■:» «-,v í-ï.tf I' W. » sââ * .'IrL-àr.A • ■ jmm ■ tmr 5 WM . àà ^ V» ■*. y irtív, INV . - NR. STANDORT iSil COURS D’ARCHITECTURE, O u TRAITÉ De la Décoration , Diflnbution & Conflruclion DES BÂTIMENTS; Commencé Par feu J. F. Blondel, Architecte du Roi, &; Professeur de T Académie-Royale d’Architecture, et Continué Par M. Patte, Architecte de S. A. S. M sr le Prince Palatin , Duc régnant de Deux-Ponts. tome sixième. jL jP^L Jl JCS , Chez la Veuve Desaint .Libraire, rue du Foin-S.-Jacques. M. D C C. L X X V II. Avec Approbation , & Privilège du Roi. •- %s& A VANT- PROPOS ; o u Précis du contenu du cinquième Volume'. Ál près l’Ordonnance des dehors d’un bâtiment St íà distribution , dont il a été question dans les Volumes précédents, il convient de s’attacher à décorer l’intérieur de ses appartements. Cette branche de l’Arc exige essentiellement la pratique du Destin , & elle est sondée sur les mêmes principes que la décoration extérieure. Son vrai mérite consiste principalement dans la relation du tout avec les parties, St des parties avec le tout. II ne faut pas croire, avons-nous dit , que ce soit la profusion des ornements qui faste la vraie beauté d’un appartement ; le grand art est de les repartir avec goût Sc avec discernement, de maniéré que l'Architecture paroisse toujours dominer , Sc ne soit pas accablée par la Sculpture. Mais en vain eípérera-t-on réussir dans une décoration , si elle n’a pas été prévue lors de la distribution d’un appartement, St si on n’a pas eu égard à la forme qui convient à chaque piece, à la symétrie, aux enfilades , à l'égali té des trumeaux des croisées, à la disposition des portes Sc des cheminées. Sc en un mot à la hauteur des planchers.. v] Avant-PropOs. car ce n’est qu’en faisant marcher de pair toutes ces considérations, en composant le plan d’un bâtiment, qu’il en pourra réíul- ter un tout accompli. A dessein de procéder avec ordre dans tous les détails particuliers qui concernent la décoration intérieure d’un appartement, nous avons commencé par enseigner à profiler la Menuiserie , Lc eníuite nous avons proposé des exemples de portes, de croisées, de cheminées 8c de disserens lam- bric, décorés plus ou moins richement, pour foire voir les égards qui doivent guider dans leur compofition. Nous avons d’abord envisagé chacun de ces objets dans le simple , en supprimant tous les ornements , parce que , réglé générale , il faut toujours s’appliquer à dessiner les nuds 6c à déterminer les proportions de chaque partie d’une décoration , avant d’y introduire de la Sculpture. Delà nous avons expliqué quel doit ctre le style propre à la décoration de chaque piéce d’un appartement suivant sa destination. Ce n’est qu’à l’aide du goût, associé au raisonnement 6c aux réglés, qu’on peut parvenir à le saisir ; c’est par leur moyen qu’on apprendra à foire choix des formes convenables, à caractériser l’ordonnance particulière propre à chaque décoration , Avânt-Propo 9'. vH suivant le degré de richesse ou de fimplî- cicé qu’elle exige, soie à raison de son usage, soir à raison de l’importance d’un bâtiment. Nous avons conséquemment fait passer en revue la décoration des vestibules , des. antichambres , des salles de compagnie , des salions , des chambres de parade, des galleries, des cabinets, des chapelles 6c des escaliers. Sans cesse , nous avons joint l’exemple au précepte , 6c nous nous sommes autorisés des meilleurs modelles , pour établir par leur comparaison le beau eíîen- tiel de ces sortes d’ouvrages, 6c pour faire voir qu’on n’y peut parvenir que par une sage 6c judicieuse répartition des ornements, & non en les prodiguant indiscrètement, comme l’on fait assez ordinairement. Enfin , nous avons terminé ce que nous avions à dire fur cette matière, par recommander de ne se pas borner à étudier nos préceptes dans l’ombre du cabinet, mais de s’appliquer en meme temps à méditer fur place les décorations les plus applaudies , à destiner d’une certaine grandeur leurs profils , leurs ornements , tous leurs détails ; en observant, 6c les effets particuliers qui résultent de chaque partie , 6c l’esset total qui 'resulte ensuite de leur accord ou de leur combinaison : c’est là le seul moyen de hâter les progrès dans l'étuds s iv vil] A F A NT-P RO P 0 S . de cette branche de ['Architecture , & de parvenir à son tour à créer du beau. Chapitre I. II. III. IV k V. La troisième partie de notre Ou* vrage embrasse entièrement la construction des bâtiments. Après avoir parlé, dans I’In- troduction , de l’origine de l’art de bâtir , êc des progrès qu’elle a fait succeílìvement jufqu’à nos jours , nous avons traité d’abord de la Maçonnerie qui en est la partie la plus importante , ôc qui comprend la maniéré de fonder les bâtiments , d’elever leurs murs ôc de construire leurs voûtes, Le premier foin d’un Architecte est de Rappliquer à connoître les diverses qualités des matériaux qui ne font pas les mcmes partout , & qui varient suivant les pays où J’on bâtit. Pour fixer les idées, nous nous sommes appliqués à faire connoître les matériaux que l’on trouve aux environs de Paris , &c dont on fe sert pour ['exécution de fes bâtiments. Au surplus , dans les lieux où l’on manque de pierres , & où il -faudrait les tirer de trop loin , l’on y supplée d’ordinaire par de la brique , qui est une pierre artificielle aisée â fe procurer par-tout, dont la cuisson & l’alliage des differentes terres propres à fa fabrica- lîon font toute la bonté. Av AN T-P R O P O S. IX Apres le choix des matériaux, ce font les agents qui fervent à les unir , tels que le mortier &: le plâtre qui méritent la principale attention, nous avons exposé en conséquence leurs diverses qualités, leur préparation , leur emploi ; &: nous sommes même entrés à ce sujet dans l'ex amen de leur constitution physique, pour faire voir ce que l’on peut espérer de leur durée, de leur ténacité , Sc pourquoi il ne faut pas les employer indifféremment en toutes occasions. Chapitre VI & VII. La maniéré d’opérer les fouilles des terres, Sc leurs transports , ainsi que de planter un bâtiment, fait la matière de ces deux Chapitres. La derniere opération regarde plus particulièrement l’Architecte , &. demande de fa part beaucoup d’attention pour fixer avec certitude la position respective des différents objets d’un plan , Sc celle de tous ses allignements. On n’y peut réussir qu’avec de l’expérience Lc que par le secours de la Géométrie- pratique. Le vrai moyen de ne se point tromper est, sur-tout après avoir tracé un plan fur le terrein , de ne point négliger les vérifications, & de faire eníorte que les parties s’accordent fans cesse avec le tout, Sc le tout avec les parties; c’est par cet accord intime qu’on obtiendra toute l’exactitude requise. t Avant-Propos. Chapitre VIII. La maniéré de fonder suivant les différents terreins fait l’objet de ce Chapitre : íl n’y a aucune partie de la construction qui exige autant d’attention de la part de l’Architeéte ; la moindre négligence à cet égard étant capable d’opérer la ruine d'un édifice. II est nécessaire , avons-nous recommandé , d’aíïeoir toujours les fondements d’un bâtiment jusques fur le bon fond. Quand .çe fond fe trouve être du tuf, de la terre franche , du gravier ou un roc, ii n’y a pas de difficulté ; mais s’il est de mauvaise consistance , comme de la glaise , un sable doux &, mouvant, un terrain marécageux , il faut s’appliquer alors à le consolider par art, en plaçant dans le fond des rigoles des fondations, soit des cours de plateforme , soit un grillage de charpente , soit un radier , soit des pilotis. Nous sommes entrés dans les plus grands détails fur ces différentes opérations , & nous avons expliqué comment on s’y est pris dans plusieurs occasions importantes, pour surmonter les obstacles que la mauvaise qualité du fol parroiíïoit apporter à la solidité des fondements. Chapitre IX. Ce Chapitre contient particulièrement Avant-Pro POS. xj les principes généraux qui constituent la solidité d’une construction. Après avoir rapporté les procédés des Anciens , nous avons parlé de I’efprit de la coupe des pierres , de la maniéré de construire les caves, & successivement de la batiste des murs de clôture, de face &: de refend d’un bâtiment. Nous avons fait remarquer que ces principes ne font point arbitraires, Lc font au contraire consacrés par la maniéré de bâtir de tous les pays & de tous les tems. Ces principes font, que le fort doit fans cesse porter le faible ; que l’épaisseur des murs doit fe proportionner â leur élévation & aux fardeaux qu’il auront à soutenir s que depuis leurs fondements jufqu’au sommet, ils doivent s’élever en talud ou en retraite ; qu’ií faut placer dans le bas les pierres les plus dures , tant pour mieux résister aux fardeaux, que par rapport à l’humidité & aux eaux pluviales ; que toutes les pierres doivent ctre continuellement posées en bonne liaison & coulées avec de bon mortier ; & qu’ensin , pour empêcher les murs d’un bâtiment depouster au vuide en dehors, il convient de mettre d’étage en étage des chaînes de fer avec des ancres, enforte qu’il résulte de la combinaison de ces différents arrangements , un tout de la plus grande solidité. Outre ces considé- xij A V A N T - P R 0 P O S . rations, comme toutes les parties d’un mur ne portent pas toujours également, Sc qu’ily en a qui souffrent plus que les autres, telles font les encognures, les têtes des murs, & les endroits où font placés les bouts des poutres, nous avons observé qu’il lalloit -Rappliquer à les fortifier de préférence -, ce sont là les réglés que nous avons développé, Sc dont on voit fans ceílè supplication dans la plupart des bâtiments. Chapitre X. 11 y est question de la maniéré d’exécuter les fosses d’aifance, les puits, les citernes, les puisards, les bassins, Sc les ferres-chau- des, tous objets qui offrent des difficultés particulières dans leur construction , 6c dont nous avons exposé les meilleurs procédés. Chapitre XI, XII. & XIII. Dans les Chapitres suivants, nous avons fait d’abord passer en revue nombre de travaux particuliers, connus fous le nom de legers ouvrages, 6c qui n’ont lieu, pour la plupart, que dans l’intérieur d’un bâtiment, tels font les plafonds, les cloisons, les cheminées , les fours, les fourneaux : ensuite nous expliquons un procédé en usage dans quelques Provinces de France , pour bâtir des maisons en pisé ou terre graveleuse, au de- AV AN T- P R O P O S. xîij faut de pierre , & enfin nous saisons un dénombrement des machines & des échaffauts qui fervent pour rexécutíon des bâtiments. Chapitre XIV & XV. Le premier contient les articles de la Coutume de Paris concernant les bâtiments, cju’un Architecte ne doit point ignorer, & auxquelles nous avons joint quelques explications, pour en déterminer le sens littéral dont on convient assez unanimement. Le second explique la maniéré dont on doit faire un devis de Maçonnerie. On y voit une énumération de la maniéré dont doit être exécutée chaque forte de construction ; c’est comme une récapitulation de tout ce que nous avons dit ci-devant fur cette matière, où tous les objets font rapprochés, & où fe trouvent réunies toutes les opérations successives pour parfaire la maçonnerie d’un bâtiment quelconque en son entier, avec les égards qu’exige la parfaite liaison des matériaux , pour bâtir ponformément aux réglés de fart. Aprés avoir exposé dans le volume précédent ce qui concerne la construction d’une maison ordinaire , nous avons traité au commencement de celui-ci, des considérations qu’éxigent la poussée des voûtes, leur construction, & les loix de la xìr A V AN T -P RO P 0 S. solidité. On y voit que la construction eft un art tout de raisonnement, dontles réglés dérivent essentiellement des principes , de l’équilibre ôc de la pesanteur,qui sont des loix de la nature, auxquelles est asservi tout ce qui existe.One voûte, quellequ’elle soit, étant un composé de voussoirs ou de pierres taillées en forme de coins, qui font suspendues en l’air , ces coins ne íàuroient évidemment ctre contenus avec solidité en leur place dans cette posttion, qu’autant qu’ils seront pressés par les côtés, suivant leur appareil ou leur tendance à agir, par une force supérieure à l’effort q u'il s exerceront pour tomber. Or cette force résidant dans íes piédroits ou supports, il resulte donc que, s’ils font par leur masse inférieurs à cette poussée , ils seront infailliblement renversés, maî.-s que, si au contraire ils font supérieurs à l'effort en question, ils contiendront la voui:e , resserreront & arcbouteront ses vouissoirs, de maniéré à la rendre inébranlable ; tel est dans lc simple ce qui constitue «en général la solidité d’une voûte , &: d'où vient il faut qu'il y ait une relation conssante entre sa poussée & ses supports. Que l’on s’avise de n’y avoir aucun égard, &c de tenir les piédroits , en effet, plus foibles que la poussée ne comporte , fous prétexte de les alléger , en se réservant de suppléer à leur résistance naturelle par des Avant-Propos. xv moyens artificiels, & en violentant les efforts des vouíloirs par des liens de fer, alors ce ne feroit plus bâtir suivant l’art, Lc il n’y auroic plus de fureté ; une chaîne ou un crampon peut venir , soit à rompre par l’effort da tassement, soit à faire éclatter la pierre dans laquelle il fera inféré, soit ( ce qui est infaillible au bout d'un te m s ) à perdre de fa force par l’effet de la rouille, alors, au moment qu’on s’y attendroit le moins, on courroit risque d’ctre enseveli fous un édifice ; c’est pourquoi il est donc important que les principes , qui fervent â déterminer les dimensions des piédroits d’une voûte, soient fans atteinte j Sc il n’y aqu’en les observant qu’cn peut espérer d’asturer la durée d’un Monument. Ce font là les grands objets fur lesquels nous avons principalement insisté dans ce Chapitre. Après avoir envisagé'la poussée dans le simple , nous la suivons ensuite dans fes différentes combinaisons & dans fes circonstances locales : par tout nous faisons voir qu’il faut consulter l’appareil d’une voûte pour découvrir fa tendance à agir , & par conséquent vers quel endroit il convient de placer la résistance. Nous nous sommes attachés fur-tout à développer les effets du tassement d’une voûte lors de son décintrement, qui est le moment critique xvj Afant-Propos. d’une construction , &: qui demande târtt d’expérience&d’intelligence pour ocre opéré avec succès. Enfin nous avons exposé les moyens d’allier la pratique & la théorie, pour se conduire dans la recherche des vrais principes qui doivent constituer la solidité d’une construction composée , recherche qui est laborieuse, &: qui exige une multitude de connoilîànces que l’on trouve difficilement réunies; mais dont néanmoins il convient qu’rift Architecte,vraiment digne de ce nom , soit pourvu , pour se faire honneur dans les occasions importantes qui lui feront confiées. Dans les Chapitres suivants, nous traitons de plusieurs constructions particulières très- essentielles par leur objet , 8c qui rencontrent d’ordínaire la plus grande difficulté pour être exécutées solidement. A dessein d’éclairer ces distérentes matières , nous avons mis en parallèle leurs procédés ordinaires, d’oìi nous avons déduit des observations capables de guider , &c d’empècher d’opérer au hazard comme par le paílë. Delà, nous développons les principes des autres branches de la Construction , telles que la Charpenterië , la Couverture, la Plomberie, la Menuiserie , la Serrurerie, k Peinture d’impression, la Vitreries lePavé, ainsi que l’indique la Table suivante. T A B L É TABLE DES MATIERES, des Chapitres etdes Planches, Contenus dans le Jixieme Volume. A FANT-PROPOS. Exposition des matières répandues dans le Vi e Volume. page v, CHAPITRE PREMIER. Considérations sur le Mécanisme des Foutes , sur leur poussée et leur CONSTRUCTION. 1 Article Premier. De la maniéré de conjidírer li poussée dune Foutes & de déterminer la force de ses Piédroits. 6 Article II. De la disposition des Piédroits ct une Foûte. u Article III. De la maniéré daugmenter la résistance dut Piédroit. J (y Article IV. De la manière d’alléger les Piédroits d’une Foûte , en décomposant sa poussée. \ -j Article V. Différence entre un Support , un Pilier-Butant & un Arc-Boutant. Article VI. De la fonclion d un Contre-Fort. Tome Fl. b Kviij TABLE Article VII. Moyen dont on s’ejl servi pour suppléer à un Pilier - binant & à un Arc-boutant. page 31 Article VIII. j Du Fardeau que peuvent , porter les Pierres. 3 J . Article IX. Nécessité de consruire , dans les Pays Septentrionaux, les grandes Foutes a Cabri a un toît de Charpente. 41 Article X. Observations fur C action du Mortier dans la confru- clion d'une Foute. 43 Article XI. De C emploi des Liens de Fer dans une Consru- ction. 46 Article XII. Du Tassement cCune Foûte , & de ses effets pendant son Décintrement. 5 1 Article XIII. Des Ouvrages du Chevalier Wrèen. J 9 Article XIV. De la mamere d allier la Pratique à la Théorie , pour découvrir les vrais principes d’une Construction. 63 Des Principes qui conffituent en général la solidité d'une Coupole sur pendentif Pl. LXXXXI, 64 Développement de Cappareil d'un Pendentif. 68 De la maniéré d agir dun Pendentif 71 Description de la consruclion de la Coupole du Fal- de'Grdce , F L. LXXXXII & LXXXXUI. 79 DES MATIERES. CHAPITRE II. xix ) Z)E LA MANIERE DE CONSTRUIRE LES Planchers en Briques, dits Foutes Plates. page 84 Article Premier. Comment on les conjlruit dans le RonJJìllan , Planche LXXXXIV. 8; Article II. Comment on les a confirai ts à t Hôtel du Bureau de la Guerre , à Versailles , PLANCHE LXXXXIV & LXXXXV. 89 Article III. Comment on les ' conjlruit dans le Languedoc , Pl. LXXXXV. 93 Article IV. Comment on les conjlruit à Lyon, P L. LXXXXVI. 98 Article V. Comment elles ont été confinâtes au Palais Bourbon, Pl. LXXXXVII. 107 Article VI. Réflexions fur les Voútes m p!ates , & fur les moyens a opérer leur conflruclion avec succès. 11 j ÉXP 1.1 CATION des Planches LXXXXIV , LXXXXV, LXXXXVI & LXXXXVIi. 120 CHAPITRE III. DE LA MANIERE d'eXÉCUTER LES TERRASSES QUI COUVRENT LES BaSTIMENTS 126 K v *x TABLE Article Premier. Conflruftìon de la Terrasse qui accompagne la principale entrée du Palais du Luxembourg , Pl. LXXXXVIII. page 130 Article II. Çonsruclion d'une Terrasse exécutée au Château de Saint-Cioud. Pl. LXXXXVIII. IZL Article III. Observations fur les moyens d'opérer toujours les Terrasses avec succès. Pl. LXXXXIX. 1 33 CHAPITRE IV. De la Construction des Combles, soit en Pierre , soit en Briques. 143 Article Premier. Çonsruclion du comble en pierre , qui couvre les Chapelles du Dôme des Invalides, Pl. C. 144 Article II. Çonsruclion du Comble en Pierre qui couvre le Porche du grand Portail de l'Eglise de Saint - Sulpice. Pl. CI. 147 Article III. Çonsruclion du Comble briqueté de la nouvelle Halle au Bled de Pans. Pl. GUI & CIV, 149 Article IV. Çonsruclion d'un Comble briqueté, exécutés à Toulouse , PL. CIV. 151 ARTICLE V. De la çonsruclion des Combles briquttés , exécutés au Palais-Bourbon, Pi,. CIV. 153 DES MATIERES. xxj Article VI. Observations fur les Cons ruchons piécédentes. p. 156 Explication des Pl. C, CI, Cil, CIII& CIV. 158 CHAPITRE V. De la construction du grand Fronton de la Colonnade du Louvre. Pl. CV » CVI & CVÎI. 164 CHAPITRE VI. De la construction d'un Pont. 171 D E sc RI P TI o N des ' opérations fucctfives pour Cexécution d’un Pont, Pl. CVIII & CIX. 17J Explication des Planches CVIII & CIX. 181 Dimensions du Pont déOrléans. 184 'Observations fur la confruclion du Pont de Ncuilly , & fur son décintrement. 186 De la maniéré de déterminer les proportions des piles & culées dun Pont, içi CHAPITRE VII. Des Constructions Gothiques. 206 Dtesc RIPT î ON de la confruclion de l'Eglise de Notre-Dame de Dijon , Pl. CX& CXI. 218 ♦ TABLE xxij DE LA C H A R P E N T E R I E. INTRODUCTION. De D origine et des avantages des Bâtisses en Charpente. page 223 CHAPITRE PREMIER. De la qualité des Bois en général , ET EN PARTICULIER DE CELUI PROPRE A LA CHARPENTERIE. 227 CHAPITRE II. DE LA REDUCTION DES BOIS DE CHARPENTE. 232 CHAPITRE III. De LA LONGUEUR ET GROSSEUR DES BOIS. 24O CHAPITRE IV. De la résistance des Bois , eu égard A LEU R'GROSSEUR. 245 CHAPITRE V. Des principaux assemblages des Bois de Charpente , P L. CXII & CXIÍI. 250 CHAPITRE VI. Des Planchers , Pl. CXIV & CXV. 253 CHAPITRE VII. 265 Des Combles , DES MATIERES. xxiij 'Des Combles à deux Egoûts , Pl. CXVI & CXVI!. page 2ÓS Des Combles bnjèsy Pl. CXVIII. 272 Explication des Planches , CXVI, CXVII, CXVIII, CXIX , CXX , CXXI . CXXII & CXXIII , représentant la cons.tu.aion des Combles. 279 CHAPITRE VIII. Des Pans de Bois et des Cloisons , Pl. CXX IV. 289 CHAPITRE IX. Des Escaliers , Pl. CXXV. 295 CHAPITRE X. De LA MANIERE DE FAIRE UN DEVIS DE CHARPíNTERIE. DE LA COUVERTURE. CHAPITRE PREMIER. De la Couverture en Tuiles. CHAPITRE II. De la Couverture en Ardoise. CHAPITRE III. De la réparation des Couvertures. 329 CHAPITRE IV. 301 3*3 3*4 323 De LA MANIERE DE DRESSER LE DEVIS d'une couverture. 33 í 1 xxxv TABLE Explication des Planches CXXVI & CXXVÏI. page 333 DE LA P LOMBERIE. 337 CHAPITRE PREMIER. Des especes de Plomb , et des épaisseurs qu'IL FAUT LUI DONNER SUIVANT LES DIFFERENTS OUVRAGES. 338 CHAPITRE II. jD e la pose des différents ouvrages de Plomberie. 344 Article Premier. De la pose des Chenaux & des Gouttières. ibid. Article II. De la pose des Ensaítements , des Noues & des Arrêtiers. 34^ Article III. De la pose des Tuyaux de descente & des Cuvettes. 348 Article IV. De la pose des Tables de plomb fur le plein-toit, fur un Dôme,fur un Clocher &sur une Terrasse. 35° Article V. De la pose des Tuyaux de conduite & des Tables des Réservoirs d eau. 354 Des Devis de Plomberie. 35^ EXPIICATION de la Planche CXXVHL 3 57 D E DES MATIERES. xxV, DE LA MENUISERIE. page 359 CHAPITRE PREMIER. De la Menuiserie mobile. Article Premier. Des Portes. Article II. Des Croisées. CHAPITRE II. 56 ; 371 De la Menuiserie dormante. Article Premier. Des Lambris. 379 Article II. Des Parquets. 38 i Article I I I. Des Escaliers de Menuiserie. 384 Article I V. De la maniéré d'eflimer les Ouvrages de Menuiserie • 38 ) article V. Des Devis de Menuiserie. 394 Explication des Planches CXXÍX , CXXX, CXXXI & CXXXII , concernant la Menuiserie. Tome VI. XXVJ TABLE de la serrurerie. Article Premier. Des Différentes qualités du Fer. pgg e 402 Article II. Des gros Fers. 404 Article III. -De la Ferrure des Portes Cocheres. 410 Article I V. De la Ferrure des "orces ordinaires & à placard. 412 Article V. De la Ferrure des Croisées. 419 Article VI. Des Portes de fer , Grilles , Rampes , Balcons , &c. 422 Article VII. Des Devis de Serrurerie. 42 J Explication des Planches CXXXIII, CXXXIV , CXXXV & CXXXVI, concernant la Serrurerie. 433 DE LA PEINTURE D'IMPRESSION'. Article Premier. De la Peinture en détrempe. 436 Article II. De la Peinture à l'huilt, 440 Article III. Du choix des Couleurs & de leur assortiment. 442 DES MATIERES. xxvij Article IV. De la Dorure. page 445 Article V. De la perfection des Peintures d'impreffon 446 Article VI. Des Devis de Peintures dimpreffon. 447 DE LA VITRERIE. 451 DU PAVÉ. 456 CATALOGUE De la plupart des Architectes dont il ejl fait mention dans ce Cours , avec t énumération de leurs prin~ cipaux Ouvrages. 4*)7 Fin de la Table, ERRATA du sixième Volume . Pages. Lignes. Fautes. 4 ;; résistrer 48 59 59 61 75 76 *33 168 j f aux contre-sorts 1 ou fait 1 molonnage, 14 de ces derniers 6 fc trouvent 9 elle ne rempliroit pas itf du pendentif 18 des ses parties 10 mainenant 190 8 fe trouvoit appuyée 27 3 10 & c h , - 7 - 13 cd ’ *36 4 femelle B, }9j iz un Ouvrage Corrections. résister Í aux murs de liaifoin , aui contre-forts & fait, moilon âge de ceux-ci fe trouve & elle ne rempliroit {pas d un pendentif de fes parties maintenant. í fe trouvoit en outtre. (. appuyée Sis A, C e , femelle K, un bon Ouvrage 'r 't v-í'-í' -- -> 4- -i* -î- 4'4* 4* 1 ìl'£ ^»> íí < XX ^" % t «f 1 S-H V'ï^ ^ «T-xx 1 if à — -l »XXX r * v ri / >XXX i* è >xxx • « ^ *k «■» X- v spM ^îè-KK-ì è ^ 4.4- î-i- 4*4' -4* ■4*"4‘ *4*4* ■•* T ‘'Œj r*1>Y*y*< ' *î* LVL M >*<>*íx.x . >’A R C III T E C T U R E. Z qa'il ue falloit, c’est toujours ainsi qu’on commence ; & ce ne íutqu’à la longue , à force cTêtre redressé par des essais, qu’on apprit,par ce qu’on avoir fait, á découvrir ce que l’on pouvoir tenter encore au- delà , & enfin à quel terme il falloir s’arrêter , pour ne pas prodiguer inutilement les matériaux , ou bien préjudicier à la solidité par trop de légèreté. II est étonnant combien, avec ces seuls secours, l’Art de la Construction a fait de progrès. On peut même avancer que ses plus belles découvertes se sont faites fans l’intervention des Sciences. Inexécution des Coupoles fur pendentifs , entre autres , ce chef-d’œurc d'industrie qui fembloit exiger tant de combinaisons pour être élevé avec fureté, en offre un exemple bien remarquable. Par combien de taronnemens ne fallut-il pas passer avant d’y réussir? Ce fut évidemment une grande témérité de la part des Architectes qui présenteront des projets dans le XVI e siécle pour la Coupole de S. Pierre de Rome, que d’ofer proposer de faire porter un ouvrage auílì immense avec une tour de dôme , environnée de colonnes à plus de 150 pieds de hauteur, fur quatre points , & dans tout le reste de son pourtour en encorbellement. L’exécution d’un pareil morceau fembloit supposer, pour procéder avec sûreté , une multitude de connoissances, dont aucun Architecte d’aîors ne pouvoir fe starter d'être pourvu. On fe conduisit donc en tâtonnant, & en commettant en quelque forte au hazard l’évene- ment, comme avoir fait autrefois Anthemius pour la Calotte de Sainte-Sophie à Constantinople : aufiì arriva-t-il, que ce ne fut que l’expérience qui redressa fuccestìvement ceux qui eurent d’abord la conduite de ce Monument. A peine l’Architecte Bramante , dont le projet avoit obtenu la préférence, A ij 4 Cours eut-il élevé les piliers destinés à porrer la Coupole de Saint-Pierre , & eut-il terminé les quatre arcs de la rencontre des bras de la croix, que ceux-ci par leur poussée menacèrent de les renverser ; ce qui sit comprendre qu’ils étoient beaucoup trop foibles, pour remplir l’objet proposé. En conséquence il fallut revenir sur ses pas , en s'appliquant à fortifier les piliers , & il y avoir deja 40 ans que cet Edifice étoit commencé , fans qu’il y eût de plan véritablement arrêté. Chaque Architecte qui suc- cedoit ne s’attachoit, en quelque forte, qu a rectifier ce qu’avoient fait ses prédécesseurs ; & ce fut , comme l’on fait, le célébré Michel-Ange, qui, plus éclairé que ses contemporains, & en mettant à profit les réflexions & tentatives que l'on avoir faites jufques-là, parvint enfin à proportionner les supports à l’effort du Dôme, & à fixer du moins en apparence les rapports des diverses parties de fa construction. Nous avons insisté sur ce sujet pour montrer par un fait connu, comment, sans le secours des sciences, l’Art de la Construction, à force de tentatives, a fait peu-à-peu des progrès dans les siécles les plus reculés; & comment des routines parvinrent à tenir pendant long-tems lieu de réglés. Aussi, quand dans les rems modernes on entreprit d’éclairer cette matière, comme ces routines avoient pour bases desmonumens multipliés, dont la solidité ne pou- voit être révoquée en doute , puisqu’ils avoient souvent pour preuve une durée de plusieurs siécles; onnes’avisa pas de changer les principes autorisés par l’usage, mais on se borna à les redresser, à les perfectionner & à déterminer sur tout avec plus de précision la force des murs ou des piédroits, pour résistter suivant les diverses circonstances ; on ne fit d’Architecture. 5 en un mot que substituer , aux tâtonnemens qui avoient jusqu’alors servis de guides, des principes certains, fondés fur le développement des loix éternelles de l’équilibre & de la pesanteur. Au surplus, si l'on n’a pas encore tiré des Sciences tous les secours qu’on a lieu d’en espérer, & si elles n’ont porté jusqu’ici leurs regards que vers les considérations les plus simples de la poussée des voûtes, c’est qu’il ne suffit pas d’être seulement Mathématicien pour traiter des constructions composées, & qu’il faudroit à la fois être versé dans la pratique. Tous les Sçavans font bien éloignés de réunir les lumières des Wreen & des Frezier. En effet, un simple Géomètre n’est presque jamais assez exercé dans le Dessin pour distinguer tous les rapports des plans , des profils & des élévations d’un Edifice: rarement est-il au lait de la coupe des pierres , à moins d’en avoir fait une étude particulière : il ignore communément la répartition des matériaux d’un bâtiment, leurs qualités, leur emploi , leur alliage, les effets de leurs tassemens , & le poids qu’ils peuvent porter : il se trouve à chaque pas arrêté par une multitude de convenance dont la pratique feule instruit, & que rien ne sauroit suppléer. C’est pourquoi , dans l’ignorance où il est des procédés usités, dès qu d entreprend de pénétrer dans ces fortes de matières pour y porter le flambeau de la théorie , il se trouve obligé de se créer des principes, de recourir à des hypothèses, de chercher par raisonnement des efforts cachés ou des tendances à agir, d’imaginer des leviers secrets qui le conduisent à des déterminations, qui ne font pas toujours d’accord avec les faits. En un mot,il n’y a que la réunion de la pratique & de la théorie, qui puisse mettre en état de traiter à fond les A iij 6 Cours matières qui concernent la construction. On en fera tle plus en plus convaincu par les observations que nous allons faire fur la manière dette des voûtes, ainíì que fur la façon dont íe doivent envisager leur poussée & les divers rapports du méchaniíme de leur construction, eu égard feulement à la pratique, & en écartant, autant que nous pourrons,le langage scientifique, poi;r nous mettre à portée d’être entendu des jeunes Architectes , à l’instruction def- cjueis nous destinons principalement cet Ouvrage. Article Premier. De la manière de considérer la poujsèe , d’une Doute , & de déterminer la force de Jes Piédroits. Rien dans la nature ne fauroit fe soustraire aux loix de l’équilibre & de la pesanteur ; dès qu’il y a un poid & une poussée , il faut un support & un contre-fbrt, ou un piédroit capable de tenir lieu de l’un & de l’autre ; ainsi l’effentiel est de connoître comment s’opére faction pour proportionner la résistance. Tous les voussoirs d'une voûte quelconque font taillés à peu-près en forme de coin , c’est-à-dire,- font plus larges par le haut que par le bas , & ont leur direction tendant vers un centre commun lorsque la voûte est en plein-ceintre, vers deux centres lorfqu’elle est en entiers-pointoti ogive,& vers dissérens centres lorfqu’elle est éllìptique ou en anse de panier. L’action de la pesanteur de chaque voussoir n'est pas uriforme, mais relative à la place qu’il occupe dans une voûte. 1 lus un voussoir d’Architecture. 7 approche du sommet, plus il est prouvé qu’il exerce d’efforts pour écarter les vouffoirs inférieurs : ainsi c’est la clef A , figure I rc , Planche LXXXVl , qui, vu fa polìtion préfque verticale , opère le plus d’action; ensuite ce font les contre-ciels B,B; & successivement les autres voussoirs en produisent de moins en moins jufqu’aux coussinets C,Ç, ou juf- qu’à la retombée de la voûte fur les piédroits. Plus une voûte a de diamètre , plus elle a de poussée , & plus par conséquent les piédroits ou les murs doivent avoir de force pour la contenir» Une voûte a encore plus où moins de poussée , suivant que sa courbe est plus où moins élevée. Par cette raison , les voûtes entiers-point exercent le moins d’action contre leurs supports; après elles ce font les plein-ceintres ; & enfin ce font les voûtes elliptiques où en anse de panier qui en ont le plus. Les voussoirs dune voûte étant toujours taillés en forme de coin , & de façon à diriger leur action vers les piédroits , ils tendent nécessairement à les écarter; mais comme cet effort peut varier suivant la maniéré d’ètre de la voûte , il est donc important de s assure r d’abord de son diamètre, de la nature de la courbe, de son épaisseur vers la clef, de la hauteur qu’auront ses piédroits ; & ce ne peut-être que rélativement à ces diverses considérations susceptibles de faire varier fa poussée, qu’il fera possible de parvenir à connoître au vrai la résistance qu’il convient de lui opposer. Les expériences apprennent que , quand une voûte íe fend parce que son piédroit est trop foi- ble , la rupture fe fait d’orclinaire en E au milieu de l’imposte C & de la clef A , fig. Ire, dans les voûtes plein-ceintre ; plus près de l’imposte que de la clef» A ìy 8 Cours & environ à la rencontre des trois arcs dans les voûtes surbaissées qui ont été tracées ainsi ; & plus près de la clef que de l’imposte dans les voûtes en tiers-point. C’est pourquoi il est d’ulage, pour apprécier la poussée d’une voûte , de considérer fa partie supérieure E A E jusqu a la rupture E comme seule agissante, & de supposer que tous les volissoirs de cette partie supérieure font ensemble un effort latéral contre le piédroit D, joint à 1a partie inférieure. On est autorisé à confondre certe partie inférieure avec le piédroit, non-seulement à cause du peu d’inclinaison des voussoirs des voûtes vers leur naissance, mais eneore , parce quen exécution , elle paroît n’exercer réellement qu’nne action de pésanteur sur le piédroit, ainsi qu on le remarque sans cesse en démolissant d’anciennes voûtes , dont les naissances jufqu’aux environs de la demi-voûte, soit dans les plein-ceintres,soit dans les tiers point, & jufqu’à la rencontre des trois arcs dans les surbaissées , se soutiennent sur leurs piédroits ou piliers , malgré la destruction de leurs parties supérieure». C’est en conséquence de ces observations que les Géomètres font parvenus à déterminer l’épaísseur du piédroit d’une voûte. 11s ont considéré la partie supérieure de la voûte EAE jusquau point de rupture E, comme un selil grand voussoir agissant contre sa partie inférieure EC joint au piédroit D pour les renverser; & parla comparaison de la surface de ce grand voussoir avec le diamètre de la voûte CC , de la nature de fa courbe , de la longueur de fa clef A , de la hauteur du piédroit D, & même des différens poids dont ce piédroit pou- voit être chargé dans 1 occasion, ils ont trouvé par les réglés de la mécanique les expressions algébri- d’Architecture. 9 ques des épaisseurs qu’il convenoit d’oppofer dans tous les cas à ces différens efforts pour faire équilibre avec la poussée , en faisant toutefois abstraction du frottement des joints des voussoirs ( i ), a fin de fe mettre au-dessus de tous les cas défavorables lors du déceintrement, où toutes les parties d’une voûte font en mouvement, comme nous l’expliquerons par la fuite. Ainsi , en ajoutant suivant 1’ufage à cette épaisseur trouvée environ un sixième en sus, asin de rendre la puissance résistante supérieure en force à la puissance agissante, (i ) La raison pour laquelle on ne doit pas avoir égard au frottement est aisée à concevoir: nous Lavons déjà dit ailleurs , &c'est idi le cas de le répéter. Comme il y a toujours un tadorne n t dans une voûte , lorsqu’on la déceintre , il y a de toute nécessité un mouvement. A l'instant où se fait ce tassement, qui est toujours le moment critique pour les piédroits, les joints de la voûte s’entr'ouvrent, Sc les voussoirs ne posant plus que fur une arrête , le frottement en cette circonstance ne sautoir évidement être compté , comme opérant de la réiistancc. Dailleurs pour peu que le piédroit vint à céder à l’éftort de la voûte , la force agissante acquerroit alors un mouvement d’accélération , qui, en éloignant du centre de la voûte, le centre de gravité du piédroit , racourciroit conséquemment le bras de levier de la force résistance , & agiroic d’autant plus efficacement pour la vaincre. Ainli la puissance agissante ne. doit pas feulement être multipliée par son bras de levier,mais encore par la vîtestequ'clle acquiert lors du tassement ; Sc cette vîtede ne pouvant être appréciée que difficilement, il convient donc dans la pratique , pont fejuettre au-dessus de tous les cas défavorables, d’ajoûter aur piédroits ainsi qu’on l’observe. Une autre railon pour laquelle le frottement ne doit pas encore être considéré dans la construction d’une voûte , c’est que quand le tassement fe fait, de deux choses l’unc , ou bien le mortier a déjà acquis de la consistance, ou bien il 11'en a pas encore acquis. Dans le dernier cas, c’est un corps humide & glis- lanc, qui, en empêchant l’engrainement de la pierre,diminue le frottement ; & dans 1 c premier, le mortier écrasé par le tadement doit être considéré comme un amas de petites boules qui ne mettent pas moins d’obstacles à l’engrainement , Sc qui font à peu-près l’esset d’un rouleau que l’on place fous une pierre pour en faciliter la glissade. io Cours on sera sûr de solider la force des piédroits tTnne voûte en toutes circonstances. On fait que c’est à à M. de la Hyre, ancien Professeur de l’Académie Royale d’Architecture , & membre de celle des Sciences, qu’on doit d’avoir résolu en 1712 cette importante question concernant la poussée des voûtes, & que ce qui a confirmé de plus en plus la justesse des principes qu’il a établis, c’est qu’on a observé que toutes les voûtes élevées depuis, & auxquelles on s’étoit avisé de donner des épaisseurs de.piédroit plus foibles que celles désignées par fa formule, font tombées ou du moins n’ont pas subsisté long-tems. M. Frezier en cite des exemples dont il a été témoin dans le Tome III. de son excellent Traité de la coupe des pierres. Avant ce temps on n’avoit que des pratiques grossières, que l’on trouve répétées dans tous les anciens livres d’Architecture , pour déterminer l’é- paisseur des piédroits des différentes sortes de. voûtes. François Blondel, Architecte de l’admirable Porte de Saint-Denys à Paris, qui paroissoit bien en état d’éclairer à cet égard, vu les grandes connois- sances qu’il avoit à la fois dans les Mathématiques & dans la Construction, s'est borné dans son Cours Architecture , a rapporter lans examen les routines, usitées dans lc tems de la barbarie gothique. « 11 » faut partager, dit-il, un arc quelconque, fig. II, » III & IV. pi. LXXXVI. en trois parties égales , » & menant une des cordes par le point de i’im- » poste, prendre en déhorssur la même continuée » une ligne qui lui soit égale , & la droite menée » à plomb par l’extrêmité de cette même ligne » » déterminera l'épaisscur extérieure du piédroit. » Comme si, divisant Tare A B C D en trois parties » égales aux points B Lc C, on mene la corde d’Architecture. ii » indéfinie C D, passant par le point de l’imposte D ; » alors on n’a qu’à prendre en-déhors fur la même » droite CD, continuée une partie DE,égale à CD, » & menant les deux perpendiculaires F E & DH|, » elles détermineront l’épaisseur du piédroit où de » la pile D F H E , qui fera proportionnée à la pouf- » fée de l’arc A B C D ». Pour peu qu’on y fasse attention , il fera aisé de s’appercevoirdu peu d’exactitude de cette réglé : car elle n’a aucun égard , ni à Fépaisseur d’une voûte, ni à la hauteur des piédroits pour fixer leur force: or une voûte élevée à 6 pieds de terre ouà 50 pieds doit opérer manifestement , à raison du plus où moins de longueur du levier, une action bien différente contre fes supports. II en est de même d’une voûte d’un pied d’épaisseur ou de trois pieds : cette dernière n’exige-t-elle pas encore évidemment, à raison de son poid , des épaisseurs de mur ou de piédroit bien plus concidérables que l’autre. On voir par ces observations la futilité de ces prétendus préceptes qui ont néanmoins servi de guides aux Constructeurs pendant long-tems , & dont on n’a été détrompé que depuis que les Sciences ont porté leur flambeau dans cette matière. Article II. De la dispojìtion des Piédroits d’une Voûte. La disposition des supports d’une voûte ne fau- roit être arbitraire , elle est toujours indiquée par la direction de la coupe de fes voussoirs ; & cette direction varie à raison de la nature de chaque forte de voûtes , attendu que chacune s’appareille différemment. C’est pourquoi , pour connoître comment une voûte doit agir , & vers quel endroit il ìz Cours convient d’oppofer la résistance à sa poussée , il est à propos de consulter son appareil. On s’ap- percevra par cet examen , qu’une voûte en berceau , par exemple, n’exerce d’action que latéralement , ou que contre les murs qui reçoivent à droite & à gauche fa retombée ; qtùine voûte en arc de cloître agit uniformément contre ses murs pourtours ; qu’une voûte d’arrête n’opére d’efforts que vers ses angles ; qu’une plate-bande ne pousse que les corps de maçonnerie placés à ses extrémités dans la direction de la coupe de ses clavaux ; qu’une voûte sphérique où en cul de-four agit du centre à la circonférence; qu’un pendentif sur un plan quarré agit presque entièrement vers les côtés du quarté, & fur un plan octogone contre tous les côtés de l’octogone , &c. &c. d’où il résulte que le vrai moyen d’assurer l’exécntion d’une voûte est de placer les résistances ou les épaisseurs des piédroits, trouvées par les calculs, vers les endroits indiqués par l’appareil, où se doit opérer l’effort. La poussée n’agit pas cependant toujours directement vers le lieu indiqué par la coupe des voussoirs, comme quand deux voûtes se rencontrent en opposition ; car alors leurs efforts se combinent pour suivre une direction commune. Soient, par exemple , deux arcs B & C sig. V. PI. LXXXVI, dirigés selon les côtés d’un quarré ou d’un parallelo- . grame, & venant reposer sur un même piédroit A, de manière à avoir vers leur retombée un coussinet commun ; la poussée de chaque arc , au lieu de se diriger au-delà du piédroit , l’une suivant la longueur du mur D , & 1’autre suivant la longueur du mur E, se décomposera, suivant les loix de la mé- chanique, de maniéré à agir selon la prolongation de la diagonale FG; & ce sera en ce sens H , qu’il faudra fortifier le pilier A, tellement que fa force d’Architectuke. 13 AH soit un résultat de la poussée des deux arcs. II n’y a pas de distance déterminée pour l’eípa- cement des piédroits d'une voûte : de même que Ion lait des arcs de 6 pieds de diamètre , il est possible d’en faire jusqu’à 100, & 150 pieds : il ne s’agit que de fortifier leurs piédroits à proportion de leur grandeur. II n’y a que dans les voûtes sphériques ou sphéroïdes , que l'on observe de resserrer les piédroits à un certain point , & de façon que les arcs en décharge que l’on met de i’un à l’autre dans le bas, différant peu d’une ligne droite par leur plan , empêchent la voûte sphérique de souffler par leur intervalle. Ce seroit pécher contre la solidité , que d’entreprendre de contenir une voûte sphérique de quelque étendue, telle que 50 à 60 pieds de diamètre j feulement avec 4 contre-forts distribués à égale distance dans son pourtour ; car chaque arc en décharge de l’un à l’autre, se trouvant par-là obligé d’embrasser presque le quart de la circonférence de son plan, & offrant un ventre dans le milieu qui poussèrent au vnide, deviendroit évidemment bien peu capable, & de contenir la poussée de la voûte, & de reporter son effort vers les contre-forts en question. Ce fut fans doute pour diminuer la multiplicité despoints-d’appuiqu’exigent les voûtes circulaires, que les Architectes Goths fe déterminèrent à faire la plupart des chevets de leurs Eglises, érigées depuis le XII e siécle , tems où leur bâtisse s’est beaucoup perfectionnée, non en portion de cercle, comme ils í’avoient toujours faits jusqu’alors, mais à pan-cou- pés ; de sorte que par-là ils parvinrent à alléger ces endroits comme le reste de leur construction, fans néanmoins préjudicieràleur solidité. La position des voûtes & Tissage auquel on les 14 Cours destine, décide de la force que l'on doit donner à leur construction. Si elles ont besoin d’opérer beaucoup de résistance , on les bâtit presque entièrement en pierre de taille, on leur donne une épaisteur proportionnée vers la clef, on les enrage en outre entre leurs piédroits , c’est-à-dire qu’on éleve ceux-ci jufqu’à leur couronnement, enfin on garnit leurs reins, en y prolongeant en coupe la queue des voustoirs. Les voûtes des caves, des ponts, des fortifications & des ouvrages soûterreins , destinés à soutenir de grandes charges, s’exécutent pour la plupart de cette manière. Si les voûtes n’ont que leur propre poid , ou un poid peu considérable à porter, comme quand elles servent de couverture ou de couronnement à un Edifice, on les bâtit alors à la légere , en briques où en moilonage , en leur donnant peu d’épaisseur; on les isole fur leurs piédroits , & l’on évide leurs reims, soit entièrement, soit du moins en grande partie. II y a deux partis à prendre pour l’arrangement des piédroits d’une voûte en berceau : on a le choix de donner aux deux murs qui reçoivent fa retombée , une épaisseur uniforme rélative à fa poussée ; ou bien , à dessein d’éviter une auffi grande épaií- seur au droit í'ur-tout des ouvertures des portes & des croisées , on préféré volontiers de distribuer, de distance en distance, des points d’appui principaux suffisamment fortifiés, vers lesquels on rejette par des lunettes ou des arcs en décharge pratiqués dans le bas de la voûte de l’un à l'autre , la plus grande partie de son fardeau : par ce moyen , le mur fe trouvant beaucoup déchargé entre ces points-d’appui, on réduit son épaisseur d’un quart, d’un tiers & quelquefois même jufqu’à la moitié ; c’est l’élevation des lunettes qui décide cette rédu- d’Architecture. 15 ctfon : supposons que l’on voulût rejettes entièrement l’effort de la poussée & le poid vers les points d’cppui, il n’y autoitqu’àélever les lunettes jul'qu’à la hauteur de la clef de la voûte en berceau, alors ce.le-ci se trouveroit convertie en une voûte d’ar- rète , que l’on sait n’avoir d’action que vers les anales , & en ce cas le mur entre les points d’ap- pui deviendroit inutile ; il leroit permis de le supprimer totalement à l’cxemple des Goths, pour y mettre de larges vitraux. Quand il est question de construire une fuite cTar- cades ou de voûtes en berceau, continues fur une ligne droite , dont les parties supérieures peuvent s’accôter réciproquement , on est encore libre de donner à chaque piédroit particulièrement une force rélative à la poussée de la voûte qu’il soutient, ou bien de donner à chaque piédroit une force suffisante pour porter seulement la retombée de sa partie inférieure , en observant dans ce cas de re- jetter l’effort de la partie supérieure de toutes les voûtes vers les extrémités, c’est-à-dire, vers le premier & dernier piédroit, qu’il faudra tenir en conséquence d’une force capable de servir comme de culée a la suite d’arcades ou de voûtes. Le Pont d’Orléansa été construit suivant le premier procédéstes Ponts de Neully & de Mantes ont été bâtis suivant le second. Les loix de la solidité exigent que les piédroits d’une voûte soient pleins, fans aucun percé, & que leurs assises forment une bonne assiete sous toute i’étendue des coussinets , afín que se convenant dans toute la hauteur des points-d’appui, íàns aucune interruption depuis leurs íondemens jufqu’à fa retombée, il en résulte la plus grande fermeté. Cese- roitagir contre ces principes , que d’éviderles piédroits d’une voûte comme un coffre, que de se t6 Cours permettre d’y pratiquer des ouvertures, ou que de les faire porter en partie en lair fur des plate-bandes: mais, à combien plus forte raison de pareilles licences feroient-elles impardonables , si la voûte en question fe trouvoit être dune étendue considérable & obligée de porter de grands fardeaux. Article III. De la manière d’augmenter la rcsifiance d’un Piédroit. On peut ajouter à la résistance d’un piédroit, en le chargeant d’à plomb : car, en augmentant parla su fermeté, on augmente en conséquence la difficulté de le renverser. C’est pourquoi, il n’est pas toujours besoin de donner directement à un piédroit vis-à-vis d’une voûte, l’épaisseur trouvée par les calculs , mais seulement la résistance qui seroit produite par la masse cubique que les calculs indiquent. On a tiré un grand parti de cette ressource en bien des occasions : supposons, par exemple , qn’il faille à un piédroit A , figure VI. planche LXXXVI. cinq pieds d’épaisseur pour contenir une voûte, il pourroit fe faire que l’on parvien- droit à réduire cette épaisseur d’un quart , d’un tiers , ou mcme de près de moitié au droit de ladite voûte, en chargeant ce piédroit d’une pira- mide, d’un obélisque ou d’un grand mur de maçonnerie B, capable par son poid de lui donner la même fermeté que ledit piédroit anroit tiré ci - devant de son volume C, que nous avons exprimé par des points, placé en opposition vis-à-vis de la voûte : car d’A R C H I T E C T U R E. 17 car peu importe, pour la solidité, que ce volume soit lìtué directement derrière le piédroit, ou perpendiculairement furie piédroit, dès que l'estet de fa résistance revient au même. L’effentiel est d’em- pioyer en cette occasion des matériaux éprouvés , & qui ne puissent fléchir fous le fardeau. Les Gcths ont usé avec beaucoup d’industrie de cette ressource : c’étoit un des principaux moyens dont ils l'e fervoient pour donner aux Tours , aux Clochers & aux Couronnements de leurs Edifices, tant de légéreté & de hardiesse. On doit néanmoins employer ce procédé avec beaucoup de discrétion , en s’attachant fur-tout à distinguer le cas cù l'on en peut faire usage avec sûreté, & à quel point il est permis de réduire dans l’occasion la grosseur d’un piédroit ou pilier, en considération de fa charge, & de la dureté de fa pierre. Article IV. De la manière ct alléger les Piédroits d'une Voûte , en décompojant Ja poujjée. C’est fur-tout dans l'exécntion des voûtes qui couvrent les nefs des Eglises accompagnées de bas-côtés , qu’on s’est appliqué à alléger les piédroits , & à diminuer la grosseur des points d’ap- pui, à dessein de ménager la place, &de ne point oifiifquer la vue. A fin de faciliter l’intelligence de la façon dont on s’y prend pour alléger les piédroits d une voûte , il faut avoir recours aux fig. í & II, pi. LXXXVII, dont Tune représente le plan, & l’autre le profil ti’une moitié de nef d’Eglife gothique , avec un Tome VI, B i8 Cours bas-côté ; auxquelles figures nous avons mis des lettres de renvoi semblables aux mêmes objets , pour mieux faire reconnoître leurs rapports. Après avoir disposé la suite d’arcades qui doivent déboucher le long de la nef dans les bas-côtés, & placé à leurs extrémités des corps suffiíáns de maçonnerie,lesquels font d’une parties gros piliers de la croisée , & de Tautre les murs du bout des bras de la croix, on continue à élever les piliers A , qui soutiennent les arcades , de manière à recevoir aussi la retombée de la grande voûte B qui est , soit en berceau avec des lunettes au droit des croisées , soit en voûte d’arrête , à fesser de diriger tout son effort vers le pilier. Mais comme le pilier A , s’il étoit proportionné à faction de la voûte de la nef qui lui correspond , exigeroit un volume considérable, afin de f alléger, on prend le parti de décomposer cette voûte: on se borne à faire porter par le pilier sa partie inférieure qui est considérée comme n’ayant pas ou n’ayant que peu de poussée , & comme faisant partie du piédroit A; Lc l’on rejette faction & le poid de sa partie supérieure ou agissante B vers un pilier-butant D, placé dans un endroit commode au pourtour des murs des bas-côtés de f Eglise, par lc moyen d’un arc-boutant E sig. 11, qui fait un espèce d’enjambée jusqu’à lui par-dessus le vuide des bas-côtés F. Par conséquent toute la solidité de f exécution de ces sortes de voûte dépend , d’abord de faire le pilier A de matière & de grosseur suffisantes pour porter la partie inférieure C sig. II de la voûte,& la charpente qui la couvre si on en admet; ensuite de rendre le pilier-butant D , capable,par son volume, de s’oppoler à faction latérale de la partie supérieure B delavoûte;&enfin de disposer farc-boutant d’Architecture. 19 E, de manière que le pilier A & le pilier-butant D, malgré leur sépararion apparente , ne fassent qu’un tout, &ayent autant de force que s’ils étoient réunis. Pour mieux faire concevoir le mécanisme de ces sortes de voûte dont on décompose ainsi les piédroits , il est important d’approfondir séparément ce qui constitue l’essence d’un pilier ou support, d’un pilier-butant ou contre fort,à d’un arc-boutanr; car il faut bien se garder de confondre ces objets, ils ont une fonction tout à-fait dissérente. Article V. Différence, entre un Support , un Pilier-Butant & un Arc-Boutant. La forme d’un support ou pilier A fig. I & II. pi. LXXXVII , lorsqu’une voûte n’exerce pas de poussée contre lui , & qu’il 11e fait que recevoir d’à plomb un fardeau ou la partie inférieure d’une voûte , qui n’a communément qu’une action de pesanteur, est assez indifférente. II est permis de la faire ronde, triangulaire, quarrée, parallélogra- me, &c. mais fa grosseur peut être réduite,a raison de la dureté de sa matière. Un íupport de pierre tendre doit être plus gros que s’il étoit de pierre dure , & un support de pierre dure plus gros que s’il étoit de marbre : il convient qu’il ne puisse être écrasé fous le fardeau de la portion de la voûte & de la charpente qu’il fera d’obligation de porter, c’est là l’essentiel. II ne faut que des expériences fur la résistance des pierres, ou des remarques d’après les édifices les plus élévés & construits des mêmes matériaux que ceux qu on a dessein d’employ.er , rQ Cours pour connoître , par approximation , jusqu’à quel point il est permis de réduire leur volume lans aucun risque. Un pilier-butant D, au contraire , ne sçauroit se passer d’avoir par sa masse un rapport constant avec la poussée, parceque l’effortdela partie supérieure & agissante de la voûte n’a d’action contre lui que latéralement. II n’y auroit que le cas où on le char- geroit , soit d’un obélisque G , soit d’un grand corps de maçonnerie, qu'il leroit permis de le diminuer de volume proportionellemenr. 11 est toujours éloigné de la voûte dont il contient Feffort : cette différente position est ce qui le distingue du contre-fort , qui est également obligé d’avoir une certaine relation avec la poussée, & dont nous parlerons ci-après particulièrement. Sa forme peut être quarrée , oblongue ou parallélograme , mais non circulaire comme le plan d’une colonne ; par la raison qu’un cercle n’a de force qn’en un point , & qu’un pilier- butant qui feroit de cette forme, étant destiné par sa nature à soûtenir un effort latéral du haut en bas, il arriveroit que les joints defes tambours ou assises s’ouvriroient du côté de fintérieur du bâtiment, & s’épaufreroient à l’opposite du côté de l’extérieur, ce qui lui ôtéroit de la solidité. 11 n’en est pas de même , en donnant à son plan une forme oblongue ou parallélograme, parce que l’effort qui se fait au droit des joints extérieurs dans la direction de la poussée , le reparaissant alors le long d’une ligne droite , trouve nécessairement une plus grande résistance que dans le premier cas. C’est encore par cette même raison qu’on observe d’ajoûter, au bas des fondements des pilier-butans en-déhors,de bons empâtements toujours dans cette même direction, D’AR CHITECTURE. ll vu qu’il est reconnu que la poustée agit de préférence vers cet endroit. Un arc boutant E s’appareille en votissoirs- comme une voûte. C’est un corps intermédiaire ». destiné à reporter contre un pilier-butant le poid & la poussée de la partie supérieure d’une voûte t. mais il ne peut bien remplir cet objet qu’autant qu’il est placé dans la ligne de direction de la poussée de cette partie supérieure, de manière à saisir la voûte vers le milieu de ses reins, ou entre son imposte & fa clef, & de manière à fortner par l’inclinaiíon de son couronnement un espèce de continuité jus- qu’au pìlier-butant. Les arcs-boutans sont toujours employés de cette façon dans les plus beaux ouvrages des Goths : c’étoit par leur secours qu’ils parvenoient à donner tant de légèreté aux piliers, de leurs nefs. II est vrai que les voûtes ogives font bien plus favorables à cette disposition que les voûtes plein-ceintres ou elliptiques t auífi dans les. ouvrages modernes a t on pris le parti de dénaturer les arcs-boutans;&sous le prétexte de leur donner une forme plus agréable qiiun simple arc de cercle, au lieu de les placer comme autrefois, on les fait moitié contre fort, moitié arc-boutant, ainsi qu’il est représenté en A , fig. VII. pi. LXXXVI. II y a des Edifices Gothiques où l’on remarque julqu’à deux arc boutans appliqués à la même voûte,, î’un au-dessus de l’autre , & venant aboutir contre: le même pìlier-butant.. Le supérieur est d’ordinaire situé vis-à-vis la demi-voûte , comme il vient detre dit, & l’inférieur vis à-vis la naissance de la voûte. Peut-être pourroit-on avec raison regarder !e second arc-boutant inférieur comme un double emploi: car la voûte ogive n’ayant que peu ou point de poussée, à fa naissance, paroît n’avoir aucun besoin d’être: n Cours contenue particulièrement vers cet endroit. II est à croire que ce surcroît de précaution n’a eu pour but que d’empêcher le haut des piliers de s’écarter de leur à plomb vers la retombée des voûtes, ainsi que cela arrivoit assez souvent, & quil est facile de le remarquer dans beaucoup de nets gothiques : mais couirne cet écartement n’a pu être occasionné que par fesser naturel des joints des voussoirs, que les Goths croient dans l’habitude de tenir fort larges , & qui, en le resserant lors du déceinrrement, per- mettoient à la voûte d'agir un peu en déhors, il s’ensuit que le second arc-boutant, ayant à peu-près lé même tassement que le premier, ne pouvoir obvier à cet inconvénient, & ne faifoit gueres qu’a- joûter un nouveau poid fur le pilier. La nef de l’E- glisse de Notre-Dame de Paris offre un exemple de deux arcs-boutans appliqués l’un au-dessus de l’autre à la même voûte; lesquels n’ont point empêché que les piliers ne se soient sensiblement écartés,en-déhors de leur à plomb à fa retombée, ainsi qu’il est aisé d’en juger. Tout ce que nous venons de dire, sert à prouver qu’unarc-boutant, par sa constitution, n’a qu’une force repoussante , & n est sait que pour arc-bouter une voûte , ou rejetter faction de sa partie lupé- rieure au-delà de son support, par-dessus unvuide » vers un endroit opportun ; & en même tems pour se dispenser de donner directement au support en question le volume qu’il lui faudroit ; mais que,pour remplir son objet, il convient de le placer dans la direction de la poussée de la partie supérieure d’une voûte, de môme que le support & le pilier-butant : hors de cette fonction, il pourroit devenir préjudiciable à une construction. En effet, si on l’appli- quoit contre un mur isolé élevé da plomb à l’ordi- d’A R C II I T E C T U R E. 2 ) naire, comme on le voit clans le profil figure III, planche LXXXVII. bien loin de le fortifier , il le pousseroit, & seroit même capable , à l’occasion de la disposition de ses voussoirs , de le renverser du côté opposé : si on l’appliquoit derrière un encorbellement comme dans la figure IV , bien loin de le retenir , il augmenteroit son action en bascule : enfin, si on le plaçoit directement contre un mur posé sur un encorbellement comme dans la fig. V, ce seroit bien pire; car, outre qu’il le pousseroit en avant de la bascule , il y ajoûteroit un nouveau fardeau. Article VI. De la fonction d’uti Contre-Fort. Un contre-fort, ainsi que nous savons ci-devant remarqué , s’emploie autrement qu’un pilier-butantj il doit avoir également une relation avec la poussée de la voûte qu’il contre-vente, & être placé clans la direction de la tendance de fa poussée , mais il lailt qu’il soit inhérent au piédroit, & qu’ilíoit placé directement derrière lui pour le fortifier. Dans les voûtes en berceau fur un plan-droit , on place les contre-forts perpendiculairement à ses flancs, & autour des voûtes, soit sphériques, soit sphéroïdes, on les dirige vers le centre ou les dissérens centres de leur plan. Tout ce que nous avons dit concernant la forme du plan d’un pilier-butant , regarde aussi le contre-fort ; elle doit être quarrée oìi pa- rallélograme, & non circulaire, fans jamais se permettre de percé dans toute son étendue ; enfin on peut également augmenter fa fermeté, en chargeant B iv 24 Cours son sommet d’un comble de charpente, ou de quelque corps de maçonnerie. Si des contre-forts ne s’élevent pas fur le rez-de- chaussée d un Edifice , & ne sont employés qu’à contenir son couronnement ou l'a partie supérieure, comme quand on les applique au tour du tambour d une coupole A > fig. VIII, pi. LXXX VI, alors il est important d’asseoir leur saillie B sur de bons massifs montant de fond, ou du moins de les placer fur des voûtes d’une certaine force, construites en bonne pierre dure, dont les reins soient exactement garnis, & d’obferver fur-tout de leur donner dans le bas de bonsempâtemens, de même que nous lavons recommandé pour les pilier-butans. Quant à l’éiévation des contre-forts, eu égard à la poussée, elle peut être plus haute que la retombée de la voûte , & même alors celle-ci en reçoit plus de force, en ce que par-là ses reins se trouvent en partie identifiés avec le contre-fort, ainst qu’il est représenté en A fig. VIIÍ ; mais il faut essentiellement se bien garder de placer son sommet plus bas que la naissance d’une voûte; car, dans cette íituation , il ne rempliroit pas manifestement son objet, qui est de s'opposer à fa poussée. Qui croiroit qu’on a fait cependant cette faute à la Coupole de S. Pierre de Rome ? En jettant les yeux fur son plan, fig. I & II, & fur le profil de fa voûte, fig. III, pi. LXXXVI 1 I, il est aise d’ob- server que ses contre-forts A, flanqués de colonnes & destinés à la contre-venter , sont précisément placés environ 9 pieds au dessous de la naissance BB, fig. III, de la voûte. Car il faut bien se garder de considérer,comme capable d’y suppléer,fattique C, joint au renforcement placé fur ces contre-forts, en correspondance avec les arcs-doubleaux & la D’A R C H I T E C T U R E. 25 retombée des arcs en décharge E au bas de la voûte. Or attique n’a pas à beaucoup près la force nécessaire pour cela. Si on se donne la peine de calculer la poussée des deux voûtes chargées par la lanterne, on s’appercevra que les contreforts A flanqués de colonnes , bien qu’ils ayenr à peu-près avec l’épaisseur du mur de la tour, le sixième du diamètre intérieur de la coupole, ont à peine l’épaisseur nécessaire,tant à cause du poid des murs en épi F entre les deux voûtes, que de celui de la lanterne G qui charge extraordinairement son sommet ; & qu’ainsi l’épaisseur de l’attique C avec le renforcement qui n’est qu’environ le dixième du même diamètre intérieur , ( proportion que l'on donne volontiers à la tour d’un dôme , quand il n’y a qu’une voûte, & quand on fait ses piédroits d’é- paisseur uniforme) , est bien éloignée d’avoir une force suffisante en cette circonstance. C’est pourquoi, il seroit à désirer que, pour solider convenablement cette construction , l’on eût donné au renforcement de baltique qui reçoit la retombée des arcs-dou- bleauxde cette voûte, à peu-près la même épaisseur qu’aux contre forts, c’est à-dire, 7 à 8 pieds plus qu’ils n’ont. II ne faut pas attribuer à d’autres causes l’otigine de tous les dommages de cette Coupole, dontons’étoit déjàapperçus dès 1680, & qui n’ont fait que croître jufqu’en 1743 ; année où le Pape Benoît XIV fit assembler les principaux Mathématiciens & Constructeurs d’Italie, pour aviser aux moyens d’arrêter leurs progrès, & de prévenir une ruine prochaine. II est singulier qu’aucun des mémoires publiés à cette occasion , n’attribue ces dommages principalement à la foi blesse de l’attique. On y voit au contraire , qu’au lieu de diriger leur 26 Cours examen, comme il sembloit naturel, sur la manière d’être de cette Coupole , sur les rapports de ses supports avec la poussée, pour découvrir s’il n’y avoir pas quelque vice primordial dans fa constitution physique , les Sçavans recoururent à des causes étrangères , aux effets de la foudre & des tremblemens de terre , à l’insufììsancedes cercles de fer placés originairement à l’entour de cette voûte, & au corridor H , 6g. III , pratiqué dans le soubassement ou le tambour de la tour. Personne ne s’avisa d’en accuser la disproportion de l’attique Sc le peu de correspondance de son épaisseur avec la poussée de la voûte , précisément au droit de sa naissance ; car c’est-là ou s’est manifesté tout leffort, & où les lézardés font les plus apparentes : or si les contre-forts avoient été élevés jusques-là, ils s’y seroient opposés nécessairement. Veut-on savoir ce quia soûtenu pendant un tems cette voûte malgré cette disproportion; c’est la force des gros piliers du dôme, c’est fa bonne construction, c’est l’excellence du mortier qui lie les briques & toutes les parties. Ce font aussi les cercles placés vers fa naissance & le tiers de fa partie inférieure : mais le fer par fa nature n’opéranr de résistance que pendant un tems, vû que la rouille , quoiqu’on fasse , l’altère à la longue ; ces cercles ayant donc diminués peu à peu de consistance , & s’étant ensin rompus, ainsi qu’on l’obí'erva en 1743 , il est arrivé que fattique placé vis-à-vis la naissance de la voûte, n’ayant pas, comme il l’auroit fallu, l'épaisseur lussi- sante pour s’opposer alors seul & sans le secours des cercles à faction de la voûte, elle a lézardée ses supports de toutes parts suivant leur hauteur , & les a écarté vers fa retombée, de façon qu’ils font sortis de leur à plomb : or cet effort n’a pu s’opérer d’Architecture. 27 sans se faire sentir aussi dans le bas de la tour, où ayanj trouvé un vuide & une partie plus foible que le reste, savoir le corridor H régnant au pourtour du soubassement, il a dû agir en cet endroit de préférence, & fendre sa voûte vers fa clef, comme cela est arrivé : ce second effort est une suite toute naturelle du premier. Cet enchaînement de la cause & des effets qui en font résultés, manifeste clairement , encore un coup, que le principe de tout le mal est venu de l’attique, & qu’il ne seroit pas probablement arrivé, s’il avoir été en état de résister seul à la poussée, au défaut des cercles. On prétend que Michel-Ange avoir proposé dans un de ses projets d’avancer l’attique à plomb des colonnes, comme il est marqué dans le profil particulier de cet attique fig. IV ; & il est malheureux que Fontana, qui a bâti cette partie, ainsi que la voûte de la coupole, ne se soit point apperçu de la préférence que méritoit cette idée, par rapport à la force qui en pouvoir résulter. La courbe du dôme n’auroit peut-être pas été, suivant cet arrangement, aussi bien dégagée en-déhors, & ne pro- duiroit pas un galbe aussi agréable, mais il convient qu’un Architecte sache prendre son parti dans l'occalìon , & sacrifier quelque chose de l’élégance en faveur de la nécessité de donner une solidité convenable; persuadé que les gens instruits, au lieu de lui faire des reproches , l’applaudiront, au contraire , de n’avoir pas voulu commettre au hazard l’événement ou la durée de son édifice. On a fait sagement d’ajoûter de nouveaux cercles de fer autour de la voûte, tant à la place des anciens que pour les seconder : il n’y avoir pas de meilleur parti à prendre. Néantmoins ces secours précaires ne sauroient être que pour un tems ; ils ne peuvent i8 Cours que ralentir les progrès du mal & non l’arrêter entièrement. On en vit une triste épreuve peu de tems après avoir mis les nouveaux cercles : car ayant placé, à travers plusieurs lézardes, des bandes de marbre; celles-ci se trouvèrent rompues au bout de quelques années ; ce qui fit voir que les sentes alloient toujours, quoique lentement, en augmentant : de lotte que tout paroît annoncer que cette Coupole ne fera pas de longue durée , & qu’on se verra obligé un jour , de crainte d’un plus grand malheur de démonter fa tour & fa voûte jusqu a la corniche qui couronne les pendentifs , & de la reconstruire fur les gros piliers des bras de la croix de l’Eglife, qui font bien proportionnés & n’ont point foufferts de l’effet du Dôme. Alors il fera prudent de moins charger le sommet de fa voûte ; de donner deux ou trois pieds déplus de largeur à les contreforts , vu qu’ils font déjà un peu éloignés , & que par-là ils acquerroient plus de force ; de donner à peu de choie près à l'attique la même épaisseur qu’aux contre-íòrts ; de supprimer le corridor dans le soubassement; & enfin de ne point enfermer les cercles de fer , comme l’on a fait originairement, dans l’épaisseur de la voûte, mais de les placer pour le mieux à l’extérieur fous la couverture de plomb, & cela afinde pouvoir les visiter, les repeindre, les entretenir & les renouvelles au besoin. 11 est à croire que lì l’on eût pris toutes ces précautions en premier lieu, on auroit pu efperer de donner à ce monument une durée égale à fa grandeur (i)* ( I ) Entrons ici dans quelques détails relatifs aux dimensions de cette Coupole , aux observations qui furent faites fur son mauvais état en 1743, & aux moyens qu'on proposa pour y remédier. Ces considérations font trop intércílanccs pour devoir les palier fous-silencc , Se être regardées ici comme étrangères. d’Architecture. 29 La Coupole dc S. Pierre, dont nous avons représenté un quart du plan de la tour fig. I, un quart du plan de l'attique fig. II, Se k profil de la moitié de fa voûte Lc de la tour, avec son soubassement fig. III, est portée par quatre arcs, qui ont pour piédroits quatre gros piliers I, figure I , placés dans le bas a la rencontre des bras de la croix de l’Eglisc, & cil soutenue entre ces arcs par des encorbellements triangulaires, nommés pendentifs, qui font appuies fur les piliers. La tour dc mérne que la grande voûte a 116 pieds de diamètre intérieurement : elle est percée par 16 croisées séparées en dedans par des pilastres accouplés, & en-déhors par 16 contte-forts A , ornés chacun de deux colonnes. Ces contre forts ont ìz pieds d’épailseur, & le mur compris dans leur intervalle n’a que y pieds & demi. II y a au-defsus un ordre attique C, qui fait retraite fur les contre forts, & vis- à-vis le milieu duquel la voûte prend naissance a la hauteur de la ligne BB de son profil,fig. III. Le soubassement qui éleve la tour a if pieds & demi d’épaisscur, & il est percé intérieurement par un corridor H de ç a 6 pieds de large , & dont la voûte qui est en berceau , a vers la clef environ f pieds d’épaifleur. Le soubassement, la tour & l'attique , sont bâtis en briques ; & revêtus tant en dedans qu’en déhors dc pierre dure, dite dc travertin. Les colonnes qui flanquent les contre forts A,de même que les entablements & les corniches , font entièrement de travertin. La voûte de la Coupole est toute bâtie en briques ; on voit parle profil fig. III, que vers le quart inférieur de fa montée, elle se divise en deux autres voûtes; l’une intérieure , l’au- tre extérieure , dont la supérieure s'écarte dc plus en plus de l'autre jusqu’a la lanterne. Au-dessus dc chaque arc-doublcau K , fig. II & III, il y a un mur F qui s'éleve entre les deux voûtes en forme d'épi pour les lier ensemble , & dont la partie extérieure ou la tête est garnie de travertin, & fait autant de côte au-déhors du dôme. Enfin, la voûte supérieure est toute couverte en plomb de deux lignes d’épaifleur. 11 est a remarquer qu'on a mis originairement, lors de la con- struélion de cette Coupole, trois grands cercles de fer <2, a, a , fig. III ; k premier au-dellus de la division des deux voûtes, l'autre 17 pieds plus bas , & le troisième vers le col de la voûte intérieure au bas de la lanterne. La Lanterne G a semblablement son soubassement, fa tour, ses contre forts ses fenêtres : fa voûte est aussi divisée en deux parties , dont la supérieure forme un amortissement qui sert dc support à la boule & à la croix. Suivant les observations qui furent faites par les Mathématiciens & les Arcliiteéfes fur l'état de cette Coupole ; 011 trouva 1® que le soubassement, la tour & l’attique étoient remplis de lézardés qui traversoient la pierre dc travertin suivant la hauteur du dôme : i° Que les plate-bandes des croisées étoient pour la Cours 30 plûpart brisées : 3 0 Que les contre-forts A ossroient aulîi un grand nombre de lézardes qui pénétroient à travers l’entable- nient , & qu'outrequ’ilsétoient sortis de leur à plomb d’environ 3 pouces vers le haut, il y en avoit quelques-uns quiparoilloicnc vouloir se détacher,dans leurs angles de rencontre,d’avec la tour; 4 0 Que la voûte du corridor H,dans le soubassement,étoit fendue généralement vers sades, au point qu’il pleuvoit par ia dans le corridor ; j° Que les lézardes s’étendoient en rameaux dans les murs en épi pratiqués entre les voûtes, & qu'on en remarquoit semblablement quelques-unes à travers les contre-forts de la lanterne; 6 ° Que le cercle de fer, qui environnoit la voûre intérieure au-deílus de leur jonction, & qui étoit le seul qit’on avoit pu visiter , étoit rompu ; 7 0 Qu’enfin les lézardes en question font pour la plupart verticales , & d'au- tant plus larges qu’ellcs approchent de la naissance de la voûte BB fig. III, & au contraire d'autant plus étroites qu’elles s’en éloignent. Toutes ces remarques firent conjecturer, ainsi que nous l’avons rapporté , que ces effets étoient provenus , soit de la part du tonnere qui avoit pu tomber sur cette Coupole,soit de la part des tremblcmcns de terre , soit de la part du vuide du corridor , qui pouvoir avoir astoibli le soubassement, soit de la part des deux doutes chargées , tant par les murs en épi que par le poid de la lanterne; lesquelles voûtes,à l’occasionde la rupture des cercles, avoient agi contre leur commun soutien , & causé par leur effort latéral tout le désordre que l'on remarquoit dans cette construction. Voici les différens rfcmcdes que proposèrent les SçavansSc les Architectes, pour prévenir un plus grand mal ou une ruine prochaine. Plusieurs vouloient que l’on élevât fur les quatre gros piliers du dôme, des massifs de maçonnerie avec des arc-boutans, qui auroient fortifiés le bas de la tour ; expédient capable, à la vérité, d’empêcher la tour d’agir en-déhors , mais qui auroit fait tort a 1a décoration extérieure, & auroit «bailleurs lurchargé considérablement les gros piliers du dôme. Quelques-uns étoient d'avis que l’on démolit la lanterne pour diminuer le fardeau de la voûte , & que l’on couvrît tout le dôme en cuivre au lieu de plomb, cequi, en allégeant le haut de cet édifice , auroit occalìoné beaucoup de dépense, & ôte toute la grâce que cette Coupole reçoit de ce couronnement. D'autres conseillèrent d’entourer la voûte de plusieurs nouveaux cercles de fer b , b , b , pour arrêter ou suspendre le progrès des lézardes, en mettant le premier à la naissance de la voûte , le second vers le milieu , le troisième vers le bas de la lanterne , & de renouveller celui qui s’étoit trouvé rompu. Il y en eut qui proposèrent d’ajoûtcr encore trois autres cercles , c ,c, c, l'un dans l-’intérieur du corridor du soubassement, l'autre au déhors d’Architecture. z I éu soubassement au niveau du précédent , & le troisième au bas de l'attique au-dessus de l’entablement de la tour. En6n on proposa de rétablir l’attique, suivant un des projets de Michel-Ange dont nous avons parlé , & de l’avancer fur le devant des contre forts, fous prétexte d’accôter la naissance dc la grande voûte fig. IV ; addition qui, par son nouveau poid, au roit été capable de faire surplomber encore davantage les contreforts déjà sortis de leur à plomb , & qui d’ailleurs n’auroit procuré que peu de secours, faute d’avoir été opérée en même rems que la voûte , pour former avec cl le une liaison convenable. De tous ces projets & avis différois, on s’arrêta à ajoûter feulement les trois cercles b,b , b, & à renouveller celui qui s’étoit trouvé brisé , fans avoir égard aux cercles c, c, c, proposés pour le soubassement, que l'on jugea inutiles ; mais ces moyens précaires ne fauroienc être encore un coup de bien longue durée , comme nous savons observé. Article VIT. Moyen dont on s’ejl servi pour suppléer à un Piher-butant & à un Arc-boutant. Les principes de la construction , étant fondés fur les loix de l’équilibre & de la pesanteur, & autorisés partons les exemples, justifient conséquemment la solidité des Edifices, & sontlasauve-garde de la sûreté des citoyens dans leurs demeures ; c'est à ce titre que nous voyons fans inquiétude des masses de pierre suspendues fur nos têtes ; c’est par leur application que l’on assure le bon emploi des sommes considérables que l’on consacre à leur exécration : ai n st ils doivent être lans atteinte , & il íéroit de la'plus dangereuse conséquence de les abandonner. Qui croiroit , cependant , qu’il s’est trouvé quelques Architectes d’asser peu de jugement, pour essayer d’accréditer qu’on pouvoit, réduire la force d’un piédroit ou d’un contre-fort arbitrairement en violentant la poussée d’une voûte par des zr Cours crampons & des liens de fer, changer fa direction naturelle , fe permettre à volonté des ouvertures dans ses piédroits, transférer la force des piédroits du bas en haut, en les élargissant vers la retombée d’une voûte par des trompes, des encorbellements & d’autres moyens semblables. Ainsi, selon ce sistè- me, ce ne feroit plus la bonne assiette des pierres , leur appareil, la relation des supports avec la poussée des voûtes, qui garentiroient iasolidité dune construction ; ce feroit le foible qui porteroit ridiculement le fort ; il n’y auroit plus de principes , plus de sûreté pour les citoyens ; ils seroient fans cesse en danger. L’art confisteroit à bâtir en porte-à- faux, à prodiguer les liens de fer, & à les substituer -arbitrairement aux/còntre - forts & aux piiiers- ** butans , pour contenir les poussées. Qu un seul crampon vint à rompre ou à faire éclatter la pierre où il feroit scellé, tout feroit dit, voilà un bâtiment souvent de plusieurs millions, au moment qu’on s’y attendroit le moins , subitement renversé , en supposant toutefois , qu’on fût parvenu à conduire une aussi extravagante bâtisse jufqu’à fa sin. Pour faire sentir la conséquence de cette manière de bâtir,& combien il est important de ne point abandonner les principes reçus, nous en allons décrire un exemple que nous avons destiné depuis peu à Lille en Flandres , dans l’Eglise des Augustins, qui est un bâtiment moderne. Nous avons vu précédemment que, pour éviter de donner directement aux piliers d’une nef une certaine grosseur, on.se bornoità leur faire seulement porter la retombée de la voûte, & que l’on rejettoit par le moyen d’un arc-boutant l’essort de sa partie supérieure vers des piliers-butans, placés en correspondance le long des murs pourtours des basculés ; D’ A R C H I T F. C T U R E. 33 côtés ; ici l’on a jngéà propos cle lé passer d’arc-bou- rans & de piliers-butans, l’on a tout fait porter fur le pilier, & l’on a contenu faction de la voûte par des liens de fer & un tiran de charpente. La fig. I, PI. LXXXIX , représente une partie du plan de la nef & des bas-côtés ; laquelle nef est portée fur des colonnes. La fig. II, est le plan du haut de la nef, pris au niveau des croisées,& de Panique qui fbûtient la retombée de la voûte. On y remarquera que le mur au droit des croisées , n’a que l’épaisseur du diamètre des colonnes, mais qu’à plomb C des colonnes, on a ajoûté en-dedans un pilastre,&’ cn-déhors un renforcement d’environ un pied de faillie ; enforte que la totalité du piédroit est de 5 pieds d’épaisseur en cet endroit, & est une fois plus épaisse que le diamètre du haut des colonnes. La fïg. 111 , est un profil de la nef suivant sa longueur. Elle aZr pieds de large fur 75 de haut ; elle est soûtenue sur des colonnes ioniques isolées de 3 pieds de diamètre dans le bas, & qui forment un portique de 16 pieds de largeur pour les bas-côtés. Ce portique est terminé à chaque angle de rencontre des bras de la croix par 4 colonnes engagées B, fig. I, les unes dans les autres ; diposttion qui est assez commune dans la piûpart des Eglises de cette Province. Les arcades de la nef posent directement sur les colonnes fans impolie, & font extra- dòssées. L’entablement est bâti entièrement en pierre de même que le piédestal au dessus ; mais la voûte E est construite toute en briques,à la réserve des arc- cloubleaux F qui sont en pierre : elle est disposée par travées , formant autant d’arcs de cercle qui buttent suivant la longueur de la nef contre les arcs- doubleaux, & qui vont se perdre insensiblement en Tome FI. C 34 Cours s’adoucissant de part & d’autre : ce qui est désagréable à la vue , mais contribue à diminuer la poussée contre les murs. La Planche LXXXX représente deux profils fur la largeur de la nef. La fig. I est une coupe prise au milieu d’un arc- doubleau , & développe particulièrement le mécanisme de cette construction. A , est une grande ancre placée en-déhors au droit de la poussée de la voûte, & servant à fortifier le renforcement. B B, entrait de 14 à 15 pouces de gros , à chaque bout duquel on a mis une plate-bande de fer G qui saisit l’ancre A vers le haut. C, étrier boulonné dans le poinçon , servant à soutenir feutrait B par le milieu. D D , deux tirans de fer plat à moufle, arrêtés fur feutrait à talon & avec un boulon. E, renforcement qui excède le mur, & vient s asseoir ou prendre naissance au droit d’une colonne en porte à faux sur l’arc-doubleau F qui y correspond. La fig. II, est une coupe prise au milieu d’une croisée & d’une arcade de la nef, laquelle sert à l’intelligence de la précédente , & fait décQiivrir tons ses rapports par de petites lettres de renvois, correspondantes aux grandes dans la fig. I. Cette description suffit, pour montrer combien cette manière de bâtir est hazardée ; c’est le foible qui porte le fort : on y voit un piédroit E de 3 pieds d’épaisseur, maintenu en porte-à-fauxde tous côtés fur une colonne qui a 2 pieds 7 dans le haut, à l’aide d’une pièce de charpente & de plusieurs siens de fer. Que l’entrait B vienne à manquer, qu’un des tirans vienne à lâcher prise , ou à être altéré par la rouille dans son passage à travers la d’Architecture. z; pierre, il faudra recommencer cette Eglise ; il n’y aura aucun moyen d’y apporter remède. Qu’on ne dise pas cpie ces moyens, pouvant quelquefois faire subsister un ouvrage pendant un rems, doivent être admissibles ? nous répondrons , que c’est tromper l’attente du public que de bâtir ainli ; que c’est compromettre fa lïireté à tout moment ; que l’inten- tion des Fondateurs n’est pas de dépenler des sommes considérables %à un édifice pour ne devoir durer que quelques années ; & qu’en un mot, il n’y a qu’en fe conformant aux principes reçus qu’on peut espérer de travailler pour la postérité. Article VIII. Du Fardeau que peuvent porter les Pierres. Il faut savoir que la pierre n’est pas compressible , & qu’au lieu de diminuer de volume ou de s’affaisser , quand elle est contrainte de céh^r fous un fardeau , ses parties fe désunissent , s’écrasent & le réduisent en poudre; essèt qui est d'ordinaire trcs-prompt, & même subit. La raison de cette dissolution est bien aisée à concevoir : elle vient de ce que les pierres ne font dans leurs principes , qu’un composé de terre graveleuse plus ou moins compacte , ou de petits grains de fable réunis par un espèce de viscosité ou de gluten, que des filtrations d’eau y ont déposé à la longue : Or, ce gluten ou cette colle n'ayant pas autant de consistance que les grains de fable, & venant à être détruit par une forte compression , la pierre eít nécessairement obligée de retourner dans son premier état. C ij z 6 Cours Nous avons dit plus d’une fois , qu’il ialloit qu'un piédroit ou pilier destiné à porter une voûte ou un corps quelconque de maçonnerie , eût au moins une grosseur fusillante pour ne pouvoir être écrasé sous le fardeau ; mais nous n’a- vons point appris comment l’on apprecioit cette grosseur. Si l’on consulte les gens de l’Art, on verra qu’ils ne procèdent à cet égard qu’au hasard, en mettant plus que moins , ê^syns connoître les bornes certaines où ils pourroient s’arrêter. Tout ce que l’on fait en général à cet égard , c’est que les pierres résistent au fardeau, à raison de leur densité , ou ce qui revient au même proportionel- lement à leur pesanteur; & qu’une pierre dure, dont le pied-cube-pese à-peu-près 150 livres, doit porter conséquemment davantage que la pierre tendre , qui ne pese qu’environ 115 livres ; mais on ne connoît pas précisément le poids que chaque forte de pierre seroit en état de supporter au besoin. Cela seroit cependant d’une grande utilité à savoir en bien des occasions , & faciliterait d’alleger les bâtisses , en ne donnant aux murs & aux piédroits, que la force nécessaire. 