laquelle il a ajouté trois baguettes, comme nous l’avons proposé planche XXVII , figure II , à la place de celle de Vignole, tracée dans la même planche, figure I, que nous avens trouvée trop compliquée & de mauvais goût , quoiquimitée d après satirique. De l’ordre Corinthien de Scammo^rJ. Figure II. Scammozzi fixe la hauteur de fa colonne à dix diamètres ou vingt modules, ce qui donne à son entablement un peu plus de hauteur que celui de d’Architecture. 9Z Palladio ; mais la corniche, qui a un larmier de moins la rend plus propre à un Composite qu a un Corinthien ; dailleurs nous ne saurions applaudir au gros astragale, placé entre les deux moulures de les cimaises inférieures : il en est de même du membre supérieur de l’architrave, dont le talon associé avec un cavet, ne présente, vu dune certaine distance, qu’une seule & meme moulure : la frise est ausli terminée vers fa partie inférieure, par un congé , courbe qui , se répétant avec le cavet du haut de l’architrave, ne contribue pas peu à rendre ce membre encore plus imparfait; la base est la même que la précédente ; & toutes deux, comme nous lavons déja observé , sont préférables à celle de Vignole. Application de l’ordre Corinthien au Frontispice d’une Église en Rotonde. Planche XXXIV. Ce frontispice, d’ordre Corinthien, est celui de l’Eglise en rotonde, que nous avons fait pour F Abbaye Royale des Dames Chanoinesses de Saint-Louis à Metz , & dont on trouvera le plan dans l’un des volumes de ce Cours , lorsque nous traiterons de la distribution. Ce frontispice est seulement composé de quatre colonnes, de trois pieds neuf pouces de diamètre, & les trois espacements , de sept modules chacun ; les colonnes font élevées fur un socle de huit pieds de hauteur, le fol de l’intérieur de FEglile étant plus haut de six pieds que celui de la Place de Chambre, où il est situé. Ces colonnes forment un porche, dont la profon- 94 Cours deur sur le nu du mur A, égale la largeur deí entrecolonnemeuts ; c’est fur ce mur que l’on a distribué la porte qui donne entrée à ce monument, & les deux niches collatérales , dont Tune est destinée pour la statue de Saint-Louis , sous l’invo- cation duquel va être reconstruite cette Eglise, l’autre pour la statue de Saint-Pierre, ancien patron de cette Abbaye , dont nous avons aussi donné les plans, approuvés par le Roi à Fontainebleau, en Octobre 1763. Cette porte & les niches placées entre des pilastres qui répondent aux colonnes , sont ici enfermées dans des chambranles égaux, & couronnées de frontons : cette répétition paroîtra peut-être monotone ; mais il faut considérer que l’onverture de la porte à plate- bande , fait dans fexécution un tout autre effet que fur ce dessin , & que son percé réel s’annonce bien différemment que les niches de forme circulaire , qui, comparées avec le vide de la baie , rempli par une porte de menuiserie , offre une variété frapante , comparée avec les niches construites en pierre j qui contiennent des statues en marbre blanc. Au-dessus des frontons des chambranles , régné une plinthe , qui, portée au tiers supérieur de Tordre , amene naturellement trois tables rentrantes où font sculptés des bas- reliefs. Nous savons bien que nos jeunes Architectes préféreroient une table dans toute la longueur ; qu’ils ne meuroient point de pilastre fur le nu du mur , en face des colonnes ; qu’ils pla- ceroient dans les soixante - deux pieds que contient la largeur de ce frontispice, cinq entreco- lonnements au-lieu de trois, & que moyennant ces arrangements , ces mêmes entrecolonnemeuts devenus três-ferrés, laiíseroient à peine voir les d’Architecture. 95 chambranles de la porte & des niches : nous savons tout cela ; mais nous n’avons garde d’être de leur avis. Ces imitations Romaines ne font plus de notre temps. Nous leur conseillerions bien plutôt de foire revivre les procédés qu’ont suivis les Manford & les Perrault , qui connoissoient tout aussi bien l’Italie qu’eux ; mais qui, avec la prudence & les lumières dont ils étoient pénétrés, en suivant les routes des anciens , n'en ont pas moins créé un genre d’Architecture qui nous appartient , qui est à nous, & que nous n’avons négligé pendant un laps de temps assez considérable, que foute de grandes occaíions , & quelquefois par l’indissérence de plusieurs pour nos découvertes ou r’incertitude de quelques-autres, qui, las d’imiter leurs prédécesseurs, croient innover en érigeant «u milieu de Paris la charge des productions de la nouvelle Rome, qui d'ailleurs se trouvant confondus avec des ornements Arabes ou Egyptiens, 11e nous oífrent que des compositions biforres & désassorties : compositions éphémères à la vérité, jnais qui écartent du vrai beau ceux qui, moins habiles encore , flottent entre ce qu’ils doivent imiter ou éviter, malgré les efforts que font les habiles Maîtres de nos jours , pour les ramener, par leur exemple , au véritable genre de la bonne Architecture. Nous le répétons , parce que nous ne pouvons trop le répéter , la plupart de nos jeunes Architectes abusent de sautorité des anciens ; ils prennent bien leur maniéré, mais fans s’anirner de leur génie , & par là iis produisent de mauvaises copies d’après d’excellents originaux : qu’ils y prennent garde , nous parions ici à ceux mêmes qui font dé j a instruits ; ce n’est pas assez pour eux d etre remplis des chefs - d’œuvre anti- 96 Cours ques ; il faut en savoir faire choix ; il faut les savoir appliquer à nos usages, à la température de notre climat , aux dilférentes qualités des matières qui nous font offertes , enfin au vrai goût de T Art, que nos célébrés Architectes François ont créé, pour ainsi dire , fous le régné de Louis le Grand. Mais, nous osons le dire , il arrive tout le contraire. La plupart -.'imaginent suivre les anciens, & produire des choses neuves , tandis qu'ils ne nous présentent que des compositions singulières; on diroit qu’ils semblent vouloir nous persuader que leur amour-propre croît en raison de leur médiocrité ; mais finissons cette digression , qui ne fera pas goûtée du plus grand nombre. 11 s’agit maintenant de passer à Tordre Composite. /fy CHAPITRE IV, d’Architecturï. 91 CHAPITRE IV. De l’ordre Composite Romain, 3L’ ordre Composite, imitation imparfaite des ouvrages des Grecs, est néanmoins rangé ici d’après Vignole, dans la classe des cinq ordres. C est aux Romains qu en est due la découverte , si toutefois la différence du chapiteau suffit pour créer un nouvel ordre , ptiisqu’en le considérant du côté de sa proportion & de ses principales parties, il est parfaitement semblable à Tordre Corinthien ; sa colonne ayant , comme celui-ci, dix diamètres de hauteur , son entablement le quart, l'on piédestal le tiers, &c. il n’en différé absolument que dans quelques membres ou moulures dont chaque Architecte dispose à son gré , selon l’application qu’il en veut faire dans ses différentes productions ; c’est pourquoi nous pensons comme Vitruve à l’égard de cet ordre ; c’est-à-dire , qu’il n’en est point un , mais un assemblage de plusieurs parties des autres ; que comme tel il peut s’employer dans les compositions d’Architecture, qui n’exigent pas beaucoup de sévérité ; car il convient alors de préférer le Dorique, l’Ionique & le Corinthien des Grecs. Son chapiteau mêmen’est autre choie que la réunion de celui de l’íonique , avec la majeure partie de celui du Corinthien, & par conséquent il ne peut passer pour une découverte. C’est précisément pour cela qu’il peut trouver place dans les édifices qui ont besoin d’être symbolisés par le ministère de la Sculpture ; les autres chapiteaux, fur - tout k Tome II, G $8 Cours Corinthien , ainsi que nous savons dit précédent-? tíienr, ne devant jamais recevoir aucune altération. Cette imitation des Romains n’a cependant que trop été suivie par la plupart de nos Architectes modernes. Combien n’avons-nous pas vu de fois ces derniers , & quelques-uns d’entre ceux de nos jours , nous offrir pour un nouvel ordre, un assemblage indiscret de plusieurs membres d’Archite- cture à qui ils dominent le nom d’ordre François; mais qui tous assujettis aux mêmes réglés que les précédents , n en diffèrent que par un mélange ’ A r c h I T E C T U R E. IZZ St XXXIII de ce volume , l’entablement de Tordre Corinthien de Vignole, de Palladio & de Scam- mozzi, les trois plus célébrés interprètes de Vi- truve, nous étions tentés d’épargner aux Eleves une nouvelle étude fur cet ordre ; mais nous avons réfléchi que non-feulement nos rqnarques fur la bonne ou mauvaise maniéré de profiler auroient été imparfaites , mais qu’ils auroient peut - être négligé de recourir à Chambrai, qui, en nous donnant celui de Philibert Delorme , nous offre ausii dans son parallèle tous ceux des autres Commentateurs de Vitruve, que nous examinerons après avoir dit quelque chose de celui dont nous parlons. Philibert Delorme , dans ce profil , paroît au - dessous de lui - même , par la maigreur que l’on remarque dans la cimaise , & le larmier supérieur qu’il a affecté à sa corniche : membres qui, comparés avec la pesanteur de la cimaise intermédiaire , & sur-tout du larmier inférieur y offrent une disparité dont il saut savoir se garantir dans tout ouvrage d’Architecture. Le listeau de la cimaise de Tarchitrave & les baguettes de ses plates-bandes font aussi un peu fortes , particulièrement celle d’en bas , qui a une demi-minute de plus que les autres , quoiqu elle soit placée dans un moindre intervale ; d’ailleurs ces baguettes n’ont pas assez de saillie : remarque que nous faisons ici, parce que cette composition , d’un de nos grands Maîtres , à* en juger par ce qu’il a produit d’excellent, pourroit, en servant d’autorité à nos Eleves, les égarer dans la route qu’ils doivent suivre dans la maniéré de profiler. Viola dans son ordre Corinthien, & même dans tous les autres dont nous leur recommandons l’examen Iiij î 34 Cours nous paroit mériter la préférence fur Philibert Delorme ; mais comme* il fuit de près Vignole , Palladio & Scammozzi , nous avons cru pouvoir ' nous dispenser de le rapporter, & qu’il seroit plus intéressant pour eux de continuer nos observations fur ceux h ces Auteurs, qui, ayant moins bien rencontré, seront plus utiles pour faire juger des imperfections qu’il convient d’évirer dans les différents profils dont nos jeunes Artistes doivent faire usage un jour. Nous nous en tenons donc au seul exemple Corinthien de Philibert Delorme , en les invitant à le perfectionner par celui de Viola, & à éviter sur-tout limitation des corniches chétives & mesquines des ordres Corinthiens de Barbaro, de Cattaneo & de Serlio, plus propres à être placées dans une ordonnance Ionique dont Tordre seroit absent, que d’en faire le couronnement d’un ordre Corinthien, considéré comme le triomphe & de TArchitecture & de la Sculpture. Entablement Composite de Serlio. Planche L X 111. II ne nous reste ici, pour terminer nos remarques fur les ordres des principaux Commentateurs de Vitmve , que le profil extravagant de Tenta- blement que Serlio a donné à son ordre Composite , qu’il a formé , dit - il, d’après le couronnement du quatrième ordre Corinthien du Colisée, dont les mesures font rapportées'dans la plance 89 de ce volume. Que nos - leves apprennent par-là combien il est important de faire un choix judicieux des objets qu’on veut imiter, & combien il paroîtroit absurde aujourd’hui de vouloir placer sur un ordre délicat, que Serlio a rendu d’aiileurs chétif & d’Architecture. 13? mesquin, un entablement qu’on auroit remarque dans un bâtiment colossal & u une hauteur extraordinaire pour en faire le couronnement cl'u n ordre Composite , qui ayant tant tle connexité avee l’élégance Corinthienne , doit aussi, dans toutes les parties qui le composent, annoncer la légèreté attribuée à ces deux orures. Nous dirons , comme Chambrai, peut-être aurions-nous bien fait de supprimer cet exemple ; mais écrivant pour les jeunes gens que nous avons plus d’une fois surpris à commettre les mêmes erreurs, nous avons cru devoir saisir cette occasion de leur mettre fous les yeux, dans quels écarts ils pourroient tomber; puisque Serlio , en commentant Vitruve , non - seulement s’est déja assez écarté de fes préceptes , mais qu’il est tombé lui-même dans un pareil excès , dès qu’une fois il n’a plus eu pour maître que le dérèglement de son imagination. Donnons à présent quelques - autres entablements nommés composes , destinés d’après Vignole, Mansiud & Le Veau , dont les profils offriront à nos jeunes Architectes différents moyens de féconder leurs productions, pourvu toutefois qu’ils n’aillent pas , comme Serlio , appliquer à des compositions d’un style léger, des profils d’un caractère mâle , ou des profils d’un genre délidat, à des décorations d’une expression rustique; mais commençons par définir ce que nous entendons par un entablement composé , proprement dit. On appelle ainsi un couronnement dans lequel on fait choix de diverses parties des principaux membres distribués dans les entablements des cinq ordres, à dessein d’en composer un qui, par sa richesse ou sa simplicité , soit assorti au genre de l'ordonnance de l’édisice où on le veut employer > Iiv 13 6 C o u n s c’est en cela qu'il différé de l’entablement cîe Tordre Composite Romain , qui a ses mesures particulières, émanant de la proportion Corinthienne, ainsi que de ses ornements & de ceux de bionique, dont il est une imitation. On appelle au contraire un entablement décomposé , celui où l’on a retranché ou la frise ou l’architrave , pour y substituer un gorgerin ou un astragale, tel que nous lavons remarqué , premier volume , Chapitre III, page 32.7 ; il en est de même de la corniche , lorlqu’on en retranche , pour des raisons essencielles, une cimaise ou un larmier , les mutules, les modillons ou les denticules, & qu’il convient d’employer ces especes de couronnements dans des maisons particulières ou dans des édifices publics, où la simplicité doit avoir le pas fur la magnificence. Profils de couronnements , DESSINÉS D’APRÈS QUELQUES-UNS des Edifices élevés par nos Architectes modernes. Entablement composé , du dejsin de Vignole . Planche LXIV. Cet entablement, de genre Dorique , est de la composition de Vignole , que Daviler, son Commentateur, rapporte page 128, planche XXXVI, & dont celui-ci, qui en est une copie , a été imité par Bullet à la porte Saint-Martin avec le plus grand succès ; mais pour tirer de ce profil tour l’avantage q.i’i! peut produire , il faut , comme le prescrit Vignole, ne lui donner que le dixième d‘Architecture. 137 «le la hauteur du bâtiment, &, comme Ballet, ne remployer que dans de grands édifices, ce genre de couronnement demandant à être vu d’un certain point de distance , & ne devant couronner qu’un monument revêtu de membres d’Archite- cture & d ornements de Sculpture, qui répondent à la composition & à la richesse de cet entablement , ainsi qu’on l’a très - bien observé à cette belle porte triomphale, qui , quoique d’un destin moins admirable que celle de Saint-Denis, ne nous offre pas moins un exemple assez célébré. Entablement composé , du dessin de Le Vtau» Planche LXV. Cet entablement marqué A, que Louis Le Veau a placé fur le grand ordre Composite Romain du Palais des Tuileries , a cela de singulier, que les modillons de fa corniche lont renfoncés d’environ un tiers fur la cimaise inférieure: idée fort extraordinaire , mais, qui, par la moindre faillie de ce support, a donné occasion à Le Veau de donner moins de hauteur à tous les membres de fa corniche. Au reste , nous remarquerons que les modillons dont nous parlons font du moins préférables à ceux qui fe voient à la Maison-Quarrée de Nîmes (& ), où, par une bifarrerie dont nous ne connoissons point d’exemple, les modillons fe trouvent placés à contre sens ; ce que nous observons en passant, pour faire sentir combien, lorf- qu’on veut s’éloigner des réglés & des usages (k) Voyez ce que nous avon$ dic de ce monument, premier volume, page jj. iz8 Cours reçus , on risque de n’offrir que des exemples, dangereux à ceux qui n’ont encore qu’une con- noissance superficielle des préceptes de l’Art. Nous observons encore, que le larmier supérieur de la corniche de Le Veau , nous paroît trop bas , & que les moulures de l’architrave font trop compliquées. Nous avons aussi exprimé dans la figure B, le petit entablement qui couronne l’étage Attique , placé fur ce grand ordre , & dont le profil, peut- être trop simple, est néanmoins d’un assez bon genre, mais où nous croyons qu’il seroit nécessaire de diminuer la hauteur de la cimaise supérieure, d’aug- menter celle de la cimaise inférieure & la hauteur de l’architrave. Corniche, composée , du dessin de François Manfard, Planche LXVI. Ce couronnement A , ou plutôt cette corniche architravée est celle que Manfard *a placée sur Tordre Dorique de Tintérieur du vestibule du Château de Maisons. Le dessin de ce profil nous fait voir ce que peut le génie d’un grand Maître, lorsqu’il se croit permis de s’écarter de la route ordinaire. Nous avons levé nous-même ce profil avec le plus grand foin , Lc nous pouvons assurer que fur le lieu il produit le plus bel effet ; il nous a paru même si intéressant pour les hommes instruits , que nous avons donné en B la coupe particulière de fa cimaise supérieure , & en C, celle de la mouchette pendante de dessous son larmier : ce dessin , ainsi que les précédents Sc d’Architecture. 139 celui qui va suivre, lont cotés avec une très- grande exactitude. Autre Corniche composez , du dessin de François Man/ard. Planche L X V 11 . Cette corniche A , assez semblable à la précé- eédente , & du dessin du même Architecte , est celle du grand escalier du Château de Blois ; elle en différé cependant assez pour faire connoître qu’un Architecte habile, en faisant usage des mêmes membres d’Architecture dans ses différentes compositions , fait néanmoins par des nuances imperceptibles au vulgaire, y porter des changements intéressants qui fervent de leçons aux yeux intelligents. Nous avons aussi donné dans les figures B & C de cette planche , la coupe de la cimaise & de la mouehette pendante de cette corniche , comme autant de développements nécessaires pour ceux de nos Eleves , qui auront assez d’aprirude pour étudier avec foin ces deux profils de l’un des plus habiles Architectes que la France ait possédés. Nous allons donner à présent dans les cinq planches suivantes , différents profils d’entable- ments de corniches, d’impostes , d’archivoltes , &c. d’un genre simple & d’un genre composé , applicables chacun en particulier aux ordonnances Tos- cannes , Doriques , Ioniques , Corinthiennes & Composites. 140 Cours Profils simples et composés APPLICABLES AUX E) I FFERENTES ORDONNANCES F>’ArCHITECTURE. Profils propres aux ordonnances Toscanes. Planche L X V I 11. La figure A, donne le profil d’un entablement plus compliqué de membres d’Architecture , que ne le comporte ordinairement Tordre Toscan, lequel peut s’appliquer dans les édifices Militaires , ou dans les bâtiments Civils, aux ouvrages de quelque importance ; c’est pourquoi nous y avons ajouté des especes de intitules , mais de forme qiiadrangulaire , qui, en procurant de la richesse à cette corniche , lui font porter de grandes ombres, & lui donnent un air de fermeté analogue à Texpression qui doit présider dans ces fortes tl’édiíìces. La figure B, au contraire , est un entablement décomposé , oii, au-lieu de frise , on a placé un gorgerin a ; à la place de Tarchitrave , un astragale quarté b , & dont enfin nous avons simplifié considérablement la corniche c : ce couronnement peut s’appliquer, de même que le précédent, aux ouvrages Militaires & Civils , mais dans le cas où des raisons particulières en auroient fait supprimer les ordres. La figure C , est une corniche architravée, destinée aux mêmes usages , mais dont on auroit voulu supprimer la plus grande partie de la hauteur de lentablement, & à la place de laquelle , pour cette même raison, on pourroit faire usage d’Architecture. 141 dn profil de la figure D, qui n’est autre chose qu’un plinthe a , substitué à une corniche , un gorgerin b , à la place d’une frise , & un quarté simple c , au-lieu d’astragale. Les figures E , F, font deux chapiteaux d’ordre Toscan, l'un plus riche que celui de Vignole , Tautre plus simple, & tous les deux assortis aux couronnements A, B. Les figures G, H, I, font des profils d’impostes & d’archivoltes , aussi à l’ufage des ordonnances Toscanes ; celui H , convient à Tordre Toscan de Vignole , étant semblable à l’architrave de son entablement ; celui G , le plus simple des trois , n’est bon à employer que dans les ordonnances tout-à-fait rustiques ; enfin celui I, aura lieu dans les façades oìi Tordre peut être susceptible de quelque richesse de plus que ne le propose Vignole. Les figures K, L, M, N, O, P, font d’autres profils de corniches & de bases pour les piédestaux , pour des chambranles de croisées, pour des tablettes & des socles de balustrades, qui tous doivent être composés dans un genre rustique , les plus riches pour les bâtiments où les ordres président, les plus simples pour ceux ou Ton aura cru devoir les retrancher. Profils propres aux ordonnances Doriques. Planche LXIX. La figure A , donne le profil d’un entablement Dorique , dont la cimaise supérieure de la corniche, à l’imitation de celle du Théâtre de Mar- cellus, offre une légéreté que n’a pas celle de Tentablement mutulaire de Vignole , & dans Tar- ehitrave duquel nous ayons ajouté une baguette, 141 Cours comme on le remarque aux Thermes de Dioctétien. Ce profil, plus riche que ne le comporte peut-êtrel’ordre Dorique, ne doit guères’empioyer que dans Tintérieur des bâtiments ; ou il faut dans les dehors , fi Ton en fiait ul'agc , que Tordre soit absent; parce que tontes les fois que Tordre préside, la présence semble exiger une retenue qu’on n’est pas toujours obligé d’observer à la rigueur, lorsqu'cn s’en tient à fa feule expression, pourvu toutefois qu’on ne cherche pas à introduire , dans ces sortes de couronnements , tant de moulures qu’ils semblent plutôt devoir appartenir à un ordre délicat qu’à un ordre solide : cette attention doit s’étendre jusque sur l’expression des moulures, qui toutes doivent avoir moins d’élégance, être profilées fermes; en un mot, annoncer par leur galbe la virilité de Tordre dont elles émanent. La figure B, est une corniche architravée d’un profil Dorique , destinée à servir de couronnement à un bâtiment de peu d’étendue, mais qui exigeroir une certaine richesse ; c’est pour cela que nous y avons placé des denticules , tels qu’il s’au remarque à l’entablement régulier du Théâtre de Marcellus & des Thermes de Dioctétien , & que Scammozzi les a employés dans son Dorique. La figure C, est une plus petite corniche de même genre , destinée à servir de couronnement à quelque membre principal de la décoration dune façade , tel qu’un Attique, un soubassement, ou enfin la partie supérieure d’un bâtiment particulier. La figure D, est le profil d’un couronnement tenu plus simple , destiné pour les ouvrages Militaires ou Civils , & dans lesquels Texpreffion Toscane apporteroit trop de rusticité, mais où d’A R C H I T E C TU R E. I4Z cependant il léroit bon de s’éloigner un peu du caractère noble & imposant de Tordre Dorique , pour n’en retenir que l'on expression. Les figures E F , Tont des plinthes applicables aux différents étages d’un bâtiment subalterne, dans lequel nécessairement on doit supprimer les ordres, mais dont néanmoins il faut toujours conserver T expression, c’est-à-dire, n’admettre ni une trop grande quantité de moulures, ni des délicatesses qui appartiennent seules aux ordres Ioniques & Corinthiens» Les figures G, H , I, présentent différents profils d’impostes & d'archivoltes simples & composés ; ceux G & H, destinés pour les bâtiments où Tordre préside ; celui I, pour ceux dont on a cru devoir supprimer les ordres. Car, encore une fois , non - seulement la présence de Tordre , ou son absence , doit apporter, dans la disposition des membres d’une façade, différents degrés de richesse 011 de simplicité ; mais Tordre lui— même , tenu très-íimple, ou autant orné que son caractère le peut permettre , doit porter des nuances différentes dans tous les profils du bâtiment. Les figures K,L, M, N,O,P, font des profils différents à Tissage des diverses parties de la décoration extérieure. Les figures K, L, font propres aux piédestaux ; celles M, N, aux chambranles des croisées ; celles O, P, pour les tablettes & les socles des balustrades , autant de parties qui demandent à être composées d’un style relatif au caractère de Tordre, qui préside dans Tédifice , ou au moins à son expression, lorsque des raisons d’économie ou d’autres considérations particulières empêchent qu’on ne Tin- :roduiíe fur la scène. Cours 144 Profils propres aux ordonnances Ioniques. Planche LXX. La figure A, donne le profil d’un entablement Ionique modillonaire , plus riche, par cette raison, que le denticulaire de Vignole : peut-être est-il auísi préférable à celui que nous avons donné, planche XVII, celui-ci devant servir de couronnement à un ordre Ionique , où l’on auroit préféré le chapiteau de Scammozzi , au chapiteau antique, d’une assez grande simplicité , & à celui de Michel - Ange, peut - être trop pesant. II nous a semblé qu’il saloir donner au profil de cette corniche plus de légéreté , fans pour cela approcher de l’élégance Corinthienne : cette considération nous a fait placer dans l’architrave deux baguettes , qui ne sont pas dans Vignole ; mais aussi avons-nous supprimé une platte-bande des trois qu’il y avoir introduites, dans la crainte que fans ccttc suppression , elle n’égaìar en richesse l’architrave Corinthien , ce qu’il convient d’é- viter absolument ; car il est bon d’obtèrver que ce n’est que par cette soustraction ou cette augmentation, qu’on peut parvenir à donner de la variété à ses profils , fans jamais changer les masses, à moins qu’il ne s’agisse de couronnements que nous avons nommés décomposés ; parce qu’alors on peut altérer la hauteur des frises & des architraves , comme nous savons fait voir aux planches précédentes , & que le montre ici la figure D. La figure B , est une corniche architravée mo- dillonnaire, & dune nous avons emprunté pour cimaise Û ’ A R C H I T E C T V k fe. Ì4$ CÌrstaife supérieure celle Dorique du Théâtre dé Marcellus , plus convenable ici, & où nous avons seulement substitué une baguette , au-lieu du talon. La figure C , est une. plus petite corniche de la même espece, & ornée de denticules , préférables lorsque ces couronnements font peu élevés de l’œuil du spectateur , ou qu on les emploie dans l’intérieur des appartements. Les figures D, E, F, font des profils beaucoup plus simples que ceux des figures A, B, C, & destinés aux bâtiments dont la simplicité ou l’éco- nomie exige la suppression des ordres. Les figures G, H, í, font des profils d’impo- stes & d’archivoltes , propres aux ordonnances Ioniques , & dont on peut choisir les plus simples pour les bâtiments particuliers , & les plus riches pour ceux où les ordres président. II en doit être de même , pour les profils des piédestaux des chambranles & des balustrades exprimés fur cette planche , par les figures K, L, M, N, O, P. Profils propres aux ordonnances Corinthiennes. Planche L X X I. La figure A , est un profil d’entablement Corinthien dont la corniche est ornée de modillons & de denticules : doubles objets qui procurent à ce couronnement le plus grand degré de richesse , & où cependant on peut se passer des denticules, fans pour cela supprimer le larmier qui les reçoit, ainsi qu on le remarque au portique de la Rotonde à Rome, & que Perrault ì’a fait au péristile du Louvre d’après Alberti, \ iola & Delorme, pen , dant que Palladio & Vignole les ont employés Tome II. K. J4<5 Cours dans cette corniche. Au reste, nous ne les avons appliqués ici que pour porter ce profil à la plus grande magnificence ; c est auíïi pour cela que nous avons ajouté une baguette à fa cimaise supérieure, dans le cas où l’on distribueroit des cassettes dans son sofite , & qu’on y placeroit des rosaces ; enfin qu’on railleroit des ornements fur les principales moulures de fa corniche : enrichissements néanmoins dont il ne faut pas abuser ;'mais qui, lorf- qu’ils paraissent nécessaires, doivent déterminer l’Architecìe à augmenter de quelques moulures ces fortes de couronnements , à dessein d’éviter la bi- farrerie de ceux qui chargent de sculpture leurs corniches , pendant qu’ils en appauvrissent les profils : cette inadvertance arrivera toutes les fois qu’on ne composera pas ensemble , & [Architecture & les ornements; que l’Architecte donnera seulement ses profils, & laissera l’Ornementiste le maître de de [administration de la Sculpture : d’où il résultera tantôt des moulures mâles, chargées d’ornements délicats; tantôt des membres ridiculement saillants, ornés d’une Sculpture tendre & suave. Cet ensemble , mal assorti , exigeant deux points de distance différents , produit un effet contraire à celui qu’on auroit dû te proposer. Nous ne citerons point ici d’exemples où se remarquent des inattentions de cette efpece ; malheureusement ils sont trop fréquents parmi nous : mais nous conseillons à nos Ëleves , dé j a instruits jusqu’à un certain point , d observer avec la plus grande attention, quelques- uns de nos édifices élevés depuis peu , su r-tout depuis que la Sculpture , appelée à la Greqiu, a pris faveur, & nous a amenés toutes les disparités , les dissonnances que produisent ces prétendus ornements antiques , alliés avec des membres û’Archi- I) ’ À R C H I T E C T U R Ë. í 47 lecture , platement modernes. C’est par ces observations qu’ils apprendront de bonne heure à se garantir d’une pareille imitation, qui incessamment fera place aux ornements Arabes, & ceux-ci dans la fuite aux Marmousets Gothiques, auxquels nous serions déja parvenus, fi quelques-uns de ncs Architectes du premier ordre ne rctenoient, par leur exemple , les jeunes têtes , qui aujourd’hui exécutent, par leurs sollicitations , les entreprises qui ne font dues qu’au mérite. Les figures B & C, offrent deux profils différents de corniches architravées, la premiere plus riche que la seconde , mais Tune & l’autre dont il faut user avec beaucoup de prudence, dans la décoration des dehors, principalement lorsque les ordres y président, ainsi que nous le serons remarquer plus particulièrement dans la fuite. La figure D , est un entablement Corinthien décomposé, c’est-à-dire, dont la frisé & farchirrave, sont convertis en gorgerin & en astragale, comme dams les planches précédentes , mais dont on peut faire usage dans les bâtiments des riches particuliers , où un entablement régulier , comme A , exigeroit trop de hauteur, & on les corniches architravées B, C, ne pourroient convenir ; ces dernieres n’étant propres que pour les parties accessoires de la décoration , & non pour terminer une façade où l’on auroit intention de faire prelider l’expreíucn délicate de Tordre Corinthien. Les figures E, F , font encore des couronnements décomposés destinés aux mêmes usages, mais qui, devant tenir cie i’clégance Corinthienne , doivent ausii différer dans leurs profils, de ceux de même genre, offerts dans les ordonnances Toscanes & Doriques. Au reste, les moulures affe- K ij 148 C O U R 5 ctées ici aux figures I), E, F, ne sont pas les seules qu’on y puisse employer ; nous ne les avons tracées qu’aíin d’indiquer à nos Eleves les moyens dont iis peuvent user, pour donner à chacun de ces couronnements un caractère particulier, relatif à chaque ordre & à chaque el’pece de bâtiments. Les figures G, H, I, sont des profils d’imposses & d’archivoltes dont le dénombrement des moulures est assorti au genre simple & composé ; les uns pour les Ordonnances où Tordre ne préside point ; les autres pour celles où Tordre seroit présent. L’on trouve aussi fur cette planche , dans la figure K , le profil de la corniche ; dans le profil L , celui de la base , Tun & Tautre propres à un piédestal ; dans'les figures M, N , divers profils de chambranles propres aux croisées d’une façade ; enfin dans celle O, P , le profil de la tablette & de la base d’une balustrade : profils qui tous sont assortis à l’élégance St à la légéreté Corinthienne. Profils propres aux ordonnances Composites. Planche L X X I 1. La figure A, est un profil d’entablement dans le genre du Composite Romain , & dans la corniche duquel nous avons placé des modillons à double face , groupés deux à deux, tels que Chambrai, en a attribué à Tentablement Corinthien du Temple de Jérusalem , & comme Le Clerc & Le Brun l'ont fait, Tun à son ordre Espagnol, Tautre à son ordre François , exécuté dans la grande gallerie de Versailles : cet exemple peut s’appliquçr ici à Tordre ' Composite , qui, comme nous savons déja remarqué , est plus susceptible que tout autre d’innova- d'Architecture. Î49 tiens; mais il ne doit guère s’employer que dans Ie.< décorations intérieures , à l’exception des ares de triomphe , des fêtes publiques , & de nc-s théâtres. Les figures B & C, sont des corniches archi- travées , lune modillonaire , l’autre denticulaire, propres aux couronnements des façades dont les ordres sont absents. Les figures D,E, F, sont destinées pour les édifices d’une certaine importance, mais où les ordres d’Architecture ne peuvent trouver place : des trois impostes G, H, I, les deux derniers & leurs archivoltes peuvent figurer avec la présence des ordres ; celui G , dans l’ordonnance d’une façade d’une certaine richesse, pourvu que le genre de ledifice semble en exiger la suppression. On doit faire les mêmes observations fur les profils des piédestaux des chambranles & des balustrades K, L, M, N, O, P. Nousn’avons pas prétendu donner ici ces profils comme autant d’excmplcs à imiter précisément, non plus que ceux tracés fur les quatre planches précédentes, mais seulement comme de premiers moyens qui puissent mettre fur la vòie , ceux de nos Eleves qui en savent déja assez pour essayer de produire pas eux - mêmes différentes compositions en ce genre , selon l’oc-ca- sion qu’ils auront d’appliquer l’art de profiler à leurs besoins : science, encore une fois , & nous ne saurions trop le répéter, qui souvent seule décèle le véritable Architecte , parce que n’ayant pas toujours des édifices considérables à eriger > cette science devient un objet d’importance dans les bâtiments particuliers. Nous croyons à présent devoir récapituler fora- K ii j ïjo Cours mairement quelques parties essencielles ;t retenti; ablolumenr , concernant la marche cju’on doit oblerver lorí'qu'il s’agit de la composition d’un entablement , d'une corniche ou tout autre couronnement destiné à être placé fur les croisées , les niches , les attiques d’amortiffement, &c. Nous avons rapporté ;\u commencement de ce Chapitre, les rapports que Vignole avoit établis entre les trois principaux membres des entablements & les différentes saillies qu’il avoit données à ses corniches , relativement à .leurs diverses hauteurs, nous y renvoyons ; mais nous allons rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs, & que nous nous sommes promis de répéter plus d’une fois ; savoir , qu’il ne faut jamais altérer ( principalement dans les corniches laites pour couronner un ordre d’Arc'nitecture ) la quantité de membres qui leur font prescrits, tels que les larmiers & les cimaises qui les composent : on doit se ressouvenir que d’après Vignole, la corniche Toscane est composée de srois membres, de deux cimaises & d'un larmier; la Dorique , de deux cimaises & de deux larmiers ; bionique, de trois cimaises & de deux larmiers; enfin la corniche Corinthienne, de trois cimaises & trois larmiers : en forte que lorí'qu’on veut introduire de petites corniches dans une décoration régulière, soit pour les piédestaux , soit pour les couronnements des croisées , soit pour les balustrades; il faut, pour que ces périras corniches portent le caractère des grandes & l’expression des ordreS , leur appliquer la même quantité de membres principaux attribués aux diverses corniches que nous venons de nommer ; puisqu’autre- ment ce ne seroit plus que des profils de fantaisie, qui présenteraient autant d’expreífions différentes, d’A r c h ïte c run e. 15r contraires à Funité , lì recommandable dans l’Ar- chitecture. Qu’on le rappelle , lì l’on veut, le couronnement d u piédestal Toscan de Yignole, que nous avons donné premier volume , planche XV , figure III, & à propos duquel nous avons démontré,, page 271 , que ce couronnement n’étoit point une corniche , puisqu il lui manquoit un de ses membres principaux que nous nous sommes crus. obligés de lui restituer, figure II. Que ce lent exemple tienne en garde les jeunes Architectes , fur la facilité qu’ils ont de se tout permettre - r parce que , disent la plupart, tout ce qu’ensei- gnent les éléments, font des principes d’Ècoliers, Nous en convenons à quelques égards ; mais ils doivent convenir austì, que comme il faut être Ecolier, & Ecolier long-temps avant que d’être Maître , il n’est pas plus permis de négliger les principes puisés dans les éléments, qu'ii n’est permis de les ignorer, puil'qu’ils n’ont été réduits en principes par les hommes célébrés, que pour servir de baie à toutes les diverses productions de l’Archi- recture. Si ce que nous disons n’est pas fans fondement , il faut donc non-seulement dans chaque entablement , dans chaque corniche, que l’ort veut rendre régulière , observer les principaux membres qui leur ont été destinés par les plus habiles Architectes, anciens & modernes ; mais il en doit être de même pour ce qui regarde les architraves. Ainsi l’on doit se ressouvenir que l’archi- trave Toscan n’est composé que d’une seule plate- bande , le Dorique de deux , l’Ionique de trois que celui de l’entablement Corinthien est composé du même nombre , mais divisé par de petites moulures ; qu’enrin tous ces architraves doivent être couronnés par une cimaise plus ou ìnokui, K iv i?2 Cours ornée de moulures , à raison de Tordre auquel ils appartiennent. En un mot, pour qu’un entablement , une corniche , un couronnement, un membre quelconque , puisse produire fesser qu on a droit d’en attendre , selon le point de distance d’où il doit être apperçu, ou son élévation dans la façade , il faut que chacune des moulures qui le composent , profile fur son quarré , c’est-à- dire , quelle ait autant de saillie que de hauteur pour se montrer régulière ; mais que néanmoins, selon Toccalion, on peut oser diminuer ou augmenter ces saillies pour donner à celles-ci plus de fermeté , à celles-là plus d’aménité, lavoir forcer les unes, diminuer de hauteur les autres , puis ensuite profiler chacune de ces moulures d’une maniéré plus ressentie ou moins ressentie, plus sinueuse ou plus camuse : il faut user d’inversions ; là les préférer circulaires, ici méplates ou qiiadrangu- laires, afin de pouvoir tour à tour les rendre tendres ou robustes. Ce sont autant de moyens indispensables puui varier les productions d’un Architecte , & qui peuvent seuls régler fa marche, non- seulement dans les couronnements dont nous parlons ; mais pour tous les autres membres répandus dans fa décoration , tels que les impostes, les archivoltes, les chambranles-, qui, quoitjue moins saillants que les corniches, doivent conserver, dans leur genre, un style analogue à Texpreslion observée dans ces couronnements , afin que le tout annonce , par un examen réfléchi, le savoir & la capacité de l’Archirecte, Passons à présent aux entablements , aux chapiteaux & à quelques membres d’Architecture d’un autre genre, que nous avons puises dans bsoiane, & qui d’un destin plus libre & dune d’A r ch ITEC T V RE. If3 composition pittoresque ne peuvent que contribuer , après l’étude des profils précédents, à rendre plus facile à nos Eleves cette branche de l’Art, dans laquelle si peu de Maîtres ont excellé. Profils et ornements puisés DANS BI B I A N E , Pe I NT RE et Architecte Italien. Profils d'Entablements dans le genre Toscan. Planche LXX111. Entre plusieurs entablements Toscans que Bi- biane nous donne dans son Livre , nous avons rassemblé dans celui - ci la corniche, l’architrave & le chapiteau de différents dessins qu’il nous présente en ce genre ; nous avons même imité les congellations de lu n de ces profils , dans le cas où l’on voudroit appliquer cet exemple à une grotte ou à une fontaine propre à la décoration de nos jardins , pour y être peinte fur un mur de clôture , soit à fresque ou à la gouache ; mais toujours en se ressouvenant qu’il ne faut pas abuser de cette maniéré de profiler, plus ingénieuse que réfléchie. Profil d’Entablement dans le genre Dorique. Planche LXXIV. Ce profil Dorique, d’un goût tout différent de ceux que nous avons vus jufqu’à présent, est ftéanmoins composé dune grande maniéré ; il peut «employer dans la décoration des grands salions, is4 Cours des grandes galleries ; mais particulièrement dans celle de nos fêtes publiques & de nos théâtres t on en trouve plusieurs de ce genre dans Ribiane , Auteur excellent en cette partie, & l’un des Artilles de Fltalie qui aient le mieux entendu , & la décoration & la manutention des Théâtres ; mais les bornes que nous nous sommes prescrites , ne nous permettent pas d’en donner ici plusieurs de cette espece , préférant d’en offrir quelques-autres cl’une plus riche composition , ainsi que quelques chapiteaux & autres détails ; nous renvoyons pour le surplus à cet Auteur estimable, qui dans l'on Livre nous a donné un Traité de la Perspective, que nous avons fait traduire pour futilité de nos Eleves , & que nous ferons peut-être imprimer dans un supplément qui pourra servir de suite à ce Cours. On trouvera feulement une base attribuée au Dorique par Ribiane, d’un profil à- peu-près semblable à celle Attique , mais dont le tore supérieur semble n'être ici qu’un astragale. Profil d’Entablement dans le genre Ionique . Planche LXXV. Ce profil d’entablement, que Ribiane range dans la classe de Tordre Ionique , pourroit, à bon droit, figurer dans les ordonnances Composites. Au reste, cela peut dépendre de Tapplication qu’on en veut faire dans la décoration ; car ici comme ailleurs, toutes les fois qu’un ordre Ionique préside seul , il peut être susceptible d’une très-grande richesse , & lemble n’exiger une certaine réserve , que lorsqu’il soutient un Corinthien, comme nous le remarquerons en parlant de celui des Tuileries, planche XCIÍ. d’ArChitecture. 155 Profil d'Entablement dans le genre Corinthien. Planche LXXVI. Cet entablement est d’un dessin pittoresque ; les profils en font ingénieux & bien variés ; d’ailleurs il régné dans ses masses & dans ses parties, une élégance qui convient à la richesse des ornements dont Bibiane Fa revêtu : ornements tous d’un excellent genre, & dont nous avons fait imiter dans la gravure, autant qu’il a été possible, la touche légere & spirituelle qu on remarque dans les différents dessins de cet Auteur; raison qui nous en a déja fait recommander Fétude à nos Eleves, premier volume page 207, comme capable de leur inspirer la vraie maniéré de dessiner les ornements clans les compositions d’Architecture. Profil d’Entablement dans le genre Composite. Planche LXXVI 1 . Cet entablement , beaucoup plus mâle que le précédent, mais peut-être moins riche que bionique , est aussi composé d’une grande maniéré , & se ressent assez bien du caractère moyen attribué à l’ordre composite par Scammczzi , ce qui lui a fait desirer qu on le plaçât entre bionique & le Corinthien. Nous rappelons cette remarque de Scammozzi, pour faire voir que Bibiane, même dans ses compositions pittoresques, a su conserver le genre propre à chaque objet qu’il a voulu traiter, ce qui dbit faire sentir à nos jeunes Artistes, qui se croient du génie lorsqu’ils n'ont que de Fenthousiasme, qu’une véritablement belle production , est celie où le goût & les préceptes se trouvent réunis ; i;6 Cours que c’est une vaine excuse de dire , comme cela leur arrive presque toujours , que les ouvrages de génie ne peuvent être soumis aux réglés : nous sommes bien éloignés de penser ainsi, persuadés que nous sommes , qu’il faut commencer toutes ses compositions par les préceptes , les continuer par le génie propre à la chose , & les finir par le goût de sart, qui dans tous les cas doit être le modérateur des préceptes & du génie de l'Architecte. Chapiteaux dans le genre Iotiique. Planche LXX VIII, Les figures A & B , offrent deux dessins de chapiteaux Ioniques , d’une composition aussi extraordinaire qiungénieuse , mais que nous n’offrons ici, comme nous l’avons dé j a observé, que pour exciter le génie des jeunes Dessinateurs & les accoutumer à crayonner , ou plutôt à tracer A la plume ces especes de caricatures. Ce travail en leur procurant l’exercice du dessin, fera éclore chez eux ce premier germe , qui mene dans la fuite aux véritables succès , fur - tout lorsqu on s’est accoutumé , dans ses moments de loisir, à imiter d’excel- lents modèles : ceux-ci tenant en quelque forte à TArchitecture , rapprochent les Eleves du genre d’ornements qui font particuliers à cet Art. Tels font ceux de Bibiane, de Le Clerc , de Chauveau » de Labelle , de Silvestre, de Gillot, de Lafage, &c. La figure C , offre le profil d’un imposte & d’une partie de l'archivolte , qui le couronne ; la figure D, le profil d’une base : l’un & l’autre sont revêtus d’Architecture. 15:7 des ornements analogues aux chapiteaux Ioniques tracés sur cette planche. Chapiteaux dans le genre du■ Chapiteau Composite Romain. Planche LXXIX. Nous ne donnons point ici de chapiteau Corinthien : Bibiane, ainïi que les plus excellents Ar-, chirectes, l’ayant regardé comme le chef-d’œuvre de l’Art, & par conséquent peu susceptible de variété; les petits changements que Bibiane a faits dans les siens , ne consistant que dans les tigettes & les caulicoles, n’alterent en rien la beauté de ce chapiteau ; c’est pourquoi nous avons passé, dans cette planche, au Composite du dessin de cet Artiste célébré. Les sigures A & B , représentent deux chapiteaux différents ; le premier assez semblable à celui du Composite Romain , mais néanmoins 'A rchitecture. r6r thacun de ces ordres, ne peuvent produire une Architecture véritablement régulière. Si ce que nous avançons n’est pas fans fondement , nous croyons qu’un seul ordre rempliroit mieux l’idée qu’on doit fe former de [ordonnance de Tédifice , qui semble devoir toujours être considéré comme devant appartenir à un même propriétaire. Bailleurs il faut s’en souvenir; les ordres ne doivent trouver place, que dans les bâtiments de la plus grande importance ; en forte que lors même qu’on est forcé de les composer de plulìeurs étages , on ne soit pas pour cela obligé d’y répéter les ordres , pouvant convertir le rez - déchaussée en soubassement, placer Tordre au premier étage, & donner à ce dernier un Attique, pour couronnement; de maniéré que de cette préférence donnée au bel étage, naitroit cette supériorité qui doit dîíiinguer, dés les dehors , la demeure personnelle du Maître & de fa famille, d’avec celle des personnes qui font attachées à son service. Nous le répétons, la perfection que les Grecs ont su donner à chacun des ordres Doriques , Ioniques & Corinthiens , dont ils font les inventeurs, & les tentatives que les Romains ont'faites pour les atteindre dans leurs ordres Toscan & Composite , nous font présumer que les uns & les autres n’avoient entendu d’abord employer qu’un seul ordre dans chaque édifice : vraiílemblable- ment le désir de multiplier ces aneiens chefs-d’œuvre , a déterminé nos Architectes à les employés assez généralement les uns au-dessus des autres, tantôt de même genre, tantôt de genres différents, lans avoir trop d’égard à Tefprit de convenance , & peut-être fans autre but que de désigner dès Tome II. L tôt Cours les dehors, la diversité des étages des dedans ; íurquoi nous ferons deux observations ; la premiers que Tapplication des ordres nous paroît superflue dans la décoration des maisons des particuliers ; la seconde , qu on ne devroit réitérer les ordres , ni aux façades des Palais des Rois , ni dans tous les autres édifices destinés à l’habitation des Grands Seigneurs. L’appîication des ordres , c’est-à-dire remploi des colonnes ou des pilastres, no us paroît superflue dans la décoration des maisons particulières ; car, d’un côté, le diamètre des pieces de ces sortes de bâtiments étant peu considérable , la hauteur de leurs planchers ne peut procurer assez d’élévation aux étages , pour contenir extérieurement un ordre d Architecture d’une certaine grandeur ; & çle l’autre il convient de diviser, le moins qu’il est possible , une façade de peu d étendue , les ordres d’un petit module présentant toujours de petites parties, d’oii il résulte que d’un point de distance raisonnable, on ne peut considérer à la fols, & les beautés d’enseinble, & celles de détails. Pour éviter cet inconvénient, l’Architecte n’a donc d’autre ressource que de saisir le caractère de l’un des ordres, pour régler la proportion, la forme & la richesse des croisées, leur rapport avec les trumeaux des façades ; enfin le genre & l’ex- preflion des profils des entablements & autres membres de ce genre, répandus dans fa décoration : certainement un tel moyen nous paroît préférable à la présence réelle de l’ordre , qui jamais ne produit, dans les bâtiments dont nous parlons , qn’une ordonnance chétive, au-lieu de cette simplicité intéressante , le caractère propre de la belle Architecture, qu’on remarque dans quelques-uns d’Architecture. i6z de nos hôtels dont les ordres font absents. On reconnoîtra la vérité de ce que nous disons, fi l’on compare ces Hôtels avec d’aurres où l’on a employé de petits ordres. Ces derniers , dans lesquels on voit un ordre du côté de la cour, tandis qu’iì riy en a point du côté du jardin , offrent un coup-d’œuil peu satisfaisant. Cet examen pourra accoutumer nos Eleves , en parcourant les bâtiments contenus dans les volumes de l’Archite- cture Françoise , à se décider plus précisément sur ceux de ce Recœuil qu’ils devront imiter ou éviter loríqu’ils auront à traiter la décoration des maisons particulières d’un certaine considération. Nous avons avancé que les ordres ne dévoient être placés les uns au dessus des autres, ni dans les façades des Palais des Rois, ni dans aucun autre édifice destiné à l’habitation des Grands Seigneurs. II peut arriver cependant que la nécessité da bâtir au centre d’une Capitale , dans un terrein peu spacieux exige la réitération de plusieurs étages; mais ne peut - on pas se soumettre à cette nécessité, sans être obligé d’élever autant d’ordres , qu’on est forcé d’élever d’étages dans le bâtiment. La façade de Versailles , du côté des jardins , en est un exemple ; & cet exemple , assez important, peut servir d’autorité pour déterminer le caractère distinctif, convenable aux édifices dont nous parlons. Qu’on ne s’y trompe pas, ce ne font point les beautés de détail qu’il faut d’abord avoir en vue, ce font celles des masses qui importent ; ce font ces beautés qui frappent, & qui seules font capables de faire honneur aux talents de l’Architecte. D’ailleurs qu’on y réfléchisse , en n’employant qu’un seul ordre dans un bâtiment, combien n’éviteroit-on pas de porte-à-faux ; combien de contradictions Lij ìé 4 C o u r 5 de moins , entre les principales parties & l’ensem- ble 1 en un mot, combien n’acquerroit pas de prééminence le bel étage fur les autres, qui fem- bleroient, l'un ne lui servir que de soutien, & l’au- tre que de couronnement ! Nous serions donc d’avis qu’on n employât qu’un seul ordre élevé sur un soubassement, & couronné d’un Attique pour les Palais & les Maisons de Plaisance, comme à Versailles ; les grands ordres élevés fur un soubassement pour les Places Royales, comme à celle de Louis le Grand; seulement deux ordres réguliers élevés l’un au-dessus de l'atitre, pour les Hotels, comme à celui de Soubise. Nous voudrions qu’on n’en mît jamais aucun dans les décorations particulières , comme on le remarque à niòtel de Belle-Iste & ailleurs. Peut-être, dira-t-on : tous les bâtiments se ressembleront donc ? oui, sans doute , toutes les demeures des Têtes couronnées , tous les bâtiments des personnes de la premiere distinction, toutes lqs maisons des riches particuliers se resiembleront & ne devront disérer dans la décoration de leurs façades, que par une plus ou moins grande simplicité de fermeté ou d’élégance, selon quelles se trouveront élevées dans le sein des villes ou â la campagne ; car alors leur destination particulière devra déterminer le car*ctere de leur ordonnance : & l’on ne verra plus se reproduire ; comme par le passé, les mêmes membies d’Architecture , & les mêmes ornements dans des édifices qui étant élevés pour des fins différentes, doivent nécessairement s’annoncer diversement. Qu on ne craigne point que la ressemblance que nous proposons , prive l’Architecture de la variété qui lui est nécessaire , fur-ton t ft elle se trouve dirigée par des hommes de.génie. Qu a d’Architecturé. 