£>ro COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E, Avec les développemens utiles aux Agriculteurs du Continent ; Par Charles PICTET, de Genève. TOME PREMIER. A GENEVE, Chez J. J. Paschoud , Imprimeur-Libraire. 1808. KlA o"' •X jUJ Ço 'Je J) tU/tf / €^f- 1 PREFACE. e S lecteurs de la Bibliothèque Britannique ont souvent témoigne' aux rédacteurs de ce Journal le désir de pouvoir acquérir seule la partie qui traite de l’agriculture. Y consentir eût été changer le plan dont un succès soutenu démontroit la convenance. Dans le courant de la onzième année de mon travail , j’eus l’idée de rassembler par ordre de matières, les sujets disséminés dans les dix volumes publiés. Ce projet fut accueilli, mais diverses circonstances en ont retardé l’exécution. Il est aisé de comprendre que dans un ouvrage périodique sur l’économie rurale , que l’on compose de tout ce qui paroît pouvoir être instructif, il doit se trouver, au bout de dix ans, une surabondance de matières sur certains objets , beaucoup de redites, des eontradictions réelles ou apparentes , et enfin a ij f R É P A c s: un desordre qui rebute le lecteur, et rend, l’instruction moins facile à saisir. Une grande partie de ces inconvéniens disparoît aujourd’hui. Si r on ne peut pas empêcher qu’il y ait opposition entre les assertions diverses, et quelquefois un peu d’embarras pour les concilier , on trouvera du moins, dans l’arrangement adopte, et dans les notes qui accompagnent l’ouvrage, toute la clarté que comporte le genre. On pourra distinguer ce qui tient au tems , aux lieux , aux saisons , à la nature du sol, au climat, et aux principales circonstances de la culture. Le lecteur verra quels sont les points de théorie et de pratique que la convergence du plus grand nombre des faits a mis en évidence , soit en Angleterre , soit sur le continent (car les méthodes des autres pays de l’Europe sont souvent présentées comparativement dans cet ouvrage). Il jugera quels sont les faits sur lesquels il est sage de conserver du doute, ceux qui méritent ou exigent de nouvelles recherches ; il discernera enfin tout ce qui est susceptible d’une imitation utile. P R i F À C E. il) Faute d’y avoir suffisamment réfléchi , il arrive souvent qu’on se tient en garde d’une manière indéfinie contre les proce'de's étrangers à l’économie rurale du pays où l’on cultive. Cependant comment espérer un perfectionnement sans imitation ? C’est en prenant tout ce que l’expérience a prouve' bon, et qu’un jugement éclairé' nous montre applicable, que chacun de nous peut ame’liorer ses méthodes , donner autour de lui de bons exemples , et augmenter ses revenus. Quel que soit le degre’ d’instruction des cultivateurs d’une province, ou d’un canton f l’on ne peut jamais dire qu’ils n’aient rien à apprendre en the'orie , que leurs méthodes soient toujours bien raisonnées, que leurs ins- trumens aratoires soient parfaits, et que l’exécution de détail ne laisse rien à désirer. Ceux qui ont réfléchi sur ces objets savent très-bien que l’agriculture d’un pays se compose d’un assemblage de pratiques sur lesquelles la nature des choses a sans doute eu quelque influence, mais dont le hasard surtout a décidé. Prétendre qu’il y a toujours quelque r K É P A C E, iv bonne raison de tel on tel usage agricole dans chaque canton , et partir de là pour proscrire toute ide'e nouvelle , est une manière de raisonner qui condamne ceux qui cultivent la terre à se mouvoir toujours dans le meme cercle d’erreurs. L’Angleterre est le pays de l’Europe où l’agriculture a fait les plus grands progrès ; c’est celui où elle ressemble le plus à une ve'ritable science. Les e'crivains agronomes ont une langue particulière pour les formules et la pratique. Outre les journaux expressément destine's à faire circuler les connois- sances , il se publie annuellement un grand nombre d’ouvrages dont le but est d’éclairer les fermiers. Ceux - ci ont plus d’instruction que cette classe n’en a dans le reste de l’Europe : ils lisent, ils comparent, ils réfléchissent ; ils travaillent avec des capitaux qui leur permettent de fortes avances , et ils sont aidés par les banques des provinces. Les grands propriétaires font souvent des sacrifices pour les réparations dont l’effet doit se prolonger plusieurs années. Ces grands proprié- ï> R )! F A G E. V taires ont des associations dont le but est d’avancer la science de l’agriculture , et d’en perfectionner les méthodes. Ces sociétés correspondent entre elles , et répandent l’émulation, par les concours, les prix, les éloges. Quelques seigneurs vont au même but par des fêtes agricoles qui reviennent chaque année; et enfin le gouvernement a créé un bureau ou departement, destiné à rassembler les faits et à répandre la lumière sur tous les objets de l’économie rurale. Cependant le lecteur verra que l’Angleterre offre encore , dans plusieurs de ses provinces, l’exemple d’une culture imparfaite ou barbare. De vastes communaux presque inutiles, des marais pestilentiels susceptibles de dessèchement , des instrumens aratoires d’une construction défectueuse et d’un emploi ruineux , des races de bestiaux dégénérées , une perte évidente de tems et de forces dans l’application des bras, ou des animaux de travail , une persévérance opiniâtre dans la triste méthode des jachères , enfin des as-< solemens qui ruinent le sol > le fermier et le PRÉFACE. •VJ proprietaire , et qui ne sont pas même surpassés en absurdité par ceux des départemens et des cantons de la France où la culture est la plus vicieuse (i). Faudra - t - il conclure de ces faits remarquables que les moyens employés en Angleterre pour la propagation des connoissances et l’imitation des bonnes pratiques , sont essentiellement mauvais? On peut bien prononcer qu’ils sont insuffîsans ; mais comme l’Angleterre est-eependant, à la considérer en masse, le pays de l’Europe où les bonnes théories et la pratique de l’agriculture sont le mieux entendues, les disparates ci-dessus prouvent surtout la difficulté qui y a à rendre l’exemple efficace , dans un art profond, exerce par des individus isolés les uns des autres, et qui appartiennent à la classe ignorante. Comment s’y prendre pour entraîner, par la conviction de leur propre intérêt, des hommes qui ne lisent point, qui ne réllé- (1) Voyez le Traité des Assolcmens, pag. 2If) et suiv. (chez J. J. Paschoud, imp.-lib. à Genève). P K É F A C E. vij chissent point, que l’on ne peut ni rassembler ni atteindre? Comment obtenir leur confiance en leur donnant des pre'ceptes nouveaux sur les choses qu’une habitude d’enfance leur a appris à ne considérer que sous une seule face ? Comment leur faire abandonner un résultat que l’expérience leur a montre’ certain , pour ce qui ne leur paroît qu’une possibilité vague? Comment vaincre l’obstination, à laquelle l’ignorance prête toujours tant de force? Voilà pour les gens de campagne tout- à-fait grossiers, les paysans petits proprietaires, ou les journaliers qui travaillent la terre de leurs mains. Quant aux fermiers et aux propriétaires-cultivateurs qui ont quelqu’aisance, et dont les idées se sont un peu étendues par l’éducation et la comparaison des objets , on trouve chez eux des obstacles d’un autre genre , mais qui ne sont peut-être pas plus faciles à surmonter. L’agriculture est une science vaste qui tient à toutes les autres; mais comme c’est aussi un art dont tout le monde se mêle, et croit pouvoir raisonner, il y a toujours un grand nombre PRÉFACE. VÎij d’exceptions et de distinctions à faire sur chaque fait et sur chaque détail. Pour discerner ce qui est essentiel à un fait agricole quelconque , il faut, non-seulementbeaucoup de connoissances, mais encore de la pratique et du jugement. Un peu de science, et beaucoup de pratique sans jugement, donnent mille chances d’erreur. jLa pratique et le jugement peuvent bien guider le fermier dans son train journalier; mais s’il i manque de connoissances générales, il est resserré dans une sphère étroite : il soignera sa culture, il en exécutera bien toutes les parties; mais il résistera aux innovations dont l’utilité ne lui a pas été matériellement démontrée ; il n’abandonnera point l’ensemble de sa pratique , pour en admettre un autre. S’il adopte des changemens, ils seront lents, graduels, incomplets ; et cependant les années se succéderont, et l’homme passera , sans laisser à ses enfans un système de culture bien combiné. Chacun peut juger par lui-mème du genre d’obstacles moraux que l’instruction rencontre, lorsqu’on cherche à la répandre. Si celui qui ï> II t. P A C E. IX est etranger à nos localités essaie de nous persuader des changemens dans nos méthodes, nous avons à lui opposer une foule d’objections que nous croyons solides. Si même il réussis- soit à nous convaincre, qu’abslraitement parlant , une agriculture dont nous n’avons point l’expérience nous seroit plus profitable que celle que nous suivons , nous serions effrayés de la masse des difficultés qu’il y auroit à surmonter dans l’inertie ou la mauvaise volonté des agens que nous serions forcés d’y employer. Mais si tous les moyens dont on a fait usage jusqu’ici, soit en Angleterre , soit en France , pour l’amélioration de l’agriculture, n’ont que des effets si lents, peut-on en espérer de plus prompts et de plus efficaces par l’emploi de dispositions et de mesures nouvelles? C’est ce qu’il est intéressant d’examiner. Les difficultés peuvent se ranger en trois classes : celles qui dépendent de l’ignorance des gens de la campagne, celles qui résultent de l’isolement des cultivateurs ou de leur dissémination sur toute l’étendue d’un pays, et X P K É F A C E. enfin celles qui tiennent à la brièveté’ de la vie de l’homme. Lorsqu’on re'ussit à aborder ceux qui cultivent la terre , et qu’on veut leur communiquer l’instruction, l’on ne s’en fait point entendre ; les écrits ont encore moins d’effet sur eux ; et si quelques individus , pris sur un grand nombre , sortent de la route battue pour faire mieux que les autres, l’exemple de leur culture pe’rit avee eux , et le point de départ dans les améliorations, demeure le même pour les générations qui se succèdent. Puisque ce n’est ni par des livres , ni par î des discours que l’on peut s’adresser aux gens de la campagne , il faut parler à leurs yeux par des objets matériels, qui réveillent leur activité en leur assurant des profits nouveaux. Puisque les habitudes d’enfance ont une force si déplorable dans la route de l’erreur, il faut viser à leur imprimer une direction salutaire- Puisque la durée ordinaire de la vie ne permet au même individu qu’une expérience très- bornée , relativement à l’étendue de l’agriculture considérée comme science et comme art* P R 13 P A C E. x i il faut tâcher de donner de la permanence aux exemples utiles , et de les rendre inde’pen- dans cle la fragilité' et de la brièveté' de la vie. J’ai essaye de faire sentir ces vérités dans les Considérations sur VAgriculture Françoise, éerites il y a dix ans, et qui se trouvent en tête du second volume de ce Cours. J’y suis revenu dans le Traité des Assolemens écrit en 1802. J’ai cherché à faire comprendre de quelle utilité il pourroit être d’établir dans le voisinage de la capitale, une vaste exploitation , non pas à?expériences, mais de modèle, dans laquelle tout ce qui est démontré bon fût exécuté de la manière la plus soignée : qui fût à la fois une institution pour élever des agriculteurs dans les meilleures pratiques de l’art j un dépôt des machines aratoires les plus perfectionnées ; un théâtre de ïèur application usuelle ; un lieu où l’on pût entretenir et employer les animaux utiles à l’agriculture, pris dans les races les plus parfaites; une exploitation, enfin, qui se distinguât parles constructions perfectionnées et économiques î n e r a c e. des bâlimens ruraux , par la re'gularite' da travail dans toutes ses parties , et surtout par des assolemens dont il résultât le plus grand profit que pussent comporter le sol et le climat. Je pensois que d’autres fermes d’application devroient être mises en rapport avec cette ferme centrale, et être subordonne'es à la même direction. J’insistois sur l’importance d’y e'viter les expériences négatives, parce que les igno- rans en argumentent contre les systèmes dont ils sont incapables de saisir l’ensemble. Je rap- pelois que l’état des connoissances nous permet- toil d’établir dans tous les terrains et sous tous les climats, des assolemens qui donneroient la certitude morale d’une bonne récolte chaque année, sauf les contrariétés des saisons dont l’effet est général sur tout un pays. Enfin, je faisois observer que ces foyers d’instruction- pratique devroient être distribués dans diverses parties de la France, non sur le principe de les espacer également, mais à portée des villes peuplées , parce que là où il y a le plus de lumières et d’aisance, il y a aussi plus de gens r K I F J1 C É xîq prêts à imiter ce qui est bon, et parce que des systèmes de culture dont les avantages seroient palpables, trouveroient promptement beau- coup d’imitateurs parmi les gens éclaires , puis successivement parmi le peuple des campagnes qui ne cède qu’à l’évidence de son intérêt. Ces idées générales, beaucoup d’autres les ont eues comme moi. Il y a peu de mérite à les avoir énoncées, et recommandées. Chacun peut rêver des projets de bien public ; et j’e'tois bien loin de penser alors que ce que j’indiquois comme d’une exécution possible, sous l’mtluence protectrice d’un gouvernement , fût de nature à être réalisé par la volonté énergique d’un seul individu. Honneur à celui qui a fondé les établissemens d’IIofwyl ! Il a conçu ses plans et travaillé dans le silence. Les obstacles matériels se sont accumulés, les difficultés morales se sont multipliées sur sa route : il les a renversés ou surmontées. L’opinion de ses compatriotes, de ses amis, de ses proches, étoit contraire à ses entreprises : il n’en a point été ébranle' ; XÎV PRÉFACE. et aujourd’hui qu’il publie ses beaux résultats, qu’il provoque sur tous les details de ses travaux le regard scrutateur de ses envieux mêmes, s’il etoit possible qu’il y en eût dans une telle carrière , il montre aux agriculteurs habiles ce que peut, pour les progrès de leur art, une volonté' perse've'rante , lorsque le ge'nie et l’amour du bien lui marquent un but digne d’elle (i). Si les e'tablissemens d’Hofwyl n’existoient pas, on pourroit encore soutenir que réaliser une exploitation de modèle dans ce point de perfection, seroit un espoir chimérique. L’expérience est consommée. Les assolemens établis • àHofwyl rendent de profit net, et par les seules ressources du domaine, sept fois davantage sur le même espace, que ne faisoient les anciens assolemens de la Suisse, avant l’introduction du trèfle, et près de trois fois plus que n’a fait jusqu’ici la culture la plus perfectionnée qu’on (1) Voyez la Biblioth. Britan. , et l’ouvrage intitulé Vues relatives à tAgriculture de la Suisse { qui se trouve chez J. J. Paschoud, ûnp.-libr. à Genève). i préface; XV ait vue clans ce pays-là (1). De tels faits, mis une fois en pleine évidence, il est impossible que les cultivateurs résistent à l’attrait de l’intérêt , et se refusent à imiter ce qu’on prend soin d’ailleurs de leur rendre facile. L’instruction des jeunes gens, pour la tlie'orie et la pratique des diverses parties de l’art, entre essentiellement dans le plan d’Hofwyl ; car son fondateur croiroit n’avoir rien fait, s’il n’eût assure' la diffusion des bonnes méthodes, par une e'cole qui formera sans cesse de nouveaux sujets pour l’application de la culture perfectionnée (a). Ilcroiroit encore n’avoir rien fait , s’il ne rêussissoit à e’tendre et à rendre permanens les effets de son zèle. Il s’occupe, (1) Le profit net moyen de toutes les terres arables d’Hofwyl est de 176 liv. 11 s. de France sur un espace de 32 , 5 oo pieds de France. Sur le même espace, l’ancienne agriculture de la Suisse rendoit 25 liv. de Fr., et dans les terrains de première qualité, soumis à la plus parfaite agriculture-pratique jusqu’ici, cet espace rend 62 liv. 16 s. 6 d. Les calculs qui mettent ces faits hors de doute ont été publiés, et vérifiés par l’exaiaen le plus sévère. SVJ PRÉFACE, en conséquence , de la cre'ation de nouveaux e’tablissemens , calques sur celui d’Hofwyl, pour les soumettre tous egalement à une direction conservatrice. Celte direction maintiendra les principes, régularisera le mouvement, et prolongera, au profit des générations suivantes, les résultats de l’instruction et de l’exemple (b). Ainsi se trouveront résolues les trois grandes difficultés qui existent dans la nature des choses, et qui sembloient s’opposer à une révolution complète en agriculture , savoir : l’ignorance des gens de campagne, leur dissémination , et la brièveté du tems que la nature accorde à chaque amèliorateur pour rendre son exemple utile. Les oeuvres du fondateur d’Hofwyl parlent aux yeux des paysans ; il les convertit à sa doctrine au nom de leur intérêt; il instruit leurs jeunes gens dans ses méthodes; il multiplie les points lumineux, pour qu’ils éclairent un plus grand nombre d’individus ; et il remédie enfin à la disproportion qui existe entre la courte durée de la vie humaine, et l’immense étendue de la science. On PREFACE. xvij On ne peut point argumenter de l’insuffisance , jusqu’ici reconnue en Angleterre et ailleurs , des bons exemples de culture per- fectionne'e, pour en conclure que l’effet de celui d’Hofwyl sera tout aussi limite. On a vu en Angleterre , et on y voit encore, des exploitations admirablement conduites , soit quant au plan de leur culture, soit quant aux details de l’execution. Ces exploitations sont d’un bon effet sur la masse de l’instruction, agricole, et'surtout dans le canton où elles existent. Les curieux viennent les visiter, et en emportent des notions utiles. Les voisins intelligens imitent ce qui leur est applicable. Dans ce genre, on cite encore la ferme de Petersham , où le célébré Ducket, surnommé le Prince clés fermiers , soutint pendant plus de vingt ans , sur le plus mauvais terrain , une exploitation qui l’enrichit, et qui faisoit l’admiration de tous les vrais connoisseurs (1). Qu’en est-il resté ? Ducket a passé : l’exemple de ses améliorations a passé avec lui. Il en (i) Voyez le a. 11 voluuae de ce Cours, p. ,4a3 et suiv. b XVÜj PRÉFACE. seroit de même d’Hofwyl , si son fondateur n’eût songe' à prévenir ce décourageant et triste résultat, qui ramène les hommes au point de départ de ceux qui les ont précédés. Dorénavant on peut espérer qu’aucune acquisition importante ne sera perdue pour la science. Les faits recueillis , classés avec soin, s’accumuleront pour l’instruction des générations successives. Les objets matériels demeureront exposés aux regards. Des principes uniformes seront invariablement suivis. Chacun pourra aller puiser à la source de l’instruction , pour y chercher, non pas des notions fugitives et des probabilités séduisantes, mais des règles constantes, et des formules certaines, qui ôteront aux hasards de l’agriculture tout ce que l’art peut leur ôter. Il n’est pas difficile de comprendre qu’il devra résulter de la réunion de ces diverses circonstances, un état de choses jusqu’ici inconnu , et que la fondation d’Hofwyl marquera une ère nouvelle dans les fastes de l’économie rurale. Seroil-il nécessaire de rappeler que l’agriculture est la seule base solide de la pros- PREFACE. xix périé des nations, et l’appui le plus efficace de leur force? qu’elle multiplie les hommes, assure l’indépendance, créé les manufactures, anime le commerce , qu’elle est enfin le principe de vie des états , et la conservatrice des mœurs ? Ces vérités, devenues triviales , ne sauroient être oubliées ; mais le problème à résoudre, c’est de trouver des moyens efficaces pour vivifier l’agriculture. L’insuffisance éprouvée de ceux qu’on a essayés, rebute de leur emploi. L’effet des encouragemens donnés a été d’une utilité très-bornée , et l’on en conclut qu’il faut abandonner à elle-même l’industrie des champs : heureux encore ceux qui l’exercent , s’ils ne sont point en butte aux vexations de détail qu’entraîne , dans certains pays , l’avidité fiscale ! O11 imaginera peut-être d’objecter contre l’imitation de l’établissement d’Hofwyl, que la culture qui convient à ce point de la Suisse, ne seroit pas applicable à la généralité du territoire de l’Empire François, et qu’un système quelconque de culture que l’on prétendroit faire adopter également aux départemens du XX PRÉFACE, nord, du centre et du midi, aux pays de plaines comme aux cantons montueux, sans égard pour le climat , les abris et la nature du sol, les besoins principaux du pays , et les débouchés les plus avantageux de ses denrées , qu’un tel système dis-je, seroit nécessairement incomplet ou vicieux, pour le plus grand nombre des cas. Ce seroit saisir bien imparfaitement l’idée des exploitations de modèle que de donner de l’importance à une telle objection. Il est évident que l’on ne peut pas proposer aux cultivateurs d’un pays de vignes ou de prairies, de suivre les méthodes de ceux d’un pays de grains , et qu’il y a nécessairement dans la nature du sol, du climat, et des circonstances locales, de bonnes raisons pour modifier l’application des principes généraux ; mais il n’en est pas moins utile d’établir ceux - ci d’une manière pratique , et invariable. La théorie des assolemens est aujourd’hui suffisamment éclairée par l’expérience, pour que l’on puisse déterminer avec sûreté quelles sont les rotations de récoltes qui, sous un climat, dans un sol, PRÉFACE. xxj et avec des localités données, doivent produire les meilleurs résultats. L’objet à remplir n’est pas d’introduire la même culture dans toute la France , mais de faire adopter sur tous les points de l’Empire François , l’agriculture la plus avantageuse à chaque pays, et de donner de la stabilité aux ameliorations introduites, soit en perpétuant les exploitations de modèle, soit en instruisant les cultivateurs à pratiquer ce qui est reconnu le plus utile. Il y a d’ailleurs une observation à faire. Le système de la culture perfectionne'e d’Hofwyl s’applique aux objets qui inte’ressent le plus essentiellement l’e'conomie rurale de tous les pays, et nommément de la France. La culture de la vigne est, sans doute, extrêmement importante dans les cantons oti le climat et l’exposition l’appellent; mais quoique cette culture soit encore susceptible d’améliorations , elle est généralement beaucoup mieux entendue que l’économie des terres arables et des bestiaux. Ces deux branches maîtresses réclament des connoissances nouvelles, des soins et des travaux miçux dirigés. S’il est vrai qu’il existe xxij r R k F A C E. dans quelques déparlemens et sur quelques points privilégies de la France , une culture véritablement bonne dans ses principes , et dans une grande partie de ses méthodes , il est encore plus vrai que la perfection de l’ensemble et des détails ne se voit nulle part , et que la plus déplorable ignorance préside aux pratiques agricoles de la très-grande majorité des départemens François. La circonstance de travailler avec de forts Capitaux, a principalement donné à l’agriculture des Anglois sa supériorité décidé sur celle des peuples du continent. Nous avons vu que la perfection de leur économie rurale n’est que relative : ils paroissent avancés parce que nous sommes encore fort ignorans ; mais il y a dans l’esprit de cette nation de très-grands obstacles à la propagation de toute idée nouvelle , et de tous perfectionnemens ultérieurs. Le trait caractéristique de l’esprit et des maximes nationales des Anglois, est un attachement tenace à leurs lois, à leurs coutumes et à leurs usages. Ils ont d’ailleurs un mépris superbe pour toutes les idées qui ne sont pas ■p II É F A G E. *xiij d’origine angloise. Ces traits sont renforcés par les circonstances ge'nérales qui ont, en quelque sorte, isolé cette nation du reste de l’Europe. Les lecteurs de la Bibl. Brit. , ouvrage dans lequel nous rassemblons depuis douze ans, tout ce cjue l’Angleterre produit de plus distingué dans les sciences, les arts mécaniques, la littérature et l’économie rurale, ont eu occasion de remarquer l’opiniâtre persévérance que les Anglois ont opposée à l’introduction des choses nouvelles, quoique l’utilité en parût évidente aux meilleurs esprits parmi eux. Trois exemples saillans de cette obstination s’offrent d’abord à la pensée : l.° Leur législation sur les pauvres, qui multiplie les indigens et grève les propriétaires, comme si c’eût été là le problème à résoudre. Celte législation , qui est une plaie rongeante pour l’Etat, subsiste encore dans toute sa force, quoique ses abus crians âppellent depuis long- tems la réforme. •2° Vingt et un millions d’acres en Angleterre et en Ecosse , sont encore aujourd’hui, ou à peu près inutiles , ou décidément nuisis xxiv P R ~É F A C Ti blés , faute de culture : un respect d’habitude pour les anciennes lois et les anciens usages, a oppose' le principal obstacle au défrichement des communaux, sollicite par les besoins crois- sans de cette nation , que son territoire ne suffit plus à nourrir. 3." Les François ont donne l’exemple d’une des plus importantes améliorations agricoles, en acclimatant les races de brebis à laine superfine. Les Anglois ont parlé d’abord de nos essais avec dérision , puis avec doute , et enfin avec étonnement; mais ils sont encore aujourd’hui à peine convaincus, et ils nous ont laissé prendre bien des années d’avance dans la carrière de cette riche industrie, que leurs premiers intérêts commerciaux les invitoient néanmoins à s’approprier ( 1 ). ( i ) L’opposition au rachat des dixmes , la longue lutte pour maintenir la traite des nègres, et le système d’intolérance suivi avec l’Irlande, sont aussi des traits de cette roideur de l’esprit national, et de celui du gouvernement, contre l’adoption des idées libérales qui viennent du dehors. V R ï F A C E. XXV En raisonnant par analogie, nous sommes donc conduits à penser que si la culture d’Hof- wyl trouve des admirateurs en Angleterre, le système ge'ne'ral d’amelioration de son fondateur sera me'connu par l’orgueilleuse indifférence du gouvernement, ou repousse par les préjuges de défiance qui tendent à exclure tout ce qui est d’origine étrangère et appartient au domaine de l’économie politique. Dans les sciences , dans les lettres, et dans toutes les classes des connoissances humaines, il existe une correspondance de pensées, üne communauté de vues et d’intérêts, qui lient les hommes occupés des mêmes choses, dans les diverses contrées , et établit entr’eux une confraternité indépendante de toutes les circonstances politiques ou locales. Lorsque les rivalités et les passions secondaires troublent l’harmonie des efforts, le but de ceux-ci demeure le même , c’est-à-dire , qu’ils tendent sans cesse vers la découverte de la vérité. Mais, s’il est une carrière dans laquelle l’ame doive conserver son calme, au milieu du mouvement animé qu’y trouvent les facultés de l’intelli- Xxvj PRÉFACE, gence , c’est assurément celle de l’agronomé. S’il est une occupation propre à nourrir là bienveillance entre tous ceux qui y sont adonnes ^ c’est celle dont chaque détail a pour but un résultat salutaire. Ici la priorité des découvertes acquiert surtout de l’importance par l’ac- tivité de l’imitation : celui qui applique avec jugement et avec zèle, fait autant de bien que celui qur in vente avec génie; et chacun de ceux qui travaillent voit en tous les autres des coopérateurs à la même tâche , des amis de la même cause. Le fondateur d’IIofwyl sera donc réclamé comme un collaborateur, et comme un ami , par tous les hommes qui ont porté leur attention sur l’économie rurele, ou qui étudient par goût et par état les objets d’économie politique. Son dévouement à sa patrie le fixe dans son pays ; c’est vers les améliorations dont l’agriculture de la Suisse est susceptible qu’il dirige avant tout ses regards, et ses efforts ; mais ses vues philantropiques s’étendent sur les intérêts de la grande famille sociale. La chaîne de ses établisseraens peut embrasser I P K É FACE. XXvij le continent de l’Europe. Il faut une main puissante pour donner la première impulsion, et pour faire circuler de contrée eu contre'e, autour d’un centre de lumière et d’attraction , les vérités les plus riches en résultats prospères. La volonté de celui qui imprime le mouvement dans une direction commune aux intérêts de tant de peuples, y suffira. La capitale de l’Empire François, devenue celle du monde civilisé, se présente à l’imagination comme le point central de ce bienfaisant et vaste système , dont les effets , plus sûrement encore que l’ascendant militaire, fixeront le rang des nations dans l’ordre que la nature avoit déterminé. C’est au peuple le plus susceptible d’enthousiasme à saisir avec force une idée simple et grande ; c’est au peuple le plus éclairé à en prévoir et à s’en approprier les résultats ; c’est enfin au peuple que le ciel appelle à toutes les prospérités, qu’il appartient de rendre la prééminence à cette science qui mérite tous les hommages , puisque sa pratique guide les hommes vers le bonheur par la route de la xxviij P R É P A c s. nature, et qu’en même tems qu’elle e’pure la morale d’une nation, elle développe en elle tous les germes de force, et garantit la durée de sa splendeur. Janvier 1808. PRÉFACE. XXIX NO TES . (a) ]VÎ r. Fellenberg emploie, pour l’instruction élémentaire, la méthode de son compatriote Pestalozzî, dont les résultats tiennent du prodige, et qui est surtout applicable à l’éducation des cultivateurs, parce que cette méthode exerce continuellement les facultés sur des objets matériels , dé\eloppe le jugement et fortifie la mémoire. M. r F. emploie encore, pour l’instruction des paysans, des chansons populaires, des ouvrages cour*- posés pour eux , et les fait circuler au moyen des almanachs qui sont entre les mains de tous les gens de campagne. ( &) M. r F. a aussi l’idée d’établir dans chaque institut une banque agricole destinée à faire des avances aux cultivateurs industrieux. Ces banques emploieront avantageusement pour les capitaines, et le mieux possible au profit du pays, des fonds , qui sans cela seroient envoyés au-dehors , faute d’application convenable et facile. Les lecteurs de la Biblioth. Britan. ont pu voir dans l’ouvrage de Thornton {Recherches sur la nature et les effets du crédit du papier. i8o3. Chez J. J. Paschoud, libraire, à Genève.) des développemens extrêmement intéressans sur ces banques des provinces. En 1800 , il existoit en Angleterre 38 q de ces établissemeus particuliers, destinés à XXX P K .13 F A C E. escompter les effets négociables, et à faire des avances aux individus qui offroienl une solvabilité suffisante , ou des sûretés. Ces banques ont beaucoup contribué à rendre l’agriculture plus productive, car elles permettent aux fermiers de prêter de plus grosses sommes à leurs terres; et, dans une culture raisonnable, la rente de celles-ci est toujours proportionnée aux capitaux que l’on applique aux avances. Les Etats-Unis d’Amérique éprouvent les mêmes bons effets de ces établissemens. Cependant on ne doit pas se dissimuler que ces institutions , dont les résultats sont admirables dans les tems tranquilles et dans les pays oit la confiance leur est acquise par une marche uniforme et une très-longue habitude, sont difficiles à introduire sans inconvéniens et sans danger, dans un pays où la # confiance ne porte pas sur les mêmes bases. Relativement à la France , il y a une observation importante a faire en faveur de l’introduction des banques agricoles, en supposant que l’on réussît à leur donner la stabilité de fait et d’opinion qu’elles peuvent comporter. Toute guerre, même heureuse, détruit les capitaux d’une nation, puisque ceux-ci ne se forment que par le travail, et que la guerre enlève au travail une grande partie des bras , en même tems qu’elle suspend le commerce. Si les capitaux ont, de tout tems, manqué à l’agriculture de la France, pour la porter à un haut point de vigueur, ils lui manqueront à plus * PRÉFACE. xxxj forte raison, lorsqu’après la longue guerre qui a désolé l’Europe, les capitaux encore disponibles se trouveront appelés par les entreprises des manufactures et du commerce, qui promettent des profits plus grands. Los capitalistes obtenant dans le commerce un intérêt plus élevé qu’ils ne peuvent l’avoir dans les entreprises agricoles, seront peu tentés de mettre leurs fonds dans ces dernières; mais si l’agriculture subit une révolution dans]ses principes et dans sa pratique; si elle donne des produits plus considérables qu’elle ne l’a fait jusqu’ici, plus réglés, plus susceptibles d’être calculés à l’avance, elle attirera sa portion des capitaux, et en créera d’autant plus promptement d’autres, que cette portion sera plus forte : or rien ne peut faciliter davantage l’application des capitaux à l’agriculture, que l’établissement des banques, avec une organisation convenable. M. r Felleuberg destine aussi ses instituts à préparer la confection d’un Code agricole , dônt les principes, soient fondés sur des faits bien constatés et bien observés. Le code d’agriculture manque encore partout, et cependant chacun reconnoît que l’agriculture est la base de l’édifice social et politique. COURS a~ un TABLE, N.° III, des degrés Correspondans des Thermomètres dits de Reaumur et de Fahrenheit. R. F. - 20 — 19 -18 -17 -l6 -i5 —13 ■jo , 7 ■ 8,5 — 6,2 ■ 4 — L7 -i4. -i3 -12 -11 -10 ' 9 - 8 ' 7 - 6 - 5 - 4 - 3 - 2 - 1 o + 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 o,5 • 2,7 . 5 • 7, 2 - 9,5 • n,7 . i4 . j 6,2 . i8,5 • 20,7 . 23,0 . 25,2 • 27,5 '• 29,7 . 32 . 34,2 . 36,5 • 38,7 . 41,0 . 43,2 . 45,5 • 4-7,7 . 5o,o . 52,2 . 54,5 • 56,7 • 59,0 R. F. R. F. ' ww i3 . 61,2 48 . i4o,o i4 . 63,5 49 • 142,2 i5 . 65,7 5o . i44,5 16 . 68,0 5i . i 46,7 17 • 70,2 52 . i 4 9 ,o 18 . 72,5 53 . l5l,2 *9 • 7 4 ,7 54 . i 53,5 20 . 77,° 55 . i 55,7 21 . 79, 2 56 . i58,o 22 . 8i,5 57 . 160,0 23 . 83,7 58 . 162,5 24 . 86,0 5 9 . 164,7 25 . 88,2 60 . 167,0 26 . 90,5 61 . 169,2 2 7 • 9 2 >7 62 . 171,5 28 . 9 5 ,o 63 . i7 3 >7 2 9 • .97, 2 64 . 176,0 3o . 99,5 65 . 178,2 3i . 101,7 66 . i8o,5 32 . io4,o 67 • 182,7 33 . 106,2 68 . i85,o 34 . io8,5 69 . 187,2 35 . 110,7 70 . 189,5 36 . 1 i3,o 71 • 19L7 3 7 . ll5,2 72 . 194,0 38 . 117,5 73 . 196,2 ?9 • H9,7 7 4 . 198,5 4o . 122,0 75 • 200,7 4i . 124,2 76 . 203,0 42 . 126,5 77 • 205,2 43 . 128,7 78 . 207,5 44 • i3i,o 79 • 209,7 45 . i 33,2 80 . 212,0 46 . i 35,5 r n • i3 7;7 TABLE, N.° I, des Rapports réciproques entre les Mesures Linéaires, Agraires, et Solides de France et d’Angleterre, ainsi qu’entre les Poids et les Monnoies de ces deux Pa}s. MESURES LINEAIRES. lois sont à la | Le Pied H loi Le Fathom ; Le pied Le pouce ^ t / e France sont au 1 La j ioise [La Toise Pied Pouce ^ Toise Toise Pied Pouce Yard Fathom 1 de France comme = Anglois comme = ( 100,000 ! f j ou= 107 \ est à < ( ou = i5 J ( ( 100,000 4 ( < ou = 114 > est à < ( ou = 16 j ' ( 106,575 Rapport exact. — 11 4 ex, jusqu’aux 1000 — 16 ex. jusqu’aux 1000 g383l exact jusq. 100,000 —107 exact jusq. 10,000 — l5 exact jusq. ïooo f Le Perch (de 16 pieds5 Anglois) est à la Perche (de 22 pieds de France) . (La Perche de 22 pieds de France) est au Perch (de 16 pieds | Anglois) . (Le Pied et le Pouce du Rhin sont au Pied et Pouce Anglois MESURES DE SUPERFICIE OU Le Pied Le Pouce Le FaLhom J quarré Anglois est < aU J ( àl (Le Pied I (P < Le Pouce > quarrés de France sont au < P (La Toise ) ( F /Pied •Pouce la Toise Pied Pouce athom } quarrés Anglois. . (L’Acre (de 435 60 pieds Anglois) est à l’arpent (de 484oo pieds de France) comme (L’Arpent (de 484oo pieds de France) est à l’Acre (de 4356o pieds Anglois) comme (Le Mile Anglois quarré est à la Lieue de France (de 25 au degré) qua (La Lieue de France (de 25 au degré) quarrée est au Mile Anglois quarré (Le Pied quarré du Rhin est au Pied quarré Anglois . comme 1000 est à io44 comme ÏOOO est à 9 58 comme 1000 est à 13oo comme 1000 est à 7 6 9 comme 1000 est à 2786 comme 1000 est à 359 comme 1000 est à l42l comme 1000 est à 704 comme 1000 est à 1094 comme 1000 est à 9 i4 comme ÏOOO est à 1029 comme 1000 est à . 972 A Cr R AIRE s. comme 100,000 est à fco 00 10 fco comme 45 est à 5i comme 100,000 est à 88o4i comme 5i est à 45 comme 3 000 est à 1262 comme 1000 est à 792 comme 1000 est à 7 634 comme 1000 est à i3i comme 1000 est à io5 9 comme 1000 est à 9 44 MESURES DE SOLIDITE OU DE CAPACITE. ( Le Pied I (Le ~ . ...e Pouce > cube Anglois est (Le Fathom) ( Le Pied 1 (lie Pouce; cube de France est au ( La Toise j ( /Pied I | au tPouce | ( à la Toise J cube de France. . . comme ou comme Pied Pouce Fathom cube Anglois.comme ou comme (LeBushel(^2178 P-c. Atigloi ( ( 55 Liv. lp.de M ois, environ! comme comme 1 , x, . fde 64op.c. de Fr.( , (est au Boisseaux V , , > Mc. deBle j (env. 2oltv. deBie Le Boisseau.est au Bushel. / Le Seam ou Quarter (de 8 Bushels) est au septier (de 12 boisseaux).comme ( Le Septier (de 12 boisseaux) est au Seam ou Quarter (de 8 Bushels) .... comme j Le Pint (de 28 f p. cub. Anglois) est à la Pinte (de 48 p. cub. de France). . comme ( La pinte (de 48 p. cub. de France) est au Pint (de 28 f p. cub. Anglois) . . comme Æ B. La Chopine ou le Septier (Mesure liquide de Paris) est la moitié de la Pinte, soit 24 Pouces cubes. ( LeHogsbead (de i4553p.c. An. ou5o4Pint)estau MuidliquidedeParis (288p.) comme (Le Muid liq. de de Paris (288 p.) est aullogshead (de i4553p.c. An. ou5oip.) comme ( LeTun (de 4 Hogs.) estais Tonne de Bayonne ou Bordeaux (de 4 bar. ou 3 M.) comme (LaTonne de Bayonne ou Bord, (de 4 bar. ou 3 M. ds ).estau Tunde4Uogsheads comme RAPPORT DES POIDS. j La Livre Avoirdupois (7004 grains Troy) est à la Livre de 16 onces p. de M. comme (La Livre de 16 onces p.de M.est à la Livre Avoirdupois (de 7004 grains Troy) comme ) La Livre Troy (de 12 onces, soit 5760 grains Troy) est à la Livre poids de Marc comme ) La Livre poids de Marc est à la Livre Troy (de 12011c., soit 57 60 grains Troy) comme f L’Once Troy (de 48o grains Troy) est à l’Once de 5j 6 grains poids de Marc comme j L’Once de 5j6 grains poids de Marc est à l’Once Troy (de 48o grains Troy) comme ( Le Tun (de 224o Avoirdupois) est au Tonneau (de 2000 1b. poids de Marc.) comme (Le Tonneau (de 2000lb.poids, de Mc.) est au Tun de 224o \h. (Avoirdupois) comme RAPPORT MOYEN DES MONNOI /Ta Livre Sterling (de 20 Schellings) est au Louis (de a i T, ivres de France) . . comme ( Le Louis (de 24 Livres de France) est à la Livre Sterling (de 20 Shellings). . comme 1 La Guinée (de 21 Scliel.) est au Louis de q 4 Liv. de Fr. (valeur intrinsèque) comme j LeLouis (de24Liv.deFr.)eslàlaGuinée(de2i Schel.) (valeurintrinsèque) comme Le Shelliug ( de 12 Pence) est à la pièce de 24 sous de France.comme Le Penny (de 12 au Shelliug) est au Sol de France (de 20 à la Livre). . . . comme 00,000 est à 121o5l 100 est à 121 00,000 est à 82610 1000 est u 826 1000 est à 356 1000 est h 2810 3 000 est h 534 1000 est à i 8 7 3 1000 est à 2012 1000 est à 4 97 soit 24 Pouces cubes. 3 000 est à li5q 1000 est h 863 3 000 est à 862 1000 est à 1160 10000 est î t 10874 10000 est h. 9i9 6 10000 est à 13222 10000 est a 7 563 1000 est à 1210 ÏOOO est à 826 3 000 est à 821 1000 est à 1218 E S. 3 000 est à 99 4 1000 est à 1006 1000 est H 9 4 7 1000 est à io56 1000 est à 99 4 1000 est à 1988 TABLE, N.° II, renfermant les Noms et les Subdivisions des Mesures, Poids et monnoies usités en Angleterre. Noms et Subdivisions des Mesures Linéaires Angloises. Jncli (pouce) “I 3 Palm Palme) 9 12 18 36 6o 72 198 792° 12 20 Sparv (empan) 3 Foot (pied) \ - Cubit (coudée) Mesures de Solidité ou de Capacité pour les Liquides, 1-5 Cl S'il 66 j 21 264o: 880 |6336o ! 2i i2o'7o4o i6i 660 5280 31 44o 35 20 Yard (verge) Pace (pas) Fathom (toise) 51 220 1760 3-i l32 io5o 880 Pôle (perche) Furloag 4o 3ao .utrmiw 8 Mile Mesures de Capacité pour les Grains et choses sèches. 281 Pint 34A Pint 0 231 8 Gallon 272! 8 Gallon 4i58 i44 18 Rundlet 544i 16 2 Peck 7276^ 252 if Barrel 2178 64 8 2 Btisliel 9702 336 42 1? Tierce 128 16 8 2 Strike i4553 5o4 63 •zi 2 Hogshead 265 32 l6 4 2 Carnock ou Cooru 1 9 a 7 9 672 84 ^3 2— 2 4 Punchcon 17424 5l2 64 32 8 4 2 Seam o n quart er 2gio6 1008 126 7 4 3 2 . Bntt ou pipe 3072 384 192 48 24 12 6 Weigîi [.58212 2016 2Ô2 i4 8 6 4 3 2 |tuii 5x20 64o 320 80 4o 20 ÎO if Last Mesures de Superficie ou Agraires ( quarrées). Inches (pouces quarrés) Noms et Subdivisions des Poids usités en Angleterre. Le poids appelé Avoirdupoids . J est au Poids appelé Troy comme C1000 est à 823, s’il s’a gît de Livres. i44 1296 36oo .89204 1568160 F6272640 ÏDrams (dragmes) qui se divisent comme suit : Fecl. (pieds) 16 Yards (verges) 25 2? Paces (pas) 2721 3oi 10,89 Pôles (pei 10890 1210 435,6 4o 43560 484o 1743,6 160 Rood Acre 256 7168 * 28672 53344o Ounce (once) iG Pound (îi Are) 448 28 Quarter 1792 112 4 3584o 2240 80 a Hundred (quintal) a Tun (Tonne) 20 Pour les grosses marchandises et les comestibles. Grains qui se divise comme suit : '\iooo est à 1097, s’il s’agit d’Onces. 24 Scrup ale Grains 60 2 Drain Ounce 24 Peimy-weight (denier) 20 ■ Ounce 24 o[ 12jpound 48o 24 8 4 80 6760 288 96 12 Pound 5760 Division usitée par les Pharmaciens. Division des Jouailliers. Pour les Métaux précieux et les liquides. Fartihngs Penny 48 24o MONNOIE DITE STERLING . 60 q6oji4o Shilling Crown (écu) 4 jPound (livre St.) La Guinée vaut 21 shellings ; et 44 Gui- nées et demi pèsent une liv. Troy,— Or à 22 karats. EXPLICATION DES TABLES. à La Table ci-derrière, N.° T, est destinée à faciliter la réduction exacte des Mesures, Poids et Monnoies d’Angleterre, aux Mesures, Poids et Monnoies de France; et réciproquement: à cet effet, les rapports de ces quantités y sont constamment et réciproquement exprimés par deux nombres, dont le premier est toujours l’unité suivie de zéros; en sorte cjue la règle de trois, qu’on a toujours à faire dans ces réductions, se borne à une Multiplication, du produit de laquelle on retranche , par une virgule, autant de chiffres tipliera par le nombre donné 3 j 2 , le nombre 93801, qui indique, dans la Table N.° I, le rapport de ces mesures linéaires Francoises des noms correspondans; on aura pour produit le nombre 34g,o5i3i , duquel retranchant cinq cbiflres à droite, (parce que le premier terme du rapport employé éloit 100000) on le convertit en 54g Pouces , Pieds, demi-Toises et Toises de France. On comprend que le meme rapport sert pour ces quantités de dénominations différentes, parce qu’elles sont subdivisées de la meme manière chez les deux Nations. S’il eût été question de réduire des Pouces ou Pieds François, en Pouces et Pieds etc. Anglois, on auroit procédé de même; mais en faisant usage du nombre 106575, qui exprime dans la Labié le rapport des Mesures ïrangoises aux Angloises de même dénomination, ou qui sont multiples des mêmes nombres. 8 9 g 9 Z » 9 Z » O 9 l Z 9 o © 9 S £ S © f £ i i s La Table ci-dessus, TSf.° TI, renferme les Noms et les Subdivisions des Mesures, Poids et Monnoies d’usage en Angleterre; les noms qui occupent chacune des cases, correspondent toujours aux deux noms qui commencent la colonne verticale et la colonne horizontale dont la rencontre forme la case en question; et ces nombres indiquent combien de fois la mesure désignée dans la colonne horizontale contient celle qui intitule la colonne verticale correspondante ; ainsi, dans les mesures linéaires, les colonnes intitulées Foot ( Pied ) et Mile , commencent une colonne verticale et une horizontale, qui se rencontrent à la case qui contient le nombre 5280; c’est-à-dire, que le Mile Anglois contient 5280 pieds Anglois, etc. Il en est de même des Noms et Subdivisions des Poids et des Monnoies. La Table ci-derrière , N.° III, offre la réduction des degrés du Thermomètre, divisé en 80 parties, entre la glace et l’eau bouillante, (improprement appelé de Reaumur) aux degrés du Thermomètre de la division de Fahrenheit, en usage en Angleterre et dans le Nord de l’Europe ; lorsqu’il se présentera des fractions de degré dans les réductions à faire, on se rappellera que chaque degré de la division dite de Reaumur, en vaut 2 | de celle de Fahrenheit.. COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E. INTRODUCTION. ’AïtT nourricier fies sociétés humaines , le fondement îe plus solide de l’indépendance des Etats, comme de leur richesse , a été long-teins abandonne, dansions les pajs de l’Europe, à la routine aveugle de la classe du peuple la plus ignorante et la plus pauvre : diverses causes concouroient à ce résultat. Les principes de la féodalité, les constitu- lions religieuses favorisoient le nombre des grandes possessions territoriales, et la culture de ces propriétés immenses e'toit, ou absolument négligées, ou confiées à des mains trop foibles. Les Rois , sans cesse occupés de projets de conquêtes ou de défense , rapportoient tout à la guerre; et ce fléau venait périodiquement Tome j . A. 2 INTRODUCTION. décourager le laboureur , soit en enlevant, à la terre les bras qu’elle réclamoit, soit en ajoutant par ses ravages à l’apathie naturelle de l’espèce d’hommes qu’occupoit la culture. L’e'conomie politique , ne'glîge’e ou mal en-, tendue , me'connoissoil la source de la vraie richesse , et surchargeoit d’impôts les productions de la terre. Le système des magasins, ne de la crainte des disettes , qu’il cause plus sûrement qu'il ne les prévient, de'sespe'roit le cultivateur, en le privant à vil prix d’un excédent qu’il destinoit à améliorer son sort. Les préjugés de la Noblesse , ceux même des Bourgeois des villes et des gens aisés, les e'ioignoient d’une profession dans laquelle la fortune et les lumières sont particulièrement miles aux progrès de l’art. Enfin l’exemple , les préceptes des peuples qui autrefois avoicnt soumis leurs procédés agricoles à des principes raisonnés, e’toient perdus pour les modernes; et l’on étoit si loin d’imaginer que l’agriculture fût une science dans laquelle il appartînt au génie seul d’employer utilement les matériaux de l’expérience, qu’on l’honoroit à peine du nom d’art, et qu’on la confondoit avec une pratique routinière , occupation exclusive d’une classe qu’on aifectoit de mépriser. A l’époque de la réformation, un esprit ! INTRODUCTION» 5 nouveau s’introduisit graduellement chez les nations qui l’adoptèrent. Celte disposition active , cette tendance generale au progrès des lumières dans tous les genres, qui résulta du premier pas vers la liberté , fut amortie, mais non éteinte , par les longues et cruelles guerres qui reconnurent la même cause. L’agriculture commença dès lors à occuper quelques bons esprits (l) dans la Grande-Bretagne et sur le continent ; etquoique la découverte de l’Amérique et les vues de commerce auxquelles elle donna lieu détournassent pendant long-tems l’intérêt que réclamoit cet objet sous le rapport de la prospérité nationale, il attira peu à peu, en Angleterre, l’attention de quelques hommes propres à en répandre l’utilité en faisant connoître son importance. Ainsi le grand Milton , lorsqu’il fut arrêté par la perte de la Vue, avoit projeté une école où les élèves au- roient puisé dans la lecture de Caton , de Var- rcin , de Columelle et de Virgile, le goût de la science et le désir de l’étendre. Ainsi Eve- lyn (a) dirigea l’attention de ses concitoyens vers l’utilité des plantations , dont la marine ( 1 ) Fitzberbert, le père delà culture angloise, comme Olivier de Serres de la culture de la France, publia en i534 le résultat de ses travaux. ( 2 ) Voyez son ouvrage, Intitulé: Silva . 4 INTRODUCTION. angloise a relire depuis de si grands avantages.' Ainsi Covvley forma le plan de l’adjonction d’un college d’agriculture à chacune des universités. Mais ces ide'es utiles ne pouvoient attirer qu’une attention fugitive sous le règne d’un Prince insouciant et léger, dont la nation angloise ne pardonnoit les folies que par le souvenir, encore récent, des longues et funestes agitations qui l’avoient précédé. Ce n’est guères qu’à la révolution qu’il se répandit dans la Grande-Bretagne une fermentation salutaire aux succès de la culture. La libre exportation des grains encouragea sinon la science , du moins le labourage ; et les Anglois apprirent à connoître une mine nouvelle , plus précieuse que celle du Potose , et dont la richesse, au lieu de s’épuiser, devoit s’accroître à mesure que l’exploitation en seroit soumise à des principes mieux raisonnés. Ce premier degré d’intérêt fut bientôt suivi d’un mouvement des esprits en faveur du perfectionnement des méthodes d’agriculture. Un homme de génie , le célèbre Tull , imagina et mit à exécution , avec une infatigable persévérance, le système repris dès lors en France par les Duhamel et lesChateauvieux(i); (1) M. cle Cbateauvieux , magistrat distingué dans Genève, sa patrie, est connu par divers ouvrages d'agriculture. INTRODUCTION. 5 son exemple excita l’émulation d’un ceïtain nombre de gentilshommes qui , dans diverses parties de l’Angleterre , s’appliquèrent à cultiver leurs proprie'le's selon ses principes. Il se forma à Londres, puis successivement dans diverses villes du royaume , des Sociétés cT Agriculture. Eli es s’efforcèrent d’encourager les cultivateurs à sortir de la route battue , pour se livrer à des essais utiles , dont les primes qu’elles accordoient dévoient couvrir les dépenses. Mais pendant un grand nombre d’années les progrès des connoissanccs acquises par ce moyen furent très-lents. Dans des provinces entières les fermiers ignorèrent long-lems jusqu’à l’existence de ces sociétés; et les registres de la distribution des primes prouvent l’indifférence que les cultivateurs de profession conservèrent pour ces institutions destinées à les éclairer. L’insouciance ou l’obstination de la masse des fermiers n’empêcha pas cependant que l’art ne fit des progrès. Le zèle des sociétés fut puissamment secondé par le dévouement de quelques individus , et par l’émulation des gentilshommes possesseurs de terres. C’est à la réunion de ces moyens qu’est du l’état actuel de la culture angloise , parce que l’exemple a 6‘ INTRODUCTION, enfin gagne un grand nombre de fermiers, parmi les plus e'claire's et les plus opulens. Cependant, quelque florissante que soit maintenant l’agriculture de certains comtes de l’Angleterre , quelqu’influence que semblent devoir acquérir de proche en proche des exemples soutenus, et qui parlent sans cesse à l’intérêt des cultivateurs , ceux-ci, à les considérer en masse, résistent encore à l’instruction, ou la dédaignent, sur un très-grand nombre d’objets essentiels à leur art 5 et les pratiques utiles , l’application raisonne'e de la saine doctrine de la culture , ne se communiquent qu’avec une extrême lenteur. Les hommes semblent condamnes à mécon- noître long-tems le vrai dans tous les genres. Tandis que l’erreur subjugue les esprits avec une rapidité' effrayante , la vente’ fait pénible- merit son chemin au travers des obstacles que lui opposent l’ignorance , la vanité’, la paresse, le préjuge et l’habitude. Cependant, il faut l’avouer , s’il est un ordre de connoissances qui, par sa nature même, doive se propager lentement, c’est celui qu’embrasse la science de l’agriculture. Les réflexions propres à nous en convaincre ne sont pas sans utilité; elles préviennent le découragement de celui qui cherche à instruire, en modérant ses INTRODUCTION. 7 espérances , et elles vengent la classe des cultivateurs du reproche , souvent peu raisonne', d’obstination et d’insouciance. La vie de l’homme est trop courte pour une science de faits , dont les plus iniportans ne sc constatent que par la révolution des anne’es. Les facultés du ge'nie suffisent à peine à une science d’observations sur lesquelles la multiplicité des objets , les variations infinies de tems , de lieu , de climat, de saisons, jettent des difficulte's innombrables. — Enfin , le jugement le plus droit, un instrument indispensable pour arranger avec méthode les matériaux fournis par la mémoire , pour donner à chaque chose la mesure précisé d’utilité , pour juger des exceptions , pour assigner l’effet des circonstances , pour établir avec justesse les distinctions nombreuses dont chaque règle generale est susceptible. L’agronome par excellence, l’homme éminemment utile aux progrès de la science , réu- niroit à une e'ducation liberale le talent d’observer et l’art de généraliser ses ide'es. S’aidant de tout ce qui est écrit sur l’agriculture , et l’appréciant à sa valeur, il auroit jugé par ses yeux, et comparé enir’ellcs les pratiques des pays réputés les mieux cultivés. Non -seulement il auroit examiné avec soin les diversités et les 8 i INTRODUCTION, nuances dans la construction des inslrumens de la culture , mais il seroit exerce' à les manier lui-même avec adresse , et à les employer avec jugement. Lorsqu’il se fixeroit pour se dévouer aux travaux de l’art, il prêcheroit sans cesse d’exemple, il surmonleroit avec une . patience opiniâtre les nombreuses re’sistances du préjugé. Toujours occupe d’e'tendre l’utilité de la science , il sacrifieroit les objets secondaires à la réussite des objets importans. 11 ^ accerderoit à l’habitude et à l’ignorance ce qu’il ne pourroit leur ôter; il sauroit , au besoin , adopter le simple langage des cultivateurs par état, pour acquérir ou communiquer l’instruction ; et s’il prenoit la plume pour la répandre , il guideroit ses lecteurs dans la route de la vérité, en les garantissant de tous les écueils de l’esprit de système , et en leur donnant l’exemple du doute modeste dans une science où il est si difficile d’isoler l’essence des faits de tout ce qui lui est accessoire. Il est aise de sentir que cette réunion d’avantages ne peut guères se réaliser. L’homme qui, par ses taîens naturels, son e'ducntion, sa santé , sa fortune , pourroit travailler ainsi à avancer la science, ne s’y destinera point. Il reviendra peut-être à l’agriculture , après s’être détrompé' du monde 3 mais à cette époque do » INTRODUCTION. 9 la vie, les forces ne suffisent pins, le lems de l’observation est trop court , le zèle ardent des choses utiles est alFoibli ou éteint. S’il y a peu à espérer pour l’encouragement de la science , du dévouement et des lumières de la classe la plus e'claire'e de la socie'te', combien moins doit-on attendre de ceux qui, dans la plupart des pays de l’Europe , cultivent la terre par état! Leur éducation , ou absolument négligée , ou réduite à quelques connoissances élémentaires, fait avorter les germes du talent, et les prive presque toujours de la faculté d A G R I G TJ I, T U R. E On pratique encore une espèce de labour qu’on nomme double ou labour/? <2 r tranches : il se fait avec deux charrues qui se suivent dans le même sillon. C’est une ope'ration difficile dans un sol qui n’a guère que cinq pouces de profondeur 5 mais que les laboureurs exe'cutent avec une grande exactitude : la première charrue ne prend que deux à trois pouces de terre, et la seconde prend une couche à peu près égale qui s’applique sur l’autre. Le prix du labourage ordinaire est de deux schillings et demi par acre. Ce fait suffiroit seul pour expliquer le haut prix des terres en Norfolk. Dans plusieurs parties du royaume, le prix commun du labourage est de dix scheî- - lings l’acre. Quelle prodigieuse épargne ne ré- sulteroit-il £as de l’introduction de la charrue de Norfolk dans les terres où cette culture suffiroit ! Dans le traitement des jachères il est d’usage de herser immédiatement avant chaque labour. Il y a , par rapport au hersage, une coutume qui est particulière au Comté, c’est de faire marcher les chevaux dans un sens et trotter dans l’autre. S’il y a de la pente , ils trottent en descendant : il en résulte un elfet qu’on ne peut pas bien faire comprendre, maisquifrappe observateur instruit. Les racines que les un DE NORFOXjK. 65 dents delà herse ramassent dans le mouvement lent du pas des chevaux , se de'gagènl de l’instrument dans l’allure du trot; les mottes se brisent mieux , et la surface s’égalise à merveille. — La journée d’une paire de chevaux qui travaillent à la herse, allant au pas dans un sens et trottant dans l’autre , est de sept acres. Par rapport à l’usage du rouleau , il faut observer que, maigre la légèreté du sol et la facilité avec laquelle les terres souffrent de la sécheresse , on n’emploie jamais cet instru- 1 - ment pour comprimer le terrain ; les seuls usages auxquels on le destine, sont d’égaliser le sol avant de semer, ou après avoir semé, pour que la faulx ne rencontre pas d’obstacles si la récolte doit être fauchée ; ou enfin à le passer sur le blé en automne pour briser les mottes, raffermir et garnir la plante. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que le rouleau qu’on emploie en Norfolk n’a pas plus de sept à huit pouces de diamètre (1). (i) On sent combien un diamètre plus considérable, à poids égal, devroit faciliter le travail; mais on ne sauroit être trop circonspect lorsqu’il s’agit de blâmer des cultivateurs aussi judicieux : il y a peut-être dans la pratique quelqu’avantags qui échappe à la théorie. 64 AGRICULTURE La terre que Ton préparé pour les semailles se nettoie d’herbe au moyen de la herse. Cet instrument sert d’abord à dégager de la terre et à amener sur la surface les racines desgra- men et autres mauvaises herbes, en même temps qu’à égaliser le sol. Ensuite le conducteur se plaçant derrière la herse, et guidant les chevaux aux pas avec des rênes, soulève l’instrument à des distances réglées, de manière que les racines qu’il entraînoit se trouvent déposées par raies parallèles , et facilement recueillies à la fourche, pour être disposées par tas et brûlées. Les terres destinées au blé se sillonnent par billons de quatre ou de six raies, ou traits de charrue ; mais, pour toutes les autres productions , l’on dispose les champs par planches d’environ dix pas de largeur : cette dernière méthode n’a point d’inconvénient dans ce sol léger, qui absorbe aisément les eaux pluviales. De Vamendement des terres. Il n’y a guère de ferme dans le district de l’est qui ne possède une marnière dans son enceinte. Le fermier, dans l’usage de la marne, fait encore plus d’attention à sa distance qu’à sa. qualité. La quantité à répandre sur les champs dépend DE NORFOLK. 65 dépend surtout d'une circonstance, savoir : si la terre a déjà reçu cet amendement ou non.—■ Lorsqu’on marne une terre qui a été marnée depuis peu, l’effet de cette opération est presque nul; mais au bout d’un certain nombre d’années on peut y revenir avec succès : il paroît seulement que , dans ce cas, il faut répandre une quantité de marne plus considérable que la première fois ; c’est là du moins l’opinion de la plupart des fermiers. Mais l’expérience a souvent prouvé qu’une quantité modérée, telle que vingt-cinq charretées par acre , re'ussissoit très-bien, quoique le sol eût été marné quinze ou vingt ans auparavant. — Il n’y a aucune règle pour la quantité absolue. Dans les arron- dissemens du Sud , où la marne est plus rare, on n’en répand quelquefois que six charretées par acre , et guère plus de douze. — Dans le reste du district on marne à raison de vingt ou trente charretées , et on en met quelquefois / jusqu’à quarante par acre. Dans les terrains marnés depuis peu d’années, et qui paroissent avoir besoin d’engrais, on emploie souvent avec succès la marne mélangée de fumier. — Les fermiers jugent que leurs terres ont besoin d’être marnées lorsqu’ils voient reparoître le chrysanthemum segetum, et le polygonum pensyIvanicum , dont la Tome i . E 66 AGRICULTURE marne arrêtoit la vëge'tatlon. Il paroît qu’elle contribue aussi à empêcher la multiplication de l’espèce de gramen la plus nuisible aux blés , le triticum repens. Quant à la récolte à laquelle la marne s’applique immédiatement, il n’y a point de règle fixe. On la met quelquefois pour lesturneps, quelquefois pour l’orge, et quelquefois aussi sur la seconde année des prés artificiels avant de les rompre pour le blé. La dépense du marnage dépend évidemment de la quantité répandue , de la distance et de l’état de la marnière; on juge cette dépense modérée lorsqu’à raison de vingt-cinq charretées , il n’en coûte que deux livres sterl. par acre. Nous verrons comment on ramasse et dispose les fumiers d’écuries ou d’étables, lorsque nous examinerons le ménagement des cours de la ferme : on les répand d’ordinaire pour la récolte des turneps , ou pour celle du blé. Le fumier destiné aux turneps se charie l’hiver , à mesure qu’il se fait. On en fait des tas réguliers auprès de la pièce qu’on veut fumer; mais on a soin de faire reposer le tas sur une base de marne ou de terre vierge , d’un pied d’épaisseur. Lorsqu’un fermier veut expédier la besogne, B E N O R F O B K. 67 et que la distance u’est pas trop grande, il emploie trois charrettes attele'es de deux chevaux, deux chargeurs , un conducteur et un déchar- geur. De cette manière une des charrettes est toujours dans la cour, l’autre en chemin, et la troisième auprès du tas que l’on forme. Les charrettes se déchargent avec des fourches de fer ; on a soin de bien émietter le fumier et de l’étendre légèrement couche par couche.— Le travail d’une journée de trois charrettes, ainsi employées, est de vingt-cinq charretées. — Les chargeurs sont toujours à tâche, et payés à un penny par charrette. — Cette méthode est très-bonne , parce que lorsqu’on charge les fumiers à la journée , les attelages perdent toujours du temps : ce qui est d’une grande conséquence dans une exploitation étendue. Les fumiers destinés au blé se disposent en tas, au printems, lorsqu’on met le bétail au pâturage , et on les retourne une fois dans le courant de l’été, en y mêlant de la terre qui « séjourné sous le tas ; quelquefois aussi , au lieu de retourner les tas , on conduit le fumier aux champs dans les jours de loisir, et on en forme des nouveaux qu’on mélange ordinairement de terre. La quantité de fumier qu’o« répand sur un 68 AGRICULTURE acre dépend de la disposition de la terre, de l’etendue relative des champs qu’on a à fumer, et de la quantité' de fumier qu’on possède, ainsi que de sa qualité'. —Pour les turneps, la quantité’ moyenne de fumier pur est de dix charretées; celle du compost est de quinze charretées (i). On en répand moins pour le blé, et il est ordinairement d’une qualité inférieure. Quelques fermiers fument leur trèfle , mais ce n’est point un usage ordinaire. — Quelquefois aussi on étend le fumier sur le blé en automne , mais cette méthode est rare. Lâ chaux n’est pas d’un usage général. Son prix moyen dans le district est de neuf schel- lings le chaldron de trente-deux bushels. On la répand sur les champs en culture à la quantité d’environ trois chaldrons par acre. La suie , qu’on emploie dans le voisinage des villes , se sème par-dessus le blé, au prin- (1) I.es fermiers destinent leur meilleur fumier, et le prodiguent, eu quelque sorte, à la récolte des tur- neps. Cette récolte est le fondement de toutes leurs espérances ; ils n’épargnent rien pour l’assurer. — Point de fumier, point de turneps, point de bœufs gras, point d’orge, point de trèfle, point de parc sur la seconde année du trèfle pour la récolte du blé qui doit suivre. DE NORFODK. 69 tems : il importe de bien choisir son moment. Si on la sème trop tôt, et qu’il revienne du gel, elle perd une partie de sa force ; si elle se sème trop tard , et qu’il ne survienne pas de la pluie immédiatement après, il pnroît qu’elle nuit plutôt à la réèolte. — La manière de la répandre est très-simple. On choisit un jour où le vent, à peine sensible , souffle dans le sens de la longueur des sillons. Le char qui la contient sc guide dans le même sens, contre le vent ; un homme debout sur le char la jette alternativement d’un côte' et de l’autre, et elle s’égalise très-bien. — Le char revient ensuite prendre une autre largeur dans le même sens: on en répand quarante bushels par acre. Les gâteaux de colza (1) ne sont pas d’un usage commun dans le district; mais il y .a de bons agriculteurs qui les emploient avec succès, et qui trouvent leur compte à les faire charier de la distance de sept à huit milles. Une tonne de cet engrais coûte de deux à trois liv. sterl., et suffit à trois acres. On le réduit en petits morceaux qui se sèment à la main sur l’avant- dernier des labours qui précèdent la setnaille de blé. (1) C’est la partie qui reste sous les presses lorsqu’on a exprimé l’imile de la navette ou colza. 70 ( AGRICULTURE Semailles. On ne connoît point dans ce district l’usage du semoir : on sème le ble' à la volée , ou l’on le plante. Dans le premier cas , on recouvre presque toujours le grain par la charrue , c’est- à-dire qu’on sème sous raies ; c’est là l’usage general. Le plantage du ble’ s’exécute de deux manières. On se sert ou du plantoir ou du rouleau à pointes. Ce dernier instrument est entre les mains de peu de personnes : on ne s’en sert que pour le blé, et nous y reviendrons en traitant du blé en particulier. Malgré la légèreté du sol , les fermiers ne sèment point les grains du printems lorsque la terre est ce qu’ils appellent froide et pesante. Si la température de la saison les y oblige, ils enterrent le grain à la herse au lieu de l’enterrer à la charrue. Culture et soins pendant la végétation. On ne roule guère les récoltes que pour unir le sol dans les endroits qu’on destine à être fauchés. Le sarclage ne s’emploie que pour les turneps ; mais l’arrachement de l’herbe des blés au printems est une opération qu’on ne néglige jamais. — Elle se fait à tant par acre , selon la saleté des blés : le prix varie depuis six pences jusqu’à cinq schellings. DE NOREODK. 71 On fait egalement épierrcr les trèfles à tant par acre. Moissons. Toutes les moissons se font à un prix détermine pourlasaison. Charjue moissonneur gagne de trente-cinq à quarante schellings pour la moisson entière , soit qu’elle s’expédie promptement , soit qu’elle se prolonge ; et il est nourri tant qu’elle dure. Ce dernier usage est fort à charge au fermier , parce que la coutume générale est de nourrir très-abondamment les moissonneurs. — Mais il faut avouer qu’ils travaillent en conséquence. Chaque ouvrier pour ce qui a rapport à la moisson, met la main à ce qui presse le plus. Le fermier dispose à sa volonté de tout son monde, avantage qu’il ne peut avoir lorsqu’il fait moissonner à un prix déterminé par acre. Les ouvriers sont à l’ouvrage depuis quatre heures du matin jusqu’à la nuit, hormis les heures des repas ; et à les voir agir on croiroit qu’ils travaillent pour eux.— CJn homme moissonne entre un demi-acre et trois quarts d’acre par jour. — Sans cette extrême rapidité dans le travail , il seroit difficile de comprendre comment la moisson pourroit se faire en Norfolk. La province est bornée d’un côté par des pays à blé , et de l’autre par la mer; en sorte 73 AGRICULTURE que si l’on excepte quelques ouvriers qui viennent de Suffolk et Carabridge-Shire , Norfolk est réduit à ses propres ressources pour celle operation. Les ouvriers des fabriques , lorsque la moisson presse , fournissent des travailleurs. H y a parmi les moissonneurs un usage très- onéreux au fermier , c’est qu’ils ne s’occupent absolument que de la moisson , et refusent toute autre espèce de travail ; en sorte que lorsque le tems ne permet pas de moissonner, de lier,. ou de charier , ils demeurent oisifs, au grand détriment du fermier dont ils consomment les provisions, et dont souvent la récolte de turneps souffre faute de sarclages. Nous avons déjà observé que les chars vides cheminent toujours au trot : l’avantage de cette méthode est sensible pendant la moisson. Les fermiers ont coutume de conduire eux-mêmes, le plus qu’ils peuvent , leurs chars lorsqu’ils sont chargés. Les grains se disposent en las , ou gerbiers, dans les cours de la ferme : ces tas se font avec beaucoup de régularité à prix fixe, selon leur étendue , par des gens qui en font métier. — Nous reviendrons aux détails des semailles et de la moisson , en traitant de la culture du blé et de l’orge. Ballcige et emploi des pailles. Aucun grain no se bat à la journée ; c’est toujours à prix fait pour chaque coomb, ou mesure de quatre busliels. Maigre’ l’e'tendue des granges, les ouvriers battent ordinairement seuls dans chacune ; ou s’ils battent à deux, ils se tournent le dos, et chacun frappe de son côte, comme s’d étoit seul dans la grange , sans s’embarrasser de rester en mesure avec l’autre : on ne connoît point l’usage de battre ensemble , cl en s’accordant pour frapper lour-à-tour. Les pailles ne se lient point après le battage. On ne connoît point l’usage d’aucun instrument à vanner le grain : ou Je séparé toujours de la balle en le jetant avec des pôles d’un bout de la grange à l’autre. Dans celte operation , le meilleur grain , qui est le plus pesant, va le plus loin; les grains légers, les mauvaises graines ne vont qu’à moitié chemin , et la poussière avec les e’pis rompus restent tout auprès de celui qui jette. On tâche d’avoir un léger courant d’air dans le sens opposé à celui où l’on jette , pour faciliter la séparation. Les épis rompus se dégagent ensuite de la poussière au moyen du van , et sont rabattus. — Si l’on veut garder le grain très-pur, une 74 A O R I C U L T Ü R E opération ne suffit pas, et on le rejette à l’autre bout de la grange. La graine de seconde qualité se crible , comme ailleurs, pour en séparer les mauvaises graines. Cette méthode du jet est efficace et expédi- ' tive , mais elle demande un apprentissage. Il y a un certain coup à donner pour que le grain s’éparpille en l’air , et tienne toute la largeur de la grange (1) : on se sert pour cela d’une pèle de bois creuse. Les fermiers ne conservent pas leur blé en tas ; ils le laissent dans la paille aussi long- tems qu’ils peuvent, ou s’ils ont besoin de la paille , ils laissent le grain avec la balle , tel qu’il résulte de l’opération du battage , et l’enferment ainsi dans l’intérieur des tas de padle jusqu’à ce qu’ils aient l’occasion d’en disposer. Nous avons vu que les bestiaux de différentes qualités sont séparés dans les parcs domestiques. Les vaches occupent une division , les (1) Cette méthode doit faire obtenir du blé plus pur que l’usage du van et du crible ; car le van laisse parmi le blé toutes les mauvaises graines qui ne sont pas très-légères, etle crible ne débarrasse point des graines qui ont un diamètre égal à celui d’un grain de blé. Ici deux graines qui ne se trouvent pas égales, à la fois en masse et en volume, éprouvent en l’air des résistances inégales, et ne vont pas à la même distance. DE N O R F O E K. 75 veaux d’un an une seconde, les bêtes de deux ans une troisième , et lorsqu’on donne les tur- neps dans les cours, il y a une quatrième division pour les bestiaux qu’on engraisse. On donne la paille aux bestiaux soit par tas, soit dans des crèches, et ordinairement pour les bestiaux qu’on engraisse , on l’e'tend par tout l’enclos. En gênerai, les fermiers de Norfolk parois- sent prodiguer la paille , surtout à l’entrée de l’hiver, où ils la répandent souvent avec profusion dans les cours 5 mais c’est par système , et non par négligence : ils trouvent que les fumiers pailJeux sont meilleurs, surtout s’ils sont faits avec des bêles grasses , et ils regardent en quelque sorte comme perdu, quant au fumier, tout ce qu’on fait manger de paille aux bestiaux. Marchés. La province de Norfolk est singulièrement bien située pour les débouchés de ses denrées. Les manufactures de Norwich produisent une consommation intérieure , très-régulière , tandis que Yarmouth , Lynn et les petits ports enlèvent le surplus. Smithfield est le grand marché pour les bêtes à cornes et les moutons. L’orge se vend dans les ports de mer 5 la plus grande partie des blés 7^ AGRICÙLTEKE superflus s’achète parles meuniers, et la farine s’exporte principalement à Londres. Le marche de Norvrich , cpii pour l’abondance et la propreté est le premier du royaume, est entièrement fourni de viandes par les fermiers d’alentour jusqu’à i5 et ao milles de distance. Les bœufs seuls sont conduits en vie dans ce marche ; les autres viandes et les volailles s’y apportent toutes prépare'es. Le marche' des grains est très-conside'rable à Norvrich; mais l’appareil n’en est pas frappant, parce que les ventes se consomment dans les auberges. La Yare écoule vers Yarmouth tout ce qui est destiné à Londres ou à la Hollande. North-Waîsham est le principal marché du district qui nous occupe. Il y a une singularité assez remarquable dans la tenue des marchés de grains, c’est que les fermiers ne s’y rendent jamais qu’après-midi : ils trouvent divers avantages dans cette coutume. Ils ne quittent la maison qu’après avoir mis leurs gens à l’ouvrage de l’après-dîner, et avoir vu sortir leurs charrues, lis économisent le tems d’une demi - journée ; ils ont moins d’occasions de débauche de table dans un letns plus court, et plus de sang-froid pour les marchés à faire que s’ils éloienl hors de la maison dès le malin. DE NORFOLK. 77 Si l’on excepte la foire de St. Faith , les foires de Norfolk ne sont pas très-considérable. — Tout ce qui tient aux proee'dés des achats et ventes dans les foires et dans les marches, est ordinairement l’e’cueil dés agriculteurs qui n’ont pas été élevés aux travaux de la culture. Ils manquent ou d’affabilité', ou de connois- sance des manières de gens de campagn», pu d’un certain courage qu’il faut avoir pour se mettre à leur unisson. C’est cependant une partie très-importante, et dont nous nous occuperons ensuite. Le Blé. 3.° La variété’. Pour donner une idée bien nette de tout ce qui concerne la culture du blë en Norfolk, il convient d’examiner : 2 . ° La qualité du terrain qu’on lui destine de préférence. 3. ° La récolte à laquelle il succède. 4. ° La préparation de la terre. 5. ° La manière de fumer. 6 . ° Les semailles. 7 . " Les soins pendant la végétation. 8 . ° La moisson. g.°, L’engrangeage, battage, etc. 10 .° Les marchés du blé. r 78 agriculture La variété généralement préférée en Norfolk, c’est le blé rouge, ( red-wheat ). — Il passe pour plus pesant qu’aucun autre. II ne paroît cependant point tel à la vue; car son grain est long et étroit, et beaucoup plus semblable au seigle qu’à un blé bien n-ourri. Une autre variété s’est introduite, et prend maintenant assez de faveur, parce qu’elle passe pour rendre davantage , c’est le blé de Kent , à balle blanche. ( Kentish white cos/i ). — Le grain est gros et rouge , mais son enveloppe est blanche , et ressemble beaucoup à celle du blé de velours ( ve-lvet wheat) de Surrey et de Kent. — Les meûniers commencent à l’estimer à peu près autant que le blé rouge. Il y a une circonstance remarquable par % *1 rapport à la culture de ce blé : c’est qu’il éprouve des modifications successives qui le rapprochent du blé-rouge , auquel il devient enfin absolument semblable au bout d’un certain nombre d’années , malgré les soins qu’on apporte à le cultiver dans t^es champs séparés (1). (1) Si celte expérience a été bien faite , elle tendroit à prouver l’influence du sol et du climat pour établir les variétés ; mais n’est-il pas probable que ces chan- gemens successifs s’opèrent par l’influence de la poussière fécondante du blé-rouge, qui est eu beaucoup 1 *1. DE NORFOLK. 79 En Norfolk, comme ailleurs , quelques fermiers sèment leble' en toute espèce de terrain, mais lorsque la moisson arrive , ils trouvent souvent qu’il leur eût été plus profitable d’avoir une belle récolté d’orge qu’une demi- récolté de ble'. Les terrains très-lègers occupent principalement la partie Nord du District. Là, les plus, judicieux d’entre les fermiers destinent principalement leurs terres à l’orge : il s’y sème beaucoup moins de ble que dans la partie Sud- Est et Sud , où le terrain est plus pesant. La rotation régulière d’une bonne culture ramène invariablement le ble' après la seconde anne'e des prés artificiels , et l’on peut calculer qu’environ les neuf-dixièmes de tout le ble' qui se cultive en Norfolk, se sème sur les trèfles (1) rompus à la seconde anne'e. Nous avons déjà vu que quelquefois le cours plus grande quantité dans le pays , et qui peut-être a plus d’activité : on sait que le voisinage des lfomens barbus altère la qualité des blés-mottets ou raz ; et que si l’on ne sème pas ces deux variétés dans des champs suffisamment distans les uns des autres , les derniers deviennent barbus au bout d’un certain nombre d’années. (1) Le trèfle est presque toujours mêlé de rye-grass (Lolium perenne). iNous verrons ci-après les qualités du rye-grass. AGRICULTURE 8o se trouve dérangé par un accident impre'vu , ou que le Fermier , pour bien purger sa terre de mauvaises herbes, donne une jachère d’été avant le bîe’ : quelquefois aussi on sème le blé sur le trèfle rompu à la première année , ou sur le blé-sarrasin enterré à la charrue , ou aprèsles pois, le blé-noir recueilli, ou les turneps* La préparation de la terre varie selon la nature et l’état des champs, l’espèce de récolte qui a précédé , les circonstances de la ferme et le jugement du fermier. La méthode la plus générale est de faire une jachère tardive sur la seconde année du foin artificiel (1). Lorsque le foin çst rare , on sème quelquefois sur un seul labour : Lorsqu’on plante le blé c’est encore sur un seul labour; mais pour semer à la volée , c’est une méthode défectueuse dans le terrain de Norfolk , quoiqu’elle soit excellente dans d’autres parties du royaume. La jachère tardive (Backward Summerly ) se travaille de différentes manières. (i) Cela signifie qu'un trèfle mêlé de rye-grass, semé au printems de 1796, devroit, dans cette méthode, être rompu au milieu de l’été 1798 , pour qu’on eût le tems de donner deux ou trois façons à la terre avant les sema,illcs, comme cela est indiqué ci-après. Quelques DE NORFOLK. 8l Quelques fermiers ne labourent que deux fois. Us donnent la première façon très-superficielle. Lorsque le gazon est consume' , ils hersent en travers , et répandent le fumier j puis ils labourent à toute la profondeur que comporte la charrue ; en relevant le sol par billons ou planches, pour semer sur la superficie du terrain. Mais cette méthode n’est guère* que celle des fermiers ne'gligens. D’autres donnent trois labours : le premier superficiel, le second de toute la profondeur de la charrue , et le dernier de profondeur moyenne. Ce dernier labour enterre la semence re'pandue auparavant sur le guéret : c’est semer sous raies . Mais ce n’est pas encore la méthode de cçux qui excellent dans leur art, et qui aspirent à de très-belles récoltes. Voici les soins que le cultivateur habile donne à ses semailles. Après que ses foins artificiels de seconde année ont achevé d’engraisser ses bestiaux , et nourri ses chevaux et ses vaches pendant la première partie de l’été ; après que ses foins artificiels de première année ont été fauchés , et lorsque les pièces qu’ils occupent sont prêtes à recevoir son bétail (1), le fermier commence (i) Pour entendre ceci, il faut savoir crue les prés Tome i. P 82 AGRICULTURE à rompre ses vieux trèfles (1), le plus superficiellement qu’il peut , et prenant pour cela l’occasion d’une petite pluie , s’il est possible. La terre reste dans cet état jusqu’après moisson $ et lorsque les grains sont resserrés, et les attelages moins occupés, le fermier fait berser en travers , et laboure pour la seconde fois , également en travers , à toute la profondeur de la charrue. Il conduit ensuite ses fumiers. Après les avoir répandus, il herse ; puis immédiatement après il enterre l’engrais par un labour superficiel. — L’effet de ce troisième labour est admirable. Il mêle intimement le sol et le fumier ; il coupe et pulvérise la surface durcie du guéret; il enterre et étouffe les mauvaises herbes qui avoient résisté aux deux premières façons , et rend la terre aussi moelleuse qu’elle l’est après une jachère d’été. Le sol reste dans cet état jusqu’au tems des artificiels qui sont à leur seconde année, ne se fauchent presque jamais, et que ceux de la première année ne se fauchent qu’une fois, au plus. Les fermiers trouvent qu’il y a plus de profit à les faire pâturer, comme nous le verrons à l’articie des foins artificiels. (i) On peut à peine les appeler trèfles à la seconde année, parce que le r/t-gta&t a absolument pris le dessus. t DE NOKFODK. 83 semailles. Alors on herse , on roule, on sème et on dispose le champ en sillons su planches, de la largeur qui convient le mieux au sol ou au goût du fermier. Les sillons de six traits de charrue sont les plus ordinaires , mais il y a de "très-bons cultivateurs qui disposent leurs* champs pour le ble' en bdJons de quatre traits , et d’autres en planches de dix traits de charrue. La méthode des sillons de six raies de charrue est celle dans laquelle les laboureurs de Norfolk excellent particulièrement. Ces sillons se forment d’ordinaire avec trois charrues qui travaillent à la fois. La première entame le sillon, ou fait la première raie , la seconde charrue suit dans le même sens, et la troisième achève le sillon (1). — Quelquefois une partie du (1) Il faut ici quelqu’explication à ceux de nos lecteurs qui ne connoissent que les labours à plat, exécutés avec la charrue à tourrte-oreilles. On appelle labourer à sillons relevés, l’opération par laquelle on dispose la surface d’un champ en planches parallèles , bombées en dos d’àne, et dont la largeur varie selon la fantaisie du cultivateur ou la nature du champ. Ces espaces compris entre deux raies se nomment billons lorsqu’ils sont fort étroits, sillons ou planches lorsqu’ils sont plus Lu ges. Si ce travail se fait avec une charrue à une oreille mobile, on la met à droite et ou ne la change point; s’il se fait avec une charrue à 84 AGRICULTURE revers du premier trait , ( c’est-à-dire de la terre que le premier trait de charrue a reri- i ■ • - - -- - -- lourne-oreilles, on les dispose pour jeter toujours la terre à droite. Le laboureur entame son sillon par le centre. Parvenu au bout du champ il tourne à droite , et fait un second trait'de charrue qui recomble en partie le premier. Il tourne encore à droite pour faire le troisième trait, qui non-seulement achève de combler le premier, mais fait une accumulation de terre en forme d’arrête. Le.laboureur continue ainsi à tourner autour de son premier trait, jusqu’à ce que son sillon ait la largeur qu’il veut lui donner. Ce sillon étant achevé, et bordé de côté et d’autre par deux raies vides, le laboureur entame le sillon voisin de la même manière , par le centre. — On conçoit que cette manière de disposer les champs a ses avantages et ses inconvé- niens ; elle empêche le séjour des eaux de l’hiver, si nuisibles aux blés;, elle donne plus de fond aux terres qui en manquent ; et en augmentant la surface, elle augmente aussi les influences de l’atmosphère. Mais d’un autre côté, si les eaux séjournent dans les raies il n’y croît absolument rien ; si l’on suit la méthode de Norfolk on n’y sème rien, et dans les deux cas il y a du terrain de perdu, car l’augmentation de surface n’augmente pas le nombre des plantes, et il faut encore remarquer que le blé n’est pas vigoureux dans les parties qui bordent immédiatement les raies, parce que la terre , accumulée au centre du sillon, manque par conséquent dans les bords.— Dans les tçfres fortes, et les champs plats qui retiennent les eaux, on est, en quelque sorte, forcé de labourer à sillons relevés, et de sacrifier une partie des plantes que pofirroit pro- DE NOKFOEK. 85 versée ) retombe dans la raie : cela arrive lorsqu’on fait passer le cheval de droite dans la raie ouverte ; si l’on fait passer le cheval de droite un peu à gauche de la raie ouverte , celle-ci reste telle jusqu’à ce que la seconde charrue vienne la combler ; le sillon s’en trouve un peu plus large , et l’ouvrage va plus vite , mais la première méthode remue mieux le sol , et distribue la semence plu$ egalement (1). Les chevaux de la troisième charrue sont sépares par une pièce de bois qui les force à se tenir écartes , de manière que ni l’un ni l’autre ne marchç dans la même ligne que suit le soc , et que le laboureur voit devant lui, entr’eux deux , et juge très-bien de la direction qu’il doit suivre. C’est ordinairement le plus habile des trois laboureurs qui est chargé de celte troisième charrue , ,parce qu’il y a beaucoup d’art à achever proprement le sillon. — Lorsqu’on laboure à sillons de quatre traits , l’ouvrage se fait avec deux charrues , et de la même manière. du'ire le soi pour assurer le succès des. autres; mais dans lc4 to res légères , qui absorbent aisément les eaux, ou ne conçoit pas ce qu’on peut gagner à cette méthode : il fout cependant se garder de condamner légèrement des cultivateurs aussi éclairés que ceux dont, nous examinons ici la pratique. (i) Voyez ci-après la semaiile. 86 i 5 K I C Ü 1 T ü H E Dans ce travail les laboureurs prennent le trait de la charrue fort étroit ; car un sillon de six traits (fait en laissant repasser le cheval de droite dans la première raie ) n’a que 44 ou 45 pouces Ànglois de largeur : ce qui revient à sept pouces de France pour chaque trait. Lorsqu’on sème sur un trèfle rompu à la première année (î) , on ne donne ordinairement qu’un labour. Après les pois , on donne depuis un jusqu’à quatre labours, et on pre'pare le sol comme lorsqu’on sème après les foins de seconde anne'e. Après le blé-sarrasin recueilli, on est géné par le tems. On ne donne guères qu’un labour ou au plus deux. Si l’on n’en donne qu’un , on répand le fumier sur le chaume du blé-noir, on sème sur lé fumier, puis on enterre le tout à la charrue , en formant des sillons comme nous avons vu. — St l’on donne deux labours, on commence par mener le fumier , qu’on enterre par un labour superficiel ; on herse ensuite , on passe le rouleau (a), on sème et on relève la terre en sillons. (i) C’est-à-dire , lorsqu’on rompt au mois d’Octobrc ■an trèfle semé dix-huit mois auparavant. (a) Il pareil que l’opération du rouleau, entre cellg B E N O R F O B K. 87 On remarque un inconvénient sensible dans la me'thode de faire succéder le ble' au ble'-noir recueilli. Les grains de celui-ci qui se sont répandus en le moisonnant, et que la charrue a enterres , végètent au printems suivant , et nuisent au blé. D’ailleurs , si les corneilles s’arrêtent en nombre dans le pays , elleà viennent arracher les plantes du blé-noir , et en même tems celles du blé , de manière à laisser de grandes places vides. Les bons cultivateurs font grand cas de la méthode de semer le blé sur du blé-noir enterré ; et ils en exécutent Jes procédés d’une manière supérieure. —Ils fixent entre les roues de la charrue une espèce de vergelle de branchage , qui couche le blé-noir à mesure qvie la charrue avance. Si le blé-noir est très-haut et très-épais , et que les roues de la charrue se soulèvent, on la fait précéder d’un rouleau qui le couche à plat sur le sol, de manière qu’on voit à peine une fleur paroître sur toute l’étendue du champ quand la charrue y a passé.— Quelquefois on herse et roule après ce labour; mais la meilleure méthode est de laisser la sortie la herse et la scmaille, est surtout destinée à préparer un recouvrement très-uniforme du grain, en rendant la surface du champ parfaitement unie avant le dernier travail de la charrue. ■*4t" 88 AGRICULTURE face du champ dans l’e'tat où la charrue Ta mise. — Dans les deux cas on laisse le blé- noir se consumer jusqu’après la moisson. Alors ou recoupe en traders par un profond labour; et lorsque le moment de semer est arrive', l’on herse, roule, sème et forme les sillons comme cela est explique ci-dessus. Il est rare qu’on sème en Norfolk sur une jachère c’est ordinairement par les turneps qu’on la remplace. Cependant lorsqu’un champ, a été e'puise' par une mauvaise gestion., c’est- à-dire , par des récoltés de grains trop frë-r quentes , lorsque les mauvaises herbes y sont en très-grande quantité' les habiles fermiers estimentqu’une jachère complète estune bonne méthode pour remettre la terre en e'tat. —-Les procèdes qui précèdent la semaille sur une jachère sont les mêmes que nous avons vus pour l,a jachère tardive. Lorsqu’on sème le blé après les turneps on ne laboure guères qu’une fois, à une profondeur moyenne : on sème sur le guère t, et on recouvre la semence à fa herse. Cependant s’il y a beaucoup de mauvaises herbes (comme Cela arrive lorsque la récolte de turneps a été négligée ) on les enterre par un labour léger-,, puis on recouvre la semence pat; le dernier- labour qui forme les sillons,. DE NOHEODK. 89 Maigre l’habileté, les soins actifs, l’économie judicieuse d’un grand nombre de fermiers de Norfolk, relativement à la culture du Lie , si l’on considère en masse les fermiers du pays , ils le cèdent pour cette culture à ceux de quelques autres provinces., et particu- fièrement du Comte' de Kent. C’est surtout par rapport à la culture de l’orge que les fermiers de Norfolk sont re'pute's les plus habiles de l’Angleterre, n Les terrains qui ont e'te' récemment marnes ou couverts d’argille , ne demandent aucun engrais , non plus que ceux qui ont e'te' fumés par les turneps, à raison de l 5 ou 20 charrettes par acre. Les prés artificiels qui ont reçu le parc des bêtes à cornes en automne, et qui ont e’te' pâturés l’e’té suivant, sont dans le même cas. Dans les terres riches, où les blés sont sujets à ne donner que de la paille , quelques fermiers judicieux mettent le fumier sur le jeune trèfle , en sorte que son action a le tems de s’amortir avant le blé , qui, sans cette précaution, devient trop épais. Mais l’usage général c’est de répandre le fumier sur le guéret. Dans les cas où l’on sème après un seul labour, on met le fumier avant de labourer. Enfin on le répand quelquefois sur le guéret, et on le mêle % la herse, en même tems qu’on recouvre le ACRICÜLTÏÏIE 9 ° grain. — Voici la manière la plus judicieuse dé faire cette distribution du fumier , en suivant le dernière méthode. — On laboure les'quatre raies du milieu de chaque sillon ; puis les charrettes qui portent le fumier passent dans la longueur de ces bandes laboure'es , en les laissant entre les deux roues. On décharge le fumier par petits tas, sur les bandes labourées ; on achève les sillons, puis l’on étend le fumier. On conçoit que cette manière soulage les chevaux , et n’a pas l’incoinvénient de gâter le guéret. Dans les années pluvieuses , en particulier , il y a beaucoup d’avantage à employer ce moyen. On met ordinairement moins de fumier pour le blé que pour les turneps. Huit à dix charrettes, à trois chevaux par acre , est réputé une quantité suffisante. Les semailles de Norfolk se commencent très-tard. Un cultivateur bien orthodoxe ne songe jamais à commencer ses semailles avant la foire de St, Failh, qui se tient le 17 Octobre. Les neuf-dixièmes des fermiers commencent à cette époque, et les semailles durent jusqu’au mois de Décembre : quelquefois même jusqu’à Noël. Cependant le plantage fait exception. La seconde semaille d’Octobre est réputée le moment le plus avantageux pour planter le blé. DE N O R F O Tj S. 91 La raison que les fermiers donnent pour semer si tard, en comparaison d’autres Comtes à terres légères , c’est que leurs ble's semés de bonne heure sont sujets à taller avant l’hiver , et à donner plus de paille que de grain , tandis qu’ils observent le contraire dansles ble's semés tard, surtout pourles terres re'cemmentmarne'es. Cette dernière circonstance peut servir à expliquer la méthode de semer si tard. Cette méthode a été transmise de père en fils depuis deux ou trois cents ans. Tout le pays étoit marné alors , si l’on en juge par le nombre d’anciennes marnières que l’on voit encore. La marne a perdu aujourd’hui une partie de son efficacité , et il conviendra peut-être de modifier sur ce point le système de Norfolk. Quelques cultivateurs intelligens commencent à le sentir , et reviennent à un usage qui paroît plus raisonnable. La préparation de la semence consiste à tremper le grain dans l’eau salée, et à le saupoudrer ensuite de chaux. Celte préparation, destinée à prévenir la carie , ne réussit pas plus infailliblement en Norfolk qu’aillcurs ; on y voit aussi des laies cariés. Quelques cultivateurs se vantent de prévenir la carie avec certitude, en faisant dissoudre une grande quantité de sel dans très-peu d’eau, en hu~ AÇRICütTUllE 9 2 t nsectant le blë de semence avec cette dissolution très-chaude , et en le saupoudrant de chaux vive. —*■ Si l’on en croit ceux qui vantent ce procède’ , non-seulement il prévient la carie , mais si l’on sème du blé carié , ou infecté de la poussière de la carie , eu donnant cette préparation , on obtient du blé presque sain l’année suivante ; la répétition du procédé se donne plus pür encore l’année d’après $. et à la troisième récolte on n’y voit plus un seul grain de carié. L’efficacité de cette méthode n’est passuffisammentprouvéej et les cultivateurs-pratiques savent fort bien avec quelle défiance on doit recevoir les secrets de cette espèce. Le plantage du blé, tel que nous l’avons décrit ci-devant, gagne d’année en année dans ce Comté ; mais ce qu’il y a de remarquable , c’est, que le semoir y est à peine connu, quoique le sol soit merveilleusement propre à, son usage. Nous avons déjà vu que , pour tout ce qui se sème à la volée , la méthode d’enterrer le grain à la charrue est la plus estimée. Voici comment cela s’exécute. Lorsque le champ a été hersé et r.oulé , le premier laboureur marque les divisions pour le semeur : c’est-à-dire qu’ij divise tout le champ DE NORFODK. 9 5 par bandes d’environ seize pieds anglois de large. Il marque ces raies avec le talon de la charrue*, et sans laisser entrer le soc dans la terre. De celte manière le semeur ne peut pas se tromper , et mettre dans un endroit à double ce qui manque dans un autre , comme cela arrive quelquefois avec la méthode ordinaire des branches plantées, lorsque le semeur n’y porte pas la plus grande attention. Si l’on veut faire les sillons de six traits de charrue , le semeur sème d’abord les deux tiers du grain à la volée ; il en sème un peu moins des deux tiers lorsqu’on veut disposer lé champ en sillons de quatre traits. — Ensuite le premier laboureur entame le premier sillon, ( par le centre comme nous l’avons vu.) et dans le même sens que les bandes tracées , mais sans se régler du tout sur leur largeur , qui n’a aucun rapport qu’à la première opération du semeur. La seconde charrue suit, et après elle le semeur qui répand l’autre tiers du blé dans la raie qu’elle ouvre , et que la troisième charrue recomble en achevant le sillon. — Si ce sont des sillons de quatre raies, on sème le reste du blé dans les deux raies que fait la première charrue (]). (i) Cette opération paroît compliquée) elle est très- g4 agriculture Trois charrues répondent à un semeur, et font environ trois acres par jour. Il y a encore une modification de la semaille du sillon à quatre traits : c’est de semer la moitié’ de la semence après le rouleau 5 puis de faire le dos du sillon très-large} de manière que les revers des deux premiers traits se tou- difficile à comprendre pour ceux qui ne l’ont pas vu pratiquer; enfin, on a peine à concevoir, après en avoir saisi le mécanisme, comment elle remplit l’objet de bien égaliser la semence ; mais il faut considérer que le but de ce travail est de distribuer la semence convenablement plutôt qui également ; c’est-à-dire, de faire en sorte qu’il s’en trouve un peu moins dans la partie la plus haute du sillon, où le fumier et la terre rassemblés par la charrue donnent plus de moyens à une végétation forte, et favorisent le tallement des plantes ; car il est certain que la troisième charrue qui jette à droite , en même tems que la terre qu’elle soulève, toute la partie du blé déjà semée dans la direction de son trait, accumule ce blé sur le trait même ' dans lequel le semeur vient de répandre le reste de ce qu’il destinoit au sillon ; en sorte qu’il semble devoir lever plus épais sur le second trait de chaque sillon; mais comme cela s’égalise ensuite , par la raison ci- dessuS, la méthode n’est pas moins bonne. — Quant à la complication, il est probable qu’elle n’est qu’apparente, puisque ces cultivateurs, si éclairés, qui con- noissent toutes les autres manières de semer, trouvent eelle-là préférable. y DE NORFOLK. g5 client à peine , de répandre ensuite le reste de la semence dans les deux premières raies ouvertes , et de la recouvrir par une seconde charrue qui prend un trait fort étroit. De cette manière le ble' lève très-égal , et le sillon est presque aussi large que s’il étoit de six traits. Nous ne nous arrêterons pas ici sur la pratique du plantage du blé que nous avons décrite ailleurs. Nous observerons seulement qu’on y emploie quelquefois un rouleau à pointes, assez semblable à celui dont on fait usage pour pulvériser les mottes de terre sur les champs , mais qui en diffère en ce que les pointes sont recourbées de manière à laisser un trou net en ressortant de terre. — Lorsque le sol est sec , précisément au degré convenable, cet instrument remplit bien son objet j mais pour peu que la terre soit humide , elles s’attache entre les pointes et les rend inutile. C’est là un grand inconvénient, parce qu’il est rare que dans la saison des semailles la terre soit assez sèche pour qu’bn puisse l’employer commodément. On ne sème guères moins de trois bushels par acre (1), sans égard pour la saison où l’on (i) Cette quantité est fort supérieure à la moyenne, trouvée par Arthur Young [six manths tour), qui est t g6 AGRICULTURE sème. Cela explique jusqu’à un/Certain point le defaut de succès dans les blés semés de bonne heure ; car les deux bushels semés au milieu de Septembre , équivalent peut-être à trois bushels semés au milieu de Novembre. Or, si l’on en sème trois en Septembre, il n’est pas étonnant que le blé ait une très-belle apparence en hiver et au printems -, mais les plantes trop serrées ne peuvent acquérir toute leur iorce , èt les épis sont avortés. Les soins qu’on donne aux blés pendant le 'cours de la végétation se réduisent à arracher l’herbe au printems , et à y passer le rouleau pour raffermir les plantes que la gelée peut avoir soulevées. Quelquefois on emploie la houe pour sarcler les bords des sillons lorsque les plantes y ont souffert de l’hiver et des eaux ; mais ce procédé n’est pas général. Dans les années ou le fourrage est très-rare, on fait quelquefois pâturer les blés aux moutons dans les mois de Mars et d’Avril : quelquefois même on y fait paître le gros bétail , de deux bushels et un pech, c’est-à-dire une once de blé pour vingt pieds de France de surface. A raison de trois bushels par acre, un once de blé ne couvre qu’en- viron quinze pieds de France de surface. Nous traiterons à part, et avec détail, l’important article de la quantité de là semeuse plus «ouvenable au succès. aî mais CE ÿr O R F O X, K. §7 Riais celle méthode n’a pour but que de trouver un secours provisionnel,pour la nourriture des bestiaux , et non l’utilité dont elle pourroit être dans les cas où les blés sont trop épais. La moisson se fait tard en Norfolk , parce que le climat est plus tardif que dans les provinces plus au Sud ; d’ailleurs , avec le grand nombre de petits enclos bordés de haies et d’arbres, ilseroit difficile que le blé ne souffrît £>as s’il venoit à recevoir des pluies après qu’il est coupé, si l’on n’avoit pas attendu la parfaite maturité pour moissonner. Ce n’est donc que lorsque le blé est très-mûr qu’on commence la moisson. C’est rarement à tâche , ainsi que nous l’avons déjà observé , que la moisson se fait : chaque fermier se pourvoit du nombre d’ouvriers qui lui est nécessaire. On le scie , ou moissonne à la faucille , presque partout : cet instrument est souvent fait en façon de scie , quelquefois simplemènt aiguise. Dans les champs bidonnés à quatre traits de charrue, chaque homme prend son billon. Quelquefois chaque ouvrier lie le blé à mesure qu’il le moissonne ; mais ordinairement ils travaillent deu« à deux. Le premier Tome i . G * » AGRICULTURE 9 § moissonne et le second lie la gerbe (1). Lorsque les moissonneurs travaillent seuls, ils poussent devant eux avec les pieds le blé coupé, jusqu’à ce-qu’il y en ait de quoi faire une g;erbe ; ils s’arrêtent alors pour la lier. On ne s’attache pas à faire les gerbes très-égales; elles «ont liées assez lâche parle centre. On les rassemble ensuite en certain nombre sur le champ , eu les disposant debout et serrées , les épis en haut, et en les recouvrant d’une gerbe, comme pour empêcher l’air d’y pénétrer. — Lorsque le blé est haut ? ou laisse au chaume depuis dix-lmit pouces jusqu’à deux pieds de longueur. — Un ouvrier moissonneur coupe avec la faucille , entre un demi-acre et trois quarts d’acre par jour , selon l’épaisseur du blé. Si les tas reçoivent la pluie , on saisit le premier moment du soleil pour séparer les gerbes :■■■- - V J; ( 1 ) Ce sont de petites gerbes de quinze à vingt liv. — Ceux qui s’élonneroient de voir ainsi lier le- blé au moment où l’on le moissonne, doivent réfléchir i. Q qu’il est extrêmement-mur; a.° qu’il est eu‘général exempt Vie mauvaises herbes, dont la présence pparmi la paille, empêche surtout le blé de sécher; 3.^ qu’on laisse le xliaume très-long^ parce, qu’on l’enlève ensuite pour le réduire en fumier), ce qui contribue encore à maintenir la moisson exempte de'mauvaises graines. ! DE NORFOEE. et les laisser exposées debout à l’action de l’air. Ce ri’est point là une ope'ration lente et embarrassante; elle est d’autant plus convenable que les gerbes serrées les unes contre les autres, comme elles le sont dans le tas, ne peuvent recevoir le bénéfice de l’action de l’air. Chaque paroisse reserve ses champs à ses pauvres pour le glanage , ce qui met les fermiers à l’abri d’ètre vexes par des bandes de glaneurs, qui, dans d’autres comtes, voyagent de paroisse en paroisse : on ne permet guères de glaner que lorsque la moisson est enleve'e. Autrefois le blé étoit en entier réduit dans les granges qui , comme nous l’avons observé, sont très-spacieuses ; mais depuis quelques années on a introduit l’usage de conserver l@ blé en tas, dans les cours de la ferme. La manière la plus ordinaire de tirer parti des chaumes , c’est de répandre dessus des tur- neps en automne , et de les faire manger ainsi aux bestiaux qu’on engraisse. Lorsque le chaume a été suffisamment foulé et Itiêlé de fiente , par le séjour de oes animaux sur les champs, on le rassemble avec deux herses réunies, et on le conduit dans les cours de la ferme , où il est converti en fumier. Comme la paille de blé a un pri* moins haut en Norfolk, à cause de l’usage général I lOO AGRICULTURE des roseaux pour couvrir les toits, on ne se donne pas la peine de la soigner en battant le blé , ainsi que cela se fait dans quelques endroits ; mais on la mêle et l’amoncelle , à la fourche , après avoir battu. Nous avons de'jà examine l’article des marches dans les objets generaux ; il faut observer encore qu’il se convertit en farines une très- grande quantité de blé , dans le district , pour l’exportation. Les ruisseaux très-nombreux, multiplient les moulins à eau, et on fait en outre un grand usage des moulins à vent. U Orge. Nous diviserons ce sujet comme le précé- dent , et nous considérerons , i.° La variété ; а. ° La qualité du terrain qu’on destine à l’orge ; 3. ° La récolte à laquelle elle succède ; 4. " La préparation de la terre; 5. ° La manière de fumer ; б . ° Les semailles ; 7. 0 Les soins pendant la végétation ; 8 .® La moisson; g.° L’engrangeage , battage , etc. lo.° Le marché. La variété qui prévaut, et es quelque sorte DE NORFOIiK. loi Ja seule cultivée en Norfolk , est Forge commune à longues barbes ( hordeum vulgare ). Le sol de Norfolk est particulièrement propre à cette culture. Le terrain , même le plus léger, s’il est en bon e'tat, donne de l’orge assez belle; et les terres les plus fortes du district ne le sont pas trop pour ce grain, qu’aucune partie de l’Angleterre ne produit d’aussi bonne qualité' , et que tous les cultivateurs du royaume tirent de cette province pour renouveler leurs semences. Dans le cours de la routine ordinaire l’orge succède au ble' ou aux turneps ; et dans quelques fermes de terrains très-légers on la sème au lieu de blé après les foins artificiels de seconde année. Lorsqu’on la sème après le blé , la préparation du terrain se fait comme suit. — On fait manger des turneps aux bêles à l’engrais , sur le chaume qu’on veut enterrer. Lorsque ce chaume a été suffisamment foulé et mélangé de fiente d’animaux, c’est-à-dire vers le commencement de Décembre, on donne un labour léger en refendant les sillons. — Au commencement de Mars on passe la herse , puis on donne , en travers , un labour profond; ou si le terrain est pesant et le lems pluvieux , l’on forme de nouveau les sillons 102 AGRICÏÏITUUE t tels qu’ils l’étoient l’annëe precedente. En Avril on passe la herse; on laboure à toute profondeur, dans le sens des sillons , en formant des planches de cinq jusqu’à dix pas de large ; puis lorsque le moment de semer est venu, on herse, on passe le rouleau, on sème, , puis on enterre la semence par un labour léger en refendant les planches ou sillons. Lorsqu’on fait succéder l’orge aux turneps, on donne ordinairement un labour aussitôt qua ceux-ci sont enlevés. Si c’est dans l’arrière- automne, ou la première partie de l’hiver, on donne un demi-labour; si c’est à la fin de l’hiver on donne un labour plein ; mais dans ce dernier cas chaque fermier a sa méthode. Quelquefois on sème sur ce seul labour en enterrant la semence à la herse ; mais plus ordinairement on donne trois labours, et il arrive souvent que tous trois se donnent dans la même semaine. Ces labours donnés ainsi coup sur coup pa- roisseul peu raisonnés; car les mauvaises herbes enterrées n’ont point le tems de pourrir, les mauvaises racines ramenées sur la surface n’ont point le tems de sécher j les mauvaises graines n’ont pas le tems de germer, et enfin une partie de l’humidité du sol (humidité précieuse à conserver dans un terrain aussi léger) s’évat» io 5 B É N O R F O Z. K. pore par ces labours répétés. Mais comme c’est la pratique des plus habiles fermiers, et que le succès la justiGe , pn peut être bien sûr qu’ils ne perdent pas, de gaîte’ de cœur, lé travail de deux labours et de deux hersages. Les cultivateurs du pays entendent merveilleusement la culture de l’orge ; ils savent très- bien que les radicules délicates de cette planté ne peuvent pénétrer, et faire, dans les premiers tems, les progrès nécessaires si le sot est compacte et froid. Ils s’efforcent donc de rendre la terre aussi meuble qu’il est possible, et de la convertir en quelque sorte en poussière. Ils donnent quelquefois, dans ce but, un quatrième labour, surtout si la saison est pluvieuse (i). Le prinlems tardif de 1782 éprouva leur savoir faire ; plusieurs champs furent sillonnés deux fois par bilions étroits de deux traits seulement, exposant ainsi beaucoup de surface à l’action de l’air : en sorte que deux ou trois (1) Pour assurer ainsi ries récoltes considérables par des labours multipliés, il faut une charrue qui, comme celle de Norfolk , laboure au moins 80,000 pieds de France de surface par jour. Il est aisé de sentir de quel prodigieux avantage seroit l'adoption d’une telle charrue dans tous les terrains qui en comportent l’emploi. ■J 10-4 , A&RICÜLTURE jours de beau tems suffisoient pour qu’on put semer, et que le sol s’ameüblissoit comme des cendres au dernier labour. Ces précautions pour l’ameublissement du sol, s’appliquent de même à la préparation de - la terre lorsque l’orge succède au ble' ; mars elles n’y sont pas tout-à-fait aussi necessaires ‘dans ce cas, parce que le chaume et les racines, encore mélanges parmi la terre , la tiennent tin peu soulevée , et plus pénétrabie par les radicules de la jeune plante. — Ceci peut servir à expliquer le fait très-singulier de la supériorité presque constante de l’orge qui succède au blé , sur l’orge qui suit les turneps. Lorsque l’orge suit un foin artificiel on rompt en automne, et le so! est ensuite traité comme quand Forge suit le blé. On ne fume guères pour Forge , à moins qu’elle ne succède à un foin artificiel : on la traite alors quelquefois comme ou feroi-t le blé qui succède au trèfle.—Lorsque Forge su>t les turneps elle n’a pas besoin d’c-ngrais. Si le blé précède la récolte de Forge, et a été fumé, celle-ci n’en a pas besoin ; et lorsque le blé n’a pas été fumé , on hasarde îa recolle de Forge sans engrais, parce que les turneps qui la suivront remettront le terrain : quelquefois on saisit ce moment pour répandre de la maru® ■rendant l’hiver. / DE N O R F O Ii K. lo5 Les semailles de l’orge se font tard; elles ne commencent guères avantle milieu d’Avril, et durent jusqu’au milieu de Mai. Le moment de semer se règle sur la tempe-rature plus encore que sur le jour du mois. — Jusqu’à Linnæus qui imagina de faire correspondre le moment des semailles avec celui de la pousse des feuilles, l’almanach seul de'cidoit de l’instant de commencer les semailles, et c’est encore le guide de la plupart des cultivateurs du royaume. Un proverbe de Norfolk, qui est probablement aussi ancien que le système de culture du can- ton , montre que l’on y a assimile depuis longtemps ces deux époques. Ce proverbe dit que lorsque les bourgeons du chêne s’ouvrent pour laisser développer les feuilles , l’orge doit être achevé de semer. —En t 782 on sema de l’orge jusqu’en Juin avec succès. Toutes les semailles du district se font à la volée, et presque toutes sous raies; c’cst-à- dire , qu’après avoir uni la surface par la herse et le rouleau, on enterre Je grain semé sur cette surface par un labour léger. Cette méthode n’est pratiquée nulle part qu’en Norfolk , et elle paroît admirablement calculée pour un sol sec et léger, pourvu qu’on observe de ne pas enterrer la semence trop profondément. lo6 A G B. I C U Tj T TT R E. Lorsque le printems est pluvieux et le sol pesant, il y a de très-bons fermiers qui sèment J orge sur la surface pour l’enterrer à la herse : celte distinction parait raisonnable. — Cependant, en general, on donne de beaucoup la préférence à la méthode de semer sous raies , et il y a des cultivateurs judicieux qui donnent plutôt un labour extraordinaire que de semer* sur la surface. 1 Lorsque le printems est très-avancé, et que les dernières pièces de turneps ne sont débarrassées que très-tard , au lieu de donner coup sur coup trois labours, quelques habiles cultivateurs usent de la ressource du double labour } ou labour par tranches > décrit ci-devant, et sèment l’orge entre les deux tranches (1). On sème ordinairement trois bushels par acre. Soit que l’on sème , ou non , du trèfle avec (t) Celte opération, qu’on emploie aussi quelquefois à la semaille du blé, demande beaucoup d’adresse dans les deux laboureurs, et une grande exactitude dans le semeur qui répand le grain à la main, entre les deux charrues.— Lorsque la couche ou tranche inférieure se brise bien sous la herse,' c’est un très-bon ouvrage , et la semaille se lève très-également : elle u’est point alors disposée par lignes , niais très-uniformément répandue sur la surface du champ. I) JB N O R F O L K. IO7 l’orge , on herse toujours après le labour qui a enterre la semence, et lorsque le champ est levé on y passe un rouleau léger. On nettoie d’herbue les champs d’orge dans le courant du mois de Juin. On ne coupe l’orge que dans un état de parfaite maturité 5 on ne la moissonne jamais, on la fauche, en fixant un petit archet sur le talon de la faulx pour mieux ramasser les tiges : elles restent disposées en ondains comme le foin. S’il survient de la pluie pendant que l’orge est dans cet état, on ne retourne point ensuite l’ondain pour le sécher , mais on le soulève du côté des épis avec une fourche ou un râteau. Cette méthode remplit bien l’objet, et n’a pas comme le retournement des ondains l’inconvénient d’amollir la paille , de manière que s’il faut répéter l’opération plusieurs fois l’épi vient à toucher la terre, et le grain végète.— Lorsque les ondains* sont bien secs en dessus* on les retourne pour qu’ils sèchent également de l’autre côté , puis on les dispose en petits monceaux. Cette dernière opération ne se fait que lorsqu’on a en quelque sorte la certitude de pouvoir serrer le grain dans la journée ; car on regarde comme un acte de négligence de laisser les monceaux pendant la nuit. — Ces mon» lo3 AGRICULTURE ceaux se forment très-promptement avec des râteaux à longues dents, qui servent à rouler l’ondain jusqu’à ce qu’il y ait assez pour la charge d’un homme muni d’une fourche. Chaque monceau fait ainsi Une fourchée. Ce sont les femînes qui râlèlent, et cette méthode a l’avantage de donner à la fourche'e une consistance qui fait gagner du tems lorsqu’on charge ( 1 ). Quatre hommes sont employés à charger un char. Les meules d’orge se foulent souvent avec les pieds des chevaux. On laisse ordinairement dans le centre de la meule une cheminée , ou canal pour donner de l’air. Lorsque la saison est pluvieuse , et que la moisson n’est pas parfaitement sèche , l’on use de la même précaution dans les granges mêmes , pour la partie qu’on y place. Le principal marché des orges de Norfolk est Londres ; mais une grande partie de ce que produit le comté est converti en drèche pour l’exportation ou la consommation intérieure. (1) L’amoncellement des épis avec le râteau les réunit en un gros rouleau, assez solide pour tenir ensemble lorsqu’on le pique à la fourche. Les chargeurs ne sont pas obligés d’employer du tems à préparer les four- chées, et les râteleuses ont moins d’ouvrage pour ramasser après eux. U Avoine. La quantité d’avoine seme'e dans le district est peu considérable , si on la compare avec celle de l’orge. — La seule espèce qu’on cultive est blanche , croît très-promptement, et est probablement originaire de Hollande. Les terrains destinés ordinairement à l’avoine sont les terres froides et pesantes, o\t les défriche- mens de bruyères dans les sols arides. Le plus souvent l’avoine succède au blé ou à l’orge qui avoit suivi un pré artificiel. La terre se prépare comme pour l’orge. Les semailles se font de même, mais il arrive plus souvent que l’on sème l’avoine sur la surface du sol. En général , comme cette récolte a moins d’importance que celle de l’orge, on ne s’en occupe que dans les momens qui ne pa- roissent pas les plus convenables pour semer l’orge ; c’est-à-dire , avant et après la semaille de cette dernière graine. On sème quelquefois l’avoine en Juin : la quantité de semence varie depuis quatre à cinq bushels par acre. On connoît un singulier procédé en Norfolk, relativement à la semaille de l’avoine, mais il n’y est que rarement pratiqué malgré le succès qu’on lui attribue - } c’est de relabourer le champ 110 A 6 K I C U L T U 1U après que l’avoine a germé, mais avant que les feuilles séminales se soient montrées au-dehors. La manière de récolter et d’emmagasiner l’avoine est en tout semblable à celle qu’on suit pour l’orge. Les Pois. On recueille annuellement une assez grande quantité de pois blancs dans le district. Lorsqu’on les fait succéder à un pré artificiel on les plante sur un seul labour (i). Lorsqu’ils suivent le blé l’on traite et prépare la terre précisément comme si l’on vouloit semer de l’orge, et on sème les pois à la volée, sous raies. Le Blé Sarrasin. Le blé sarrasin est cultivé soit comme grain, soit comme engrais, mais toujours avec l’intention surtout de purifier de mauvaises herbes le terrain sur lequel on le sème. On met le blé noir indistinctement dans tous les terrains, mais on le destine surtout, et avec plus de raison , aux sols légers et stériles. » On fait peu d’attention à l’espèce de récolte qui a précédé ; c’est ordinairement l’état de la terre relativement à la présence ou à l’absence des mauvaises herbes , que l’on consulte. ' (i) 'Nous verrons ci-après les procédés du plantage. DE NORFODX. 1 I 1 La préparation du terrain dépend de l’intention qu’on a en semant. Si on sème le blé-noir pour l’enterrer , on ne donne ordinairement qu’un labour ; mais lorsqu’on veut assurer une récolte on traite la terre avec les mêmes précautions que pour l’orge. On sème le blé-noir sur la surface pour enterrer à la herse. Celui qu’on sème pour amender le terrain se sème dans le même tems que l’orge ; celui que l’on projette de récolter se sème lorsque les semailles de l’orge sont terminées. La quantité de semence varie depuis six pecks jusqu’à deux bushels par acre. On ne donne aucun soin à celte plante pene danl la végétation. Le blé noir s’élève et s’épaissit si rapidement qu’il dépasse et étouffe presque toutes les mauvaises herbes : avantage très-précieux et particulier à cette graine. Nous avons décrit dans l’article du blé la manière dont on s’y prend pour enterrer le blé-noir lorsqu’il est en fleurs. Celui qu’on recueille se coupe et se ramasse précisément comme l’orge. On le bat ordinairement aussitôt après la récolte. Quoiqu’on recueille probablement pfusde blé sarrasin dans le comté de Norfolk que dans tout le reste de l’Angleterre , il se consomme sur les lieux : c’est la nourriture ordinaire des / 112 A & R I G U 1 T UR'E cochons et de la volaille que cette graine engraisse très-bien. On le passe quelquefois à la otaeule pour les cochons, mais le plus souvent on le leur donne tout entier. Quelques fermiers r y mêlent un peu d’avoine ou de pois , ce qui oblige les cochons à mâcher le blê noir , et le leur rend plus profitable. Les Turneps. Comme la culture des turneps est la base du système de l’économie agricole de Norfolk, il convient de nous y arrêter, et de considérer en détail, 3 . ° Les variétés; 2 . q Le sol propre ; ' 5.° La rotation ; 4. ° La culture préparatoire ; 5. ° L’engrais; 6. 9 Lasemaille; y. 9 Les soins pendant la végétation ; 8. 9 L’usage des turneps. On connoît en Norfolk quatre variétés différentes de turneps. La première est le turnep blanc ( white tur- nep );-pain blanc {white loaf ) , blanc rond {white round) ; —pelure blanche {white rind ), ou turnep de Norfolk , copime on l’appelle aussi ailleurs. La DE NORFODK. Il3 La seconde variété est le turnep pourpré (purple stock ) ; il est semblable, pourlaforme, au préce'dent, mais il est plus petit; sa texture est plus compacte; il est d’un rouge sombre ; il soutient mieux les froids de l’hiver que le tur- nep blanc , mais il paroît que les bestiaux ne le mangent pas avec autant de plaisir ; et cette circonstance , jointe à sa petitesse, fait que la culture n’en est pas aussi générale. La troisième variété est le turnep verd (green stock) ; il ressemble plus encore, pour la forme et la taille, au turnep blanc, dont il ne diffère que par la couleur de sa peau : il n’est cultivé que par un petit nombre de fermiers, et ceux-ci prétendent qu’il est préférable. Enfin, le turnep de pudding (pudding stock), appelé aussi ailleurs tunkarcl turnep , forme la quatrième variété. — Il diffère si essentiellement des autres par sa forme, qu’il paroît faire une espèce à part. Au lieu de s’étendre sur le sol en forme de rave, partie en dedans, partie en dehors de la terre, le turnep de pudding s’élève comme un cylindre à huit, dix et douze pouces de hauteur. Sa surface est raboteuse , et il s’incline ordinairement un peu: sa chair est exactement semblable à celle du turnep blanc.'— Lorsque l’on projette de consommer les turneps en automne , cette espèce Tome i . M Il4 AGRICULTURE est la meilleure de toutes ; elle croît très-rapidement j elle acquiert un volume considérable; mais surtout elle a l’avantage de pouvoir être mange'e sur place avec une très-grande facilité, et sans perte , parce que les bêtes à *cornes ou les moutons profitent de la racine presqu’en- lière, et la mangent dans tya état de propreté' parfaite. Il n’en est pas de même des espèces plates; les bestiaux, lorsqu’on les leur laisse arracher à eux-mêmes, mangent nécessairement de la terre avec la racine, et laissent dans le sol une partie de celle-ci qui y pourrit. Mais cette même circonstance rend le pudding turnep incapable de àe conserver en terre pendant les gelées de l’hiver, comme le faille turnep blanc, qui, à tout prendre, est encore l’espèce qui réunit le plus d’avantages (t). (i) C’est l’avis d’Artliur Young, qui considère les lurneps, traités à la manière de Norfolk, comme la base du meilleur système agricole, et qui, par conséquent , a donné une grande attention à celle racine admirable. C’est sur sa recommandation expresse que le rédacteur de cet article a préféré la culture de cette espèce daus les essais qu’il a faits auprès de Genève. En appuyant très-fortement sur les avantages de cette culture en général, surtout dans les terres légères, le rédacteur croit utile de faire, d’après son expérience, quelques observations à l’usage de ceux qui vaudroient DE N O R F Ô L X. 115 On sème les turueps dans tous les terrains où l’on peut cultiver les grains , mais il faut observer cependant que les terres fortes et l’essayer. i.° Lorsqu’on cherche à se procurer de la graine d’une espèce déterminée, il est peu sûr de s’adresser aux marchands de graines de Londres ; ils vendent souvent des graines mélangées, et il est plus prudent de se la procurer de la première main, s’il est possible. a.° 11 faut s’astreindre à suivre exactement les procédés anglois pour la préparation du terrain, l’engrais, la semaille, les sarclages, etc., si l’on veut se faire une idée exacte des avantages de la culture de cette racine. 3. p Dans la plus grande partie de la France et de la Suisse , la végétation étant plus rapide qu’elle ne l’est en Angleterre, et surtout enNorfolk, le turnep doit acquérir plus promptement toute sa grosseur ; nous l’avons éprouvé dans notre climat. Des turneps semés le a4 Juin ont été recueillis le 24 Septembre, parce qu’ils commençoient à pourrir. La moyenne de leur poids étoit sept à huit livres de seize onces, y compris les feuilles, et il yen avoit plusieurs de dix livres. — 4.° On doit s’attendre que les turneps qui ont acquis un accroissement si prompt ne se conservent pas long- teras, même avec des précautions , lorsqu’ils sont arrachés ; et que si on les laissoit en terre ,, ils pourriroient en très-grande partie dans le courant de l’automne.— 5. Q II n’en faut pas conclure que dans nos climats les turneps ne puissent être cultivés avec le même avantage qu’en Angleterre. Ils peuvent servir de préparation excellente pour le blé, et si l’on veut les rendre utiles pour la nourriture de l’hiver ^ on y parvient en Il6 A G- K î C U L T U JR. JE froides n’admettent pas cette culture sans être marnées. Il paroît que la marne en divisant là terre , facilite l’introduction des foibles racines de la jeune plante : peut-être celle-ci trouve- les semant vers le milieu cl’Août, parce que dans cette saison-là la végétation étant moins active, les racines arrivent plus lentement à leur maturité, et se conservent fort avant dans l’hiver. — 6.° Le turnep fournit à l’homme une nourriture excellente., et d’une abondance prodigfeuse , en même tems qu’il engraisse promptement les bestiaux et donne beaucoup de lait aux vaches. — j.° Quels que soient les avantages ci- dessus , ils ne font point le mérite le plus essentiel des turneps ; ce n’est qu’au bout de quatre ou cinq ans qu’on peut connoître tout le prix de celte culture par ses effets sur un terrain donné. — 8.° Il ne faut pas imaginer qu’il y ait quelqu’influence occulte de cette racine sur le sol qui contribue à l’enrichir. Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à la théorie de 1 ’absorbtion des sucs nourriciers par les feuilles , à la division de la terre opérée par l’accroissement des racines, etc. — Il suffit d’observer que cette récolte est préparée par quatre ou cinq labours, et abondamment fumée ; que pendant la croissance on ôte l’herbe avec soin, et on expose encore le sol. à l’action de l’atmosphère par les sarclages; qu’enfin lorsqu’on fait manger les racines sur place, en tout ou en partie , la fiente, et surtout l’urine des animaux, abondamment produite par cette nourriture, se mêlent aux débris des racines et des feuilles pour fumer encore la terre. — y.° Il faut se souvenir que si les frais de* labours, engrais et sar- DE N O R F O Ii K.‘ 117 t-elîe (les sucs nourriciers dans la marne même. Dans le cours de six ans , le plus ordinaire au district particulier qui nous occupe , les turneps suivent l’orge qui a succède au blè. clages sont considérables, les profits de.la récolte de l'année même le sont beaucoup davantage, et que cependant ces profits de l’année ne font point l’essentiel de cette culture. Faute de considérer l’ensemble de la culture des turneps, ou de lui donner tous les soins qu’elle exige, on peut aisément se prévenir contre l’usage de cette racine. Si on ne lui accorde pas tout le travail qu’elle demande, la récolte est médiocre,-l’herbe n’est pas extirpée , et le principal but est manqué ; car l’orge qui suivra réussira médiocrement; le trèfle qui succédera à l’orge sera moins beau, n’étouffera pas le chiendent dont on aura laissé les racines; et ce chiendent se retrouvera parmi le blé l’année suivante, au très-grand détriment delà récolte. — On pourra conclure ainsi d’une expérience mal faite , qu’il faut laisser cette culture aux Anglois. On doit cependant observer encore, à l’avantage de nos climats, que les turneps peuvent s’j' cultiver après la récolte du blé, qui est plushâtivë qu’en Angleterre. Il est vrai qu’alors on ne peut s’en promettre qu’une augmentation de nourriture pour les hommes et les bestiaux; mais non les autres avantages qui résultent de cette culture lorsqu’elle est conduite avec tous les soins qu’on lui donne en Angleterre. Voyez dans le voyage d’Arthur Young en France, en 1787, 1788, 178g et 1790, comment le préjugé rêsis- toit aux conseils qu’il donnoit relativentent à la culture des turneps. 1 l'S  Cr R 1 C t R T U R JE C’est ordinairement à la fin de Décembre que les fermiers commencent à rompre les chaumes d’orge qu’ils destinent aux turneps. Dans ce cas particulier ils s’éloignent de leur règle ordinaire , de commencer , dans les terrains qu’ils rompent, par un labour superficiel. Ils labourent à toute la profondeur du terrain pour faire prendre V hiver à la terre , comme ils disent proverbialement. Ils sont en quelque sorte obligés de se borner à un labour d’hiver, parce que le second labour qu’exigent les terres destinées à l’orge, succède à ce labour des champs destine's aux turneps, et que dès lors leurs charrues sout continuellement occupées des labours préparatoires des semailles de prime ms. Lorsque les semailles de Forge sont finies, on donne un second labour pour les turneps $ mais on s’écarte aussi de la règle ordinaire, qui est de donner le second labour croisé r celui-ci se donne dans le même sens que le premier. La raison en est que comme le premier labour a été profond , il n’y a point prise au-dessous pour le soc, comme quand on re- eroise après un labour léger. Lè guéret qui est demeuré au moins quatre mois sans être touché , est garni d’herbe j les revers des sillons, sont trop durs pour être coupés franc par le DE NORFOE.K. lig coultrc, en sorte que si on labouroil en travers , la charrue les pousserait en grasses mottes au lieu de les refendre. Ce second labour est ordinairement précédé d’un hersage , et quelquefois on disséminé des turneps sur la surface du champ pour les y faire manger aux bestiaux à l’engrais : on trouve que cela rend l’action de la charrue plus égalé , et que le sol s’arrange mieux apres ce pie'tinement. Les attelages sont continuellement occupes des champs destines aux turneps , depuis Je milieu de Mai jusqu’au commencement de Juillet. Dès que le second labour est donne’ , on herse , puis on relaboure pour la troisième fois. — Après ce troisième labour on rassemble à la herse toutes, les mauvaises racines que l’on brûle , puis on mène le fumier qu’on enterre par un quatrième labour peu profond et qu’on mêle intimement avec le sol par la herse. Souvent l’on omet le quatrième labour, faute de tems , quelquefois aussi par système , et l’on enterre alors le fumier avec le labour de semaille. Dans les deux cas , le labour de se- maille est de profondeur médiocre. — Dans les sols légers, et surtout dans les années humides, la méthode des cinq labours est préférable ; mais dans les terrains pesans, et sujets à se relier, il peut être plus convenable de n’en 120 A G 11 I C II 1 T ü U É donner que quatre , pourvu que le fumier soit menu , et bien distribue (i). L’engrais qu’on donne d’ordinaire aux turneps est un mélangé de fumier et de terre ou marne. La quantité' qu’on en re'pand est en raison de celle dont on peut disposer. Il y a peu de danger d’en re'pandre trop, et il y a d’habiles fermiers qui appliquent à la re'colte de turneps la totalité des fumiers de la ferme, ne fumant ensuite leurs blés qu’avec de la chaux , de la poussière de drèche, des gâteaux (1) M. Kent, auteur de l’ouvrage intitulé : Hints to gentlemen of Landedproperty, qui a beaucoup étudié la culture des turneps, recommande soigneusement d enterrer le fumier environ trois semaines avant que de semer la graine. Il a observé que l’action de l’en grais, ainsi mêlé d’avance à la terre, est beaucoup plus énergique, et que les progrès de la plante, dans les premières semaines, sont plus rapides que lorsque le fumier a été répandu en semant. Celle circonstance est de la plus grande importance, parce que les pucerons, qui sont le fléau des turneps, ne les attaquent que depuis le moment de la levée jusqu’à celui où les plantes prennent leurs feuilles rudes. Ilfaut donc abréger, le plus qu’il est possible, le tems pendant lequel la jeune plante n’a encore que ses feuilles séminales. Observons que la culture recommandée par M. r Kent est celle qu’on donne aux turneps dans les terres légères. O K N O K P O h K. 1 £ . de colza , de la suie ou quelqu’autre engrais loger. Dix à quinze charretées de trois chevaux de bon fumier, par acre, sont la quantité Ordinaire. Le tcms de la semaille dépend de la destination des lurncps. Lorsqu’ils doivent être consommés de bonne heure , on les sème dès le milieu de Juin ; lorsqu’ils doivent passer l’hiver dans la terre , on ne les sème que vers le milieu de Juillet. — En général il y auroit à gagner à les semer un peu tard , parce qu’ils se conservent mieux l’hiver, mais comme la levée est douteuse, et que les pucerons la dévorent souvent, on prend un peu d’avance pour pouvoir resemer en cas d’accident. Quelques personnes font tremper la graine avant de la semer, surtout si elle est de l’année précédente (i) ; d’autres prétendent garantir la plante des pucerons en enduisant la semence d’huile, de soufre, de suie , etc. ; mais l’avantage de ces pratiques n’est nullement démontré, et l’usage commun est de semer la graine sèche. Après le labour de semaille on donne un hersage , puis l’on sème à la volée, en passant (1) La graine qn’on sème ordinairement a été recueillie à la fin de Mai, ou au commencement de Juin. 122 agriculture deux fois : la quantité de semence est de deux pints par acre. On recouvre la semence par deux hersages , et on a la précaution de mettre en avant la partie postérieure de la herse , de peur que les dents qui sont un peu recourbées en avant ne remuent trop profondément le terrain, et ne ramènent dessus des mottes entières qui couvriroient la semence et empècheroient de lever. On mène les chevaux au pas dans un sens , et au trot dans l’autre : cela achève l’ouvrage avec une grande perfection, parce que le zig-za'g rapide de la herse produit par le mouvement du trot, égalise la surface (l) , et distribue la semence très-également. Les turneps sont toujours sarclés, soit cultivés à la houe ; et à moins qu’ils n’aient été semés très-tard, on leur donne deux cultures. Le moment du premier sarclage dépend uniquement de l’état de la plante , et il importe de le saisir avec précision. — Si l’on cultive (i) Il y a des cultivateurs qui préfèrent de ne pas égaliser la surface aussi exactement, parce qu’on a "remarqué que , dans les chaleurs de Juillet, lorsqu’il y a sécheresse, la jeune plante se soutient mieux lorsque les inégalités du terrain rompent les rayons du Soleil , et procuréht aux turneps un peu d’ombre le matin et le soir. DE NORFOLK. 120 trop tôt , on enterre les petites plantes , et on dérangé le développement des radicules avant qu’elles aient suffisamment affermi le turnep. Si l’on attend trop tard, les plantes qui s’efforcent de dépasser l’herbe qui les entoure, s’allongent trop , et conservent cette disposition à monter et à demeurer foibles, au lieu de s’épater vigoureusement en forme de rose sur le terrain , comme elles font lorsqu’elles sont libres dans leur développement. C’est lorsque la plupart des plantes occupent un espace de deux à deux pouces et demi de diamètre , que l’on doit commencer l’opération de la culture. L’action manuelle dans cette culture est difficile à de'crire , et elle demande une habitude qu’on ne prend guère que d’enfance j et quoique tous les individus qui habitent la campagne en Norfolk, soient élevés à sarcler les turneps, il n’y a qu’un petit nombre d’enlr’eux qui y deviennent très-habiles. — Le sarcleur adroit distingue , avec une très-grande promptitude, les plantes qui doiventêtre respectées, de celles qu’il faut détruire. Il donne un coup dans une direction demi-circulaire autour de chaque turnep à conserver, et ce coup suffit pour arracher l’herbe et les plantes surnuméraires. -—Lorsque les plantes sont encore assez foibles 124 -AG-RICULTURfi pour risquer d’être enterrées par la houe , ce coup demi-circulaire est le seul qui convienne; mais lorsqu’elles sont plus avancées, il y a de bons sarcleurs qui travaillent en donnant un coup en ligne droite, et expédient l’ouvrage beaucoup plus. — De quelque manière que le travail à la houe s’exécute , il importe que la terre soit remue'e, l’herbe arrache'e , et les plantes espacées à la distance convenable : cette distance doit varier selon le terrain et la saison. Dans un sol riche , et là où les turneps ont été’ semés de bonne heure, quatorze ou quinze polices en tout sens n’est pas un espace trop considérable pour le développement de chaque plante. — Dans des circonstances différentes, dix à douze pouces suffisent. Le plus souvent on n’a point égard à ces différences ; et en général les turneps sont trop éclaircis au premier sarclage : il y a deux vaisons pour celte pratique. La première, c’est • que l’usage du pays la recommande de père en fils parmi les cultivateurs ; la seconde, c’est que comme tous les sarclages se font à tant par .acre , les ouvriers trouvent leur compte à laisser subsister un moins grand nombre de plantes. Dans les premiers tems de la culture des turneps les terrains de Norfolk e'toient abondant- DE NORFODK. 125 ment marnés; la terre prodiguent ses sucs à celte plante, comme cela arrive dans toutes les cultures nouvelles; les racines acquéroient communément dis à douze pouces de diamètre ; leurs feuilles s’elendoient à proportion, et quatorze ou quinze pouces étoieut alors une distance convenable dans la plus grande partie des terrains. Aujourd'hui les terres de Norfolk commencent à se fatiguer des turneps, ou du moins cette racine n’acquiert plus communément des dimensions aussi grandes : il est rare que les turneps passent Huit pouces de diamètre ; un très-grand nombre n’en acquièrent que quatre à cinq, et la moyenne des distances de- vroit être maintenant de dix à douze pouces dans les terres soumises depuis long-tems au même système de culture. Les fermiers qui raisonnent leur art sentent la nécessité de ces distinctions. Us ont soin de surveiller les sarcleurs. Us exigent que dans le premier sarclage les plantes ne restent qu’à environ six pouces en tout sens , parce qu’alors, à la seconde opération, on a la facilité de choisir les plantes les plus foibles pour en débarrasser le terrain (1). — Plus tard on attend (1) La distance où les sarcleurs laissent les plantes, dépend beaucoup de la longueur de la boue. Cette longueur varie depuis Huit à dix pouces auglois. ia6 agriculture pour la seconde culture à la houe, et mieux on réussit à purger d’herbe le terrain 5 mais on ne doit pas cependant retarder tellement ce sarclage que les feuilles des turneps, trop développées , empêchent de l’exécuter proprement. —Il ne faut pas imaginer, au reste, que les plantes puissent être aussi régulièrement espaeées que semblent le prescrire les indications ci-dessus. Il est impossible que dans uy grand champ de turneps, il n’y ait pas quelques vides un peu trop considérables; mais l’on peut considérer le travail comme bien fait et la récolte comme ayant bien réussi, lorsque les feuilles s’élèvent ets’étendent en tous sens avec vigueur, et recouvrent absolument la terre de leur ombre (1). — S’il , se trouve quelques plantes un peu trop rapprochées, leurs racines, lorsqu’elles viennent à se toucher, s’appla- tissent l’une contre l’autre, mais grossissent également dans un autre sens, pourvu que les feuilles puissent s’étendre en liberté. Dans ce Cas les deux plantes s’inclinent un peu en s’éloignant l’une de l’autre (2). (1) Après le second sarclage la végétation de la plante est si rapide, qu’au bout de peu de jours l’ombre épaisse des feuilles qui recouvrent la terre, empêche absolument l’herbe de recroître. (s) La réussite et la grosseur des racines sont toujours DE NORFOLK. 127 Le prix des deux sarclages reunis est de dix schellings par acre. Lorsqu’on fait un prix sé- pare' pour chacun, le premier coûte trois schel* lings et demi à quatre schellings, le second de deux schellings à deux schellings et demi. —> Dans d’autres provinces on paie de huit jusqu’à douze schellings pour les deux sarclages. — Les raisons de celle différence sont la nature du sol, généralement plus léger, par conséquent plus maniable à la houe que dans les autres provinces, et l’habileté plus grande des gens de Norfolk pour cette opération à laquelle ils sont tous habitués d’enfance. Après avoir vu en détail les soins qu’exige la culture des turneps, considérons maintenant leur usage.—On les cultive pour la graine, pour les vendre , ou pour les faire consommer aux bestiaux. Les fermiers habiles et soigneux recueillent eux-mêmes leur graine , ou la font recueillir en rapport avec la vigueur des feuilles. Celles-ci varient en forme et en grandeur selon l’espèce des turneps. Elles sont plus ou moins découpées, elles s’élèvent ou s’étendent plus ou moins. Elles sont belles, nombreuses, d’un verd sombre, et dans les sécheresses les plus rigoureuses du moi^ d’Août elles conservent une apparence de fraîcheur parfaite , qui rend l’aspect des #bamps de turneps extrêiuemont agréable. 120 AGRICULTURE par un de leurs voisins, en fournissant les racines pour être bien sûrs de l’espèce.—L’art de se procurer de la bonne graine est extrêmement bien entendu par les fermiers ; et les soin§ qu’ils se donnent dans ce but sont raisonnes d’après l’expe'rience , comme le sont en general toutes les pratiques de ces cultivateurs habiles. Dans tout le reste du royaume on ne recueille guères la graine que des racines transplantées : il n’en est pas ainsi en Nprfolk. Une longue expérience a prouvé que si l’on recueille la graine pendant plusieurs années de suite de turneps transplantés , la racine s’altère dans sa forme et dans sa qualité. La même chose arrive si l’on recueille pendant plusieurs années de suite de la graine des turneps non-transplantés. — Dans la première supposition , le collet de la plante devient de plus en plus petit, les feuilles moins nombreuses, plus douces, la racine plus délicate, mais moins volumineuse. Dans le second cas, le collet devient très-gros, . lapeau en est rude; la partie supérieure de la rave est écailleuse ; la chair est dure, fibreuse, la racine pivotante se bifurque, et la partie inférieure de la rave est sujette à se pourrir ; enfin la plante paroîl tendre à reprendre le caractère sauvage que la culture et la transplantation DE NORFOLK. I29 talion lui ont fait perdre. —Si donc on suit obstinément la méthode de transplanter les racines pour se procurer de la graine, on a à la longue des turneps plus délicats, moins gros, qui donnent moins d’ombre par leurs feuilles, poussent moins d’herbe au printéms, et sont parconséquent moins profitables pour le bétail. Si l’on recueille la graine de plusieurs générations de la plante sur le terrain même où elle a cru, on obtient d’abord des turneps dont la rave est grosse à proportion du nombre et de l’étendue des feuilles et des racines pivotantes j puis d’année en année la rave devient plus coriace , diminue ensuite de volume , et prend une infériorité marquée , relativement aux espèces bien soignées. L’art du cultivateur consiste à éviter ces extrêmes. Il n’y a aucune règle fixe sur le nombre d’années où l’on doit transplanter , ou ne pas transplanter les turneps pour la graine. ^11 faut avoir égard aux symptômes d’altération dont nous venons de parler, et en prévenir les suites par le procédé nécessaire. Le sol et le climat font varier sur ce point les convenances j et elles se modifient encore par l’espèce de tur- nep sur laquelle on travaille. — En Norfolk , où l’on cultive principalement le white-round turnep , on transplante deux, trois ou quatre Toaie 1. I l3o AGRICULTURE ans de suite ; puis à la troisième, quatrième ou cinquième année , on laisse leé racines en place pour recueillir la graine sur le lieu même ; et recommencer ensuite la même série, en ayant soin cependant, comme nous l’avons indique', d’avoir égard à l’e'tatdes racines pour hâter ou retarder l’année de non transplantation. Le tems de la transplantation est Décembre et Janvier. — Ce n’est point la grosseur absolue des racines qui doit guider dans le choix des plantes qu’on destine à porter la graine; il faut choisir de préférence les plus saines, les plus vigoureuses, parmi celles qui ne sont pas encore parvenues à toute leur grosseur : on les met dans un bon terrain, et ordinairement à portée de la maison. On les dispose en lignes espacées de deux pieds, et dans lesquelles les racines sont placées sans intervalles eutr’elles ; quelquefois on met un demi-pied ou un pied d’intervalle entre chacun des turneps. — On a soin de les tenir propres lorsque l’herbe commence à pousser, au printems, entre les lignes; et lorsque la maturité approche , on a soin d’en écarter les oiseaux, qui sont extrêmement h’iands de la graine. Si l’espace est considérable, on y emploie un enfant qm les surveille constamment ; si l’espace est peu étendu et B 15 NORFOLK. l3t très-voisin de la maison , l’on a recours à un autre expédient , qui est d’établir une petite cloche dans le centre de la pièce de turneps, avec un fil de fer qui correspond à la cuisine. Chacun', en passant , a soin de tirer le fil d’ar- chal, et les oiseaux, effarouches d’un bruit qui se renouvelle à chaque instant, abandonnent l’entreprise. Il n’y a guères que les petits fermiers qui vendent leurs turneps, parce qu’ils manquent quelquefois de fonds necessaires pour les achats des bestiaux qui les consomtneroient au profit du terrain. Quelquefois aussi un fermier suffisamment riche pour se procurer les bestiaux , calcule qu’il y a plus de profit pour lui à vendre sa récolte au prix qu’il peut en trouver chez ceux qui sont plus entreprenans, ou qui sont trop chargés de bestiaux , relativement à l’étendue de leurs champs de turneps. Une des clauses de la vente est ordinairement de faire consommer tes turneps sur le fonds qui les a produits. Quelquefois c’est l’acheteur, quelquefois c’est le vendeur qui se charge de les arracher, de procurer la paille pour litière aux bestiaux, et de soigner ceux-ci. Les conditions des marchés doivent donc varier beaucoup; mais le prix moyen d’une récolte de turneps ordinaire est d’environ 5o scheüings l52 A G K T C U h T U R J2 t par acre (1). Ce prix, au reste, est sujet à des variations brusques et considérables. Dans les autres parties de l’Angleterre, les turneps étant principalement destines aux moutons, la me’thode de les faire manger sur place, et de laisser aux animaux qui les broutent le soin d’arracher eux-mêmes la racine , est la plus gc'ne'ralement adoptée ; mais dans le district de Norfolk , dont nous de'crivons la culture , on arrache , presque partout, les turneps avant de les faire consommer aux animaux qu’on engraisse , lesquels , comme nous l’avons vu , ne sont guères que du gros bétail. Il y a dans ce district trois manières de récolter les turneps : la première, c’est de Yoi- turerla totalité des racines hors du champ qui les a produites ; la seconde , c’est d’attaquer les racines , et de les laisser sur place pour y être consommésj la troisième, c’est d’en voi- turer la moitié et de laisser l’autre après l’avoir arrachée. Lorsque la récolte est très-mauvaise, on la fait quelquefois manger sur place par les moutons qui l’arrachent eux-mêmes, mais cela est trop rare pour que ce procédé puisse comp- (i) Cette somme est presque doublée pour le vendeur par l’avautage du fumier ; et elle ne représente que la graisse acquise par les bestiaux de l'acheteur. 35 E N O 1 F O I ï. l55 lcr parmi les manières usitées de tirer parti de cette production. La première méthode est la plus générale, parce que c’est celle qu’on emploie toujours lorsqu’on n’engraisse que des bêles à cornes .* les deux autres s’appliquent à l’engrais des moutons principalement. On peut estimer que les neuf dixièmes des champs de turneps du district se voiturent eu totalité. C’est ordinairement au 10 Octobre qu’on commence à arracher les turneps. Cette récolte se fait pendant tout l’hiver à mesure des besoins , et se continue jusqu’au moment où la plante monte en graine, c’est-à-dire jusqu’en Avi'il. Ce procédé de l’arrachement fait un ouvrage rude dans les lems très-froids : ce sont de jeunes garçons et de jeunes filles qui le font, et ils souffrent beaucoup du froid aux mains. Ils saisissent les feuilles par le collet de la plante avec les deux mains réunies ; et lorsque chaque main a sa charge , ils secouent la terre et jettent presqu’en même tems les turneps dans le char : cet ouvrage se fait fort vite. Lorsque les turneps sont plus enterrés , ce qui est le propre de certaines espèces , ou lorsque les gelées ont flétri les feuilles de manière qu’elles n’adhèrent plus assez fortement au collet pour soutenir l’elfori, on emploie un crochet double pour AG-niCUIiTURE a 34 les arracher. — Lorsque la neige est un peu profonde on se sert d’un instrument qui est une espèce de traîneau pour en debarrasser le sol. On procède avec méthode dans l’arrachement, en commençant par les parties voisines des haies , et en nettoyant le terrain de manière à ce que la charrue puisse travailler dans les parties arrachées , en attendant que tout le champ soit déblayé. Cependant il y a des cas où on laisse à terre toutes les petites racines, pour profiler des feuilles qu’elles repoussent au primeras avec autant de vigueur que les grosses $ mais cela ne se fait guères qu’au détriment de l’orge qui doit succéder, parce que cela retarde trop le moment où l’on met la charrue dans le champ. I! y a diverses manières de faire manger aux bestiaux qu’on engraisse les turneps arrachés. La première est de les répandre sur un chaume, sur une jachère, ou sur un pré. C’est la méthode la plus générale : il est probable que plus des trois quarts des turneps consommés dans le district le sont de cette manière. Dans les premières semaines , on les répand ordinairement sur les chaumes des blés , jusqu’à ce que ceux-ci soient rompus pour la jachère d’hiver. On répand ensuite les turneps sur les chaumes de l’orge avant de lès rompre, DE NORFOEK. l55 Dès le mois de Janvier ce n’est guères que sur les trèfles de seconde année qu’on les distribue pour être manges; et lorsque les pièces de trèfle commencent à pousser, on fait manger les dernières racines sur les jachères destinées à produire des turneps. On ne répand guères les turneps sur les trèfles de première année , parce que le piétinement les éprouve trop. Quelquefois le voisinage immédiat tente le fermier de le faire , mais si le terrain n’est pas très-sec le jeune trèfle en souffre au lieu d’en profiter. Quoique les terres de Norfolk soient légères, il arrive que dans les années pluvieuses les fermiers sont embarrassés pour avoir du terrain où répandre les turneps qu’ils font manger aux bestiaux ; et malgré le très-grand avantage du parc du gros bétail sur les terres , ils demandent quelquefois à leurs voisins de leur prêter territoire pour celte opération, parce que les bestiaux ne profitent pas lorsqu’ils sont constamment dans la boue. Dans la disposition des récoltes sur la totalité de leurs fermes , les fermiers ont donc l’attention d’avoir, autant que possible, des prés artificiels de seconde année à portée de leurs champs de turneps. Pour répandre ces racines sur le terrain , î 5.6 AORICDLT U R K on les jette depuis le char aussi egalement qu’il est possible, , et , au plus près, à trois pieds les unes des autres. On n’en remet jamais dans le meme endroit que la totalité' du champ n’en ait etc successivement couverte. Dans le mois d’Octobre , tandis qu’il y a encore du pâturage pour les bêtes maigres , on tient les bestiaux à l’engrais dans les mêmes champs de chaume où on leur renouvelle leur provision de turneps tous les jours, ou au moins tous les deux jours ; mais lorsque les pâturages ne donnent plus , les bestiaux gras ont leurs suivant; (followers) , c’est-à-dire, que les vaches , les veaux , les brebis passent après eux sur le même terrain pour manger ce qu’ils ont laisse’. On a donc toujours alors trois espaces distincts dans les champs où l’on fait manger ; l’un pour les bestiaux à l’engrais, l’autre pour les bêtes maigres , et un troisième vacant où l’on répand les racines. Quelquefois on séparé les bestiaux à l’engrais de leurs suivans par un rang de claies; quelquefois on emploie de petits garçons pour les tenir sépares. Lorsque ic terrain oit l’on fait manger des turneps n’est pas éloigné de la maison, l’ou fait rentrer le soir les bestiaux à l’engrais dans les cours ; mais dans le cas contraire on leur T) E N O R F O Tj K. 107 met un peu de pnille d’orge dans un coin de la pièce , et ils couchent là en plein champ. Ou leur renouvelle cette paille journellement, mais en petite quantité’. Ils n’en mangent , comme disent les fermiers, que pour se nettoyer la bouche, après les turneps qui la leur remplissent de terre. On peut à peine compter la paille qu’ils mangent ainsi comme faisant partie de leur nourriture; et c’est un fait très- frappant que sur dix boeufs gras fournis par le district de Norfolk, il n’y.en a pas un peut- être qui ait mange’ pour s’engraisser une seule poignée de foin, ni d’aucun autre fourage sec, qu’un peu de paille d’orge. — Ceux qui au prinloms ne se trouvent pas encore suffisamment gras quand les turneps finissent , sont achevés avec du rye-grass qu’ils pâturent, et qui a éminemment la qualité d’engraisser le bétail, comme nous le verrons en traitant de ce fourrage. — Les fermiers très - prc'voyans ont cependant l’attention de se réserver la ressource d’un peu de foin pour pouvoir donner à ceux de leurs bestiaux qui ne sont pas encore gras au moftient où les turneps cessent, et avant que le rye-grass soit assez haut pour être pâturé , parce qu’il arrive quelquefois que dans cet intervalle, quoique court, les bestiaux diminuent s’ils sont à la paille. i58 AG RICUIiTURE La seconde méthode pour engraisser les bestiaux avec ics turneps , c’est de les leur donner dans Jes cours de la ferme, où ils sont renfermes sans être attache's. On leur donne ces racines dans des crèches distribuées en diverses parties de la cour. La seule préparation que subissent les turneps quand on jes destine à être mangés dans la crèche , c’est qu’on coupe la racine pivotante sur le champ même, en les arrachant. — Lorsque les feuilles sont fraîches on les laisse adhérentes à la rave; si elles sont fanées on les coupe. — On donne quelquefois la paille dans des râteliers ; quelquefois on la dissémine par petits las dans la cour, deux ou trois fois le jour. Dans les deux cas, la quantité qu’ils en mangent est très-peu considérable : la seconde méthode épargne du lems, parce que la litière se fait d’elle-même. Il faut un peu plus de soins pour cette manière d’engraisser les bestiaux ; mais dans les endroits où le sol est gras, et dans les années pluvieuses , on la préfère avec raison. Les bestiaux s’engraissent plus promptement, surtout s’il y a dans l’enceinte de la cour un hangar pour les mettre à l’abri ; enfin la quantité de bon fumier qu’on fait de cette manière est très- considérable, sil’on a soin de répandre la paille nécessaire. — Cependant l’ayanlagc du parc DE N O 11 F O Jj K, l5g des bêtes à cornes ( teathing ) sur les sols légers est si grand, que partout où le terrain le comporte on engraisse les bestiaux en plein champ. La troisième méthode , c’est de donner les turneps à l’e'table, ou sous des hangars, aux bestiaux attache's. On les leur coupe alors ordinairement dans la crèehe , par tranches ou par quartiers : on a pour cela un grand couteau fixe par une extrémité et qui se meut dans le sens vertical; on lient le turnep par les feuilles; le premier coup enîèvela racine pivotante avec la peau de dessous qui sont mises au rebut. Les tranches de la rave se reçoivent dans une corbeille : et le collet et les feuilles se donnent aux bêles maigres. — Les bestiaux qu’on engraisse n’ont ainsi que la meilleure partie du. turnep , ce qui explique l’accroissement ordinairement plus rapide qu’ils éprouvent, surtout dans les tems froids; mais les soins minutieux que cette méthode exige la rendent peu convenable dans les grandes fermes. Les petits fermiers peuvent y trouver leur compte; etlos autres l’emploient quelquefois pour hâter l’engrais d’un petit nombre de bestiaux. De tems en tems on donne quelques poignées de paille d’orge , comme lorsqu’on suit les autres procédés. Quelquefois on empâte avec de la farine 2 40 A&RICtJLTVKÎ d’orge les bestiaux engraisse’s à l’étable; mais les boucliers considèrent cela comme une espèce de fraude. Les turnepsetle rye-grass sont les deux substances qui produisent la viande la plus savoureuse et la plus nourrissante (x). Nous avons vu que la seconde manière de récolter les turneps , c’est de les arracher pour les laisser manger sur place. On ne l’emploie guèrcs que pour nourrir de nombreux troupeaux de moutons qu’on fait parquer sur l’endroit arraché , et de proche en proche sur la totalité du champ; mais dans cette pratique les türneps arrachés sont trop près les uns des autres, et les moutons en salissent et rebutent une partie. Les fermiers qui nourrissent de nombreux troupeaux de moutons se trouvent donc mieux de la troisième méthode , qui est d’arracher la totalité des turneps pour en vol- turer la moitié, employée ensuite comme nous l’avons vu, et faire manger l’autre moitié sur place par les moutons. De celte manière les turneps sont convenablement espacés dans (î) Il est bien probable que cette grande supériorité de saveur et de suc que les étrangers remarquent dans le bœuf que l’on mange à Londres, est principalement due à l’emploi des turneps et du rye-grass dans l’engrais. DE NORFOEK. 14l l’enclos du parc , et il y a bien moins de perle que lorsqu’on suit l’autre usage. Soit que l’on préféré l’une ou l’autre de ces deux dernières pratiques pour les moutons , ils profitent bien plus que si on les faisoit parquer sur la pièce de lurneps , en leur laissant le soin d’arracher les racines eux-mêmes, comme cela se fait dans bien des endroits. Voici la principale raison de cet avantage. Au moment où l’on enferme les moutons dans l’espace qu’on leur destine, ils en parcourent l’enceinte avant de se mettre à manger ; si les turneps sont en terre, leur forme aplatie et leur position fixe font que la corne du pied des moutons les entame assez aise'ment ; et lorsqu’après avoir trépigné dans tout l’espace qui leur est destiné , ceux-ci commencent à manger , ils rebutent ordinairement les turneps ainsi endommagés et salis parla fiente attachée à leurs pieds. — Tandis qu’ils mangent ceux qui sont les plus propres, ils foulent , gâtent et salissent de plus en plus les autres. D’ailleurs , il y a une partie de la racine qui est toujours perdue et que le mouton ne peut arracher,—Mais lorsqu’on distribue les turneps arrachés dans l’enclos où l’on fait parquer les moutons , l’inconvénient dont nous venons de parler est beaucoup moindre, lors même que les turneps i4a A G K I C U L T Ü lt E y sont répandus trop épais. La rave, couchée sur Je sol, n’offre point de prise au pied du mouton ; elle roule ou glisse de côté , de façon que la corne du pied ne l’entame jamais , et l’animal n’a point la même raison pour la rebuter. Il est vrai que dans ce cas les feuilles sont en quelque sorte perdues pour les moutons , parce qu’ils les salissent très-promptement par le parcours qu’ils font d’abord dans l’enceinte. — Au reste , les observations ci- dessus ont surtout pour objet l’épargne des turneps , ou le meilleur emploi à en faire par rapport à F engrais des bestiaux y car pour les fermiers qui envisagent surtout l’amélioration de leurs terres, et l’effet prodigieux du parc des moutons sur les récoltes d’orge et de trèfle qui succèdent, il est douteux que la méthode plus abrégée de faire parquer les troupeaux sur les turneps , sans les arracher, ne soit aussi la plus avantageuse. Tous les turneps qui pourrissent en terre profitent singulièrement au soi, et l’on remarque que l’orge végète avec une force étonnante dans les endroits ou cette décomposition s’est opére'e ; et comme le mélange des substances végétales est nécessaire pour donner aux excrémens des animaux toute l’action dont ils sont susceptibles sur le sol, cette, circonstance tend à donner l’avan- DE HOREOLK. i43 tnge au parc des moutons sans arrachement préalable, parce que le mélangé se fait ici très-intimement : il faut considérer aussi la prodigieuse épargne de main-d’œuvre. Les moutons sont nourris et engraissés sans aucun transport de nourriture ; les champs sont fumés sans aucun charriage. Ainsi la circulation pénible, lente, coûteuse, qu’on retrouve dans toutes les cultures, et qui consiste à recueillir et emmagasiner la subsistance des animaux pour charier ensuite dans les champs les fumiers qui en proviennent, est réduite à une seule opération. Le champ, en donnant sa récolte à des troupeaux qui se nourrissent et s’engraissent sans frais , reçoit de ceux-ci , en même tems , de quoi fournir pendant trois années consécutives des productions abondantes; et dans ce système de culture qu’on ne sauroit trop admirer, la terre est toujours pleine des jsucs de la végétation ; elle ne produit point d’herbes nuisibles aux récoltes, et elle n’éprouve jamais cette lassilude , cet épuisement, ce dégoût de certaines productions , que nos méthodes imparfaites ne manquent jamais d’amener , et qui ont fait naître le triste système des jachères. Quel sujet de méditations pour les cultivateurs intelügens qui ont à cœur Je bien de leur pays ! i44 AGRICULTURE Les Prés artificiels. Considérons encore ici séparément : 1. ° Les espèces. 2. ° Le sol. 5.° La succession. 4. ° La sernaille. 5. " Les soins pendant la végétation. 6. ° Les prés de première année. 7. 0 Les prés de seconde année. Les plantes qu’on cultive pour l'oins artificiels dans le district de l’est sont : La darnel, rye-grass (lolium perenne), ivroie vivace (1). (1) Le rye-grass ou ray-grass est une des variétés de l’ivraie vivace dans le système de Linné. C’est une herbe robuste qui croît dans tous les terrains, même les plus ingrats; elle ne craint ni les gelées, ni les sécheresses : c’est la première herbe qui pousse au prin- tems. Elle a éminemment la qualité nutritive, ou plutôt engraissante ; et c’est ce qui la rend surtout précieuse aux fermiers de Norfolk. Plus elle est pâturée près de terre, plus elle repousse avec force. Dans les cantons où on la fauche elle donne un foin d’hiver qu’on regarde comme le meilleur de tous. En Norfolk le rye- grass ne demeure jamais plus de deux ans et demi dans la même terre ; mais il y a des cantons où on le laisse subsister sept ou huit ans, en ayant soin d’en resemer par-dessus,-puis de passer le rouleau lorsqu’il s’éclaircit. Le DE NORFOLK. l45 Le clouer (trifolium pratense), trèfle à fleurs rouges ou purpurines ; Cette plante n’en souffre aucune autre dans son voisinage ; elle fait une des meilleures nourritures possibles pour les moutons. — On la sème toujours avec le trèfle, parce que ce n’est qu’au bout de deux ans qu’elle donne abondamment. Il y a vingt-cinq ou trente ans qu’on parloit beaucoup du rye-grass en France. Des rapports incomplets et exagérés sur la valeur de cette production, firent tenter un grand nombre d’essais, qui en général ne rendirent pas ce qu’on en attendoit, parce qu’ils furent mal faits, ou qu’on en espéroit autre chose que ce qu’ils dévoient rendre. On cherchoit dans le rye-grass une herbe qui donnât avec la même abondance que nos fromentals, et qui, sans avoir les inconvéniens de ceux- ci , pût les remplacer dans les prés naturels. On vouloit isoler le rye-grass du système d’agriculture angloise, et l’introduire comme un supplément dans nos prairies, avec des circonstances très-différentes de celles qui lui donnent surtout un grand prix aux yeux des fermiers anglois. Le rye-grass est une herbe dont les qualités diffèrent essentiellement de celles de notre fromental. Elle donne moins abondamment peut-être, et du»e moins ; mais elle donne, au moment où il le faut, une nourriture extrêmement succulente -, et dans le système qui nous occupe on ne lui demande que son produit d’un printems et d’un été. — Pour connoître les avantages du rye-grass, il faudroit adopter le cours de récoltes dans lequel il entre , et bien saisir l’ensemble du système qui lui donne du prix : c’est ce à quoi l’on n’a Tome i. K l46 AGRICULTURE Le suckling (trifolium repens), trèfle à flaur blanche ; lueblac/i non such (trifolium agrarum), trèfle à fleurs jaunes ; Le suffolh-grass ( poa annua). Les deux premiers foins artificiels sont ceux qui sont admis dans la rotation régulière des re'coltes ; mais l’on y me’lange quelquefois la graine du troisième et du quatrième. On ne sème le dernier de ces foins que lorsqu’on veut établir un pré à demeure , chose que l’on n’entreprend guères en Norfolk. Les terres de Norfolk portent le trèfle depuis si long-tetns , que malgré le soin de ne le faire revenir que de six en six ans , ou au pas su, ou pas voulu s’appliquer. Ceux qui vantent une production quelconque sans indiquer en même temsles moyens d’en faire bien apprécier 1« valeur, font rétrograder la science au lieu d’en favoriser les progrès. Il est arrivé pour le rye-grass ce qui est arrivé île beaucoup d’autres bonnes choses trop vantées, et mal imitées. Après quelques épreuves imparfaites et beaucoup de discussions, on s’est écrié que ce rye-grass si fameux n’étoit qu’une misérable ivroie , et qu’il falloit laisser cette culture aux Anglois ! Ce mot d’ivroie, qui ne nous rappelle qu’une plante nuisible dans les blés, éloit très-propre en effet à décréditer la culture du rye- grass auprès de ceux qui se laissent frapper par le son d’un mot. DE N O R F O D K. l4y plus de quatre en quatre ans , elles paroissent s’en lasser , et sans l’addition du rye-grass on ne pourroit point faire durer deux ans les près artificiels. Au second printems le trèfle dis— paroît presque entièrement ; mais celte association des deux foins est admirablement calculée. Les prés de première année nourrissent les chevaux , puis les bêtes maigres ; et les prés' de seconde année complètent d’abord l’engrais des bœufs , et servent ensuite au pâturage des chevaux. Quant au sol , ou ne fait aucune distinction , et l’on sème le trèfle mêlé de rye-grass sur toutes les especes, de terrains. Dans la succession des récoltes , ils suivent l’orge , et se sèment en même tems. Quelquefois , mais très-rarement, ils se sèment sur le blé au printems. Le moment de semer est singulièrement choisi. Ce n’est ni le même jour que l’orge , ni après que Forge est levée , mais entre sa semaille et sa levée. — Il paroît difficile d’expliquer le choix de ce moment. Peutr-être y gagne-t-on de reprendre quelque avance sur les semences des mauvaises herbes que la herse avoit enterrées. Peut-être aussi cette pratique dont l’expérience a prouvé l’avantage, admet-elle une explication différente.—L’hu- l48 AGRICULTURE midité que le labour de la semaille de l’orge ramène à la surface , suffit à faire lever le trèfle et le rye-grass, et ne suffit pas peut-être à les faire ve'gëter pendant un certain tems, si la pluie se fait trop attendre. Mais lorsqu’on sème les graines de foin sur la superficie déjà sèche à un certain point, elles ne végètent qu’à la première pluie , et les plantes ont alors la force de se soutenir jusqu’à ce que la fanne de l’orge les protège de son ombre. Les graines ne subissent aucune préparation. On les mêle avant de les semer , et de tems en tems le semeur remue son sac pour empêcher que les graines plus pesantes ne se rassemblent dans le fond. La quantité varie selon la qualité de la graine et la fantaisie du fermier. Dix. à douze livres de trèfle mélangées d’un demi-peck de rye-grass par acre , sont la quantité moyenne. On diminue la quantité du trèfle rouge , lorsqu’on met dans le mélange trois ou quatre livres de graine de suckling ou de non-such. La graine se recouvre par deux coups de herse et l’instrument chemine à rebours du sens ordinaire , pour que la courbure des dents ne fasse pas revenir sur la surface les mottes de terre qui sont recouvertes. fendant la première automne on écarte les T) E NORFOLK. l4g moutons avec beaucoup de soin des jeunes trèfles ; mais lorsque la saison est sèche, et le sol ferme, on y fait pâturer les jeunes bêtes sans scrupule. Quelques fermiers , mais en petit nombre , y mettent du fumier ou du compost pendant le premier hiver. Au prin- tems on en ôte les pierres, mais ce qui est très-singulier c’est qu’on ne passe point Je rouleau , malgré la facilité qui en résulteroit pour faucher plus près (1). On clôt les prés artificiels de première année dans le courant du mois d’Avril $ et de ce moment on y attache les chevaux comme nous l’avons vu ci-devant, ou bien on laisse croître le trèfle pour le faucher. —- Ce fourrage se fauche et se fanne de la même manière et avec les mêmes instrumens que l’on emploie à couper et faire sécher l’orge. Mais ce qu’il y a de particulier au district de l’Est, par rapport à cette récolte , c’est que dès que le trèfle est assez sec pour pouvoir supporter d’être mis en tas sans se pourrir , on le met (1) On doit s’étonner aussi que des cultivateurs si judicieux et si actifs n’aient point adopté l’usage du gypse calciné, et répandu en poudre sur le trèfle au printems. On connoît la prodigieuse activité que cet engrais salin donne à la végétation des prés artificiels et des plantes légumineuses. l5o AGRICTTIiTURJE en monceaux , dont cinq ou six font la charge d’un char. Il reste ainsi dispose pendant huit ou quinze jours. Les pluies de peu de duree ne lui font aucun tort, mais les longues pluies, s’il en survient, l’allèrent souvent sensildement. Cependant les fermiers reconnoissent de l’avantage à cette méthode. Le trèfle sue dans le tas ; le foin se trouve assez sec , sans l’être trop , et lorsqu’on le met sur le char pour le resserrer, les feuilles et les fleurs ne se séparent pas de la tige comme cela arrive lorsqu’il a été séché à la manière ordinaire ; ils évitent ainsi la perte de la partie la plus savoureuse de la plante. 11 est rare qu’on coupe le trèfle doux fois , à moins que ce ne soit pour recueillir la graine. La seconde récolte est pâturée parles chevaux, puis par les bêtes maigres, à qui celte ressource devient nécessaire en automne , lorsque les rye-grass ont été rompus pour semer du blé. — On ne recueille qu’une très-petite quantité de graine; onia lire presque en totalité de Sufîblk, ou de la partie méridionale de la province. Les prés artificiels de seconde année sont toujours pâturés , à la réserve d’une petite partie oii l’on recueille la graine du rye-grass. La pousse du priutems est particulièrement destinée, ainsi que nous l’avons vu, à achever DE NORFOLK. l5l l’engrais des bestiaux. Dès le milieu de Juin , lorsque tous les bestiaux gras sont vendus , on met les bêtes maigres dans les pre's de rye- grnss, jusqu’au moment où on les rompt, ce qui varie depuis Juillet jusqu’en Octobre , selon la rareté ou l’abondance des fourrages , le jugement ou le caprice des fermiers. Les prés naturels. Ce n’est point en Norfolk qu’il faut chercher les soins bien entendus des prairies. Géné- rulement parlant , on peut dire qu’il n’y a en prés dans ce district , que ce qui ne peut absolument pas recevoir la charrue : c’est-à- dire les terrains froids , mouilleux , le fond des vallons , îc' voisinage des ruisseaux. On assimile à ces terrains , quant au pâturage , les terres basses qui bordent les lacs , et les étangs , qui sont plutôt marais que prairies , et fournissent une herbe de mauvaise qualité. —■ Dans les années pluvieuses une partie de ces marais est inabordable. Dans les années sèches, on peut estimer leur rente à dix shellings l’acre, parce qu’un pâturage quelconque est très- précieux dans les longues sécheresses, toujours plus redoutables aux terres légères. Les fermiers de Norfolk semblent considérer l’économie des prairies comme peu digne de AGRICULTURE IÔ2 leurs soins. Leurs terres sont en général beaucoup plus propres aux productions qui demandent la charrue , et l’admirable, système de leur agriculture donne un prix relativement plus haut à toutes les terres arables , que ces mêmes terres ne l’ont ailleurs, comparativement aux prairies. Sous ce rapport, on ne peut que les approuver de ne point forcer la nature pour convertir en prés naturels les terrains dont la situation et la qualité n’indiquent pas cette destination avec e'vidence ; mais on doit s’étonner de voir des cultivateurs aussi entendus , négliger les avantages qu’ils retire- roient de quelques améliorations faciles dans les terres qui ne peuvent être que des près. On n’y pratique ni les desse'chemens , ni le nivellement de la surface , ni les irrigations , ni aucune des améliorations dont les prairies sont susceptibles. Bétail. Nous allons considérer successivement : 1. ° La race. 2 . ° Les vaches et les soins de la laiterie. 5.° Les soins nécessaires pour élever les bestiaux. 4.° Les bestiaux à l’engrais. La race actuelle du district n’est pas moins DE N O R F O D K. i53 parliculière au pays que n’e’toit son ancienne race de chevaux, et elles ont des rapports dans leurs principaux traits et leurs qualités. —Les bêtes à cornes de la race du pays sont petites, robustes , et actives. Elles s’engraissent aussi facilement à trois ans que les autres races à quatre ou cinq ans. Elles ont les os petits, les jambes courtes, la côte ronde, les reins larges, la cuisse mince, la tête petite, les cornes lisses, de moyenne grandeur et recourbées en dessus. La couleur la plus recherchée est rouge foncé, avec la face blanche ou tigrée. Enfin la race de Norfolk est celle de Herefordshire en petit, mais il est vrai que celle de Norfolk pèche plus souvent par les reins et le quartier de derrière. Soit que la qualité de la chair de cette race de Norfolk soit principalement due à l’espèce, ou à la manière d’engraisser, les bouchers de Londres l’estiment plus qu’aucune autre; et cet avantage, joint à celui de prendre la graisse dès l’âge de deux ou trois ans , fait plus que compenser l’inconvénient de la petitesse de la race. Le poids ordinaire d’une bête de trois ans, bien grasse , est d’environ cinq cent soixante livres. On a introduit dans quelques endroits les taureaux de la race de Sulfolk pour perfectionner la taille et la forme des élèves de Norfolk ; mais çes expériences ont été faites par des Gentils- l54 AGltlcTJI. TURE îiomrnes qui ne connoissoient pas toutes les qualite's de la petite race du pays; les bêtes de races croisées qui proviennent des taureaux de SufFolk sont encore entre les mains de peu de personnes, et il est à craindre que si ces métis se répandent, il n’en arrive ce qui est arrivé de l’admission d’une race nouvelle de chevaux , c’est-à-dÎYe qu’on ne regrette l’ancienne, comme mieux appropriée au sol et au climat. Le perfectionnement de la race de Norfolk doit probablement dépendre davantage de l’attention avec laquelle on choisit les taureaux du pays même , que de l’admission des taureaux étrangers à la province. Ou n’obtiendra pas , à la vérité , un accroissement sensible dans les dimensions des individus, mais on corrigera les défauts de construction , sans courir le risque de perdre l’avantage , beaucoup plus précieux dans le système actuel d’économie rustique, d’engraisser les bestiaux dès l’âge de deux ans. C’est là du moins l’avis des fermiers du pays qui sont consommés dans leur art. Le principal but qu’on se propose en nourrissant des vaches en Norfolk c’est d’élever des veaux. Le produit de la laiterie n’a quelque importance que dans le voisinage des grandes villes.—Le nombre des vaches que nourrissent les fermiers , même ceux qui élèvent, est peu DE N O K E O D X. l55 considérable. Ou peut regarder le nombre de dis vaches comme un nombre ordinaire sur une ferme de moyenne grandeur. Dans la parlie de l’Ouest , et surtout près des marais du Cambridge sbire, on entretient beaucoup de vacbcs pour faire du beurre , qui s’envoie à Londres sous Je nom de beurre de Cambridge. ■—C’estlà une circonstance heureuse pour ceux qui font des élèves dans le district de l’Est , parce qu’ils tirent un grand nombre de veaux de la partie occidentale , où les fermiers trouvent également leur compte à ce commerce. Ii y a des revendeurs qui ne font pas d’autre métier que de transporter des veaux d’un côté à l’autre de la province. Au moyen de ce supplément , et des veaux achetés chez les Gentilshommes qui ne les nourrissent pas, les fermiers du district de l’Est en élèvent un plus grand nombre qu’ils n’en- treliennent de vaches. On peut compter que dans une ferme de 160 à 200 livres sterling , on élève communément dix à douze bêtes chaque année. Dans les environs de Norvvich et de Yar- moulh on nourrit souvent des vaches pour engraisser des veaux. Le beurre et le fromage sont aussi des objets d’industrie pour les fermiers , dans le voisinage de ces deux villes. *56 A GRICUlItlRIl Le fromage se vend frais, et est consomme' par les ouvriers des manufactures qui, pendant le printemset la première partie de l’été, en font leur principal aliment. On ne connoîl point, dans le district de l’Est, les soins minutieux qui sont ne'cessaires à la parfaite re’ussite du beurre. Des pâturages aigres , des trèfles de première anne’e en e'te’, et des turneps en hiver , sont une nourriture peu propre à produire du beurre excellent, et là où l’on ne peut espe'rer d’atteindre à la perfection, l’e'mulation cesse. Le troisième objet de la division de ce chapitre , est un des plus importans de la culture de Norfolk, et les soins qu’on met à élever les bestiaux e'tant, à bien des égards, particuliers au pays , demandent ici plus de détail. Les fermiers préfèrent en général d’élever' des veaux de leurs propres vaches. II y en a qui élèvent tous ceux qui naissent dans leurs fermes dans quelle saison que ce soit, et les genisses tout comme les taureaux. Toutes celles d’entre les genisses qui doivent s’engraisser à trois ans sont soumises comme les mâles à l’opération de la castration. — Les soins qu’on donne aux veaux qu’on élève dépendent beaucoup de la saison où ils naissent. Les veaux düiivcr demandent plus de lait que ceux qui » E NORFOLr. 167 naissent plus tard : voici à peu près comment l’on traite les veaux du mois de Décembre. Pendant les quinze premiers jours, ils tetter.t deux fois 5 pendant le mois suivant ils ont à boire au seau deux fois le jour , puis une fois seulement pendant les six semaines suivantes. On met devant eux du foin au râtelier, et des turneps dans une crèche. Ceux-ci leur servent de boisson lorsqu’une fois ils s’y sont bien ac- coutume's : on y mêle quelquefois de l’avoine et du son. C’est dans l’usage des turneps que gît la principale différence, entre la méthode d’élever en Norfolk et dans le reste du royaume. On peut dire que tous les veaux s’élèvent avec du lait et des turneps (1). Dès que le tems est suffisamment chaud , on les fait pâturer sur un blé , sur des turneps, ou sur un pré avancé, puis on les fait rentrer le soir. Lorsque le ray-grass a fait sa pousse du printems , on les y met à la pâture avec les bestiaux à l’engrais , et on continue pendant tout l’été à leur donner les meilleurs pâturages. Dès le mois d’Octobre ou Novembre les (1) La meilleure manière d’eagager les veaux à manger les turneps, c’est de les leur écraser avee un maillet. 158 AGRICULTURE yearlings ( veaux d’un an ) sont mis aux turneps, ordinairement dans le nombre des falioivers, c’est-à-dire en suivant les bestiaux à l'engrais. Us ont communément un enclos à part dans le parc domestique , mais quelquefois on les met avec les bêtes de deux ans. On leur donne dans l’enclos la poussière des granges avec un peu de foin, et en gênerai on en a grand soin dans ce premier hiver : les fermiers sont convaincus que la re'ussite des bestiaux en dépend. Dans le printems et l’e'lé suivant les jeunes bêles succèdent aux bestiaux à l’engrais et paissent dans les pâturages. Si ceux-ci manquent, on les envoie quelquefois passer l’été dans les marais, pour un prix convenu avec le propriétaire de ces terrains. Les bêtes de deux ans suivent les bestiaux à l’engrais dans les champs où on leur répand des turneps. La nuit on les parque dans les cours , quelquefois avec les veaux d’un an , quelquefois avec les vaches ; mais les meilleurs fermiers les mettent à part, parce que dans le premier cas ils dérobent aux veaux d’un an la nourriture qui leur est destinée, et dans le second, les vaches ne les laissent tranquilles que lorsqu’elles sont occupées à manger le meilleur duffourrage. Quelques fermiers , lorsqu’ils ont des tur- DE N O R. F O E K. l5g neps en abondance, engraissent leurs bêtes de deux ans. L’usage d’engraisser les bêtes à cornes avec les turneps commence à se répandre dans les diverses provinces, mais les fermiers de Norfolk en ont long-tems donne' seuls l’exemple ; ils entendent encore cet art mieux que les autres cultivateurs du royaume, et tout le reste de leur système de culture s’accorde avec celte industrie. Les gens de Norfolk nomment bullocks les bestiaux à l’engrais, quel que soit leur sexe et leur âge. — Les deux races qui re'ussissent le mieux sont celle du pays , et celle d’Ecosse. Dans la partie de l’Ouest on engraisse aussi des bœufs de la race du Yorkshire et du Lincoln- shire , mais dans celle de l’Est on trouve de l’avantage à pre'férer les premiers. La race du pays fournit à l’engrais des bœufs, des genisses coupe'es, desgeuisses, des vaches , et des gros veaux nommes running calves. Cette dernière classe est peut-être particulière à Norfolk. Ce sont des veaux qu’on laisse accompagner leur mère partout, jusqu’à ce qu’ils aient un an, cl quelquefois davantage. La mère est toujours extrêmement soignée. On la traite pendant tout le tems qu’elle nourrit , comme les bêtes qu’on engraisse ; et il n’est 160 a g a r c u r t u r e pas rare qu’elle s’engraisse en effet assez pour êtfe envoyée au marche de Smilhfield avec kon veau, qui quelquefois pèse autant qu’elle. Dans les bestiaux d’Ecosse on distingue ceux du Comte de Galloway , ceux du pavs plat, ceux des montagnes , ceux de l'Isle de Shys. La race de Galloway est grosse , forte , basse sur jambes, le plus souvent sans cornes, large de reins , à côte ronde, à gros ventre , à petite tête , et d’une charpente solide. C’est une des plus belles races connues. Elle s’est propagée depuis peu dans diverses parties de l’Ecosse , et surtout dans le voisinage d’Edimbourg. Il n’est pas rare que les individus de cette race pèsent, lorsqu’ils sont gras, 80 stone , c’est-à- dire 1120 livres, et on en a vu de ICO stone ( i 4 oo livres ). Les bêtes du pays plat (Lowland Scots) sont inférieures pour la taille à celles de Galloway, avec lesquelles cependant elles ont des rapports de construction. Quelques-unes sont cornées , et d’autres sans cornes. Elles sont noires ou brunes. Le poids d’une bête grasse est d’environ 60 stone ( 84 o livres ). Les bestiaux des montagnes paroissent être une race à part. Elle est sensiblement plus petite que les deux autres $ 4o à 5 o stone (56o à 700 livres) est à peu près le poids moyen de cette 1 DD NORFOLK. l6l cette race qui a des rapports , pour la forme et la qualité de la viande , avec les Galloways , mais dont presque tous les individus ont des cornes, en général petites, recourbées en dessus, dans le genre des bestiaux du pays de Galles. La race de l’isle de Skys paroît une variété de la race des montagnes que le climat et le sol ont beaucoup réduite pour la taille. Les bêtes grasses de quatre ans , de la race de Skys , varient en poids depuis 20 jusqu’à 4 o stone ( depuis 280 à 5 Go livres ). Ces quatre races que les marchands amènent aux foires où les fermiers de .Norfolk se pourvoient , ont presque au même degré l’avantage d’une chair savoureuse, et de prendre faci-'- lement la graisse. Les fermiers de Norfolk qui ont l’esprit mercantille , et qui ont des fonds suffisans pour faire toujours leurs emplettes dans les momens favorables , trouvent beaucoup plus de profit à acheter pour engraisser qu’à élever dans ce but ; mais ceux qui sont plus cultivateurs que marchands , et qui surtout n’ont pas des fonds suffisans à leur disposition , se trouvent mieux d’élever , car les risques sont moins grands. Les principaux achats des bestiaux d’Ecosse se font pour le district à la foire de Si. Faith Tome 1. L 162 AGRICULTURE près de Norvvich , oit les marchands d’Ecosse les amènent chaque anne'e en grand nombre. Cette foire est pre'cëde'e de celle d’Harleston , en South-Norfolk , qui commence le 9 Septembre , de celle de Wolfpit en Sulfolk , et de celle de Secking près de Lynn en Norfolk. Celle de St. Faiih commence le 17 Octobre et dure autant que la demande. —Puis viennent celles de Halesworth, de Hamptongreen , et deHoxone. Pendant cette succession de foires, les bestiaux sortent continuellement d’Ecosse pour y pourvoir , et au moyen de cette répartition des points de ventes sur une grande étendue de pays, tous les cultivateurs se pourvoient avec plus d’aisance. L’âge le plus ordinaire des bêtes d’Ecosse qui se vendent dans les diverses foires est quatre ans, mais il y a des bœufs beaucoup plus vieux. Il y en a qui ont travaillé, mais c’est le plus petit nombre. L’âge le plus recherché lorsqu’il s’agit d’engraisser immédiatement, c’est trois ans pour les bêles du pays, et quatre ans pour celles d’Ecosse. Nous avons vu, en parlant deslurneps , les détails de la manière d’engraisser. Quant à la proportion du nombre de bestiaux avec l’étendue des champs semés de ces racines , c’est ordinairement celle d’un acre de turneps B E NOB.FOLK. l65 bien réussis, pour un bullok et un follower. — C’est aux environs du 10 Octobre qu’on met aux turnepsles bestiaux du pays; ceux d’Ecosse s’j mettent dès qu’on les a achetés. Il est assez remarquable que quoique ceux-ci n’aient jamais vu de turneps, il suffit en général de les mettre à cette nourriture avec des bestiaux du pays qui leur montrent l’exemple , pour qu’ils s’y accoutument d’abord. Il y a cependant quelques bêtes qui maigrissent un peu avant de s’y faire. Les trois manières d’engraisser , savoir , en plàin champ , au parc domestique, ou sous un hangar , ont chacune leurs avantages et leurs inconvéniens. La première demande moins de soins et est très-utile aux terres légères , la seconde consomme beaucoup de paille , mais fait une très-grande quantité de fumier , la troisième demande moins de litière , mais plus de travail. Par ün beau tems sec les bullochs s’engraissent plus promptement dehors; par un tems humide et froid ils prospèrent davantage à couvert. Le mieux est donc , lorsqu’on le peut, de les tenir en plain champ pendant que le tems est beau , pour les achever sous les hangars lorsque le froid devient rigoureux. —* Au reste, les circonstances et les localités commandent souvent. Il faut aussi avoir égard à la l64 AGRICULTURE manière dont les bestiaux ont été tenus avant d’être mis à l’engrais. Ceux qui ont e’te' e’ieve's à rester toujours en plain air dans un climat rude, supportent l’hiver en plain champ beaucoup mieux que ceux qui ont e'te' accoutume's à un abri dans un climat plus doux. Il faut que ces diverses particularités aident à de'terminer la manière que le fermier doit pre’fe'rer. On peut estimer que les deux tiers ou les trois quarts des bestiaux erigraisse's en Norfolk vont à Londres : le reste se consomme dans le Comte'. Le grand marche' pour les bêtes grasses est Smithfield. Pendant toute la saison de la vente il part chaque semaine un ou deux convois, et le tout est admirablement règle. Ceux qui se chargent delà conduite des bœufs^ gras, et qu’on nomme Dropers , commencent leur tournée dans les premiers jours de Février $ ils la renouvellent quinze jours après. Au mois de Mars ils viennent chaque semaine : dans les mois d’Avril , Mai et Juin , deux fois par semaine, et enfin en Août et Septembre, ils font une dernière visite pour rassembler les bœufs engraissés pendant l’été dans les marais. C’est à St. Failli que les fermiers amènent leurs lots , ou bandes de bœufs gras, au Drover : c’est le rendez-vous général. Les convois partent le dimanche pour arri- B E NORFOLK. l 65 ver le dimanche suivant à Londres , distant de 112 milles.— K Mile-end les salesmen viennent numéroter les bestiaux , et se charger des lots pour les conduire au marché , et en rendre compte au Drover le lendemain. Ces salesmen sont des agens de toute confiance qui ne manquent point de tirer le plus grand parti possible des lots qui leur sont confiés ; et le lendemain ils présentent le compte de vente à leur commettant sous la forme suivante : Smithfield, le i. er juin 1796. Sept Bêtes vendues pour M. A. x à B. 1 4 st. Provision (à 1 s. 6 d.), 10 1 à C. i 3 Péage et frais. . . . . » 21 1 à D. 12 îO'f Aides nécessaires ...» 19 1 à 13 . X2 CommissionduDrover 1 i 5 » 1 à F. 13 Payé comptant. ... 86 » 8 1 à G. i 3 7 88«-îo-f 88W-io^»^- Signè H. I., Salesman de bestiaux. Les frais de transport sont toujours les mêmes depuis un grand nombre d’années , savoir : sept shellings et un pence et demi par tête de bétail. — Si le fermier a accompagné ses bêtes à Londres, ce qui arrive quelquefois , il est payé immédiatement chez le banquier du Salesman , à moins qu’il ne préfère une lettre de 166 AGRICULTURE change à vue sur un banquier de Norwtch.— L’usage ordinaire pour Jes fermiers de Norfolk c’est de se rendre dans certains lieux convenus, au jour de marche qui suit la vente , et ils y reçoivent du Drover, en argent comptant, le prix de leurs bestiaux. Le profit commun des fermiers sur les bul- locks ne paroît pas considérable. On peut estimer , en général, que chaque tête de bétail augmente en valeur de deux shellings et demi par semaine pendant cinq ou six mois. Si l’on ôte de la somme produite par cet accroissement environ i 5 scfiellings qu’on estime la paille et les soins employe's à engraisser un bullock, il reste la somme modique de 2 liv. sterl. 10 shellings par tête , qui représente à peu près un acre de turneps. Les fermiers très- habiles dans l’art d’acheter et d’engraisser tirent de 5 liv. à 5 liv. 10 sliel. sterl. d’un acre de turneps par celte industrie. Mais Je véritable profit gît dans l’amélioration qui résulte pour les terres, soit d’une augmentation considérable d’un fumier de première qualité , parce qu’il provient de bêtes grasses , soit de l’influence du parc , et du parcours du gros bétail. 1 DE N O R T O I- K. 1 - 6*7 Montons. Nous avons déjà observe , en parlant des objets généraux de la culture de Norfolk, que dans le district de l’Est on ne connoît guère par pratique la gestion économique des moutons , parce que les soins que cette gestion exige ne peuvent se concilier aisément avec ceux qu’on donne à l’engrais des bêtes à cornes. La race des brebis de Norfolk est une des plus estimées de l’Angleterre : elle a des caractères aussi marqués que la race des chevaux ou des bestiaux; mais on y reconnoît deux variétés qui ne diflèrent que pour la taille. — Las moutons de la grande race pèsent d’ordinaire de i4 à 25 livres le quartier préparé par le boucher ; ceux de la petite race pèsent de 10 à i5 livres le quartier. Ceux-ci se nomment moutons de bruyères : on ne les voit guère que dans la partie Sud-Ouest du Comté, et la laine en est plus line. Voici les caractères de la race de Norfolk. Le corps long et mince; la toison courte et belle ; les jambes longues , noires ou tigrées ; la face noire ou tigrée ; les cornes des brebis, de moyenne longueur et un peu droites; celles des beliers très-grosses, longues et en spirale , s \ îG8 AGRICULTURE comme la race de Wiltsbire ; le rable large et le quartier de derrière bien fourni, mais les épaules basses, l’épine du dos relevé et tranchante. Cette race réussit et prospéré sur les bruyères ou sur les pâturages secs , ou les neuf dixièmes des autres races du Royaume mour- roient de faim ; elle supporte le parc à merveille , s’engraisse très-bien à deux ans, se transporte grasse sans inconvénient à une grande distance, et la viande en est d’une saveur excellente. , Les cultivateurs de Norfolk auroient donc beaucoup à perdre en altérant leur race, et le seul rapport sous lequel ils puissent l’améliorer c’est la forme de l’épine du dos et des épaules, tes plus habiles fermiers pensent que ces défauts ne doivent se corriger que par l’attention aux formes des individus pris dans la race même du pays, et non par l’introduction d’une race étrangère qui , quoique plus régulièrement belle, n’auroit pas au même degré les qualités analogues au sol de Norfolk. Nous aurons occasion de revenir souvent sur la race des brebis de Norfolk, mais comme ce sujet ne tient pas directement à la description de la culture du district de l’Est qui nous occupe , nous ne nous étendrons pas maintenant sur la culture des moutons. DE N O B. F O E E. 1G9 Cochons et volailles. Le nombre des cochons nourris dans le district de l’Est est très-considérable. La laiterie en été , les chaumes en automne, les granges en hiver, fournissent constamment à leur entretien, et le blé noir qu’on recueille en abondance , sert à les engraisser. Les fermiers trouvent en ge'ne’ral plus de prolit à n’en pas surcharger leur ferme, parce que ces animaux grossissent plus tôt et s’engraissent mieux. La race des cochons du pays est , comme celle des moulons, haute sur jambes, et mince de corpsj mais elle a, comme Ips moutons et les bêtes à cornes, le très-grand avantage de s’engraisser à un âge où les cochons des autres races ont à peine la moitié de leur crû. Dès l’âge de six mois les cochons de Norfolk ont les trois quarts de leur taille , et prennent la graisse comme des bêles d’un au. Ils ne deviennent jamais très - gros : quinze à vingt sione ( 210 à 280 livres ) sont considérées comme un poids bien suffisant pour un cochon gras. — On coonoît aussi en Norfolk la race de Berkshire et celle des tonkins ou de Chine. Les fermiers élèvent eux-mêmes leurs cochons* On les engraisse quelquefois avec des 370 A G- K I C U Ij T U R ü pois ou avec de i’orge , niais le plus souvent avec du blé-noir que l’on fait moudre ou qu’on leur donne en grain. Les dindons et les autres volailles de Norfolk ont une grande réputation. Dans le voisinage des villes on en nourrit un nombre considérable qu’on engraisse avec du blé sarrasin , et qu’on apporte au marché tout prêts à mettre à la broche. Prix du travail. Le prix du travail est un objet si important lorsqu’on cherche à se faire une juste idée de l’agriculture d’un canton déterminé , que nos lecteurs nous sauront gré de ne point quitter le chapitre de la culture du district de l’Est sans leur faire connoîlre le taux des gages ordinaires des domestiques et des ouvriers de la campagne , le lover des chevaux , chars , charrues , etc. et le prix de dilFérens ouvrages faits à tâche. Domestiques. Un labôureur à gages gagne annuellement 8 à 10 liv. sterl. Un second valet , 4 à 6 liv. sterl. Un jeune homme pour la herse, 2 liv, sterl. Une servante de campagne, 5 à 5 liv. 5 shel. Une jeune hile, 1 liv. îo shel. à 2 liv. sterl. 1) E :n O 11 P U I, K. 17] Journaliers. fin ouvrier ordinaire gagne par jour en hiver l sliel. oulre la bière. Le même ouvrier gagne en été 1 shel. et un penny oulre la bière ( 1 ). Pendant la moisson un ouvrier gagne 55 à 4o sliel. et sa nourriture, soit que la moisson dure peu ou se prolonge. La journée des fetpmes est de six pence avec la bière, etpendantla moisson elles sont nourries. Pour les charriages sur les routes on paie dix shellings par jour pdbr cinq chevaux, une charrette et le conducteur. Pour faire labourer un acre, soit en rompant , soit en donnant un second ou troisième labour , on paie deux shellings six pence. Pour faire tirer la charge de trois chevaux de marne , on paie de trois à six pence, selon la profondeur de la marnière ; pour charger la charrette deux pence ; pour la répandre de neuf pence à un shelling. Pour recurer les fossés de un penny à deux pence le rod de sept yards. Pour retourner les bordures , ( c’est-à-diro (1) On donne au Teamer-man un schelling d’extra qu’on nomme l’argent des chevaux. 172 AGRICULTURE \ pour enlever le gazon et le retourner en lit de trois pieds de large ) un penny le rod. Pour retourner des monceaux de fumier , un penny fa charge de trois chevaux ; pour 'le charger , un penny la charrette , pour le re'- ■pandre , huit à dix pence l’acre. Pour semer l’orge , on paie deux pence l’acre; pour semer les turneps de même; pour semer le trèfle , mêle de ray-grass, de même. Pour houer les turneps la première fois trois shel. six pence à quatre shel. l’acre; la seconde fois deux shel. à deux shel. six pence , outre la bière. Pour faucher le trèfle , mêle de ray-grass, un shel. à dix-huit pence l’acre , outre la bière. Pour faucher un pre', dix-huit à vingt- un pence, outre la bière. Pour moissonner et resserrer le ble’ , cinq , six à sept shel. l’acre. Pour faucher l’orge un shel. l’acre Pour battre le ble', un shelling le coomb , outre la bière. Pour battre l’avoine , l’orge ou le ble'-noir, six à huit pence le coomb , outre la bière. Pour battre les pois , neuf pence le coomb, outre la bière. Pour battre le trèfle en grain , six shellings le bushel. DE NORFOEK. X70 Le prix de Yagistement (nourriture du bétail ) dans les pâtures et marais, depuis le i.* r Mai au 10 Octobre, est pour les bêtes de deux ans, et les bestiaux d’Ecosse trente à trente cinq sliel. ; pour des bêtes d’un an dix-huit à ving-un shel. Le prix de l’agistement pour le même tems dans les près , ou au regain, est pour les bêtes de deux ans dix-huit à vingt shel. , et pour les bêtes d’un an dix à douze shellings. Le prix de l’agistement, par semaine, en e’te', est pour les bullochs au ray-grass, deux shel., et pour les brebis trois pence. Le prix de l’agistement, après le 10 Octobre, est pour les bêtes à l’engrais, un shel. 6 pence. Pour 1 es bêtes de deux ans, vaches etc. au regain, un shel. 5 pour les bêtes d’un an, au regain, huit pence ; pour les moutons deux pence. Pour couper des fosses dans les près humides, à trois pieds de large, deux à quatre pence le 'rod , ( selon la profondeur ) outre la bière. Pournettoyerannueliement ces mêmesfosse's demi penny le rod. Pour récurer annuellement les grands fosses de pre's ( cinq à six pieds de large ) un penny le rod. Pour recurer ces mêmes fosses, de deux en deux ans , deux pence le rod. Pour les recurer de trois en trois ans, 'trois pence le rod. 174 CONCLUSION DE l’aCRICU LTURE DE NOBJ’OEK. Maintenant que nous avons fait connoître avec quelque détail, la culture de la province d’Angleterre qui ale plus de réputation sous ce rapport, il pourra être utile de revenir sur les principaux objets, et de présenter quelques réflexions à nos lecteurs. Il faudroit assurément être fort prévenu contre tout ce qui est étranger , pour ne pas reconnoîlre dans l’agriculture de Norfolk un ensemble bien calculé, une marché ferme, des moyens d’exécution simples , et de riches résultats. Une couche de quelques pouces d’une terre naturellement aride, nourrit une grande population , fournit à une exportation considérable de grains, engraisse un nombre prodigieux de bestiaux ; et enrichit les cultivateurs : voilà des faits qu’on ne sauroit nier , et qui sont de nature à captiver l’attention. Il ne suffit pas toujours de bien connoître une méthode étrangère de culture pour pouvoir l’adopter à son gré. On rencontre des obstacles sans nombre dansles volontésetlesrépugnances des agens ; si l’on surmonte ces obstacles, RÉSUMÉ DS l’aGR, DE NORFOLK. 176 les difficultés se retrouvent dans les choses, et il faut l’avouer , c’est quelquefois un bonheur : car dans un art si complique , le jugement qui imite avec sagesse est aussi rare que le génie qui invente ; et il est quelquefois heureux pour la science que les difficultés rebutent l’imitateur maladroit qui l’eût fait re'trograder. — Récapitulons sommairement la culture de Norfolk par ses traits saiîlans, et tâchons de fixer nos ide'es, d’abord sur les objets à imiter , puis sur la manière de réussir. Dans le district de l’Est de la province de Norfolk, le pays est pi a t , et la terre vège'tale, généralement sablonneuse , n’a que cinq à six pouces de profondeur. Elle recouvre la glaise ou le gravier en quelques endroits , mais plus souvent un sable profond, mélangé de marnes diverses qu’on y trouve par grosses masses plutôt que par couches. Les possessions sont encloses et entremèle'esj les chemins, les haies, les arbres qui les bordent sont extrêmement multipliés. Les fermes sont de grandeur médiocre. Les pre's y sont rares , et les bois plus rares encore. Les engrais principalement employés sont les marnes , les glaises , les composts , les fumiers d’écurie et du parc domestique, le parc des bêtes à cornes et la suie. RÉSUMÉ DE I76 Les fermiers vivent dans l’aisance , et quelques-uns sont opulens. Les domestiques sont bien nourris, mais leurs gages, ainsi que ceux des journaliers , sont modiques et leur travail est très-fort. Tous les ouvrages ont un prix règle , et il en est peu qu’on ne puisse faire exécuter à tâche. Tout se laboure avec deux chevaux et un seul homme. La journée est de dix heures de travail pour labourer deux acres. — Tous les ouvrages se font avec une célérité proportionnée, et lés chars vides cheminent toujours au trot. En été les chevaux pâturent dans les trèfles; en hiver ils mangent de la paille d’orge ; et dans le tems des forts travaux ils consomment un bushel d’avoine par semaine. Les outils d’agriculture sont d’une grande simplicité , et construits avec jugement. Le plus important; de tous, la charrue , réunit les qualités les plus désirables danscet instrument: elle est simple, légère, solide , n’emploie qu’un seul homme , Êt fait une prodigieuse quantité d’ouvrage. Les baux sont de sept à vingt-un ans , et les clauses en sont déterminées avec une précision rigoureuse. La rente des terres varie de douze à vipgt shellings par acre. Les l/AGRICULTURE DE NORFOLK. I77 Les bâtimens de ferme sont grands , les granges vastes et multipliées ; mais on réduit en tas dans les cours une partie des recolles, et les bestiaux sont presque toujours en plein air. Les principaux objets de l’industrie des fermiers sont le blé , l’orge et les bestiaux. L’assolement des terres les plus légères est généralement celui qui suit : 1 Ble'. 2 Orge. 5 Turneps. 4 Orge. 5 Trèfle. 6 Ray-grass. L’assolement des terres un peu plus fortes est plus ordinairement encore : 1 Blé. 2 Turneps. 3 Orge. 4 Trèfle. Le fermier divise et distribue ses récoltes de manière à ce que ses champs de turneps se trouvent disséminés dans diverses parties de sa ferme. — Il fait grande attention à l’état de la terre, relativement à l’humidité ou la sécheresse, avant d’y mettre la charrue. Les labours sont alternativement superficiels et profonds 3 et Tome i. M RÉSUMÉ DR .178 toujours croises lorsque cela est possible. La herse précédé presque toujours, et suit souvent la charrue. Les près artificiels de seconde année se rompent vers la fin de Juin , se fument, et se rela- «■bourent encore trois fois avant les semailles élu bie', qui : se font vers la fin d’Oclobre. Le ble' se sème sousraies à sillons relevés, et par une me’lhode particulière. —Lorsque le ble se plante, c’est sur un seul labour. — O11 uettoye d’herbes et roule les blés au printems. On les moissonne très-murs: on les lie en moissonnant, et on ne les bat que très-tard. Les chaumes des blés s’enlèvent pour être convertis eu fumier, ou se foulent par les bestiaux à L’engrais. On les rompt en Novembre ; on les herse et recroise en Mars, puis en Avril, et on sème l’orge sous raies , avec un quatrième labour. On la nettoie d’herbe à la main ; on la fauche, et on la charge sans la lier. La culture des turneps est la base du système - d’agriculture'de la province. On cultive quatre variétés de cette grosse rave. On n’épargne ni soins, ni engrais, ni culture, pour assurer • celte réColte qu’on emploie à engraisser des bêtes à cornes, ou les moulons, sur les champs mêmes qu’on veut fumer. —■ L’orga succède après trois labours-j le trèfle mêlé de ray- lAgiUCÜLTUKL D£ -NORFOLK. 1 79 grass se sème en même tunis ; les raciues des jeunes plantes de ces foins artificiels pénètrent aisément dans une terre très-meuble et très- bien amendée. La fanne de l’orge protège ces plantes contre les chaleurs. Le soin d’arracher encore les mauvaises herbes qui peuvent pa- roître , assure au trèfle la pleine possession du terrain dès que l’orge est coupé. L’année suivante les chevaux pâturent le trèfle dès le mois d’Avril jusqu’en Juin ; la seconde coupe se recueille en foin ou en graine. Le ray-grass qui a succédé au trèfle achève au printems l’engrais des bestiaux, et se pâture jusqu’au moment où l’on le rompt pour préparer la terre à recevoir le blé , et recommencer la même rotation de récoltes. Les bestiaux du pays qu’on élève pôur l’engrais sont d’une race de moyenne taille , remarquable par sa disposition à prendre la graisse dès la seconde , et surtout la troisième année. Les bestiaux que l’Ecosse fournit annuellement pour l’engrais sont de diverses races, en général pesantes , et dont la chair est aussi estimée que celle des besliâux de Norfolk.