11 ne faudroit pour cela qu’avoir une fuite d’ex- pénences fuites en giund , & bien constatées fur la résistance qu’opère fous le fardeau chaque forte de pierre , ou du moins une fuite d'obfervations faites d’après les Edifices les plus estimés par la legéreté de leur points d’appui, à l’aide desquelles on pût juger, par approximation , jusqua quel point il seroit permis de réduire le volume des murs , des piliers , 011 des piédroits d’un bâtiment, fans aucun risque pour la solidité. II nous a été communiqué des observations fur cet objet important, qui, au défaut d’expé- d’Architecture. 37 riences, sont' 1 susceptibles de faire connoître à-peu- près ce que l’on peut espérer à cet égard ; c’elt pourquoi nous croyons devoir les rapporter. « La pierre , telle que celle d’Arcueil , qui pefe m environ 150 livres le pied-cube, paroît en état » d etre chargée environ de 160 pieds de hauteur , » fans risquer de s’écraser sous leiaix : il est aisé de » le prouver par des exemples. Les premiers tam- »> bours des colonnes d u portail de Saint-Gervais , » qui on 3 pieds ~ de diamètre, font chargés de » 120 pieds de hauteur : les entablements & socles. » ont 40 pieds qu’il faut y ajouter, leur massif étant « au moins double de celui des colonnes du bas, » & la diminution des colonnes supérieures le « trouvant compensée par le poids des frontons, & » la saillie des corniches. » Le Portail de Saint-Sulpice a 113 pieds ~ cfe « haut , fur la base des premières colonnes , » lesquelles ont 4 pieds 11 pouces , six lignes » de diamètre. Si l’on y ajoute le poids des par- » ties de l’entablement, des parties du portique » & des socles quelles supportent , réduit au -- même diamètre que les colonnes , on aura » suivant le calcul qui en a été fait ,216 pieds , m sílstS y comprendre la faillie des entablements ? » qui compense la diminution des colonnes. -- Le Réfectoire de l’Abbaye de Saint-.vlarrin- « des Champs à Paris , qu’on prétend avoir été « construit en l’année 1223 3 a 135 pieds der » longueur , 30 de largeur , & 45 de hauteur. -> La voûte est faite en ogive avec pierre ten- » dre de Saint Leu, ou de qualité équivalente ». « dont les voussoirs ont peu de coupe : elle a 48 » pieds de hauteur , & elle est soutenue dans son C iij z8 Cours » milieu par sept petites colonnes de 9 pouces -- & -j- de diamètre vers le haut. La pierre de ces -- colonnes est plus dure que celle d’Arcueil, & » peut peser environ 160 livres le pied-cube : la », partie de la voûte qui porte fur ces petites « colonnes, a 120 pieds de longueur, fur 15 » pouces de largeur , ce qui produit en fuper- -- fície , à cause du développement des arcs « ogives, suivant le toisé qui en a été fait , 60 » pieds ~ , dont le poids doit être envion 13500 » livres , y compris 4800 livres pour l’excès de -- l’épaiffeur des nervures : évaluant le poids du ,> pied-cube à 120 livres, chaque colonne portera » furie pied de 19285 livres, ce qui est un poids ,, assez considérable pour leur grosseur & leur lon- -- geur qui, étant d’un seul sut de 11 piéds 6 pou- » ces,posé sur d’autres colonnes de 9 pieds de haut, » & de 14 pouces de diamètre , íont assez con- >3 noitre qu’elles font en délit. On les a posé sur 33 du plomb , qui s’est applati fous le faix , de >3 telle forte qu’il débordoit d’un pouce , qu’on 33 a coupé il y a quelques années. Ce plomb a 3> actuellement 10 lignes depaisseur. Si l’on distri- 33 bue présentement le poids précédent en une ,, colonne de 9 pouces de diamètre , on aura 33 une hauteur de 258 pieds , dont chacune 33 peut être chargée , étant réduite à-peu près » à la même nature de la pierre que ces colonnes. •> Les bases des colonnes isolées du portail de >3 Saint Pierre de Rome , qui ont environ 8 pieds r- 4 pouces , font chargées de 200 pieds, com- >3 pris 66 pieds , à quoi font évalués l’entable- 33 ment & le fronton, " Les premiers tambours des colonnes du 33 Colisée auíîi à Rome , font chargés de 280 d’Architecture. 39 •* pieds, compris 85 pieds pour les entablements » des trois ordres supérieurs : le tout calculé, » comme on l’a expliqué ci-devant. On prétend ,, que le grain de cette pierre est un peu plus « fin que celui de la pierre d’Arcueil, & quelle » n'est pas beaucoup plus dure ». Malgré ces observations , & en supposant que les calculs soient fidèles , nous croyons néanmoins devoir remarquer , que la plupart des piliers cités , ne portent pas toujours entièrement le fardeau qu'on a estimé y correspondre. 11 nous paroît, par exemple j qu’il y a beaucoup à rabattre fur la charge des voûtes , qu’on dit porter entièrement fur les petites colonnes du Réfectoire de Saint - Martin-des-Champs ; car , à l’occasion de la disposition de ses différentes voûtes ogives, qui se contrebutent Tune sautre , il n’est pas douteux que le poids de leurs parties supérieures & agissantes , se trouvant en grande partie confondu avec la poussée , à cause de la coupe de leurs voussoirs , ne soit reporté conjointement vers les murs pourtours de ce Réfectoire , auxquels on a donné en conséquence une grande épaisseur : à quoi bon , sans cela , auroit-on donné tant de force à ces murs? Les petites colonnes en question ne font évidemment en pareil cas que des espèces de chandelles, qui ne soutiennent guères plus que la partie inférieure des voûtes, lien est approchant de même du Colisée ; les colonnes du bas étant à demi engagées , faisant parpain avec le mur adossé , & les parties supérieures , & laissant en outre de bonnes retraites d’étage en étage, il s’ensuit que le mur partage en partie, avec les colonnes , le poids dont elles paroissent chargées. C iv 40 Cours Au surplus , quand il n’y auroir qu’un tiers à diminuer fur les fardeaux en question, il ré- íulteroir toujours de ces remarques, qu’il est possible, comme on l’a dit au commencement, de faire porter en sûreté à un pilier ou piédroit, un poids à-peu-près de 160 pieds-cubes de la même pierre. Que la pierre loit dure ou tendre , le volume peut être le même, par la raison déjà alléguée , que le poids des pierres est toujours relatif à leur densité , & leur densité relative à leur force. Veut-on, par approximation, connoître le poids qu’un pilier de pierre dure ou tendre fera en état de porter , st n’y a qu’à chercher la superficie de son premier tambour inférieur, ou de fa première affilé au-dessus des retraites au rez de chaussée , que l’on supposera d’un pied de hauteur, & multiplier cette lolidité par 160 , alors on aura le nombre de pieds-cubes de pierre que le pilier en question fera au moins en état de soutenir , fans risquer de s’écrafer. Si le pilier est en pierre d’Arcueil , ce fera 160 pieds-cubes de pareille pierre , ou ióo fois 150 livres en d’autres matières équivalentes. S’il est de pierre tendre » te fera 160 fois 115 livres , ou 160 pieds cubes de pareille pierre tendre. Par conséquent , en employant, comme l’on fait assez souvent, de la pierre dure dans les parties inférieures des murs tl’un bâtiment , jusqu a une certaine hauteur , & dans les parties supérieures de la pierre tendre, on doit augmenter nécessairement la force des parties inférieures dans le rapport de la pierre dure à la pierre tendre. Comme il entre d’autres matières que des pierres dans une construction , telles que du fer, d’Architecture. 41 dii bois, de la brique, de la mille, du grais, du plâtre, &c. il est important detre instruit de la pesanteur spécifique de ces dissérens matériaux , & nous terminerons cet Article par en donner une Liste. Pesanteur du Pied-cube des différentes madères qu on employé dans la Conjlruclion des Bddmens. Míifonnerie. liv. Pierre dure d’Arcueil. 130 Pierre tendre de S. Leu. ils Pierre de Liais. 1 66 Pierre de Grais. 18; Brique de Bourgogne. 131 Brique des environs de Paris, no Plâtre en pierre. 86 Plârre gâché & employé 104 Mortier. 110 Chaux vive. 39 Sable de rivière. 132. Terre d’argile. 133 Terre grade. 113 Terre ordinaire. 93 Eau douce de Seine. 70 Eau de puits. 71 Charpentcrie & Menuiserie. liv. Bois de Chêne verd. 60 Bois de Chêne sec. 30 Couverture. Ardoise. 156 Tuile. 117 Fer, Cuivre & Plomb. Fer. Cuivre jaune. 34 ® Plomb. Marbres. Marbre à peu-près. 152. Article IX. Ncceffìtè de conflruire , dans Les Pdys Septentrionaux , Les grandes Voûtes à L’abri d’un toit de Charpente. Il y a une remarque qui peut-être n’a pas encore été faite , & qu’il est néanmoins important de ne pas passer fous silence ; c’est qu’en général les pays Septentrionaux paroissent moins favorables à la durée des bâtimens que les Mé- 42 . Cours ridionaux , attendu que shumidité continuelle qui régne dans les premiers , est un fléau destructeur. Aussi trouve-t-on un grand nombre d’Edifices très- anciens dans l’Asie , dans les Indes, en Italie, en Espagne , & dans les contrées Méridionales de i’Europe, tandis qu’il en subsiste très-peu dans lqs contrées Septentrionales , en France , en Angleterre , en Allemagne , & sur-tout dans le fond du Nord. L’usage du bois, pour couvrir les bâtiments , dont on s’est servi long-temps par-tout, avant les voûtes qui n’ont été connues que fort tard , n’a pas peu contribué à mettre obstacle à la durée des anciens Edifices ; vu que le bois , n’ayant qu’un période, demande à être renouvelle de temps à autre, & est sujet aux incendies. Aussi peut- on remarquer que tous les monumens de l’anti- quité , dans la construction desquels on avait employé du bois, font péris de bonne heure , & qu’il n’est resté que ceux où l'on s’en est p aisé ; teIs font les piramides d'Egypte , le Panthéon , le Temple de Sainte-Sophie , des arcs de triomphe, des amphithéâtres , des ponts , des acqué- ducs , &c. An reste, quelque à désirer qu’il soit que l’on pût se passer du secours du bois , cela paroît très-diffîcde dans nos climats. En Italie, en Espagne , dans les pays où il pleut rarement, & où les pluies ne font que passagères , on réussit, à la vérité, à construire les plus grandes voûtes à découvert, fans avoir besoin d’un toit de charpente, non-seulement pendant leur exécution , mais encore pour leur conservation. Les dômes deSainte-Marie-des-Fleurs à Florence & de Saint- Pierre de Rome, malgré leur immensité, ont d’ Architecture. 43 été, entre autres , bâtis ainsi avec succès ; mais dans les pays froids où il pleut souvent des - mois entiers , même en été, il ne íeroit pas prudent d’entreprendre des voûtes considérables à découvert , & exposées à toutes les injures de lair, attendu que les voûtes qui terminent les Edifices , se bâtissent communément à la legère avec de petits matériaux , dont les mortiers opèrent toute la consistance , & que ces mortiers pouvant se trouver exposés à être fans cesse délayés pendant leur exécution ; ce seroit compromettre le succès des travaux de cette conséquence, que de ne les pas construire à l’abri d’un toit de charpente. Toutes les grandes nefs de nos Eglises, soit gotiques , soit modernes , tous les dômes de quelque étendue, des Invalides, du Val-de- Grâce , de Saint-Paul de Londres , Src. ont été bâtis de cette manière , par cette raison. On a commencé par élever leurs tours ou leurs tambours , fur lesquels on a posé, soit un toit, soir un dôme de charpente ; après quoi on a procédé à couvert en sûreté , à l’exécution de leurs voûtes. Article X. Objcrvations fur Faction du Mortier dans la construction d"une Voûté. C’est une erreur de compter beaucoup fur l’effet du mortier lorsque l’on bâtit , soit des voûtes , soit de grands ouvrages en pierre de taille , pour retenir les pierres : il n’y a que la précision de leur appareil , leur bonne assiete 44 Cours d'à plomb & de niveau, la proportion de leurs supports , & des masses cubiques opposées aux poussées, qui soient capables de donner à ces sortes d'ouvrages une lolidité convenable. Gauthier (i), conleille de poser en ces circonstances les voussoirs à sec les uns contre les autres, à la manière des Anciens , & de ne les garnir de mortier fin que par abreuvement. -< C’est « fans difficulté , dit il, que quand on les couss che fur des lits de mortier , la prise de celui- » ci, quelque forte quelle puisse être, ne lest s> jamais d’un millième du corps de la pierre de » taille des voussoirs, quelque tendre qu’on l’em- » ploie. Dans la plupart des plus beaux ouvra- « ges des Anciens, (2) on remarque qu’on n’a (1 ) Traité des Ponts, page m. (1) Nous avons dit dans notre Introduction ,page 130, Tome V 3 que les Anciens ne mettoien: souvent ni mortier ni calles , Sc sc contentoicnt de frotter les lits des pierres les uns contre les autres avec de seau & du grais, de façon que leurs surfaces se touchassent exactement, & que leurs joints extérieurs devinssent imperceptibles. Les Modernes paroissent avoir renoncé à ce procédé, soit à cause dc sa difficulté , soit à cause de sa longueur ; cependant il y a des occalions où il pourroit être d'une grande utilité, comme quand il s'agit de reprendre par-dessous œuvre des piédroits, chargés de grands corps de maçonner ic,qui serment obligés «l’ctte uioiiucnus dans un parfait niveau pendant leur re- tablistement. Soit, par exemple , un avant - corps composé de colonnes isolées portant d:s plate-b.rndes, avec un entablement surmonté d'un fronton ou d'un attique. Supposons que les colonnes,ayant été exécutées en pierre tendre , fuílent jugées trop foiblcs pour soutenir solidement le fardeau dc l’entablement & de Lactique , qu’otr y auroit posé , Sc qu’on eût entrepris de les renouvelle!? après coup en pierre dure , il est hors de doute , qu’il faudroit alors, pour conserver le parfait niveau des plate bandes déjà faites , & empêcher que le tailement des joints des tambours n'opérât des lézardes 5 c des déchirures , à la jonction du mur adolíéS: de l’entablement, faire les joints les plus petits possibles. Pour sentir la conséquence de cette obligation , imaginons d’Architecture. 45 » employé ni mortier, ni aucun crampon , que » la plupart des voûtes , arceaux, arcades & -- arches , font construites de gros quartiers de -- pierre , mais que tout y est posé à sec : ils -» n’employoicnt gueres de mortier qu’aux voûtes » & arceaux de moilonage , & que pour assurer » la liaison des petits matériaux : les gros blocs -, de pierre font toujours supérieurs à la soiblesse « du mortier, & les grands voussoirs des voûtes » ne se soutiennent jamais , & ne solident un -- ouvrage que par ia propre pesanteur , jointe » à leur coupe qui les empêche de se désunir ». En esset, le mortier dont on coule les pierres en pareil cas , ne doit, pour ainst dire , être compté pour rien : il le faut regarder comme de surérogation , mais aucunement comme devant unir de grandes pierres de taille indissolublement , & faire un même corps avec elles. II y a plus , c’est que peut-être seroit-il possible de prouver qu’une grande voûte en pierre de taille ac- querroit plus de solidité en posant les voussoirs qu'il y ait 40 tambours de pierre dure à renouvcllcr dans la hauteur defdites colonnes, & qu'on eut donné 4 lignes à chaque joint, il s’ensuivroit que, quand on viendroit a òter les étais placés fous les plate-bandes pour conserver leur parfait niveau pendant ce changement , le poid de f attique &de f entablement venant à comprimer les joints en question, & à resserrer chacun fculcmentd’unedemiligne(cequicstbien peu)cela.feroitio lignes de tassement dans la hauteur de chaque colonne ; de manière qu’il faudroit que les plate-bandes baissassent en devant de 10 lignes, pour reposer solidement lut leurs points-d’appui : or cet ester ne pourroitlavoir lieu , fans que l'cntablement n’agît , en poussant contre le mur adossé aux colonnes, & nefit effort pour s’cn détacher: le seul moyen de parer à cet inconvénient feroit donc , comme nous l’avons dit , de poser les tambours des colonnes a cru les uns fur les autres , en faisant toucher leurs joints à la manière des Anciens, sauf à demaigrir leurs arrêtes, de crainte qu'elles ne s’épaufrasscnt ou ue s'éclattassent. 46 C O U K s à sec , qu’avec de mortier du médiocre qualité, comme il Test le plus souvent ; attendu qu’en rustiquant les lits des vouffoirs , & en les faisant toucher dans toutes leurs parties , ils s’engraine- roient les uns dans les autres par leur compression , & acquerroient par-là un frottement capable d’augmenter leur résistance pendant le tassement ; au lieu que le mortier ordinaire que l’on coule entre leurs joints , n’étant en partie qu’un composé d’un amas de petites boules, non- íeulement paroît , ainsi que les castes , devoir mettre obstacle à cet engrainement, mais encore semble faciliter la glissade des voussoirs lors du déceintrement , bien loin de les contenir. II n’y auroit, suivant ce procédé , que lepaussrement des arrêtes à craindre ; mais n’y pourroit-on pas obvier en tenant les angles des joints obtus ou gras? Article XI. De l’emploi des Liens de Fer dans une Conflruclion. Nous avons dit plusieurs fois qu’il ne falloir pas croire que l’on pût espérer de uppléer à la force des soutiens d’une voûte à l’aide du fer, & nous croyons devoir étendre particulièrement cette observation , parce que c’est une de ces vérités fondamentales pour la durée des bá- timens , qu’on ne sauroit mettre dans un trop grand jour. Le fer ne devroit jamais être employé dans un Edifice somme un agent principal, &. pour- d’Architecture. 47 tenir lieu d’empatement , de contreforts , ou d’é- paisseurde murs nécessaire contre la poussée; mais il faut s'en servir feulement , comme d’un moyen précaire , d’un moyen de liirérogation, & pour avoir au besoin deux forces pour une. La raison en est, que par fa constitution physique , Je fer n est pas fait pour être de longue durée : la rouille (i) l’altere peu-à-peu , quelque précaution que l'on prenne , & passe même , en augmentant son volume , pour faire éclater la pierre où on l'encastre. Le chaud dilate fes pores & l'allonge , & le froid le ressere & l’accourcit ; de sorte qu’il ne contient pas toujours également une poussée» Or quels effets cette alternative n’est-oUe pas capable d’opérer dans l’intérieur de la maçonnerie ? II s’en faut bien , d’ailleurs , que toutes les parties des liens de fer soient également solides. Les moufles qui les unissent font toujours des endroits plus foibles que le reste. Qu’un crampon soit obligé de contenir un effort violent, de deux ( i ) Il y en a qui s'imaginent qu’il est possible d’empêcher la rouille du fer encastré dans une pierre , en ['enduisant d’unc couleur à l'huilc , d’un verni, &c. Mais, avec un peu de rélle- xion , il est facile de juger du peu de réalité de cet expédient : car le fer enfermé dans la pierre, se trouvant par cette position continuellement exposé à l'iiumidité qui,à lalongue,détruit tour, le verni dont on le couvre en est en peu de rems pénétré. Ajoutez à cela , que les chaînes étant fortement bandées & comprimées à la rencontre des moufstes , des clavettes , des étriers ou des mandrins qui les contiennent , il arrive que la peinture est nécessairement enlevée dans ces endroits qui fatiguent le plus, Sc que la rouille du fer, en s’y manifestant de préférence, y agit avec d’autant plus de force, qu’clle se trouve contrainte par tout ailleurs; de forte que ce qu’on avoir imaginé comme un expédient, en supposant qu’il n’augmentc pas ì’activité de la rouille dans les endroits foibles, devient tout aa moins de nul effet. 48 Cours choses l’une , ou bien il romp , ou bien, ce qnî arrive le plus ordinairement, il arrache, fait éclater l’endroit de la pierre oìi il etì scellé, comme étant un corps moins dur que lui. Cette dernière observation suffit seule pour faire sentir de quelle dangereuse conséquence il seroit de se fier entièrement à un pareil secours. Ce seroit encore une erreur de croire que le fer acquiert de la consistance à raison de son volume. II s’en faut bien , qu’un barreau double en grosseur d’un autre, ait pour cela le double de force. Les expériences de Musembroek, dans son Traité de la Cohéjìon des Corps , & de M. de Buffon , insérées dans l 'Art da Serrurier , prouvent à la vérité , qu’un fil de fer rond d’une ligne de diamètre bien étiré , peut soutenir, en tirant, un effort d’environ 490 livres pesant ; mais elles font voir auffi que dans une barre de 18 lignes de gros, forgée avec foin , chaque élement d’une ligne quarrée de fer, ne résisté guères en commun qu’à un effort de 40 livres pesant, ce qui est bien différent ; & que cet effort diminue toujours à proportion de ce que la grosseur du barreau augmente. Cette grande diminution de force provient de ce que , plus les fers acquierrent de volume , plus il devient difficile de les forger , & de condenser suffisamment leur intérieur avec le marteau. Au reste , le vrai moyen d’obtenir du fer la plus grande force , c’est de l’employer à tirer & non à porter : telle barre de fer qui romp fous un poids de 5 à 6 milliers , est capable de soutenir , en tirant, un effort d’environ 30 milliers, c’est-à-dire , cinq ou six fois plus considérable , ce qui est bien différent. C’est pourquoi il est important d’Architecture. 49 tant de faire en sorte d’employer le fer de préférence , à tirer plutôt qu’à porter ; mais encore un coup , ce doit être toujours subsidiairement, & non comme moyen principal , ainsi qu’on le remarque dans les Ouvrages antiques & goti- ques. Un des grands reproches que l’on pourroit faire à nombre d’Edifices modernes, est l’ufage immodéré du fer dans leur bâtisse. La plupart des colonnades , dont on les décore , ne fe soutiennent guères autrement que par ces moyens artificiels ; & ce qu’il y a de pire , c’est qu’on y employé d’ordinaire le fer à porter plutôt qu’à tiret. On construit peu d’architraves , de plate- bandes, & d’entablements , où il ne soit prodigué, & ou l’on ne voye des espèces de linteaux de fer employés à porter les claveaux en dessous , ou en dessus par des étriers. Aussi ces ouvrages n’auront - ils nécessairement de durée que celle du fer , qui fait toute leur force (L. Réglé générale, il faudroit fe garder d’employer le ter , fans une nécessité absolue , dans les ouvrages destinés à passer à la postérité ; car les Architectes n’ont volontiers recours à cette ressource , que quand ils fe font trompés , ou ( 1 ) É sempre un ’inconvenienza che le diverse parti di una grande fabbrica si tengano unité mhémc comme pei-forza con- tanti fili e chiavì di terro; dit le Pere Fríjî dans son excellent Ouvrage , intitulé, Saggiosopra l' Archiuuu.ro. G nica. On lit dans la vie du Pellegrini, que cet Architecte voulant exécuter 1 ; Chapelle du Baptistère du dôme de Milan avec beaucoup d c liens de ter , pour suppléer à ia force de ses points- d’appui , Bajfi, Architecte Italien , opposa à cette construction les sentiments des meilleurs Constructeurs, telsque Palladio, Vasnrì , Bertano , & fui tout ceux de Vigno’c , qui, ayant été confucéen pareil cas , répondit, che le Fabóncke nonJi hanno da fojlénere coile stringhe. Tome VI. D 50 Cours que quand ils savent n’avoir pas donné aux supports une force fusillante. Si on examinoit attentivement une construction , qui , après avoir subsisté quelque rems, vient à manquer , on s’appercevroit que cette disgrâce n’a d ordinaire pour principe, que d'avoir employé le fer comme moyen principal, & que ce moyen ayant cessé d’avoir la même consistance par les effets de la rouille, ou de quelque crampon qui est venu à manquer , les supports ne s’étant pas trouvés seuls en état de résister, il a fallu que la voûte tombât, se lésardât , ou menaçât ruine. En un mot , les tirans , les chaînes & les cercles de fer, qu’on employé dans une construction , doivent avoir principalement pour objet, de résister à la première impulsion de la poussée, lorsqu’on lâche la voûte de dessus les ceintres, de donner au mortier le tems de durcir , de bien faire fa prise , ainsi qua toutes les parties d’une bâtisse , d'opérer leur tassement avec uniformité , de se convenir réciproquement, de prendre peu-à-peu leur faix & leur direction vers les piédroits, les contreforts ou les points d’appui capitaux ; ils ne peuvent avoir d’autre fonction. Ce st la perfection de l’appareil des pierres, l’ex- cellence du mortier , la bonne proportion des supports , leur rélation avec la poussée des voûtes , qui doivent faire la force d’un Edifice, dont on veut assurer la durée ; ce font là les seuls & vrais principes de la solidité ; agir autrement, ce servit la compromettre, & ne bâtir que pour un rems. D ’ A R C H I T E C T U R E. 51 Article XII. D u. Tassement d'une Voûte , & de ses effets pendant son Décintrement. On sait qu’avanr d’entreprendre une voûte , on commence par établir sur ses piédroits un cintre de charpente solide de la même courbure, pour porter ses voussoirs pendant son exécution. Cela fait , sa construction s’opére , en plaçant d’abord , de part & d’autre fur le cintre, les coussinets près de fa naissance , & successivement tous les autres voussoirs, en montant jtssqu’à la clef par où l’on finit. Les Anciens & même les Goths extradossoient la plupart de leur voûtes, c’est-à-dire , faisoient tous leurs voussoirs d’une égale longueur en espece d’archivolte ; les Modernes , au contraire , affectent de les lier avec les reins d’une voûte, ou même de les y prolonger , principalement quand il est question de lui faire porter un fardeau considérable. Tous les voussoirs doivent se poser en coupe , & s’appareiller, ainsi que nous l’avons vu , de manière que le lit de la pierre suive toujours la direction des joints vers le centre , ou les centres de la voûte s’il y en a plusieurs. On en use ainsi , parce que la pression s’opérant lelon la longueur des joints , les voas- foirs ont nécessairement plus de force étant placés suivant leurs lits , que dans toute autre situation. A mesure que l’on met en place les voussoirs , on observe de poser sur les cintres des couchis de charpente soutenus par des dosses D tj 52 Cours ou tasseaux, lesquels couchis portent directement Tintrados ou les dociles des files de voussoirs , du- moins dans les voûtes en berceau d’une certaine étendue , & de mettre en même tems, à l’ordi- naire , des calles de bois de chêne entre leurs joints , à dessein d’empêcher les arrêtes de se toucher , & de s’épaufsrer lors de leur compression. II y a un égal inconvénient à donner trop de largeur aux joints , & à les faire trop petits. Dans le dernier cas , les arrêtes des voussoirs risquent davantage de s’épaussrer ou d’éclater ; & dans le premier, la largeur des joints peut augmenter beaucoup le tassement , & même dans les voûtes fort surbaissées, à l’occasion du peu de coupe des voussoirs vers la clef, il feroit à craindre qu’il n’y eût quelques voussoirs supérieurs capables de descendre en contrebas à un certain point, ou même de s’échapper, ce qui entraìneroit la chûte de la voûte. Au Pont de Mantes , dont les arches font elliptiques , & ont 120 pieds de diamètre , fur 30 pieds de montée , on a tenu les joints de chaque voussoir ouverts seulement de 4 lignes : aussi y eut-il beaucoup de voussoirs qui en se touchant menacèrent de s’épausser vers leur naissance ou les coussinets, & il fallut les élargir avec des scies à main , avant de continuer le décin- trement. Au Pont de Neuilly , dont les arches ont le même diamètre, & à-peu-près la même courbe , à dessein d’éviter un pareil inconvénient , on a tenu les joints de 6 lignes de largeur, & l'on n’a pas remarqué qu’il se soit fait d’épauffrures. Peut-être, au lieu de s’asservir à tenir les joints également ouverts dans la partie supérieure d’une voûte & dans l’inférieure, fur- d’Architecture. ;z tout quand elle est très-surbaissée, vaudroit-il mieux les tenir plus petits dans fa partie supérieure vers l’intrados , & au contraire plus grands vers fa partie inférieure , aussi à son intrados , à mesure qu’on approcheroit de fa retombée. Cette ouverture de joints étant conforme à faction particulière que les voussoirs peuvent exercer à l’égard les uns des autres, il y auroit vraisemblablement moins à craindre de la part des tassements , vu que les joints resteroient plus ou moins ouverts , à raison de l’esset de la compression. On a l’attention , à mesure que l’on place les voussoirs d’une voûte , de les abreuver , de couler leurs joints ’ de bon mortier par-dessus , & de crainte qu’il ne s’échappe , on fiche de la filasse le long des joints de l’intrados & des têtes des voussoirs , comme l’on fait pour les assises des piédroits. Enfin , la clef étant posée , on termine la construction d’une voûte, par la bander ou par resserrer fes voussoirs par le haut ; ce qui s'opère en enfonçant, avec force, de gros coins de bois entre leurs têtes. Une voûte étant fermée , fes voussoirs bien callés & bandés , le cintre de charpente fc trou ve alors déchargé virtuellement du poids qu’il avoit à soutenir , mais non pas effectivement, c’est-à-dire , que la voûte ayant exercé toute fa pesanteur, & fes voussoirs fe contenant tous réciproquement , le cintre n’a plus besoin de faire de nouveaux efforts pour en soutenir le poids , tellement que fa charge fe trouve toujours la même jufqu’au moment de son abaissement. Le décintrement d’une voûte doit s’entrepren- dre avant que le mortier qui a été coulé entre D iij 54 Cours ses joints , ait acquis toute fa consistance ; car il faut bien se garder d’attendre qu’il ait tout-à-fait durci, st l’on veut qu’il soit de quelque utilité ; en voici la raison. En supposant qu’on laisiat les cintres jusqu a ce que le mortier fût sec , & se fut tout-à-fait adapté an lit supérieur & inférieur des voussoirs ; comme ce mortier n’auroit pu sécher sans diminuer de volume par l’évaporation de son eau , il s’en fuit que cette évaporation y laisseroit des vuides ; de forte que , quand on entreprendroit de décintrer la voûte , les joints des voussoirs , les castes & les coins qui resserrent leurs têtes, venant à s’applatir & à se comprimer à l’ordinaire , écraseroient infailliblement le mortier , désuniroient fes parties , & le rédui- roient en une poussière grumeleuse, incapable de procurer déformais aucune liaison. Cela ne sauroit être ainfi en décintranc une voûte pendant que les mortiers font encore humides, parce que , bien qu’ils se trouvent davantage comprimés par le resserrement des joints , ils peuvent encore s’y adapter, & c’est ce qui arrive d’ordinaire. Par conséquent il ne peut être que très-désavantageux de laisser trop long-tems une voûte fur son cintre, comme nous l’avons avancé. II y en a qui veulent nid à-propos que l'on commence le décinrremenrd’une voûte , par enlever les couchis& tasseaux placés fous la clef, puis ceux des contre-clcfs, puis des voussoirs adjacens , & ainsi de fuite jusqu’àfa naissance : mais les meilleurs Constructeurs prétendent qu’il vaut mieux enlever da bord les couchis des coussinets & des voussoirs voisins de la retombée de la voûte, en avançant peu-à-peu vers son sommet; alléguant, avec raison, que la clef & la partie agissante de la voûte se trouve par- d’Architecture. 55 là mieux resserrés , que le tassement s’opére plus uniformément , que le haut de la voûte s’aíiaisse moins,& que fa courbe risque moins de íe déformer, Au surplus, cette opération est le moment critique pour les supports d’une voûte, parce que tous ses voussoirs font alors en mouvement, & li l’on n’ap- portoit pas les plus grandes précautions pour diminuer son effet, pour le conduire avec art , & faire enforte qu’il fe repartit uniformément de part & d’autre dans le pourtour d’une voûte » en .vain auroit-on donné aux piédroits une épaisseur au-delà de l’équilihre, indiquée par les calculs, ils feroient le plus souvent renversés par la commotion du tassement. Voici comment agissent les voussoirs d’une voûte pendant son déceintrement. Ils font à peu-près les mêmes effets que lorfqu’elle veut s’écrouler les joints des voussoirs de fa partie supérieure paroií* fent presser leur extrados & s’ouvrir du côté de l’intrados : les voussoirs de fa partie inférieure parodient agir au contraire en comprimant les joints de leur intrados: enfin les voussoirs entre l’impoíte & la clef, participent de l’un & de l’autre de ces deux effets ; raisons pour lesquelles nous. avons conseillé ci-devant cle tenir, pour le mieux, les joints des voussoirs plus ou moins ouverts lors de la construction dune voûte-. Quelquefois il arrive qu’en décintrant, les castes qui font entre lés vouf- foirs voisins de la naissance de la voûté, s’applatif- fent au point de laisser toucher les joints;& xle faire éclater leurs arrêtes , alors il finit interrompre le décintrement, comme nous avons dit qu'o assavoir fait au pont cle Manies s’appliquer, avant de continuer, à r’ouvrir les bords. des. joints vers les. endroits qui menaçeftt ,..en tendantfeuw.aîigles ua. D iv 56 Cours peu obtus ; par ce moyen on les fortifiera & on empêchera les épaufrures. En vain imagineroinon parvenir à brider le tassement, en embreuvant les voussoirs dune voûte , en les viola niant, en multipliant les crossettes,les crampons , les rirans , où bien en élevant entre leurs piédroits des chandelles de pierre jusques fous leur courbe , on ne parviendroit par-là qu’à opérer une inégalité de tassement, qui est de tous les incon- venjenscelui qu’on redoute le plus en pareil cas, vu qu’il est capable de faire perdre l’équdibre. Les bons Constructeurs ont pour principe d’éviter, surtout vers la naissance d’une voûte, tous les crochets de rachat, les tas de charge, les embreuvements & incrustements des voussoirs les uns dans les autres, en un mot tout ce qui peur gêner la' direction naturelle du tassement : ils affectent au contraire de laisser .toute liberté a toc voussoirs d’agirversieurs points d appui, 8t de bien prendre leur faix en resserrant les joints uniformément : ils font persuadés, avec raison , que les oppositions au tassement donnent lieu aux lézardes, aux déchirures que l’on remarque dans nombre de construction, & qu’elles occasionnent d’ordinaire l’ébranlement des piédroits. Aussi peut-être étoit-ce pour cette- raison que les Goths & les Anciens extradossoient communément leurs voûtes. Tout le difficile est de bien diriger & de bien conduire le tassement; c’est là qued’expérience est principalement nécessaire; mais , encore un. coup, il faut bien fe garder dé le gêner. J1 y a;des Gonstructeurfcqui, au lieu de fe presser- de faire le décintrement & de l’opérer en un même jour , préfèrent d’en enlployer plusieurs, & qui veulent qu’on n’enleve chaque jour qu’un d’Architecture. 57 petit nombre de couchis correspondants de part & d’autre dune voûte, afin de lui donner le teins de prendre peu à peu son faix fans rien brusquer ; ce qui est très-bien raisonné , ne sauroit que contribuer au succès du tassement , & mérité d’être toujours observé dans les voûtes d’une certaine étendue. Quoiqu’un décintrement ait été en apparence opéré avec succès, il ne faut pas pour cela chanter victoire , & s’imaginer n’avoir plus rien à redouter' de fesser d’une voûte ; attendu que toutes les parties d’une construction ne prennent pas toujours leur assiette furie champ. On en a vu plus d’une fois tasser encore quelque tems après leur décintrement , renverser leurs piédroits, ou bien les fracturer , les lézarder. Quand la voûte du dôme de Notre-Dame de la Daurade à Toulouse menaça ruine , il y a environ une douzaine d’années, ce fut immédiatement après son décintrement; ses piliers s’écarterent vers le haut de 21 pouces, & on n’eut que le tems de rétablir les cintres pour prévenir fa chûte : mais il y avoir déjà 6 mois que la coupole de S. Philippe de Neri à Turin étoit décintrée, lorsqu’elle tomba au commencement de ce siécle , & entraîna par sa chûte tout le reste de l’Eglise. Au reste, les tassements dés voûtes différent à raison de leur courbe, de leur appareil, de la charge qu’elles doivent porter , soit fur leur clef, soit fur leurs reims , soit fur leurs piédroits : elles tassent encore différemment selon la nature de leurs matériaux : plus il y a de joints , plus il y aura de compression & d’affaissement : par cette raison les voûtes en briques ou en moilons tassent davantage que celles en pierre à cause de leur plus grand nom- Cours bre de joints. Une voûte construite de différentes sortes de matériaux, où il y aura des chaînes de pierre avec des lunettes , & dont les intervalles seront bâties, partie en briques, partie en moilons , ou entièrement en briques , opérera de toute nécessité des tassements dissérens qu’il faudra prévoir lors de l’exécution , pour les -empêcher d’agir en désordre, & de former des lézardes par la fuite. 11 n’est gueres possible d’être assuré d’avance, combien une voûte pourra baisser pendant ou après son décintrement , à raison de la diminution de ses joints, par la difficulté de connoître les dissérens dégrés de compressibilité dont les calles & matières qui y font introduites seront susceptibles : cependant il nous semble qu’on pourroit apprécier, sans beaucoup d’erreur à la moitié, la réduction du vuide formé par le total des joints des voussoirs. Ainsi, en supposant que la somme de l’ouverture des joints fasse 60 pouces, la totalité de l’assaisse- ment, repartie selon tout le pourtour de la voûte , peut être estimée environ 30 pouces. C’est pourquoi si l’on trace une voûte de même diamètre, dont le ceintre ait 30 pouces de moins dans Ion pourtour , on parviendra à connoître à peu de choie près d’avance, quel fera l’affaissement ou Rabaissement dune voûte vers fa clef, tant pendant Ion décintrement que par la fuite , loríqu’elle aura reçu entièrement fa charge. Aussi ,en conséquence de cet abaissement, faut-il qu’un Architecte ait l’at- tention de lûr-hausserproportioncllementune voûte pendant son exécution , aíîn qu’elle ait la forme qu'il désire après le décintrement. Tout ce que nous venons de dire ne regarde au surplus que les voûtes bâties en pierre de taille ; car dans celles qui font entièrement bâties en briques , d’Architecture. 59 en molonnage, & avec de petits matériaux qui ont peu de coupe, & dont la liaison du mortier fait toute la force, le décintrement n’a pas eu tant de difficulté. Lorsque le mortier est de bonne qualité & a fait fa prise, ces sortes de voûtes font en peu de de tems leur effet ; & ce n’est gueres qu’en attendant qu’il ait pris corps & acquis la consistance nécessaire qu’on y met , soit des chaînes, soit des cercles de fer, pour contenir l’é- cartement de leurs piédroits ou du bas de la voûte; mais ces précautions, comme nous l’avons remarqué, ne doivent être que de subrogation , pour donner le tems à la voûte de prendre son faix , & pour la contenir pendant le décintrement, ou jusqu a ce que le mortier ait produit toute fa prise. Article XIII. Des Ouvrages du Chevalier Wreen. On ne doit pas espérer de nouveaux progrès dans sart de la construction des bâtiments, tant que ceux qui les dirigeront ne joindront pas à sétude du Dessin & de la Pratique , celle de la Géométrie & sur tout de la Mécanique, à sexemple des Ingénieurs militaires & des Ponts & Chaussées Combien en effet les travaux dff^&eai damiers n< se ressentent-ils pas de sinstuence de ces conncis- sances ! Que d’ouvrages de fortifications, & que de Ponts admirables,érigés depuis environ une trentaine d’années, ne cite-t-on pas pour faire le plus grand honneur aux lumières & à la capacité de ceux qui les ont conduits ! II n’y a que dans notre Architecture civile, qu’il est comme d’ufage de négliger 6o Cours 4 absolument l’éttide des Sciences & l’application de leurs principes. Aussi combien peu rencontre t-on d’édifices,dont la construction soir véritablement raisonnée dans toutes ses parties, où l’on ait envisagé les différents objets qu’elle embrasse suivant tous leurs rapports, où l’on apperçoive que l’on se soit rendu compte des résistances à opposer aux poussées des voûtes, où l’on ait eu égard au poid que les différons matériaux étoient en état de porter, p.our fixer en conséquence les dímmensions des points d’appui, où l’on ait réparti les grosseurs des bois avec l’intelligence nécessaire, on l’on ait senti la nécessité de ne point employer le fer comme moyen principal à lester d’assurer la durée d’un Edifice ; en un mot, où l’on ne voye d’ordinaire des routines servir de base aux différons travaux. Aussi dès que la plupart des Architectes veulent innover, prendre un nouvel effort, entreprendre quelque bâtisse où il faudroit des lumières supérieures pour combiner avec justesse leurs opérations , & dans laquelle ils ne peuvent être guidés par des comparaisons ou des inductions avec des ouvrages de même genre, on diroit des aveugles qui cherchent leur chemin en tâtonnant ; on les voir changer, ajouter , revenir fur leurs pas, essayer souvent au milieu-de leurs opérations , de se rectifier par toutes sortes de conseils, & enfin, ne venir à bout de leur entreprise qu’à force de dépenses, & qu’en multipliant les secours précaires, les crampons, les liens de fer, c’est-à-diré-, au dépend de la duréè del’Edifice. On ne connoît gùeres que les Ouvrages du Chevalier AVreen., Architecte Anglois , Auteur du dAme de S Paul de Londrès , de l’Hôpital de Green- wik, & d’une mukkifile de Monuments qui embel- d’A R C h I T E C T U R E. 6í lissent la capitale de i’Angleterre , qui soient véritablement raisonnés pour la construction dans tous leurs rapports , & capables de soutenir un sérieux examen. L’on peut dire que ce sont des chef-d’œuvres de science, d’intelligence & de combinaisons, où se -'trouves réuni au suprême dégré l’applicarion de la pratique & de la théorie. Aussi est-ce un de ces hommes que l’Angleterre ne se glorifie pas moins d’avoir produit que les Locke & les Newton ; on y remarque par-tout Ion buste en parallèle avec ceux des plus grands Philosophes de cette Nation. Personne n’ignore qu’on lui accorda l’honneur exclusif, ainsi qu a sa famille, detre inhumé dansleTem- pledeS. Paul,le triomphe de fa gloire & de ses talens. On ne lui tait qu un íeul reproche , bien rare fans doute chez les Artistes de nos jours, savoir, d’avoir contribué lui-même à nuire à sa réputation par une modestie poussée à l’excès. Ce Fondateur d’une nouvelle Ville, disoit il n’y a pas long-tems, le Docteur Maty, Secrétaire perpétuel de la Société Royale de Londres, dans le Journal Britanique , » auqueltous les Citoyens durent leurs Maisons, » leurs Monuments,leurs Temples.éprouva cepen- » dant leur ingratitude: une timidité fatale l’empêcha » de se concilier la faveur de ceux dont il arrachoit » l’estime : il eut tous les talens , à la réservé de » cette liberté & de cette assurance qui les sont val- » loir: il crut fans doute que tant de monuments de » son mérite , le dispensoient d’ajoûter sa voix à la » leur : cette modestie outrée effaça l’éclat de ses » travaux ». Le Chevalier Steele , dans le Spectateur , enavoit déjà parlé à peu-près fur ce ton en 1709, en donnant à Wreen , qui étoit alors âgé de 80 ans , le nom de Nestor , & à Londres , celui d’Athénes. Ci Cours Après avoir rapporté le mot d’un Auteur François, que la modestie est à nos autres vertus , ce qu est l’ombre à un tableau, il ajoûte , que cette ombre bien ménagée dans nos actions sert à les relever ; mais que, quand elle est trop chargée , elle nous couvre bien plus quelle ne nous tait paroître à notre avantage. « Athènes ( Londres') dit-il, en vit »> un triste exemple dans la personne de Nestor : nul » homme de son siécle, ne fut plus habile dans fa m profession , & n’en donna plus de preuves. S’il » eût possédé cette honnête hardiesse , cette con- »> fiance si nécessaire pour le produire, le public » lui auroit rendu plus de justice. II fut un excel- » lent Architecte , & l’on peut dire qu’avant lui, »> on avoit ignoré Tissage des pouvoirs méchaniques. » II porta les choses à ce point de perfection qu’il » savoir, à un atome près, le dégré précis de pro- » portion qu’il doit y avoir entre les fondements » & le corps d’un Edifice : fa science & son exacti- » tude à cet égard alloient au prodige. II en fit fessai » dans un bâtiment ( S. Paul ) où il se proposa » de joindre la plus grande magnificence à la plus » grande solidité : il y observa les loix de la mé- » canique avec tant de justesse , que la masse ne m pouvoit porter que son propre poid : c’étoit un » chef-d’œuvre que tous les curieux de Ion rems » admirèrent. » Combien nos constructions sont-elles éloignées, en général, d’une pareille perfection, & de mériter de semblables éloges l d’Architecture. 6Z Article XIV. D c la manière, d’allier la Pratique à la Théorie, pour découvrir les vrais principes d'une Construction. Apres avoir exposé, en général, les diverses considérations qu’exigent le méchanisme des voûtes, il s’agit de faire voir maintenant quel doit être l’en- chaînement de toutes les parties dune construction composée, & comment il esta propos de faire marcher ensemble la pratique & la théorie , pour découvrir autrement que par routine ce qui doit constituer sa solidité : Le vrai moyen d’y parvenir , c’est de faire en quelque forte l’anatomie d’une construction , en se rendant attentif à tous ses rapports ; c’est de considérer de quelle manière les corps élevés les uns au-dessus des autres peuvent agira raison de leur position ; c’est de s’attacher fur-tout à distinguer par le développement de l’appareil quelle peut être la direction des poussées, pour placer les résistances trouvées par les calculs dans les endroits convenables ; c’est de fe rendre compte, en un mot, de la correspondance de toutes ses parties , & comment elles doivent concourir , par leur liaison ou relation, à se prêter des secours mutuels & capables d’augmenter la force du tout ensemble. Asin de fixer nos idées , prenons pour exemple la construction d’une coupole fur pendentif, & voyons comment l’on peut fe conduire dans la recherche des vrais principes, qui doivent essentiellement servir de base à fa solidité ; & après les 6 4 Cours avoir déterminé , nous en serons remarquer l’ap- plication dans un des plus beaux Ouvrages en ce genre. > Des Principes qui conjlituent en général la solidité d’une Coupole sur pendentif Planche L XXX XI. Une Coupole fur pendentif est composée de deux plans , placés l’un au-dessus de lautre à la rencontre des bras de la croix d’une Eglise. Le plan supérieur est un cercle, & le plan inférieur est un quarré ou un octogone d’ordinaire irrégulier. Le premier plan est inscrit dans le second, c’est-à-dire, ne rencontre celui-ci qu’en quatre points, A , B, C , D , fig. I, soit au milieu des côtés du quarré , soit au milieu des grands côtés de l’octogone , de forte qu’il reste entre les deux plans quatre vuides triangulaires E. Or, les côtés du quarré , ou les grands côtés de l’o- ctogone étant communément percés par les voûtes des bras de la croix d’une Eglise , il s’en fuit que par fa position , le plan supérieur ou le tambour d’une coupole se trouve placé précisément sur la clef des voûtes, formant la réunion des bras de la croix, & en porte-à-fàux fur les vuides triangulaires , où l’on pratique des voussures en encorbellement , nommés pendentifs , pour unir ensemble les deux plans. Par conséquent, il y a à considérer, dans l’exa- men d’une pareille construction, plusieurs choses essentielles ; d’abord les deux plans, savoir , l’in- férieur composé des quatre gros piliers F , cantonnés aux angles des bras de la croix dans le bas de l’Eglise , lesquels forment, par leur disposition, d’àrchitecture. 6; position , un quarré ou un octogone irrégulier;puis le plan supérieur, qui est celui de la Tour ou de la Coupole proprement dite ; ensuite les points de rencontre communs aux deux plans A, 13 , C, D ; & enfin le pendentif E , qui est intermédiaire entre les deux plans, & qui opéré leur réunion dans presque tout le pourtour. Examinons séparément ces différents objets , & voyons quels doivent être leurs rapports eu égard aux principes de la solidité , qui ne sont que supplication pratique des loix de l’équilibre & de la pesanteur. Premièrement, une Coupole sur pendentif étant couronnée par une grande voûte sphérique ou íphéreide, & cette voûte exigeant nécessairement des piédroits en rapport avec fa poussée, il est naturel de s’attacher avant tout, à fixer les dim- menlions des supports du plan supérieur ou de la Tour, & ce ne sera qu’après les avoir déterminées, qu’on parviendra à fixer celles du plan inférieur, ou des gros piliers du Dôme. Ainsi, le diamètre A C, tìg. I de la Tour étant supposé connu , de même que la nature de sa voûte A , fig. II, son épaisseur vers la clef B, la hauteur de ses piédroits E E, les différents poids dont la voûte A ou les piédroits E E pourroient être chargés , soit que l'on couronne la voûte du Dôme par une charpente , comme dans une moitié de la fig. II , soit qu’on éleve certe voûte de manière à porter directement la lanterne ; on fait qu il est aisé , par les principes établis de la mécbanique, de trouver la résistance en équilibre avec la poussée dans tous les cas , c’est-à-dire, l’épaisseur qu’il conviendra de donner aux piédroits E E ; soit qu’on veuille faire lesdits piédroits d’épaisseur uniforme , comme on le voit exprimé en G , fig. 1 , Tome VI. E 66 Cours dans un quart du plan de la Tour ; foil qu’on veuille admettre des contreforts H, comme dans l’autre quart dudit plan , ou comme il est exprimé dans le profil F F, fig. II ; de forte qu’en adj o tirant environ un 6 e au-delà de 1’épaisseur trouvée , on fera assuré d’obtenir la force convenable suivant les circonstances. Par conséquent l’épaisseur du mur G ou des contreforts H de la Tour d’un Dôme , ne fauroit être déterminée arbitrairement, mais elle doit l’être par les principes des loix de l’équilibre & de la pesanteur ( i ). Secondement , l’épaisseur des piédroits F F , fig. II , étant trouvée, pour déterminer les rapports du plan inférieur , il faut faire attention que le plan supérieur ne rencontrant Finférieur qu’au milieu de fes grands côtés ou de la clef des arcs G , cette clef & Tare dont elle fait partie, doivênt être regardés comme un point d’appui capital, puiíqu’il est le seul commun aux deux plans. Or, qw’cst-ce qui peut constituer la force d’un pareil arc G ? N’est-ce pas d’avoir une largeur de piédroit H 1, fig. II , ou K L , fig. 1, en correspondance avec l’épaisseur trouvée du bas de la Tour , y comme il estmarquéenQssig. XV. PI. LXXXXVJ. 6°. De prendre des précautions contre faction du plâtre , qui ne doit avoir lieu que pendant un tems , & de laisser, non seulement un pied quarté de vuide vers la clef P des voûtes en impériale, que l'on nefermeroit qu’après que le plâtre auroit produit tout son effet ; mais encore de laisser un espace vuide R, au moins d’un pouce ~ au dehors de la naissance des voûtes dans la tranchée qui la reçoit, c’est-à-dire , au pourtour extérieur des premiers rangs de briques ; ce qui seroit sort aisé , en avançant les premières briques S , en dedans de ia voûte fur le devant de la tranchée O d’un pouce. Par ce moyen le plâtre de la voûte, en bouffant, ne pourroit agir contre les murs ; il auroit toute- liberté de faire son effet contre ce vuide sans leur nuire , & fans les pousser en dehors ; ce ne seroit que par la suite , 8: quand il n’y auroit plus rien à craindre de fa part, que l’on remplirait cet espace R avec des recoupes de pierre seche, ou du moins maçonnées , soit avec du mortier de chaux & sable » soit avec moitié plâtre & poussière : alors la voûte P Q ne seroit plus exactement que l'office du couvercle d’un pot, & la poussée contre ses murs T , ne seroit pas plus considérable que celle d’un plancher ordinaire. 7 0 . De faire , pour le mieux , les contre-forts. V en forme d’arc-boutant, venant mourir à rien vers le sommet de la voûte, comme aux planchers du Palais-Bourbon : ce procédé seroit capable d’alleger davantage le poids de la voûte , en diminuant celui de ses reins. 8°. De remplir les intervalles au-dessus des contre-forts , ainsi que le reste des reins, de la voûte de gravois, maçonnés de gros plâtre mêlé de H iv 120 Cours terre , en observant de laisser à l’ordínaire une liliere au pourtour de l’aire de plâtre destiné à recevoir le carrelage ; le tout pour empêchertoujours ion aâion contre les murs ; car c’est à quoi il faut prendre un foin tout particulier. 9°. De placer fur le sommet de son extrados, dans le cas qu une voûte excéderoit 16 à 18 pieds de largeur, des tirans de fer plat, soit en croix , ioit diagonalement, soit transversalement ; procédé qui ne pourroit que la solider davantage. lo°. Enfin, de faire pour dernière opération, après avoir enlevé les cintres, un enduit de 7 ou 8 lignes d’épaisseur fur tout Tintérieur de la voûte , & une corniche Z vers fa naissance , en associant de dérober les angles rentrans de l’impé- riale , & de lier le petit encorbellement d’un pouce { , avec la saillie du bas de la corniche, sauf à le faire servir , si Ton vouloir, de porte tapisserie. Explication des Planches LXXXXIV , LXXXXF, LXXXXVW LXXXXVII, représentant ui construction des Planchers en briques , dits Vc-utes Plates. La Planche LXXXXIV, offre, fig. I , II & III, les détails de la construction des planchers en briques, telle qu’elle s’opere dans le Pvoussillon. La fig. I, est le plan d’une partie de voûte ; une moitié représente le cintre de menuiserie vu par dessus, & Tautre représente le cintre couvert de briques posées à plat. La fig. II , fait voir d’une part un profil du cintre, & de Tautre part le profil d’une voûte. A, cintre composé de planches de menuiserie. B j murs en moilon avec des chaînes de pierre. d’A R C H I T E C T U R E. 121 C, D, cours de solives destinées à porter le cintre le long des murs. E , autres cours de solives que l’on met vers le milieu d’une chambre, quand la voûte doit avoir une certaine étendue. F , tranchée pratiquée à la naissance de la voûte pour recevoir les premieres briques. La fig. III exprime le commencement d’une voûte , & sert à expliquer particulièrement la position des briques. G , premier rang de briques inférieur, posé dans la tranchée F. H , deuxieme rang de briques, posé en liaison sur le précédent. I , fig. II, moilons avancés en harpe, qui remplissent les reins de la voûte. Comme toutes ces figures ont des lettres de renvois , communes aux mêmes objets , suivant notre méthode , en s’y rendant attentif, on en reconnoîtra aisément tous les rapports. Les fig. IV , Y & VI, représentent la construction des voûtes plates du Bureau de la Guerre à Versailles. La fig. IV, est le plan général d’une aile de ce bâtiment, servant à faire voir la disposition des voûtes à l’égard les unes des autres. K, direction de la courbe des voûtes contre les murs de refend M, M. L, autre direction de la courbe aux extrémités du bâtiment vers les murs de face N, N , que l'on a renforcé en conséquence. La fig. V exprime le plan du cintre , dont la moitié est couverte de briques en liaison , & posées de champ. La fig. VI, représente d’un côté le profil du 122 Cours cintre , & de l’autre le profil dune voûte. M , murs de refend. O, tranchée. P, P, cours de solives le long du mur & vers le milieu de la chambre. Q , cintre pouvant glisser librement fur les solives P. R, premier rang de briques de champ. S , second rang. T, briques quarrées dans les reins de la voûte. V , briques oblongues & ordinaires que l’on met quelquefois vers le haut de la voûte. X, reins de la voûte, garnis en moilons. Les fig. VII, VIII & IX , PI. LXXXXV , expriment les plans & le profil de huit tuyaux de cheminées , servant à faire voir les précautions que l’on a prises pour contenir la poussée des voûtes vis-à-vis leurs vuides. La fig. VII, est le plan des tuyaux au-dessous de la tranchée : a , mur ; b , linteau de fer ; c , extrémités du linteau , scellées dans le mur ; d , barre de fer recourbée par les bouts , & placée dans l’épaisseur du mur pour soulager le linteau b. La fig. VIII, est le plan des tuyaux vis-à-vis la tranchée: l’une le pro61, & D’ A R C H I T E C T U R E. I2J Fautre le plan des cintres qui ont servis à faire ces voûtes. A , planches de champ. B, B, murs. C, boulins. D, lattes qui couvrent les cintres en divers sens, & de façon à former un efpece de treillage. E, efpece d’encorbellemenr que l'on a laide au pourtour de la naissance des voûtes pour la recevoir. La fig. XVIII, est le plan de la moitié d’une voûte vu par-dessous , lequel fait voir la disposition des briques. La fig. XIX , représente le plan d’un quart de voûte vu par-dessus, avec des contre-forts F composés de deux rangs de briques de champ. La sig. XX, est le profil de la moitié d’une voûte. G , voûte des contre forts. H, deux rangs de briques à plat. I, tira n de fer avec ancre à ses extrémités. La sig. XXI, est une portion de plan des voûtes d u Palais-Bourbon, dont les briques K font posées de champ. L, plan d’une autre voûte adossé , mais dont les briques font posées dans une direction contraire , afin que la poussée des deux voûtes fe fortifie mutuellement. La sig. XXII, est le profil de la voûte précédente K. M, briques posées de champ, suivant le long côté. | N , tiran. La sig. XXIII, est le profil d’une cheminée, avec deux especes de linteaux O, au droit du tuyau , vis-à-vis la naissance de la voûte. Cours iz6 CHAPITRE III. De LA MANIERE D’E X É C U T E R les Terrasses çí/j couvrent LES ËASTIMENTS. X^ES Terrasses dont on couvre le dessus d’un Bâtiment ou quelques-unes de ses ailes , contribuent non-íeulement à donner plus d’agrément à son ensemble, mais encore à alléger ses parties supérieures , par la suppression des toits, qui ne laissent pas de les charger , & même de les pousser en dehors ; ajoutez à cela que dans les lieux où le bois est rare, ces fortes de couronnements opèrent beaucoup d’économie dans une bâtisse. On-remarque que les pays Septentrionaux paroissent en général moins favorables que les Méridionaux , à la durée des Terrasses: aussi sont-elles d’un plus fréquent usage dans les derniers que dans les premiers, où l’on est comme d’obligation de leur préférer les toits , par rapporr à la charge des neiges &t aux pluies presque continuelles dans certaines faisons de l’année. II y a bien des procédés différents pour opérer les Terrasses ; notre dessein n’est pas de les décrire tous , mais seulement, après avoir exposé sommairement les principaux , d’en donner quelques- uns des meilleurs pour exemples , & ensuite de faire des observations fur les moyens de parvenir à construire ces sortes d’ouvrages avec succès. Dans le Nord de la Suede , où il est d’usage de d’Architecture. 127 tenir les toits des maisons presque plats , on se contente detèndre sur les solives des planchers supérieurs de lecorce de bouleau , dont la substance passe pour être en quelque façon incorruptible , & l'on recouvre ensuite ces écorces dune épaisseur de terre suffisante pour y pouvoir semer du gazon. Les maisons de Lyma, ville du Pérou , où il pleut tròs-rarement, fout toutes terminées en terrasses , dont la construction consiste dans des claies très-serrées , fur lesquelles on répand une certaine épaisseur de fable si n ; & cela suffit pour recevoir & absorber les rosées qui y font journalières & très-abondantes. On fait qu’en Italie les couvertures en terrasse font très-communes : la plupart des maisons de Naples, entr’autres , font terminées de cette manière. On se sert pour leur exécution de pozzo- lane , matière bitumineuse , qui se trouve dans les environs du Vesuve , laquelle est composée de parties métalliques & de petits cristaux très-âpres au toucher : en mêlant cette pozzolane avec de la chaux de marbre ou de coquillage , il en résulte un mortier que seau affermit au lieu de le détruire. 11 ne s’agit., pour faire une Terrasse, que de meure un enduit de ce mortier fur Taire du plancher supérieur, en observant de tenir cet enduit sous Teaja pendant quelques jours, afin de lui donner le tems de faire corps, & de résister au soleil, qui, sans cette précaution, le feroit, à ce qu’on prétend, retourner en poussière. Malgré toutes les attentions que Ton apporte pour solider ces Terrasses, nous avons néanmoins remarqué qu’elles étoient sujettes à se fendre 011 à fe gerfer, à moins qu on n’eût pris la précaution de les asseoir fur des voûtes. 12.8 Cours Avant le commencement de ce siécle , on etn- ployoit en trance rarement des'Terrasses pour couronner nos Edifices. Une des mieux entendues pour la bâtisse eít celle qui termine le bâtiment de l’Observatoire à Paris. Sa construction est des plus simples : après avoir fini de voûter toutes les parties íupérieures de cet Edifice , & avoir garni avec foin les reins des voûtes , on s’est contenté d’étendre íur leur arralement un aire de bon mortier de chaux & fable ; après quoi on a pavé fur cet aire, à l’ordinaire, à chaux & à ciment, avec de petits pavés de pierres à fulil. 11 est vrai qu’à la longue, faute d’entretien , car il n'etì rien qui n’en exige pour fa conservation, les eaux ont pénétré à travers cette Terrasse, & ont endommagé fes voûtes. On parle de la rétablir avec le mortier- loriot qui réussira certainement à prévenir la ruine prochaine de cet Edifice, comme il a fait celle de l’Orangerie du Château de Versailles. Nous pouvons encore citer la Terrasse qui cou- vroit le dessus de la colonnade du Louvre, dont le procédé étoit tout différent du précédent. Sa construction consistoit en de longues dalles de pierre, toutes d’une pièce , d’un piedd’épaisseur,&placées à côtelés unes des aunes suivant la largeur de la colonnade:un bout de ces dallesposoit furies pierres en encorbellement, qui retenoient la baícule de la saillie de la corniche de l’entabiement, & l’autre bout posoit sur le mur du fond de ladite colonnade, avec un peu de pente vers le caniveau. Tous les joints de ces dalles avoient été jointoyés avec cì’excellent mortier, composé de limaille de fer, de tuilleaux & d’un peu de chaux, le tout gâché avec de surine&du vinaigre: mais ces joints s’étant dégradés à la longue , & les eaux par leur filtration ayant É> 'ARCHITECTURE. ïlp ayant endommagé quelques parties des plafonds de la Colonnade , au lieu de rétablir cette I errasse, on a pris, il y a une vingtaine d’années, le parti de la supprimer , & de lui substituer un toit léger de charpente. Depuis environ 30 ans, les Terrasses sont devenues beaucoup en vogue dans les bâtiments particuliers , soit pour les couronner , soit pour faire au premier étage des promenoirs fur les ailes en face des appartements. Leur opération consiste à faire un aire, le plus souvent de plâtre, fur le lattis des solives du plancher supérieur, & à y poser directement des dalles de pierre jointoyées avec du mastic. II n'est pas bien difficile de juger qu’un pareil procède ne fa u roi t être de durée ; car les Terrasses étant par leur situation sujettes à recevoir toutes les impressions de l’air , les communiquent nécessairement aux solives qui les portent , d’oìi il s’enfuit que l’alternative de la sécheresse & de l’humidité , en les tourmentant, désunit les dalles, brise les mortiers, tantôt à un endroit, tantôt à l’autre, de forte qu’il faut lans cesse courir chez le plastiqueur , & s’il ne vient pas à terris, seau filtre à travers les planchers, pourrit leurs bois & endommage les plafonds. Aussi, pour obvier à ces inconvénients , arrive-t il souvent qu’au bout d’un tems , on fe trouve obligé de renoncer à ces Terrasses & d’y substituer un comble. Un des moyens des plus simples, des plus usités, & à la fois des plus dispendieux pour former une Terrasse , c’est de la couvrir de tables de plomb. II conliste à les étendre surfaire en plâtre que l’on met fur lc lattis des solives d’un plancher, en mêlant dans cet aire un peu de recoupes de pierre de Saint-Leu passées au sas. Quoique ces fortes de Terrasses ayent Ttímc Fl. I izc» Cours moins de sujétions que les précédentes, elles ne laissent pas d’exiger beaucoup d’entretien : car la chaleur & la gelée font travailler les tables de plomb, & le íoleil sur-tout tait bouffer & écarter les soudures. Article Premier. Construction de la Terrajse qui accompagne la principale entrée du Palais du Luxembourg , Planche LXXXXVIII. Cette Terrasse est située à la hauteur du premier étage de cet édifice , en face du bout de la rue de Tournon. Elle a 24 pieds de largeur, & est couverte de dalles de pierre , de 6 pouces d’épais- seur ; lesquelles dalles font placées l’une au-dessous de l’autre , depuis le milieu de la largeur de la Terrasse , & font disposées en pente vers des gargouilles ou caniveaux, placés le long de la balustrade , d’où les eaux sont conduites en-déhors à travers de l’entablement. Les fig. I & II, expriment en plan & en profil cette construction. On y voit que la Terrasse est affilé fur une voûte en pierre , & que 5 dalles A. occupent toute fa largeur entre les gargouilles B. Ces dalles , independemment de leur pente naturelle pour fécoulement des eaux vers les gargouilles, s’éleven t de 4 pouces l’une au dessus de l'au- tre : chaque dalle a à peu-près 3 pieds de large fur environ 4 pieds de long ; elle est posée en liaison, & taillée de manière à porter un rejet d’eau dans fa partie supérieure, ainsi qu’il est exprimé en D, fig. III ; tous les joints paroissent avoir été faits avec de la limaille de fer, du ciment & de la chaux d’ Architecture. 131 délayée dans de burine Quant au caniveau , il cil composé de pierres de J ou 6 pieds de long jointoyées comme ci devant : enfin vis-à-vis les acro- teres de la balustrade E, qui borde de paît & d’autre cette Terrasse, il y a des décharges & conduits C qui portent l’eau a travers de l’entablemer.t, & la dirigent en déhors par des goutierres en pierre. 11 est ailé de s appercevoir par la description de cette Terrasse, qui iublìste depuis près de 150 ans, que ion arrangement esttrès-bien entendu , & qu’en supposant le mortier ou mastic qui unit les joints bien tait, & ensuite entretenu avec battent ion convenable , on verroit difficilement la fin d’un pareil ouvrage ( 1 ). ( 1 ) Les tnurs de? voûtes , qui soutiennent cette terrasse, sont néanmoins très-endommagés.cequi n’cst provenu fans doute que de son dcfaut d’entretien. Nous croyons qu’il seroit possible de réparer k peu de frais ces murs , ainsi que les dommages de la plupart des bâtiments, àl'aide dumorcier-loriot; il n y auioitqn’à railler en queue d’aror.de les côtés des trous ou des parties de pierre endommagées, les remplir de bonne maçonnerie faire ave: le mortier-loriot , & quand ce viendroit vers la superficie du mur , mettre un enduit de deux pouces , plus ou moins dudit mortier , dans lequel on inféreroit, au lieu de fable, de la même pierre du mur pulvérisée. Après que ce mortier auroit acquis la consistance nécessaire, on y tailleroit à l'ordinairc les bossages , les moulures , ôcc. C o u st s IjZ Article II. Conflrudion d'une Terrasse exèaitèe au Château dí Saint-Cloud. PI. LXXXXVIII. La. différence entre cette Terrasse & la précédente étiquetant d’un même niveau, elle est bien plus propre à servir de promenoir. Nous en avons repreí'enté deux plans & un profil, sig. IV, V & VI, avec des lettres de renvoi correspondantes aux mêmes objets suivant notre coutume. Après avoir construit une voûte K en briques , fig. VI. pour la porter, on a commencé par placer deux caniveaux de part6c d’autre furies murs dans toute leur longueur, fun F, & sature G plus bas près des reins de la voûte , que l’on a percé de distance en distance par un conduit g , d’un pouce de diamètre , lequel pourroit servir au besoin à porter les eaux en-déhcrs. On a élevé ensuite sur la voûte de petits murs M de briques posées à plat, & distans Fun de sature d’environ i8 pouces jusqu a la hauteur de son couronnement. Cela étant fait , on a ■couvert d’un enduit de ciment i’extrados de la voûte, de manière à former des espèces cFaugets entre les petits murs, & l’on a disposé , alternativement de deux su n, le long de ces petis murs, desplate-ban- des de fer I, avec un talon à chacune de leurs extrémités. Enfin, on a couvert toute la terrasse de dalles de pierre dures L, de 4 à 5 pouces d’épaisseur en bonne liaison,suivant la disposition exprimée fur le plan, fig. IV; en observant, non-seulement de les faire excéder d’un pouce le bord d u caniveau F, & de leur donner à i’ordinaire une petite pente d’Architecture. iyi vers cet endroit, mais encore d’encastrcr bien juste les talons des plate-bandes I dans les dalles qui bordent le caniveau. II résulte de cet arrangement, qu’en supposant que seau vint à passer dans la fuite par quelques joints des dalles , elle seroit reçue dans les. augets pratiqués entre les petits murs H , & de-là coule- roit dans les gargouilles inférieures G , d’oii elle seroit conduite en-déhors, ce qui avertiroit qu’st y auroit des joints à remastiquer. Un autre avantage de cette construction , c’est qu’à l’aide des plate- bandes à talon qui contiennent fermément les dalles, il n’est pas à craindre qu’elles puissent s’écarter dans cette direction, comme il arrive dans le terne des gelées qui, en faisant travailler la pierre,peuvent occasionner des déjointoyements , & opérer ainsi peu-à-peu la ruine d’une Terrasse. Article 11 L Observations fur les moyens d'opcrer toujours, les Tarass es avec succès . Pi. LXXXXIX. Les bâtiments ne durent pas autant qu’ils de- vroient , faute de faire assez d’attenrion fur la manière dont s'opère successivement leur dépérissement. Dès qu’un Edifice est fini, on l’abandonne absolument à lui-même , &c il devient ce qu'il peut. Cependant la pluie dégrade insensiblement les joints de ses pierres, qui font à découverts , & sur tout les joints horizontaux de^ fes patries saillantes , des corniches, des entablements & des balustrades, qui reçoivent directement les injures du rems : Jà il samasse de la pousliere, qui donne I iij 134 Cours naissance à de petites herbes , lesquelles devenant de plus en plus considérables , y entretiennent fans cesse davantage d’humidìté. Que la gelée vienne à surprendre cette humidité entre les pierres , elle les altérera , les poussera & les écartera de plus en plus. C’ess ainsi que commence la ruine de la plupart des bâtiments : elle a toujours pour principe la terre & les petites herbes qu’on laisse subside r dans leurs jomts , lans y taire attention. Les Ponts , les Quais, & le mauvais état d’un grand nombre d’Edifices , offrent la preuve de ce que nous avançons. II seroit cependant aisé d’entretenir leurs murs à très-peu de frais, il ne faudroit que faire annuellement la revue des joints en question , pour arracher les petites herbes qui y croissent , & pour insérer ensuite de bon mastic dans ceux qui commenceroient à se dégrader ; alors, en supposant l’ouvrage d’ailleurs bien bâti, on en verroit difficilement la fin (i). ( i ) Outre l’entretiendes bâtimens , il y a leurs réparations qui font la matière d’unc multituded'abus de la part des Entrepreneurs. Lest la où ils pèchent , comme l'on dit , cn eau trouble , pour peu qu’ils trouvent quelques Propriétaires qui ayent confiance cn eux. Audi aiment-ils mieux d’ordinaire faire des réparations que des ouvrages neufs. Dans ceux-ci les objets font con'nus ; ou fçait, a peu de chose près d’avance , ce qu'ils peuvent gagner, parec qu’on est instruit combien il doit entrer de matériaux dans chaque toise d’ouvrage , combien i! faut de journées d'Ouvricrs pour fa main d’oeuvre, & par conséquent combien ils pourront gagner $ mais dans les réparations, fi l'on n’y prend garde , ì íi l’on ne fc fait éclairer d’a- van:e par un Architecte habile Sc de probité , qui lie les mains à ^Entrepreneur, on est bien heureux s’il n'en coure que le double de ce qa'il devoir coûter réellement. Telle réparation qui auroit pu ctre faite pour 100 écus , a souvent coure au Propriétaire 1000 écus ; on voit cela plus communément qj’on ne pense. C’ctt encore nn coup dans ces fortes d'occafions qu’il ne faut pas confier les intéréts aq premier venu , Sc qu'il est important D ’ A R C H I T E C T U R E. IZ5 L’entretien des T errasses n’exige pas moins un foin tout particulier ; car il n’y a aucune partie d’un bâtiment qui souffre davantage que celle là , & dont la négligence soit plus préjudiciable à fa durée , sur tout en les construilant suivant les procédés ordinaires : c’est pourquoi nous allons exposer les précautions qu’il faudroit prendre dans leur bâtisse, pour diminuer leur entretien , & pour les opérer d’une maniéré plus solide que de coutume. Au premier coup d’œil , rien ne paroìt plus simple que la construction d’uiie Terrasse ; on croiroit qu’il ne s’agit que de placer des dalles de pierre les unes à côté des autres , & de remplir leurs joints avec de bon mortier ou mastic ; on va voir cependant combien elle exige d’attention pour y réussir. Premièrement, il faut bien se garder de la poser sur des solives , vu que le bois , ainsi que nous savons dit précédemment, en se tourmentant à l’occasion des impressions de l’air qu’il reçoit, dé- jointoye facilement les dalles , & occasionne sans cesse des réparations : il n’y a évidemment que fur des voûtes que l’on puisse établir sûrement de pareils ouvrages. Secondement, il convient pour leur réussite de s’assurer de la bonne qualité de la pierre. Les de consulter, ayant de mettre la main à Tcruvrc, un homme d’expérience 8c désintéreílépoui bien juger de la cause du mal,Sc des moyens d'y remédier le plus efficacement, de manière à ne rien faire que de nécessaire , Sc qui puisse ébranler le reste. Un ancien bâtiment est comme un Vieillard , il faut l'entretenir, l’aider à se soutenir, le fortifier, mais en voulant le rajeunir on risque de le tuer , c'est-à-dire, qu’on se met souvent dans lc cas de le rebâtir peu après , pour n’avoir pas assez consulté se s forces , 6c y avoir fait inconsidérément des changements. I iv ì3 6 Cours plus dures font les meilleures : le liais ne vaut rien pour cette opération ; l’eau s’y insinue trop aisément , iorsqu’il est exposé au Nord , & d’ailleurs quand l’humidité y est surprise par la gelée , il est sujet à se déliter. L’essentiel est donc de donner la préférence à la pierre d’arcueil ; tuais avant de 1 employer , il est important , après lavoir débitée en dalles , de sulfurer de la bonté de chacune d’elles , en les éprouvant particulièrement pour connoître s’iln’y en auroit pas de spongieuses. Nous citions qu’tl faut les éprouver particulièrement , parce qu’il est d’expérience qu’entre des dalles Iciées à un même bloc, en apparence de la meilleure qualité, il s’en rencontre quelquefois à travers lesquelles seau pénétre , soit que cela provienne de quelques moy es ou veines grasses peu sensibles qui s’y rencontrent, soit de ce que la pierre n'a pas été suffisamment atteinte au vif. Cette épreuve consiste à border séparément chaque dalle de terre glaise, pour en faire un bafïïn , oit l’on laissera séjourner seau quelque teins, & à reformer celles qui paroîtroient avoir été pénétrées. Autrefois on donnoit } & 4 pouces d’épaisseur aux dalles des Terrasses,parce qu’onn’étoit pas assez près regardant à la qualité de !a pierre ; mais aujourd’hui , comme on observe de réemployer que le cœur de la pierre la plus choiste , on se contente de leur donner 15; ou 18 lignes d’épaisseur, ce qui allégé en conséquence beaucoup le haut d’un bâtiment. Troisièmement, après le choix de la pierre , c’est la qualité du mastic ou du mortier avec lequel on doit jointoyer les dalles , qui mérite la principale attention. Le meilleur, est celui que l’on fait avec de la limaille de fer , de la poudre de tuiUeau d’Architecture. 137 passée au tamis , & un peu de chaux; le tout mélangé avec du vinaigre ou de l’urine. Quand ce mastic est bien fait, il devient d’úne dureté extraordinaire , & unit les pierres indissolublement. Les Goths n’en employoient pas d’autres : l'on voit dans leurs Edifices des joints de pierre qui en font garnis, & qui , bien qu’expofés à toutes les injures de Pair, subsistent depuis près de cinq à six - cents ans , fans avoir souffert d’altéra- tion. La cendrée de Tournay , la pozzolane , la terrasse de Hollande , & le mortier-loriot, préparés avec le foin convenable, peuvent encore très-bien réussir pour ce jointoyement. II y en a qui coulent les joints avec du plomb fondu ; mais ce procédé n’est pas des plus solides, par la raison que le plomb coulé , en refroidissant, se retire, & alors remplit mal le joint. Le mieux, en pareil cas , seroit d’introduire, entre chaque joint , une petite réglé de bois très-mince , faite en forme de coin , pour en avoir la mesure exacte ; & après avoir préparé une petite lame de plomb , semblable à cette réglé , renfoncer à petits coups de marteau , alors le joint pour- roit se trouver rempli, de manière à empêcher le passage de seau. Nous avons remarqué cependant au-dessus de la colonnade , qui forme le tambour du Dôme de Saint-Paul de Londres , une Terrasse en dalles de Pierre , dont les joints , quoique coulés en plomb, paraissent de la plus grande solidité. Cette Terrasse, fig. VI & VII, PI. LXXXXVIII, est partagée en deux fur fa largeur, par un caniveau M , qui conduit les eaux vers des puisards ou tuyaux de décharge. Les joints des dalles font un peu bombés par-dessus à leur rencontre N , iz8 Cours & l’on a pratiqué dans leur épaisseur une rainure d’un pouce £ de profondeur de chaque côté, sur environ deux lignes de largeur, où le plomb s’est étendu en forme de croix ; ce qui doit de toute nécessité apporter beaucoup d’obstacles à la filtra- tion de l’eau, en supposant que, malgré le petit bombement des joints, elle parvint encore à s’y insinuer. On se sert communément à Paris du mastic d un nommé Corbel , dont la base est du blanc de céruse , & qui réussit aussi assez bien, lorsque les dalles font assises solidement. On voit sur le Château d’Aubone , à quelques lieues de Paris , une grande Terrasse composée de carreaux de pierre dure, posés fur une bonne voûte en briques, dont les joints ont été faits avec ce mastic , & qui, depuis plus de vingt ans quelle est exécutée , ne se sont aucunement démentis. Quatrièmement, outre le choix du mastic , il fa u droit encore , par l’appareil des pierres , ou plutôt par la structure des joints des dalles, mettre obstacle à toute siltration de Peau, a fin d’avoir deux précautions pour une contre cet inconvénient , ce qui n’est pas impossible , comme on le verra ci-après. Cinquièmement , en vain miroir on établi une Terrasse fur une voûte , & avec les précautions que nous avons détaillé , il seroit à propos de la visiter quelques mois après son exécution , attendu qu’il se fait d’ordinaire un petit tassement après coup fur les reins de la voûte , capable d’ébranler ses joints , de forte que , malgré les attentions qu on auroit apporté , il pourroit se faire que l’eau s’y insinuât; mais en rétablissant ensuite ces joints ébranlés , ils deviendroient de toute solidité, & il n’y auroit plus à y revenir de long-tems. d’Architecture. 