165 favenir nos jeunes Architectes, guidés par l'elprit de convenance, apprennent à tirer partie de la situation des lieux , du plus ou du moins d’étendue qui leur fera prescrite par les propriétaires : qu’ils aient foin de réfléchir fur le choix & fur supplication qu’ils doivent faire des ordres à raison de I'im- portance des entreprises qui leur seront confiées : qu’ils méditent fur la suppression ou la réitération des avant-corps qu’ils devront employer dans leurs bâtiments : qu’ils étudient en particulier la proportion , la forme & la richesse de leurs ouvertures : qu’ils fe soient bien exercés fur la maniéré de profiler & fur le choix des ornements destinés à ^embellissement de leurs façades : qu’ils sachent mettre à profit la hauteur que doit avoir le principal corps de logis , pour le faire pyramides fur les ailes , soit en terminant celui-là par des combles apparents, ceux-ci feulement par des balustrades; & l’on verra que de tous ces moyens qui leur font offerts, naîtra certainement une variété suffisante , pour que les productions de même genre puissent présenter autant de vraies beautés, qui, considérées en particulier , acquerront le droit de satisfaire les connoisseurs en Architecture. Après avoir insisté fur la nécessité de réemployer qu un seul ordre dans la décoration des bâtiments d’habitation : examinons quelle feroit la meilleure maniéré de placer ces ordies dans les édifices publics , tels que les monuments sacrés , les arcs de triomphe, les basiliques , les bibliothèques , les hôtels de Ville & autres bâtiments élevés pour la magnificence, futilité , la sûreté, &c. Tous ces édifices élevés par des motifs différents, doivent nécessairement avoir un caractère particulier qui L iij 1 66 Cours les distingue des bâtiments dont nous venons de parler precédemment ; néanmoins nous sommes d’avis qu on n’y emploie encore qu un seul ordre, mais dont le choix de l’exprestion & la grandeur du module annonce que ces monuments , qui ne doivent avoir rien de vulgaire, font consacrés à la Religion , à la gloire des Souverains ou au ministère public. Au reste , par un grand module nous n’entendons pas celui qui porteroit la tige de fa colonne à une hauteur gigantesque , & qui par-là rendroit toutes les portes, les croisées & les autres parties de l’édisice , chétives & mesquines : on doit songer que tout est relatif en Architecture , nous l’avons déja remarqué ; c’est même un abus de croire que dans une façade un petit ordre serve à faire valoir un plus grand ordre ; certainement c’est vouloir allier les contraires ensemble, & ôter à l’Architecture l’unité si nécessaire dans toutes les productions des Beaux-^ Arts. Plusieurs Architectes craignent, disent - ils , l’égalité que nous recommandons, & rappellent monotonie. Nous leur répondons que ce ne font point les contrastes , mais les proportions, & les rapports du tout aux parties , & des parties au tout, qui produisent les vraies beautés en Architecture. D’ailleurs nous pouvons le dire ici, ce n’est que la multitude qui pense ainst. L’excellence des préceptes n’eft connue que du petit nombre, & c’est le sentiment de ceux - ci qu’il faut suivre pour participer à la gloire que s’acquierent les grands Maîtres. Nous emploierions donc un grand ordre , mais qui n’auroit rien de colossal dans la décoration des bâtiments publics, parce qu’alors il servit aisé de b'Architecture. 167 s'appercevoir que l’importance de l’édifice l'auroit exigé tel. D’ailleurs ces sortes de bàtiinents n’étant pas sujets , comme ceux d’habitation proprement dits, à une aussi grande quantité d’oisvertures, ìeûrs entrecolonnements gêneroieut moins l’Architecte ; leurs portes & leurs croisées , les niches, les chambranles & les autres membres d'Architecture qu’ils contiennent , pourroient du moins s’astbrtir beaucoup mieux au diamètre & à la hauteur des colonnes ou pilastres qui les décorent ; & si enfin il se rencontre it quelques difficultés dans la répartition de ces différents membres, on doit senti* qu’il deviendroit beaucoup plus facile de surmonter ces obstacles , que dans toute autre occasion ; ce ce seroit là un vrai moyen d’assurer à ces bâtiments publics un caractère distinct!!', qui ne se rencontre pas toujours aster, entre nos monuments sacrés & nos demeures habituelles , ainsi qu’on le peut observer en comparant le portail de l'Eglise de Saint Gervais, avec le Château de Maisons ; celui des Minimes, avec le Château de Clagny ; en effet ces édifices de genre différent ont pour ordonnance principale les mêmes ordres d’Architecture, & à- peu-près les mêmes ornements. L’idée de 11’employer qu’un seul ordre dans nos édifices , n’est pas une opinion qui nous soit particulière ; car, outre que nous en avons plus d’un exemple en France, si l'on veut se donner la peine de consulter Vitruve , on sera obligé de convenir, qu’à l’exception des Théâtres des Romains, & des Salles qu’il nomme à l'Egyptienne, presque tous les édifices dont il nous parle sont à un seul ordre. Parcourons encore les ruines de Persépolis par Fischer, de Palmy re & de Balbeck par Wood, & celles de la Grece pas; 168 Cours M. Le R-oi, & nous verrons que le plus grand nombre des ouvrages célébrés que nous rapportent ces savants n’ont aussi qu’un ordre. L’abus d'en élever plusieurs les uns au-dessus des autres , est donc dû aux modernes , qui n’ont pas toujours assez considéré que la marche qui doit conduire un Architecte dans les grandes entreprises, n est pas la même qui le doit guider dans les occasions d’une moindre importance : inattention dont il est résulté, que d’imitation en imitation, cette maniéré vicieuse de décorer nos bâtiments a prévalu fans distinction pour l’espece, le genre & le caractère qu’il convient de conserver à chacun. Mais ce qui, selon nous, choque le plus la raison , c’est de voir, qu’oubliant l’expression particulière attribuée à chaque ordre, plusieurs de nos Architectes , lorsqu’ils ont voulu en élever deux l’un fur sature, ont placé le Composite fur le Corinthien , ou celui-ci fur le Dorique. De tels exemples, il en faut convenir, ne penvent que nuire auv progrès de l’Art ; ils renclenr nos jour.es Architectes , moins séveres dans leurs compositions ; ils leur font négliger de remonter à la source , de se rendre compte des chefs-d’œuvre que nous ont laissés pour modelés les anciens Architectes , ainsi que les grands Maîtres dusiecle précédent, & ceux de nos jours, tandis qu’ils ne devroient jamais oublier qu’il ne suffit pas d’imiter indistinctement tout ce qui se présente à eux ; qu’étudier ou imiter sont deux choses ; que c’est par l’examen réfléchi des ouvrages antiques , & la comparaison réitérée qu’ils en feront avec nos plus célébrés ouvrages modernes, qu’ils peuvent devenir de vrais Architectes , & des hommes d’un goût exquis. Mais enfin supposons quota ne puisse se dis- d’Architecturï. 169 penser d’élever plusieurs ordres les uns au-dessus des autres , parlons des rapports qu’ont donnés plusieurs de nos Architectes aux dissérents ordres qu’ils ont placés dans leurs édifices , & remarquons , non pour critiquer nos Maîtres , mais pour instruire nos Eleves , les défauts inévitables qui se rencontrent dans cette maniéré de décorer nos bâtiments. Nous donnerons ensuite les mesures particulières de la plus grande partie de chacun de ces ordres , en commençant par ceux qui font employés seuls dans un bâtiment; viendront après cela ceux où l'on en a placé deux l'un fur l’autre , trois , &c. Rapports que doivent avoir les ORDRES QU'ON VEUT ELEVER LES UNS AU-DESSUS DES AUTRES DANS une même Façade. Planche L X X X. Soit placé à rez de-chaussée un ordre Dorique," marqué H, figure I, dont le diamètre inférieur, coté A, soit supposé de deux pieds ou de vingt- quatre minutes, la hauteur de l’ordre fera de seize pieds, & Ion diamètre supérieur B, de vingt pouces ou vingt minutes , ce dernier devant avoir, ainsi que le prescrit Vignole , les cinq - sixièmes du diamètre inférieur A. Au - dessus de cet ordre Dorique, élevez un ordre Ionique , marqué I , l’on fût inférieur C, devra être égal à B ; mais comme ce second ordre, selon fart de bâtir, doit être plus léger & moins élevé que celui de dessous : on ne devra lm donner de hauteur , que les quinze-seizieme du Dos 170 Cours lique ; ensuite on divisera la hauteur de ce nouvel ordre en dix-huit parties , dont deux dix-huitie- mes seront le diamètre C , qui sera divisé en trente- fix parties ( le module de cet ordre étant de dix- huit minutes, & celui du Dorique seulement de douze selon Vignole ) ; ensin le sùt supérieur D de cet ordre Ionique étant réduit, comme le précédent, aux cinq sixièmes du diamètre d’en bas, aura trente minutes. Au-dessus de cet ordre Ionique, élevez un ordre Corinthien, marqué K ; cet ordre , pour avoir le même rapport avec l’Ionique , que celui-ci avec le Dorique, devra avoir de hauteur les dix- epr dix-huitiemes de Tordre : ensuite il faudra diviser la hauteur de cet ordre Corinthien en vingt, pour trouver le nouveau module de ce troisième ordre, qui, comme le précédent, sera aussi divisé en dix- huit minutes. II est vrai que le diamètre E étant formé des deux dix-sept dix-huitiemes désordre de dessous, deviendroit plus fort que celui D d’une demi-minurc ; mais , si l'on veut éviter ce défaut, on peut réduire , comme nous savons fait ici, le diamètre E à trente-cinq minutes & demie, & porter les deux vrais modules de trente six minutes au tiers inférieur du fût de la colonne vers F ; en forte que cet ordre K auroit un petit renflement qui ne pourroit être apperçu d’en bas , & qui pour cela seroit préférable au porte-à-faux que pourroit produire à sceuil cette demi - minute. A 1 égard du diamètre du fut supérieur G , il sera aussi réduit, comme le précédent, à trente minutes. Après avoir assigné à chacun de ces ordres les différents rapports dont nous venons de parler , & qui tendent à les faire pyramider les uns fur les. d’Architecture. 171 autres; examinons à présent, & plus particulièrement encore, les divers inconvénients qui en résultent. Le premier , & peut-être le plus considérable de tous, regarde l’espacement de leurs entrecolon- nements ; car il est aisé de remarquer que leur hauteur devenant moins considérable , à cause du racourcissement de chaque ordre , il acquiert aufli un peu plus de largeur par la diminution du diamètre des colonnes, qui se rétrécit toujours à fur & mesure quelles s’élevent les unes fur Jes autres ; c’est pourquoi l’entrecolonnement Dorique L, figure II, fera de seize modules de hauteur, non compris le socle de trois pieds, qui lui tient lieu de piédestal, & de dix modules six minutes de largeur, pendant que sentrecolonnement Ionique M, n’aura de hauteur que quinze modules , non compris son socle, sur dix modules dix minutes, & qu’enfin sentrecolonnement N, n’aura de hauteur que quatorze modules fur onze modules deux minutes de largeur; d’oii il doit résulter que la proportion des arcades , placées l’une fur sature dans chacun de ces entrecolonnements , n’aura aucune relation avec l’exprestion particulière de chaque ordre, à l’exception de l’arcade Dorique. D’ailleurs on doit remarquer encore , que leurs pieds-droits deviennent plus pesants , à mesure qu’ils appartiennent à des ordres dune proportion plus légere ; défaut contraire aux préceptes de l’Art ; enfin un autre défaut qui détruit la proportion que doit avoir chacune de ces arcades, c’est que les appuis ou balustrades placées en avant & au bas des arcades supérieures, masquent une partie de leur hauteur réelle : imperfection qui ne peut s’éviter qu’en préférant , dans les deux étages d’en haut, des croisées PQ, aux arcades 172 Cours M N , telles à-peu-près qu’on les a exprimées ici, parce qu’alors la largeur de rouverture P , pour- roit être réduite aux trois-quarts de Tarcade de dessous O , & la croisée Q, être à celle P , comme cinq est à six ; encore fàut-il convenir , que st par ce moyen l’on parvient à rendre ces ouvertures dyne proportion plus analogue à chaque ordre, les pieds-droits R, S, T, ainsi que les trumeaux deviennent plus larges à mesure qu’ils le trouvent élevés les uns fur les autres , fans pour cela détruire le vice des entrecolonnements qui subsiste toujours ; de maniéré que pour éviter une licence on tombe dans une autre , puisque cette irrégularité , dans les trumeaux , pèche essentiellement & contre la solidité réelle , & contre la solidité apparente. Si au-lieu de trois ordres d’exprestìon différente» on en prcféroit trois de même genre, plus conformes aux lois de f unité : chacun de ces ordres, comme les précédents , devroit ausii être moins élevé d’un module; c’cst à dire, qu’cn supposant que celui d u rez-de-chaussée soit composite, par conséquent de vingt modules de hauteur , Tordre intermédiaire seroit de dix-neuf, & le supérieur de dix-huit, pour qu’ensuite, chacun de ces ordres tut divisé en vingt modules , tous de dix-huit minutes ; mais il est aisé de remarquer, qu’à plus d’unité près , les entrecolonnements, les ouvertures , les trumeaux qui y seroient placés, ne seroient pas plus exempts que les précédents, des imperfections dont nous venons de parler. Avant de passer à des détails & à des observations plus étendues, citons seulement ici quatre de nos principaux édifices , où trois ordres d'Architecture se trouvent élevés l’un fur l’autre j don- D’A R C H I T E C T U R E. 17} lions préliminairement les mesures qui déterminent les rapports que Lel'cot, Delorme, Debrosse & Manlard leur ont aíìignés. Le Corinthien de la cour du Vieux-Louvre, a dix-neufpieds cinq pouces & demi; Tordre Composite dix-neuf pieds trois pouces & demi ; & Tordre Corinthien quinze pieds six pouces trois- quarts : l’íonique du rez-de-chaussée des Tuileries a de hauteur dix-huit pieds deux pouces & demi; le Corinthien quinze pieds deux pouces ; & le Composite quatorze pieds six pouces & demi : le Toscan du Luxembourg a seize pieds huit lignes ; le Dorique quinze pieds ; bionique quatorze pieds un pouce : le Dorique du Château de Maisons a quinze pieds quatre pouces &demi ; bionique quatorze pieds onze pouces & demi ; le Corinthien quatorze pieds deux pouces &c. D’après ces exemples on peut juger idéalement du plus ou moins bon effet que peuvent produire les ouvertures & les membres d’Archite- cture que renferment les entrecolonnements de ces divers ordres , & se décider sur le parti qu’on devra prendre , pour parvenir à la plus grande perfection de ses œuvres , soit qu’on veuille employer de préférence plusieurs ordres de même genre ou de genre différent ; soir, comme nous le verrons dans la fuite, qu’on veuille réadmettre qu’un seul ordre dans fa décoration , & qu’on le choisisse solide ou délicat : le succès de la belle Architecture dépend absolument de Tordre préféré & de la relation qu’on aura dû meftre entre toutes les parties du bâtiment & le caractère de Tordre choisi. Passons à présent à un examen beaucoup plus déraillé, concernant les mesures générales & par- 174 Cours ticulieres données aux différents ordres que la plupart des anciens & des modernes ont élevés les uns au - dessus des autres dans leurs édifices. Les ordres dont nous allons rapporter les mesures , font ici réduits fur une grandeur commune, afin que d’un leul coup-d’œuil on puisse juger du plus ou moins d’importance des édifices auxquels ces ordres appartiennent ; ce parallèle , qui nous offrira , tantôt des ordres employés à des bâtiments anciens , & tantôt à des bâtiments modernes, servira à nos jeunes Architectes à juger leurs productions avant de déterminer les rapports que leurs façades doivent avoir avec tel ou tel monument : moyen qui pourra les empêcher de romber dans un défaut qui n’est que trop ordinaire, je veux dire, de placer de trop petits ordres dans de vastes édifices , ou au contraire des ordres colossaux dans les habitations de nos riches particuliers. Commençons par les bâtiments qui n ont qu’un seul ordre, lin ordre & un attique, deux ordres , &c. AIesures exactes de quelques ordres d’Architecture, EMPLOYÉS SEULS DANS LES Bâtiments anciens et modernes. Ordres du Portique d’Agrippa , de l’Orangerie de Kirfailles & du Château de Montmorency . Planche LXXXI. La figure A donne les mesures de Tordre Corinthien du portique d’Agrippa , ajouté au Panthéon à Rome, & dont les colonnes ont environ d’A RCHITECTURE. JJf Un diamètre de plus que la proportion ordinaire , & l’entablement un peu plus du quart, ainli qu’on peut le voir par les mesures cotées exactement ïur cette planche, d’après Del'godets. Cet exemple prouve que les Romains commençoient déja às’écarter des réglés qu’ils avoientd’abordapprises des Grecs, & quils avoient ensuite perfectionnées eux-mêmes chez ces Peuples. On peut dire que nos Architectes François ont été plus circonspects à cet égard, puisqu'ils n’ont guère augmenté leur ordre au-delà d’un module ; encore n’en ont- ils usé ainsi que lorsqu’ils ont cru devoir accoupler leurs colonnes, comme Perrault au Corinthien du péristile du Louvre, Le Veau au Dorique de Vincennes, &c. La figure B nous offre les mesures de l’ordre Toscan , appliqué à TOrangerie de Versailles , l’un des chefs-d’œuvre de notre Architecture Françoise. Hardouin a suivi assez précisément dans cet ordre - colonne , les proportions que Vignole lui a données. Nous rappellerons à nos Elevés , que dans l’Architecture Civile , on ne peut guère placer plus convenablement le Toscan , ordinairement destiné pour les bâtiments Militaires & Navals. Celui qu’on remarque au Luxembourg, & celui qu’on a vu pendant longtemps au Palais - Royal, ne pouvant servir d autorité pour en faire l’objet de la décoration des Palais des Rois, à moins qu’on ne le place, comme a tait Métézeau au Château-neuf de Saint-Germain- en-Laye , situé fur le sommet d’un coteau assez élevé, & ou de triples terrasses descendent dans la vallée où serpente la Seine : voyez l’élévation de ce bâtiment, espece de chef-d’œuvre dans son genre, dans le Recœuil des Délices de Parts & de. ses environs. 176 Cours La figure C présente l’ordre Corinthien-pilastre de Textérieur du Château cte Montmorency, élevé sur les deliins de feu M. Cartaud, Architecte du Roi ; cet ordre a dix diamètres de hauteur, & est couronné par une corniche architravée , modillonaire, d’environ la huitième partie de l’ordre. Nous ne saurions applaudira cette corniche, qui ne seroit pas même tolérabie pour servir de couronnement à un ordre Composite. Ne défigurons jamais l’ordre , & reiervons cette eípece d’entabiement mutilé pour les étages Attiques dont le pilastre , n’ayant rien de commun avec les ordres d’Archi- teéìure proprement dits , peut recevoir pour amortissements un membre aussi irrégulier que Test lui-même ce pilastre. Le chapiteau de cet ordre Corinthien est de feuilles d’olivicr , & a pour baie celle Composite ancienne, autant de membres & d’ornements , nous pouvons le dire ici, aussi inconséquents que fa corniche. Dans Tintérieur de ce bâtiment, se remarque un sallon à Tiralienne, de forme elliptique, de quarante- quatre pieds fur ion grand diamètre , & de qua- rante-quatre pieds cinq pouces de hauteur, décoré d’un ordre Corinthien-Pilastre , surmonté cTun Attique , orné de Cariatides. Donnons les mesures de cet ordre & de TAttique de ce sallon, quoiqu il ne s’agisse ici que des ordres appliqués íeuls cans nos bâtiments, afin de parler de fuite de la décoration extérieure & intérieure de ce même édifice, L’ordre Corinthien a de diamètre dix-neuf pouces, & a de hauteur quinze pieds dix pouces & demi; fa base est Attique , & son chapiteau de feuilles d'olivier ; la corniche de son entablement , qui a le cinquième de Tordre , est modillonaire ; TAttique a de hauteur sept pieds ? sçn socle vingt- six ©'Architecture. 177 six pouces , & fa corniche quinze pouces & demi. Au-dessus de cet Attique s’éleve une calote, peinte par Lafosse, de douze pieds trois pouces & demi de hauteur. Ce fission est aussi du dessin de M. Cartaud , celui des Architectes du commencement de ce ssecle qui s’est laissé le moins entraîner à la futilité des ornements, qui a régné en Francs pendant près de trente années. Ordre intérieur de T Eglise de l : Oratoire, ordre. extérieur de l’Hôtel de Tingry & du Portail des Dames de l’Annonciade , à Saint-Denis, . Planche L X X X I I. La figure A nous donne les mesures de Tordre Corinthien-Pilastre de Tintérieur de TEglife de TOratoire, bâti par Le Mercier ; cet ordre a environ un diamètre de hauteur de plus , que celle prescrite par Vignole , & son entablement est emre le quart & le cinquième. Nous ferions assez de lavis de Le Mercier , de donner un peu plus de hauteur à Tordre , lorsque celui - ci est Pilastre, parce que son peu de faillie & Tavoisi- nement des surfaces des pieds-droits qui Taccom- pagnent, le font paroître moins svelte que Tordre- Coìonne. A Végard de son entablement , réduit entre le quart & le cinquième, nous goûtons fort cette diminution de hauteur, quand il s’agit de la décoration intérieure d’un édifice ; on doit réserver la proportion du quart feulement pour les dehors. Nous avons aussi, fur cette même planche, figure D, donné les mesures du petit ordre Corinthien-Pilastre, qui porte les tribunes de 1? Tome U. M 178 Cours même Eglise , & oìi l’on remarquera que Le Mercier a observé à-peu-près les mêmes rapports. Nous serons aussi remarquer que tous les larmiers & plates-bandes de l’entablement de ce petit ordre font inclinés en arriéré , toutes ces saillies étant comprises dans l’épaisseur du pilastre du grand ordre. Cette maniéré, assez ingénieuse à la vérité, ne doit pourtant pas servir indistinctement d'au- torité; il faut user de ce moyen avec beaucoup de circonspection, & non comme en ont abusé la plupart de nos Architectes , fans autre nécessité quinte singularité présomptueuse. Nous donnerons Tordre Dorique & Corinthien du portail de cette Eglise , planche LXXXV- La figure D nous offre Tordre Pilastre - Corin- * thien Colossal, placé dans la façade de la cour de THôtel de Tingry, -du destin de M. BoiFrand. Nous nommons cet ordre Colossal, quoiqu’il n’ait que deux pieds huit pouces de diamètre , parce qu’embrassant deux étages , par-là il semble diminuer tous les autres membres d’Architecture qui raccompagnent , ce qui leur ôte leurs rapports avec Tordre,■& les rend maigres & mesquins : ce qui arrivera toujours , ainsi que nous Tavons remarqué plus d’une fois , lorsqu’on ne voudra pas assortir Tordre à la grandeur du bâtiment ; parce que du plus ou moins d’importance de celui-ci, doivent être déterminées les hauteurs des planchers , la largeur des ouvertures & des trumeaux, qui , à leur tour, devroient fixer le diamètre des ordres; autrement lorsqu’ils cessent devoir une relation exacte avec les autres membres principaux répandus dans les façades , le grand & le petit se trouvent alliés ensemble, contre toute idée île vr.sissemblance. Cet ordre Pilastre a dix dia.-. d'Architecture. 179 mètres de hauteur, élevé seulement sur un socle de trois pieds quatre pouces, son entablement est entre le quart & le cinquième. La figure C donne Tordre lonique-Colonne du portail de TEglise de TAnnonciade à Saint-Denis , du destin de Mansard ; cet ordre n’a que vingt- sept pouces de diamètre, mais il se trouve aster bien assorti à la grandeur du monument auquel il donne entrée ; il a de hauteur dix diamètres , & son entablement est entre le quart & le cinquième; cet ordre est ausiì élevé sur un socle de deux pieds huit pouces & demi, qui lui tient lieu de piédestal; ce dernier ne doit être d’employé que dans les grands édifices de ce genre. Ordres d’Architecture , employés SEULS DANS LES B ATI MENTS ANCIENS ET MODERNES, ET SURMONTES d’un Attique. Ordres du portail de l'EgliJe de Saint- Pierre de Rome , du Panthéon , & du Monaflere des Dames Sainte-Marie à Chaillot. Planche L X X X I I I. La figure A donne les mesures de Tordre Corinthien du frontispice de TEglise de Saint-Pierre à Rome , dont le diamètre des colonnes a huit pieds deux pouces , fur quatre-vingt-quatre pieds de hauteur, ce qui donne à celle-ci deux pieds quatre pouces de plus que ses dix diamètres : la hauteur de son entablement est réduite â-peu- près au cinquième de la colonne, n’ayant ciue Mi) i8o Cours dix-fept pieds six pouces & demi d’élévation, cs qui le fait paroìtre un peu foible ; mais la difficulté de trouver des pierres d’une certaine capacité , n’a pu permettre au Bramante, de faire plus haut son entablement, ce qui néanmoins lui est reproché par 'Wrein ( l ) , Architecte de l’Eglife de Saint - Paul à Londres, dont nous avons parlé & rapporté les principales mesures , ainsi que celles de Saint - Pierre de Rome , premier volume, page 85 julquà 98. Cet ordre est élevé fur un petit socle de deux pieds sept pouces ; ce qui donne à toute l’ordonnance , cent quatre pieds un pouce de hauteur, non compris f Attique de trente pieds, &la balustrade de cinq pieds qui couronne ce dernier; total, cent trente-neuf pieds un pouce. On voit par ces mesures, qui ne donnent que la hauteur du frontispice de ce monument, que cet ordre surpasse en grandeur, tous ceux qui furent •élevés jusqu alors, Lt dont aucun depuis ne lui peut être comparé. Ausii pour donner une idée de fa supériorité fur tous ceux que nous rapportons, nous avons pris loin, comme il a été dit , de réduire tous ces ordres fur une même échelle , pour que, par la feule inspection de ces dessins , on juge du diamètre de Tordre qu’on voudra choisir pour être appliqué à tel ou tel bâtiment consié aux talents de TArchitecte. La sigure B offre Tordre Corinthien-Colonne du Portique du Panthéon, restauré par Adrien ; il a de diamètre trois pieds cinq pouces, & trente- deux pieds cinq pouces cinq lignes de hauteur ; fa (/) \í rein a préféré deux ordres au portail de Saint-Paul de Londres; le premier , Corinthien, de quatre pieds de dia- meette, & lc deuxietne Composite. d’Architecturé. i8r base est antique , & posée sur le fol ; son entablement a un peu moins clu quart , & est íur- monté d’un Attique, élevé lui-mêmc fur un piédestal , qui a plus cle la moitié de fa hauteur : l’élévation cle ce portique est de foixante-fept pieds trois pouces dix lignes , un peu moins que la moitié du frontispice de Saint - Pierre , & passe néanmoins pour un assez grand édifice des anciens Romains. La figure C présente l’ordre Ionique - Colonne du portail de TEglise des Dames de Sainte-Marie à Chailiot par Mansard , qui ne lui a donné de hauteur que trente - quatre pieds six pouces & demi, & de diamètre, vers le quart de la hauteur de fa tige , seulement trente-deux pouces , & vingt-huit pouces onze lignes au-dessous du chapiteau ; ce dernier est selon Scammozzi, & fa base est Attique, son entablement est modil- lonaire , & n'a de hauteur qu’entre le quart & le cinquième. Le pilastre Attique a de hauteur environ la moitié cle Tordre de dessous , y compris Tentablement ; hauteur assez considérable , & qui cependant a encore été surpassée par plus d’un de nos Architectes, au Temple, à Issy , â Saint-Nicolas du Chardonnet, & ailleurs ; ce qui donne à cet étage un air cle prétention qui ne. peut lui convenir, & qui, pour cette raison , dort être réduit au quart cle Tordre au moins , ou à la moitié au plus , mais toujours être employé avec la plus grande circonspection. i8r Cours Ordres du Portail de Saint-Nicolas du Char ~ do/inet , des Façades du Château d’ijjy , de la Porte de l’Hôtel de Jars , & de celle de l'Hôtel du Grand Prieur de France. Plancha LXXXIV. La figure A donne Tordre Ionique du porrail de TEglise de Saint - Nicolas du Chardonnet, cet ordre a deux pieds neuf pouces de diamètre, & de hauteur dix-hait modules ; fa base est celle de Tordre Dorique de Vignole, & son chapiteau celui de Scammozzi ; son entablement a environ le cinquième de la hauteur de la colonne , & sa corniche est denticulaire : cet ordre est élevé sur un piédestal de quatre pieds dix pouces un quarts & comme celui de TAttique d’une pesanteur Toscane. Nous venons de dire plus haut, que son Attiquç étoit fort considérable; nous remarquons ici que fa corniche , portée environ au quart de fa hauteur-, ne íerr , pour ainsi dire , qu’à anéantit Tenue de destbus , & à rendre Tentablement qui couronne ce dernier , maigre & décharné , autant rì’imperfecticns qui rendent cette composition médiocre ; mais que nous avons cru devoir rapporter , pour apprendre à nos Eleves qu il faut bien se garder de tout imiter. Cependant il est fort utile d’examiner toutes les différentes productions de fart, pour apprendre à y demêler ce qu on doit accepter ou rejeter , seul moyen de parvenir à se corriger soi-même , lorsqu’on veut íe rendre compte de son projet avant de passer â Texécution. La figure B montre Tordre Dorique du Château d'Issy, du destin de Bullet. Nous venons auslt d’Architectire. 183 de remarquer, figure C, Planche LXXXIII, que l’Attique élevé íur cet ordre avoir trop de hauteur ; mais nous observons que dans ce cas , cette hauteur est plus tolérabie : Ist’y est une petite Maison de Plaisance où il est bien plus permis, non- seulement d’employer un étage Attique, mais de lui procurer une élévation qui lui- donne un air d’habitation : caractère qu’il faut savoir éviter ab- solument dans la décoration extérieure d’une Eglise ; autrement, comme nous savons déja observé , les édifices sacrés & les bâtiments de plaisance , se trouvent avoir trop de ressemblance j les styles font confondus, & insensiblement nos productions dégénèrent au point de n'oíinr plus ni choix, ni dignité , ni convenance ; en forte que si l'on peut quelquefois faire usage des Attiques dans la décoration de nos Temples, ce doit être avec beaucoup de prudence, & dans le cas seulement que leur hauteur n’excédera guère le quart de l’orclre , tandis qu o n peut donner jusqu’à la moitié aux Attiques dc nos bâtiments , ainsi que nous venons de le remarquer, & que nous lavons rapporté dans nos définitions, premier volume , page 3 24. On pourroit même leur donner quelque chose de plus que la moitié, comme Ta fait Bullet, assez supérieur dans son Art pour servir d’autorité à ceux qui, comme lui, en sauront assez pour que cet excédent contribue à rendre Touvrage entier & plus admirable, & cTune dimension plus heureuse. Nous avons tracé , figure a , le même ordre que cet Architecte a employé du côté du jardin de ce même Château: & remarquons que poux savoir voulu élever fur un piédestal de deux pieds dix pouces & demi, il a converti son entablement en corniche architravée 1 M iv r 84 Cours licence qui n’est permise qu’à un grand Maître ; parce qu’encore une fois , il faut lavoir la racheter par des beautés d’ensemble, dont un homme sans doctrine n’est: guère capable. La figure C donne Tordre Ionique-Pilastre de la porte de l’Hôtel de Jars ; cet ordre n’a que vingt-un pouces un quart de diamètre, fur seize pieds un quart de hauteur ; il a pour base celle Attique, & pour chapiteau celui de Scammozzi ; son entablement est modillonaire, & n’a guère que le cinquième de Tordre ; son Attique n’en a pas la moitié, & en cela il approche plus près des proportions del'antique : le pilastre Attique a pour base une seule plate-bancle & un listeau , & pour chapiteau le Dorique de Vignole : simplicité qu’il faut peut- être éviter dans un étage orné de pilastres, celui- ci devant prendre Texpreffion de ses moulures & des ornements de Tordre de dessous : cet ordre étant Ionique, devoir autoriser la íìmilitudedes membres de T Attique à tenir plutôt de la délicatesse Corinthienne , que de la virilité Dorique. Nous taisons ici cette observation , pour porter nos Eleves à réfléchir íur tous les objets de leur décoration ; car il ne saffit pas de placer un Attique , ni d’élever un deuxieme ordre, un troisième ordre , &c. mais il faut considérer les rapports que ces divers étages doivent avoir les uns avec les autres ; quel est celui qui doit porter, celui qui doit surmonter ; enfin le genre , le style, le caractère qu’il convient de donner à celui-ci sur celui-là ; autrement on ne sait que de la décoration , & non de TArchitecture , comme on ne sait que de la richesse, & & non de la beauté, quand on ne place des ornements que pour le seul plaisir de faire des ornements , qui ne sont avoués, ni par la nécessité , d’A r chitec TU RE. 185 ni par le raisonnement de s Art. Nous reríiarque- rons aussi , que le vase qui couronne cet Attique est de beaucoup trop sort, égalant, pour ainíi dire, avec son socle la hauteur de ce petit étage ; ce vase d’ailleurs trop pesant, s’accorde mal avec l’élégance des Masses de TAttique. Les membres d’Architecture, encore une tois, & les ouvrages de Sculpture ne peuvent produire de vraies beautés que par les rapports qu’ils ont les uns avec les autres ; autrement la composition n’ossre plus aux yeux des connoisseurs qu’un assemblage de membres d’Architecture mal assortis , & les ornements un remplissage , qui , loin d’an- noncer ie génie de l’Arehitecte, ne montre au plus que fa stérilité. La figure D donne Tordre Dorique , & l’Attique formant la décoration , du côté de la rue du Temple , de la porte de THôtel du Grand Prieur de f rance (m), du dessin de M. de l'isie , Architecte du commencement de ce siecle , assez peu connu, mais qui cependant, clans cette façade , montre un homme de génie ; néanmoins nous remarquerons que cet Architecte , pour avoir voulu donner trop de mouvement à son plan , a négligé, par les réitérations des ressauts & des pans coupés qu’il y a introduits, la sévérité que semble imposer Tordre Dorique. Nous avons déja remarqué que la hauteur de T Attique étoit excessive , ayant dix pieds dix pouces ; cependant Tordre a un module de plus qu’il ne devroit avoir; il a dix - sept pieds au - lieu de seize , son diamètre n’étant que de vingt-quatre pieds. M. de Tisse a suivi en cela l’opinion de Le Veau, qui st») On trouve cette élévation" très'bien gravée par Marct dans le Kecocuil des Délices de Paris , planche 86. i86 Cours en a usé ainsi au portique Dorique de la. cour du Château de Vincennes (/z) que nous avons cité, au commencement de ce volume ; en sorte que Tentablement porté au quart de cette nouvelle hauteur, a quatre pieds quatre pouces : moyen qui auroit du déterminer l’Architecte à rendre plus régulière la distribution de ses métopes & de ses muniles ; mais il n’a pu le faire à cause du mouvement qu’il a voulu donner à fa façade. Le Veau s’est bien gardé de donner un pareil mouvement à la façade du portique de "Vincennes; c'ese pourquoi nous avions raison de dire plus haut, qu’il ne fuffisoit pas d’imiter les écarts des grands Maîtres, à moins d’avoir comme eux les mêmes ressources dans Imagination ; qu’autrement on défigure ses productions , au-lieu de les embellir, & que souvent on ajoute à des licences, d autres licences encore , qui, réunies ensemble, ne présentent plus que f abus de l’Art & surcapacité de l’Architecte. Ordres d’A rchitecture , SURMONTES PAR UN' AUTRE ORDRE , EMPLOFÉS DANS NOS ÉDIFICES SACRÉS ET DANS NOS B ATI MENTS d’habitation. Ordres des Portails des Invalides , de l’Oratoire à Paris, & du Château de Clagny. Planche LXXXV. La figure A donne les mesures des ordres Do- (n) On trouve aussi le dessin est tenu un peu plus simple que ne le comporte l’on expression ; degré de richesse ou de simplicité, qui seul annonceroit la capacité de l’Architecte , si tous les ouvrages de Maníard , n’étoient pas empreints du sceau de l’immortalité. La figure C donne les mesures désordre Dorique & de Tordre Ionique de la décoration de la cour de l’Hôtel de Thiers, place de Louis le Grand, du destin de Bullet, Tune de nos productions françoises en ce genre, qui nous paroìt avoir le véritable caractère d’un Hôtel ; Tordre d’en bas n’a que vingt* quatre pouces : diamètre pour ainsi dire le plus fort qu’on puisse donner à un ordre destiné à la décoration des bâtiments des riches particuliers ; principalement lorsqu on veut, comme ici, surmonter un ordre par un autre ordre , au-lieu d’un seul qui embrasse deux étages : cette derniere ordonnance ne doit avoir lieu que pour les édifices publics, ainsi que nous savons déja remarqué. Peut-être serions-nous en droit de reprocher à Bullet la corniche architravée dont il a couronné son Dorique ; mais du moins y a-t-il placé des mutiT.es , & fait usage de la base & du chapiteau de Vignole ; sans doute que par tout ailleurs que dans une maison particulière oii Tordre préside , une corniche architravée seroit un défaut impar- Tomc II. N 194 Cours donnable. Bullet a cru pouvoir le faire ; nous déférons à fes lumières ; mais nous sommes bien éloignés d en conseiller l’imitation à nos Eleves : il fauclroit pour cela , comme cet Architecte, savoir racheter ce défaut par de grandes beautés; encore est-il toujours à craindre que les copistes ne soient fort au-dessous de leurs modelés. Son ordre Ionique est Pilastre ; il a la base Attique , & le chapiteau de Scammozzi : l'on entablement a le quart ; mais fa partie supérieure nous paroît trop simple pour cet ordre , fur-tout la corniche architravée ayant des mutules ; ce qui auroit dû le porter à insérer au moins des denticules dans la corniche Ionique , chose d’autant plus aisée à faire, qu’elle est composé de deux larmiers '& de trois cimaises. A propos des ordres de cet Hôtel, donnons Iqs mesures des deux ordres Composite & Corin-* tien de la façade de l’Hôtel de Soubife, du côté de la cour ; nous ne pouvons cn donner ici les dessins , ainsi que plusieurs antres que nous avons fait lever avec lom, dans la crainte de trop multiplier les planches , dé j a en grand nombre dans ce volume. Dans les figures suivantes on va voir, au portail de La Merci, que le Corinthien supporte le Composite, ainsi que Pierre Lefcot l’a pratiqué dans l’intérieur du Louvre ; nous préférons la décoration de f Hôtel de Soubife, où La Maire , qui en a été f Architecte , a placé le Composite fous le Corinthien , & où l’on doit remarquer qu’il a fait ces deux ordres égaux en hauteur : il n’a pas non plus fait usage de piédestaux, & n’a donné à fes entablements mo- dillonaires , que le cinquième de la hauteur des colonnes, qui, pour base, ont celle Attique. n'A rchitecture. 19? Nous prendrons occasion ailleurs d’observer la disparité des entrecolonnements de cet Hôtel, & Lissage indiscret d’avoir par-tout accouplé ses colonnes : ce qui n’est excusable ici, que parce que la décoration de cette façade est appliquée sur sur un ancien bâtiment, dont les enfilades des appartements & la hauteur des planchers qui lui ont été prescrites , ne l’ont pas laissé le maître de rendre son Architecture plus régulière ; mais elle ne laisse pas , malgré les défauts qu’on y remarque , d’annoncer le génie de cet Architecte. Ordres des Portails de La Merci, des Petits- Peres & des Feuillans . Planche LXXXVIl. La figure A donne les ordres Corinthien & Composite du portail de La Merci, du dessin de feu M. Bossrand , Architecte du Roi, & premier Ingénieur des ponts & chaussées, qui a risqué de faire ses colonnes d’en bas ovales , ne pouvant fans doute leur donner tout leur diamètre fans embarrasser la voie publique, à cause du peu de largeur de la rue où ce portail est situé. Nous avons désapprouvé ailleurs les colonnes ovales ; nous en traiterons encore , en parlant des licences qui feront l’objet d’un Chapitre particulier du volume suivant. Nous dirons seulement ici, que si nous nous trouvions dans le cas de ne pouvoir donner aux colonnes toute leur saillie , nous aimerions mieux les engager, que de les faire ovales, les licences étant préférables aux abus de l’Art ; peut-être même qu’au-lieu de colonnes engagées, nous nous contenterions de supplication des pi- N ij 196 Cours lastres ; car on doit, le plus qu’il est possible, chercher à s’éloigner de tout ce qui paroît contraire aux réglés de la bonne Architecture. Mais que M. Boffrand, un des habiles Architectes de nos jours, ne pouvoit-il pas se permettre ! Arrivé au plus haut degré d’estime & de gloire dans son Art, il a pu risquer cette licence : autre chose est de l’imiter, de pareils écarts demandent un grand Maître pout excuse ; il n’y en auroit point pour le copiste. Au reste , nous devons dire que les deux ordres qui se remarquent ici, sont élevés l’un fur l’autre dans de justes rapports , ainíì que le font voir les cotes , qui, dans ces planches, étant rapportées avec foin , doivent nous dispenser d’entrer dans des détails qui auroient droit de rebuter ceux de nos Lecteurs déja versés dans les connoissances de l’Arr , & dont ceux qui le font moins, peuvent se rendre compte en les calculant de nouveau , & en se transportant sur les lieux pour les examiner avec fruit. A u reste, en saveur des personnes qui, éloignées de cette Capitale , ont intérêt de lavoir quel est le choix des membres, & de connaître les principaux détails qu’ont préférés les Architectes dans 'les ordres des monuments dont nous parlons, nous ajouterons par exemple , qu’à La Merci , la base du premier ordre , est ancienne ; que le sût est sans cannelures ; que le chapiteau est de feuilles de Laurier, l’entablement modillonaire & denticulaire ; que la base du second ordre est Attique, le fût lisse, le chapiteau de feuilles d’olivier , & que la corniche n’a n; denticules ni modillons ; astn que par ce moyen & la comparaison qu’on peut faire de ces ordres avec ceux qui ont précédé , & qui vont suivre, on soit en état dç se rendre compte des ^'Architecture; 1557 divers sentiments de nos Maîtres , & de s’ac- coutumer insensiblement à former son jugement ; en suivant cette méthode, on pourra, dans la fuite, devenir savant avec François Blondcl , severs avec François Mansard , entreprenant avec Perrault, ingénieux avec Hardouin, & homme de goût avec Bullet. La figure B donne les deux ordres Pilastres- Ionique & Corinthien du portail de l’Egliíe des Petits-Peres, du deíîin de feu M. Cartaud , Archi- teóde du Roi, & dont Tordre supérieur a un module de moins que celui qui le soutient, rapport le plus universellement suivi parmi nous ; la baie de Tordre Ionique est Attique , le chapiteau suivant Scammozzi , Tentablement selon Vignole. La base de Tordre Corinthien est Attique composée , le chapiteau de feuilles d’olivier , & Tentablement modillonaire & dentitulaire. Nous serions tentés de demander pourquoi cet Architecte , Tun des célébrés de notre temps , a préféré ici bionique & lc Corinthien , au Dorique & à bionique , qu’il a lui-même employé quelques années auparavant au portail de TEglilè des Barnabites de Paris : & si Ton croit devoir regarder comme indifférent d’appliquer des ordres de diverses expressions à des monuments précisément de même genre, nous laissons cette question à décider aux Maîtres de l’Art ; mais nous osons avancer que le seul moyen d’affermir TEleve dans ses principes est qu’il s’accoutume à faire les comparaisons d’un édifice avec un autre édifice de même espece, St ceux de genres différents : examen qui peut seul lui apprendre à fixer son choix, pour employer de préférence tel ou tel ordre, ou enfin pour les íuppri- pier rout-à-fait, & n’en retenir que Fexpressioru N fi] 198 Cours La figure C fait voir Tordre Ionique & Tordre Corinthien du portail de TEglise des Feuillans , le coup d’essai de François Manfard, qui n’avoit eu , avant lui, que Philibert Delorme & Pierre , Lelcot, qui les premiers aient fait revivre en France , le goût de TArchitecture antique. On remarque dans la composition de ce portail, malgré quelques parties de détail moins heureuses que les autres, ce que devoir devenir un jour cet Architecte immortel; peut-être a-t-il abusé des piédestaux dans ce frontispice. Les- cot, à la vérité, les avoir employés au Vieux- Louvre ; mais Delorme , aux Tuileries , n'en avoir point mis du côté de la cour, ce qui auroit pu porter Manfard à substituer des socles , particulièrement à son second ordre; il a donné à celui- ci deux modules de moins qu’à celui d’en bas ; aussi paroxt-il un peu court, vu du point de distance trop rapproché d’où il est apperçu ; ce qui auroit dû lui faire donner plus de hauteur pour les raisons que nous avons rapportées, planche LXXXV1 , en parlant du portail de Saint-Roch , figure A. Au reste, il est à croire que la cour qui précédé ce portail, devoir avoir plus d’éten- due, & que dans la fuite des motifs d’économie ont fait environner cette église & son frontispice par des bâtiments à loyer, tels qu il s’en remarque aujourd’hui, contre toute idée de bienséance, ainsi que nous aurons occasion de le dire à la fin de ce volume , en traitant des Eglises en général. La base de l’ordre Ionique est Corinthienne, le chapiteau antique , la frise de Tentablement bombée , & fa corniche denticulaire. La base de Tordre Corinthien est Attique composée ; le chapiteau de feuilles d’olivier , Tentablement modillo- n&ire & denticulaire. d’Architecture. 199 Ordres d’A rchitecture , S URMONTÉS D’UN AUTRE ORDRE , ET CELUI-CI D’U N At 7 1 QU E ì EMPLOYÉS DANS NOS PLUS BEAUX Edifices. Ordres du Vieux - Louvre , du Luxembourg y & du Frontijpice du Bureau des Marchants Drapiers à Paris. Planche LXXXVIII. La figure A donne les mesures des Ordres Corinthien & Composite , avec TAttique de la cour du Vieux-Louvre , comme anciennement il fiit élevé fur les dessins de Pierre Lescot. En parlant des deux ordres de f Hôtel de Soubife, page 194, nous avoirs remarqué que La Maire , Architecte de ce bâtiment, avoit placé le Composite fous lc Corinthien, & qu’au contraire au portail de La Merci, le Corinthien supporte le Composite , comme l’a fait ici Lescot. Nous persistons néanmoins à croire, quil vaut mieux en user comme a fait La Maire , par la raison, ainsi que nous l’avons dit plus d’une fois , que jamais le foible ne doit sembler porter le fort : or certainement le Composite a quelque chose de moins délicat que le Corinthien ; c’est non-feulement l’avis de Scammozzi , mais encore celui du plus grand nombre de nos Architectes célébrés. Quoi qu’il en soit, les deux ordres de la cour du Louvre sont dans un parfait rapport entr’eux, Tordre supérieur ayant un module de moins que celui de dessous; le piédestal de celui-ci est entre le N iy aoo Cours tiers & le quart, & son entablement a le cinquième de l’ordre ; le piédestal du second ordre a à- peu-près le quart, y compris un congé placé dessus, qui sert à élever la base de Tordre; Ten- tablement de ce dernier a aussi un peu moins du quart; au-dessus de celui-ci s’éleve un Attique qui a , à très-peu de chose près , la moitié de l’ordre de dessous ; il est lui-même élevé fur un piédestal de vingt-cinq pouces un quart de hauteur, & couronné dune corniche de dix-neuf pouces & demi, surmonté d’un socle , au-dessus duquel pa- roissent des combles dont la hauteur semble écraser ce petit étage : imperfection qui n’a pas peu contribué fans doute, lorsque dernièrement on a travaillé à l’entiere perfection de cet édifice, à faire préférer un troisième ordre dans Tinter.tion de détruire les combles & TA.tique, ainsi que nous aurons occasion de le dire ailleurs , en donnant en particulier Tavant-corps de cettessaçade. Au-dessus du petit Attique dont nous venons de parler , nous avons tracé le double Attique qui soutient les Cariatides a , que Sarrazin a sculptées fur Tavant-corps , élevé fur les dessins de Le Mercier , lesquelles font couronnées d’un entablement & d’un triple fronton; ce nouvel Attique, compose de plusieurs membres , a six pieds dix pouces de hauteur , les Cariatides quatorze pieds ïix pouces & demi, & leur entablement cinq pieds deux pouces ; le fronton a de perpendiculaire onze pieds dix pouces & demi. Notre intention n’est pas de porter aucun jugement fur l’ordon- nance de cette façade , qui doit être regardée comme le chef-d'œuvre de T Architecture Françoise , pour son temps , & portée au plus grand degré de richesse. Mais nous saisirons cette occa- D ’ A R C H I T E C T U R E. 201 íion de conseiller à nos Eleves l’examen particulier de la Sculpture excellente qui y est répandue, & dont le faire , la touche & l’expression sont autant de miracles de l’Art, à quoi nous ajouterons qu’il faut un mérite bien supérieur pour remployer en si grand nombre , sans apporter de confusion dans les façades , la profulion des ornements nuisant ordinairement à l’Architecture , pendant quici elle sert à en relever l’éclat. Nous pouvons le dire , quelle différence entre celle qu’on y remarque & la plupart de celles qu’on emploie dans les productions de nos jours ! ce'neíl pas qu’on ne les charge de beaucoup d ornements; mais qu’ils font éloignés de ce modele , & de ceux qu’on observe au péristyle du même Palais , dans la porte Saint-Denis & ailleurs ! II faut en convenir, ce n’est que de la Sculpture; souvent même on a recours à la prodigalité, mais elle ne sert guère qu’à masquer l’insuffisance de f Artiste; en sorte que cet accessoire , toujours emprunté d’une main étrangère, ne fait que déceler la stérilité de l’Architecte, & non le véritable goût de l’Architecture. Nous finirons nos remarques, fur cette partie intérieure de la cour du Louvre , par observer que toute la hauteur de ce grand avant- corps est de dix-huit toises & demie, depuis le pavé jusquau sommet du fronton , & que les deux ordres de Pierre Lescot, sans l’Attique, font de neuf toises deux pieds cinq pouces ; en forte que toute la partie supérieure de cet avant- corps , est égale en hauteur à ces deux ordres , élévation excessive, qui un jour le deviendra moins , lorsque le troisième ordre qui s’éleve actuellement viendra lui servir d’acotement. 