—Enfin la race des brebis de la province est une des premières du royaume pour la taille , pour la force , pour la laine, et surtout pour la chair. XtÉSUMÉ DE l&O La première observation ou le premier doute qui se présente , lorsqu’on considère celte agriculture dans des vues d’imitation , c’est que le climat et la nature du sol sont peut- être tellement particuliers au pays , que les méthodes qui y réussissent pourroient ailleurs être sans succès. — Quoique moins froide que sa latitude ne semble l’indiquer , celle province est plus tardive de huit à dix jours dans ses récoltés que les environs de Londres ; et les progrès de la végétation n’y ont pas , en général, une activité aussi grande que dans les pays plus méridionaux ; mais la température de l’hiver , adoucie par la distance des montagnes et le voisinage de la mer , permet aux bestiaux de tenir en plein air , et même d’y prospérer à l’engrais : les neiges sont rarement profondes. Il paroît donc que , sous les rapports du climat, les pays d’une latitude moins élevée ne peuvent qu’avoir de l’avantage dans la culture des mêmes productions ; mais que dans les pays voisins des montagnes, dans les cantons oit l’automne est pluvieux et l’hiver âpre, on ne sauroit imiter en tout l’économie relative aux bestiaux. Quant au sol , ce sont assurément les cultivateurs des terres légères qui trouveront le plus à prendre dans le système que nous avons i/ACRTCULTURE DE NORFOLK. l8l fait connoître : c’est, surtout dans les terrains, condamnes au seigle , et qui n’en donnent qu’une re'colte chétive en deux années, que les méthodes de Norfolk produiroient une révolution complète ; mais les propriétaires de toutes les espèces de terres soumises à une culture vicieuse y trouveront des ide’es utiles , et de quoi imiter avec profit, s’ils le font avec jugement. Et d’abord , sur l’article des engrais , les fermiers de Norfolk donnent à tous les cultivateurs des exemples précieux. Les dépenses '-qu’ils font pour marner les terres, pour charier des glaises ; les soins qu’ils prennent pour augmenter les fumiers des étables et des cours; et surtout les mélanges de terres et de fumier qu’ils placent auprès des champs auxquels ils sont destinés, sont autant d’objets de la plus grande importance. L’article de la charrue de Norfolk mérite beaucoup d’attention , quelle que soit la terre qu’on est appelé à cultiver. Ceux de nos lecteurs qui ont la pratique de l’art, qui ont réfléchi sur la perte de tems et de forces, résultante des charrues massives, et mal construites ; qui sont accoutumés à voir quatre bœufs et deux hommes labourer , avec peine, vingt à vingt-cinq mille pieds de surface Kt'.'S U3I il CE J server que le fermier Ânglois retire autant )) de son cours de récoltes, dans lequel le blé i) et le seigle ne reviennent pas souvent, que » le François du sien , quoiqu’ils reviennent )) souvent. » L’AGRICULTURE DE NORFOLK. Cours ajiglois. Cours français. j. Turneps. 2. Orge. 3 . Trèfle. 1. Jachère.... 2. Bïé. 18 bushels. 3 . Orge ou avoine. 4 . Blé. par acre, 25 par acre, 25 bushals. 4 . Jachère. 5 . Turneps. 6 . Orge. 7. Trèfle. 5 . Blé 6. Orge ou avoine. 7. Jachère. 8. Blé. 8. Blé. 9. Rye-grass ou fèves. 9. Orge ou avoine. 10. Jachère. 11. Blé. 10. Blé. 11 Turneps 2.5 7Ô bushels. 72 bushels. « L’Anglois , dans l’espace de onze ans, V recueille trois bushels de blé de plus que le » François. Il a trois recolles d’orge ou de » fèves qui rendent deux fois autant par acre » que ce que rendeutles trois récoltes françoises » de grains de primeras ; et il fait outre cela » trois re'coltes de turneps et deux de trèfle. )) Les turneps valent 48 liv. l’acre, le trèfle 72 : )> ce qui fait pour les cinq re'coltes 288 livres. » Quelle immense supériorité ! Plus de blé ; » presque le double de graines de primeras ; » et plus de 24 livres par acre, annuellement, n de turneps et de trèfle : mais outre cela, la » terre de ■ l’Anglois, parle moyen de l’engrais » provenant de la consommation des turneps iq 2 résumé de » et du trèfle, est dans un étal continu d’amé- )> lioration , taudis que la ferme du François )> reste dans le même e'tat. » (Arthur Young, Voyages en France , T. II, pag. 556 et suiv., e'dit. de 1794. ) Si donc les terres sablonneuses de Norfolk fournissent annuellement à l’exportation une étonnante quantité’ de grains , c’est qu’on m’en cultive pas trop 5 c’est que pour recueillir du blé , on sème du trèfle et des turneps. Dans une bonne agriculture on ne sauroit séparer l’industrie qui produit les grains en abondance, de celle qui multiplie les bestiaux. Or il est difficile d’imaginer un système daus lequel on puisse réussir .à produire plus da grâins et à nourrir plus de bestiaux sur une terre plus médiocre. Aucune partie de l’économie rustique ne demande plus de connoissance des vrais principes d’agriculture , aucune ne demande plus de jugement dans l’application, que la suc*- cession des récoltes. Nous avons vu comment se succèdent les productions qui font la nourriture de l’homme, et celles qui sont destinées aux animaux. C’est là une circonstance importante à considérer dans le choix des plantes qui doivent se remplacer L’AGRICULTURE DE ^NORFOLK 1Ç)3 placer. Une autre attention qui ne l’est pas moins , c’est de faire succe’der des plantes de genres différens ; car , soit que la terre ait divers sucs à fournir aux plantes diverses, soit que les unes cherchent leur substance à une profondeur plus grande , soit enfin que certaines plantes se nourrissent par leurs feuilles autant, et plus peut-être , que par leurs racines , les récoltes ne se succèdent avec une vigueur soutenue cjue lorsque, dans la rotation e’tablie, le fermier a eu égard à ces propriétés diverses des plantes. Mais , comme nous l’avons déjà observé et comme on ne peut trop le redire , il faut que les sarclages secondent les bons effets de la variété ( 1 ) ; et il y a certaines productions qui doivent principalement à cette cause la faculté de préparer la terre à porter des grains. Ainsi, par exemple , une récolte de fèves ou de pois qui sépare deux récoltes de grains est amêliorhnte si elle est sarclée , épuisante si elle ne l’est pas. Il semble qu’il y ait là un (1) Combien de travail ! s’écrieront les partisans des jachères ; oui, mais ce travail est largement payé dès la même année et profite aux trois suivantes, au lieu que l’année de jachère est toute en frais, et n’influe que «ur la récolte qui suecède- T cri e 1. N 19^ RÉSUMÉ DK combat entre deux forces, et que la terre ne consente à porter trois années de suite des plantes dont la graine fournit des substances aussi analogues, qu’à condition de recevoir par les sarclages le comple'ment des moyens de végétation que les feuilles pompent de l’at- mospbère. — Les sarclages, ou les cultures à la boue , sont donc indispensables pour assurer la réussite d’une succession non interrompue < récoltes , et pour que la terre se maintienne en bon état et exempte de mauvaises herbes. On observera peut-être que l’un des cours de Norfolk que nous avons donné comme le plus généralement adopté, n’est pas rigoureusement conforme aux principes ci-dessus, et que l’une des deux fois que l’orge revient sur les six années , c’est au blé que cette récolte succède. C’est là, il faut l’avouer, une exception à la règle fondamentale. Mais si l’on considère, non-seulement que le blé a été fumé, mais que la terre avoit profité des racines et des feuilles d’un pré artificiel de deux ans; qu’après le blé, les bestiaux à l’engrais sur le chaume qu’ils pourrissent avec les débris des turneps qu’ils y mangent, fument de nouveau la terre ; que quatre labours , dont un précède l’hiver, la préparent à recevoir l’orge; qu’enfin les racines / Lh\&RICULTURE DJS NORFOLK. IC)5 de cette plante se plaisent dans un terrain très- divise' et soulevé par le cliaume enterre', on comprendra que cette irrégularité ne peut avoir un effet fâcheux sur la récolte , à laquelle succède d’ailleurs la culture améliorante par excellence, celle des turneps. •—Dans ce cours de six ans ou le blé ne revient qu’une fois , c’eût été trop peu de grains de n’y faire entrer qu’une récolte d’orge, et comme le rye-grass , si utile à l’engrais des bestiaux , occupe nécessairement la terre deux ans de suite , cette irrégularité , d’ailleurs si bien rachetée , étoit inévitable. Mais les assolemens de Norfolk , si utiles à étudier , ne seroient pas partout les plus convenables à suivre 5 et peut - être même ne seroient-ils pas les meilleurs possibles dans les terres analogues. Ces assolemens ont été maintenus de père en fils, depuis un grand nombre d’années. Leur adoption a précédé la connois- sance de la culture des pommes de terre en Europe, et cette admirable racine n’est point admise encore dans la succession de leurs récoltes. Le maïs qui pourroit entrer avec tant d’avantage dans les cours des productions de presque toutes les terres , dans plus de la moitié de la France n’y est point cultivé ; et l’on n’y fait aucun usage du sain-foin qui, donne 1 ig6 résumé une étonnante valeur aux terrains les plus médiocres. Lors donc qu’il s’agit d’adopter un cours de récoltés, on doit avoir e'gard aux convenances de sol et de climat; on doit mettre à profit les connoissances acquises sur la valeur des productions du pays même , mais sans s’écarter des principes invariables que les pratiques de Norfolk nous ont donné occasion de développer. Vouloir imiter celles-ci en tout , là où les données fondamentales diffèrent, seroit une erreur puérile : prétendre ne rien devoir à de pareils exemples seroit l’obstination de l’orgueil ou l’aveuglement de la sottise. — Nous reviendrons souvent, en examinant la culture des autres provinces , à l’importante matière des assolemens. Terminons sur ce sujet par une observation. Dans quelques parties du continent , qui sont privilégiées pour la qualité des terres et le climat, on pratique une excellente agriculture.. Les récoltes s’y succèdent sans intervalles , et souvent on recueille deux fois dans la même année. Mais cesexemplesn’apprennent rien aux possesseurs des terres médiocres ou mauvaises. Ils ne sauroient, comme les Flamands, faire succéder au blé le lin, le chanvre, les choux, le colza ; et lorsqu’on leur cite en ^AGRICULTURE DE NORFOLK. 197 exemple l’industrie de ceux-ci , ils se retranchent sur l’extrême différence dans la fécondité des terrains, et persévèrent dans le système ruineux des jachères , parce que leurs terres, disent-ils , ont besoin de repos. — C’est sous ce rapport que l’exemple que nous avons choisi doit paroître particulièrement précieux à ceux qui ont à cœur le progrès des pratiques utiles. Le succès des assolemens de Norfolk garantit une réussite au moins égale dans la plupart des terres, et sous une latitude moins élevée. La préférence à donner aux chevaux sur les bœufs , pour le travail de la charrue , est une question qui, quoique souvenl traitée, 11’est point résolue , parce que sa solution dépend des circonstances accessoires et locales. Dans un pays où le sol est léger , les pluies fréquentes , et où l’on peut se procurer une excellente racede chevaux, la plus grande quantité d’ouvrage , fait à propos, compense largement les frais plus considérables qu’ils occasionnent ; il n’y a pas à hésiter alors à les préférer : c’est le cas de Norfolk. —Des données contraires déterminent la convenance opposée. Lorsque les circonstances se balancent, on peut plau- siblement soutenir les deux méthodes ; et la question est indéterminable entre gens qui la tranchent d’après des aecidens de localité , et ItÛSUMÉ DE 198 chez qui l’habitude établit la prévention. —r- L’exaruen de ce problème est extrêmement intéressant, parce qu’à le considérer dans ses conséquences, il tient à des objets d’économie politique. Nous aurons occasion d’y revenir ; et nous observerons seulement ici que le système que nous avons analysé fait disparoître une partie des objections que l’on propose contre l’usage des chevaux , parce qu’il simplifie leur entretien , et les réduit au plus petit nombre possible. — A en juger par la quantité de bestiaux qui s’élèvent ets’engraissent dans le district , on ne sauroit reprocher aux chevaux de se nourrir aux dépens de ceux-là qui font, en quelque sorte , l’objet capital de l’industrie du pays. Considérons combien l’imitation de celte industrie seroit utile ailleurs. On croit communément que la richesse du sol, et certaines dispositions locales , sont des circonstances indispensables à la multiplication des bestiaux ; et une telle opinion , qui exclut les soins dont résulteroit cette multiplication dans les terres médiocres , condamne par là même celles-ci à la stérilité. — Pour élever de nombreux troupeaux dans des pays de gras pâturages il ne faut pas de grands efforts d’industrie j mais observons que les avantages qui l’/VGR.ICCXTUTUE DE NORFOLK. 3 QÇ) résultent de la multiplication des bestiaux dans un sol exclusivement destine’ à les nourrir, ne sont point comparables aux avantages qui naissent de cette multiplication dans les cantons qui comportent le labourage. La fiente des animaux a besoin du mélangé des pailles, ou d’autres substances végétales, pour acquérir la faculté d’amender le terrain. Or, les pailles manquant toujours dans les pays de pre's et de pâturages , la quantité’ relative des engrais produits y est peu conside'ralde , et la terre n’y reçoit guères que les amende— mens du parc et des arrosemcns, — Comme de tels cantons ne fournissent point la principale nourriture de l’homme, les profits de l’exportation des bestiaux, ainsi que ceux des produits de la laiterie , y sont considérablement réduits par l’importation des ble'sj et en temsde disette de grains, on y souffre de l’impossibilité d’en recueillir. Mais dans les pays de grains où l’agriculture est montée de manière à nourrir beaucoup de bestiaux , tous les fumiers qui en proviennent profitent à la terre , et les produits de l’exportation sont en pur gain. Dans le premier cas , la terre est en stagnation , et le proprietaire ne s’enrichit pas : dans la seconde supposition , la terre augmente eu valeur , et le cultivateur s’enrichit. 200 RÉSUMÉ DE Ce n’est pas ici lé lieu de considérer cet objet sdüs le rapport de la population ; mais il est aise de sentir combien elle est plus favorisée nar le système qui multiplie les bestiaux sur le même sol qui fuit croître les grains. Ceux-là , loin de consommer aux dépens des hommes , comme on l’a dit quelquefois , font sortir de la même terre sur laquelle ils consomment , des subsistances à notre usage , en quantité' proportionnel à leur propre nombre. ' N’en concluons point cependant qu’on doive forcer la nature , et porter la cbarrue , avec le système de la succession des récoltes, dans des lieux évidemment destinés , par la qualité de leur sol et par leur position, à ne nourrir que des troupeaux. Mais dans une bonne économie rurale , et principalement lorsqu’on la considère dans ses relations avec l’économie politique , on doit destiner aux troupeaux les terrains seulement qui ne peuvent admettre la cbarrue. Le haut prix relatif des prés naturels , dans un canton , est une indication presque certaine de la médiocrité de son agriculture. Là où l’on connoît tout le parti à tirer des foins artificiels , et d’une succession de récoltes bien calculée , on ne laisse en prés naturels, ou l’on ne destine à en former j que les terrains propres à ce seul 201 l’agriculture de norvolk. usage , et qui, en particulier , peuvent être arrosés. Cela est tellement senti dans le district de Norfolk , qu’on y outre le mépris qu’une bonne culture doit donner pourlesprésnatnrels. Les fermiers voient une si grande disproportion entre Je produit d’un acre de terre que la charrue travaille, et celui où l’herbe croît d’elle- meme, qu’ils ne se donnent pas la peine de soigner les portions de terrain qu’ils sont forces de laisser en près. Us sont sages, sans doute, de n’y pas destiner leurs engrais; mais on ne sauroit les approuver de ne tirer aucun parti des des- séchemens et des arrosemens , pour améliorer la qualité’, et augmenter la quantité d’une production qui a toujours un grand prix dans l’économie agricole. C’est un côté foible de l’agriculture de Norfolk, mais cette circonstance n’influe pas sensiblement sur la prospérité du district , parce que les terrains en prairies n’ont que peu d’étendue. Si c’e’toit ici le lien d’examiner quelle in- fluencela multiplication des bestiaux a d’ailleurs sur la richesse nationale , en fournissant à l’exportation les suifs, les peaux , les cuirs , avec l’accroissement de valeur qu’ils ont reçu de la main-d’œuvre dans les fabriques , l’ingénieux ensemble des pratiques rurales que nous avons examinées en deyiendroit plus digne de l’at- 202 RÉSUMÉ DE e’aGR. DE NORFODK. tention du commercant et de l’homme d’état; Mais c’est aux agriculteurs que ces feuilles sont particulièrement destinées. Puissent les faits qu’elles renferment attirer quelque intérêt, exciter quelque émulation ! L’espoir d’opérer le bien est le mobile le plus puissant du travail pour l’ami de l’humanité : souvent, hélas ! sora illusion la plus douce. 203 Extrait du Discours de Sir John Sinclair au Département d’Agriculture, lors de sa première séance. ' ' J e félicité les Membres prësens sur les inestimables avantages de l’institution d’un Departement d’agriculture. On a fait dans d’autres pays quelques tentatives d’établisse- mens semblables sur une e'cbelle moins étendue , mais l’Angleterre seule a réussi à donner à une institution de ce genre toute la force d’un établissement public. C’est uniquement à la circonstance d’avoir fait en Parlement la motion de l’institution du De’partement d’agriculture que je dois la faveur que j’ai obtenue du Roi d’en être le President , maigre’ la supériorité’ de talens et de connoissancesd’un grand nombre des Membres de ce Departement ■ mais je m’attacherai à supple'er la foiblesse de mes moyens par le zèle le plus soutenu pour les succès de l’etablissement. Il est naturel d’imaginer qu’avant de faire la motion en Parlement je m’étois forme’ l’idée du système à suivre dans le cas où le Département seroit institué, et je vais 204 DISCOU 11 s de sir présenter sur ce sujet le résultat de mes méditations. Ayant été occupé depuis quelques années d’une correspondance avec plus de quinze cents Individus, sur des objets d’un intérêt public ; savoir , le perfectionnement des laines d’Angleterre et l’examen réfléchi de l’état politique de l’Ecosse, j’ai acquis des con- noissanees d’après lesquelles je puis poser, avec quelque certitude , les principes généraux qui doivent servir de base au grand plan des travaux du Département. Premièrement, j’ai la satisfaction de pouvoir affirmer qu’il existe dans la Grande-Bretagne un fonds plus considérable d’instruction solide et de pratiques utiles , et un plus grand capital en activité que dans aucun autre pays de même étendue et de même population ; et il ne seroit pas difficile de rassembler cette instruction, de mettre à profil ces pratiques utiles, et de donner au capital en activité la direction nécessaire pour faire fleurir la culture , augmenter la richesse intérieure, et faire de l’Angleterre le jardin de l’Europe. Secondement, il est certain cju’il existe une masse plus considérable d’esprit public dans la nation anglaise ( principalement dans la classe avec laquelle le Département sera en relation plus directe ) qu’on ne le pense cora- JOHN SINCLAIR. 205 mune’ment ; et je suis convaincu que le Departement ne trouvera pas de difficultés à faire adopter aux cultivateurs actifs et intelligens un tel système , ou à leur faire faire telles expériences qui ne contrarieront pas trop directement leur intérêt pressent; et qu’on éprouvera une très-grande différence entre l’effet des recommandations d’un corps public respectable, et l’effet de celles qui proviennent de simples particuliers. Troisièmement, il importe de ne pas perdre de vue que dans les choses dont le. but est louable, rien ne résiste au travail et à la persévérance. Dans les premiers tems on pourra concevoir quelques doutes sur la réussite de l’institution , ou quelque jalousie contre l’établissement même ; mais bientôt ces nuages se dissiperont. Quant à moi, je ne doute nullement que si le Parlement continue pendant quelques années les secours pécuniaires, en y ajoutant des règlemens sages pour un système général d’amélioration , et que le Département suive avec constance l’objet de son institution, on ne voie dans peu d’années le produit de plusieurs millions d’acres, maintenant incultes, considérablement accru ; plusieurs autres millions d’acres , maintenant incultes, soumis à 30 6 DISCOURS DE SIR une bonne culture ; et la valeur des bestiaux du royaume augmentée au moins du double. Quant au plan à suivre , j’invite le Departement à examiner si le premier objet ne doit pas être d’établir les faits , préalable sans lequel on ne peut prendre confiance en aucune théorie ou système de raisonnement. Dans ce but, il seroit necessaire d’examiner l’état actuel de l’agriculture dans tous les comtes du royaume, et de s’informer des moyens qui, d’après l’opinion des hommes intelligens, se- roient les plus efficaces pour introduire un système general d’amelioration, ou pour procurer l’avantage des districts particuliers. En employant à ces recherches les hommes les plus capables, en communiquant leurs rapports aux hommes les plus propres à y faire des additions précieuses , il seroit probable que tous les faits importans et même toutes les les ide'es utiles parviendroient à la connois- sance du Département. La masse prodigieuse des informations ainsi rassemblées rempliroit deux objets : le premier , d’indiquer les mesures à prendre pour parvenir aux améliorations agricoles} le second, d’instruire les individus par la pratique et l’expérience des autres. Pour atteindre le premier but, savoir les JOHN SINCLAIR. SO7 secours de l’autorité législative , il convien- droit de rédiger la substance des informations, et d’en former un rapport qui seroit soumis à l’es amen du Roi et des deux chambres du Parlement, et qui contiendroit des indica*- tions sur les mesures qui paroîtroient salutaires j et à en juger par l’activité avec laquelle on a déjà entamé le travail des recherches agricoles, je pense que le rapport pourroit être fait à tems pour que le Parlement pût prendre, dans le cours de la session prochaine , des mesures efficaces relativement à l’agriculture. Le Parlement pourroit rendre à l’agriculture des services utiles de deux manières $ savoir , en écartant les obstacles qui découragent les cultivateurs , et en leur accordant des encouragemens : le second objet est extrêmement délicat, et demande un examen réfléchi. Il est certain , cependant , que c’est en encourageant l’agriculture que le Grand Frédéric a réussi à doubler la valeur de son royaume , et à amasser un trésor de plusieurs millions sterling. Des encouragemens de cette nature ont le même effet que les engrais sur la terre, et ils tendent surtout à répandre cette vérité, «c’est que la bonne culture est un h objet de si grande importance peur l’en- 208 discours de sir )> semble de la communauté' , que ceux qui » s’occupent de cet objet avec le plus d’assi- » duilé sont peut-être les citoyens les plus 4) utiles à leur patrie. » Les cultivateurs du moins ont plus de droit à l’intérêt du public sous un rapport particulier, c’est que parleurs inclinations, leurs habitudes et leur profession, ils sont plus attaches au sol que les autres citoyens. Relativement à l’instruction des particuliers, il n’y a aucun doute que la grande masse d’informations , obtenue par la correspondance du Departement, soit dans le royaume, soit au dehors, ne fasse connoître la meilleure manière d’exploiter les propriétés territoriales, ou en d’autres termes, le meilleur système de relations entre le propriétaire et le cultivateur; et que les principes d’une culture raisonnée ne soient bientôt établis avec beaucoup de simplicité et de perfection. Je ne veux pas anticiper avec trop de confiance sur les résultats d’une pareille institution , mais je .crois cependant qu’il n’y en a aucune dont la nation ait à attendre des avantages plus réels. Le Département est déjà considéré, même au dehors, comme devant pro^ bablement devenir le magasin général des con- noissanCes agricoles. On regarde ce Département, JOHN SINCLAIR. 20g ment, dans l’etranger , comme la source d’où l’on pourra tirer les informations les plus importantes et les résultats les plus solides. —■ Sous ces divers rapports , l’agriculture a du moins un avantage sur les autres arts , c’est qu’il n’y a lieu à aucune jalousie entre ceux qui s’en occupent, et que chaque decouverte tendante à des ameliorations contribue au bien general de l’espèce humaine plus efficacement qu’aucune autre. Ex trait du discours de sir John Sinclair au Département d’agriculture , le 2 j} Juillet ijp4. Je considère comme très-necessaire , en ma qualité de pre’sident, et avant que l’on fixe l’ajournement annuel du Département , de donner la substance de ce qui a été fait pendant le cours de la session , et une idée du progrès des travaux vers le grand but de l’institution. Dans le commencement de cette première session , le Département a été nécessairement occupé de la confection des règlemens qui doivent fixer sa marche, et dont le plan est dû aux talens de mylord Hawke, qui, sur ce Tome i. O 230 DISCOURS DE SI H. point comme sur d’autres objets de ses travaux, a mente la reconnoissance du Departement par son zèle et son assiduité. Une grande variété de communications importantes est parvenue au Département soit du dedans , sou du dehors , sur tous les objets qui ont quelque rapport avec l’agriculture , et dans le nombre il y a beaucoup d’idées qui seront utiles pour les améliorations projetées.— Ces idées pourront être publiées séparément, ou réunies aux rapports du Département. —• Le Comité chargé de dresser l’état des terres incultes et des champs communs ( 1 ) de tout le royaume, et d’indiquer les moyens d’amélioration probable , a déjà beaucoup avancé ses recherches , et aura vraisemblablement un rapport à présenter lors de la rentrée du Département. Le succès des reconnaissances agricoles > entreprises dans tous les comtés , sans le résultat desquelles on ne pourroit asseoir aucune mesure , a déjà surpassé toutes les espérances. Le royaume entier a été divisé en districts et assigné à divers commissaires qui doivent faire des rapports séparés. Un tel travail n’avot jamais (1) Les plaines de champs dans lesquelles un grand »ombre de particuliers ont des possessions non encloses. J O H K S I S 0 I À I K. 21Ï elé entrepris dans aucun pays; beaucoup de gens doutoient qu’il pût s’exécuter, même en Angleterre; et cependant j’ai la satisfaction d’informer le Departement que déjà soixante et quatorze rapports sont rentres , et que les autres sont tellement avance's , que probablement dans l’espace d’un an, à compter de l’etablissement du Département, cette grande tâche sera remplie. Je dois dire , à la louange des commissaires qui ont entrepris ce grand travail , qu’un très-grand nombre d’entr’eux n’ont voulu accepter aucun émolument, et xjue les autres se sont contentés d’honoraires qui couvrent à peine leurs dépenses. — Leâ rapports de ces commissaires ne doivent pas être ooqsidére’s comme des systèmes complets de culture , mais comme des chapitres d’un grand ouvrage , distribués dès à présent pour pouvoir y ajouter des informations ultérieures. La circulation de quatre-vingt mille exemplaire* de ces rapports , sur un sujet qui a autant do faveur qu’en a maintenant l’agriculture , doit réveiller fortement l’attention du public sur ces matières, et cet intérêt se montre déjà par l’impatience de voir ces rapports publiés , et par un empressement plus grand que jamais à lire les ouvrages d’agriculture. Environ cent rapports , qui ont déjà circulé, ont été enri- 212 DISCOURS DE S. J. SINCEA.IR. chis d’annotations et d’observations très-utiles ; probablement un grand nombre des autres rapports le seront de même , et le Departement aura ainsi sons les yeux , non-seulement un état exact de la situation actuelle de l’agriculture du royaume , connue des connaissances- acquises ou de la pratique suivie jusqu’à ce jour, mais probablement aussi toutes les indications qui pourront conduire à des ameliorations ; ce qui formera une masse de faits, et d’instruction telle qu’aucun pays ne l’a possédée jusqu’ici. Par rapport à l’usage à faire de cette masse de eonnoissances ainsi accumulées par les travaux d’un si grand nombre d’hommes capables, il y a deux observations à faire que je soumets à l’attention du Departement; la première, c’est qu’il convient de ne pas laisser amortir la Curiosité et l’iutérèt de la nation; la seconde, c’est qu’au lieu de livrer au public, par pièces détachées 3 le trésor ainsi acquis par le Département , il seroit à désirer qu’on dirigeât préalablement toutes les eonnoissances acquises pour en former un système complet. Dans le but de mieux développer mon idée sur un rapport général, j’en ai fait un projet, lequel, je pense, seroit susceptible de recevoir son exécution dans le cours de la session prochaine. Projet d’un rapport général sur Vétat actuel de Vagriculture de la Grande-Bretagne, et sur les moyens de la perfectionner , pour être soumis à S. M. et aux deux chambres du Parlement., par le Département d’agriculture. Introduction et plan du rapport. Cil AP. I . 01 Vue generale des avantages naturels de la Grande-Bretagne pour les ameliorations en agriculture. ChAP. II. Etat des proprie'te’s territoriales dans le royaume. — Terres possédées séparé- ment ou en commun. — Etendue des possessions particulières. — Avantages re'sultant de la diversité' d’étendue des possessions. ChAP. III. Manière cF occupations en bois, plantations , pâturages., près naturels et artificiels, terres labourables, jardins et vergers. — Culture anglaise , ou le bétail amélioré , et l’agriculture bien entendue. Chap. IV. Méthode d’exploitation.—Terres cultivées par le propriétaire. — Terres affermées.— Etendue convenable des fermes. Chap. V. Système de relations entre le propriétaire et le fermier. — Baux et clauses des conventions^ 2l4 rapport sur Chat. VI. Rente payable en argent , en nature , ou en service personnel. — Impôts par le fermier ou autrement. — Amendes. Chat. VII. Bâtimens de fermes et leurs réparations; observations sur les dispositions et dépendances necessaires à un fermier. Chap. VIII. Gages des domestiques ; prix du travail , soit par journe’es , soit à prix fait. — Chaumières. Chap. IX. Clôtures. Leur nature et leurs avantages. Chap. X. Desse'chemens , soit superficiels ^ soit souterrains. Chap. XI. Bestiaux. — Moutons , bêtes à cornes , chevaux, cochons } etc. avec des gravures des différentes races. Chap. XII. Laiterie et ses produits. Chap. XIII. Instrumens d’agriculture, et gravures des plus estimes. Chap. XIV. Bœufs, et leur uslage dans l’agriculture. Chap. XV. Engrais minéraux , ve'ge'taux et animaux. Chap. XVI. Succession des récoltes adaptées aux divers sols. Chap. XVII. Comparaison entre l’agriculture du semoir et la méthode de semer à la volée. Plantation du blé. Xi’AG-RICUIiTURE. 2l5 Chap. XVIII. Jachères et destruction des mauvaises herbes. Chap. XIX. Culture des diverses espèces de grains et des terrains auxquels ils conviennent respectivement. Chap. XX. Récolte , et meilleurs moyens de préserver les grains et les racines de tous les genres d’altération. Chap. XXI. Culture des récoltes en vert. Chap. XXII. Culture des foins artificiels , soit pour pâturages, soit pour couper en vert, soit pour convertir, en foin sec. Meilleure méthode de conserver le foin. Chap. XXIII. Productions qui ne sont pas généralement cultivées, telles que le houblon, le chanvre, etc. Culture des plantes médicinales, des plantes qui servent à la teinture, etc. Chap. XXIV. Culture des marais. Ecobuagc. Chap. XXV. Prés naturels et pâturages; la meilleure méthode de les conduire. Chap. XXVI. Digues et encaissemens. Chap. XXVII. Arrosemens , ou prés artificiels ; et comparaison de ceux-ci et des pâturages par rapport à la quantité et la qualité du produit. Chap. XXVIII. Jardins et vergers , et maladies des plantes. Chap. XXIX. Dois et plantations. 216 rapport sur ChAP. XXX. Terres incultes, et moyens de les mettre en valeur , soit en les convertissant en terres labourables, soit en les changeant en prairies , pâturages ou plantations. ChAP. XXXI. Meilleur système de défri- chemens, soit par les particuliers, soit par des compagnies, avec le but d’accroître la population en meme tems que le produit des terres. Chap. XXXII. Routes et chemins de traverse. Navigation dans son rapport à l’agriculture. Chap. XXXIII. Marches inte'rieurs et extérieurs. Avantages de l’uniformité' des poids et mesures. Chap. XXXIV. Effets du commerce, des manufactures et des pêcheries , sur l’agriculture. Avantage de leur re'union. Chap. XXXV. Résidence dans la campagne ues ouvriers employés aux manufactures ; et travaux occasionnels de ceux-ci aux ouvrages de la culture. Chap. XXXVI. Pauvres , moyens de les employer à la culture. Chap. XXXVII. Lois relatives aux grains ; et police propre à encoürager la production d’un excédent pour l’exportation , après avoir fourni la nation. L* AGRICULTURE. 21? Ch AP. XXXVIII. Législation et police agricoles. Chap. XXXIX. Prix des comestibles , et lois pour encourager la vente de produits bruts du pays, ou leur fabrication. Chap. XL. Observations diverses. Conclusion. Chap. 1." Obstacles aux ameliorations , et moyens de les écarter. Chap. IL Ide'es sur les moyens d’amelioration , imite’s des pays étrangers. Chap. III. Moyens d’exciter un esprit d’industrie et de perfectionnement chez les ouvriers , les fermiers et les proprietaires. Examen de la nécessité des encouragemens publics dans ce but. Chap. IV. Vue ge’ne’rale du produit de la culture dans le royaume. Chap. V. Ressources de La nation dans les ameliorations futures , relativement aux bestiaux et à la culture de la terre. Dans le but d’empêcher que ce rapport, en sa. totalité', ne soit d’une longueur trop considérable , je propose d’annexer à chaque chapitre un appendix destiné à contenir des faits et des observations qui, quoique propres à éclaircir ou développer le sujet, pourroien » 1 ai8 RAPPORT SUR être considérés comme moins inte'ressans par leur nature. Outre le rapport general, il seroit expédient de réimprimer et de publier tous les rapports particuliers, actuellement en circulation, avec toutes les corrections dont ils sont susceptibles, et sous une forme telle que chacun pût avoir la facilité de se procurer à bas prix , soit le rapport qui concerne la province en particulier , soit les dilférens rapports de tous les comtés, soit le rapport général sur l’état du royaume , à son choix. Je ne puis conclure sans essayer de donner, dès à présent, une idée générale des avantages à obtenir de l’amélioration de l’agriculture dans le royaume. II n’est pas difficile, meme sur les données déjà acquises, d’établir des calculs suffisamment exacts pour tous les objets d’utilité relativement aux avantages à attendre des améliorations dans le royaume, par rapport aux revenus, au capital et à la population; et peut- être un aperçu de ces avantages réveillera plus fortement l’attention, et sera plus satisfaisant pour la généralité de la nation que de longues recherches. En conséquence j’ai saisi celte première occasion de réunir quelques idées sur l’objet, soit pour ma propre satisfac- L 5 AGRICULTURE. 21 $ tion , soit pour fournir matière à la réflexion du Département et du public. De tous les rapports soumis au Département, jusqu’ici celui du comté de Cambridge est le plus détaillé , parce que le commissaire a examiné chaque paroisse avec le plus grand soin , et a recueilli eu général des informations suffisantes relativement au bétail, au produit et à la population. A la fin de son rapport, le commissaire recapitule l’accroissement de la rente qu’on peut attendre des améliorations dans la culture de 5ig,5oo acres de ce Comté, dont le tableau suit : NOMBRE d’acres. TERRAINS. ACCROISSEMENT présumé de la renie par acre. ACCROISSEMENT TOTAL. •H s a -H «T i 5 o,ooo Marais incultes. O 10 0 75,000 0 132,000 . Plaines de champs divisées entre un grand nomhrede particuliers. • 8 0 72,800 0 \o 00 c c Mauvais pâturages. 0 9 7 9/187 10 O O LO Pâturages communs 0 1 I 0 4 , ia 5 0 8,ooo Marais communs. 0 10 0 4,000 0 2,000 Mauvais prés. 0 8 6 85 o 0 3 19,500 L’un portant. Vaut re, environ 9 schel. Liv. st. l46,2f)2 10 par acre. 220 RAPPORT S U Jl II me paroît impossible de soutenir que le taux de cette augmentation présumée soit exorbitant , ou supérieur à ce que tout fermier seroit disposé à payer pour le dessèchement , la clôture ou la bonification de ses terres; et cette approximation est par conséquent une base sur laquelle on peut raisonnablement établir les calculs suivans. L’accroissement de la rente , indiqué ci- dessus , ne peut évidemment procéder que de l’augmentation du produit ou de la-diminution des frais, mais surtout de la première de ces causes; et il n’est pas déraisonnable de dire que les fermiers devroient avoir en augmentation de produit trois fois la valeur de l’accroissement de la rente, ce qui, dans le comté de Cambridge, monteroit à peu près à liv. sterl. 458,ooo par an ; et pour .concevoir que ce u’est pas là une estimation exagérée , il suffit d’observer qu’elle ne porte 1 e produit additionnel qu’à une liv. sterl. et 7 schellings par acre. Pour juger quel accroissement il eri résul- teroit pour le capital de la nation , il faut multiplier le produit additionnel par le nombre 5o ; en sorte que la valeur totale de cette addition à la valeur du capital seroit (à raison de 5o ans de produit) de a3,i4o,ooo liv. sterl. Sous le point de vue de l'accroissement de 221 tJ agriculture. la population , le résultat est également satisfaisant; et comme, l’un portant l’autre, îoliv. slerl. de produit annuel suffisent à un individu, en v comprenant les femmes et les enfans , 458,000 liv. slerl. de produit additionnel four- niroient à la subsistance de 43 ,800 habitans de plus ; le résultat général pour le comté de Cambridge seroit donc comme suit : 5 ig, 5 oo acres à améliorer; Un accroissement de 146,262 1 . st. de la rente , à g schellirigs l’acre ; Un produit additionnel de 458,000 1 . st., à 1 liv. 7 scliellings l’acre; Une augmentation du capital de i 5 ,i 4 o,ooo livres sterling, à raison de oo ans du produit; Enfin un accroissement probable de population de 43 , 8 oo habitans. Pour se former une idée de l’étendue des améliorations possibles dans tout le royaume, il faut se rappeler que , selon les calculs du docteur Hcilley, le comté de Cambridge forme la soixante et dixième partie de l’Angleterre, en y comprenant le pays de Galles ; et conséquemment les résultats ci-dessus doivent se multiplier par 70 pour obtenir la valeur des améliorations , et de l’accroissement de popitr lation possibles dans la partie méridionale de la Grande-Bretagne , ce cpti donnèrent les résultats suivans : 222 RAPPORT SUR 22 ,35 1,000 acres à améliorer ; Un accroissement de io,o5y,g5o ]. st. de la rente, à g schellings l’acre; Un produit additionnel de 5 o,173,85o 1. st., à l liy. 7 shellirjgs; Une a ugmentation de go5,5i5,5oo 1. st. du capital, à raison de 3o années du produit ; Enfin un accroissement probable de population de 3 , 017,385 habitans. Sur le nombre d’acres à améliorer, la moitié' consiste probablement en terrains incultes, et l’autre moitié en champs communs, ou terres soumises à une culture défectueuse; et quelque grand que soit le bénéfice à obtenir des défri- cliemens , c’est surtout des améliorations dont la seconde moitié est susceptible qu’on doit attendre les plus solides avantages. Sans doute les personnes peu accoutumées à de pareils calculs, ou disposées à s’exagérer les difficultés , pourront mettre en doute les résultats ci-dessus, objecter qu’un seul district ne présente pas une base assez étendue pour asseoir les calculs, que le comté de Cambridge renferme des terrains incultes et des champs communs dans une proportion plus considérable que le reste du royaume , et que par conséquent les données de ce comté ne sont pas applicables, etc. Aquoi il suffit de répondre id AGRICULTURE. 323 que dans ces matières l’exactitude rigoureuse n’est point nécessaire , et cjue c’est déjà un grand pas de fait que d’être parvenu à se former, par approximation, une idée géne’rale de la nature et de l’étendue des améliorations possibles. D’après tous les reuseignemens que le Département a pu rassembler jusqu’ici, il y a en Angleterre au moins vingt-deux millions d’acres, ou incultes ou mal cultivés, qui pour- roient donner une augmentation de produit de 1 liv. sterl. 7 scliell. par acre. Les calculs pre'cédens n’ont rapport qu’à l’Angleterre proprement dite 5 et comme une grande partie de ce produit additionnel ( consistant en laines, peaux ou cuirs, et autres matières premières des manufactures angloises ) augmenteroil par la fabrication au moins du triple en valeur, il est impossible que les calculs présentés donnent une idée suffisante de l’augmentation de richesse et de population qui résulteroit pour le pays, des améliorations générales du sol, surtout en considérant les perfeclionnemens des races de bestiaux , et tous les avantages additionnels qui en seroient la suite. On pourra encore objecter que dans les calculs on ne déduit rien pour les dépenses de ces améliorations. Sans doute , sous le rapoort v 5224 RAPPORT SUR des individus qui possèdent des terres à améliorer par leurs propres moyens , celte objection doit se prendre en considération , mais elle n’est d’aucun poids sous le point de vue national. Le public ne paie rien pour ses ameliorations , et lorsqu’un particulier en emploie d’autres à défricher des de'serts, à enclore des champs , à bâtir des maisons de ferme, le public , bien loin d’y perdre , gagne considéra- blement à de pareilles dépenses. L’argent, ainsi employé , auroit pu chômer long-tems dans les coffres d’un banquier , être appliqué à des objets de luxe manufacturés par d’autres nations , à la fabrication de marchandises destinées à des marchés étrangers, et dont le paiement auroit pu ne jamais rentrer , ou enfin à l’exploitation de possessions coloniales soumises au danger de passer dans les mains de l’ennemi, ou d’échapper d’une autre manière à la domination Angloise. La différence des résultats dans l’emploi des capitaux aux objets d’améliorations agricoles est prodigieuse. Ces capitaux ne peuvent être enlevés à la nation , et ils n’exigent ni augmentation de troupes, ni forteresses nouvelles pour les protéger. Si l’on est disposé à considérer l’argent ainsi dépensé comme une perte cpie fait la nation, j’observerai qu’en fixant, même. 1 j ’ A G R I c U I. T U R E. 1 225 même à 4 liv. sterl. par acre, la dépense des améliorations ( taux assurément bien suffisamment e’ieve', vu que les premières récoltes qui suivent les réparations en paient d’ordinaire les dépenses), il y auroit encore dans les avantages des améliorations, de grands encoura- gernens à les entreprendre. La dépense des défrhshemens ou améliorations de 22,301,000 acres , à 4 liv. sterl. par acre , monteroit à 89,4o4,ooo 1. st. — Intérêt de cette somme à 5 pourcent, 4,470,200 1. st„ Il faut déduire ces deux sommes de celle de 9o5,2i5,5oo liv. st. qui représente l’augmentation du capital de la nation, et de la somme de 5o,173,85 o liv. st. qui représente le produit additionnel pour chaque année. Ici on ne peut qu’être fortement frappé en considérant la prodigieuse différence entre les résultats de l’emploi de 89,000,000 sterling en améliorations agricoles , et les résultats de l’application de la même.somme en conquêtes lointaines. — Après une pareille dépense par la guerre, on considéreroit comme une com- pensation avantageuse la possession d’un territoire dans les relations commerciales duquel on pu gagner annuellement 5,000,000 sterl. , et en même tems les impôts annuels seroient augmentés d’une pareille somme. Mais si les Tome 1. f RAPPORT SUR 226 89,000,000 ëtoient dépenses dans l’intérieur, ou plutôt si les particuliers étoient encouragés à appliquer ainsi leurs capitaux, bien loin qu’il devînt alors nécessaire d’imposer de nouvelles taxes , les anciens impôts diminueroient et se paieroient avec plus de facilité ; et au lieu de tirer avec des risques infinis d’une distance énorme une somme annuelle de 5 ,000,000 1 . st. l’Angleterre disposeroit annuellement , dans son intérieur, d’une somme de 5 o,000,000 1 . st. Ces vérités ont été souvent entrevues et vaguement indiquées, en sorte qu’elles n’ont produit jusqu’ici qu’une impression légère ; mais elles vont désormais être mises dans le plus grand jour, et ne laisseront plus lieu à aucun doute. Je concluerai en avouant qu’avec la perspective d’une telle prospérité nationale, fondée sur les travaux du Département, je suis convaincu que chacun des membres de ce corps persévérera avec le zèle le plus soutenu dans Ja grande entreprise où il se trouve engagé ; entreprise dont les effets subsisteront tant que l’Europe présentera quelques vestiges de civilisation , d’industrie utile •, et de bonheur politique. I Premier rapport du Comité choisi dans la Chambre des Communes pour prendre en considération les moyens de propager la culture y et Vamélioration des terrains vagues , non enclos , et incultes du Royaume. 1796 . Ï-^E comité choisi pour prendre en conside'-r tation les moyens de propager la culture et l’amelioration des terrains vagues , non enclos et incultes du royaume, et pour faire de tems en tems des rapports sur cet objet, ainsi que pour faire connoîlre son opinion à la chambre » ayant proce'de' aux importantes recherches dont il e'toit charge', prit d’abord en conside'- ration des résolutions du departement d’agrir culture concernantla culture des terrains vagues et des communes du royaume (Voyez l’ap- pendix A) ; puis il examina plusieurs commur nications du même departement, et entr’autres une adresse de son président qui avoit fonde les resolutions ci-dessus menlionne'es ( Voyez l’appendix B ) ; enfin le comité a pris con-r noissance de divers extraits des rapports fait» par les commissaires du departement charge’? de reconnoître l’etat actuel de l’agriculture du 228 RAPPORT SUR royaume , et d’aviser aux moyens de l’améliorer (Voyez l’appendix C ).— Après ces divers examens, votre comité' est fortement pénétré de l’idée qu’un système général de division des terrains incultes des communes, est non-seulement une chose très- de’sirable comme un moyen d’e'carler le grand obstacle aux ameliorations, mais surtout comme la mesure la plus utile pour prévenir à jamais tout risque de rarete' de grains. Cependant votre comité' auroit tarde' à vous faire son rapport jusqu’au moment où il auroit pu s’assurer , autant que ses moyens le lui permettent, de l’étendue totale de ces terrains incultes , des avantages qui résulteront probablement de leur culture, et de divers détails liés à tout plâtt général sur cet objet ; mais il a considéré qu’en prenant des mesures promptes , ces terrains pourroient être mis très-rapidement en état de culture, et eela de manière à fournir , dans le Cours de l’année prochaine et de l’année suivante , une addition considérable à la somme des provisions du peuple : surtout en pommes de terre , et dans un moment où le secours sera le plus précieux, c’est-à-dire , avant que la récolte des blés soit prête pour la consommation. Votre comité a donc pensé qu’il e'toit convenable de ne point I,’ A 6 B. I C ïï t T ü R.I, 522gi perdre de tems , et de soumettre à l’examen de ïa chambre les pièces ci-dessus designées r ainsi que l’opinion qu’il a formée en conséquence* En réfléchissant sur le sujet important qui étoit souriais à votre comité, il a cru qu’il con- venoit que la chambre décidât le plutôt qu’il se pourroit si , dans une époque de rareté comme celle-ci , il ne seroit pas utile de proposer des encouragernens extraordinaires pouF la culture des pommes de terre , et particulièrement pour celles qui seroient produites par les terrains jusqu’ici incultes , soit que ces terrains fussent divisés ou non. Il paroît par l’ap- pendix D que ces terrains sont singulièrement propres à cette production , et il est évident qu’un tel encouragement ne croiseroit en rien ïa culture ordinaire , et ne nuiroit point au produit commun du royaume. — Si la chambre jugeoit convenable de statuer provisoirement sur ce point , les arrangemens préparatoires pour se procurer les variétés les plus propres, et les informations nécessaires sur la meilleure manière de les cultiver , pourroient être prises à tems par ceux, qui désirent s’engager dans ce genre d’entreprise. Une somme de 60,000 livres sterl. suffiroit largement à fournir des primes d’encouragement ; et l’application de cette somme à cet objet auroit à la fois l’avantage 23o rapport sur de cre'er une subsistance abondante avant que l’été fût bien avance , et d’opérer le défrichement de terrains e'tendus, qui maintenant ne produisent rien. Votre comité a été conduit à recommander cet encouragement des primes par la considération de la cherté des vivres, et par celle du peu de tems qui reste aux cultivateurs pour se préparer à de tels travaux, ce qui rendra nécessairement ceux-ci beaucoup plus coûteux 5 mais au moyen de ces primes , ôn peut espérer que les propriétaires et les fermiers feront des défrichemens très-étendus, que les manouvriers , dans chaque commune , travailleront avec ardeur les portions qui leur seront allouées , et que la rareté actuelle ne se renouvellera point à l’avenir. Cependant tous les encourageifiens qu’on pourra donner pour cultiver des terrains qui resteroient en communauté, ne rempliront pas le but, à moins qu’on n’avise en même tems aux moyens à prendre pour opérer la division. Mais un système général ne sauroit être adopté sans qu’on ait examiné préalablement une grande partie des actes privés qui ont déjà été passés. Votre comité pense que c’est en rapprochant les diverses clauses contenues dans ces difïerens actes qu’on parviendra à dresser un projet général qui soit juste et convenable, jJ A © R I c U L T U a B. 2%ï il a déjà entame ce travail. Son étendue et l’importance de l’objet exigent les plus grands soins et les plus exactes recherches. Le comité estime qu’il faudra un tenjs conside’rable avant qu’un bill de cette nature soit préparé' et rédigé de manière à recevoir probablement l’approbation de la chambre. Mais votre comité' croit en même tems qu’un bill qui tendroit seulement à faciliter la division des communaux en écartant les illégalités qui l’entravent maintenant , opéreroit un bien très-sensible, sans qu’on pût rien objecter à son principe. Un tel bill ne demanderoit point de la part du parlement un examen aussi long qu’un projet de loi qui embrasseroit l’objet dans son ensemble, et que le comité se propose de soumettre ensuite à la chambre. Ert conséquence , votre comité a résolu ce qui suit : 1. ° C’est l’opinion du comité que la culture et l’amélioration des terrains vagues et des communes du royaume sont parmi les objets les plus importans vers lesquels le parlement puisse diriger son attention. 2. " C’est l’opinion du comité que les primes d’encouragement pour la culture des pommes de terre dans les terrains vagues , non cultivés, et sans rapport, seroient un moyen, non^ 5 A F P O E ï SUH 25a seulement d’augmenter beaucoup cette pre’- cieuse nourriture , mais de procurer le defri- chement de terrains étendus dont la valeur est actuellement très-pçtite. 5 . C’est l’opinion de ce comité' que l’orateur fasse une motion à la chambre pour demander de présenter un bill tendant à faciliterla division, et la clôture des terrains vagues et communs, par voie amiable entre les parties inte'resse'es, ou un certain nombre d’entr’ellcs , ainsi qu’à e’carter certaines illégalités qui sans cela em- pècheroient ces conventions amiables. Apfïndiï A. Résolutions du departement d’agriculture relativement aux terrains incultes et aux communes de la Grande-Bretagne le 20 Novembre 1795. Résolu : l.° Il paroît par les rapports des membres du departement, concernant l’e'tat de l’agriculture dans divers comtes, qu’une grande portion du territoire des royaumes unis est encore inculte et sans produit , quoique susceptible d’ameliorations considérables 5 et c’est l’opinion du departement que la clierte actuelle des yivres sollicite avec la plus grande force tous L* A&KICUITÜEE. 5233 les encouragemens possibles pour amener à l’état de culture une étendue aussi considé- rable de bons terrains. 52. 9 L’ame'lioration de ces terrains seroit ex.- trêmement facilite'e par une loi generale qui en rendroit la division et le dessèchement moins coûteux et moins embarrassans; car la ne'cessité de solliciter du parlement des actes particuliers est le grand obstacle à ces entreprises , et dans certains cas , elle équivaut à la prohibition d’une amélioration si essentielle. 3. ° Il est donc convenable de s’adresser au parlement pour qu’il prenne en considération la meilleure manière d’encourager les améliorations de ces terrains, comme étant le moyen le plus efficace de pourvoir à l’accroissement de la population ; de donner du travail aux pauvres industrieux , et de prévenir la rareté des subsistances à l’avenir. 4. ° Le département estime que celte ntesure est devenue particulièrement nécessaire dans cette époque , parce que les terres actuellement en culture , d’après la moyenne des récoltes depuis quelques années , paroissent insuffisantes pour fournir à la consommation du royaume ; et il estime encore que l’encouragement à l’agriculture, qui est ici proposé est à la fois le plus sûr moyen de faire produire s 34 RAPPORT SUR aux terres du royaume une suffisante quantité de ble’s pour la conservation intérieure , un surplus pour l’exportation , et d’empêcher que le royaume ne soit dans la situation précaire de dépendre des pays étrangers pour la subsistance nationale. 5 ." Le président sera requis de ‘faire une motion dans la chambre des communes pour qufil soit nommé un comité , lequel prendra l’objet ci-dessus en sérieuse considération ; et le département soumettra au comité nommé dans ce but, toutes les informations qu’il a pu rassembler relativement aux t terres ^vagues et incultes du royaume. John Sinclair , Président. Note concernant la troisième résolution . L’accroissement de population indiqué dans la troisième résolution ci-dessus, parôît évident par rapport à la capitale, d’après la liste ci- jointe du nombre des bestiaux et des moutons qui ont été amenés annuellement au marche de Smithlied depuis 1732 jusqu’à 1794 inclusivement. U A p’ A G R r C U ANNÉES. BESTIAUX. 1732 76,210 1733 80,169 1734 78,810 1735 83,894 17 36 87,606 1737 89,762 1738 87,010 1739 86,787 1740 84,810 1741 77,714 1742 79,601 1743 76/175 1744 76,648 1745 74,188 1746 71,582 1747 7i,i5o 67,681 1748 1749 72,706 1750 70,765 1751 69,589 1752 7.3,708 1753 75,252 1754 70,437 1755 74,290 1756 77,257 1757 82,612 1758 84,252 1759 86,43g 1760 88,594 1761 82,5i4 1762 102,831 1763 88,851. 1764 75,168 1765 8i,63o 1766 75,534 1767 77,324 1768 79,660 1.769 82 ,i 3 i 1770 86,890 T U R £. 235 MOUTONS* 514,700 555,o5o 566,910 690,970 587,420 607,330 589/170 568,980 5o 1,020 536,180 503.260 468,120 490,620 563,990 620,790 621,780 610,060 624,220 656,34o 63i,8go 642.100 648,44o 63i,35o 647.100 624,710 574,960 55o,g3o 582.260 622,210 666,010 772,160 653, no 556,36o 537,000 574,79° 574,o5o 626,170 642,g 10 649,090 .■e 236 RAPPORT S - V R ANNEES. BESTIAUX. MOUTONS. 3771 g3,5 7 3 631,860 1772 8g,5o3 609,540' *77 3 90,135 9°> 4i 9 609,740 1774 585,290 1775 9 3,58 i 623,950 1776 98,372 671,700 s 777 9 3 >7 l4 714,870 1778 97,360 658,54o *779 97,35a 676,540 1780 102,383 706,850. 1781 102,543 7 43,33 o 1782 101,176 728,970 178? ioi,84o 701,610 1784 98 ,i 43 616,110 1785 99,057 741,470 1786 92,270 665,910 1787 94,946 668,570. 1788 92,829 679,100 *7&9 93,269. 693,700 1790 103,708 729,660 *791 99,838 729,800 1792 107,263 752,569 !79 3 116/188 729.810 1794 109,064 7*7>99° If faut aussi observer que la grosseur et le poids des bestiaux et des moutons se sont accrus au moins d’un quart depuis 17325 en sorte que l’augmentation réelle de consommation est d’un quart plus considérable qu’elle ne le paroît par ce tableau. L’accroissement de. dix en dix années depuis 1732 est comme suit: Bestiaux. Moutons. ‘Consommation en 1794. 109,064 Accroissement comparé à la con- sommation en 1784 (io ans). . 10,921 101,880 en 1774 (20 ans). . i 8 , 6'45 132,700 en 1764 ( 3 o ans). . 33,896 161, 63 o en 1754 ( 4 o ans). . 34,774 86 , 64 o en 1744 ( 5 o ans). . 32 , 4 i 6 -22.7,370 en 1732 (62 ans). . 32,854 203,290 ï!n conséquence l’accroissement total en 62 ans monte à la somme énorme de 5 a ,854 bestiaux , et de 293,290 moulons pour la capitale seule (1). A P P E N D I x B. Adresse aux membres du departement d’agriculture, concernantla culture et l’amélioration des terrains vagues de la Grande- Bretagne : par le président. ÏNl'B.QDUCl'ÏON. A la fin de la session précédente j’ai eu l’iionneur d’annoncer au département mon (1) Il est encore plus étonnant que cet accroissement de consommation annuelle, dans le cours de trente ans seulement, ait été de 33 ,896 bestiaux, et de 161, 63 o moutons. 258 |1AP PORT SUR intention de lui soutnetlre quelques observations sur la culture et l’amelioration des terrains vagues du royaume : sujet de la plus grande importance dans tous les lems , mais plus particulièrement dans l’e'poque actuelle , où la nation est obligée de tirer du dehors une partie de ses subsistances. Heureusement, cependant , nous avons en notre pouvoir des ressources plus que suffisantes , si elles sont mises convenablement en usage, pour prévenir la nécessité de dépendre à l’avenir des pays étrangers pour les choses aécessaires à la vie. L’objet de celte adresse est d’indiquer les moyens de mettre en action ces ressources , et de détailler les avantages qu’on en retireroit. Pour mettre plus d’ordre dans la discussion du sujet, je considérerai: 1. ° Les circonstances qui ont donné lieu anciennement à l’existence des terrains vagues, et des communaux si étendus dans le royaume; ainsi que ceux qui ont retardé jusqu’ici les améliorations. 2. ° L’étendue, par approximation, de ces terrains incultes, autant qu’on peut la déterminer ; ainsi que les ressources probables qui résulteront de leur culture , et des améliorations. 5.° Les diflérens droits de commune qui existent dans le royaume , et sont reconnus par la loi. i/ agriculture. 25g 4. * La loi, telle qu’elle est aujourd’hui , pour la division des terres incultes et des communaux ; et les changemens qui ont été suggères pour faciliter cette division. 5. ° La loi et la pratique de l’Ecosse où il existe depuis long-tems un acte general de clôture ; ainsi que les modifications utiles dont celte loi et cette pratique seroient susceptibles. 6. ° Je ferai quelques observations generales sur les nombreux avantages publics et les bénéfices particuliers qui re'sulteroient de la division «t de l’amélioration de ces terrains. Section première. Sur les circonstances qui ont donné lieu à Vexistence des terrains vagues et des communes si étendues dans le royaume ; ainsi que sur celles qui ont retardé , jusqu’ici, les améliorations. En recherchant les circonstances qur dans les anciens t.ems ont donné lieu à l’existence de tant de terrains incultes et de communes dans le royaume , j’ai trouvé de grands secours dans les documens qui contiennent les rapports remis au département, concernant l’état de l’agriculture du royaume, et dans les ouvrages de 24o - R' A P P O R T SUR divers auteurs* intelligens qui ont incidemment traite' cette matière (1). II paroît par ces divers documens que l’Angleterre étoit autrefois divise’ en districts, dont l’étendue et la valeur e'toient extrêmement différentes. Certaines portions de ees districts, sous le nom de terres de domaines , e'toient re'servc'es aux seigneurs et barons de chaque division, et cultivées pour leur compte par leurs serviteurs et leurs vassaux. Ces derniers obte- noient souvent l’octroi de certains terrains en particulier , moyennant la servitude indiquée ci-dessus , et d’autres observances féodales. Dans la suite , lorsque la population s’accrut, les seigneurs accordèrent d’autres portions de terres, que les tenanciers du manoir (tenants of the manor) occupoient en les laissant en champs communs et en prairies. Une partie étoit destinée aux pâturages, une autre aux foins de provisions pour l’hiver, et le reste étoit cultivé pour les grains. Ce qui n’étoit point ainsi ( 1 ) Blahston’s Commentaries, vol. II, p. 90 , Marsall’s rural œconomy of Yorkshire , vol. I, p. 48. — Itemarks upon the history of te landecl and commercial policy of En gland, vol. I, p. 1 33. — Eléments of commerce and theory of taxes, par Dean Tacher. Ce dernier ouvrage, production excellente , n’a jamais été publié, mais seulement distribué par l’auteur à ses amis. confié I,’ AGRICULTURE. 2-ll confie aux soins des tenanciers restoit inculte et sc nommoit les terres vagues (t vante) du seigneur. Ces terres vagues étant considérées comme de peu de valeur , les tenanciers du manoir étoient autorisés à y prendre de la tourbe pour leur chauffage , et du bois pour la construction de leurs habitations et de leurs instrumens de labourage. Les bestiaux , les chevaux, et les moutons du Seigneur et des tenanciers pâturoient également sur ces terrains. — La première portion de ces terres qui étoit possédée en particulier par les tenanciers, fut enclose très-anciennement, pour prévenir les empiélemens des fermiers du voisinage. La seconde , tant que la récolte étoit sur pied , soit herbages ou grains , appartenoit exclusivement à la personne qui l’avoit reçue du seigneur ; mais dès que la récolte étoit resserrée , cette partie reutroit en communauté entre les personnes qui possédoient dans la même plaine des champs communs. La troisième portion demeuroit toujours en commun ; et elle étoitsujette à un grand nombre de règlemens divers , selon les coutumes établies dans les diffe'rens lieux , selon que les communaux étoient limités , et qu’un seul ou plusieurs districts ou arrondissemens avoient droit d’y pâturer.—Ç’est à ces circonstances, en même Tome 1. ‘ Q RA P PORT SUR tems qu’à la foible population du pays , et à la mauvaise culture , qu’on doit attribuer l’étendue considérable des terres vaines et vagues dans le royaume. Il faut observer encore que dans diverses provinces on avoit réserve' de grands espaces , pour l’usage du souverain, sous la dénomination générale de chasses ou forêts , afin qu’il pût jouir des exercices qui étoient alors la principale source d’amusement pour les grands, la fauconnerie et la chasse, sans qu’il en résultât de dommage pour la campagne. L’idée d’avoir des terres en commun a donç pris naissance dans cette époque barbare ( 1 ) où les hommes, étrangers à des occupations plus relevées que celles de chasseurs ou de bergers , n’avoient encore qu’une foible idée des avantages qui dérivent de la culture de la terre. Mais lorsqu’un long usage a consacré un tel état de choses , quelque désavantageux qu’il soit , il est bien difficile de le changer, surtout si les circonstances sont telles qu’elles persuadent à grand nombre d’individus qu’il (1) On peut remarquer par les rapports des divers comtés, que ceux qui vivent dans le voisinage des grandes étendues de terres incultes sont ordinairement paresseux, indisciplinés et voleurs. (A) X,’ A G B. X C U L T Ü R E. ü45 est de leur intérêt de le maintenir , ou s’il exista des obstacles qui rendent les changemens difficiles et coûteux. Ceci me conduit à indiquer rapidement les objections qu’on a faites contre l’amélioration des terres vagues, et les obstacles qui jusqu’ici se sont opposés à leur culture. On a allégué d’abord que le défrichement des terres incultes tendoit à la dépopulation du pays, en diminuant le nombre des rnanou- vriers qui habitent leur voisinage , et qui existent dit-on , par les misérables profits qu’ils en retirent. — Cette idée est également combattue par l’expérience , la raison et le sens commun. Il est impossible de supposer que les pauvres puissent souffrir d’une circonstance qui leur assure un marché pour les fruits de leur peine, et un travail constant (véritable richesse du journalier ) payé à un prix plus haut par le fermier devenu en état de donner de plus forts gages. —Si l’on passoit un bill général pour l’amélioration des terres incultes, on auroit nécessairement les plus grands égards pour les droits des communiers ; et comme on peut espérer qu’à l’avenir les défrichemens se feront d’une manière moins coûteuse que par le passé , les pauvres ont meilleure chance de conserver intacte la portion qui leur seroit at- 244 RAPPORT SUR tribuée. Le bill pourroit aussi contenir certaines clauses relatives aux avantages particuliers que les tnanouvriers pourroient désirer, telles que l’augmentation des jardins attenant à leurs habitations , lorsque cela seroit possible , la priorité' du choix des terrains sur ceux qui auroient des portions plus étendues; le soin de rejeter les frais des fossés ou haies d’enclos sur les plus riches ; et l’abandon d’une certaine portion de la commune pour fournir à leur affilage. Sous ce dernier rapport ils y gagne- roient évidemment, car une portion de terrain plantée en genet épineux, ou en bois de prompte venue, et soumise à des réglemens stricts , donnera autant de bois qu’un terrain dix fois plus grand qui n’est soumis à aucune - régie. Si les intérêts des pauvres sont ainsi ménagés , si leurs droits sont respectés comme ils doivent l’être, ou amplement compensés, si leur situation est à tous égards améliorée , on doit espérer que la législature adoptera les moyens les plus efficaces pour mettre en culture une portion si considérable du territoire, sans égard aux préjugés de certaines classes de personnes, dont les objections naissent delà crainte et non de la certitude de l’injustice, et qui considéreront cette mesure , une fois bien X, ’ A G- R X C U I- T U R 13. 245 entendue , comme le plus grand bienfait qu’on pût leur accorder (i). (i) Les avantages qui naissent pour le publie et pour les pauvres, de l’exécution d’un bon système de défrichement sont prouvés par l’expérience, ainsi que cela constc d’un des rapports qui donne les détails suivans. « Il y a environ vingt-deux ans que les communaux >■> d’une paroisse du Worcester - Sbire, située près de » Tewksbury , en Gloccster-Shire , furent défrichés; et » on laissa une portion de vingt-cinq acres en commun n entre les individus de la paroisse qui avoient moins 3 ) de dix livres sterling de rente. Il y avoit dans ce n lems-là seize personnes à la charge de la paroisse, » et quelques-unes avoient des enlans. Avant les défri- » chemens, il y avoit quelques cabanes qui se louoient « avec une portion de terrain de six ou sept livres 3 > sterling de ferme. Ceux qui avoient ainsi un petit » terrain annexé à leur habitation élevoieut et entre- 3 > tenoient leur famille beaucoup mieux que ceux qui 3 > n’en avoient pas. Cette circonstance engagea le » Seigneur de l’endroit, auquel presque tonte la pa- )> roisse appartenoit en propre, a destiner une certaine » étendue de terrain (outre les vingt-cinq acres ci- 3 > dessus) à être annexée par petites portions aux autres 3 ) cabanes. 11 y bâtit aussi des petites habitations, suf- « fisantes pour contenir un cheval ou une vache, » outre la famille; il distribua des plants pour créer » des vergers ; et il prêta à quelques individus de quoi 3 > acheter une vache, une jument ou un cochon. » 3 > Yoici les conséquences heureuses de ces soins. — ;> Tl n’y a aucun exemple qu’ils aient manqué de donner 246 RAPPORT S T? R On dit en second lieu , que les communaux sont très-utiles pour élever beaucoup de bestiaux , et qu’il faut les conserver dans ce but. » le goùtdu travail, même à ceux qui étoient débauchés » et paresseux. L’altenlion qu’ils ont mise à la }> culture des arbres a tellement surpassé celle que les » grands fermiers peuvent ou veulent donner à cct » objet , que les vergers valent actuellement deux » livres sterling par acre , de rente , dans des terres » qui valoient auparavant moins de la moitié. La taxe » des pauvres est maintenant réduite à quatre pence » par livre sterling, n’y ayant plus que deux individus, » très-vieux, à la charge de la paroisse, tandis que )> dans les paroisses voisines la taxe varie de deux » sbellings et demi à cinq sbellings par livre sterling, r Ces individus travaillent à la journée comme ma- v nouvriers, et sont bons ouvriers. Leurs femmes et 5) leurs enfans soignent leurs petits intérêts, et ils s’y » emploient eux-mêmes après leur journée de travail. « Leur bétail consiste eu une vache, une brebis ou une » jument poulinière , (dont le poulin se vend de trois à » cinq livres sterling à six mois) une truie et trente ou » quarante oies. Ainsi, il a résulté de ces mesures une 3) augmentation de fruits et de volailles pour le marché, » un accroissement de population et une rente des terres « double de celle qu’un fermier peut donuei. (Davia’s Oxford Report. ) Qui ne désireroit de voir toutes les terres incultes du Royaume mises en valeur d’après de tels principes ! et combien la situation des pauvres ne seroit-elle pas améliorée si l’on acloptoit un tel système ! (A) l’ A c, I’l I e U Ii T U K E. 247 On ne sauroit meure en avant une idëe plus absurde. Si l’on veut prendre la peine de comparer les bestiaux élevës au moyen des pâturages communs avec ceux d’un canton enclos , dans 1e voisinage, on sera bientôt convaincu du contraire. Ceux qui en ont l’expe’rience savent très-bien que les communaux ont l’eftel d’abâtardir toutes les races de bestiaux, ou plutôt de faire souffrir ceux-ci de la faim. Là où le droit de commune est illimité', les communaux (ainsi que l’observe le doyen Tucker ) sont tellement surcharges de bestiaux , qu’il est impossible qu’il y ait un seul animal distingue pour la lorce et la taille. Dans les lieux où le droit est limite , il se commet des fraudes j et en general les limites sont si étendues , que dans les anne'es sèches les communaux sont très-peu utiles. Quant à la nourriture des agneaux , des poulains ou des veaux , il est bien certain que des cantons sains , enclos , arrose's, et munis des abris convenables, fournissent plus et de meilleure herbe, et offrent de plus grands avantages pour l’e'ducation de ces animaux, que des communaux arides, ou recouverts de fougères, de landes et de bruyères ( 1 ). \ (1) La différence dans le poids des bestiaux et des moutons, sous le règne de la Reine Anne, et de nos RAPPORT SU II 2iS La seule objection qui mérité encore qu’on s’y arrête, ce sont les dépenses considérables , et les autres difficultés qui accompagnent la division des communes ; puis après leur division, les frais qu’exige leur culture, laquelle ne compense pas toujours les débours du propriétaire. Ce sont là , dans le fait , les seuls obstacles réels qui empêchent que le public ne jouisse promptement des bénéfices considérables et variés que l’on peut attendre de la culture de nos terrains vagues j et heureusement on doit espérer que les obstacles seront bientôt écartés par les travaux du département d’agriculture. Quant à la dépense et aux difficultés qui accompagnent la division des communes , elles sont en effet si grandes que là où les communes ont jours, est à peine croyable. Dans ce temps-là la moitié des-troupeaux du Royaume se nourrissoit sur les communaux. En 1710, le poids moven des bestiaux vendus au marché de Smilhtield étoit comme suit : les bœufs 370 livres, les veaux 5o livres, les moutons 28 livres , les agneaux 18 livres. —Aujourd'hui la moraine du poids des bêtes qui sc vendent à ce marché peut être estimée comme suit: les bœufs 8 00 livres, les veaux i48 livres, les moutons 80 livres, 1rs agneaux Solivres. Cette augmentation doit être principalement, sinon uniquement, attribuée à l’usage introduit depuis environ 60 ans, de nourrir les jeunes bêtes dans de bons pâturages clos, au lieu des communaux. (A) T.’ j\ a B i C TJ T. T TJ îî .K. ait) peu cî’étendue, les fi nis necessaires pour obtenir un acte , surtout s’il est conteste , sont plus considérables que les sommes qu’il en couteroit pour mettre les terres en valeur ; mais on ne peut pas douter que la législature ne lève tous le? obstacles de ce genre , lorsqu’une fois on aura bien prouve les divers avantages qui dé- pendent d’une division facile des communaux. Pour ce qui concerne les de'penses de la culture, il faut observer que , comme les particuliers recevront le left qui leur e'choira , presque sans aucuns frais , les sommes qu’ils sont en e'tat d’avancer , au lieu de s’épuiser pour obtenir la division , seront appliquées à mettre les terres en valeur. II y aura peu de danger alors pour le propriétaire de ne pas être remboursé de ses avances. D’ailleurs , lorsque le département aura rassemblé en un fo ver les résultat de l’expérience de tout le royaume sur la * meilleure manière de mettre en valeur des terres incultes , il n’v aura plus lieu à aucun doute sur cette madère, et les moyens d’opérer ne seront plus incertains. Les propriétaires de ces terrains ne seront pins obligés de tâtonner et de faire des expériences coûteuses pour découvrir la manière la plus avantageuse d_e faire valoir leur lot ; i^s sauront dès le début comment ils doivent s’y prendre , et ce qu’ils peuvent espérer. R A T P O R T SUR 2 DO Aujourd’hui le droit de commune est ra- rement d’aucun avantagea ceux qui en jouissent. Nous voyons dans le rapport de West-Moreland, d’après les autorités les plus sures , que le droit de tenir dix moutons toute l’anne'e peut s’acheter pour si \ pence, et l’on compte qu’il faut six acres pour entretenir ces dix moutons, en sorte que la rente d’un acre est d’un penny, et sa valeur foncière , à vingt-quatre ans de la rente , deux shellings (1). Dans le pays de Galles, où les communaux sont probablement meilleurs , quatre pence par tète de brebis pour l’anne'e est le prix courant , et le gros be'tail à proportion. Cependant il paroît , en rapprochant les divers rapports , que dans plusieurs parties du royaume les particuliers refusent d’user du privile'ge de pâturage commun, parce qu’ils ne trouvent pas même un inte'rèt ordinaire du (l) Voyez les observations préliminaires du rapport de l’Evêque de LiaudafT sur West-Morcland. Ce savant et respectable Prélat ajoute , avec beaucoup de raison : « Tandis qu’il y a en Angleterre un seul acre » de tels terrains susceptibles de culture , on peut es- » pérer qu’a près que la Législature aura porté son » attention sur cet objet, aucun - habitant de cette île !> ne sera contraint par la misère d’aller chercher sa ') subsistance en Afrique ou en Amérique, » (A) I/’ A 6 H I C D Tj T U R E. a51 ëapital qu’ils emploient en bestiaux (1). La supposition suivante fera sentir comment le droit de commune peut même tourner à perle. Si un homme qui a ce droit met une vache , d’une valeur quelconque, au pâturage commun, dès le printems , et qu’un autre paie à un fermier pour nourrir la sienne en pâturage clos, un shelling cl demi par semaine, si lt s deux vaches , de même valeur au commencement de la saison, sont envoyées au marché en automne , la différence du prix fera plus que payer ce qu’il en a coûté pour nourrir la. seconde , et il faudroit mettre en ligne de compte la plus grande quantité de lait fournie par la vache tenue en pâturage clos (2). (1) Voyez les rapports de Devonshire, Lincolu- Sliire, Middlesex, Radnor et Wilts. (2) On a affirmé que si un individu achète une vache au printems, la tient sur la commune pendant les mois de pâture , et la vend au mois d’Octobre, la différence du prix emporte tout le profit que le lait a donné pendant l’été. Même dans les communes limitées, cesl- à-dirc , dans celles qui sont probablement les plus profitables, l’avantage est très-petit si on le compare a ce que les mêmes terrains pourroient donner avec un bon système de culture. Une vache en pâturage commun peut trouver sa vie pendant trois mois, et c’est tout ce qu’elle peut faire sans le secours du jardin, du son, etc. Mais cet.e vache, qui est sur pied 252 RAPPORT SUR Quant aux moutons , s’ils sont d’une race distinguée , le profit sera plus grand de louer un terrain pour les faire pâturer que de les mettre pour rien sur la commune, et les pertes énormes qui résultent, soit de la pourriture , soit des maladies contagieuses, dans les troupeaux de belle race lorsqu’ils sont négligés , peuvent à peiné se calculer. Peut-on présenter des argumens plus convaincans pour engager à accorder toutes les facilités et tous les secours possibles aux entreprises des défrichemens ? Les terrains incultes sont dans l’état présent des choses , une perte réelle pour la communauté, et un désavantage pour ceux qui sont supposés en retirer Je profit; enfin leur culture ajoutera des millions à la richesse nationale, et fournira la subsistance à des millions de nouveaux citoyens (1). tout le jour, et peut-être la nuit, donne une bien petite renie en lait. (Middlcsex de Foot.) (1) L’auteur ne fait qu’indiquer l’influence morale des communes sur Ceux qui sont à- portée d’user des droits qu’elles donnent : arrêtons-nous un moment à la considérer, comme un sujet d’un intérêt général pour les parties de l’Europe oit ce reste du régime féodal se retrouve encore. Les grandes plaines incultes, les bois, les marais , les broussailles, à perlée des villages ou hameaux^ sont r X,’ AGRICULTURE. 2 55 Section deuxième. De l’étendue et de la valeur des terres incultes du royaume. Il eût ëtë fort à de’sirer de pouvoir constater avec exactitude l’ëtendue des terres indes repaires de gibier qui tentent les habitans de braconner furtivement, ou de s’adonner à la cbasse si ■ elle est permise. Dans le premier cas, l’habitude de cacher ses actions, et l’attrait de cette espèce de jeu dans lequel le paysan se croit en faute , développent chez lui plusieurs vices, et aggravent les inconvé- niens de la perte du tems. Dans la seconde supposition, le chasseur abandonne bientôt les travaux du labourage et le soin de sa famille. Le déréglement , et souvent la férocité des mœurs acompagnent cette occupation qui séduit surtout par la grossière image de liberté qu’elle présente, et la licence qu’elle autorise. Dans les villages dont les habitans comptent essen- tièllement sur la ressource des communes, l’industrie languit; car l’espérance vague d’un profit sans peine agit comme une force morte qui favorise l’indolence ; et bientôt l’incapacité du travail suit l’habitude de ns rien faire. Quelle que soit l’étendue des communaux, leurs ressources ( nous venons d’en voir la raison ) sont toujours insuffisantes. La misère accroît la disposition à l’envie; et parmi des hommes grossiers qui prétendent aux mêmes droits, les fréquens débats laissent l’avantage à ceux qui réussissent à se faire redouter. 254 E A H 1 O R T S Ü îl cultes du royaume , mais cela ne pouvoit s’exécuter qu’avec des dépenses fort au-dessus des moyens du Departement 5 c’est cependant un sujet qui mériteroil bien l’attention du parlement. Il pourroit être utile qu’il examinât s’il ne conviendroit pas de faire une reconnois- sance generale de ces terrains , soit aux dépens du- public , soit aux frais de ceux à qui ils appartiennent principalement. En attendant , les estimations suivantes serviront à donner une idée de l’e’tendue du royaume , et de la proportion entre ce qui est cultivé et ce qui ne l’est pas. Ces estimations sont fondées , en partie sur les rapports transmis au Département par ses commissaires , en partie sur des calculs faits d’après les cartes oit les terrains incultes sont indiqués, et enfin d’après les document qu’on a pu se procurer, lorsque ces moyens d’informations ont manqué. d’agriculture. a 55 Aperçu de V étendue de Vile de la Grande- Bretagne , et de la proportion entre la partie inculte , et celle qui est soumise à la culture. ACRES. Angleterre et Pays de Galles Incultes. Cultivés. Étendue ' totale. 7,888,777 i 4 ,218 ,224 39,027,156 12,151,471 46 , 915,933 26,369,695 Total . . 22,107,001 51,178,627 73,285,628 « L’estimation ci-dessus peut donner quel- qu’idëe de cette source de richesses nationales. Cette estimation ne rend que trop probable que vingt-deux millions d’acres sont encore sans culture. Quelle différence pour la pros- pe'rite' de cette île , si la moitié’ seulement de cette étendue etoit ( comme le dit un des rapports [t] ) « couverte de moissons ondoyantes, )) d’innombrables troupeaux , ou de majes- » tueyses forêts (2) ! » [1] Celui de West-Moreland. (2} Il y a encore une circonstance qu’il peut être convenable de faire observer ici. —K on-seulement les terrains incultes sont inutiles , mais ils empêchent qu’on ne soigne convenablement la culture des autre? Üb6 RAPPORT SUR II est difficile de se faire une idée exacte de la valeur que prendroient ces terrains s’ils e'toient cultivés eorurne ils peuvent l’être. Mais il peut être utile cependant d’exposer quelques données comme base des calculs qu’on pourra établir ensuite j or, dans la supposition qu’il y ait vingt-deux millions d’acres incultes dans le royaume, on peut diviser le tout, selon l’étendue et la qualité du sol, de la manière suivante : terrains. Le fumier du bétail tenu sur les communaux est évidemment perdu, à moins qu'on ne fasse usag» du parc. Lorsque les cultivateurs ont commencé à être négligens sur un point, cette disposition s’étend souvent à d’autres objets plus importuns, et le terrain le plus mal cultivé, si l’on le compare aux communaux voisins, paroît encore si supérieur, qu’il y a peu de stimulant pour l’industrie, parce que le laboureur, content du progrès qu’il a fait, s’arrête souvent au premier degré de perfectionnement. D’ailleurs tout encourage la paresse dansle voisinage des communaux. Le fermier compte sur les profits imaginaires du pâturage dont il jouit gratis ; il se flatte de pouvoir subsister sans se donner toute la peine qu’exige le travail régulier d’une ferme. Ces motifs, qui influent plus ou moins sur la culture, dans les cantons voisins des grandes plaines incultes , doivent produire une perte nationale très-considérable. (A) Terres X,’ AGRICULTURE. 25 7 Terres qui ne sont pas susceptibles d’une bonne culture.1,000,000 acres. Terres à convertir en bois .... 3 ,000,000 Terres propres à former des pâturages 1 4 ,000,000 Terres à cultiver à la charrue . . 3 ,000,000 Terres qu’on peut convertir en prés secs ou arrosés.I,o 0 o,ooo T o t a x. . . 22,000,000 acres. » La rente annuelle du premier million d’acres doit être considc'rêe comme nulle. « Les trois millions d’acres à convertir en bois peuvent, selon les calculs ingénieux de l’e’vêque de Llandaff, rendre 8 schellings par acre, c’est-à-dire 1,200,000 lîv. sterl. annuellement (1) ; mais c’est là la valeur du produit annuel, et non de la rente. (t) Voyez les observations préliminaires du rapport sur West-Moreland. L’Evêque calcule qu’une possession inculte de 1,000 acres, placée dans une situation élevée et froide, peut être améliorée par des plantations, depuis 4 livres sterl. 3 shel. 4 den. Jusqu’à 4 oo livres sterl. par au, soit 8 shel. par acre; en comptant l’intérêt de l’argent à 4 pour cent. — Dans d’autres lieux plus favorables aux plantations, le profit est estimé beaucoup plus haut. Dans le rapport du Hampshire, en particulier, on voit qu’il est constaté par deux planteurs ( nurserymen ) expérimentés, que le mauvais terrain même, convenablement planté , donne au bout da vingt - cinq ans, au moins pour Tome i. R 258 RAPPORT SUR: )) Les quatorze millions d’acres de pâturages , mis convenablement en valeur, ne peuvent être estimes moins de 5 scbeJlings par acre de rente , c’est-à-dire 3,5oo,ooo liv. sterl. annuellement. » Les trois millions d’acres susceptibles d’être convertis en terres labourables , et enclos , vaudraient certainement 10 scbellings par acre, c’est-à-dire i,5oo,ooo liv. sterl. par an. v Le million d’acres dont on peut faire des pre’s arrose's ou non , ne doit pas être calcule' au-dessous de i liv. 10 schel. par acre , c’est- à-dire i,5oo,ooo sterl. —Récapitulons : Renie des pâturages. 3 , 5 oo,ooott'st. Renie des terres labourables . . . i,5oo,ooo Rente des prés.i,5oo,ooo 6,5oo,ooo st. Getle somme multipliée par trois donne pour produit annuel brut. . . . ig,5oo,ooott" st. Ajoutons-y le produit annuel des trois millions d’acres supposés plantés . 1,200,000 Total . . 20,700,000 st. 100 livres sterl. de valeur, en bois de service, ou en bois à brûler. En Ecosse le Dr. Robertson établit le profit à raison de 6 sbel. par acre. (Perth report) —L’Evêque paroît avoir rencontré ce qu’on peut estimer comme la moyenne pour la totalité du Royaume. (A) X,’ AGRICULTURE. 25g 5) II a déjà été établi que les communes et terres incultes se louent quelquefois un denier l’acre 5 que dans beaucoup de cas, les particuliers ne trouvent pas même qu’il vaille la peine d’user du droit d’y envoyer pâturer leurs bestiaux ; et que c’est un privilège souvent accompagne de perte au lieu de profil. — Cependant il faut compter que ces terrains rendent quelque chose. Nous avons estime à 20 schellings par acre le produit des terres améliorées ; on ne peut pas estimer le produit des autres dans l’e'lat actuel , à plus de la dixième partie de cette somme ; 2,3 00,000 pour vingt- un millions d’acres , c’est probablement tout ce que ce produit vaut , ainsi recueilli avec toutes sortes de desavantages , sur d’immenses e’tendues de terrain. 33 Ces calculs , tout imparfaits qu’ils sont , suffiront je pense à convaincre le Département de l’étendue de cet objet sous les rapports de l’intérêt national -, et si l’on y ajoute les grands avantages qui résulteront d’une amélioration générale des terres maintenant soumises à un système de culture défectueux , on n’ose plus indiquer aucune somme pour représenter l’augmentation du revenu national, de peur d’être taxé d’exagération. On devroit surtout s’attendre à ce reproche de la part de ceux qui z6o RAPPORT SUR n’ont pas l’habitude de considérer en grand les effets de l’industrie et n’entrent pas aise’ment dans l’esprit des calculs qui supposent toutes les ameliorations dont un grand royaume est susceptible. )> Il seroit néanmoins très-imprudent d’agir comme si ces ressources nouvelles e'toient immédiatement à notre portée. Un tel accroissement dans les revenus annuels de la nation , résultans de nos terres incultes seules, ne peut nous être assuré que par beaucoup d’industrie et de travaux , un peu de tems et de grandes dépenses (1). Mais il est consolant d’avoir en perspective une telle augmentation dans le capital et les revenus de la nation , puisqu’elle doit tendre à alléger les charges actuelles et futures des dettes et des impôts. » (i) La dépense des travaux nécessaires pour mettre les communes en valeur, doit sans doute être considérable, mais c.e n’est pas ici le moment de la mettre en ligne de compte, parce que cette dépense n’est point défrayée par le Public, mais par des individus qui y destinent leurs capitaux et leur travail. Ce seroit à peu près comme si pour estimer la valeur du commerce étranger, on déduisoit les frais des vaisseaux , des vivres, etc. et même les dépenses des flottes qui le protègent. (A) r* agriculture. 261 Section III. Des divers droits de communes reconnus par les lois cl’Angleterre. » II ne me paroît pas necessaire d’exposer en grand de’lail les diffe'rens droits de communes reconnus par les lois , parce que j’espère que la division de tous les communaux e’teindra tous ces droits. Cependant il pourra être convenable de dire en peu de mots ce que c’est que ces droits , en general, et de quelles distinctions ils sont susceptibles. w Le droit de commune signifie en general « un profit sur le bien d’autrui, sans aucun J) droit de propriété sur le sol. » C’est un droit qui prend son origine dans quelque pacte réel ou supposé , entre le seigneur et le tenancier, droit incident au vasselage pour quelque but profitable, ou fondé sur une longue possession. Ces droits de commune , selon leur objet, se divisent comme suit. i.° Le droit de pâturage ; c’est-à-dire le droit de prendre le produit de la terre par la bouche des bestiaux. , 2. 0 Le droit de tourbière ( turbary ) ; c'est- à-dire le droit de couper de la tourbe pour l’afïuage. RAPPORT 5 U R 262 5.° Le droit de focnge (estovers), ou le droit de couper du bois pour le chauffage, pour les réparations des maisons, les instrumens de labourage et les barrières. 4.°Le droit de pêche {piscary), oulaliberlé de pêcher dans les eaux d’un autre; mais ce dernier droit paroît etranger à l’objet actuel de notre recherche ( 1 ). Les différences essentielles entre ces divers droits dépendent de leur objet. Le droit de pâturage est celui de faire brouter l’herbe en vert sur le sol ; mais le droit de tourbière est celui d’emporter le sol lui-même ou son produit. A tous les autres égards , ces droits sont analogues entr’eux , et il suffira donc de développer avec quelque détail la nature du droit de pâturage. » On le divise comme suit, en termes de l’art. i.° Droit de commune appendant ( appen- dant ). 2. 0 Droit de commune appartenant {appartenant). ( 1 ) Il y a dans quelques parties de l’Angleterre un droit de commune, qu’on nomme common of fowling; (droit commun de chasse) et un autre encore qui se nomme droit de fauchage; c’est-à-dire, de couper du foin dans des prés communs, selon la coutume du canton. (A) i/agiiicuetuhe. 260 3. 0 Droit de commune en gros ( in gross ). 4.° Droit de commune pour cause de voisinage ( because of vicinage ). » Le droit appendanl est attache’ Telle est l’esquisse du projet que je demande la permission de soumettre à l’attention du Département. En m’en occupant j’ai toujours eu en vue deux principes j le premier , que toutes les mesures relatives à la division se Tomb i. S Il A P P Q R T SUR 274 prennent dans la proximité du lieu où sont les communaux , excepte' dans les cas où les communes se trouvent dans deux difierens comtés, l’intervention de la cour de chancellerie devient ne'cessaire. Le second principe, c’est que la forme soit sujette à aussi peu de peine et de dépense qu’il est possible. « J’avoue que dans un objet si vaste et si complique l’on ne sauroit former du premier jet un plan contre lequel on ne puisse proposer des objections ; mais il s’agit de mettre en valeur une portion considérable de la propriété publique, et il faut espérer que les mesures proposées dans un tel but , après avoir été convenablement examinées et modifiées , ne rencontreront plus dans leur exécution d’obstacles insurmontables. On remédiera par des re'glcmens aux inconvéniens que la pratique fera découvrir j et enfin le principal objet sera atteint, savoir de faire concourir les lois aux désirs de ceux qui veulent consacrer leur industrie et leur travail pour augmenter les pro*- duits de la culture de leur pays. 1,’AG-RICULTURE. 275 Section Y. Lois et pratique de l’Ecosse relativement à la division des communes , et changemens dont ces lois et cette pratique sont susceptibles. « Si l’on ëtoit tente de croire qu’un acte général de clôture est une chose impraticable , l’exemple de l’Ecosse dissiperoit les doutes. Il y a un siècle qu’un acte semblable y a e'te' passe', et il remplit le but qu’on s’ëtoit propose. Comme cet acte est remarquable par sa simplicité et sa concision, nous croyons devoir l’inse'rer ici. Acte concernant la division des communaux , passé dans le parlement d’Ecosse le fj Juillet i6p5. « Notre Souverain , de l’avis et du consentement des Etats du parlement, dans le but de prévenir les dissentimens qui naissent à l’oc- sion des communes , et pour les décider plus facilement et plus promptement, statue et ordonne : que tous les communaux, à l’exception de ceux qui appartiennent au Roi ou dépendent des bourgs royaux , puissent être partagés à l’instance d’un des intéressés quel- 27C RAPPORT SUR conque , à la charge par lui de citer tous les autres intéresses pardevant les lords de la session , qui sont autorises par la présente loi à connoître du cas, à dire droit entre les parties, à estimer et diviser les communes entre les interesse’s selon leurs litres réciproques ; à commettre les sberiiFs , les intendans, les baillis royaux et leurs subdélégués, les juges de paix et autres , pour reconnoître le local et faire fournir les preuves nécessaires. Les- dites commissions rapporteront auxdits lords de la session , lesquels jugeront les procès en dernier ressort. — S’il se trouve des marais dans lesdits communaux , les lords de la session pourront également les diviser entre les intéressés de la manière susdite ; et dans le cas où lesdits lords seroient instruits que ces marais ne peuvent être convenablement partagés, Sa Majesté, avec le consentement ci-dessus , statue et déclaré que lesdits marais demeureront en commun, avec libre entrée et sorbe en iceux , soit qu’ils soient divisés ou non ; déclarant de même que l’intérêt des héritiers, ayant droit auxdits communaux, sera estimé en raison de la valeur de leurs propriétés respectives ; et que les divisions seront faites de manière que les portions de communaux à allouer soient prises sur les parties les plus voisines de la propriété de chaque héritier. » )> I,’ A ® I C V 1 T lî K ï, 277 On voit par cet acte de quelle simplicité sont les dispositions qui furent jugées suffisantes il y a un siècle dans une partie du royaume où les communaux étoient en très- grand nombre. A forme des clauses de cet acte on a partagé et cultivé de grandes étendues de terres vagues incultes, de manière à satisfaire les parties. II est bon d’observer que par cette loi, le partage peut s’obtenir à l’instance d’un seul intéressé , mais que les frais nécessaires pour obtenir cette division , faite à l’instance d’un seul, se répartissent sur tous, en proportion de leur intérêt. 1 ) Quelques louanges que mérite cette loi, et quelle que soit l’utilité dont elle a été jusqu’ici , deux simples changement la rendroient encore plus efficaces 5 l’un seroit la suppression de la clause qui excepte les communaux de la couronne, et les bourgs royaux : on ne sau- roit assigner aucun motif raisonnable à cette exception ; elle fut due probablement à la jalousie qu’excitoit un système nouveau 5 mais l’expérience d’un siècle devroit lui avoir imposé silence. Le second changement seroit très-analogue à la pratique de l’Angleterre, et son adoption olfriroit de grands avantages. — Par l’acte Ecossois, la cour de session est autorisée à nommer des commissions de sheriffs , 278 RAPPORT S U & des juges de paix et d’autres , pour se transporter sur les lieux , et recueillir toutes les preuves ne’cessaires ; ou en d’autres termes , pour vérifier 1’e'tendue des communaux , puis pour rapporter les informations à la cour de session qui en juge sans appel. Cependant , les questions qui tiennent aux droits des parties sont débattues devant la cour uniquement. Lorsque la commune est très-étendue , l’examen de ces questions entraîne de grands frais et de grands delaià. Ces questions peuvent se multiplier et se compliquer tellement, qu’il devienne impossible à un tribunal , charge’ d’un grand nombre d’affaires importantes , de les examiner convenablement. Il seroit donc beaucoup plus à propos que la cour de session, ou le sheriff, nommât des commissions corn- pose’es au moins de trois , mais pas plus de cinq membres , qui seroient investis de pouvoirs aussi étendus que les commissaires en ont en Angleterre , lorsqu’ils sont nommes par un acte spe'cial du parlement. Us devroient être autorises , non-seulement à nommer des arpenteurs, àfaire faire les reconnoissances,etc.j mais à décider en première instance toutes les questions qui pourroient s’élever ; et le sheriff ou la cour de session en connoîtroit définitivement en appel. Devant celte cour, chacun de l’ARRICÏÏLTVKE. 279 cpus qui se croiroient lésés, veprésenleroit son droit , et surtout dans les cas où il y adroit lieu de soupçonner de la mauvaise foi chez les commissaires. On sait combien il est plus facile de juger les questions qui ont été soumises à l’examen d’un premier tribunal , que de former un jugement lorsqu’elles n’ont jamais été débattues. Les parties s’en tieudroient le plus souvent à la sentence des commissaires; et le grand objet seroit atteint, savoir; la prompte division des communaux ; car tous les delais sont accompagnes d’une perte considérable, soit pour les interesses, soit pour la nation. » On ne peut s’empêcher de remarquer , à celte occasion , l’avantage qu’il pourroit y avoir à comparer les codes d’Angleterre et d’Ecosse , et à faire valoir les avantages d» chacun des deux. La combinaison des principes des deux codes pourroit devenir aussi utile à la législation que l’union des deux par- Jemens a ete avantageuse à la force, à la sûreté et au bonheur des deux royaumes; et on ne sauroit douter qu’il ne fût au moins de'si- rable de voir établir le même système de législation et la même police sur l’agriculture, dans toute l’étendue de l’île. RAPPORT SUR 2 jO Conclusion. Des avantages qui résulteraient pour les individus et pour le public, du partage et des défrichemens des terres vagues et des communaux du royaume. )> Ceux qui auront porte leur attention sur les objets que nous venons d’examiner , ne seront pas surpris d’apprendre que dans tous les rapports transmis au Departement par ses Commissaires, un acte general de clôture est considéré' comme le premier et le plus efficace de tous les moyens pour parvenir aux ameliorations désirées ; et l’importance de cette mesure n’a peut-être pas encore été mise dans le degre d’evidence qu’elle mérité. En general , ceux qui font des observations sur les defriche- niens ne considèrent que l’accroissement de la rente pour le proprietaire, au lieu que sous Je point de vue national ee n’est pas l’augmentation de la rente, mais l’accroissement ries productions du pays qui importe. C’est faute de conside'rer cette distinction essentielle, que tant de gens paroissent insensibles à bétonnante prospérité qui sera le résultat certain des améliorations delà culture: ils ne songent qu’à la rente \ et celle-ci est comme la peau de l’a- I,’ A G R I C XJ I, T U R E. %8l nimnl, elle est de peu de valeur si on la compare à la chair; mais d’ailleurs ce n’est pas le produit seul qu’il faut considérer; la valeur de ce produit peut être infiniment augmentée par l’industrie des fabriques. Ainsi, par exemple, si l’Angleterre , en améliorant ses laines et en augmentant leur quantité, pouvoit ajouter un million sterling au revenu des propriétaires des terres, ce seroit là, d’après l’opinion commune , tout l’avantage qui en résulteroit. Mais l’accroissement de la rente du propriétaire ne peut avoir lieu sans un accroissement au moins double dans les productions du fermier ; ainsi la valeur totale de la laine doit être estimée à deux millions. Enfin les manufactures triple— voient la valeur de cette laine , et l’avantage additionnel oui en résulteroit annuellement l pour le royaume seroit de six millions sterl. Les améliorations intérieures procurent donc des avantages infiniment plus solides que le commerce extérieur. L’énumération des nombreux vaisseaux qui nous apportent les marchandises étrangères, les rapports magnifiques des profits des douanes étonnent et éblouissent , au lieu que les operations de l’agriculture et des fabriques cheminent avec lenteur et sûreté. La nation devient, riche et prospère; et l’on attribue souvent cette richesse et cette RAPPORT SUR £82 prospérité au commerce etranger et aux pos - 1 sessions lointaines , tandis qu’on la doit prin-r cipalement à l’industrie intérieure. — Je ne prétends pas cependant pousser les conséquences de ces observations aussi loin que le font quelques personnes; je ne prétends pas attaquer le commerce etranger, dont il résulté de si grands avantages pour la nation; mais on doit souhaiter que les ameliorations intérieures soient toujours considérées comme un objet d’intérêt au moins aussi important que les spé- culations lointaines, et qui doit évidemment obtenir la préférence dans les cas où il faut sacrifier l’im ou l’autre. i) Il y a bien des gens qui, en avouant que l’agriculture est la véiitable source de la richesse nationale ,, sont persuadés qu’une très- petite partie seulement des terres incultes de l’île vaut la peine d’èlre cultivée ; que le climat dans plusieurs endroits, et la qualité du sol presque dans toutes ces terres , sont des bf tacles insurmontables à leur culture. Quant au climat de ces lieux incultes, il est sans doute moins sain , parle défaut même de la culture; mais le voisinage de la mer rend le climat plus tempéré qu’il ne l’est sous les mêmes latitudes dans l'intérieur du continent. Il est constaté dans l’uu des rapports , d’après a85 lï’ A (j K I C U r- T U R £. les autorités les plus sfires (1), que l’orge et l’avoine mûrissent très-bien dans leur saison sur le sommet d’un coteau en Forfarslnre, à sept cents pieds au-dessus du niveau de la mer; et qu’en Iuverneshire on recueille de très-bon blè à neuf cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Ou peut inférer de là que les grains re'üssiroient sur les pentes et les sommets des montagnes à des hauteurs semblables. Quant aux foins, il est bien connu qu’on en fait des récoltes abondantes sur les Lead Hills , eu Lanarkshire, à mille cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer. On ne peut donc pas opposer le climat de notre île au projet de défricher la plus grande partie de nos communaux , soit pour obtenir des grains , soit pour cultiver les foins. Quant aux arbres, on ne sauroit mettre en doute que les melèzes ne croissent en Italie sur des montagnes plus éleve'es que nous n’en avons dans notre île (2). » Quant à la qualité du sol , quoique ces terrains qui n’ont jamais reçu aucune amélioration des travaux de l’homme , soient maintenant de peu de valeur, cependant la partie (1) Voyez les observations préliminaires au rapport t!e FoiTarsliire. (A) (2) Voyez les observations préliminaires au rapport de West-Moreland. (A) 284 S A ï r O U T SUR qu’on peut regarder comme absolument stérile et incapable de donner aucune production, est peu considérable, un vingt-deuxième du tout est certainement une estimation assez haute. )) Ceci me conduit à indiquer brièvement divers objets auxquels ces terrains vagues peuvent être appropries. » Les parties les plus élevées et les plus stériles doivent évidemment être destinées aux plantations. Il n’y a presqu’aucun terrain, 1 quelque rocailleux, quelqu’ingrat qu’il soit, qui ne puisse produire des bois de construction ; objet important, et que nous sommes maintenant obligés de tirer à grands frais de l’étranger. Il peut paroître singulier au premier coup-d’oeil, que le même terrain qui ne pour- roit produire un seul épi de blé, ou une plante de gramen , puisse fournir à la végétation des sapins et des chênes ; mais les arbres tirent leur substance d’une profondeur que les racines des autres ne peuvent atteindre, et pompent peut-être aussi par leurs feuilles, leur nourriture et l’humidité qui leur est nécessaire ; d’ailleurs les plantations fertilisent les terrains qu’on leur destine. Les terrains les plus maigres profitent de la chute de la feuille, et de l’abri que les arbres donnent; ils acquièrent d’année en année quelque fertilité, et I,’ AGRICULTURE. 205 lorsque les bois sont prêts à être coupés, la terre l’est egalement à recevoir la culture. w 2. 9 La plus grande partie des communaux élevés peut être améliorée par des desséche- niens faciles, et être convertie en excellens pâturages. Ceux-ci produiroient des laines pour les draps , qui seroient d’autant plus belles que les situations seroient plus élevées et l’herbe plus courte. Le prix de celte marchandise, joint à celui de la viande des moutons, paie- roit largement les dépenses qui auroient été nécessaires pour former ces pâturages. w 5.* La partie de nos terrains vagues qui est susceptible de recevoir la charrue , a beaucoup plus d’étendue qu’orç ne le croit. — La surface peut paroître stérile , mais en creusant la terre on trouve souvent des substances qui la rendroient fertile par leur mélange : c’est là un moyen d’amélioration dont on ne tire point encore tout le parti dont il est susceptible. Cet art est encore, en quelque sorte, dans l’enfance j lorsqu’il sera perfectionné il produira les plus heureux effets, et sous ce rapport, les principes sur lesquels il doit être conduit méritent l’attention particulière du Département d’agriculture (î). (i) Mr. Kirwan dans son traité des Engrais, a jeté un grand jour sur ce sujet fbaportant. (A) s86 R A t P O r» T SUR » Uneqportion considérable des lcrres vagues delà Grande-Bretagne, consiste en marais, ou terrains marécageux, qu’on a supposés jus-- qu’ici très-difficiles à mettre en valeur; mais Heureusement M. Eîkinglon, fermier do W:\r~ •vrick , a trouve' une manière economique et facile de dessécher de tels terrains, .rajouterai seulement ici, que ce particulier a communi- ué sa méthode aux commissaires du Départe- ■ut, nommes pour en faire l’examen, et qu’il est probable que dès l’année prochaine le moyen qu’il emploie sera mis en pratique dans toutes les parties de l’Angleterre où il est applicable. Les marais desséchés selon Ja méthode deM. Elkington acquièrent d’abord une grande valeur comme prairies, et dans bien des cas peuvent ensuite être convertis en champs labourables. » 5.° Enfin un million d’acres, au moins, des terres vagues du royaume pourroit acquérir une étonnante fertilité par les irrigations. Ce grand moyen d’amélioration , établi depuis long terris dans quelques parties du royaume , a été jpcroyablement négligé dans d’autres; mais il est difficile de calculer les effets utiles de cet art, si une fois il étoit convenablement entendu et pratiqué ; car il communique la fertilité sans le secours des engrais, et les id A G R I C U L T U R E. ï8j abondantes récoltés qu’il produit «re'ent. des engrais pour les autres terres : c’est là une source nouvelle de richesse nationale, à laquelle on ne peut prétendre sans ce moyen. » Ainsi, l’on ne sauroit douter que les terres incultes du royaume , si elles etoient plantées, ou converties en pâturages , ou cultivées pour les grains , ou change'es en prairies , ou enfin améliorées par les arrosemens, ne produisissent des richesses immenses, et un bénéfice incalculable pour notre pays. }> Or , si lès defrichemens et les ameliorations de nos terres incultes sont possibles , aucune nation , peut être , n’a pour l’execution de cette entreprise des moyens plus grands que les nôtres. Sans entrer dans des details qui me meneroient trop loin , il suffira de remarquer ici qu’aucune nation ne peut destiner un capital aussi considérable à un objet si utile; qu’aucune nation n’a un esprit d’industrie aussi actif; qu’aucune ne possède une masse d’instruction si grande sur la science de l’agriculture; qu’aucun pays ne fournit, en aussi grande quantité, les engrais fossiles sans lesquels une étendue aussi considérable de terrains ne pour- roit être mise en culture toute à la fois, et qu’enfin aucun pays ne possède autant de roules et de canaux pour faciliter Je transport &Af fOJf S U II 288 des engrais sur les lieux qu’ils sont destines à fertiliser. — Tels sont les avantages que nous possédons, relativement à la cullurp des communaux, dans un degré plus éminent qu’aucun autre pays; et ces avantages donneroicnt une très-grande activité' aux travaux si tous les obstacles qui s’y opposent maintenant étoient écartés , et que l’industrie nationale pût se développer en liberté. Ce ne sont pas'seulement les richesses qui naîtroicntde ces travaux qu’il faut considérer ; l’accroissement de la population , surtout de celle espèce d’hommes justement reconnue pour la plus utile , mérite une attention particulière. Certes celui-là doit être doué d’une insensibilité bien grande, qui ne prend aucun intérêt à de tels objets, qui verroit avec indifférence ces mesures salutaires qui doivent changer des déserts stériles en plaines fécondes , et accroître cette race laborieuse et respectable qui fait la véritable force d’une nation, puisqu’en même tems qu’elle fournit à l’agriculture , elle recrute la marine, l’armée et les fabriques. Il n’est pas facile de dire jusqu’à quel point le nombre des habitans du royaume pourroit ainsi être augmenté ; mais on peut conjecturer que si la population actuelle de la Grande-Bretagne s’élève à dix millions , la culture des communaux pourroit l’accroître X,’ AGRICULTURE. 289 l’accroîire de deux ou trois millions d’hommes j c’est-à-dire d’un nombre égal , observons-le en passant, à celui des Etats-Unis d’Amérique, au moment où ils levèrent l’e'lendard de l’indé- pendance contre la mère patrie. Nous éprouvâmes alors les inconvéniens d’une telle population créée hors du sein du royaume ; mais une telle augmentation au-dedans, loin de nous menacer de pareilles conséquences, nous assureroit dans l’avenir une force et une prospérité nouvelles. )) Il y a encore un point de vue sous lequel cet objet doit être considéré; les de'frichemens des terres incultes , non-seulement ajoutent à la richesse et à la population d’un pays, mais ils le rendent plus susceptible d’étre défendu. Les pays enclos sont les plus difficiles à attaquer ; chaque haie , chaque fossé est un obstacle et un moyen de défense ; et si le pays étoit complètement enclos, si l’on e’vitoit une bataille rangée (la seule chose à craindre en cas d’invasion) nous n’aurions jamais rien à redouter d’une descente , lors même qu’elle seroit exécutée par une armée nombreuse et bien disciplinée : cette armée pourroit commettre quelques dégâtssurlescôtes, mais ellene sauroit pénétrerdans l’intérieur d’un pays enclos. La meilleure défense pour la capitale, c’est de Tome i. T, 2t}0 RAPPORT SUR cultiver et d’enclorre avec soin tout le pays qui la sépare de la mer. )) Avant de terminer cette adresse, il faut indiquer encore une circonstance essentielle. Depuis quelques années l’Angleterre a importé des grains , et celte importation paraissant plutôt s’accroître que diminuer, on a conçu la crainte que notre culture ne pût pas suffire à la consommation des habitans du royaume. — La rareté des grains doit être attribuée à plusieurs causes : d’abord , il est certain que depuis 1754 les saisons ont été, en général, contraires aux grains; nous n’avons presque jamais eu deux bonnes récoltes de suite , et souvent deux mauvaises. A ces causes naturelles il faut ajouter une population et une consommation plus considérables, le luxe parmi les consommateurs, l’attention plus grande qu’on a donnée aux troupeaux , et les terres arables qu’on a destinées aux pâturages. Cette dernière disposition , loin d’occasionner une perte nationale, a produit,, je le sais, un bénéfice pour le public , car les terres fatiguées des grains et qui n’en donnoient plus que de chétives récoltes , avoient besoin d’être converties en pâturages , pour redevenir fertiles ; mais pour que le système fût bien entendu dans toutes ses parties, il eût fallu , en même tems, con- X,’AGRICUIiTURE. âgl' verlir en terres arables les anciens pâturages, et ces terrains qui, depuis la création peut- être , n’ont jamais subi la culture, auroient bientôt paye' les travaux du laboureur. « L’e'tendue necessaire à cultiver addilion- nellement pour nous mettre à l’abri de l’obligation d’importer des grains, n’est pas si con- side'rable qu’on l’imagine. L’importation dans les dix-huit ans termines le 5 Janvier 178g , a monte' à 767,841 quarters de ble, et à 5,097,166quartersd’avoine,seigle , fèves, etc. ce qui fait 42,657 quarters de ble' et 283,175 quarters d’avoine, etc. — L’e'tendue de terrain necessaire pour une telle quantité' de grains ne peut pas être e'value'e au-delà de 100,000 acres (1). Convertissons donc en terres arables (1) On peut calculer de la manière suivante le terrain nécessaire pour celle quantité de grain : 42,657 quarters de blé , à raison de 3 quarters par acre, demanderoient.14,219 acres - 283,175 quarters d’avoine, seigle, fèves, pois, etc. à 4 quarters par acre, demanderaient ..70,793 Total .85,012 acres. On peut prétendre qu’on n’alloue rien pour la semence et les jachères. En supposant qu’il fallût i5,ooo acres de plus pour ces deux objets, ce serait 100,000 àcrei. (A) 292 RAPPORT SUR une étendue de pâturages, c’est-à-dire, destinons à cette culture un cent quatre-vingtième de nos communaux , et sur ce point-là nous aurons rempli l’objet, relativement à la population actuelle du royaume. ))Si l’on considère à quel haut prix les grains et les autres comestibles sont montes depuis quelques anne'es, et les conse'quences qui pourroient résulter d’un surhaussement plus conside'rable encore dans ces objets de première nécessité , on estimera sans doute qu’il est inutile d’employer de nouveaux argumens qui démontrent la nécessité de ne pas perdre un moment pour acheminer le résultat si désirable de trouver dans le sein même de notre pays des moyens certains de subsistance et de prospérité. » Appendix C. Extrait des rapports imprimés par ordre du Departement d’Agriculture, qui servent à indiquer les avantages d’un bill général de clôture. Comté jde Norfoek. Les argumens qu’on emploie pour prouver que les communes doivent être conservées , sont en général spécieux , mais ils sont fondés sur des notions erronées d’humanité. Les avantages qui ré- I,’ A G B. I C U Jj T Ü R E. ag5 sulteroient pour la société, de leur culture * seroient très-considérables ; et l’attention du nouveau de'partement sera, je l’espère, bientôt dirigée vers cet objet important, de manière à réussir à écarter les obstacles qui s’opposent à la clôture des communaux. J’aurai des observations à faire sur ce sujet dans le chapitre des champs communs. (Ibid. p. a'5). Lorsqu’on considère attentivement les avantages qui résultent des enclos pour la population, on est frappé d’étonnement; et cependant on a quelquefois mis en doute l’avantage qu’il y auroit à enclorre les communaux. Si l’on compare la population actuelle de l’Angleterre avec ce qu’elle étoit il y a cinquante ans , on la trouvera probablement augmentée d’un tiers. Si je devois assigner une cause à cette augmentation , je l’attribue rois principalement aux clôtures , par la raison que partout où j’ai eu occasion d’observer les faits , ils confirment cette hypothèse. J’ai remarqué plusieurs fois cet effet dans diverses provinces d’Angleterre ; mais j’en indiquerai un exemple frappant dans ce comté. La paroisse de Felbrigg , qui appartient à Mr. Windliam, contient environ i , 5 oo acres. En 1771 cette étendue de terrain étoit divisée, ainsi qu’elle l’avoit été de mémoire d’homme, 2 g 4 RAPPORT SUR de la manière suivante : 4 oo acres enclos y 100 acres de bois , 4 oo acres de champs communs , et 4 oo acres de communaux ou bruyères. — Il paroissoit par des registres de la paroisse que le nombre des habitans n’avoit jamais passe’ J 24 . C’e'toit là leur nombre en 17l5 ; en 1777 il n’y avoit que 121 habitans, et aujourd’hui il y en a 174. J’attribue cet accroissement rapide aux ameliorations faites dans la paroisse , savoir : la clôture de tous les champs communs , et la conversion de la plus grande partie des communaux en terres arables, et en plantations. Cette paroisse n’a aucune relation avec les paroisses voisines, et ces ameliorations doivent être au moins la principale cause d’un changement si frappant. La paroisse de Wyburn qui n’est point enclose est dans le voisinage. Elle appartient à milord Walpole, qui possède à un haut degre’ les trois premières qualités du gentilhomme de campagne , car il est bon magistrat, bon voisin, et bon maître ; cette paroisse a à peu près la même e’tendue que la pre'cédente , mais la population ne s’y est point accrue récemment, et c’est une présomption de plus en faveur de l’idée que les clôtures sont favorables à la population. Si donc les clôtures sont si avantageuses , X,’ A G R I C U Ii T TJ R. E. 29$ il faut écarter les obstacles qui empêchent d’enclorre. Si le parlement passoit un acte général dont chaque paroisse pourroit s’appuyer dans le projet d’enclorre ses communaux, ou seulement si deux ou plusieurs personnes qui s’enlendroicnt pour des échanges et pour des enclos pouvoierit obtenir la sanction d’une loi pour corroborer leur arrangement, on verroit s’ouvrir peu-à-peu un vaste champ aux améliorations. ( Süffoxk p. 18). Tous ceux qui ont réfléchi sur l’état des terres dans la Grande- Bretagne , sont convaincus que les défrichemens n’auroient besoin d’aucun autre arrangement que la liberté de les faire sans s’adresser fui parlement, comme on y est maintenant obligé pour les plus petits objets. Si le departement d’Àgriculture pouvoit obtenir un résultat si désirable , il y auroit un grand mérite dans ses travaux , et les intérêts de la nation se trouveroient plus favorisés par celte mesure que par aucune autre qu’il soit possible d’cflectuer. ( Middi/esex p. 43 ). Il semble qu’011 ne peut plus rien ajouter d’important aux observations déjà faites sur l’objet de la culture des communaux. L’attention du département d’agriculture s’y arrêtera naturellement ; et Cf sera une circonstance bien heureuse pour notre Sg6 RAPPORT S TT R pays, si grâces à ses soins, nous voyons toutes les terres de ce comte et de toutes les provinces d’Angleterre , occupées d’une manière utile ; et à cet e'gard je ne saurois négliger de rappeler l’observation importante du docteur Wilkinson. Il pense [qu’un acte général de clôture est absolument nécessaire. ( Mjtddeesex par foote p. 5 i ). II paroît que c’est maintenant l’opinion presque unanime de tous ceux qui ont réfléchi sur ce sujet, qu’un acte général du parlement pour autoriser la division, et la clôture de tous les communaux du royaume , seroit reçu avec reconnoissance par tous les individus , et seroit également utile à eux et au public. { Huntington p. 19 ). Un bill général, et bien digéré , pour la clôture des communaux , des champs communs , des terres vagues, fa- voriseroit singulièrement le succès des défri- chemens parce qu’il feroit faire , dès le début de ces travaux , l’épargne d’une dépense considérable. ( Dorset p. 2 5 ) Dans ces cas là , s’il se faisoit des échanges , que chaque individu obtînt un terrain d’une étendue proportionnée à son droit de commune, et autant qu’il seroit possible , en une seule pièce ; que les communaux fussent enclos et divisés } chacun Z,’ AGRICULTURE. 297 fireroit alors le plus grand parti de sa propriété ; et le nombre des petits proprietaires ne seroit point diminue, ce qui seroit un grand avantage pour la population, et pour le public. Pour réaliser cette division et cette clôture des communaux, il faut des mesures moins coûteuses que ne le sont des actes particuliers du parlement , actes qui souvent rendent les ameliorations impossibles par les frais qu’ils occasionnent , puisqu’ils coûtent jusqu’à 5oo et 4oo liv. sterl. , sans parler du danger que l’on court de ne point réussir. Dans les paroisses où les parties inte'ressëes sont d’accord , si ce travail ëtoit mis entre les mains d’une commission composée de fermiers intelligens , ou d’intendans de terres , avec des re'glemens convenables, il se feroit diverses améliorations dans des endroits où l’objet ne [vaut point la peine de s’adresser au parlement pour obtenir un acte. ( Essex p. g. ) Nos terrains vagues , en y comprenant les forêts, peuvent bien être estimés à quinze mille acres. La plus grande partie de ces terrains peut produire des grains au bout d’un peu de tems employé à les y préparer , et ils deviendroient profitables à la communauté si l’on pouvoit adopter quelque mesure générale telle qu’un acte du parlement. On constateroit 298 RAPPORT SUR les droits des seigneurs , des propriétaires des dixmes, et des fermiers : ce que l’on pourroit faire, je pense, par rapport à ces derniers, en proportionnantleur droit à l’étendue des terrains qu’ils afferment du Seigneur auquel les communaux appartiennent $ ensuite on autoriseroit ce proprietaire , qui est ordinairement plus éclairé et plus en état de faire les avances, à acheter, à dire d’experts, ces diverses portions. II vaudroit alors la peine de bâtir des maisons de ferme et d’autres de'pendances. Mais sans un droit pareil d’acheter , les communaux seroient en bien des endroits trop peu e’tendus pour qu’on pût faire des divisions aussi multipliées que le seroient les prétendans, ou bien l’on alloueroit des portions de terrains à des individus qui seroient incapables de les faire valoir d’une manière utile pour eux et pour le public. ( Surrt p. 25. ) Et cela nous conduit » examiner les obstacles qui s’opposent aux clôtures des champs communs , et qui existent de même pour toutes les clôtures en ge’nêral. On sait qu’aucun champ commun, ou pâturage de ceux qu’on appelle communaux , ne peut être enclos sans un acte exprès du parlement, à moins du consentement unanime des intéresses j mais d’après les dispositions naturelles l’ACRICULTUR]!. 29g de l’homme , un tel consentement est difficile à obtenir 5 il l’est surtout dans les cas où quelques-unes des parties se trouvent absentes , en état de minorité etc. Dans ces cas-là il est en quelque sorte impossible d’obtenir ce consentement de tous. Le parlement est donc la seule ressource pour mettre d’accord desintérêts si divers , et surmonter des difficultés si multi- plie'es. Mais les dépenses nécessaires pour faire passer un bill dans les deux chambres , ( ce qui autant que nous en pouvons juger est cependant convenable ) ainsi que les frais bien plus grands de faire transporter les parties à Londres pour y attendre que le parlement puisse s’occuper de cet objet particulier au milieu de tant d’affaires publiques plus importantes, sont souvent des obstacles tres-decou- rageans , quelquefois même insurmontables. En me soumettant à des lumières supérieures, j’indiquerai ici ce qui me paroîlroit pouvoir être adopté, ou quelque chose de semblable. Un acte du parlement autoriseroit les clôtures en général ; il donneroit aux magistrats , dans les sessions de quartier, le pouvoir de nommer des commissaires à la réquisition des parties intéressées , lesquels commissaires joints à des arpenteurs assermentés leveroient le plan de la partie à enclorre , et séroient chargés de OOO RAPPORT SUR régler tous les différens qui pourroient s’enlever , comme encore d’autoriser les e'changes convenables. Ces commissaires , qui auroient la connoissance du local, et qui travailleroient sous les yeux des magistrats , proce’deroient avec la circonspection et les précautions si ne'cessaires dans l’administration de la justice , et leurs de'cisions ou leur sentences pourroient être sanctionnées , ou par le de'partement d’agriculture , ou par des magistrats dans la session suivante, selon que le parlement, dans sa sagesse en ordonneroit. Il est probable qu’il resulteroit d’un plan de cette nature des avantages très-considérables pour la nation. Il reveilleroit une émulation louable entre les gentilshommes et les fermiers , en établissant la sécurité des propriétés , au lieu que maintenant elles ne sont point assurées; et une fois que cette émulation seroit excitée , qui peut en calculer les résultats ? ( Berxs p. 4g ) L’avantage qui resulteroit de la clôture , t ou du moins de la séparation des propriétés dans les plaines de champs communs , est si évident ; les bons effets en ont été tellement prouvés par l’expérience en dernier lieu , qu’il est inutile que je m’arrête à les rappeler. La nation auroit besoin de certaines mesures sages et bien calculées pouj; l’ agriculture. 3oi obtenir ce grand avantage. Les difficultés et les frais de ces améliorations dans l’état actuel des choses , s’opposent fortement à ce qu’elles se propagent. ( Lincolin p. 20). S’adresser au parlement pour obtenir des actes de division et de propriété de quarante-sept paroisses , et diviser ensuite les portions entre leurs paroisses seroit probablement s’exposer aux frais énormes de 47 actes du parlement. C’est une raison bien suffisante pour les propriétaires de redouter les formalités nécessaires à la clôture des marais , et ce n’est pas une preuve indifférente de la nécessité d’un acte général pour la clôture des communaux, des champs communs, des prés communs , et des terres vagues dans tout le royaume , sous les réglemens et les restrictions que le parlement fixeroit dans sa sagesse. NB. Un acte du parlement pour la division de 47 communes, d’après l’usage de la chambre, coûteroit autant que 47 actes différens. ( Somerset p. 43 ). Lorsqu’on aprécie bien la tendance du système des clôtures à accroître les productions de la terre , et la demande du travail , à faire hausser le prix de la main- d’œuvre du laboureur , et à diminuer la taxe des pauvres , on regrette et l’on s’étonne que la législature se soit si peu occupée jusqu’ici 502 rapport sur de faciliter et d’étendre l’usage de ce moyen: Un acte ge'ne'ral de clôture qui e’carteroit toutes les lenteurs et les dépenses , demontreroit bientôt tout ce qu’on peut faire dans ce genre. — D’après tous les actes prive's qui ont èle' passes en si grand nombre depuis vingt ans , on pourroit établir les principes généraux d’un tel acte de manière à comprendre et à respecter tous les intérêts et toutes les prétentions. L’exécution d’un acte combiné de cette manière pourroit être confiée sans injustice et sans danger , à un nombre de juges déterminé dans les sessions de quartiers. Ces juges pourvoient être , je pense , très-compétens pour décider de la convenance de toutes clôtures proposées. Ainsi la suppression des frais parlementaires encourageroit les clôtures , même sur l’échelle la plus resserrée , et facilileroit les défri- cliemens les plus étendus par des avantages qui ne seroient pas à négliger. — Mais cette mesure , quoique parfaitement bien d’accord avec les principes de l’intérêt particulier et de la politique nationale, ne manqueroit pas d’être combattue par un très-grand nombre de gens. (Carmarthen p. 22 ). L’opinion des propriétaires, dans ce comté , paroît être unanime sur l’obstacle qu’apporte aux améliorations des l’ agriculture. 3o5 terres incultes la manière coûteuse d’obtenir l’autorisation du parlement pour diviser et enclorre les communes: savoir, de s’adresser à la législature chaque fois qu’il s’agit d’entreprendre une telle division. Les particuliers d’une fortune borne'e préfèrent de perdre ■l’intérêt du capital qui représente la valeur des terres incultes , plutôt que de s’exposer à des frais qu’ils ne sont pas sûrs d’être en état de supporter. Faire disparoître cette difficulté seroit peut- être l’acte le plus utile et le plus populaire que le département d’agriculture pût entreprendre. Les personnes les plus intelligentes avec lesquels je me suis entretenu sur ce sujet , pensent qu’il conviendrait de faire une loi qui autorisât les magistrats assemblés à la session de Noël , à nommer des commissaires ' pour diviser et enclorre les communes , à la demande de la majorité des intéressés , quant à la valeur de leur propriété dans chacune d’elles. Ces commissaires ne devroient avoir f aucun intérêt quelconque dans les qlôtures proposées, et devroient avoir été préalablement désignés par la majorité des voles d’une assemblée publique de proprietaires dans l’enceinte de la paroisse où se trouvent les terres incultes , laquelle assemblée aurait été con- 5o4 ^RAPPORT S TJ R voquée par trois annonces successives faites dans les e'glises , les trois dimanches qui la précéderoient innne'diatement. L’acte du parlement communiqueroit aux commissaires tous les pouvoirs necessaires ; il contiendroit les principes , et les instructions cônyenables pour re'gler les divisions et les dépenses, de manière à remplir l’objet avec tout autant d’avantage que les actes particuliers. On croit ge’ne’ralement dans ce pays qu’un acte de ce genre feroit enclorre en peu d’années toutes les terres vagues susceptibles de culture dans la partie Méridionale de la province de Galles. ( York , arrondissement de l’Ouest, p. 55 ). Les champs communs de cet arrondissement sollicitent plus qu’aucune partie de l’e'conomie rurale, des changemens dans la culture : ils sont, en général, misérablement conduits. Les propriétaires le sentent assurément, mais les dépenses d’un acte spécial de division, effraient le plus grand nombre d’enlr’eux , et les empêchent de s’adresser au parlement. Il seroit donc extrêmement utile qu’on passât un acte général, comme on l’a fait en Ecosse, en commettant, pour l’exécution , les juges ordinaires des lieux lorsque les intéressés le demandent. (York, arrondissement du Nord. p. 107 ). Le tyi- I,’ AGRICULTURE. 5 o 5 Le principal obstacle à la culture des marais [ moors (1) ] c’est les frais necessaires pour obtenir des actes du parlement pour les clôtures , et la difficulté' de s’entendre avec les propriétaires des dixmes et les seigneurs. — Il s’en présente un exemple dans un district situe' auprès des moorlands de l’Est. Les deux tiers des particuliers , dont les propriétés réunies font beaucoup plus des deux tiers de la valeur de leur commune , de'siroient faire le partage des communaux. Us consistoient en 800 acres de belle pelouse , et 12,000 acres de moors (1) Les moors sont proprement des plaines tourbeuses, mais ce terme s’applique, par extension, aux terrains marécageux ou secs qui ne produisent que peu d’herbe, ou des bruyères, et où l’on ne voit pas un seul arbre, Cette partie du Yorkshire est remarquable par d’immenses étendues de terrains tourbeux : on fait, en quelques endroits, plusieurs milles dans la tourbe; elle recouvre les sommets et les pentes des collines, tout comme les plaines basses. On a pratiqué les routes dans certaines parties, en coupant la tourbe, qui est parfaitement sèche ; et qui fait muraille de part et d’autre ù quelques pieds de hauteur. Nous avons vu de grands arbres dont le bois étoit parfaitement conservé dans cette tourbe , ainsi que des noix qu’on y trouve quelquefois, quoiqu’il n’y ait maintenant aucun noyer dans le pays, ni même aucun arbre en végétation à une grande distance. Tome 1. V RAPPORT SUR 5 o 6 élevés , dont le tiers e'toit susceptible de grandes ameliorations. Ces particuliers, d’accord avec le proprietaire des dixmes, avoient signe' une pétition au parlement, mais le seigneur , qui possède d’ailleurs fort peu de chose dans ce canton-là, résolut de s’y opposer; et la crainte des difficultés et des dépenses qu’enlraîneroit cette opposition a fait abandonner le projet. Il y a quelques années qu’on a enclos 25 o acres seulement , dans un district voisin de celui-là ; et les frais de l’acte seul , sans aucune opposition , ont monté à 370 liv. sterl. aux propriétaires. ( p. 120). Quoiqu’il y ait encore dans cet arrondissement <^es champs ouverts, cependant leur étendue n’^st pas considérable , et elle diminue d’année 'en année par les clôtures autorisées par les actes- du parlement. Ces clôtures se multiplieroient bien davantage sans les grandes dépenses qu’occasionne cette marche. ( Brdford p. 61 ). Un loill général , bien combiné pour la clôture des communaux , des champs communs, et des terres vagues, auroit un admirable effet pour le succès des de’fri- chemens et des améliorations , parce qu’il en résulteroit une grande épargne dans le début des entreprises. 1* A G R I C U Ti T U B. E. Zoj ( Hants p. 29). Nous ne pouvons considérer cet objet sans nous étonner que les siècles se succèdent, et qu’on ne prenne aucune mesure efficace pour mettre en culture les terres inutiles de ce royaume, surtout celles qui appartiennent à la couronne ; tandis qu’il est évident que sous une bonne administration ces terrains seuls suffiroient à payer une grande partie de la dette nationale. —Un acte général du parlement qui autoriseroit des commissaires à décider les questions entre les particuliers , et à faire les divisions selon les droits de chacun, comme dans les bills ordinaires de clôture , produiroit un immense revenu à la nation , car il y a à peine un acre de ces terres de la couronne qui ne pût donner des productions de quelque valeur. Les commissaires du revenu des terres pourroient être compétens pour ce travail, parce qu’ils ont déjà des rapports et des connoissances de détail sur la très-grande partie des terres de la couronne. Dès que les droits des particuliers seroient liquidés , le reste seroit naturellement dévolu au gouvernement. ( Staffort p. 74 ). Une clôture générale , et les défrichemens de toutes les terres incultes du royaume, en augmentant considérablement le capital de la nation, accroîtroit dans le même rapport ses revenus j et c’est une chose étrange t RAPPORT SUR 5 o 8 que les colonies dans des pays lointains aient été si long-tems encouragées , tandis que la culture de notre propre pays est encore si imparfaite. ( Worcester p. f>o ). On a fait en dernier lieu des clôtures conside'rables ; quelques-unes sous l’autorité' du parlement, d’autres par le consentement unanime des intéressés. Il s’en feroit un plus grand nombre sans les frais qui accompagnent les formalites. On s’occupe maintenant de la division de quelques champs et pre's communs. ( Hertfortd p. 55 ). Comme il est indifferent au departement et au public que ces communaux soient cultives par A ou par B , pourvu qu’ils le soient, on pourvoit concentrer tous les interets particuliers en un acte general qui autoriseroit la clôture de ces terrains moyennant l’accord des trois quarts des in- te’resse’s, y compris le seigneur, le recteur ou vicaire , et l’inspecteur. On affermeroit les communaux pour 21 ans, aux plus offYans, en donnant la préférence aux pauvres journaliers charges de famille ; et l’on appliqueroit la rente, d’abord à l’acquit des frais de clôture , puis un vingtième au seigneur, un dixième au pasteur (pourvu que la paye fût au-dessous de 100 1 . ster. ) , et le reste à la décharge de la taxe i/AGRICULTURE, 609 des pauvres, et de la taxe des terres. Les baux seroient ensuite passes par les proprietaires ou leurs successeurs, l’inspecteur rendroit compte du surplus de la .rente. Les juges des sessions de quartier connoîtroient des diffe’rens en dernier ressort ; leurs jugemens , ainsi que les consentemens des parties , certifiés par eux , seroient enregistres en chancellerie in per- petuum rei testimonium. ( Northampton. 61. ) Un des grands obstacles aux clôtures des communaux paroît être les dépenses considérables auxquelles les propriétaires sont sujets en sollicitant les actes du parlement, et en les faisant exécuter. Comme celte plainte est générale dans tout le royaume, il faut espérer que la législature s’occupera de quelque plan qui écarte celte difficulté , et qui mette les propriétaires à portée de faire ces améliorations importantes avec moins de peines et de dépenses. Il n’y a aucune circonstance peut-être dans l’agriculture de notre pays qui mérite de la part du département une attention plus sérieuse. Il y a des communaux de grande étendue qui servent maintenant de pâturage aux troupeaux des fermiers voisins. Je n’ai pas besoin de dire qu’ils sont surchargés de bestiaux. D’après les meilleures autorités, et mes propres. 5lO RAPPORT SUR observations , je puis affirmer que si l’on divisoit ces communaux , une grande partie pourroit être convertie en terres arables, et dans les endroits qui peuvent être arroses on feroit d’excellens prés. L’état actuel des communes ne procure aucun avantage à ceux qui y ont part ; au contraire , il en résulte souvent du dommage pour les communiers. Àppendix D. De la culture des pommes de terre dans les terrains vagues et marécageux , d’après les instructions publiées par le département d’agriculture , et d’autres autorités. Les anciens pâturages ont toujours été considérés comme extrêmement favorables à la culture des pommes de terre. On a employé la méthode suivante avec succès dans des terrons marécageux , desséchés en partie , ou complètement; et dans des terres inégales, et difficiles à labourer. Ecobuez la surface. Ajoutez de la chaux aux cendres. Disposez le terrain en couches de six pieds de large et distantes de deux pieds ou deux pieds et demi. Posez les pommes de terre sur les couches à un pied de distance en tout sens. Couvrez-les de deux ou trois pouces de terre prise dans les intervalles. Lorsque les plantes se montrent, couvrez-les 1 ! A&RICUITVEE. 3ll de nouveau d’un pouce ou deux et de la même manière ; mainlenez-les nettes avec la houe , et en arrachant les mauvaises herbes. On peut recueillir les pommes de terre avec la charrue en refendant les couches, et jetant la terre dans les intervalles. Le centre des couches peut être converti en un fosse suffisamment profond pour maintenir le terrain sec pendant l’hiver. » En Dunbartonshire la culture des pommes de terre est reconnue comme la plus avantageuse de toutes pour améliorer les terres maigres ou les sols humides. La seule préparation qui précède la plantation de cette racine, c’est de brûler la broussaille et d’ôter les grosses pierres. )> En West-Lothian on observe que les parties les plus élevées produisent des récoltes plus abondantes que les parties basses et plus cultivées. w Sir W. Stirling , en Pertshire , a souvent recueilli quarante bolls de patates sur un acre de moor léger qui ne rendoit pas un schelling de rente ; à cinq schellings seulement le boll, c’est deux cents fois la rente. » En Roxburghshire le baron de Rutherford a éprouvé que les pommes de terre e'toient le meilleur moyen, de défricher les terres incultes. 5l2 rapport sur )) En Dumbartonshire sir James Colquhoun a deTriché un marais tourbeux en plantant des patates par couches , il a seme ensuite avec de l’avoine de la meadow-sofb grass (1) qui réussit admirablement sur les sols mousseux parce qu’elle s’étend promptement. On fauche } ce pré tous les ans : le bétail ne peut pas y pâturer parce que la tourbe a dix ou douze pieds de profondeur. » Dans les parties élevées de l’Ecosse , les plus belles et les plus grosses pommes de terre croissent dans des terres tourbeuses : on les cultive par couches. n En Perthshire on trouve que les marais, lorsqu’ils sont desséchés, sont très-convenables pour la culture des pommes de terre. Autres autorités. » Trois acres de genets défrichés ont produit neuf cents busliels de pommes de terre sans fumier. (1) Le Dr. Anderson décrit le creeping soft grass (Holcus lanatus)le great meadowgrass, et le creeping meadow grass, deux espèces du genre des poa ou paturins, dont on compte au moins vingt espèces : apparemment que le meadow soft grass en est une , ruais nous ignorons quel est son nom françois ou latin. 3i 5 i/ A. G- B. ICXTIiTURE. )) Les marais desse’clie's rendent prodigieusement ; aucun sol ne rend davantage que la tourbe noire, mélangée de terre. )) A Charleville on éprouvé que les pommes de terre dans les marais échappent aux_gelées, tandis que celles-ci les tuent dans les situations élevées. )) M. Leslie , en Irlande , a desséché un marais , puis fumé pour les pommes de terre, et recueilli trois cent vingt bushels par acre. Il a eu ensuite un excellent pré. » A Mécra, en Irlande , les récoltes les plus abondantes de pommes de terre ont lieu dans les marais; on les compte de cinquante bushels par acre plus considérables que dans les prés rompus. C’est de beaucoup la meilleure manière de mettre les marais en valeur, mais il faut y employer un peu de fumier. » M. Irwin, en Irlande, a essayé s’il pour- roit faire valoir une montagne tourbeuse par l’écobuage. Il a admirablement réussi, et a recueilli les meilleures pommes de terre du pays. )) M. Brown , en Irlande , a mis en culture vingt acres de bruyères sur un terrain tourbeux et sec, qui ne rendoit rien, et qui rend maintenant quinze schellings l’acre. Il a marné avec de la marne blanche, prise dessous le 5i4 rapport st; r marais , à raison de cent cinquante barils par acre. II Fa laissée un an à l’air après l’avoir e'tendue ; elle a tue la bruyère ; il a laboure deux fois, fait deux récoltes consécutives de pommes de terre, la première très-abondante, la seconde assez bonnes puis recueilli trois ré- coites de grains, et afferme'. » Milord Altamont, en Irlande , a lait répandre du gravier de pierres à chaux sur une montagne tourbeuse , à raison de 4o schel- lings par acre ; il Fa laisse' deux ans, et a ensuite affermé le terrain à 4o schellings aux pauvres pour y planter des pommes de terre. Après trois fortes récoltes d’avoine et de foin, il a affermé sa possession à raison de 16 schellings l’acre. — Il a amendé avec du gravier calcaire et un sable coquiller, à raison de 1 liv. 2 sehel. 9 den. par acre , une grande étendue de terrain tourbeux et aride ; il Fa labouré et brûlé, puis semé en turneps , et a eu une très- belle récolte ; ensuite il y a mis des pommes de terre sans aucun engrais, et a obtenu un produit de beaucoup plus considérable qu’il en ait jamais vu; il a eu cent quarante-trois pommes de terre à la même plante. — Il a fait ensuite trois bonnes récoltes d’avoine, semé du trèfle blanc, et affermé 20 schellings l’acre. — Dans une autre pièce qui rendoit 5 schellings l’acre 5i5 L* AGRICULTURE. il a fait charier du gravier calcaire à raison de l liv. sterl. 2 schel. g den. par acre. Il l’a laisse' reposer trois ans, puis afferme' aux pauvres 5 liv. sterl. îo schel. pour y mettre des pommes de terre ; ensuite il y a fait trois re'coltes d’avoine , l’a mise en pre et affermée 5 o schel- lings l’acre. » A Moniva, en Irlande, on plante les pommes de terre dans les marais , et on fait de belles récoltés en desséchant, et en mettant un peu de gravier calcaire ou de fumier. « M. French , à Woodlawn en Irlande , a e’prouve' de grands succès dans diverses expériences inte'rcssantes , faites en grand, pour la culture des marais , en plantant des pommes de terre après avoir desse'ché et fume'. Ses re'coltes ont valu 12 liv. sterl. par acre. » M. Bland, en Irlande, a mis en valeur beaucoup de terrains mare'cageux en répandant de la chaux , du fumier , et plantant des pommes de terre : il en a eu deux fortes récoltés consecutives. » M. Shanley, en Irlande , a recueilli 1200 stone ( 168 quintaux ) de pommes de terre par acre, dans un mauvais marais rougeâtre, de quatre pieds de profondeur de tourbe, après avoir desse'che' , amende avec du gravier calcaire à raison de 3 liv. sterl. par acre, puis 5l6 RAPPORT SUR fume. Il y a ensuite fait deux récoltés d’orge et afferme 4o schellings l’acre. » A Swinton , en Yorksliire , sur un sol tourbeux et noir , qui rendoit 4 schel. 6 den. l’acre , on a recueilli de cent vingt à cent cinquante-huit bushels de pommes de terre. » M. Sturt, à Brownsea , dans une tourbe noire qui rendoit 4 den. et demi l’acre , a recueilli six cents bushels par acre. Observation. n Les autorite’s qui tendent à e’claircir cette partie de l’objet sont très-satisfaisantes et très- importantes j elles ne laissent aucune raison de douter que la culture des pommes de terre ne puisse être suivie dans de tels terrains avec l’espérance raisonnable de re’ussir. Pommes de terre dans les bois arrachés. » M. Abdy d’Essex , un des membres honoraires du Departement a fait arracher un bois, puis fumer , à raison de vingt charretées par acre , et planté en pommes de terre : il a recueilli cinq cent soixante-trois bushels par acre, et ses frais ont monté à 16 livres i5 schellings 6 deniers. i,’ a o ai c u i t ü u e. 5x7, Observation. )> Cette expérience peut être utile à ceux qui arrachent des bois, et on trouvera probablement qu’il n’v a aucune récolte plus profitable que celle-là pour la première année. Il vaut la peine d’essayer si le fumier est nécessaire dans ces cas-là. Dans les jeunes plantations . ‘ )) Dans le Shropshire , lord Clive se trouve très-bien de permettre de planter des pommes de terre dans ses jeunes plantations, l’année qui suit celle où les jeunes plans ont été mis en terre. Les manouvriers du voisinage ont la liberté de planter ces pommes de terre pour leur compte ; et dans la terre neuve, ou vierge, ils ne mettent point de fumier les deux premières années. Cette culture se fait trois ans de suite, au très-grand profit des jeunes arbres. M. Coke de Holkham, en Norfolk, permet aux pauvres de planter des pommes de terre dans ses jeunes plantations, et trouve cet usage avantageux aux arbres. Observation. )) Dans tous les cas où l’avantage des pauvres se trouve réuni à celui du propriétaire, 3i8 RAPPORT SUR comme dans ce cas-ci , on doit fort désirer de voir adopter le même système. Cette idée seule , communiquée au public, ne peut qu’avoir un effet utile. Comme la culture des pommes de terre prépare admirablement le terrain pour planter des bois , pourquoi ceux qui projettent des plantations n’enclôsent-ils pas leur sol, aux termes de l’acte 29 Geo. 11 cap. 56, et ne font- ils pas cheminer ensemble la culture des pommes de terre et la plantation des bois ? Dèfrichemens des terres incultes par les turneps et les pommes de terre. » La pratique suivante paroît mériter beaucoup d’attention comme une excellente manière de mettre en valeur les terres inutiles. — Brûlez la surface des terrains grossiers, inégaux , les bordures des marais et les portions recouvertes de fougère , de genets et de bruyère, en Mars, Avril ou Mai, etrépandez les cendres au commencement de Juillet. Labourez alors et hersez, puis semez des turneps ; la récolte paiera probablement la rente du terrain et les frais. — Au printems suivant, labourez et hersez; et sans mettre aucun engrais , plantez des pommes de terre avec une petite charrue. La récolte d’un terrain neuf, et traité de cette manière, est très-considérable. Quelque- fois on fait une seconde récolté de pommes de terre ; mais en general, il faut mettre le plus tôt possible un terrain nouveau en prairie jusqu’à ce qu’il ait acquis assez de force (l) (i) L’expression assez de force (sufficient strength) se rapporte à ce principe important dans la théorie des agriculteurs anglois, c’est que les prés artificiels améliorent la terre, ou, autrement dit, préparent de belles récoltes de grains. Ils sont convaincus que, pour s’assurer une longue succession de belles récoltes, il laut reculer le moment de semer du blé dans un terrain nouvellement défriché. — Nous avons un système tout contraire, ou plutôt nous agissons sans système et sans prévoyance. Faisons-nous un défrichement par l’éco- buage ? c’est uniquement en vue d’y recueillir du froment : l'impatience où nous sommes de jouir des récoltes de grains gâte tout. C’est ordinairement dès l’année même du brûlement de la terre que nous y mettons du blé; et nous en faisons souvent deux et trois récoltes consécutives. Il faut observer que rarement la première récolte est bonne : elle est ordinairement trop forte ; elle verse, et ne donne qu’en paille de mauvaise qualité. La seconde est ordinairement meilleure; la troisième commence à baisser ; une quatrième seroit chétive. Que fait-on alors? on laisse reposer le terrain, et l’on enfile la routine des jachères. Lorsqu’on veut resemer, il faut des engrais ; mais cette terre n’ayant point encore fourni d’engrais, est fumée aux dépens des autres parties du domaine, au lieu que, dans le système anglois , chaque pièce fournit sa part des engrais en nourriture 320 RAPPORT SUR pour donner des récoltés de grains dans une succession re'gulière. Si le terrain est loger on aux bestiaux. — Cependant si l’on y épargne le fumier, ou si l’on n’y en répand point du. tout, la récolte est médiocre ou mauvaise. Alors on dit que l’écobuage ruine les terres; et comme l’on veut toujours trouver des explications à ce qu’on donne pour des faits , on remarque que le brûlement fait diminuer la couche de terre, en en convertissant une partie en cendre ; qu’il évapore les parties grasses du terreau, et qu’il n’est pas étonnant que ces terres, après deux ou trois récoltes forcées , soient condamnées à la stérilité.— Mais pourquoi donc l’écobuage, entre les mains des bons agriculteurs , est-il un admirable moyen de mettre en valeur d’une manière permanente les terrains inutiles, et de les changer en des terres très-riches et très-productives? C’est que les bons agriculteurs savent que la terre répugne à donner des grains deux ou trois ans de suite; ils savent que les prés artificiels, ou les racines, lui rendent la force de faire végéter le froment, et que ces productions sont indispensables pour nourrir des bestiaux, sans lesquels on ne fait point d’engrais. Ils profitent du moment où les cendres ont encore toute leur influence sur la végétation, et ils assurent ainsi la réussite de ces plantes qui engraissent la terre au lieu de l’épuiser. En un mot, ils savent renvoyer le moment de la jouissance pour la rendre sûre et durable. Nous ne négligerons aucune occasion de mettre dans le plus grand jour ces vérités, qu’on peut appeler fondamentales en agriculture. Lorsqu’on réfléchit aux in- peut d>2i i’aGRICUIÏ. ÏÏKï, peut semer de l’orge avec la semence du pré artificiel ; si le terrain est froid et pesant, on sème de l’avoine. )) calculables ressources, à tous les moyens de richesse et de bonheur qui, dans une époque prochaine, peuvent être mis en activité par le défrichement des communaux en France, on sent vivement combien il importe de faire germer des idées saines sur ces objets intéressons. C’est aussi là notre excuse pour avoir donné dans un si grand détail ce qui concerne cette belle entreprise en Augle ; terre : nous continuerons à instruire nos lecteurs de tous les faits qui y auront rapport. Tome t. X 522 AGRICULTURE DU COMTÉ DE W I L T S. Xje comté de Wilts a une forme à-peu-près ovale, et son grand diamètre est presque Nord et Sud. Le comté a environ cinquante-quatre milles de long, et trente-quatre de largeur moyenne , c’est-à-dire qu’il contient environ treize cent soixante-douze mille carrés , on huit cent soixante dix-huit milles acres. Il y a une différence extrêmement marquée entre la borne Sud-Est et la borne Nord- Ouest de cette province ; la première est coupée par des collines de craie qui viennent du Berkshire, du Hamsphire et du Dorsetshire , et qui se terminent en une ligne d’escarpemens du Nqrd-Est au Sud-Ouest. La borne du comté au Nord-Ouest est formée par une succession de riches vallées qui s’élèvent peu à peu et joignent ensuite les montagnes du Glocestershirç. Sousîes rapports de l’agriculture, il convient de diviser le comté en Soult-TViltshire et Norlh-FF iltshire. La première partie on celle AGRICULTURE DE WILTS. 223 du Sud, comprend les collines crayeuses, communément appelées Downs , et destinées aux grains et aux moutons. La partie du Nord est remarquable par ses gras pâturages sur les bords de l’Avon et de la Tamise , où l’on engraisse beaucoup de bestiaux , et où l’on fait un desfromages les plus estimés de l’Angleterre. Les champs communs font une très-grande portion de la partie arable de cette province, Voici comment les habitans d’une paroisse s’entendent, en général, pour leur exploitation. Les pâturages secs pour les moutons (Sheep Downs) sont ouverts aux troupeaux de la commune pendant tout l’été et l’automne. Les chaumes de l’année précédente et les jachères sont également ouvertes jusqu’à ce que tout soit labouré pour semer les blés. Alors les moutons sont bornés aux downs ou bruyères jusqu’à ce que la moisson soit faite. Ils ont ensuite les chaumes et les downs jusqu’à-ce quo la saison oblige de les mettre au foin. Chaque propriétaire fournit alors les claies et le foin , à proportion du nombre de moutons qu’il a , et le berger commun donne ses soins au troupeau. Lorsque les brebis sont prêtes à mettre bas , les propriétaires les renferment dans des prés clos; et lorsque tous les agneaux sont faits, les prés arrosés fournissent de l’herbe fraîche aux brebis. 5a4 AGRICULTURE Pendant que les brebis pâturent dans les près arroses, on les parque sur les terres des- tine'es à l'orge-, Lorsque les orges sont seme'es, les ray-grass, ou les jachères, reçoivent les troupeaux jusqu’à la tonte : on donne le belier aux brebis à la nu septembre. Les frais des béliers se font en commun, ainsi que ceux du berger. Dans cet e'tat de communage et de culture il y a nécessairement disette de fourrage d’hiver; en conse'quence , il est d’usage de vendre au commencement d’Ootobre les vieilles brebis et les agneaux mâles , et d’envoyer hiverner les agnelles dans des cantons à turneps , quelquefois même hors de la province. Il en coûte de cinq à huit schellings par tête , pour six mois de la nourriture de ces jeunes bêtes; et malgré la réduction des troupeaux par les dispositions ci-dessus , il arrive souvent aux communiers de ces paroisses d’être obligés d’acheter du foin pour passer l’hiver , et de l’aller chercher à dix ou quinze milles de distance. Il n’y a peut être aucune partie du royaume où l’on entende mieux les arrosemens que dans celte province ; ce n’esi que du commencement de ce siècle qu’on s’estattaché à cette industrie. Les prés , dont les arrosemens sont le mieux; disposés ont été arrangés sous les directions » J3 W I Xi T S. 5-25 d'un nomme Raverstock entre 1700 et l'joB; et maintenant il y a à peine un ruisseau dans le comte dont on ne tire quelque parti. Tout l’art des arrosemens consiste en dernière analyse à mettre et à ôter à propos, dans les prés, une eau dont on dispose à volonté ; mais le tems où l’eau doit rester sur le prë , pour le plus grand effet possible, dépend des terres et des saisons; ce n’est donc que parle tâtonnement qu’on est parvenu à e’tabhr cette suite d’opérations dont dépend l’abondance des foins, et dans laquelle les fossés apportent et emmènent les eaux avec autant de régula—, rité que les artères et les veines conduisent le sang dans toutes les parties du corps. Il y a deux sortes de prairies dans lesquelles on se sert des eaux pour donner de l’activité à la végétation : les prés en pente dans lesquels on fait parvenir les eaux par irrigation, elles prés plats qui sont situés dans le voisinage d’une rivière ou d’un ruisseau, et que l’on arrose par inondation : ces derniers sont les plus communs dans la province. Dans les irrigations ( catch-work) on coupe ordinairement une tranchée qui sort du principal cours d’eau dont on veut profiter. On met cette tranchée de niveau , et en la bouchant à son extrémité, on. force l’eau à s’é- AGRICULTURE 526 chapper sur toute la longueur de la tranclie'e ; mais dans cette méthode , il y a l'inconvénient que l'eau cesse bientôt de verser également partout, et qu’il se fait des petits courans qui s’élargissent et s’approfondissent en rongeant la terre. On trouve donc plus convenable de faire sortir du cours d’eau des rigoles parallèles de vingt pieds en vingt pieds. On bouche ces rigoles à leur extrémité , l’eau s’extravase et est reçue par la rigole inférieure après avoir arrosé l’intervalle qui la sépare delà supérieure. Cette opération se répète jusqu’à la partie la plus basse du pré, où l’eau est reçue par un canal pour être employée àurt pré situé plus bas. Lorsqu’on veut donner l’eau au pré, l’on coupe à la bêche des gazons que l’on place dans le principal cours , vis-à-vis de l’origine de la rigole supérieure , jusqu’à ce que toute la partie à arroser soit bien couverte d’eau : lorsque l’on veiit ensuite ôter l’eau on déplace lés gazons. La dépensé d’établissement et d’entretien de ces irrigations est comparativement peu considérable , et l’effet en est prodigieux. (1) (1) L’auteur paroît croire que toutes les eaux, bien ménagées , ont un effet salutaire sur les prés. Cela peut être pour les eaux du Willslure ; mais il est T) J3 XV I Xi T S. 52 7 La conduite des arrosemens dans les pre's bas et plats est beaucoup plus difficile et plus dispendieuse. La première chose à conside’rer dans ces pre's-Ià , c’est le moyen de se debarrasser de l’eau après qu’on aura inonde; or, pour y réussir , on est souvent oblige' de disposer le terrain en planches séparées par des fossés profonds. On détourne ensuite un canal de la rivière ou du ruisseau principal , dans une partie assez élevée pour que le niveau de ce canal soit supérièur à la crête des planches; puis on tire l’eau de ce canal par des petites rigoles qui suivent la crête de chaque planche et dans lesquelles on l’arrête à volonté par des obstacles pour la faire refluer des deux côtés. Rassemblée ensuite à l’extrémité des fossés de séparation par un autre canal, elle est employée delà même manière dans un pré plusbas. La dépense d’établissement de ces arrosemens à plat est très-considérable , mais l’effet en est étonnant ; on calcule qu’il y a dans la province de quinze à vingt mille acres de prairies arrosées de cette manière. On trouve un très-certain qu’il y a des eaux froides ou crues, qui 11’engendrent qu’un foin aigre ou marécageux , lors même que les irrigations sont faites avec intelligence. La seule ressource pour profiter de ces eCux-la c’est de les récliaulfer ai ec du fumier. 5^8 A G R. I C U I* T U II E si prodigieux bénéfice à celte méthode d’arrosement , que tous les terrains bas et plats, siloe's dans le voisinage des rivières ou des ruisseaux sont convertis en prairies à inondation , à moins qu’il ne se trouve quelque moulin qui s’y oppose. On a pense' quelquefois que ce genre de prairie pouvoit rendre un pays malsain ; mais l’expérience prouve le contraire ; et en effet, avec cette méthode d’arrosement la putréfaction qui, dans les terrains marécageux, répand des miasmes nuisibles, n’a jamais lieu, parce que le fermier a soin d’ôler l’eau dès l’instant où une certaine écume se montre sur le pré ; celte écume annonce le commencement de la putréfaction des racines , et si l’on n’ôtoit pas l’eau immédiatement, le pré seroit gale’ pour l’année. Le principe même de cette économie des prairies exclut la stagnation des eaux, si nuisible à la salubrité de l’air ; d’ailleurs les prés à inondation étoient tous originairement des terrains marécageux et malsains. On a souvent demandé comment il se fai— soit que ces prairies à inondation, dont les fermiers de Wiltshire ne pourroient point se passer , ne parussent pas nécessaires ailleurs, de réponds à cela qu’il ne s’agit pas de savoir comment on se passe de ces prés dans d’autres DE W X L T 3. Sag pays , mais comment les fermiers de Wiltshire qui ont ces prairies pourroicnt élever les moutons , ainsi qu’ils le font, s’ils étoient privés de cet avantage. — Or celte économie des moutons est, je crois , la plus profitable pour eux et pour les propriétaires, qu’il soit possible d’établir 5 il suffit, pour être frappé de cet avantage , d’observer le contraste entre les fermiers du pays qui ont des prés à inondation et ceux qui n’en ont point. Tous ceux qui tiennent un troupeau debétes à laine pour élever, dans un pays aussi tardif que la province de Wilts , sont souvent très- embarrassés au mois d’Avril, dans ce mois qui est entre le foin et l’herbe , s’ils n’ont une prairie à inondation pour y mettre les brebis et les agneaux. Les brebis pleines peuvent fort bien ne manger que du foin ; on leur conserve quelques turneps , qui, dans les années favorables , suffisent pour le mois de Mars; mais s’il faut ensuite revenir au foin , le lait de la mère diminue , l’agneau dépérit , et l’été le plus favorable ne le remet point. Pour prévenir cet inconvénient, on met les brebis dans les jeunes trèfles, dans les prés secs qu’on destine au foin , dans les blés; en un mot, on leur donne du vert à tout prix. Comment estimer la perte qui en résulte pour le fermier? 4 55© AGRICULTURE Il convient d’entrer ici dans quelques de'tails sur la manière de ménager les eaux dans ces prés bas dont la possession est si précieuse. Lorsqu’après les regains le pré a été pâturé aussi ras qu’il est possible, le noyeur (the drow- ner) commence ses opérations en nettoyant le principal cours d’eau , et toutes les tranchées ou rigoles qui en dérivent, et en réparant ce que les pieds des bêtes ont gâté. Si les eaux sont abondantes, il inonde alors toute la partie préparée , et s’occupe ensuite d’en préparer une autre. Il faut que cet ouvrage soit fait à tems pour profiter, s’il est possible , des premières grandes eaux après la St. Michel ( le 10 octobre ) , parce que c’est l’époque du premier lavage général des champs, des collines crayeuses et des chemins. La durée de cette inondation d’automne ne sauroit être déterminée ; elle dépend de la situation et des circonstances ; mais si l’on dispose de l’eau à volonté, la règle est de donner d’abord une inondation complète de quinze jours , trois semaines, ou un mois , mais avec un intervalle de sécheresse qui varie depuis un jour jusqu’à une semaine; ensuite on ôte l’eau. On trouve que cette inondation d’automne est de la plus grande importance pour la quantité et la qualité de l’herbe, et surtout pour favo- DE W ï L T S . 55l riscr la végétation des nouvelles plantes au printems suivant. Lorsqu’au mois de Mars l’herbe paroît pousser avec vigueur , on ne redonne point d’eau ; mais à l’instant où la végétation semble languir, on inonde pour un jour ou deux , en ayant toujours pour règle fondamentale de dessécher le pré autant qu’il est possible entre chaque inondation , et d’ôter l’eau dès qu’il se manifeste de l’écume sur le pré. Les mêmes prairies qui supportent trois semaines d’inondation en Octobre , Novembre ou Décembre , n’en supportent pas une semaine en Février ou Mars, et peut-être pas deux jours en Avril ou Mai. Dans les prés à irrigations , l’attention principale à avoir c’est de les tenir aussi secs qu’il est possible dans les intervalles des arrosemens. Comme l’eau y est ordinairement rare , et que les inondations ne les affectent pas , on a soin de ménager l’eau de manière à l’employer plusieurs fois de suite , s’il est possible ; et on la fait séjourner plus iong-tems dans les parties inférieures , qui ordinairement n’ont de l’eau qu’en moindre quantité, afin d’en égaliser l’effet. Le grand objet des prés inondés , pour les fermiers du pays, c’est de leur procurer le 53â AGRICULTURE moyen d’élever des agneaux. C’est ordinairement au milieu de Mars que les agneaux sont en état de suivre la mère , et qu’on les met dans ces près, après avoir eu soin de les dessécher pendant quelques jours. On renferme les brebis par des claies, qu’on change d’un jour à l’autre , afin que les bêtes ne foulent pas l’herbe inutilement. On laisse aux claies quelques ouvertures pour les agneaux, qui vont ainsi paître l’herbe fraîche en dehoqs du parc. Un acre de pré suffit à mille bêtes pour un jour. On ne laisse point pâturer les brebis à la rosée , ni à ventre vide, dans ces prés. Les heures de pâturages sont ordinairement de dix à onze dans la matinée , et le soir de quatre à cinq. Dans les intervalles on met les bêtes au parc sur les terres destinées à l’orge ; et pour bien faire, il faut avoir du pâturage pour les mères et les agneaux, jusqu’à-ce que les orges soient toutes semées. Dès que les bêtes à laine ont passé sur la totalité de la partie qu’on, leur destinoit, on met l’eau dans le pré ; trois jours suffisent alors, et de ce moment là on tient Je pré sec pour obtenir une coupe de foin. Six semaines font ordinairement parvenir l’herbe à sa maturité : il est rare qu’il faille deux mois pour « SS W I L T s. 535 mûrir le foin , et quelquefois cinq semaines produisent une coupe abondante. Comme le foin de ces prairies est naturellement grossier, il importe de ne pas trop tarder à le couper; mais lorsqu’il est pris à tems , il est d’une qualité' nourrissante , et produit beaucoup de lait, soit aux brebis soit aux vaches. Quelquefois l’on demande encore à ces pre's une seconde coupe de foin; mais ce n’est guère que dans les années où le fourrage est rare : non que l’on croie nuire à la terre en coupant le regain au lieu de le faire pâturer, mais parce qu’il est rare que cette seconde coupe puisse sécher convenablement et être resserrée à propos. On trouve beaucoup mieux son compte à la faire pâturer par les vaches à lait : celles- ci restent dans les prés jusqu’au moment où le noyeur dispose ces terrains à recevoir l’inondation d’automne. Les prés que nous venons de décrire sont très-salubres pour les brebis au printems ; mais en automne elles ne sauraient y pâturer sans risquer la pourriture. Ce fait singulier pourrait conduire peut-être à la eonnoissance des causes de cette maladie. Ce n’est point, au reste, une circonstance défavorable aux fermiers ; elle les conduit à entretenir quelques vaches à lait qui leur sont très-profitables. 554 A G R I C U L T 0 B. Il En observant combien nous appuyons sur la ne'cessite’ de maintenir les près secs après les avoir inondes , le lecteur doit naturellement conclure qu’il y a beaucoup d’avantage à ee que le sol inferieur absorbe l’eau ; et en effet, cette circonstance influe davantage sur le succès du pre' que la qualité' ou l’épaisseur de la couclie vége'lale supérieure. Ce n’est pas cependant que des terrains tourbeux , ou qui reposent sur la glaise , ne soient susceptibles d’une très-grande amélioration par cette économie des eaux ; mais les prés de cette nature ont moins de valeur , à cause de la difficulté de les rendre assez fermes pour supporter le piétinement des bestiaux. Un gravier pur , ou des détritus de cailloux sous la couche végétale, assurent les plus belles récoltes, lors même que cette couche n’a que six pouces d’épaisseur : c’est dans les prés de cette espèce que la végétation est la plus hâtive au printems. On ne doit pas s’inquiéter de la qualité des plantes qui composent L’herbe du pré ; les plantes qui s’accordent le mieux avec le genre de la terre dominent bientôt tout le reste, lorsqu’on arrose dans les principes indiqués ci-dessus; et les plantes cjui, par elles- mêmes sont les moins bonnes , acquièrent une excellente qualité lorsqu’elles ont de l’eau ce qu’il leur en faut. DE W I E T S. 335 Je ne prétends pas, en parlant des terres arables , entreprendre de décider une question qui a long-tems divisé les plus habiles agronomes : savoir, si la culture au semoir doit avoir la préférence sur le système ordinaire. Si l’une et l’autre méthode n’avoient pas leur mérite propre , elles n’auroieut pas été si bien ni si long-tems défendues. Différentes terres , et différentes situations, exigent des moyens différens. Les charrues de Wiltshire ( drag- ploughs) ne sont autre chose que des charrues à semer ( drill ploughs) mais dans un état d’imperfection. Si ces charrues assurent depuis Ion g-tems dans les clowns c!e cette province de fortes récoltes de blé, pourquoi l’addition d’une boîte à semer , qui détermineroit une profondeur uniforme de la semence, ne seroit- elle pas un perfectionnement ? Quant aux terres sablonneuses, tout le monde convient que le semoir y réussit, parce que les mauvaises herbes poussent avec une telle abondance dans ces terres, que la houe y est indispensable pour les empêcher d’étouffer la récolte. Ceux qui en doutent peuvent s’en assurer en venant visiter les terres sablonneuses de \Vihshire; mais je leur conseille de se hâter, car si l’on peut obtenir que les champs communs soient enclos, on ne trouvera peut-être 536 -AGRICULTURE pas, dans sept ou huit ans , un seul fermier qui ne fasse usage du semoir. Les terres argileuses fournissent de fortes objections contre le semoir, du moins pour le ble'. Il est très-vrai aussi que ces terres n’ont pas besoin de la houe , parce qu’elles ne produisent pas d’herbe. Les mottes de terre qui restent aux semailles, et qui se fondent pendant l’hiver ou au printems , garnissent la plante , et font l’effet d’une culture pour la production favorite de ces terres, qui est le ble'. Il est difficile que l’expérience de'cide jamais complètement la grande question du semoir. L’influence de la température d’une saison sur une expérience établit des préjugés qu’on ne peut vaincre : ce qui est bon une année, et plusieurs années de suite, peut être mauvais dans une autre. Le fermier qui a beaucoup souffert en suivant un bon système dans une mauvaise année, en est dégoûté pour long-tems, surtout s’il s’e'toit écarté de la routine du canton , parce qu’alors, non-seulement il éprouve une perte , mais il ne manque jamais d’être moqué par ses voisins et par ses propres domestiques : c’est-là un très-grand obstacle à ce que l’agriculture puisse jamais se réduire à un système invariable. Dans les terres légères , où les labours ne servent DE W I D T S. 357 servent guère cju’à détruire les mauvaises herbes , l’instrument de M. Cook , nomme' le seuffler , qui nettoie cinq à six acres par jour, est fort estimé ; mais cet instrument n’est point assez généralement connu. Les fermiers de "Willshire ont très-grand soin de ne pas labourer plus bas que la couche végétale. Lorsqu’il arrive que l’on ramène dessus soit la craie, soit les cailloux, la qualité du terrain est souvent altérée pour plus de vingt-ans : c’est un véritable poison pour la terre. Les cultivateurs ne permettent pas que l’on ôte les pierres dans leurs champs, de peur de diminuer la couche sur laquelle la charrue travaille. Dans le voisinage de Lavington , oit les terres sont sablonneuses , on laboure très- profond , et souvent on fait passer une seconde charrue dans le même sillon , pour ramener à la surface une terre neuve, et mettre dessous celle que l’on suppose épuisée (1). On ne laboure guère avec les bœufs dans ( 1 ) Quand on se rappelle y, qu’en Norfolk , une couche de cinq pouces d’épaisseur d’une terre sablonneuse suffit à produire chaque année une bell e récolte sans qu’on puisse observer aucune diminution clans la force végétative, on est disposé à croire que la supposition de l’épuisement est bien fausse. Tome t. Y 358 AGKICI/I/TURE celte province : depuis qu’il y a moins de pâturages communs pour les vaches , l’usage des bœufs pour la charrue est devenu plus rare. Il est probable que la division des communes diminuera encore le nombre des attelages de bœufs, surtout dans les partiesmontueuses du comte'. Ce n’est pas cependant qu’on ne re~ connoisse en ’Wiltshire la supe'riorite’ des argu- mens en faveur de la culture des bœufs 5 mais il y a des motifs de localite's qui s’opposent à son adoption. Le principal est la rareté des pâturages clos et la difficulté d’en avoir beaucoup de tels. Une autre circonstance s’oppose à l’usage des bœufs, c’est la distance des marches où l’on ne parvient que par des routes pierreuses , au travers d’un pays inégal. Tous les fermiers qui mènent du blé au marché sont obligés d’entretenir au moins six chevaux. Ils mettent un grand amour-propre , ainsi que leurs gens, à avoir de beaux attelages, et ils renonceroient difficilement à celte petite gloire, pour revenir à l’usage plus modeste des bœufs. Cependant, il y a encore des fermiers qui ont le bon sens de tenir à ceux-ci, et qui s’en applaudissent, surtout depuis qu’ils ont échangé le joug contre le collier. Us trouvent aux bœufs cet avantage particulier de pouvoir être achetés et vendus plus promptement et plus facile- 1 DE W I E T 3. 55g ment, lorsqu’il faut augmenter ou réduire la force des attelages , selon la saison. Je suis convaincu que le piétinement des boeufs dans les pâturages des moutons augmente beaucoup plus l’herbe à l’usage de ceux-ci, que les bœufs ne la diminuent par la consommation qu’ils en font. J’ai vu un très-grand nombre d’exemples de pâturages secs, destinés aux moutons, qui perdoient sensiblement de leur qualité , parce qu’on avoit ôté les vaches qui auparavant y paissoient d’habitude. Le plus grand nombre des paroisses de la province conserve l’usage des champs communs , malgré les propositions et les démarches répétées pour obtenir les clôtures. Les désavantages principaux de cette disposition des champs sont la nécessité de suivre la même agriculture sur toutes les terres; la difficulté de perfectionner la race des brebis avec un troupeau commun , et la perte de tems et de travail qui résulte de la dispersion des pièces. Il faut convenir néanmoins que les petits fermiers pourroient perdre à la division et à la clôture des terres , et la principale raison de cette différence entre leur intérêt et celui des gros fermiers, sur ce point, c’est que dans des possessions très-resserrées ils ne pourroient point suivre la culture des moutons , prinçi* 540 AGRICULTURE pale ressource des cultivateurs de la province, et qui est assurée aux petits fermiers comme aux grands, par l’etablissement des bergers communs. L’e'cobuage ne s’emploie guère en Wiltshire pour la culture des terrains en activité de la-* bourage; mais c’est la manière tisitée pour mettre en valeur les terres en friche. Il seroit intéressant de déterminer ce qu’il y a de vrai dans les deux assertions contradictoires dçs fermiers à l’égard de cette méthode. Les uns la regardent comme de beaucoup la plus économique et la meilleure pour mettre en valeur des terres incultes; les autres affirment que si ce procédé enrichit les pères il ruine les en- fans. — L’écobuage , ainsi que d’autres procédés d’agriculture Iongtems controversés, est bon ou mauvais selon les circonstances. Quant à la province de Wilts en particulier, il me paroît que celte méthode ne devroit jamais être employée dans les terres cultivées depuis Iong tems , parce qu’en général les terrains de ce district sont légers et peu profonds , et que le parc est la meilleure manière de leur donner de la solidité en augmentant les sucs de la végétation. On peut employer l’écobuage dans les terres qui supportent les grains après que le stimulus accidentel de la cendre a perdu D fi •W I I. T S. 541 son effet. Parmi les terrains incultes de la province , aucune qualité' de sol ne supporleroit des grains à la longue sans addition d’un engrais altérant; or il n’y a point de marne, et le seul engrais propre à changer la qualité du sol, qu’on'puisse s’y procurer , est la chaux. La chaux agit d’une manière favorable srtr j?s terres rouges, mais elle est à-peu-près sans effet sur les terres noires ; celles-ci, toujours peu profondes, toujours trop peu substantielles pour supporter la charrue , devroient rester en pâturages. Quant aux terres rouges suffisamment profondes, et surtout lorsqu’elles sont embarrassées de buissons , de racines, ou d’autres obstacles, l’écobuage est assurément le meilleur et le plus économique des moyens de les mettre en valeur (1). C’est un fait que les collines de Wiltsbire donnent une rente beaucoup plus forte que les terrains situés de même dans le Hampshire, le Dorselshire et le Glocestershire. Ces comtés avoient autrefois précisément l’économie rurale (i) Voyez l’avis d’Arthur You ng sur l’écobuage, et les rapports fait sur ce sujet au Département d’Àgriculture. La question paroît bien résolue en faveur del’écobuage, par des faits nombreux et des résultats incontestables, ainsi qu’on le verra dans le cours de cet ouvrage (octobre 1807). 54a AG-RICULTUHE de Wilts relativement au parc ; et il y a dans plusieurs parties du Hampshire et du Dorset- shire des prairies à inondations tout aussi bonnes que celles de Wilts. Quelle est la raison qui a fait abandonner dans ces comtes le système de la province qui nous occupe? II paroît que la manie des belles races de brebis est la cause de ce changement. On a perdu de vue* dans ces comtes , les incomparables avantages du parc, pour s’occuper d’avoir des races distingue'es : on a moins de bêtes à laine, et on laboure davantage ; le terrain s’épuise ,par le concours de ces deux causes. On avoit bien commence' à prendre la manie des belles races en Wiltshire, et sacrifier par conséquent une partie des effets du parc ; mais l’introduction des brebis de Soulh-Down a arrêté la mode qui gagnoit au détriment des terres. On ne sauroit parler avec trop d’éloges de l’usage des prairies inondées, ni assez en recommander l’imitation ; on ne peut nier qu’il n’y ait dans le royaume un très-grand nombre d’endroits où celte industrie pourroit être imitée. Quant à ceux qui doutent de l’avantage de ces prés, je les invite à venir visiter la province de Wilts dans le mois d’Avril, et à indiquer ensuite une autre ressourcé sur laquelle DE W I X, T S. 545 ]e fermier pût compter avec une certitude c'gaîe pour nourrir ses troupeaux dans ce mois de de'tresse. Les pre's inonde's ont trois ou quatre semaines d’avance sur les ray-grass et sur tous les pre's naturels. Quels que soient les avantages que l’Angleterre retire des racines et fourrages verts pendant la saison froide ( et assure'ment ces avantages sont inestimables), cependant on peut poser en fait que , soit que l’hiver soit rude ou qu’il soit doux ; que le printems soit hâtif ou tardif, il y a toujours , pour nous , un intervalle critique entre la fin des fourrages d’une année , et le commencement des fourrages de l’anne'e suivante. La même température qui fait pousser l’herbe au printems, fait monter en graine les turneps, le colza, les choux,etc. en sorte que non-seulement ils perdent leur qualité nourrissante , mais ils épuisent le terrain dans lequel ils végètent. Un moment de réflexion suffit pour faire comprendre qu’il doit en effet y avoir un intervalle dans la nourriture verte des bestiaux. Il faut l’art du jardinier pour amortir les effets de l’hiver et avancer ceux du printems. Il y réussit par les serres chaudes et les couches : les prés inondés sont de véritables couches pour le fermier, et il en obtient des primeurs pour ses 0 1 1 A G P, I C U b T U il S troupeaux. Quelle n’est doue pas l’importance de 1 imitation de cette industrie dans tous les lieux qui en sont susceptibles ! Ajoutons encore une considération de la plus grande importance en faveur de cette amélioration; c’est que c’est la plus durable qu’on puisse faire. Le tems la rend de plus en plus efficace , et un fermier né"li«ent ne sauroit en altérer sensi- O O blement les bons effets. Avant de parler de l’agriculture du district du Nord , indiquons quelques-unes des fautes que l’on commet dans la pratique du canton dont nous venons de nous occuper : il peut n’être pas inutile de les rappeler pour l’instruction de ceux dont les circonstances locales ont quelque. rapport avec celles des fermiers de Wiltsbire. Relativement aux animaux , et surtout aux moutons , le tort de quelques cultivateurs , c’est de s’attacher à se procurer de belles races, sans consulter assez les convenances de sol et de climat. L’abri, les soins, la chaleur, sont absolument nécessaires pour le développement complet des belles formes des animaux. On peut sans'doute obtenir ces conditions en dépit du climat ; mais alors il faut abandonner la ressource fondamentale du parc , et principalement sur les terres qu’on prépare pour forge, DE W I h T S. comme nous l’avons vu. Aussi long-tems que la province de Wilts sera un pays de grains , il importera essentiellement aux fermiers de s’attacher au parc comme au proce'de' le plus utile de l’e'conomie rustique. La fantaisie des chevaux massifs et de grande taille a presque chasse du pays la petite race active et vigoureuse qui appartenoit à la province. Ces grands et beaux chevaux emploient un capital conside'rable ; les accidens sont ruineux, et l’entretien en est très-cher; car les domestiques ont ordinairement, pour les maintenir gras , la même ambition que les fermiers pour les avoir beaux. On ne calcule pas ce que ces chevaux coûtent, parce que les valets prennent l’orge (la principale nourriture de ces chevaux) dans le tas, sans la mesurer; mais il arrive quelquefois que l’entretien d’un bel attelage e'quivaùt à la rente de la ferme. Le pre'texte de préférence pour ces chevaux étoit autrefois de gagner dessus en les revendant faits pour les chars de Londres , après les avoir achetés poulains ; mais c’est un mauvais calculs que celui-là. On achète cent poulains à trente guinées la pièce, et l’on en revend un ou deux peut-être à quarantercinq guinées, deux ou trois ans après , en comptant comme pur gain le travail fait dans l’intervalle ; mais 346 t aguicuij’ï'uke un cheval de grande taille n’est fait qu’à six ans. Jusqu’à ce moment-là il faut le ménager et le bien nourrir, sans quoi il n’obtient jamais tout son de’veloppement. La nourriture d’extra est aux dépens du fermier, et les me’nagemens dans le travail sont aux de’pens des autres chevaux 5 en sorte que les poulains ne gagnent pas ce qu’ils mangent. L’argument auroit moins de force si les fermiers pouvoient entretenir des jumens poulinières de cette race , et élever eux-mêmes ; mais le pays ne le comporte pas. Remarquons encore que cette race lourde est trop lente dans son allure , pour les principaux objets de l’économie agricole en Wiltshire , et peut-être dans tous les pays. La force de ces énormes j chevaux est surabondante dans les terres légères , et leur poids nuit essentiellement aux terres argileuses : il faut laisser cette race aux charretiers, elle n’est d’usage profitable que sur les grandes routes. Le fermier a besoin de chevaux plus actifs, plus légers, d’un entretien moins coûteux et moins difficile. On peut encore reprocher aux cultivateurs de Wiltshire d’avoir diminué le nombre de leurs vaches pour les avoir plus belles -, au lieu . de se tenir à une petite race, abondante en lait, facile à nourrir, et qui soutenoit l’hiver DE AV I E T S. 34 7 fions les enclos en 11e mangeant que de la paillej ils ont des grosses vaches qui ne rendent pas plus, et qu’il faut hiverner an foin dans l’écurie pour qu’elles ne perdent pas leur chair. Enfin il ne faut pas oublier une erreur des fermiers qui est d’une conséquence bien plus grave , et qui est aussi infiniment plus commune ailleurs ; c’est de semer annuellement plus de grains , et surtout plus de blé qu’il 11e faudroit. Les deux principales causes de cet abus sont la non clôture, des champs, et le peu de soin que l’on met à obliger les fermiers, par les conditions de leur bail, à ménager les terres. Il en résulte que n’ayant point assez de fourrages secs, ils sont obligés de diminuer beaucoup leurs troupeaux l’hiver ; que leurs terres arables sont dans un état de rapport forcé, et qu’ils font moins de fumier qu’ils n’en fe- roient en semant moins. 548 AGRICULTURE DE WILTSHIRE, DISTRICT DU MORD, J. JE sol inferieur , dans la plus grande partie de ce district , est compose' d’une sorte de schistes , qu’on nomme dans le pays corn~ grate , et dont on se sert dans quelques endroits pour couvrir les maisons. La couche végétale qui repose sur ccte masse de schistes est une terre calcaire , rougeâtre , mélangée de pierres irre'gulières. Cette terre ve'getale est coupée par des veines de glaise bleuâtre, assez semblable à de la marne , mais qui n’est point suffisamment calcaire pour avoir un effet sensible comme engrais. Celte terre produit naturellement le chêne , et la terre rougeâtre , l’orme. Celle-ci varie en fertilité, selon sa profondeur. Dans quelques endroits la terre est très-légère , dans d’autres elle a plus de consistance. Il y a aussi une partie du district dont le sol inférieur est un gravier mélangé de coquilles : c’est la portion la plus productive du pays. Ce gravier réchauffe et dessèche la couche végétale, AGRICULTURE DE WILTSHIRE 54g et donne de l’activité à la croissance des plantes. On trouve aussi quelques veines de sable. Le canton est en general froid, et peu propre aux productions hâtives du printems. Les possessions sont plus divisées que dans la partie du Sud ; et cela est particulièrement vrai dans le voisinage des villes de fabriques. Le district est presque tout enclos. Il n’y a plus qu’un petit nombre de champs communs , «l quelques communaux. La partie la plus le'gère est destinée au labourage , mais tout ce qui est un peu argileux est en prairies closes. Parmi celles-ci , les pâturages du bord de l’Avon tiennent le premier rang. Les fromages de cette partie sont connus. Autrefois ils passoient pour des fromages de Gloceslershire , mais aujourd’hui , ils ont plutôt une qualité’ supérieure. Il y a une e'mulation admirable dans leur fabrication j et la re'ussite presque e'gale , dans des terrains absolument dilférens, indique que les soins bien entendus ont encore plus d’influence syr la qualité' des fromages que la nature de l’herbe dont les vaches se nourrissent. Les neuf-dixièmes des fermes à laiterie sont pourvus de vaches à longues cornes , d’une grosse espèce , qui donne , dit-on, une plus grande quantité' de fromage qu’aucune autre race , et qui a l’avantage de s’engraisser très- 35o AGRICULTURE bien pour le boucher. La quantité' moyenne de fromage produite dans l’anne'e, par une vache qui fait son veau en bonne saison , est de trois quintaux et demi • et il y a des vaches qui en donnent jusqu’à cinq quintaux. Les partisans des petites races objectent que trois de ces grosses vaches mangent autant qu« quatre petites, sans rendre plus , et qu’en con- se’quence l’avantage est pour les petites : i.° parce que les chances de mortalité ne sont pas si graves 5 a.° parce que le poids des grosses vaches est nuisible aux terres humides et froides ; 3.° parce qu’il leur faut deux ans de plus pour arriver à leur perfection. Enfin , on objecte encore contre celte race à longues cornes, que les bœufs sont mal faits , et de peu de valeur. L’objection de la lenteur de l’accroissement a bien de la force , parce qu’elle détourné le fermier d’élever dans ses propres pâturages les bêtes qu’il destine à sa laiterie ; et cependant c’est une chose reconnue, que les bêtes e'ieve’es dans le pâturage où elles doivent rester , y réussissent mieux. On a fait dernièrement plusieurs tentatives pour introduire dans le canton la race de De- vonshire qui est plus petite , et qui, outre les avantages propres aux petites espèces , a celui DE WILTSHIRE. 55l de s’engraisser aisément, et d’avoir une viande excellente. Le grand objet, dans un canton où l’industrie des fromages est si profitable , c’estla quantité de lait que donnent les vaches. Les partisans de celles de Devonshire affirment, que trois de ces petites vaches donnant chacune autant de lait qu’une grosse , ne coûtent pas plus à nourrir que deux vaches à longues «ornes : si cela etoit prouve, la question seroit résolue. Les cochons sont regardes comme une dé- pendance necessaire d’une laiterie. On élève et on engraisse un grand nombre de ces animaux avec le petit-lait mêlé de farine d’orge. Les pois ne sont plus autant employés à cet usage qu’ils l’étoient autrefois. La race que l’on préfère est croisée des blancs à longues oreilles ; avec les cochons d’Afrique ou cochons nègres. On engraisse beaucoup de bêtes à cornes et de moulons dans ce district. Le gros bétail que l’on met à l’engrais n’est guères que de vieilles vaches à longues cornes, et des bœufs du Devonshire. On les commence de bonne heure au printems pour pouvoir , s’il est possible , les achever à l’herbe ; mais les plus grosses bêtes s’achèvent ordinairement dans l’étable avec du foin. On ne leur donne guères du son de bière. On a introduit dernièrement 35a AGRICULTURE pour l’engrais , l’usage des pommes de terre cuites à la vapeur , et mêlees avec de la paille hache'e. Bath consomme une partie des bestiaux gras du canton ; mais le plus grand nombre va à Smilhfield. Les moutons qu’on engraisse s’achètent aux foires d’Octobre , et on les met sur des terres qui ne peuvent pas porter du gros bétail. Quelquefois on achète les brebis et les agneaux pour les engraisser ensemble l’ete suivant. Les fermiers à laiteries qui engraissent des moutons s’en trouvent mal quelquefois; parce que si au '■printems les moutons ne sont pas gras , on les met à l’herbe au détriment des vaches ou de la récolté de foin. On tient des brebis pour le parc , et pour elever. Le nombre des troupeaux dcstine's au parc est moins conside'rable qu’il ne l’e'toit autrefois avant l’industrie des fromages. Il y a beaucoup d’autres endroits dans le royaume où le nombre des troupeaux a diminue, et cependant c’est un fait que la consommation du mouton a beaucoup augmente en Angleterre. On ne peut guères expliquer ce fait qu’en admettant qu’on tue les moutons beaucoup plus jeunes qu’on ne faisoit autrefois , et cela est indubitable. Ce n’etoit qu’à quatre , cinq, et même six aus qu’on veijdoit les moutons au DE W X E T S. 353 an boucher : aujourd’hui l’on tue les trois quarts des moutons à deux ans. Les races qu’on avoit autrefois n’arrivoient pas assez promptement à leur grosseur pour qu’on pût tuer à cet âge 5 mais le perfectionnement des races a été depuis quelque tems un objet particulier d’émulation, surtout en Leicestershire, et les succès qu’on a obtenus ont fourni de nouveaux moyens de subsistance au royaume (1). Deux races de brebis très-dilfe'rentes conviennent selon l’objet qu’on se propose. II faut, pour pâturer et parquer , une race légère et qui aime à marcher ; pour engraisser il faut une race tranquille. Dans le district du Nord de Wiltshire on commence à adopter la race de Leicestershire, qui est particulièrement propre à prendre la graisse de bonne heure. Il n’y a guères de grands communaux dans le district , mais on y trouve beaucoup de petits pâturages communs qui sont dans un état d’abandon absolu. L’agricùlture des champs communs est très-défectueuse , comme elle l’est partout ailleurs ; et il arrive souvent que (1) L’auteur ne dit rien de l’augmentation du poids des individus, augmentation qui est jugée d’un quar t depuis 173a, et qui sert aussi à expliquer le fait dont il s’occupe. Tome 1. Z 554 AGRICULTURE des terrains qui font-partie des plaines de champs communs s’afferment à un prix de moitié moindre que les champs enclos du voisinage. Le droit de parcours dans les communaux se compte en général pour rien dans l’estimation des propriétés territoriales. Le district a éprouvé long-tcms le très- grand inconvénient des mauvaises routes. Les chemins publics étoient impraticables; les traverses plus mauvaises encore , et les frais des chemins à faire pour la dépouille des champs décourageoient d’entreprendre des clôtures ; mais depuis quelques années il s’est fait plusieurs routes à turnpikes (l), qui coupent le district, et l’on s’est piqué d’émulation , pour améliorer les chemins qui tendent des villages à ces routes nouvelles ; on doit s’attendre maintenant à voir les clôtures se multiplier , car on sent généralement la nécessité de celte amélioration. ; tnp Celle des desséchemens est fort pratiquée dans le district. Les aqueducs couverts se font en pierre ou en gravier. Les schistes qu’on trouve (1) Les turn pihe-roads sont des routes entreprises sous l’autorisation du parlement, par des particuliers qui ont, en dédommagement de leurs frais, le droit de percevoir un impôt sur les voyageurs. DE 'VV I Ii T S, 555 en abondance , sont extrêmement commodes pour les aqueducs. On fait ceux-ci ordinairement de dix pouces de large ; quelquefois en prismes , quelquefois en parallêlipipèdes : ceux-ci valent mieux. Il y a une sorte de desse’eliemens peu coûteux , et qui remplissent dit-on j très-bien leur objet : voici comment ils se font. On enlève un gazon. On perce ensuite verticalement avec une tanière de trois pouces de diamètre , à la profondeur requise. Si le sol est léger, ou que la terre s’éboule, on met des petites branches dans le trou pour empêcher qu’il ne se remplisse j puis on remet le gazon enlevé, mais en retournant l’herbe en-dessous. On multiplie ces trous autant que cela est nécessaire. — On les fait aussi quelquefois en cônes renversés, de trois pieds de profondeur et de neuf pouces d’ouverture , que l’on remplit de petites pierres. Dans un terrain mouilleux et froid , la première de toutes les réparations doit être de dessécher. Les eaux stagnantes sont un poison pour la végétation ; et pour que le fumier puisse faire son effet, il faut commencer par débarrasser des eaux qui refroidissent le sol : les méthodes qui facilitent les desséchemens sont donc de la plus grande importance en agriculture. 556 AGRICULTURE II y a deux grands obstacles aux améliora-^- tions de ce district. Le premier est la difficulté «t les frais qu’entraînent les actes de clôture. Cet obstacle sera probablement bientôt levé pour tout le royaume. Le second obstacle aux améliorations, c’est le grand nombre des moulins qui empêchent de disposer des eaux pour arroser les prés. Autrefois chaque manoir -avoit son moulin pour la commodité des tenanciers d’alentour ; et on les a maintenus quoiqu’ils soient peu occupés , et qu’avec les perfectionnemens modernes un tiers des moulins existans pût suffire au canton. AGRICULTURE DU COMTÉ D E YORK. Ï_JA diversité des sites demande un art varie pour la disposition des eaux. Sur les hauteurs , il faut les retenir à la surface : dans les vallées il faut se hâter de lès faire arriver à leur issue. La plupart des valle'es de ce comté sont sujettes à être inondées partiellement dans les grandes eaux ; mais elles sont , je pense, susceptibles d’être suffisamment desséchées dans les basses eaux. La seule chose nécessaire pour » obtenir ce dessèchement , c’est de couper un assez grand nombre de canaux entre les parties à dessécher et les rivières; un nombre suffisant de fossés qui dégorgent ces canaux et un nombre suffisant de rigoles qui communiquent à ces fossés. On a fait avec succès plusieurs essais dans ce but. Les marais de l’ouest , en particulier, en sont un exemple frappant , car quoiqu’ils n’aient absolument aucune pente , et qu’ils se trouvent immédiatement au-dessus du niveau 553 agriculture. de la Derwent , ils sont maintenant soumis a l’action de la charrue , et on n’y dispose pas même la terre en sillons releve’s ou en à-dos. Au moyen des rigoles , des fosses , et des canaux , le pays est aussi à l’abri des eaux surabondantes que s’il se trouvcit d’un mille au- dessus du niveau de la Derwent. Cependant les marais de l’est, et quelques autres portions de là valle'e , à la honte des habitans, demeurent encore inondées, ou du moins dans un e'tat mare'cageux , et ne donnent qu’un pâturage grossier aux jeunes bêtes pendant les mois d’été. Le remède à ce mal, remède applicable à toutes les situations du même genre qui se.trouvent dans tant de districts du royaume, c’est deresserrerla rivière entre deux chaussées, et de creuser un canal de chaque côté , en dehors de ces chaussées. Si, dans le tems des basses eaux , la rivière peut dégorger le canal dans sa partie la plus basse , de manière que le marais soit débarrassé des eaux stagnantes , l’ouvrage peut se faire sans de grands frais , du moins si on les compare aux avantages qui en résultent. Des écluses placées au point le plus bas , pour donner issue aux eaux superflues , et pour les empêcher de rétrograder, compléteront le travail. I)’ YORISHIRa. Sôg Si le niveau de la rivière dans les basses eaux , se trouvoit trop èleve’ pour la pro- fondeur necessaire du canal , il faut avoir recours à des moulins ( màrsh-mills ) places dans la partie la plus basse , et qui dans tous les cas ordinaires , rempliront très-bien l’objet dé suppléer la pente. La dépense de l’établissement d’un moulin est considérable, et son entretien est également coûteux ; mais en supposant que les premiers frais s’élevassent à 200 guinées , et qu’il en coûtât annuellement vingt pour l’entretien et les soins, cette dépense ne seroit encore qu’une bagatelle , si on la compare à l’avantage de transformer quelques milliers d’acres de marais presque inutiles , en terres labourables ou en prés d’une valeur dix fois peut - être plus considérable. Dans le cas dont il s’agit, les moulins de décharge , s’ils étoient nécessaires , ne pourvoient être appliqués que du côté de la rivière. Les ruisseaux sont trop nombreux sur la rive du Nord de la Derwent , pour qu’un moulin pût les décharger; mais en resserrant ces ruisseaux entre des levées de terre, et en appliquant un moulin à chaque compartiment du. marais , ou auroit la certitude de réussir. Au Sud et à l’Est de la rivière , on pourroit faire 56o AGRICULTURE plus de bien à moindres frais : il s’agiroit seulement après avoir resserre' la rivière entre des chaussées , de faire la même operation sur un des ruisseaux. Il est presque inutile de dire que la terre tirée en faisant les canaux , doit servir à faire les chaussées , de manière qu’un même travail remplit deux parties de l’objet. On sent aussi que les principaux fosses doivent communiquer depuis les canaux jusqu’à la partie à desse'cher. Mais il y a une chose qui ne paroîtra pas si évidente, c’est la manière de placer les chaussées relativement à la rivière. Si on les place immédiatement au bord, comme c’est l’usage, la moindre déviation dans le cours de la rivière peut les détériorer. D’ailleurs , s’il y a une chaussée de chaque côté , il faut, pour que les grandes eaux soient contenues , élever les chaussées à une grande hauteur. Si, au contraire , les chaussées sont placées-à dix ou quinze toises de la rivière , elles sont à l’abri des dégradations opérées par le courant ; et comme l’espace dans lequel les eaux s’étendent lors des crues est plus considérable , elles ne montent pas si haut, et il n’est point nécessaire de donner aux chaussées autant d’élévation, i On pourroit imaginer que, dans ce cas, il y a du terrain perdu 5 mais l’expérience prouve d’ Y 0 R K S H I R E. 56l que les levées de terre sont aussi utiles au terrain qu’elles circonscrivent qu’à celui qu’elles laissent en dehors. Les eaux d’une rivière enrichie par les inondations , déposent, en se retirant, les principes fertilisans qu’elles charrient , et ces dépôts, resserrés sur un petit espace , ont un effet qui n’e'toit point sensible sur un vaste terrain. On voit aussi dans l’espace compris en dedans des chaussées les inégalités de la surface disparoître peu-à-peu , et le terrain s’élever d’année en année. J’ai eu occasion d’observer un effet de ce genre, extrêmement marqué : le bord de la rivière, du côté où il y avoit une chaussée , s’étoit élevé d’énviron un pied au-dessus du niveau du rivage opposé. Cette élévation de surface est une addition de richesse pour le sol. Ces bandes de terrain comprises en dedans des chaussées sont singulièrement propres à former des ose- raies , et à servir de pâturages. Dans les cas ordinaires , la dépense de l’encaissement , n’est pas très-considérable. On voit dans la vallée de la Derwent plusieurs exemples de cette opération. Les marais de Brawby, contenant environ trois cents acres d’un sol tourbeux couvert de joncs , e'toient fréquemment inondés par la rivière de Seven qui en cotoie la partie supérieure $ et la Rye qui forme leur 56a a & k i eu i t u r e borne de l’autre côté leur servoit d’écoulement. Ces trois cents acres appartiennent au comte de Salisbury , et lui rendoient cinquante livres sterling par an pour le pâturage qu’il louoit. L’encaissement lui a coûté environ soixante livres sterling , c’est-à-dire , un shelling par yard , sur une longueur de trois quarts de mille : il est vrai que les restes d’une ancienne chaussée contribuèrent à diminuer les frais. Lorsque la chaussée fut finie , elle étoit haute d’environ sept pieds ; elle avoit à son sommet un replat assez large pour que les bestiaux pussent y marcher. Le talus étoit suffisant pour empêcher l’éboulement, ou la dégradation par les animaux , et il étoit revêtu de gazon du côté de la rivière. Outre la chaussée qui auroit pu coûter environ cent livres sterling , si l’on ne s’e'toit pas aidé d’une ancienne levée de terre, il étoit nécessaire de couper une route au travers de l’espace racheté sur les eaux; d’y faire quelques bâlimens, et d’enclorre le tout. En supposant que le chemin , les bâlimens , et la clôture eussent coûté trois cents livres , la totalité des frais auroit été de quatre cents livres sterling , c’est-à-dire de l5 à 20 livres sterling annuellement. Après l’amélioration , la rente de ce terrain b’ Y O R I S H IK E, 563 a e'te de huit shellings par acre ; c’est-à-dire que les 5oo acres rendent cent vingt livres stexling. Il y a donc d’abord un profit de 5o livres sterl. annuellement. Dans une douzaine d’années la rente pourra être doublée , parce que le sol est profond , et que sans être riche , il est propre au blé et à l’herbe. Lorsque les travaux stipulés avec les fermiers actuels auront été faits, les trois cents acres rendront au moins deux cents livres sterling , c’est-à-dire quatre fois leur ancienne rente. Il y a encore dans le même arrondissement , un autre exemple d’un encaissement , qui a fort bien réussi. Les commissaires chargés d’exécuter un acte de clôture, ont sagement mis à l’abri des inondations un terrain bas qui y étoit sujet. Le remède se trouvoit facile ; il ne s’agissoit que d’une chaussée peu étendue , et presque partout moins élevée de trois pieds. Cependant l’amélioration a été très-considérable : ce terrain ne rendoit à peu près rien , il est devenu une terre arable , susceptible d’augmenter beaucoup de valeur. Il faut convenir que le premier talent d’un propriétaire cultivateur , c’est de découvrir et d’exécuter des améliorations qui donnent un accroissement durable dans la rente, sans rien coûter au bonheur ni à la conscience de celui qui en jouit. 'agriculture 564 Il y a beaucoup de bois dans les vallées dd pays. Celles qui se'parent les hauteurs de pierre à chaux au Nord de la vallée de Pickering , et qui donnent passage aux rivières et aux ruisseaux qui découlent des terrains tourbeux , sont garnies de bois. II est probable qu’autre- fois il y avoit au pied des collines, des espaces considérables en bois : il n’en reste que peu aujourd’hui. Dans la partie méridionale de la vallée de Pickering, ily a, de place en place , des bois qui ont quelqu’importance. Le chêne y est en abondance , et on y voit quelques frênes. Le hêtre, quoique parfaitement adapté aux pentes rocailleuses, ne se trouve jamais dans les forêts naturelles, ce qui semble prouver que le chêne et Je frêne sont naturalisés depuis un grand nombre d’années , et descendent des forêts qui autrefois couvroient le pays ; tandis que le hêtre y a été transporté plus récemment. Celui- ci se trouve sur les hauteurs de roche calcaire dans le Glocestershire , le Herefordsbire, et la partie méridionale du pays de Galles , où , selon toutes les apparences , il est dans son état naturel. Les informations que j’ai ras-^ semblées concernant les bois, dans ce pays-ci 5 peuvent se rapporter aux chefs suivans. «**“■*'■ -j*"- d’ yorkshire. 