139 Malgré tout ce que nous venons de dire, il faut cependant convenir qu’il y a des positions où il est très-difficile de faire des Terrasses de longue durée, comme dans des lieux exposés au Nord, ou qui font privés du soleil. Car alors l’humi- cîité le concentrant dans les pierres , & ne pouvant s’évaporer , il fe forme fur leur superficie une eípece de mousse , qui, en élargissant peu à peu leurs pores , y introduit des fraîcheurs & les rend à la longue spongieuses ; de forte que, quoique leurs joints paroissent toujours bien mastiqués, & dans le meilleur état, l’eau parvient avec le tems à suinter à travers les pierres. Les peintures de la calotte de la Chapelle du nord des Invalides , que l’on a été obligées de refaire depuis quelques années, n’ont été vraisemblablement endommagées que par cette cause; aussi, à moins de couvrir les dalles des Terrasses avec du plomb en pareil cas , est-il presque impossible d’éviter cet inconvénient par la suite. Après toutes ces considérations , il n’est plus besoin , pour faire une Terrasse, que de convenir de l’arrangement particulier des dalles de pierre. Si l’on veut une Terrasse qui serve de promenoir vis-à-vis d’un appartement , on peut fe servir du procédé employé au Château de Saint-Cloud ; si l'on veut feulement fe borner à couvrir le haut d’un bâtiment , on peut employer celui du Château du Luxembourg , avec quelque changement. On mettra à la bonne heure, suivant la pente , les dalles à recouvrement les unes fur les autres , avec un rejet d’eau ; mais nous pensons qu’il leroit plus avantageux de poser tous leurs joints , non en liaison , suivant la largeur de la Terrasse , mais vis à-vis les uns des autres , en 140 Cours observant à leur rencontre un peu de bombement, comme aux joints des dalles de la Terrasse du Dôme de Saint-Paul de Londres, sig. VIII. Si l’on ajoutoit à cette précaution , celle de placer fous la longueur de ces joints déjà bien mastiqués un demi-tuyau d’un pouce de diamètre , qui iroit par-dessous les dalles aboutir directement dans le caniveau ; il est à croire qu’il réíulteroit la plus grande solidité d’un tel arrangement, & que les voûtes ne pourroient jamais être endommagées par les eaux : car il ne sauroit y avoir rien à craindre de la part des joints à recouvrement , suivant la pente de la Terrasse , à cause de leur rejet d’eau ; & en supposant que le mastic vint à manquer dans les joints montans vers le caniveau , le bombement mettroit obstable à la pénétration de seau; enfin si par hasard il en passoit, elle seroit reçue dans les petits canaux placés fous les dalles , ce qui ferviroit évidemment divertissement , quand il se trouveroit quelque rétablissement à sbire aux joints (l). Pour mieux faire comprendre notre pensée » nous avons représenté , PI. LXXXXIX, deux projets de Terrasse. I.a fig. IX , offre le plan d’unc Terrasse propre (i) M. Blondel, pag. % sy. Tome III.. en parlant des Terrasses de l’ancicnnnc Orangerie du Château de Mcudon , auxquclles il dit avoir fait quelques changements utiles, promet d’cn donner par la fuite des détails : nous ne connoilìons point son projet, mais suivant son exposé , il paroît qu'il ne vouloir pas que l’on jointoyât les dalles avec du mastic , & qu'il préférait de laisser palier l'eau à travers les joints , pour être reçue daus des rigoks formées par un corroi de mortier , posé avec une perte suffisante sur les voûtes. II nous semble cependant qu’en mastiquant les joints, il en seroit résulté deux précautions poutuuç contre lc passage de l’eau. ^'ARCHITECTURE. I 4 I à rerminer le dessus d’une colonnade. On y voie la disposition des dalles A , depuis la balustrade jusqu’au caniveau B , dont les joints íont tous fur une même ligne. La sig. X & XI représentent une coupe , l’une suivant la largeur , l’autre suivant la longueur de la Terrasse. Dans la sig. X, les dalles font posées à recouvrement C , suivant la pente vers le caniveau B , avec un rejet d’eau dans leur partie supérieure , qu’on peut remarquer en grand en c , au-dessous de cette figure. Dans la sig. XI, les dalles font un bombement D à leur rencontre , ainsi qu’il est exprimé plus particulièrement en d. Les sig. XII, XIII & XIV, représentent le plan & les profils d’une autre construction de Terrasse portée aussi fur une voûte , & composée dans le même esprit que la précédente. Les joints des dalles F , à en juger par le plan , sig. IV, font aussi vis-à-vis les uns des autres avec un bomZ bernent I à leur rencontre , & à recouvrement suivant sa pente L, vers le caniveau H : on y remarquera en outre , par-dessous un demi-tuyau G , propre à recevoir les eaux qui tenteroient de passer à travers les joints. La sig. XIV, qui exprime une coupe fur la largeur, de la Terrasse, fait appercevoir un de ces petits canaux suivant 1a longueur; & la sig. XIII, qui représente au contraire une coupe fur la longueur , représente leur disposition dans ce sens. II est à croire que ceux qui pensent qu’on ne sauroit opérer de Terrasse solidement dans nos climats , reviendroient de leur préjugé , si on les exécutoit d’ordinaire avec les précautions que nous venons de décrire ; elles feroient évidemment sujettes à peu d’entretien » & elles dureroient autant que le reste d’un bâti* ment. i4i Cours 11 y suroît encore un procédé beaucoup moins dispendieux que tous ceux que nous avons développé jusqu’ici, & qui ne seroit pas moins certain pour la durée ; c’est de se servir du mortier-loriot : alors il ne fera plus besoin de dalles de pierre ; il suffiroit, après avoir maçonné & arrasé les reins de la voûte suivant sart, d’y étendre un enduit dudit mortier d’un pouce d’épaisseur , le plus uniment que faire se pourra , & préparé de la maniéré que nous lavons expliqué pjge 197 du Volume V ; & l'on pourra se flatter d’obtenir dans tous les cas une Terrasse de la plus grande solidité , & où il n’y aura rien à refaire de long- tems. Nos figures étant peu composées , & ayant été suffisamment décrites , nous nous dispenserons d’en donner une explication particulière. d’Architecture. 143 CHAPITRE IV. De la Construction des Combles , soit en Pierre , soit en Briques qui terminent les Bastiments. v^uánd bien même les Terrasses seroient aisées à exécuter , il y a nombre d’occasions où l’on ne sautoir l'e passer de combles , & 011 par conséquent il seroit utile d’avoir des procédés sûrs pour les opérer fans charpente. Car le bois , comme l’on sçait , n’a qu’un période, il occaíionne de fréquentes réparations , il est sujet aux incendies ; auííi de tous tems a-t-on désiré de pouvoir s’en passer , fur-tout dans les Edifices publics, à l’esset d’augmenter leur durée; & l’on peut se rappeller que nous avons déjà remarqué que les bâtiments les plus anciens qui subsistent , tels que le Panthéon à Rome , le Temple de Sainte-Sophie à Constantinople , &c. n’ont dû leur conservation qu'à la suppression de la charpente dans leur exécution. Comme on a fait dans ce pays-ci des tentatives pour y suppléer par des combles en briques ou en pierre , nous allons rapporter les procédés les plus connus ; après quoi nous ferons des observations fur futilité, dont chacun deux pour- roit être suivant les circonstances. II est à observer, avant d’entrer dans ces détails , que notre but n’est ici que d’expliquer les- prit de la construction des différents ouvrages dont nous allons parler, & non de donner le plan de ì44 Cours leur distribution totale qui peut se modistes d’une infinité de manières , à raison des circonstances locales. Dès qu’on connoîtra bien dans les combles bâtis en pierre , la disposition des dalles , leur liaison, comment elles ont été taillées , les précautions qu'on a prises à legard de leurs joints contre le passage des eaux ; & dans les combles en briques , quel est leur arrangement & ce qui constitue essentiellement leur solidité ; le surplus ne feroit que multiplier les figures, fans rien apprendre davantage. Ainsi nous nous bornerons à rapporter seulement des parties de plan òt de profils des bâtiments dont nous allons parler. Article Premier. Conflrucíion du comble en pierre , qui couvrs les Chapelles du Dôme des Invalides , Planche C. On voit dans le plan de ce Dôme , quatre Chapelles & quatre eí'peces de Nefs , qui forment une croix.dont il faut savoir que les voûtes au-dessus du portail , &au pourtour du basdu tambour de la Coupole, font couvertes par un comble bas construit en pierre , de la manière la plus solide. Voici en quoi consiste sa disposition générale : on a divisé tout l’espace depuis le bas de la Tour jusqu’aux murs pourtours des Chapelles , du portail & des bras de la cro.x , en deux parties par un chenatt A, fig. I, II & i II , qui forme un espece d’o- ctogone irriégulier, & qui sert à rassembler les eaux pluviales , ainsi qua les conduire vers des puisards u ’ A l\ c H I T f q T U B E. 145 puisards ménagés au miljeu des noyaux de huit escaliers placés dans les angles dutlit octogone. Ce comble est soutenu de pan & d’autre du che- neau fur des voûtes rampantes B , appuyées d’un côté par le mur qui porte le chenau , & de l’autre, soit contre le bas de la Tour du Dôme C , soit contre le haut des murs de l’Eglise , qui portent la balustrade. Les dalles de pierre D , qui composent ce comble , sont de la plus dure qualité , élevées en pente , & à recouvrement les unes au-dessus des autres. Leurs joints montans sont placés suivant la pente vers le chenau t vis-à-vis les uns des autres , & sont recouverts par des efpeces d’arcs-doubleaux E,qui divisent ce comble en autant de travées ; c’est d’une de ces travées dont nous allons décrire la construction. Chaque dalle , fig. IV & V, a 4 pouces d’é- paisseur , fur 2 pieds de largeur, avec plus ou moins de longueur , suivant la place quelle doit occuper ; car il y en a depuis 3 pieds de song , jusqu’à 7 ou 8 pieds. On voir, par les figures, qu’elle est recreusée d’un pouce dans son milieu a , & que trois de ses bords sont élevés d’un pouce , & forment un efpece de rejet d’eau ; le plus long b , qui est le supérieur , a 4 pouces de largeur , & les deux autres c , c , ont chacun 9 pouces aussi de largeur. L’appareii d’une dalle érant conçu, la construction de ce comble fera bien facile à comprendre. Après avoir fait les voûtes rampantes B , fig. II , on a dû commencer par placer le caniveau A , qui a 18 pouces de largeur , & qui est composé de longues pierres placées à recouvrement les unes fur les autres , avec une pente convenable vers les puisards : ensuite on a mis le pre- Tomc VI. K 146 Cours mier rang des dalles D , suivant leur longueur fur le bord du caniveau , avec l’attention de placer le rejetd’eau du long côté b , 6g. IV , vers la partie supérieure du rampant. On a posé ensuite le second rang de dalles , à recouvrement d’un pouce, fur le devant du rejet b du premier , en observant d’alligner les joints montans ; & l’on a opéré successivement la pose des autres dalles jusqu’à la rencontre ,soitdu bas de la Tour C, soit du mur pourtour de l’Eglise , où l’on a encastré de quelques pouces le haut de la derniere dalle supérieure : cela sait , on a dù 6nir par recouvrir tous les joints montans , suivant le rampant du comble par de longues pierres E , de 9 pouces environ d’épaisseur, fur 20 pouces de largeur , lesquelles excèdent aussi d’un pouce de chaque côté les rejets d’eau c, c , 6g. IV , pratiqués le long des petits côtés des dalles. Ces pierres transversales font taillées un peu en dos-d’âne par-dessus , pour empêcher les eaux d’y séjourner ; elles n’ont gueres que 5 à 6 pieds de long , & font placées à recouvrement en montant juíqu’au haut du comble , où elles font encastrées également comme les dalles, de quelques pouces dans les murs con* tre lesquels elles aboutissent. En étudiant les 6gures, on sentira aisément , à laide des mêmes lettres de renvois , aux objets correspondans, tous les rapports de cette construction , où tous les joints des pierres font recouverts de manière que , quand bien même on n’y auroit point mis de mortier ,il seroit comme impossible que seau pût endommager les voûtes. d’Architecture. U7 Articlé II. Conflruclion da Comble en Pierre qui couvre le Porche du grand Portad de l’Eghje de Saint-Sulpice. PI, CI. CE comble est à deux égouts, & fait croupe àses extrémités , comme on le voit figure Vil. Les dalles A , fig. Vill, IX, X , XI & XII, ne font point portées par des voûtes comme ci-devant , mais par des especes de nervures ou arcs- doubleaux en pierre B , d’un pied de largeur, fur un pied depaisseur vers la clef, qui font la fonction de fermes de charpente. Ces arcs- doubleaux ont dix-fept pieds de diamètre vers leur naissance , fig. IX , & font soutenus , d’une part fur le haut de l’entablement C , de Tordre Ionique qui termine le portail, & de l’autre fur le mur pignon D , de la nef de l’Eglife. Leur intrados est composé de deux portions de cerc'.e , en maniéré de voûte en tiers point , & leur extrados est terminé en rampant, suivant Tinclinai- son du comble, qui n’a qu’environ cinq pieds de pente , depuis le caniveau E , jusqu’au sommet I. lis sont espacés de 6 pieds de milieu en milieu , & liés entr eux à leur clef, par des especes de piates-bandes bombées par dessous F , fig. X, & composées chacune de trois claveaux entre leurs sommiers. Avant d’expliquer comment font posées ces dalles, il est à propos de décrire comment elles ont été taillées, Chaque dalle, fig. XI & XII, a K ij 148 Cours 6 pieds de longueur , fur z pieds z pouces de largeur : son extrémité supérieure a , n a que 2 pouces d’épaisseur , & offre un champ d’un pouce & demi de largeur , avec un rejet d’eau de 6 lignes de hauteur : son extrémité inférieure h , a fur le devaat l pouce 9 lignes depaisseur , & a été resouillée en-deífous de z pouces jufqu’au redent c , pour former recouvrement , lequel redent a 1 pouce 3 trois lignes de hauteur; doit il résulte que la dalle a véritablement vers cet endroit c , 3 pouces d’épaisseur. On a pratiqué en outre , près du bord d , fig. XII, des joints montans suivant le rampant du toit , un petit canal circulaire d’un ponce 3 lignes de largeur , fur 6 lignes de profondeur. Les dalles A ayant été ainsi préparées , on les a placées fur l’extrados des arcs-doubleaux B : on a mis (sabord celles qui bordent le caniveau , & successivement toutes les autres à recouvrement, en s’élevant jusqu’au haut du comble F, avec l'attention de placer leurs joints montans G, fig. VIII, ainsi que leurs rigoles d , fig. XII, vis-à-vis les unes des autres ; & pour fortifier ces dalles , on a placé sous chacune d’elles une plate-bande de fer H, scellée par ses extrémités sur les arcs-doubleaux; enfin on a couvert le sommet d une dalle 1 un peu en pente de chaque côté , sur le faitage F , dont les joints sont en liaison avec ceux des dalles, comme on le volt fig. VIII , & accompagnés également de petits canaux. Tous les joints de ce comble ont été faits avec du mortier , de chaux & ciment ; peut-être au- roient-ils mieux vallu avec de bon mastic , vu qu’ils font pour la plupart dégradés; car il n’y a que les rigoles le long desjoinrsmontans, qui mer- d’Architecture. 149 tent maintenant quelque obstacle à la filtration des eaux. Au surplus, la disposition de ce comble est à la sois légere & solide , & peut servir de modelé en bien des occasions. Article III. Conjlruclion du Comble, briqueté de la nouvelle Halle au Bled de Pans. PI. Cil & CUL La nouvelle Halle au bled, forme par son plan, fig XIII, un cirque d’environ 120 pieds de diamètre intérieurement, au pourtour duquel régné des portiques A aurez-de-chaustée , de 30 pieds de largeur, qui font percés d’arcades B B d’environ 10 pieds l de largeur. Ces portiques font composés de deux rangs de voûtes d’arrête C, D , dont les retombées font soutenues , d’une part au milieu du portique , par des especes de colonnes ou des piliers ronds E , de pierre très-dure, & de l’autre par des dosterets F , placés entre les arcades. Ces voûtes d’arrête font bâties partie en pierre , partie en briques. Leurs naissances font en pierres jusqu’à 4 pieds de haut, ainsi qu’on le voit en G , dans les sig. XV & XVI de la planche suivante , de même que leurs arrêtes & les arcs-doubleaux, qui correspondent aux dosse- rets F; tout le reste est en briques posées de champ, en bonne liaison. Le premier étage de cette Halle, fig. XIV, est occupé par de vastes greniers , fans interruption , qui ont toute la largeur des portiques , lesquels font éclairés , tant par des croisées I, de K iij 150 Cours 7 a 8 pieds de largeur dans leurs embrasures , ternai/iees en voussure en dedans, & enplate-bande droite en dehors, que par des œils de bœuf K , placés au milieu de chaque trumeau vers le haut de cet Echíice. La grande voûte L de ces greniers est ogive ou en tiers-points , dont sangle a été un peu adouci : elle a 30 pieds de diamètre , lur 34 pieds de montée ; la bâtisse est en pierre jul'qu’environ au tiers de la hauteur M, 6g. XV , XVI St XVII ; & de là on a élevé à plomb de chaque piédroit des embrasures de croisée , des chaînes de pierres N, de 2 pieds £ de largeur réduite , jusques au haut de la voûte » ainlì qu’il est marqué fur le plan 6g. XIV. L’in- tervalle Q , entre ces chaînes, a été bâti en briques apparentes , en bonne liaison , & posées de champ alternativement, suivant le grand & le petit côté ; le tout maçonné en plâtre : la partie de la voûte qui est en briques , peut avoir 8 à 9 pouces d’épaisseur tout compris. lions observerons que , quoique les œils de bœuf K , & leur pourtour P, entre les chaînes » paroissent en exécution , St même soient exprimés en partie fur notre dessin, comme s’ils avoient été bâtis en pierres , ils sonr néanmoins en briques, ainlì qu’il est marqué en , attendu qu’on a recouvert les briques vers cet endroit d’un enduit, Sc 6gu.ré des joints qui imitent la pierre. Les arcs-doublea'ux ou chaînes N sont terminés par-dessus, suivant la pente d u toit, 6g. XVI St XVII ; 8t a6n de conserver la voûte L , on a pratiqué de sun à sautre de petites voûtes légères Q> 6g. XV , composées de deux rangs de briques posées à plat , & formant un arc de cercle, dont les reins ont été arrasés suivant le d’A RCHITECTURE. I jfl rampant du comble. En consultant les difsérens profils que nous offrons de cette construction , on concevra aisément la disposition de ces petites voûtes, & comment elles se marient avec la grande voûte , pour composer le comble. Quand le tout a été fini, on a étendu sur l’ex- trados des petites voûtes Q , un aire de plâtre , où l’on a scellé le haut des tuiles , dont on a couvert tout ce bâtiment ; lesquelles tuiles ont été peintes de plusieurs fortes couches de noir à l’huile, pour leur donner le ton de l’ar- doise. Sur quoi nous observerons que , vu les inconveniensdu scellement des tuiles dans le plâtre, lesquels avoient rendu cette couverture très-cliffi- cile à-réparer , & avoient permis aux eaux de pénétrer à travers des voûtes , on a depuis peu découvert tout le comble , & l’on a scellé sur les petites voûtes des chevrons avec augets , où l’on a cloué des lattes pour y accrocher des tuiles à l’ordinaire , ce qui vaut beaucoup mieux » & contribuera à assurer la durée de cet ouvrage. Article IV. Conjlruclion ctun Comble briquetè , exécuté à Toulouse. PI. CIV. M. Ie Comte d’Espie , dans la même Brochure où il rend compte de la maniéré de faire les voûtes plates , dont nous avons déjà parlé Chapitre II, Article III, a en même tems donné la description d’un nouveau Comble en briques, K iv i jz Cours qu’il dit avoir fait exécuter avec succès dans une maison à Toulouse ; comme son arrangement nous a paru mériter quelque considération, nous croyons devoir le rapporter. Après avoir terminé la derniere voûte plate A , fig. XVIII, XIX & XX du bâtiment, pour exécuter le comble briqueté , l’on a élevé fur cette voûte des cloisons B"i distantes d’un pied l une de l’aiure , en leur donnant de part & d’autre la pente convenable pour former un comble à deux égouts. Chaque cloison s’opére avec deux briques adossées l’iine contre fautre, posées de champ , jusqu’à la hauteur nécessaire , & liées ensemble avec du plâtre. Les briques doivent avoir 15 pouces de longueur fur 10 de largeur , & 2 pouces d’épais- seur ; ainsi ces cloisons ont environ 4 pouces & demi d’épaisseur , à cause du plâtre qui lie les briques : on remarquera dans la fig. XX , qu’elles sont interrompues au dessus du milieu de la voûte plate , par un passage C , qui forme un espece de corridor. Les cloisons ayant été élevées, on a posé dessus un premier rang de briques D , fig. XX, de 15 pouces de longueur, de maniéré à porter d’1111 pouces ‘ fur chaque cloilon ; & fur celui-ci on a pôle un second rang de briques de même grandeur , à recouvrement & en liaison : le tout maçonné avec du plâtre. Le double carrelage étant fini, on l’a couvett de tuiles creuses E , que l’on a maçonné à chaux & fable, afin de rendre par là la couverture plus solide , & empêcher les gourieres ; mais en supposant qu’il s’en formât quelqu’une, & que la tui e creuse laisiat filtrer seau par quelque endroit , cette eau tomberoit sur le carrelage , où trouvant d’Architecture. I5Z une pente considérable , elle iroit se dégorger dans les chenaux , & il lui faudroit bien du tems avant quelle perçât le double carrelage. Ces combles font pignon, & l’on peut pratiquer des croisées aux extrémités du corridor ; mais en supposant qu’on ne put point y en faire, à cause des obstacles qu'y apporteroient les maisons voisines , alors on pourroit pratiquer , entre les cloisons , quelques petites lucarnes ou quelques œils de bœuf pour l’éclairer. On voir par le profil , fig. XX, que le mur de face du bâtiment est terminé par une balustrade G , & un chônau F ; mais l’on pourroit également former un égout, capable de se lier avec la corniche , & de faciliter la continuité de la couverture jusques-là. ^ -ii Article V. Di la conflruclion des Combles briquetés , exécutés au Palais-Bourbon. PI. CIV. On fait qu’il a été fait des combles briquetés fils les nouveaux bâtiments , qui ont été ajoutés pour servir d’accompagnement à cet Edifice ; c’est pourquoi nous ne pouvons nous dispenser d’en parler , & nous le ferons d’autant plus volontiers que nous les avons vu opérer. Nous avons dit, Chapitre II , qu’on avoit fait tous les planchers de ces nouveaux bâtiments en votâtes plates , dont nous avons donné la description ; & c’est au-deffus du dernier étage de ces voûtes qu’on a élevé les combles briquetés , dont il va être question. ij4 Cours Leur courbe est un berceau plein cintre , figure JÇXIII , ou du moins peu surmonté : ils ont été opérés avec des briques de 8 pouces en quarté, fur i pouce d’épaisseur, lesquelles étoienr sillonnées fur leurs faces , pour mieux gripper le plâtre avec lequel on a entièrement maçonné tous ces combles. On a commencé leur exécution par poser des cintres faits de planches de 1 pouces d’épaisseur, dont les fermes furent espacées de deux pieds Tune de l’autre , c’est-à-dire, de la largeur de trois briques : fur ces fermes on avoir cloué de 8 pouces en 8 pouces d’axe en axe, ou de la grandeur des briques , des tringles de bois de 5 à 6 pieds de long , fur près de 18 lignes de gros. Cela étant ainsi disposé , on a placé un premier rang de briques I, à plat fur les cintres , quarrement, fans liaison , & de façon que les joints horifontaux pussent répondre toujours fur les tringles, & que de trois briques il n’y en eût qu’une qui ne fût pas appuyée fur les fermes : il fut placé ensuite un second rang de briques à plat, & en liaison sur le précédent ; le tout maçonné , comme il a été dit, avec du plâtre. Afin de parvenir à donner une pente suffisante en dehors au sommet de ce comble , on a distribué lur la largeur de la voûte de petits murs triangulaires L L, fig. XXII , faits en plâtre , de 4 pouces d’épaisseur , ayant de hauteur vers leur pointe 8 à 9 pouces , & diítans l’un de l’autre d’environ 3 pieds -j fur lesquels on a mis des tringles de bois M , à demeure de 7 à 8 pieds de long , fur 18 lignes de gros , & espacées de 8 pouces » pour porter deux nouveaux rangs de briques N > fig. XXÍ 1 I, maçonnées aussi avec plâtre ; de forte d’Architecture. Is; qu'il y a , entre le haut de la précédente voûte & celle-ci, de petits espaces vuides triangulaires. Sur le sommet de cette voûte N , à l’efset d’a- chever la pointe du toit , on a fait d’un bout à sature un petit massif triangulaire de 6 à 7 pouces de haut dans le milieu , composé de morceaux de briques , de tuillors, de plâtras , & venant mourir à rien vers ses extrémités ; fur lequel massif on a placé un rang de briques O , en forme de carrelage. Enfin , l'on a terminé ce comble par le bas P » & on lui a donné une pente suffisante vers le chê- nau, en plaçant en guise de coyaux , encore des tringles de bois d’environ 4 pieds de long & espacées de la largeur d'une brique , c’est-à-dire, de 8 pouces de milieu en milieu : ces tringles s’appuyent par un bout fur le comble, & par l’autre sur le bord du chênau Q , & servent à soutenir deux rangs de briques, aussi maçonnées en plâtre. Le comble ayant été ainsi disposé , on a étendu sur son extrados un bon aire de plâtre d’environ 1 pouce d’épaisseur , fur lequel on a cloué les ardoises , & l’on a fini par enduire l’in- térieur de la voûte en dedans des greniers. O11 apperçoit, dans ces combles, de distance en distance, des lucarnes bombées , fig. XXIV , de z pieds de large, fur environ 2 pieds & demi de haut, qui font construites aussi en briques de forme ordinaire : elles ont été élevées fur tut petit mur de briques posées à plat , de 4 à f pouces d’épais ; leurs piédroits ont 4 pouces dp largeur , & elles font couronnées par une plarescinde bombée, composée de deux rangs de briques à plat, dont le supérieur avance un peu sur i;6 Cours l’inférieur , & est recouvert d’un chapeau de plomb. Article VI. Observations fur les Constructions précédentes. Les combles en pierre qui couvrent le pourtour du Dôme des Invalides , & le dessus du Porche de Samt-Sulpice, quoique très-bien entendus dans leur construction , ne sauroient néanmoins convenir en bien des circonstances , à cause des grandes épaisseurs de mur qu’ils exigent : ils paroif- sent, par leur composition , plus propres à former des toits peu élevés, tels que ceux des bas côtés d’une Eglise , que de grands toits isolés , comme ceux qui terminent nos Edifices. * La disposition du comble de la Halle au bled seroit, selon nous , assez convenable pour remplir ce dernier objet ; mais il faudroit alors maçonner fa voûte supérieure avec de bon mortier , plutôt qu’avec du plâtre, qui ne peut faire un ouvrage de durée dans une situation aussi exposée a rhumidiré. On angmmiteroit évidemment encore la solidité dune pareille bâtisse, en l’opérant sur un plan en ligne droite, plutôt que sur un plan déformé circulaire : car , par ce moyen,les arcs- doubleaux ou chaînes se trouveroient espacés également de part & d’autre , & correspondroient au milieu des trumeaux des croiíées, où est leur plus grande force, & où se placent d’ordinaire les éperons : au lieu qu’en l’érigeant fur un plan circulaire , comme, à la Halle , il faut observer qu’on a été contraint de mettre deux chaînes ou d«ux d’Architecture. 157 arcs-doubleaux N , ng. XIV & XV pour un , & de les placer, non vis-à-vis le milieu des trumeaux , & de leur renforcement T, fîg. XIV, qui étoit leur position naturelle , mais à plomb des piédroits de l'embrafure de chaque croisée , tellement que chaque chaîne se trouve portée en partie à faux sur les piédroits des arcades du portique BB , fig. XIII. Un autre avantage qui résulteroit de cet arrangement de comble briqueré sur un plan droit , c’est que les secondes voûtes Q seroient aussi larges dans le haut que dans le bas , & que même on viendroii à bout de s’en passer. Quant à la couverture , nous estimons qu’au lieu d’un aire de plâtre, il vaudroit mieux étendre un bon aire de ciment ou de mortier-loriot íur l’extrados de la derniere voûte , & y poser, à la place de tuiles, des tables de cuivre peintes de deux fortes couches de couleur à l’huile , à l’exem- ple de ce qui a été pratiqué fur la voûte du grand escalier du Palais Royal (1). II est à croire que par ce procédé , on obtienclroit un comble de la plus grande solidité , en bien des circonstances. Mais pour salage des maisons particulières , nous ne pensons pas qu’on doive imiter les com- ( I ) La voûte de ce prand escalier est de forme elliptique pat son plan , & exécutee cn briques de champ, maçonnées en plâtre; elle n'a que 8 pouces d'épaiíleur vers ta clef. On a sellé fur son extrados des chevrons a un pied de distance l’un de f autre, & dont le pied a été arrêté fur des plate formes. On a inis fur ces chevrons de grandes tables de cuivre rouge d’environ deux pieds & demi en quarré , & d’une demi-ligne d’épaisseur, placées à recouvrement e l’une fur f autre d'un pouce fur la hauteur ou le rampant de la voûte , 6c assemblées a bourelet d bien applati, comme on le voir, fig. VI.. PI. C suivant la longueur. Ces tables furent fixées fur les chevrons , à l'aide de petites vis j & on les peignit ensuite de i ou ; fortes couches de noir à l’huilc pour les préserver du verd-de-gris. i;8 Cours blés bríquetés du Palais-Bourbon ; on ne voir pas qu'aucun Constructeur se soit empressé d’adopter leur procédé, bien qu’ils paroissent par leur structure avoir peu de poussée , être très-légers , procurer beaucoup de logements , & ne pas exiger des épaisseurs de mur plus coníulérables qu'à l’ordinaire : la raison en est , que toute construction exposée aux injures de l’air, dont le plâtre fait la base, est nécessairement sujette à beaucoup d’entretien ; & d’ailleurs nous doutons qu’on puisse approuver les tringles de bois qu’on a mis pour soutenir la coupe des briques dans leurs parties supérieures. Les combles bri quêtés de M. le Comte d’Espie, vallent mieux à bien des égards , quoique maçonnés aussi en plâtre pour couvrir des mailons : leur défaut est d’être pesants de charger beaucoup les voûtes du dernier étage, & d’exiger en quelque forte le sacrifice des greniers , ou des logements en galetas, en les réduisant à des especes de corridor. Par toutes les raisons que nous venons d’expo- ser, il s’en fuit que la construction des combles, soit en briques , soit en pierre , n’est point encore parvenu au point de perfection que l’on pourroit desirer, & que ce leroit une découverte très-utile à faire de trouver moyen de les opérer d’une maniéré à la fois légere , solide , & durable en toutes occasions. Explication des PI. C, CI , Cil, CIII , & CIK, repréjentani la conflruchon des Combles en pierre & en briques. Les fig. I, II, III, IV & V f de la PI. C, re- d’Architecture. 159 présente la disposition des combles en pierres , qui environnent la Tour du Dôme des Invalides. La fig. 1 , est une partie du plan de ce comble. La sig. II, est un profil de ce comble , suivant sa pente. La fig. III, est son élévation prise au milieu du caniveau ou égout. Les Lettres de renvois étant semblables pour les mêmes objets, ce que nous dirons de Tune de ces figures fera réversible aux autres ; & nous en userons de même dans toutes les explications des Planches suivantes. A , caniveau ou conduit servant à diriger les eaux vers les puisards. B, fig. II , voûte rampante fur laquelle font assises les dalles qui forment le comble. C , mur de la Tour où est encastré le haut des dalles à leur rencontre. D , dalles placées avec un rejet d’eau vers leur partie inférieure , & le long de deux de ses côtés. E, autres dalles servant de recouvrement aux joints des précédentes. La fig. IV , est le détail particulier de la sonne d’une des dalles D ; a , milieu de la dalle qui est recreusée d’un pouce \b, c ,c , rejets d’eau. La fig. V , est le profil de deux dalles D, avec les mêmes Lettres de renvois que ci-devant. La fig. VI , exprime l’arrangement des tables en cuivre d’une couverture ; d , bourelet ap- plati suivant le rampant du toit ; e, recouvrement d’une table sur l’autre , sous lequel on mec de petites vis pour fixer les tables fur les chevrons , qui font scellés à auget fur l’extrados de la voûte en briques. Les sig. VII, VIII, IX, X , XI & XII, de la 160 Cours PI. CI, font voir les détails du comble en pierre du porche de l’Eglise de Saint-Sulpice. Les fig. Vil & VIII, offrent Tune une partie du plan général de ce comble , & l’autre une portion développée de son plan. La fig. IX , est un profil sur sa largeur. La fig. X, est un profil sur sa longueur. A, longueur des dalles. B , fig. IX & X , arcs-doubleaux. C , fig. IX, profil de f entablement de Tordre Ionique du portail où Ton a pratiqué des vuides , avec des arcs en décharge entre les arcs-doubleaux & les piédroits K, fig. X. D y profil du mur pignon du portail, avec des arcs en décharge , correípondans aux précédens. E , caniveau régnant au pourtour du comble , & conduisant les eaux vers les descentes. F , espece de plate-bande bombée , fig. IX & X, servant de faîtage, & unissant le haut des arcs-doubleaux. G , petites rigoles pratiquées le long des joints montans des dalles. H, barre de fer placée fous chaque dalle A , pour soulager fa portée. I , dalle à deux égouts , formant le haut du comble. K , piédroits soutenant les arcs en décharge. Les fig. XI & XII, sont deux profils particuliers de dalles, Tun suivant la largeur , l’autre suivant la longueur ; ils servent à faire voir leur appareil & leur pose Tune sur Ta titre ; a , rejet deau : b , c , espece de feuillure destinée à recouvrir le rejet a: d, barres de fer pour fortifier les dalles. Les Planches Cil & CIII , représentent, Tune les D ’ A XI C H I r E C T U R E. l6l les plans , & lautre les coupes du comble briqueté de la Halle au bled. I.a fìg, Xilí, est le plan d’une partie des portiques qui entourent cet Edifice. La fig. XIV, est le plan des greniers au-dessus des portiques. La fig. XV , est un profil fur la longueur des portiques & des greniers. La fig. XVI, est un profil fur la largeur des portiques & greniers , dont une moitié est prise au milieu d’une arcade , & l’autre au milieu d’un arc-doubleau. Enfin , la fig. XVII, est un profil pris au milieu d’un œil de bœuf. A, fig. Xilí , portiques. B , B, arcades de part & d’autre. C & D , voûte d’arrête. E , colonnes ou piliers. F, F , dosserets & arcs-doubleanx. G , retombées de la voûte d’arrête , fig. XV & XVI. H , fig. XV & XVI , greniers. I, croisées terminées en dehors quarrement , & en dedans en arriéré-voussure de S. Antoine. K , œil de bœuf L , voûte ogive dont l’angle est adouci. M , voûte bâtie en pierres depuis fa naissance jufqii’à certe hauteur. N , arc-doubleau ou chaîne de pierre posant sur les piédroits des croisées I , & à taux fur ceux des arcades B, fig XV. O , partie de la voûte bâtie en briques de champ , alternativement posées suivant le grand & le petit côté. P, partie de la voûte faire en briques , ainsi Tome VI. L 1 6i Cours que l’œil de bœuf, mais couverte d’un enduis, où l’on a tiré des joints pour imiter la pierre. Q, petites voûtes en briques posées à plat. R, petit, socle en partie à jour par le bas , pour l’écoulement des eaux. S, égout du toit. La Planche C1V , représente la construction d’un comble briqueté exécuté à Toulouíe, & celle des combles du Palais-Bourbon. Les fig. XVIII. XIX & XX , font , l’une le plan du comble de Toulouse , l’autre une coupe sur sa longueur, & la troisième une coupe sur sa largeur. A , voûte plate , sur laquelle est posée ce comble.j B B, cloisons composées de deux rangs de briques de champ. C, corridor. D, deux rangs de briques , dont l’inférieur est placé par ses extrémités fur les cloisons B, B, & le supérieur en liaison sur l’autre. E , milles creuses. F , chênau bordé d’une balustrade G. La fig. XXI, est le plan des murs qui soutiennent le comble briqueté du Palais-Bourbon. La fig. XXII , est un plan pris au-dessus du sommet de la voûte extérieure , â la hauteur Z Z, fig. XX11I. La fig. XXIII, est un profil du comble sur sa largeur. H , voûte plate qui termine l’étage supérieur. I , voûte en berceau plein cintre, composée de deux rangs de briques quarrées, de 8 pouces. K , petits murs en plâtre de forme triangulaire, posés fur le haut du berceau I. d’A R C H I T E C T U R E. l6z L , tringle de bois pour soutenir la coupe de la petite voûte supérieure N , qui est composée aussi de deux rangs de briques à plat. O , petit massif fait en pointe, couvert d’un carrelage de briques , qui reçoit Taire de plâtre où est clouée Tardoise. P , deux rangs de briques à plat, posées fur des especes de coyaux, qui dirigent la pente du comble vers le chênau Q. Cours 164 — 1 :- $ 8 » CHAPITRE V. De la construction du grand Fronton qui couronne l’avant- corps de la Colonnade du Louvre . Planches CV, CVI & CV1I. La construction des frontons d’une certaine étendue , & qui doivent être élevés fur des plate-ban- des , a toujours passé pour très-difficile à bien exécuter. Comme les plate-bandes font par elles- mêmes peu capables de porter des fardeaux, vu qu’elles ne tirent leur principale force que des chaînes dont elles font armées, & qu’elles ont en outre une poussée considérable vers leurs extrémités , lorfqu’à cette poussée fe joint encore ressort des corniches rampantes contre ces mêmes extrémités , il est aisé de concevoir qu’il faut employer beaucoup d’industrie à faire porter, & à contenir à la fois une pareille masse dans une position aussi désavantageuse. Les modelés de construction étant toujours plus puissanspour instruire, que les spéculations les plus étendues , nous nous bornerons à exposer les développements du grand fronton du Louvre , que nous avons promis page 292 du précédent Volume. Sa longueur est 92 pieds, & fa hauteur 18pieds depuis l’entablement jusqu a son sommet. II est porté sur huit colonnes corinthiennes accouplées , de 3 pieds 7 pouces de diamètre, lesquelles font éle- d’Architecture. i6; vées fur un soubaíTemenr. Les Planches CV, CVI & CVII , représentent Tune son plan, lautre son élévation, & la troisième son profil. Nous y avons exprimé , non - seulement l’appareil des pierres , mais encore leurs différentes qualités tendre ou dure , selon leur répartition. L’entablement de Tordre corinthien , PI. CVI , la corniche rampante du fronton , les chapiteaux des colonnes , le mur adossé aux colonnes & celui qui lui correspond dans le fond du fronton , font en pierre tendre, dite de Saint-Leu , tandis que les tambours des colonnes & les trois arcs que Ton remarque dans le fronton font au contraire en pierre dure , dite de Saìnt-Cloud, fans compter la cimaise de la corniche rampante , qui est également de pierre dure , & dont il sera question ci-après. L’entablement est composé de quatre cours d’af- sise au dessus des deux petits entrecolonnements : le premier occupe la hauteur de Tarchitrave ; le second, la hauteur de la frise ; & les deux autres , la hauteur de la corniche, fans la cimaise; nous en avons donné particulièrement fur la droite de la planche un profil , afin de les faire Mieux distinguer : mais au-dessus du grand entre- cc lonnement du milieu , il est à oberver qu’il n’y a que trois cours d’assife , vu qu’un seul cours embrasse toute la hauteur de la corniche en cet endroit. Nous ne traiterons pas ici de la construction de ces plate-bandes :nous en avons parlé amplement dans nos Mémoires , c’est pourquoi on peut y avoir recours : nous nous bornerons seulement à remarquer que la plate-bande du milieu a 24 pieds de longueur, & quelle bombe au droit de la clef A , d’environ I pouce & demi ; ce qui a été pra- L iij 166 Cours tiqué , tant à cause du tassement qu’un fardeau aussi considérable cjue ce fronton pouvoit opérer par la suite , qu'à cause de fétendue de cette plate-bande , qui , sans cette précaution , paroî- troit à la vue baisser dans son milieu. Les assises de la corniche rampante ont leurs joints montans d’à plomb , & non retournés perpendiculairement au rampant, comme cela se pratique quelquefois. On a placé aux angles en retour de l’entablement, c’est-à-dire , aux extrémités d u fronton , de très-grands quartiers de pierre de 8 & 12 pieds de long , qui ont des queues considérables dans les murs ; le tout afin de contenir à la fois , & la balcule de la corniche de l'etiraillement , & l’efi'ort de la corniche rampante, qui pousse au vuide dans cette direction. 11 est d'usage de mettre au milieu de ces pierres angulaires un fort mandrin de fer quarté , qui traverse la hauteur de fentablement , & s’éleve jusques dans la cimaise de la corniche rampante , & de bien cramponer en outre ces pierres avec celles qui les avoisinnent, à fesse t d’opérer la plus grande résistance En se rendant attentif à la direction des joints montans des cours d’assise de la corniche droite & rampante , on s’apperce- vra qu’ils ne coupent, ni modillons , ni rosettes , ni même les caissons de ces dernieres ; mais qu’ils font toujours placés au milieu d’une partie unie : ce qui a été fait à dessein de rendre leurs ornemens d’une exécution plus solide , & mérité cl’être toujours imité en pareil cas. La cimaise de la corniche rampante est de pierre dure , dire de Meudon Chaque côté a environ 50 pieds de long, 8 pieds de large , & 16 à 17 pouces d’épaisseur , y compris le revers d’eau. Un des d’Architecture. 167 côrés de cetre cimaise est d’un seul morceau ; Vautre devoir l’être semblablement ,mais elle se cassa en trois parties en la montant. On prétend que ces deux longues pierres n’en formoient qu’une feule , qui fut sciée en deux. M. Mallet, dans Théliamtt , rapporte qu’en la sciant, on trouva un gros silex ou caillou dans le milieu qui arrêta la scie , de sorte qu’on fût obligé de retourner la pierre, pour la dégager & continuer l’opération. Chacune de ces pierres pese plus de quatre-vingt milliers. Que l’on juge combien un bloc ausii considérable a dû coûter de travaux & de peines , pour le tirer de la carrière , le voiturer pendant plus de deux lieues , le scier en deux , & élever ensuite ses morceaux à une hauteur d’environ 100 pieds ; & combien, sur-tout, la forme de ces pierres plates, vu leur longueur qui les exposoit sans cesse à se rompre , à moins d’être soutenues bien également par tout pendant leur élévation , a dû faire éprouver de difficultés. Le Clerc nous a conservé une vue perspective de cette opération ; & l’on trouve dans la seconde cdition de Vitruve. , commenté par Perrault , une partie des machines qui ont été employées au transport de cet énorme fardeau. Nous avons supposé enlevé , dans la PI. CVI, le parpin du tympan du fronton , destiné à recevoir fa sculpture , pour faire voir tout le mécanisme de sa construction. On y remarquera qu’il y a derriere le tympan trois arcs en décharge en pierre dure , qui n’y font qu’appliqués , & dont la fonction est de soulager les plate-bandes, ainsi que de reporter la plus grande partie du poids de la corniche rampante, directement fur les colonnes accouplées , & fur le mur qui leur est adossé: L iv 168 Cours lare du milieu B cil ogive , & les deux autres C C iont rampans. On voit particulièrement dans la Planche suivante C Vil, le profil du fronton , la polition respective d u mur tympan , de Tare ogive , & de la corniche rampante. Le parpin du tympan etì compote de trois cours d’ainle de pierre de Saint- Leu, de chacune 5 pieds de haut fur 15 pieds de long , dans fa plus grande hauteur. Ce mur a mairfcnant z pieds ci’epaiífeur , à caute du bof—> sage qu’on a laissé pour la sculpture; mais cette épaisseur doit être réduite, quand elle fera sime , à 18 pouces : de forte que le bas reliefaura environ un pied de saillie, ce qui est suffisant pour fan e re- sortir & détacher convenablement tes figures. Nous oblerverons ici > en passant, que c’est une excellente méthode de laitier plus de saillie de bossage que moins en pareil cas ; car il est toujours aisé d’en ôter , & l’on évite par-là deux inconveniens ; l’un , d’être oblige de refouiiler dans l’épaisseiir du tympan les contours des figures , pour les rendre sensibles , ce qui, en les ombrant du côté où frappe le jour , les fait paroître durs ou cernés , comme une découpure , & ôte ainsi tout l'agré- nient qu un fronton peut recevoir d’un semblable ornement ; l’autre , d’être contraint d’aiouter , après coup , dans les parties qui doivent ctre les plus saillantes , des bossages de pierre , qui ne saunaient être attachés dans le tympan qu’avec du fer; de forte que la rouille venant par la fuite à faire éclater ou à détacher ces pierres postiches, on n’a plus , au bout d’un tems , qti’un bas relief tronqué & défiguré. Revenons à la description de notre profil. d’Architecture. 169 B , est la clef de Tare ogive, auquel est adossé le mur du fond du fronton , dont le bas répond à celui qui est derriere les colonnes , & qui forme , en s’élevant vers la clef, un efpece d’en- corbellement en dehors , à l’effet de soulager les voussoirs de Tare, à de les aider à soutenir plus efficacement la corniche rampante. Comme nous avons eu fattention de mettre les pierres au même nombre que dans l’exécution, onvoit combien les voussoirs du grand arc, & les assises de la corniche rampante ont de grandes queues dans les murs , ce qui contribue beaucoup à augmenter la fermeté Sc la liaison du tout ensemble de cette bâtisse. On a allégé l'épaisseur de ce fronton , en y pratiquant un vuide qui sert de réservoir , dont on voit l’étendue PI. CV , & qui est terminé par une voûte rampante. Outre les précautions rélatives à l’appareil des pierres , & à la maniéré de faire porter le poids du fronton le plus avantageusement, on a lié par surcroit toutes fes différentes parties avec des chaî- ne -, des tirans & des crampons , que nous avons rna rqué des mêmes lettres de renvois dans les trois Planches , asin d’en faire voir la correspondance suivant leurs diveríès situations. f),D, font deux cours de chaînes placés derriere le tympan , & servant à contenir par des ancres fixées à leurs extrémités, les deux côtés de la corniche rampante du fronton. E, E , deux rangs de potences de fer quarré , destinés à soulager la portée des chaînes D , au droit du vuide de l’arc ogive, & à reporter une partie du poids du mur tympan vers le mur doluer. 170 Cours F, F , tirans avec des talons aux extrémités, servant à lier les cours d’assi'e du mur tympan avec le mur adossé , lesquels tirans , par leur position , peuvent également aider à soutenir les chaînes D. G , G , crampons dont la fonction est de lier le tympan avec les arcs par le haut à leur rencontre, & avec le dessous de la corniche rampante. H,H , PI. ( Vil, chaînes placées entre la corniche , la frise & l’architrave , pour contenir l’entablement. I , autre chaîne avec des moufles, placée entre la frite & l’architrave , & traversant le vuide pratiqué au droit de lentablement, & dont le but est de lier ensemble les murs opposés (1). II seroit inutile de nous arrêter davantage à décrire cette belle construction, d’autant que les figures que nous en donnons ont été destinées avec exactitude , &r d’une grandeur qui ne laisse rien à désirer pour s’en former une' juste idée. ( 1 ) Dans un Mémoire que nous avons publié , il y a <> ans, fur Xachèvement du grand Portail de l'Eglise de S. Sulpice , où nous avons démontré la néceílìré de supprimer le troisième Ordre entre les dcui Tours , de couronner différemment les Tours , & la possibilité ryi’il y avoir de faire un fronton fur le second Ordre , nous avions proposé dans notre projet de disposer les tirans de l'intérieur du tympan , a peu-près comme ceux du fronton du Louvre. d’Architecture. 171 î lìè' CHAPITRE VI. De la construction d’un Pont. N observe de situer un Pont quarrement suivant le cours d’une riviere, & d’élever la clefdes arches trois pieds au moins au-dessus des plus hautes eaux. Les arches font d’ordinaire en nombre impair, afin qu’il y en ait une au milieu où fe trouve communément le plus grand courant de Peau. Quand le Pont n’a qu’iine feule arche, fes supports s’appellent Culées ; mais s'il a plusieurs arches , on nomme feulement ainsi les piédroits des extrémités du Pont, c’est-à-dire, ceux qui arebou- tent la premiere & la derniere arche ; & tous les autres appuis intermédiaires s’appellent Piles. On faifoit autrefois les arches de largeurs inégales : celle du milieu étoit toujours la plus haute & la plus large, c’est pourquoi on la nommoit la maîtresse Arche , & toutes les autres diminuoient fuccesiîve- tnent de largeur & de hauteur julqu aux culées , de maniéré à former un efpece de rampe pour gagner le lommer du Pont. 11 arrivoit, de cette disposition, que les arches voisines des culées fe trouvoient quelquefois presque entièrement bouchées lors des grosses eaux, ce qui mettoit le pont en danger d’être renversé. Aussi affecte-t-on maintenant de tenir toutes les arches de même hauteur,& quelquefois aussi d’égale largeur ; ce qui est en effet mieux raisonné. Les Anciens faifoient presque toujours leurs 172. Cours arches plein-cintre & même extradossées , c’est-à- dire , avec des voussoirs égaux en longueur, comme un eípece d’archivolte , & fans liaison, soir entre- eux, soit avec les cours d’alîise des reins : on volt de leurs ponts dont les piles ont d’épaisseur le tiers & même quelquefois jusqu à la moitié de la largeur des arches. Les Modernes ont trouvé que le plein-cin- tre élevoit trop les Ponts , & que d'aulîi grandes épaisseurs de piles nuisoient aux cours des rivières, & augmentoient considérablement la rapidité de leur passage vers ces endroits, ce qui occasionnoit des affouillements fous leurs fondations. En conséquence , ils ont pris le parti de faire des arches surbaissées & de diminuer beaucoup le volume des piles. Les Ingénieurs ne font rien moins que d’accord fur la hauteur à laquelle on doit porter le surbaissément des arches, ni fur l’épaisseur à laquelle il faut fe borner pour les piles. Les uns veulent que l’on ne surbaisse pas les arches au-delíous du tiers de leur diamètre; prétendant que des arches plus surbaissées ne font pas faites pour être de longue durée , ni pour porter de grands fardeaux, & qu’en outre il ne faut pas donner aux piles moins du sixième de la largeur des arches , alléguant a cet égard, que des piles plus foibles courrent risque detre écrasées fous le poids , & qu’enfin, dans le casqu’une arche viendroità être renversée,il esta propos de proportionner leurs supports, de façon à empêcher les autres arches de subir le même sort : Le Pont d’Orléans , entr’autres , a été construit suivant ce sistême. D’autres Ingénieurs veulent, au contraire, qu’on puisse baisser les arches jusqu’au quart de leur diamètre , & réduire , jusqu’au neuvième de ce même diamètre, l’épaisseur des piles, o’A R C H I T E C T U R E. lyz par la raison , disent-ils , que les piles rétrécissant le lit d’uneriviere, moins on leur donne de volume, plus les eaux font libres dans leur cours, & que, pourvu que les culées loient proportionnées de façon à résister à la poussée des arches, il doit être permis de réduire les piles selon la qualité de la pierre, l’essentiel étant feulement de s’assurer qu’elle ne pourra être écrasée sous le fardeau des arches: Les Ponts de Mantes & de Neuilly , ont été bâtis selon ce dernier procédé. C’est au tems , Tunique appréciateur de la durée des constructions, à décider laquelle des deux méthodes mérite la préférence. Le plus sûr toutes fois, suivant nous , fera toujours d’éviterde faire des arches très-surbaissées, ne fusse que pour rassurer la vue,&parce que toutes les constructions anciennes paroissent constater, que plus les Voûtes font plates,moins elles ont eu de durée; c’étoit vraisemblablement pour cette raison que les Goths avoient adopté les Voûtes en tiers- point. Au reste, on n’est pas toujours maître de donner aux piles toute la legérété que Ton désire, à moins de pouvoir construire les arches toutes à la fois, asin de rejetter toutl’effort de leurs poussées vers les culées ; ce qui ne l'auroit être praticable que quand on bâtit un Pont dans une Isle, ou fur Tun des bras d’une riviere, dans lequel on doit faire couler ensuite toute l’eau, en comblant l’autre bras, comme on Ta pratiqué pour le Pont de Neuilly. II y a d’ailleurs des circonstances où, de crainte de gêner la navigation pendant un tems considérable, on se trouve obligé de faire un Pont par partie , alors il faut doner nécessairement aux piles en particulier une épaisseur en rapport avec 174 Cours l’action des arches qu’elles soûtiennent, en attendant que les autres soient faites. Avant que la Géométrie eût porté son flambeau dans l’examen de la poussée des Voûtes, on opéroit au hazard, & en doiinant plus que moins , pour déterminer la force des piles & culées ; mais maintenant on est en état de savoir au juste à quoi s’en tenir d’avance à cet égard ; c’est pourquoi nous donnerons à la fin de ce Chapitre des Tables calculées d’après les formules connues , pour enseigner qu’elles doivent être leurs dimmensions pour réliller à faction des arches plein-cintre & surbaissées suivant les différentes circonstances. On place à la tète des piles des avant & arriéré becs , qui leur fervent de contre-forts, & de défense contre le courant de l’eau, les glaces , & les corps qui, en chariant, seroient capables de les endommager. Leur forme est , tantôt en triangle , tantôt en demi-cercle. Quelquefois on fait l’arriere-bec demi-circulaire , & savant-bec de forme triangulaire. On les couronne d’un chaperon , qui doit être toujours élevé au-dessus des plus hautes eaux, & que l’on termine , soit en pointe , soit à deux talus , soit circulairement. Enfin on termine un Pont par un cordon , fur lequel on pose un parapet, & l'on forme une chaussée accompagnée quelquefois d’un trottoir un peu élevé de part & d’autre , pour rendre le chemin des gens de pied distinct de celui des voitures. Mais fans nous arrêter davantage à parler de la proportion & décoration des Ponts , bornons nous à exposer leur construction la plus ordinaire , & les attentions qu’il y faut apporter pour la rendre solide. d’A rchitecture. *75 Description des opérations successives pour l’exécution d’un Font. PI. CVîll & CÍX. Apres avoir reconnu l’emplacement propre à bâtir un Pont sur une riviere , on choisit le rems des plus basses eaux pour faire ses fondations. On commence d abord par faire un batardeau d’en- ceinte A , fig. I , PI. CVIII, qiii comprend une pile B, avec une culée C, & qui dirige le courant d’eau vers le bord opposé. Un bârardeau exige beaucoup d’attention dans son exécution ; il doit être élevé 3 ou 4 pieds au-dessus des plus basses eaux, & fa largeur ou épaisseur qui fait fa force, doit fe régler fur la hauteur des eaux , qu’il fera obligé de supporter , c’est-à-dire, que s’il y avoit i j. pieds de profondeur d’ean , il faudroit lui donner environ 12 pieds de large. On enfonce avec une fouette , de part & d autre de sa largeur , des files de pieux a, de 9 à 10 pouces de diamètre, à 3 pieds de distance l'un de ì’autre , dont on garnit l’inter- valle de palplanches b y de 3 pouces d’épaisseur , & de même hauteur que les pieux : on entretient les palplanches & les pieux par le haut avec des liernes ; enfin on contient de part & d’autre le batardeau avec des enrre-toiíes c , de 5 au 6 pouces de gros , espacées de 6 pieds en 6 pieds, & qui font entaillées par les bouts. Cela fait , on remplit le batardeau A de glaise ou de terre franche bien corroyée , après en avoir toutefois déblayé le fond. L’eau comprise dans l’enceinte du batardeau n’ayant plus de communication avec celle de la riviere, on en fait lepuisement avec des pompes à chapeliers ou à godets, jours & nuits , fans 176 Cours interruption. Cet épuisement se sait d’ordinaire par économie , & non à l’entreprise , à cause des inconveniens qui pourroient survenir, & qu’on ne sauroit prévoir. Dès que les eaux font épuisées , on fait les fouilles nécessaires pour la fondation de la pile B , & de la culée C. En supposant le fond de bonne consistance, il est, ou uni, ou en rampe, ou de niveau , de roc ou d’autre terrain plus ou moins solide ; mais de quelque forme qu’il soit, s’il n’est pas de niveau, il est essentiel de l’y mettre en tout, ou du moins en partie , par ressaut, avant d’y établir la maçonnerie, qu’on aura foin d’encastrer de quelques pouces. La première assise des fondations doit être de pierre de taille , de même que tous les parements des autres aíiìses qui.doivent s’élever , en formant de bonnes retraites jusqu’à la hauteur des plus basses eaux, où commence d’ordinaire la naissance des arches. Mais fi le fond déblayé étoit jugé n’avoir pas suffisamment de consistance , iltaudroit y remédier par art , suivant l’un des procédés que nous avons expliqué dans le Chapitre VIII du Volume précédent. Le procédé le plus ordinaire , est de bâtir fur pilotis , fig. II , III , IV , V & VI. Pour cet effet on enfonce au refus du mouton fig. 111 , des files de p dois de rcmplagc O , 8c de bordage P, armés de sabots de fer à trois branches : on met entre ces derniers des palplanches Q, fig. III, & b , fig. V , qui, en resserrant tout Je rerrein placé fous la pile , lui donne la fermeté nécessaire pour la porter. Après avoir récépé de niveau les têtes de ces pilots,on assemble à tenons&mortoi(es des chapeaux R, fig. III, de 12 pouces de gros fur les pilots de bordage P ; enluite on place en travers de l’épaisseur de la pile des racinaux S , de 8 J)’ ARCHlTËCtUftí.' îjy 8 à 10 pouces de gros, assemblés à queue cPhyronde dans les chapeaux , pour en contenir l’écartement. II y a des Ingénieurs qui placent encore d’autres pieces de charpente á la plomb des pilots , suivant la longueur de la pile, lesquelles s assemblent à mi- bois fur les racinaux , & forment ainsi un vrai grillage. Entre le haut des pilots & entre ces grillages , on fait entrer à force plusieurs rangs de gros moilons durs, maçonnés avec de bon mortier de chaux & ciment , & bien arrafés ail niveau du dessus du grillage. Quelquefois on place fur ce grillage des plate-formes T , fig. IV, de 4 pouces d’épaisseur , bien jointives, lesquelles font reçues à leurs extrémités dans une feuillure entaillée fur les chapeaux, à l’effet de repartir par ce moyen le poids des piles & culées, également fur le pilotis : cependant nous avons vu nombre de Constructeurs qui évitoient les plate-formes , prétendant qu’elles interceptent la liaison de la maçonnerie que l’on a mise entre les pilots ou les grillages , avec les premiers rangs de pierres de taille, ou de libages des pilles & culées , & que par-là on ôtoit la ténacité qui pouvoir être proche par l’union de la base des piles , & de leur partie supérieure : ce dernier procédé nous paroît en esset préférable au premier. On élevé la premiere alîise en pierrede taille c fig. V, sur le pilotis, en laissant 5 ou 6 pouces de retraite fur les chapeaux, & les pilots de bordage ; puis l’on continue à poser toutes les autres assises de la pile , de la culée & des murs en ailes , s’il y en a, jusqu a la naissance de l’arche, en observant de laisser des retraites d’environ 3 pouces au droit de chacune , & fur-tout de les lier dans le pourtour avec des crampons de fer , scellés en plomb, Tome FI. M 178 Cours comme on le voir en V, fig. IV. Communément on ne fait que les parements des piles en pierre de taille , & l’on exécute leur intérieur en libages. Les libages le maçonnent avec mortier de chaux & fable ; & les joints des pierres de taille , qui forment rencaissement, fe font jufqu’à la hauteur des plus hautes eaux , avec mortier de chaux 8c ciment. 11 y a des Constructeurs qui huillent avec un pinceau les joints apparens , pour empêcher les eaux de s’y arrêter ; mais il y en a d’autres qui , au lieu de les huilier , fe contentent de les dégrader , & qui , après avoir rempli bien exactement les joints de mortier tait de ciment paffé au tamis , les frottent fortement avec une petite barre d’acier , jufqu’à ce qu’ils ayent acquis en dehors une couleur férugineufe ; procédé qui les garantit encore plus sûrement de toutes dégradations de la part du cours de leau : les joints du Pont de Neuilly ont été refaits ainsi. On peut élever quelques cours d’asiife vers la naissance d’une arche , fans avoir besoin de cintre , à moins quelle ne soit extrêmement surbaissée ; mais ordinairement il est d’ufage de laisser à fa retombée des corbeaux de pierre d , fig. V, & r, fig. VI, distans de 5 011 6 pieds l’un de l’autre , pour recevoir le bas des fermes du cintre de charpente, destiné à porter les voussoirs de la voûte pendant son exécution , ainsi qu’il fera expliqué ci-après. Quand une pile & une culée font élevées au- dessus des hautes eaux , au lieu de continuer l’arche, on remet le courant de l’eau à l’endroit où l'on a fondé , en démolissant le batardeau ; Sc l’on entreprend une autre pile , ou les deux piles suivantes , St fuceíUvement on fonde toutes les piles d’Architecture. 179 pour bander, quand cela se peut, toutes les arches à la fois , en observant toujours de faire un nouveau batardeau , & les épuisements convenables comme précédement. Avant d’exécuter une arche , on place des cintres de charpente fur les corbeaux t , fig. VI , dont il a été question ci-devant. Ces cintres font moisés & entretenus par des entre-toises u; leur courbe est la même que celle de l’arche , & leur force doit être proportionnée au poid des matériaux , qu’ils seront d’obligation de porter : c’est un affaire de calcul, que de connoître leur résistance. On met successivement sur ces cintres des couchis y , fig. VII, fous la longueur des douelles des files de voussoirs &, à mesure qu’on éleve la voûte ; & l’on place sous ces couchis de petites calles {, qui posent directement fur les cintres x. Les cintres étant disposés , on commence la construction d’une arche , en plaçant les voussoirs correfpondans de chaque côté de fa naissance , & en avançant vers fa clef par où l’on finit , avec l’attention de mettre à l’ordinaire des calles entre leurs joints , de les couler de bon mortier , & de bander, à la fin, leurs têtes avec de gros coins de bois. On a coutume de faire les voussoirs des arches avec des pierres fort longues , & au lieu de les extradosser à la maniéré des Anciens , on les prolonge en queue fans fin dans leurs reins, pour les mettre en état de résister aux plus grands fardeaux. Lorfqu’une arche est terminée suivant sart , il ne reste plus qu’à détruire son cintre; ce qui se fait en ruinant les calles fig. VII , & en enlevant les CQuchis y de part & d’autre. On enleva M ij r8o Cours «sabord les calles & les couchis des coussinets i puis ceux des vouffoirs voisins , & l’on va ainsi toujours en avançant vers son sommet ; par ce moyen la voûte opéré peu-à-peu son taísement en te resserrant vers la clef. L’on finit un Pont par faire les reins des arches L , fìg. 11 , les chaperons M des avant & arrierebecs , par poser son cordon N , son parapet , ses trottoirs , par couper les corbeaux , & faire le ragrément & rejointoyement de tout l’ouvrage : eníin la derniere opération consiíte à former une chaussée e, sig. V , en mettant environ x pied de fable fur les voûtes & leurs reins, pour recevoir le pavé : à droite & à gauche , au bas des trottoirs , on pratique deux ruisseaux avec une pente de 2 pouces par toise , suivant la longueur du Pont, depuis Ion milieu , pour l’écoulement des eaux ; ou bien quand la chauffée d’un Pont doit être toute de niveau , on ménagé, de distance en distance, des passages pour les égouts à travers les voûtes lors de leur construction. Tels font en général les procédés usités pour bâtir un Pont ; c’est une partie de la construction qui s’est beaucoup perfectionnée de nos jours : ni le Ponr-neuf , ni le Ponr-Roynl à Paris , si vantés dans leurs te ms , ne sauroient entrer en comparaison pour la hardiesse de l'exécution avec les Ponts de Mantes , d'Orléans , de Tours , de Moulins , de Ncuilly , &c. On est parvenu au point de fonder un Pont avec la plus grande solidité , sur les rivières les plus rapides, fans détourner leur cours, fans faire de batardeaux ou d’épuisemens , & même avec moitié moins de dépeníè qu’auparavant : c’est ainsi qu’a été bâti le Pont de Saumur fur la Loire , dont nous avons D ’ A R C H I T E C T U R E. l8ì rendu compte des opérations clans nos Mémoires fur les objets les plus importuns de ÍArchitecture. Terminons cette description par une explication particulière des figures concernant 1a construction d’un Pont , ce qui nous donnera occasion d’en- trer dans quelques détails que nous avons été forcés d omettre , pour ne pas couper îe fil des opérations ; après quoi nous donnerons les dimen* fions du Pont d’Orléans , ainsi que des observations fur la construction du Pont de Neuilly ; & enfin nous finirons par les tables que nous avons promis , pour déterminer les différentes épaisseurs, des culées. Explication des Planches CVIII & CIX, représentant la Cotiflruclion d'un Pont. La fig. I, Planche CVIII, exprime une partie du plan d’un Pont : une moitié fait voir le plan de deux piles & d’une culée au niveau de l’eau ; & l’autre moitié représente le plan de la chauffée ou du dessus du Pont. A, batardeau d’enceinte garni dé pilors a y a de ptirt & d’autre , avec des palplanches b,b entre êllx ; lesquels pilots & palplanches font entretenus dans le haut par des entretoiíes c. B , piles avec un avant & arriere-bec , l'un triangulaire , & lautre circulaire. C 5 culée avec des murs en aile. J), chauffée du Pont avec des trottoirs. E, égout pratiqué à travers les arches. Fco.urant de k riviere. . Ea fig. II , est lelevatìon d’une arche avec une pile B , & une culée C; on a supposé les fondements dépouillés de terre pour faire voir leur pilotis. M iij i8r Cours G, pilots armés de sabots de fer. H>, profil du lit de la riviere. 11, niveau des plus hautes eaux. K, voussoirs de l’arche. L , reins de la voûte. M, chaperons servant de couronnement aux avant & arriéré-becs , lesquels font couverts de dalles à recouvrement Tune fur l'autre. N , cordon au-dessus duquel est le parapet. La fig. III, PI. CIX, représente le plan particulier d une pile. O, pilots de remplage, dont les intervalles font garnis de maçonnerie. P , pilots de bordage. Q, palplanches insérées entre les pilots P. R , chapeaux qui coëffent les pilots de bordage. S, racinaux fixés fur la tête des pilots de remplage , & assemblés à queue d’hyronde dans les chapeaux. La fig. IV, est le plan de la maçonnerie de la pile au-dessus du pilotis. T, cours de plate-formes fur les pilots, en supposant qu’on voulut en admettre. V, parements de pierre de taille, qui bordent te pourtour de la pile , & dont les assises font cramponées. X, libages au milieu de ia pile. Y, empattements formant retraite dassife en assise. La fig. V , est la coupe d’une arche , suivant son épaisseur, prise au milieu de la clef. Z, cours de chapeaux. a , pilots de bordage, armés de sabots de fer. b, palplanches. c, cours d’aífises élevées en retraite depuis le haut du pilotis. D’ARCHITECTURE. r8; d y d , corbeaux de pierre , servant à porter les cintres de charpente. c , coupe du cordon , du trottoir , du parapet, & de la chauffée disposée en pente vers les égouts^ pratiqués à travers les arches. g&ch , avant & artiere-becs couronnés de leurs chaperons. La 6g. VI, est la coupe d’une arche , prise suivant sa longueur , au milieu des piles. i , pilots de bordage. k , pilots de remplage. l , moilons enfoncés entre les pilots. m , racineaux. n , chapeaux. o, prohl des plare-formes. p , coupe des vouffoirs prolongés fans fin dans les reins. q , profil de la chauffée , qui est de niveau pardessus , suivant la longueur du Pont. r,r , corbeaux de pierre pour soutenir les fermes s du cintre de charpente. II y auroit sept fermes semblables , suivant la fig. V , lesquelles seroient entretenues entr’elles par les couchis t , & des entre toises u. La fig. VII , fait voir particulièrement le profil d’un corbeau. w , corbeau. x , courbe du cintre de charpente. y , couchis que l’on met fous la doëlle des files de vouffoirs , suivant la longueur de la voûte. { , tasseaux placés entre les cintres & les couchis, pour tenir ceux-ci en respect. & j vouffoirs. M iv 184 Cours Dimensions du Pont d’Orléans. Lf. Pont d’Orléans a étébâtiparfeuM.Hupeau, premier Ingénieur des Ponts & chaussées. II a 102.6 pieds de longueur. Ses arches font de forme elliptique, & au nombre de neuf. Elles ont été exécutées Tune après l’autre , & non en même- tems ; c’est pourquoi on a donné aux différentes piles une épaisseur en relation avec la poussée de chaque arche en particulier. L’arche du milieu a 112 pieds de diamètre, fur 37 pieds 4 pouces de hauteur ; la clef a 7 pieds 3 pouces ; le cordon avec le profil au-dessous a 3 pieds 3 pouces ; l’élevation du parapet est de 3 pieds 6 pouces, L’épaisseur des piles de cette grande arche est de 20 pieds ; fi on a recours au calcul, on verra qu’il n’indique que 18 pieds IO pouces pour lequilibre , & qu’ainfi il y a 1 pied 2 pouces au-delà. Les deux arches collatérales ont 102 pieds de diamètre; & leurs piles 20 pieds d’épaisseur; les deux suivantes ont 94 pieds de diamètre, & leurs piles 18 pieds d’épaisseur : enfin les deux dernieres ont 81 pieds , fur 26 pieds de hauteur ; leur clef a 5 pieds 4 pouces de haut, & les culées ont 18 pieds d’épaisseur, Les piédroits de toutes, les arches ont 12 pieds de haut depuis la plate-forme , & forment des retraites de 3 pieds en 3 pieds jufqu’à leur naissance. La largeur du Pont , d’une tête à lautre , est de 46 pieds. Les parapets ont d’épaisseur l8 pouces , & les trottoirs 8 pieds de largeur. Enfin la chaussée ou le passage des voitures a 27 pieds, de largeur. D* A R C H I T E C T U R E. l8Ç La hauteur des basses eaux a été fixée à la naissance des arches ; & la hauteur des hautes eaux est a z i pieds 6 pouces au-dessus. La plinthe du chaperon des avanr-becs est au niveau des plus hautes eaux. Enfin la forme des avant-becs est en triangle équilatéral mixte , & celle des arriere-becs en demi-cercle. Quoique ce Pont paroisse dune très-belle exécution , & ait été fondé avec beaucoup de foins , nous ne devons pas laisser ignorer un incident qui arriva pendant fa construction. La feptieme pile , en commençant à compter du côté de la Ville, opéra un tassement considérable fur le fol, qui causa alors les plus vives inquiétudes. Les deux arches qui répofent fur cette pile étoient fermées , & leurs reins étoient garnis ; de forte qu’elle portoit déjà toute fa charge , aux parapets & au pavé près , lorfqu’on s’apperçut d’une double fracture qui féparoit le corps de la pile de l’avant- bec & de l’arriere-bec. Cet effet fut produit vraisemblablement par la compressibilité du terrain , dans lequel on avoir néanmoins battu des pieux jusqu a 50 pieds de profondeur. L’avant-bec & l’arriere-bec avoient tassés au plus de 3 pouces ; mais la pile avoir tassée , ou plutôt baissée d’en- viron 18 pouces; inégalités qu’on ne fauroit attribuer qu a la différence des fardeaux de chacun de ces corps. Pour y remédier, on chargea cette pile dune masse de pierre , pesant à-peu-près deux millions, laquelle masse y restâ environ sept mois ; ensuite on a reconstruit lavant & l’arriere-bec, & après avoir enlevé toute la surcharge de pierre , on a vuidé le haut de la pile, & les reins des deux arches qu’elle soutient, en y pratiquant des voûtes qui portent le pavé, tellement que par 186 Cours ce moyen , on a encore diminué , de près de deux millions de livres , le poids que portoit la base de cette pile. Cet expédient a très-bien réussi, & depuis l'on ne s’est apperçu d’aucun autre effet. Observations sur la conflruclion duPont de Neuilly , près Paris , & fur son dècintrement. Ce Pont a près de 750 pieds de longueur , y compris les culées, fur 45 pieds de largeur totale d’une tête à l’autre. Il est composé de cinq arches, chacune de 120 pieds d’ouverture, fur 30 pieds de hauteur de cintre , c’est-à-dire, surbaissées au ouart : leur courbe a été tracée par onze centres, dont celui de Tare supérieur a 150 pieds de rayon. Les arches ont 5 pieds d’épaisseur à la clef, & présente du côté de chaque face une voussure appellée en termes de l’art, corne dç vache. Les piles ont chacune 13 pieds d’épaisseur , avec des avant & arriéré-becs demi-circulaires par leur plan, dont le couronnement sert d’imposte à la retombée de la voussure. Suivant leurs proportions, elles ne son r destinées qn’à porter le poids des arches^ & tout l’effort de la poussée de celles-ci a été entièrement rejette contre les deux culées , qui ont chacune 52 pieds d’épaisseur , tout compris. La chaussée de ce Pont est de niveau dans toute fa longueur : il y a de part & d’autre un trottoir de 6 pieds de largeur , & l’on a pratiqué à travers les reins de chaque arche, quatre conduits pour l’écoulement des eaux. Quoique toutes les piles & la plus grande partie des culées aient été établis fur pilotis, il n’y d’Architecture. 187 a eu cependant qu’une pile & qu’une culée fondées dans le bras de riviere , tout le reste l’a été dans l’ìle ; ce qui a beaucoup contribué à la prompte exécution de cet ouvrage. Les piles & culées ayant toutes été élevées au-dessus des pilotis avec de bonnes retraites juiqu’à la naissance des arches , on a établi les cintres de charpente pour construire les cinq arches à la fois. Ces cintres étoient retroussés pour ne point gêner la navigation du bras de riviere pendant l’exécution du Pont, & composés pour chaque arche de huit fermes , espacées chacune d’environ 5 pieds , suivant sa largeur , & solidement liées entr’elles par des entre toises. Chaque ferme étoit assemblée fans tenons ni mortaises , & faite de fortes pie ces de bois de chêne, entretenues bout-à-bout parembrevement , & à leur rencontre par treize moises bien boulonnées. A mesure que l’on pofoit un voussoir de chaque côté de la naissance d’une arche , on assectoit de poser sur les cintres des autres arches les voul- loirs semblables & correspondans , en observant de tenir les joints ouverts de 5 ou 6 lignes. On suivit constamment ce procédé , en avançant vers la partie supérieure de chaque voûte , relièrent que les cinq clefs furent posées le même jour & presque en même tems. Après que les voûtes furent bandées , & qifon les eût laisse réposer sur les cintres pendant quelques jours , on se mit en devoir de procéder à leur décintrement ; lequel s’opera à-peu-près suivant l’ordre que nous avons décrit dans le premier Chapitre de ce Volume , Article XII. On commença par ruiner les calles , & enlever les cou- chis de la naissance des arches, & oa continua 188 Cours en avançant peu-à-peu vers le sommet , & en suivant le mème ordre qui avoir été observé lors de la pose desdits vouffoirs ; c’est-à-dire, que l'on enleva à la fois, non-seulement les couchis sem^ blables placés fur les cintres de part & d’autre de chaque arche, mais en même-tems les couchis cor- respondansde toutes les autres arches. Chaque jour on affectoit de n’enlever qu’un petit nombre de couchis correspondans des arches , tel que trois ou quatre de chaque côté : puis après avoir laissé répoler les voûtes pendant vingt-quatre heures, on continua le décintrement consécutivement de jour en jour jusqu a sa fin. Nous observâmes » pendant cette opération , que les cintres qui s’étoienrtrouvésextraordinairement comprimés par la charge énorme des voûtes , renflèrent visiblement dès qu’on eût enlevé les couchis, & s’élé*- verent de 5 à 6 pouces , comme par un mouvement élastique , pour se rétablir dans leur premier état. Relativement au nombre des voussoirs qui montent environ à cent-neuf , & à la somme de leurs joints , dont le vuide avoit été tenu de 6 lignes, joint à la résistance quepouvoient opposer le mortier & les castes , st ctoit à présumer que les voûtes baisseroient tout au moins d’un pied vers la clef, par fesser du tassement ; cependant il r.ous a paru que leurs parties supérieures ne sont gueres descendues que de 8 pouces lors du décintrement : mais nous pensons qu’il a dû, de toute nécessité , se faire encore depuis quelque affaissement, lorsqu’on a garni les reins des arches, posé le cordon , les parapets , & chargé de terre & de fable la chaussée du Pont pour la paver. On ne sautoir qu’applaudir à la belle exécution. d’Architecture.’ 189 de cet ouvrage, qui est sans contredit le plus hardi de tous ceux qui ont été entrepris jusqu’ici en ce genre. 11 fera certainement dans tous les tems beaucoup d’honneur à la capacité de M. Perronet, premier ingénieur des ponts & chauffées , qui en a été l’ordonnateur. Le décintrement s’opéra avec íuccès ; la courbe des arches n en fut point altérée; les joints des voussoirs l'e refferrerent avec uni- formité; aucun ne s'épauffra (k) : on en fut redevable , non-feulement à la bonne proportion des culées , mais encore à l’intelligence que l’on mit dans cette opération, & à fcxceliente pierre dure d.te deSa.il/ancoart , employée à la construction ( 1 ) Environ iy jours après la réussite du tassement & de décintrement , l'on entreprit d’abattre les cintres de charpente , ce qui étoit d autant plus aisé, qu’ils ne portoient plus rien , & qu'ik éroient parfaitement isolés fous les arches. Au lieu dc démonter leurs différentes fermes l'une après P autre, comme cela se pratiqued’ordinairc , on résolut de les faire tomber toutes à la fois du méme côté du Pont, & l’on choisit le jour que Louis XV dévoie venir voir cet ouvrage , pour lui donner ce spectacle, Ce jour ayant été fixé au n Septembre 1771 , on commença à enlever des la veille, les entre-toises qui lioient ensemble les différentes fermes de chaque arche , & 011 déboulonna les moises. On contint jusqu’au moment de leur destruction les différentes fermes, en les liant avec des cordages, dont les bouts paf- soièift par les trous des égouts , pratiqués à travers les reins des arches , & qui étoient tenus en retraite par des treuils placés fur le Pont. Cette destruction s’opéra à laide dc 14 cabestans, auxquels étoient fixés différents cables attachés aux cintres. Tous ces cabestans étoient placés dans Pile , d’un méme côté en amont du Pont, & presque sur une même ligne : il y avoir dix hommes employés au service de chacun. A un coup de tambour donné pourfirpial, les Ouvriers placés furie Pont lâchèrent les cordages passes a travers les trous des égouts , qui renoient avec des treuils en respect les cintres ; d une autre part, les Ouvriers appliqués aux cabestans, en faisant tourner leurs moulinets avec célérité, attirèrent les cintres presque tous à la fois. Dès que la première ferme dc chaque arche eût reçu une impulsion, comme elles étoient toutes liées ensemble, elle la communiqua 190 Cours de cet Edifice. Les piles, malgré leur légèreté, soutinrent, sans faire de mouvement sensible lors du décintrement, le fardeau des arches, qui font chacune un objet d’environ seize millions pesant. La poussée ne produisit d'esset que contre la culée adossée au bras de riviere qui étoit à combler, parce que cette culée ayant été fiiite de même force que l’autre , qui se trouvoif/appuyée par 1» le bas de la montagne de Chanrecoq, ne pouvoir naturellement opposer autant de résistance , jusqu à ce que les terres qui dévoient aussi l’accoter eussent été rapportées. La voûte du passage pour le hallage des bateaux, pratiquée dans certe culée perdit un peu de fa forme ; il y eût quelques vous- soirs qui s’ouvrirent , & quelques-uns dont les arrêtes menacèrent de s’épaufrer ; un des piédroits de ce passage tassa fur le fol plus que l'autre d’environ 4 à 5 pouces ; mais tous ces effets ne surent en général d’aucune conséquence par rapport à la solidité du Pont , & cette culée est maintenant aussi ferme que l’autre, sur-tout depuis que le bras de riviere a été comblé. Aussi nous i’erions-nous dispensé d’en parler, si ce n’est que , comme nous avons traité dans le commencement de ce Volume, des effets du tassement , nous tommes bien aiíe de confirmer par des faits , combien est important de prendre des précautions à cet égard. à la seconde ; celle-ci la communiqua à la troisième , & ainsi ds suite , tellement que l'abatage de cette immense charpente s'opèra à la fois fans obitacle en moins de j minutes. 11 n’y eût d excepté que deux fermes d'une des arches situées lur le bras de la riviere, lesquelles fermes avoient été renversées une heure avant l’abbattage total , par la négligence de quelques Ouvriers a maintenir convenablement les cordages passés ea retraite à travers des égouts vers ces endroits. d’Architecture. 191 De la maniéré de déterminer les proportions des piles & des culées dé un Pont. Quiconque neconsulteroit sur ce sujet que les exemples , se trouveroit nécessairement fort embarrassé pour fixer les dimensions des piles & des culées , à cause de leur grande variété , même dans des cas semblables. Les Anciens , comme nous l’avons remarqué , donnoient souvent à leurs piles & culées, jusqu a la moitié du diamètre des arches. Les Modernes ont donné, tantôt le quart, tantôt le cinquième j quelquefois plus , quelquefois moins: ce qui prouve qu avant d’avoir appliqué les principes de la mécanique à la poussée des voûtes , on n’agissoit qu’au hasard , & sans aucunes réglés sûres pour déterminer les résistances à opposer aux poussées. Gauthier, dans son Traité des Ponts, publié au commencement de ce siécle, propose diverses questions à refondre aux Sa vans fur cette matière. l° Quelle doit être l’épaisseur des culées dans toutes fortes de Ponts ou Ponceaux, à propor- on de la grandeur des arches ou arceaux , & des poids quelles doivent supporter? i° Quelle doit être la largeur des piles, par rapport à Touverture des arches ou arceaux, & des poids dont on les charge ? 3 0 Quelle doit être la longueur des voussoirs depuis leur intrados à leur extrados , à toutes sortes de grandeur d’arches à l’endroit de la clef? 4 0 Enfin quelle est de toutes les arches fixées fur un même diamètre, celle qui pourra supporter les plus grands fardeaux, & à quelle proportion 1Ç2 Cours peut-on déterminer au juste leurs efforts, en les supposant., ou de figure elliptique plus ou moins sui'- baiffée, ou de figure plein-cintre, ou enfin de figure en tiers-point, plus ou moins surmontée? De ces différentes questions , il n’y a gueres que la premiere qui puisse être résolue par les mathématiques : les deux suivantes tiennent plutôt à la physique ; elles dépendent de la connoissance du fardeau que les pierres seroient en état de soutenir sans s’écraier sous le faix , ou par l’effort de la compression ; car c’est en-deça de ce terme, qu’il est bon de s’arrêter ; & il n’y a que des expériences fur les diverses qualités des pierres, qui soient capables d’ir.struive là-dessus. Quant à la derniere proposition , elle est aisée à résoudre ; il n’y a pas de doute que la voûte plein-cintre ne soit la plus en état de résister au fardeau , parce que la coupe de ses voussoirs se réunissant tous vers un seul point, il résulte que leurs efforts agissant de concert, ils se fortifient mutuellement, & sont par conséquent capables d’opposer plus de résistance à un grand fardeau, suivant l’axiome vis umta fortinr, que les voûtes surbaissées ou en tiers-point, dont les voussoirs rendent au contraste vers différons cintres. Audi dans tous les travaux de fortifications & autres, qui ont besoin de la plus grande force , emploie-t-cn toujours le plein-cintre de préférence ; & c’est fans fondement que Gauthier, après l’avoir mis en question,prétend ensuite attribuer cette propriété à la voûte en tiers-point : elle a à la vérité moins de poussée que le plein-cintre ; elle exige des piédroits moins forts, mais il s’en faut bien quelle puisse résister à d’ausii grands fardeaux. En attendant qu’on entreprenne la solution de ses d’Architectd RH. 193 ses questions , cet Auteur propose des Tables d approximation , pour établir les proportions des principales parties d’un Pont ou Ponceau , depuis lin arceau plein-cintre d’un pied d’ouverture , jusqu’à une arche de 120 pieds. II pose pour réglé générale, de donner d’épailseur aux piles le j du diamètre des arches , & le - aux culées, fans avoir égard, ni à la hauteur des piédroits , ni aux fardeaux dont les arches pourroient être chargées. II prend pour boussole dans ses déterminations , des tâtonnements faits d’après un petit rnodele de voûte en bois , comme st l’on pouvoit jamais conclure du petit au grand en pareil cas. D’aiileurs il ne parle que des voûtes plein-cintres , & il ne dit rien de celles en ance de panier , qui font les plus ordinaires pour les Ponts. Ali reste , st Gauthier n’a pas réussi dans cette solution , c’est qu’on n’y peut parvenir qu’à l’aide de la Géométrie, & que cet Ingénieur n’étoit pas assez instruit pour en faire l’application. Comme nous avons trouvé , parmi le peu de matériaux qu’on nous a remis de M. Blondel, des Tables pour déterminer en toutes circonstances les épaisseurs des piles & culées des Ponts, àTaifon dç U poussée des arches ; lesquelles Tables ( dont nous ignorons l’Auteur ) lui avoient fans doute été communiquées pour en faire usage dans son Cours, nous croyons devoir les rapporter à cause de futilité dont elles peuvent être pour ceux qui ne lont pas en état de faire ces fortes de calculs. La premiere Table a été calculée, relativement à la formule de TV1. de la Hyre , pour les voûtes plein-cintre, & en supposant avec lui le point de rupture au milieu de la demi-vcíite. Taxe TI. N 194 Cours La premiers colonne de cette Table contient le diamètre des voûtes. La seconde, la hauteur des piédroits , c’est- à-dire, leur élévation depuis les fondements j uf- qu a la naissance de la voûte. La troisième contient l’épaisseur des voûtes à leur clef , laquelle épaisseur a été déterminée d’après nombre d’expériences, en prenant le vingt- quatrieme du diamètre d’une arche , auquel il faut ajouter i pied , & en retranchant ensuite i ligne par pied de cette somme , le reste fera l’é- paisseur de la voûte à la clef. II en est de même pour les voûtes surbaissées , en prenant le double du grand rayon pour le diamètre de l’arche. La quatrième colonne contient l’épaisseur des piles & culées dans le cas d’équilibre : on a supposé les reins remplis au niveau de l’extrados de la clef, & qu’il n’y a au-dessus ni terre ni pavé. Comme on n’a pas eu égard aux retraites qu’on mer ordinairement au bas des piles & culées , il ne fera pas nécessaire d’ajouter beaucoup àl’épaií- feur trouvée par les Tables, pour être au-dessus de l’équiiibre. Car pour les petites arches , ces retraites ( si l’on en met deux , chacune de deux pouces ) font suffisantes : à l’égard des arches de médiocres grandeurs , comme celles de 36 pieds d’ouverture , il suffira d’ajouter 6 pouces à lepaif- feur trouvée par la Table, & pour les plus grandes 1 pied ou 18 pouces , ce qui joint avec les retraites mettra la résistance beaucoup au - dessus de l’équilibre. La cinquième colonne contient l’épaisseur des piles & culées, en supposant 1 5 pouces d’épaif- D* ARCHITECTURE. 