202 Cours La figure B nous donne les mesures des ordres Toscan & Dorique-Colonne du Palais du Luxembourg avec l’Attique du dessin de Debrosse. Nous avons déja remarqué , dans le premier volume, en parlant de Tordre Toscan de ce Palais, que les piédestaux , du côté de la rue de Tour- non & dans la Cour, étoient portés au-delà du tiers de Tordre. Nous ajouterons que Tinégalité du fol íur lequel est assis ce bâtiment , est la cause de cette grande élévation donnée aux piédestaux; puisque , du côté du jardin , cet ordre est seulement élevé sur un petit socle d’environ fix pouces, & que fur la terrasse près du vestibule , ces piédestaux n’ont de hauteur que trois pieds cinq pouces, pendant que les autres ont stx pieds & demi, & Tordre seulement seize pieds difs pmirnfì fr-rlmu Nous avons aussi dit quelque part, que Tordre Toscan ne convenoit qu’aux édifices Militaires, ou , dans TArchitecture Civile, à certains édifices publics & dans les bâtiments subalternes : nous avons eu raison ; mais nous devons rapporter, en faveur de Debrosses, Tun de nos très-habiles Architectes François, qu’ií fut expressément chargé par Marie de Médicis , d’imiter au Luxembourg la décoration du Palais Pitti à Florence d’ordonnance Toscane : double entrave , qui doit servir d’excuse à Debrosse, de ce que, d'une part, il a employé Tordre Toscan , & que de l’autre, le sol Ta forcé de porter ses piédestaux à une si grande élévation. L’enta- blement de cet ordre a le quart de la colonne ; au-dessus s’éleve le Dorique , d'environ un module de moins , soutenu par un piédestal, qui a aussi près du quart. Ce Dorique est couronné d’un entablement qui a le même rapport j T Attique d’Architeòture. 203 qui est au-dessus a près des deux tiers ; il est soutenu sur un piédestal de vingt-quatre pouces & demi; fa corniche est de quatorze à quinze pouces, terminée par une balustrade de trois pieds trois pouces deux tiers. Nous invitons nos Eleves , au sortir des éléments , à commencer leurs observations dans nos édifices , par examiner dans ce Palais, les ordres Toscan & Dorique-Colonne, ainsi que lToniquc-PiLstre dont nous parlerons après; â passer ensuite au Château des Tuileries, pour y étudier Tordre Ionique, le Corinthien & le Composite-Colonne , dont battrait du relief, la facilité de les examiner géométriquement & en perspective , celle d’en consulter les plafonds , enfin d’y considérer l’esset des ombres , leur feront concevoir plus promptement les premieres con- noissances qu’ils auront acquises par Tétude du cabinet & le secours des Leçons contenues dans cet ouvrage. La figure C donne les mesures de Tordre Dorique & Ionique , avec TAttique de la décoration du frontispice du bureau des Marchands Drapiers à Paris , du dessin de Libéral Bruant, Architecte célébré , qui a fait les destins des bâtiments de THôtel & de l’Eglise des Invalides, Hardouin Mansard n’ayant donné que ceux de l’Eglise du dôme , dont nous avons précédemment détaillé les mesures du portail. Cet ordre Dorique n’a que seize pouces un quart de diamètre, & pour cela il sembloit ne pouvoir entrer en parallèle avec le plus grand nombre de ceux contenus dans ce Chapitre ; mais la loi que nous nous sommes prescrite d’ofsrir la plus grande partie des bâtiments élevés par les plus habiles Maîtres , & qui en particulier nom qu’un étage, un étage & demi, deux 204 Cours étages, &c. autorise cette disparité. D’ailíeurs , comme nous lavons observé, ce parallèle fera beaucoup mieux juger aux amateurs , & de la grandeur & du plus ou moins d’importance de nos divers édifices ; c’est pourquoi il ne faut pas s’attendre à rencontrer ici plus d’analogie entre un diamètre & un autre diamètre : cette analogie n’auroit pu être observée qu en confondant les genres d’ordonnan- ce ; ce qui auroit rendu nos observations plus diffuses , & peut-être nos remarques moins utiles. Cet ordre Dorique est donc de seize pouces un quart de diamètre , ayant dix pieds neuf à dix pouces de hauteur. II est élevé fur un socle de vingt-deux pouces ; son entablement a le quart de Tordre ; sa base est Attique : Bruant en a diminué un peu la saillie , & en a fait autant au diamètre inférieur; en sorte que le vrai diamètre sc trouvant au tiers, les bases se sont rapprochées, & ont permis Trc- couplement de cet ordre , comme nous savons remarqué dans le premier Chapitre de ce volume. Aii-deflTus dc cet ordre s’élcvc un piédestal dc deux pieds six pouces & demi, soutenant un ordre Ionique d’environ trois pouces de moins de hauteur ; il a pour fût des figures de femmes dont les pieds portent fur les bases , & la tête soutient leur chapiteau : double application dont nous avons déja , premier volume , pages 119 & 347 , condamné Tabus dans la décoration de nos bâtiments. D’ailleurs on peut remarquer que Tentablement qui a presque le tiers de cet Ionique-Cariatide, est de beaucoup trop fort, non-seulement pour Tordre, mais à plus forte raison pour les figures de femmes qui en font partie. Nous en dirons autant de T Attique, dont la hauteur excessive sert à rendre encore Tordre d’Architecture. 105 qui le soutient plus petit & plus chétif, fans parler cl u piédestal qui couronne cet Attique , dont l’élévation gigantesque semble accabler toutes les autres parties de cette façade ; en forte qu’on peut dire , que cette ordonnance ne s’est guere acquise la célébrité dont elle jouit, que par fa composition pittoresque & la beauté de la Sculpture qui s’y trouve répandue; foibleressource fans doute : mais combien ne voyons-nous pas de nos jours de bâtiments où T Architecture & la Sculpture font au-dessous de la médiocrité ? Ordres de l’Hôtel de Rohan , du Château de. Nleudon ô' de L’Hôtel de Noailles à P avis. Planche LXXXIX. La figure A nous fait voir les ordres Dorique & Ionique avec l’Attique de 1’Hôtel de Rohan du côté du jardin , en face de l’Hôtel de Soubife , lun & l'autre du dessin de La Maire. On doit remarquer ici que Tordre Dorique de deux pieds de diamètre a un module de moins que la hauteur ordinaire; qu’il est élevé fur un petit socle de dix-huit pouces’; enfin que son entablement a le quart des quinze modules de la colonne. Nous observerons que fa corniche n’a ni mutules ni dentícules, & que son peu de hauteur couronne mal cet ordre, lui-même assez imparfait, & à la place duquel on n’auroit dû faire qu’un soubassement, plutôt qu’un ordre irrégulier. L’or- dre Ionique de dessus a plus de hauteur que le Dorique ; mais néanmoins il semble être affaissé par TAttique qui le surmonte, ayant de hauteur les deux tiers de Tlonique ; cet Attique est cou* tonné par une corniche dune petitesse infuporta- îo6 Cours ble ; en sorte que l’Architecte paroît ici fort au- deiious de lui-même , à juger de ses talents, par la décoration de s'Hôtel de Soubiíe , dont nous avons parlé précédemment. La bgure B nous donne le Dorique, le Composite & s Attique de savant - corps de Fancien Château de Meudon, du côté de la cour, restauré par Hardouin Manlard. 11 est aisé de juger du peu de rapport qu ont ensemble ces deux ordies; mais il faut convenir que ce défaut n’appartient point à Hardouin ; forcé de s’aslujétir à la hauteur des étages du bâtiment, il a préféré de surmonter le Dorique, plutôt par un Composite que par un Ionique, parce que celui-là prête plus que tout autre à la nécessité oit l’on se trouve quelquefois d’en altérer les proportions. L’ordre Dorique, d’environ dix-huit modules, est élevé fur un piédestal porté entre le tiers & le quart de la hauteur de Tordre , qui pour base a celle Attique , & pour chapiteau , un chapiteau composé de feuilles d’ucaiuhc dans ícm gurgeiiu , ce qui lui donne deux modules de hauteur, à Fimitation de ceux de la Salle des Antiques du Louvre, & de ceux de la cour qui précédé FEglise du Val-de- Gràce ; ce que Hardouin a fait sans doute ici pour racourcir d’autant le tut de la colonne , & vraisemblablement parce que ce chapiteau lemi-gothique , paroît moins disparate avec le style de Fancien ne Architecture des façades de ce Château, queí’Ar- chitecte n’a pu détruire entièrement. Cet ordre n’est couronné que par un seul architrave, couronnement qui n’est tolérahle que dans les dedans, & qui dans les dehors produit le plus mauvais effet, non-seulement parce que ce membre camus termine toujours mal un ordre régulier; mais parce d’Architecture. 207 que faute d’avoir une certaine saillie, celle de la base de Tordre supérieur annonce un porte-à-fkux trop apparent , presque toujours masqué par la saillie d’une véritable corniche. L’ordre Composite qui se voit ici, & qui n’a guère que la hauteur d’un Attique, dont il a la base, ne peut ni ne doit jamais s’employer tel, sur-tout quand il est lui-même surmonté d’un Attique, qui en a presque les sept douzièmes : mais , encore une fois, il faut se ressouvenir qu’il s’agit d’une restauration, & que par conséquent les proportions des ordres de cette façade ne peuvent raisonnablement supporter une critique qui ne doit guère s’exercer que fur les bâtiments élevés par un seul Architecte. La figure C donne les mesures de Tordre Corinthien ; celles du Composite & d'e TAttique de la façade , du côté du jardin du même Château ; elles ne demandent pas un examen plus lévere. L’ordre Composite , plus bas encore que le précédent , diffère aufiì de près de quatre modules de Tordre Corinthien qui le loutienr, & TAttique paroît plus élevé à raison du racourcissement de cette eípece de Composite ; de maniéré qu’on ne peut applaudir en rien à la décoration de ce bâtiment, les défauts qui s’y remarquent itérant rachetés par aucune beauté ni aucun détail intéressant. Cependant nous n’invitons pas moins no; Lleves d’aller visiter cette Maiíbn Royale, dont les dedans de la plus grande magnificence, renferment des chefs-d’œuvre en plus d’un genre , & dont principalement l’avant-cour & les jardins méritent toutes fortes d’éloges. La figure D donne les mesures de Tordre Dori- que-Colonne , de Tordre Ioniqíie & cíe TAttique- Pilistre , de- l’Hôrel de Noailìes, bâti par M.- 208 C o ¥11 s Lassurance. L’ordre Dorique est seulement de dix- huit pouces un quart de diamètre ; la base est Attique & couronnée d’un entablement qui est entre le quart & le cinquième de la colonne. Sa frise, au-iieu de trigliphes , est ornée de consoles qui occupent trop de hauteur, ce qui rend l’architrave & la corniche beaucoup trop petits , de maniéré que ce couronnement peut palier pour médiocre , ce qui arrivera presque toujours lorsqu’on voudra s’éloigner des principales parties des ordres, adoptées par les anciens & les modernes: déplacement qui ne se doit faire qu’avec beaucoup de prudence, & plutôt dans les dedans que dans les dehors : autrement tout membre d’Architecture , ainíì que tout ornement déplacé , a droit de déplaire à l’examinateur , parce que ce déplacement nuisant essencielíement à l’unité cl’expreslìon , le spectateur ne regarde plus la production entiere de l’Architecte qu’avec indifférence, ce qui souvent lui sait échapper des parties estimables qui les auroient réconciliés ensemble. L’ordre Ionique a de hauteur un module & demi de moins que celui de dessous; fa base est Attique , & Ion chapiteau moderne ; son entablement a un peu moins du quart. Sòn Attique , qui ne devroit avoir que la moitié de ía hauteur de bionique, a huit pieds six ponces, ce qui lui donne trop d’élévation, & contribue à rendre toute cette ordonnance assez imparfaite. II nous paroîtroit très - essenciel , que les grands Maîtres voulussent fixer déterminément les rapports que doivent avoir les divers étages des bâtiments, afin d'éviter à l’avenir toutes les incertitudes qu'on remarque dans les dissérentes productions de la plupart de nos jeunes Architectes, qui, irrésolus n Architecture. lot) sur îa marche qu’ils doivent suivre, croient qu’il suffit d’élever plusieurs ordres les uns au-dessus des autres, de les surmonter par des soubassements, de les couronner par des Attiques, pour le faire admirer , pendant au contraire qu’ils replongent l’Art, pour ainsi dire , dans Ion enfance. 11 faut pourtant convenir que fi l’on se trouvoit quelquefois forcé de s’écarter des réglés que nous désirons à cet égard , ce ne devroit ctre du moins que dans des cas particuliers , & toujours pour amener des beautés d’ensemble , souvent préférables aux beautés de détails, proprement dites. Ordres d’Architecture, SURMONTÉS DE DEUX AUTRES ORDRES , FAISANT PARTIE DE LA DÉCORATION DE QUELQUES Édifices anciens et modernes» Ordres du portail de l’Eglise de Saint-Sulpice , du Cohjée à Rome , & du portail de /’Eglise de Saint-Gervais. Planche XC. La figure A donne les mesures des ordres Dorique , Ionique & Corinthien du portail de i’Eglise de Saint-Sulpice, bâti sur les dessins du Chevalier Servandoni , Peintre & Architecte célébré. Les ordres de ce frontispice font d’un plus grand diamètre qu’aucuns de ceux qui se voient exécutés à Paris dans les monuments de cette espece : aussi ont-ils procuré de hauteur à cet édifice, cent í'oixante-lix pieds six pouces dix lignes, non J orne 11. O 2ïo Cours compris le couronnement des tours qu'on vient d’élever au-dessus du troisième ordre , à la place des campanilles , proposées précédemment par f Architecte ( o ) , & où il auroit été bien à desirer qu’on n’eût fait aucun changement depuis la mort de cet habile Artiste ; les couronnements qu’on y remarque aujourd’hui étant , par une fatalité incroyable , fort au-dessous de la médiocrité , ce qui désigure toute la partie supérieure de cette production, d’ailleurs admirable. L’ordre Dorique a de diamètre quatre pieds dix pouces , & de hauteur quarante-un pieds huit pouces dix lignes ; il est élevé fur un socle de huit pieds quatre pouces & demi. L’entablement a près du quart de Tordre, & forme entre les deux tours un porche d’une très grande beauté , & dont les Sculptures font du ciseau de feu Michel-Ange Slodtz, l’un des Sculpteurs de nos jours qui fe font acquis la plus grande réputation. L’ordre Ionique est élevé íur un double socle de onze pieds trois pouces & demi de hauteur ; cet ordre a plus d’un diamètre de moins que Tordre d'en bas : cependant ce portail est dans le meme cas que celui de Saint- Roch, dont nous avons parlé en décrivant la planche LXXXVI, figure A. Il est vrai que T Architecte de Sainr-Sulpice n’a pas déterminé le rapport de la hauteur de ces ordres , d’après le point de distance actuel, ayant toujours compté fur une place pu- (o ) Voyez les dessins de ces campanilles & du portail du Chevalier Servandoni, gravés dans l’Architecture Françoise, Tom. 1 . Voyez aussi ce que nous avons avons dit de cet Architecte dans le premier volume de ce Cours , page 101 , ainsi que de la plupart des autres Architectes que nous citons dans ce Chapitre , & dont nous avons parlé dans l’Introduction de ce même volume. d’Architecture. ru blique qui doit te faire devant ce portail, & où il a fait élever de Ion temps une maison d’un excellent genre , qui doit servir de modele pour les façades du pourtour de cette place C’est pour cela fans doute qu’il n’a pas cru devoir élever fort fécond ordre , comme si le Séminaire eût dû relier où il est : rnalgré cela il faut convenir qu’il auroit pu donner à son ordre Ionique plus d’élévation : hauteur qu’il pouvoir prendre fur celle du double socle, déja trop élevé , & par rapport à la charge qu’il occasionne à l ordre Dorique, & parce qu’il fait paroitre le second ordre encore plus court. A ce second ordre néanmoins il a donné les onze pieds trois pouces & demi, dont nous venons de parler , parce qu’antérieurement la Fabrique de cette Eglise avoir exigé que l’on fît au - dessus de Tordre d’en bas , une bibliothèque, & quel*- ques logements pour le service de nuit de cette Paroisse : considération peu intéressante à la vérité, lorfqu’il s’agit de Tordonnance du frontispice d’un Temple; mais, nous savons déja dit, les Architectes feroient trop heureux, fi les plus grandes entreprises ne fe trouvoient pas pour l’ordinaire assujéties par les plus petites considérations. L’ordre Corinthien, qui est en retraite pour la plus grande partie, a de hauteur celle de Tordre Ionique moins un module > & en cela il fe trouve plus conforme awx rapports les plus approuvés ; cependant nous observerons , que si dans la réitération de ces trois ordres , l’un d’eux devoir s’écarter de la réglé des proportions ordinaires , c’eût été celui - ci cjui auroit dû être plus élevé , par la raison quêtant plus éloign| de l’œuil du spectateur , il doit perdre davantage de fa hauteur réelle. Nous devons l’avouer ici, à la honte de la plupart de nos Oij Lir Cours Architectes, ils se font des réglés à leur fantaisie , ou plutôt ils n’en suivent aucune ; en sorte qu’ils vont en avant , quitte à convenir ensuite qu’ils se sont trompés ; encore ne font - ce pas les hommes médiocres qui avouent leurs sautes. Nous nous flattons qu’on ne nous soupçonnera pas de faire tomber cette observation fur l’illustre Architecte de Saint-Sulpice, nul n’ayant plus véritablement que nous , honoré ses talents & fa personne : nos remarques fur ses ordres ont amené naturellement cette digression, ainsi que nous nous en permettons quelquefois d’autres , mais toujours d’une maniéré générale, selon que l’occasion se présente , parce que nous les croyons utiles à nos Eleves pour les tenir en garde fur leurs productions futures. D’ailleurs, qu on y prenne garde, nous respectons dans cet ouvrage, comme nous l’avons fait dans la décoration des édifices, dans l'Architecture Françoise, dans l’Ency- clopédie & ailleurs , les hommes d’un vrai mérite , ne nous étant jamais permis de personnalités : lors même quil s’est agi des ouvrages des Architectes subalternes, nous n’avons parlé que de leurs œuvres : fi nous avons rapporté leurs défauts, c’est que notre objet íêmbloit l’exiger. Notre dessein est d’instruire les jeunes Artistes , incapables encore de démêler les beautés d’avec les médiocrités de l’Art ; en un mot, nous le répétons , notre examen, ici comme ailleurs, est impartial , la perfection de F Art est notre seul but, & nous avons toujours pensé qu’il salloit savoir avouer les sautes, comme admirer les beautés. La figure B donne les mesures des quatre ordres du Colisée, bâti au milieu de Fanciènne Rome par les Empereurs Vespasien & Titus, que nous d’Architecture. ri; rapportons d’après Defgodets, dont tous les Architectes connoissent l’exactitude. On fera peut- être étonné de trouver les ordres du Colisée placés ici entre Ceux de nos édifices modernes : deux raisons nous y ont déterminés, 1° parce que nous ne rapporterons que cet exemple où l'on ait employé quatre ordres ; 2° parce qn’on pourra comparer la hauteur de cet édifice , qui passe pour le plus grand ouvrage des Romains , avec celle d’une de nos productions françoises , qui, avec trois ordres seulement, le surpasse de trente pieds , non compris le couronnement des tours ? parallèle qui, ainsi que nous savons déja dit, peut devenir également intéressant, & pour les hommes instruits , & pour ceux qui entrent dans la carrière des Beaux-Arts. De ces quatre ordres le premier est Dorique , le second Ionique , le troisième & le quatrième Corinthiens ; nous observerons seulement que ce dernier est Pilastre, & les trois autres Colonnes engagées. Le Dorique a dc hauteur vingt-six pieds un quart ; l’Io- nique vingt-quatre pieds un pouce deux tiers ; le premier Corinthien vingt - quatre pieds , & le second vingt-cinq pieds quatre pouces un tiers : les différents diamètres cotés fur cette planche , nous dispenseront ici d’un plus long détail. La figure C présente les trois ordres Ionique , Dorique & Corinthien du portail de l'Eglise de Saint-Gervais , bâtie fur les dessins de Jacques Debrosse. Cet édifice a passé & passe encore pour un chef-d’œuvre ; nous y reconnoissons de grandes beautés ; mais il s’en faut bien qu’en examinant ses détails avec attention , il ne perde pas un peu de fa célébrité. Ce n’est pas ici le lieu d’en- trer dans cette discussion : peut-être nos juges trou- 214 Cours veront-ils que nous les faisons trop fréquentes ; mais qu’on prenne garde que le parallèle que nous saisons ici tient autant au raisonnement qu’a.ux éléments de l’Art, & que c est par les observations dont nous usons fréquemment, qu’on parvient insensiblement à allier ensemble, la théorie & l’expérienee. L’ordre Dorique de ce portail est adossé ; nous le désignons ici tel , n’ayant eu pour objet , dans la planche que nous décrivons, que d’ossrir les principales mesures des ordres que nous rapportons ; ces ordres , parla maniéré dont qous les avons dessinés, font plus volontiers ap- percevoir , au premier coup-d’œuil, les masses , les parties principales & les détails ; ce que nous n'aurions pu faire , si nous avions voulu suivre une autre route; elle eût peut-être été plus vraie , mais aussi auroit-elle produit plus de disparité dans ces ordres, mis en parallèle les uns avec les autres. Cet ordre Dorique a environ un .demi module de plus de hauteur que bionique, & celui-ci un diamètre au-delà du Corinthien : rapports, assez inexacts , & qui n’étant pas rachetés par une certaine régularité dans les divers entrecolcnne- ments que présentent ces trois ordres, produisent un défaut de justesse & de proportion dans les ouvertures & les autres membres d’Architecture qui y font placés ; aussi , considérés séparément, ils n’ossrent aucune analogie avec ['expression de chaque ordre, à l’exception de ceux du rez-de- chaussée. D’ailleurs pourquoi le pìeaestal, posé fur l’ordte Dorique , a-t-il le tiers de Ta hauteur de bionique ? & pourcutoi celui du Corinthien lui est-il si sort inférieur en hauteur, ainsi que Ion ordre ? Pourquoi celui-ci encore , quoique délicat, fe trouve-t-ii improprement couronné d’un fronton I>’A R C H I TECTU R ï. 21$ circulaire ? Cette forme à peine tolérable dans une ordonnance rustique, est accompagnée bailleurs de figures gigantesques , qui semblent accabler toute la partie supérieure de cet édifice. Ordres de l’Amphithéâtre de Vérone , du Palais Farneje , & du P a ais Barbarini à Rome. Planche XCI. La figure A donne les mesures des trois ordres Toscans, élevés l’un fur l’autre à ì’amphithéàtre de Vérone , tous trois d’une expression si massive, que nous avions dessein de supprimer cet exemple, comme a fait Chambrai, qui ne cire d’ordre Toscan que la colonne Trajane , la colonne Antonine, & celle qui fut élevée dans Constantinople à TEmpereur Théodofe ; cependant Dei’godets a cru les ordres Toscans de Tamphithéâtre de Vérone, dignes d’en- trer dans ton ouvrage utile. Nous les rapportons d’après lui ; ce monument rustique , élevé dans son origine pour les représentations des combats d’ani- maux , pourra servir, en quelque sorte, de modelé pour la décoration des Boucheries , des Prisons , des Marches publics, qui ne doivent ressembler en rien aux Palais , aux Maisons de plaisance , aux Hôtels , l’ordonnance des dehors devant nécessairement annoncer Tissage intérieur des bâtiments quelle décore ; c’est pour cette raison que nous avons exprimé fur cette figure les bossages, les impostes , la retombée des arcs, &c. La figure B donne les mesures des ordres Dorique & Ionique - Colonnes engagées , & Tordre Corinthien-Pilastre de la façade du côté de la cour O iv îi6 C o v n s du P^Jais Farnese, da destin de Michel-Ange. La hauteur de Perdre d’en bas est égale à celle de Tordre intermédiaire, & le supérieur a environ un module de moins que les deux premiers ; ce qui prouve, en quelque sorte, que de tout temps on a été assez incertain fur les rapports qu’cn devoir donner aux ordres qu’on a eu intention de surmonter les uns par les autres ; ce qui prouve pour notre sentiment de n’cn faire régner qu’un seul dans nos bâtiments, fans empêcher pour cela qu’on ne fasse ceux-ci à plusieurs étages , en convertissant, comme nous lavons proposé , le rez-de-chaussée en soubassement, & le deuxieme çn Attique. Les piédestaux qui se voient ici, sont beaucoup moins élevés que la plupart de ceux des édifices que nous avens parcourus jusqu’à présent, & en cela ils sont beaucoup plus tolérables ; encore désirerions-nous qu’ils fussent réduits en socle, parce qu’un piédestal d’une hauteur peu considérable, divisé par une base & une corniche, ne nréssnse souvent qn’unc Architecture chétive. L ordre Dorique a pour base celle Attique, ainsi que les deux ordres supérieurs ; fa corniche est fans mutules ni denticules; le chapiteau Ionique est antique , &c. La figure C offre les mesures des ordres Dorique & Ionique du Palais Barbarini, du dessin du Bernin, & le Corinthien élevé au-dessus de ces ordres , du destin de Boromini : ces trois ordres ont un rapport plus exact entr’eux que les précédents ; le Dorique a de hauteur vingt-un pieds deux pouces ; Bionique vingt pieds ; le Corinthien vingt-trois pieds six poires un quart; le diamètre inférieur du premie est de vingt-neuf pouces deux lignes ; son fut supérieur de vingt cinq ©'Architecture. 217 pouces un tiers ; le diamètre inférieur du second est de vingt-cinq pouces , son fût supérieur de vingt pouces & demi ; le diamètre du troisième est de vingt-deux pouces cinq lignes ; enfin le Dorique a pour baie celle Attique, & le chapiteau de Vignole ; l'on entablement est (lenticulaire; l’Ionique a auíîì pour base celle Attique, à laquelle Le Bernin a ajouté plusieurs baguettes ; son chapiteau est antique, mais fa corniche n’a r.i modillons ni denticules ; le Corinthien a la base attique, &c. Ordres de la Cour du Vieux-Louvrc , du Château des Tuileries, du Palais du Luxembourg , & du Château de Maijons. Planche X C II. La figure A présente les trois ordres exécutés aujourd’hui dans la plus grande partie des façades de la cour du Vieux - Louvre : nous avons déja donné les mesures des deux premiers , de l’Atti- que & des Cariatides, planche LXXXVIII, & nous en répétons les cotes ici , en ajoutant celles du troisième ordre, pour faire juger plus précisément de la hauteur de cet édifice , comparé avec ce qu’il étoit anciennement. Ce troisième ordre a de hauteur quinze pieds six pouces trois quarts , le piédestal qui le soutient quatre pieds trois pouces : l’entablement a quatre pieds trois quarts , & il est couronné par une balustrade de quatre pieds sept pouces ; en forte que le diamètre d’en bas de ce nouvel ordre, est égal à celui du fût supérieur de celui de dessous , à trois lignes près , n'ayant que dix-huit pouces, & vers son chapiteau seize pouces & demi, ïi8 Cours La figure B donne les mesures des ordres Ionique, Corinthien & Composite du Palais des Tuileries du côté des jardins. Le Composite est couronné d’un Attique; les deux premiers font de Philibert Delorme ; le Composite & F Attique du destin de ^e Veau , lorsqu’on fit à ce Palais des augmentations considérables fous le régné de Louis le Grand. Nous rappellerons ici, avec le plus grand plaisir, l’exécution admirable de Tordre Ionique, perfectionné fous ce dernier Architecte, & dont les ornements font du meilleur choix 8i de la plus parfaite exécution. Peut-être la Sculpture y est-elle un peu trop prodiguée ; mais Ton peut dire que depuis le dessus de la base jusques fous Tarchirrave , cet ordre peut être considéré comme un chef-d’œuvre dont nous n’avons point dexemple dans aucun de nos édifices françois ; {'entablement est aussi profilé dans le meilleur genre, ainsi que les ornements qui y font distribués. Au reste, il faut savoir qu’on remarque dans celte façade deux ordres Ioniques de même diamètre ; Tun bossagé est placé dans le grand avant- corps du milieu, & dans les galle ries qui Tac- compagnent ; Tautre décore les pavillons qui ter- minoient anciennement Tétenduc de ce bâtiment , & c’est de celui-ci que nous parlons ; il est bien supérieur à Tautre, rapporté par Daviler, page 338. L’ordre Corinthien nous paroît inf. rieur en beauté : il semble que TArtiste fe soit épuisé à Tordre Ionique , & qu’il n’ait pu fournir à la richesse de ce second ordre , susceptible cependant, par fa délicatesse , de tout ce que la Sculpture peut produire de plus admirable ; Tordre Composite est à-peu près dans le même cas. D’ailleurs ces ordres ainsi multipliés les uns au-dessus des autres, ont D ’A R C H I T E C T U R E. 219 occasionné dans savant - corps de ce Palais , des entrecolonnements d’une proportion si peu relative au caractère des ordres auxquels ils appartiennent , que les membres d'Architecture & les ornements de Sculpture qui occupent leurs espaces, ont encore plus de disparité que les entrecolon- nements : malgré ces remarques qu’il l’eroit mal de dissimuler , on ne sauroit trop admirer les beautés répandues dans cette belle production , pourvu qu’on fe ressouvienne , en Texaminant avec attention, que ce ne font pas les ornements qui font l’Architecture ; que pour la faire belle , il faut d'abord la dépouiller de tous les accessoires pour en considérer les nus ; qu’après cette épreuve, si les proportions des masses & des pajrdes paroissent à l’Architecte dans un parfait rapport, c’est feulement alors qu’il peut fe persuader que la Sculpture contribuera à la rendre plus belle encore , parce que la perfection de la premiere , réunie avec l’agrément de la seconde , ameneront nécessairement à faire un chef-d’œuvre de cette production. L’Attique a environ la moitié de Tordre de dessous ; cette proportion est celle que nos modernes lui ont assez généralement assignée; mais il auroir été a dossier ici qu’il ne parût pas accablé par le poids immense du dôme qui s’éleve au-dessus. & qui ne peut guère fe trouver placé que lur un ordre régulier, & non fur un Attique. La figure C donne une seconde fois les mesures des ordres du Palais du Luxembourg, dont nous avons déja parlé en décrivant la planche LXXXYTII. 11 s’agit ici feulement des mesures du troisième ordre Ionique-Pilastre , n’ayant donné précédemment que celles de Tordre Toscan , de Tordre Dorique & de l’Àttique. Cet ordre Ioni- no Cours que a feulement de diamètre dix-neus pouces Sc demi, & de hauteur quatorze pieds quatre pouces, par conséquent huit pouces de moins que ì’ordre Dorique de dessous : il est élevé fur un piédestal de même hauteur que celui de l’Attique, ce qui le fait paroítre un peu bas pour cet ordre, n’ayant que deux pieds & demi ; c’est pourquoi il eût été bien que ce piédestal commun, & à un ordre régulier & à un Attique , eût été converti en socle, parce que ce dernier n’ayant point de hauteur déterminée , feroit devenu également propre à servir de soutien à ces deux différents étages ; l’entable- ment Ionique , porté au quart, est couronné d’une balustrade à-peu-près cgale en hauteur. La figure D , en donnant les mesures des trois ordres Dorique, Ionique & Corinthien du Château de Maisons , offre austi l’une des merveilles de notre Architecture Françoise, du destin de François Manlard ; il est peut-être le seul parmi nous qui ait fu réunir tous les talents qui caractérisent le véritable Architecte. Nous sommes bien éloignés de nous croire capable de pouvoir apprécier toutes les beautés répandues dans ce bâtiment j mais nous assurons du moins, que c'est par l’étude réfléchie de cet ouvrage admirable, du Château de Blois & de l’Eglise du Val-de-Grâce , bâtis fur les dessins du même Architecte, que nous nous sommes instruits de la plupart des principes qui fe trouvent répandus dans ces Leçons , concernant la partie de la décoration extérieure de nos édifices : aussi fommes-nous tous les jours étonnés , que d’après de tels chefs - d’œuvre, réunis avec ceux de la porte Saint-Denis par Blondel, du péristyle du Louvre par Perrault, de la façade de la cour du même Palais par Lescot, des Ecuries , de D’ARCHITECTURE. 221 l'Orangerie de Versailles , & du dôme des Invalides par Hardouin, il s’éleve encore à Paris tant d’ouvrages médiocres , & qu’on aille chercher dans les entrailles de Rome , & dans les ruines de la Grece, d’autres chefs-d'œuvre fans doute; mais qui souvent appliqués inconsidérément à nos édifices fans consulter le local, nos matières & nos usages , ne produisent, pour la plupart, que des beautés passagères, tandis qu’assez riches de notre propre fond, nous exposons volontairement par là notre Art à une vicissitude à peine permise dans les ouvrages de pur agrément. II est vrai qu’on peut reprocher à Mansard, ainsi qu a Lescot, d’avoir employé leurs ordres d’un trop petit module , & peut-être de les avoir trop réitérés les uns au-dessus des autres ; mais , d’un autre côté , peut-on fans émotion considérer avec quel art Mansard y est parvenu , lorsqu’on examine à Maisons les transitions fines & délicates qu’il a su employer , pour passer du solide au moyen , & du moyen au délicat. Nous osons le dire ici , personne avant ni depuis lui , n’a poussé si loin cette magie de l’Architecture : de quelle admiration , de quel charme ne sommes-nous pas épris, à l’aspect de ce chef d’œuvre! Combien ne sommes- nous pas convaincus de notre insuffisance, lorsque toutes les années nous nous transportons à Maisons avec nos Eleves, pour nous y convaincre que Mansard est le Dieu de l’Architecture , & que tes ouvrages fournissent le modele le plus parfait à imiter pour ceux qui veulent atteindre à la plus grande célébrité. Que ceux-ci fur-tout y retournent plus dune fois, pour y remarquer la solidité sans pesanteur, la précision de l’appareil íans sécheresse, l’expressìon des profils , qui tous 222 Cours sont excellents, jusque clans les basses - cours, & fur le chaperon des murs de clôture ; enfin la parfaite réunion de l’Architecture & de la Sculpture: toutes deux semblait mues par un seul & même Artiste , elles sont toutes deux de l’exécmion la plus admirable ; & , depuis plus d’un liecle , elles offrent aux regards des Com oisseurs la fraîcheur d’un bâtiment élevé a peine depuis vingt ans. Qu’en un mot, ils y conuaéient l’heureulê proportion qu’ont les combles avec les íaçades : ces combles plus d une sois nous ont confirmé que ce genre de couverture devoir être réservé seulement pour ces efpeces de bâtiments a’habitaticn: qu’ils y admirent encore la belle disposition des dehors , leur symétrie respective , le rapport des parties accessoires qui s'enchaînent dune maniéré inimitable avec les objets principaux: qu’ils parcourent les dedans, non pour y puiser sart de distr buer nos appartements , art inconnu du temps de Maniard ; mais pour y remarquer d’assez vastes pieces , décorées dans le meilleur genre , qui , quoiqn’aneien , nous paroît préférable, à beaucoup d’égards , à tous les ornements futiles qu’on a prodigués chez nous pendant trente années, & peut-être même à ceux qu’on exécute aujourd’hui dans l’intérieur de nos bâtiments ; car nos ornements, pour la plupart, ne font ni antiques, ni anciens, ni modernes, faute de Rappliquer à leur donner un caractère propre à leur destination particulière , au motif qui les amene sor la scène, & à raison des diverses dignités des personnes qui sont bâtir. L’ordre Dorique de ce Château n’a que vingt- trois pouces de diamètre ; bionique vingt pouces, & le Corinthien dix-sept pouces; ces deux derniers ont, vers le tiers de la hauteur de leur d’Architecture. 22Z fut, un petit renflement de chacun un pouce ; ce qui donne à ces colonnes un galbe aussi insensible qu’inréressant, & analogue à leur expression Ionique & Corinthienne : renflement dont on peut faire usage d’après Mansard , pourvu qu’on Tem- ploie avec autant de prudence que ce célébré Architecte ; le seul ordre d’en bas a un piédestal, dont la hauteur est du tiers de la colonne ; Tordre Ionique n’a qu’uri socle de vingt-deux pouces ; le socle du Corinthien a vingt-six pouces un tiers; les trois entablements ont un peu moins du quart de chaque ordre, & chacun de ceux-ci environ un module de moins de hauteur, à mesure qu’ils s’élevent les uns au-dessus des autres : autorités qui, malgré la plupart des exemples précédents, doit servir de réglé à nos jeunes Architectes, lorsque la nécessité les forcera , pour ainsi dire, à élever trois ordres d’Architecture dans leurs façades ; ce que nous ne leur conseillons de faire néanmoins qu’avec beaucoup de circonspection, mais que peut-être nous préférerions à un l'eul ordre , qui embrasse plusieurs étages , pour les raisons que nous en avons dites ailleurs. 224 Cours Ordres Colossaux , élevés su R UN soubassement, faisant PARTIE DE LA DÉCORATION DÉ QUELQU ES-U NS DE NOS ÉDIFICES. Ordres Corinthiens , du Pcrijtyle du Louvre , des Bâtiments de la Place de Louis XV, de la Place de Louis le G r and , &. de l’ordre Ionique de la Place des Victoires. Planche XCIII. La figure A donne les mesures de Tordre Co» rinthien du péristyle du Louvre , du destin de Claude Perrault, qu’il a élevé fur un soubassement auquel il a donné environ les quatre-cinquièmes de la hauteur de la colonne, y compris base & chapiteau. Le soubassement est un peu élevé sans dôme ; mais tîHí îis''^./fc' Vi ìî d’Architecture. *33 CHAPITRE VI. Des Bâtiments d’Habitation, ÉLEVÉS DANS LES VILLES ET a la Campagne. - ' - Des Bâtiments élevés dans les Villes. ------- ",,- < îfaiTB==- -«r==»- > Des Palais. tt jL ES Palais ( o ) sont ordinairement la résidence du Monarque dans la Capitale de son Royaume. On donne aussi ce nom à d'autres bâtiments , qui, selon la dignité des diverses personnes qui lt*S habitent, sont appelés Palais Electoral, Ducal , Pontifical , Cardinal , Episcopal , &c. Nous ne parlerons ici que du caractère quil convient de donner aux Palais Royaux ou Impériaux, les autres édifices de ce genre devant avoir à - peu - près les mêmes ordonnances , en observant seulement plus ou moins de grandeur & de magnifieence , selon que ces mêmes édifices sont élevés à la Ville ou à la Campagne. Dans ces différentes (o) Selon Procope , le mot Palais , vient du nom d’un particulier Grec , appelé Pallas, qui donna son nom à un Palais magnifique qu’il avoir fait élever. Auguste, dit-on , fut auílì Je premier qui appela Palais, la demeure des Empereurs à Rome , élevée fur le Mont, appelé à cause de cela le Mont-Palatirt. 2Z4 Cours circonstances, il faut savoir que la magnificence dont nous parlons ne doit pas déterminer feule le caractère de la décoration extérieure des Palais : la grandeur & la dignité doivent s’annoncer d’a-. bord par l’afpect des dehors du principal corps de bâtiment ; la magnificence au contraire ne doit fe montrêr que par degrés , de la premiers entrée aux cours principales , de la demeure des Officiers à celle du Prince ; & du vestibule à ta gallerie, on doit s’appercevoir qu’on approche insensiblement du trône. Nous ne pouvons néanmoins citer les édifices de ce genre élevés à Paris; celui du Luxembourg, très-bien à beaucoup d’égards, porte un caractère de pesanteur dans son ordonnance extérieure , trop peu conforme au motif qui l’a fait élever. Le Palais Royal auquel on vient de faire des réparations considérables , avoir anciennement à-peu-près le même défaut. Le Palais des Tuileries, où l’on remarque plus ffiun chef-cfœuvrc, est composé, dans fa. vaste étendue de genres d’Architecture , trop disparates pour pouvoir servir d’exemple en pareille occasion. L’ancien Palais de Bourbon , réduit à un seul étage , n’offroit rien avant sa nouvelle restauration de bien satisfaisant. Les Palais Abbatiaux, du Temple, de Saint-Germain-des-Prés , & tant d’autres ne présentent non plus rien dans leur décoration qui annonce un caractère distinctes qui puisse intéresser le génie de nos jeunes Architectes. D’après ce jugement impartial , essayons de déterminer le style qu’il convien- droit de donner en général à ces sortes d'édifices, non que nous voulions prétendre que notre sentiment, à cet égard, doive prévaloir fur celui d’Architecture. 235 des Maîtres de l’Art, qui ont donné les dessins des Palais que nous venons de citer ; mais feulement dans l’intention de porter nos Eleves déja les plus instruits , à réfléchir fur la route qu’ils doivent prendre pour s’assurer du caractère qu’il nous paroît essenciel d’obferver dans les diverses productions de l’Architecture. Pour parvenir à donner de la grandeur & de la dignité aux façades des Palais des Rois , nous croyons qu’il faudroit également éviter de faire usage d’un ordre colossal qui embrassât plusieurs rangs de croisées, tel qu’on le remarque aux ailes ajoutées, fous Louis le Grand , aux façades des Tuileries ; oud’en placer au contraire un a chaque étage, ainsi qu’on le remarque dans l’intérieur de la cour du Vieux-Louvre. II nous semble qu’un seul ordre qui désigneroit la hauteur de l’appartement qu’habite le Prince, devroit suffire ; tel à-peu-près qu’on I’a fait*à Versailles du côté des jardins, si le bel étage a volt plus d’élévation , comparé avec le soubassement qui le soutient, & avec baltique dont il est couronné. Nous croyons aussi qu’il feroit à propos d’éviter les combles apparents qu’on remarque au Luxembourg; que ces fortes d’édifices feroient terminées plus convenablement par des balustrades, comme au Palais Bourbon ; qu’il feroit bien que des portiques amenassent à couvert dans l’intérieur des appartements , comme on a tenté de le faire, mais trop imparfaitement au Luxembourg ; que la cour d’honneur fût précédée par d’autres cours spacieuses, & que des jardins magnifiques annonçassent l’opulence des Grands Seigneurs , qui ont seuls le droit de faire élever de pareils édifices. Nous pensons enfin , que l’ordre Dorique devroit présider dans la rz6 Cours décoration des dehors, le Corinthien & le Composite dans- celle des dedans ; que la Sculpture doit être dune très-belle exécution , & disposée de maniéré à procurer un nouvel éclat à l’Archi- tecture : autant de moyens qui ccntribueroient, du moins nous le pensons ainsi, à déterminer le caractère propre à la décoration des bâtiments des Souverains. Des Hôtels. Les Hôtels (p ) font des bâtiments élevés dans les Villes Capitales , & où les Grands Seigneurs font habituellement leur résidence : le caractère de leur décoration exige une beauté assortie à la naissance des personnes titrées qui doivent les habiter. De la diversité des rangs & de la dignité des sujets du Prince, doivent naître nécessairement les différents caractères qu’il convient de donner à chacun de ces édifices. Le rang du propriétaire eff donc la source où l'Architecte doit puiser le genre de sa décoration. Par exemple , la résidence destinée à l’un des héritiers du Trône, celle d’un premier Ministre , celle d’un Chancelier de France , peuvent s’annoncer différemment ; elles doivent comporter un certain degré de magnificence , qui, comparé avec les décorations de la demeure des Lieutenants Généraux, des Digni- (p) Hôtel du mot latin, Mies , pris ici pour la demeure d’un homme de la première conlidération. On appelle encore Hôtel, de grands bâtiments qui, par leur destination particulière , font nommés, Hôtel - de - Ville , Hôtel Militaire , Hôtel des Monnaies , Hôtel - Dieu , &c. Nous parlerons de ces d:décents genres de bâtiments , en traitant des monuments érigé» pour 1 utilité publique. d’Architecture. 237 taires Ecclésiastiques & des Présidents en Cour Souveraine, doit offrir aux yeux des Etrangers & des Citoyens, l’image des différents ordres d’un Etat policé. Les premieres de ces habitations doivent tenir de la dignité des Palais de la seconde classe , & les deuxièmes être moins somptueuses. On doit remarquer dans la disposition générale de celles-là, à-peu-près le caractère que nous avons désigné pour la demeure des Souverains ; dans celles-ci un style plus simple , mais toujours noble, toujours intéressant. Lorsquil s'agira de la demeure d’un des Chefs des Armées du Prince , on devra affecter , dans les dehors, un caractère martial, indiqué par des corps rectilignes , par des pleins égaux aux vides , & par une ordonnance qui, puisée dans Tordre Dorique, rappelle au spectateur la valeur du Héros qui doit l’habiter. Pour la demeure du Prélat, on peut faire choix da Tordre Ionique, qui, moins íévere que le Dorique, n’en annonce pas moins la déceíce qui doit présider dans la demeure des principaux Ministres de TEglise. Ensin pour l’habitation d’un premier Magistrat , on pour- roit saisir , dans l’ordonnance Composite, fa double application, moyenne & délicate , assez propre , selon nous , à indiquer les différentes fonctions relatives à ce genre de dignité. Ce n’est pas que Tordre Dorique ne puisse convenir également à ces diverses habitations ; mais indépendamment que T Architecte est obligé de varier ses productions , il faut auffi que Tesprit de convenance se trouve assorti aux différents motifs qui lui font mettre la main à l’œuvre. II convient sur-tout clans ces derniers Hôtels , qu’il se garde d’imiter l’opulence fastueuse , qui n’eff rz3 Cours . admissible que clans les Palais des Rois Tínté- rieur des appartements des hôtels dont nous parlons devant être moins vaste , la hauteur de leurs planchers doit nécessairement ausiì produire dans les dehors beaucoup moins d’élévation; il fuit de-là, que st l'on vouloit , pour éviter une Architecture d’un trop petit module, qui distingueroit chaque étage, employer un ordre Colossal qui en embrasse- roit plusieurs, on rifqueroit peut - être de faire parade de l’abus de l’Art, au-lieu de ses préceptes , par la raison que la décoration extérieure doit annoncer Tissage & la destination des dedans du bâtiment. 11 faut aussi prendre garde, dans ces demeures , de taire un trop fréquent usage de la Peinture, de la Sculpture, de la Dorure , &c. les ornements , comme nous savons remarqué plus haut, ne devant jamais caractériser seuls l’ordonnance des bâtiments ; mais feulement embellir & fymbolifér l’Architecture. Passons aux bâtimens particuliers, fous le nom defquels on comprend dissércincs habitations élevées dans les Cités , les unes pour les riches Particuliers , les autres pour la résidence des Négociants, & les dernieres ensin, bâties pour les Commerçants & où ils tiennent leurs manufactures , leurs magasins, leurs atteliers, &c. Des Bâtiments à t usage des riches Particuliers. La décoration des bâtiments des riches Particuliers, doit avoir un caractère qui ne tienne ni de la beauté des Hôtels, ni de la simplicité qu’on doit observer dans les maisons subalternes ; nous croyons que les ordres d’Árctíitectute ne devroient jamais y*être employés ; ordinairement ils n'y occasion- d'Architecture. 239 nent que de petites parties, & ne servent qu’à faire disparoître le vrai genre de la beauté de leur aspect extérieur. Le bâtiment de M. Janvry, rue de Varennes , Fauxbourg Saint-Germain, celui qui fut anciennement bâti, rue des bons enfants , pour M. d’Ar- genson , ajors Chancelier de M. le Duc d’Orléans & restauré aujourd’hui avec peut-être trop de faste pour son étendue; celui que fit élever M. Perrin de Moras, près les Invalides, a présent la résidence de M. le Maréchal de Biron ; enfin les Hôtels de Feuquieres & de Monrbason, Fauxbourg S. Honoré, habités actuellement par des personnes de la plus haute Finance , n’ont point d’ordres dans leurs façades & ne passent pas moins pour de belles habitations exécutées fur les destins des plus célébrés Architectes de nos jours. II est vrai que depuis trente ans on a employé les ordres à quantité d’autres maisons du même genre ; mais qu’on y réfléchisse, celles-ci ont-elles l’avantage fur celles-là ? Et quelles font celles qui doivent paroître le mieux assorties au motif qui les a fait ériger. Qu’on examine dans l’Architecture Françoise la décoration des bâtiments que nous venons d’applaudir, avec la plus grande partie de ceux que nous hésitons de citer : dans les premiers , on observera une certaine simplicité louable à beaucoup d’égards ; dans les autres, on apperçoit à la vérité plusieurs petits ordres-colonnes ou pilastres de dix-huit ou vingt pouces de diamètre, mais qui n’ossrent guere que des pénétrations, des mutilations & de trop petits objets , qu’on cherche à la vérité à éviter de nos jours ; mais on tombe peut- être dans un autre excès, en employant par-tout les ordres, & en leur donnant un air colossal qui 240 Cours anéantit le plus souvent le reste de l’ordonnance ; excès, nous le répétons, dont on reviendra vraissem- blablement, loríqu’une fois nos jeunes Architectes seront bien persuadés qué le premier mérite de l’Art est la- convenance qu on doit observer dans chaque eípece de production ; & que le seul moyen de l’appliquer à toute rigueur, est: d’aslìgnçr à chaque édifice le véritable caractère qui lui convient. Nous estimons que le style le plus convenable pour la décoration extérieure des bâtiments dont nous parlons , doit être puisé dans l'expreííion composite, & qu une fois choisie elle doit être communiquée à la proportion , à la forme & à la richesse des portes, des croisées, des trumeaux, des encoignures, des écoinçons, & généralement à tous les membres d’Architecture, auíîi-bien qu’aux ornements de Sculpture lorsque la nécessité le requiert ; *ce qui peut arriver quelquefois, quoique, selon nous, il ne s’agisse pas dans l’ordonnance de ces sortes de façades, d’employer les colonnes ou pilastres composites proprement dits, mais seulementl’expression du carattere moyen & délicat attribué à cet ordre. Des Bâtiments élevés pour la demeure des Négociants. Les demeures des Négociants ne devroient présenter dans les dehors de leurs façades que lex- pression Ionique ; ces sortes de bâtiments devant différer des précédents, comme nous avons remarqué que les Hôtels dévoient différer des Palais dont il a été parlé au commencement de ce Chapitre. Ici l'Architecture doit, pour ainsi dire, faire tous les frais de la décoration, du moins doit- on n’y admettre des ornements qu’avec beaucoup D’ARCHITECfUítÈ» Î4I de modération , la períection de la main d’oeuvre > la simétrie dans les corps respectifs & l’art de pro- filer, sont les seules ressources qu’il taille employer & qui doivent avoir la préférence fur routes les beautés décrément dessinées à embellir la résidence des grands. La façade d’une maison particulière rue S. Martin, prés la Fontaine Maubuée ; pluíieurs autres rue S. Thomas d u Louvre & dans la rue du Regard i derrière le Luxembourg, sont exécutées dans le genre que nous désirons. Nous citons ici ces différentes façades pour que nos élèves, en les allant examiner, parviennent à fe persuader combien il est essenciel d’assortir le style de leur Architecture , à raison des différentes entreprises qui peuvent leur être confiées un jour : nous les invitons aussi à fe ressouvenir que la plupart de ces productions simples ont été élevées fur les dessins de nos Architectes de la premiere classe ; qu’elses sont approuvées , parce qu’ils ny ont mis que le génie propre à la choie ; différentes en cela de quantité d’autres bâtipients particuliers , où pouf avoir négligé la convenance qui leur étoit propre, l’Architecte semble avoir voulu, contre la raison & souvent contre le gré du Propriétaire, nous offrir plutôt un avant-corps ou un pavillon de trois ou de cinq croisées qui , par leur richesse indiscrète, dévoient appartenir à la façade de quelque Palais ou d’une belle maison de plaisance* Quelle inconséquence ! & combien de tels exemples ne deviennent-ils pas dangereux pour les Elèves , non encore expérimentes ! Passons à présent aux maisons destinées pour les Commerçants; elles doivent montrer encore moins de prétention dans i’ordonnance de leurs façades. Tome II, Q Cours 142 Des Bâtiments dejlinès pour t habitation des Commerçants . Les bâtiments les moins importants, quant à leur décoration , sont, íàns contredit, ceux destinés à l’habitation des Commerçants ; néanmoins ils doivent avoir leur caractère particulier, & une plus ou moins grande simplicité, à raison des différents quartiers où ils se trouvent élevés , ausli-bien qu’une disposition intérieure assortie aux diverses professions des personnes qui les font bâtir; beaucoup de solidité, une économie louable, des corps de logis distribués convenablement, & pour le logement du maître, & pour les magasins où l'on doit déposer les marchandises, ou pour les atteliers destinés à la main d’œuvre ; enfin des cours principales, d’autres destinées pour le service journalier , sont autant d’objets qu’il faut avoir en vue dans la composition d’un tel bâtiment. Un Architecte attentif doit faire enforte néanmoins, lorsque ces édifices de la derniere classe se trouvent placés dans le quartier le plus intéressant dune Cité & qu’ils avoisinent quelqu’édifice de marque , de Rattacher à rendre leur ordonnance extérieure le moins triviale , qu’il est possible, afin d’éviter une disparité choquante qui ne se remarque que trop ordinairement dans les rues des grandes Capitales : ce n'est pas que nous exigions une simétrie absolue entre un bâtiment de ce genre & un bâtiment dune autre efpece ; mais du moins prévenus qu’ils le trouvent répandus en bien plus grand nombre dans nos Cités, cette raison feule doit nous porter à faire en sorte que leur aspect n’ait rien de rebutant. II seroit donc intéressant qqe les ^'Architecture. 