565 j.° Les plantations. 2 . ° Les ventes. 3. ° L’exploitation. 4. ° Les bois de construction. 5. ° Les e'corces. €.° Les transports. On ne voit guères dans ce comte des exemples de plantations de glands. Ce qu’il reste des anciennes Forêts avoit évidemment été produit fortuitement par des rejetons des racines des arbres coupes, ou par des glands semés d’eux- mêmes. Un chêne qui vient de gland , dans une plaine ouverte, jette des brandies de tous cotes 5 et comme le be'tail les ronge , il prend la forme d’un arbuste. Mais lorsqu’un plant de chêne s’élève parmi les épines et dans les buissons épais, à l’abri de la dent des bestiaux, la nature le pousse dans une direction verticale, en un seul jet, pour lui faire prendre promptement l’avantage sur les plantes environnantes. Cette habitude précoce de s’élever verticalement favorise peut-être pour la suite cette même tendance à s’élever. On peut conjecturer aussi que les plants naturellement foibles ne peuvent jamais gagner l’avantage sur les buissons environnans, et que, par conséquent, ceux qui y parviennent sont d’une constitution vigoureuse. Quoiqu’il e,n soit de la cause , on ob- 5 66 AGRICULTURE serve que les arbres qui croissent dans les broussailles épaisses deviennent plus grands et plus beaux. La plupart des bois qui subsistent aujourd’hui , au Sud de la rivière de Derwent, ont repoussé sur de vieux troncs coupés. C/est l’usage dominant dans le pays , où les bois taillis n’ont pas une valeur aussi considérable qu’ailleurs. Les fagots , les plantes de haies, et les petits cercles sont les seuls articles de vente qu’on lire des taillis. Lorsqu’on veut couper un bois pour qu’il repousse , on a soin , en abattant les arbres, de laisser l’écorce intacte , autour du tronc , que l’on coupe à quelques pouces au-dessus de la terre. Avant que les rejetons paroissent on rase absolument le bois tout autour, et l’on renouvelle les fossés ou les haies. Si on laisse subsister quelques arbres dans les intervalles des troncs coupés, jusqu’à-ce que les rejetons aient paru , on fera ensuite beaucoup de mal en les abattant; et si l’on n’a pas soin de mettre les rejetons à l’abri de la dent des bestiaux jusqu’à-ce qu’ils soient un peu élevés, il en résultera une perte difficile à compenser (1). ( 1 ) Le cultivateur qui réfléchit ne peut voir de sang- froid l’incalculable dégât que les bestiaux font dans les b’ y O R K S Iî I R E. 367 Autrefois la seule précaution que l’on prît pour les jeunes plants e'toit de les défendre des bestiaux. Aujourd’hui l’on y ajoute le soin d’éclaircir le bois de tems en teins , c’est-à- dire de couper la broussaille et les plapts tortus, ou qui ne promettent pas , pour donner plus d’air et de soleil à ceux qui sont de belle venue. Cette ope'ration ne se fait guères que lorsque les arbres que l’on ôte peuvent déjà être utiles, ce qui double le profit de ce procédé. La première coupe qui se fait dans le but d’éclaircir, se fait ordinairement au bout de dix ans , et la seconde au bout de vingt ans. De dix én dix ans , pendant cinquante ans au moins , l’on peut couper des arbres avec double profit, et en ayant principalement pour but de favoriser la crue des bois de construction. Les arbres destinés à cet usage, s’ils se trouvent en terre passable , et dans une situation bois soumis à une administration vicieuse, et dans les cantons où la police est sans vigueur. Un bon fossé d’enclos change une broussaille inutile en un bois de grand prix, dans le cours de ving-cinq ou trente années. Le mal que font les bestiaux est à pure perte. Ils sont mal nourris en dévastant de grandes étendues de terrain, qui, sous une bonne administration, donneroient cent fois peut-être ce que leur arrache des animaux languis- sans et chétifs. 568 AGRICULTURE favorable, atteignent au bout de quarante ans, une hauteur de trente à quarante pieds, et une circonférence de vingt à trente pouces. Il faut observer que lorsqu’on coupe un bois pour le faire repousser , il importe de raser tout, arbres et broussailles. Les arbres isolés que l’on laisse quelquefois de place en place quand l’on coupe les bois, parce qu’on les trouve trop petits et d’une trop belle venue pour être abattus , ne profitent pas lorsqu’une fois les arbres voisins sont coupés, et cependant leur ombre , et l’eau qui en dégoûte nuisent beaucoup aux jeunes plants qui se trouvent dessous. On peut observer aussi qu’il y a de grandes inégalités dans cette manière d’élever les plants pour bois de construction. Il y a dans quelques endroits dix fois plus de plants qu’il n’en faut pour qu’ils se trouvent à une distance convenable , et dans d’autres il y a de grands vides qu’on ne sauroit éviter. On peut élever des bois pour construction , avec une sorte de sûreté lorsqu’on s’y prend comme je l’ai dit ci-dessus ; mais , avec la dernière méthode , on court risque de ne pas réussir. Je ne connois plus qu’une seule terre en Yorkshire où il y ait de très-beaux arbres pour bois de construction, et cette possession n’est pas D’ y O ït K S H I K E. 36ÿ pas très-considërable. Les bois que l’on vend pour construction sont donc plus jeunes en Yorkshire qu’aitleurs 5 on en a vendu quelquefois de quarante ou cinquante ans 5 et l’on estime qu’on en tire meilleur parti à cet âge qu’on ne feroit en attendant plus tard , surtout lorsque les fosses de clôtures sont faits i neuf. J’ai vu un bois de quarante ans vendu à raison de vingt livres sterling l’acre , les frais à la charge de l’acheteur. Le sol étoit une glaise mouilleuse qui, dans l’e'tat arable, ne vaut guères que sept à huit shellings l’acre annuellement, mais qu’on ne pourroit convertir à l’e'tat arable qu’en sacrifiant une partie de la valeur du terrain. En considérant donc ce qu’il en auroit coûte' pour le mettre en culture , et l’avantage qu’on retire des bois en les laissant repousser, il convenoit de laisser la pièce en bois, quoiqu’il y eût plusieurs vides à remplir. Ordinairement les ventes se font en gros , et au plus offrant, les bois étant sur pied : cette manière de vendre à l’enchère est la plus avantageuse au proprietaire. Les acheteurs de bois sont des gens qui entendent très-bien ce genre d’affaires ; ils estiment la valeur des bois avec une sorte de certitude , tandis que le vendeur est oblige' de s’en rapporter à la capacité' et à Tome 1. Aa 370 A & R I C U li T U P. E l'intégrité d’un tiers, qui n’ayant point d’intérêt dans la vente, manque du grand stimulant pour l’exactitude rigoureuse. Mais lorsque l’on dispose des bois à l’enchère , avec un nombre suffisant d’enche'risseurs, ce n’est plus entre le vendeur et l’acheteur qu’est le débat , c’est entre les miseurs. Tous e'tant bons juges de la valeur des bois en vente , ils donnent au vendeur une bonne chance pour les prix. On estime les bois sur pied en calculant ce que chaque arbre peut valoir ; non pas cependant en les mesurant tous , mais quelques- uns seulement , avec une exactitude suffisante. Lorsqu’on s’est formé le coup-d’ceil, on calcule par approximation , en vérifiant de tems en tems l’estime par la mesure exacte. Lorsque les arbres ne sont pas très-gros , on se dispense de mesurer, et les experts jugent très-bien de la grosseur et de la longueur du fût. On n’arrache jamais les arbres; on les coupe à quelques pouces de terre. Cet ouvrage se fait presque toujours à la journée. Les ouvriers sont au compte du marchand de bois, et non du tanneur. lien résulte une grande économie d’écorces. Des ouvriers qui font les écorces à. entreprise , à tant le quintal, laissent perdre beaucoup de branches : il n’est pas de leur intérêt d’e'corcer tout. 11 en est de même quand TJ ’ Y O II K S II I R E. 571 le tanneur e'corce à ses frais. 1V1 ais quand celui- ci achète l’ëcorce d’une certaine quantité de bois convenu au poids , ou que le marchand de bois fait faire les écorces pour les vendre , il est de leur intérêt dans les deux cas d’écorcer tout ce qui peut supporter les frais. Cela explique comment les écorces de ce pays-tri sont souvent d’un très-petit calibre. Lorsque la sève est bonne ( 1 ), on écorce quelquefois des rameaux qui ne sontguères plus gros que le doigt. On sèche ordinairement des écorces , en les inclinant contre des perches, soutenues horizontalement sur des fourches ; mais quand la s,aison est humide , et la terre mouillée , on fait un lit de branches sur lesquelles on met (1) C’est une chose très-singulière que les variations que l’on observe clans la facilité avec laquelle les écorces s’enlèvent. On sait que cette opération np peut se faire qu’au mois de mai, dans le moment où la sève est en pleine activité : ç’est le seul instant de l’année où l’écorce se détache aisément de l’aubier. Il y a des cantons où le travail des écorces se fait avec plus d’aisance que dans d’autres. Cette aisance varie dans l’enceinte du même bois, et fréquemment d’un arbre à l’autre. 1 plie varie encore selon le vent qui souffle, et le teins qui se prépaie. Pour les ouvriers experts, c’est une espèce de baromètre; et en particulier, lorsque l’air est fort électrique, l’écorce se détache avec une étonnante facilité. J’ai fait et répété cette observation moi-même. 572 AGRICULTURE les écorces, qui sont ainsi soutenues à environ un pied de terre : c’est peut-être la meilleure me'thode , dans tous les cas. Les principaux dëbouche's pour les bois de construction ont e'të jusqu’ici les ports de Whitby et Scarborough. Mais aujourd’hui il ne reste que bien peu de bois de construction dans le comte. Les bois semés sont en petit nombre, et jeunes encore; les bois recrus sont en général trop épais , et ont souvent trois ou quatre chênes sur la même racine : ils sont d’ailleurs trop droits pour la construction des vaisseaux. Le prix moyen des bois de construction est de 3 livres sterling à trois guinées le tun , k 4o pieds de long , rendue dans les ports. Ce prix ; au reste, varie avec les tems, et encore plus avec la qualité des bois : les plus courbes ont le plus de prix. Le chêne pour bois de charpente coûte maintenant quatorze peece le pied. Le frêne s’emploie presque tout par les charrons et les tonneliers : ceux-ci en font des ustensiles pour la laiterie. Son prix varie entre un shelling et dix-huit pence le pied du tronc , selon la grosseur. On peut s’étonner de voir le prix du frêne aussi haut que celui du chêne; mais le premier d’yORKSHIRE, 573 est plus rare , et s’emploie dans le pays même , au lieu qu’il faut charier le chêne à une distance de vingt milles , pour en avoir une demande égale. Les écorces se vendent toutes préparées au tanneur. Le marchand de bois les fait sécher dans la forêt, et en forme des magasins. Il les fait ensuite piler , et les vend à tant le quarler, prêtes à être mises dans les fosses. Cette méthode paroît vicieuse , en ce que le tanneur étant le meilleur juge de la préparation que les écorces doivent subir , devroit aussi la surveiller. L’usage de moudre les écorces n’a pas encore pris pied dans ce comté : leur prix moyen , lorsqu’elles sont préparées, est de 10 shelliug 6 d. le quarter. Le charriage des bois a été long-tems un métier à part dans la vallée de Pickering. Le prix pour vingt milles , qui est la distance la plus proche , est d’environ i5 shellings le tun de quarante pieds. On donne 3o shellings pour quarante milles : ce qui revient également à neuf pence le tun par mille. En supposant que le prix des bois de construction soit de trois livres sterling le tun , dans les ports , et que le bois vienne de l’extrémité de la vallée, le transport réduit le prix AGRICULTURE 074 de vente à 3 o shellings, c’est-à-dire à la moitié. Les bois qui croissent à 20 milles du port perdent un quart, et ceux qui croissent à 10 milles du port, un huitième de leur valeur. On peut calculer , d’après cela , combien il est avantageux d’élever des bois dans le voisinage des ports, et combien cet avantage est moindre à de grandes distances. On s’occupe beaucoup plus de détruire les bois que de faire des plantations, en Yorkshire. Il Y a des parties où les forêts naturelles sont assez abondantes pour rendre les plantations peu necessaires,- mais sur les hauteurs qui environnent la vallée , les plantations scroicnt extrêmement utiles , et il est re'ellement e'ton- nant qu’on ne s’en-soit pas plus occupe'. Le hêtre seroit, je pense ,, l’arbre le plus utile à propager sur les hauteurs. Il aime de préférence les sols calcaires , et prospère dans les situations fort exposées au vent. C’est le bois de construction le plus commun sur les hauteurs de Surrey et de Kent. Il réussit aussi très-bien sur les hauteurs crayeuses d’Amersham en Buckingliamshire , et on commence à bien sentir les avantages de ce bois. La manière la plus profitable d’élaÜîir les bois de hêtre sur de tels terrains seroit de semer la faine en lignes , et de cultiver les intervalles. E* Y O H K S H I R I, 575 Dans la vallée , on n’a guères planté avec des vues d’utilité que quelques bouquets de sapins d’Ecosse , destinés à servir d’abri aux bestiaux à la pâture. Il y a pourtant un exemple d’amélioration très-bien entendue , quia été suivie avec jugement et persévérance par un homme dont j’ai reçu plus d’idées utiles sur les plantations que de tout autre. Cet exemple vaut la peine d’étre cité. Le sol qu’il s’agissoit d’améliorer étoit un marais tourbeux qui se trouvoit presque an niveau d’un ruisseau voisin. Le sol inférieur étoit une glaise bleue. La couche supérieure étoit une terre tourbeuse , noire , et dont l’épaisseur varioit depuis un pied jusqu’à trois ou quatre pieds. Le gazon étoit un tissu de roseaux, de joncs, d’herbes marécageuses qui ne rendoit presque aucun pâturage. Il y avoit des endroits où les bestiaux couroient risque de se perdre dans la vase. Ce marais formoit un triangle de neuf à dix acres qui avoit une pente à peine sensible du côté de l’angle lé plus aigu. La situation étoit très-froide , parce que cette pièce, placée au centre d’une plaine rnouilleuse , n’éloit garantie d’aucun côté. Il s’agissoit évidemment de donner de la chai cur, et de dessécher jusqu’au point convenable. Pour y parvenir , on commença par \ 076 AGRICULTURE approfondir îe lit du ruisseau et les fosse's en- vironnans. On ouvrit en même tems un large fosse' d’écoulement en dedans de la limite de la pièce, en laissant entre ce fosse’ et la borne de- la possession , une bande irrégulière de cinq à dix yards de large. Ces opérations suffirent pour ôter l’eau surabondante dans la pièce, excepté à l’extrémité la plus basse, près de l’endroit où le principal fossé se de'gorgeoit dans le ruisseau. La bande extérieure fut aussi suffisamment desséchée pour y faire une plantation. Les parties les plus humides furent plantées en arbres aquatiques ; les parties les plus sèches en arbre de forêts de diverses espèces. II y a quinze ans que cela a été fait. La bordure , à une certaine distance , a déjà l’air d’un bois. L’intérieur de la pièce profite de l’abri que lui donne la bordure , contre les vents. Je reviendrai aux améliorations opérées dans ce terrain5 mais je dirai ici quelque chose du succès dès différens arbres dans ce terrain tourbeux desséché. Le propriétaire qui a fait cette opération , pense que la tourbe deséchée est le plus sec de tous les terrains , et il en a l’expérience. Dans les étés 1786 et 1786, qui furent très- secs , la plantation fit peu de progrès et la D’ YOÏIKSHIRE. 377 pièce rendit très - peu. L’année suivante fut humide, et la végétation fut très-vigoureuse. Les sols tourbeux parfaitement secs repoussent l’eau comme une éponge bien sèche; mais lorsqu’ils en sont saturés , et qu’ils sont dans une situation basse ils la retiennent plus long- tems que d’autres terrains. Cependant si la tourbe se trouve fort au-dessus du niveau de l’eau, les eaux pluviales la traversent aisément. Cela explique comment le bouleau et le sapin d’Ecosse qui, l’un et l’autre sont des arbres de montagne , ont fait des progrès rapides dans cette plantation. Au bout de quinze ans , ils se sont trouvés avoir vingt pieds de haut; et dépasser toutes les autres espèces, si l’on en excepte le sapin de Norvège. Celui- ci, pendant les dix ou douze premières années, a fait des progrès étonnans; ensuite il a langui : sont-ce les hivers rigoureux qui ont nui à cet arbre, ou les racines sont-elles parvenues à la glaise froide qui arrête leurs progrès ? Je l’ignore. Le sapin d’Amérique, le pinaster, le melèze, le cèdre de Virginie , prospèrent dans cette même pièce; mais aucune de ces espèces n’y a encore végété jjdus de sept ou huit ans. Le frêne et l’orme à larges feuilles ont l’air vi- AG-ïlICUl/TUliE 5 7 8 goureux , mais quoique le chêne ne paroisse pas y languir, il ne s’élève pas (1). Dans les parties les plus humides, c’est l’aûne qui a l’avantage sur tous les autres arbres. Mais le frêne, le tremble, Je peuplier, et l’osier y viennent très-bien , et il est e'vident, que le sol et la situation leur conviennent. On a essayé d’y former une oseraie. La vé„ gélation en a été très-forte, et le profit depuis la seconde à la cinquième année a été considérable; c’est-à-dire au moins cinq guinées par acre annuellement ; mais comme les plants cemmençoient à décliner , que l’oseraie ne donnoit pas l’abri dont le sol avoit besoin et qu’on avoit eu en vue dans la plantation , l’expérience n’a pas été suivie. Les osiers qu’on a laissé pousser, ont déjà été coupés depuis f pour des ridelles de chariot. Il me paroît résulter de cette expérience que l’osier, le frêne, et le bouleau sont les arbres les plüs profitables sur la tourbe desséchée. Il (i) J’attribue cela plutôt aux gelées tardives du prin- tems qu’à la nature du sol. Les sapins argentés y souffrent encore plus que les chênes : on a observé des jets de plusieurs pouces, que les blanches-gelées avoient desséchés. Les blanches-gelées d’été sont plus communes et plus fortes dans les situations basses , où les rosées sont aussi toujours plus abondantes. (A) i. D ’ T O R X S II r R E. 379 convient de les tenir en taillis , en confiant alternativement la bordure intérieure et exté* rirure. De cette manière on s’assure un abri perpétuel. Quelques sapins d’Ecosse plantés çà et là sur la limite , et qu’on tiendroit émondés du côté de l’intérieur , njouieroient à l’agrément sans nuire à l’utilité. Ferm&s. L’étendue des fermes varie beaucoup scion les lieux. Dans les parties élevées elles sont , en général , grandes ; et dans les vallées ou les terrains tourbeux , elles sont extrêmement petites. Plus de la moitié des fermes de la vallée de Pickeriug sont au-dessous de 20 liv. slcrl. ; et peut-être les trois quarts des terres de la vallée appartiennent à des fermes au-dessous de 5 o livres sterling. Dans les marais de l’ouest, les situations basses , et les parties les plus riches quant au sol , les habilans sont plus rares j et les fermes plus grandes; mais si l’on considère l’ensemble de cette vallée , il n’y a peut-être pas en Angleterre un canton d’une égale étendue , et dont ^agriculture soit le premier objet, qui se trouve morcelée en un aussi grand nombre de possessions distinctes. Plusieurs sont occupées par les propriétaires , et non par des fermiers. 58o ifîJICüLïtini; Les partisans des petites fermes chercheront ici l’agriculture dans sa perfection ; et l’on imaginera y trouver l’exactitude elles soins en proportion du peu d’étendue des propriétés. C’est tout le contraire. 11 y a du bon et du mauvais dans les proce'de's agricoles de tous les cultivateurs du pays , mais ce n’est que dans les grandes fermes que l’on peut observer l’esprit d’amélioration qui conduit à une bonne culture. La pauvreté et l’ignorance habitent les petites fermes , et les petits propriétaires sont remarquables par leur mauvaise culture. Quiconque veut étudier les bonnes pratiques du pays doit les chercher dans les grands domaines, et dans les grandes fermes. > Il ne faut pas croire néanmoins que ce rapport de la grandeur des fermes avec la perfection de la culture ne soit sujet à aucune exception. Il ne resuite pas non plus de l’exemple de ce canton , que les très-grandes fermes soient favorables à l’agriculture. Celui qui tient une ferme de huit cent à mille livres sterling , est trop occupé des grands objets pour donner aux détails une attention suffisante, moins encore pour inventer et exécuter des améliorations utiles. Ce qu’il fait d’ordinaire , c’est de suivre d’yorkshire. 58i le sentier battu , et les usages du canton où il se trouve, en comptant sur l’étendue de son exploitation pour compenser les non-valeurs qui résultent de la ne'gligence sur les details. Les près font la grande partie des fermes de la vallée, et les terres arables sont subordonnées à l’exploitation des pâturages. Parmi les petits fermiers , on trouve peu d’instruction. L’on en trouve encore moins dans la classe des petits proprietaires. Mais chez les grands fermiers ou les grands proprietaires , qui se sont instruits par la conversation et par la lecture , on trouve en general moins de préjugés , des principes d’exploitation plus sains , et les dispositions necessaires pour perfectionner la culture. On a souvent observe’, en e'conomie politique , que la liberté fait fleurir le commerce et les arts 5 on peut observer de même , en économie rurale, que l’indépendance des individus fait fleurir l’agriculture. Celui qui cultive sa propre terre est le plus indépendant des agriculteurs -, le fermier à bail vient ensuite ; et le fermier d bien plaire est le moins libre de tous. Les baux ne sont point en usage dans le pays ; les fermiers dépendent presque tous de la volonté du propriétaire. Us n’ont donc au- 382 A (r R I C XJ Ij T U R E cune sécurité sur l’avenir. Ils n’osent faire des améliorations dont on pourroit prendre avantage. Ce n’est que parmi les propriétaires de moyenne force et au-dessus, qu’il faut cherclier ce degré d’indépendance sans lequel il ne peut y avoir de succès en agriculture , et il faut avouer qu’il n’y a aucune partie de l’Angleterre où les propriétaires aisés soient plus nombreux que dans la vallée qui nous occupe, et où l’on trouve le sentiment de l’indépendance plus généralement répandu. Les domestiques de campagne gagnent de tr'es-gros gages, vivent de peu, et travaillent beaucoup. Un domestique mâle gagne communément de douze à quinze liv. sterl. de gage annuel ; en tems de guerre les gages montent quelquefois jusqu’à dix-huit liv. sterling. Mais la simplicité de la nourriture compense ce haut prix. Le lait en fait un article essentiel. Au lieu de donner de la viande trois, fois le jour , comme cela est d’usage dans quelques endroits , on n’en donne qu’à un seul repas, excepté peut- être pendant les foins et les moissons. Les domestiques sont également sobres dans l’usage de la bière. Cependant, si l’on en juge parleur air de santé, et la quantité d’ouvrage qu’ils font , ce régime ne nuit point à leur» forces. d’ Y O R K S H I E. E. 385 La question tant agitée de la supériorité des ehevaux ou des bœufs, comme animaux de yait à l’usage des cultivateurs , peut être examinée avec avantage dans ce pays-ci, mais je ne pense pas que les résultats de l’examen puissent être assez évidens pour résoudre le problème. Autrefois , et de tems immémorial on employoit en Yorkshire six bœufs attelés avec des jougs, et précédés de deux chevaux. C’étoit là l’attelage constant , non-seulement pour charier sur les routes , mais pour labourer. Lors même qu’il ne s’agissoit que d’un second ou d’un troisième labour, on regardoit les huit bêtes comme indispensables, et lorsque l’on rompoit les terres , ce pesant et dispendieux attelage étoit accompagné de deux hommes , et d’un jeune conducteur. Aujourd’hui l’on ne voit pas dans toute la vallée de Pickering une seule paire de bœufs au labourage. Tout se laboure avec la petite charrue sans roues , attelée de deux chevaux , sans conducteurs (l). Pour les charriages des fermes , cependant (x) Quel exemple à citer à ceux qui s’obstinent à justifier les pratiques établies par les convenances île localités, et qui prétendent qu’il y a toujours, dans chaque canton de bonnes raisons des usages que le tems a consacrés ! 384 A6kicuxjïur.s on se sert encore des bœufs ; mais on n’en attèle guère qu’une paire à la fois , et on met ordinairement deux ou trois chevaux devant eux. On voit aussi sur les routes beaucoup d’attelages de chevaux seuls, ce qui e'toit inouï autrefois. Les gens âges estiment qu’il ne s’emploie pas à pre'sent un quart du nombre des bœufs qui s’employoit ci-devant. Doit-on conclure, de ce qu’on a abandonne les bœufs pour le travail, qu’ils ne soient pas si propres que les chevaux ? Ce seroit mal raisonner. Deux motifs ont du faire renoncer aux bœufs ou en diminuer l’usage. Autrefois il y avoit plus de terres arables, et la charrue etoit un instrument très-lourd et mal construit, qui exigeoit, par son poids seul, une paire de bœufs de plus; cependant, l’étendue du terrain soumis au labourage obligeoit à faire travailler cette charrue en toute saison. Aujourd’hui on emploie une charrue admirablement construite , légère, et très-bien calculée pour diviser aisément le sol. Avec cet instrument , et avec le soin de prendre les momens favorables pour mettre la charrue dans les champs, on trouve que deux chevaux suffisent très-bien. Dans un pays où l’éducation des chevaux a été de tout teins un objet d’industrie , cela suffisoit bien pour faire renoncer aux bœufs quant à la charrue. Quant y • k i s h i r ej 585 Quant aux ehariages, il est aisé de comprendre que, deux attelages de charrue faisant un attelage de charriot, on doit avoir beaucoup plus de chevaux sur les routes depuis qu’on les emploie exclusivement à la charrue ; mais il y a une autre raison encore qui en a multiplie’ l’usage pour les transports. Dans le tems où l’on se servoit des bœufs , les routes n’étoient point chargées 5 elles étoient boueuses en hiver, mais jamais fatiguantes pour les pieds de ces animaux. Aujourd'hui ce sont des chaussées raboteuses qui, en tout tems, sont ennemies des pieds des boeufs. Les fers mêmes ne les garantissent pas suffisamment, lorsqu’ils sont continuellement sur les routes. Il n’est donc pas surprenant que , dans de telles circonstances, l’usage des bœufs ait diminué ; il doit plutôt paroître étonnant qu’il s’en emploie encore un si grand nombre , et c’est à mes yeux, une preuve de l’utilité de ces animaux pour le trait. Les charretiers des bois, f gens industrieux et intelligens, continuent eux- mêmes à employer les bœufs sur les routes. Ils trouvent que , pourvu que les pieds ne leur manquent pas , les bœufs supportent mieux que les chevaux un fort travail journalier ; et ils leur trouvent encore l’avantage de se nourrir mieux dans le même tems, au même pâturage. Tomes i. Bb 386 AGRICULTURE Un bœuf qui est en pâture dans un bon pre' a bientôt appaisé sa faim, et se couche alors pour se reposer ; mais les courtes nuits d’été suffisent à peine à un cheval pour se rassasier. Les charretiers trouvent aux bœufs un autre avantage. Dans les endroits où il v a beaucoup à tirer , et particulièrement dans les montées rapides , ils considèrent une paire de bœufs comme un ancre de secours. Les chevaux sont craintifs ; et dans une route glissante , en pente roide, ils perdent courage. Les bœufs, au contraire , lorsqu’ils ne peuvent avancer, tiennent bon jusqu’à-ce qu’on leur aide : enfin , l’on regarde les bœufs comme indispensables dans les attelages des charretiers, quand il y a beaucoup à monter et à descendre. Cette opinion peut être fondée dans un pays où l’on se sert de chevaux qui ont peu de corps , et qui ne sont qu’une race croisée de chevaux de chasse -, mais dans les endroits où l’on emploie les vrais chevaux de charrette , elle peut être mal fondée. Un cheval de charrette de la vraie race est un pesant animal , uniquement propre au trait, et que d’après nos lois, on ne peut employer à aucun autre usage , sans une dépense cpie personne ne fait. Ces chevaux à l’âge de quatre ans coûtent de vingt à trente guinées. Avec d’yorkshire. 587 des soins extraordinaires , un entretien très- coûteux et beaucoup de bonheur , on peut espérer d’eux un service de huit à dix ans; après quoi il est rare d’en trouver plus de 5 shellings. Si nous n’avions dans notre isle , ou que nous 11e puissions y naturaliser aucune autre espèce d’animaux de trait que celte lourde race de chevaux , sans doute elle auroit un grand prix , et elle a de beaucoup l’avantage sur les chevaux de race ou de selle , pour le trait. Mais ce qui me paroît e'vident, d’après ma propre expérience et mes observations , c’est que si l’on donnoit à la propagation des bœufs de trait seulement une partie des soins que l’on accorde à la propagation de la race des chevaux de charrette , on obtiendroit des animaux aussi forts, plus actifs, moins coûteux, également propres aux ouvrages de la campagne , d’un entretien beaucoup moindre , beaucoup plus durables et d’une valeur infiniment plus grande lorsqu’ils seroient hors d’âge (1), (1) Je ne prétends pas qu’aucune race de bœufs pût être aussi propre que les chevaux pour les chariages seuls. Je n’ai pas assei d’expérience sur ce point, qui est étranger à mon sujet : c’est aux charretiers à en décider. Ce que je soutiens, c’est qu’avec des soins on obtiendroit une race de boeufs qui seroit aussi propre 388 'AGRICULTURE Les boeufs travaillent avec des jougs, et sont toujours conduits par un cheval, au moins. On commence à les atteler à deux ou trois ans, et ils travaillent jusqu’à six. On les vend alors aux engraisseurs des provinces du centre ou du midi. Si l’on considère les bœufs' comme du bétail qu’on élève pour engraisser, et qu’on fait travailler occasionnellement , cette méthode ne paroît pas mauvaise ; mais si l’on regarde les bœufs comme des animaux de trait seulement, cet usage est essentiellement vicieux : car on les travaille avant qu’ils aient toute leur force , tandis qu’ils sont encore gauches, et embarrassés faute d’expérience , et on s’en défait dès qu’ils deviennent capables de faire leur devoir et de supporter les travaux. Un jeune bœuf doit être accoutumé aux bar* nois dès l’âge de deux ou trois ans, comme un poulain ; mais on ne doit le soumettre à un travail rude que depuis l’âge de cinq ans. Avec ces précautions on conserve les bœufs dans toute leur force jusqu’à quinze et vingt ans. J’avois un bœuf, en Surrey , qui m’avoit servi qu’aucune race de chevaux au labourage, et à tous les chariages de fumiers et autres , qui sont nécessaires dans l’exploitation d’une ferme. (A) b’ Y O R K S H I B. E. 58g plusieurs -années , et qui à l’âge de dix-huit ans auroit tenu tête au meilleur cheval de charrette du royaume pour la légèreté, la force, et la sagacité. Je considérerai la race des bœufs de celte vallée , en traitant du bétail. Les instrumens du district dont je dois faire quelque mention sont: les chars, les charrues, les traîneaux ordinaires , les traîneaux, à unir ( moulding-sledges) et les machines à vanner. Les chars, et toutes les voitures à.roues du district, sont fort au-dessus du pair , pour la grandeur. Les plus grands chars ne contiennent que quarante pieds cubes. Les chars des bœufe ne portent que 24 pieds. Je ne parle pas de leur construction , parce que , quoique singulière à quelques égards , elle n’a rien de recommandable j mais ils ont un défaut qui demande d’être remarqué parce qu’il n’est pas particulier aux chars du pays. L’acte de la treizième année du présent règne, concernant les grandes routes , ordonne que , dans les routes à Turnpikes, à plus de vingt milles de Londres, aucune voiture portant des roues de trois, pouces d’épaisseur, n’aura une voie plus large de quatre pieds et demi, mesuré© sur le sol, de l’intérieur à l’intérieur, sous peine de cinq livres sterling d’amende. 5gO AGRICULTURE Les chars des provinces du centre, qui sont très-grands, ont une voie de cinq pieds deux pouces ; ceux de Glocestershire , qui sont de moyenne dimension , ont une voie de quatre pieds neuf pouces ; et ceux de la vallée de Pickering, quatre pieds trois pouces seulement. Or, toutes ces voies sont beaucoup trop étroites pour les dimensions des chariots cités , et on a peine à concevoir sur quel principe le bil dont je viens de parler a été’ calculé. Le dommage causé à une route par une charrette est toujours en raison composée de l’inclinaison de la route , de la hauteur de la charge, et du peu de largeur de la voie. Le centre de gravité de la charge , y compris la charrette elle-même , et les deux points de la circonférence des roues qui, dans une charrette à deux roues , se trouvent en contact avec le sol, forment un triangle. Le cas où le dommage est le plus considérable est celui où la charrette est prête à renverser, parce que le centre de gravité se trouve reposer presqu’en entier sur une des roues. Le mal qui en résulte pour la route est précisément le même que s’il passoit sur ce lieu-là une charrette d’un poids double. Toutes les fois qu’un des côtés du triangle se trouve dans une direction verticale , c’est le cas de cette position dommageable pour la route. I Cela posé , il est évident qu’il y a trois moyens d’éloigner la verticalité des côtés du triangle , et d’empêcher, par conséquent, que les charrettes ne prennent une position qui use la route. Le premier moyen est d’élever l’angle le plus bas du triangle, c’est-à-dire de rendre la route de niveau, ou à peu près. Le second est de réduire la longueur des côtés du triangle, c’est-à-dire d’abaisser le centre de gravité du chariot chargé. Le troisième moyen est d’allonger la base du triangle, c’est-à-dire de faire la voie plus large. Cela est susceptible d’être démontré mathématiquement, et il est inutile de s’arrêter ici à des propositions si évidentes. Mais le mal qui en résulte pour les routes n’est qu’une partie des inconvéniens qui dépendent des voies étroites. Les chevaux tirent davantage , les chariots s’usent plus tôt , et sont plus sujets à verser. Ces objets sont impor- tans pour les fermiers. Il seroit peut-être impossible de conjecturer ce qui a déterminé pour chaque canton la voie qui y est adoptée pour les chariots. Il me semble que la largeur des portails et des barrières devroit fixer cçlle des chariots. Cette largeur est de huit à dix pieds ; et elle comporteroit des chariots dont la voie seroit de cinq et même de six pieds. Celte largeuç ïftEicuiiüKB dans la voie auroit divers avantages. Les routes se gâteroient moins ; le travail des animaux de trait seroit plus facile, les chariots dureraient plus long-tems, et il y auroit moins d’accidens. Enfin la largeur plus grande de la voie admettrait e'galementune plus grande largeur dans le corps des chariots, et l’on ne seroit pas oblige' de changer si haut. La charrue qui est maintenant adopte'e et estime’e universellement dans la valle'e de Pic- kering, est la petite charrue courte sans roues , à oreille contourne'e , et qu’on appelle dans d’autres parties du royaume charrue hollan- doise , ou charrue de Yorkshire. On a écrit des volumes sur la construction des vaisseaux; et cependant on n’est point parvenu à établir des principes universellement adoptes. Les habitans des Bermudes qui construisent leurs vaisseaux à l’œil , seulement , et sans aucune mesure ni desseins exacts , surpassent toutes les autres nations dans l’art de construire des petits bâtimens qui sont excellons voiliers , et qui pincent le vent plus près qu’aucun autre. Quelque diffe'rens que paraissent au premier coup-d’œil un vaisseau et une charrue , il y a de certains rapports dans les principes de leur construction, et la difficulté' de fixer ces prin- V cipes , de les re'duire à une the'orie régulière , est à peu près aussi grande pour l’une de ces productions de l’art humain que pour l’autre. C’est à la pratique qu’il appartient d’approcher de plus près de la perfection. La petite charrue simple est mieux construite dans ce pays-ci qu’elle ne l’est peut-être nulle part ailleurs. Mais cependant on remarque des différences dans la facilite' avec laquelle les charrues des divers ouvriers divisent la terre. Quoique je me sois appliqué à observer les nuances dans les diverses constructions de la charrue, je me sens incapable d’établir aucune règle propre à diriger les ouvriers, et qui puisse être utile dans la pratique. Je ne parlerai même qu’avec défiance des principes généraux. La grande difficulté dans la construction d’une charrue, c’est de la rendre applicable à toutes les terres , à toutes les saisons, et à toutes les profondeurs. Si le sol est de nature à ce que le sillon se lève tout entier sans se rompre , chaque pouce de différence dans la profondeur , exigeroit strictement une autre charrue , ou une autre disposition. Voilà le fondement de la principale objection contre l’oreille contournée , parce qu’elle ne se prête pas aux variations dans les degrés de profondeur. Si la courbe de la partie 5g4 A G U I C l' t T U R E postérieure de l’oreille est faite pour retourner complètement une bande épaisse de gazon, elle est inutile pour retourner une bande mince ; et en revanche, si elle est telle qu’il la faut pour retourner une bande mince , il est impossible que l’oreille retourne proprement une bande épaisse : il n’y a pas place pour que la masse soulevée soit embrassée par la courbe comme il le faudrait. L’effet inévitable de cela , c’est de deux choses l’une : ou la bande de gazon écartée uniquement parla partie supérieure de l’oreille est placée de côté et dans une direction verticale ; ou l’oreille glisse et appuie dessus la Lande retournée , en faisant [lever le talon de la charrue , d’où il résulte des inconvéniens évidens. Une oreille plate avec un enterre-gazon mobile, (Iieel plate ou Bury sod) (1) est beaucoup préférable sous ce rapport à une oreille concave ; et si l’on ajoute à l’avantage de cette protubérance, qu’elle forme un petit parapet de terre sur le sillon retourné , lequel sert ensuite à recouvrir la semence , on devra (1) Le bury sod est une loupe, d’une certaine courbure , qui s’adapte à volonté , plus haut ou plus bas, à la partie postérieure d’une oreille plate, pour achevé de retourner et enterrer le gazon. »’ Y O R K S H I R ï. 5g5 feconnoître son utilité évidente ; et je ne vois aucune raison pour ne pas perfectionner la charrue de Yorkshire par cette addition. La partie ante’rieure d’une charrue de Yorkshire bien construite est admirablement calculée pour pénétrer dans la terre, et pour soulever le gazon : on ne peut rien désirer, peut-être , de plus parfait. Mais les charrues de ce district sont fort éloignées d’être toutes bien construites à cet egard. On en voit beaucoup dont le col (1) est trop e'pais et la gorge (2) trop creuse'e. Le premier defaut augmente le frottement; le second fait que la terre s’attache sur le devant. On peut faire Ja gorge trop pleine ; mais il n’est guères possible de faire le col trop tranchant. Le côte droit de la partie ante’rieure du soc doit se terminer en lame tranchante. La partie inferieure doit être plate , et parfaitement sur le même plan que le dessous du sep. La douille ( 1 ) Le col est la partie antérieure de la scie, a laquelle s’adapte l’oreille, immédiatement au-dessous de l 'âge, La scie est la pièce de fer ou de bois qvd réunit l’âge au sep dans la partie antérieure de celui-ci. ( 2 ) La gorge est la partie antérieure et inférieure de l’oreille, en avant de la scie. La gorge doit être concave , et la courbe qu’elle décrit importe à la marche de la charrue. . t 3g6 AGRICULTURE du soc , ou la partie ■postérieure qui embrasse Je sep , fait souvent sur celui-ci une protubérance qui rend la charrue moins sure, augmente le frottement , et soulève le soc , c’est-à-dire l’empêche de bien remplir ses fonctions. La charrue de Yorkshire n’est pas seulement remarquable par sa forme excellente , elle est encore recommandable par son bas prix. L’ouvrage complet du charron coûte ordinairement sept shelîings et demi, l’ouvrage du maréchal revient à 20 shelîings. On commence à employer des oreilles en fer coulé, assez semblables à celles de Norfolk : cet usage réduira encore les frais de cette charrue. Le traîneau ordinaire ne paroît pas un instrument qu’il vaille la peine de mentionner ; cependant ceux qui cormoissent son utilité eu font grand cas , et il est généralement employé dans le pays. Il sert à transporter les herses et d’autres outils , les fagots , les épines , les turneps quand la terre est humide, etc. il est préférable à un chariot pour tous ces objets. On en a de grands pour un attelage complet et de petits qui vont avec un seul cheval. La seule chose à remarquer dans la construction de ces traîneaux c’est que leur largeur est augmentée par des pièces de bois qui portent des ridelles de chaque côté. D ’ Y O R K S H I R E. 5g7 Les traînaux à unir la terre sont particuliers à la province. Leur usage est d’aplanir la surface des près et d’e'tendre les taupinières , en même tems qu’ils égalisent le fumier. Ce traîneau s’emploie en le faisant cheminer en travers. La barre qui racle le terrain pousse en avant les taupinières, les fourmillières commencées, les fientes d’animaux , ou le fumier qu’on a répandu. Ces matières brisées et mêlées par le frottement qu’elles subissent , se divisent extrêmement , et se logent peu-à-peu dans les crevasses et les petites cavités du terrain. II en résulte un double effet pour unir et aplanir la surface. La pièce de bois qui est en avant, et qui éprouve le frottement le plus considérable , s’arronditbientôt si l’on n’a pas soin de la garnir d’une bande de fer. L’autre côté du traîneau, qui dans l’action sur le pré se trouve le côté postérieur, agit précisément de la même manière, et aplanit les inégalités que la première barre peut avoir laissées. Ce traîneau a ordinairement quatre pieds et demi sur sept. On charge quelquefois le traîneau pour que l’ouvrage se fasse mieux , et le conducteur se met occasionnellement dessus , lorsqu’il s’agit d’emporter quelque protubérance plus marquée, et par dessus laquelle l’instrument pour- roit passer. AGRICULTURE 098 L’excellente machine qui sert à vanner est trop connue pour demander une description ; mais ce n’est que dans le comte' de York que l’usage en est ge'ne'ralement adopte'. C’est probablement aux Chinois ou à quel- qu’autre nation de l’Es.t , que nous devons l’invention de cette machine. Je l’ai vue dessine'e dans un ouvrage Indien avec une régularité qui montroit que le dessinateur en connoissoit très-bien l’usage. Les Hollandois à qui cette invention a été attribuée , l’ont probablement tirée des Indes. 11 y a à présent trente-cinq ans que la première machine de ce genre fut apportée dans le pays par un gentilhomme qui y étoit établi j mais cet instrument compliqué demeura sans usage entre les mains des domestiques , et fut bientôt relégué au galetas. Quelque tems après, cette même machine fut découverte et examinée par un paysan intelligent qui, aidé d’un voisin, réussit à reconnoître son application , et à la mettre en état d’agir. Mon père , après en avoir bien étudié le mécanisme , en fit une semblable , et même un peu perfectionnée. Ce fut probablement la première qui eût été faite en Angleterre. Quelques personnes intelligentes ayant eu oceasion d’étudier les effets de ces machines, d’yorkshire. 3gg en firent faire d’autres sous les directions de mon père. Mais malgré le soin qu’on eut de les appliquer à l’usage de tous ceux qui vouloient s’en servir, et malgré la curiosité et l’admiration qu’elles excitèrent, il se passa quinze ou vingt ans avant que l’usage en fût généralement adopté. Depuis dix ou douze ans la construction de ces machines est un principal objet d’occupation pour les charrons et les charpentiers du canton. Aujourd’hui il n’y a pas un propriétaire ou un fermier un peu considérable qui n’ait une machine à vanner. La construction de cet instrument a subi quelques variations, mais aucun changement essentiel. Sa complication est le seul obstacle à son adoption universelle ; si l’on pouvoit découvrir quelque heureux moyen de simplification , il n’y adroit personne qui n’en adoptât l’usage. Elle coûte environ cinq guinées. Nous verrons ses avantages en parlant des ouvrages de la grange. L’économie agricole du district, comme celle de beaucoup d’autres lieux, a subi un changement total par les clôtures. Autrefois toute la lisière et une grande partie du fond de la vallée de Pickering étoient en champs ouverts et communs 5 et de temps immémorial on y suivoit l’assolement suivant : 4oo -agriculture 1. " b Annëe. Blé, ou orge. 2 . emc Avoine, fèves, ou pois. 5.'““ Jachère. Au-dessus des champs , il y avoit de grands pâturages communs pour les moutons ; au- dessous des champs , des communes pour le pâturage des bêtes à cornes et des chevaux j puis des prés communs dont on coupoit l’herbe. Sous ce système, le produit du district étoit peu considérable. Les champs, à force de porter du grain , ne readoient presque plus rien. Les prés , fauchés d’année en année , de toute ancienneté , et ne recevant jamais d’engrais que ce que les hasards des eaux y apportoient , ëtoient amaigris et épuisés ; enfin les pâturages ëtoient couverts de broussailles et de mauvaises plantes ( 1 ). La plus grande partie des produits (i) On ne sauroit retracer trop souvent de tels exemples à ceux qui sont placés pour influer sur les améliorations delà culture, dans les pays soumis à la désastreuse routine des jachères. Dans cette routine, on a beau perdre une année sur trois pour donner au sol un prétendu repos, la terre fatiguée , non pas de produire , mais de produire des grains, ne rend que de chétives récoltes. On manque de paille pour faire des fumiers. Les prés s’apauvrissent faute d’engrais. Les bestiaux sont maigres, foibles, en petit nombre. Le cultivateur n’a point d’avances, la culture est imparfaite,languissante; dç 4oi d’ Y. O R K S H I R E. de chaque 1er nie alloua l’entretien des chevaux et des bœufs employés à l’exploitation ; et les paysans propriétaires , même ceux qui àvoicnt des possessions e'tendues , mouroient de faim sur leurs domaines. •’ Les clôtures qui se sont faites dans ce siècle ont absolument changé le système de culture. Elles ont augmenté , au triple peut-être, les produits nets du district, et ont singulièrement changé la valeur comparative des terres. Autrefois les près étoient regardés comme la partie la plus précieuse d’un canton. Où a vu échanger des prés froids , humides , éloignés des habitations, contre des portions de champs communs, qui aujourd’hui se trouvant à portée d’une ville, encloses et mises en prés, valent cinq fois ce que vaut la même étendue en prés naturels , parce que ceux-ci sont demeurés ouverts et communs , et par conséquent ont la ruine amène la ruine. Supposons l’introducLion des tréèes, des sainfoins , des racines qu’il faut cultiver à la main : les fourrages sont doublés ou triplés, les bestiaux se multiplient, les récoltes sont plus que doublées en paille et en grains , les fumiers sont abondans ; les terres augmentent de rente d’année en année ; et l’aisance est généralement répandue chez les cultivateurs. Quels miraculeux changemens ! quel beau secret ! et qu’il est simple ! Tome i. Ce 402 A G R I C U Xj T U R K été peu améliores. Ce fait est le plus marquant dont j’aie eu counoissance pour prouver qu’un changement dans les circonstances générales d’un canton , peut en produire de très-considérables dans l’agriculture des individus. Ces améliorations .extraordinaires n’ont pas été l’effet des enclos seuls ; elles ont encore résulté de la conversion des vieux prés en champs , et des champs en prés : conversion qui, lorsqu’elle est faite avec intelligence , ne peut être qu’avantageuse au fermier, et qui, dans ce cas , a été singulièrement profitable aux propriétaires fonciers. Les principaux objets de l’industrie des cultivateurs sont : Le beurre, dont le meilleur va à Londres , et les qualités inférieures s’écoulent dans les villes du Yorkshire. Les vaches. Les bœufs pour le. travail. Les chevaux , surtout les chevaux de selle, dont il sort chaque année une très-grande quantité qui va dans les provinces du Midi. Les bœufs gras et les moutons gras qu’on transporte dans les ports de "Whitby et Scarborough. Le lard. On en a exporté dans les dernières années d’assez grandes quantités pour l’ouest de Yorkshire. d’ T- O R K S H ï R. E. 4o5 Quant aux végétaux : Le colza est ce qui fait entrer le plus d’argent dans le pays. TJ avoine s’exporte en grande quantité. Il sort aussi un peu d’orge et de pois. Mais si l’on considère la bonté du sol , on doit s’étonner qu’il s’exporte si peu de blé. Depuis quelques années, néanmoins , l’exportation de ce grain a augmenté , et le port de Wlntby s’est pourvu dans la vallée. Outre ces objets de vente , l’agriculture du pays embrasse diverses productions, telles que les foins naturels et artificiels , les turneps , les pommes de terre , le lin , et le tabac. M ais avant de considérer ces articles en détail, il importe de nous occuper séparément de plusieurs objets généraux, tels que les asso- lcmens , la nature des terres et la manière de cultiver ; les engrais et la manière de les appliquer ; les semences et la manière de semer ; les herbes et animaux nuisibles; les récoltes de grains ; l’économie des bestiaux dans les cours des fermes ; et enfin les marchés. Il ne faut point chercher , dans ce canton , de cours régulier de récoltes établi par l’usage. Chacun suit son jugement dans l’application de son terrain à telle ou telle culture d’année eu année. Cette méthode est, en général , celle SJ * 4o4 AGRICULTURE des pays de pre's, où la charrue est un objet secondaire. Lorsqu’un pre’ commence à s’affoiblir, on le rompt, et on le cultive à la charrue jusqu’à ce que quelqu’autre morceau de pre' demande la même operation : alors le premier est remis en pre'. Dans les provinces du centre , où cette alternance des pre's aux champs a e'tê prati- que'e de tems immémorial, cela est devenu un assolement re'gle' $ mais dans cette valle’e , où la diversité' des terrains est infime , et où l’on n’a pas encore une longue pratique sur la succession des récoltés , l’usage n’a rien fixe , à cet e'gard , qui soit universellement adopte'. Les terres qui ont été labourées pendant des siècles font des prés qui se soutiennent beaucoup plus long-tems que ceux qui s’établissent dans des terres qui n’ont été travaillées que peu d’années par la charrue. Une terre riche, dans une stiuation fraîche , retient aussi beaucoup plus long-tems un gazon vigoureux et bien fourni, qu’une terre de peu de fond dans une situation sèche. Il y a plusieurs parties des terrains frais, parmi celles qui ont été encloses le plus anciennement , qui sont en pré depuis plus de cinquante ans, et qui quoique fauchées tous les B’ Y O R ï S H IKK. 4o5 ans, sont encore bien gnzonne'es, d’un grand produit , et d’uu bon foin. Rompre de tels près , qui forment une grande portion de la vallëe , pour soumettre les terres à une succession quelconque de re'coltes, seroit évidemment une économie vicieuse. La nature des terres , et la manière de les cultiver , est un sujet complexe qui exige des subdivisions. Il convient de considérer successivement : l’espèce de terrain que l’on cultive ; la couche inférieure, et les desséchemens souterrains ; les défrichcmens, et le labourage. Il y a une grande diversité de terres dans la vallée : c’est une sorte de curiosité, que ce canton sous ce rapport. Dans une enceinte de quelques milles on trouve des bruyères sèches, et des riches marais ; des terres ingrates parsemées de grès; des terres à chaux très-rninces; des terres à pierres rouges ; des luts riches mêlés de petites pierres rouges ; et enfin de la glaise bleue. Ce qu’il y a de plus remarquable c’est que toutes ees diverses terres se trouvent quelquefois dans l’enceinte de la même ferme. Cette variété est un aiguillon pour l’industrie.' elle oblige le fermier à mépriser ces routines et ces préjugés qui prennent possession des esprits dans les endroits où il y a uniformité de 4o6 A G R I C ¥ X, T U U JB terrains et de pratiques. CeJa peut servir à expliquer le zèle pour les améliorations qui est si remarquable parmi les cultivateurs du district. Les pentes , et surtout le pied des coteaux, abondent en sources, et en terres mouilleuses et froides ; mais dans la plaine il y a presque partout une couche inférieure de gravier qui e'vite la peine des desse'chemens souterrains , et donne au sol assez de consistance pour recevoir le bétail en hiver. L’exemple de dessèchement qui m’a le plus occupé est celui de trente acres d’un terrain froid et stérile situés auprès d’un coteau , et qui gagna par celte opération, une valeur plus que double. C’etoit une pâture maigre et grossière : le dessèchement en fit une bonne terre à 1)1 é ; et aujourd’hui c’est un pré bien gazonné et productif. Les clôtures des communaux et terrains va- gués qui ont été exécutées depuis quelques années, ont tourné l’attention des cultivateurs vers les meilleurs moyens d’opérer les défrichemens. L’éeobuage est extrêmement estimé et pratiqué dans le canton. C’est un procédé qui est généralement peu connu en Angleterre , et qu’il importeroit néanmoins que chaque cultivateur entendît, bien. Lorsqu’on a débarrasse'le terrain desbuissons et autres obstacles qui s’opposent au travail de I)’ Y O R R s II I R E. 4o7 la bêche, ou enlève le gazon , avec un instrument fait exprès , par pièce d’environ un pied de large et trois pieds de long. C’est au jugement de l’ouvrier à déterminer l’épaisseur des gazons. S’ils sont trop épais , ils brûlent difficilement; s’ils sont trop minces, les racines ne sont pas complètement détruites , et le produit des cendres n’est pas assez considérable. Un gazon spongieux dont les racines sont entrelacées à une grande épaisseur , exige d’être enlevé plus épais qu’une croûte sèche et peu gazonnée. L’épaisseur moyenne peut être d’un pouce, environ. II faut surveiller les ouvriers, pour s’assurer qu’ils font les pièces de gazon de la grandeur convenable , et les enlèvent proprement. Le prix est de dix à douze shellings l’acre. Les racines sont un obstacle à cette opération; mais ee qu’on redoute principalement , comme endommageant les instrumens, ce sont les pierres. Si les gazons sont humides, et le tems pluvieux , on les dispose sur le côté pour les faire sécher. Si les gazons sont spongieux et secs , et le tems beau , on épargne ce travail. On brûle toujours en petit tas rapproché , et il n’y a pas de méthode fixe pour la formation de ces tas. Ordinairement, on dispose les gazons en cercle de trois pieds dé diamètre , • en les 4o8 aseijcüIiTuee mettant sur le côte', et on forme un dôme en les mettant successivement de manière que la voûte se soutienne par elle-même. Les uns , en construisant les tas, mettent de la fougère ou cpielque matière bien sèche du côte du veut , en la faisant pénétrer sous la voûte, et l’en- tourrant des gazons les plus secs , et allument ensuite successivement chaque tas avec des e’toupes goudronne'es. D’autres, dans la construction des tas , ménagent une cheminée au milieu, et mettent le feu en jetant des cendres chaudes par cette ouverture. Lorsqu’on manque de matières bien sèches pour meure le feu, cette méthode peut être préférable. Lorsque les gazons ne sont pas très-secs, les tas sont plus difficiles à faire. Il importe surtout de les maintenir légers , et vides en dedans , en ayant toujours égard au côté d’où souffle le vent. Un peu de pratique et d’attention apprend bientôt ce qu’il y a à faire. Si les tas sont trop gros, ils s’écroulent , et le vide nécessaire de l’intérieur se détruit -, s’ils sont trop petits, le feu perd sa force en se répandant au dehors. Lorsque le feu est en train, on ajoute de terris, en tems de nouveaux gazons sur les tas , dont la formation devoil n’avoir employé qu’environ la moitié de la totalité du D ’ Y O R K S H I R E. 4o{) gazon enlevé. Mais cette addition des gazons par-dessus le tas ne doit se faire que quand le feu a commence' à se montrer au-deliors; et d faut toujours les appliquer du côte où le feu est le plus vif. Les gazons non-brûlés glissent quelquefois sur les côtes du tas , et demeurent déposés à l’entour ; on les relève alors pour les replacer dans le centre jusqu’à ce que le tout soit réduit en cendres. f Le brûlement se fait ordinairement par des femmes , à la journée ; quand c’est par acre , cette opération coûte de cinq à six sliellings : quelquefois l’e'cobuage entier se fait à tant par acre. Généralement on répand les cendres aussitôt qu’elles sont froides, et même avant, etl’oa laboure immédiatement pour la récolte à une petite profondeur. Moisson (1). Il n’y a aucun département de l’économie rurale dans lequel les procédés des provinces du nord soient aussi différons des méthodes (1) Nous omettons le procédé dés semailles qui n’offre rien de neuf, et le chapitre des herbes nuisibles qui n’a guère d’intérêt pour d’autres pays. 4;0 AGRICULTURE des provinces du centre et du midi, que dans les operations de la moisson; et le Yorksliire se distingue encore par certaines particularités de detail. On coupe le blé à la faucille ou à la faux. Il est probable que les neuf dixièmes du ble' qui se coupe à la faucille dans le royaume , est moissonne' par des hommes. En Surrey et en Kent on voit quelquefois des femmes la faucille à la main ; en Norfolk presque jamais. En Yorksliire, au contraire , il est très-rare de voir un homme se servir de la faucille; c’est, presque partout, les femmes qui moissonnent. Un assortiment (a set) est compose' de trois femmes et d’un homme. Ces quatre personnes moissonnent un acre par jour d’un ble médiocre. Si le blé est clair, un homme suffit pour lier ce que quatre femmes peuvent couper; si le blé est très-épais, il faut un petit garçon qui fasse les liens. Quelquefois on pose à terre les liens prêts à recevoir la poignée de blé que les femmes coupent; mais ordinairement elles déposent le blé en javelles , dont deux font la petite gerbe. Le lieur ramasse soigneusement les épis avec les jambes comme l’on ramasse la paille à la grange pour la lier. Cette manière est un peu plus longue, mais beaucoup meilleure, parce d’yORKSHIKE. 4 l I- jqne îes gerbes sont plus égalés, et les épis mieux rangés. Les journées de femmes , pendant les moissons, sont de 10 pences, et celles des hommes de 2 shellings. Le blé se coupe donc pour 4 sliel. 6 d. l’acre , tandis qu’en Surrey la même opération coûte io à 12 shel., et dans aucun des pays que j’ai eu occasion d’observer , ne coule pas moins de 7 à 8 shellings. Mais l’économie que l’on fait sur les journées est bien loin d’être le seul avantage que l’on trouve à employer des femmes pour moissonner. On occupe un plus grand nombre de bras ; le revenu de l’indigent s’en accroît, la taxe des pauvres , par conséquent, est moins forte; et la communauté, considérée dans son ensemble, y gagne par la diffusion de l’industrie et d’une occupation qui favorise la santé. Quelle différence , sous ce dernier rapport, entre les occupations de l’agriculture et celles des fabriques ! Les travaux de la moisson, ïoiu d’être considérés par les femmes cofrime trop pénibles, sont regardés par celles qui y ont été élevées, comme une véritable fête, comme une diversion très-agréable aux travaux sédentaires qui les occupent le reste de l’année. Le blé et le seigle se disposent en las de dix à douze gerbes chacun ; deux de ces petites 41 2 AG-niCUI/TURE gerbes sont employées à couvrir les autres, dans le liant, et se placent par dessus en forme de bonnet. Dans le Sud de l’Angleterre on ne couvre jamais le blé ; dans le Yorkshire on ne le laisse jamais découvert ; les deux me'lhodes sont mauvaises: dans le beau tems, les e'pis ne sau- roienl être trop exposes au soleil et à la rose'e. Si le grain est retrait, un peu de pluie même lui fait du bien. Lorsque l’année est pluvieuse, les ble's ne peuvent être trop soigneusement couverts. Il faut donc, sur cet objet-là comme sur beaucoup d’autres, que le fermier consulte la saison plus que l’usage du pays. Dans les provinces du Midi, le ble que l’on coupe à la faux se coupe en dehors (1) et se sèche en ondins. En Yorkshire tout le ble que l’on fauche se coupe en dedans, contre le grain qui est debout. La manière de lier varie selon les lieux. Dans certains districts l’on lie les épis au milieu de la paille , et cet usage commence à gagner dans la vallée de Pickering , mais autrefois la s ■ (i) Ce qu’on appelle couper en dehors, c’est faucher en laissant à sa droite le blé encore debout, sur lequel on prend un coup de faux. Couper en dedans c’est laisser le blé qui est debout à gauche, en appuyant contre les épis debout le blé que l’on fauche. y 4 } 5 d’yorksiiire. pratique invariable , et encore aujourd’hui la méthode dominante, dans la valle'e, c’est de lier la paille tout auprès de l’e'pi, par javelles , et de mettre la javelle debout : cet usage est admirable quand le blé a de la mauvaise herbe, ou se trouve mêle de foin artificiel. Lorsqu’on fauche pour lier, on attache ordinairement au manche de la faux un triple pliant, dans le même genre que le double pliant qu’on emploie au Kent pour faucher en oudins. Cet instrument est commode pour ranger le ble' scie par le coup de faux. Lorsque le ble' n’est point versé , un homme qui sait arranger son pliant , et donner convenablement le coup de faux, dispose le blé, à mesure qu’il le coupe , avec une parfaite régularité. Si le blé est un peu versé , mais cependant fau- chable , on adapte à la faux un pliant simple, semblable à celui dont on se sert en quelques endroits pour faucher en dehors (1). (1) On a beaucoup discuté la convenance comparative des deux méthodes, c’est-à-dire de moissonner le blé, ou de le scier ou faucher. Je vais rendre compte de ce que j’ai moi-même éprouvé et observé à cet égard. En 1794 , le haut prix des journées de moissons et la rareté des bras me conduisirent à essayer la faui sur les blés : j’avois un ouvrier habitué à cette méthode. Il adaptait un pliaut simple à la manille où s’applique « iy a» 4i4 A G R I C U L T U P. K Le faucheur est suivi d’uue letmne qui relève et lie le ble' par javelles : elle se &erl pour cela d’un râteau à longues dents qui lui évite de se baisser. Lorsque le blé est épais , il y a ordinairement un petit garçon qui fait les liens pour la’femme. la main droite, lequel faisoit ressort, et étoit retenu à l’autre bout par une ficelle fixée à la douille de la faux, et fortement tendue. Avec cet appareil simple il ran- geoit très-proprement les épis, en fauchant en dedans. J’ai calculé que cet ouvrier faisoit à lui seul l’ouvrage de trois moissonneuses; il préiéroit n’èlre pas suivi par une releveuse, parce que lorsqu’il avoit fauché un certain tems, il se délassoit à relever ce qu’il avoit coupé, et à le disposer en javelles, en s’aidant d’une faucille. S’il faisoit du vent, il avoit soin de le prendre à sa droite. Lorsque les blés étoieut bien droits et assez épais, son ouvrage étoit très-propre, et évidemment économique. Lorsque le blé étoit clair, il se rangeoit mal, et les épis se plioient quelquefois devant la faux, qui glissoit par-dessus. Lorsque le blé étoit versé, l’ouvrage étoit difficile et lent. Enfin lorsque le blé étoit couché en désordre , l’ouvrage étoit lent et mauvais. Dans les terres dont la surface est semée de grosses pierres, cette méthode ne paroît pas admissible. L’apprentissage n’est point difficile, un jour ou deux suffisent à un homme qui sait manier la faux. La différence essentielle entre l’opération du fauchage de l’herbe et v du fauchage du blé, c’est que, dans celle-ci, l’effort croit à mesure que le coup ^e prolonge ; et le moment D ’ Y O R K S H I K K. 4 1 5 La manière de placer les javelles debout sur le champ demande de la pratique pour faire un ouvrage propre et rapide. Le mouvement le plus expeditif, c’est de saisir le collet de la javelle au lien ; d’elever le bras de toute sa hauteur , et de le ramener brusquement en où la plus grande force est necessaire, est celui où l’on porte sur la faux tout ce qu’elle a ramassé, et où l’on l’appuye contre le blé debout. Il en résulte la convenance de prendre, en fauchant le blé, une attitude différente. Dans le fauchage des prés, on marche les pieds écartés, tous deux à même hauteur, et marquant deux voies sur le sol. En fauchant le blé il faut que le pied droit précède le gauche, qui suit dans la même voie, à-peu-près comme dans l’exercice de l’escrime. Alors le faucheur se trouve faire face au blé debout dans le moment où le plus grand effort est nécessaire, et cette position le lui rend moins pénible. Les batteurs en grange prétendent que le blé fauché est beaucoup plus difficile à battre, parce que les épis ne sont pas aussi également rangés que dans les gerbes du blé moissonné ; il m’a paru qu’il j avoit en effet quelque différence, mais moindre que ne vouloient le faire croire des ouvriers prévenus contre la méthode. Il faut néanmoins faire entrer cette difficulté dans le calcul des inconvéniens, parce qu’on l’éprouvera dans tous lesendroits où la méthode n’est pas celle du pavs. Pour me résumer je pense que, daus certaines années, et certaines circonstances dont le cultivateur doit savoir juger , la méthode peut être bonne, 4l 2 ABEICUITI'RÏ Las, en donnant une impulsion circulaire, qui fait écarter la paille et élargir la base du cône. Cette manière n'est pas réputée la meilleure, parce qu’elle ne donne pas à la javelle une solidité qui la fasse résister aux orages. Voici comment on s’y prend pour donner à ces petites tentes toute la solidité désirable. Le lieur empoigne la javelle des deux mains immédiatement au-dessus du lien ; puis la tenant dans une situation verticale, il égalise la base en frappant quelques coups sur le terrain. Il passe ensuite la main droite de côté dans la paille , au-dessous du lien, et écarte circu- lairement cette paille par un mouvement du bras, de gauche à droite. Il prend alors les épis de la main droite , et fait la même chose de la droite à la gauche, par un mouvement circulaire de la main gauche. Celte opération se fait en regardant le Nord; il en résulte un cône vide très-régulier , et qui a une ouverture du c-ôté du Midi pour seconder l’action du soleil et du vent du Sud. Tout cela paroît long et embarrassant, sur le papier, mais c’est l’affaire de quelques secondes pour des mains exercées. Lorsque l’orge et l’avoine sont suffisamment élevées pour subir la même opération , on la leur applique également : o.\^ y trouve divers avantages ; * B* Y O R K 3 H I R E, 4l7, avantages ; le grain est plus beau , le battage est plus prompt, et la paille beaucoup meilleure pour fourrage. L’objection la plus apparente contre celte méthode comparée à celle de faucher en ondins, c’est la perte de tems ; mais comme on emploie à lier, des hommes qui ne savent pas faucher , des femmes ou des jeunes gens, l’ouvrage de la moisson va aussi vite que dans les endroits où l’on fauche le ble' en dehors. Avee ce dernier usage , il faut retourner les ondins , souvent plusieurs fois. On met plus de tems à charger et à resserrer la moisson ; on court de plus grands risques par les pluies ; il faut plus de place pour loger les grains, plus de tems pour les battre , et leur qualité est inférieure. Comme j’avois pratiqué l’agriculture dans un district où l’usage est de faucher en ondins, j’imaginois qu’on ne pouvoit lier en javelles que dans les cantons où l’on recueille peu de grains ; je me trompois. Les parties élevées du Yorkshire {wolds) sont un pays de grain proprement dit. Cependant on y lie toujours l’avoine et l’orge même en javelles. Un fermier de ce canton-là recueillit , il y a quelques années, de trois à quatre mille quarters d’avoine et d’orge , et la totalité de sa récolte fut liée en javelles. Tome i. Bd 4l3 AGRICULTURE Je connois trop bien les difficultés qu’on éprouvé lorsqu’on essaie de s’e'carler de l’usage du canton, pour recommander aux fermiers des provinces du Sud de lier en javelles dans tous les cas; mais je n’hésite pas à recommander à tous ceux qui ont des avoines ou des orges à couper en tems pluvieux, et dans une saison tardive, d’adopter cette méthode. En Surrey, en Kent, et dans les autres endroits où le ble' sc fauche en ondins, il ne se- roit point difficile de lier les javelles, sans cesser de faucher le ble en dehors . Soit que l’on fauche le ble en dehors ou en dedans, il faut que le faucheur soit toujours un peu tourne du côte du grain qui est debout. Ainsi, en fauchant en dehors, le pied gauche etlamaiu gauche doivent être un peu en avant, et en fauchant en dedans , le pied droit et la main droite doivent au contraire précéder. La manière d’arranger le pliant au manche de la faux influe beaucoup sur le travail ; il faut que cet instrument embrasse tout ce que la faux coupe, et ne prenne point sur le blé qui reste debout. Eu donnant le coup de faux il faut avoir soin de le prolonger comme si l’on vouloit jeter derrière soi Je blé coupé (1). Afin ( 1 ) Ceci est pour ceux qui fauchent en dehors, parce d’yorkshire. 4ig de pouvoir faire ce mouvement bien complet il ne faut pas prendre une bande trop large , ni se servir d’une faux trop longue. Les jeunes gens qui savent manier la faux et qui ont de la disposition à se prêter aux choses utiles, peuvent être dresses en très-peu de tems à faucher proprement des deux manières. On n’éprouveroit pas plus de difficulté à former des ouvriers à lier, et des jeunes garçons à placer debout les javelles liées. On pourvoit prendre pour cela un tems où l’ouvrage ne presseroit pas ; on en feroit d’abord une sorte d’amusement, et l’exemple de quelques acres recueillis de cette manière, une année, pour- roit engager à répéter l’opération l’année suivante sur une plus grande étendue. Dans les opérations de la grange, ce qu’on peut remarquer de particulier au district, c’est que la paille se lie après le battage, et que le grain se vanne avec la machine à vanner, ainsi que nous l’avons déjà dit. Toutes les pailles se lient à la grange ; cette qu’en jetant le blé en quelque sorte derrière eux, il se trouve rangé sur leur gauche, attendu la direction oblique à droite qu’ils doivent maintenir en fauchant. Lorsqu’on fauche en dedans, le eoup de faux est beaucoup moins étendu. AGRICULTURE 420 méthode est excellente partout où l’on ne consomme pas la paille à mesure que l’on bat. La paille en gerbes tient moins de place, se transporte plus aisément et conserve mieux sa saveur que la paille en tas. Dans tous les pays où les bestiaux s’hivernent à l’étable , le bernent de la paille est un article essentiel de l’e- conomie rustique. Une gerbe contient ce qu’un homme peut embrasser de ses deux bras : c’est le repas ordinaire de deux bêtes à cornes ; en sorte que les soins de nourriture à l’étable sont plus faciles , et l’on évite la dispersion de la paille (i). Les opérations des cours de la ferme comprennent l’emploi de la paille, et la formation des fumiers. Dans la vallée de Picltering et dans les fermes des terrains tourbeux, 01^ lient les bestiaux sous des hangars, où ils sont attachés. Lorsque ces hangars sont bien exposés et fermés aux extrémités, ils sont préférables à des étables (1) Je supprime ici les détails sur la machine à vanner: ils seroicnt inutiles si l’on n’avoit pas sous les yeux le modèle de la machine. Il suffit de dire, pour faire comprendre les avantages de cet instrument, que deux personnes qui savent s’en servir, vannent environ quinze quarterons de blé par jour : c’est-à-dire, à peu près soixante-sept quintaux. d’ y O K K S H X B. E. 421 closes. La chaleur et la sécheresse sont sans doute d’un grand avantage aux bestiaux l’hiver, surtout à ceux qui sont maigres et nourris à la paille ; car les bestiaux gras et bien nourris supportent mieux le froid : mais , sur ce point comme sur beaucoup d’autres , il y a un milieu à garder. Les bêtes tenues dans des étables chaudes muent trop tôt au printems ; en sorte que lorsqu’on les met à l’herbe elles ont souvent plus à souffrir du froid qu’elles n’auroient souffert sous un hangar dans les mois d’hiver. Mais la chaleur du bétail n’est ici qu’un objet Secondaire ; ce qu’on a surtout en vue en attachant les bestiaux sous des hangars , c’est d’épargner le fourrage. On leur fait manger souvent la totalité de la paille , et ils couchent sur la terre sans litière. On hiverne vingt à trente têtes de bétail avec la même quantité de paillé qu’on emploie dans les provinces à blé pour hiverner huit ou dix bêtes. La fiente des bestiaux tombe dans une rigole profonde que l’on vide lorsque les bêtes sortent pour boire , ou pour pâturer. Les bestiaux attachés reçoivent à manger quatre fois dans la journée. La meilleure paille se donne aux jeunes bêtes, et la plus mauvaise aux bœufs. Les vaches ne se nourrissent guère qu’au foin, même lorsqu’elles ne donnent point 422 AGRICULTURE de lait. Celte pratique est évidemment vicieuse, surtoutpour la race des vaches à courtes cornes, qui ont souvent de la difficulté à faireleurveau. On voit que la manière d’employer là paille dans ce district est calculée sur le genre de culture du pays. Lorsque les pâturages sont abon- dans , les bestiaux sont en grand nombre, et la paille est rare. Dans un pays de grain, au contraire , la paille est plus abondante que le bétail, et l’ambition des fermiers est de faire fouler la plus grande quantité de paille qu’il est possible pour la convertir eu fumier. Il est étranger à l’objet qui m’occupe d’examiner à fond la convenance de faire fouler la paille pour la convertir en fumier. 11 y a assez de bestiaux dans ce pays-ci pour manger la totalité de la paille qu’il produit; en sorte que fouler la paille en fumier , ou perdre la paille, paroissent une seule et même chose ; on en a besoin pour fourrage, il seroit évidemment absurde de la faire pourrir. Tout ce que je me propose dans ce moment, c’est de recommander une méthode plus économique de faire les fumiers, quelle que soit leur qualité et leur quantité. L’usage général est de placer le tas dans la partie la plus élevée de la cour, ou encore de le disperser sur la pente, comme pour affaiblir à dessein ses sels fertilisans.- 4^5 D ’ Y O R X S H I R E. On se debarrasse , parle chemin le plus court, de la partie de l’urine qui ne se mêle pas avec le fumier, comme si l’on imaginoit qu’elle doit nuire aux terres. Les fumiers , dont les neuf-dixièmes sont de la paille, perdent, même eh tems sec , une partie de leur humidité'. Pendant les pluies ils perdent de leurs principes fécondans, maigre la quantité de paille aveclaquelle ils sont mêlés. Mais combien plus considérable n’est pas la déperdition des sels lorsque le fumier est composé de fiente et d’urine, avec assez de paille, seulement , pour tenir le tout en une masse ! En tems sec il en découle Une humidité considérable , et en tems de pluie le las se délaie complètement. Il est douteux, du moins, que dans certains cas la moitié de la vertu fertilisante ne soit dissipée à pure perle. Il est certain que ce qui se perd est toujours trop; et c’est un point important pour tous les cultivateurs dans les pays où l’on hiverne les bestiaux à l’étable, que de soigner la fabrication des fumiers. La méthode de Norfolk , de garnir le fond de la cour avec de la terre , est indispensablement nécessaire dans ce district, si l’on veut tirer bon parti des fumiers. Il n’y a point de meilleur engrais pour les prés, que la terre 4a4> A&sicuifüKE saturée du suc des fumiers : elle s’insinue plus promptement dans l’herbe , et son effet est ordinairement plus marque' que celui du fumier même'. Négliger une telle source d’engrais , c’est ne'gliger une mine d’or ou d’argent qui peut être exploitée avec la plus grande facilite'. L’attention sur ce point laisse aux champs la même quantité' d’engrais, et donne annuellement aux pre's une substance riche qui, sans cela, se seroit écoulée à pure perte dans les fosses , ou auroit pénétré dans la terre sans profit (i). Mais avant de pouvoir garnir avec avantage le fond de la cour, de terre , il faut avoir prépare' ce fond convenablement; c’est-à-dire, l’avoir foulé, ou pavé comme le fond d’un abreuvoir, en choisissant, pour placer le tas, l’endroit où les chariots peuvent facilement approcher , et où les égouts des étables se rassemblent. Au-dessous du fumier il faut pratiquer des rigoles , que l’on remplit, dans les tems de loisir, avec de la terre tirée des fossés, ou raclée des chemins, ou encore avec des retailles de grès. On établit le tas de fumier là-dessus, ( 1 ) Voyez sur l’important sujet des engrais, l’extrait du i5 . 6 chapitre du projet de rapport du département d’Agcicuîtnre. è’yorkshire. 4^5 en ayant soin de le border tout autour d’un petit parapet de terre , soit pour empêcher que les eaux de pluie ne viennent affoiblir ses sucs , soit pour prévenir l’extravasion de l’humidité que le fumier fournit ou reçoit des étables. Blè. J’ai e'tudie' et détaillé tous les proce'de's relatifs aux terres arables dans le comté de Norfolk , qui peut servir de modèle pour la culture des grains en terres légères. Ce n’est pas le cas d’entrer ici dans les mêmes détails sur les grains, parce qu’ils ne sont qu’un objet secondaire , et que la diversité des terrains s’oppose à une parfaite régularité dans les assolemens. Cependant , comme il y a dans ce district un esprit d’amélioration très-actif, et que chacun s’empresse de mettre en pratique ce qu’il juge utile, il y a de bonnes choses à prendre dans certaines particularités delà culture des champs. Les détails qui, relativement au blé, me paroissent mériter quelqu’altention, sont : 1. ° L’espèce communément cultivée. 2 . ° La culture des variétés. 3. ° La préparation de la semence pour prévenir la nielle. 4. ° Une opinion établie concernant la rouille des blés. 426 AGRICULTURE Les variétés du blé d’hiver que l’on cultive dans le district, sont : i.° Le blé de Zélande ( Zeelancl wheat ). It a la balle blanche, il est sans barbe (i), ses^ épis sont assez gros; le grain est plein et blanc j la paille est longue et forte. Il convient aux terres foibles ou médiocres. En terre riche il donne trop en paille. a.° Le blé cotonneux de Kent ( Tdowny Kent). Sa balle est blanche , cotonneuse et sans barbe. Ses épis sont de grosseur médiocre ; son grain est blanc et petit, sa paille courte. Cette variété convient aux bonnes terres : il y rend communément beaucoup , malgré la petitesse du grain. 3. ° Le blé blanc ordinaire ( common whiie wheat). C’est celui qu’ailleurs on nomme white lammas : il n’est presque plus d’usage depuis que les deux variétés précédentes ont été adoptées. 4. ° Le blé brun d’Hertfordshire (Herdford- shire brown). Il a la balle blanche, le grain rouge, la paille de longueur moyenne; et il (i) Toutes les variétés du blé d’hiver que j’ai été dans le cas d’observer jusqu’ici, ont quelques barbes à la pointe de l’épi, ces barbes sont quelquefois très-courtes. V d’yORKSIIIKE. 427 ressemble assez à une variété de Norfolk, nommée Kentish white cosh. 5. * Blé rouge de Kent (yellow Kent). II a la balle rougeâtre , le grain blanc, les épis gros et la paille forte. 6 . ° Le blé rouge ordinaire (common red teheat ). II e'toit autrefois aussi commun que le blé blanc, et l’usage en passe , comme de celui-ci. Le blé de printems se cultive dans les environs de Whilby. Il y a quelques années qu’on l’a apporté dans la vallée , mais son usage ne s’est pas répandu : il paroît que pour qu’il réussisse il ne faut le semer qu’en Avril. n II est probable que le tems a la même influence sur les grains que sur leé pommes de terre, les fruits cultivés et d’autres productions végétales; c’est-à-dire, qu’il produit des variétés. Dans tous les pays j’ai observé qu’il y avoit certaines variétés de grains qui devenoient à la mode parmi les cultivateurs , tandis que d’autres perdoient faveur. La mode peut en effet y faire quelque chose , mais il n’est pas vraisemblable que la mode seule engageât tous les cultivateurs d’un canton à abandonner un grain éprouvé. Dans les jardins, les variétés sont sans nombre 3 chaque année on en voit paroître de 438 AGRICULTURE nouvelles, et l’industrie y contribue autant que le hasard. Ainsi, pour avoir des pois précoces, le jardinier marque la plante qui fleurit la première parmi les espèces les plus printan- nières. L’année suivante il sème les pois recueillis , et marque de même la plante la plus pré- coce. C’est ainsi que l’on se procure des va- riéte’s de pomme, en choisissant sur une couche de plants de pommiers qui lèvent de pépins, ceux qui ont les feuilles les plus larges pour les transplanter. On obtient de même avec de l’industrie, des nouvelles variétés de grains; et il est bien probable que les variétés sans nombre du blé d’hiver ne sont pas toutes l’effet du climat ou du sol. La nature se plaît quelquefois à certains jeux sur les qualités caractéristiques des individus , mais l’industrie de l’homme est nécessaire pour établir les variétés d’une manière permanente. On s’occupe peu aujourd’hui d’établir des variétés , parce que le nombre en est déjà si considérable qu’on se contente de les transporter d’un canton à l’autre. Je n’ai eu qu’une seule occasion de voir créer une variété avec un individu , et c’est ce district qui m’a fourni cet exemple. Un homme qui est excellent observateur, ayant remarqué dans un champ de blé une i plante d’une beauté et d’une vigueur extraordinaires , qui avoit tallé mieux que les autres, et prenoit l’avantage sur tous les épis environ- nans , la marqua pour en recueillir le grain séparément. La plante donna quinze épis et six cent quatre grains d’un blé plein et brun foncé , différent pour l’aspect de toutes les variétés que je connois. La balle étoitlisse, sans barbe, de la couleur du grain , la paille forte et un peu semblable à des roseaux. Les six cents grains furent plantés un à un, à neuf pouces de distance en tout sens, et oc- cupoient un espace de quarante yards quarrés, non dans un jardin ou une pièce isolée , mais après un trèfle , dans un champ dont le reste étoit semé en blé ordinaire à la manière commune. Par ce moyen, on évita les soins trop assujetlissans , et en même tems la destruction que causent les oiseaux dans les pièces d’expériences. Les six cents grains donnèrent vingt livres et demie de blé de semence de première qualité , et quelques livres de blé de seconde qualité. Un des grains avoit produit trente-cinq épis et douze cent trente-cinq grains. Le produit de la seconde année étant suffisant pour planter un acre , la variété se trouva établie. A la cinquième année, je l’ai vue semée 43o AGRICULTURE en quantité considérable ; mais la saison se trouvant pluvieuse , et la terre riche, le grain fut retrait, pour la plus grande partie. Il gerba beaucoup ; mais le produit du blc de Zélande, dans les mêmes terres , fut tout aussi grand : je pense même que le grain de ce dernier blé est d’une qualité supérieure ; la peau en est plus mince. Cela n’empêche pas que la variété dont je parle ne soit une des plus estimées du pays ; c’est même peut-être celle qui convient le mieux aux terres médiocres ou mauvaises (i). La supériorité de ce blé n’est pas néanmoins assez marquée pour justifier le détail dans lequel je viens d’entrer, s’il ne servoit a montrer combien il est facile de créer des variétés, ou de perfectionner celles qui existent. Ce qui détourne les fermiers de ces expériences, c’est Je dégât que font les oiseaux ; car il est à peu près impossible d’en garantir les petits espaces semés en grain , quand la maturité approche, surtout dans les jardins et le voisinage des habitations ÿ mais si l’on fait les expériences dans un champ semé en grains de la même nature, on évite cet inconvénient. (t) Il est intéressant de remarquer que cette variété gagne en qualité. Sa couleur et sa peau sont plus belles cette année que les autres, quoique la saison ait été défavorable. (A.) b’yorkshire. 45i Le botaniste pourra craindre l’influence des poussières fécondantes sur les plantes voisines} mais d’après ce que j’ai observé , je ne pense pas que cette crainte soit fondée. On ne s’ap- perçut d’aucun effet semblable dans l’épreuve que je viens de détailler , quoique le blé qui faisoit le sujet de) 1 l’expérience fût entouré de froment blanc. Je ne prétends pas faire une preuve de cette circonstance } mais c’est une chose très-ordinaire que de voir semer ici du blé rouge parmi du blé blanc, et l’on assure que chacun des deux conserve ses caractères et même sa couleur. On peut user de la même industrie pour perfectionner les variétés; cela seroit peut-être plus profitable au cultivateur que d’en créer de nouvelles , et le travail seroit moins long. Autrefois il étoit d’usage pour perfectionner les races de bestiaux , de les croiser; mais aujourd’hui les éleveurs de bestiaux, qui ont porté leur art très-loin , suivent une méthode différente ; ils emploient les plus beaux individus de la race ou de la variété qu’ils veulent perfectionner. Or, quelque pure que soit une variété de blé, on trouve toujours, en y regardant de près, des différences aussi marquées entre les individus que dans les troupeaux de bétail, et un fermier attentif doit s’occuper de 432 AGRICULTURE choisir les plantes supe'rieures en beauté et en fécondité , pour en tirer de la graine, parce qu’il est extrêmement probable que ces individus sont particulièrement adaptés au sol qu’il cultive , et à la situation de ses champs. On fait usage dans ce district d’une singulière préparation des semences, pour prévenir la carie dans les blés ; on y emploie l’arsenic. Autrefois la chaux et le sel marin y étoient en usage , comme ils le sont encore dans presque toutes les parties du royaume. Je ne sais point comment l’usage de l’arsenic a été introduit en Yorkshire , ni si cette pratique est do très- ancienne date. Je connois un cultivateur, à l’exactitude duquel je puis me fier , qui l’emploie depuis vingt ans avec un succès constant. II ne prétend pas n’avoir jamais eu un épi carié dans ses champs , mais il affirme n’avoir jamais éprouvé le moindre dommage par cette cause. On pourroit obtenir probablement des témoignages tout aussi positifs en faveur de cette méthode , de plus de cent individus dans le même arrondissement. Personne je crois, parmi ceux qui ont été à portée d’observer les effets de cette préparation , ne met en doute son efficacité ; mais il y a des cultivateurs qui en redoutent l’usage, à cause du danger des distractions , de la négligence , d’yob.kshire. 453 gligence , et à cause du mal qui peut en re'suj- ter pour le semeur : on a beaucoup discute' ce dernier objet en particulier. La personne que j’ai déjà citée n’en a jamais éprouvé le plus léger inconvénient, ni par lui-même, ni par ses gens, ni par son semeur ; son bétail, ses poules même, n’en ont jamais été victimes , et je n’ai pas ouï citer l’exemple d’un seul accident arrivé dans ce district depuis que cette pratique est répandue. Je ne prétends ni l’approuver, ni la blâmer; je tiens registre des faits ; c’est au lecteur à former son opinion sur la convenance d’adopter cet usage. On pile l’arsenic très-fin , et on en fait une décoction dans laquelle on plonge le blé de semence : une once d’arsenic blanc demande un gallon d’eau. On la laisse bouillir deux heures , puis on ajoute de l’urine d’étable de quoi faire la quantité de deux gallons. On plonge la semence dans cette liqueur, jusqu’à-ce que le bout cotonneux de chaque grain soit saturé de la préparation. On laisse ensuite sécher , et le grain est prêt à semer. Si cependant il existe quelque danger pour le semeur, il vient probablement de l’humidité superflue qui se trouve sur le grain, et qui pénètre dans les pores de sa main. En saupou- Tome i. Ee 454 AGRICULTURE tirant le grain de chaux , on le rcndroit plus sec , plus agréable à manier , et plus visible sur le sol quand on le répand (1). Un busbel de blé emploie un gallon de liquide. L’arsenic coûte six pence la livre ; en supposant qu’une livre ne fit que pour trois quarters , ce seroit environ un farlhing par bushel, à quoi il faut ajouter la main-d’œuvre et le combustible. C’est de beaucoup la préparation la moins chère qui soit employée dans le but de prévenir la carie , et c’est peut-être , à tout prendre , la meilleure que l’on connoisse. Lorsque je dis la meilleure que l’on connoisse , je parle le langage des cultivateurs de profession dans tous les districts de l’Angleterre ; car ma propre pratique ne m’a point démontré qu’aucune préparation fût nécessaire. (l) Il semble inutile de chercher un préservatif si l’expérience démontre qu’il n’y a pas de dauger. Il y a certainement quelque avantage à ce que le grain que l’on sème ait une couleur blanche, parce qu’on est moins sujet à se tromper en semant ; mais quant à l’agrément de manier du blé chaulé, ceux qui en ont semé n’y croiront pas. Le désagrément de respirer la poussière de la chaux qui s’échappe lorsqu’on lâche la poignée, est aussi très-grand ; mais la chaux a un avantage que l’auteur auroit pu citer ici: elle préserve le grain de la dévastation dos oiseaux et des insectes. b’ T O S K S a I 5 E. 455 Je suspends donc mon jugement, quant à pré- sent, sur ce sujet curieux mais obscur. Je veux pourtant que l’on comprenne que , dans le moment où j’écris ceci, je ne me déclare pas contre les préparations des semences. IJ y a, dans le canton, une opinion e'tablie concernant la rouille des blés ; c’est qu’en mêlant un peu de seigle avec le froment, on a la certitude de préserver celui-ci de la rouille. Si le lait est vrai, il est intéressant, non-seulement sous le rapport de l’agriculture, mais aussi de l’histoire naturelle. Seigle. La seule espèce de seigle connue en Angleterre est celle que Linneïis appelle scalecereale. Ou en cultive deux variétés en Yorksbire ; le seigle noir , qui autrefois étoit le seul connu dans le district, et le seigle blanc, ou seigle de Dantzick, qui y a été introduit depuis un demi- siècle , est presqu’aujourd’liui le seul qu’on y sème. Avant que l’usage de la chaux fût généralement adopté, on cultivoit beaucoup de seigles dans les terres légères qui bordent la vallée ; et dans les terrains tourbeux , on n’imaginoit pas d’essayer d’autres graines que du seigle et de 1 orge. Mais aujourd’hui le seigle est presque 436 AGRICULTURE confine dans les fonds tourbeux, et le changement de nature que la chaux a opéré' sur les terres, les rend propres au blé, qui est à pré- sent le grain dont la culture est le plus généralement adopte'e. Dans les terres qui sont à la fois tourbeuses et sablonneuses, le seigle est cependant le grain le plus profitable ; et le pain mêle de seigle et froment est réputé' plus sain que le pain de blé pur. Orge. On cultive quatre sortes d’orges dans le Yorkshire. a.° L’orge commun (hordeum zeocriton ), à longs épis. 2. 0 Hordeum distichon. Battledor harley ou sprat-barley. 5.° Big-barley, furrowed barley, spring- barley. 4.° Hordeum hexastichon . Sixrowed barley, winter-barley. La première et la quatrième sorte sont presque les seules que l’on cultive aujourd’hui. Autrefois chaque particulier convertissoit son orge en drèche ; chacun avoit un four destiné à cette opération , et l’orge ne se vendoit qu’en drèche : aujourd’hui c’est une industrie à part , et les cultivateurs rachètent , pour D ’ Y O R K S H I R E. 457 leur consommation , la drèclie dont ils ont besoin. Avoine. Linneus comprend toutes les varie'te's d’avoines cultivées sous la dénomination d’avena saliva. Autrefois on ne cultivoit dans le district que l’avoine printannièrc et l’avoine tardive; a présent les variétés cultive'es sont : i.° L’avoine de Pologne : son grain est court et nourri, mais l’e'paisseur de sa peau lui fait tort dans l’esprit des fermiers attentifs. Elle est sans barbes, ne porte guères qu’un e'pi, et a la paille courte. 2. 0 L’avoine de Frise : c’est aujourd’hui la sorte qu’on préféré généralement, et avec raison ; elle donne plus de paille, et le grain a la peau plus mince que celui de l’avoine de Pologne. Elle est en general à double e'pi, et le plus grand a ordinairement des barbes. 3.° L’avoine de Sibérie , mieux connue sous le nom d’avoine de Tartarie, est évidemment une espèce distincte qui a e’chappe' à Linneus. Chaque balle contient souvent trois fleurs , jamais moins de deux , et un rudiment de fleur, quelquefois elle donne trois grains parfaits et un germe. Le panicule diffère aussi essentiellement de celui de toutes les variétés de Vavena 438 AGRICULTURE scitiva. La dénomination d’aven a arundina- cea lui conviendroit : les grains sont petits et minces ; les plus gros portent une barbe , et les plus petits n’en ont point; la paille est élevée et forte. Les details à remarquer ici dans la culture de l’avoine concernentle choix du sol, la quantité' de semence , le produit et la manière de battre. Les terres riches de la partie de l’ouest de la vallée sont singulièrement propres à l’avoine: il y a des champs où l’on en a fait six ou sept récoltes consécutives. Cependant ce n’est que dans les endroits qui ont été très-long-tems en pré. Ces terrains sont un lut sablonneux et gras. Ce genre de sol est singulièrement productif pour l’avoine , tandis que , si l’on y cultive du blé, il ne rend guères que de la paille. L’avoine paie incomparablement mieux les frais do culture ; et c’est avec beaucoup de raison que les lermiers ont renoncé à y semer du froment. On sème ordinairement cinq à six bushels , et quelquefois jusqu’à un quarter d’avoine par acre. Dans certains terrains on trouve que plus on sème épais et plus on recueille. Il me pa- roît cependant qu’il y a de l’imprudence à semer plus de six bushels par acre sur une grande étendue de terres. ü’torjkshire. 43g Quant au produit , il est en général considérable : on recueille souvent sept à huitquar- ters d’avoine dans de grandes exploitations; et on en recueille jusqu’à dix quarters par acre , sur une pièce qui contenoit plusieurs acres. Un fermier de la vallée en a vendu et conduit au marché dans une année mille quarters. Un usage très-singulier prévaut maintenant dans le battage de l’avoine : c’est le seul endroit du royaume où cette opération se fasse dans les champs, ou dans un aire auprès de la maison , en plein air. Il pa roît que la manière de battre le colza, dont je parlerai bientôt, a donné l’idée du battage de l’avoine en plein air ; car d’abord on la balloit sur des draps. Aujourd’hui on la bal sur l’aire, sans la précaution d’y étendre des draps : on trouve qu’en faisant passer les poules ou les cochons sur l’aire après le battage , la perte se réduit à rien. Ce qui peut paroître également étrange, c’est que ce travail se fait pendant la moisson : l’avoine passe immédiatement au marché, depuis le champ qui l’a produite ; mais il existe , dans ce district, un avantage très-marqué pour le fermier, sous ce rapport; c’est que l’avoine nouvelle est fort recherchée dans les marchés. Dans la partie manufacturière et occidentale - 'i 44o AG-RICUIiTURE de Yorkshire, on consomme beaucoup de pain d’avoine , et il y a toujours une demande considérable d’avoine nouvelle pour gruer. Cela explique le haut prix de ce grain dans le tems de la récolte, si on le compare aux prix des ' autres provinces à la même époque ; et la facilité de l’écoulement peut avoir conduit les fermiers à l’étrange usage de battre sur le champ même. La paille fraîche , débarrassée du grain et mise en tas avec précaution , subit une espèce de fermentation , et acquiert une excellente qualité comme fourrage. On voit quelquefois le bétail prendre de la chair en se nourrissant uniquement de cette paille ; mais cela s’observe dans les cantons où l’on cultive l’avoine sur les terres riches , et je doute si l’on ne doit pas attribuer cette qualité nourrissante à la richesse du sol, parce qu’bn remarque un fait analogue sur les foins. Le foin de Lincoln- sbire engraisse des bœufs que le foin de Norfolk nourriroit à peine. On allègue en faveur du battage dans les champs, l’épargne du travail, du tems, des bâtimens et des charriages. Un fermier qui avoit une grande étendue d’avoine fort éloignée de sa demeure , la fil battre en totalité pour un shelling par quarter , dans le tems de iii 0 d’ y O R K S H I R E. 44 1 la moisson , maigre la presse des ouvrages dans cette saison-là. Sans cette ressource , il auroit fallu, ou bâtir une grange, ou faire un nombre de charriages impraticables dans le moment de la moisson. La chance des pluies paroît la seule objection solide contre la me'thode ; mais on a toujours une grande quantité de paille pour couvrir le grain ; et l’expérience prouve qu’un peu de pluie sur la paille ne lui ôte rien de sa qualité'. II y a évidemment des cas où cette pratique est extrêmement avantageuse dans ce district, et je ne doute pas qu’on ne pût l’adopter avec profit dans bien des endroits. Turneps. Il y a vingt ans que l’on ne connoissoit point les turneps dans le district qui nous occupe ; même aujourd’hui cette culture est bien loin d’être généralement adoptée. Il y a quelques particuliers que l’esprit de perfectionnement a conduit à s’occuper de la culture des turneps, et qu’on peut mettre au rang des meilleurs cultivateurs de cette plante, après les fermiers de Norfolk. On ne peut pas attendre des détails de quelqu’importance , et vraiment nouveaux , sur la culture de celte racine , après ce que j’en ai dit en traitant de 44a agriculture la pratique de ÎNorfolk. Il y a néanmoins une circonstance qui me paroit digne d’être remarquée ÿ c’est une culture très-simple et très- utile que je ne me rappelle point d’avoir vu pratiquer en Norfolk. Elle consiste à enlever les plus grosses racines pour les châtier, et à laisser sur place les plus petites pour y être mangées par les moutons, surtout par les brebis et les agneaux au printems. De cette manière ou gagne beaucoup de tems pour l’arrachement et le charriage. Les petits turneps ont plus de place pour grossir dans l’arrière- automne , et pour pousser des feuilles au printems. Si l’on fait manger pendant l’hiver les petites racines qui restent , le terrain se trouve libre pour la charrue , comme si le tout eut été' charié. C’est dans cette circonstance seulement que gît la supériorité de la pratique de York; car il arrive quelquefois en Norfolk, ainsique je l’ai dit, que l’on arrache en automne les gros turneps , et qu’on laisse les petits sur pied jusqu’au printems. Colza. Ce district est le seul où j’aie vu le colza (brassica napus ) cultivé pour sa graine. Il y a trcs-long-tems que cette culture est 445 t>’ YORKSHTÏt E. pratiquée dans la vallée et sur une échelle considérable ; elle mérité donc un examen de- taille , et nous considérerons successivement. j.° La place qu’occupe le colza dans les assolemens. 2 . “ Le sol et sa pre'paration. 3. ° L’engrais et la manière de l’appliquer. 4. ° La semaille. 5. ° Les soins pendant la végétation. 6. ° La recolle. r j.° Les débouches du produit. Le colza se sème généralement sur un pré rompu ; dans les terres très-riches on le sème quelquefois sur une jachère , comme les tur- neps; on le hasarde même après une récolte de grains ; mais à moins que la terre ne soit très- riche et très-propre , il ne réussit pas. Sur les prés vierges , sur les gazons de communaux , il réussit ordinairement très-bien. Malgré l’extrême variétédes terrains de la vallée, on sème du colza sur toutes les terres. Le succès est toujours proportionné à la richesse du sol, indépendamment de sa qualité ; et pourvu que la pièce où l’on sème ait été long-tems en pré , et que l’écobuage en soit fait avec soin, ainsi que nous Tâtons explique, on peut espérer une belle récolte. On ne fume jamais le colza sur les prés rom- 444 AGRICULTURE pus qu’avec la cendre de l’écobuage, à laquelle on ajoute quelquefois un peu de chaux. Les cendres sont appliquées pour le colza seul, mais la chaux est plutôt destinée à améliorer le sol pour les récoltes suivantes. On sème dans le mois de juillet assez tôt pour que la feuille soit forte en automne, mais assez tard pour que la plante ne monte pas en graine avant l’hiver. On sème un gallon de graine par acre , sur un seul labour après l’é- cobuage. On enterre la graine à la herse d’épines ; quelquefois on passe deux herses sur la crête des sillons avant de semer, et quelquefois on ne herse ni avant ni après avoir répandu la graine. On ne donne, en général, aucune culture au colza pendant sa végétation , et l’on ne se met pas même en peine d’en arracher l’herbe ; mais on est dans l’usage de transplanter les plantes des endroits trop épais dans les endroits clairs, qui , communément, sont en grand nombre. Ce sont les femmes qui font cet ouvrage avec un plantoir. Les plants transplantés reprennent presque toujours, mais mûrissent plus tard que les autres ; néanmoins c’est un très-bon usage : c’est en Octobre que se fait cette transplantation. Lorsqu’un champ tout entier, ou d’yorkshire. 445 une grande partie d’un cliamp , vient à manquer, on emploie quelquefois la charrue pour transplanter; et alors les plantes se placent un peu inclinées dans les raies de charrue à un pied de distance, en laissant une raie sans planter. Ladistance est donc dix-huit à vingt pouces dans un sens, et un pied dans l’autre. L’expé- rience prouve , qu’en bonne terre cette distance est assez considérable. La dépense monte exactement à huit shel- lings par acre outre les frais de charrue. Huit femmes à six pence par jour plantent cette étendue.* Celte operation me conduit à croire qu’on pourroit obtenir une amelioration importante dans cette culture. La principale objection que l’on fait contre le colza , c’est qu’il occupe très-long-tems la terre. Toutes les mauvaises herbes bisannuelles ont le tems-de prendre possession du sol avant l’automne, et comme la récolte ne se fait qu’en Juillet ou en Août, elles donnent leur graine et empoisonnent la terre. Les plantes pivotantes s’e'tablissent aussi d’une manière qui devient embarrassante ; et le sol, qui demeure un an sans labours, se durcit considérablement. Unlabour d’automne remédieroità tout cela. Les plantes bisannuelles seroient extirpées ; 446 A G 11 I C U L T U R 13 les plantes pivotantes seroieut au moins affoi- blies , et le sol seroit conserve meuble. Ce qui me paroîlroit le mieux , seroit cle transplanter toute la re'eolte , et voici la marche que je proposerois. Il faudrait arracher dans le premier champ une quantité suffisante de plantes pour le dernier champ , en ayant soin d’enterrer les racines jusqu’au moment du besoin. On laboureroit ensuite le premier champ , en y plantant, de la manière ci-dessus décrite, les plantes prises dans le second champ. On feroit exactement la même opération sur Je second champ , avec des plantes du troisième, et en suivant ainsi jusqu’au dernier, qui seroit garni avec les plantes du premier. Outre les avantages indiqués ci-dessus, il faut observer que tous les champs seroieut fournis de plantes de choix , également espacées ; non-seulement le sol seroit occupé tout entier, mais la récolte mûriroit toute ensemble. La houe pourroit travailler librement dans les intervalles , et même le petit cultivateur pour- roit être employé avec un cheval. Au moyen de ce procédé, la récolte la plus épuisante , ou du moins la plus éprouvante pour le sol 1 , à cause de la quantité de mauvaises herbes qu’elle introduit, deviendroit ne récolte très-amélioraute. t 44 ? 1) ’ Y O R K S H I R E. Si l’on semoit sur un écobuage, le premier labour seroil très-superficiel; lelabour de transplantation croiseroit le premier, et se feroit à sillons relevés , pour maintenir le terrain à l’abri des eaux de l’biver. Une jachère fume'e , un chaume de blé en terre riche , ou tout autre sol suffisamment net et en bon état, pourroit recevoir ainsi les plants par transplantation ; et l’on pourroit avoir des pépinières pour y fournir. C’est ordinairement en Juillet que le colza est mûr : l’époque varie de quelques jours selon la saison. On commence à le couper lorsque la graine des plantes les plus avancées noircit. — Il se coupe à la laucille , par des femmes. On laisse le chaume ou le bas dès tiges d’un pied de long, et on dépose les javelles légèrement sur le chaume qui les soutient. Le battage du colza est une grande affaire : le choix du moment est important. Si l’on bat trop tôt, la graine des plantes les plus vertes n’est pas mûre , et ne sort pas des gousses ; si l’on bat trop tard , la graine des plantes les plus mûres s'est déjà répandue sur le champ : il importe donc de, profiter du moment favorable. Tous les autres ouvrages rustiques doivent céder à ce travail. Le battage se fait sur le champ même. Les voisius sont invités, quel- 448 AGRICULTURE quefois à plus d’un mille à la ronde , pour y concourir. La plupart des ouvriers ne sont point gage's : ils se contentent de la bonne chère qu’on leur fait dans cette espèce de fête. Les rôles sont distribués; chacun s’acquitte de ce qui le concerne avec une parfaire exactitude, une activité' et une gaîte' qui font de cette opération du battage un spectacle très-agréable. Mais il y a divers inconvéniens dans cette méthode. La dépense est considérable; les risques du mauvais tems sont très-grands. Les volontaires ignorans embarrassent le travail. La paille est à peu près perdue, parce que quoiqu’on la brûle sur le champ , la quantité de cendres produites est fort peu de chose; enfin le tems, dans cette saison-là , est extrêmement précieux pour les foins et la moisson, et cependant il faut que tout cède au battage du colza. Malgré ces inconvéniens évidens, l’usage est tellement tyrannique en agriculture, que, jusqu’en 1787, l’on n’a eu connoissance que d’un seul exemple dans lequel on se soit écarté de cette pratique, suivie depuis des siècles dans la vallée. Dans ce seul exemple , les tiges avoient été liées en petites gerbes , et placées debout sur le champ jusqu’au charriage , dans lequel on se servoit de draps pour prévenir la perte de la graine. Le colza resserré en grange sg d’yorkshire. 44g se battît ensuite à loisir. La dépense, dans cette méthode , ne revient qu’à 16 shellings 6 den. par acre, au lieu qu’il en coûte au moins 25 shellings dans l’autre procédé. D’ailleurs, la perte de la graine , sur le champ, est moindre, et surtout on profite de la paille. Les bestiaux mangent avec avidité les gousses et le haut des tiges , le reste fait une excellente litière. En 1787 une nouvelle méthode pour récolter et battre le colza s’est introduite dans la vallée, et gagnera probablement d’année en année. Dans cette nouvelle pratique on lie le colza en javelles , en se servant pour cela de plantes vertes et encore flexibles. On étend ces javelles liées sur le chaume, et lorsqu’elles sont sèches on en forme des tas réguliers sur le champ même. On transporte les javelles sur des traîneaux garnis de draps. La graine qui sue dans les gousses , de cette manière, est en général plus belle et plus estimée que celle qui sue après Je battage. On prend , pour battre le colza ainsi réduit en tas, le tems le plus favorable, et où les débouchés pour la graine sont les plus avantageux. 11 y a un grand nombre d’années que cette méthode de récolter et de battre le colza est généralement établie dans le district d’Egton à Tome 1. Ef 45 o AGRICULTURE dix milles seulement du bord de la vallée, où l’on n’a commence" qu’eu 1787 à la connoître ci à l’imiter. C’est un exemple frappant de la lenteur avec laquelle les bonnes pratiques se propagent, et il prouve la nécessité d’enregistrer les details des méthodes perfectionrie'es dans les cantons auxquels elles appartiennent, et de faire circuler ces details dans toutes les provinces. Il n’v a point de moulins à huile dans la vallée. Malton est le marche general de la graine ; elle va de là dans la partie manufacturière du comte , où les moulins abondent., IJn acre produit communément quatre quar- ters de graine. Le prix de celle-ci varie depuis 10 jusqu’à 5 o liv. sterlings les dix quarters. Les prix de la graine de colza dépendent en partie des succès des pêcheries sur la côte de Groenland ; et la récolte est toujours , jusqu’à un certain point, incertaine. Les gelées du printems , dans le moment où la plante est en fleurs, ou dans celui de la formation des sili- ques , sont extrêmement préjudiciables au produit. En 1780, les gelées de Mai firent un mal incalculable : un particulier vit presque détruire une de ses pièces de vingt acres. Au commencement de Mai la récolte prometloit 8 à 10 liv. sleil. par acre ; et à la fin du mois I)’ Y O R. K S H I R E. 45 i elle ‘ut offerte pour 20 liv. sterl. les vingt ar.-^sj ce qui fait une perte de i 5 o à 200 Jiv* «,ierl. sur un seul champ, et peut-être dans une matinée. Mais toutes les récoltes sont sujettes à des casualités , et toutes les denrées sont exposées à des variations dans les prix. Quoique le colza soit sujet à souffrir des gelées, il n’est guère exposé à en être détruit ; et à tout considérer, c’est une culture des plus profitables. On a vu quelquefois dans de vieux pâturages qui 11e donnoient plus rien , une récolte de colza payer le prix de la terre. Pommes de terre. Il n’y a qu’une seule espèce de pommes de terre (solarium tuberosum ), mais les variétés sont infinies 5 chaque province a sa sorte favorite ; toutes ces sortes diffèrent entr’elles, et leur énumération ne seroit qu’une suite de mots barbares qui ne donneroient aucune idée des objets. Les variétés de pommes de terre passent de mode dans chaque province 5 elles ont leur tems de faveur et de discrédit. La rusia tati a été pendant long-tems la pomme de terre favorite du district ; elle a passé , comme beaucoup d’autres variétés qui sont aujourd’hui 4£2 AGRICULTURE entièrement perdues , après avoir e'tè fort recherchées. Il y a quelques raisons de croire que la maladie nommée la frisolée ou la pivre, qui a e'te' commune depuis quelques années dans ce district et dans quelques autres, peut être attribuée à ce que l’on s’est obstiné à cultiver une variété qui dégénéroit (1). Quelle que soit la cause de cette maladie, on est généralement (1) Je viens de recevoir en date du 12 décembre 1797, une lettre écrite par un habile cultivateur du pays de Vaud , dont les observations sur la culture des pommes de terre se trouvent, à quelques égards, singulièrement d’accord avec les conjectures que les faits ont suggérées à l'auteur Anglois : voici un fragment de cette lettre. « La dégénération des pommes de terre offre encore « des questions bien intéressantes pour les Agriculteurs, j) J’ai vu se perdre ici une espèce qui donnoit très- » abondamment il y a quelques années : quels que î> soins que j’aie pris pour la conserver, je n’ai pu » y réussir. Les feuilles se frangent, se rident, les » fruits sont très-petits : c’est une maladie connue. Elle » est remarquable ici en ce que c’est la seule espèce » qui en ait été attaquée, et totalement détruite. » Les po.mmes de terre rouges ont dégénéré à tous 11 égards : elle ne valent plus la peine d’être plantées, » mais elles ne sont pas devenues frangées. Que pro- » duiroit le mélange des variétés? Voilà une question » bien intéressante. » b’ Y O R ï S H IK î, 455 convaincu en Yorkshirc , d’après l’expèrience, que les variétés nouvelles, Introduites au moyen de la graine, ne sont point sujettes à la frisole’e (1). (1) Ce fait n’est pas suffisamment constaté. Cette maladie a paru il y a quelques années, avec plus ou moins d’effet, dans toutes les parties de l’Angleterre, à ce que je crois. Dans quelques endroits, sa durée a été fort courte, et elle est déjà oubliée. J’ai observé un cas, et j’aurai occasion d’en parler dans la suite, où la guérison de cette maladie a été due, très-probablement, à l’introduction des nouvelles variétés. Il y a un fait très-remarquable à cet égard dans le Yorkshire. Les Morelands sont absolument affranchis ■ de cette maladie, tandis que la vallée en est encore infectée. Lorsqu’on tire les semences des Morelands, on évite la frisolée dans le district de Pickering la. première année ; mais si l’on continue à semer de la même sorte qu’on a recueillie, la frisolée rèparoît. La maladie est rarement sensible dans la première époque de la végétation ; mais à mesure que la plante croît, la frisolée fait des progrès. Les feuilles, puis les tiges se dessèchent et se rabougrissent comme si la sécheresse ou les insectes les affectoient. La plante ne meurt point cependant, mais ses progrès sont très- lents , et elle produit peu de pommes de terre. On a vu des champs presqu’entièrement perdus par cette maladie. Lorsque la frisolée est partielle, on dit que l’extraction des plantes affectées préviennent la communication ; et on dit aussi que les cultivateurs des Morelands se sont débarrassés de ce fléau par ce procédé. (A) AG-KICUX>TÜRE 454 Il V a dans ce district quelques cultivateurs inteiiigens , qui connoisseiit et pratiquent la culture des pommes de terre de graine. Yoici comment l’on s’y prend ordinairement : Lorsqxi’en automne , les baies commencent à tomber naturellement , on les ramasse à la main , et on les conserve dans le sable jusqu’au primeras. Lorsqu’on juge qu’il n’y a plus rien à risquer des gelées, on sème la graine dans du terreau bien prépare’; et dès que les plantes peuvent être transplantées sans les .gâter , on les transplante eu lignes , à distances égales , en terre de jardin , et on les tient sarcle'es pendant l’été. En automne , on les arrache. Les pommes de terre varient alors en grosseur depuis le volume d’une noisette jusqu’à celui d’une petite pomme. Au primeras suivant, on les replante ; elles donnent des tubercules de moyenne grosseur ; mais elles n’acquièrent tout leur volume qu’à la troisième ou quatrième an ne'e. Ce proce’dé peut s’abre’ger au moyen des serres chaudes. En semant la graine pendant l’hiver , on petit transplanter les plants dès qu’il n’y a plus de danger de gelée. Le volume des tubercules se trouve alors plus considérable dès la première année , et elles arrivent presque à leur perfection dès la seconde saison. 455 »’ Y O Tt K S II ' I U E. Les pommes de terre venues de graine sont un mélangé de variétés sans fin. Quelquefois on les séparé pour les planter chacune à part : souvent on les plante pêle-mêle, et sans distinguer les sortes. Lorsqu’on'choisit les variétés provenues do pommes de terre semées de graine , il faut faire attention à deux choses : la première , c’est la qualité' intrinsèque de la pomme de terre; la seconde , c’est la quantité de son produit. St l’on peut trouver ces deux avantages réunis, le choix est facile. C’est à des observations dirigées de cette manière que nous devons les diverses sortes de pommes de terre excellentes , qui sont connues dans les diverses provinces. Il faut observer toutefois , que certaines sortes sc plaisent dans certaines situations et certains terrains. Ce fait rend la culture des pommes de terre de graine d’une ressource plus grande; parce qu ? au moyen de ce procédé on obtient, avec une espèce de certitude, une sorte de- pomme de terre appropriée au sol et au climat. Mais , nous l’avons déjà dit , les variétés dégénèrent. Les sortes qui étoient réputées les meilleures', les plus profitables, dans le canton.; ont été abandonnées, parce qu’elles ne fen- doicnt plus en quantité que ce qu’on en planton. 456 À&RICÏÏ1THÏE Ceux qui ont suivi avec attention l’arraclie- ment des pommes de terre , ont observe combien elles varient en quantité' d’une plante à l’autre. La différence entre deux plantes voisines , et sur lesquelles la diversité’ du sol ne peut influer, est quelquefois de trois sur quatre. Il est donc évident que les variétés ont leur sous-variétés , au moyen desquelles il est extrêmement probable que la varie'te' favorite pourroit être perfectionnée , ou que la durée de sa supériorité, dans le canton pourroit être prolongée. Le cultivateur auroit ainsi entre ses mains le moyen de perfectionner une variété , ou , autrement dit, de faire un choix dans les sous-variétés pour les adapter à son sol et à la situation de ses terres. Tout cultivateur attentif doit sentir quelle différence il y a , en profit net , entre une pleine récolte , et une récolte médiocre de pommes de terre. La rente du sol, la semence, le travail sont les mêmes pour une mauvaise récolte que pour une récolte abondante : combien n’est-il donc pas absurde de propager une variété médiocre , tandis que les moyen de se procurer une variété productive sont si faciles, et les avantages si évidens. On cultive beaucoup de pommes de terre dans la vallée qui nous occupe. Quelles que d’yORKSHIRE. 457 soient les dimensions d’une ferme ou d’une propriété, on les y cultive en plain champ 5 et non pas comme dans plusieurs cantons du royaume , avec la bêche , mais à la charrue. Il y a un siècle entier qu’on les cultive de celte manière. Cela n’est pas particulier au Yorkshire , mais dans aucune province , je crois, l’usage de cultiver les pommes de terre à la charrue n’est aussi general. Il mérite donc quelques détails ; et il faut considérer séparément : 1. ° L’assolement dans lequel elles entrent. 2 . q Le sol et sa préparation. 3. ° L’engrais et la manière de l’appliquer. 4 . 9 La manière de semer ou planter. 5. ° Les procédés pendant la végétation. 6 . " La récolte. 7 . ° Les débouchés ou l’emploi de la récolte. 8 . ° Les effets de la production des pommes de terre sur le sol. Dans la pratique commune du pays , les pommes de terre servent de préparation à une récolte de blé ; on les regarde comme faisant l’effet d’une jachère d’été. On ne suit guères la méthode, adoptée dans bien des endroits , de semer les pommes de terre sur les prés rompus. On est cependant d’accord qu’elles réussissent mieux sur les terres nouvelles; c’esf l A O >1 r C U L T U R E 458 a-dire sur les terres qui n’ont pas été trop long-tems travaillées à la charrue. Autrelois on ne mettoit les pommes de terre que dans des bonnes terres légères et friables ; et peut-être que les sortes qui alors e'toient en faveur , exigeoient ce choix du terrain. Aujourd’hui on les met dans toutes les terres, parce que chaque variété' a son terrain favori. On observe néanmoins que quelle que soit la sorte que l’on cultive dans les glaises froides , on n’y recueille jamais des pommes de terre d’un goût agréable , et d’une substance légère. On rompt en hiver ou au printems , et on donne deux ou trois labours à la charrue et à la herse , comme pour les turneps. On rend le terrain aussi meuble que la nature de la saison où se fait ce travail peut le permettre. L’engrais ordinaire de cette récolte est toujours du fumier d’étable pailleux , que l’on dépose en tas auprès du terrain destiné tm plantage , et que l’on répand, à la quantité de vingt à trente charretées par acre. Autrefois on ne plantoit que des pommes de terres entières. En les - arrachant, on les divisoit en trois tas, les grosses, les petites , et celles pour planter , qui étoient les moyennes. Aujourd’hui l’usage est de couper les moyennes en deux , et les grosses en trois ou quatre por- d’y o r k s h i b. e. 45g tions ; mais on a soin cependant de laisser les morceaux plus gros qu’on ne le fait dans d’autres cantons, où l’on coupe quelquefois une pomme de terre en sept ou huit tranches qui n’ont qu’un oeil chacune. La raison que l’on donne pour faire les morceaux gros , c’est de faire acquérir aux jeunes plantes , dès les premiers tems , une habitude de vigueur qui se soutient ensuite ; et le motif que j’at entendu alléguer en faveur des grosses pommes de terre , de préfe'rence aux petites , pour planter, c’est que probablement elles en produisent plutôt des grosses , que ne font les petites. Il paroît que dans les deux cas c’est bien raisonner. Lorsque la semence est prêle , on donne Je dernier labour. Dans ce labour , on sillonne la terre par raies, distantes de deux pieds et demi à trois pieds , selon le jugement ou la fantaisie du fermier. Cette opération se fait avec une charrue ordinaire. Un cîieval suffit, si le sol est très-meuble ; sinon on en met deux de file pour ne pas gâter les raies , que l’on fait étroites, et aussi nettes qu’il est possible. Des lemmes, ou des enfans, jettent les pommes de Verre, ouïes quartiers , dans ces raies à douze ou dix-huit pouces de distance. Si l’on est borne pour l’étendue du terrain, la distance d’un pied 46o AGRICULTURE est suffisante $ mais si l’on a beaucoup de terrain , en proportion des pommes de terre que l’on veut planter , plus on les écarté et plus grand est le produit, en raison de la semence , toutes choses d’ailleurs e'gales. Pendant qu’une partie des ouvriers re'pand les pommes de terre , une autre partie est occupée à transporter le fumier sur des civières. On l’ètend re'gulièrement dans la raie ouverte, ou bien on l’applique par petites portions à chaque pomme de terre. Ceci peut paroître un ouvrage lent et fastidieux. Il est assurément sale, mais il n’est pas aussi lent qu’on l’imagineroit. Si les charretées de fumier sont distribue'es en trois ou quatre petits tas , placés convenablement, cinq ou six femmes suffisent à planter et fumer un acre dans une journée. La charrue termine l’ouvrage. C’est, ou une charrue ordinaire qui renverse dans la raie la terre déplacée, ou une charrue à double versoir qui refend les intervalles, et laisse le sol en billons sur les pommes de terre. Dès que les plantes paroissent , on herse dans le sens des billons , pour arracher les mauvaises herbes qui poussent sur le haut des billons , et étouffer celles qui croissent dans les raies, eu jetant de la terre dessus. Peu de tems après , on passe la charrue dans les in- D ’ Y O R K S II I R E. 46i tervalles , et on nettoie les plantes à la houe. Quelques semaines après , ces deux operations se répètent. Quelquefois on butte encore, à la main , chaque plante, et on arrache la mauvaise herbe. Par ces procédés, la terre peut être nettoyée aussi efficacement des mauvaises herbes qui viennent de graine, que par une jachère complète ; et assurément tout homme qui regarde à son intérêt et à la réputation de bon cultivateur , doit éviter ce qui se fait quelquefois, c’est-à-dire, de laisser sa récolte de pommes de terre croître parmi le chiendent et les chardons. Autrefois on arraclioit les pommes de terre à la charrue , et ayant soin de faire passer le soc au-dessous des racines. Mais, à moins d’un soin particulier, le soc coupe beaucoup de tubercules, et la charrue en enterre un grand nombre. II falloit sans cesse repasser, et on ne parvenoit pas à les recueillir toutes. Aujourd’hui celte méthode est abandonnée : on arrache les pommes de terre avec la fourche de fer dont on se sert pour le fumier. Cet instrument remplit très-bien l’objet ; et le travail n’est point aussi lent que si tout le terrain étoit garni. Dans les billons , chaque plante est distincte , et se trouve déchaussée de trois cotésj en sorte qu’en enfonçant le trident au- A G n i C V L T V R E 4 62 delà de la grappe des racines , on en dégagé d’un seul coup toute la masse. On conservoit autrefois les pommes de terre dans des creux profonds, ou dans les bâtimens, en les entourant de paille. Il s’agit de les préserver de l’humidité’ et de la gele'e , et on a trouve' qu’on n’y re'ussissoit pas toujours de cette manière. L’usage qui prévaut maintenant c’est de les ranger en longs tas sur les champs, et de les recouvrir de terre qu’on dispose en toit, ou double talus. Dans ce district , on n’envoie au marche' , en fait de pommés de terre, que les semences du printems. La plus grande partie de la re'- eolte s’emploie à engraisser les cochons : on en donne aussi quelquefois aux vaches. Dans la ; artie basse de la valle'e de York , on s’est mis dans l’usage d’engraisser le bétail avec des pommes de terre. Je ne crois pas qu’on hes donne autrement que crues, en les entremêlant de foin et de farine d’orge. La manière d’engraisser est la même qu’avec les turneps. Je n’ai pas eu l’occasion de m’assurer avec exactitude du profit que pouvoit fournir un acre de pommes de terre applique' à l’engrais des bestiaux. L’effet de la culture des pommes de terre sur la re'colte qui leur succède , est un objet D ’ Y O R K S H I n E. 465 de controverse parmi les cultivateurs. Les uns affirment qu’clles nuisent aux grains et aux foins artificiels qui succèdent ; les autres soutiennent qu’elles sont une bonne préparation pour les grains , et qu’elles ne nuisent pas aux près. Peut-être pourroit - on accorder tout le monde. La pomme de terre contient assurément une grande quantité de substance nourrissante, et sous ce rapport , elle doit épuiser le sol. Mais ce n’est pas seulement la quantité' de substance végétale, enlevée par cette re'colte, qui produit l’épuisement. Elle laisse le sol dans un état de friabilité et de fertilité qui cause d’abondans produits. Le cultivateur, prenant avantage de cette prodigalité de la terre, fait succéder les récoltes de grains -, et lorsque le sol ne rend plus selon ses espérances déraisonnables , il le met en pré. Faut-il s’étonner si, alors , la terre se trouve épuisée? Lorsqu’au contraire , on se contente d’une ou deux récoltes de grains après la récolte de pommes de terre , et que pendant que le sol est encore dans un état de fertilité (1), on le (1) Il est difficile qu'après deux récoltes de grains, uou fumées qui succèdent aux pommes de terre, le 464 AGRICULTURE remet en pré, la récolte des pommes de terre paroît ( au moins aux observateurs communs ) favorable aux récoltes qui succèdent. Il suit de là qu’une terre qui a produit des pommes de terre doit être promptement remise en pré , ou bien doit être refumée convenablement pour balancer l’effet de l’épuisement qu’elle a éprouvé. On peut considérer de la manière suivante la valeur des pommes de terre, comme récolte préparatoire, et comme moyen d’engrais pour les bestiaux , par comparaison avec les turneps et les choux. Les pommes de terre soét plus nourrissantes que les turneps et les choux ; et ceux qui en ont fait usage assurent qu’elles engraissent plus promptement le bétail. On les met aisément à couvert de la gelée, et elles fournissent ainsi terrain soit dans un état de fertilité. Si l’on veut se faire une juste idée de la faculté épuisante des pommes de terre, dans certains terrains et certaines circonstances, il faut étudier les belles expériences d’Art. Ydung. Elles fournissent une présomption très-forte, que, pour l'ordinaire, les pommes de terre sont une récolte exrêmement épuisante. Mais cela n’empêche pas que dans certains cas, l’ameublissement de la terre, et la grande quantité de l’engrais qu’on leur a appliqué, ne fassent plus que balancer cet effet. «ne d’yorkshire. 46 une ressource plus sûre, pendant l’hiver, que les turneps et les choux, qui sont sujets à périr par les alternatives de gelée et de dégel. Les turneps, en particulier, lorsqu’il y a beaucoup de neige , sont très-difficiles à re'colter ; il est même quelquefois impossible de le faire. Si les turneps et les choux survivent aux rigueurs de l’hiver , ils occupent le sol dans un moment où il importeroit de le préparer à la recolle qui va suivre; au Heu que les pommes de terre, conservées avec précaution , sont une nourriture qu’on peut continuer aux bestiaux, jusqu’au moment où l’herbe du printems est assez haute pour achever leur engrais en pâture. D’un autre côté, les pommes de terre sont d’une culture désagréable : lewr plantation est un ouvrage lent et sale, ainsi que leur arrachement, surtout dans les automnes pluvieux , et dans Jes terres tenaces et humides. Enfin , dans les terres légères , elles demandent une si grande quantité de fumier, que dans les situations ordinaires, il est impossible de les cultiver sur une grande échelle. Tout considéré, et en raisonnant d’après les connoissances positives dont je suis actuellement en possession , il me p'aroît évident que chacune de ces trois récoltes a de grands avan- To;we i. G g 466 AGRICULTURE tages dans les terres qui lui sont particulièrement propres. Une glaise tenace qui n’admet ni les turneps, ni les pommes de terre , est singulièrement propre aux choux. Un sol léger, aride , peu profond, ne convient ni aux pommes de terre ni aux choux j mais avec une bonne agriculture , on en tire un grand parti, au moyen des turneps (1). (i) Il me paroît que c’est aller trop loin que (l’exclure les pommes de terre des glaises tenaces et des sols légère, peu profonds. Je sais par expérience qu’avec les soins convenables on a de belles récoltes de pommes de terre dans ces deux terrains de nature opposée : surtout lorsque le sol n’a pas été soumis à la charrue depuis un grand nombre d’années. Si les pommes de terre ne pouvoient se cultiver que dans les très-bons terrains, et avec beaucoup d’engrais, leur ressource seroit peu considérable. Elles offrent en particulier un avantage d’une grande importance, qui ne ressort point dans le détail quel auteur donne: c’est de réussir très-bien sans fumier sur les prés rompus, et de contribuer par la culture qu’elles exigent à consumer le gazon, à ameublir et à mûrir la terre pour une récolte de grains ou de Fèves. Dans le canton dont il est ici question , le colza sur les prés rompus, donne plus de profit. L’auteur nous paroît mettre trop d’importance au désagrément de la saleté du travail pour planter et récolter : on n’est pas obligé de manier le fumier à la main, comme en York- sliire; et en prenant son tems pour arracher les pommes D’Y O R K S H I R E. 467 Un lut profond , riche et le'ger , convient aux trois productions egalement ; mais les pommes de terre ont certains avantages particuliers qui les rendent dignes de beaucoup d’attention , et qui mérité qu’on en fasse un objet distinct d’expériences dans les bonnes terres. Lin, Depuis vingt ans , on a cultivé beaucoup de lin dans la vallée. Les parties les plus riches sont assez propres à cette culture ; mais , soit que les meilleurs terrains soient déjà lassés de cette production , soit que les propriétaires aient mis des entraves à celte culture , il est évident qu’elle décline aujourd’hui*. Elle mérite cependant quelques détails. Nous n’avons qu’une espèce de lin cultivé , c’est le linum usitatissimum. La variété qui de terre avant les pluies d’automne, ce qui est convenable sous plus d’un rapport, ce n’est point un ouvrage sale. Enfin l’auteur ne fait pas entrer en ligne de compte l’avantage qu’a cette récolte d’être à l’abri des blanches- gelées , des grêles, des pucerons, et de souffrir moins de la sécheresse que les deux autres. La pivre et les vers de hannetons, qui quelquefois diminuent beaucoup la récolte des pommes de terre, sont des fléaux rares, si on les compare aux pucerons et aux autres accidens des tuvneps et des choux. 468 ACftlCUIiTURE prévaut daps le canton est le lin bleu , ou plombe. Le sol qui lui convient , est une terre riche et sèche. Le lin ne peut, je pense, être cultivé avec profit que dans un lut gras , sablonneux , et profond. Les prés rompus , dans des terrains de ce genre , sont ce qui convient le mieux à celle cultüre. Il réussit cependant quelquefois dans les terres que la charrue travaille depuis long-tems , pourvu qu’elles soient en très-bon état , bien ameublies , et nettes de mauvaises herbes. On ne laboure presque jamais qu’une fois pour le lin , soit qu’on le sème sur un pré rompu , ou sur une terre en pleine culture. Dans le dernier cas, c’est néanmoins une pra> t;que défectueuse : il convient alors de préparer la terre par une jachère d’été. On ne met presque jamais d’engraisen semant le lin. Ce qui importe principalement , c’est que la surface du champ soit, aussi unie qu’une terre de jardin. Il faut que le sol ne soit ni trop sec ni trop humide. La quantité de semence est de deux bushels par acre. On la recouvre souvent au râteau , après que la herse a passé. Un léger rouleau achève l’opération. L’arrachement de l’herbe est d’une grande importance à cette récolte : il faut le faire avec d’y ORKSHIKE. 469 le plus grand scrupule ; il est, par conséquent, bien avantageux d'avoir nettoyé la terre par Une jachère avant de semer. Si la sécheresse prend la re'colte , et qu’elle fasse deux levées , les tiges se bifurquent ; et la même chose arrive quand le lin est clair : dans les deux cas , la récolte est mauvaise. La nature de cette plante est telle, que lorsqu’elle a de la place dans le bas de sa tige , ou lorsqu’elle est parvenue à dominer les plantes voisines , elle pousse des branches latérales , et perd sa tendance à monter. Or, la valeur d’une récolte de lin dépend absolument de ce que les plantes n’aient qu’une tige , depuis la racine jusqu’à la graine. A quelle hauteur que la bifurcation de la tige s’opère , là se termine la longueur du lin. Les petits rameaux sont absolument inutiles ; et la lige elle-même se met au rebut lorsqu’elle est trop courte. Il est donc nécessaire d’obtenir une récolte pleine, égale et épaisse. Les petites mottes de terre qui se trouveut sur la surface en semant, font glisser les grains de semence, et empêchent .la parfaite égalité de la levée. Si-après avoir semé, on ne,brise pas parfaitement les petites mottes au rateau et au rouleau , les germes qui ne peuvent pas les percer, se développent circulaircment à l’entour ; et il reste ainsi des 470 AUKICÏÏLTU1E vides qui favorisent la ramification qu’on doit craindre. La nature de la plante étant telle que nous l’avons expliquée , toutes les fois qu’il se fait deux leve'es , la re'colte est mauvaise. Les plantes de la pemière leve'e étouffent de leur ombre celles de la seconde ; celles-là se ramifient, et celles-ci ne s’élèvent point; eu sorte , qu’à la re’colte, on arrache les plantes hautes sans pouvoir saisir les plantes basses : elles reslent sur pied , et inutiles. Ainsi donc , quand l’on sème par la sécheresse , la récolte est souvent perdue. La sécheresse n’est pas le seul ennemi du lin. La re'colte est souvent endommagée par les gelées du printems ; et la plante , lors même qu’elle a cinq ou six pouces de haut, est sujette à être attaquée par un petit limaçon blanc qui mange toutes les feuilles, et fait plier la tige , par son poids , jusqu’à terre. Lorsqu’au moment d’arracher la mauvaise herbe , la récolte de lin ne s’annonce pas pour bonne, il est plus profitable de n’y pas faire de nouveaux frais : une récolte de turneps ou de colza, dans le même terrain , rendra beaucoup plus que ne peut faire une mauvaise récolte de lin. C’est à la fin de Juillet, ou au commence- ( d’ Y O K K S H I K ï, 471 ment d’Aoùt, que l’on récolté le lin en York- sliire. Si l’on veut avoir du lin de première qualité', on prend le moment où la graine est formée , sans être mûre. Si on la laisse mûrir , la qualité du lin est moindre, les filamens sont moins souples, et la toile qu’on en fait ne se blanchit pas bien. La récolte se fait en arrachant à la poignée , les plantes que l’on saisit par le haut : elles se cassent ordinairement vers la racine. Tandis qu’on arrache d’une main , on rassemble les poignées dans l’autre; jusqu’à-ce qu’on en ait tout ce qu’on peut tenir des deux mains : on lie alors cette petite javelle avec des plantes chétives. On rassemble ces javelles en tas , et on les transporte immédiatement dans la mare à rouir, où on les fait tremper en les chargeant de gros gazons. Cette immersion doit être complète , et non interrompue ; car le lin qui n’a pas trempé constamment est d’une qualité inférieure. L’immersion dure plus ou moins long-tems selon la température et d’autres circonstances. Il faut qu’il soit suffisamment amolli, sans être pourri: il faut de la pratique pour saisir ce point convenable. Il trempe ordinairement dix jours , quelquefois jusqu’à quinze. En le tirant de la mare , on l’e'tend sur un 472 AGRICULTUB. 13 pré. La règle que l’on suit , pour qu’il ne soit pas trop e’pais, c’est qu’il couvre autant de terrain qu’en occupoit la recolle. Il demeure sur le pre jusqu’à-ce que les filamens de l’écorce se séparent aise'ment de la tige , sans que leur couleur soit altére'e. La duree de ce séjour , comme celle de l’immersion , varie donc selon la température, et doit être réglée d’après l’ins- pection journalière d’une personne qui ait l’expérience de la chose. Si, lorsque le lin est parvenu à ce point, le tems se trouve pluvieux , on le rassemble par petits tas en pain de sucre , jusqu’à-ce qu’on puisse le transporter sec , et le mettre à couvert pour le teilîer. Il y a des gens qui font métier de teillcr le lin, et qui vont-de ferme en ferme, dans la saison où cette opération se fait. Elle s’exécute avec un instrument de bois, au moyen duquel on brise les liges , et sépare leurs fragmens des filets de l’écorce. Les peigneurs enlèvent ensuite tous les petits fragmens de tige qui peuvent être restés; ils séparent les étoupes , et disposent le lin en paquets pour la vente. Le teillage se fait au poids. Le prix varie selon la qualité du lin. Celui qui est court et dur coûte plus cher à teillcr. On paie de dix- huit pence à deux shellings pour i4 livres , I) ’ Y O R K S TI T U E. ^0 outre le logement et la nourriture. Cinq quintaux de lin par acre sont une récolté moyenne» D’après le peu de details que nous venons de donner, on voit que la valeur de la récolté dépend de la longueur des tiges, et celte longueur, de l’égalité et de l’épaisseur delà récolte. Il faut que les tiges soient longues, droites, et déliées. Trois pieds sont une bonne longueur, et le diamètre d’une plume de corbeau, une bonne grosseur. Une tige mince donne plus de fiîamens qu’une grosse , et par conséquent, on doit désirer une récolte haute et épaisse. Mais , à moins que la terre ne soit riche, une récolte épaisse ne peut pas s’élever suffisamment, c’est donc une véritable folie que de semer du lin dans une terre médiocre. Da ns un sol convenable, en semant épais et fort égal , et avec une saison favorable , une récolte de lin peut être d’un très-grand profit. Mais cette culture n’est pas sans ses désavan- ' tages, La récolte vient au moment des moissons; et cette plante passe pour épuiser beaucoup la terre, surtoutlorsqu’on laisse mûrir la graine (t). (i) Lorsqu’on recueille la graine, on laisse sécher les javelles sur le champ, on transporte la récolte à la grange pour la battre, puis on la met macérer dans l'eau comme si elle n’avoit pas été battue, pour la rouir. 4y4 AGRICULTURE Sa culture doit donc être borne'e aux cantons de riches prairies , où les récoltes des grains forment un objet secondaire, et où l’épuisement qui résulte du lin est plutôt un avantage, parce qu’il corrige la disposition du sol à donner des récoltes prodigieuses en paille , et fort médiocres en grain. On voit aussi que la conduite de la récolte de son produit demande beaucoup de jugement et d’expérience. On ne doit donc pas s’aviser d’entreprendre cette culture en grand sans avoir des renseignemens très-précis sur la manière dont elle est pratiquée dans les pays où on la connoît le mieux , ou sans s’être procuré une personne qui entende , par une longue expérience , tous les détails qui y sont relatifs, Mais un cultivateur sage commencera toujours par s’assurer, dans des expériences en petit, si son terrain est suffisamment riche pour donner la Certitude morale d’une récolte profitable. Tabac. Il y a quelques années que l’on se mit à cul- 1 tiver le tabac dans les vallées de Pickering et de York. Le principal cultivateur de la première de ces vallées avoit été employé dans des plantations de tabac en Amérique. Il conduisit celte culture avec intelligence , et donna au d’yORKSHIRE. 475 taba'c récolté toutes les préparations ne'cessaires, jusqu’à le hacher même pour l’usage des fumeurs. L’administration n’en prit pas connois- sance ; mais, dans la vallée de York, les cultivateurs du tabac ne furent pas aussi heureux. Leur recolle fut saisie, brûlée , ils furent mis à une grosse amende et emprisonnes (1). Cela arrêta la culture illégale du tabac; mais il est fâcheux que cela effrayât même ceux qui le cultivoient dans les bornes permises par la loi, et pour les objets relatifs à l’art vétérinaire. L’etendine de terrain qu’il est permis d’appliquer à celte culture est, je crois, d’environ quinze yards carrées. Cette e'tendue , bien soignée , suffit aux besoins vétérinaires d’une ferme. Cette plante peut être d’un grand secours dans les maladies de la peau soit des moutons , soit des bêtes à cornes. Je dirai donc ce que j’ai eu occasion d’observer sur les details de sa culture en 1782. L’espèce etoit probablement la nieotianét rustica, ou le tabac Anglois , ainsi nomme' parce que c’est la première espèce qni ait e'te' connue en Angleterre. Les semences , achetées à Londres , furent (1) L’amende pour la culture du tabac revient à if>o» livres sterl. par acre. (A) 476 AGKICUIiTUB. E transmises d’un cultivateur à l’autre.' Le semis des plantons se fit dans de l’excellent terreau , au mois d’Avril , et aussitôt que le tems fut assez chaud pour faire ve’ge'ter la graine. Dès que les plants furent assez forts pour la transplantation , ils furent plantes en quinconce , à un pied de distance , en tout sens. Ou leur donna, à la main , des cultures soignées , et on eut l’attention de les maintenir exempts de mauvaises herbes. En automne , quand les fleurs commencèrent à tomber , on coupa les feuilles pour les sécher à l’omhre. Lorsqu’elles furent sèches, on en fit un choix , et on les renferma dans clés barils, où elles furent pressées en masse. Il paroît qu’un sol très-riche et très-chaud est nécessaire pour que le tabac puisse arriver à sa maturité dans ce pays-ci ; car comme le printems de 1782 avoit été tardif, les plantes ne purent pas mûrir avant les gelées d’automne. Cependant, avec la ressource des couches et des serres chaudes , on peut avancer suffisamment les semis du printems pour que la récolte puisse se faire avant les gelées d’automne. Foins artificiels. Les plantes cultivées dans ce district du d’yorkshire. 477 comté de York , pour foins artificiels , sont : Le trèfle , de quatre espèces , savoir trifolium pratense ( le trèfle à fleurs rouges ) 5 trifolium repens (le trèfle à fleurs blanches); trifolium agrarium, et trifoliumpracumbens. Le ray-grass ou lolium perenne ( l’ivraie vivace. > Le IIolcus lanatus (houlque laineuse ). Le plantago lanceolatus (plantain lancéolé). Lé sainfoin. Ces diverses plantes-^te cultivent soit ensemble , soit séparément , selon les circonstances. On peut distinguer , en général , les prés artificiels, qui en résultent, en prés annuels, et en prés durables. Les prés annuels , qui à présent sont en usage dans une grande partie de l’isle , et les prés bisannuels qui sont de la pratique de Norfolk , n’entrent point dans la culture de Yorkshire. On fait souvent servir la jachère de préparation au blé. Il est rare que l’on fasse précéder celui-ci par le trèfle : les cultivateurs imaginent que le trèfle produit de l’herbe dans le blé qui succède. Assurément si la terre est empoisonnée de chiendent lorsqu’on sème le trèfle , la récolte de blé qui suit, étant faite sur un seul labour, est souvent gâtée par l’herbe. II n’y a pas de 478 agriculture plus mauvaise ope'ration que de semer du blé sur un trèfle empoisonne de gramen ; mais ce n’est pas là un argument contre les pies annuels. Si la terre est nette lorsqu’on sème le trèfle, elle ne produira pas mieux du chiendent que des cannes à sucre (1). . Il faut remarquer cependant, que dans un pays de pâturages, on a moins besoin de trèfle que de blé y et dans, les parties de la vallée où la terre est fr profonde , il est peut-être assez convenable ^v/'dure cette récolte. Mais (1) C’est peut-être trop dire. Il arrive quelquefois que la sécheresse du printerus empêche le trèfle de lever., et qu’il y reste de grands intervalles vides. Si cela a lieu dans une terre qui produit spontanément les gramen, (comme on le remarque dans les bonnes terres légères) les intervalles du trèfle se remplissent d’herbe ; et le blé qui succède est sale, quoique la terre fût très- nette quand le trèfle a été semé; nous avons souvent eu occasion de le remarquer ; un beau trèfle est suivi d’un beau blé ; et ordinairement un trèfle clair est suivi d’une foible récolte de froment. Ce fait montre les très-grands avantages qu’il j a dans la réussite du trèfle : elle assure beaucoup de fourrage, beaucoup de blé, et la propreté des terres. Ces considérations forment, pour le dire en passant, un argument très- fort en faveur de la culture dans laquelle on sème le trèfle avec l’orge , et non pas sur le blé ; parce que sa réussite est incomparablement plus assurée. Voyez la culture de Norfolk. d’yorkshire. 479 dans les terres légères et sèches qui occupent la lisière des hauteurs , le long de la vallée , les trèfles rendoient incomparablement davantage que les prés arides qu’on y voit. La culture de Norfolk me paroîtroil singulièrement avantageuse dans les terrains qu’on nomme high dows , dont les parties les plus productives ne devroient jamais porter plus de deux récoltes de grains, ou de foin, successivement. Autrefois , dans ce canton-ci , comme dans d’autres parties du royaume , on mettoit les terres en pré par la seule cession des labours. Quand le terrain ne vouloit plus donner de grains on le laissoil, ce qu’on appeloit, reposer, c’est-à-dire en friche (1). Pendant plusieurs années , la terre ne produisoit que quelques mauvaises herbes. A la longue cependant, le sol se gazonnoit 5 et au bout de vingt ans , peut-être , on faisoit une récolte de foin. Avant qu’on connût dans notre isle les foins artificiels , ce procédé barbare ctoit, jusqu’à un certain point excusable ; mais il est permis de s’étonner que pendant un demi-siècle , les foins artificiels aient été cultivés en Norfolk, (1) Il y a encore des cantons en France et en Suisse ou cette triste méthode est suivie : c’est la culture des igttorans et des paresseux. t 480 agriculture sans que , dans les autres parties de l’isle , on s’avisât d’imiter cette culture. Il y a trente ans qu’on ne savoit pas dans la valide de Pickering, ce que c’e'toit que des foins artificiels^ on s’en fioit absolument à la nature pour creer les près ; et encore aujourd’hui , on trouve çà et là quelques personnages qui ne sont pas pour les foins artificiels (t). C’est assurément un fait curieux, que tous les près bien gazonnés qui existent dans cette valide , sont l’ouvrage de la nature. Il n’y a rien de plus riche, en produit comme en variété de plantes , que ces près naturels. C’est encore un fait certain qu’il n’existe ici aucun prd qui ait die semé en graines de foins artificiels , et qui soit bien gazonne , mais cela ne prouve rien contre la cullur.e des près artificiels. Si sur un sol e’puise par les grains , et déjà rempli de mauvaises herbes par defaut de bons labours , on répand de la poussière de foin , on y multiplie les mauvaises herbes de toute espèce. Si, ensuite , on fauche toutes les années, sans rien y mettre , il n’est pas (t) Ce fait n’étonnera pas ceux qui ont eu occasion cl’observer l’invincible opiniâtreté des paysans, dans leurs notions et leurs habitudes de culture. étonnant d’yorxshire. 48i étonnant que le gazon, au lieu de s’épaissir, s’éclaircisse avec le tems , que la récolte produite soit de plus en plus chétive , et qu’enfin il devienne ne'ccssaire de remettre la charrue dans un tel terrain. Si, au contraire, dans un sol naturellement propre aux prairies , bien net et bien en état , on sème de bonne graine de foin artificiel; si, pendant quelques anne'es , on fait pâturer le pre' au primeras , pour le couper ensuite au mois d’Août , on aura la certitude de faire un pre’ excellent, et sans perdre une seule année de produit. La durc'e d’un pre' de'pend beaucoup de la nature du terrain , et de la manière dont il a été' tenu. Les terrains qui ont été semés en graines depuis des siècles, sont, toutes choses; d*ailleurs égales , plus propres aux prés que d’autres. Ceux-ci s’y maintiennent gazonne's et vigoureux pendant long-tems , lors même que la qualité du sol n’est pas très^-favorable aux prairies. Quelques-uns des . prés de la vallée ont environ un siècle d’ancienneté ; et quoiqu’on les fauche tous les ans, sans les pâturer, ils se soutiennent dans un état florissant ; non pas tant, je pense à cause de la manière dont ils ont été établis , que parce que ces terrnins 1 - Tome i. IJh f 48a agriculture îà avoient été long-terns travailles à la charrue auparavant (l). Je suis persuade neanmoins que la variété' et i’e'paisseur des herbes de ces près , vient principalement de ce qu’ils se sont formés naturellement, Mais lors meme qu’on admettroit que le produit est un peu augmente par l’extrême .épaisseur du gazon et la variété des herbes , il faudroiî avoir perdu l’esprit pour préférer cette méthode , dans laquelle on sacrifie au moins dix ans de récolte. Depuis quelque tems, l’art d’établir des prés durables a fait de grands progrès , dans ce district. Les cultivateurs judicieux déterminent le choix des plantes d’après les terrains et les expositions. Sur les hauteurs et les pentes calcaires, au midi, on préfère le sainfoin, qui y dure très-long-tems. Dans la vallée on sème d’autres graines de prés. La poussière de foin étoit autrefois en grande estime, et il y a encore des gens qui en sont (1) Il faudroit que l’auteur rendît compte du genre des amendemens qu’on applique à ces prés. Sont-ils arrosés ? Sont-ils de tems en tems couverts de fumier de basse-cour, d,e compost, ou de fumier d’étable ? Cela pourroit compenser largement l’épuisement du fauchage, et expliqueroil mieux leur longue durée que la supposition ci-dessus. D’YORKSHIRE, 485 partisans. Cette poussière est composée de toutes les graines , de bonnes et de mauvaises plantes , qui se trouvent au printems sous les tas de foin. On appelé encore graines de foin ( hay seeds ) une graine moins mélangée , qu’on obtient, par le battage, de l’herbe appelée meadow soft-grass (holcuslanatus). Mais cette poussière ou graine de foin est d’un usage très-défectueux : les cultivateurs entendus l’ont absolument abandonnée et le ray-grass a ac-r quis parmi eux la réputation que lui méritent ses qualités (1). Toutefois , le ray-grass a encore ses ennemis. Mais ceux qui n’en sont pas partisans , ou ne le connoissent réellement pas , ou ont été malheureux dans leurs expériences. Si, comme cela arrive souvent, la graine du ray-grass est sale , l’herbe est d’une qualité médiocre. Si, au printems, on le laisse monter avant d’y mettre le bétail en pâture , la tige se durcit, et il y en a une partie que les bêles ne mangent plus. Si on attend trop tard à la couper, le foin est d’une qualité inférieure. Avec des soins mal entendus ou des procédés (i) Ceux qui cultivoient le meadow soft-grass pour vendre la graiue , sont les seuls qui aient gagné à sa culture. (A) V 484 AC R I C IJ ÏI T O R E vicieux : le blë lui-même est une récolte quille donne point de profit : en conclura-t-on que le blë n’a pas de grands avantages ? La graine du ray-grass doit être vannëe avec le même soin que celle du froment. Lorsqu’on destine le ray-grass à être pâture, il faut y mettre les bêtes au printems , dès que la terre peut porter le bétail j et la distribution des enclos, en proportion avec le bétail , doit être tel que les bestiaux n’aient jamais à brouter une herbe trop longue. Lorsqu’on destine le ray-grass à être fauche', il faut le couper dès que les tiges sont à leur hauteur , et avant que les fleurs sortent. Lorsqu’on destine le ray-grass à porter la graine , on ne le coupe que quand elle est mûre ; mais dans ce cas , il ne faut pas s’attendre que les tiges feront du foin. Qui est-ce qui s’est jamais avise' d’espërer du foin , en laissant mûrir de l’avoine ou de l’orge ? Comme fourrage de printems , il n’y a incontestablement aucune herbe qui ne le cède au ray-grass ; et en automne il reprend sa qualité nutritive. Cette qualité , la quantité de son produit, et la facilité avec laquelle on recueille sa graine en abondance , font du ray- grass la plus avantageuse de toutes les plantes 'ïj’yorkshire. 425 graminées , dont la culture soit connue dans notre isle comme fourrage ( 1 ). Mais le ray-grass, comme beaucoup d’autres plantes de prés , végète très-peu pendant les mois de sécheresse ; et en conse'quence , lorsqu'il s’agit de pâturage , il ne convient pas de le semer seul. Il faut y mêler le trèfle blanc , ou quelqu’autre herbe d’été. Tout ce qu’on peut ajouter à celle-ci pour rendre un pâturage aussi durable , et aussi parfait qu’il est possible, c’est une ou deux gra- mine'es d’été, d’une qualité nourrissante et d’un grand produit, dont la graine puisse être aisément recueillie, et séparée de celle des mauvaises herbes. La fesluque élevée ou des près , ( fesluca elatior, oupratensis) ,meadou> fescue, remplit très-bien cet objet. Le paturin des prés ( poa pratensis ) mecidow poee , est encore une plante dont les qualités sont très-recom- mandables pour cet objet ; mais il est difficile d’en obtenir la graine pure : c’est bien véritablement une herbe d’été : elle fleurit tard, et supporte singulièrement la sécheresse. Je l’ai vu prospérer sur une muraille pendant tout (0 Voyez ce que j’ai dit du ray -grass dans la culture de MorfolL 486 AGRICULTURE .l’été. En 1786, pendant la plus forte sécheresse , cette plante fournit un exemple de l’étonnante faculté' qu’elle a d’y résister. Elle se soutint verte et vigoureuse dans le jardin de plantes de Mr. Curtis , tandis qu’autour d’elle tout e'toit brûlé. On a adopté , dans la vallée , le plantain à feuilles étroites ou lancéolé, comme une herbe d’été. Il est fort estimé pour les bêles à cornes et les moutons, comme pâturage. Les chevaux n’en font pas grand cas. En qualité de foin, il nuit à la récolte. II retient sa se've extrêmement long-tems; et lorsqu’il est tout-à-fait scc, il se brise , et reste sur le pré. Cette herbe a un •avantage particulier : c’est qu’on peut en recueillir la graine très-pure. En petite quantité , cette plante est utile dans les prés. Il y a actuellement plus de vingt ans qu’on en a adopté l’usage dans le district, et il est toujours fort estimé , même parmi les cultivateurs qui observent et raisonnent. La quantité des semences, et le nombre des espèces , varient selon la fantaisie de ceux qui établissent des prés naturels. Les uns achètent les moins chères , et croient qu’une petite quantité suffit ; d’autres imaginent ne pouvoir en répandre trop , et choisissent avec soip les espérances assorties à leur sol. d’y.oïikshire. 487 Le pré de la plus belle apparence que j’aie eu occasion d’observer dans celte vallée , et qui appartenoit au meilleur fermier du canton r avoit été semé des graines suivantes : trèfle blanc quatorze livres , et quatorze livres de trèfle rouge j trèfle jaune, plantain lancéolé et raÿ- grass mêlés en quantité égale (l). Le mélange le plus ordinaire c’est un bushel (1) Ce mélange peut faire un pâturage très-abondant et très-durable. Le trèfle blanc qui y domine est une plante admirable pour le pâturage, soit par sa durée, soit par son abondance, sa qualité nourrissante, et la manière dont elle se maintient dans les sécheresses , mais elle ne s’élève que très-peu, et ne profite pas pour les prairies à faucher. En général, dans les cantons à prairies, l’industrie des cultivateurs Anglois se dirige principalement vers les moyens de rendre les prés très-productifs, comme pâturage : en France ce dont on s’occupe surtout, c’est de leur faire rendre beaucoup de foin. Cette différence essentielle, qui lient à tout le reste du système de la culture, concourt, avec la différence du climat, à expliquer comment certaines plantes de prés, singulièrement estimées en Angleterre, n’ont jamais eu en France qu’un succès médiocre. Pour juger une pratique d’agriculture, il faut la prendre avec toutes ses circonstances. On ne connoîtra jamais, par exemple, la véritable valeur du ray-grass si l’on ne le fait pâturer au printems par des bestiaux, dont il doit achever l’engrais. On s’en est dégoûté en France comme foin ; les Anglois le prisent comme herbe. 488 AGRICULTURE de ray-grass semé à part, pour quatorze livres de graines des quatre plantes ci-dessus. Cette quantité' de ray-grass est au reste, trop conside'rable. La quantité' moyenne entre un galon et un peelc de grain , est suffisante pour un acre, lorsqu’elle est vanne'e avec beaucoup de soin. Cela est conforme à la pratique de Norfolk. Le traitement des prairies pendant les premières anne'es est très-mal entendu ici, comme dans beaucoup d’autres parties de l’Angleterre. Laisser à la nature le soin de faire un pre’, et abandonner la terre à elle-même pendant une dixaine d’anne'es, n’est pas une pratique beaucoup plus vicieuse que de couper tous les ans un jeune pre' ,.sans y rien mettre. Dans le premier cas , on perd l’avantage présent pour un prolit à venir ; dans le second cas on sacrifie l’avenir au présent. Les fermiers à bien plaire , qui ne peuvent pas se fier au maître , ont quelque excuse pour en agir de la sorte 5 mais ils ne pensent pas que, par cette conduite , ils de'truisent la confiance du propriétaire, et se décréditent eux-mêmes. Les propriétaires de fonds tiennent en général beaucoup à leurs prés , et c’est avec raison, quoique la même terre en culture , pût peut- être rendre trois fois davantage pendant un certain tems\ d’yorkshire. 48g j’ai vu un exemple dans cetle valle'e , d’un pré rompu qui dans les re'coltes des trois premières années a donné la valeur de ce qu’il a voit coûté. Tout pré dont le sol n’est pas singulièrement fertile , et qu’on ne fume pas fréquemment, se ruine à la longue ( 1 ). Le gazon même des communaux sans cesse pâturés, s’éclaircit lorsqu’on les enclôt. Et cependant, il est plus sage, je pense , aux propriéteires de prairies , de les transmettre à leurs successeurs dans l’état où elles sont, que de permettre à leurs fermiers de les rompre , au hasard de la mauvaise gestion qui peut suivre , et dont il résultera que le fonds aura ensuite encore moins de valeur. Lorsqu’on n’a pas de moyen de prévenir l’abus, il vaut mieux refuser une facilité qui peut devenir dangereuse. Il en est des prés comme des haies : c’est le profit du fermier d’en tirer tout ce qu’il peut , et c’est l’affaire du maître de se défendre. Si , dans un fonds où il y a une juste proportion de prés et de terres arables, le fermier demande à rompre un pré peu productif, c’est un devoir du propriétaire envers la société que (1) L’auteur ne parle point des eaux : il paroît que tout ceci se rapporte aux prés secs. 4go AGRICULTURE de le permettre ; niais il est de son devoir envers ses héritiers d’exiger que le fermier remette en pre' la même étendue de terrain; et mon pas d’un terrain épuisé’ et sali par une succession de re’coltes de grains ; mais une terre en bon état, et purgée de plantes parasites, par des jachères complètes : enfin cette prairie ne doit pas être forme'c de graines mal choisies, ou mal nettoyées ; mais lorsque le fermier ne me'rite pas de confiance , ces graines doivent être choisies et préparées sous les yeux du propriétaire, aux frais du fermier. La conduite du pré pendant les premières années demande également la surveillance du maître. S’il permet que dans le premier hiver les moutons y pâturent, et que le gros bétail enfonce les plantes sous ses pieds; s’il permet que les jeunes plantes soient étouffées par celles qui montent en graines , ou que l’on fauche l’herbe du pré pendant les trois premières années ; si enfin , pendant les années qui suivent , il laisse faucher sa prairie deux saisons de suite, à moins que ce ne soit pour enlever les plantes parasites , il fait tort à la communauté , et à lui-même. Il faut bien entendre, néanmoins, qu’il n’est ici question que de prés qui doivent durer vingt, trente, cinquante ans, ou davantage; et non d’ Y O R ï S H I K E. 491 des prairies artificielles dont la duree ne doit pas se prolonger au-delà de six ans , au plus. Dans ce dernier cas, les foins entrent dans les assolemens des re'coltes arables, et ne demandent d'autres attentions que celles qu’on doit, en general , à la gestion d’un domaine. Les près en sainfoin , comme prairies durables, sont extrêmement inte’ressans pour les fermiers et les proprietaires. Le district qui nous occupe est très-favorable à l’étude de la culture du sainfoin. Il y a des terres où il réussit on ne peut mieux , et d’autres dans lesquelles on a essaye' à plusieurs reprises , sans succès. Le plus beau sainfoin que j’aie vu , étoit dans le voisinage de Malton. On dit que cette plante a rendu quelquefois jusqu’à trois char- rete’es de foin par acre : les sainfoins que j’ai vus m’ont paru devoir rendre autant. Le sol étoit un lut calcaire et sec , de dix à vingt pouces de profondeur. Le sol inférieur étoit rnarneux , à l’épaisseur de deux ou trois pieds, et au-dessous étoit un banc de roche calcaire. Cent grains de la terre de la surface dans le lieu dont il est ici question donnent vingt- cinq grains de terre calcaire. Cent grains de la marne inférieure , dans laquelle les racines du sainfoin pénétroient sans doute, donnent 4ga ACrRICUlTURE cinquante - neuf grains de terre calcaire (i). Dans les environs de Brompton, on voit de beaux sainfoins , mais non pas comparables , cependant, à ceux de Malton. Le sol est un lut loger , vraie terre de turneps et d’orge , dont la profondeur varie selon les lieux. Le sol inférieur est calcaire mêlé de pierres rouges, et repose sur une roche calcaire. Le sainfoin varie en beauté et en durée selon la profondeur à laquelle les racines trouvent le roc. Il dure environ vingt ans , un peu plus ou un peu moins, selon la profondeur du sol.... Dans le voisinage de Pickering, on a souvent essayé le sainfoin , et toujours sans succès , à ee que je crois. Les plantes levoient très-bien , mais ne donnoient pas même une première (i) On a pensé quelquefois que le sainfoin se nourrisson des pierres calcaires elles-mêmes, et non de la terre qui est dans leurs intervalles : et on a cherché à expliquer de celte manière la supériorité du sainfoin de Malton. Mais il paroît beaucoup plus probable que les racines tirent leurs sucs de la terre, surtout si l’on considère que cette terre est de la même nature que les pierres dont il est question. La surface supérieure du roc sur lequel repose la marne est composée de petites pierres réunies par une terre presqn’entièrement calcaire; en sorte que les racines ont suffisamment de quoi se nourrir, sans qu’on doiye avoir recours à la supposition ci-dessus. (A.) * B.' Y O K ï S H I K E, 4g5 récolté , et ne tardoient pas à dlsparoître toul- à-fait. En examinaut une pièce d’un terrain calcaire, qui avoit e'tè semé en sainfoin par mon père , cinquante ousoixante ansauparavant, je trouvai, dans un coin du champ, quelques plantes encore existantes. Pour reconnoître la nature de la terre qui pouvoit assurer une telle durée au sainfoin, en supposant que ces plantes eussent réellement existé depuis le moment où mon père avoit semé la pièce , je fis creuser à côté de deux plantes qui éloient à quelques pouces l’une de l’autre. L’une étoit extrêmement vigoureuse , sans être très-abondante en herbe 5 l’autre étoit dans un état de déclin , et sa couronne étoit à demi flétrie. Leurs racines pivotantes descendoient dans une direction verticale, et jeloient autour d’elles quelques fines radicules. Les racines de la pim- prenclle qui occupoit alors cette pièce , ne descendoient pas plus bas que deux pieds. A la profondeur de trois pieds , la racine de la plante malade se trouva pourrie. A quatre pieds, la racine de la plante vigoureuse , atteiguoit, le roc , ou plutôt les pierres détachées qui reposent sur le roc. J’observai avec une parfaite évidence la ma- 4g4 AGRICULTURE nière dont cette plante se nourrissoit par ses racines. Le pivot étoit une simple queue , ou cône renverse, de la grosseur d’mi roseau dans le haut, et d’une plume de corbeau dans le bas. Les radicules late'rales e'toient aussi de'lie'es que des cheveux, excepte la profondeur de deux pieds où quelques filets aussi gros que du fil sortoient du pivot pour pénétrer dans une mince couche de glaise de couleur pâle. A la profondeur de quatre pieds , j’observai une ramification du pivot, en plusieurs racines qui s’e’tcndoient presque horizontalement dans une couche de glaise très-pâle de trois ou quatre pouces d’épaisseur ; ce qui prouvoit que celte glaise leur fournissoit quelque principe nourrissant. Une seule radicule avoit essayé de descendre plus bas que cette glaise. En analysant les couches de glaise , et le terrain qui traversoit la racine pivotante , je m’assurai qu’il n’y avoit de terre calcaire que parmi la glaise, excepté quelques petites pierres à chaux , assez dures , qui se trouvoient parsemées dans le sol. Cent grains de la glaise supérieure (1) don- (ï) T/aulcur n’a parlé d’abord que de deux couches de glaise, et il en rappelle ensuite trois. Apparemment qu’à la surface même du champ il y avoit une Gouelie de glaise. v »’ YORKSHIRE. 4g5 nèrent sept grains et demi de terre calcaire. Cent grains de la couche du milieu donnèrent vingt-trois grains et demi; et cent grains de la couche inferieure , de laquelle la plante tiroit principalement sa nourriture en donnèrent vingt-neuf grains. De ces observations on peut conclure avec certitude que le sainfoin se plaît dans la terre calcaire; et on peut inférer avec beaucoup de probabilité qu’il ne sauroit prospérer dans les endroits où le sol supérieur et le sol inférieur se trouvent également dépourvus de terre calcaire. Dans une autre partie de la pièce dont je viens de parler, le roc s’élève jusqu’à environ dix pouces de la superficie du champ. La surface supérieure du roc est unie , et l’on n’y observe point de cette matière calcaire efflo- rescente que l’on voit dans d’autres endroits sur le roc de la même nature. Il ne paroît pas qu’il y ait un atôme calcaire dans ce terrain. On n’y voit pas une seule plante de sainfoin ; et probablement elles périrent toutes dès la première année. Il y a beaucoup de terres dans les environs de Pickering qui reposent sur le roc calcaire , et n’ont cependant, comme celle dont je viens de parler, aucunmélange de matières calcaires. 496 AGRICULTURE Cela peut expliquer comment le sainfoin n’y réussit jamais. Il y a néanmoins des cantons où le roc calcaire se termine à sa surface supérieure par une couche de matière efflorescente grisâtre qui recouvre les pierres détachées, et que j’ai trouvée purement calcaire. Le sainfoin y réussiroit certainement. II peut y avoir de grandes étendues d’un tel terrain : et l’objet vaut bien la peine qu’on fasse des recherches. Jeter de la graine , et perdre peut-être deux ou trois récoltes , sur une simple supposition , est une véritable imprudence ; mais ce seroit un tems bien utilement appliqué que celui qu’on emploieroit à la recherche des terrains propres au sainfoin. L’avantage caractéristique de cette plante , avantage qui la distingue de toutes les autres productions , c’est qu’elle tire sa nourriture des couches inférieures à celles dans lesquelles la végétation exerce son activité ( 1 ). Elle (1) L’auteur oublie la luzerne, qui a éminemment cette qualité. Le sainfoin (ou esparcette) a un caractère qui lui appartient véritablement, et qui en rend l’usage extrêmement précieux : c’est qu’il réussit admirablement dans les terrains pierreux, graveleux, sablonneux, dans les pentes roides et arides, qui sans cela seroient absolument inutiles à l’agriculture. amené d’yorkshire. 497 amène à la surface , des substances ve'ge'tales qui , sans cela , seroient demeurées à jamais inutiles à l’agriculture ; elle apporte au cultivateur des trésors qui, auparavant lui éloieut aussi inaccessibles que s’ils eussent été confinés au centre de la terre. Tandis qu’il recueille annuellement le foin le plus nourrissant que l’agriculture nous ait fait connoître , sa terre, loin de s’épuiser, (l) prend des fo'rces nouvelles pour produire ensuite une succession de récoltes de grains; et en outre de ces avantages, le cultivateur a le profit dés engrais produits par vingt ou trente récoltes de fourrage (2). Foins naturels. On peut distinguer dans cette partie de la province , trois espèces de prairies. (1) En effet, loin que le sainfoin épuise une bonne terre, il donne, ainsi que le trèfle, à un mauvais terrain , la faculté qu’il n’avoit jamais eue, de porter de beaux blés. (2) Il paroît que l’auteur ne calcule jamais qu’une coupe de sainfoin. Dans notre climat il en donne jusqu’à trois, ainsi que je l’ai éprouvé moi-même : il est vrai que la première est de beaucoup la plus abondante. A la seconde ou à la troisième coupe , succède un excellent pâturage. Les moutons y trouvent à manger jusqu’à la fin de décembre; mais leur dent tue la plante si l’on les laisse brouter trop ras. Tome 1. Il 4g8 AGRICULTURB i.° Les prairies basses, ou humides. 2 °. Les prairies moyennes. 3.° Les pâturages secs. Les premières se nomment, dans la langue du canton , ings ou car. Elles sont situe'es dans le voisinage des rivières, ou des ruisseaux; dans des lieux plats, et sujets aux inondations. Le terrain est une glaise froide et tenace , recouverte quelquefois d’une terre ve'ge'tale noire, qui est probablement le dépôt des eaux, avant qu’on leur eût procure' un e'coulement. Ï1 est probable que ces prairies basses ont été fauchées d’année en année , sans interruption , depuis dix siècles. Yoici les plantes naturelles de ces prés que la charrue n’a jamais touchés : j’ai tâché de les ranger dans l’ordre de leur abondance , et j’ai suivi les dénominations de Linnæus. Onopordon acanthicum. Scabiosa succisa. Sanguisorba ojjîcinalis. Juncus arliculatus. Schænus nigricans. Cardamine pratensis. Betonica ojjicinalis. Rhinantus crista-galli. Valeriana dioica. Anemone nernorosa. Juncus ca/npestris. Orches. Carices. Holcus la- natus. Anthoxanthum odoratum. Poa tri- pialis, Agrostis canina. Briza. media. Fes- tuca duriuscula. Aira coerulea. Phleum nodosum. Orobus tuberosus. Lotus corni- d’yorkshire. 49g culatus. Hypochæris radicata. Sermtula tinctoria. Achillea ptarmica. Peusedanurn silaus. Vicia cracca. Polygala vulgaris. Pedicularis palustris. Spirœa ulmaria. Ly- thrum salicaria. Arundo calamagrostis. Car- duus palustris. Lychnis jlos-cuculi. Juticus ejf'usus. Juncus inflexus. Cineraria palustris. Dentaurea jacea. Achillea millefoiium. Par- nassia palustris. Cerastium vulgatum. Po- tentilla anserina. Avenu jlavescens. Lolium perenne. Cynosorus cristata. Festuca elatior. Agrostis alba. Alopecurus geniculatus. Festuca Jluitans. Aira cœspitosa. Lathyrus pratensis. Trifolium pratense. Lotus corni- culatus. Ranunculus acris. Ranunculus re- pens. Rumex acetosa. Angelica sylvestris. Comarum palustre. Chrysanthemum leu- canth. Flypericum quaclrangulum. Prudella vulgaris. Genista tinctoria. Scilix. Epilobium parvijlorum. Eriophorum vaginatum. Sper- gula nodosa. Pingricula vulgaris Lysi - machia nummularia. Menthœ. Polyganum hydropiper. Sium nodiflorum. Caltha palustris. Iris pseudacorus. Menyanthes tri- foliata. Equisetum palustre. Veronica bec- cabunga. Slcymbrium nasturtium. Le produit de ces près est beaucoup au- dessus du pair. On peut juger de la qualité' du 5oO AGRIGUIiTURE foin par la nature des plantes. La quantité' est peu considérable , même dans'les parties encloses. Il y a des espaces e'tendus où l’on ne voit que des joncs ou des roseaux. Le produit moyen est d’environ une charretée de foin sur deux acres. La rente est de cinq à huit shel. l’acre. Il paroît évidemment par quelques parties rompues et qui donnent du grain, que la stérilité' de ces terrains n’est pas due à leur nature , mais à une mauvaise économie. C’est un exemple qui prouve que , dans certains cas, il est très- mal entendu de s’obstiner à défendre aux fermiers de rompre les vieux prés. Il n’y a qu’un botaniste qui puisse souffrir que son terrain soit occupé par celte légion de mauvaises herbes que nous venons d’énumérer; et surtout le remède étant aussi facile qu’il l’est. Il ne s’agit que d’anéantir le gazon actuel pour en créer un nouveau : cela peut se faire avec profit, en prenant quelques récoltes de grain» dans une rotation bien entendue. Mais ni la situation ni le terrain de ces prés n’admettent une succession indéfinie de récoltes arables. Il ne faut employer celle-ci que comme un moyen de purger le sol de mauvaises plantes, et de leur substituer une herbe nourrissante et durable. Dans le cas dont il s’agit., cette régénération 5oi d’yoîikshïri:. des près est très-facile, parce que les commissaires des clôtures ont eu la sagesse de faire ouvrir un large et profond fosse’ de de'gorgement qui dessèche toutes ccs prairies basses , suffisamment pour la charrue. Chacun peut choisir aujourd’hui de continuer à recueillir très-peu de foin de marais, ou d’obtenir des récoltes de grains , suivies du rétablissement de très- bons prés. Combien n’y a-t-il pas aujourd’hui de milliers d’acres, dans le royaume , qui sont susceptibles de la meme amélioration ! Les prairies moyennes sont ces champs qu’on a laissé se gazonner d’eux-mémes , et à la longue , ainsi que nous l’avons vu. On choisit pour cela des situations fraîches, mais cependant des terrains suffisamment secs pour pouvoir porter le bétail pendant l’hiver. Le sol est une terre sablonneuse et riche , mélangée de quelques petites pierres , et il est aussi propre aux grains qu’aux herbages. Yoici les plantes qui peuplent ccs prés. Les douze dernières es-i pèces croissent , de préférence , dans le voisinage des haies. Cynosurus cristafa. Dactilis glomerata. Agroslis canina. Anikoxanthum odoratum. JIolcus lancitus. Briza media. Avena/lapes - cens. Lolium perenne. Poa trivialis. Poa an~ nua. Poa pratensis. Alopecitrus pratensis, 002 agrtculture Festuca elatior. Festuca duriuscula. Bromtis mollis. Avenu elalior. Avena pubesceris. Agrostis capillaris. Hordeum murinum. Jun- cus camp es tris. Plantago lanceolata. Trifa- lium pratense. Trifolium repens. Trifolium procumbens. Lotus corniculatus. Lathyrus pratensis. Vicia saliva. Ranimeul-us repens, Ranunculus ba’lbosus. Leonlodon laroxacum. Leontodon hispidum. Hypocœris radicala. Rhinantus crista galli. Retonica ojjicinalis. Cerasiium vulgatum. Talentia cruciata. Prundui vulgaris. Veronica chamœdrys. Ranunculus jacaria. Prirnula perds. Rellis perennis. Tîemcleum sphondyliurn. Centaure a jacea. Senecio jacobœa. Achillea rnillefolium. Rumex acetosa. Campanula rotundifolia. Plantago major. Vicia cracca. Vicia sepiurn. Ervum hirsulurn. Trcigopogon pratense. Agrimonia eupatoria. Germanium pratense. Malva sylvestris. Malva rolundi- folia. Chasrophylium sylvestre. Rumex cris- pus. Rumex obtusifolius. Urtica dioica. On compte communément que trois acres nourrissent deux vaches , de Mai en Octobre. Les meilleurs de ces près nourrissent, dans le même espace de tenis , une vache par acre , et les vaches sont très-grosses. Le produit en loin est d’une à deux charrete : es ( à trois chevaux ) 5o5 d’ Y O R K S II I ït E. par acre. Il est d’excellente qualité, et tous les bestiaux le mangent avec plaisir. La rente varie de trente sliellings jusqu’à trois livres sterling l’acre. Le pâturage d’une vache , pour l’été, coûte de quarante à cinquante sliellings. Avant que les terres fussent encloses , dans le district , les pre's ou pâturages secs etoient laboures nouvellement ou servoient accidentellement de pâturage aux bestiaux , surtout aux moutons. Ces pre's sont situes sur les hauteurs qui s’élèvent brusquement au-dessus de la valie'e. Le noyau de ces monticules est une roche calcaire quis’èlève quelquefois jusqu’à la surface du sol. On y trouve aussi des veines de gravier rouge. La terre végétale varie en profondeur : elle est mélangée de petites pierres rouges, et de débris de pierre à chaux. Les endroits où la terre végétale a deux ou trois pieds de profondeur sont aussi propres aux grains que quelque terre du royaume que ce soit. Voici les plantes qui garnissent le gazon de ces pâturages. Leoniodon hispidum. Plantago media. IJypochœris radicata. Leontodon taraxacum. Rhinanthus criftla-galli. Ch ry s an tfi em uni leucanthemum. Linum calharticum. Alche- rnilla vulgaj'is. Polygala vulgaris. Festueata duriuscula. Anthoxanthumodoratum. Holcus 5o4 AG-ntCULTUB.» lanafus. Apena flave cens. Briza media. Agrostis canina. Dactylis glomerata. Poa irivialis. Lolium perenne. Cynosurus cris - tatus. Poa pratensis. Phleum nodosum. Apena elatior. Festuca opina. Juncus cam- pestris. Carex saxatilis. Plantago lanceo- lata. Trifolium pratensç. Trifolium alpestre. Trifolium repens. Trifolium agrarium. Lotus corniculatus. Lathyrus pratensis. Orobus tuberosus. Antyllis vulneraria. Gallium perum. Carnpanula rotundifolia. Veronica cî\amœdrys. Euphrasiaodontides. Euphrasia (fficinalis. Valeniia cruciata. Cerastium vulgatum. Belonica officinatis. Prunella vul- garis. Primula péris. Ranunculus ficaria. Bellis perennis. Draba verna. Thymus ser- pillum. Potentilla reptans. Centaurea jacea. Ranunculus repens. Scabiosa arpensis. Sca- biosa columbaria. Scabiosa succisa. Bunium bulbocastanum. Achillea millefolium. Senecio jacabœa. Heracleum sfondylium. Orchis mascula. Orchis morio. Orchis ustulata. Po- terium sanguisorba. Origanum pulgare. Spi- rœa filipendula. Agrimonia eupatoria. Va- leriana ojjicinalis. Marrubium vulgare. Sa- nicula europea. Gentiana centaurium. Réséda luteola. Crépis tectorum. Stellaria graminea. Vitia cracca. Ervum hirsutum. b’ Y O n K S II IK E. bo5 Géranium robertianum. Géranium cicuta- rium. Sherarclia arvensis. Hieraceuin pilo- cella. Aphanes arvensis. Pteris aquilina. Carduus lanceolatus. Carduus nutans. Cardans eriophorus. Serrafula arvensis. Carduus palustris. Carlina vulgaris. Ononis arvensis. Posa spinosissima ( 1 ). Dans les années sèches , le produit de ces près n’est rien, ou presque rien. Année commune , ils rendent une demi-charretée de foin par acre. On compte deux ou trois acres pour le pâturage d’une vache pendant l’été. La rente varie de dix à trente shellings. Ces terrains-là sont très-propres à un assolement dans lequel les grains et les herbages reviennent alternativement. Passons maintenant à la description des soins qu’on donne aux prairies. L’enlevement des fourmilières dans les prés, est assez négligé ici , comme dans beaucoup (i) Cette nomenclature complette des plantes naturelles dans les trois espèces de prés auxquelles on peut rapporter tous ceux qui sont situés de même, et dans des terrains semblables, est une donnée extrêmcmen t curieuse pour ceux qui étudient cette partie de l’économie rustique. Pour apprendre à bien seconder la Nature , il est utile d’observer avec soin ses productions spontanées dans telles ou telles circonstances. 5o6\ AGRICULTURE d’antres endroits. Lorsqu’on le fait, c’est ordinairement en coupant le monticule par-dessous avec une bêche ou une houe , pour le jeter dans les endroits creux , et semer ensuite de la poussière de foin à l’endroit où etoit la fourmilière. Quelquefois on enlève la superficie de la fourmilière comme un bonnet. On déblaie ensuite le cœur du monticule ; puis on remet le bonnet à l’endroit où etoit la fourmilière. Mais cette méthode est défectueuse. On ne peut point passer d’instrument sur celte cape , sans risquer de la déplacer, et les bestiaux, en pâturant , la déplacent aussi quelquefois. Quelques personnes commencent à faire , pour se débarrasser des fourmilières , l’opération qui est usitée en Norfolk , et que l’on nomme gelding : voici comment elle se pratique. L’ouvrier , muni d’une bêche acérée , partage le monticule en quatre , en enfonçant l’instrument verticalement. Il détache ensuite les quatre triangles de gazon , de la terre qu’ils recouvrent, en leur laissant un pouce ou deux d’épaisseur , et sans toucher à leur base. Il les renverse sur le pré , auquel ils tiennent par cette base , comme à la charnière. Il enlève la terre du milieu , qu’il brise et répand autour de lui , en laissant dans le centre de l’espace D ’ y O R X S H I R E. 507 qu’occupoit la fourmilière , uu creux où l’eau séjourne , pour que la cure soit radicale. Enlin, on referme les quatre gazons, qui se rejoignent, presque sans qu’il y paroisse. C’est d’Octobre en Décembre que celle opération se fait. Il faut , pour la parfaite réussite , bien ôter la terre près de la base des quatre gazons, aûn que lorsqu’ils sont replacés , il ne reste point de rebord que le traîneau à régaler les prés puisse accroclier. Si la surface de la prairie est inégale , ou que la terre enlevée des fourmilières ne se soit pas émiettée par les gelées de l’hiver , il faut faire précéder le traîneau , d’un pesant rouleau qui abaisse les petites sommités. Tous ceux qui ont fait attention à l’effet des fourmilières sur le produit des prés , sentent l’importance de ne rien négliger pour leur extirpation. On s’occupe assidûment, au printems , d’étendre le fumier et les taupicres , ce qui se fait à la main avec un râteau de bois qui a quatre dents applaties , ou au moyen du traîneau que nous avons décrit. J’ai vu soutenir dans ce pays-ci une singulière opinion concernant les taupes , c’est qu’elles sont utiles aux terres. En conséquence de celte opinion , le fermier qui Jh soutenoit , et qui étoit un bon observateur, n’avoil pas 5o8 AGRICULTURE fait prendre les taupes dans sa ferme depuis vingt ans. Il irouvoit que les taupes dessèchent le terrain , font parvenir de l’air aux racines des plantes , ramènent utilement de la terre fraîche sur les près, et tuent les vers, qui, disoit-il , se nourrissent des racines dans les près et les champs. Il est possible que les taupes soient en effet utiles aux terres glaises froides, et peut-être même à tous les près. ( Le fermier que je viens de citer avoit des terres argileuses et froides.) Mais il n’est pas probable que les taupes soient également utiles dans les terres légères, et surtout dans les champs. Il me paroit assez vraisemblable que les taupes nuisent aussi relativement aux vers communs dont elles se nourrissent. Il n’est point prouvé, que je sache, que les vers de terre mangent les racines des végétaux. Us attirent, dit-on, des feuilles et d’autres substances végétales, sous la terre. On ignore dans quel but ils font cette manœuvre , mais c’est peut-être dans un but qui est très-utile à la végétation. J’indique ce sujet en passant, parce que je le crois neuf, et que je n’ai pas été à portée de l’étudier. Je pense qu’il seroit digne d’occuper un naturaliste, car l’existence des vers de terre me paroît liée à la prospérité du règne végétal. f T)’ T O R K S HIRE. 5og ' On ne fume guères les prés dans ce canton par des charriages. Il ne se fait qu’une quantité' de fumier peu considérable , et qui est appliquée aux champs. Les boues , les revers de fossés , les raclures des chemins , et les autres engrais de ce genre, sont honteusement négligés. On regarde le parcours des moutons et l’usage de nourrir les bêles à cornes sur le pré l’hiver, comme un équivalent suffisant de l’épuisement causé par le fauchage. Si l’on rendoit convenablement en fumier , à un pré , tout ce qu’on lui ôte par la faux , il est probable qu’on pourroit le faucher très- long-lems sans l’épuiser ; mais il faudroit que l’opération se fît avec régularité, comme nous avons vu que l’on parque les bêtes à cornes dans Norfolk, et non pas comme on le fait ici, en donnant le foin aux bêtes vers les haies. Les haies doivent, sans doute, servir d’abri dans les tems d’orage; et il est évident, que . lorsqu’il fait un gros vent, le foin qu’on donne aux bestiaux ne peut pas tenir dans le milieu des prés ; mais dans les tems calmes, les bestiaux devroient toujours être éloignés des haies. Le bon effet de la nourriture des bestiaux sur les prés , pendant l’hiver, est de toute évidence, là où les terres sont de nature à supporter d’être foulées .sans inconvénient. i 5lO AGRICULTURE Quant aux terres glaises et tenaces , il y a le da nger qu’elles soient prises par la sécheresse , au printems , avant que le gazon ait été détrempé suffisamment par les pluies. Les dernières gele'es du printems , en soulevant la terre, ont aussi l’avantage de dégager les plantes de cette espèce de mastic que les pieds des hèles ont formé avec la terre humide. Il ne convient donc pas , sur les terres tenaces de prolonger cette opération jusqu’au printems. DanSles terres légères, il est très-avantageux de faire consommer ainsi le fourrage aux bêles à cornes , sur les prés mêmes, pendant l’hiver. En récoltant le foin , on l’entasse en meules, ( stacks ) sur le pré; et en le faisant ensuite manger sur place , le fumier se trouve transporté sans frais. La consistance du sol y gagne; et la mousse, qui est le grand ennemi des prés, en terres légères , est détruite par le piétinement des bestiaux. Mais il faut calculer , avant d’adopter celte méthode , si les champs de la ferme n’ont pas un plus grand besoin d’amélioration que les prés (1). (1) Ceux qui se persuadent que les bêtes à cornes ne sauraient être tenues, pendant l’hiver, dans des écuries trop chaudes, doivent être étonnés d’entendre dire que, sous une latitude si élevée que Norfolk et le Yorkshire, les bêtes à cornes passent souvent tout fhiver en plein air. t d’yorkshire. 5 1 x Quelqu’avantageux que ce procédé puisse être aux terres légères , j’ai vu un exemple frappant de son inutilité sur un pré de glaise froide : il s’agissoit cependant du parc des moutons. Ce pré fut parqué, dans toute son étendue, pendant l’hiver, et avec tant de soin , que la surface entière étoit noire de crottin. On s’at- tendoit à uu effet prodigieux : il n’en résulta aucun bénéfice sensible. Cet exemple , et quelques autres faits de la même nature , me persuadent que le parc d’hiver , soit des moutons soit des bêtes à cornes, ne convient pas mieux aux terres fortes et froides, qu’il ne convient à ces mêmes terres d’y répandre du fumier pendant l’hiver. J’ai éprouvé par moi-même l’utilité de ce dernier procédé , et on commence dans plusieurs endroits à la soupçonner. Or, dans ce pays-ci, le peu de fumier que l’on mène sur les prés se transporte dans le tems dos gelées , le plus mauvais moment que l’on puisse choisir pour cela. On croit généralement , dans le pays , que la chaux nuit plus aux prés qu’elle ne leur est utile. On cite des faits , mars ils ne sont pas concluans : les épreuves ont été faites sur des terres froides et tenaces , celles de toutes peut- être que la chaux améliore le moins. Quant 5l2 agriculture aux récoltés arables , c’est, principalement sur les terres légères que la chaux y produit un grand effet ; et quelques expériences nouvelles indiquent que cet effet de la chaux ne sera pas moins avantageux sur l’herbe des prés qui sont en terrains légers. Une certaine quantité de chaux ayant été répandue , par accident , sur un monceau de gazon , l’herbe parut en souffrir considérablement pendant trois ou quatre ans. Cela confirma l’idée où l’on étoit que la chaux nuisoit aux prés. Mais dans les années suivantes , ce même gazon prit un avantage très-marqué sur tout le reste , et cet avantage se soutint. Le sol est une terre végétale moyenne, sur le roc calcaire. Ce fait conduisit à essayer la chaux sur une plus grande étendue , mais en quantité moins considérable : savoir , quatre chcildrons par acre. C’étoit un pré gâté par la mousse , dans un terrain sablonneux et aride, et une situation élevée. L’expérience a été faite l’automne dernière : et maintenant (en Septembre) l’apparence du pré est absolument changée , dans la partie qui a été chaude'e. Le gazon y est d’un vert foncé et vigoureux , la mousse y a presque disparu; tandis que , le reste de la pièce est d’un jaune brûlé, et est couvert de mousse. Ainsi, autant qu’une 5i5 p’yorkshirb. qu’une expérience peut-être probante, celle-ci prouve l’avantage de la chaux dans les près de terres sablonneuses et arides. Elle rendroit aux pâturages de moutons et aux garennes situées dans de tels terrains , une fertilité' nouvelle. J’ai observe' à cet égard un fait remarquable, dans le voisinage de Pickering, Il y a une partie de communaux qui, de tems immémorial, a été employée à des blanchisseries. Le sol est un sable pur, qui est inondé de tems en tems par un ruisseau voisin. Le sol inférieur est du gravier. Malgré la nature très-ingrate de ce sol, l’apparence du gazon étoit telle , que les commissaires des clôtures évaluèrent ce terrain , l’été dernier , pendant la sécheresse , de quarante à cinquante shellings de rente l’acre. On a supprimé les blanchisseries ; et la rente de ce terrain ne vaut pas maintenant quatre shellings l’acre , quoiqu’en général la végétation des prés soit très-forte , cette année. Les endroits où les pièces de toile étoient étendues ne montrent pas un seul brin d’herbe : le sable y est à nu. Il est évident que le sol est épuisé; mais comment cet épuisement s’est- il opéré ? est-ce par la chaux employée pour blanchir ! est-ce par les arrosemens que ce soj recevoit régulièrement pendant l’été ? est-ce Tome i. Kk 5l4 AGRICUliTtTRE par l’application des pièces de toile, qui e'cliauf- fant le sol, ont produit une végétation plus forte que le terrain ne pouvoit la supporter ? L’effet est extrêmement frappant : mais sa véritable cause me paroît difficile à déterminer. Soins des prairies. Tout ce qui se fauche se nomme pré , soit que la pièce soit arrosée, humide ou sèche , sur les hauteurs ou dans des fonds. C’est par opposition au mot pâturage qui s’applique à tous les terrains où les bestiaux broutent l’herbe pendant l’été, La même pièce change ordinairement de nom d’une année à l’autre ; car c’est assez l’usage de faire pâturer une année ce qu’on fauche l’année suivante, et ainsi alternativement. On laisse ordinairement pâturer jusqu’au premier Mai les prés qu’on destine à être fauchés. Cela est mal imaginé sous le climat de Yorkshire ; cela retarde trop la saison des foins, et s’il y a une sécheresse dans le mois de Mai elle fait beaucoup plus de mal, parce que la terre n’est point couverte. Dans Surrey et dans les environs de Londres, les prés destinés à la faux sont clos dès les prin- tems, et on n’y laisse jamais pâturer le bétail dans cette saison-là. C’est aussi un tort : si le x>’torkshib.e. 5x5 terrain est de nature à porter les bestiaux, il ne faut pas perdre la pousse du printems , que les blanches gelées gâteront egalement. En général , on peut faire pâturer les près jusqu’au i5 Avril sans diminuer la coupe du foin. Les mauvaises herbes printannières se trouvent ainsi retardées , et les plantes qui forment le meilleur foin prennent le dessus. On compte qu’un homme , dans sa journée, fauche un acre ; cette journe'e se paie entre un shelling et un shelling et demi, outre la nourriture. Communément les ouvriers ne travaillent que le matin et le soir ; pendant le fort de la chaleur ils dorment. Ils avancent beaucoup en travaillant ; leurs faux sont très-longues , et le coup de faux qu’ils prennent est d’une grandeur extraordinaire , quelquefois jusqu’à onze pieds de large. Ils ont quelque chose de particulier encore dans leur manière de travailler, c’est qu’ils donnent tous le coup de faux à la fois , ce qui forme un coup-d’œil très-agréable. L’art de faire les foins est rarement bien entendu, et quoiqu’on ne l’entende pas mal en Yorkshire , cependant on y est bien loin du point de perfection. Le foin ne se resserre pas toujours aussi promptement qu’on le devroit, et on en perd beaucoup faute de soins. 5l6 A aRlOXJLTVRE On a recours à un singulier expédient pour mettre , comme on dit, le foin hors d’accident, c’est de le disposer par gros monceaux d’en- vifon une charretée, avant qu’il soit prêt à mettre en meules. Malheureusement cela se fait souvent avant que le foin soit prêt à être mis en monceaux, comme à l’ordinaire. On considère ce moyen comme propre à faire un peu suer le foin , avant que de le faire suer tout de bon dans la meule. Si le foin est sec, c’est-à-dire exempt d’eau, mais encore trop plein de sève pour pouvoir être mis en meule, sans danger, on trouve en effet de l’avantage à le mettre en gros tas pour le préparer à l’arrangement final ; mais j’ai vu souvent ces tas, quand on les ouvroit, présenter du foinjmoisi ou pourri. Les meilleurs procèdes dont on fasse usage dans le district sont les suivans : des travailleurs suivent les faucheurs pour étendre les ondains, à moins que le tems ne soit incertain ; dans lequel cas , on attend qu’il soit assuré pour faire ccttc opération. Le soir on met en monceaux ce qui a séché pendant la journée (1). ( 1 ) *A moins que le foin ne soit très-clair, et la chaleur extraordinaire, l’herbe coupée dans la matinée ne peut pas être mise en monceaux le soir; parce que s’il D’ y O R K S H IRE. 5 J 7 Si le jour suivant le lems est beau, on ëtend les monceaux pour les refaire le soir , après avoir tourne le foin pendant la journée. Ces seconds monceaux se font, plus gros , c’est-à- dire, que quand la sécheresse du foin le permet, huit ou dix de ces monceaux font la valeur d’une charretée. Lorsqu’on se propose de mettre la récolte en meules sur le pré meme , on laisse sur place les premiers monceaux faits , jusqu’à ce que tout le reste soit prêt à être mis en meule. De cette manière il n’y a jamais qu’une partie du fourrage exposée à la fois. L’usage le plus général est de le mettre en meules dans le pré même , soit qu’on se propose de l’y faire manger , soit qu’on ait dessein de le transporter ensuite dans les granges, en lems de gelée. Cependant on charic une partie du foin dans les bâlimens de ferme , pendant les fenaisons, soit pour faire des meules dans les cours, soit pour le réduire dans les granges : celte dernière méthode est réputée meilleure, lorsqu’on a de la place. Il est plus sûrement à l’abri; il survient tics pluies qui empêchent de défaire les monceaux pendant trois ou quatre jours, le foin fermente, et est perdu : il a beaucoup moins de mal quand on le laisse épars sur le pré. 5i8 ÀfiRICTJX/TtIRE est tout transporte à l’endroit où il doit être consomme ; et l’on ne remarque point que le foin engrange ait une odeur de moisi comme on le pre'tend souvent ailleurs. Çctte pratique de mettre le foin en meules, dans les près mêmes, expédie beaucoup la besogne. En plaçant les meules dans le centre de la pièce, une partie du foin peut y être transportée , sans l’embarras et la peine de charger et décharger les chars. Lorsqu’il est en gros tas, un cheval fait glisser le monceau tout entier jusqu’auprès de la meule, au moyen d’une corde à laquelle on l’attèle, et qui cerne la masse du foin suffisamment pour le tenir ensemble. On se sert très-généralement de eet expédient, en variant un peu le procédé, toutes les fois que les bras sont rares. De cette manière l’ouvrage est extrêmement simplifié et abrégé 5 on n’a , pour ainsi dire , qu’à râteler; et on a soin , en râtelant, de ramener le foin que l’on ramasse sur la voie que doit suivre le monceau qui va glisser, afin qu’il pousse devant lui ce que le râteau a rassemblé. Lorsqu’on a nettoyé le pré tout autour de la meule, à une certaine distance, on amène avec des chariots les monceaux les plus éloignés. Dans la bonne pratique du district, on ne commence jamais une meule que l’on n’ait assez I)’ Y O RX S H I R ï. 5 J y de foin sec pour l’élever le même jour jusqu’à la hauteur où la pente du couvert de la meule doit finir. Si la totalité du foin est sèche , on arrondit la partie supérieure de la meule , puis on range, tout à l’entour , le foin sec en monceaux élevés , jusqu’à ce que la meule se soit affaissée suffisamment ; enfin on entasse ces monceaux sur le sommet de la meule , en choisissant pour cela un tems sûr. Il me semble que cette méthode se rapproche autant de la perfection, que la nature de la chose le permet. Les meules se font toujours sùr un plan circulaire ; la forme à la mode , à présent, est celle d’un œuf; c’est la plus agréable à la vue, mais ce n’est point la plus convenable (1). Lorsque le foin a fini de suer , on termine le toit de la meule , on la peigne , on lui met le bonnet ou la cape qui est de paille ; mais la plus grande partie du toit n’est formée que du foin même. Dans les pays ou l’on est dans l’usage de couvrir toujours les meules avee de (i) Dans le Cleveland le type des meules c’est le turnep. Si on fait la meule sur un plan circulaire, il convient mieux de prendre le milieu entre l’œuf et la rave, c’est-à-dire, de ne la faire ni trop allongée, ni trop npplatie; mais, à mon avis, le meilleur modèle d’une meule, c’est une grange. 520 'agriculture la paille, cela passeroit pour une négligence impardonnable ; mais en Yorksliire on rcgar- deroit comme un acte de prodigalité , de recouvrir en paille une meule de foin : l’une et l’autre méthode sont bonnes quand la main- d’œuvre est bien soignée. On environne les meules d’une barrière composée de diverses claies d’épines réunies par des piquets , auxquelles elles tiennent par des chevilles ; celte précaution suffit contre les bestiaux. Il y a des endroits où l’usage est de mettre les bestiaux dans les prés , aussitôt après avoir fauché : c’est salir le terrain inutilement; les bêtes à cornes ne trouvent rien à brouter là où la faux vient de passer. En Yorksliire, on donne dans l’extrême opposé; on ne met les bestiaux en pâture sur le regain que vers le 10 Octobre , et quelquefois même qu’au milieu de Novembre. Dans ce dernier cas il y a peut- être une moitié de fourrage perdue , soit à cause des gelées , soit parce que , si le tems est pluvieux (ce que l’on doit craindre dans cette saison-là) les bestiaux détruisent autant de cette grande herbe avec les pieds , qu’ils peuvent en brouter. S’il y a de la blanche gelée, toutes les places sur lesquelles portent les pieds des bestiaux sont absolument perdues. 521 \ d’ r O R. K S H i n E. On doit s’étonner de ne voir adopter dans aucun pays une méthode économique sur le pâturage des regains. J’ai vu quelques particuliers qui suivoient, à cet egard , des proce'- de's raisonnables , mais je ne connois aucun canton dans lequel la pratique soit généralement bonne. Il y a un principe fondamental dont il ne faut point s’écarter si l’on veut tirer parti des pâturages des regains, c’est de ne jamais permettre ni que les bestiaux passent la nuit sur le pre', ni qu’ils y entrent le matin, avant que la blanche gelee soit dissipée. Pour bien faire il ne faut jamais permettre que les bêtes se couchent sur le regain ; dès qu’elles ont mange suffisamment il faut les faire sortir du pre’. La plus grande partie du regain, dans ce district, est desline'e aux vaches de rente. On en fait aussi manger un peu aux vaches ou boeufs à l’engrais. Les près dont le regain a e'te' foule' par les bestiaux en pâture, ont au primeras une surface inégalé, c’est-à-dire , que le gazon n’est pas , comme il faut qu’il le soit, uniformément raz partout. Deux des pi us habiles cultivateurs du royaume (l’un en Lancashire , l’autre en Leicestcrshirc) gardent très-soigneusement leur regain sur pied v2â AGRICULTURE pendant l’hiver , pour le faire manger au prin- tcms; et leur méthode est, je crois, très-bonne j mais il faut faire une distinction ; si l’herbe est longue elle est sujette à se coucher et à pourrir sur place pendant l’hiver. 11 faut donc dans les bons près, où. le regain est abondant, mettre les bêtes en pâture dès la fin de Septembre ; puis, si l’on veut garder ce pâturage pourIç printems, on en ôte les bestiaux lorsque l’herbe est réduite à la longueur convenable. Les pâturages proprement dits, ne reçoivent pas les bestiaux avant le mois de Mai ; à cette époque il y a ordinairement à pâturer abondamment dans toute la pièce. Les bétes préfèrent les bonnes plantes et les choisissent ; les mauvaises herbes montent en graine , et répandent leurs semences sur le sol. Si même on suppose que le pâturage est exempt de mauvaises plantes , c’est toujours une pratique mal entendue que de mettre des vaches de rente dans un pâturage trop abondant, parce qu’il est impossible qu’elles le maintiennent brouté égalementdans toute son étendue ; alors il y a nécessairement des parties qui montent en graines , et forment des touffes d’herbes sèches. Tous ces espaces où l’herbe a séché sur pied sont parfaitement inutiles pendant le courant de l’été 5 ils diminuent la sur- 5a5 D ’ T O R K S H I lt E. face du pâturage , tout autant que s’ils se trou- voient hors de son enceinte. Si, au contraire , on a soin de faire entrer les bestiaux au pâturage pendant que toute l’herbe est encore tendre , les mauvaises plantes se broutent tout comme le reste. Les roseaux memes , lorsqu’ils sont tendres, font une nourriture que les bêtes à corties et les chevaux ne rebutent point, surtout sur ceux-ci. Mais outre l’avantage de changer les mau-*- vaises plantes en fourrage et d’augmenter la surface susceptible de pâture , il y a encore ceci à remarquer à l’appui de celle méthode, c’est qu’il convient beaucoup aux bestiaux de passer graduellement de la nourriture sèche à l’herbe. Il est probable qu’on leur évité ainsi plusieurs maladies auxquelles ils sont exposes lorsqu’ils passent brusquement de la paille à un pâturage abondant. Pour les bestiaux presque gras, et qu’il ne s’agit que d’achever, il convient peut-être de les mettre d’abord dans un pâturage abondant, mais c’est le seul cas où il ne soit pas plus avantageux de faire commencer les bêtes par un pâturage qui donne peu. On objectera peut-être, qu’en faisant brour ter l’herbe de bonne heure on expose plus la terre à la sécheresse. Je crois que relativement au tort qui en peut re’sulter pour les bestiaux, 5fî4 AGRICULTURE l’objection n’est pas fondée. On remarque , en général, que les bêtes prospèrent davantage pendant les se'cheresses que pendant les tems pluvieux. Ce n’est pas la longueur de l’herbe qui importe , mais la quantité de nourriture qu’elle donne. La qualité' nutritive des productions ve'ge'tales paroît proportionne'e à la quantité de chaleur employée à leur végétation. La saveur des fruits profite de la réflexion des murailles , et je suis convaincu que la saveur de l’herbe profite de la réflexion du sol. L’herbe longue couvre le sol de son ombre , et profite moins de cette réflexion; mais le bétail qui la broute est plus promptement rassasié, et a plus de tems pour le repos. U y a donc un milieu à tenir : il faut prendre en considération le but du pâturage relativement aux bestiaux qu’on y met, et la nature du sol et la saison. Une herbe savoureuse profite beaucoup plus au bétail qu’une herbe aqueuse et sans goût; et un engraisseur qui a du jugement ne regarde pas tant à la longueur de l’herbe qu’à toutes ces circonstances réunies. C’est du l. cr au i§ d’Avril, selon que la saison est plus ou moins avancée , que je conseillerois de fermer les prés et d’ouvrir les pâturages. On mêle les bestiaux à la pâture, c’est-à- dire , qu’on met des chevaux avec des bêtes à cornes, non-seulement pour faire brouter plus d’ y o a u h i o, 5a5 raz par les premiers ce que celles-ci ont déjà pâture , mais aussi pour profiter d’une plus grande surface, parce qu’on remarque que chaque espèce a de la répugnance à brouter trop près de sa propre fiente , sans être égale- ment rebute'e par le voisinage de la fiente d’autres animaux. Les chevaux semblent aimer de pre’fe'rence certaines places dans les pâturages, ce qui a fait Croire qu’ils y trouvoienl des herbes favorites. Je n’ai jamais su remarquer aucune différence dans la nature de l’herbe des places qu’ils préfèrent ; mais je crois que quand une fois un certain espace a été brouté raz, ils y reviennent plus volontiers, parce que l’herbe tendre qui repousse est plus douce et de meilleure saveur. C’est ainsi que les lièvres et les lapins broutent certaines places dans les orges ou autres graines , et les tiennent ensuite broutées très-raz , parce que les nouvelles pousses sont tendres et de meilleur goût. La cheval a un autre inconvénient dans les pâturages , c’est que sa fiente y est inutile. Les moutons ne se mettent guère dans les mêmes pâtures que le gros bétail ; ils ont l’in- A conve'nient de parcourir.beaucoup de terrain , en choisissant toujours les meilleures herbes partout. Dans ce district, les troupeaux de 626 AGRICULTURE moutons pâturent sur les hauteurs, dans les pâturages secs , qui leur sont à tous égards plus convenables. Quant à la quantité' de bétail qu’une e'tendue donnée de pâturages peut entretenir, il faut se garder des deux extrêmes ; il faut examiner son terrain , et tâtonner quelque tems pour en bien juger. U y a moins d’inconve'niens à mettre peu de bétail sur un terrain qu’a y en mettre trop. Je dirai en peu de mots ce que je pense sur les principaux soins que demandent les pâturages , et qu’on négligé assez gene’ralement. La situation influe beaucoup sur la convenance de certaines dispositions : l’eau est un objet si capital, que lorsqu’on dépend d’un e'tang ou d’un abreuvoir , on fait comme on peut ; mais toutes les fois que cela est possible, il faut diviser ses pâturages en deux parties au moins, pour y mettre alternativement les bestiaux. La meilleure méthode, quand l’eau le permet, c’est d’avoir trois divisions 5 l’une pour les bestiaux à l’engrais et les vaches de rente ; la seconde pour le bétail maigre , et la troisième pour le repos, qui la pre'pare à recevoir de nouveau les bestiaux à l’engrais, j Si, quand les bêtes maigres entrent dans une division, il y a beaucoup d’herbe engraine, d’YGRKSHIRE. 