19J seur de terre & pavé au-dessus des clefs , & que la pente de ce pavé est de 18 lignes par toise., Cette colonne est seulement remplie pour les arches depuis deux toises jusqu’à z6 de diamètre » & de quatre en quatre toises , ce qui a paru suffisant : car il sera facile de connoitre ce qu’ii faudra ajouter aux épaisseurs de la premiere colonne , pour avoir celles des arches chargées de terre & de pavé , par la comparaison de celles qui ont éré calculées. La deuxième Table concerne les voûtes surbaissées au tiers, & tracées suivant la méthode de feû M. Pitot ; elle a été calculée par une formule qu’on a faite à l’imitation de celle de M. de la Hyre, pour les voûtes plein-cintre. Comme on n’a pas d’expériences certaines pour déterminer généralement le point de rupture des arches surbaissées à moitié , le moyen le plus sûr a été de fixer ce point par le calcul dans 1 endroit où il se trouve désavantageux , & ce moyen n’a rien de douteux, parce qu’indépendemment de ssexistence de sa réalité, il est conforme à la présomption naturelle qui nous conduit à croire que la poussée des voûtes surbaissées n’appartient qu’au plus grand des trois arcs dont elles lònt formées. On a été fondé à ne pas supposer le point de rupture au milieu de la demi-voûte , comme ci-devant ; mais à la rencontre des arcs , qui est le cas le plus désavantageux , c’est-à-dire , que si l’on supposoit que la voûte vint à se rompre au-dessus ou au-dessous du point de rencontre des arcs , l'épaisseur de la culée dans ce cas doit être moindre , pour retenir la poussée de la voûte, que ii elle rompoit à la rencontre des arcs. N ij 196 Cours La Table des arches surbaissées au tiers contient deux colonnes de plus que celle des arches en plein-cintre , dont l’une est pour le petit rayon, & l’autre pour le grand : nous ne nous arrêterons pas à expliquer particulièrement le contenu de chacune de ces colonnes , attendu que leur titre l’annonce suffisamment. /w\ d’Architecture 197 I. T A b L E pour les Fouies ou Arches en p'.eìn-cintre. Dismérre des Arches Hau urs Piédroits. Erai fleurs des Voùres à leur clef. toists pitds o., z.. pitds punie. 3 - o... 4.. . s... 6.. . o..., pitds pou, IÌ£, !.. !.. ; i ... I..Z !í • • • 3... 4 • • • j... 6 Z. 6 . 9 . o. Z. 6 . 9 . IX. 1 S . 18. 11 . *4 . I I. I I, 1, r.. 6 5.... 7 - 6 10 0 ., é, 1 L> Epaisseurs des piles & culées , les Rems tem- .*is a u n veau Je l’extrados de la clef. pieds pou, l F. 1.. s !.. 7.. 6 !.. 8.. 9 !.. 10 .. 6 X.. !.. 4 z., z.. 4 !.. !.. Z z. 7.. . Z..II.. z 1.. 4.. 7 z.. 4.. 9 z.. II.. 9 4-. í 7 - « 3.. 10.. 1 3.. u. n 4- !.. 4 4- r.. 7 3.. 7. 10 4.. !.. 9 4.. 6 .. I 4.. 3.. I 4.. 9 . s 5- 5 4.. 10.. 1' 5 - 7 1 - 11 .- s 5.. 4. IC 6.. I .. . L.. 7» 8 N Kp u itìeor& d.» piles 6 . tulet* I.' Veine char gee de 1 s pou. d’épaitïeur ue ttiretf » pavi .iorc la pente seroirde 1 $ I-e. pua* peu» lig 1.. 8.. 3 3.. 4.. R ;-io- s 5 .. 9 - U 6 .. , 7- r- i, “j Cours 198 Epaisseurs des Diamètre des Arche» piles & culées, Hauteur Piédroits. Epaisseurs des Voûtes à leur clef. p.les cuiees , les Reins re m plis au niveau de l’extrados la Voûte chargée de 15 pou. d’épaisseur de tv rre & de pavé de la clef. d0iit la pente seroit de 1 s !>e par toise. toïs'l . . . pieds . . ' . pieds pou . lig. pieds pou . lig. pieds pou . lig . O 4- 0.. 8 7 . 6 5 - 6 .. 11.. 5 8. . . 9 u. s- 6 11 7- z 6 jí.. 6 ... g 9 1.. 8 . .. 7. !.. 10 . 11 7- 10.. 7 Is 8. f- 2- 6 7 - 0.. 4 9 . ? 7 - 9 - 7 11 1.. ro.. 6 8. f- r 1f 9 - 0.. 9 6 , 7 - 6.. 8 7- 11- 4 10. 9 11 3 - r-- 8.. 9 - 4.. 3 6- 7 8- 9 - 3 9.. 6 .. 1 L 1 ! • 9 - 8.. 1 IO.. !.. II 6 8. !... 9 8. 10.. 10 11. 11 - 5 - Z ..6 9 . 7 - 6 II IO. 3.. 1 18 10.. 10.. 1- 6 « 8. 7 - 4 > 9 ■ S - 4 12. 11 . 3- s.. . 10 . !.. 1 if . 10 . 10.. 1 IS - II.. f- 6 6 9 • !.. 1,0 9 . S- n.. 9 13. 11 ' 5- 8.. 6 10. 9... If . I !.. f- 3 IS - 11.. 0.. IO- 9 IO.. f- 11 0 6 11 . II.. f- 7 íi.. 7.. n 14. if 3 - n... 11.. 0.. I 11.. 4.. 8 l8 . 11.. 7.. II 13.. 0.. 8 ll . . . if- 3 - 1 13.. 8.. i‘ d’Architecture. D amétre des Arche, 1 6 17 18 19 20 21.. Epaisseurs des piles & culées , Hauteurs Epaisseur, les Reins rem- des Voûte* plis au niveau Piédroits. à leur clef. de Pextrndos de la clef. pieds . pieds pou, lie. pUii pou . lig. 9 II.. 1.. 4 IZ . II.. II.. 6 is 18 • 4 .. !.. 6 IZ.. 13.. 8.. 1 4 . . . ri. . 13.. 11.. 4 9 II.. 7.. 0 IZ IZ.. 4 - 8 -5 4 " 4- 0 13.. !.. 7 18 13.. 9.. 9 ZI . 14- f- 4 9 IZ.. I.. f IZ IZ.. II.. z If H,» é t . 6 13.. 7 - 5 18 . 14.. 4 - 7 ZI • 15.. 0.. j 9 IZ.. 7 - 8 IZ 13.. f- 8 I s 4.. 9... 14.. Z.. 10 18 - 4 " II.. 4 ZI . 15.. 7 - f 9 13.. Z.. 0 IZ 14.. O.. I -r 4.. II.. 6 14.. 9 - f 18 1 S- 6., z ZI . 16.. !.. 3 9 13.. 8.. 4 Ii 14.. 6 -- f r; f- 1... If" 4. .. 18 1 6.. 0.. 10 ZI • 16 .. 9.. 1 9 14 - !.. 8 IZ . If" 0.. 10 If . f" 4- 6 If" IQ.. 6 18 . 16.. 7 " f ZI . 17 - ;.. 11 N iv 199 Epaisseurs dos piles k ciilees , líi Voûte chargée de 1 f peu. d’épaisseur de terre & de pavé dont la prtité scroit de i8 hg. | par toile. pieds pou • lig. IZ.. IO.. II 13.. 9. . - 14.. 6.. 4 15.. i 15.. II.. 3 200 Cours Epaisseurs des Diamètre des Arche* ou Epaisseurs des piles & culées, les Reins rem- plis au niveau de Pexrrados piles St culées, Hauteur des Piédroits. Bpaíffeors des Voûtes à leur clef. la Voûte chargée de 1 s pou. d'épaisseur de terre Sc de pavé fero.cde 1S lig. par toise. toises. . . . pieds. pieds pou. lig • pieds pou, pieds pou. U 3 . 9 14. 8.. u i 4 .. II. 1 ». I 1 15- 7 - ? if- 9 -- 7 If f- 7 ->. 1 6. 4 - II 16.. 7 - f 18 17.. !.. 1 17 - 4 - 8 11 i?.. IO,. 8 18.. !.. 5 9 if- 2 rZ . IX 16.. !.. 7 -f f- 9 - 6 16.. II.. 1 18 17- 8 .. 8 11 18.. f-- f 9 if- 9 - 6 11 16. 7 -- 9 24 . Is 17. f- 6 18 18.. !.. II 11 18.. II.. 8 9 1 6. Z- 8 25 . 11 lj 6.. i.. 6 17. 18. !.. 0.. 3 ? 18 18. 9» 8 ri " 19- 6 .. 8 ? 16.. 10.. I 16.. 11.. 3 11 6., 5 . .. 17- 8 .. 8 17 ” 10. . . 26 . -f 18.. 6.. 9 18.. 8 .. 1 l8 19- 4- 4 19- f- 9 11 10. !.. f 10.. !.. II 9 17. 4 - 1 11 18. !.. II *7 . If !.. I 18 19. 10.. 8 11 10. 7 - II 0 14. 10.. 7 3 if- II.. 1 6 16.. II.. X %S . 9 U 6.. 10 ... 17- 18.. 10.. 9.. 5 3 If t 19- 7" 4 18 10.. f" 1 11 u.. !.. f U ii.. II.. 4 d’Architecture 201 II. TABLE Pour les Voûtes ou Arches surbaissées au tiers. Voûtes. Hau- d PÌé- tOlj t pi. pied.p. I 3- o O. 3 4 - 6 \ 6 . . I 3 - - 4 - « 4 . J i*3 3 • • 4 . . 9 - - o . . 2 3 3 • • 4 . . 9 - • 12. . . i; .. 18 . . 21 . . 14 . . 4 . . 9 - • 11 . . 4 6 . . 9 ■ - 12 . . ; 6 . . 9 - • 12 . . 6 Tetic Rayon. Grand Rayon. Epaisseurs des Vou* ces à leur clef. Epaisseurs des piles & culées, les Reins remplis au niveau de l'extrados de la clef. Epaisseurs des piles & culées, la Voûte chargée de 1 s pou. d'ép. de terre & pavé,donc la pente seroiede 1 S lig. par coiC pi'di pou. lig. pieds pou «k. pi.po. lig. pieds pou. lig. pieds pou. lig. 0. 9■ 9 3 Z. Z. 1 ; 1 9 !.. 4.. 4 0. 9- 9 j L. Z. H I 1 9 !.. 8.. 4 0. 9-9 f 1. z. I 1 9 I.. 9- 5 Z.. 3-- 5 I. 7- 7t 4- 4 . 4 ! 3 • • Z.. 4.. 9 Z.. 9- I z.. 8.. 2 z. 4 . il 4 . 7- I í 6 3- 3- 4 3- 7- 3 !.. 8.. 10 3-- Z.. 4 3- II.. 3 4-- 4- 7 3 - 9- 1 - 3 . 3- i; 8. 8. 9; I 7 4 4- 8.. I 4 .. 8.. 8 4-- 10- 9 s - 3- 11 5- 0 .. 7 5-, z.. I s- 3- 3 4- 10. 3 4- 10. 10 13- I. 1 X 10 10 5- 5- í 3- 10. 4 5- 8.. í 6. 6. 5 n- 5- 7 Z 1 7 6.. S 6 .. II.. í 4.. s- 9 8 . 2. oi ZI. 9- ni Z 6 0 7- 3- 7 7- !.. IZ 7- 3 - 1 8.. 0.. 0 9 • 9 . 8 2.6. z. 4 , z 10 I 8.. Z . 9- 0 .. 3 1 8.. 10 .. 8 9- 9- 11 202 Cours Dia- Han- Epaisseurs de* Epaisseurs des mêrre Epaisseurs piles & culées. des Voû- à Petie Rayon. Grand Rayon. des Voû res à leur les Rems rem- gée de 1 f pou. plis su niveau d’éo. de rerre tes Jroics. clef. de l'extra dos Je la clef. & pavé',donc ìa peme feroit de 1S 1>e. par cois. ^ . . po“. Iry pitds pou. lig. /í. piedt pou, lig, z ... . fjeu; pou. lig. 7 - 9 - - o. í- 5 )S. 6. 9 3 1 . . 8. n.. 8 IL . . 9 .. 8.. 11 6 . . 8. 8.. 2 8 • 9 - - iZ- O. IO 34. u. i 3 í 8 9 8.. 6 11 . . 10.. 6.. 8 i S - - 11. 3.. 2 6 . . 9 » 4 - 7 9 . 9 - - h- 8. 6 39. 3- 6 3 8 8 10. s 11 . . 11. 4 - 3 -5 .-J ■ I !.. 1.. S 6 . IO.. 4.. 0 IO.. 9 - - 10 . 9 - - 11.. -s 4 - I 43 - 7 - Ii 4 0 6 lili.. !.. 5 !.. 10 II.. I !.. 11.. ; 11.. 8 1 s • - 11.. 11.. 8 13.. IO.. 1 6 . . IO.. 9.. 2 9 - - II.. 11 ... ii . Il . . 17. 11. 8i 48. 0. 3! 4 4 0 11.. 10 .. II -s .. 13.. 9 - 3 18 . . 14-- 6- 5 6. . I !.. í- 7 9 - - 11.. 7.. 10 12 . 11 . . > 9 - 7 - 3 Î ;r. 4. *4 4 7 6 13- 8.. 1 if . . 14- 6.. II -8 . . o- 4- s 6 . .1 11. !.. 8 9 • • - 3 - 4.. 4 11. 1. 1 I 56. J. I 4 U 6 h- 15- s... 4.. 4 . 18 . . 1-6- 1.. 3 1 9 - - 14 . I . . 14.. 9- - 11 . . - 3 - 2.. 3 - 3 -- 10.. 10 14 . 1$ . . 11 . 10. 6 61. 1. 6 5 3 l6. I'. 10 16.. II ... 18 . . 17 - 0.. 3 17.. 9 - II 11 . . 17 - 9 - 7 18.. 7 -. 9 l Di; Voûtes. toise, M 16 17 18 19 20 21 d’Architecture. 103 Pçtit Rayon. pieds pou. lig. 14. 6. l| 16. i. 8 17. 9. 4 19. 4. 11i 31. o. 7 31. 8. 2. 34- ?! Grand Rayon pieds pou . lig. 65. 5 10 f 69. 10 3} 74- i. 8 78. 7- °7 8 i, 11. j 87. 3. 10 91. 8. if Epaisseurs des Voûtes à leur clef. Epaisseurs des piles & culées îes Reins remplis au niveau de l'excrados de la clef. Epaisseurs des piles & culées, la Voûte ch ir- gée de 1 s pou. d’ep. de t»ne & pavé,dont la pence suroît de 18 lig. par cois. pu pou li. pieds pou. lig. pieds pou. lig. 14- 9 - 4 if.. 11.. 8 s 6 9 16.. 10.. 9 17 - ?.. 8 18.. 7.. 4 J.. 1 l6.. 7 - 0 k 10 0 i 7 .. 7 - 1 18.. 6- 5 1 9 • 4- 6 16.. !.. 8 17- 3.. 8 6 I 10 18.. 4 - s 19.. 3.. 1° 10.. !.. 4 16.. 9.. 10 17. 4- 11 18.. 0.. 1 18.. 7- 8 6 5 I 19.. !.. I l?-- ?.. 1 10.. 0 .. II IO.. 9 - 4 2.0.. 11.. 8 11.. 8.. 5 17.. 6 .. 1 18.. 8.. 8 6 9 1 19.. 10 . . io.. 10. . 2.1.. ?.. > 18.. 1. 2 19.. 4 - n 7 0 « IO.. 6.. 4 11.. 6 - ? 12... 6 .. 1 18.. 10.. 3 IO.. 1.. 3 7 4 4 11.. 3- 1 12... 3-. ? 13.. 3.. ; 2.04 Cours 26 . 27 28 [ 3 . ig . II . 9 - ii . I S . 18 . ii . o . 3 - 6 . 9 > Ii . -5 - 18 . ii . -4 - Via- H.ni- des des Voii* pie- tes. J.OiCS. toises. p.ed 1, 9 - - 11 . . 22 . If . . iS . . 11 . . 9 - - 11 . . 23 . if . . i 8 . . 11 . . 9 - • il . . 24 . If . . iS . . 11 . . 9 • - 11 . . 25 - If . . 18 . 11 . . 9 --I P«ic Rayon. pteai pou, hç 35- II- 4 a 37- 4- il f 3 9 - 7; fO. 10 . li 41- s. 9- 44- i- r 45- 9- v; Grand Rayon. Epaisseurs •les Voû- clef. ’ Cjr Epaisseurs des piles & culées. les Reins rem plis au niveau Je l'exrrados Je U cle£, Epaisseurs des piles & cuJé s, la Voûte eh r- $ée de 1 s po u. d'ép. de rerr< 5 c pivè.donr la pence leroit de 1 g li?. par rois. pieds pou. lig pi. pou. li. p'eds pou. lig. pieds pou. lig. 19.. 6- 7 IO.. !.. 0 IO.. 9.. 10 11- 4.. é Já. 0. yl 7 S 0 11.. II- 8 11- 6- 9 13- 0.. 6 13 - 7 - 11 H- O- f 14- 8- i 10.. t- 8 11.. 6 . . . -k O O O 8 II 6 11.. 8- 1 13- 9 - 1 14.. 9 - 4 IO . 10 . II 11.. 104 - 9 - 4 . 8 3 4 13- 4- ; 14- 6. .. if- S- 4 11.. 6 .. 11 11.. IO.. 6 IOJ. I 9 \ 8 7 - - 14- I . . . if- !.. 6 lé- 3- 1 ' !.. 3- 0 11- 8- 7 13- 6- 9 14- 0- 8 113 - é. li 8 10 c 14- z> - 5 if- 3 - 7 if- II.. I lé- f- é 16.. II.. I 17- é— 6 11.. 11- 3 i+- 3- i 117. 10. 7 9 1 4 If.. 5 --11 16.. 7.. 10 17- 8 - 9 18- u- 8 IO.. 7- 6 11.. !.. II 13- 7- 1 m. 1.117 9 5 9 14- II.. I 2 . 6 .. !.. I 17- 4- 1 18.. 5 - 3 19- 5 - 7 i D ’ À R C H I T E C T U R E, 20 ) át'S Vo û- Hau- d P é ' Petit Rayon. Grand Rayon. Epaiffeir* des Voûtes à ieur clef. Epaisseurs des piles U cultes, les Reins rem p!is an niveau de Pexcrado? de ia clef. Epaihen: s dt piles & culées • la Voûte chai- gée ae » ? pov* d'ep. de terr? & pavé) lotit pente f r tir j L lig. par toif. toiìts. fitdu pou. u t . pieds ptu. lig. />*. p*.... piea» pou, lig. 29. IL . . 47.. 4 - i 116.. 7. 4 9 9 ■■ 2 j.. 6 .. 10 3 °. IL . . 4?» c.. 3 I 30 .. II. A IO . . . 2.6.. 1.. 9 35 • IL . . s/.. L.. 4 iji.. 9. 8 II 6 . . 29.. 7.. 3 40 . IL . . 65.. 4 - 4 174 - 7 - 8 13. .. 31... II.. j 45 • IL . . 7; - 6 .. 5 19Í.. j. 7 14 6 0 35 -. 11- 4 5° • IL . . si.. S.. J 118.. 5. 7 If. . . 5 S.. 11.. 3 f&S 4 * 20 6 Cours CHAPITRE VIL Des Constructions Gothiques. T jL’ARCHlTECTURE Gothique n’est pas aussi maladroitement imaginée qu’on pourroit le croire. A travers ses chimères , ses harpies , ses mas- carons , ses ornemens grotesques , toutes ses figures grossièrement sculptées, & ridiculement placées les unes au-dessus des autres dans de petites loges, les Connoisseurs remarquent, dans l’eníèmble de ses Edifices , un caractère de le- gereté qui les étonne , ainsi qu’une majesteuse élévation qui en impose , & qu’on ne retrouve pas toujours dans les Edifices antiques. II semble que les Architectes Goths aient eu en vue , par l’or- donnance de leur bâtisse, de rectifier les constructions Grecques & Romaines. On diroit qu’ayant , remarqué que ce qui avoit précipité la ruine des Monuments antiques , étoit les fardeaux immenses des architraves , la grande saillie des corniches des entablements cjui chargeoient leurs points d’appui en basecule, la forme & l’épaisseur de leurs voûtes, ils eussent entrepris de se frayer une nouvelle route , plus capable d’assurer la durée de leurs bâtiments. Quoi qu’il en soit , au lieu de colonnes bien proportionnées , & d’une hauteur déterminée comme auparavant , ils imaginèrent de faire des piliers d’une hauteur arbitraire, environnés de petites colonnes susceptibles de se prêter à toutes les élévations qu’ils desiroient , c’est-à-dire , qu’au lieu d’imiter le tronc des ar- d’Architecture. 2.07 fores , à l’exemple des Anciens , ils se piquèrent en quelque sorte de n’en imiter que les branches, dont ils formerent des especes de faisceaux qu’ils ramifioient à volonté jusques dans les voûtes. Ils firent succéder, au périlleux élancement des corniches & des architraves , de simples cordons peu ouvragés, & presque sans faillie : enfin ils substituèrent atix voûtes anciennes plein-cintre ou en ance de panier, exécutées en pierre , des voûtes en tiers-point ou ogives, qui ont le moins de poussée, en observant de les construire des matériaux les plus légers , à Fesser de diminuer leur épaisseur , & de favoriser conséquemment la légérété de leurs piédroits. Les Goths ne furent pas non plus aussi scrupuleux que les Anciens & les Modernes, dans remploi des pierres suivant leurs lits ; car la plupart de leurs petites colonnes font en délit : 011 en voit d’une feule piece, qui ont jusqu’à environ 12 pieds de longueur, fur à-peu-près 1 pied de grosseur , lesquelles ne laissent pas de porter des fardeaux , ainsi qu’on peut le remarquer aux Tours de l’Eglise de Notre-Dame de Paris , & à mille autres endroits. II y a nombre d’Edificcs Gothiques où il régné une délicatesse siguliere dans la bâtisse, & que les meilleurs Constructeurs de nos jours feroienc fort embarrassés d’imiter. Si l’on proposoit aujourd’hui d’exécuter quelque morceau d’ar- chitecture dans le goût de légérété de la Tour des Cathédrales de Strasbourg & d’Anvers, ou de quelques autres ouvrages en ce genre, il est douteux qu’il se trouvât quelqu’un capable de l’entreprendre avec succès. L’on fût obligé, il y ro8 C o u r s a environ quarante ans , de refaire la rose vitrais de la croisée de l’Eglife de Notre-Dame de Paris du côté de l’Archevêché , ( morceau qui n’est aucunement à comparer pour la difficulté aux ouvrages cités ci-devant ) , & quoiqu’on eût choisi M. Boffrand , le plus habile Architecte d’alors, il ne put réussir à lui donner la même légérété qu’a la rose vitrale opposée , bien qu on l’eût pris pour modele , & qu’en démolissant l’ancienne , l’on eût été à portée d’étudier comment elle avoir été construite. Nous avons dit dans notre Introduction à la construction des bâtiments , que l’on distinguoit deux âges dans le Gothique ; l’Ancien qui est pesant, matériel, & dune lourdeur insupportable , & le Moderne qui est hardi, délicat, & dont toutes les parties paroissent réduites à un nécessaire absolu. Ce ne fut gueres qu’au commencement du XII e siécle que les constructions Gothiques commencerent à se perfectionner ; & c’est dans le XIII e siécle qu’ont été bâtis les plus beaux ouvrages en ce genre , tels que les Cathédrales d’Amiens , de Paris , de Chartres , d’Orléans , les Eglises de Saint-Nicaise de Reims, de Saint-Denis, de Saint-Ouen de Rouen , &c. Une tradition populaire attribue lans aucun fondement la bâtisse de nos plus belles Eglises Gothiques aux Anglais ; car elles ont toutes été bâties fous la direction d’Architectes reconnus pour François , par les lieux de leur naissance dont ils ont tiré leurs noms, tels font Jean de Chelles (1) , Eudes de (i) Jean de Cliellcs, dtoít nn des Architectes renommes dar» le XIII e siécle; il a bâti une partie da l'Eglife de Notre-Dame «le Paris. Montreur! D 1 * * * 5 A It C II IT £ C T U u E. íòp Montrcuil (i), Robert de Luzarche (2), Thomas de Cormont & Renault son fils , Robert d-r Couci (3) , Hugues Libergier, &c. Depuis long-tems nombre de gens qui se prê- nent aux premieres apparences , fans rien exa-\ miner , ne cessent de répéter que , pour faire une Eglise parfaite , il fàudroit réunir la Nef d’Amiens , le Chœur de Beauvais , le Portail de la Cathédrale de Reims , & les Clochers de la Cathédrale de Chartres ; mais on ne réfléchit pas q u'il ne pourroit résulter de cette réunion qu’une merveille purement idéale , & un assemblage de choses bonnes , à la vérité , chacune en particulier , mais qui ne font aucunement faites pour s’accorder ensemble , ni pour la hauteur, ni pour la largeur. Car le Chœur de Beauvais est de 18 pieds plus haut que la Nef d’Amiens , & est de 10 pieds plus large; la Nef d’Amiens est à son tour de 18 pieds plus haut vis-à-vis ses entable ments ou corniches , que le Portail de Reims clans ses deux ordres qui doivent s’y arraser ; quant aux Clochers de Chartres, il y en a un (1) Eudes de Montrcuil , mourut en 1189 ; il étoit Archi- tede de S. Louis. Lc eut la conduite de planeurs Eglises que ce Roi fit bâtir; entr’autres de Sainte-Cathcrine du Vai-des- I-.eoliers , de l’Hôtel'Dieu , de Sainte Croix de la Iîretonerie , des Blanc-Manteaux , des Quinze-Vingt , des Mathurins , clés Billcttcs , des Chartreux & des Cordeliers à Paris. (1) Robert de I.uzarche, vivoit fous I-hilippe-Augustc. Il fut l'Architectc de la Cathédrale d’Amiens , commencée cn 1110 , & qui fur continuée par Thomas de Cormont, & achevée par Renault fils de ce dernier. Cette Eglise est une des plus considérables, qui ait été élevée , & elie est aufiì estimée par l'excellence de son travail que par son étendue. (5) Robert de Coucy , acheva l’Eglise de Saint-Nicnife de Reims, commencée eu 112.9, par Hugues Libergier ; il travailla sluíli à la Cathédrale dc cette même Ville. Tome VI. O aio Cours des deux qui est de 36 pieds plus élevé que Vautre. O11 fait bien qu’en formant ce composé , on suppose que ces parties l'eroient dans des rapports convenables : or alors , tout ce qui fait le mérite des parties si vantées de ces Monuments dispa* roitroit. La Nef d’Amiens relevée de 18 pieds , & le Portail de Reims relevé de 3 6 pieds , per- droient la grâce ou la proportion qui les rend recommandables ; & en outre les Tours de Reims ne seroient, à raison de leur plus grande élévation , que moins propres à porter des Clochers , tels que ceux qu’on voudroit y poser. Par conséquent de cet alliage , il ne pourroit résulter un bel ensemble , ou plutôt il résulteroit un ouvrage absurde , sans proportion ou fans solidité. Ce seroit sans cloute la matière d’un ouvrage très-intéreslant , que de donner un détail des belles constructions Gothiques, mais en attendant que quelqu’un entreprenne ce travail, nous nous bornerons à exposer ici les principales dimensions des meilleurs ouvrages en ce genre. La longueur intérieure de la Nef & du Chœur de la Cathédrale d’Amiens , depuis la rose du gr nd Portail , jusqu’au vitrail du chevet, est.Z46 pieds. La longueur de la Cathédrale de Paris.340 Celles de la Cathédrale de Chartres.340 Celle de Saint-Ouen .... 342 Celle de la Cathédrale de Reims. 368 La largeur du Chœur & de la Nef de la Cathédrale d’Amiens, est . . . . 38 p. 7 p. Celle de l’Eglise Saint-Ouen , est. 34 6 Celle de l’Eglise de Saint-Denis. 40 d’Architecture. 21 l Celle de l’Eglise Saint-Nicaise . . 41 p. Celle de la Cathédrale de Reims. 44 Celle de la Cathédrale de Chartres. 48 Celle de l’Egliíe de Beauvais . . 48 Celle de Notre-Dame de Paris . . 42 La hauteur de la voûte qui s’étend uniformément fur le Chœur, la Net, Lr la croisée, a u même arasement de l’Eglife d’Amiens, est.132 p. 8 p. La hauteur de la voûte de l’Eglife de Saint-Denis.83 Celle de l’Eglife de Saint-Nicaise. 95 Celle de Sainte-Croix d'Orléans. 98 Celle de Saint-Ouen . . . .100 Celle de la Cathédrale de Reims. 114 Celle de la Cathédrale de Paris. 102 Celle de la Cathédrale de Chartres. 114 Celle de TEglife de Beauvais . . 148 Toutes les belles voûtes Gothiques font eu tiers-point , & leurs courbes font tracées, de façon que le rayon tiré d u centre au sommet a de hauteur les d du diamètre , dont on fait qu’il ne faudroit que la moitié pour le plein-cintre. Elle sont soutenues de distance en distance par des piédroits ou piliers , d’où partent des arcs- doubleaux en pierre, qui traversent toute la largeur de la voûte , & deux nervures auíîì en pierre, qui vont se croiser diagonalement vers le sommet, & offrent quatre parties triangulaires composées de petits matériaux en moilonage , en briques , &c. dont deux forment des lunettes qui reçoivent d’ordinaire les vitraux. 11 résulte de cette disposition que les voûtes ogives ne sont N que de véritables voûtes d’arrête , dont tout ressort se fait vers leurs retombées dans les angles , O ij 21 z Cours & qu’ainsi ces angles étant convenablement fortifiés par des éperons ou contre-forts , leur intervalle pouvoir rester tout à jour, comme le prati- quoient les Goths , fans nuire à la solidité. Quand une Eglise n’avoit pas de bas-côtés , telle est la Sainte-Chapelle de Paris , ou de Vin- cennes, &c. ils plaçoient directement derriere le mur pourtour, en correspondance vis-à-vis de la retombée de la voûte, des contre-forts qui la por- toient & soutenoientà la sois sapoussée:mais lorsqiiïl devoir y avoir des bas-côtés, pour diminuer la grosseur des supports le long des Nefs, ils décomposaient faction de la voûte , & se contentoient de placer directement au-dessous de fa naissance un pilier de grosseur suffisante pour soutenir sa partie inférieure , & ils rejettoient par des arcs- bourans faction & le poids de fa partie supérieure vers des piliers butans situés , soit en saillie en dehors des murs pourtours, soit sur les murs de séparation des Chapelles. Nous avons expliqué particulièrement cet arrangement dans le premier Chapitre de ce Volume, Articles IV& V, ainsi on peut y recourir. Les arcs-boutans font toujours disposés dans les beaux ouvrages Gothiques , de maniéré à ne former par leur prolongation vers le haut de la voûte qu’une ligne droite avec son sommet. Pour contenir les voûtes d’un grand diamètre , l’on mettoit souvent deux rangs d’arc-boutans , f un vers le milieu de la voûte , f autre vers fa naissance ; il n’y avoir qu’au pourtour des chevets ou rond-points , où l’on ne mettoit d’ordinaire qu’un rang d’arc-boutant , parce que les piliers étoient communément plus serrés en ces endroits que vers le long des Nefs , & qu’auslì les voûtes fur un plan d’Architecture. 213' circulaire ont à-peu-près moitié moins de poussée que les voûtes fur un plan droit, conditionnées de même. Les Goths employoient divers moyens pour alléger leurs constructions , fans pourtant rien diminuer de la solidité : comme ils bâtissaient la plupart de leurs ouvrages en pierre dure, ils avoient imaginé de charger leurs piédroits pour les roidir davantage , par des piramides , des obélisques , ou de grands corps de maçonnerie ; étant assurés de la bonté de leurs matériaux , ils par- venoient par là à diminuer la grosseur des contreforts ou des piliers butans. ils ne laissoient pas néantmoins réemployer du fer dans leur construction , mais c’étoit de maniéré à le faire tirer, & non à le faire porter , excepté pour l’exécution des clefs pendîtes , dont il fera question ci aprà; c’étoit toujours par surabondance de force , & non pour suppléer aux dimensions nécessaires aux piédroits , aux contre-forts , ou aux piliers butants. Ils fe fervoient aussi quelquefois de chaînes de fer factices , qu’ils laissaient feulement- subsister quelque tems après l’exécution des voûtes, & jufqu’à ce que leur bâtisse eût Opéré tout son effet : on remarque encore, dans plusieurs Eglises, les troux des passages où étoient de ces rirans vers la naissance des voûtes , & même on en voit qu’on a oublié d’ôter. Tous les châssis en pierre, des vitraux & des roses vitrales qui terminent les bras de la croix des Eglises Gothiques, ne s’ajoutoient qu’après coup ; leurs joints fe couloient en plomb ; c’est leur extrême délicatesse qui fait tout le mérité de leur exécution. Quant aux clefs pendantes que les Goths n’em- O iij zi4 Cours p’.oyoient sans doute que pour éronner les spectateurs , c’est le ter qui en faisoit toute la force. Je n’ai rien vu en ce genre qui m ait autant frappé que dans la Chapelle de Herni Vil, derriere î’siglife de Westminster , à Londres. Cette Chapelle a 80 pieds de longueur , fur environ 3z pieds de largeur ; fa voûte est fort élevée , & est toute découpée par des ornements qui la font paroître comme percée à jour. Ses compartiments offrent, suivant la longueur de la Chapelle, trois rangs de culs-de-lampe > ou de clefs pendantes, dont ceux des côtés descendent en contre-bas à plus de IO pieds; de forte qu’il semble qu’on ait affecté de prendre le contrepied de la lolidité reconnue pour une voûte , dont l’effence de la disposition des voussoirs est de fe surmonter juf- qistà ion sommet, & non de descendre en contrebas. Ce qui fait le soutient de ces clefs pendantes , ainsi que nous savons observé , ce font de forts mandrins de fer qui les traversent dans leur hauteur, lesquels font armés d’un boulon claveté à leur partie inférieure , & fixés par leur partie supérieure fur les reins des arcs-doubleaux en pierre. On rencontre fréquemment, dans les intérieurs des sigillés Gothiques, des petites colonnes composées de pierres en délit, & qui parodient soutenir des parties de voûte d’une étendue considérable ; ruais il ne faut que faire attention à la grande épaisseur des murs pourtours des endroits où font placées ces petites colonnes , & aux éperons qui les flanquent, pour être convaincu qu’elles ne portent pas autant qu’on le croyoit au premier coup d’œii. Car le fardeau ne pouvant agir fur ces petites colonnes autrement que d’A R C H I T E C T U R E. 2IJ d’à plomb , à raison de l’appareil des voussoirs des voûtes , & de la maniéré dont leurs parties supérieures se trouvent resserrées par les côtés , il résulte que tout l’effort, & même une grande partie du poids font dirigés contre les murs pourtours , tellement que les petites colonnes ne font véritablement que l’otfice de chandelles de pierre, & ne portent gueres au - delà de la retombée des voûtes en question, & de leurs premiers voussoirs : ce seroit se faire illusion que de considérer ces arrangements fous un autre point de vue. II en est de même de tous les clochers en pierre, dont les Goths couronnoient leurs Eglises : ils n’ont pour la plupart qu’une apparence de hardiesse , mais ils n’étoient pas aussi difficiles à opérer qu’on le croiroit bien. Un des plus remarquables , est celui de la Cathédrale de Cambray. 11 a près de 3 00 pieds de haut y compris la Tour où il est placé. Sa Piramide à environ 150 pieds ; elle est un octogone régulier de 29 pieds de diamètre en dedans œuvre , dont chaque côté est percé de dix à douze croisées, disposées de maniéré que , de quelque lieu qu’on l’apperçoive au loin dans la campagne , il paroit presque à jour, comme un sucrier. Quand on arrive dans l’intérieur de cette Piramide, à moins d’en être prévenu , tous les vuides des croisées rampantes, semblent autant de crevasses , présentant l’aspect d’une voûte qui s’entr ouvre , ou qu’on diroit en chemin de tomber, & à travers les fentes de laquelle on voit déj à le ciel ; du moins c’est l’effet que cela a produit fur moi. Chaque côté du clocher a 11 à 12 pieds de long, & n’a que 11 pouces d’épaisseur dans O iv *i6 Cours le bas : il est bâti en pierre très-dure , de bas appareil , ayant chacune i pied de haut, fur à-peu-près 18 pouces de longueur. Le plan de la Tour qui éleve la Piramide est cjuarré , & ses murs n’ont dans le haut que 3 pieds { d’épaisseur, fans compter les éperons. Dans chaque angle du quarté du côté de l’intérieur, il y a un encorbellement qui avance , de maniéré à porter quatre des côtés de l’octogone. La Tour ou le corps quarté étant supposé construit bien solidement , í’exécution de ces sortes d’ouvrages étoit nécessairement fort simple : elle ne coníistoit qu’à élever un bâti de charpente de la forme de la Piramide dans son intérieur, pour en diriger l’exé- cution, & y placer ensuite en rampant successivement jusqu’au sommet , les assises de pierre , en bonne liaison. L’essentiel étoit d’avoir des pierres de bonne qualité , & de pouvoir compter fur la ténacité du mortier pour les bien lier : il ne pouvoir se rencontrer d’autre difficulté. Sans entrer plus avant dans les détails ces constructions Gothiques , qui passeroient les bornes que nous nous sommes prescrites , il nous suffira ici d’observer que les ouvrages en ce genre , faits avant le douzième siecle , font d’une pesanteur insuportable ; & que ce ne fut que vers ce tems qu’on s’appliqua à alléger leur bâtisse , à diminuer la grosseur des piédroits , & à proportionner les résistances aux fardeaux & à la poussée Cela fut damant plus ailé , que toutes les constructions Gothiques se ressemblent, & n’ont qu’une même maniéré d’être : elles ne font fans cesse qu’un assemblage de voûtes d’arrête en tiers point, combinées dans différentes directions , & placées de façon à se contre-buter l'une l'a titre ' D’A RC H I T E C T U R E. HJ par les angles, où se fait tout l’effort. Solider la retombée d’une voûte par des points d’appui fuffisans ; contenir fa poussée, soit par des contreforts , soit par des piliers-butans pour la rejet- ter quand il le falloir, à l’aide d’arc - boutans vers des endroits opportuns ; charger au besoin lin piédroit pour augmenter fa résistance , fans augmenter pour cela son volume ; joindre enfin , par surcroît , des moyens artificiels aux moyens principaux de solidité ; voilà quelles étoient en général les réglés des bâtisses Gothiques : ainsi il n’y avoir évidemment que deux choses à savoir pour réussir à les perfectionner : i° Quel pouvoir être le poids qu’un pilier de pierre de telle ou telle grosseur étoit en état de porter fans s’écraser ? i° Quelle devoit- être la force d’un pilier-butant ou d’un contrefort , pour résister à une voûte ogive, à raison de son diamètre & de son élévation. Six-cents ans d’expériences souvent redressées , jointes à quelques heureuses témérités , apprirent successivement ce qu’on pouvoir espérer à cet égard ; ce surent là leurs seuls maîtres. On ne feauroit trop le répéter : on procède d’abord au hasard ; peu-à- peu on fe rectifie; parce qu’on a fait, on apprécie à la longue , ce qu’on pourroit taire de mieux : des hommes plus inrelligens que d’autres comparent les tentatives que l’on a faites; de là naissent les premières réglés, & les premiers préceptes que les sciences , où le goût épurent par la fuite ; maïs encore une fois , les premiers pas vers la perfection dans tous les Arts fe font faits fans autre secours que des tâtonnements. Pour donner un échantillon des constructions des Goths, & faire juger de l’industrie avec la- r>8 Cours ^ quelle ils contrebalançaient la poussée de leurs voûtes , & allégeoient leurs supports, nous rapporterons pour exemple l’Eglise de Notre-Dame de Uíj-.-n , dont on nous a communiqué des dessins qui ont été levés en 1762, par feû M. Jolivet, Correspondant de l’Académie Royale d’Archite- tìure, & Architecte des Etats de Bourgogne. Dcjcription de la Conflruckon de l’Eglise de Notre-Dame de Dijon , Pi. CX & CXI. Cette Eglise a été bâtie au milieu du treizième ficelé, sous le régné de Louis IX , dit S. Louis. Quoiqu’elle ne soit pas considérable par sa grandeur, elle est néanmoins des plus recommanda- bles par la légérété de son exécution. Son plan général , fig. I, PI. CX , est une croix latine : le rez-de-chaussée n’a rien de particulièrement remarquable , c’est le plan du second étage , fig. II, qui mérite la principale attention, ainíì que les profils, fig. IX , X & XI, de la Planche suivante. Pour nous rendre plus clair , nous croyons devoir lier ensemble la description des différentes figures de ces deux Planches. La Nef a de hauteur 56 pieds 7 , & de largeur cl n milieu d’uti pilier à l'aurre 2.5 pieds 7 ; elle est terminée par un comble de charpente de 22 pieds d’élévation , dont les plus fortes pieces n’ont que 9 pouces de gros. Les piliers de la Nef ont à-peu-près 2 pieds 7 de diamètre , & ont d’un axe à l’autre 12 à 13 pieds ; ils supportent des arcs ogives le long des bas côtés, & à plomb de chaque pilier s’éleve une petite colonne de 11 pouces de diamètre, qui reçoit la retombée de la grande voûte de la Nef, & qui est accom- D’A R C H I T E C T U R E. 219 pagnée de plusieurs petites colonnes de 5 & 6 pouces de diamètre , dont trois font en porte- à-faux ( voyez , figure IV , leur arrangement ) & retenues à leurs joints par des boulons de fer en forme de T , fig. V , qui les lient à la grosse colonne. Les petites colonnes soutiennent de petits arcs ogives le long de la Nef , & forment avec les grosses colonnes une gallerie de 2 pieds ~ de largeur, fig. II, régnant autour del’Eglife, dont le mur extérieur n'a que 7 pouces d’épaií- feur, & s’éleve à 25 pieds 4 pouces. Au-dessus de cette gallerie , il y en a une seconde de même largeur , & plus élevée avec de grande croisées dans le fond pour éclairer la Nef : enfin vis- à-vis les petites colonnes de 11 pouces , il y a en correspondance derriere le mur de la gallerie un contre fort d’un pied de faillie , fur 2 pieds 1 pouce de largeur , qui fe lie au droit des reins de la voûte de la Nef, avec les arcs-boutans qui en soutiennent la poussée , & la rejettent vers les piliers-butans. II est à observer que le petit mur de 7 pouce» & son contre-fort portent totalement à faux en dehors du pilier, & font soutenus comme l’expri- me le profil, fig. XI, Planche suivante , fur les reins de la voûte des bas côtés , à laquelle on a donné 15 pouces d’épaisseur , fans compter un renforcement de près d’un pied à da rencontre. La principale force de cette construction consiste dans des éperons de 4 pieds 9 pouces, de faillie, disposés en dehors des murs pourtours des bas côtés , & au-dessus defquels s’eleve.nt, presque jul'qu a la hauteur de la Nef , des piliers- butans dont la situation est singulièrement remarquable. Chaque pilier-butant a par le haut 220 Cours 5 pieds 2 pouces 6 lignes d’épaisseur, clans la direction de la poussée de la voûte , & par le bas 4 pieds i pouce. L’excédent du poids de la partie supérieure sur l'insérieure est disposé de façon à porter sur les reins de l’arc-boutant vers les à de fa montée ; arrangement qui a évidemment pour but d’augfnenter la force de l’arc- boutant vers fa partie inférieure, & de le rendre plus propre à résister à la poussée & au poids de la voûte de la Nef j qui y font presque entièrement dirigés. Indépendamment des contre-forts & piliers-bu- tans , le comble de charpente des bas côtés est encore disposé de façon à contrebuter le mur de la gallerie inférieure, & même la naissance de la voûte de la Nef. Mais ce qui mérité le plus d’attention dans cette construction , c’est la disposition du clocher placé fur les piliers de réunion des quatre branches clé la croix , & qui s’éleve à 114 pieds au- dessus des voûtes de la Nef. Ces piliers de réunion n’ont au plus , clans le bas de l’Eglife, que 6 pieds en quarré , & font considérablement tronqués par le passage des galleries, fig. II , à la rencontre des bras de la croix. 11s font en outre tout-à-fait évidés au-dessus des voûtes des bras de la croix, fig. VI, VII & VIII , pour faire place à quatre escaliers ronds de 2 pieds { de longueur de marche , montant à 54 pieds de hauteur & dont les murs n’ont que 5 pouces d’épaisseur ; ainsi ces parties angulaires que l’on a coutume de fortifier dans tous les bâtiments , font ici entièrement évidées. Nous avons exprimé ci joint trois différents plans du clocher. La fig. VI , est la moitié de d’Architectuke. lu í'on plan , à la hauteur C C de la gallerie , fig. X ; la fig. VII , est le quart du plan , à la hauteur D D de la deuxième gallerie ; & la stg. VIII, est le quart du plan , à la hauteur E E des seconds vitraux ; en les comparant, il fera aisé de concevoir leurs rapports. Ce clocher est , comme l'on volt, quarré par son plan : il a 30 pieds de largeur hors œuvre. Son intérieur est décoré de deux étages de gal- leries soutenues par des petites colonnes portant des arcs ogives. Les murs qui adossent ces galle- ries ont 9 pouces d’épaisseur, & dans le milieu de chacun des quatre murs , est à l’extérieur un conrre-fort de 2 pieds 6 pouces 3 lignes d’épais- seur , y compris celle du mur , fur 3 pieds de largeur , lequel porte fur la clef des grands arcs des bras de la croix. Chaque côté du clocher, dans la seconde gallerie , a deux grandes croisées, avec trois autres croisées au-dessus, de forte qu’il est percé en totalité de vingt croisées : enfin il est terminé par un plancher & un comble de charpente en piramide. On volt par le compte que nous venons de rendre de cette construction , qu’elle est disposée avec beaucoup d’industrie & d’intclligence , mais de maniéré néantmoins que , malgré la hardiestë , tout est en force, & est disposé pour se prêter dî toutes parts de mutuels secours : elle est exécutée toute en pierre dure , atteinte au vif, & maçonnée avec d’excellent mortier : 011 ne voit paraître aucune chaîne de fer, mais il est à croire qu’il doit y en avoir dans l’épaisseur des murs, íur-tout du clocher. Nous avons exprimé fur le plan du rez-de- chaussée les empattements des fondations de cette 2.2.2 Cours Eglise y pour faire juger de leur liaison , de leurs rapports , & des précautions que les Goths ap- portoient à cet égard ; & afìn de nous rendre plus intelligible, vu la petitesse de l’échelle du dessin , à laquelle notre format nous a obligé de nous réduire , nous avons cotté fur le plan & Télévation , les principales parties de cet Edifice , afìn que chacun puisse l’étudier particulièrement. Nous nous trouvons forcé par les bornes de notre Ouvrage, & pour laisser place aux autres matières qui intéressent également l'exécution' des Bâtiments , de terminer ici nos observations fur ce qui regarde la Maçonnerie : car nous sommes bien éloignés de croire avoir tout dit fur cette partie importante. La construction considérée au-delà des éléments & dans tous ses rapports , est capable de fournir une ample matière à des dissertations très- intéressantes pour ses progrès : nous en avons déja donné plusieurs, tant depuis le commencement de ce volume que dans nos Mémoires fur les objets les plus importuns de íArchitecture , & nous espérons, dans la continuation de ceux-ci, en donner par la fuite encore d’autres qui completteront, en grande partie, ce qui reste d’important à dire fur cet Art. #% d’Architecture. -E 223 39 * DE LA C H ARPENTER IE. » INTRODUCTION. De l’origine et des avantages des Bâtisses en Charpente. Quelque anciennes que soient les constructions en pierre , on ne sauroit douter , comme nous lavons dit dans notre Discours Préliminaire fur la Maçonnerie , que les batistes en charpente ne les aient de beaucoup précédées, ou plutôt , que Fart de bâtir ne se soit exercé pendant long-tems fur le bois avant de s’estâyer fur la pierre. Après que les premiers hommes eurent quittés les antres & les rochers, ils se mirent à couvert des injures de l’air, fous des cabanes simplement formées avec des branches d’arbre, des feuillages , de l’argile & du chaume. Mais ayant senti bientôt l’insuffisance ou le peu de solidité & de salubrité de ces sortes d’habitations,ilss’appliquerent successivement à les rendre plus stables & plus commodes. A la place de branches , ils plantèrent des troncs d’arbres verticalement à une certaine distance les uns des autres dans la terre : fur leur sommet, ils appuieront d'autres pieces de bois, tant horizontalement qu’obliquement , pour servir de plancher, & de comble à leurs demeures. La réflexion & l’expérience ayant éclairés de plus 224 Cours en plus les hommes , il trouvèrent le moyeu d’écarrir les bois, d’en affermir les différentes pieces par des assemblages combinés , à l’effet de leur procurer une consistance durable , & une force capable derélisterà simpétuosité des vents: c’est ainíi que les bâtisses en bois se font peu-à- peu perfectionnées. L’utilité de la charpentérie est trop généralement reconnue pour qu’il soit besoin d’insister beaucoup sur ses avantages. Nous la voyons dans les siécles les plus reculés , contribuer à l’attaque & à la défense des places , tantôt nous tracer un chemin solide sur les fleuves les plus impétueux , tantôt nous aider à parcourir les mers dans des eípeces de maisons flottantes, pour nous enrichir des productions des contrées les plus éloignées, ou bien pour contribuer à faire passer juíquaux extrémités de la terre les fruits de findustrie de nos Commerçans. D’affreux tremblements de terre menacent-ils cTengloutir une ville, & d’écraser, par la chute de ses maisons en pierre , la plupart de ses habitants ? heureux ceux qui rencontrent alors des maisons en charpente ; elles seules peuvent , dans ces désastres , mettre en sûreté leurs vies & leurs richesses. Dans nos Cérémonies , dans nos Fêtes publiques , dans nos Assemblées utiles ou agréables , sacrées ou profanes , par-tout nous avons besoin del’art du Charpentier. Comment pourrions- nous donner à nos Edifices importans une hauteur si considérable, & construire leurs voûtes fans le secours des échaffauds de charpente , St des cintres qui s’élevent avec elles ? N’est-ce pas encore par son moyen quon vient à bout d'exécuter toutes les machines industrieuses , dont on se sert D’ARCHÌTECTURE. rrs sert pour tirer du sein de la terre , & transporter dans les airs ces blocs énormes de pierre, qui servent d’amortissements & d’embellissement à nos Monuments ? N’eít-ce pas par la force des cabestans que nous parvenons à conduire jusques dans les chantiers ces masses prodigieuses demarbre, aux- quelles nos Sculpteurs semblent donner le mouvement & la vie ? Lest en st n à laide de la char- penterie que les planchers nous tiennent lieu cL» voûte , que nos demeures deviennent plus fa lustres , que des escaliers de la plus grande légérété dégagent les appartements, que l'on parvient à faire des cloisons & des corridors , qui multiplient les logements ou les rendent plus commodes , & qu’en un mot nos couvertures nous préservent des ardeurs du soleil , du vent, de la pluie & des neiges , fans parler ici de i’accélé- ration & de l’économie qu’eile procure dans la bâtisse en général. Mais si laCharpenterie présente , en esset, une multitude d’avantages, on ne sauroit le dissimuler qu’elle a le très-grand inconvénient d’être sujette aux incendies , & d’empêcher la durée de la plupart des Edifices cù on saisie avec la pierre ; & même son peut sc rappelles que nous avons déjà remarqué, qu’aucun des ouvrages de f Antiquité, où son avoir employé de la charpente, ne sont parvenus jusqu’ànous. Le Temple de Diane à Epheíe , celui de Períépolis , & le Temple de Jérusalem , bâti par Salomon , dont la charpente étoit composée de cèdres du Liban , ont été la proye des flammes. Combien de villes entieres n’onc elles pas aussi été ruinées par le feu ? Et pour ne parler ici que de celles renfermées dans le sein de la France, Rennes en Bretagne, Sainte-Menehould en Tome VI. 1 J MíS Cours Champagne , Bolbec en Normandie ï nombre d’Eglises dans nos Provinces , plusieurs Ponts à Paris, dont les maisons étoient bâties en bois , récemment la Foire de Saint-Germain , la Salle de l’Opéra , l’Hôtel-Dieu , & une partie da Palais , ne nous rappellent-ils pas encore ces désastres terribles , que la prudence humaine ne peut pas toujours prévenir. Quoiqu’on ait beaucoup écrit fur la Charpente- rie, nous n’avons cependant encore aucun traité véritablement raisonné dans toutes ses parties. Le secret de cet Art semble être le partage de quelques bons Praticiens*, que leurs travaux multipliés empêchent de rien écrire fur ce sujet ; en sorte que ceux qui veulent s’en instruire ne peuvent avoir recours qu’à ce que nous ont donné Mathurin Jousse , Philibert Delorme , le Muet, .Blanchard , Lt depuis peu le sieur Fourneau. Notre dessein n’est pas de traiter ici à fond cette matière , & de la développer au point de faire ce qu’on appelle un bon Charpentier , mais seulement de mettre un jeune Artiste au fait des travaux les plus ordinaires , asm de pouvoir les ordonner, les apprécier , fixer leurs dimensions , & en un mot, con- noîrre ce qui constitue la perfection de certe partie de l’Architecture. C’est pourquoi, après avoir parlé en général de la qualité des bois , de leurs principaux assemblages , & de la résistance qu’ils peuvent opposer à raison de leur grosseur. Nous traiterons de leur emploi dans les planchers , les combles , les pans de bois , les cloisons , les escaliers , & nous finirons par donner une idée de la maniéré de faire le devis de ces sortes d’ouvrages ; renvoyant pour leur toisé aux traités de Bullet & de Dégodets , auxquels il y a peu de chose à dcsirer à cet égard, d’Architecture» us CHAPITRE PREMIER. De la qualité des Bois en général, ET EN PARTICULIER DE CELUI PROPRE A LA CHARPENTERIE. X*A bonne qualité du ' bois dépend, & de la nature du terrain , & de la saison dans laquelle il a été coupé. Dans les lieux bas & marécageux , les arbres contractent une humidité qui leur devient nuisible. Leurs fibres, en s’imbibant des parties sulphureuses , que charient en abondance les eaux qui abreuvent ces terrains, rendent leurs troncs moins sorts & moins en état de résister au poids qu’ils doivent soutenir : c’est pourquoi ils se tourmentent, se déjettent, plient, & deviennent peu capables de faire une con* ftruction durable. Au contraire les arbres qui croissent sor les montagnes, dans des lieux secs , sor les lisières des forêts , ne tirant de socs nourriciers de la terre que ce qu’il leur en faut pour croître & se fortifier , leur intérieur devient conséquemment plus compact , plus serré , plus solide , plus propre à résister aux impressions de l’air , & à supporter de grands fardeaux. II en est de même des arbres qui ont été plantés à l’exposition du midi, on remarque qu’ils sont toujours plus durs , plus droits , plus hauts , plus gros , & ont moins d’aubier que ceux qui ont cru exposés au nord. Quant à la saison de couper les bois de char-, P ij ii8 Cours pente , sans parler du plein on du décours de la lune, que quelques uns regardent comme un préjugé ; au moins eíl-il certain que toutes les tarions ne font pas également propres à la coupe des bois. L’ulage est d’abattre les arbres depms le mois d’Octobre jul’qu’à la fin de février, attendu que pendant ce tems , leur seve paroìt, en quelque sorte, endormie. La raison encore pour laquelle on préféré cette saison, c’est parce que les vents qui y règnent communément, contribuent à clilsiper le trop d’humidité qu’un arbre pourroit avoir contracté pendant que ía seve éroit en vigueur , & que ses pores se trouvant resserrés par le froid , il est susceptible d’acquérir alors plus de solidité, que s’il eût été coupé pendant la dilatation de ses fibres , & sépanchement de ses liqueurs. On évite dans la bâtisse d’employer des arbres morts fur pied ; ils font d’un mauvais usage , attendu que l’humidité y étant déséchée, & la seve s’en étant retirée , il reste trop de vnide entre ses pores , ce qui le rend foible , sujet à gerser , à éclater, à se casser , & à se pourrir promptement. De toutes les especes de bois que les forêts fournissent, le chêne est reconnu le meilleur pour la bâtisse, comme étant le plus capable de résister aux fardeaux , & acquérant dans seau un tel degré de dureté , qu il n’est quelquefois plus poí- sibie de le travailler à sourd , ainíi qti’on 1 a éprouvé plus d’une fois lur celui que l’on a trouvé dans quelques démolitions d’ouvrages antiques. Dans le dernier fiecle, on faisoit fréquemment usage du châtaignier : la plupart des couvertures d’Architecture. 22Y des anciens Châteaux & des anciennes Egliles , font de ce bois. II s’écarit bien , & n est pas sujet aux vers ni à la vermine. La raison pour laquelle on lui préféré le chêne , c’est que le châtaignier 11e vaut rien lorfqu’il est enfermé dans la maçonnerie , comme le font les exrémités des poutres, des solives d’enchevetrure , des lincoirs , des sablières , des poitrails , &c. Bailleurs , depuis le grand hiver de 1709 , cette espece de bois a manqué totalement en France , & Ion ne s’en sert maintenant que pour faire des cerceaux , des échalats, &c. Le sapin étoit anciennement beaucoup plus en usage qu’aujourd’hui ; son défaut est detre plus sujet aux vers & à s’échausser que toute autre espece de bois ; cependant il passe à grosseur égale , pour ctre d’un cinquième plus roide que le chêne. II est auffi fort droit , fort léger , d’une plus grande longueur , & plus aisé à travailler ; qualité qui le font employer de préférence , en Allemagne , en Alsace , en Angleterre , & ailleurs , avec succès , tandis qu’eri 1 rance nous le proscrivons de la charpente des bâtiments, & nous le destinons seulement pour les ouvrages de menuiserie les moins impovtans» Au défaut du chêne , l’orme s’employe quelquefois dans la eonstruélion des combles ; il a le même inconvénient que le châtaignier , c’est-à- dire , d’être sujet à se pourrir peu de rems après avoir été enfermé dans la maçonnerie. A11 surplus » on employé ce bois avantageusement pour le enaronnage , de même que le hêtre & le noyer pour les meubles , le charme pour brûler, l’auine pour les ouvrages que l’on fait au tour , le buis», lç bois de palissandre, l’amaranthe , &c. pour P iij LZQ Cours lebenisterie , ainsi des autres , dont rémunération est présque infine , mais dont l’Architecte ne doit pas ignorer en général les bonnes ou mauvaises qualités particulières, & l’usage utile ou agréable qifon en peut faire dans la bâtisse , & sut-tout dans la décoration intérieure des Edifices. Le bois de chêne choisi de la meilleure qualité se divise en deux classes ; Tune quon nomme dure y & l’autre qu’on nomme tendre. Celle-ci étant peu capable de résister au fardeau étant plus traitable pour l’assemblage , & plus facile à corroyer , est particulièrement destinée à la ménuferie , tandis que la premiere ayant plus de corps , & résistant davantage aux impressions de l’air , est plus propre à la charpenteric. Cette différence , dans une même qualité de bois, provient de la nature du terrein oii les chênes ont été plantés : ceux , comme nous savons dit, qui ont cru dans un lieu arride, font plus durs que ceux qui ont crû dans un fol humide & aquatique. On fait usage du chêne depuis soixante ans jufqu’à deux-cenrs ans : passé ce tems il dépérit, & avant il est fans beaucoup de force ou de consistance. Pour connoître lage d’un arbre, après l’avoir scié environ à 4 pieds de terre , on compte le nombre des circonférences contenues dans son tronc , qui vont progressivement depuis le centre de l’arbre jusqu a fécorce , & ces couches annulaires marquent assez précisément le nombre, defes années. Le tems le plus propre pour couper les chênes , avons-nous dit plus haut, est depuis la fin d’Octobre jusqu’au commencement de Mars j mais nous observerons qu’avant de les abattre , il est bori de les cerner par le bas jusques près du D* ARCHITECTURE. ï cœur, & de les laisser en cet état quelques teins fur pied , afin de permettre à l’humidité ou à là fève de s’écouler ; autrement cette humidité restant concentrée dans le bois , le corromproit , le feroit tourmenter , & le rendroit par là peu propre aux ouvrages de fujettion. Nous avons- remarqué dans nos Mémoires , qu’en quelques- provinces d'Angleterre, il étoit d’ulage d-enleverdès le printems l’écorce des arbres que l’on vouloir abattre l’automne suivante , ce qui nous parort une très-bonne méthode, & meriteroit d’être généralement observée. La perfection des bois de charpente est d’être de droit fil , & fans noeuds vicieux qui l’interrompeut : il faut auiîi qu’ils ne soient point roulés y & qu’ils ne soient pas Haches., c’est- à-dire , moins gros par un bout que par l'a titre quand on veut les mettre en oeuvre. Si l’on pouvoir , avant de les débiter ,. les garder deux ou trois ans à l’abri comme ils auroient eu le tems. de devenir bien secs ». ils seroient d’un bien meilleur usage,. & chargeroient beaucoup moins un bâtiment. En effet, il est d’expérience que le pied- cube de chêne nouvellement coupé peí’e soixante- onze livres , qu’au bout d’un an il ne pele plus que soixante livres, & que quand il est extrêmement sec . son poids est réduit à environ quarante livres. Cours 23 z CHAPITRE II. De LA REDUCTION DES BoiS de Charpente. JL’o n coupe les bois clans les forêts suivant une progression de 3 pieds en 3 pieds, c'est-à-dire, selon une longueur constante de 3, 6,9, 12, I 5 pieds , &c. : & comme le Charpentier les achete en conséquence de ces longueurs prescrites, il convient donc , quand les bois ne font point employés suivant ces longueurs d’y avoir égard , 5 : de prendre le nombre en fus pour lui en tenir compte , attendu qu’il est à supposer qu’il a été obligé de retrancher le surplus pour le mettre en œuvre. II est à observer cependant qu’on ne compte cette augmentation de 3 pieds en 3 pieds qu’au-dessus de 22 pieds de longueur, mais qu’au dessous on ne compte l'aiigmentation que de 18 pouces en 18 pouces , & comme st les bois croient effectivement coupés dans les forêts de r 8 pouces en 18 pouces. La raison en est , qu’une piece de bois telle quelle le vend, peut avoir été coupée en deux ou en plusieurs parties égales. On trouve dans tous les Traités de Charpen- terie une Table de réduction, qui a été rectifiée & rédigée avec beaucoup de sagacité , par le Commentateur de tArchìteclwe Pratique de Ballet; & comme cette maniéré d’exposer cette Table est plus instructive & beaucoup plus claire que celle usitée , nous allons la rapporter de préférence. d’Architecture. 233 Table de la riduclion des longueurs des Bois employés dans les Bâtiments. Une piece de bois , quelque petite quelle soit, est comptée pour.i p. -j Ensuite jusqu’à 2 pieds, pour . . . 2 p. 2 pieds jusqu’à 3 pieds 1 pouce, pour. 3 p. 3 pieds 2 pouces jusqu a 4 pieds 8 pouces | , pour.4 p. ^ 4 pieds 9 pouces jusqu à 6 pieds 2 pouces , pour.6 p. 6 pieds 3 pouces jusqu’à 7 pieds 8 pouces f , pour. 7 P- T 7 pieds 9 pouces jusqu a 9 pieds 3 pouces |, pour.9 p. 9 pieds 4 pouces jusqu’à 10 pieds 8 pouces \, pour.io p. ^ 10 pieds 9 pouces jusqu a 12 pieds 4 pouces \ , pour.12 p. 12 pieds 5 pouces jusqu a 13 pieds 8 pouces è , pour.13 p. ^ 13 pieds 9 pouces jusqu’à 15 pieds 4 pouces |, pour. 1 5 P* l s pieds 5 pouces jusqu’à 16 pieds 8 pouces | , pour.16 p. i6 pieds 9 pouces jusqu a 18 pieds 4 pouces {, pour.18 p. 18 pieds 5 pouces jusqu’à 19 pieds 8 pouces | , pour.19 p. ^ 19 pieds 9 pouces jusqu’à 21 pieds 4 pouces | , pour.21p. 21 pieds 5 pouces jusqu a 22 pieds 8 pouces \, pour.22 p. ^ 11 pieds 9 pouces jusqu’à 24 pieds * 1 " Cours *34 6 pouces, pour .... 24 pieds 7 pouces , pour 27 jufqu’à 30 , pour . 30 jusqu a 33 , pour . Z3 jusqu’à 36 , pour . 36 jusqu a 39 , pour . . í . 24 p- . > 27 p. . . 30 p. . . 33 p. . . 36 p. • - 39 P- On voir par cette Table que la progreíîion jusqu a 22 pieds n’augmente que de 18 en 18 pouces , comme nous savons dit, & qu’au dessus de cette longueur elle augmente de 3 pieds en 3 pieds. II elì aisé de juger que, suivant cette réduction de 18 en 18 pouces, le Charpentier ne sauroit perdre, eu égard aux différentes longueurs dont il achete le bois. Supposons, par exemple , qu’il ait besoin de deux pieces de bois , Tune de 5 pieds 2 pouces de long, & l’autre de 9 pieds 10 pouces , il la coupera dans un 15 pieds , & alors cette piece de bois de charpente de 5 pieds lui fera comptée pour 6 pieds , & l’autre piece de bois de 9 pieds 10 pouces lui fera comptée pour i o pieds \ ; ainsi au.lieu de 15 pieds que cett» piece lui auroit été comptée » s’il l’avoit employée feule, elle lui fera passée par Tissage à 16 pieds f». Autre exemple ; s’il a besoin dune piece de bois de 4 pieds 9 pouces , & d’une autre de 12 pieds {, le premier morceau lui fera compté suivant l’usage , 6 pieds, & le second 13 pieds ~ ce qui fera 19 pieds 7 , au lieu de 18 pieds , que lui auroit valu seulement cette piece s’il l’avoit employée de toute fa longueur ; & il lui reliera en outre un morceau de bois d’un pied de long , qui dans l’emploi lui fera compté 1 pied * ; ainsi 11 gagnera 3 pieds de plus fur la longueur de cette piece de bois en la débitanu d’Architecture. 235 On voir , par ce que nous venons de dire , que la réduction des bois étant à l’avanrage du Charpentier , quand ils ne se trouvent pas employés des longueurs convenables , il est donc important qu’un Architecte y ait égard dans la distribution du plan d’un bâtiment, afin de faire tourner les usages , autant que faire fe pourra, au profit du propriétaire , & qu’il supporte le moins de déchet possible. 11 n’est point indifférent , par exemple , de donner 12 pieds 4 pouces , ou 11 pieds 5 pouces de longueur aux solives d'un plancher; cardans le premier cas les 12 pieds 4 pouces ne feront comptés que pour 12 pieds à l’Entrepreneur, tandis que dans le second , il faudra lui compter pour 13 pieds ^, c'est-à-dire, lui payer le plancher en question , comme s’il avoir 18 pouces de plus de longueur. C’est dans cette répartition judicieuse que l’on recon- noit rinrelligence de celui qui distribue un plan , & il en peut résulter , sur la totalité de la charpente d’un bâtiment , beaucoup d’économie, sur-tout si l’on s’attache à proportionner la grosseur des bois , comme on le verra ci-après. On appelle en général le bois qu’on employé dans la charpente bois quarré ou d’écarrissage , pour exprimer que de rond qu’il étoit originairement , il a été équarri par le secours de la main- d’œuvre. On débite le bois quadrangulaircment, quand il doit être posé verticalement dans une bâtisse ; mais quand il est question de le poser horiíontalement, on doit le débiter de maniéré que chaque pie ce présente un rectangle , donc un des côtés soit à l’autre à peu-près comme quatre est à trois ; alors, en posant les pieces de bois de champ plutôt que fur le plat, on obtien- 2)6 Cours dra beaucoup plus de force , ainsi que nous le prouverons. Le bois de charpente fe paye au cent de toises solives. La toise solive est une piece de bois de iz pieds de long, & de 6 pouces de gros, ou bien un parallipipede rectangle de 6 pieds de long , l pied de large , & 6 pouces d’épais ; ainsi cette mesure ne contenant que ) pieds cubes, elle est par conséquent soixante-douze sois moindre que la toise cube , qui en contient deux-cents seize: c’est pourquoi, dans les calculs de charpente, après avoir multiplié les trois dimensions l’une par Fautre, le produit ne donnant que des toises, pieds & pouces cubes à l’ordinaire , & étant soixante-douze fois trop grand ; il convient donc de diviser ce produit par soixante-douze, & alors le quotient qui résultera sera le nombre de toises solives , ou de pieds & de pouces de toise solive quesondésiroit: mais comme ce procédé est long, on a recours à plusieurs méthodes abrégées qui opèrent fur le champ cette réduction. Offrons des exemples de ces différentes méthodes , & de la maniéré de faire les calculs de charpente. Soie un plancher garni Jc vingt deux solives , chacune de ZO pieds - , compris portées , dont quatre d'enchevetrure de C) & 10 pouces de gros , & les autres de y & S pouces ; il s'agit de trouver combien ce plancher contient de toises solives. On commencera par multiplier vingt-deux solives par vingt-un , suivant l’usage & la Table de réduction ci - devant, au lieu de 20 pieds £ ; & l’on divisera le produit par 6, pour avoir la longueur totale desdites solives en toise courante,c’est-à-dire, soixante dix- sept toises : mais comme les quatre d’Architecture. 237 solives d’enchevetrure font d’une différente grosseur , on cherchera à part leur longueur totale, qui étant divisée par six, donnera quatorze toiles. Cela étant fait, on multipliera d’abord les quatorze toises par la grosseur, 9 & 10 pouces, pour connoître combien ces quatre enchevêtrures contiennent séparément de toises, de pieds & de pouces solives ; & ce ne fera qu’après les avoir trouvé, que l’on fera le calcul des dix-huit autres solives restantes. II y a quatre différentes méthodes pour faire ces calculs , lesquelles peuvent se servir réciproquement de preuves. La plus naturelle & la plus démonstrative seroit, comme nous lavons dit , de multiplier les trois dimensions l’une par l’autre, & de diviser ensuite le produit par soixante douze; mais à la place , voici comme on s’y prend. l° On rend une des deux dimensions de l'écar- rissage 72 fois plus grande , ce qui donne un pro- 4uit 72 fois plus grand , c’est-dire, qu’au lieu de multiplier 14 toises par 9 & 10 ’ pouces, on les multiplie d’abord Tïá par 9 toises, qui est une quantité o—o pi. 10 p. < 72 . fois plus grande que 9 pouces, 10 — 3 & le produit qui provient par ío \ * g pouces ; ce qui donne 17 toises ~~"ì pL~o 3 pieds , pour îe nombre des ■ ‘ toises solives contenues dans les quatre solives d’enchevetrure. 2° Comme c’est la même chose de multiplier une quantité par 12 & le produit qui provient par 6 , ou bien de la multiplier tout de suite par 72, au lieu de rendre une des grosseurs 72 fois plus grande , on rend d’abord une des dimensions de l’écar- riffage douze fois plus grande, & on multiplie ce 14/. ' 5 P 1 - 4 7 il t. J>_— í_ io—3 7 rz8 Cours nombre par l’autre dimension que l’on rend six fois plus grande: ainsi on multipliera 14 toiles par 9 pieds, ou une toise trois pieds, au lieu de 9 pouces, & le produit 21, que l’on trouvera par 5 pieds , quantité six fois plus grande que ìopouces,ce qui donnera comme ci-devant 17 toises 3 pieds. Par la troisième méthode qui est encore plus ex- péditive que les précédentes,mais non pas aussi démonstrative,il faut multiplier les deux grosseurs 9 6 10 pouces l’une par l’autre, ce qui produira 90 pouces, qui étant réduits en toises, pieds & 17 c.—', 14 c 1 - ■ 1 pi. 6p. H z — z 1 — i 17— 3 pouces , donneront une toise, un pied, 6 pouces, par lesquels on multipliera 14 toises, ce qui produira encore 17 toises 3 pieds. 4 0 Enfin le dernier procédé consiste a réduire la longueur totale en pieds, & à multiplier cette quantité réduite par l’une des deux grosseurs, & le produit qui résultera par l’autre grosseur. Comme cette dernière opération ne donne que des pieds cubes , des pouces cubes , &c. pour savoir combien il y a de toises solives , il faut diviser les pieds cubes trouvés par 3 , & ensuite doubler ce qui restera, tant de la division que l’on a faite, que du produit que l’on vient de trouver, pour avoir des pieds , pouces, &c. de toise solive. Dans l’exemple en question; on réduira 14 toiles en pieds, ce qui donnera 84 pieds de longueur ; on multipliera ensuite 84 pieds par 9 pouces , ce qui fera 63 , que l'on multipliera par 10 pouces, Lt ce dernier produix b’ÂRCHITECTURL' LZA H r. 41 21 *4 pi- * 5 o —10 pou. ?1 — 6 If— ? 6 0 — 0 no u sera 52 pieds cubes & 6 pouces cubes. Maintenant, afin de con- noître combien il y a de toises solives dans 52 pieds cubes , on divisera 52 par 3 , & l’on aura pour quotient 17 toises solives : mais comme il reste un pied après la division , & en outre 6 pouces du produit quin’ont pas été divisés, il est évident que pour avoir des 5 '-P 1 - 6 P ou - pieds & pouces de toise solive, il faut multiplier également un pied ó pouces cubes qui égalent une 7 toise solive , par 2 , ce qui donnera 3 pieds de toise soli- (1) •ve;de sorte que le produit total sera 17 toises 3 pieds, comme par les autres méthodes. Comme nous avons trouvé que les vingt-deux solives contiennent en totalité yytoises de longueur, & que les quatre d’enchevetrure de 9 & 10 pouces de gros comprises dans cette totalité , ont 14 toises de long,; en ôtant, ces 14 toises, des 77 toises, le reste , 63 toises , fera la longueur des dix-huit autres solives , de 7 & 8 pouces de gros : c’est pourquoi, pour continuer le calcul de la charpente du plancher en question , il faudra multiplier 63 toises par 7 & 8 pouces, suivant Tune des méthodes ci-destiis, ce qui donnera 49 toises solives , auxqnelles ajoutant les 17 toises 3 pieds trouvées ci-devant, on aura 66 toises 3 pieds pour la totalité des toises solives, contenues dans ledit plancher : & en supposant que le cent de toises solives , vallent 600 liv. chaque piece solive coûtera 6 liv., ou bien toute la charpente du plancher coûtera 399 liv. 240 Cours H* O. CHAPITRE III. De la longueur et grosseur des Bois. ]La portée des bois & leur grosseur , par rapport à leur longueur , est de toutes les précautions la plus importante à observer dans la Charpen- terie. On apprécie bien la grosseur des poutres depuis environ 12 pieds jui'qu’à 40 pieds de longueur, & les solives depuis environ 9 à 10 pieds jusqu’à 30 ; mais passé ces longueurs , ces pieces devenant d’échantillon & assez rares dans leur eípece , elles 11’ont plus de grosseur déterminée , & alors les Marchands & les Charpentiers la portent souvent par avidité à un calibre si exhorbitant , qu’outre leur prix considérable , elles occasionnent un poids énorme dans l’édi- fice , fans compter que plus une piece de bois à de grosseur , plus elle est sujette à être carriée , viciée & imparfaite. Inexpérience confirme qu’il vaut mieux placer deux moyennes poutres à côté l’une de sature, qu’une seule de sorte qualité ; car alors chaque poutre ne porte que la moitié du poids de la travée d’un plancher, au lieu qu’une feule en porte deux. Ajoutez à cela qu’une poutre de 20 ou 2 s pouces de gros est de moins bonne qualité qu’une de 12, 14 ou ij pouces: un arbre de 200 ans étant d’ordinaire moins sain que celui qui n’a que 90 ou 100 ans. On lì’À R C E I T E C T U R E. 24I On trouve dans la plupart des livres de Charpente , une Table pour déterminer la grosseur des poutres de 3 pieds en 3 pieds , eu égard à leur longueur ; laquelle Table n’est fondée que fur un efpece d’ufage , dont on ne rend d’autré -raison , linon qu’il elì à propos qu’une poutre ait toujours à-peu-près -j- de plus de hauteur que de largeur , afin qu’il y ait plus de parties qui relìssent a u fardeau. Nous croyons qu’il servit possible cependant, d’après les expériences mêmes, de déterminer par une réglé constante , & progressivement proportionelle la grosseur des poutres , à raison de leur longueur. 11 faut extraire pour cela la racine quarrée du nombre de pouces , égal au nombre de pieds de la longueur ; & prendre quatre fois cette racine pour le côté d’un paralléiograme rectangle, dont la moitié du nombre des pouces , égal au nombre des pieds de la longueur , fera l’autre côté dudit paralléiograme ; en multipliant ensuite ces deux côtés l’iin par 1’autre, on aura la superficie du bout de la poutre , à laquelle on pourra donner telle hauteur ou largeur qu on voudra. Car, en divisant la superficie que l’on a déterminé par ce t.te hauteur ou largeur , on aura l’autre côté restant qui fera la hauteur ou la largeur. Si, par exemple , une poutre à 36 pieds de long » on prendra 36 pouces , dont la racine quarrée est 6 pouces , & quatre fois cette racine quarrée fera 2.4 pouces pour l’un des côtés du paralleío- gramc ; mais la moitié de 36 est 18 pouces, en multipliant donc 24 pouces par 18 , on aura 432 pouces pour la fuperfice du bout de la poutre. Si 24 pouces de haut fur 18 ne faifoient pas une bonne proportion , il n’y auroit qu a Tome VI . Q «4X Cours yrendre telle hauteur que l’on voudroit, & divî- Ter les 432 pouces par cette hauteur, le quotient seroit alors la largeur fur la hauteur proposée. II fera également aisé de trouver la grosseur d’une poutre de 9 pieds de longueur, en prenant 9 pouces , dont la racine quarrée est 3 pouces, & son quadruple 12 pouces ; mais la moitié de 9 est 4 pouces £ , qui étant multiplié par 12, font 54 pouces de superficie pour l’extrêmité de cette poutre. On pourroit s en tenir à donner à cette poutre I 2 pouces de haut, fur 4 pouces ~ de large ; suivant notre réglé générale , elle n’en seroit que plus capable de porter étant ainst posée de champ , comme on le verra ci-après ; cependant, vu qu’en bien des cas , il est utile de donner plus de largeur , on pourra se borner , en se rapprochant de l’usage , à donner à la hauteur de la poutre en question , 8 pouces ^ , ce qui produira à-peu-près 6 pouces \ de large , en divisant les 54 pouces trouvés par 8 -j. Pour éviter de faire ces calculs à chaque fois, nous en allons donner une Table. w ^'Architecture.' * 4 * TABLE De la grosseur des Poutres suivant leur longueur , en diminuant de pied en pied. Longueurs. Superficie du bouc des poutres. Haut vertica 3 6 P udí - . . poucet. % < 2,^ poucet. ;l - - - 4IO . . . . 23 i- • 34 - . . 391 . . . . 13 . . 3) - - > 375 ... . 21 j. . ,r. . . . 360 . . . . 22 . . ;i - , . 343 • • • . *»ï- ' 30 . . ; 3 30 . • • - 21 • . 19 . . . 315 - - - - 20 i . . 2.8 .. . zoo. . . . 20 . . 17 . . . 2.6 .. . 1-83 .... 1 97 - • 170. . . . 19 • • M • i ■ 150. . . . -«T • 14 . . . 1 33- • - • 18 . . 13 . . . 2-20 .... *7 7 * - 2.2. .. . 20 6 . . ; . 17 . . 21 . . . 190 . . . I«T ' LO . . . 176 . . . . 15 4 • - >9 . . . 16; .... iî • . 18 . . -51 - • • • 147 - * 17 . . - HO .... - 37 . . 16 . . . 118. . . . 13 . . is . . . I16 . . . . -47- 1 14 - - - 104 .... 1 - 7 - • 1; . . . 94 ... . II . ; lì. . . . Sl . : . . 107. • H . . . 7’- . . . . 97" ‘ 10 . . . 65 ... . 9 • • 9 • . • 54 ... • «7. . 8 . . . 46 ... i 8 i . Si l’on vouloir on pourroit Largeur. 18 17 T 17 • - 6 ?- 16\. 1 6 . 3 >Í T . 157. :u Hï- I 5 7- ‘i;. "7 i 1 ! II T II . io; 10 . 3 9 4 9 ? 9 - 8ï 77 77 U S 7 ar cette meme réglé, déterminer semblablement la grosseur des 244 Cours. solives , par rapport à leur longueur, il ne faudroit, pour cet effet , que prendre les deux cinquièmes de la grosseur des poutres de même longueur, & ensuite réduire la grosseur de ces solives dans la proportion de 4 à 3 , qui seroit la hauteur sur la largeur. J* ^'Architecture. 2 4S CHAPITRE IV. De la résistance jdes Bois y EU ÉG A R D A LEUR GROSSEUR . TT JL de la Science des Ingénieurs , rapporte diverles expériences qu’il a faites, pour connoître a u juste le fardeau qu’une piece dë bois posée horisontalement & engagée entre deux murs , seroit capable de supporter dans le milieu l’instant avant de se rompre. Suivant ses résultats, on peut parvenir à cette détermination ; I ° En multipliant le quarté d’une des extrémités dè la piece d'e bois , par la hauteur verticale de cette même extrémité : En divisant ce produit par la quantité de pied que la piece en question aura de longueur : 3 0 En prenant enfin le quotient $4 qui est soutenue par un corbeau de fer a , scellé dans le mur. La fig. XVII, est le profil du plancher ; a solive de remplissage , b linçoir , c corniche du plafond , d lambourde à auget, pour recevoir le parquet. La Planche CXV, fait voir le plan & le profil d’un plancher avec des poutres, destiné auíïï à être plafonné. A, fig. XVIII, poutre de 24 pieds de longueur , & de 13 pouces de gros. B, B, deux lambourdes fixées le long de la poutre , ayant chacune 6 & 10 pouces de gros. ií>4 Cours C , étriers de fer plat soutenus fur la poutre H & embrassant par-dessous les lambourdes. D, boulons de fer traversant les lambourdes & la poutre. E, solives de remplissage assemblées , soit à tenon, soit à pomme , soit alternativement, de deux solives l’une > à tenon & à pomme , comme en K. F , bout de la poutre où est attaché un tiran ou une plate-bande de fer à talon avec une ancre , pour contenir lecartement des murs. G, vuide pratiqué pour établir l’atre d’une cheminée, avec ses bandes de tremie placées fur les enchevêtrures H. I, linçoir. M , chevêtre. N, tuyaux montans des cheminées des étages inférieurs. La fig. XIX , est un profil de la poutre A, pour faire voir fa disposition à legard des lambourdes B, & comment letrier C y est porté & embrasse les lambourdes. La fig. XX , est le profil du plancher précédent ; a poutre , b lambourde , c étrier , d boulon. b’A rchitecture.’ 26 f fr CHAPITRE VII. Des Combles. T JL/ES combles ont pris naissance de la nécessité de faire écouler les eaux du ciel qui tombent fur la partie supérieure d’un bâtiment. On les tient plus ou moins élevés & inclinés , selon le climat 011 Ion bâtit. Au Nord , on les tait sort hauts & fort roides, à cause des neiges qui y tombent en abondance ; au Levant on les tient peu élevés ; au Midi on les fait très plats , & le plus souvent même on y substitue des terrasses. En France on varie beaucoup leur hauteur , & l’on peut dire qu’il n’y a pas de réglés certaines à cet égard. Far exemple, aux Châteaux de Maisons, de Meu- don ou des Tuileries à Paris , leur élévation est si grande , & leur poids si immense , qu’on a été forcé de donner à leurs murs de face une épaisseur considérable : le Château de Saint-Germain- en-Laye , au contraire n’a été couvert que par des terrasses : les Châteaux de Versailles du côté du Parc & de Trianon ont des toits , dont la hauteur est les f de leur base. 11 y a d’autres bâtiments où les combles font tantôt la moitié , tantôt les deux tiers de leur largeur. De ces variétés, on peut conclure que ce n’est pas toujours le climat que l’on consulte dans ce pays pour déterminer la forme , la proportion ou la hauteur des combles ; mais plutôt le besoin qu’on a de multiplier les logements, ou bien la gracç que l’on imagine que leur élévation plus ou 2.66 Cours moins grande , ou même leur suppression , est capable de procurer à un Edifice. Sans nous arrêter ici à cette discution , nous dirons que , de toutes les formes des combles , il 3' en a deux , dont nous saisons principalement usage dans nos bâtiments , les combles à deux égouts, & les combles brisés. Les plus anciens & les plus usités font les combles à deux égouts : il y a environ un siécle qu’on leur donnoit d’ordinaire de hauteur , la largeur d’un bâtiment, ou qu’on déterminent du moins leur hauteur , en formant un triangle équilatéral , dont la largeur du bâtiment étoit la base, & les deux autres côtés le rampant. Cette élévation pouvoit être tolérable, quand les bâtiments étoient simples & avoient une certaine élévation ; mais quand ils étoient demi-double, & surtout double , il en résultoit une hauteur excessive qui paroissoit les écraser , elle exigeoit en conséquence des murs d’une certaine épaisseur pour les porter, beaucoup de charpente & de couverture ; & enfin cette élévation ossroit une prise considérable aux vents. C’estpour éviter cet excès de hauteur & cette surcharge dans la partie supérieure d’un bâtiment qu’on a imaginé les combles brisés, qui, félon l’opinion de nombre d’Architectes , terminent mieux un bâtiment, procurent plus de logements dans les combles , & occasionnent moins de profondeur aux jouées des lucarnes. Quoique cette opinion ne soit pas fans fondement, il faut cependant convenir que les combles brisés font sujets à deux inconveniens , qu’on leur a souvent reprochés; savoir, que le faux comble est trop peu élevé par rapport aux neiges , & que le rempant du brisis est beaucoup trop roide pour d’Architecture. 267 les recevoir , d’où il résulte que se précipitant dans les chenaux , elles dégradent les entablements , & pourrissent le pied des chevrons & les piate-sormes , malgré le plomb dont on garnit les chenaux. C’est pourquoi on préféré souvent les attiques , auxquels les faux combles des mansardes semblent suffire , parce qu’outre l’avantage d’être parfaitement d’à plomb , ces attiques pouffent moins au vuide , & procurent des pieces plus régulières dans les étages supérieurs. Les grosseurs des bois que nous avons déterminé pour les poutres & les solives des planchers , ne fauroient avoir lieu pour celles des bois cju’on employé à la construction des combles , parce que les pieces qui les composent étant posées , soit debout , soit inclinées , & ayant plus de force dans cette situation , ont besoin de moins de grosseur , que celles qui font posées de niveau. C’est fans raison que Bullet veut que les pieces inclinées , suivant un angle d’environ quarante-cinq degrés , doivent porter la moitié plus que celles qui font horisontales (1); car pour que cela fut vrai , il faudroit, par exemple, qu’une piece de bois posée horisontale- mer.t, & qui auroit 18 pieds de long , fur 12 & i ; pouces de gros , put être réduite , étant posée obliquement , à 6 & 7 pouces ^ de gros , ce qui feroit beaucoup trop foible, & contre toute expérience. L'usage est de donner en général aux pieces de bois inclinées , environ les } de la grosseur qu’on leur donneroit, si elles étoient placées horisontalement. Les assemblages de la charpente des combles (1) Architecture Pratique, pag. 319. 1 68 Cours ne sont aussi pas toujours à tenons & mortoises * comme dans les planchers ; ils varient selon leur forme & leur grandeur. L’eísentiel est de distribuer les bois de ces sortes d’ouvrages, de maniéré à opposer de toutes parts une résistance capable de maintenir leur équilibre , de contenir leur poussée, & de les faire en même-tems les plus légers possibles, afin de charger moins les murs qui les supportent. Traitons d’abord de la disposition de la charpente des combles à deux égouts, & nous parlerons ensuite de celle des combles brisés. Des Combles à àtux D goûts , PI. CXVI & CV1L Les combles à deux égouts doivent se faire ~ r selon le sentiment des principaux Architectes , eu équerre, c’est-à-dire , en inclinant leurs côtés » suivant un angle de quarante-cinq dégrés. Supposons a , b , sig. XXI , la largeur hors œuvre du haut d’un bâtiment ; pour déterminer la pente & la hauteur du comble en question , il n’y a qu’à éléver fur le milieu de la ligne a , b , att point c , la perpendiculaire c d ; puis cn traçant un demi-cercle a, d, b , on aura c d pour hauteur du comble , & en tirant deux lignes a , d , b, í/, qui se rencontreront en d en angle droit > on aura l’inclinaison de ses deux côtés. Quand un bâtiment est double , pour diminuer la trop grande élévation qu’il fui droit donner à un comble , en lui faisant embrasser toute sa largeur , on la subdivise en deux parties, en mettant un chênau dans l’intervalle , & alors on donne à chacun de ces combles la proportion ci- deilus. d'Architecture. 