143; Architectes choiíìs pour en donner les projets , fussent des hommes d’un mérite reconnu , & d’excellents Citoyens. Une maison sise rue des Mauvaises Paroles , près la vieille Poste , une autre cul-de-sac du Coq , &c. sont peut-être des exemples à citer pour ce genre. Persuadés de ce que nous avançons, nous prendrons foin dans la fuite de ce Cours, de donner les dessins exécutés par leurs ordonnateurs. Quoique ces dessins loient simples, il est peut-être plus essenciel de les offrir à nos Eleves , que tout ce que nous présentent la plupart des gravures dont Paris abonde : compositions arbitraires, incorrectes , & souvent mal entendues, qui toutefois ne font que trop exactement imitées par les hommes médiocres ; ce qu! détourne le plus grand nombre de nos Disciples de la route qu’ils devroient tenir, pour observer dans ces genres de productions la vraie simplicité, l’esprit de convenance & le raisonnement de l’Art, Des Bâtiments érigés a l a Campagne. Des Maisons Royales. Les Maisons Royales ne diffèrent guère des Palais, qu’en ce que ceux-ci font élevés dans les Capitales ; au-lieu que les édifices dont nous parlons le font ordinairement dans leurs environs : raison pour laquelle il convient de donner à l’or- donnance de ces dernieres un caractère moins grave. Dans les Palais conlidérés comme ueux de représentation pour les Monarques, il faut observer un style noble & une magnificence imposante. Dans les Massons Royales, destinée* *euiement 244 Cours dans la belle saison pour la demeure du Prince & celle de ses Courtisans ; il suffit d’y répandre de la grandeur & de la dignité ; ces deux objets surtout doivent se rencontrer dans la disposition ingénieuse du principal corps de lôgis , & des ailes qui doivent l’accompagner ; dans la distribution des cours, des avant-cours & de leurs dépendances. Ces bâtiments sont auífi susceptibles d’un certain agrément qui doit se remarquer dès les premieres issues , par une situation avantageuse , & par l’élégance des formes ; Falpect des jardins qui les environnent, doit auífi s’annoncer d’une maniéré agréable ils doivent être distribués de sorte que l’Art qu’on y a employé , réponde , autant qu’il est possible, aux beautés naturelles des environs ; c’est ce que l’immortel Le Nautre a su faire avec tant d’avantage , particulièrement à Sceaux & ailleurs. Nous pensons que Tordre Ionique doit présider dans la décoration extérieure , Tordre Corinthien dans le dedans : le caractère moyen attribué ait premier , semble permettre un mouvement intéressant & une réitération successive dans les avant-corps & dans les pavillons des façades des dehors ; la délicatesse Corinthienne peut, à son tour , communiquer de Téiégance à l’Architecture intérieure, aussi- bien qu une légèreté raisonnable à la Sculpture destinée à l’embellir encore , & à en relever l’éclat. Nous croyons aussi , qu’en faisant choix de Tordre Ionique, il conviendrait d’éviter remploi du chapiteau antique ; il est d’une forme peut-être trop sévere. Nous ne ferions pas non plus d’avis qu’on employât celui de Scammozzi, plus propre pour les dedans que pour les dehors , celui connu sous le nom de chapiteau de Michel-Ange , d'Architecture. 14 s phis mâle que les précédents, nous paroít plus convenable ; mais alors cet ordre demande à être couronné par l’entablemenr modillonaire de Palladio ; car il nous paroít que lorsqu’on fait des changements dans une partie de Tordre, toutes celles de son ordonnance doivent se ressentir de ces mêmes changements, si l’on ne veut pas risquer d’allier les contraires ensemble. A l’égard de Tordre Corinthien que nous proposons pour les dedans des Maisons Royales, nous estimons qu’il ne doit présider véritablement que dans les pieces principales de L’édisice , l'on expression suffisant dans toutes les autres, à Tex- ception des vestibules & des premières antichambres , qui, comme subalternes, doivent avoir, un style différent , à raison de la matière employée dans leur revêtissemenu Avant de passer au caractère qu’il convient de «lonner aux édifices connus fous le nom de Châteaux , nous croyons devoir dice, rju’assez, généralement on donne le nom de Maison Royale à tous les édifices considérables destinés à la résidence des têtes couronnées; mais que néanmoins ceux élevés dans les Capitales , ainsi que nous lavons déja observé, font appelés Palais pro- prements dits ; ceux érigés à la Campagne , tels que ceux dont nous parlons, font nommées Maisons Royales, & qu'on appelle Châteaux , ceux qui, beaucoup plus éloignés du sein des Villes que les précédentes , ne font guère fréquentées par le Prince que dans une saison de Tannée ; c’est pourquoi chacun de cés bâtiments doit s’anncncer différemment, comme le Louvre & le Palais des Tuileries diffèrent des Maisons Royales de Choisi. 246 Cours & de Marli , & que celles-ci diffèrent des Châteaux de Fontainebleau, de Compiegne, &c. Des Châteaux. Les Châteaux {q), selon la sigmfication qu on donne aujourd’hui à ce mot , peuvent aussi être compris dans le dénombrement des édifices destinés à la demeure des Souverains ; comme tels ils deviennent des bâtiments de la premiere importance. C’est dans ces habitations du premier ordre, que le Monarque va se retirer loin du tumulte des Cours où il fait la résidence ordinaire. L’ordonnance de la décoration répandue dans leurs façades, doit avoir néanmoins un caractère de virilité dans ses masses & dans les parties qui en émanent. Ici il convient de faire usage de pavillons saillants & d’avant- corps décidés par des formes qùadrangulaires & rectiiignes : des fossés peuvent les entourer, & leur fol être élevé fur des terrasses du côté des Jar- *■ dins. Nous croyotis que leur partie supérieure seroit terminée plus convenablement que tout autre édifice, par des combles apparents ; enfin que les dômes à Impériale , ainsi que les lanternes & les plates-formes peuvent entrer dans leur décoration. Certainement, du moins nous le pensons ainsi , c’est par l’application réfléchie des différents corps d’Architecture , avoués par les Maîtres dp l’Art , quon peut seul parvenir à donner à chaque bâtiment un caractère relatif à son espece particulière. Par exemple, selon nous, ( q ) Château , du latin Castellutn , qui autrefois signifioit jiíticu Bourgade. I»’A R C H IT E C TU R E.' 247 test une erreur de vouloir se persuader que les soubassements, les attiques, les niches, les frontons , les balustrades, ainsi que les autres membres, dont nous avons donné les définitions dans le premier volume de cet ouvrage , Chapitre III, puissent tous entrer indistinctement dans la décoration d’un même bâtiment. N’est-il pas plus raisonnable au contraire de chercher dans la convenance de l’édifice, à faire un choix judicieux de ces différentes parties, qui employées léparé- ment & selon le genre d’habitation , contribue- roient à répandre plus de variété dans les différentes productions de l’Architecte. Les Attiques en particulier ne pourroient - ils pas être destinés à faire pyramider les avant - corps des Palais & des autres édifices de la premiere considération? les soubassements être réservés pour les Places & les Fontaines publiques ; les frontons & les niches être appliqués aux frontispices de nos Temples ; les balustrades être employées pour couronner les Palais des Souverains ; les combles & les plates-formes pour caractériser la décoration extérieure des Châteaux; les dômes & les lanternes pour les Eglises en rotonde ; les amortissements pour terminer la partie supérieure des avant-corps des maisons Royales ; les terrasses & les fossés pour élever & entourer les maisons Seigneuriales ; les bâtiments à un seul étage pour les jolies habitations situées près des Capitales ; ceux à un étage & un attique pour les maisons des riches particuliers bâties à la campagne; ceux à deux étages réguliers , pour les Hôtels des Grands Seigneurs ; enfin ceux composés d’un soubassement , d’un bel étage , & d’un attique pour les belles maisons de Plaisance ? Au reste nous ne pré- r^8 Cours tendons pas qu’on doive toujours employer ces différentes parties de l’Art aux bâtiments que nous venons de citer, on peut ajouter ou soustraire aux indications que nous faisons ici ; aussi ne les présentons-nous que pour offrir à Vidée de nos Elevés , à - peu-près la marche qu’ils doivent suivre dans leurs compositions. Pour les convaincre d’ailieurs que supplication ds certains corps ou membres d’Architecture peut contribuer à donner à chaque édifice un caractère distinctif, qu’ils le rappellent l’ordonnance extérieure de quelques-uns de nos bâtiments, où l’on a négligé d’employer convenablement cès différents objets ; il leur fera ailé dc s’appercevoir que la plupart de leurs Ordonnateurs, faute d’avoir bien conçu la nécessité d’un choix judicieux dans les malìès & d’une répartition sage & réfléchie dans les parties, ne nous ont offert le plus souvent que l'abus de l’art & non la véritable beauté de l’Architecture. En effet, à l’exception du Château dc; Maisons, du péristyle du Louvre &. de quelques autres édifices de la premiere considération , élevés par nos plus célébrés Architectes François, qui s’annoncent au premier coup d’oeuil pour ce qu’ils sont; nous sommes forcés de convenir que quantité d’autres bâtiments , quoiqu’estimables à beaucoup d’égards, pêchent essencieiiement contre Je caractère qui leur est propre. Permettons-nous quelques citations : le Château neuf de Meudon ne préfente-t-il pas plutôt la décoration d’une belle Manufacture qu’un Château proprement dit : la façade du côté des jardins à Versailles semble plu'Qt annoncer une magnifique maison de plaisance , d’une très-vaste étendue , qu’un Château ; eçluì de ôççaux, du côté clç Ventrée, offre la dé- D’ÂRCtìlTECTURE. 2^9 eoration d’yne maison Abbatiale, & dn côté des jardins à peine celle d’une maison Bourgeoise à Iq, campagne ; le Château de Blois , fi estimable bailleurs , ne conserve son caractère que par la partie cle ses combles & celles de ses terrasses escarpées. Nous en pourrions dire autant dune infinité d’au- tres bâtiments de genres différents ; mais nous nous contentons de rapporter ce petit nombre d'exetriples pour rappeler encore une fois à nos Eleves que fans le caractère propre de l’édifice, il n’est point de belle production en Architecture. Au reste, nous ne leur recommandons pas moins l’exa- men de ces différents modelés ; souvent dans ceux même d’une certaine médiocrité, il est des beautés de détail qu’ils ne doivent pas perdre ; elles leur serviront au besoin , elles leur fertiliseront l’imagina- tion ; & les licences qu’ils y remarqueront, les mettront du moins à portée de les éviter dans leurs projets ; enfin, ils y démêleront ce qu’ils doivent imiter , ce qu’ils doivent rejeter, & y apprendront que lc grand art de l’Architecte consiste dans la juste application des préceptes reçus & dans remploi des membres les plus approuvés & les mieux assortis à la convenance de l’édisicç. Des Maisons de Plaisance. Les maisons de Plailance font celles où les personnes de considération vont ordinairement fe délasser des occupations qui les appellent à la Cour , ou qui par état les retiennent dans les Cités. Elles doivent différer des maisons Royales par une moindre étendue, & par un caractère d'ordonnance qui tienne tout ensemble & de la beauté dont la résidence des grands est susceptible, & de l’éçonomie ijo Cours qu on doit observer dans les maisons de Campagne des Particuliers. Le local des maisons de Plaisance, l’aspect du principal corps de logis & la disposition de leurs dépendances, doivent beaucoup contribuer à désigner le rang des personnes qui les font élever. L’ordre Ionique avec le chapiteau de Scam- mozzy, peut aulîi entrer dans l’ordonnance de leur décoration ; mais on doit éviter dans les dehors, ainsi que dans les dedans, d’y trop multiplier les membres d’Architecture & les ornements de Sculpture ; il faut qu’ils y soient amenés nécessairement & par l’expresiion de Tordre & par l’esprit de convenance ; autrement on n’y remarque plus qu’une richesse indiscrète , toujours contraire aux préceptes & au goût de l’Art. II faut prendre garde encore qu’un bâtiment de cette espece qui, préli- minairement seroit fixé par le Propriétaire à vingt toises de face, ne reçoive pas alors de la part de P Architecte autant d’avant-corps que celui auquel il auroit pu donner trente , quarante ou cinquante toises ; put la raison que les ressauts , bien loin de procurer aux façades, peu considérables , une véritable beauté ; leur multiplicité, au contraire , contribue à resserrer leurs limites : d’ailleurs, il est bon de réserver cette ressource pour les édifices de quelque importance, dans lesquels on peut apporter , par rapport à leur étendue, une réitération plus fréquente de ces corps, dans l’intention de donner un certain mouvement à la décoration de l’édifice. La maison de plaisance de M. le Prince de Conty, connue sous le nom de Château d’Issy , celle de Madame la Maréchale de Luxembourg à Montmorenci, & celle de M. le Prince de Sou- bise à Saint-Ouën , font des habitations du genre dont nous parlons. D’ARCHITEC TURE. 2.JI Sous le nom de maison de plaisance, on comprend quelquefois aussi les maisons bâties à la campagne pour les riches Particuliers. Celles-ci doivent différer des premieres par une décoration plus simple encore, quoiqu on doive y remarquer un style agréable dans la décoration , & un mou-' vement intéressant dans la distribution extérieure des principaux corps de logis & de leurs dépendances. On peut ranger encore dans la classe des maisons de Plaisance , celles ordinairement connues sous le nom de Petites Maisons-, le caractère de ces jolies habitations doit se puiser dans le genre agéable, puisqu elles sont destinées pour la plupart au délassement & pour la retraite des personnes aisées & des hommes du monde. Ici les ordres d’Architecture délicats, les ornements de Sculpture les plus intéressants, les statues, les bas-reliefs, les trophées les plus élégants doivent briller dans les dehors; la peinture, la dorure, les glaces dans les dedans ; les beautés du jardinage, l'effet séduisant des eaux , les berceaux de treillages naturels & artificiels ; enfin tout ce que peut offrir d’ingénieux le ciseau des plus habiles Artistes doit être employé dans les promenades de ces demeures consacrées au plaisir & à la liberté; néanmoins ici, comme par-tout ailleurs, il faut savoir éviter tout ce qui peut avoir trait à la licence ; f Architecte instruit ne doit jamais user de ces ressources honteuses ; jamais il ne doit permettre aux autres Arts qu’il associe à ses besoins, aucune liberté de cette eipece. Les indécences sont plus capables de révolter la pudeur des personnes de dehors qui les viennent visiter, que de leur annoncer le génie des hommes à talents. Une des plus jolies & des plus estimables productions rsr Cours en ce genre , qui se soit élevée de nos jours » est celle de M. de la Boistìere à Paris, près la barrière Blanche , dont la disposition , le goût & la beauté des détails , décèlent l’intelligence des Architectes qui en ont donné les dessins. Des Maisons de Campagne. Une maison de campagne, comme nous l’enten- dons, est celle qu’un simple Particulier fait construire près de la Capitale, pour aller s’y délasser des travaux du cabinet ou des foins du commerce, telles qu’il s’en voit plusieurs aux environs de Paris , entr autres celle bâtie pour M. Calepin à Auteuil, & une autre à Charonne , habitée aujourd’hui par M. Dumas, Notaire. Une maison de campagne , proprement dite, est encore celle qu’un pere de famille fait bâtir avec beaucoup d’économie à quelque distance de la Ville qu’íl habite , pour veiller lui-même au soin de son Domaine, St dans la construction dc laquelle donnant tout à futile & rien au superflu, il se contente d’un seul corps de logis pour lui & les siens , portant toute son attention aux bâtiments qui en dépendent, destinés séparément à contenir la récolte des grains, des fourages , ainsi que les animaux domestiques, & généralement tout ce qui concerne les détails de la vie champêtre. d’Architecture. •« 2*U+, *53 CHAPITRE VIL Des Monuments élevés POUR LA MAGNIFICENCE. Indépendamment des édifices destinés à l'habitation des têtes couronnées , il est des monuments qui annoncent encore plus spécialement la gloire & la magnificence des Monarques, ainsi que la splendeur des Cités où ces monuments se trouvent élevés. De ce nombre, font premièrement les monuments durables, tels que les arcs de triomphe, les portes triomphales,les places royales, les obélisques & les théâtres ; secondement les édifices élevés en charpente à l’occasion des fêtes publiques , enfin les décorations employées pour les pompes funèbres. Essayons de donner une idée des différents caractères qui conviennent à la décoration de ces divers genres de monuments , qui, chacun en particulier, doivent annoncer le plus grand éclat , & manifester plus que tous les autres édifices les talents supérieurs-des Artistes & le goût des Nations qui les font élever. Des Monuments durables élevés dans les Cités. Des Arcs de Triomphe. Les arcs de triomphe, élevés dans les grandes Capitales, font des monuments qui tiennent le T 254 Cours premier rang dans les différentes productions de l’Architecture. Ordinairement on les construit avec i la plus grande solidité, & son y emploie les matières j les plus durables & les plus précieuses , parce j qu’étant destinés à célébrer les vertus des Héros , ils doivent servir à annoncer à la postérité leurs exploits les plus glorieux. Assez souvent ces sortes de monuments se placent à l’entrée des Villes , & leur composition est déterminée par un grand arc ou archivolte qui décide leur principale ouverture. Nous croyons que Tordre Composite de- vroit présider dans leur décoration ; cet ordre dont les ornements font plus arbitraires & moins délicats que ceux du Corinthien, procureroit nécessairement à TArchitecte les moyens d’amener fur la scene les différentes allégories convenables aux divers motifs qui font élever ces sortes de monuments. Le plus célébré qu’011 ait vu à Paris est celui du Trône , dont le modele en plâtre fut exécuté de grandeur réelle, à Textrêmité du Fauxbourg S. Antoine. Cet édifice, digne à la fois de la magnificence de Louis le Grand & du génie de Perrault, qui en fut TArchitecte , a été gravé par le Clerc, & reproduit dans l’Architecture Françoise , ainsi que nous Tavons rapporté, page 106 de ce volume. D ’A RCHI TE C T U R E. rZ5 Des Portes Triomphales. Les portes triomphales font des especes d’arcs de triomphe qu on éleve dans les Villes libres : elles font ordinairement décorées d’une ouverture plein cintre qui se termine fous le grand entablement, tel qu’on voit à Paris celles de S. Martin, de S. Antoine & de S. Bernard , mais plus particulièrement celle de l’entrée du Fauxbourg S. Denis , une des plus célébrés productions de notre Architecture Françoise , élevée sur les dessins de François Blondel. {q) Ces portes alors ne font plus considérées comme devant servir de sûreté ; elles ne fervent qu’à séparer la Ville d’avec ses Fauxbourgs; lors de leur érection , on saisit quelque action d’éclat qui, par le ministère de la Sculpture, symbolise ces monuments du second ordre, lesquels considérés comme tels, doivent avoir moins de richesse & un caractère plus grave que les arcs de triomphe, proprement dits. Ici Tordre Dorique ou fa feule expression doit être préféré à l’ordre Composite ; la virilité Dorique, & les ornements quelle amene fur la fcene étant plus propres que tous les autres à exprimer un genre d’ordonnance noble & simple. Ce n’est pas que s’il s’agissoit d’éri- riger un pareil édifice à la gloire d’une Impératrice , d’une Reine mere ou de la Régente d’un Empire , fous les regnes defquelles eut été publiée une paix durable , contracté une alliance auguste, (q) La porte S. Martin, quoique inférieure en beauté à la porte Saint-Denis , ne laille pas d'être une belle production du génie de Bullct. Voyez ces deux portes triomphales, gravées dans le troisième volume de TArcbitecture Ftanjoiíe. 6 Cours on remporté une victoire signalée, on ne pût em* ployer Tordre Ionique , ou même Tordre Corinthien , ;au lieu du Dorique : bien loin que ce nouveau choix blessât les Loix de la convenance , il justifieroit au contraire le raisonnement de TArchs . recte. Ilimiteroit les Grecs qui n’employoient leurs dissérents ordres, qu’à raison du motif qui leur faisoit élever leurs monuments ; nous savons dit ailleurs , nous le répétons : vouioient-ils ériger un temple à Jupiter, à Hercule, à Mars, ils préfé- roient Tordre Dorique : s’agissoit-il du Temple de Cybele , de Minerve, de Junon , ils y plaçoient Tordre Ionique ; enfin ils faiíoient usage de leur ordre Corinthien, pour décorer les Temples de Diane, de Vesta, d’Hébéj&c. En un mot, ils vouloient que la décoration extérieure des façades annonçât Tusage de ledifìce. Pourquoi ne ferions-nous pas comme eux? & pourquoi ne puiserions-nous pas dans la convenance du monument & dans le raisonnement de Ta r t , un style vrai , qui annonceroit au Spectateur des productions qui Tembleroient n avoir pris leur source que dans le motif de leur érection ? Des Places Royales & des Monuments qu’elles contiennent. On construit dans les grandes Villes plusieurs especes de places : les premieres appelées Places Royales , sont érigées à la gloire des têtes couronnées ; les autres connues sous le nom de places publiques sont destinées au commerce , pour les marchés, les foires, &c. Nous parlerons de ces dernieres en traitant des bâtiments d’utilité. La situation St la disposition dune place royale sont b’ÂRCHITECT'PRÉ. 2$*f sont des objets qui exigent la plus. grande attention. Paris qui renferme tant de beaux édifices, ne nous offre néanmoins rien de bien satisfaisant à cet égard: la place royale (r) ne nous présente qu’nn assez vaste préau entouré de bâtiments d’une ordonnance qui ne répond guere à la dignité du monument qu’elle contient: la place de Vendôme (s) nous offre plutôt une très-grande cour qu une Place Royale , proprement dite : la Place du Pont Tournant (r) une grande esplanade : celle de Henri IV (u) un carrefour heureusement situé, mais peu digne du Héros qui y est représenté : celle des Victoires (x'), quoiqu’un peu petite , est donc la feule qui puisse être regardée comme une vraie Place, parce que fa situation, ses percés , ses issues présentent assez bien l’idée qu’on en doit concevoir. A l’égard de son peu de diamètre , il faut se rappeler qu’elle fut érigée à la gloire de Louis le Grand par la Ville de Paris, à la sollicitation du Maréchal de la Feuil- lade qui fit lui-même les frais de la statue pédestre qu’on remarque au centre : trait patriotique qui fait beaucoup d’houneur à ce digne Citoyen , & (r) Cette Place de 71. toises de diamètre , fut ordonnée paf Henri IV , & bâtie far le terréin de 1 ancien Palais des Toui> nelles. (s) Cette Place fut érigée en 169- à la gloire de Louis X IV , par ia Ville de Paris, fur ks delíins de Julcí-Hardouia Mansard. ( t ) Appelée aujourd’hui Place de Louis X V, vient de sc construire par la Ville de Paris, fur les dessins de M. Gabriel , premier Architecte du Roi. (u.) La ílatue de Henri IV fut élevée en 16 3p fur l’éperon du Pont-Ncuf, où elle fe volt aujourd’hui. (*) Cette Place fut construits en iíS} fur ks dessins de de Jules-Hardouiu Mansard. Tomcil. R r;8 Cours qui doit servir d’excuse au peu d’espace quelle occupe ; l’ordonnance & la disposition de cette place n’en doivent pas moins servir d’exemple à nos Eleves. Ce qui fait donner à ces places le nom de Places Royales , ce font les figures équestres ou pédestres de nos Rois qu’on y eleve : nous pensons que ces dernieres doivent être préférées lorlqu’il s’agit de préconiser les vertus pacifiques du Prince, & les équestres lorsqu’il s’agit de célébrer la valeur des Héros ; que dans ce dernier cas, ils doivent être vêtus cî’une maniéré conforme à l’habil- lement qu’ils portent à la tête de leurs armées, & non à la Romaine ; que dans le premier les statues pédestres doivent être chargées d une draperie semblable à celle du Monarque dans les cérémonies d’éclat. Cette idée n’est pas neuve, d’autres Auteurs l’ont eue avant nous ; mais c’est peut-être ici l’oc- casion d’appuyeríur cet objet, plus intéressant qu’on ne s’imagine ordinairement : qu’on y réfléchisse, le costume observé dans la puiparr des statues & des bas reliefs antiques n’a pas peu servi à éclairer certains faits historiques que la nuit des temps auroit laissé ignorer à nos Ecrivains ; (bailleurs on fait que lorsque les Grecs ont voulu perpétuer le souvenir de leurs grands princes, ou de leurs Concitoyens révérés, ils n’ont eu garde de draper leurs statues à la maniéré Egyptienne ; les Romains à leur tour, ont souvent évité de suivre dans l’atti- tude& le vêtement des statues de leurs Empereurs, le style des Grecs. Pourquoi n’en pas user à cet égard comme eux ? Pourquoi nos mœurs , nos wiages, nos armures , n etant pas les mêmes que celles des Nations qui nous ont précédés, ne cher- cherions-nous pas à produire dans les statues dont d’Architecture, 259 nous parlons, des chefs-d’œuvre d’un autre genre, plutôt que de froides copies : imitation servile , nous osons le dire ici, qui nous tiendra toujours au-dessous de nos modelés, & ne présentera que très-imparfaitement aux siécles à venir, ce que peut le génie de nos Artistes qui, en toute autre occasion , donne le ton aux Peuples de l’Europe, où les beaux Arts font en vigueur. La statue pédestre qu’on voit à la Place des Victoires est fans contredit de toutes nos statues héroïques celle qui nous paroît la plus convenable, & dont la draperie nous semble la plus relative au motif qui l’a fait ériger. Les statues pédestres de Trajan & d’Antonin à Rome, font non-feulement pour nous autant d’autoriîés ; mais on peut remarquer que presque toutes celles qui viennent d’être jetées en fonte ou exécutées en marbre dans la plupart des Capitales de nos Provinces , font pédestres , & que leurs attributs font puisés dans les vertus du Héros ou analogues au commerce , à la navigation , aux sciences, aux arts, qui fleurissent dans ces différentes Cités. D’ailleurs les statues pédestres ou équestres, font-elles les seules qui puissent nous offrir la représentation du Prince ? Pourquoi ne les plaçeroit-on pas fur n n Trône, dont les gradins l’éleveroient au-dessus du fol où circule le Peuple? fy) Pourquoi encore entourer ces monuments de grilles de fer, dont la futilité s’accorde mal avec la dignité du sujet ? (y) On a proposé, pour la Place de l’Hôtel-de - Ville de Rouen , d'élever la statue du Prince , qui doit être placée au centre íur un bouclier portée par des Soldats : cette idée est heureuse , mais elle ne nous paroît pas propre à être exécutée pour un monument durable. Car quelque idée que nous nous R ij a.6 o Cours Pourquoi ne pas poser une Garde qui, veillant sarts cesse à la conservation de ces monuments de magnificence, ordinairement le chef-d’œuvre des Sculpteurs les plus célébrés, contribuerait aussi à honorer le Monarque dans fa représentation ? Pourquoi ne pas environner ces statues de fossés dune certaine largeur, lesquels feraient revêtus de balustrades & dont les piédestaux recevroient des attributs de Sculpture , relatifs au motif de lerec- tion de ces lottes de monuments ? Moyens divers qui tous contribueroient peut-être à leur assigner un caractère significatif. Ncns avons déja observé que les Places, au centre desquelles ces monuments font élevés, doivent être spacieuses & bien percées ; nous dirons ici que la hauteur des bâtiments qui les environnent doit avoir à peu-près le quart de leur diamètre ; qu un ordre Colossal élevé fur un soubassement, beaucoup moins convenable en toute autre occasion , est ici le lieu où il devroit être employé; les grands ordres , y devenant nécessaires à cause du point de distance d’où les façades doivent être apperçues. II est vrai que les deux rangs de croisées que cet ordre embrasse ordinairement ne peuvent guère conserver de rapport avec le module de Tordre ; mais du moins est-on forcé de convenir de la nécessité où s’est trouvé TArchitecte de faire usage de cette disparité, par la raison qu’au- trement il nauroit pu accorder la réitération des formions de la solidité de la matière, elle ne nous guérit pas de l'inquiétude de voir le Héros exposé au mouvement involontaire du Soldat qui le soutient; St autant qu'il est possible, il faut mettre de la vrailsemblance dans la représentation des monuments qui intéressent la Nation. n ’ Architecture.' í6t étages intérieurs avec l’élévation qu’il lui étoit indispensable de donner à l’ordonnance extérieure des bâtiments ; bailleurs qu’on ne s’y trompe pas, de ce contraste peut naître un caractère spécial pour ces sortes d'édifices, qui tenant à la fois & des monuments élevés pour la magnificence, &: des bâtiments d'habitation, peut offrir , au premier coup - d’œuil, cette double application , interdite dans toute autre circonstance , mais qui peut s’au- toriser ici, ainst que dans plusieurs autres édifices publics dont nous parlerons ailleurs. Des Obélisques» Les Obélisques sent des monuments ordinairement construits de matière précieuse , & destinés à embellir les Places publiques. Au pied de ces monuments on- introduit quelquefois des soubassements d'Architecture & de Sculpture , d’oìt s’échappent des torrents , des napes & des eaux jaillissantes : íur les piédestaux ou socles distribués fur ces soubassements , on place aussi des groupes de figures , en pierre , en marbre ou en bronze » des trophées , &c. Les plus célébrés exemples que nous connoissions en ce genre, sont premièrement rObélisque élevé à Rome , connu sous le nom c!e la Fontaine du Cavalier Bernin , parce que ce célébré Artiste a élevé cet Obélisque sur un rocher percé à jour , & orné les quatre angles de ce rocher de figures traitées de la plus grande- maniéré : secondement celui que Fontana fit dresser par ordre de Sixte-Quint en 1586, dans la place de Saint - Pierre : monument considérable- dont nous avons parlé dans l’Introduction du premier volume , page 16. 2 6 ì Cours Ces sortes de monuments de magnificence, font peu d’ufage chez nous , quoiqu’il s’en voie un dans Arles, dont nous avons aussi parlé ; on ne ne les éleve guère que pour futilité , tels qu’il s’en remarque, exécutés seulement en pierre , sur nos grands chemins ou dans nos forêts , comme dans celle de Fontainebleau, dans le bois de Boulogne , dans celui de Vincennes & ailleurs. La hauteur de ces sortes de monuments, comparée à leur largeur , a paru jusqu’à présent allez arbitraire à nos Architectes. Si cependant il s’agissoic d’élever un de ces Obélisques pour la magnificence , ou tout de marbre , ou seulement par incrustation , nous estimons qu’il seroit intéressant pour les Artistes qui en seroient chargés, de ne pas ignorer la dimension que leur donnoient les anciens. Voici ce que rapporte à ce sujet M. Savé- rien ; savoir que leur élévation avoir, dans presque toutes les occasions , neuf ou dix fois la largeur de leur base , & que leur sommet étoit réduit à la moitié au moins, ou aux trois-quarts au plus de cette même base. Quelques Architectes ont fait entrer l’applica- tion des Obélisques dans l’ordonnance de la décoration de leurs édifices. François Maníard en a fait usage au frontispice de i’Eglise des Feuillants ; M. Cartaud à celui de l’Eglife des Petits Peres ; François Bìondel a pratiqué des pyramides en bas- reliefà la principale décoration de fa porte S.Denis. Plusieurs de nos célébrés Sculpteurs les ont aussi employés dans la décoration des Cénotaphes , tels qu’il s’en voit dans la Chapelle d’Orléans aux Cé- lestins, D’après ces divers exemples , nous observerons que les Obélisques étant destinés tantôt à perpétuer la mémoire des Héros, tantôt consacrés d’Architecture. r6z â la Religion, & ayant dans l’un ou dans l’autre cas pour objet de présenter au spectateur l'idée de 1’immortalité ; il saudroit, dans le premier, ne les employer qu’en grand, isolés & dans des lieux spacieux , tAs que ceux qu’on volt en Italie ; dans le second, les préférer en bas-relief, pour éviter ici de confondre la réalité avec l’iinage , & ne pas faire usage du même genre de décoration dans des édifices de genres différents : attentions auxquelles on ne réfléchit peut-être pas affez ; ce qui nous fait remarquer tous les jours des attributs pro- phanes , appliqués aux monuments sacrés, & les attributs sacrés, aux simples édifices d’habita- tion. Dans ces derniers , au-lieu d’employer des Obélisques ou Pyramides, symboles de la gloire des Princes, nous leur préférerions une colonne héroïque, chargée de bas-reliefs, comme celle de Trajan, qui indiqueroit les principaux exploits du Héros-, & dont la statue couronnèrent le monument , au pied du quel nous placerions une fontaine qui contribueroit à annoncer l’abondance que le Prince doit répandre fur ses peuples ; autrement les Obélisques, nous osons le dire ici , ne peuvent jamais passer pour un ouvrage du génie, mais seulement comme une grande entreprise qu’il n’appartenoit qu’aux Romains de mettre en œuvre, après avoir dépouillé les Nations qu’ils avoient vaincues, mais qui chez nous fera toujours fans mérite , faute des matières précieuses qui en fai- foient tout le prix. Des Théâtres. Rien ne contribue tant à la magnificence des- rdtés, que les Théâtres publics : ces édifices doivent annoncer par leur grandeur & leurs dií~ R iv r§4 Cours position extérieure, limportance des Villes où ils le trouvent élevés. Four la commodité des Citoyens & des Etrangers , ils doivent être isolés de toute part, & être environnés demies qui facilitent la circulation des voitures : des portiques à rez-de-chaussée doivent communiquer dans tout sintérieur, & mettre à couvert dès Fextérieur, les personnes qui arrivent avant le spectacle. Au- dessus de ces portiques doivent être pratiquées des terrasses ou colonades ; pour que dans la belle saison, pendant les entr’actes, on puisse du dedans venir dans les dehors prendre l’air & jouir du çoup-d’œuil des équipages qui se rassemblent au pied de Fédífice , pour venir reprendre les spectateurs. Une belle simplicité doit faire tous les frais de la décoration extérieure des façades; au contraire, la magnificence doit éclater dans les dedans ; c'est ici qu’il faut mettre en œuvre les prestiges de l’Art. Au reste , il faut entendre que la simplicité que nous recommandons dans les dehors, n'exclut ni le rapport des masses, ni l’accord des parties, ni les beautés de détails : le frontilpice peut même être décoré d’ordres d’Architecture, parce que ces sortes d’édifices, élevés pour l’amuse- ment des Grands & le délassement des Particuliers , doivent toujours s’anrioncer d’une maniéré intéressante. Les combles peuvent être apparents; la nécessité des cintra élevés au-dessus du Théâtre , en faisant, pour ainsi dire , une obligation ; mais il faut avoir soin de les disposer de maniéré que leur forme, loin de défigurer Fordonnance des façades, contribue à les caractériser. La décoration extérieure des Théâtres consacrés au lyrique, au tragique , au comique , doit; d’Arch itecture. 16s pnr son aspect s’annoncer différemment; le caractère de leur Architecture & les symboles de la Sculpture doivent indiquer au premier coup d’œuil le genre de spectacle auquel ces édifices font destinés. A l’égard de leur intérieur, qui nous parole plus essenciel, ce seroit de chercher à accorder plus qu’on ne fait ordinairement, le lieu de la scene , proprement dit§ , avec la disposition du proscenium ; communément celui-ci ne semble appartenir, ni au Théâtre, ni à la Salle où se tiennent les Spectateurs, défaut qui provient souvent du peu d’at- tention de leur Ordonnateur & du peu de terrein qu’on accorde dans les Capitales pour la construction des Salles de Spectacles , économie mal entendue qui ne peut se concilier avec la nécessité où Ion est souvent d’y rassembler une aussi grande quantité de Citoyens & d'étrangers. En général nous pensons que rintérieur de la Salle de ces sortes d’édifices devroit être de forme circulaire ou elliptique de préférence à celle oblongue qu’on leur a donnée jufqu’à présent ( £) : que leur partie supérieure devroit être décrite par une courbe surbaissée & non terminée par un plafond; les angles droits que forme celui-ci, r/interrom- (î ) Nous exceptons avec le plus grand plaisir de ces observations , la nouvelle Salle dc l'Opcra qu’on vient de bâtir pics du Palais Royal. M. Moreau, Architecte du Roi, homme dc goût & d un vrai talent, qui en a été l’Architecte, a considérablement corrigé cet abus; nous ne doutons pas meme qu’il n’eut été tout à fait de notre sentiment, sil eût été moins gené par le rétrécissement du lieu : entrave qui n’empêche pas néanmoins qn’on ne doive applaudir au parti qu’il a íu prendre d’après un local aussi ipgrat , & qu’on ne remarque dans cette nouvelle Salle toute Pétendue dc son génie & dc son expérience. Nous disons ici ce que nous pensons; d’ailleurs ion mérite reconnu. B’a pas besoin d’éloge. 166 Cours pant que trop souvent la répercussion des sons de la voix & des instruments. Nous pensons encore qu’il soroit bien de supprimer ce qu’on appelle Loges dans nos Spectacles pour n’y pratiquer que des galleries continues, qui, dans leur hauteur , feroient retraites les unes fur les autres : d’élargir considérablement le diamètre des Salles, pour popvoir raccourcir d’autant leur longueur , ce qui ne se pourroit guère que par la forme que nous proposons, qui, par-là, rapprochèrent la vue des Acteurs & permettroit d entendre les voix les plus foibles : de détruire le lieu nommé Parterre pour en faire un parquet où feroient placés des gradins ; moyen d’empêcher le tumulte & de procurer à nos Spectacles cette tranquillité, dont peut- être ils ne jouiront jamais qu imparfaitement fans ces précautions; ajoutons que par-là on procurerait à nos Salles, une quantité de places d élite qui ne sontguere occupées aujourd’hui que par une jeunesse souvent inconsidérée qui trouble la l'cene dans ses moments les plus intéressants : cl’établir l’Orchestre des deux côtés, & au-dessus des balcons, au-lieu de le placer intermédiairement entre le Théâtre & la Salle, proprement dite ; le bruit de la symphonie n’empêche que trop louvent les Spectateurs d’entendre les Acteurs : d’imaginer le moyen d’éclairer autrement le Théâtre, soit en plaçant les lumières vers le cintre, soit en les distribuant derriere le proscenium , rien n'étant plus nuisible au coup d’œuil que la vapeur qui s’exhale de celles placées où on les voit aujourd’hui : vapeur qui fatigue à la fois les yeux da Spectateur, en lui dérobant en partie la vue de la feene. Nous croyons enfin quil conviendroit de s’attacher plus qu’on ne fait ordinairement, non- d’Architecture. 2.67 seulement à rendre 110s décorations théâtrales plus conformes aux lois de la bonne Architecture & plus relatives aux sujets des pieces, mais encore à perfectionner par le secours de la Mécanique, l’iliulìon des machines, à rendre leur service plus aisé ; en un mot le spectacle plus pompeux & plus digne des hommes éclairés qui le fréquentent. Les changements que nous venons de proposer, & dont le plus grand nombre des hommes de goût reconnoislent la nécessité, paroîtront peut-être chimériques à quelques-uns ; comment élever , diront ils, des Théâtres plus vastes dans une Ville telle que Paris, si resserrée parle nombre des habitations destinées à la demeure d’un aussi grand nombre de Citoyens & d’Etrangers ; voici ce qu’on leur répondra : Les Théâtres chez les Grecs & les Romains , n’étoient-ils pas très-considérables, dans leurs Cités d’ailleurs très - peuplées ; aujourd’hui même dans la plupart des Villes d’ítalie ne sont- ils pas deux fois plus spacieux que chez nous ? Pourquoi dans cette Capitale le centre des beaux Arts, & où le goût des Spectacles est si fort en vogue, ne pas choisir un lieu vaste & pour le monument & pour ses alentours ? Pourquoi d’ailleurs ne pas s’attacher à les rendre magnifiques par leur situation, leur disposition & la beauté de leur ordonnance ? 11 en faut convenir, l’habitude est Punique loi qui fait conserver à nos Spectacles leur ancienne forme, l’économie a trop de part à leur entreprise ; cependant ce n’est jamais en celles de ce genre qu’il convient d’en user : nous osons l’a- vancer , peut - être vaudroit - il mieux se contenter de deux Salles de Spectacles clans cette grande Ville, & les rendre dignes de la splendeur r68 Cours de la Nation , que d’en avoir un plus grand nombre , qui, chacune en particulier , n’offre qu’une idée imparfaite de leur destination ; qu’on fe contente d une belle Salle pour la Comédie Françoise, le Théâtre des Citoyens du premier ordre & des hommes de Lettres; dune autre pour nos Opéra » destinée aux hommes du monde & aux gens de goût ; qu’on n’y épargne rien alors, que tout y loit traité en grand fans être gigantesque, seul moyen de s’attirer leloge des étrangers, toujours surpris de la petitesse de nos Spectacles, au milieu d une austi grande Cité : qu’ensuite on laisse élever pour le peuple quelques autres Salles, mais qui ne leroient pas comptées au nombre des Spectacles dont nous parions ; & qui, divisées en plusieurs classes d’anuisements, contribueroient à cette variété qu’il convient d’oflrir à l’oisiveté du plus grand nombre. Qu’enfin on cherche à réprimer véritablement routes les licences & les abus qui se sont perpétués dans nos Salles actuelles ; par exemple, pourquoi toujours enfermer dans ries, Loges nos Dames Françoises qui font le principal ornement de nos Spectacles ? Quel inconvénient y auroit-il de détruire le Parterre ? on a bien lup- primé, malgré l’ancien usage,les balcons du Théâtre. Qui empêcheroit de diviser en deux l’Or- chestre ? la Musique du Roi ne fe fait pas moins bien entendre à la Chapelle de Fontainebleau qu à celle de Versailles ; là néanmoins les Musiciens font divisés par deux tribunes , placées dans les parties latérales, au-dessus du sanctuaire. A quoi sert notre industrie nationale si l’on néglige toujours d’employer les hommes véritablement instruits dans chaque genre de talents , relatifs à nos Spectacles ; pourquoi sur-tout ne pas chercher les d’Architecture. 269 moyens declairer plus convenablement& nos Théâtres & nos Salles ? Jufqu’à quand se persuadera-t-on que les temples , les places publiques, les palais, les galleries, les vestibules des appartements représentés dans nos décorations théâtrales, doivent être fans vraisemblance, parce qu’ils font ordinairement peints en détrempe fur de la toile appliquée fur des voliges, attachées à des châssis de Menuiserie ? qu’on y prenne garde , ces différentes représentations font ou doivent être l’image d’une réalité réfléchie ; les combinaisons , les rapports, les proportions , ne font pas plus ici des chimères qu’ailleurs. Quoi ! parce qu’il s’agit du Palais d’Ar- mide, il paroîtra peu important à nos Décorateurs que l’ordonnance de ce même Palais semble au Spectateur éclairé ne pouvoir pas subsister jusqu a la fin de la feene ; certainement c’est une erreur : par-tout où l’Architecte doit présider , la vraif- íémblance doit être préférée au prestige de l’art séduisant de la peinture ; & nous croyons ne nous pas tromper , en disant que lorfqu’il s’agit de raísembler, pour ainsi dire, dans les structures de nos Spectacles tous les genres de talents , il faut savoir réemployer que des hommes supérieurs & fur-tout des chefs instruits ; enfin des Artistes fans passion, fans préjugés & fans partialité. Qtfon.se rappelle pour la décoration feulement, les moyens qu’a- voit employés M. Servandoni, ce premier homme de l’Europe potfr l’entente des Théâtres de notre temps, & qui n’y a réussi si supérieurement que parce qu’il excelloit lui-même dans l’Architecture dont il nous a laiffé plus d’un chef-d’œuvre. A ce que nous venons de dire touchant nos Salles de Spectacles, nous conseillons à nos Elèves de joindre ce que nous avons rapporté de 270 Cours leur origine dans le deuxieme volume de l'Architecture Françoise , d’examiner le recœuil des Théâtres d'Italie que M. Dumont nous a'donné dernièrement, auquel il a joint la Salle faite à Lyon par M. Souflot, & celle du Palais-Royal par M. Moreau ; de se procurer auffi la nouvelle & magnifique Salle que le Roi vient de faire élever à Versailles, exécutée fur les dessins de M. Gabriel son premier Architecte, & dont les plans , coupes & élévations se gravent actuellement ; enfin de parcourir le projet que nous nous proposons de donner dans les volumes suivants, concernant une nouvelle Salle de Spectacle , projetée pour la Ville de Strasbourg. Nous indiquons encore ici avec plaisir, le projet de la Salle qu’on se propose d’élever à Paris pour la Comédie Françoise, qui sera placée , dit-on, sur le terrein de l’ancien Hôtel de Condé, & exécutée sur les dessins de MM. Peyr & Vailly, tous deux Architectes du Roi ; de maniéré que par le moyen de cette collection, on parviendra peut-être un,jour à ériger des Salles de Spectacle, dignes à la lois de la Nation & de la gloire que se sont acquise nos Architectes François, dans tant «satures grandes entreprises concernant l’Architecture. d’Architecturh. 271 Des Édifices.élevés en Charpente a l’occasion des Fêtes PUBLIQUES. Des Salles de Bals & de Feflins. Pour avoir des Salles de Bals & de Festins dune belle ordonnance & pourvues de toutes les commodités qui sont de leur ressort, il seroit nécessaire de faire entrer dans la disposition générale des Maisons Royales, & dans celles destinées à l’habitation des Grands, la distribution de ces sortes de pièces : faute de cette précaution , combien de fois n'a-t-on pas été obligé d’en élever en charpente à la hâte, ou bien de fe servir de celles qui fai- soient partie des appartements de Tédisice, mais qui, n'ayant pas été originairement destinées à ces sortes d’ufages, ont occasionné des dépenses considérables , & n’ont presque jamais eu ni la grandeur , ni les dépendances qui leur sont nécessaires. Les pieces que nous proposons au contraire, toujours parées relativement à leur objet, contribue- roient nécessairement à augmenter la beauté & la magnificence du dedans du bâtiment. Ne construit- on pas tous les jours dans nos maisons de plaisance des Salles de Spectacle ? pourquoi dans noí édifices du premier ordre ne pas destiner une qu plusieurs ailes de bâtiments qui contiendroient les différentes Salles dont nous parlons, & qui fe trou- veroient naturellement précédées de vestibules & de plusieurs antichambres qui y donneroient entrée & dégageroient les buffets , les garde-robes, &c. Alors on prendroit occasion de décorer ces rjz Cours pìeces de magnificence d’une maniéré analogue à leur destination particulière ; & selon la diverlité des occasions , elles nauroient plus à recevoir que quelques attributs accessoires, mais relatifs aux différentes circonstances qui donneroient lieu d’en faire usage , tels que des blasons, des chiffres, des guirlandes oil des festons, des draperies, des girandoles, qui .„uppliqueroient pour finstant, à l’effet de symboliser l’Architecture qui leur fer- viroit de fond, pendant que son ordonnance générale offriroit constamment une décoration régulière, mais ingénieuse, rarement mise en œuvre lorsque ces fortes de Salles s’élevent avec précipitation; doit il résulte que n’ayant pas assez de loisir pour les faire belles, on a recours à une richesse in- difcrette , qui souvent détruit l’éclat & diminue l’effet de la parure des personnes de lun & de i’au- tre sexe, invitées à ces fortes de fêtes. Pour nous convaincre de ce que nous avançons, rappelons-nous les Fêtes de cette espèce qui fe font données depuis cinquante années à Versailles & à Paris. Parcourons-les recœuils & les descriptions qui en ont été imprimés , nous n’apper- cevrons guère dans celles-ci, qu un faste excessif, & dans les gravures un mélange d’Architecture & de Sculpture , souvent fans caractère , fans choix, fans dignité. Nous remarquerons dans la plupart une confusion de marbre factice , d’or en feuilles , de réchampissage , de camaïeux , qui, loin de satisfaire les yeux intelligents , if offrent qu’un ensemble, souvent commun, & presque toujours trivial. Que nos Eleves y fassent attention ; ici, comme par-tout ailleurs , il faut de la retenue. Au défaut de la réalité des matières prsmieres, on doit chercher à imiter, par le secours d’Architecture. 273 secours de l’Art , les plus belles productions de la nature. D’ailleurs , qu on y prenne garde , les portes à placarts ,. les cheminées, les tribunes, les corniches , les plafonds doivent être exécutés régulièrement. II n’est jamais d’occafion où il loir permis de les faire d’une forme bifarre. En vain prétendroit-on excuser leu médiocrité fous le vain prétexte que l’érection de ces Salles n'est qu’instantanée , & que leur accélération semble exempter l’Architecte d’avoir recours à une certaine perfection. Nous Favons dé j a observé, nos Décorateurs n’ont quà puiser les principes de leur Art dans les bons Auteurs ; ils n’ont qu’à fe rappeler les productions des Le Brun , des Le Pautre, des Manfards ; en un mot, tout cs qui s’est fait en ce genre fous Louis le Grand , & ils apprendront à mettre en usage, la vraisemblance que nous recommandons d’employer dans toutes les productions de cette espèce ; en un mot, ils ne doivent jamais oublier que de belles formes engendrent toujours de belles parties & des détails heureux ; que fans cet accord admirable , on ne peut s’attirer le suffrage des véritables connoiífeurs. Au reste , nous ' exceptons de ces observations les deux Salles de Bal & de Festin, exécutées dernièrement avec une célérité incroyable , par la magnificence des Ambassadeurs de i’Empire & de l’Efpagne , à Focca- íìon du mariage de Monseigneur le Dauphin ; l’une ìùt élevée sur les destins donnés par M. Chal- legrin , Architecte du Roi ; Fau’tre fur ceux de M. Louis : ces deux compositions, de très-bon goût & d’un excellent style , cuit fait regretter aux amateurs , que ces monuments n’aient subsisté que peu de temps. Nous pensons de même à Tome II. S V ] 4 Cours cet égard, & nous espérons que les gravure'S qui vont f'e publier de ces deux Salles, apprendront à nos jeunes Architectes, & fur-tout à nos Décorateurs , combien il íeroit intéressant pour eux , de savoir à fond au moins la partie de l'Architecture qui regarde la décoration : connoissance qui, mariée avec celle de la Sculpture & de la Peinture , peut feule, dans ces occasions , annoncer le véritable triomphe des Beaux-Arts. Des Feux d’Artifices. On puise ordinairement la composition de Tor- donnance extérieure des Feux d'Artifices dans la décoration des anciens Temples , dédiés aux divinités du Paganisme ; c’est ou celui de Mars , de Bellonne, de la Victoire, de la Paix ou de l’Hymen , qu’on éleve pour ces sortes de Fêtes, & que l’on choisit selon le motif que l’occasion fait naître. Nous pensons , malgré l’ufage souvent contraire , que ces décorations devroient être exécutées en relief en couteroit-il beaucoup plus de substituer à dés châssis , des colonnes , des entablements & autres membres d’Archite- cture saillants, exécutés en menuiserie légere , & retenus par une charpente solide ( a ), que d’em- ployer seulement des carcasses en volige , revêtues de toile couverte de Peinture en détrempe, & qui ne servent jamais deux fois ? Peurquoi ne fe pré- muniroit-on pas de magasins pourvus de hangars & d’arteliers où fe prépareroient & fe façonneroient d’avance ces sortes de décorations ? Pourquoi (a) Tel que fut exécuté en 1750 le Temple de l’Hymeri fur l’éperon du Ponr-Neuf à l’occaíion du mariage de Madame Premiers, fur ks deílìns du Chevalier Seryandoni. d*Architecture. 