527 il faut la laisser sur pied , et ne faucher que ce qui en reste lorsqu’ils passent à la division suivante. S’il y a des grandes plantes dures, il faut les couper à la faucille quelques jours avant que le bétail maigre quitte l’enclos. Ces plantes s’amollissent bientôt après avoir ète' coupées; et fùt-Ce des chardons, les bestiaux les ramassent pour les manger. Enfin, ce qui importe, dans tous les cas, soit qu’on ait deux ou trois divisions differentes, c’est qu’il ne reste jamais aucune mauvaise herbe sur pied qui donne sa graine , ni une seule touffe de bonne herbe que la faux n’enlève , pour mettre le gazon de niveau ; car de cette manière on convertit les mauvaises plantes en herbe nourrissante, et des espaces perdus , en places productives. Chevaux. Il y a long-tems que le Yorkslnre est fameux pour ses chevaux. Fitzherbert, qui écrivoit il y a deux cent cinquante ans, parle d’une course qu’il fit à Rippon pour y acheter des poulins. L’influence du climat sur la constitution des animaux , c’est-à-dire sur la partie de leur organisation qui est sujette à des changemens, est un point difficile à démontrer 5 mais l’observation fournit, relativement aux chevaux, des faits frappans à cet e'gard. 5a 8 ACritictriiTURE On n’a jamais réussi à élever en Angleterre des chevaux arabes , ni des chevaux anglais en France, ni des chevaux de Yorkshire dans le reste de l’Angleterre. On a fait en Norfolk des essais re'pétés pour élever des chevaux de selle., On fait venir les étalons de Yorkshire. Les poulins sont souvent très-beaux , et ils perdent leur belle forme en prenant leur accroissement. Dans le Yorkshire , au contraire, lors même que le poulin n’est poirjt beau d’abord , il le devient en grandissant ; il acquiert de la tournure , de la force , de l’activité : c’est, à mon avis , une preuve évidente que l’air, l’eau, le sc11 et l’herbe influent sur la constitution des ch (/Vaux. Le district dont nous nous occupons est peut- être le premier de l’Angleterre pour les chevaux j et cependant ce n’est pas un métier ou une exploitation généralement répandue parmi les cultivateurs, que d’élever des chevaux : ce n’est guères que par hasard,ou par caprice que les fermiers s’en occupent. Il seroit difficile d’estimer au juste le nombre qui s’en élève. La vallée , le pays élevé , et le district d’Holderness emploient environ cent étalons. On compte tout au plus cent jumens pour un étalon ; quelques-uns n’en ont pas cinquante.,Il paroîlroit qu’on peut évaluer entre cinq d’yorkshiue. 5 ag cinq et dix mille chevaux le nombre qui s’en élève annuellement entre VHumbert et les marais de l’Est. Il y a cinquante ans que la principale race de la vallée étoit celle des forts chevaux de selle. Depuis vingt ans on a e'ieve' des chevaux de chasse de grand prix. Ce changement a été principalement effectué par un seul étalon de race , le fameux Jalap , dont les exploits sont bien connus dans les fastes de jNevvmarket ( 1 ). La race favorite maintenant dans la vallée de Pikering, est celle des grands chevaux de carrosse, qui ne sont que des chevaux de chasse de grande taille, et plus corse's : la race a conservé sa tournure , mais les chevaux sont plus gros. Les éleveurs ont été fort encouragés à élever des chevaux de carrosse, par le haut prix où ils se vendent, et parce qu’un cheval de celte espèce qui a un accident ou un défaut, peut être employé à la charrue, au lieu que les chevaux de race, ou qui tiennent beaucoup de race , sont trop légers pour le trait. 11 y a encore une raison qui a fait diminuer le nombre des chevaux de chasse légers ( provenant d’un (1) Il est mort en décembre 1787 , âgé de 3 1 ans. Il faisoit encore le service d’étalon à 3o ans , et se louoit cinq guinées par jument. Tome 1. L1 55 O AGRICULTURE cheval arabe ou de race arabe), c’est que parmi les fils nombreux de Jalap il ne s’en est trouve que très-peu qui pussent servir comme étalon de race (1). Mais ce qui est certainement mal entendu , c’est d’encourager la multiplication de l’espèce nommée J'en breed, ou black cart horses (race de marais ou gros chevaux noirs de charrettes). La race des rats de champs n’est pas plus nuisible que celle de ces énormes chevaux de charrette , du moins dans les lems de cherté du bétail , et tant qu’on ne mangera pas la chair de cheval. Ces animaux consomment plus qu’ils ne travaillent, et rendent leurs conducteurs aussi paresseux qu’ils le sont eux-mêmes. On a senti en Norfolk les inconvéniens desencou- ragemens donnés à la propagation de cette race : il faut espérer que ce pays-ci ne s’exposera pas à recevoir de l’expérience la même leçon. (i) Le mot race y en Anglois , signifie également race ou lignée, et source. Race-horse ou blood-horne signifie un cheval de source, un cheval arabe, ou un cheval de sang arabe. On reconnoît le blood, ou le sang arabe , pendant plusieurs générations, malgré les croiscmens successifs des races. Lorsqu’on retrouve quelque caractère du cheval arabe dans une bêle du pays, on dit there is some blood in t-he horse : (Il y a du sang dans ce cheval ) c’est-à-dire : il tient de race. d’yorkshire. 55i C’estune chose remarquable que tandis qu’on a fait de l’art d’élever des chevaux de course une véritable science ; tandis que , dans certaines provinces, on donne à la propagation, des chevaux de charrette les mêmes soins et les mêmes attentions qu’au choix des raees de bêtes à cornes et de brebis , on abandonne presqu’au hasard la multiplication des pré- cieuses races du Yorkshire. On ne met, au moins, aucun soin quelconque dans le choix des jumens. Un fermier de Yorkshire ne don- neroit pas cinq guinées de la meilleure jument poulinière du royaume ,, si elle ne pouvoit le porter à la ville voisine , dans les jours de marche. Il préfère garder une rosse qu’il a élevée, et dont il tire de la race, comme si elle étoit une bête de choix : on a peine à concevoir cette absurdité. Les frais d’entretien de la jument , les soins et les dépenses de l’éducation des poulins sont les mêmes, soit que la mère ait coûté de dix à quinze , ou de quarante à cinquante guine'es ; et cependant , presque tout dépend de la mère. J’ai vu des cas où les poulins se sont vendus, dans ce «anton-ci, quatre et cinq cents guinées 5 qu’est-ce que c’est donc qu’une économie de quelques gui- nées sur l’achat d’une jument poulinière ? et comment peut-on faire entrer en ligne de 552 AGRICULTURE compte quelques journées de charrue, ou quelques courses au marche , lorsqu’il s’agit de se procurer un avantage aussi précieux? II est donc e'vident qu’il y a beaucoup à perfectionner dans ce departement de l’économie rurale. On trouve toujours de bons e'talonspour de l’argent j et quant aux jumens, les chasseurs des provinces méridionales de l’Angleterre en peuvent toujours fournir; celles qui deviennent boiteuses par accident , ou qui baissent pour avoir été surmenées , font d’excellentes poulinières , et ou peut les avoir à bas prix. Quant aux jumens propres à en tirer de beaux chevaux de carrosse , on peut les acheter dans toutes les provinces. Les prix actuels sont un \ puissant encouragement; il ne manque qu’un Bakewelx, pour donner l’exemple. Les chevaux ne se vendent en général qu’à quatre ou cinq ans. Quelques fermiers dressent eux-mêmes leurs chevaux au travail , et s’en servent réellement dans leur ferme avant de les vendre aux maquignons , qui les empâtent, leur donnent un poil fin , leur font l’opération de la queue, et les dressent au manège de l’écurie. Il y a des fermiers-maquignons qui achètent les chevaux à deux ans , les nourrissent bien , les accoutument à la selle , et les préparent pour faire effet dans les foires. D ’ y O R K S H I R E. 535 Il y a un fermier de la valle’e qui en revend' ainsi chaque annee environ cent ; et il y en a un autre à Mal ton , qui a quelquefois jusqu’à trois cents chevaux dans ses e'curies à la fois. Pour un homme qui a les connoissances ne-' cessaires , c’est un métier tr'es-lucratif. L’avoine , le foin , la paille, trouvent leur de- bouche' sur le lieu même , et on se procure ainsi du fumier de ville sans avoir les frais de charriage. La seule foire de chevaux est celle de Malton, qui dure huit jours. Il s’y vend beaucoup de chevaux faits : c’est là que les marchands de Londres, et les marchands françois et prussiens viennent se fournir. Les prix ordinaires sont de quinze à cinquante guinees. On retrouve ici un usage qui est plus geindrai peut-être que partout ailleurs , quoiqu’il soit celui de tout le royaume , c’est de mettre en pâture un cheval de chasse , ou un cheval de selle, dans les jours d’hiver , sans egard au tems froid ou pluvieux. J’ai toujours regarde' cela comme un usage vicieux ; cependant il m’arriva , en 1782, de me conformer à cet egard à la pratique du pays, et de laisser pâturer une jument de selle pendant l’hiver, dans les jours où je ne la montois pas. Je m’en trouvai mal, et l’exemple me parut assez frappant 534 AGRICULTURE pour en conserver les détails dans mes minutes: je vais copier ici ce que je notai dans le tems. « 1783, le 11 Mars. Il y a peu de chevaux , je pense , qui puissent soutenir de chasser un jour , et d’être mis au pâturage le lendemain. Mon frère est dans l’usage de mettre ses che-, vaux à la pâture l’hiver, pendant le jour. On mcttoil ma jument avec les autres , quand je ne la montois pas. Quand j’arrivai ici l’année dernière , en Novembre , quoique cette bêle eût fait une tournée de deux cents milles, elle étoit grasse à pleine peau. Je la montai souvent, au commencement de l’hiver, et pile chassoit au moins une fois la semaine. Je ne fus pas surpris de la voir s’efflanquer un peu par cet exercice. Je lui donnai ensuite plus de repos 5 mais elle ne se remit point ,• elle s’efflari- qua même davantage. : elle avoit la peau collée sur le corps ; elle luissoit l’avoine dans la crèche. Je la fis saigner pce fut inutile : j’essayai alors de ne pas la laisser sortir. Au bout de dix jours sa. peau s’est détachée , son poil a repris son lustre ; elle hennit pour l’avoine dès qu’on entre dans l’écurie, et elle a repris toute sa vivacité. « Mon frère a mis en pâture une jument qui avoit chassé le jour précédent ; elle a pris un rhume violent et a été fort malade. » \ ► d’yorksiixxie. 555 )> II a essaye tic faire sortir de même une bête de prix qu’il a fait chasser quelquefois ; mais voyant qu’elle commençoit à refuser le foin, il a discontinue, et elle a repris l’appétit. Son cheval de chasse , qui a été extrêmement soigne’ de tout tems , et que l’on panse avec beaucoup d’attention , a l’air d’une rosse. » « II V a deux raisons pour ne pas faire pâturer au froid des chevaux sujets à un exercice violent 5 cela interrompt la re'gularite' de leur nourriture, et les expose à des arrêts de transpiration , dont il résulté des maladies violentes. Cependant, il faut avouer que le cheval accoutume' à ces changemens journaliers du chaud au froid , supporte mieux une tempe’ralure rigoureuse quand on est oblige de l’y exposer, que Celui qui habite constamment une e’curie chaude. Ses jambes sont aussi plus souples et plus franches que s’il demeuroit toujours immobile. Ma jument n’avoil pas la jambe plus nette à quatre ans qu’elle ne l’a eue pendant tout l’inver. Je suis convaincu que si l’on choi- sissoit les beaux jours d’hiver pour faire sortir les chevaux de chasse, eri liberté, dans une grande enceinte, où on leur donneroit du foin et de l’avoine, ils s’en trouveroient très-bien. Les chevaux qui sont nécessairement exposés au repos, dans une température froide aumo- 535 'AGHCIIT, TüUE ment où ils sont couverts de sueur, devroient certainement être tenus dans une écurie froide, et on devroit leur faire prendre l’air toutes les fois que cela se peut sans compromettre évidemment leur santé. » Je ferai une observation sur l’usage où l’on est dans le district de ne donner la liberté que le soir à un chéval qu’on met à la pâture pour la première fois au printems ; cela est très- bien entendu. Ailleurs on met les chevaux dehors pendant le soleil de la matinée ; la bête mange alors toi# le jour , et souffre du froid pendant son repos de la nuit, au lieu qu’en la faisant sortir le soir , elle mange toute la nuit, et ne se couche qu’au lever du soleil le lendemain. Les chevaux à l’herbe ne sont point censés avoir besoin de boire ; on les tient quelquefois pendant des mois entiers dans des pâturages élevés où ils n’ont point d’eau du tout, sans qu’il en résulte aucun inconvénient apparent. Dans une vallée écartée où les pâturages abondent, les bêtes à cornes forment naturellement les troupeaux les plus importans. Quand le pays éloit ouvert, on élevoit beaucoup de bœufs pour le travail $ maintenant que les terres sont encloses , il y a plus de laiteries et d’engraisscurs. 536 d’yorkshikb. En general les bêtes que l’on engraisse dans la vallée de Pickering y ont etc élevées; cependant on tire d’Ecosse annuellement un certain nombre de bestiaux pour achever de faire manger les pâturages pendant l’hiver, et pour les engraisser sur les regains l’année suivante. Pour donner une idée complète de l’économie desbestiaux, il faut considérer séparément, 1. ° La race. 2 . ° Les laiteries. 3. ° L’éducation des bestiaux. 4. " L’engrais. Un homme encore vivant se souvient du lems où tous les bestiaux e'toient noirs dans cette province ; il y a de cela environ soixante- dix ans. Il est probable que les races noires prévaloient autrefois dans toute l’Angleterre, puisque l’on appelle encore les bêtes à cornes, en général, blackcattle ( bestiaux noirs). La description des animaux répond à celle des races que l’on trouve dans les vallées d’Ecosse ; celles-ci sont ou tout-à-fait noires , ou noires à tête blanche, la plupart avec des cornes , mais quelques-unes sans cornes. La race noire et blanche ; celle des vaches rouges dont le lait e'toit réputé avoir des qualités médicales ; celle des bestiaux noirs , sans cornes , et la race à longues cornes, ou de Crciven, se succédèrent dans la vallée. 538 AGRICULTURE Cette race à longues cornes parut embarrassante dans un canton où tous les travaux se faisoient avec des bœufs. Des cornes de trois pieds de long sont même dangereuses pour les attelages : le pays avoit beaucoup de chemins creux et étroits; il n’étoit pas rare de voir arriver des accidens, parce que les bœufs s’enga- geoient les cornes dans les haies. Cela fit enfin pre'fe'rer la race d’IIolderuess à petites cornes, qui est probablement originaire de Hollande. II y a une quarantaine d’an- ne'es que cette race s’introduisit, et elle pré- vaut encore, quoiqu’elle ait subi diverses alterations. Cette race avoit l’inconve'nient d’être chargée d’os, et de ne s’engraisser jamais complètement; chaque anne'e il pe'rissoit un grand nombre de vaches en faisant le veau. On s’occupa d’améliorer cette race hollandoise, en choisissant les taureaux et les vaches qui étoient les mieux faits,'pour en tirer de la race. Dans l’espace de vingt ans, on a réussi à obtenir des animaur^qui s’engraissent beaucoup mieux, et qui ont beaucoup moins d’os. Dans cette altération de la race, les cornes se sont sensiblement allongées. La mode parmi les fermiers, c’est de préférerles cornes minces, longues et pointues; et les variétés obtenues d’yorkshirï;. 55g sans mélange de races étrangères prouvent jusqu’à quel point on pourroit perfectionner les races défectueuses, sans l’admission de races étrangères ; mais par la seule attention au choix des individus. Une nouvelle variété se propage maintenant dans la vallée, on la nomme Tees-water-breed: elle a les cornes courtes, et est très-profitable pour Pengraisseur et le boucher , parce qu’elle a les os petits et s’engraisse facilement ; mais les bœufs de l’autre race sont plus forts et plus propres au travail. Les cornes donnent un caractère distinctif des races qui est permanent et commode à employer pour bien établir les variétés. La couleur des bestiaux est variable; la forme, la chair , la faculté de s’engraisser n’olfrent rien de permanent et de certain. On peut trouver des individus de belle forme et qui donnent de ld bonne viande, dans toutes les races quelconques ; mais on n’a jamais vu une bête delà race de Craven avoir des cornes de six pouces de long , ni une vache de Ilolderness avoir des cornes de trois pieds. Les races de Here- fordshire, de Sussex et d’autres parties de l’Angleterre peuvent également se distinguer par les cornes. Sous ce rapport, les cornes ont donc de l’importance, mais c’est peut-être 54o ÀG-RICUIiTUUE sous ce rapport seulement; car d’ailleurs leur forme et leur longueur n’influent point sur la qualité' du be'tail. On risqueroit de se tromper beaucoup en jugeant d’après les cornes de la valeur de certaines bêtes ; les gens qui s’y con- noissent s’attacheront toujours de pre'fe'rence à la tournure et à la forme. Deux individus de même race peuvent avoir exactement les mêmes cornes et être très-différens dans les qualités essentielles. S’il y a une partie qui puisse servir ge'ne'ralement à diriger l’acheteur c’est l’œil : les yeux des bêtes à cornes sont le miroir de leuç santé' et de leurs dispositions. Dans l’article des laiteries, il faut considérer d’abord l’économie des vaches. En général chacun élève ses vaches dans la vallée; mais lorsqu’il s’agit d’en acheter, on regarde aux caractères suivans : la cuisse longue et mince , la croupe rabattue et maigre ; les pis longs et donnant le lait facilement, sans le perdre ; les veines du flanc grosses , et les cornes jaunes. Tous ces caractères né sont pas sans doute également infaillibles; mais ce qu’il y a de certain c’est qu’on ne voit jamais de vaches qui ait la cuisse épaisse et charnue , et qui soit forte en lait. Ici, comme dans tous les endroits où là laiterie est la principale affaire, les vaches à lait \ d’yorkshire. 54i ont ce que la ferme fournit de meilleur : les plus gras pâturages l’éte' et l’automne , et ordinairement du foin tout l’hiver. Si la race de la vallée a besoin de foin quand elle ne donne point de lait, c’est un inconvénient sensible de cette variété'. La même race a un autre désavantage , c’est la difficulté avec laquelle les vaches font leurs veaux 5 cela tient à ce que ceux-ci ont les os des hanches très-protubérans. Mais la manière de nourrir les vaches pleines augmente cet inconvénient. Il est certain qu’un mois avant de faire son veau une vache ne peut guères être trop maigre. Lorsque dans les trois semaines qni précèdent la délivrance on a soin de la bien nourrir , elle a toute la force nécessaire, et beaucoup de lait. Les vaches à petites cornes ne font presque jamais le veau sans être aidées 5 on veille le moment de la délivrance avec inquiétude , et quelquefois on passe la nuit sans dormir de peur de le manquer. Cependant il est certain que , dans les autres races , celte précaution n’est point nécessaire , et qu’un vacher qui a de l’expérience peut toujours juger , avant de se coucher, si une de ses vaches doit faire le veau dans la nuit , et à quelle heure. Ordinairenjent dans les foires on vend une 54.2 AGRICULTURE vache avec son veau qui la suit. Le prix moyen d’une vache et son veau, à le compter dans les dix dernières années, est de 7 à g liv. sterling. Les vaches maigres qu’on destine à l’engrais, se vendent de 5 à 6 liv. sterling. Les objets de vente ou de consommation dans les laiteries sont : les veaux , le beurre, les fromages maigres et les cochons. Il y a un usage relativement aux veaux qui est plus singulier que profitable , c’est de ne jamais leur laisser teter la mère 5 on leur fait boire son lait tout chaud dès le premier moment , et ils apprennent d’abord à boire. La principale raison de cet usage bizarre , c’est que la mère ne demande pas autant son veau que lorsqu’on le lui ôte après quelques semaines d’allaitement. Lorsqu’on veut élever les veaux, il n’y a à cette me'thode d’autre inconvénient que d’augmenter les soins du vacher 5 mais lorsqu’on engraisse le veau pour le Vendre, il faut plus de tems , et il s’engraisse moins bien. La vallée fournit annuellement une grande quantité de beurre «à Londres et à York. Il y a une police très-exacte relativement à la qualité des beurres qui s’envoient à Londres. Les agensde la compagnie des revendeurs ( cheese - mongers ) marquent les pièces à trois marques différentes , selon la qualité -, ils vérifient éga- d’yorkshire. 543 lement les poids, et s’il y a quelque fraude ils en sont responsables, et ont leur recours sur le fermier donlla pièce porte egalement le nom. La propreté', qui est la base de l’industrie des laiteries, est suivie avec une extrême attention dans ce canton-ci. Les vases de plomb dans lesquels on dépose le lait pour Pe'crêmer, se lavent à l’eau chaude tous les jours et s’é- curent tous les mois. Mais un bon observateur m’a assure' que le beurre que l’on bat la première fois après que les vases de plomb ont été' écure's , ne se garde point , et prend très- promptement un goût de rance ; cela peut- être dû à l’action des particules de plomb que l’on a détachées des vases dans l’écurage. * Le baril à battre le beurre est maintenant d’un usage général. On a perfectionné sa forme. C’étoit autrefois un cylindre : dans sa forme actuelle le centre est renflé ; et au moven de celte modification , un barri! suffisamment grand pour battre tout à la fois un jirkin de beurre (cinquante-six livres pesant) peut également battre trois ou quatre livres, parce que dans le mouvement rotatoire , la crème , rassemblée vers le centre, reçoit l’agitation convenable. La beurrière fixe, instrument défectueux , passe de mode. Un barril à battre le beurre, qui a trente pouces de long, deux 544 ÀCRICÜ1TVRE pieds de diamètre vis-à-vis de la porte , et vingt-un pouces aux extre'mite's, suffit à battre un jirbin : son prix ordinaire, avec sa garniture complète, les cercles de fer , etc. est de cinquante shellings. Les Jîrkins , qui sont des vases cylindriques de bois de frêne , se font dans le pays : on les lave à beau bouillante , et on les garnit de sel, av^nt d’y mettre le beurre. Le beurre du prin- tems s’envoie ordinairement au marche tout frais ; celui qui se fait entre le mois de Mai et de Novembre , s’envoie de tems en tems chez les agens qui en forment des dépôts, et les font passer à Londres. Le prix d’un firbin , à prendre la moyenne des dix dernières années, est de 28 à 52 shellings. On fait un peu de fromages gras dans la partie où les pâturages de la vallée sont de la meilleure qualité ; mais en général on ne fait guères que des fromages maigres, dépendance naturelle des laiteries : ceux-ci se consomment dans le canton. Lorsqu’ils sont faits avec soin et gardés un an, ils sont fort bons, et tout le monde en mange avec plaisir. Leur prix commun , depuis dix ans , est de 2 shellings à 2 shellings et demi le stone de quatorze livres. Le petit-lait est excellent pour les cochons, comme boisson 5 il est nourrisant lorsqu’on y mêle 545 X)’ T O R K S H I R E. mêle le lait de beurre. On élève des cochons, et on les engraisse même quelquefois, uniquement avec les rebuts de la laiterie. On calcule le produit d’une bonne vache, ^ année commune, comme suit XJn veau à élever . . liv. O i5 sh. Trois firhins de beurre • 4 ÎO Demi quintal de fromage maigre o 9 Petit-lait et lait de beurre pour les cochons .... o 18 Liv. sterî. 6 12 sh. On ne choisit les e'ièves que parmi les veaux qui naissent depuis la Chandeleur à Notre- Dame. On rejette d’ordinaire, comme de'Iicats, les veaux qui ont le museau blanc et l’inte'rieur des narines rouges : on recherche les museaux noirs ou bruns. On rejette encore les veaux tout blanc comme délicats , sujets aux poux , et parce qu’on prétend que les bœufs blancs ne sont pas aime's des autres bœufs. La plus petite tache à l’oreille , ou ailleurs, les sauve du boucher, parce qu’on suppose qu’elle suffit pour les rendre robustes et les préserver des autres désavantages attribués à la couleur. Nous avons vu qu’on ne fait point teter le veau ; il boit le lait chaud de la mère jusqu’à trois semaines $ on lui fait boire moitié lait de Tome i . Mm 546 agriculture la mère et moitié lait e'crèmé bouilli, pendant; trois autres semaines ; on le met ensuite au lait e'crèmé pur avec un peu de farine ou de gruau d’avoine , un peu d’herbe ou de foin. Dans le courant de Juin, ordinairement, on les met tout-à-fait à l’herbe, et ils ne boivent plus que de l’eau. Le premier hiver se passe dans l’étable , ou sous les hangars, en liberté. On donne aux jeunes bêles le meilleur foin de la ferme. Leur pâturage de l’été est ordinairement de seconde qualité. Au second hiver les bêtes mangent de la paille d’avoine , et sont attachées sous les hangars. Leur pâturage de l’été suivant est ordinairement de qualité inférieure. Dès l’âge de deux ans , les jeunes bœufs sont accoutumés au joug, mais on a soin de ne les faire travailler que très-peu. C’est également l’âge où l’on donne le taureau aux genisses. II arrive même quelquefois qu’elles prennent le taureau au bout d’un an, et font leur premier veau à deux ans. On n’est pas d’accord sur le moment le plus profitable à choisir pour donner le taureau aux genisses , et c’est cependant un point important pour les fermiers. Les uns disent qu’on ne sauroit trop se hâter de mettre une genisse D’YORKSHIRE. 547 en état cle rente, et que si l’on attend à trois ans, il y a trop à perdre en nourriture et en soins. Les autres observent qu’en faisant porter la bête trop jeune on interrompt son accroisse- mont, et que c’est le moyen de n’avoir jamais de belles vaches. Je ne crois pas que personne se soit avisé encore d’éprouver exactement laquelle des deux méthodes est la plus profitable. On sait que les arbres qui portent leur fruit trop tôt n’acquièrent pas toute leur croissance. En raisonnant par analogie , O11 peut croire que les vaches qui ont porté trop tôt ne se développent jamais complètement. S’il en résul- toit seulement que la vache fût moins grosse, mais qu’elle ne perdît rien en lait et en faculté de prendre la graisse, le mal seroit nul; mais si la race en souffre , c’est un mal réel. Il est probablement utile de laisser prendre le taureau aux genisses quand elles le demandent; il y a un profit présent pour Iç fermier «entrer plus tôt eu rente, et d est très douteux qu’une vache moyenne ne soit plus avantageuse à entretenir qu’une grosse vache. Les soins et la nourriture doivent être comptés pour beaucoup : une bête d’un an qui a été mal nourrie , ne prend pas le taureau à.ce,t âge • et si après l’avoir pris à un an , une genisse est 548 A (I K IC U L T U RE ensuite mal nourrie, elle est en danger depe'rir en faisant son veau, ou après l’avoir fait ; enfin si on lui e'pargne le fourrage après son premier veau , elle ne prend souvent pas le taureau l’anne'e suivante. La convenance de donner le taureau à un an , à deux ans, ou à trois, peut de'pendre de la situation du fermier , de la qualité des fourrages , et de la nature du terrain. Moutons. Il y a peu de troupeaux nombreux dans ce canton ; mais chaque fermier tient un certain nombre de bêtes à laine proportionne’ à l’e'ten- due de sa ferme , ordinairement peu considé- rable ; chacun élève son troupeau, quelle que soit sa force. Dans la vallée on vend les agneaux gras , les moutons de deux ans et les vieilles brebis ; mais dans les Morelancls on élève tous les agneaux , ét on ne vend ordinairement les moutons qu’à l’âge de quatre ans : ce sont les fermiers des vallées qui les achètent, ainsi que les vieilles brebis , pour les mettre à l’engrais. La race commune de la vallée est petite , mal faite , à face blanche et sans cornes. Mais On l’a considérablement améliorée depuis quelques années, par l’introduction des bebers de b’ y o ik s n i r ï, 54c) Leicestershire et de Tees-xvater. Les'premiers ont été fournis par M. Ccilly de Northum- berland , élève de M. Basavell de Leices- tersbire : les derniers sont sortis de chez M. Collins , dans le voisinage de Darlington sur la Tees. Il est heureux peut-être , pour le canton , que deux des plus gros fermiers du pays se soient trouve's en opposition d’avis sur la valeur des races , et que chacun des deux ait fait tout son possible pour encourager celle qu’il proie- geoit : l’une et l’autre sont excellentes. Nous aurons occasion de parler ailleurs de la race de Leicester :■ voici les caractères de la race de Tees-water. La race nommée mudsheeps est établie de lems immémorial sur les bords de la Tees. Il y a vingt-cinq ou trente ans que cette race éloit d’une grosseur extraordinaire : la chair étoit très-esliinée ; et sa laine belle, longue, éloil admirable pour les manufactures qui emploient les laines à peigner. Aujourd’hui la race nommée de Tees-vvater est beaucoup plus petite , mais elle est encore fort supérieure en taille à la race de Leicester. Elle a les os sensiblement plus gros; elle est moins bien formée, mais sa chair est également bonne ; elle s’engraisse avec facilité, et 55o aguictjXjTur k sa laine est toujours fort estimée : c’est une race admirable pour des pâturages riches et gras. La race des Morelaricls a toujours été très- diiTérente de celle de la vallée ; et il y a peut- être plusieurs siècles qu’elle est constamment la même : elle est parfaitement adaptée à la rudesse du clirîiat et à la qualité grossière de l’herbe; elle vit toute l’année sur les bruyères: les joncs et les herbes dures sont la seule variété à sa nourriture. 11 n’y a peut-être aucune autre race en Angleterre qui pût soutenir ce régime. Lesbrebis du Morelands sont probablement originaire d’Ecosse : elles ont de grandes cornes qui vont en s’écartant, la face noire ou tachetée. Elles ressemblent singulièrement, pour la tournure, à la race de Norfolk; mais leur laine est plus grossière et plus longue. Leur toupet est du poil grossier , comme le toupet d’une chèvre , mais cela est considéré comme un signe de force , et les bergers préfèrent les individus qui ont un toupet très-abondant. Cette race est petite ; les moutons passablement gras pèsent de dix à quatorze livres le quartier. On donne le belier pendant tout le mois d’Oclobre, en sorte que les agneaux naissent à la fin de Mars, ou au commencement d’Àvril. Pour avoir la chance des jumeaux } on donne I) ’ Y O K. k S II IRE. 55 1 aux brebis une nourriture plus forte , avant qu’elles prennent le belièr. Les bergers soigneux ont aussi l’attention d’augmenter la nourriture des brebis quelques semaines avant qu’elles meltentbas ; d’autres, moins instruits , imaginent qu’il suffit de les bien tenir lorsqu’elles font leur agneau. Le véritable secret pour la réussite des agneaux, c’est de donner à la mère une grande abondance de lait pour le moment où elle met bas ; mais ce n’est pas l’affaire de quelques heures que de préparer la mère à donner beaucoup de lait ; et si l’on s’y prend trop tard , l’agneau souffre d’une manière irréparable , pendant que la mère se prépare à donner une grande abondance de lait. Il faut de grands soins pour faire de l’e'du- cation des moutons un me'ticr profitable. Ce n’est qu’aux très-petits propriétaires qu’il peut convenir d’avoir un petit nombre de brebis ; en général , il faut qu’un troupeau soit assez considérable pour occuper un berger , si l’on veut qu’il y ait vraiment du profit pour le propriétaire,- et alors les moutons sont, dans la plupart des situations, plus avantageux à tenir que d’autres bestiaux. 11 y a un procédé en usage ici qui mérite d’ètre cité , c’est l’opération de goudronner et* graisser les moutons en automne. Cet usage 5 o 2 A G R I C U T, T U K E vient probablement du Nord , où l’on le trouve encore ; car dans les provinces du Midi il n’v a pas de traces d’une pareille pratique. Le but de l’ope'raiion est de tuer les poux , de faire croître la laine , et de pre'cautionner l’animal contre le froid. Il est difficile de décider si ces differens objets sont remplis , mais il est certain que depuis une cinquantaine d’anne'es cet usage est ge'ne'ralement établi dans le district. Un habile cultivateur substitue à cette graisse une infusion de tabac, dont il trouve l’effet plus sûr contre les poux. L’effet de la graisse peut être utile pour les crevasses; mais il est douteux qu’elle influe sur la croissance de la laine; et tout compense, les frais de cette opération l’emportent peut- être sur les avantages. Le marché des- laines est la partie occidentale du Yorkshire. / Les marchés de la viande de mouton, sont les villes du voisinage , et les ports de Scarborough et’W'hilby. Les JlFolds. Les hauteurs du Yorkshire , qu’on nomme les Wolds , contiennent une étendue circulaire d’environ fioo milles de surface. Le noyau des hauteurs dont l’aggrégalion D ’ Y O R K S H r R I',. 555 forme le canton nomme les JVolds est une craie dure , qui, dans quelques endroits , se montre à la surface. Le sol inferieur est un dé- tritus de craie de differentes consistances, que l’on trouve entre le gazon et le roc. Le sol le plus commun est une terre calcaire qui varie en profondeur et en fertilité. La partie des Wolds situee au Nord-Est est ingrate, et ne sert que de pâturage aux moulons; la plus grande partie est couverte de bruyères et de fougères , comme les Dovvns de Surrey. Mais la valle'e peu profonde comprise dans l’enceinte des Wolds, et qui renferme les arrondissemens de Duggleby, Kirby, Lut- ton , Helperlhorp , Weavcrlborp , Foxhnles, Woldnewton , et dans laquelle coule un ruisseau, est en general d’une terre profonde, riche et soumise au travail de la charrue. Dans le reste des W'olds la terre n’a guères que six à huit pouces de profondeur, rarement un pied. Elle seroit propre aux turneps , à l’orge et au sainfoin ; mais elle est consacrée presqu’en entier aux pâturages de moutons et aux garennes. Le climat des Wolds est froid ; ce qui est dû en grande partie au de'nuement absolu d’arbres. Les vents de Nord et d’Est les baleyent dans toute leur e’tendue sans obstacle. La végétation y est un peu pins hâtive que 554 A G II I C U I, T U R E dans les Moorelands , mais plus tardive que dans la vallée. Le seul avantage de ce district, quant à la ve'ge'tation, c’est que le sol inferieur est toujours sec. Autrefois la totalité du district e'toit ouverte; aujourd’hui une partie desWolds, du côte de l’Ouest, est enclose. On avoit fait, à diverses reprises , des essais de plantations qui avoient manque' parce que ces essais etoient trop petits. Sir Christophe Sykes a pris le bon moyen ; il a fait un marche' pour planter cinq cents acres dans dix ans , il a re'ussi. On doit regretter qu’une si belle plantation soit presque entièrement de pins ou sapins d’Ecosse, le bois de tous qui a le moins de valeur pour les constructions. Pour modifier le climat en attirant l’humidile' et arrêtant les vents, cette plantation pourra être fort utile ; mais le hêtre au- roit eu une utilité’ tout autrement durable , et auroit mieux orne' le paysage. En élevant cet arbre du faîne, il n’y a pas de doute qu’il ne réussît sur les Wolds; on le voit en Ecosse dans des terrains et des situations semblables , et dans des expositions encore plus froides. Dans quelques endroits on a plante’ des haies vives qui ont fort bien re'ussi. Les enclos sont encore grands ; ils ont environ trente à quarante acres ; mais à mesure que l’usage des plantations se répandra, retendue des enclos 555 D ’ Y O R K S H ï R E. deviendra moins considérable, le climat se modifiera de plusieurs degrés, et les produits du sol pourront être doublés. Les propriétés des Wolds sont très-vastes et occupées par des fermiers ; on n'y voit point de petits propriétaires cultivateurs, comme dans la vallée et le Moorelands. Il y a des fermes qui approchent de deux mille acres. Les baux sont en général de sept ans , quelques-uns de quatorze. La rente des plus grandes fermes varie de six à douze sheümgs l’acre j ce prix est plus liant ou plus lias, selon que le fermier a, ou n’a pas , le droit de rompre les pâturages de moutons. Ces terrains, à considérer le gazon qu’ils portent, ne valent pas plus de cinq sludüngs ; mais comme ils ont été de tems immémorial en pâturages, ils valent au moins l5 sliellings si l’on les laboure. Il n’est pas étonnant que les propriétaires soient jaloux de cette iaculté de rompre le gazon des pâturages. Ceux-ci sont un trésor dont ils veulent conserver la clef ; mais c’est un véritable tort qu’ils font 5 la communauté que de s’obstiner à ne les jamais rompre. On voit les plus belles fermes honteusement inutiles , par la clause que le propriétaire a mis au bail de ne point rompre les pâturages qui en com- 556 AGUICriTOKE posent presque la totalité. Le fermier ne peut hiverner ses moutons; il n’a pas de quoi cultiver des turneps en proportion suffisante, avec la nourriture d’été. Il paie souvent 20 îiv. sterl. par mois pour la nourriture d’hiver de ses moutons, et il a le désagrément d’être oblige de les disperser jusqu’à dix ou quinze milles de sa ferme. Les objets de l’industrie des fermiers des Wolds sont principalement les moutons et les lapins; il y a très-peu de gros bétail. On élève quelques chevaux, mais en général on préfère d’acheter des poulinsd’un an pour les revendre à quatre ou cinq ans. Sur les hauteurs on cultive l’avoine , l’orge et les pois ; les vallées donnent du blé. Le gazon rompu donne des récoltes prodigieuses d’avoine; il pourroit en donner de semblables de colza : il y a même des exemples de récoltes de colza dont la valeur a égalé le prix d’achat du terrain. On cultive un peu de turneps , de trèfle et de sainfoin. On ne trouve point dans les Vl'olds de svs- lème régulier pour la succession des récoltes; là où le gazon est très-mince, on écobue pour mettre des turneps ; on sème ensuite de l’avoine deux ans de suite , puis de l’orge avec de la graine de pré. Dans les vallées desWolds, d’yorxshire. 55j où le blé se cultive , on suit l’ancien, assolement de Norfolk , turneps , orge , trèfle et froment. La population des Wolds est peu considérable, elle ne suffit point , pendant les moissons , à l’ouvrage nécessaire. Il vient des ouvriers des districts environnans, à cette époque des travaux. Les fermiers noürrissent les ouvriers. On emploie les chevaux à tous les travaux. Le char ordinaire des fermiers est à flèche ; on y attelle quatre chevaux, conduits en postillon. A la charrue on met ordinairement quatre chevaux sans conducteur ; le laboureur les dirige avec les rênes. Lorsqu’il s’agit d’un second labour on n’en attelle que deux ; mais les fermiers ont un singulier usage , c’est d’attacher à côté du cheval de droite un autre cheval ordinairement vieux , ou un poulin qui traîne une herse , et que le laboureur dirige avec les deux autres. Au prinlems, quand la terre est sèche, c’est un bon usage, parce que les semences des mauvaises graines se dessèchent ou végètent plus promptement; mais en automne ou en hiver celte pratique est vicieuse , parce que la surface des champs ne sauroit être trop raboteuse pendant les gelées. La journée de charrue est très-longue. 11 S58 AGRICULTURE n’eslpas rare que le laboureur reste aux champs depuis six heures du matin jusqu’à six heures du soir, IJ porte son dîner avec lui, et ses chevaux passent le jour entier sans manger. Dans les terrains le'gers , et lorsqu’on est presse pour refaire les seconds labours, on * 07 E . îiiiiO:i r -ïï oo o O 3 O O > rt -O a S cr c£ w e p « >S.C a V ji O 5» a O o S u » ci ^ci J *» «> C U n O O v g a- O "O rt O •U O Cl. J tmiujr 3 «•ç BU. 5 fD •—% V fît CP O) CJ OQ O "J O c eu, O O O fc> c eu —! CL K O o> O ^2 fD W c jn, 0-0 O eu o O- *n C f& i-s I V> w* *t O O laquelle deviendrait l’agriculture FRANÇOISE. 17 viendroit le séminaire des instituteurs des dé- partemens , tandis que le reste des écoliers rapporteroient dans leurs cantons les principes à répandre elles méthodes à adopter. Les en- seignemens des e'coles centrales ne se borne- roient point à la the'orie de la science; ils com- prendroient la pratique de l’art, telle que l’é- cole de la capitale la dirigeroit, en la rapportant à des principes uniformes , mais en la modifiant sur les convenances de sol et de climat. Celte e'cole de la capitale seroit sous la surveillance immédiate du Bureau d’agriculture, établissement central , auquel seroit attache' le premier chaînon de la grande chaine qui devroit lier les e'tablissemens agricoles de la France, et de ce point central partiroit le mouvement qui devroit se communiquer à tous. Ces traits généraux, les seuls qui soient de nature à être indiques ici , peuvent suffire à donner l’ide'e des avantages qui en re'sulteroient pour l’agriculture de la France. Mais on ne sauroit trop le redire, il faut re'pandre les élé- mens de l’instruction parmi les cultivateurs, pour espe'rer un succès réel et soutenu. Une mesure générale qui n’auroit pas cette précaution pour préliminaire et pour soutien , se feroit, à grands frais, probablement à grand bruit, et ne produiroit que découragement. XI Tome a. B CONSIDERATIONS SUR 18 faut que instruction mette les laboureurs sur la voie de leurs vrais intérêts , en les rendant assez habiles pour les calculer : cela importe incomparablement davantage que de leur donner des exemples qu’ils ne suivroient pas. - On aura tout gagne' lorsqu’on aura multiplie', parmi les cultivateurs de profession , les individus capables de ge’ne'raliser leurs ide'es, d’apprécier les rapports et de raisonner juste. Ce sont les préjugés d’habitude, l’engourdissement des facultés intellectuelles , qui rendent le .laboureur si obstine' dans sa pratique : il est incapable de conside’rer un objet sous plusieurs faces ou de saisir un ensemble; son cerveau est racorni comme ses mains, il ne reçoit plus d’impressions nouvelles ; toutes les avenues de son entendement sont obstruées. Mais si ses organes e’toient assouplis dès l’enfance, s’il e’toit pre’pare’ à réfléchir et à raisonner, il deviendrait accessible au vrai, et nous verrions l’opiniâtreté rustique se fondre au foyer des eonnoissances utiles. De telles dispositions une fois répandues dans les campagnes , des institutions semblables à celles qui ont existé jusqu’ici auroient de tout autres effets. Les sociétés d’agriculture, au lieu d’être ignorées des simples cultivateurs, ou ridicules à leurs yeux, trouveroient des l’agriculture FRANÇOISE. ig secours , répandraient des encouragemens et des lumières ; l’art et la science seraient enfin re'unis , et ce ne seroit plus une chose inouïe que de voir la même main tracer les principes et diriger un sillon. Alors l’influence d’une bonne législation agricole pourroit être appre'cie'e avec certitude. On ne verroit plus , dans toutes les parties de la France , ces vastes terrainsque la nature avoit destines à être fertiles , et que le com- munage condamne à la ste'rilitê. On ne verroit plus de chétifs troupeaux errer , sans se nourrir, sur des plaines immenses, ou, par un abus scandaleux , ne se rassasier qu’aux dépens de la reproduction des bois. On ne verroit plus celte désolante insouciance des cultivateurs sur la difficulté des communications ; ils sentiroient que de bonnes routes augmentent la valeur de leurs propriétés , et ils sauraient sacrifier quelque chose pour gagner davantage. Le libre commerce des grains, en tout tems et en tout lieux, cette, loi dont l’agriculture de France a besoin comme du soleil qui la fertilise, déciderait les baux à lonÿ. terme , et encourageroit ces avances dont la rentrée n’est qu’à longs jours, mais qui enrichissent et la terre et le fermier, et le propriétaire et l’Etat. Le choix des récoltes , dans l’ordre de leur succession , I 20 CONSIDÉRATIONS SUR ne scroitplus, comme aujourd’hui, une affaire de hasard , dépendante du prix relatif des denrées, et de la commodité' accidentelle du laboureur : ce choix seroit de'termine' par les convenances naturelles du terrain , et réglé d’après des principes constans. Les tristes jachères dis- paroîtroient devant des assolemens bien calculés ; on semeroit moins de blé, pour en recueillir davantage. Le nombre des bestiaux double- roit avec les moyens de les nourrir ; et, sous ce régime conservateur , la fertilité de la terre s’aecroîtroit au lieu de s’épuiser. Alors la France , au lieu d’être exposée à des crises de disette qui ébranlent l’ordre public, font souffrir une nombreuse portion du peuple 5 et peuvent compromettre la sûreté de l’Etat; au lieu d'avoir recours à ces dépôts faussement nommés greniers d’abondance (1), • (i) En Espagne , les entrepreneurs des Magasins royaux sont autorisés à prendre à vil prix , chez le pavsan, tout ce qui excède sa consommation présumée, jusqu’à la récolte suivante. 11 en résulte que le cultivateur ne sème qu’à raison de ce qu’il lui faut pour sa consommation, et que s’il arriverim accident à la récolte, il est sans ressources. Qu’on fasse l’application de ce fait à certaines mesures proposées en divers tems pour rassurer les françoîs contre la famine , et on verra qu’elles tendoient plus ou moins directement à décourager l’agriculture. Les vérit am.es greniers d’abondance sont DES BONS ASSOEEMENS. r,’AGRIGULTURE FRANÇOISE. 2Ï auroit habituellement un surplus à exporter, qui , dans les anne'es moins favorables , four- niroit à la consommation inte'rieure. Alors la France, au lieu d’être honteusement tributaire de trente millions à l’etranger’, pour les toisons pre'cieuses, ne'cessaires à ses fabriques , fonderoit sur une base plus solide que n’a pu Je faire aucun peuple d’Europe , cette industrie des laines, si riche , si admirable, si féconde dans ses résultats ; industrie qui a empêche' la puissance espagnole de s’anéantir , malgré la plaie de son clergé et la ruineuse richesse de ses mines ; industrie qui est un des principaux soutiens de la prospérité de l’Angleterre; industrie enfin qui vient d’ajouter 25 millions au revenu de la Saxe , que les Suédois et les Hollandois ont réussi à naturaliser , et que, par une fatalité remarquable, les François qui y étoient invités par toutes les faveurs de la Nature , n’ont su jusqu’ici se rendre propre (1). Alors les soins du gouvernement seroient d’une application fructueuse ; les vues sages^ (1) Il n’y a aucun objet sur lequel l’état des choses soit plus changé depuis 9 ans, que celui des troupeaux, grâces surtout aux travaux persévérans des commissaires de Rambouillet. 22 CONSIDÉRATIONS SUR d’un ministre ne seroient plus paralysées par l’inertie de l’ignorance ; on n’accuseroit plus la nation française de n’être séduite que par l’espoir des résultats e'clatans, et de dédaigner, comme peu dignes de son ambition , les modestes travaux qui assurent la prospérité , sans ajouter à la gloire. Tout ce que le gouvernement peut seul tenter , le transport des races choisies j l’acquisition des inslrumens les plus parfaits, et des bras étrangers qui doivent les mettre en œuvre -, la conquête des plantes exotiques que notre sol pourroit adopten, et qui font la richesse des pays qui les possèdent ; enfin tout ce que l’imagination d’un agriculteur ardent, d’un citoyen zélé, ne lui présente que comme un songe , pourroit alors se réaliser. En laissant ainsi errer ses pensées sur les moyens de cicatriser les plaies de la guerre, on craint de se livrer à une trop séduisante espérance. Combien ces réflexions seroient plus douces si des symptômes , avant-coureurs de la paix , venoient promettre quelque consistance à leur objet ! mais les écrivains, animés de l’enthousiasme de l’utile, sont condamnés à rêver au bien de l’humanité , tandis que de toutes parts des combinaisons se forment pour la détruire 3 et au moment où nous traçons ces 23 ^AGRICUIiTURE FRANÇOISE, lignes, le signal de nouveaux malheurs est donne.... Ah ! puisse du moins le ciel, qui le permet, inspirer un jour aux peuples reunis, une rivalité non moins ardente et plus honorable , dans la carrière des arts pacifiques ! (1). (1) Ce morceau a été écrit à la fin de 1798. Il peut servir à montrer ce que nous avons gagné dès lors, et ce qu’il nous reste à acquérir. Les travaux, l’exemple et les encouragemens de la Société d’agriculture te i,a Seine ont en particulier de grands droits à la recon- noissance publique, par le mouvement qu’ils ont imprimé à l’agriculture françoise. (Décembre 1807.) 24 AGRICULTURE DE LAVALLÉE DE GLOCESTER. ,TlRÉ de l’ouvrage de Marshall intitulé : The rural economy of Glocestershire, etc. Î-Ja valle’e de Glocester ressemble à un segment de cercle, dont la Severn forme la corde, et les hauteurs environnantes repre'sentent l’arc; les villes de Glocester, de Tewkesbury et de Cheltenham forment un triangle dans cette enceinte. L’étendue de la vallée peut être estimée de cinquante à soixante mille acres. C’est une plaine interrompue seulement par quelques légères protubérances, et quelques belles collines, telles que celles de Churcb-down, Vain- lode et Matson. La latitude est de 52 degrés , mais la température est plus douce que ce parallèle ne le feroit supposer. La Severn est encaissée entre des chaussées qui contiennent ses eaux dans les hautes marées ; les ruisseaux qui y aboutissent se ferment AGRICULTURE DE GLOCESTER. 25 avec des écluses à marée montante, et s’ouvrent à mare'e descendante. Dans le voisinage immédiat de la rivière , on ne peut pas toujours e'vi- ter l’inondation. En ge’ne'ral la surface de ce district est assez élevée pour ne souffrir jamais des eaux stagnantes, si l’on y meltoit quelque* soins ; mais les ruisseaux et les fosses d’écou- lement sont honteusement négligés, et les eaux de l’hiver font beaucoup de mal dans plusieurs endroits. Ce district auroit besoin d’une police des eaux, car la surabondance des eaux est un des plus grands ennemis de l’agriculture, et avec des soins, c’est un des plus faciles à vaincre. Le sol est une bonne terre profonde , qui a les qualités nécessaires pour produire toutes les re’coltes que le climat admet; mais la trop grande quantité des eaux le refroidit, l’affoi- blit, et le rend beaucoup moins productif que ne le sont d’ordinaire les terrains aussi riches et aussi profonds. La nature du sol inférieur contribue à cet effet; il est singulièrement froid et plein d’eau, surtout vers le centre de la vallée , où il est dans plusieurs endroits composé de lits alternatifs de glaise et de pierres : toutes les carrières y deviennent des réservoirs d’une eau limpide. Il y a néanmoins des cantons plus favorisés sous le rapport du sol inférieur ; tels sont les environs de Glocestcr , ei ! 20 AGRICULTURE Tewkesbury et Evesham. Les situations de ces villes ont été admirablement choisies ; cela n’est pas surprenant, car celles-ci ont été' fonde'es par le cierge', qui a e'te’ le maître de pre'fe’ref tels ou tels cmplacemens. Cette partie de l’Angleterre a ete' parseme'e de monastères et d’autres e'tablissemens religieux. Les routes sont très- mal entretenues : les traverses sont dans leur e'tat naturel, c’est-à- * dire , qu’on ne les charge jamais ; et les fosses rjui les bordent sont toujours pleins d’eau. Les grandes routes sont trop e'ieve'es; mais les fos,se's y sont aussi très-souvent pleins d’eau : il vaudroit autant mettre un pain de sucre dans l’eau pour le conserver , que de laisser les chemins ainsi bordes , lorsqu’ils sont fonde’s sur la terre et non sur le gravier ou le sable. Les fondemens de la route se changent en boue , et le gravier dont on la charge y pe'nètre aise'- ment : aussi les ornières de ces routes ressemblent elles à de petits fosses. Une bonne partie des arrondissemens de eette valle’e est en champs communs, en près communs, en pâturages communs; la moitié' de * la vallçe, peut-être , est en proprie’te’s indivises. Dans les champs communs, les proprie'te's sont entremêlées d’une manière singulière. Il n’y a aucun rapport entre les emplacemens des DE GEOCESTER. 27 pièces et la demeure des proprie'taires. Deux voisins du même village ont quelquefois des champs alternativement engages les uns dans les autres. La tradition rapporte que cet en- tremêlement des propriétés e’toit une politique des barons , pour empêcher les enclos. Les grains forment une grande partie des produits de la valle'e $ outre les champs communs il y a beaucoup de terres arables qui sont encloses -, cependant, si l’on y comprend les pâturages communs, il y a environ la moitié’ delà valle'e destine'es aux prairies: il n’y a pas 100 acres de bois dans tout le district de la plaine. A en juger par les haies , les enclos qui existent ont plusieurs siècles d’anciennetë. Les fosses sont ge'ne'ralement négligés; circonstance honteuse pour les cultivateurs du pays, car dans une vallée où les eaux abondent on ne saurait employer trop de pre'cautions pour se débarrasser de celles qui sont superflues : toute eau qui séjourne, ne fût-ce qu’une heure, sur une terre déjà froide, lui fait un tort réel. Dans presque toutes les fermes on trouve un mélange de champs arables et de prés ou pâ-» turages ; ce n’est que près de Glocester et Tew- kesbury que l’on voit quelques grandes fermes uniquement en pâturages. , La proportion la plus convenable entre les 28 AfcRICUIiTÜRB près et les champs ne paroît pas encore fixée; si l’on a trop de près on manque de pailles. Trop de terres labourables deviennent gênantes pour les soins de la laiterie, ou plutôt la laiterie embarrasse lorsque les champs demandent les travaux; car quelque tenis qu’il fasse, et lorsque la moisson presse , il faut egalement donner les soins à la laiterie. On doit en conclure peut-être que les deux exploitations ne doivent pas se trouver en rivalité’, et que l’une des deux doit toujours être subordonne'e. Les fermes'sont d’une étendue médiocre; entre cent et trois cents acres : il y en a peu qui rendent plus de 200 liv. sterl. Les cultivateurs ou fermiers de la moyenne classe, comme les plus pauvres, sont simples, laborieux , froids et peu communicatifs. Quelques-uns des plus aisés ont des dispositions beaucoup plus libérales. Ce caractère commence à devenir celui d’un assez grand nombre de fermiers riches, et on doit en augurer en faveur de l’art, des résultats plus heureux que de tous les projets des théoristes, car il n’y a que les gens du métier qui puissent faire des épreuves suivies, corriger, mûrir et introduire enfin dans un canton les pratiques utiles. Que nedevroil-on pas attendre si les fermiers e’toient préparés par une éducation soignée à traiter leur art en maîtres ! I DE GEOCESTER. 2g Les manouvriers sont en nombre suffisant dans le district; leur caractère, assez généra- lement, est d’être simples, lents, sans malice et sans intelligence ; quel contraste avec les journaliers de Norfolk ! Leurs gages sont très-bas en argent, mais beaucoup trop hauts en boisson. On leur donne communément un gallon et demi, souvent deux gallons et plus. Quand le cidre est abondant, l’absurdité' de cette coutume est moins sentie; mais quand le fruit manque, les fermiers se plaignent que la bière les ruine. Au reste , ils sont les premiers à donner l’exemple de trop boire, et à en encourager l’habitude dans leurs enfans. On se sert dans la vallée exclusivement des chevaux pour le trait; autrefois on y employoit quelques boeufs au joug, deux à deux. Il est singulier qu’aujourd’hui que l’usage d’employer les bœufs seuls , au collier , et très-généralement adopte' aux environs de la vallée , on n’imite point cette pratique dans l’enceinte dont nous examinons la culture. On dit, contre leur adoption , que même attelés seuls avec un collier, les bœufs foulent trop le terrain , et occasionnent un dommage réel dans un sol tel que celui de la vallée ; mai* c’est plutôt l’esprit de routine, l’indo- AGRICULTURE 5o lence, le respect des anciennes pratiques , c[ui retiennent les fermiers contre un changement que la raison solliciteroit. La question seroit bientôt re’solue si l’on comparoit, de bonne foi, la dépense d’entretien et de nourriture, et le tort que peuvent faire les boeufs avec leurs pieds dans les terres arables. Mettre cinq chevaux à une charrue pour donner un second ou un troisième labour, dans une terre friable , à cinq pouces de profondeur tout au plus, c’est un véritable crime envers la communauté*. Lorsqu’il s’agit de rompre un chaume, et dans les labours de semailles pour le ble' ou les fèves , il n’est pas rare de voir jusqu’à sept chevaux de file à une charrue ; ces sept chevaux , avec un homme et , deux conducteurs, ne labourent guères que les trois quarts d’un acre dans la journe'e. La moyenne de la journée de charrue , c’est les deux tiers d’un acre (1). La charrue elle-même (1) Rien n’est plus frappant que les contrastes entre les pratiques d’agriculture consacrées par le tems et l’usage, dans un même pays. Il n’y en a aucune de si absurde qui n’ait ses partisans, et que l’on ne cherche à justifier par des convenances de localité. Il y a sûrement dans la vallée de Glocester beaucoup de gens qui soutiennent que leurs terres exigent absolument une charrue lourde, et six chevaux pour la tramer. Il faut DE GEOCESTEK. 5l est honteusement défectueuse; elle a treize ou quatorze pieds de long, et elle est pesante à proportion. Les chariots de Glocestershire sont, sans aucune comparaison, les meilleurs de l’Angleterre ; ce qui leur donne principalement cet avantage , c’est la courbure des e'chelles au- dessus des roues de derrière. Cette courbure fait que le poids peut être près de terre quoique les roues soient hautes. Le corps du chariot leur répondre en leur rappelant que clans la vallée de Pickering en Yorkshire, on labouroit de tems immémorial , avec une lourde charrue attelée cîe six bœufs et deux chevaux , conduits par deux hommes et un jeune garçon, tandis qu’aujourd’hui il n’y a pas uue seule charrue, dans cette vallée, qui ne soit conduite par deux chevaux de front, et sank aide. Faire avec un laboureur et deux chevaux, un tiers ou moilié plus d’ouvrage que l’on n’en fait avec six chevaux, un laboureur et deux aides, dans les mêmes terrains, semble être un véritable prodige : une charrue bien construite suffit pour l’opérer.... Et dans le pays de l’Europe où l’on cultive le mieux, l’on voit des absurdités si choquantes! que dirons-nous donc de celles que l’on voit ailleurs? Viendra-t-il un tems où la charrue sera véritablement honorée par les gouveruemens, et maniée par des mains intelligentes ? Cette note a été écrite en 1798 : le vœu que jeformois alors commence à s’accomplir. 32 AGRICULTURE est large et les roues sont à six pouces de distance de plus que celles des chariots de York- shire, dont les e'chelles sont de six pouces plus hautes. On conçoit de là avec quelle facilite plus grande les chariots de Glocestershire doivent porter un poids volumineux, tel que le foin ou les gerbes de la moisson ; et pour les charges dont le centre de gravite' est près de terre, c’est le chariot le plus solide que l’ont puisse voir : il coûte de 20 à 25 liv. sterl. Les re’coltes arables sont principalement le blè, l’orge et les fèves; on voit quelques champs de pois, un peu d’avoine, et depuis quelque tems on a commence' à introduire le trèfle , les vcsceset lesturneps. La grande objection contre ceux-ci, c’est qu’on ne peut ni les charier, quand les terres sont humides , ni les faire manger sur place avec avantage. Cette objection est très-fondée ; les turneps ne conviennent point aux terres mouilleuses et froides, et là où l’on a de bons près naturels, ils sont moins ne'cessaires que dans les cantons secs et légers. Les choux seroient probablement de plus grande ressource dans celte vallée que les turneps. » On se tromperoit si l’on concluoit de ce que nous avons dit ci-dessus, que la culture de la vallée de Glocester ne mérite aucune attention 1 DE GEOCESTER. 55 tion. L’agriculture d’un pays est, comme le caractère des hommes , un mélange de bon et de mauvais : il y a partout quelque chose à imiter. D’ailleurs, les pratiques que nous allons décrire sont communes aux cultivateurs des vallées de l’Ouest, et sont par conséquent importantes à insérer dans le tableau de l’agriculture angloise. L’ancien assolement, et auquel beaucoup d’arrondissemens tiennent encore , ctoit 1 Jachère , 2 Blé, 3 Fèves. Depuis plusieurs années on a adopté dans plusieurs cantons l’assolement suivant: 1 Jachère, 2 Orge, 5 Fèves ou trèfle , 4 Blé. Les raisons que l’on donne de ce changement, qui en fait espérer d’autres , c’est que les fèves revenoient trop souvent, et que le blé est plus beau après les fèves qu’après la jachère : quelques fermiers mettent du trèfle au lieu de fèves entre l’orge et le blé. Il y a dans le voisinage de Glocester des champs communs qui sont soumis à une singulière culture : on les appelle champs de tous Tome 2. C AGRICÏÏIiTURIl 34 les ans, parce qu’il y a peut-être plusieurs siècles qu’il n’y a pas eu dans ces terres une jachère d’un an. On n’y connoît aucune succession régulière dans les récoltes ; mais on a toujours soin de faire suivre alternativement les récoltes blanches et les récoltes brunes , c’est- à-dire les grains et les plantes ligneuses, telles que pois, vesces, fèves, etc. Les trois principales opérations de la charrue dans ce district, sont : de rompre les pâturages, de labourer les jachères, et de former les sillons relevés eu semant. Lorsqu’on rompt un pré ou pâturage c’est Ordinairement au printems : on fait un labour croisé dans le courant de l’été; en automne on herse pour égaliser, puis l’on sème pour enterrer le grain à la charrue : on sème ordinairement deux ou trois ans de suite du blé sur un seid labour. II y a eu des exemples de six récoltes consécutives en froment, sur ces prés rompus, sans qu’elles baissassent sensiblement. Cela prouve à-la-fois la sottise du fermier et la force du terrain, pour la production du grain, lorsque les débris d’un vieux gazon lui servent d’engrais. Dans les derniers assolemens on ne laboure la terre que six fois-sur les quatre ans, savoir: trois labours dans l’année de jachère , un pour l’orge, un pour les fèves et un pour le blé’. DE GROCESTER. 55 On rompt en Avril ou Mai la jachère préparatoire de l’orge, en labourant profond et refendant les sillons. Dans le second labour on relève les sillons, après avoir re'pandu le fumier , et on laboure peu profond ; la terre est ainsi maintenue sèche pendant l’hiver. Au printems on refend les sillons pour semer l’orge ; en automne on relève les sillons pour semer les fèves, et l’année suivante, on laboure encore à sillons relevés pour semer le blé. Quelquefois , avant de semer le blé, on enlève la surface par un labour très-superficiel, qui refend les sillons pour les refaire ensuite ; mais aussi il arrive souvent que l’année de jachère n’a que deux labours. Il 1 n’est pas étonnant qu’avec un si petit nombre de labours la terre soit toujours sale ; que même le chaume de l’orge soit mêlé d’herbe, que les fèves soient quelquefois étouffées par les mauvaises plantes, et que le chaume du blé, malgré les soins extraordinaires que l’on donne aux champs pendant la végétation des grains, ait souvent du chiendent et des chardons jusqu’aux genoux. Deux ou trois labours d’un chaume qui est dans cet état ne peuvent pas s’appeler une jachère ; ils ne font quelquefois que marcotter les racines et multiplier les plantes pernicieuses / 56 AGRICULTURE CO les divisant, tandis que les graines des mauvaises herbes , mises à porle'e de lever, donnent des plantes qui fournissent et répandent leur graine avant qu’un autre labour succède : on ne sauroit mieux s’y prendre pour multiplier les mauvaises herbes. Il y a cependant quelques cultivateurs qui tiennent leurs terres nettes, et à cela il n’v a pas grand me’rite ; lorsqu’on fait tous les ans une récolté, il faut de l’industrie et du jugement pour maintenir les champs constamment exempts de mauvaises herbes; mais lorsque sur trois ou quatre anne'cs on en laisse une en jachère , et que ne'anmoins on ne sait pas purger ses champs de mauvaises herbes , on ne mérite pas de conduire des terres arables. Mais que faut-il dire de ceux qui ne laissent jamais d’intervalles entre les récoltes , et qui regarde l’orge comme la récolte qui doit nettoyer la terre ? Ou ne peut représenter exactement la saleté de leurs champs. On voit des champs où l’on a semé des fèves , et où l’on n’en trouve que quelques liges çà et là , au milieu d’une forêt de moutardes et d’autres plantes pernicieuses. On voit des pois qui languissent sous les chardons et sous un tapis de Heurs bleues, jaunes et rouges; on voit des orges, dont chaque plante porte ua convoi- DE GDOCESTER. 'S'J vulus ; enfin on voit des blés dont les tiges, isolées au milieu des buissons de chiendent, demeurent comme étouffées et languissantes; On peut estimer qu’il se perd chaque année-, dans les meilleures terres du district, un tiers de la re'colte, par le defaut de labours suffisant (i). Lorsqu’une fois les champs sont remplis à un certain point de mauvaises plantes vivaces , une jachère complète d’un an est le moyen Je plus efficace et le moins dispendieux de les nettoyer. Quand un champ est bien nettoyé à fond , il est facile ensuite , par un bon assolement , de le conserver net pendant plusieurs anne'es , en faisant chaque anne'e une re'colte. Mais il y a une difficulté’ insurmontable attachée au mélange des propriétés arables dans les plaines ouvertes, ou champs communs, c’est qu’il est impossible d’amener tous les propriétaires à considérer leur intérêt sous le même point de vue, et à suivre un assolement commun. Les soins donnés aux récoltes pendant la végétation dans cette vallée , sont si grands, si suivis , qu’il suffiroit probablement de reve- (t) Là où l’attelage de la charrue est si dispendieux, il ne faut pas s’étonner si les labours sont trop rares. Quand la charrue est mal construite, tout est perte- 58 AfrRICUIiTtrRE nir tous les dix , quinze ou vingt ans, à une jachère complète, pour que le terrain se maintint exempt de mauvaises herbes. Les sillons relevés de la valle'e d’Evesliam sont célèbres parmi les fermiers de la province : on dit quelquefois que deux hommes à cheval dans les deux raies voisines ne se verroient pas. C’est une manière de parler ; mais il est certain que les sillons sont extrêmement relevés au centre ; quand leur largeur est d’environ quarante-cinq pieds, leur hauteur est de quatre ; et dans les sillons de vingt-quatre pieds de large, ce qui est les dimensions ordinaires, on ménage dans le centre une hauteur de deux pieds à deux pieds et demi. Sur le papier cela paroît modéré, mais sur le terrain on est étonné de la pente rapide que cela donne des deux côtés de l’a-dos. Cette disposition'du terrain est très-ancienne, et ces sillons sont formés de cette manière depuis des siècles. Dans les endroits froids, et où le terrain inférieur est de l’argile, on les a sans doute formés pour réchauffer et dessécher la terre ; mais on voit des cantons où le terrain •t léger et où le sol inférieur est absorbant, sans que les sillons en aient moins de hauteur. Il est possible que dans des tems d’ignorance cette disposition du terrain ait pris faveur par B G OEOCESTER. 5ÿ l’idée qu’elle augmentoit la surface, et par con- se’quent le nombre des plantes. Dans toutes les siluations les bords des raies, quand le sillon est très-relevé, sont foibles en production; car à mesure qu’on accumule la terre sur l’a-dos , on entame , dans les fonds, la couche ingrate qui est au-dessous delà terre végétale. D’ailleurs, toutes les fois que la partie relevée a trop d’eau , et la refuse , elle s’é- coule et se rassemble dans les raies ; en sorte que le voisinage de ces raies est refroidi aussi long tems que la saison pluvieuse continue, et quelquefois après qu’elle a cesse : le blé ne sauroit y végéter, ou n’y végète que foiblement. Les sillons trop élevés sont assurément désavantageux pour les récoltes de grains; mais lorsqu’on met les terres en prés artifioiels, celte disposition n’est pas sujette aux mêmes objections. D’abord , pour les prés , la surface se trouve certainement augmentée , parce que l’herbe traîne et se dirige de tous les côtés , au lieu de s’élever verticalement comme les grains ; cela est surtout vrai pour les pâturages. Ensuite pour ceux-ci il est avantageux d’avoir, par cette disposition de la terre, en quelque façon, deux sortes de pâturages , selon que la saison est mouiileuse ou sèche. Dans les années pluvieuses le dos des sillons donne beaucoup 4o agriculture d’excellente herbe, el fournit au be'tail un terrain sec pour se reposer; dans les années sèches, les parties qui avoisinent les raies demeurent vertes et fournissent de l’heibe, tandis que le sommet des sillons est brûle'. On doit observer cependant que quand le sol inferieur retient l’eau , il faut que chaque raie ait son aqueduc , autrement le foin, surtout dans les années pluvieuses, y est d’une qualité’inferieure. Les terrains des valle'es, qui ont une fertilité naturelle et une profondeur plus conside'rable de terre végétale que le sol des lieux élevés, ont moins besoin de fumiers que ceux-ci. Il en résulte que dans les cantons où les terres sont ingrates, les fermiers se donnent beaucoup de mouvement pour se procurer des engrais; ils en font autant qu’ils le peuvent sur leurs fermes, ils vont les chercher au loin, les paient cher , ou fouillent la terre pour les trouver. Dans la vallée qui nous occupe , il y a beaucoup de prés ou pâturages. Les endroits où l’on fait paître les bestiaux demandent peu d’engrais , et les pièces que l’on fauche n’en reçoivent guères. Les prés arrosés donnent annuellement un tribut aux fumiers de basse- cour , sans jamais en rien tirer. Ce sont donc presqu’uniquement les champs qui reçoivent les fumiers, et on n’y applique aucun autre engrais. * de beocestre. 4i Quelques fermiers , à la ve’rite’, mêlent la terre avec le fumier d’étable , lit par lit ; mais cet usage est si rare qu’on ne peut pas le regarder comme appartenant à l’agriculture de la valle’e : on peut en dire autant de la marne, qui y est rare. Les glaises légèrement calcaires y sont plus communes, mais de peu d’effet: la chaux a c'te’ essayée, mais l’usage n’en est pas admis. L’e'conomie des fumiers ne me'rite pas une attention particulière ; on fait, dans la formation des tas , la même faute que dans quelques autres cantons, c’est-à-dire que l’on fait monter la charrette sur le tas, ce qui retarde la fermentation. On emploie environ un quart moins de semence de blé que dans la plupart des districts de l’Angleterre ; mais les terres sont pre'pare'es pour les semailles avec beaucoup de soin ; on casse les mottes, même pour l’orge; quant aux fèves et aux pois on les plante à la main presque partout. Les fermiers imaginent que dans les terres argileuses il ne faut pas semer à raies fraîches ; dans les terres légères , au contraire , ils le préfèrent. Voici l’énumération des plantes nuisibles aux blés dans le district. Les dix premières sont les plus embarrassantes ; il n’y en a aucune da * 42 AGRICULTURE celles-là qui, dans certaines années, ne suffit à ruiner complètement la récolte , si l’on ne s’opposoit à ses progrès par les soins que l’on donne aux ble's pendant leur croissance : nous emploierons les dénominations de Linnæus. Trilicum repens , Serratula arvensis, Sina- pis nigra, Convolvulus arvensis, Chenopo- diumviride, Chrysantemum segetum, Papa- ver rhœas , Papaver dubium, Avenu, Equi- setum arvense , Agrostis alba, Alopecurus agrestis, Festuca duriuscula , Sonchus ole- raceus, Artemisia vulgaris, Sinapis alba , Rumex crispus , Carduus lanceolatus , Ga- liurn aparine , TJrtica dioïca, Sinapis orien- talis , Rumex obtusifolius, Anthémis cotula, Matricaria suaveolens, Chrysanthemumino- dorum , Mentha arvensis, Centaurea cya- nus , Polygonum persicaria, Sonchus arvensis , Lapsana commuais, A triplex patula , Tussilagofarfara, Ranunculus repens , Po- tentilla anserina , Trifolium melilotus offi- cinalis , Achillea millefolium , Stachys palus tri s , Eeronica hederifolia , Senecio vulgaris , Alsirïe media , Thlaspi bursa paste- ris, Æthusa cynapium, Cerastium vulga- tum, Fumaria ojjicinalis, Polygonum avi- eulare , Plantago major, Avenu elatior, Agrosiis eapillaris, Heracleum sphondy- ) DE GLOCESTER. 45 lium , Centaurea scabiosa , Scabiosa arven- sis, Daucus carota , Lychnis dio'ica , Car- duus crispus , Lycopsis arpensis , Lamium purpureum , Galeopsis, Ranunculus arpensis, Polygonum pensylpanicum, Polygo- num conpolpulus , Anlirrhinum linaria , Hypochceris radicata , Euphrasia odontides, Euphorbia helioscopia , Viola tricolor , Pri- mella pulgaris , Leontodon taraxacum , Ga- lium perum, Malpa rotundifolia, Vicia cracca , Conpolpulus sepium , Galium mol- lugo, Conium maculatum , Ballota nigra , 'Erisinum aliaria, Lamium album } Arundo phragmitis. Si les fermiers de la valle'e de Glocester semblent craindre de prévenir la leve'e des mauvaises pfentes en donnant des labours snffisans, il faut convenir qu’ils leur font ensuite la guerre avec persévérance pendant la croissance des re'coltes. L’usage de sarcler les ble's est presque général 5 il n’y a guère* que les orges qui ne se sarclent pas ; mais aussi on leur pre'pare toujours la terre par une jachère , soit d’une année, soit d’un hiver et d’un primeras. Cet effet du sarclage pour l’extirpation des mauvaises herbes est si grand, que l’on voit dans celte Vallée des terrains qui ont porté du grain d’année en 44 AGRICULTURE année, depuis un tems immémorial, et qui donnent encore des re'coltes passables. L’origine de cette attention sans exemple à la végétation des re'coltes seroit difficile à retrouver aujourd’hui : il est probable que c’est la ne’cessite' qui a introduit cet usage pour les champs que l’on appelle de tous les ans, lesquels , sans cela , auroient été couverts d’un fourre de mauvaises herbes. Le succès aura conduit à essayer la même chose sur les recolles qui avoient été précédées d’une jachère. D’abord ce fut un expédient pour sauver une récolte , ensuite cela est devenu une pratique suivie. Les excellens effets de cet usage ne se bornent pas aux champs ; comme c’est un travail de femmes et d’enfans, il est d’une grande importance pour les pauvres , en même tems qu’il augmente les produits de la terre. Blè. Les espèces de froment cultivées dans le district sont : i.° Le cone-wheat (blé conique ) qui est une variété du triticum turgidum. Sa paille est haute et forte, son épi est long et d’une couleur de pourpre sombre, la balle du grain est cotonneuse et porte une longue barbe, qui tombe D E G-IiOCESTER. 45 quand l’épi est bien mur. Le grain est brun, sa peau est assez e'paisse , sa substance dure , et sa farine avide d’eau. Les meuniers et les bom langers font egalement cas de ce ble' : c’est l’espèce favorite dans la valle'e. 2 .° Le lamma wheat (ble mottet ou raz) ce froment, qui ne porte point de barbes, recon- noît des varie'te's ou sous-varie'te's, dont les plus marquées sont le mottet à balle blanche , et le mottet à balle rousse. 5.° Le spring wheat (blé de printems). On en a beaucoup essayé dans la vallée ; mais il ne paroît pas que les fermiers s’y attachent. On sème le blé sur toutes les terres également; dans les terres fortes ce sont ordinairement les fèves, et dans les terres légères les pois qui précèdent le froment : on ne sème qu’en Novembre et Décembre. Lorsqu’un fermier a fini ses semailles avant Noël, il croit avoir semé en bon tems. C’est une chose remarquable que les différences que l’on observe dans l’usage des divers pays, quant au tems des semailles ; usage qui, sans doute, est fondé partout sur une expérience bien ou mal entendue. Les vieux cultivateurs affirment que les blés semés tard grai- nent mieux. Cela peut être vrai jusqu’à un certain point, et seulement par rapport à la cul- 46 AGRICULTURE ture suivie dans la valle'e. En semant un mois plus tard qu’àilleurs on évité les mauvaises herbes qui auroienl ve’ge’le’ en automne , et le ble' n’a à combattre que celles qui végètent dans le printems et l’ete'. Il y a deux désavantagés e'videns dans les semailles tardives ; le premier, c’est que le tems est incertain et peut empêcher tout-à-fait de semer ; le second , c’est qu’il faut plus de semence , parce qu’une bonne partie ne ve'gètc point, et que les oiseaux, les rats, les insectes, ont le tems d’en manger davantage avant qu’il soit germe'. Cependant la force ve'ge'tative des terres est si grande , et le secours des sarclages est si efficace , que même en semant si tard on met moins de semence en terre sur un espace donne' que dans aucun autre canton de l’Angleterre. A la fin de Décembre on ne sème pas plus de deux bushelspar acre. Sixpecks en Septembre ou Octobre feroient le même effet, et c’est à-peu-près ce que l’on met en terre lorsque l’on plante le ble' (1). ( 1 ) Il résultèrent des observations enregistrées par Arthur Young dans une grande partie de l’Angleterré, la présomption que la quantité de semence la plus favorable pour les fromens, seroit 3 hushels par acre. Marshall établit que la quantité moyenne que l’on DE GDOCESTER.' 4 > La vallée de Glocester e'tant le seul canton où le sarclage des ble's soit généralement pratiqué, celte opération importante mérite des détails. On parle toujours de deux sarclages; mais il n’y a que les excellens cultivateurs qui les donnent. Un sarclage et un arrachement de la mauvaise herbe sont regardés comme indispensable. Si le premier sarclage se donne dans le tems où il le faut, on manque nécessairement beaucoup de mauvaises plantes qui portent ensuite leur graine et empoisonnent la terre pour les récoltes suivantes. Quelquefois on herse la récolte, puis on la sarcle quelque tems après. D’autrefois on herse après avoir sarclé, ce qui est aussi une très-bonne méthode , parce que la herse donne de l’air aux racines des plantes, et dégage les mauvaises herbes que les pieds des sarcleurs ont renfoncées dans la terre. Le premier sarclage se fait aussitôt que la saison le permet, et doit être achevé avant que les plantes commencent à laller. Plutôt l’on fait succéder le second sarclage , et plus il est aisé à faire ; mais plus tard on le fait, et plus sème en Angleterre est 2 ^ bnsbels par acre. Il paraitroit de là que l’opînion que l’on sème en général trop épais est erronnée. 48 AORICUIiTURE il est efficace pour nettoyer le terrain. Il faut cependant qu’on ne nuise pas imnie’diatenient à la re'colte. Le hoyau dont on se sert doit être proportionne’ à l’e'paisseur du ble' : une re'colte claire demande un instrument plus large qu’une re'colte épaisse. Cet instrument varie en largeur depuis trois pouces jusqu’à cinq. Sa forme est la même que celle du lioyau ou sarcloir employé pour les turneps, à cela près que les coins en sont arrondis. Lorsque les plantes sont suffisamment éloignées pour que l’instrument puisse passer, on remue toute la terre qui les sépare. Lorsqu’elles sont trop resserrées , et qu’on ne voit pas de mauvaise lierbe entr’elles , on n’y touche pas. Ainsi , par exemple , la crête des sillons est souvent trop garnie de plantes pour que l’on puisse la sarcler , tandis que les deux pentes sont complètement remuées par le hoyau. Il faut beaucoup moins d’art pour sarcler le blé qne pour sarcler les turneps. Dans celte dernière opération il faut un coup-d’oeil juste et une main sûre pour juger promptement les distances à donner d’une plante à l’autre ; au lieu que dans le sarclage du blé, les distances sont toutes données ; le sarcleur n’a rien à faire que de passer l’instrument dans les intervalles, soit ! DE G-EOCESEER. ^9 soit sur le plat, lorsqu’il y a un espace suffisant, soit en l’inclinant, lorsque la distance est trop peu considérable. Si le hoyau n’est pas trop tranchant , les plantes risquent peu d’ètre endommage'es ; carie même instrument qui coupe les mauvaises herbes de graine glisse sur les plantes du ble : celui-ci est suffisamment enracine pour n’être pas aisément enleve’ de terre par le coup de hoyau, et si l’on coupe la l’anne, elle repousse, pourvu que le collet de la plante ne soit pas tranche'. Il y a donc peu de risque à mettre des femmes et des enfans dans le ble' pour le sarcler j et lorsqu’il n’y a pas dans le champ des racines pivotantes ou du chiendent, quelques heures suffisent pour apprendre à sarcler passablement ; mais s’il y a parmi le ble' cette espèce de chiendent que Linnæus nomme tri - ticum repens ( couch-grass), il faut de l’usage pour bien sarcler. Ce gramen ressemble au ble' comme la moutarde sauvage ressemble à la plante du turnep. Un sarcleur habile les distingue au premier coup-d’eeil, mais les com- mençans les confondent souvent ; d’ailleurs , pour couper les racines de ce chiendent il faut que le hoyau soit tranchant, et il devient alor3 un instrument dangereux dans des mains inex- pe'rimente'es. On emploie donc des hommes au Tome a. D 50 AGRICULTURE sarclage des blés infectés de chiendent : c’est ordinairement le cas pour les champs que l’on appelle de tous les ans. Ce n’est point au reste un argument contre le sarclage des blés , que cette convenance d’employer des hommes lorsque les terres sont empoisonnées de chiendent. Il n’y a point de cultivateur raisonnable qui essaie de recueillir du blé dans des champs souillés , jusqu’à un certain point, de cette herbe. Quant à la distance entre les plantes de froment , elle dépend des espèces et des terrains. Le blé barbu talle plus que le blé raz, et l’un et l’autre tallent davantage sur une terre riche que dans un sol épuisé. Si les plantes sont vi- goureuses , dix ou douze pouces ne sont pas une distance trop considérable. Il seroit peut-être mal entendu d’espacer les plantes jusqu’à cette distance lorsqu’elles sont trop épaisses; les plantes peuvent acquérir pendant l’automne et l’hiver une certaine disposition relative à leur situation, c’est-à-dire que les plantes isolées peuvent être plus disposées à s’étendre, et les plantes qui sont en groupe à s’élever. Dans cette supposition on pourvoit leur nuire en les plaçant dans des circonstances différentes. Cependant il est probable que très- souvent la récolte y gagneroit si l’on enlevoit DE G E O C E S T E E. 5l à terris les petites plantes foibles qui abondent dans les blés trop épais ; ceux-ci donnent une paille foible et un grain peu nourri. Un boyau de cinq pouces de large peut être emploie 'sans précautions dans un ble' trop épais, non pour espacer régulièrement les plantes, comme on fait des turneps, mais pour les éclaircir, et donner à celles qu’on laisse plus de place et plus d’air ( 1 ). Le pr ix commun du premier sarclage est de deux shellirigs et demi par acre ; mais le travail nécessaire varie beaucoup selon Ja saleté de la récolte , la nature et l’état du terrain. Dans une terre meuble , une récolte propre demande peu de travail ; une femme alors peut faire son demi-acre par jour , sans trop de (1) L’auteur observe bien que les blés tallent plus ou moins selon l’espèce et les terrains, mais il auroit dû faire remarquer que la température du printems influe aussi beaucoup sur le tallement. Il y a des années où les mois de mars et d’avril sont si secs que., même dans les terres riches, les blés tallent très-peu. Si , au contraire , les pluies douces du printems arrivent au moment favorable, les blés tallent dans les plus mauvais terrains. Cette circonstance doit entrer pour beaucoup dans le calcul des avantages comparatifs des blés qui sont clairs on épais, pendant l’automne et l’hiver, et faire pencher la balance en faveur des blés un peu épais, comme ayant plus de tessources. 5a AGRICULTURE peine ; mais quand la terre est forte et dure, et qu’il y a du chiendent en abondance, un homme gagne de petites journées , et fait souvent mal l’ouvrage , à raison de 5 shellings par acre. Le second sarclage est souvent plus lent que le premier, parce que la recolle cachant la terre , il est plus difficile de voir et d’enlever les mauvaises herbes. Les avantages de ce travail sont en grand nombre ; il détruit les mauvaises plantes venues de graine, il retarde la croissance des mauvaises plantes vivaces et pivotantes ; il rompt la croûte du terrain , et fait pe'nétrer l’air jusqu’aux racines; il abandonne au blé la surface entière du champ , il favorise singulièrement le lallement des plantes ; et celles-ci une fois qu’elles ont pris le dessus sur les plantes ennemies , empêchent, parleur ombre, qu’elles ne reprennent de la vigueur. Ouire le profit qui résulte du sarclage pour la récolte pendante, il y a dans cette opération des avantages qui sont sentis dans les années qui suivent ; ainsi, le hoyau détruit, dès le premier travail, une classe de mauvaises herbes que l’on n’arrache jamais à la main , telles que la véronique à feuilles de lierre , le séneçon , la bourse à pasteur , le fumeterre , î’alsine , etc. Lorsque ces plantes restent elles i DE GTjOCESTEB.. 55 donnent leur graine, qui tombe sur le sol, et nuit d’année en année aux récoltes qui succèdent. Il y a une circonstance remarquable dans la moisson , c’est l’extrême petitesse des gerbes, qui ne sont en quelque sorte qu’une javelle ; on les lie toujours avec une seule longueur de paille, en sorte que, quand la paille est courte, la gerbe n’est qu’une poigne'e de blé. Les ineonvéuiens de cette méthode sont evidens ; il faut beaucoup de tems pour charger , de'charger, mettre en meules, etc. Ces ineonveniens ne se trouvent pas balancés par des avantages proportionnés. On observe pourtant que s’il arrive que les gerbes soient mouillées dans le champ , elles sèchent plus promptement et plus aisément que lorsqu’elles sont plus grosses. La pratique des très-petites gerbes et du chaume coupé haut, a probablement pris naissance à l’occasion des champs que l’on sème tous les ans. La quantité de mauvaise herbe est si considérable , dans la récolte , que si l’on coupoit la paille près de terre , et qu’on liât le tout en grosses gerbes , elles ne pour- roient sécher. Le blé conique ( cone-wheat ) étant très-élevé , cet usage de le couper haut s’est introduit plus aisément. Le volume des gerbes paroît une affaire assez v ! / 54 AGRICULTURE indifférente à ceux qui ne connoissent pas les details de l’e'conomie agricole ; niais cet objet' a pourtant son importance : les gerbes sont trop grosses dans beaucoup d’endroits; elles sont évidemment trop petites ici : il y a un milieu à prendre. Il faudrait que la grosseur des gerbes fut toujours en quelque proportion avec Fêtât de la recolle. Les deux extrêmes de la grosseur de nos gerbes , sont une brassée , et une poigne’e (t). On fauche ordinairement le chaume , et l’herbe peu de tems après la moisson pour en (1) Ces dimensions peu considérables des gerbes de blé en Angleterre, dépendent principalement de l’usage de laisser mûrir complètement la récolte ; et de lier en moissonnant, pour laisser ensuite sécher en gerbes. Le peu de volume des gerbes tient encore à l’usage de laisser le chaume long, pour l’enterrer, le brûler, ou le couper ensuite; et peut-être aussi cette pratique dépend-elle, jusqu’à un certain point, de la rareté des bois qui fait qu’il seroit difficile de se procurer des liens en quantité suffisante pour la moisson, si l’on faisoit des gerbes de 7 ou 8 pieds de circonférence. Il paroît bien que celles-ci, qui font la charge d’un homme, favorisent l’expédition des travaux, et qu’à tout prendre elles ont plus d’avantages pour le cultivateur. Reste à examiner, sous le point de vue économique l’inconvénient de la destruction des bois qu’on emploie pour liens. DF R I. O C -R S T B B. 55 faire la litière. Ce chaume se vend quelquefois sur le terrain jusqu’à 5 shellings l’acre , et on cri tire jusqu’à une charretée , c’est-à-dire autant que la moisson pour le. volume. Malgré la bonne qualité des terres , leur produit en blé est au-dessous du médiocre.. La moyenne est de dix-huit bushels par acre. On voit quelquefois des champs qui ont été en jachère et qui ne donnent que douze bushels j et j’ai vu moi-même , dans les plaines de champs communs que l’on sème tous les ans, des récoltes qui ne rendoient pas huit bushels par acre. Il importe essentiellement aux cultivateurs de rechercher la cause , ou les causes, de ce déficit dans les produits, et aux propriétaires * d’y apporter le remède. Si cette foiblessc de récolte est due à ce que les'champs >coiumuns portent du blé depuis un tems infini, pourquoi persister ? pourquoi ne pas les enclore et les mettre en prés ? Si ce sont les eaux de la suri face qui font le grand ma), jÇ.omme certainement c’est le cas pour la partie centrale de la vallée, pourquoi ne pas obtenir un acte du parlement pour établir des fossés d’écoulement ( a et of shores)? Si c’est l’humidité, froide des couches inférieures qui influe surtout en mal; comme on n’qn sauroit douter.-dans certains; 56 A6B.ICÛLTUB.E endroits, pourquoi ne pas encourager les des- sechemens souterrains et les coulisses ? Si l’observation prouve que c’est principalement au defaut des labours qu’est due la foiblesse des produits , comme certainement c’est le cas dans les champ de tous les ans , pourquoi ne pas encourager les jachères ou les récoltes sar- cléer.qui en font l’effet ? Enfin il faudroit s’occuper se'rieusement d’obvier aux causes d’un effet si nuisible et si honteurque la production de huit busbels de blé par acre dans des terres que la nature a destinées à en rendre quatre fois autant. Cè qu’il faudrait faire ici est également réclamé, par l’étau de t l’agriculture , dans un grand-nombre d’endroits en Angleterre. Les récoltes de froment y font honte à notre économie agricole : le blé est de toutes les productions celle qu’il convient le moins de risquer. Une faut jamaissémer du froment lorsque l’on n’a pas : la certitude morale d’une récolte pleine , dans une année ordinaire. a 'i:)i c i;l Orge. t' • On cultive beaucoup d’orge dans la vallée de' Glocester , 'malgré la qualité froide des terres, parce que c’est le seul grain de prin- tems qu’on y sème. Mais ce qu’il y a de remar- DE G D O C E S T E R. quable dans celte culture de l’orge, c’est qu’on regarde cette graine comme une récolté ame'- liorante, ou du moins propre à nettoyer le sol. C’est un article de foi parmi les cultivateurs que si l’on peut avoir dix jours de beau tems au primeras pour herser les racines de chiendent, et qu’à cette operation succède une belle recolle d’orge , surtout si elle est un peu appuyée (1) , le champ est purge’ d’herbe comme il l’auroil été par une jachère , et que le béné- fice de cette operation est senti pendant une longue suite de récoltes. Il suit de ce préjugé que dans l’espérance d’obtenir huit ou dix jours de sécheresse pour herser la terre convenablement, on renvoie la semaille de l’orge jusqu’au milieu ou à la fin de Mai. Je l’ai vu semer au milieu de Juin. On ne met jamais moins de trois ou quatre bushels en terre sur un acre, pour s’assurer, comme on dit, une pleine récolte, et par l’idée que si l’orge est attaquée de la rouille, toutes les mauvaises herbes, et même le triticum repens, se trouvent étouffés. C’est une chose certaine que sous une récolte rouillée les mauvaises herbes sont affaiblies, et le sol semble être ameubli. (1) C'est-à-dire,.! demi versée, mais du même côté, comme il arrive aux belles récoltes après des vents forts et conslans. 58 agriculture Je suis loin cependant de recommander une pratique qui a déjà trop de partisans dans ce district et dans d’autres. II resuite en ge'néral de cette me’tbode que les récoltes d’orge sentes trop tard sont manque'es, et que les re’coltesde blé qui succèdent le sont aussi, parce qu’elles ont à combattre une prodigieuse abondance de mauyaises herbes. Lorsque le printems se trouve très-favorable , il u’est point douteux qu’une récolte d’orge bien préparée ne contribue à nettoyer la terre ; mais il n’arrive pas une année sur cinq qu’on puisse à la fois semer l’orge en tems convenable et préparer la terre de manière à ce que les récoltes suivantes s’en ressentent utilement. Il est vrai qu’un champ empoisonné de chiendent peut, à force de herser, râteler et enlever les racines à la main, paroître parfaitement nettoyé dans le moment où l’on sème l’orge , mais c’est après la moisson qu’il faut l’examiner ; c’est surtout au printems suivant qu’d faut le comparer avec les champs qui ont porté des turneps ou qui ont eu une jachère complète. Un bon agriculteur qui aura fait cet examen comparé , se gardera bien de , faire les frais de hersage , de râle- lage, etc. et de hasarder sa récolte d’orge en la semant trop tard pour obtenir si parfaite- rnenll’objet important de la netteté de la terre. / DE GLOCESTER. 5q L’orge ne sejie point, il se fauche et demeure en ondins jusqu’au moment de le resserrer : on le charge à la fourche comme le foin. Les marchés de l’orge sont Glocester et Tewkesbury. Les brasseurs du district et ceux de Bristol l’emploient presqu’en entier. r Le produit moyen est de vingt-quatre bu- shels par acre (i ) 4 La qualité est excellente pour les brasseries, quoique le grain ne paroisse pas aussi beau que celui de l’orge des parties élevées. Il semble qu’il y ail dans le sol de la vallée de Glocester une disposition naturelle a donner aux productions une saveur et une qualité- supérieures. Pois et fèves. Nous entrons dans un sujet qui nous donnera lieu de louer autant que nous avons eu à blâmer jusqu’ici. Les fermiers de ce district (1) Le produit moyen de l’orge , calculé sur une très- grande partie de l’Angleterre, par Arthur Young, est de So ~ bushels. D’après le même auteur, la quantité de semence la plus profitable pour cette récolte est de 2 bushels. Si on les déduit du produit ci-dessus , il reste 28 5 bushels net; au lieu que dans la vallée de Glocester on n’obtient que 205 bushel», les semences déduites. Il paroît donc que la trop grande quan'ilé de semence agit ici d’une manière nuisible, comme la uélbode de semer tard. 6o AGRICULTURE sont à la fois les meilleurs et les plus mauvais cultivateurs du royaume : s’ils meiloient autant de soin à debarrasser le sol des eaux superflues, à le purger des racines et des semences des mauvaises plantes, qu’ils eu mettent à nettoyer les récoltés pendant leur végétation, ilsseroientles premiers agriculteurs de l’Europe. Les pois et fèves, soit réunis soit séparés, sont ordinairement plantés par des femmes, et sarclés par des femmes et des en fans , une fois, deux fois , et jusqu’à trois fois : ces récoltes ressemblent à des productions de jardin; elles donnent à la campagne un aspect très- agréable pendant la première partie de l’été ; elles produisent abondamment, pour peu que la saison soit favorable , et laissent le terrain admirablement préparé pour une récolte de froment. On sème de grosses fèves ( large hoge-beans ), des pois gris , des pois blancs, et un mélange dé fèves et poi3 gris : ordinairement les fèves \ y dominent. Cependant quelquefois on ne sème que très-peu de fèves , pour servir de tuteurs aux pois. Ces récoltes succèdent invariablement aux grains, soit au blé, soit à l’orge. Dans les terres argileuses on met des fèves pures , ou un mélange de pois et fèves ; on met le même mé- DE GEOCESTEH. 61 lange dans les terres moyennes , et on réserve les pois purs pour les terrains légers des environs de Glocester et de Cheltenham ; mais les fèves sont l’objet principal de cette culture, et elles méritent particulièrement l’attention. On donne le premier labour à la fin de Décembre. On laboure aussi profond qu’il est possible, et jusqu’à neuf ou dix pouces. II est rare que l’on fume pour cette récolte ; mais la manière de semer demande d’être examinée. On herse Ja terre dès le commencement de Février , ou dès que l’on peut entrer dans les champs pour régaler la surface. En général les terres de la vallée, lorsqu’elles ont reçu l’impression de la gelée , se pulvérisent aisément: un .seul trait de herse suffit pour les ameublir comme des cendres. On plante toujours les fèves au plantoir; mais la méthode varie selon les lieux. Dans les parties centrales de la vallée , l’usage est de planter en travers des sillons à l’œil et sans oordeau. Près de Cheltenham on plante eu long des sillons avec un cordeau ; enfin près de Tcwkesbury et Deerhurst on plante en travers des sillons avec un cordeau. En théorie, un cordeau semble indispensable; mais l’expérience prouve le contraire. Les femmes qui en ont l’habitude réussissent à 6 2 A (J lî. 1 C U L T U R K planter très-droit sans ce secours; celles qui font leur apprentissage se placent entre deux autres déjà exerce'es : il paroîl cependant qu’il y a quelqu’avantagc à un cordeau ; la surface est plus également occupée, et le sarclage se fait plus aisément. Chaque planteuse est munie d’un plantoir et d’une besace pendue au col pour tenir les fèves. Le plantoir ressemble à celui des jardiniers, mais il a un manche et une crosse comme ■une tête de béquille, laquelle est formée de manière à reposer le pouce et le premier doigt : l’instrument a environ un pied de long. Dans l’opération du plantage les femmes cheminent de côté, de gauche à droite, elle visage tourné vers la partie déjà plantée , en sorte que la dernière ligne est immédiatement sous leurs yeux , et qu’un peu de pratique suffit pour les faire planter droit : avec de l’exercice on plante excessivement vite. La distance d’une ligne à l’autre varie de dix à quatorze pouces : un pied est la distance moyenne ; celle d’une plante à l’autre, dans la longueur des lignes, n’est que d’un pouce. On fait les trous aussi près les uns des autres qu’on le peut; on leur donne deux pouces de profondeur, et on laisse tomber une fève dans chacun ; ce qui emploie de deux bushels et * DE G-EOCESTEH. 65 demi à trois bushels par acre (1). Ordinairement on recouvre la semence à la herse; mais lorsque le sol est si ameubli que l’on risque de déplacer les fèves, on fait cette operation avec une claie, ou une herse garnie d’e'pines. Dès que les fèves se montrent hors de terre on herse pour ameublir la terre. Lorsque les plantes sont assez hautes pour pouvoir être sarclées sans risque de les enterrer , on donne la première culture : le sarcleur manie le hoyau comme les jardiniers. Toute la terre des intervalles est remuée aussi près des plantes, qu’il est possible; et lorsqu’il se trouve un vide dans la ligne il y passe l’instrument : l’ouvrier prend deux intervalles à la fois , quelquefois trois. La largeur du hoyau est toujours de cinq pouces : on laisse les coins sans les arrondir, parce qu’avec aussi peu de largeur , relativement à l’intervalle, il y a peu de danger de nuire aux plantes. La seconde culture se renvoie aussi loin qu’on peut le faire avec sûreté ; il faut qu’elle soit achevée avant que les fèves commencent à fleurir. On regarde la culture pendant la fleur (r) Il paroit, d'après les obserraliens d’Art. Young, que la quantité de semence la plus profitable pour les fèves semées à la Tolée, est de 5 ~ bushels. \ 64 A G K I C TJ li T U R K comme très-nuisible à la récolte $ la seconde culture se fait à plat. , comme la première : on ne Lutte jamais les fèves dans ce district. Dans la seconde culture chaque ligne doit être nettoye'e d’herbe à la main ; il ne doit pas rester une seule mauvaise herbe , car les fèves entourées de mauvaises plantes ne sauroient profiter , et chaque plante que l’on laisse sur pied répand sa graine pour le dommage des récoltes suivantes. Le second sarclage est absolument nécessaire 5 sans cette seconde opération, la première est peu utile ; elle ne fait que rompre la ténacité du sol , mais le nombre des mauvaises phjntes se trouve à-peu-près le même au mom/nt de la récolte : on en détruit beaucoup sans doute dans le premier sarclage, mais en même tems on met en action un grand nombre de semences qui, sans cela, n’auroient pas germé 5 les plantes que ces semences fournissent, croissent assez haut pour nuire à la récolte , en même tems qu’elles donnent de nouvelles graines qui empoisonnent le sol. Il faut remarquer que les mauvaises herbes nuisent aux fèves et aux pois d’une manière particulière ; le froment et les autres grains portent leurs produits à l’extrémité des tiges : il est rare que les mauvaises herbes dépassent l’épi DE GEOCESTER. 65 l’épi du froment. Les fèves, au contraire, donnent leurs gousses près de terre , pourvu que l’air et le soleil puissent pénétrer jusqu’au pied de la plante ; et en général la récolte des fèves est médiocre lorsque la tige ne porte pas des gousses dans sa partie inférieure. La première culture sert donc à empêcher que les mauvaises herbes, en entourant les tiges des fèves, ne leur donnent de la tendance à s’élever , et ne les empêchent de former dans leur partie inférieure les rudimens des productions : la seconde culture sert à faciliter la floraison et la formation des fruits. On voit aussi que les récoltes de fèves trop épaisses ne produisent que peu ; chaque plante s’élève beaucoup ; l’ombre empêche que les fleurs ne puissent se former dans la partie inférieure, et la circulation de l’air n’est pas assez libre pour que le développement puisse avoir lieu. Il convient donc d’éclaircir les récoltes de fèves trop épaisses , de peur que les plantes ne prennent cette disposition à monter et à s’amincir, qui est fatale à la récolte (1). Il en coûte communément six shellings par ( 1 ) L’opération de pincer les fèves ( c’esl-à-dire d’enlever à la main la partie supérieure de la tige) multiplia les goussps lorsqu’elle est laite à tems. (A) ‘ Tome 2. E ' 66 AGRICULTURE acre pour les deux sarclages et l’arrachement de l'herbe : ce prix varie un peu selon que la récolté est plus ou moins avancée et plus ou moins sale (1). La manière de re’colter les fèves varie selon que la re'colte est plus ou moins e'ieve’ej quand la plante est courte et porte ses gousses très- bas on la fauche. On laisse les tiges sur le sol pendant un certain tems pour se’cher ; ensuite on les range en ondins sur le bord des sillons avec des fourches ; enfin , lorsqu’elles sont suffisamment sèches, on les lie par paquets ou gerbes pour les resserrer. Lorsque la re'colte est e'ieve'e , on la lie quelquefois immédiatement après la faucille , pour la faire se'cher en petites gerbes. Ordinairement les fèves hautes se coupent à la faucille en s’aidant, de l’autre main, d’un crochet. Les enfaris qui suivent les moissonneuses redressent les plantes , les réunissent en javelles , en e'galisant leurs longueurs et les formant en pains de sucre. Un homme attache les javelles avec de l’herbe ou (1) On ne cultive point les fèves avec la houe à cheval, dans ce district. Le seul exemple que j’aie vu d’une exception à la culture à la main, est une culture avec un âne. Si l’on observe que cet animal a une voie fort étroite, et le pied trcs-petit, on le trouvera parfaitement propre à cette opération dans les terres légères. (A.) DE GEOCESTER. 67 des tiges de fèves; elles demeurent ainsi sur le sol, disposées en coucs vides, jusqu’au moment où on les charge sur les chariots. Dans la partie centrale de la vallée , on fait manger les liges aux chevaux , et le rebut sert de litière. A Grlocester il s’en vend beaucoup pour brûler et faire de la potasse : les fèves se, vendent dans les villes ; on les emploie très- généralement au lieu d’avoine pour les chevaux , et pour engraisser les cochons. Il s’en vend à Bristol une grande quantité pour les vaisseaux de la traite , parce qu’on en nourrit les Nègres pendant la traversée d’Afrique aux îles. Le produit des fèves, année commune , est de vingt-quatre bushels par acre. Trente-deux busliels ne sont point une récolte extraordinaire (1) dans ces terrains, quoiqu’ils aient porté des fèves tous les deux ans ou tous les trois ans, depuis des siècles. La culture soignée y fait sans doute quelque chose , mais la principale raison de ce succès est dans la na- ( 1 ) En consultant les curieuses observations d’Arthur Young sur la quantité la plus profitable des semences, on voit que la moyenne du produit, lorsqu’on sème 5 5 busliels de fèves par acre , est de 33 5 bushels. Il paroît donc qu’à tout prendre il y a du profit à semer épais et à la volée. > ASUICUlTUllE 68 ture de cette plante ; elle paroît se soutenir un teins infini dans les terrains argileux et profonds. Ces terres sont naturellement riches et profondes, et il est à remarquer que la fève pivote assez bas : elle se nourrit probablement dans une couche inferieure à celle qui nourrit les racines du ble'. Près. L’e'tendue des terrains destines aux près, dans cette vallée , est relativement peu considérable, et le parti que l’on tire des trèfles est presque nul. On voit à la vérité des petites portions de champs que l’on sème en trèfle , pour donner du vert aux chevaux ; on en sème quelquefois des étendues plus considérables pour recueillir de la graine. La quantité d’herbes que produisent quelques-uns des terrains de la vallée est inconcevable ; les terres légères ne peuvent pas donner de la graine, parce que les tiges se couchent et pourrissent ( meme après avoir été coupées deux fois) avant que la graine ait pu venir à maturité -, mais les terres argileuses donnent beaucoup de graine et beaucoup d’herbe en même tems ; on y coupe ordinairement le trèfle trois fois dans le courant de l’été : il fait d’excellent foin. Lorsqu’il est coupé en bon tems et recueilli avec soin , il passe pour être aussi bon que le meilleur foin des prés pour engraisser les bœufs. Maigre' cette prodigieuse abondance du trèfle dans des terrains comme ceux de la vallée, et qui n’en ont pas été fatigue's, maigre' la ressource que le trèfle offriroit pour rendre la fertilité' à ces champs Iasse's de produire du froment , on ne sait point employer le trèfle pour opérer cette métamorphose : quel de'plorable aveuglement ! Ce n’est pas au reste le trèfle seul dont la culture seroit profitable; les autres plantes de pre's artificiels adapte's aux terrains qui leur conviennent respectivement seroient d’un secours infini. La vallée de Pickering en Yorkshire étoit dans le même état d’appauvrissement ; les terres avoient porté du grain depuis si long- tems, qu’elles ne rendoient plus qu’à peine les frais de culture : les paysans mouroient de faim sur leurs possessions. Les champs ne va- loient pas 10 shellings de rente ; mais depuis les clôtures et les prés artificiels , les terres se louent jusqu’à 3o et 4o shellings l’acre. Les essais que l’on a fait récemment pour convertir les champs en prés pérennes soit durables, n’ont pas réussi; mais c’est parce qu’on s’y est mal pris. Une terre empoisonnée de 70 AGRICULTURE mauvaises herbes par une longue suite de ré- coltes de blé , faites sur un seul labour , est mise en pre' sans autre pre'paration , peut-être, qu’une jachère d’hiver pour l’orge. Dans cet état de salete', le terrain est rendu plus sale encore par la graine qu’on y sème , et qu’on y appelle poussière de foin. II n’est pas surprenant qu’un terrain mis en pre' avec un pareil procède' ait besoin d’être rompu au bout d’un petit nombre d’années. La poussière de foin est un mot vague qui ne donne point l’idée d’une graine de pré choisie et déterminée. Lorsque la poussière est recueillie d’un bon pré, que le foin a été battu sur les planches et avec soin , que la poussière a été passée au tamis, pour en ôter au moins les grosses semences des mauvaises herbes qui abondent toujours dans les vieux prés; lors- qu’enfin on ne peut pas avoir de meilleure graine , on réussit assez bien avec celle-là ; mais ce que l’on jette ordinairement sur les terres , sous le nom de poussière de foin , est un assemblage des plus mauvaises graines avec un mélange de bonnes graines de pré, en très- petite proportion. Un des plus beaux prés que j’aie vu dans la vallée a été semé , il y a environ vingt-cinq ans, avec la poussière de foin ; mais cette DE GDOCESTER. 71 poussière avoit e'te' soigne'e comme je viens de le dire, et l’etablissement de ce pre' avoit e'te fait avec tout le jugement et le travail necessaires. Cette pièce avoit e'te'en mauvaises mains, et s’e'toit remplie de chiendent. On lui donna une jachère complète pour la nettoyer ; mais la saison ayant été défavorable , la terre ne fut pas jugée assez propre , au printems suivant, et on lui donna encore une jachère d’un an. A force de répéter les labours et les hersages en travers , les à-dos des sillons s’abaissèrent et se réduisirent en ondulations. Au printems qui succéda , on sema la terre en orge, mêlée de poussière de foin 5 c’est l’exemple le plus remarquable d’une bonne économie agricole dans cette partie importante de l’art : l’événement en a prouvé l’excellence. Avant ces deux années consécutives de jachère , ce terrain se louoit 10 shellings l’acre : dans l’état où il étoit , on ne pouvoit rien y recueillir ; aujourd’hui il vaut 25 à 5 o shellings. D’autre part j’ai eu lieu d’observer plusieurs prés qui ont été formés avec de la poussière de foin , et qui à présent sont dans l’état le plus misérable. La raison que l’on donne dans le canton pour ne semer que de la poussière de loin au lieu de bonne graine est très-singulière, savoir : qu’on ne peut se procurer en graine de 72 A G R I C U I, T u n B prés, que du ray-grass , lequel étouffe toutes les autres herbes , et est un poison pour la terre. JNous verrons tout-à-l’heure que l’herbe dominante dans 1< s vieux pre's de la vallée est le ray-grass ; mais pour appuyer ce que j’ai à dire sur le détail des herbes des pre's par des observations faites dans un tems où je ne connois- sois point l’e'trange préjugé des cultivateurs de la valle'e de Glocesler contre le ray-grass, je vais donner ici l’extrait de mes notes. « Hatherley, 10 Septembre ih83. Ayant » observe’ dans un petit enclos que l’on a mis » en pré depuis peu (ou plutôt qu’on laisse se » convertir en pre’), quelques places bien ga- )) zonnées et bien vertes , au milieu d’un tapis » de mauvaises plantes, j’ai examine les herbes » qui couvrent ces plantes privilégiées, et j’ai D trouve' qu’il n’y avoit uniquement que du » ray-grasset du trèfle blanc. Ce fait m’a con- » duit à examiner avec soin un pre' estime le 5) meilleur du canton , et j’ai vu, par les tiges a qui restent dans les endroits où la fiente.du 5) bétail a empêché les bêtes de brouter, que » la très-grande partie de l’herbe de ce pré est’ D du ray-grass. » « 10 Septembre. Dans ma tournée de ce » matin, au centre de la vallée, j’ai vu une » grande étendue de pâturages de vaches, DE GEOCESTEE. ^5 )) prcs (le la Cliclt. Le sol a une profondeur de )) cinrj à six pieds : l’herbe est un mélange de » trèfle blanc et de ray-grass. Les pousses nou- )> velles du ray-grass sont douces au goût )) comme du sucre ; beaucoup plus sucre'es « qu’aucune que j’aie eu occasion d’examiner. » Ces terrains sont excellens pour l’engrais , à )) ce que l’on dit ; mais on ajoute que les fro- » mages se font difficilement avec le lait de )) cette herbe. » » Je n’ai plus aucun doute maintenant sur )> la nature de l’herbe de l’excellent pre dont » j’ai fait mention ci-dessus ; car, dans ma v promenade de ce soir j’ai examine’ avec soin » plusieurs plantes de ray-grass qui avoient )> des tiges et des feuilles; et en comparant à )) la loupe , les feuilles de ces plantes avec les » feuilles des plantes du pre en question , je » n’y ai trouve aucune différence quelconque; « au goût cependant elles diffèrent beaucoup. )) Peut-être le goût du ray-grass pourroit il être )> une pierre de touche pour juger de la bonté )> du sol ; et peut-être aussi que le microscope » pourroit être extrêmement utile pour dislin— » guer les herbes des pre's à la feuille , et sans » le secours des liges et de l’epi. « « /5 Septembre. Visite' Tewshsbury hodge y "» charmante' ferme de pâturage : c’est un AOKICtriTUKE 74 )) monticule d’une terre riche, couverte d’une w belle herbe , qui est presqu’uniquement du » ray-grass. » « Au-dessous d 'Aperley. Visite' une cora- » mune très-vaste qui se pâture toute l’annëe , » et où il y a des chevaux , des jeunes bêtes à )> cornes, des moutons et des oies. Le terrain j) est tout plat, sujet à être inonde'. Le sol est » une terre vëge'tale rougeâtre; l’herbe est du » ray-grass extrêmement sucre ; il est, sans >) exagération, aussi doux que du sucre. Il y a » aussi un peu de trèfle blanc et de festuque, » autant que j’en ai pu juger sans voir l’épi. Le » pâturage est brouté si raz qu’il semble que » les oies ne peuvent rien y trouver à manger; * cependant les jeunes bêtes qui y pâturoient » étoient grasses et luisantes comme des taupes. » On regarde celte commune comme le meil- )) leur pâturage du pays, sans exception. » On m’a montré un pré qui avoit été , me dit-on, semé en rye-grass ; il n’y avoit presque point d’herbes; mais en examinant les plantes , je vis que ce qu’on avoit semé sous le nom de rye-grass étoit du brome (lob ou loggerheads ): cette plante et d’autres encore qui ont été semées dans la vallée, sous le nom de rye-grass, ne conviennent point aux terres du district, et ont donné uu préjugé contre le véritable rye-grass: DE GLOCESTEÏt. 76 Si jamais on a semé sans succès du véritable ray-grass , c’est probablement parce qu’on l’a seme trop e’pais. On sème un grand sac de graine de pre’ sur un acre , et un gallon de graine de ray-grass bien vanne'e, par acre, est très-suffisant sur la plupart des terres de la valle'e. On connoît très-bien , dans ce canton , la faculté' engraissante de la première herbe du printems. Les cultivateurs ont coutume de dire : « N’importe que l’herbe soit courte , » pourvu que les bestiaux puissent saisir les » pousses nouvelles , ils s’engraissent. » La raison en est e'vidente : c’est qu’à cette e'poque il n’y a pas encore un brin d’herbe verte que du ray-grass. Les bestiaux le mangent sans alliage , et il fait tout son effet. Les engrais- seurs de Glocester profitent de cette admirable qualité du ray-grass , tout comme les fermiers de Norfolk ; mais il y a cette différence, que ceux-ci reconnoissent au ray-grass ce mérite , au-lieu que les premiers s’acharnent à calomnier cette plante qui les enrichit (l). (1) Les observations qu'on vient de lire ont excité ma curiosité sur la cause de l’état florissant du bétail dans un village voisin de Genève. Les cultivateurs de la commune dont il s’agit envoient paître leurs vaches I 76 AGRICULTURE En Norfolk, et dans les collines de Cotswold, le sol a infiniment moins de fertilité’ naturelle dans de vastes communaux, où elles paroissent ne trouver presque rien à brouter. Cependant elles prospèrent à vue d’œil, et donnent du lait abondamment depuis l’époque où elles entrent dans ce pâturage. J’ai examiné cette plaine dans les premiers jours de juillet. Le gazon y éloit si ras que je ne découvris aucune tige pour m’assurer si, comme j’en avois le soupçon, une partie de J’herbe étoit du ray-grass ; mais ce qui me le feroit conjecturer, c’est que, dans une grande route qui a été ouverte il y a trois ans au travers de_cettc plaine de communaux, 011 voit, partout où le gazon s'est reformé de lui-même, le ray-grass (loliumperenne de Lin.) presque sans mélange: il domine du moins très-sensiblement les autres herbes dont Ja croissance a été également spontanée , et il semble y avoir dans la nature du sol, qui est une glaise blanchâtre, une disposition à le produire. Cependant je ne prétends pas donner trop de poids à cette conjecture, parce que j’ai observé depuis long-tems que le ray-grass paroît se plaire singulièrement le long des chemins et des sentiers, dans des endroits que les pieds des passans foulent souvent, mais pas assez cependant pour empêcher Fherbe de croître. C’ést une observation que j’invite les lecteurs à répéter dans les sentiers qui traversent les prairies. Il est donc possible que la végétation spontanée du ray-grass dans quelques parties de cette grande route soit due à une autre cause que la nature même du sol. Les observations de Marshall m’ont aussi conduit à examiner l’herbe d’unjpré situé dans la même commune, DE GECOESTER. 77 que dans la vallée de Glocester ; d’ailleurs il a porte du ray-grass depuis un tems infini. et dont le foin est réputé d’une qualité supérieure; qualité bien prouvée par l’état des bestiaux de la ferme dont il fait la principale nourriture. C’étoit à la fin de juin , et une partie du pré étoil fauchée. Une portion de la pièce est arrosée par les eaux d’une fontaine qui ne peut pas fournir la totalité du pré. Dans la partie arrosée, l’herbe étoit d’une abondance beaucoup trop grande : elle étoit couchée depuis plusieurs semaines, et blanche par-dessous. Lorsqu’on marchoit sur cette natte épaisse de tiges entrelassées,on enfonçoit comme sur un matelas. Le bout des plantes couchées tendoit à se relever ; les feuilles, d’un vert foncé, formoient un tapis qui re- couvroit la masse des tiges, laquelle masse répandoit une odeur de moisi lorsqu’on l’ouvroit avec la main. Je fus extrêmement surpris de voir que cette masse pres- qu’entière étoit du ray-grass. Il étoit parfaitement caractérisé par ses épis , dont les uns étoient à peine formés, d’autres en fleurs, d’autres déjà égrainés. Ces derniers étoient en plus grand nombre; leur paille étoit jaune et sèche ; mais on ne les voyoit qu’en les cherchant par-dessous. Us y étoient par poignées. La graine qu’ils avoient répandue étoit déjà en partie germée, et les pousses qu’on remarquoit dans cette masse humide avoient jusqu’à un pouce et demi de long. Lesfromentals (surtout le plus grand) et les festusques me parurent les seuls graminées mélangées au ray-grass, mais dans une proportion si foible qu’elles ne formoient peut-être pas la vingtième partie du tout. Il y avoit ensuite , par places beaucoup d’autres plantes que des graminées, 4 78 AGRICULTURE L’on n’a pas de peine à Je tenir bas en le faisant broulter. Mais dans la vallee de Glocester, ou et qui formoient un volume prodigieux de fourrage, lequel paroissoit devoir être de qualité médiocre. Dans toute la longueur des rigoles, et partout où l’action de l’eau étoit sensible, le ray-grass dominoit : dans plusieurs ' endroits, il étoit presque pur. J’examinai les parties du pré non arrosées. Je trouvai le ray-grass à peu près partout, mais en petite quantité. Je dois ajouter que le trèfle blanc se trouve plus ou moins dans toute l’étendue du pré. Il me parut évident que la bonne eau favorisoit particulièrement la végétation du ray-grass. Cela étoit sensible non-seulement dans le pré et aux endroits que je viens de décrire, mais le long d’une haie de la même pièce, auprès de laquelle passent une rigole, qui est l’égoût du village dans les pluies. Le pré dont il s’agit est extrêmement précoce dans les endroits arrosés. Il est toujours d’un beau vert dès le commencement de mars, et a souvent alors, dans ces endroits-là, de l’herbe de 5 à 6 pouces de haut. C’est cette première pousse qu’il faudroit goûter pour juger si le sol communique au ray - grass le goût sucré dont parle Marshall : je ne l’ai pas trouvé à la feuille ni à la tige, en juin. On ne fait jamais paître le bétail dans cette pièce au printems: peut-être y gagneroit-on beaucoup, non-seulement en profitant de la qualité nutritive du ray-grass dans cette saison-là, mais en empêchant la surabondance de la récolte, qui en fait perdre une partie, car le ray-grass est une herbe de printems et non d’été. Il est certain qu’à l’aspect de ce pré prêt à faucher, ou ne jugeroit pas qu’il pût donner du bon fourrage. DE GDOCESTER. 79 la terre est très-fertile , très-disposée à porter le ray-grass, il a une force végétative extrêmement grande. Les engraisseurs ne connoissent pas les ressources de celte herbe, et la quantité' de bestiaux qu’elle peut nourrir , au printems. Je pense que , pendant quelques semaines, une étendue donnée en ray-grass nourrit ou engraisse trois fois plus de bêtes que la même étendue de toute autre herbe des prés naturels. Quelques lermiers convaincus de la mauvaise influence du ray-grass, et ayant été témoins du peu de succès des semis faits avec la poussière Mais comme ce foin, tout blanchi et passé qu’il est clans les places abondantes, tout taré qu’il semble devoir l’être par l’alliage de diverses plantes médiocres, telles que les scabieuses, les convolvulus, l’arrête-bœuf, les daucus, etc. est cependant d’une qualité excellente. Ou peut légitimement conjecturer que cette qualité est due au ray-grass. Dans les endroits où rien ne favorise particulièrement la croissance du ray-grass, les tiges n’ont guère que demi-pied ou un pied de haut; les feuilles traînent et ne sont pas d’un vert si foncé ; l’épi est composé de si petits épilets qu’il faut quelquefois le regarder de très- près pour le reconnoître. Enfin comme la graine tombe à mesure qu’elle est mûre , ne laissant qu’une petite marque de son attache , en est souvent trompé à ces tiges nues qui jaunissent promptement et sont dépassées par les plantes environnantes. 8o A G- H. 1 C U r, T U B. E de foin, ont employé' le trèfle blanc seul, ou en le mélangeant de trèfle jaune , sans aucune addition de plantes graminées: cela vaut mieux assurément que d’empoisonnerle gazon d’herbes nuisibles ; mais c’est se rapprocher de la vieille coutume , qui consistoit à laisser les prés se former d’eux-mêmes. Il y a dans le début quelque perte , quant à la quantité de nourriture produite; et .tous les vides que laissent les trèfles se garnissent de mauvaises herbes , au lieu de se remplir de bonnes plantes graminées. Il est certain que l’on peut former un pré percnne sans graminées. Je l’ai fait moi-même, il y a long-tems. Mais c’étoit avant que je connusse les effets extraordinaires du ray-grass bien conduit, comme on le fait en Norfolk. 11 n’est pas moins certain que l’on peut obtenir de bons prés , à la longue , sans rien semer; mais il est évident que Je calcul est mauvais : or, ne semer qu’une classe de plantes, c’est prendre le milieu entre cette mauvaise méthode et la bonne. Qui est-ce qui ne désireroit pas voir le pré qu’il a semé depuis un an ressembler aux meilleures parties d’un vieux pré , c’est-à- dire avoir les bonnes herbes sans les mauvaises? Mais les meilleurs des vieux prés, dans cette vallée, sont presque uniquement garnis de ray- grass , et de trèfle blanc : au primeras, et en automne DE GLOCESTER. 8l automne, on n’y voit absolument que ccs deux plantes; donc, pour rendre les pre's artificiels perennes aussi parfaits que les meilleurs d’entre les vieux prés gazons , il n’y a à désirer que des graminées qui puissent remplacer, pendant l’été , les herbes des vieux prés naturels qui donnent beaucoup pendant la meme saison. Si 1 ’on ne peut pas atteindre au point de perfection , ce n’est p'as une raison pour ne pas tenter d’en approcher. Un pâturage nourrissant , au printems et en automne , est un grand avantage. En semant un peu de ray-grass, et en faisant pâturer au printems pour que le ray-grass ne prenne pas le dessus sur les. autres graminées qui donnent en été , celles-ci végéteront aussi librement que s’il n’y avoit point de ray-grass du tout. Je me suis étendu sur ce chapitre-parce que quelques-uns des fermiers de ce canton qui influent le plus par leur exemple et leurs discours, prêchent fortement contre le ray-grass. Je ne crois pas avoir aucun préjugé pour ou contre aucune plante. J’ai en général pour système de combattre de toutes mes forces les préjugés agricoles , quels qu’ils soient. Le sujet est de la plus grande importance dans l’économie rurale. Une des opérations les plus profitables de l’agriculture est de convertir Tome 2. F 8a A O B I C U ÏJ T U R R des champs raines en de bons prés ou pâturages, et c’est une des moins bien entendues , en général. Dans le district dont il est question , il y a vingt mille acres de champs qu’il importe de convertir le plus promptement possible en pâturages ou en prairies ; et lorsque cette conversion sera faite , il y aura dans la rente de ces terrains une différence annuelle de quinze mille livres sterling peut-être , selon que l’opération aura été bien ou mal dirigée. Près naturels. Une partie des vieux prés naturels du district est en prairies basses , ou formées par les dépôts des eaux. Une petite portion de ces prairies basses ne sert que de pâturage. La plus grande étendue se fauche. Le foin est une propriété particulière ; mais le regain est une propriété commune, presque par-tout. Quoique ces prés aient été formés par les eaux , ainsi que le prouve leur niveau uniforme , ils sont cependant absolument exempts d’humidité , et supérieurs dans quelques endroits de 12 à l 5 pieds au niveau des eaux. Ou n’y voit aucune place marécageuse. Ces prés sont sujets à être inondés , soit par la Sévern , soit par les ruisseaux qui croisent la vallée. Le sédiment qu’y déposent les eaux DE GEOCESTER. 83 contribue à hausser le sol. Il n’y a pas moins de mille acres de terres de cette espèce dans le voisinage immédiat deGlocester. Elles sont fer» til es. L’isle d’Alney en est entièrement formée; et elles ne sont pas particulières à la Sévern : on les retrouve près de la Chelt et d’autres ruisseaux , dans le reste de la vallée. Le sol de ces terrains est toujours profond, et on le trouve de la même nature à toutes les profondeurs. Auprès de Glocester, il a environ six pieds de profondeur, et présente une masse uniforme de terre végétale rougeâtre. Il y a une circonstance extrêmement curieuse relativement à la nature de celle terre. Elle est calcaire jusqu’à cinq pour cent de la masse totale , dans les couches inférieures ; mais dans la couche supérieure qui sert immédiatement à la végétation , l’on ne trouve pas le moindre signe de la présence de la chaux (1). L’herbe qui s’est formée dans ces prairies basses , varie selon la manière dont elles ont été conduites. Les parties uniquement destinées au pâturage , sont couvertes au printems et en automne d’un tapis de ray-grass et de trèfle (t) Je supprime ici une digression de l’auteur sur la formation de ces terrains par les dépôts de la Sévern, qui intéressent plus l’histoire naturelle que l’agriculture. 84 AGHICülTBKI blanc, avec un peu de cynosuro.'. Les deux graminées sont d’une qualité supérieure ; ex- tPeinent sucrées , particulièrement dans les parties qui sont pâturées par les moutons, parce que 1 ceux-ci en broutant les mauvaises plantes à raz le sol-, favorisent la végétation des graminées. 11 ne faut pas s’étonner de la grande fertilité de ces pâturages ; car , outre le tribut annuel des inondations , qui leur arrive , ils reçoivent en engrais la totalité de ce qu’on en tire : au lieu que les prés que l’on fauche tous les ans ne reçoivent rien en échange de ce qu’on leur ôte. \ oici la liste des plantes de ces pâturages , dans l’ordre de leur abondance , autant qu’il a été possible de Je maintenir. Ce sont les'dénominations de Linuæus. Folium perenne. Trifolium repens. Trifolium procumbens. Hordeum musinum. P henni nodosum. Cynosorus cris laïus. Cariées. Anthoxanthum odoratum. Alopecurus pratensis. Festuca fiai tans. Festuca elatior. Agrostis alba. Agrostis capillaris. Alopecurus geniculatus. FLolcus lanatus. Promus mollis. Promus. Avenu, flavescens. Pou tri- v'u dis. Poa pratensis. Sanguisorba oj/icinalis. Falhyrus pratensis. Trifolium pratense. JjO lu s corniculatus. Jtanunculus repens. Chrysanthenum leuçanthenum. Centaurea B E fi E O C E S T E R. 85 nigra. Achillea millefolium. Rumex acetosa. Rurnex crispus. Rumex obtusifolius. Leon- todon , tciraxacum. Ilypochœris radicnta. Galiurn verinn. Ranunculus ficaria. Bellis perennis. Dactylis glomerata. Briza media, .dira cœspitosa. Avenu elatior. Festuca du- riuscula. Juncus articulatus. Scirpus cœspi- losus. Peucedanum silaus. Oenanthe pim~ pinelloides. Heracleum sphondylium. Car- duus palustris. Serratula arvensis. Urtica dioica. Vicia cracca. Phalaris arundinctcea. Cardamine pratensis. Senecio aqualicus- Spirœa ulmaria. Lychnis flos-cuculi. Ranunculus acris. Ranunculus bulbosus. Pas- tinaca saliva. Achillea ptarmica. Potentilla anserina. Potentilla reptans. Cerastium vul- gatum. Galium palustre. Prunella vulgaris. Aju-ga reptans. Myosotis scorpioides. Plan- tago media. Plantago lanceolata. Rhinanthus cristagalli. Colchicum autumnale. Allium vineale. Tragopogon pratense. Thalictum Jlavum. Tanacetum vulgare. Cerastjum aquaticum. Galium mollugo. Antirrhinum linaria. Géranium pratense, Valeriana dioica. Orchis maculata, Polygonum per- sicaria. Lythrum salicaria. Symphytum officinale. Ranunculus jlamula. Caltha palustris. Mentha hirsuta. Silymbrium syl- 86 JlGifcPLTïïRE vestre. Silybrium amphibium. Sparganium erectum. Poa aquatica. Le produit de ces près varie selon les soins et les engrais. Dans le voisinage de Glocester on y re’pand des cendres et des fumiers de rue. Le produit commun est d’une cliarrete'e et demi par acre : il n’est pas rare qu’il monte à deux charretées. Le foin est excellent. Les près secs et élevés forment la portion la plus conside'rable des prairies du district. Leur sol est le même que celui des champs. Ils ont tous été autrefois soumis au travail de la charrue. Les sillons sont encore marques dans la plupart de ces près , et l’on en voit dans la paroisse de Churchdown, où les pentes des sillons sont rapides comme les côte's d’un toit. Auprès de Glocester leur pente est moins sensible , et il y a des pre's où les sillons ne sont que foiblement marque's. J’ai examine' le sol d’une pièce qui me’rite la réputation du meilleur pré du pays , dans Je Wisinage d’Hatherley, et qui ne porte aucun vestige (Te la charrue. Voici ce que j’observais Les six pouces supérieurs sont une terre végétale forte : c’est un mélange de glaise et de sable. Les trois pouces qui suivent sont une glaise brune légèrement calcaire. A un pied de profondeur la quantité de chaux augmente. De DE GLOCESFEB. 87 quinze à dix-huit pouces , la glaise devient bleuâtre , et est encore plus calcaire. Celte nature de terrain descend probablement à une grande profondeur. Dans les six premiers pouqes , je trouvai les racines extrêmement nombreuses. A mesure que je descendois , je trouvois les radicules plus rares ; mais à la profondeur même de dix-huit pouces la terre en e'toit garnie j ce qui montre l’importance d’un bon sol inferieur , pour une prairie. Celte pièce n’a jamais e'te' labourée, apparemment parce que cela n’a point été' nécessaire. Son gazon ne s’est jamais éclairci, et la fertilité s’est soutenue de générations en générations. Il est remarquable cependant que le pré dont il est question est tardif au printems ; mais une fois que la sève y est en mouvement , les progrès de la végétation sont d’une rapidité incroyable. Les plantes des prés élevés varient beaucoup selon la nature du sol , et surtout du sol inférieur. En général, le foin y est d’une qualité excellente. Au printems et en automne. Je sol est couvert d’un lapis des meilleures herbes , surtout du ray-grass. En été l’on observe dans les près que l’on fauche , une plus grande variété de plantes. En voici la liste , dans l’ordre de leur abondance , ou à peu près, sous les d^nomln^tious de Liftnæus. 83 AGRICULTURE Lolium perenne. Trifolium repens. Cyno- surus cribtatus. Trifolium prcttense. Poa trivialis. Trifolium procumbens. Lathyru » pratensis. Lotus corniculalus. Promus molli*. Promus. Horcleum musinum. Phleum no- dosum. Avenu elatior. Anthoxanthum odo- rathum. Agrostis alba. Agrostis capillciris. Poa cuinua. Pestuca sylvalica. Panunculus repens. Panunculus bulbosus. Panunculus acris. Achille a millefolium. Centaurea nigra. Heracleum sphondylium, Pastinaca sativa. Serratula arvensis. Rhinanthus crista-galli. Euphrasia odontides. Leontodon hispedum Leontodon taraxacum. Hypochgeris radi- cata. Galium. verum. Polentilla reptans. Plantago media. Planfago lanceolala. Ra- nunculus ficaria. Pellis perennis. Dactylis glomerata. LIolcus lanatus. Priza media. Alopecurus pratensis. Avenu flavescens. Poa pratensis. Festuca elatior. Aira ccespe- tosa. Alopecurus geniculcitus. Juncus arti- culatus. Chrysanthemum Leucanth. Peuce- clanum silaus. Rumex crispus. Rumex aee- tosa. Rumex obtusifolius. Carduus lanceo- latus. Uriica dioica. Cerastium vulgatum. Stellaria graminea. Plantago major. Pru- nellci vulgctris. Primula verts. Viola hirta. Convolvulus arvensis, Veronica chamœdris. i) je g i, o c i: s t e r. 8g Juncus campestris. Festuca duriuscula. A venu pubescens 7'rifolium fragiferum. Vicia cracca. Orchis morio. Tragopogon pratense. Daucus carola. Agrimonia eupatoria. Artémis ia vulgaris. Chœrophyllum sylvestre. Galium mollugc. Géranium pratense. Géranium dissectum. Vicia sativa. Vicia sepiurn. Lathyrus nissolia. Primula vulgaris. Les plantes ci-dessus sont communes dans les meilleurs près. Celles qui suivent se trouvent dans les endroits un peu mouilleux que la négligence laisse subsister au milieu des terrains , les plus avantageusement silue’s. Festuca sylvcitica. Ononis arvensis spi- nosa. 7'ussilago farfara. Potentilla anserina. Ilieraciu/npilosella. Carices. Melica cœrulea. Cineraria palustris. Scabiosa succisa. Car - cluus palustris. Spirœa ulmaria. Stachys palustris. Juncus injlexus. Juncus effusus. Achillea ptarmica. Ajuga replans. Orchis mandata. Orchis latifolia. Miosotis scor- pioïdes. Mentha hirsufa. Polygonum per- sicaria. Polygonum amphibium. Callha palustris. Jeronica beccabunga. Sisymbrium nasturtium. Le produit du foin dans ces terrains varie entre une cliarretee et deux , par acre ; et Fou compte entre un acre et demi et deux acres pour l’entretien d’une vache au pâturage. 90 AGRICULTURE Voici les principaux traits de l’économie de pre's. Une partie des prairies est honteusement gâte'e par les eaux de la surface, faute de fossse's d’e'coulement et de coulisses, soit ouvertes soit garnies de pierres. La nature argileuse du terrain inferieur entretient dans plusieurs endroits , une humidité' froide , qui sollicite un remède. En général , on a soin d’égaliser chaque anne'e la surface des prés et d’enlever les taupinières ou fourmilières : il y en a cependant qui sont extrêmement négligés sous ce rapport, et qui ne peuvent plus être remis que par la charrue. Les propriétaires hésitent à les / rompre, parce qu’ils ont l’exemple du mauvais succès des prés nouveaux semés en poussière de foin , et qu’on n’a point d’autre manière de les établir, dans ce district. On n’arrache jamais les mauvaises herbes dans les prés , mais on a une coutume qui mériteroit d’être plus répandue qu’elle ne l’est, Çr’est de couper au moins une fois , et souvent deux , pendant le courant de l’été la cime de mauvaises plantes. II est très-rare que l’on fume les prés. Dans les prairies basses, on compte sur le bénéfice des inondations. Dans les pâturages de vaches, qu’on ne fauche jamais , il n’est pas nécessaire d’en répandre 5 et enfin dans les prés élevés DE GE0CESTER. 91 on n’en met point , parce qu’on n’en a pas assez pour cela. Les champs absorbent la totalité du fumier que le district produit. Cependant si l’on garnissoit de terre le fond des cours de fermes, ou des enclos où l’on tient les bestiaux, afin d’absorber les sucs qui se perdent , on obtiendroit annuellement une grande quantité' de fumier propre aux pre's , sans rien ôter de celui qu’on donne aux champs. Il est certain que le produit des près, dans la valle'es, n’est point proportionne à la qualité' des terres ; mais il ne faut pas s’en étonner : la plupart des pièces n’ont jamais reçu d’autre amélioration que la fiente du bétail qui y pâture. On ne connoît absolument point la méthode des arrosemens par inondation telle qu’elle est pratiquée en Wilt-shire (1). Elle seroit facile à introduire , et seroit, sans doute , du plus grand effet. Il est étonnant qu’étant si voisine du canton où cette pratique est commune , la vallée de Glocester l’ignore tout-à-fait. Cela montre combien l’esprit d’amélioration est engourdi dans cette vallée, et combien il y auroit à gagner si une fois il se réveilloit (2). (1) Voyez ci-après la culture de Wilt-shire. (s) C’est aussi un exemple , entre tant d’autres, de la leuteur des communications des bonnes pratiques, lorsqu’il n’y a pas un centre commun oit aboutissent et d’où rayonnent ensuite toutes nos connoissauce utiles. 92 ACIlCtfLÎÜRK On est d’accord en general , dans cette valide qu’il convient de faucher et pâturer alternativement les près ; mais on n’applique pas toujours le principe dans la pratique. Les pre's éloignes sont ordinairement fauchés , et les plus près de l’écurie servent au pâturage. On remarque que les prairies que l’on fauche régulièrement tous les ans se couvrent du rhinaalus , qui est une plante bisannuelle et jette sa graine dès le commencement de l’été. Si l’on pâture , la plante est arrêtée dans sa végétation , et ne peut pas grener. En faisant pâturer deux ans de suite, on parvient à la détruire. Le moment où l’on ôte les bestiaux des prés, au printems , dépend de la situation et de la nature du terrain. Dans les prés froids et tardifs on ne met guères les bêtes en pâture au printems, mais dans les prés hâtifs et chauds , on les tient au pâturage jusqu’au commencement de Mai. Cette distinction est admirable, et elle appartient , je crois, exclusivement à ce district : je ne l’ai point observée ailleurs. H y a dans le voisinage immédiat de Glocesler , une prairie qui en vertu d’un ancien privilège , se pâture par les bestiaux de la commune , et même par les moutons jusqu’au milieu de Mai. La conséquence de r DE G-IiOCESTER. g5 cet usage , c’est que , si le printems est sec , la récolté du foin est à peu près perdue. Mais toute absurde qu’est cette coutume , j’ai vu dans le même arrondissement un privilège bien plus absurde et plus étrange encore. Il y a auprès de Glocester une excellente prairie, de plusieurs centaines d’acres d’étendue, dans laquelle un particulier a le droit d’envoyer en pâture deux chevaux , pendant tout le tems que le foin croît. Le lecteur aura peine à concevoir que , dans un tems de lumières , une absurdité si condamnable puisse encore être pratiquée. Si je n’avois vu la chose de mes yeux , j’aurois peine à la croire. La tradition rapporte qu’originairement ce privilège étoit accordé à deux étalons ; et que peu-à-peu il a été étendu à deux chevaux quelconques, C’est un singulier privilège que celui de faire un mal qui ne peut être utile à personne. Le moment où il convient de couper les foins est un article très-important. Dans ce district, comme dans tous ceux que*j’ai observés, on laisse trop mûrir l’herbe avant de la couper» Ce mauvais usage a probablement pris son origine dans les prés dont le regain est une propriété commune. Il y a cependant de bons agriculteurs du pays qui commissent tout l’avantage qu’il y a à couper les prés taudis que y4 AGRICULTURE l’herbe est en pleine se've , parce que le foin est plus nourrissant, et que le regain a aussi une qualité supérieure pour l’engrais des bestiaux , lorsque la première herbe a été coupe'e avant d’être trop mûre. Dans une année qui n’est ni sèche ni humide , on coupe beaucoup d’herbe à six ou sept semaines de croissance. Les faucheurs de Glocester fauchent extrêmement raz ; ce que l’on peut attribuer aux dimensions peu conside’rables de leur faux. Nous avons vu que les faucheurs du York-shire prennent neuf à dix pieds d’un coup de faux : ceux delà valle’e de Glocester ne prennent que six à sept pieds. J’ai très-souvent mesuré des coups de faux d’une prairie qui , l’un dans l’autre , n’embrassoient que six pieds. Ce sont les deux extrêmes. Cette manière de faucher prend trop de tems : l’autre n’est pas suffisamment exacte. Le milieu le plus convenable est de prendre un coup de faux de huit pieds : il permet de faucher très-raz , et cependant avance l’ouv'rage bien suffisamment. La manière de faire les foins est un sujet inépuisable. Dans tous les districts on trouve sur cet article des différences à observer. H y a beaucoup de rapport néanmoins entre la pratique de Yorkshire et celle de Gloceslershire. U est surtout remarquable que l’on ait recours DE & DOCESTEÏL 95 au même expédient de mettre le foin en gros monceaux avant que de le mettre en meules. On exagère même ici la pratique du Yorksliire ; car le foin est rassemble’ par tas de moyenne grosseur dans les cours de ferme, et on réunit ces tas en meules pendant que le foin est en fermentation , et si chaud qu’à peine on peut y travailler. On prétend , ici comme en Yorksliire , que le foin conserve plus de sève et de saveur lorsqu’il est fait de cette manière. On est dans l’usage de faire des meules énormes, et qui ont jusqu’à cent charretées de masse. Les propriétaires s’en font une espèce de gloire ; et l’ambition des grosses meules a sans doute contribué à établir l’usage de faire suer le foin deux fois. Quoiqu’il en soit, c’est un fait bien reconnu que le foin de cette vallée est d*une qualité supérieure. On trouve qu’il engraisse le bétail presque aussi promptement que l’herbe verte, et la quantité de beurre qui résulte du lait , quand les vaches mangent ce foin là est extraordinaire. Est-ce à la nature du sol , de l’herbe , est-ce à la manière de faire le foin qu’on doit attribuer cette qualité supérieure? Il me paroît évident qu’il y a dans le sol de celte vallée quelque chose qui donne plus de saveur et de suc aux productions : c’est sans doute un prp- i g6 AGB.ICUI/TÜIIE cédé utile que celui qui conserve celle saveur dans le foin autant qu’il est possible. Le degré de chaleur qu’il convient de procurer au foin en le faisant suer , est un point intéressant ; et ce sujet n’a pas été traite'. Il convient peut-être d’avoir e'gard à la qualité du bétail auquel on destine le fourrage. L’opinion générale est que pour engraisser le bétail , il convient de donner beaucoup de chaleur au foin, en le faisant suer. Pour les vaches , c’est tout le contraire. Ceux (fui ont des laiteries prétendent que le foin qui a eu beaucoup de chaleur dans le tas ne convient pas aux vaches. Le mot des bergers, c’est que le foin échauffé sèche le lait. J’ignore si ces deux opinions sont repliement fondées en fait. L’objet vaudroit du moins la peine d’exciter quelques recherches , dans un pays de prés et pâturages. On n’emploie guères le foin , dans cette vallée , qu’à nourrir les vaches et à engraisser le bétail. On le leur donne ou au râtelier sous des hangars , ou dans les cours , ou sur les prés en automne et en hiver, ou sur le terrain même où il a crû. Nous verrons quelle est celle méthode quand nous traiterons de l’engrais des bestiaux. Quant au regain , l’usage qu’on en fait est ‘ en général mal calculé. Du moment que le foin DE GEOCESTEU. 97 foin est recueilli, et souvent pendant qu’une grande partie du foin est encore en tas, on met les bestiaux à la pâture. Bœufs, vaches, moutons , chevaux , tout est pêle-mêle parmi les tas de foin. Cela fait un coup-d’œil pittoresque, mais c’est un spectacle pénible peur le cultivateur qui appre'cie le de'gat qui en re'sulte nécessairement sur le regain. Dans deux fois vingt-quatre heures le pre' a l’apparence d’une commune des moutons en hiver. On n’y découvre pas un seul brin d’herbe verte : tout est foulé par les pieds des bestiaux , ou rasé près du sol par les moutons et les chevaux. Cependant comme la végétation a beaucoup d’activité dans ces terres , les moutons, et même les chevaux , peuvent continuer à s’y nourrir; les bêtes à cornes peuvent encore n’y pas mourir de faim , mais il est impossible que les vaches en rapportent de quoi donner une rente profitable. Cette mauvaise exploitation n’est pas bornée aux prés ouverts : elle est souvent pratiquée dans les prés clos. Il est très-rare que l’on voie les bestiaux dans un bon pâturage de regain , et qui soit propre à recevoir des vaches , ou des bêtes à l’engrais. Les femmes de Glocester trouvent cet avantage à mettre leurs bestiaux dans les prés après qu’ils sont fauchés, c’est Tome 2, G g8 A G- K. I C U Ij T U R JS que leurs pâturages ont un répit par ce changement, et que l’herbe a le teins d’y recroître. Si l’on avoit soin d’attendre pour cela que le regain eût pris quelque accroissement, cette pratique vaudroit mieux que celle de York- shire , où il est d’usage de laisser les bestiaux dans les pâtures jusqu’à-ce que le regain des près soit trop dur. Chevaux. Il n’est pas d’usage , dans la vallée, d’élever des chevaux pour les vendre. La plupart des fermiers élèvent eux-mêmes leurs chevaux de charrue. Il s’élève de même quelques chevaux de selle ; mais il n’y a rien à observer d’inté- ressant sur la méthode suivie dans l’e'ducation des chevaux. Ceux qu’on destine au trait sont de la grosse race , mais ils sont les meilleurs de cette espèce : ils sont bas sur jambes, et ont beaucoup de corps. Ils sont en général noirs , ou très-bruns. Le prix d’un cheval de charrette de six ans est communément de a5 à 35 livres sterling. Moutons. Le belier est un animal de montagnes. Dans l’état dé domesticité, il se plaît particulièrement sur les hauteurs. 11 lui faut au moins des pâlu- DE GI/OCESTEK. 99 rages secs , et parfaitement sains. Dans les vallées , il est rare que l’on puisse se livrer avec profit à la culture des moutons. Autrefois on entrelenoit dans la vallée de Glocester des troupeaux considérables. On en. élevoit. même communément ; mais l’ëte' pluvieux de 1782 ane'antit, en quelque.sorte , les moutons dans la vallée. Un seul fermier en perdit 180. Tout concourt à rendre ce canton fatal à ces animaux. La situation du pays est basse j le sol infe'rieur retient lés eaux ; et on laisse séjourner les eaux pluviales sur la surface du terrain. Il seroit donc bien mal entendu de s’obstiner à élever des moutons dans un pays qui leur convient si peu. Les fermiers , en général , ont le bon sens de changer maintenant leurs. troupeaux tous les ans. Us achètent des brebis en automne. Elles élèvent leurs agneaux au printems , et on les engraisse elles-mêmes dans le courant de l’été. Les deux races qu’on emploie de cette manière sont les ryeland et les cotswold. Nous leys décrirons ci-aprs. Autrefois on parquoit dans les jachères; mais les troupeaux parqués périssoient tous de la pourriture. ÎOO AG-KICUIiTU Bêtes à cornes. Les bêtes à cornes forment les véritables troupeaux des vallées. Dans celle de Glocester, on s’occupe également des laiteries, d’élever des bestiaux , et de les engraisser. Il n’y a pas long-tems que l’on ne con- noissoit dans la vallée qu’une seule race ; et c’est celle qui y domine encore : on l’appelle la race de Glocester : elle appartenoit au canton de tems immémorial. Il s’y mêloit de tems en tems des bestiaux de la race de Galles et de Herefordshire , que l’on achetoit pour engraisser ; mais tout ce qu’on élevoit éloit de la race propre au pays. En dernier lieu on a introduit une race à longues cornes du Stafford - sbire, que l’on^ nomme la race du nord. Cette race remplacera probablement l’autre avant qu’il soit long-tems. Nous aurons occasion de décrire la race à longues cornes , du Stafford-sbire ou des provinces du centre ; ainsi que celle du Hereford-sbire. Quant aux bestiaux'de Galles, ils offrent des variétés infinies pour la taille, mais ils s’accordent sur le caractère des côrnes : elles sont toujours de grandeur médiocre. La plupart de ceux qui ont des laiteries élèvent eux-mêmes leurs vaches; ils s’attachent DE GDOCESTER. TOI à élever des races qui soient bonnes en lait, et qui le conservent pendant tout l’été jusqu’en automne. Il y a toutes les semaines, à Glo- cester , un marche' de vaches où l’on en voit toujours de cinquante à cent de différentes races, qu’on y mène avec leurs veaux. La race à longues cornes y domine. Le prix moyen d’une vache de la race de Glocester, avec son veau à en juger par les dernières anne'es , est de huit à dix livres sterling. Une vache du Nord ( north country cow ) coûte communément dix à douze livres sterling. Le nombre de vaches à lait entretenues dans la valle'e est extrêmement considérable ; mais les fermes étant petites., les laiteries le sont également , et il est rare que le nombre des vaches d’une laiterie passe trente. On en voit cependant jusqu’à quarante (1). En général, on met les vaches au pâturage au commencement de Mai. On les fait passer d’un pré à l’autre, jusqu’à-ce que le regain ait ^repoussé dans les premières pièces où elles sont entrées. Les soins d’hiver varient selon que les fermes ont plus de champs ou de prés. Dans les (1) Dans la vallée d’Evesham, les laiteries sont plu* grandes. Elles ont 5 o à 60 vaches; et il y en a deux de 80. (A) 102 AGRICÜX.TURE fermes où les champs dominent, on laisse les vaches dans les cours , sur la paille , jusqu’à- ce qu’elles soient prêtes à faire le veau : on les se'pare alors des autres pour les mettre au foin , dans une cour differente , ou dans une pièce où on les nourrit pour les y faire parquer. Dans les fermes où les près dominent , on laisse les vaches au foin tout l’hiver , soit en plein air, soit sous des hangars. L’usage commun dans le nord de l’Angleterre d’hiverner le svaches dans leurs étables n’est point connu ici. On emploie le lait à élever des veaux , à faire du beurre, ou à faire des fromages. Mais les fromages sont Fobjet le plus considérable, et forment une grande partie du revenu de la vallée : nous reviendrons à leur fabrication. L’usage des fermiers est d’engraisser eux- mêmes leurs vieilles vaches; en sorte que leur système embrasse l’éducation des veaux, les procédés de laf laiterie , et l’engrais. On n’élève guères que des génisses ; et les veaux sont toujours sevrés dès les premiers jours de Février : si on les nourrissoit plus tard , ils feroient tort à la laiterie. On ne laisse le veau à la mère que les trois premiers jours. On le met ensuite au lait bouilli , et ce qu’il y a de remarquable , c’est qu’on donne le lait T) E O J. O C E S T E R. lo5 aussi chaud que l’on puisse y tenir la main sans se brûler. On prétend que cela prévient les diarrhées , et donne la possibilité de mettre immédiatement le veau au lait écrémé dès le troisième jour de sa naissance. Du moment où le veau a quitté le teton il ne boit plus que du lait écrémé. Cette pratique mérite beaucoup d’attention. La nature donne à la mère un lait plus clair pour le veau qui vient de naître ; et ce lait est inutile dans la laiterie. C’est donc un procédé très-bien entendu que de laisser le veau à sa mère pendant les trois premiers jours. Après ce terme, le lait devient presque semblable, en apparence , au lait plus ancien -, mais il est bien probable que sa qualité ne change que graduellement , et à mesure que le jeune animal prend des forces. On remarque que lorsqu’on donne un jeune veau à une vache dont le lait n’est pas frais , il prend la colique. Il faut que ce lait éprouve préalablement une correction 5 et c’est cet effet que l’on assure ([lie l’ébulilion produit. Le fermier qui vante cet usage y ajoute celui de. faire manger à ses veaux des fèves refendues , de l’avoine , et du foin bâché. Lorsqu’ils commencent à manger de ces trois substances , on substitue peu-à- peu l’eau au lait. On met ensuite les veaux dans- 104 ACSICUIiTtlKE les meilleurs pre’s ; et pendant tout l’été ils ont toujours le premier pâturage des troupeaux. On tient les veaux dans des enclos qui en contiennent sept ou huit, et où ils sont très- resserre's , parce que les veaux qui ont trop de place s’échauffent en courant et en sautant, et ils prospèrent moins. Les veaux d’un an ont toujours le meilleur foin de la ferme , pendant l’hiver. On leur assigne , dans l’été suivant, une pâture particulière. A la seconde anne'e , les ge’nisses sont hiverne'es à la paille, à moins qu’elles ne soient déjà pleines : dans ce cas on les hiverne au foin. L’usage est de ne leur donner le taureau que dans le courant du second e'te', afin qu’elles soient en rente à trois ans. Quoique la vallée ne soit pas proprement un canton d’erigraisseurs , il s’y engraisse un grand nombre de bestiaux. Les possesseurs de laiteries , ainsi que nous l’avons vu, engraissent leurs vieilles vaches ; et outre cela il y a un certain nombre de fermiers riches qui font métier d’acheter des bestiaux pour les engraisser. Les deux méthodes de ces deux ordres de cultivateurs sont différentes à divers égards; et d’abord , certains bestiaux sont engraissés dans les cours de fermes , et d’autres dans les étables. DE GEOCESTER. 105 Lorsqu’on engraisse dans les cours de fermes, on n’emploie que le foin et l’herbe. Ordinairement on les commence avec de l’herbe et on les finit au foin. Celui-ci, dans ce canton , lorsqu’il est bien recueilli , engraisse aussi promptement que l’herbe. Les vieilles vaches des laiteries , les bestiaux de Galles, de la petite sorte, et quelques gros boeufs de Here- fordshire , s’engraissent de cette manière. Le marche’ principal des bestiaux de Galles est Glocester. Pendant l’ëtë , on met ordinairement ces bestiaux à engraisser dans les pâturages les plus éloigne's. Aussitôt que l’herbe commence à diminuer, ou à être alte're'e par les gele'es , on leur donne du foin à manger dans le pâturage. Lorsqu’il n’y a plus d’herbe du tout, on les renferme dans un petit enclos , près de l’ëcurie , où on leur donne du foin tant qu’ils en peuvent manger. On renferme le fourrage dans des râteliers faits d’e'corce de saule , lesquels se roulent et se relèvent pour les prësefver de la boue , dans laquelle les bestiaux sont quelquefois jusqu’au genou , lorsqu’ils mangent. Souvent , il n’y a qu’une portion de la cour qui soit garnie de paille ; mais les bestiaux , autant qu’ils le peuvent, se couchent toujours au sec, et c’est un tort que de les laisser dans 306 .agriculture la boue et l’ordure comme on le fait souvent : ils prospèrent moins. J’ai observe’ à plusieurs reprises dans une petite cour de ferme , six bfieufs qu’on y engraissoit, et qui valoient de 20 à 3 o livres sterl. la pièce. Ils e'toient dans le fumier jusqu’au genou ; mais il y avoit un petit coin de leur enclos où le chaume e'toit sec, et ce petit coin leur sufBsoit avec la précaution de s’y coucher tour-à-tour, pour conserver leur robe propre. A voir leur état de santé et de prospérité , on les auroit jugés parfaitement satisfaits de leur situation. Ils n’avoient aucun couvert ni abri dans cette cour, que de grands arbres; mais ils n’avoient point les vents du nord et de l’est. Le progrès des individus à l’engrais dépend beaucoup de leur taille. Les bestiaux gallois achetés de bonnes heure dans l’été se^finissent très-bien avec de l’herbe seule : quelques vaches sont dans le même cas, mais en général, on les finit avec du foin. On n’imagine pas de pouvoir achever l’engrais d’un bœuf en moins de 10 à 12 mois. Les acheteurs des bœufs gras sont les bouchers du pays : on estime que le profit du boucher sur une vache de 10 à 12 liv. st. est d’une guinée ou deux. On compte, qu’à l’herbe une vache galloise gagne par semaine entre DE GLOCESTER. y 107 un slielling et demi et deux shellings ; une > vacbe reformée de la laiterie , deux à trois shellings , et un bœuf trois shellings à trois sliellings et demi. Au foin, les bestiaux gagnent quelque chose de plus. L’usage d’engraisser dans les e'tables est nouveau en Angleterre. Il paroît que d’abord on ne s’est servi que du foin pour l’engrais , pendant l’hiver , car l’herbe est la nourriture naturelle pour engraisser des bestiaux. On a aussi employé' le grain de tout tems pour cet objet. Il y a environ un siècle que les turneps sont applique's à cet usage dans la province de Norfolk ; mais il n’y a que vingt à trente ans que l’on se sert, en Glocester-shire, des gâteaux de lin dans le même but. Ces gâteaux sont le re'sidu de la graine de lin après qu’on en a exprime l’huile. Il y a plusieurs parties de l’isle où ces gâteaux sont appliques au même usage , dans aucun endroit d’une manière si gêne'rale que dans la province de Glocester. Il y a deux fermiers qui engraissent, à fond, chaque anne'e , entre cent et cent cinquante gros bœufs. Un troisième en engraisse encore un plus grand nombre. Voici quelques de'iaijs sur les procédés de l’engrais. Ls situation du district est favorable. Les lo8 ACRICULTUEE pâturages et les foins y sont de qualité supérieure. La nourriture d’été n’est peut-être nulle part meilleure , si ce n’est dans les marais salans. La navigation de la Severn favorise l’engrais de l’hiver. La race des bestiaux est très-belle pour engraisser , et la distance de Londres n’est pas trop considérable. On donne à l’e'table, du foin, du grain, des gâteaux de lin , et de la graine de lin. Le foin fait la base de la nourriture des bestiaux qu’on engraisse , et ordinairement , il se mêle à la paille hachée. On donne de la farine d’avoine et de fèves , à lécher sans eau ; mais surtout on emploie les gâteaux de lin, dont le prix est devenu si haut depuis que cette industrie est générale , qu’il est maintenant douteux qu’il y ait du profit à les préférer. Des gens qui ont de l’expérience assurent qu’au-dessus de trois livres sterl. le tun, il n’y a point à gagner à employer cette substance pour engraisser le bétail ; cependant on paie les gâteaux de cinq à six guinées le tun. Le prix exhorbitant des gâteaux a engagé quelques particuliers à essayer de donner la graine de lin réduite en gelée par l’ébullition. Celte manière, également employée en Here- ford-shire , réussit fort bien. On peut conclure DE GDÔCESTER. lOg du prix excessif des gâteaux , que la demande en est plus considérable que la quantité' dans les marclie's. L’usage de la graine doit donc avoir le bon effet de faire baisser le prix des gâteaux en diminuant la demande. Il est probable que cette graine peut être employée avec plus d’avantage que les gâteaux au prix actuel. La graine de lin d’Amérique de première qualité , ne revient en Angleterre que onze livres sterl. le titn. La graine commune n’est pas si chère. Il est bien probable que la faculté engraissante des gâteaux dépend de l’huile qui n’en a pas été exprimée, et non pas des enveloppes de la graine qui forment la masse du gâteau. Or, s’il est ainsi, en cpnside'rant la prodigieuse pression employée pour extraire l’huile , on peut croire que la graine contient peut-être quatre à cinq fois plus de substance nourrissante que les gâteaux. On pourrait prétendre que l’adoption trop générale d’un article étranger pour engraisser les bestiaux , tendroit à diminuer la demande et par conséquent le prix des productions intérieures, ce qui seroit au détriment des propriétés foncières. Mais il faut considérer , que l’adoption de l’usage de la graine de lin, tirée du dehors , ferait arriver ea même tems dans no agriculture l’isle une masse d’engrais végétal de l’espèce la plus active et la plus profitable; que cet engrais augmenteroit la masse du blè produit, et par conséquent son exportation , en sorte qu’en dernier re’sultat les propriétaires n’en souffriroient pas. Ce sont ordinairement les gros bœufs de Hereford-shire que l’on engraisse à l’étable. Les bœufs cessent de travailler après les semailles du printems; et se vendent en automne, bien en chair aux engraisseurs. C’est ordinairement à six ans que ces bœufs sont mis à l’engrais. On ne peut pas s’empêcher de déplorer un usage qui fait sacrifier inutilement trois ou quatre années du meilleur service de ces animaux. Malheureusement les engraisseurs savent par expérience qu’à l’âge de six ans les bœufs leur donnent plus de profit que plus tard , parce qu’à cet âge et jusqu’à sept ans , l’animal croît encore , en même tems qu’il s’engraisse. 11 augmente de poids par deux causes ; au lieu que passé cet âge , il ne fait plus que s^engraisser. On prétend que des bœufs qui ont beaucoup travaillé ne s’engraissent jamais si bien que ceux qu*on ôte à la charrue un peu plus jeunes; mais cet argument ne peut s’appliquer qu’à ceux qui ont été' surmenés ou excédés do DE OLOCESTEH. 111; travail , ce qui est surtout un mauvais calcul, car un bœuf doit être maintenu en chairs autant que le permet son degré d’activité'. Si un cheval paie bien celui qui le maintient en chairs ; à combien plus forte raison un bœuf que l’on maintient en e'tat n’cst-il pas plus avantageux au proprietaire qu’un bœuf que l’on surcharge de travail. Il y a dans ce district l’exemple d’un bœuf qui avoit travaille' jusqu’à l’âge de quinze ans, et qui s’est ensuite assez bien engraisse' ; mais il y a un autre fait bien plus marquant. Mr. Darke de Bredon a réussi à engraisser à fond , trois bœufs de dix-huit ans, qu’il avoit achetés chez Mr. Cook près de Hereford , où ils avoient été élevés. C’est aux foires de Hereford-shire que se font les achats des bœufs à engraisser. Ces foires se tiennent dans tous les mois de l’année, et ceux qui font le métier d’engraisseurs achètent en toute saison. Le printems et l’automne sont néanmoins les momcns où l’on achète le plus. Au printems ce sont les bêtes maigres: en automne les bêles sont en chairs, ou déjà à demi engraissées. Les signes généraux qui déterminent la préférence des engraisseurs pour tel ou tel individu sont les mêmes que dans les autres provinces j 112 A&RICUIiTWn® mais il y. a des signes particuliers auxquels ils s’attachent, et qui peut-être sont en effet des symptômes de disposition à l’engrais pour les races dont il s’agit, tandis que pour d’autres races , il convient de s’attacher à d’autres caractères. Chaque variété' a une tendance à dégénérer. Ainsi l’on voit que la race de Glocester-shire, lorsqu’elle est néglige’e , devient plus étroite de poitrine, plus mince du quartier de derrière, et plus haute sur jambes. La race de Hcreford- shire à une tendance à devenir lourde. La race à longues cornes , au contraire, devient aisément mince du corps, épaisse du devant et du derrière. Enfin, la race d’Holderness tend à prendre une viande dure. Ces observations peuvent servir à accorder les opinions contradictoires des hommes du métier sur ce point. En général, les fermiers sont gens à préventions et lorsqu’ils protègent une race particulière , ils la vantent outre mesure , sans se donner la peine d’examiner les avantages comparatifs des autres races de l’isle. Quelle que soitla race à laquelle on s’attache, le profit de l’engrais dépend particulièrement du choix des individus ; et quoiqu’un certain tact naturel aidé de beaucoup de pratique, soit Beçessaiif DE GDOCESTER. Il3 necessaire dans ce cas , comme dans beaucoup d’autres, cependant les principes peuvent se réduire en science , et celui qui les commît , acquiert plus promptement le jugement necessaire pour bien acheter. Voici les caractères que j’ai rassemblés d’après mon expérience et celle des praticiens les plus éclairés , comme propres à diriger les achats d’un engraisseur pour la race de Hereford-sbire. Il faut que le bœuf ait l’air vigoureux et bien portant ; qu’il ait la tournure d’uu bœuf fait , et non pas celle d’un taureau ; ou d’un bœuf qui est encore dans l’époque d’une croissance rapide. Il doit avoir l’air gai , le front large, l’œil plein et vif; les cornes brillantes , minces et dirigées à droite et à gauche ; la tête petite ; le col long et mince ; la poitrine profonde , le poitrail large , et avancé ; les os des épaules plats et bien recouverts de chair ; les reins pleins, les rognons larges ; les hanches larges et de niveau avec les reins : les quartiers longs; la croupe de niveau avec l’épine, c’est- à-dire ni rebattue, ni tranchante et relevée au- dessus des quartiers, la queue mince et bien garnie ; le ventre arrondi et-vaste, et* en général la capacité du corps grande ; les côtes larges , rapprochées , non protubérantes for- Tome 2. H Il4 AG R I C U Xi T U ]i E niant un arrondissement uni , et la dernière côte grande ; la cuisse bien formée et s’amincissant d’une manière re'gulière , les jambes droites et courtes (l); le flanc vaste ; la cliair souple, moëlleuse au toucher, surtout sur les reins , les côtes et les épaules ; la peau souple, détache’e, ni mince ni épaisse ; la robe bien garnie de poils, luisante, et rougeâtre; enfin la face chauve. Ce dernier caractère est essentiel à la race des Hereford-shire. Il n’y a pas grand chose à dire sur le pâturage des bestiaux à l’engrais: généralement parlant, le pâturage ne fait que préparer l’engrais de l’étable, et c’est ce dernier qu’il importe d’examiner , parce que c’est l’industrie qui appartient à ce district. - On a des soins^ particuliers dans la construction des étables ou hangars destinés à engraisser les bœufs. Chaque bœuf à l’engrais a son couvert et sa petite cour ou enceinte , où il est libre de choisir le plein air ou l’abri , selon la température. 11 n’est jamais attaché. Il (1) On dispute souvent la convenance des jambes courtes ou longues pour les bœufs de travail. Il est certain que, pour les chevaux de trait, les jambes ne sauroient être trop courtes, et je puis dire que les meilleurs bœufs de travail que j’aie connus avoient les jambes singulièrement courtes. DE GDOCESTER. Il5 se couche, il se lève quand il veu.t; il est libre de se frotter et de sele'cher. Il a une auge pour de Peau , et un râtelier toujours plein ; en sorte qu’il mange et boit quand il a faim et soif (x). La quantité' de foin que l’on donne à un nombre détermine’ de bœufs à l’engrais dépend de leur grosseur, du point de graisse auquel ils sont parvenus, et de la quantité de gâteaux de lin qu’on veut leur faire manger en même tems. Dans les endroits où le foin est cher, les gâteaux sont l’article principal de la nourriture. Le foin, mêlé de paille hachée , se donne alors dans les intervalles des repas, qui se font avec des gâteaux. Dans les endroits où le foin est à bas prix , il forme les véritables repas , et les gâteaux se donnent dans les intervalles. Un en- graisseur qui entend parfaitement son métier estime qu’un gros bœuf consomme dans six mois deux tons de foin et quinze quintaux de gâteaux de lin. La main-d’œuvre et les soins dépendent, jusqu’à un certain point, des circonstances : (1) Je supprime les deuils de la construction de ces étables ou hangars, qui demanderoient un plan. Il suffit de <1 ire que bespace occupé par chaque bœuf est de 16 i pieds'anglois en carrés, et que la i de cet espace est couvert. Les bœufs sont séparés par des planches. A e H X C U I T ü JR. 3 : 116 on compte ordinairement qu’un homme suffit à vingt bœufs, en comprenant dans son travail le brisement des gâteaux et les ope’raiiûns necessaires pour donner à manger et à boire, faire la litière et maintenir les bestiaux propres. La saison d'e l’engrais à l’e’table dure de Novembre jusqu’en Mai ; c’est-à-dire depuis le moment où le pâturage des regains a cesse', jusqu’à celui où il a de l’herbe à pâturer abondamment dans les près. Le nombre des repas varie selon la proportion du foin et des gâteaux; ordinairement on donne trois repas de foin et deux de gâteaux; on ne donne guères de ceux-ci qu’un quart de peck par repas, c’est-à-dire qu’un demi peck par jour (1). Lorsqu’on veut engraisser les bestiaux pour une certaine époque déterminée, telle qu’une foire , et que le teins presse , on force un peu la dose, et l’on va quelquefois jusqu’à près d’un peck par jour; mais alors on leur en fait trois et quatre repas , de peur de les dégoûter de celte substance , que , dans ce cas , ils refusent pendant plusieurs jours, ou même ne (1) Les gâteaux se pilent dans un mortier avec un pilon de fonte, en fragmeus de 2 ou 3 pouces cubes, au moins. I) Ji <> I, O C E S T E R. 117 veulent plus manger du tout. Dans les cours ouvertes où les bœufs mangent en liberté , cet accident arrive souvent, parce que les animaux les plus forts en mangent plus que leur part. Le tems qu’il faut pour engraisser un bœuf dépend de la qualité de l’animal , de l’étaL où il éloit en commençant, et de la quantité de gâteaux qu’on leur donne j en ge'ne'ral, dix mois en tout est un terme moyen. Il est rare qu’on tienne les bœufs tout l’hiver dans l’étable ; on n’y tient que les plus gros et_^ les plus avances , les autres sont dans les cours ou dans les près où on leur donne leur nourriture. A mesure que ceux des e'tables vont au marché , ils sont remplacés par ceux du dehors qui sont les plus avancés. Si les bœufs ne se trouvent pas achevés d’engraisser quand l’herbe pousse au printems , on les remet au pâturage sans inconvénient, et même avec beaucoup d’avantage quelquefois. En général , cependant, on s’estime heureux quand les bestiaux se soutiennent sans maigrir au pâturage en sortant de l’diable où on les a tenus à l’engrais : si on leur continue les gâteaux , ils prospèrent. Il y a d’ailleurs un avantage pour l’engraisseur à ne pas vendre immédiatement à la lin de l’hiver , c’est que dans ce momenl-là les prix des marchés sont bas, 1 i 8 A G R I c U h T U Tl E cl qu’ensuite ils remonlcm jusqu’à ce que les bestiaux engraissés à l’Iierbe deviennent abou- dans. Le marché des bœufs gras de Glocester-shire est Srnilhfield. Il n’y a pas, dans celle province, des conducteurs réglés comme en Norfolk, il faut’louer des hommes exprès , et la distance est d’environ cent milles : la route est de huit jours, et la dépense de 10 shellings par tête. En estimant le profit de celte industrie à la manière dont on l’estime ordinairement, il paroît très-bas. On compte que dans les dix mois employés à l’engrais, ces bœufs-là ne gagnent que les deux tiers du prix qu’ils ont coûté; tandis qu’il y a en Angleterre beaucoup de races qui gagnent deux fois , et même jusqu’à trois fois, leur premier prix, avec des soins semblables ; mais il faut remarquer que quoique des bêtes de grande taille consomment en général plus de nourriture que des bestiaux de petite race , il est extrêmement probable que celte différence n’est pas dans le rapport des prix : ainsi , par exemple, ua bœuf qui a coûté 10 liv. sterl. ne consomme pas trois fois plus pour s’engraisser qu’une vache qui en a coûté 5 , ou autant que cinq genisses de Galles de 3 liv. sterling chacune, La bœuf de Hereford-sbire , âgé de six ans, ■ DE G L O C E S T E R. 11Q et tire du joug en bon e’tat, coûte de 10 à i 5 liv. sterl. On compte qu’un bœuf à l’herbe gagne de 5 slieliings à 5 sbellings et demi par semaine , et lorsqu’il est aux gâteaux et au foin, de 637 slieliings. Les plus gros bœufs, * tenus le mieux possible, gagnent jusqu’à 7 sbellings et demi, et laissent, au bout de dix mois ou un an , un profit de 7 à 10 liv. sterling. 11 n’est pas rare de voir un bœuf gras, de cette race, se vendre au marche de Smilhfield a 5 liv. sterling , et quelquefois leur prix monte jusqu’à 5 o. Laiterie. Les objets des soins de la laiterie sont les veaux, le beurre , le fromage , le beurre du petit-lait el les cochons. La surintendance d’une vaste laiterie 11’est pas une lâche légère ; cela demande beaucoup d’assiduité et de travail. La femme qui en est chargée doit tout voir par elle-même et faire de ses mains une graude partie des opérations. La fermière se charge ordinairement elle-même de ces soins; dans les très-grandes laiteries il y a souvent une servante qui est en chef, ou qui soulage la maîtresse. Pour bien mener les ope'rations de la laiterie il faut la couuoissance de l’art, le travail et la propreté ; et cette dernière condition est de 3 20 A O H X C U L T U K K beaucoup la plus essentielle, car tout l’art et le travail doivent y aboutir : il n’est guères possible d’être plus propre dans les soins de la laiterie que ne le sont les femmes de Glocester- sliire , quoique l’apparence leur soit quelquefois contraire. L’extrême recherche, quant à l’extérieur de propreté que l’on affecte dans certaines laiteries où l’on fabrique le beurre , seroit inutile dans les laiteries où l’on fabrique le fromage. Si le local, les ustensiles et l’ouvrière sont suffisamment propres pour que les produits ne prennent aucun goût etranger , l’arrangement et la couleur des outils employés deviennent induTérens. L’écurage extérieur des ustensiles en impose , mais ne prouve pas toujours la propreté 5 il n’y a que la brosse et l’eau bouillante dans l’intérieur des vases qui l’assurent. On n’emploie ces moyens nulle part davantage qu’en Glocester-sbire ; mais cela suppose beaucoup de travail , et une bonne servante de laiterie est à l’ouvrage depuisquatre heures du matin jusqu’au soir (t). Les momens du trait sont cinq heures le matin et quatre heures l’après-dîné. L’opéra- (î) Je supprime un long détail sur le laitier et tous les ustensiles, qui exigeroit des gravures pour être compris. DE GEO C E S T Iî R. 121 lion de traire occupe toute la famille, lorsqu’il y a beaucoup de vaches; si elles sont dans un enclos voisin de la forme on les fait entrer dans une cour /si clics sont éloignées on y porte les ustensiles, et l’on emploie souvent un cheval avec un petit tonneau sur un chariot pour rassembler le lait. On trait les vaches sans les attacher , et en se servant d’une petite escabelle.. Nous avons parle' de'la manière d’èleverles veaux : on en engraisse beaucoup aussi ; mais comme celte pratique est subordonne'e à la fabrication des fromages, elle n’est pas suivie avec une méthode bien raisonnée : il y a seulement une particularité qui mérite d’être remarquée, c’est qu’on lui donne toujours Je lait plus chaud qu’il ne sort de*la vache. Souvent on met le veau à boire dès le jour même de sa naissance , mais le lait qu’on lui donne a toujours passé sur le feu , et on le lui présente aussi chaud qu’il peut le boire. On est convaincu que sans cette précaution l’on ne peut pas réussir à engraisser promptement et complètement les veaux. Dans la portion supérieure de la vallée le beurre forme une grande partie de l’objet de , la laiterie , et comme le beurre de Glocester a beaucoup de réputation , il convient de donner quelques détails sur sa fabrication. i / a 22 A C R 1 C U I, ’r U II K On a soin de mettre reposer le lait dans des vases ou bassins très-peu profonds, parce que l’on croit observer qu’il fait beaucoup plus de crème lorsqu’il n’a que peu de profondeur. On commence par le laisser refroidir en masse dans de grands vases. Lorsqu’il est à environ quatre-vingt degrés de Fahrenheit, on distribue dans les vases plats à une profondeur d’un pouce seulement, que la laitière mesure avec le doigt. A cette profondeur là on ne peut se servir de cuillers de bois que pour écrémer ; il faut des cuillers d’étain faites exprès , et il"y a encore de l’art à s’en servir. Ou conserve la crème dans des cruches de terre , oit l’on a soin de la remuer souvent. Eu général , la crème du canton a de la disposition à s’épaissir en consistance de colle, ce qui apparemment est dû à la qualité succulente des pâturages. S’il fait chaud lorsqu’on doit battre lebeurre, on commence par rafraîchir la beurrière , et l’on mêle même de l’eau froide avec la crème pour faciliter l’opération ; si , au contraire , le tems est froid on réchauffe la beurrière aveo de l’eau chaude , on en mêle quelquefois avec la crème , et l’on place même la beurrière auprès du feu pour battre le beurre. On remarque que la crème de la vallée s’enfle beaucoup dan* DE G I, O O E S T E 11. 125 Ja beurrière, ce qui est probablement dû à sa richesse. On a soin d’ôter ce qu’il y a de trop pour le remettre quand 1 1 crème s’est affaissée. Je vais donner le detail précis de la manière dont s’y prend , pour conserver son beurre , une femme qui a la réputation de le faire ex- - cillent, et de lui donner la faculté de se garder long-tems sans altération. Le beurre étant fait elle le tire de la baratte, et le dépose dans une grande terrine avec beaucoup d’eau froide : elle en détache des masses d’tine livre , ou un peu plus. Elle paîlrit dans l’eau celte masse, en écartant beaucoup les doigts , et les resserrant pour comprimer le beurre et en chasser le lait. A chaque fois que la laitière serre les doigts elle retourne la masse en la roulant sur le fond de la terrine et sans la retirer de l’eau : elle a soin de reprendre la niasse du côté opposé à celui où elle l’avoit saisie ; et ainsi de suite à chaque fois qu’elle Ja reprend. Lorsque la totalité du beurre battu a été ainsi débarrassé du lait de beurre qu’il conte- noit encore, elle écoule l’eau qui s’en est chargée ; elle lave la terrine avec soin , puis elle étend environ la moitié du beurre sur le fond de la terrine ; elle a soin de faire la couche mince, mais raboteuse et inégale j elle la sau- AGUICOLTDRE 1 24 poudre ensuite de sel pile fin : elle met le reste du Leurre dessus, et le recouvre de sel de la mémo manière. Elle roule le tout en une niasse ; puis elle presse de la paume de la main (les doigts d'abord écartés et ensuite joints ) la totalité' de celte masse au fond de la terrine , en poussant successivement chaque partie , donnant ainsi au tout une surface extrêmement raboteuse. Elle verse là-dessus de l’eau fraîche ; elle roule la masse , puis elle la paîtrit de la paume de la main , et la roule encore. Elle forme du tout des masses d’une livre qu’elle repaîtrit dans l’eau comme la première fois , et qu’elle réunit encore en une seule masse; enfin elle en détache des pièces d’une livre qu’elle lave définitivement dans l’eau fraîche. Ces masses d’une livre étant placées sur une planche arrosée d’eau fraîche , la laitière vide l’eau salée de la terrine , et replace les pièces de beurre dans celle-ci ; elle les paîtrit au sec une à une , en forme de petits rouleaux , et les place contre les bords de la terrine ; elle pèse ensuite le beurre par demi-livres qu’elle arrange sur une planche. Ces masses d’une demi-livre se préparent pour recevoir l’impression de la planche gravée , en les pressant au sec sur le fond de la DE GEOCESTER. 125 terrine , et en leur donnant une forme conique. Lorsque les demi-livres ont etc frappées pour recevoir l’impression , on les laisse ordinairement une nuit entière sur la planche pour prendre de la consistance, et enfin on les plonge dans Peau froide avant de les mettre dans le panier pour les porter au marche. Ce sont les villes dcGlocester, Chellenham, Tewkesbury et Evesham qui servent de marche aux beurres de la liante valide. Le marche de Glocester est le plus considérable et le plus beau marche' de beurre que j’aie eu occasion de voir. Les paniers dans lesquels on y apporte les demi-livres valent la peine d’être décrits. Ces paniers ont toujours la même forme , savoir celle d’un parallèlipipède avec une anse et deux couvercles dont la charnière est en travers du panier. Le vide est de dix-huit pouces sur quatorze, «lia profondeur dix pouces; quand le beurre est dur, le panier contient trois rangées de douze demi-livres, c’est-à-dire dix-huit livres : quand le beurre est mol, on n’en met que deux rangées, ou douze livres. 11 y a des paniers plus grands qui portent dix-huit pouces sur vingt-trois de^vide et contiennent trente livres en trois rangées. On a des selles faites exprès auxquelles on ajuste un appareil pOar soutenir 126 AGRICULTURE le panier du cote' droit, tandis que la laitière, qui s’assied du côte' gauche , maintient l’équi- libre. Les poids se balancent avec tant de précision que le mouvement du cheval ne nuit point à cct arrangement. En été, l’on a soin d’envelopper chaque demi-livre d’une feuille verte à'atriplex hortensis que les laitières sèment ordinairement dans leurs jardins pour cet usage : au défaut de cette plante on emploie des feuilles de vi«nc. O Avant de placer les pièces de beurre dans Je panier , on garnit le fond d’une toile forte, en deux ou trois doubles ; on étend un tissu qui est une espèce de gaze qu’on a trempée dans l’eau fraîche. Sur cette gaze on met des feuilles vertes, et sur ces feuilles le premier lit des pièces de beurre que l’on recouvre de feuilles vertes ; un second pli de grosse toile sépare ce lit du second, que l’on arrange de même. Dans l’ctalage du marché, on ôte le linge supérieur. Chaque demi-livre est couverte , en partie seulement, par une feuille (Vairiplex ; et cet arrangement donne un air de propreté parfaite au beurre , sans empêcher d’examiner sa qualité. On met les demi-livres dans le panier, et * on les en ôte sans les loucher immédiatement, et sans effacer l’empreinte. Le Glocester-shire a été long-tems fameux i \ » K CXiOCE3TEK. 12? pour ses fromages; il e'toit important d’examiner dans le plus grand de’tail les procèdes de leur fabrication , pour tâcher de profiter de la partie susceptible d’imitation qui influe sur le succès. Dans la basse vallée le lait s’emploie tel qu’il sort de la vache , ou à peu près; dans la haute vallée il est d’usage d’écrèmer le malin le trait du soir, avant de le mêler au trait non écrémé du malin. Il résulte de ces deux méthodes deux fromages de qualités différentes, et de chacun desquels il faut décrire la fabrication à part : commençons par celui de la haute vallée. Le lems où l’on le fait est depuis le commencement de Mai à la fin d’Oclobre ; il est rare qu’on s’en lienne , dans le mélange des laits , à une quantité égale de lait écrémé. Celte fraude, très-générale , est dirigée contre le facteur qu’elle ne trompe pas, et qui règle son prix en conséquence. Lorsque le pâturage est très- gras , cela n’empêche point que le fromage ne soit d’une bonne qualité. On imite par artifice la belle couleur jaune que certains pâturages donnent aux fromages deGlocester, et qui les recommande aux ache- ? teurs. La matière colorante , employée dans cette imitation , est Yannoia de l’Amérique espagnole qu’on apporte en Europe pour les 1 128 AO niCUJ/TURE teintures sons la forme d’une substance terreuse, quoiqu’elle soit une production végé- t;de (t). Les droguistes de Londres la préparent et la vendent en morceaux , que l’on racle dans les bassins de lait jusqu’à-ce qu’ils soient suffisamment colores : il en coûte environ un demi penny pour colorer un fromage de dix livres. Le chapitre de la présure paroît très-important à tous ceux qui ne connoissent pas parfaitement la fabrication du fromage. On suppose à cette substance une certaine faculté de corriger le lait fie qualité' médiocre ; mais les laitières qui ont beaucoup d’expériences ne lui attribuent aucune autre qualité que de cailler le lait. On prépare généralement la présure de la manière suivante : on sale une certaine quantité de petit-lait, jusqu’à-ce que la liqueur soit saturée au point de supporter un œuf. Après une nuit de repos on y met tremper de l’hy- sope , du chèvrefeuille , du poivre noir et du nitre, en un sachet qui y séjourne quelques jours. On met dans cette liqueur un nombre de caillettes ( estomacs de veaux ou agneaux) (1) C’est la pulpe du fruit de la bixa orellana de Linnæus. proportionne t DE GEOCESTEH. 12Q proportionne à la quantité' de liquide : au bout de trois jours la presure est prête à employer. On ne fait chauffer aucune partie de la préparation , et souvent tout l’art de la composition se réduit à faire tremper des cailletes dans de l’eau froide sature'e de sel. J’ai même observe cette pratique simple dans un endroit où l’on fait les meilleurs fromages du pays. Cependant si je devois recommander l’une ou l’autre méthode je pre'fe'rerois d’employer des aromates pouqôter à la liqueur de la caillette une odeur fade qui peut se communiquer, jusqu’à un certain point, au fromage. La manière de faire cailler le lait sur le feu demande une grande pratique, un certain tact naturel, et beaucoup d’attention et d’exactitude. Il paroît que l’état de l’atmosphère influe sur le plus ou moins de promptitude de l’opération , et sur la qualité du caillé. Celui-ci est plus délicat et meilleur , lorsque la chaleur se trouve être exactement de quatre-vingts degrés de Fahrenheit, au moment où il est rompu, c’est-à-dire, complètement pris, et déjà mêlé à la grande cuiller de bois. Si la chaleur du petit-lait ou du mélange se trouve plus forte le caillé est dur : il faut depuis 4o minutes à une heure et demie pour faire prendre le caillé, selon la température extérieure et l’art du faiseur. Tome 2 . I l5o ^GRICÜITCKÎ On ne touche jamais avec la main le caille suspendu dans le petit-lait : on le rompt ; ou plutôt on le coupe avec un certain couteau fait exprès, et le but de l’emploi de cet instrument est de conserver au fromage toute sa graisse : voici comment se fait cette operation de couper le caille. On passe d’abord le couteau en travers du chaudron , par le diamètre , aussi bas que l’instrument peut atteindre, puis on recoupe cette section par une autre, et enfin on passe le couteau autour des bords pour que le petit-lait s’échappe aussi clair qu’il est possible: on laisse reposer environ dix minutes; ensuite on coupe le caille en toutes sortes de directions jusqu’à-ce que la surface se trouve partagée en petites portions comme un e'clii- quier. Alors on soulève doucement, avec un plat perce' que l’on tient dans la main gauche, la masse du caille’ qui touche encore le fond du vase, tandis que de la droite on tranche avec le couteau dans toutes les directions , jusqu’à- ce que l’on ne voie plus paroître à la surface un seul morceau de caille’ plus gros qu’une lève. On laisse reposer le caillé une demi-heure , ensuite on l’enlève avec le plat percé, et on le débarrasse du petit-lait avec un tamis de crin. Lorsque la plus grande partie du petit-lait est écoulée, on ramasse la masse du caillé dans DE GEOCESTER. l3l un coin du baquet et l’on appuie dessus le plat percé pour en exprimer le reste du petit- lait. '. u On échaudé toujours le caillé-avèc de l’eaU chaude ou du petit-lait ; sans cette pre'eaution les fromages que l’on feroit avec le caille' dé- licat qui résulte des procédés ci-dessus , de- manderoient un tems infini avant d’être prêts à manger. En Norfolk on échaudé" le Caillé en masse , et simplement en versant l’eau bouillante dessus : ici l’on commence par hacher le caillé avec le triple couteau, de'manière qu’il n’en reste pas un morceau aussi gros qu’une noix. Après cette opération on verse dessus le liquide chaud , en ayant soin de tourner sans cesse pour que l’influence de la clialeur s’éga-^ lise sur tous les fragmens. On observe de ne chauffer le liquide qu’en proportion de la consistance du caillé.* Quand celui-ci est très-étendu , on verse beau ouïe petit-lait presque bouillant ; quand le caille est dur on ne laisse pas échaiiffeC autant le liquide. Ainsi cette dernière opération peut servir de correctif, lorsque l’on s’èst un peu trompé darts le degré’ de chaleur nécessaire pour la coagulation. C’estici, je Crois, le point important, et qui assure la supériorité aux frqniages de Glocester. Le grand avantage que l52 AGRICULTURE l’on trouve à faire le caille' avec le moins de chaleur possible , c’est que l’on peut toujours ensuite lui donner de la consistance en l’échau- dant, au lieu qtie s’il est trop dur il n’y a pas de remède. Quand le caille’ a la consistance qu’on veut lui donner, on le met dans le moule, après £voir : placé, celui-ci sur le support du baquet; pour cela ,.îon prend le caillé par poignées, et on l’exprime avec soin. On le presse avec le même soin en le plaçant dans le moule , et On lève de tems en lems celui-ci d’un côté pour faire écouler le petit-lait. Lorsque le moule est .plein , et bien pressé, de manière que le centre soit un peu élevé, on met pardessus un,linge blanc, puis on renverse le moule, qui se détache et que l’on plonge dans le petit-lait , pour ensuite remettre le fromage dans la forme, et placer le tout sous la presse. Lé fromage reste deux ou trois heures sOus la presse , après quoi l’on tire le fromage de la forme; on en détache le linge, que l’on lave. On replace ensuite le tout comme, auparavant, sous la presse ; le soir , à cinq ou six heures , on l’ôte de la presse pour le saler. On renversa la forme pour en faire sortir le fromage , que l’on plage ensuite sur cette forme renversée. On prend une poignée de sel que l’on frotte DE & DOCESTER. l33 contre les bords, en laissant tout ce qui veut s’y attacher. On prend une autre poigne'e que l’on frotte par dessus avec plus de force ; on y laisse tout le sel qui peut y adhérer quand on le retourne ; on le met alors dans la forme sans linge ; on met une e'gale quantité' de sel sur la partie supérieure, puis on replace le fromage sous la presse. f Le lendemain matin on le retourne, le soir de même ; et enfin , le jour suivant, on l’ôte de la presse pour le ranger sur les tablettes : ainsi chaque fromage demeure en tout quarante-huit heures à la presse. Les fromages encore frais se retournent tous les jours ou tous les deux jours : s’il fait froid et très-sec , on lient les portes et les fenêtres fermées -, s’il fait humide et doux, on laisse entrer l’air. Au bout de dix jours on lave et ratisse les fromages de la manière suivante : on place sur le parquet un grand baquet de petit-lait froid dans lequel on plonge les fromages environ une heure , jusqu’à ce que la peau soit suffisamment assouplie ; on les prend ensuite un à un pour les ratisser avec un couteau e'mousse', mais en ayant soin d’appuyer le pouce contre la lame, de manière que celle-ci n’entame pas la peau trop profonde'ment. On fait ainsi le l34 AGRICULTURE tour du fromage jusqu’à-ce que toutes les marques du linge et les aspérités soient effacées j on les plonge ensuite dans le petit-lait, on les essuie et on les range en piles auprès des fenêtres jusqu’à-ce qu’ils soient secs, pour enfin les transporter dans le magasin où on les dépose. Le parquet de ce magasin des fromages se frotte avec des sommités de plantes de fèves et des tiges de patates , jusqu’à-ce qu’il soit d’une couleur uniforme et couvert d’une couche d’humidité; quand il est ainsi pre'pare’, sans aucune salete' quelconque , on y place les fromages en lignes régulières : on les retourne deux fois la semaine ; on frotte rudement leurs bords, une fois la semaine, avec un linge ; enfin tous les quinze jours on renouvelle la préparation du parquet en le frottant d’herbes succulentes. Cette préparation du parquet est destinée à faire pevsiller plus promptement les fromages ; moins on les retourne et plus vite ils se persillent 5 mais si on les laissoit trop long- tems sans les retourner , ils se colleroient et pourroient se gâter. Si le magasin n’est pas suffisamment grand pour mettre les fromages seuls, on les double ou on les triple. Il est remarquable combien les fromages de DE GI/OCESTEft. l35 -ce canton acquièrent promptement de la consistance; il n’est pas rare de voir placer les fromages frais les uns sur les autres , et de côte’, sans qu’ils se déforment. Au bout d’un mois ils ont assez de consistance pour pouvoir être jetés sans précaution comme des fromages vieux. C’est là sûrement l’effet de l’opération par laquelle on les échaudé; cette consistance ne sauroit être due à ce que ces fromages sont maigres , car ils sont au contraire d’une richesse remarquable. On vend les fromages , dans les grandes laiteries , à trois époques de l’année , en Juillet, à Noël et au printems ; dans les petites- laiteries on ne vend qu’à la fin de Septemfîre et au printems : ce sont en général les facteurs établis dans le pays, ou dans le voisinage , qui font les achats. Ils se servent dans les mêmes laiteries toutes les années, et souvent sans les avoir jamais visitées. Il y a un degré de confiance entre les vendeurs et les acheteurs , que l’on ne rencontre guère parmi les marchands dans les campagnes. Ces fromages vont à Londres , ou s’exportent à l’étranger : ils sont ordinairement de dix livres. C’est un usage invariable dans ce district que de faire crcmer le petit-lait ; la classe pauvre l56 AGRICULTURE DE GEOCESTER. du peuple ne mange presque point d’autre beurre que celui qui provient de la crème du petit-lait. Lorsque ce beurre est fait avec les soins convenables et toute la propreté nécessaire , il est très-bon 5 et à tous égards il est certainement préférable , pourvu qu’on l’emploie frais , au beurre ordinaire des pâturages maigres. On dépose le petit-lait dans de grands baquets ou bassins pour le faire crêmer, et l’on a la même attention que pour le lait, c’est- à-dire de ne lui donner que très-peu de profondeur. Le beurre se fait exactement de la même manière que celui qui se fabrique avec la crème ordinaire, et dans les marchés son prix est les deux tiers du beurre commun. i57 AGRICULTURE DES HAUTEURS DE COTSWOLD. ( T j t. pays qu’on nomme les hauteurs de Cots- wold. domine la valle'e de Glocester. Son e'ten- due est d’environ trois cents milles carres. Son aspect est inégal, ondule', assez semblable à l’aspect des ’VVolds du Yorkshire. En conside'rant l’e'lc'vation , et la nudité de ce canton , l’on doit s’e'tonner de la douceur de son climat : la vc'ge'talion y suit à peu près la meme marche quant à la saison, que dans les endroits les plus abrite's des environs de Glocester. On remarque cependant des différences très-frappantes dans la dure'e des neiges, selon les parties de ce pays e'icve’ : il y a des hauteurs sur lesquelles la neige se fond promptement , quoique leur situation soit en apparence la même que quelques-unes sur lesquelles la neige tient plus long-tems : c’est une preuve, entre beaucoup d’autres, que le climat d’un pays de'pend en partie de la nature du sol , soit supérieur soit inferieur. L’eau de source se trouve partout où l’on / A&BICB1TDHE i58 creuse des puits, et les ruisseaux sont en très- grand nombre, dans les Wolds. Le sol est, en ge'ne'ral, une terre ve'ge'tale calcaire mélangée de petites pierres, mais il varie beaucoup selon les lieux. II est léger dans quelques endroits ; dans d’autres il se relie et se durcit au soleil : dans d’autres enfin , il n’est qu’une glaise tenace. La généralité du sol peut être conside’re'e comme propre à l’orge et aux turneps. Il a peu de profondeur: cinq pouces sont probablement l’épaisseur moyenne de la coucbe ve'ge’tale. Le sol inferieur est un détritus calcaire mélangé de matière efflorescente. Le roc calcaire se montre à la surface dans quelques endroits : dans d’autres , on trouve une coucbe de glaise entre la terre végétale et le détritus. Il y a trente ans , que ce district étoit presque absolument ouvert : c’est-à-dire en champs communs , et en pâturages de moutons ou de vaches. Aujourd’hui le pays est presque totalement enclos. Les effets de ce changement ont été très-sensibles. Les champs communs rendoient fort peu : ils rendent maintenant trois fois davantage. Les turneps , et les foins artificiels en particulier , ont beaucoup gagné à cette amélioration. Autrefois l’on ne faisoit qu’élever des bêtes à laine : aujourd’hui on les DE cotswodd. i5g engraisse, et les moutons de Cotsyvold comptent parmi les plus estime's au marche' de Smilhfield. Lorsque l’on exécuta les clôtures dans ce canton, l’on estima les dixmes pour les racheter par l’abandon d’une portion du terrain : arrangement qui a beaucoup encourage' les ameliorations. L’estime fut extrêmement haute dans quelques endroits. Dans certains arrondis- semens, elle a e’te' jusqu’à la cinquième partie des champs , et la neuvième partie des pre's. Mais l’avantage de se debarrasser d’un poids aussi insupportable que celui des dixmes, dans un pays de terres arables , ne sauroit , en quelque sorte, être acheté trop cher. Les grains yles turneps , et les foins artificiels , occupent .peut-être les neuf dixièmes du pays. Il reste encore quelques espaces en pâturages de moulons ou de vaches. Les parties basses et certaines pentes sont en prés naturels. On voit encore quelques petits espaces en bois, et une forêt à Chedxvorth qui a un millier d’acres d’étendue. Mais on peut dire, en général, que le pays manque de bois ; et soit pour la beauté de l’aspect, soit pour l’utilité des abris , les plantations seroient extrêmement convenables dans les Wolds. Les propriétés du pays sont en un petit nombre demains. Les fermes sont très-grandes, l4o AGRICULTURE et les cultivateurs-propriétaires peu nombreux. Maigre les clôtures qui se sont multipliées depuis un certain tems , la plupart des fermiers tiennent leur bail de la volonté du propriétaire , c’est-à-dire , que chaque année ils peuvent être e’conduits , s’il en est me’content. De peur qu’on n’en conclue que les l}aux ne sont point necessaires pour obtenir des ameliorations , il est bon de remarquer que les ameliorations les plus essentielles que ce canton ait éprouvées ont été faites sous l’influence des baux ; et que les améliorations ordinaires faites par les fermiers sans bail prouvent seulement leur parfaite confiance dans la probité du propriétaire. Le diabolique esprit d’avidité qui porte les propriétaires à mettre leurs fermes à un trop haut prix , n’a point encore pénétré dans les Colswolds. On oommence à sentir ailleurs l’inconvénient de cet esprit, et on peut espérer que la confiance , qui unit les fermiers aux propriétaires dans le canton que nous examinons , ne sera point altérée. Cependant, là où la culture du sainfoin est la base des succès du fermier , il est de toute évidence que les baux sont extrêmement nécessaires à une bonne culture ; car si l’on peut se rassurer contre la crainte d’un esprit d’oppression, on ne sauroit DE C A T S W O Ii D.