269 Les combles sont composés de fermes espacées rune de l’autre de 9 pieds aa moins , & de iz pieds au plus : on nomme travée la ddtap.ee d une ferme à l’autre. Chaque ferme , fìg. XXII , PI. CXVI, eít composée d’un tirant ou entrait A , de deux arbalétriers B , B , d’un entrait retroussé C , d’un poinçon D , d’un faîte E , quelquefois d’un fous-faîte F, de deux aisseliers G,G, de deux contre-siches H , H , de cours de pannes I , de plate-formes K , sous le pied des chevrons , de chevrons L & M , de coyaux N ; il y a encore, fìg. XXVI , des liens O. Quelquefois au lieu d’une feule plu te-forme K, quand les murs ont une certaine épaisseur , on en met deux a &c b , fìg. XXIII, que l’on entretient par des blochets c. Quelquefois aussi, à la place d’arbalêtriers tout d’une piece, suivant le rampant du toit, on met des jambes de force, que l’on courbe un peu par-dessus, & qui portent les deux bouts de feutrait retroussé ; & en ce cas, on pose les arbalétriers fur les bouts de cet entrait. A dessein de fixer nos idées par rapport à la grosseur des pieces de bois, qui entrent dans la composition d’un comble , imaginons que la largeur du bâtiment soit 25 pieds en dedans-œuvre de scs murs; alors on pourra donner à feutrait 14 fur 15 pouces de gros , en supposant qu’il porte plancher; aux arbalétriers 7 à 8 pouces ; à feutrait retroussé 7 & 8 pouces de gros ; au poinçon 7 pouces de gros ; au faîte 6 & 7 pouces de gros ; au fous-faîte, s’il y en a, 6 & 7 pouces de gros ; aux liens ou aisseliers 6 pouces de gros ; aux contre-siches 6 pouces de gros ; aux pannes 7 & 8 pouces de gros } aux 270 Cours plare-formes 4 & 10 pouces ; aux chevrons 3 & 4 pouces ; aux coyaux 2 & 3 pouces ; enfin aux liens qui soutiennent le faite 6 pouces de gros. ^ Si l’entrait A ne portoit pas plancher , on pou r- roit le réduire à 12 pouces de gros , & même ne lui donner que cette grosseur, en y joignant une lambourde de chaque côté de 9 & 6 pouces de gros. On commence un comble par poser les entraits A , fìg. XXII, à la distance de 9 à 12 pieds ; fur le bout dei’quels on assemble à tenons & mor- toises , & par embrevement le bas des arbalétriers B, B ; puis dans ceux-ci on enmenche feutrait retroussé C , à les deux aisselliers G , G : on assemble ensuite sur le milieu de feutrait le poinçon D , qui reçoit à son tour , par assemblage , le haut des arbalétriers : les liens H s’en- mortoisent en mêine-tems, tant dans le poinçon que dans les arbalétriers. Après cette opération, pour entretenir les fermes , l'on assemble dans le haut des poinçons le faite F , dont 011 soulage la portée par des liens O fig. XXIV , & un fous - faîte F , en cas qu’on ne veuille point de plancher à cette hauteur , & fi on admet un plancher pour tormer des logements en galetas , on en fait porter les solives à l’entrait C : enfin l’on pose sans assemblage fur les arbalétriers , des cours de panne I , à 9 pieds de distance l’un de l’autre , que l’on soutient par des tasseaux & chantignolles. Le tout étant ainsi disposé , on met un cours de plate-formes K, assemblées bout à bout à queue d’hyronde, dont le dehors répond à l’à plomb d u nud de ''extérieur des murs , & l’on finit par brandir les d’Architecture. 271 chevrons L , en les espaçant des quatre à la latte, c’est-à-dire , à ió pouces de milieu en milieu , dont le pied se pose dans des pas pratiqués fur les plate-sormes, & dont le haut se cheville fur les pannes; le basdusecond rang M de chevrons y se cheville également sur les panes, & le haut fur le faîte , en observant d’égali.'cr le dessus , afin de former un plan bien uni , pour recevoir la couverture. S’il n’y a pas de chêneau , on cloue vers le bas des chevrons des coyaux N , que l’on avance fur le bord de la corniche, pour former l’égout du toit. Lorsque les combles forment croupe à leurs extrémités , comme dans le profil XXIV , & dans le plan XXV & XXVI , alors on met des demi-fermes charretier, vers les angles saillants , & au milieu de la crouppe ; &, pour les recevoir, on forme une enrayeure à chaque bout , en correspondance dans l’épaisseur du plancher supérieur d’un bâtiment. On voit clans la fig. XXV, le plan du plancher bas de l’extrêmité d’un comble à deux égouts qui fait crouppe , & celui de son enrayeure , qui est composé d’or- dinaire d’un demi-entrait de croupe E, assemblé dans l’entrait de croupe , de deux goussets F, F , assemblés dans l’entrait de croupe, & le demi-entrait E ; lesquels goussets fervent à porter les coyers H , dont la fonction est de recevoir l’assemblagedes soliveaux d’empanons I du plancher , de íervir de tirants aux demi-fermes charretiers, & de porter vers les angles du bâtiment le bas des arrêtiers d , figure XXVI, lesquels font l’office des arbalétriers vers ces endroits , & s’assemblent par le haut dans le poinçon. Toutes les pieces de bois des demi- ijx Cours fermes desdires croupes sont de même grosteiíí que celles des fermes. Quand on soit des logements ou des greniers lambrissés dans les combles , on les éclaire par des lucarnes damoiselles, à chevalet , ou à la capucine , dont les jouées ont une grande saillie, & dont les chaílìs sont composés de deux poteaux, d’une piece d’appui , d’un chapeau , de sablières & de potelets. Si un soirs aboutit contre une souche de cheminée, on soutient sa portée sur un chevalet, dont le bas ess soutenu fur un espece de semelle qui pose communément en travers fur les solives , ou bien fur plusieurs solives , ou bien , enfin , fur une solive que l’on tient exprès plus forte que les autres. Des Combles brisés. La proportion des combles brisés, où à la Mansarde , se détermine aussi par un demi-cercle , dont le diamètre est la largeur hors œuvre d’un bâtiment; mais la hauteur de leur rampant s’opere de deux maniérés. La premiere, constste, sig. XXVII , Planche CXV11I, après avoir tracé le demi-cercle a e b , & élevé fur son centre c , une perpendiculaire c e , qui le coupe en 2 parties égales e a, e b, à diviser chacun des quarts du cercle en deux, également aux point d & e ; & alors en tirant la ligne de, on trouvera la hauteur du brisis ; & en tirant les lignes a d & c b , on déterminera fa pente ; ensuite pour avoir le rampant du faut comble , ou de la partie supérieure , il n’y a qu à tirer les lignes d e & e c. d’A rchit f.cture. 273 La seconde , sig. XXVIII , consiste , après avoir tracé le detni-cercle a e b, & élevé fur son centre c , une perpendiculaire c e , qui le partage en deux parties égales , à diviser a u contraire la demi-circonférence ae b , en cinq parties égales, a d, d f, s g, g h & h b -, puis en tirant à la hauteur de la premiere & cinquième division, la ligne parallèle d h , elle marquera la hauteur du brisis, & fa pente a d, h b ; & en tirant ensuite les lignes d e , &,* h , vers le milieu e , de la demi- circonférence , on aura le rampant du faux comble. Ces combles sont plus avantageux que ceux à deux égouts, en ce qu’ils occasionnent moins de poussée contre les murs de face , & procurent des logements beaucoup plus commodes ; on ne peut reprocher à leur forme, outre la trop grande soldeur de fa partie inférieure , & l’applatissement considérable du faux comble dont nous avons déjà parlé , que de paroître lourde ou écrasée en exécution , & de procurer peu de grâce an couronnement d’un bâtiment ; aussi pensons-nous qu'il feroit à propos de ne remployer qu’à couvrir des bâtiments subalternes, ou des dépendances dune maison un peu considérable , ainsi qu’on l’a observé aux écuries du Château de Versailles, où ce genre de couverture semble ajouter au caractère de l’ordonnance des façades de ce bâtiment, l’un des chef-d’œuvre d’Hardouin- Manfard. Les combles brisés , fig. XXIX , s’exécutent aussi par fermes , espacées Tune de l'atitre depuis 9 jusqu’à 12 pieds. Ils sont à-peu-près composés des mêmes pieces de bois que ceux à deux égouts , à la referve qu’on n'admet dans Tome FI. S 274 Cours leur partie inférieure que des jambes de force b , b , qui s’assemblent par le bas dans le tirant a , & par le haut dans feutrait c , qui soutient la panne de brisis d . Pour déterminer la grosseur des bois de ces sortes de comble , supposons , comme ci-devant, que le dedans-œuvre des murs d’un bâtiment où il s’agit d’ériger un pareil ouvrage soit 2 s pieds: voici à-peu-près quelles pourroient être leurs dimensions. Le tirant a aura 14, fur 15 pouces de gros , en cas qu’il porte plancher directement ; & s’il ne porte pas plancher , ou bien si l'on y met des lambourdes , il suffira de lui donner 12 pouces de gros : on met au bout de ces tirans , comme ci-devant , des plate-bandes de fer avec une ancre , pour contenir l’écartement des murs du haut d’un bâtiment. Les jambes de force b , b, auront 7 & 8 pouces ; feutrait c , servant à porter le plancher haut des étages en galetas , 8 & 9 pouces : les pannes de brisis d , & de devers i , 7 à 8 pouces ; les esseliers e, e, qui soulagent la portée de feutrait, 5 & 7 pouces ; le poinçon / assemblé dans f entrait, 6 pouces de gros ; les arbalétriers f,?, assemblés d’une part dans feutrait, & de sature dans le poinçon , 6 & 7 pouces ; le faite h , qui est assemblé dans le poinçon, s 8c 7 pouces ; les solives c, assemblées dans feutrait pour former le plancher haut de f étage en mansarde » 5 & 7 pouces ; les con- tresiches k , h, 5 8c 7 pouces ; la plate-forme l , 4 8c 12 pouces ; les chevrons m & n , 3 8r 4 pouces : ils font assemblés par le bas , à pas dans les plate-formes , à fordinaire , 8c chevillés par le haut fur les pannes de brisis , de devers, 8c fur le d’Architecture. 27 j faìtê : enfin les coyaux o auront 2 à 3 pouces da gros, lì on en mer. Lorlque les combles à la mansarde font croupe à l’extrêmité d’un bâtiment, comme dans la fig. XXX , on fait une enrayeure en correspondance dans le plancher de f étage supérieur pour contenir les fermes & demi termes q , r , s , t, à- peu-près semblable à celles des combles à la Françoise ; car il n’y a que le brisis qui produit quelque différence dans le plan , & le profil de la croupe. On fait d’ordinaire en bois de brin , tant dans les combles brisés, que dans ceux à deux égouts, les tirans , les entraits, les arbalétriers , les jambes de force , les eífeliers , les arrêtiers, & les pannes au-delà de 9 pieds , & tout le reste s’opere communément en bois de lciage. On éclaire les logements que l’on pratique dans ces combles par des croisées appellées à la mansarde , fig. XXXI ; lesquelles font composées d’un chapeau bombé , orné de quelques moulures , de deux poteaux , d’un appui, & de potelets. De mémo que l’on subdivise les combles à deux égouts, lorsque les corps-de-logis font double, ])Olir diminuer la trop grande hauteur qu’il leur fàudroit, s’ils embrasl'oient toute la largeur d’un bâtiment, on a entrepris semblablement de sub- , diviser les combles à la mansarde , pour diminuer leur hauteur & pesanteur. Cc procédé est peu connu & comme nous posterions fur ce sujet un Mémoire manuscrit du célébré Bulles, qui en développe tous les avantages, & la facilité de l’exécution , nous croyons devoir le rapporter , vu futilité dont il peut être dans l’pccasion. S ij Cours 176 Nouvelle maniéré de faire les Combles brisés pour couvrir les Corps-de-Logis des plus grands double qu’on puisse faire , Jans être plus élevés que ceux des Corps-de-Logis simples, PI. CXIX. L’on a souvent évité de faire des corps-de- logis extraordinairement double , par la raison qu’il faudroit que les combles qui doivent les couvrir, à là maniéré ordinaire , fussent excessivement hauts ;mais comme les corps-de-logis double peuvent être d’un grand usage pour les commodités , & pour les agréments qu’ils peuvent donner , voici une méthode dont on s’est avisé pour les couvrir avec toute la solidité & la sûreté nécessaires par rapport à l’écoulement des eaux , & cela avec beaucoup moins de dépense que par les procédés ordinaires. L’on suppose que le corps-de-logis qu’on doit couvrir ait 1 o à 11 toises de large ou d’épaisseur hors œuvre , qui est un des plus grands double qu’on puisse faire , que le comble soit posé sur le dernier plancher au-dessus de l’entablemenr , 8c que les logements en galetas qu’on y peut faire aient 8 pieds fous l’entrait. Pour diviser le comble en question , il n’y a qu’à partager la largeur du corps-de-logis A B , en deux parties égales au point C , où l’on élèvera une perpendiculaire C K : on prendra enluite 5 pieds de chaque côté de cette ligne , comme E F, pour laisser un vuide de 10 pieds de large entre les deux combles. Ce vuide servira à éclairer les logements en galetas , que l’on pratiquera dans ces combles, & à écouler leurs eaux, en faisant d*Architecture. 277 un chênau dans le milieu, qui les conduira aux deux bouts du corps-de-logis , ou bien où l'on voudra les faire tomber. On formera les deux combles , en donnant 8 pieds du dessus des tirans A B , ou du dessus du dernier plancher , jusques fous les entraits G H , ou fous les pannes de brisis ; puis l'on fera le rampant des combles à l’ordinaire , ainsi qu’il est marqué fur le profil fig. XXXIII. Comme les fenêtres des galetas auront leur jour dans l’ou- verture pratiquée entre les combles , on fera au bas de ces croisées un appui de 3 pieds de haut, contre lequel on mettra de petits chevrons D en pente , destinés à porter la couverture qui recevra les eaux des deux combles , & les dirigera vers le chênau C , d’où elles s’écouleront par les deux bouts du bâtiment, à l’aide de goû- tieres ou de tuyaux de descente à l’ordinaire. L’on ne doute point qu’on ne fasse des obje- tions fur ce nouvel arrangement : les ouvriers ignorans qui ne changent pas aisément leur coutume , ne manqueront pas de dire que cette ouverture entre les deux combles fera un plat à neige ; car c’est l’expreíîion dont ils se servent pour faire peur à ceux qui font bâtir, & pour leur persuader qu’il faut toujours beaucoup élever les combles : mais comme ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on fait égouter les eaux dans des chênaux, l’on trouvera qu’elles s’écouleront plus aisément par le moyen que je propose , que par les goûtieres & chênaux que l’on metau derriere des balustrades & furlesentablemens,parceque le chênau en question fera bien plus facile à nettoyer, & à faire passer les neiges que par les goûtieres ordinaires, ayant des fenêtres tout du long par où il est aisé d’aller. 278 Cours Pour donner toute l’autonté à cet arrangements il saut savoir d’ailieurs qu’on l’a mis en œuvre en plusieurs endroits , ou il a lì bien réussi , qu’on ne s’en est jamais plaint. La premiere expérience en a été faite à .sl'y , près Paris , à la maison qui appartient à M. le Prince de Conty ; & l’on en a lait encore plusieurs autres épreuves, qui ont eu tout le succès qu’on en pouvoit attendre. Après avoir répondu aux objections qu’on pourroit faire fur ce procédé, il ne fera pas inutile de parler des avantages qu’on en peut tirer. Premièrement, l’on peut voir par le profil ponctué A K B, que lì l’on fa doit ce comble par les réglés ordinaires , il feroit élevé une fois plus haut que celui qu’on propose, ce qui causerait,non- feulement une hauteur excessive qui accableroit pour ainsi dire le bâtiment , mais encore aug- menteroit la dépense presque du double. Secondement , on se procurerait par là des logements en galetas , fort commodes , fans être obligé de faire des lucarnes en dehors , qui ne doivent être faites que pour des basses-cours , étant très-désagréable à voir à des Edifices de conséquence.Troisièmement, on pourrait, par ce moyen , dérober la vue d’une bonne partie des .cheminées , qui font toujours lin mauvais effet hors des combles. Quatrièmement , rien ne feroit plus ailé que de teindre le feu s'il venoit à prendre à ces cheminées , par la commodité qu’on auroit de monter lur ces combles . par les ouvertures des logements en galetas Cinquièmement, les Couvreurs auraient plus de facilité pour rétablir ces combles , qu’ils n'ont coutume d’en avoir aux combles ordinaires. Sixièmement enfin , 011 pourroit recueillir les d* Architecture. 270 teaux pluviales de ces fortes de combles , pour s’en servir au besoin avec moins de difficulté que celles des autres combles. Explication des Planches qui représentent la consruclion des Combles. Les Planches CXVI & CXVII, font les détails de l’aíTemblage de charpente d’1111 comble à deux égouts. La tìg. XXI , est la maniéré de déterminer la pente d’un comble ; a b , largeur hors-œuvre d’un bâtiment ; a d & d b , côtés d’un triangle équilatéral, qui forment le rampant du comble C- hauteur du comble. La stg. XXII , est le profil d’une ferme de charpente. A , poutre ou entrait servant à porter la- ferme.' B r B , arbalétriers assemblés fur le bout de feutrait par le bas , & par le haut dans le poinçon. C , entrait retrousse, assemblé dans les arbalétriers , & servant à porter d’ordinaire les solives du p'-ancher haut del’étageen galetas, quand on f;iit des logements dans les combles. D , poinçon assemblé fur feutrait retroussé , & frrvant \ porter le faîte. E, extrémité du faîte assemblé dans le poinçon , dont Foffice est de lier ensemble par le haut les fermes , & de soutenir le haut des chevrons. F , extrémité du sous-faîte assemblé dans feutrait retroussé, & servant auffi à entretenir les fermes, quand oa ne fait pas de plancher à cette hauteur. S iv 280 Cours G, G, aiíseliers servant à fortifier lentrait retroussé. H j H , contre-fiches assemblées dans le poinçon & les arbalétriers. 1,1, cours de pannes , dont on ne voit ici que le profil ; elles portent fur les arbalétriers fans assemblage & y font arrêtées par des tasseaux & des chanrignolles. K , plate-formes vues de profil portant à plomb du dehors des murs , & recevant dans des pas le pied des chevrons. L & M, rangs de chevrons. N , coyaux qui n ont lieu que quand on ne met pas de chênau. La fig. XXIV , est le profil du même comble , suivant fa longueur, lequel sert à faire voir la liaison des différentes fermes parle moyen des pannes dufure, du fous-faite, ou d'i:n plancher, quand on en admet: nous avons mis aux mêmes objers de petites lettres semblables aux grandes de la figure précédente , pour faire voir leur rélation dars ce sens. a , poutre ou entrait ; b b , arbalétriers ; c , entrait retroussé ; d d , poinçon ; e , faîte ; / , fous-faîte ou solives du plancher de l’étage en galetas ; g, g , aisseliers ; i , cours de pannes ; k , plate-forme; l, m , chevrons. O , liens servant à soulager la portée du faîte. P, solives portées fur des lambourdes le long des entraits. Q , demi-ferme de croupe avec un aisselier R. S , demi-entrait de croupe. La fig. XXIII, est la disposition de deux cours de plate-forme a & b , quand on fait porter ainsi D’A R C H I T E C T U R E. 2S1 le bout des entraits ; alors on entretient ces deux plate-formes par des blochets c, qui sont de petites pieces de bois entaillées par-deísous au droit des plate-formes. La fìg. XXV , est le plan du bas de la charpente d’un comble à deux égouts , qui fait croupe à son extrémité, pour faire voir faffemblage de son enrayeure dans l’épaisseur du plancher. A , entrait ou tirant avec deux lambourdes B, B , portant une travée de plancher C. D , plate-formes avec des pas pour les chevrons ; elles sont assemblées bout à bout à queue d’hyronde. E, demi-entrait de croupe assemblé dans feutrait A de croupe par un bout, & porté par l’autre fur le mur pignon. F, F , goussets assemblés dans le demi-entrait de croupe , & feutrait de croupe. G , autre gousset assemblé dans les plate- formes. H, coyers servant de tirant aux demi-fermes d’arrêtier ; ils font assemblés dans les goussets F , & reçoivent fassemblage des soliveaux d’em- panons I. La fig. XXVI , est le plan de la charpente du comble précédent , vu par-dessus ; a , faite assemblé dans les poinçons b , & portant le haut des chevrons ; c , pannes ; J, arrêtiersportant les chevrons d’empanons e arbalétrier de la demi- ferme de croupe. La PI. CXVIII, représente fassemblage d’un comble brisé. La fìg. XXVII, exprime une maniéré de déterminer le rampant du comble. «, é, largeur hors-œuvre du bâtiment que l’on à8r Cours prend pour diamètre d’un demi-cercle; ce, hau- teur du comble dc, hauteur du brisis; ad&ibc y rampans du brisis ; d c , & e c , rampans du faux comble. La fig. XXVIII, est une autre maniéré de déterminer le rampant d’un comble brisé ; a b , largeur hors-œuvre d’tin bâtiment, que l’on prend encore pour diamètre d’un demi-cercle ; lequel demi-cercle étant divisé en cinq parties égales , en tirant deux lignes a d $tb h , depuis les extrémités du diamètre , jusqu’à la premiere division de part & d’autre , on aura la pente du brisis ; & en tirant les lignes d e & e h , on aura les deux côtés du rampant du faux comble. La fig. XXIX , est l’élévation dune ferme d’un Comble brisé. a, tirant ou poutre ; b, b , jambes de force ; c , entrait portant plancher ; d , pannes de brisis ; e , aisseliers ; f , poinçon ; g , arbalétriers ; h , faîte ; i , panne de devers ; k , liens ; / , plate- forme ; m & n , chevrons ; o , coyaux ; p , profil dune croisée mansarde, représentée vue de face» fig. XXXI. , La fig. XXX , est le profil d’un comble brisé, où nous avons mis aux mêmes objets , les mêmes lettres qu a la fig. précédente. q , r, s , t, profil de la demi-ferme de croupe; «, solive du plancher bas ; * , liens servant à fortifier la portée du faîte ; y , profil du plancher haut de l’étage en mansarde. La PI. CX1X , représente une nouvelle maniéré de subdiviser les combles brisés fur la largeur d’un bâtiment double. La fig. XXXII, est le plan dudit comble, & la. fig. XXXIII en est le profil. d’Architecture. r8z À , K , B, hauteur d’un comble à la mansarde ©rdinaire. E , F, vui.de de i o pieds entre le deux combles. C , chêneau ayant l’on écoulement en dehors. D , petit toit en pente vers le chêneau. G & H , hauteur des étages en galetas , qui seroient éclairés non en dehors du bâtiment, mais du côté du vuide par des croisées I. Exemples de différents Combles. Après des détails de combles à l’usage des bâtiments ordinaires, nous allons proposer divers exemples de comble composés avec beaucoup d’tndustrie, & capables de servir de modelés dans des occalìons importantes. La Planche CXX , représente le détail de la charpente du comble à deux égouts , qui couvre la Nef de l’Eglise de baint-Roch à Paris. La fig. XXXIV, est la vue d’une des ferme» qui Ion t écartées, Tune de Tautre , de 18 pieds de miheu en milieu. A , voûte de f Eglise , avec une chaîne de fer a , servant à contenir l’écartement des murs ; b, b , tasseaux de pierre appuyés fur la voûte, servant soutenir cette chaîne dans fa longueur. B, entrait de 40 pieds de longueur, & de IJ pouces de gros. C, poinçon de 12 & 13 pouces , qui soutient l’entrait par le milieu , avec un étrier boulonné. D , D, arbalétriers de 11 pouces de gros. E , second entrait ayant 8 pouces de gros. F & G , faîte & íous-faîte de 8 pouces de gros. H , pannes ayant 11 pouces de gros. 1,1, deux cours de plate-forme de 6 & 12 pouces j entretenus par des blochets. 184 Cours L, M , liens & contrefiches , ayant chacun 6 à 7 pouces de gros. N , jambettes de 6 pouces de gros. O, aisseliers de 10 pouces de gros. La 6g. XXXV, est un prostl suivant la longueur du comble , ayant de petites lettres de renvoi correspondantes aux grandes , dans la .figure précédente. P, faux poinçon de 6 à 7 pouces de gros. Q, croix de Saint-André de 6 à 7 pouces. La Planche CXXI, représente deux combles. La fig. XXXVI , est une ferme du comble de Tancienne Basilique de Saint Pierre de Rome , construite sous Constantin , & dont le P. Bonani nous a conservé le destin dans la description de ce Temple. Sa charpente est très-remarquable par son extrême légérété ; elle est composée de plate-forme; moisées, & posées de champ. A , tirant 011 entrait composé de quatre morceaux assemblés deux à deux en embrévement vers le milieu, & liés avec des embrasures de fer. B, B, arbalétriers qui , font liés par le bas à sonnait par des bandes de fer , & dont l’affem- blage du haut est fortifié par une double équer- res s. C , second entrait tout d’un morceau dans fa longueur ; il est assemblé dans le poinçon & les arbalétriers , par des chevilles de fer. D , poinçon soutenu dans le haut par les arbalétriers , &, soulageant feutrait C, par le milieu ,à faide d’une broche de fer. On voit sur la gauche de la figure , un détail particulier de cet assemblage; a, entrait; b, em- d’Architecture. 28; breuvement des deux pieces de bois ; c , ernbraf- fures de fer ; d, boulon ou broche qui traver.e le bout du poinçon , & soutient l’entrait a par- dessous i’assemblage. E , chevrons posés en travers fur les arbalétriers , lesquels portoient des planches qui rc- cevoient la couverture. La fîg. XXXVII, est une ferme de la Nef de l’Eglise de Saint-André d 'dia Valli à Rome. Ce comble n’a de hauteur que le quart de fa largeur ; c’est la proportion que l'on donne le plus souvent au rampant des combles en Italie. Cette ferme n’a rien de recommandable , que son extrême simplicité. A, entrait de 45 pieds de long , & composé de deux pieces de bois assemblées à trait de jupiter , & fortifiées par deux étriers ou embraf- sures de fer boulonnées , & de plus soutenues dans le milieu par le poinçon B , à laide d’un étrier. C , C, arbalétriers assemblés aux bouts de l’en ; trait avec des embrassures de fer. D, détail à part de l’assemblage à trait de Jupiter des deux parties de l’entrait A , vu pardessus ; a , clef; b , étriers boulonnés. La Planche CXXII, offre encore le dessin dc deux combles de charpente que nous avons dessiné en Italie. La fig. XXXVIH est une ferme du grand Théâtre Saint-Charles à Naples, qui est deí’exé- cution la plus hardie. A, entrait de plus de IOO pieds de long , composé de trois pieces de bois de 12 pouces de gros , assemblées à trait de jupiter, & par embreu- vement au bout l’une de l’autre, & de plus , liées 286 Cours à leur rencontre par quatre embraHures de fer i il est fortifié à chaque extrémité par une femelle K% de 12 pouces de gros , & denviron IJ pieds de long , qui porte fur les murs du corridor adossé aux loges. B, B, arbalétriers double dans une partie de leur longueur , dont l’assemblage est fortifié par le bas, à l’aide de trois liens de fer. C , poinçon avec deux contrefiches. D , fécond entrait. E, faux poinçon qui foulage la portée de feutrait A. F , G , contrefiches. H , jambettes. I , chevrons mis en travers fur les arbalétriers. K , est un détail particulier de fassemblage des pieces de bois de feutrait A ; a, embrassures de fer ; b b , boulons ; c , étrier attaché au bout du faux poinçon; d d, autres embrassures de fer qui lient le pied des arbalétriers , avec le bout du tira n & de la femelle. La fig. XXXIX , est une ferme du grand Théâtre de Parme , dont la largeur est aussi considérable que la précédente. La hauteur de ce comble est à-peu-pròs le tiers de la largeur du bâtiment. A, entrait composé de trois parties assemblées par embrévement, & fortifiées à leur réunion par une lambourde B , liée avec cinq liens de fer , six boulons , & deux clefs en bois traversées chacune par un des boulons. B, B, arbalétriers liés avec quatre embrassures de fer par le pied. C , poinçon armé d’une équerre de fer , quj fortifie fassemblage du haut des arbalétriers. d’Architecture; 287 D & E , faux poinçons soutenant par le bas fentrait A. F, G, H, entraits particuliers servant à lier les faux poinçons D ; celui t est soutenu par le poinçon C , à laide d’un étrier. 1,1,1, décharges. K, contrefiches. L , chevrons recevant des planches jointives , qui portent la couverture. M , est le détail de Fassemblage des pieces de bois qui composent le grand entrait; a, embréve- ment ; b , lambourde ; c , embrassures ; d , boulon ; t , clef ; /, étriers boulonnés dans les faux poinçons , & soulageant la portée de Feutrait A. La Planche CXXIII , offre tous les détails de la charpente du Dôme du Val-de-Grâce. La figure XL , est la moitié du plan de cette charpente au dessus de l’attique , â la hauteur A B, fig. XLV11I. a , a deux cours de plate-forme entretenus par des blochers b ; c, c entraits qui traversent tout le dìamettre du Dôme ; d , faux entraits qui s’assem- blent dans les précédents; c goussets ; /poinçons. La fig. XLI est la moitié du plan pris à la hauteur C D, figure XLVIIII; g enrayeure; h> efpece de plancher , dont orr-voit le profil eni, fig. XLiX. i poiçons ou poteaux. La figure XLII est la motié du plan à la hauteur EF, fig. XLVI1I: on y voit la continuation de Fenrayeure dirigée vers les piliers montans l qui soutiennent la lanterne : il y a aussi à cette hauteur un plancher m , dont le profil est représenté en k, fig. XLIX. La figure XLIII, est un$ moitié du plan pris 2.88 Cours à la hauteur G H, fig. XLVI1I : elle représente un faux plancher servant de réunion aux poteaux montans qui portent la lanterne. La figure XL1V , est une moitié du plan de la lanterne , pris a u niveau de la balustrade à la hauteur I K. fig. XLVI1I ; elle représente un plancher formant un épi en enrayeure affémblée dans des goussets. La fig. XLV est un plan pris à la hauteur L M fig. XLVIII, & exprime le plancher haut de la lanterne. Les figures XLVI & XLVII , font deux plans, l’un pris à la hauteur N O & fautre à la hauteur P Q de la lanterne, fig. XLVIII. La fig. XLVIII , est un profil de toute la charpente du Dôme , lequel fait voir le rapport & la liaison des différens plans ci-dessus, a Voûte de la Coupole ; b attique ; c entraits formant enrayeure ; ^ autre entrait; e poteaux; /contrefiches;#, décharges ; h courbes formant le débets du Dôme & fur lesquelles font posées les tables de plomb. La fig. XLIX est un profil de cette charpente pris entre les fermes de l’enrayeure, au milieu des œils de bœuf : i & k font de petits planchers ; / & m œils de bœuf. En étudiant les rapports de ces différentes figures, & en les comparant, on aura aisément une idée complette de cette admirable Charpente , qui est bien digne de servir de modele. 9 CHAPITRE d Architect ure. 2?

re , soit en moilon , dans toute la hauteur d’un bâtiment au dessus de son rez-de-chaussée , ii convient de proportionner ia grosseur à la charge qu’ils fera d’obligation de soutenir. II faut qu’il soir de bois de bonne qualité , bien sain , éviter de lui donner trop de longueur, & observer de rétablir fur la tablette des jambes étrieres fans calles fous (es portées, en ayant soin sur tout de le poíer un peu en talud par déhors , de crainte qu’erì déversant, il ne fit surplomber, par la fuite, le mur qu’il soùtiendroit ( i ). Les cloisons de charpente , fig. LI, font fort en usage dans l’intérieur des bâtiments & dune fort grande commodité pour leur distribution , attendu qu’elles ménagent la place, biles font de deux sortes ; les unes portent planchers, & les autres ne servent que de séparation. Les cloisons qui postent planchers , doivent ent conséquence monter de fond, & être posées à rez- de-chaussée íurdes murs parpins de pierre de taille d’envirort 18 pouces de hauteur fur 9 à 10 pouces d épaisseur. Elles (ont composées de décharges A , de poteaux d’huisserie B, de tournissesC , de pote- lets D , d’une sablière E , posée dans le bas fur le mur parpin, d’une autre sablière U dans le haut, qui ( 1 ) 11 y cn a qui pensent qu’on augmente la force d’une poutre ou d’u.u poitrail en le divisant en deux suivant fa longueur , & qu’au lieu , par exemple , dc mettre un poitrail de 18 pouces de gros il vaut mieux mettre à côt- I une de l'autre deux pièces de bois dc champ de 18 & 9 poures dc gros. liées ensemble par des boulons ou des embralîures de fer : mais comment le persuader qu une poutre scice en deux suivant sa longueur acquierra par cette diviûon plu' de force, que lorsqu’elle étoit entière , & que tous ses fibres étoient bien unis : c’est évN déminent un système destitué dc fondement. T ij 292 Cours porte le bout des solives G , & dune troisième iabliere H, portant l’assemblage de la cloison de l’étage supérieur. On proportionne la grosseur des bois des cloisons à leur hauteur, & au fardeau quelles auront à porter: si elles ont 12 à 14 pieds de haut, il suffit de donner aux poteaux 5 & 6 pouces de gros : si elles ont 14 à 18 pieds, on leur donne 6 & 7 pouces. Les sablières E & H, qui reçoivent l’assemblage des autres piece de bois, ont communément 6 pouces d’épaisseur, & de largeur 2 pouces de plus que les poteaux, si elles doivent être recouvertes des deux côtés , & un pouce de plus si les bois doivent rester apparents. Si la sablière supérieure F , doit soutenir la portée des solives de deux planchers contigus, il faut que les bouts de ces solives soient soutenus également fur toute la largeur de la cloison , c’est- à-dire , que les portées soient posées à côté les unes des autres : on donne en conséquence à la sablière 7 pouces d’épaisseur , fur 10 pouces de largeur. Les cloisons qui ne servent que de séparation n’ont pas besoin de monter de fond , & d’avoir des bois aussi forts que ci-devant. On les fait de tiers poteaux de 3 pouces, fur 5 pouces de gros ; & même , pour plus de légérété , au lieu de les hourder , comme l’on fait d’ordinaire les précédentes , on les laisse creuses, & l’on se contente de les latter & enduire. Quand elles font d’une certaine hauteur , comme les poteaux seroient en danger de plier , on les assemble dans des liernes, que l’on place vers le milieu pour diminuer leur longueur. On fait les poteaux d’huisserie des bayes des d'Architecture. 293 portes , louvent à bois apparents , de façon à former un efpece de chambranle avec un quart de rond , ou une doucine entre deux filets fur leur arrête ; mais alors il convient de donner aux huisseries 2 pouces d’épaisseur de plus qu’aux autres bois de la cloison si on doit la latter , afin qu’en l’enduisant de chaque côté , il reste une petite feuillure d’environ 1 pouce en dehors de cette huisserie pour recevoir le lattis. On fait encore une pareille feuillure de chaque côté d’une cloison aux arrêtes du dessus des sablières d’en- bas des cloisons , pour recevoir le lattis. II est d’ufage de laisser entre les poteaux des cloisons , environ 10 pouces d’intervalle , & au lieu de ruiner & tamponer leurs jouées , comme autrefois , quand on les bourde, on les larde maintenant de rapointissage pour retenir la maçonnerie. Quoique l'on puisse placer les cloisons de séparation à volonté , il faut cependant prendre des précautions dans la disposition de la charpente ^ d’un plancher , quand elles ne peuvent être mises en travers fur les solives , afin que chacune en porte fa part. Si les cloisons font obligées d’être posées suivant la longueur des solives , il est à propos de les faire les plus légeres possibles , d’y placer des décharges qui rejettent une partie de son poids vers ses extrémités latérales ou font les murs ; de poser une solive plus forte que les autres fous la sablière , & même de faire poser la cloison , quand cela se peut , sur trois solives, par le moyen de barres de fer qui unissent ensemble les deux solives les plus proches avec celle qui est particulièrement chargée de la cloison. II y en a qui, pour soulager la solive souffrante , ^94 Cours mettent encore des tirans dans l’épaisseur d’une cloison , qui l’embrassent , & vont s’attacher fur les décharges. On soutient quelquefois le bout dune poutre fur une cloison qui monte de fond , en mettant «sabord fous íe bout de la poutre une forte décharge , dont le pied est appuyé contre le mur vers la portée de la fabliere , & dans la cloison de l’étage supérieur une autre décharge qui soutient un tirant de charpente , & un étrier qui embrasse le bout de la poutre en question. La fig. LI, donne une idée de cet arrangement ; A , est le bout de la poutre ; B, fabliere qui la reçoit ; C , décharge , dont le pied est assemblé sur la fabliere inférieure , près de fa portée dans le mur de face ; D , autre décharge dans la cloison supérieure , dont le bas est fortifié par une em- brassure de fer , &le haut par un lien F ; E , lambourde assemblée de part& d’autre fur la décharge ; G, tiran avec un étrier qui embrasse le bout de la poutre , & qui est porté fur la lambourde E. On fait encore une autre sorte de cloison beaucoup plus légere que les dernieres , & que les Charpentiers exécutent également comme les Menuisiers j lesquelles sont composées dc planches de bateau , d’nn pouce d’épaisseur , assemblées à claire-voie , haut & bas , dans des coulisses, & dans le milieu par des liernes , lorsqu’elles. ont une certaine hauteur ; on latte & enduit ces cloisons, de forte quelles ont tout compris H pouces d’épaisseur. Iî’Architecture.' *9 J CHAPITRE IX. Des Escaliers , Pl. CXXV. 5 -/ ANS les Maisons de quelque conséquence , on fait d’ordinaire les principaux escaliers en pierre , & ce n’est gueres que dans les maisons bourgeoises ou pour des dégagements que l’on fait des escaliers en charpente. Les Escaliers les plus usités en charpente font de forme oblongue ou quarrée , car on n’en fait gueres à noyau : il est rare ausii que l’on fasse monter de fond les limons ou les poteaux qui les portent ; mais d’ordinaire on affecte d’évider les limons , ou de laisser un vuide dans le milieu, pour procurer plus de grâce aux rampants. Lorsque l’on fait le principal escalier d’une maison en charpente, on le place sur un mur d’échissre, fondé jusques sur le terrain solide ,&on l’éleve à rez-de-chaussée sur un socle de pierre, qui a de hauteur communément les deux premières marches que l’on fait ausii en pierre. Sur ce socle on commence par poser des patins B , qui sont des pieces de bois de 8 à 9 pouces de gros , & qui forment un espece de volute vers la premiere marche : on pose de champ sur ces patins le limon A , auquel on donne 4 & 10 pouces de gros , & dont on orne les arrêtes apparentes de moulures ; comme ce limon s’éleve en rampant, on le soutient jusqu’à ime certaine hauteur par des poteaux qui y sont assemblés T iv 296 Cours ainsi que dans le patin : on fait dans le limon du côté des marches des entailles d un pouce, pour recevoir une de leur portée , tandis que l'antre le scelle dans le mur. Les marches des escaliers font plus ou moins longues , cela dépend de la place que l’on a , & de l’importance qu’on veut leur donner ; elles ont communément 3 à 4 pieds , fur i pied de largeur , & O pouces de hauteur ; & l’on observe de faire un quart de rond avec un filet fur le devant de chaque marche , & de les dé.arder par-dessous , afin de les pouvoir latter , & ravaler vers cet endroit. On met à chaque étage des marches-paliers, scellées dans les murs . d’une gresieur proportionnée à la longueur , dont la fonction est de porter presque entièrement les rampes des escaliers. Le difficile de leur exécution , est de bien dé- larder les courbes rampantes , & tournantes des limons , & de faire avec justesse l’aífemblage de ses différentes parties , de maniéré qu’elles fe contre-butent de tous côtés , & fe soutiennent en l’air , tant par le secours des marches-paliers , que par l’assemblage des limons , & des courbes rampantes. On met de distance en distance de grands boulons de fer qui traversent le limon , ainsi cjue le dessous des marches , & qui vont fe sceller dans les murs de la cage de l’efcalier : la tête de ces boulons doit être encastrée dans le limon , & l’afïleurer. Si les paliers font oblongs & de toute la largeur de l’escalier , il n’est besoin que de marches- paliers pour porter & contre buter le limon en cet endroit. Leur plancher fe fait fans difficulté avec des soliveaux assemblés , soit d’un bout d’Architecture. 297 dans la marche-palier , soit encore mieux dans une lambourde adossée à la marche-palier, & de l’autre scellé dans le mur ; mais s’ils fontquarrés& s’ils n’occupent que la longueur des marches , on soutient ces paliers par une bassecuie , c’est-à- dire , que l'on scelle une piece de bois de 12 ou 13 pouces de large, fur 7 pouces d epais, laquelle est placée diagonalement dans les deux murs , & l’on fait porter à mi-bois en croix fur celle-ci une autre piece de bois scellée dans sangle par un bout, & dont l’autre va butter contre la rampe , •& s’y attacher avec des écroux pour la soutenir. L’usage est de latter, comme nous savons dit dans la Maçonnerie , à lattes presque jointives le dessous des marches , de maçonner l’intervalle des marches avec plâtre & plâtras , d’enduire le lattis par-dessous le rampant de plâtre fin , & de carreler par-dessus le restant du giron des marches à fleur de la charpente : quant aux paliers , on les hourde plein , en clouant du rapointissage entre les solives ; on les latte tant plein que vuide par- dessous pour les plafonner, & par dessus on laisse le bois des marches - paliers apparent , & l’on étend une fausse aire fur les soliveaux pour recevoir le carrelage. Outre les ouvrages dont nous avons parlé , les Charpentiers font encore les poteaux de barrière dans les grandes cours, ou au-devant des façades des principaux Hôtels, qui font accompagnés de lisses , de fous lisses & de porelets. Tous ces bois font ordinairement refaits proprement en ce qui est apparent. On orne le haut des poteaux en forme de tête ou de pomme , & les arrêtes supérieures des lisses avec des moulures. I 198 Cours Ils font encore les mangeoires des écuries , les racinneaux qui les portent, de même que les râteliers avec leurs roulons , & enfin les poteaux qui font tournés au tour,& terminés en boule. Ils fournissent aussi les bois à Tissage des étalements ainsi que des pilotis , dont on fe sert dans les fondations , & qui font composés de pilots » de chapeaux , de racinaux , de bernes, &c. Et enfin ils font les cintres de charpente qu’on employé pour asseoir les voûtes pendant leur exécution. Explication des Planches , CXXIV& CXXV* La fig. L , est Télévation d’un pan de bois. A , poteau cormier ou d'encoignure. B , poteau d’huisserie. C, poteau. D, décharges que Ton nomme guettes , lors- qa’elles font assemblées dans les poteaux d’huif- ferie. E , tournisses. G, contrefiches. H , potelets. T , enrre-toise servant cl'appm nux croisées. K, K , sablières portant à tous les étages les assemblages du pan de bois. L , bout des pieces de bois d’un plancher. M , piece de bois portant Tassemblage du plancher bas de Tétage en galetas. N, Poitrail au-dessus de Touverture d’une boutique , & fur lequel est une sablière qui reçoit Tassemblage du pan de bois. La fig. LI, est Télévation d’une cloison mon-; tant de fond, & portant plancher. ©’Architecture; 19 p À , décharge servant à reporter en partie le fardeau des íablieres chargées du plancher supérieur vers les murs. B, poteau d’huisserie. C, Tournisses aslemblées dans les décharges. D , potelets. E, sablière posée sur un mur parpin au rez-de- chaussée. F, autre sablière servant à porter les planchers G. H , troisième sablière pour l’assembjage du bas de la cloison de l’étage supérieur. La fig. LI1 , ess un arrangement particulier de cloison , avec des décharges pour soutenir le bout d’une poutre que l’on setoit obligé d’y poser. A , bout de la poutre. B , sablière où elle est posée , & qui porte erf même-tems plancher. C , décharge dans la cloison inférieure. D , autre décharge placée dans la cloison supérieure , dont le pied est assuré par un embras- sure de fer , qui le lie avec la sablière. E , lambourde portée sur les décharges , & fortifiée par une contrefiche F. G , poteau vers le bas duquel est attaché un étrier embrassant le bout de la poutre , & vers le haut un autre étrier porté par la lambourde. La PI. CXXV , offre le dévelopement de la charpente d’un escalier. La fig. LUI, est le plan du rez de-chaussée , qui fait voir la disposition des marches. La fig. Ll V , est le plan de l’escalier au droit du premier é:age , où 1 on a supposé un grand & un petit palier. A , limon composé de plusieurs courbes rampantes d’assemblage à tenoiís & mortoises aux endroits a,a. 300 Cours B , grand boulon traversant le limon & le dessous des marches, pour être scellé dans les murs C. D , palier à baffecule composé de deux pieces de bois, posées en croix , & assemblées à mi- bois. E, marche palier avec une lambourde , qui reçoit l’assemblage des soliveaux F du plancher du palier. La 6g. LV,est le prohl de la charpente d’un escalier pris au droit de la ligne X, X, 6g. LIIÍ & LIV. A, limon porté sur un socle de pierre a. B, patin portant des potelets b , & le bas du limon. C , C , petits paliers portés en baffecule. D, pro61 des marches portées dans le limon & dans le mur. E , E, marches-paliers. . jÇn-irirnrnrìk f .rnrnrirnríl * i» >« h n r w - _ . d’Architecture. î -à-d-à. 3or 5 * CHAPITRE X. De LA MANIERE DE FAIRE UN Devis pour les ouvrages DE C HA R P E N T E RI E. ][l faut spécifier dans un Devis de Charpenrerie la qualité des bois qui seront employés , & les grosseurs qu’ils doivent avoir , à raison de leur longueur ; laquelle grosseur varie suivant la position horisontale , oblique ou debout, des pieces de bois. II convient de distinguer encore dans un Devis, les pieces qui doivent être de brin , & celles qui doivent être de sciage, ainsi que les intervalles qu’il faudra laisser entr’elles : le tout conformément aux mesures des plans Sr profils des planchers , des combles , des pans de bois, des cloisons & des escaliers qui doivent avoir lieu dans l’exécution du bâtiment dont il s’agit. Comme l’expolìtion & lenoncé des Devis de Charpenterie , font en quelque forte toujours uniformes , & ne (lissèrent gueres que par quelques conditions particulières , nous avons choisi pour modele un de ceux que l’on propose aux adjudications des travaux de Charpente dans les Bâtiments du Roi , oii nous avons fait seulement quelques légers changements que nous avons cru nécessaires pour les travaux ordinaires. C O U R á 30Z DEVIS ET CONDITIONS Des Ouvrages de Charpentene â faire pour la conjlrudion d’une Maijon & jes dé peu-* dances, Dresse par M***, Architecte* pour être exécutés comme il luit. PREMIEREMENT. 1 ous les bols seront de chêne , loyaux & marchands, sains , nets , fans aubier, nœuds vicieux ni roulures , bien assemblés à tenons & monoil'es, & chevillés , le tout suivant l’Art de la Ciiar- penterie. Les planchers seront mis bien de niveau pardessus : toutes les solives feront posées de champ, hors celles des entre-sols , qui feront posées fur le plat ; elles seront espacées de 6 pouces d’entrevoux pour les solives de sciage, & d’environ 8 pouces ssentrevoux pour les solives de brin , à moins qu il ne soit ordonné de les mettre plus près pour fortifier les planchers. Les solives de brin auront les groileurs ci- après déclarées suivant leurs longueurs, ainsi que les solives de sciage ; & seront observées les enchevêtrures , chevêtres pour les passages des tuyaux des cheminées, & les linçoirs , an droit des vuides qu’il conviendra , auxquels on donnera toujours 1 pouce de plus de grosseur qu’aux autres solives, lesquelles auront toutes des portées suffisantes dans les murs. Les poutres dans les planchers, où il en fera ìî ’ A R C H I T E C T U R t: z O) employée, seront des grosseurs ci-après déclarées, suivant leur longueur : elles seront refaites , & dressées en leurs faces , & à vive arrête , ainsi que les solives qui porteront dessus , lesquelles seront apparentes, & seront seulement bien droites, lorí- quelles seront recouvertes de plâtre. Les planchers à entrevoux ou avec des solives & des poutres apparentes , seront bien de niveau par-delìbus ; toutes les solives apparentes seront de sciage, espacées tant plein que vuide , bien droites, & degale épaisseur, refaites à la beíáigue , & rabotées par trois faces. Les poutres apparentes qui porteront les travées des planchers, & descendront de toute leur épaisseur fans être recouvertes de plâtre ou de menuiserie , seront bien droites & d’égale hauteur ; les plus fortes pourront avoir au plus z pouces moins de largeur à un bout qu a l’autre, & seront refaites par trois faces bien rabotées, avec un talon ou un quart de rond , & filet poussé fur les arrêtes. Les poutres qui remonteront dans fépaisseur, pour ne descendre que d’environ leur moitié au- dessous des solives des planchers , & qui seront recouvertes, en la partie quelles descendront, de plâtre ou de ménuiserie , seront bien dressées en ce quelles descendront; les lambourdes qui seront mises aux côtés pour porter lesdites solives, feront aussi bien dressées , & d’épaisseur égale, pour quelles joignent les côtés des poutres, & quelles affleurent par-dessous. Seront mises des planches fur les solives des planchers de largeur convenables, pour quelles recouvrent au moins d’un pouce & demi lur chaque solive ; lesquelles planches seront rabotées par-dessous , quand elles resteront apparentes 304 C o u n s dam; les entrevoux , & resteront avec leur trait de sciage seulement , quand elles seront recouvertes de plâtre. E*ans les planchers garnis de poutres , & destinés à être plafonnés , lesdites poutres seront cachées dans i épaisseur des planchers de grosseur & de lòhgueur suffisante pour avoir 15 pouces de portée par chaque bout. Les lambourdes aux côtés d’icelles auront 6 & 10 pouces, 8t seront d’une seule piece chacune, liées avec lesdites poutres par des étriers de fer plat, entaillés de leur épaisseur, qui les embrasseront , & seront attachés & retenus par-dessus avec mantonets & chevilles. Les solives des travées seront mises bien de niveau par-dessous ; celles qui excéderont 12 pieds de longueur auront 6 & 7 pouces , & celles de 12 pieds & au-dessous , J & 7 pouces de gros , ou 6 pouces quarrés ; elles seront assemblées à tenons & mortoises , & à pas alternativement dans lesdites lambourdes, & seront portées du côté des murs , soit par des linçoirs , soit par des lambourdes de 7 8c 8 pouces d’écarrissage. Les sablières contre les murs pour porter les solives seront de longueur nécessaires, & auront 6 & 7 pouces dc grosseur aux planchers de brin, & 5 & 7 pouces aux autres ; elles seront entaillées pour l’épaisseur des corbeaux, & délardées pour la saillie des corniches. Tous les pans de bois 8c cloisons qui porteront planchers, ainsi que les cloisons de séparation , seront garnis de sablières, entre-toises, décharges, poteaux espacés de 10 pouces d’entrevoux , & feront observées les bayes des portes & croisées nécessaires, t>'A rchitecture Zos hécefiaires , qui seront marquées par les plans , avec linteaux , appui & potelets. Seront faits tous les combles, tant ceux qui seront brisés que ceux à deux égouts , & en appentis avec leurs assemblages de fermes & demi-fermes > tant de croupe que de noues & d’arrêtiers , garnis de jambes de force, liens, en- traits , arbalétriers ou montans , poinçon , faites & fous-faîtes , pannes de briíis , & autres de remplissage, esseliers& contre-fiches, tasseaux & chan- tignolles , chevrons, coyaux , lucarnes droites, bombées & cintrées , & tout ce qui fera nécessaire suivant les plans, profils & mesures qui en seront donnés. Seront posées des plate-formes fur les murs , assemblées à queue d’hyronde, où seront observés les pas des chevrons , lesquels seront brandis fur les pannes , & couronnés par le faîte , e'pacés de quatre à la latte , & les coyaux seront droits ou cintrés , bien attachés fur lesdits chevrons. Seront faits tous les escaliers avec limons droits ou cintrés , marches de palier & autres ; le tout raboté & quarderonné. Les barrières seront faites avec poteaux espacés suivant la longueur des travées & des lilles ; le tout de bois bien refait en toutes ses faces , & quarderonné fur l’arrête , lorfqu’il fera ordonné. Seront faites , les mangeoires des écuries , les râteliers , & les piliers avec bois bien dressé & raboté. Les râteliers feront garnis de roulons, & les piliers feront tournés. H Tome VL V, 306 Cours Grosseur des Bois mis en œuvre pour les Planchers. Poutres. Les poutres de i z pieds dans-œuvre , auront iz pouces de gros. Celles juí'qu’à 15 pieds dans-œuvre, auront iz & 13 pouces. Celles jusqu a 18 pieds dans-œuvre , auront 13 & 14 pouces. Celles juiqu’à zi pieds dans-œuvre , auront 14 & 1 5 pouces. Celles jul'qu’à Z4 pieds dans-œuvre , auront I J & 16 pouces. Celles jusqu à 2.7 pieds dans-œuvre, auront 16 & 17 pouces. Celles jusqu a 30 pieds dans-œuvre , auront 17 & 18 pouces. Celles juiqu’à 33 pieds dans-œuvre , auront 18 & 19 pouces. Celles jusqu à 36 pieds dans-œuvre, auront 19 & zo pouces. Solives de Sciage. Les solives de sciage, jusques & compris 9 pieds de long , auront 4 & 6 pouces de gros , 6 les enchevêtrures seront de 5 & 7 pouces. Celles juiqu’à I z pieds de long , auront 5 & 7 ponces , & les enchevêtrures 6 & 7 pouces de gros. Celles de 15 pieds de long, auront 6 & 7 pouces de gros , & les enchevêtrures 7 & 8 pouces de gros. D ’ A R C H I T E C T U R E. 307 Solives de Brin. Les solives de brin jusquà 1 5 pieds de long , auront 6 & 7 pouces de gros , & celles d’enche- vêtrure 7 & 8 pouces de gros. Celles Risqua 18 pieds de long , auront 7 & 8 pouces , & les enchevêtrures 8 & 9 pouces. Celles juíqu’à 21 pieds , auront 8 & 9 pouces, & les enchevêtrures 10 & 11 pouces. Celles julqu’à 24 pieds , auront 10 & 11pouces, & les enchevêtrures 1 2 & 1 3 pouces. Celles jusquà 27 pieds, auront 12 & 1 j pouces, & les enchevêtrures 14 & I 7 pouces. Celles jusqu’à 30pieds, auront 13 & 14pouces, & les enchevêtrures 14 & x 5 pouces. Pans de Bois & Cloisons. Tous les poteaux feront de 5 & 7 pouces » espacés de 1 o pouces d’entrevoux: les sablières par bas , feront de même grosseur ; & celles d’en haut recevant la portée des solives, de 9 & l o pouces de gros, posées fur le plat; les entre-toiícs & décharges , de 5 & 1 o pouces ; les poteaux cormiers à proportion de leur hauteur, & les autres sablières des pans de bois au droit des entablements , auront 9 & I o pouces ; tous leldits poteaux seront ruinés & tamponés fi besoin est : les poteaux d’huisserie à bois apparent seront refaits , avec quart de rond par dehors , & re- feuillés aux trois autres arrêtes pour recevoir les lattes. Aux cloisons qui porteront à faux fur les plan- V ij 3ò8 Cours chers, les sablières , poteaux & entre toises , ft besoin est, seront de 4 & 6 pouces , ou de tiers poteaux , suivant les ordres qui seront donnés, & espacés , comme il est dit ci dessus. Les autres cloisons de planches de chêne , de bateau , refendues en deux , feront espacées de 3 pouces d’entrevoux, avec coulisses & huisseries des portes, faites avec des chevrons de 3 ou 4 pouces. Combles. Lf.s plate-formes fur les .murs & semelles aux pieds des jambes de force , auront 4 & 11 pouces de gros , & seront assemblées à queue d’hyronde. Entrait s. Les entraits ou tirans qui porteront planchers j feront des grosseurs , ci-après déclarées, sçavoir : Les entraits de 12 pieds de longueur , auront c) & 10 pouces de gros , s’ils portent planchers ; & ceux de même longueur qui ne porteront pas planchers , auront 8 & 9 pouces. Ceux jusqu’à 1 5 pieds, auront 10 & 11 pouces, & fans planchers 8& 9 pouces. Ceux julqu’à 18 pieds, auront 12 pouces , & fans planchers 9 & 10 pouces. Ceux jusqu’à 21 pieds, auront 12& 13 pouces, & fans planchers 11 pouces. Ceux jusqu’à 24 pieds , auront 13 & 14pouces, & fans planchers 11 & 12 pouces. Ceux jusqu’à 27 pieds, auront 14& I 5 pouces, & fans planchers 1 2 pouces de gros. Ceux jusqu’à 30 pieds , auront 1 5 & 16 pouces, & fans planchers 13 & 14 pouces. d’Architecturê; 309 Ceux jufqu’à 33 pieds , auront 16 & 17 pouces,. & fans planchers 14 & 15 pouces. Ceux jufqu’à 36 , auront 17 & 18 pouces, &: fans planchers 15 & 16 pouces. Jambes de Force. Les jambes de force de 6 pieds de longueur, auront 6 & 7 pouces de gros. Celles de 9 pieds , auront 7 & 8 pouces. Celles jusqu a 15 pieds , auront 9 & 10 pouces. Les effeliers & les liens , à proportion. Arbalétriers. Les arbalétriers jufqu’à 9 pieds de longueur auront 582:7 pouces de gros. Ceux jufqu’à 12 pieds, 6 & 7 pouces. Ceux jufqu’à 15 pieds , 7 & 8 pouces. Ceux jufqu’à 18 pieds , 8 & 9 pouces.. Ceux jusqu a 24 pieds, 9 & 10 pouces. Poinçons . Les poinçons de 9 pieds de longueur , feront de 5 & 7 pouces de gros. Ceux jusqu à 12 pieds , de 6 & 7 pouces. Ceux jufqu’à 1 5 pieds , de 8 pouces. Ceux jusqu a 18 pieds, de 9 pouces de gros. Pannes & Chevrons. Les pannes de 9 pieds jufqu’à 12 pieds , auromf f & 7 pouces. Celles jufqu’à I 5 pieds, 7 & 8 pouces. Celles jufqu’à I 8 pieds, 8 & 9 pouces. Les chevrons de 3 & 4 pouces de gros. V iij 3io Cours Les coyaux de 2 & 4 pouces de gros. Les bois des lucarnes feront des longueurs & grosseurs nécessaires suivant leur décoration. Les Noues. Les noues jusqu’à 6 pieds de long , seront de 7 & 8 pouces de gros. , Celles julqu’à 9 pieds, de 8 & 9 pouces. Ceiles jusqu a I 2 pieds , de 9 & 10 pouces. Cel.es jusqu a I 5 pieds, de 10 & 11 pouces. Celles julqu’à 1 8 pieds , de 11 & 12 pouces. Et au-dessous, à proportion. Arrêtiers. Les arrêtiers jusqu a 9 pieds , auront 5 & 7 pouces. Ceux -jusqu a 1 2 pieds , 6 & 7 pouces. Ceux jusqu a I 5 pieds , 7 & 8 pouces. Ceux jusqu a 18 pieds , 8 & 9 pouces. Et au-dessus, à proportion. Faites & Sous-Faîtes. Les faîtes & sous-fa.îtes de 9 pieds , auront 4 & 6 pouces. . Ceux de 12 pieds , 5 & 7 pouces. Ceux de 15 pieds , 6 & 7 pouces. Et a u dessus, à proportion. Les liens au-dessous , auront 4 & 6 pouces , & 5 & 7 pouces , selon leur longueur. Mangeoires. Les devants des auges feront de 3 St 14 pouces. d’Architecture. 311 Les fonds , de 3 & 12 pouces. Les poteaux des mangeoires , de 5 & 9 pouces. Les racinaux, de 5 & 7 pouces. Les râteliers de chevrons de 4 pouces , garnis de roulons tournés. Les poteaux des écuries seront de bois de 6 pouces de gros , tournés avec têtes rondes par le haut , & assemblés dans des souillards par le bas. L’Entrepreneur ne pourra excéder les grosseurs des bois portées par le présent Devis , pour quelque raison que ce puisse être, fans un ordre par écrit de l’Architecte, à peine d’être diminué dans le toisé. Pour l’exécution desquels Ouvrages , l’Entre- preneur , fournira tous les bois nécessaires , des qualités & dimensions portées par le présent Devis , & tous les équipages , voitures , peines d’ouvriers , enfin toutes les choses généralement quelconques , pour rendre leldits ouvrages bien & duement faits & parfaits au désir du présent Devis , dans le tems de.& suivant les plans & dessins qui lui en seront donnés par l’Architecte : le tout fera toisé suivant les us & coutumes de Paris , & suivant les prix ci-dessous déclarés. S Ç A V O I R. Pour chaque cent de bois réduit à l’ordinaire,' des planchers , combles , pans de bois , cloisons , escaliers , & autres de toutes longueurs & V iv 3ii Cours grosseurs mises en œuvre , y compris les poutres jusqu a 24 pieds , la somme de ... . Pour chaque cent de bois aux planchers qui seront apparents & refaits, tant poutres jusqu’à 24 pieds, solives , limons, rampes, que marches d’escaliers, bois de lucarnes rabotés & quardé- ronnés , barrières & mangeoires , la somme de. A l’égard des poutres au-dessus de 24 pieds de longueur, elles seront également réduites au cent, comme ci-devant , & il sera payé pour chaque cent, réduit la somme de. Pour chaque cent de vieux bois remployés & mis en œuvre , compris la démolition , il fera payé pour façon , la somme de. Et pour ce qui est des autres vieux bois qui seront démolis , & qui ne seront pas remployés en totalité, ils seront donnés en compte a l’En- trepreneur , & déduits fur le montant de ses ouvrages , pour chacun cent desdits vieux bois , y compris la démolition , la somme de . . . Les chevalemens & étayemens employés pour soutenir les murs par-dessous-œuvre , s’il y a lieu, seront payés par chacun cent réduit , la sommç cso. . . . . Après avoir fixé le terme des paiements desdits ouvrages , on fait reconnoitre le Devis en question par devant Notaire , &c. &c. b’A rchitecture. 313 DE LA COUVERTURE DES BATIMENS, P l. CXXVI et CXXVII. N couvre les bâtiments , soit avec du chaume, soit avec des roseaux, soit avec du bardeau (1), soit en laves ou pierre plates (2), soit avec de la tuile, soit avec de l’ardoise. De ces diverses sortes de couverture , il n’y a que celles en tuile & en ardoise , qui méritent une attention particulière , les autres n’ayant lieu que dans les campagnes , & quand la nécessité l’exige. (1) Le bardeau sc sait avec des douves de merain ou de vieilles futailles , & ne s'employc gueres que pour couvrir les moulins 3 les échoppes & autres bâtiments semblables. II est composé de planches de i j pouces de long , clouées fur d’autrcs planches jointives qui lui fervent de lattis. Cette forte de couverture est de peu de durée , mais elle ne laisse pas de bien Tesister aux vents , à la grêle , &c. (1) La couverture en pierres plates ou en laves , est en usage en Bourgogne , en f ranche-Comté & en Lorraine. Ces sortes de pierre ont deux pieds de longueur fur 7 à 8 lignes «l’épaisseur. feOJi Cours P4 CHAPITRE PREMIER. De la Couverture en Tuiles. T ÍLiÁ nature de la terre dont on fabrique les tuiles, n’instue pas moins lur leur qualité , que le degré de leur cuilon. Pour qu’une tuile soit réputée bonne , il faut qu’elle loir sonore quand on frappe dessus avec le marteau , qu’elle fe brise difficilement , & qu’elle soit également cuite dans son intérieur , comme à fa superficie , sans cependant être vitrifiée. Car, quand elle n’est pas assez cuite, elie se feuillette & tombe en morceaux. Sa couleur est assez indifférente à sa bonté. On préféré à Paris la tuile que l’on tire de Bourgogne, à toutes les autres. C’est de toutes les couvertures celle qui est la plus solide , qui dure le plus , & qui résisté le mieux aux injures de Pair. La forme des tuiles n’est pas la même partout ; dans certes Capitale & dans la plus grande partie de la France , on couvre les bâtiments avec des tuiles plates ; mais en Italie , en Hollande , en Angleterre , en Flandres , & dans une partie de l’Allemagne , on les couvre avec dés tuiles creuses , ou avec des titilles faites en S. La tuille plate est de deux sortes , l’une que l’on nomme le grand moule , ou le grand échantillon , qui a 13 pouces de long , fur 8 à 9 pouces de large ; l’autre qu’on appelle le petit moule , ou le petit échantillon , qui porte 10 d’Architecture. 315 pouces de long , fur 6 à 7 ”pouces de large. Ces miles ont un crochet en dessous par le haut, pour les retenir fur la latte , ainsi qu’on le voir en a 8c 6, fig. I,P 1 .CXXVI. Les tuiles du grand moule ou échantillon fe posent à 4 pouces de pureau. On appelle punau la partie a , fig. X , de la tuile ou de l’ardoife, qui n’est pas recouverte, ou que l'on laisse apparente fur un toit : on le réglé environ au tiers de la hauteur de la tuile. II faut cent-cinquante tuiles du grand moule pour faire une toise quartés d’ouvrage : ainsi un millier suffit pour opérer environ 6 toises | de couverture. Les tuiles de petit échantillon fe posent à 3 pouces de pureau , & il en faut, pour chaque toises d’ouvrage , deux-cent quatre-vingt-dix, ainsi le millier peut faire à-peu-près 3 toises superficielles. La latte pour la tuile fe nomme latte quarrée; c’est un espece de réglé qui a d’ordinaire 4 pieds de longueur , près de 2 pouces de largeur , & 4 lignes d’épaisseur. La meilleure est de bois de chêne ; elle doit être de droit fil, fans nœuds , ni aubier ou bois blanc, & d’une égale épaisseur dans toute ta longueur : il y cn a cirquante deux à la botte. II situe vingt-fept lattes pour une toise quarrée d’ouvrage du grand moule . & trente six pour une toile quarrée du netir moule ; le rout lans comprendre la contre-latte , lorfcm’on en admet entre les chevrons. Chaque latte doit cire clouée avec quatre eWtds fur quatre chevrons qui font , comme l’or lait, espacés communément' de 16 pouces de milieu en milieu. Les clouds à latte font de deux efpeces , fuit à tête ronde , sature en aile de Zi6 Cours mouche. L’essentiel °est que la tige de ces cloues s ne soit point trop grosse auprès de la tète , de crainte quelle ne fasse fendre la latte. 11 entre environ une demi - livre de clouds par chaque toile d’ouvrage du grand moule, & une demi- livre & un quart pour celle du petit moule. On fait les combles, soit à la Françoise ou à deux égouts , soit brisés ou en mansarde ; c’est au Charpentier à les disposer suivant la pente & la forme convenables , ainsi qu’il a été expliqué dans le Chapitre précédent. Les matériaux étant reconnus de bonne qualité , le premier soin d’un Couvreur est d’obl’er- ver si les chevrons sont de siage ou de brin. S’ils sont de sciage , comme de coutume, ils offrent volontiers un plan bien uni ; mais s’ils sont de brin , il y en a qui s’élevent en contre-haut, & d’autres au contraire qui courbent en contre-bas. Dans le dernier cas , il est à propos que l’Ou- vrier commence par dresser la charpente , en hachant avec son assette C,fig. XX , PI. CXXV1I, la partie du chevron qui s’éleve trop haut. L'ajjeiu est un espece de marteau, dont le côté a est tranchant , & dont le côté b offre une surface plate , pour enfoncer des clouds. Quant aux parties des chevrons qui descendent trop bas» FOuvrier y attache une fourure ou une latte, & ce n’est qu’après avoir égalisé le toit qu’il entreprend son latti. Le latti se fait toujours en commençant par les égouts ou le bas du toit, & en le poursuivant jusqu'au faîte. II y a de deux sortes d’égouts » les uns sont pzndans , & les autres retroussés. Les égouts pendans, fìg. VI, n’ont gueres lieu que dans les fermes, les bâtiments de la cam- d'Architecture. z 17 pagne, & quand on ne termine pas le haut des murs par une corniche saillante , pour en écarter les eaux pluviales. On les opéré , en clouant vers le bas des chevrons g , auquel on fait excéder le dehors du mur a, un cours de chanlattes d t qui font des elpeces de planches de 6 à 7 pouces, de largeur, iur 2 pouces j d’epaiflèur , retendues diagonalement ; nous avons représenté à part , fìg. VII, une de ces chanlattes , dont on met le côté le plus épais en contre-bas fur le bord de l’égout, pour le taire un peu relever. Les égouts retroussés , fig. VU , fe font en plaçant le pied des chevrons b , jusques vers le bord d’un mur, qui est terminé par une corniche de pierre , de briques ou de plâtre ; & même , pour peu que cette corniche ait de saillie, on ajoute vers le bas des chevrons , comme il a été expliqué dans la construction des combles cn charpente, des coyaux que l'on avance jufques- là , & alors on descend le lattis jusqu a u pied des coyaux , en montant jusqu'a u haut du toit. On observe dans la pose des lattes b , b , sig. XI , de les arrafer à la même hauteur , & de les clouer fur chaque chevron a , à une distance , telle que la tuile ait pour purenu à-peu-près le tiers de fa hauteur , à prendre du dessous du crochet. S’il s’agit, par exemple, d’employer du grand échantillon , on cloue d’abord des cours de lattes b , b , avec quatre clouds fur ,quatre chevrons, depuis le bas du toit juíqu’au haut , à 8 pouces de distance , ce qui s’appelle , en termes de l’Ar t, faire k bâti : ensuite on place, entre ces cours de latte b , b , d’autres rangs de latte h, h , en bonne liaison avec les précédents , asm que leurs extrémités n’aboutissent pas toutes suc zi8 Cours les mêmes chevrons : par ce moyen les chevrons a se trouvant liés par les lattes , l’un ne pourra couler fans l’autre , & il en résultera à la sois plus de solidité , tant pour la charpente , que pour la couverture : cette seconde opération se nomme, en termes de l’Art, sain le rempli. Ainsi , comme l’on voit , la distance entre le bâti & le rempli, est ce qui détermine la hauteur du pu- reau , laquelle doit varier suivant qu on employé des tuiles du grand ou du petit échantillon (i). En supposant qu’à cause de la grande distance des chevrons , les lattes ne portassent que fur trois , il seroit à propos alors de clouer par- dessous les lattes des contre-lattes c parallèlement entre les chevrons , de crainte que les lattes , en cédant fous le poids de la tuile , ne fissent des ondes fur le toit , comme on en remarque souvent quand on n’a pas pris cette précaution. Le latti étant terminé , on pose la tuile , en commençant aussi par les égouts d. Si l’égout est pendant, on place un rang de tuiles réduites au f de fa longueur, appellé sous-doubli , fur la chanlatre d , fig. VI, qui la déborde d’environ 4 pouces ; & fur celui-ci on pose en liaison un rang de tuiles entieres , appellé le doubli , que l’on arrase par le bas au précédent , fans laisser de pureau , & que l'on à foin d’accrocher au premier rang de latte , cloué au-dessus de la char.latte. On continue la couverture, toujours en s’élevant , & en accrochant à la latte les rangs de tuile , bien jointivement, en bonne liaison , & de faç'on à recouvrir , comme il a été dit , les | de la longueur des tuiles du rang inférieur, jusqu’à ce ( í ) Art du Couvreur, pages iz Le 16. D* A R C H ITE CTURE. 3 19 que le toit se trouve entièrement couvert ; si c’est cl u grand moule , il restera 4 pouces c!e pureau, & si c’est du petit moule, 3 pouces. Mais si 1 ego ut est retroussé , sig. VIII, on peut le faire simple ou double. Les simples font composés de deux tuiles, & les doubles de cinq ttiiles ; bornons-non s ici à exposer comment se font les simples , qui font les plus ordinaires. On pose d’abord fur le devant de la corniche un rang de tuile a , un peu en pente en dehors , & saillant d’environ 4 pouces au-delà , pour former le sous-doubli , & l’on place au- dessus en liaison & d’arrafement, un autre rang de tuile b , pour former le doubii ; lesquels rangs de tuile fe maçonnent en plâtre ou en mortier. II y en a qui disposent les tuiles a du sous-doubli diagonalement , comme dans la sig. IX , de maniéré à présenter leurs angles en dehors par- dessous le toit ; alors on noircit ou rougit les tuiles du doubii b , & l’on blanchit les tuiles du fous- doubii a , ce qui forme en dessous un efpece cle compartiment. Cela étant fait, on pose sur le doubii le premier rang de tuile d. sig. VIII, qui doit l’affleurer & s’accrocher à la latte, & l’on continue, comme ci devant, à accrocher les tuiles par rang le long des cours de latte , en faisant sans cesse attention que le milieu de la largeur de chaque tuile du rang supérieur recouvre les joints de Tinférieur. Le Couvreur étant parvenu au haut du toit, recouvre la jonction des tuiles des deux côtés avec des faitieres, ou des efpeces de tuiles creuses , sig. IV , qui ont 14 pouces de long, & assez de largeur pour former un récouvrement de 4 pouces fur les tuiles de chaque côté. II est jiô Con j d’usage de poser à sec ces íaîtieres à it'tï pótP ce £ de distance Tune de l’autre, & de remplir leurs joints en mortier, ou plâtre par un espece de filet g , fig. XI , relève en forme de crête. On fait des couvertures à clair-voies, comme dans la fig. XII , en laissant entre chaque tuile la moitié de fa largeur , ce qui en employé environ moitié moins ; mais il s’en faut bien que ce procédé, dom on ne fait usage que par économie , foii austi solide que le précédent. Un toit , soir de tuiles, soit d’ardoifes , est composé , outre les égouts & les faîtes , d’arrê- tiers, de noues , cìe rranchis , de niellées ; c’est pourquoi il est bon de faire connoître séparément ces différents objets. Un arràier , est un angle saillant qui termine la croupe d’un toit. Pour le faire , on diminue la largeur des tuiles par le haut, & on les taille de maniéré à conserver le crochet à leur rencontre lur sangle , si non on les cloue fur l’arrêtier , & , attendu que les tuiles ne fau- roient fe joindre bien exactement à leur rencontre fur sangle , on recouvre cet angle saillant d'nn filet de plâtre d’un pouce & demi de large , lequel déborde de part & d’aurre fur les tuiles. Une ncuc, est au contraire un angle rentrant formé par la rencontre de deux toits , en maniéré de gouttières : dans les couvertures en tuile , elle s’opere , en plaçant avec mortier & plâtre, vers cet endroit, des tuiles creuses qui forment le fond de la noue, & qui reçoivent de côté & d’autre les tuiles des deux toits. Lorfqu’un toit aboutit contre un arrêtier ou un mur pignon plus élévé , on-nomme tranchi le dernier rang de tuile, lequel est composé de demi- tuiles d’Architecture. zri tuiles & de tuiles entieres , & ou appelle niellés le filet de mortier ou de plâtre dont on garnit la jonction du franchi. On fait quelquefois les chaperons des murs en tuiles , & pour cela on aíl’eoit fur du plâtra un doubli St un sous-doubli , qui débordent un peu les deux côtés du mur , & l’on recouvre le milieu par des faitieres , comme le haut d’un toit. Quand on veut employer des tuiles Creuses pour une couverture, il est d’ufage de faire les toits très-plats, & on cloue des planches voliges bien jointivement fur les chevrons , & on les arrange , fig. II & III , -à recouvrement depuis l’égout jufqn’au faîte. 11 y a de ces tuiles qui font faites à-peu-près comme les faitieres , & dont on place alternativement la convexité tantôt en dessus , tantôt en dessous, le long d’un rang de tuile : il y en a d’autres qui sont faites en Z, fig. V, avec un petit bourlet en sens contraire à leurs extrémités ; on place ces tuiles de façon que le crochet du dessous entre dans celui du dessus de la tuile suivante : enfin, il y en a qui font faites en S romaine , fig. III. Rarement les tuiles creuses ont des crochets ; il n’y a gueres qu'en Hollande , oìi les tuiles en S sont fort en vogue, & où on les accroche à la latte commq la tuile plate. L’ufage est de ne leur donner encore dans ce pays qu’environ un pouce de recouvrement & de mastiquer les joints de ce recouvrement en dedans du toit, ainsi que ceux de rencontre avec les tuiles voisines. Ces couvertures font extrêmement solides , les réparations y font rares; & comme elles font beaucoup plus legeres que celles des tuiles plates, à raison de leur très-grand pit- Toms FI. X Cours reau, elles nexigent pas une charpente auíîì forte. Les Couvreurs fournissent des gouttières de bois de chêne que l’on peint de noir à l’huile pour les conserver : quand elles font de bois bien sain , fans écorce & fans nœud vicieux, quoiqu’elles ne soient pas autant de durée que celles en plomb, elles ne laissent pas de faire un bon service. On éclaire les greniers , ou bien on leur donne de l’air par des vues de faîtieres , des œuils de bœuf, fig. XIII, & des lucarnes, soit à Damoiselle, soit à la Capucine , soit à Chevalets ; c’est au Charpentier à disposer ces lucarnes , le Couvreur ne fait que les couvrir suivant leurs différentes figures, soit en tuiles soit en ardoises , en observant les tranchis & les égouts convenables. r à \ § * d’Architecture. Zrz CHAPITRE II. De la Couverture en Ardoise. T Ju ES couvertures d’ardoise sont plus belles plus agréables à la vue que celles en tuile , & dailleurs, ne chargent pas autant la charpente. On employé à Paris des ardoises de cinq échantillons diftérens, dont quatre fe tirent des carrières près d 1 Angers, fçavoir; la grojse noire, qui a 12 à 13 pouces de long fur 7 à 8 de large ; la quarrée forte , qui a i í à 12 pouces de long fur 7 à 8 pouces de large ; cette ardoise est celle qu on employé le plus communément, il en faut 172 par toise, c’est à-dire, qu un millier fait 5 toiles -| environ; La quarrée fine qui est un peu moins large que la précédente , & quia ail plus 11 pouces de long ; la quarteleite t dont on fe sert pour les Dômes , & qui est d’un échantillon de différentes grandeurs, tel que 8,9 & 10 pouces de long fur 5 pouces^ & ó pouces ^ de large : il en faut à peu-près 312 pour une toise , de forte qu’avec im millier on peut faire au moins 3 toises d’ouvrage. Quant à l’ardoife du cinquième échantillon, il fe tire de Mezieres & de Charleville ; elle est plus longue & plus large que la grosse noire, mais elle est peu estimée , vu qu’en général elle passe pour être sujette à fe fendre. Dans les couvertures d’ardoife , le pureau est environ 4 pouces , c’est-à-dire, le tiers de la hauteur de l’ardoife, à l’exception de la quarteletre à laquelle on ne donne tout au plus que 3 pouces. Xij 3i4 Cours On employé quelquefois de la latte quarrée comme pour la tuile, à laquelle on donne 3 pouces de largeur, mais pour faire de meilleur Ouvrage , on le sert communément de lattes de sciage de 4 pieds de long fur 4 à 5 pouces de large , dont la botte est de 2 6 lattes. 11 entre 18 lattes par toise quarrée ; ainsi une botte fait prelque une toise & demi. Sa perfection est d erre de bois de chêne, sain, de droit 61 , fans nœuds, aubier, ni pourriture. Outre la latte, on met entre les chevrons, des con- tre-lattes de sciage de 4 pouces de largeur fur 8 lignes d’épaisseur. Ces contre-lattes fe vendent au cent ou au grand cent de toises de 21 bottes , formant chacune 10 contre-lattes de 6 pieds, ce qui produit 210 toises de longueur. 11 faut environ 5 toises de longueur de contre-lattes par chaque toise quarrée. Chaque latte s’attache fur quatre chevrons avec deux clouds fur chacun, à un pouce £ de distance Tune de Tautre , en bonne liaison comme pour la tuile; &la contre-latte fe cloue par dessous les lattes, entre les chevrons, auísi avec deux clouds à la rencontre de chaque latte. Souvent, au lieu de lattes, pour rendre fouvrage plus propre , & fe dispenser de contre-latter, on met íur les chevrons de la latte volige, qui est faite de planches de sapin de 6 lignes d épaisseur, & refendues de la largeur de 6 à 7 pouces fur environ 6 pieds de longueur : on les attache avec 3 clouds fur chaque chevron. Le cloud à latte est le même que pour la mile , si ce n’est que l'on préféré celui qui a une tête plate , connu fous le nom d 'aile de mouche , fa longueur est d’environ un pouce : il en faut près d’une livre par toise quarrée, tant pour le lattis que pour le contre-lattis. D’A R C H I T E C T U R E. Zrs Le eloud à ardoise est un peu moins fort, & if en entre à peu-près une livre ^ par toise. Le Couvreur ayant dressé le dessus des chevrons bien de niveau, s’ils en ont besoin, en hachant ce qui est trop élevé , & mettant des fourrures dans les creux , commence son lattis, fig. XIV , Planche CXXVII , comme pour les couvertures en tuile par en bas. II place d’ahord les lattes b bien hori- sontalement & en bonne liaison fur les chevrons , & ensuite les contre-lattes c,c, entre lesdits chevrons : cela étant terminé, avant de poser í’ardoise > il fait les égouts. 11 y a de deux sortes d’égouts pour les couvertures d’ardoise comme pour celles cn tuile : les uns sont retroussés & les autres sont pendants. Les égouts pendants, figure XVI , se font en plaçant une chanlatte c fur le bas des chevrons h, que l’on avance suffisammeut au-dehors du mur a , ou fur le bas des coyaux b ,. que l’on attache fur le édits chevrons avec trois forts clouds /: après quoi on met fur la chanlatte un doubli & sous- doubli d’ardoise fans p ure a u, & faiilans fur la chanlatte de 3 ou 4 pouces. Les égouts retroussés , figure XVII , s’opérent avec dc la tuile d , en posant sur la corniche a un rang de tuile ou le sous-doubli, auquel on donne 3 ou 4 pouces, de saillie , & sur celui-ci un autre rang de tuile , ou le doubli en avant de 3 pouces furie bord du précédent, & enfin , un rang d’ardoise sur le doubli , le tout maçonné à bain de mortier ou plâtre; cela étant fait, on cloue les premières ardoises e qui doivent former l’arrondisse- raent de l’égout fur la latte c qui est attachée fur les coyaux, en appuyant, s’ille faut, le derriere de ces premieres ardoises par un filet de plâtre /suffisant pour cela. X iij zr6 Cours L’on continue à clouer , depuis l’égout a , les ardoises supérieures b jusqu’au faîte c, figure XVlIí, toujours en laissant le pureau convenable que son conserve de même hauteur par tout » de maniéré à former des files bien de niveau, & régulièrement droites en toutes les longueurs & pourtours de chacun de leurs cours , & même aux retours des lucarnes qui s’y rencontreront , tellement que , quand une couverture est bien exécutée , il ne doit se rencontrer aucun faux pureau dans tout son pourtour. La perfection de ces sortes d’ouvrages exige encore que chaque ardoise soit toujours exactement attachée avec deux clouds , & approchée Tune contre l’autre autant que faire se peut , & que les joints au- dessus du pureau soient couverts par le rang supérieur, de façon que, cela faisant de toutes parts une bonne liaison , il en résulte un tout, qui ne puisse permettre aucun passage à seau. Lorlqu’au lieu d’un égout il y a un chênau de plomb, on cloue les lattes au-dessus de la bavette , aíin que le premier rang d’ardoise recouvre cette bavette d’environ 3 pouces. Au droit des arrêtiers d , 6g. XVIII, il faut que le Couvreur observe de railler son ardoise , tellement que la 61 e d’ardoise tombe quarre- rr.ent sur l’arrêtier , & touche bien exactement celle de sautre côté de l’arrêtier , a6n que seau ne puisse pénétrer par-là : le mieux est cependant de mettre toujours au bas de l’arrêtier, une petite bavette de plomb taillée en oreille de chat, & qui ait un peu plus de saillie quesardoise. Les noues se font aussi tout en ardoise par un seul tranchi, & en taillant les ardoises de façon à fe joindre bien exactement j mais le plus solide d’Architecture. 327 est encore de former le fond avec une bande de plomb , que l’on fera recouvrir de 3 pouces de part & d’autre.par l’ardoife. Les enfaîtements ou faîtes des toits en ardoise se couvrent d’ordinaire avec des bandes de plomb c , sig. XV 111 , que l’on retient de 2 pieds en r pieds , avec des crochets qui saisissent ses bords » & font arrêtés fur le faîte de charpente ; on revêtit de même les noues , les ceils-de-bœuf » le devant & les dessus des lucarnes , les chapeaux des croisées en mansarde , les amortissements, les chenaux, &c. Quand on veut cependant épargner la dépense du plomb , on couvre l’enfaîtement , en observant ,fig. XIX , d’élever fur le faîte a , l’ardoife d’un des côtés b 3 d’un pouce ou deux de plus que celle c de l’autre côté , & d’appliquer , surtout avec exactitude , le bord de l’ardoife inférieure , contre la face de l’ardoife la plus élévée au-dessus du toit : moyen qui est économique , mais qui n’empêche pas toujours les eaux de pénétrer , bien qu’on ait l’attention de placer la tuile b , qui est la plus élévée à l’opposite des plus grands vents , suivant la direction du comble j: on appelle cet arrangement de faîte, un lignolet. II y en a encore qui, au lieu de plomb mettent des faîtieres de terre cuite , comme aux couvertures de tuile, que l’on peint ensuite de noir à l’huile. Lorsque les combles font brisés , on fait au droit du brisis un petit égout , en avançant le bord des ardoises du toit supérieur de 3 ou 4 pouces ; on cloue directement l’ardoife fous cet égout, & souvent on y met une bavette de plomb* X iv z 2.8 Cours On opéré à la rencontre de toutes les lucarnes , des tranchis , des noues & des égouts ; & l’on peint généralement dans les couvertures d’ardoilq , de noir à l’hiiile , tous les plâtres appa- rens des solins, des niellées , des faîtieres & des arrètiers , quand ils sont socs. Pour ce qui est de la couverture des clochers, elle so íâit communément en ardoise , que l’on taille en écailles de poisson , & que l’on cloue fur les voliges ou lattes fixées fur la charpente. On ménagé toujours vers l’endroit le plus élévé de la charpente de la flèche , une petite lucarne pour y passer une corde nouée , à l’aide de laquelle ou fait au besoin les réparations de ces sortes d’ouYrages, d’Architecture. yj) î CHAPITRE III. Des réparations des Couvertures. J L y a de deux sortes de réparations, les unes que l’on nomme en recherche , les autres remaniement à bout. Les réparations en recherche se font pour remplacer des tuiles ou ardoises , qui peuvent manquer çà & là fur un toit, & quand il faut rétablir les plâtres des niellées , des faîtes , & des silets : il est d’ufage de poser neuf tuiles ou ardoises neuves en échiquier , par chaque toise en recherche. Les remanîments à bout , consistent à défaire totalement une couverture, à refaire le lattis à neuf, à mettre à part l’ardoife ou la tuile qui est bonne, pour la faire refervir , à refaire à neuf tous les plâtres , les faîtes, les niellées, les lolins , & souvent même les égouts : fur quoi nous observerons un abus très-préjudiciable aux intérêts des particuliers qui font bâtir dans la maniéré d’opérer ces remaniments. Comme , suivant le toisé aux us & coutumes, tous les plâtres que l’on met le long des tuiles & ardoises , fe payent le même prix que la couverture neuve de tuile ou d’ardoife , & que l’on compte un pied de plus la couverture vers ces endroits , lorfqu’ils font faits en tuiles ou ardoises neuves , les Couvreurs ont grand foin , lors des rétablissements , à dessein de faire tourner les usages à leur p rosit, de mettre toute la tuile ou 330 Cours l’ardoife neuve aux niellées , aux solins , aux faîtes & aux égouts , où souvent ils n’en est pas besoin , & de poser au contraire toute l’ancienne au milieu du comble ; tellement qu’ils sont du comble un espece de tableau, dont la tuile ou l’ardoise neuve est la bordure , & l’ancienne tuile ou ardoise est le tableau. C’est pourquoi il seroit important, pour l’intérêt du propriétaire, d’obliger par écrit le Couvreur , avant les réparations , de mettre la tuile ou ardoise ancienne aux solins , aux niellées , aux faîtes , & de le borner à mettre de la tuile ou de l’ardoise neuve aux égouts, ou au-dellus des égouts seulement , parce qu en effet ils fatiguent plus que le reste de la couverture ; mais il est fort inutile de mettre du neuf de préférence dans les autres endroits, où la loi accorde des usages. Un autre abus auquel on doit prendre garde, & contre lequel on se recrie journellement , est l'usage de compter différement les plâtres fur une couverture , soit en recherche , soit en remanié, soit en ouvrage neuf, d’autant que ces plâtres sont en tout égaux : cependant pour la couverture en ardoise neuve , on les paye la toise, suivant le prix actuel , n liv. ; en remanié à bout 5 liv. 10 sols ; en recherche environ i liv. ; & pour la couverture en tuile 9 liv. 10 sols la toise, en remanié à bout 1 liv. 18 sols, en recherche I liv. II seroit raisonnable ( & nous ne faisons ici ? :ue répéter ce que l'on ne cesse de dire fur ce ujet ) que tous les plâtres fussent toises séparément , & payés un même prix dans tous les cas, puisqu’ils sont toujours les mêmes , & qu’il y a également de façon & de matière dans les uns comme dans les autres. n’A rchitecture. 