275 ies Chefs de ces entreprises d’éclat n’occuperoient- ils pas leur loisir à préparer différents objets de ce genre ? Pourquoi ne pas conserver une certaine quantité de corps d’Architecture , toujours préparés , mais composés partie par partie , d’après un ensemble général & une dimension relative au lieu où devroit se passer la scène, soit sur l’eau, soit sur la terre, de maniéré cjuìl devienne possible, à l’occasion d’un évenement imprévu , d’élever en très-peu de temps, telle ou telle forte d’édisice qu’ii conviendroit ? Pourquoi ces mêmes magasins ne contiendroient-ils pas aussi un certain nombre d’accessoires, tels que des armoiries, des devises , des bas-reliess, des statues , des trophées moulés en cartonnage, qui serviroient à symbo- liíer ces différentes décorations, lesquelles pour- roient, selon l’occasion, se composer ou se décomposer dans leur dimension. La Peinture à son tour déploieroit toutes ses ressources pour les imprimer en pierre, en marbre, y appliquer l’or ou Partir : ressources peu dispendieuses qui em* belliroient ou simplifieroient Pordonnance de ces monuments. Qu’on ne s’y trompe pas, dans ce que nous proposons il entre une certaine économie , puisque la dépense des décorations en relief, une fois faite, il n’y auroit plus à recommencer. D’ailieurs pour éviter toute dépense accessoire & de préparation, ne pourroit-on pas établir à demeure, des fondations fous Paire du pavé pour les Fêtes terrestres , préparer & conserver des équipages pour celles qui se donneroient sur Peau ; de maniéré qu’il ne s’agît plus que d’en consier le pol'age à des inspecteurs intelligents , qui pour- roient en presser Pexécution au gré du Prince ou du Magistrat. N’en use-t-on pas à-peu-près ainsi Sij 276 Cours pour les décorations des Théâtres , où non-seu- lemcnt on fait servir les mêmes à plusieurs reprises ; mais encore à diverses représentations & dans des lieux différents : les ordres d’Architecture , les attiques , les soubassements ajustés & disposés d’une toute autre maniéré , donnent un air de nouveauté à leur ordonnance générale ; de forte que du même fond il réíulre une variété d’autant plus intéressante, que les accompagnements qu’on y ajoute , masquent, pour ainsi dire, l’économie quon est souvent forcé d’y apporter. De même dans les Feux d'Artifices dont nous parlons, il ne s’agiroit que d’employer différentes parties ^Architecture , qui toutes dans les magasins se trouvant réduites au même module , fourniroient à l'Artiste chargé de la Fête , des moyens d’éten- dre l'on génie ou de se contenir dans les bornes qui lui auroient été prescrites ; & si enfin de cet assemblage il réí’ultoit quelque -partie moins heureuse , clu moins feroit-on dédommagé par des masses qui deviendraient toujours plus régulières, que lors que ces édifices se trouvent élevés fans préparation par des Décorateurs subalternes, qui, ignorant le plus souvent les éléments de l’Archite- cture, s’imaginent enfanter des chefs-d’œuvre , par- ce qu’ils font entrer dans leurs compositions tout ce que leur imagination déréglée leur suggéré. Des Illuminations. Les Illuminations, telles que nous l’entendons ici, font de grandes décorations élevées en menuiserie , retenues par des châssis de charpente , & fur lesquelles on attache des lumières pour les Fêtes de nuit ; il s’en fait de plusieurs especes, les unes font toutes composées de lampions distribués d’Architecture. 277 régulièrement & avec simétrie, les autres font un assemblage de lumières qui, réunies de proche en proche , s’appcrçoivent à travers d une toile trani- parente peinte à Fhuile , soit coloriée ou en camaïeux. Sur ces toiles font représentés des corps d’Architecture & des bas reliefs relatifs aux événements ; quelquefois même on réunit ensemble ces deux genres, selon l’importance des motifs qui font ordonner ces fortes de Fêtes. En général la décoration des Illuminations doit être composée de grandes parties ; cependant nous pensons qu’on en pourroit graduer les lumières & varier l’éclat par des ingrédients mêlés dans les lampions qui les composent ; ce qui contribueroit dune part à les assujétir en quelque forte aux réglés de FOptique, & de l’autre à leur procurer une gradation intéressante quelles n ont pas ordinairement. Pour donner encore à ces Fêtes de nuit toute la beauté dont elles pourroient être susceptibles , il conviendrait d’étabiir un point de distance convenable pour en considérer Fafpect ; autrement toute la magie de ces fortes de Fêtes manque son effet : il est nécessaire aussi de leur opposer une assex grande obscurité , en supprimant la lumière de tous les bâtiments qui les avoisinent, principalement lorsque ces Illuminations fe trouvent placées à Fextrêmité d’une grande rue, d’une belle allée , d’un canal, &c. Autre chose est des Illuminations qui , dans les Fêtes publiques , s’exé- cutent dans nos places, fur nos quais , dans nos parcs & où la multiplicité des lumières fiit briller dans une belle nuit ou Fordonnance de l’Archi- tecture qui les décore, ou la simétrie de nos jardins parés. L’éelat de ces grandes compositions 278 Cours surprend, frappe, étonne & nous transporte, pour ainsi dire, dans l’Olympe. La derniere Illumination qui s’est donnée dans ce genre à Versailles pour le mariage de Monseigneur le Dauphin, & celle qu’on a vue à Paris dans le même temps à la place de Louis X V , ont fait le plus grand plaisir, parce qu’elles produisoiept le prestige que nous supposons ici. Semblables en cela à l'illumi- nation charmante, faisant partie de la Fête superbe que M. le Duc d'Orléans donna à Saint-Cloud à la convalescence de feu M. le Dauphin. L’Illu- mination, dans le premier genre , qui nous ait procuré le plus de satisfaction fut celle que les Six- Corps de Marchands sirent élever au bout de la rue de la Féronnerie en 1739 à l’occasion du mariage de Madame Premiere; on la trouve gravée, ainsi que la plupart de celles que nous venons de citer : nous recommandons à nos Eleves d*acquérir ces gravures comme autant de moyens de les préparer à la composition des différents genres d’Architec- ture. II se tait encore des illuminations toutes composées de lanternes de verre : celles-ci font préférables pour les Fêtes qui se donnent dans barrière saison : elles suivent assez ordinairement les principaux membres de la décoration des façades , s’y adaptent ou se disposent en guirlandes, en pyramides, &c. on en fait des obélisques, des girandoles , des torchieres ; on en décore des bateaux qui se disposent sur la riviere ou sur des canaux, & qui, parcourant leur surface, produisent des effets très-pittoresques. Ensin on en illumine nos jardins, & ces illuminations mêlées avec la verdure & les eaux jaillissantes des bosquets, les Salles de Bal champêtres, les Salles de Maronniers, & gé- d’Architecture. 279 néralement toutes les pieces qui contribuent aux amusements de la campagne, produisent autant de merveilles en ce genre. Au défaut de lanternes de verre, dans la belle saison, on fait quelquefois usage des lanternes de papier huilé, peintes de de diverses couleurs ; elles présentent une bigarrure assez agréable, & apportent une diversité souvent désirable lorsqu’il s’agit d’une Fête générale où il convient d’éviter la monotonie : il faut fur-tout employer cette diversité dans les lieux vastes. C’est un vrai moyp . de faire oublier aux Spectateurs la fatigue qu’ils éprouvent en parcourant une vaste enceinte, les divers objets piquants qui à chaque pas aiguillonnent notre curiosité, nous empêchant de nous appercevoir de la longueur du chemin. Ces différentes especes d’Illuminations demandent de la part. de f Artiste du goût & de l’intel- ligence : elles font ordinairement la fuite d’une Fête somptueuse ; on saisit même avec transport ces occasions pour illuminer les façades des maisons particulières, auxquelles on ajoute des brandons , des palissades de verdure jonchées de fleurs, des orchestres, des danses qui, ensemble , forment un spectacle intéressant, bien propre à manifester aux Etrangers la passion dominante de nos Citoyens pour les Arts de goût, Lt pour le genre agréable. Des Arcs de Triomphe , drejjes à tocca[ioiz des Fêtes Publiques. En traitant des monuments de magnificence ^ nous avons parlé des Arcs de Triomphe durables qu’on érige à la gloire des têtes couronnées ; traitons à présent de ceux qu on éleve quelquefois S iv ì8o Coups dans les Cités à l’occasion des Fêtes publiques , tels qu’on en donna à Paris le 7 Septembre 1745 à la place du Carrousel, devant l’Hôtel-de-Ville, à la porte Saint-Martin (6) & ailleurs, pour la convalescence de Sa Majesté, & à son retour de l’Armée de Flandre. Ces sortes de monuments se construisent ordinairement en charpente & se revêtissent de châílis ; ceux-ci, comme les feux d’ar- tifîces, font couverts de toiles ornées de peintures, chargées de dorures & d’allégories. L’Architecture de ces fortes d’édisices doit très-peu différer de celle des Arcs de Triomphe en pierre ou en marbre, élevés pour la postérité : à la vérité on peut y mettre un peu moins de sévérité ; mais il faut le ressouvenir que si leur érection n’est quin- stantanée, ils n’en font pas moins l’image d’un monument important ; il convient donc d’y observer les lois de la bonne Architecture, Ce que nous avons dit précédemment, concernant les reliefs dont on devroit faire usage pour la décoration des feuv d’artifiees, peut s’appliqucr aux Arcs de Triomphe dont nous parlons ; autrement que peut-on espérer d’une surface qui, malgré fart de la perspective, se trouve étendue sur des châssis fans ressauts & fans articulation, qui ne présentent jamais qu’une idée imparfaite de l’objet qu’on devoir représenter : au contraire, si au relief on joint les préceptes de fart, qu’on les relevs ( b ) Ce fut fur nos dessins que fut exécuté celui de la porte Saint-Martin , & que dans le même temps nous donnâmes celui d’une décoration théâtrale de 108 pieds de longueur , fut }4 pieds de hauteur, que nous 6mes exécuter dans la cour des grands Jésuites , rue Saint-Jacques, pour servir aux Tragédies qui s'y donnoient toutes les annces. b’Architecture. 281 par le ministère de la Peinture & de la Sculpture , que n’a-t-on pas droit d’attendre d’une telle production ! Quand à ces différentes beautés réunies, on saura mettre à profit le local où s’élevent ces monuments, rendre leur aspect intéressant, réfléchir à la dimenlion qu’ils doivent avoir par rapport aux bâtiments qui les environnent, au point de distance d’où le monument doit être apperçu ; quand enfin, fans'trop s’écarter des réglés, on saisira néanmoins les ressources de sart les plus propres à produire le plus grand effet ; alors on parviendra à prouver ce que peuvent le génie & les talents des Artistes en ce genre. Que ce que nous exigeons à l’égard de ces sortes de décorations qui n’ont de durée qu’un jour, qu une nuit, qu’un moment , fasse comprendre à nos Eleves, combien à plus forte raison la sévérité devient indispensable, lorsqu’il s’agit de la structure d’un édifice de cette espèce, sait pour annoncer à tous les âges la gloire des Héros & le savoir des Architectes qui en ont été chargés. Des Joutes , des Carrousels et des Tournois. Les Joutes, les Carrousels & les Tournois, font ausii partie des Fêtes somptueuses ; les premieres se donnent ordinairement sur seau , les deuxièmes dans les places publiques, les Tournois dans les dépendances des Palais des Souverains. Des Joutes. Nous ne considérons point ici l’exercice des Joutes , relativement à l’espace que doit occuper r8r Cours le lieu de la scène, cette étendue devant être plus ou moins considérable, selon simportance des Fêtes dont elles font ordinairement partie ; nous dirons seulement qu’elles se donnent en plein jour, & qu’assez communément elles précédent les feux dartifìce & les illuminations dont on vient de parler. Ces Joutes se font sur l’eau, ce sont les Bateliers experts qui font choiíis pour ces fortes d’exercices, auxquels on joint des fanfares , des pafquinades ; on y tire l’oie, on y escalade le mat de Cocagne, & l'on y mêle d’autres divertissements pour amuser le peuple jusqu’au soir. La décoration de ces sortes de Fêtes qui regarde l’Architecte, consiste dans l’arrangement & dans l’oppofition des amphithéâtres, des galleries & des gradins qui bordent l’enceinte où fe passe ce spectacle. Au-dessus des amphithéâtres on éleve quelquefois des pavillons de distance en distance , dans l’intervale desquels on pratique des loges pour les Dames ; on couronne ces pavillons par des campanilles , des lanternons , terminés par des banderolles ; & leurs appuis l'ont revêtus de draperies disposées & arrangées avec goût : de maniéré que tout cet ensemble réuni avec Dallé— greffe du peuple , un beau local, la transparence des eaux & un ciel tempéré , offre un tableau véritablement intéressant. L’Architecte doit audit se mêler de la parure des bateaux sur lesquels luttent les Bateliers , des jeux de bague & de k décoration des différentes scènes épifodiques qui fe passent fur seau ; & enfin de celle des avenues , des communications qui conduisent dans l’intérieur ( c ), quand ces spectacles font renfer- (c) Depuis quelques années, dans la belle saison, plusieurs d’A RCHITECTURE. r8z més par des limites prescrites , ou de toutes les issues qui y amenent lorsqu’ils font placés dans des espaces illimités. Des Carrousels. II s’est donné plusieurs Carrousels (d) à Paris. Louis XIV en ordonna un entr’autres en 1661 , dune magnificence extraordinaire, & qui donna son nom à la Place située devant le Palais des Tuileries. Ce grand Prince avoir eu en vue , dans cette belle Fête de retracer à fa Cour les différentes images de la guerre , au milieu de la paix quil venoit de donner à la France. La décoration de ces sortes de Fêtes consiste dans la disposition d’un cirque d’une assez vaste étendue , auquel un portique d’ordre d’Architecture donne entrée. En face , à l’extrémité du cirque, est un arc de triomphe sous lequel passent Entrepreneurs ont obtenu des Magistrats d’offrir au Public à- peu-près une pareille Fête fur une portion de la riviete ptè» la Râpée. On y représente effectivement , quoique d'une maniéré encore allez imparfaite, tous les exercices utiles aux Elèves de la navigation , auxquels on ajoute des chars attelés d'animaux factices , Sc mus , ainíì que les bateaux des Jouteurs, par des mouvements mécaniques & invisibles. Un feu d’artifice , allez ingénieux , termine cette Fête, qui attire deux fais la semaine une foule de Spectateurs, ce qui nelailfe pas de donner une certaine célébrité à ce nouveau genre de Spectacle. ( d ) Carrousel, du latin Ludus-Equcjîris , ou de l’icalicn Car- ro^ello , diminutif de Carro. Voyez le Pere Menestrier , qui a écrit des Carrousels , des Joutes & des Tournois. Tertullien , en parlant des Spectacles, attribue à Circé 1 invention des Carrousels , qui les fit dresser en l'honneur du Soleil son Pere ; en forte que plusieurs Auteurs croient que ce mot vient de Currus-Solis , ou de Carro del Solis , ce qui donnerait à croire qu'il vient des chars que l’on y conduifoit. 284 Cours les vainqueurs : au tour du cirque sorrt distribués des gradins, au-dessus deíquels on place des tribunes décorées à grands frais , & revêtues d’étosses de prix, pour y recevoir les personnes de la Cour & les étrangers, ordinairement invités à ces fpe- ctales pompeux. Pour prendre une idée de la magnificence des cirques dont nous parlons, & se former le goût dans ce genre de décoration , nos jeunes Artistes font invités à parcourir le Recœuil intéressant, intitulé, Le Cabinet du Roi ; il fe trouve au Cabinet des Estampes , dans la Bibliothèque du Roû; on y voit rassemblés les dessins de toutes les Fêtes qui fe font données fous Louis le Grand : nous leur conseillons auíîi de lire le Poème latin que M. Fléchier fit à l’occasion du Carrousel de 1662 que nous venons de citer, ou au moins la relation qu’en a donnée dans le temps Charles Perrault. Nous avions même eu destin d’en donner ici fextrait ; mais la décoration des Carrousels tenant plus au raisonnement qu’auv préceptes de l’Art, nous pensons qu’il vaut mieux y renvoyer nos Eleves : il est d’ailleurs essentiel de les accoutumer à juger par eux-mêmes des ouvrages de goût, & pour cela il est bon de les renvoyer quelquefois aux sources originales ; parce qu’en y cherchant lob j et du moment, ils s instruiront fur une infinité d’autres parties , qui tôt ou tard développeront leur génie, meubleront leur imagination , & feront éclore le germe que la nature dispense à chaque individu. Le 13 Février 1747 , la ville de Paris voulut donner, à l’occaíion du second mariage de Monseigneur le Dauphin , une Fête qui nous rappelât le souvenir des Carrousels, représentés avec d’Architecture. 2.85 tant d’éclat sous Louis XIV ; mais elle se réduisit à faire exécuter, par les plus célébrés Artistes , cinq chars richement attelés ( t ) , qui parcoururent pendant plusieurs jours les rues & les places publiques de cette Capitale. Ces chars étoient ceux de Mars, de l’Hymen, de Cérès, de Bacchus, & de la Ville de Paris, remplis chacun d’un chœur de Musique & de personnages vêtus dune maniéré allégorique àl’objet particulier qu’ils représentoient. Cette Fête fut accompagnée d’illuminations & d’un bal donné à rHôtel-de-Ville avec une très-grande magnificence. Pour faire revivre parmi nous l’image des Carrousels dans la belle saison , pourquoi n’imagi- neroit-on pas des Cavalcades, à la tête lesquelles paroîtroient des Ecuyers équipés à la maniéré des anciens Chevaliers, & à leur fuite , dans un char superbe & au bruit des fanfares, les Cavaliers qui se seroient trouvés vainqueurs à la course : les spectateurs de l’un & de f autre sexe seroient placés fur des gradins & dans des galleries dont les formes pittoresques s’uniroient agréablement avec la verdure des lieux champêtres , qu on prendroit foin de choisir pour ce nouveau genre de spectacle. Après ces exercices , dignes de l’adresse & de l’agilité de notre jeune Noblesse, on pourroit, à la saveur d’une belle nuit, illuminer ces mêmes décorations, donner des ballets dans l’arêne , y représenter des pastorales ; enfin y donner le bal ; ( e ) Voyez le Recoeuil contenant les Destins & la Description de cette fête, ot celui de la Fête qu’ellc donna aussi au premier mariage de Monseigneur le Dauphin : deux Recœuils grand atlas, qu’on trouve dans toutes les Bibliothèques publiques. 286 Cour* en sorte que de suite, ou à des iours différents l on offriroit au corps de la Nation différents spectacles qui attireroient chez nous l’étranger, & excite- roicntles hommes à talents à venir y faire preuve de leur capacité & de leur émulation. Des Tournois. Nous avons peu d’observations à faire fur ce qui concerne la décoration des anciens Tournois; elle consistoit particulièrement dans l’arrange- ment des barrières , distribuées dans une certaine étendue ; les façades des places & des rues où fe donnoient ces spectacles, leur tenoient lieu des gradins , des tribunes ou des loges qu'il au- roit fallu construire exprès , si ces Tournois fe fulfent donnés par - tout ailleurs. Ainsi on voyoit ces exercices aux croisées, aux balcons & fur les terrasses des Hôtels ou des bâtiments particuliers : on n’étoit pas obligé d’élever à grands frais des édifices en charpente; on en étoit quitte pour orner de tapis magnifiques, les croisées & les autres ouvertures de l’extérieur des pieces où fe plaçoient les Compagnies de l'un & de l’autre sexe, que la curiosité attiroit à ces spectacles, qui furent abolis vers la fin du quatorzième siecle ; nous allons rapporter ce que M. Gautier de Cibere nous. en dit dans la feptierne époque de fes Variations de la Monarchie Françoise. «La Chevalerie, dit-il, fut Forigine des Tour- » nois ; ils subsistèrent tant que nos mœurs périt mirent de regarder avec plaisir Fart de fe tuer ou » de fe blesser adroitement; ces spectacles devenus » célébrés par la présence des Dames de la Cour, » qui fe fefoient un amusement d’y assister , ne d’Architecture. 287 »> se donnerent cependant d'abord qu’à soccasion »> de hentrée des Souverains , de leur sacre, de » leur mariage, du baptême de leurs enfants lors- » qu’il$ étoient faits Chevaliers , &c. Mais bien- » tôt les Princes & les Grands Seigneurs , les » Ambassadeurs s’empresserent de procurer de fem- » blables divertissements ; il y avoit des lices desti- » nées pour ces sortes d’exercices, particulièrement » au Louvre, à l’Hôtel Royal de Saint-Paul, près » des Célestins, àl’Hôtel des Tournelles , aujour- » d’hui la Place Royale , à celui d’Orléans , der- » niérement l’Hôtel de Soissons , à présent la Halle » au Blé. 11 y eut même un temps , continue-t-il, » où la fureur de ces spectacles fut portée fi loin, » que la Noblesse croyoit qu’une de ses prérogatives » étoit de monter à cheval, la lance à la main, » pour entrer en lice. En un mot, courir contre » tous ceux qui y étoient entrés , & rompre plti- » sieurs lances , étoit ce qui s’appeloit remporter «l’honneur du Tournois, & mériter le prix. La » Place dc Grive , la rue Saint-Antoine , celle des » Francs-Bourgeois, devinrent les lieux destinés » à ces spectacles publics , qui souvent se don- » noient les jours de Fêtes solennelles. On rap- » porte même à ce sujet, qu’en 1392 , le jour de » la Fête - Dieu , Charles V I , pour complaire » aux Dames de fa Cour, vit jouter jusqu’au soir » à son Hôtel Saint-Paul, les jeunes Chevaliers » & Ecuyers qui donnoient ce spectacle. A la fin » ces jeux meurtriers furent défendus par les Papes » & les Conciles : néanmoins Clément V, à la fol- » licitation de plusieurs nouveaux Chevaliers , se » relâcha de cette défense, en leur permettant » seulement de donner des Tournois le Dimanche, » le Lundi & le Mardi Gras, ce qui les fit subsistes 2.88 Cours » encore quelques années ; après quoi ils ont été » abolis entièrement ». Nous venons de rapporter ce récit, moins pour nos Elèves proprement dits , que pour les jeunes Peintres , Sculpteurs, Dessinateurs & Graveurs, qui souvent suivent nos Cours ; il est bon qu’ils aient une idée de ces fortes de spectacles qui peuvent trouver place dans leurs tableaux , dans leurs bas - reliefs, dans leurs destins. D’ailleurs nous invitons nos jeunes Architectes à fréquenter souvent ces mêmes Artistes , pour prendre occasion de «'éclairer avec eux fur la partie du goût, qui feule peut porter leur génie au - delà des limites & des préceptes de l’Art. Des Combats d’Animaux. Les Combats d’Animaux font encore un genre de spectacle qui anciennement cruels , font devenus chez nous une puérilité. Cependant nous en dirons un mot, parce qu un Architecte peut se trouver chargé de Tordonnance d’un Cirque. Chez les Romains le lieu où se donnoient ces sortes de spectacles étoit magnifique ; à Londres c’est une arène assez vaste ; chez les Espagnols ce genre de spectacle , susceptible de quelque décoration, est très-frequenté ; mais il y est moins féroce que ces combats de Gladiateurs dont parle l’histoire, où la valeur ne le montroit que pour se baigner dans le sang humain : ces Combats d’Animaux le donnent encore à Madrid avec pompe fur la Place Maïor (f) , lors de l’avénement des Rois d’Ei'pa- gne à la Couronne , lors de leurs mariages, &c. (/) Voyez cc qu’cn rapporte le Ministre Edward Clark, dans fes Lettres fur l’Efpague. U d’Architecture. 289 li s’en donne aussi de publics tous les quinze jours hors de l’enceinte de la Ville , tels qu’an- ciennement se donnoient à Paris les Tournois, au Louvre, à l’Hôtel des Tournelles, à la Grève, dans la rue Saint-Antoine , &c. Tout ce que nous avons dit précédemment concernant la décoration des Salles élevées en charpente pour les Fêtes , peut s’appliquer au genre de spectacles dont nous parlons ; ce qui nous dispense ici d’entrer dans un plus grand détail à cet égard. Essayons à présent de donner une idée de l’ordonnance des ''A'aux-Halls , íì fort en vogue aujourd’hui, & qui, quoiqu’ils ne soient pas comptés dans la classe des édifices élevés pour la magnificence , n’en méritent pas moins í’attention des Artistes qui pourroient en être chargésb Des IVaux - Halls. Les AVaux-Halls font des édifices construits á la légere , quoique solides. On peut dire qu’il n’est guère de composition en Architecture qui prête autant au génie de l'Architecte; en essct, í’élégance des formes , la légèreté de l'Architecture , la richesse factice des matières qu’on prend loin d’imiter, la sculpture, la peinture , la dorure, les glaces, &c. font des objets de luxe qu’on y emploie. Pour réussir dans la composition d’un pareil projet, il faut d’abord faire choix d’un lien spacieux, qui avoisine, s’il est possible , une belle promenade publique , très-fréquentée , & qui cependant soit situé de maniéré à n’être pas trop écarté de la Capitale ; il faut en rendre les abords accessibles aux voitures , afin de leur procures une circulation aisée , L qui n’ait, pour ainsi dire, aucune Torne T ico Cours communication avec les gens de pied. Ceux - ci abondent ordinairement à ces spectacles ; & l’on doit faire ensorte qu’ils puissent y arriver & en sortir sans crainte & lans embarras. Nous pensons que ce lieu, une fois choisi , il faut en distribuer la surface en plusieurs scènes, les unes occupées par les salles de bal (ff ), les salles de concerts, les salles de jeux, les cabinets de conversation ; les autres destinées pour les promenades découvertes , où puisse circuler l’air , & qui, par des galleries, conduisent à couvert dans de grands péristyles, dans des vestibules , capables de contenir la multitude pendant le mauvais temps , ou dans la chaleur du jour. Que de ces vestibules on entre dans des pieces particulières , contenant divers, genres d’amusements, tels que de petits spectacles & des buffets pour les raffraichissements de toutes especes, & même des cassés où les honnêtes gens puissent offrir la collation à leur famille. Nous croyons que la décoration extérieure de ces Waux-Halls, í’ur-tout leur principale entrée, devroit annoncer, d’une maniéré caractéristique, leur destination intérieure. Ce n’est pas qu’il soit (g) Ces sortes de spectacles ont pris faveur depuis quelque temps à Paris , à l imitation de ceux qui te donnent à Londres. Le Waux-Hall du Boulevard, élevé en partie fur les dessins de M. Célerier, & continué par M. Louis, est le premier qui se soit fait en ce genre ; il contient plusieurs objets intéressants du côté de l'Art & de la disposition. Ensuite on en a fait un autre d une forme très agréable & d’une décoration très-ingé^iieuse à la Foire Saint Germain, fur les destins de M. Le Noir; enfin on en éleve actuellement un aux Champs-Elisées , beaucoup plus considérable que les précédents, fur les destins de M. Le Camus , qui fans doute remplira l’attenre du public à cer égard , par la situation avantageuse du lieu , & la dépense très- confidérabie que l’on fait pour y parvenir. d’ArCHITEGTURE, 201 nécessaire que leurs dehors soient dune grande magnificence ; mais du moins íaut-il que leur ordonnance ne soit ni triviale, ni du genre de la décoration de nos Temples. 11 nous semble que Mornus & Cornus, d’acccrd avec Flore & la jeune Hébé, devroient indiquer à l’Architecte, le style qu’il convient de donner à ces frontispices ; il y faut représenter des allégories décentes , embellir leur avenue des libéralités de Pomone ; enfin y répandre tout ce que peuvent offrir de plus séduisant les trésors de fAgriculture & du Jardinage. Pour rendre leur décoration intérieure piquante & pittoresque, il seroit bon, ce semble , d'obser- ver une certaine inégalité dans le (ol, afin d’éviter la monotonie qu’offre presque toujours une plani- métrie trop régulière. Les principaux bâtiments qui contiendroient les salles ’A rchitecture. 307 souvent triviale, & des tableaux coloriés qu’on étale fur des surfaces intérieures, on auroit évité les inconséquences qu’on y remarque, & l’on fé feroit rapproché de ce caractère sublime dont nous avons parlé Chapitre I V de notre premier volume. Mais tels font la plupart de nos Artistes > ils veulent s’attirer les regards de la multitude , très-peu désirent de produire des chefs-d’œuvre. Nous osons le dire ici , presque toutes les restaurations de nos Eglises fe ressentent de cette négligence ; on y remarque à la vérité quelques beautés détachées , mais ces ouvrages de Peinture, de Sculpture, d’Orfévrerie perdent la plus grande partie de leur prix , parce qu’ils fe trouvent souvent confondus avec une ordonnance d’Architecture médiocre, & une grande .quantité d’ornements , ausli mal assortis que peu dignes de la majesté du lieu. Pour ce qui concerne la distribution de nos Eglises, nous pensons qu’il faudroit renoncer à ces percés ingénieux qu’ont affectés plusieurs de rios modernes ; ces percés, ces enfilades nous parodiant plus du ressort des maisons de plaisance, des maisons de chasse, des belveders ; la demeuré du Saint des Saints , doit, dans fa distribution comme dans son ordonnance , avoir un caractère particulier qui n’ait rien de vulgaire. II ne fusil r pas à l’Architecte de montrer qu’il a du génie ; celui propre à la chose peut seul lui mériter i’esti- me des Connoisseurs ; c’est par là que l’Arriíle , soutenu des préceptes de FArt, satisfait aux réglés ce la convenance, parvient aux lois de l’uni- té, détermine les formes , fait choix d’une expression relative au sujet, & enfin fait allier la simplicité avéc la' grandeur', & la dignité avec le Vij zo8 Cours sublime. Passons a quelques observations particulières qui puissent mettre nos Eleves à portée de réfléchir fur tous ces divers objets. La premiere attention qu’il saut apporter dans la compolition du plan d’une Eglise paroissiale , c’est de lui procurer une grandeur à peu- pròs relative à la multitude des Paroissiens quelle doit contenir. Ladeuxieme, quesédifice soit isolé de toute part, rien n’étant si contraire à la bienséance, que de voir la plus grande partie de nos Eglises, enclavées dans des maisons à loyer, ou entourées de rues si resserrées, quelles en offusquent le jour & détruisent le coup d’œuil intéressant que doit procurer un monument’de cette espece. La troisième, quelles soient précédées de places qui les annoncent avec dignité ; n’en érige-t-on pas dans nos Cités pour contenir les statues de nos Rois ? N’en érige-t-on pas devant nos Palais, nos grands Hôtels ? Pourquoi n’en pratiqueroit- on pas devant nos Temples? D’nilleurs ces places ne cleviendroient-elles pas une décoration de plus pour la Capitale ? Pourquoi dans celles-ci ne pra- tiqueroit-on pas des portiques , qui conduiroient dans nos Eglises les fideles à couvert, & avec plus de recœuillement ? Les vues d’économie, bonnes à mettre en pratique en d’autres occasions, dégénèrent en lésine lorsqu’il s’agit d’une entreprile de cette espece. Pourquoi n’emploieroit-on pas la plus grande partie des jardins spacieux de nos maisons Religieuses à bâtir des marchés & des maisons partiçulieres qui donneroient la facilité de faire des places autour de nos Paroisses ? Quand verrons-nous de notre temps, ce qui s'est vu dans les siécles précédents, nous voulons dire, de ces d'Architecture. 309 hommes véritablement épris, & de la Religion , & de l’amour du bien public , employer, ou leur fortune , ou leur crédit à faire élever des édifices capables d’honorer à la fois la Divinité, le Prince & la Patrie? Qu on le ressouvienne des temples des Païens, décrits par nos Historiens ; qu’on fe rappelle la grandeur des mosquées de Constantinople , du temple de Salomon, de l’Eglise de S. Pierre de Rome, de celle de S. Paul à Londres, de la plupart même de nos Eglises Gothiques , répandues dans nos Provinces, & l’on fera étonné que la Capitale de l’Europe, contienne si peu de beaux édifices en ce genre : du moins fera-t-on surpris de trouver dans la plupart si peu de majesté clans les dehors & si peu de dignité dans les dedans. Il est vrai qu’on érige aujourd’hui une Eglise magnifique pour la Patrone de Paris, & qu’on bâtit à présent une assez belle Paroisse au Fauxbourg Saint-Honoré ; mais qui de nous ignore les difficultés qu’ont eues à vaincre les habiles Architectes qui en font chargés ; nous le répétons , il n’est qu un moyen de les faire cesser toutes : qu’on prenne du terrein dans les vastes jardins de nos maisons Religieuses pour y élever des maisons d’habitation, & qu’on en restitue autour de nos Eglises Paroissiales, on verra bientôt s’élever des monuments de piété , dignes & du Christianisme & de la Nation. La quatrième , que les frontispices de nos temples présentent une grande Architecture sans être colossale ; qu’on y évite la multiplicité des ordres élevés les uns audessus des autres; qu’on y observe un porche extérieur, comme cela commence à se pratiquer anjourdhui; qu’on réserve les don- |io Cours blés tours pour les Métropoles, les dômes pour les Eglises en rotonde ; qu’on préféré Tordre Dorique à tout autre, son caractère ferme nous parodiant propre à désigner la ferveur de la foi des Î 'rentiers Chrétiens ; enfin que le fol du porche bit plus élevé que celui où circule le peuple, si Ton veut donner un air de dignité à Tentrée de vos monuments sacrés. La cinquième, que le plain-pied du chœur soit plus élevé que celui de la nef, ce qui, en évitant la monotonie d’un fol tenu de niveau , procurerait infiniment plus d éclat à nos cérémonies Religieuses. La sixième enfin , c’est cTélever encore le fan' ctuaire de quelques marches au-dessus du chœur, de lentourer de balustrades de bronze , au centre defquelles íé trouvefoit placé le maître-autel à la Romaine, & non terminé en baldaquin. Nous sommes persuadés que ces différents degrés d’élé- vation, de la rue à la nef, de la nef au chœur, Ct du chœur au sanctuaire, contribueraient & à la beauté du temple & à élever l eíprit des fideles vers la Divinité. Ces observations ne doivent pas être regardées seulement comme spéculatives ; elles peuvent être mises en pratique. II est vrai que ce que nous semblons exiger ici, demanderait une attention particulière & le courage de résister à l’habitude ; jnais nous ne voyons pas la nécessité de s’en tenir toujours à une imitation servile. Combien n’avons- pous pas fait de progrès dans la disposition & la distribution de nos maisons d’habitation, pour avoir su tenter de surpasser nos prédécessurs dans cette partie de. TArchitecture ? pourquoi n’oferions-nous pas encore davantage, íi ce que nous venons dç d’Architecture. 3 ï r proposer & ce qui nous reste à dire, concernant nos temples, mérite une véritable attention ? Quoi qu’il en soit, la nouvelle disposition que nous désirons, ne regarde que les Eglises Paroissiales à bâtir dans la fuite : nous pensons que ces changements s’allieroient mal avec la structure de nos anciens édifices , étant bien éloignés de croire qu’on doive ajouter à des monuments Gothiques, des additions d’un genre moderne, usage toujours révoltant chez les bons esprits. Du moins nous paroît-il plus raisonnable de les laisiér tels qu’ils font ou de les finir en conservant le caractère de leur anciennne ordonnance ? Certainement nous goûtons, on ne peut davantage, le parti qu’ont vient de prendre à Sainte-Croix d’Orléans , de construire un portail dans le genre de l’ancien monument : Eglise qui, à la vérité , est un 'chef- d’œuvre Gothique ( m ), & qu’on ne peut voir sans (m) En 1764, lorsque nous fûmes chargés de faire ouvrir One porte principale à la Cathédrale de Metz, nous proposâmes de faire un portail d’un destin Gothique à cette Eglise ; mais comme ce monument a une très-grande élévation, on hésita de faire celte dépense , & l’on fc détermina d’y faire un portique , LL de pratiquer une place au-devant, prise dans le terrent de l’Evêché , qui anciennement mafquoit le frontispice de cette Cathédrale. Nous fûmes alors obligés de renoncer à cette idée ; mais nous composâmes une ordonnance Dorique , qui, régulière daus son entablement, ofírrit néanmoins, dans les membres d’Architecture de son ensemble & de ses ornements, une composition analogue, en quelque forte, avec la partie supérieure de cet ancien édifice : on en trouvera le destin dans les volumes suivants » où nous rendrons compte des moyens dont nous nous sommes servis pour concilier ce nouveau genre d’Architecture avec l’ancien Gothique , auslt bien qu'avec la fabrique des bâtiments qui doivent l’cnvuonner,.. tels que le parlement & le Palais Episcopal de Metz , qui s’ésécutent auffi fur nos destins. V iv f zrr Cours admiration , par la grandeur du vaisseau , te la' lîmplicité de í’ordonnance de son Architecture. Pour rendre compte à nos Elevés de l’esset que peut produire le résultat de nos observations , on trouvera, dans la fuite de ce Cours, le projet dune Eglise Paroissiale que nous avons méditée pendant long-terr.ps , & dans lequel nous avons tâché de> rassembler tout ce que nous avons remarqué d’intéressant dans nos divers édifices sacrés , tels que les tribunes de la Chapelle dc Versailles, l’élévation du fol de la nef de l’Eglise de Saint- Roch , comparé à celui de la rue Saint-Honoré, la hauteur assez considérable dit sanctuaire des Carmélites fur le plain-pied de la nef de cette Eglise, le porche de Saint-Sulpice, la place de Saint-Pierre à Rome , l’efpace qui environne l'E- glise de Saint-Paul à Londres , la grandeur, mais particulièrement la hauteur & la légéreté de plusieurs de nos Eglises Gothiques ; enfin ce caractère grave & sublime qu’on remarque dans les décornrioris du Val dc - Grâce, Dans ce projet ,n) nous avons donné au chœur (n) Nous croyons ne pouvoir nous dispenser de rapporter ici ce qui nous est arrivé , après avoir eu composé le projet dont nous parlons : nous n’exigeons pas que l’on croie ce que nous allons rapporter; néanmoins nous pouvons assurer que plusieurs Architectes font instruits du fait dont il-va êtit question dans cette note. Nous étant occupés pendant long temps fur les moyens de rendre la distribution & la décoration dc nos Temples plus conforme à leur destination , nous nous mîmes au projet que nous annonçons , & dont on trouvera les dessins dans les volumes suivants. Lorsque ce projet fut enriére- roent terminé , voulant receruill-.r les avis des personnes de J’Art , nous le fîmes voir à plusieurs ; le premier à qui nous nous adressâmes , & qu r nous en parut satisfait, nous étonna D’ A 31 C H IT E CT URE. zn dix-huit pieds d’elévarion fur la nef ; de maniéré que par les portes latérales du frontispice , on monteroit à des tribunes à l’extrémité defquelles feroierit placées la Chapelle de la Vierge & celle du Saint-Sacrement ; on feroit le service des sacristies & du chœur par deux escaliers particuliers , & le grand perron du bas de la nef ne beaucoup, en lui trouvant une très-grande conformité, avec l’Eglise dc Saint - Amand en Flandre. Comme nous n’avions jamais entendu parler de cette Eglise , que nous ignorions qu'elle existât, Sc que nous n’en connoiflîons pas les plans , qui n ont jamais été gravés, ce propos nous interdit-. Ayant appris ensuite que M. Contant l'avoit vue , Sc qu’il en avoit les plans; nous nous adressâmes à cet Architecte, qui voulut bien nous les communiquer - frappé alors d une forte de ressemblance entre le plan de cette Eglise & notre projet, nous partîmes fur - le - champ popr la Flandre, afin de voir ec monument , òù effectivement nous trouvâmes beaucoup de rapport entre l’idée de fou Auteur Sc la nôtre , ce qui nous déconcerta un peu ; nous nous en consolâmes cependant , en réfléchissant que nous devions être flattes en quelque forte, d’avoir conçu idéalement l’heurcux effet que devoir produire un édifice sacre ainsi construit. F.n ester, le coup d’ceuil que nous ostrit au premier aspect la disposition intérieure de cette Eglise nous satisfit on ne peut davantage ; mais de retour à Paris, nous n'eu renfermâmes pas moins ce projet dans notre portefeuille , où il est depuis ce temps. Nous renonçâmes dès lors à lui faire voir le jour, dans la crainte d'annonccr plutôt un plagiat, qu’une composition qui nous appartînt ; mais enfin déterminé à faire imprimer nos anciennes Leçons , dont une partie tient à ce projet, plusieurs nous ont conseillé d'en faire aussi graver les dessins , & nous nous y sommes décidés. Nous souhaitons que ce qui nous est arrivé à ce sujet puisse consoler les Artistes qui , comme nous , croyant avoir imaginé une composition neuve, se trouvent, par l'événement, imitateurs de la production d’auttui. Lorsque dans la fuite de ce Cours nous donnerons les plans, les coupes 3c les élévations de ce projet, nous ferons connoître, dans une note particulière, l'Eglife de Saint-Amand, ce qui pourra contribuer encore à persuader tous les hommes fans partialité, combien une Eglise , disposée de la maniéré dont jk>us J'ayons conçue, réuniroit d’avantages &c de perfections. Zl4 Cours serviroit que pour les grandes cérémonies. Par ce moyen le sanctuaire leroit toujours fermé par une balustrade de bronze, les tribunes supérieures seroient. réservées pour les femmes , la nef inférieure & ses bas côtés pour les hommes. Dans les extrémités de ces bas côtés , & le long de leurs parties latérales, nous avons placé alternativement des autels pour les basses messes, & des confessionnaux; encore serions-nous d’avis, que ceux-ci fussent distribués dans des endroits plus salubres & plus recœuiilis , comme nous le dirons bientôt , & qu’il y eût dans nos Eglises moins de Chapelles particulières ; la suppression des Chapelles éviteroit la multiplicité des Messes , qui , se disant en même temps, occasionnent les allies ou les vmues , la foule , la presse qui suivent le prêtre lorsqu’il est obligé d’aller de la sacristie à l’autel, & de l’autel à la sacristie : distraction involontaire , à la vérité , mais toujours préjudiciable au recœuillement des sideles. Du moins devroit- on pratiquer , lors de la construction de nos Egides , des couloirs , comme il s'en remarque à l’Oratoire : exemple très-bon à suivre , & qui cependant, depuis Le Mercier, a été négligé par nos Architectes. Une distraction plus condamnable encore, est celle occasionnée par la réunion des deux sexes ; ce qui n’arriveroit pas, si les tribunes que nous proposons avoient lieu. D’ailleurs quel dérangement ne produit pas la rétribution du loyer des chaises ! Quelle importunité que la circulation des pauvres dans l’intérieur de nos Eglises ! Combien l’usage d’y enterrer les sideles, n’est-il pas contraire à la décence & à la salubrité ! Quoi de plus mal entendu enfin, que les cénotaphes qu’on r> ’ Architecture. Zi; y étale à grand frais , & dont les attributs, quelquefois prophanes , & les inscriptions souvent mondaines qui en font partie , présentent à l’efprir des idées contraires à celles que doit inspirer la présence de la Divinité. Qu’on y réfléchisse , il ne suffit pas d’être bon Architecte, il faut, dans ces fortes d'occaíions , être épris de l’amour de notre religion sainte , & se rappeler que dans nos Eglises rien ne doit avoir trait avec l’homme ; que tout doit y porter une empreinte sacrée. Pourquoi ne relégueroit-on pas les salles mortuaires fous des portiques qui feroient circuler les fideles autour de l’enceinte de nos Temples , & jamais dans leur intérieur ? Pourquoi ne pas établir dans des Chapelles basses & souterraines , les sépultures des Pasteurs , au-lieu d’en faire l’objet de la décoration de nos Temples (o). Ces Chapelles , ces portiques, & les chefs-d’œuvre qu’ils renfermeroient pourroient alors être visités fans inconvénient par les Citoyens & par les Etrangers; ils ne fe trouveroient plus exposés à négliger la décence qu’on doit observer dans les Temples du Seigneur , en voulant s’éclairer fur les productions des Beaux - Arts , mises au jour par les Germain Pillon , les Sarrazin , les Girardon : productions qu’on ne peut guère observer convenablement aux Célestins, à la Sorbonne, aux Quatre- ( o ) Dans l’anciennc Rome il n’étoit permis qu’aux Empereurs , aux Veitales & aux hommes utiles à la patrie, d’y avoir des sépultures; tous les autres Citoyens ne pouvoient avoir de tombeaux que hors de l’enccinte de la Ville, Sc près des chemins publics , d'où viennent ces mots encore usités, (tste , £’ ahì viator. Ce Règlement avoir pour objet, la salubrité ; à plus forte raison dans nos Temples devroit-on user des mémos précautions. Zl6 C O U R s Nations , à Notre-Dame , & ailleurs. Pourquoi ne destinerions-nous pas aussi nos sacristies, cix les cloîtres de nos Monastères, à contenir les chefs-d’œuvre de nos Peintres célébrés dans l’iii- íloire sacrée ? Pourquoi ne pas préférer , dans la décoration de l’intérieur de nos Eglises, la Sculpture en bas - relief , aux tableaux les plus admirables ? quel repos , quel accord , quelle dignité n’y verroit-on pas régner alors , fur-tout st l’on méditoit ses plans, qu’on déterminât, par le secours des nombres, la relation que doit avoir la longueur & la largeur avec la hauteur de l’édí- fice; qu’on observât l’inégalité de sol que nous proposons ; qu’on parvînt à allier la solidité avec la légéreté de la construction ; qu’on n’employât que des matières d’élite , & qu’on en soignât l’appareil : on pourroit, dans la fuite , renvoyer à l’Académie Royale de Musique, tous ces carton* nages , cet or en feuilles, ces grillages de fer, ces ornements frivoles, ces lustres , ces illuminations , ces tapisseries , st pcni clignes d u lieu qu’cllcs décorent, & st peu capables d’infpirer ce respect religieux , qu’on doit éprouver dans nos Temples. 11 est vrai que pour réunir toutes ces beautés, dans un pareil projet, il faut que l’Architecte sache s’élever aux idées les plus sublimes, s’il veut atteindre aux belles productions de l’antiquité en ce genre, s’il veut enfin donner à son monument un caractère qui n’ait rien de vulgaire. Mais supposons ici que l’usage des nefs , des bas côtés du sanctuaire , du chœur & des chapelles, distribuées toutes à peu-près fur le même fol, doive être préféré aux idées que nous venons de tracer , & qu’on fe contente de supprimer dans nos Eglises Paroissiales, cetje multitude d’orne- d’Architecture. 317 ments & de membres d’Achitecture que nous avons condamnée à si juste titre dans la plupart de nos restaurations modernes ; pourquoi en laiíì'anr subsister dans nos Eglises la forme Latine ou la forme Grecque, ne chercheroit-on pas du moins à donner un style plus convenable & un caractère plus vrai à leur ordonnance ? Imitation pour imitation, pourquoi ne prendrions-nous pas pour modele ce que nos plus beaux ouvrages Gothiques nous offrent de plus intéressant, tels que la grande élévation & la légéreté de leurs voûtes, cette continuité de membres qui circulent de la naissance d’un pilier à l’atitre ; enfin toutes les différentes belles parties éparíés dans ces édifices anciens , comme elles le font, nous pouvons le dire ici, dans les monuments des Grecs & des Romains. En effet, qu’on se rappelle Sainte-Croix d’Orléans, Saint-Ouën de Rouen, le Portail de Reims , le Choeur de Beauvais, le Clocher de Strasbourg, &c. & Ton y trouvera des.beautés , peut-être préférables à la pesanteur de nos voûtes plein cintre, à nos ordres pilastres, à nos piliers quarrés , à nos entablements saillants, quelquefois tronqués ou mutilés , toujours incapables d’aíîì- gner aux monuments sacrés le caractère particulier qu’ils exigent, & de les annoncer avec cette dignité que n’ont pas toujours la plupart de nos temples construits il y a trente années , & particulièrement les nouvelles restaurations faites, à peu-près vers le même temps, dans le plus grand nombre de nos anciennes Eglises. Sans doute il faudroir supprimer la plus grande partie des ornements, répandus dans la plupart des belles productions Gothiques que nous venons d’applaudir, pour leur en substituer d’autres d’ust 3 iS Cours genre moins trivial ; ensuite faire une étude particulière de ce genre d’Architecture , pour n en imiter que la hauteur des voûtes, cette légéreté apparente , mais solide , qu’ils favoient procurer à leurs édifices, cette grande simplicité dans les formes , cette uniformité constante dans les plans , cette grandeur réelle, qui faifoit paroître ces monuments plus grands encore, parce qu’ils n’y em- ployoient point ou que bien peu de membres hori- fbntaux. Ces membres rétrécissent souvent l’efpace des vides, & nuisent presque toujours à la continuité des corps élevés perpendiculairement, qui, en quelque façon, devroient décider le caractère de ces fortes d’édifices ; enfin il faudroit imiter cette simplicité, cette candeur, st nous osons nous exprimer áinst, qu’on remarque particulièrement à Sainte- Croix d’Orléans. Croirons-nous toujours que parce que quelques-uns de ces monuments font fans goût dans leur ordonnance, & que la plupart de leurs ornements font hasardés, qu’il faille mésestimer leur genre , &n£gligciTimitatiou de ce qu’ils nousí ossrent de plus intéressant ? N’avons - nous pas eu nos médiocrités ? Dans ce siecle même, n’a- vons-nous pas été l’eíjiace de trente années tout aulst inconséquents que les Huns& les Vandales, du moins pour ce qui concerne les ornements ? Ceux dont on fait usage aujourd’hui approchent- ils de ceux de la belle antiquité ? Non lans doute. Qu’importe après tout què nos monuments ressemblent à l’Architecture antique , ancienne, gothique ou moderne, pourvu qu’il en résulte un heureux effet & un caractère convenable à chaque genre d’édifices. Un véritable Architecte est impartial, le beau pour lui est toujours beau j tout d’Architecture. 