‘ l 4 l toujours e'viter les mésentendus. Un fermier qui a son bail sait sur quoi compter : ses efforts ont un but certain , et ses avances une garantie déterminée $ mais celui qui dépend de la volonté du propriétaire , est sans cesse découragé par le sentiment de cette dépendance, et d’uue situation précaire : il ne s’élève jamais au premier degré de perfection dans les soins et pratiques agricoles. Les fermes les plus étendues du pays sont à bail de sept , de quatorze , ou de vingt-un ans. La rente des terres est de 2 shellings 6 d. à 5 shellings dans les arrondissemens ouverts et encore sujets à la dixme. Dans les parties encloses et où les dixmes sont rachetées , la rente va de six à douze shellings. Il est d’usage de laisser au fermier neuf mois de crédit. C’est le propriétaire qui bâtit, et répare les maisons de ferme et dépendances. Le fermier entretient les haies , et clôtures. Il a l’usage de la taille des haies , et le droit de vendre la paille du froment. Les fermes sont en général grandes, c’est- à-dire de 200 à tooo acres. Il y a un fermier du pays qui cultive 2000 acres ; et les fermes de 5 oo peuvent, être considérées comme d’une étendue moyenne. Les manouvriers sont très- oombreux , et les journées sont à bas prix. Un AGRICULTURE l4a shelliug par jour , sans bière , est le taux de trois saisons de l’année. On paie de i 4 pence à 18 pour les foins , et deux shellings pendant cinq semaines que dure la moisson. Les femmes gagnent 6 pence en automne et au printems , sept pence pendant les fenaisons , et un shel- ling pendant la moisson. On ne compte point de bière par-dessus. Les gages des domestiques sont egalement très-bas : dix livres sterling sont les plus hauts. Les seconds valets ne se paient que cinq ou six livres sterling. La nourriture fondamentale des domestiques de campagne est le lard, auquel on ajoute des le'gumes. Le nombre des chevaux est plus considérable que celui des bœufs, probablement dans la proportion de deux à un. Mais les bœufs deviennent de jour en jour plus recherches pour les attelages , en sorte qu’heureusement, leur nombre s’accroît avec la demande. On les attelle au harnois ,• et à la file les uns des autres. Ils sont enharnachés tout comme les chevaux. Ils travaillent avec adresse, et avec une aisance parfaite soit au char, soit à la charrue ; ce qui montre bien que quoique les chevaux soient quelquefois agréables , et convenables , ils ne spnt pas nécessaires dans l’économie rurale. La race des bœufs de travail dans le canton DE CATSWOLD. l45 est celle de Glocester-shire, Hereford-sliire , et de Galles. On les met au trait à quatre ans , et on les travaille jusqu’à six : alors on les vend aux engraisseurs , et on les engraisse sur les fonds. On a des exemples de bœufs qui ont travaille’ jusqu’à douze et quatorze ans ; mais il est rare qu’ils ne deviennent pas lourds et paresseux avant cet âge. Tout de'pend, à cet égard, de la race ; et avec l’attention convenable sur ce point, il n’est pas douteux qu’on ne se procurât des bœufs qui travailleroient bien jusqu’à i4 ans , et s’engraisseroient ensuite promptement. La nourriture d’hiver pour les bœufs de travail est la paille ; au pnnterns du foin , et en été le ray-grass et les foins artificiels. Il est rare qu’on travaille les bœufs en hiver, tandis qu’ils mangent la paille , si ce n’est pour les maintenir en exercice et dresser ceux qui sont jeunes. Au commencement du printems , lorsqu’on les attelle pour la première fois, on leur donne communément du foin, du sainfoin ou du ray-grass, qu’on abattu pour avoir la graine. Après la paille, et avant que les vents de Mars aient rendu ces fourrages trop durs , ils font pour les bœufs une nourriture qu’ils mangent avec plaisir. A mesure que le printems avance, on leur donne de meilleur fourrage. Les bœufs AGRICULTURE a 44 sont ordinairement attelés six jours de la semaine depuis le moment où on les met au foiu au printems , jusqu’à-ce que l’époque de la paille arrive. Les harnois des bœufs, renfermés dans une cabane placée sur un traîneau, se transportent de pâture en pâture, ou dans les endroits où les bœufs doivent travailler ; de manière qu’on ne perd jamais ni tems ni travail. Cinq bœufs forment un attelage. Les chevaux qu’on emploie daus ce canton sont assez lourds , quoiqu’ils le soient moins que dans beaucoup d’autres provinces. On commence à sentir l’absurdité de se servir d’énormes bêtes pour la charrue : la race qui a le plus de faveur aujourd’hui dans les Cotstvolds n’est qu’une espèce de race de chevaux de carrosse un peu renforcée : c’est la meilleure race de l’Angleterre pour cet usage. Cinq chevaux font l’attelage ordinaire d’une charrue : ce n’est que pour les seconds labours d’une jachère de turneps qu’on se permet quelquefois de n’en atteler que quatre. Il y a un détail assez remarquable dans la manière de nourrir les chevaux de charrette. Ordinairement chaque charretier a soin de son attelage et lui donne de l’avoine ; mais ici l’usage DE COTSWOED. l45 l’usage est que le chef des valets d’e'curie donne l’avoine à tous les chevaux. Cette méthode paroît propre à prévenir le gaspillage, parce que le chef est un homme de confiance. Un autre avantage de cet usage , c’est qu’il n’exige qu’un seul domestique de confiance , ce qui est moins difficile à trouver qu’un assortiment entier de valets d’écurie. Je dois dire quelque chose d’une pratique singulière qui se vôit aussi ailleurs , c’est de tenir, dans l’écurie des chevaux , un bouc ^ pour les pre’server du vertigo. J’ai long-tems considéré cela comme les secrets et les charmes populaires : je n’ai pas de preuve à produire aujourd’hui en faveur de l’influence salutaire des boucs , mais je vais cit'er des présomptions fortes ; et personne d’entre ceux qui connois- sent mon auteur ne s’avisera de le récuser. Il y a envirou seize ans que M. William Peacey, de Norlhleah, perdit plusieurs chevaux du vertigo. Un de ses amis, qui prétendoit avoir une expérience probante , lui conseilla de tenir un bouc dans son écurie. Il suivit ce conseil ; et pendant plusieurs années qu’il nourrit un bouc avec ses chevaux , ceux-ci furent exempts du vertigo ; mais le bouc mourut, et la maladie reparut dans son écurie. Il se procura un autre bouc , qui vit encore $ Tome 2. K t 4 l46 AG-n.ICUIiTU'RF! et depuis qu’il l’a , il n’a point eu de chevaux malades : il en a ordinairement une vingtaine dans son écurie. Si cette terrible maladie peut se pre'venir à si peu de frais, il n’y a pas un fermier de bon sens qui doive se refuser à avoir un bouc dans son e'curie. Dansles comtes du centre il mourut , du verligo, il y a quelques anne'es, un nombre étonnant de chevaux dans le Staflord-shire seul T la perte fut de plusieurs milliers de livres sterling. Le vertigo est une maladie de nerfs. Il n’est pas impossible que la forte odeur du bouc ait une influence utile sur les nerfs des chevaux : c’est un sujet qui mérite , je pense , d’être examine. Le chariot de Colswold a été décrit ci- devant : c’est celui qui est d’usage dans la val! ée : il devroit être imité partout. La charrue est longue , lourde , et a une seule roue. Elle est ferme ; et lorsqu’elle est bien menée, elle fait de bon ouvrage, mais elle exige un attelage très-fort. On n’y met jamais moins de quatre bêtes. Les terres à la fois argileuses et pierreuses , demandent sans doute , un fort attelag’e et une charrue solide j mais cependant il y a certainement une perte de force dans les attelages des Cotswohls. La double charrue de TV orwict-shire conviendrait DE e O T S W O D D. ] 47 probablement très-bien. Celle de Norfolk a e'te' introduite. J’en ai viF travailler trois dans un champ de turneps , et elles faisoient un très- bon ouvrage 3 mais cette çharrue ne convient à ce pays-là que dans les jachères. La charrue de York-shire feroit beaucoup mieux. Une charrue à tourne oreilles seroit extrêmement convenable dans les pentes. Mais la multiplicité des instrumens entraîne des frais que peu de fermiers veulent supporter. Cependant, s’il y a un objet qui ait une grande importance pour le cultivateur , dans les pays de graines , c’est assurément de labourer sa terre au meilleur marché possible. (1) Si les fermiers de Cotswold objectent les incon- véniens de deux espèces de charrues , qu’ils perfectionnent donc la leur. Dans l’économie rurale des Cotswolds , les moutons tiennent de premier rang. Les bêtes a cornes ne sont qu’Un objet subordonné : les chevaux et les cochons de même. Les récoltes qui se vendent, sont l’orge et le blé. Les récoltes subordonnées , et qui servent à l’en- (1) Il n’y a aucune amélioration en Agriculture dans laquelle de plus grands effets pub- .nt être produits à moindres frais que dans le perfectionnement des charrues. Je ne saurois ramener trop souvent Fattention des lecteurs sur cet important objet. i 48 AGRICULTURE tretien des bestiaux dé la ferme , sont les turneps , l’avoine , les pois , les vesces et les gesses , ( Vicia saliva, et Ervum hirsutum, ) le sainfoin , et les autres foins artificiels , et le foin des pre's naturels. Le grand art du fermier dans une conlre'e élevée et montueuse , c’est de se pre’munir Contre les se'clieresses. Pour cela, il faut proportionner les troupeaux et les récoltés subalternes , de manière à avoir toujours devant soi une provision suffisante de fourrage sec, et une étendue suffisante de pâturages. Surcharger une ferme de bestiaux est toujours une faute ; mais dans un pays montueux, elle est impardonnable. Les cultivateurs des Cotswolds ont imite'les assolemens de Norfolk , ou ont été conduits par la pratique ou le raisonnement à en adopter de semblables ; car il est certain qu’ils ont de grands rapports. L’usage qui prévaut dans les parties encloses , c’est de diviser toutes les terres arables en sept parties. L’une est destinée au sainfoin, et les six autres aux récoltes suivantes : 1 Turneps.' 2 Orge. 5 Foin. 4 Foin. b Blé. 6 Pois ou avoine. DE C O T S AT O E D. 3 4q Si l’on considère la valeur du sainfoin, que cette re'colte est presque assurée quelle que soit la se'cheresse , et que les terres des Cotswolds produisent abondamment cet admirable fourrage, on peut trouver qu’une septième partie des terres arables n’est point une proportion suffisante. Un quart seroit trop : il faudroit donc ou changer complètement le système des assolemens, ou le laisser subsister tel qu’il est. On n’a point d’autre manière de défricher les vieux pâturages que d’écobuer pour mettre des turneps. Il y a cependant des propriétaires qui , par préjugé , s’opposent obstinément à cette excellente opération. Dans ce cas , on rompt le gazon à la charrue pour semer de l’avoine ou des pois ; puis l’année suivante , on donne une jachère pour les turneps. On entend généralement fort bien l’art de l’écobuage , et l’on en connoît bien les profits. La grande difficulté en écobuant les terres du canton , c’est de donner assez de consistance aux gazons pour pouvoir les manier, et assez de racines pour qu’ils brûlent. Les prés artificiels de deux ans s’e'cobuent quelquefois, ainsi que les chaumes. Lorsque ceux-ci, après avoir été e’eroutés , ne se trouvent pas propres à être brûlés , on répand la graine de JÜO ' A (} a I C C LT ü 8 I semence par dessus la partie écroulée, et on enterre le tout à la charrue. Celte’operation ne coûte pas plus que deux labours , et vaut souvent mieux. Je n’ai point vu faire cela ailleurs ; mais le procédé me paroît très-bien inventé lorsqu’on ne veut faire qu’un labour. Les mauvaises plantesde la surface sont coupées ou déracinées, et après qu’elles se sont pourries ou desséchées , elles servent d’aliment aux jeunes plantes, de la récolte. Dans l’action même du labour, cette partie écroulée tombe dans le fond de la raie : elle empêche que la semence ne s’enterre trop profondément, et elle fait pour celle-ci une matrice excellente quifavorise le prompt développement du germe. Les jeunes plantes , au lieu d’avoir à lutter contre les mauvaises herbes, ont le secours de * celles-ci, qui se décomposent pour les nourrir. Les racines des mauvaises plantes ‘qui lioient la terre se trouvant coupées, cfelie-ci est plus meuble ; la bande retournée à la charrue se divise et s’émiette sous la herse , et le grain est convenablement recouvert. Le prix pour la main-d’œuvre d’écrouter , brûler et répandre les cendres, varie de iS à 20 sheilings l’acre , quoique le terrain soit très-pierreux. Dans certains endroits , il en coûte autant pour écrouter seulement. Dans lî E C O T S "\V O L D. l 5 l l’hiver , on trouve quelquefois à faire e'crouler pour enterrer le gazon comme nous l’avons explique ei-dessus , à raison de 6 shellings l’acre. Lorsque desgazons destines à être brûles se trouvent surpris par les pluies, comme cela peut arriver dans tous les pays, et ont recommencé à végéter , on les fait retourner , à raison de deux shellings et demi par acre : opération excellente , lorsqu’on peut la faire à si bas prix. On brûle les gazons par “petits tas espacés dé 16 pieds. Les parties non brûlées se rassemblent ensuite pour les consumer dans une seconde' opération. On ne laisse pas un seul morceau de gazon gros comme le poing , sans le brûler. On étend quelquefois les cendres immédiatement après avoir brûlé ; mais ordinairement on laisse subsister les monceaux jusqu’après les semailles de l’orge. On les étend ensuite parmi les mauvaises herbes qui ont crû. dans les intervalles, pour enterrer le tout à là charrue, et commencer la culture des turneps. On épargne beaucoup les labours dans les Cotswolds. Le cours ordinaire des assolemens n’admet jamais plus d’un labour pour toute autre récolte que les turneps; et pour ceux-ci, il est rare que l’on laboure plus de trois fois. On a donc six récoltés pour six labours. Ce- JT- AGRICULTURE i5a pendant il y a des fermiers qui ne sont pas si •économes des travaux de la charrue, et qui continuent les labours jusqu’à-ce qu’ils aient qbtenu l’avantage sur les mauvaises herbes , et que le sol soit convenablement ameubli. Ils trouvent leur compte à multiplier ainsi les labours. J’ai vu un trèfle qui succédoit à une orge , lequel avoit remplace' des lurneps pour lesquels on avoit laboure sept fois. Ce trèfle \aloit le double du plus beau trèfle que je puisse Jui comparer dans le pays. En comptant le profit qui en re'sulte pour toutes les recolles de l’assolement entier , il est probable que ce profit paiera dix fois les labours extraordinaires. Tout grand proprietaire dans les Cotswolds pourroit avoir une ou deux charrues légères à deux chevaux , pour refaire les jachères. Il donneroit cinq labours avec les mêmes frais que trois de la grosse charrue. Une charrue de Yorkshire complète ne coûte pas 5o shel. : avec deux labours capables de les mener , on retrouveroit sur une paire de ces charrues , le double de leur prix d’achat dès la première anne'e. Vu les frais actuels des attelages , il est absolument impossible que les terres soient suffisamment laboure'es. Le prix ordinaire pour labourer un acre est de 8 shellings ; c’est-à- dire , qu’un labour coûte à peu près autant que la rente de la ferme. DR GO T -S W O Xj D. l55 Los fermiers de Cotswolds ont de singulières idées relativement aux momens favorables pour meure la charrue dans les champs. Ils tâchent toujours de labourèr quand le terrain est humide , même quand ils cultivent leurs jachères. Ils n’exceptent que l’orge, pour lequel ils labourent en terrain sec. Leur raison pour pre'- fêrcr la terre humide, c’est que , disent-ils , s’ils labourent les jachères par la se'cheresse , ils perdent leur sol : ce qui veut dire que le fond de la terre ve'ge’tale qu’entame la charrue devient considérable , à chaque labour. Cette circonstance est due à la fois, à la nature du sol et à la nature des attelages. Le sol est sujet à se durcir et à se relier. Cinq bêtes qui se suivent à la file clans la raie battent le terrain tellement, que lorsqu’il est très-sec , il devient aussi dur qu’un pave’. Au labour suivant , le soc refuse de l’entamer; et dans ce second labour, même, une nouvelle couche de terre durcie sous les pieds des chevaux, se trouve ajoute’e à la première, et par conse'quent soustraite à la couche destine’e à la ve'ge'tation. Cet effet n’auroit point lieu avec une charrue à deux chevaux de front. On peut regarder comme l’opinion ge’ne’rale des fermiers du royaume cju’il faut labourer pour la seconde ou troisième fois les jachères *1 54 A G R T C U Ij T U R E en tems humide. Je n’ai jamais ouï dire ailleurs qu’en Cotswolds que de donner des Cultures aux jachères en terre humide , fût une bonne operation. Je dois pourtant excepter deux cas qui se sont offerts à mon observation , dans le çours de ma pratique; il m’a paru , dans ces deux cas, que le chiendent avojt été en partie de'truit par des labours faits en terre très- humide. J Il ne s’agit pas, au reste, de de'truire les mauvaises herbes dans la pratique des Cotswolds , maig de favoriser la re'colte en choisissant convenablement le moment du labour ; et je dois remarquer que , malgré le petit nombre des labours , les re'coltes de ce canton sont très- éloigne'es d’être des récoltes sales. A l’œil, on ne jugeroit pas que les labours y ont manqué, mais les' produits ne répondent 'pas à l’apparence , et il est possible que l’attention que l’on a de labourer quand la terre est très- humide, soit également nuisible aux mauvaises herbes et à la récolte. On ne manquera pas de présenter une objection à la supposition que je fais. On observera que, dans la plupart des pays , le blé ne réussit jamais mieux que lflrsque le labour de semadle se donne en terre humide. Mais cet avantage ne résullc-l-il point peut-êlre de cc que les DE c'a T S W O D D. "* i55 mauvaises herbes dans ce cas, n’ont pas réussi elles-mêmes , et ne nuisent point à la récolte? Ce n’est, au reste , qu’avec une extrême défiance que je hasarde ces re'flexions. Les principes du labourage paroissent aussi peu entendus aujourd’hui qu’ils* l’étoient au tems d’Hésiode. -Il faut accorder beaucoup aux situations, et aux qualités spécifiques d’un sol donné : cependant on ne sauroit se persuader qu’il n’v ail pas un principe général à suivre sur un procédé aussi intimement lié aux opérations de la nature , que celui de préparer le sol à la végétation. Il faut recueillir les plus foildes lueurs , pour tâcher d’éclairer un peu ce sujet important , qui jusqu’ici a été enveloppé d’une obscurité profonde. 11 y a un autre procédé relatif aux jachères qui mérite'd’être remarqué. Son utilité est évidente à la première vue : s’il s’introduit comme une pratique réglée , il.ne peut manquer de faire beaucoup d’honneur à l’agriculture dq^, Cotswblds. Jusqu’ici il n’est suivi,, comme pratique , que par un seul particulier ; mais ce particulier est à la tête dés cultivateurs intelligens, dans un canton où ceux-ci abondent j et il est impossible qu’un usage si évidemment bon ne se répande. J’avois moi-mêiùe fait arracher la mauvaise ! A G- U I C XT I, T U H E J 56 herbe dans une pièce en jachère , pour empêcher les plantes de grainer avant le moment où la charrue pourroit les enterrer ; mais je n’avois jamais eu l’idée de faire cultiver une jachère à la houe , avant d’avoir vu pratiquer celte opération dans les Cotswolds, Jusqu’ici on l’applique principalement aux chardons , et le succès en est parfait. J’ai examine des blés après des jachères que l’on avoit houe'es pour ôter les chardons , et je n’y ai pas vu une seule de ces plantes : cependant le blé lui- même n’avoit point été nettoyé d’herbes à la main. Ou fait celle opération quelques jours avant de labourer. La houe coupe la plante un peu au-dessous de la couronne. Dans le moment où de nouveaux rejetons poussent, la charrue vient couper le pivot. Si la plante ne se trouve pas détruite , elle reçoit au moins un échec dont elle ne se relève pas aisément. Ce sont des femmes et des petits gardons qui font ce travail avec des grosses houes de turneps ; cela ne demande aucune adresse et se fait rapidement , puisqu’il n’y a aucune plante à épargner. Quand les ouvrières sont arrivées au bout de la pièce , elles repassent leur travail pour couper les plantes qui leur ont échappé. X de COTSWODD. l5 7 Le même excellent cultivateur fait couper les chardons et les autres mauvaises plantes annuelles dans ses ray-grass avant de les rompre pour semer du ble’ ; et il en e’prouve le même bon effet : ses ble's n’ont jamais besoin d’être nettoye’s à la main. II vaut mieux , assurément, empêcher les mauvaises herbes de naître que de les arracher ensuite dans les blés. Les principaux engrais du canton sont le parcage des moutons, le fumier d’étable et les cendres. On a découvert dernièrement une couche de marne argileuse bleue , dont l’effet a été essayé sur les prés. Le fumier s’applique toujours à la récolte de turneps^ à raison de dix charretées par acre ; l’effet du fumier sur les terres du canton est extrêmement marqué et fort durable. La moisson se fait, dans les Cotswolds, sans addition de bras étrangers, circonstance remarquable dans un pays de cette nature. Le blé se moissonne toujours à la faucille et se dispose en petits tas qui ne sont point recouverts. L’orge et l’avoine se fauchent en dehors , et se resserrent sans les lier. Les ouvriers se louent pour cinq semaines fixes, à 2 shellings par jour sans nourriture ni bière. On bat le Lie au fléau ; on le vanne dans quelques endroits avec la machine à vanner. 3 58 AGRICULTURE Les bestiaux sont en liberté dans les conrs , où l’on leur donne la paille dans des râteliers mobiles. Oti trouve que les bestiaux peuvent être rassasiés de paille , ou en d’autres termes, qu’on peut leur, en donner une trop grande quantité. On remarque que dans les années sècbes , .quand la rareté de la paille force à l’épargner, et qu’on la distribue aux bestiaux avec règle et mesure , ils prospèrent davantage que lorsque dans une année d’abondance on la leur prodigue. Ces èffets ne sauroient être assignés à la qualité supérieure delà paille dans certaines années; car là comparaison des deux méthodes a été faite avec la même paille. C’est un sujet intéressant pour ceux qui hivernent jun grand nombre de bestiaux. J’ai obs.ervé ' qu’en Yorkshire , où les bestiaux sotit attachés et nourris plus régulièrement, par conséquent ils prospèrent davantage à la paille que dans les provinces du Sud où ils sont en liberté et ont de la paille en plus grande abondance; mais je ne prétends pas décider si cette différence ne provient pas de la chaleur des étables, d’un repos plus complet, d’un ordinaire plus réglé qui soutient leur appétit, ou si l’avantage n’est point dû à la race'. La variété de.blé cultivée est principalement le lamnici rouge (red laroma). On sème aussi DÉ C O T S W O 1 B. 1Ô9 un peu de ble' conique. On a obtenu récemment une sous-variété de.ce ble’ conique en semant un seul grain dont l’apparence etoit remarquable. Le grain de ce ble' est extrêmement gros et long ; mais jusqu’ici sa qualité’ ne paroît pas très-bonne. Je mentionne ce fait pour montrer qu’avec de l’attention on obtien- droit aisément des variétés nouvelles. Dans l’assolement le blé succède aux prés artificiels de la seconde année , et se sème sur un seul labour. Lorsque la terre est fort sale, on donne quelquefois une jachère d’été pour le froment. Le principe , pour le labour de semailles , c’est de le faire dans le commencement de Juillet, pour laisser ensuite le gué- ret sans le herser , jusqu’au moment de répandre le grain. Les semailles sont si hâtives dans les Cots- •wolds, que l’usagé du pays a, en quelque sorte , passé en proverbe : Août et Scptembré spnt les mors où l’on sème le plus. La règle générale est de semer à la première pluie d’Août. On sème donc pendant que les moissons durent encore , et jamais on ne sème du blé de l’année ; cependant on croiroit perdre sa graine si l’on semoit du blé de deux ans : c’est un préjugé du pays. Les fermiers prétendent que, pour leurs t A G R I C ü li T U R E 1G0 terres, les semailles hâtives réussissent beaucoup mieux , et ils allèguent encore pour justifier cet usage, l’e'pargne qui en résulte pour la semence : il est possible, qu’en effet, l’expérience ait conduit à celte pratique. On ne sauroit se persuader que les cultivateurs des Cotswolds diffèrent autant de leurs voisins de la vallée deGlocester, sur la saison des semailles, sans que l’observation , bien ou mal fondée, les ait conduits à ce résultat. Ce ne sauroit être une affaire de caprice ou d’habitude seulement, que cette énorme différence de pratique entre des cultivateurs dont les champs se touchent : il n’y a qu’un jet de pierre depuis les hauteurs où l’on sème en Août, à la vallée de Glocester, où l’on sème çn Décembre (1). La quantité ordinaire de semence , lorsqu’on sème au mois d’Août , est de six pecks; en Septembre on sème communément deux bushels. Lorsque le champ est propre et en (1) Les Cotswolds sont propres à l’orge etauxturneps comme les terres de Norfolk. Les assolemens se ressemblent beaucoup ; et cependant les fermiers de Norfolk, les plus habiles cultivateurs de l’Angleterre, se fondent sur l’expérience pour semer deux mois et demi ou trois mois-plus tard, dans un canton plus froid que les Cotswolds. (Voyez la culture de Norfolk.) bon B E C O T S W O L D. l6l boa état un bushel au mois d’Août suffit pleinement. On peut affirmer que dans les Cots- tvolds l’on épargné un tiers de la quantité ordinaire de semence ; cette épargne a sou importance dans les années de cherté, i >■ . On recouvre la semence à la herse f et ce qui est particulier à la pratique des provinces de l’Ouest, on a soin de faire passer et repasser , même de faire parquer les moutons sur le champ , entre la semaille et la levée : cet usage pourvoit peut-être s’adopter avec avantage dans les pays situés d’une manière analogue. Lorsque le blé est trçs-fort en herbe dès l’automne, on estime que c’est une pratique avantageuse que d’y mettre les moulons j nôn pas en petit nombre et en les y laissant long- tems , ,mais en y lâchant un nombreux trou- peau tout à-Ia-fois : c’est un procédé singulier, et peut-être fort bon. L’objection que l’on fait contre les semailles hâtives , c’est que le blé fait son effort avant l’hiver ; on prévient probablement cet inconvénient en le faisan® pâturer en automne : on croit qu’il seroit per,-, nicieux de le faire pâturer au printemps. Les blés ne se cultivent point à la houe , comme dans la vallée , mais on les nettoie au sarcloir. Un très-bon cultivateur a néanmoins donné l’exemple de houer un blé en autopine Tome à. L 162 AGRICULTURE parce qu’il e'toit clair et rempli de mauvaises plantes annuelles : son succès a e'tè complet. J’ai eu connoissance de la même réussite par une opération semblable en automne. Lorsque l’on sème de très-bonne heure, et que le terrain est empoisonné de mauvaisesgraines, l’une ou l’autre de ces deux opérations est extrêmement utile. J’ai vu ici un fait relatif à la moisson, qui prouve qu’il y a beaucoup d’avantage à couper le blé rouillé pendant qu’il est encore très-vert. Un beau champ de froment fut versé par des pluies très-fortes avant d’être mûr ; peu de tems «près la paille commença à brunir : le propriétaire se décida à le couper, quoique très-vert, car c’étoit trois semaines entières avant le moment de la moisson. On le laissa en javelles étendues sur le chaume, jusqu’à ce qu’il fût assez sec pour ne pas se pourrir ou germer si on le metloit en tas. On le lia ensuite pour le mettre en petit tas sur le champ même. Il résulta de cette opération que le grain , quoique petit, fut d’une belle couleur, et lé plus pesant de tous les blés que donna cette ferme dans l’année ; ce qui apparemment fut dû à la finesse de la peau du grain. Il est également très remarquable que la paille fut d’un beau roux et absolument exempte de taches. DE COTSWODD. i65 Celui qui a fait cette expérience en conclut que dès l’inslarit où l’influence de la rouille devient sensible , il faut couper le blé pour prévenir les effets de celte maladie. Lorsque le blé est ainsi coupé vert, la sève qui se trouve dans les tiges monte à l’épi, et nourrit le grain d’une manière toute semblable à ce qui seroit arrivé si les épis fussent demeurés sur pied. Il semble donc que l’opération de couper la tige tue la maladie , et permet à la nourriture de monter librement jusqu’au grain, sans obstacle. Les blés restent en meules , dans les cours des fermes, pendant l’hiver; et quand les grains sont à bas prix , ils restent souvent l’année entière sans être battus. Les fermiers sont riches, et l’on ne sème que du grain de l’année précédente , ce qui explique cet usage : c’est ordinairement en été que le blé se vend le mieux. Les fermiers se trouvent très-bien , chaque année, d’avoir du blé dont ils puissent disposer dans cette saison là, et autant qu’ils le peuvent ils le gardent long-tems avant de le battre : il n’est point douteux qu’ils n’y trouvent leur compte. Ce sont les meuniers qui achètent pour moudre tout le blé que les fermiers ne consomment pas. Le produit des champs de froment varie depuis douxe à vingt bushels par i64 AOltlCUTjTÜRE acre : on peut regarder deux quarters ( seize kushels ) comme la moyenne du produit des terres ). Il me paroît évident par les résultats, que les hauteurs de Cotsvvold ne sont pas un pays de ble' , et qu’on s’obstine mal à propos à en semer une trop^grande quantité' ; c’est un tort commun aux cultivateurs de plusieurs cantons semblables , et il n’y a point'd’erreur plus fatale à l’agriculture que celle-là. Les terres de Cotswold sont, parfaitement convenables à l’orge; il n’y en a que très-peu qui soient propres au froment , et cependant on sème le$. deux grains en quantités égalés. L’orge se sème dans la première semaine 4’Avril, à raison de trois bushels par acre. C’est beaucoup; mais une terre qui est disposée à S.e relier , qui se sème sur un labour , demande peut-être celte quantité, à moins que la saison ne se rencontre singulièrement favorable. ^ On charge l’orge à la fourche comme le foin; ou la bal en hiver : çe produit varie de trois à quatre quarters..Vingt-quatre bushels sont considérés comme une belle récolte. Cette récolte est foible, et l’on pourroit en argumenter contre la pratique que je viens de recommander; mais il faut observer qu’on ob- •iienl ce produit d’une terre qu’on ne laboure DE C O T S AVJ O L D. l65 ' presque jioint, tandis que l’orge se plaît dans leschamps ameublis, en quelque sorte, comme de la poussière.-Il Faut considérer aussi que le. blé occupe la terre un an entier et même plus, au lieu que l’orge ne l’occupe que six mois; en sorte qu’avee la culture du froment., la pâture / des champs dans la dernière’partie de l’été sé trouve perdue. > On cultive diverses sortes de lurneps, telles que les rouges, les verts, les ronds< et les longs. Le while loaf{ le pain blanc) de Norfolk semble être le plus estime. e 3 Les turneps succèdent aux graihes du priti- tems , ou au sainfoin lorsqu’on.écobue celui- ci : quand c’est sur un chaume de graine de priritems que J r on projette de semer les turneps, on rompt le chaume en. hiver. Lorsque les semailles des orges sont,achevées , on fait deu,x ou trois labours. On rassemble quelque-* fois les racines des mauvaises herbes pour les brûler ;< d’autres les laissent sécher sur le sol. Ge qui à été* écobué subit un - demi-Iabourq aussitôt qu’on a'-fini les semailles de l’orge; puis, lorsqu’on vèùt semer le turneps , on re? croise à angle droit. Il y a quelques bons cultivateurs qui objectent à ce procédé* et qui préfèrent de donner deux labours croisés et peu profond 3 enfin, d’autres, estiment qu’il { t66 agriculture vaut mieux ne labourer qu’une fois. Il est singulier en effet que , vu l’ëpargne ordinaire des labours dans ce canton , l’on ait pris l’usage d’en donner deux dans ce cas. Lorsqu’on met les turneps sur un chaume, on les fume à raison de dix charretées par acre. Les terrains écobués ne reçoivent que les cendres. On commence à semer à la fin de Mai, et l’on continue jusqu’au mois d’Aoùt : on met entre une et deux livres de graine par acre. En general , on donne deux sarclages à la houe; il y a cependant quelques paresseux qui ne cultivent point du tout les turneps. Le prix des deux sarclages est 6 shellings par acre : savoir, 4 pour le premier et a pour le second. Dans la première ope’ration la surface du sol se remue toute entière; et si l’on considère que les terrains sont pierreux , on jugera que ce prix est très-bas. Les turneps se mangent toujours sur place par les moutons ; on commence à la fin de Décembre, et ordinairement c’est pour engraisser les bêtes à laine. On fait manger la totalité d’une place avant de passer à une autre, et les champs de turneps ne sont pas comme dans d’autres endroits, destinés à recevoir d’abord les moutons qu’on engraisse , et ensuite DE COTS'VVODD. 167 les seconds ( followers ) 5 c’est-à-dire , les bêtes que l’on garde. Yoici le procédé que suivent les fermiers de Cotswold : ils donnent tous les jours un espace frais à leur troupeau , en le parquant dessus ; et s’ils ont des citées en quantité’ suffisante, ils entourent trois ou quatre espaces des jours pre'cédens, en laissant aux moutons la liberté d’y revenir , ce qu*ils font volontiers ; car on remarque qu’au bout de trois ou quatre jours les moutons mangent les restes des turneps qu’ils avoient ; auparavant re^ butes. Ce fait a son importance pour ceux qui suivent l’usage de ne mettre qu’un troupeau sur les turneps (1). nf ; Il y a un autre de'tail de pratique qui me'rite d’être observé dans les champs en 1 pente , et auquel on fait une certaine attention en Cots- wold ; c’est de faire marcher le parc de bas en haut, c’est-à-dire , en commençant par les parties les plus basses du champ. Les moutons ont une disposition naturelle à se coucher dans les parties les plus élevé'es du terrain où ils sont renfermés, en sorte que l’on peut régler avec plus de précision l’influence de leur'fumier sur le sol, et distribuer celui-ci plus éga- >i (1) J’ai déjà eu occasion de remarquer qu’il vaut mieux en mettre deux. i68 Agriculture lement lorsqu’on fait cheminer le parc dans le sens ,que nous indiquons. Dans les cantons ou les près naturels sont rares, la culture des foins artificiels* devient un objet de première importance. Les fermiers deCotswold cultivent!avec .beaucoup d’art et de soins le sainfoins ei le ray-grass. La!totalité des collines de Cotswohl est propre à la culture du sainfoin; le de'tritus calcaire , qui forme la.bouche inferieure à la terreive'ge'tale., a-dans quelques endroits dèux à trois pieds de profondeur.!'Au-dessous de ce' de'tritus on trouve un roc calcaire, • dans les fissures duquel les racines du sainfoin pénètrent encore , et quelquefois htême, dit-on, jusqti’à dix.etivingt pieds; Dansl d’autres endroits le roc se rapproche 'beaucoup de la surface du sol, et alors le sainfoin est rare et languissant. On dit que cette'plante est établie dans les Gotsvvolds depuisplus de cent cinquante ans. La méthode des 'fermiers , pour la culture du sainfoin , mérite d’être examinée en détail; et nous considérerons^successivement l’assolement, la manière de semer, les soins pendant l’enfance de la plante ; et) pendant le cours de sa végétation , la manière d’employer le premier foin , l’emploi du pâturage , la durée de cette plante, enfin le retour de cette culture dans les mêmes terrains. L’usage ordinaire est de semer le sainfoin avec de l’orge , après les lurneps ; mais un de ces incidens de la pratique , auxquels tout fermier doit faire une extrême attention a fait découvrir dernièrement que le sainfoin re'us- sissoit mieux lorsqu’il e’toit seme avec de l’avoine , après le blé , même lorsque, le terrain est empoisonné de chiendent. '*• Le sainfoin semé dans des champs très-bien préparés'est sujet à être étouffé par le brome (bromus mollis ), parce que celui-ci dominant et répandant sa graine avant que le sainfoin soit mûr, s’épaissit d’année en année , au 'détriment de la plante principale. On a observé à plusieurs reprises dans l’établissement des prés artificiels, et sur des terrains qui avoient été diversement conduit pendant les années précédentes , que lorsque la terre étoit sale , les bromes s’en trouvoient exclus; mais que lorsque la terre étoit parfaitement nette , elle se couvroit de bromes en peu d’années. Celle observation n’a point été faite par des paresseux, que l’on pourroit imaginer qui cherchent à épargner le travail ; mais elle est due à des hommes dont l’activité et le jugement en matière d’agriculture, ne sont point douteux. On a semé dans un grand nombre "de champs et sur des étendues considérables de 170 AGRICULTURE terrain, du sainfoin dans des terres fatiguées de froment et empoisonnées d’herbes , et toujours on a réussi. Le chiendent, qui occupe la surface , tue les bromes, et ne nuit point au sainfoin , dont les racines vont chercher la nourriture beaucoup plus bas. J’ai toujours trouvé qu’il convenoit de semer le sainfoin quand le sol est maigre, afin que les racines aillent chercher la substance nourrissante dans les couches inférieures de la terre , et aussi pour empêcher que les mauvaises herbes * n’abondent et ne nuisent au sainfoin (1). Je ne croyois pas possible que cette plante pût faire son chemin au travers d’un lit de chien- (1) Cette idée n’est pas nouvelle: Nathaniel Kent a déjà indiqué cette théorie ; mais elle me paroît bien hasardée. Si elle étoit fondée, comment ne seroit-elle pas applicable à la luzerne, qui pivote de la même manière, et qui pourtant ne réussit jamais mieux, que quand la surface est bien amendée?— Le fait remarquable du succès du sainfoin dans des terrains pleins de chiendent, est peut-être dû à des circonstances locales de Cotswold, telles que la qualité du sol inferieur, le climat, etc.? Mais on ne sauroit se persuader qu’il convienne que la terre soit maigre pour avoir de belles récoltes de sainfoin. Je l’ai vu souvent réussir assez bien dans les terres maigres; mais, à circonstances d’ailleurs égales, je l’ai toujours vu réussir dam les terrains bien amendés. DE COTSWOIiD. 171 dent. II paroît que, pendant deux ou trois ans, celui-ci en effet nuit aux progrès du sainfoin ; mais ensuite le chiendent diminuant en quantité , ou s’affoiblissant parce que le sol n’est jamais remue', le sainfoin prend pleine possession de la terre ; et quoiqu’il soit peut- être plus clair qu’il ne l’eût été d’abord sur un terrain propre, on ne regarde point cela comme un inconvénient, parce qu’on croit que son produit est tout aussi grand. On convient, au reste , que le terrain est encore sale lorsqu’on rompt ensuite le sainfoin pour y mettre des graines ; cette circonstance même a son avantage dans la culture du pays; elle permet d’enlever le gazon pour le brûler. Si l’on objecte que cette opération n’a pas un succès complet pour nettoyer la terre , il ne faut pas oublier que son état de saleté dépendoit de l’abus des récoltes de grains , et que si l’on n’y avoit pas mis du sainfoin il auroit fallu une jachère pour la nettoyer. Quoiqu’il en soit, je ne saurois recommander en général cette pratique aux cultivateurs de sainfoin ; les circonstances varient dans les divers pays ; et le même agriculteur qui a fait cette espèce de découverte, et qui a établi cet usage dans le canton , a éprouvé aussi que les bromes peuvent se détruire dans les deux pre- ' J 72 AGRICULTURE mières années, en sarclant et en arrachant l’herbe a la main ; or il tne paroît certain que les frais de cette opération ne sont pas si considérables que l’est la perte que l’on fait pendant les deux ou trois premières récoltes,, avant que le sainfoin ait pris le dessus sur lé chiendent. * On sème le sainfoin dans la dernière moitié’ du mois de Mars : la quantité’ de semence dépend de la qualité du sol ; lorsque la terre est sale on sème davantage ; la quantité varie depuis un bushel à trois bushels par acre. Les partisans des sainfoins clairs estiment qu’un bushel est suffisant, quand la terre est bien nette (1). (1) Cela me paroît incompréhensible. Le bushel contient de 55 à 60 livres de froment. En semant huil fois eetté mesure sur l’étendue d’un acre ; je croirons- semer plutôt trop clair que trop épais. Les sainfoins ( esparcettes ) clairs laissent prospérer le chiendent et les autres gramen dans les intervalles des plantes j et leur produit est toujours peu considérable, à moins qu'011 ne donne une véritable culture à la houe autour de chaque plante; mais alors ce n’est pas à la volcè qu’il faut semer : c’est au semoir , ou au cordeau. Il n’y a aucun principe de pratique plus assuré dans notre Agriculture que la convenance desemerlesainfoîu fort épais\ \ 0 "' DE C O T S W O E D. 3 73 Des fermiers observateurs ont remarque que lorsque les plantes du sainfoin sont rares elles sont, plus hautes , plus fortes et donnent plus d’herbe que lorsqu’elles sont très-près les unes des autres : dans ce dernier cas elles sont non- seulement plus foibles , mais aussi moins élevées, et la récolte est moins productive. La force des plantes est peut-être la seule cause de cette différence : une plante forte pivote plus bas qu’une plante plus foible , et les points d’où elle tire sa substance sont plus multipliés ( 1 ). On fauche toujours le sainfoin chaque année; si on le laisse pâturer une seule fois pendant l’été au lieu de le faucher, il est, dit-on , en quelque manière détruit; jamais il ne repousse (t) Ordinairement notre auteur a une meilleure logique. Ici il tient pour prouvé, et explique à sa manière un fait qui est plus que douteux : savoir que, sur un espace donné, une récolte rare de sainfoin (semé à la volée et non cultivé à la houe) fournit plus de fourrage qu’une récolte épaisse. Une des plantes de sainfoin rare fournira peut-être le double d’une plante de sainfoin 'épais; mais si le nombre de celles-ci est huit ou dix fois plus considérable, l’avantage est évident. D’ailleurs le gyps, dont l’emploi doit être inséparable de la culture du sainfoin, se répand en quantité proportionnée aux surfaces, et agit dans le rapport du nombre des plantes. l'jA AGttICt'X/TURE assez pour être fauche dans les anne’es suL, vantes. Les gens qui ont suivi la culture du sainfoin avec le plus d'attention dans ce pays-ci, ont pour principe invariable que cette plante ne doit jamais être pâturée tant qu’elle croît. Us pensent même qu’il n’y a que deux mois de l’anne’e pendant lesquels ou puisse faire pâturer le sainfoin sans risquer de le ruiner; savoir, Octobre et Novembre. En Décembre, quand le tems est doux, il n’est pas rare que le sainfoin fasse une pousse, et si l’on lè pâture dans ce moment-là on lui fait un tort très-grand: le pâturage du printems a également un effet funeste. On lui nuit encore en fauchant trop tôt, et enfin on observe que l’on prolonge la durée des plantes en les laissant donner leur graine. Ce dernier fait est extraordinaire , parce qu’il est contraire à ce que l’on remarque sur d’autres plantes des prés ( 1 ). (1) J’aurois plus de confiance à toutes ces observations sur le sainfoin, si elles étoient de l’auteur lui-même; mais les faits sont si singuliers que je soupçonne de l’exagération ou de l’incertitude chez ceux qui les lui ont rapportés. Nota. La note ci-dessus a été écrite en 1798. Je n’avois pas alors l’expérience que j’ai acquise depuis, quant â l’effet de la dent des moutons sur le sainfoin. Ces ani- 4 DE COTSWODD. 175 C’est une chose bien connue que si l’on coupe les arbres tandis qu’ils croissent on nuit' à la reproduction pour les années suivantes , parce qu’il paroît qu’ofi nuit aux racines. Il est possible que la même chose arrive lorsqu’on coupe trop tôt le sainfoin , dont les racines sont si profondes : si, en effet, c’est aux racines que l’on fait tort, la langueur qui succède s’explique aisément. J’indique cette idée sans y attacher beaucoup d’importance , mais pour exciter quelques recherches sur la nature de cette plante admirable. Le produit des prés en sainfoin varie d’une à deux charretées par acre : on donne ce fourrage aux moutons et aux chevaux. Le pâturage se réserve pour les agneaux qu’on vient de sevrer : on y met aussi les vaches , mais rarement les chevaux. La plante ne dure guère au-delà de dix ans, même dans les terrains qui n’en ont jamais maux l’éclaircissent beaucoup à la première année, et le tuent presque complètement à la seconde. Tel a été deux fois le résultat de cette expérience dans les prés que je leur avois abandonnés. Il resteroit à essayer de faucher d’abord, puis de faire pâturer en automne seulement, quand la végétation est arrêtée. Je ne l’ai pas fait. (Décembre 1807.) IJ6 AGRICULTURE DE COTSWOLD. porte. Ce dernier point, au reste, est difficile à constater, parce que le sainfoin a e'te' cultive' depuis très-long-tems dans le pays : il paroîi que.sort peu de dure'e doit être attribué à la nature de la terre végétale, ou du sol inférieur. On a pour principe qu’il ne faut pas revenir au sainfoin dans le même terrain avant un intervalle de vingt ans. Le canton fournit l’exemple d’une pièce de terre qui a été trois fois en sainfoin de mémoire d'homme : la dernière fois le sainfoin fut médiocre , et se perdit en trois ans. Il est donc bien possible que la proportion du sainfoin aux champs de grain , daps les Colsvvolds , soit très-suffisante. En suivant cette^ proportion et les assolemens du pays , le même terrain devroit reproduire du sainfoin au bout de soixante et dix ans ; or il est douteux que cet espace de tems suffise pour former de‘ nouveau, dans les couches inférieures de la terre, les principes nécessaires à la végétation de cette plante , et que les récoltes de dix ans avoient épuisées : il avoit fallu peut- être dix siècles pour les y rassembler. AGRICULTURE \ 277 AGRICULTURE DE HEREFORDS H IRE. TIRÉ DE MARSHALL. IjA race des bêtes à cornes de Herfefordshire peut, à tout prendre, être conside're'e comme la meilleure de l’Angleterre : elle ressemble beaucoup, pour les formes, à celle de Sussex , mais elle est plus grosse , et elle a surtout un rapport très-frappant avec la race de la valle'e de Pickering , quoiqu’il y ait à-peu-près deux cents milles de distance , et plusieurs races très-differentes entre ces deux points. Les bestiaux de Herefordslure sont bien muscles et nerveux ; ils marchent bien , et le bœuf de celte province peut être regarde' comme un des animaux de trait les plus parfaits. Les vaches de cette race sont excellentes pour le lait ; on peut les mettre sur le même rang que celles de Glocestershire. Ces bestiaux s’engraissent aisément , quoique jeunes , ce qui est la meilleure preuve de l’excellence de la race , quant à l’engrais. J’ai vu des genisses de trois ans parfaitement grasses5 phénomène Tome 2. M iCRICULTOE 178 que je n’ai observe nulle part ailleurs : il n’y a que les genisses châtrées de JNorfolk qu’on puisse comparer à celle-là pour la graisse. 11 est bien malheureux pour la prospérité de l’agriculture , que le choix des éleveurs les plus zélés soit tombé de préférence sur la race des comtés du centre. Celte race , très-belle en effet, très-favorable aux engraisseurs, lorsque les bêles sont suffisamment âgées, est également bonne pour la laiterie ; mais comme animaux de trait, les bœufs des comtés du centre sont très-inférieurs à ceux de beaucoup d’autres racés. Avec les mêmes soins que l’on a accordés à cette race des provinces du centre, on auroit réussi avec celle d.e Herefordshire à avoir des bêles parfaites sous tous les rapports, au heu que les bœufs de la race du centre sont très-incommodes par la longueur et la forme des cornes, et médiocrement construits pour le trait. Malgré ce désavantage cette race s’étend de jour en jour dans toutes les parties de l’Angleterre , et les conséquences de cette extension me paroisseut pouvoir être très-fatales. L’usage de labourer avec des bœufs perdra peut être, au lieu de gaguer comme on doit le désirer, et si l’esprit d’amélioration qui se dirige maintenant , par un effet dota mode sur les bêtes t DE HEREFORDS H I R E. 179 à cornes, vient à languir, toutes les provinces se trouveront chargées d’une race qui par sa nature , est une des plus médiocres de notre île. La race à longues cornes, si elleéloit négligée , tomberoit absolument5 c’est à force de soins qu’on lui donne sur les autres un® supériorité' que la nature ne lui avoit point accordée. Ce n’est point ici une affaire de préjugé; je rends justice aux efforts e'claire's et soutenus de ceux qui ont ennobli et perfectionne eette race , mais après avoir fait usage pendant quinze ans des bestiaux qu’elle fournil , j’ai droit d’en parler avec connoissance de cause. C’est surtout pour avoir des bœufs de travail que l’on fait des élèves en Herefordshire ; la moitié' des attelages des charrues sont des bœufs ; on les emploie egalement à charier; on les attèle de front avec des jougs. C’est surtout dans la partie du Nord de la province que l’on e'iève les bœufs : on ne les travaille que mode'rément jusqu’à cinq ou six ans; à cet âge on les vend aux engraisseurs de Buckinghamshire , Wiltshire , W arvriksire , Glocestershirc et des autres comtés voisins qui viennent les acheter. Il y a quelquefois mille tètes de bétail de celte race à la foire du 20 Octobre à Here- 801 A6RICÜT, Tü*ï fordshire ; on y voit aussi quelques bestiaux du pays de Galles : cette foire est la plus belle que j’aie vue pour la qualité des bestiaux, et après Smitfield , la plus considérable. Le Herefordshire a été célèbre de tout tems pour une race de brebis qu’on nomme la race du pays de seigle ( Ryeland-breet ) , d’après la dénomination de la partie méridionale du comté appelé Ryeland. Cette race est remarquable pour l’excellence delà chair, mais encore plus pour la finesse de la laine : on peut la regarder comme presqu’égale à celle d’Espagne. Si les Espagnols ont perfectionné leurs laines par le croisement d’une race angloise , c’est proba— » blement par celle de Ryeland , et non par celle de Cotswolds. Les moutons de Herefordshire sont petits, à face blanche et sans cornes. On fait peu d’attention à leur forme ; mais elle est souvent très-belle , et leur chair délicieuse. Les brebis pèsent de douze à quatorze livres , les moutons de douze à dix-huit livres le quartier. Il y a une particularité remarquable dans l’économie des troupeaux de Ryeland, c’est qu’on les renferme la nuit au lieu de les parquer en plein air , comme ou le fait dans les autres provinces. La bergerie dans laquelle on les enferme la nuit a environ six pieds de haut, DE HEREFORD S HIRE. l3l et l’on donne neufs pieds carre's pour chaque brebis. On leur fait manger du foin, delà paille d’orge et des tiges de pois au râtelier. Ils aiment singulièrement ce dernier fourrage, dans lequel on a soiu de laisser un peu de grain. Je rie connois pas/assez les avantages de celte méthode pour la recommander indistinctement aux autres provinces. Ce que l’on dit, en général, c’est qu’elle est favorable à la finesse de la lame ; mais des agriculteurs judicieux observent que la laine s’allonge moins , et que les moutons restent plus petits. Le fumier que l’on fait ainsi est excellent, et on dit que les brebis tenues à ce régime ne sont jamais attaquées delà pourriture, pourvu qu’on ne les laisse paître le matin qu’après que la rosée est dissipée. On ne tient point dans la bergerie chaude les brebis pleines , mais après qu’elles ont mis bas elles se trouvent très-bien de cet usage , ainsi que les agneaux ; on remarque qu’elles y sont également à l’abri du froid et des poux. L’origine de ces bergeries renfermées tient probablement à la constitution de la race de llyeland, qui est foible : les moutons ont de la peine à soutenir le parc ; on l’a essayé à plusieurs reprises , et jamais on n’a pleinement réussi. Celte race mérite beaucoup d’attention A G R I C U X, T U R K 182 sous les rapports de l'économie politique. L’Angleterre pave annuellement des sommes considérables à l’Espagne pour ses laines. Celle des moutons d’Heretordshire , quoique moins belle, la remplace jusqu’à un certain point, et on l’emploie au même usage dans les fabriques. En 178.0 elle se vendoit 2 shellings la livre, quand la laine commune du royaume ne valoit que 4 pence (1) et celle d’Espagne 5 shellings. En 1788 la laine du Ryeland se vendoit près de 2 shellings, et celle d’Espagne 5 . En augmentant la quantité' des laines de Ilerefordshirc on diminuerait dans la même proportion l’importation des laines d’Espagne; mais si , au contraire , la race à longue laine , qui semble gagner peu à peu dans toutes les provinces par une sorte de mode , pénètre en Herefordshire , la laine fine se perdra sans retour. L’objet du fermier est de se procurer, par son troupeau, un profil moyen plus conside'- rabie ; peu lui importe que ée profit résulte de la laine ou de la chair de l’animal, et si la chair des moutons de Ryeland n’eût pas été (1) Je donnerai le taliieau comparatif du prix des laines des diverses races de brebis en Angleterre, et de la quantité que chaque racs en fournit. i> È IT E R F, F O R T) S H I K. E. 3 83 délicieuse , il y a long-lcms que la race soroit éteinte ; car si la lame se vend à un haut prix , elle n’est qu’en petite quantité : le poids moyen des toisons est une livre et demie. Plusieurs races de l’Angleterre en donnent sept ou huit qui se vendent de huit à neuf pence la livre; ce qui fait le double du prix d’une toison de Ryeland ( 1 ). 11 conviendrait donc, je pense, d’aviser aux moyens de conserver à l’Angleterre l’avantage de la race à laine fine du Ryeland ; avantage que je crains qui ne lui échappe , si l’on ne cherche point à éclairer l’opinion sur les véritables intérêts des fermiers et du public. Economie des vergers et des cidres. La culture dos arbres à fruit pour faire du cidre est particulière aux provinces de l’Ouest. Les provinces du Sud , qui ont une surabondance de fruits , on destinent une partie à en faire une boisson ; mais les provinces de l’Est, du Centre et du Nord, sont encore aussi igno- (i) Il paroit que l’auteur ne porte pas assez haut cette différence. Le poids moyen des toisons de Lincolnshii'c est de il liv., et le prix moyen de la livre, îo pence s ce qui fait 9 shel. 2 pence. Le poids moyen des toisons de Byeland est 2 livres : le p-ix moyen de la livre 1 sli. 9 pence, ce qui fait 3 sb. 6. ACSICCITÜRE i8* rentes sur i’avt de faire le cidre que sur l’art de faire le vin. Le Stafîordshire même , qui n’est sépare du pays du cidre que par une lisière de hauteurs , n’en fait pas un seul tonneau. Le Herefordshire et le Glocestershire se disputent la supériorité pour l’art de faire le cidre et pour sa qualité ; mais l’économie des vergers est bien loin d’être convenablement entendue, quoique chacun ait son verger à soigner. Le premier objet de chaque fermier est de fournir à la consommation de ses gens, qui est énorme. Le marché des cidres n’est pas fort étendu ; quand la récolte est abondante il y a plus d’embarras que de profit ; cependant , la multiplication des canaux , et en particulier la construction de celui qui joint la Severn à la Tamise, va étendre les moyens des débouchés pour cette denrée , et encourager la fabrication du cidre destiné à être vendu. Les manipulations nécessaires à cette fabrication sont un mystère ; peu de gens y sont initiés, et j’ai eu de, la peine à l’être moi-même. J’ai mis d’autant plus d’intérêt à acquérir des connoissanees positives sur ce point qu’il n’a jamais été bien étudié'; jamais le sujet n’a été considéré dans son ensemble , et avec le but de perfectionner toutes les parties de l’art.. DE HEREFORDS II IRE. 1&5 Los faiseurs de cidres ne connoisscnt point du tout les soins ne'cessaires aux arbres, et les possesseurs de vergers ignorent comment il faut s’y prendre pour faire et conserver du bon cidre. Poure'tudier l’e'conomie des vergers , il convient d’examiner successivement : 1. ° L’espèce des fruits; 2. ° La situation convenable des vergers. 5.° Leur sol. 4. ° La meilleure manière d’e’leverles plants. 5. ° La meilleure méthode pour planter les vergers. 6. " L’art de enter. 7. 0 L’entretien des arbres. Les fruits des vergers de Herefordshirc sont les pommes , les poires et les cerises. On ne trouve les cerisiers que dans le voisinage des villes, et quoique l’on pût probablement réussir à faire de leur fruit une liqueur fermentée qui auroit son mérite , il ne paroît pas que l’on l’ait encore tente' : il ne s’agit donc que des pommes et des poires. La nature nous donne la pomme sauvage et la poire sauvage, en grande abondance dans les forêts et dans les baies. Linnæus ne fait aucune mention de la pomme ; il la regardoit comme un produit de l’art, et comme une variété de la pirus malus ; tout comme les A Vr 11 I C U I, T tl n E 18 b poiros délicieuses cio nos jardins ne sont que des variétés do la pirua communis. La nature propage , par la semence, l’espèce qui lui appartient ; mais les pépins d’une variété' quelconque ne produisent point cette même variété, ils produisent un grand nombre de variétés nouvelles qui se rapprochent de la poire ou pomme sauvage : il est probable que si l’on ressemoit plusieurs fois des pépins des fruits produits par ces variétés , on arrive- roit finalement à la pomme ou poire sauvage, telle que la nature la produit. Il paraît que ces deux fruits n’ont pas naturellement un caractère spécifique Lien déterminé : ils offrent , dans l’état sauvage, des variétés très-distinctes et très-nombreuses , quant à la couleur , à la forme et au goût ; mais avec les secours de l’art, on rend les caractères permauens. Ce qu’il y a donc à faire d’abord, c’est de sc procurer une variété qui ail les qualités nécessaires, de perfectionner ces finalités par la culture , cl de les propager artificiellement. La loi de la nature met des bornes au pouvoir de l’art; elle lui permet de créer, mais elle fixe le nombre des années que doivent durer ses productions, La propagation artificielle ne sauroit conserver indéfiniment les va- d j{ jt jt t*. r. r o T>. n s n i n r. 1S7 vietës : il arrive 111■ moment où il est impossible fie les soutenir. Tous les fruits qui ont fait autrefois la réputation aroît qu’autrefois l’usage le plus ge'ne'ral étoit d’enter en écusson dans la pe'pinière, où les plants restoient jusqu’à ce qu’ils fussent assez forts pour la transplantation. Mais il falloit s’en rapporter au jardinier sur les espèces , et on pre'fèrc d’en être bien sûr : on veut connoîlre le fruit qu’on aura , on veut savoir encore si l’arbre dont on prend les greiFes est d’un bon âge et d’une bonne santé. D’ailleurs on croit généralement que l’ancienne méthode a fait dégénérer plusieurs variétés estimables. Quoiqu’il en soit de la cause , il est certain que cette pratique est décréditée. Voici celle que l’on suit aujourd’hui. On laisse affermir les arbres en terre pendant trois ou quatre ans , après quoi on les ente en fente, et d’une manière assez extraordinaire. On scie franc le jet vertical, à six pieds de DÉ HEREFORDS H IRE. ] 21 terre , ou plus haut , si la longueur du tronc le permet , et que la variété' que l’on établit soit disposée à avoir des branches pendantes. Si, au contraire , la variété que l’on ente pousse vers le haut , on peut couper le tronc plus près de terre. On refend ensuite le tronc pour y insérer les scions , de la manière accoutumée. II y a des ouvriers qui vont de village en village pour faire ce travail. On protège la greffe, d’une manière particulière. On a des espèces de bouteilles d’osier d’un tissu lâche , dont on les recouvre. Ces bouteilles forment un cône renversé , dans lequel la greffe est enfermée: elles ont environ deux pieds de hauteur, et un pied de diamètre dans le haut. Le ciment de terre destiné à assurer la greffe reste d’abord quelques jours sans qu’on le touche. Après quoi l’on attache la bouteille renversée , avec des étoupes , immédiatement au - dessous de l’emplâtre , qu’elle est destinée à renfermer avec :1a greffe. Cette méthode paroît très-bonne. Elle protège la greffe contre le bétail et contre les oiseaux, surtout les corbeaux; et'(ce qui est précieux pour certaines variétés ) elle donne aux jets de la greffe une tendance à monter. 11 y a cependant un désavantage dans ce procédé, c’est que l’arbre reste quelquefois étranglé 212 AGRICULTURE à l’endroit de l’ente. J’ai observe que quand cela arrive , cela est dû à ce que l’une des greffes avoit manque'. Il se forme alors une dépréssion dans le tronc , qui retient l’eau, qui peut produire une plaie , et que la greffe voisine ne peut pas toujours remplir. Cette cavité' , lorsqu’elle subsiste, est une cause de mort prématurée pour l’arbre. Quelquefois aussi, il arrive , dans cette manière d’enter, que les greffes en grossissant font fendre le tronc, et que les vents augmentent le mal. Il faut alors relier le tronc avec un cercle de fer qui tient par une vis. —On évite ces inconve'niens en laissant grossir les branches jusqu’à-ce qu’elles aient un pouce de diamètre, et puissent porter la greffe. Dans ce cas on ne jouit pas sitôt ; mais probablement on jouit avec plus d’abondance , et l’arbre, je pense , dure plus long-tems. La culture des vergers e'tablis doit être considérée relativement au sol, et relativement aux arbres. Dans le Herefordslnre , les arbres sont dans les champs , et en Glocestershire ils sont dans les vergers , parce que la première de ces provinces est un pays arable , et la seconde un pays de laiteries. Les deux cultures ont leurs désavantages. Les arbres à fruit qui ont tout leur [crû, et surtout ceux dont les * DE HEU E FORDS II IR E. 2l3 branches sont tombantes , nuisent beaucoup aux re'eoltes. Leurs racines , leur ombre , les gouttes qui tombent des branches , font un mal considérable , non-seulement aux grains , mais aux turneps et aux trèfles. Ils empêchent Ja libre circulation de l’air et gênent souvent beaucoup les attelages pour labourer , parce que les bœufs ont de la peine à passer sous leurs branches. Mais les arbres surtout lorsqu’ils sont jeunes, prospèrent davantage dans les champs que dans les pre’s ou vergers ; parce qu’ici leurs racines n’ont pas suffisamment de culture , et que les bestiaux en paissant attrapent les branches pour manger les feuilles. D’ailleurs, dans les vergers qui sont en plein rapport , il y a quelque danger pour les bêtes en pâture , et il se fait une destruction considérable des fruits : elles en mangent beaucoup et s’étranglent quelquefois. On est obligé de les éloigner du pâturage dans certains niomeits où les fruits tombent en abondance ; et il faut avoir soin de faire brouter l’herbe très-raz avant le moment où le fruit commence à tomber, comme aussi de tenir les branches hautes, pour que le bétail ne puisse pas atteindre le fruit sur les arbres , et pour que ceux-ci ne nuisent pas autant à l’herbe. On peut conclure de ce que nous venons 2l4 AÉrRICUIiTURE de dire , que dans les situations où l’on a le choix, U vaut mieux tenir en culture les pièces où l’on elève de jeunes arbres ; mais qu’en- suite lorsque les arbres nuisent aux re'coltes , il convient de mettre ces pièces en pre'. Dans le district de Dymmock et Marcle, où la terre est profonde , et où le pays ressemble à une forêt d’arbres fruitiers , on se de'goûte de planter dans les champs , à cause des in- convêniens ci-dessus , et on se met à planter dans les pre's. Dans le voisinage de Bromyard où l’on cultive beaucoup de houblon , l’on plante souvent des pommiers dans les houblon- mères. Les arbres pendant qu’ils sont petits font pèn de tort au houblon , et la culture qu’on donne à celui-ci leur profite beaucoup. Enfin, avant que les arbres puissent être assez grands pour nuire à la houblonnière , la terre se trouve use'e pour celle culture , et on y reprend un assolement re'gle'. Dans le Herefordshirc , on ne soigne plus les arbres depuis le moment où ils sont hors du danger d’être renvcrse's par les bestiaux. On voit des branches qui tombent jusqu’à terre , tandis que le sommet des arbres est charge' de touffes de gui ou de bois inutile que les rayons du soleil peuvent à peine percer. On voit aussi les troncs et les branches ciiarge's DE HEREFORDS H IRE. 2l5 de mousse. Déplorable négligence ! et dont il resuite' annuellement une perte bien plus grande que les proprietaires ne peuvent le soupçonner. Cette négligence n’est cependant pas gene'rale. On voit des vergers passablement soignes sous ce rapport , et d’autres qui le sont aussi parfaitement que dans la province de Kent. Les principaux ennemis des arbres sont: les 1 branches gourmandes , le gui, la mousse , les gelées du printems , les vents qui empêchent les fruits de nouer , les insectes , l’excès du fruit , et l’âge. Quelques-uns de ces ennemis des arbres ne peuvent être combattus par l’art, mais il peut triompher de quelques autres. Les branches gourmandes font beaucoup de mal. Elles e’puisent à pure perte la terre qui nourrit les racines; elles ôtent aux branches productives une partie de leur nourriture ; elles abrègent la duree naturelle de la vie de l’arbre; elles donnent plus de prise aux vents ; elles retiennent l’humidite , et elles interceptent les rayons du soleil, dont l’action se trouve ainsi trop affaiblie. Ce n’est qu’à la surface des arbres que les fruits peuvent mûrir convenablement. Il faut donc décharger ceux-là de toutes les branches intérieures, cl de celles qui pendent en dessous, fll6 AGRICULTURE afin que les autres acquièrent plus de vigueur. On voit souvent, dans ce pays-ci, des arbres si surcharges de bois que , même après que les feuilles sont tombées , un petit oiseau a peine à se glisser dans l’intérieur de l’arbre. Il est impossible alors que la plante ne dépérisse pas, et que le fruit conserve toute sa qualité. Le grand objet de celui qui cultive les arbres pour le cidre, est de faire tous les ans une récolte; or, il faut pour cela entretenir les arbres en pleine santé , et empêcher qu’ils ne s’épuisent dans les années où le fruit abonde. Le gui est, dans le Herefordshire , un grand ennemi des pommiers. Le pommier sauvage périt souvent par le gui ; et le pommier enté en souffre beaucoup. Cependant il est fort aisé de le détruire, et de l’appliquer utilement, car les moutons l’aiment autant que le lierre. Malgré l’utilité de cette plante parasite pour les moutons , et la facilité avec laquelle on peut l’enlever, la coutume et la paresse ont tant d’empire , que tous les ans il périt un grand nombre d’arbres , et il se perd une portion considérable de la récolte par le gui. La meilleure manière d’en délivrer les arbres est de l’arracher avec des crochets lorsqu’il gele ; parce qu’alors il est cassant, et il cède aisément à l’effort. DE HERE FORDS H IDE. 217 La mousse lient beaucoup au climat et à l’exposition : l’on ne peut pas toujours se dé- barrasser tout-à-fait de celte vermine végétale; mais on pourroit en arrêter les progrès, et en éviter le plus souvent les mauvais effets. Il y a, dans le comté de Kent des hommes qui font métier de nettoyer les arbres des vergers. Ils se font payer à tant par arbre , ou tant par verger, selon l’état de dégradation où sont les arbres. Dans le Herefordshire , cela n’a point lieu, et j’y ai vu un grand nombre de vergers presque détruits par la mousse. Il y avoit des arbres morts, et beaucoup d’autres qui n’avoient plus qu’une branche ou deux en vie. Quelle honte pour des cultivateurs dont le soin des vergers fait la principale industrie ! Qu’importe le nombre des arbres, si les arbres ne donnent point de fruit? Us nuisent aux autres récoltes, tout comme s’ils étoient vigoureux. Pour ceux qui ne sont que médiocres , il est douteux qu’ils paient la place qu’ils occupent, et les autres productions qu’ils empêchent de croître. Combien donc n’est-il pas absurde d’épargner les dépenses raisonnables et les soins qui main- tiendroient en santé tous les arbres à fruit, ou de laisser subsister ceux qui ne font qu’embarrasser le terrain ! Les gelées du printemps font aux fruits un \ 210 IBRICUITUJIE tort qu’on ne peut empêcher. Les gelées sèches ne font que retarder Ja floraison , et sont plutôt utiles. Mais les gele'es humides , c’est- à-dire les gele'es qui succèdent immédiatement à la pluie ou aux brouillards, nuisent beaucoup, même aux bourgeons. Cependant on voit, à cet égard , des phénomènes très-remarquables. 11 paroît qu’il y a des années où la fleur a plus de force pour résister. En 1788 , il y eut plusieurs gelées tardives qui firent croire que les fruits scroient perdus; cependant pette année- là a été une des plus belles qu’on se souvienne d’avoir vues , soit pour la quantité, soit pour la qualité. Dans les années où la floraison se fait mollement, la moindre gelée fait périr le fruit; et l’on voit, dans la même année et Ja j même situation , les arbres qui ont fleuri vigoureusement résister aux gelées , tandis que ceux qui ont fleuri languissamment perdent leurs fruits par elles. Il résulte de cette obscr- vation que tous les soins qui vont à assurer la santé et à développer la vigueur de l’arbre , i tendent également à affbiblirlcs mauvais effets des gelées du printems. On est persuadé qu’il y a certains vents qui ’ empêchent les fruits de nouer. L’expression blight ( rouille ou meillat) ne donne aucune • idée de la cause de cet accident , auquel les DE HEREFORDS II IRE. 219 grains sont egalement sujets j et chacun peut faire son hypothèse sur la manière dont la chose arrive. Il est certain que quelquefois les fleurs des arbres se trouvent tout-à-coup in- fecte'es d’un nombre infini d’insectes. Mais on n’a point encore de'eouvert si ces insectes sont l’elTet ou la cause du mal. -J’ai observe’ qu’en 1788 où les gelées du printems re'pandirent l’alarme chez les proprietaires de vergers, où les vents qui nuisent, d’ordinaire, le plus à la floraison re’ge'nèrent avec force , la re'colte fut superbe. Il me parut évident que cela lenoit à ce que pendant les quatre anne'es pre'cèdentes, les arbres n’avoient point donne'. Les fleurs sortirent avec une telle force qu’elles bravèrent l’action de la gele’e et des vents , qui , dans une autre année , leur auroit été fatale. Il est rare que l’on voie deux récoltes abondantes se succéder. Cependant cela arrive quelquefois lorsque l’intervalle de repos a été très-long. L’excès de fruits a plusieurs mauvais effets. 11 arrête la croissance des jeunes arbres; il suspend la production pour deux ou trois ans , et fait casser ou fendre les branches , quelquefois même succomber l’arbre sous le poids. Dans les années d’une excessive abondance , on soutient l’arbre avec des pieux 220 A G- R I C U L T U R E fourchus. Il y a quelquefois jusqu’à vingt pieux N employe's à soutenir les branches d’un seul arbre. J’ai vu les vergers de Herefordsliire si charge's de fruits , que les branches tomboient de tous côtés comme celles du saule pleureur. Les fruits se touchoient tous, et formoient des chaînes semblables à des chaînes d’oignons. L’extérieur de l’arbre ctoit absolument couvert de fruits. Je n’ai vu nulle part une telle abondance. On pourroit se garantir jusqu’à un certain point des inconvéniens de l’excès des fruits en greflant sur les branches au lieu de greffer sur le tronc , et diminuant le nombre des branches à fruit, lorsque l’arbre a acquis une force suffisante. On ne peut pas empêcher que les arbres ne vieillissent, mais on peut les maintenir plus long-tems en pleine santé , en leur donnant les soins nécessaires. Les arbres qui ont été entés sur les branches avec des scions de pommier sauvage , sont ceux qui durent le plus long-tems. Lorsqu’on enlève régulièrement les branches gourmandes ou surabondantes , et qu’on a d’ailleurs les attentions recommandées ci-dessus, on prolonge beaucoup la durée des arbres. Cependant l’âge amène enHn le déclin de la plantej et long-tems avant , UE HEREFORDS II IRE. 221 qu’elle pe'rlsse les fruits diminuent d’anne’e en année. Pendant le période du dépérissement, il arrive un moment où les arbres ne paient plus le dommage qu’ils causent ; et cependant on les laisse le plus souvent subsister jusqu’à-ce qu’ils meurent de mort naturelle. S’il est douteux que des arbres en plein rapport soient avantageux au fermier, il est bien certain qu’ils lui nuisent lorsqu’ils commencent à décliner. Il importe de saisir , pour les couper, le moment où le bois est encore sain, et de ne pas laisser pourrir celui-ci sur pied, tandis que l’arbre ne fait plus qu’embarrasser le terrain. J’ai vu , dans la valide de Gloceste.r , des pommiers renouvelés par des greffes sur le vieux tronc. Dans les vergers qui sont près des maisons , cet expédient peut être souvent convenable. Le même cultivateur qui re’ussis- soit ainsi à renouveller les vergers, ne pouvoit point élever de jeunes arbres dans le même terrain. Il conviendroit assurément, dans ce cas , de changer les fruits , c’est-à-dire d’enter des pommiers sur le tronc des poiriers , et réciproquement. On doit observer que les poiriers , surtout 1 dans les terres profondes et fortes , durent beaucoup plus long-tems que les pommiers. 22 2 AGRICULTURE DE HEREFORDSHIRE. Ils voient ordinairement trois ge'ne'raiions de ceux-ci. Il ne convient donc pas d’entremêler les poiriers et les'pommiers dans les mêmes pièces. 220 AGRICULTURE DE SUFFOLK. Par Arthur Y O U N G. ouvrage , où l’on reconnoît la main d’un maître, a e’te' fait pour le de'partement d’Agricuhure ; puis réimprime avec les observations qu’il a provoquées de la part des cultivateurs de la même province. Quoique volumineux, parce que les objets sont très-multi- pliés , c’est un modèle de précision. L’auteur s’est astreint à la division prescrite par le president du département. Il en résulte que certains articles auroicnt moins d’intérêt pour les lecteurs de celle partie de notre ouvrage , soit parce qu’ils n’offrent que la répétition des pratiques déjà connues , soit parce que leur importance tient principalement à leur connexion avec le plan général des travaux du département, soit enfin parce qu’ils sont plutôt en rapport avec l’économie politique qu’avec l’économie rurale. Nous commencerons donc la traduction ou l’extrait de l’ouvrage , par le 7.™" chapitre. C’est celui de tous qui a le plus AGRICULTURE 224 d’importance pour nous. Il traite des labours, des jachères , des assolemens, des cultures à la houe ; objets par lesquels l’art de l’agriculteur est devenu une science : objets qu’il importe essentiellement d’e'tudier , si nous voulons que nos procèdes agricoles s’éloignent de la routine qui les enchaîne : objets, enfin , sans l’étude desquels la culture des champs n’est qu’une succession de pratiques dépourvues de rapports raisonnés , et d’un ensemble qui satisfasse le jugement. La province de Sufïblk (dit l’auteur) est principalement un pays de labourage. Tous les champs se labourent avec la charrue de Norfolk attelée de deux chevaux, que le laboureur conduit sans aide (i). La journée de charrue est d’un acre dans les terres argileuses : elle varie depuis un acre et un quart à un acre et demi, dans les terres légères. Les laboureurs sont singulièrement adroits pour tracer des sillons en ligne droite , et pour se diriger avec une parfaite exactitude sur un objet donné , ce qu’ils font lorsqu’ils ouvrent les rigoles d’écoulement ou lorsqu’ils entament un nouveau sillon. Us font souvent entr’eux des défis, à qui ira le plus droit, et le vaia- (1) Vojçï l’agriculture de Norfolk. queur DE SUPFOLK. 225 queur oblicnl ordinairement un prix , qui est un chapeau ou une paire de culottes (1). Le roulage et le hersage des terres n’ont rien qui mérité une attention particulière ; mais j’ai observé , dans la partie de la province où l’on cultive le chanvre, un procédé pour préparer les terrains en trèfle à porter du blé , qui demande d’être rappelé. On fait suivre la charrue par un rouleau pesant ; puis, après celui-ci, on passe le rouleau à pointes : cela prépare fort bien la terre, sur-tout dans les années sèches. Dans les terrains qui ne sont pas sujets aux eaux de l’hiver, on laboure à plat d’abord , puis on relève le terrain en sillons (2), pour semer. L’année suivante , on refend le billon par le milieu. Dans les terres qui craignent l’eau de l’hiver, les billons d’Essex , de trois (1) Par quelle raison les laboureurs qui conduisent la charrue sans aide tracent-ils dessillons plus droits que ceux dont les animaux sont conduits par un aide? Cela est remarquable eu Norfolk, en SiuTulk, dans l’ancienne Brie et dans le Piémont. Ce n’est pas la conformité des charrues et des attelages qui produit le même résultat dans ces différens pays, puisque la charrue de Piémont est sans roue , et attelée de deux bœufs. (2) Voyez Les explications que j’ai données dans la culture de Norfolk sur les divers labours. Tovie 2 . P 220 AOniCUTiTURE pieds de large , sont les plus communs. Dans quelques districts , on fait des sillons de six , liuit , et dix pieds de largeur , et un peu en dos-d’âne. Il n’y a point de doute qu’il ne vaille mieux employer les jachères que de suivre un mauvais assolement ; mais il y a des cours de re’coltes qui nettoient la terre aussi parfaitement qu’une jachère d’été, parce que les plantes qui occupent le terrain demandent une culture semblable à celle de la jachère. Les choux ne se plantent qu’en Juin ou Juillet. Les vesces admettent trois mois de labours , si la terre en a besoin. Les fèves , bien cultive'es , conservent très-nette la terre de'jà nettoyée par les choux (t). Dans tous les cas , deux récoltes sarclées rendent la terre parfaitement nette. Ce n’est pas là de la théorie : c’est de l’expérience ; et il seroit bien tems que l’on comprît qu’une ferme ne peut pas soutenir le nombre de bestiaux suffisant , si les jachères ne sont pas employées à les nourir. Les assolemens sont si différens , dans les ( 1 ) Il faut semer les fèves au semoir, à 3o pouces de distance, et labourer dans l’intervalle. S’il reste,du chiendent, il faut labourer deux ou trois fois, au prin- tems pour l’orge. J’ai fait 4obushels de froment par acre, après des fèves au semoir à 3o pouces. ISote de T. I>. DE S U F F O D K 227 quatre espèces distinctes des terres de la province, qu’il faut donner à chacune son article séparé'. Les pratiques des individus offrent une telle variété’, que la seule indication des diverses méthodes rempîiroit un volume. Dans un ouvrage de la nature de celui-ci , il faut s’attacher aux traits principaux : les détails seront ensuite traités par chacun de ceux qui se trouveront placés le plus avantageusement pour les observer et pour les décrire. Dans les terres argileuses de Suffolk, on prépare encore souvent une récolte de blé et une d’orge ou avoine, par une jachère d’été. C’é- toit le système généralement adopté, il y a quarante ou cinquante ans, par l’Europe éclaH re’e, et on le retrouve même dans les champs enclos de Suffolk. Cependant, plus généralement, on y a fait les modifications suivantes. 1.°" année. Jachère. Blé. Orge. .1. Trèfle. Blé. Voici le principe de celte modification, c’est que la jachère une fois donnée, permet d’omettre son retour à la seconde , et même à la troisième fois, en la remplaçant par le trèfle, 2. eme 4. eœe 5. tra ° 228 AGRICULTURE les vesces, les pois, etc. c’est un léger perfectionnement du système d’une jachère morte de trois en trois ans. La seconde modification est faite sur le principe que l’on peut se passer d’une jachère pour pre'paration au ble', et que le trèfle lui pre'pare avantageusement la terre: voici cet assolement. ere Tl' * * 3 > Jachere. 2 . ema Orge. 5.' me Trèfle. 4. cm ° Ble'. S’il y a des terres qui exigent absolument une jachère, cet assolement est bon : il n’y a que les cultivateurs très-intelligens qui le suivent. D’autres, qui le sont moins, font suivre le ble' par l’avoine ou l’orge , ou bien ils resèment du trèfle sur le ble', pour avoir des pois après le trèfle , et du ble’ après les pois. Lorsqu’on peut se procurer , ou faire du fumier en abondance , on suit un assolement qui vaut mieux. 1. ere Fèves ou pois. 2 . cme Orge. 5. cmc Trèfle. .. 4. em ° Ble'. ou encore. i. cie Jachère. a.™ Ble'. DE S D F T O D t. 229 ,V'" e Fèves. 4. 0me Orge. 5. erac Trèfle. 6. eme Blè. Le Lie' fume' après la dernière coupe du trèfle , pour recommencer le cours. Il n’y manque alors, pour le rendre bon, que d’omettre tout-à-fait la jachère. Il y a encore une modification qui est remarquable, c’est de mettre des choux au lieu de jachère ; mais j’en parlerai ailleurs. Dans les bonnes terres légères et profondes, les assolemens sont plus uniformes. La rotation connue sous le nom d’assolement de Norfolk est très-gène'ralement adoptée ; c’ett-à-dire, que les turneps préparent l’orge, et le trèfle le froment. ere rr 1 . 1 urneps. 2 . fmc Orge. 5. tme Trèfle. 4. eme Blé. C’est-là un des meilleurs systèmes connus ; et je crois en quelque sorte parfait ( 1 ). Il v a (1) Je ne pense pas que cet assolement puisse être perfectionné, si ce n’est peut-être en remplaçant l’orge par l’avoine, à la seconde révolution ou à la troisième, et en mettant quelquefois d’autres plantes de prés au N 200 AGRICULTURE deux modifications en usage sur ce système , mais ni l’une ni l’autre ne le valent: l’une de ces modifications est de mettre une re'colte d’orge ou d’avoine après le blé; l’autre est de semer du trèfle sur cette seconde récolte d’orge ou d’avoine , puis du blé après le trèfle. Cet assolement est décidément mauvais : il empoisonne la terre de gramen (1). lieu de trèfle, car je doute que le trèfle puisse réussir de quatre eu quatre ans, indéfiniment, sans que la terre s’en lasse. Noie de J. R. Tl y a du vrai dans cette observation : la chicorée pourroit remplacer le trèfle avec avantage. Art. Young. Que dire de notre usage de faire revenir le trèfle de deux en deux ans, ou de trois en trois ans ! Nous entendons répéter que le trèfle ruine les terres : nous sommes encore trop ignorans pour faire le meilleur usage possible de celte plante admirable. Nota. La noie ci-dessus a été faite il y a 9 ans. Depuis celte époque , nous avons sensiblement gagné , en France , sur la manière d’employer le trèfle, parce que la connoissancc des vrais principes des assolemens se propage. (Décembre 1807.) (1) Dans les terrains riches et profonds, on suit aussi l’assolement suivant: t turneps, 2 orge, 5 fèves, 4 blé , 5 orge, fi trèfle, 7 blé. Cette rotation paroîtra mauvaise au premier coup-d’œil : il faut expliquer la culture donnée à chaque production. Le terrain destiné aux turneps doit être labouré en automne ; puis au prin- tems, après que les semailles de l’orge sont achevées. DE S TJ F F O I, K, V 231 .Dans les terres sablonneuses, la culture varie avec la qualité du terrain , mais partout les fl faut encore quatre labours, en comptant celui de semaille i bien entendu qu’il faut en outre herser et rouler, entre les labours autant qu’il est nécessaire. Immédiatement après la semaille , il faut rouler encore avec un rouleau léger, puis finir par herser. De cette manière, la terre est parfaitement unie; elle retient l’humidité ; les jeunes plantes profitent d’abord du vent, et il n’v a point de mottes à casser dans les sarclages, qui doivent être au nombre de deux. Je suis convaincu que les pucerons ne détruisent jamais une récolte quand le terrain est amenuisé et uni, comme cela arrive lorsqu’il est inégal et grossier. Lorsque les turneps ont été mangés sur place, on laboure profondément, et on donne au moins en tout trois labours avec les hersages nécessaires, avant de semer l’orge, ce qui doit se faire aussitôt qu’il est possible. Quand l’orge est bien levé, on la roule, puis on la nettoie. Dans l’hiver suivant, on fume abondamment, en compost, le chaume de l’orge. Au primeras on plante des fèves sur un seul labour , avec les hersages et roulages convenables. Quand les fèves sont bien levées, on les roule avec un pesant rouleau, puis on les herse, et enfin on les cultive à la houe deux fois. Après les fèves, on sème le blé sur un seul labour. Après le blé, dans l’arrière automne, on fume, puis on enterre le fumier par un labour superficiel. Au printems, de bonne heure, on relaboure, mais plus profond, et de manière à ramener le fumier dessus. On prend ensuite son tems pour donner deux autres labours et hersages avant de semer l’orge, avec 232 AGRICULTURE turneps préparent le sol pour le l>Ié, et pour les près artificiels. I) n’y a aucun terrain si sais à 16 livres de trèfle par acre. On fait nettoyer soigneusement l'orge pendant l’été, pâturer le petit trèfle l’automne ; puis l’année suivante on sème du blé sur un seul labour. Voilà un assolement pratiqué sur de très- bonnes terres, et lorsqu’on laboure., herse, sarcle et nettoie convenablement, les champs se conservent parfaitement propres, et rendent beaucoup. Lorsque les terrains sont trop humides ou peu favorables aux turneps, on sème des vesces d’hiver en septembre, et on les fait manger sur place en mai, ou bien on les coupe successivement jusqu’en juillet, pour les faire manger en vert aux chevaux à l’écurie. On donne ensuite tous les labours que le tems et la saison comportent, jusqu’en hiver, qu’on dispose la terre en bidons pour qu’elle demeure sèche. Au printems on laboure et prépare, tout comme on le fait après avoir fait manger les turneps sur place. — Dans les champs dont la terre est à peu près de même qualité, mais qui sont assis sur le gravier, voici l’assolement d’usage: 1 turneps, 2 orge, 3 fèves, 4 ble, 5 turneps, 6 orge, 7 trèfle, 8 blé. Les quatre premières récoltes reçoivent la préparation ci-dessus. Les turneps sont fumés avec le fumier d’étable, ce qui, avec la précaution de les faire manger sur place, et les labours préparatoires de l’orge, assure, en quelque sorte, la réussite du trèfle. Je devois donner la raison pour laquelle, dans le premier assolement, on met des fèves après l’orge qui succède aux turneps ; c’est parce que l’on trouve qu’il convient que le trèfle soit semé avec l’orge sur une terre préparée blonneux qui ne puisse , avec l’aide du fumier, ou du parc , donner des turneps. Après ceux-ci on sème communément de l’orge , puis des graines de pre's, mais avec quelques variations. Sur les sables les plus arides , on met du petit par les turneps. Mais ceux qui entendent bien la culture des terrains riches savent qu’ils ne s’amenuisent pas si bien après les turneps qu’a près avoir été menés long- lems, et par des cultures diverses. La plante du trèfle n’est donc pas dune réussite si sûre; elle peut être étouffée par les mauvaises herbes de mai : au lieu qu’en labourant, hersant et fumant le sol pour l’orge, le trèfle est d’une réussite plus certaine , moins sujet à souffrir des gramen, lorsqu’il vient après les turneps. Dans le second assolement, pour les terres plus légères, les fèves succèdent à l’orge la première fois, et au trèfle la seconde, les turneps sont alors fumés ; le trèfle participe à l’influence de l’engrais, et comme ses retours sont assez éloignés, la terre ne s’en fatigue pas. Dans des terrains lassés du trèfle, par le retour de 4 en 4 ans, en suivant l’assolement de Norfolk, j’ai essayé de semer, moitié de trèfle rouge, un quart de peck de trèfle jaune, et de la poussière de foin. J’ai coupé cela pour foin l’année suivante, puis fumé pour des fèves, lesquelles ont été sarclées deux fois, et remplacées par du blé. Cela m’a fort bien réussi ; le mélange des deux trèfle avec la poussière de loin ma donné beaucoup de fourrage et un beau pâturage ensuite. Les fèves font fort bien après un pré d’un an, et le blé qui leur succède est beau.... Noie (TAntoine Collet. 254 AGRICULTURE trèfle jaune avec du ray-grass, qui durent de deux à quatre ans , après quoi on donne une jachère bâtarde pour du seigle. La différence entre les bons et les mauvais cultivateurs de ces terrains , consiste en ceci : les bons re«ar- dent tout l’assolement comme soumis à l’inte'rêt des troupeaux de bêtes à laine, et laissent leurs pre’s aussi long-tems qu’il est possible , sans les rompre ; mais les autres , toujours presses d’avoir du ble', et ne regardant qu’à l’avantage du moment, rompent leurs pre's trop tôt. Tous ces cantons sablonneux sont compose's de fermes à troupeaux de bêtes à laine (il faut excepter les garennes ). Les moutons mangent pendant l’Iiiver, des turneps , et l’ete se nourrissent sur les pâturages artificiels. Quand les sables sont moins arides , on rompt les pre’s pour y planter des pois , au plantoir : c’est une pratique avantageuse : le ble' qui succède est plus beau que s’il e'toit sérac’ sur un pre' rompu. On plante deux lignes de pois sur chaque bande de gazon retourne : et ils viennent si régulièrement qu’il est rare qu’ils aient besoin de sarclages (1). (1) Ceci ne paroît pas clair. La nécessité du sarclage a rapport du blé qui doit succéder, bien plus qu’aux pois qui végètent. DE S U F F O I. X. 255 On met de tems en tcms du Lie noir , ou des gesses , mais eu general on suit le système ci-dessus. On voit dans l’arrondissement de Samford, d’excellens fermiers sur les plus mauvais terrains , voici leur assolement: 1. ' rr Turneps. 2 . eme Orge. 3. '“' Petit trèfle jaune et ray-grass. 4. ™' Pois plantes, / 5 eme Orge. Cette rotation est admirablement calculée. Dans les terrains marécageux , on sème du colza sur un seul labour , après avoir écobué. On le fait manger aux moutons,, ou on le laisse grainer selon les circonstances. On prend ensuite deux récoltes consécutives d’avoine. Avec la seconde , on sème du ray-grass et du trèfle : le pré dure six ou sept ans; puis on écobue et recommence la même rotation. Tels sont les assolemens pratiqués dans les quatre principales divisions des terres de Suf- folk ; et je remarque qu’on trouve ces assolemens soit chez les fermiers qui travaillent de routine, soit chez ceux qui réfléchissent et perfectionnent leur art. 256 A C R I C U L T U R J5 Blé. On sème le froment sur une jachère d’été, ou sur le trèfle. Dans le premier cas , la terre a trois ou quatre labours; dans le second cas, un seulement. Quand on donne une jachère , on dispose ordinairement le champ en billons de trois pieds , à l’avant dernier labour ; puis au labour de semaille,on refend ces billons(i) en semant sous raies. Sur les trèfles, on est oblige' d’enterrer le blé à la herse : méthode très-inférieure au plantage du froment. Les fermiers fument souvent leur trèfle, avant de le rompre, avec le compost de l’hiver précédent. Le même usage se retrouve en Norfolk, mais là on a égard aux turneps qui doivent suivre, au lieu qu’en Suffolk on a trop souvent (1) Les billons de trois pieds sont composés de quatre traits de charrue (voyez la culture de Norfolk). Lorsque dans le labour de semaille ces billons sont refendus, le dos-d’âne se trouve au-dessus de l’endroit où éloit auparavant la raie ouverte : par conséquent, il y a dans le centre du billon une profondeur considérable de terre remuée; mais, ce qui est difficile à comprendre, c’est l’égalité de la semaille, parce que la semence répandue sur les billons doit s’accumuler dans les raies ouvertes, et avoir ensuite 9 pouces ou un pied de terre à percer. DE 5 U F F O Xi K. 267 en vue l’orge qu'on veut faire succéder au blé. 11 n’y a point peut-être de doctrine plus orthodoxe , en agriculture , que celle de répandre la totalité' des fumiers d’une ferme sur les champs que l’on met en turneps. C’est une pratique dont dépend, en très-grande partie , l’amélioration graduelle des terres , car en faisant rendre les turneps tout ce qu’ils peuvent rendre, on augmente les troupeaux, par conséquent les engrais ; et l’on marche dans ce cercle fécond où l’abondance des grains naît de l’abondance des bestiaux ( 1 ). Les variétés de froment se réduisent principalement au blé rouge commun, au froment blanc, et au froment barbu nommé aussi rivets: on sème principalement celui-ci sur les terres mouilleuses et froides. J’ai introduit depuis quelques années, et avec beaucoup de succès, le blanc velvits. On a cultivé d’autres variétés qui ne sont pas généralement connues. Burwell est si fameux dans la province pour le blé de ( 1 ) Nous avons Lieu besoin d’être souvent ramenés à ce principe fondamental d’une bonne agriculture. Lorsque nous traversons un pays qui a beaucoup de terres ensemencées en blé, nous disons que l’agriculture y est florissante : nous devrions dire qu’elle est dans un état forcé, et que la faculté productive des terres y est eu décroissance. 2.58 AGRICULTURE semences que je m’estime heureux de pouvoir inse'rer ici une note communiquée par Mr. Turner , concernant co blé. « JBurwell est dans le Cambridge-sbire, sur les confins de SufFolk ; près des bruyères de Newmarket , dont une grande partie dépend de la paroisse de Burwell ; c’est là où se font les courses de chevaux. Mais comme cet endroit est également fameux dans toulle royaume pour son blé de semence, je vais m’acquitter de mon mieux de la tâche que vous m’avez donnée, et vous décrire ce lieu sous les rapports de son agriculture. Burwell est une grande paroisse qui contient environ 7000 acres, dont 5ooo sont en terres labourables , 5oo en pâtures , et le reste en marais. Les champs se divisent en trois soles ; une est occupée par une récolte de froment , une par l’prge , et l’autre est en jachère. Le plus grand nombre des champs se nomme terrains blancs, à cause de leur couleur dans la sécheresse. Cette couleur provient de la pierre blanche sur laquelle ces terres reposent : dans quelques endroits , la terre végétale a très-peu de profondeur. Il y a dans la paroisse, une autre sorte de terrains appelés terres rouges , mais leur étendue est beaucoup moindre , et elles sont infiniment moins productives. Ce sont les terres blanches t DE SUFFOEK. 25g qui donnent ce blé, qui est extrêmement recherché pour semences dans le Nord , parce qu’il mûrit beaucoup plus tôt que tout autre , ce qui est important dans les climats froids. Ce froment se vend plus cher dans les marchés. On le bat dès qu’il entre dans les granges : c’est-à-dire , qu’on secoue le bout des javelles pour avoir le plus beau grain et le plus mûr , puis dans une seconde opération , on le bat à fond comme l’autre graine. Je pense que la cause de l’effet observé sur la qualité de ce blé est le nitre dont le sol se trouve imprégné par la roche sur laquelle il repose. Ce qui me confirme dans celte opinion , c’est que j’ai observé que les murs de ma maison , qui est bâtie de la même pierre , sont sujets à se couvrir d’humidité après les gelées, et sont habituellement garnis de nitre. Pendant les a5 ans que j’ai résidé dans la paroisse je n’ai été témoin d’aucune variation dans les méthodes de culture.. «_» Dans toute la province de Suffolk , on lave le blé avant de le semer , pour préserver la récolte de la carie. Il y a des fermiers qui semeroient du blé complètement carié , avec la persuasion que la récolte ne seroit nullement atteinte de la même maladie, tant ils ont de confiance en la préparation qu’ils lui font 24 O AGRICULTURE subir. Le procédé varie un peu. Ordinairement on fait de la saumure suffisamment forte pour porter un œuf. On y trempe la semence , puis on la sèche avec de la chaux vive. On a un ÿutre mode de pre'paration dont l’effet est egalement sûr; le voici : on fait un demi-muid de forte lessive de cendres de bois. On la met dans un chaudron , et on y fait bouillir une demi-livre d’arsenic pendant cinoj minutes. Cette ébullition süffil pour enlever la qualité’ véne’neuse de l’arsenic , et empêcher qu’il n’empoisonne les poules qui mangeroient le grain trempé dans la liqueur. On verse la lessive dans un tonneau défonce’ où on la laisse refroidir ; on prend ensuite un panier assez grand pour contenir environ deux bushels de blé, et on le trempe vide dans la liqueur. On met après cela dans le panier un demi-bushel de blé , que l’on remue en tournant, et que l’on écume pour enlever les grains légers ; enfin, on étend le grain sur un plancher , et on le saupoudre de chaux à mesure qu’on veut le semer. Un quart de peck de chaux suffit à quatre bushels de blé, en l’employant la veille du jour où l’on veut semer. La quantité de lessive ci-dessus est suffisante pour cinquante bushels de blé. On sème ordinairement deux bushels par acre ; DE SUFFODK. a4l acre ; quelques personnes mènent un peck de plus; et lorsque la saison est avancée , on sème jusqu’à trois hushels. Lorsqu’on plante le J>Ie on met jusqu’à sept pecks en terre , mais ordinairement moins. On sème en Octobre et Novembre. Quel- qucs expériences ont démontré que Septembre est un mois plus favorable , lorsque la terre n’est pas trop sèche; mais il y a très-peu de cultivateurs qui sèment dans ce mois-là. Voici des observations de M. William Macro , de Suffolk, sur la manière de semer le blé après le trèfle : il parle d’après son expérience pendant vingt ans. « Il faut rompre le trèfle une quinzaine de jours avant le moment où l’on veut semer. On dispose le terrain en planches de trente-six à quarante pieds de large , si le terrain est de terre légère et que le champ soit bien desséché; si c’est une terre pesante, et sujette aux eaux, il faut faire des sillons de six à huit pieds de large. Dans les deux cas, il faut laisser dessécher un p’eu la terre; puis, lorsqu’il est assez tombé de pluie pour que le terrain puisse s’égaliser sous la herse , on sème à raison de deux bushels si c’est en Septembre, trois en Octobre et quatre en Novembre. )> La charrue ne doit prendre que huit à Tome a. Q 342 AGRICULTURE, neuf pouces, au plus , à chaque trait ; si elle prend moins large , tant mieux. Les deux premières bandes de gazon que retournent les deux premiers traits de charrue dans chaque sillon (1), ne doivent pas être appliquées l’une sur l’autre, comme beaucoup de fermiers le font. Il faut espacer les deux premiers traits suffisamment pour qu’il reste un pouce ou deux entre les deux bandes de gazon quand elles sont retourne'es. II tombe quelques grains de semences dans cet intervalle , et la herse la recouvre ; au lieu que lorsque le milieu du sillon forme une arrête , la herse fait glisser à droite et à gauche le peu de blê qui y reste, et la meilleure partie du sillon se trouve dénuée de semence. Je sais que bien des gens blâment cette manière de laisser au milieu du sillon une petite bande non labourée; mais je n’y ai jamais trouvé le moindre inconvénient, tout au contraire. » Il y a un usage commun parmi les fermiers, et dont je me suis fort mal trouvé; c’est de faire passer la herse après avoir semé la moitié du grain, pour achever, par une autre dent de herse, après que la seconde moitié est ré- (•) Voyez l’explication nécessaire dans l’Agriculture de Norfolk. I DE S U F F O L K. a45 pandue : c’est une mauvaise me’thode. Le blé ne sauroit être trop enterre' par la herse; et ce que l’on sème après avoir herse' une fois seroit tout aussi utile si on le jetoit sur le grand chemin , surtout si la saison est déjà avance'e : l’hiver, même le plus doux, ne manque guères de tuer les plantes. L’année dernière j’ai essayé de semer ainsi un seul sillon, et quoique l’hiver ait été doux je reconnois ce sillon à une grande distance. « J’avoue que je ne sais pas expliquer pourquoi le blé réussit mieux lorsqu’on ne sème pas à raies fraîches , quoique dans ce cas-ci le terrain s’arrange souvent aussi bien ou même mieux , mais j’ai plusieurs fois essayé les deux méthodes , et toujours je me suis mieux trouve' de laisser passer quelques jours entre le labour et la semaille. J’ai souvent planté du blé après du trèfle et du ray-grass, et j’ai toujours réussi, surtout après le trèfle : la semaille me coûtoit 8 shellings 6 den. par acre, y compris l’opération de recouvrir le grain. Quand le blé coûte 6 shellings le quintal, l’épargne sur la semence paie les frais; car il ne faut mettre qu’un bushel par acre : après la mi-Octobre cette opération ne réussit jamais si bien. Le plantage du blé est une pratique que l’on peut recomrpander comme excellente ; elle est 244 AGRICULTURE parfaitement établie dans Ja province, et s’y étend toutes les anne'es. Dans les parties sablonneuses et voisines de la mer, il se plante ainsi annuellement plusieurs milliers d’acres. Un seul fermier, près de Dunwich, planta il y a deux ans deux cent cinquante-huit acres en blé, et l’année dernière deûx cent cinquante; c’est- à-dire tous les champs qu’il mettoit en froment. Beaucoup d’autres n’emploient que cette méthode : lorsque le labour de semaille est fait, on passe sur le terrain un léger rouleau ; ensuite un homme qui marche à reculons sur une bande retourne'e par la charrue (Jlag ), et qui tient dans chaque main un plantoir de fer, dont le manche a trois pieds de long, fait deux ran- ge'es de trous à quatre pouces de distance l’une de l’autre. Trois ou quatre enfans le suivent pour laisser tomber dans chaque trou , trois , quatre ou cinq,grains de blé; de cette manière, six ou sept pecks par acre suffisent; le grain est déposé à des profondeurs parfaitement égales, et près du milieu de la bande retournée. Une herse d’épines suit et recouvre le grain : il en coûte de 8 à g shellings par acre. II y a plusieurs circonstances qui se réunissent pour rendre celte méthode supérieure à la pratique ordinaire. Le piétinement, qui se fait d’une manière uniforme , est très-avanta- DE S U F F O E K. 245 geux aux terres légères, et ne nuit à aucun terrain lorsqu’il fait sec ; la semence est enter- re'e à la*profondeur la plus favorable , et cette profondeur est uniforme : le grain enfin se trouve vers le milieu du revers du sillon, en sorte que les plantes du ble' sont suffisamment éloignées de l’intervalle des bandes, dans lequel les mauvaises herbes repoussent avec le 'plus de force : il y a d’ailleurs une épargne de semence. Il est de fait que les récoltés du ble’ plante sont supe'rieures à celles du ble semé à la volée , et que le grain en est plus égal. Ordinairement on ne sarcle la récolte que lorsqu’au lieu de deux rangées par bande on n’en a mis qu’une. Quelques personnes emploient une machine qui fait plusieurs trous à-la-fois; mais l’ouvrage n’est pas si bien fait, et la méthode n’est pas réputée aussi bonne : la ressource d’un travail très-bien payé, pour les pauvres, est un avantage immense (1). (1) En effet, si un acre de froment ensemencé avec moins de grain, avec les mêmes frais pour le propriétaire , avec un profit très - grand pour les pauvres journaliers (dont les femmes et les enfans se trouvent ainsi occupés ) donne une récolte plus considérable , tout est grain dans ce procédé, et il mérite l’attention la plus sérieuse de la part des hommes d’Etat comme des cultivateurs. C’est une manière de distribuer aux T 246 A6KICU1TÏÏRI J’ai ouï citer des familles de journaliers dans lesquelles, entre le père , la mère et les en- fans , on gagnoit 2 guine'es par semaine à planter le ble', et ce plantage dure six semaines (x). Le semoir est employé avec beaucoup d’intelligence et de succès par quelques individus dans diverses parties de la province , mais il ne paroît point que son usage s’étende , au contraire (2). Et tandis que la méthode de planter pauvres tout le froment qu’on épargne; et c’est le distribuer d’une façon incomparablement plus avantageuse , d’employer ainsi des enfans qui sans cela seroient désœuvrés. (1) Le plantage du blé, et l’usage du semoir sont des perfectionnemens admirables de l’agriculture moderne. Ils ont tous les avantages que l’auteur leur attribue. Si le semoir est moins cher que le plantage, celui-ci a en revanche le très-bon côté d’occuper un grand nombre de pauvres. Note par Y. /?. (2) Au lieu de faire passer une herse d’épines après le semoir, je recommande de rouler la terre, en travers de la direction qu’on a suivie en semant. Il faut employer pour cela un pesant rouleau qui efface les traces du semoir, etapplanisse bien la terre. Cette opération a à peu près la même effet que le piétinement des enfans après le plantage : effet auquel beaucoup de gens attribuent la supériorité des récoltes du blé planté. Cette observation a surtout rapport aux terres moyennes ou légères, qui ne peuvent pas être trop serrées. Note d’AH. Woung. DE S U F F O L K. 247 le Lie gagne d’annee en anne'e, celle du semoir semble faire peu de partisans (1). Les semoirs (1) Le plantage n’est connu dans Suffolk que depuis peu d’années. On l’entendoit passablement bien partout; mais depuis deux ans, surtout, cette pratique a été singulièrement perfectionnée. Pour le froment on emploie une petite charrue à planter qui-n’est que de 7 pouces de large en dessous. On fait suivre un rouleau à un cheval qui égalise le terrain pour les planteurs, qui ne font qu’une ligne de trous sur chaque revers. On met deux ou trois grains dans chaque trou ; puis on fait passer un rouleau à deux chevaux ; enfin une herse qui fait deux traits dans le même sens, puis un troisième obliquement. Le blé se trouve ainsi disposé en lignes distantes de 9 pouces, et placées au milieu du revers. Lorsqu’il est levé, il semble avoir été semé au semoir. La terre est si compacte au moyen du rouleau, que le blé risque très-peu des limaçons; et s’il convient de sarcler au primeras, l’opération est facile et peu chère. La herse d’épines n’est pas d’un usage utile après le plantage : elle ne fait tomber dans les trous que la terre la plus fine; en sorte que s’il survient une pluie battante, on voit une grande partie des trous, et souvent le blé en ressort. On compte six pecks par acre. Les fèves se plantent à une ligne par revers; et on a soin de ménager la distance des trous de façon que les plantes se trouvent à angles droits et à 9 pouces en tous sens. Un rouleau à deux chevaux doit suivre la charrue, et préparer le terrain pour les planteurs. Après ceux-ci l’on herse deux fois Lorsque les fèves sont toutes levées, on les roule, puis au bout de dix jours on 248 AGniCUIiTUUE prient beaucoup en construction; on emploie ceux de M. Cook et Ridge ; et celui de M. Brock les herse avec une herse pesante Lorsqu’on les cultive, le mieux est, pour les sarcleurs, de cheminer en travers des sillons, au premier sarclage, et dans l’autre sens au second. On détruit ainsi mieux les mauvaises herbes, et on butte en même tems les plantes. Elles ont tout ce qu’il leur faut de place et d’air pour prospérer ; et elles donnent une meilleure chance de récolte que lorsqu’elles sont serrées, comme dans l’ancienne méthode. Il y a d’ailleurs une épargne de semence. Autrefois on mettoit au moins trois bushels par acre: on en met moins de deux aujourd’hui. Les pois se plantent tout comme le froment. Quant à l’avoine ,'sur les terres argileuses et difficiles à travailler au printems, il n’y a rien de préférable au plantage. C’est également la meilleure méthode lorsqu’on rompt de vieux prés pour les mettre en avoine. Je vais en citer un exemple. Un fermier du village où je demeure rompit en février 1794 , deux acres de vieux pré. En mars, il les planta en avoine, à deux rangées par revers de sillon. Il fit rouler plusieurs fois, puis herser pour bien couvrir la semence. Il y mit exactement un comb (4 bushels) d’avoine. Le produit fut de 4o combs et un bushel, de la plus belle avoine que j’aie vue celte année-là. C’est la plus grande quantité d’avoine que j’aie jamais oui dire qu’un comb ait rendu. Il est rare qu’on plante l’orge. Le terrain est si sec en. avril, que les trous se remplissent à mesure qu’on les fait. D'ailleurs il importe d’expédier dans les semailles de l’orge, en sorte que cette méthode ne peut guère être généralement appliquée à cette graine. DE SUFFODK. 24g de Harlstone semble devoir être le meilleur encore que l’on ait employé'. Le semoir n’est employé en Suffolk, que par quelques individus, et il réussit fort bien à ceux qui s’en servent avec intelligence. Le même semoir ne peut pas servir dans une grande et dans une petite ferme. J’en emploie un que Mr. Young a vu à l’ouvrage lorsqu’il a fait la reconnoissance de la province. Il a neuf cou- tres, va avec deux chevaux, et tient tête à six charrues. Dans les semailles de l’orge il me sème dix acres par jour , sans presser les chevaux. La pluie ou le vent ne nuisent en rien à son opération, et il dépose le grain également bien, soit qu’il chemine en montant, en descendant ou en plaine. Quelque semoir qu’on emploie, il faut, avant de le mettre en œuvre, rouler et herser suffisamment le terrain pour le rendre uni et meuble. Un rouleau à un cheval doit suivre le semoir pour fermer les raies des coutres, et ensuite plus on herse, mieux c’est. On épargne peu de grain en employant le semoir; car si l’on espace les raies de 9 pouces, on est obligé de mettre le grain en assez grande quantité dans chaque raie, et à la moisson les épis se touchent à peu près comme si l’on avoitsemé à la volée. Il faut que l’agriculteur se rapproche autant qu’il est possible de l’art du jardinier; et le semoir est un moyen d’y réussir. Je prie les cultivateurs attentifs d’examiner dans un jardin les lignes de pois ou de fèves, et de voir si les plantes sont aussi productives dans les lignes épaisses que dans les lignes claires. Je les prie d’examiner les jeunes plantes de trèfle dans les orges au semoir et dans les orges semées à la volée. Le semoir et le plantage ont eu un AGEICUITUKE ù5o Voici ce que m’écrit M. Hille de Buxhalï, relativement au semoir : « Je pre'fère encore le semoir à toute autre me'thode. De nombreuses expériences m’ont convaincu qu’il me donne de plus belles récoltés , et j’épargne environ la moitié de la semence. J’ai éprouvé' à plusieurs reprises que le blé seme’ au semoir à dix-huit pouces d’une ligne à l’autre , donne plus que s’il étoit semé plus près. Cette année (qui, comme vous le savez, n’a pas été favorable aux récoltes semées clair) mes terrains semés à dix- huit pouces ont eu l’avantage, même pour la quantité de paille. J’ai fait six cent soixante-six gerbes sur la même e’tendue de terrain qui n’en a rendu que cinq cent soixante-quatre là où j’avois semé à neuf pouces de distance d’une ligne à l’autre ; même champ et même terre exactement : la grosseur des gerbes étoit aussi semblable qu’il est possible. Mais mon agent n’aime point les nouveautés , en sorte qu’il penche pour l’ancienne méthode , qui est de laisser neuf pouces de distance entre les lignes. Cependant, le rapport du produit du grain , admirable effet relativement aux pauvres, en encourageant les fermiers à faire arracher l’herbe des blés au printems dix fois plus qu’on ne le faisoit auparavant; et le terrain est beaucoup mieux en état à cause des hersages et des roulages fréquens. Note d’Ant. Collet . ’-S. DE S U F F O D K. a5i cette année, est encore plus favorable que jamais à la distance de dix-huit pouces. La partie du champ semee à dix-huit pouces, a rendu huit combs un bashel un peck ; et la partie semée à neuf pouces n’a donné que sept combs un bushel deux pecks. Je dois ajouter que cette expérience a été répétée plusieurs années sur le même champ sans changer de place , pour savoir si, à la longue , une méthode prendroit l’avantage sur l’autre , et que toujours la partie semée à la distance de dix-huit pouces a donné plus de grain, quoique moins de paille , jusqu’à celte année qu’elle l’emporte à ces deux égards. » Voici quelques autres notes de mes corres- pondans. M. Davenport observe qu’à Bardwell on plante également le blé , les fèves et les pois. — M. Breltingham , près de Bemgay, dit que le plantage du blé , des fèves et des pois se pratique depuis plusieurs années, et s’étend à présent à l’orge et à l’avoine : on s’en trouve bien ; la dépense revient à 10 shellings 6 pence, tout compté. Il faut songer à l’économie qu’il y a dans les labours : on plante sur un seul, au lieu de semer apres trois labours. Il y a d’adleurs de l’épargne sur la semence ; cette épargne peut aller d’un bushel à un bushel et* demi par acre. — M. Banks de Melficldobserve 252 AGRICULTURE que les pauvres et leurs enfans trouvent beaucoup d’occupation dans le plantage de toutes sortes de grains , soit au printems , soit en automne. — M. Moore de Finingham m’e'crit : « Le plantage du blé soutient sa réputation et l’accroît ; il revient à g shellings par acre, outre la bière. On est sottement la dupe de la belle verdure d’un ble , pendant l’hiver , et c’est pour cela qu’on sème trop e'pais ; on met jusqu’à six ou sept pecks par acre; c’est, je crois, un ou deux de trop. Beaucoup de gens plantent jusqu’à leurs orges et leurs avoines; si cela réussit, c’est un grand bien, parce que cela occupe les enfans qui gagnent très-peu aujourd’hui en filant. Nos trèfles manquent souvent ; les fermiers disent que le terrain en est las. Il paroît qu’il faudroit lui trouver un supplément pendant quelque tems. )> Lorsque le ble' est plante' à une seule ligne par bande retournée , on le nettoie d’herbe en le sarclant; mais s’il est planté sur deux lignes il est trop épais pour que le nettoiement puisse se faire commodément à la houe ; cependant on le fait quelquefois : il y a même plusieurs bons cultivateurs qui ne manquent point de faire sarcler à la main leurs blés semés à la volée ; mais on ne peut pas dire que ce soit un usage général : le prix du sarclage est de 6 à 8 I) E SUFFOLK. a55 shellings par acre. L’usage d’enlever des chardons avec des crochets faits exprès est universellement adopte'. On est moins soigneux pour la moisson, en SufTolk, qu’on ne l’est dans beaucoup de provinces. Les ( gerbes sont trop grosses, ce qui est un grand mal dans les anne'es pluvieuses. Les fermiers très-soigneux pensent qu’une gerbe lie'e avec deux longueurs de paille , est trop grosse. La longueur de la paille choisie est suffisante pour une gerbe de bonne grosseur. On ne prend non plus aucune pre'caution en réunissant les gerbes , pour que la pluie ne les pe'nètre point. On les met par dix ou douze sans aucune couverture ou bonnet de paille , comme on le fait ailleurs avec beaucoup d’avantage. Il ne connoit aucun moulin à battre le ble' dans la province ; cela est surprenant, vu l’abondance des grains dans le pays. Les produits des re'coltes de froment varient considérablement; on peut les compter depuis dix bushels, dans les sables arides où le seigle seroit beaucoup plus profitable, jusqu’à vingt- huit bushels dans les bonnes terres : dans les terrains excellens on fait jusqu’à cinq quarters ( quarante bushels ). Sur une moyenne de sept ans, je pense qu’on peut estimer le produit des 254 AGRICULTURE blés dans SufFolk à vingt-deux bushels par acre. Orge. C’est ordinairement par les turneps qu’on pre'pare la terre à porter l’orge : après que ceux-là sont manges sur place ou charie's, on donne trois labours. Dans les terrains sablonneux on enterre la semence à la charrue; dans les terres plus fortes on l’enterre à la herse. La règle des trois labours est suivie plus invariablement en Norlfolk qu’en SufFolk. Dans des terrains humides , et dans des printems pluvieux (tels qu’on ne les a pas eus depuis long- tems) il arrive quelquefois que le terrain s’arrange si bien dès le premier labour , après que les moutons ont mange' les turneps , qu’il vaut mieux semer l’orge sur un seul labour que sur trois ; mais ce sont-là des exceptions , elles ne doivent point faire négliger la règle. Les terres trop pesantes pour les turneps subissent quelquefois une jachère d’été pour préparation à l’orge. Si l’on veut employer les jachères, c’est assurément une de leurs meilleures applications ; dans ce cas on sème au printems sur un seul labour, et le plus tôt est le mieux. L’hor- deum vulgare est la seule espèce d’orge que l’on sème en SufFolk. Dans les terres fort légères de la partie occi- DE SUFFODK. 255 dentale de la province , on ne met qu’environ deux bushels de semence, ou au plus deux et demi; mais l’usage commun est de semer entre trois et quatre bushels. C’est ordinairement en Avril qu’on sème l’orge ; mais les circonstances de la terre et de la tempe'rature font varier cette époque depuis le commencement de Mars à celui de Mai. J’ai vu des fermiers qui, arrête’s par la sécheresse, avoient attendu jusqu’à la fin de Mai, et même au commencement de Juin , et qui cependant avoient de belles récoltes. On fauche partout et on ne lie jamais l’orge en Suffolk : on ratisse les chaumes à la main , avec des râteaux de fer ; mais cet ouvrage se fait beaucoup mieux avec des chevaux et de grands râteaux à dents de fer; instrument qui remplit parfaitement son objet. Le produit de l’orge varie depuis deux quar- ters à six quarters par acre. Je pense que la moyénne , qui est toujours très-difficile à calculer, peut s’estimer à trois quarters et demi (vingt-huit bushels). Avoine. Il n’est pas ordinaire de donner plus d’un labour pour l'avoine, soit qu’on la sème sur un chaume ou sur un pré rompu; mais les bons 2 56 AGRICULTURE cultivateurs en donnent quelquefois deux et trois, en rompant en automne le chaume destine' à l’avoine au primeras. On en cultive de quatre espèces en Suffolk ; la noire , la blanche, l’avoine légère et l’avoine de Tartane ; celle-ci est très-productive et donne quelquefois beaucoup en poids. L’avoine légère n’est connue que dans les plus mauvais sables et les marais. On sème communément quatre bushels par acre ; la semaille précède ordinairement celle de l’orge $ au lieu qu’en Hereford-shire on ne sème l’avoine qu’après l’orge. On fauche l’avoine , et on la charge à la fourche comme l’orge ; cependant j’ai vu lier des récoltes considérables, et cet usage devroit être plus commun. Le produit moyen de -ce grain peut être estimé entre quatre quarters et quatre quarters et demi (54 bushels). Il n’est pas rare de voir de prodigieuses récoltes d’avoine. M. Kediug- ton a fait trente quarters (24o bushels) d’avoine de Tartane par acre, dans trois récoltes successives, sur un vieux pré rompu, terre sablonneuse et grasse. M. Negus , de Brome, parle de dix combs (4o bushels) comme d’un produit moyen. M. Stone, de Hopton, l’estime à quatre quarters. Seigle . I DE S U F F O L K. 207 Seigle. Le seigle a cédé peu à peu au blé, au moyen des améliorations opérées dans la culture de plusieurs parties du royaume, depuis un demi siècle. On rie le voit plus que dans les sables les plus arides ; et d’après plusieurs observations que j’ai été à portée de faire , j’ai lieu de croire que le blé rendrait davantage. Yoir une jachère d’été et un parcage donnés à une lerrâ pour y recueillir douze à seize bushels de seigle, est une chose déplorable. Assurément, la même dépense pour améliorer un pâturage de moutons dans une ferme où l’on sacrifie une partie du terrain au reste de la ferme, par le 1 parcage , feroit produire plus de grain , parce qu’on donnerait le parc à celles des terres qui le paient le mieux. O11 prépare ordinairement le sol par une jachère complète où une jachère bâtarde. On sème communément six pecks par acre , à la fin de Septembre ou au commencement d’Octobre. Le produit est rarement considérable dans les sables de Suffolk ; dans les meilleurs sols on recueille jusqu’à trois quarters (24 bushels), mais le produit moyen n’est guères que de deux. Tomk 2. a a58 AGRICULTURE Fèves. II est difficile de cultiver des terres riches et humides à leur plus grand avantage sans le secours de cette plante : elle a deux qualités d’une singulière importance ; la première est de diminuer très-peu la fertilité du terrain ; la seconde de mieux préparer la terre pour le blé qu’aucune autre récolte peut-être. On ne les cultive pas en très-grande quantité dans la province de Suffolk, mais suffisamment cependant pour faire sentir combien il scroit utile d’en cultiver davantage. On ne donne guères plus d’un seul labour aux fèves, et on a raison; car elles aiment un sillon ferme et une terre peu brisée : elles ne réussissent jamais mieux que sur un pré rompu. Dans le comté de Kent on trouve qu’il n’y a aucune récolte qui paie mieux le fumier ; mais en Suffolk on n’est pas dans l’usage de fumer les fèves. On répand le fumier sur la jachère préparatoire du blé : pratique barbare! ce seroit une amélioration très-simple et très- bien entendue que de fumer les fèves et de mettre le blé après. Les variétés de fèves qu’on sème Je plus communément sont les fêverolles ordinaires ( ticks) et les fêverolles de Windsor. On sème DE S U F F O L K. 25g aussi les magazans dans le. voisinage de Clare. La première varie'te' est la plus facile à vendre, et ordinairement la plus chère. Quand on sème à la volée , on re’pand trois bushels par acre; quelques personnes, pour pouvoir sarcler plus exactement, n’en sèment que deux; en semant au semoir, ou en plantant , deux bushels sont la quantité' ordinaire. On plante une ligne par revers, ou une ligne seulement pour deux revers ou traits de charrue. J’ai trouve' qu’il y avoit plus d’avantage à espacer les trous de huit à neuf pouces, et à mettre quatre ou cinq fèves par trou ; le sarclage en est beaucoup plus facile : la méthode du plantage est prèfe'rable à toute autre ^ pour les fèves. Le tems de semer ou planter est commandé par la saison ; le plus tôt au printems est le mieux , c’est-à-dire , dès que la terre est assez sèche pour pouvoir le faire. Février est le meilleur mois ; mais elles réussissent pendant tout Mars. Il importe à cette culture de sarcler et nettoyer sans cesse. Les fermiers de Suffolk sont, à cet égard , fort en arrière de ceux de Kent, qui font aller continuellement la houe à cheval et la houe à bras pour donner à leurs fèves une culture de jardin. En Sulfolk on donne souvent \ 260 AGRICUIi'FUB.E deux sarclages à la main , puis on abandonne la récolte à elle-même. La culture des fèves est trouvée profitable dans les bons terrains. J’ai vu faucher les fèves et les charger sans les lier , ce qui est une méthode abominable : ordinairement on les moissonne et on les lie en petites gerbes. La méthode de Kent, de ratisser le chaume des fèves, ne sauroit être trop recommandée ; elle est inconnue en Sulfolk : quelle qu’ait été la culture, il reste toujours quelques mauvaises herbes. Il ne faudroil pas les enterrer à la cbarrue , mais les couper par la racine près du collet, les rassembler à la herse et les brûler, ou les employer dans les composts. En répétant celte opération jusqu’à-ce que le sol soit propre , on obtient une préparation pour le blé qui ressemble à celle d’un jardin. Lesfêves sont partout une récolte incertaine; leur produit moyen est difficile à estimer. En Kent elles rendent quatre quarters et plus. En Suffolk je n’estime pas leur produit plus de trois , quoiqu’il y ait assez souvent des récoltes de cinq à six quarters par acre. La quantité que les chevaux en mangent n’est pas considérable. Les cochons et les autres bestiaux en consomment encore moins. Si la culture en étoit plus générale, et que DE S ü F ï O 1 ï. *6l les fèves moulues fussent employées à engraisser les codions , les moutons et les bêles à •cornes , l’amélioration qui en résulteroit pour la province seroit plus considérable, et la culture du blé s’en trouverait plus encouragée que par tout autre moyen ; mais pour cela il faut que le prix de la viande soit haut. Pois. Les pois sont plus communs en SufTolk que les fèves , parce qu’ils conviennent à une plus grande diversité de terrains. Le meilleur moyen pour avoir de beaux pois, est de choisir un ray-grass de deux ans, auquel on ne donne qu’un labour. Dans les terres sèches, cela réussit très-bien; mais il faut planter les pois au plantoir , et tous les bons cultivateurs le font. Les variétés de pois sont nombreuses. II y en a des blancs, des bleus, des gris , et des bruns : ils portent le nom de leur couleur. On met ordinairement deux busliels , au plantoir , ou trois à la volée. On sème en mars et avril. Les réeoltes plantées sont trop serrées pour admettre la houe. Lorsqu’on sème au semoir on sarcle à la main, ou l’on cultive à la houe à cheval, mais cela n’est pas commun. On coupe les pois avec un instrument fait 262 ÀOMCDHUKÏ de la moitié' d’une vieille faux, fixe'e a un manche. On les roule en paquets, en les coupant. Le produit de cette recolle est de tous le plus incertain. On en engraisse les cochons ; mais celte ressource n’est pas considérable. Blé sarrazin. Le ble sarrazin est plus commun en SuiFolk, sur les mauvaises terres que dans aucune partie de l’isle. Il est très-utile dans de tels terrains. Je ne sache pas qu’on y mette jamais du fumier; mais la saison où l’on le sème admet si aisïhnent les labours, qu’on peut toujours le semer en terre nette. On sème ordinairement un bushel par acre à la fin de juin ou au commencement de juillet. On le fauohe et ne le lie pas, pour le serrer. On s’en sert pour engraisser les cochons, et la volaille : quelques fermiers le donnent avec succès à leurs chevaux. Il n’est pas commun d’enterrer le ble'sarrazin à la charrue en guise de fumier; mais un particulier le fait avec un succès qui meirite quelques details. Mr. Moseley de Drinkston rend compte ainsi lui-même de son système de culture. » Lorsque j’eus l’honneur de vous voir à Drinkston , vous me demandâtes de vous communiquer, dès que je le pourrois, les effets DE S U F F O E K. 263 du blé sarrazin enterre à la charrue, pour servir d’engrais au froment, après une récolté de vesces en fourrage vert : voici le detail que je vous promis. » « J’approuve votre excellente me’iliode de culture pour les terres légères , savoir: les tur- neps, l’orge , le trèfle et le blé en succession. Mais mes trèfles ayant manqué dans mes deux dernières récoltes après l’orge, les blés qui succédèrent ne furent pas tels que je les avois espérés, et je me déterminai à essayer quelque assolement nouveau en remplacement de celui- là. J’avois observé que les vesces coupées en vert étoient ordinairement suivies de belles récoltes de froment ; mais comme il y a environ trois mois d’intervalle entre la récolte des vesces et la semaille du blé, je pensai qu’on pourroit occuper le terrain pendant ce temps-là , de manière à le maintenir net, et à améliorer la récolte suivante S). « J’avois vu le blé sarrazin recommandé sous le point de vue d’un engrais durable ; et commé sa croissance est rapide , il me parut mériter la préférence. Je me décidai à l’employer; et j’ai lieu de croire que je n’en ai point trop espéré ; car quoique je ne puisse pas donner ici i xac- tement le produit de la terre tel qu’il devroit être, parce qu’une grandé partie du blé a etc 264 AGRICULTURE mange des souris dans la grange ; cependant j’en ai retire dans mon grenier tout autant que par l’autre méthode. La perte que j’ai éprouvée a e’te' extrêmement considérable : on auroit peine à croire que des souris pussent faire autant de mal ; car il n’v avoit pas un seul rat dans le bâtiment. Ce sera pour moi un bon avertissement pour battre toujours dans la saison convenable. On a estime' le dommage à un quart du tout. Mais en supposant que ce déficit n’eût pas eu lieu, et que la récolte ne fût pas plus forte qu’une autre, il y auroit toujours de l’avantage à varier les récoltes préparatoires de la récolte essentielle du fermier, le froment ». ce Le terrain sur lequel j r ai fait celte expérience est léger , et produit les turneps et l’orge , en perfection ; mais les récoltes de blé n’y ont jamais été bien fortes : vingt bushels par acre , est tout ce qu’on en attend dans une bonne année ». v « Je ne puis pas parler avec certitude .du produit de ma récolte de froment , mais le seigle qui succéda au blé , et que je fis manger en vert au printems, valoit au moins le blé sarrazin que j’avois enterré. Il étoit superbe , et je ne doute pas que l’effet de la récolte enterrée, comme fumier , u’eût été très-sensible Sur le seigle , si je l’eusse laissé mûrir. La dé- DE SUFFODK, 265 pense n’est rien. II n’y a aucun engrais qui pût servir à une seule re'colte, pour le même prix ; puisque deux bushels, qui suffisent à un acre , ne coûtent guères que 5 shellings ». 1 « Mais l’avantage essentiel est l’effet qui résulté de deux récoltes qui se succèdent immédiatement pour nettoyer exactement le terrain. Je fis semer le seigle aussitôt que le chaume eut été enlevé; et dès que le seigle eut été pâturé, je fis rompre le champ , qui se trouva plus propre qu’il ne l’avoit été après la dernière jachère ». « Je suis fâché de ne pas pouvoir être plus exact dans mon rapport sur cette expérience , car je crois que c’est la première qui a été faite de cette manière. J’espère pouvoir, à l’avenir, donner quelque chose de plus certain. J’ai dans, ce moment un champ de six acres, qui a donné douze chars de vesces pour fourrage , et qui est semé en blé sarrazin destiné à être enterré à la charrue pour préparer le froment. J’aurai soin de vous informer des résultats de cet engrais végétal, que j’ai lieu de croire une bonne chose ». Dans une autre lettre, Mr. Moseley, m’écrit ce qui suit : « Je puis maintenant apprécier le produit réel de mon champ de blé dans mon assolement 2 66 AGRICULTURB de vesces et blé sarrazin. J’ai bien du plaisir à vous apprendre que ce produit a surpasse mes espérances ». « Le champ contient environ six acres, avec les bordures. J’y ai fait 29 coombs et 2 bus- hcls (1) de très-beau ble'. On peut donc l’estimer à 5 coombs par acre , ce qui est beaucoup plus que je n’attendois ». « Pendant le cours de la ve’ge’tation , l’apparence du champ a indique’ d’abord une abondante moisson , puis une re'colte très- médiocre. Dans le commencement , la végétation e'toit très-forte. Cette belle apparence tint jusqu’en Avril. De ce momenl-Ià, le ble' parut moins beau, et jusqu’à la moisson il n’a pas annoncé une grande abondance. Je crois pouvoir expliquer cela jusqu’à un certain point. Les vesces et le blé sarrazin sont restés trop long-tems en terre. Les premières ont un peu épuisé le terrain , et le blé noir a fait probablement moins d’effet que s’il eût été enterré en pleine fleur, le grain étoit déjà formé : les fréquentes pluies d’orage m’avoient obligé à renvoyer l’opération de la charrue ». « A tout prendre , néanmoins, je suis si satisfait de mon essai, que je compte éprouver ■_____ a --- (1) Voyez la Table des mesures. DE S U F F O X K. 267 plusieurs autres manières d’employer cet engrais ve’ge’tal, extrêmement commode quand on n’en a pas d’autre ». « J’ai fait un observation sur cet assolement qui me paroît importante : savoir, que pour assurer le succès , il convient de faucher les vesces en vert le plus tôt qu’il se peut, afin que le blé sarrazin puisse être enterré en pleine fleur. Si l’on pouvoit se procurer ainsi trois semaines ou un mois pour laisser pourrir le blé noir, je conseillerais de suivre la méthode de Mr. Ellis, qui est de herser le blé noir, puis de l’enterrer, pour semer ensuite le froment en larges planches. Il assure , dans son traité sur cette plante , que celte manière de procéder engraisse le sol pour trois ans, et que l’effet dure plus long-tems que celui du trèfle , des turneps ou des vesces, enterré de la même manière. Mon principal objet dans cette opération sur le blé sarrazin , étoit de trouver une récolte à substituer au trèfle ; et j’ai réussi : les vesces ont toujours été belles, et la récolte de blé qui a succédé a été au moins égale à celle des années précédentes ». « Si ce que Mr. Ellis avance est un fait : savoir, que le blé noir a une force d’engrais beaucoup plus grande que les autres plantes que l’on enterre à la charrue de la même 1 .1 .1 208 Agriculture manière , il vaudroit la peine de faire des recherches sur cet objet , et de voir en quoi consiste essentiellement la différence entre cet engrais et d’autres : cela est du ressort de la chimie ; et si vous jugez la chose aussi importante que moi, jespère que vous vous en occuperez ». « J’ai vu dans vos expériences sur la meilleure préparation d’une re’colte d’orge, que les fèves ont le dessus ^ et que le terrain préparé’ par le ble' noir, maigre’ divers avantages appareils, n’a pas réussi aussi bien que la jachère. J’ai beaucoup réfléchi à cette préparation , et je crois que je puis indiquer une marche qui auroit mieux réussi. En semant des vesces fumées sur le chaume du blé pour semer ensuite le blé noir sur un labour seul , je doute que la récolte d’orge fût moins bonne que préparée pour une jachère.». J’invite tous les cultivateurs qui désirent l’avancement de l’art , à prendre en sérieuse considération cet assolement de Mr. Moseley : c’est un des meilleurs que l’on ait imaginés. Un labour suffit aux vesces. Ce labour, donné en automne , ouvre la terre aux influences de la gelée. A mesure que le printems avance , et que le soleil prend plus de force pour pomper l’humidité de la terre , la récolte des vesces \ DE S TJ F F O L K. . 20g garantissant la surface du sol, lui conserve sa fraîcheur. Les mauvaises herbes qui végètent avec les vesces sont ou étouffées par l’ombre de cette re'colte e'paisse , ou coupées avec la récolte avant de pouvoir graincr. On a, à peu de frais , une récolte qui vaut communément de 4o shellirigs à 3 livres sterling l’acre , et souvent beaucoup plus ( 1 ). Mais cette récolte est faite si tôt, que la terre reste exposée pendant trois mois aux rayons ardens du soleil, et cela n’a point échappé à cet ingénieux cultivateur. Il faudroit pendant ces trois mois , donner trois labours , qui feroient du mal à tout autre égard que sur la destruction des mauvaises herbes ; semer immédiatement du blé noir sur un seul labour , c’est épargner cette dépense des trois labours , et ombrager la terre dans le moment où elle en a le plus besoin. Mais ce n’est pas tout. On fume ainsi le terrain sans aucune dépense quelconque ; et dans le courant d’une année , on sème trois récoltes avec trois labours: savoir , les vesces, le blé sarrazin, et le lroment. Il n’est pas facile (i) Tous ces raisonnemens d’Arthur Young acquièrent une nouvelle force si l’on suppose l’application du gyps, qui fait un effet prodigieux sur les vesces ou gesses, et qui, en augmentant beaucoup leur récolte augmente aussi tous les avantages dont il est ici question. 27Q agriculture d’inventer un système plus complet; et je remarquerai qu’ici Mr. Moseley a le me'rite de l’invention. Beaucoup de gens ont senie’ des vesces pour les couper en vert : beaucoup de gens ont semé du blé noir pour l’enterrer ; mais le mérite est d’avoir réuni les deux choses : personne ne s’en étoit avisé , et c’est une pratique toute nouvelle. Nous voyons les physiciens travailler avec ardeur à s’assurer la propriété des découvertes ; et nous ne saurions blâmer cette émulation dans les routes les plus honorables de la renommée ; il faut également rendre justice à ceux qui, dans un genre moins brillant mais plus utile, inventent de nouvelles combinaisons de pratiques connues , et assurent à celles-ci des avantages qu’elles n’avoient point. Vesces . On emploie les vesces à nourrir les chevaux à l’écurie L’usage n’est pas , ait reste, aussi général qu’il devroit l’être. On ne leur donne jamais qu’un labour, et il est rare qu’on les fume , en quoi on a tort. On cultive les vesces d’hiver, et les vesces de printems : j’en ai vu de blanches , mais clics ne valent pas les communes. Voici des expériences faites par Mr. Laurents de Bury DE S U F F O E K. 271 pour vérifier la différence , s’il y en a une, entre les vesces d’hiver et de printems. » Les agriculteurs ne sont pas d’accord (dit-il) sur la question de savoir si les vesces d’hiver et celles de printems sont deux espèces distinctes. Dans le but de décider la question , j’ai fait les expe'riences suivantes. Première expérience. — Le 5o Septembre iy85, je semai des vesces d’hiver et des vesces de printems , dans deux portions de jardin voisines l’une de l’autre : même sol, et même exposition. Je recouvris la semence dans les deux portions, d’un pouce de terre menuisëe. Le teins êtoit doux. Les vesces de printems levèrent bientôt; et deux jours après les autres levèrent de même. Les premières conservèrent l’avantage jusqu’au milieu de Décembre : elles avoient alors six pouces de haut , et les autres quatre seulement. Elles avoient , les unes et les autres , une apparence de prospérité'. Il survint une gelée, qui dura plusieurs semaines. Au dégel , j’examinai les plantes. Je trouvai les vesces de printems couchées sur le sol et pourries jusqu’à la racine. Les autres n’avoient aucun mal. Elles continuèrent à prospérer, et furent en maturité avant le milieu d’Août ». « Lorsque je vis la différence des effets de la gelée sur les deux plantes, j’allai examiner les 272 AGRICULTURE champs ; et je trouvai que dans de certaines terres , il n’y avoit presque aucune plante de vcsces d’hiver qui eut éprouvé' du dommage ; dans d’autres endroits , elles avoient pourri, a peu près comme celles du printems , dans mon jardin ». « Seconde expérience. — Le 6 Mars 1784. Je semai les deux espèces ou variétés dans mon jardin de la même manière que ci-dessus. Leur levée , et leur végétation suivirent la même marche relative que celle de la première expérience. Huit jours après les vesces d’hiver de la première expérience , celles du printems arrivèrent à leur maturité, mais les vesces d’hiver ne mûrirent point. Il n’y eut pas une seule gousse qui portât des grains mûrs ». « Il paroît de là qu’il y a une différence essentielle dans la constitution de ces deux graines. Je ne parle pas de celle qui existe dans la couleur et la grosseur des grains, mais j’indiquerai les différences que j’ai remarquées en suivant les progrès de la végétation , dans les deux expériences. Les premières feuilles de la ti je vais en tirer ce qui suit. Le meilleur sol pour les turneps est un sable profond, qui ait assez de consistance pour valoir «276 A C* R I C U Su T V R 13 de cinq à dix shellings de renie l’acre. Le terrain qui se paie i4 ou i5 shellings a ordinairement trop de terre végétale. Si le sol est argileux ou humide , tel qu’il produit de bonnes ré- coites de Lie , la culture des turneps peut n’être pas avantageuse , surtout en la faisant ' servir , comme il convient de le faire , de préparation à l’orge. Sur un tel terrain, les turneps ôteroient peut-être à la récolté une dixaine de bushels par acre. J’aimerois mieux pour les turneps, des sables sans consistance, de 2 à 5 shellings l’acre. En les parquant, ils donnent de belles re'coltes, surtout dans les années pluvieuses. Dans le fait, il n’y a point d’autre manière de tirer parti de ces terrains sablonneux. On ne peut point y avoir de.blé sans y recueillir des turneps. Ils ne pourvoient servir qu’au vain parcours des moutons. Lorsqu’un fermier n’a point de terrain propre aux turneps , il feroit mieux , je pense , de n’hiverner des bestiaux qu’à proportion de ce qu’il a de foin et de paille , à moins qu’il ne puisse acheter des turneps , ce qui 11’est pas toujours avantageux. J’observerai, en passant, que j’ai un voisin qui a 600 bêtes à laine de grosse race , et qui ne peut pas avoir , anne'e commune , vingt acres de turneps : il compte sur ceux de son voisinage, qu’il achète. » J5 S U P F O Tj K. *77 On donne le premier labour de pre’paralion pour les turueps à une profondeur raisonnable, dans le milieu de Décembre ; et si l’on pçut donner un second labour avant le moment des semailles du printems, c’est tant mieux. Immédiatement après les semailles de l’orge , on donne le troisième labour; ce qui doit être en Mai. Le quatrième , dans la seconde semaine de Juin , et le cinquième qui est celui de se- maille , à la fin du même mois. Il ne faut pas oublier de herser à chaque fois qu’on laboure, pour que les graines des mauvaises herbes ne puissent germer: si l’on omet cette précaution, elles germent si abondamment , en même tems que les turneps, qu’elles étouffent beaucoup de plantes. Pour fumer les turneps , on compte egalement sur le parc, et sur le fumier d’étable. Si l’on emploie celui-ci, on n’en met pas moins de douze charretées par acre. Il faut qu’il soit de l’hiver précédent, et ni trop long ni trop pourri. J’ai essayé une fois pour les turneps une marne coquillère de Voodbridge-side , nommée crag. J’y avois observé de si excellons effets de cette marne, que par curiosité , j’en amenai une charretée par un voyage de retour. Je l’essayai sur une terre à turneps, et 1 aussi sur une bonne terre végétale. Je fus très- 278 AG-E.ICtriiTUR.33 surpris d’observer que cette marne ne fit presque aucun effet sur ces terres. S’il y en eut un, ce fut sur le terrain sablonneux ; mais cet effet fut si foible , que quand la carrière auroit été dans l’enceinte de ma ferme , je n’aurois pas voulu faire les frais de charriage. Lorsque le fumier qu’on met aux turneps est un peu long, et enterré par le labour de semaille, il convient ensuite d’enterrer la graine en roulant seulement , au lieu de herser. Le white-round de Norfolk (x) est préféré à tous les autres. On connoît le rouge rond, et le petit vert-rond, mais les variétés de turneps nommées tantards , sont rares. La quantité de semence dépend de la terre. Dans un véritable terrain à turneps , une pinte par acre, bien semée à la volée , ou répandue au semoir, suffit. Il n’y a aucune qualité de terre qui demande autant fie semence que la terre crayeuse , lorsque la craie vient jusqu’à la surface. Dans ces terrcs-là , un quart de peck par acre n’est souvent pas trop. La raison est que les pucerons attaquent la récolte avec beaucoup plus d’acharnement sur ces terrains (1) C’est celai qu’on nomme aussi white loaf (miche blanche. ) Voyez dans l’agriculture les détails sur les diverses variétés et leurs avantages. DE S U F P O E K. 279 crayeux que sur tout autre. Je ne recommanderais pas les turneps dans de tels terrains, par cette raison; mais comme il arrive souvent qu’un champ a une portion dont la terre est de celte nature, il faut avoir l’attention d’y semer beaucoup plus épais. Puisque j’ai parle' du semoir, je dirai que, quoique cet instrument soit bon, il arrive quelquefois que deux grains se rencontrant à un trou , ne peuvent pas tomber, et que si le semeur n’y prend garde, il peut cheminer à une certaine distance en laissant des endroits vides. La saison pour semer s’étend du milieu de juin à la fin de juillet. Cette différence dans les e'poques des semailles est necessaire par deux raisons : la première , c’est que les fumiers ne peuvent pas être tous voitures pour semer de bonne heure; et la seconde, c’est que les derniers semés durent beaucoup plus long-teins que les autres , qui sont sujets à pourrir dans les fortes gele'es. Il importe qu’un fermier ait toujours des turneps sentes tard. J’en ai eu des semés dans la première semaine d’Aoûl, qui nie furent les plus utiles de tous , car tous les autres furent endommagés des gelées, et ceux- ci résistèrent. Les sarclages sont si essentiels à la culture des turneps , que je suis étonné qu’il y ait des s8o AonieuLTunE fermiers qui imaginent de faire usage de cette racine sans la cultiver à la houe ( 1 ). Dès que les plantes sont assez fortes , il faut herser le champ à pleine herse , avec un instrument îe'ger : cela prépare convenablement le sarclage. Il n’est pas facile de déterminer exactement l’instant où ce sarclage doit commencer. L’âge des plantes n’est pas une règle sûre, parce que la température fait varier les progrès de la plante, depuis trois semaines jusqu’à neuf; mais la meilleure règle est de commencer quand la plaute couvre l’aire d’un cercle de 4 pouces de diamètre. S’il y a des champs qui avancent trop vite, avant qu’on puisse les sarcler ( ce qui arrive souvent quand le tems est pluvieux), on peut herser dans le sens contraire de la première opération. J’ai éprouvé qu’en semant mes turneps à des époques successives, six hommes suffisent «.donner deux sarclages à cent acres. Mais quand on ne prend pas la même précaution (1) J’ai appris, par des gens qui n’avoicnt pas envie de me tromper, qu’il y a des parties du Royaume où les sarclages sont absolument ignorés. Je suis bien sûr que si un cultivateur de ces endroits-là venoit voir nos récoltes, il retourneroit avec le proje t de changer de méthode. « DE S U F F O L X. 281 de faire succéder les époques de lasemaille, on a besoin de plus d’ouvriers. La seconde culture se donne quinze jours ou trois semaines après Ja première, et ne coûte que 2 shelhngs l’acre, c’est-à-dire, la moitié de la préce'dente. Elle fait un fort bon effet; cependant on l’omet quelquefois. Il faut dire un mot des accidens auxquels la récolte est sujette. Ces accidens sont les pucerons, la rouille ( mildew ) , le chancre noir, et la pourriture par la gelée. J’ai calculé qu’une fois sur six ou sept ans, les gelées détruisent la moitié de la récolte. Lorsque les ' pucerons détruisent la récolte complètement , et qu’on est à tems de ressemer il faut un nouveau labour et un hersage, dont la terre n’a pas besoin pour son amélioration : j’estime que cette cause enlève une récolte sur cinq ou six ans. Le mildew a du rapport à la pourriture, et le chancre noir n’est pas assez commun chez nous pour que l’on puisse estimer la perte qui en résulte. Par la raison de la possibilité de ces accidens, je recommanderois à tous les propriétaires de troupeaux , surtout aux éleveurs, de ne pas compter uniquement sur les turneps. Je rends à cette utile racine toute la justice qu’elle mérite, mais je me suis très - bien trouvé 282 AGRICULTURE d’avoir un peu de seigle, de colza et de vesces d’hiver, semés de bonne heure sur les chaumes des blés moissonnes les premiers. En supposant même que les turneps n’e'prouvent aucun accident, il est extrêmement necessaire d’avoir quelques provisions vertes , pour les mères et pour les agneaux qui commencent à manger. Ces productions que je recommande les feront prospérer plus rapidement que les turneps. Quant à l’emploi de cette racine, je recommande de la faire consommer sur place parles moulons: c’est, de beaucoup, la meilleure pré- paration pour l’orge , pourvu que le terrain soit de la terre à turneps , c’est-à-dire , bien sèche. L’effet variera neanmoins selon le moment où se fera la consommation sur place. Les endroits où l’ope'ration se fait de bonne heure dans l’automne, ne sont pas, à beaucoup près, autant améliorés que ceux où les troupeaux auront consomme' plus tard, pourvu que les plantes ne montent pas en graine, car, dans ce cas, elles épuisent, et la re'colte suivante en souffre. Il est commun enSuffolk de charier la re'colte des turneps ; mais le tort que celte ope'ration fait au terrain pour la récolte suivante m’empêcheroit de recommander la culture des turneps avec ce but. t D E 8 U F F O L K. 285 Voici une notice de Mr. Orbell-Ray, de Tostoe, sur la manière de conserver les lurneps. « Vous demandez quelques details sur la manière de conserver les turneps et de garantir la terre de l’effet épuisant de leur végétation rapide du printems. Je vous envoie la note du procédé que je suis avec succès depuis plusieurs années, et qui à peu de chose près , est le même pour tous les fermiers de Suffolk. Au milieu de février je commence à arracher mes lurneps en coupant le pivot. Je les fais transporter sur une pâture voisine de ma ferme. Là, des ouvriers sont occupés à placer les tur- neps sur l’herbe , aussi près les uns des autres qu’il est possible. Je continue pendant le mois de mars; jusqu’à ce que j’en aie environ cent charretées , en profitant toujours des momens où le vent est sec, parce que les racines sont plus propres, et les liges moins cassantes. La dépense varie selon la distance du charriage : il en coûte trois demi-pence par charretée , pour les déposer sur le sol. La végétation de la plante n’est pas sensiblement interrompue par l’amputation du pivot, et l’herbe compense largement la diminution de la racine ( 1 ). J’en ai donné en- (1) A mesure, que la plante monte en graines, au printems la racine devient coriace, filandreuse, s’al* 1 ère, et finalement se pourrit. 284 AGRICULTURE viron deux charretées par jour à neuf bœufs à l’engrais clans les cours de ma ferme, avec des mangeoires convenables. Je ne me souviens pas d’avoir jamais éprouve’ autant d’avantage de l’emploi de mes turneps. Mes bœufs restèrent dans l’enceinte des cours jusqu’à la seeonde semaine de mai. Je les mis alors dans un ray- grass en pleine vigueur ; et j’observai qu’ils préféroieut encore à l’herbe fraîche , les tiges succulentes des turneps; et je suis convaincu que la quantité de nourriture que peut donner cette plante se trouve augmentée par ce procédé. Le rutabaga me paroît mériter beaucoup d’attention de la part des propriétaires de troupeaux. La douceur singulière de l’hiver dernier n’a pas permis de juger de la qualité de cette plante, sous ce rapport. Il paroît, par le témoignage de ceux qui sont disposés à réduire à ce seul point les avantages du rutabaga, qu’il possède en effet à un degré éminent la faculté de résister au froid. Si la préférence que les animaux donnent à une plante peut servir à déterminer sa qualité, j’ai fait une expérience qui seroit décisive. J’avois un certain espace de rutabagas dans mon verger. Je les arrachai au mois de mars, et ils étoient si durs, que je n’imaginois pas qu’il y eût autre chose de taangeable que les tiges. Je les offris à mes DE S U F F O E K. a85 bœufs à l’engrais. Il essayèrent, à plusieurs reprises de mâcher les racines , mais n’y pouvant réussir , ils mangèrent les tiges et rebutèrent le reste. Je lis couper ses racines par tranches , et je les fis présenter à mes cochons. Ils les refusèrent. J’avois alors quelques moutons de la première tonte, qui mangeoient des turneps sur place; et qu’on faisoil parquersuc- cessivement, sur les champs. Je dis à mon maître-valet de faire porter tous les jours à mes moutons une charretée de ces racines, et de les répandre sur le terrain déjà débarrassé. Les moutons leur donnèrent d’abord une préférence décidée; et quoiqu’ils les mangeassent avec beaucoup de lenteur, à cause de leur dureté, ils persévérèrent jusqu’à-ce que ces racines fussent totalement consommées. Je fus ainsi convaincu que cette plante devoit tenir un rang distingué parmi les ressources d’hiver. » Je dois remarquer, sur le détail ci-dessus, que l’on a pratiqué dans le voisinage de Bury, et avec beaucoup de succès, une méthode différente. Quand les turneps commençoient à monter en graine, on les arracha; on coupa la tige et le pivot ; on les voitura à la maison , pour les donner à des bœufs à l’engrais sous des hangars, et ces bœufs prospérèrent admirablement avec cette nourriture jusqu’à la fin a86 A G R I C U Ij T U R. E de Mai. Les tiges coupées furent enterrées à la charrue , et firent une bonne pre'paration pour l’orge : la re'colte fut belle, quoiqu’infé- rieure à celle qui suit des turneps consommes sur place par les moutons. La difficulté' de faire manger sur place les rutabagas par ces animaux, de manière qu’iî ne reste rien en terre , a détourné plusieurs personnes de la culture de cette plante utile ; mais M. Ray a éprouvé' qu’on réussissoit fort bien en chariant cette racine. M. Leblanc cha- rie dans les cours de sa ferme les fragmens que ses moutons laissent dans les champs. Il s’estime bien paye' de cette peine parce qu’il trouve là une bonne nourriture pour ses cochons maigres , dans une saison où l’on a fini de battre en grange , et où , par conséquent, la nourriture des cochons est rare. La valeur des turneps varie beaucoup ; elle va de 10 shell. à cinquante par acre. Si l’on estime les nombreux accidens qui déprécient beaucoup la récolte , sur une moyenne de quelques années , je ne crois pas qu’on puisse l’évaluer au-delà de 35 sliellings l’acre. Trèfle. Après la culture des turneps, l’adoption du trèfle , comme préparation au blé , est l’acqui- > DE SUFFOLK. 287 sition la plus importante de l’agriculture moderne , relativement aux terres arables. On le cultive en grand dans la province de Suffolk, depuis un tems plus ancien que ne porte la mémoire des vieillards du pays ; et cette culture est, à tous égards, parfaitement bien entendue par les bons cultivateurs. La préparation qui convient au trèfle dé- pend principalement de l’arrangement judicieux du cours de re'colte dans lequel il entre. II faut que le trèfle soit semç avec la re'colte de grains qui suit immédiatement celle qui tient lieu de jachère, telle que les turneps : c’est ainsi que tous les bons cultivateurs le pratiquent. Toutes les fois qu’on sème le trèfle avec une re'colte de grains qui succède à une autre, on commet une faute grave , et l’on fait à-la-fois le mal de la plante et de la terre. Ap rès la consommation des turneps il faut donner trois labours pour semer l’orge et le trèfle. On met dix à douze livres de graine par acre, à l’ordinaire , mais quinze valent mieux. La majorité des fermiers compte sur le trèfle pour nourrir les attelages pendant l’été : on le fait pâturer. On réussit très-bien aussi en le faisant manger sur place aux moutons. Le trèfle en foin sec , qui est si recherche' à Londres, ne se vend qu’avec peine en Suffolk ; 288 AGRICULTURE on en retire quelquefois pour la consommation de la ferme. Un acre rend communément d’une ■voiture et demie à deux voitures de foin , en bonne terre. On ne l’emploie pas ordinairement en vert à l’etable ; cet usage est plus commun dans le Hereford-sbire ; il n’y a aucune plante, si l’on excepte la luzerne , la chicore'e et les vesces , qui soit plus propre à cette pratique. On en laisse grener toutes les années beaucoup ; c’est une ressource favorite des fermiers de Suffolk , parce qu’elle est très-profitable quelquefois; mais il arrive aussi qu’on se repent d’avoir trop re’pëte' cette operation. A force de semer du trèfle et d’y revenir trop souvent, c’est-à-dire tous les quatre ou cinq ans , on en a lasse' les terres de cette province (1). La plante lève bien , et la re'colte a bonne apparence, après que l’orge est mois- sonne'e ; mais elle périt en grande partie pendant l’hiver , et il n’y a rien de plus pernicieux au terrain qu’une demi-re'colte de trèfle, car (i) Prenons pour nous cet avertissement. Nous croyons mettre un long intervalle entre deux récoltes de trèfle , quand nous attendons quatre ans à en ressemer; et combien ne voyons-nous pas de gens qui abusent de eette plante en y revenant tous les deux ou trois ans ! les T) E SUFFOLX. 289 Jes intervalles se garnissent nécessairement de chiendent (1). M. Williams de Marlesford m’écrivoit sur ce sujet : « Il seroit heureux que le département d’Agriculture pût indiquer un fourrage artificiel à substituer au trèfle, car les terres, i() Voilà une vérité de la plus grande importance, et que j’ai cherché à faire ressortir toutes les fois que le sujet m’y a conduit. Pour que la végétation du froment soit vigoureuse, que le froment soit pur, et ses produits considérables, il faut que le trèfle qui le précède soit lui-même vigoureux, plein, épais; qu’il croisse dans un sol déjà purgé des gramen, et qu’il étouffe le peu qui en reste. Or cela ne peut arriver que dans une terre qui 1« reçoit et le nourrit sansb’épugnance : pour peu qu’elle en soit lasse, le trèfle languit, il est rare, ses intervalles se remplissent d’herbe. Les racines des gramen se fortifient et s’étendent; la récolte du trèfle est chétive; celle du blé qui succède l’est davantage, et le champ est empoisonné de chiendent. C’est un effet qu’on ne peut ni bien comprendre, ni éviter avec sûreté lorsqu’on est, comme nous le sommes, nous autres François, dans une ignorance profonde sur la théorie et la pratique des bons assolemens. Nota. Ceci a été écrit en 1798. J’ai été acheminé dès lors à traiter avec détail cette matière des assolemens : nous en verrons dans ce cours d’agrieulture des dé- veloppeniens étendus. Les connoissances se propagent aujourd’hui sur ce sujet important, base de toute bonne agriculture. (Décembre 1807.) Tome 2. T AGRICULTURE 2QO à force d’en donner , en sont: lasses. Depuis quelques années on est oblige d’employer le trèfle jaune et le ray-grass : cette paroisse se trouve placée sur les confins des deux qualite's de terrain , les terres argileuses et le sol léger; la couche inférieure des premières est la glaise, et de celui-ci le gravier ou le sable rouge. Un fermier a remarqué qu’il faut déjà plus de semence pour faire réussir le trèfle sur les terres légèresqu’autrefois; ce qui fait craindre qu’elles ne finissent par le rejeter tout-à-fatt, comme cela arrive dans quelques endroits, à des terrains légers. Un fermier plus riche, plus entreprenant, ayant été informé qu’on employoit dans le voisinage de Durham un trèfle nommé cowgrass , qui réussissoit bien, et qui e'toit semblable à l’autre trèfle, à cela près que la tige étoil pleine au lieu d’être creuse, fit ses efforts pour s’en procurer, soit du lieu même, 6oit de Londres ; mais on lui envoya de la graine de trèfle ordinaire et il n’a pas réussi depuis à se procurer ce qu’il désiroit. » Ce que M. Williams demande, et qui est en effet très-important, on le trouve dans la chicorée ; elle réussit sur toutes les terres , et on peut la traiter, à tous égards, comme le trèfle. DE SUFFOEÏ. agi Trèfle jaune. Ou sème quelquefois le trèfle jaune pour un an seulement, et alors on le fait grener; mais plus ordinairement on le met avec du ray-grass pour faire reposer la terre deux ou trois ans: on le sème en même quantité' que le trèfle rouge j on le fait ordinairement pâturer par les moutons. Quoique cette plante soit bisannuelle elle peut durer plusieurs anne'es sur le même sol , parce qu’elle se ressème d’elle- même : on ne la laisse guère au-delà de trois ans. Tr'efle blanc. Le trèfle blanc est une plante très-utile dans les terres qu’elle aime : elle ne dure pas Jongleras dans les terrains humides (1). Sur les terres sablonneuses ou sèches c’est une très- (i) Il faut que cette règle souffre des exceptions. 3’ai un sainfoin de sept ans, en terre légère et sèche. Dans une portion du champ, il y a une source qui ne pousse pas en dehors, mais qui maintient le terrain / humide dans cette partie pendant huit mois de l’année , sur un espace de quelques toises. Dès la seconde année de l’établissement du sainfoin, les plantes périrent dans cet endroit, et elles furent remplacées par du trèfle blanc, qui est très-vig(rtireux, et donne abondamment tçus ( les ans. 392 AGRICULTURE bonne méthode que d’ajouter quelques livres de trèfle blanc au trèfle jaune mêle' de ray- grass. Il y a des endroits de la province où l’on a fait jusqu’à 12 livres sterl. par acre , avec la graine. Sainfoin. Cette excellente plante , la plus avantageuse de toutes à cultiver sur les terres où elle se plaît, est très-commune en Suflolk ; on la voit partout, dans les parties sablonneuses de la province, surtout vers l’occident. Il n’y en a pas autant encore qu’il devroit y en avoirj tuais sa culture s’étend. Le terrain de tous le meilleur pour le sainfoin est celui qui repose sur la craie ; mais toutes les terres franches, sèches, légères ou graveleuses, lui conviennent. M. Mosseley de Drinkston a depuis plusieurs années du sainfoin parfaitement beau sur une terre graveleuse et sans craie : sur toutes les terres sèches la récolte du sainfoin est en proportion de la bonté du terrain (1). Comme le sainfoin occupe plusieurs années (1) Ce principe est confirmé par mon expérience, et j’ai déjà eu occasion de combattre l’opinion de quelques auteurs qui affirment que le sainfoin réussit mieux dans les terres arides et peu profondes, que dans les terrains riches et d’un bon fonds. î> E S U F F O E K. 52 9 3 la terre , la préparation qui lui convient et celle que lui donnent les bons cultivateurs , est une récolte de turneps : deux re'colles de turneps, l’une après l’autre , sont la perfection de celte culture pre’paratoirc. On ne sème que quatre bushels par acre seulement ; cette quantité qui fait le coomb se vend une guinée (1). On sème quelquefois de trois à six livres de trèfle avec le sainfoin pour avoir une re'colte la première anne'e, parce que dans cette première anne'e le sainfoin estfoible. On le sème ordinairement au printems avec l’orge ou l’avoine ; mais M. Fairfax , de Bury a essaye’ de le semer en Septembre avec dit seigle , et a très-bien rc’ussi (2). (1) C’est bien peu de graine : c’est précisément la moitié de ce cpie nous eu semons ; mais les terres de Suffolk sont nettes et bien préparées: les gratnen n’y étouffent pas les plantes la première année, comme cela nous arrireroit si nous semions clair. Le prix commun de la graine se trouve précisément le même ici qu’en Suffolk. (2) Je connois plusieurs exemples d’un plein succès de cette méthode de semer le sainfoin avec le froment ou le seigle, en septembre. Il ne conviendroit probablement pas de semer plus lard, parce qu’il faut que le pivot ait le tems de s’enfoncer suffisamment pour n’ètre pas déraciné par les gelées. Nota. Ceci a été été écrit en 1798. J’ai vu depuis réussir très-bien le sainfoin semé an mois de mars sur le blé en végétation. 1 * On observe en Suffolk l’avantage particulier à cette plante (et qui, je crois , a été remarque' par Tull ) de pouvoir être fauche'e pour foin , plus tôt ou plus tard, à-peu-près indifféremment et selon que le tems le permet. Le foin n’a besoin d’aucun autre procédé que de tourner les ondins une fois. Dans les terres passables deux tonnes par acre paroissent la moyenne du produit ; dans les mauvaises terres, le sainfoin rend une tonne et demie de foin. La graine, lorsqu’on la recueille , va à environ quatre ou cinq coombs (16 à 20 busbels) par acre, et les tiges sont encore un bon fourrage pour les chevaux de travail. Deux tonnes de foin par acre valent au moins 4 liv. sterl. si on les consomme , et beaucoup plus si on les vend. La seconde pousse est excellente à faire pâturer aux vaches , aux veaux , aux bœufs ; on peut y mettre aussi les agneaux fraîchement sevrés, sans crainte qu’ils nuisent à la plante ; mais il faut avoir soin que les moutons n’y pâturent pas trop long-tems , surtout au prin- tems. Quelle réunion d’avantages! et qu’il en coûte peu pour se les procurer si l’on excepte la semence (1). (1) Que devrons-nofas donc dire des avantages de celte DE S U F F O L K 2g5 La duree moyenne de celte plante, en Suf- folk, est d’environ douze à treize ans. La meilleure manière de rompre un sainfoin c’est de l’écobuer pour y mettre des turneps; mais ce n’est pas l’usage dans la province : on sème ordinairement de l’avoine sur un seul labour après cette plante. plante, nous oui en faisons toujours deux récoltes; et quelquefois trois! nous qui employons avec tant de succès le gyps pour animer sa végétation et prolonger sa durée! Il est vrai qu’il nous en coûte le double en graine pour établir le sainfoin. Ce haut prix de la graine retient beaucoup de gens; mais ils ont tort, car cette avance est bientôt retrouvée. J’ai recueilli en 1794, sur un espace de 2 acres, 10 voitures de sainfoin sec en 3 coupes, savoir: 6 à la première , 3 à la seconde, et un à la dernière. Après cette dernière coupe, qui se fit dans les derniers jours de septembre, il y eut un beau pâturage. La pièce avoit été gypsée à la fin d’avril. Elle l’a été depuis chaque année, et je n’y ai jamais fait moins de 5 voilures de de foin, du poids d’environ 20quintaux chacune. Il n’y a aucune production qui, sur le même terrain (graveleux et maigre), pût donner cela, à beaucoup près. Au lieu de s’obstiner à demander du blé à des terres arides, mat préparées, et sales ; au lieu de labourer sans cesse les coteaux graveleux, pour y avoir du grain, qui n’y vient pas, tandis que la terre s’en va, il seroit d’une bien meilleure économie de faire la dépense de la graine, pour établir des sainfoins. 296 agriculture Houblons. A Stowmarket et dans ses environs on voit deux cents acres de houblons qui méritent d’être remarqués, parce que la culture de cette plante n’est pas généralement répandue en Angleterre. Le produit moyen de ces plantations est de six quintaux de houblons par acre, à 5 liv. slerl, soit 5o liv. sterl. par acre , et la dépense n’est que de 7 liv. sterl. Le sol est une terre noire, friable, humide, sur un fond de gravier qui est de niveau avec la rivière qui traverse la ville , lequel graviqr est par conséquent pénétré d’eau. Plus le terrain est meuble et humide, et plus les houblons prospèrent, surtout si le gravier n’est pas à une profondeur de plus de trois pieds. Un coteau voisin garantit très-bien ces hou-* blonnières des vents froids. Avant cette plantation le terrain étoit en prés marécageux , qui donnoient un foin grossier, et qui valoient aoshell. l’acre, ou moins. Lorsqu’on prépare le terrain aux houblons, on le relève en platte-bande de seize pieds de largeur , en creusant des fossés de trois pieds de large, et de deux pieds ou deux pieds et demi de profond. La terre qu’on en tire est répandue sur les plalte-bandes, puis on les 'de sueeoek. 297 laboure à la bêche , et on les égalise. Dans le courant de Mars on fait les trous à six pieds de distance en tout sens, et d’un pied de diamètre : il y a ainsi trois range'es dans chaque platte- bande. On met dans chaque trou environ un demi-bushel de fumier bien pourri , ou riche compost ; on répand de la terre dessus, et on met sept plantes dans chaque trou ; après quoi on rassemble la terre tout autour, pour former un petit monticule* Quelques personnes, pendant les premières anne'es, sèment des fèves ou des haricots dans les intervalles ; mais M. Rout, de qui je tiens les de'tails de cette culture , blâme cet usage. Au bout de trois semaines, plus ou moins selon le tems qu’il fait, les plantes sont prèles à recevoir les perches. On y attache toutes les petites branches du houblon , et on tient les intervalles propres en sarclant et en râtelant : dans le mois de Juillet on les butte. Le produit, dès la première année, varie de trois à cinq quintaux de houblons par acre. Le fumier ne se met pas régulièrement; mais l’un portant l’autre , on en met environ dix charretées par acre annuellement, estimé à 5 shellings la charretée , tout voiture'. On le garde jusqu’à-ce qu’il soit assez sec pour qu’on puisse le passer au tamis : ce que l’on préfère à un fumier pourri. 2f)8 AOItlCUIvTURE Le travail de la préparation des platte-bandrs pour former la plantation , monte à 4 liv. sterl. l’acre; le travail annuel se fait à tâche pour 4 liv. sterl. Pour cette somme on laboure à la bêche, on lient les fosses nettoye's, on cultive, râtelle, faitles trous, attache, recueille, etc. On met trois perches par trou, ce qui fait trois mille par acre ; elles se vendent 24 shell. le cent : elles sont ordinairement de frêne, et leur longueur est de vingt-quatre pieds. Lorsqu’une plante s’élève plus haut qu’une perche, on met une autre perche à côté pour empêcher que la plante ne retombe et ne s’entre- lasse avec les perches voisines, de manière à nuire à la libre circulation de l’air. Une houblonnière dure en quelque sorte toujours, pourvu qu’on l’entretienne , en remplaçant annuellement les plantes qui pe'- rissent : ce remplacement peut aller à soixante tous les ans; mais on estime que le renouvellement complet de la houblonnière, tous les vingt-cinq ans, est plus profitable. Les seuls accidens auxquels le houblon soit sujet sont les pucerons et le miellat. Quelquefois la moisissure et les vers rouges attaquent le houblon , mais cela est rare. On estime que les tonnerres sont avantageux à cette plante parce qu’ils tuent les pucerons et les poux. DE S U F F O 1 / K, 299 M. Rout a élevé une digue d’environ trois pieds entre sa Iioublonnière et Ja rivière pour se garantir des inondations ; mais son intention n’est pas d’empêcher absolument l’eau d’y pé- ne'trer : il trouve que quand l’eau entre peu à peu dans la Iioublonnière , de manière à ne pas laver le terrain , elle fait un bon effet. Il croit que pendant les se'clieresses il faudroit laisser pe’ne'lrer l’eau dans les tranche'es. On croit généralement qu’il en coûte 7 5 liv. sterl. par acre pour l’etablissement d’une hou- blonnière ; mais M. Rout estime qu’on ne peut pas l’établir convenablement à moins de 100 livres sterling l’acre. Choux. La culture des choux est un article qui n’ajoute pas peu au mérite de l’économie rurale de Suffolk. La méthode la plus approuvée est de les semer dans une terre riche , et de très- bonne heure au printcms ; de préparer la terre par quatre labours, dont le dernier enterre beaucoup de fumier et dispose le terrain en billons de trois pieds , sur le sommet desquels on plante les choux au commencement de Juillet, par un tems pluvieux , s’il est possible. On les maintient propres par des cultures, soit ?vec la houe à cheval, soit à la main. La OOO AGRICÜLTÙKB récolté s’élève jusqu’à trente charrete'es par acre. Un particulier cle Bury avoit porte’ cette agriculture fort près île sa perfection, et sur •une grande e'chelle , car il plantoit soixante-dix acres de choux dans une anne'e. Il semoit en v Août, transplantoit au commencement d’octobre , puis plantoit dans les champs aux premières grandes pluies de Mai. Ses re’coltes e’toient toujours fortes, et il les cmployoit avec succès à engraisser les cochons. M. \V. Green de Bradfield m’a adresse sur cette culture la communication suivante : « Semez au commencement de Mars, sous couche, une livre de graine sur dix rods de terrain, pour couvrir trois acres. L’espèce de choux doit être le drum-head (tête de tambour) ainsi nommée parce qu’il est plat par dessus et aussi dur qu’une pierre. Sa graine coûte 2 shell. 6 d. Il vaut mieux que le lallow-loaf (pain de suif), il est plus dur et plus pesant. Il faut labourer au commencement (l’Octobre le terrain qu’on leur destine; au printems on relaboure quatre ou cinq fois, en fumant avant la dernière , à raison de quinze charrete'es à trois chevaux par acre , ou vingt charretées de compost : il faut faire ce dernier labour en billons de trois pieds, vers la fin de Juin, puis attendre la pluie. 11 importe beaucoup d’avoir des plante* DE SUFFODK. 5oi vigoureuses, en sorte que quand la pluie vient il faut employer tous les bras de la ferme à la transplantation : la dépense est d'environ 3 shel. par acrepour planter; un mois après, labourer dans les intervalles , en laissant une crête au milieu, puis quelque tcms après relabourer en » l’abattant : sarclez ensuite à la main. Il y a deux raisons pour ne pas sarcler, tandis qu’il y a un ados entre les lignes ; la première, c’est que lorsque l’ados est abattu et remplace par une raie, on debarrasse aisément les choux des mottes qui ont roule' sur eux ; la seconde, c’est que quand l’ados existe , le terrain de chaque côte' des choux est trop e'troit pour être soumis au sarclage. Sarclez trois fois à la main; il vous en coûtera 6 shellings l’acre pour les trois fois. J’ai cultivé les choux six ans, et je n’ai perdu qu’une récolte , faute de pluie. » Trois semaines après la plantation, il faut saisir la première pluie pour remplir les vides. » Depuis le commencement de Novembre employez les choux jusqu’à la fin de Mars pour les vaches à lait. Mais dès le milieu de Mars il faut qu’ils soient enlevés du champ, parce que c’est le moment où ils commencent à monter ; ce qui épuise la terre. Trois acres, bien réussi, suffisent à mes vingt vaches , avec un peu de foip et de la paille ; mais si l’on »’a point t 002 AGRICULTURE de foin , il faut cinq acres pour le même nombre de vaches : ils sont exccllens pour les veaux que l’on sèvre. Les turneps leur donnent quelquefois une maladie nommée gcirger, dont ils meurent communément : dans six ans je n’ai perdu qu’un veau sur quarante, en les nourrissant avec des choux , et il est impossible de leur donner une nourriture qui les fasse pros- pe'rer davantage. w Pour engraisser le gros bétail, j’ai e'prouve' qu’avec une récolte moyenne les trois quarts d’un acre finissent deux bêtes de cinquante stone (700 livres) qui ont été à l’herbe pendant l’été. » Les cochons préfèrent beaucoup les choux aux turneps ; je l’ai vu avec évidence cette année. J’avois dans le même champ clés turneps et des choux ; mes truies y ont été à plusieurs reprises , et je ne crois pas qu’elles aient mangé dix turneps ; elles ont été constamment apres les choux. » Quant à la valeur des choux, je n’ai pas des données précises pour la calculer , car il n’est pas facile de tenir des comptes assez exacts pour s’en assurer; mais en général on peut /| compter qu’un acre vaut 4 à b liv. sterl. ou le double d’un acre de turneps. » Je sens bien que cette culture laisse le B E S U F F O L K. 5o5 fermier sans nourriture verte pendant un mois ou six semaines au printems. On peut remplir partiellement cette lacune en arrachant des choux pour quinze jours d’avance ; pour le reste on y suppléé par une précaution que je prends toujours depuis plusieurs anue'es. Je laisse vingt acres de pré où je ne coupe pas le regain, et où je ne fais pâturer aucune bêle jusqu’en Avril : cela est excellent pour les vaches , les brebis et les agneaux. Je suis convaincu que chacun éprouvera , comme moi, qu’une pièce de regain qu’on laisse ainsi passer l’hiver sur pied , vaut le double au moisd’Avril de ce qu’elle valoil en Octobre. II est vrai que sa valeur dépend beaucoup du teins ; s’il fait sec, ce pâturage fait un grand profit; s’il tombe des pluies il profite beaucoup moins. Il faut se rappeler toujours que c’est autant de foin que l’on sauve d’une saison où le fourrage est très- abondant et de peu de valeur à ceux qui ne le vendent pas. » Quelques personnes ont dit que l’orge ou l’avoine qui succède aux turneps vaut mieux que celle qui succède aux choux ; mais je n’en juge pas ainsi : j’ai eu plusieurs fois des choux et des turneps dans le même champ, fumés et traités de la même manière, et j’ai trouvé que la meilleure récolte d’orge croissoit là où le terrain avoit été débarrassé le premier, y 5o4 A G R I C W L, T U H E La partie argileuse de Sulfolk est le seul district de l’Angleterre dans lequel, à ma con- noissance, la culture des choux soit commune à tous les fermiers ; ce canton est curieux à- observer sous ce rapport. On peut se souvenir que lors de la publication de mon Norlhorn- iour, en 1770, ouvrage dans lequel cette culture fut pleinement expliquée pour la première fois , telle qu’elle étoit pratiquée par plusieurs cultivateurs actifs du Yorkshire; on peut se souvenir, dis-je, qu’il s’éleva une controverse sur l’utilité de cette culture. Plusieurs personnes soutinrent qu’elle n’étoit pas profitable, et que lorsqu’on faisoit des récoltes considérables de choux ils avoient peu de valeur. J’en avois vu assez dans ce vovage et dans d’autres pour être parfaitement convaincu de la grande utilité de celte culture, et je soutins cette thèse. Lorsque je trouvai ici la culture des choux établie , et que je découvris qu’elle s’étoit introduite depuis la publication de mon ouvrage, je devins extrêmement curieux d’en connoître tous les détails. Les cultivateurs n’ont point recours aux tur- neps ou aux choux comme à un article nécessaire d’un assolement, mais uniquement pour donner plus de valeur à leurs laiteries. Us pensent xju’à tous autres égards cette culture est désavantageuse. / DE SUFFOEK. 5o5 desavantageuse. L’humidité de leur terrain est telle , qu’en voiturant la re'colte on le pe'trit complètement, et que l’orge qui doit succéder en souffre beaucoup. Ceci est vrai des deux récoltes, mais moins cependant des choux, que l’on enlève avec plus de facilité, parce que les plantes sont en moins grand nombre sur le sol. Mais l’opinion est généralement établie que les choux épuisent le terrain beaucoup plus que les turneps : je n’ai vu que peu de fermiers qui ne le pensassent pas ainsi. Comme ce point est très-important dans cette culture, j’ai fait de nombreuses recherches pour m’en assurer ; j’ai répété mes observations avec soin, et je crois avoir bien établi la vérité. II paroît", en effet , bien décidé que les choux épuisent plus que les turneps ; mais il y a quelques circonstances de ce fait qui méritent attention. PJ usieurs fermiers attribuent cet effet à ce que l’on coupe les choux , et que la tige qui reste en terre repousse au printems, et épuise les sucs dans un moment où l’influence de la récolte sur le terrain devroit avoir cessé. Cette remarque est judicieuse , et il doit assurément résulter quelqu’inconvénient de l’usage où l’on est de ne point arracher les choux. C’est l’opinion générale des fermiers que j’ai consultés, que l’orge après les choux donne huit bushels Tome a. V 3oG AGRICULTURE de moins par acre que l’orge après les turneps • mais l’opinion que la récolte de choux l’emporte eil valeur sur la récolte de turneps , pour plus que la différence de huit bushels d’orge, n’est pas moins générale. L’opinion établie, quant à la valeur respective des deux récoltes, c’est qu’un acre de choux vaut un acre et demi de turneps : plusieurs fermiers m’ont soutenu que la même étendue des premiers vaut le double. M. Garneys , de Kenton , dit qu’un acre de ses choux vaut plus que deux acres des meilleurs turneps qu’il ait jamais eus ; et que quoique l’orge qui succède aux turneps soit plus belle en paille, elle n’est peut-être pas plus belle en grain , et que ce grain est inférieur en qualité. J’ai vu beaucoup de fermiers qui, après que leurs choux étoient consommés, regrettoient de ne pas en avoir planté davantage, quoiqu’ils reconnussent que les turneps pre'paroient mieux la terre pour l’orge. John Fairweather a eu des choux et des turneps dans le même champ, et également fumés : l’orge qui leur a succédé a été aussi belle dans une partie que dans l’autre. M. Chevalier a cultivé les choux plusieurs années avec attention ; il les a trouvés d’un si grand avantage pendant les gele'eset laneige, qu’il ne voudroit jamais être sans cette res- 1)E S V F F O L K. 3c>7 source d’hiver. Il met quarante charrele'es de fumier à trois chevaux par acre, et il a observe' qu’ils donnent plus de lait et de beurre , et de meilleure qualité, que les turneps : je l’ai vu nourrir quatre vaches et sept cochons avec des choux. Ces onze bêtes mangeoient, par semaine, deux charretées à trois chevaux , de choux : à ce taux un acre nourrit cette quantité de bêtes pendant dix-huit semaines. On donnoit en outre un peu de foin aux vaches, sans quoi le calcul de l’emploi des choux au- roit été facile. Si l’on suppose les vaches à un slielling par semaine , et autant pour les cochons, ce seroit 5 shell. par semaine, ou 4 liv. sterl. 10 shell. l’acre. Il y avoit, outre les onze bêtes , treize moutons à l’engrais qui s’en nour- rissoient uniquement , excepté ce qu’ils pou— voient trouver en parcourant un pré sec, brouté raz. Ces treize moutons consommoient une charretée par semaine : à ce taux, l’acre nourrit pour l’engrais vingt-six moutons pendant centvingt jours, ouplus de seize semaines j ce qui, à raison de 4 pence par tête pour chaque semaine , fait 6 liv. sterl. 18 shell. 8 pence par acre. Je ne doute point que la valeur d’un acre de choux, en Suffolk, n’aille toujours de 4liv. sterl. îo shel. à 7 liv. sterl. Tous les fermiers que j’ai interrogés sont 5o8 ü-GRIGUIiTUUE d’accord que les choux et la paille valent mieux pour les vaches à lait que du foin , en quelle quantité qu’il soit. Si l’on donne à ce point-là l’importance qu’il a, il doit trancher la question en faveur des choux ; et il devient près- qu’inutile de s’occuper d’examiner s’ils e'puisent la terre. II y a une circonstance qui prouve l’excellence des choux pour le beurre , c’est que les charrettes qui vont régulièrement à Londres , depuis cette province, portent beaucoup de beurre qui se vend sur le même pied que le beurre provenu du foin. Lorsque les choux commencent à pourrir, il n’y a plus moyen d’imiter le beurre de foin 5 les turneps n’y sont point propres. La culture que l’on donne aux choux ressemble beaucoup à celle des turneps : on laboure le terrain quatre ou cinq fois ; en Mai, ou au commencement de Juin on fume très- abondamment avec du compost de terre et fumier : quelquefois on charie se'parêment la terre et le fumier 5 alors on met trente ou quarante charretées de terre , que l’on étend, puis vingt de fumier par dessus. Mais les quantités varient suivant ce que le fermier peut en fournir, et suivant la richesse du terrain. On l,aboure ensuite immédiatement, en billons de trois pieds, et lorsque la pluie vient, on plante DE STJFEOEK. 509 avec autant de promptitude qu’il est possible. La distance d’un chou à l’autre, dans les lignes, est de deux pieds. La graine coûte 5 shellings la livre; on la sème à la fin de Février , en terre bien fume'e au mois d’Octobre pre'ce'dent. Il est très-important d’obtenir de grosses plantes ; leur avantage , vers la fin de la récolte, est extrêmement marqué. J’obserVerai en général sur les informations que j’ai obtenues relativement à cette branche d’agriculture , que, autant qu’on en peut juger par l’expérience de Suffolk, les choux épuisent plus que les turneps , quoique dans quelques cas cela n’ait pas eu lieu : le degré de cette qualité épuisante n’est pas déterminé. On dit que la récolte d’orge qui succède est de huit bushels par acre plus foible, mais on ajoute que le surplus de la valeur des choux , comparée à celle des turneps, compense et au-delà ce déficit. Je dois avouer que je ne suis pas parfaitement convaincu sur ce point-là, et je désirerois que M. Chevalier l’éclaircît par des expériences soignées; il est si attentifetsi exact dans tout ce qu’il fait, que s’il entreprenoit ce travail on pourroit se fier à son résultat. Je prends la liberté de lui recommander de choisir , pour cette expérience , deux acres seulement, placés l’un d’un côté , l’autre de l’autre 3lO agriculture de l’entrée du champ , et de faire déposer le fumier par charrete'es alternatives sur l’une et sur l’autre portion , pour être bien sûr que le fumier soit de même nature sur toutes deux. Il convient de donner exactement les mêmes labours à toutes deux , de semer dans l’une des turneps, et de planter dans l’autre des choux de la grande espèce : l’une et l’autre portion seroient cultivées de la manière la plus complète ; les choux recevront trois labours de là houe à cheval. En chariant la récolte on aura soin (et on aura eu la même attention en chariant le fumier) que chaque portion ne reçoive que les piétinemens inévitables , ce qui iserà facile si la porte d’entrée du champ se trouve entre deux. Il faut que la consommation des deux récoltes se fasse dans le même tems, ce qui est essentiel à l’expérience $ et afin que cette circonstance ne devienne pas trop embarrassante, on pourra arracher une charretée de turneps en même tems qu’on arrachera une charretée de choux (car il faut arracher et non couper ceux-ci), puis on déposera les turneps dans quelque coin de champ en attendant leur consommation. Il seroit convenable aussi de peser quelques lignes de choux et quelques espaces déterminés de turneps pour comparer les produits. 11 faudroit noter le nombre de DE S U F F O E K. 5ll bestiaux nourris avec l’une et l’autre produc-^ tion , en ayant soin qu’ils le fussent également et sans y ajouter du foin. Une telle expérience, en de si bonnes mains, jetteroit un grand jour sur la question, et on parviendroit à la décider totalement en répétant quelques épreuves. D’après mes observations , qui ont été très- multipliées et très-soignées , ces deux récoltes ont des inconvéniens dans ces terrains : les chariages battent et pétrissent horriblement la terre; mais c’est encore pis dans les champs de turneps qui sont presque plats, au lieu que les champs de choux étant par billonsde trois pieds, c’est surtout dans les raies que la terre est battue. Le dommage que reçoivent les champs par les chariages me fait croire à la supériorité de l’orge préparée par une jachère d’été; mais je dois remarquer , à cet égard , que l’une et l’autre récolte pourvoient se voiturer avec moins d’inconvéniens , si l’on employoit les grands sillons arqués ; les chariots passant toujours dans le voisinage des raies, la partie productive du champ ne reçoit aucun dommage ; c’est un avantage des grands sillons arqués, qui est également applicable aux choux et aux turneps. Dans la consommation de ces récoltes , les fermiers de Suffolk ont un tort qui est très- 5i2 Agriculture gpve ; ils n’ont point l’idée de renfermer leurs vaches dans l’enceinte des cours de la ferme , elles sont libres^dans deux ou trois pâtures à la fois ; elles occupent ainsi un très-grand espace de terrain, sur lequel on répand les chcrtix et les turneps. Ce terrain est quelquefois si humide que les bestiaux en allant et venant continuellement, le pétrissent jusqu’au genou : si la terre ne se trouve pas naturellement très- fertile, il en résulte que le soleil du printems et de l’été la durcit en une espèce de mortier stérile. Je ne connois point d’abus plus fâcheux à une ferme : il l’est doublement. Le pétrissage fait tort à la terre, et le fumier est perdu ; au lieu que dans les cours de ferme , avec de la litière, rien ne se perd. Chaque ferme a une étable de vaches où celles-ci sont attachées à trois pieds ou trois pieds et demi de distance l’une de l’autre ; mais ces étables ne sont employées que pour allaiter les veaux , pour traire et faire manger un peu de foin. Pommes cle terre. Il n’y a que quelques années que la pomme de terre est cultivée en Suffolk. Je l’ai moi-même cultivée en grand, et M. Mure de Saxham sur de plus grandes étendues encore; mais, en général, on ne lui a pas donné l’attention qu’elle £i3 DE SUFFOLK. mérité, surtout parmi les journaliers. J’observe neanmoins avec plaisir que cette culture s’étend. "Voici ce qu’écrit, sur ce sujet, ÎMr. Nesfield de Vickhambrook : » Les recommandations du Departement d’Agriculture relativement aux pommes de terre, m’ont fait d’autant plus de plaisir, qu’elles se rapportent parfaitement à ce que je ne cesse de recommander moi-même âmes paroissiens depuis près de quarante ans, et toujours avec aussi peu d’effet que si je l’avois dit en chaire. Je crois pourtant qu’à pre'sent, ils commencent à donner quelque attention à cet objet ; et s’ils le suivoient de la manière que je leur ai souvent indique'e , je ne doute point que bientôt la taxe des pauvres ne fût réduite fort au-dessous de ce qu’elle a e'te' depuis cinquante ans. J’observerai cependant que pour queles pommes de terre puissent devenir d’une utilité' ge’ue'rale , il ne suffit pas qu’elles soient cultive'es par petits espaces çà et là; il faut que chaque fermier en cultive au moins depuis un rood jusqu’à un acre , selon le nombre de ses ouvriers. Je ne crois pas qu’il y ait en Angleterre une seule ferme dont le terrain ne comportât la culture des pommes de terre, au moins dans cette étendue, et^pour un nombre d’années indéterminé. Ol4 AffincUlTUBE Luzerne. Les fermiers ne cultivent point cette plante. (Quelques proprietaires en ont un peu. J’en ai eu moi-même plusieurs acres, et je me suis convaincu que cette culture me'rite beaucoup d’attention. Chicorée, Il y a quelques années que j’ai introduit cette plante dans l’agriculture angloise. J’en ai eu jusqu’à quatre-vingt-dix acres, et je la cultive encore fort en grand pour les moutons. J’ai rendu un compte détaillé de cette culture dans les annales. J’y renvoie le lecteur. Chanvre. On cultive principalement le chanvre depuis Eye jusqu’à Beccles , dans une largeur d’environ dix milles. Les fermiers et les journaliers lé cultivent également ; mais il est rare qu’un seul particulier en ait plus de cinq à six acres= Les journaliers sèment ordinairement le chanvre toujours au même endroit. Il y a , àHoxne, une pièce de terre qui a été en chanvre pendant soixante-dix années successives. Le sol que l’on préfère , pour cette culture, est ce que l’on appelle dans le district terre mêlée ; c’est-à-dire, un sable gras et humide, mêlé de \ DE S U F F O E K. 5x5 terre ve’gëtale , mais sans ténacité : en d’autres termes , c’est la meilleure terre du pays. Il va sans dire que le chanvre réussit sur les vieux pies et dans les terrains frais , auprès des rivières. On fume avec beaucoup d’attention la terre qu’on destine au chanvre , et l’on doit regarder cette préparation comme essentielle à cette culture. On met seize charretées de fumier à trois chevaux par acre , ou vingt-cinq charretées de compost. Cet engrais se mène dès qu’on a fini les semailles du blé. On laboure trois fois , en hersant aussi souvent que cela est nécessaire pour régaler parfaitement le terrain ; plus il est uni et mieux c’est. On sème dans la dernière quinzaine d’Avril, quelquefois jusqu’à la fin de Mai. On trouve souvent que le plus tôt semé donne le chanvre de meilleure qualité. La quantité de semence est de onze pecks par acre ; son prix varie depuis 1 à 2 shellings. Le chanvre qui a porté la graine vaut de moins que l’autre environ 2 shellings le stone ( quatorze livres ). On ne donne jamais au chanvre aucune culture , parce qu’il détruit toutesles autres plantes. On l’arrache au bout de treize ou quatorze v semaines. Plus la saison est humide et plus il reste sur pied : il réussit mieux dans les années 5l6 AGRICULTURE sèches. On arrache tout à-Ia-fois le chanvre mâle et le chanvre femelle. Le prix de l’arrachement est il shellings par acre, et la bière; mais quand cet arrachement tombe dans la moisson il en coûte davantage : on réunit le chanvre par petits faisceaux nomme's baits. On le fait rouir dans l’eau , et l’on préfère pour cela l’eau croupissante à l’eau courante. On ne nettoie les carpières qui y sont destinées que tous les sept ou huit ans. On arrose cinq fois le chanvre dans le même creux : bien des gens trouvent que c’est trop. On attend ordinairement qu’un creux soit prêt pour arracher le chanvre qu’on lui destine , afin qu’il ne de 7 meure pas sur le champ. On le laisse quatre ou cinq jours dans l’eau, plus ou moins, selon que le tems est chaud. On essaie le chanvre pour ne le pas laisser trop long-tems. Il en coûte , pour celte opératiou , la à 1 5 shellings par acre. On expose ensuite le chanvre à l’air pendant cinq semaines : c’est toujours sur un pré qu’on l’étend. Ce sont des femmes qui font cet ouvragé ; elles retournent le chanvre trois fois par semaine , en tems humide , et deux fois la semaine en tems see. La dépense est de 10 shellings par acre de chanvre. On le réunit ensuite en gros faisceaux qui en comprennéftt DE SUFFOLK. 3 17 &x des petits; puis on le charie dans les granges pour le teiller tout de suite. L’opération de teiller se fait à raison d’un shelling pour quatorze livres. Les tiges dépouillées font un combustible qui se vend deux pence les quatorze livres. Le chanvre se vend ensuite à Dis, Harling, Bungay, etc. à un prix qui varie de 5 shellings 6 den. à 8 shellings les quatorze livres. En I7g5 il etoit à 10 shellings. C’est l’acheteur qui le fait battre et peigner. Il le se’pare en longue filasse^ en courte filasse et en etoupes. Des femmes l’achètent pour le filer , et elles vendent ensuite le fil à des prix proportionnel à sa finesse. Les tisserands qui l’achètent vendent ensuite les tollés à des prix proportionnes à leur qualité'. Les fileuses de chanvre gagnent davantage qu’avec la laine , et les prix sont plus stables. La fileuse ordinaire gagne six pence , elle peut en gagner quatre et faire son me'nage ; il y a toujours plus de demandes que de bras. Comme le chanvre n’est pas si difficile à filer que la laine, l’apprentissage peut se faire dès l’age de quatre à cinq ans. Auprès de Hoxne on blanchit le fil à demi , avant de faire la toile ; dans les autres endroits on travaille la toile avant de blanchir. Les tisserands médiocres gagnent. 10 shellings par ) 5 i 8 AGRICULTURE semaine 5 les habiles ouvriers gagnent i6 à 18 shellings (1). L’usage est de semer des turneps immédiatement après avoir arrache' le chanvre. Chez les petits propriétaires cela rend un peu de nourriture pour l’entretien de la maison et de la vache. Bien laboures et bien sarclés , les turneps, après le chanvre, peuvent valoir 5 o shellings l’acre ; mais il y a un inconvénient dans la méthode , c’est qu’on est obligé de charier le fumier pour la récolte suivante, au printems, c’est-à-dire, dans un moment où le chariage fait beaucoup de mal aux terres. On met quelquefois du froment après le chanvre, et ce sont les plus belles récoltes de blé du pays , parce que rien ne nettoie mieux la terre que le chanvre. Après le blé on met de l’orge ou de l’avoine. Comme le profit de cette culture est considérable , j’ai été étonné qu’elle ne s’étendît pas. On m’a fait observer, en explication de ce fait, que la récolte a lieu en même tems que la moisson , ce qui est souvent embarrassant ; et que, d’ailleurs, sous peine de perdre son ( 1 ) L’auteur donne ici deux estimations du profit de la culture du chanvre. La première rend 8 liv. 8 sch. 8 den. st. par acre. La seconde, 5 liv. g sch. D E S V F P O L K. 3ig chanvre tout-à-fait, il faut des soins soutenus pour en tirer tout le parti dont il est suceptible. Dans tout le district où l’on cultive le chanvre, on le regarde, et avec raison, comme d’une grande importance pour les habitans , surtout pour les pauvres, à cause de la ressource de la filature , qui les fait gagner environ le double de la laine.... Près. Suffolk n’est fameux ni pour la fertilité de ses pre's, ni pour les procédés de leur économie. En general, il n’est guères possible de conduire plus mal les prairies qu’on ne le fait dans celte province. Dans les mêmes fermes où l’on fait de grands efforts pour obtenir de belles recolles des champs, on néglige complètement les prairies : quelquefois on fait des coulisses pour dessécher des près mouilleux, mais cela est rare. Les fermiers ne savent, en quelque sorte, ce que c’est que de re'pandre des lumiers sur les prairies. Les taupinières, les fourmilières et les buissons couvrent une grande partie des terrains qu’on appelle près: on ne connoît guères l’usage du rouleau. Les propriétaires qui cultivent eux-mêmes soignent ordinairement mieux. Les améliorations des prés auroient ici de très-grands avantages publics et particuliers : 320" AGRICULTURE Norfolk est peut-être encore au-dessous, quant à l’e'cononîûe des prairies. Dans l’une et l’autre province ee n’est pas par ignorance , mais par la suite d’un faux calcul, que cette partie de la culture est négligée. Le fermier estime , et il a raison , que toutes les ameliorations qu’il fera sur les prairies laisseront au proprietaire un avantage quelconque à la fin du bail, au lieu qu’en appliquant les améliorations aux champs, il retire la totalité de ses déboursés avant l’expiration de son bail. II y a ceci d’erroné dans ce raisonnement, c’est que le fermier ne de- vroit pas considérer ce qu’il fait gagner au prO' priétairc , comme perdu pour lui-même ; tous deux peuvent gagner beaucoup à une gestion mieuxentendue. Une autre raison pour laquelle les améliorations sur les prés sont si rares, et qui fait que les fermiers, si on le leur permet- toit, romproient toutes les prairies, c’est qu’ils ne commissent pas bien le prix de celles-ci : celte juste estimation ne peut se faire qu’avec des moutons. S’ils essayoient d’enfermer dans leurs prés un troupeau de bêtes à laine, a raison de deux ou trois bêtes par acre, sans jamais parquer les moutons ailleurs , et en tenant note du foin donné dans les tems de neige , ils trouveraient que leurs terres leur rendent beaucoup. Une telle expérience, prolongée pendant r DE S tl ï P O 1 t 321 danl plusieurs années , opéreroit une ame'lio- rallon progressive dans les prairies ; et plus celles-ci nourriroient de moutons , plus elles pourvoient en nourrir ensuite. Lorsqu’on a une race de brebis tranquilles, ces expériences sont fort aisées à faire , et il y en a peu de plus importantes. Comme les villes ont besoin de foin , il s’en coupe toujours beaucoup dans la province pour leur consommation. En Suffolk , on a le tort de faucher habituellement les mêmes pièces , au lieu de les faire pâturer et faucher alternativement , ce qui seroit mieux. L’art de faire les foins n’est entendu que d’une manière imparfaite dans cette province ; on ne sait pas faucher ras, et l’on ne donne point assez d’attention à la manière de faire les petits monceaux, ni les grandes meules ; on laisse trop au hasard des pluies , et on n’a pas suffisamment soin de presser le fourrage en construisant les meules : il est rare qu’on les peigne en dehors j on les laisse inégales et hérissées. Le produit varie ; mais il y a peu de prés, parmi ceux que l’on fauche, qui ne donne environ une charretée de foin sec par acre. Les prés bas, ou ceux qui sont améliorés, donnent une charretée et demie , ou même deux Tome 2. X 522 AGRICULTURE on peut estimer la rente d’un pre’ à un shelling par quintal du foin qu’il donne. Les près artificiels ne sont généralement pas bien entendus en SufFolk. Quand on établit un pré-gazon , c’est ordinairement en semant de la poussière de foin ; c’est-à-dire , de la graine < de mauvaises plantes, confondue avec celle des bonnes. Il y a quelques anne'es que je m’occupe de semer des graines de foin séparées, que j’ai fait recueillir à la main : ces expériences promettent des succès. Dans les terres substan- cielles, profondes et non humides , il n’y a point de difficultés. Le trèfle blanc, le trèfle jaune , le plantain , la pimprenelle y forment aisément un gazon , mais dans les terres humides et stériles il faut des gramen (x). Dçsséchemens. Dans toutes les terres humides de la province, l’excellente méthode des desséchemens est en usage : celte méthode demande, pour être comprise , une description exacte. La distance entre les fossés est de seize à vingt- quatre pieds, leur profondeur deux pieds ; leur largeur doit être de vingt à vingt-six ( 1 ) Nous omettons ici les articles des bois, des jardins, des terrains vagues et des vergers, qui sont sans intérêt. » DE SUFFÔDK. 325 pouces dans le haut, de manière qu’un homme puisse y entrer aise'ment. Dans Je bas, les fosses doivent être aussi étroits qu’il est possible , c’est-à-dire environ deux pouces. On remplit ces coulisses avec des fascines recouvertes de paille ; quelquefois on n’y met que du chaume. La dépense totale du dessèchement fait de cette manière , monte à 2 guinées ou 45 shellings par acre. Ces coulisses durent (selon le terrain et les matériaux) de douze à vingt-cinq ans, et on les a vu durer , en paillé seulement, beaucoup plus long-tems que cela. Je dois indiquer deux fautes que l’on fait communément dans ces travaux de dessèchement. La première est de faire les coulisses dans la direction de la pente ou à-peu-près, au lieu qu’elles doivent être faites obliquement : la seconde faute, qui est assez ordinaire, c’est de multiplier les coulisses sur une pente , tandis qu’une seule tranchée placée d’après les prin J cipes du célèbre Elkington suffiroit. Il ri’y a aucune amélioration quelconque qui paie plus sûrement les dépenses du fermier que celle-là; son importance est bien sentie, et la pratique est générale dans la province. Il y a environ vingt ans qu’un M. Makins , de Suffolk, inventa une charrue pour ouvrir les coulisses. LaSoci^’te' des arts le récompensa; AGB.ICUT/TUÏIE 5a4 mais on a reconnu depuis , par l’usage , que ce travail e'toit plus coûteux que la bêche, et il y a long-tems que cette charrue est abandonnée. Voici des observations de James Young sur les dessèchements : « les argumens dont vous fîtes usage dans notre conversation sur les desséchemens, m’engagent à vous communiquer la méthode que j’ai employée depuis un grand nombre d’années. » L’histoire des mécomptes que j’ai éprouvés et des expériences négatives que j’ai faites , se- roit peu utile ; il suffira que je dise que j’ai toutes les raisons possibles de préférer la méthode que j’emploie aujourd’hui: je vais essayer de la faire comprendre de manière que tous fermiers trouvent mon explication intelligible* Mon ambition est de faire bien saisir à tous les propriétaires et à tous les fermiers , que la dépense des desséchemensn’est point aussi grande qu’on se lu représente. Je sais, par mon expérience , que, dans le$ terres argileuses, les desséchemens, tels que je les fais, sont la réparation la moins coûteuse , la pjus prompte et la plus.durable de tout.le système de l’économie rustique. 1 » J’ai un champ dont le terrain étoit si humide et si sujet à se pétrir, en hiver , qu’il ne pouvoit, en quelque sorte, supporter le poids DE S U F F O 1j K. 5s5 d’un mouton. Je l’ai desséché, puis semé en froment, sans engrais , après une année de jachère ; et j’ai eu une récolte qui a valu la moitié de la valeur du champ. » Pendant les pluies d’Avril dernier, j’ai examiné un champ que j’avois desséché en 1.775, et j’ai eu le plaisir de voir que toutes les coulisses donnoient de l’eau, excepté une. » Je ne déciderais pas quelle est la qualité de terrain sur laquelle les desséchemcns ont le plus d’effet. Je pense que dans un sol argileux il n’y a-presqu’aucun champ qui ne puisse recevoir un grand bénéfice de cette opération. J’ai remarqué que partout où Yequisetum arvense abonde, le profit du dessèchement est très- grand, et que les dépenses de celui-ci se trouvent ordinairement payées pur la première récolte. 1 w 11 ne faut jamais couper les tranchées dans la direction de la pente, mais obliquement sur celle-ci, en ne donnant d’écoulement que précisément ce qu’il en faut pour que l’eau descende dans la principale tranchée : il y a des champs où celle-ci doit être couverte. J’ai essayé toutes sortes de manières pour éviter de couvrir le- plus grand nombre des coulisses. J’aime, qu’elles soient indépendantes les unes des autres , et j’ai même coupé quelquefois des tranchées ouvertes. 3a6 AGRICULTURE )) Lorsque j’ai creusé les coulisseà dans un champ, à environ un rood de distance les unes des autres , je trace deux sillons sur chaque coulisse, avec un intervalle de quinze pouces; ensuite je refends cet intervalle avec une forte charrue, à quatorze ou quinze pouces de profondeur : quand cela est possible j’aime à aller jusqu’à la glaise , en sorte que je repasse dans le même sillon avec la même charrue jusqu’à dix-huit à vingt pouces. Je creuse ensuite avec la bêche encqre quinze pouces pour faire une coulisse aussi étroite qu’il est possible. J’ai pour règle de ne point permettre à mes ouvriers de recouvrir les coulisses avant que mon maître-valet ou moi les ayons examinées ; ensuite je les fais remplir avec du chaume qui a été coupé pour cela après la moisson. Je fais mettre quelques petits bâtons à l’extrémité de la coulissé, pour empêcher qu’un accident n’en ferme la sortie; enfin je fais passer la charrue de manière à renverser dessus la coulisse de la bonne terre ; car il faut avoir soin de répandre au loin , sur la surface du champ, toute celle qu’on a tirée du fond des coulisses. )> Il ne faut pas laisser les coulisses ouvertes trop loug-tems, de peur que la gelée ou les pluies ne les dégradent : ordinairement je les fais remplir jour par jour. DE S U F F O E K. 827 » Il n’est pas facile d’estimer la dépense du transport du chaume , parce qu’elle de'pend de la distance : il est egalement difficile d’estimer le prix du travail de Ja charrue ; je ne fais pas travailler plus de trois heures de suite à cet ouvrage. Chacun pourra donc estimer la valeur de ce travail, suivant les facilites qu’il aura. Je prie surtout les fermiers de considérer que c’est un ouvrage qui peut se faire à teins perdu, et dans des momens où peut-être les attelages seroient oisifs. » Voici le compte des dépenses pour un acre de dessèchement. Sh. d. Couper et rassembler un acre de chaume , qui suffit ordinairement à un acre de dessèchement . 2 » Creuser 48o rods de coulisses . . i3 4 Les remplir de chaume .... 28 Travail d’extra à la bêche, une journée d’homme. 1 4 Sh. 19 4 Réponses à des questions. i.° «Les mécomptes et les non-succès sont- ils dûs à ce que les coulisses ont été creusées plus bas qu’il n’est indiqué } ou remplies avec, d’autres matériaux ? » 628 AGRICULTURE R. « Les mécomptes cjue j’ai éprouvés dans le commencement ne sont point dûs à ces causes, mais à ce que j’ai donne' aux coulisses une pente trop rapide 5 à ce que j’en ai amené un très-grand nombre dans la même tranchée couverte 5 à ce que la bêche dont on se servoit e'toit trop large en bas ; à ce que les coulisses n’êtoient pas assez profondes ; à ce que leur remplissage n’avoit pas e'te’ surveille. Je n’ai jamais employé' d’autres mate'riaux que de la paille de froment, du chaume , ou du bois. » 2. 0 « M. Young a-t-il jamais essaye’ sa méthode sur des terrains dont la sut face soit en terre glaise ? » R. « Je ne sache pas que cette méthode ait jamais été employée dans des champs qui aient la glaise à la surface ; la charrue n’atteint pas la glaise dans mes champs. » 5 .? « M. Young parle de récoltes qui valent deux fois la valeur de la terre : a-t-il remarqué que dans les premiers tems qui suivent l’opération, les terres soient plus fertiles que plusieurs années après? On l’a remarqué ailleurs. Si cela est vrai, à quelle cause M. Young l’attribue-1—il ? » R. «Ces observations sont un puissant argument en faveur du dessèchement; car comme les coulisses se dégradent peu à peu au bout DE S U F E O E X. 32g d’un certain nombre d’années, les récoltés sont plus foibles , parce que l’influence du dessèchement cesse. » 4. 