33 * JjLu.- CHAPITRE IV. D E LA MANIERE DE DRESSER les Devis de la couverture des combles d’un Bâtiment. J L y faut énoncer les qualités & grandeurs , soit de l’ardoise , soit de la tuile , qui seront employés aux combles en question 3 de même que celle de la latte & de la contre-latte , & de quelle façon feront faits les égouts & les lucarnes. II doit être proprement un résumé de tout ce que nous avons expliqué ci-devant , pour la parfaite exécution de ces sortes d’ouvrages. Supposons un bâtiment couvert, partie en tuile, partie en ardoise ; telle est , à peuprès, la maniéré dont on s’exprime dans le Devis. Sera faite, le comble de tel corps de bâtiment en ardoise , & celle de telle autre corps en tuile, en y observant les arrêtiers , les noues , les égouts & les lucarnes , qui seront ordonnés par l’Architecte. Toutes les lattes & contre-lattes seront de chêne , bien l'ain, sans écorce , fans aubier & pourriture. Les lattes à ardoise seront posées en bonne liaison , attachées avec deux clouds fur chaque chevron , & espacées de façon que le pureau soit le tiers de la longueur de l’arcloife , &les contre-lattes seront clouées à fordinaire entre deux chevrons aussi avec deux clouds, à la rencontre de chaque latte. 33i ! C o u r s 4 Les ardoises seront tirées des carriers; d’An^ gérs , de tel échantillon, attachées chacune avec deux clouds ; elles auront , comme il a été dit ci-dessus , pourpureau, un tiers de la longueur de l’ardoise ; & elles seront bien posées d’allignement & de niveau, dans toute la longueur de leurs cours. Les égouts seront simples ou double , selon ce qu’il fera ordonné, faits en tuiles peintes en noir de fumée , de même que les faîtieres desdites couvertures , & les plâtres des niellées , & autres. Les tuiles seront tirées de tel endroit & de tel échantillon, posées auíïi en bonne liaison, avec un tiers de pureau : la latte & contre-latte , fera de cœur de chêne fans aubier ni jxmrriture , comme pour l’ardoise , & seront clouées avec un seul cloud, soit sur les chevrons , soit à leur rencontre entre les chevrons. Les faîtieres feront espacées à i pouces £ les unes des autres , & maçonnées à bain de plâtre. Les goutieres seront de chêne , sans aubier & fans nœuds vicieux. Pour l’exécution defquels ouvrages de couverture , rF.nrrcpreneur fournira tous les matériaux quelconques , les lattes , les contre-lattes , les clouds, les ardoises , tous les équipages & peines d’ouvriers pour leur entierc perfection , conformément au présent Devis , & au délit de M. .Architecte. Le tout toisé suivant les us & coutumes de Paris, & pour les prix ci-dessous, savoir : Pour chaque toise superficielle d’ardoises neuves . ..» d’Architecture. 333 Pour chaque toise superficielle de tuiles neuves . Pour chaque toise superficielle d’ardoises vieilles , remaniées à bout fur un vieu lattis . . . Pour chaque toise superficielle d’ardoises vieilles , remaniées à bout fur im lattis neuf . . . Pour chaque toise superficielle de vieilles tuiles , remaniées à bout fur un lattis neuf .... Pour chaque toise superficielle de vieilles tuiles , remaniées à bout fur un vieux lattis Pour chaque toise superficielle de tuiles ou d'ardoises en recherche. Pour chaque toise courante de gouttières de bois de chêne. Explication des Planchesdela Couverture. La Planche CXXVl , représente la façon de couvrir en tuile. La fig I , est une tuille vue de face & de profil, avec son crochet a vers le haut. La fig. II, représente une portion de couverture en tuiles creuses, disposées comme elles le font en exécution ; a , tuile plate recourbée par ses extrémités ; b , tuile convexe faite â-peu-près comme une faîtiere , & seulement plus étroite vers fa partie supérieure , que vers son inférieure. Figure III, tuiles en S , qui s’accrochenr l’une fur Fautre. Figure IV , faîtiere servant à couvrir le haut des combles. figure V, tuile en Z, d'usage dans quelques provinces. La fig. VI , est un égout pendant ; a , mur ; b, arbalétrier ; c , chevrons ; d , chanlatie ; -, 334 Cours deux tuiles placées lune fur l’autre ; /, /, autres tuiles placées en recouvrement, & accrochées à la latte g. Figure VII, chanlatte vue particulièrement. La 6g. V111, est un égout retrousl'é ; a , corniche ; b , doubli & l'ous-doubli composés de deux tuiles ; c , lattes clouées fur les chevrons c ; d , tuiles accrochées aux lattes. La 6g. IX , représente la disposition des tuiles pour lormer un égout à compartiment ; a , a , tuile mise diagonalement , & formant le sou- doubli ; b , b , tuiles posées à côté les unes des autres à l’ordinaire, & formant le doubli. La 6g. X , est la disposition particulière des tuiles fur un toit ; a , pureau ; b , tuile en liaison. La 6g. XI , représente un toit, dont on a supposé une partie de la couverture enlevée pour faire voir le lattis ; a, chevrons ; é, b & k, k, rangs latte en liaison, & disposés de maniéré que les bouts des lattes du rang supérieur n’aboutiflènr pas fur les mêmes chevrons, que les bouts des lattes du rang inférieur ; c , contre-latte que l’on met quand on juge les chevrons trop écartés ; d , égout retroussé, composé de deux rangs de tuile ; e , tuiles en liaison ; f, arrêtier couvert d’un 61et de plâtre ; g , faîtieres scellées à leur rencontre avec du plâtre. La 6g. XI1 , offre une couverture à clair-voie; a , tuiles distantes Tune de 1 autre de la moitié ce leur largeur, avec un pureau de hauteur ordinaire; b , tuile en liaison à recouvrement , & íembla- blement espacées que les précédentes. La 6g. Xlll, est une vue de faitiere en œií- , de-bœuf. d’Architecture. 33; La Planche CXXVII , représente la façon de couvrir en ardoise. La fig. XIV , exprime le lattis d’un toit, & ler ardoises qui y font déjà attachées vers le bas ; a , chevron ; b, b, lattes espacées d’un pouce c, c, contre-lattes; d,e,f, différents rangs d’ardoise en liaison. La fig. XV , représente l’arrangement particulier des ardoises fur un toit ; a , ardoises percées chacune de deux troux pour les clouer fur le lattis ; b , pureau qui est à-peu-près le j de la hauteur de l’ardoise. La fig. XVI , est un égout pendant ; a , mur ; b , coyaux attachés fur les chevrons h , avec trois cloucls f', c y chanlatte ; d, doubli & íous-doubli d’ardoise ; e , lattes ; g, g, ardoises clouées fur la latte. La fig. XVII , est un égout retroussé; a, corniche ; b , chevron ; c , coyaux ; d , doubli & fous-doubli composé de deux tuiles , dont la premiere déborde la corniche de 3 pouces , & la seconde déborde l’autre aussi de 3 pouces ; ces deux rangs de tuile font recouverts par un rang d’ardoise; e, ardoises attachées à la latte g; f , petit solin de plâtre ou mortier entre le pied des coyaux. La fig. XVIII , est un plein-toit; a , égout ; rang d’ardoise en liaison; c, enfaîtement en plomb, & que l’on sait aussi quelquefois avec des faîtières que l’on peint de noir à l’huile ; d , arrêtier. La fig. XIX , est une couverture de faîte en lignolet ; a , faîte de charpente ; b , ardoise clouée sur le faîte , & élévée de 3 pouces au- dessus de l’ardoise c de l’autre côté du toit. 336 Cours La fig. XX , représente les principaux outils à l’usage des Couvreurs. A, tire-cloud ; B , contre- lattoir,dont l’Ouvrier se sert pour appuyer la contre - latte , & tenir le coup pendant qu’il enfonce le cloud ; C , assette ou marteau tranchant par le bout a , & quarté par lautre bout b ; L), marteau dont le manche a est tranchant d’un côté , dont le bout b est pointu , & le bout c est quarté ; E, enclume servant à rétablir les ardoises, & que le Couvreur pique dans un chevron par fa pointe a. DE d’Architecture. 337 î ÏjUm DE LA PLOMBERIE. T .F. plomb est un métal ductile très-lourd , aisé à fondre, & d’une couleur blanchâtre. Le meilleur qu’on employé journellement dans les bâtiments se tire d’Angleterre & d’Allemagne ; car celui que l’on tire de France , & sur-tout des mines de Pompean en Bretagne , ne sert gueres que pour faire des balles pour l’Artillerie, & du plomb à giboyer. II n’y a point de métal d’un ausli grand usage après le fer ; on en fait des tuyaux de conduire ou de descente, & des tables, soit pour couvrir les terrasses , les combles, les clochers , les dômes , soit pour revêtir les bassins , les réservoirs , les lucarnes , soit pour former les chenaux , les enfaîtements, les noues, les nouquets, les arrê- tiers , & les vases ou amortissements des couvertures d’ardoiíe. Comme c’est à l’Árchitecte à apprécier les ouvrages de plomberie de même que tous les autres travaux d’un bâtiment, & que c’est à lui conséquemment à fixer d’avance dans le Devis, leur place, leur épaisseur, leur poids, & à juger successivement de la perfection de leur pose, il convient donc de faire connoître séparément ces différents objets. C’est pourquoi , après avoir parlé des especes de plomb & des épaisseurs qu’il est d’usage de lui donner , à raison des diverses circonstances où on l’employe , nous parcourrons les attentions qu’exige fa pose , par rapport à la solidité. Tome FI, Y * 338 Cours •* . CHAPITRE PREMIER. Des especes de Plomb , et des EPAISSEURS QU’lL FAUT LUI DONNER SUIVANT LES DIFFERENTS OUVRAGES. > KJ N employé deux sortes de plomb dans les bâtiments , le plomb coulé & le plomb laminé. Ce dernier pâlie pour avoir une grande supériorité sur l’autre , parce que jamais le plomb coulé n’est dune égale épaisseur par tout comme le plomb laminé ; de forte que ceux qui s’en servent, achettent plus de matières qu’ils non t besoin , ce qui , en multipliant la dépense , surcharge en même-tems un bâtiment. D’ailleurs les tables de plomb coulé passent pour ne point avoir autant de solidité que les autres, attendu que ses parties minces font susceptibles d’être déchirées aisément dans Remploi par celles qui font plus épaisses , ce qifi ne peut arriver aux tables de plomb passées au laminoir, dont le principe de la force est dans légalité dé- paisseur de toutes les parties. II est encore prouvé que l'on épargne moitié de la soudure , en se servant de plomb laminé , sur-tout dans les ouvrages de grande superficie , comme les terrasses , les bassins, les réservoirs, &c. ; par la raison que les tables laminées ont jusqu à 2.5 & 30 pieds de longueur, fur 5 pieds de largeur ; ce qui fait à-peu-près le double de la longueur & largeur des tables coulées , qui n’ont gueres au-delà de 1J pieds de long, fur 3 pieds de large. d’Architecture. 339 Le plomb laminé nous paroit aussi très-fupérieur pour les tuyaux & conduites d’eau. Comme fa résistance eít par-tout égale , & que fa surface est extrêmement unie & polie , fans gravelures ni cavités capables de recéler des vales ou ordures qui , en s’attachant au tuyau, diminuent par la fuite fa capacité , ils font nécessairement beaucoup moins sujets que les autres aux engorgements , & par conséquent aux réparations. Enfin , un des grands avantages du plomb laminé , c’elt qu’à l’occasion de fa parfaite égalité dans toute son étendue , il est toujours possible d’établir un poids certain au pied quarté; d’où il résulte qu’il est aisé de connoître au juste , d’avance , la dépense d’un ouvrage qu’on fe propose , fans craindre que fexécution excède le Devis ; ce qui ne fe peut faire avec le plomb fondu , à cause de son inégalité d’épaisseur. Combien ne feroit-il pas à desirer que l’on put mettre dans un aussi grand jour toutes les autres parties de dépense des travaux d’un bâtiment , les Architectes en auroient plus d’agréments &. de satisfaction , & les particuliers pourroient tabler fur les projets qu’ils font exécuter , dont l’excès de dépense n’occasionne que trop souvent de leur part des plaintes journalières. Poids du Plomb laminé au pied quarrè suivant ses différentes épaisseurs. Le pied quarté d’une ligne d’épaisseur pefe.5 liv. 8 onces. Celui d’une ligne ^ ... 6 14 Celui d’une ligne é - - . 8 4 Celui d’une ligne \ ... 9 10 Yií 340 Cours Celui de deux lignes . . 11 liv. O onces. Celui de deux lignes ^ . .12 Celui de deux lignes £ . .13 Celui de trois lignes . .16 6 12 8 Et les autres épaisseurs au-dessus , à proportion. Outre qu'on trouve dans la manufacture de plomb laminé des tables de telles longueur & épaisseur qu’on le demande , on y trouve aufli des tuyaux de plomb laminés soudés de long , de telles longueur & épaisseur que l’on peut désirer. Tarif du poid de la toisé des tuyaux de plomb laminé, soudé de long . Les tuyaux de descente de 4 pouces de diamètre , de 2 lignes d’épaisseur , pèsent par toise.80 liv. Ceux de 3 pouces de diamètre, & de 2 lignes d’épais.63 Ceux de 2 pouces , & dune ligne & demi.35 Les tuyaux de conduite d’eaux forcées, ceux de 8 pouces de diamètre, & de 8 lignes d’épaisseur , pèsent par toise.637 Ceux de 7 pouces , & de 7 lignes d’épaisseur.494 Ceux de 6 pouces , & de 6 lignes d’épaisseur.366 Ceux de 5 pouces, & de 5 signes d’épaisseur.261 Ceux de 4 pouces , & ce 4 signes d’épaisseur. 171 34 * d’Architecture. Ceux. de 3 pouces , & de 3 lignes d’épaisseur.. liv. Ceux de 2 pouces , & de 2 lignes d’épaisseur.jl Ceux d’un pouce { , & de 2 lignes - • .. 39 Quant aux tuyaux moulés , ceux de 2 pouces j de diamètre , pel'ent . .108 Ceux de 2 pouces, pèsent .... 72 Ceux d’un pouce j-, pèsent ... j 5 Ceux d’un pouce.36 Ceux de 9 lignes.27 Ceux de 6 lignes.21 Par conséquent en connoissant la grandeur des. tables & leur épaisseur, ainíì que la longueur Sc épaisseur des tuyaux , rien n’est plus aisé que de fixer la dépense. On vend le plomb laminé tout fabriqué dans la manufacture, & de toutes sortes d’épaisseur , 6 fols 6 deniers la livre ; & l’on compte en outre pour le transport au bâtiment , & la pose 6 deniers par livre pesant, tandis que le plomb en fusion ne conte que 6 fols tout posé. Le vieux plomb non dégraissé de soudure, est. reçu à la manufacture en échange d u plomb laminé , poids pour poids , fur lequel il est déduit quatre pour cent, comme de coutume , pour le déchet ordinaire de la refonte , en payant un fol pour chaque livre de plomb prise en échange. Les retailles & rognures du plomb laminé » provenant des tables livrées entieres , y font reprises à 6 fols la livre, fans déchet, & déduites fur la totalité defdites tables. Quant à la soudure , qui est un alliage d’étain & de plomb , où il entre j de plomb, elle coûter 18 sols la livre» Y iij 34Ì Cours Malgré ce que nous venons de dire ci-de va n r, il faut néanmoins peser toujours les plombs à leur arrivée au bâtiment, en présence de l’Architecte ou de quelqu’un commis par lui , avant de les mettre en place , fur- tout les cuvettes , les entonnoirs, les tuyaux de descente ; & même il seroit bon encore , après qu’ils font soudés , de les repeser , íi cela se pouvoit, afìn de connoître au juste la quantité de soudure qui y seroit entrée ; mais, comme il y a beaucoup d’ouvrages qu’on ne lauroït repeser après qu’ils font soudés & mis en place , il convient du moins de faire peser le saumon ou le lingot de soudure qu’on doit employer , & de repeser ensuite çe qui restera du saumon , pour connoître véritablement la quantité qui en aura été employée. Comme on fixe au Plçmbier , par son Devis, les épaisteurs des tables de plomb que l’on employé dans un bâtiment, suivant le lieu qu’elles doivent occuper, & suivant le plus ou moins de solidité qu’exige l’ouvrage , nous allons donner en général les épaisseurs auxquelles on se borne assez communément pour les travaux ordinaires. On donne : 1 ° Aux enfaîtements des combles I ligne , ou 1 ligne j d’épaisseur , fur environ 18 pouces de largeur. 2° Aux enfaîtements des lucarnes, ainû qua leurs nouqtte s , i ligne d'épaisseur. 3° Aux revêtements des lucarnes & des œils- de-bœuf, au moins i ligne d’épaisseur. 4° Aux tables qui composent les noues , i J lignes de largeur, fur i ligne - d’épaisseur. 5° Aux chenaux 18 ou 20 pouces de largeur, fur i ligne { d’épaisseur. 6° Aux gouttières saillantes , I ligne ì d’é- peisseur. d'Architecture. 343 7 0 Aux arrêtiers , l ligne d épaisseur. 8° Aux tables des terrasses , 2 lignes d’é- paisseur. 9 0 Aux tuyaux de descente , 2 lignes décaissent , fur 3 pouces de diamètre. 10° Pour ce qui est des hottes ou entonnoirs, on peut les fixer Tune dans l’autre à 50 livres pesant. * ^ J'í. 4 * ** ,M - i*$t n# H d, T *4- 4- - 344 Cours > CHAPITRE II. J) E LA POSE DES DIFFERENTS OUVRAGES DE PLOMBERIE. XjES différents ouvrages de plomberie se préparent chez le Plombier , & s’apportent tour prêts à être mis en place dans le bâtiment ; ainíì il n’y a , après leur poids & l’épaisseur qu’il faut leur donner, dont il a été question précédemment, que la solidité de leur pose, qui puisse intéresser celui qui dirige un bâtiment ; c’est pourquoi nous allons parcourir sommairement ce qui la constitue , & comment elle doit s’opérer , en faisant en partie usage de ce qui a été déjà dit sur ce sujet dans l’Art du Plombier & Fontainier , qui fait luire à la belle Colleclion des Arts & A/etiers , publiés par l’Académie Royale des Sciences. Article Prf.mif.r. De la pose des Chenaux & des Gouttières. Un chênau, sig. I & II, PI. CXXVIII , doit être plus ou moins large & profond , suivant l’étendue du toit dont il est destiné à recevoir les eaux. Après avoir donné aux tables de plomb Ja forme convenable , & fait un bourelet fur le devant, comme de coutume , on les pose communément sur la saillie d une corniche. Pour cec d’Architecture. 345 effet , on commence par y mettre un aire de maçonnerie h , fig. I, pour recevoir le chênau , en observant de lui donner , outre un peu de pente vers le devant de la corniche , encore une autre pente d’un pouce par toise, suivant la longueur de la façade du bâtiment, jusqu’au tuyau de descente. A dessein de contenir le chênau a par-devant, & de l’empêcher de se déformer, on scelle sur Taire de maçonnerie qui le doit porter, ou même on attache au bas de la charpente du comble , des crochets de fer 6, fig. III, d’un pied de longueur , à la distance d’environ 16 pouces fun de l’autre. On cloue ensuite le bord postérieur des tables de plomb d sur la plate-forme qui reçoit les chevrons, & on élevé ce bord de façon à pouvoir être recouvert de 3 pouces par le pureau du dernier rang d’ardoise c. Les tables fe trouvant bien retenues de toutes parts , & étant ainsi placées au bout les unes des autres, suivant la forme & de la maniéré qui vient detre dite , on les unit en les soudant successivement. Si l’on admet des godets ou gouttières fail-, lantes f du côté des cours , pour épargner la dépense des tuyaux de descente ; ( car il est défendu par les Ordonnances d’en mettre dorénavant le long des façades des nouvelles maisons que l'on bâtit fur la rue à Paris ) ; alors il faut percer le devant e du chênau vis-à-vis le godet, & le poser sur une barre de fer g , accompagnée d’une ou de deux embrassures de fer, & solidement attachée fur les plate-formes du bas des combles , asin de la bien contenir dans fa situation. On donne d’ordinaire à ces gouttières /, environ 4 ou 5 pieds de longueur au-devant du chênau. Article II. De la pose des Enfaítements , des Noues & des Arrétiers. Les enfaítements des couvertures en ardoise se font aisez volontiers en plomb. Pour les contenir , on commence par attacher des crochets a , fig. V, fur le faite de charpente , qu’on espace auplus de 18 pouces en 18 pouces. On pose eu suite des tables de plomb b , pliées à recouvrement les unes fur les autres , suivant la longueur du toit, de maniéré à recouvrir d’environ 4 ou 5 pouces le rang d’ardoise le plus élevé , en ayant l’attention de leur faire faire bavette & recouvrement vers les extrémités , où font des croupes , & où l’on place souvent des amortissements avec des vases de plomb. Au droit des noues ou des angles rentrans d’un toit en ardoise, on pose aufîi un canal de plomb, que l’on cloue sur une espece de gouttière de bois bien arrêtée en cet endroit fur la charpente , & on recouvre les bords de cette table de part & d’autre par l’ardoise , d’environ 3 ou 4 pouces, ainsi que nous savons déjà dit dans le Chapitre de la Couverture. Les arrétiers se couvrent également avec des tables de plomb placées l’une fur l’autre à recouvrement , de même que l’enfaîtement, & de maniéré à recouvrir les ardoises de part & d’autre. La plupart des lucarnes se revêtissent aussi en jdomb dans les toits couverts en ardoise : on pose a cet esset, d’abord en dessus & sur le devant, samsK.- I)’A R C H I T E C T U R E. Z47 une bande de plomb pour former un rivet ; on couvre ensuite le faîte avec une table ou chapeau de plomb ; & enfin on fait sur les côtés des nou- quets ou petites noues en plomb. Pour ce qui est des autres petites ouvertures , autres que les lucarnes préparées par le Charpentier , que l’on pratique fur les toits , c’est le Plombier qui les fait entièrement. 11 forme pour cela , en devant, un gros ourlet, pour fortifier le plomb , & par derriere , il cloue le plomb fur les chevrons, en observant de mettre par-dessous une bavette de plomb qui recouvre la charpente. Dans. les toits à la mansarde , on couvre les dessus des croisées par une table ou un chapeau de plomb , & on avance le rang d’ardoise du toit supérieur de 3 ou 4 pouces au-devant du brisis , pour former un petit égout ; mais souvent l’on met pour plus de solidité sous ce petit égout , une bavette de plomb le long de la panne du brisis. En général, il faut observer d’éviter , autant que l’on peut, d’employer de la soudure sur les toits , les terrasses , & autres lieux très-exposés aux injures du tems , attendu que les endroits soudés se trouvant toujours plus épais que les tables, & étant d’ailleurs susceptibles d'éprouver des changements selon le chaud & le froid , cela seroit capable d'y occasionner des ruptures. 548 Cours Article III. T)e la pose des Tuyaux de descente & des Cuvettes. Les tuyaux de descente d , sig. II , & sig. VI» qui conduisent les eaux des chenaux dans la rue , s’opérent à la corde nouée : le Plombier s’atta- che à prendre bien exactement leur hauteur , pour les dispoíer d’avance dans fa boutique , & n’avoir point besoin de les couper sur place. 11 est d’usage de ne point mettre de tuyaux de plomb dans le bas des maisons , jusqu a la hauteur de 7 à 8 pieds 1 , & de préférer des tuyaux de fonte, non- íeulemenr pour mieux résister au choc des voitures » mais encore pour éviter les vols. Le tuyau qui aboutit fur le pavé est coudé, on l’appelle dégueu- lard , & il est terminé souvent par une tête de dauphin. Du côté des cours , on pose ces dé- gueulards fur une cuillère ou un espece de pierre un peu recreusée, & dirigée un peu en pente vers le ruisseau. On ne soude jamais les tuyaux de descente à leur rencontre ; niais on les enboîte l’un dans l’aiitre de 4 ou 5 pouces , en ayant foin de faire toujours entrer le supérieur dans l’infé- rieur , afin de n’opposer aucun obstacle à l’écou- lement des eaux. II saut que les tuyaux de descente soient toujours posés les uns au-dessus des autres , le plus droit possible afin de les contenir solidement dans leur position , on les arrête avec des brides ou embrassures de fer , sig. VUI , distantes de J à 6 pieds l’une de fautre , suivant la han- d’Architecture. 349 teur de la descente , & scellées dans le mur. II y a des Architectes qui , à dessein de ne point couper les plintes & les corniches qui décorent les íaçades des maisons fur les rues, observent densermer les tuyaux de descente dans l’épais- seur des murs ; mais en général, il vaut mieux les laisser à découvert, pour pouvoir y remédier aisément au besoin. On met souvent , soit du côté des cours,soit du côté des rues , des cuvettes d’étage en étage , pour la commodité des locataires des maisons, lesquelles interrompent le grand tuyau de descente. Ces cuvettes se font de plusieurs formes ; les unes font faites en hotte , fig. VI, comme un efpece de demi-entonoir; les autres font rondes, sig. VII ; & il y en a qui font quarrées ou triangulaires : mais de quelques formes quelles soient, leur bord supérieur se termine en bourelet, pour augmenter sa solidité. Outre les embrassures de fer, à laide desquelles on contient chaque cuvette , on replie le plomb du haut de leur dossier b b , fig. VI & VII , & on le cloue sur le dormant de la fenêtre, vis-à-vis laquelle elle est placée. On met au fond des cuvettes des crapau- dines , ou petites plaques de plomb percées de troux, sig. IX , pour empêcher le passage des ordures , qui feroient capables de former des engorgements dans lefdits tuyaux (i). ( i ) Les tuyaux de fonte font dailleurs une économie , & ne fe vendent que i fols 6 deniers la livre. 350 Cours Article IV. De la pose des Tables de plomb fur le Plein- toit , fur un Dôme , fur un Clocher & fur une Terrasse. Dans les Edifices d’importance , on couvre volontiers les toits entièrement avec des tables de plomb au lieu d’ardoiíe. La charpente étant terminée à l’ordinaire , il faut pour recevoir les tables, clouer fur les chevrons des planches dites v o liges , de 4 à 5 pouces de largeur, à la distance d’environ z pouces Tune de l’autre , suivant le rampant du toit, fig. X. Après cette opération, le Plombier commence par poser le chênau le long de la corniche , & ensuite par clouer des crochets de fer au droit de chaque chevron , c’est-à-dire , à 16 pouces de distance les uns des autres. Ces crochets doivent ctre proportionnés pour la longueur à la largeur des tables ; ils font de fer plat ; ils forment une patte par en haut, percée de trois troux, pour recevoir des clouds, & font courbés par en bas , d’environ i pouce, à lVlïht dc pouvoir retenir chaque table. Nous avons représenté particulièrement un de ces crochets en /r, à côté de la fig. X. Dès que le premier rang de crochets est attaché au bas de la couverture au-dessus du chênau , le Plombier pose la premiere table à recouvrement sur le dossier dudit chênau , laquelle se trouve solidement soutenue dans le bas par les crochets, & , pour la contenir également clans le haut , ii la cloue au droit de chaque chevron, d’Architecture. z;i par des clouds de z pouces & demi de longueur, qui pénétrent à la tois la table , la volige, & une partie du chevron. La longueur des tables dont on se sert d’ordinaire en pareil cas, est de 12 pieds , fur 3 pieds de largeur. On lie chaque table du même rang, non avec de la soudure ; car encore un coup , il saut en employer le moins possible dans la couverture des combles , à cause de ses inconveniens ; mais en repliant les bords de chaque table voisine , suivant la hauteur du comble , l’une en dessous , l’autre en dessus , dë maniéré à les insérer lune dans l’autre, & à former par leur jonction , suivant le rampant du toit, un espece de bourelet continu ou de baguette que l’on arrondit par-dessus avec une batte. Le premier rang de tables étant posé, 011 place le rang de crochets au-dessus , de maniéré à recevoir le second rang de table à recouvrement de 4 pouces fur le précédent ; & l'on poursuit ainsi cette couverture jusqu’au haut du toit , où l’on pose un entassement, comme pour les toits en ardoise , c’est-à-dire , en le soutenant de distance en distance avec des petits crochets a , sig. V ; & en lui faisant recouvrir suffisamment le haut des tables supérieures des deux faces du toit. On observe semblablement de laisser déborder l’en- faîtement d'un pied à chaque bout du faîte , asin de le replier , & de le faire descendre en recouvrement sur la pointe de la croupe du comble. Par conséquent, à laide de cet arrangement , on n’a aucunement besoin de soudure ; il n’y a pas à craindre que l’eau puisse pénétrer par la jonction des tables , & elle coulera fans obstacles dans 1 es chenaux , & de-là dans les tuyaux de dçscente, 352. Cours La couverture des Dômes s’exécute à-peu* près de même que la précédente , soit qu’on les couvre entièrement de tables de plomb, íoit que l’on revêtisse seulement en tables de plomb les arcs-doubleaux ou les côtes, en garnissant l’entre- deux avec des petites lames de plomb , arrondies par le bas en forme d’écail'es de poisson , & taillées comme des ardoises , 6g. XII. La charpente étant disposée & recouverte de voliges à l’ordinaire , on garnit les arcs-doubleaux ou côtes avec des tables de plomb placées à recouvrement , de 3 ou 4 pouces , & arrêtées comme ci-dcvant , par le bas, avec des crochets, & par le haut, avec des clouds : on cloue également fur les voliges les ardoises de plomb , en les diminuant de grandeur par le haut à mesure que l’on monte la couverture , & en observant de les faire recouvrir un peu vers les côtés , par les râbles de plomb des arcs-doubleaux. En6n , on couronne le haut du Dôme par un espçce de calotte de plomb en forme cï’enfaîrement , qui recouvre le haut des côtés Sr des compartiments. Quelquefois on termine cette calotte par une lanterne en charpente , ornée de colonnes , de pilastres , de consoles , de corniches & d’amor- rissemenr, que l’on revêtit entièrement de plomb ; car il n’y a que la boule qui soutient la croix que l’on fasse en cuivre. L’essenriel est, que tous ces revêtissements soient dssposés avec de bons recouvrements , & de façon à ne permettre aucun passage à l’eau par la jonction des tables. Si le Dôme n’a pas d’arc doubìeau , & est tout uni en. dehors dans son étendue, il y a encore moins de travail, il ne s'agit que de le couvrir d’ardoise de plomb , ou d’ardoise ordinaire , du bas d'Arc hit eCturl' ZsZ bas en haut, & de le terminer par un enfaîte- ment ou calotte de plomb. Quant aux œils-de-bœuf que l’on pratique dans ces couvertures , on garnit leur charpente entièrement de tables de plomb de différentes formes , & de maniéré à te prêter à tous leurs, contours ; on assemble ces tables à bon recouvrement , & quand on ne peut s’en dispenser , on les lie avec de la soudure. La couverture des flèches de clochers , soit quartes , soit ronds , soit octogones , se fait quelquefois tout en plomb. Après avoir recouvert la charpente de voliges, on cloue successivement des rangs de crochets fur la charpente , où l’on pose des tables à recouvrement fur chaque face , comme ci devant, en les diminuant de longueur à mesure qu’elles s’élevent ; ensuite l’on recouvre leur jonction fur les arrêtiers par d’autres bandes de plomb ; & enfin l’on finit par emboîter le haut de la flèche par une calotte de plomb. Quand on couvre les flèches des clochers en ardoise , on se contente volontiers de garnir les arrêtiers Sc l’enfaîtement en plomb , ainsi que les œils-de- bœuf. Autrefois on blanchissait ou étamoit le dessus des couvertures de plomb , cl’une croûte d’étain, ce qui leur donnoit de l’éelat ; mais aujourd’hui on n’ess plus dans cet usage, & on ne blanchit plus gueres que les amortissements , & les piate- bandes de plomb ornées de moulures. La couverture d’une terrasse en plomb a encore moins de difficulté que la précédente. Elle confisse à placer la longueur des tables, suivant la longueur de la terrasse, & à placer leur largeur , en commençant au bas de la pente Tome FL Z 354 Cours vers le chêneau en recouvrement, de 3 pou.cces l’une fur fautre : on assemble chaque table d.ains la longueur fans soudure , en repliant leurs bo'rcds de 2 pouces de chaque côté , f un en dessus , fautre en dessous , & en affectant d’applatir le plus que son peut ce pli, afin de le rendre moims sensible. truand il s’agit de couler de plomb fondu , les joints des terrasses faites en dalles de pierree, il íaut tenir chaque joint d’environ un demi-pomee de largeur , pour donner au plomb luffifammeint de prilè ; après quoi on gratte le plomb qui e.'x- cede le niveau du joint : ces fortes de jonction ne réussissent pas au surplus parfaitement , attendu , comme nous savons dit dans le Chapitre des Terr ifies , que le plomb fe retire en refroidissant , & ne remplit pas alors bien exactement le joint. Article V. De la pojc des Tuyaux de conduite & des Tables des ïiéjçrvoirs d’eau. Les tuyaux destinés à conduire les eaux d’un réservoir , soit dans une fontaine, soit dans un bassn, font d’ordinaire placés dans la terre. On les soutient par de petits massifs de maçonnerie ou des tasseaux de distance en distance , & on les emboîte les uns dans les autres , tellement que le tuyau qui donne seau , soit emboîté dans celui qui la reçoit , a fin de ne mettre aucun obstacle à son cours ; & l’on observe , en outre, de faire à chaque jonction un nœud de soudure. H d’Architecture. 355 faut mettre , tant à la sortie d’un tuyau du réservoir , qu a son entrée dans le baíîin , un robinet de cuivre , pour arrêter seau au besoin , soit lors des gelées * soit lors du rétablissement du tuyau. Un réservoir se pose d’ordinaire sur un bâti de charpente , proportionné pour la force à sa grandeur, & au poids de la quantité d’eau qu’il doit contenir : on l’environne aussi d’une cage de charpente , dont on fortifie les angles extérieurs par des bandes de fer ; & enfin l’on couvre tout sintérieur de cette cage , c’est-à-dire , le fond & les côtés , avec de fortes planches de chêne. Cela étant ainíi disposé, le Plombier, après avoir pris la melure du réservoir , & coupé ses tables de la grandeur convenable, commence par poser les tables dufond, puis celles des angles, & enfin celles du pourtour & des quatre côtés, est observant de faire déborder les dernieres d’envi- ron 2 . pouces fur le haut de la charpente , afin de les y clouer. Après cela , il ne s’agit plus que de souder toutes ces tables, de maniéré à ne permettre aucun passage à seau. L’on pratique dans 15 fond d’un réservoir trois trous ; su n a , fig. XI. pour le tuyau du trop-plein * dont on éleve le sommet à un pouce au-defíous des bords du réservoir, & dont la fonction est de donner passage à la surabondance d’eau, qui sans cela conrroit risque de passer par-dessus les bords : le deuxième b , pour le tuyau de la distribution de seau du réservoir, que son éleve de quelques pouces au-dessus du fond:1e troisième c, pour vuiderle réservoir & le nctoyer. On ferme le dernier tuyau c qui estau niveau du fond du réservoir, bien exactement par une sou-pape à boucle , faite ordinaire- 356 Cours ment en cuivre , & qui peut s’enlever à volonité par le moyen tl’un crochet. Enfin on termine un réservoir par placer le tuyau montant d , qu’on attache en dehors à la cage de charpente, lequel surmonte le bord du réservoir & dont on recourbe l’extrêmité pour y verser l’eau, soit que cette eau vienne de quelque dép>ôt public , soit quelle soit élevée par le moyen d’u.ne pompe. La distribution des tuyaux regarde particulièrement le Fontainier , il n’y a que leur pose qui regarde le Plombier ; c’est pourquoi il seroit inut ile d’entrer dans des détails fur cet objet. Des Devis de Plomberie. Il suffit de désigner dans les devis de Plomberie les endroits où l’on mettra du plomb, de même que fa largeur & ion épaisseur, ainíì on dira : Les plombs de Fenfaîtement de tel comble auront tant de largeur fur tant d’épaisseur, & seront contenus avec quatre crochets par chaque toise de longueur: les amortissemens pèseront tant : les noues íeront de telle largeur & de telle épaisseur : les arrêtiers auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; les chêneaux auront tant de largeur fur tant d’épaisseur, & feront contenus par des crochets espacés de 18 pouces : les chapeaux des lucarnes auront tant de largeur fur tant d’épaisseur; les goû- tieres pèseront tant ; les tuyaux de descentes auront tant d’épaisseur & tant de diamètre ; les hottes ou entonnoirs pèseront tant : les tables de plomb des terrasses auront tant depaisseur fur tant de largeur , &c. le tout bien soudé avec soudure , d’Architecture: 357 Composée de ~ de plomb & d’un tiers d’étain fin. Tous lesquels ouvrages seront bien & duement faits & posés suivant sart ; & l’Entrepreneur fournira pour leur exécution tous les équipages , les peines d’ouvriers , le charbon & les voitures nécessaires pour le transport desdits plombs, moyennant les prix & sommes ci-dessous ; sçavoir , Pour chaque livre pesant de plomb laminé , . Pour chaque livre pesant de plomb coulé, . . . Pour chaque livre de soudure ... Explication de, la P L CXXV11I, concernant la P lomberie-. La figure 1, est une portion de toit avec la disposition d’un chêneau vers le bas. a Chêneau composé de tables de plomb relevées suivant leur longueur : la partie recourbée qui est sur le devant est à bourelet, l’autre d est clouée sur le bas de la charpente ; c rang d’ardoise à recouvrement sur le bord du chêneau d ; b crochet servant à contenir le chêneau; c ,f gouttière saillante avec un trou e percé dans le devant du chêneau pour la commmunica- tion des eaux; g barre de fer plate, avec une em- hrassure servant à loûtcnir la gouttière ; h saillie de la corniche où est astis le chêneau. La fig. II, est la vue générale d’un chêneau avec son tuyau de descente, a Chêneau , b crochets, c corniche, d tuyau de descente, e embrasure de fer. La figure III est le profil d’un chêneau pris au milieu d’un tuyau de descente. La fig. IV. est la forme particulière d’un des crochets d , fig. III, destinés à contenir un chêneau. La fig. V, est un enfaîtemenr : a crochet que Z iij z;8 Cours l’on met sur le faîte de charpente, de distance <çst distance , pour contenir i’enfaìtement. La fig. VI représente une cuvette en hotte : a bord supérieur terminé en bourelet ; b dossier quie l’on applique contre le mur, ou que l’on recourbe pour le clouer sur le dormant d une croisée: ; ç tuyaux de descente's emboitésTun dans l’autre ; d brides de fer ; e jonction de deux tuyaux. La fig. VII est une cuvette ronde : a dossier; b tuyau de descente. La fig. VIII est une bride ou embrassurc de sèr sellée dans le mur , pour contenir les tuyaux de descentes. La fig. IX. est une crapaudine. La fig. X est une portion de toit déja couverte en partie de tables de plomb : a , crochets ; b, b pointes des crochets ; c, d, e, tables de plomb avec un recouvrement/l’une fur l’autre, luivant la hauteur du toit ; g bourelet que l’on pratique , en repliant ensemble les extrémités des tables suivant la longueur du toit ; h forme particulière d’un crochet. La fig. XI, est le profil d’une partie de réservoir, placé dans une cage de charpente couverte de planches de chêne , fur lesquelles on étend les tables de plomb j a tuyau du trop plein ; b tuyau de distribution ; c tuyau de décharge fermé avec une bonde ; d tuyau montant élevé au-dessits des. bords du réservoir, & servant à y amener seau. La fig. XII, offre deux petites plaques de plomb arrondies par le bas en forme d’écaillesde poisson, Kt destinées à être employées , au lieu d’ardoise. La fig. XI11, est un œii-de-bœus avec une plaque de plomb clouée tout au tour. d’Architecture. 3Ï9 DE LA MENUISERIE. T . . JLiA Menuiserie est sart cle travailler le bois y de le dresser , de le corroyer , de rassembler & de l’orner de'moulures. Cet Art s’ctend à un infinité de besoins : on en fait des portes, des croisées, des lambris , des parquets , des armoires , des cloisons legeres , des escaliers , enfin , toutes fortes de meubles à Tissage de nos habitations. Les bois les plus ordinaires dont on se sert dans la Menuiserie , sont le chêne & le sapin. Le chêae , ainsi que nous savons dit dans k Chapitre de la Charpenurie , est de deux especes, Tune tendre, & Tautre dure j la derniere s’employe pour la Charpente , & la premiere pour la Menuiserie , comme plus droite , plus égale & plus aisée à travailler. Le sapin est un bois tendre , de droit fil av.ee beaucoup de nœuds : on ne lemploye gueres à des ouvrages de conséquence, tant parce qu’il n’a pas la solidité d u chêne , que parce quil ne se travaille pas auíïï proprement. On dit dans les Devis, que tous les bois de Menuiserie doivent être sains , coupés au moins depuis cinq ans , vifs , fans aubier, fans nœuds vicieux , fans malandres , fans gelivures , sons roulures , sons piquures de vers , ni aucune pourriture ; expliquons de quelle conséquence peuvent être chacun de ces défauts dans la Menuiserie. Dn bois mort , ou qui est verd > se pourrit on Z iv z 6a Cours se tourmente sans cesse : faubier est une partrîe de bois à demi-formé, qui se trouve immédiatement sous l’écorce, & qui n’ayant pas encore acquis toute fa consistance , demande conséquemment à être enlevé avec soin : un nœud est le passage dune branche à travers le corps de sar- bre , qui, en perçant une planche, séparé souvent ses fils , au point d’y produire un trou j le sapin , sur-rout , est plus que tous les autres bois , sujet à cet inconvénient : les malandres , font des especes de veines grasses , rouges ou blanches , qui font des parties plus tendres que le reste du bois , & qui pourrissent d’ordinaire promptement : les gelivures ou bois gelifs, sont des fentes ou gerçures produites par de sortes, gelées : enfin les roulures , font des séparations dans le bois qui ôtent la liaison. Tous les bois de menuiserie sont de sciage » & se débitent par planches ou membrures , plus ou moins longues , & plus ou moins épaisses. On distingue le bois de chêne , que l’on employé aux ouvrages de menuiserie , sous les noms ce bois de chêne de Vosges , de bois de chêne François , & de bois d ’Hollande ; & le bois de sapin, sous les noms de sapin cTAuvergne , & de J'aptrt de Lorraine. On les achette fur le port & chc4 les Marchands à Paris , suivant de certaines longueurs , largeurs & épaisseurs déterminées ; & comme il est utile , pour apprécier les travauc de menuiserie , de connoître le toisé & le prie de chacun dc ces bois , à raison de leurs différentes qualités,nous croyons devoir entrer dans ce détai. Les bois de chêne de Vosges se réduisent tou> pour la vente chez les Marchands , à i pouce íiepaiffeur » sur io pouc.es de largeur , &. se d’Architecture. 361 payent ordinairement le cent de toises courantes 1 so liv. II y a auffi de ces mêmes bois d’une qualité supérieure , qui se payent depuis 170 liv. jus- qu’à 180 liv. Les bois d’Hollande se réduisent également à I pouce d’épaiíTeur , sur 10 pouces de largeur, en observant que le pouce d Hollande n’a que II lignes de France, ce qui fait que ces bois se livrent à Paris à 9 pouces de large , fur 11 lignes d’épaisseur : ils se payent maintenant 170 liv. le cent de bois ordinaire. Quant au même bois de premiere qualité, & en bois large depuis 12 pouces jusqu a 15 pouces , quoique toujours réduit à 9 pouces dans la livraison , il se paye 230 liv. le cent de toises. Les bois de chêne de la scierie de Fontainebleau , n’ont qu’environ 8 ponces f de large , & font réduits à 1 pouce d’épaisseur, tant en bois mince qu’en bois épais , & se payent 170 liv. pris sur le port. Les bois de chêne François de 15 lignes d’épaisseur , fur 10 pouces de large , ne font point susceptibles de réduction , & le payent 135 à 140 liv., & même jusqu’à 143 liv. quand ils font beaux. Les bois de chêne François de 21 lignes d’épaisseur , fur 10 pouces de largeur, se payent 120 & 125 liv. le cent. Les bois de chêne François d’un pouce { d’épaisseur , fur 8 à 9 pouces de largeur , se payent le même prix que ceux de 1 3 lignes d’épaiíîéur. La membrure de bois de chêne François de 3 & 6 pouces de gros, se paye 140 & í 50 liv. le cent de toises. t 3 62 Cours Les battans de porte cochere de 4 pouces d’é- paisseur , fur 1 pied de large, fe comptent 4 toises pour une , c’est-à-dire , qu’ils fe réduisent à 1 pouce d’épaisseur, fur 1 pied de largeur ; ils fe payent depuis 150 liv. jufqu’à 160 liv., à cause des entrées , qui (e perçoivent fur ce bois, comme fur le bois quarré. Les planches de chêne François de 12 pouces de largeur, fur 2 pouces ^ d’épaiffeur , fe payent 280 liv. le cent de toises. Le sapin d'Auvergne de 12 pieds de long , fur 12 pouces de large , & de 14 à 15 lignes d’épaiffeur, fe paye fur Je port 250 liv. le cent de planches. Le sapin de Lorraine de 11 pieds 6 pouces , passant pour 12 pieds , de 8 à 9 pouces de large, fur ir ligrres d'épaisseur , passant pour 12 lignes, fe payent 125 à 130 liv. le cent de planches. Le sapin de Lorraine de même longueur & même largeur , fur 7 à 8 lignes d’épaisseur, ie payent 110 liv. le cent de planches. Le sapin de Lorraine de 12 pieds de France, fur 10 pouces de large , & 13 à 14 lignes d’e- paisseur, fe payent 150 à 15 5 liv. le cent de planches. Les planches de chêne provenant des déch- rages des bateaux , fe vendent à la toise superficielle , à raison de 5 & de 5 liv. IO fols. Les planches de sapin provenant auíîì des d(- chirages de bateaux , fe vendent à raison de 4 liv i O fols la toise fuperstcielle. Nous donnerons vers la sin quelques exemphs. de la maniéré de parvenir à l’estimation des ouvrages de Menuiserie , en ayant égard auc différents toisés des bois ci-dessus , St à la quai- d’Architecture. 363 títé qu’il en faut 'de chaque sorte pour les opérer, ainít qu a leurs différents prix actuels chez les Marchands ; lesquels prix cependant peuvent être susceptibles de variété , à raison , soit de la rareté des bois, soit des droits qu’on y met , &c. Après le choix des bois & leur achat, leur assemblage est ce qui mérité le plus d’attention dans la Menuiserie , par rapport à la solidité & à la beauté d’un ouvrage. Nous avons représenté les principaux dans la Planche CXXIX; A , assemblage à rainures & languettes, qui est le plus ordinaire ; B, assemblage à tenon & mortaise ; C , assemblage à onglet ; D , assemblage à queue d’hyronde pour joindre deux ais à équerre ; E , autre assemblage à queue d’hyronde pour joindre deux ais bout-à-bout ; F, assemblage à clef ; G, assemblage en fausse coupe ; H, assemblage quarré ; I , Deux différents assemblages à trait de jupiter pour alonger le bois. Nous croyons inutile de nous étendre fur ces assemblages , de même que fur nombre d'atitres, en flûte , à mi-bois, en enfourchement double ou simple , &c. &c. dont la connoissance est en général plus du ressort du Menuisier que de l’Architecte. C’est par le moyen de ces assemblages que l’on réunit solidement les bâtis , les panneaux & les différents compartiments des ouvrages de menuiserie. Dans le premier Volume de ce Cours, M. Blondel a enseigné la maniéré de tracer géométriquement les moulures , & dans le Chapitre de la. décoration intérieure au commencement du Volume précédent, nous avons appris comment il convenoit de les varier & disposer, pour former, par leur z 64 Cours proportion , un effet agréable clans les différents cas. Ainli il nous suffira de rappelles, en général , que les moulures propres à la Menuiserie sont de deux sortes, les unes rondes , & les autres droites. Les rondes font les becs de corbin , les tores , les douanes, les talons , les cavets , les quart-de-rond, les congés, les gorges, les baguettes , les listels & les astragales. Les moulures droites font, les larmiers , les faces d’archi- trave, & les filets. Tout l’art de leur composition , avons - nous dit alors , c’est de distinguer les circonstances où il convient d’employer les unes plutôt que les autres , c’est de savoir les proportionner suivant les occasions , c’est d’en faire un choix judicieux , c’est de varier les moulures rondes & droites , les grandes & les petites , de façon que ces dernieres fassent valoir les autres, & fervent toujours, soit à les détacher, soit à les dégager. La Menuiserie des bâtiments se distingue en mobile. & dormante ; la mobile comprend les portes , les croisées , les contrevents , tout ce qui doit s’ouvrir ou se fermer ; la dormante, comprend les lambris , les parquets , les cloisons , les escaliers , cn un mot tout les ouvrages qui restent en place. Nous allons ' parler successivement de ces différents ouvrages , eu égard à ce qui constitue leur solidité , aux épaisseurs de bois que chacun d’eux exige suivant leur étendue, & enfin aux considérations particulières que demande leur pose ; tous objets dont un Architecte doit être instruit, & en état d’apprécier. d’Architecture.' 365 CHAPITRE PREMIER. De la Menuiserie Mobile. Article Premier. Des Portes. N appelle portes , toutes les ouvertures & bayes que l’on pratique dans les murs pour entrer u un lieu dans un autre. II y en a de deux fortes ; .les portes intérieures , que l'on distingue en grandes , moyennes & petites ; les portes extérieures , qui sont les portes cocheres , & les portes bâtardes. Les grandes portes des appartements, sont les portes à placards, à deux venteaux. Leur forme la plus ordinaire est la quarrée ; elle est austì la plus commode, & même la feule où l’on puisse pratiquer des portes ouvrantes dans les épaisseurs des murs. On peut cependant les faire austì bombées & cintrées, en pratiquant des dormans dans les cintres qui ne s’ouvrent point. On donne à ces portes depuis 4 pieds jufqu’à 5 pieds f de largeur , & de hauteur au moins le double de la largeur. Une porte à placards est composée en général, fig. I, II , III & IV , PI. CXXX , d’un double chambranle a , avec sa traverse b , de deux ventaux r,c, à double parement ; chaque ventail c a z 66 Cours deux battans figure 1. PI. CXXX. Le premier s’emploie au pourtour des appartements où l’on admet des tapisseries ; fa hauteur varie à raison de Félévation de la piece : il est composé de bâtis d’un pouce d’épaisseur , de panneaux , de frises, de cadres & de pilastres. On le couronne par une cymaise q , composée de quelques moulures, & on le termine fur le parquet par un socle ou une plinthe r. Les figures XX & XXI. PI. CXXXII, donnent l’idée des détails d’unlambri d’appui; a cimaise ; b plinthe; c bâtis dont les panneaux peuvent être à grands cadres comme d, fig. XXI, ou à petits cadres comme s. Le lambris de hauteur p occupe toute Fétendue des murs d’un appartement , & s’éleve depuis le parquet jusqu’au dessous de la corniche : il est composé dans le bas d’un espece de lambris d’appui séparé par une cymaise, de celui de hauteur. On le distribue par compartiments de panneaux à grands & petits cadres qui ont de hauteur au moins deux fois leur largeur, & qui sont séparés par des pi- z8o Cours lastres s qui ont de haut 8 ou 9 fois leur largeur. On fait tous les champs égaux, entre les panneaux, & l’on donne aux bâtis lin pouce ou un pouce & demi d’épaisseur suivant leur étendue, en observant de laisser les bossages nécessaires pour la sculpture des ornements. On peut faire les lambris, tant d’appui que de hauteur entièrement en chêne , ou mème tout en sapin : mais souvent on se borne à faire les bâtis en chêne de 1 5 lignes d’épaisseur , & à les remplir de panneaux de sapin de 9 lignes , avec des plinthe & cymaise de chêne. Quand on admet des ornements dans une décoration de menuiserie au milieu des panneaux , on a le choix , ou de prendre les ornements dans la masse du bois , & de laisser en conséquence des bossages suffisans , ou bien de finir l’ouvrage comme s’il n’y en avoit pas , pour y rapporter ensuite les ornements , les trophées , les guirlandes que l’on fait à part , en observant de les /aire profiler fur les moulures où ils passent. On arrête ces ornements avec de petites pointes, ou bien avec des vis , quand ils font considérables ; & on les colle fur la menuiserie. Le premier procédé vaut beaucoup mieux que le second , en ce que les ornements font plus solides étant faits à même la masse du bois. II faut prendre garde de poser des lambris de menuíèrie fur des murs trop nouvellement faits » & dont les plâtres soient encore humides. Si l’on ne peut s’en dispenser, il est nécessaire de laisser un petit intervalle entre le lambris 8c le mur au moins d’un demi pouce: le plus lur , au surplus, est d’imprimer, en ce cas, le derriere des lambris de deux ou trois fortes couches de couleur à d’ìrcrítegture. ;8l rhuile; ce quificiliterarévaporation del’humidité, ou d u moins l’enpéchera de taire travailler le lambris en s’y attachant. Les lambris . soit d’appui , soit de hauteur, doivent être pesés bien da plomb & de niveau le long des murs : les languettes doivent être emboîtées bien justes dans les rainures, & toutes les saillies être bien jointives. II faut caller par derrière les endroits des murs , qui se trouvent former des creux, afin de bien dresser les boiseries dans tous les sens , & de les faire porter bien également fur la face des murs. On pose le lambris d’appui, en arrêtant la cymaise par dessus avec des pattes à pointe fi c’est dans des cloisons, & des pattes à scellement si c’est dans des murs, & en fixant les bâtis, soit tout simplement avec des broches , soit au contraire avec des vis qui exigent que l’on scelle, dans les murs en correspondance pour les recevoir, des tampons de bois taillés à queue d’hyronde. A l’égard des plinthes des lambris d’appui , elles s’attachent avec des clouds d’épingle. Q uant aux lambris de hauteur, ils s’arrêtent fur les murs de la même maniéré que ceux d’appui. Article II. Dis Parquets. On fait deux fortes de parquets , l’un composé de plusieurs pièces de bois assemblées qu rrément ou en losanges, que l’on nomme simplement parqua , & l’autre de planches jointes ensemble à rainures & languettes , refendues de la largeur denviron 4 pouces , que l’on appelle parquet de frlje. z8r Cours On donne depuis un ponce jufqu’à deux pouces d’épaisseur au parquet : celui de deux pouces ne s’employe gueres que dans les rez-de-chaussée , & dans les lieux où l’on craint l’humidité ; c’est celui d’un pouce ^ dont on fait usage le plus communément dans les appartements. Le parquet d’assemblage est composé de feuilles depuis 3 pieds jusqu’à 3 pieds { en quarté , distribuées par panneaux arralés qui forment des compartiments de 16 ou 20 carreaux placés diagona- lement ,& séparés par des bâtis d’environ 3 pouces de large , où ils font assemblés à tenons. II fe pose, comme l’on fçait, fur des lambourdes de 3 pouces de gros, espacées d’environ un pied de milieu en milieu, & placées en travers fur les solives du plancher ; lesquelles lambourdes doivent être miles d’un parfait niveau par dessus , & scellées fur le lattis du plancher avec du plâtre en augets , ainû qu’il a été expliqué dans la Maçonnerie. On attache le parquet fur les lambourdes avec des clouds fans tête de 2 pouces f de long , que l’onarrase: ci devant on enfonçoit les clouds , de maniéré que l’on bouchoit ensuite le trou quirestoit par dessus avec des chevilles de bois , mais cela ne fe fait plus. 11 n’y a aucune autre observation pour la pose du parquet , si ce 11’est de le mettre d’un parfait niveau , d’alligner les joints de fes feuilles , de façon que leurs angles fe rencontrent dans la même prolongation , & d’attendre fur-tout à le mettre en place, que le plâtre des augets des lambourdes soit bien sec , de crainte que l’humidité ne le fasse travailler. Quelquefois on pose les parquets fans lambourdes , directement fur les solives d’un plancher, soit quand on est obligé de se raccorder avec d’au- d* Architecture. z8z tres pieces , soit avec une marche-palier qui se trouve un peu trop balle , soit pour diminuer l’é- paisseur d’un plancher ; en ce cas , il faut hacher les parties les plus hautes du dessus des solives , mettre des fourures fur celles qui le trouvent trop basses, afin que le dessus du plancher forme un plan bien de niveau dans toute Ion étendue. II se fait des planchers , soit de planches de sapin de la forte qualité de is lignes d’épaisseur, soit de planches de chêne d’un pouce £ , & même de z pouces d'épaisseur, dont les planches sont jointes à rainures & languettes, blanchies par un parement, & posées aussi fur des lambourdes , dontil ne failt que 4 toises courantes par chaque toise superficielle. Pour ce qui est des parquets , que l'on met derriere les glaces, fur les cheminées ou ailleurs, ils sont composés de traverses , de montans & de panneaux, d’environ 1 pied^de large. On enfonce les panneaux dans les bâtis, de crainte qu’en les affleurant la chaleur du feu , en les faisant bomber, ne les mit dans le cas de casser la glace. On donne aux bâtis 3 pouces de large , fur 1 pouce d’épaisseur : on les assemble à tenons & mortoifes dans leur rencontre avec les traverses. Les parquets s’attachcnt aux languettes de cheminées avec des vis à écroux, que l’on place dans les traverses, où l’on entaille leur tête , de façon à ne former aucune saillie derriere la glace. L’essentiel est de faire attention dans ces fortes d’ouvrages , à les poser d’un parfait niveau dans tous les sens, pour que les glaces qui y seront placées, répétent les objets bien d’à plomb. 384 Cours Article III. Des Ejcahers de Menuijerie. Les Menuisiers font des escaliers de dégagement de différentes formes , soit droit, soit quar- ré , soit circulaire par leurs pians. Les marches font assemblées d’un bout dans une forte planche de bois , qui lui sert de limon , & font scellées de l’autre dans le mur. Souvent du côté du mur , on met un taux limon pour recevoir le bout des marches, que l’on fixe au mur par le moyen d’une ou de plusieurs pattes coudées ; on assemble d’ordinaire chaque contre marche à rainure dans le dessus de la marche inférieure, & dans le dessous de la marche supérieure. Outre tous les ouvrages détaillés jusques-ici , les Menuisiers font des cloisons de planches de bois de chêne brute , à claire voie, tant plein que vuide , pour être recouvertes de plâtre , & assemblées haut & bas , dans des coulisses : ils en sont encore , soit en bois de chêne , soit en bois de sapin, avec des planches apparentes , jointes à rainures & languettes , de 12 & 15 lignes d’épaisseur , blanchies des deux côtés , & assemblées aussi dans des coulisses haut & bas : enfin ce font eux qui font les alcôves , les niches , les armoires avec leurs tablettes, les contrevents , les crémaillères de bibliothèque , les tables , les porte-manteaux , les caisses d’orangers , les bancs des jardins, &c. &c. Article d’Architecture. 385 Article IV. De la maniéré d’eflimer les Ouvrages de Menuiserie. Pouil parvenir à apprécier les différents travaux de menuis erie,il s’agit de se rendre compte d’abord de leurs développements, c’est-à-dire, des longueurs, largeurs & épaisseurs des bois qu’exige chacune de leurs parties ,les battans , les traverses , les châssis, les panneaux, les chambranles, &c. Après cela, en connoissance du prix des bois chez les Marchands , & de quelle maniéré s’opere leur toile dans l’achat qu’on est fait , on déterminera la quantité de toises ou de pieds de bois qu’il faut invariablement pour exécuter chaque partie d’une porte , d’une croisée , d’un lambris , d’un parquet, &c. tellement qu’en les résumant, on viendra à bout de découvrir les déboursés du bois qu’il a fallu pour tel ou tel ouvrage : après cela il ne s’agira plus que d’apprécier la main- d’œuvre , & d’assigner un bénéfice convenable à l’Bncrepre- neur. Ossrons pour exemples l’estimation d’une porte à placard , & ensuite celle d’une croisée. Premier Exemple. Soit une porte à placard à deux venteaux, dans un mur de 18 pouces d’épaisseur , ayant 10 pieds de haut, fur 5 pieds de large dans- œuvre , assemblée à cadres embreuvés , avcc double chambranles , embrasements , plafond assemblé à bouement, & des dessus de porte de 4 pieds de haut. Z 86 COURS II faudra, pour faire les quatre montans dsS chambranles , deux planches de 12 pieds de long , fur I pied de large, & de 2 pouces £ d’épaisseur , lesquelles produisent 8 toises de long , qui, à I 50 liv. le cent de toises suivant certe grosseur, valent . . ..12 1- O s. O d. 11 faudra pour l’exécution des deux traverses deídits chambranles , qui font ensemble 1 2 pieds de long , fur 6 pouces de large, & 2 pouces - d épaisseur, de même quepour les qu atre plinthes , qui font ensemble 2 pieds s de long , fur 6 pouces de large , & 2 pouces -j d’épaisseur, 2 toises , 2 pieds de bois , qui, à 150 liv.le cent, valent . . y jq Pour les quatre battans & les quatre traverses des dessus de porte,qui contiennent ensemble 40 pieds de long , fur 4 pouces de largeur, & 1 s lignes d’épaif- í'eur, il fera besoin de 2 toises, 3 pieds, 4 pouces de bois, qui à x 50 liv., valent . . . 3 16 § 11 faudra pour les cadres des dessus de porte en bois de Vosges , qui ont ensemble 3 5 pieds de long, 2 pouces de large , & 2 pouces d’épaisseur, 2 toises un pied, 4 pouces de bois, qui, à 170 liv. le cent, valent. 3 1 5 6 Four lespanneauxdesd. dessus de porte, il faudra huit planche» d'Architect de bois de Hollande , chacune de 5 pieds i pouce de long, sur 9 lignes d’épaisseur , lesquelles seront coupées dans du 6 pieds , & produisent 8 toises qui, à 131 liv. 5 fols le cent , valent . . . . . . . Pour l’exécutioil des mon- tans & traverses des embrasements, qui font ensemble 72 pieds de long, fur 4 pouces dè large , & 1 pouce d’épaisseur, il entrera 4 toises , 4 pieds de longueur de planches, qui, à 125 liv. le cent, valent . . Pour les quatre battans & les traverses des deux venteaux de la porte, qui font ensemble 60 pieds de long, fur 4 pouces de large, & 15 lignes d’épaisseur , il faudra 4 toises de bois, qui, à 150 liv. , Valent . < Pour les cadres deldits venteaux en bois de chêne de Vos' ges , contenant ensemble 63 pieds de long , fur 2 pouces de large , & 2 pouces ~ d’épaisseur, il faudra 4 toises, 3 pieds, 7 pouces , qui, à 170 liv. le cent , valent . . . . . Pour les panneaux desdits venteaux en bois de Hollande d’un pouce d’épaisseur, lesquels font ensemble 41 pieds de long , fur 9 pouces de large , il faudra 6 U R E-: 38 f 10 L 10 f. 0 di 5 16 6 7 16 3 B b i/ o z88 Cours- toises , 9 pouces de planches, qui à 175 liv. le cent , valent. 10 14 4 Valeur du bois nécessaire pour opérer la porte _ en question., 69 1. 17 f. 1 d Après s’être rendu compte de la quantité de bois qui a du entrer dans l’exécution de ladite porte , & de ce qu’il a dîì coûter au Menuisier , suivant les prix actuels, pour continuer à apprécier la valeur de cette porte , il faudra passer à l’ordinsire à l’Entrepreneur, un iO c des 69 liv. 17 fols 2 deniers trouvés,pour le déchet des bois, c’est-à-dirè.6 16 8 Ensuite on appréciera la main- d’œuvre des différentes parties de cette porte , suivant le prix actuel que ^Entrepreneur la paye aux ouvriers,quand il leur donne l’ouvrage à la tâche: sçavoir ; La main-d’œuvre des 9 toises de chambranles, qui ont 6 pouces de profil, à 1 liv. 9 fols la toise, vaut.Ij 10 La main-d’œuvre de la porte, qui produit 1 toise 14 pieds de superficie , à 15 liv. la toise , compris la pose, vaut , . . 20 1 6 8 La main-d’œuvre des deux dessus de porte , qui contien- d’Architecture. 389 nent ensemble 1 toise 14 pieds de superficie , à 1 2 liv., compris la pose, vaut .... 16 13 4 La main-d’œuvre des embrasements , qui produisent I toise 1 pied, 6 pouces de superficie, à 9 liv., compris la pose, vaut. 9 7 6 Total . . . . 136 1 . 12s. 4d. Enfin , en passant le 5' des 136 liv. 12 sols 4 deniers de déboursé à l’Entrepreneur pour son bénéfice , ses faux frais , ses transports , &c. ... 27 6 4 On trouvera que la porte • dont il s’agit, avec ses dessus, peut être estimée , tout com- _ pris , à. 163 1. i8s- 8 d. Deuxième. Rxemple. Soit une croisée de bois de chêne , de 10 pieds de haut , fur 4 pieds 6 pouces de large hors-dœuvre du châssis dormant , garnie de volets brisés en quatre fur la largeur , & ayant quatre châssis à verre avec imposte dans le haut. Les deux battans du dormant de 4 pouces de large , exigeront une planche de 12 pieds de long » fur 12 pouces de large , & 2 pouces { d’épaisseur ; fur quoi il est à observer que les 2 pieds de plus de longueur doivent être considérés comme de nulle valeur , attendu que ces sortes de gros bois font fendus par les bouts; & qu’en outre les 4 pouces qui resteront de la largeur, ne font propres qua faire une lambourde : on compte ces planches fur le port , à 150 liv. le cent ; ainst B b iij z 92 Cours lesdits battans valent . . . La traverse cintrée du haut audit dormant , a 4 pieds 6 pouces de long , fur 9 pouces de large , & 2 pouces £ d epail- 1e u r, & exige I toile, 1 pied, 9 pouces de bois, qui, à 150 liv. le cent, vaut .... Pour la traverse d’iraposte , il faut un morceau de 4 pieds, 6 pouces de long, lur 4 & 5 pouces de gros , que l'on ne peut prendre que dans un battant de porte cochere , lequel produit 1 toise & 1 pied , qui, a 150 liv. le cent, vaut . . Pour la traverse d'appui, un morceau de bois , idem. . . Quant aux châssis à verre , pour faire les deux battans- meneaux du bas & les deux ciu haut, il faut quatre morceaux de bois d’élitc fans aucun nœud , ayant ensemble 20 pieds de long, fur 4 pouces ^ de large , & 1 pouces ì d’épaisseur, lesquels produisent 3 toises , à 165 liv., ( vu que ce font des bois délite ), qui valent . . Pour faire les deux battans de noix du bas & les deux du haut , il est besoin de quatre morceaux de bois délite , ensemble de 20 pieds de long, fur 3 pouces ~ de large , & ï pou-, ce f d’épaisseur. m d*Architecture. De plus , peur les quatre traverses du haut, il faut quatre morceaux de chacun 3 pouces £ de large , fur ensemble 9 pieds de long , & 1 pouce j d’épaisseur. Et enfin pour les quatre traverses des jets d’eau , qui contiennent ensemble 9 pieds de long , fur 3 ponces d’épaisseur , & 4 pouces de large ; & pour les petits bois qui contiennent aussi ensemble 45 pieds de long, fur 1 pouce { de gros : le tout étant à 1 pouce £ d’épaisseur , & de I o pouces de largeur, il faudra pour la totalité de ces trois articles , 3 toises I pied, 3 pouces de bois, qui, à 160 liv. le cent à cause de l’épaisseur, valert . . . . fl, 2 f. 8<à Pour faire les volets ou guichets , il est besoin de huit battans , qui feront coupés, dans des bois de 12 pieds , attendu qu’ils ont 9 pieds 6 pouces, & que les 9 pieds se- roient trop courts : comme les quatre battans de rive ont 4 pouces de large , & que ceux de brisure ont 3 pouces de large , on observera qu’on ne pourra prendre dans une planche qu’un battant étroit & un large , & que pat; conséquent B b iv 392 Cours il faudra pour cela quatre planches de 12 pieds & de I 5 lignes d’épaisseur : quant aux quatre traverses fur la hauteur desdits guichets , elles exigeront des bois de 4 pouces j de large , fur ensemble 16 pieds de long ; ainsi la totalité des battans. & des traverses , produira 9 toises I pied de planches , qui, à i 60 liv. le cent, valent.141. Pour les panneaux desdits volets , il faut 32 pieds cou- rans de planches de 8 pouces de large , fur 9 lignes d’épaisseur , ce qui fait 5 toises 11 est bon d’obferver que les panneaux des guichets s’opérent avec des bois de Hollande , réduits à I pouce d’épaisseur , qui se payent 175 liv. le cent, dont, en retranchant le quart, il restera 13 l liv. 5 sols le cent pour le prix desdits panneaux : par conséquent les 5 toises -j- de planches nécessaires pour opérer ces panneaux , valent . 7 Total du prix du bois . 43 1 . Le déchet des bois estimé , comme ci devant, un dixieme de 43 liv. 9 fols, 9 deniers . 4 La main-d’œuvre des ouvriers, estimée à 1 liv. 16 fols le pied de hauteur de croisée. .. 18 Total . . . . 661. X LZ f. 46. O O 9 s. 9 d. 18 7 s. 9 d. 393 d’ArChitec ture. Et en appréciant encore, comme ci-cievant,le bénéfice de ^Entrepreneur , & ses faux-frais , au 5 e de ses déboursés, ou du prix du bois , & de la main- d’œuvre qu’il a payé aux tâcherons , c’est-à-dire, à ... 13 5 6 11 resulte que Testimation totale de ladite croisée sera . . 79 1. 13 L 3 d.' Et que par conséquent le pied de hauteur de la croisée , qui à 10 pieds de haut, peut valoir 8 liv. avec son volet. On peut, en prenant modele fur ces détails , établir la valeur des autres ouvrages de menuiserie ; car pour les lambris , par exemple , ce doit ctre les mêmes prix que les dessus de porte , qui peuvent être regardés comme lambris , en observant seulement d’établir la pose à 3 liv. par toise superficielle, prix ordinaire que l’Entrepreneur paye maintenant aux tâcherons. A íon. II a paru , il y a environ trente ans , un^Ou- vrage fur cette matière , intitulé Détails dis Ouvrages di Menuiserie par M. Potain , dans lequel on développe ce qu’il entre de bois pour opérer chaque sorte d’ouvrages : comme cette quantité de bois est invariable , on peut toujours le consulter là dessus ; mais pour ce qui regarde ses prix des bois & de la main-d’œuvre , cela a bien augmeníé , & même les bois se débitent maintenant, pour la vente chez les Marchands, différement qu’on ne faisoit alors , ainsi qu’on en peut juger par les détails que nous avons donné au commencement de la Menuiserie : c’est pourquoi il seroit intéressant de faire une réimpression de ce Livre , avec tous ces changements. 394 Cours* Article V. Des Devis de Menuiserie. On doit expliquer dans ces Devis , la qualité des bois, leur épaisseur pour chaque forte d’ou- vrages , la grandeur des portes , des croisées , quelle doit être la décoration des pieces , quelles pieces seront parquetées &: lambrissées , soit d’un lambris d’appui , soit d’un lambris de hauteur, ainsi, on dira : Tous les bois feront de chêne sains , secs , fans aubier, fans noeuds vicieux , fans gerfures , fans roulures , lans tampons , dressés & corroyés , de maniéré qu’il- n’y reste aucun trait de sciage ; lesdits ouvrages seront assemblés à tenons & mor- toifes , à rainures & languettes , & ensin suivant l’Art, tellement qu’il résulte de leur liaison la plus grande solidité; le tout rélativement aux destins & profils qui seront fournis dans le tems par l’ArChitecte. Dans les caves seront faites tant de portes avec bois de chêne de bateaux , à joints quatres, & avec deux barres à chacune de bois de chêne , attachées avec des clouds : leldites portes auront tant de hauteur fur tant de largeur, & auront tant d’épaisseur ; & au haut cle la deícente fera faite une porte pleine , de bois de chêne de i y lignes d’épaisseur, assemblée à rainures & languettes, & emboîtée haut & bas, Sera faite la porte cochere, de tant de largeur fur tant de hauteur, assemblée à cadres , avec parquet au bas du parement en dehors,& à d’Architecture. 39s panneaux , recouvert en dedans au droit dudit parquet, le surplus arrasé ; ladite porte sera à deux venteaux , dans un defquels fera un guichet aussi assemblé à cadres & parquets , comme ci- dessus : les battans meneaux auront tant de largeur fur tant depaisseur ; ceux des rives auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; les .traverses du haut & du bas auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; les bâtis auront tant de largeur fur tant d'épaisseur ; les cadres tant ; les panneaux tant; & les parquets tant. Sera faite la quantité de tant de portes à placard à deux venteaux , assemblés à grands cadres ou à cadres embreuvés , à double parements , à double chambranles avec embrasements , de tant de hauteur fur tant de largeur, suivant les dessins qui çn feront fournis ; les battans & les traverses auront tant de largeur fur tant d’épaisseur > les panneaux auront tant d’épaisseur ; les grands cadres auront tant de largeur fur tant d’épaisseur; & les petits feront élégis dans les battans -à l’or- dinaire ; les chambranles auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; les bâtis des embrasements & plafonds auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; & les moulures des compartiments feront élégies dans leurs bâtis ; enfin les panneaux des embrasements auront tant d’épaisseur. Sera faite la quantité de tant de portes à placard à un ventail , à deux parements, à double chambranles avec embrasements : lefdites portes auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; les battans & traverses auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; les moulures feront à petits cadres , & élégies dans les battans ; les chambranles auront (ant dç largeur fur tant depaisseur ; lçs embra- 396 Cours sements & plafonds seront ravallés, ou d’assem- blage , suivant la place , & auront tant d’épaisseur. Sera faite la quantité de tant de portes unies de chêne , de tant de largeur fur tant de hauteur, dont les planches auront tant d’épaisseur, & feront joirçtes à rainures & languettes , emboîtées par le haut & par le bas dans des traverses de 6 pouces de hauteur , & corroyées par les deux côtés. Sera faite la quantité de tant de portes de remise en sapin , de forte qualité , avec une planche de chêne de 15 lignes fur les rives , jointes à languettes & rainures , blanchies par un parement, barrées par derriere en écharpes avec battemens de chêne dans le milieu. Sera faite la quantité de tant décroisées , de tant de largeur fur tant de hauteur en bois de chêne, ouvrant à noix à deux venteaux avec châssis dormans » & leur piece d’appui portant jets-d’eau, garnies de volets brisés en quatre fur la largeur , & ayant quatre châssis à verre , avec imposte dans le haut. Les dormans auront tant de largeur fur tant d’épaisseur , & les traverses d’en bas portant jet d’eau , auront tant de largeur & épaisseur en quarté. Les châssis à verre auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; & la traverse d’en bas portant son‘reverfeau , aura tant de largeur fur tant d’épaisseur. Les battans defdits châssis à verre auront tant d’épaisseur fur tant de largeur. Les petits bois des châssis auront tant de largeur fur tant d’épaisseur, en observant les feuillures pour recevoir le verre. Les bâtis des volets auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; & les panneaux deldits volets tant d’épaisseur ; le tout à tenons & mortoiles. d’Architecture. 397 . Sera faite tant de ' croisées à la mansarde , à coulisses , ou ouvrantes à noix , ayant tant de large, dont les dormans auront tant d’épaisseur fur tant de largeur ; & les châssis à verre tant de largeur fur tant d’épaisseur , & dont les petits bois feront arondis à plinthe élegie , ou assemblés à pointe de diamant dans leurs bâtis. Sera fait le lambris d’appui de telle piece , dont les bâtis auront tant d’épaisseur fur tant de largeur ; si les panneaux font à grands cadres , ceux- ci auront tant de largeur fur tant d’épaisseur , & les panneaux tant d’épaisseur ; la cimaise aura tant de haijteur fur tant de largeur; le socle avec sa moulure aura tant d’épaisseur. Sera fait un lambris de hauteur dans telle piece , dont les bâtis auront tant de largeur fur tant de hauteur ; les cadres auront tant de largeur fur tant d’épaisseur ; les panneaux auront tant d’épaisseur. Sera mis du parquet dans telle piece avec des .lambourdes de tant de grosseur , dont les bâtis auront tant d’épaisseur, & les panneaux tant d’épaisseur ; lesquels parquets feront arrafés , chevillés, posés en lolange , assemblés, cloués & rabotés suivant l’Art. Les parquets pour le derriere des glaces feront faits avec bâtis de chêne de tant d’épaisseur fur tant de largeur , & remplis de panneaux de chêne de tant d’épaisseur. Seront faites des cloisons de chêne' ou de sapin dans telle piece avec des planches de tant d’épaif- feur , assemblées à rainures & languettes , & dans des coulisses haut & bas. Seront faites tant de cloisons de planches de bateaux, d’un pouce d’épaisseur, à claire voie, Z98 Cours pour être maçonnées , garnies de coulisses &• rainures haut & bas , avec des entre-toiíes de pareilles planches en travers , clouées dessus à une face à mi-étage , avec des poteaux d’huisse- rie feuilles pour la latte & pour le battement des portes. Sera fait dans celle piece un plancher de plan- ches de sapin de la forte qualité , ou de chêne, de tant d’épaiffeur, jointes à rainures & languettes , blanchies par un parement posées & attachées en place , fur des lambourdes de tant de grosseur. Pour l’exécution defquels ouvrages.spécifiés ci- dessus , l’Entrepreneur fournira tous les bois , équipages , peines d’ouvriers , clouds pour les attacher , à l’exception des broches & des pattes qui-lui seront fournis, enfin tout ce qui lui fera nécessaire pour l’entiere perfection diceux , moyennant le prix ci-dessous , lavoir .... Pour chaque toise superficielle de portes à placard de telle grandeur ........ Pour chaque toise courante de chambranle de telle largeur & épaisseur.. Pour chaque toise superficielle de lambris d’appui & de hauteur. Pour chaque pied de hauteur de croiíée de telle ou telle largeur. Pour chaque toise de cloison en sapin ou en chêne . Pour chaque toise de parquet ce telle ou telle épaisseur , &c. # .» ^'Architecture; 399 Explication des Planches CXXIX t CXXX , CXXXI et CXXXII , concernant La Menuiserie. La PI. CXXIX , offre les principaux assemblages des bois de Menuiserie. A , assemblage à rainures & languettes. B, assemblage à tenons & mortoises. C , assemblage à onglet. D, assemblage à queue d’hyronde d’un battant dans une traverse. E , autre assemblage à queue d’hyrorìde de deux battans bout-à bout. F , assemblage à clef. G , assemblage à tkusse-coupe. H , assemblage quarté. I, deux différons assemblages à trait de jupiter pour allonger les bois. La PI. CXXX, offre les détails d’une porte à placard , à un & à deux venteaux. La fig. 1 , est l’élévation d’une porte à placard à double venteaux & double parements. La fig. Il , cû le profil de son embrasement. La fig. III, est son plan. Et la fig. IV, représente les développements particuliers de ses profils , pour faire sentir leurs assemblages. a , double chambranle avec fa traverse b ; c , k , i, panneaux ; d, d , battans ; e , f, g , h , traverses ; L , cadres ornés de moulures ; m , fig. II, panneaux de l’embrafenient ; n , plafond de í’embrafement ; 0 , fig. I , lambris d’appui ; , . lambris de hauteur ; q , cimaise ; r , socle ou plinthe ; /, pilastre. 400 Cours Les fig. V, VI, VII, & VII, font voir l’élé- vation , le profil, le plan & les détails de l’aíiéni- blage d’une porte à placard à un ventail, & à double parements. a a , double chambranles ; b, b , montans ou battans ; c,c , traverses; d,d, panneaux; t , fig. VI, embrasement. Les PI. CXXXI & CXXXII, représentent les détails d’une croisée. Les fig. X , XI & XII, font voir l’élévation , le profil & le plan d’une croisée. a , dormant avec 1a traverse supérieure b ; c , traverse du bas du dormant ou piece d’appui ; d, battans meneaux; t , battans des châssis ;/ s, traverses du haut des châssis ; h , traverse du bas des châssis avec un rejet d’eau ; i , petit bois ; k , imposte ; l , châssis à prands carreaux. La fig. XIII , représtnte une double croisée garnie de ses volets ; une moitié de cette double croisée est supposée ouverte , & l’autre moitié est supposée fermée. a, dormant du châssis intérieur ; b, b , châssis à verre , dont le battant mrneau d, ouvre à noix ; c , volet brisé en deux pirties , & dont la brisure est cachée par la saillie eu chambranle de la croisée; e, dormant du chahs extérieur;/, châssis à Verre ; g, battant meneaix ouvrant à doucine. La fig. XIV , est le jroíil du dormant dune croisée , pour faire voir sa liaison avec le châssis & les volets. a , dormant ; b , feuillire que l’on ne pratique que quand il doit y avoi des volets ; c, fiches ; if, battants à noix'du «hafíìs ; e, volet brisé; s f revêtissement de l’embasement. La sig. XV, est le prssil du bas d^me croisée; d’Architecture; 401 A > appui de pierre avec revers d’eau en dehors ; b , piece d’appui ; c , feuillure pratiquée fous la piece d’appui pour loger le hautdu revers d’eau ; d, traverse du bas du châssis à verre ; e, jet-d’eau ; ft larmier ; g , canal ; h , conduit de décharge du canal ; i , voler avec une feuillure fur le bord, pour recouvrir la piece d’appui, lorfqu’il est fermé. La fig. XVI, est un battant-meneau ouvrant à gueule-de-loup a. La fig. XVII, est un battant-meneau ouvrant à doucine. La fig. XVIII, est un petit bois à pointe de diamant; a, feuillure du carreau de verre. La fig. XIX, est le profil de l’imposte d’une croisée. a , imposte ; b , traverse du châssis supérieur , avec un jet-d’eau c A un larmier e ; d, traverse du haut du châssis inférieur. La fig. XX , est le profil d’un lambri d’appui ; a , cimaise ; b , plinthe ; c , panneau. La fig. XXI, représeiite deux profils de lambris ; a , est un profil à grand cadre ; b , est un profil à petit cadre. Tome b r l. C c 402 Cours DE LA SERRURERIE. Article Premier. Des différentes qualités du Fer. O N reconnoit la bonne qualité du fer à la couleur qu’il a en dedans après l'avoir cassé. Le meilleur en général, est celui qui est noir, doux à la lime , ou qui a le grain fin, mêlé d’un peu de blanc , de gris & de noir. On tire le fer de différentes Provinces du Royaume. Le plus estimé est celui qui vient du Berry ; il passe pour le plus doux, le moins aigre , le moins cassant, le plus facile à travailler, & en un mot pour le ^lus capable de prendre toutes fortes de formes fous le marteau : aussi enjoint-on d’ordinaire dans les Devis , de l’employer de préférence pour l’exécution des bâtiments. Le fer d’une qualité inférieure fe nomme fer commun ou fer de roche , il s’employe aux ouvrages grossiers, & qui n’ont pas besoin de tant de souplesse de la part du fer. Quand un fer est cassant à chaud, n’est pas pliant fous le marteau, ou bien quand on y remarque des coupures, des gerfures ou des pailles , on l'appelle souverain. On débite , dans les grosses forges , le fer en barres , qui font de deux efpeces ; les unes font battues simplement, & les autres font battues & d'Architecture. 