319 est de son ressort , îl peut puiser également & dans les différentes productions des beaux Arts & dans celles que lui offre la variété infinie de la nature : pour enfanter des chefs -d’œuvre, souvent il ne lui manque que les grandes occaíions d’exercer son génie. Nous pouvons le dire ici: fans Louis XIV, lans Colbert, les Mansards, les Perrault fussent peut-être restés dans l’oubli, & peut- être ne serions-nous pas nous-mêmes ce que nous sommes, fi nous n’avions fans cesse sous les yeux ce que ces grands maîtres nous ont laissé pour exemple. Des Eglises en Croix Greque. Les Eglises en croix Greque , beaucoup moins profondes que celles en croix Latine, sont ordinairement comprises dans un quarré assez régulier & composées de quatre nefs, au milieu defquelles s’éleve une coupole, telle que s’exécute celle de l'Eglife de Sainte Geneviève. En général la forme Greque semble être consacrée aux Eglises dédiées à la Vierge, aux Patronnes des Cités, aux Communautés Religieuses , &c. leur ordonnance exige un caractère particulier. La plupart étant sondées par les libéralités du Prince, leur magnificence est fans bornes. Ce n’est pas qu’ici, comme ailleurs , il ne faille user d’une économie raisonnable; mais comme elles sont moins vastes , il est bien plus permis à l’Architecte de déployer son génie dans la partie de leur décoration , dans le choix des matières , & dans supplication des ornements ; néanmoins elles demandent d’être isolées de toutes part, fans cependant empêcher la communication quelles doivent avoir avec sos bâtiments d’utilité 320 Cours qui en dépendent. L’Eglise & ses bâtiments doivent présenter un tout régulier & satisfaisant. Le dôme qui surmonte ordinairement les coupoles de l’intérieur de ces édifices doit être disposé de maniéré qu étant apperçu de loin , il offre avec le reste un ensemble vraiment intéressant, & capable de satisfaire la vue du spectateur éclairé. Quel spectacle admirable ne procure pas à l’Etranger l’aípect du frontispice & du dôme de S. Pierre à Rome, celui de S. Paul à Londres? Le dôme des Invalides à Paris du côté de la campagne , n’of- fre-t-il pas ausst à beaucoup d’égards ce même avantage ? En général les monuments dont nous parlons ne doivent être composés d’aucunes petites parties ; il vaudroit peut-être mieux pécher par trop de simplicité que par trop de richesse : celle-ci souvent ne présente que la futilité de f Art j la simplicité , au contraire, sert à faire paroître le lieu plus vaste ; or la grandeur dans un temple doit Femporter fur la prodigalité des ornements. 11 est bon aussi d’obierver dans ces Eglises que leur fol, comme dans celles en croix Latine, soit élevé au-dessus de celui des rues qui les environnent; que dans l’intérieur le lieu où est placé VAutel soit éminent ; que lorsqu on fait usage de tribunes, elles ne paroissentni postiches , ni amenées après coup, comme se remarquent celles de S. Sulpice,mais quelles fassent partie de lordonnance d’Architecture comme à l’Oratoire; que les panna- ches ou pendentifs qui soutiennent la coupole soient ornés de Sculpture, comme au Val-de - Grâce, & non de tableaux coloriés comme aux Invalides ; qu’on supprime toutes les grilles de fer i les fermetures en bronze, les balustrades de marbre, d’Architecture. ZLs marbre pouvant seules figurer avec le genre íu- blime qui doit présider ici. Qu’enfin les stales soient placées derrière le sanctuaire ; le Clergé qui s’y rassemble y étant plus recœuilli. Nous ns donnerons point de plan de cette lorte d’Eglise , les gravures de celle qu’on éleve à Sainte-Gene- vieve, fur les dessins de M. Soufflet, font entre les mains de tous les Artistes, elles pourront servir de modelés à nos Eleves (/) & leur seront beaucoup plus utiles que celles que nous aurions pu leur offrir dans ces leçons. Des Eglises en Rotonde •. On appelle ainsi une Eglise dont la partie capitale du plan est circulaire , telle que celle des Dames de l’Assomption, près la porte Saint-Honoré, ou celle des Dames de Sainte-Marie, près la porte Saint-* Antoine; ces monuments servent d’Eglise auxCommunautés de Religieuses,qui,consacrées à Dieu , y vivent retirées du monde & dans l’exercice de la piété. Une coupole intérieure, construite en pierre ou en brique, termine ordinairement ces rotondes , & un dôme en charpente l’extérieur de l’éuifice ; ces Eglises le tiennent d’iui plus ou moins grand diamètre à raison de l’importance de la Communauté pour laquelle on les éleve. Leur frontispice doit donner, autant qu’il est possible, sur une place, ou au moins vis-à-vis de quelque ru© principale. Du côté opposé à là porte d’entrée Sc au-delà du diamètre intérieur > on doit place? (p) Ils peuvent aussi consulter, avec fruit , un projet faik pour la même Eglise, qui vient de paroître tout récemment, gravé sur les dessins de M. Dellouches, ancien Architecte de la Ville , & do.it, les talents distingués doivent les déterminer « se procurer , avec empreíismcnr, ccttc production estimable» Tome II. X zrr Cours lautel de la Vierge, & en retour cl'équerre , en face du chœur des Religieuses, le maîrre-autel ; l’intervalle de ces principales parties doit être occupé par des tribunes, par des niches, ou enfin par des portes qui donnent entrée aux sacristies, à des chapelles particulières, &c. L’Eglise en rotonde des Dames de Sainte-Marie , porte Saint- Antoine, que nous venons de citer, est un chef- d’œuvre de François Mansard pour la beauté de son Architecture ; nous ne pensons pas de même pour ce qui regarde la Sculpture , & nous croyons pouvoir dire que le frontispice de lEglise de l’Ás- sompîion, porte Saint-Honoré, bâti par Errard , est préférable à celui de Mansard ; mais l’intérieur de celui de la porte Saint - Antoine nous paroît d’un tout autre mérite. A ces exemples nous en ajouterons encore deux autres pour nos Eleves; l’un est l’Eglise des Dames de Sainte-Marie à Chail- lot, bâtie fur les destins de François Mansard ; lautre l’Eglise de l’Annonciade à S. Denis , élevée furies destins d’Hardouin Mansard; enfin nous leur citerons l’Eglile de i’Annonciade à 'fours, du dessin de Jacques Le Mercier, comme un autre chef-d’œuvre ; certainement c’est en comparant ces distérentes Eglises, & en cherchant à saisir ce que chacune d’elles contient d’excellent, qu’ils pourront parvenir à se former une idée juste du caractère & du style qu’il convient de donner à ces sortes d’édistces. Au reste pour hâter leurs connoiífances à cet égard, nous leur offrirons dans les volumes suivants de ce Cours, le destin dune pareille Eglise que nous faisons exécuter pour les Dames Chanoinesses de l’Abbaye royale de S. Louis à Metz, & dont on a dû voir le frontispice au commencement de ce volume, servant d’application à d’Architecture. zrz Tordre Corinthien, planche XXXIV; non que nous voulions mettre notre compoíitien en parallèle avec les chefs-d’œuvre que nous venons de citer; mais parcc que les trois derniers, peut-être préférables aux deux premiers, n’étant pas gravés; notre compétition pourra leur servir de guide dans cette partie de l’Architecture. fies Eghjes Conventuelles. On appelle ainsi les Eglises destinées au Monastère d’un ordre de Religieux vivants fous une loi commune. Ces Eglises fervent également aux Citoyens pour y entendre le service Divin , lorsque dans les grandes Villes ils se trouvent trop éloignés des Paroisses. Les Eglises Conventuelles desPetíts- Peres de la Place des Victoires, & celle des Jacobins du Faubourg Saint-Germain, rue Saint-Dominique à Paris , font les seules qui puissent être citées ; la premiere commencée par Gitard & truie par Car- taud ; la seconde élevée sur les dessins de Lissier. F.n général les Eglises Conventuelles diffèrent des Eglises Paroissiales, en ce que celles dont nous parlons n’ont point de bas côtés : une grande nef lur la longueur de laquelle font distribuées plusieurs Chapelles particulières, une croisée , un sanctuaire & un chœur , composent le plan de ces Eglises. Nous ne répéterons point ce que nous avons dit précédemment concernant la nécessité de donner de la dignité , & d’observer une belle simplicité dans la décoration de nos Temples : le motif étant le même qui nous attire ici, que celui qui nous conduit dans nos Paroisses, leur ordonnance doit être une , & la variété ne s'y montrer que dans une disposition relative à leur genre : nos Paroisses doivent être vastes & ornées; 324 Cours nos Eglises Conventuelles , belles , mais simples ; celles en Rotonde, d une certaine magnificence ; mais il faut éviter de prendre le colossal pour le grand, le pauvre pour le simple, la prodigalité pour la magnificence. Nous avons déja conseillé de faire usage des terreins qu’occupent dans cette Capitale la plupart des jardins de nos Monastères, pour en faire des Places , des Marchés. Nous osons ajouter ici, qu on devroit peut - être songer à réunir en un seul ceux d’un même ordre, pour convertir leur Eglise en Paroisse, dût-on rebâtir à neuf la plupart de ces anciens édifices. Qu’importe ici la dépense ? II n’est pas question de la faire sur-le- champ , ni toute à la fois. Qu’on présente au Ministère des plans bien faits , & tout ensemble économiques ; qu’on rassemble ensuite un nombre suffisant de Citoyens éclairés, qui se chargeroient de l’administration dc cette partie, véritablement intéressante , & avant Fespace de trente années , on verra s’élever dans cette Capitale, des Temples , des Places publiques , des Marchés enfin des Bâtiments réguliers , dignes à la fois de la Religion & du Gouvernement, & certainement préférables à la plupart de nos Eglises, où le peu de commodité , le défaut de salubrité , ont de quoi rebuter. On nous dira peut-être que ces réflexions ne tiennent pas à l’Architecture , nous en conviendrons ; mais comme nous étions Citoyens avant d’être Architectes, & que depuis que nous le sommes devenus, nous sommes encore meilleurs Citoyens , nous avons cru qu’il nous étoit permis d’associer les préceptes de notre Art, aux grandes entreprises , qui seules peuvent rendre la ville de Paris , la rivale d’Athènes & de Rome. Au reste „ D 'A R C HI TE C TU R H. . Zrs nous prions qu’on nous passe ces spéculations en faveur de ce que peut contenir d’utile cet ouvrage, dans l’un des volumes duquel on trouvera les plans, coupes & élévations que nous avons faits pour la Flandre : malgré les bornes qui nous ont été prescrites , à cet égard nous croyons avoir imaginé un dessin qui pourra faire quelque plaisir aux vrais Artistes. Des Métropoles. Nous aurions peut - être dû parler d’abord des Métropoles, comme les principales Eglises qui s’é- levent dans les Capitales, avant de traiter des autres monuments de cette espece. Mais comme elles tiennent à tous les genres , nous avons cru quil étoit nécessaire, avant de donner à nos Eleves l’idée d’un tel projet, qu ils eussent eu occasion d’acqué- rir les connoissances que nous venons de leur enseigner dans les leçons précédentes ; c’est pourquoi nos réflexions générales fur les temples finissent par où nous aurions dû les commencer , si nous n’avions écrit que pour les Amateurs ; expliquons donc ce que nous avons à dire ici touchant les Métropoles : dans les volumes suivants on trouvera les plans que nous avons eu occasion de faire pour l’Allemagne, & dont la derniers guerre a suspendu sexécution. Nous ne connoissons point en France d’Eglise de cette espece qui soit exécutée dans le genre antique , ni dans le genre moderne : tous les monuments de cette classe qui font parvenus jufqu’à nous font dV.n dessin Gothique. Dans le projet que nous donnerons dans la fuite, on verra que nous avons préféré aux formes circulaires con- zr.6 Cours sacrées aux Eglises en rotonde, aux ronds points ordinairement placés vers le chevet de nos Eglises Paroissiales & Conventuelles, les formes toutes qiiadrangulaires, parce qu’elles nous semblent plus graves, & par-là plus convenables aux monuments dont nous parlons. Nous avons recommandé en parlant des autres Eglises , d’observer un porche qui précédât l’entrée de nos temples ; nous en proposons ici un dont la profondeur égaleroit la largeur de la nef, & aux deux extrémités duquel íeroient deux Chapelles ; l’une destinée pour la Sépulture des Archevêques , & l’autre pour celle des divers Dignitaires Ecclésiastiques. Nous proposons de placer ainsi ces Chapelles , afin que les Sépultures ne soient point contenues dans l’inté- rìeur de 1 Eglise,, pour les raisons que nous avons dites ailleurs. Ce porche donneroit entrée à une grande nef ornée de colonnes, produisant de chaque côté treize entrccolonnemenrs & formant autant de quadrilatères qui í'épareroient cette nef d’avec les bas côtés ; cnsoitc que ceux-ci lc irou- veroient placés au milieu de deux galleries , dont l’une régnerait le long de la nef, l’autre le long du mur intérieur des laces latérales de ce monument. Sur ces murs en dedans foroient placées des niches, lesquelles contiendroient des statues qui, par leurs attributs, serviroient à rappeler aux fidèles les nrincipaux traits de lancier» & du nouveau testament. A l’extrcmitc de ces galleries ou colonnades du côté de la croisée , se trouveroient placées quatre Chapelles & leurs Sacristies, destinées pour les basses Messes ; Chapelles en nom- fcre suffisant, selon nous , malgré Fétendue du vaisseau , parce que les colonnades qui les contiennent fout d’une assez grande largeur, &, qu’elles d’Architecture. z 2.7 pourroient contenir de chaque côté les personnes! de Fan & de lautre sexe, sans nuire à la pompe des cérémonies religieuses. Dans les processions on pourroit circuler dans la nef & les bas-côtés , fans craindre le tumulte que produisent ordinairement les jours solennels ces cérémonies religieuses , fur - tout lorsque le Clergé est rassemblé & que FArchevêque officie pontificalement. A l’extré- mité de cette nef est pratiqué un dôme placé au centre de la croisée de ce monument, A qui, de chaque côté, conduit à un porche extérieur, & celui-ci à une porte latérale , destinée pour la sortie des sideles ; ensorte que la seule entrée de cet édifice seroit du côté du frontispice, & que le Clergé auroit aussi ses entrées & ses sorties par des galleries particulières près des sacristies, du chœur & du sanctuaire. Cette idée d’introduire l’ordre & la décence dans nos Temples, nous a fait placer ici le chœur au-delà du dôme, & le sanctuaire ensuite , non-seulement pour donner un caractère particulier à cette Métropole, mais polir éloigner des yeux vulgaires le lieu où repose le Saint des Saints. Aux deux côtés du chœur & en face des bas côt és, se trouvent placées d’une part la Chapelle de la Vierge, de l’autre celle du Saint Sacrement ou de la Communion , toutes deux éclairées par en haut pour plus de recœuillement: à côté & derriere ces Chapelles nous avons pratiqué des passages qui conduisent le Clergé au chœur & à des escaliers pour des fouterreins très- p^opres à contenir le trésor & les reliques des Martyrs. Toute la décoration de ce monument seroit traitée d’une grande maniéré sans peinture ni dorure , à Fexception des bronzes du maître-autek X iv zr8 Cours f Architecture seule seroit tous les frais de son ordonnance , Sinappelleroità elle que la Sculpture qui lui seroit absolument nécessaire- Le sol de la nef, comme nous l’avons déja recommandé, seroit élevé de plusieurs marches ; il en seroit de même pour le choeur & pour le sanctuaire. Si nous jugeons de la bonté de ce projet par l'accœuil qu’il a reçu de plusieurs personnes de fArr, nous osons croire qu’on nous saura quelque gré d’en donner les plans dans les volumes suivants ; nous souhaiterions auílî pouvoir en donner les élévations & les coupes ; .elles sont faites avec le plus grand soin , ainsi que toutes celles des autres monuments de cette efpece ; mais elles ne sauroient trouver place dans ce cours à cause cle la petitesse du format & de la multiplicité des planches qu’oc- eastonneroient tous ces développements. Dans la fuite nous pourrons les donner dans un autre ouvrage, si ce que nous présentons ici est accœuilli du plus grand nombre. II nous reste à présent à traiter en particulier des parties de détail répandues dans ces divers monuments ; mais avant d’y passer, disons quelque chose des bâtiments qui, pour fordinaire,. sont limitrophes & dépendent, en quelque sorte, des édifices sacrés, tels que les Palais Episcopaux , les Séminaires, les Presbytères , les Collèges, les Hôpitaux , les Cimetières, les Sépultures. &c. autant de bâtiments compris dans la classe des édifices élevés pour futilité publique , St qui çxigent chacun séparément un caractère particulier, p’AïlCHITECTUKE. Z r- Des Palais Episcopaux. En parlant des Palais des Rois , Chapitre VI de ce volume , nous avons dit que la décoration des Palais Episcopaux devoit tenir de celle de l’habitation des têtes couronnées ; nous dirons ici qu'ils doivent avoir une plus ou moins grande magnificence, selon les diverses dignités des Prélats qui les font ériger. Nous ne citerons d’édifices en ce genre , que ceux construits à Bourges , à Verdun & à Strasbourg : le premier , fur les dessins de Bullet; les deux autres, fur ceux'de De Cotte ; ces trois Palais présentent chacun séparément d’assez vastes édifices, contenant de grands appartements de parade, plusieurs appartements particuliers , une Chapelle, une Bibliothèque , un Tribunal pour l’Osticialité , des Secrétariats , des Archives ; enfin des logements pour les grands Vicaires, les Aumôniers , les Secrétaires & les autres Officiers attachés à la personne de l’Evê- que. En général la décoration extérieure & intérieure doit annoncer une certaine richesse , mais qui tienne plus à la disposition des masses , & à la régularité des parties qui les divisent, qu’à la profusion des membres d’Architecture , & à la prodigalité des ornements. Pour i’ordinaire ces bâtiments font composés de deux étages ; dans celui du rez- de-chaussée font distribués les appartements de société & ceux de parade , au premier ceux d'hz,- bitation. Nous estimons que les combles apparents peuvent figurer dans l’ordonnance de leur décoration extérieure ; ils semblent leur procurer un caractère grave qui les distingue des autres Pa- zzo Cours lais : mais c est ici qu’il faut leur donner une proportion heureuse , & cho sir les formes les plus convenables à en faire supporter l’application dans les bâtiments de ce genre ; autrement ils détruisent presque toujours l’idée de dignité que doivent présenter au premier coup d’œuil les habitations des grands Seigneurs. Dans la fuite de ce Cours, nous donnerons les destins de celui que nous faisons exécuter à Metz, & qui, dans un lieu assez resserré, ne laisse pas de contenir une quantité de beaux appartements , dignes de la magnificence du Prélat respectable qui le fait ériger. Nous donnerons ausli les plans du Palais Archiépiscopal qui va s’éxécuter incessamment à Catnbray , édifice de même genre que le précédent, mais qui semble exiger néanmoins & plus de grandeur & plus de majesté. Nous croyons que ce dernier projet fera quelque plaisir à nos Eleves , parce que fa forme irrégulièrement régulière , nous a fourni les moyens de présenter une disposition nqpve, dont néanmoins il ne íâu- droit pas se servir sans nécessité , mais qui, dans cette circonstance , semble être autorisée. Nous rendrons compte , en faisant la description des planches de ces deux édifices , du fruit qu’on peut tirer de ces projets à-peu-près de même genre, & d’une composition si différente. Des Séminaires. Les Séminaires (q") font des édifices ordinai- (q ) L'époque la plus ancienne de l’existence des Séminaires, «lì la fin du ÍY* siede. S. Augustin forma lc premier en Afrique, d’Architecture. 331 rement divisés en plusieurs corps de logis , liés ensemble par des ailes de bâtiments qui contiennent, à rez-de-chaussée , de grandes salles destinées pour Tinstruction des Séminaristes , des réfe- ctoirs , des cuisines, des boulangeries , des bûchers , 8cc. Dans les principaux corps de logis doivent être distribués au premier étage, l’appar- tement du Supérieur, ceux des Professeurs , les dortoirs & quelques logements particuliers. On doit aussi , dans ces édifices , comprendre une Chapelle d’une certaine étendue, avec les dépendances qui font de son ressort. Une Cour principale entourée de portiques, doit donner entrée à couvert, à tout l'intérieur des principaux bâti— L’Espagne imita la coutume d’Afrique. Le second Concile de Tolède en reconnoît de deux espèces ; la maison Episcopale où résident l’Evêque , son Chapitre , le principal Clergé , les Piètres & les Diacres; Sc une demeure particulière destinée aux jeunes Clercs , Sc otì tous les membres du Clergé , à moins d’mfirmité, étoient obligés dc vivic réunis. Vers le milieu du vie sicelc , ia France imita l'exemple de l'Espagnc. I.c second Concile de Tours , en j66, nous fait ccnncître que les Evêques Sc leur Clergé étoient réunis dans une espèce de mai Ion cloîtrée. A la fin du méme íîede le Pape Grégoire le Grand , fonda les Séminaires en Italie, Sc les fit établir en Angleterre avec la mé-rne régularité qu’en Astique, en Espagne Sc en France: néanmoins on a remarqué que depuis ce temps jusqu’au Concile de Trente , Lissage des Séminaires avoir beaucoup varié , Sc qu’il s'y étoit glillé plus d’un abus ; que c’est à Charicmagne qu’on doit le rétablissement de l'anciennc discipline. Ce grand Prince donna beaucoup de splendeur à ces établislements ; mais ils la perdirent dans la fuite. En forte que ce n'est guère que que vers le milieu du quimicme lìccle, qu’Eugcne IV, touché des maux du Sacerdoce rétablit tout dans le meilleur ordre. II fut imité d’abord par /'Archevêque de Bordeaux , & ensuite à Rome, à Reims , à Tours, à Aix, à Toulouse, &c. Discipline qui fut confirmée par l'ordonnance de Blois Sc par 1 Edit de Melun , qui enfin onr constaté en France l’état Sc la forme de cet établissement important qui subsiste aujourd’hui. z;r> Cou * s ments ; d’autres cours conduire aux cuisines, auî remises , aux écuries , &c. En général la décora-» tion de ces bâtiments doit être simple, mais régulière. Au reste, il ne faut pas entendre par la simplicité que nous recommandons , une Architecture destituée des grâces de s Art , telle que celle du Séminaire de Saint-Sulpice , institué en 1642 , & qui à peine seroit tolérable pour des Cazernes, ou pour un Hôpital de Province ; tous les édifices publics , de quelque genre qu’ilssoient, devant se ressentir de la magnificence des Cités où ils se trouvent élevés. Voyez néanmoins les plans & les élévations du Séminaire que nous citons dans l’Architecture Françoise, Tome II, &la description que nous en avons faite, page 43 du même volume. Nous persistons à croire , comme nous savons dit précédemment, que les Séminaires devroient être situés de maniéré à figurer avec les communautés des Prêtres , faisant partie du Presbytère 011 de la maison Curiale, afin que ces deux édifices puissent fymétriser avec sEglise placée entre-deux, comme nous savons tracé dans un plan par masse , qui précédera, dans les volumes suivants, l’Eglise Paroissiale que nous proposons. Des Presbytères ou Maisons Curiales. On appelle Presbytère ( r ) ou maison Curiale, un bâtiment destiné à la demeure d’un Pasteur , Curé d’une Eglise Paroissiale. On comprend aussi sous ce nom t les corps de logis qui en font (r) Mot dérivé du grec, Prejiyurion , assemblée de Prêtres. d’Architecture. 333 partie , où logent & mangent en Communauté les Prêtres qui desservent une Paroisse. Tous ces bâtiments doivent être plus ou moins spacieux, selon la grandeur de l’Eglise & Fétendue du lieu. A rez- de-chaussée se pratique assez ordinairement un grand vestibule, propre à contenir les pauvres honteux, & attenant un on plusieurs parloirs, pour y recevoir les bienfaiteurs de l’un & de l’autre sexe. Dans des bâtiments peu élevés, donnant fur des cours aérées , on distribue les cuisines, les réfectoirs, les bûchers, &c. Autant qu’il est possible, on y doit aussi pratiquer un jardin d’une certaine étendue, planté de quinconces, & orné de tapis- verds. A côté du vestibule doit être un principal escalier qui mene à l’appartement du Pasteur ; on en doit faire aussi plusieurs autres moins considérables , qui se communiquent ensemble par une gallerie commune , & conduisent aux coridors pratiqués dans les étages supérieurs où se trouvent placés les logements des Prêtres. II faut observer que ces logements doivent être placés fur les cours & le jardin, dans le dessein d’éviter le bruit de la rue, qui nécessairement nuiroit au recœuillement & à Fétu de des Ecclésiastiques. La décoration de ces bâtiments, comme celle des précédents , doit être simple, mais symétrique : il faut, comme nous savons recommandé, quelle figure avec le Séminaire; & l’un & l’autre fe doivent communiquer par des portiques à rez-de-chaussée, & par des terrasses au premier étage. Sans doute que l’ensemble de ces bâtiments, réunis avec l’Eglise , occupe- roit un terrein considérable ; mais il faut fe rappeler les moyens que nous avons proposés pour y parvenir, & alors on ne regardera peut-être plus cette idée comme de spéculation, & comme 334 Cours une entreprise au-ciessus des tonds ordinairement destinés pour ces sortes destitutions, Ces maisons , pour être divisées en plusieurs parties , n en coûtent pas moins des sommes considérables, fans avoir les avantages du projet général que nous proposons. D ailleurs qu’on y réfléchisse, ne nous faut-il pas des Places dans nos Cités ? Sans nuire en rien à leur destination particulière, qui empê* cheroit de les faire servir d’issue à nos Eglises ? Quà ces Places , doublement nécessaires , on ajoute le terrein qu’eût occupé chacun des bâtiments que nous cherchons à rassembler ici , & qui construits çà & là, ne produisent ni ensemble ni commodité , ni de véritable beauté, & l’on verra qu’il y auroit peut-être de l’économie à comprendre , dans un même projet , la disposition des Eglises Paroifliales, des Séminaires & des Presbytères ; d’où réí’ulteroit, & futilité publique & la magnificence de la Capitale. Nous savons dé j a remarqué , fans doute il faudroit du temps pour parvenir au remboursement des maisons qu’il l'eroit nécessaire d'acquérir pour en taciliter l’exécution. Mais que l’on commence par les bâtiments d’économie, dans la plus grande partie du terrein précieux des jardins de nos Monastères , & que dans la fuite on en applique les revenus à construire de nouvelles Paroisses & les bâtiments dont nous parlons. 335 t>'A rchitecture. Des Collèges. Les Collèges font ordinairement de fondation Royale ; & comme tels ils doivent s’annoncer avec une certaine magnificence, par leur disposition , leur situation & leur ordonnance : ces édifices destinés à enseigner les Sciences & les Belles - Lettres, doivent avoir de grandes cours, des bâtiments commodes pour les salles d’exercices, le logement des professeurs & des Pensionnaires ; ils doivent aussi contenir une assez belle Chapelle ; enfin des dépendances relatives à l’ésendue des principaux bâtiments , & du revenu attaché à ces institutions publiques, destinées pour leducation des jeunes Cioyens : néanmoins les quartiers oii l’on est souvent obligé d’élever ces bâtiments, ne permettent pas toujours de les rendre assez spacieux ; alors on a recours à la réitération des étages, on fait les corps de logis doubles, & on les prive de jardins , auxquels on substitue des cours particulières , indépendantes de celles d’en- trée , & qui toutes fervent à procurer de la salubrité , & aux salles d’exercices & aux logements d’habitation. Le Collège de Mazarin à Paris , bâti fur les destins de d’Orbay, est un des mieux situés , & dont la disposition soit la mieux entendue , quoiqu’il occupe moins d’efpaçe que plusieurs autres élevés dans cette Capitale ; son Eglise particulièrement, est un ouvrage de génie, qui mérite l’attention de nos Eleves ; ils en trouveront les plans, ainsi que celui du Collège, dans l’Archi- tectureFrançoise, Tome II; celui des Peres Jésuites à Rome, appelé le Collège Romain, du dessin de Barthèlemi Amanato , est aussi d’une décoration fort estimée ; celui de la Eléche, en Anjou, passe ZZ6 Cours'*' encore pour un des grands bâtiments en ce gehré Z & des plus réguliers. Lorsque ces sortes d’édisices fondés par des particuliers, font de peu d’iniportance , on réduit les bâtiments qui les composent à fort peu d’é- tendue, & l’on éleve sur les rues qui y donnent entrée des maisons à loyer qui en augmentent les revenus ; ce qui procure dans les grandes Villes une plus grande quantité d’habitations de ce dernier genre. En parlant de cet objet d'économie, notre intention est de déterminer nos Eleves à ne pas toujours s’occuper de projets fastueux, mais de s’appliquer souvent à les réduire dans un terrein très resserré. Qu’ils y prennent garde, cette étude qui a ses difficultés ne leur est guere moins utile que les compositions qu’iís entreprennent souvent , & qui, pour la plupart, sont a u-dessus de leurs forces ; ou, ce qui est pis encore, dont ils négligent les détails & les développements , pour passer à d’autres projets encore plus vagues , & qu’ils ne font qu’effleurer. Qu’ils en croient notre expérience , qu'ils s'attachent d’abord à tirer parti d’un terrein montueux , irrégulier & peu spacieux ; qu’ils ^assujettissent aux conditions prescrites par un programme , ou données par un propriétaire ; qu’ils y observent sur-tout l’esprit de convenance & celui d'économie, utile à tous les genres de productions ; du moins nous leur recommanderons qu'après avoir donné l’essor à leur imagination , ils Rappliquent à réduire leur travail à la moitié de la dépense, ensuite au quart, résultat où aboutissent presque toutes les entreprises de nos jours f autrement, faute de revenir fur leurs pas, Lt de s’accoutumer à cette maniéré d’opérer dans leurs débuts, ils n’enfantent plus que d’Architecture. 337 que des chimères qui déconcertent les personnes qui font bâtir & les déterminent, en quelque forte, á s’adresser à des Artisans subalternes qui, mé- connoissant les préceptes & les ressources de lArt, contribuent à perpétuer le mauvais goût & à remplir Paris de bâtiments qui, le plus souvent, déshonorent la Nation , le Propriétaire & leur Auteur. Des Hôpitaux. Il en est de plusieurs efpeces, les uns destinés à contenir les pauvres , tel que l'Hôpital-Général ; les malfaiteurs, tel que Bicêtre ; les femmes de mauvaise vie, tel que la Salpétriere ; les autres font connus fous le nom d’Hôtel-Dieu, de la Charité, des Incurables , &c. Ces derniers font réservés à Paris pour les malades de l’un & de l’autre sexe ; mais ils manquent presque tous des commodités qui leur font nécessaires , parcs que n’ayant pas été, pour la plupart, bâtis pour leur usage présent, ils font ou mal situés, 011 trop resserrés , ou peu falubres. Ordinairement les Hôpitaux doivent être composés d’une assez grande Eglise, de plusieurs corps de bâtiments exposés au septentrion , isolés & séparés par de grandes cours ; on y doit pratiquer des terrasses, des promenades , des préaux & généralement tout ce qui peut contribuer à adoucir les infirmités humaines , & calmer le désespoir des coupables. Le Châtsau de Bicêtre & l’Hôpital Saint- Louis font les l’euls bâtiments de ce genre qui, chez nous, méritent quelque considération, ainsi que l’Egliíe de la Salpétriere ; la plupart de nos autres Hôpitaux, destinés pour les malades , font si bornés dans leur étendue, qu’il est inconcevable qu’on ait négligé jusqu a présent l’agrandisse- Torne II. Y 338 Cours ment & la multiplicité de ces asyles de la charité chrétienne. II viendra un temps, fans doute , où l’on s’occupera plus sérieusement de la construction de ces édifices de la premiers utilité , qu’on prendra foin de les placer aux extrémités de la Ville, & qu’on établira dans le sein de la Capitale , des dépôts ou les malades seront transportés de chez eux, & de-là à leur destination, selon le quartier & le genre des maladies. Ces dépôts ne pourroient-iís pas être contenus dans les Couvents de l’un & de sature sexe, où dans des besoins pressants, les malades seroient à portée de recevoir les secours spirituels & temporels ? Nous préférerions peut-être plusieurs Hôpitaux à un seul très-étendu, les malades en seroient mieux soignés ; il y régneroit moins de confusion , la manutention en deviendroit plus aisée, les Administrateurs plus attentifs ; enfin les gens du monde- fréquenteroient plus volontiers ces lieux d’hospi- talité pour y secourir les pauvres de leur superflu. Qu’on y réfléchisse ; quoi de plus intéressant pour les hommes de bien que de contribuer au soulagement de leurs semblables ? Quoi de plus satisfaisant pour le gouvernement que de porter son attention sur cette partie de l’administration publique ? Quoi de plus consolant encore pour le plus grand nombre des familles indigentes contenues dans cette vaste Cité, que d’être assurées en cas d’infirmité d’y pouvoir décemment obtenir les secours qu’elles n’osent espérer au milieu de tant de Citoyens qui vivent dans sabondance & la dissipation? Nous avons désiré précédemment que l’on construisit à Paris des places publiques, des théâtres & tant d’autres bâtiments pour la magnificence & même pour la frivolité i combien n’aurions-nous d’Arc h i te ctu re. 339 pas à nous reprocher, si nous n’insistions pas ici fur la nécessité d’en élever d’une pareille utilité ? D’ailleurs quel bien plus réel que de s’occuper à fonder des asyles lalubres pour les personnes infirmes ? Jetons les yeux fur les pauvres, affligés des maux, presque toujours inséparables de la vie humaine ; combien de malades languissent chez eux plutôt que de s'exposer à partager les secours qui leur font offerts ? ou parce que ces bâtiments font en trop petit nombre, ou parce que les salles qu’ils contiennent font trop peu aérées. On doit applaudir fans doute à ces premiers établissements, excellents par les principes qui les ont fait fonder, mais qui, aujourd’hui, exigent d’être agrandis à raison du plus grand nombre des habitants, parce qu’en les examinant avec des yeux philosophiques,ils semblent plutôt être entretenus pour servir d’école aux Etudiants en Médecine & en Chirurgie , que pour y procurer à nos semblables les secours qui leur font nécessaires. (s) (j) Nous avions deflein de donner, dans les volumes suivants de ce Cours, un projet á’Hôcel-Dieu que nous avons fait fur le terrein de celui de l’Hôpital de Saint Louis ; mais comme tous les édifices dont nous traitons dans ce Chapitre, ne peuvent se trouver gravés dans cet ouvrage , nous nous proposons à l’avenir , si celui-ci est accceuilli, de donner les dessins particuliers de chaque genre de bâtiments , soit ceux déja exécutés par nos grands Maîtres , soit ceux de noue composition. Ces dessins fourniront aux jeunes Citoyens qui se voueront à l’Architccture , un ou plusieurs exemples de chaque espèce , avec uîie description qui leur tiendra heu de programme , pour traiter à fond Sc de nouveau tous les genres de productions dans l’Architecture, considérée par rapport à futilité, à la sûreté , à f habitation & à la magnificence. Ce que nous n avons pu présenter ici que par abréviation , nous pourrons donc le donner avec beauccAip plus d étendue dans un autre ouvrage qui servira de suite à ces Leçons, & offrira alors un corps complet de tout ce qu’on peut donner d’intérelíant fur notre Art, Yij 340 Cours Des Cimetières. Un Cimetiere ( t ) est un lieu public découvert dans fa plus grande partie, & ordinairement destiné à enterrer le commun des Citoyens. Les personnes de distinction qui ont méconnu le faste pendant leur vie , & qui n’en veulent laisser aucunes traces après leur mort, choisissent aussi de préférence & par humilité ce lieu public pour leur Sépulture. Les terreins qui les composent sont le plus souvent limitrophes de nos Eglises Paroissiales ; il feroit essenciel cependant, pour plus de salubrité, que ces Cimetières fussent placés vers les extrémités de la Ville, & qu’on choisît à cet effet un lieu vaste , au milieu duquel on pratiqueroit un préau d’environ cent toises de diamètre , entouré de charniers, couverts & percés intérieurement par des arcades surbaissées. Les pieds-droits de ces arcades devroient être chargés de bossages , & ceux-ci de vermiculures, genre d’ornement analogue à la destruction de la matière. í>ur les murs de clôture, dans le fond des charniers, seroient feintes de pareilles arcades , dans renfoncement defquelles seroient contenus les cénotaphes des familles qui auroient rendu quelque service à la patrie, & au-dessous seroient construites des catacombes particulières ( u ) destinées à leur sépulture. ( t ) On écrivoit anciennement Cemetzere, du latin Cœmete- TÌum , fait du grec Koimeterion , lieu où l'on dort, ou lieu de sépulture. L est dans les Cimetières qu’on a bâti les pre- micres Eglises, parcc que les Martyrs y étant enterrés, ces lieux étoient déja sanctifiés ; de là vient l’usage de ne consacrer aucun autel, sans y renfermer quelque relique de Martyr. ( u ) Catacombe , de l’itaJien Cataeombe , retraite souterreiac ; d’Architictube. 34í Au-dessus de ces charniers s’éleveroient des gaî- leries propres à contenir indistinctement les ossements des fideles qui auroient anciennement été inhumés dans le Cimetiere proprement dit ; ces galleries seroient terminées par des toitures assez élevées & couvertes d’ardoises , dont la teinte sombre ne contribueroit pas peu à donner à tout cet ensemble un air lugubre , capable d’annoncer au premier coup d’œuil ce séjour de ténèbres. Au milieu du préau seroit élevée une grande pyramide dune ordonnance rustique, qui, dans son intérieur, contiendroit une chapelle sépulcrale, où continuellement on célébreroit TOffice des morts. Dans les quatre angles de cette partie découverte, & dans un certain enfoncement, seroient placées autant de catacombes, dont les ouvertures seroient exposées au nord,& les murs de revêtissements , couronnés d’appuis, garnis d’urnes sépulcrales , & environnés de cyprès. Au - dessus de la voûte íòu- terreine de ces catacombes, seroit élevé un soubassement surmonté dune croix grouppée avec des attributs mortuaires. On prendroit foin de tenir le fol du préau de deux ou trois pieds au-dessous de celui des charniers, & celui-ci ssenviron trois marches, moins élevé que le niveau des rues qui y donneroient entrée ; cette inégalité de fol con- il s’en voit à Rome près I’Eglíse de Saint-Sébastien, où les Chrétiens se cachoient pendant la persécution de la primitive Eglise» & où ils enterroienc les corps des Martyrs. Ces Catacombes, étoient des espèces de galleries qui communiqueienr les unes aux autres , & qui s'étendoient souvent jusqu'à une lieue dc Rome : les morts y croient enfermés dans des cerccruils de. brique ou de marbre , fermés très-exactement , & fur lesquels on gravoit le nom des morts , mais le plus souvent ce clùstre. X R , interprété pro Chrifio. Y iij 342 Cours tribueroit, en quelque sorte , à donner à ces monuments un caractère distinctif, capable de retracer aux vivants l’image du séjour terrible, mais inévitable , que nous devons habiter après la mort. Le Cimetiere de l’Eglise de Sainte - Croix à Orléans (x) , est celui qui nous paroît le plus conforme à l’idée que nous traçons ici & que nous avons communiquée à plusieurs des Eleves qui nous font confiés, (y) Quon nous permette de revenir fur la nécessité de supprimer les Cimetières placés dans fintérieur de la Ville. Cette nécessité est sensible, &à cause des exhalaisons pestilencielles qu’ils occasionnent dans cette Capitale, & parce qu’ils nous privent d’un terrein précieux qui pourroit être employé plus utilement dans son enceinte. Nous nous souvenons qu’il y a quelques années ce projet avoir été agréé par le Gouvernement ; nous ignorons les causes qui en ont empêché l’exécution ; mais nous osons insister fur la nécessité de ce transport, aussi-bien que sur celui des tueries qu on a vues fur le point d’être transférées au-delà des barrières , deux- objets dont il est également ( x ) Voyez la description que nous en avons faite, inférée dans le rccœuil manuscrit, contenant les plans , coupes & élévations du Château de Blois , fait en 1750 par ordre de M. le Marquis de Marigny , pour le Cabinet du Roi à Versailles. (y) C’est d’après cette idée , que le sieurDesprez a dressé un projet de ce genre, fort intéressant, qui a remporté dernièrement un prix d’émulation à l'Académie Royale d’Architecture , & qu’il vient de rendre public en le dédiant à M. de Voltaire. Nous annonçons avec plaisir cette production capable d'indi- quer les talents de ce jeune Citoyen, actuellement Professeur á i'Ecole Militaire. d'Architecture. 343 important de s’occuper pour rendre les habitations de cette Ville immense , plus falubres, & la circulation des Citoyens plus aisée. Des Sépultures en particulier. On appelle ainsi les lieux souterreins , destinés à contenir les cercœuils où reposent les corps d une même famille. Ordinairement ils font pratiqués dans nos Eglises fous des chapelles particulières , dans lesquelles on éleve des cénotaphes ou mausolées somptueux : telle qu’on a vu à Saint-Denis la chapelle des Valois ; qu’on remarque aujourd’hui celle d’Orléans aux Céle- stins de Paris, & plusieurs autres en différents édifices sacrés de cette Capitale. Ces Mausolées ou Cénotaphes se construisent en marbre blanc, tel que celui du Cardinal de Richelieu à la Sorbon- ne , ou en marbre de couleur, comme celui de M. Languct de Gergy à Saint-Sulpice , déja cité , en parlant des Mausolées dans le Chapitre précédent, où nous avons ausii déliré que l’Archirecte donnât les destins de ces monuments funéraires : nous le répétons encore ici , parce que nous sommes persuadés qu’il est du ressort de l’Architecture d’en assigner les formes , les proportions & les relations, avec l’ensemble des lieux où ils s’élevent, & que la Sculpture ensuite doit déployer toutes ses ressources , pour que, réunie avec l’Architecture, l’un & l’autre concourent à produire un véritable chef-d'œuvre. Nous pensons ausii que des attributs sacrés , groupés avec les vertus pacifiques des grands hommes , à la mémoire desquels ils font dressés, doivent symboliser ces monuments ; que des inscriptions & cíes armoi- Yiv 344 Cours ries peuvent indiquer le rang & la dignité des défunts ; mais qu'il faut user modérément de ces derniers moyens , & réemployer que ceux qui ont le plus de rapport avec la Religion. Combien d’Artistes qui, pour avoir négligé ce que nous recommandons, ont confondu , contre toute idée de vraisemblance, dans les productions de ce genre , & les attributs prophanes & ceux du christianisme? Exemple dangereux qui porte nos Elèves à fe tout permettre & à négliger dans leur compositions le caractère propre à l’objet dont ils font spécialement chargés. Nous répétons encore , à propos des Sépultures dont nous parlons , ce que nous avons dit à l’égard des tombeaux des riches particuliers , qu’il feroit mieux de les reléguer dans des lieux séparés , mais limitrophes de nos Eglises , dans le dessein d’ossrir avec plus de décence ces ouvrages de l’Art à la curiosité des connoisseurs , & parce que ces Sépultures nuisent nécessairement a la salubrité qu’il importe dc procurer à. nos Temples. D’ailleurs, par-là nos Sculpteurs célèbres , moins retenus dans leurs compositions, pourroient donner plus d’essor à leur génie , introduire des allégories plus pittoresques, hasarder des nudités ; ensin déployer toutes les grâces de l’Art, ce qui ne se doit ni ne se peut toujours, lorsque ces fastes de la vanité humaine fe trouvent placés dans nos Eglises, où tout doit être sacré , simple & sublime. Des Charniers. On appelle ordinairement Charniers , de grandes gaîleries basses qui circulent autour du rond-point, & quelquefois le long des bas-côtés de nos Eglises * d’Architecture. ° Z45 & quisont destinées pour les Instructions Pastora- rale>, à faire les Cathéchiímes, où l'on administre le Sacrement de Pénitence, & où , dans des Chapelles particulières qui y font distribuées, on donne la Communion aux Fideles. C’est austì dans ce lieu de retraite , qu on enterre les Paroissiens aisés : nous le répétons, pratique contraire à la salubrité. Ce sont en général autant d’objets qui ne devroient jamais être confondus, & qui demandent autant de lieux relatifs à leur destination particulière ; autrement il en résulte presque toujours une très-grande distraction, de la confusion , moins de recœuillement ; il s'en exhale d’ailleurs des vapeurs d’autant plus funestes, quelle paroissent plus insensibles à la portion du Clergé , qui vouée par état à l’instruction Chrétienne, y respire continuellement un air fort nuisible. On appelle encore Charniers ( £ ) plus proprement dits, de grandes galleries ou portiques, voûtés & fans fermeture, pratiqués à rez-déchaussée a u tour de nos cimetières , tels que ceux des saints-Innocents à Paris , ou ceux du cimetiere de Sainte-Croix d’Orléans , dont nous avons parlé précédemment. Répétons encore une fois, que nous désirerions que ces derniers, destinés à la sépulture des morts, fussent placés extérieurement, & jamais dans l’intérieur de nos Eglises , particulièrement dans les Paroissiales ; celles-ci étant infiniment plus fréquentées par le peuple, que les Eglises Canoniales, Conventuelles , &c. ’ll nous semble que les galleries destinées pour la Confession devroient être placées dans les lieux les plus recoeuillis & les moins exposés aux regards de C i ) Ces Charniers Rappellent ainsi , du latin Carnarium . z 46 ' Cours la multitude; que ceux où se sont les Catéchismes & autres instructions pastorales , devroient leur être opposés; qu’enfin la Pâque devroit être administrée dans des Chapelles particulières, dont l’entrée ne fût permise qu’à ceux appelés à la Communion : autant de précautions qui nous parois- sent nécessaires dans la composition ou le projet d’une Eglise Paroissiale. Que d’attention n’exige- t-on pas de l’Architecte, lorsqu’il s’agir seulement du plan d’un bâtiment de quelque importance ! Que de difficultés à vaincre pour parvenir à celui d’une maison particulière ! Que de bien plus importants objets à remplir, lorsqu’il s’agitdu dessin d’un édifice sacré ! suffit-il d’y employer les réglés de l’Art ? Non fans doute, une situation avantageuse, une belle disposition, une ordonnance grave , toutes les commodités relatives dans la distribution des différentes parties qui le composent, une structure ingénieuse , mais économique ; enfin l’esprit de convenance réparti sur chaque objet, doivent être les guides des Architectes, qui ont pour but de produire un ensemble accompli en ce genre. Après avoir parlé de nos Eglises d’une maniéré générale & des différents bâtiments qui en font une fuite, entrons à présent dans quelques détails concernant les diverses parties qui contribuent à leur décoration extérieure & intérieure. Parlons d’abord de leurs portails, des porches, des tours, des clochers , de leurs façades latérales; ensuite nous traiterons des nefs, des bas-côtés,des chœurs, des sanctuaires , des autels, &c. &c. & nous tâcherons d’affigner à chacun de ces objets un caractère particulier, qui pourra déterminer nos Eleves à réfléchir à celui qu’il convient de donner à toutes ces différentes productions de l’Architecture, d’Architecture. 347 DeS DIFFÉ RENTES PARTIES QUI CCNTRIBUENT A LA DÉCORATION EXTÉRIEURE DE NOS TEMPLES . Des Portails. Les Portails (a) d’Eglise doivent annoncer par le caractère de leur ordonnance le genre du monument auquel ils appartiennent, & dont ils forment la principale entrée. Nous ne parlons point ici de ceux placés assez ordinairement aux extrémités de la croisée dans chaque face latérale ; ils doivent être moins considérables, quoique toujours assortis à la magnificence de l’édifice. Entrons dans quelques détails touchant l’ordonnance des principaux Portails des Métropoles , des Eglises Paroissiales , de ceux des Eglises en rotonde & de (a) Portails, on en distingue de deux espèces; les premiers & les plus considérables , font ceux qui fervent de frontispice à l’entrée de nos Temples ; les deuxièmes fe placent à chaque extrémité de la croisée , tels qu’il s’cn remá- que à la Paroisse de Sairtt-Sulpicc ; le premier du dessin du Chevalier Scrvandoni ; les deux autres íur les destins de Gilles- Maric Oppenort , Architecte , Lc l'un des plus grands Dessinateurs de notre temps, mort en 1750. On en distingue auíli de deux fortes ; ceux d'une Architecture Gothique , tel que celui de Notre-Dame à Paris, celui de Reims, de Sainte - Trophimc d’Arles, Sic. ceux d'une Architecture dans le gcût antique, tel que celui de Saint - Gervais , du Noviciat des Jésuites , Sec. On nomme feulement Portiques , les Portails d'Eglife d’Archire- cture antique qu'on élevé au-devant & environ au tiers de la hauteur des anciens Portails Gothiques , tels que fe remarquent celui de l’Eglifc de la Culture Saince-Carlierine , du destin du Pcrc de Crcil, Si celui que nous venons de faire construire au-devant du Portail Gothique de la Cathédrale de Metz , en face de la Place dc i’Evêché. 34* Cours ceux qui servent de frontispice à nos Eglises conventuelles. Le Portail d’une Métropole, ainsi que celui d’une Eglile Cathédrale, doit embrasser toute la largeur de Pédifice , avoir une grande élévation, être accoté par deux tours plus élevées encore , & s’an- noncer par un porche extérieur d’une assez vaste étendue. Des plartes-formes couronnées par des balustrades doivent terminer fa partie supérieure , un mouvement rectiligne indiquer ses principaux avant-corps ; en un mot, une grande Architecture & une Sculpture sagement distribuée doivent fair® connoître au premier coup d’œuil que ce frontispice appartient à la principale Eglise de la Capitale. Plusieurs Portails de nos anciennes Eglises Gothiques désignent assez - bien les masses dont nous parlons ; & nous serions tentés de croire que si à ces beautés d’eníemble on pouvoir joindre les proportions que nous tenons des Grecs & des Romains, on parviendroit fans doute à créer plus d’un chefd’œuvre en ce genre., Après ces especes de frontispices, ceux de nos Eglises Paroiísiales tiennent le premier rang ; nous croyons néanmoins qu’on abuse trop communément d’y placer plusieurs ordres élevés les uns au-dessus des autres : celui de Saint - Gervais , qui long-temps a passé pour un miracle de l’Art, nous affecte peu. Les trois ordres Grecs que De- brosse y a introduits, & dont nous avons donné les mesures , planche X C , fa forme pyramidale , un caractère assez bien soutenu dans les principales parties ont fait fa célébrité ; mais lors- qu’on passe à ses détails & qu’on veut se rendre compte , comme nous savons déja fait, des procédés employés par l’Arclsitecte, le prestige cesse d’Architecture. 