0 «Les coulisses faites en 177 3 avoient- elles été remplies avec du cbaumeseulement?)) R. «Oui; il y avoit cependant un peu.de bois aux sorties des coulisses qui se vident, chacune de son cote', dans un grand fosse' ouvert dans ce but. » 5. ° « Ces grands fosse's de dégorgement sont- ils des fosses d’enclos ? si ces fosses bordent les pièces, comment passe-t-on avec les chariots? M. Young fait-il arriver plusieurs coulisses dans, le principal fosse'?)) R. «Les gra nds fosse's de dégorgement sont ceux dans lesquels les coulisses arrivent; ils peuvent être ouverts ou ferme's , selon que la situation le permet : dans plusieurs cas le fosse' d’enclos remplit l’objet. Je recommande beaucoup de laisser de ces fosse's de dégorgement, ouverts, dût-on faire un pont pour faire passer les chariots : il y a moins de danger d’obstruction lorsque les coidisses arrivent dans un fossé ouvert. » 6. ° «Combien faut-il de chevaux pour creuser un sillon à quinze pouces de profondeur? faut-il creuser dans la glaise? Il semble que la terre végétale de M. Young a dix-huit à vingt AC ttICÜLTDHI 33o pouces de profondeur : les coulisses ont-elles trente pouces de profondeur ? R. «Je n’emploie jamais plus de quatre chevaux , et ordinairement trois, pour ouvrir les coulisses. Mon sol n’a pas dix-huit à vingt pouces de profond ; mais j’ai pour règle de toucher la glaise , et la partie enlevée par la bêche est toujours de quinze pouces de profondeur. 7. 0 « Combien de tems dure le chaume dans la terre? M. Young a-t-il refait de vieilles coulisses? Quelle est leur apparence lorsqu’on les découvre ? le chaume est-il pourri, et la glaise se soutient-elle en voûte au-dessus, ou bien la place du chaume forme-t-elle une veine dans ,1a glaise ? Remplit-on quelquefois les coulisses avec du hois ou des pierres ? M. Young recom- manderoit-il ces derniers matériaux dans certains cas ? 1 >- R. « Je n’ai jamais pu m’assurer très-exactement de la durée du chaume dans les coulisses : je n’ai point été dans le cas de recommencer l’opération du dessèchement. Il arrive quelquefois qu’une coulisse s’obstrue par le poids d’un chariot qui passe dessus en tems humide. Dès V:ju’on s’cn aperçoit par l’humidité du terrain , on l’ail d’autres coupures dans des directions différentes. J’ai souvent observé que si fa DE S ’U F F O D K. 55l l’on recoupe de vieilles coulisses, on trouve , non pas une substance végétale, mais une terre friable et sablonneuse que l’eau traverse aisé- ment. Comme la dépense est la considération la plus importante dans les ameliorations d’agriculture, je ne puis pas vantgr les pierres. Dans certains cas , comme au travers des chemins et des sentiers , l’usage du bois peut être bon , mais il ne faut l’employer qu’en petite quantité. )> 8 .” « M. Young a-t-il applique' sa méthode aux prés ? Comment s’y prend-il pour la découverte de la coulisse? Ce dessèchement est-il aussi utile que dans les champs? » R. « Je n’ai que peu d’expérience sur le dessèchement des prés ; je ne l’ai essayé que dans deux pâturages qui étoient humides dans quelques parties. Je commençai par une levée profonde à la bêche ordinaire, puis j’en lis une autre avec une bêche faite exprès, et qui enlève quinze pouces. Je remplis la coulisse avec du chaume 5 je remis dessus la terre s«ns le gazon , et enfin je replaçai celui-ci avec soin pour que la surface fût aussi unie qu’il est possible : il y a huit ans de cela et l’elfet continue. Si j ’avois des prés à dessécher je m’y prendrois précisément comme pour les champs : le gazon peut s’enlever à la charrue , tout comme dans les terres arables. » I 352 AGRICULTURE cj.° « Quelle est la meilleure saison pour les> ouvrages des desséchemcns, l’été ou l’hiver? )» R. « Je ne fais jamais ce travail en été', il y auroit deux inconvéniens ; le premier, c’est que dans les terres glaises , qui se durcissent en été, le travail seroit considérablement augmenté. Le second inconvénient de cette saison, c’est que les bras sont rares. Il y a des gens qui font leurs desséchemens ( en été $ mais je trouve qu’il y a toujours dans cette saison-là quelque chose de plus utile à faire. » Ecobuage. L’écobuage est une admirable opération lorsqu’on sait l’employer avec intelligence -, mais c’est la plus nuisible de toutes, si l’on en abuse. Elle n’est pratiquée que dans quelques marais de Sufiolk où il seroit impossible de cultiver sans ce secours. Il est, en général, presque impossible de mettre en valeur d’une manière profitable les sols tourbeux et marécageux sans les brûler. Le feu détruit avec certitude toutes les mauvaises productions naturelles de ces terrains , et jamais cet elfet ne manque , que lorsqu’on n’a pas travaillé suffisamment profond. Dans ces marais de Sulfolk , la surlace est inégale et^raboteuse , à cause des niasses de joncs et d’autres herbes aquatiques. Quel- DE SUFFOLK. 555 ques personnes rompent la surface à la bêche pour un prix qui varie de 5 à 10 shellings par acre; d’autres font cet ouvrage à la charrue : on croit qu’il en coûte moins de faire le travail à la main. Dans les deux cas on sèche les gazons , on les met en tas , on les brûle , et on. en re'pand les cendres ; on laboure ensuite avec une .charrue faite exprès. On sème du colza , qu’on a soin de ne pas herser, mais dont on enterre la graine au rouleau : ce colza donne de la graine , ou nourrit des moutons. Dans ce dernier cas il se vend une guinée l’acre ; quand il est pour graine il vaut trois guine’es. On sème ensuite de l’avoine qui donne une belle récolte , et si l’on remet en pie', la pièce devient productive : cette dernière opération se fait fort mal. On ne sème ordinairement que du trèfle et du ray-grass , en sorte qu’au bout de six ou sept ans, il faut recommencer à écobuer. Au lieu de cela , si l’on seinoit des graines convenables, le terrain scroit dans un état de rapport croissant. Toutes les objections qu’on a faites jusqu’ici contre l’écobuage proviennent ou d’un raisonnement fait sur de faux principes , ou de faits fournis par de mauvais agriculteurs. Ordinairement on fait de l’écobuage la préparation d’une suite de récoltes de grains, et peut- être 534 AGRICULTURE mal calculées. Si Ton faisoit pre'sent d’un tas de fumier à un mauvais cultivateur , et qu’il l’employât dans les mêmes principes, il e'pui- seroit aussi son terrain ; il faudroit egalement en conclure que fumer les terres c’est les épuiser. L’écobuage donne un tas de fumier à disposer ; mais si l’on en dispose mal, la terre en souffre : en faisant de l’écobuage une préparation pour mettre en pré , tout va bien.. Il y a en Suffolk plusieurs milliers d’acres de prairies négligées, de maigres pâturages, couverts de toutes sortes de mauvaises plantes, de manière que leur amelioration est difficile , si l’on ne les rompt. Tout cela devroit être eco- bué, non pas pour être ensuite soumis au régime de la charrue , qui ruineroit infailliblement ces terrains , et les laisseroit dans un état incomparablement plus mauvais qu’il n’e'toit auparavant, mais pour être convertis en prés aussi promptement que la rotation des récoltes le permet; or, cette rotation doit être invariablement celle qui suit : i.° Turneps mangés sur place par les moutons; 2.° Avoine et graine de prés. Les turneps et l’avoine paieront, et au-delà, les dépenses d’un dessèchement, s’il avoit fallu le faire avant d’e'cobuer , ainsi que les frais de l’écobuage et toute autre ; en sorte que le changement d’un détestable pâturage en DE SUFFODX. 535 un excellent pve', sera tout profit ; le fermier gagnera beaucoup , et le proprietaire encore davantage, s’il a eu la précaution de stipuler dans son bail, comme on doit toujours le faire, de ne laisser sortir de son domaine, sous aucun prétexte quelconque, le fourrage qu’il produit. Les pâtures sèches, élevées , qui sont recouvertes de bruyères , doivent egalement être écobuées ; mais pour être aussi remises en pré avec des herbes qui leur conviennent, en même tems qu’ils conviennent aux moutons. Sur un terrain de peu de fond , deux récoltes successives de grains après Fécobuage, seroient pernicieuses : peut-être pourroit-on rétablir le pré sans faire aucune récolte de grain, et, dans ce cas, ce seroit tant mieux (j). (1) Je prends la liberté de demander si deux ou trois récoltes successives de turneps ne seroient pas vjliles pour extirper complètement les mauvaises plantes avant de remettre en pré ; parce que, sans cette précaution, elles repoussent quelquefois avec une vigueur nouvelle. Les observations ci-dessus, concernant l’écobuage, sont fondées sur le bon sens, et l’expérience. Elles détruisent la doctrine de certains écrivains agronomes qui condamnent cette admirable opération, comme produisant des résultats que l’on doit uniquement attribuer à une culture avide et négligente. {Note de M. Baye de Kent.) — Il ne sauroit y avoir d’objection à répéter les récoltes des turneps, pourvu qu’on les fasse toujours manger sur place. {Art. Young.) 556 AGRICULTURE Engrais. Les engrais employés dans la province sont : la marne , la craie , la glaise , la marne coquil— 1ère, les fumiers des villes et les composts. Le mot glaiser ( claying) signifie marner dans cette province. La terre qu’on y emploie est en effet, Je plus souvent, une glaise marneuse ; mais pour les terrains très-sablonneux on préfère une glaise pure. Il y a peu de fermiers de terres légères qui n’aient voiture' de la glaise ou de la marne en très-grande quantité pour améliorer leur possession. Un excellent cultivateur, près de Bury, qui n’occupe pas une ferme très-considérable , en a charié cent quarante mille charretées. On connoît la double opération de cet engrais sur les terres légères ; il y agit mécaniquement et chimiquement ; mais lorsque la marne ne contient que peu ou point d’argile , lorsqu’elle n’est qu’une craie imparfaite ou complète, son effet sur les terres légères est très-foible , et même nul : je sais qu’elle y a été souvent répandue sans avantage. La quantité qu’on met ordinairement sur les champs est de soixante à cent charretées de trente-deux; bushels par acre. Il y a de bons agriculteurs * qui T) E STJFFOIiK. 557 qui préfèrent ne mettre que quarante à cinquante charretées, et de répéter l’operation après la première révolution du cours de récoltés : on peut ainsi marner le double, dès les premières années; et l’effet total est bien plus grand : les ouvriers gagnent à ce travail 10 à 11 shellings par semaine, en travaillant à tâche. On compte que le travail des chevaux, monte au même prix que celui des ouvriers. Lorsqu’on fait cette opération sur un très-mau- "vais terrain , elle coûte autant que la terre même. La duree de l’effet et le succès entier dépendent essentiellement de l’assolement employé'. Si l’on re'pcte les re'cohes de grains trop fréquemment, l’influence de l’engrais est bientôt détruite ; bien ménagée cette influence dure vingt ans : si la glaise se trouve adaptée à la qualité du sol , le profit est très-considérable. Il arrive fréquemment qu’une terre qui n’avoit jamais donné que du seigle , et de la foible avoine préparés par des jachères, devient capable de porter de très-beau blé , du trèfle et de l’orge ; c’çst-à-dire vingt fois plus de productions qu’auparavant. Il est souvent arrivé aussi que le succès n’a point répondu à ce qu’on cspéroit. Je crois , en général, que dans les terrains qui sont propres au sainfoin , Tome 2. Y I AftKICUlTÜHÉ 558 j] y a plus de profit à le cultiver qu’à marncP pour mettre des grains (t). (1) On distingue en Snffolk plusieurs glaises très- différentes. Il y en a qui est, en quelque sorte, de l’argile pure , et qui ne se mêle pas avec le sol. Il y en a qui est mélangée de craie; d’autre qui est fort tendre et mêlée de sablei La seconde est la meilleure. On l’emploie très- généralement aujourd’hui, même dans les ertdroils où la terre est forte et humide, et où la charrue atteint la glaise pure. Depuis quelques années on emploie beaucoup la glaise pour faire des mélanges avec le fumier; et un bon cultivateur ne mène jamais celui-ci pur sur ses champs. On remarque que le fumier fait croître beaucoup de paille et peu de grain : pour avoir du grain il faut employer le compost. Autrefois on se servoit, pour les chariages de glaise, de charrette à cinq chevaux. Aujourd’hui, il en coûte un tiers de moins, parce qu’on emploie des tombereaux à un cheval. Ces tombereaux avoient autrefois (rois roues. On a trouvé que cela étoit inutile, et plus dispendieux. On a substitué à la roue de devant, une paire de brancards. Le cheval est plus près de la charge ; et comme celle-ci porte en partie sur son dos, il a moins de peine. Ou se sert très-généralement aujourd’hui de ces tombereaux : ce sont des petits garçons qui les conduisent ; et ordinairement un ouvrier, trop vieux pour travailler lui-même, surveille le travail du jeune homme. Il y a encore des fermiers qui emploient les chars à deux chevaux , mais leur travail n’est pas comparable à celui des tombereaux. Dans les arrondissemeus de Colness et Sampford , la craie se charie jusqu’* trois milles de distance. Ordi- T> E SUFFOLK. 33g Dans les parties maritimes , et surtout près de Blithboroug et Dunwich , on a fait dans les chariages un perfectionnement essentiel ; on a substitue le tombereau à un cheval, à la grosse charrette , dont l’usage ètoit moins commode et plus dispendieux. Je ne puis pas entrer ici dans les détails pour prouver cet avantage ; mais il importe de l’indiquer. M. Kirby de Kesgrave a fait de grands tra- nairement on la mêle avec la terre végétale et le fumier , pour faire du compost. Ce compost se remue au bout de deux mois , puis se charie Driver : c’est, sans exception , le meilleur engrais possible. On abuse de la craie dans quelques endroits. On dit qu’en Essex on a fait un tort essentiel aux terres, en la mettant en trop grande quantité. Elle donne au terrain de la solidité. Elle empêche la croissance des mauvaises herbes ; mais au bout de très-peu d’années elle descend si bas que la charrue ne l’atteint plus. Il vaut mieux, par cette rafson, en mettre moins et y revenir au bout de huit ans. Comme la craie est rare dans les arrondissemens de Colness et Sampfort, on a été obligé de la ménager. Si on l’avoit eue en abondance, on en auroit abusé, comme en Essex. Il y a plus de 3o ans que cet engrais s’emploie ici en compost; et les plus anciens cultivateurs disent ; Si Von veut ne plus vendre de blé, il n’y a qu’à ne point acheter de craie. C’est un proverbe du pays. Il est certain que, depuis l’usage de la craie, les turneps réussissent mieux, et le blé et l’orge sont d’une qualité supérieure. Noie d’Ant. Collet. ' AGRICUTiTUUI vaux en fait de marnages. J’ai vu ses attelages occupes à marner une vieille pâture de moutons pour la rompre : il en mettoit quatre-vingts cliarrete'es par acre ; et la carrière étoit si e'îoi- gne'e, qu’il falloit une journée pour faire huit voyages : c’éloit une marne crayeuse. On la laisse un an sur place avant de la rompre, puis on sème des pois , ce qui fait une excellente agriculture. Dans les plus mauvaises parties de son domaine il emploie l’assolement suivant : i.° turneps, 2 .” avoine blanche ; mais si les tnr- neps sont restes long-tems au printems , il met du ble' noir au lieu cl’avoinc ; 5.° rny-grass, à raison d’un busbel par acre , avec un quart de peck de trèfle. Il recueille la graine la première année, et le laisse trois ou quatre ans 5 4.° pois après avoir marne; 5.° seigle, sur un seul labour. Dans les bonnes terres, son cours de récoltes estl’excellentassolcmentsibien connu : turneps, orge, trèfle, blé. Il trouve que dans les plus mauvaises terres il peut avoir de l’avoine , là où l’orge manqueroit. Feu M, Macro a examiné la question s’il convenoit à l’intérêt du fermier de marner les champs : voici ses paroles. « En ma qualité d’amateur des perfectionne- mens agricoles , je suis affligé de penser qu’il n’est plus d’usage aujourd’hui, parmi les pro- I DE SDEFODK. 54l' priétaires , de supporter une partie des frais du marnage ou glaisage : ces frais sont très- ■pesans pour le pauvre fermier qui veut faire des améliorations. Après une dépense à-peu- près équivalente au prix du fonds lui-même, il n’a pas l’espérance de jouir plus de quinze ans du fruit de ses travaux ; et au bout de ce terme , il a la perspective de se voir imposer une rente plus forte, à l’occasion des travaux mêmes qu’il a faits.... )) (1) La marne coquillière a été appliquée dans les districts appelés Sandlings , au sud de Wood- bridge, Orford et Saxmuindham. Cette marne faisoit d’abord un très-grand effet sur les terres noires et légères , qui produisent des bruyères j mais comme elle n’est qu’un détritus de coquilles , sans aucun lien , et qu’elle est absolument en poudre , cet effet a été passager. Lorsqu’on a essayé d’y revenir on n’a point réussi ; il est même arrivé quelquefois qu’on a rendu le sable encore plus léger et moins productif. Il paroît que cette substance a agi là comme la chaux, qui a souvent beaucoup d’effet la première fois ; mais qui, lorsqu’on en ré- (1) Ici M. Macro fait un calcul approximatif des frais et du profit, dont il résulte qu’il n’est pas juste d’attendre du fermier de pareilles dépenses. 34a AGRICULTURE pète l’usage, ne rend point les mêmes résultats. Dans le voisinage des villes les fermiers achètent les fumiers avec beaucoup d’empressement. Il y a trente ans que cette émulation dure ; en sorte que le prix des engrais s’est élevé jusqu’à 6 shellingi la charretée, même pour les qualités inférieures. Lorsque le eha- riage se fait à ciuq milles de distance , comme cela arrive souvent, la charretée de fumier revient à 12 à i5 shellings, rendue sur le champ. Il est douteux qu’à un tel prix, ce soit une chose profitable pour le fermier. Dans le voisinage de Bury les fermiers négligent la suie; mais ceux d’Isleham viennent la chercher , et la paient à raison de neuf pence le bushql, outre le chariage de plusieurs milles. Les méthodes de la province, pour faire les composts, sont les mêmes que celles du reste de l’Angleterre , c’est-à-dire très-imparfaites. Le fumier et la paille de rebut sont souvent mis en tas, au printems, ou placés dans les pièces, le long des haies, sur des monceaux de terre préparés pour les recevoir, mais on laisse sécher ce fumier au soleil et au vent avant de le recouvrir de terre ; au lieu de cela il faudroit charier la terre en automne , et en faire la base du tas do fumier; elle se sature- roit complètement d’uripe pendant l’hiver, et DE SUFFOEK. 343 au printems elle seroit prêle à couvrir le fumier lorsqu’on la retourneroit. On est en général trop peu attentif à la qualité du fumier que l’on fait. Les fermiers se conduisent de manière à montrer qu’ils ne croient pas que le soleil , l’air, la pluie , les vents ôtent rien à l’efficace du fumier d’étable. Ils se persuadent qu’uu fumier délavé continuellement par les pluies, qui en emmènent la graisse dans une rivière voisine ou ailleurs, ne perd absolument rien de sa qualité. Les propriétaires ont aussi un très-grand tort lorsqu’ils ne font pas les dispositions locales nécessaires pour la meilleure économie des fumiers, et lorsqu’ils n’obligent pas le fermier à avoir toutes les attentions convenables. On est partagé sur la question de savoir si l’on doit appliquer le fumier et le compost aux turneps, ou s’il convient mieux de les appliquer sur le trèfle pour le blé qui doit succéder. J’ai examiné avec beaucoup de soin la pratique des différens districts , et je crois que la meilleure agriculture est d’appliquer le fumier ou compost aux turneps : cela n’empêche pas que de très-bons cultivateurs ne fassent autrement. 344 A G R I CULTURE Arrosemens. De tous les perfectionnemens dont l’agriculture de cette province est susceptible) il n’y en a point de plus désirable que les arrosemens. Il y a beaucoup de rivières et de ruisseaux; le pays est coupe' par ceux-ci dans toutes les directions , et il n’y a pas dans la province entière une seule prairie bien arrose’e. Quelques individus ont ète'si frappes de l’effet d’une inondation accidentelle, qu’ils ont essaye d’inonder leurs près, lorsqu’ils en avoient la possibilité; mais ordinairement cela a été fait sans combinaison suffisante, et sans égard à la nécessité ■d’enlever l’eau après en avoir usé. Un homme qui connoît les ressources des arrosemens gémit lorsqu’il voit de grandes étendues de terrain soumises à la charrue, tandis que le niveau permettroit d’en faire des prés arrosés. Cette révoltante absurdité se représente partout dans la province, et elle ne frappe pas des propriétaires qui se prétendent cultivateurs ! Il seroit inutile d’entrér ici dans le détail d$da manière dont ces opérations d’arro- semens dcvroient être conduites ; elles sont pratiquées avec une grande perfection dans quelques-unes de nos provinces. DE S U F F O E K. 545 Bestiaux. Les bestiaux sont pétit-être l’objet le plus important de toute l’e'conomie rustique. Les nations les plus ignorantes en agriculture trouvent moyen de se procurer du blé en suffisance pour leur consommation , et d’augmenter la quantité du froment à mesure que la population s’accroît. Malgré leur triste système de culture , leurs blés sont aus9i beaux que ceux que nous obtenons par les plus grands soins , et leur concurrence dans nos marchés, au dehors , nous est toujours embarrassante ; mais sur l’article des bestiaux, c’est tout une autre affaire; il faut pour se procurer et soutenir de belles et bonnes races , des soins infinis ; et fapte de ces soins , les mêmes nations dont je parle sont forcées de manger de la viande que nous rebuterions. Comparez un échantillon de blé de France à un autre de blé de Suisse, vous n’y trouverez point de différence ; mais comparez les vaches de Suisse et celle de Lorraine, quelle différence ! Comparez les jumens de Flandres avec les bidets de la Bretagne; comparez les brebis angloises avec les brebis de France, et surtout comparez les laines de Ségovie et celle d’Italie sous la même latitude. Après le défrichement des. terrains incultes 546 agriculture de notre île , l’objet le plus de'sirable des efforts de nos cultivateurs , c’est le perfectionnement des races et le soin des bestiaux. Dans la province de Suffolk, il y a à gagner, soit pour les bêtes à cornes , soit pour les moutons , soit pour les chevaux , soit pour les cochons. Les vaches de la province ont e'tê célèbres depuis long-tems pour la quantité de lait qu’elles donnent. Si l’on balance la quantité de nourriture et la taille de ces vaches , je crois qu’en effet il n’y a dans notre île aucune race qui soit plus abondante en lait.. .. Cette race est sans cornes (1), est de petite taillel II est rare qu’une vache grasse pèse jusqu’à sept cents livres. Les caractères que l’on recherche sont: une tête petite , des jambes minces et courtes, la côte relevée , une grande capacité de corps, des reins plats, les os des hanches peu marqués , la queue attachée très-haut. J’ai examiné avec soin des vaches fameuses par la quan- (1) ‘Si l’on élevoit les veaux qui doivent avoir des cornes, il y auroit beaucoup d’individus de cette race qui en porteroient. C’est un grand inconvénient que les cornes, à cause des chevaux , et des accidens qui arrivent aux vaches elles-mêmes. Les fermiers ont donc soin de vendre au boucher tous les veaux qui annoncent des cornes : on les sent quelques jours après la naissance, {k) ' . 1 DE S U F F O E K. 547 tité de lait qu’elles donnoient ; voici précisément les caractères que j’ai trouve re'unis dans le plus grand nombre de ces individus ; la gorge sèche et le fanon petit ; une tête mince, le'gère, un peu semblable à une tête de serpent, les jambes minces , la capacité’ du corps très- grande , les côtes assez releve'es, le ventre tombant, l’épine du dos enfoncée , les rognons e'troits , les tétons gros et pendans , les veines du lait remarquablement saillantes, et se montrant par noeuds très-conside'rables. Ce dernier caractère est si essentiel , que je n’ai jamais vu une très-bonne vache à lait qui ne l’eût pas. En géne'ral ces bonnes vaches de Suffolk sont maigres ; elles ont les os des hanches très- marque's , et aucune partie de leur corps n’est arrondie de manière à plaire à l’œil de ceux qui sont accoutumés à voir des bêtes de belle race destinées à l’engrais. Cependant il est certain que les vaches de Suffolk prennent souvent très-bien la graisse, et que leur viande est excellente. Une bête de cette race, convenablement engraissée, s’arrondit de manière à satisfaire le boucher le plus difficile ; quant à la couleur, les meilleures vaches que j’aie con-r nues étoient rouges , jaunâtre ou couleur de crème. 11 n’y a presqu’aucuue laiterie un peu consi- 548 AGRICULTURE dérable , dans la province , qui n’ait quelque vache qui donne, dans le meilleur tems, c’est- à-dire au commencement de Juin , huit gallons de lait par jour; six gallons, pendant la plus grande partie de la saison , sont une quantité' très-ordinaire. Pendant deux ou trois mois on peut compter que la moyenne d’une laiterie, pour toutes les vaches qui donnent du lait, est de cinq gallons par jour , pourvu que la saison ne soit pas dècide’ment défavorable. Pour des vaches de petite taille cela est extrêmement conside'rable. Lorsque la quantité’ de lait est très-forte , quelle que soit la race , il est rare que la quantité du beurre soit dans la proportion ; c’est le cas en Suffolk : la moyenne du beurre peut être estimée à trois firkins ; chaque vache donne en outre 27 sheliings de fromage de seconde qualité , à vendre après la consommation de la maison. Le profit des cochons que l’on nourrit sur la laiterie , s’estime à une guinée par vache , et on compte une demi-guinée par veau à l’âge de quinze jours. Trois firkins à 58 shell. (moyenne hv - st - sl> - den ' des sept dernières années. ) . 5 l 4 Fromage de seconde qualité . . 1 7 Cochons . l l Veau. . O 10 6 Rente annuelle par vache . . 8 12 6 DE S U F F O D K-. 34g Il faut rabattre 2 ou 5 sbellings pour les veaux que l’on élève, en recrutement du troupeau ; et les faux-frais peuvent encore réduire la rente moyenne de chaque vache à Sguinées. La fille qui soigne la laiterie gagne ses gages en filant du chanvre et de la laine. Sa nourri- mre n’est pas considérable , parce qu’elle se nourrit principalement de laitage. L’intérêt du prix d’achat d’une vache est d’environ 8 shçl- lings, à cause des chances d’accident. Le combustible employé au service de la laiterie , et l’entretien des ustensiles, sont aussi quelque chose. Le foin peut se calculer à près de trois quarts de ton par vache : à le compter par les frais de la ferme, plutôt que par le prix du marché, ce foin vaut i5 shellings. Le profit qui reste excède tout autre emploi d’un terrain qui n’est pas assez substantiel pour engraisser des bœufs avec profit. La circonstance la plus remarquable de l’entretien des vaches de Suffolk , est l’usage des choux; article de culture qui, depuis vingt- cinq ans, gagne insensiblement. Chaque fermier a ordinairement un champ de choux destinés uniquement à ses vaches, et on emploie aussi les turneps à les nourrir : on diffère beaucoup sur les avantages de cette pratique. Les cliariages dans des terres humides , comme 55o acriculture celles qui conviennent aux choux, nuisent essentiellement au blé qui succède ; en sorte que ceux qui font de la production du Froment le premier objet de leur culture , n’approuvent pas la me'lhode , mais ceux qui donnent à la laiterie toute ^importance qu’elle a réellement, rendent justice aux choux : la valeur d’une re'colte de cette plante va de 4 à 7 liv. sterling. Quant à leur utilité pour les vaches il n’y a qu’un avis ; tout le monde convient que des choux et de la paille nourrissent infiniment mieux les vaches que du foin , en quelque quantité qu’il soit. Il y a un fait qui prouve que la qualité du beurre n’en est pas altérée. Les charrettes qui mènent régulièrement les veaux à Londres y portent aussi du beurre. Tant que les vaches mangent des choux , ce beurre se vend à Londres pour du beurre tel que le foin le produit ; mais dès que les choux se gâtent, il n’y a plus moyen de vendre le beurre sur le même pied; les turneps ne peuvent jamais faire obtenir le même résultat (1). (1) Pour obvier à l’iacouvenient de I’efFet des charriages sur les terres fortes et humides, je recommande l’usage d’un petit char placé sur un rouleau. Mais toutes les fois qu’il est possible de faire consommer les turneps sur place, je recommandé fortement de le préférer. DE S U F F O L K. 55l Une autre circonstance de l’économie des vaches de Sufïblk, c’est qu’on les attache en plein air, dans les champs , sans aucun abri. On fabrique un râtelier d’une manière gros* sière ; derrière le râtelier est un rempart de fascines , et les vaches sont attachées à des pieux place’s à trois pieds les uns des autres. On leur donne de la litière très-régulièrement, et on entasse leur fumier derrière elles. On trouve de l’avantage à cette méthode , plutôt qu’à les laisser errer à volonté. Le rempart des fascines , le mur de fumier derrière elles, et leur chaleur naturelle leur suffisent : l’abri ne leur est point nécessaire. Le plus grand tort des cultivateurs dans l’économie des vaches, c’est la négligence que l’on met aux choix des taureaux : on nesait pas ce que c’est que d’avoir un taureau de plus de L’orge qui succède rend environ 8 bushels de plus par acre, que si les turneps avoient été arrachés. Lorsqu’on donne des choux aux vaches,. il faut toujours avoir soin d’enlever les feuilles extérieures, sans quoi le beurre s’en ressent. J’ai mangé du beurre de choux aussi excellent que le meilleur beurre d’herbe. On chauffe le lait pour obtenir cette parfaite douceur, qui, au reste ne dure que deux jours. S’il s’agisspit de porter ce Leurre un peu loin, on ne le pourroit pas. Note d’un, correspondant du. Département d’agriculture. I 552 AGRICULTURE trois ans ; ordinairement le taureau n’a que „ deux ans : il en résulté nécessairement qu’avant que l’on puisse connoîlre le me'rite de la race, le taureau n’existe plus. Il n’est pas moins évident qu’on ne peut espérer aucune amelioration dans la race avec un tel système. Il n’y a , parmi les cultivateurs de cette province , aucune émulation pour ce genre de perfectionnement. Tant que le prix des taureaux sera si bas que 4 ou 5 liv. sterl., il n’y a rien à espérer ; il faudroit un homme qui mît toute son attention à améliorer la race la plus productive en lait, et qui pût arriver à donner à cette race assez de réputation pour gagner une guinée par vache qu’il feroit saillir. Il pourvoit être utile de donner pour cela une prime, ou d’employer quelques moyens analogues pour exciter l’émulation. J’avois pris des informations sur les laiteries, auprès de M. Chevalier d’Aspal : voici sa réponse. « Il est difficile de répondre d’une manière satisfaisante à toutes les questions que vous m’avez faites sur l’économie des laiteries de la province. Dans la conversation que nous eûmes ensemble sur l’achat des vaches, vous me parûtes donner beaucoup de prix a la grosseur et à la beauté. Je puis vous dire que j’ai vu très-souvent de petites vaches nullement remarquables 553 DE S U^F F O L K. remarquables par leur figure, et qui donnoient plus de lait que les plus grosses5 par exemple, j’ai dans ce moment une petite vache sans cornes et couleur de crème, laquelle donne plus de lait qu’aucune autre de mon troupeau, quoique j’en aie qui sonlle double plus grosses. L’été dernier, cette vache m’a donne , pendant un tems, huit gallons de lait par jour; pendant le reste de l’ète' elle m’a donne' six gallons , et deux mois avant de faire le veau elle en donnoit encore quatre gallons. Une telle quantité de lait n’est point une chose très- rare dans cette province. » « Je me souviens de vous avoir entendu observer que les moyennes de la rente des vaches de chaque province d’Angleterre , e'toient beaucoup plus rappoche'es que les moyennes de la quantité' de lait. On peut dire qu’en general le lait des vaches , qui en donnent beaucoup n’est jamais si riche que quand il est en moindre quantité'. J’ai fait une expérience sur les qualités de lait, comparées des vaches à cornes , de la race de Bakewell, et des vaches sans cornes de Suffolk. Je mis dans deux différentes jattes trois quarts de lait de deux vaches de ces races. Au bout de trente-six heures j’en enlevai la crème. J’ajoutai alors dans chaque jatte ; une quantité Tome 2, Z / 554 a a r i c w l t u n je d’eau èhaude e'gale à celle du lait ; et, au bout de 12 heüres , j’écrèmai une seconde fois : le ldit de la vache corne'è donna alors quatre onces de crèroè de plus que celle de la vache sans cornés. Comme , dans la première expérience , la supériorité' en beurre e’toit plus grande que la supériorité' en crème , nous pourrions en ’conclure , que la qualité des deux laits étoit à peu près égalé. Je répétai l’expérience pour éprouver le poids d’une égale quantité de crème provenant de deux vaches. Le lait fut en repos pendant 56 heures. La quantité de crème de la vache sans cornes, fut d’environ un sixième plus forte que celle de la vache cornée : le poids de la même mesure de chaque crème fut égal. Je ne donne pas ces expériences comme décisives. Je sens très- bien qu’on n’en peut tirer aucune conclusion : mais elles paroissent mériter attention. Il con- viendroit de les répéter et de les varier avec plus de soin et d’exactitude , pour rechercher les différences entre une race et une autre , sous ce rapport. Tout ce que je crois entrevoir, c’est que le lait des vaches sans cornes est aussi riche que celui des vaches cornées , et que la quantité qu’elles en donnent, dans le courant de l’été , est plus considérable. C’est la saison qu’il conviendroit de choisir pour répéter l’expérience. CE S tl F F O L K. 355 « Au moyeu d’épreuves semblables , on pourroit s’assurer si le lait des vaches de Suffolk qui sont bien en e’tat, n’est pas supe'rieur en qualité à Celui des vaches de même race quï sont maigres. C’est une chose Certaine, que le produit de nos vaches Sans cornes est très- considérable. En 1784 , cinq vaches gn’ont rendu 42 livres sterl. , outre le lait et la crème pour une famille de quatorze individus ; et cette annéedà ne fut pas très-extraordinaire en rente : j’ai obtenu un résultat semblable , plus d’une fois. 7 livres sterling sont une rente moyenne très-commune dans cette province , pour les grandes laiteries..... ». « Pour obtenir u,n tel produit, il faut ùné re’union de certaines circonstances. On né garde jamais de vache qui ne soit pas abondante en lait. On les nourrit très-bien , et on les abrite contre le froid en hiver. Enfin la propreté par* faite contribue autant peut-être à la quantité du produit qu’à sa qualité ». u Je me suis très-bien trouvé, en hiver , d’ajouter de l’eau chaude au lait, lorsqu’on vient de traire les vaches. Il convient également de chauffer les bassins dans lesquels on dépose le lait pour le faire crèmer. Ces bassins doivent être en sapin, et avoir trois pouces et demi de profond seulement. Ils sont préférables à Ceux ASniGULTURE 353 de plomb, qui passent pour malsains. Douze yards quarre's de bassins suffisent à vingt vaches. La baratte d’une telle laiterie doit contenir cinquante gallons. On tient des bassines de charbon dans la laiterie, pendant les gelées, mais la crème ne se forme pas aussi abondamment en hiver maigre' cette pre’caution. Les ménagères bien entendues ne mettent jamais le beurre par couches dans le firkin. Elles loissentla surface raboteuse eline'gale, à chaque fois qu’elles en déposent une certaine quantité', afin que 'la dose suivante s’amalgame mieux avec celle qui a précédé. Il faudroit ne mettre que deux pintes de sel par firkin , mais on en met ordinairement 3 à 4. Après cju’on a écréme' la première fois, on laisse reposer le lait encore douze heures, pour faire un second beurre que les. pauvres achètent à 4 pence la livre. Le Jait écrémé se vend à raison de trois pintes pour un demi-penny. Une laitière trait ordinairement sept ou huit vaches dans une heure. Mr. Sad de Stonham a une laitière qui gagna le pari de traire trente vaches dans trois heures ; et elle s’en acquitta en conscience, car on la suivoit pour vérifier qu’elle tiroit bien le lait à .fond. Dans le calcul des frais , il ne faut pas tenir compte de tous les gages des laitières , car elles filent pour 4 pence par jour, c’est-à- DE S U F F O Xi K. A. 55.7 dire , pour la valeur de leur salaire. Elles ont ordinairement fini la besogne de la laiterie à neuf ou dix heures du matin. Dans le^calculs approximatifs que l’on fait sur la rente des laiteries , on ne compte jamais que ce qu’on vend au facteur; la consommation de la maison est par-dessus ». » Ma méthode pour sevrer les veaux me re’ussit toujours très-bien. Je les sépare de la mère à i5 jours. Je leur donne de l’eau de gruau , du foin , et très-peu de lait écrémé. Je les sèvre ainsi,à peu de frais.... ». Dans les parties de la province de Suffolk où les moutons et les vaches ne consomment pas la totalité des turneps , on achète des bêtes à cornes qui viennent du nord. Il y a des bestiaux d’Irlande , de Galles , et d’Ecosse. Ceux- ci sont les plus nombreux, et on en distingue trois races : les galoways , les fifes , et les bestiaux montagnards. On a plusieurs systèmes sur la manière d’engraisser. Les uns achètent en automne , font manger leur paille pendant l’hiver , et engraissent l’été suivant. Cela se fait dans les endroits où il y a de la paille de trop. Lorsque les bestiaux d’une ferme sont en nombre suffisant pour la consommation de la paille , on achète également en automne ; on lait pâturer, pendant deux mois, le regain sur AGRICU LTU11E 368 place ; ensuite on donne des turnrps avec du foin , et on achève l’engrais par des gâteaux d’huile^ Mr. Mure de Saxhnn engraissoit à l’étable un très-grand nombre de bestiaux avec des choux et des pommes de terre. Toute cette p5>tie de l’industrie du fermier demande des details pre'cis des expériences faites ; il seroit inutile que je m’étendisse ici sur les traits généraux. La race des brebis la plus généralement répandue dans la province est celle de Norfolk; et il seroit peut-être plus juste d’appeler celte race du nom de Sufïblk ; car les troupeaux les plus renommés qu’elle fournisse sont dans le voisinage de Bury. La race est trop bien connue pour qu’il soit nécessaire d’en donner ici la description : mais je vais récapituler ces principaux attributs, soit à son avantage soit à son détriment. D’abord, la qualité de la viande est supérieure. Pendant tout l’hiver , il est reconnu qu’à Londres on ne mange pas de meilleurs moutons que ceux de Norfolk. La saveur, la grosseur , larconsistance, le jus, la graisse , sont également remarqués par les curieux dans ce genre. Pour le suif, il n’y a point de race préférable. Elle s’engraisse jeune ; et à cet égard elle a l’avantage sur la plupart des races Angloises. La laine est belle : elle tient le ®E SUFEOEK. 35g troisième rang, pour le prix , parmi les laines de la Grande-Bretagne. On sait que celte race supporte aise'ment beaucoup d’exercice, et peut sans inconvénient aller parquer très-loin. Les mères élèvent leurs agneaux avec une extrême facilité. Telles sont les qualités de cette race ; voici les défauts qu’on lui reproche. Elle con- somme beaucoup de nourriture en proportion de sa taille et de son poids; en sorte qu’on n’en peut nourrir qu’un nombre très - limité sur un terrain donné. Elle manque de celle disposition désirable qui fait que certaines races se maintiennent en chair avec une nourriture passable, et s’engraissent beaucoup avec une bonne nourriture: ce défaut est dû à une conformation vicieuse du corps , à la grosseur des os , à la forme étroite du rable , et au volume des parties inutiles. Cette race est inquiète, et se tient dans un mouvement perpétuel : ce qui fait qu’elle est difficile à faire paître ailleurs que dans de vastes plaines. La chair des moutons de Norfolk ne se conserve pas aussi long-tems dans les chaleurs que celle de Southdovvn ; et en conséquence , elle est d’un prix inférieur en été. Enfin , la laine de cette race se détériore lorsque l’entretien n’est pas excellent. Ces mauvaises qualités sont si réelles que, tous les jours , on s’accoutume davantage à AGRICULTURE 36 o rechercher d’autres races , soit en Suffolk, soit ' en Norfolk. De toutes les circonstances défavorables à cette race , celle à laquelle je mets le plus d’importance , c’est le petit nombre d’individus qu’on en peut nourrir sur un terrain donne'. L’avantage qu’on trouve , à entretenir 5 oo moutons de Norfolk sur une ferme de y 5 o acre» , se trouve fort re'duit si, avec le même terrain , on pouvoit avoir 760 bêtes à laine. L’inte'rêt/ national se trouve là intimement lie' avec l’inte'rêt individuel du cultivateur. L’objet le plus inte'ressant de l’e'conomie des moutons, en Suffolk, est la manière de compter absolument sur les turneps, pour la nourriture d’hiver. Il y a des provinces où l’on tient beaucoup de moutons, sans turneps : ici l’on n’en concevrait pas la possibilité’. Mr. Macro, et le duc de Grafton ont publie' les de'tails de ' leurs expe'riences sur l’entretien des moutons. Le premier comptoit 80 acres de turneps pour 720 brebis ; et il leur destinoit , en outre , vingt acres de ve$ces d’hiver , vingt acres de seigle, et seize charrete'es de foin. Le second destinoit à g 4 o brebis, cent acres de turneps, cinquante de seigle , et vingt-deux charretées de foin. Je crois que l’on doit compter six brebis de Norfolk pour un acre de turneps; et je ne pense pas que cela puisse dispenser d’em- DE SUFPOEK. 56l ployer du foin et du seigle. Les quantite's de ceux-ci doivent varier selon l’étendue des communaux ou pâturages dont on peut disposer ; et selon que ces pâturages ont été ménagés pendant l’été, pour pouvoir fournir plus de nourriture pendant l’automne, et les gelées de l’hiver. Quand on compare la quantité' de nourriture que les fermiers de Sulfolk donnent ainsi à leurs moutons , et les frais qui en résultent , avec la nourriture et les frais que d’autres races demandent ailleurs ; on se demande si ce n’est point la faute de cette race qu’ils regardent comme supérieure à toute autre. . Cette énorme provision de turneps a un inconvénient très-grave : c’est la chance de froids assez rigoureux pour les détruire , ce qui est une véritable calamité pour le fermier. La perte de cent acres de turneps, ou de la moitié seulement , ne peut se compenser que par une effrayante quantité de foin: or le foin , dans de tels hivers , monte à un prix exhorbitant. J’ai connu des fermiers qui achetoient le foin, pendant plusieurs semaines , à raison de 5 guine'es par jour, pour nourrir leurs bêtes à laine. Il y a de quoi donner le désir de varier les provisions et les ressources d’hiver. Cela fait sentir, par exemple, le mérite des choux et du colza. 562 AG-RICUIiTURE La provision la plus importante de toutes , parce qu’elle est à la fois peu chère et substantielle , c’est le regain pâturé sur place. En automne, ce pâturage s’estime 10 à 13 shell. par acre ; mais si on le garde jusqu’au prin- tems , pour les brebis et les agneaux , il vaut alors 20 à 3o shellings par acre. Pour la nourriture d’e'té , nos fermiers à moutons comptent sur le pâturage commun : sur les prés artificiels , savoir , trèfle , trèfle jaune , et ray-grass , qu’ils sèment régulièrement dans leurs assolemens, et qui occupent souvent un espace double de turneps. Le parc est une ressource extrêmement précieuse , et recherchée avec soin : car c’est l’engrais sur lequel on compte principalement pour les grains. On. estime la valeur du parc à un shelling 6 deniers par tète de mouton. Quant à la manière de donner le belier aux brebis , voici ce qui se pratique. Dans la dernière semaine d’Octobre : on lâche les beliers au pâturage avec les brebis. On met, par exemple, dix ou douze beliers avec 6oo brebis, sans jamais avoir l’idée de séparer les soixante plus belles brebis pour un belier choisi, afin d’améliorer une partie du troupeau. Avec une telle méthode , le fermier est heureux si son troupeau ne se dégrade pas. Les agneaux nais- DE SUFFOIiK. 363 sent assez bien garnis de laine. On les sèvre le 22 Août, c’est-à-dire, un mois trop tard. Il est assez ordinaire de voir les agneaux épuiser leur mère à force de la tetter, tandis qu’elle se nourrit de trèfle qui monte en graine. On vend les agneaux mâles et les agnelettes qu’on ne garde pas pour remonter le troupeau. Les agneaux cbâtre's, d’un an, de la plus belle espèce, se vendent i 4 à i 5 shellings pour le plus cher: les agnelettes 10 à il shellings; mais la moyenne du prix des agneaux à la foire d’Ipswich n’excède pas 10 shel. 6 den. Le prix moyen de la laine depuis 1778 à 1784 a été 1 liv. st. 2 sh. 6 d. le tod de 28 liv. En 178g, le tod monta à -29 sh. En 1790, il fut à 32 sh. En 1793, à 35 : en 1792 à 4 o sh. En 1796 , il retomba à 36 sh. C’est un objet de recherches extrêmement inte'ressant que de déterminer quelle est précisément la rente annuelle d’une bête à laine, pour chacune des races de l’Angleterre. Plusieurs questions importantes , non-seulement sur la préférence à donner à telle ou telle race, mais encore sur les dilférens assolemens , tiennent à celte connoissance. Mr. Macro a calculé que chacune de ses brebis lui rendoit 11 sh. 3 d. par an. Les prix des laines ayânt monté depuis ce tems-là, je pense qu’un troupeau de brebis ) 564 AGRICULTURE de grande et belle race de Norfolk , comme les siennes, doit rendre annuellement i5 shel. par tête, nets de tous frais; ce qui fait exactement 5 deniers par semaine. Il ne faut pas , au reste , regarder cette rente comme la moyenne de la rente des brebis de Suffolk; car il se vend dans les foires d’Ipswich, Horrenger, Ilarling , Coolege , et Newmarket, un grand nombre d’agneaux, pour un prix qui varie de 6 à 10 shel. 11 est probable que la moyenne de la rente annuelle d’une brebis de cette province n’excède pas de 9 shel. II vaudroit la peine d’examiner s’il convient aux inte'rêts de la nation de nourrir un si grand nombre de moulons , dans une province parfaitement propre à cette industrie, et pour une si foible rente. Les autres systèmes d’entretien de moutons sont pratique's trop en petit pour mériter un de’lail particulier. Dans les parties les plus fertiles de la province , quelques fermiers prennent des troupeaux pour l’engrais , et revendent tous les ans. Ce sont ou des agneaux de l’anne'e, qu’on vend gras à deux ans, ou des vieilles brebis achele'es en automne, pour revendre grasses en Octobre suivant. Ordinairement ces fermiers n’ont alors qu’une bête à laine par cinq acres. Dans cette économie , DE SUFFOIiK. 365 le fermier qui double son argent tous les ans s’estime médiocrement payé. Les gens habiles et heureux dans cette industrie refont jusqu’à trois fois leur capital dans l’année : mais il est •vrai que pour décider du mérite de cettevéco- nomie des moutons , il faut savoir sur quel nombre de bêtes à laine elle s’exerce relativement au terrain qu’elle emploie. Je fais ici l’esquisse de l’agriculture d’une province , et non pas une dissertation sur les moutons ; sans quoi je donnerois des détails sur la manière de parquer, sur les maladies, et sur d’autres objets intéressans de cette branche de l’économie rurale. Je me borne aux choses purement locales , et propres à la province. On pensera peut-être qu’il conviendroit de croiser la race du pays avec une race étrangère, et que cela seroit aussi utile aux fermiers qu’à la nation. La race de Norfolk a du mérite -, mais l’inconvénient de ne pouvoir nourrir des bêtes de cette race, sur un terrain donné, que la moitié du nombre qu’on pourroit nourrir d’une autre race , cet inconvénient, dis-je, est très- grand. Au reste, les South-down, et la race de Bakewell ont commencé à s’introduire : elles gagneront, je n’en doute pas. Ce seroit un objet assez intéressant que d’estimer le nombre de bêtes à laine que nourrit la AGRICULTURE 566 province. Voici comment je calcule : les districts sablonneux n’ont qu’environ une brebis pour deux acres; les terres riches et fortes n’en ont qu’une pour cinq acres, et les marais n’en nourrissent qu’une pour six acres. Dans cette proportion , le nombre total des bêtes à laine , dans SufTolk , seroit de 24o,ooo. La race des chevaux de Suffolk n’a pas moins de réputation que celle des bêtes à cornes de cette province. Les meilleurs se trouvent sur la côte, à Woodbridge, Debenham , Eve , et Lowestofle. Il y a une quarantaine d’années qu’il y avoit une singulière émulation parmi les fermiers , pour les chevaux. Mr. Mays de Ramsholt-dock, avoit i5 chevaux qui valoient i5oo guinées. On doit, regretter cet esprit d’émulation. L’ancienne race éloit extrêmement laide. Ces chevaux-là étoienl bas du devant ; ils avoient une tête quarrée et pesante ; de longues oreilles tombantes ; le corps très-gros, beaucoup de ventre, et les jambes courtes. Ils n’étoient pas plus en état de trotter qu’une vache ; mais ils avoient une force singulière pour le trait. Depuis quelques années, le désir de se procurer des chevaux de carrosse a fait beaucoup perfectionner la race. Elle est vraiment excellente aujourd’hui. Je ne doute pas que , pour la charrue et les charriages , elle DE S U F F 0 D K. 567 ï)’ait un avantage très-décidé sur la grosse et forte race de chevaux de charrettes des provinces du centre. Yoici comment on peut comparer leur mérité réciproque. Il faudrait employer deux sommes égalés à acheter des chevaux de chaque race , puis essayer comparativement avec lesquels de ces chevaux on transporterait mille charrete'es de terre à une distance donnée , aux moindres frais possibles , en foin et avoine. C’est la consommation de la nourriture qu’il faut comparer, et non la taille ou le nombre des animaux. Les chevaux de Suffolk sont très-chers aujourd’hui. Un bon cheval de cinq ans se vend trente à quarante guinees. Un éleveur intelligent et actif qui aurait une ferme de 1000 à 1 5 oo acres, et pourroit tenir trois étalons et quarante jumens, rendrait un véritable service à la nation en perfectionnant cette race , déjà très-bonne. Mais ici se présente un doute : les soins et les dépenses qu’on emploierait à cette entreprise ne seroient-ils pas mieux appliqués au perfectionnement d’une race de bêtes à cornes qui rendrait les chevaux inutiles. De toutes les branches de notre agriculture, il n’en est aucune qui soit moins perfeetionnée que l’éducation des bœufs de travail. Les vaches et les chevaux de la province 568 AGRMUJlTÜltE sont déjà d’une race distinguée. Pour la rendre parfaite, il ne faudroit que l’attention nécessaire au choix des individus qu’on destine à se reproduire. Un grand fermier qui y meltroit de l’intelligence et des soins , s’y enrichiroit , et feroit monter les prix à un point qui exci- teroit l’e'mulalion : circonstance sans laquelle il est impossible d’arriver à rien de parfait (1). (1) Dans la partie orientale de la province, on ne laisse jamais les chevaux à l’éeurie la nuit pendant l’hiver ; à huit heures du soir, on les met dans une cour hien garnie de litière, et où ils ont à manger de la paille d’orge et d’avoine tant qu’ils en veulent, mais jamais ni foin ni trèfle. Au moyen de ce régime, les chevaux n’ont jamais les jambes gorgées et sont moins sujets à être malades. Un cheval qui passe les nuits en plein air, dure plusieurs années de plus que celui qu’on tient à l’écurie la nuit. La méthode de hacher la paille, le foin et le trèfle , pour les mêler avec l’avoine, est excellente et fort économique. Mais les fermiers de Kent, qui la suivent, l’entendent mieux encore que les fermiers de Suifolk. Us ont soin , dès le mois d’Avril, et même plus tôt, de couper tous les jours un peu de seigle vert, qu’ils mêlent avec l’avoine. Les fermiers ont observé que tous les printems, les chevaux languissent, faute de vert; et que si le tems est chaud et sec, on en voit beaucoup qui refusent le foin qu’on n’a point arrosé. Un demi- acre de seigle semé en septembre suffit à io ou 12 La DE S TJ P F O ti K» 36g La race blanche des cochons de Suffolk est excellente. Les cochons sont ramasses , bien faits ; ils ont le nez court, les os petits, et il y a très-peu à perdre dans leur dépouille -, mais ils ne multiplient pas autant que certaine# races. Dans la partie occidentale de Suffolk, il y a beaucoup de garennes. Mais depuis vingt ans on en a mis en valeur une grande partie. Ces terrains sont, en effet, beaucoup mieux employés à produire du grain et nourrir des moutons. Il en a résulté que les peaux de lapins sont plus recherchées et plus chères. Il y a trente ans que les peaux se vendoient cinq shellings la douzaine. Elles avoient successivement monté jusqu’à douze shellings. Au commencement de cette guerre, elles retombèrent à sept shellings la douzaine. Cette diminution de prix est certainement favorable à l’agriculture : il en résultera des défrichemens. Il est difficile d’estimer ce qu’une garenne rend par acre , attendu qu’on évalue le produit d’une garenne en masse , et sans rapport à son chevaux jusqu’à l’herbe. La lurerne peut se couper aussitôt que le seigle, et est préfétaille. Celui qui aura essayé une fois d’en !'a e usage ne quittera ja.uais cette pratique. Note d’Antoine Collet. Tome 2 . Aa 070 A r, s i ci; .l t u u e étendue. II y en a une près de Brandon qui rend , dit-on , plus de quarante mille lapins par an. En estimant chaque peau sept pence , et la chair trois, (elle se vend quatre et cinq pence dans le pays ) cela fait dix pence par tète. En supposant qu’on tue dix lapins par acre, dans l’année, le produit seroit de 8 shel. et quatre pence par acre. Je crois cette estimation assez juste ; mais les différences sont très-considérables, selon les lieux. L’entretien des lapins est beaucoup moins coûteux depuis qu’on s’est avisé de leur donner l’hiver des fascines, qu’ils pèlent pour se nourrir, au lieu du foin dont on les nourrissoit autrefois dans la -mauvaise saison. Prix du travail. Les différences des prix dans le travail des ouvriers de terre, pour toute la province , sont peu considérables. On peut regarder ce prix , en général, comme lixé à 1 sh. 4 d. en hiver, ' (bière comprise ) 1 sh. 6 d. en été, et 2 sh. îo d. pendant la moisson. J’appelle hiver 29 semaines, la moisson 5 , et l’été 18. Cela fait monter le travail de l’année , pour un homme, à 25 liv. st. 18 sh. Une femme gagne six pence par jour, l’un portant l’autre ; et les gages d’un domestique mâle sont de 5 à 10 liv. st. DE SUFFOEK. 671 La grande masse du travail agricole de cette province se fait à lâche ; et dans cette manière de travailler , les ouvriers gagnent beaucoup davantage. Un ouvrier qui charie de la glaise pendant l’hiver, gagne ordinairement 10 shel. par semaine : mais les gages de cette saison-là ne vont guères qu’à 9 shel. par semaine. J’ai vu monter les gages des ouvriers dans 2£fsmne'esj,depuis 1 shel. à un shel. 4 . d. par jour, pour l’hiver; et depuis 10 shel. à 1 4 sliel. par semaine, pendant la moisson. Le prix moyen du mouton , du veau et du bœuf dans la province, pris sur toute l’année, est, je pense , à 5 pences la livre. Le mouton est ordmairément d’un demi-pence plus cher que le bœuf. Les morceaux de rebut de cette dernière viande se vendent, aux pauvres ou aux gens peu aises , □ pence ou 2 ^ pence la livre. Le porc se vend 5 5 pences , le beurre sale', de 8 | pence à 9 Le beurre frais , 10 pence , et jusqu’à un shelling dans les années de sécheresse. Le fromage, 5 pences : celui de seconde, qualité 3 5 ou 4 pences. Tous ces prix ont considérablement monté depuis 20 ans. Le pain est à i | pence, et n’a point monté depuis long-tems. Le combustible des pauvres est, en général, du bois : mais depuis vingt ans, l’usage du 373 AGRICULTURE DE SUFFOUK. charbon de pierre s’introduit de plus en plus dans les chaumières. Dans les parties du pays qui avoisinent des marais , on brûle de la tourbe et des bruyères. AGRICULTURE DU COMTÉ DE WINCHILSEA. Par Arthur Y O U N G. Il est rare qu’un grand propriétaire de biens- fonds , lors même qu’il fait des expériences d’agriculture , prenne la peine de les enregistrer et de les décrire avec une certaine exactitude. Quelques-uns ont trop d’affaires pour pouvoir s’en occuper ; d’autres n’ont point d’affaires, et en conse'quence ils sont trop paresseux pour prendre cette peine ; d’autres imaginent que les observations qu’ils pourroient faire n’auroient aucun inte'rêt ; d’autres enfin ont la main plus accoutumée à la charrue qu’à la plume , et ne savent pas tenir registre de leurs expériences. Dans tous ces cas , il pour- roit y avoir à apprendre en examinant les fermes et la culture de ces divers propriétaires; et si l’on pouvoit leur persuader d’enregistrer les faits et leurs remarques , pour leur amusement et leur instruction , il en résulteroit un avantage sensible pour la science de l’agri- culturei Je savois f pour m’en être entretenu 3y4 AGRICULTURE avec le comte de Wincliilsea , qu’il avoit fait plusieurs expériences inte'ressantes. J’en ai inséré quelques-unes dans les annales (1); et il a montre’ qu’il étoit observateur , par un excellent mémoire qu’il a envoyé au de’partement d’Agriculture. Sol. Le sol fertile du Rutland-shire dont l’expérience a de’montre' l’excellence , n’est pas un sable ; mais il contient une si grande quantité de sable qu’on ne peut pas l’appeler une bonne terre ve'ge'tale : c’est proprement un lut très- sablonneux. Il a un pied , à un pied et demi d’e : paisseur , sur un fond de glaise de 10 pieds de profondeur , mais qui n’est pas humide. Plus le sol est rouge, et plus il est fertile, ordinairement ; et il est assez remarquable que l’on trouve ce terrain rouge , sur une ligne irrégulière , depuis le Lincolnshire , tout au travers du royaume, jusqu’en Devonshire. J’ai toujours éprouve que le terrain rouge du Devonshire étoit très-fertile. Dans le voisinage de Burley, les récoltes démontrent l’excellence (i) Expériences comparatives sur l’hivernage des moutons j par les turneps et l’herbe ; et des expériences sur la meilleure saison pour semer l’avoine^ 1) E WINGHII/SKA. 3y5 du sol. Par exemple, on rompt un pré artificiel pour y mettre de l’avoine : elle rend huit à neuf quarters par acre. On remet de l’avoine, qui rend environ sept quarters , ou l’on sème de l’orge qui donne quatre ou cinq quarters. On met ensuite des turneps, qui valent 3 liv. 10 sh. l’acre. On revient à l’avoine , qui rend sept ou huit quarters , ou à l’orge qui en rend cinq. Avec cette dernière récolte on sème des graines de prés artificiels. Ceux-ci durent quatre ans , et sont pâturés par les moutons : on peut calculer que ces prés rendent annuellement pendant ces quatre ans de pâturage , 5 o shel. par acre. 11 est bien aise' de calculer que ces terres rendent un produit considérable. Voici les frais. Avoine. » 6 » » 2 » )> 16 » » îo )> » 9 » » g » Un labour. Hersage. Semence et semaille . . . Moisson. Battage. Voiture au marché Avoine ou Orge. Un labour Ilersage O » 6 » )) 2 )> Semence et semaille .... )) 16 » Moisson Battage » 10 )) )) 9 » Voiture au marché . . . ^ » 9 ! Ili fi ¥ I .1 ji , U i % S: \ 576 AGrHICUXiTUB. E Turneps. tiv. 8 t. sh. den„ Trois labours au printems » 18 )) Hersage. » 3 )> Semence et setnaille .... » 1 6 Fumier et travail. » i 5 )> Cultures à la houe. » 6 )) Claies pour panier .... » 2 6 Orge ou si voirie. Un labour. » 6 » Hersage. » i 6 Semence et setnaille .... )) i 3 » Moisson ........ » 10 » Battage. )) . 9 » iVoiture au marche’. » 6 » Prés artificiels. Semence et setnaille .... 1 1 )> Taxe des pauvres pendant 8 ans. )) 7 )) 11 2 6 Interets pour les 7 ans 4 4 » Total des dépenses . i 5 6 6 Produit. Avoine. 9 )> )) Avoine ou orge. 7 )) )) Turueps. 4 10 J) Avoine ou orge. 7 4 )) Pre’s artificiels ]D )) » Total . . 37 i 4 )) A déduire pour de’penscs . i 5 6 6 U reste pour la rente.... 22 7 6 Je suppose la paille pour le fumier. ; f: % DE \V I N C H I E S E A. 5y7 Il est évident qu’une terre qui a un tel produit est très-avantageuse à cultiver, si le proprietaire n’en met pas la ferme à un prix trop haut, et ce n’est pas le cas dans cette province. Le cours de recolles ci-dessus n’est pas universellement adopte' : en voici d’autres : Assolemens des terrains rouges à Burley . 1. Turneps. 2. Avoine. 3 . Trèfle. 4 . Ble' ou avoine. 6. Fèves , ou pois, ou pommes de terre. A P rès les pois , des turneps la même année. En 1798, j’ai vu les pois de Charlton recueillis au i 5 Juillet, et remplace's par des turneps et du colza , qui furent très-beaux. Ces secondes re'coltes sont souvent aussi belles que des ré- coltes de turneps sur jachères. 6. Orge. Autres assolemens. . . . 1. Jachère. 2. Avoine. 5 . Trèfle ou fèves. 4 . Blé. 1. Turneps. 2. Avoine. 5 . Trèfle. 4. Avoine. 5 7 8 AGÎIICULTÜRÏ 1. Turneps. 2 . Avoine. 5. Trèfle. 4. Blè. 5. Fèves, pois, ou pommes de terre. 6 . Orge. 7 . Turneps. 8 . Avoine. 9- 10 . 11 . 12 . i3. Ray-grass et trèfle blanc toujours pâturé.. Assolement sur les terres rouges d’Uppingham. 1 . Turneps sur trois labours et fumes. 2 . Orge sur un labour. On sème 4 busliels et on en recueille de 48 à 56. 5. Graines de prés artificiels. Trèfle rouge et blanc. Quelquefois un ou deux busliels de ray-grass. Le pré subsiste deux ans. 4. Blé. On sème 4 busliels. On recueille communément quatre quartcrs , mais souvent beaucoup plus. On voit souvent des récoltes de quarante cinq busliels. Les turneps se mangent sur place par les moutons. On compte dix de ceux-ci par acre 4 DE W INCHIIiSEA. 67g de turneps pour l’hivernage , avec très-peu de paille. On ne leur donne point de foin. On trouve le foin peu avantageux aux moutons : il salit la laine et la rend sèche. Les turneps se vendent à raison de 3 ou 4 liv. sterl. l’acre. Les pr^s artificiels se fauchent la première anne'e , quelquefois deux fois. La seconde anne'e, on les fait pâturer; et on estime avantageux au l>Ie' qui su-ccède, de labourer quand l’herbe a trois ou quatre pouces de haut. Ferme de lord Winchihea. Environ mille bêtes à laine en e'te’, et sept cents en hiver. Bêtes à cornes i5o de divers âges en e’te', et cent vingt en hiver. Chevaux, quarante. Huit chevaux de labour; le reste , chevaux de voitures, jumens poulinières et poulains. Champs.160 acres. Près ou pâturages. , 48o x 64 o acres. On n’achète ni foin ni fumier. Tous les grains blancs se sèment à la vole’e, et e'pais. Les pois et fèves au semoir, et sarcle's ou cultives à la boue à cheval. Les turneps à la Yole'e ; sarcles deux fois et même trois fois. On 58 o AGRICULTURE a essaye de les semer au semoir : il y a beaucoup plus de peine, et la re'colte n’en est pas plus belle. Le blé rend de 4 à 5 quarters ; quelquefois 6 par acre. L’avoine de 7 à 10 : quelquefois 11. L’orge de 5 à 7. Les pois de 4 à 5 ; les fèves de même , et jusqu’à 7. Huit champs sont en assolement de six ans, et par conséquent ont deux ans de repos5 c’est- à-dire, sont en pâturage de ray-grass et trèfles pendant ces deux ans. II y a environ deux acres de gros tankard turnep qui se sème de bonne heure , c’est-à- dire, milieu de Juin. On y mêle du colza; et de èette manière , il n’y a aucune difficulté pour accoutumer les agneaux à manger les turneps: ils commencent par manger le colza , ce qu’il en faut avec plaisir, et ensuite ils passent aux turneps sans la moindre peine. Cela mérite attention. Lorsque lord W. commença à faire valoir sa ferme, son économe lui dit qu’on ne pouvoit avoir dans ses terres, ni pois, ni fèves , ni. carottes, ni pommes de terre. Il essaya, en labourant à trois pouces de profond , comme on faisoit d’ordinaire : toutes ces récoltes manquèrent. Il lit un second essai, en trench- ploughing ( passant deux fois dans la même DE WINCHIESEA, 58l raie ) et les produits de ces quatre re'coltes furent très-considérables. Depuis ce lems-Jà , il fait toujours labourer très-profond ; et il s’est convaincu que c’est la profondeur des labours qui fait sentir toute la valeur des terrains rouges Pommes de terre. Pour faire un essai comparatif de la manière ordinaire de planter les pommes de terre j en morceaux coupe's , et de celle des plantons telle qu’elle est recommandée par M. Maunsel de Limerick, lord W. lit tracer des sillons par la .charrue à semoir de Ducket ; et alternativement de deux sillons en deux sillons, il mit des morceaux et des plantons. Tout fut planté le même jour, et j’ai vu arracher ensemble les pommes de terre. Elles étoientplus grosses et plus égales dans les sillons plantés à la manière commune. Le produit étoit plus considérable , dans le rapport de i3 à 8 . La pièce produisit 64o bushels, c’est-à-dire, 80 quarters par acre , sans fumier : c’est une superbe récolte. Cette terre avoit donné, l’année précédente, une abondante récolte d’avoine. Elle avoit été en pré pendant 45 ans auparavant. La récolte moyenne des pommes de verre 58a , AunicüiTüiiï sur les terres rouges, est de 5o quarters par acre. Rutabaga. Le plus beau champ de turneps de Suède que j’aie vu est chez lord W. Il y en avoit i4 acres, semés le ig Mai. Us ètoient singulièrement égaux en volume , et très-gros. En pesant l’étendue d’une perche carrée, je calculai que le produit de l’acre de voit peser vingt- cinq tons. Je pris une racine semblable à plusieurs centaines d’autres , du même champ , et je la pesai : elle pesoit i3 livres. Ces turneps étoient parfaitement cultivés , et exempts d’herbe. Trois rutabaga , mis en expérience pendant tout l’hiver dernier , sur le toit de la maison , se sont trouvés parfaitement sains au printems. Choux. Us réussissent singulièrement bien sur les terres rouges , et donnent, à peu de frais, d’immenses récoltes. Lord- W. n’a presque jamais manqué d’avoir de grands produits. En Décembre I7g4 , il compara leur poids à celui des turneps ; même terre , culture et préparation. Une perche quarrée de choux , sans les tiges et les feuilles extérieures, déjà beau- DE W I N C H I L S E A. 585 coup tombées, poids . . . . 45 1 liv. Turneps, même étendue. . . 3 17 Ce qui donne , par acre , une supériorité de 977 livres en faveur des choux. Fèves rouges. Lord W. planta trois fèves rouges ( purple- heans ) qu’on lui avoit données. Du produit de ces trois fèves, il planta trois roods, et du produit de ces trois roods , il a planté dix acres. Il trouve qu’elles rendent plus que les autres , dans ces terrains. Le bushel pèse 6g. livres. Paille hachée. On en fait un grand usage , dans la ferme de lord W. Ou la coupe dans une chambre , d’où deux différens tuyaux la font descendre dans les râteliers. Dans l’un la paille est pure 5 dans l’autre elle est mêlée de foin. Hivernage des bestiaux. Tout le gros bétail qui est dans la ferme , pendant l’hiver, soit à l’engrais, soit à la paille, est attaché. Un certain nombre de bêtes à cornes passent l’hiver dans le parc , où elles ont pour abri les arbres et les buissons , et où on leur donne du foin de mauvaise cjualité , quand il y a de la neige. Ces bestiaux sont 584 AGRICULTURE ordinairement mieux portans au printems que ceux qui ont été hiverne's à la paille , dans l’e'table. Instrumens d’agriculture. Lord W. fait un grand usage des instrumens destines à couper les racines des mauvaises lierbes , à écrouter et pulvériser le sol , tel que le souffler de Leioester, le shim de l’île de Thanet, et le broadshare de Kent. J’ai vu travailler celui-ci sur un chaume de pois , et son effet étoit excellent, comme je l’ai toujours observe en Kent. On fixe un large soc ( broad- share ) à une charrue ordinaire. Ce soc agit sur une largeur de deux pieds , à une profondeur de deux pouces. La terre n’est point retournée , mais toutes les mauvaises plantes sont coupées par les racines ; le sol est remue' et pulvérisé, et la herse achève l’ouvrage. Des femmes étoient occupe’es à rassembler par las , les racines et mauvaises herbes destine'es à être brùle'es ; et la surface du champ , après la herse , sembloit pre'parêe comme un jardin où l’on veut semer des raves. Brouter très-ras. Lord W. a fait sur ce point une des expériences les plus intéressantes, sans en avoir le projet. DE WINCHIDSEA. 585 projet. Il fit enclore sept acres dans son parc, pour faire des parties de criquet ; et pour que le terrain fût bien uni, et le gazon fin , il chargea cet enclos de moutons. Cet espace a nourri entre neuf et douze moutons de Lei- cester par acre. Ces moutons, à l’âge de trois ans et demi, ont c'te' parfaitement gras. Il y a actuellement des moutons de deux tontes, 'que j’ai trouves déjà gras. On ne les sort jamais de là que dans le fort de l’hiver ; et on leur donne du sel sur des planches. La quantité des moutons a toujours été de neuf à douze par acre ; parce que comme le but étoit de tenir l’herbe broutée très-ras , on ajoutoit des moutons dès que l’herbe poussoit un peu trop. Il est remarquable que ce lot de moutons n’a presque jamais éprouvé des maux de pieds qui ont été communs parmi le reste du troupeau. Ces animaux se sont d’ailleurs toujours bien portés. Certainement cette expérience est extrêmement favorable au svstème de charger beaucoup les pâturages destinés aux moutons. Elle indique aussi que les maladies des pieds peuvent être dues à la longueur de l’herbe. Enfin , elle fait bien l’éloge de la race qui prospère ainsi , sur un terrain presque nu. Il faut observer , cependant que , comme c’est de la terre rouge très-fertile , l’herbe y a Tome 2 . Bb 58G A U II I C U X, T U Ji. K probablement line substance et une saveur excellentes. Lord W. a essaye la race de Soulh- down , mais les moutons ne vouloient pas tenir dans l’enclos : ils s.auloienl par-dessus la pallissade , qui étoit un peu basse. Près à faucher et à pâturer. Un champ de 21 acres de lord W. etoit en turneps en 1795. En 1.796, en orge et trèfle. En 1797 , une partie de trèfle fut fauche'e et l’autre partie du champ fut pâturée. J’ai vu la pièce ensuite. Dans la partie fauche’e le trèfle est très-beau ; dans la partie pâturée, il n’y a presque plus de trèfle , mais beaucoup de pâturin ( poa annua ) et de chichweed. Les plantes de trèfle qui restent, sont singulièrement vigoureuses : si on laissoit subsister le pré , il paroît qu’il donneroit beaucoup de fourrage. Ce changement sur la partie pâturée 11’est pas aisé à expliquer. C’est tout le même sol, la même culture : il n’y a aucune différence entre les deux parties du champ , sinon que l’une a été fauchée , et l’autre pâturée. Pi •es rompus. Une pièce de terre riche, rougeâtre, ayant été mise en pré d’une, manière imparfaite, lord W. le fit rompre cinq ans après, pour DE WINCHIESEA. 38? y mettre des pommes de terre , sans fumer. Elles rendirent 45o busheis par acre. Il sema emuite de i’avoiue sur la moitié' du champ : elle rendit ÎO quarters par acre. La pièce est à présent en choux et turrieps. Ceux-ci sont après l’avoine ; ceux-là après les pommes de terre. Les deux parties ont été' également fumées de fumier d’étable , mêlé avec des revers de fossés , et dix quarters de chaux , par acre. Les turneps sont superbes. Les choux, de même. Ceux-ci sont plantés à trois pieds les uns des autres, en tout sens. Ils ont été houes à la houe à cheval , en long , en travers, et dans les deux diagonales , c’est-à- dire , dans quatre directions différentes. Il n’y a point de jardift plus propre que ce champ. Un journalier qui tenoit un petit pré de lord W. , se plaignant qu’il ne lui rendoit quai très-peu , lord W. lui donna un ouvrier pour lui aider à le rompre. La première année , il y mit de l’avoine qui rendit 10 quarters par acre ; la seconde année des pommes de terre, qui rendirent plus de 5oo busheis par acre. La troisième année, la terre fut fumée de fumier et de chaux pour des choux i la ré- coite fut énorme. La quatrième année , on recueillit 52 busheis d’orge. A la cinquième année , la pièce fut en pi e , et rendit au journalier trois fois plus de foin qu’auparavant. 388 AGRICULTURE Souris. On s’est beaucoup plainten Lincolnshire de la quantité de souris qu’il y avoit cette anne'e (1797). A Burley , c’a e’te' la même chose : on en a tue trois mille cinq cents dans les meules de blé. Il seroit curieux de savoir si c’est la même chose dans toutes les provinces. En Suffolk , elles ont été en très - grand nombre. Dans nos sables, secs, et dans les marais de Lincolnshire, il y en a eu une égale quantité'. Bêtes à cornes de North-Devon. Lord W. a cette race , depuis six ans , et il peut très-bien juger de leurs qualités. II en a actuellement 2 Taureaux. 16 Vaches. ■ i . 8 Genisses. 8 Veaux. 10 Bœufs de travail. 7 Bêtes à l’engrais. Un de ses taureaux est superbe , et il a plusieurs belles vaches. Il trouve que celte race travaille parfaitementbien, s’engraisse de même et se vend toujours au plus haut prix des bestiaux. Quant au lait, il n’est ni bon ni abon- DE WINCHILS.EA. 58g dant : on a essaye comparativement le lait de deux vaches, l’une de Devon et l’autre à courtes cornes ( shorl-horned) tenues sur la même pâture. Deux gallons de lait de chacune d’elles produisirent la même quantité' de crème, s'avoir une pinte et demie : cette crème battue séparément produisit, celle de Devon io| onces, et l’autre onces de beurre. Cochons. Lord W. a établi une colonie de cochons de Suffolk, à Burley, qui fait honneur à la race. Us sont blancs, à nez court, ramassés, à petits os, et prennent aisément l’engrais : ils s'engraissent souvent d’herbe seulement; d’autres fois on les engraisse de carottes et de pois blancs, et on les achève avec du seigle cuit: ce dernier moyen est de tous le plus efficace. Le logement des cochons est très-bien enten-' du ; il contient trois yards carrés d’étendue, outre un petit pré qui leur est utile. Lorsqu’on ne s’occupe que d’engraisser , on peut mettre un grand nombre de cochons dans un petit espace ; mais lorsqu’on élève , il faut beaucoup de place et d’air, et du pâturage. Les petits de cette race sont très-difficiles à faire réussir, soit qu’ils s’engraissent trop promptement, soit que cette race ait besoin d’être croisée. Dans I «ÎQO A O U X C U 1, T U R E un an, sur cinquante jeunes cochons, il eu est mort quarante. Bêtes à laine. Lord W. a depuis long-tems la race des New-Leicesler ; il eri est extrêmement content et ne pense point à en changer ; mais il fait quelques expériences sur les Soulh-dowa et autres races. II a soin de louer, chaque année , un excellent belier ; il en a un maintenant qui m’a paru extrêmement distingué , quoiqu’il ne lui ait pas coûté si cher qu’on paie ceux du club des beliers : il a été (‘levé chez 3 V 1 . Wingfield de Tickencote, près de Starn-» ford. v Nous avons vu ci-dessus comment cette race se soutient sur un gazon très-ras. J’ai déjà inséré dans les Annales une curieuse expérience de lord W. sur la comparaison des turneps avec l’herbe , pour nourriture d’hiver. Il a répété cette expérience dans l’hiver de 1796 à 97, et en 98. Novembre 1796, dix brebis à l’herbe pe- soient ensemble.i 5231 iv. - Avril 1797 , elles pesoient . . 1295 perte 23 o liv. Soit i 5 pour cent. DE TT I K CHILSEA. 5 gi Novembre 1796, dix brebis aux turneps pesoient ensemble.1679 liv.’ Avril”1797, elles pesoient . . i 4 o 4 perte . . 175 liv. Soit t1 pour cent. On lit la même épreuve sur des agneaux. Novembre 179b , dix agneaux à l’herbe pesoient ensemble.lo 5 o liv. Avril 1797, ils pesoient . 871 perte . . 179 liv. Soit 17 pour cent. Novembre 1796, dix agneaux aux turneps pesoient ensemble.1017 liv. Avril 1797, .ils pesoient . . ioo 4 perte . . i 5 liv. Soit 1 liv. un quart pour cent. \oici la note de l’économe, prise sur son livre d’observations. (t'A noter que dans notre canton les brebis à )) l’herbe se sont très-mal hiveruées, quoique )> les herbes aient été bien desséchées par » les gelées. » Le résultat de cette expérience sur les brebis et les agneaux est donc différent de celui que j’ai cité sur les moutons l’année précédente , et il ne faut pas oublier l’observation de 1’ économe : prenons néanmoins le résultat 5 ga AGRICULTURE tel qu’il est pour cette anne’e. Quinze pour cent de perte à l’herbe , et onze pour cent de perte aux turneps; c’est quatre livres de différence sur une bête de vingt-cinq livres ; le quartier en vie , soit une livre par quartier. Quatre livres en vie, sont deux livres d’une bête tuée ; à 6 pence la livre c’est un shelling par tête de différence dans la valeur de chaque bête. Si un acre de turneps en hiverne dix , il y a 10 shellings par acre de perte, en comparaison ,de dix brebis hiverne'es à l’herbe ; mais les turneps coûtent 46 shellings l’acre , et l’herbe presque rien : il est donc beaucoup plus avantageux , même dans cette mauvaise anne’e, de les hiverner à l’herbe. Lord W. répétera cette expérience jusqu’à-ce qu’il se soit bien assuré du fait : c’est un objet extrêmement intéressant. Yoici d’autres expériences. Dix antenois ( moutons entre un et deux ans ) mis aux turneps. Le i 3 Novembre 1797 pesoient. 1 3 g 5 liv. Le 10 Mai 1798 , ils pesoient . 1794 augmentation . . 38 1 Au 2 Juin 1798, ils pesoient, sans leur laine. 17^7 Augmentation totale en viande et laine 484 liv. DE AVINCHIESEA. 3^ Dix antenois à l’herbe. Le i3 Novembre 1797, pesoient Le 10 Mai 1798, ils pesoient . 1365 liv. 1697 augmentation . 232 liv. Au 2 Juin 1798, ils pesoient, sans leur laine. •f 1626 Augmentation totale en viande et laine......... 34i liv. Dix agneaux mis aux turneps. Le i5 Novembre 1797, pesoient Le 10 Mai 1798, ils pesoient . 816 liv. 9 3 7 augmentation 121 liv. Au 12 Nov. 1798, ils pesoient . 1321 augmentation totale . 384 liv.- Dix agneaux mis à l’herbe. Au l3 Nov. 1797 , pesoient . Le 10 Mai 1798, ils pesoient . 787 liv. 3025 augmentation . 236 liv. Au la Novembre , ils pesoient . i553 augmentation totale . i53o liv. P 3 g 4 a g n. i c u i; t u n. e II paroît, cl’aprcs celte expérience, que les antenois ont mieux prospéré aux turneps , et les agneaux à l’herbe. On ajouta aux turneps un peu de paille et de foin h a cités ensemble ; pendant les mois de Ma rs et d’Avri! , on donna des rutabaga, ou turneps «le Suède, qui se conservèrent parfaitement jusqu'au moment oit l’herbe lut assez avancée pour recevoir les bêtes à laine : les autres turneps étoient pourris. Les bêtes à l’herbe n’eurent rien autre ; leur pâturage étoit sec et sain, mais très-ras. Il y avoit un peu plus d’une bêle par acre, pour tout l’hiver. Deux antenois de Romney pesoient en Novembre 1795.2x7 liv. En Avril 1796, ils pesoient. . a 64 augmentation . 47 Soit 21 et demi pour cent. Deux antenois de Leicester, eleve's dans la ferme, pesoient en Avril 1795 . 258 liv. En Avril 1796 , ils pesoient . . 267 augmentation . 9 liv. Soit 3 et demi pour cent. Dix agneaux de South-dovvn, pesoient en Novembre 1795. 65 i liv. En Avril 1796.768 augmentation . 107 Soit 16 pour cent. i)« WINCHIIiSEA. 3 g 5 Dix agneaux de Leicester, élevés à la ferme , pesoient en Novembre 1795 , . 8g5 liv. En Avril 1796, ils pesoient . 848 perte . 47 liv. Dix agneaux de South-down, à l’herbe , pesoient en Novembre 1795 . . 6^6 liv. En Avril 1796, ils pesoient . 823 augmentation . 177 Soit 27 pour cent. Dix agneaux de Leicester, élevés à la ferme , pesoient en Novembre 1795 . . 86g liv. En Avril 1796 , ils pesoient . , . g53 augmentation . 63 Soit 7 pour cent. Nous voyons que les antenois de la race Romney ont de beaucoup l’avantage sur les Leicester élevés à la ferme. Les agneaux de South-down ont un avantage énorme Sur ceux de Leicester , puisqu’ils ont beaucoup gagnés, tandis que les autres ont perdu : il ne faut pas oublier néanmoins qu’il y avoil trois ou quatre mois de différence d’âge. La race de Leicester ne paroît à son avantage dans aucune de ces expériences. Voyons la comparaison des trois races pendant l’été suivant. Les deux moutons de Romney pesoient en Avril.a64 liv. En Octobre 1796.38i ’ augmentation . 117 liv. Soit 44 pour cent. Lesdeux Leicester pesoienten Avril 267 liv. En Octobre 1796.4o8 augmentation . l4l Soit 52 pour cent. Les dix agneaux de South-down , devenus antenois , pesoient en Avril. . . 708 liv. En Octobre 1796.1216 augmentation . 458 Soit 60 pour cent. Les dix agneaux de Leicester, devenus antenois , pesoient en Avril . . . 848 hv. En Octobre.1498 augmentation . 64i Soit 76 pour eent. Les dix autres agneaux de Soutli-down , devenus antenois, pesoient en Avril 8a3 liv. En Octobre 1796 ..... 1098 augmentation . 276 Soit 33 pour cent. DE WINCHIESEA,. 5q7 Les dix autres agneaux de Leicester, devenus antenois , pesoierit en Avril . g 33 liv. En Octobre 1796.i 48 o augmentation . 547 Soit 58 pour cent. Il paroît donc que les Leicester l’emportent sur les Romneys en été. Les agneaux de la même race sont extrêmement supe'rieurs aux agneaux de South-dovvn , dans la même saison , quoique pendant l’hiver ils aient êtê fort au-dessous. Peut-être qu’une fois remis, après avoir souffert pendant l’hiver, leurs progrès sont d’autant plus rapides; mais pour soutenir les hivers il faut une race robuste. Le résultat évident de toute cette expérience, c’est qu’une des races soutient mieux l’hiver, et que l’autre profite plus pendant l’été. Bœufs de travail. On laboure dans la ferme de lord . avec des bœufs et des chevaux ; il croit qu’il y a plus d’avantage à cet usage qu’à ne se servir que des uns ou des autres exclusivement : il croit qu’il n’y a pas de profit à travailler les bœufs au-delà de six ans, lorsqu’ils ne sont pas très-bien tenus. Leur nourriture d’hiver est de la paille hachée, avec très-peu de foin et des s 598 AGRICULTURE DE WINCHII.SEA (choux ; dans les années abondantes en fourrage, on leur donne le foin que les autres bêtes ne mangeroient pas. Lorsque la sèmaille de l’orge vient, on leur donne du foin , ou bien un peu d’avoine avec la paille, selon les prix de l’avoine et du foin. Il a essaye les pommes de terre, mais il croit qu’elles ne leur conviennent pas : il les travaille toujours avec des harnois. Il estime que trois bœufs fout le travail de deux chevaux. Il les trouve très-avantageux à employer pour les labours et roulages : il fait usage de ceux-ci sur les prairies. T r eaux élevés. Tous les veaux sontsevres d’abord; nourris au lait e'erème' pendant trois semaines ; puis à l’infusion de graine de lin avec du lait, puis au rutabaga ou carottes : on coupe celles-ci avec une machine de M. Handforlh de Lei- cester, qui remplit très-bien l’objet. * DÉTAILS D’AGRICULTURE. PAR MARSHALL, (l). Manière de rétablir un terrain ruiné. (27 Août.) OICI (27 Août.) J oici comment je m’y suis pris et compte m’y prendre pour remettre en état un champ ruiné, et un autre empoisonné d’herbe. Il y a environ un mois que je, fis labourer un de ceâ champs en billons très-étroits , ou tranches, par un demi-labour donné avec une charrue qui fait une raie de dix pouces , et relève la terre très-haut. Mon but est de détruire les mauvaises plantes pivotantes par l’action de la sécheresse sur les racines, et de fournir aux semences des mauvaises graines les moyens de végéter en plus grand nombre, en augmentant la surface et le contact de l’air. Je fis herser, il y a huit jours, eu travers des billons , avec une herse à longues dents; j’applanis complètement la surface ; je fis pas- (1) Ce sont des observations éparses, faites pendant un séjour de six mois dans la ferme de Buckand-place, .et consignées dans on journal : je prends celles qui ont le plus d’intérêt. 4oo DÉTAILS ser le rouleau , puis une lierse plus serrée, en sorte que les plus petites mottes furent brisées, et que toutes les mauvaises plantes qui avoient leve' furent tuées. La surface est maintenant couverte cfune couche nouvelle de mauvaises herbes ; je la retourne par un labour profond , fait en travers du précédent. Je billonne également , mais avec une charrue qui fait la raie de douze pouces de large. Je vais à dix pouces de profond , c’est-à-dire plus bas que le champ n’ait jamais été labouré. Le soc est large, en sorte que toutes les parties du sol sont remuées ; et la surface du terrain demeure très-raboteuse. Je répands sur cette surface une petite quantité de fumier d’étable. Je le fais herser, rouler et herser jusqu’à ce que l’engrais soit bien mélangé au terrain nouveau que la charrue a ramené dessus. Mon but est non-seulement d’amender ce terrain nouveau, mais aussi de forcer la végétation des semences de mauvaises herbes qui s’y sont probablement accumulées depuis des siècles. Lorsque les mauvaises semences auront levé, lorsque la terre crue aura profilé des influences de l’atmosphère , je ferai enterrer cet engrais par un labour peu profond, et je laisserai le terrain pendant l’hiver tel qu’il se trouvera après la charrue. D 1 A G K I C ü T, T ü K I. 4 oi Au printems , dès que les mottes de la surface auront été couvertes des mauvaises plantes dont elles renferment les germes , je ferai pulvériser la surface , afin de provoquer la végétation de ce qu’il restera de mauvaises graines^ puis je ferai semer de l’orge avec des graines de prés. '■ Ainsi, en perdant seulement une année de rente de cette terre , j’espère la remettre en état pour vingt ans (t). t Sarclage des turneps. (27 Août.) On semoit. en turneps un champ de vingt-quatre acres lorsque j’arrivai ici : on (i) Le succès a été complet. Le champ que j’ai fait arranger précisément comme je l’ai voulu, vaut, je pense , 5 liv. st. par acre de plus qu’avant l’opération, en prenant une moyenne de vingt ans. Il faut observer que, toutes les fois que les circonstances le permettent, il convient de disposer en billons étroits et élevés les jachères, un peu avant l’hiver, pour que la terre demeure ainsi exposée à l’action des gelées. Non seulement le sol en profite et en est sensiblement amélioré, mais encore cela avance l’ouvrage du printems suivant, et fait que l’on peut faire les travaux à son aise. Des terrains ainsi rétablis, et ensuite ménagés avec de bons assolemens et des récoltes sarclées , ne demandent pas que cette opération soit répétée , avant 5o ans peut-être. (A) ÏOATIî 2. Ce détails 4o2 avoil trop peu laboure , semé trop clair, et mis dans une partie du cl)amp un fumier trop long, en sorte que la herse ramassoit la graine par paquets et par lignes. Il en resuite que la recolle etoit claire, inégalé, et que le petit nombre des plantes étoient presque étouffées par les moutardes et les autres mauvaises herbes. On fit faire des hoyaux légers avec de vieilles faux : sept personnes furent mises à ce travail ; tin homme qui y etoit accoutume', et six femmes qui n’avoient jamais sarcle. L’homme en dirigeant les sarcleuses , leur recommanda d’ôter les mauvaises herbes, et d’e'claircir les endroits où les turneps etoieut trop épais, sans s'attacher à ce que ceux-ci fussent bien séparés , chacuu à distance égale de tous les autres. Cette opération s’est faite beaucoup mieux que je ne m’y allendois. Si l’on recommande aux sarcleuses d’y aller très-lentement en commençant , cela devient bientôt amusant : l’œil et la main se forment, et les ouvrières deviennent promptèment habiles, surtout s’il y a quelqu’un d’expert qui les dirige. On a commencé à repasser la partie qui a été la première semée , et à isoler les plantes à environ douze pouces en tout sens ( les hoyaux ont huit pouces de large). Là où il y a d’ agriculture. 4o5 deux plantes qui se touchent, avec un grand espace vide autour, on les laisse subsister l’une et l’autre. Le sarclage des turneps avec des hoyaux de huit pouces , faits de vieilles faux, est un ouvrage qui n’est point pe'nible pour les femmes ; il n’y en a aucune qui ne puisse apprendre très- promptcment ce travail, et une saison suffit pour former des sarcleuses. Combien cette occupation ne seroit-elle pas utile aux femmes dans les pays où on ne les emploie pas à moissonner; lors même qu’elles travailleroient lentement la première année , qu’importe ? cette légère différence dans la quantité de travail peut-elle entrer en comparaison avec l’avantage d’introduire un usage d’un aussi grand prix ? 11 , ’ - 1 ■ ; Ferrage des bœufs. * » Il est d’usage ici de ferrer les bœufs , quoiqu’on les emploie rarement aux chariages Sur les routes : le terrain est si pierreux , et il y a tant d’éclats de rochers dans les chemins de dépouille que cela explique cet usage. Il y a peu de choses à remarquer sur la forme des fers et la manière de les placer ; mais il y a quelques observations à laire sur le danger de la méthode qu’on emploie pour assujettir 4oï BÉTAILS l’animal que l’on ferre. On couche le boeuf sut* le gazon , ou lui lie les jambes et on le tourne presque sur le dos : on plante un pieu fourchu verticalement en terre ; autour du pied que l’on veut ferrer est une forte courroie , qui prend l’articulation , et est fixée par un bout à la fourche , et par l’autre en terre ; en sorte que le pied est ainsi commodément assujetti pour celui qui opère. On est dans l’usage de conduire tout l’attelage avec des jougs, et d’attacher à un arbre les trois bœufs qui restent pendant qu’on ferre le quatrième en leur pre'sence ; il en résulte quelquefois des accidens. Aujourd’hui, les bœufs attachés voyant le traitement barbare qu’on faisoit souffrir à leur camarade , se sont effrayés et échappés en rompant leur chaîne. La paire qui éloit réunie par le joug a fait tomber le bœuf qui étoit seul, et que son joug embarrassoit. Il s’est écorne, et le crochet de fer qui étoit au bout de la chaîne lui a coupé le tendon d'une, jambe de devant • en sorte que le bœuf est perdu. Je suis persuadé que si l’on accoutumoit par degré lgs veaux que l’on élève pour le joug, à ce qu’ôn leur maniât les pieds et les frappât sous la corne avec un marteau, ils seroient ensuite très-dociles lorsqu’il fauch’oit les ferrer d’ag RICU1TVRÏ. 4o5 tout de bon. Il faudroit aussi les accoutumer à être attelés seuls , et à se laisser manier tout comme on fait les chevaux : le bœuf que l’on traite avec douceur devient extrêmement traitable. Observations sur les objets principaux de la culture. La ferme que j’observe est ve'ritablement une ferme à bêtes à laine. Les moutons , les turneps, l’orge , les trèfles et le ble’ doivent être les principaux objets de sa culture. La laiterie doit être subordonne’e , mais elle a son importance, parce que, premièrement, elle est une source de revenu , et qu’ensuite elle fournil des élèves pour le travail. Il ne convient pas de penser ici à engraisser des boeufs , il ne faut du moins engraisser que les bœufs et les vaches de la ferme même , qui se trouvent hors d’âge. C’est toujours une considération importante que de retenir à la maison l’agent ou le directeur des ouvrages de la ferme ; et pour cela il convient, toutes choses d’ailleurs égalés, de préférer une exploitation qui ne l’oblige pas à s’cn éloigner souvent, pour des achats et des ventes, comme il faut le faire lorsqu’on fait un commerce de bestiaux. L’agriculture etle trafic ne sauroient que bien rarement être réunis 4o6 DETAILS avec avantage , même par un propriétaire , Lien moins encore par son agent. (/o Décembre.') On a laisse’ sans les cultiver plusieurs acres du champ de vingt-quatre acres dont j’ai parle ci-dessus. Cette partie du champ s’est garnie de moutarde dont les plantes ont trois pieds de haut, sont épaisses et jaunes comme celles d’un champ de colza; les siliques inferieures etoient déjà formées. On a fait arracher , selon l’usage du pays , une grande partie des plantes pour les mettre eu tas; c’est une pratique coûteuse et peu profitable. On en fit faucher quelques charretées à une hauteur à laquelle la faux n’étoit pas très-prejudiciable aux turneps , mais passoit, cependant, au-dessous des siliques inferieures des plantes de moutarde. On transporta ces plantes sur un pâturage voisin , où les moutons mangèrent les feuilles de turneps que la faux avoit coupées, ainsi que les feuilles de moutarde , mais laissèrent intactes les tiges et les siliques de ces plantes. Les vaches , en revanche , préférèrent les plantes de moutarde aux feuilles de turneps ; elles ne touchèrent à celle-ci qu’après avoir complètement mangé les liges et les siliques de moutarde. Quatre ou cinq acres ainsi fauchés suffirent à vmgt bêles à cornes pendant près de trois d’agri culture. 407 semaines. Si l’on avoit distribue' cette nourriture avec plus de règle , elle auroit suffi au même nombre de bêles pour un mois : on peut donc compter cette ressource à raison de vingt sliellings par acre. Les bestiaux mangent ces moutardes avec tant d’avidité, que deux ou trois bêtes en gonflèrent, et que l’on fut oblige' de faire tuer une genisse ; cependant on vit^ en l’ouvrant, que sa maladie e'toit déjà ancienne , car une partie des intestins e'toit affectée. La faculté astringente des plantes de moutarde peut avoir contribué à accroître le mal. Quoi qu’il en soit, il est évident que les bestiaux peuvent être bien nourris de cette plante, et avec profit. Je dois observer qu’il yen avoit deux variétés, savoir : la moutarde sauvage (sinapis cirvensis) et la rave sauvage (brassica n’apus.) (w Décembre. ) J’ai appris de l’agent de cette ferme une manière de récolter les choux qui me paroît profitable. Au lieu d’enlever les feuilles inférieures pour couper ensuite par tranches la couronne ou le haut du,chou, il enlève seulement la tête, et laisse toutes les grandes feuilles inférieures : il en résulte une seconde et quelquefois une troisième récolte de choux. Il se reforme plusieurs têtes de choux sur la même tige, et chaque DÉTAILS '4o8 plante prend la forme d’un arbre. U y a aujourd’hui dans le jardin plusieurs plantes qui portent quatre , cinq, ou plusieurs têtes de choux bien forme'es. Les grandes feuilles continuent à attirer la sève en haut, jusqu’à ce que les jets supe'rieurs soient bien formes $ elles tombent alors et se pourrissent au pied de la plante, à laquelle elles sont probablement encore utiles en retenant l’humidite' du sol , en étouffant les mauvaises herbes et en fournissant un gaz qui se combine dans la plante : ces avantages sont perdus dans la méthode'ordinaire. Plusieurs plantes périssent parce que la sève est brusquement arrêtée, et celles qui survivent poussent un grand nombre de jets sans force , lesquels ne prennent jamais la forme d’une tête de choux. „ ( 18 Décembre. ) Il se forme dans ce moment une société dans la partie méridionale du Hampshire. Lorsque j’ai traversé ce district j’ai ouï parler de deux défis de charrue , l’un à Kingsbridge , et l’autre à Ivybridge ; beaucoup de gentilshommes cultivateurs et de gros fermiers s’y éloient rassemblés pour distribuer des prix aux meilleurs ouvriers. C’est une institution très-sage, et qui ne peut manquer de produire de bons effets. Si des sociétés qui n’ont en vue que la tfaéo- d’ agriculture. 4og ïie de l’agriculture, sans donner elles-mêmes des exemples , peuvent réellement être utiles à l’avancement de l’art, je pense que ce doit être en encourageant la bonne culture parmi les laboureurs de profession , en recherchant les plus habiles , en les distinguant de manière àfaire naître parmi eux l’e'mulation , et en leur- donnant les moyens de perfectionner la culture. De cette manière, la société' qui ne peut pas donner des exemples elle-même , les fait donner par ceux qui peuvent fendre ces exemples les plus profitables. Les grands proprie'taires sont encore mieux placés que les sociétés pour encourager les bons cultivateurs-pratiques dans leur voisinage; ils n’ont pas le désavantage d’être exposés aux cabales des théoristes et aux fausses promesses des aventuriers, comme les sociétés d’amateurs. Un grand propriétaire qui sauroit distribuer chaque année quelques livres sterling parmi ses fermiers, pour les encourager par des primes, relrouveroit cela bien amplement dans la suite. Ces réflexions conduisent à d’autres d’un intérêt encore plus étendu. Il faudroit qu’il se formât entre les gros propriétaires des associations destinées, moins à encourager la bonne culture qu’à détermiuer les meilleurs principes 4io DÉTAILS sur lesquels doivent être gouvernés les domaines, pour que l’avantage soit le plus grand possible. J’ai eu occasion d’observer dans toutes les provinces, qu’il se réalise sur les produits nets .des terres, une moins-value bien plus considérable, par l’effet de la mauvaise gestion des domaines, que par l’effet de la mauvaise culture. Les objets d’attention qui devroient s’offrir naturellement à l’examen de ces sociétés de propriétaires seroient les suivans : La gestion de la majeure partie des domaines dans le district qui intéresse particulièrement la société. La division ou distribution d’un domaine en champs , prés et bois, dans les proportions convenables. L’étendue convenable , et les véritables caractères des fermes. Les conditions du fermage. Les qualités des fermiers. Les époques les plus favorables pour entamer les baux et changer de fermier. L’encouragement à donner aux bons cultivateurs. Les améliorations foncières permanentes, telles que les desséchemens , les arrosemens et les améliorations temporaires , par les éco- buages , les engrais et les labours. D* AGRICULTURE. 4l 1 Le meilleur plan de construction pour des bâtimens de ferme et dépendances. Le soin des haies. La conduite des bois et plantations. » Enfin , les améliorations ge'ne'rales qui dépendent des encaissemens des eaux , des aqueducs, dont la construction interesse le pays , de la navigation inte'rieure , des clôtures, des dîmes, de la taxe des pauvres et de l’intelligence des vrais inte'rêts des proprietaires de fonds. (s4 Septembre.) La grange qu’on appelle du Monastère , dans Buckland-place , est peut-être la plus remarquable de toute l’Angleterre , soit par ses dimensions, soit par son ancienneté', soit par la conservation parfaite de ses murailles et de sa charpente. Elle avoit e'tê construite d’une manière fort incommode ; elle n’avoit que deux portes cochères qui se re'pondoient dans le milieu de sa longueur , et coupoient la grange en deux parties e'gales. Les chariots entroient par une porte et sortoient par l’autre ; et comme la largeur de la grange, qui n’est que de vingt-sept pieds, ne leur permettoit pas de pouvoir tourner, l’on jetoit les gerbes à droite et à gauche , et on les portoit aux deux exlre'mite's de la grange, 4l2 DÉTAILS qui avoit cent cinquante pieds de long. On a perfectionne cette grange en ouvrant quatre autres portes cochères , lesquelles sont séparées par des aires , au-dessus desquelles on entasse les gerbes. On a e'prouve' une grande difficulté à ouvrir les murs, qui ont trois pieds d’épaisseur, et une dureté semblable aurocher. Le ciment qui reunit les matériaux est dur comme le granit, du côte du Nord; mais du côte du Sud et Sud-Ouest il a beaucoup moins de durete'. On a observe' la meme différence dans d’autres bâtimens de cet endroit-ci; et cela vaudroit la peine qu’on en recherchât la cause. s ( Janvier 29 .) Il y a dans ce moment quarante-cinq acres de bois à couper dans la ferme, c’est-à-dire des bois de trente ans. Les terres, dans ce pays-ci, e'tant en ge'ne'- ral peu propres au chêne, après qu’il a acquis un certain âge , on voit dans ces bois une grande partie des branches supe'rieures qui se dessèchent; en sorte que les bois, au lieu de gagner perdent plutôt d’anne'e en anne'e; cela est surtout vrai par rapport aux écorces , qui en font à présent la principale valeur. Il paroît que vingt ans est la moyenne de la crue des bois dans ce pays-ci , pour que la coupe en soit la plus avantageuse. 4 i 5 t>’ AGRICULTURE. Le prix commun de l’acre de la province (x) a été, depuis quelques anne'es , de 10 à 12 liv. sterling pour la coupe d’un bois de vingt ans. II en résulte que les bois ne rendent qu’envi- ron la moitié de la rente annuelle des autres terres ; car ce prix répond à peu près à 7 shel- lings l’acre annuellement, puisque, dans le cours de vingt ans, l’intérêt des sommes accu- mule'es e'gale presque le principal. Enfin, si l’on a egard à la différence des mesures, on verra que cette prétendue rente de 10 shell., ne passe guères 5 shell. l’acre. Environ trente acres de ces bois se trouvent surune pente douce, et rendroient, s’ilse'toient en pleine culture, de i 5 à 20 shellings l’acre ; au lieu qu’ils n’en rendent guères que le tiers. Il n’y a point de doute qu’il ne convînt de défricher ces bois ; il convient d’examiner de quelle manière. Déraciner complètement tous les arbres de manière à pouvoir mettre d’abord la charrue dans ce terrain , seroit une opération très- coûteuse, et dont il résulteroit l’appauvrissement des couches supérieures par le mélange de la mauvaise terre qui est dessous. Ce qui (1) Cinq acres de la province font à peu près six statuCe-acres. (A) DÉTAILS 4 ] 4 conviendroit de faire, seroit de raser le bois, ou de couvrir de chaux la surface du terrain : les feuilles et les débris des branches seroient bientôt consumes. On herseroit pour semer des graines de pre', et on obtiendroit ainsi promptement un bon pâturage de moutons. Au bout de quelques années, lorsque les racines seroient pourries , et qu’il se seroit forme’ un gazon d’une épaisseur suffisante, on pourrait rompre le terrain avec facilite’ et profit. Février. ) Dans les fermes où l’industrie des bêtes à laine est l’objet principal, les pre's artificiels qui conviennent à la nourriture des moutons sont aussi d’un grand inte’rêt. C’est un véritable crime que de faire faucher la première anne'e un pré artificiel que l’on destine a durer cinq ou six ans ; il n’y a que la nécessite' absolue qui puisse excuser cette méthode. Il en résulte que l’herbe est sensiblement moins épaisse pendant plusieurs années. Les plantes naturelles au terrain, qui sont d’une nature plus savoureuse et plus substantielle, ces plantes qui poussent d’elles-mêmes après que la terre a été soumise à la charrue pendant un certain tems, ne peuvent prendre aucun accroissement, à cause de l’ombre épaisse des plantes semées qui ont plus de vigueur. Les plantes semées prennent elles-mêmes moins D 1 ACKlClILTUlE, 4l5 de développement, et deviennent plus rares ; en sorte que le terrain ne se gazonne point complètement, surtout s’il n’étoil pas en très- bon état au moment où l’on a semé les graines de prés. 1 J’ai sous les yeux , dans cette ferme , un exemple extrêmement frappant du mauvais effet qui résulte de cet usage de faucher un pré artificiel, la première année , au lieu de le faire pâturer par les moutons. Les pièces de prés qui étoient à leur première année , et qui ont été fauchées l’été dernier, sont maintenant misérables ; le gazon est tout-à-fait clair, et je suis convaincu qu’elles ne vaudront pas 5 shellings de rente l’acre l’année prochaine. Si au contraire on les avoitfait pâturer ras pendant le printems et l’été dernier , ces prés vaudraient probablement cinq fois davantage , pendant plusieurs années, pour nourrir des moutons ( 1 ). (1) Ceci mérite beaucoup d’attention. Il faut observer d’abord que , quoique l’auteur ne le dise pas , il ne s’agit ici ni des trèfles, ni de la luzerne, ni du sainfoin j mais des graminées dont on forme les prés artificiels, telles que le fromental, les festuques, le ray- gvass, le pied de poule, etc. ; et dont il résulte des prés-gazons. Or, dans la pratique françoise, on croi- roit perdre tout le fruit des travaux qui ont préparé 4i6 B l'i T A r Ii S Dans toutes les fermes où les près artificiels de cinq ou six ans de durée, sont un article le sol, et les frais, toujours considérables de l’établissement d’un pré artificiel de cette espèce, si l’on le chargeoit de moutons , au mois d’avril ou de mai, après l’avoir semé au mois d’août précédent. On a souvent soutenu que les moutons gâtent les prés, en broutant trop ras et en arrachant l’herbe, à quelque époque de la durée des prairies, et dans quelque saison de l’année qu’on les y mette. Mais introduire les moutons dans un pré artificiel, dès la première pousse du prin- tems, les y introduire en grand nombre, charger la terre de moutons comme dit Arthur Young, sembleroit une véritable démence. On croiroit, comme on l’a souvent répété en parlant du pâturage des jeunes prés par les mo ulons, voir périr toutes les plantes qui auroient été mangées jusqu’au cœur. Il paroît que c’est précisément cette action de la dent du mouton, qui, en détournant la sève de la tige principale, fait taller et épater la plante sur le terrain, de manière à le gazonner complètement, chose qui n’arrive pas dans nos prés artificiels de fro- mental. Nous avons beaucoup de tiges dures, et peu de feuilles : le pré est mal garni, et le foin de médiocre qualité. L’avantage de bien gazonner le terrain est très- grand, quant à la rente, et peut-être plus grand encore quant à l’amélioration delà terre. Un gazon bien garni est une richesse que ï’on retrouve lorsqu’on veut convertir le pré en champ. Nous ne réussissons à obtenir un gazon serré qu’à force d’engrais de la meilleure qualité.’ Aussi, dans la bonne pratique françoise , doit- on premièrement fumer la terre où l’on veut semer important, _ D 1 ASHICtTLTDKE, 4l7 important, il est très-essentiel d’avoir des vieux près en suffisance, pour fournir à la consommation de foin necessaire aux bestiaux de la ferme , sans être oblige de faucher la première année les prés artificiels. C’est un avantage les graines de prés, puis couvrir encore la prairie de fumier ou de compost pendant le premier hiver. Malgré tous les soins et tous les frais possibles, le succès n’est jamais complet : c’est-à-dire, qu’une prairie eu fromental que l’on fauche deux fois l’année, donne un foin dur, qui n’est bon qu’aux chevaux , et ne se gazonne jamais bien serré. Nous trouvons Arth. Young et Marshall, les deux cultivateurs de l’Angleterre qui ont le plus de réputalion et de pratique, parfaitement d’accord sur ce point, savoir: que la meilleure méthode pour bien établir un pré-gazon , et en tirer une forte rente, c’est de le faire pâturer très-ras par des moutons, la première année. De cette manière, on évite la dépense considérable qu’il faudroit faire pour répandre l’engrais, pendant l’hiver, si l’on suivoit le système de faucher.'Il est vrai que cela tient à l’ensemble de la culture des bêtes à laine, culture dont nous sommes encore bien éloignés de connoître tous les avantages, toutes les ressources, et sur laquelle nous avons beaucoup à apprendre des Anglois , qu’elle enrichit. Nota. La note ci-dessus a été écrite il y a huit ans, et mon expérience m’a confirmé la justesse des principes de Marshall. Je n’ai aucun pré plus beau, mieux ga- Zonné et d’une plus forte rente en herbe et en foin, que ceux qui sont pâturés de deux années l’une par le» «aoûtons. Tome a. Dd 4l3 D i T A I % s inestimable , pour un domaine , que d’avoir une suffisante étendue de prés arrose's pour nourrir les bestiaux pendant l’hiver, sans avoir recours à celle ressource ruineuse. La ferme de Buckland-place a cet avantage dont je parle. Une trentaine d’acres de pre’s sont arrosés d’excellentes eaux; ces eaux qui coulent sur l’ardoise sont supérieures en qualité à toutes celles que j’ai été à portée d’observer , si l’on en excepte les eaux crayeuses de Wiltshire et de Hampshire, II y a dans ce moment des pentes de prés, ici et dans le voisinage, qui sont aussi vertes que les plus beaux blés le sont en Mai J et ce qu’il y a de remarquable , c’est que plus il y a de pente et plus la verdure est belle. En considérant l’avantage des irrigations j’ai cherché à m’assurer si l’on ne pourroit pas arroser une plus grande étendue de ces prés , et profiter mieux des eaux qui sont actuellement employées. J’ai vu que l’on trouveroit aisément des eaux plus abondantes, en les tirant d’un peu plus loin , mais sans de grands frais. J’ai ensuite distribué le plus avantageusement qu’il a été possible les eaux déjà employées , en déterminant par le niveau la direction des canaux et des rigoles. Dans celte opération , j’ai trouvé qu’une »’ A6HICD1TUJI, 4igi pente d’un pied sur une longueur de cent, étoit la plus convenable comme donnant un mouve-i ment suffisant à l’eau, et ne produisant cependant aucune érosion dans les bords des canaux ou rigoles. II faut quelques attentions pour déterminer le cours des petits fossés qui servent à la conduite des eaux , lorsque la pente est très-irrégulière, et qu’il faut aussi avoir égard à l’effet que les canaux et rigoles doivent faire à l’œil. Si l’on se laisse uniquement guider par le niveau, l’on est obligé de prolonger beaucoup les canaux d’irrigation $ l’on perd du terrain , et il en résulte aussi un effet désagréable à l’œil, à cause des coudes brusques et multipliés. Si, au contraire, on cherche à couper au court par des lignes droites , on produit un effet non moins désagréable à l’œil, et çn est obligé à beaucoup de travail pour rapporter des terres, ou creuser plus profondément dans certains endroits : voici ce que j’ai trouvé de mieux. Je commence par marquer , avec des piquets de repère, le cours de l’eau tel que le niveau l’indique ; je modifie ensuite à l’œil cette direction générale, en fléchissant les lignes trop droites, et en arrondissant les angles , mais en soumettant toujours cette trace nouvellé à’ la vérification du niveau ; car il faut éviter d’être obligé d’approfondir trop les ri-> B i T A I L S 420 goles , ou de les relever par un encaissement factice, parce que le be'tail en marchant sur les bords des canaux ou des rigoles ainsi encaissées , les de'grade (x). (20 Février.) J’ai enfin eu le plaisir de voir aujourd’hui à l’ouvrage une charrue attelee de deux bœufs avec des jougs , et conduits avec des whip reins (2). Cette charrue a e'te occu- pe'e, depuis quinze jours, à donner un premier labour le'ger à un champ destine aux tur- neps; elle fait ce travail promptement et bien : c’est l’attelage le plus simple et le moins cher que j’aie jamais vu travailler. Le joug avec une seule chaîne , lorsqu’il est bien fait, est préférable dans les labours le'gers , aux colliers ou aux attelages à pompe , qui embrouillent fréquemment les rênes. (1) Il y a une autre raison que l’auteur ne dit pas, pour que les rigoles soient toujours le moins enfoncées qu’il se peut; c’est qu’il est alors beaucoup plus facile de faire déborder l’eau en mettant un gazon dans la rigole. Moins l’eau a de pente, et plus ce débordement factice agit Sur une étendue considérable : c’est une raison, entre beaucoup d’autres, pour ménager la pente, dans le cours de l’eau, autant qu’il est possible. (2) Ou se sert ordinairement des whip reins pour les chevaux: ce sont deux guides tressées en baleine, qui Rattachent à la partie extérieure du mords, et qui servent en même tems à fouetter celui des deux animaux que lou veut qui gagne sur l’autre. 421 D 1 A fî S I C U 1 T U R I. (/s Mars.) Dans l’automne de 1791 , je fis le plan de la construction dés bâtimens de ferme et des cours de Buckland-place : ils sont maintenant presque finis ; je vais en indiquer quelques de'tails. La cour des fumiers est un demi-octogone, borne d’un côte par les hangars destines aux bestiaux à l’engrais, et de l’autre par les écu- ries et les étables , qui y débouchent par de grandes portes cochères. Cet emplacement m’a paru , sous tous les rapports, extrêmement avantageux. La largeur ne'cessaire pour un hangar destiné à des bestiaux à l’engrais, est de seize pieds et demi hors d’oeuvre , et le mur a deux pieds d’e'paisseur. Les pilliers du hangar sont en chêne et reposent sur des pierres de taille , dèsquelles une barre de fer sort verticalement et entre dans le pillier pour en assurer la solidité : on a eu soin que l’eau ne pût pas séjourner entre le bois et la pierre. Au-dessous de la principale cour destinée aux fumiers d’e'lable , est une cour où l’on fait pourrir de la paille par les bêtes à cornes et les cochons. Au-delà des étables et écuries il y a une autre cour également destinée à faire pourrir de la paille , et enfin il y a une troisième cour qui est destinée à traire les vaches. 422 DETAILS D’AGRICULTURE. Ces trois cours sont arrosées au moyen du ruisseau artificiel dont j’ai parlé ci-devant; celte eau abreuve le bétail ; mais ayant éprouvé que son abondance étoit plutôt embarrassante qu’utile , j’ai fait quelques essais pour atteindre la proportion la plus convenable, et j’ai trouvé qu’un jet de deux pouces de diamètre m’en donnoit-suffisamment. J’ai alors assujetti un robinet de ce calibre à l’encaissement du canal, dans la partie supérieure au cours : on a soin que les cochons ne se trouvent jamais dans les cours en même tems que les bêtes à cornes. ■L’eau , après avoir lavé les cours et reçu toutes les balayures qu’on y jette, descend dans les prés, où elle est distribuée de la manière que j’ai indiquée ci-dessus. DE LA CULTURE DE M. DUCKET. Pau M. Ralph Robinson, de Windsor. Tiré des Annales d’ Arthur Youhg (i). T v a dispute qui s’est elevee en dernier lieu, relativement aux jachères d’ëte', m’a fait désirer que M. Ducket, habile cultivateur de Petersham en Surrey , voulût non-seulement publier ses ide'es , sur ce sujet, mais aussi expliquer l’ensemble de ce système d’agriculture qui a rendu si florissante la ferme qu’il occupe à Petersham depuis dix-neuf ans, quoique ses trois prëde'cesseurs eussent ëchouë dans la culture du même domaine. Lorsqu’il débuta dans cette ferme , toutes les terres, excepte les prairies, paroissoient un sable aride, et l’un des acres qui aujourd’hui produisent de bons grains , ëtoit couvert de fougère. Comme son extrême modestie l’empêche (1) Il y a plusieurs années que ces lettres ont été écrites à Arthur Young. Le département d’agriculture ayant accordé à M. Ducket une médaille d’or comme à un des plus habiles cultivateurs de l’Angleterre, l'éditeur des Annales lés a publiées à cette pçcasiqu» 4a4 DE DA CUDTURE de rien publier , je vais essayer de donner une esquisse de son agriculture : son système tient le milieu entre l’ancienne culture et celle du semoir. Six ans avant que de venir à Petersliatn, il essaya sa manière actuelle de cultiver , dans une petite ferme d’Esher et à la compagne de Claremount, chez le duc de Newcastle : il y employa ses trois espèces de charrues; mais dans ce tems-là il faisoit sarcler à la main tous les blés. Il emploie le trèfle , les turneps et le seigle commodes récoltes améliorantes, entre celles de blé , d’orge et d’avoine , et il varie cette succession selon l’état et la nature de la terre. Parmi ces récoltes intermédiaires , celles qui ne servent qu’à occuper le terrain pendant l’hiver sont du plus grand avantage pour la nourriture de celte saison et du printems ; et ce qu’elles ôtent à la terre lui est amplement restitué par le fumier, et l’avantage du piétinement des animaux qui le pâturent. Ainsi son terrain , toujours occupé , est continuellement amendé par des engrais , et il réunit au système de la culture , celui d’un pâturage continuel. Les instrumens de culture de M. Ducket sont, i°. une charrue nommée trench-plough, DF, M. r D U C K D T. 425 laquelle est destinée aux labours très-profonds, demande quelquefois six chevaux , et jamais moins de quatre : il laboure un acre par jour avec cet instrument. Il n’est point necessaire d'augmenter la force dans les terres argileuses, parce qu’elles ne demandent pas d’être la- bourdes si profond. Sa seconde charrue est à deux socs, et demande quatre chevaux , lesquels labourent deux acres par jour. Sa troisième charrue est à semoir. Elle ne demande que deux chevaux. Elle fait trois acres par jour, et est à cinq socs. II trouve que les deux premières charrues peuvent remplir tous les objets qu’on se propose dans les labours. La pratique dont il a tire le plus grand bénéfice , c’est de défoncer le sol tous les deux ou trois ans avec sa forte charrue ; en faisant tous les labours intermédiaires très-légèrement avec la charrue à deux socs (1). (i) C’est là une idée digne d’un grand maître. Son exécution demande seulement l’emploi d’une charrue qui, comme la shim-coulter-plough , coupe et enterre très-profond toutes les mauvaises herbes: les labours intermédiaires pourroient être, en quelque sorte , remplacés par des hersages, jusqu’à ce qu’il fût nécessaire de revenir au défoncement. Note d’Arthur Youn* tl V 426 JO JE LA C C L T un E Voici comment M. Ducket explique les avantages de sa culture : un labour profond ramène à la surface une terre vierge pour la nourriture des plantes. En ne répétant pas trop souvent cette opération , on laisse l’humidité dans le sol , qui n’est ni trop meuble pour la perdre , ni trop dur pour empêcher que les raciues ne pénètrent. Les labours légers, avec la charrue à deux socs , remuent le sol suffisamment pour que les racines des plantes semées puissent végéter , et prendre la force nécessaire pour pénétrer dans les couches inférieures plus anciennement remuées. Il pense que des labours trop fréquens ramènent à la surface les graines des mauvaises plantes , en si grande abondance , qu’il est ensuite extrêmement difficile de les détruire pendant la végétation du blé qui succède. Enfin, il observe que lorsque la terre est toujours labourée à la même profondeur , l’eau des pluies repose sur la couche dure de la terre vierge qui est au- dessous, et nuit à la végétation, au lieu de la seconder (1). (i) Cette observation est applicable à ce que l’on appelle, en Norfolk, the pan , (Voyez la cnlturfe de Norfolk dans le i.* r volume) que les fermiers de cette province regardent comme si important. Avec des labours profonds, l’observation de l’auteur est juste. Eu I) E M. r D U C K E T. 427 Son opinion est aujourd’hui que lorsqu’il peut avoir fini ses labours et ses hersages deux ou trois mois avant le moment des semailles , la terre gagne à rester dans cet e'tat jusqu’à-ce qu’on sème , parce que les pluies , et l’action de l’air la raffermissent. Les mauvaises plantes annuelles ont le tems de lever, et la charrue à semoir les détruit ensuite complètement ; en sorte que les blés sont plus nets qu’ils ne l’au- roient été sans ce procédé (1). Il a Fait, dans Norfolk, où les terrains sont sablonneux, on auroit besoin de ce séjour de l’eau des pluies sur la terre vierge inférieure; mais on n’y obtient point cet avantage parce que les labours y sont trop superficiels. Note et A. Young. (i) L’expérience n’a point encore démontré quels 6ont les cas où il convient de semer sur un labour déjà ancien : il y a des terres et des années où cela réussit, d’autres où cela manque. En général, je crois qu’il est d’une bonne pratiquede labourer dans l’arrière automne pour semer de bonne heure les grains de printems. Je doute que la charrue à semoir détruise complètement les mauvaises plantes annuelles , sur un labour déjà ancien. Je crois que l’opération de ratisser ( scujfling ) feroit un effet plus sûr et meilleur. Le shim de l’île de Thanet fait dans les sols légers un meilleur ouvrage que le souffler. Il est plus applicable à la Culture ancienne, cest-à-dire, celle où l’on sème à la volée, culture qui, tout considéré, est celle qui doit nourrir les nations. Not$ d’Arthur Youn & O * CULTURE 428 DE L A des années sèches , de belles récoltes de froment , tandis que chez ses voisins les blés avoient été gâtés par les sécheresses. Il préfère , en labourant , de ne prendre qu’un sillon étroit. Ses charrues ne retournent qu’une bande de neuf pouces. Elles ne font, par conséquent , pas autant d’ouvrage dans 'une journée que d’autres charrues , mais le sol est mieux préparé pour l’action de la charrue à semoir , et le grain s’y nourrit mieux. Il passe la charrue à semoir , à cinq socs ; avant de semer; mais il sème à la volée, et le grain tombe naturellement dans les petits sillons que l’instrument a tracés. Ce qui reste dans les intervalles est ensuite coupé ou arraché par la houe à cheval. Il sème les turneps au semoir. Lorsque les pucerons mangent la levée , il Tes resème avec le même instrument, et ordinairement avec succès : il a eu ainsi de belles récoltes après que la première avoit été mangée. Il trouve aussi un grand avantage à.semer le trèfle au semoir, sur le blé. Il épargne beaucoup de semence , et trouve que les pucerons n’attaquent pas autant la jeune plante que lorsqu’on sème avec l’orge. Si son trèfle manque , il sème , sur le blé en épis , de la graine de brome , qui lui donne une récolte d’herbe. Il choisit pour cela un tems pluvieux; ~î) E M. 1 DUCKET.* 420 et la terre e'tant bien ameublie par l’action des socs de la charrue à semoir , la graine prend bien. Mais , en general , il préféré le trèfle comme une excellente préparation au blé (1). La houe de M. Ducket est composée de deux cadres qui portent chacun cinq hoyaux.. Elle est conduite par un cheval, un petit garçon, et deux hommes. Elle fait dix acres par jour. Si les billons ou les planches sont arrondis , si le sol est relié , l’ouvrage est plus difficile , et il faut que la houe soit proportionnée à l’ouvrage que l’on veut faire. M. Ducket a adopté dernièrement l’usage'' de deux machines nouvelles. L’une est une machine à semer, composée de cinq boîtes , dont chacune contient environ une livre de grain , et répond aux sillons tracés parles socs. Cette machine est portée par un homme , et le mouvement continuel qu’elle éprouve joint à l’action d’un fil de fer placé dans le bas des boîtes empêche que le grain ne s’accumule , > et le distribue régulièrement dans les sillons. L’autre machine est destinée à rouler les (1) Je pense que si l’on compare avec soin l’effet des plantes légumineuses, et à larges feuilles, comme préparation au blé, avec celui des graminées, sous le même point de vue, l’avantage restera décidément aux premières. Note d’Arthur Young. 43o B E IiA CULTURE terrains après la semaille. Elle est composée de cinq petits rouleaux de huit pouces de diamètre chacun , et que l’on traîne à la main. Ces petits rouleaux couvrent les intervalles qui séparent les petits sillons dans lesquels la semence est déposée, et recouvrent celle-ci. M. Ducket pense que la fréquence des amen- demens par les fumiers doit dépendre de (a qualité' de l’état des terres , et des récoltes qu’on leur demande. Il croit que le fumier d’étable est le meilleur pour les champs de terres fortes. Il couvre ces prés froids d’un compost de ce fumier d’étable et de gazon , ou terre légère. Enfin , il destine à ses champs ou prés de terres légères , le parcage des moutons, ou bien un compost de fumier d’étable , de craie , et d’argile. Il fume toujours pour les turneps , à moins que la récolte précédente n’ait été fumée. Il préfère , quant au blé , de fumer sur le trèfle qui le précède , et il donne alors un labour très-profond à ce trèfle, en enterrant le fumier très-bas (1). (1) Excellente agriculture que d’enterrer le fumier très-profond lorsqu’on l’enterre. C’est une erreur vulgaire que d’imaginer que le fumier descend par les pluies, et se perd tout-à-fait. On a beau l’enterrer profondément, DEM. 45i \ r D U e K E T. En general il sème assez e'pais, surtout dans les terrains sujets aux mauvaises herbes , et à la rouille. Voici les proportions qu’il admet. Ble de deux à deux et demi bushels par acre. Avoine , quatre. Orge, trois. ' * Seigle , deux et demi. Fèves , deux à trois. Pois , trois. Vesces, deux et un quart. Trèfle , douze à quatorze livres. , Turneps, deux livres. I —— il remonte en totalité vers l’atmosphère. Note cFArlh, Young. Nous regrettons que le savant auteur des Annales n’ait pas développé davantage cette proposition, qui, dans les termes où il l’énonce, a l’air d’un paradoxe. 45a Autres observations de M\ Ralph de Windsor sur VAgriculture de JM. JJuchet. M.- Ducket ne connoît point les assolemens régle's: il pense que chacun doit étudier, pour la manière de faire succéder les récoltes, quels sont les grains qui lui rendront le plus. C’est là sa seule règle , excepté dans les mauvaises années. Tout ce qu’il cherche , c’est de faire intervenir une récolte à pâturer entre deux récoltes de grains,et de renouveler les ressources de ses terrés par des labours alternativement profonds et superficiels. Il ne se croit pas obligé d’éviter toujours que deux récoltes de grains se succèdent; cependant il ne sème jamais du blé après de l’orge: il trouve que le blé après le blé est moins mauvais. Il sème quelquefois du blé après de l’avoine; mais non pas de l’avoine deux fois de suite. En revanche, il trouve que deux récoltes d’orge peuvent fort bien se succéder. Il a éprouvé qu’en alternant les labours profonds et superficiels et en fumant convenablement, on pourroit faire dix ans de suite de belles récoltes d’orge dans le même terrain. Lorsque ses terrains s’épuisent, il les met en D E M. r D U C'X r E T. ' 435 en près artificiels, qu’il rompt ensuite pour y mettre le grain dont le débit sera le plus avantageux. 11 paroît croire qu’un fermier qui entend ses interets doit examiner toujours quelle est l’espèce de grains qui lui promet les rentrées les plus sûres et les plus considérables, et semer en conséquence, sans s’attacher à une rotation régulière dans ses récoltes. Une saison défavorable peut l’empêeher de semer ce qu’il avoit compté mettre en terre , mais il regarde comme un avantage marqué de sa méthode de culture, que son terrain soit toujours prêt pour recevoirla semence qu’il juge la plus convenable de lui confier en remplacement de ce qu’il n’a pas pu semef. Il recommande , en conséquence, l’usage des charrues qu’il emploie, et la méthode des labours alternativement superficiels et profonds , et affirme qu’en procédant ainsi, les grains peuvent se succéder de quelque manière qu’on le désire. Il ne croit pas que sa méthode pour la succession des récoltes soit susceptible de réussir lorsqu’on laboure selon l’usage commun. Il a essayé de semer trois ans de suite, dans le même champ , du blg de Sibérie. II est convaincu que cela seroit avantageux, pourvu que le prix du blé encourageât l’opération. Il recommande ce ble’ de Sibérie comme Tome 2 . Ee ■ (. 454 Ï3 Ê h A C Ü 1 T U R ï épuisant moins le terrain , et parvenant plu» promptement à la maturité que le blé ordinaire. Il a d’ailleurs l’avantage de protéger les plantes des prés artificiels que l’on sètne en même lents, aussi efficacement que les grains de printems. M. Ducket a recueilli du blé de Sibérie le 2 5 Juillet ; ce qui lui a donné la facilité de semer îles turncps , qui ont bien réussi. Ces turncps ayant été consommés sur place avant Noël, il a resemé du blé de Sibérie dans le même terrain ; et ainsi de suite pendant trois ans. Lorsque la moisson se trouve tardive , il sème la graine de turneps parmi le blé en épis , et a de belles racines à Noël. Il a soin de semer , dans ce cas , par un tems pluvieux : avec celte précaution , le grain végète et la plante ^s’enracine , sans autre soin. Sa manière d’alterner les labours profonds et superficiels, contribue à assurer le succès d’un tel procédé, parce que chaque couche offre des ressources nouvelles. D’ailleurs, il fume convenablement, et il fait manger sur place une récolte verte entre des récoltes de blé qui se succèdent ainsi sans interruption , d’une année à l’autre. Il pense que les jachères sont indispensables aux terres argileuses ; parce que les mottes de terre ue peuvent s’y briser convenablement D E M. D U C K E T. 435 sans rester expose'es à l’air pendant un tems suffisant. Mais il rejette les jachères pour les terrains légers ; et il observe que le piétinement des animaux qui pâturent les récoltes vertes dans les intervalles des récol tes de grains, concourt à l’amélioration de ces terres légères. Il ne laisse jamais reposer sa terre plus long- tcms qu’il ne le faut pour la préparer à la récolte verte qui doit être pâturée. De cette manière, il peut tenir beaucoup plus de bêtes , et augmenter la quantité de ses engrais. Les jachères d’hiver peuvent améliorer sensiblement certaines terres. Il faut , lorsqu’on veut les employer, rompre le chaume immédiatement après la récolte , pendant la sécheresse ; bien égoutter les terres pour l’hiver , et les amender ensuite avant de semer. Or, M. Duckct préfère à toutes ces opérations, l’effet d’une récolte de turneps , de seigle , ou de vesces , mangée sur place. Lorsqu’il veut nettoyer un champ empoisonné de chiendent ( triticum repens ) , il le laboure très-profond , avec la trench plough, pour enterrer cette mauvaise herbe très-bas, ce qui la fait périr. -Les racines qui restent près de la surface se détruisent à la lîoue. II tire aussi un grand secours, pour la destruction de cette méchante herbe, d’une récolte qui 456 DE DA CULTURE DE M. DUCK ET.' croît rapidement et donne beaucoup d’ombre j mais la succession des turneps , du seigle , ou des vesces , consommes sur place , et cultives dans l’ensemble de son système, détruit plus efficacement que rien autre , le triticum re- pens. Ce système qu’il suit depuis plusieurs années , est condamné par beaucoup de gens, mais il persiste à le croire très-profitable, soit par l’économie de la cuture , soit par la richesse des résultats. > 457 COUP-D’ CE IL GÉNÉRAL SUR L’AGRICULTURE DU COMTÉ DE GLOCESTER, Par G. TURNER (i). Tiré des Mémoires de la Société de Bath. Le Comté de Glocester contient, selon la carte de Bowen, huit cent mille acres d’étendue. Hauteurs de Cotswoetd. Ije terrain varie en qualité. La plus grande partie est une bonne terre ve’ge'tale tnêle’e de pierres : le sol inferieur , un détritus de roche calcaire. La profondeur moyenne de la terre labourable n’excède guères quatre pouces. Il y a de place en place des terres froides et fortes : il y a des paroisses entières sur ces hauteurs qui sont des terrains de celte qualité'. Près de Fairford et de Cirencestcr le sol est plus riche et plus profond. Il y a (1) Voyez l’agriculture de la vallée de Glocester et des hauteurs de Cotswold, d’après Marshall : le lecteur pourra comparer les faits. ÀCniCUIiTTJRE i '438 r dans le premier endroit, des terrains sablonneux et productifs dans les années humides , mais sujets à ne donner que peu dans les anne'es sèches. L’eau de source y est egalement très-rare : cependant , la plus grande partie des hauteurs de Cotswold est bien arrose'e. Les propriétés sont e'tendues; et c’est l’opinion généralement établie chez les agriculteurs- ^ pratiques les plus instruits , que les fermes f . de 200 à 5oo acres sont d’une exploitation beaucoup plus profitable que les petites fermes; , soit pour le particulier, soit pour le public. Dans les vallées , il y a une assez grande partie du terrain en pâturage permanent. Il y a également des pâturages que l’on ne rompt jamais sur les pentes des hauteurs. Les plus estimés valent de 20 à 5o shellings l’acre par an. On y préfère , en général , l’industrie de la laiterie , à celle de l’engrais des bestiaux. Les vaches qu’on emploie sont de la race de Olocester-shire, croisée quelquefois avec d’autres. Dans la plupart des fermes, on a quelques vaches pour la consommation de la maison ; et quoique la nature du sol fasse des moutons , l’animal le plus précieux à nourrir, on trouve cependant du profit à avoir du gros bétail en certaine quantité , pour tirer le plus de parti possible des pâturages. Les marchés ltebdo- DU COMTÉ DU GI.OCUSTF.tl. 4$9 tnadaires de Glocesler fournissenl beaucoup de choix entre les bestiaux de Galles , de Hereford-sbire, et Somerset-sbire. Ces derniers, et les bœufs de Glarnorgan paroissent les plus avantageux à entretenir, et les plus faciles à engraisser lorsqu’on les re'forme de la charrue. Dans l’e'table, on les engraisse principalement avec du foin , de la paille hachée , de la farine d’orge , de l’avoine et du son. Les petits bœufs de Galles s’achètent au printems, et s’engraissent au pâturage dans le courant de l’été. En automne on les vend sans qu’ils aient quelquefois mange une livre de foin ; chose extrêmement précieuse dans un pays où le foin est rave et cher. Autrefois les moutons des hauteurs de Cotswold e'toient de petite taille , et sans cornes , portant trois livres de laine fine. On les tenoit dans des bergeries, mais aucun agriculteur , maintenant vivant , n’a vu cet usage. Il sembleroit assez probable que ce qui a été affirmé par d’anciens auteurs , mais qu’on a contredit en dernier lieu , savoir que les Espagnols ont tiré des Cotswolds leur race à laine superfine , est fondé en fait ( 1 ). (1) L’auteur ne donne pas les raisons de son opi*- tuon ; mais elle est aujourd’hui tout-à-fait abandonnée. 44o ÜSRICÜl'TUKÏ Depuis ce tems , le système des clôtures , et l’émulation des fermiers pour se procurer de ' beaux beliers , ont relevé cette race , et augmenté le poids des laines , qui, à la vérité, sont moins fines, mais sont néanmoins fort estimées , pour le peigne, comme très-moelleuses , et d’une bonne longueur. On a essayé de la race de N. Leicester , et on a trouvé qu’à la première et à la seconde génération , lorsque le choix des animaux avoit été bien fait, il y avoit une amélioration sensible, pour la taille, et la disposition à prendre la graisse; mais que si l’on persistoit à croiser les métis de la seconde génération avec la race de Nw Leicester, les animaux qui provenoient de ces croisemens perdoient en taille , et en qualité de laine, comme en quantité. Cesinconvéniens ne se trouvent point compensés , dans les individus, par la faculté de se nourrir de moins , et de s’engraisser mieux ; faculté qui a fait la réputation de la race de N. Leicester. On trouve , au contraire , qu’il faut à ces métis de la troisième ou quatrième génération , au moins autant de nourriture , et de tems pour s’engraisser qu’à la race du pays. Je ne dis rien de la valeur comparative des viandes : c’est au marché de Smithfield qu’il faut chercher des renseignemens positifs et satisfaisans sur ce point. tfU COMTÉ DE GLOCESTEtt. 44 1 Ordinairement dans les Cotswolds , on engraisse les moutons à deux ou trois ans. Le poids moyen du quartier de mouton est de 26 livres ; d’un quartier de brebis 22 livrer La moyenne du poids des toisons , sur tout le troupeau , est de sept'livres , et le prix de la toison environ 4 shel. et demi. En gardant les moutons un an de plus , on les pousse quelquefois jusqu’à 4o et même 5o livres le quartier. Il n’y a peut-être aucune partie de l’Angleterre qui ait éprouvé des ameliorations plus conside'rables, que les hauteurs des Cotswolds. Les plus anciennes clôtures datent d’environ 4o ans , mais il y en a beaucoup d’autres plus re'centes ; et le petit nombre de paroisses qui sont encore à enclorre , ne tarderont pas à éprouver cet avantage. La rente est plus que doublée , par cette opération , et tous les produits augmentés dans la même proportion. Autrefois les cours étoient alternativement blé et jachère : aujourd’hui, l’assolement ordinaire est de sept ans. Un septième du terrain est en sainfoin : le reste est alternativement en tur- neps, orge, trèfle deux ans , blé et avoine. On sème souvent des pois après l’avoine ; mais plutôt pour la consommation de la ferme que pour vendre, car cette récolte est très-précaire. 34a ACRICU 1 TÜR 1 ! On remplace quelquefois , mais pas aussi souvent qu’on le devroit , l’avoine par les vesces pour couper en vert, ou faire consommer sur place aux moutons. Le pays est renomme' pour la culture du sainfoin. Ordinairement on le sème avec l’orge après les turneps , à raison de 3 bushels par acre , en y ajoutant 5 livres de trèfle jaune , qui augmente le produit de la première aimee, et qui, en occupant le sol, empêche les mauvaises plantes d’en prendre possession avant que le sainfoin soit suffisamment fort. Il y a d’excellens cultivateurs qui ont e’te conduits à essayer une autre me'thode , qui aujourd’hui a beaucoup de partisans ; c’est de ne mettre le sainfoin que sur une terre epuisèe par des récoltés de grains re'pête'es , et dans laquelle le chiendent est e'tabli. Le sainfoin , prenant sa nourriture très-bas , n’est pas affecte' de la pre'sence du chiendent, comme le seroit le froment ; et le brome (l) , qui est le grand ennemi du sainfoin , est maintenu dans un état de foibl*tsse par le chiendent. Dans cette pratique on le sème e'galement avec l’orge, et (îj Le brome finit par tuer le sainfoin, parce que, mûrissant avant lui, il répand sa graine, et s’épaissit à ses dépens d’aunée en année. \ r I)U COMTÉ DE GLOCESTEU. 443 à raison d’un busltel par acre seulement. On a observe' que lorsqu’il est semé clair , les racines prennent beaucoup plus de force, et que la plante finit par être en pleine possession du sol , à la troisième année (1). D’autres praticiens blâment de'cide’ment cet usage de semer clair. Ils observent que comme le sainfoin est principalement destiné aux moutons, lorsque les plantes sont rares èt grandes, les tiges sont fort dures , et ne se mangent pas à beaucoup près en totalité. J’ai connoissance de deux cas , dans lesquels on a essayé de semer le sainfoin sur une terre épuisée et sale , et où il a manqué. Il ne faut faire ce genre d’essais qu’en petit. Dans les environs de Stovve , je sais que le quart des terres est en sainfoin ; mais comme il faut un grand nombre d’années avant que les terres qui ont produit du sainfoin puissent en redonner , celte proportion est probablement trop forte. La durée du sainfoin dépend beaucoup de la manière dont on le soigne. Si on fauche avant la pleine fleur, on nuit à la plante, parce que la racine perd beaucoup d’eau et (i) Je suis, d’après mon expérience, dans le système directement contraire : j’en ai dit les raisons , et j’aurai occasion tlV revenir. ' 444 ÀCRICD'IiTÏÏRE se pourrit quelquefois : par la même raisoii Fon se trouve bien de laisser grerter la plante (i). Si l’on veut que le sainfoin dure , il ne faut jamais le faire pâturer qu’en Octobre et Novembre et seulement avec des bêles à cornes, car les moutons nuisent à la plante , en pinçant trop près. Le regain du sainfoin est cependant un excellent pâturage pour les agneaux sevrés ; et on le leur destine ordinairement. Il est vrai que les fermiers sont contens quand le sainfoin a duré sept ans. Cet espace de tems a renouvelé les forces de la terre , pour produire du grain ; et ce qui est c'puisé se remet en sainfoin. Lorsque la prairie artificielle de sainfoin ne vaut plus la peine d’être fauchée , on la fait pâturer , ce qui épaissit l’herbe, et fournil plus de cendres à l’écohuage , procédé par lequel on défriche toujours,les sainfoins. Ordinairement on fait succéder les turneps à l’avoine. On rompt le chaume en automne , ou au commencement de l’hiver. Lorsque les semailles du printems sont achevées, on donne les labours et hersages nécessaires pour faire (i) C’est surtout par la raison qu’elle s’engraine beaucoup sur le terrain, et que quand la terre est fraîche ou qu’il pleut, elle germe et épaissit le pré. I DU COMTÉ DE GLOCESTER. 445 végéter, et pour de’lruire les mauvaises plantes. On applique principalement à cette récolté le fumier ôes cours de la ferme. On sème les turneps depuis la fin de Mai au commencement d’Août : on les lioue une fois , ou deux fois, selon le tems qu’il fait et le loisir que l’on a. On les fait manger sur place par les moutons. On commence toujours par faire manger ce qui est au bas des collines , N et l’on va en remontant. On donne en même tems beaucoup de foin : delà est jugé nécessaire à la santé et à l’engrais de l’animal. Les turneps ainsi consommés enrichissent beaucoup la terre , et font un excellent elTel dans le cours de l’assolement. L’orge se sème après les turneps , sur un seul labour , aussitôt qu’on a fini les semailles de l’avoine et des pois. On sème le trèfle et autres plantes de prés , soit avec l’orge , soit immédiatement après la levée , et avant de rouler. On passe une claie d’épines pour bien enterrer les semences. On met ordinairement 3 bushels d’orge par acre, et ils en rendent 24. On sème communément avec l’orge, de deux à six pecks de ray-grass , et de 5 à îo livres de trèfle jaune , avec un peu de grand trèfle de Hollande. Les terres légères se lassent promptement du grand trèfle, et le blanc de AGRICULTURE 446 Hollande commence à perdre de sa réputation comme pâturage, de brebis. Dans l’usage ordinaire , on coupe pour foin la première année , et on laisse pâturer la seconde , avant de rompre pour le blé. M. Peacey de North-leach , cultive depuis vingt ans une espèce de ray-grass qui mérite beaucoup d’attention. Il n’y a peut-être aucune plante d’un plus grand prix pour les bestiaux que celle-là lorsqu’elle est employée avec jugement (1). Elle est extrêmement printanière. Une pièce de ray-grass, nourrit pendant un mois , au printems dernier , huit brebis avec leurs agneaux , avant qu’aucune autre herbe donnât le moins du monde à pâturer. Le ray-grass est très-nourrissant. Tous les bestiaux l’aiment de préférence aux autres herbes : on peut s’en assurer dans les pâturages où ils ont le choix ; ils ne manquent jamais de ronger jusqu’à la racine les parties semées en ray-grass , avant de toucher aux autres. Mais il faut que les prairies en ray- (1) J’ai déjà eu occasion de remarquer que, pour connoître tout le prix de cette ivraie, il faut la faire pâturer , et l’employer , comme les Anglois le font, à l’engrais des bœufs au printems, et à la nourriture des brebis ou agneaux, avant que les autres pâturages yous^gut. BU COMTÉ DE GLOCESTER. 447 grass soient toujours charge'es de moulons ; car du moment où on le laisse monter en tiges, il perd en saveur et eu qualité' nourrissante. Lorsqu’on veut le couper pour foin , il faut le faire au moment où l’épi paroît, et avant qu’il soit lout-à-fail forme’. En automne , il donne aussi un pâturage très-abondant. Il gagne à mesure qu’il vieillit; et l’on trouve qu’aucune plante ne fonde plus solidement un pâturage permanent. Les fermiers des Cotswolds ne sont pas dans l’usage de recueillir eux-mêmes leur graine : les pâturages ont trop de prix , et l’entretien des moulons est trop important à leur économie rurale. La difficulté qui en re’sulte pour se procurer de la graine , a fait admettre, depuis quelques années , des qualite's inferieures de ray-grass. Certaines varie'te's se sont trouve’es annuelles; elles donnoient beaucoup la première année, et pêrissoient l’hiver suivant : d’autres variétés e'toient durables, mais donnoient fort peu , surtout en pâturage d’automne. Les grandes perles qu’on a éprouvées , par cette Cause , ont rendu les fermiers plus attentifs dans le choix de la graine , et ont fait renchérir considérablement celle qui étoit assurée. M.Pe ac'ey en a semé une très-grande quantité l’année dernière, pour répondre à la demande i 448 AGRICULTURE de graine qu’il prévoyoit devoir être considérable cette anne'e-ci. Toute sa graine est retenue d’avance à demi-guinée le bushel , prix qui a été fixé par les fermiers eux-mêmes, en conséquence de l’expérience qu’ils ont eue de sa valeur , et de l’idée où ils sont que l’on ne sauroit trop encourager la culture de celte excellente variété , à l’exclusion de toutes les autres (1). On a dans les Cotswolds une singulière méthode pour semer le blé. On laboure cinq ou six semaines avant de semer. Si le terrain se remplit d’herbe , on croit que c’est tant mieux. Dès la première pluie d’août qui pénètre bien la terre , on commence à semer , et jusqu’au milieu de Septembre on estime que c’est le meilleur tems. On enterre la semence à la herse , avec des herses pesantes. On estime que s’il pleut pendant celte opération c’est une circonstance heureuse; de bons cultivateurs prétendent que nos terres étant naturellement trop légères pour le blé , cela leur donne de la consistance , et qu’en même (i) J’enai reçu de M. Vilmorin, sousle nom depeacy ray-grass, que j’ai semé au printems 1807, et dout j’ai recueilli de la graine. Je ne puis pas encore parler de ses produits. (Janvier 1808.) tems DU COMTÉ DE GLOCESTER. 44g tems les mêmes lierbes sont retardées dans leur croissance par la herse , si elles ne sont pas déracine'es. Il est certain que j’ai compare' des pièces voisines l’une de l’autre , de terres exactement semblables $ l’une semée par la pluie , et l’autre en tems sec : celle-ci misérable et extrêmement sale, tandis que l’autre étoit belle. Cette méthode n’a rapport qu’aux terres légères et sèches : pour les tefrains froids et pesans , on a égard au tems dans lesquels ils se travaillent le mieux. On emploie souvent dans ces terres-là , une jachère complète pour préparer au blé , que l’on fume alors , et sur lequel on sème au printems du grand trèfle, en hersant. Après deux ou trois ans, on rompt ce trèfle pour semer du blé, puis de l’avoine ; ou bien l’on sème de l’avoine après le trèfle. On sème quelquefois des turneps dans ces terres froides , mais on feroit mieux de n’en rien faire : on fait probablement plus de mal en pétrissant la terre, que de bien par la consommation des moutons , sur place (x). On ne peut y semer ensuite que de l’avoine , et elle n’est pas toujours belle. Le blé , le trèfle , et (i) Il y a une meilleure raison encore, c’est que ces terres sont malsaines pour les moulons. Tome a. Ff * 45o AGRICULTURE l’avoine , sorti ]es recolles qui réussissent le mieux dans ces terrains. Les choux ne sont pas cultives en plain champ : les terres de— manderoient pour cette culture plus de fumier qu’on ne peut y en mettre avec profit. C’est ici le lieu de remarquer une erreur de Marshall dans son ouvrage sur la culture de Glocester- shire. Il représente les fermiers des Cotsvvokls comme recherchant toujours l’occasion de semer en terre humide , quelles que soient les récoltes, et travaillant même leurs jachères quand les terres sont détrempées d’eau. C’est une méprise qui vient probablement des rapports qu’il aura reçus concernant la manière de semer le blé , ainsi que je viens de l’expliquer. C’est un fait, que les fermiers cherchent à cultiver leurs jachères par la sécheresse , comme partout ailleurs. Ils sèment également l’orge en tems sec. Lorsque le chaume de blé est assez long et assez épais, on le fauche ; sinon on le herse Ou le ratisse , pour l’arracher , et le charier dans les cours de la ferme. On rompt ensuite pour semer de l’avoine en Février , à raison de 4 bushels par acre qui en rendent a4. Les pois se sèment le plus tôt possible, au printems. Ordinairement on les sème sous raies , à raison de 5 bushels par acre , qui en rendent communément 2 4. DÜ COMTÉ DE GEOCESTElt. 45 i Quelques fermiers sèment des vesees d’hiver pour faire manger sur place par les brebis. C’est ordinairement après le blé qu’on les sème, et aussi promptement que cela est possible. C’est vers la fin de Mai qu’on y met les brebis. Ordinairement on les parque dessus les vesees , comme sur les turneps. Si la récolte est très-belle , la meilleure manière est de faire manger les vesees à la claie , c’est- à-dire , avec des claies qui font râtelier , et derrière lesquelles le berger, après avoir fauche' un ondin de vesees, les range pour que les brebis puissent les manger. A mesure que les vesees se coupent, le troupeau avance , et les claies se remuent ; en sorte que le champ se trouve mange' très-proprement et la terre est aussi amendée qu'elle l’auroit été. Aussitôt que le champ est débarrassé , on laboure et on sème des turneps. Si la saison est favorable , ils deviennent beaux , mais on ne peut pas compter dessus coramrae principale récolte. Quand on a besoin d’une succession de fourrages, on ressème des vesees de printexns. Les principaux fumiers sont ceux des cours. Les chaumes se consomment ordinairement en litière , sous les bestiaux. On a communément assez de bêtes pour manger la paille , ruais il arrive pourtant quelquefois qu’on en 45a aC'KicuXjTur.z manque , faute d’avoir eu suffisamment de pâturages pour les nourrir l’e'le'. Si l’on con- vertissoit en prairies une plus grande quantité de terres , et que l’on fît croître plus de productions à l’usage des bestiaux, le public et les cultivateurs s’en trouveroient mieux. On ne s’occupe point assez d’empêcher que les pluies ne délavent les fumiers des cours , et de conserver les eaux de fumiers ou urines. On rompt ordinairement les pâturages , ou 1rs chaumes herbeux , en les e'cobnant : on s’en trouve très-bien. La chaux est trop chère pour engrais. La suie réussit sur les sainfoins ; mais on ne peut pas s’en procurer en quantité' suffisante. Autrefois on employoit la marne en divers endroits du district : dernièrement on en a ouvert une carrière auprès de Northleah, au grand avantage des pre's du canton. Le parcage des moutons est peu pratique' : les observations des Annales d’agriculture sur cet usatre méritent attention. O L’irrigation des prés est très-bien entendue et appliquée dans le district ; et je ne crois pas qu’il y ait une seule prairie où cette amélioration ne soit pas employée quand elle peut l’être. Le chariot usité dans les Cotvvolds est reconnu par Marshall pour le plus parfait qui BU COMTÉ CE GLOCESTER. 455 s’emploie en Angleterre. La charrue est à une seule roue, et a un long manche : elle a gagne' dans sa construction , en dernier lieu. Elle est ordinairement attelée de quatre chevaux , ou de quatre et cinq bœufs. Pour les seconds et troisièmes labours , on diminue les attelages. Il est très-probable qu’on pourroit avec des charrues mieux construites faire plus d’ouvrage à moins de frais ; mais les terrains e'tant en ge'ne’ral tenaces, et remplis de pierres , demandent plus de force qu’on ne jugeroit necessaire au premier coup-d’œil. Les chevaux et les bœufs sont egalement employés. L’usage de fâire travailler les bœufs avec des harnois gagne de jour en jour, mais pas aussi vite qu’il le faudroit. Un attelage de chevaux est necessaire pour charier le grain au marche , à cause des routes montueuses et pierreuses ; mais partout où il faut plus d’un attelage, il y a du profit à préférer les bœufs. Lorsque les bâtimens de la ferme ne comportent pas des e'tables de bœufs , on a une barraque sur un traîneau , dans laquelle on tient les harnois des bœufs , et qu’on mène auprès des pâturages où ceux-ci se nourrissent afin d’e’viter desalle'es et venues qui font perdre du tems. On se sert des mêmes barraques pour y mettre les yeaux qu’on engraisse. 454 iCniCBLTüllE Il y a beaucoup d’anciennes fermes dont les dépendances ne sont point suffisantes , ce qui est dû aux perfectionnemens que l’agriculture a e'prouve’s. Dans les fermes nouvellement encloses , les bâtimens sont d’ordinaire suffisamment vastes et bien situes. Ou divise la ferme en sept portions encloses , de même étendue , pour y suivre l’assolement de 7 ans , et on reserve auprès de la maisôn quelque terrain pour les cultures de curiosité' ou d’expérience. Les clôtures se font en pierres sèches dont les carrières sont ordinairement assez à porte'e, et d’exploitation facile. On plante aussi des baies vives ; mais le tems et les soins nécessaires pour les faire re'ussir, en dégoûtent. Ce ( qui réussit le mieux , c’est de les planter en- dedans des murs. On estime que la population s’est accrue dans les Cotsvvolds depuis quelques années , par ce que les clôtures ont donne' aux manœuvres plus d’occupation. La petite vérole fait de tems en tems de grands ravages dans le pays : il faudroit inoculer généralement de •cinq en cinq ans; ce seroit un grand bienfait pour le pays (1). (i) La vaccination n’étoit pas encore suflisammeut éprouvée lorsque Turner a écrit. » BU COMTÉ DE GLOCESTEU. 455 Le prix du travail est beaucoup monte. En hiver les ouvriers coûtent de 12 à i 4 pence; aux fenaisons de 18 à 20 ; et à la moisson, 2 shellirigs : on donne ge'ne’ralement de la bière. Les femmes gagnent de 6 à g pence aux fenaisons, 12 pence aux moissons. On ^unmence le travail à 6 heures du matin et il finit à 6 du soir. Pendant les foins et la moisson , l’on re'compense le travail cpii passe cette heure-là , par un supplément de bière. Il y a bien long-tems que l’on pratique les desse'chemens par des coulisses , dans cette partie de l’Angleterre; car on trouve très-fréquemment de vieux aqueducs en pierres ou en fascines , lorsqu’on creuse pour en faire de nouveaux. On a beaucoup desséché depuis quelques années, et il reste beaucoup à faire; mais les terres les plus argileuses , qui en ont le plus besoin, sont tellement tenaces , qu’il faut extrêmement multiplier les canaux de dessèchement, parce qu’un canal ne peut point attirer de loin. La méthode de M. Elkington pourroit être appliquable dans ces terrains argileux. La plupart des coulisses se garnissent en pierres : on met les plus grosses dans le fond , et quand la coulisse est remplie, on met un peu de paille dessus , ou bien l’on renverse les gazons pour empêcher que la 456 Agriculture terre ne s’insinue et ne remplisse les intervalles des pierres (1). L’écobuage est une pratique favorite du pays., Tous les vieux sainfoins , et les gazons qui ont une consistance suffisante, se rompent de cette manière. Ordinairement on met d’abord des turneps, qui donnent très-bien; mais comme il n’y a pas ensuite assez de tems pour pre'parer la terre à une récolte d’orge avec des graines de pre's , on préfère de semer du blé sur un seul labour , immédiatement après l’écobuage. Après le blé , on peut compter sur une belle récolte de turneps, et ensuite Qn a tout le tems de préparer le terrain pour le remettre en pré artificiel (2). Les chaumes de blé , qui sont très-herbeux , sc brûlent souvent avec succès pour mettre (1) La mousse, que nous employons en pareil cas, me paroît préférable. Elle est d’un transport très-facile, et remplit parfaitement l’objet. (2) Le but de l’opération de l’écobuage doit être de remettre en pré le plus tôt possible, et avant que l’influence de l’engrais des cendres soit affoiblie. Avec ce but, l’écobuage est une admirable opération d’agriculture ; mais si l’on brûle le gazon pour faire trois ou quatre récoltes successives de grains, on ne sait plus que faire ensuite d’un terrain complètement appauvri : ce 11’est pas l’écobuage qui aura épuisé la terre, c’est la mauvaise agriculture de l’écobueur. DU COMTÉ DE GLOCESTEÏl. 457 des turneps. Enfin les bons effets de l’éco- buage sont incontestables, toutes les fois qu’on le fait suivre des turneps et du trèfle ; mais, ainsi que beaucoup d’autres bonnes choses, l’écobuage est sujet à abus : il y a des fermiers avides, et de mauvaise foi, qui e’cobuent pour faire plusieurs re'coltes de grains , et laisser ensuite la terre dans un e’tat d’e'puisement. Les bois manquent dans le pays. Les frênes y réussissent très-bien en ge'ne'ral j on s’en sert pour les portes et les barrières , en même tems que comme combustible : celui-ci est fort cher. Ce qui contribue encore à renchérir le frêne qui est le principal bois des taillis du canton , c’est que les tonneliers viennent le chercher de très-loin. U faudroit que les propriétaires missent plus de soin à employer tous les coins inutiles de leurs possessions à planter des Irêues, ou des aulnes quand le terrain est trop humide pour que le frêne y re’ussisse. On a remarque’ que celui-ci ne sauroit végéter sur les hauteurs , quoiqu’il réussisse très-bien sur les pentes. C’est grand dommage qu’on ne s’adonne pas davantage aux plantations dans ce district. La croissance des bois est rapide. On coupe les taillis de frênes de 18 en 18 ans , et on calcule le produit de 5 o à 60 liv. sterl, par acre à chaque \ 458 A & Il I C U Ij T U R E coupe. On a soin de maintenir cultive'es à la houe les plantations nouvelles ou les taillis coupes, jusqu’à-ee que la pousse soit assez forte pour étouffer de son ombre tout ce qui nuiroit à la ve'ge'tation. Il y auroit beaucoup à gagner dans ce pays- ci , pour la rédaction des baux. Il seroit à de'sirer qu’on trouvât moyen de protéger egalement les intérêts du maître et du fermier. La plupart des proprietaires, pour sc mettre en garde contre la ruse et l’avidite des fermiers , les gênent de telle manière que leur industrie et leur e'mulation sont enchaîne'es, sans que cependant les paresseux et les fripons en soient plus actifs ni plus fidèles. Ce district a infiniment gagne' depuis quelques anne'es j mais l’abolition des dixmes en nature le feroit gagner bien davantage , si ce bienfait pouvoit s’obtenir. Dans les cantons nouvellement enclos , on s’est debarrasse' de ce fardeau moyennant l’abandon d’une partie de la propriété : on a donne’ gêne'ralement 5 des terres arables , et 5 des pre's.. I Hauteurs de Stroudwater. Le sol des Slroudwater - hills est généralement assez bon , moins tenace que dans les Cots-wolds, mais moins productifs. 11 y a cer- 1 DU COMTÉ DE GLOCESTER. 45g taine quantité de terrains humides dont l’herbe est de mauvaise qualité’. Le climat a beaucoup de rapports avec celui des Colswolds. On trouve dans les vallées de grands espaces de bons prés qu’on applique à engraisser des bestiaux et à la laiterie , principalement à celle-ci. H y a quelques près arrosés , mais beaucoup d’autres qui devroient l’être. 11 y a beaucoup de moutons sur les hauteurs de Stroudwater. La race est celle de Wiltsbire à cornes. Le poids des toisons est de neuf, au tod de 28 livres, lequel vaut, cette anue'e, 26 shellings 6 den. Le poids moyen du quartier d’un mouton gras est de 25 livres. Les assolemens sont les mêmes que ceux des Cotswolds. J’ai vu ici un emploi des tur- neps. dont je n’avois aucune ide'e ; c’est de les faire manger aux chevaux. M. Ilayward les dorme en abondance aux chevaux de travail , et ils s’en trouvent très-bien : il paroît qu’ils mangent mieux le fourrage sec lorsqu’on leur donne des turneps. Ses chevaux n’avoient point mangé d’avoine depuis six mois, quand je les ai vus; et quoique soumis à un travail très-fort , ils étoient en fort bon état. Un fermier deCotswold ne voudroit pas priver sa terre de l’avantage qui résulte de la consommation sur place par les moulons à moins que la 4G» AGRICVIiTURB recolle ne fût très-abondante , auquel cas on peut en ôter une partie pour la faire consommer à l’étable. M. Tugwell a invente' la charrue à deux chevaux, dont on a fait une mention honorable dans les Transactions de la Société de Bath , et qu’il a été prié de décrire avec une plus grande précision. J’ai vu plusieurs de ces charrues à l’ouvrage chez M. Hayward : elles eheminoient avec aisance et Iabouroient très- bien. Il m’a assuré que dans une joute de charrues qui eut lieu entre quelques-uns de ses voisins, on laboura un acre en six heures, avec cette charrue attelée d’un seul cheval. Il y a une singulière disette de couverts et d’abris dans ce canton. Les instrumens d’agriculture sont abandonnés aux intempéries des saisons pendant toute l’année ; et ils s’usent plus par l’influence du soleil et des pluies que par leur emploi réel. Les bestiaux sont dans les cours, sans aucun abri , ce qui , ( surtout s’ils sont nourris de paille ) les fait dé- cheoir singulièrement pendant le courant de l’hiver. Les vaches des laiteries qu’on laisse exposées à l’air , dans les vallées , pendant l’hiver, diminuent considérablement, quoique nourries au bon foin. Dans les endroits ou on les tient à l’abri» sous de bons couverts, ou csr comté De glocester. 46 i dans des étables, elles se soutiennent, quoique nourries à la paille. La plupart des terrains sont enclos ; mais l’étendue des enclos est encore trop considérable relativement à la grandeur des fermes j ce qui a de l’inconvénient. Les manufactures de laines sont très-actives dans cette partie de l’Angleterre. Les beaux ouvrages languissent maintenant , mais les ouvrages grossiers , les draps pour l’armée et la compagnie des Indes occupent beaucoup les fabriques. Comme on emploie aujourd’hui les machines pour tous les procédés que subit la laine jusqu’au métier qui la fabrique eu drap , il y a beaucoup de mains qui ne sont plus occupées; et j’ai vu bien des gens attribuer à cette cause le surhaussement excessif de la taxe des pauvres : elle va dans quelques endroits jusqu’à six shellings par livres sterling de' revenu ; et cela , dans le voisinage immédiat des manufactures. Je suis disposé à attribuer cet effet aux mœurs vicieuses des ouvriers, plutôt qu’à l’introduction des machines. Ces ouvriers peuvent gagner jusqu’à une guinée et demie par semaine ; or , en supposant que les machines à carder et à filer aient jeté les femmes et les enfans dans un désœuvrement absolu, le gain du père de famille suffit éga- 462 A&EICtLTURE lemcnta leur entretien. Mais malheureusement 6e gain ne s'applique pas à sa destination la plus désirable : le père s’enivre , tandis que sa femme et ses enfans sont nourris et vêtus aux dépens de la paroisse. Les ouvriers les plus Labiles, ceux qui gagnent le plus , sont ordinairement couverts de haillons ; et si la branche d’industrie qui leur donnoit à vivre , vient à languir, s’ils tombent malades, ils sont dans la plus profonde misère ( 1 ). Ce mal, (r) Les ouvriers dont l’éducation a été uniquement bornée à l’apprentissage de leur métier, et qui n’ont jamais eu de propriété, sont presque toujours impré- voyans, ou insoucians sur l’avenir. Ils ne voient dans les gains excessifs qu’ils peuvent faire en s’aidant des machines, que des moyens de travailler moins et de se divertir davantage. Sous ce rapport, les machiues qui abrègent le travail, lors même qu’elles feroient entrer autant d’argent dans la famille de chaque ouvrier, se- roient nuisibles au bien-être de ces familles. Elles le seroient encore en jetant dans l’oisiveté les enfans que l’industrie des laines occupoit auparavant. Mais le problème de l’utilité des machines qui abrègent le travail ne peut être résolu d’après des considérations partielles. Il faut faire entrer dans l’examen de cetle question les avantages commerciaux qui résultent de tout procédé qui abrège le travail, et avoir égard aux moyens de richesse et de prospérité nationale qui en découlent. Il faut remarquer, surtout, que si l’adoptiou des ma- DU COMTÉ DE GUOCESTER. 465 au reste , n’est pas particulier aux fabriques de laines, il appartient à toutes les fabriques: chines qui abrègent le travail étoit un mal, ce seroit un mal nécessaire, une fois que ces machines seroient introduites chez une Nation rivale. 11 seroit aussi dif- $ lîcile de soutenir la concurrence sans avoir recours aux mêmes moyens, que de faire la guerre contre elle, avec succès, sans employer les armes modernes. 11 y a des provinces, des districts, des cantons en Angleterre où l’industrie des laines est très-active, et où l’intreduction des machines à abréger le travail n’a pas eu le mauvais effet que l’auteur déplore pour le Glocestershire. C’est que l’éducation, les mœurs et les ressources du peuple des campagnes varient d’une province à l’autre. Eu Norfolk, par exemple, les femmes et les enfans ne sauroient être désœuvrés, parce que le blé s’y plante à la main et s’y cultive à la houe, parce que les sarclages, et les cultures de toutes sortes, occupent une grande partie de l’année. Le peuple y est laborieux et sobre; les habitudes de travail et d’ordre prises dès l’enfance, les moyens variés d’occupation, balancent le funeste effet de cette législation sur les pauvres qui est uue vraie plaie politique pour l’Angleterre , parce qu’elle crée l’indigence en l’accoutumant à compter sur une portion de la fortune des riches, comme y ayant droit. Il est donc prouvé par l’expérience que, même dans un pays où la législation des pauvres est vicieuse, la bonne éducation du peuple, les bonnes mœurs, la bonne agriculture, peuvent compenser certains mauvais effets de l’adoption des machines qui abrègent le travail, et laisser à la Nation, considérée ea masse, les avantages qui résul- 464 AG R. DU COMTÉ DE OLOCESTER. c’est un mal très-compliqué' ; et s’il y a un remède, j’invite à nous l’indiquer les hommes qui en sont plus capables que moi. tent pour le commerce, de tout ce qui simplifie les moyens. C’est une vue étroite que de prétendre arrêter ou détourner le cours de l’industrie ; et c’est une mesure absurde que de vouloir proscrire des machines déjà en usage ailleurs. \ AGRICULTURE 465 AGRICULTURE 'DU PAYS DE GALLES. X-/ÉTAT de l’agriculture en Novth-Wales , ne paroît pas avoir éprouvé' d’amélioration depuis des siècles : et le fermier de ce pays-là ignore jusqu’aux premiers élémens de son art : le défaut de communications avec le reste de l’isle le prive d’exemples utiles , et la misère se joint à son ignorance pour enchaîner son activité. Le cultivateur n’y suit aucun plan , et détermine sa culture au jour le jour. Il laboure ses champs quand il en a le tems , et sème quand la température le lui permet ; et c’est de ces circonstances que dépend principalement la quantité de blé ou d’orge qu’il sème dans son domaine. L’usage est généralement de semer de l’avoine sur un seul labour, donné en Mars ou Avril ; et de semer le blé et le seigle sur deux , et quelquefois trois labours de jachère. Les côtés foibles de la culture de Norlh- Wales , ce sont les jachères , le parcage , les, Tome 2. Gg 466 AGRICULTURE clôtures, les engrais, l’art d’appliquer ceux-ci, et les pre’s arrose's. Les jachères seules prouveroient que l’agri- cul,ture du pays est dans un e'tat d’imperfection; et il viendra sans doute un tems pour ces cantons , où les jachères seront aussi ge'ne'ra- lement rejetées qu’elles sont approuvées aujourd’hui. Un fermier des provinces de l’Est seroit bien étonné d’entendre dire que la.terre a besoin de repos ; il demanderait si la terre a des organes qui soient en rapports avec les nôtres. Dans Je royaume immense et populeux de la Chine , on ne cônnoît rien de semblable à la jachère. C’est une énorme déduction sur le produit d’une ferme , qu’une année sans récolte tous les trois ou quatre ans ; cependant on ne peut pas nier que trois bonnes récoltes ne soient préférables à quatre mauvaises. Mais les fermiers Gallois ne savent pas même s’y prendre pour rendre les jachères profitables : par exemple , ils rompent un pré ou pâturage , et y sèment du grain , puis du grain encore , d’année en année , jusqu’à-ce que la terre , complètement épuisée de principes végétatifs, refuse de donner une récolte quelconque. Ordinairement ce détestable système est suivi jusqu’à-ce que la terre soit couverte DU PAYS DE GAULES. 467 de chiendent et d’autres mauvaises plantes : la pièce est devenue alors un maigre pâturage dont on ne sait plus quel parti tirer: on a ordinairement recours à l’écobuage , pour remettre un tel terrain en valeur. Si l’ancienneté étoit un titre d’excellence , l’e’cobuage seroit salutaire. Les Romains le pratiquoient , et Virgile l’a de'crit. Mais les fermiers les plus entendus trouvent dans ce proce'de’ plus d’inconve'niens que d’avantage (x). Il peut détruire des plantes pernicieuses , mais il nuit à la couche supérieure , et laisse des cendres qui , sans un correctif convenable , sont peu utiles à la végétation. Je 11e nie pas néanmoins , que dans les glaises profondes et dans les terres marécageuses , on ne puisse employer avantageusement l’écobuage , lorsqu’on prend les précautions convenables ; mais on s’exagère la faculté fertilisante des cendres : celles de la tourbe ne contiennent aucun sel f et sur vingt parties végétales que le feu décompose , il y en a dix-neuf qui s’évaporent par la combustion. Il n’y a que les végétaux (1) J’ai souvent parlé de l’écobuage, et je renvoie les lecteurs aux divers articles qui en traitent; mars l’assertion de l’auteur ne me paroît pas exacte , et tout ce qui suit en théorie rue semble hasardé ou erronné. 1 4 68 AORIC-lTIiTURE frais qui donnent des sels alkalis; mais ce qu’ils en donnent par l’e’cobuage est si peu de chose, qu’il vaudroit mieux acheter l’alkali pour le répandre sur les champs. Si l’on a en vue de rendre la terre plus meuble, il seroit plus avantageux de la brûler dans un four, pour la re'pandre ensuite sur les terres. Au reste, cet objet de l’ameublissement du terrain est infiniment mieux rempli par la chaux. L’ecobuage a été' formellement défendu en Irlande, par un acte du parlement, sous peine de jo Jiv. sterl. d’amende pour chaque acre ëcobué (1). Les fermiers de Galles auroient besoin de parcourir les comtes de Wilts et de Glocester, pour apprendre quel parti on sait tirer du parcage des moulons dans ces provinces. Us ver- roient combien l’on réussit à produire de belles récoltés de blë dans des terrains ingrats, dans des communaux arides , et éloignés par leur situation , de tous les autres moyens d’engrais. ( 1 ) Il vaudroit mieux instruire les cultivateurs à employer utilement la grande ressource de l’écobuage, que de la leur interdire , par la raison qu’on en abuse ■quelquefois. En général, quand le gouvernement ordonne et défend sur les objets d’industrie, il fait plus de m,al qu’il n’empêche d’abus. DU PATS DK GALLES. 46g Ils verroient que tout en faisant prospe'rer le» troupeaux , le parcage enrichit à peu de frais les plus mauvaises terres ; ils verroient qu’au moyen du parc , l’éleveur ou l’engraisseur de troupeaux , peut cultiver avec beaucoup de profit, une portion de ces terrains en grains, puis , avec les trèfles et les turneps , s’assurer des ressources d’hiver pour ses troupeaux (1). Mais pour que les fermiers de Galles pussent prendre le système du parc , il faudroit que les enclos fussent plus multipliés , afin que l’on pût nourrit pendant l’hiver un plus grand nombre de bestiaux. Il en résulteroit non- seulement une augmentation de viande , de beurre , de lait, de fromage, mais un accroissement d’engrais considérable pour enrichir les terres. Les bâlimens de ferme sont communément situés sur le penchant d’une colline , et le fermier n’a jamais l’idée d’arrêter les égouts des étables pour en profiter. Ses bestiaux errent pour la plupart en plein air , dans les pâtures qui entourent la ferme , et se nour- (1) Il est prouvé que le parcage des moutons sur les prés est également avantageux. L’herbe, si elle étoit de mauvaise qualité, devient fine et saine. Le piétinement est tres-utile : il concourt avec le fumier et l’urine pour favoriser la végétation des plantes dp la meilleure qualité. (A) 470 AftlICULTURE rissent de la paille qu’on leur donne , lorsqu’il n’y a rien à paître sur le terrain. Le fumier de ces bestiaux épars est nul pour la végétation ; car il y a un principe d’agriculture très-fondé , savoir qu’un le'ger engrais est comme point d’engrais. Le premier objet des proprietaires de Galles doit être de multiplier les clôtures ; et le principal objet des fermiers doit être le parc des moutons. En combinant ces deux moyens, on obtiendroit bientôt une plus grande étendue de bons champs , susceptibles d’un assolement régie’ et productif, et de prairies dont le terrain deviendroit meilleur à mesure qu’elles vieilliroient. Dans un pays peu peuplé , et où il n’y a point de grandes villes, les bons engrais sont nécessairement rares , et le parcage auroit, par cette raison , encore plus d’importanôe. Cependant le pays de Galles fournit encore d’autres moyens d’amélioration pour les terres, dont les effets seroient admirables si on savoit les employer avec jugement. Sur les côtes, les varecs ou plantes marines 5 dans l’intérieur des terres , la chaux , servent de supplément aux fumiers d’étable. La chaux produit de bons effets, ou en produit de mauvais, selon qu’elle est convenablement employée. Dans les terres argileuses e t les terrains marécageux, elle est fort BU PAYS DE GALLES. 47 1 utile par son effet me'canique et chimique. Elle divise les parties trop rapprochées, de la glaise ; elle absorbe l’humidile' des terres mouilleuses ; elle se combine avec les acides trop abondans dans les sols marécageux ; elle de'compose les matières animales et vége'tales , et favorise la putréfaction. Dans les terres où le sable siliceux domine , la chaux , donnant plus de te’nacite’ au sol, produit egalement des effets avantageux. Mais le fermier Gallois , qui ne fait aucune des distinctions nécessaires, qui applique la chaux en grande abondance dans des terres auxquelles elle ne convient pas , est souvent trompé dans scs espérances. Il résulte de l’application immodérée de la chaux , et dans des terres et des circonstances mal choisies , une stérilité complète. Ce qu’il y a de remarquable , c’est que le fermier Gallois 11’attribue jamais cette stérilité à sa véritable cause. Sur les prés , un premier chaudage , quelquefois un second , fait un fort bon effet , parce que la chaux trouve en abondance des substances végétales à décomposer ; mais lé résidu, redevenu carbonate de chaux ou craie, descend peu-à-peu dans la terre par les pluies, et forme au-dessous des racines des prés , une couche solide et infertile , qui nuit singulièrement à leur végétation $ en sorte que les 472 ÀC-HICUITURE prairies qui n’ont pas eu d’autre engrais ne tardent pas à devenir stériles. Les varecs ont ordinairement un effet prodigieux , lorsqu’ils sont appliques et enterrés à la charrue , immédiatement après être sortis de la mer. Dans les terres à orge , le produit est extraordinaire ; et il est arrive quelquefois que la valeur du terrain a sextuple’, par l’effet seul de cet engrais. Mais le plus souvent, les fermiers charient ces varecs quand ils en ont le tems , pour mettre ces plantes en tas et les laisser fermenter : cet engrais perd alors une grande partie de ses qualités; car sur ce point, les plantes marines diffèrent de toutes les autres matières employées comme engrais. La meilleure manière de conserver les qualite's des varecs , c’est d’en faire des composts avec de la chaux et de la terre. C’est un point de la plus grande importance pour le fermier qui est voisin de la mer. Les cultivateurs des parties maritimes ont le même tort relativement au sable de la mer : au lieu de l’employer frais et en petite quantité', par - dessus la récolte en végétation , ils le mettent en tas, et l’y laissent long-tems , de manière que les pluies le privent de scs qualités salines, qui seules lui donnent du prix. Tous les raisonnemens du monde n’ont DU PAYS DE GALTÆS. 4y5 aucune prise sur l’esprit des fermiers ; et au fait , il est bien inutile de vouloir raisonner avec ceux dont la tête n’est pas exerce'e à con- side’rer les objets dans leur ensemble , et sous leur ve'ritable point de vue. L’exemple est le seul moyen d’agir sur la masse des cultivateurs. Il faudroit que les propriétaires attirassent les fermiers Anglois bien instruits , afin d’amêliorer leurs terres et de répandre les bonnes pratiques parmi les cultivateurs. J’ai vu deux ou trois exemples seulement de fermiers raisonnables , parmi ceux qui habitent dans le voisinage de la côte. Ils s’ar- rangeoient pour se procurer un grand nombre d’ouvriers et de voitures , afin de couvrir très- promptetnent leurs champs de sable de la mer et de plantes marines. Us enterroient le tout à la charrue sans tarder ; ils semoient sur cette préparation , et obtenoient de belles récoltés dans les mêmes endroits que d’autres auroient laisse incultes , faute d’industrie. Ce que M. Kent appelle avec raison le premier et le plus important de tous les per- lectionuemens en agriculture , le proce'de' des arrosemens, est inconnu en Galles , quoiqu’il put y être employé' avec une utilité' très- grande. Le fermier Gallois ne connoît d’autres 474 AC-RICUIiTURE près arroses que ceux que la nature fait , soit en débordant les rivières , soit en obstruant les ruisseaux qui coulent sur la pente des montagnes. Quoique les effets de ces irrigations naturelles soient extrêmement marqués, il ne vient jamais dans l’esprit du cultivateur de suivre cette indication de la nature : il n’a pas la plus légère idée de l’avantage qu’il y auroit à pouvoir prendre l’eau et s’en débarrasser à volonté ; car les irrigations , pour être bien faites , supposent une observation exacte , de l’adresse , et des connoissances relatives aux momens les plus avantageux pour introduire les eaux et s’en défaire. Ignorant ce moyen puissant de se procurer de l’herbe printanière, et dépourvu du seul supplément à cette ressource , les turneps , le fermier de Galles a beaucoup à souffrir dans ses troupeaux d’élèves, à cause de la rigueur du climat, qui retarde la végétation souvent jusqu’en Mai. On est obligé, dans les mois de Mars et d’Avril, de nourrir les brebis avec du foin médiocre , et souvent en trop petite quantité. Il en résulte que le lait diminue, que les agneaux se développent mal , et quelquefois même qu’il périt un tiers ou une moitié du troupeau. C’est là un vice essentiel dans un pays où l’éducation des bêles à laine est le plus profitable de tous les systèmes DU PAYS DE GAULES. 475 de culture. Il faudroit encourager les jeunes cultivateurs Gallois à parcourir les provinces de l’Angleterre où l’on elève des moutons, et à observer soigneusement la différence qui existe sou^ ce rapport , entre les cantons qui ont des pre's arrose's et ceux qui n’en ont point. Les proprietaires devroient encourager leurs fermiers par des baux à long terme , et par des avances pe'cuniaires pour former des irrigations , ou enfin par des re'compenses à ceux qui se distingueroient dans cette importante amelioration. 476 AGRICULTURE DE LA PARTIE OCCIDENTALE DU DEVONSHIRE. PAR MARSHALL. J_iE climat de cette province est extrêmement incertain , et très-different dans les diverses anne'es. Quand l’été est sec , la moisson est hâtive , à cause de la situation méridionale de la province : quand l’été est pluvieux, la moisson est tardive , parce que les pluies sont froides géne'ralement parlant. Quoique le pays soit ine'gal et montueux , la culture n’est pas aussi difficile qu’on le eroiroit , parce que les pentes les plus roides sont destinées aux bois. La terre est mélangée partout de fragmens d’ardoise. L’épaisseur de la couche végétale varie de cinq à douze pouces. Le sol inférieur est un détritus de roche feuilletée , qui absorbe l’eau presque partout , mais qui , dans certains endroits , la retient cependant après les grandes pluies, assez pour nuire à la végétation. Les fermes sont pour la plupart de moins de 100 liv. sterl. de rente, mais il y en a quel- 'Agricuxturt: du uevonshire. 477 ques-unes qu’on appelle Bartons et qui ont entre 200 et 5 oo acres de terres labourables. En ge'ne'ral, il y a plus de prés ou pâturages dans le pays que de champs. Si la totalité des terres cultivées de l’Angleterre e’toit entre les mains de petits fermiers , toujours dans le besoin , il y auroit souvent des raretés de grains très-embarrassantes , pendant les mois qui précèdent la moisson. Si, au contraire , les fermes étoient toutes cultivées par des fermiers très-riches, c’est en automne , ou au commencement de l’hiver, qu’on éprouveroit la rareté des ble’s(l). Je ne veux pas en conclure que la distribution actuelle des fermes est la meilleure possible sous le point de vue politique ; mais comme lé gouvernement ne peut point se mêler des propriétés particulières , c’est aux propriétaires eux-mêmes à observer deux règles que je veux (1) Ce raisonnement ne paroît pas juste, et porte su«» une supposition forcée. Il n’est pas plus possible que tous les fermiers soient également foibles de moyens, qu’il n’est possible que toutes les fortunes demeurent égaler ment médiocres; et s’il n’y avoit que des fermiers très- riches, la rareté n’existeroit point en automne, comme le suppose l’auteur, parce qu’à l’instant où les prix commencent à monter, l’intérêt des vendeurs fait arriver le grain au marché, et l’équilibre se rétablit. 478 AGRICULTURE DE LA PARTIE leur rappeler. Il faudroit toujours qu’avant de donner une ferme , un proprietaire examinât si le fermier qu’il prend à tout à la fois le capital, les connoissances et l’activité' necessaires pour cultiver avec profit pour lui-même, et pour la communauté'. Il faudroit ensuite , ne donner jamais à un fermier plus de terrain qu’il n’en peut surveiller par lui-même , de manière à suivre tous les de'tails de la culture. Il y a dans cette partie du Devonshire , un très-grand nombre de proprietaires , ou de fermiers. Tout journalier qui a re'ussi à amasser quelques livres sterling trouve une petite ferme proportionnée à ses moyens j et s’il a de la conduite et du bonheur , il monte graduellement jusqu’au rang de gros fermier. Presque tous ceux qui sont en état d’acheter un domaine , l’achètent au lieu de prendre une ferme ; et presque toujours l’achat de ce domaine leur ôte les moyens de le cultiver convenablement. Un autre obstacle aux améliorations existe dans la manière dont les fermiers sont élevés. Ils ont presque tous commencé par être domestiques ou ouvriers de terre. Ils n’ont aucune connoissance que ce qu’ils ont appris de la routine de leurs maîtres, et par conséquent ils sont gens à préjugés autant qu’il soit possible. On peut citer quelques OCCIDENTALE DU DEVONSIIIRE. 479 individus qui s’élèvent au-dessus des notions étroites, et des habitudes communes, mais ils obtiennent , en général, peu de cre'dit parmi la foule des fermiers. Ceux-ci font, par eux , leur femme et leurs enfans, une grande partie du travail de leur ferme. Les ouvriers manœuvres sont de médiocres travailleurs , ivrognes , et souvent de mauvaise foi dans leur travail. On leur donne ordinairement le grain pour nourriture à un prix fixe 5 et on leur fait souvent faire les travaux à la tâche. Les gages des ouvriers et domestiques me paroissent trop bas. Ce que les fermiers gagnent à ces prix bas , ils le perdent probablement et au-delà par le pillage qu’ils éprouvent, et par l’accroissement de la taxe des pauvres. Quant aux domestiques , il est assez remarquable qu’il n’y ait, dans tontes les provinces de l’Ouest, ni le tems ni le lieu fixe, pour les engager. Lorsqu’un domestique quitte une place , il va de ferme, en ferme, et de village en village , pour chercher une condition qui lui convienne. Le prix des gages des hommes varie de six à huit livres sterling , et celui des femmes est d’environ trois liv. sterl. Quant à la manière de les nourrir ; on tient le milieu entre la prodigalité des provinces du Sud , et la parcimonie des comtés du INord. 48o AGRICULTURE DE LA PARTIE Il est d’usage dans tout le Devonshire , et à ce que je crois , dans tout l’ouest de l’Angleterre , de mettre en apprentissage d’agriculture à l’âge de six ou sept ans , les enfans des pauvres, chez les fermiers. Ils contractent là un engagement d’apprentissage jusqu’à l’âge de vingt-un ans. C’est au maître à les nourrir et entretenir jusqu’à cette époque. C’est une manière facile et commode de placer les enfans des pauvres; et cet arrangement est en général heureux pour ceux-ci. Ils sont accoutumes de bonne heure au travail; et ils sont mieux nourris qu’ils ne seroient chez leurs parens. Je pense aussi que les fermiers peuvent souvent trouver un grand avantage dans ce mode , qui leur procure des domestiques élevés au train de la maison et de la ferme , et convenablement instruits de tous les détails utiles , si le maître a eu soin de travailler à leur éducation comme il le doit. Malheureusement, ce n’est pas ainsi que cela se passe toujours. Le petit apprentif est le valet des valets : et on le charge de tous les offices les plus désagréables et les plus pénibles. Au lieu de l’instruire à lire et à écrire , de l’attacher aux intérêts du maître par des trai- temens doux , de le considérer en un mot , comme un fils adoptif, on le brusque , on le dégoûte OCCIDENTALE DU DEVONSHIRE. 48 1’ dégoûté de toutes les manières possibles. Lors même que le traitement change , le jeune homme n’oublie point les injustices et les du- rete's que l’enfant a eu a souffrir : aussi le premier usage qu’il fait de ses forces est-il ordinairement de déserter la maison , et de se mettre sur les papiers , pour offrir ses services , comme un échappé d’apprentissage. Il y a, sans doute , des cas malheureux , dans lesquels les enfans ont un naturel pervers , ou bien ont été gâtés par l’exemple des parens^ mais je suis convaincu que dans la plupart des cas , c’est la faute des fermiers s’ils ne réussissent pas. Généralement parlant , les enfans qui sont élevés avec soin et paternité , font des domestiques excellens , et deviennent des membres util/es de la société. Il n’est pas possible d’imaginer un séminaire d’agriculteurs mieux conçu , et à moindre frais. Si les magistrats , les propriétaires , et les fermiers s’entendoient pour en étendre le bienfait â d’autres districts , on en ressentiroit bientôt l’avantage sous les rapports agricoles. Il s’est fait en Devonshire une sorte de ré- - volution dans la manière dont on emploie dans le pays les animaux de travail. Tous les transports se faisoient autrefois à dos de cheval, excepté la moisson que l’on charioit sur des TojjfE a. H h 4*3 AGRICULTURE BE LA PARTIE traînaux. II n’y a pas plus de vingt-cinq ans, qu’on ne voyoit pas , dans tout le pays , une seule paire de roues , et encore à pre'sent il est d’usage de transporter sur des chevaux le foin , les grains, la paille , le charbon , les pierres , la chaux , et le fumier. Comme le pays est assez montueux , un usage , qui autrefois e'toit général dans I’isle , a du se conserver plus long-tems : mais aujourd’hui il est devenu complètement absurde pour certaines fermes. On en voit quelques-unes de plusieurs centaines d’acres en plaine, et qui n’emploient pas une seule voiture à roues. De tout tems on a employé les bœufs à la charrue dans le district dont je parle. On attelle .d’ordinaire quatre gros bœufs , ou six jeunes bœufs à une charrue. Ils portent des jougs , et sont fort bien dressés. Ils cheminent ordinairement très-vîte, et je crois qu’un charretier de Kent , auroit souvent de la peine à les suivre avec son attelage de chevaux nourris à grands frais. Il y a une particularité , assez remarquable dans la manière de conduire les bœufs pour le travail de la charrue , c’est que le pique- bœufs les encourage par une espèce de récitatif soutenu qui ressemble tout-à-fait à un chant d’édise. Pendant tout le tems du travail, * O \ OCCIDENTALE DU DEVON3HIRE. 485 ce chant se soutient. C’èàt la haute-contre ou le ténor ; et le laboureur fait , de lems en tems, la taille ou la basse-taille. Je ne sais quel est, au vrai , l’effet de cette cantillatioii sur les animaux de labour , mais elle est agréable à entendre dans la campagne , et répand sur les travaux de la charrue une sorte de gaîté qu’on ne trouvé point ailleurs* Je parlerai plus en détail de la qualité des bêtes à cornes dans cette province , mais je remarquerai seulement ici, que les bœufs du pays, quoiqu’un peu petits pour la charrue, sont, à tout prendre , les meilleurs que j’aie jamais eu l’occasion d’observer dans aucun endroit. On introduit dans la province une race de gros chevaux de trait qui a le pied large , et coûte beaucoup à nourrir. La petite race active de Suffolk conviendroit infiniment mieux à ces cantons montueux que cette lourde race des pays de marais que l’on commence à adopter. Mais , en vérité , dans un pays où l’on possède un aussi admirable espèce de bœufs , ce seroit dommage d’introduire dans l’usage de l’agriculture une race de chevaux quelconque pour tous les ouvrages que les bœufs peuvent faire. Les bouviers de Dor- setshire s,e croiroiçnt au moins autant humiliés 484 AGRICULTURE DE LA PARTIE si on les chargeoit d’un attelage de chevaux que pourroit l’être un charretier de Kent à qui l’on ordonneroit de conduire des’ bœufs. Certes ce seroit un véritable crime que de cheicher à détruire un préjugé si utile. Les heures de travail sont parfaitement îéglées , comme en Norfolk. Les attelages de oharrue sortent vers huit heures du matin , et rentrent à midi , pour ressortir à deux heures jusqu’à six : c’est huit heures de travail à peu près. > Il n’y a pas des observations bien intéressantes à faire sur les instrumens d’agriculture usités dans le pays. La charrue cependant est distinguée des anciennes charrues de l’Angleterre par, trois choses , qui méritent d’être examinées comparativement avec les autres constructions pour voir ce qu’elles ont de bon et de mauvais. Le premier trait distinctif de la charrue de Devonshire , c’est qu’elle n’a point une oreille qui soit de niveau , dans sa partie inférieure , avec le sep ou le talon de la charrue. Le versoir est de quelques pouces plus élevé. Dans les terres que l’on rompt, dans les gazons qui ont de la consistance , la bande se soulève et se retourne bien toute entière; mais, dans les seconds ou troisièmes labours de division ou préparation, la charrue OCCIDENTALE DU DEVONSHIUE. 485 fait plutôt une trace qu’un sillon , et il y a peut-être la moitié du terrain qui n’est point remue' ni déplacé (1). La seconde singularité remarquable dans la charrue de Devonshire , c’est que la gorge n’est pas fixée à la perche ou à l’age , une fois pour toutes. Elle sert de régulateur pour déterminer la profondeur à laquelle le laboureur veut faire son labour : il la relève ou l’abaisse à volonté , au moyen d’une cheville qui se fixe dans ditférens trous en-dessus de l’age, lequel est traversé par la pièce de bois qui est en avant de la gorge, ou en fait partie. Le troisième détail à remarquer , c’est que la branche principale du manche de la charrue est mortaisée dans le sep, ou fortement réunie à lui. Dans les plus anciennes charrues, le bout inférieur de celte principale branche est recourbé en avant, et superposé au sep , auquel ( 1 ) Pour entendre cela, il faut se représenter que dans l’action d’une charrue dont l’oreille est de niveau en-dessous avec 1e sep, et qui chemine dans une direction bien plane, la totalité de la terre est remuée, c’est-à-dire, que celle qui n’est pas soulevée et retournée, est poussée dans le vide que laisse la raie ouverte ; mais si le versoir ne descend pas aussi bas que le fond de la raie, il y a un prisme de terre qui n’est point déplacé, et par conséquent le labour est imparfait* 486 AGRICULTURE DE LA PARTIE il est fixé par des chevilles. Cette méthode donne une grande solidité à la construction des charrues. Il est quelquefois un peu difficile de trouver des pièces de bois parfaitement propres à cet usage , mais dans les cantons où l’on construit ainsi les charrues, les laboureurs font une attention continuelle à la forme des pièces du bois que l’on coupe dans le domaine, afin d’avoir ce qui convient pour cela. « Parmi les instrumens d’agriculture qui méritent d’être remarqués dans le Devonshire , je ne dois pas oublier le joug des bœufs. Le joug du col est large , et convexe en-dessous, dans la partie qui repose immédiatement sur le col. Ce joug est extrêmement mineé et léger: il est ordinairement de bois blanc. Une autre chose à observer, à l’avantage de la construction du joug de Devonshire , c’est qu’au lieu d’un seul crochet qu’on met ordinairement au joug de tête pour recevoir la boucle de la chaîne qui se fixe à l’age par une cheville, il y en a trois ; de manière que l’on peut réparer l’inégalité de force dans les bœufs , si elle existe : c’est une admirable invention , et qui réussit aussi bien dans la pratique , que la théorie semble le promettre (1). (i) Nous connoissons et employons cet expédient, OCCIDENT A LE DU DF/VONSITIRE. 48 7 Il y a , en Devonshlre , un instrument qui est très-singulièrement fabrique, c’est la bêche: elle est faite comme un fer de lance , arrondi, ou comme un trèfle. Elle sert à la fois de pèle et de bêche et a l’avantage de pe'nélrer aisé- ment dans tous les terrains possibles. Les gens du pays en tirent un très-bon parti. Les principaux objets de l’industrie agricole, dans le Devonshire, sont les grains, les pommes de terre , le cidre, la laiterie , les vaches , les bœufs , les moutons , et les cochons. Si l’on suppose une ferme quelconque divisée en dix portions , l’on pourra compter à peu près cinq portions en près ou pâturages, une en jachère, une enble', une en orge, une en avoine , et une en trèfle mêle de ray-grass. .Voici la rotation de ces diverses cultures. 1 Pâturage. 2 Jachère ou e'cobuage. 3 Blé. 4 Orge. 5 Avoine. 6 Trèfle et ray-grass. pour égaliser les forces des deux bœufs qui tirent ensemble: lorsqu’on donne au bœuf le plus fort, le levier le plus court, on appelle cela le charger : c’est en effet une ressource extrêmement commode pour faire aller ensemble, des bœufs qui, sans cela, ne pourroient appareiller. '488 AGRICULTURE BE EA PARTIE IJ y a cinquante ou soixante ans que cette succession de récoltés est pratiquée dans le pays. On n’y connoît les pommes de terre que depuis environ vingt ans. Les turneps y sont cultives depuis beaucoup plus long-tems, mais d’une manière assez imparfaite. L’économie du labourage fait, en général, peu d’honneur à l’agriculture du pays. Les champs sont communément sales. Les pâturages sont garnis de fougères et de chardons, quelques années après leur établissement, comme s’ils étoient en communaux depuis des siècles. La saleté habituelle des terres est bien autant due au vice de construction des charrues qu’à la rareté des labours. J’ai déjà remarqué que l’oreille ne descend pas jusqu’à la partie inférieure du sep : il faut ajouter à cela que le soc est fort étroit. Il en résulte que la moitié du terrain n’est pas remué , et que la moitié des racines des plantes vivaces pivotantes n’est pas coupée. Le versoir retourne , sur les plantes non arrachées ni coupées , une partie de la bande que la charrue prend , et donne ainsi au terrain l’apparence d’avoir subi un labour , plutôt que le bénéfice d’un labour véritable. Les mauvaises plantes ne tardent pas à percer cette croûte mince, et reprennent possession du champ, à peu près comme si l’ou n’avoit pas labouré. OCCIDENTALE DU DEVONSHIRE. 489 J’ai vu des turneps semés sur une jachère de trois à quatre labours, et qui , avant la première ope'ration du hoyeau , e'toient déjà dominés par des plantes de fougère d’un pied de haut fl). Une autre cause de l’imperfection des labours , c’est le nom de grosses pierres qui (1) On est disposé à s’étonner que dans un pays où l’agriculture est, comparativement, tellement perfectionnée, il y ait des cantons où l’on persiste dans l’emploi d’instrumens si défectueux, et dans une culture si absurde. Mais ceux qui ont observé de près la routine, et les préjugés des cultivateurs de profession, n’en sont pas surpris. L’éducation des paysans, et les habitudes machinales qu’ils prennent d’enfance, les rendent, en quelque sorte, inaccessibles aux perfeclionnemens qui demandent d’être raisonnés. Pour attaquer avecquelque effet les préjugés de la routine des gens de village, il faudroit i.° répandre plus d’intruction parmi la jeunesse : faire naître le désir et les moyens d’apprendre. 2. 0 Multiplier les exemples propres à entraîner la conviction, en créant des fermes de modèle où tout ce qui est démontré bon seroit exécuté. J’ai souvent indiqué de telles idées dans le cours de cet ouvrage. J’ajoute avec bien de la satisfaction à la note ci-dessus, que maintenant les beaux établissemens d’Hofwyl, près de Berne , réalisent le vœu que j’ai souvent exprimé ; et on peut espérer que l’autorité de l’expérience, déterminant l’opinion, en amènera l’imitation en France. (Janvier 1808.) r » 4gO AERICUXTURE DE DA PARTIE sont disséminées dans les champs, et qu’on n’a pas le courage d’enlever pour donner un libre cours à la charrue. Les laboureurs sont si accoutumés à ce que le soc heurte contre de grosses pierres qui arrêtent la charrue tout court, qu’ils se sont avisés d’un expédient pour que cet accident ne cassât ni le sep ni J’age. Ils fixent à la perche la boucle de 1er qui est à l’extrémité de la chaîne avec une simple cheville de bois. Lorsque le soc heurte contre une pierre qu’il ne peut déplacer, la cheville rompt , et on en met une autre. On emploie quelquefois une singulière méthode pour empêcher que les grosses pierres lie nuisent à la charrue , c’est de creuser par- dessous ces pierres , un trou dans lequel elles tombent. Cette opération n’est pas sans danger; et demande quelques précautions de la part des ouvriers. Je dois faire mention ici d’un fait qui tn’a été communiqué par l’ami du fermier qui l’avoit observé sur sa ferme. Ce fermier avait un champ fort sale , et où l’avoine sauvage ( wild-oats ) étoit très-abondante ( 1 ). Il lui donna une (1) Wild-oats est probablement la variété de Yavena elatior dont les racines ressemblent a un chapelet, et qui empoisonne souvent lès bonnes terres argileuses, au jpoint d’en prendre complètement possession. OCCIDENTALE DU DEVONSH1RE. 4g t jaclière , le fuma bien , et mêla à la herse le fumier avec le sol sans rien semer. L’avoine sauvage leva extrêmement e'paisse , et donna une abondante récolte de foin , après quoi ce champ fut rompu , et n’a plus produit d’avoine sauvage. Ce fait n’est peut-être pas exactement décrit, car j’ai peine à comprendre comment cette opération du mélange du fumier avec le sol a pu faire germer toutes les graines de l’avoine qui se trouvoient en terre ; mais elle montre cependant qu’il y a de l’avantage à labourer une jachère après l’avoir fumée : chose que j’ai toujours trouvée extrêmement utile (i). (i) Je ne doute point non plus que le fait dont il s’agit ne soit mal exposé. L’auteur se trompe aussi lorsqu’il croit que la récolte de foin qui fut coupée sur ce champ en jachère provenoit de la graine de l’avoine sauvage répandue sur le sol, et enterrée précédemment dans la couche labourée. Cette espèce de fromental fleurit et grène un mois , au moins, plus tard que Y avenu elatior (grand fromental) de nos prairies. Par conséquent il est difficile qu’il perde sa graine dans la jachère •: ce n’est que quand il croît avec le blé qu’il s’égrène pendant la moisson. Mais les graines de cette avoine sauvage ne donnent dans l’année suivante qu’une plante très-foible : ce n’est qu’à la troisième année que cette plante a acquis toute sa force. Ses racines s’étendent et forment une suite de tubercules ou d’oignons liés 4ga AGRICULTURE UE LA PARTIE L’e’cobuage se pratique de toute ancienneté’, dans le Devonshire ; et ce qui indique que celte province en a peut-être donne le premier exemple en Angleterre , c’est que dans plusieurs districts on l’appelle denshiring probablement par contraction de Devonshiring. Le travail d’e'croûter le gazon se fait très- rapidement. On commence par le diviser en en chapelets. Chacun de ces oignons pousse un ou plusieurs jets. Chaque jet forme une plante nouvelle; et cette herbe, se propageant ainsi par dessous terre, prend peu-à-peu possession de tout un champ, si les labours des jachères multipliés, si des cultures à la houe fréquemment répétées, ne lui font une guerre à mort. C’est pendant les neufmois que le blé occupe la terre que cette avoine bâtarde a le tems de prendre de la vigueur par ses racines, et de se ressemer pour désoler le laboureur deux ou trois ans après. Aussi voit-on que dans les bonnes terres à blé (que cette plante aime de préférence) si l’on multiplie les récoltes des grains blancs, qui occupent long - tems la terre sans sarclages, l’avoine bâtarde finit par convertir le champ en lin mauvais pré et fait payer cher au fermier son avidité insouciante. On comprend, par ce détail, qu’il y a nécessairement une erreur dans la manière dont le fait est exposé par Marshall. Le fermier peut bien avoir eu, en fumant sa jachère, une récolte de foin, mais la vigueur de la végétation que ce procédé doit avoir donné aux racines de cette plante pernicieuse, aura empoisonné le champ pour long - tems, bien loin de le nettoyer. OCCIDENTALE DU DEVONSHITtE. 4g3 bandes que l’on coupe avec une espèce de hache, sans les de'placer. Ensuite, l’ouvrier, muni d’une bêche légèrement recourbe’e , et à laquelle est fixée un versoir , chemine en avant d’un bout à l’autre de ces bandes, en enlevant le gazon que l’instrument coupe et retourne tout à la fois , comme une charrue. Des femmes suivent, qui partagent les bandes en morceaux quarre's , qu’elles de'posent de manière à sécher promptement. Celte méthode n’est guères employée que par les petits propriétaires : les grands fermiers e'croûtent le gazon à la charrue , avec un soc plat, qui a une arrête dans le côté pour séparer tout—à—fait le gazon , et permettre, au versoir de le retourner. Dans celte opération de la charrue , il n’y a guères qu’une moitié de la surface qui soit écroûtée , et cette moitié est retournée sur la partie non entamée comme dans le | labour pratiqué en certains endroits. D’épaisseur de la bande soulevée à la charrue est d’environ deux pouces du côté du coultre, et va en s’amincissant jusqu’à deux ou trois lignes , dans l’endroit où elle se retourne comme à charnière sur le gazon non déplacé. On laisse le champ pendant quelques jours dans cet état. On y fait ensuite passer des herses pesantes pour briser le gazon, en travers g44 AGRICULTURE DE LA PARTIE des traits de charrue. On le laisse se'cher. On y passe ensuite le rouleau pour l’e'mietter, puis on le herse encore , d’abord dans un sens et ensuite dans l’autre , marchant au pas la première fois , et trottant la seconde , afin de mieux secouer les racines de l’herbe , et d’en de'tacher la terre plus efficacement. Lorsque les gazons sont suffisamment brisés, desséchés, se'pare's de la terre qui y adhe'roit , on les rassemble avec des espèces de râteaux, d’abord en bandes et ensuite en tas, qu’on a soin de faire légers , en laissant une ouverture ou chemine’e au centre , et une entre’e par- dessous du côte’ du vent. On place un peu de paille ou de roseaux dans cette entre’e, et on y met le feu. A mesure que le tas s’affaisse en se consumant, on a soin de replacer pardessus, et dans les vides, les gazons extérieurs pour que le tout se brûle également. J’ai parlé ailleurs en détail de l’écobuage. (Voyez l’économie du Glocestershire ) (l), mais alors je ne connoissois pas la pratique du Devonshire sur ce point ; et comme ce pays- ci est la source de cet usage en Angleterre , qu’il y est admis de tems immémorial, et très- (i) Voyez dans diverses parties de cet ouvrage des observations sur cette pratique. 'AGRICULTURE DU DEVONSHIRE. 4g5 généralement applique', il sera utile d’en reparler en traitant de l’agriculture du Devonshire. Si l’on avoit encore besoin de preuves que l’écobu.age n’est pas une pratique pernicieuse, comme on l’a souvent prétendu , cela devien- droit évident par l’exemple d’un pays où l’on brûle toutes les terres arables au moins une fois dans dix ans, et depuis des siècles , sans que pour cela la rente de ces terres soit devenue moindre qu’elle ne l’est ailleurs pour des terrains de même qualité', et à tous les autres e'gards mieux traites. Je suis porte à croire que , dans le train actuel de l’agriculture de Devonshire, l’e'cobuage est essentiel au succès. Il y a dans ce pays-là plusieurs exemples parfaitement constates , de fermiers qui se sont mis dans une situation gênée , ou tout-à-fait appauvris, pour avoir voulu renoncer à l’écobuage , en conservant d’ailleurs les assolemens et toute l’agriculture de Devonshire. Car il faut remarquer (et j’y reviendrai en parlant du blé) que malgré la-détestable manière de labourer, et la saleté du sol qui en résulte , les récoltes de froment sont singulièrement nettes: i! est évident qu’on le doit à ce que l’écobuage brûle les racines des mauvaises plantes , et les plantes nuisibles elles-mêmes. Je ne prétends pas, au reste, prouver p?r 4g6 AGRICULTURE DE DA PARTIE l’exemple du Devonshire , que l’écobuage soit ue'cessaire dans une bonne agriculture Dans les trois quarts de l’Angleterre, cette pratique n’est pas connue ; et dans bien des provinces , l’agriculture est meilleure que celle du De- vonshire. Lorsque dans cette dernière province , l’on emploiera de bonnes charrues , quand on aura des jachères nettes et des récoltes sarclées, on n’aura pas besoin de l’éco- buage. Généralement parlant, l’écobuage fait mieux pour les terres froides , basses , marécageuses, dont l’herbe est grossière,, que pour les terres élevées , légères , et dont l’herbe est naturellement de bonne qualité. Il est évident que le brûlement du gazon donne à la végétation une grande activité. J’en ai vu dans ce district, un exemple frappant. J’ai observé qu’une hauteur , dont la couché végétale étoit mince, la terre maigre et stérile, et qui ne Yaloit pas deux shellings et demi de ferme par acre , ayant été successivement écobue’e et chaudée , a donné de belles récoltes de froment. II est vrai qu’a près ces récoltes aucun grain n’a pu réussir , et que la terre est retombée dans l’état de stérilité où elle étoit auparavant. Ce fait est bien loin de condamner l’écobuage. La récolte de froment obtenue valoit OCCIDENTALE DIT DEVONSHTRE. 