403 étirées. Les barres étirées, font celles qui ont été forgées dans le même sens, en les allongeant, pour les faire plus 011 moins minces : elles sont dans l’emploi d’une qualité supérieure , & plus nerveuses que celles qui n’ont été simplement que battues ; auffi n y voit-on presque point de grain. On trouve, dans les Magasins des Marchands, des barres de fer des qualités , grosseurs & échantillons dont on peut avoir besoin pour tontes sortes d’ouvrages. II y a des fers plats , qui ont depuis 9 jusqu’à 15 pieds de longueur , fur 2 pouces ~ de largeur , & depuis 4 lignes jusqu’à 8 lignes d’é- paisseur. II y a des fers quarrés de diverses longueurs , qui ont 1 ou 2 pouces de gros , & que l’on désigne par leur grosseur ou leur forme particulière. On appelle quarré bâtard, celui qui a ló à 18 lignes cjje ( grosseur. Fer cot nette, celui qui a H à? pouces de largeur , 6 à 8 lignes d’épaisseur, Sc 4 à 6 pieds de longueur : on en revêt les bornes & les encognures des murs exposés au choc des voitures. Fer rond , celui dont on se sert pour les tringles , qui a depuis y lignes jusqu a 10 lignes de diamètre. Fer courçon , celui qui est par gros morceaux de 2 , 3 & 4 pieds de long , fur une grosseur quelconque. Fer de quarìllon , celui qui a depuis y lignes jusqu'à 8 & 9 lignes de grosseur. Cojlc de vache, tous les fers qui ne font point C c ij 404 Cours à vive arrête : il y en a depuis 3 Jignes en quarré jufqu’à 12. O11 vend aussi du fer en tôle , pour garnir les portes cocheres , dont les feuilles , qui font de 5 à 6 pieds de long , ont jusqu’à 1 ligne £ d’épais, 6 depuis 9 jusqu a lZ pouces de large. On distingue dans la Serrurerie les gros fers que le Serrurier fournit au poids , de ceux qu’on paye à la piece , suivant la façon & difficulté de la main-d'œuvre. Les premiers s’employent dans les bâtiments pour la solidité, & les seconds pour la sûreté des fermetures de la Menuiserie : donnons une énumération des uns & des autres, & expliquons en même-tems leur fonction & leurs proportions les plus ordinaires. Article II. Des gros Fers , ^ Les gros fers que l’on employé dans la maçonnerie , sont les ancres , les rirans , les chaînes , les harpons , les plate-bandes , les étriers , les linteaux, les bandes de tienne , les barres de languettes , les manteaux de cheminée , les barres de contre-cœurs , les corbeaux , les boulons , les crampons, &c. De ces fers , les uns sont quarrés, & les autres sont plats : les quarrés sont d’ordi- naire employés à porter, & les plats sont employés à tirer. Les chaînes A , B , C , D, PI. CXXXIII, fe placent dans f épaisseur des murs , pour contenir leur écartement ; elles sont, soit de fer plat A d’Architecture. 405; & B , de 2 pouces ou 2 pouces j de largeur , fur 6 lignes d’épaisseur ; soit de fer quarré C S: 1 ), de 14 011 15 lignes de gros, & quelquefois plus quand le cas le requiert : on fait les barres, des chaînes les plus longues que l’on peut, & on les lie ensemble bout-à-bout, quand elles sont de fer plat , à trait de jupiter A , avec des embrassures de fer, ou en maniéré de charnière B ; & quand elles sont de fer quarré, on les réunit avec des moufles à clavettes C , ou bien en formant un crochet à leurs extrémités , que l’on contient par une embrassure de fer , & que l’on " reíTerre à l’aide de deux gros coins de fer. Les plati-bandcs E , ont 5 à 6 pieds de longueur , fur 6 lignes d’épaiíTeur, & 2 pouces 011 2 pouces { de largeur ; elles sont destinées à être placées au bout des poutres , pour contenir aufli l’écartement des murs, & les conserver dans leur à plomb. L’un des bouts d’une plate- bande , forme un crochet ou talon a , d’environ 1 pouce de long pour entrer dans la poutre; & en outre , il y a dans le long de la plate-bande plusieurs troux b , destinés à l’attacher fur la poutre avec des clouds dentés ; l’autre bout c » est plié de maniéré à former un efpece d’anneau ou d’œil, pour recevoir une ancre F , qui est une barre de fer quarré d’environ 15 lignes de gras % fur à-peu-près 3 pieds de long. La solidité des chaînes & des plate-bandes dépend essentiellement de la maniéré dont les moufles & les œils ont été soudés ; souvent les fers sont brûlés, en ces endroits en les forgeant ; c’est pourquoi il faut y prendre garde , car c’est toujours par là que les chaînes viennent à manquer. On laissait autrefois les ancres F apparentes C c iij 4o6 Cours au dehors des murs , & on leur donnoit même souvent la forme d’un S ou d’un Y ; mais maintenant il est d’ulage de les faire droits , 8c de les encastrer , comme nous lavons déjà dit , de quelques pouces dans une tranchée , que l’on pratique dans la face extérieure des murs , ce qui, quoique moins solide, fait un effet plus agréable à la vue. Le seul cas où on conserve les ancres apparentes , c’est dans l’exécution du haut des tuyaux de cheminée qui font isolés ; alors on fait cds ancres double en S ou en Y , pour contenir de part 8r d’autre les tuyaux contre l’effort des vents , 8c pour embrasser une plus grande étendue ; ces ancres double font liées avec un tirant , dont le bout opposé aux œils va s’accrocher & í'e clouer fur quelque maîtresse piece de charpente. Les linteaux , font des barres de fer quarrées plus ou moins longues , qui fervent à soutenir la maçonnerie du haut des portes & des croisées ; on leur donne d’ordinaire 15 lignes de gros. Les bandes de trémie G , dont la fonction est de porter la maçonnerie des aires de cheminée, font des fers plats d’environ 2 pouces^de largeur , fur 7 lignes d’épaisseur, dont les bouts font recourbés pour les au ôter fur les solives d’enchevétrure. Les barres dont on garnit les contre-cœurs des cheminées de cuisines, ont environ t8 lignes de grosseur. Les manteaux de cheminée H , font des barres de fer quarrées, d’environ 13 ou 14 lignes de gros , dont les bouts font coudés , & les extrémités faites en queue de carpe, pour fe sceller dans les murs adossés aux chéminées , fous la traverse qui soutient leur tablette. d’Architectdre. 407 Les barres de languette , que l’on met sous les languettes des cheminées en briques , & dont les extrémités se posent sur leurs jambages , sont des barres de fer droites de 13 & 14 lignes de gros. Les crampons I , sorrt des fers quarrés , dont les bouts sont faits en crochets ; ils fervent à lier les pierres où on les scelle , soit en mortier , soit en plomb. Les étriers K , ont 6 lignes d’épaisseur, fur 2 & 2 pouces { de largeur : ce sont des fers plats , coudés, que l'on met, soit au bout des chevê- tres de bois ou des linçoirs pour fortifier leurs tenons, quand on juge qu’ils auroient une trop grande charge ; soit pour soutenir les lambourdes que l’on applique le long des poutres ; soit pour soulager le milieu d’un entrait d’une ferme de charpente, en les attachant au poinçon : on fait encore d’autres étriers L , à l’usage des plate- bandes , & que l’on inféré entre les joints de leurs clavaux. Les corbeaux M , sont des morceaux de fer quarrés , d’un pouce { de gros environ , formant une queue de carpe par le bout, qui doit être scellé dans le mur , & dont l’objet est de soutenir par-dessous , soit des sablières, soit des lambourdes , soit des linçoirs. Les harpons , sont des morceaux de fer plats , droits ou coudés , que l’on employé , soit dans la maçonnerie, soit dans la charpente : on leur donne 2 & 3 pouces ^ de largeur, fur 4 à 6 lignes d’épaisseur. Les gougeons , sont des fers quarrés, servant à contenir les tambours d’une colonne , ou bien des vases & des balustres ; on les proportionne au besoin que l’on a. C c iy 408 Cours Les barres ie potager & des hottes de cheminée , quand on en met , font des fers plats de 2 pouces de largeur , fur 6 lignes d’épaisseur. Les boulons N , fervent à contenir les limons des escaliers , & à les lier avec les murs : ce font des fers ronds , de 9 à 10 lignes de diamètre à tête plate & quarrée par un bout, & dont l’autre bout est percé pour recevoir une clavette, ou bien est rélévé en queue de carpe , pour erre scellé d.ms le mur. Les crochets à chêncau O , font des fers plats , coudes par un bout, & à patte ; lesquels ont 18 lignes de largeur , fur une ligne & demi d'épaif- feur ; ils fe placent fur les corniches pour contenir les chêneaux : on fait aussi de fer de pareil échantillon , les colliers P , servant à contenir les tuyaux de conduite des chêneaux dans les murs. Les santons font des fers de 4 ou 5 lignes de gros, avec des crochets à leurs extrémités , pour former des chaînes , dont on entoure les tuyaux de cheminée íairs en plâtre ; & que l’on place au milieu des languettes à environ 2 pieds de distance fur la hauteur. Tous ces fers fe payent au quintal ou au cent pesant , suivant un certain prix ; dans lequel prix est compris la façon , les voitures , les peines d’ouvrie s , & tout ce qui est nécessaire pour l’emiere perfection de ces fortes d’ouvrages. L’ufage , pour fixer ce que valent la plupart des gros fers , tout employés dans le bâtiment, est d’ajouter à la somme que coûte le fer en barres pris chez le Marchand, le 12 e de celle que coûte le charbon de terre. (t). ( 1 ) On vend le charbon dc terre , fur le Port, au muid, qui d’Architecture. 409 Les vieux fers que l’on tire des démolitions le donnent au poids au Serrurier, en diminuant 4 livres par quintal ; & dans le cas de remploi, on diminue la quantité q u'on lui a donné en compte de la totalité des fers neufs fournis , lesquels ne lui font payés que pour façon du cent, que l’on estime volontiers le ~ du prix des gros fers neufs. Ce font quelquefois les Serruriers qui fe chargent de fournir les ouvrages de fonte , les plaques , les tuyaux de descente , les tuyaux de fonte , & les bornes que l’on fait depuis quelque rems de ce métal ; lesquels ouvrages fe vendent auslì au quintal, & ont diíférens prix. II y a des menus fers que les Serruriers fournissent encore pendant l’exécution d’un bâtiment ; tels font les pattes à contre-cœur , les chevilles de fer , les rappointissages , les clouds de charrette & de bateau , dont fe fervent les Maçons pour larder dans les bois qu’ils doivent recouvrir de plâtre ; tous les fers dont les Menuisiers ont besoin pour arrcter les portes , les croisées, les lambris , les parquets ; savoir , de petites broches de fer , des pattes en bois qui font pointues, des pattes en plâtre qui font coudées, des vis à ccroux pour attacher les parquets de glace aux tuyaux de cheminée : tous ces objets fe donnent en compte successivement , soit au Menuisier, soit au Maçon , & fe payent à tant la douzaine , excepté les clouds ôt les rapointif- sages , qui fe livrent au poids. contient 9s boisseaux ou ï 5 minots de 6 boisseaux chacun : le meilleur est celui que l'on tire d’Anglctcrre. 4i® Cours m Article III. De la Ferrure des Portes Cocheres , PI CXXXIV. Os serre les vantaux des portes cocheres de différentes maniérés , suivant la dépense que l’on veut faire. La serrure la plus ordinaire , est avec six grosses fiches à gonds & à repos , de s à 6 pouces de haut, fur 2 pouces de gros , & six gros gonds de fer bâtard , d’un pouce ~ de gros ; ou bien encore mieux , avec deux pivots par en bas A , qui entrent chacun dans une crapaudine B , & deux tourillons en haut D , qui entrent chacun dans une bourdonniere d ; & si la porte a une grande hauteur, on met en outre deux fiches à gonds C , composées chacune de deux gonds liés par une broche. On fait les pivots d’en bas A, pour plus de solidité , avec des branches en équerredont la branche horisontale de l’équerre passe fous la traverse du bâti , & la branche perpendiculaire sur l’ópaisseur du montant ; lesquelles branches sont fortement retenues par des clavettes x, traversées par des goupilles. On fortifie les assemblages de la Menuiserie par douze équerres , dont il y en a huit pour les grandes portes , & quatre pour le guichet. Ces équerres E sont souvent double , & embrassent toute la longueur de la traverse , en remontant sur les montans , & alors il n’en faut plus que six. Les branches de ces équerres se terminent d’Architegture. 411 volontiers par des fleurons avec des crampons, pour fixer leurs extrémités. Le guichet doit avoir trois grosses fiches à nœuds , ou deux fiches à chapelet E, & porter deux serrures ; savoir , une grosse d’environ I pied de long, à deux tours avec fa gâche en- cloisonée , attachée avec des vis à tête quarrée , garnie de son entrée, & une petite serrure au- dessous de la grande , d’environ 6 pouces de long , à un tour & demi, attachée aufli avec des vis , avec fa gâche & son entrée. On contient le haut des deux grands ven- teaux par un fléau G , ou gros barreau de fer quarré de 1 à J pouces de gros , garnis de son boulon I, & de deux crampons H , qui doivent être rivés des deux côtés de la porte, lequel fléau se maintient à l’aide d’un moraíllon, qui est reçu dans une petite serrure ovale L ; & pour ce qui est du bas de la porte , on le contient par un gros verrou à crampons M. Quelquefois Ton ferme une porte cochere comme la porte croisée d’un appartement, avec une forte espagnolette Q, fig. II , de 15 lignes de diamètre , attachée derriere l’un des battans, & un verrou à douille X par le bas ; laquelle espagnolette est de toute la hauteur de la porte: mais , par économie, on se contente souvent d’une demi-espagnolette très-forte , qui descend depuis le haut du dormant de la porte jusques feulement à la hauteur de la main-tournante R que l’on contient, lorsqu’elle est fermée , par un morail- lon qui entre dans une petite serrure ovale S, & dans ce cas on arrête le bas des battans par un verrou à crampon M, comme ci-devant. I’our ouvrir une porte ainíì ferrée en dedans de la 4î 2 Cours maison , il faut commencer par ouvrir la petite serrure S au-deíTous de la demi-efpagnolette pour dégager le moraillon , puis tourner la main R de la demi-efpagnolette , & enfin lever le verrou à crampons du bas de la porte. Quant au guichet, on le ferme par une petite ferrure h, & un verrou N n à i’ordinaire ; & l'on finie par mettre en dehors, fur le battant du guichet , un heurtoir P , ou un gros anneau avec une grande rosette, & une petite en dedans p. On garnit le devant des portes cocheres à la hauteur du moyeu des roues , de forte tôle, de 12 pouces de large, dont les bords haut & bas font souvent estampés de moulures ; laquelle tôle on contient avec des vis à écroux par derriere. Pour ce qui est de la ferrure des portes bâtardes , elle est à-peu-près la même que celle des guichets des port es cocheres. Article IV. De la Ferrure des Portes ordinaires 6 * à placard , P L CXXXK* On ferre les portes les plus simples, telles que celles des caves & des magasins , &c. avec des pantures A , qui ne font que des bandes de fer plat, roulées par une de leurs extrémités, en maniéré d'anneau pour s'assembler dans des gonds. 11 y a des gonds Jimples B , & des gonds à repos C & D : de ces gonds , les uns C font à scellement & a patte , & les autres D font à pointe , suivant qu’il d’Architecture. 413 s'agit de les attacher, soit dans de la maçonnerie , soit dans de la menuiserie, soit dans de la charpente. On ferre les portes légeres des chambres avec des pomeles E , qui , au lieu d’être allongées comme les pantures , s’élargissent en forme de platine , ou bien s’évafent comme une pâte , ou enfin imitent la figure d’une S. Un autre moyen de suspendre les portes , c’est avec des fiches F , qui , au lieu de Rattacher fur le bois comme les pomeles & les pantures , s’attachent dans le bois , à-peu-près comme un tenon qui entre de part & d’autre dans une monoise , que l’on fait, tant dans le chambranle ou dormant , que dans le vantail de la porte. Cette partie /de la fiche qui entre dans le bois , se nomme tailtron. On distingue différentes sortes de fiches qui sont rélatives à leurs usages. Les fiches à vases F, sont des efpeces de charnières composées de deux charnons, terminés haut & bas par des efpeces de petits vases , dont l’un des charnons forme un petit gond & l’autre une panture : ce sont ces sortes de fiches dont on se sert pour les portes, les châssis à verre des croisées, les portes d’armoire. 0 Les fiches à nœud, ou de brisure ou k broche G, ne portent point de gond : ce sont des charnières entrelasiees les unes dans les autres, & contenues par une broche qui les enfile, & dont un bout est terminé par un bouton ; elles servent pour les volets brisés que l’on met derriere les croisées, ainsi que pour les guichets des portes cocheres. On íuspend encore les portes par des couplets H, qui s’affemblent à charnières comme les fiches à nœud i mais au lieu de se mettre dans l’épaisseur 414 Cours du bois , ils s’attachent fur le bois comme les pomeles ; & même on les emploie à des volets briíés de peu de conséquence. On se sert, pour la fermeture des portes, de verroux & de ferrures. Les verroux se placeur derriere les portes , & ne peuvent s’ouvrir qu’en dedans d’une chambre : on les distingue suivant leur forme. Les uns Rappellent simplement verroux I ; les autres rappellent , verroux à targette ou à platine K, d’autres verroux à rejsort L. Quand deux verroux font liés ensemble par un montant de fer plat, on les nomme crémone ; le verrou du haut est fait à crochet, de sorte, qu’en haussant le bouton , placé à la hauteur de la main , on ouvre les deux verroux, & en baissant le même bouton , on les ferme en même tems. C’étoit ainsi que l'on fermoir les portes & les croisées , avant l’invention des espagnolettes; & l’on en fait encore usage dans la plupart des Provinces. Une serrure M sert à la fois , tant pour la fureté intérieure qu’extérieure d’une chambre. Elle est composée d’une boîte nommée palajlre ; d’un ou de plusieurs pênes ; & en dedans, de ressorts , de gardes, de gâchettes & de garnitures, qui font disposés suivans les entailles de la clef, de forte que » parleur rapport intime, il ne peut y avoir que la clef qui soit capable de l’ouvrir. Une serrure s’attache toujours avec des vis en dedans de la chambre, ou de l’armoire, ou enfin du lieu quelle doit mettre en sûreté; & , à l’oppoíite du pêne, on place,ssoit une boîte N, appellée gâche, soit un crampon pour le recevoir. 11 y a bien des fortes de serrure; on nomme serrure à broche , celle dont la clef est forée ; serrure benarde celle à un pêne, dont la clef n’est point forée, & peut ouvrir, soit en dedans, soit en déhors d Architecture. 415 de la chambre ; serrure à pêne. dormant , celle dont le pêne ne sort ou rentre de la serrure qu a l’aide de la clef ; à demi-tour , celle que la clef ouvre en un demi-tour ; à un tour , celle dont la clef ne fait qu’un tout ; à deux tours , celle dont la clef ouvre en faisant deux tours ; ferrure de sûreté, celle à plusieurs pênes, dont l’un fe ferme en dedans fans la clef, & fort de la serrure, & dont les autres font en dedans de la ferrure, & ne fe ferment qu’avec la clef. On employé auíîì des ferrures à baffecule , à pêne dormant , lesquelles font mouvoir des ver- roux qui fe ferment haut & bas. Les verroux haussent & baissent, soit par le moyen d’un levier caché dans la ferrure , & qu’on appelle proprement bajse- cule , soit par le mouvement d une roue à pignon qui engraine dans des dents en forme de cramail- lere, taillées dans la partie des verroux comprise dans la serrure. On ferme de cette maniéré , non- seulement des armoires de sûreté, mais encore des. portes à un ou deux vantaux. 11 arrive cependant souvent que dans les portes à deux venteaux , la bassecule n’est pas liée avec la serrure , mais quelle est renfermée feulement dans fa gâche. Tout le jeu de ces fortes de fermeture consiste à lever^ou à baisser la main attachée à la bassecule , pour faire ouvrir ou fermer les verroux. On ferme les portes des garde-robes & des ca*> binets avec des becs-de-canes , qui font des efpeces de petites ferrures fans clef, & qui s’ouvrent avec un bouton , dont le pêne est à demi-tour , & taillé en chamfrain , pour que la porte puisse fe fermer en la poussant. Les boutons à olive ferment encore une porte ou un armoire à bien moins de frais ; ils consi- 416 Cours stent en une petite tige de fer attachée à un bouton, que l’on fait entrer dans une gâche à volonté. Enfin les moindres fermetures font les Loquets à l’ufage des portes des cabinets d'aifance , & les loquetaux à ressort, lervant a ouvrir ou termer les guichets des croisées , ou la main ne fauroit atteindre , par le moyen d’un cordon attaché à fa queue. Après avoir exposé en généra! quelles font les ferrures qui fervent à la fermeture des portes ; faisons passer en revue maintenant , quelle doit être leur réunion & leur assemblage pour fermer les différentes sortes de porte. II faut pour la ferrure des portes les plus communes , deux pantures avec cieux gonds simples ou à repos, deux verroux ou targettes avec leurs crampons , & une gâche pour chaque verrou, une ferrure , soit benarde à tour & demi, soit à penne dormant, avec sa clef, son entrée, sa gâche, & quelques vis pour attacher la íerrure, & même la gâche si elle est encloifonnée ; le tout cle fer blanchi. Les portes de cave se ferrent à peu-près de même , si ce n’est qu’on n’y met point de verroux , & qu’on y met quelquefois des ferrures à bc^Te. Les portes à placard à un vantail, serrées fur un chambranle ou fur un châssis de bois, doivent avoir deux pomeles en S, ou pour le mieux trois fiches à vase de 8 pouces de haut, deux targettes montées fur platine dey pouces de haut, une ferrure à ressort d’un tour & demi, garnie de ses vis , entrée , fa gâche, un bouton à rosette, ou un anneau pour tirer la porte ; le tout de fer blanchi ou de fer poli. Les portes à placard R, PI. CXXXV , à deux vantaux D’ARCKITECrURE. 4Í? vanteaux se ferrent avec plus ou moins de dépense» La terrure la plus ordinaire est trois fiches à vase a t d’environ 8 pouces entre les vases à chaque ventail, ferrées avec des pointes à tète ronde : on attache fur l’un des baftans deux grands verroux b à ressort, montés fur platine & à panache avec leurs conduits & gâches , l’un dans la haut de 3 pieds de long, Faune dans le bas de 18 pouces: enfin 011 ferme chaque porte par une serrure à tour& demi c, garnie de ses vis à tête perdue , de son entrée avec une gâche encloisonnée d , un bouton à rosette c , & l'on ajoute quelquefois en dedans de l’apparte- ment, du côté où est attachée la serrure, un petit verou à panache f Lesdites ferrures doivent être polies ou du moins blanchies proprement. Dans les appartemens où l’on ferre les portes avec une certaine dépense , on met volontiers à la place des fiches à vase , trois pivots à chaque ventail, à tête de compas à deux branches coudées en équerre Q , lesquels font posés & entaillés en place avec chacun 6 vis à tête perdue de 14 lignes. « Sur un des vanteaux , on attache une ferrure à » l’Angloise faite exprès à quatre fermetures, ayant » en dedans trois pênes; í'çavoir, un fourchu ou » double , fermant à deux tours , un autre à demi- » tour, ouvrant avec un double bouton à rosette » & un petit verrouil renfermé dans la serrure » avec un bouton par-deíTous. Cette serrure est » renfermée dans un palastre de cuivre orné avec » gcut, ciselé & appliqué contre le bois avec des » éroquiaux cachés & des vis perdues. Elle fait » agir deux verroux, l'un par haut & l’autre par » bas en forme de bascule montée sur une platine » évidée , les branches estampées à pans de toute >' la hauteur de la porte, garnies de leurs conduits. Tom« FI. D d 4iS Cours » A l’autre vanteau est une bascule de même hau- » te u r & renfermée dans un palastre de cuivre égal » à l’autre, ayant deux verroux haut & bas : cette » bascule est estampée à pans , & en tout sembla- » ble à celle de l’autre côté. A u haut de la porte est » une double gâche encloisonnée pour recevoir les " verroux , & par bas dans le parquet, un autre » doublé gâche à double soupape à ressort , pour » empêcher la poussière d’entrer dedans lorsque les » portes font ouvertes » ( 1 ). L’eíTentiel est de prendre garde que les portes soient serrées avec précision , & que le Ferreur n’enleve trop de bois , ne le fasse éclatter , ou n’altere les dormans ; une autre attention à avoir , c’est que le Serrurier observe en mettant une porte en place , de la faire relever un peu à l’opposite des gonds, pour empêcher , comme l’on dit, la porte de baisser le nez , ainsi qu’il arrive lorsqu’il n’y prend pas garde. Car le poid d’une porte , semblable à celui d’un levier dont les gonds seroient le point d’appui, sait effort pour faire sortir le gond supérieur, & pour enfoncer d'avantage le gond inférieur ; ainsi le gond supérieur fatiguant le plus , & étant dans le cas de ccder un peu, il convient donc de donner toujours au gond inférieur un peu plus de faillie quau supérieur , afìn d’empêcher la porte de traîner par la fuite. ( j) Arckiteciure-Pratique , pag. 419. d’Architecturë. 415? Article V. De la Ferrure des Croisées , PI. CXXXVl . Il faut pour la ferrure d’une petite croisée d’environ 3 pieds { de large fur 5 à 6 pieds de haut , & ouvrante à deux vanteaux, 4 fiches à bouton de 4 pouces - de hauteur : huit petites équerres de 6 pouces de branches chacune, entaillées dans le bois & attachées avec des vis, deux verroux à ressort à platine, l’un de 9 pouces de long & l’autre de 15 pouces , avec chacun leur gâche , & 4 pattes en plâtre pour arrêter , dans la feuillure , le châssis dormant : & pour les volets , s’il y en a , il faudra 4 fiches à vase , 4 fiches de brisure & deux targettes attachées fur les volets , avec chacune leur gâche pour les fermer. Quant à la ferrure d’une grande croisée que l’on fait ouvrir, soit en deux parties dans toute leur hauteur , soit en quatre parties avec une imposte, on met, à la place des targettes, des verroux à ressort, & des bascules qu’on employoit ci-devanr, & qui ne fermoient qu’imparfaitement les croisées ; on met, dis-je, des espagnolettes. \Jno. Espagnolette a est une grosse tringle de fer ronde d’environ 10lignes de diamètre, que l’on attache fur l’un des battans d’une croisée, par le moyen de lacets ou d’anneaux de fer b , espacés à différentes distances , & qui lui laissent la liberté de tourner. II y a un crochet c à chaque extrémité d’une espagnolette , lequel est reçu dans une gâche pratiquée dans la traverse haut & bas du bâti du dormant, d’oii on le fait entrer ou sortir à volonté, à l’aide D d ij 420 Cours d’une main tournante d , soit que l’on veuille ouvrir ou fermer la croisée ; laquelle main tournante est contenue, quand la croisée est fermée, par un portant c. La fonction de l’espagnolette ne le borne pas seulement à fermer la croisée, elle réussit encore à fermer en même tems l'on volet/, par le moyen de panetons g, distribués le long de l’espagnolette , & d’agraphes attachées fur les volets en correspondance avec les panetons, & enfin d’un second portant, pour recevoir la main tournante quand le volet est fermé : nous avons représenté, PI. XVII , D u Traité de. la décoration intérieure , tous les développemens d’une espagnolette, ainsi on peut y avoir recours. Si la croisée est à imposte & s’ouvre en quatre parties , l’espagnolette n’ouvre & ne ferme que les châssis & volets inférieurs qui font au-dessous de l’imposte , & les volets supérieurs font volontiers dormans , ou se ferment avec des targettes, & leurs volets se ferment avec chacun un locqueteau h, PI. CXXXVI. On met aussi des équerres doubles n , ou simples m est en-déhors, entaillées dans le bois, & attachées avec des vis pour fortifier l’assem- blage des châssis à verre , & quand il y a de grands carreaux de verre blanc, on met souvent des équerres à deux branches o , aux uaveil’es des perds bois. 11 fuit pour parfaire la ferrure de la croisée en question & de ses volets , dix fiches à broche à bouton , attachées fur le dormant & fur les châssis à verre , & de pi us dix fiches à vase i , attachées fur les volets & fur le dormant, & enfin dix fiches de brisure f pour les volets , fans compter huit pattes coudées l , pour arrêter le dormant cu châssis dans fa feuillure. .Mais en supposant que les croisées & leurs vo- d’Architecture. 421 lets, ouvrent de toute leur hauteur en deux parties fans imposte avec des grands carreaux de verre blanc : voici rémunération des pieces de ferrures nécessaires suivant ce qui fe pratique aujourd’hui. « On ferre une grande croisée avec fix ou huit » fiches de 6 pouces entre vases, attachées fur les » guichets & fur les dormans , six ou huit fiches » de brisure de 3 pouces pour faire briser les » guichets ; six ou huit fiches à broche ou à bou- » ton de 4 pouces , attachées fur les dormans >» & chasiis à verre ; huit équerres posées & en- » taillées au huit angles des deux chasiis à verre ; » une espagnolette polie de la hauteur du clor- » ma n t , de 8 à 9 lignes de diamètre, ornée de » moulures , & attachée fur un des battans des » chasiis à verre , avec quatre lacets & une poi- » gnée tournante & évuidée ; deux supports , l’im » à patte attaché fur le guichet , fautre à char- » niere attaché fur le battant de sature chasiis. » à verre ; deux gâches haut & bas , attachées » & entaillées dans les traverses du dormant , » qui reçoivent les crochets haut & bas de l’el- » pagnolerte ; quatre panetons fur l’espagno- » lette ; quatre contre-panetons évidés, attachés » furie guichet d’autre côté , & quatre agraphes » fur le guichet du coté de 'espagnolette , dans » lesquels passent les panetons. Les dormans » doivent être attachés & retenus avec six fortes » pattes entaillés dans l’épaisseur des bois. » Toutes ces ferrures doivent être propres, po- >» lies, & attachées avec clouds à vis à tête fraisée » » afin qu’elles soient susceptibles de dorure, de » bronze ou de couleur » ( 11. (1) Arckkecture-Pradque, page 417. D cl ii'v 422 Cours Quand les croisées servent de portes & ouvrent du haut en bas fans appui ni banquet re , alors , comme il n’y a pas de traverse apparente dans le bas pour recevoir le crochet de l’espagnolette, on ajoute au bas d’un des battans un verrou à douille monté fur l’efpagnolette avec une gâche correspondante dans le parquet ; lequel verrou peut baisser, après avoir tourné l’espagnolette , si son veut fermer la croisée, ou hausser, au contraire, filon veut fouvrir. Article VI. Des Portes de fer , Grilles , Rampes , Balcons , &c. Les portes de fer font composées de châssis dormans & de châssis mobiles , auxquels on donne une grosseur proportionnée à la grandeur ; car il y çn a qui ont jusqu a 2 pouces de gros. Ces portes s’ouvrent à tourillon & à bourdon- niere par le haut & à pivot, avec une crapau- dinc par le bas. Les barreaux de remplissage ont environ i pouce de gros , & s’assemblent dans. les châssis ík traverses à tenons & mortoises. Leur distance peut être depuis 4 jusqu a 6 pouces de milieu en milieu. Quand ces portes font simples. & fans ornemens , on les paye au poids , suivant lin prix dont on convient. Les grilles que l’on met au devant des croisées, fe font aussi de fer quarté, & leurs barreaux fs scellent haut & bas dans la pierre , ou bien s’ai- femblent à tenons & mortoifes , dans des sommiers de fer , scellés de part &. d’avure da^s les d’Architecture. 423 tableaux des croisées. Si elles ont une certaine hauteur, on y met des traverses pour les affermir , auxquelles on donne 2 lignes de plus que fcs barreaux : fi les barreaux ont j pouce de gros , qui eff leur proportion ordinaire , on leur donne 14 lignes. On les vend aussi au quintal , suivant un prix particulier. Les balcons , les rampes d’escalier, les grilles des jardins , font aussi composés de panneaux, de châssis , 8c souvent de pilastres : 011 met les fers les plus forts aux châssis , St on fait les panneaux avec du fer en lame , que l’on trouve chez les Marchands , comme nous. lavons dit. Le travail des Serruriers ne consisté qu’à les étirer 011 allonger encore davantage , qua les contourner suivant les dessins , au a les ajuster dans des châssis ou pilastres plus forts ; Sc enfin, qua limer, polir, 8cblanchir le tout. Quant aux ornemens qu’on ajoute fur la serrurerie , ils se font, soit de tôle , soit de cuivre , suivant la dépense que l’on veut faire, 8c le dessin qu’en a donné l’Architectc. La derniere opération des rampes 8c des balcons , consiste à les terminer par-dessus par des plate-bandes estampées 8c ornées de moulures , qui s’impriment comme un cachet, à l aide d’un morceau d’acier fait en creu , fur des fers plats rougis au feu. On paye ces ouvrages , soit au poids , soit à la piece, suivant des prix convenus d’avance , à proportion de leurs difficultés , 8c des ornements dont ils peuvent être chargés. A l’exception des gros fers 8c des ouvrages dont nous venons de parler, tous les autres ouvrages de serrurerie s’estiment à la piece , suivant leurs íàçons , suivant la sujétion qu’à exigé leur main- D d iv ZSr- 424 Cours d’œuvre. Les ouvrages les plus communs se noir- cillent simplement à la corne , ou se blanchissent à la lime grossièrement ; & les ouvrages de quelque conséquence se polissent avec des limes bues, & le frottent ensuite avec de sémeril , qui est un espece de pierre métalique, qui se trouve dans la plupart des mines. Rarement les Serruriers prennent-ils la peine de faire eux-mêmes les pieces qui composent les différentes ferrures des appartements ; ils les achertent d'ordinaire toutes laites , des dimensions dont ils ont besoin, dans les Magastns des Marchands de fer , où l’on trouve des serrures , des bascules , des espagnolettes , des fiches , des gâches , des serrures de toutes les fortes , & autres ouvrages tout prêts à être poíés en place. Ils ne Ion t que les vérifier , assurer leur solidité , & refaire les parties qui ne leur parois- sent pas convenables , enfin, les limer , les polir , les poser. Aussi, pour bien regler les ouvrages ordinaires de serrurerie, ne s’agit-il volontiers que d’être instruit de ce que coûtent tous ces objets dans les Magasins , ce qui est très-facile à savoir ; & d’ajouter environ un quart de rachat de la piece en question , prise chez le Marchand, pour la main-d'œuvre du Serrurier , sa pose , son bénéfice- Si , par exemple , une espagnolette avec panetons , ses gâches , lés agraphes , vis & supports, vaut 30 fols le pied dans les Magasins, on la compte en place au Serrurier, environ 38 fols le pied. Si un verrou à ressort monté fur platine avec ses crampons & vis, vaut 15 fols le pied , on l’estime, dans le règlement des mémoires, 20 fols. Sj une fiche à vase coûte 7 sols , on la paye 10 fols en place » &c. d'Architecture. 425 Nous avons oublié de dire que , quand on n’a pas pesé les gros fers d’avance , il est néanmoins ailé de parvenir à connoîrre leurs poids après coup , en les comparant avec le poids qu’un barreau d’un pied de long , fur 1 pouce de gros , qui est connu pour peler 3 livres 14 onces. Ainli un barreau d'un pied de long & de 6 lignes de gros , pefera 4 fois moins que ce barreau de comparaison &-un barreau de 2 pouces de gros 4 fois plus. Le poids des fers plats est également aisé à estimer par comparaison. On a imprimé à cet effet un Tarif, où l'on expose les différents poids du fer, suivant ses différentes largeurs & épaisseurs, à raison d’un pied de long , depuis 1 ligne de gros jufqu’à 4 pouces , auqUel on peut avoir recours au besoin. Article VII. Des Devis de Serrurerie. Il convient d’énoncer dans ces Devis , non- feulement la quantité de gros fers dont on aura besoin pour chaque sorte d’ouvrage , mais encore de déterminer leur grosseur ; ensuite il faut y fixer le nombre de portes & de croisées à ferrer, la maniéré dont elles seront ferrées , si leurs ferrures seront polies ou étamées ; & , s’il y a des ferrures qui soient recherchées , il fera à propos de convenir d’avance d’un modele ; & ensin on mettra i/n prix à chaque forte d’ouvrage. Après cet exposé , voici à-peu-près la maniéré dont on peut s’exprimer. Tous les fers feront de bonne qualité , & fa- 426 Cours çonnés des longueurs , grosseurs & formes qui feront ordonnés. Les tirans & les chaînes feront de fer quarré d’un pouce de gros. Les ancres auront 14 lignes. Les manteaux de cheminée & les barres de languettes, auront 1 pouce de gros , jissqu’à 4 pieds de longueur , & au-delà auront 15 lignes. Les manteaux des hottes des cheminées de cuisine , auront 19 lignes de gros. Les linteaux des portes & des croisées, 14 lignes de gros. Les chevêtres de fer , aulsi 14 lignes de gros. Les barres de contre-cœur des cheminées de cuisine , 18 lignes de gros. Les barres de tremie , z pouces l de largeur , fur 6 lignes d’épaisseur. Les plate-bandes & harpons à l’usage de la Charpenterie, z pouces de largeur, fur 5 lignes d’épaisseur. Les étriers pour les chevêtres & linçoirs des planchers , z pouces ou z pouces , fur 6 lignes d’épaisseur. Les boulons pour les escaliers feront des grosseurs & longueurs demandées par le Charpentier. Les plate-bandes à Tissage des assemblages des courbes d’éfcaliers , feront de 4 lignes d’épaif- í'eur sur zo lignes , & plus ou moins longues,, suivant les places , & seront en outre entaillées de leur épaisseur dans le bois, & attachées avec des vis en bois. Les barres de potager auront z pouces de largeur , fur 6 lignes d'épaisseur.. d’Arc h itecture. 4 ij Les barreaux pour les croisées , seront de 12 lignes de gros, & les traverses auront 14 lignes. Tous lesquels fers seront livrés par le Serrurier , & pelés en présence de l’Architecte , ou de quelqu’un préposé par lui, pour être payés au çent pelant. Seront de mcme fournis tant de balcons de serra rie avec des panneaux ornés , & des plate- bandes estampées pour les croisées , suivant tels destins fournis par l’Architecte. Sera faite & fournie de même la rapipe de fer du grand escalier , laquelle sera à barreaux, à arcades, liens & plate-bandes par bas , & qua- deronnée par le haut. Seront ferrées tant de portes de cave , avec chacune deux pantures de 2 pieds j de long, deux gonds à repos , une serrure à bosse , garnie de verrou , moraillon , pitons & clef ; ou , fi l’on aime mieux , avec une ferrure à pêne dormant, avec son entrée , sa gâche , sa clef. Plus fera ferrée la porte en haut de la descente de cave avec deux pantures, deux gonds à repos , une serrure à pêne dormant , à double tour , garnie d’entrée, gâche, clef, & une boucle à rosette. Sera ferrée la porte co chere à deux vanteaux, de deux pivots à double branches, formant équer- rc par dedans , & par dehors entaillés de leur épaisseur dans le bois , & quatre forts gonds à fiches , entailles aussi de leur épaisseur dans le bois , un fort verrou à ressort par bas avec fa gâche , un fléau garni de les crampons , moraillon , & une ferrure plate , garnie de fa clef. Sera ferrée la porte du guichet de deux fortes vis à chai 428 Cocus pelet j d’une forte serrure , garnie de sa grosse clef, d’une serrure à passe par-tout , & d’une coulisse avec fil d’archal , passant dans des tuyaux de tôle , répondant dans la chambre du Suisse. En dehors fera mis un heurtoir ou gros anneau avec une grande rosette & une petite en dedans : enfin on garnira les deux vanteaux , en dehors à la hauteur du moyeu des roues de tables de tôle de 12 pouces de largeur, dont les bords haut & bas seront estampés de moulures , & attachés avec des vis à écroux. Seront serrées tant de portes à placard à deux vanteaux , chacune de six fiches à vase de 8 pouces, deux verroux à ressort , un crampon par haut , & une gâche à bascule par bas » une serrure benarde à tour & demi , garnie de son entrée , d’une gâche encloisonnée, de sa clef, & d’un bouton à rosette , le tout poli. Pour ce quiestdes portes à placard du principal appartement, chaque venta il fera ferré de trois pivots à tête de compas à deux- branches, de six pouces de longueur, & fur Pun des battans fera attachée une serrure à quatre pênes , dont un fera à deux tours , & ouvrira avec un double bouton à rosette ; ladite serrure sera enfermée dans un palastre de cuivre orné suivant le destin convenu , & qui fera fourni par le Fondeur ; & fera en outre mouvoir deux verroux haut & bas , par le moyen d’une balcule ; les branches desdits verroux seront estampées & garnies de leurs conduites ; sur l’autre ventail fera un palastre semblable au précédent , & renfermant aussi une bascule avec deux verroux , comme ci-devant : enfin il y aura au haut de la porte une double gâche encloisonnée, & au bas d’àrchitecture. 419 dans le parquet une double gâche à ressort, pour rece/oir lel’dits verroux. Seront ferrées tant de portes pleines à un ventail , avec chacune deux pantures , deux gonds à repos , une ferrure benarde à tour & demi, garnie d’entrée , gâche & clef, avec une boucle à rosette , & deux targettes. Seront ferrées tant de croisées à deux vanteaux, & leurs volets, de 8 fiches à broche à nœud de 4 pouces de long, de 8 fiches à vases de 6 pouces entre les vases , de huit fiches de brisure de 3 pouces , & dune espagnolette à douille de 9 lignes de diamettre , avec quatre panetons , quatre lacets , quatre contre-panetons , quatre agraphes fur les volets, une poignée tournante, deux supports , deux gâches haut & bas, & huit écjuerres simples, ou quatre équerres doubles en dehors aúx angles des chaísis. Sera fournie à tant de cheminée des appartements, une garniture de fonte , de grandeur convenable , pour occuper tout le pourtour jufqu’au chambranle , composée de cinq plaques , dont deux seront en tour creuse , & formeront pilastre dans les angles , en observant de tenir les plaques des côtés les plus minces possibles , vu qu’eiles 11e souffrent aucunement du feu. Pour lesquels ouvrages , l’Entrepreneur fournira tous les fers de bonne qualité , les charbons, les voitures , les peines d’ouvriers , & tout ce qui fera nécessaire pour leur entiere perfection , moyennant les prix ci-dessous. Pour chaque cent pesant de gros fer commun plat ou quarté. Pour chaque cent pesant de gros fer plat & quarté de Berry. 4jo Co tìR j Pour chaque cent pesant de santons . . , Pour chaque cent pesant de grilles simples aveC barreaux droits.. Pour chaque cent pesant de Vieux sers de démolition, fera payé pour façon . Pour chaque cent pesant de vieux clouds dô charrette , & de rapointissage. Pour chaque cent pelant de clouds neufs . « Pour chaque cent de crochets à chêneau de 16 à 18 pouces de long . . ...... Pour chaque cént de broches de fer pour les Menuisiers, de toute grandeur . Pour chaque cent de pattes, tant en bois qu’en plâtre , pour arrêter les lambris , les chambranles , les contre-cœurs.. Pour chaque cent d’agraphes pour les chambranles de marbre ou de pierre. Pour chaque fiche à vase de telle ou telle longueur .- . - . Pour chaque fiche à nœud & de brisure avec broche & bouton , de telle ou telle longueur . . Pour chaque pivot à tête de compas à deutf branches coudées en équerre , de telle longueur, Pour chaque fiche à chapelets pour les guichets de portes cocheres de telle longueur , & suivant qu elle sera polie ou blanchie .... Pour chaque targette à panache de telle ou telle longueur. Pour chaque verrou à ressort de telle ou telli longueur, y compris leurs crampons , leur conduits , & les vis pour les attacher .... Et pour chaque verrouil aussi à ressort de telle ou telle longueur , à panache, poli, avec bouton, à filet , crampon , & conduits à pattes fleuron- nés. d’Architecture. 431 Pour chaque serrure à bosse avec son verrou .. Pour chaque serrure commune de tdle grandeur à tour & demi, ou à pêne dormant, forée ou benardée avec sa gâche & entrée ..... Pour chaque serrure polie à pêne fourchu dé tant de longueur avec demi-ton r , forée en dehors , avec une gâche à patte ou encloisonnée . Pour chaque serrure avec verroux à pignon, ou verroux haut & bas , ouvrant à basculé dans fa gâche encloisonnée , y compris ses conduits , crampons à pattes , ion entrée . Pour chaque serrure à deux entrées , à tour & demi , de telle longueur, avec passe-par-tout , clef particulière , & entrée. Pour chaque serrure d’armoire à pignon , de 3 ou 4 pouces , avec verroux haut & bas, ouvrant à bascule , & avec son entrée. Pour chaque loquet poli à bouton . . . Pour chaque loquet à boucle. Pour chaque panture de telle longueur . Pour chaque couplet de telle longueur . . . Pour chaque clef de passe-par-tout particulièrement . Pour une clef forée ou benardée pour une serrure ordinaire.. . . Pour une clef de serrure d’appartement . . . Pour une gâche encloisonnée & polie . . . Pour une gâche en plâtre. Pour une entrée de ferrure. Pour déposer & reposer une serrure , & la regarnir. Pour chaque rosette avec son bouton à filet. Pour chaque équerre simple ou double pour 4)1 Cours fortifier les assemblages des châssis à verre de telle ou telle longueur de branche.. Quant aux grandes équerres doubles ou simples des battans de portes cocheres , elles seronc payées au cent pesant , plus ou moins , selon quelles feront simples ou íleuronnées . . . . Pour chaque verrou commun avec une plaque ovale. Pour chaque pied courant d’efpagnolette de «/diamètre, polie ou blanchie, avec ses panetons, agraphes, supports , poignée, gâches & lacets. Pour chaque pied courant d’espagnolett^ lans panetons ni agraphes , & le relie comme ci- devant . Pour chaque pied de tringle de croisée de tel diamètre , polie. Pour chaque toise courante de rampes à arcades , avec enroulement haut & bas , ou suivant les dessins convenus , il fera payé. Pour chaque balcon orné suivant le modelé arrêté , il sera payé. Les pivots, les crapaudines , les fléaux des portes cocheres avec leur main , feront payés le cent pesant”. Pour chaque pied quarté dc tôle . . . • . Pour chaque cent d anneaux de mangeoires à l’usage des écuries. Pour chaque cent pesant de plaques de fonte unies , pour les cuisines , offices. Pour chaque cent pesant de plaques avec armes. Pour chaque cent pesant de réchauds de fonte. Peur d s Architecture. 433 Pour chaque cent pesant de tuyaux de fonte , pour le bas des descentes de plomb . . . . &c. &c. &c. Explication des Planches concernant la Serrurerie. La Planche CXXXI11 , représente une partie des gros fers d’un bâtiment. A, chaîne de fer plat, réunie à trait de Jupiter ; a embrassures ; b , coin. B , autre chaîne de fer plat , réunie à charnière. C , chaîne de fer quarré à moufles & à clavettes a ; b , exprime séparément les œils de la chaîne. D , chaîne de ter quarré , dont les bouts font en crochets , & contenus par une embrassure de fer a , & de gros coins de ter b. E, plate bande ou tiran de fer plat ; a , talon ; b , troux pour les clouds dentés ; c , œil. F, ancre pafl'ée dans l’œil du tiran E. G, tremie dont les extrémités a font coudées. H , manteau de cheminée, dont les extrémités a font en queue de carpe. I , crampon. K , K, étriers à l’ufage de la charpenterie. L , étrier vu de face & de profil, que l’on met entre les joints des claveaux d’une plate-bande. M , corbeau , dont le bout destiné a être scellé, est rélévé en queue de carpe. N , boulon pour contenir les rampes des escaliers de charpente. O , crochéts pour contenir les chêneaux. P , brides de fer pour contenir les tuyaux de descente. Tome VI. E e 434 Cours Q , T, renversé, & Z , que l’on met entre lei claveaux pour soulager leur coupe. La Planche CXXXIK , offre les détails da la ferrure dune porte cochere ordinaire. A , pivot à équerre. B , crapaudine. C, fiche à gond , composée de deux gonds liés ensemble. D, tourillon, & d , bourdonniere, destinés à contenir la porte cochere dans le haut. E , équerre double. F , fiches à chapelier. G , fléau. H, H , crampons. 1 , boulon. L , petite serrure plate. M , verrou à crampon. N verrou à platine. O, main. P , heurtoir. Pour faire voir la situation de ces différentes ferrures, nous avons représenté, fig. 1, le derriere dune porte cochere, où nous avons mis de petites lettres correspondantes aux grandes. La fig. II , est le détail d’une espagnolette à l’usage d’une porte cochere. Q , tringle de l’espa- gnolette. R , main-tournante. S , petite serrure avec un moraillon attaché à la main-tournante. T, lacets. V, crampon. X, verrou à douille. La Planche CXXXV, offre les détails de la ferrure des portes. A, panture. B , gond ordinaire. C , gond à repos , à scellement. I) , gond à repos, à pointe. E, pomelle. F , fiche à vase , & ses ailerons j\ G , fiche à nœud ou à broche. H , couplet. I , verrou à crampon. K , targette. L , verrou à ressort. M , serrure à plusieurs pênes. N, gâche encloisonnée. O , entrée. P , rosette avec ton Bouton. Q , pivot à tête de compas , à deux branches coudées en équerre. R, porte à placard à deux vanteaux, avec la U’ ÁRCHiTECfURÈ. 43j position de ses ferrures ; a , fiches à vase ; b , verroux à ressort ; c, ferrure ; d , gâche encloifonnée ; e , bouton à rosette ; /, petit verrou ou targette. La Pl. CXXXVÍ, représente la disposition de toutes les parties de la ferrure d une croisée : a , espagnolette ; b , lacets ; c , gâche ; d , main- iournante ; e j support; f, volet; g, panetons & agraphes ; h, étoquiaux représentés à part en H ; fur la droite de la planche : i , fiches à vase ; k ; fiches de brisure;/, pattes en plâtre; m, équerre fimple ; n & o équerres double. «A . 4)6 Cours DELA PEINTURE D’IMPRESSION. ]uA Peinture d’impreliìon consiste à appliquer une ou plusieurs couches de couleur à plat, fur un mur , fur du bois , fur du fer , fur de la toile , ou fur une autre surface quelconque. II y a deux efpeces de peinture , l’une que l'on nomme en détrempe , l'atitre que l’on nomme í íhuile. Pour faire concevoir ce qui constitue la perfection de ces ouvrages , il est nécessaire de donner une idée de leurs procédés. Article Premier. De la Peinture en détrempe. Il y a trois fortes de détrempe; la détrempe commune , la détrempe dite blanc de Roi, & la détrempe vernie. La base de la liaison de la peinture en détrempe est la colle , soit de rognures de parchemin , soit de rognures de gands & de peaux de moutons. Pour la faire , il faut, après avoir bien laissé tremper quelque tems les rognures en question , & les avoir bien lavées , mettre dans un chaudron une livre des rognures ci-dessus, contre six pintes d’eau , & les faire bouillir à grand feu pendant environ trois heures , tellement quelles soient converties en bouillie liquide, & que l’eau soit à-peu près réduite aux deux tiers : après d’Architecture. 4)7 quoi on la laisse réposer , & on la passe dans un gros linge , ou dans un tamis , pendant qu’elle est encore un peu chaude. Si la colle a été bien faite, après qu’elle est tout-à-fait refroidie, elle doit avoir la consistance d’une gelée trafparente très-ferme : elle se garde environ huit jours en hiver , & seulement quatre ou cinq jours pendant l’été ; & l’on ne sauroit la conserver plus long-tems , à moins de la mettre à labri, dans une cave ou un lieu frais. Pour entreprendre ensuite une détrempe , il ne s’agit que de prendre successivement la quantité de colle dont on a besoin , & de l’assoiblir plus ou moins avec de l’eau en la chaussant, & en y incorporant de la couleur. Les ouvrages communs de blanc en détrempe > se font en détrempant dans un demi-sceau d’eau bien claire du blanc d’Espagne , de façon à en former un espece de pâte ; puis l’on prend du charbon noir pilé & passé au tamis , que l’on détrempe aussi à part avec de l’eau , mais de maniéré à former une bouillie très-liquide : on mélangera ensuite un peu de cette bouillie noire avec de la pâte blanche , & l’on fera chauffer ce mélange dans de la colle convenablement préparée , c’est-à-dire , d’une force suffisante : nous disons d’une force suffisante , parce que fi on n’en met pas assez , la détrempe blanchit les habits ; & si on en met trop , elle s’écaille. Quant à la raison pour laquelle on met un peu de noir parmi le blanc , c’est que sans cette précaution il se roussiroit par la suite à l’air. On peint les plafonds, en donnant deux couches tièdes de blanc d’Espagne mêlées d’un peu de noir, comme ci-devant , avec l’attention feulement de E e iij 4Z8 Cours mettre peu de colle dans l’eau où l’on broyé le blanc, tant pour ne point faire écailler cette détrempe , que parce que , dans cette position , il n’y a pas à craindre que la couleur puisse blanchir les habits. Quelque couleur que l'on veuille appliquer fur un lambris , on met toujours , réglé générale , la premiere couche , ou les deux premières couches en blanc, & ce n’est qu’après avoir poli ce blanc , qu’on donne ensuite les couches de couleur , en petit gris, en bleu , en couleur d’eau, en verd , en jonquille, en lillas , en gris de perle , en bleu de prusse , &c. &c. suivant la teinte que l’on juge ;\ propos. Toutes les couches de détrempe que l’on employé doivent être chaudes, fans cependant être bouillantes , & l’on doit observer de n’en jamais mettre une nouvelle que la précédente ne soit bien feche. Quand on veut faire une peinture en détrempe en blanc de Roi ordinaire, on étend d’abord fur le bois deux couches d’enccllage de parchemin toutes chaudes, & on met ensuite trois couches de blanc pulvérisé à l’ordinaire, excepté qu’au lieu de noir de charbon, on y mêle un peu de bleu de prusse broyé à seau. ha premiere couche fe met en râpant , pour bien incorporer la couleur dans le bois, & les autres couches s’étendent avec la brosse , en observant d’adoucir la deuxième couche , & d’en ôter les petits grumeleaux avec de la peau de chien de mer & de petites pierres ponces d’un grain très-fin. Mais, quand on veut faire du blanc de- Roi recherché , au lieu de trois couches, on en met six ou sept, comme ci-devant; & après les avoir poncé avec foin , & boqché tous les petits d*Architecture. 439 troux ou cavités qui paroissoient dans le bois , oa dégage les moulures & les ornements qui pour- roient avoir été engorgés ou altérés par la détrempe , avec de petits crochets de fer de différentes formes, & enfin l'on finit par mettre une derniere couche fur laquelle on passe un linge , lorf- qu’eile est l'eche. La plus belle de toutes les Peintures d’impression & celle qui a le plus d’éclat est la détrempe, connue fous le nom de Ckipolin. Elle conliste, après avoir mis sept ou huit couches de blanc-d’apprêt, comme pour le blanc de Roi recherché , & après avoir dégagé les moulures & les ornements , & les avoir même lissés avec de petits bâtons de bois blancs, elle consiste , cîis-je, à donner deux couches de la couleur que l’on désire fur le blanc , puis à étendre fur le tout une ou deux couches de colle pure très-légere & délayée à froid , & enfin à mettre fur le tout pour derniere opération deux couches de vernis àl’efprit-de-vin. On fe contente quelquefois de vernir seulement le bois fans y mettre de couleur ; mais alors il faut y étendre deux ou trois couches de colle un peu forte broyée à froid , en faisant ensorte de les mettre dune égale épaisseur partout ,& ce n’estque quand le tout est sec qu’on y passe un vernis ( 1 ). A la place d’une couleur uniforme & du même ton lur les lambris, on rehausse souvent les moulures & les ornements par une nuance de couleur, soit plus pâle , soit plus foncée que le fond, c'est ce qu’on appelle rechampir : ce procédé fait ref- (1) Le vernis est composé d'esprit-de-vin , de gome copale , de sandarac & d'autres ingrédiens connus ; il doit être. blanc fans couleur ni épaisseur. E c iv 440 Cours sortir les ornements & les moulures , donne du jeu à la décoration des lambris & la rend plus brillante. * Article II. De la Peinture à l*huile. La Peinture à l’huile contribue à conserver les matières fur lesquelles on l’employe , telles que le bois , le fer, &c. & à les préserver des injures de l’air ; ausli a-t-cn foin de peindre de cette maniéré tous les ouvrages extérieurs d’un bâtiment qui y font exposés, tels que les portes , les croisées , les balcons , les rampes , les grilles : elle n’exige pas autant de préparations que la peinture en détrempe, & elle s’exécute toujours à froid. On fe sert d’huiles de lin , de noix & d’œillet, qui font des huiles siccatives ; & même on hâte encore leur dissication , en mettant environ un gros de vitriol ou de couperose, qui est un sel minéral, ou bien un peu de litarge, ou bien enfin un peu d’esi'ence de térébenthine. Les premieres couches s’employent presque claires , pour nourir & bien imbiber le bois: après quoi , pour peindre, soit une porte, soit une croisée, il faut appliquer fur le bois une couche de blanc de cérufe broyé à l’huile , & détrempé avec ì d’huile contre un quart d'effence ; & quand celle-ci est feche , on met ensuite deux autres couches de la couleur que l’on désire » broyée auísi à l’huile & détrempée à f essence pure pour les dedans, & à l’huile pour les déhors ; en observant de mettre plus ou moins de couleur suivant la nuance que l’on veut : on est d’Architecture. 441 libre de mettre à la fin une couche de vernis fur la peinture à l’huile, comme fur celle en détrempe. Les rampes de fer , les balcons & les grilles fe peignent avec du noir de fumée délayé dans de l’huile de noix, avec un peu de litarge ou de cou- perolè. Quoique la peinture à l’huile s’exécute toujours à froid , cependant quand il s’agit de peindre fur une muraille , il est volontiers d’ufage de donner une ou deux couches d’huile de lin toute bouillante , afin que l’huile s’empregne dans le mur, & que l’enduit reste luisant , après quoi on y étend deux ou trois couches de blanc de cérufe broyé à l’huile & détrempé dans l’essence feule. Quand le bois de menuiserie est neuf ou nouvellement travaillé, il n’y a pas de difficulté pour y appliquer la peinture ; mais fi le bois est sale ou gras , ou bien s’il s’agit d’enlever une ancienne peinture à l’huile ou en détrempe , il faut lefciver le lambris avec de l’eau seconde ( i ) : la dose est environ un demi-feptier d’eau seconde contre une pinte d’eau claire : après avoir ainsi imbibé le lambris d’eau seconde à plusieurs fois, on le lave avec de l’eau , & enfin on gratte avec des fers les moulures & les sculptures qui n’ont pas été bien dégagées de couleur , tellement que par-là le bois revient comme s’il n’y avoit jamais eu de peinture. Pour les plafonds , les murs d’écuries & de cuisines , qui font noirs , il suffit de commencer par les échaudé r , ce qui fe fait en mettant une livre de chaux vive contre une pinte d’eau , & en ob- ( i ) L’eau seconde se fait avec de la potasse & des cendres gravelées. 44 r> Cours servantd’ajouter, quand elle bout , suffisamment d’eau pour qu’elle forme seulement un espece de lait : on applique sur lesdits murs & plafonds plu sieurs couches de ce lait de chaux, jusqu’à ce que le noir ou le roux quelles doivent cacher ne parodient plus, après quelles font seches. Article III. Du choix des Couleurs & de leur ajsortimenu Les principales matières qu on employé pour les couleurs de la peinture font terrestres ; telles font le blanc d’El'pagne , qui n’est qu’une espece de craye , l’ocre j eau ne, l’ocre rouge , le rouge de Prusse , le carmin , le sassran , la terra mérita , la graine d’Avignon, le stil de grain , le verd-de-gris, le verd de velîie, le verd de montagne, la cendre- bleu , l’indigo , la terre d’ombre , le noir de charbon , le noir de fumée , l’orpin ; c’est la maniéré d’employer & de mélanger ces différentes couleurs , qui fait le talent du Peintre d’impressìon. Dans la Peinture en détrempe , c’est le blanc- d’Espagne qui fait la base de toutes les couleurs, & dans la peinture à l'huile, c’est le blanc de cé- rufe : on y mêle feulement plus ou moins de couleur d’une ou d’autre forte , suivant la teinte ou la nuance que l’on désire. Mais, que les couleurs s’employent en détrempe ou à l’huile, telle est à peu près la maniéré de les composer. Le Blanc de çéruse , se compose avec du blanc- d’Espagne & du blanc de plomb. La couleur en gris de Lin à l’huile ou en détrempe , fe compose , en broyant séparément de d’Architecture 44Z la laque, un peu de bleu de Prusse & de céruse. Le Gris de perle le fait avec du blanc de céruse, du noir de vigne & une pointe de bleu de Prusse, Le Verd de treillage est composé d’une partie de verd de gris simple fur deux parties égales de céruse ; le tout broyé à 1’huile de noix & détrempé ensuite avec de l'huile de noix , préparée avec un peu de litarge. Le Verd d'eau se fait avec du verd de montagne, oìi l'on met du blanc de céruse pour le rendre plus ou moins clair - il faut broyer l'un & l’autre à seau, & le détremper à la colle. On le peut composer encore avec des cendres bleues , du stil de grain de Troye & de la céruse. Le Verd d’usage pour les appartements, se compose en mettant, contre une livre de blanc de céruse, environ deux onces de stil de grain de Troyes , & une demi-once de bleu de Prusse. Ces couleurs doivent se broyer à l’eau avec de la colle de parchemin pour les peintures en détrempe ou en chipolin,mais pour les peintures à l’huile , elles doivent être broyées à l’huile & détrempées à l'essence. Le Lillas se fait, en mêlant une partie de cendres bleues avec deux de laque couleur de rose, & une partie de blanc pur. Le Bleu se compose avec de la céruse & du bleu de Prusse. La couleur $ Ardoise se prépare avec du noir de charbon ou d’Allemagne, broyé avec du blanc, soit d’Espagne , soit de céruse , suivant que l’on veut peindre en détrempe ou à l’huile. Le Jeanne se fait avec de la céruse & de l’ocre de Berry. Le Jonquille se compose avec de la céruse & du stil de grain de Troyes. 444 Cours Le Citron se sait avec de l’orpin rouge & de l’orpin jeaune : on employé encore pour le composer , au lieu d’orpin, du íìil de grain de Troyes & du jeaune de Naples. Le yiolet se sait avec de la laque, de la céruse & un peu de carmin. La couleur de bois de chêne s’opere, en mélangeant trois-quart de blanc de céruse , un quart d’oere de rue, de terre dombre & de jeaune de Berry. La Couleur d'or se compose 'avec du jeaune de Naples , du blanc de céruse & d’oere de Berry , & même un peu d’orpin rouge. La Bronze , dont on se sert pour peindre les serrures , se fait avec du cuivre calciné & réduit en poudre ; elle est plus ou moins foncée en couleur : on la distingue en bronze dorée , bronze antique, bronze couleur d’eau : elle s’applique fur les ouvrages de serrurerie à l’aide d’un mordant. Le Cramoisi se compose avec du blanc de céruse, de la lacque carminée & du carmin. Le Couleur de rose se fait avec un peu de carmin , une pointe de vermillon & du blanc de plomb. Le Badigeon dont on peint le déhors des maisons , se fait avec de la poudre de pierre de b. Leu, & de la chaux éteinte que l’on détrempe dans un sceau d’eau. La Couleur de briques pour les cheminées & les murs de face que l’on peint ainsi, se sait avec de l’ocre rouge & de l’huile , bien broyés & incorporés ensemble , & les joints se sont ensuite avec du blanc aussi à l’huile. La Mine de plomb , dont on peint les plaques de cheminée, se fait en mettant de la mine de plomb d'Architecture. 445 en poudre dans un pot avec du vinaigre. La plaque étant ainsi noircie, on prend de la mine en poudre seche avec une brosse dont ou frotte fortement la plaque , ce qui la rend brillante, comme s’il y avoit un vernis par-dessus. Le Noir pour les balcons , les grilles, &c. fe fait avec du noir de fumée délayé dans de l’huile & de la litarge ou un autre siccatif. Article IV. Dt la Dorure. Outre les couleurs dont nous venons de parler , les Peintres d’impressìon appliquent encore de la dorure fur des moulures & des ornemens. On distingue deux fortes d’or , l’or mat& l’ôr uni. II faut avant de dorer mettre 7 ou 8 couches de blanc d’apprêt fur le bois , en observant de ne point trop charger les ornemens de sculpture destinés à être dorés; & après avoir adouci les moulures & les ornemens , comme pour la détrempe vernie , à la ponce, à la peau de chien de mer, & avec des petits bâtons de bois-blanc, de maniéré à les lisser fans néantmoins les trop user, on réparé les moulures & les ornemens avec des fers à crochets pour les dégager , & ôter le blanc des endroits où il feroit trop épais : cela étant ainsi préparé , on met une couche d’oere jeaune détrempée dans de la colle de parchemin , laquelle sert comme de mordant à l’or , & à remplir les fonds où l’or ne pourroit pas s’introdùire. Après quoi , on applique fur le tout , ce qu’on nomme laísiette , qui est un composé de bol 446 Cours d’Armeníe , d’un peu de,sanguine, de mine de plomb-avec quelques gouttes d’huile, broyés d’a- bord chacun séparément avec un peu d’eau, & ensuite rebroyés tous ensemble avec de seau. pour les rafiner, & les incorporer. On détrempe ce mélange dans de la colle de parchemin un peu chaude fans y mettre d’eau; & on en donne trois couches fur les parties qu’on veut dorer : cela étant fait , on pose la feuille d’or , après avoir mouillé avec le pinceaii la place où l’on veut la coucher. L’or étant bien sec , on le polit dans les endroits qui doivent être brunis avec la pierre à brunir , & l'on passe fur les endroits qui doivent rester mats deux couches de colle légere toute chaude ; enfin , pour derniere opération, on vermillone tous les refends des ornemens , les quartés & les petites épaisseurs avec du fassran, de la gome gûte & du vermillon détrempé , avec de l’eau de gome d’A- rabie, ce qui donne du relief à l’ouvrage. Article V. De la perfeclion des Peintures d’imprejjion. La Peinture en détrempe exige bien des précautions pour être eperée convenablement ; si on n’y met pas assez de colle , elle blanchit les habits ou elle fe déteint ; & fi on en met trop , elle s’é- caille. On ne doit voir ni trous ni gerfures dans le bois, & ceux qui y étoient doivent avoir été bouchés d’avance avec du mastic ; on n’y doit point non plus appercevoir de grumelaux de couleur, qui n’ayent été enlevés ou adoucis: il est essentiel qti’il n’y ait pas plus de couleur à un endroit qu’à d’Architecture. 447 Fautre , & que les teintes soient parfaitement égales. II faut prendre garde, quand ce font des ouvrages recherchés , que les moulures & les ©rnemens ne soient point engorgés de couleur , & avoir attention qu'ils soient réparés avec foin aux fers pour en rappeller toutes les finesses. Le devoir d\m Architecte pendant l’exécution de ces fortes d’ouvrages, est de veiller également à cc que les Ouvriers ne négligent aucune des précautions nécessaires pour leur perfection , suivent leur devis pour le nombre de couches convenues , & fur-tout y employeur de bonne marchandises ; car si l’huile n'est pas d’une bonne qualité, elle infectera les endroits qui font peints , & si le vernis ne vaut rien , il entêtera pendant long-tems, & fera capable de causer des maladies à ceux qui occuperont les appartemens. ^ - ' .L, ..... . y'"-' . .'J S3 Article VI. Des Devis de Peintures d’impression. Il suffit dans ces fortes de Devis de spécifier la quantité de portes, de croisées , de contrevents, & les différons lambris des appartemens qu’il s’agit de peindre , soit à l’huile , soit en détrempe, & d’expliquer aussi le nombre de couches de couleur qu’il faudra mettre , de quelle couleur ou nuance de couleur on veut que Jefdits objets soient peints ; & même, afin qu'il n’y ait point d’équivoque, on fait faire souvent d’avance des échantillons que l'on conserve , afin que le Peintre soit tenu de s’y conformer exactement : on convient ensuite des prix de chaque toise d’ou- yrage, que l’on expose ainst. 44$? Cours Imprejjìons m Détrempe. Pour chaque toise superficielle de détrempe en blanc , gris , jeaune, rouge & noir à une couche , la somme de. Pour chaque toise superficielle de pareille dé - trempe à deux couches , la somme de . . Pour chaque toise superficielle de pareille détrempe à trois couches, la somme de . . . Pour chaque toise superficielle de couleur de bois en détrempe à deux couches, la somme de . Pour chaque toise superficielle de vernis à trois couches , dont une de colle & deux de vernis à l’esprit-de-vin, la somme de. Pour chaque toise superficielle du même vernis à une couche , la somme de. Pour chaque toise superficielle de pareil vernis , à deux couches , la somme de., . Pour chaque toise superficielle de noir au vernis à deux couches , la somme de. Pour chaque toise superficielle de panneaux en couleur de bois-veiné avec cadres , moulures & vernis par-dessus , la somme de. Et fans être vernis , la somme de ... . Pour chaque toise superficielle de couleur de bois vernie , la somme de.« Impressions à l'Huile. POUR chaque toise superficielle de blanc de céruse & couleur de bois , à une couche , la somme de . .. Pour chaque toise superficielle de couleur’de bois, à deux couches, la somme de ... • Pour d'Architecture. 449 Pour chaque toise superficielle de gris , de jeaune , de rouge & de noir , à une couche , la somme de. Pour chaque toise de pareille couleur, à deux couches, la somme de. Pour chaque toise superficielle de verd-plein à une couche, la somme de. Pour chaque toise de pareille couleur, à deux couches, la somme de. Pour chaque toise de pareille couleur, à trois couches, dont la premiere fera de blanc de céruíe » la somme de . ... . Chaque toise de verd sur les treillages fera payée, & suivant le nombre de couches, & à raison de la grandeur des mailles. Pour chaque toise superficielle de rouge ou de jeaune pour le parquet ou le carreau, la somme de. Pour chaque toise de briqués à deux couches de rouge,& leurs joints tirés avec dublancjasomme de. ImprtjJlons tant en détrempe qu'en huile. Pour. chaque toise superficielle de peinture en marbre, à l’huile on en détrempe , & vernie pardessus , la somme de. Pour chaque toise superficielle de peinture en marbre, à fluide ou en détrempe, sans être vernie, la somme de. Pour chaque toise de couleur de bois-vené, à l’huile & verni , la somme de. Pour chaque toise superficielle de couleur de bois-vené avec des paneaux feints , le tout peint à huile & verni, la somme de. Pour chaque toise superficielle de grisaille en détrempe à deux couches, avec des paneaux feints, la íomme de ... .. Tome Fl. F f 4jo Cours Pour chaque toise superficielle d’échaudage de mur & de plafond , la somme de . . Pour chaque toise superficielle de lescivage de lambris à seau seconde , la somme de . . . Impressions pour le Blanc de dorure & le Chipolin. Pour chaque toise superficielle de blanc de dorure à une couche , la somme de ... Pour chaque toise des autres couches suivantes , la somme de. Pour chaque toise superficielle de blanc rechampi à deux couches , la somme de . . . Par chaque toise superficielle de chipolin en détrempe de différentes couleurs & verni, la somme de. Pour chaque toise superficielle de chipolin dont les moulures , & les ornemens seront rechampis d’une autre couleur que le fonds , la somme de Pour chaque toise de réparure sur blanc d’ap- prêt, tant sur bois que fur plâtre , la somme de . Pour chaque pied d’espagnolerte en couleur de bronze, la somme de. Pour bronzer les ferrures des portes, des croisées, des armoires l’une dans l’autre , à tant la piece . . Dorure. POUR chaque pied superficiel dor mat, sur un fond uni & à couvert, la somme de . . . Pour chaque pied superficiel d’or mat uni & à découvert , la somme de. Pour chaque pied superficiel d’or repassé, la somme de. Pour chaque pied superficiel d’or bruni sur de la sculpture, la somme de*. d’Architecture. 45r *5 .aVL DE LA VITRERIE. On distingue deux sortes de verre , le verre blanc & le verre commun. Chaque carreau ordinaire s’attache avec quatre pointes , & se colle en dehors, tout au pourtour avec une bande de papier, ou bien avec du mastic. Le mastic n'est autre chose que du blanc d’Efpagne écrase, mêlé avec du blanc decéruse, & delalitarge; le tour broyé avec de l’huile de lin , de noix , ou de navette. Le verre ordinaire se tire de Normandie , & contient vingt-quatre plats , qui ont chacun 38 à 44 pouces de diamètre, avec une boudiné au milieu : on peut tirer de chaque plat 4 pieds de verre fans la boudiné ; fa perfection est d'être blanc , clair , net , fans bouillon. Le verre ordinaire se compte au pied quarté, & se paye mis en œuvre maintenant 1 z sols ; & on compte ensuite le mastic fur le pied d’un fol 6 deniers , ou de 2 fols au plus par carreau. Le lavage de chaque carreau , y compris le collage en papier par dehors , se paye 6 deniers. On donne en compte le verre au Vitrier pour moitié de fa valeur ; mais quand il est question de le remployer, on lui donne en compte par mesure , & on ne lui paye que la taçon. Onsefervoit ci-devant de verre blanc que l’on tiroit de Bohême, pour vitrer les croisées des appartements ; mais maintenant on n emplovc plus que F f ij 45î Cours du verre de la Verrerie Royale de Saint-Quirin, située dans les montagnes de Vosges , dont la qualité est; supérieure à tous égards au précédent -, il est très-dur, & point sujet à se calciner , quoique exposé au loleil & à l’humidité , & d’ailleurs du double plus épais ; il se vend 18 liv. le paquet, suivant les mesures ci-après- détaillées. «'Architecture 4)3 T A RI F des Ferres, en table des Verreries Royales de Saint-Quirin , à 18 liv. le paquet, S ç A y o i r : 3 fi J» 33 37 36 34 3 1 sur 1 seuillepourz paquets. • - 1s . . 16 . . 18 - - 3° I 1 pour z paquets. 37 Z6 3 1 33 33 34 33 3 1 3° 3*- 3 1 3° 19 18 3° 19 18 17 16 17 16 13 14 13 16 13 14 *3 ai 1 pour 1 paquet. ; pour 1 paquets 1 au paquet. ; au paquet. 4 au paquet. 3 au paquet. 14 fur i6 13 - . 17 11 . . 18 aï . . 19 10 . . zo 6 au paquet. 14 . . 14 13 . . 13 11 . . 16 ii . . 17 io . . r8 ^7 as paquet. 2-0 . . I6"V 14 . . 11/ n . . 13 >13 pour i paquets. 11 . . 14V *9 - • 17J 10 . . 14- 11 . . 13 / 18 . . 16 >8 au paquet .19 . • 13) 17 - . 17 - 10 . . 19 - - 18 . . 17 - - 16 . . nj '3 k 14 >9 au paquet. ií\ 16 J 18 . . n- 17 • . 1? C U-. . 14) 16 . . 1; '3 - - '3 ? 16 . . 11 j 16. . . 10 j 14 . . 11 j 14 . . 10 1.0 au paquet, u au paquet. 11 au paquet-, 1 4 au paquet. 16 au paquet, k f iij 4 J 4 C o u n s Outre ces grandeurs , dans l’Entrepôt général, rue des Déchargeurs à Paris , on se charge , en prévenant six semaines d’avance , de faire exécuter toutes sortes de mesures en verre en table, jusqu a 45 pouces de haut. On trouve encore,dans le même Entrepôt,du verre d’Alsace dune grandeur bien plus commode que le verre de Normandie , pour faire de grands carreaux, & qui ne coûtent pas plus cher. Il est bien éloigné de la perfection du verre de Saint- Quirin, quoiqu’il puisse faire à-peu-près le même service par économie , dans les appartements peu importans ; car il n’estni aussi blanc , ni aussi fort, ni auíîì exempt de bouillon , & il s’en faut bien que les pieces de verre soient ausii grandes. On ne vend pas ces verres au paquet, mais à tant la piece. La plus grande piece de verre , est 24 pouces , fur 18 pouces , & vaut au Magasin I liv. 10 fols. Celle de 23 pouces fur 17, valent I 1 . 6 f. Celle de 22 pouces fur 16 , valent 1 Celle de 21 pouces fur 15, valent 17 Les autres mesures , suivant lesquelles on vend chaque piece dans l’Entrepôt, font : 18 fur 16 18 sur 10 10 . 17 . . u 10 . 16 . 19 . Ií . 18 . 16 . 17 . H - 10 . . . 10 I S . . . 11 19 . 14 . 18 . 1} . %( i d’Architecture. 455 En général les Vitriers peuvent fournir ces sortes de verre mis en place , à 12 fols le pied quarré, comme ceux de Normadie. Dans les Devis de Vitrerie, il faut marquer la quantité de croisées à vitrer , la qualité du verre qui fera employé, & íì les carreaux feront collés de papier ou mastiqués, & enfin mettre des prix aux différens ouvrages. W F* j?.* kc K ^ F f iv Cours 456 DU PAVÉ. ]Le pavé doit erre de grais. Celui que l’on employé pour les rues a environ 8 ppuces en tous sens ; il se pose à sec sur une forme de sable de rivierre , & on le dresse à la demoiselle ; quand il s’agit de paver un grand chemin ou une route, on ajoute des deux côtés de la chaussée des bordures de pierre dure , posées de champ , & que l’on fait entrer dans la terre pour la fortifier vers ces endroits. Le pavé d’usa'ge pour les cours & les cuisines , est de deux échantillons ; le plus grand est composé des gros pavés des rues, fendus en deux , & s’employe à chaux & ciment dans les cours ; le plus petit sert pour les cuisines , & s’employe auíîi à chaux & à ciment. En général, il faut pour l’écoulement des eaux donner a u pavé des cours 1 pouce de pente par toise, suivant la longueur du ruisseau , & faire en outre par les côtés , des revers suífisans vers ledit ruisseau. Le pavé se paye à la toise superficielle. Les Devis de ces ouvrages n’ont rien de particuliers , sinon que l’on y spécifie la qualité du pavé ; qu’il sera fait à chaux , à ciment ; & que l’Entreprcneur fournira tous les matériaux & peines d’ouvriers , moyennant td prix . . . . II feroit superflu de parler particulièrement de la Marbrerie, vu que nous avons amplement traité, dans le Volume précédent, des especes de marbre , de leur différentes qualités Sc laçons, &c. d’A rchitecture. 457 < ■ CATALOGUE De la plupart des Architectes dont il efl fait mention dans ce Cours, avec l'énumération de leurs pricipaux Ouvrages. ACADÉMIE ROYALE D’ARCHITECTURE. .A.VANT rétablissement de cette Compagnie , M. Colbert avoit déjà formé un Conseil des bâtiments , à l’occaíìon de la construction de la Colonnade du Louvre , afin d’y examiner & d’appla- nir toutes les difficultés qui pouvoient survenir dans son exécution. Ce conseil étoit composé de Claude Perrault , qui avoit donné le destin de cette Façade , de le Vau , premier Architecte du Roi , qui étoit un tròs-grand praticien , de Lebrun , premier Peintre du Roi, qui n’ignoroit aucun des beaux Arts , & de Charles Perrault , frere de Claude , premier Commis des bâtiments , qui en étoit comme le Secrétaire. Ce fut Futilité dont parut à ce Ministre cette petite Assemblée, qui lui fît naître l’idée de former une Académie, oìi se rassembleroient les plus habiles Architectes à des jours marqués , pour conférer fur les beautés de FArchitecture , se communiquer réciproquement leurs lumières , & contribuer par leurs conseils mutuels à la perfection de ce premier des Arts libéraux. 4s8 Cours Cette Académie sut composée dans son origine des principaux Architectes de la Nation , & fut' ouverte publiquement le dernier Décembre 1671, en présence de M. Colbert , par un très-beau discours fur les avantages de l’Architecture , prononcé par François Blondel , Architecte de la sublime Porte Saint-Denis , qui en fut nommé à la fois Directeur & Professeur. Elle a eu , depuis son établissement, pour Protecteurs , tous les sur-Intendants des bâtimens du Roi. D’abord M. Colbert, & en survivance M. le Marquis de Blainville son Fils, Après la démission de ce dernier en 1684, elle eut M. de Louvois; & à la mort de ce Ministre en 1691, M Colbert deSeignelay; & enfin en 1699 , M. Jules-Hardouin Manfard , fut nommé à cette place , & avec lui s’éteignit en 1708 , la charge de fur-Intendant des bâtiments, qui fut supprimée par Edit du Roi. Néanmoins M. le Duc d’Antin , qui lui succéda, en qualité de Directeur des bâtiments du Roi , obtint depuis , par grâce spéciale , que les honneurs & prérogatives attachés à cette charge , lui feroient continués , fans tirer à conséquence pour l’avenir. Louis XV confirma cette Académie en 1717, pnr des Lettrcs-Patcntcs , qui la mettent directement fous la protection du Roi, dont elle reçoit les ordres par le Directeur général des bâtiments. Ces Lettres-Patentes limitent le nombre de fes membres , à vingt-quatre Académiciens; fçavoir, douze pour la premiere classe, & douze pour la seconde : elles fixent fes jours d’assemblée au Lundi de chaque semaine , excepté le tems des vacances ; le nombre des leçons des Professeurs ; qu elles doivent être les objets des occupations d’Architecture. 459 de cette Compagnie ; & enfin , elles accordent lin louis d’onze francs , de droit de présence par assemblée , à chacun des membres de la premiere classe. Nonobstant ces Lettres-Patentes 3 il en parut de nouvelles en 1728 , pour augmenter le nombre des membres de la seconde classe, fixés à douze précédemment, de huit nouveaux Académiciens ; afin , portent-elles, d’augmenter l’émulation , & de donner ,à plusieurs bons Architectes, une marque de distinction que meritoient leur expérience & leur talent. Cette augmentation n’eût cependant pas lieu pour lors, & l’Académie demeura fur le pied de vingr-quatre Architectes seulement, comme ci- devant , jusqu’en 1756, que Louis XV donna encore d’autres Lettres-Patentes , qui fixent de nouveau le nombre des membres , dont les deux classes de l’Académie seront composées. Par ce Règlement, on égale en nombre d’Académiciens, les membres de la premiere classe , à ceux de la seconde , en réduisant cette derniere, fixée à vingt par la Déclaration de 1728, à seize Académiciens seulement, & en augmentant la premiere classe du nombre de quatre , qui seront tirés de la seconde. Les leçons , tant de Géométrie que d'Architecture , furent encore fixées alors , chacune à deux par semaine , au lieu d’une quelles étoient ci-devant; & il fut en outre accordé un jeton d’argent par assemblée , à chaque membre de la seconde classe qui s’y trouveroit. L’Académie d’Architecture distribue annuellement , vers la Saint-Louis , depuis 1723 , trois médailles , une d’or & deux d’argent, à ceux de ses Eleves , qui réussissent le mieux à composer 460 Cours un projet qui leur est proposé en concours, Sc qu’ils doivent destiner lous les yeux des professeurs. Celui qui a mérité la premiere médaille, est ordinairement envoyé à Rome , fous la protection & aux dépens de Sa Majesté , aux Ecoles Françoises , où, pendant trois à quatre ans , 011 lui donne comme aux autres Elevés de l’Acadé- mie de Peinture & de Sculpture , toutes les facilités pour se perfectionner dans son Art. II y a quelques années que cette Compagnie a encore admis des correspondans étrangers , ainsi que des honoraires associés libres , & qu’il a été établi en même temps des prix d’émulation chaque mois , consistant en une médaillé d’argenr » pour l’encouragement des Eleves. L’objet des conférences de cette Académie, qui s’assemble régulièrement une fois par semaine , est de travailler ; i° A refondre la plus grande partie des difficultés qui se présentent dans la construction des bâtiments ; 2° A déterminer rélativement au bon goût les proportions générales & particulières de TArchitecture , proportions fur lesquelles on est si peu d’accord depuis son origine ; 3 0 A interpréter les us & coutumes des bâtiments , & à déterminer invariablement la maniéré de toiser les différents ouvrages qui les concernent , matières de la plus grande importance, & qui font fans cesse la source d’un infinité de procès j 4 0 A constater les découvertes utiles on intéressantes, qui se font journellement dans cet Art , ainsi que la somme de connoissances déjà acquises jusqu’ici, & enfin tout ce qui est capable de concourir à ses progrès. Cette Académie n’a encore rien publié depuis l'on établissement ; mais il faut croire que, quand d’Architecture. 