349 jamais cn ne nous persuadera que trois ordres puissent raisonnablement diviser & comprendre la hauteur d’un monument, dont la véritable beauté intér.eure consiste dans l’élévation des piliers ou colonnes, qui avec la voûte ne doivent présenter qu’une seule & même continuité verticale, laquelle , autant qu’il est possible , ne doit pas être interrompue par des corps horisontaux. Le Portail de Sainr-Sulpice du destin du Chevalier Servandoni nous paroît en ceci avoir le même défaut; mais du moins le mouvement de ses plans, une marche ingénieuse & des détails heureux dédommagent-ils de la réitération des ordres que nous désapprouvons ; & certainement si ce monument paria très-grande élévation nanéantissoit, pour ainsi-dire, l’étendue assez limitée de son Eglise , nous le croirions de beaucoup supérieur à celui de Saint-Gervais. Nous ne parlerons point de celui de Saint-Roch ni.de celui de Saint-Louis à Versailles, ils font trop inférieurs, particulièrement le dernier, à ceux que nous venons de citer. Du moins dans les deux premiers y a-t-il beaucoup à puiser pour nos Eleves ; au-lieu que dans celui de Saint-Roch il y a peu à imiter, & au contraire, tout à éviter dans celui de Saint-Louis à Versailles. Nous ne dirons rien de celui qui s’éleve à Saint- Eustache , ni de celui qui doit servir de frontispice à FEglise de la Magdeleine ; nous ne nous permettons point ici de dire notre sentiment sur les ouvrages de l’Art qui ne font pas entièrement achevés , F Architecte jusqu’à ce moment étant libre de reéenir sur ses pas pour conduire fa production au dernier degré de supériorité. D’ail- leurs , que n'avvns nous pas à espérer de la capa- 35° Cours cité des deux Architectes à qui ces entreprises célèbres font confiées ! Les frontispices destinés à annoncer l’entrée des Eglises de fondation Royale , telles que font à Paris le Val-de-Grâce & les Invalides , doivent être d’ua tout autre genre. Nous pensons que comme partout ailleurs , mais particulièrement ici, un seul ordre y doit suffire, tel que celui qu’on éleve à la nouvelle Eglise de Sainte-Genevieve, monument digne de la Nation & des talents de l’Archi- tecte ; celui des Invalides composé de deux ordres nous paroît dune trop petite fabrique , quoique d’une composition ingénieuse ; nous sommes en quelque forte moins contents encore de celui du Val-de-Grâce, fur - tout du second ordre ajouté fur le premier, qui est du destin de François Manfard. Nous ne mettrons point ici en parallèle avec ceux que nous venons de citer, les Portails des Dames Sainte-Marie, rue Saint-Antoine , de la Conception, porte Saint-Honoré, de la Visitation à Chaillot,& de l’Annonciade à Saint-Denis, dont nous avons parlé plus d’une ibis avec éloge ; parce que plusieurs d’entr’eux, réduits à un très-perit module doivent être considérés en particulier , & imités par nos Eleves dans les entreprises d’une moindre importance. Nous rangeons auslì dans cette derniere classe celui dont nous avons donné les destins pour Metz, & que nous avons décrit dans ce Volume , pag. 93 , planche XXXIV. A l’égard des Portails de nos Eglises conventuelles , nous croyons qu’il faut n on-seulement n’y employer qu’un seul ordre , mais encore ne le placer que dans l’avant - corps, pour désigner seulement le porche extérieur que nous avons d’Architecture. 351 recommandé devoir précéder toutes nos Eglises. Nous ne connoiíTons rien d’intéressanr à oiter en ce genre, que celui des Minimes par François Man- fard, supérieur à beaucoup d’égards à celui de l’Oratoire. Que pourrions-nous dire du Portail des Petits - Peres, où président les ordres Ionique & Corinthien-pilastres ; l’Architecte les a préférés ici, parce que lans doute il s’étoit apperçu trop tard de 1 irrégularité du Dorique & de bionique qu’il avoir employés à celui des Bernabites, ainsi que nous bavons remarqué, pag. 197 de ce Volume, planche LXXXVII, où nous renvoyons. Nous ne citerons pas non plus pour exemple celui de Saint-Louis du Louvre , dont le plan est de forme concave & convexe , & où un ordre Ionique avec un entablement, tantôt modillonnaire, tantôt den- ticulaire, offre moins une Architecture grave & régulière qu une composition pittoresque & hasardée. Nous citerons encore moins celui de la Charité , dont bordonnance de b Architecture nous paroit au-dessous de la médiocrité , ainst que celle du Portail qui vient de s'élever aux Jacobins du Faubourg Saint-Germain ; ce dernier rassemble toutes les imperfections répandues dans les précédents. Ces vérités quoiqu impartiales font dures fans doute , mais on ne doit pas s’attendre à ne trouver que des éloges dans un ouvrage tel que celui-ci, parce que st le jeune Artiste n’apprend de bonne heure à connoître les défauts , il deviendra incapable d’imiter les beautés de b Art. Qu’on fe ressouvienne donc que c est pour des Eleves que nous écrivons ; que pour cela nous croyons devoir leur faire part de ce que plus de trente années nous ont offert de réflexions & d'expérience ; & qu’il est indispensable de leur montrer même en 352. Cours quoi les plus grands Maîtres ne font pas toujours à imiter. Nous osons citer ici le Portail d’une Eglise conventuelle qui nous a été demandé pour la Flandre, non que nous le croyions fans défauts ; mais nous avons cherché du moins à lui donner le vrai caractère qui convient à un frontispice de cette espece, malgré les sujétions qui nous ont été imposées , & par le local & par l’usage du pays. On trouvera ce dessin dans les volumes suivants. Des Porches. Un Porche ( b ) est un lieu couvert & élevé de plusieurs marches, faisant partie du portail d’une Eglise. La décoration des Porches consiste ordinairement dans la disposition & l’arrangement de plusieurs colonnes isolées , soutenant des plattes- bancles ornées par des cassettes comparties régulièrement. Les Porches , non-seulement fervent à embellir la décoration des frontispices des Temples , &• à annoncer la dignité dc leur intérieur ; (t) Les Porches, comme nous l’entendons, se placent extérieurement à Pennée de. nos Temples. Dans ce cas nous les préférons déterminés par des lignes droites Sc parallèles dans leur plan : il s’en fait néanmoins de circulaires, comme celui de l'Eglife de Notre-Dame dc la Paix à Rome, rcltauré par Pierre de Cortone ; de fermés par des grilles de fer, comme à Saint-Pierre de Rome, & dans Paris a Saint-Germain-l'Au- xerrois. On appelle Porches à Tambour , ceux pratiqués en menuiserie dans l'intérieur dc nos Eglises, lorsqu’elles n'on t point de Porche extérieur, comme à Saint-Roch & ailleurs. On appelle auslì Porche dans nos Palais & dans nos Hôtels, toute espèce de vellibules à rez de-chaussée , fous lesquels patient les voitures ; ils se font aussi de plusieurs formes , comme nous le dirons ailleurs en parlant de ceux du Louvre, du Palais du Luxembourg, de l'Hôtel dc Bcauvais > &c. mats ^'Architecture; z;z mais auíTì à préparer les fideles au recœuillement,. & à leur rappeler la décence avec laquelle ils doivent íe présenter dans les demeures sacrées. Nos Palais font précédés, le plus souvent, de Porches extérieurs où descendent à couvert les personnes qui viennent les visiter ; les appartements de presque tous nos bâtiments font précédés par des vestibules ; pourquoi négliger à l’entrée de la plupart de nos Eglises les Porches dont nous traitons ici ? Anciennement destinés à la retraite des Pécheurs , ils de- vroient chez nous servir d’asile aux pauvres , pour y recevoir les aumônes des sideles, au-lieu rie les troubler par leur importunité pendant le Service Divin. Lorsque les Porches des Temples doivent être terminés par un fronton, couronnement plus convenable ici que par-tout ailleurs , il faut auparavant considérer si leur ordonnance , relativement à la grandeur de l’édifice, fera tètrajìyle ou de quatre colonnes de front, hexajlyle ou de six colonnes , ocloflyle ou de huit colonnes ; enfin décastyle ou de dix colonnes : afin de ne pas risquer inconsidérément de donner trop de base au fronton, & un air de pesanteur à Fordonnance extérieure du frontispice; & dans le cas où cet inconvénient fe- roit à craindre , parce qu’on auroit dù faire choix de celui de dix colonnes, il fâudroit ou renoncer au fronton ou former un avant-corps hexajlyle ou de six colonnes, & faire retourner fur celui-ci le fronton ; ce qui procureroit à fa décoration une forme pyramidale qui ne peut que sistre un bon effet. Nous sommes d’avis, lorsqu on orne le tympan, des frontons des portails d'Eglife ^ ce qui souvent est indispensable, qu’on préféré un bas-relief analogue à la dédicace du monument, toujours plus Tome II, Z 3 14 Cours convenable que les blasons, les armoiries & les supports qu’on y place ordinairement, & qui paroissent plus propres à annoncer l’ostentation des Fondateurs qu a désigner leur zele & leur amour pour la Religion. Nous sommes aussi d’a- vis de préférer les formes rectilignes à toutes autres dans le plan des Porches, principalement lors- qu’il s'agit de ceux des Métropoles, des Cathédrales & des Eglises Paroissiales ; les formes circulaires , elliptiques ou à pans rfétant guère convenables que pour les Eglises en rotonde, les Chapelles des Collèges , &c. Ces Porches, ouverts en dehors par les entrecolonnements, se ferment par des grilles de fer qui en défendent Feutrée pendant la nuit ; mais alors elles font un mauvais effet avec l’ordonnance de l’Architecture. Nous désirerions que pour éviter cet inconvénient , on plaçât des grilles à quelque distance & tout au pourtour du monument ; comme il s’en volt a Saint-Paul de Londres , & qu’on en remarque à la Place Royale, au centre desquelles est élevée la Statue de Louis XIII ; ou ce qui seroit plus convenable encore, qu’on établît une garde qui veillât fans cesse & à la sûreté & à la décence qu’il convient d’observer dès Fexrérieur de nos Temples. N’ufe-t-on pas de ces moyens pour les Palais Episcopaux, les Bâtiments Militaires, les Hôtels- de-Ville? Tout n’indique-t-il pas ici le même besoin ? cependant nous osons le répéter, rien de si négligé que l’abord de ces édifices sacrés , & souvent rien de si peu soigné que leur intérieur. Des Tours. Les Tours font assez souvent, ou les accompagnements , ou Fune des principales parties de* por- d’Architecturz. tails d’Eglise, la formé de leur plan est ordinairement qiiadrangulaire, & elles font construites en pierre depuis leur baie jusqu a leur sommet : on a prétendu long-temps qu’il n’y avoit que les Métropoles qui duisent avoir deux Tours, comme étant les principales Eglises des Capitales, ainsi que nous savons dit plus haut, & qu’on l’a pratiqué dans presque tous nos ouvrages Gothiques : aujourd’hui dans nos Paroisses, on en éleve auísi deux , telles qu’on vient d’en faire à Saint-Sulpice & qu’on le projette pour le portail de l’Eglise Saint-Eustache. Nous avons cherché dans les sources sacrées si effectivement les doubles Tours pa- roissoient avoir été destinées feulement pour les Cathédrales ; mais nous n’avons rien trouvé de satisfaisant à cet égard. Au reste , nous pensons qu’il feroit bien de les réserver seulement pour ces premiers monuments, & de n’en placer qu’une dans nos Paroisses, soit qu’on les élevs- au-dessus du milieu du frontispice pour le faire pyramider, comme nous en donnerons un exemple dans les Volumes suivants ; soit, comme à Saint-Roch , qu’on les transporte loin du portail, où elles n’exi- gent plus alors aucune décoration ni simétrie ; cette ordonnance contribueroir peut-être encore à caractériser au premier aspect nos différentes Eglises. Ainsi on conserveront les dômes pour les Eglises de fondation Royale, les doubles Tours pour les Métropoles, les Tours simples pour les Eglises Paroissiales , & les clochers pour les Eglises Conventuelles ; par-là chacun de ces monuments ne s’annonceroit que pour ce qu’il est. II se fait auffi des Tours isolées & détachées de toute el'pece de bâtiments, qui servent à contenir les cloches des Eglises , ainsi que se voit la Zij Cours tour inclinée de Pise, qui semble prête à tomber, singularité fort extraordinaire qui a exercé la plume des Savants. Voyez ce qu’en a dit le Docteur Defaguliers, dans l'on Cours de Physique expérimentale , Tome I, Section II. Ordinairement les Tours font terminées par des terrasses ou plattes-formes, comme celles de Notre- Dame à Paris; quelquefois on éleveau-dessus, des flèches , telles qu’on le volt à Reims, à Strasbourg & ailleurs ; enfin, on y place des campanilles, comme dévoient être terminées celles de Saint- Sulpice, à la place defquelles on vient d’élever une efpece d’attique circulaire dont nous avons parlé, pag. 210 de ce Volume. La décoration extérieure des Tours doit tenir du genre de l’or- donnance qui détermine celle des arriere-corps ou murs de face du frontispice, & non de la richesse de celle du porche , ordinairement placé à rez- de-chaussée : celui-ci doit annoncer une Architecture d’une certaine richesse ; les acottements , au contraire, une simplicité assortie à celle qui doit régner au pourtour du monument : simplicité que nous conseillerons toujours de préférence à cet assemblage souvent indiscret de niches, de frontons, de ressauts , de formes circulaires, à pans ou sinueuses , à peine tolérables dans la composition de nos Kiosques & de nos Belvéders. Des Clochers. Les Clochers fe construisent ordinairement en . charpente & s’élevent au-dessus des combles des Eglises Conventuelles, en quoi ils diffèrent des tours qui montent de fond. La forme du plan des Clochers, est circulaire, quarrée ou à pans ; ils fe couvrent d’ardoife ou de plomb, &íe terminent D’A R C H IT E C T U R Ë. Z s- le plus souvent par une croix, au-dessus de laquelle on place un coq, symbole de la France, qui sert en même-temps à annoncer les variations des vents. Ces Clochers qu’on élevoit autrefois excessivement & dont on commence prudemment à diminuer la hauteur, chargeoient considérablement les combles de nos anciennes Eglises, occasionnoient un entretien dispendieux & ne servoient souvent , par les verges de fer dont ils étoient terminés , qu’à attirer le tonnerre fur nos édifices sacrés. On nomme flèche ou aiguille les Clochers en pierre qui ont une très-grande hauteur, & qui selevent quelquefois au-dessus des tours des grandes Eglises : nous répugnons à cet usage qui n’a guère lieu que dans quelques-unes de nos Provinces , où leur élévation eít souvent portée jusqu’à l’indiscrétion & où l'ha- bitude a plus de part que futilité. Des Façades latérales des Eglises. Nous avons déja parlé du peu de foin qu'cn a pris jusqu’à présent d’isoler de toutes parts nos Eglises Paroissiales ; de cette négligence est né le peu d’attention que la plupart de nos Architectes ont eue à observer une certaine, régularité dans les Façades latérales de nos Temples. Nous convenons que dans cette partie il est difficile d’accorder la décoration des dehors avec celle des dedans ; cependant en y réfléchissant, on sentira qu’il n’est guère plus impossible d’y parvenir qu’ilne l’étoit du temps des Delorme, de concilier dans nos bâtiments d’habitation, les Façades extérieures avec fintérieur de nos appartements : relation où l’on est arrivé aujourd’hui, de manière à ne laisser rien desirer d’essenciel à cet égard*. Z iij z;8 Cours Pourquoi ne pas faire les mêmes efforts pour les édifices sacrés ? Qu’on parvienne à démolir les bâtiments subalternes qui environnent nos Eglises, nos Architectes ne tarderont pas à trouver les moyens de surmonter tout obstacle. Les Goths n’a- voient pas comme nous négligé cette partie st intéressante de la décoration de nos Temples, par- ce que leurs monuments étoient isolés de toutes parts ; parce qu’ils voyoient tout en grand ; parcs que le motif qui leur faisoit élever ces édifices, les remplissoit de cet amour Religieux qui n admet rien de prophâne ; parce qu’enfin peu occupés des objets de luxe, ils portaient toute leur attention à diriger leur hommage vers la Divinité. L’Eglise du Collège de la Sorbonne, à Paris , du dessin de Le Mercier, est peut-être la feule dont les faces latérales présentent une ordonnance régulière ; presque tous les autres ouvrages en ce genre ne nous offrent au contraire qu’une disparité choquante dans les masses & dans la division des détails , disparité à peine tolérable dans les Eglises de nos Bourgades. Au reste, il faut convenir que les arcs-boutants nécessaires pour retenir la poussée de la voûte de la nef, du chœur & du rond point deviennent souvent un obstacle nuisible à la régularité que nous désirons ; mais qu’on imite la forme de ceux de la Sorbonne. Qu’on les amortisse & les accompagne avec la même intelligence ; alors ces Façades produiront lin bon effet : & pour ne pas ressembler à celles de nos Palais, elles n’en astìgneroient pas moins à nos Eglises un caractère & un style sacré, qui sans tenir au genre Gothique rappelleroit du moins l’idée des anciens monuments si bons à imiter, & qu’il semble que nous ayons perdus de vue, parce que d’une part nous d’Architïcturî. 3Ï9 encombrons nos Eglises de bâtiments subalternes , & que de l’autre, nous ne nous occupons guère que de leurs frontispices & de quelques parties intéressantes de leur décoration intérieure. De la Décoration du Chevet des Eglises. La décoration extérieure du Chevet ( b ) de nos Eglises, n est pas moins négligée , les dômes & les lanternons des Chapelles intérieures , placés ordinairement derriere le rond-point, les petites tours où font pratiqués les escaliers qui montent aux combles & aux plates - formes ; enfin les piliers butants , tons ces objets de la premiere utilité, nuiíent nécessairement à lunité des dehors ; & l’on ne parviendra jamais à les rendre moins difformes que quand on fera bien convaincu , que lors de la composition du projet général, il faut faire marcher d’un pas égal, l’ordonnance extérieure avec la commodité des dedans , & qu’on fera parvenu, comme nous lavons recommandé , à isoler le corps de l’Eglise , de toute autre espèce de bâtiments , soit en le construisant dans des rues spacieuses & en face d’une Place publique , soit en pratiquant , le long des faces latérales , de grandes cours, qui en le préservant de rapproche du peuple, serviroient, dans chacune de leurs extrémités, à contenir les maisons Presbytériales & les Séminaires , ainsi que nous l’avons dé j a proposé. Rendons compte à présent des différentes parties qui regardent la décoration intérieure de nos Temples. (£) App:lc par les Italiens, Tribuna. Z i\f z6c> Cour* DeS DIFFÈRENT E S PARTIES QUI CONTRIBUENT A LA DECORATION INTÉRIEURE DE NOS TEMPLES. Des Nefs. Les Nefs, dans nos Eglises Paroissiales, font les premiers objets qui, dans Hmérieur , se présentent à l’oeuil des spectateurs, & la partie la plus étendue des Eglises en Croix Latine. Depuis le porche jusqu’au commencement de la croisée, leur largeur doit être proportionnée à leur longueur & à leur élévation ; elles doivent être terminées , dans leur partie supérieure, par une voûte d’une structure légere, & être ornée de compartiments qui répondent à l’ordonnance de la décoration du monument. Les voûtes plein-cintre font préférables à celles en ogive ; elles offrent une forme plus régulière , & exigent moins de petites parties dans la distribution de leurs ornements. Pour leur procurer plus d’élégance, il faut élever leur retombée fur un piédestal ou fur un socle continu , dont la hauteur soit déterminée par la saillie de l’entablement, & par le point de distance d où il doit être apperçu. Peut - être , à limitation des Eglises Gothiques , seroit - il mieux de se passer d’entablement dans nos Nefs, ou de ne faire usage que d’un seul architrave qui ser- viroit d’imposte à la retombée de la voûte , l’en- tablement toujours d’une grande hauteur, nuisant à l’unité & à la légéreté qu’il conviendroit d’ob- server dans l’ordonnance intérieure de nos Temples. Autrement, il en faut convenir, ils ressent-» D ’ÀRCH IT ECTURE. Z6l blent de trop prés à la décoration des grandes galleries de nos maisons Royales. A la place des piliers & des arcades qui séparent les Nefs d’avec leurs bas-côtés, il vaudroit mieux faire usage des colonnes , & elles semblent prendre faveur aujourd’hui , comme le lieu où elles conviennent plus que par-tout ailleurs. On aura peut-être de la peine à goûter la fuppreíîìon des entablements; mais nous croyons qu’au moins on de- vroit ne les employer que dans les très-grandes Eglises, & préférer les architraves par-tout ailleurs. Nous avons osé les substituer aux entablements dans l’Eglife Conventuelle dont nous avons donné les destins pour la Flandre , & l’on pourra juger de l’effet qu’ils font dans les développements que nous en donnerons dans les volumes suivants. C’est ordinairement dans les nefs qu’on place les chaires à prêcher, les œuvres & les orgues : autrefois on y distribuoit ausii des bancs à l’ufage des Paroissiens ; ils s’y plaçoient pendant le service Divin , après en avoir acquis la possession de la Fabrique des Paroisses, pour eux & leur famille. Aujourd’hui , presque dans toutes nos Eglises , on a supprimé ces bancs , ayant reconnu qu’ils nuisoient à la circulation , qu’ils occupoient beaucoup de place, & que n’étant pas toujours remplis, le terrein qu’ils contenoient devoir être restitué au peuple. A la place des bancs on a introduit des chaises : elles occupent moins de place à la vérité; mais la distraction que causent aux Fideles les personnes préposées pour en recevoir les deniers , occasionne des discussions , souvent ' aussi peu décentes qu’importunes. Pour éviter cet inconvénient, ne vaudroit-il pas mieux ima-, mmu* z6r Cours giner des íieges stables & à dossiers , peu élevés^ qu’on placeroit dans des endroits convenables; par-tout ailleurs on introduirok des nates, & dans les Chapelles & les Tribunes des tapis de pieds. Ces observations paroîtront d’aborcl étrangères à l’Architecture , qui fait ici notre objet. Mais qu on y réfléchisse ; st lors de la composition du projet d’un Temple , un Architecte instruit & des préceptes de son Art & de la nécessité de parer à tous les inconvénients dont nous parlons, conférois avec les Ministres de l’Egliíe & les autres personnes chargées de l’administration des fonds , il parviendroit à concilier , avec bien plus de justesse qu’on ne le fait ordinairement , futilité avec la commodité, & la beauté de l’ordonnance avec leconomie; enfin l’on verroit dans nos Eglises moins de différentes parties réunies, & souvent si peu faites pour aller ensemble. Des Bas - Côtés. On appelé Bas-C ôtés (c) les efpeces de gal- leries qui règnent au pour-tour des nefs, du chœur & du sanctuaire de nos Eglises. Nous serions d’a- vis qu’on n’employât jamais les ordres d'Architecture dans leur décoration, parce que souvent étant obligé de leur donner un plus petit diamètre qu’à ceux qui décorent la nef ; ils produisent non* seulement un assez mauvais effet, mais des pénétrations vicieuses, ainsi qu’on le remarque à Saint- Sulpice , particulièrement vers le rond - point. Il nous semble que des pieds-droits soutenant des (c) Voyez Eglise eu Bas-Cotcs, p. 303, not. k de ce volume. n’A rchitecture. z6z arcs doubleaux leur procureroient plus de simplicité & feroient disparoître la bigarrure que forment les deux différents diamètres des ordres posés fur un même sol, & dont l’expresiìon est souvent différente. Au reste cette observation ne regarde que les Eglises modernes du dernier siecle, dont les piliers sont tous de forme qiiadrangulaires ; car si à ces piliers quarrés on substitue des colonnes , comme on le pratique aujourd’hui, leurs entre-colonnements devenant communs & aux nefs & aux Bas-Côtés , cette nouvelle ordonnance décide la décoration de tout l’intérieur du monument ; & alors les plates-bandes qui portent fur les colonnes de la nef & fur les pilastres des Bas-Côtés, déterminent nécessairement la hauteur de ces derniers. Dans le plan que nous proposons , nous avons employé les colonnes & les plates-bandes, comme à la chapelle de Versailles, où elles forment autant de tribunes , au-dessous desquelles font placées les Bas-Côtés de niveau à la nef basse ; ensorte que ce projet réunit, pour ainsi dire, le double avantage , de nos anciennes Eglises & de celles qui s’exécutent de nos jours , fans en avoir les inconvénients. Des Chœurs. Le Chœur aujourd’hui est la partie de l’Eglise qui est séparée de la croisée {d) ordinairement par une grille, ou anciennement par un jubé; (a 1 ) On appelle ainsi Je lieu qui , retournant d’équerre sur la nef, forme les deux bras d'une Eglise en croix Greque ou Latine , & qui ordinairement clt de la largeur de la nef Sc du chœur. 'm&LJt Z64 C o u r s (e) assez souvent le Chœur précédé le sanctuaires comme à Saint-Roch ; ou il est placé derriere comme à Saint-Sulpice: quelquefois l’un & l’autre font compris dans la même enceinte ; alors le Chœur fe place vers le rond-point de l’Eglise , comme à S. André-des-Arts, à la Sorbonne & ailleurs. Dans les Eglises des Communautés Religieuses, le Chœur est presque toujours séparé du sanctuaire par un appui de pierre ou de marbre, & couronné par une grille de fer ; dans les Eglises Conventuelles souvent le Chœur est placé derriere l’Aiitel , comme aux Carmes Déchaussés, ou placés au- dessus du porche intérieur, comme aux Minimes. Anciennement on nommoit apfis ou abjìs, la partie intérieure de l’Eglise où le Clergé étoit astis & où FAutel étoit placé ; il étoit de forme hémisphérique, & consiitoit en deux parties, l’autel & le sanctuaire ; alors le sanctuaire contenoit les stales où fe plaçoit le Clergé , au milieu duquel s’élevoit (e ) On appelle Jubé, une Tribune élevée fur la porte du chœur, dont elle orne leurrée; celui de Saint-Germain-l’Auxerrois, a été regardé comme un chef-d'œuvre dans ce genre. Aujourd'hui on supprime cette partie dans presque toutes nos Eglises , & l’on y substitue des grilles de fer d une astei grande hauteur, comme à Saint - Sauveur , aux Prémonrrés. Le Jubé de Saint-Etienne-du-Mont, est presque le seul ouvrage terni Gothique intéressant qui nous reste en ce genre. On voie à Notre-Dame de Paris, un Jubé d’Architecture moderne, avec des grilles de fer d’une aster grande richesse ; mais on ne souffre plus de Jubé dans nos Eglises Paroissiales , & l’on n’en voit plus guère que dans les Collégiales Sc dans nos Eglises Conventuelles. On appelle encore Jubé , la Tribune qui soutient l’orguc à l’entréc des nefs de nos Eglises : le nom de Jubé leur vicnc de ce que l’Officiant, avant de chanter les Leçons de Matines aux Fêtes solennelles , a coutume dc commencer pat ï’abíòlution Jubé , domne , &c. d’ÂRCH ITECTURÏ. 36s le siégé de l'Evêque, qui en étoit íéparé par une grille ou balustrade , & élevé sur une estrade , &c. (/) Nous croyons qu’en général le Chœur est mieux situé derriere le sanctuaire, du moins dans les Eglises Paroissiales ; le Clergé qui s’y rassemble y est plus recœuilli, & fa décoration termine plus avantageusement le point de vue de Fintérieur du monument. Nous pensons aussi que la musique vocale & instrumentale qui s’exécute les jours solennels , ne devroit jamais se placer dans le Chœur de nos Eglises ; quelle seroit mieux étant distribuée dans les deux bras de la croiíée, le Chœur íem- blant devoir être uniquement destiné pour les prières du Clergé & pour le plein-chant ; la lecture de l’Epitre & celle de F Evangile se seroit alors à droite & à gauche à Feutrée du sanctuaire & en face des deux crédences qui seroient opposées au pupitre où se seroient ces lectures. Les stales destinées aux Ecclésiastiques doivent être disposées de maniéré à faire beauté d’enfemble : elles se font toujours de menuiserie ; mais nous les voudrions & d’une forme moins chantournée, & moins chargés d’ornements qu’on ne les fait ordinairement. Nous estimons nécessaire aussi d’observer dans les compartiments du pavé le dessin qui est distribué dans la voûte ; il devroit n’être composé que de marbres de deux ou trois couleurs seulement, & assortis à ceux destinés à embellir l’or- donnance des chœurs de nos Egides. Nous avons déja observé que le fond de ces (/) Aujourd’hui ce font deux places distinctes , qui formciS 4aus ces Leçons dans articles particuliers. 366 Cours Chœurs est assez ordinairement terminé en rond* point ; nous dirons ici que cette forme circulaire détermine assez bien la beauté du plan, mais qu’il n’en est pas de même des arcs doubleaux de la voûte qui, le rétrécissant vers le trompillon & s’y confondant avec les lunettes des croisées, présentent un coup d’œuil peu satisfaisant Pour détruire cette imperfection , nous avons , dans le dessin d’unemétropole, dont nous avons parlé page 326, supprimé toute espèce de portion circulaire, comme on le verra dans les volumes suivants ; & nous sommes tentés de croire que ce moyen fera goûté des connoisseurs. Des Sanctuaires. Les Sanctuaires (§) font le lieu oii fe célèbrent les mystères de la Religon Chrétienne ; ils se placent de deux maniérés dans nos Eglises paroissiales; savoir, après le chœur & vers le rond-point, comme à Sailli Geuiiain-L'Auxei rois j ou , comme nous venons de l’obferver, entre le chœur & la nef, comme à Saint-Sulpice. Nous préférons cette derniere situation, les cérémonies étant plus à la portée des fideles ; mais pour cela nous persistons à croire ( g ) Le Sanctuaire chez nous est l’endroit d’une Eglise où se place le maître-autel, & où le Clergé célébré les mystères de la Religion; souvent on appelle ainli la Chapelle du Saint- Sacrement , située derriere le maître-autel , comme à Saint- Eustache. On donne à Rome le nom de Sanctuaire à la Chapelle San-Salvator, qui est au haut de l’Echclie-Sainte, qu'on nomme Saníta-SanBorum, parce qu'cllc renferme l'image de J. C. & quelques reliques de l’ancien Testament. Chez les Juifs le Sanctuaire étoit la partie la plus retirée du Temple de Salomon , où le Grand Prêtre n'entroir qu’une fois l'an. d’Architecture. 367 qu'il seroit nécessaire lien élever le sol, comme nous lavons déja proposé, & qu’il fût entouré par des balustrades de bronze , posées à l’extrémité des marches supérieures, & celles-ci précédées de grilles de fer à hauteur d’appui, placées au bas des marches fur le fol de la nef ; autrement le sacrifice est célébré trop près des yeux de la multitude. On n’y réfléchit pas assez ; on diroit que les peuples n'ont plus l’idée du silence & du respect, si soigneusement observé du temps de la primitive Eglise. Certainement l’Eglife Greque a été plus soigneuse que nous à conserver l’ancien usage : la célébration des saints mystères y est plus auguste. Personne n’ignore quelle sainte frayeur inspiroit aux Hébreux le Saint des Saints : asile sacré dont le grand Prêtre avoir seul l’entrée. Quelle différence dans nos Eglises ! le clergé, les fideles , l’idolâtre, y font souvent confondus ; d’ailleurs le sanctuaire, le chœur & les chapelles circonvoi- sines , semblent ne faire qu’un seul & même objet, tandis qu’il conviendroit de distinguer le Sanctuaire par un grand diamètre, par une plus grande élévation vers fa voûte, & par une éminence assez considérable, comparée avec le plain-pied de la nef & des bas-côtés. Un ordre d’Architecture dans nos Eglises doit présider dans la décoration des Sanctuaires, de belles pannaches en soutenir la voûte ; cette derniere , ce semble, doit seule mettre à couvert le maître-autel & n’être jamais ornée, ni de peinture, ni de dorure. A l’égard de l’autel nous le désirerions à la Romaine, construit de marbres précieux , & revêtu de bronze, en prenant garde d’é- viter dans fa composition la petitesse des formes, ja. prodigalité des membres d’Architecture & li z68 Cours profusion des ornements. Le pavé de marbre deS Sanctuaires doit être magnifique & comparti, comme nous lavons dit en parlant des chœurs, d’une maniéré analogue aux compartiments de la voûte. Les quatre Peres de TEglise ou les quatre Evangélistes doivent être placés dans ses angles , & ces statues être élevées fur des piédestaux, au-devant defquels feroient placés des crédences, &c. Nous saisons exécuter actuellement la décoration du Sanctuaire & du chœur de l’Eglife Cathédrale de Metz , vaisseau très-beau , quoique dans le genre Gothique, que nous décorons comme nous l’ex- pliquons ici, & dont les modelés ont été approuvés par les maîtres de l’Art. Au reste, nous assurons que c’est toujours d’après l’expérience & une étude réfléchie fur chaque genre d’édifices que nous établissons la plus grande partie des préceptes que contiennent ces leçons ; c’est pourquoi nous nous flattons qu’elles ne seront pas fans utilité pour nos Elèves. Des Alaùres - Autels. Les Maîtres-Autels ( h ) sont de toutes les par- {h) A~ul, du latin Altare, qui vient d ’altus, haut. Chez les Païens c etoic une espèce de piédettal ovné de Sculpture & d’insciiptions , fur lequel on brùloit les Victimes. Les Romains cn avoien: de plusieurs etpèces ; les uns élevés - , les autres a fleur de terre , & enfin enfoncés en terre , où l’on égorgeoit les Victimes. Chez nous anciennement nos Autels netoient que de menuiserie a cause de la persécution que les premiers Chré- thiens eurent a souffrir ; aujourd'hui ce sont des corps de maçonnerie, revêtus de marbre & orné de bronze, élevés fur un marche - pied , & celui - ci fur des marches de même matière. Les Maîtres-Autels font ordinairement isolés, & fc placent , ou à l’entrée du choeur , ou dans le fond , selon le genre du monument où ils sont dreilés. d’Architecture. z6§ hes dé la décoration intérieure de nos Eglises » celles qui doivent recevoir le plus grand degré de fnagnificence , non du côté de la profusion des ornements , mais par la beauté des formes , & par le prix des matières précieuse» dont ils doivent être revêtus. II en est de plusieurs espèces, les uns nommés Autel à la Roumaine, isolés & à doubles parements, tel que celui de Saint-Sulpice , les autres adojjés & au-dessus desquels s’éleve un retable, un eontre-retable fur lequel on place un tableau , ou bien un bas-relief» comme à la Sorbonne. II se fait aussi des Autels en baldaquin , ornés de colonnes , couronnés d’un entablement & terminés par un amortiííèment, tel que celui de l'Eglise de S. Pierre à Rome , & ceux des Eglises du Val-de-Grâce & des Invalides à Paris. Ces derniers ont fans doute été imaginés dans l’intention de donner quelque prééminence att Maître-Autel fur les Autels particuliers contenus dans le même lieu ; néanmoins nous pensons » malgré l’exemple de ceux que nous venons de citer, que ce genre de décoration n’annonce guère qu’un faste mal entendu , plus propre à offrir de petites parties & une multitude d’objets disparates entr’eux, qu une véritable grandeur. Si, comme nous l’avons proposé , on élevoit au contraire le sol du chœur dune certaine quantité de marches fur la nef, û l’on disposoit son projet de maniéré à pouvoir placer le Maître-Autel sous la clef de la voûte de la croisée, ou sous celle du rond-point ; si l’on étudioit la forme du plan, & qu’on disposât avec soin les ornements qui doivent l’accompagner , certainement les Autels à la Romaine acquerroient bientôt la préférence fur ceux «n baldaquins, dont on a fait usage plutôt paf Ternill, A a kwmjst 37 0 Cours imitation que par raisonnement à Saint-Jean-en- Grêve, à Saint-Sauveur, àl’Oratoire; cependant ils nous paraissent ici plus convenablement placés, parce qu’ils sont adossés, pour ainsi dire, au rond- point, que lorsqu’ils se trouvent isolés, comme particulièrement à S. Pierre de Rome , & aux Invalides. Les voûtes dans nos Eglises Paroissiales, les coupoles dans les autres monuments sacrés dune grande importance, ne sont-ils pas les vrais baldaquins des Autels , principalement lorsque ceux- ci sont placés comme nous venons de le recommander ? Qui empêcherait dans ces parties supérieures de nos Temples , d’imiter en Ituc quelques draperies jetées avec art ? voile dont Femblême semblerait symboliser avec les mystères de la foi, & dont la décoration tiendrait lieu, ou des baldaquins que nous désapprouvons , ou, ce qui est pire encore, de ces dais en cartonnage, suspendus en l’air par des chaînes qui n’ossrent rien que de postiche & de trivial, tel qu’on remarque celui élevé au- dessus dc l’Autel à la Romaine de l’Eglife Saint Sulpice. Les décorations des Autels à la Romaine, qui, à Paris , méritent d’être imitées , sont celles de Notre-Dame & de Saint - Sulpice ; s Autel de Saint - Germain -l’Aiixerrois nous plait moins ; ceux de Saint-Louis du Louvre & des Petits - Peres , quoique beaucoup moins considérables, sont encore d’un assez bon genre. En général il faut savoir leur donner une forme simple , soutenir leur table par des corps graves & réguliers , les surmonter de gradins couronnés de l’Arche d'Allia n ce, enfin les accompagner d’attributs sacrés, répartis avec prudence ; autrement la plupart des ornements qu’on y rassemble ne fervent qu’à nous ^distraire, & souvent à nous éloigner de l’objet qui d'Architecture. 371 nous amene dans nos Temples. Nous venons de le dire, nous le répétons , de belles formes , des matières précieuses, peu d’ornements , mais d’or en lames , ou au moins de bronze doré d’or moulu, l’Architecture composée par un grand maître, la Sculpture faite par un Sculpteur du premier ordre ; en un mot, une disposition avantageuse & une certaine élévation donnée au sol où doit être assis le coffre d’Autel, font autant de moyens qui nous semblent les seuls qu’on puisse employer pour donner à ces espèces de monuments ce caractère divin, si nécesiaire à indiquer dans la composition d’un Maître-Autel. Des Chapelles. Une Chapelle (r ) est ordinairement un lieu séparé , mais faisant partie d’une Eglise, & dans laquelle on place un autel consacré aux Offices de la Vierge, du Saint-Sacrement ou des morts. On destine aussi quelques-unes de ces Chapelles particulières pour les fònts-baptismaux, pour les mariages, &c. Ces dernieres doivent se placer à l’entrée des Eglises Paroissiales, & avoir une communication pour la nuit par l'intérieur des porches , comme nous lavons déja remarqué. Les ( i ) On donne aussi ce nom aux pieces destinées à célébrer le service Divin dans les maisons Royales, les Palais , les les Châteaux, les Hôtels. A propos de ces Chapelles, nous prenons occasions de citer celles de Versailles, de Meudon , de Choisi, de Clagni, toutes d’un excellent genre; niais particulièrement celle du Château de Frêne, fur la route de Meaux, modele de ce que devoit être l'Eglise du Val-dc-Grâcc , par François Mansard, mais qu’il n’a pas continuée pour des raisons qui devroient retenir tous les Architectes chargés des plus grandes entreprises. A a i; m&LJB 37i Cours Chapelles de la vierge , & celles du Saint - Sacrement , doivent avoifiner le maitre-autel, mais être placées fur un fol moins élevé, afìn de donner un air de prééminence à celui-ci fur celles -là, & cependant présenter un tout ensemble qui offre au premier coup-d’œuil une ordonnance majestueuse , capable d’infpirer à l’homme du monde, une admiration contemplative qui l’éleve au-dessus de lui-même. Les Chapelles de la Vierge , lorfqu’elles font contenues dans une enceinte particulière de nos Eglises Paroissiales , doivent être d’uhe grandeur assortie à l’importance des paroisses ; leur fol doit aussi être élevé de quelques marches ; leur partie supérieure être ordinairement terminée par une coupole, sur la surface intérieure de laquelle on peint l’un des principaux traits de la vie de la Vierge, ainsi que la exécuté M. Le Moine à la Chapelle de la Vierge à Saint-Sulpice , & M. Pierre à celle de l’Eglife de Saint Roch. Néanmoins ici comme ailleurs, nous délirerions que la Sculpture fût préférée à la Peinure, Sr quelle fût contenue dans les compartiments placés entre les arcs doubleaux ; les sujets aériens qu’on y représente ne semblant pas faits pour exciter les fìdeles au recœuillement. Un ordre Corinthien doit présider dans le pourtour de ces Chapelles ; nous le voudrions de marbre blanc fur un fond veiné, & désirerions qu a Texception du coffre d’autel, on supprimât toutes les dorures & cette prodigalité d’ornements qu’on remarque à celle de Saint-Sulpice. On a usé de plus de réserve à celle de Saint - Roch ; elle est & plus spacieuse & d’un style plus simple. Peut-être feroit-il mieux quelle fût moins percée à jour ; que les arcs dou- d’Archit ecture. 375 bleaux eussent pris la place de la Peinture coloriée qu’on y remarque, parce que se trouvant placée lur des corps d’Architecture, elle tranche trop & semble nuire au rapport que sa hauteur doit avoir avec la largeur de son diamètre. Nous ne pouvons nous dispenser de citer encore une Chapelle de la Vierge à Saint-Sauveur, moins vaste que les précédentes à la vérité, mais où pour avoir voulu faire un usage indiscret de l’Archi- tecture, de la Peinture, de la Sculpture & de la Dorure , on est tout-à-fait sorti du genre grave, caractère propre aux monuments de cette espèce ; ici, au contraire, on ne remarque que de trop petites parties , composées d’une Architecture médiocre, d une Sculpture colorée , qui ne présente qu une enluminure digne à peine d’une optique renfermée dans un cabinet de curiosité. Ce n’est pas fans quelque regret que nous frisons cette remarque ; mais donnant à nos Elèves des Leçons, nous sommes obligés de leur répéter qu’ils ne doivent chercher à plaire que par la simplicité ; qu’une simplicité relative au sujet est préférable à tous les embellissements qu’ils pourroient employer ; nous croyons pouvoir reprocher à nos jeunes Architectes de vouloir dans leurs coups d’essai montrer tout ce qu’ils lavent ; que par-là ils fe trouvent épuisés au milieu de leur course : d’a- bord ils veulent imiter indistinctement tous les ouvrages de fart, fans fe rendre compte du bon ou du mauvais effet que produit l’objet de leur imitation , ni du degré d’estime que les hommes de goût ont accordé à telle ou telle production , de préférence à telle ou telle autre, source qu’on n'en doute point, de la plupart des imperfections qu’on remarque dans la plus grande Mtrtie des ouvrages de nos jours. Aaiij mmL-js 374 Cours Les Chapelles du Saint-Sacrement sont celles destinées à contenir les vases sacrés, & où la semaine sainte on dresse l’image du sépulcre du Sauveur. Dans cette vue l’Architecture qui les décore , doit être simple & grave, une lumière douce & tempérée doit éclairer ce lieu saint , quelques chefs-d’œuvre de Sculpture annoncer, par leurs symboles , la destination particulière de ces Chapelles. La Peinture doit en être bannie," des balustrades çn doivent fermer l’entrée, & non des grilles de fer qui ne devroient jamais être employées que dans les cours & les jardins de nos maisons de plaisance. Nous ne connoissons point de Chapelle de ce genre que nous puissions citer, la plupart de celles destinées à cet usage ne présentant aucun caractère particulier. Souvent dans nos Eglises les Chapelles de la Vierge fervent de Chapelles du Saint-Sacrement; ainsi un Architecte instruit doit, lors de la composition de son plan, faire entrer dans son projet ces deux principaux objels, asm de nc lieu négliger de Lout te qui yeut contribuer à la pompe des cérémonies Religieuses , & à la perfection de ses œuvres ; il doit savoir que sur-tout ces deux Chapelles doivent être limitrophes du chœur, pour que le Clergé puisse y arriver fans troubler le recœuillement des fideles ; que ces deux Chapelles enfin doivent faire ensemble avec le maître- autel, comme en étant une fuite, & que d’ailleurs cette disposition peut procurer beaucoup d’éclat à l’ordonnance de nos Temples. Les Chapelles des morts, telles que nous l’en- tendons, doivent être placées dans les souterreins sous le chœur & le sanctuaire. Dans le projet de notre Eglise Paroissiale , elles sont placées ainsi d’Arc h it ec t u re. Z75 sous les Chapelles basses, à rez-de-chaussée des nefs destinées , comme nous savons dit , pour les sépultures des chefs de cette Eglise ; ces seules Chapelles mortuaires devant, selon nous , être comprises dans l’intérieur de nos Temples, les Chapelles sépulcrales, au contraire, réservées aux familles illustres, n’avoir Hue des communications avec l’Eglise, mais ctre placées hors de ses murs. Les chapelles des morts , en général, doivent être revêtues d’une Architecture courte & massive , & dont le style négligé de la décoration annonce, pour ainsi dire, à son aspect, la dissolution de Inhumanité ; les matières propres à leur construction, doivent encore être d un ton triste & lugubre ; il faut observer dans leur appareil d’assez grands interstices , dans la main-d’œuvre un sain vague & indéterminé, dans leur ordonnance des corps caverneux, daps la Sculpture des vermiculures ; en un mot, dans la répartition des ornements un certain désordre qui n’ait rien de régulier, sans néanmoins s’écartcr d’unc simétric respective dans leurs côtés opposés. Dans ces Chapelles doit être d’un côté un autel continuellement tendu de deuil, de l’antre un cénotaphe, dont les attributs dispersés avec une variété ingénieuse , indiqueront les vertus du défunt qui lui ont mérité après fa mort les honneurs dûs aux Citoyens chéris du Prince & de la Patrie. En un mot, nous désirerions que chacun des objets faisant partie de nos Eglises , peignissent aux yeux des fideles les divers motifs qui les font élever; au-lieu que la plupart de ces mêmes objets se ressemblent : par-tout on remarque un luxe mal entendu, une monotonie ennuyeuse ou un contraste outré qui ne produit souvent que des beautés détachées, jamais d’en- Aa iy 37 <5 Cours semble , mais accidentellement quelques chefs- d’œuvre épars qui ne satisfont, ni l’eíprit du Spectateur éclairé , ni le Philosophe Chrétien. Les Chapelles destinées pour la célébration des mariages sont ausiì des Chapelles particulières qui, ainsi que celles des fonts, doivent avoir, comme nous lavons remarqué, leur principale entrée du côté du porche de nos Eglises Paroissiales. Un retable d’autel doit occuper l’un des côtés de ces Chapelles, & en face doit être placé un bureau pour dresser les actes ; dans les lambris de revê- tissement, on doit pratiquer des armoires pour contenir les registres ; ces armoires peuvent faire partie d’un soubassement, au-dessus duquel nous ferions régner un ordre d’Architecture, dont l’en- tablement ferviroit de base à une calotte sphérique , elliptique ou à pans, selon la forme du plan ; des ornements moins féveres, mais toujours décents , doivent présider dans leur ordonnance ; de grands bas-reliefs, si la décoration est en pierre, doivent représenter le iniiiidge de S.Joseph j ou uu contraire ce sujet fera exprimé par des tableaux coloriés , si les revêtissements font en marbre ; car, encore une fois , ceux-ci font toujours mal lorf- quils fe trouvent appliqués fur un fond blanc, à moins qu’on ne préfère alors < si par économie on a dessein de fe servir du ministère de la Peinture, de n’employer que les camaïeux qui imitent parfaitement les bas-reliefs , ainsi qu’on en remarque d'admirables , dans l’une des Chapelles des Cé- leítins à Paris & ailleurs : nous pensons que ces Chapelles doivent être parquetées pour plus de salubrité, & qu’elles devroient être avoisinées par plusieurs petites pieces qui alors feroient destinées pour les écritures & les registres, plus con- d’Architecture. Z77 vénablement placés ici que dans les Chapelles propremenr dites. La Chapelle des mariages à Saint-Eustache, avant la construction du nouveau portail, nous a paru long-temps d un excellent genre : nous n’en connoissons point d’autre qui puisse raisonnablement être citée ; celle aujourd’hui destinée à cet usage à Saint-Sulpice, bâtie depuis quelques années, étant d’une ordonnance fort au- dessous de la médiocrité , quoiqu elle renferme des tableaux du plus grand mérite. Les Chapelles des fonts, autrefois appelées baptijìaires,[k) font ordinairement placées à l’op- postte de celles des mariages, & doivent aussi avoir une entrée principale par le porche , parce qu’assez communément on place un tabernacle fur fautel qui y est contenu. Ce tabernacle renferme le ciboire qui, la nuit, se porte aux malades : de même il paroît essenciel, pour plus de décence, que ces Chapelles aient une porte extérieure qui y donne entrée à toute heure pour ( k ) Baptistère , c etoit anciennement une petite Eglise limitrophe d’une plus considérable , & où l'on administrait le Baptême; tel est le Baptistère de Saint-Jean-de-Latran à Rome. Selon M. Flcury , ces espèces de monuments étoient de forme circulaire , & le fol plus bas que le rez-de-chaussée. On descen- doit dans ce renfoncement par plusieurs marches , pour entrer dans seau, car alors c etoit une espèce de bain. Dans la fuite, dit-il, on se contenta d’unc grande cuve de marbre en forme de baignoire ; telle qu'il s’cn voit une de porphire dans la nef de la Cathédrale de Metz. Enfin , continue-t-il, on les a réduites aune espèce de bassin semblable à ceux d’aujourd'hui. II rapporte que les anciens baptistères étoient ornés de peintures & de vases d’or & d’argent, fous la forme d’agncaux & de cerfs , les premiers pour désigner l'Agneau Pascal, les seconds pour symboliser avec l’expression du Psaume 41 ; qu’on y plaçoit aussi l image de Sainc-Jean Baptiste , ainsi qu’une colombe en orfèvrerie , pour caractériser plus particulièrement le Baptême de Saint- 7 ean. Voyez les mœurs des Chrétiens, par M. Fleury, tir. 3 6. m SL*F yjt Cours fadministration du baptême , sans être obligé d’ouvrir celle de fEgliiè proprement dite, après les instructions pastorales : de forte qu’on puisse entrer à toute heure dans ces Chapelles en cas de besoin pressant , pour y administrer ce premier Sacrement de notre Religion. La décoration de ces Chapelles, comme les précédentes , doit être élevée fur un soubassement, revêtu de menuiserie, & au-dessus dans des compartiments bien entendus ; on peut y représenter le baptême de notre Seigneur par S. Jean. Au centre de ces Chapelles se place la coupe ou le bassin ( L ) des fonts proprement dits ; ces Chapelles doivent aussi être parquetées & avoir près d’elles plusieurs pieces pour servir de dépôt aux registres, & pour faire les écritures. II seroit utile d’y pratiquer un logement pour quelques Prêtres , non pour en former leur habitation , mais pour rester la nuit à portée du service des Paroissiens. Ce logement pourroit se pratiquer en entre-sol, dans les massifs des murs, &c. Qu’on y prenne garde , les détails que nous exigeons ne font point des minuties : la solidité de de la construction, la beauté de l’ordonnance sont des objets essenciels fans doute ; mais ils font insuffisants fans les commodités que nous réclamons. La solidité & fordonnance sont des objets de première nécessité; mais futilité & la commodité font le fruit de l’expérience de f Architecte, & des fréquents entretiens qu’il doit avoir , non-seulement ( / ) Cette coupe est ordinairement divisée en deux parties formées par deux couvercles de bronze ; dans l’une se conserve l’eau destinée à cet acte de Religion , l’autre contient les huiles sacrées, utiles à l’administration du Baptême : cette coupe est soutenue par un piédouche en forme de balustre aussi de marbre; lun & l’autre doivent être l’ouvrage du goût, tí d’un galbe intéressant. d’Architecturê. 379 avec le Pasteur, mais encore avec les autres Ecclésiastiques & les personnes préposées pour l’admi- nistration de la Fabrique. Des Sacnflies. On appelle Sacristies plusieurs grandes salles limitrophes & de plain-pied au sanctuaire de nos Eglises. On distingue deux sortes de Sacristies ; lune appelée trésor, est destinée à contenir les habits sacerdotaux, & les ornements d’orfévrerie servant aux cérémonies religieuses ; Tautre contient les vases sacrés & les vêtements dont le Clergé fait usage journellement pour la célébration du service Divin. Ces deux sortes de Sacristies sont quelquefois séparées l’une de sature, selon la disposition locale. La Sacristie des Prêtres de l’Ora- toire de la Chusa - Nova à Rome, du dessin de Boromini passe pour une des plus belles & des plus considérables. Celle de la Chapelle de Versailles du dessin d’Hardouin Manl'ard , & celle qu on vient de construire à Notre-Dame fur les dessins de M. Soustlot, peuvent donner à nos Eleves l’idée qu’ils doivent concevoir de la distribution & de la décoration de ces sortes de pieces, dans lesquelles, comme nous savons recommandé ailleurs , nous désirerions que fussent placés les chefs - d’œuvre de nos Peintres célébrés, & non dans l’intérieur de 1 Eglise ; les tableaux distribués fur des revêtissements de menuiserie , dont on décore ordinairement les Sacristies, pour plus de salubrité, réussissant beaucoup mieux que sur des corps de maçonnerie proprepients dits , à moins qu’ils ne soient revêtus de marbre par incrustation. Nous le répéterons ici, les tableaux qu’on remarque dans nos Eglises , quoique la plupart z8o Cours tirés de l’Histoire sacrée , occasionnent souvent une distraction involontaire aux Amateurs de ce bel Art, & ne font pas toujours assez voilés pour être exposés aux yeux des jeunes personnes, aux regards desquelles il ne faut rien offrir qui puisse blesser la décence. C’est pour cette raison que nous avons précédemment indiqué les Sacristies dans nos Paroisses, & les cloîtres dans les maisons Religieuses pour contenir ces chefs-d’œuvre de Peinture, parce qu’étant moins fréquentés par le sexe, celui- ci du moins seroit à l’abri de l'imprestìon que peut causer l’expression animée de certains sujets , qui, quoique puisée dans récriture sainte, mais souvent outrée par l’enthousiasme de nos Peintres, n’en alarme pas moins la pudeur. Nous pensons de même à l’égard des jeunes gens qui souvent ne sont attirés dans nos Temples que pour satisfaire une curiosité indifcrette, ou, ce qui est pire encore, par des désirs prophanes , qu’occasionne la liberté qu’ont les deux sexes d etre réunis , contre la premiere institution, observée encore avec soin dans les Paroisses de nos Bourgades. Des Chaires à Prêcher. Nous ne rappellerons point ici les critiques que plusieurs de nos Ecrivains ont faites en parlant de nos Chaires à prêcher, la plupart n’ayant voulu que tourner en ridicule la forme qu’on leur a donnée jusqu à présent, sans indiquer les moyens de leur en procurer de plus convenables. Essayons de présenter ce que nous pensons à cet égard, fans pour cela vouloir établir des loix fixes fur tous les ouvrages de goût dont nous traitons dans ces Leçons. Une Chaire à prêcher dans nos Eglises, est un d’A rchitecture. 