497 à elle seule le terrain qui l’avoit produite. Si le cultivateur eût rendu à la terre une partie de ce qu’elle lui prodiguoit dans cette récolté, cette terre auroit e’te' améliorée pour long- tems. La cliaux n’est-elle pas un stimulant comme les cendres? Le labourage lui-même n’est-il pas un stimulant comme l’écobuage ? Dira-t-on que la chaux et le labourage ruinent les terres ? D’après tout ce que j’ai observe' dans le 1 Devonshite , sur l’e'cobuage, je suis de plus en plus convaincu que cette pratique , darçs les endroits où l’on n’en abuse pas , forme une partie importante de l’agriculture Angloise. On peut en faire un instrument extrêmement utile d’ame'liorations dans les provinces où cet usage est ignore’ : sur-tout on pourroit l’employer avec le plus grand avantage dans le dêlrichement des communaux (1). ( 1 ) Cet objet est de la plus haute importance pour l'agriculture de la France, à cause des défrichemens de communaux qui auront probablement lieu dans un grand nombre de Déparlemens. Dans l’état actuel des connoissances agricoles en France,on peut assurer que l’écobuage feroit plus de mal que de bien. Les culti~ valeurs François sont, en général, avides de récoltes de grains. Ils en prendront successivement deux, trois, ou un plus grand nombre; et les terrains écobués tom- TOME 2. li 4 y 8 AGRICULTURE 'DE LA TARTIE L’agriculture pratique me paroît singulièrement intéressée à la propagation de celte .pratique de l’écobuage , que les agriculteurs de cabinet voudroient anéantir. Je leur conseille de se défier de la théorie, et de mettre eux-mêmes la main à l’œuvre pendant quelques années , avant de chercher à répandre des ♦conseils dont l’intention est louable , mais qui tendent directement à nuire aux intérêts de la nation. Les propriétaires doivent y regarder, au reste , de fort près , dans la manière dont leurs fermiers font usage de cette ressource. Ceux-ci ont dans l’écobuage , un moyen de s’enrichir aux dépens des propriétaires. Il itn- beront clans un état de stérilité dont on ne pourra les relever qu’à force d’engrais. Or, pour les défrichemens de communaux, qui sont ordinairement éloignés des habitations, la ressource des engrais se réduira à rien, dans la plupart des cas. La seule manière utile d’employer l’écobuage à défricher les communaux, c’est de semer des graines de prés avec la première récolte de grains que la terre donne. L’action végétative des cendres et du charbon assure la réussite de l’herbe, et établit un bon pré au lieu d’un maigre pâturage. Nota. La note ci-dessus est de 1801. Le partage des communaux ne s’est pas réalisé aussi généralement qu’on s’y attendoit alors ; mais dans tous les défrichemens par l’écohuage, dont j’ai connoissance, l’abus dont je parloié a eu lieu. (Janvier i8g8.) OCCIDENTALE DU DEVONSHIRE. 4g£ porte autant de régler l’usage de cette pratique, qu’il est essentiel de ne la point empêcher. Les engrais dont on fait usage eu Devonshire sont le fumier, le sable delà mer, et la chaux. Le fumier se fait dans les cours des fermes, ou se tire de Plymoulh. II n’y a rien à remarquer ni à recommander dans la manière dont on s’y prend pour augmenter les fumiers des fermes. Quant aux fumiers que l’on tire de Plymouth , et qui sont le résultat des balayures des rues , ils ont un très-grand effet sur les terres ; mais il faut être assez à portée pour que les frais de transport ne les renchérissent pas trop. On se sert, de tems immémorial, du sable de la mer comme engrais , dans les endroits à portée de la côte. Il y a deux espèces de sable également employées. La première est le sable gras qui est à l’embouchure des riyières, et qui paroît être moitié limon : la seconde espèce est du sable calcaire , qui semble être composé presque uniquement de débris de coquillages , et qui a l’apparence du son. Le premier contient 3o grains sur 100 de sable siliceux : le reste est de la terre calcaire. Le sable sec contient 85 grains de terre calcaire et i5 grains d’une substance pulvérulente, qui ressemble à la brique pilée. 5 oO AGRICULTURE DE LA PARTIE On transporte ce sable à dos de cheval , jusqu’à six milles dans les terres. Le sable coquillier ou calcaire a un très-bon effet, qui a fait en général la réputation du sable de la mer ; mais on en apporte à grands frais qui est presque siliceux et par conséquent inutile. J’en ai analyse’ moi-même, qu’on avoit apporté sur des chevaux à une grande distance, et qui contenoit 80 p. £ de silex.' Aussi l’usage du sable baisse-t-il beaucoup dans le pays : on le remplace par la chaux. Les fours à chaux du Devonshire sont vastes et d’une construction coûteuse mais fort durable : j’en ai vu qui travailloient depuis trente ans et qui étoient encore très-bons. Les murs en sont si épais que les chevaux peuvent y porter les pierres, et faire le tour du four par dessus le mur. 11 n’y a rien de remarquable dans la manière de cuire la chaux ; mais celle de l’appliquer aux terres mérite une description particulière. Avant de charier la chaux sur les champs , on forme dans ceux-ci des bancs de terre, soit en relevant les bords du champ , soit en labourant, et relevant ensuite à la pèle la terre labourée, pour en former des lits étroits et' bien pulvérisés. Sur ces lits on dépose la chaux, que l’on recouvre de la terre qui OCCIDENTALE DU DEVONSHIRE. 5ûl s’éboule des deux côtes. Lorsque la cbaux est éteinte, on la mêle intimement avec la terre , en commençant par un bout, et eru suivant tout le long du banc. Le mélangé demeure en cet e’tat jusqu’au moment de l’emploi. On le charie alors avec la brouette à bras sur la surface du champ. Le meilleur emploi possible de la chaux comme engrais m’a toujours paru un objet qui me’riloit l’attention la plus particulière. En Norfolk et en Yorkshire, on emploie la chaux : j’en ai parle' en de'tail. En Glocester- shire, j’y ai fait peu d’attention, parce qu’elle entre à peine dans la liste des engrais; mais, dans les provinces du centre, on traite l’usage de la chaux avec beaucoup de soin. Dans l’e’tat actuel des connoissances sur ce point, le succès de la chaux me paroît tenir essentiellement au mélange préalable qu’on en fait avec le sol. Plus ce mélange est exact, plus la division de la chaux est grande, et plus aussi elle se rapproche de son état primitif de craie ou marne calcaire. Il paroît que c’est sous ce dernier rapport qu’elle agit, et par conséquent il importe que sa division soit aussi grande qu’il est possible. Je parlerai de la manière de semer le blé dans cette province, quand je traiterai de cette 5oa Agriculture de la tartie culture. Les semailles des autres graines n’ont rien de remarquable. La culture des plantes en végétation l’est encore moins; car l’emploi du hoyau n’est pas seulement connu pour les tnrneps. La moisson se fait encore aujourd’hui comme elle se faisoit dans les tems où les chevaux la transportoient toute entière sur leur dos. Tous les grains quelconques se lient en gerbes, même l’orge et l’avoine qui se fauchent. On est si bien convaincu qu’il faut que tout se lie , que j’ai vu abandonner des restes de blés râtelés parce que la pluie menaçoit, et que l’on n’a- Yoit pas eu le tems de lier ce résidu : les chariots vides étoient cependant à porte’e, et rien n’empêchoit qu’on en fît usage. On a dans le Devonshire une manière très- particulière de couper le blé. On à^sert pour cela, d’un instrument assez semblable pour la forme, à la faucille, mais beaucoup plus grand et plus pesant, tl y a, à l’extrémité du manche, un bourrelet pour empêcher que l’instrument ne glisse de la main. Le moissonneur donne un coup dans une direction demi-circulaire, en prenant les épis tout-à- fait près de terre. Il saisit en même tems , la paille par le milieu, avec la main gauche, et en accompagnant le coup pour ranger les OCCIDENTALE DU DEVONSHIHE. 5o3 épis coupes, tous ensemble et en une javelle contre le ble' reste debout. C’est une manière qui tient le milieu entre faucher et moissonner. Lorsque la javelle est suffisamment grosse, Je moissonneur la prend avec sa main gauche et sa faucille, pour la poser sur le lien qui l’attend. Cette me'thode est connue en Kent et Sur- rey; mais elle est regardée comme une pratique lâche et négligente. Lorsqu’il n’y a pas d’herbe parmi le blé, et qu’il est bien droit, cette manière de le couper est assez convenable; mais lorsque le blé est versé, ou garni de beaucoup d’herbe, elle est évidemment vicieuse. La faulx, lorsqu’elle est bien maniée, fait de l’ouvrage tout aussi bon , et elle expédie davantage. Des femmes et des enfans suivent les moissonneurs aveô des râteaux, pour rassembler les épis qu’ils laissent épars sur le sol. Les glaneuses ne sont pas admises dans le champ que la moisson ne soit enlevée. tes tas dans les champs, sont composés de dix petites gerbes, neuf sont réunies dans une forme quarrée , et surmontées de la dixième, qui leur sert de couvert conique. C’est un mauvais usage. Il n’y a point de circulation d’air, et le plus souvent le couvert est 5o4 agriculture de la partie fort imparfait. Il faut que la paille soit très- longue , pour qu’une gerbe puisse en garautir neuf autres de la pluie : elle lui sert souvent de conducteur pour la faire pénétrer dans l’intérieur même de celles qui sont dessous. Les tas de dix gerbes, dont deux servent de couvert, sont beaucoup mieux entendus. Dans un climat humide et où la moisson est assez tardive , dans un pays où les blés sont souvent souillés d’herbe, il est très-utile de disposer les gerbes de manière que les épis soient à couvert, et la paille exposée à l’air pendant un certain tems, jusqu’à-ce que l’humidité soit dissipée. On fait les meules dans les champs, depuis neuf gerbes jusqu’à une charretée. On les dispose en pyramide qua- drangvdaire, et on les termine par un chape-, ron de roseaux, ou par deux gerbes retournées. Une fois les meules formées, on regarde la moisson comme à l’abri d’accidens, et on les laisse subsister pendant plusieurs semaines. J’ai vu souvent les moutons paître dans les chaumes à l’entour des meules de grains. Le seul désavantage que je connoisse à ce mode, c’est qu’il en résulte souvent qu’on transporte dans les granges les souris et les rats des champs. 11 n’y a rien de bien remarquable dans la' OCCIDENTALE DU DEVONSHIRE. 5o5 manière d’engranger et de battre les grains: rien du moins, qui invite à l’imitation ( 1 ). La façon de vaner est encore extrêmement barbare. Elle consiste à laisser tomber le grain et la poussière, à la main , lorsqu’il souffle uu vent violent. On se place pour cela dans un endroit bien expose', afin que le courant d’air soit plus fort. Ce sont souvent des femmes qui font ce travail de patience ; et on voit quelquefois la fermière elle-même avec ses domestiques , expose'e pendant des journe'es entières à un vent glacial, pour vaner le blê. La machine à vaner commence cependant à être connue et employe'e dans les contrées de l’ouest. La culture du blé est plus extraordinaire qu’elle n’est parfaite. L’espèce est le blé blanc commun. On le sème presque toujours sur un pré artificiel rompu. On met du blé dans toutes les terres, sans distinction, et ordinairement avec chaudage. Les semailles et tout ce qui appartient à cette opération différent tellement de ce qui se pratique dans le reste de l’isle, qu’il semble que sur ce point les usages du Devonshire soient d’un autre pays. (0 Je supprime un grand nombre de détails sans interet pour les cultivateurs du continent, et dans lesquels entre l’auteur. So6 AGRICULTURE DE LA TARTIE On sème les blés depuis octobre jusqu’à la fin de décembre ; et on donne pour raison de ees semailles tardives, que les ble's semés trop tôt sont sujets à l’herbe. II est certain que , toutes choses d’ailleurs égales, une mé- thode dans laquelle le dernier labour ne se fait qu’après que la force végétative des mauvaises herbes est épuisée, doit laisser les blés plus nets. Cela contribue à expliquer comment les blés sont, en effet, passablement exempts de mauvaises herbes, quoique les sarclages soient inconnus, et que les labours soient détestables. Le labour qui précède la semaille est le plus profond de tous. Les champs se disposent toujours en billons de huit traits de charrue. Quand ce dernier labour est fait, il passe des ouvriers sur le champ, avec des hoyaux, pour couper le terrain. Chaque homme prend deux raies, et procède en hachant la bande que la charrue a retournée. Il en résulte que toute la surface du champ est divisée en petits cubes semblables à ceux que laisse le travail de la bêche. L’origine de cette pratique date probablement du tems où la culture des champs se faisoit à la main. On met de deux à deux busliels et demi par acre, semés à la volée, planche par planche, et que l’on recouvre avec une berse légère OCCIDENTALE DU DEVONSIIIRE. 5oj traînée par deux chevaux. On de’blaie ensuite à la main les raies d’écoulement qui séparent les planches. La totalité de cette main-d’œuvre est très-considérable, et je suis persuadé que dix acres de semature prennent autant de travail d’ouvriers que cinquante acres dans la méthode ordinaire. Le produit moyen du blé est estimé à huit pour un. La culture de l’orge n’offre rien d’intéressant. En général, les terres y sont propres, et les produits de cette graine sont considérables. Les cultivateurs gagneroient souvent davantage à la cultiver qu’ils ne gagnent à forcer le terrain de produire du blé. L’avoine obtient et mérite peu d’attention dans ce canton. Elle est principalement cultivée dans les parties marécageuses. Quoiqu’il y ail plus de cinquante ans que l’on cultive les turneps en Devonshire, on n’est pas plus avancé aujourd’hui dans la connois- sance des soins à leur donner, que le premier jour où ils furent essayés. Il y en a diverses sortes, mais on n’entend point l’art de soigner les plantes qu’on destine à porter la graine(t). On les sème tou- (•) Voyez dans le i. er volume comment on s’y prend en Norfolk pour obtenir de bonnes graines. 5o8 AGRICULTURE DE LA TARTIE jours sur un pré rompu. Avant moi, il n’y avoit pas eu, peut-être, un seul acre de tur- neps après du grain. Le labour est le même que pour le blé , c’est-à-dire le demi-labour, le brûlement, etc. On ne les fume qu’avec des cendres d’écobuage, et on est convaincu que sans les cendres , il seroit impossible d’avoir des turneps. On les sème en Juillet, à raison d’une pinte et demie par acre. Il est très-rare qu’on sarcle cette récolte. En automne , les champs de turneps sont jaunes comme des champs de moutarde le sont en Mai; et en hiver, les mauvaises herbes desséchées les cachent en grande partie. Rien n’est plus désagréable à l’œil d’un bon agriculteur ; j’en ai été extrêmement frappé en voyageant de Plymouth à Exester en Novembre. Quelques fermiers essaient de faire arracher l’herbe à la main, et de la distribuer par tas pour l’enlever ; mais il est rare qu’on nettoie ainsi tout un champ, et cela se fait à beaucoup plus grands frais qu’on ne feroit une culture complète à la houe. L’emploi des turneps est la seule chose qui soit raisonnable dans leur culture ; on les arrache pour les faire manger au gros bétail et aux moutons sur des prés secs, ou bien on OCCIDENTALE DU DEVONSHIRE. 5oq les transporte à la ferme pour les faire consommer sous des hangars par des bœufs à l’engrais. C’est une chose déplorable que de voir la culture de celte excellente racine demeurer dans un étal de barbarie , tandis qu’elle est admirablement entendue dans d’autres parties de l’Angleterre. J’ai essaye de donner l’exemple. Mes récoltés de turneps, convenablement sarcles, ont parfaitement re'ussi, aussi long-tems que j’ai assiste à l’ope’ralion pour la diriger ; mais toutes les fois que mes affaires m’ont empêché d’y être présent, les ouvriers se sont négligés ; tant une habitude d’un demi-siècle est difficile à déraciner. Si les cultivateurs aisés qui ont le désir de réveiller l’industrie de leurs compatriotes, veulent réussir sur ce point, par leur exemple , je leur conseille plutôt de changer tout-à-fait la méthode de culture, et d’adopter celle qui a été dernièrement inventée dans la partie méridionale de l’Ecosse, et qui gagne aujourd’hui dans nos provinces du Nord , savoir : de semer les turneps en lignes élevées, ou sur des bil- lons étroits, comme l’on fait quelquefois les pommes de terre. Cette méthode de culture paroîtroit singulièrement bien adaptée à 5lO AGRICULTURE DE LA PARTIE un sol qui a peu de profondeur , comme celui du Devonshire (1). L’histoire des pommes de terre , dans ce district, fournit un autre exemple remarquable du respect des cultivateurs pour la coutume. Il n’y a pas plus de vingt-cinq ans que la totalité' du pays , y compris le marche' de Ply- mouth , e'toit pourvue de pommes de terre par l’arrondissement de Morton , qui est à trente milles de Plymoùth. Peu à peu, cependant, on fit des essais, et on fut tout étonné' de voir que les pommes de terre croissoient dans le voisinage de Plymouth comme ailleurs. Aujourd’hui les environs de cette ville fournissent son marche de pommes de terre. Soit que la pratique de Morton fût bien entendue , et ait servi d’exemple , soit que le hasard ait fait porter plus d’attention sur cette culture que sur d’autres , il est certain qu’au- ' jourd’hui l’on cultive les pommes de terre, dans le Devonshire, avec plus d’intelligence et de succès que dans la plupart des lieux où cette racine est connue. Les pommes de terre succèdent toujours à l’herbe} on ne les plante que dans des pre's rompus, et sur deux ou trois labours, mais (i) Cette méthode se trouvera décrite ailleurs. OCCIDENTALE DU DEVONSHIRE. 5II I sans écobuage : on les plante depuis Mars jusqu’en Juin, selon les varie'le's employées; elles sont nombreuses , et l’on devroil imiter ailleurs l’attention que l’on a ici, de planter chaque variété' dans le tems qui lui convient le mieux. La manière de planter varie selon la fantaisie des fermiers ; quelquefois on plante à la charrue , de deux raies l’une , et l’on recouvre de fumier. On les plante aussi en planches larges, en laissant entre les planches de la terre de reste , pour les butter à mesure qu’elles grandissent 5 on les houe, et on les garnit toujours de terre avec beaucoup de soin. On ne les arrache qu’en Novembre et Décembre, et on les conserve dans des creux en terre : la plus grande partie de ces racines s’emploie à engraisser des porcs. Il paroît que la culture des foins artificiels date du même tems, dans ce canton, que celle des turneps , et l’emploi de la chaux , c’est-à- dire cinquante à soixante ans. On fit alors un pas dans le perfectionnement de l’agriculture : on est prêt aujourd’hui à en faire un autre. La quantité' des prés pérennes , ou pâtures durables , est bien le double plus forte fiue celle des champs arables , dans la partie du pays qui est enclose ; mais dans le voisi- na ge des terrains marécageux et des çommu- fil 2 agriculture de la partie naux qui servent de pâturages , il y a beaucoup plus de champs dans la proportion. Les pre's artificiels les plus communément employés, sont le trèfle rouge mêle de ray- grass, le trèfle blanc et le trèfle jaune : ces deux derniers sont cultive's plus rarement. Dans les assolemens ordinaires le pré artificiel succède à l’avoine , après l’orge ou le blé. Toute étrange qu’est cette pratique, je l’ai vu exiger par le propriétaire dans le renouvellement d’un bail à ferme. On sème les graines de pre' après qu’on a semé l’avoine , et avant qu’elle lève ; on met d’ordinaire douze livres de trèfle et demi-bushel de ray-grass. On fauche le pre' artificiel la première an- ne’e, et dans les années suivantes on le fait pâturer. Les prés mêlés de ray-grass durent six ou sept ans : dans le voisinage des communaux on les rompt avant ce terme. On a des prés de diverses espèces ; on dis— ^tingue , i.° les prés frais, gras, qui peuvent être arrosés , et que l’on fauche. 2 .* Les pâturages gras qui ne peuvent être arrosés , et que l’on ne fauche point. 5." Les prés artificiels dont je viens de parler, et qui se pâturent après avoir été fauchés une année. 4.° Les pâturages secs, stériles, embarrassés de buissons , bCCIDENTADE DU DEVONSHITtE. 5l5 sons , et où l’on laisse paître le be'tail. L’usage de l’arrosement des prés est déjà extrêmement ancien dans ce district, ainsi qu’on en peut juger par certaines plantations qui suivent les sinuosités de quelques canaux d’arrosement; mais la pratique est loin d’être bien entendue. Les prés sont souvent mouillenx , sans être arrosés , c’est-à-dire que l’bumidité est dessous et non dessus , comme elle devroit être. Cependant, toute imparfaite qu’est la pratique , l’effet des eaux est prodigieux ; je ne l’ai observé tel que dans le voisinage des collines de craie : elles donnent à l’herbe un vert et une abondance qu’on peut comparer à l’effet analogue que l’on observe en Wiltsliirc et Ilampshire. Ce fait remarquable m’a conduit à croire que les ardoises , au travers desquelles filtrent les eaux , contiennent beaucoup de terre calcaire ; cependant, à l’analyse , elles n’en donnent que peu. C’est donc l’analyse exacte des eaux si productives qu’il seroit à désirer que l’on connût. Qu’il existe des différences dans l’effet des différentes eaux sur la végétation r c’est ce dont tous ceux qui ont des connois- sances pratiques étendues ne doutent point; et la chimie ne sauvoit faire à l’agriculture Tome 2, Kk 5l4 AGRICULTURE DE LA PARTIE de présent pliis utile que des découvertes de ce genre. La récolte des foins n’a rien de recommandable dans les détails des méthodes employées. On fauche mal : la faux est trop courte, et emmanchée trop près du bois; il en résulte, ou que l’ouvrage est très-lent, ou qu’une ligne d’herbe reste intacte entre les deux coups de faux. L’ouvrage des faucheurs est plus mauvais dans ce pays-ci que je ne l’ai observé dans aucun autre endroit. Quelques fermiers font leurs foins selon les bons principes , savoir : étendre, faner, mettre en petit tas, étendre puis charier. Mais , dans toutes ces opérations il y a un instrument qui est ridicule, c’est la fourche ; elle est si courte qu’elle semble faite pour la main d’un cuisinier plutôt que d’un faneur. Les fourches étoient assorties au système de transporter le foin sur des chevaux, et aujourd’hui elles restent les mêmes, quoiqu’on transporte le foin sur des chariots. L’on a soin de laisser pousser la seconde •coupe suffisamment pour faire un abondant ■pâturage , avant d’y mettre les bestiaux en pâture. J’ai vu mettre quelquefois le bétail dans les prés immédiatement après la coupe OCCIDENTALE DU DEV0NSH1RE. 5l5 des foins , pour ramasser l’herbe le long des haies , où la faux ne prend pas exactement tous les contours , et ne peut pas enlever ce qui croît en contact même de la haie : c’est un détail qui pourroit être imité avec avantage dans quelques endroits ; car cette herbe du bord des haies , qui est recherchée avec empressement par les bestiaux dans le moment où je parle, ne leur conviendroit plus lorsque le regain auroit pris sa croissance , et qu’ils pourroient faire la comparaison de l’herbe fraîche avec une herbe desséchée. Fin du second volume. û il 7 J n TABLE DES MATIÈRES Contenues dans le II.’ volume. (y onsidéraï-ions sur l’Agriculture françoise, page t Agriculture de la vallée deGlocester, par Marshall, 24 ————des hauteurs de Cotswold, 137 -de Herrefordshire, par Marshall, 177 — -de Suffolk, par Arthur Young, 223 - Du Comté de Winchilsea, par ledit, 373 Détails d’Agriculture, par Marshall, 3gg De la culture de M. r Ducket, par M. r R. Robinson, 423 Coup - d’œil général sur l’Agriculture du Comté de Glocester , par M. r Turner, 437 Agriculture du pays de Galles , 463 Agriculture de la partie occidentale du Devonshire , par Marshall, 476 Fin de la Table . Faute à corriger , page 48 $ de ce volume, ligne 7. Au lieu de le nom, lisez le nombre. Tomi: 2. L1 ry -y *' r .G,./ > CO LU Aufl. Teil * CS CM Band 3 in o o- O e E z> ~ 7 _ H- -J ai S < o r o . oO O O o O oO O O L.J O o ' O o 6 O O. o O C? • o'^ è O €) '•' O o. ■'* - O o ï>0 o O O oO • O _ O 1 1 L-fj ft ç>C -• to;. JZ/Zl C Mi^nq!a Mî>l-»r Z HX3 34256 « *—« 4-» I î % O 3 g C ; erg Q.O u L, >< « ~o « . p 3 *mm D 0", n .n * s— i* G fa 1 "V t QJ <3J -V J- 3 U-, .h- CT (D ! -o _. — y s ' l/J *3 > ■.££*3>v £ : (2 " ■ " 5 u ) t/i o ^ ’ ’""" n ■• > ü c *** ^ ^3 «-J *T3 ^ « Lv- ü OJ J3 *H CTu ^^3 flj C ~ •- *- \2 -, =S « ** O O “3 * T3 •*- y S iS'B'O et G cA <3 fi • •£ 4> U > 3 O 3 ”3 ."•s^ës = C O O c tJ •n , u S a o u «j C y 4> ° *-) '8.«->«s-S S X «i 4> O ' — ‘ o g jj --y-g _J2 *3 <3 o H ’o •B g >•==> ï .-G V= “ rt CL es c <« CL V ►S *3 ^ y v P G ^ * ?! x 3 g a> * A g s .*- •— ï. « CJ 4) 3 S ë Ë-S ü . O—ù ^ *3 - u X £ u aï s2 = O -r? O o « JP u ü y; -s o -a .2 g : S S a s E.U C”u2a£ ' s* « £ L A» ** 5 "t* H ^ • • A» • 5 ^ fi J!. «j S Vf* s S5 o S ^ ^ : *4 v> . \ri I 'I -W X ». 1- R -<î w £ » « J. 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Adi S^^l'ïlpî' V-^\> îtic'F ‘£>'-' 4 #? lî^* SüÉi tes ' >r* •*■« 18 ! msm J.’V :,^. v >' .ï .T- .,-■ - . » *,•• V. -J.V.. É®» •ÿ-Vfrjfr *vs?fe$‘ À,vv£fe, -.i- ' :ÿ«*S MiM ■Wk* i'ïcwù /? L $ojr, 3 M 1 H 1 QU ES. 315 : ITION XXXI e . itres propriétés & phénomènes des objets , Sc des images vues à ..'tiques convexes. la partie de l’axe comprife jyer > divifëe en autant de 'es qu’on voudra , à com- e foyer , & que l’objet com- du centre vers le foyer; il ..es ces parties, excepté la der- ii ; -ge parcoure par fon mouve- ..oté de la lentille au de-!à du '•ce fini & déterminable. Mais oarcourra par • fon mouvement e-arties, quelque petite qu’elle b parcourra un efpace infini. I m encore l’autre partie de l’axe yer & la lentille , en autant de i gales qu’on voudra ^ en com- en allant vers la lentille , & royer, fe mette en mouvement Mrs en parcourant la première 1 j "ue petite qu’elle puilfe être , ■ efpace infini du même côté f objet j en commençant à une CfbVnyt 314 tille , celui d< celcré. 747. Mau uniforme s’é centre, ou c que le centre avec un tno>j 748. Dari l’objec, il en mage; &il ment grand ment imper 749. Daj foit le moj jamais de l 1 foyer. 750. Il iule de'to lement u n mouve: Qu’un ni' ^e un mo je. 3 *. Qu j produire is l’image, irdé peut c de l’obj j D’AGRICULTURE A N G L O I s E. DE LA VIE AGRICOLE. Happy the raan whose wisli and care A few paternal acres bound , Content to breathe his native air In gis owu ground. P o PE. I-iE séjour des champs attire les hommes par un effet naturel de leurs passions, de leurs penchans et de leurs goûts. L’ambition déçue, les habitudes studieuses, le sentiment vif des beautés de la nature , les projets de fortune renversés ou satisfaits, nous poussent ou nous ramènent à habiter la campagne. L’homme blasé en espère une existence 3 l’indolent y cherche le repos, le misantrope la solitude ; elle intéresse l’esprit observateur par des merveilles toujours renaissantes ; elle nourrit l’imagination par des tableaux sublimes , et les Tome 5. A 3 UE U A VIE A doux prestiges d’une vie d’innocence , au milieu des scènes champêtres, flattent la mélancolie des âmes tendres. Cependant, ainsi que sur tous les autres objets de nos voeux , il est rare que la réalité' réponde ici aux promesses de l’espérance. L’un porte dans la retraite les passions qui ont agité sa vie , et il s’étonne de ne point trouver le calme qu’il cherchoit ; un autre a laissé des souvenirs, a rompu des relations qui le rappellent ; un troisième se sent reporté vers les affaires par cette même inquiétude qui lui fai— soit désirer le repos; celui-ci a une activité qui manque d’aliment et le dévore ; celui-là a le sentiment de son talent, et se reproche de s’être condamné à une existence obscure ; et trop souvent l’objet même de l’espoir devient l’occasion des regrets. C’est que dans toutes les situations de la vie humaine , les circonstances n’influent sur le bonheur que dans leurs rapports avec les dispositions intérieures. Que sont en effet les douceurs du repos à celui qui a besoin d’agir? De quel prix est le loisir à qui ne réfléchit que pour s’inquiéter? Et qu’importe le spectacle de la nature à celui qui ne jette sur ces scènes magnifiques que des regards distraits ? Mais de tous les motifs secrets de mécon- AGRICOLE.' 5 lentement qui accompagnent l’indolence dans la retraite , aucun peut-être n’agit avec plus de force que la conscience de l’inutilité ; car la nature nous a tous egalement destines au travail 5 et un sentiment d’inquiëtude, mêlé de honte , poursuit l’homme oisif, comme pour venger la société négligée. Nul n’appréciera donc les plaisirs de la vie champêtre s’il ne s’est mis en paix avec lui- même, en se donnant une occupation utde; et ici se présentent les soins agricoles , dont la ressource est applicable à toutes les capacités, à tous les esprits, à tous les caractères , avec ’ des avantages qu’on ne sauroit estimer à un trop haut prix. Mieux peut-être qu’aucun des autres objets de poursuites qui remplissent la vie , l’agriculture s’adàpte , dans son étude et sa pratique^ à la somme quelconque de facultés qu’y; aip4 porte celui qui s’y livre* Chacun se plaît dans celte carrière dès les premiers pas qu’il y fait; les jouissances n’y sont point exclusivement lè partage ni de la richesse qui commande lefj bras, ni du génie qui fait les découvertes. Chacun dans sa sphère s’applaudit de ses combinaisons , jouit du fruit de ses travaux ; et la culture d’un arpent de terre, plus sûrement encore que de vastes exploitations , donne des /■ UE Ii A VIE \ plaisirs qui ne sont point trop achetés.— Quel est'donc ce charme particulier attache' par la suprême sagesse à cet art si simple comme occupation , si complique' comme science? à cet art que les plus grands hommes (i) et les plus grandes nations ont honore' comme le plus utile , et auquel tout nous ramène comme au plus doux à pratiquer? -i.iObservons d’abord que la santé’, le premier bien ide l’existence , celui sans lequel tous les objets prennent une sombre couleur , s’entretient et se fortifie dans l’exercice de l’agriculture : cet e'iat de bien-être qu’on éprouve et ne définit point, cette disposition qui dépend de l’équilibre parfait des humeurs et du jeu facile des forcés vitales ,i change les moindres actes en plaisir , et nous fait trouver des jouissances dans chaque occasion d’employer nos -facultés. < Le: théâtre des occupations agricoles leur donne encore:un mérite qui leur est propre. Quel art que celui qui s’exerce au milieu des plus belles scènes de la création , et sous l’in— — j .... 7. .,-:---:--——-— . f i). Rappelons' l.’hotanmage que lui rend le plus éloquent des Romains. Omnium autem rerum ex quïbus aliquid acquiritur, ni/dl est agricullurâ meliùs, nihil uberiùs, nihil dùlcïùs, nihil hoinine libero digniùs.[Qic. de Ôff ., Liv. I., §. 4 2 . AGRICOLE. Ô fluence immédiate des phénomènes célestes 1 L’agriculteur est en rapports avec tous les agens de la nature. Les douces rosées, les pluies nourricières, les vents, les neiges, les frimats, tout concourt aux résultats qui l’occupent. Quand le soleil brille, c’est pour mûrir ses récoltes; quand les nuages se rassemblent, c’est pour les arroser ; et si de loin en loin les météores destructeurs viennent réveiller ses craintes ou lui rappeler sa dépendance du ciel, ils le garantissent du moins de la stupeur de l’indifférence , ils donnent un prix nouveau à ce qu’ils ont épargné. Toutes les occupations, tous les travaux de l’agriculteur tendent au bien de la société, et il ne sauroit l’oublier ; car ce qu’il voit le lui retrace à toute heure : les bras qu’il fait agir, les indigens qu’il sauve de l’oisiveté , les productions que ses soins multiplient, sont autant de bienfaits envers l’espèce humaine et envers son pays. Il devient meilleur dans une vocation qui se compose d’actes utiles ; et quel plus sûr garant du bonheur que la pratique journalière du bien ! Les passions haineuses, qui, par l’accumulation des individus désœuvrés, fermentent au sein des villes, s’adoucissent chez des citoyens épars et occupés. Les dissensions sont plus 6 DE E A VIE rares parmi ceux qui raisonnent peu et agissent sans cesse. Au milieu des travaux rustiques les germes de la jalousie périssent, ou se développent en émulation ; et l’homme des champs, exempt du tourment de haïr, trouve dans la disposition habituelle à la bienveillance une douceur qui manque toujours à l’envieux, au sein même des succès. La vie laborieuse et simple du cultivateur s’allie à tous les devoirs domestiques, dont l’accomplissement , s’il est facile , donne à notre existence son charme le plus précieux. C’est au village que nous trouvons ces mœurs patriarcales dont notre corruption nous a tant éloigné. C’est sous les abris champêtres qu’on peut chercher encore les époux heureux, et les familles unies. Enfin, un attrait puissant conduitleshommes à cette possession, ou les y retient : c’est l’attrait inséparable d’une vie exempte de tant de gênes sociales inutiles; d’une vie dans laquelle on jouit de toute l’indépendance que la nature des choses permet sans rétrograder vers l’état sauvage. Sous le tyran même , le cultivateur se sent plus libre que l’habitant des villes ; et s’il n’échappe pas toujours aux vexations du despote, l’intérêt même de celui-ci lui défend de l’écraser. Il se console, il se distrait parle AGRICOLE. 7 travail ; il se soumet à un fléau politique Comme à un orage j et la foudre qui tombe sur les palais des grands, respecte son humble demeure. Gardons-nous cependant de l’illusion que de séduisans tableaux pourroient faire naître, si l’expérience ne nous servoit de correctif et de guide. La condition humaine , qui n’admet point de félicité sans mélangé , défend à l’agriculteur d’espe’rer des succès sans inquiétudes , ou des jouissances sans regrets ; et souvent, pour avoir trop compte' sur les avantages de la vie des champs, sans en calculer les peines et en pratiquer les devoirs, on y débute par des chagrins que quelques connoissances préliminaires eussent e'pargne’s. Indiquons en peu de mots les fautes communes , et instruisons les jeunes agriculteurs à s’en préserver. Si nous réussissons à leur faire trouver l’intérêt dans la tranquillité, et le calme dans une vie occupée, nous aurons atteint notre but. Heureux qui habite un pays où la paix règne, où les propriétés sont sacrées! partout ailleurs on possède et ne jouit point : on cultive avec crainte , on recueille avec inqùiétude , on travaille sans projet. Ce n’est point alors l’art de l’agriculture qu’on exerce ; car dans cet art le sacrifice du présent à l’avenir est souvent nécessaire, et c’est là un calcul que n’admçt 8 DA DA V I E point l’incertitude sur les proprie’te's. Suppo- sons donc, ce que dans bien des lieux on est réduit à désirer encore : c’est une base sans laquelle on ne sauroit construire (1). L’aeque'reur d’un domaine est appelé' d’abord à opter sur le mode d’exploitation, entre trois me’tbodes, dont chacune a ses avantages. Il peut mettre à ferme , cultivera moitié fruits, ou par des domestiques. Le premier parti assimile la possession à un placement d’argent; et quant aux soins du fermier, ils se trouvent compris dans ceux du propriétaire tels que nous allons les indiquer. En louant sa terre à moitié’ fruits , le proprietaire se condamne à l’inaction, et il adopte une méthode en general mal calculée pour l’amelioration de son domaine (2); mais s’il est absolument sans ex- (1) Inventeurs des droits de l’homme , assurez au laboureur le droit de recueillir où il a semé, et de transmettre à ses enfans sa terre améliorée ! Nota. Ceci a été écrit en 1796. (2) Les métayers, qui louent à moitié-fruits, sont ordinairement des gens peu aisés, qui ne peuvent faire aucune avance, qui ne prennent point à long bail, et qui, par conséquent , ne peuvent entreprendre aucune des véritables améliorations des domaines. Il est aisé de sentir, que ceux qui ont les moyens et la volonté d’opérer en grand des operations utiles, veulent en retirer le profit, et prennent une ferme à long bail. AGRICOLE. 9 périence , ce parti est ordinairement le plus sage, dans un début : il donne le tems de s’instruire. G’est une erreur trop commune chez les nouveaux possesseurs que de faire abstraction des difficultés morales qui les attendent, et de se croire places pour reformer avant d’avoir été en position d’apprendre. La connoissance des hommes sert à tout; et celui qui négligé de faire la part aux passions et aux préjugés, est souvent puni de son inconsidération par des dégoûts amers. L’agriculteur est dans une dépendance inévitable de la volonté d’autrui pour l’exécution de ses idées ; et on diroit cependant , à voir la confiance avec laquelle certains débutans froissent les amours-propres, et heurtent les préjugés de ceux qu’ils emploient , qu’il n’appartient pas aux classes subalternes de la société de partager les défauts et les torts qu’ils ont eux-mêmes. De là l’opposition secrète , le travail lent, l’exécution défectueuse, et tous les mécomptes qui sont de véritables chagrins lorsqu’on a trop espéré (i). (i) Quel dommage qu’on ne puisse pas dissiper à son gré les préjugés, faire taire l’amour-propre et l’intérêt, plier les volontés à sa guise, trouver des aides tels qu’on les imagine, parer à tous les accidens; et D B LA VIE lO Ceux qui ont observé les paysans, et qui ont long-tems employé les ouvriers de campagne , savent qu’ils appliquent et craignent le ridicule dans les objets qui sont de leur ressort, tout comme nous le faisons nous- mêmes à d’autres égards; or , rien n’est plus ridicule aux yeux d’un paysan qu’un Monsieur qui, un livre à la main , prétend l’instruire de ce que lui-même a pratiqué d’enfance. Fût-il convaincu par Je réformateur, il n’oseroit l’avouer à ses camarades , de peur d’être ridicule à son tour. S’il est franc, il montre sa répugnance à suivre ce qu’il croit un caprice; s’il applanir les difficultés qui naissent toujours en foule lorsqu’on veut appliquer une théorie ! Que l’art seroit alors facile à pratiquer! —Quand on entend raisonner un agriculteur de cabinet sur les systèmes des Tull, des Duhamel, des Dechateauvieux , sur la grande et la petite culture, sur les instrumens qui abrègent le travail ; puis calculer les produits nets sur lesquels il compte lorsqu’il exploitera lui-même, on se rappelle les tacticiens des cafés qui font mouvoir les armées et gagnent des batailles sur du papier blanc, ou les politiques des clubs qui veulent conduire les hommes et diriger toutes les passions avec des formules. "Nous avons eu occasion de le dire, l’homme inconsidéré ou maladroit qui veut répandre des pratiques nouvelles, fait rétrograder la science, en decréditant ce qui seroit bon en d’autres mains et en d’autres circonstances. AGRICOLE. Il est ruse, il se tait, et ne fait précisément que ce qui est nécessaire pour n’être pas pris en faute. Il s’établit bientôt une ligue sourde contre celui qui paie et croit commander ; et chacun résiste jusqu’au point où son intérêt pécuniaire le permet. Si le maître est foible, il se lasse, et il abandonne son plan, en admirant la fatalité qui l’a contrarié , tandis que ses domestiques le croient guéri d’une espèce de maladie qui a fait son cours. Si le propriétaire est un homme ardent, emporté, opiniâtre, il se tourmente à gronder à toute heure , sa maison est un théâtre de querelles, il congédie ses gens , il change d’ouvriers tous les jours , et les mêmes fautes reproduisent sans cesse les mêmes difficultés. Si le nouveau possesseur a du caractère et de la sagesse, l’expérience l’instruit et ne le rebute point; il sent qu’il s’y est mal pris , et l’apprentissage qu’il a fait le dirige pour l'avenir : mieux eût valu encore profiter de celui des autres. L’expérience ne se supplée point dans un art qui consiste en faits , et où l’exécution est un véritable métier. Après l’étude des livres , il y a mille détails qu’on croit connoîlre , et sur lesquels on se trouve ignorant lors de l’épreuve. Il y a mille choses qu’on voit faire tous les jours , et qu’on croit faciles jusqu’au mo- 32 DE Tu A VIE ment ou on les essaie. Il faut savoir mettre la main a 1 œuvre pour se rendre capable de diriger le travail ; car rien ne donne plus de confiance aux autres que le talent de faire soi- même , comme rien n’apprête tant à rire à qui reçoit des ordres que les be'vues de qui les donne. Le nouvel agriculteur débutera donc avec défiance pour avoir moins à décompter. II observeira avec attention ; il consultera autour de lui ; il écoutera avec déférence : il cheminera non point avec timidité , mais avec mesure ; il saura se servir des instrumens qu’il a à sa portée ; il ménagera les préjugés; il flattera le courant jusqu’à ce qu’il se sente assez fort pour le maîtriser ( 1 ). (1) Le père de l’agriculture françoise nous a laissé de bonnes instructions sur ces objets. « Pour un préalable donques, nostre Père de famille sera averti de s’estudier à se rendre digne de sa charge; afin que sçacliant bien commander ceux qu’il a sot.s soi, eu puisse tirer l’obéissance nécessaire, (ce qui est l’abrégé du mesnage) taschant pour en venir là, de changer , ou du moins d’adoucir les humeurs qu’il pourroit avoir contraires à tant louable exercice, par n’y estre né. » (Théâtre d’Agriculture, pag. 25 , édit, de 1600.) a Orné que soit le père de famille de telles qualités , et rendu sçavant en tous les termes du mesnage , commandera hardiment ses gens, lesquels lui obéiront d’autant plus volontiers, que par expérience cognais- AGRICOLE. 10 Cet apprentissage lui sera plutôt, amusant que pénible , et chacun s’empressera de le lui abréger ; car, par une foiblesse remarquable chez les gens de la campagne , ils savent gre' à celui qui n’est pas né paysan de vouloir bien condescendre à travailler la terre de ses mains. Eu conversant avec ceux dont il partage la peine , il aura beaucoup à apprendre, s’il sait donner aux informations leur valeur, distinguer les faits dans la foule des assertions hasardées , et découvrir les points lumineux de la vérité au travers du nuage de préjugés qui les obscurcit. S’il a le bonheur d’être secondé par un agent probe , intelligent , actif, il réussira à le faire concourir à ses vues, en lui accordant de la confiance, et en lui laissant toujours le mérite d’inventer ce qu’il en désire. Enfin, lorsque le tems , les connoissances exactes, l’accomplissement de ses devoirs de maître , auront donné de la consistance à ses idées auprès de ceux qu’il emploie , il pourra changer à son gré sa culture , introduire des Iront ses ordonnances estre raisonnables et profitables: et pour la bonne opinion qu’ils auront conceuë de sa suffisance , travailleront de bon cœur , et sans murmure, ce qui communément n’avient quand les mercenaires sont sous la charge d’un qui n’entend ce qu’il veut faire.»(pag. 28.) l4 DE Ii A VIE me'lhodes utiles, donner des exemples qui seront suivis. Cet accomplissement des devoirs de maître , indispensable pour obtenir la re'ussite , l’est encore pour consolider l’ouvrage. En vain le proprietaire auroit donne à son édifice un fondement solide , s’il n’-en soignoit la construction , et n’en surveilloit l’entretien. Or , ici la justice exacte , les attentions paternelles ne suffisent pas, il faut de l’adresse. La vigilance du maître embrasse tout ; mais s’il est sage il sait souvent ne point voir , car en voulant tout exiger on compromet ce qu’on peut obtenir. Il n’oublie jamais qu’il faut plus de vertu pour remplir les obligations d’une vie active , lorsqu’on n’est point soutenu par l’esprit de propriété j et il ne négligé pas de joindre au mobile de l’intérêt le sentiment de l’honneur, ce véhicule magique qui donne un prix à l’approbation du maître, et allège toujours la peine , même alors qu’il l’accroît. On a dit quelquefois que s’il importe à la paix que les domestiques ne soient pas divise's , il importe à la sûreté qu’ils ne soient pas trop unis. Le maître bienveillant et habile ne craint point ces ligues dont s’effraient ceux qui isolent ldurs intérêts de ceux de leurs gens. Il apprécie la moralité de chacun des siens -, il les veut y A 6 R I C O 1 E, i5 honnêtes pour n’avoir pas à s’eu défier, mais il s’en défie assez pour ne les tenter jamais. Enfin il ne les commande point trop, afin d’en » être toujours obéi 5 et il met dans ses manières avec chacun d’eux ces justes nuances qui tendent à obtenir le plus , avec le moins d’efforts. L’ordre le plus strict règne dans sa maison , pour ôter à ceux qu’il occupe jusqu’à la possibilité des gains illicites. L’économie sage , cette branche essentielle de l’ordre , qui ressemble aussi peu à l’avarice que la profusion à la générosité , fait une des bases de son régime intérieur. Dans une bonne administration rien ne se perd ; et le cultivateur doit imiter la nature qui opère toujours aux moindres frais, et qui emploie à reproduire tout ce que la consommation n’absorbe pas. Est-ce donc là, va-t-on s’écrier peut-être , est-ce donc là une vie de liberté, d’aise et de calme , où l’on est astreint à tant d’observances de détail , et où l’on achète d’un dévouement pénible et continu une réussite que mille accidens peuvent contrarier? A quoi bon cet échafaudage de précautions et de soins lorsqu’on peut jouir de la vie agricole à la manière des bonnes gens qui n’ont jamais réfléchi sur les prétendus devoirs du cultivateur -, qui suivent le sentier battu., font DE L A VIE 16 corame ils ont vu faire, et n’en sont que plus heureux ? Convenons, avec ceux qui objectent ainsi , que l’humble laboureur , cultivant le champ cte ses pères, n’a nul besoin de nos instructions; que le proprietaire , ou le fermier intelligent, accoutume d’enfance au train rustique , exécute ce que nous venons de prescrire ; mais c’est sans s’en douter , peut-être , c’est avec une aisance si naturelle , qu’elle dérobe l’art à l’observateur. Convenons encore que l’homme paresseux , apathique , qui va chercher aux champs le plaisir del dolce far niente, ne sauroit s’accommoder de nos recommandations : mais aussi qu’il se garde de se mêler d’agriculture ! l’exploitation d’un domaine ne seroit pour lui qu’une source de chagrins ou une occasion de ruine : peut-être l’un et l’autre (i). Pourquoi ces idées de gêne, d’ordre strict? dira-t-on , encore, pourquoi ce mot sévère de devoir , lorsqu’on traite d’une occupation qui doit n’être qu’un délassement , qu’un plaisir? (1) « Ne se mesle donques du mesnage celui qui ne se x’ésoudra à ce poinct, que de conduire lui mesme ses domestiques et manœuvres , comme le Capitaine ses soldats; de peur que cuidant espagner sa peine, il ne tumbe en honteuse confusion. » (Théâtre d’Agvi- culture, pag. 39.) Ce AGRICOLE. 17 Ce seroît avoir une bien fausse idée des choses que d’espe’rer s’affranchir de la loi generale qui fait acheter les jouissances par le travail ; et c’est encore une erreur commune que d’associer une ide'e triste à celle du devoir. Les notions exagérées de liberté', sans soustraire l’individu , mieux que les peuples , à la dépendance des choses, le mènent aussi à l’esclavage des passions. L’homme trop libre devient inquiet; le tems lui pèse ; l’ennui le gagne ; le désœuvrement le conduit au vice; et les maux communs à tous lui paroissent plus douloureux. Mais celui qui se voue aux occupations réglées de la vie agricole , qui se commande la peine, qui s’impose des soins, trouve des intervalles pour le plaisir. Le repos lui est doux ; la méditation le charme ; il jouit en souvenir comme en projet ; les chagrins factices lui sont étrangers ; les maux réels ne l’accablent point ; car Se travail distrait plus puissamment encore que la philosophie ne console. L’habitude de certains devoirs le dispose à remplir tous les autres : car les obligations morales se prêtent dans leur exercice un mutuel secours, et sont unies par une chaîne qu’on ne sauroit rompre. Enfin •l’agriculteur suit la destination primitive des humains; il se sent dans les voies de la nature ; il y marche avec délice et confiance ; et si h Tome 5. B l8 DE U VIE AGRICOLE, ciel l’a favorise' dans les relations les plus chères au cœur de l’homme de bien , il ne peut manquer à sa félicité' que d’en connoître tout le prix. Ease and alternate labour, useful life, Progressive virtue, and approving Heaven. Thomson. NOTES D’AGRICULTURE PAR MARSH A LP. jVîlt. Marshall s’est rendu célébré en Angleterre par l’étendue de ses travaux sur l’agriculture, et par le soin et la méthode avec lesquels il a travaille'. Il publia en 1785 ses Minutes of agriculture , qui ont été suivies de plusieurs autres ouvrages. Je vais tirer de ces notes , des fragmens qui pourront servir de modèles à ceux qui tiennent registre des opérations courantes de leur exploitation agricole. L’observation des faits , est une des choses les plus importantes en agriculture : ce n’est qu’à force d’observer, de rapprocher, de comparer , en tenant compte de toutes les circonstances , qu’on peut arriver à des résultats satisfaisans. Il sera utile de voir comment l’un des agriculteurs les plus distingués de notre tems, s’y est pris pour que les fruits de son expérience ne fussent point perdus, et que , jusqu’aux moindres détails , servissent dans la suite à diriger ses opérations. 18 Juillet 1774. Congédié hier Georges lilack. Je le soupçonnois de faire la Contrebande. Il n’étoit pas en état de conduire mes NOTES 20 gens ; et je ne pouvois plus le remettre à travailler lui-même. Je voyois que les voisins le mëprisoient. Il est bon ouvrier, mais sa tête n’est pas assez forte pour mener les autres : c’est un instrument d’agriculture que j’ai gâte en le déplaçant. f Résolu d’essayer d’être mon propre économe. J’apprendrai la conduite du lendemain , par l’expérience du jour ; et les mécomptes d’une année m’instruiront pour l’année suivante, 26 Juillet. Commencé à charier les foins de la rivière. — Mis quatre charretées en meule. Deux autres ont été prises par la pluie. Il en restoit encore quatre à charger. Les deux voitures chargées sont restées au pré. Une autre fois je me tiendrai pour dit, de charier mon foin à mesure qu’il sera sec. Il y en avoit que j’aurois pu serrer hier, et je ne voulus pas in* terrompre le travail de la charrue. 27. — Je me suis bien trouvé d’avoir couvert mes chariots avec de la toile à voile : le foin a peu souffert de la pluie. 28. — Achevé de charier les foins de rivière. Nous avons mené la chose très-vivement : il faut s’en souvenir, pour faire toujours de même,, 5 i.—Achevé de faire les composts à la tête des prés. A 18 deniers le rod (5 yards et demi) les ouvriers ont gagné 5 shcllings par jour ; 21 î)’ A&RlëÜLTURÏ. mais ils ont bien travaille'. II y a une charge de fumier pour 4 ~ yards. J’ai fait défoncer les bordures de la pièce sur lesquelles il ne venoit rien ; il m’en a coûté à peu près i 5 deniers par chariot de fumier pour l’arrangement du compost (il est destiné au jeune trèfle delà pièce). Juillet 1777. Ce travail, pour faire les composts destinés au trèfle , en y comprenant la Valeur et le charriage des fumiers , est fort cher : je doute qu’il soit payé par la mieux- value de la récolte (1). 6 Août 1774. Fait couper les chardons de la commune de Norvvood , pour empêcher que les semences ne soient apportées par les vents dans mes champs , qui en sont voisins. J’ai fait charter ees chardons verts sur ma courtine pour les faire pourrir en fumier (2). (1) Ces notes de fauteur, faites trois ans après, servent souvent d’explication et de correctif à l’opinion qu’il avoit en enregistrant les faits. — Cette opération du compost, qui auroit été bonne pour une luzerne , était en effet inutilement dispendieuse pour le trèfle , qui n’a besoin que de gypse, lorsqu’il a été semé sur une terre bien préparée. (2) La précaution de faire couper les chardons dans le voisinage des champs, au mois de juillet, est généralement négligée, et cependant très-importante : c’est une de celles qu’il est difficile d’obtenir des domestiques, parce qu’ils la jugent inutile. St 2 NOTE S Juillet \ r j r ] r J. Celte pratique est évidemment utile : je m’en suis très-bien trouvé. 8 Août 1774. Tous mes domestiques sont d’accord à préférer les chevaux aux boeufs. Ils ont un guignon décidé contre ceux-ci $ et je vois que je me suis trop pressé de faire cette empiète. Ils m’ont coûté à nourrir, au moins trois fois la valeur de l’ouvrage qu’ils ont fait j et ils ont été l’occasion de beaucoup d’impertinences et d’ennuis. Juillet 1777. Il s’agit dans l’article ci-dessus de quatre boeufs achetés en Sussex , dans le printems précédent, et tandis que j’étois fort occupé des ouvrages courans de la campagne, comme aussi de diverses constructions rurales. En général, lorsqu’on veut introduire quelque chose de nouveau, s’il en résulte quelque dérangement dans l’ouvrage nécessaire de la ferme , il y a dix contre un que l’on manquera l’objet. 20 Août 1774. La pluie de mardi a eu un très-bon effet sur Je blé rouillé et retrait, qui étoit en javelles : le grain en a sensiblement grossi. Je l’ai observé jeudi et vendredi. II paroît que plus il reste exposé à la pluie , plus il gagne. 29 Août. 11 est mort hier une vache de la maladie rouge , ou pissement de sang. Elle »’ AGRICULTURE. 25 avoit élevé deux veaux au pâturage , n’est-ce point Jà ce qui l’a épuisée ? Je l’ai fait ouvrir. Quoiqu’elle n’eût pas mange” depuis plusieurs jours, elle avoit dans la panse des alimens près* que cruds. Sa vessie étoit pleine d’une eau rouge , et elle avoit la vésicule du fiel fort distendue , et jaune. 5 o Août. Amené hier d’Ascomb huit sacs d’avoine encore mêlée avec la balle. Ne seroit- il pas absurde de vanner cette avoine ? Il semble que , puisqu’on reméle souvent de la balle , ou de la paille hachée, avec l’avoine qu’on donne aux chevaux, c’est un travail perdu de la vanner. Juillet 1777. Cela est plausible en théorie; mais cela ne vaut rien à l’usage. Il est impossible , si l’on ne vanne pas l’avoine, de s’assurer de la quantité qu’on donne ; et les domestiques prétendent toujours qu’il n’y en a pas assez. D’ailleurs, il y a dans l’avoine non vannée beaucoup de mauvaises graines qui se retrouvent dans le fumier , lorsqu’on la consomme à l’écurie sans la vanner. 6 Septembre. En voyant moissonner mes fèves ce malin , j’ai imaginé que si l’on les arrachoit, il y auroit moins d’ouvrage. Je l’ai essayé, et j’ai vu que les plantes s’enlevoient facilement. Il résulleroit de l’arrachement , NOTES s4 que le terrain seroit plus aisément pre'pare pour la récolte de blé qui doit suivre (1). l 3 Septembre. Essayé pour la première fois le râteau à coultres dans un chaume de fèves, Son effet a. surpassé mon espérance. Il laisse la terre parfaitement nette et pulvérisée. Juillet 1777. J’avois imaginé cet instrument, en observant que le coultre de la charrue ra- massoit le chaume et les racines des mauvaises herbes. Je pensois qu’en fixant dans une traverse une rangée de coultres, et montant cette traverse sur deux roues, j’ohtiendrois le même genre d’effet. J’avois incliné ces coultres , la pointe en avant , à environ 45 degrés de l’horizon. Cet instrument n’étoit pas sans mérite, mais il étoit cher et trop compliqué : il m’est devenu inutile. De bons labours et de bons hersages nettoient encore mieux la terre. 18 Septembre. J’avois fait couper diverses bandes dans un champ d’avoine semée avec des graines de pré, pour voir quelle différence il y auroit entre la réussite de celles-ci dans les endroits coupés en vert , et ceux où je laissois mûrir l’avoine. Le pré a été beaucoup (1) Ce que Fauteur a imaginé se pratique constamment dans nos cantons : on y arrache les fèves, au lieu de les couper. J3* AG B.I' CULTURE. 25 plus garni là où j’avois coupé l’avoine en vert, La seconde coupe de celle-ci, réunie à la jeune herbe des plantes de pré, auroit fait un excellent pâturage d’été. Juillet J 777. Toutes les fois qu’on a besoin de vert à l’écurie, et de pâturage en été, ce procédé doit être suivi. 2 5 Septembre. Il est tombé une énorme quantité de pluie. Tout le pays est inondé. Malheur à ceux qui ont encore à serrer une partie de leur moisson ! En général , il faut semer le plus tôt qu’on le peut , et moissonner dès que c’est mûr. Si les pluies avoient commencé huit jours plus tôt, j’aurois eu beaucoup de blé perdu. 2 Octobre. Quelle saison pluvieuse ! Tout le monde s’en plaint. Mais chaque année n’est- elle pas remarquable par quelque caractère de la température ? Ce qu’il y a de merveilleux, à mon avis, c’est la régularité de l’alternative des pluies , et du beau lems. Il faut forcer l’ouvrage quand il fait beau , et penser toujours à la possibilité du mauvais tems. 5 Novembre. J’ai semé en blé une certaine étendue d’un mauvais champ, après des fèves, sans fumier. Mai 1775. Le blé n’a rien valu. Juillet 1777. Donné au même champ uns NOTES a6 jachère d’été , et semé en blé sans fumier. La récolte très-bonne. Il est à présent e» trèfle , et aussi net qu’un jardin. Je suis convaincu que lorsqu’une terre est sale , le meilleur de tous les procédés , c’est la jachère complète. Si une jachère ne suffit pas, il faut en donner une seconde. 19 Novembre 1774. Le.jeune Joseph a versé un chariot de fumier. II a déjà cassé deux tombereaux. A l’avenir j’ai résolu de ne jamais laisser conduire les chevaux par un jeune garçon : on épargne quelque chose sur le gage, mais on le paie bien cher en accidens. 2 Décembre 1774. J’ai fait ouvrir quelques sillons dans un pré artificiel en terre argileuse , et dans une situation t©ut-à-fait horizontale, en sorte que les plantes de pré étoient noyées. Je soupçonne que le séjour des eaux de l’hiver sur un pré, en terre argileuse , doit nuire essentiellement aux plantes. Juillet 1777. Je suis aujourd’hui convaincu qu’un écoulement aux eaux, dans les terrains argileux , est aussi nécessaire pour les prés que pour les blés ; avec celte seule différence , que les billons doivent être étroits pour le blé, et qup le pré doit être dispose’ à planches larges. Il est bien vrai que mon herbe n’a pas péri ; mais ce pré , quoique la terre fût en bon état quand je l’ai établi , ne rn’a jamais donne' une récolté même médiocre. L’herbe ne devient belle que dans le haut du pre’, qui est parfaitement sec. J’ai observe' aussi que cette partie est beaucoup plus hâtive au printems que le reste : là où l’eau séjourne pendant l’hiver, le soleil a deux choses à faire, i.° faire évaporer l’humidité superflue , 2.° animer la végétation ; et il arrive souvent que les chaleurs surviennent avant que l’herbe ait pu prendre un peu d’accroissement, en sorte que la surface argileuse se durcit comme de la pierre , et que la récolte demeure chétive. 7 Décembre 177 4 . J’ai fait mettre une charretée de terre glaise à l’entrée de la cour d’Ascomb, pour empêcher que l’eau du chemin ne vienne délaver les fumiers de ma courtine. C’est une négligence impardonnable que de laisser perdre les eaux qui ont lavé le fumier; mais comment doit-on qualifier la négligence de ceux qui laissent arriver l’eau d’un chemin, pour délaver leur fumier, et s’écouler ensuite à pure perte ? On ne sauroit surveiller de trop près les batteurs en grange. J’ai été trompé depuis quinze jours par deux batteurs à tâche. M’étant aperçu de leur manœuvre , j’ai fait battre pour la seconde fois un demi-chariot de paille, NOTES s8 pris au hasard. Nous en avons tire* plus d’u» demi-bushel de beau blé. Je les ai chasses ignominieusement de la maison. 26 Décembre. Les cochons ont achevé' les pommes de terre , qui les ont beaucoup fait grossir. On faisoit bouillir ces racines , et on les leur donnoit encore tièdes. L’effet a surpassé mon attente. Je les ai mis aux pois, et à l’orge non grue' de mauvaise qualité. 29 Décembre. L’orge passe dans leur corps sans se digérer : c’est une mauvaise nourriture pour les cochons : je les ai remis aux pois seuls* 8 Janvier \’i T )b. J’ai compté les fèves produites par une seule plante de l’espèce nommée fèves pourprées du Cap. Leur nombre m on toit à deux cent trente , parfaitement mûres , et en état de germer. J’ai séparé les fèves dont j’ai trouvé quatre ou cinq dans la même silique , de celles qui n’étoient qu’au nombre de deux, au plus , par silique. Mon intention est de voir si des fèves qui provien- dent d’une silique bien remplie , produiront plus ou moins que les autres. Juillet 1777. Toutes ces fèves ont été semées indifféremment, dans le même espace de terrain , avec des étiquettes qui les distin- guoient. Je n’ai pas su voir la moindre différ scnce dans les produits. »’ AGRICULTURE. 2$ l6 Janvier 1775. J’ai essaye de rompre le champ qui doit être en jachère cette anne’e , et qui a encore son chaume. La terre étoit si tenace , et le chaume si embarrassant pour la charrue , que je n’ai pas pu en venir à bout. Essaye ensuite d’enlever le chaume avec le râteau à cheval. Impossible : la terre s’y attache comme de la glu. Si jamais ce champ a été eu pré , et qu’on ait eu la sottise de le rompre , le laboureur auroit mérite d’être enterre' vif dans le sillon. 21 Janvier. Deux hommes ont mis chacun six jours à battre trente-un bushels de blé , à raison de 4 shellings pour huit bushels, ce qui étoit notre convention , ces gens ne gagnoient pas des journées passables , quoique je leur donnasse un shelling par charretée de paille liée. Cependant ils travailloient bien , du matin au soir5 mais le blé avoit été retiré humide, et ne sortoit que difficilement de l’épi. A l’avenir, il faut tâcher de serrer le blé sec. Janvier 24 . J’ai fait passer le râteau à cheval sur le pré M ; le fumier que j’y avois fait mettre , étoit pailleux et peu pourri. L’instrument faisoit un très-bon ouvrage. Il rassemblait la paille, pulve'risoit la partie du fumier qui se trouvoit pourrie , et scarifioit la surface du sol. J’ai remarqué que la fougère oo N- O -T E S qui étoit dans le fumier est restée à peu près intacte , ce qui prouve que ce végétal n’est pas très-propre à faire des fumiers. Cette fougère avoit été environ un an dans le tas. Janvier 28. On a achevé de scarifier les prés, avec le râteau à coultre ; et on a ramené le fumier délavé , dans les cours de la ferme pour litière. Les prés paroissent fort bien arrangés. J’ai essayé d’en faire herser une partie beaucoup plus fortement que le reste : on a même arraché beaucoup de plantes de trèfle et de ray~grass. En résultera-t-il que les plantes qui restent acquerront plus de vigueur par cette culture , ou bien que le froid pénétrant plus aisément aux racines, elles languiront ou périront ? Juillet 1775. Il n’y a aucune différence sensible entre les deux parties à la récolte j tout est parfaitement beau, et annonce deux charretées par acre. Janvier 3 o. J’ai fait chercher la semaine dernière deux charrues de Yorkshire , pour être attelées de deux chevaux et conduites sans aide. L’ouvrage a été aussi bon qu’on pouvoit l’attendre d’un premier essai. Rien de mieux que cette charrue , pour les terres légères : elle fait une économie d’un cheval et d’un jeune garçon ; et d’ailleurs deux chevaux de front , vont sensiblement plus vite, et travaillent avec plus de plaisir que trois chevaux de file. »’ AGRICULTURE. 5l Janvier 3o. Au printcms de l’année dernière , j’employai deux hommes pour semer de la suie sur du b!è. Ces pauvres gens n’étant point accoutumes à ce travail , faillirent être suffoques. Cela me fit une véritable peine , et je résolus de ne plus semer de suie , si je ne trouvois un moyen d’éviter cet inconvénient. J’ai imaginé un instrument la semaine dernière , et j’en ai fait l’expérience aujourd’hui. Les jantes des roues sont trop étroites : elles entrent dans la terre, de quatre à cinq pouces, et gâtent le blé. Je comptois n’employer qu’un homme pour traîner ce semoir , et il y en faut deux. J’y ai fait adapter des roues plus larges. Février 3. J’ai fait harnacher mes anciens bœufs , avec leur équipage neuf, les housses , les franges , etc. Il en résulte que les mêmes domestiques qui méprisoient mes bœufs et ne vouîoient pas les conduire , s’empressent aujourd’hui de s’en charger. Février 10 . Hier une de mes truies a mis bas ; elle a étouffé sous elle un de ses petits. Je crois que c’est parce qu’elle avoit trop de litière. Elle ne pouvoit pas sentir ses petits parmi la paille , comme elle l’auroit fait sans cela. Je crois que le mieux seroit de laisser les truies sans litière , pendant les deux ou trois premiers jours après qu’elles ont mis bas. NOTES 5a Juillet 1777. J’ai observé que lorsque les truies mettent bas en plein champ , elles ont la précaution de rassembler de l’herbe ou du chaume pour faire une litière. Je pense donc qu’il convient de donner un peu de litière aux truies qui ont mis bas, mais que trop de litière est dangereux. 27 Février 1775. Voici un autre exemple d’un champ gâté parce que je l’ai mis en pré , sans m’assurer de l’écoulement des eaux. Pendant l’hiver précédent , le terrain avoit été pétri comme du mortier, par la négligence Coupable d’un boucher. La pièce ( qui avoit vingt acres d’étendue ) suffit à peine dans l’été suivant à nourrir deux vaches. On ne put y mettre le bétail qu’à la fin de Mai , tant le terrain étoit refroidi et rendu stérile par le long séjour des eaux. On n’auroit pas pu y entrer, pour labourer, avant la fin d’Avril. Voyant cette pièee totalement ruinée , comme pré , je la fis rompre en billons de deux traits de charrue, avec des raies obliques pour l’écoulement des eaux. Cette opération fut faite eu automne, avant le moment où les pluies au- roient empêché de l’exécuter. En Février , la charrue y rentra sans difficulté. Les à dos devinrent l’arrête des sillons de dix traits de charrue, c’est-à-dire , qu’au lieu de dix traits, tl n’y en eut que huit à faire» Le u’ agriculture. 55 Le ray-grass avoit contribue' à gâter ]e pré dont je parle. Yoici ce qui arrive avec cette plante : elle pousse si promptement au prin- tems qu’elle empêche les autres herbes de prospérer. Lorsqu’ensuite le ray-grass décline, ce qui arrive toujours au bout de peu d’années, le terrain n’est plus occupé que par quelques plantes de bromes ; et cependant le sol est lié par l’entrelacement d’un nombre infini de racines qui empêchent la végétation de toute autre plante. J’ai éprouvé précisément la même chose dans deux pièces différentes ; et je suis bien convaincu maintenant, que mettre en ray-grass une terre argileuse sans assurer l’écoulement des eaux , est une détestable agriculture. Bien entendu que je ne parle pas des prés arrosés. N. B. J’avois roulé ce pré en l’établissant, et je l’avois fait avant que la terre fût suffisamment sèche ; en sorte que cela avoit contribué à durcir la surface , et à empêcher la levée complète du ray-grass ; mais je ne puis pas attribuer à cette seule cause les effets dont je viens de parler. i. er Mars. Nous avons commencé à battre les fèves arrachées ; et j’ai découvert un inconvénient de cet arrachement auquel je n’a- vois pas pensé : c’est qu’elles sont remplies de Tome 5. C 34 NOTES petites masses de terre , qui sont fort difficiles à séparer. J’y ai réussi cependant en mettant les fèves dans un sac un peu lâche, et en les battant sur Je sac avec le fléau. En vannant ensuite j’ai obtenu des fèves très-propres. 25 Mars l'j'jb. Trois hommes pendant toute la journée n’ont pu battre et vanner que cinquante-cinq bushels d’avoine. Plus de la moitié de la journée a été employée à vanner. Une machine à vanner , qui coûte 20 liv. sterl. se trouveroit payée dans le premier hiver. Juillet 1777. Malgré la persuasion, je n’ai point acheté de machine à vanner; et j’ai continué à réaliser une perte sur cet article : tant la coutume a d’empire, même sur ceux qui en sentent tout l’abus. Il seroit bien important lorsqu’on commence*à cultiver par soi-même, d’adopter d’abord les usages reconnus les plus profitables et les plus économiques ; car lorsqu’on est une fois enfilé dans une routine , il est très-difficile d’en sortir. 3 o Mars 1776. Nous avons fini de planter les choux. L’année dernière sur quatre plantes, il y en avoit au moins une dont la racine avoit été mangée par les vers de hannetons. J’aj essayé de tremper les racines de la première raie , ( à compter depuis la barrière , ) dans de l’huile de baleine , pour les préserver, s’il 3)’ A & R 1 C B. T, T Ü R E. 55 étoit possible de ce fléau. Pavois essaye’ de mettre un ver. de hanneton dans de l’huile de baleine , et il y étoit mort à l’instante Octobre 177 b. Plusieurs des plantes que j’avois trempe'es dans de l’huile de baleine sont mortes; celles qui ont survécu sont à peu près de la même force que celles qui n’ont pas eu cette préparation, N. B. Il faut essayer la même chose avec de la suie et de l’urine. 5i Mars. Les cochons ont déjà fait à plu- sieurs reprises des ravages dans les choux. Par essayé de les coupler deux à deux comme des chiens courans. Us ont commencé par se tirailler et se gronder beaucoup ; mais après avoir mangé de l’orge ensemble , ils ont été de très-bon accord. S’il n’y a pas quelqu’in- eonvénient grave à cettp méthode , je compte faire coupler ainsi tous les jeunes porcs, et les exercer à la subordination. 5 Avril. Pai essayé mon nouveau semoir pour la cinq ou sixième fois. Il ne va pas encore. 4 Avril, Pai surpris David prenant de l’avoine pour ses chevaux plus que leur ration. En conséquence , j’ai ordonné que la ration fût diminuée. Il s’est mis à bouder. Ce matin je lui ai dit que je ne voulois plus qu’il conduisît les chevaux, et qu’il pouYoit battre en grange. Il %Q NOTES n’a rien fait de tout le jour ; et ce soir iî m’a supplie’ de lui rendre ses chevaux. Le voyant repentant, j’y ai consenti, à condition qu’il iroit battre en grange pendant une demi- heure. 5 Avril. J’ai commence' à semer les pois au semoir. Mais l’instrument ne va pas encore bien. Quelle vergogne ! les pois devroient être levés, et nous cherchons encore l’instrument qui doit les semer ! Avis pour les outils de nouvelle invention, 7 Avril. Nous avons achevé’ de re’parer les clôtures. J’avois, suivant l’usage du canton , permis aux journaliers d’emporter chaque soir une charge de bois de four 5 c’est une coutume abominable. J’ai surpris aujourd’hui un des ouvriers qui emportoit une énorme charge de plançons. Avis pour 11e leur plus donner à l’avenir celte latitude. 10 Avril. Ce malin un des charretiers , sans doute par négligence , a renversé les deux grosses herses sur les deux chevaux Peacock et Dumplin. Ce dernier n’a eu qu’une dent de herse dans la cuisse; mais l’autre a été percé dans plusieurs endroits du corps d’une manière affreuse : il est probable qu’il en périra. 11 Avril. Abac et Raille se sont emportés avec la charrue duYorkshire, et l’ont brisée. X)’ AGRICULTURE. S7 Cela est arrive par la négligence du conducteur. Voilà les hasards malheureux de l’agriculture. Il faut toujours compter de la part des do*- mestiques sur quelque négligence fatale. i5 Avril. Peacock est mort de ses blessures. Je l’ai expose sur un traîneau pendant deux heures avec un e'criteau, portant ces mots : voilà les effets de la négligence. Les enfans se sont rassembles. Ceux qui savent lire ont expliqué l’e'criteau aux autres : j’espère que ce sera une leçon pour eux , comme pour mes gens. J’ai fait clouer les oreilles du cheval à la porte de l’écurie , pour rappeler sans cesse aux charretiers ce qui peut résulter de leur négligence. i4 Avril. J’ai achevé de semer les fèves au semoir. L’instrument va bien à présent .5 mais je me tiendrai pour dit à l’avenir, de ne point avoir d’instrument à inventer et à perfectionner, dans le tems où il faudroit que l’instrument fût employé. l § Avril. Deux charrues de Yorkshire' ont labouré précisément sept acres dans trois jours. Deux charrues de la construction ordinaire avec trois chevaux, auroient fait quatre acres dans les trois jours. Quelle énorme économie- ! trois chevaux , c’est trois shellings neuf deniers par jour. Un 53 NOTES homme, unshelling, huit deniers; et un jeune garçon pour conduire les chevaux, à raison de dix deniers par jour, le tout, pour huit jours de travail, fait deux liv. ster. dix deniers. Deux chevaux font deux shellings six deniers par jour; un laboureur, un shelling huit deniers. C’est, pour six jours, une,liv. sterl. cinq deniers, C’est-à-dire , qu’il y . a une économie exactement de moitié à employer cette charrue plutôt, que l’autre. Cette différence est si considérable , qu’il semble qu’il y ait une erreur. Il est impossible de faire de meilleur ouvrage que celui de cette charrue de York- shire ■; et je ne comprends pas que ceux qui ont à labourer des chaumes d’orge en terres légères , puissent en préférer aucune autre. $5 Avril , Avant la dernière pluie , la suie étoit facile à semer , ét pulvérulente : maintenant elle se tient en petites masses , et ne se re’pând pas également..A l’avenir-, il faut se rappeler que la suie doit être semée aussi promptement qû’on le peut, après l’avoir chariée. ff. 27 Avril, L’arrachement de l’herbe des champs à la main est une opération extrêmement chère, lorsqu’il y a beaucoup de racines de chiendent. J’ai calculé que six.femmes et un hommej ont mis quatre heures, à nettoyer ü’ A G R I C XJ 1/ T r R e. 5g à la main un demi-acre. Je crois que la meilleure me'tliode est de labourer , puis herser, puis râteler et brûler le chiendent. 27 Avril. C’est une triste chose que les terres argileuses et les domaines composes de petites pièces e'parses : nous avons mis une journées de quatre charrues, attelées chacune de quatre chevaux , pour faire un second labour pour l’orge, dans le champ C 1. Quelle comparaison entre ces frais-là et ceux du second labour rapportés sous la date du 16 Avril ! La différence est de neuf shellings neuf deniers par chaque labour. On dira qu’il y a eu quelque faute grave dans la conduite des labours de ce champ argileux : on va en juger; J’avois rompu ce champ en automne ( cela éloit convenable ). Le printcms a été fort sec ( je ne pouvois ni le prévoir, ni l’empêcher ). La surface s’est durcie comme de la brique , et lorsque la charrue y est entrée , il sembloit qu’on entamoit un rocher ( cela ne peut pas arriver à une terre légère j. Après cela , cette pièce est étroite , d’une forme irrégulière ; les haies sont toutes courbes, ( c’est la faute de mes prédécesseurs ) et les attelages à quatre bêtes prennent plus de tems pour tourner aux deux bouts que les attelages à deux chevaux de front. Enfin , ce champ est N O ï E S 4 © isolé , à «ne grande distance de la maison. J’élois fort occupé moi-même d’autres ouvrages pendant qu’on labouroit cette pièce. Les domestiques le savoient, et en profitoient pour perdre leur lems. Il est vrai que le, champ de terre légère qui a été labouré avec la charrue de Yorkshire est tout près de la maison. Juillet *777. Convaincu des inconvénient du grand éloignement des champs labourables, èurtout lorsqu’ils sont de terres argileuses , je projetai de convertir cette même pièce en pré. Le terrain n’e’toit pas propre à l’orge , et il étoit trop sale pour y semer de l’avoine sur un seul labour. Je projetai donc d’y faire une jachère de printems , pour y semer de l’orge, uniquement dans le but de protéger de jeunes prés. Mon projet fut dérangé par la sécheresse et par les ouvrages forcés. Je labourai donc deux fois pendant l’été, puis je semai du blé en Août , sur lequel blé je semai, au printems , des graines de pré. io Mai. J’ai fini mes semailles d’orge : il n’y a point d’apparence de pluie. L’année dernière j’avois semé de l’orge dans ce temps-ci, et il étoit encore tout vert, au moment où le premier semé étoit prêt à couper. Dans les années sèches, l’orge qui est la première semée D 1 A t R I C U L T t R Ei 4l a beaucoup d’avantage ; d’un autre côte' si l’on sème trop tôt, les gelées blanches, qui surviennent quelquefois en Mai , le jaunissent et le retardent. Il faudroit toujours semer l’orge dans les quinze derniers jours d’Avril. Mai. La charrue de Yorkshire et celle de Rotherham ne conviennent, ni l’une ni l’autre aux terres glaises : le sep et le versoir sont trop courts ; il en resuite qu’elles manquent de régularité dans leur marche ; tantôt elles sont trop enterrées , et tantôt elles ressortent trop : le laboureur et l’attelage en sont e'galement fatigue's. ao Mai. Donne' un labour au champ B. 3. Il avoit été' en jachère l’été dernier ; mais dans le tems des semailles il étoit encore si sale, que je ne crus point convenable de le mettre en blé. Dans l’arrière-automne, je le fis disposer en sillons de cinq traits de charrue : la terre ressembloit à du mortier lié par du chiendent. Les hommes et les chevaux e'toient dans la boue jusqu’au genou. Un ouvrier étoit devant le coultre et avoit assez d’occupation pour le débarrasser du chiendent. Ce printems je n’ai pas osé y hasarder des fèves au semoir, parce qu’à voir la quantité de chiendent qui étoit mort sur le terrain , je craignois qu’il n’y en eût au moins autant encore en vie dans la 42 NOTES terre. Ce matin , j’ai été très-surpris de voir qu’il ne resloit pas une racine qui ne fût morte, et toute noire. — Je me suis rappelé que j’a- vois observe la même chose dans la partie supérieure du champ T. 5 : nous l’avions mis en billons à la fin de l’automne, aussi humide et aussi sale qu’il fût possible : lorsque nous le rompîmes au printems pour semer de l’orge, Je chiendent étoit encore en nature , mais toutes les plantes éloient mortes. — Je ne sais comment expliquer cela. Est-ce que le labour d’hiver , pendant que la terre est fort humide, tueroit le chiendent? Les deux champs e'toient fort plats. Déplacer les racines de celte mauvaise herbe pendant qu’elles sont dans la boue et que la température est froide , les empêche apparemment de reprendre. L’effet n’a pas été le même sur les bromes ; cette plante a repoussé au printems. J’ai fait semer sur de l’orge dans le champ argileux de Foot-path, six livres de graine de plantain lancéolé , six livres de trèfle jaune, et quatre livres et demie de trèfle blanc par acre. Je n’avois compté melft-e que quatre, quatre et trois, mais le tems étoit si sec que je n’ai pas voulu hasarder une petite quantité. Juillet ijyj. Je me félicite du succès de ce pré j et si j’avois atille acres de champs froids d’ a O R I C U U T U R K. 45 à convertir en près , je ne saurois pas d’autre méthode. Voici l’histoire de ce champ. En 1774, une partie de la pièce fut cullive'e en jachère pendant l’été, parce qu’elle e'toit fort sale. Une partie cependant se trouvant plus nette j’y mis des fèves en lignes. Tout le champ fut laboure’ en Avril 1775 par un tems fo rt sec. J’y lis donner successivement des labours à sillons e’troils , puis à sillons plus larges, puis en croisant, de manière que la surface de ,1a pièce ètoit onduie’e et que l’écoulement des eaux e'toit facile , sans que cependant la faux eût rien à perdre lorsque le pre' seroil formé. Pendant les fortçs gelées de Janvier 1776, je couvris la jeune herbe d’un compost assez gras. L’été suivant je fis pâturer le pré par des vaches : ce pâturage fit un elfet admirable; et si l’on peut donner un précepte positif dans «ne science aussi incertaine que l’agriculture , je dounerois celui-ci : « Faites pâturer un PRÉ NOUVEAU U AN S SA PREMIÈRE ANNÉE. )) — Après la moisson de l’orge, j’avoisbien peu d’espérance pour mon jeune pré. Pendant l’hiver et Je printems, je n’en avois guères davantage , malgré l’application du compost. Maintenant il est impossible de voir un plus beau tapis vert que ne le présente ce pré ; et l’herbe NOTES 44 y est aussi délicieuse qu’abondante : la quattr tite' n’éloigne pas de deux charretées par acre. #7 Mai Il y a dans le pâturage du trèfle blanc , un avantage que je n’ai bien compris que depuis peu de tems. Chaque articulation des tiges fournit une racine , lorsque cette articulation vient à être en contact avec la terre. Plus il est foule' par les bestiaux, plus il s’épaissit. Les gramine'es que le sol fournit spontanément commencent à percer en abondance, et formeront probablement bientôt un gazon épais, lorsque le pré artificiel sera usé. Je crois que le véritable principe de l’établissement des prés devroit être celui-ci : « donner à la terre une production artificielle, jusqu’à ce que la pousse naturelle de l’herbe vienne former le gazon ; c’est peut-être un mauvais système que de semer des graminées. )> 1 . eT Juin. Nous avons fini de sarcler le blé du petit champ de quatre acres. La partie voisine de la maison est très-mauvaise et très-sale; l’autre partie du champ est aussi belle qu’il soit possible. Dans celle-ci , le hersage a été peu de chose ; dans l’autre , on y a mis beaucoup de tems ; car les mauvaises herbes avoient presque dépassé le blé , et je suis convaincu qu’il auroit été étouffé avant la moisson san£. 9 AGRICULTURE, 45 cette operation utile. On peut peut-être dire , généralement parlant , que lorsque le blé est dair, les mauvaises herbes sont épaisses. Juillet Le sarclage du blé est une belle agriculture, mais c’est une opération longue et coûteuse ; il vaut peut-être mieux , quaixi le blé est très-clair et très-sale , l’enterrer à la charrue. 2 Juin tjj5. Les domestiques et les ouvriers ont besoin d’être surveillés. Hier j’étois à la ville, et aujourd’hui j’ai été au champ. Mes deux attelages de charrue et mes huit cueilleuses d’herbes ont fait autant d’ouvrage aujourd’hui avant midi qu’hier dans toute la journée. Il est vrai qu’ils étoient bien placés pour perdre leur tems : les laboureurs et les cueilleuses d’herbes n’e’toient séparés que par une haie. 16 Juin. Dans l’espace de trois mois nous n’avons eu qu’une seule fois de la pluie; cependant, les récoltes qui couvroient la terre lorsque la séeheresse a commencé, se maintiennent encore. Cela paroît inexplicable , autrement fjue par l’abondance des rosées. Les blés ont , en général, très-bonne apparence , ainsi que les orges et les avoines semées les premières; mais celles qui ont été semées tard , sont à peine levées. Les prés tardifs et les pâturages élevés sont NOTES 46 brûles à fond; mais les pièces M. 5 et M. 6, qui ont e'tè fumées pendant l’hiver , et qui ont poussé vigoureusement au primeras, ont de fort belle herbe (c’est du ray-grass et du trèfle). Les foins semblent augmenter au lieu de décroître en séchant celle année ; il semble que cela lient à la température extrêmement sèche qui a eu lieu. Il y a plus de substance sous le même volume d’herbe. Les vaches sont en très-bon état , et donnent du lait en abondance , quoique les pâturages soient brûlés. Il faut que la substance nutritive se trouve dans l’herbe , sous un petit volume , et que le fuis- seau voisin remplace le jus de la sève. 10 Juin. Je crois qu’un terrain qui touche à la demeure du fermier est moins cher , à 20 shellings l’acre, de ferme, que la même nature de terre pour io shellings l’acre , à la distance d’un mille. Deux charrues n’ont labouré hier qu’un acre du champ C l, quoique ce fût un second labour. —Je viens de visiter le blé de Norvvood ; il est presque étouffe par les mauvaises herbes. S’il eût été voisin de la ferme je m’en serois aperçu à tems , èt je l’auroisfait nettoyer à la main : aujourd’hui il est en fleur, et c’est trop tard. — Rien n’est plus amusant que de faire le tour de ses pièces lorsqu’elles sont à portée j mais c’est une tâche lorsqu’elles d’ AGRICULTURE. 47 sont dispersées à de grandes distances. C’est une promenade toujours inte'ressante que celle qu’on fait dans des pièces voisines de la maison ; au lieu qu’une demi-lieue de route dans la poussière , ou dans la boue gâte beaucoup le plaisir de voir ses propres affaires. i5 Juin. J’ai commence' à rompre un vieux ray-grass , mêle de trèfle, afin de préparer le terrain au blé. Les charrues ne font qu’un demi-acre par jour, et l’on est oblige d’aiguiser les socs deux fois le jour. C’est un inconve'nient de rompre au milieu de l’e’te' ; mais il faut mettre en balance l’avantage de faire une belle re'colte de foin, et celui de donner à la terre le béné- fice des grandes chaleurs pour tuer la mauvaise herbe. Si j’avois rompu en hiver ou au prin- tems, la re'colte de fourrage que je viens de faire auroit été perdue. Si j’avois semé le blé sur un seul labour d’automne, beaucoup de plantes de ray-grass auroient végété, et seroient devenues de mauvaises herbes dans le blé, au heu que deux labours les tuent avec certitude (i). (i) C’est un incenvénient évident du mélange du ray-grass avec le trèfle. Lorsque cette dernière plante est seule, le blé réussit très-bien après deux coupes du trèfle et sur un seul labour. Il est difficile que l’avantage du ray - grass compense la perte d’une coupe de fourrage et les frais de deux labours. 48 NOTES 16 Juin. Nous avons achevé de nettoyer les carottes. Comme il faisoit beaucoup de vent lorsqu’elles ont e'té seme’es , elles se trouvent plutôt dispersées au hasard que rangées eu lignes. La sécheresse leur a nui beaucoup; car, quoiqu’elles soient levées depuis un mois , elles sont encore trop foibles pour pouvoir être sarclées. 22 Juin. J’ai vendu une certaine étendue de vesces d’hiver, sur pied , à raison de 7 Iiv. sterl. par acre : assurément cela doit faire une récolte profitable : je les avois semées sur un chaume d’orge labouré une seule fois. Les frais ne peuvent pas être estimés plus haut de 20 shellings l’acre. Il est vrai que cette récolte se charie , et n’est par conséquent pas au profit de la terre; mais le chariage se fait sans frais , et il faut considérer aussi que le sol n’est pas épuisé par une récolte qui porte sa graine, puisque mon marché est que les vesces seront Coupées en vert. 22 Juin. II a fait ce matin une abondante rosée mielleuse. J’ai examiné les feuilles des chênes , et j’ai vu que la rosée n’y est pas dispersée en gouttes , comme à l’ordinaire ; mais que les feuilles sont vernies sur toute leur surface , d’une matière visqueuse et douceâtre. Sur quelques feuilles on la trouve en grosses gouttes j d 5 agriculture. 4g gouttes; et on pourroit en rassembler aisément «ne certaine quantité. Je redoute beaucoup l’effet de cette rosée sur la végétation. Juillet 4y y7. Il y eut beaucoup d’arbres endommagés dans leurs feuilles et dans leurs fleurs , mais les grains ne souffrirent pas de cette rosée. 24 Juin 1375. J’ai fait terrer mes choux et mes pommes de terres hâtives , avec la charrue à double oreille : l’ouvrage est d’une propreté' charmante, et se fait avec une grande promptitude. Cet instrument ne sauroit être trop recommandé ; il est particulièrement commode lorsque les oreilles sont à charnières , et qu’on peut ouvrir et resserrer à volonté l’angle qu’elles font avec la perche. 28 Juin. Nous avons eu de la pluie pour la première fois depuis trois mois. L’orge qui avoit été semée au commencement de Mai étoit encore hier précisément comme elle étoit sortie de la main du semeur : cette pluie la fera végéter, mais il n’est plus possible qu’elle mûrisse , et toutes les mauvaises herbes mûriront et donneront leur graine. 29. Ce matin on a trouvé un des cochons couplés étranglé, à côté de son camarade. C’est le premier accident qui m’arrive de cette méthode de coupler mes cochons comme des Tome 5. D -NOTES 5o chiens courans, laquelle méthode a beaucoup d’avantages. Je ne vois pas comment on pour- roit se mettre à l’abri de l’accident, autrement qu’en les détachant tous les soirs j. mais cette précaution seroit embarrassante. CT Juillet. J’ai semé en turneps le champ C 1 , dans l’intention d’enterrer les turneps lorsqu’ils seront en pleine végétation. Je considère ce champ comme un trèfle dont on veut enterrer la seconde coupe pour semer du blé. Plus il végétera de mauvaises herbes annuelles, mieux ce sera pour Je froment, puisqu’elles lui fourniront de l’aliment. Juillet lyjj. Lorsqu’un champ est parfaitement purgé des mauvaises herbes vivaces, c’est certainement une bonne agriculture que d’y semer vers la fin de Juillet quelques plantes dont la feuille soit large et la végétation rapide , afin d’enterrer cette récolte verte en guise de fumier ; mais si la terre n’est pas purgée de chiendent, c’est une mauvaise agriculture. L’état du champ C 1 et la médiocrité de la récolte du froment qu’il a donnée après les turneps enterrés, en sont la preuve. l. er Juillet iy?5 . L’orge du champ O a été dès le moment de sa levée et est encore remplie de mauvaises herbes. Un de mes voisins a semé de l’orge dans la pièce qui me tou- D 5 AGRICULTURE. 5l che, et dans'de la terre exactement semblable (c’est-à-dire graveleuse ). Son champ est superbe et sa récolté parfaitement propre. J’avois mis deux bushels et demi de graine par acre, en semant par-dessus le labour; lui, a serne cinq bushels de graine, dont deux et demi sous raies, et deux et demi par dessus le gue'ret. N’est-il point convenable de semer un peu épais dans les terrains sujets aux mauvaises herbes, afin que celles-ci se trouvent étouffées p-ar la récolté ? Sur les terres passablement nettes il est plus convenable de semer clair. En général, si l’on sème épais, on a moins d’herbe , un grain plus petit, et une meilleure paille pour fourrage ; lorsqu’on sème clair, on a les pailles plus fortes et le grain plus beau. 3 Juillet. Dans l’espace de quatre jours j’ai eu deux cochons étranglés ; ce qu’il y a de remarquable , c’est que pendant huit semaines je n’ai pas eu un accident par les couples de mes cochons : les deux fois, cela est arrivé pendant la nuit, et à l’occasion d’un orage. Us étoient dans une cour sans litière et sans abri ; apparemment qu’ils auront voulu se grouper pour se garantir de l’orage , et leurs couples se sont prises les unes dans les autres. u Juillet. J’ai trouvé que , depuis quelque tems, les chevaux perdoient beaucoup des HOTES 52 vesces en vert qu’on leur fait manger. Le blé qui s’y trouvoit mêle' est devenu dur, parce que la paille en est très-grosse , et ils n’en mangent pas. Je crois qu’il vaut mieux semer de l’orge ou de l’avoine parmi les vesces, que du blé ou du seigle ; l’orge qui s’y trouve par hasard n’a point une paille aussi forte et aussi dure que le blé. Il faut certainement aux vesces un mélange d’autres plantes pour les soutenir. Un de mes voisins a un champ de vesces d’hiver qui, au commencement du printems, avoit très-bonne apparence. 11 les fait couper à présent, et elles sont.presqu’entièrement gâtées : les tiges ont traîné et sont pourries ; il n’y a que quelques sommités qui soient conservées. Les vesces de mon N.° 5 paroissoient fort peu de chose, ce printemps, auprès du champ dont je parle,- et maintenant elles valent le double, parce qu’elles avoient des tuteurs. Les miennes ont trois pieds de haut ; les siennes sont comme roulées sur la terre. i5. Je me suis informé de mon économe, de quelle manière le champ CI qui, en 1773, a donné une énorme récolte de blé, avoit été préparé; il m’a dit que le blé avoit succédé à un trèfle fumé immédiatement après la première coupe. La seconde coupe du trèfle ne 55 !>’ AGRICULTURE, fut pas bonne, parce qu’il ne tomba pas de pluie pour faire penetrer le fumier en terre. Ne semble-t-il pas que ce fait démontré que les principes nutritifs des plantes ne sont pas aussi volatils qu’on le pre'tend? Dans la théorie commune, les principes nourriciers de la plante du blé ont dû s’e’vaporer pendant les jours brûlans de la canicule : ce qu’il y a de certain , c’est qu’ils y sont revenus. Cette théorie me semble tout-à-fait fausse. On objectera l’exemple de la suie, dont les principes, fertilisans pour la terre , se sont évaporés par l’action du feu ; mais les effets de la combustion ne sau- roient être compares à ceux des rayons du soleil. Un billet de banque que je mets au feu monte par la cheminée; ce n’est pas une raison de croire qu’il se fût évaporé' si je l’avois mis au soleil. Juillet \ r l'l r j. Je ne donne pas cette note comme une leçon de physique; mais je suis convaincu que la nourriture des plantes n’est pas extrêmement volatile , et qu’elle n’est pas principalement nitrique. ig Juillet. J’ai examine' la meule du foin qui a été expose’ dehors pendant trois semaines d’un tems pluvieux avant d’être mis en meule; la chaleur s’y e'tablit comme cela doit être , et comme cela arriveroit à du foin qui auroit été fait en tems sec. NOTES 54 Juin 1776. Il n’y a pas eu une poignée de foin blanc ou moisi dans toute la meule (l). 2 x Juillet. Je donne des vesces en vert à mes bœufs : j’ai remarque' qu’ils s’accommo- doient très-bien du trèfle en vert assez mal des herbes coupées le long des haies de mes pièces , et extrêmement bien des vesces ; ils les mangent avec une telle avidité’ qu’ils risquent d’en gonfler. 22 Juillet. Quelques-uns des ouvriers ayant travaille’ à fanner Je foin plus lorjg-tems qu’à l’ordinaire , pendant cette semaine , je leur ai donné ce soir , samedi, six pence à chacun pour travail d’extra. Le premier me remercia ; le second me dit qu’il seroit juste d’augmenter leurs salaires. Si je lui avois donné ses îoshel- îings sans addition, il m’auroit fait une grande révérence , en me disant bien obligé. Je commence à croire , tout en répugnant à cette idée, que la seule manière d’avoir de bons domestiques et de bons ouvriers, c’est de les payer (1) Le secret de celte préparation du foin consiste principalement dans l’attention de retourner sens-dessus dessous les petits tas, lorsqu’après avoir reçu la pluie, leur partie supérieure est suffisamment séchée : de cette manière on prévient la fermentation, lors même qu’on n’a pas des intervalles de beau tems assez longs pour étendre le foin, b’a&ribulttjkb. 55 modérément, et d’en exiger beaucoup de travail. s 3 Juillet. Il faut bien prendre garde à la manière dont on récompense les domestiques de campagne; car ils sont bien dispose’s à abuser des petites faveurs qu’on leur fait, ou des légères distinctions qu’on leur accorde. J’avois donné le meilleur de mes attelages à conduire à TFill, et il s’en est tellement enorgueilli qu’il est devenu impertinent. J’ai pris le parti de le lui ôter pour le donner au vieux Cciper. J’ai remarqué la même chose de David y il est beaucoup mieux depuis que je lui ai ôté la conduite d’un bon attelage. Ce Will qui lui avoit succédé, et à qui je viens d’ôter la conduite du même attelage, éloit devenu impertinent et paresseux. 26 Juillet. Le blé qui est sur les pentes des sillons du côté du nord , dans le champ GI est encore vert, tandis que celui qui est sur les pentes au midi, jaunit sensiblement; il y a plusieurs jours de différence. Dans les sillons qui se dirigent du Nord au Sud, les deux pentes du sillon sont également avancées dans leur maturité ; c’est dbnc une mauvaise direction pour les sillons, que la ligne Est et Ouest. 28 Juillet. Achevé de sarcler les turneps du champ-jardin , et commencé à faire la même NOTÉS 56 operation aux carottes. Elles sont si sales et si rares, qu’il me paroît impossible qu’elles paient les frais. Cependant , si on ne les sarcle pas , le terrain sera empoisonne' de toutes les mauvaises graines qui tomberont sur le sol , et que la charrue enterrera au labour du ble’. Il s’agit moins de la perte de la récolté des carottes que de la multiplication des mauvaises plantes , multiplication qui resuite de la culture préparatoire des carottes elles-mêmes. En général, je pense qu’il y a toujours à gagner à enterrer une récolte lorsqu’elle est décidément manquée, et qu’elle donne lieu, ainsi, à la multiplication des mauvaises herbes. 29 Juillet. J’ai fait un apprentissage d’un an pour la conduite d’un domaine. L’économe EVhite, à qui j’ai fait suivre les travaux avec moi, ne m’a pas beaucoup aidé ; au lieu de me donner de la facilite' pour diriger mes gens, il a plutôt endoctriné mes gens pour me mener. Après la moisson j’espère avoir un peu de loisir pour chasser et pour lire ; c’est ce que j’e,spércis surtout pouvoir faire à la campagne. — Une ferme 11e se mène pas avec la plume; je m’en aperçois tous les jours mieux. l.” Août. Je crois que l’on gâte la seconde coupe de trèfle en laissant la première trop long-tems sur pied. Je soupçonne que lors- I>’ AGRICULTURE. 5j qu’on laisse achever la croissance de la plante avant de la couper , elle ne repousse pas de la tige , mais de la racine, ce qui retarde la seconde pousse. — Je vois chez trois de mes voisins des secondes re'coltes de trèfle superbes, tandis que les miennes sont misérables. J’avois coupe' beaucoup plus tard qu’eux. Je vois des secondes coupes qui donneront deux charretées par acre; et on pourra peut-être en faire une troisième. A l’avenir je tâcherai de couper mes trèfles au commencement de Juin, et dans tous les cas avant le i 5 , soit qu’il y ait peu ou beaucoup : il est certain qu’il talle promptement lorsqu’on le coupe en pleine vége'talion, et sans attendre que la plante ait fait son plus grand effort. 7 Août. J’ai observé les résultats comparatifs de l’expérience de semer sous-raies et d’enterrer le blé à la herse, les circonstances étant d’ailleurs exactement les mêmes. Les six sillons où le blé avoit été enterré sous-raies sont évidemment les plus mauvais du champ. Sur ces six, deux avoient été hersés après le labour : ce sont les moins mauvais des six. Mais cette expérience a été faite sur un chaume de fèves, et il faudroit la répéter sur une jachère bien préparée. 9 Août. J’ai fait faucher le blé d’un de mes notes 58 champs , et j’ai fait le compte des frais de récolté ; c’est à peu près 5 shellings l’acre. La récolte étoit claire; mais on n’auroit pas pu la faire moissonner à moins de 7 à 8 shellings l’acre ; d’ailleurs nous n’avons pas eu une pièce dans laquelle il n’y ait eu plus de ble' perdu par la faucille que dans le champ que j’ai fait faucher. Dans un champ fauché on voit tous les épis qui sont dispersés; dans un champ moissonné il en reste un grand nombre qui sont cachés par le chaume. La paille ne peut pas se préparer aussi belle pour le marché lorsque le froment a été fauché ; mais on expédie beaucoup plus d’ouvrage ; on le fait à meilleur compte ; on obtient plus de paille, et la terré se trouve débarrassée du chaume sans qu’on soit obligé de faire la dépense de le couper (1). 11 Août. J’avois planté, le 29 Juin, des choux entre les lignes de mes pommes de terre, espacées de trois pieds. J’ai observé que la fanne de mes pommes de terre alloit couvrir et étouffer les choux ; en conséquence, j’ai (r) J’ai l’expérience de cette pratique; et j’en ai parlé dans le premier valume de ce Cours, page 4i3. Les avantages sont évidens; mais elle a pourtant un inconvénient dont l’auteur ne parle pas : le blé se bat plus lentement et plus difficilement, parce que les épis ne sont pas réunis comme dans le blé moissonné. d’ agriculture 5q essaye de donner de cette fanne à mes vaches; elles l’ont mangée avec avidité'. J’ai résolu alors de faire couper à la faucille les tiges d’un certain espace, soit pour éprouver si les vaches en mangeroient en grande quantité , soit pour voir si les racines souffriraient de cette opération. Les vaches en ont mangé autant qu’on leur en a présenté ; les cochons de même. Cela feroit un beau profit si l’on pouvoit employer les tiges des pommes de terre à nourrir les bestiaux et ne point nuire à la croissance des tubercules. Qui sait même si la sève qui se perd dans les tiges ne se reportera pas avec plus de force sur les racines ! Je commence à croire qu’il pourroit être utile de planter des pommes de terre uniquement pour la fanne. Il y a peut-être un peu d’enthousiasme dans mon fait; mais il me semble que j’ai fait une véritable découverte. 12 Août. Enfin les charpentiers ont fini leur ouvrage ! Il y a à présent dix-huit mois que je les emploie. La surveillance qu’ils exi- geoient m’a souvent été fatigante , et je suis charmé d’en être quitte. J’ai pourtant lieu de m’applaudir de l’exécution de tous les ouvrages que j’ai commandés; je ne saurois qu’y changer dans ce moment : il faudra voir si les in- convéniens ne se découvriront pas par l’usage. 6o NOTES — Observe un cbamp dans lequel j’ai seme de la suie pour engrais. La partie où la suie a pénétré par l’effet d’une pluie qui survint peu de tems après qu’elle eût été répandue, est visiblement amende'e ; l’endroit où la suie est restée sur le sol ne paroît pas en avoir reçu aucun bénéfice. Je croirois que, pour une terre épuisée , il convient de semer de la suie deux fois, savoir; en mettant le blé en terre pour faire lever et prospérer la plante pendant l’automne et l’hiver, et une seconde fois au printems pour le faire taller et grener. Plutôt on répand la suie au printems, plus on obtient de paille ; au lieu qu’en la répandant plus tard, on obtient plus de grain. Le mieux est d’épancher la suie aussitôt que la terre peut porter un cheval et un tombereau : il ne faut pas que le blé soit trop grand , ni la terre trop sèche. Le moins qu’on doive donner de suie est vingt bushels par acre dans chaque opération. Une terre épuisée demande au moins cinquante bushels de suie. i5 Août. Le champ A 2 a été deux ans de suite en jachère, et cependant je n’oserois pas y hasarder une récolte de blé sans fumier ; or, il est trop loin de la ferme pour pouvoir le fumer; il faut qu’il attende le piintems, et D* AGRICULTURE. 61 j’y mettrai de l’avoine avec des plantes de pré. Dans les cinq champs de cette acquisition , il n’y en a qu’un seul (le N.° x) qui vaille la peine d’être labouré. Le N.° 5 et le N.° 5 avoient été fumés pour du blé , et ont donné des récoltes presque nulles : l’avoine qu’ils portent à présent , quoique semée en Mars , est misérable. La distance de la maison rend leur exploitation doublement coûteuse -, il faut tâcher de les mettre en prés , bons ou mauvais , le plus tôt possible , jusqu’à ce qu’il n’y ait plus à faire que trois ans de la ferme, pour les rompre alors et y recueillir des graines. Juillet 1777. Il s’agit d’une petite ferme de dix-huit acres, situés auprès d’une vaste plaine de communaux. J’avois projeté d’employer cette ferme à nourrir des brebis , en addition au pâturage de la commune ; mais ce pâturage étoit tellement pourrissant que je n’ai pas osé y risquer un troupeau , en sorte que j’ai cette ferme sur les bras, à la distance d’un mille, et que je suis obligé de la cultiver à la charrue. On m’avoit persuadé que c’e'toit de bon terrain, et passablement en état. J’y ai été complette- nrent trompé, et je voudrois que mon exemple servît d’avertissement à .ceux qui sont exposés à être trompés comme moi. Je suis convaincu qu’une étendue pareille de mauvais terrain, en 6a NOTES mauvais état, situe'e à une telle distance, seroit chère à cultiver pour un bail de sept ans, lors même qu’on n’en payerait pas un slielling de ferme. 17 Août. Les vesces étant tout-à-fait mangées , j’ai fait mettre mes bœufs à la pâture dans une seconde pousse de trèfle : ils y ont e'té huit jours , sans inconvénient, mais j’avois eu la précaution d’ordonner que chaque jour, avant de les faire entrer dans le trèfle , on les feroit pâturer dans la seconde pousse du pré voisin. J’y fus moi-même présent les deux premiers jours , et j’eus soin que l’on fît cheminer les bœufs pendant qu’ils mangeoient dans le trèfle. Tant que ces précautions ont été prises tout est bien allé j mais hier au soir les bouviers , dans leur impatience d’aller voir à la ville un convoi de criminels qu’on déportoit, firent entrer dans le trèfle les bœufs affamés , et quittant la charrue. Ce matin Brand , le plus beau de mes bœufs , est mort. Il paroît singulier qu’un trèfle de six acres , qui a été mangé pendant une semaine par huit bœufs et quatre ou cinq chevaux , puisse avoir cet effet : cela ne peut s’expliquer que par l’avidité de ces animaux qui avoient la panse vide. A l’avenir il faudra apporter la plus grande attention à ne laisser entrer les bœufs 65 b’aokicoitdue, dans le trèfle que lorsqu’ils auront mange’ du sec auparavant ; et dans aucun cas il ne faut les y faire pâturer quand il est déjà un peu haut. C’est un inconvénient capital des bœufs, comparativement aux chevaux. Il est impossible d’aller au-devant de tous les accidens qui peuvent procéder de négligence ; et il suffit de mettre des boeufs en pâture dans une pièce voisine d’un trèfle mal clos , pour être exposé à les voir périr. x 8 Août. Mes vaches ont augmenté de lait et donnent un beurre excellent depuis que je leur fais manger des tiges de pommes de terre: elles semblent les aimer de plus en plus. Cette découverte, qui a été l’effet du hasard, me paroît admirable ; ma terre me donneroit, de cette manière, quatre récoltes dans une année, savoir : l’herbe des pommes de terre, les tubercules, les choux et la repousse des choux. Reste à savoir comment les pommes de terre se développeront sans les tiges. J’ai laissé une certaine étendue où je n’ai pas coupé l’herbe : je jugerai comparativement de la récolte des tubercules là et ailleurs. 21. Dans le mois d’Octobre de l’année dernière, j’ai fait une épreuve sur la quantité de vesces d’hiver qu’il convient de semer sur un espace donné. J’ai semé un sillon à cinq bu- N Ü T JE S 64 shels par acre , tandis que tout le reste du champ est seine' à deux bushels et demi. Aujourd’hui la partie semee plus e'pais est plus belle, mais non pas d’une manière proportionnée à la plus grande quantité de semence. -—A l’avenir, je semerai deux bushels par acre, et un demi-bushel d’une autre graine pour pro* duire des tuteurs. Au primeras de 1774 , j’ai essaye de semer du blé d’hiver. L’été fut humide ; il y eut beaucoup de blés rouilles et retraits. Cette pièce, semée au printems, donna un grain si petit et si mauvais , que les meuniers ne vou- loient pas le moudre, et que les poules même ne vouloient pas le manger. L’automne dernière j’essayai si ce blé germeroit 5 et ayant vu qu’il germoit en effet, j’en semai comparativement avec de l’autre dans plusieurs champs. Je n’ai vu aucune différence (aujourd’hui que je viens de faire ma tournée ) entre les produits de ce grain misérable et ceux du plus beau grain possible. Mais un fait extrêmement singulier ^c’est que le même grain retrait qui avoit bien levé en automne , n’a point levé au pirateras. J’en avois semé une certaine quantité parmi des vcsces de primeras , dans plusieurs pièces différentes j il n’est pas levé une seule plante. 21 . D* A O 1 I C ïï L T ÏJ t E. 65 si. J’ai observe les lignes de pommes de terre où l’on avoit coupe les tiges : cbacpie plante étoit entourée d’un espace humide. En y regardant de plus près , j’ai vu que les tronçons des liges coupées fournissoient une humeur assez abondante pour mouiller la terre tout à l’entour : une seule branche en auroit rempli une cuiller à soupe. La croissance des tiges e'ioit achevée lorsqu’on les a coupe'es ; ce n’est donc pas la sève ; mais l’humeur de la transpiration ordinaire seroit-elle aussi abondante que cela ? 25. J’ai observé de nouveau les pommes de terre coupées; la tige pendante qui avoit arrêté mon attention avant-hier , continue à distiller des gouttes d’eau. J’ai examiné combien de tems chaque goutte mettoit à se former : il en tombe trente par heure ; c’est-à-dire sept cent vingt par vingt-quatre heures. Il •y a cinq jours qu’elle est coupée ; à ce taux elle auroit donc perdu trois mille six cents gouttes. II y a deux autres branches du même tronc , quoique celle: ci soit la principale. — J’ai observé que , plus l’amputation se fait haut, moins la branche perd de liquide : ce liquide est transparent, visqueux et un peu salé. 24. J’avois mis hier au soir une feuille de chou pour recevoir la liqueur qui tomboit de Tome 3. E NOTES 66 la même branche coupée ; il y en avoit ce matin plein une cuiller à soupe. a5. La tige qui a fourni pendant sept jours entiers la liqueur dont j’ai parle' a pe'ri aujourd’hui ; elle est sèche. Il est probable que, dans l’e'tat de santé de la plante, cette même liqueur s’exhale en entier par la transpiration insensible : il seroit curieux de calculer la quantité d’eau qu’une étendue donnée de pommes de terre fournit ainsi à l’atmosphère. Je trouve que chaque tige fournit dans les sept jours deux pintes et demie d’eau j plantées en lignes à trois pieds de distance et à un pied les unes des autres, les pommes de terre d’un acre donnent à l’atmosphère dix milliers pesant d’eau dans les vingt-quatre heures ; autrement dit, un acre de pommes de terre en pleine végétation rend chaque semaine une nappe d’eau qui au- roit la superficie d’un acre et quatre lignes d’épaisseur. 5o Août. J’avois hersé au printems dernier une partie des vesces d’hiver du champ II 1 . La partie qui a été hersée est couverte de mauvaises herbes , et le reste du champ n’en a pas. C’est une chose reconnue , qu’en hersant les blés au printems on y multiplie les chardons et les pavots. J’ai souvent remarqué moi- d’ A g II I C U X, T U K E. 67 même que partout où l’on cultive la terre au printems, les chardons ne tardent pas à paroître, tandis que les parties voisines en sont exemptes. C’est peut-être une mauvaise pratiqué que de herser le ble' au printems, à moins que la croûte de la terre ne soit très-dure, et 11’ait besoin d’être un peu ouverte. 4 Septembre. Il tomba hier une grande quantité de pluie. Les chemins e'toient remplis d’ean ; mais en me promenant sur des guérets parfaitement plats , j’ai e'té surpris de trouver la terre passablement ferme. Je me suis rappelé' que ces gue'rels avoienl été labourés à une grande profondeur. Cela m’explique le phénomène. S’il n’y avoit eu qu’une profondeur de terre labourée de moitié moindre , elle auroit été saturée d’eau , et seroit actuellement comme du mortier. Ce fait me paroît extrêmement encourageant pour l’usage des labours profonds, dans les terres qui retiennent les eaux. Si on ne laboure ces terrains-là qu’à quatre pouces de profond , les racines du blé sont dans l’eau que soutient la couche argileuse non entamée : si le labour avoit huit pouces de profond , les racines du blé végéteroient dans une terre fraîche , et à une certaine distance de l’eau. Quant aux terres légères , les labours profonds les affectent d’une manière différente. 68 NOTES 7 Septembre, Quel étrange tems il fait maintenant ! Constamment des jours brûlans et les miiis pluvieuses ! Il est impossible d’empêcher l’orge coupée de ve'ge'ter. Le baromètre m’a * trompe tous ces jours. L’agriculteur est soumis, quoiqu’il fasse , aux caprices des éléinens. Hier nous retournâmes tout ce que nous avions d’orge coupee. J’y employai vingt ouvriers. Ce matin à dix heures, nous avons commence à serrer, mais la pluie est venue, et a inonde le champ. 11 Septembre. L’orge coupe'e il y a cinq ou six jours, commençoit hier à germer dans les javelles. Je l’ai fait retourner aujourd’hui dimanche , entre le sermon et le dîner. Un bigot m’excusera , je pense , comme il excuse le roi de faire travailler dans ses chantiers le dimanche , ou l’archevêque de Cantorbery de faire atteler son carrosse le jour du repos. 12 Septembre. J’ai fait aujourd’hui la comparaison entre les pommes de terre provenant des plantes dont j’ai coupe' les liges, et celles dont les tiges n’ont pas été touchées : ces dernières sont évidemment supérieures. Le nombre des tubercules e'toit à peu près le même, mais le poids, dans les plantes non coupées , étoit double. Les pommes de terre étoient beaucoup plus belles et meilleures h D* AGRICULTURE. 69 tous égards. -Je croirois que dans les plantes qui avoient souffert l’amputation , les tubercules etoient restes au point de grosseur où ils e'toient alors. Ils n’e'toient cependant pas rides. Ce que l’on gagne par les tiges et les feudles , ne fait—il pas plus que compenser ce qu’on perd par les racines ? On dit que lorsque les tiges commencent à se fanner, la croissance des pommes de terre est acheve'e. Peut- être qu’à l’avenir ce que j’aurai de mieux à faire sera de couper les tiges quand elles commenceront à se fanner , c’est-à-dire , quand les pommes de terre ont achevé' leur croissance ( 1 ). i5 Septembre. L’année dernière , je n’ai fait aucun usage des communaux pour mes vadbes. Elles pâturèrent dans mes près, et mes cochons furent mal entretenus dans la cour de la ferme d’Ascomb. Cette année , mes vaches ont été' en pâture dans les communaux tout l’e’te' j et j’y ai mis , en outre , quatre genisses et trois chevaux. (1) C’est ce que nous voyons pratiquer et ce que j*ai pratiqué moi - même ; mais les vaches se lassent trop promptement des liges de pommes de terre comme nourriture, et elle leur donne peu de lait. La main- d’œuvre et le transport se trouvent à peine payés. Le mieux, est, probablement, de rassembler ces tiges après la récolte, pour en faire du fumier. 70 NOTES Il n’est pas avantageux d’élever des veaux en été : les veaux gras sont à bas prix dans la belle saison : il y a plus à gagner à les élever pour le boucher , au prinlems , en automne , et en hiver. Pour les fermiers éleveurs de veaux , les vaches sont à charge pendant l’été. Les communaux sont donc d’un grand avantage pendant cette même saison : toute autre manière d’entretenir les vaches est ruineuse. Depuis le moment où l’on exclut les vaches des prés , jusqu’au pâturage qui suit les regains , elles ne doivent pâturer que dans les communaux. Dans le reste de l’année, il ne faut y épargner ni peine ni dépense. Lorsqu’il n’y a plus de pâturage d’automne , il faut leur donner du son de bière , des tur- neps , des choux , et d’autres substances , en remplacement du foin. Si l’on ne peut pas les hiverner à la paille et aux turneps , il est douteux que les veaux paient la consommation du foin. l4. Dans tout le pays , la seconde coupe des trèfles a été perdue par les pluies soutenues. Si je n’avois pas fait couper les miens de très-bonne heure, ils auroient eu le même sort. Je les ai fait mélanger tout verts , avec de la paille. Quoiqu’il y eût autant de celle-ci que de trèfle, le tas fume comme une che- o’ AGRICULTURE. 71 minée et sue abondamment : s’il ne prend pas feu ; ce sera de très-bon fourrage. C’est certainement une bonne operation cpte ce mélange. II faut avoir soin de réserver de la paille pour cela, car le complet dessèchement de la seconde coupe de trèfle est toujours douteux , dans notre climat. Au moyen de ce mélange, la paille est convertie en foin, et le trèfle , dans les saisons pluvieuses , est sauvé du fumier. 18. Samedi, il fit beau. Nous retournâmes tous les ondins de l’orge. Hier il fit beau encore, et hier au soir , l’orge e'toit à peu près sèche. Ce matin à sept heures, nous avons commencé à charicr, et à mettre en tas; mais la pluie est survenue , et n’a pas cessé depuis. Voici la troisième fois que la meme chose nous arrive. Les variations de l’atmosphère sont probablement sujettes à des lois fixes , mais l’homme peut avoir contribué à modifier ces lois. On dit, par exemple , que dans les isles du golphe du Mexique , les ' saisons avoient un cours plus régulier avant qu’on abattît les forêts. Quoiqu’il en soit, cette loi qui règle les variations de l’atmosphère est si difficile à saisir pour nous , qu’elle équivaut au hasard. Le fermier qui perd sa récolte parles contrariétés du teins , est dans le même cas qu’un joueur qui a mal choisi sa carte. 72 NOTES 18. Il y a plusieurs avantages à semer de bonne heure dans la saison. La re'colte se fait plus tôt, et pendant que les jours sont encore longs; on ne risque pas autant d’être pris par les pluies d’automne , et enfin , la moisson ne demeure pas exposée aux de'vastations des animaux de toute espèce qui menacent les pièces isolées et non récoltées, dans la saison de la chasse. ig. J’avois un champ de vesces de printems qui e’toient d’une extrême beauté. Les pluies sont survenues lorsqu’elles commençoient à mûrir. Elles ont été tapies sur la terre. Les mauvaises herbes ont commencé à pousser et la continuité des pluies a empêché la récolte jusqu’à présent. Personne n’a voulu se charger de les couper à tant par acre. Elles m’ont coûté sept sliellings l’acre à moissonner ; les siliques sont à moitié pourries, et je crains que, quand le soleil donnera dessus , elles ne s’ouvrent et ne répandent la graine. Les récoltes de vesces, pour la graine , sont toujours extrêmement précaires. 22 Septembre 1775. J’ai fini de charier mes orges , et à considérer l’effroyable tems que nous avons eu, cette récolte a été encore serrée en assez bon état. Je ne crois pas que dans les quinze acres du champ 0 1, il y ait pour »’ A O K I C TT £ T U R E. 10 quinze shellings de dommage par la germination du grain dans les javelles. Mon voisin , le fermier M, a eu de ses meules qui a germe en masse, et M. r C. a mis ses cochons dans un champ de huit acres , dont il n’y avoit plus d’autre parti à tirer. Il est vrai que je n’ai pas épargné' la peine, et que j’ai tourne’ et retourne les ondins, toutes les fois qu’ils ont été secs à leur superficie, c’est-à-dire, jusqu’à quatre où cinq fois dans le même champ. Peut-être aussi l’avantage que j’ai éprouve doit-il être principalement attribue' à ce que j’avois semé plus clair que mes voisins, en sorte que la paille de mon orge, étoit beaucoup plus forte; que, par conse’quenl, l’air jouoit mieux dans les ondins , et les épis n’avoient pas été aussi fortement battus contre la terre que dans les champs de mes voisins. 20 Septembre. Pendant que nous chargions notre orge ; j’ai observé deux sillons qui e'toient complètement souillés de mauvaise herbe , tandis que tout le reste du champ e'toit parfaitement propre. Je me suis rappelé que ces deux sillons avoient eu un labour de moins que le reste du champ. 25 Septembre. Pendant tout le tems qu’ont duré les pluies obstinées que nous avons eues, j’ai fait quelques observations sur le tems et l’atmosphère. NOTES 74 Le soleil ne s’est couche’ qu’un seul jour sans qu’il y eût des nuages à l’horizon ; et ce jour dont je parle, fut suivi d’une très-belle journée. "Vendredi dernier, le soleil s’approcha de l’horizon encore dégage' de nuages; mais deux ou trois minutes avant d’y arriver, il se cacha derrière une montagne de vapeurs. Il y eut pendant la nuit et le lendemain matin , beaucoup de tonnerre et de pluie. Jeudi dernier, il se coucha derrière des nuages séparés qui, dans leurs intervalles , laissoient percer ses rayons avec une vivacité extraordinaire. Nous avons eu beau tems depuis. Les vents ont presque toujours soufflé du Sud-Ouest, et avec beaucoup de violence. Ils ont tourné un jour à l’est sans qu’il cessât de pleuvoir. L’atmosphère a presque constamment été garnie de gros nuages entassés. Les oies , pendant les intervalles de soleil et de vent, se plongeoient et baltoient des ailes, avec des cris de joie qui monlroient leur pressentiment des pluies à verse qui alloicnt tomber. Les rouges-gorges ^sifflotent doucement sous les couverts , jusqu’à vendredi matin. Us se mirent alors à chanter d’une voix forte , sur les toits des maisons et des granges. Les mouches piquoient d’autant plus qu’il d’ AGRICULTURE. 7^> devoit tomber de la pluie plus abondamment: je le connoisssois très-bien à l’inquiétude de mon cheval. Jusqu’à vendredi au soir, je n’ai pas Su distinguer une seule toile d’araignée sur le terrain. Nous étendîmes de l’orge sur la terre pour la sécher, et dans quelques minutes, elle se trouva complètement couverte de toiles d’araignées. Avant le coucher du soleil, la terre entière en étoit tapissée. Depuis ce jour-là , les araignées ont continué à tendre leurs toiles , et à les faire voler dans les airs , en si grande quantité, qu’il devenoit désagréable de se promener à cheval, parce qu’on avoit continuellement des toiles d’araignées dans le visage. Le baromètre a souvent monté et descendu dans les vingt-quatre heures, sans rien indiquer juste. En gros, cependant, il a assez bien annoncé la pluie ; mais avec moins de certitude que ne le font les araignées. 28. J’ai commencé à couper pour fourrage , les orges qui n’ont végété qu’après les pluies. Elles sont encore aussi vertes que de l’herbe. Les vesces mélangées avec une partie de l’orge sont en fleurs , et très-belles ; et si je puis resserrer ce mélange sans pluie, le'fourrage vaudra probablement autant qu’auroit pu .Valoir l’orge dans sa maturité : il est vrai que NOTES 76 cette anne’e le fourrage est cher. La partie mêlée de fèves donne jusqu’à deux charrete'es par acre. Je pense que cela sera excellent pour nourrir les chevaux de charrette, en le hachant avec soin.’ Ils pourront se passer d’avoine , avec cette nourriture. 28. J’ai achevé d’arracher mes pommes de terre, et de lmtter mes choux avec la charrue à double oreille, et à un seul cheval. Celte charrue fait un travail très-propre, et expédie l’ouvrage à raison d’un acre dans une heure et un quart. — Dans les endroits où je n’ai pas coupé la fanne des pommes de terre, les choux sont très-médiocres. Dans un endroit où ils ont été plantés seuls, ils sont le double plus forts. i. er Octobre. Il v a environ trois semaines que j’ai pris chez moi cent deux moutons du fermier S. — pour manger mes turneps sur place, et parcourir mes chaumes , à raison de deux pence par semaine, pour chaque mouton, et il fournit le berger. Quoique ce soit un bas prix , cela vaut peut-être mieux , à tout prendre , que d’acheter des moutons maigres pour les engraisser. Il n’y a point de soins , point d’inquiétude , point de risques. Hier au soir, deux chiens d’arrêt qui appartiennent à un aubergiste du voisinage, ont mordu plusieurs. d’ agriculture. 77 de ces moutons: on fut oblige' d’en tuer deux. Il est vrai qu’on a suivi ces chiens jusques chez leur maitre , qu’on a obtenu des dédomma- gemens : mais la nuit précédente , M. r M. — a eu trois brebis extrêmement mordues, sans qu’on ait pu savoir par quels chiens. 5. Une partie du champ B 5. a été semee le a5 Juillet en turneps, et une autre partie en colza. A la fin de Septembre , on y a mis cent moutons. Ils ont mange complètement le colza , avant de vouloir toucher à une plante de turneps. Ce sont des moutons de Wiltshire. Il est e'vident qu’ils pre'fèrent le jeune colza aux jeunes turneps. 5. J’ai eu un champ sente' d’un bushel d’orge et un bushel de vesces par acre. Ces graines sont reste'es sept ou huit semaines sans germer. Pendant tout ce tems-Ià, les pigeons n’ont pas cesse' de manger ce qu’ils ont pu découvrir. Il ne restoit certainement pas plus d’un dcmi- bushel d’orge par acre. Il y avoit dix à douze pouces d’une plante à l’autre. Cependant , il y a une superbe récolte en fourrage. J’ai compté plusieurs plantes où cinquante tiges tiennent à la meme racine. Il est évident, par là, que pou de graine peut produire une abondante récolte ; mais pour empêcher que l’herbe n’e'iouffe une récolte semée clair, il faut la sarcler. NOTES *?8 / II y a, je crois, plusieurs avantages à semer à raies fraîches. i.° La graine pénètre dans les petites fentes et inégalités de la terre fraîchement labourée , et se couvre plus aisément. 2.° La plante lève plus vîte que lorsqu’on sème sur un guérel déjà ancien. 5 .° Le blé ôu l’orge lève en même tems que les mauvaises herbes; et c’est là , je crois , le plus grand avantage. Si , au contraire, on a laissé prendre un peu d’avance aux mauvaises herbes , elles ne la perdent plus. 10. C’est une grande absurdité que de changer de domestiques à la St. Michel ( le 10 Octobre), le moment où les semailles sont en pleine activité. Il est vrai qu’à la St. Michel, le blé devroit être tout en terre ; mais où est le fermier dont les semailles sont achevées le 10 Octobre ? Quelle pitié de perdre une semaine de beau tems dans cette saison ! L’usage des parties septentrionales de l’Angleterre , qui est de ne changer de domestiques qu’à la St. Martin, estbeaucoup plusraisonnable. Les nouveaux venus ont tout l’hiver pour se mettre au fait des usages et des travaux de la maison , au lieu que ceux qui entrent à la St. Michel se mettent tout de suite en activité de travail ? avant d’avoir appris ce qu’ils ont à faire. I)’ A g b I C U I, T U R E. 7g J’ai congédié David, Will, Jack,, et Joe. Jamais il n’a passe' à Tyhurn un groupe de scélérats plus achevés. J’espère n’avoir plus à renvoyer de ces vauriens des environs de Londres. Je souhaite que les gens que je lire des provinces de l’ouest soient dignes du témoignage qu’on leur rend. L’année dernière ? je fus obligé de prendre ce que je trouvai. L’ignorance peut s’éclairer; mais la coqui- nerie est sans remède. Rien n’est plus désagréable , outre le danger de la chose, que d’avoir dans sa maison des mauvais sujets, que l’on reconnoît pour tels. 10. Les auteurs d’agriculture calculent le produit des terres indépendamment des chances du tems. Us supposent toujours qu’une bonne terre bien cultivée donnera une bonne récolte; et ne font point entrer dans le compte , les chances défavorables de l’intempérie dessaisons. Cependant j’estime que , cette année, l’orge se trouve renchérie de vingt pour cent, pour le fermier , par la sécheresse qui a suivi la se- maille , et de vingt-cin'q pour cent de plus, par les pluies continuelles qui ont eu lieu pendant les moissons. J’ai déjà observé qu’un de mes voisins avoit été obligé de mettre ses cochons dans ses champs d’orge. Un autre a charié de l’orge qui a payé 8o NOTES à peine ses frais. On m’a .propose' une seconde, coupe de trèfle, que je n’ai pas voulu prendre à cause des chances d’une recolle tardive. En effet, cette re'colte a complètement pourri sur la terre,- et n’a servi que d’engrais pour l’année suivante. Un de nos auteurs du jour ne se scroit point embarrassé de la pluie : il auroit estimé cette récolte deux livres sterling l’acre , parce qu’elle étoit fort abondante. 20. La conduite d’une ferme dont les pièces sont un peu dispersées , demande une activité et un dévouement dont l’intérêt direct peut seul nous rendre capables. Je n’avois pas grande opinion de mon habileté avant de comparer mes moyens avec ceux de Thomas EVhite, en qualité de directeur des ouvriers et des domestiques. Le principal objet dans la partie exécutive, c’est de tenir les attelages et les ouvriers en mouvement : il ne faut pas souffrir que personne s’arrête , faute de savoir dans quelle direction se mouvoir. Lorsque l’ouvrage presse, il faut que celui qui donne l’impulsion ait l’air pressé, il faut qu’il appelle, qu’il encourage , qu’il excite , sans quoi personne ne remue. Il faut qu’un économe n’ait pas d’autres intérêts que ceux de son maître 5 il faut qu’il soit actif, austère, et pourtant communicatif. Il y a beaucoup D* A g R I C U T, T U R E. 8l coup de choses qui sortent dans la conversation , et qui auroient. été oublie'es , si l’on p’avoit cause'. Il faut qu’il soit habituellement sous la main du maître, afin que celui-ci puisse lui donner les ordres à mesure que les idées viennent, et avant qu’il les oublie. Il faut qu’il connoisse les usages de l’endroit; et que toutes les fois qu’il n’est pas occupe, il pense aux travaux du lendemain. J’ai congédié' White , non que je ne le croie parfaitement honnête, qu’il n’entende très-bien la partie des marches, qu’il ne soit un très-bon ouvrier ; mais par la raison qu’il n’entend rien à la conduite des ouvriers et des terres. 21 . Toutes nos meules de foin et de ble' qui ont e'tê faites carre'es ont très-bien résiste au dernier orage : toutes celles qui sont cylindriques ont souffert. Ces dernières demandent aussi une plus grande quantité' de paille poulies couvrir. A tous égards il vaut mieux faire les meules quadrangulaires. 25. Les pluies continuent, et empêchent de semer. J’ai un voisin qui n’a presque encore point semé de blé. Il y a un prodigieux avantage à semer le blé sur un trèfle rompu, surtout dans les cantons de terres argileuses. On peut y entrer quand Tome 5. J’ 1 / NOTES 82 on veut, et les fumiers se charient dans une saison où ces chariages ne nuisent à aucun travail. Il n’y a pas un de mes voisins qui n’ait perdu , à charier ses fumiers , des journées précieuses pour les semailles. Celui qui sème sur un trèfle rompu, peut préparer son champ immédiatement après moisson. Juillet 1777. Cette théorie est très-bonne ; mais l’application n’est pas toujours praticable. Les trèfles en terres argileuses peuvent bien n’être pas trop humides pour que la charrue y entre ; mais ils sont souvent trop secs pour que le labour soit possible avant la St. Michel (1). 2g Octobre 1775. Hier au soir une de mes vaches gonfla prodigieusement. .T’étois au moment de la faire saigner. Ou croyoit à chaque instant de la voir périr , lorsque je me souvins d’avoir entendu dire que l’eau salée étoit un bon remède. Je lui en fis avaler deux ou trois verres $ après quoi on la fit courir. Elle ne tarda pas à fienter et à uriner. Dix minutes après, elle rumina. Elle a beaucoup sué cette nuit, et se porte très-bien ce matin. Cette va- ( 1 ) 11 faut observer d’ailleurs que les terres argileuses ne sont pas des terres à trèfle. Pour qu’il y réussisse, il feul une culture singulièrement soignée, des fumures fréquentes, et surtout un dessèchement complet. I)’ AGRICULTURE. 83 che avoit trouve un tombereau de feuilles de choux qu’on avoit amendes pour les cochons ; et elle avoit mange' avec beaucoup d’avidite' : ce fut là sans doute la cause de l’accident. L’effet du sel fut prodigieusement prompt : il ne se passa sûrement pas cinq minutes entre la première dose et l’e'vacuation. 3t Octobre. Nous avons eu encore deux cochons étranglés , par la négligence du domestique qui éloit charge' de ne les point laisser sortir de l’enceinte. J’ai eu dans quinze mois une perte de trente-deux livres sterling , en bestiaux morts d’accidens. Tous les fermiers y sont exposés, et cependant on ne parle jamais des non-valeurs , et des chances d’accidens , lorsqu’on fait le compte de la rente des domaines. 1 ." Novembre. J’ai semé et hersé du blé ce matin , par une pluie à verse. J’ai remarqué que le grain ne roule pas dans les crevaces du terrain , mais reste où il tombe , lorsqu’on sème par la pluie ; et quoiqu’après la herse , il y eut encore beaucoup de grains apparens , comme il a plu toute la nuit, ils sont a peu près tous cachés aujourd’hui. b Nov. J’ai fini de rompre le champ B dt. Je m’en veux beaucoup pour avoir mal con* duit la culture de ce champ. Si je l’avois mis 84 NOTES tout en fèves , la récolte auroit fait face aux moins-values et aux accidens. S’il avoit été' complètement en jachère , j’y aurois mis du froment pour le recueillir l’année prochaine. La partie qui a été en jachère est friable et nette : la portion qui a été en fèves est fort sale , et dure comme de la pierre. Il seroit ridicule d’y hasarder du blé ; et les fèves que j’ai recueillies ne payeront pas la rente annuelle (c’est-à-dire le prix de ferme, et les impôts ) de celle pièce. Je viens de rompre le tout pour lui donner le bénéfice des gelées ; et au prin- lems , j’y mettrai de l’avoine , et des graines de pré , après l’avoir relabouré. 5 dit. L’année dernière je cherchai long- tems du blé qui eût été produit sur une terre graveleuse , afin de le semer sur le champ argileux de Norwood. Je réussis. Le grain éloit léger, retrait, et paroissoit aussi misérable que le terrain qui l’avoit produit. Celui que j’ai recueilli cette année est d’une beauté très- remarquable : le grain est roux et plein. Sur 84 bushels de première qualité , je n’ai eu qu’un bushel de petit blé, et ce dernier est beaucoup plus beau que les semences de l’année dernière. Je suis convaincu qu’il y a de l’avantage à semer dans des champs argileux un blé produit par des terres sablonneuses et stériles. Il est d’ A r, R I C II I T II K E, 85 vrai que ce même blë a bien Fe'ussi dans une terre sablonneuse; mais l’année a e'të en general favorable au froment. 18 dit. Je suis occupe' d’établir mes comptes de l’anne'e, pour la rente de la ferme, mais j’ai été embarrasse’ sur un point, savoir, ce que je devois compter pour la dépense de l’engrais, relativement à chaque récolte. A force de chercher, j’ai trouve une formule qui , jusqu’à ce moment, me plaît beaucoup; et la voici : je déduis pour les frais d’engrais cinq shellings par cbarrete'e de ble’ ou autre graine. Je de'duis, eA outre , quinze shellings pour chaque quarter de ble', et cinq shellings pour chaque quarter d’autre grain. J’attribue dix shellings pour frais d’engrais à chaque chariot de foin , trèfle, ou vesces coupe’es pour fourrage. Je viens d’essayer d’appliquer ma formule aux productions de quatre anne'es d’un assolement complet ; elle s’applique parfaitement. J’estime qu’on doit mettre de treize à quatorze charretées de fumier , ou compost gras , par acre , chaque quatrième année , sur le chaume de la récolte de grain de printeins (orge ou avoine) et je pense qu’en fumant dd cette manière on peut espérer ce qui suit, pour produits moyens: 86 NOTES Pl ’ emière année. Dans les deux coupes du trèfle , deux charrete'es et un quart, savoir : 1 | de première coupe et f de char- rete'e, de seconde coupe. A dix shel. de frais pour le fumier. . . L. st. l 2 6 Seconde année Une charretée et un quart de blé, qui produira 2 | quarters (22 bushels) frais du fumier ....... 2 7 6 Troisième année. Une cbarrete'e de fèves ou pois (ré- colte sarclée) qui donnera deux quarters (16 bushels de grains). Fumier. . l 5 Quatrième année. Une charretée et demie d’orge ou avoine , qui donnera 5 ^ quarters ( 28 bushels). Fumier.1 5 L. st. 5 10 Quatorze charretées de fumier (travail etchariage compris) valent L. st. 5 10 Juillet 1777. Il ne faut pas regarder ce que je viens de dire comme indiquant une formule parfaite, mais j’ai eu l’intention de la trouver , ï)’ A 0 R I C U Ij T U R E. 87 et je désire qu’un autre y re'ussisse : ce seroit une chose extrêmement commode pour calculer le produit des domaines. Je ne pense pas qu’il y ait en géométrie rien de mieux prouve' que cet axiome d’agriculture, savoir, que les végétaux épuisent la terre sur laquelle ils croissent, et que le fumier la répare ; mais les justes rapports d’épuisement et de réparation ne sont point connus. Ce que je puis dire , c’est que depuis que je me suis fait cette formule , j’ai toujours calculé le produit de mes terres en conséquence , et que j’ai lieu de croire que c’est une des plus exactes qu’on puisse employer. Lie 23 Novembre. J'ai fait rentrer aujourd’hui mes boeufs pour tout l’hiver. Le tems e’ioit froid, et les pâturages presque complètement épuisés. Je les ai fait sortir au commencement d’Aout pour manger le regain. Ils ont continuellement travaillé jusqu’au commencement d’Octobre sans avoir d’autre nourriture que ce qu’ils trouvoient au pâturage. II est difficile de calculer ce que coûte cette nourriture , parce que les bœufs ont été mêlés avec d’autres, mais j’estime qu’ils’ont mangé l’espace de douze acres, évalués à dix shellings et demi l’acre. Il en résulteroit qu’en comptant le foin mangé depuis le premier d’Octobre- 88 NOTES jusqu’à présent, mes bœufs m’auroîent coûté environ huit livres sterling à nourrir. Or, mes chevaux m’ont coûté , pendant le même tems, environ trente livres sterling. J’ai calculé, d’après la consommation de cinq chevaux de charrette, depuis quinze jours, qu’ils me coûtent six shellings par jour : je donne à chaque cheval un bushel et demi- d’avoine par semaine. 27 Novembre. Je n’ai pas eu tout-à-fait cinquante bushels de pommes de terre par acre , dans un acre et trois quarts , cette année. Il n’y avoit pas de fumier, mais les pommes de terre succe’doient à des turneps arrachés et chariés, et j’avois labouré très-profond. J’avois espéré qu’en ramenant de la terre fraîche sur la surface, j’aurois un produit considérable , parce que les pommes de terre aiment la terre nouvelle -, mais j’ai été bien trompé. En général, je pense que jusqu’à dix mille? de distance d’une grande ville , ou des transports par eau, il vaut la peine de cultiver les pommes de terre pour les vendre. A de plus grandes distances de l’un ou de l’autre débouché, il est convenable d’avoir un peu de celte racine pour les cochons , et pour la cuisine. Plantées de très-bonne heure au printems , et comme préparation au bld , elles pulvérisent le sol et ü’ A G H I C ü 1 T Ü K E, 89 mélangent le fumier à la terre avec avantage (1). 22 Décembre. En tenant note très-exactement de ce que mes quatre bœufs ont mangé de foin depuis un mois, je vois que les frais d’hivernage, en déduisant trois chariots de fumier par mois à 4 sh. 6 den., montent à 18 shel. t par semaine, soit à 5 shel. par jour de travail. 27 Novembre. J’ai été obligé de faire ferrer mes bœufs des pieds de derrière, et pour cela il a fallu les jeter à terre. Je suis convaincu de la nécessité de ferrer des bœufs qui travaillent constamment. Janvier 1776. Une ferme devroit, je pense, être divisée selon la nature de son sol, si ce sol varie en qualité. Les champs arables doivent être grands, et bornés par des clôtures en lignes droites. Leur étendue doit être en proportion de la grandeur de la ferme. Il faut que les granges soient dans le centre des terrains arables. (1) On connoît mieux aujourd’hui les avantages et les inconvéniens des pommes de terre que l’auteur ne pouvoit le faire lorsqu’il a écrit. On les donne avec profit, à tous les bestiaux , en remplacement de l’autre nourriture; mais on sait qu’il faut les cultiver avec beaucoup de soin; et fumer pour elles, ou après elles, pour que leur qualité épuisante ne nuise pas au blé qui succède. NOTES . 9 ° Le fumier est indispensable à l’agriculture. Le bétail est indispensable pour faire du fumier. Les près et pâturages sont indispensables au bé- tail. Les près, les bois, et les pâturages peuvent être un peu éloignés des bâtimens de ferme, sans qu’il y ait beaucoup d’inconvénient. Si j’avois mille acres d’un sol uniforme, et en une seule pièce, dans un sol également bo* pour les grains et les prés, et que je fusse chargé d’en faire la distribution , en y plaçant tous les bâtimens nécessaires pour l’exploiter, voici à peu près comme je procéderons. J’inscrirois dans la figure irrégulière de la propriété, un parallélogramme de cinq sixièmes du tout. Je bâlirois dans le centre. Quatre comparlimens autour des bâtimens contien- droient les plantages et les jardins. Les parties extérieures entre le parallélogramme et les bornes de la propriété , seroient couvertes en pâturages , prés ou bois. Le reste du parallélogramme seroit partagé en quatre pièces arables. Les parties extérieures et irrégulières et plantées en bois , seroient encloses , et abandonnées à la nature. Les quatre compartimens voisins de l’habitation se succéderoient pour fournir des récoltes sarclées , des légumes, et du fourrage. Les prés seroient alternativement I>’ AGRICULTURE. gl pâtures par les moutons, et fauches. Les quatre pièces arables seroient successivement occupées par une des productions d’un assolement de quatre ans. Si le sol étoit de diverses qualite's propres à certaines cultures plus qu’à d’autres, je tâche- rois de tenir le milieu entre les convenances naturelles de la terre et celles de mon exploitation , et je me rapprocherons aussi près de la régularité’ indiquée ci-dessus que la nature du sol le comporteroit. Si j’entrois dans une ferme bâtie et divisée, je commencerois par former de grandes pièces pour la charrue 5 je placerois les prés à la distance la plus considérable , et je ne conser- verois à portée de la maison que quelques pâtures. J’ai travaillé sur les mêmes principes depuis que je me mêle de culture. J’ai trouvé environ trois cents acres de terre glaise , de gravier, de sable, etc. comme dispersés sur une surface de cinq à six milles en circonférence, et enclavés dans trois plaines de champs ouverts , dé- pendans de trois seigneurs différens. Je succe’dois à plusieurs fermiers ; en sorte que les bâtimens étoient dispersés et les cultures sans accord. On vovoit une petite bande d’orge ou de blé, à côté d’un morceau de pré NOTES 92 ou de jachère. Pour les champs ouverts, il en résultoit beaucoup d’embarras dans la culture. Cet embarras me suggéra l’idée de classer les pièces et de les cultiver en grand, du même genre de productions, comme si elles n’avoient fait qu’un même champ. Ainsi, au lieu d’envoyer une charrue pour labourer un demi-acre d’un champ de cette étendue, et pour aller ensuite achever sa journée à un mille de là dans un autre petit champ, j’envoie deux ou trois charrues dans des champs voisins les uns des autres , où je puisse les surveiller à-peu-près comme si elles étoient dans une même enceinte. De cette manière , cent cinq pièces differentes ont été classées en dix-huit divisions de grandeur convenable. Il reste , à la vérité, plusieurs désavantages à cet état de choses, comparé avec dix-huit pièces seulement qui con- tiendroient le même espace : i.° L’espace occupé par les haies est de vingt-deux acres , tandis qu’il ne seroit que de quatre ou cinq; 2. 0 les bons effets du soleil et des vents sont affoiblis ; 3.° les attelages des charrues sont retardés par les haies , surtout si elles ne sont pas plantées en ligne droite ; cette perte de tcms doit bien être évaluée à un quart ou un cinquième j mais pour les avantages de la sur- B* AGRICULTURE. 1)5 veillance du travail et de l’économie du tems, pour les transports et les chariages, c’est à- peu-près comme si toute la Ferme e'toit divisée en dix-huit pièces. Je pense qu’il est plus facile de conduire une ferme de cinq cents acres , si elle est classe'e de cette manière , qu’une de deux cent cinquante dont les champs et les cultures sont distribue’s au hasard et sans méthode. Il faut au moins trois années pour classer convenablement les pièces d’une ferme. Le trèfle est très-commode pour faciliter celte classification ; on peut y semer du ble’ à la première , à la seconde et à la troisième année ; en sorte qu’un champ petit attendre un an ou deux, jusqu’à-ce que son tour vienne pour être ensemencé en blé avec la classe ou division à laquelle il appartient. J’ai trouvé un grand avantage à remplacer les noms bisarres et composés des diverses pièces par des lettres et des chiffres toutes les notes sont plus vîtes écrites et les ordres plus promptement donnés. Un autre avantage de la classification des fermes , c’est qu’on peut tenir plus aisément le compte de chaque champ. Si, dans une grande ferme, il y a une partie sèche et une autre partie humide, il convient NOTES 9 4 de faire deux genres différons de divisions arables , afin que lorsque le lems est trop sec ou trop humide pour une des divisions les char* rues ne demeurent pas oisives. On sait d’ailleurs qu’on doit semer plus tôt en automne, et plus tard au printems, dans les terrains humides que dans les terrains secs. C’est une des parties les plus difficiles de la conduite d’une ferme que de maintenir les attelages sans cesse en travail, en semant toujours chaque chose dans la saison propre. Sous ce point de vue il seroit avantageux d’avoir dans la même ferme des terrains de diverses natures ; mais des terrains de diverses natures demandent aussi des exploitations differentes , et des instrumens de construction differente. Un terrain léger doit être laboure' par deux chevaux de front ; un terrain argileux , par quatre chevaux de file : le terrain léger demande une petite charrue en fer ; le terrain argileux une forte charrue en bois. Les herses aussi doivent être de constructions différentes. Ainsi, une ferme dont le terrain est varié demande plus de soins , de détails et de plus grandes avances. Tout balancé, je pré- férerois conduire une ferme où il y auroit diverses espèces de terrains j et j’y serois décidé par un avantage dont je ri’ai point parlé en- 1)’ A ft K I C II L X l 1 il K. y5 core, celui de pouvoir changer les semences sans aller au marche'. — Si j’avois neanmoins lin choix illimité' sur toutes les espèces de terrain, pour une ferme, je de'sirerois qu’elle fût d’une bonne terre végétale, sur un lit de gravier, et qu’elle pût se cultiver avec une charrue à deux chevaux. il. Dans les tems pluvieux il importe que les bestiaux expose's sans abri dans les cours des fermes, soient toujours abondamment pourvus de litière. La paille d’avoine et les tiges des pois étoient, cette anne'e, de si bonne qualité, que les bêtes les mangeoient, lorsqu’on les leur donnoit pour litière. Les dernières pluies ont mis nos bestiaux dans la boue. Quoiqu’abondamment nourris , ils pa- roissoient maigres et ne vouloient pas se coucher. Depuis que je leur ai fait donner de la litière fraîche ils paroissent en beaucoup meilleur état. Je pense qu’une litière abondante et une nourriture médiocre entretiennent mieux les bêtes à cornes que beaucoup de nourriture sans litière. J’ai vu , l’année dernière, des genisses de Galles, que je ne nourrissois que de paille d’avoine, mais qui étoient dans la ♦ litière jusqu’au ventre, et qui étoient dans le meilleur état possible. Je crois que la circulation et la digestion ne se font pas aussi bien 96 NOTES chez un animal qui est couche dans la boue , et qui ne peut pas dormir tranquille. D’ailleurs lasalete' dont il est sans cesse couvert l’empêche de maintenir son poil beau avec sa langue.... 6 Février. Il faut bien , disent les partisans des jachères , qu’il soit necessaire de labourer la terre saris y rien recueillir , au moins une année sur quatre. Sans cela , qui est-ce qui renonceroit ainsi à une récolte , sans y être obligé? Il faut une jachère de tems en tems pour purger le terrain des plantes annuelles et des insectes : si l’on recueille sans cesse, on épuise le terrain. J’accorde tout cela ; et dans mon système on ne doit pas donner un labour de moins que ceux qui font revenir la jachère tous les trois ans. La récolte que je mets à la place de la jachère sera une source d’engrais pour le terrain même qui la produira ; d’ailleurs , il faudroit que la récolte fût bien misérable pour ne pas produire de quoi acheter du fumier au moins pour le double de la quantité de substance enlevée au sol (1). Il est douteux que les terrains argileux puissent être compleltement nettoyés de mauvaises herbes, sans jachère d’été ; mais une (1) Il faut pour cela, pouvoir acheter des fumiers; on ne le peut que dans certaines situations. (A) récolte U* AGRICULTURE. 97 récolté sarcle'e ou cultivée n’est-elle donc pas une jachère d’été ? Quelle recolle peut remplir cet objet ? Les pommes de terre sont trop Iong-tems en terre. Les turneps et les choux occupent les terres pendant les chaleurs de la canicule , oit il faudroit pouvoii cultiver pour tuer les mauvaises plantes. Les récoltes qui laissent le terrain libre pour les grandes chaleurs sont donc préférables, comme récoltes-jachères. Sous ce point de vue , les vesces de printems conviendroient mieux que toute autre production. On peut les semer au commencement d’Avril, et on peut les faire manger, ou les couper pour sécher en fourrage à la lin de Juin, En supposant qu’elles remplissent l’intervalle entre le blé et la graine de printems; le tems qui sépare ces deux récoltes sera au moins de seize mois, pendant lesquels on peut donner deux jachères d’hiver, et une pendant la canicule ; d’ailleurs, une récolte de fourrage laisse la terre mieux préparée pour une autre de grains, qu’une récolte qu’on laisseroit mûrir. Juillet 1777. Une jachère complète, lorsque le terrain est sale , est certainement la meilleure agriculture. Si le terrain n’est pas décidément sale , une récolte à sarcler est, je crois, l’agriculture la plus profitable; mais je crois Tome 3 . G •NOTES ■f 98 qu’une récolté de vesces pour fourrage, et une recolle de turneps, sont les meilleures pour nettoyer le sol. 27. J’ai eu ce matin , pour la seconde fois , une vache gonfle'e pour avoir mange' trop de feuilles de choux avec avidité' ; je l’ai gue'rie en lui faisant avaler de l’eau sale'e , ainsi que je l’avois de'jà fait avec succès la première fois. 28. Un veau que j’avois acheté à trois semaines pour une guine'c , a été vendu hier trois guinees , âge de huit semaines et cinq jours : il a rendu 7 shellings par semaine. Peut-être 7 shellings par semaine , à l’âge de neuf semaines , donnent-ils un plus grand profit .que 9 shellings par semaine à l’âge de douze ou treize semaines. Le même animal boit peut-être plus de lait dans les quatre dernières semaines que dans les huit ou neuf qui oOiliprêce'de. Cependant on ne peut pas espe- rer 5 guinees d’un veau de treize semaines. Je pense que la méthode la plus economique est de vendre un veau dès le moment qu’il est passable ; et je crois même que plus tôt on les vend, plus il y a de profit pour le fermier, et moins il y en a pour le boucher. 6 Mars. Je suis convaincu que la charrue sans roues ( swing-plough ) est la seule qui puisse être d’un usage universel, surtout dans !D J AGRICULTURE. 99 les terres argileuses : avec cet instrument on peut les labourer à plat ou en billons, humides «ou sèches. Une charrue sans roues d’une construction parfaite, est donc un instrument qu’il seroit de la plus grande importance d’obtenir. Elle suffirent au fermier d’une terre argileuse : la charrue sans roues est la charrue des pauvres gens, car elle est applicable à toutes les terres et à tous les tems. Juillet 1777. Depuis que la note ci dessus est e'erite, je me suis constamment occupe' de perfectionner la charrue sans roues : j’ai fait un nombre infini d’essais inutiles. J’ai réussi enfin à améliorer sensiblement la construction de cette charrue ; mais je suis loin de prétendre avoir trouvé une charrue parfaite. il Mars 1776.'•L’année,dernière je fumai un vieux trèlle pour y semer des vesces d’été que je voulois laisser grener. Quand elles furent ên fleur, c’étoit une récolte superbe , qui va- loit 4 à 5 liv. sterl. l’acre , pour fourrage. Elles eurent beaucoup de siliques , mais je crois que la sécheresse empêcha les siliques de se remplir. La pluie vint au moment où elles étoient prêtes à couper : les torrens qui tombèrent les battirent à plat sur le sol , et les mauvaises herbes commencèrent à les dépasser ; on fut obligé de les moissonner par la pluie , et de loo NOTES les tourner et retourner plusieurs fois pour les empêcher de pourrir. Il m’en coûta au moins 30 shellings par acre pour cette main-d’œuvre, et les neuf dixièmes des siliques s’ouvrirent. La semaine dernière j’ai fait battre ces vesces , et le produit de trois acres m’a donné onze bu- shels : voilà encore un exemple des hasards de l’agriculture. Une récolte fumée , et qui dans une année ordinaire m’auroit donné 4 à 6 liv. sterl. par acre, me paiera*à peine les frais de culture, de moisson et de battage. il. Mon voisin le fermier X a perdu près de quatorze acres de fèves semées en Décembre et Janvier. Là où la neige étoit épaisse , elles n’ont point eu de mal, mais dans les endroits où la neige avoit disparu par les vents, elles ont totalement péri. Cela prouve , ce me semble , avec évidence , qu’il ne faut pas semer les fèves en Décembre ou Janvier , car quoique les très- fortes gelées soient rares en Angleterre , cependant il y en a quelquefois, et nous l’avons éprouvé cet hiver. — A l’avenir je crois que je labourerai pendant l’hiver pour les fèves tant que les gelées le permettront, et que je ne les semerai que quand les hommes et les chevaux pourront travailler sans trop de fatigue. Semer les fèves dans la boue peut être une bonne chose $ mais c’est un ouvrage sale et ÎOI AORICÜIiTURî!. fatigant : les semailles de fèves que nous faisons à pre'sent vont avec une facilite charmante, comparativement avec le travail que nous avons fait pendant l’hiver. 21. Pour regagner le tems que nous avions perdu pour les semailles de printems interrompues par les pluies , j’ai fait travailler mes chevaux neuf heures par jour; mais j’e'prouve que , même en leur faisant manger à chacun deux bushels d’avoine par semaine , on peut les excéder. Mes attelages de charrue sont sur les dents ; les bœufs sont aussi fatigues que les chevaux ; le meilleur de tous s’est couche de lassitude à la charrue ; enfin deux de mes gens sont tombes malades de fatigue. Les bœufs ne doivent jamais être atlele's plus de huit heures, s’ils travaillent tous les jours. Mes gros chevaux de charrette ne paroissent pas trcs-fatigués, moyennant les deux bushels d’avoine par semaine, mais ce sont mes petits chevaux du pays qui sont à bout. Pour avoir voulu me presser trop , et forcer d’ouvrage , je me trouve maintenant oblige' de suspendre dans le moment où le travail commande. 24.—J’ai examine' mes blés dans les champs préparés de diverses manières. Les champs semés en planches larges de dix traits de charrue ont souffert des eaux dans plusieurs endroits. 102 NOTES Dans ces endroits-là, les trois quarts des plante^ ont pe'ri. Dans les champs dont la surface des sillons, ou billons, est arrondie d’une manière uniforme , il n’y a point d’endroit gâte par les eaux. Là où les plantes ont pe’ri par l'e séjour des eaux, la surface est dure, unie, et comme cuite au solciL Sur les sillons arrondis, on ne voit point cette croûte dure : je crois qu’elle ne se forme qu’à la suite du séjour que l’eau fait sur le terrain; mais que les pluies les plus soutenues, pourvu que les eaux s’écoulent à mesure, ne causent jamais cette croûte durcie à laquelle les terres glaises sont sujettes au priutems. 24 . —On a beaucoup répété, en blâme des grands fermiers, qu’ils n’envoyoient point de volaille au marché, et que sans les petits fermiers, cette ressource manqueroit aux consommateurs des villes. Je résolus, l’année dernière, de ne pas encourir ce reproche ; et en conséquence, je me suis donné cinquante poules, six oies, et trente femelles de canards. J’ai transformé une cour en une grande volière. J’y ai planté des arbrisseaux, et semé du gazon, coupé de petites allées sablées. Ce sera au moins une chose agréable à avoir sous les yeux, et j’en espère aussi du profit. 24 . —J’ai maintenant la preuve de l’avantage qu’il y a à beaucoup herser, dans le moment de la semaille. Dans le champ Mï, j’avois fait laisser deux sillons pour semer sur raies : (le reste de la pièce e'toit serne sous raies. ) Ces deux sillons furent oublies. Trois semaines après, ils e'toient durcis. Pour les semer, je les fis herser auparavant. La herse entama les sillons voisins se- me's sous raies trois semaines auparavant, et qu’on avoit laisses tels qu’ils se trouvoient après la charrue. Aujourd’hui les deux plus beaux sillons de la pièce, et les plus avance's, sont ceux semés tard sur raies. Après ceux-là, la plus belle partie des champs, e'toit le blè des bandes qui ont e’tè atteintes par la herse , en travaillant les sillons voisins. Tout ce qui a été seine sous raies, et non herse, est couvert de mauvaises herbes , et n’a pas, à beaucoup près , autant de plantes que les sillons herses. 4 Avril 1776. J’ai essaye de nourrir pendant cinq semaines conse'cutives, deux chevaux de charrette avec du foin seulement, et sans avoine. Ils e'toient au même râtelier que mes bœufs; mangeant le même foin , et occupes des mêmes travaux pendant le même nombre d’heures chaque jour. Ces deux chevaux ont diminue graduellement en chair et en courage; mais ils ont pourtant continue à travailler assez NOTES io 4 bien jusqu’à aujourd’hui, que l’un des deux ne pouvoit plus marcher de fatigue. 10 jivril. H y a près de quinze jours que j’ai commence' à nourrir des chevaux de charrette avec de l’orge tarée. Cette orge ne se ven- droit guères plus cher au marché que de l’avoine, parce que les pluies de l’année dernière en avoient altéré la qualité. En conséquence, je vends mon avoine, et je fais manger mon orge. Au lieu de huit bushels d’avoine par semaine pour un attelage, je ne donne que six bushels d’orge ; et il me paroît que les chevaux sont mieux portans : ce seroit une économie de vingt-cinq pour cent. Les charretiers, ou valets de charrue, sont des gens auxquels on ne peut point se fier. Tant qu’ils ont eu leur foin bottelé, ils ont donné très-exactement une trousse par semaine , pour chaque cheval. Mais j’ai fait délier une certaine quantité de bottes pour avoir des graines de foin. Il en a résulté qu’on n’a pas fait attention à la consomatïon du foin, et que huit chevaux ont mangé, ou perdu , soixante-dix trousses de foin dans trois semaines. Or, voici le compte de cette consommation. Le prix actuel du marché est de 4 liv. ster. la charretée de deux milliers pesant. A ne compter que 5 liv. 10 sh. , les soixante-dix trousses, b’ A&BICULTÜRE, ao 5 font.Liv. st. 6 16 Quarante - huit bushels d’avoine à 4 sh. 6 den.6 » Liv. st. 12 16 Pour trois semaines ; ce qui fait 2 liv. 2 sh. 6 den. par semaine pour chaque attelage de quatre chevaux. Tous les fermiers qui ne regardent pas de près à leurs affaires doivent avoir plus ou moins à souffrir de cette prodigalité des charretiers : le seul moyen d’y e'chapper, c’est de bolteler le foin, et de régler invariablement la consommation. Cette année, j’ai fait botteler tous mes fourrages, soit ceux que je destine à être vendus , soit ceux qui doivent être consommés par mes bestiaux. Pourquoi, me dira-t-on , cette dépense de vingt pence par charretée, pour le foin consommé à la maison ? Parce que j’ai tenu un registre exact des charretées qui sont entrées dans chaque meule de foin; afin qu’à l’avenir je pusse me faire une idée nette de la quantité de foin que chaque pré peut rendre , et de celle que chaque meule contient. Un second motif pour le botteler, c’est qu’il ne se perd pas un brin de foin. Les domestiques n’en font pas litière dans les cours et note s io6 dans les étables ; et tout est mis à profit. Cet avantage seul suffirait pour compenser la dépense de cette operation. Un troisième motif pour bolteler, c’est la facilite’ de régler la portion de fourrage, attribuée à chaque espèce de bétail. Je puis donner ainsi une trousse par semaine à chaque cheval, une demi - charretée par semaine à chaque paire de bœufs ; une , deux ou trois trousses par jour aux vaches à lait, selon leur nombre, etc. J’ai éprouvé qu’en réglant ainsi la quantité, j’obtenois des domestiques plus de soin et d’économie. Us savent que s’ils prodiguent le fourrage un jour, ils n’en auraient pas assez le lendemain. Us contractent ainsi peu-à-peu les habitudes salutaires d’épargne. J’ai remarqué que lorsqu’un domestique prend une brassée de foin dans le fenil, et qu’il en laisse tomber une partie en le portant, il ne se donne pas la peine de la ramasser, parce qu’il sent qu’il y a une provision de fourrage indéfinie, et il se repose là-dessus; mais s’il porte une botte foin à ses chevaux, et qu’il en tombe par hasard une petite poignée, il a soin de la ramasser, et il dit : « ces pauvres bêtes n’en ont pas de trop, et il ne faut pas le perdre. » Le charretier a également soin alors de ne pas en mettre dans le râtelier le double d’ agriculture. 107 de ce que les chevaux peuvent manger. Il ne les laisse pas souffler dessus le foin qu’ils ne mangent pas, et il ne jette pas à la litière ce surplus rebute par eux. Il leur donne du tems pour manger, et il a soin d’attendre pour af- fourer de nouveau, que le râtelier soit vide, et que l’heure soit venue. Il y a une certaine sympathie entre les domestiques et les animaux, dont il est plus facile d’observer les effets qu’il ne l’est de les décrire. Il y a des charretiers qui aimeroient mieux avoir faim que de voir leurs chevaux manquer de nourriture. Enfin , un troisième motif pour botteler le foin, c’est que cela donne l’avantage de calculer l’emploi des fourrages 5 et de voir nettement quelle espèce de be’tail est de l’entretien le plus e'conomique. Il me semble que ces avantages réunis sont décisifs en faveur de la méthode de botteler. J’ai observé qu’environ un tiers du tems du botteleur se trouve employé à faire les liens des bottes : je crois qu’il y auroit de l’économie à faire usage, pour ces liens , de cordes de chanvre. ] 1 Avril. — Je trouve qu’on ne rend pas justice à l’utilité du rouleau. On ne s’en sert guères sur les jachères que pour briser les plus grosses mottes, ou pour rendre plus unie NOTES lo8 la surface des champs destinés à être fauches. Si je n’avois pas roule’ le champ E après la semaille , et entee un hersage et l’autre, jamais la herse ne l’auroit amené à un certain point d’ameublissement. Ce travail alternatif du rou- leau et de la herse l’a prépare comme un jardin. Peut-être y a-t-il de l’avantage à rouler une terre humide, pourvu que la herse succède. J’ai eu la précaution de ne donner le dernier roulage que quand le terrain a été bien sec. Le roulage, non seulement brise un grand nombre de mottes, mais elle en fixe beaucoup d’autres, et empêche ainsi qu’elles ne roulent sous la herse. J’estime que le rouleau appliqué aux jachères est un grand secret de culture; car il ameublit les terres argileuses , et donne de la consistance aux terres légères. Quelquefois une seule opération d’un pesant rouleau simple a plus d’effet qu’une douzaine de roulages avec le rouleau à pointes , mais si les mottes résistent à la pression d’un gros rouleau simple t l’action d’un rouleau à pointes est d’un avantage incalculable. H Avril. — La moitié de la semaine a été employée à préparer un espace destiné aux pommes de terre, tandis que les attelages au- roient dû être occupés aux semailles de l’orge. JD’ a O R I- C U L T U R E. log Cette circonstance rend les pommes de terre embarrassantes dans les fermes à grains. On ne peut pas les admettre dans une rotation de productions sarcle’es , grains de printems , trèfle, et blé : tout ce qui exige , en mars ou avril, le travail des attelages pour un autre objet que les grains de printems, est une culture embarrassante. Sous ce rapport, les tur- neps et les clioux sont, au contraire extrêmement commodes à cultiver dans les ferme» à grains : on les sème dans le moment où l’on n’a rien à faire, et ils ne dérangent ni les semai!* les ni la, moisson (1). Le colza etle blé viennent après, quant à la commodité de culture. Les fèves et les pois dérangent pour les semailles 1 de printems ; les vcsces d’hiver se coupent en même temps que le blé pour les semailles, et les vesces de printems ont le très-grand inconvénient de se semer en même tems que l’orge et le trèfle. Mais quelle récolte sarclée devra donc adop* ter le fermier qui cultive un terrain argileux et humide , sur lequel il n’ose tenir un troupeau de moutons ? Parce qu’il ne peut point (1) Parla même raison, les turneps ne conviennent pas dans le pays où l’on cultive la vigne : leur semaille et leurs sarclages se rencontrent avec le tems de* ouvrages pressaus de la vigne. 1X0 NOTES parquer son terrain , il faut qu’il le fume. Les charriages des fumiers sont une branche importante du travail, dans une telle ferme. II n’y a pas trop de temps pendant l’e'të pour rassembler les engrais ; et lés gelées de l’hiver ne sont pas trop longues pour opërer les charriages. Il faut donc que le fermier, dans une telle situation , soit assez fort en attelages pour semer Ja moitié' des re'coltes jachères en automne, et l’autre moitié au printems, sans déranger ses semailles de blé, et d’orge ou d’avoine. 12 Avril. —J’ai beaucoup hésité sur la manière de planter mes pommes de terre. Je ne savois si je les planterois par fossés, en couvrant les plants à la main avec du fumier , ou bien si j’enterrerois le fumier à la charrue, pour semer ensuite les pommes de terre au plantoir, ou bien encore si après avoir enterre le fumier à la charrue , je herserois pour relever ensuite la terre en flûtes ou billons de trois pieds ; ou enfin si j’enterrerois le fumier à la charrue , en faisant planter les pommes de terre dans chaque trait de charrue impair , en labourant. La dernière méthode demandant moins de travail , est celle que j’ai préférée. Ma terre a eu deux labours; elle a été ensuite hersée , roulée , puis débarrassée des mauvaises racines. Après toutes ces opérations »’ AGRICULTURE. 111 pua terre étoitunie comme une table. Sur cette surface bien égalé, j’ai répandu une grande quantité de fumier pailleux que j’ai enterre à la charrue en faisant des planches de trois pieds de large, et plaçant les pommes de terre de deux en deux traits de charrue, à huit pouces l’une de l’autre dans la longueur desbillons. J’avois affaire ailleurs dans la matine'e, en sorte que je ne pus pas assister à la plantation d’abord. Trois planches étoient aeheve'es avant que je me fusse aperçu que le coultre ramas- soit le fumier, que celui-ci emharrassoit la charrue, et restoit par masses qui ressortoient çà et là. Je mis un petit garçon à coté de la charrue pour débarrasser le coultre ; et je lui recommandai de retirer le fumier sur la partie non labourée, à mesure qu’il en débarras- soit le coultre : on jettoit ensuite ce fumier dans la raie ouverte où l’on plaçoit les pommes de terre : de celle manière elles avoient la bonne moitié de l’engrais. Je ne trouvois pas que cela fût suffisant, je désirois que les pommes de terre eussent le tout ; et voici l’expédient dont je m’avisai : A mesure que la charrue cheminoit et que deux hommes plan- loiertt derrière le laboureur, je faisois pousser avec un râteau dans la raie ouverte, une quantité de fumier qui répondoit à la largeur de lia NOTES deux traits de charrue. Cette operation du râteau se faisoit aussi vite que la charrue et les planteurs pouvoient cheminer. La totalité du fumier se trouvoit ainsi enterrée immédiatement sur les pommes de terre. Celles-ci , étoient à l’abri d’être déplacées par les pieds des bœufs. Cette méthode remplit les divers objets qu’on se propose dans le procédé ordinaire , qui consiste à ouvrir des sillons , y porter le fumier dans des paniers, placer les pommes de terre dessus, puis remplir les raies. Ma méthode est beaucoup plus économique. Il est vrai que cela ne seroit pas aussi facile , si la surface n’avoit pas été unie par le rouleau. Je suis fort content de mon résultat ; trois hommes peuvent planter ce qu’une charrue peut couvrir. 12 Avril. — Si j’ai jamais inventé quelque chose de bon, c’est assurément la herse concave. Je suis dans l’enchantement de la manière dont cette herse achève les billons, lors même qu’ils ont été mal relevés à la charrue. Un bon agriculteur auroit pleuré de plaisir en voyant comment le grain se trouvoit complètement recouvert , et de quelle parfaite régularité étoient les billons de mon semis d’orge d’aujourd’hui. l 3 \ D* AGRICULTURE. Il3 l 3 Avril. — J’ai réussi à conduire mes bœufs avec des brides, et à labourer très-proprement en sillons de dix traits de charrue, sans aide. Je ne crois pas que l’on puisse avoir des chevaux mieux dressés et plus obéissans pour être conduits avec des rênes par le laboure r lui-même, que ne le sont les bœufs dont je parle. 16 Avril. —J’ai observé que les vers ont fait beaucoup de mal à la partie des blés qui avoit été légèrement enterrée à la herse, tandis qu’ils ont épargné la portion où la semence a été enterrée plus profondément : apparemment que dans les endroits où les racines sont profondes, les vers se sont trouvés plus près de la surface. 16 Avril. — La fin de février, et le commencement de mars, ont été extrêmement pluvieux. En revanche , il y a cinq semaines que nous n’avons pas eu de pluie. Il y a beaucoup de gros fermiers qui n’ont pas encore semé un seul grain d’orge. Dans les terres argileuses, on n’a point semé d’avoine. Dans ces terres-là, on avoit labouré avant et pendant les pluies. Le changement de tems fut très-rapide. Il se forma une croûte glacée sous laquelle la terre a été long-tems comme de la boue. Avant que les chevaux pussent entrer dans Tome 5 . H NOTES ll 4 les champs, la surface e’toit dure comme de la corne. Nous avons eu le bonheur de labourer nos jachères pendant les tems pluvieux ; et nous avons semé l’avoine chaque jour à raies fraîches, à l’exception d’un acre. Nous, avons semé très-bien les fèves, les pois, l’a- voine et les vesces. 18 Avril .—Je ne conseille à personne dé se hâter de semer ses fèves, en février, si le tems est contraire. J’en ai semé le i 5 février, qui ne sont pas plus avancées que celle semées le 16 mars. Ces dernières sont épaisses et vigoureuses: les autres sont rares et foibles. Les premières avoient été semées dans une boue gluante, changée ensuite en un mastic impénétrable : les autres ont été semées avec beaucoup de soin dans une terre pulvérulente et bien préparée, mais ce qui met en évidence la folie de vouloir forcer la saison , et semer en dépit du mauvais tems, c’est que les planches , ou billons, qu’on n’a point touchés, et qui ont été semés fort tard dans les mêmes champs, se trouvent aujourd’hui sensiblement plus avancés. Je me tiendrai pour dit, à l’avenir , de ne semer les fèves au printems , que lorsque le tems sera favorable , et la terre bein préparée. 21 Avril. — La sécheresse m’a empêché de !>’ AGRICULTURE. 1x5 semer mes graines de pre' par-dessus l’avoine du champ A , semée elle-même il y a uu mois. J’ai profite de la pluie de mardi dernier. Dans le but de me procurer de la terre fraîchement remuée pour faire végéter plus rapidement les jeunes plantes de pre', j’avois eu soin de faire passer une fois seulement la herse légère. La herse avoit fait rouler ou déplacé, un grand nombre de mottes de terre. Pour m’en debarrasser, et mettre à l’aise les jeunes plantes d’avoine qu’elles écrasoient, je fis râteler à la main , les mottes de terres, dans les rigoles de dessèchement. Cette operation avoit aussi l’avantage de couvrir la graine des plantes de pré. Mais je trouvai que, quoique l’operation fût bonne au fond, elle e'toit lente et coûteuse ; en sorte que je pris le parti de ne râteler que tous les billons impairs. La pièce êtoit de onze acres et demi, et il y en eut environ six de râtelées ; ils me coûtèrent de main-d’œuvre deux shellings trois pence l’acre. La récolte d’avoine, et la réussite du pre' prouveront si cette dépense est bien ou mai appliquée. Je passerai le rouleau seulement sur les sillons non râtelés ; car la herse arra- cheroit l’avoine. Juillet 1777. L’avoine n’a nullement souffert du râtelage, mais ne paroît pas en avoir Tl 6 NOTES profite. L’opération a fait beaucoup de bien aux plantes de pré; elles sont plus épaisses et le sol est plus uni. Cette année, j’ai fait râteler à la main tous mes semis de prés, soit bisannuels soit pérennes. 117 AGRICULTURE D’ESSEX, PAR SIR JOHN SINCLAIR. I_1ES terres d’Essex, dans les environ d^Kel- vedon, Coggesliall, etc. sont argileuses et tenaces , en sorte qu’il faut prendre avec activité les momens favorables pour labourer et semer. Il y a fort peu de terrains propres aux turneps, ou aux pommes de terre ; et les distances renchérissent trop la chaux ou la craie, pour pouvoir les employer utilement à l’amélioration. Mais , en général cependant , la terre est fertile et profonde, surtout dans le voisinage de Coggesliall, où il se cultive beaucoup de graines de jardin , et on a trouvé de la marne dans plusieurs endroits. Les assolemens de la province varient beaucoup. Les plus approuvés parmi les bons agrb culteurs , sont les suivans : ï.* r ' année. Jachère. 2. — Orge. 5. — Trèfle. 4. — Blé , sarclé une fois , deux fois, et même trois fois. 5. — Fèves, fumées et sarcle'es. 6. — Blé. llB iGEICUITÜÜÏ 7. ® année. Vesces d’hiver pour couper eïï vert, puis jachère bâtarde. B. — Orge. L’autre assolement estimé est comme suit: 1. er0 année. Jachère. 2. — Orge. 3. — Fèves fumées. 4. — Blé. 5. — Vesces d’hiver et Jachère bâtardes; 6. — Orge. 7» — Trèfle. 8. — Blé. Ce dernier assolement gagneroit, je pense, si on le modifioit comme suit : 1. ele année. Jachère. 2. — Orge. 3. — Trèfle. 4. — Fèves. 5 . — Blé. 6. — Vesces. 8. — Fèves. On auroit ainsi deux récoltes de fèves pour l’amélioration du terrain; et les insectes, qui se multiplient d’ordinaire dans les trèfles, se- roient détruits par la culture des fèves. Le cultivateur intelligent sera bien aise de comparer ces rotations avec celle qu’a adopté Mr. Coke de Norfolk , $i connu par son habilité dans l’économie rurale. La voici { îig d’ e s s e. x. 1. "® année. Pois. 2. — Blé. 5 . — Trèfle. 4 . — Orge. 5 . — Trèfle ou graine de près. (i) 6. — De même , ou vesces de pvintems mangées sur place. 7. — Avoine. 8. — Turneps. 9. — Orge. 10. — Trèfle ou graine de prés. 11. — De même ou vesces de primeras, mangées sur place. Par ce système de Mr. Coke, qui détruit complètement les jachères, une ferme de six cents acres de terres arables auroit chaque année les récoltes suivantes : 100 Acres de pois. 100 — En blé ou avoine. 100 — En orge. 200 — En trèfle ou vesces à pâturer: 100 — En turneps. (1) La seconde année du trèfle rend peu ordinaire*’ ment, et souille la terre de mauvaise hérbe : il vau- droit donc mieux semer des vesces à faire consommer en vert par les moutons. Mr. Westorn pense que dans les terres argileuses d’Essex , une bonne jachère tous les six ou sept ans, est nécessaire. * 120 AGRICULTURE Mais U faut observer que cette agriculture n’est applicable qu’aux terres suffisamment légères pour comporter les lurneps. On emploie en Essex les cbarrues sans roues, et les charrues à roues, et l’on n’est point d’accord sur la préférence à donner aux unes sur les autres. On dit, en faveur des charrues sans roues, que comme elles vont à une plus grande profondeur, elles valent mieux pour les jachères. On dit encore qu’elles labourent aussi profond l’extrémité des champs que le milieu, chose qui n’arrive pas avecles charrues à roues, parce que dès que les roues montent sur la terre accumulée, le soc ne mord plus (i). La charrue sans roues donne moins de peine aux (i) La charrue, soit-à roues soit sans roues, (mais sur-tout la première ) amène toujours de la terre vers l’extrémité des sillons; en sorte qu’à la longue les bordures des champs s’élèvent sensiblement. Il en résulte i.° que cette terre accumulée manque ailleurs, 2 .° que la plus grande profondeur de bonne terre se trouve dans le voisinage des baies où les récoltes sont plus endommagées par l’ombre, les oiseaux, les insectes, etc. 3.° que cette partie est plus mal labourée (du moins par la charrue à roues). Il est donc important de revenir à enlever ces terres accumulées , au plus tard au bout de cinq ans, pour les charier vers le milieu du champ. On prend ordinairement pour cela les teins de fortes gelées ou de grande sécheresse» 121 E’ E S S E X. animaux de traits; elle coûte moins d’achat, et moins d’entretien. On dit en faveur de la charrue à roues , qu’elle conserve une profondeur plus uniforme , et que quoique la profondeur soit peu considérable, elle retourne plus complètement la terre que la charrue sans roues. On observe qu’elle dispose les billons avec une régularité plus grande ( 1 ) : chose importante lorsqu’on cultive au semoir. Les herses sont d’une construction excellente, surtout pour le travail des billons arrondis. Les houes à la main sont lourdes et fortes. Celle qu’on emploie à sarcler le blé a six pouces et demi de long, sur trois de large. La lame qui tranche se trouve placée à six pouces du manche. La houe desiine'e aux fèves a une lame de six pouces et demi de long et de quatre et demi de large : elle est fixée au manche sous le même angle que la précé- (1) Ce point-là dépend de l’adresse du laboureur. Il est impossible de rien imaginer de plus régulier que les billons de quatre traits de charrue, faits avec une charrue sans roue , par les laboureurs du Piémont, lesquels cependant ne se font point aider d’un conducteur, et labourent avec deux bœufs les terres les plus argileuses, comme les plus légères. 122 ACIÏCÜLTÜIE dente. Ces houes sont extrêmement solides f très-épaisses au talon, et ne s’amincissent beaucoup que vers la partie qui tranche : le poids seul de l’instrument, tombant sur les racines des mauvaises herbes , a plus d’effet que n’en a l’effort du sarcleur lorsqu’il manie un instrument très-léger. Il y a une autre circonstance importante de l’emploi de cet instrument : c’est qu’on ne s’en sert jamais qu’il ne soit parfaitement tranchant ■: dès qu’il est émousse', on l’aiguise. L’ouvrier fait plus d’ouvrage avec une houe fort tranchante ; et comme presque tous les sarclages se font à tant par acre, le manouvrier a intérêt à faire souvent aiguiser l’instrument. Il y a dans chaque ferme une meule destinée à cette opération. Les sarclages équivalent, à un labour léger fait à la charrue, quant au remuement de la terre , et détruisent très- efficacement les mauvaises herbes. Les labours se font d’une manière fort soignée. En général , je préfère les charrues sans roues à celles qui en ont ; mais je suis forcé de convenir qu’il n’est guères possible de labourer mieux qu’on ne le fait avec la charrue à roues, en Essex. Il y a des fermiers qui ne font qu’enlever une couche très-mince, tandis que d’autres labourent à la plus grande \ D’ E S S É X. 125 profondeur que la terre comporte. La profondeur de quatre à cinq pouces est en général préférée. On a pour principe de labourer profond pour les jachères ; mais très-superficiellement pour semer. La largeur des billons est de trois pieds , à compter du fond d’une raie au fond de la raie voisine. C’est exactement neuf pouces pour chaque trait de charrue. [1 se fait une grande quantité' d’engrais dans les cours des fermes. On est dans l’usage de former des composts avec la terre releve'e à l’extrémité des champs, et mêlée au fumier par lits alternatifs. Dans un pays de terres argileuses , comme la province d’Essex, il est de la plus grande importance de conduire les fumiers pendant que la terre est sèche ; et il est commode d’avoir l’engrais à portée, et sur les champs même, selon la méthode que je viens d’indiquer. Les meilleurs cultivateurs mettent l’engrais sur le chaume de l’orge, et en le destinant aux fèves ’ ESSE X. J2g On sait que la supériorité' de l’agriculture d’Esscx , tient en grande partie à l’usage du dessèchement des terres par des coulisses. La dépense est considérable; mais l’avantage est certain, prompt et durable. Les coulisses croi- se'es, ou secondaires, se creusent de dix-huit à vingt-deux pouces, à raison de trois deniers par perche ; mais le fermier commence par faire, à ses frais, un trait de charrue pour marquer la direction de chaque coulisse. Les canaux ou fosses d’e'coulement principaux sont creuses à la profondeur de vingt-deux ou vingt- six pouces ; et à raison de quatre deniers et demi par perche. On met des fascinas dans le fond; on déposé de la paille par dessus, puis on recouvre celle-ci à la charrue. Il y a des endroits où l’on ne met dans les coulisses qup de la paille tressée. Là où le bois et la paille sont rares , on emploie des pierres que les femmes ramassent, pour cet objet, dans les champs laboutés. Si l’on compte le tems et au mois tle Mars une ferme dans laquelle le fermier précédent avoit laissé brouter ras, par ses moutons, un beau champ d’orge hiverné. Ce champ a donné une belle récolte en grain; et comme l’orge d’hiver a une feuille très-large, et une fanne abondante, la ressource de ce pâturage pour l’hiver et le printems seroit d’autant pins précieuse pour les moulons. Tome 5. I l5o 'À O ft I C U L T U R E l’emploi des chevaux pour les charriages, elc. les frais du dessèchement complet des champs, montent de 2 liv. i5 à 4 liv. sterl. par acre. Les brebis de South-down que j’ai vues chez M. Western sont d’une très-belle qualité. J’ai Vu aussi des Leicester et des Romney, très- belles dans leur genre. M. Robinson a introduit la race de Lincoln. Les vaches de Suf- folk sont les plus ordinaires chez les fermiers d’Essex. M. Western a aussi de fort belles vaches de Devonshire : on engraisse beaucoup de bestiaux pour le marche' de Londres. MM. Western et Rridge ont une admirable race de pochons ; ils s’engraissent aise'ment , sont bas sur jambes, ont une chair excellente , et il ne leur arrive jamais d’avoir des crevasses b à la peau, comme cela arrive aux autres races, quand on met ces animaux à la pâture sur les trèfles pendant l’e'té. Les journaliers sont en général dans une sorte d’aisance en Essex j ils ont de petites habitations le long des grandes roules , sur les communaux , avec de petits jardins à cultiver. Les manouvriers ont constamment de l’occupation au moyen des sarclages multipliés qu’on donne aux récoltes. Si les frais de cette culture sont grands , les fermiers les retrouvent amplement par la quantité et la qualité^des ü’ e s s e X. ï3i grains. J’ai été très - frappe d’une petite circonstance qui montre la bonne foi des travailleurs à la journée. J’examinois le travail des sarcleurs de blé chez M. Saville. Je remarquai qu’il e'toit extrêmement difficile vie les détourner de leur ouvrage , même pour un petit instant : je crus qu’ils travailloient à tâche, et je fus fort surpris quand je sas que c’étoit à la journée. On ne les paie pas en grain , mais en argent, par la raison que, dans les tems de disette , ils n’e'pargneroient pas, s’ils étoient payés en denrées. ...... Lettre de M. Western d Sir John Sin~ cl J ir , sur ses observations concernant ragriculture d’Essex. Monsieur, vos observations sur la culture d’Essex ont été soumises à'" plusieurs agriculteurs intelligens, qui les ont trouvées parfaitement exactes. Comme votre principal objet étoit de faire connoître les pratiques de notre province, qu’il seroit utile d’adopter ailleurs, en supposant le sol de même nature, je crois pouvoir donner quelques dëveloppemens dont on tirera parti. Les traits caractéristiques de l’agriculture d’Essex sont les suiyans : l32 jlCKICtlLTTTKE 1. ° Les labours fréquens en bon tems. 2 . ° Les sarclages répétés. 3. ° Les desséchemens. 4. ° Le soin de maintenir les fosses qui bordent les pièces bien vides. 5. ° La multiplication des rigoles pour l’é- coulement des eaux de l’hiver, soit que la terre soit semee ou non. 6. ° La me'thode de semer tous les grains de très-bonne heure. Je n’entreprends pas de traiter la grande question des jachères. Le système de la jachère se soutient en Essex , et je crois que celle me- lliode y est necessaire. Pour faire une bonne jachère , on donne le premier labour en Novembre , en Février ou en Mars , immédiatement après la semaille de l’orge. Si c’est en Novembre , on- arrondit un peu les planches pour que l’eau-ne s’y arrête point, puis on fait des rigoles d’écoulement. Les planches sont ordinairement de huit à douze traits de charrue , dont la tranche a neuf pouces de large. Au second labour on croise , puis on laboure plusieurs fois pendant l’été, en prenant des directions différentes à chaque labour. Avant la moisson , l’on relève le terrain en billons de quatre traits de charrue. Après moisson, si le tems le permet, on laboure encore deux «< d’ e s s e x. i35 fois avant l’hiver. On e'goutte parfaitement le terrain pour l’hiver ; au moyen de quoi on y entre de très-bonne heure au printems , et lorsqu’on laboure pour semer de l’orge, ces terres argileuses et tenaces se divisent et se mettent en poussière, comme du terreau det jardin. Quant à la profondeur des labours , elle doit de'pendre de la qualité' du terrain ; mais les meilleurs cultivateurs font des labours assez profonds pour entamer quelquefois la terre vierge et la ramener dessus. Tout se fait avec deux chevaux de front, ou au plus trois ; et dans les deux cas le laboureur conduit lui- même ses chevaux , avec des rênes , et sans aide. Nous donnons toujours de six à huit labours pour une jachère complète ( 1 ). Nous ( 1 ) La possibilité défaire un tel travail, sans que les frais excèdent de beaucoup le produit des récoltes, dépend essentiellement de la construction de la charrue. Dans le Traité des assolemens j’ai montré que le prix moyen d’une journée de charrue en France, en supposant trois bêtes, et un aide au laboureur, mon- toit au moins à neuf francs; que, dans sa journée, cette charrue labouroit à - peu - près vingt - six ares , (25,000 pieds de surface) c’est-à-dire, le terrain nécessaire pour semer 5 miriagrammes (un quintal) de froment. Par conséquent, pour faire huit lanours de %34 'agriculture avons granit soin de bien retourner les tranches , de faire le trait de charrue parfaitement droit, de les faire très-égaux en profondeur et en largeur, de manière que la herse touche bien egalement partout. Le trait qui achève le billon doit particulièrement être bien vide', la tranche bien retournée , et la raie ouverte rie doit nas être trop large. jachère ( et sans compter les hersages et les frais de semailles) il en coùteroit 72 francs pour l’espace né- essaire a semer un quintal de blé. — La journée de charrue d’Essex (en supposant les salaires au même prix que la moyenne des salaires de France) coûte environ 5 francs 5o centimes; et cette charrue laboure au moins un acre anglois (3838o pieds de surface) dans le jour: c’est-à-dire, l’espace nécessaire pour semer un quintal et demi de froment. Les huit labours de jachère d’un tel espace reviennent donc à 44 francs: autrement dit, il en coûte 29 francs 33 centimes avec la charrue d’Essex, pour la même étendue de terrain et le même nombre de labours, qui coûtent 72 fr. avec les charrues françoises. Ce rapprochement met dans un nouveau jour l’importance des recherches de la commission nommée par la Société d’AgricuIture de la Seine, pour le perfectionment de nos charrues. Si, comme on peut l’espérer du choix et du zèle des Commissaires, il résulte de ce travail une amélioration graduelle dans la construction des charrues françoises, ses conséquences sur la prospérité de l’agriculture de la France sont incalculables, et je m’applaudirai vivement de l’avoir provoquée par mes instances répétées. D ’ E S S E X. l35 .Te n’ai rien à ajouter à votre description du travail de la houe. Nos sarclages sont très- bien décrits dans votre rapport. Quant au dessèchement des champs par des coulisses , j’observerai cju’on se sert de deux espèces de bêche ; une plus large pour commencer , et une plus étroite pour achever la coulisse. Ordinairement on donne un double trait de charrue pour ouvrir la terre , et avancer le travail d’autant, avant de travailler avec la bêche. Les fossés de clôture des champs ont ordinairement quatre pieds de large en haut, trois pieds de profond , et dix-huit pouces de large dans le bas. On fait, en dedans de la pièce, un banc avec de la terre qu’on en tire. On plante de l’aubépine sur ce banc de terre , en ayant soin de la défendre des animaux pendant les premières années , par des épines placées en dedans. Ce travail des clôtures se fait à raison de deux shcllings la perche. Pour les rigoles que l’on fait à la surface des champs après la semaille, elles sont ouvertes à la charrue, et achevées avec une pèle faite exprès. On paie pour celte opération quatre pence pour soixante perches ; et l’on compte trente à quarante perches de rigoles à nettoyer pour chaque acre. -Nous semons les fèves et les pois en Février; l36 AGRICULTURE et ordinairement toutes nos graines de prin- tems sont en terre avant la fin de Mars. L’orge se sème à la vole'e ; le trèfle se sème en même tems , entre le premier et le second hersage. On met quatre bushels d’orge , et douze livres de trèfle par acre. Si l’on sème l’avoine sur une jachère, ce qui arrive rarement, c’est de la même manière que je viens de le dire pour l’orge. Nous commençons à semer le hlê à la fin de Septembre , et nous avons achevé' nos semailles avant la fin d’Octobre. Nous mettons deux et demi bushels de b!ê par acre. On sème les vesces d’hiver , comme vous l’avez dit , sur un chaume de froment, après un seul labour : on ne sauroit les semer trop tôt. Depuis quelques anne'es elles sont gêne'ra- lement adoptées ; on les emploie pour nourrir le bétail en vert pendant le printems et la plus grande partie de l’e'té : c’est une méthode admirable ; les chevaux s’en trouvent très-bien. Les brebis et les agneaux prospèrent avec cette nourriture ; les cochons de même. Mais lorsqu’on y met les brebis , il faut user de beaucoup de précautions , surtout si les vesces sont humides, car ces animaux mangent cette plante avec tant d’avidité qu’elles risquent de périr. Yos observations sur les avantages comparatifs des charrues à roues et des charrues 15 5 E S S E x: 137 sans r-oues sont très-justes; mais ces dernières charrues prennent sensiblement l’avantage maintenant, et le nombre des charrues à roues diminue tous les jours. Nos herses sont d’une excellente construction. Elles s.e composent d’un certain nombre de petites herses ( au moins six ) cpii ont trois pieds sur vingt pouces, et qui s’acro- chent et se de'crochent entr’elles , comme on le veut. Il en résulte que la herse, ainsi composée, s’adapte exactement à toutes les surfaces des champs ; et que soit qu’on herse des terrains plats, des planches ou des bil- lons, les dents de cet instrument touchent partout, puisque ses différentes parties jouant entr’elles comme à charnière , sont suscep- tibl es de s’abaisser et de s’élever, selon les dépressions et les renflemcns du terrain. Les dents sont disposées de manière à ne point sc suivre dans le même trait. Nos chariots , tomberaux et autres inslru- m,ens d’agriculture , ne méritent aucune mention , et ne sauroient être recommandés ; ils sont trop lourds. Il y a une surabondance de bois qui ne les rend pas durables dans la même proportion. J’ai fait venir d’Edimbourg , par eau, quatre chariots à essieux de fer, avec des formes de tomberaux à placer dessus les- i58 Meiouituhe mêmes roues, à volonté’. Le chariot, avec cette addition , me revient à 20 liv. sterl. le port compris, c’est-à-dire, moins cher que je ne pourrois le faire faire ici : ce sont les voitures les mieux construites , les mieux finies, et en tout les plus parfaites que j’aie jamais vues. Elles sont infiniment plus légères pour les chevaux, que nos chariots du pays. Les observations que nous vous avons faites, et que vous avez consigne'es dans votre rapport , sur les inconvc’niens de semer le blê au plantoir dans les terres argileuses, sont pleinement confirmées par mon expérience. Je suis convaincu qu’il faudra abandonner cette méthode dans les terres glaises, parce que chaque trou fait un petit réservoir qui retient l’eau, en sorte que le grain y pourrit. D’ailleurs on a beau passer la herse plusieurs fois, les trous ne se remplissent jamais tout-à-fait. Quant aux terres légères, c’est tout différent; je crois la pratique excellente , et on en con- noît tous les avantages dans la province de Suffolk, où celte méthode est très-bien entendue. Je crois que la culture au semoir gagne peu- à-peu ; mais c’est avec beaucoup de lenteur. Il n’est point douteux que cette méthode, lorsqu’elle est bien soignée dans tous les détails, Cesses, 1^9 ne soit supérieure à l’autre ; mais pour les terres argileuses , et sujettes à retenir les eaux , il y a des difficultés dont les cultivateurs de terres légères ne se font aucune idée ; ces difficulte's se rencontrent soit dans la semaille , soit dans les cultures qui succèdent. Mes semoirs couvrent un billon’, , et se mènent à deux chevaux .de front, de manière que les chevaux et les roues sont toujours dans les raies ouvertes de chaque côte du billon : c’est le mieux possible pour nos terres. On ne fait point assez d’attention au choix des races d’animaux dans le canton que j’habite ; mais la race des cochons que vous avez vantée est en effet excellente j elle est assez répandue dans notre province , et inconnue ailleurs : on les appelle mi-blancs cl’Essex. Us mangent avec avidité ; ils croissent rapidement 5 ont la peau mince , les os petits, et une chair excellente. Les truies font de belles portées. Il s’élève beaucoup de cochons de lait, et d’autres qui s’engraissent pour les marchés de Londres. U y a une manière de les engraisser qui devient commune dans la province, et que M. Eattison, de Maldon , a pratiquée le premier. O11 les place dans des loges étroites, où ces animaux peuvent se lever et se coucher, mais nqn pas se retourner. On dit qu’ils s’en- l4o AGRICULTURE d’eSSEX. graissent plus promptement ; ils sont au moins tenus d’une manière plus propre : le fond de la loge est pave, avec une le'gère inclinaison de la tète à la queue , et la loge est nettoyée tous les jours. On engraisse aussi des veaux pour Londres. Les deux points principaux de l’attention des engraisseurs , sont de tenir les veaux très- propres et au sec, et de les faire teler la mère précisément aux mêmes heures tous les jours > sans quai ils se tourmentent. i4i Observations et Expériences sur des objets d’agriculture , par M. W„ Stickney de Ridgmond , près de Huit; tirées des Annales d’agriculture d’Arthur Yuung. Il m’a souvent paru qu’il seroit avantageux à l’agriculture que les fermiers inlelligens se réunissent en sociétés familières pour la recherche et la discussion dés objets qui tiennent à l’agriculture. Je proposerais que chaque société' fût composée de six ou huit fermiers , placés à portée les uns des autres , et que la société se réunît au moins une fois l’année chez l’un de ses membres , dans le but d’avancer les connoissances agricoles en général, et en particulier de procurer l’avantage de celui chez lequel la société seroit rassemblée. Pour que les petits fermiers , ou ceux qui sont dans une aisance médiocre , pussent devenir membres de ces sociétés, il conviendroit d’en éloigner absolument toute occasion de dépense qui ne seroit pas nécessaire , et particulièrement d’en bannir les excès de la tablej car ce dernier abus suffirait seul pour faire manquer le but de l’institution. -— Aussitôt après la réunion 3 42 OBSERVATIONS ET EXPÉRIENCES dans la maison de celui qui tiendroit la société', un des premiers objets dont devroit s’occuper celle-ci, seroit une visite de toutes les parties de la ferme ; et cet examen , ainsi répété au moins une fois l’anne'e, produiroit, je pense, une émulation très-avantageuse. S’il se trou- voit dans la pratique du fermier qui reçoit la visite, quelque chose de très-e'videmment utile, l’observation que les autres en feroient sur les lieux même , et aides des explications de celui qui connoît les de'tails , leur seroit fort profitable ; et d’un autre côte , s’il y avoit dans la pratique de celui dont on examine la ferme quelque chose d’e'videmment défectueux , le principal but de l’institution étant l’avantage^ réciproque des associés, les instructions.se- roient communiquées et reçues avec les circonstances les plus propres à les faire fructifier. Il pourroit aussi être fort utile de tenir registre de tout, et de correspondre avec d’autres sociétés formées sur les mêmes principes. Je suis de même persuadé qu’il seroit avantageux aux progrès de l’art que les propriétaires de grands domaines destinassent une partie des terres qu’ils font valoir par eux-mêmes, à former des fermes d’expériences, de manière à ce que les fermiers voisins pussent s’instruire par leurs yeux , et adopter poup leur propre SUR DES OBJETS d’AGRICULTURE. l45 usage tout ce qui leur paroîtroit évidemment bon, sans avoir à l’acheter par des expériences hasardeuses et chères. Mais pour que ces éta- blissemens fussent aussi utiles qu’ils peuvent l’être , il seroil à désirer que les propriétaires qui ne dirigent pas eux-mêmes leur culture confiassent la direction de leurs intérêts à des gens plus instruits que ne le sont d’ordinaire les économes ou maîtres-valets. Ceux-ci de- vroient, en général, avoir le goût de la lecture, un esprit actif et réfléchi , des connois- sances de théorie et de pratique en agriculture, et les dispositions nécessaires pour recueillir toutes les instructions que les moindres ouvriers pourroient leur communiquer -, enfin s’ils avoient quelques notions de chimie , de botanique et de mécanique, ce n’en seroit que mieux. Plusieurs fermiers d’Holderness commencent à introduire le trèfle dans leurs assolemens ; mais il y a une circonstance qui nuit essentiellement aux progrès de cette pratique, c’est que le blé qui succède est une récolte très- liasardée à cause du dommage qu’il éprouve souvent par les vers (i)j dommage qui est (i) Je crois que ce ver ou larve, est du genres des iipules. La seule description que j’en ai vue est dans le 3 44 OBSERVATIONS ET EXPÉRIENCES quelquefois si grand que l’on est oblige' de relabourer au printems pour semer autre chose. J’ai souvent souhaite que quelque naturaliste dirigeât son attention vers cet objet, et donnât une histoire de'taille'e de cet insecte dans les divers périodes de son existence , sous les rapports de l’agriculture. Je crois que si les questions suivantes etoient bien éclaircies, les fermiers en retireroient quelqu’avantage ; et je sais qu’il y a dans l’histoire de ce petit insecte certaines particularite's piquantes pour un naturaliste. — Dans quelle saison la femelle de- pose-t-elle ses œufs ? — Combien de tems ces œufs mettent-ils à se changer en vers, état sous lequel l’insecte est nuisible aux plantes? — Combien de tems lever met-il’à se changer en nymphe , et dans quelle saison de l’année le changement s’opère-t-il ? — Enfin combien de tems l’animal conserve-t-il cette forme avant de prendre celle de mouche , qui termine ses métamorphosés ? Il seroit utile de. savoir dans quel e'tat la mouche préfère le sol pour y déposer ses œufs , et quelles sont les terres qu’elle évite. Je sais qu’elle ne fréquente jamais les Dictionnaire de Chambers, sous ce mot : on'peut en voir la figure dans la planche IU des Insectes, fig. 48 et 49 . La mouche est une femelle. terrains SUR DES OBJETS d’jVGRICUETÜRE. l'4.5 ; terrains en jachères , et ceux où il n’y a point d’herbe. Peut-être ne sera-t-il pas lout-à-fait inutile que je joigne ici quelques de'tails que j’ai appris à connoître sur cet animal par mes propres observations , et je suis d’autant plus dispose à les communiquer que dans une grande partie: de notre île cet insecte est, je crois , tout-à- fait inconnu., ' On m’avoit souvent demande si la cliaufc.rér'i pandue sur les champs infestés de ces vers ne ■ délruiroit point ceux-ci. J’étois disposé à croire que non , mais pour m’en assurer jè pris , au printems de 1794, une certaine quantité de* terre avec laquelle je mêlai de la chaux, én dose cinq fois plus considérable qu’on ne l’emploie d’ordinaire pour amender les champs.