461 ses méditations auront été suffisamment approfondies fur ces différentes matières , elle s’em- preffera à faire jouir le public du fruit de fes travaux , â l’exemple des autres Académies. 'à Adoram ou Adoniram , eut la conduite du fameux Temple de Jérusalem que Salomon fie élever, & dont Dieu , suivant FEcriture , avoit remis le plan à David , qu’il avoit en quelque forte tracé de fa main divine , pour servir de modèle aux ouvriers qui dévoient y être employés. AlBERTI ( Léon Baptise ) vivoit dans le XV e siécle : il sut surnomméTArchimede & le Vitruve de son tems , à cause des études profondes qu’il avoit fait dans la Géométrie & l’Architecture. Nicolas V, l’employa conjointement avec Rojse- lino , pour tous les grands bâtiments qu’il fit faire fous son Pontificat. Ses principaux ouvrages , sont l’Eglise de Saint-François à Rimini, le Portail de Sainte-Marie la neuve à Florence , deux Palais pour Jean Rucellai , dans la même ville , l’Eglise de Saint André à Mantoue. Entre autres ouvrages , il a écrit en Latin X Livres fur lArchitecture. F. Blondel, dit, au sujet de cet Auteur , qu’il est estimé le meilleur après Vitruve, pour ce qui regarde le bâtiment en gros , la solidité , & le particulier des Edifices, mais que c est dommage que ses destins soient li secs , fi greffiers , si gothiques , & qu’il ait si mal réussi aux mesures de quelques-uns de fes ordres d’Arcbirecture. Aloisius , Architecte du VI e siécle,eut la principale confiance de Théodoric,Prince des Ostrogoths, 461 Cours & Roi d’Italie , pour tous les bâtiments qu’il fût faire, & pour le rétablissement des anciens Edifices qui avoient échappé à la fureur des barbares. C’est une chose mémorable, combien l’on esit redevable à ce Prince , de la conservation de lai plupart des Monumens antiques qui fubsistenit encore. Castìodore rapporte qu’il prit un foim extraordinaire , pour empêcher qu’on ne lers ruinât davantage, & pour faire rétablir ceux qui étoient endommagés. Sa prévoyance fut si grande à cet égard, qu’il commanda de rassembler tous les restes des Edifices qu’on ne pouvoit réparer „ & de les transporter en divers lieux, où il fitt construire de leurs débris divers bâtimens. A. Ravenne , entr’autres , on éleva par son ordre une magnifique Basilique , nommée la Bajìlique SHercule , qui fut ornée de fragmens antiques , de colonnes , dr statues , & de bas reliefs , qu’on y apporta de toutes parts. II y a apparence qu 'Aloi- fius eut la conduite d’une partie de ces Edifices , avec un nommé Daniel , autre Architecte qui vivoit de son tems , & qui fut aulsi très-occupé par Théodoric. Androuet, DucerCEAU ( Jacques) fut Architecte d’Henri III & d’Henri IV. C’est de lui le destin du Pont-Neuf à Paris , qui est un des plus beaux ponts , & des mieux décorés qui soient en Europe. II le commença en 1578 , mais il ne fit que la partie du côté de la rue Dauphine ; les troubles qui survinrent ayant fait suspendre ce grand ouvrage jusqu’en 1604 , il fut continué alors par Guillaume le Marchand. Ducerceau a bâti l’Hôtel de Carnavalet , qui a été restauré depuis par F. Mansard , l’Hôtel de Bretonvilliers, d’Architecture. 463 l’Hôtel de Sully , l’Kôrel de Mayenne , & une partie de celui des Fermes : il est Auteur de plusieurs ouvrages aujourd’hui peu connus , parce qu’ils ont en quelque forte celle detre utiles depuis qu’il en a paru de meilleurs fur les mêmes matières : tels font, les Edifices antiques Romains; les plus excellens Bdeimens de France ; les Plans & DeJJìns de cinquante Bâtiments tous différens ; diverses Ordonnances de Plans & tf Elévations de Bâtiments . Anthémius , natif de la ville de Tralles , Architecte du Dôme de Sainre-Sophie , quil bâtit fous Justinien , conjointement avec Ijydore de Milet. Ce fut lui qui eut la hardiesse d’entrepren- dre d’élever , au centre de la croix d’une Eglise » un Dôme circulaire fur un plan quarté, & soutenu dans les angles par des panaches ou pendentifs ; invention que l'on a beaucoup perfectionnée depuis , & qui mérité de faire époque, en ce qu’elle est l’origine du couronnement de la plupart des Eglises d’imporrance , érigées depuis la renaissance des Arts & des Sciences. Antimachides , Antistates, Calleschros & Périnos , Architectes Grecs , employés par Piiistrare , à bâtir à Athènes le fameux Temple de Jupiter-Olympien , qui néanmoins resta imparfait , à caule des divisions qui survinrent dans la République , & ne fut continué que plus de deux-cens ans après, lotis le régné d’Anthiocus , Roi de Syrie, par Cossutins. Apollodore de Damas, un des plus célébrés Architectes de l’antiquité, fut chargé par Trajan 464 Cours de la plupart des Edifices importans , qui s’exé- cuterent fous son régné. II se signala sur-tout par la composition de la Place Trajane, dont la forme étoit quarrée , à l’imitation des Places Grecques ; on y voyoit un grand nombre de statues, la fameuse Bibliothèque de Trajan , ainsi qu’une Basilique tròs-spacieuse, où se rendoit la Justice » & où s’assembloient les Négocians : il y avoir au milieu de cette Place la Colonne colossale , qui subsiste encore aujourd’hui, & qui portoit la Statue en bronze de cet Empereur , que lui avoir érigé le peuple Romain , en reconnoissance des services qu’il avoir rendu à fa Patrie (ï). On croit qi \Apollodort fut ausii l’Architecte des Thermes, appelles Thermes Trajamz , de même que de nombre de Temples , d’Acqueducs & de grands Chemins , qui furent exécutés alors. Mais l’ouvrage qui a contribué le plus à l’immortaliser , est le fameux Pont que Trajan fit jetter furie Danube , que l’on croyoit un entreprise insurmontable à l’industrie humaine , à cause de la profondeur & de la rapidité de ce fleuve , à l’endroit où il s’agissoit de le sonder & qui empêchoient d’y faire des batardeaux pour asseoir des piles. Cet Architecte en vint à bout en j errant dans le lit du fleuve , aux endroits où dévoient être placées les piles , une quantité prodi- dieuse de divers matériaux, & par ce moyen il parvint à former des especes d’empattemens, fur lesquels il éleva ensuite les arches à sordinaire. On prétend qu 'Apollodorc mourut vers Tan 130 de l’ére chrétienne , victime d’une raillerie qu’il ( 1 ) A la place de la statue de cet Empereur , qui avpit 19 pieds de hauteur ; Sixte Quint lit mettre la statue de S. Pierre , qui n’en a que iz. avcit d’Architecture. 465 Rvoit faite à Adrien , avant quil fut Empereur, & dont il se vengea , sous un faux prétexte , lorlqu’il parvint à l’Empire. Argenville (d’), Maître des Comptes , Auteur d’un excellent Livre, intitulé la Théorie & la Pratique du Jardinage , où il traite à fond de la composition & distribution des jardins de plaisance , dont le Blond a composé en partie les destins. On ne peut trop recommander l’étude de cet Ouvrage à ceux qui veulent se perfectionner dans ce genre d’Architecture , dont le Nautre a été en quelque forte le créateur. Barbaro , ( Daniel) Vénitien, Patriarche d’Aquilée, vivoit dans le XVI e siécle. II a donné , .entre autres ouvrages , des Commentaires fur Viiruve , où il a compilé en grande partie Ceux que Philander avoit fait fur le même Auteur. Au surplus, tous ces Commentaires font devenus presque inutiles depuis ceux de Perrault, & du Marquis de Galliani. Béiidor , Colonel d’Infanterie, & ancien Professeur Royal de Mathématiques aux Ecoles d’Artillerie , outre différens Ouvrages fur lés Mathématiques , a publié un excellent Traité d’ Architecture Hydraulique , qui contient la description de la plupart des machines Hydrauliques, ainsi que de tout ce qui est propre à l’ufage des eaux , & qui a pour objet leur dépense , leur vitesse , leur poids , leur nivellement, leilr conduite , leurs réservoirs. 11 est encore Auteur d’un autre Ouvrage intitulé la Science des Ingénieurs , où il traite des élemens de la poussée dés Tome yi. G g 466 Cours voûtes , de la maniéré de fonder sur tomtes sortes de terrains , de la poussée des terres & dte la résistance des bois. Bernin, ( Jean-Laurent ) surnommé le Cavaliier, Peintre , Sculpteur & Architecte de génie, nié á Naples en 1598. Rome lui est redevable de plusieurs de ses plus beaux Monuments. Entre les principaux Ouvrages d’Architecture qu’il a faiit, on admire principalement la Colonnade cincu- laire qui environne la Place de Saint-Pierre ,, la Fontaine de la Place Navonne , les Eglises de Saint-André & du Noviciat des Jésuites à Monte- Cavallo. Louis XIV le sit venir à Paris pour travailler au destin du Louvre ; mais son projet ne répondit pas à l’attente qu’avoit fait concevoir fa réputation, & celui de Perrault lui fut préféré : le Cavalier Bernin retourna à Rome, comblé des bienfaits du Roi , où il mourut en 1680. Bibienne, ( Ferdinand Galli ) né à Bologne en 1657, fut attaché au Duc de Parme, & ensuite à l’Empereur en qualité d’Architecte ; il a donné comme tel les destins de plusieurs Edisices , mais son talent particulier étoit pour les décorations de Théâtre , & c est en ce genre qu il s’est fait de la réputation. II a composé deux Livres d’Architecture , & l’on a gravé d’après lui un Recueil de perspectives & de décorations théâtrales : il est mort à Bologne , à plus de 80 ans, & a laissé deux fils ; dont l’un a été Décorateur á Vienne , d’après les productions duquel on a gravé austi un Livre de Décorations ; & dont l’autre a été premier Architecte de TElecteur Palatin. L’Eglise des Jésuites de Manheim, qui d’Architecture. 467 est d’iuie Architecture très-médiocre , est de ce dernier , ainíì que le grand Théâtre de cette même ville , qui est de la plus grande magnificence, mais d’une çompoíition lourde & matériele. Blond , ( Jean-Baptìjle-Alexandre le ) a bâti l’Hòtel de Clermont , rue de Varefne , & une partie de l’ancien Hôtel de Chaulnes , rue d’En- fér. 11 a eu part , comme nous lavons dit, ail Livre de la Tnéoric du Jardinage. Pierre le Grand l’attira en RuíTìe , pour être l'on premier Architecte , & pour présider aux grands Ouvrages dont il avoir formé les projets ; mais le Blond mourut peu de tems après Ion arrivée à Saint- Pétersbourg, âgé de 40 ans , en 1719. BlONDEL , ( François ) très-habile Architecte k & Géomètre , sut lhonneur de montrer les Mathématiques au Grand Dauphin , fils de Louis XIV ; il fut employé dans quelques négociations , & parvint aux grades de Maréchal de Camp & de Conseiller d’JÈtat. II fut choisi pour directeur & Professeur de l’Académie Royale d’Architecture , lors de sa création. C'est de lui le destin de la Porte Saint-Denis , qui est le morceau le plus achevé en ce genre, qu’on ait jamais fait. " Rien -, de plus majestueux , a dit avec raifort l’Abbé » Laugier , que l’étonante largeur , & la belle >» élévation de son arc en plein cintre ; rien de « plus judicieux que les ornements qui l’accom- » pagnent ; rien de plus mâle & de plus nerveux -, que la sculpture des figures & des bas reliefs; » rien de mieux destiné , & de plus fièrement » tranché que l’cntablement qui le termine Mlondd fut chargé en 1660 , de donner ues Gg ij 468 Cours dessins pòur les embélissemens de Paris. II s’aissii- jettit, dans la restauration de la Porte Saiint- Antoíne , ancien ouvrage de Métézeau , à conserver un Fleuve & une Nayade de Jean Glou- geon , qui sont d’une sculpture admirable , &v se contenta d’ajouter une porte de chaque cò>té, oìi sut exécutée pour la premiere fois une piecee de trait d’une nouvelle composition , qui a rettenu le nom d'arriére voujjure de Saint Antoine , La Porte Saint - Bernard a aussi été bâtie fur ses dessins', mais fa composition est bien iinfé- rienre à celle de Saint-Denis. Les autres ouvrages de cet Architecte , font la Corderie de Ro~ chesort, située dans un marais , & dont les fondations éprouvèrent les plus grandes difficult és ; le Pont de Xaintes fur la Charente , qu’il bâtit fur un radier , &c. Nous avons de ce grand Architecte plusieurs’ bons Ouvrages ; le premier est intitulé ; Résolution des quatre principaux problème j £ Architecture ; le second est un Cours £ Architecture ; & le troisième renferme des notes fur tArchitecture de Jean Savot. 11 mourut à Paris en 1686, âgé de si8 ans. Blondel , {François ) d’une autre famille que le précédent, & bien inférieur en mérité , naquit à Rouen en 1683. La décoration du Chœur & de la Chapelle de la Communion de l’Egliié Paroissiale de Saint-Jean en greve , est de fa composition , de même que le Baldaquin & la Chapelle de la Vierge de l’Eglise Paroissiale de Saint- Sauveur • il a fait bâtir l’Hôrel des Gardes du Corps de Sa Majesté à Versailles ; ensin il fut chargé par la Ville de Pari* , de donner les dessins d’Architecture. 469 des Fêtes des deux xVlariages de feû Monseigneur le Dauphin , pere du Roi ; lesquelles ont été gravées en deux Volumes in folio , & ne donnent pas une grande idée de son génie pour ces sortes de compositions. II mourut en 17 56. Boffrand , ( Germain ) naquit à Nantes en Bretagne en 1667 , de Germain Boffrand , Sculpteur , & d’une sœur du célébré Quinault. 11 avoir à peine 14 ans , lorsque son oncle le sir venir à Paris pour apprendre le dessin, il entra de bonne heure dans les bâtiments du Roi , où il a exercé divers emplois avec distinction. Ce fut lui qui fit exécuter en 1699 , fur les destins de J. Hardouin Mansard , dont il avoit été éleve , la premiere Place de Louis le Grand , qui étoit d’un tiers plus grande que celle que L’on voir aujourd’hui , & qui fut démolie après avoir été élevée jusqu’au premier étage. Reçu membre de l’Académie Royale d’Architecture en 1709, il fut en même tems Architecte de plusieurs Souverains d’Allemagne , de l’Evêquede Wurtzbourg , Prince de Franconie , de Maximilien Emanuel, Electeur de Bavière , & de Léopold 1 , Duc de Lorraine , pour lesquels il fit construire ou commencer plusieurs Edifices considérables. A la mort de M. Gabriel, en 1742 , il fut nommé premier Ingénieur des Ponts & Chauffées du Royaume, & fit exécuter en cette qualité nombre de Canaux, d’Eclufes , de Ponts de pierre & de bois , ainsi que divers Ouvrages de Méchaniques. On remarque beaucoup d’imagination dans ses compositions : son Architecture étoit simple & noble, & il paroissoit s’être proposé pour modèle la maniéré de Palladio. G g iij 470 Cours II est Auteur de deux Ouvrages très - estimés. Le premier , est un Livre £ Architecture , contemant les principes généraux de cet Art, auquel iil a joint les plans , profils & élévations des principaux bâtiments Civils , Hydrauliques & Méchiani- ques , qu il a eu occaiìon de faire exécuter , ttant en France que dans les pays Etrangers ; tels ísont le Château de Bouchefoi t dans les Pays-bas, les Palais de Nancy , de Luneviile & de la Mal- grange en Lorraine, de "Wurtzbourg en Franco- nie , les Châteaux de Cramayel & d’Haroué en Brie, les Hôtels de Craon , de Montmorency , d’Argenl'on , les décorations intérieures des appartements de l’Hôtel de Soubise à Paris , les Portes du petit Luxembourg & de l'Hôtel de Villards , le Por.tail de la Mer cy , le Puits de Bicctre , les Ponts de Sens & de Montreau. Si l’on ajoute à ces bâtiments les hôtels de Sei- rtelay, de Torcy , le Château deBosl’ette proche Melun , la Maison du Prince de Rohan à Saint- Ouen , le Pont de Corbcil, la Porte du Cloître Notre-Dame , les nouveaux Bâtiments pour les maladies vénériennes du Château de Bicêtre » ceux qu’il fit construire à l’Hôpital Général, à la Salpêtriere , à Cipion , & enfin le grand Bâtiment & la Chapelle des Lníans -1 rouvés , rue Neuve Notre-Dame , on sera aisément convaincu qu’il y a peu d’Architectes qui ayent eu autant d’oc- calìons de développer leurs talens. Le second a pour titre , Description de ce qiá a été pratiqué pour foudre d'un seul jet la Figure Equefí.re de Louis XII ", élevée par la Fille de Parisien IÓ99 j ouvrage qui fut regardé alors comme unique fur cette matière , & qui n’a cessé de letre que depuis celui de MM. l’Empereur & Mariette fur le même sujet. D ’ A R C H I T E C T U R E. 471 Lorsque feû M. le Normand de Turnehem invita en 1747 , de la part du Roi , les Architectes de l’Académie de faire des projets en concours pour placer la Figure Equestre de Sa Majesté , Boffrand en composa cinq extrêmement détaillés , & qui furent universellement admirés , soit pour l’heureux choix des empla- cemens , soit pour l’Qrdonnance de l’Archite- cture (l). Louis XV fut sur tout très-satisfait de son projet pour le Pont-Tournant, & il est à croire que, s’il eût vécu , il auroit eu la préférence fur tous les autres pour l’exécution. Comme j’ai eu l’avantage d’être éleve de cet Homme célébré , j’ajouterai qu'il avoir une maniéré de penser également grande & désintéressée, qu’il étoit agréable dans la conversation , d’un caractère doux & facile, d’un commerce aimable , d’un enjouement qu’il a conservé jusqu’à une extrême vieillesse , & que malgré le grand nombre de bâtiments qu’il a fait exécuter, il ne s’est point enrichi. II mourut à Paris, en 1754, d’une attaque d’apoplexie. Boromini , ( François ) Architecte & Sculpteur » natif de Historie dans l’Etat de Milan , fit restaurer l'Eglise de Saint-Jean de Latran à Rome , fous le Pontificat d’Inocent X. 11 a fait bâtir l’Eglise de Saint-Charles , au quatre Fontaines à Rome, l’Eglise Sainte-Agnès de la Place Navone , qui est le meilleur de ses ouvrages , & qui avoir été commencée par Reinaldy. Cet Architecte a été ( 1 ) Nous avons donné trois de ces projets dans notre Ouvrage des Monumens a la gloire de Louis XV. Gg iv 472 Cours l’Auteur de toutes ces Productions singulières, qui ont inondé l’italie depuis près d’un siécle, & qui ont fait décheoir l’Architecture, íur-tout à Rome ; telles font les cartouches de travers , les frontons brisés, les colonnes nichées , & autres nouveautés extravagantes, si contraires aux réglés précieuses de la belle simplicité. On prétend que Boromini choisit ce goût biíarre pour contrecarrer celui du Cavalier Bernin , & fe mettre à ta mode, à la faveur de cette nouveauté : il n’a Malheureusement eu que trop d’unitateurs. BOSSE , ( Abraham ) natif de Tours , étoit un Graveur qui entendent fort bien ''Architecture. Entre ses divers Ouvrages , il en a donné deux fur cette matière , dont on fait quelque cas ; l’un est un Livre A Architecture , où l’on trouve , entr’autres , les détails de la Méthode de Dézar- gues , pour ôter les ressauts dans les rampes des escaliers , & des Réglés de perspective utiles pour arrêter fur le papier les dessins des bâtiments , afin qu’ils puissent faire en exécution l'effet que l’on désiré ; l’autre est un Livre du Trait à preuve , pour la coupe des pierres , auquel on a reproché d’être inintelligible aux ouvriers par l'assectation des termes scientifiques dont il s’est servi. Bramante , célébré Architecte , né en 1444 , à Castel-Durante , au Territoire d’Urbin. Son premier Ouvrage fut le Cloître du Monastère de la Paix à Trivenro. II bâtit à Rome , pour le Cardinal Saint-George , neveu de Sixte IV, le Palais de la chancellerie , avec des pierres qui furent tirées en partie du Colisée & de l’Arc Gordien ; il ne laissa à faire que la porte & les d’Architecture. 473 décorations intérieures, qui furent par la fuite terminés par Vignole & Fontana. Peu d’Architectes ont eu autant d’occasions importantes de taire briller leur talent que Bramante. Jules II, ayant été élu Pape en 1503 , lui donna l’Intendance Générale de íesBádmens. C est de lui les Bâtimens des loges du Vatican , ainlì que le Palais du Belvédère , dont il ne fit pourtant exécuter qu’une partie , & que l’on fut obligé de réprendre par lous-œuvre après fa mort. 11 fit exécuter encore un Palais à Saint-Blaife près du Tybre, & il donna les dessins de l’Eglise de Notre Dame de Lorette , qui fut continuée après lui par Sanfovin. Enfin Jules II, ayant résolu de reconstruire l’an- cienne Basilique du Vatican, qui avoir été bâtie fous Constantin , & qui menaçoit ruine alors , chargea les principaux Architectes de Rome de faire des projets en concours, afin que l'on pût s’arrêter à celui qui réuniroit le plus de suffrages. Julien Sangallo , Antoine son frere , Baltazard Peruzzi , Fr. Jean Joconde , Raphaël d’Urbin , alors fort jeune, dont les beaux fonds d’Archi- tecture des tableaux annonçoient son grand goût pour cet Art , & Bramante , compoíèrent à l’envi différens projets. Ce fut celui de Bramante qui eur la gloire d’obtenir la préférence fur tous ses rivaux. Vafari prétend qu’il en fut redevable en partie à ses intrigues ; néanmoins on ne peut nier que fa composition ne fut vaste & belle , & même supérieure à tous les projets qui furent présentés en concours. La premiere pierre de ce superbe Edifice fut posée le 18 Avril 1506, & Bramante fit tant de diligence , qu’en moins de 6 ans de tems , il éleva íes quatre gros piliers de la Coupole , cintra les arcades des bras de '474 Cours la croix , qui les lient sun à l’autre, & avança considérablement la branche occidentale de l’Eglise , tellement que malgré les changemens que l’on fut obligé d’y faire par la fuite , à cause fur - tout de la grande disproportion des piliers , eu égard à f étendue de la Coupole , ion projet servit néanmoins toujours de fond aux dessins des Architectes qui lui succédèrent. Bramant! étoit vraiment un Architecte de génie , mais d’une imagination trop vive , qui ne lui donnoit pas toujours le tems de perfectionner íes idées ; il paroi isoit s’embarraser peu de la durée de ses ouvrages , & pourvu qu’iís fussent opérés promptement, cela lui suffisoit. 11 mourut en i514, âgé de 70 ans. Bruant, ( Libéral) donna en 1671 les dessins de la premiere Eglise, & des bâtiments qui composent le grand Hôtel Royal des Invalides. On appelle la premiere Eglise des Invalides, celle qui est destinée pour les Soldats , parce que sature où est le Dôme, & que l’on nomme la nouvelle Eglise , ne fut élevée que du tems après, fur les dessins du Jules Hardouin Mansard. Bruant a aussi donné le dessin de l'Hôpital-Général dit la Sal- pctricrc ; cnlin il a continué VEglisc des Petits Peres, près la Place des Victoires , commencée par Lemuet, & qui a depuis été achevée par Cartaud. Le stile de son Architecture étoit noble & simple. íl a laissé un fils qui a bâti en 1721 > l’Hôtel de Belisle , rue de Bourbon, dont le dessin, les profils & le goût des ornemens font singulièrement estimés ; lequel fut Professeur de s Académie Royale d’Architecture. 11 y a encore eu un autre Bruant , frété aîné du d’Architecture. 475 précédent , qui fut l’Architecte de la Porte du Bureau des Marchands Drapiers , rue des Déchar- geurs, laquelle est décorée de colonnes doriques accouplées , dont les métopes font cependant quarrés , fans que néanmoins les bases & les chapiteaux fe confondent : le moyen qu’il a employé , a été de donner aux pilastres la même diminution que les colonnes. Brunelleschi , ( Philippe ) Architecte Italien , du XIV e siécle , sit bâtir à Florence les Eglises du Saint-Efprit & de Saint-Laurent, & il fe signala par la construction du Dôme de Sainte-Marie Deljìore , qu’Arnolpho-Lapo avoit commencée en 1298. C’est un des premiers Architectes qui fe soit distingué , lorsque les Arts sortirent des ténèbres , où la barbarie gothique les tenoit depuis si long- tems ensevelis. Bullan, ( Jean) étoit Architecte de la Reine Catherine de Médicis. On prétend qu’il travailla à jetter les fondemens du Château des Tuileries, conjointement avec Philibert Delorme : il avoit bâti pour cette Princesse l’Hôtel de Soissons , fur le terrain qu’occupe aujourd’hui la Halle au bled , dont il 11e subsiste plus qu’une colonne colossale , terminée par une fphere armillaire , qui fervoit à Catherine de Médicis , pour faire des observations Astrologiques , auxquelles elle croyoit beaucoup. Cette colonne participe des ordres dorique & toscan ; ses ornemens consistent en dix-huit cannelures, où fe voyent des couronnes , des fleurs-de lys, des cornes d’abondance, des miroirs cassés , des las d’amour déchirés , des C & des H entrelassés ; le tout faisant allusion à 476 Cours la vuidité de cette Princesse. Bullan a publié im Ouvrage sur F Architecture , dont F. Blondel & Chambray paraissent faire cas, & qui est confondu dans la foule des Livres de même genre , parce que depuis on a mieux fait & mieux vu. Bullet, ( Pierre ) a donné le dessin de la Porte du bâtiment de la pompe fur le Pont Notre- Dame , & celui de la Porte Saint-Martin , qui, quoique inférieure à la Porte Saint-Denis pour l’élégance des proportions , mérité néanmoins de faire honneur à cet Artiste. Les deux Chapelles de FEglife de FAbbaye Saint-Germain des Prés , à côté du Chœur, font de fa composition , de même que l’Hôtel de Tallard , l’Hôtel le Pelletier des Forts , & la Fontaine de la Porte S. Michel. C'est lui qui fit construire le Quai Pelletier , dont le trotoir ne porte que fur une voussure , ouvrage qui lui acquit beaucoup de réputation par fa hardiesse, & par la maniéré industrieuse avec laquelle il l’opéra. Le Palais Archi-Epifcopal de Bourges, & le Château d’Issy , ont été bâtis fur ses dessins. Bullet a eu très-grande part à l’exé- cution de la Place de Louis le Grand , telle qu’elle est aujourd’hui ; & plusieurs des Hôtels qui Fenvironnent, ont été exécutés fur ses destins. En général l'on Archicteture a de la grâce , de l’élé- gance , de la correction , mais elle est froide & monotone. Son Traité du toisé des principaux ouvrages des bâtiments , est le meilleur Livre qui ait été fait fur cette matière. On y a joint depuis des commentaires , & on s’est avisé de l’in- tituler , en le réimprimant, Architecture Pratique : jamais ce ne fut l’intention de Bullet , il savoir trop bien que les notices superficielles dont il a fait d* Architecture. 477 précéder ses toisés , étoient bien éloignées ds former un Traité de construction. Callimaque , Architecte, Peintre & Sculpteur, de Corinthe, florilsoit 540 avant l’Ere Chrétienne. 11 eut la gloire d’inventer le chapiteau corinthien : invention qu’il ne dut cependant qu’au hasard. Ayant vu , en passant près d’un tombeau, un panier que l’on avoit mis fur une plante d’acanthe, il fut frappé de l’arrangement fortuit & du bel effet que produifoient les feuilles naissantes de cet acanthe, qui environnoient le panier ; & quoique ce panier avec l’acanthe n’eût aucun rapport naturel avec le chapiteau d’une colonne , il adopta cet arrangement pour terminer les colonnes qu’il fculptoit, ce qui lui valut un rang distingué parmi les Architectes de l’anti- quité. CatanÉO n’est connu que par un Livre Italien , qu’il a écrit fur l’Architecture. F. Blondel dit qu’il y a beaucoup à apprendre dans cet Ouvrage , particulièrement pour ce qui regarde la solidité , K par plusieurs belles remarques qu’il a faites concernant la disposition des bâtiments ; mais que les réglés qu’il donne pour ses ordres d’Architecture , ne doivent pas être suivies n’étant pas de bon goût. Cartaud a bâti la Maison de M. Crozat le jeune à Paris , & fa Maison de plaisance à Montmorency ; la Maison de M. de Janvry, rue de Varennes, dont l’ordonnance extérieure & la distribution font très-estimées ; la partie des bâtiments du Palais-Royal, du côté de la rue des 478 Cours Bons-Enfans ; le Portail des Petits Peres, près la Place des Victoires ; celui cle l’Eglise des Barna- bites , proche le Palais, qui est un de ses premiers ouvrages ; & enfin le château de Bourneville : son Architecture a en général de la noblesse , & les profils en font d’une grande maniéré. II mérité de tenir un rang distingué parmi nos bons Architectes François. CHAMBRAY, ( Rolland-François de) Auteur de l’excellent Livre du Par ale Lie de [Architecture ancienne avec la moderne , où il compare les ordonnances d’Architecture des principaux Auteurs qui ont écrit fur cet Art, & dont il fait différentes classes. Cet Ouvrage a le mérite de faire beaucoup penser celui qui l’étudie. Chambray a rendu surtout un grand service aux Architectes, en réduisant toutes les diverses maniérés de mesurer des Auteurs à la feule division du module en trente parties, de forte qu’il a mis par-là en état de les apprécier & de juger de la préférence que l'on doit donner aux différentes proportions qu’ils ont adopté. CHELLES , ( Jean de) Architecte du»XIII siécle, a bâti à Notre-Dame de Paris, le Portique qui est à l’un des bouts de la croiíée du côté dc l’Archevêché, comme le témoigne une inscription latine qu on y voit gravée en vieux caractères. Clerc , ( Sebajlien le ) né à Metz en 1637 , outre qu’il fut un très-habile Graveur & Dessinateur, entendoit très bien à compoier l’Architecture ; on a de lui un Ouvrage fur cet Art, dont les profils font assez estimés ^ st mourut en 1714. d’A RCHITECTURE. 479 CORMONT, ( Thomus de) a continué la Cathédrale d’Amiens, un des plus grands Edifices gothiques , qui avoir été commencé lan nzo , par Robert de Lusarche ; & qui fut achevé par Renault fils de Cormoru, ainsi qifon l’apprend par de vieux vers François gravés fur le pavé de cette Eglise , ati milieu d’un compartiment de marbre fait en forme de labyrinthe ; où l’on voit aussi des figures repréfcnrant,non-feulement les trois Archhectesquì ont conduit cet Edifice, mais aussi l’Evêque Evrard qui l’a ordonné. Courtonne ,Professeur de l’Académie Royale d’Architecture, & Auteur d’un Traité de Perspective dont on fait peu de cas ; il a fait bâtir l’Hôtel de Matignon rue de Varèlne , & celui de Noirmou- tier, rue de Grenelle fauxbourg S. Germain , qui font d’une Architecture médiocre. CossUTlTJS, citoyen Romain , fut un des premiers qui bâtit en Italie à la maniéré des Grecs : il s’acquit, suivant Vitruve , tant de réputation , qu’Antiochus le Grand , Roi de Syrie, te )6 ans avant l’Ere Chrétienne, le fit venir pour terminer le Temple de Jupiter Olympien à Athènes, qui avoir été commencé du rems de Pisistrare , & interrompu par les troubles qui survinrent dans la République. II n’eut pas cependant l’avantage de le finir entièrement ; car on continua d’y travailler fous Auguste , & même il resta quelques ouvrages qui ne furent achevés que fous l’Empereur Adrien. Cotte, ( Robert de) né à Paris en 1657 , succéda à J. Hardouin Manfard, en qualité de premier Architecte du Roi. Ses ouvrages l’ont rendu célébré; 480 Cours ii a fait exécuter le magnifique Château de Tría- nor. ; ia décoration du Chœur de la Cathédrale dô Paiis ; leChâteau-d’eau en face du Palais Royal; le bâtiment de la Samaritaine furie Pont-Neuf; lTIôtel d’Etrées, rue de Grenelle fauxbourg S. Germain ; l’Hôtel du Ludes ; l’Hôtel du Maine rue de Bourbon ; TEglife Parroiísiale de S. Roch ; & la Gallerie de l’Hôtel de Toulouse. G’est fur fes dessins qu’ont aulli été exécutés les nouveaux bâti— mens de l’Abbaye de S. Denis ; la Place de Belle- Cour à Lyon ; le Palais Episcopal de Verdun; le Château de Frefcati , maison de plaisance de l'Evêque de Metz ; le Palais Episcopal de Strasbourg ; il fit encore nombre d’ouvrages pour les Eledfeurs de Cologne , de Bavière & l’Evêque de 'Wurtzbourg. II mourut en 1735, & a laissé un fils , qui exécuta après lui fur fes dessins le Portail de S. Roch. Son style d’Architectttre étoit correct ; il avoit une imagination brillante : après les Manfards & les Perrault , auxquels il ne faut comparer personne , il peut être regardé comme un des meilleurs Architectes François. Ctésiphon , Architecte Grec , auteur du dessin du fameux Temple de Diane à Ephefe , qui fut exécuté en partie lotis fa conduite , en partie fous celle de son fils Metagenes , & successivement par d’atttres Architectes qui y travaillèrent pendant près de 220 ans. DAVILER (Augujlin-Charles) naquit à Paris en 1653. En allant en Italie partner pour y étudier l’Architecture , il fut pris avec Degodets par des Corsaires, & demeura seize mois en captivité à Alger ; delà il vinj à Rome commuer fes études. d’A r c k I T E C T U îl E. 48 k De retour à Paris il s’atracha à J.Hardouin Mansard, qu’il ne quitta que pour aller conduire à Montpellier une Porte Triomphale , élevée à la gloire cíe Louis XIV , dont Dorbay avoit donné les dessins : il a fait nombre de bàdmens particuliers à Béziers , à Carcaíì’one , à Nîmes , & íur-tour à Toulouse le Palais Archiépiscopal : ses travaux engagerent les Etats de Languedoc à créer en fa faveur un titre d’Architecte de la Province ; ce qui le fixa en conséquence à Montpellier, où il mourut en 1700. II a publié deux Ouvrages fur l’Archi- tecture ; le premier est une traduction Italienne du Fl Livre d Architecture de Scamo^i _, qui contient les ordres ; comme ce Livre n’est que lextrait d’un autre plus considérable, & que d’ail- leurs la méthode de Scamozzi n’est pas fort utile , il n’a pas eu de succès : mais en revanche son second Ouvrage en a eu beaucoup ; il est intitulé , Cours d’Architecture qui comprend les ordres de Fignole , afec des commentaires , les figures & les descriptions de fes plus beaux bâtimens & de ceux de Michel Ange , &c. Daviler y avoit joint un Di- clionaire des termes d'Architecture , qui n’a pas été •également accueilli, & que M. Saverien a refondu & augmenté du double depuis quelqups années : son goût d’Architecture étoit froid , sec & fans génie. Debrosses , ( Jacques ) ; on ignore son origine & de qui il fut éleve : II fut chargé par Marie de Médicis, veuve de Henri IV j de donner les dessins du Palais du Luxembourg , oìi il lui fut recommandé, à ce qa’ort prétend , d’imiter la distribution & décoration du Palais Pitti à Florence , ou le Grand-Duc lait fa résidence: mais aux bof- Tome FL H h '482 Cours sages près, rlont il a décoré le déhors de ce Palais , il n’y a aucune ressemblance. Cet Architecte fut pareillement chargé de bâtir le Portail de S. Gervais qui est st admirable par les beautés mâles de ses ordres d’Architecture, & de rétablir la grande salle du Palais , qui fut consumée par le feu en 1618. Le magnifique Temple de Charenton, qui étoit comme la Métropole des Calvinistes , & qui fut rasé en 1685 , lors de la révocation de l’Edit de Nantes, étoit de fa composition. Enfin ce fut à lui que Marie de Médicis confia l’exécution de l’Acqueduc d’Arcueil près Paris , ouvrage qui égale en beauté , si même il ne surpasse , tout ce qui nous reste des Romains dans ce genre. Debrosses mérite de tenir un rang très-distingué parmi les Architectes qui font honneur à la France : toutes ses productions respirent le genie ; ses ordonnances d’Architecture font de la plus grande maniéré, ainsi que ses profils. Desgodets, ( Antoine ) «naquit en 1653 : il ne paroit pas qu’il ait fait exécuter aucun bâtiment remarquable ; il doit fa principale réputation à son Ouvrage , Des Edifices antiques de Rome dcjjînés & mesurés fur Les lieux très- exaclemer.t ; lequel est devenu extrêmement rare , & dont il fe- roit à souhaiter que l’on donnât une réimpression. 11 fut Architecte & Contrôleur des Bâtimens du Roi à Chambort, & fut nommé en 1719 Professeur de l’Académie-Royale d’Architecture , place qu’il a rempli avec distinction, & qu’il a conservé jusqu à fa mort, arrivée subitement en 172.8. Ot a imprimé depuis une partie des Leçons qu’il dictait aux Eleves de l’Académie ; l’un de ces Ouvrages est un Traité du toisé des dijjérens travaux des bai- d* Architecture. 483 mens, & l’autre a pour titre , les Loixdes Bdtimens , suivant la coutume de Paris, dont Interprétation est très-estimée , même des Jurisconsultes , sur-tout avec les notes qui y ont été ajoutées par Goupy. DeSGODS , ( François ) Architecte de Jardins , étoit neveu du célébré le Nautre, & c’est fur ses dessins qu’a été planté le Jardin du Palais-Royal. DÉMÉtrius & PÉONIUS , Architectes Grecs quî acheverent de bâtir vers 1a 100 e olympiade le fameux Temple de Diane à Ephese. DÉrand , (k Pire) Jésuite, donna les dessins du Portail de l’Eglise de la Maison Professe des Jésuites de la rue S. Antoine , dont le Cardinal de Richelieu fit la dépense ; Ouvrage peu correct , trop chargé d’ornemens , & dont la comparaison avec le Portail de S. Gervais est la meilleure critique. On n’étudie plus son Traité de la Coupe des pierres , depuis les ouvrages de Frézier & de la Rue fur la même matière ; damant que ses pratiques font fausses dans la rigueur géométrique , & obligeoient les ouvriers qui les (uivoient à beaucoup de ragréemens. Úinocrate étoit de Macédoine, & Architecte d’Alexandre-le-Grand. On raconte que , pour se faire connoître de ce Prince , il lui proposa le projet détailler le Mont-Athos , qui est un rocher, enferme d’un homme qui luiressemblcroit, & qui, portant fa tête jusqu’aux nues, tiendroit dans Tune de ses mains une coupe , qui recevroit les eaux de tous les fleuves qui découlent de cette montagne, pour les verser dans la mer, & dans l’autre, H h ij 4 $ 4 Cours uns Ville assez grande pour lOOOO h a bi ra n.s. Oiî prétend qu’Alexandre go dr a beaucoup cette idee gigantesque , & qn’il auroit ordonné l'on exécution» lans la disticulté de faire subsister la Ville en question , à cause de la stérilité du voisinage. Quoi qu’il en soit, ce projet fit concevoir à ce Prince la plus grande estime des talents de l’Architecte , tellement qu’il lui donna la préférence , pour bâtir une Ville en Egypte, qui fïìt de son nom ap- pellée Alexandrie. Au rapport de Srrabon , sart de l’Architecte & la magnificence du Prince concoururent à l’envi pour l’embellir, & pour la rendre une des plus superbes Villes du monde. 11 y avoir un port, desacqueducs, des fontaines , des canaux d’une grande beauté , un nombre presque infini de maisons pour les habitans, des places & des bâ- timens magnifiques , des lieux publics pour les jeux & les spectacles , enfin des Temples & des Palais en si grand nombre qu’ils occupoient près d’un tiers de la Ville. Dinbcrate fit encore beaucoup d’Edifices en plusieurs lieux , non-í'eulement pendant le régné de ce Prince, mais encore fous les Rois qui partagèrent son Empire après fa mort. Pline prétend qu’il fut chargé, entr’autres par Pro- lemée-Philadelphe, de bâtir un Temple en l’hon- neur d’Aríinoe la femme , dont la voûte devoir être construite de pierre d’aimant , pour soutenir en l’air le tombeau de la Princesse ; lequel, pour cet effet, devoir être exécuté tout en fer ; mais que la mort du Roi & de l’Architecte empêcha l’exé- cution de ce projet. Si cela est vrai, il s’enfuitque cet Architecte mourut extrêmement âgé ; car la mort de Psolemée-Philadeiphe arriva 77 ans après celle d’Alexandre. d'A r c h i t e c t u r e. 4S5 Doreay , s François ) mort en 1697 ; il étoit éleve de le \'au , & conduisit, d’après les dessins de son maître , entièrement le College & l’Eglise des Quatre-Nations. Les principaux ouvrages qu’il a bâti, lbnt l’Eglise des Prémontrès à la Croix- Rouge, l’ancienne salle de la Comédie Françoise fauxbourg S. Germain, & il donna, comme nous Pavons dit ci-devant , les dessins de la Porte triomphale que les Etats de Languedoc firent élever à Montpellier à la Gloire de Louis XIV. C'étoit un des grands ennemis du mérite de Perrault ; ce fut lui qui prétendit , après fa mort, que la composition du Péristile du Louvre étoit de le Vau , tandis que toute la France avoit été témoin du contraire , & avoit vu en son tems les deux projets exposés publiquement en concurrence. Duc , ( Gabriel le ) acheva l’Eglise Paroissiale S. Louis dans PI fie , commencée par le Vau , ainsi que le Dôme du Val-de-Grâce , commencé par François Maníârd & par le Mercier. Le Duc passe pour avoir donné particulièrement les dessins du Maître-Autel & du Baldaquin de la derniere Eglise , qui sont d’un assez bon style d’architeClure. D u lin a donné le dessin de la maison de M. Dunoyers , fauxbourg S. Antoine ; de l’hôtel Lambert rue de l’Université & de l'hôtel d’Etampes c'étoit une fort médiocre Architecte , mais qui entendoit assez bien la distribution. FÉlibien , ( André ) né en 1619 , & mort en iópj , fut Historiographe des Bâtiments du Roi. U H h iij. 486 Cours a composé, deS Entretiens fur lu vie des plus excel- lens Peintres , anciens & modernes ; & un auttre Livre qui a pour titre , Les Principes de ïArchitecture , Peinture & Sculpture , avec un Dictionnaire des mots propres à ces Arts : ' autant le prem ier Ouvrage est prolixe , autant le second est trop concis pour être de quelque utilité. II eut un fils Jean - François , qui lui succéda dans la place d’Historiographe des bâtiments , & qui a aussi publié plusieurs Livres ; sçavoir , un Recueil hijtorique de la vie G- des Ouvrages des plus célébrés Architectes jusqudu Xi F siécle ; les Plans & Descriptions des deux belles Maisons de campagne de Pline le jeune , le Laurentin & la Maison de Toscane ; la Description de la nouvelle Eglise de l'Hótel-Royal des Invalides ; enfin, une Description sommaire de Fersaìlles , avec une Explication des Tableaux , Statues & autres. II mourut à Paris en 1733. Poix, ( Louis de) né à Paris à la fin du XVI e siécle , fut appellé en Espagne par Philippe II » pour construire le Palais de l’Escurial , & le Monastère de Saint-Laurent. Il fit aussi connoître en France ses talens par l’exécution de la Tour de Cordounn, qui sert dc phanalà l'ctnbouchiirc dc la Garonne, ainsi que par son entreprise de boucher l’ancien Canal de l’Adour, près de Bayonne, & d’en pratiquer un nouveau pour le Port de cette Ville. FONT ANA-, ( Dominique ) natif de Mili en Lom- bardie, tut Architecte de Sixte-Quint, & s’est fait un nom par la composition des machines industrieuses qui servirent à transporter , à redresser & à élever les Aiguilles ou Obélisques Egyptiennes que l'on d’Architectûrï; 487 Voit à Rome au milieu des Places de Saint-Pierre , de Saint-Jean de Latran , & de Sainte-Marie del Popolo. 11 a bâti à Naples le magnifique Palais du Viceroi , & à Rome la Porte du Palais de la Chancellerie ; & enfin, il eut la gloire de terminer la voûte de la Coupole de Saint-Pierre de Rome. FONTANA , ( Charles ) : tout ce qu’on sçait de cet Architecte , c’est qu’il a publié deux Ouvrages Italiens , estimés , l’un intitulé ïAmphithéâtre Flavìen , connu fous le nom du Collifée , lequel contient , outre la description de ce Monument , nombre de traits historiques & d’éclair- cissemens curieux , par rapport aux différentes parties qui compofoient les Théâtres & Amphithéâtres antiques ; l’autre , est un gros Volume in-folio , qui est recherché, & qui a pour titre » Description de tEs ise de Saint-Pierre de Rome. FrÉzier , ( Ameièe François ) né à Chambery en 1682 , & mort à Brest en 1773 , Directeur des Fortifications de la Bretagne. Outre les nombreux Ouvrages Militaires , dans la conduite defquels Fré fer s’est beaucoup distingué , il a fait faire dans l’Eglife Saint-Louis de Brest , un Baldaquin d’Au- tel, loutcnu fur quatre colonnes de marbre, d’or- dre Corinthien , apportées d’Athenes. 11 est Auteur de l’excellent Livre de la Théorie & la Pratique de la coupe des pierres & des bois , en trois Volumes in- 4 0 : Ouvrage qui lui a fait beaucoup d’honneur , & où il a , en quelque forte, anobli l’Art du Trait , en faisant voir qu’il ne consiste pas dans de simples pratiques, & que ses principes dérivent essentiellement de la Géométrie & du développement des corps. Ce Livre feroit en- H h iy 488 Cours cre plus utile , s’il avoit été possible de le mettre davantage à la portée des Constructeurs ; car presque tous font malheureusement hors d’état de l’entcndre , & par conséquent d en profiter. Gabriel , ( Jacques ) né à Paris en 1667 , étoit parent & éleve de Jules Hardouin Mansard. II devint premier Architecte du Roi , & premier Ingénieur des Ponts & Chaussées. On lui est redevable des projets d’embellissement des Villes-de Nantes & de Bourdeaux. II a aussi donné les dessins de rHòtel-de-Ville , & de la Place de Louis XIV à Rennes , de la Maison-de-Ville de Dijon , de la Salle & de la Chapelle des Etats de cette même Ville,ainsi que de la Cathédrale de la Rochelle. Le principal ouvrage qu’il ait fait à Paris , est le grand Egout. II mourut en 1742 , & a laissé un fils qui l’a remplacé avantageusement en qualité de premier Architecte du Roi, & qui est aujourd’hui Directeur de l’Académie Royale d’Archi- tecture. Gautier , Ingénieur des Ponts & Chaussées du Languedoc , vivoit au commencement de ce siécle. Son Traité des Ponts est le seul que noi:s ayons fur cette matière : il annonce un Praticien consommé dans ce genre de construction , qui s’est beaucoup perfectionné dé nos jours, & surtout depuis qu’on a porté dans ces travaux b flambeau de la théorie ; ce qu’il y a de meilleur dars ce Livre, est Ce qui regarde les. grands chemins. Germain, ( Thomas ) né à Paris en 1673 , & mort en 1748 ; c’est à l’Oríévrerie & à la mûrit u de d’ouvrages qu’il a fait en ce genre , qu’I d’Architecture. 489 doit sa réputation ; néanmoins il fut chargé de la conduite de l’Eglife Saint-Louis du Louvre ; on prétend qu’il a donné aussi le dessin dune Eglise qui a été bâtie à Livourne. Giardini, Architectete Italien , furies dessins duquel a été bâti le Palais Bourbon , qui a. été commencé en 1722 , & continué depuis par Laf- furance & Gabriel. C’est le premier Edifice où l'on ait imaginé ce genre de commodité & de distribution , qui fait tant d’honneur à notre Architecture Françoise ; mais ce qu’il y a de singulier , c’est que ce soit un Italien qui nous en ait fourni le premier modele. Gît ta r d (Daniel ). Toute f Architecture & le Portail de l’Eglife de Saint - Jacques du Haut-Pas font du dessin de cet Architecte. On le chargea, après la mort de le Vau , de continuer 1 Eglise de Saint-Sulpice, dont il a fait bâtir le Choeur, les bas-côtés , la plus grande partie de la croisée à gauche , de même que le Portail qui la termine. Les Hôtels de Cossé & de la Force passent aussi, pour avoir été bâtis par cet Architecte. Guàrini Camille ) Théatin , a fait bâtir à Turin les Eglises de Saint-Laurent & du Saint- Suaire , qui font d’une Architecture extravagante ; il y avoir fait aussi construire l’Eglife de Saint - Philippe de Nery , qui tomba peu après son exécution : c’est de lui le dessin de I Eglise des Théatìns à Paris , qui a été continuée par Lievain en 1714 , & dont le Portail a été terminé en 1747 par M. Defmaifons. Ses ^yo Cours ouvrages font dans le goût de ceux du Boromini, qu’il s’étoit proposé pour modele. On en a publié un Recueil , apparemment pour en faire voir le ridicule ; car il n’est pas à présumer qu on ait prétendu les proposer pour exemples , tant ils font éloignés des principes de la bonne Architecture ; ce qui a fait dire de lui, avec raison , par un Prélat Italien, qui a donné depuis peu la vie des Architectes , chi séguiia il Guarinì , Jlia Jrà Pa^arélli. Gougeon , ( Jean ) célébré Sculpteur fous les regnes de François I & Henri II , fit exécuter entièrement fur ses dessins la Fontaine Saint-Inocent; les bas-reîiefs en font admirables, mais l’Architecture en est feche & maigre ; on dit qu’il fut encore employé en qualité d’Architecte au Louvre : il périt malheureusement dans les désordres de la Saint - Barthélémy. On prétend qu’il avoir entrepris avec Jean Martin , Secrétaire du Cardinal de Lénoncour , la traduction des Livres de Vitruve ; mais le peu de succès de leur travail a fait connoìtre , comme le remarque Perrault dans ses Commentaires fur fur cet Auteur, que pour bien exécuter cette entreprise, il faut que la connoissancc de l’Archnccturc Sc des Lettres soit réunie dans une même personne en un degré au-dessus du commun. Nous observerons que c’est le même Jean Martin , qui a traduit dìtalien en François , Us Songes de Polyphile , avec des figures en bois très-bien gravées. Cet Ouvrage est un efpece de Roman d’Architecture , composé lors de la renaissance des Arts en Italie, pour faire ouvrir les ye.ix aux Architectes Goths, & faire sentir l’absurcLté d’Architecture. '491 de leur maniéré de bâtir , par comparaison avec celle des Edifices antiques. On y fait voir que les véritables réglés de cet Art ne permettent jamais d*y rien produire , dont on ne puisse rendre raison, & qu’il ne suffit pas qu’un Édifice soit construit solidement , mais qu’il faut encore que fa solidité frappe la vue , & ne donne aucune inquiétude à ceux qui y entrent : enfin , on y démontre que la vraie beauté ne consiste pas à surcharger l’Architecture d’ornemens , & qu’ils ne doivent s’y montrer que comme amenés par la nécessité , suivant le caractère , la dignité , & l’usage du bâtiment que l'on érige. A entendre Polyphile, l’Architecture doit être envisagée comme la seule science qui régit tous les Arts , & comme celle qui exige les connoiffances les plus sublimes ; &, à dessein d’en faire revivre tout l’esprit , il décrit un nombre de projets qui, quoique gigantesques , font néanmoins capables d’élever le génie des Architectes , & de leur faire concevoir les plus nobles idées de leur Art. On rapporte que le nom de l’Auteur de ce Roman est exprimé par les lettres initiales des Chapitres qui le composent , en ces termes : Pollìam Franciscus Columna ptramavit ; c’est-à-dire , François Colonne a bien aimé Pollia. Joconde , ( Jean ) de Vétonne, Religieux Dominicain , vivoit au commencement tin XVI e siécle. II étoir à la fois Philosophe , Théologien , Antiquaire , Peintre & Architecte. Après la mort de Bramante , on le jugea capable , conjointement avec Antoine Sangallo & Raphaël d’Urbin, d’é- tendre fes dessins, & de prendre la conduite de la superbe Eglise de Saint-Pierre de Rome. On garde 49 2 Cours encore à Venise des projets qu’il avoit fait poour embellis la Place de Rialto. Ce fut lui qui troiuva le moyen de détourner les eaux d’une partiee de la Brinta , qui remplissoient auparavant de faibles les lagunes de cette ville , & eiï auroient fait insensiblement un marais. II fit jetter à Vércone un Pont fur un endroit de l’Adige , que l’on m’a- voit osé tenter jufques-là , à cause de la difficiulté de l’entreprife. La grande réputation dont il joiuif- soit en Italie le fit appeller en France par Louis XII, pour construire plusieurs bâtimentts ; les plus considérables qu’il ait fait, font le Pe:tit- Pont, & le Pont Notre-Dame à Paris , à P occasion defquels Sannazar composa ce distiqute ; Jucundus geminumpofuit tibl fcquana pontem , Hune tu jure potes, dicere Pontificem. Nous n’avons prétendu parler ici de Joconde , que comme Architecte , & pour ce qui est des autres ouvrages de ce Savant , on peut consulter le Dictionnaire de Moreri, Lassurance , Eleve de J. Hardouin Manfard , continua le Palais Bourbon , commencé par Giardini : 11 fit bâtir â Paris l’Hôtel de Rotclin vis-à-vis les Carmélites , l’Hôtel des Marets rue Saint Marc , ainsi que les Hôtels de Béthune , de Montbafon , de Roquelaure , de Mailons , d’Auvergne & de Noailles : c’étoit de lui les destins du Château de Petit-Bourg , qui a été démoli. II est mort Contrôleur des Bâtiments du Roi, & a laissé un fils , qui lui a succédé dans cette place , & qui a bâti le Château de Bebet* Vue. d’Architecture. 493 Labaco , ( Antoine ) n’est connu que par un Livre d’Archirecture , lequel renferme quelques dessins des plus beaux Bâtiments de l’antiquité assez corrects, & capables de donner une grande idée de cet Art. Lescot , ( Pierre ) Abbé de Clagny , storissoit fous les regnes de François L & de Henri II. Les dessins qu’il compost pour le Louvre , furent préférés à ceux de Seriio , qu’on avoit fait venir exprès d'Italie à cette occasion. II a fait exécuter une partie de la Gallerie & de la Cour du Vieux- Louvre , qui renferment des détails de portes, dé croisées , de profils , & d’ornemens d’un goût exquis. II mourut en 1578 , âgé de 60 ans. I.IBERGIER , ( Hugues ) Architecte du XIII e siécle , commença à rebâtir l’Eglife de Saint- Nicaife de Reims , dont il ne fit que les portiques & la nef jufqu’à la croisée. II mourut en 1263. Lob ME , ( Phìlibert de ) naquit à Lyon au commencement du XVI e siécle’: c’est un des Architectes qui a le plus contribué à bannir de France le goût Gothique. II fit construire fous le régné de Henri If , & de fes fils, le fer à cheval du Château de Fontainebleau , les Châteaux d’Anet, de Meudon & de Saint-Maur : son plus bel ouvrage est le Palais des Tuileries à Paris : il rétablit & orna plusieurs Maisons Royales, comme Villers-Coterets , Saint-Germain en Laye , le Louvre , la Chapelle des Orfèvres. Ses talents furent magnifiquement récompensés ; il fut nommé Aumônier & Conseiller du Roi, & on lui donna deux Abbayes considérables. 11 a publié un Livre '494 Cours dArchitecture , dont F. Blondel & Chambray parlent avec éloge , & qui prouve qu’il étoit excellent Praticien. 11 y a , en effet , bien du bon dans ce qu’il dit dans la maniéré de bâtir à peu de frais : il est le premier qui ait écrit méthodiquement fur la coupe des pierres , & qui ait prescrit des réglés pour cet Art ; & quoiqu’on ait publié depuis des Ouvrages fur cette matière , qui ont fait oublier' le lien, on doit lui fçavoir gré de savoir tiré du cahos. Quant à la composition de ses ordres d’Archirecture , on fait en général peu de cas de leurs profils, qui fe ressentent un peu du Gothique. II mourut en 1617. Maderne, ( Charles ) natif de Cofme en Lom- bardie , ne meritoit gueres , par fes talents , l'honneur de succéder aux Bramante & aux Michel- Ange ; néanmoins des intrigues , qui font souvent plus sûres que le talent, pour fe produire dans les occasions même où il semble qu’on ne devroit avoir égard qu’au mérite , lui firent donner la préférence fur tous les Archirectes de son rems, pour terminer l’Eglife Saint-Pierre de Rome. II changea son plan de croix greque en croix latine, en alongeant le bras du côté du Portail, & fut l’Architecte de cette augmentation , cjuc Paul V permit, autant pour augmenter la grandeur de ce Temple , qu’afin qu’on ne fe trouvât pas d’a- bord fous la Coupole en y entrant. Maderne a donné le destin du Portail , qui n’est composé, comme l’on fçait, que de huit colonnes engagées, & surmontées d’un attique, tandis que la Place, qui l’accompagne ,'est ornée de quatre rangs de colonnes isolées au nombre de 280 ; Ce qui n’a aucun rapport: le passage d’un homme médiocre, d’Architecture. 49 j dans une place importante, a souvent occasionné bien des regrets. Maire , ( de la ) a bâti en 1706, l’Hôrel de Soubií'e, qui est un des plus réguliers & des plus somptueux de Paris : la cour qui précédé ce bâtiment, est environnée d’une colonnade d’ordre composite d’un très-bel effet , & qui donne à l’entrée de cet Hôtel un air de grandeur & de magnificence peu ordinaire. 11 a aussi donné les dessins de l'Hôtel de Rohan , de Duras & de Pompadour : il s’étoit consacré au Cabinet les dernieres années de fa vie , pour écrire fur l’Ar- chitecture : il avoir, commencé un plan général d’embellissemenr pour la ville de Paris , mais la mort le surprit avant que ses productions fussent rendues publiques. MANSARD j ( François ) né à Paris en 1598, est un des Architectes dont les productions font le plus d’honneur au régné de Louis XIV. Rien o n’est plus connu que les Edifices dont il a embelli cette Capitale. Les principaux font , le Portail de l’Eglise des Feuillants rue Saint-Ho- noré-, l’Eglife des Filles Sainte-Marie rue Saint- Antoine , le Portail des Minimes dc la Place Royale, une partie de Tancien Hôtel de Conty , fur le terrein duquel a été bâti depuis peu l'Hôtel de la Monoye , l’Hôtel de Toulouse , fKôrel de Jars , & l’Hôtel de Carnavalet , dont il a reíait la façade , en conservant avec beaucoup d’art l’an- cienne porte , & quelques bas reliefs exquis de Jean Gougeon , qui se raccordent aussi parfaitement avec les nouveaux ouvrages , gué s’ils avcient été faits exprès. II soutint 1k 496 Cours réputation par les dessins du Château de Maifojns, qui passe pour l'on chef-d’œuvre ; de même c q us par les Châteaux de Gêvres en Brie, de Berrny près Paris , de Baîeroy en Normandie , & de Blérancour : il a encore rétabli & fait be.*au- coup de changemens aux Châteaux de Richellieu & de Blois. Le plus mémorable Edifice que cet Architecte ait entrepris , est le Dôme du Val-'de- Grâce, dont il fut chargé par la Reine Amne d’Autriche , mere de Louis XIV , & dont la premiers pierre fut posée en 1645. II ne lit tce- pendant exécuter cette Eglise que jusqu a la hta.i- teur de 9 pieds au-dessus du fol : des intrigmes lui en firent ôter la direction ; ce fut Jacques, le Mercier qui lui succéda, & qui continua fa bâtisse sur les dessins de Mansard , julqu’à la hauteur du premier entablement : après quoi elle fut interrompue pendant quelques années ; & enfin en 1654, la Reine nomma P. le Muet , conjointement avec Gabriel le Duc , pour terminer ce Monument tel qu’il est aujourd’hui. Quelque beau qu’il soit, il est à croire néanmoins qu’il auroit 0 été encore plus parfait st Mansard l’avoit entièrement achevé ; on en peut juger par la Chapelle du Château de Frêne , qu’il fit quelque tems après pour M. de Guénégaud , Secrétaire d’Erar, oìi il exécuta en petit le magnifique Dessin qu’il avoit composé pour la décoration intérieure de cet Edifice. II y a peu d’ouvrages en général aussi précieux & aussi correct pour les profils & les pro. portions , que ceux de cet Architecte : on en a tant fait d’éloge , qu’il feroit superflu de nous étendre ici fur ce sujet j & il nous suffira dé dire, qu’on ne fauroit trop en recommander l’étuJe à ceux qui veulent fe perfectionner dans cet Art. Mansard b’A rchitecture. 497 KÍA.NSÀR& , ( Jules-HarJoiíui ) naquis à Paris eu *645 ; il éîoit fils d’itr.e soeur de E. Mania, d, celt la raison pour laquelle ìí ajoura ce nom célébré ai/ lien. 11 adonné les cîeïìins de !a plupart ties grands Edifices érigés ions Louis XIV , & a eu les occasions les plus brillantes cie iignaìer ics talens. Un de les p'rincipaiix ouvrages , & un des meilleurs qu’il ait fait, est le Château de Claghy prés Ver-» failles , lequel a été démoli il y a une douzains d’années. C’est fur íes destins que le Pont Royal a été commencé en 1685. 11 fiit l’Archirecte de la grande Gallerie du Paiais-Roya! ; de la Place de Louis-le Grand ; de la Place des Victoires ; de la nouvelle Eglise des Invalides , située au bout de celle élevée pour les Soldats , monument de la capacité de cet habile Artiste , & qui fera dans tous íes tems le plus grand honneur à fa mémoire. C’est de lui les embellissements du Château de Versailles, fa façade du côté du Parc, la Chapelle » POrangerie , la grande & la petite Ecurie ; la maison de S. Cyr; les bàtimehs de la Ménagerie} & la Paroisse de Versailles. Lc Cbâiesa dç Marly & seS Jardins , ou il a en quelque forte égalé i<* Nôtre , font encore de fa composition; de même quV.ne partie du Château de S. (. loud & la Cascade. François Maillard éîoit plus pur dans ses profils , plus correct dans les proportions & les détails de íes ordonnances d’Architeôure que son neveu ; mais celui-ci avoit beaucoup plus île génie , plus d’inventicn , & une imagination plus brillante. Cet homme célébré, fut non feule- ínent premier Architecte de Louis XIV ; mais il devint aufiì Sur-Inteiidant & Ordonnateur général des Bâtimens du Roi en 1699. 11 mourut subite- nient à Marly en 1708 , & fut inhumé dans l’Eglise Tome VI. 1 i 498 Cours S. Paul à Paris, où on lui a élevé un monument de marbre de la main de Coisevox. Marot , ( Jean ) peut être regardé comme Architecte , du moins pour la théorie , quoique son principal talent tut la gravure. On croit qu'il a donné le dessin de l’Egiise des Religieuses Feuillantines dans le fauxbourg S. Jacques , dont l’ar- chitecture est assez correcte. On lui est redevable d’avoir fait un Recueil de la plupart des anciens Bâtùnens de France , dont il a publié deux volumes , connus sous le nom de Grand & de petit Marot. Martel-Ange , (Frere ) Jésuite, a donné les destins du Noviciat des Jésuites, rue Pot-de-sor, dont le portail est sur-tout fort estimé , & doit faire regretter que son projet n’ait ( pas eu la préférence fur celui du Pere Déran , pour l’exécution de fEglite de la Maison-Professe rue S. Antoine. Mercier , ( Jacques le ) a bâti le Palais-Royal, le gros Pavillon du Vieux - Louvre, l'Fgliso des Peres de l’Oratoire rue S. Honoré , excepté le Portail ; mais le meilleur de ses ouvrages , & celui qui lui assure un rang distingué parmi les Architectes François, est le Dôme de la Sorbonne. MESSONIER, ( Jujle-Aurelle ) né à Turin en 1695, & mort à Paris en 1750, étoit Dessinateur , Peintre , Sculpteur & Orfèvre. II fut premier Dessinateur du Cabinet du Roi, & en cette qualité il donna les destins du Feu d’Arristce, exécuté à Ver- failles à la naissance de feu M sr le Dauphin pere du Roi. Nous avons vu de lui des projets pour la n’A rchitecture. 499 reconstruction dti grand Portail de S. Sulpice, pour une Eglise & une Salle destinée aux Assemblées des Chevaliers de l’Ordre du S. Esprit, & pour la décoration du Chœur de S. Germain-Lauxerrois : il y avoit beaucoup de génie & d’irçiagination dans ses projets, mais en général il tourmentent trop son Architecture , & affectoit de s’éloigner de la noble simplicité qui doit taire son caractère essentiel. MétÉzeau, ( Clément) , naquit á Dreux, sous le régné de Louis XIII. II a fait la partie de la Gal- lerie du Louvre vers le premier guichet, qui est ornée de petits pilastres chargés de sculpture & de bossages vermiculès. 11 fut encore l'Architecte de l’Hôtel de Longuevilie, & de la Porte S. Antoine , que François Blondel augmenta depuis d’une petite porte de chaque côté. L’ouvrage auquel il a dû fa principale réputation, est la fameuse digue de la Rochelle de 747 toises de longueur, qui occasionna la reddition de cette importante Place ; ouvrage que l’on regarda alors comme téméraire, & qui éprouva dans son exécution les plus grandes difficultés : on grava à cette occasion au bas de sort portrait ces deux vers. Dìcitur Archlmedes tefram potuìjfe ntovere ,* JEquora qui potuit sistere , non minor est. Michel Ange Buonarotti, Peintre, Sculpteur & Architecte , naquit en 1474, à Arezzo est Toscane. Les ouvrages les plus considérables qu’il fit en Architecture sont, à Florence la Bibliothèque & la Sacristie de S. Laurent, & à Rome le Capi- tole moderne , ainsi que le Palais Farnèíe , qui étoit déjà commencé , & dont il fit les trois ordres de la cour, le vestibule & Fentablemèstf, Ii ij 500 Cours qui couronne íì heureusement cet Edifice. Ajprès la. mort d’Antoine Sangallo , il fut nommé Arrès la mort de Bramante. Julien mourut à 74 rans en 1617, & Antoine en 1534. Sansovin , ( Jacques ) Architecte & Sculpteur, fit construire à Rome l’Eglise de S. Jean des florentines, ayant été appelle en france par François F qui vouloir se l’attacher, en passant par Venise pc>ur s’y rendre , le Doge Gritti l’engagea à retabír le Dôme de S. Marc qui menaçoit ruine , & en efe't, il trouva par son industrie le moyen de mettie ce grand ouvrage à l’abri du péril oìi il étoit ; la cu c- ction des Bâtimens de la République étant vaine à vacquer fur ces entrefaites , elle lui fut dontée, & il fut chargé en cette qualité de construire l’Hitel de la Monoie , la Place S. Marc & le Palais des ?ro- curaties. On lit,dans fa vie , qu’il perdit parlaliice cette direction, & qu’il fut même condamné à me amende considérable , ainsi qu’à une prison perpétuelle , (dont il sortit néanmoins quelque tms- après par la protection du Comte de Mendcce, d’ArChitecture. 509 Ambassadeur de Charles-Quint) , pour setre fié uniquement à des liens de ter dans la construction des voûtes des portiques de la Place S. Marc. Elle étoit à peine terminée, que les liens de fer vinrent à rompre ou à lâcher prise , de sorte qu’il fallut rebâtir en partie les portiques, renoncer à des voûtes , & les couvrir en charpente , comme on les voit aujourd’hui. Quiconque , en ester, au mépris des réglés de la solidité, hazarde la construction d’un Edifice & compromet la sûreté publique , est nécessairement punissable. Sansovin mourut à Venise, âgé de 78 ans, vers 1570. Savot, ( Louis ) mourut en 1640 , & n’est connu que par son Livre de X Architecture Françoise , qu’il composa , dit F. Blondel , par esprit de charité , pour dévoiler les tromperies- des ouvriers en bâtiment, & pour empêcher ceux qui font bâtir d’être aussi facilement leurs dupes. II entre en conséquence dans tous les détails des bâtiments ; il parle du choix des matériaux, de la maniéré de les fonder , & par tout il fait remarquer les fautes que l’on commet , soit par ignorance , soit par tromperie. Mais comme ce qu’il a dit là-dessus avoir déjà beaucoup changé du tems de F. Blondel , celu-ci a juge à propos de donner une nouvelle édition de cet Ouvrage , qu’il a augmenté d’excellentes remarques. Scamozzi , ( Vincent ) Architecte de la République de Venise , est très-connu par les bâtiments qu’il a élevés. Le Palais Cornaro â Venise , le Palais Strozzi à Florence , celui du Comte Tristino à Vicence , qu’il a eontinué sor les dessins de Palladio , font 5io Cours honneur à ses talens. C’est de lui la composiíûoion de la petite Ville Greque qui décore la lcéne ididu Théâtre olympique de Vicence. Scamo^sti a publli'iié un Ouvrage sur l’Architecture, & il est un de c e.es Auteurs qui, en voyant les contradictions que l’oion remarque entre les proportions de tous les exerrrn- ples anciens & modernes , le font cru permis dde proposer leurs opinions pour réglés : Palladio, V f ignole, Serlio, Catanéo, Viola, Perrault & autres s , en ont usé ainsi, sans le soucier, ni de suivre poin-n- ctuellement les Anciens, ni des’accommoder avfícc les Modernes. Daviler a traduit ce qu’il a dit surir les cinq Ordres , & Samuel du Ry , Ingénieunr Hollandois , le reste de ses ouvrages. On a sur-toutit l’obligation à Scamo^i d’avoir perfectionné lee Chapiteau ionique antique, en faisant quatre laces s semblables toutes à volute , pour faire disparaître e l’inconvenient des coussinets. Chambrai dans ses s parallèles prétend qu’il étoit plus grand parleur r qu’ouvrier , & que, quoiqu’il soit assez régulier r dans les proportions des Ordres , les profils font t néanmoins secs & ses ornemens de mauvais goût : •' cette critique est trop fevere; Scamo^i, comme J bien d’autres, a ses beautés & ses défauts. Sf.ht.to, (Sébastien} Architecte Italien, naquit à Boulogne. François I. le fit venir d’italie íur li réputation , & lui donna la conduite des bâtimen; du château de Fontainebleau. II avoit fait un: grande étude de F Architecture ancienne & moderne , ainsi qu’on en peut juger par ses (Euvre; d’Architecture : c’étoit un des grands Sectateur; de Vitruve ; on peut dire même qu’il a imité dan cet ouvrage jufqu’à ses défauts, dans la perfua sion sans doute où il étoit, qu’on ne pouvoi d’Architecture. 511 s’égarer , en suivant un Architecte qui avoit écrit dans un siécle auíïì éclairé que celui d’Auguste. Lorfqu’il fut question de continuer, sous Henri II, le Louvre, il donna des destins en concurrence avec les autres Architectes, mais ceux de Jean Lescot furent préférés aux siens, ainsi que nous l’avons dit. SERVANDONI, ( Jean ) Architecte , Peintre & Décorateur, né à Florence en 1695. Peu d’Artistes se sont acquis autant de célébrité par leurs travaux : il étoitéleve de Jean Paul Panini pour la Peinture, & de Jean-Joseph Roslì pour l’Archi- tecture : les bâtimens qu il a fait exécuter font l’Eglife Paroissiale de Coulange en Bourgogne ; le Grand-Autel de la Métropolitaine de Sens ; celui des Chartreux de Lyon ; le grand Escalier de l’hôtel d’Auvergne à Paris ; enfin le grand Portail de l’Eglise Paroissiale de S. Sulpice , & le commencement de fa Place. A l’égard de ses autres Ouvrages, il a donné les destins des décorations de l’Opéra pendant plusieurs années, avec un applaudissement unanime, & des spectacles à machines fur dissérens sujets auísi intéressans qu’ingénieux fur le Théâtre de la Salle des machines d u Palais des Tuileries. II avoit un talent tout particulier pour composer les Fêtes publiques -, c’ctoit cn cela qu’il excelloit principalement. On íe rappelle encore avec plaisir , celles qu’il a fait exécuter à Paris, pour le mariage de Madame Premiere en 1739 , à Bordeaux pour le passage de Madame la Dauphine , à Londres lors de la derniere paix , & enfin à Lisbonne. II avoit proposé un projet pour placer la statue de Louis XV.' fur l’efplanade du pont-tournant, qui fut beaucoup admiré dans le tems, & dont nous avons donné ;ir c o v ít s la description dans les Mormmcns à la gloire t ■ dè Louis XV. Enfin nous avons de lui des Tableauuaux de ruines d’architecture , très estimés des coroion- noisseurs : son style d’Architécture étoit nobieleíe , ses-productions étoient marquées au coin du génieioie, & c’est un de ces Artistes dont on conserveie/ent long-tems le souvenir. SLOTZ, ( Pierre , Paul & Michel-Ange ) freres^ses , furent successivement Architectes & Décorateurnurs des menus plaisirs du Roi, & donnerent en cetttrtte qualité les dessins des Fêtes qui furent faires ; à Versailles à l’occasion des mariages de Monseignemmir le Dauphin , de la naissance de M. le Duc dd.de Bourgogne , ainsi que de nombre de Catafalqueteies dans l’Eglise de Notre-Dame de Paris. Ils se diiisis- tinguerent par un modelé de Place, pour la statuueie du Roi sur le Quai des Théatins , qui sot exposisisé publiquement, & dont on trouve le dessin dannsis nos Monumens à Louis XV. Michel-An ge étoit eei-it outre un excellent Sculpteur , & avoso un talennnt bien supérieur à celui de ses freres, SOSTRATE célébré Architecte de lantiquité , s natif de Gnide , fut employé par Ptolemée^--- Philadclphe , pour exécuter la Tour du Pharrcro dans l’Iste de Pharos, ouvrage que l'on a mis aï un rang des sept merveilles du monde ,*'& qui poui-t- voitêtre comparé pour la grandeur aux PiramydeíS"S d’Egypte. Cette Tour servoit de Phanaí , & etoiitt: bâtie sur un rocher baigné des eaux de la mess.'. Son plan étoit un quarté, dont chaque côtéaVoiit-t- environ 600 pieds; & elle étoit tellement élevée w qu’on pouvoit l’appercevoir en mer au moins cheT trente lieues, Vasak í ï d’Architecturf,. 513 Vasari, ( George) d’Arezzo, Peintre & Architecte , a publié les Vies des Peintres , Sculpteurs & Architectes de son terris. II a travaillé à la Vigne de Jules II, au Fauxbourg d u Peuple à Rome, & a donné le Destin du principal corps de bâtiment de cette Maison de plaisance que Vignole acheva par la suite. 11 mourut à Florence en 1578, âgé de 64 ans. Vau, (Louis le) né en 1612 , remplit avec distinction la place de premier Architecte du Roi, & eut la direxion des bâtiments du Louvre , depuis 165:3 jiisqu’en 1670 qu’il mourut. II avoit fait exécuter une façade au vieux Louvre, du côté de la rivière,qui a été masquée depuis par celle de Perrault : les deux grands corps de bâtiment du Château de Vincennes du côté du Parc , sont de fa composition : il a donné les destins du Château de Vaux- le-Vicomte , de celui de Bercy, des Hôtels Col- bert, de Lionne & Lambert à Paris , ainlî que de la Maison de M. Heffelin, & sur-tout du Collège des Quatre-Nations , qui est son meilleur ouvrage , mais qui ne fut exécuté qu’après fa, mort par Dorbay son éleve ; il a encore commencé l'Eglise de S. Louis dans rifle , qui a été continuée par le Duc ; enfin , il a jetté les son - dements de l’Eglise de S. Sulpice. On (çait qu’après la mort de Perrault , les ennemis de fa gloire prétendirent que le dessin du Péristile du Louvre étoit de le Fau , mais il faut fe connoître bien peu au génie & aux talens des Artistes , pour ne pas s’appercevoir de l’énorme différence qu’il y a entre le goût de ces deux Architectes : nous savons déja fait remarquer dans nos Mémoires , & nous croyons devoir ici le répéter ; Si c'est le Vau qui a fait le destin de la Colonnade du Louvre , il faut Tome VI. K k ; 14 Cours sans difficulté lui attribuer tous les autres ouvrages cle Perrault , car ils sont tous composés dans le même esprit ; en comparant le style de F Architecture cle Perrault & celui de le Vau , on s’ap- perçoit aisément qu’aurant l’un est pur , noble , précieux & élégant dans ses proportions , autant l’autre est lourd , pesant & froid. VlGARANl, ( Gaspard) Architecte Modenois , est Auteur du destin de la Salle des Machines dans le Château des Tuileries , dont la Salle de la Comédie d’aujourd’hui n’occupe que la partie du théâtre , ce qui peut donner une idée de son immensité. II paroìt cependant que Vigarani a eu plus de part à la construction & à la méchanique de cette Salle qu'à fa décoration ; car l'on prétend que c’est Lebrun qui a donné le destin de la décoration des loges & du plafond, qui font dune très-grande richesse. VlGNOLE , ( Jacques- Baro^io de ) Architecte Italien, né en 1507, à Vignole dans le territoire de Bologne , vint en France sous le régné de François I. où l’on dit, qu il donna les plans de plusieurs bâtiments. De retour dans fa patrie , il sir à Mincrbio près de Bologne, un Château pour le Comte Almano îselani ; & dans Bologne la maison d’Achille Bocchi , le Portique du Change, & le Canal de Naviiio qui a plus d’une lieue de longueur, pour y amener de l'eau. Les Eglises de Mazzano, de S. O reste , & de Notre-Dame des Anges à Assise, sont austi de sa composition. Jules II. le fit son Architecte , & l’employa à bâtir à Rome une Vigne hors de l.i Porte du Peuple , qu’il exécuta en partie : il tut chargé encore d’achevar 4 d’Architecture. 515 le Palais Farnêfe, qui avoir été commencé par Bramante , & de donner les dessins de l’Eglisedu Jésus, qu’il n'éleva cependant que jusqu’â la corniche : ce fiit Jacques de la Porte, un de les Eleves qui la continua , & qui fit même le Portail fur un dessin de son invention; lequel elì d’une composition très- médiocre , & fait beaucoup regretter qu’il n ait pas suivi celui de son Maître. Un des Ouvrages qui a fait le plus d’honneur à cet Architecte , est la composition du Château de Caprarole , à dix lieues de Rome, dont la dispositionamphithéarrale est très-heureuse. Lorsque Philippe II. voulut rebâtir le Château de l’Efcurial , & demanda des projets aux principaux Artistes d’alors , on prétend que ceux de Vignole furent les plus applaudis , & auroient eu lieu , s’il avoir pu se refondre à passer en Espagne ; mais ayant été chargé vers le même rems de la continuation de la Fabrique de l’Eglise S. Pierre , après la mort de Michel-Ange,. il préféra de rester dans fa patrie , & de succéder à ce grand-homme : c’est de lui les petits dômes qui accompagnent le grand, f'ignole a laissé un Traité des Ordres d.'Architecture , dont les profils & les proportions , quoiqu’un peu gigantesques, font néantmoins d’une grande maniéré , & ont été en général préférés en France à ceux des autres Architectes qui ont aussi écrit fur cette matière. II mourut en ^ 5 73. VlTRUVE, ( M Vitruvìus Pallia ) Archirecte, né, soit à Formia , petite ville de Campanie , soit à Fondi, soit à Vérone ( car on n’est pas bien certain du lieu de fa naissance ) vivoit, à ce que l’on croit , fous l’Empereur Auguste. Quoi qu’il en soit, il paroît avoir eu peu de part aux grands ji 6 Cours Edifices érigés de í'on tems, & avoir plutôt brillé comme Ingénieur que comme Architecte. Les hommes se peignent d’eux - mêmes dans leurs ouvrages ( t ) ; il ne faut que les lire pour juger de ses mœurs & de la trempe de son esprit : en voyant ses bons í'entimens, & les grandes qualités qu’il délire dans un Architecte , on peut se persuader qu’il étoit capable d’être lui-même cet Architecte dont il fait le portrait ; sur-tout quand j! dit , en plusieurs endroits , qu’un Architecte doit avoir Famé grande , le cœur généreux , qu’il doit être doux , équitable , fidele, fans avarice , fans cupidité & fans intérêt ; qu’il doit soutenir son rang avec gravité & honneur , ne point solliciter pour se faire donner de l’emploi , mais' qu’il doit travaillera acquérir un mérite qui le distingue, & attendre qu’on le prie de prendre le soin & la conduite d’un Ouvrage. Après les mœurs qu’il exige principalement dans un Architecte, que de connoissances ne demande-t-il pas pour exceller dans cet Art? II veut que celui qui s’y destine ait beaucoup de génie, une grande docilité à recevoir des conseils dans l’occasion , qu’il soit veríé dans les Belles - Lettres , qu’il soit instruit de la Géométrie , de l’Optique , de l’Arithmétique , qu’il ne soit point ignorant dans i’Hiítoire, dans la Philosophie , dans la Musique , qu’il ait une teinture de la Médecine , de la Jurisprudence, de l’Astrologie, & qu’il ait par-dessus tout l’intelli- gence & la pratique du Destin (z). Vìtruve. ainsi qu’on en peut juger par l’Ouvrage qu’il nous a laissé , avoit, en effet,une notion de toutes ces Sciences. Son Livre d’Architecture est ( i ) Vie des Architectes par Felìhïen , pag. 70. ( 2. ) Vitrine , Livre I & VI. d’Architecture. 517 îe seul qui nous soit resté de l’Antiquité fur cette matière : il est si connu qu’un extrait devien- droit ici superflu. II étoit accompagné d’un grand nombre de destins qui ne sont point parvenus j risqua nous ; ce qui vraisemblablement , comme nous l'avons déja remarqué,est cause de l’obscurité qu’on lui a reproché, & a donné lieu à une multitude de versions , de commentaires & d’inter'- prétations pour y suppléer. Ses principaux Traducteurs , Commentateurs , ou Interprètes sont Caporali , Mûbomìus , Jean-Martin , Baldus , Laet , Philander , Barbaro , Joconde , Cisaranus , Rivius , Perrault , &, depuis peu, le Marquis de Galliani : les Commentaires des deux derniers sont très-estimés ; ils ont mis à profit les observations de leurs prédécesseurs , & les ont fait en quelque sorte oublier. Wréen, ( Chrìjlophe ) né en Angleterre en 1632» fut à la fois un Géomètre de réputation , un Architecte de génie, & sur tout le premier des Constructeurs modernes. Après le grand incendie de Londres en 1666, qui réduisit en cendres presque toute cette Capitale , il proposa un plan général de reconstruction , qui , s’il avoit eu lieu , auroit rendu cette Ville la plus belle du monde , par fa distribution , par l’avantage de íes percés, & par l’heureuse disposition de ses Edifices publics. En vain ce projet fut-il approuvé par le Roi & le Parlement, comme la propriété est un droit imprescriptible en Angleterre , on ne put frire entendre raison au peuple à cet égard, & chacun voulut reconstruire fa maison fur son même emplacement. Au reste , si Wréen n’eut pas l’avantage de faire exécuter son projet, il fut du moins chargé de la reconstruction de la plupart des Monuments de cette Capitale, & de ceux qui furent élé- 518 Cours vés de son teins dans ses environs. Ses principaux Ouvrages font, le Temple de S. Etienne-Valbrock , & celui de Sainte-Marie ab Arcu ; le Monument, qui est unetrès-grosse colonne Dorique de 14 pieds de diamètre , laquelle a été élevée dans le lieu où a commencé l’incendie ; l’Hôpital de Grenwik , qui est bien supérieur par l’ordonnance de sa composition à celui des Invalides à Paris ; l’Hôpital de Chelfea ; le Théâtre d’Oxford , &c. Mais de tous les Edifices qu’il a élevé, c’est le Temple de S. Paul de Londres qui lui a fait le plus d’honneur par fa composition, & par les talens supérieurs qu’il a déployé dans fa construction. Cet Edifice, le plus vaste en ce genre après S. Pierre de Rome , est un chef-d’œuvre ^intelligence & de combinaisons des pouvoirs mécaniques , que les Connoisseurs ne peuvent se lasser d’admirer , & , où tout, quoique de la plus grande legéreté , est néanmoins reparti de la façon la plus propre à en assurer la durée. Cet homme célébré mérita, comme nous lavons déjà dit ailleurs , pour récompense de la haute estime qu’il avoit inspiré à sa Nation , d’ètre inhumé exclusivement dans le Temple de S. Paul, où on lit fur fa tombe cette Inscription sublime ; Subtùs conditur Hujus Ecclefiœ & urbis condltor , Chrifiophorus Wréen Qui vìxìt annos ultra nonaginta , Non fibi , se d bono publico : Lecíor , fi Monumentum requiris C 1 R C U M S P I C E. Obiit XXV. Feb. anno lyrz. D’A R C H I T E C T U R E. 519 Son style d’Architecture est quelquefois peu correct : à lexemple des hommes de génie , il négligeoit volontiers les détails , & ne cherchoit qu’à plaire, par le bel effet de la masse totale de ses Edifices ; mais, de même que l’on va en Italie & en Grece , pour étudier les belles proportions & les ordonnances d’Architecture des Monuments antiques , il fa adroit aller en Angleterre pour étudier la construction des Edifices de Wrèen , pour apprendre à raisonner cette partie , & à ne point opérer au hazard , comme l’on fait communément. FIN. APPROBATION DU CENSEUR ROYAL . J’ai lu, par l’ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux , le V e & VI e Tomes du Cours IArchitecture de feu M. Blondel. Cet Ouvrage, dont on attendoit la continuation avec une forte d’impa- tience , a été heureusement terminé par une main très-habile dans cette matière, & n’a pu qu’y gagner quant à la précision du style : Donné, à Paris , le 14 de Mars 1777. Philippe de Prétot , des Académies £ Angers & de Rouen, Le Privilège est à la sin du Tome Second. Dc l’Itnprimetie d'Auo.-M art. LOTTIN, laîné Imprimeur-Libraire du Roi, rue S Jacques, au Coq. * M. D C C. L X X Y I I. •AVERTISSEMENT. N o U S eussions bien désiré donner Table générale des Matières & une explication des termes qui font entrés dans la composition de cet Ouvrage , M. Blondel l’avoit promis i mais nous ne concevons pas , comment il l’auroit pu exécuter , à moins d!augmenter le nombre . des Volumes qu’il avoit aiinoncè. Car ce Cours embrassant la théorie & la pratique de l’Architecture , ains que de tous les Arts qui y ont rapport , il résulte qu’une pareille Table ne Jauroit être que très- consdérable , ou plutôt , qu’elle comprendroit consdérable , ou plutôt , qu’elle comprendroit un Dictionnaire complet d’Architecture , capable d’occuper seul un bon volume. Au Jurplus , nous croyons qu’on pourra aisément s’en passer , non-seulement , par l’attention que l’on a eu de mettre , toujours à la tête de chaque Tome un Dictionnaire complet d’Architecture , capa- une Table particulière des matières pour annoncer ce qu’il contient , & en outre , au commencement du Tome Juivant , un précis du précédent ; mais encore , parce qu’on ria laissé passer aucun terme teenique , jans expliquer fa signification , ou du moins fans désigner fa repréjentation , dans les figures , par des lettres de renvoi. A •'■W 1 >k'u. ' -« ' r . * \ < ' 4 ' •%- *ì - jt