381 lieu assez élevé où les Ministres de la Religion annoncent aux fideles la parole du Seigneur. DV près cette destination nous désirerions que ces espèces de Tribunes sacrées parussent construites avec une forte de solidité, qu’on ne les adossât point dans nos nefs contre un pilier, comme cela se pratique ordinairement, mais qu’on les plaçât dans le milieu d’une arcade ou dans un entrecolonne- ment; qu’alors elles ne fussent plus composées que d’une balustrade de bronze, posée sur un soubassement de marbre, & celui-ci élevé sur plusieurs gradins de même matière. Nous désirerions austi, au-lieu d’abat-voix, couronnement toujours postiche, que dans l’extrémité supérieure de l’arcade qui les contiendroit, on pratiquât une voussure quiproduiroit à peu près le même effet ; elle évite- roit cette multiplicité de sculpture, qui loin de présenter aux yeux de véritables beautés, n offre qu’un assemblage de formes contrastées, qui rare ; ment s’accordent bien avec le style grave qu’on doit chercher à répandre dans l’ordonnance de la décoration de nos Temples. Les Chaires 011 plutôt les Tribunes en marbre, que nous proposons, l'eroient en dedans garnies de menuiserie pour plus de salubrité : dans les jours solennels on feroit retomber en dehors de belles draperies réelles , qui leur donneroient un caractère de dignité : ces draperies seroient autorisées par celles que nous serions tentés de faire suspendre sous l’intrados de l’arcade ou fous la platte-bande des entrecolonnements , & qui alors déployées avec art, tiendroient lieu d’abat-voix & se grou- peroient avec l’Architectnre qui leur serviroit de tond. Nous souhaiterions encore que deux rampes disposées avec simétrie & pratiquées dans les bas- z8r Cours côtés conduisissent à ces Tribunes les Ministres de l’Eglise qui y arriveroient plus convenablement & y seroient moins resserrés que dans les Chaires à prêcher d’aujourd’hui. Les abat-voix que nous paroiffons supprimer sembleront peut-être un obstacle à ceux qui ne se laissent gouverner que par l’habitude ; mais qu’on prenne garde que nous ne les supprimons pas entièrement , & que même il y auroit un moyen de s’en pouvoir passer tout-à-fait ; vraisemblablement ces fortes de couronnements n’ont été introduits que dans l’intention de rapprocher la voix du Prédicateur, des fideles qui sécoutent : st ce motif est fondé, il ne peut l’être que pour le plus petit nombre des assistants ; le moyen que nous proposons seroit qu’on fît observer un silence respectueux dans nos Eglises ; que des issues bien ménagées procurassent au peuple une circulation aisée ; que sous une forme différente on introduisît dans nos Temples le bon ordre observé dans nos Spectacles : nulle tlillìeulic alois >le iciulie la voix du Prédicateur retentissante dans toute l’étendue de l’Auditoire. Qu’on ne s’imagine pas que les Tribunes que nous proposons puissent nuire en rien aux colonnes qu’on substitue aujourd’hui aux pieds droits de nos Eglises , point d’obstacie à ce que la hauteur du socle qui soutiendroit ces colonnes pût servir de soubassement à ces Tribunes; non-seule- ment elles occuperoient moins d’elpace que l’en- trecolonnement, mais elles fourniroient l’occasion de placer des figures ou tour autre accompagnement dans ces intervalles ; & il résulteroit de cette idée, ainsi que de tous les autres objets dont nous parlons, que l’Archjtecte se trouveroit obli- d’Architecture. 383 gé de concevoir à la fois la relation que ces différentes parties doivent avoir avec fintérieur de tout son monument. Mais fans avoir égard à notre opinion fur ce sujet, citons les plus belles Chaires exécutées à Paris selon l’ancien genre , savoir, celle de Saint-Nicolas des Champs & celle de Saint- Etienne-du-Mont : celle de la Chapelle de Versailles & celle des Invalides, quoique beaucoup moins considérables sont aussi d’une composition assez ingénieuse ; mais elles ne nous font pas moins defirer que l'on convienne d’une forme plus grave dans leur structure, & d'un genre réordonnâmes mâle, analogue aux vérités évangéliques qui s’an- noncent dans nos Temples. Des Œuvres. Une (Euvre est dans une Eglise Paroissiale un lieu particulier , placé ordinairement en face de la Chaire du Prédicateur. Nous pensons de même, quelles devroient, comme les chaires, faire partie de l’enfemble du monument, & pour cela être construites de marbre, revêtues intérieurement de menuiserie , cette précaution étant nécessaire à cause du séjour qu’y sont les Marguilliers, les Fa- briciens de Paroisses, ainsi que les Chefs de Con- frairie pendant le Service Divin; mais l’appui que forme le devant de l’CEuvre doit être d’une matière solide , non-leulement pour qu’il ait de l’a- nalogie avec l’édisice, mais parce qu’ctant destiné les jours solennels à recevoir les Reliques des Saints, il convient que ces dépôts précieux de la foi paroissent être soutenus fur un soubassement d’une matière inaltérable. En général , pour que les (Euvres puissent paroître en relation avec la décoration des nefs, ii z 84 C o u r * faut très-peu élever leur dossier âu-dessus du soda ou de la retraite des ordres qui président dans leur décoration , ou du moins on doit observer une certaine simétrie entre leur disposition & celle des chaires ou tribunes qui leur font opposées. Nous avons désiré qu on supprimât les abat-voix des chaires de nos Prédicateurs ; nous croyons qu’on devroit aussi supprimer les couronnements qui terminent les Œuvres dont nous parlons : ils ne font ici d’aucune utilité, & ne fervent qu a masquer le coup d’œuil des bas-côtés ; ensorte que toutes ces parties, communément fans relation les unes avec les autres , détruisent sharmonie générale & ne présentent que despieces de rapport, qui, construites de matières diverses , composées d’un dessin & d’un style entièrement différents, ne présentent rien qui annonce l'unité qui devroit se remarquer dans l’ordonnance de l’Architecture de nos Eglises, de préférence à tout autre genre d’édisice. Nous osons adresser ces remarques impartiales à nos Pasteurs : la source de ces abus venant souvent de ce que lors de la composition d’un pareil projet, plusieurs fous - chefs , par des intérêts particuliers , réclament chacun leurs prétendus droits , & que de la complaisance des chefs il s’ensuit que susage, shabitude, le préjugé prévalent; que delà on donne des entraves à l’Architecte ; comme li lorsqu’il s’agit de la construction d’un Temple» toute espece de tracasserie ne devoir pas dispa- roître, & que sa structure , son ordonnance , là distribution , ses ornements dussent dépendre de l’ignorance , de la lésine ou du caprice d’hommes , peut-être fervents, mais trop peu éclairés pour vouloir se mêler de présider à l’ensemble général que doivent offrir nos monuments de ce genre. Non , D’AR C H I T E C T U fi E. Z8) ÎNon, sans doute , c’est aux Chefs des Autels, que nous supposons instruits, à prononcer définitivement fur ce qui regarde les lois de la bienséance & de la convenance ; eux seuls devroient veiller au style qu’il convient de donner à chaque partie de la décoration de nos Eglises : ils doivent remonter aux sources sacrées , & se choisir des Architectes habiles , avec lesquels ils puissent conférer , discuter, résoudre. Autrement il arrivera , ce que nous remarquons à regret, que la plupart des fìdeles font moins attirés dans nos Temples par un amour Religieux, que par la vaine curioíité d’y examiner quelques somptueuses bagatelles, plus faites pour les distraire que pour leur rappeler le souvenir des saints Mystères. La feule (Euvre qui mérite quelqu’estime, est , selon nous, celle élevée dans la nef de Saint-Eusta* che, dn dessin de M. Cartaud. Celle de Saint- Germain-f Auxerrois a long-temps passé pour un chef-d’œuvre : nous lui accordons ce titre en la considérant du côté de la main-d’œuvre ; mais il s’en faut bien que fa décoration réponde à nos vues : nous ne parlerons point non plus de celles nouvellement exécutées à Saint-Jean-en-Grêve , à Saint-Sauveur, à Saint-Merry & ailleurs ; quoique d’un dessin moderne, elles font plus d’hoiv neur au Menuisier & au Sculpteur qu’à leurs Ordonnateurs. Des Buffets d’Or gîtes. La composition des Bussets d’Orgue , par rapport à l’Architecture, n’est pas fans difficulté; ordinairement leur principale forme est assujétie à celle de cet instrument, le plus harmonieux & le Tomt II, B b z 86 Cours plus véritablement utile dans nos Temples, pour servir d’intermede au chant de l’Eglile ( k ), & quelquefois d’accompagnement aux chœurs de Musique vocale & instrumentale , qui s’exécutent les jours solennels. Dans les anciennes Eglises on plaçoit assez indistinctement les Buffets d’Orgues fur la partie latérale de la nef, soit dans le milieu, soit à l’une de ses extrémités ou dans l’un des bras de la croisée, tel qu’on le remarque aux Cathédrales de Reims, de Metz, de Verdun , &c. Dans nos Eglises modernes on adosse volontiers cet instrument au portail St en face du Chœur & du Sanctuaire ; au contraire, dans le projet de notre Eglise Paroissiale, nous le plaçons dans f un des bras de la croisée où nous désirerions qu’on plaçât aussi la Musique instrumentale , & que l’autre fi'it destiné pour la Musique vocale. Ces deux fortes de Musiques, réunies avec le Plein-chanrdu Chœur & ayant pour basse continue l’accompagnement de l’Orgue , annonceroient un Concert véritablement spirituel , d amant plus intéressant que n’é- tant point apperçu il distrairoit moins le peuple & lui donneroit l’idée dune Musique céleste qui lui feroit éprouver cette componction de l’âme qui nous saisit tout à la fois de respect, de crainte & d’admiration. La disposition & les différents calibres des tuyaux de métal qui composent cet instrument, ( k ) Dans les Temples Luthériens les Orgues accompagnent continuellement le chant du Peuple. Nous avons affilié plus d’une fois a ces offices, Sc nous avons toujours été, on ne peut pas plus satisfaits avoisinent ; & qu’enlisite on s'occupât d’un projet général, asin de pouvoir, dans la fuite , les arranger peu à peu , en commençant par les parties qui paroîtroient les plus urgentes. Sans doute une telle entreprise ccnsommeroit des sommes assez considérables , parce qu’il í'eroit nécessaire d’y comprendre la démolition de plusieurs maisons particuheres qui environnent les Halles â 430 Cours mais qui paraissent être une luitc cîc ce projet, par la quantité de différentes personnes de même commerce qui s'y trouvent établies : peut - être seroit-il políible d’en acquérir les terrains, la plupart des bâtiments qui s’y trouvent élevés étant presque lans valeur. O ailleurs , au défaut de fonds publics , n’a-t-on pas la voie des Compagnies ? La bâtisse de la Halle au Blé s’est faite ainsi. N’en a-t-on pas trouvé pour élever des Waux-Halls , & autres objets de frivolité ? Pourquoi ne pas user de ce moyen pour les entreprises (futilité ? Sans doute cette ressource est plus ruineuse ; mais pour vouloir se soustraire à cet inconvénient , on tombe dans un autre. Paris insensiblement se trouve privé de fa salubrité naturelle : bientôt il sera impossible de circuler dans son sein , la plupart des Marchés ambulants en obstruent les issues, & interceptent la circulation des voitures que le luxe introduit tous les jours , fans compter la multiplicité des charrois destinés à amener les provistons dans cette grande Ville. Ces dis ertes réflexions nous amenent à conseiller , aux plus zélés Citoyens d’entre nos Eleves , de s’occuper, dans le cours de leurs études, des projets véritablement utiles á leur patrie. Nous désirerions pouvoir leur persuader , que de telles compositions leur seraient autant & plus d’honneur, que celles dont la plupart s’occupent journellement , & qui n’ont guère pour objet qu’un faste mal entendu. Ce goût pour les compositions fastueuses ne sert le plus souvent qu’à les égarer & à leur faire prendre le colossal pour le grand, le simple pour le noble , la futilité pour futilité, enfin les chimères pour les préceptes de l’Art, o’A rc hitecture. 43 » Foires. Les Foires ressemblent assez à nos halles couvertes ; ce font des endroits où , pendant certains temps de Tannée , les marchands de dehors , ont le privilège d’apporter leurs marchandises, franches de droit- Pendant long-temps la Foire Saint- Germain & celle de Saint-Laurent, ont eu une certaine célébrité, parce qu’outre le commerce de dehors , qui s’y faifoit par les marchands forains pendant le temps accordé, d'autres marchands de la Capitale venoient y étaler tout ce qui a trait à Tagrément & à la parure de nos femmes du bel air, & qu’il s’y étoit introduit aussi différents genres de petits spectacles qui attiroient une foule incroyable de curieux & de personnes oisives qui en ornoient la scène. La Foire du Faubourg Saint-Laurent est déserte depuis qu’on en a supprimé les spectacles; les rues en font larges , plantées d’arbres ; elles oioient ornées de boutiques des deux côtés, qui en firent long-temps un lieu très-fréquenté dans la belle saison ; mais les Boulevards ont détruit entièrement cette Foire, parce qu’on a permis à ces petits spectacles, de s’y établir à demeure, pendant qu’anciennement ils ne pouvoient représenter qu’aux Foires;.ce qui rend aujourd’hui la promenade du Boulevard, assez agréable, quoique souvent trop tumultueuse. A legard de la Foire Saint - Germain, appelés ainsi parce quelle fe tient dans un enclos appartenant à Messieurs de Saint-Germain-des-Prés, elle subsiste encore aujourdhui en partie. Nous disons en partie , car depuis l’incendie , arrivé ii 4Zr C o u r s y a environ quinze ans, qui a réduit en cendres tous les bâtiments qu’elle contenoit, cn a feulement élevé à la hâte, fur le terrein qu’elle occu- poit, quelques échopes, avec une forte de symétrie , contenant diverses boutiques de différents genres, indépendamment de celles des Marchands de dehors, qui toutes ensemble ne laissent pas de procurer un coup- d’œuil assez intéressant. On doit remarquer dans la nouvelle reconstruction de cette Foire , dont les rues font couvertes pour la plupart , que dans quelques-unes on a imaginé de les couvrir par des berceaux de fer plein-cintre, garnis de paneaux de verre , qui produisent un assez bel effet le jour, & même la nuit, les Marchands ayant grand foin d’illuminer leurs boutiques avec beaucoup d’éclat ; de forte que ces lumières venant à réfléchir dans ces espèces de voûtes transparentes, offrent un aspect analogue au lieu de la scène. On peut encore observer , dans cette nouvelle Foire, l’industrie avec laquelle on a trouvé le moyen de construire, dans un lieu très - resserré, un espèce de NVaux- Hall, où l’on remarque beaucoup d’art & d’intelli- gence. Nous en avons parlé, page 290 de ce volume, note g. Ordinairement la construction des bâtiments que contiennent ces Foires , fe fait en charpente, avec quelque légere maçonnerie , retenue par des armatures de fer , & dont Fintérieur est revêtu de menuiserie. Lorfqu’elles réunissent, comme nous Favons dit , Futilité du commerce & l’agré- ment des spectacles , des jeux & des curiosités de divers genres , on les construit en pierre , avec solidité, & l’on en fait les toitures de charpente, VU, plus convenablement encore, en voûte d’ogive, pour D’AR CHITI ef URE. 433 pour les préserver des incendies. En général la décoration de ces sortes d’édifìces ne doit avoir rien de íévere : l’élégance & l’agrément des formes , la légéreté de la Sculpture , la magie de la Peinture à la gouache ; toutes ces ressources son c du ressort de leur ordonnance intérieure : ici il faut avoir foin d’en faire les rues d’une certaine largeur, y observer des carrefours , n’y jamais négliger la symétrie respective des corps principaux; mais par-tout ailleurs on peut user des contrastes , & saisir un genre pittoresque qui flatte l’oeuil, & qui puisse égayer l’imaginauon des hommes frivoles. On doit user de plus de retenue dans l’extérieur de ces bâtiments ; encore est-il bon que leur décoration annonce leur destination intcrieure ; & l’Ordonnateur de Ces sortes d’édifices , ne doit pas se livrer à tous les écarts que peut lui suggérer son imagination. Au reste , comme ces bâtiments doivent être isolés de toute part, & que par conséquent ils peuvent & doivent avoir plusieurs issues , les unes peuvent contenir les attributs du commerce , pour désigner feutrée qui mene aux boutiques des Marchands forains; les autres ceux de Thalie & de Terpsicore , pour décoder les façades qui donnent entrée aux Théâtres. On peut faire usage des symboles de Cornus , pour orner le frontispice des issues qui conduisent aux Buvettes, aux Cassés , aux Restaurateurs , &c. Dans la disposition de ces bâtiments on ne doit pas négliger fur-tout d’observer, dans leurs alentours , des rues libres & aisées , des préaux dans lesquels puissent le ranger les voitures , des portiques , ou au moins des parapets, pour faciliter la cirçulation des gens de pied. On Tome //, E e '434 Cours doit avoir attention de rendre toutes ces différentes routes bien éclairées pendant la nuit ; y éviter, autant qu’il est possible , toute espèce de montuolìtés ; en un mot , il faut apporter toute l’attention convenable pour rendre ces lieux falu- bres , d'un accès facile, le seul moyen de procurer Tordre & la décence qu’il convient d’ob- server dans tous les lieux publics. Nous finiro.s ces observations par indiquer qu’on doit pratiquer dans Tintérieur des Foires, des lieux particuliers pour contenir les ustensiles nécessaires en cas d’incendie, une Chapelle , une Chambre Syndicale , une Buvette , une Geôle, des Corps de Garde, &c. &c. Des Boucheries. Les Boucheries font des bâtiments très-utiles dans les grandes Villes ; on en doit distribuer dans leurs différents quartiers : ce font ordinairement de grandes pieces à rez-de-chaussée, voûtées & construites en pierres de taille , bien pavées, & dans lesquelles devroient être distribuées des eaux assez abondantes pour y entretenir la fraîcheur & laver les Tueries qui y font adjacentes. Les Boucheries doivent être exposées au nord, telle que celle du Marché-Neuf à Paris, bâtie fous Charles 1X, fur les dessins de Philiberc Delorme. Nous sommes néanmoins d’avis , que les Tueries ne devroient jamais être contenues dans le sein des Villes, qu’elles devroient être transportées vers Textrémité de leurs Faubourgs , d’où Ton apporteroit , dans les Boucheries, les viandes, pour y être vendues en détail au public. Quelle mal-propreté & quelle infection ne eau- d’Architecture. 4)5 sent pas les Tueries contenues dans les quartiers des Quinze-Vingt, dans celui de la rue Saint- Martin , au Faubourg Saint Germain , à la Montagne Sainte-Genevieve , & ailleurs. 11 y a quelques années qu’on s’étoit occupé de les transporter hors de l’enceinte de la Ville ; mais il en a été de cet objet comme de celui des Cimetières : des considérations particulières & des affaires plus importantes ont fans doute fait négliger ce projet, qui vraisemblablement reprendra saveur un jour, rien n’étant íi véritablement intéressant que tout ce qui peut contribuer dans une grande Ville, à la salubrité de l’air , & devenir utile à la conservation des Citoyens. Nous avons vu à Strasbourg des Boucheries où l’ordre & la propreté font le plus grand plaisir. A Metz nous avons remarqué une Tuerie, séparée des Boucheries, & construite fur l’un des bras de la Mozelle, avec toute Tintelligence qu'exigent ces fortes de bâtiments. Pourquoi n’en feroit-on pas autant à Paris ? On a bien , depuis quelques années , transporté le lavage & la cuisson des tripes dans File des Cignes , qui auparavant se fesoient auprès de la Porte de Paris. On a eu bien raison d’éloigner de Paris ces opérations , qui produisaient de grands inconvénients , à cause de la saleté que ce lavage jetois dans les eaux de la Seine , & de Todeur des suifs qui s’exhaloit dans tous les lieux circonvoisins. L’intérieur des Boucheries n’exige d’autre décoration que celle des arcs doubleaux qui servent à la construction de leurs voûtes , la régularité de Tappareil , celle des voussoirs & celle des remplissages , qui assez ordinairement se construisent en brique ; on y peut auíïï introduire quel- E e ij moLm 436 Cours ques tables saillantes, 8t des plinthes d’un profil mâle & d'une certaine saillie. Nous pensons que le fol de ces Boucheries devroit être divisé en trois parties : celle du milieu, plus large que les deux autres, seroit séparée des collatérales, par des piliers qui sormeroient autant d’arcades, au- dessus deíquelles s’éleveroit la voûte plein-cintre , faisant berceau , & dont la hauteur , plus considérable que celle des bas-côtés , procureroit un mouvement dans cette partie supérieure qui y tiendroit lieu de richesse. Alors les étaux des Bouchers seroient contenus dans les ailes des côtés ; ils y auroient leurs comptoirs 8t autres ustensiles de leur ressort. II seroit bien que le sol de ces derniers fût au moins élevé d’une marche, dans laquelle seroient placés des canivaux, pour faciliter lecoulement des eaux que nous avons désiré être abondantes dans l’intérieur de ces bâtiments z ces eaux iroient se décharger ensuite dans un aqué- duc souterrein , pour en empêcher l’écoulement daiià la Ville. A legard de leur décoration extérieure, une ordonnance rustique en doit faire les frais ; on y doit observer peu d’ouvertures , pour empêcher le hâle de pénétrer dans l’intérieur; le principal frontispice peut être orné de colonnes bossagées & rustiquées; on y peut faire usage de quelque Sculpture, y représenter, en tout ou en partie, en ronde-bosse ou en relief, des animaux 8c autres attributs analogues à ce genre. Ce frontispice peut donner entrée à un porche , aux deux côtés duquel seroient placés des escaliers pour monter fur lés couvertures 8c au logement du Concierge , pratiqué dans deux pavillons qui flanqueroient ce frontispice , 8c qui pourreient '^Architecture: 437 symétriser avec deux autres, placés à l’extrémité du bâtiment : ceux-ci í'erviroient de Bureau pour les comptes , & de dépôt pour les registres, les Régisseurs , &c. Des Casernes. Quoique les Casernes doivent entrer dans la classe des bâtiments Militaires , comme assez ordinairement les Architectes font chargés de la construction de ces sortes d'édifices d’utilité , nous avons cru devoir en parler ici , à dessein de laisser ignorer, le moins qu’il est possible , à nos Eleves la maniéré de concevoir l’idée de tous les projets dont ils peuvent être chargés un jour. Les Casernes font ordinairement de grands corps de bâtiments disposés autour d’une cour très-spacieuse , destinée à faire faire l’exercice aux Troupes qui y font logées. II s’en fait de deux espèces , les unes pour l'iníânterie , les autres pour la Cavalerie. Ces différents corps de Ca- zeraes se dispersent dans les divers quartiers des Villes de guerre , lorsqu’on y établit une forte garnison ; alors on observe des communications aisées, pour quelle puisse se rendre par détachements & fans obstacles, de ses Casernes à la Place d’Armes, ordinairement située dans l’un des endroits de la Ville le plus convenable & le plus aéré , fans néanmoins que ces communications nuisent au commerce & à la circulation des Citoyens. Les corps de Casernes d’Infanterie font de grands corps de logis doubles, & dans la longueur desquels se distribuent intérieurement plusiçurs Ee iij 4)8 Cours escaliers, pour monter dans les étages supérieurs aux chambres des Soldats ; à la tête de ces bâtiments on établit d’autres corps de logis ou pavillons pour le logement des Officiers. Ces bâtiments particuliers donnent entrée à des cours qui contiennent les écuries, les cuisines , &c. Les corps de Casernes destinés pour la Cavalerie , ont à-peu-près la même disposition que les précédents, avec cette différence , que le rez-de- chaussée des principaux corps de logis est occupé pour les écuries à lissage des chevaux des Cavaliers , & que les logements de ces derniers font disposés dans les étages supérieurs ; au - dessus de ces étages sont pratiqués de grands greniers pour contenir les tourages. La décoration extérieure de ces deux sortes de Casernes doit être simple , mais néanmoins annoncer un caractère de fermeté dans la disposition du plan des avant-corps & des pavillons , & dans l’ordonnance de leur façade , lequel fasse connoî- irc que les membres qui la composent fout puisés dans la virilité Dorique pour le logement des Officiers , & dans la rusticité Toscane pour le logement des Soldats. Autant qu’il est possible , il convient de situer ces corps de Casernes près des rivières, pour la facilité des abreuvoirs, & pour procurer à ces édifices un air falubre , nécessaire pour la conservation des Troupes. Nous nous proposons de donner , dans l’ou- vrage particulier que nous avons déja annoncé (y) y différents genres de bâtiments, entr’autres plusieurs dessins de corps de Casernes, que nous avons faits (y) Page dccc volume, note a. d’Architecturi. 439 pour Strasbourg par ordre du Ministère, suivant les désirs du Magistrat de cette Ville , qui se propose d’en faire construire pour huit bataillons & huit escadrons. Ces Casernes doivent être distribuées dans le Faubourg de Saverne, dans remplacement près le Pont-Couvert , & à l’EIplanade près de la Citadelle, celles qui y font actuellement tombant prel'qu’en ruine. Nous avons fait aussi des projets pour rétablir & augmenter celles placées actuellement à la Porte des Pêcheurs , à celle des Boucheries , à Finkmatte , &c. Nous prendrons occasion , dans l’ouvrage que nous promettons , de faire part à nos Fieves des Mémoires que nous avons faits à ce sujet , & des renseignements que nous avons pris pour y parvenir , comme autant de lumières que nous avons acquises dans cette partie de l’Art , asm de les leur communiquer, & leur apprendre que chaque genre d’édifice ayant ses usages particuliers, aucun ne doit être ignoré du véritable Architecte. Nous saisirons alors l’occaíion de leur offrir les plans de la Place d'Armes, & de leur rapeler dans ce Cours les projets que nous avons faits pour cette Ville, concernant le Sénat & la Salle de Spectacles ; par là nous rendrons compte des moyens que nous avons dû prendre pour lier tous ces édifices d’une maniéré intéressante , fans nuire à l’économie nécessaire dans une telle entreprise. Des Hôtels -de - Ville. Les Hôtels-de-Vîlle font des bâtiments dont la grandeur doit être assujétie à l’importance des Capitales où ils font élevés. Celui de Lyon & «elui d’Arles, en Provence, passent pour les édi- Ee iv ífe- 440 Cours fices de ce genre , qui annoncent le mieux le caractère qui leur convient. Celui de Rouen , commencé depuis quelques années fur les dessins de M. le Carpentier, Architecte du Roi, mérite auííi , à toutes fortes d’égards , les plus grands éloges : non-íeuiement il est plus régulier & d’une ordonnance d’Architecture plus intéressante que les précédents ; mais il est distribué dans son intérieur par de plus grandes parties , & ses décorations font susceptibles des grâces de l’Art que cet habile Maître fait répandre dans toutes ses productions. Qu’on nous permette de citer celui dont nous avons donné les destins pour Metz, exécuté entièrement aujourd’hui, & qui renferme tous les objets nécessaires aux Officiers Municipaux de cette Ville. Peut-être en oflfrirons-nous dans la fuite les plans à nos Eleves, non comme un* exemple à imiter dans toutes fes parties , mais pour ieur taire connoître combien nous avons iurmonté d’obstacies , & par rapport à la monvuolite ciu tcnein , Sr par ce que ce terrein est ti resserré , qu’il a fallu un certain art pour y trouver , fans confusion , toutes les pieces du ressort d’un tel édifice. L’Hôrel-de-Ville de Paris, élevé fur les destins de François de Cortone, commencé fous François premier , & fini fous Henri 11, quoique bâti dans un genre femi-Gothìque , ne laisse pas d’avoir un certain mérite. Les dedans particulièrement offrent des parties intéressantes : néanmoins on peut dire , qu’il n’est digne ni de la Capitale qui le renferme , ni des objets importants auxquels il est destiné. Donnons une idée du projet d’un Hôtel-de- Ville, tel que nous le concevons. Un édifice de Z3».— d’Architecturï. 441 cette importance doit contenir d'abord une certaine quantité de pieces , soit pour servir aux assemblées des Magistrats préposés aux règlements des affaires de la Ville, soit pour conserver les archives. A Paris ces Magistrats y tiennent une Juridiction particulière , pour tout ce qui concerne la navigation, ainsi que pour tous > les différents qui naissent de particulier à particulier au sujet du commerce par eau : on nomme cette Juridiction, le Bureau de la Ville ; il y en a deux , l’un pour les causes contencieuses , fautre pour les affaires courantes. C’est aussi dans ce bâtiment qu’on paye les rentes des particuliers qui ont des contrats fur la Ville , à l’occasion du paiement desquels il y a une grande salle , nommée la salle des Payeurs des rentes. C’est aussi dans ce lieu qu’on tire les Loteries , en présence des personnes intéressées, & où, dans le rez-de- chaussée, font distribués des Greffes , un logement pour le Concierge, des Dépôts , une Prison , &c. ^OUS pensons que dans le projet d’un bâtiment de cette importance, non-seulement il faudroit donner un air de grandeur & de dignité , tant dans l’ensemble que dans la disposition ; mais qu’il conviendroit de comprendre dans fa distribution plusieurs appartements pour le Roi & la famille Royale , lorsque Sa Majesté vient à Paris pour assister aux fêtes que la Ville donne à î’occasion de quelque événement d’éclat ; il devroit aussi contenir des salles de bal & de festins destinées pour ces jours d’alégresse, puisqu’autrement on est obligé à Paris de suspendre les affaires publiques pendant l’espace de temps que durent ces fêtes, & de faire usage des pieces d’utilité 44Ï C O U R 5 que contient ce bâtiment , pour y établir Iei Salles oìi se donnent les Concerts , les Banquets, où se tiennent les Assemblées , &c. Nous pensons encore que les Hôtels-de-Ville devroient être situés de maniéré que leurs principales façades regardassent la riviere fur laquelle les Magistrats du Corps de Ville ont reçu du Prince toute autorité. D’après cette idée nous avions fait anciennement un projet pour Paris, & nous avions placé l’Hôtel- de-Ville à la pointe de 111e Sainte-Louis , en face du bassin de la riviere de Seine ; mais quelqu’avan- tageufe que parût cette situation, on jugea que la traverlée des Ponts qui amenent à cette île, & le peu de largeur des Rues & des Quais qui avoilinent ce lieu, formoient un obstacle invincible pour une telle entreprise. Au reste, ce n’étoit pas fans regret, que par le choix de cette disposition il falloit démolir l'Hôtel de Lambeit, qui, par les beautés du premier genre qu’il contient , mérite d’être conservé dans son entier, ainsi que VHôrel de Rretonvillicrs qui lui est opposé, 8í qu’il auroit fallu détruire entièrement. t Des Observatoires. Un observatoire est assez ordinairement un bâtiment quarté, situé & élevé sur une éminence, & à l’extrémité duquel on pratique une terrasse pour y faire les observations astronomiques. Assez souvent, fur cette terrasse, on construit un donjon ( {) pour contenir les instruments à couvert, (j) Donjon, eípèce de petit pavillon, ordinairement élevé fur une terrafle pour y découvrir une belle vue. Dans les anciens Châteaux, on appeloit ainsi une tourelle servant dc guérite sur une grosse tour 5 telle qu’on la remarque à Vi»7 ccnnes. d’Architecture. 443 & pour y faire des expériences Physiques. Le bâtiment de l’Obfervatoire, bâti à Pans tous Louis le Grand, d’après les deslins de Claude Perrault , est fans contredit un des plus beaux édifices qui se soient exécutés dans ce genre en France ( s). Ces monuments d’utilité fe construisent avec plus ou moins de grandeur & de magnificence, selon l importance des Capitales , où les grands Princes les font élever. Quelquefois on pratique dans leur intérieur, indépendamment des grandes Salles destinées pour l’Asiemblée des Savants, des laboratoires, une bibliothèque, des cabinets de Physique ; enfin un logement & des dépendances pour un Directeur ; d’autres pour un Concierge & pour les principaux Artistes occupés à fabriquer les instruments : de grandes terrasses doivent environner l’édifice ; elles fervent à dresser, dans la belle saison, les lunettes, qui, à raison de leur grandeur, ne pourroient pas fe monter dans l’intérieur du bâtiment. La décoration extérieure des Observatoires doit être simple, mais d’un excellent genre ; elle doit être ornée de peu de Sculpture , & porter un caractère décidé, puisé dans le motif qui donne lieu à l’exécution de ces fortes d’édifices. On ne peut contester que l’ordonnance du bâtiment de TObservatoire de Paris ( b ) , porte un caractère ( a ) Voyez les plans, coupes & élévations de cet édifice dans le Vitruve de M. Perrault & dans l’Architecture Françoise. Voyez aussi les dessins des autres Observatoires de l’Europe dans Y Atlas cœteftis de Doppelmeyer. (é) Les fondations de ce bâtiment furent jetées en 16(7, ic 1 édifice entièrement fini en 1670; il elt posé lur une ligne méridienne qui fut tracée par les plus habiles Astrono-; mes le 2,1 Juin 1S67-, le jout du solstices '444 Cours d’originalité assez convenable à son genre ; il est flanqué de tours octogones, & percé de hautes ouvertures de croisées qui annoncent la nécessité d’offrir , dans l’intérieur, l’aspect du ciel pour les observations Astronomiques : des terrasses terminent cet édifice important ; dans les dedans il contient de grandes salles bien voûtées, un escalier d’une structure hardie ; un vestibule entr’autres, dont le premier plancher est percé à jour, offre un trotoir porté par une voussure, rachetée par des lunettes avec beaucoup d’Art. Les l'outerreins de cet édifice font aussi d’une très-grande beauté , qui mérite une attention & un examen réfléchi de la part de ceux de nos Eleves qui voudront se rendre compte de tous les moyens dont s’est servi Perrault, pour allier ensemble les préceptes de son Art , avec la psus grande solidité. Nous leur conseillons donc de se transporter sur les lieux à plus d’une reprise, pour y considérer l’apareil , la commodité , les convenances , la grandeur & la bcduié de l’oidonnimcc. Nous prenons même occasion , en leur recommandant l’examen particulier de cet édifice, de les inviter à se transporter souvent dans les autres monuments que cette Capitale renferme , comme le seul moyen de hâter leur expérience , de les affermir sur les préceptes, de développer le germe de leur génie ; en un mot, de perfectionner est eux le goût naturel, par le goût acquis. Des Basiliques. Anciennement les Basiliques ( c ) étoient do (c) Basilique, mot dérivé du grec, qui signifie Maison Royale, d’Architictufe. 44 î grandes salles, comprises dans les Palais des Rois, avec portiques , ailes , tribunes & tribunal, où les Têtes couronnées rendoient eux-mêmes la justice (d) : ensuite on a donné ce nom aux grandes Salles des Cours Souveraines , où les Magistrats , revêtus de l’autorité du Prince, s’assem- blent pour juger les différents qui naissent entre les Citoyens. A Paris , c’est dans l’un des anciens Palais de nos Rois, que se tiennent actuellement les Chambres du Parlement. Cet édifice , tel qu’on le voit aujourd’hui, fut restauré fous Phililppe le Bel en 1313, ayant été commencé il y a toute apparence, selon le rapport de nos Historiens, dès le sixième siecle ; puisqu Adrien de Valois conjecture que la crainte des Normands obligea Eudes & les Princes ses Successeurs , de transférer leur demeure du Palais des Thermes , (dont nous avons parlé pag. 408 & 415 de ce volume ) où ils faisoient leur résidence , dans celui dont nous parlons. Pour le distinguer du premier, on appela celui-ci le nouveau Palais , & l’autre lancien. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’en 1383 , Charles VI y demeuroit , lorsque , victorieux des Flamands, il fit élever un dais fur le perron du grand escalier , dans l’intention de punir les rebelles, qui, pendant son absence, avoient excité une sédition : François premier y faisoit aussi sa demeure en 1 > il boucha 1 ancien canal de l'Adour, cn forma un nouveau , & fit le Port. 11 fut appelé en i (80 cn Espagne par Ph lippe II, où il donna les destins du Palais de l’Escurial, que ce Prince fit exécuter avec la plus grande magnificence j il fur aussi, comme nous venons de le dire, choisi poux l’cxécutiou de la Tour de Cordouan. d’Architecture. 46$ plate - forme, sont construits des bâtiments peu élevés , qui contiennent le logement des quatre Gardiens, entretenus pour allumer le feu de la lanterne : on leur donne des vivres pour six mois. Cette Tour a plusieurs étages ; le rez-de-chaussée contient une grande salle d’assemblée de forme qiiadrangulaire, voûtée & accompagnée de plusieurs petites pieces servant de cabinets & de garde- robes. Au-dessous du rez-de-chaussée font pratiquées des caves & une citerne ; au-dessus est un appartement, nommé l’appartement du Roi : au second étage on voit une Chapelle d’une décoration assez intéressante ; on y remarque deux bustes l’un de Louis X IV, & l’autre de Louis XV; ils y ont été placés en 1735 , avec une inscription qui explique l’historique de la Tour. Sur la voûte de cette Chapelle, s’éleve une seconde Tour d’un moindre diamètre ; au-dessus de celle-ci se trouve la lanterne où est renfermée la matière combustible qui sert à éclairer les vaisseaux à plus de deux lieues en mer. Le feu ayant à la longue calciné le pourtour de cette lanterne , on ordonna en 1717 de la détruire pour en établir le foyer dans 1 a Tour de dessous ; mais la Marine s’étant plainte que ce déplacement nuií'oit à la navigation, l’In- génieur en chef de Bordeaux imagina un moyen de la rétablir à fa premiere hauteurce fut de la construire enfer; ce qui fut exécuté en 1727. Ce monument, distant de deux lieues de Bordeaux , & placé dans un lieu très-ingrat, passe néanmoins , à ce que rapporte M. Bélidor, pour le plus beau de l’Europe. Les Navigateurs, dit-il, n’en connoissent point de plus magnifique, ni d’une exécution auiîi hardie. 464 Cours II n’est pas nécessaire que la forme des Phares soit circulaire ; ils peuvent être quarrés dans leur plate-forme & dans letage du rez-de-chaussée ; à pans au premier étage ; enfin circulaires dans leur partie supérieure : on peut y employer les ordres d’Archiredhire ; ce feroit peut-être même ici le cas de les y employer tous cinq, élevés les uns au- dessus des autres. Plusieurs de nos Eleves ont tenté ce genre de composition ; mais la plupart n ayant aucune idée de l’ufage de ces fortes de monuments, ni des objets qu’ils doivent contenir , nous avons cru devoir leur donner cette légere idée de la Tour de Cordouan. Nous ajouterons que la plate-forme a dix-fept toises de diamètre dans œuvre ; la Tour à rez-de-chaussée huit toiles & demie b ors œuvre ; au premier & au deuxième étage, sept toises : la seconde Tour seulement seize pieds, aussi hors œuvre ; enfin la lanterne huit pieds : dimensions qui empêcheront les Eleves, d’après cet exemple assez célébré , de donner à ces forres de projets , des grandeurs idéales & gigantesques , fous prétexte quêtant des édifices élevés par la libéralité du Prince, leur étendue & leur magnificence doivent être fans bornes. Nous n’avons compris dans ce Chapitre , qui a pour objet les édifices élevés pour la sûreté, que les Arsenaux, les Prisons, les Portes des Villes de guerre & les Phares, parce que ceux - ci nous ont paru les seuls véritablement -susceptibles des préceptes de l'Architeâure Civile. Ees autres ouvrages de fortification , tels que les Citadelles , les Corps de Garde , les Guérites, les Remparts , les Forts , tiennent leur ordonnance de l’Art Militaire proprement dit ; & pour cela leur décoration regarde plutôt d’Architecture. 465 plutôt les Ingénieurs que les Architectes. A l’égard des bâtiments des Gouverneurs , de ceux élevés dans les Citadelles, les Places d'Armes, &c. où les proportions de l'Architecture & l’Art de la distribution entrent pour beaucoup , nous nous flattons que nos jeunes Ingénieurs & nos jeunes Architectes trouveront suffisamment, dans le corps de ces Leçons, tous les secours nécessaires pour appliquer à ces nouveaux bâtiments , & les préceptes de l’Art & le caractère qu’il convient de donner à chacun d’eux, en attendant que nous leur en puiflìons offrir des exemples dans l’ouvrage que nous avons promis après l'imprestion de ce Cours. Après avoir traité, dans les Chapitres précédents , du caractère qu il convient de donner aux bâtiments d’habitation , à ceux élevés pour la magnificence , futilité & la sûreté „ nous finirons nos observations fur cet objet , par recommander à nos Eleves , lorl'quils feront chargés de taire les destins de quelques - uns de ces édifices , de les composer de maniéré qu’ils contribuent, autant qu’il fera possible , à la décoration de la Capitale, ou des Villes de Province dans lesquelles ils les feront élever. Car enfin , qu’on nous permette de le dire ici , moins comme Architecte que comme Citoyen : nos plus beaux édifices n'offrent, pour la plupart, aucun ensemble. Paris est presque un labyrinthe pour les Etrangêrs ; on ne remarque aucune correspondance entre nos principaux monuments ; presque tous font fans issues , nuls alignements prolongés. Qu’on y prenne garde ; il en est peut-être temps encore: le Palais du Luxembourg pourroir être apperçu du Port Saint- Tom& II, Gg 466 Cours Nicolas, en démolissant un des pavillons des Qua- tre-Nations, comme cela a déja été proposé plus dune fois. Le Palais des Tuileries devroit lé découvrir du bâtiment du Vieux-Louvre, ainsi que Le Bernin l’avoit projeté ; on pourroit apperce- voir du Trône , le péristyle du Louvre, suivant les dessins de Perrault. Peut-être auroit-il été bien, que l’Ecole Militaire eût été bâtie du côté du Roule, en face des Invalides, tous deux séparés par les Champs - Lissées , à la rencontre de la principale allée dclquels , on auroit pratiqué une étoile ; ces beautés d’eníemble, réunies aujourd’hui avec le nouveau Pont de Neuilli, auroient produit le plan le plus régulier & le coup-d’œuil le plus satisfaisant. Si depuis long-temps on s’étoit occupé , comme on le fait à présent , à propos du rachèvement du Vieux - Louvre, dont on vient de décombrer la face du péristyle , à convertir en une belle rue le cul-de-fac du Coq , de maniéré à découvrir de la rue Saint - Honoré , le portail des Quatre-Nations ; insensiblement on seroit parvenu à faire de Paris , une Ville à-peu-près régulière: mais on se contente délever des Palais, des Edifices publics, des Hôtels, souvent bien , quelquefois ingénieux , mais presque toujours en pure perte pour l’embellissement de cette vaste Cité. Qu’on nous permette cette remarque : le nouvel Hôtel de la Monnoie , les restaurations immenses du Palais Bourbon ; celles du Palais Royal, font autant de grandes entreprises , qui fans doute font honneur à leurs Ordonnateurs ; mais on ne peut disconvenir qu’il leur manque une certaine relation , & avec les autres édifices d’importance qui les avoisinent, & avec ceux qui leur font oppo- d’Architecture. 467 sés. Ce sont autant de monuments épars & confondus avec des bâtiments subalternes : ils ressemblent en cela à nos anciennes Villes de Province, qui ne présentent cpi’un cab os , des rues tortueuses , un fol montueux , & au milieu del'quellcs se rencontrent quelques édifices Gothiques , où quelquefois des bâtiments élevés plutôt par la routine, que par les préceptes de l’Art. Nous le disons souvent dans nos Leçons , répé- tons-le encore aujourd’hui : combien neseroit-il pas à delirer qu’on f it pour cette Capitale , ce que le feu Pvoi Stanislas a fait à Nanci ? toutes les rues ont été élargies & alignées fous son régné ; il y a fait construire une Place Royale , au milieu de laquelle est élevée la statue de Louis XV; la nouvelle Intendance, la Salle de Spectacle, la Place des Carrières , les principales Portes de la Ville, tous ces édifices font de la plus parfaite symétrie , & ne pèchent peut-être que par trop de magnificence. Pourquoi d’ailleurs ne pas faire en grand ce que le Magistrat de Strasbourg vient de tenter dernièrement pour cette Ville frontière. Prévoyant qu il pourroit y faire des embellissements ; il a communiqué ses idées au Gouvernement, & lui a demandé un Architecte, a fi n de former le projet de nouveaux alignements, pour percer des communications aux défiés des Troupes , y projeter quatre corps de Casernes d’Infânterie, & quatre de Cavalerie ; une Place d’Armes, un Sénat, une Place Royale , une Salle de Spectacle , des Quais, des Ponts, &c. On nous chargea de ce travail important; nous fîmes lever le plan de la Ville, & nous composâmes ces divers projets , dont la plupart s’exécutent aujourd’hui. Pourquoi la Ville de Paris , à l’imitation de celle de Strasbourg, ne s’occu- 468 Cours d’A rchitec ture. peroit-elle pas du même objet? Pourquoi ne char- geroit-elle pas Ion Architecte, homme reconnu d’un mérite supérieur, de faire travailler sous ses yeux à un projet d’embellissement pour cette Capitale, non avec le faste & l’inconséquence de ceux qui ont déja été proposés par MM. de La Maire & Meissonnier, mais avec cette réflexion sage & cette économie que M. Moreau entend si parfaitement? Mais que n avons nous pas à espérer à savenir pour la réussite d’une telle entreprise ? Que n'avons-nous pas droit d’attendre de la bienfaisance du Prince & du zèle éclairé des Magistrats de la Ville, à qui le Roi a confié le foin des embellissements de Paris ? Qui empêcheroit qu’on ne destinât des fonds à cet effet, quon ne mît en délibération les objets par lesquels il convien- droit de commencer; tels d’abordquele rélargisse- rnent de certaines Rues, l’érection de plusieurs Fontaines, la démolition des maisons élevées fur les Ponts, dont on parle depuislong-temps, la construction d'un Hùtel-de-Vilie, des Prisons publiques, des Hôpitaux, des Bains, des Marchés, des Greniers d’Abondance , des Boucheries, des Cimetières ; enfin des Eglises & plus dignes du culte de notre Religion, & plus conformes aux vœux de la Nation. Fin du second Folume. APPROBATION du Censeur Royal. J ’ai LU, par Tordre de Monseigneur le Chancelier,’ un manuscrit intitulé : Cours d'Architecture, ou Traité de la Décoration , Distribution & Conjlruclion des Bâtiments. Cet ouvrage , attendu & désiré depuis long-temps, m'a paru digne des suffrages du Public , & de Tempreffement de tous ceux qui aiment les Arts : Donné à Paris , le 31 de Janvier I77í. Signé , PHILIPPE DE PRÊT OT, Des Académies Royales des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Rouen & cf Angers. PRIVILÈGE DU ROI. OUIS, PAR LA GRACE DE DlEU , Roi DE Fr ANCE JLí et de Navarre : A nos Ames & Féaux Conseillers, les Gens tenants nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand-Conleil, Prévôt de Paris, Baillis , Sénéchaux , leurs Lieutenants Civils, & autres nos Justiciers qu’il appartiendra : Salut. Notre Amé le Sieur N te o l as D e s s ai n t , Libraire , Nous a fait exposer , qu’il délirerait faire imprimer & donner au public , un Cours d’Architeflure , par M. Blondcl, s’il Nous plaisoit de lui accorder nos Lettres de Privilège pour ce nécessaires. A ces causes, voulant favorablement traiter TExposant, Nous lui avons permis & permettons , par ces Présentes , de faire imprimer ledit Ouvrage autant de fois que bon lui semblera, Sr Je le vendre, faire vendre & débiter par-tout notre Rovaume pendant le temps de fix années consécutives, à compter du jour de la date des Présentes : Faisons détènscs à ttms Imprimeurs, Libraires 8e autres personnes, de quel* que qualité 8e condition qu'elles soient, d’en introduire «impression étrangère dans aucun lieu de notre obéissance : comme aussi d’imprimer , ou faire imprimer, vendre, faire vendre , débiter, ni contrefaire ledit Ouvrage, ni d’en faire aucuns extraits fous quelque prétexte que ce puiíïe être, fans la permission expresse & par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui auront droit de lui, à peine de confiscation des Exemplaires contrefaits , de trois mille livres d’amende contre chacun des contrevenants, dont un tiers à Nous, un tiers à l’Hôtel-Dieu de Paris, & l’autre tiers audit Exposant, ou à celui qui aura droit de lui , & de tous dépens, dommages 8e intérêts; A la charge que ces Présentes seront enregistrées tout au long fur le Registre de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris, dans trois mois de la date d’icel- les ; que l’impression dudit Ouvrage fera faite dans notre Royaume , 8e non ailleurs , en beau papier 8e beaux caractères, conformément aux Règlements de la Librairie , 8e notamment à celui du dix Avril mil sept - cent ■vingt - cinq ; à peine de déchéance du présent Privilège ; qu’avant de l’exposer en vente, le Manuscrit qui aura servi de copie à l’impression dudit Ouvrage , sera remis dans le même état où l’Approbation y aura été donnée, ès mains de notre très-cher 6c féal Chevalier, Chancelier Garde des Sceaux de France, le Sieur de M a d p e o u ; qu’il en fera ensuite remis deux Exemplaires dans notre Bibliothèque publique , un dans celle 4 10 remarquerons, nous remarquerons. ib. ib. nous nous ont. nous ont. % J7 jo variété, variété. J? 2-4 trente minutes & demie. trente-sept minutes &dem» 2-7 comme le fait voir la figure D , planche V, comme le fait voir la plancha V. > 34 4^ rez de cœur, rais de cœur. 35 quatre' minutes, íïx minutes. *0--- f H une tabe renfoncée, une table renfoncée. L 10 à l'exeption, à l’exccpcion. XI la courbure plan de chaque, la courbure de chaque face- 1 *7 xo que T Architecture fait. que l’Architecturc a fait. »«4* 17 carctcre , caractère. 101 17 dix pouces Ôc demi, deux pouces trois quarts. 118 de cet vourage , de cet ouvrage, r,- zS leur saille , leur saillie, 184 6 spcctalcs pompeux , spectacles pompeux , F- XX boulins ains, boulingrins. \ ? T ~ •*? ?' . -z. ^ * X :