- Je. plaçai dans ce mélange un certain nombre de vers que je nourris soigneusement avee.de- l’herbe tendre. Ils continuèrent à paroître .très-* bien portans, à manger de bon appétit, etils parurent se trouver bien à tous égards de leur situation. Je demeurai donc convaincu que la chaux , dans la proportion où on la répand d’ordinaire dans les champs , ne sauroit avoir aucun elfet quelconque sur cet insecte ; cependant, je poussai l’expérience plus loin; je pris un mélange de terre et de chaux fait dans Tome 5. K l 46 OBSERVATIONS ET EXPÉRIENCE* les proportions ci-dessus , et le mis dans un vase, de manière que ce mélange en occupoit exactement la moitié , et que l’autre moitié' étoit remplie de terre pure. Je plaçai un certain nombre de vers dans le vase , et je les y nourris pour savoir s’ils se tiendraient de préférence dans la partie de terre pure. Il me parut qu’en effet ils la préféroient, et qu’il y en avoit habituellement un plus grand' nombre dans la terre pure, mais il y en avoit cependant toujours quelques-uns dans l’autre partie. J’ai observé que le principal dommage s’opère peu de tems après que le grain a germé. Le ver mange le germe à mesure qu’il se développe , et avant qu’il paroisse, sur la surface du sol ; mais lorsqu’une fois l’herbe a paru et a acquis un peu de consistance, il n’y a plus guères de danger (à moins que le nombre des vers ne soit extrêmement considérable) parce que la plante devenue plus robuste survit à Pattaque du ver. Pendantle jour, on les trouve dans la terre depuis un demi-pouce jusqu’à un pouce et demi de profondeur ; et je ne crois pas que pendant la nuit ils viennent beaucoup sur la surface du sol. Pendant l’été dernier (1794) j’essayai d’acquérir quelques autres connoissances sur cet iusectô destructeur , en l’observant dans les SUR DES OBJETS ©'AGRICULTURE. l4 J differentes époques de son existence , et en tenant note de mes observations ; mais une absence forcée ayant interrompu ce travail, mon but ne fut pas rempli. Je vais cependant rendre compte de ce que j’ai obser.vjé.. Le 8 Mars 1794 je .pris quelques vers dans un trèfle : , : çt je les mis dans un pot de terre pour les y nourrir avec de f’hpt'fee, et m’assurer de la duree de leur existence sous cette forme de vers. Quelques-uns d’entr’eux étoient si petits qu’ils avoient l’air de n’êlre éclos que de quelques-jours. Je ne fis aucune observation importante sur eux jusqu’au 20 Juin ,1 jour auquel je' revins d’un voyage après une absence de cinq semaines. Je ne trouvai en vie que quelques-uns des vers, mais ceux-ci même, avoient etc' tellement négligés qu’ils étoient extrêmement affoiblis et rapetisses. Je vis bien qu’il falloit renoncer à mon expérience .ppur, cette année-là ; cependant je continuai à faire quelques observations sur cet insecte dans les champs. Le 11 Août me parut être à-peu-près le tems où la nymphe se change en mouche^; à' cette époque je n’en ai encore vu qu’une qui eût des oeufs , et je n’en ai point vu qui fussent accouplées. Je pense que si l’on pouvoit rompre les trèfles assez tôt, on empêcherçût peut- être les mouches d’y déposer leurs œuf». *48 OBSERVATIONS ET EXPÉRIENCES Le 22 Aoûl ^observai, surtout dans la ma*- tine’e, plusieurs mouches qui voloient accouplées. Le soir j’allai sur le même lieu , dans l’intention d’en prendre quelques-unes pour les conserver dans une bouteille; mais je n’èn retrouvai presqu’aucune dans l’acte de l’accouplement. En revanche j’observai plusiéurs'fé- mellesqui dëposoient leurs œufs; elles posoient. h terre et relevoient leur queue auprès des racines des plantés , en changeant continuellement de place. Je soupçonnai d’abord qu’elles étoient-occupées de leur ponte, et une minute d’observation suffit à m’en convaincre, car je trouvai leurs œufs dans les endroits où elles avoient pose' leur queue. J’en pris alors quel- ques-unéS sur rna main en les pressant le'gère- ïtient entre le pouce ét lé premier doigt ', ce qui leur fit déposer des œufs qu’elles jetoient tiri à:un, en faisant un saut brusque. J’avois Cm d’abord qu’il se passeroit un certain-tems entre l’accouplement et la ponte ; mais je pense maintenant que ces deux opëralipns 1 sé Suivent, immëdiatèment : car ayant renfermé 'dans une bouteille avec des males , des femelles qui venoient de pondre, je-\is bientôt ces mouches s’accoupler, et aussitôt après lés femelles déposer leurs-œufs. Cellès-ei me parurent porter plusieurs centaines d’oeuls ; et SUR DES OBJETS Tj’> CRICULTURE. l4§ ce qu’il y a de remarquable , c’est que les mâles surpassent en nombre les femelles , au moins dans le rapport de cent à un , en sorte qu’à moins d’avoir le choix sur un très-grand nombre de mouches , on ne trouve que difficilement une femelle. Cela explique ce que j’avois observe le il Août , c’est-à-dire , que je n’avois pu trouver qu’une femelle qui eût ses œufs. J’ai observe' depuis lors que les femelles ont déjà leurs œufs au moment où elles sortent de l’état de nymphe. Le 6 Septembre. — Je crois qu’à cette époque les femelles ont déposé' la plus grande partie de leurs œufs. Hier j’en pris un certain nombre , et après les avoir tuées en leur écrasant la tète , je les enfermai dans un morceau de papier. La partie postérieure de ces mouches a paru conserver la vie pendant long- tems encore, et a continué à déposer les œufs. J’ai mis ces œufs à part dans un pot, en les recouvrant d’un pouce de terre , pour m’assurer du tems qu’ils mettroient à éclore. « Le 2 Février 1796 je n’ai encore trouvé Aucun ver dans le pot de terre. Je commence à craindre que les œufs aient souffert, ou que je les aie gâtés en remuant la terre pour chercher les vers. Deouis que j’ai rédigé les notes ci-dessus, 150 OBSERVATIONS ET EXPÉRIENCES j’ai lieu de croire que si Pou fait manger les trèfles très-près de terre par les moutons , ou par d’autres bestiaux , dès la re'colte de la seconde coupe jusqu’aux labours de semaille, on évité le dommage cause' par les vers. J’imagine que c’est parce que la mouche ne trouve pas de quoi se cacher suffisamment pour déposer ses oeufs. Je rie suis pas sans espérance de pouvoir 'communiquer dans la suite quelque chose d’intéressant sur ce sujet. W II. El AM StICKNEY. îUdgmoiul, le 9 Novembre 1795. Estimable Ami, J’ai reçu les trois rapports agricoles concernant les troia divisions du comté de York que notre bon seigneur Edouard Constable m’a fait parvenir ; et en conséquence de l’invitation du Département d’agriculture contenue dans l’avertissement , j’avois préparé quelque chose que j’avois compté adresser au -président du département ; mais après mûre réflexion j’y ai renoncé, parce que l’objet m’a paru peu digne de l’attention de ce corps respectable. Cependant comme je lis tes annales , et que j’ai observé combien tu prends part à toutes les découvertes utiles en agri- trou DBS objets b’agkicuxture. l5l culture , j’ai peusé que mes notes , telles qu’elles sont , ne seroient pas sans intérêt pour toi. Je les mets donc à ta disposition. L’idée que je donne pour l’etablissement des sociétés de fermiers m’a été suggérée par l’avantage que je retirai d’une visite que je fis au fameux Bakewell de Dishley en Leicester- sliire , et de l’examen détaillé' de sa ferme ex- pe'rimentale dans l’e’té de 1794. Ce qui concerne les vers destructeurs est très-important , et je souhaite qu’on ne néglige pas cet objet. Je continue à cet égard mes expériences , et j’ai fait quelques découvertes que je pourrai communiquer une fois. J’espère que lorsqu’on aura vérifié combien de tems l’insecte demeure dans chacune de ses formes ; quand on saura exactement quelle espèce de récoltes et d’abris la mouche préfère pour y déposer ses œufs ; j’espère, dis-je, que les fermiers pourront régler leurs labours et leurs semailles , ainsi que les autres procédés de la culture , de manière à prévenir en grande partie les ravages des vers. Nous avons été généralement alarmés dans ce canton , par un phénomène remarquablô dans l’apparence de la moisson des blés cette année. Ou se persuadoit déjà que la récolte seroit perdue et quq la famine s’ensuivroit , l 52 observations et expériences opinion que je n’ai jamais eue ; mais peu de lems après on s’accorda à croire que le mal seroit très-peu considérable , et alors je fus d’avis que le dommage seroit assez grand, ce qui s’est trouvé vrai. Cependant , à tout prendre , je ne crois pas que la récolte soit sensiblement inférieure à la moyenne des autres années , car les épis sont plus gros qu’à l’ordinaire , ce qui contribuera à réparer le déficit. — Yoici ce qui occasionna l’alarme. En visitant mes blés, vers le'20 Juillet, je fus frappé de la couleur jaunâtre de plusieurs épis, j’en examinai quelques-uns de près , et je trouvai, entre le grain et la balle , une assez grande quantité d’une poussière jaune rougeâtre, que je pris pour une plante du genre des champignons 5 et je craignis, en voyant le nombre des épis affectés , que le mal ne fût très-sérieux. Je n’avois alors découvert aucun insecte , et je suis encore à comprendre aujourd’hui ce que c’étoit que cette poussière jaune. J’eus occasion d’aller quelques jours après , au marché de Hull , et je vis que le phénomène étoit très-général , ainsi que l’alarme sur ses suites. On imaginoit que le mal étoit causé par un insecte. Je mis un grand intérêt à découvrir cet insecte tant redouté , et je commençai mes Recherches dès le len- SUR UES OBJETS d’a(TRTCULTURE l55 demain. Après avoir examine' un grand nombre d’e'pis , je trouvai quelques paquets de vers tout semblables aux vers qu’on trouve dans le fromage et qu’on nomme sauteurs (jumpers ); mais je ne crois pas que parmi les épis malades, il y en eût un sur vingt qui eût des vers. Je soutins alors que ces vers ne pouvoient être la cause du mal ; et d’autant moins qu’ils pa- roissoient très-endormis. Je ne les vis jamais bouger de la place où je les avois découverts; je ne trouvai que rarement plus d’un paquet de ces vers dans le même épi , et dans ceux d’entre les épis où il y avoit des vers , il y avoit rarement plus de six ou huit grains malades. — Après bien des observations dont j’ai tenu registre , j’ai formé la conjecture suivante qui me paroît la plus plausible de toutes celles dont j’ai eu connoissance , mais que je ne prétends point donner comme une opinion assise. Je vais t’indiquer les faits sur lesquels je la fonde ; et tu feras ensuite tes propres observations là-dessus. Dans le moment où les blés e'toient en fleur, et quelques jours avant qu’on observât cette maladie , nous eûmes une ou deux nuits très- froides. Or , je pense qu’il faut que les filets qui supportent les étamines du blé dépassent l’enveloppe du grain, pour que la poussière 1.54 OBSERVATIONS ET EXTÈRIENCES fëconclanle puisse être suffisamment mûrie par le soleil et opérer sur l’embrion du grain. Je pre'sume que ces nuits froides ont arrête' le progrès de cette végétation : car j’ai remarqué qu’en général les filets des étamines et la poussière de celles-ci sont restés adbérens à l’enveloppe dos grains malades ; j’ai beaucoup examiné , au miscroscope , les vers que j’ai trouvés dans quelques épis. Us étoient ordinairement six, huit, ou en plus grand nombre, après un grain. Souvent il n’y avoit dans le même épi aucun autre grain attaqué par eux , et cependant, il y avoit fréquemment d’autres grains malades. J’ai conservé de ces vers , imaginant qu’ils se changeroient en mouches, mais cela n’est point arrivé. Ils sont demeurés vivans pendant long-tems sans éprouver de changement visible , ,et ensuite ils sont morts. S’il te paroissoit qu’il y eût quelque chose d’utile dans les idées que j’indique , tu peur en faire l’usage que tu jugeras convenable , en abrégeant et corrigeant ce qui est de trop, ou mal construit , car l’étude de la grammaire n’est point entrée dans mon éducation. J’ai communiqué librement mon opinion pour recevoir des avis , et non pour instruire ; car quoique l’agriculture m’ait occupé dès mon enfance , il n’y a que peu d’années que j’ai SUR DES OBJETS d’aRRICüLTTJRE. '1 55 commence à la pratiquer avec un véritable intérêt. Jusqu’au moment où cette disposition se développe, les connoissances qu’on acquiert sont très-superficielles. La pratique actuelle de l’agriculture dans Holderness est défectueuse à plusieurs égards., et l’esprit des améliorations y a moins d’activité qu’ailleurs; mais cependant comme plusieurs des principaux fermiers commencent à se servir de leur jugement, et s’obstinent moins à suivre la routine de leurs prédécesseurs que ne fait la généralité de nos fermiers , j’ai l’espérance que dans le cours de quelques années il s’opérera une grande réforme , et qu’on abandonnera plusieurs des anciens usages : alors Holderness sera une partie des plus fertiles de l’Angleterre. — Si tu venois jamais dans ce canton , j’aurois beaucoup de plaisir à te recevoir chez moi. Je pense que si les cultivateurs habiles faisoient de tems en tems une tournée agricole, et que les fermiers fussent en général disposés, par les connoissances préliminaires, à recevoir avec empressement de telles visites , il en résulterait un grand bien pour tous; et la plus utile des sciences se perfectionneroit beaucoup. La semaine dernière nous avons formé une société de quarante membres pour l’établissement d’une bibliothèque d’agriculture fl 56 OBSERVATIONS ET EXPÉRIENCES. et la re'union d’autres objets analogues. Nous appelons notre association la Société agricole d’Holderness , et nous projetions de nous rassembler tous les trois mois à Headon . Dans notre prochaine assemble'e nous discuterons la question suivante : « les instrument qui abrègent le travail de Vagriculture sont - ils utiles d la communauté , ou non ? >j THÉORIE DE L’AGRICULTURE, PAR ROBERT FORSYTH. On devroit peut-être s’attendre que dans Un art si necessaire à l’humanité, et dont la pratique est universelle , les principes sont lises , et la théorie est facile à de'duire. Mais , par le plus singulier contraste , cet art universel et indispensable , n’a qu’une the'orie tout- à-fait incomplète. C’est une circonstance heureuse pour la race humaine , que le peu d’importance des théories dans les arts utiles, si on la compare à l’influence de la pratique. Pendant bien des siècles , on a tire' de la terre , et converti en métaux malléables , le minerai que fournis- soient les mines , et on a réduit ces métaux en chaux, sans connoître les principes sur lesquels cés opérations étoient fondées. Il n’y a que peu d’années> que les chimistes ont démontré l’oxi- génation et la désoxigénalion des métaux. La même chose est.arrivée en agriculture : la pratique des cultivateurs a souvent été juste, tandis qu’ils erroient dans la partie spéculative de leur art. l58 THÉORIE DE Plusieurs raisons concourent à rendre la for a mation d’une théorie agricole , extrêmement difficile. Une expérience d’agriculture n’est point l’affaire d’un instant, ni d’une heure, nid’unjourj ordinairement une année entière, et souvent plusieurs années doivent s’e'couler avant que les résultats puissent se réaliser. Cependant, et plus peut être que dans tous les autres objets de recherches , l’observateur peut être induit en erreur par des circonstances auxquelles il n’assigne pas toute leur influence* Un fait étranger à l’expérience elle-même, une disposition particulière du terrain, une succession de certaines modifications de la température , peuvent produire des récoltes abondantes , tandis que, l’événement eût été différent dans des circonstances ordinaires ; ainsi l’ingénieux inventeur de l’expérience peut: croire avoir fait une découverte utile , et, n’éprouver ensuite que des mécomptes, parce qu’il a établi ses calculs sur une fausse base. La vie humaine est trop courte pour admettre une grande variété d’expériences agricoles. Après quelques années l’agriculteur instruit cède la place à un autre, qui dirige ses recherches dans un nouvel esprit , et avec d’autres vues. Autrefois , les cultivatèurs ne publioient rien 3 c’est depuis peu d’années seu~ l’agriculture. i5g lement, que ceux qui cultivent la terre avec intelligence , ont commencé à faire connoître les résultats de leur pratique et de leurs réflexions. Dispersés sur de vastes étendues de pays, ayant peu de relations avec leurs voisins, et aucune avec les étrangers , les cultivateurs suivoient leur routine , et ignoroient tout ce qui se faisoient ailleurs. Les découvertes partielles et locales demeuroient inconnues , et il ne se présentoit aucune occasion de combattre et de réformer les préjugés et les pratiques vicieuses. L’état des choses a beaucoup changé; et de jour en jour la diffusion des lumières est plus rapide. Nous approchons probablement de l’époque à laquelle il deviendra possible de présenter une théorie claire et simple d’agriculture, et d’en rapporter les principes à un petit nombre de chefs, d’après lesquels la pratique pourra se régler. Nous n’avons point la prétention d’offrir les réflexions qui vont suivre, comme un corps de doctrine à beaucoup près complet ; ce n’est qu’un résumé de l’état actuel des connoissances sur cet art. Un tableau général des principes de l’agriculture peut être considéré comme le résultat de deux différentes séries de recherches ; l’une sur les plantes qui méritent la culture , l’autre sur les meilleurs-moyens de les cultiver. THEORIE DE l6o La valeur des plantes par rapport aux besoins de l’homme, est ou absolue ou relative. La valeur absolue d’une plante dépend de sa capacité pour produire la subsistance de l’homme et des animaux. Sa valeur relative dépend de la tendance de sa culture à enrichir tel individu , ou telle classe d’individus, soit parce que leurs terres se trouvent propres à celte culture , soit parce que le débouché despro-. duits est facile , e.t leur prix élevé. Il y a des végétaux qui donnent à l’homme les fruits ou les graines qu’ils portent au sommet de leur tige ; d’autres fournissent les ali— mens par leurs racines. Les arbres appartiennent à la première classe des plantes ; un de leurs avantages, c’est qu’une fois plantés , et après avoir été défendus quelques années contre les attaques des animaux, ils donnent leurs fruits pendant long-tems, sans culture. Il ne paroît pas cependant que jamais aucune nation ait planté des arbres avec’* le projet de faire , de leurs fruits, sa principale nourriture. Il y a de cela deux bonnes raisons ; la première, c’est qu’il devroit se passer beaucoup d’années avant que les arbres pussent fournir leurs fruits en abondance; mais une autre raison meilleure encore pour préférer la culture des plantes annuelles, c’est qu’une Ij’a ORICUIiTU R e. 161 qu’une seule irruption hostile suffiroit à ruiner, pour un grand nombre d’années , un pays dont les habitans compteroient, pour leur subsistance , sur les fruits des arbres des forêts. On en a vu un exemple dans la guerre de l’Angleterre contre ses colonies révoltées en x4mé- rique. Les Anglois employèrent les sauvages pour faire dans les colonies des irruptions dévastatrices. Les Anglo-Américains s’en vengèrent en détruisant, non-seulement les récoltes annuelles des sauvages , mais aussi tous les arbres à fruit, dans un espace de plus de trois cents lieues sur leurs frontières. Tout cet espace devint ainsi un déserlinh abitable pour des peuples qui ne cultivoient pas la terre, et à la nourriture desquels la chasse ne suffisoit point. Il paroît donc que la culture des plantes annuelles est celle qui convient essentiellement à la nourriture des peuples. Parmi ces plantes , le blé a depuis long-tems été considéré comme la plus précieuse. Une des principales raisons de ce fait, c’est la facilité avec laquelle la farine de froment est mise en fermentation, ce qui la rend plus propre que toute ' autre à faire un pain léger et agréable. Cette faculté dépend , dit-on , de la quantité de gluten que la farine de froment contient; d’ail- Tome 5. L THÉORIE HE 162 leurs, il ne paroi t pas que la propriété nourrissante du froment soit supérieure à celle de l’orge ou de l’avoine. Ces deux grains fournissent , au moyen d’une longue ébullition , un mucilage tout aussi nourrissant qu’on pour- roit l’obtenir d’une même quantité de blé. L’avoine est considérée en Angleterre comme un grain fort précieux ; cette plante demande peu de culture , et est très-robuste. Elle convient particulièrement aux terres nouvellement défrichées; et avant l’adoption des turneps dans la culture , on l’employoit toujours pour première récolte : le gruau d’avoine fournit une nourriture extrêmement saine. La graine de l’orge est surtout précieuse par la facilité avec laquelle elle fournil son principe sucré dans la germination qui la convertit en drèche, et la prépare à être employée à faire des liqueurs. Les pois, enfin , se convertissent également en farine , pour la subsistance de l’homme , mais cette farine , d’une digestion plus difficile, ne convientguères qu’à ceux qui sont occupés d’un travail très-fort. La pomme de terre est la principale des racines employées à la subsistance de l’homme. Les carottes , les turneps , le panais , etc. ne se consomment que rarement sans mélange de nourriture animale. h* A G R I C U L T U JL E. l65 La pomme de terre fournit un amidon fort semblable à celui qu’on tire du bîe’. Le goût de la pomme de terre ressemble , plus que celui d’aucune autre racine , au goût du pain de froment; aussi cette racine fait-elle une portion de plus en plus considérable de la nourriture des indigeris. Il y a long-tems que le docteur Smith a fait remarquer, par l’exemple des Irlandois, que la pomme de terre pouvoit nourrir une belle et forte espèce d’hommes. Il faut remarquer, relativement aux racines dont je viens de parler , que , sur une même e'tendue de terrain, elles produisent beaucoup plus de nourriture propre à l’homme que ne pourroit le faire une graine quelconque. Un acre qui rend treize quintaux de gruaux d’avoine produira aisément cent soixante quintaux de pommes de terre ; dans certaines saisons favorables , ce produit ira jusqu’à trois cents quintaux. En supposant que la faculté nourrissante du gruau d’avoine soit à celle des pommes de terre comme cinq à six, il n’en sera pas moins évident que la même étendue de terrain qui, cultivée en avoine, nourriroit un million d’habitans , fourniroit la subsistance à cinq millions d’individus , si elle étoit cultivée en pommes de terre. Mais toutes les racines ont le grand inconvé- i64 THÉORIE HE nient d’être d’un transport coûteux , à cause de la grande quantité d'eau qu’elles contiennent j il resuite de là qu’on ne peut les cultiver en grand que dans le voisinage des villes , ou dans les endroits où l’on les fait consommer aux bestiaux. Les racines ont encore l’inconvénient d’être d’une conservation difficile. Les gelées les détruisent , et la germination qu’elles subissent au primeras les dénature complètement. Il y a un autre mauvais côté dans l’usage des racines comme nourriture ; c’est que, sous un volume considérable , elles contiennent relativement peu de nourriture , ce qui fait que les estomacs délicats et les gens sédentaires ne s’en accommodent pas. Il y a un problème d’économie très-intéressant à résoudre, c’est de trouver un moyen de priver les racines esculentes de leur eau surabondante , les réduisant ainsi sous un petit volume, et les rendant susceptibles d’être conservées indéfiniment comme les grains, auxquels elles se trouvent supérieures quant à la quantité des produits. On a essayé plusieurs manières d’obtenir ce résultat ; on a imaginé de râper les pommes de terre , puis de les laver dans plusieurs eaux successives. Le résultat de celte opération laborieuse et longue, h’ AGRICUXiTURE. l 65 est d’obtenir l’amidon des pommes de terre , tandis que tout le reste est perdu : ce procède’, d’ailleurs , n’est pas applicable aux autres racines esculenles. M. Grenet a invente une autre manière d’atteindre le même but ; et elle a e'tê publie'e dans le journal du Lycée des Arts , à Paris. Le procède' consiste à forcer dans une seringue, ou un tube perce' de petits trous latéraux, des pommes de terre cuites à la vapeur de l’eau chaude. On transforme ainsi en vermicelli cette pâte déjà cuite, et qui au bout de douze heures de dessication, devient susceptible d’être gardée aussi long-tems qu’on le veut. Le défaut de celte opération , c’est qu’elle ne peut pas se faire suffisamment en grand pour être adoptée dans les vastes exploitations. En 1802 , M. Robert Forsyth imagina une autre méthode pour réduire les pommes de terre en farine susceptible de conservation : voici comment il raisonna. Toute la difficulté de l’opération consiste à pouvoir disposer d’une chaleur intense , soutenue , et pourtant modérée , de manière que les pommes de terre soient privées de leur eau, sans être grillées; or, ce degré de chaleur on peut l’obtenir par l’ébullition de l’eau, laquelle ébullition ne donne jamais assez chaud pour brûleries substances végétales. T H K O R T E DE l66 Prenez donc une certaine quantité de pommes de terre , carottes ou panais ; lavez-les et coupezdes en très-petits morceaux. Faites sécher ces fragmens sur un plateau de métal reposant sur la vapeur de l’eau bouillante. Faites enfin moudre ces morceaux comme une graine, pour les réduire en farine. Cette farine n’attire point l’humidité de l’atmosphère , et si on la presse dans des tonneaux de maniéré à la garantir de l’accès de l’air, on peut la garder indéfiniment. M. Forsyth l’a conservée un an , sans même user de cette précaution ; et cependant elle n’avoit été qu’imparfaitement moulue avec un moulin à café. Pendant la dessication , les fragmens do pommes de terre sont sujets à s’agglutiner ensemble , ce qui oblige à remuer souvent pendant l’opération. Les carottes et les panais contiennent moins de gluten et n’exigent pas , par cette raison , le même soin. Ils ne se durcissent pas autant en se séchant au même degré : on les moud aisément. Leur farine est douce au goût, et a un parfum agréable. On y reconnoît encore la saveur des racines , mais elle est plus concentrée , et cela est surtout vrai des panais. Leur farine perd , à la longue 3 son parfum 3 t/ A G K I C U 1 / T U E I, 167 mais son goût demeure le même, et se corn-- mimique promptement à l’eau qu’on verse dessus. On en tireroit probablement parti par la fermentation vineuse, et il est vraisemblable que si l’on parvient à faire du sucre avec des plantes d’Europe, ce sera par un procédé semblable qu’elles seront préparées. Quelles sont les plantes qu’il convient le mieux de cultiver pour la nourriture du be'tail? Cette queslion , qui est de la plus haute importance , n’avoit point e'te' examine’e avant le docteur Anderson ; lui-même a plutôt enu- me're' ce qui nous manque, et indique’ ce qu’il faut chercher, qu’il ne nous l’a appris pouf parvenir à re'soudre le problème ; il faut prendre en considération : i.° la salubrité' des plantes, relativement à la santé, la force, et la graisse du bétail; 2. 0 la quantité de ces plantes qu’un terrain d’une fertilité donnée peut produire ; 5.° la quantité qu’il en faut au bétail pour se nourrir , en distinguant les espèces d’animaux ; 4.° le travail nécessaire à la culture ; 5. 9 le sol qui leur convient, et leur elfet sur ce même sol. Relativement à la salubrité de la nourriture, on doit croire que le pâturage libre étant le moyen de subsistance que la nature a destiné aux bestiaux, ceux-ci seroient mieux nourris, l68 THÉORIE DE si l’on pouvoit leur procurer toute l’année le même aliment : aussi voyons-nous que le bétail préfère la nourriture verte lorsqu’il peut l’obtenir. Pour suivre les vues de la nature , il faut donc chercher quelles sont les plantes qui conservent leurs qualités succulentes pendant l’hiver, ou qui arrivent à leur perfection dans la saison froide.:q Il paroît quedes choux peuvent tenir la première place dans celte classe de végétaux, soit par l’abondance des sucs qu’ils contiennent, soit parce qu’ils fournissent une grande quantité de substance sur un espace donné de terrain. Le produit moyen des récoltes observées par Arthur Young , et dont il a rendu compte dans sa tournée de six mois , est de trente-six tonnes par acre ; mais les choux ont l’inconvénient de donner un mauvais goût au lait, et même à la viande des animaux qui s’en nourrissent. On prétend pouvoir obvier à cet inconvénient , en ôtant avec soin les feuilles pourries avant de livrer les choux au bétail. La culture des rutabaga a été beaucoup^ recommandée depuis quelque tems , surtout comme nourriture de printems pour les bestiaux. Il paroît que cette plante mérite en effet les éloges qu’on lui a donnés, et nous y revicn- drons ensuite. z ,’ agriculture. 169 Les turneps donnent aussi des récoltés très- abondantes ; mais ils sont inferieurs en qualité aux rutabaga. Arthur Young calcule que le meilleur sol ne donne pas plus de cinq tonnes de rutabaga par acre , ce qui est prodigieusement inférieur en poids à la récolte des choux; mais les turneps ont l’avantage de croître sur les plus mauvais sols. Les carottes sont une excellente nourriture pour les bestiaux. Arthur Young dit que, dans une terre sablonneuse , le produit de celte racine a été de deux cents bushels par acre : et que dans une terre végétale profonde , le produit a été de six cent quarante bushels par acre. Un cochon maigre a été engraissé par les carottes dans dix jours. Il en mangea cent quatre-vingt-seize livres. Sa chair fut blanche et ferme. Il est à remarquer que le bétail profère cette racine aux turneps. Après avoir mangé des carottes, les bestiaux ne veulent pas manger d’autre racine. Il est probable que les carottes seroient, pour le bétail , une nourriture plus saine qu’aucune autre. Le lait des vaches qui s’en nourrissent n’a jamais de Mauvais goût. Les chevaux s’hivernent très-iûen avec des carottes, sans avoine, et sans cesser de travailler. Cette racine étant beaucoup 170 T H É O R I E DE plus compacte que les turneps, est probablement plus nourrissante dans la même proportion. L’exemple cite' ci-dessus d’un cochon engraisse dans dix jours, en est la preuve. A Parlington, en York-sbire, vingt chevaux de travail, quatre bœufs, et six vaches à lait, ont ëte' nourris pendant sept mois avec les carottes produites par trois acres. Le lait se soutint d’une excellente qualité'. Ces animaux ne mangèrent qu’un peu de foin, en addition à ces racines. Trente cochons furent, en outre, engraisse's avec la partie des racines que des autres bestiaux laissoient (1). Les pommes de terre paroissent être egalement une nourriture que les bestiaux aiment. Voici ce qu’en dit un correspondant de la Société de Bath : « Les bœufs, les cochons, s’en y> nourrissent très-bien. La volaille même s’en )) engraisse. On prétend qu’elles donnent au » lard un goût excellent. Elles font rendre aux vaches autant de lait que la meilleure )> herbe. Quand j’engraisse des bêtes, je leur » en donne autant qu’elles en veulent manger, (1) II auroit été utile de dire la quantité de foin que ces animaux consommèrent en addition aux carottes. Cet éclaircissement rendroit probablement le fait moins extraordinaire. 1 ,’ AGRICULTURE. 171 » j’ai remarque que le gros be'tail s’engraisse )) sensiblement plus vite avec les pommes de » terre qu’avec les turneps. Il convient de les )) laver; et de ne pas les faire manger qu’elles » nesoientsèches.Ilestinutiledelesfairecuire, » à moins qu’il ne s’agisse d’engraisser des co- )> chons. .Te n’ai pas trouve' qu’elles re'ussissent )) aussi bien avec les chevaux et les poulains. » Toutes les racines ci-dessus ont l’avantage de pulvériser le sol et de le mûrir; mais les carottes et les choux ne réussissent que dans les terrains déjà bien cultivés , au lieu que les turneps et les pommes de terre sont admirables pour préparer le terrain à d’autres récoltes. Le blé sarrazin a été recommandé pour la nourriture des cochons. Sa mouture est plus facile que celle de l’orge. Les chevaux l’aiment beaucoup ; et il est propre à engraisser toutes sortes de volailles. Enfin , ses fleurs fournissent beaucoup de miel aux abeilles, dans une saison de l’année où les prés et les arbres sont dépourvus de fleurs. Si l’on en croit certaines expériences contenues dans les Mémoires de la Société de Bath , le blé sarrazin pourroit, dans bien des cas , remplacer la jachère. On a recommandé la pimprenelle , et principalement , parce qu’elle est toujous verte : 172 , THÉORIE HE sa végétation ne s’arrête pas complètement en hiver. En 1761 , un fermier nomme' Roque , qui cultivoil à trois milles de Londres, observant que les froids ne suspendoient point tout- à-faitla faculté végétative de cette plante, que l’on cultivoit dans les environs de Londres pour les salades, acheta tout ce qu’il put trouver de graine de pimprenelle , c’est-à-dire , huit livres. Il en sema six en Mars , et deux en Juin. Au commencement d’Octobre , il transplanta les plantes , en laissant un pied d’intervalle en tout sens , entr’elles. L’année suivante , ces plantes donnèrent deux récoltes de graines: l’une au milieu de Juin , et l’autre au milieu de Septembre : la première fut la meilleure. L’année suivante, les plantes tallèrent beaucoup , et donnèrent deux belles récoltes de graine. Pendant l’hiver suivant, les plantes continuèrent à végéter , excepté dans les plus fortes gelées 5 et même alors, elles se maintinrent très-vertes. En Mars suivant, les plantes eouvroient bien la terre , et on pouvoit y mettre le bétail en pâturage. Si l’hiver est doux , la pimprenelle coupée en Septembre se retrouvera de dix-huit pouces de long en Mars. On peut la faire pâturer depuis le commencement de Février 5 et si l’on a ôté le bétail en Mai, on peut faire une ré- i.’ agriculture. 375 coïte en Juillet. On peut ïa couper en loin trois fois dans l’été. Le sol qui lui convient le mieux est une terre graveleuse et sèche. Jamais les sécheresses n’en arrêtent la ve’gétation. Tous les bestiaux aiment cette plante j mais lorsqu’on la fait pâturer aux moulons , il faut empêcher qu’ils ne la broutent trop ras. Roque prétend que la première coupe de la pimprenelle a la singulière vertu de guérir les chevaux des javars. Après ces grands éloges , on se seroit attendu à voir cette plante très-promptement adoptée par tous les bons agriculteurs. Mais les avantages de la primprenelle ont été contestés. Miller dit que les vaches la rebutent dans les pâturages, et que dans les terres glaises et les hivers rudes , elle. périt promptement. Il observe que son produit est peu de chose , et conseille les essais en petit, avant de l’adopter en grand. Le D. T Anderson dit aussi que la pimprenelle rend si peu , que sa culture n’est pas profitable. Mr. Roque a de même recommandé la betterave blanche. Elle végète pendant l’hiver , et fournit par conséquent une nourriture très- printanière. La manière la moins coûteuse de nourrir les vaches en été , est de couper la -feuille pour la leur donner tous les jours. On jy4 THÉORIE DE Fa vu croître dans un jardin , pendant une grande se'cheresse , d’une hauteur de quatre pieds , dans un mois et quatre jours. Son terrain favori est une terre le'gère , grasse , et profonde. La racine de disette , autre varie'te' de la bette-rave , a été egalement vante'e , comme nourriture pour les hommes et les animaux. II paroît qu’elle n’est guère utile qu’à ceux- ci. Cette plante est bisannuelle. Sa racine croît en grande partie hors de terre ; sa portion supérieure a quelquefois jusqu’à un pied de diamètre , et elle s’amincit en descendant. Il y en a de rouges, de jaunes et de blanches. Cette plante est une bonne nourriture pour les vaches , et ne communique aucun mauvais goût au lait. Elle donne beaucoup de feuilles, que l’on peut couper trois ou quatre fois dans l’éte' , sans nuire à la plante. Les fermiers Allemands préfèrent la racine de disette aux choux, pour l’entretien du bétail, et cela surtout par la raison que les vers et les autres insectes ne l’attaquent point autant ; mais ils pensent que cette racine n’est pas aussi nourrissante que les turneps, les pommes de terre, et les carottes ; et que ces dernières racines engraissent plus promptement le bétail. La racine de disette paroît mériter l’attention dés L* AGRICULTURE. 175 fermiers; et dans de certaines situations, elle ne peut manquer d’être fort utile [îj. Il y a une grande question à examiner, c’est Ja convenance d’employer la charrue à produire la subsistance des bestiaux, ou bien de nourrir ceux-ci sur des pre's ou pâturages permsnens. Cette question a êle' examine'e par Mr. Thomas Davis ; et son Me'moire est inséré parmi ceux de la Société de Bath. Voici comment il s’exprime : « Rien n’est plus difficile que de persuader aux fermiers qu’il y a plus à gagner pour eux à conserver les prés et pâturages , qu’à les rompre. En revanche , rien n’est plus facile que de faire comprendre aux propriétaires , que , plus ils ont de prairies , relativement à l’étendue des champs, et moins ils sont exposés à voir ruiner leurs terres par leurs fermiers. Un fermier qui paie 60 liv. ster., et qui n’a que des prairies, peut faire fort bien ses affaires ; tandis qu’un fermier de terres arables qui paie la même somme , est ordinairement misérable. Cependant, le premier paie, peut-être, une moitié en sus par chaque acre , [*i] J’omets ici l’énumération des plantes de prés, soit naturels, soit artificiels; parce qu’il n’y arien, dans celte indication sommaire, qui soit nouveau pour les lecteurs. X76 T H K O K I ï ME , comparativement avec le fermier des terres arables. Les grains sont une denre’e qui peut se garder indéfiniment, dont le chariage est facile , et dont le fermier se promet plus d’avantage que des produits de la métairie. Le fromage est une denrée d’un transport difficile et coûteux Le lait elle beurre ne peuvent être transportes à de grandes distances. ». Mr. Billingsley établit également la supériorité des fermes à pâturages , sur les fermes arables. (( Il n’y a peut-être pas ( dit-il ) de meilleure preuve de l’infériorité de la charrue, relativement à l’économie des prés et pâturages , que le fait suivant , savoir , que les fermiers des fermes à pâturages sont exacts dans leurs paiemens , tandis que les autres ne le sont pas. J’en appelle à tous les intendans, et à tous les propriétaires qui font leurs affaires eux-mêmes : ils confirmeront ce fait. On répondra peut-être , que les fermiers de terres arables sont négligens , paresseux ; que les prés artificiels rendent beaucoup plus que les prés naturels ; qu’il faut des pailles, pour faire des entrais en quantité convenable. Ces raisons- là , et d’autres encore que l’on peut donner , indiquent la convenance de garder un juste milieu, et de suivre, lorsqu’on le peut, les deux exploitations dans les fermes. » Je L S AGRICULTURE. 177 Je dois remarquer sur l’opinion de ces deux auteurs , que ce système tend à faire hausser le prix du blë. Je suis convaincu qu’il y a une erreur fondamentale dans cette théorie. L’un et l’autre de ces auteurs argumentent sans égard à la situation ordinaire des fermiers de petites fermes. Celui qui tient une laiterie , a ordinairement un capital suffisant, et qui lui permet de bien mener une exploitation, qui d’ailleurs est très-simple. Le petit fermier d’une ferme arable , n’a presque jamais un capital suffisant pour une exploitation toujours assez compliquée; mais, lorsque le fermier d’une terre arable a un capital suffisant pour mener convenablement son exploitation , il n’est pas douteux que son profit ne soit plus grand* Après cela, pour que le profit du propriétaire s’y rencontre également, il faut que les troupeaux soient assez considérables pour consommer les denrées sur le domaine , et faire beaucoup d’engrais. Mr. Wimper propose une manière d’améliorer les petites fermes arables , et de leur faire vendre autant de lait , de beurre, et de fromages qu’à celles qui sont en pâturages et en prairies. Il pose d’abord en principe , qu’en effet , les petites fermes arables ne donnent pas autant de profit que les petites fermes en Tome 5 . JYï 178 THÉORIE DE pâturages. Mais il distingue les terres qui, par leur nature , sont destinées aux prairies , des terres que l’on ne peut faire valoir convenablement qu’avec la charrue. « Les terrains ( dit-il ) qui avant toute culture étoient couverts de bruyères et de ronces, mais qui sont devenus fertiles par la charrue, ne peuvent être maintenus tels que par le frequent usage de cette même charrue. Si on les laissoit sans labours , ils redeviendroient bientôt ce qu’ils ontc'te'. Une ferme toute composée de terrains- principalement propres à la charrue doit donc continuer à être une ferme arable ; car si l’on re'ussissoit à la rendre fertile sans le secours de là charrue , elle ne larderoit point à redevenir ste'rile, si l’on n’employoit pas la charrue à la maintenir en bon e'tat a. — Le même auteur pense , qu’au moyen des recolles de" fourrages artificiels, on peut élever et nourrir autant de be’tail sur une même étendue de terres arables qu’on pourroit le faire sur une ferme en prairies ou pâturages. La .seule question est de savoir si les produits cou- vriroieut les frais. « Pour éclaircir cette question ( continue l’auteur) il faut voir quels sont les frais moyens de l'entretien d’une vache sur une lerme à pâturages. Il paroît, d’après les meilleurs rapports , que cet entretien est de 5 liv. l’ A & Il I C ü L T U a E, 179 sterl. à 5 liv. 10 shclJirigs par an. Deux acres et demi de prairies suffisent à une vache toute j’aiine'e ; et ces prairies s’estiment, quant au prix de ferme, de 20 à 5 o shellings. Une ferme à vache, de quarante-huit acres , à 25 shel. , coûteroit 60 liv. sterl. de loyer, et nourriroit vingt vaches. D’un autre côte , il paroît , d’après Jes meilleures autorite's, que si l’on emploie les pommes de terre à nourrir les vaches pendant l’hiver , un bushcl de ces racines, avec un peu de foin, suffit à trois vaches [îj, et que leur lait sera aussi bon que dans la saison du parcours. Un acre , convenablement cultive en pommes de terre , donne 55 7 bushels. La dépense totale de la culture n’excédera pas 6 liv. sterl. i5 sh. Si trois vaches mangent 7 bushels par semaine, c’est 564 bushels par an ; et vingt vaches mangeraient 2433 bushels. Selon ce calcul, sept acres et un quart en pommes de terre nour- riroient autant de vaches que quarante-huit acres en prés ou pâturage. La culture de ces sept acres et un quart coûteroit environ »i8 liv. ster. Mais nous avons vu que Je prix de la. ferme d’un espace de prairies qui nourrit vingt vaches [1] Il seroit bon de savoir quelle est la quantité du. foin. l8o THÉORIE DE est de 60 liv. sterl. Le résultat est donc entièrement à l’avantage de la ferme arable. Huit acres de la ferme arable , cultives en pommes de terre, rendent plus que quarante-huit acres en près ou pâturages. L’auteur prévient une objection qui se présente naturellement ; c’est qu’on ne peut pas borner la culture des terres arables aux pommes de terre. Il établit, d’après une expérience de Mr. Wagg, que les choux sont presqu’aussi supérieurs à une récolte de foin , que les pommes de terre mêmes. Les turneps , les rutabaga , les carottes , les panais paroissent tout aussi profitables que ces deux plantes , ou rendent du moins beaucoup plus qu’un pré ou pâturage. Enfin, le trèfle et le ray-grass donnent aussi des récoltes bien supérieures en valeur aux prés naturels ou pâturages ordinaires. L’auteur recommande beaucoup le sainfoin. Il reconnoît qu’à la vérité , la première année donne une bien foible récolte; mais il dit que dans les années suivantes cette récolte donne le double des prés ordinaires ; et il accuse d’une extrême négligence les fermiers qui ne savent pas se procurer cette ressource. Il faut pourtant remarquer que le sainfoin fait perdre une , si ce n’est deux années , de récolte. L’auteur pense que c’est après les pommes de i/ AGRICULTURE. l8l terre qu’il faut le semer , parce que le fumier applique' aux pommes de terre suffit pour assurer la réussite de cette plante. Mr. Cartwright recommande pour les terres argileuses , les assolemfcns suivans : 1 Fèves. 2 Blé. 3 Choux. 4 Orge. 5 Trèfle. Cet assolement a trois re'coltes améliorantes, et deux épuisantes. Ou bien encore : 1 Pomme de terre. 2 Ble’. 3 Turneps chariés. 4 Orge , ou avoine. Cet assolement est commun dans les parties les plus stériles du Derbyshire. Enfin, l’auteur recommande encore le cours suivant : 1 Blé. 2 Yesces coupées en vert, puis turneps,: 3 Orge. , 4 Trèfle. b Blé. 6 Yesces. 7 Avoine. 8 Turneps, î8a T H Û O R I E V E Les fermiers de Lcicester-shire suivent à peu près ces cours-là. « Il n’est point douteux ( continue Cart- tvright ) qu’un acre de trèfle, de vesccs , de turneps, ou de choux , ne donne, au moins , le double de ce que la même e'tendue de terrain auroit donne' si elle eûlétéen pâturage. Chacun de ces assolemens nourrit donc au moins le double de bestiaux que le même terrain en <4 auroit nourri , s’il eût été en prê. Outre cela , la terre donne de deux années l’une , une récolté de grains. Je ne parle pas delà paille qui, soit qu’elle soit consommée par les bestiaux, soit qu’elle serve à la litière , augmente beaucoup la masse des engrais. Tout homme qui examinera la chose avec 1 attention se convaincra que ces assolemens donnent à la terre une valeur croissante. L’augmentation progressive des engrais par ces asso- iemens donnera aux prairies que l’on re'tablira après eux, une valeur plus grande que n’avoient < les pâturages lorsqu’on les a rompus. Quelles «ont les : circonstances qui déterminent comparativement le profit que le cultivateur a à attendre de la culture des differentes plantes ? Le cultivateur doit, ainsi que tous les hommes qui exercent un commerce ou un métier, T.’ A G K I C U Z, T U R E. l83 créer les objets dont la demande est la plus considérable. 11 y a certains terrains , et certaines situations , où les productions se trouvent tellement déterminées par la nature, que l’industrie humaine est comme enchaînée. Il y a de vastes étendues de terrains montueux et ingrats dont la charrue est nécessairement bannie : les troupeaux seuls peuvent en pro- fiter. Il y a encore des endroits dans les montagnes , où l’avoine réussit , et où le froment ne pourroit croître. Les pommes de terre donnent d’abondantes récoltes dans les ter- ' rains sablonneux ou tourbeux ; mais elles ne se développent qu’avec peine dans une glaise ingrate ; il faut donc que l’agriculteur ait égard , avant tout, à la nature de son terrain. Il doit également prendre en considération le marché auquel ses denrées sont destinées. S’il est fort éloigné des villes , il ne peut cultiver beaucoup de pommes de terre , à moins qu’il ne fasse consommer ses racines par des bestiaux. S’il cultive dans une province où il y ait de grandes brasseries, il peut entreprendre de semer beaucoup d’orge. Il en est de même de toutes les productions : il faut qu’elles aient un débouché assuré, pour que la culture en soit profitable. On voit comment un gouvernement doit diriger les soins d’administration i84 THÉORIE DE pour encourager l’agriculiure. 11 faut que le débouché soit toujours le plus facile , et la demande la plus considérable qu’il se puisse. Les productions du sol augmentent en raison de la demande, lorsque celle-ci est assurée et réglée. La consommation de grains, au moyen des distilleries et des brasseries , est , d’après ce principe , extrêmement favorable à la production de ces mêmes grains. Ces distilleries et brasseries sont par conséquent, également avantageuses à l’abondance des subsistances pour la nation. Dans les années favorables elles servent de stimulant à l’industrie du cultivateur, eift fournissant un débit certain à ses grains j et dans les mauvaises années , le gouvernement peut défendre la distillation, pour modérer le prix du grain. Les établissemens de ce genre vont mieux au but que les greniers d’abondance , et ils ont précisément l’effet qu’on ,voudroit obtenir de ceux-ci. II arrive quelquefois que par une suite des moeurs , du luxe , ou de l’usage du tems , et du pays , l’agriculteur est acheminé à préférer une culture qui n’est pas la plus avantageuse pour la population. Ainsi, lorsque la demande des viandes est extrêmement considérable , on est tenté de cultiver de préférence les plantes qui servent à la nourrlutré des bestiaux, au i85 1,’ A G R I C U L T U R V. lieu de faire croître les grains qui seroient employés directement à la nourriture de l’homme. D’api ■es les tableaux publiés récemment , par l’archidiacre Hislop , il paroît que le poids de * la subsistance produite par un acre de terre arable , sur une moyenne de trois anne’es , et y compris l’année de jachère, est neuf fois et demie plus considérable que la substance pour la nourriture de l’homme résultante d’un acre de pâturage. Le D r . Walter, professeur de physique à Edimbourg, pose les faits suivans , dans tin Mémoire adressé au Département d’Agri- culture. Un acre e'cossois (dit-il) dontla ferme est de quarante shellings, peut donner 1280 livres pesant de gruau d’avoine 5 et ce même acre ne produira parle pâturage , que 120 liv. de mouton. La différence de ces résultats est prodigieuse pour le public. Un ouvrier de terre, ou un artisan consomme souvent à raison d’une livre de viande par jour. Par conséquent, les 120 livres de viande produites par l’acre de terre dont il s’agit, ne peuvent entretenir ce consommateur que pendant un tiers dei’année. Il lui faut trois acres entiers , pour lui fournir seulement de la viande. En revanche , l’acre qui fournitl’avoine peut entretenir trois hommes toute l’année, en supposant une légère addition T H É O K I E UE l86 à peu près semblable à celle qui est ne'cessaire dans l’autre cas. )) L’ouvrier qui se nourrit principalement de viande, a besoin , pour sa subsistance , de neuf fois autant de terrain que celui qui se nourrit de erain ». O > Si l’on pre'tend qu’une livre de viande contienne autant de substance pour l’entretien de l’homme que deux livres de grains , il ne restera pas moins vrai que l’étendue semée en avoine nourrira une population cinq fois plus considérable que cette même étendue en pâturage. Si l’on trouvoit une méthode pour convertir en farine susceptible d’être conservée , les carottes, les pommes de terre, etc. dans le but de les employer à la nourriture de l'homme, il se feroit une prodigieuse économie au profit de la population , sur une étendue donnée de terrain , car , toutes les fois qu’on fait manger à un animal , le grain dont l’homme pourroit se nourrir, on fait une perte considérable. 11 paroît donc impossible qu’un pays qui ne se nourrit pas principalement de végétaux, arrive à un certain degré de population. Dans notre sol , et notre climat , et dans l’état présent des connoissances , il seroit impossible de se passer des bestiaux , pour re- X,’ A G R I C Ü X T U R E. 187 nouveler la fertilité de la terre. L’activité et la perfection de l’agriculture, sont en rapports exacts avec la quantité de bétail nourrie sur les fermes. C’est ce qui donne la supériorité à l’agriculture Angloise sur l’agriculture Françoise. La quantité d’engrais , et les récoltes améliorantes assurent aux Anglois, les moyens de recueillir plus de blé dans des fermes de la même étendue, et la viande se trouve pardessus. Lors donc, qu’on n’élève des bestiaux qu’en quantité nécessaire pour entretenir la fertilité du sol , leur présence augmente , au lieu de diminuer , la quantité de nourriture destinée à l’homme. Ces questions de théorie générale importent, au reste, fort peu au simple cultivateur. Ce qu’il lui faut, c’est une demande réglée de ses denrées; et il doit cultiver selon les débouchés qu’il a. Ce qui lui donne le plus de profit , est toujours l’objet auquel il doit s’attacher de préférence. Mais si l’on considère l’ensemble des intérêts d’une nation , le problème se complique. Une nation riche par le commerce et les conquêtes a un grand nombre de citoyens qui vivent dans le luxe , ce qui occasionne une consommation excessive de viandes et exige beaucoup de fourrage pour les chevaux. Cette espèce de luxe , donne à 188 THÉORIE DE l’agriculteur une fausse direction: c’est-à-dire, qu’il engage un grand nombre de cultivateurs à employer leurs terres à nourrir des animaux surabondans ou inutiles. La nation cependant achète des étrangers les'grains qui peuvent lui manquer ; et dans les années ordinaires elle s’aperçoit peu de cette dépendance ; mais il survient de tems en tems des disettes , qui sont autant de leçons d’économie et de prudence. Dans le tems de l’opulence de l’empire Romain , l’Italie dépendoit pour sa subsistance , des récoltes de l’Egypte et de l’Asie mineure ; parce que le luxe des particuliers dirigeoit la culture vers des objets futiles, et de pur agrément ou d’ostentation. L’Angleterre commence à se trouver dans une position semblable. Elle a acquis d’immenses territoires sous la zone torride. Les particuliers en tirent annuellement des revenus très- considérables; et à mesure que les possessions des Anglois se sont étendues au-dehors , la culture de l’Angleterre a donné des produits graduellement plus disproportionnés aux besoins de la nation. Autrefois l’Angleterre ven- doit du blé aux autres peuples de l’Europe: aujourd’hui elle ne peut pas se nourrir. Les documens authentiques soumis au parlement THÉORIE DE e’agRICUETURE. 189 ont mis en évidence que , depuis vingt ans, malgré les perfectionnemens de l’agriculture, les produits en grains du royaume ont élé inférieurs aux besoins. 11 semble même que la disproportion soit en rapport avec l’accroissement des possessions lointaines. Chaque année l’Angleterre achète beaucoup de blés des autres pays de l’Europe, et sur-tout dés Etats-Unis d’Amérique. Ces nations entrent ainsi en partage des richesses de l’Indostan. Leur agriculture fleurit par la demande de# grains , et elles s’assurent l’indépendance ; tandis que l’Angleterre se réduit à tenir d’elles des ressources qui lui sont indispensables. 11 importe bien aux Anglois de diriger leur industrie agricole de manière à affoiblir des inconvéniens qui sont sans doute dans la nature des choses , et qu’on ne sauroit complètement écarter. 190 T-XPliCES SUR EXPÉRIENCES SUR QUELQUES COURS DE RÉCOLTE, Par. Arthur Y O U N G, ( Annales d’Agriculture , N.° l 32 et suivans. ) JIÉn reprenant sommairement les procédés de la culture de Norfolk , nous avons insiste sur la grande importance qu’il y a à étudier à fond la matière des assolemens , c’est-à-dire, les principes sur lesquels on doit établir la succession des récoltés. C’est principalement à l’avantage de'cide' qu’ont les Anglois sur cet objet qu’ils doivent la supériorité de leur agriculture. — Et ce qui doit donner à cette partie de la science un degre' d’importance de plus aux yeux de ceux qui raisonnent , c’est que l’amélioration de la terre , et l’accroissement de productions qui re'sultent d’un bon assolement, sont en pur gain ,• c’est un profit sans avances -, au lieu que toutes les autres manières d’améliorer le sol , et d’en connoître les produits, exigent des frais et un travail proportionnés. — Celui qui achète des engrais , qui établit des prairies, qui aug- QUELQUES COURS DE RÉCOLTE. 191 mente ses troupeaux, qui fouille des marnières, qui fait des desséchemens , des irrigations , des de'foncernons, fait des operations très- profitables , s’il les fait avec jugement. Mais pour cela , il faut des avances toujours accom- pagne'es d’une sorte de risque ; il faut des moyens qui manquent à la très-grande partie des cultivateurs; il faut, chez ceux qui peuvent disposer du capital necessaire, la persuasion que cet emploi est le meilleur qu’ils puissent en faire. La réunion de ces données est rave, les améliorations doivent donc l’être ; et il est plus rare encore qu’elles soient dirigées avec le jugement qui assureroit tout leur effet. Mais les ressources qui dépendent d’une succession de récoltes bien ordonnée sont à portée de tous ; il semble qu’il y ait dans le moyen et les résultats quelque chose de magique, puisqu’avec le même travail, les mêmes avances, les productions de la terre se trouvent doublées, et le sol en a acquis plus de valeur: car la terre s’enrichit en donnant, si l’agriculteur ne lui demande que ce qu’elle donne sans répugnance ; et la véritable science de celui-ci n est autre chose, que la connoissance de la disposition de la terre à fournir chaque année telle produciion après telle autre, dans une succession indéfinie. EXPÉRIENCES SUR 392 Nos lecteurs une fois pénétrés de l’importance des bons assolemens ne s’étonneront pas de nous voir insister avec tant de soin pour en faire bien saisir les principes. Et ce qui fait ressortir mieux encore la nécessite' de donner tous les deveîoppemens utiles, c’est que dans des pays favorises de la nature , où depuis un demi-siècle il y a eu, relativement à l’étude de l’agriculture, une fermentation salutaire, oit de bons esprits s’occupent encore des principes et de la pratique de l’art avec beaucoup de suite , où tout invite aujourd’hui à donner à l’agriculture la consistance et l’essor dont elle est susceptible , on est si éloigné d’apprécier les avantages attachés aux bons assolemens , que ce mot-là n’a point encore de sens généralement connu, et qu’aucun autre ne le remplace dans la pratique , parce que la pratique qui rendroit le mot nécessaire est ignorée [l]. [1] Le mot assolement n’est dans aucun dictionnaire. L’expression qui, dans l’ouvrage de l’abbé Lozicr, approche le plus de rendre l’idée attachée à ce mot, est celle d J alternative ou alterner ; mais le sens de ce terme • est beaucoup plus restreint, puisqu’il n’exprime que le remplacement alternatif des grains et des prairies artificielles, au lieu que le mot cropping, ou course of crops, donne l’idée d’une rotation, d’une révolution complète, dans laquelle il entre une aSâez grande variété de Si ' QUELQUES COURS DE RÉCOLTE. lq5 Si tous les sols se ressembloient, si l’influence du climat ne compliquent pas les difficultés , si les bons observateurs étoient plus communs, si les résultats s’obtenoient promptement, nous aurions aisément des expériences probantes. Mais 1 es distinctions entre les terres sont délicates , les variétés nombreuses , les nuances infinies. La chaleur de l’été, la durée, la rigueur des hivers, la distance de la mer ou des montagnes , l’effet des vents , la disposition da productions. Le mot cours de moissons, employé par le traducteur d’Arthur Young, ne donne pas une idée juste, parce que les productions des cours bien réglés ne sont point aussi souvent des moissons que des récoltes, soit des productions qui ne sont pas des grains. — Une sole étant un espace déterminé de terrain, en rapport avec la totalité des terres arables d’un fonds [ordinairement le tiers], et destiné successivement an blé, aux graines de printems et au repos , il nous a paru que le mot assolement se lieroit mieux que tout autre aux notices déjà acquises. Nous avons eu soin, dans le commencement, de lui associer souvent les expressions de cours, rotation , ou succession de récoltes , afin do déterminer son sens avec plus de précision. Ce mot-là a déjà été employé dans un ouvrage très-estimable du Comte de Costa, intitulé : Essai sur l’amélioration de la culture dans les pays montueux. Nota. Ceci a été écrit en 1796, et le mot assolement est aujourd’hui adopté. [Octobre 1807.] Tome 5. N 1q4 EXPÉRIENCES SUR terrain en pente ou en plaine , la quantité d’eau qui tombe annuellement, et beaucoup d’autres phénomènes réguliers ou accidentels, rendent les comparaisons incertaines , et compliquent l’e'tude. — Les bons observateurs , dans quelque genre que ce soit, sont très- rares. L’ardeur et la sagesse, le ge'nie et le jugement , la volonté’ et la persévérance ne sont guères réunis. D’ailleurs , en agriculture , tel qui pourroit, ne veut point ; et c’est bien en vain , c’est souvent même au détriment de l’art, que l’homme médiocre travaille. Une grande difficulté, parmi beaucoup d’autres , est inhérente à ce genre de recherches et d’expériences, c’est qu’elles exigent, presque nécessairement , que l’observateur opère par les mains d’autrui. Cet inconvénient qui, en général, nuit à la précision , est accompagné d’obstacles rebutans , insurmontables quelquefois , lorsqu’il y a mauvaise volonté dans les sous-ordres ; et c’est ce qui arrive presque toujours, parce que-ne saisissant point l’ensemble de l’objet, ils ne voient dans les essais dont ils sont les instrumens, dans l’exactitude qu’on exige d’eux, que du tems et du travail perdus. — Enfin , des expériences qui ne deviennent concluantes qu’au bout d’un certain nombre d’années sont soumises aux chances QUELQUES COURS UE RÉCOLTE. ig5 de vie, aux mutations de propriétés , aux commotions de la guerre et de la politique. Aussi long-tems donc que , dans un pays donne', la tranquillité' publique n’est point assise sur une base solide ; tant qu’il n’y existe pas d’etablissement national qui ait un caractère de permanence qui soit sous la protection du gouvernement et des lois , dont les travaux soient secondes par l’opinion , l’on ne peut rien espe’rer de grand, de suivi, de probant, en fait d’expe'riences , sur tous les objets fondamentaux de l’agriculture , et en particulier sur les assolemens. —Ceux qui entrevoient ce qu’il y auroit à faire , qui désirent ardemment les progrès de la science, ge’missent de les voir abandonne's, sous des rapports si essentiels , aux seules combinaisons du hasard qui font, naître les vérités e'parses dans le cours des siècles. Us espèrent des e’tablissemens étrangers, ce qu’ils ne peuvent attendre des institutions nationales ; ils saisissent les faits saillans lorsqu’ils se présentent isolés , ils s’efforcent de s’approprier et de répandre les résultats partiels dûs au dévouement et aux travaux des hommes de génie. — Ce sont des résultats de cette espèce que nous allons donner ici. Les expériences qui les ont produits sont peut-être les plus belles dont leur célèbre auteur ait à 196 EXPÉRIENCES SUR se glorifier , mais cependant les lecteurs qui réfléchissent sentiront bien que ce ne sont là , en quelque sorte , que les premiers pas faits avec sûrete' dans une carrière presque nouvelle. —Il est tems de faire parler l’auteur lui-même. « Il y a une très-grande difficulté' à faire des expériences comparatives sur divers cours de récoltes. Les terres des différens champs , même dans les fermes où la nature du sol varie le moins , sont assez différentes pour rendre les comparaisons incertaines ; et le tems dans lequel on fait toutes les opérations du labourage , des semailles , des sarclages , et de la récolte occasionne des variations plus grandes encore. En comparant entr’eux des champs entiers , on ne pourroit saisir que les résultats généraux les plus frappans ; d’ailleurs il importe de connoître les effets des mauvais comme des bons assolemens ; et la dépense qu’entraîneroient des expériences faites sur des champs entiers , seroit trop considérable pour être supportée par des particuliers. J’avois réfléchi pendant plusieurs années sur les moyens de faire une expérience qui pût assurer la valeur respective de certains assolemens, en travaillant sur des espaces qui permissent une surveillance immédiate , et une grande précision , en même tenas cependant que cette QUELQUES COURS I)E RÉCOLTE. ÎQ? expérience se feroit avec les instrumens aratoires ordinaires, et non avec la bèclie. » Cet objet m’a toujours paru d’une singulière importance. Dans tous les pays où l’on trouve une très-bonne ou très-mauvaise agriculture , quant aux terres arables , on peut observer que ce re'sultat de'pend plus de la bonne ou mauvaise succession des re’coltes , que de toute autre circonstance. — Aucun pays ne possède une bonne culture avec de mauvais assolemens ; et il est extrêmement rare de trouver une agriculture néglige'e là où les assolemens sont bons. Cette observation générale , qui est sujette à très-peu d’exceptions , peut être regardée , en quelque sorte , comme un principe ; et cela montre qu’il n’y a aucun objet plus digne de l’attention de ceux qui cherchent à éclaircir par la voie des expériences ce qu’il y a de fondé dans certaines opinions reçues. « Dans l’hiver de 1787 je renfermai environ trois acres d’un pré ou pâturage , avec le dessein de faire les expériences suivantes. La forme de l’enclos pouvoit admettre un quarré de 524 rods (3) dans le centre, avec de larges (1) Le quart d’un acre. Voyez le Tableau comparatif des mesures, en tète de l'Ouvrage. •j g8 EXi 3 Êrai;Nci:s sur. Tisières tout au tour. Je fis rompre ce quarre' à la charrue, en six bandes contiguës , de deux rods de large , et ensuite , par six traits de charrue donnes en travers, je fis diviser cette e'tendue en trente-six cjuarre's de neuf rods charpie ; je numérotai ces quarre's , et le terrain se trouva distribue comme dans le tableau ci-dessous ». 6 12 18 24 3o 36 5 3 1 17 25 29 35 4 ÏO 16 22 28 34 3 9 1 5 21 27 33 2 8 i 4 20 26 32 î 7 i 3 25 3 i « La première bande contenoit les numéros depuis 1 à 6 , la seconde de 7 à 12 , et ainsi de suite. » En 1789 je fis labourer en travers , et conservai’ exactement les quarre’s de neuf rods, mais alors les numéros 6, 12 , 18, a 4 , 56 , devinrent une bande,, et le reste de meme. E» QUELQUES COURS DE RECOLTE. îgg 1790 le labour se fit dans la première direction, ce qui rétablit les bandes dans l’ordre primitif; et en ayant soin de relever suffisamment les sillons dans la seconde, troisième et quatrième années, les quarre’s se trouvèrent isolés les uns des autres comme des couches distinctes , et séparés par une raie ouverte qu’on avoit soin de vider proprement à la pèle après chaque semaille. Cette méthode a été continuée pendant toute la durée de l’expérience. A la quatrième année les quarre’s 1 , 7, i 5 , 19, 25 , 5 i , furent fumés. Aucun des autres quarrés n’a été fumé. )> Le sol est un lut^cu terre végétale sablonneuse, sur un fond de glaise marneuse ; il est naturellement très-humide ; mais il avoit été desséché quelques années auparavant par des acqueducs. Il étoit en pré depuis long-tems , et affermé autrefois à 60 shellings l’acre. Il y a un certain nombre d’années que j’y avois fait des améliorations qui en avoienl porté la rente à 20 shellings ; mais le fermier à force de faucher, sans jamais fumer, avoit diminué la valeur de la rente jusqu’à i 5 shel. : c’est ce que valoit le terrain quand j’entrepris l’expérience. » Les récoltes ont toujours été resserrées et battues séparément, et immédiatement, pour éviter les chances d’erreur. Dans le détail qui 200 EXPÉRIENCES SUR suit ; j’ai toujours rapporte mes calculs à Retendue de l’acre pour éviter au lecteur la peine de compter lui-même. La paille est toujours estimée à 10 sbellings l’acre ; et j’ai mis un même prix déterminé aux récoltes, pour éviter Je s incertitudes qui naîtroient pour les conclusions , des variations de prix d’une année à l’autre. Mais cette inconstance importe peu : le lecteur peut estimer lui-même les productions d’une manière différente , s’il le juge à propos. —Voici mes estimations : les turneps à 4 sbellings le lun , tout cbariés ; les choux à 5 sbellings, le blé à 5 shel. le bushel; l’orge à 2 shel. 6 den. le bushel; les fèves à 3 shel. les pommes de terre à 6 deniers le bushel , l’avoine à 2 shel. 3 den. » Je vais maintenant donner le détail des produits , et de la valeur, des 36 assolemens pendant six années ». N.° I. Cours de récoltes . Produits. Valeur . Années. L. 5t. slï. d. i rB Fèves. 3 quarters i bushel. 4 5 a 2Turneps. . . . . 8 luns 6 quintaux. î i3 0 3. em ° Blé ...... . 2 quarters 5 Bush. 5 15 G 4 , enie Pomme de terres 234 hushels .... 5 J 7 Q 5. emc Fèves. 3 quarters. 4 2 0 6. eœe Blé ...... , 3 quarters 3 b usb. 7 b 0 1 Liv. sterl. . . 28 17 0 Ce qui fait annuellement par acre. Liv. st. 4 iG a i QUELQUES COURS DE RÉCOLTE. 201 Observation. Dans cet assolement il y a quatre re'coltes sarclées (fallow-crops ) et deux seulement de grains blancs ( white corn ). — Les produits ne sont pas très-considérables pour une terre neuve. La première récolte de fèves est mauvaise. Les turneps ayant été chariés, n’ont pas produit grand effet sur le terrain. Le blé semé après les turneps ne réussit guères que lorsque ceux-ci ont été mangés sur place. Les pommes de terre , comme nous le verrons , épuisent très-certainement la terre. Les fèves qui suivent l’ont ensuite assez bien remise , de manière que le blé qui termine le cours ^ bien réussi. » Il ne seroit pas difficile de détailler les dépenses de chaque récolte, mais cela de- viendroit fatiguant. J’observerai seulement qu’en comptant trente tuns de compost ( 1 ), à un prix même très-bas, cet assolement ne sauroit être profitable. La perte sur les pommes de terre monteroit à 5 liv. slerl. Les turneps ne payeroient pas leurs frais ; et les quatre (1) Quantité répandue la quatrième année pour les pommes de terre, toujours en supposant un acre do superficie. 202 EXPÉRIENCES SUR autres récoltes ne pourraient rendre ce qu’on doit espérer des six premières anne'es d’un vieux pre’ rompu. Cet assolement laisse cependant le sol en bon état. N.° II. Cours de récoltes. Produits. Valeur. Années. L. st. sh. d. i. ere Fèves. . . 3 quarters î peck. . . . 4 2 9 2 . eme Choux . . 6 7 ; tuns. 12 6 3. emc Blé ... . 2 quarters 5 bushels . . 5 l5 a 4. eme Choux. . „ 7 tuns ......... i5 0 5. emo Fèves . . . 3 quarters 7 bushels . . 5 3 0 6 . eme Blé ... . 3 quarters 3 bushels . • 7 5 0 Liv. sterl. . . 25 i3 3 Ce qui fait annuellement par acre . L. st. 4 5 6 Observation. « II ne faut pas oublier que les choux lorsqu’ils ne se consomment pas sur le lieu même ne peuvent pas être regardes comme une ré- colte améliorante. Leur produit est peu considérable ; le terrain ne leur convient point sans addition de fumier ; mais ils nettoyent et pulvérisent la terre, en sorte que la cinquième et la sixième récolte sont belles, et celle du blé, en particulier , prouve que la terre n’a pas souffert , mais s’est plutôt améliorée pendant les six ans : tant il importe de ne faire QUELQUES COURS DE RÉCOLTE. 203 que deux récoltés de grains blancs dans six années. Ici il n’y a point de fumier, la grande de'pense qui dans la succession precedente etoit occasionnée par les pommes de terre , ne se trouve point dans celle-ci, qui doit être regardée comme plus profitable. N.° III. Cours de récoltes. Produits. Pâleur. Années. L. st. sli. d. i. erc Fèves. 3 quart. 1 Bush, ipeck. 4 6 9 2.™' Pommes de terre. i 5 o bushels. 3 i 5 O 3 . eme Blé. 2 quart. 2 5 bushels . 5 2 6 4. eme Choux. 5 \ tonnes.1 7 6 5. emc Fèves. 3 quarters 5 bushels. 4 17 O 6. 0inc Blé. 3 quarters 1 bushel . 6 i 5 O L. st. 26 2 9 Ce qui fait annuellement par acre. . L. st. 471 Observation. » Les pommes de terre rendent peu : ce qui prouve que celte racine ne doit jamais être cullive’e dans les terres froides et humides sans addition de beaucoup de fumier. Les terres neuves, lorsqu’elles sont naturellement sèches, donnent de belles récoltes de pommes de terre, mais cette récolte est douteuse dans les terres froides et un peu argileuses. Le blé qui suit, ( ainsi que cela est toujours arrivé dans celle 204 expériences sur ferme après les pommes de terre ) est misérable. Les choux ont manque' de fumier; mais les fèves et le blè qui les suit sont beaux pour ce terrain. On voit par la dernière re’cohe , qu’au moyen de ce que sur six années il n’y a eu qàe deux récoltes de grains blancs , et malgré l’épuisement opéré par les pommes de terre, la fertilité du sol a été conservée et même augmentée. La supériorité ‘ de la récolte du blé de la sixième année , sur la récolte de la troisième , mérite attention. N.° IV/. Cours de récoltes. Produits. Vileur. Années. - L. st sh. a. i. ere Fèves. ... 3 quarters 1 3 bushel. . 4 5 9 2.™' Fèves. ... 4 quarters 2 bushels. . 5 12 0 3 . eme Blé. 2 quarters 3 3 bushels . 5 7 6 4 .'™' Choux ... 6 3 tuns. 1 12 6 5 . eme Fèves. ... 4 quarters. 5 6 O Ç emo g|£ ..... 3 quarters 1 bushel . . 6 1 5 O L. st. 28 18 9 Ce qui fait annuellement . . L. st. 4 16 5 Observation. ■» Cet assolement est remarquable ; et si le sol eût été assez riche pour comporter la culture des choux, sans fumier, ce cours de récolte seroit avantageux. Cette seconde récolté- QUELQUES COURS DE RÉCOLTE. 2ü5 de fèves, égale en valeur à une récolte de blé, est une circonstance extrêmement encourageante pour ceux qui ont une terre empoisonnée de mauvaises herbes et qu’ils peuvent ainsi nettoyer complètement sans le secours d’une jachère. Le blé qui succède à ces deux récoltes est beau, et le prolit de ces trois années est très-considérable. On voit par la beauté delà récolte de la cinquième année, et ensuite de la sixième , que les fèves ont maintenu toute la fertilité qui appartenoit à ce sol en «qualité de vieux pré. L’assolement , à tout prendre, est très-avantageux, et le profit net, considérable. Que le lecteur compare ce cours avec le N . 9 X. L’un et l’autre finissent par des fèves et du blé. Dans le N.° 1 . 234 bushels de pommes de terre forment le produit de la 5. e année ; et, quoique le terrain eût été fumé pour ces pommes de terre , cependant les fèves et le blé ensemble ne font que Ç quarters et 3 bushels , tandis que dans cet assolement-ci, oh il n’entre point de fumier , les fèves et le blé des deux dernières années montent à 7 quarters x bushel. Rien ne prouve mieuat combien deux récoltes de fèves et une récolte de choux , améliorent le terrain. 2o6 EXPÉRIENCES SUE. Cours de récoltes. Produits . Valeur Années I.. st. sh. -crop les récoltes qui dans leurs assolemens tiennent lieu de jachères ; ce sont des récoltes intermédiaires entre les grains blattes. QUELQUES COURS UE RÉCOLTE. 255 II. Dans un terrain semblable à celui de l’expérience, les pommes de terres ne donnent pas une récolté passable sur un vieux pré rompu sans le secours du fumier; et, mime avec ce secours , la récolté qu’elles donnent n’est pas profitable. III. L’orge , les fèves et l’aYoine , réussissent beaucoup mieux après les pommes de terre que le blé. IY. Les fèves sont la récolte intermédiaire la plus avantageuse dans les terres neuves de la qualité de celle-ci. V. Le maintien de l’influence fertilisante du vieux gazon , dépend beaucoup du nombre des récoltes de fèves introduites dans l’assolement. Plus souvent elles reviennent, et mieux la récolte de grain blanc qui succède , réussit. Trois récoltes successives de fèves préparent une récolte extraordinaire de froment. VI. Les fèves et l’orge en succession alternative , ainsi que les fèves et le blé , font un assolement très-productif et très-profitable. VII. L’introduction des fèves dans les asso- lemens vicieux tend à remédier aux vices de ces assolemens. VIII. Les récoltes successives de grains blancs détruisentla fertilité que d’autres récoltes conservent dans les terres neuves; et trois ré- 254 EXPÉRIENCES SUR coites successives de ces grains re'duiscnt le sol à un état de saleté et de foiblesse extrêmement nuisible.- IX. Les deux cours les plus productifs sont : fèves et orges alternativement, et fèves et blé alternativement. Le premier assolement est de tous le plus productif, le second est de tous le plus profitable , à cause de l’épargne des labours. X. L’assolement qui comprend quatre récoltés de fèves et une de blé, est le troisième quant au profit; et la terre demeure d’une propreté si admirable, qu’il est peut-être le plus avantageux de tous. XI. Les assolemens les moins productifs, et surtout les moins profitables, sont ceux dans lesquels les turneps , les choux et les pommes de terre, reviennent le plus fréquemment. XII. L’avoine est de tous les grains blancs, celui qui dans les terres neuves, telles que celles de l’expérience , donne le plus grand produit et le plus grand profit. i Je suis porté à croire que , dans une terre semblable , le plus profitable de tous les assolemens seroit celui-ci : QUELQUES cours DE RÉCOLTE. 255 1 Fèves. 2 Avoine. 5 Fèves. 4 Avoine. 5 Fèves. 6 Avoine. 7 Trèfle. 8 Fèves. 9 Blé. Farce que le profit des fèves dans toutes les expériences, lorsque le terrain n’étoit pas épuisé, est décisif j parce que l’avoine, tant que le gazon n’est pas entièrement consumé, rend beaucoup plus que l’orge ou le froment ; parce que le trèfle renouvelleroit la fertilité du terrain, fertilité que les fèves, dans la huitième année, n’afFoibliroient pas ; en sorte que le froment, après ces deux récoltes améliorantes, ne pourroit manquer de donner abondamment. Au reste , je ne recommande cet assolement que pour les vieux prés rompus ; il seroit à certains égards peu convenable dans d’autres circonstances. Ceux qui ont quelqu’idée de l’art des expériences , qui ont pratiqué l’agriculture, et qui ont réfléchi sur ce qu’il faudroit faire pour donner plus de précision aux connoissances de 256 EXPÉRIEENCES SUR l’art, admireront la sagacité' avec laquelle Cé$ expériences sont conduites; ils pourront entrevoir de quelle utilité' seroit une longue suite d’essais comparatifs , faits sur un plan bien combine', dans divers lieux, dans divers terrains , et sur des productions diverses ; mais tous dans le même but, savoir : de déterminer Vassolement, qui, dans un terrain et sous un climat donnés , produit le plus grand profit, en conservant ou augmentant la fertilité de la terre. La solution complète d’un tel problème, pour tous les terrains et les climats d’un pays quelconque, en éleveroit l’agriculture au plus haut degré de prospérité. Mais des résultats multipliés, fussent-ils partiels, et dans le genre de ceux que nous venons d’analyser , auroient déjà sur l’amélioration de l’agriculture une prodigieuse influence. On s’en convaincra si l’on compare des moyens d’instruction si efficaces à ce que nous apprennent les expériences ordinaires , en les supposant faites avec toute la précision et le désintéressement au succès, qui cependant leur manquent souvent. Qu’est-ce en effet qu’une expérience d’agriculture telle que les agronomes en rendent compte dans les ouvrages les plus estimés ? c’est l’exposé d’une suite de procédés relatifs QUELQUES COURS DE RÉCOLTE. ü’ù'J à la culture d’une certaine production , et l’emploi de certains instrumens aratoires , à l’application de certaines méthodes d’agriculture , avec un objet déterminé'. Or, dans un art si complique, une vérité qui éclaire quelques individus, induit souvent en erreur le grand nombre. Pour ne tirer d’un fait, ou de la réunion de plusieurs faits , que les conclusions légitimes , il faut avoir sur l’art dont on s’occupe un vaste assortiment de connoissances positives. Mais il n’y a point d’art peut-être dans lequel il soit plus facile de se croire instruit, et où l’on apprenne plus tard à douter. Il n’y en a point non plus dans lequel il soit plus facile d’expliquer les phénomènes d’une manière plausible ; de tirer des conséquences spécieuses; de généraliser les théories, et de raisonner avec une apparence de justesse (1). — Donnons un exemple pour fixer les idées, et choisissons-le du genre le plus simple , afin qu’il prouve davantage. Nous lisons le détail d’une expérience faite, sous une certaine latitude , dans un sol dont la (i) De-là vient qu’on a tant écrit sur l’agriculture, et qu’il n’y a presque aucun axiome de cette science qui n’ait son con.tr axiome dans un autre livre. 238 EXPÉRIENCES SUR. qualité est exactement désignée (1). Le but est de s’assurer de l’influence d’un engrais salin (des cendres par exemple ) et comparativement avec le fumier d’étable , sur l’abondance d’une récolté de froment. L’expérience est faite en grand, avec la charrue et les instrumens ordinaires. Tous les de'lails des cultures préparatoires , de la distribution de l’engrais , de la quantité , du procédé de la semaille , des soins pendant la végétation , de la récolté , et du produit, sont donne's avec exactitude. Le faiseur d’expe'rienees présente ses conclusions , ou propose ses doutes , et chacun se saisit des résultats publies, pour en faire son profit. Cependant, dans les de'lails donne’s, combien de choses importantes sont presque ne'ces- sairement omises ! — L’expe’rience est faite en (1) Nous accordons beaucoup en supposant que , dans l’état actuel des connoissances, la qualité du sol puisse être exactement désignée. Jusqu’à ce qu’on applique à la pratique les principes d’analyse à la manière de Rirvan [Y, Bibl. Brit., vol. II sciences et arts, p. 26], il faudra se contenter des expressions généralement adoptées de terres fortes, légères, argileuses, graveleuses, sablonneuses, marneuses, etc. qui, laissant un vague très-étendu pour toutes les nuances intermédiaires, et qui d’ailleurs n’indiquant point les composa ns que l’oeil ne saisit pas, peuvent tromper beaucoup. QUELQUES COURS UE RECOLTE. 23g grand pour qu’elle soit plus probante ; sur quelques acres peut-être; mais trouve-t-on aisémeut quelques acres d’un même cbamp, ou de deux champs d’une même ferme , dont la terre soit parfaitement homogène dans la partie que la charrue travaille, comme dans le sol inferieur ? — L’engrais qui a le mieux réussi au- roit-il eu le même effet si l’expérience eût été inverse ? — L’auteur a-t-il eu soin de faire l’histoire des récoltes de ces deux champs depuis plusieurs années? L’un des deux n’avoit-il pas reçu de l’engrais dans une époque plus récente ? si l’un et l’autre ont été en jachère l’année précédente, l’un des deux ne renferme- t-il point de mauvaises graines qui étoient trop enterrées pour germer, et que le dernier labour a ramenées dessus au détriment de la récolte ? L’un des deux n’a-t-il point été labouré eu tems plus sec ou plus humide? Ont-ils été semés le même jour et d’un blé exactement semblable? Les vents , la pluie n’ont-ils point contrarié le semeur plus dans un champ que dans l’autre? Les eaux de l’hiver, les gelées, les insectes , les animaux nuisibles n’oni-ils point affecté une récolte plus que l’autre ? Enfin les effets des deux engrais sont-ils également durables? Ce u’est là qu’une partie des motifs de dé-» EXPERIENCES SUIl s4o fiance ; car nous avons supposé l’ohservateur exact et de bonne foi : or, rien n’est si rare cjue l’exactitude , si ce n’est peut-être l’impartialité aux résultats d’une méthode qu’on pa- tronise. La candeur ne garantit pas toujours de l’illusion qui fait voir ce qu’on désire ; et si une fois l’opinion a pris poste, le jugement est en défaut. Qu’est-ce alors pour l’instruction que le résultat dont s’emparent ceux qui la cherchent, sinon une occasion d’erreur pour les plus con- fians, et de doute pour les plus sages? — Mais le champ des expériences est si vaste ! elles sont en apparence si faciles ! Chacun croit en avoir fait; chacun cite les siennes; les livres en fourmillent ; elles se contredisent de toutes les manières possibles; et celui qui cherche la vérité s’égare aisément dans le labyrinthe des opinions et des systèmes divers. — Et il faut des années pour vérifier un résultat dans un cas donné, pour atteindre un seul point de l’étendue immense qu’embrasse cette science; si facile aux yeux de l’ignorant! que sont les forces d’un individu, qu’est la vie d’un homme pour de tels travaux ! N’en concluons pas cependant, que dans l’impossibilité d’embrasser l’ensemble, il soit indifférent de négliger les documens épars. Le but QUELQUES COURS Ï)E récoute a4i’ ÎjuI s’ennoblit par les difficultés, et l’exemple de l’agronome que nous citons souvent, montre ce que peuvent , pour l’avancement de la science, le génie , l’activité' et la persévérance reunis. Mais on ne sauroit réfléchir sur ces objets ± sans regretter que dans le pays de l’Europe le plus favorisé sous les rapports de l’e'tendue , de la population , de la fertilité', du climat 5 où l’on n’auroit, en quelque sorte , qu’à vouloir* pour faire sortir de la terre d’incalculables richesses , il n’existe aucune réunion puissante de moyens dirigés vers ce grand but. Si la TYanceposse'doitun département public, chargé d’organiser , d’assujettir aux mêmes principes, de faire converger vers un centre commun * des expériences suivies, faites en grand , et simultanément, eu divers lieux et en divers sols : si, s’élevant au-dessus des jalousies nationales pour ne chercher que ce qui est utile, ce département s’aidoit de toutes les connois- sances acquises chez l’étranger ; si les travaux de détail, dans chacun des lieux d’expériences* étoient confiés à des observateurs exacts , judicieux , assidus, accoutumés eux-mêmes aux opérations qu’ils seroient chargés de surveiller; si enfin les circonstances publiques favorisoient assez un tel établissement pour que son acti^ ÏQME Q 242 EXPÉRIEENCES SUR ■vite se soutînt pendant une suite d’anne’es jj on verroit alors ce qu’on n’a jamais vu encore en agriculture , savoir : une grande masse de faits diriges vers le but de faire rapporter à toutes les espèces de terres , les récoltes qui dorment le plus grand profit, en soutenant ou augmentant la fertilité du sol. Toutes les obscurités , les incertitudes , les contradictions apparentes, qui embarrassent celui qui débuté, ou celui qui cherche à sortir de la routine reçue disparaîtraient devant un tel faisceau de lumière. Les faits parleraient aux yeux des plus incrédules , parce que les expériences seraient tellement répétées, tellement variées, que leurs principaux résultats auraient acquis un degré d’évidence absolument nouveau dans ces matières.— Ces résultats tendraient si'directement à l’intérêt des cultivateurs , que leurs préjugés céderaient ; et un des premiers elfets de cette révolution dans les connoissances serait la suppression de ce misérable système de jachères, digne d’un siècle de barbarie, et qui dévoue à l’inutilité un tiers des terrains, en faisant languir la culture du reste. Si l’influence de tels avantages sur la prospérité nationale , et le bonheur des individus, a de quoi charmer l’imagination et enflammer le zèle , la réflexion refroidit bientôt l’espé- QUELQUES COURS UE RECOLTES 245 rance de les voir se réaliser. — Il faudroit pour créer une telle institution, un degre' d’enthousiasme que l’utile n’excite guères; pour en soutenir les effets, un dévouement et une persévérance d’efforts qu’on ne peut point attendre de l’esprit du tems. — D’ailleurs , est-ce pendant les intervalles des secousses d’un tremblement de terre qu’on songe à jeter, les fondations d’un grand édifice? Lorsqu’à peine on peut compter sur le lendemain , on ne s’occupe guères des projets à longs jours ; et là où les droits de la propriété ont reçu des atteintes profondes,-on ne peut raisonnablement espérer de voir fleurir de sitôt un art dont les succès durables reposent en entier sur le respect de ce droit sacré. Il seroit trop décourageant néanmoins , de ne point oser croire que la raison aura aussi son règne j qu’après tant d’illusions et de délire on éprouvera enfin le besoin de revenir à ce »qui n’est que vrai ; que les idées justes , sages, modérées , sources de la félicité individuelle et nationale , ces idées qui apprennent à distinguer le bonheur , de la gloire , et la prospérité , de l’éclat, auront à leur tour quelque faveur. Alors on pourroit tout attendre de, l’ascendant de l’opinion sur un peuple ardent et sensible , et il n’est aucun objet, à la fois â’44 E^CP/iR SUR Q.Q. COURS UE RÈCOUTB. utile et grand, qu’on dût croire au-dessus de la portée d’une nation qui possède en elle- même les germes de toutes les ressources , qui a mérite quelquefois le reproche d’avoir dépassé le but, jamais celui de n’avoir pu l’atteindre ( 1 ). (1) Ceci a été écrit *n 1796- a45 j Des perfectionnement es l’Agriculture dans le Royaume depuis cinquante ans. Par M. r W i m p e y. (Tiré des mémoires de la Société de Balh. ), J’entends par perfectionnement, toute disposition dans la culture qui augmente la valeur des produits de la terre dans une proportion plus forte que les frais nécessaires pour cet accroissement ; ou en d’autres termes, les per- fectionnemens de l’agriculture sont des moyens nouveaux de donner des profits nets plus considérables. Ces moyens peuvent se rapporter aux chefs suivons : 1 . " Le labourage» 2 . ° L’invention d’instrumens nouveaux, o» la meilleure exécution des anciens. 5.° La distribution exacte d’une quantité convenable de semence. 4. ° L’application des plantes aux terrains qyj leur sont propres. 5. ° Les assolemens. 6. ° Les engrais naturels et arlifiei«fc. 246 PERFECTIONNE MENS 7. 0 L’introduction de nouveaux objets de culture. 8.° L’éducation , et l’engrais des bestiaux , au moyen de ces nouvelles productions. Labourage. Les labours sont destines à rompre, émiet-î ter, et pulvériser la terre. Autrefois cette operation s’exécutoit d’une manière très-imparfaite ; mais l’expe'rience a montre' que plus ce re'sultat e'toit exact, plus Je sol se maintenoit propre, et plus le produit avoit de valeur. Le perfectionnement du labourage avoit marché à pas lents jusqu’au moment où Tull, de respectable me'moire , démontra l’avantage , la nécessité même , de mieux labourer la terre. Les procédés du labourage se sont beaucoup perfectionnés dès lors ; et c’est la base de tous les succès que nous avons éprouvés dansl’a^. doption des nouveaux objets de culture. Une terre bien labourée est dans la meilleure situai tion pour recevoir les principes fertilisans de l’atmosphère. La pluie, la neige, les rosées, les gelées , font pénétrer l’aliment de la végeA talion aussi bas que la terre est remuée , et bien pulvérisée. Leslabours sontle seul moyen, de détruire les mauvaises herbes 5 et ils doives. n j.' j ] A OUIC U J, T U U E. 247 être répétés jusqu’à ce que ce but soit atteint. Les racines défiées dos plantes enveloppent , saisissent la terre, et la retiennent par petites masses jusqu’à ce que l’action de l’air et des météores décomposent ces radicules, et fasse tomber en poudre les petites masses qui te- noient ensemble (1). La destruction des mauvaises plantes n’est pas neanmoins le seul- be'nëfice immédiat qui résulté des labours ; les larves , les nymphes, les vers nuisibles de differentes espèces, qui abondent dans certaines terres, et dans certaines anne'es, sont fort réduits en nombre , si ce n’est même entièrement détruits , par les labours fréquens , faits à propos , et la pulvérisation exacte de la terre. J’ai eu dans mes champs de fèves de grands espaces entièrement ravagés p»arla larve du hanneton , et j’ai perdu plusieurs centaines de choux par un ver gris plus petit; mais j’ai toujours éprouvé que des labours faits à propos, et suffisamment répétés détruisent ces insectes. (1) Ce n’est pas seulement en faisant pourrir an fond' de la raie, ou dessécher, sur la surface du champ, Ira mauvaises herbes, que les labours les détruisent ; c’est encore en faisant végéter successivement les semences enterrées a diverses profondeurs, et en enterrant en.- suite les plantes qui en proviennent. ■a$8 feufectionneméns L’amélioration qui résulté pour le terrain des labours fréquens , et faits à propos, n’est que graduelle ; et plus long-tems la terre est soumise à cette pratique , plus elle en retire d’avantages. Un labour avant l’hiver, et un autre pendant l’hiver ou à l’entrée du printems, ont plus d’effet pour pulvériser le sol et le rendre fertile, que six labours donne's dans le reste de l’anne'e. J’ai , dans ce moment, une pièce de huit acres qui e'toit en blé l’armée dernière. Je fis retourner le chaume en Octobre, puis j’ai fait donner un labour croisé en Février. Le laboureur qui la cultive depuis plusieurs années, n’a jamais vu le terrain si bien préparé : c’est une terre argileuse et un peu humide. Auprès de ce champ , j’en ai un autre de six acres, exactement du même terrain , et dans la même situation. Les fortes gelées d’automne ont empêché de le labourer avant l’hiver: ce n’est qu’en Février qu’on l’a rompu. Il est maintenant si raboteux , si plein de grosses mottes, que je doute de pouvoir réussir à force de labours et de hersages, à le mettre en état de recevoir le grain ce printems ; tant est grande la différence entre les effets des labours qui précèdent l’hiver et de ceux qui le suivent. DE l’A&RICtrLTCRn, 3% ïiP bénéfice des labours est si évident qu’on doit s'étonner de ne pas voir tirer plus de parti de ce moyen. Mais dans ce pays-ci, et dans d’autres , je pense, les fermiers se laissent détourner de la bonne route par un bénéfice pré- sent. Ils prennent à la St. Michel des moutons à hiverner, à 4 sheilings 6 den. par tête , jusqu’à la première semaine d’Avril. Us sont obliges , en conséquence, de garder leurs chaumes pour pâturages; et au moment oùleurscharnps devroient être prêts à recevoir la semence , ils sont à peine rompus. Us perdent ainsi trois ou quatre fois plus sur la récolte des grains de printems qu’ils ne gagnent sur les moutons. Cela leur donne à la vérité un peu d’argent comptant dans un moment où ils en ont besoin; mais c’est un mauvais calcul que de prendre 4 ou 5 sheilings , pour en rendre îo, i5 ou 2 @ , huit mois après , ou pour les perdre sur la récolte, ce qui est exactement la même chose. Il faut au moins compter deux acres par bête à laine. Le fermier ne reçoit donc, au plus, que 2 shell. 5 den. par acre; au lieu qu’une jachère d’hiver vaut mieux que 20 sheilings d’engrais par acre. J’en tire la corîséquence qu’un terrain quelconque , destiné à une récolte de graine de prirtfeins, ne sauroit être employé £î5o perfectionne mens plus utilement que par une jachère d’hiver (i). Inveniion cl’instrumens de culture, on meilleure exécution d’anciens instrumens. Je comprends ici les charrues de toutes espèces, les herses, les houes, et en ge'ncral tous les outils de labourage. ^ (1) Cette proposition peut être vraie, en général, pour les terres argileuses; mais je cloute qu'elle puisse s’appliquer également aux terres légères. Diverses observations faites sur ces terres, et une expérience directe que j'ai faite, justifient ce doute. Au mois de décembre 1794, je rompis le tiers d’un champ de trois arpens, qui avoit rapporté du blé , et qui étoit destiné à être semé au printems suivant. Le tiers rompu avant l'hiver, et les deux autres tiers furent labourés en mars 1795, et le champ fut successivement semé en orge mêlé de vesces, en avoine, en pommes de terre, en mais et ei» turneps. Les espaces semés de chacune de ces productions éloient disposés paraîellement les uns aux autres, et à angles droits avec la direction du labour d’automne ; en sorte que le tiers de chacun de ces espaces avoit reçu deux labours. Je m'attendois que, dans chaque production, la partie labourée une fois seulement auroit une infériorité marquée ; mais il ne fut pas possible de découvrir la moindre différence, ni pour la force de la végétation, ni pour la quantité de mauvaise herbe, ni à aucun autre égard, dans les cinq divisions du champ.. Il demeura évident que le labour d’automne avoit été perdu. La terre du champ est graveleuse, et sensiblement homogène* DE l’kricüituke. 25i 'Autrefoisles charrues étoient très-mal construites. -Les unes ne faisoient qu’égratigner la terre , d’autres etoient sj lourdes et si mal fa- conne’es qu’elles demandoient une force e’nor-» me : il ne leur fallait pas moins de quatre chevaux. Nous en avons plusieurs maintenant qui font l’ouvrage beaucoup mieux, et plus aisément 5 telles que la charrue de Rothercim ou patent plough; la charrue à une roué , la charrue de Norfolk, etc. ■— Il paroît que celle-ci est la meilleure de toutes celles dont on se sert dans le rovaume : elle laboure une terre argileuse avec deux chevaux et sans aide , et elle y fait autant d’ouvrage qu’une charrue pesante avec quatre chevaux et un conducteur : quel avantage ! Mais il y a une autre charrue qui, dit-on , fait le double d’ouvrage dans un tems donné, avec une dépense qui n’est pas beaucoup plus considérable : c’est la charrue double ( double plough ) qui laboure deux raies à la fois. Elle demande trois chevaux , mais n’exige point de conducteur. Je l’ai vu travailler dans un grand champ , et tracer ses sillons parfaitement droits- d’un bout à l’autre sans que le laboureur mit la main au manche de la charrue. Je orois que ces deux derniers instrumens de labourage sont les plus perfectionnés que l’on ail, pour l’usage général. « m5'J PKRf ECTIONNÏlfBKS Il y a d’autres charrues d’invention moderne pour de certains objets détei minés. La charrue à deux oreilles est du nombre, et a bien son mente. Avec celle charrue je trace les sillons pour planter les pommes de terre; puis je recouvre celle-ci en refendant l’intervalle qui sépare deux raies. Après l’ope’ration de la houe , je me sers de la même charrue pour buter mes pommes de terre , en donnant un trait entre les lignes. On peut s’en servir de même dans toutes les re'coltes semées ou plantées en ligne à des distances suffisantes, et l’ori fait le double d’ouvrage que l’on ne pourroit faire avec la charrue ordinaire (1). > Quelques autres charrues encore sont d’un - — - - -- - - -- -- (1) Bien entendu qu’il ne peut être question ici que des plantes qui demandent à être terrées ou butées. Or, il n’y a guère que les pommes de terre et le maïs qui soient dans ce cas ; et le maïs se trouve beaucoup mieux de l’ouvrage fait à la main. Cette plante, pour Lieu réussir, demande d’être butée lorsque la terre est encore très-friable, et la charrue ne pousse point la terre avec assez de précaution et de précision. Les plantes sont souvent cassées ou endommagées par l’accumulation trop brusque de la terre d’un côté de la ligne. J’en, parle par expérience, ainsi que de l’opération de terrer les pommes de terre à la charrue, opération infiniment économique, et que je ne saurois trop recommander. t) fi fi’ AGRICULTURE. s55 tisnge moins commun; telle est la trenching ploagh qui laboure quelquefois jusqu’à dix-huit pouces de profondeur; les charrues à dessé- cher les terres , et enfin la petite charrue à labourer entre les range'es des plantes seme'es au semoir. Elle peut avoir la forme de la rothe- ramplough ou de la charrue à une roue. Chacune des deux fait aussi bien cet ouvrage qu’une boue à cheval quelconque. Distribution exacte d’une quantité convenu » ble de semence. X/épargne qu’on obtient sur la semence, Hans la pratique moderne , est très-considé- rable. L’expérience a prouve' qu’environ un •tiers de la graine qu’on employoit autrefois à semer, et qu’on emploie encore dans quelques endroits, suffit pleinement. En ge'ne'ral celte petite quantité donne plus que ne fait une quantité' plus considérable. Dans la méthode commune , en semant à la volée , on met ordinal rement de deux à trois busbels de froment par acre ; et lorsqu’on sème au semoir , ou qu’on plante le blé, la quantité de trois à cinq pecks, .est suffisante (x). Il y a donc une épargne d’un ( 1 ) Voyez la table comparative des poids et mesures annexée au premier volume. 254 ÏERI’ECTIOKNEMENS- bushel et demi par acre; et si la nouvelle méthode etoit généralement adoptée , il en résul- teroit, je pense, un dixième ou un douzième de plus sur la quantité totale du froment recueilli annuellement. C’est un objet aussi intéressant pour les individus, que sous le point de vue politique. Il y auroit un véritable patriotisme à s’occuper fortement des moyens d’étendre cet usage. Le plantage du blé est en opposition directe avec les préjugés du cultivateur. Il a semé , pendant cinquante ans peut-être, deux busheïs et demi par acre ; et il a souvent observé , à la moisson , que ses blés étoient trop clairs de moitié. Il en conclut que s’il n’avoit semé que la moitié de ce qu’il a mis en terre , sa récolte auroit été de moitié moindre encore : ses champs, au moment des semailles, sont souvent très-mal préparés , et remplis de grosses mottes. La herse enterre trop bas une partie de la semence, qui ne lève point (i); une autre (i) Cette assertion paroîl hasardée quand l’on réfléchit que le froment semé sous raies, à 4 ou 5 pouces de profondeur, lève très-bien. Il arrive quelquefois, à la vérité, que des grains germés sous de grosses mottes de terre, périssent sans pouvoir les percer ; mais cette perte est très-peu considérable, parce qu^ordinairement le germe, en. se développant, suit horizontalement la DE l’ageicdeture. 255 partie reste sur la terre , et est mangée des oiseaux : il n’y a peut-être pas un tiers du grain semé qui végète et arrive à maturité (1). Mais en plantant à la main, chaque grain est placé à la profondeur et à la distance convenables ; de manière que sur mille grains il n’y en a pas un qui manque (2). Cette manière de semer est d’usage depuis plusieurs années en Norfolk, Suffolk , etc.; elle s’étend et continuera sans doute à s’étendre , parce qu’elle produit de de plus belles récoltes, outre l’épargne de la semence. La seule objection qu’on puisse proposer à cette méthode c’est la dépense , et le ligne de moindre résistance, pour parvenir à la lumière, et s’élever ensuite verticalement. (1) Si tous les grains de froment germoient et pro- duisoient seulement un épis qui parvînt à maturité, et lie portât que a 5 grains, il en résulleroit une récolte de 25 pour 1 ; et cependant c’est une supposition forcée que de n’admettre aucun tallement ; il y en a toujours plus ou moins. Mais comme une récolte, dans une terre et une année qui ne tallent pas , 11e produit que 4 ou 5 pour un, il est clair que les quatre cinquièmes, au moins, de la semence n’ont pas germé ou ont péri. Qu’est - ce donc dans les terres et les année» où le tallement est considérable, et où l’on ne recueille pourtant que 7 à 8 pour 1 ? (2) La note précédente prouve combien cela est exagéré. 2 56 PERFECTIONNEMENT nombre de bras qu’elle requiert. On re'pond à la première objection , que le prix du plantage ne revient maintenant qu’à 5 shell par acre , prix très-bas relativement au profit de la méthode. La seconde objection tombe également , à cause des instrumens inventés pour semer régulièrement, soit à lignes rapprochées pour houer à la main , soit en lignes éloignées pour houer avec des chevaux,. 11 est vrai que l’usage de ces instrumens n’est pas encore aussi étendu qu’il le faudroit ; mais cela est surtout dû au prix élevé que les inventeurs y mettent. Les fermiers, en général, sont fort opposés à ces nouveaux moyens, et a priori ils se persuadent que les anciennes méthodes valent mieux, soit pour la force des récoltes, soit pour le profit qu’elles donnent. En conséquence , ils sont fort peu disposés à dépenser 16 ou 18 guine'es à acheter des instrumens qu’ils jugent inutiles. Si l’usage du semoir devient jamais général, ce sera par l’exemple des gens aisés qui ne craignent pas de dépenser quelqu’argent à une expérience qui promet d’heureux résultats pour eux et pour le publié. Application DE i/ A G R I C ü L T UJl E. 267 Application des plantes aux terrains qui leur sont propres. Autrefois les fermiers ne songeoient qu’à la facilité de l’écoulement de leurs denrées , dans le choix des récoltes, et ne consultoient pas la qualité et les convenances du sol ; mais aujourd’hui l’introduction d’un grand nombre d’objets nouveaux dans la culture des champs étend les ressources des fermiers intelligcns. Ceux-ci préfèrent la culture des productions que leur terrain peut donner avec abondance et avec le moins de frais. Ainsi , par exemple, le froment est le principal article que le fermier cultive ; c’est le premier objet de son attention ; mais il destine une grande partie de ses terres, qui produiroient peu de blé, à cultiver d’autres plantes dont il tire de grands avantages : il en est ainsi de toute autre production. Le perfectionnement obtenu sur ce point, c’est que l’on consulte la nature , au lieu de la contrarier, à grands frais. Les assolemens. Cet article comprend des perfectionnemens très-étendus et très-importans. On distingue, parmi les productions des champs, les récoltes épuisantes, et les récoltes améliorantes : ce qui Tome 5. IL s58 PERFECTI O N N lî M E N S doit s’entendre d’une manière comparative ; car, à proprement parler, il n’y a peut-être aucune plante qui, si on l’emporte du champ pour la consommer ailleurs, n’êpuise la terre plus ou moins. La première classe de productions comprend les plantes à racines fibreuses, telles que le laie’, l’orge , le seigle , l’avoine ; la seconde classe comprend les plantes à racines pivotantes, telles que les fèves , pois , vesces , turneps, carottes , trèfles, etc. — Une succession judicieuse de ces diverses re'colles a beaucoup contribue’ à perfectionner l’agriculture. Au moyeu du remplacement d’une récolte épuisante par une améliorante , on peut soutenir pendant un graiid nombre d’années la fertilité de la terre , sans faire intervenir de trois en trois ans , ou de quatre en quatre ans, une jachère , comme c’étoit autrefois l'usage. Engrais naturels et artificiels. Par engrais j’entends toute substance qui répandue sur le sol, ou mêlée à la terre, en ac-, croît la fertilité. Ces substances peuvent agir mécaniquement, ou chimiquement. Les premières sont celles qui perfectionnent la contexture ou la consistance du sol. Ainsi, le sable ou le gravier fin rendent la glaise plus DE D’ A G R I C U I, T U R E. 25g légère et plus fertile; et les terres graveleuses, pëne'trabies à l’eau , incohérentes , sont sensiblement améliorées par l’addition de la glaise. Les marnes de toute espèce, la craie, les coquilles, enfin toutes les substances qui tendent à donner de la consistance et la faculté de retenir l’eau, aux terres trop légères, ou qui rendent les terres argileuses plus pénétrables aux influences de l’atmosphère, sont des engrais qui agissent mécaniquement; mais les marnes, la craie , les coquilles , améliorent le terrain , non-seulement par cette influence mécanique , mais encore par leur action chimique , dont il résulte une augmentation des sucs de la végétation. Ce sont donc des substances qui agissent sous la double capacité d’engrais mécaniques et d’engrais chimiques. II est peut-être inutile de rechercher si ces substances contiennent un aliment végétal, ou si elles en favorisent seulement la distribution. Toutes les substances absorbantes attirent fortement l’eau, les huiles , etc. ; leur vertu améliorante est peut-être uniquement due à celte faculté d’attraction. Les exhalaisons putrides sont attirées par ces terres absorbantes , et pas; sent ensuite dans les plantes. L’atmosphère est le grand magasin des vapeurs putrides qui sortent continuellement de 260 ÏEKPECTION NEMENS la terre, des animaux et des ve'ge'taux. Ces exhalaisons sont le vrai pabulum des plantes ; donc toutes les substances d’une nature absorbante qui attirent ces exhalaisons plus fortement que le sol ne le faisoit auparavant, améliorent ce même sol (1). Celles d’entre ces substances qui sont de nature calcaire, et que l’on peut calciner avant de les employer , acquièrent une beaucoup plus grande activité comme engrais, pourvu qu’on les emploie avant que le contact de l’air ait éteint ou amorti cette faculté’. On sait que la chaux , par le contact prolonge de l’air, redevient une substance semblable à la terre calcaire non calcinée. On peut donc compter parmi les decouvertes importantes de l’agriculture pratique la manière d’employer la ehaux vive pour communiquer au sol sa qualité absorbante 5 car auparavant l’on étendoit la chaux sur le terrain , où elle perdoit bientôt sa faculté et redevenoit de la terre calcaire simple, (1) Je ne me chargerois pas de défendre cette théorie, non plüs que toute autre qui porte sur des suppositions de substances que personne n’a vues , ni soumises à l’analyse. Ces théories accoutument à se payer de mots; elles détournent de l’examen des faits, et rendent l’observateur incapable de voir la vérité toutes les fois que celle-ci contredit un préjugé raisonne. D Ei il A G ?! 1 0 U R T U R E. 26 1- en sorte que la dépensé de la fabrication en chaux e'toit perdue. Introduction de nouveaux objets de culture. Le nombre des plantes dont la culture a passe du jardin aux champs est assez considé- rable. Les turneps, les pommes de terre; les choux , les carottes , les panais , se cultivoient fort anciennement dans notre île; mais l’adoption de ces plantes pour l’usage des bestiaux est une pratique nouvelle. L’importance de celte culture est incontestablement e'tablie par l’expérience ; mais malheureusement l’usage n’en est pas encore aussi e'tendu qu’il le faüdroit. On a beaucoup vante diverses plantes pour foins artificiels. Quelques personnes ont réussi à en vendre les graines à un prix très-haut; et le succès n’a pas toujours répondu aux promesses des vendeurs. Il y a deux plantes cependant qui méritent d’être excepte'es et qui ont droit à des soins particuliers , c’est la luzerne et le sainfoin : ces deux productions payeront avec usure les frais que les fermiers feront poui; les cultiver (1). (t) L’auteur ne parle pas des trèfles, dont l’importance est bien plus générale que celle de la luzerne et des sainfoins en Angleterre. C’est apparemment parce 202 PEUFECTIONNEMEHS Le sainfoin , quoiqu’emplové dans plusieurs provinces, ne l’est pas à beaucoup près, autant qu’il le faudroit. Comme il réussit très- bien sur la craie , on en a faussement conclu qu’il ne réussiroit pas dans les terres profondes. On observe que la couche de craie arrête le pivotement des racines , qui , dans la disposition naturelle de la plante descendroient à une profondeur extrêmement considérable si rien ne s’y opposoit. On prétend que la plante perd de sa vigueur par l’excès de ses racines , et qu’elle produit moins en herbe , en raison de ce que celles-là sont plus considérables. Cette idée , toute contraire qu’elle est au sens commun, à la raison , à l’expérience et à l’observation , est soutenue par des gens habiles en agriculture 5 tant les préjugés ont d’empire quand ils sont généralement établis dans un capton. Je pense qu’il y a dans le royaume très- qu il ne range pas leur culture parmi les découvertes modernes ; mais il est cependant certain que l’art d’en tirer parti, dans les assolemens, de la manière la plus avantageuse , n’est pas très-ancien. Nota. Ceci a été écrit il y a onze ans, et je dois ajouter que la meilleure manière de tirer parti des trèfles dans les assolemens, est encore aujourd’hui peu répandue parmi les praticiens. DE D’AGRICULTURE." 203 peu de fermes arables qui ne soient susceptibles d’amelioration par les sainfoins : celles-là sur-, tout, qui sont mal pourvues de près naturels et de pâturages. Les plus mauvaises terres de ces fermes donneroient de bonnes récoltés de sainfoin; et ce qui rend aujourd’hui de 2 à 5 sbellings de rente par acre , en rendrait ahe'ment de 20 à 4 o. L’avantage ne seroit pas moins grand pour le fermier , qui pourroit ainsi nourrir un plus grand nombre de vaches et de cochons , et augmenter ses fumiers. Le grand ennemi du sainfoin c’est l’herbe. Dans les bonnes terres, les gramen prennent le dessus et l'étouffent, à moins que le fermier n’au le plus grand soin de maintenir son pré net. Mais ce n’csl point là une entreprise si effrayante qu’on l’a représentée, pourvu qu’on ail l’attention de ne semer qu’en terrain bien prépaie , et de mettre les lignes de quinze à dix-huit pouces , ce qui est la vraie distance pour une prairie durable. Avec un tel intervalle entre les lignes , on peut tenir le sainfoin parfaitement net, au moyen d’une petite charrue et d’un râteau de fer de douze pouces. Ces instrumens font beaucoup d’ouvrage , et l’on peut nettoyer ainsi plusieurs acres dans une journée. En répétant l’opération trois fois, dans l’été, les frais ne sont qu’une bagatelle. Je me ê64 perfectionne mens sers d’un râteau de douze pouces , et il m’est extrêmement utile pour toutes les récoltes Semées en ligné (i). La luzerne , traitée de même , seroit un moyen d’amélioration très-efficace dans les (1) Cet appareil de précautions pour semer et cultiver les sainfoins [ou esparcettes] doit effrayer ceux qui ont ùne idée des difficultés de l’adoption du semoir avec tout son attirail. Il y a un secret plus simple pour avoir de beau sainfoin ; c’est de semer fort épais, à la volée, de la graine bien choisie , et en bon tems. Avec ces précautions , on a la certitude de réussir ; mais il est rare qu’on les prenne. Il faut, pour semer un espace donné, trois fois plus de graine [à la mesure et non au poids] qu’on ne mettroit de froment dans la même étendue; mais celte graine est fort chère : il faudroit la prodiguer, et on l’épargne. Quant au choix, qui est également important, il faut s’assurer que la graine n’est pas vieille , et qu’elle est pleine ou nourrie. Pour l’éprouver, à ce dernier égard, on en prend une poignée dans la main, ét en tenant la main fermée, on la remue auprès de l’oreille. Si la graine est bonne, on l’entend bruire dans les cosses. Enfin, pour assurer la levée, il ne faut pas semer en terre sèche; il faut, s’il est possible, que la terre soit fraîche, et le tems chaud , pour que la germination soit prompte; car si le grain esir exposé à une chaleur sèche, il s’éclate et ne lève point. J’en parle par expérience. Le gvpse, répandu à la seconde année, .donne une grande vigueur au sainfoin, hâte la réussite de la graine, et augmente beaucoup le produit. « DK t’A @RI CU1 T UKE. 2^)5 fermes arables. On est persuade' en ge'nëral, qu’elle demande des terres beaucoup plus riches qu’on ne les trouve communément. Sans doute que les sols riches donnent des récoltés plus fortes, lorsqu’on a soin de maintenir la luzernière bien nette ; mais c’jjst une grande erreur de croire que la luzerne ne puisse réussir que dans des terres très-riches. Elle réussit très-bien dans des terres médiocres, lorsque l’on emploie les mêmes moyens que ci-dessus. J’ai fait moi-même cinq belles coupes dans un e'té sur une luzernière de cinq ans, qui n’avoit reçu aucun engrais qu’un peu de cendres de tourbe , l’année qui suivit la semaille (l). Quelques acres de l’une de ces plantes , ou de toutes deux , quelques acres de pommes de terre , choux ou lurneps , mettroient les fer- (i) J’ai l’expérience d’une luzernière de trois arpens, semée à la volée, dans un terrain graveleux et médiocre, au mois de mai 1794, et qui a parfaitement réussi. Le champ avoiL été labouré très-profond en novembre, il fut recroisé en avril, sans fumer. La graine fut semée avec de l’orge, à treize livres, poids de marc, sur vingt- cinqmille pieds de surface. Le pré fut couvert de compost en décembre, et gypsé en mai 1795. —En 179^ la luzerne fut encore gypsée une fois, et donna quatre belles coupes. Elle est très-belle dans ce moment. [i 5 mai 1797.] s66 PERFECTIONNE MENS micrs en état de tenir un grand nombre de vaclies à lait, sans avoir un seul acre de près naturels , ou de pâturages. Le chou-rave ou chou-navet ( turnep-rooted cabbage ), connu depuis environ vingt ans, a été' cultivé avec succès par quelrjues personnes, et est fort recommandé. Sa racine et ses feuilles sont également bonnes pour le bétail ; mais ce qui fait son principal mérite , c’est qu’il résiste aux hivers les plus rigoureux. Les choux et les turneps ont succombé quelquefois à des gelées qui laissoient le chou-rave intact ; et il donne de la nourriture aux bestiaux jusqu’au milieu de Mai. On a beaucoup parlé en dernier lieu , de Ja racine de disette. Les succès de quelques personnes semblent faire espérer qu’on pourra en tirer un grand parti pour nourrir les bestiaux ; mais jusqu’ici il n’y a peut-être pas un fermier sur mille qui en connoisse seulement le nom. C’est une espèce de bette. Les deux graines se ressemblent parfaitement ; et les feuilles ainsi que les racines des deux plantes, ne diffèrent que dansleurs dimensions et leur couleur. J’ai fait un essai sur cette plante. J’en ai semé, ou pluLÔt planté, à diverses distances , en Avril dernier. Au commencement de Juillet les feuilles extérieures avoient acquis toute leur DE I.’ AGRICULTURE. 267 croissance. J’essayai d’en donner aux chevaux et aux vaches , qui les mangèrent fort bien ; mais les cochons les dévorèrent plutôt qu’ils ne les mangèrent. Ils en mangent encore journellement , et les pre'fèrent à toute autre plante ou racine qu’on puisse leur donner. L’offeutilement de la plante est une operation lente et ennuyeuse. Je préféré de tondre les feuilles Jorsqhe celles du dehors ont acquis tout leur développement : elles repoussent alors très- vîte. Mon expérience est trop en petit pour être concluante , mais il me paroît qu’un acre de celte plante bien réussie , doit entretenir vingt cochons depuis Juillet en Décembre. On a vanté dernièrement une herbe comme la meilleure nourriture de la terre pour les vaches , c’est l’herbe de la Caroline ( Carolina grass ). J’en ai semé une grande quantité dans mon jardin, au mois d’Avril dernier; elle est maintenant fort belle : le tems nous apprendra si cette plante est préférable à un grand nombre de celles que nous avons. On n’en a pas eu je crois , jusqu’à présent en quantité suffisante pour faire l’essai en grand; mais je pense, d’après la petite épreuve que j’ai faite , qu’il est fort aisé de la propager, en ayant soin de nettoyer bien le sol qu’on lui destine. *68 PERFECTIONNE MENS Education et engrais des bestiaux au moyen des nouvelles productions. Les avantages de la culture des turneps pour les moulons et l’engrais des bestiaux , sont si généralement connus par l’usage, qu’il paroît superflu d’en parler. J’observerai cependant que le reproche qu’on a fait à celte racine d’altérer la qualité' du lait des vaches, ne me paroît pas fonde'. Pendant les deux derniers hivers et les deux printems , mes vaches ont principalement vécu de turneps, et leur beurre a paru préférable à celui d’autres vaches nourries au foin. Peut-être la différence entre mon expérience et celle des cultivateurs qui se plaignent de cet effet, vient-elle de ce que je fais voiturer et donner mes turneps dans les cours de la ferme , au lieu que mes voisins mettent leurs vaches dans les champs , où elles mangent de toutes sortes de mauvaises herbes qui y abonT- dent faute de soins. Je suis porté à croire que la saveur désagréable du lait est due à ces herbes , et non à l’usage des turneps. Il faut aussi sans doute , avoir soin de donner les turneps sains; car des racines pourries, ou simplement altérées , peuvent en effet influer sur le goût du lait des vaches qui s’en nourrissent. Pe toutes les productions connues 3 aucune DE X,’ AGRICULTURE. 269 peut-être, n’égale la pomme de terre en utilité'. On ne peut en quelque sorte exagérer les avantages de cette plante. Elle n’est pas seulement une ressource constante dans les familles aisées; mais dans les tems de disette, les pauvres s’en nourrissent presque uniquement. Je connois plusieurs familles pauvres de mon voisinage qui pendant l’hiver dernier , en mangeoient trois fois le jour avec un peu de sel, et sans un seul morceau de pain ni de viande. Ce n’est que depuis peu qu’on les cultive en grand pour l’usage des bestiaux ; et je suis persuade' qu’il y auroit de l’avantage à en planter plus encore qu’on ne le fait , parce que nous manquons d’une nourriture de printems suffisante pour le bétail. Les cochons aiment beaucoup les pommes de terre. Ils peuvent s’en nourrir uniquement jusqu’au moment où ils sont prêts à engraisser; et alors, en leur continuant cette nourriture , on a soin de faire bouillir les pommes de terre, et de les mêler de farine de pois ou d’orge. Un autre usage de cette graine dont on ne s’est je crois, guères avise', et qui m’a très-bien réussi, c’est d’en nourrir les vaGhes à lait : celte nourriture conserve au lait , pendant la mauvaise saison, toute la qualité qu’il a pendant l’été; Rien ne convient mieux que les pommes de 27O PERFECTIONNEMENTS DE e’aGIÎIC. terre aux vaches dont on engraisse le veau pour le boucher. J’en ai engraisse’ quatre de cette manière , au printems dernier , et je les ai vendus de 35 shellings à deux livres sterling la pièee, ce qui est le double de ce que j’avois jamais tire d’un veau auparavant. L’année dernière , après avoir arrache’ mes pommes de terre , je mis dans le champ , des veaux de six trtksept mois, qui s’accommodoient de celles qui Vestoicnt sur le terrain , aussi bien que les cochons , qui y e'toient en même tems. Je ne les ai pas éprouvées pour la nourriture des chevaux ; mais un particulier qui demeure en Irlande m’a assuré qu’elles lui remplacent l’avoine pour nourrir son cheval de chasse. Ce cheval se maintient gras ; vigoureux, et plein d’ardeur , tout comme s’il mangeoit son saoul d’avoine. 271 DES ASSOLEMENS DANS TOUTE L’ANGLETERRE. ( Annales d’Arthur Young. ) D O R S E T. Dans la vallée de Blackmoor , et les autres parties encloses : a Jachère. 2 Blé. 5 Orge ou fèves. 4 Avoine. Si l’on y joint du trèfle , le blé succède à celui-ci. On sème des turneps dans l’isle de Purbeck , mais on ne les sarcle pas. Observation. On ne sauroit tirer des conclusions utiles des faits consignés dans le rapport. Le commissaire recommande l’assolement de Norfolk; turneps, orge , trèfle, blé. Il en faut conclure, ainsi que de sa note sur la culture de l’islê de Purbeck, que les turneps sont à peu près inconnus en Dorsetshire, quoique cette plan*e, soit en quelque sorte , nécessaire dans un pays I 272 DES ASSOEEMENS. de moutons. II faudroit beaucoup d’Infor- ..Rations de . detail qui nous manquent , pour indiquer les vices, et les vrais remèdes, dans chaque assolement. S U K B. E Y. 1 Jachère. 2 Ble'. 3 Orge ou avoine. On change de tems en tems la rotation , de manière à y admettre les foins artificiels. Il doit y avoir dans cette province plusieurs assolemens inte'ressans , dont le rapport ne parle pas. Berkshire. Sur cinq anne’es, une de turneps, et quatre de grains ou pois et fèves. Les meilleurs cultivateurs suivent l’assolement ci-après: 1 Turneps. 2 Orge. 3 Trèfle, fauche’ une fois. 4 Ble. 5 Orge. Sur les Downs : 1 Ecobuage pour turneps. 2 Avoine. 3 Ray-grass pour trois ou quatre ans. Dans la vallée de White-Horse : x DES ASSOEEMENS. 275 1 Jachère, ou vesces, ou turneps. 2 Blé. 3 Fèves. 4 Orge ou fèves. 5 Trèfle. Il est très-sîngulier de faire suivre le trèfle par une jachère. Kent. Me de Thanet. Terres légères. 1 Jachère. 2 Orge. 3 Trèfle ou fèves. 4 Blé. Ou bien: 1 Pois. 2 Orge. 3 Trèfle ou fèves. Blé. Sur les terres profondes et riches. 1 Orge. 2 Fèves. 5 Blé. Les turneps, mangés sur place par les moutons , et suivis de trèfle , font la meilleure préparation connue pour le blé. Dans les Dotvns de l’East Kent, l’assolement Tome 5. S 274 DES assoeemens. le plus commun comme le plus mauvais } est le suivant : X Ecobuage pour blë. 2 Orge. 5 Avoine. 4 Avoine. 5 Ray-grass. Le meilleur assolement du district est le suivant: 1 Ecobuage pour turneps. 2 Turneps. 5 Orge. 4 Sainfoin. Dans les terres argileuses , il y a un singulier cours de récoltés , savoir : 1 Jachère. 2 Rlë. 3 Trèfle. 4 Blë. Dans les terres riches et plates : 1 Fèves. 2 Blë. Dans Vile de Cheppey. 1 Fèves. 2 Blë , avec une jachère tous les six ou huit ans. Dans le TVestkent. 1 Turneps. Orge. 2 DES ASSOLES! EN S. 2y5 5 Trèfle. 5 Fèves. € Blè. Observation . Les assolemens de Kent sont extrêmement détailles dans le rapport, et il y en a quelques- uns qui sont très-bons. Ceux que je viens de noter ci-dessus ine'ritent attention et devien- droient fort utiles à l’agriculture de notre île, s’ils e'toient adoptés dans de certains endroits. N O 11 P O Xi K. Les assolemens les plus généraux sont de six soles. 1 Turneps. 2 Orge ou avoine. 5 Trèfle , à faucher. 4 Trèfle , pâturé , et rompu ensuite , au milieu de l’été. 5 Blé. 6 Orge. Dans les meilleures terres : 1 Turneps. 2 Orge. 3 Trèfle. 4 Blé. Observations ; Ces assolemens de Norfolk ont probablement 276 DES ASSOEEMENS. rendu de plus grands services à l’agriculture du royaume que toute autre circonstance de l’agriculture moderne. Ils ont été imites, plus ou moins exactement dans toutes les provinces , par quelques individus, et les progrès de l’imitation sont devenus considérables. On peut affirmer , avec un petit nombre d’exceptions , que le principe de ces assolemens ( surtout du dernier, car faire suivre le blé par de l’orge 11’est pas bien , doit améliorer davantage l’agriculture d’un pays quelconque que tout autre plan de perfectionnemens qu’on puisse imaginer. Mais il faudroit beaucoup de recherches pour détermiuer ce qu’il faut faire lorsque les turneps ou le trèfle manquent. Le commissaire a eu raison de parler des vesces , mais il faudroit les semer sur le terrain préparé pour les turneps quand ceux-ci manquent, et ne jamais mettre du blé dans un champ qui altendoit des turneps ; car la préparation de la terre qui convient à ceux-ci ne convient pas au blé. Le colza peut aussi se semer là où les turneps manquent : cette graine comporte une semnille tardive. Lorsque le trèfle manque sur une terre riche, on peut mettre des fèves ou des vesces d’hiver. Si, pour avoir trop porté des unes ou des autres , la terre s’y refuse , il faut essayer la chicorée ou le fromental , D K S ASSOÏiEMEN S. 277 surtout s’il s’agit de deux ou trois ans : ce sont des plantes plus précieuses que le ray-grass ou Je trèfle jaune. Ces objets sont bien dignes d’occuper les correspondans que le departement d’Agricuiture a dans la province de Norfolk. S U F F O E K. Dans les terres riches et argileuses : 1 Jachère. 2 Orge. 5 Trèile. 4 Blé. Dans les sables arides : 1 Turneps. 2 Orge. 5 Pré artificiel pendant trois ans. 4 Seigle. Susses. Les assolemens dont on rend compte dans le rapport sur *ce comté , sont en général si mauvais , qu’ils ne méritent d’autre attention que celle qu’il faut pour les condamner. Mais dans le voisinage de Shoreham et de Lewes, on a une manière de faire qui est admirable: au lien de rompre les prés artificiels de ray-grass , comme en Norfolk 5 pour donner une jachère / 278 DES ASSOLE MENS, bâtarde, ils sèment le prè rompu en colza el vesces au printems , pour faire pâturer ce mélangé en automne par les moutons. Us sont aussi dans l’usage de rompre les champs qui ont povtë des vesces d’hiver , aussitôt que celles-ci ont ëte' pâture'es , puis ils ressèment du colza et des vesces de printems , pour les. faire pâturer de môme. Middlesex. Dans toutes les terres argileuses de ce comte', on fait entrer les jachères comme partie de l’assolement, quoique le voisinage de Londres permette de se procurer des fumiers autant qu’on en a besoin. B U C K I N G HAM. Dans toutes les terres humides , la jachère entre comme necessaire dans l’assolement. Dans les champs ouverts ou communs , la jachère suit les fèves.. W I L T S. Dans les champs communs , le trèfle et le ray-grass se sèment en place de jachère, mats pas partout. Il y a beaucoup de champs, dans les Do - wns > qu’on a tellement tourmentes de récoltés ré~ DES ASSOLE MEK S. 279 pétées qu’ils ne peuvent plus produire ni grain ni trèfle. Dans les terres sablonneuses : 1 Pommes de terre. 2 Ble'. 5 Orge. 4 Trèfle, qu’on faucbe ; puis jachère d’hiver. Les pommes de terres réussissent mieux, dit-on, après le trèfle qu’après le blé : cela n’est pas bien étonnant. Dans les terrains graveleux, on a suivi Jongleras le cours de Norfolk 5 turneps , orge , trèfle blé. Mais la terre s’en est lassée : on a pris ensuite : 1 Turneps. 2 Blé. 5 Orge. 4 Trèfle. Dans ce cours, lorsque le trèfle manque, les turneps en nettoyant la terre , empêchent du moins que la récolte du blé ne soit sale. II A M I> S H I R E. Le rapporteur rend compte d’un très-singulier assolement que l’on suit dans l’îîe de Wight, sur les terres légères : 1 Blé. 2 Orge. 28o BBS A S S O Jù E M E N 5.' 3 Trèfle. 4 B!é. Ou bien : 1 Jachère. 2 Blè. 3 Avoine ou pois. 4 Trèfle. Dans les Downs , on e'cobue pour 1 Blé. 2 Orge. 3 Avoine. 4 Ray-grass , dont on recueille la graine. 5 Ray-grass pâturé. Ou bien : 1 Turneps. 2 Blé. 3 Orge. 4 Trèfle. 5 Vesces, pois, avoine, etc. R U T L A N D. Dans quelques champs ouverts, ou communs de la partie orientale : 1 Jachère. 2 Orge. 5 Trèfle , fauché. 4 Trèfle pâturé, puis rompu au milieu dé l’été. * Blé., DES ASSO DEMENS. 281 Observation. Cet assolement doit être regarde comme un perfectionnement très-essentiel des méthodes ordinaires dans les champs communs. Lincoln. Dans les terres argileuses; et champs ouverts : 1 Jachère. 2 Orge. 5 Fèves ou trèfle. 4 Blé. N O T T S. Dans les terres argileuses : 1 Jachère. 2 Fèves. 3 Orge. 4 Prés artificiels , deux ou trois ans. 5 Blé. Ou bien : 1 Jachère fumée. 2 Orge. 5 Prés artificiels ; trois, quatre, ou cinq ans. 4 Fèves ou pois. 5 Blé. Ou bien encore : 1 Jachère. 2 Orge ou blé. 2 82 DES ASSOISlIINSi 5 Fèves. 4 Trèfle. 5 Blë. N. B. Le trèfle semë avec les fèves réussit singulièrement bien. Observation. Il y a quelque chose de remarquable dans ces cours de INottingham. D’abord , cette jachère et ces fèves , qui prennent deux années , sont toui-à-fait barbares. Ensuite c’est une excellente méthode que de mettre des fèves après une prairie artificielle de quatre ou cinq ans. Enfin , la réussite du trèfle semé avec les fèves, mérite attention. Leicestf.r. On y sème souvent du blé après de l’avoine : C H E 3 T E R. Dans les terres argileuses froides : 1 Blé sur un pré rompu. 2 Avoine. 5 Avoine et prairie artificielle pour 8 ou g ans. Dans les terrains tourbeux : 1 Avoine. 2 Pommes de terre ou jaehère. 3 Blé. 4 Avoine etj.rèfle. DES ASSOÏiEjVIENS. a85 L A N C A S T r. R. Il n’est pas rare d’y voir semer de l’avoine trois ans de suite. W E S T-M O R EL A N D. Sur des près tourbeux de sept à dix ans, on sème : 1 Avoine. 2 Orge. 5 Avoine ; puis on abandonne la terre à la nature pendant sept à dix ans. Ou bien : 1 Avoine. 2 Avoine. 3 Or»e. O 4 Avoine, puis abandonnes pour plusieurs années. On ne sème aucune graine de pré. Cependant, dès la première année on a une récolte , qui est foible à la vérité. La seconde année est meilleure ; et telle est l’influence favorable du climat et de la terre , sur les plantes de prés , que dès la troisième année , il y a souvent une récolte qui vaut deux à trois livres sterling par acre. CUMBE. REAND. On rompt les prés pour semer : i Avoine. 284 DES ASSOLE MENS. 2 Avoine. 5 Orge. 4 Avoine. Ainsi, pendant neuf à douze ans on sème des grains blancs, avec peu de variations, puis On abandonne la terre à l’herbe pendant sept à neuf ans. Quelques personnes sèment de la poussière de foin et du trèfle blanc , mais le plus grand nombre abandonne le terrain à la nature. Durham. Dans de certaines terres sèches et graveleuses: X Turncps. 2 Orge, et en continuant ainsi éternellement en mettant seulement de tems en tems , une récolte de trèfle. Observation. Ceci est très-singulier, et d’autant plus qu’on emploie là le trèfle sans le blé. Cela mérite un examen approfondi. York ( arrondissement du Nord ). 1 Turneps. 2 Orge ; et ainsi de suite. Les turneps sont toujours pâturés par les moutons; et après la première fois, on n’y met plus de fumier. Dans le voisinage de Catterick, DES ASSOLE MENS. 285 les turneps succèdent au trèfle ; c’est-à-dire : turneps , orge , trèfle. Le succès de ces deux assolemens est constant. 11 en résulte une épargne d’engrais , au profit des prés. Auprès de Bedale : 1 Turneps. 2 Fèves. 3 Blé. 4 Trèfle. Observation. L’économie agricole de Durham a pénétré dans cette partie de la province. Ces assolemens sont des plus singuliers de l’Angleterre ; à certains égards , ils sont excellens et ne sau- roient être considérés avec trop de soin. On sème souvent le blé après le colza, soit recueilli pour graine , soit pâturé ; et les récoltes de froment sont, dans ce cas , tout aussi belles que celles qui suivent une jachère d’e'lé. York. ( arrondissement de l’Ouest. ) L’assolement le plus général est, 1 Turneps, 2 Orge. 5 Trèfle. 4 Blé. 286 DES ASSOREMENS. NoPuTHUMBEREAND. 1 Avoine. 2 Turneps. 5 Blé ou orge. . 4 Trèfle ou poussière de foin pour deux , quaire , ou cinq ans , pour prairies à pâturages de moutons. Après deux nu trois anne’es de prairies , la terre donne de bonnes récoltes d’avoine, ce qui n’arriveroit pas avec l’ancien système des récoltes répétées de grains blancs. Cardigan. 1 Jachère. 2 Blé, et lorsqu’il réussit. 5 Blé encore. 4 Orge. 5 Orge. 6 Avoine. 7 Avoine. 8 Avoine , et toujours avoine jusqu’à-ce « # que le sol soit épuisé. C A R M A R T H E N. Orge , puis avoine, et avoine, jusqu’à-ce que le sol ne donne plus rien. On l’abandonne alors aux mauvaises herbes, pour sept ou huit ans , et quelquefois quinze ou vingt ans. En général la moitié d’une ferme est toujours dans cet état d’abandon. D JE S ASSO DEMENS. 287 Pembroke. 1 Jachère , chaude'e et fume'e. 2 JBlè. 5 Orge. 4 Avoine. 1 5 Orge. 6 Avoine. 7 Avoine, et ensuite mauvaises herbes , et ruine. Somerset. Dans des terres argileuses : 1 Fèves. 2 Jachère. 5 Ble'. 4 Avoine. 5 Avoine et poussière de foin. 1 Dans des terres graveleuses : 1 Ble'. 2 Ble'. 3 Ble'. 1 4 Orge. 5 Trèfle. Hereford. 1 Avoine. 2 Turneps 5 Jachère d’e'te'. a88 DES ASSOEKMENS. 4 Blé. 5 Orge. 6 Trèfle. Dans tout le reste des rapports qui sont parvenus au Departement d’Agriculture , il n’y a rien qui me'rite d’être remarqué , soit en très- bien soit en très-mal. On peut juger par les assolemens que je viens de citer , que dans un grand nombre d’endroits de l’Angleterre , les cultivateurs sont d’une ignorance barbare; d’une ignorance qui doit réellement étonner dans le siècle où nous sommes. Si on peut parvenir de quelque manière à prouver au public, qu’il faut un moyen général de disséminer les connoissances , cet état de barbarie de notre agriculture dans tant de différentes provinces, doit le démontrer. Dans le Clieshire, le Lancashire, West-Moreland , Cumberland, Somerset, et le pays de Galles , on trouve des assolemens qui semblent inventés pour résoudre le problème d’épuiser le plus promptement possible , avec les opérations de la charrue , un sol donné. Le plus détestable de tous les systèmes est de semer du grain aussi long-tems que la terre en veut donner , puis de s’en remettre à la nature pour produire de l’herbe , à la longue. Cette abominable BBS ASSOIiJEMJSïfS. s8cf naBIe économie est fondée sur l’opinion qu© l’herbe est un objet secondaire , tant qu’on peut faire produire des grains à la terre ; et que, quand ceux-ci ne viennent pins, l’herbe ne payeroil pas les frais de culture. Ceite erreur absurde , celte révoltante sottise , met obstacle à toute amelioration. C’est, au reste , plus la faute des proprietaires insoucians , que des fermiers stupides : ceu^-là, au moyen des clauses de leurs baux, ponrroient inti'oduire des assolemens qui changeroient, dans peu d’années , lâ face du pays (i). Dans d’autres provinces , dont l’agriculture n’est pas complètement mauvaise d’ailleurs , nous trouvons d’étranges usages. Ainsi , par exemple, dans le Wiltshire, et une partie du Yorkshire , nous voyons les turneps après le trèfle. Dans le Hampshire , la.jachère succède au trèfle. Dans le Somerset-shire ■, la jachère succède aux fèves. Il en. est de même dans plusieurs champs communs du royaume. Dans Hereford-sbire , la jachère suit les turneps., (1) Ces vérités, fortement exprimées par l’homme de l’Angleterre dont les vastes connoissances inspirent le plus de confiance en ces matières, font ressortir la nécessité d’iiue mesure générale pour répandre l’instruction par l’éducation et l’exemple. [Voyez la préface de ce Cours.] Mars 1808. Tome 5 . % 290 DES ASSODIÎMENS. Toutes ces pratiques démontrent la plus profonde ignorance de l’emploi des récoltes améliorantes , ou récoltes-jachères ( fcdlow - crops ). Il n’y 0 point de jachère qui nettoie et améliore plus efficacement le sol que celles de turneps , de trèfle , et de fèves ; mais il faut cultiver ces trois productions dans les bons principes. Il faut préparer la terre aux turneps , par des labours suffisans ; il faut les sarcler deux fois. Il faut semer le trèfle sur la première récolte de grains. Enfin, il faut semer les fèves au semoir , ou au plantoir, et les tenir parfaitement propres. Il résulte de l’examen des meilleurs asso- lemens , et de la pratique générale des provinces qui sont le mieux cultivées , que les principaux objets qu’on doit avoir en vue , dans l’établissement d’un cours de récolte , sont, i.° de maintenir la terre exempte de mauvaises herbes; en entremêlant des récoltes qui, par le tems de leurs semailles, admettent beaucoup de labours; et qui ayant besoin d’être sarclées pour prospérer , font que l’on nettoie parfaitement le terrain , pendant qu’elles végètent. 2.° De faire en sorte que les terres arables nourrissent beaucoup de bétail , et dont il résulte une amélioration progressive des domaines. Les plantes qui nourrissent l’homme DES A S S O L E M E N S. 2t)l et les chevaux, sont épuisantes : telles sont le blé, l’orge et l’avoine ; mais les récoltés qui nourrissent les bêtes à cornes et les moutons , sont améliorantes : telles sont les turueps , les choux , les fèves, le trètte, et les vesces. 3.° De .donner du repos aux terres fatiguées par une mauvaise culture, en faisant des prés artificiels pour un, deux, trois, quatre ans, ou davantage, pour rendre le terrain capable d’un nouveau cours de récoltes. Dans l’ancienne agriculture Romaine , qui est devenue celle de toute l’Europe , et est encore chez nous celle des champs communs ou ouverts, la jachère revenoit régulièrement tous les deux, trois, ou quatre ans, plus ordinairement tous les trois ans. Dans ce système, les terres arables d’un domaine, ne contribuent à la nourriture du bétail , que par la paille. II en résulte que le domaine , ne peut pas s’améliorer , car il ne profite que du fumier des chevaux qui le labourent. En évitant la dépense morte et ruineuse des jachères ; en remplaçant celle-ci par des récoltes qui nourrissent les bêtes à cornes et les moutons ; en mettant tout le fumier de la ferme (comme on doit toujours le faire) sur les récoltes à sarcler, il en résulte une telle augmentation d’engrais et de productions, que les bestiaux de la ferme 2Q2 DES A S S O E E M E N ». peuvent augmenter en nombre et en valeur cTanne’e en année; et que, par conséquent, les terres s’améliorent aussi graduellement. C’est là le point : c’est le but de perfection auquel on doit tendre sans cesse, dans le choix et la disposition des assolemens. Le secret de ceux-ci est de beaucoup la plus importante de toutes les decouvertes modernes sur i’asrri- O ■ culture. Les anciens ne paroissent point s’élre fait une idée des avantages qu’on pouvoit s’assurer par un judicieux arrangement des récoltes. Pour que le système soit parfait, il faut que tous les produits des re'coltes améliorantes soient consommés sur le domaine : cela est ainsi pour les lurneps, les choux , les vesces, le trèfle ; mais , quant aux fèves , ordinairement on les vend. Lorsqu’on aura trouvé une manière évidemment profitable de les employer à nourrir les frètes à cornes, les cochons, ou les moutons, leur culture ajoutera de même à l’amélioration régulière et progressive des terres ; car il n’y a aucune plante qui, par sa nature , et la culture qui lui réussit le mieux , soit plus essentiellement améliorante que les fèves. Si on en consommoil le produit sur la ferme , il n’y auroit rien à désirer. La pratique de quelques provinces, dans les terres sèches, légères et fertiles, est parfaite- !B E S ASSOLÏÎfENS, 2f)5 ment bonne, car les jachères sont absolument bannies de l’agriculture. Mais les dilîîcuJ’le's sont plus grandes dans les terres stériles, humides , et argileuses ; et il est très-rare que , dans les cantons ouïes terrains ont ces caractères , les jachères soient abandonnées. Si elles ne re- venoient que tous les sept ou huit ans , il n’y auroit pas une grande conse’quence ; mais malheureusement on y a recours tous les trois ans, on au plus lard tous les quatre ans. Or, perdre, pour la nourriture des bêtes à cornes, annuellement un tiers ou un quart de l’étendue d’une fprme , c’est alToiblir beaucoup les moyens de l’amélioration progressive à laquelle il faut tendre sans cesse. ■ Les récoltes améliorantes qui sont applicables aux terres argileuses et froides , sont , le colza , les choux, les fèves , le trèfle, et les vesces soit d’hiver soit d’été ; enfin toutes {es plantes de prés qui réussissent dans de tels terrains. Ce n’est pas ici le moment de s’étendre eu théorie sur l’avantage de telle ou telle récolte, dans les assolemens de ces terres ; mais c’est une chose certaine que de tels terrains peuvent être assolés, de manière, à rendre les jachères inutiles. Nous avons grand besoin d’expériences sur cette question intéressante. Ceux qui scroieut 2<}4 DES ASSOEEMENS. disposes à les entreprendre , doivent se souvenir qu’une terre quelconque , s’améliore lorsqu’elle porte une plante de pre' qui en prend complètement possession , et qui exclut les mauvaises herbes disposées à y croître naturellement , telles que le triticum repens , et l’cigrostris stolonifpra. Si l’herbe de ti- mothe'e , ou le grand fromental , ou le pied de poule , ou la chicorée peuvent tenir quelques années sur de tels terrains , avec la précaution défaire pâturer les récoltes par un aussi grand nombre de moutons qu’il est possible, on est sûr d’avoir ensuite du beau blé, et de belles fèves. Ces deux dernières productions réussissent dans les terres fortes et riches de Kent, en les alternant dans une succession indéfinie. Il faudroit éprouver si dans les terres fortes et maigres, le blé et les fèves, en alternance, ne réussiraient pas également , au moyen de la précaution de faire intervenir de tems en tems un pré artificiel de trois ans. On pourroit ajouter les vesces à l’assolement ; par exemple. 1 Fèves. 2 .Blé. 3 Fèves , ou deux ans de suite des vesces. 4 Avoine avec des graines de pré, puis une prairie de quatre ans. Il faut toujours se souvenir que les terres DBS ASSOLE MENS. 295 pesantes, froides et maigres, coûtant beaucoup à travailler, et rendant peu, sont naturellement mieux coq loye'cs en près qu’en champs ; et toutes les lois qu’on réussit à les npralir ou gazonner d’une manière durable , il ne faut plus y mettre la charrue. Dans toutes nos provinces et nos cantons à terres légères, où l’on a adopté une agriculture passable , il n’y a plus de jachères. Avant que nous connussions , dans notre île , les turrieps et le trèfle, on employoit les jachères dans tous les terrains , même dans les sols sablonneux , comme on le fait encore en France. O11 voit dans ce pays-là des terres légères qui , au moyen des turneps , donneroienl 52 bushels d’orge par acre , et qui , au moyen d’une jachère , donnent 20 à 24 bushels de seigle. Cependant , ces cultivateurs argumentent de l’impossiblité de faire autrement, tout comme les fermiers des terres argileuses et froides , le font chez nous. La jachère tue les mauvaises herbes , tout aussi bien dans les terres légères que dans les terres argileuses j et si les rayons du soleil ont quelque action fertilisante, ils exercent celle influence sur les terres légères, comme sur les autres. Mais l’expérience a démontré qu’au moyen des turneps , etc. les mauvaises herbes sont tout aussi bien détruites, Sq6 DES ASSOIE MENS, et que les engrais qui re’sultent de leur consommation dans la ferme, surpassent infiniment en efficace, l’amélioration qui vient de l’influence atmosphérique, dans les jachères. Le principe est applicable aux terres pesantes, comme aux terres légères; mais la pratique est moins perfectionnée pour celles-là. Ou manque d’un nombre suffisant d’expériences. L’objet est du plus grand intérêt. Il y a clés cantons dont l’agriculture n’est point assez connue , et où l’on trouverait, je pense des faits imporlans, qui démontreraient que les difficultés ne sont pas insurmontables. > / 297 De la Culture les Récoltes VERTES EN AnOLETERRE. (.Annales d? Arthur Young.) Ïjes grains, la nourriture de l’homme, sont cultives dans toute la terre avec un succès à- peu-près proportionne’ à la population ; mais les'plantes qui remplacent les jachères préparatoires du grain, ne se cultivent que dans les pays dont l’agriculture est bien entendue. Tenir les terres arables nettes, et en bon e’tat, en les faisant produire toutes les anne’es , et en destinant les nourritures des troupeaux à préparer les récoltes des grains, c’est le dernier effort de l’art des cultivateurs modernes. Les commissaires chargés d’inspecter les comtés, ont, en général, donné une attention convenable à ce grand objet, et ont fourni au Département d’agriculture des détails qui méritent d’être examinés. Je vais les passer sommairement en revue , en m’arrêtant particulièrement à ce qui est vraiment intéressant. Une partie de ce qui concerne les récoltes vertes trouvera mieux sa place dans l’article du semoir. Sg8 DE È A. CULTURE DES Des turneps. Si l’on compare la culture de cette plante dans les terrains secs , avec le procédé de la jachère, les avantages en paroissent si prodigieux qu’il faut s’étonner qu’elle ne se soit pas encore re'pandue dans toute l’Angleterre. Il n’y a pas une moitié' du royaume où elle soit bien entendue et bien pratiquée. Ce fait est curieux, et il prouve avec e’vidence que le plus grand commerce , la plus grande activité des manufactures , les plus grandes richesses , sous le gouvernement le plus libre, ne suffisent point pour assurer la bonne culture de la terre : c’est un résultat tout opposé aux assertions de plusieurs écrivains, et aux théories politiques les plus évidentes. Il prouve l’utilité d’un établissement central destiné à rassembler tous les faits qui concernent l’agriculture. Dorsetshire. Dans l’île dePurbeck, quelques fermiers sèment des turneps , soit à la volée , soit au semoir, mais ils ne préparent point la terre convenablement et ne donnent pas de culture à la houe. Kent. On sarcle les turneps dans toute cette province. Dans quelques endroits , on charie la récolte, au lieu de la faire manger sur place, ce qui épuise tellement le sol, que souvent on RÉCOETES VERTES. 2gg est oblige de labourer les trèfles pour en faire une jachère d’e'te’. Norfolk. Un acre de turneps bien re'ussis produit entre trente et quarante cbarrele'es telles que trois chevaux peuvent les traîner. Col acre engraisse un bœuf d’Ecosse de six à sept quintaux , depuis Février jusqu’en Mai, avec un profit de 5 à 6 liv. sterl. , ou bien huit brebis. On doit regretter cjue le sol n’aime plus autant celte plante qu’autrefois : il faut aujourd’hui semer plus e’pais et employer plus de soins pour faire réussir la récolte. Le premier labour doit se faire avant Noël, et très-profond si le terrain est net. S’il est sale , On laboure d’abord superficiellement en sillons de deux traits de charrue , puis une seconde fois très-profond; mais il rie faut jamais labourer en terre humide. s En Mars , on donne un hersage. On laboure d’abord après les semailles de l’orge, et la terre doit être labourée cinq fois en tout. L’avant- dernier labour enterre le fumier peu profond, puis on roule. Douze charretées par acre sont une quantité suffisante. Le labour de semaiîle se donne quinze jours , au plus tard , après celui qui a enterré le fumier, c’est-à-dire, quand celui-ci commence à fermenter. Des gâteaux d’huile de navette pilés s’emploient aussi comme engrais pour les turneps : la quan* CULTURE T) E S" 5oo UE LA tite de cet engrais varie depuis un quart de tun » un demi-Ytt» par acre. Les sarclages se font toujours au nombre de deux, et d’une manière soignée : ils coûtent 6shellings par acre. On n’a trouve aucun préservatif assure’ contre les pucerons ; le meilleur est de bien labourer et bien fumer. Les canards, en grand nombre dans les champs de turneps , sont le meilleur remède contre un certain papillon noir qui les dévoré quelquefois : on les fait aussi ôter à la main pour 6 à-8 shellings par acre. Quand on nourrit ou engraisse des bêtes à cornes avec les turneps , ou les charie pour les faire manger sur les chaumes (quelques fermiers n’en chaînent que la moitié, c’est-à-dire, les sillons impairs ou pairs ) lorsque ce sont des moutons qu’on nourrit ou engraisse, ou leur fait toujours manger les turneps, sur place. Observations. II vaut la peine de faire des expériences pour s’assurer des avantages comparatifs du chariage et de la consommation sur place, de cette racine. Le Commissaire parle avec éloge de la méthode de les charier. Dans la partie occidentale du comté qui, si l’on considère la différence dans la qualité des terres, est, je pense, la mieux cultivée des deux, on pe charie pas Ri COITES VERTES. Soi tin acre sur cent ; et, dans tous les cas , les frais du chariage sont si considérables qu’il faut y regarder de près avant de recommander cette me'thode comme la pratique de Norfolk. Cet objet est essentiel, et il appartient à une culture qui est d’une très-grande importance. Sujfolk. Un acre de turneps médiocres, en bonne terre, nourrit six bêtes à laines et un quart, pendant vingt-six semaines; sur des sables de 5 sbellings de rentes, un acre nourrit quatre moutons pendant vingt-quatre semaines. Sussex. Ordinairement on fiait manger les turneps sur place, en automne, pour semer du blé après ; mais , même dans les grandes fermes, la quantité cultivée n’est cpie d’un petit nombre d’acres : on ne compte point sur cette racine pour l’hiver et le prinlems. On a la coutume d’arracher les racines quelques jours avant de les faire manger : on trouve qu’elles sont plus saines pour les moutons. W r arwich. Le produit d’un acre , en bonne terre , oirsable gras, est de vingt tuns par acre. Sur les terres moins bonnes , quinze tuns. Glocester. JVl. Hayward se trouve très-bien de donner des turneps à ses chevaux. Je les ai vus en très-bon état, et on m’assura qu’ils n’avoient pas mangé d’avoine depuis six mois, quoiqu’ils n’eussent pas cessé de travailler. 302 DE DA CülTUr DES Cornwall. Il n’y a que les particuliers aises qui cultivent bien les turneps : en général on ne les sarcle point, et on ne lait point ce qu’il faut pour les faire réussir. Lancaster. La culture n’en est point commune , et on les destine principalement à être vendus au marche'. J-Lesl-Moreland. La culture y est connue, mais la quantité’ est peu conside’rable. Leur produit revient, dit le Commissaire, à 4 liv. slcrl. par acre : ce seroit bien considérable. Cumberland. L’usage est de les semer au semoir après avoir laboure' en sillons de (deux raies de trente pouces de large. On met le fumier au fond de la raie, et on le recouvre à la charrue. On unit les crêtes avec une claie , ou une herse renversée , puis on sème avec un semoir qu’un homme pousse comme une brouette à bras. La culture des turneps est resserrée dans quelques cantons. On en doit la connois- sance à Philippe Howard de Corby, qui l’introduisit en 1755 : elle a fait peu de progrès, ce qui est probablement dû à ce qu’on y emploie ces racines à nourrir les mauvais moutons du comté. Nous avons vu vendre des acres de turneps pour 5 liv. 10 shell. sterl. ; qu’un engraissent - de Norlhumberland auroit payé 5 à 6 liv. sterl. pour en nourrir des moutons d’une race bècoltes vertes. 3o5 supérieure. On ne sarcle aucune re'colle rie tur- neps semés à la volée, mais on paie 20 sbel. par acre pour faire ôter l’herbe à la main. Durham. On ne les cultive que sur les terrains graveleux et secs : l’acre s’estime de 2 à 5 liv. sterl. pour nourrir les moutons sur place, York y arrondissement du Nord. Les fermiers qui les cultivent pour les chnrier, sont regardés comme de mauvais cultivateurs 5 et il y a des propriétaires qui exigent que les fermiers les fassent manger sur place. Dans la partie septentrionale, on les sème en lignes et en sillons relevés. La méthode est bonne dans les terres humides, mais la récolte est inférieure à celle des champs à plat. On est obligé de mettre trop de distance d’une ligne à l’autre ; les racines sont plus exposées à la gelée ; et quand on les fait manger sur place , il est très- dangereux que les moutons ne se laissent tomber à la renverse dans les raies : on est obligé de les surveiller sans cesse. De beaucoup la plus grande quantité se sème à la volée. Je connois deux fermiers qui ont eu le plus grand succès en semant des turneps sur un vieux pré rompu par un seul labour en automne, pâturé parlesmoutons au printems pour manger l’herbe qui repoussoit entre les bandes , fumé d’un engrais court et hersé, puis semé. 5o4 DE EA CUETÜHE DES Dans Ryedale , on sème le stonc-turnep ÿ qui est fort supérieur aux autres espèces. La rave se forme plus promptement, son grain est plus beau, sa peau plus line, et il craint moins la gelée cl les pluies , parce que le collet dé la plante est plus uni. -Il ne devient pas tout-à- fait si gros que les autres, mais il est aise' de compenser cela en laissant les plantes un peu plus épaisses. York, arrondissement de l’Ouest. La culture des lurneps y est extrêmement imparfaite. Le sarclage s’y fait très-mal. Northumberlcind. Les turneps se sarclent tous par des femmes et des enfans : l’ouvrage est beaucoup meilleur que s’il étoit fait par des hommes. La meilleure méthode employée maintenant est le semoir en lignes de vingt-sept à trente pouces. On les cultive soit à la houe à cheval, soit au sarcloir. Cette culture a été fort détaillée dans le rapport , et publiée séparément par ordre du Département : j’en parlerai en traitant do la culture au semoir. Cardigan. Ils sont connus , mais ils ne sont point communs. Carmarthen. II n’y a que très-peu de fermiers qui sèment des turneps , des choux, ou d’autres récoltes vertes. Pembrohe. On commence à les connoître. Northampton. RECOLTES VERTES. 5o5 Northampton. Une récolté ordinaire s’estime de 5 à 5 liv. slerl. par acre. Le prix dépend de la saison et du prix de la laine. Hereford. On ne sarcle point. La récolte est passable, mais il y a tant d’herbe qu’on fait succe'der une jachère complète. Stafford. On les sarcle ordinairement deux fois , mais pas toujours. Il paroît, d’aprè-s les notes ci-dessus, que la culture des turneps est encore bien imparfaitement connue dans la plus grande partie du royaume j que dans plusieurs comtés le sarclage est inconnu , excepté dans les possessions des gens riches, et que , dans bien deS ( endroits cette culture n’est pas plus avancée qu’elle n’éloit il y a plusieurs années. Quand on considère combien cette culture est nécessaire aux ter.res sèches et légères , on est confondu d’étônnement de la voir si peu répandue dans un pays si riche et si florissant que l’Angleterre , et où la circuîaticm des connois- sances est d’ailleurs si rapide. Ce mal doit trouver son remède dans les clauses des propriétaires qui passent les baux de fermes. Il ne tient qu’à eux d’obliger leurs fermiers, pour leur propre avantage et celui du public, à cultiver cette plante comme elle doit l’être. Il n’y a aucune récolte dont on puisse moins Tome 5. Y 5o6 DE D A CULTURE DES déterminer la valeur, parce que les pucerons et les contre-tems de la saison la font manquer souvent. Mais si on la suppose (comme on le peut en toute sûreté) à 4o shellings, cela répond à la nourriture d’hiver de six bêtes à laine pendant vingt semaines , c’est-à-dire , qu’un acre de turneps soutient pendant cinq mois d’hiver le même nombre de bêtes qu’un acre de bon pré pendant sept mois d’été. Les mêmes terrains qui, autrefois, à la honte de notre agriculture , n’étoient qu’une occasion de dépense, de deux années l’une , sans rien fournir à la subsistance des bestiaux , nourrissent maintenant, dans les provinces à turneps , le plus utile des animaux, celui qui fume les terres, qui fournit à la subsistance de l’homme , à son vêtement, aux manufactures du pays , et qui enrichit l’Angleterre. Du Colza. C’est principalement pour la graine que l’on Cultive le colza ; mais je l’indique ici comme une excellente nourriture pour les moutons, et que la gelée ne gâte point. Wiltshire. On y cultive le colza sur les hauteurs et les pentes, surtout dans les endroits où l’orge et les turneps ne réussissent pas. On le regarde comme uae nourriture substantielle, jicOIÏES VERTES. 007 et excellente pour les brebis qui nourrissent leurs agneaux. On croit qu’il épuise la terre , lorsqu’on ne lefaitpas pâturer de bonne heure , et avant que ses racines se soient trop approfondies. Le colza réussit sur des terres où ni les turneps , ni le sainfoin, ni les vesces, ni le trèfle , ni même le ray-grass ne réussissent, savoir : les terrains froids, humides , aigres, et les terres noires sans lien et sans consistance. Yorck , arrondissement du Nord. L’usage de battre en plein champ commence à céder à la méthode plus économique de resserrer le colza dans les granges, ou d’en faire des meules près de la maison. Yorck, aj'ronclisscment de VOuest. On le sème en Juillet pour le faire manger sur place en automne, puis au printems. On le sème aussi sur les chaumes de blé après un seul labour , dans les champs que l’on destine à être en turneps l’année suivante. Sussex. On le sème avec des vesces de printems pour sevrer les agneaux. Ces notes ne donnent qu’une idée extrêmement imparfaite de cet important article de culture. La pratique de Wiltshire , comme applicable à un certain terrain particulier, mérite d’être remarquée ; mais celle de Sussex est une excellente agriculture. , 0 » $o8 î> E k A CULTURE DES Voici les questions qu’il importerait particulièrement d’èclaircir concernant le colza. Dans quels terrains vaut-il mieux semer du colza que des turneps ? —Quelles expériences a-t-on faites sur celte plante , dans les terrains marécageux et tourbeux ? — Quel est le meilleur moment de l’anne'e pour la semer , lorsqu’on la destine à être consommée par les moutons?— Qu’est-ce que cette récolte vaut par acre ? — Combien de bêtes à laine un acre peut-il hiverner? —Combien rend-il lorsqu’on recueille la graine? — Quels sont les frais de celle culture ? — Epuise-t-elle, ou est-elle améliorante ? Choux-raves. La Société des Arts a proposé plusieurs primes pour encourager la culture de celte plante , et on a publié sur ce sujet quelques Mémoires in- te'ressans. Pendant un certain tems, on en a fait de grands éloges , mais il n’y a pr esque plus personne qui en. sème aujourd’hui. Son principal mérite e'toit de résister à la gelée, mais sa racine est si inégale , si raboteuse , si garnie de terre, qu’on trouve une grande difficulté à la faire manger au. bé.laiî. Je crois cependant que cette plante a été trop négligée , car rien n’est plus important qu’une grande variété da nourriture d’hiver. Ê C O 1 T E S VERTUS. 3og Glocester. MM. Hayward et Tugwell cultivent cette plante. Elle ne réussit que lorsqu’elle est transplantée. Lorsque les turneps sont tous consommés , les choux-raves commencent, et vont jusqu’à l’herbe. Les expériences sont en trop petit nombre pour décider du mérite de cette plante. Rutabaga, ou Choux-raves de Suède. Glocester. M. Tugwell l’a cultivée , mais il s’en est dégoûté : il compte cependant faire encore des expériences sur sa culture, Yarck, arrondissement du Nord. Quelques personnes en ont semé en petite quantité pour essai : la plupart de ceux qui l’ont éprouvée en font l’éloge : cette racine a ceci de commode, qu’elle est dans sa perfection un mois plus tard que les turneps. D’autres personnes qui l’ont éprouvée , n’en font pas de cas, parce qu’elle est dure, sèche, etalapeau épaisse. Les. moutons l’aiment.beaucoup mieux que les turneps. Northumberland. Ceux qui Font essayée , préfèrent infiniment les turneps. \ Choux. Il n’y a pas un article de l’agriculture moderne dont les avantages aient été aùssi évi- 5 ] O SD E IA CULTURE DES demment prouves par l’expe’ricnce, que la culture des choux , dans toutes les terres qui ont un certain degre* de fertilité' (1) : cependant cette culture ne s’est point propagée comme on auroit pu s’y attendre. Ils donnent des produits conside'rables dans des terrains où les tur- neps ne re’ussissent pas* Dans toutes les bonnes terres , ils rendent davantage et une substance d’une plus grande valeur, que les turneps. Enfin ils sont moins sujets à être de'truits par les gele’es. Maigre tous ces avantages, la culture n’en est point generale, et les Fermiers l’entendent très-mal. Les agriculteurs qui ont à cœur les progrès de l’art, devroient chercher à propager une culture aussi avantageuse. Suffolk. On cultive les choux pour les vaches et les bœufs : on sème de très-bonne heure au printems, en terre de jardin. On préparé la terre par quatre labours, dont le dernier (i) On peut consulter les divers morceaux de cet ouvrage qui traitent de la culture des choux : les avantages en paroissent très - évidens pour l’Angleterre. Il ne faut pourtant pas en conclure qu’ils seroient aussi grands pour le continent. L’air plus humide, de l’Angleterre, fait réussir la transplantation sans arrosement. Il seroit impossible de iàire reprendre des choux en plein champ, au cœur de l’été, dans nos climats , sans les arroser, ce qui xx’est pas praticable. B. É C O Tj T E S V E R T E S. 5ll enterre beaucoup de fumier. Ensuite on met le terrain en billons de trois pieds , sur le sommet desquels on plante les clioux au milieu de l'été. On les tient sarcles à la main ou nettoyés à la houe à cheval. Leur produit monte à plus' de soixante milliers pesant par acre. Tf r arwich. D’après quelques expériences faites par Sir Roger Nevrdigate , les choux rouges paroissent les meilleurs ; ils deviennent d’une grosseur considérable , supportent bien l’hiver , et sont d’une texture plus solide qu’aucune autre espèce. Leicester. On donne, de préférence, les choux aux beliers pour letar nourriture. M. Baker de Burslal a eu deux choux dont l’un pe- soit quatre-vingt-dix et l’autre quatre-vingt- douze livres. , Northumberland. On a cultivé les choux , mais ils ont cédé aux turneps , qui ont , à ce que l’on trouve , les mêmes avantages , et qui ne donnent pas autant de peine. Somerset. On a éprouvé que deux tonnes de choux valent trois tonnes de turneps; et ils sont moins sujets à souffrir de la gelée. La dépense de la culture est de 5 shell. par acre plus forte que celle des turneps. Stafford. Il y a quelques années que la culture des choux a été introduite, et elle estprati- 3ia » E Ii A CULTURE DES que’e dans la plus grande partie du Comte. On les fait manger aux moutons ou aux vaches que l’on hiverne. Us augmentent le lait, sans alté- rer la qualité' du beurre. Comme on les consomme tard au primeras, et qu’on les met dans les parties les plus fortes des champs , l’orge qui lui succède n’est pas toujours aussi belle qu’après les turneps ; mais cela n’est pas dû à la qualité' e'puisante des choux. Il n’est question de cette récolté que dans les rapports de cinq comtes ; et en Yorkshire où cette culture a commence' , les commissaires n’en ont fait aucune mention. Cependant le peu que l’on trouve" dans les rapports prouve combien les choux sont une plante utile. Le rapport de Somerset est très-probant, et il y a tout lieu de croire qu’il est parfaitement exact. Il est étonnant qu’un article de culture si précieux ait eu si peu d’amateurs dans les diverses parties du royaume ; probablement la difficulté de charier la récolte dans les terres et les saisons humides, en a dégoûté. Dans les terres sèches on peut les faire manger sur place avec aussi peu d’inconvéuiens que les turneps j mais dans les terres humides , il ne faut les faire manger que pendant la gelée, ou pendant les tems secs du primeras. Si l’on charie la récolte des choux, elle est épuisante, et la récolte qui BSCOITES VERTES. 5l5 suit s’en ressent. I! ne faut pas comparer l’orge qui suit des turneps mange'» sur place , avec i’orge qui succède à des choux chariés : cela n’est pas équitable. Cependant on a quelquefois argumenté contre les choux, de la comparaison faite de cette manière. Voici las points qu’il faudroit éclaircir relativement à celte culture. * Sur quels terrains réussissent-ils? — Quelle quantité de fumier emploient-ils , et quel en est le prix? — Quelle est l’espèce préférée? — Dans quel tems sème-t-on , et quelle est la quantité nécessaire de semence? — Dans quel tems transplante-t-on ? — Faut- il les arroser? —Quelle est la distance des lignes et des plantes? — Quelle Culture exigent-ils pendant leur croissance?— Quels sont leurs frais et leur produit? — Comment, et dans quel moment les consomme-t-on ? — Combien de bêtes à laine un acre peut-il hiverner ? — Combien valent-ils par tun , soit mangés sur place , soit chariés ? — Epuisent-ils, ou améliorent-ils ; et dans quelle supposition, sur la manière de les consommer? — Les a-t~on essayés dans les marais et les terrains tourbeux? Carottes. Cet article de culture mérite beaucoup. d’àt<~ 5l4 DE D A e U II T CT R E ÏEÏ tenlion pour toutes les terres légères, prOr fondes , et en général toutes les bonnes terres friables et qui ont du fond. C’est un fait bien extraordinaire que la culture des carottes pour la consommation des bestiaux ne se trouve nulle part établie que dans une petite partie de Suffolk. On a fait sur celte racine, dans le royaume, un très-grand nombre d’expériences, qui ont été publiées. Ceux qui n’entendent pas bien ce qui concerne cette culture peuvent s’en informer avec détail en Suffolk ; et il y a peu d’objets dans l’économie rurale qui aient plus d’intérêt et de valeur. Suffolk. On choisit le chaume d’un orge qui ait succédé à des turneps. On le laboure , une seule fois, vers la fin de Février, aussi profond qu’il est possible , et l’on enterre à la herse cinq livres de semence par acre. On les sarcle trois fois , pour 18 shellings. Le produit, dans les bonnes terres, de \o à i 5 shcll. de rente , est de quatre à cinq cents busliels : la récolte va quelquefois jusqu’à huit cents bushels par acre : dans les mauvaises terres, elles ne donnent quelquefois que deux cents bushels. On les laisse en terre l’hiver, et on les arrache à mesure du besoin. Dans les fortes gelées elles pourrissent quelquefois. On compte 80 bushels par semaine pour six. chevaux, avec de récoltes verte s. 5i5 la paille hachée en abondance, mais point d’avoine. Une longue expérience a appris que les chevaux ne sont jamais en meilleur e'tat que lorsqu’ils sont nourris de carottes. Ils ne mangent que très-peu de foin, tant qu’on leur donne de ces racines : elles valent mieux après Noël qu’auparavant. Leicester. M. Baker conserve ses carottes en faisant un creux d’enyiron trois pieds de large et huit à dix pouces de profond. Il coupe l’herbe , et range les racines verticalement, en les faisant toucher les unes les autres. Lorsque la tranchée est pleine, il la couvre de paille , puis remet par-dessus la paille la terre tirée de la tranchée. Il les conserve ainsi très-bonnes jusqu’en Mai et Juin. On ne peut, en quelque sorte, se faire une idée exagérée de l’avantage des carottes pour la nourriture de tous les bestiaux , surtout des bêtes d’attelages , pendant l’hiver. Les expériences faites depuis long-tems, et fort répétées, sur le profit qu’il y a à les employer de cette manière, sc(nt absolument décisives; et il y a une réflexion qui doit frapper tout homme accoutumé à considérer l’ensemble d’une bonne agriculture, c’est qu’il doit finalement résulter une différence prodigieuse dans les produits et l’amélioration de deux domaines ? dont l’un 5l6 DE E A d U E T U IL E DES nourrit les animaux de travail avec des récoltés épuisantes, et l’autre avec une re'colte qui est de toutes, peut-être, la plus améliorante. Le principe sur lequel la culture des turneps est fonde'e , s’applique à celle des carottes, savoir: d’hiverner les bestiaux d’une ferme avec les champs qui, dans le système des jachères, n’auroient eu que des labours stériles. Pommes de terre. La culture de cette racine s’este’tendue beaucoup plus qu’aucune autre. En Irlande , elle forme un article extrêmement important de l’e'conomie agricole, car la pomme de terre y est la base de la nourriture de l’homme. Elle se répand très-rapidement dans toute l’Angleterre , et partout où elle est bien entendue, elle est d’un prix inestimable pour la classe laborieuse. Sussex. On la cultive près de Battcl. On plante depuis la fin de Mars au commencement de Mai, entre seize et vingt bushels par acre. On les cultive à la houe , et avec l’instrument appelé shim : elles rendent de trois à quatre eents bushels. On trouve le blé qui succède aussi beau qu’après toute autre préparation convenable. Pottr les conserver l’hiver, on fait en terre des creux de 4 à 5 pieds de profond, RÉCOLTES VERTES. 5l 7 «ur lesquels on bâtit une petite cabane de dix à douze pieds de haut, avec des murs de terre d’environ six pieds d’épaisseur. JViltshire, On plante, par acre , cinq à six sacs de deux quintaux. Cent sacs font une récolte qu’on regarde comme belle , quoique quelquefois elle aille jusqu’à cent cinquante sacs. On est occupé de faire des expériences sur la manière de les employer, soit crues, soit bouillies , pour les donner au bétail. Les résultats ne sont pas encore constans. Cormvall. Dans le voisinage de Penzance, on fait deux récoltes par an. On plante à Noël la sorte appelée Kidney potatoe. On en fait la récolte en Mai, et on replante dans le même terrain la variété nommé Apple-potcitoe. Le capitaine James a recueilli de cette manière, dans les deux récoltes, neuf cents bushels de pommes de terre par acre (a). Par la méthode commune de l’écobuage il n’est pas rare de recueillir jusqu’à six cents bushels par acre. Chesier. Le secret d’avoir des pommes de (i) A compter 90 livres pesant par bushcl, c’est huit sent dix quintaux de pommes de terre par acre. La plus forte récolte de froment ou de foin, sur le même espace, est de 5o quintaux, et la luzerne même ne peut guère donner plus de 100 quintaux par acre. 5.18 I) E L A CULTURE DES terre de bonne heure se réduit à tenir des pommes de terre d’une espèce hâtive dans un endroit chaud, pour que dès le commencement de Mars elles aient des germes de trois pouces. On les plante avec soin , et on les recouvre la nuit ou dans le§ tems rigoureux. Dans la paroisse de Frodsham, la culture de la pomme de terre commune est très-e’lendue. On compte qu’il se récolte annuellement , depuis assez long-tems , cent mille bushels de quatre-vingt-dix livres dans cette paroisse. Lorsqu’elles ne valent qu’un shelling lebushel, on en donne beaucoup aux vaches à lait, aux chevaux, aux cochons, et cela avec le plus grand succès. On les plante au plantoir à huit ou dix pouces les unes des autres , en lignes à cinq pieds de distance. Lorsqu’elles sont hors de terre , on les recouvre d’environ deux pouces, en prenant la terre dans les intervalles. Cette culture tend à épuiser les domaines dans lesquels elle est pratiquée, parce qu’on lui prodigue le fumier de basse-cour (1). Le produit est de trois cents bushels par acre. (i) Cette observation se rapporte, sans doute, à la supposition que les pommes de terre se vendent; car si elles sont consommées sur la ferme , la prodigieuse abondance de nourriture qui en résulte augmente les RÉCOLTES VERTES. 5l g Lancaster. On les plante ordinairement en Avril, par lignes à trois pieds de distance , et engrais, dans une proportion bien plus forte que l’emploi d’engrais qu’elles exigent. Mais même, en supposant qu’elles se rendissent en totalité [supposition que, dans un bon système de culture, on ne doit pas faire ] , si le fromentréussit après les pommes de terre fumées, comme après la jachère fumée, on ne sauroit voir où peut être eelte tendance à épuiser un domaine qui est ici reprochée à cette racine. Lorsqu’elle est consommée sur le fonds, elle augmente les moyens d’engrais; lorsqu’on la vend , elle n’a rien ôté à l’influence de l’engrais sur le blé qui lui succède, ou du moins la diminution de cette influence est compensée par les cultures qu’exige la pomme de terre et son extraction. Cela est vrai, du moins dans les terres substantielles et dans les années ordinaires. Nous avous cru remarquer de singulières irrégularités à cet égard, mais rarement. Dans une terre graveleuse, nous avons vu le blé foible et petit après des pommes de terre fumées, tandis qu’il étoit beaucoup plus beau dans la même pièce, après jachère fumée. On nous a communiqué des observations également défavorables à la pomme de terre, quant à son effet sur le froment dans des terres argileuses. Mais ce fait demanderoit, pour être éclairci, des observations répétées. Nota. La note ci-dessus a été écrite il y a neuf ans. Dans les assolemens que je suis de préférence depuis six ans, le froment succède aux pommes de terre non fumées. Je le fume par-dessus pendant les gelées de l’hiver, et il est ordinairement très-beau. Je défonce, pour les pommes de terre , à une profondeur de bêche, [Mars 1808.] 520 D JG h A CUITUSÏ I) Ê 6 à neuf ou douze pouces d’une plante à l’autre. On plante jusqu’en Juin. Elles rendent de deu* à trois cents bushels de quatre-vingt-dix livres. On les conserve en les couvrant de paille et der terre. Ou remarque que le ble' qui suit les pommes de terre est mauvais -, çt quand à ces deux recolles, on fait succéder d’autres cultures , elles se ressentent de l’épuisemeni où ces recolles ont laisse le terre. jrestmorelanâ. On les cultive beaucoup auprès de Kcndal. Au moment de la recolle, leur prix ordinaire est de X shell. 4 d. le busliel. En hiver et au primeras elles montent souvent à 2 shell. Le produit varie de deux cent cinquante à trois cent cinquante bushels par acre. Cumberland. On les cultive en lignes soit pour la consommation des fermes, soit pour la vente. M. Blaclock en nourrit ses vaches. Il donne, pourtrois mois à une vache , cent vingt bushels de pommes de terre et deux cent vingt- quatre livres de farine d’avoine. Cela laisse ua prolit de 5 à 4 liv. slerl. Trente bushels de pommes de terre et dix d’avoine en farine nourrissent une truie de deux cent cinquante livres, avec un profit de 1 liv. i5 shel. sterl. On fait bouillir les racines pour les mêler avec la farine. D’après ces données , la valeur des pommes de terres ne seroit que de 4 d. le bu- sheL , récoltes Vertes. Ssu» sliel. La récolté moyenne étant deux centsqua- rarite Imshels, ce seroit 4 liv. sterl. dont il faut déduire les Irais et les semences.' Le so.l es^.e^T collent , et produiroit aisément des tu|rneps,q,ui.. vaudi oient 5 liv. sterl. l’acre. Les poçnmes. de teiresont donc inferieures aux, turnep£. r $f. Lamb en est convaincu depuis long-tcni^j, et il dit qu’elles perdent de leurs partisans,... -) Durham .. On les met en lignes-à deux ou trois pieds de distanoe , et à un pied lps.jyppf des autres , toujours fumées.. On-emploie s.çjpç busliels de semence par acre, et la récolté en rend de deux à troijf cents. Leur prix il existe , pour la plupart des terrains , la possibilité' d’une succession indefinie d’anne'e en anne'e , de récoltés toujours belles , si elles sont convenablement varices , si les engrais sont suffisant et bien appliques, il faut viser à établir les assolemens de manière à ce que chaque récolte prépare le succès de la récolte suivante. « Ce n’est pas tout. Le but final des efforts du cultivateur , c’est le profit. Le plus habile est celui qui tire de ses terres la rente la plus forte qu elle puisse produire , pourvu que l’autre condition de les maintenir en bon état soit aussi remplie. Ce seroit donc en vain que les bestiaux seroient nombreux, bien nourris, les terres bien labourées , bien fumées , les récoltes abondantes , si la rente du domaine restoit ■ en-dessous de ce qu’elle seroit dans une autre culture, laquelle cependant n’épui- seroit pas le fonds. II peut y avoir du luxe dans la bonne culture, comme en tout autre chose; et les circonstances locales peuvent commander la préférence de certaines productions , qui, d’après les principes généraux de l’économie agricole, n’auroient pas été choisies. w On voit donc que la meilleure manière d’alterner les*récoltes , est une question compliquée; et quoiqu’elle soit susceptible d’une 55o MÉMOIRE SUR solution generale, elle ne sauroit être résolue, pour les cas particuliers , sans que l’examen en soit soumis à un grand nombre de considérations accessoires , qui toutes ont leur importance. Pour mettre de l’ordre dans un sujet qui est vaste , je vais diviser mon travail en six parties. )) Je traiterai i.° de la théorie des labours , et de l’usage des jachères. » 2. 0 Du système d’alterner les champs entre les plantes à racines fibreuses et les plantes à racines pivotantes. 3 ) 5.” De la théorie des assolemens. 33 4.° Des assolemens des terres légères ». 3) 5." Des assolemens des terres argileuses 3). 3) 6.° Je présenterai quelques considérations sur les moyens d’introduire en France de bons assolemens ». Le premier chapitre du Mémoire , montre quels sont les diffe'rens objets qu’on se propose en labourant et hersant les terres ; quels divers effets il résulte de ces opérations, selon les saisons , et les moyens choisis , selon la nature et l’état du terrain ; il examine la théorie de Rozier , sur les labours; il présente le compte approximatif des frais de la jachère complète , telle qu’elle est pratiquée dans plusieurs de'nartemens de la France , et il leusf L E S ASSOLE MENS. 551 compare les produits ordinairement obtenus ; il indique enfin les applications utiles de la méthode des jachères, dans certains cas. Le second chapitre, est destiné à examiner les instructions données par Fauteur du Cours complet d’Agriculture dans son article Alterner , Le troisième chapitre , traite de la théorie des assolemens. « Il paroît, ( dit le texte, ) que c’est aux Flamands que l’agriculture est redevable de l’invention de ces cours réguliers qui, ramenant les mêmes récoltes dans une rotation constante, maintiennent une fécondité dont chaque année fournit la preuve. C’est dans un pays fertile que l’idée de demander à la terre tous les ans une récolte, a dû prendre naissance ; mais on n’a pas tardé sans doute , à s’apercevoir que même dans les terrains privilégiés par la nature , on ne pouvoit espérer d’obtenir plusieurs années de suite , de belles récoltes du même genre. » Par une dispensation remarquable dans l’économie de la nature, l’aliment le plus nécessaire aux nations policées d’une partie considérable du globe, ne peut s’obtenir que par de gran ds travaux. Le ciel nous vend au prix de nos sueurs , lès productions qui nous sont indispensables. On diroil que pour forcer 55a M É MOIRE SUR l’homme à un travail salutaire, la nature a voulu compliquer sa tâche ; on diroit qu’elle fait prospérer les herbes ennemies du blé par les mêmes procédés de culture qui font croître cette plante , afin d’obliger le cultivateur à de’velopper toute son industrie. En effet , parmi les plantes nuisibles au froment et dont la végétation est spontane'e , il y en a deux principalement qui prospèrent par un peu de culture , et qu’on ne peut tuer que par beaucoup de culture. )) L’une de ces plantes, le chiendent , tri- ticurn repens , est plus commune dans les bonnes terres légères -, l’autre , l’avoine à chapelets (i), s’e'tablit communément dans les bonnes terres argileuses. )) Lorsqu’on répète les re'coltes de froment ou de grains blancs (2) sans intervalle , il y a (1) C’est une variété de Vavena elatior, ou une espèce de û’omenlal. Sa végétation est lente dans les deux premières années : ce n’est qu’à la troisième que ses racines bulbeuses se propagent avec rapidité, et qu’elle prend en quelque sorte possession d’un champ, au grand détriment du blé qu’elle fait avorter. Sa graine mûrit plus lard que celle du grand fromental des prairies, mais toujours assez tôt pour s’égrainer avant moisson on pendant la moisson. (2) Les grains blancs sont toutes les variétés de blé, d’orge, d’avoine ou de seigle. i s s assoleméns. 555 deux causes qui concourent à l’affoiblissement progressif des récolles : la première est l’épuisement graduel des sucs nourriciers nécessaires aux grains blancs, la seconde est la multiplication des mauvaises herbes, (et en particulier de l’une ou des deux plantes ci-dessus désignées) lesquelles prennent si bien possession de la terre , qu’elles en absorbent les sucs et font 'manquer la récolte. La première cause de l’allbiblissement annuel des produits peut être combattue par les engrais , qui renouvellent les sucs de la terre ; mais lorsque le terrain est infesté à un certain point de plantes nuisibles , on a beau répandre du fumier , on n’obtient que de chétives moissons : il faut revenir aux labours répétés , aux hersages , aux cultures à la houe , etc. » Celte foree de végétation des graminées qui tuent les blés, est une indication naturelle que la terre veut produire , mais qu’elle veut changer de productions. C’est à l’agriculteur à ne lüi demander que celles qui conviennent à la nature des sucs qu’elle a à donner , et qui permettent, en même tèms, d’extirper l’herbe ennemie de nos récoltes céréales , ou de l’empêcher de renaître , quand on a • réussi à la tuer. Les récoltes vertes, que l’on peut houcr, sarcler ou labourer dans les intervalles des 534 MÉMOIRE SUR plantes , sont doublement propre# à succe'der aux blés , et à en préparer le retour; parce qu’en même tems qu’elles tirent de la terre des sucs nourriciers qui ne paroissent pas necessaires aux grains, elles permettent de nettoyer Je lerrrain des plantes nuisibles au froment. C’est une façon de jachères. C’est toujours remuer le terrain pour le pulvériser, l’exposer aux influences atmosphériques , et tuer les plantes nuisibles ; mais c’est une jachère productive : la récolte verte vaut quelquefois autant qu’auroitpu valoir une récolte de grains; la récolte de grains qui succède est souvent aussi belle qu’elle auroit pu l’être , si une jachère stérile l’eut préparée. Les prés artificiels dont les plantes sont à racines pivotantes, savoir le sainfoin, la luzerne et le trèfle , préparent aussi fort bien la terre pour le blé qui doit succéder, mais c’est d’une manière différente des récoltes sarclées. Les deux premières plantes dont la durée varie , selon les terrains et les soins , entre six et douze années , préparent de belles récoltes céréales , soit par l’accumulation des sucs propres à nourrir les grains, ( accumulation que les influences atmosphériques font dans les couches supérieures) soit parla décomposition des feuilles et des insectes qui pourrissent E E S ASSOEEMENS. 355 annuellement en grand nombre tant que les plantes vivent , et la putre'faction des racines lorsque la charue les tue : il résulte de cet engrais végétal une certaine quantité de terreau ou de véritable terre féconde. Les sainfoins et les luzernes poussent des racines jusqu’à une profondeur extraordinaire lorsque la pierre ne les arrête point , ou que les eaux ne les font point pourrir. Ces deux plantes tirent une partie de leur substance des couches inférieures à celle que la charrue affecte ; mais il esl probable qu’elles en tirent une beaucoup plus grande partie de la couche de 5 à 6 pouces qui a été soumise à l’action de la charrue. Lorsqu’on examine une racine de sainfoin ou de luzerne , on observe ( ainsi que je l’ai dit en parlant du trèfle ) un grand nombre de radicules latérales , qui ont souvent jusqu’à deux pieds de long, et portent elles- mêmes d’autres ramifications. Ces radicules commencent immédiatement au-dessous du collet de la plante , et sont beaucoup plus multipliées dans la zone soumise aux labours que dans les couches inférieures. Lorsque, l’on coupe le pivot à six pouces du collet, comme on le fait dans la culture de la luzerne et du sainfoin transplantés , toutes ces radicules grossissent promptement, et deviennent de vé> 556 MÉMOIRE SUR ritables racines. Le pivot ne recroît point; et 3a plante , de pivotante qu’elle e'toit, se trouve transformée en une plante à racines fibreuses. Son jet en herbe n’en est que plus abondant; elle devient en quelque sorte un arbuste ; cette prospérité indique deux choses : la première , c’est qu’il n’est pas absolument necessaire que ces plantes cherchent Jeur subsistance, à une profondeur plus grande quel» couche labourée, la seconde que les sucs nourriciers extraits par les plantes, de celte couche laboure'e, pendant un grand nombre d’années , ne sont point du meme genre que ceux qui sont nécessaires aux grains ; puisque les grains prospèrent après., puisqu’ils trouvent dans celte même terre qui a déjà tant fourni de substance, une provision de sucs qui paroît intacte ( 1 ). : « Le trèfle employé' pour alterner dans les champs est une plante bisannuelle. Dans les terrains où elle n’a jamais. .végété , et qui sont en très-bon état, elle peut donner une récolte (1) Cette idée a été combattue. Ou a dit qti’elle ne s’accordoil pas avec les découvertes modernes sur la physiologie des plantes. 11 faudroit .une longue dissertation polir éclaircir ce point de théorie, et fe résultat en seroit, je crois, inutile pour la question de pratique qu’il importe d’examiner. Je désire que le lecteur n’attache son attention qu’aux faits. [Mars 1808.J jusqu’à t ï s ASSOEEMENS. 557 jusqu’à la troisième année : ordinairement cette re'colte de la troisième anne'e est foible ; une partie des plantes a péri dans le second hiver , et les vides se sont remplis par des gramens dont la croissance est spontane'e. Il est donc plus profitable de ne laisser le trèfle que dix- huit mois en terre , c’est-à-dire, de rompre , au mois d’août ou septembre , le trèfle qui avoit e’te' semé en mars ou avril de l’année précédente. » Ce n’est pas tant sous le rapport de la diminution de la récolte de fourrage qu’il importe de ne pas laisser le trèfle en terre jusqu’à la troisième année ; mais c’est par la raison que , dans un trèfle où les plantes sont rares , les gramen prennent le dessus , et que leurs racines ayant le tems de se multiplier et de se fortifier, ces gramen nuisent essentiellement à la récolte des grains qui succède au trèfle. i) Pour que le trèfle soit une bonne préparation au froment, il est absolument nécessaire que la récolte en soit belle. Si les plantes sont serrées et vigoureuses, elles couvrent tellement la terre de leur ombre , que les gramen ne peuvent pas végéter, et que la terre se trouve parfaitement nettoyée de mauvaises herbes lorsqu’on sème ensuite le froment. Dans un assolement où l’on fait entrer le trèfle , il est Tome 5. Y 358 MÉMOIRE SUR donc d’une souveraine importance d’assurer par tous les moyens possibles, la pleine réussite de celte récolte. Or, pour cela il ne faut pas revenir trop souvent à cette plante , de peur que la terre ne s’en lasse ; il ne faut la semer que dans les terres très-nettes et bien fume'es. Avec ces précautions , le trèfle est le plus puissant améîiorateur des terres que l’on con- noisse dans l’agriculture moderne ; mais si ou les néglige, Je trèfle perd tout cet avantage si précieux ; il laisse encore plus sales les terres qui étoient sales avant lui ; il donne peu de fourrage , et prépare une chétive récolte de blé. » Les prés-gazons que l’on forme avec des fromentals, des bromes, des fesluques , et autres graminées , sont aussi un moyen d’alterner les terres , et peuvent entrer dans 1rs assolemens à long terme. Une terre épuisée pour les grains , par une longue suite de récoltes céréales , peut être convertie en prégazon , et se retrouver au bout d’un certain nombre d’années , en état de donner de très- riches récoltes de grains; ce qui ( si cela éloit nécessaire) compléteroit la preuve que ce n’est pas à la différence dans la forme des racines qu’on doit la faculté des prés artificiels de préparer de belles récoltes céréales: les graminées LES ASSOI/EMENS. 55t) des prés-gazons ont des racines fibreuses, tout comme les blés ; et le chevelu en est si serré , qu’au lieu d’améliorer la terre , elles l’épui- seroient complètement des sucs nécessaires aux blés, si ces sucs étoient de la même nature que ceux qui font prospérer l’herbe. i) Un autre genre de plantes fournit des ressources aux assolemens, ce sont les plantes légumineuses à feuilles larges et à fleurs papii- lonacées , telles que les vesces d’hiver ou de priulems , les gesses , les pois de diverses espèces, les fèves et féveroles d’hiver et. de printems, les lupins, les lentilles , etc. Parmi ces plantes quelques-unes demandent les sarclages, d’autres ne les comportent pas, d’autres enfin peuvent s’en passer; mais les sarclages sont d’une bonne agriculture dans tous les cas où ils sont possibles, et la différence de sarcler ou de ne pas sarcler en fait souvent une du tout au tout, pour l’elfet sur la récolte de blé qui succède. » Il y a encore quelques plantes qui peuvent tenir leur place dans des assolemens bien réglés, telles sont le chanvre et le lin, le maïs, le sorgho et leurs variétés. Reprenons maintenant les principes que nous avons indiqués au début, et donnons-leur quelques de'veloppemens. » Pour bien combiner un plan d’assolement, 54o MÉMOIRE SUR il faut avoir egard à un grand nombre de circonstances , qui varient selon les terres , le climat, le genre de culture du pays, la proximité des villes , le prix relatif des denrées , la facilite’ des débouchés, etc. Le but final de l’agriculture ctarit le plus grand profit du cultivateur, sans doute que le meilleur assolement est aussi le plus profitable ; mais il faut considérer ce profit d’une manière generale, dans une certaine suite d’anne'es , relativement à la valeur croissante d’un domaine , et non par rapport à une ou deux années seulement. La bonne agriculture est prévoyante. Pour qu’un assolement soit bon , il faut donc : )> i.° Qu’il nettoyé la terre, et la maintienne en bon état, prête à donner toujours de belles récoltes, saufles saisons décide'tnent contraires. )) 2 ." Qu’il donne le plus grand revenu que la terre puisse comporter, sans nuire au principe de la conservation et de l’amélioration. n Je pense que toutes les autres conditions d’un bon assolement rentrent dans les deux que je viens d’indiquer. Ainsi le soin de faire succéder des récoltes vertes aux récoltes céréales , les récoltes fumées à celles qui ne le sont pas , d’entremêler les récoltes à sarcler ou les récoltes des plantes qui donnent une •ombre épaisse, avec les céréales qui fournissent I> E S A S S O Xi E M E N S. 5il principalement à notre subsistance , le soin d’éloigner suffisamment le retour des mêmes productions, pour que la terre qui sc plaît dans la variété, soit toujours disposée à donner : la convenance, dis-je, de ces diverses attentions rentre dans la première des conditions d’un bon assolement. La seconde condition suppose le principe de l’économie dans la main- d’œuvre , et la préférence des récoltes , dont les produits sont d’une vente facile et lucrative, toutes les fois que cette préférence ne contrarie point les principes fondamentaux d’une bonne agriculture. » Je ne dirai pas, avec Arthur Young, qu’une condition des bons assolemens soit de fournir alternativement de la nourriture pour l’homme et les bestiaux j mais c’estlà un résultat heureux, qui se rencontre ordinairement dans les combinaisons d’alternance fondées sur les principes indiqués. Ainsi dans le fameux et le plus simple assolement de Norfolk : turneps, orge, trèfle , blé , il y a alternativement une récolte pour l’homme et les bestiaux : ceux-ci, abondamment nourris , font beaucoup d’engrais , et c’est un des bons effets de cette rotation. Mais si le même assolement, qui donne tantôt à l’homme et tantôt aux bestiaux , ruinoit la terre , ou seulement s’il ne la maintenoit pas 542 MÉMOIRE SUR dans un état de nettete parfaite, il seroit essentiellement vicieux. )) C’est ainsi que l’alternance prolongée de trèfle et de ble', qui fournit de deux années l’une, la subsistance à l’homme et aux bestiaux, est neanmoins vicieuse, parce qu’elle ne tarde point à souiller la terre de mauvaises plantes. Mais, comme il arrive que la plupart des récoltés intercalaires qui demandent la houe sont destine'es aux bestiaux , et que ce fait est favorable à l’amelioration des terres , puisque les récoltés se consommant sur les fonds, les fumiers en sont plus abondaos, on a confondu un résultat avec un principe. Nous verrons bientôt qu’il y a d’excellens assolemens , où ce résultat ne se trouve pas obtenu ; mais je conviendrai néanmoins que toutes les fois qu’on en a le choix , sans s’e’carter des principes fondamentaux, on ne doit pas négliger un effet si utile. » Les principes ge’ne'raux doivent recevoir des modifications sur-tout relatives au climat, mais calculées aussi sur l’ensemble de la culture propre au pays dont il s’agit. L’imitation pure et simple des rotations pratiquées dans les endroits où l’on entend le mieux les assolemens, 11e .produirait pas toujours le meilleur résultat que l’on puisse obtenir , lors même qu’il y I, E S A S S O E E M E X S. 54> auroit une analogie parfaite dans la nature des terrains. Il est aise de comprendre , par exemple , que dans les pays où la moisson se fait communément au commencement de Juillet, on a , pour faire succéder une récolté avant l’hiver , une facilite' qui manque aux pays dont la maturité est plus tardive d’un mois ou deux. Il est également aisé de concevoir que , là où il y a une vente réglée et avantageuse de bestiaux gras , la culture des plantes destinées à les engraisser, a une toute autre importance que dans les pays où cette industrie de l’engrais ne peut offrir les mêmes profits. J’ajouterai que , dans l’enceinte du territoire François , il y a une telle variété de climats , de terrain et de culture , qu’il fsudroit en quelque sorte , un traité à part pour chaque département, avec des modifications pour chaque canton. Dans un sujet de cette nature , il faut donc se prescrire certaines limites. On ne sauroit tout dire, mais il faut dire assez pour mettre sur la voie ceux qui veulent réfléchir et connoissent leur art. » La division générale des terrains en terres légères et terres argileuses, est nécessairement très-vague : il y a beaucoup de nuances intermédiaires qui échappent à la description ; et dans les terrains qualifiés de terres fortes, pe- 5i4 MÉMOIRE SUR santés ou argileuses, comme dans les terrain.» qu’on appelle légers , sablonneux, graveleux, il y a des varie'te's sans nombre. Le grain de la terre, sa consistance, la quantité’ de pierres, la natur» de la couche inferieure, la pre'sence des eaux souterraines , la disposition horizontale ou incline'e, la direction de la pente vers l’un des points de l’Orient , doivent apporter des modifications essentielles dans les principes de l’agriculture : j’indiquerai les plus importantes; mais je m’en tiendrai à la grande division en terres le'gères et terres argileuses, pour con- side’rer les assolemens qui leur sont respectivement propres ; et je tâcherai d’e’tablir les distinctions commande'es par le climat -et les circonstances locales. Il faut lire dans l’ouvrage le chapitre des assolemens en terres légères. Comme dans la Biblioth. Britcm. j’ai plus souvent donne des de'veloppemens sur la manière d’assoler les terres légères que sur les assolemens des terres argileuses , il convient de s’arrêter davantage sur le cinquième chapitre , qui fait plus de la moitié' de l’ouvrage. Je reprends le texte. » Jusqu’ici j’ai parle’ de cours des re'coltes qui conviennent aux terres graveleuses, sablonneuses , franches , d’un grain friable , et en gênerai aux terres saines, sèches et d’un labour y Xi E s assoxemens. 54& facile. Je passe maintenant aux terrains argileux, froids, pesans, qui retiennent les eaux , ne se labourent qu’avec plus de difficulté , et demandent, par conséquent, des attelages plus forts. » Il faut reconnoîlre que l’art est ]usqu’ici bien moins perfectionne’, pour tirer un grand parti de ce genre de terrains , qu’il ne l’est pour faire rendre aux terres légères tout ce qu’elles sont susceptibles de donner. Il est douteux qu’il existe , pour les terrains argileux, d’aussi grandes ressources dans la variété' des productions, que celles que l’on a découvertes et appliquées aux terres le'gères. La nature de ces terrains np permet qu’avec plus de difficulté les cultures données aux récoltes pendant leur ve'gétation , cultures qui sont d’un si grand avantage, soit à la récolte , soit à la terre. Les sols argileux ne comportent pas un aussi grand nombre de productions diverses que les sols légers. Le turnep , ce pivot de la belle agriculture de Norfolk , n’y réussit que médiocrement , et cette racine ne peut pas être consommée sur place (j). Le trèfle n’y (t) La marne calcaire produit sur les terres argileuses un amendement qui rend la culture des lurneps plus profitable dans ces terrains, mais jamais, à beaucoup près, autant que dans les terres légères. 5^6 MÉMOIRE SUR a de succès qu’avec des pre'cautions particulières ; et , lorsqu’il réussit, c’est rarement d’une manière aussi complète que dans les terrains légers. Enfin , les terres argileuses ne permettent ni les récoltés dérobées, ni le parc des moutons. » Maigre tous ces desavantages , il existe des ressources tire'es de la variété' des productions , pour augmenter conside'rablement , pour doubler peut-être, le produit des terres argileuses , par comparaison avec la méthode des jachères, et cette partie de l’art est d’autant plus importante à etudier , que l’on a fait infiniment moins de recherches et d’expe’riences sur les assolemens des terres pesantes que sur ceux des terres légères. La seule difficulté' plus grande des travaux aratoires expüqueroit cette diiTe'rence : elle tient aussi à ce qu’il y a beaucoup plus long-lems que l’on a essaye pour la première fois de reformer les jachères dans les terrains légers. » Il faut encore , sur le chapitre des asso- lemens de terres argileuses , avoir recours à Fexpe'rience des Anglois. Us sentent ce qu’il leur reste à acque'rir , et travaillent à remplir le vide qui existe dans cette partie de l’art; mais les leçons que nous trouvons à prendre dans leur pratique, peuvent neanmoins nous être Ï,E 1 * * * V S ASSOEEMENS. 347 d’une très-grande utilité, et nous faciliter des pas nouveaux dans cette carrière intéressante. » Parmi les productions que l’expérience a fait reconnoître propres à être intercalées entre les récoltes de grains blancs , telles que le froment et l’avoine , dans la culture des terres argileuses, les unes comportent et demandent des sarclages pendant leur végétation, les autres couvrent plus ou moins complètement la terre de leur' ombre , et subsistent sans culture , jusqu’au moment où la charrue prépare de nouveau le terrain à recevoir des grains blancs. » Les premières de ces productions sont les fèves ou fêverolles, les pommes de terre , les choux et le colza : les secondes sont les vesces d’hiver ou d’e'té , la chicorée et le trèfle , la luzerne (1), les prés-gazons , etc. Je vais dire (1) Je m’abstiens de parler de la pimprenelle, parce que nous manquons d’un nombre suffisant de faits constatés sur cette plante. On a cependant des exemples très-salisfaisans de sa réussite, soit dans les terres légères, soit dans les terres argileuses. On verra, dans le ]N.° 12 des expériences de Kent, que je citerai ci-après, que la pimprenelle a donné cinq années de suite abondamment, et n’a failli qu’à la sixième année dans une terre argileuse, file a pour les moutons, un avantage que n’a aucune autre plante, au même degré ; c’est d’être verte pendant tout l’hiver. 348 MÉMOIRE S R R quelques mots de celles de ces productions dont je n’ai pas encore parle', avant de les considérer comme faisant partie d’un assolement de terres argileuses. » Je nomme les fèves, ou fêverolles, avant tonte autre plante d’assolemens pour les terres argileuses , parce que c’est celle de toutes qui a le plus d’importance. Il est aujourd’hui bien prouve par l’expe'rience d’Arthur Young , de Marshall, du duc de Grafton, de Mr. Arbuthnot et de beaucoup d’autres cultivateurs pratiques, en Angleterre , que la fêverolle , lorsqu’elle est bouée ou sarcle'e , prépare dans les terres argileuses , une belle récolte de blé , avec autant de certitude qu’un beau trèfle dans une terre légère. Elle paie en outre très-abondamment , par sa propre récolte , les frais qu’elle exige ; et cette production est d’un usage précieux, soit pour remplacer l’avoine , soit pour entrer comme addition au froment dans le pain des ouvriers de campagne , soit pour engraisser les bestiaux ou hiverner les moutons. ■» Il y a une variété' de fêverolles qui se sème en automne, et une autre qui ne se sème qu’au printems. Le port de la plante, la forme et la grosseur des siliques et du fruit, sont extrêmement semblables dans les deux variétés : LES ASSOLEMENS. 54g on observe seulement que la plante hivernëe est ordinairement d’un vert plus fonce' , et d’une végétation plus forte : elle rend un peu plus, à soins égaux; mais il arrive quelquefois, dans les hivers très-rudes, qu’il périt une grande partie des plantes. On diminue ce danger, en semant très-tard en automne , car , moins la plante est avance'e , et moins elle risque des gele'es. Quant aux fêverolles de printems , il faut les semer le plus tôt possible , c’est-à-dire, dans le courant de Février ou Mars , au plus tard. » Comme il est souvent difficile d’entrer dans les terres argileuses au mois de Mars , c’est une raison pour préférer de semer en automne, quand le tems est favorable ; parce que , si les fèves de printems sont semées trop tard , il est rare qu’elles réussissent aussi bien. En Angleterre , où l’hiver est ordinairement doux , et les gelées peu durables , on sème presque toujours les fèves au mois de Février. L’usage de les planter à la main y est extrêmement perfectionné dans certaines provinces , et en particulier dans la vallée de Glocester (l). C’est là qu’il faut étudier les détails et les (î) Voyez les détails donnés ci-devant sur la cultyre de Glocester. 55o MÉMOIRE SUR avantages de celte culture, pour les terres argileuses : on y verra que ces terres argileuses portent des lèves de lems immémorial de deux en deux ans, ou de trois en trois ans , et sans cesser de donner de belles re'coltes. » Dans les provinces où l’on sème les fèves à la volée, ce qui est la méthode la plus usitée, on a reconnu par l’expérience, qu’il convenoit de les semer fort épais. La pratique du semoir convient beaucoup à cette plante pour faciliter les cultures. )) Dans tous les cas, les sarclages, au nombre de deux , sont indispensables pour que les fèves fassent sur le terrain l’effet améliorant que l’on en attend lorsqu’on les sème en préparation du blé , comme aussi pour qu’elles donnent une récolte abondante. Avec le soin des bons sarclages et des engrais , Jes fèves et le blé peuvent se succéder dans les terres argileuses d’une manière indéfinie , comme on le voit dans la province de Kent , et comme le duc de Grafton l’a mis hors de doute par une expérience suivie avec exactitude pendant huit ans. J’en rendrai compte ci-après (1). (x) On objecte à cette agriculture, qui demande beaucoup de sai’clages, que dans divers départemens, surtout dans les cantons où l’on cultive la vigne , les L E S ASJOLEMÎNS. 55 1 )> Nous manquons encore d’un nombre suffisant d’expériences concernant l’effet des pommes de terre sur la récolté céréale qui leur succède ; et jusqu’à-ce qu’on ait fait et enregistre beaucoup d’épreuves comparatives , dans des terrains très-différens, on ne pourra placer eette racine dans les assolemens avec quelque certitude de son influence. Voici l’état actuel des connoissances, d’après les faits , ainsi que les avantages et les incon- véniens de cette plante. » La pomme de terre réussit généralement bien dans les terres neuves , soit pesantes soit légères , qui n’en ont jamais produit ; elle favorise donc les défricliemens. Elle convient, dans les prés rompus , non pas tant à cause de son produit, que je crois moindre, g énér bras manquent pour ces cultures répétées, lorsqu’il s’agit de grands espaces de terrain. Je réponds que les femmes et les enfans peuvent faire la plus grande partie de ces travaux au hoyau, ce qu’ils nepourroient pas faire dans les vignes. Je réponds que si l’on employoit aux sarclages des récoltes intercallaires tous les bras que le système des jachères laisse oisifs ou foiblement occupés, il en. résulteroit bientôt un accroissement des productions de la terre, qui augmenteroit la population, et ne laisseroit plus lieu à l’objection du défaut de bras. Nota. Les méthodes de la culture d’Hofwvl, répondent bie avant et pendant la moisson du blé. 374 MÉMOIRE SUR mens des terres argileuses, il convient d’indiquer, les applications. Je le ferai avec moins de confiance que pour les terrains d’une autre nature. Ici on ne peut pas dire : toute une province , tout un pays, suivent avec un avantage soutenu tel ou tel assolement depuis un siècle : on n’a à présenter que des exemples partiels , et des succès de quelques années. L’influence de l’agriculture des Romains, qui s’c'toit propagée dans toute l’Europe , se soutient encore pour les terrains argileux, sur la plus grande partie du continent. L’Angleterre nous offre presque seule des exemples de tentatives heureuses pour s’affranchir de celte routine. Je dirai d’abord, d’après les principes raisonnés, d’après mes observations et mon expérience , quels sont les cours que je conseille ; et je rassemblerai ensuite ce que je connois de plus instructif en faits, dans la culture de l’Angleterre. Celui qui exploite un grand domaine de terres argileuses ne doit pas viser à assoler tout à la fois ses terrains de manière qu’aucune partie ne demeure en jachère. Il doit commencer par les champs qui sont dans le meilleur état, qui ont été le plus soignés sous le rapport des engrais, et où la terre est la plus nette : les succès qu’il obtiendra dans ces pièces privilégiées lui faciliteront les assolemens pour tout le reste de sa ferme. I-ES ASSOLE MENS. 376 Pour peu que la terre soit foible èn fourrages, établir des près doit être le premier objet d’un cultivateur de terres argileuses qui peut faire les avances ne'cessaires. Convertir en près durables une terre dont le seul labourage entraîne de grands frais , c’est déjà faire une économie annuelle bien importante. Cette e'pargne sur les déboursés se trouve encore plus conside’rable lorsque les pièces que l’on met en prés sont éloignées des bâlimens de ferme , puisque , non-seulement on évite sur les labours et les cbariages d’engrais les non-valeurs que les distances multiplient, mais encore, si l’on sait joindre dans la même ferme la culture des bêtes à laine à celle des plantes céréales , on fait récolter sur place , et sans frais , les plantes fourrageuses , et l’on trouve la rente des pièces dans le revenu des trou*- peaux, tout en opérant une amélioration de plus en plus sensible sur les terrains. Dans les positions même où l’on a du fourrage en suffisance , l’augmentation des prés ne peut jamais être à charge à celui qui la fait. Il n’y a point de proverbe agricole d’un plus grand sens que celui qui dit : qui a du foin a du j)ain. Il n’y a jamais trop de fourrage dans un domaine : et la consommation qu’on en lait sur le fonds, au profit des terres arables, MÉMOIRE SUR 576 paie toujours magnifiquement l’agriculteur de ses avances. Je dis donc que la mesure préparatoire pour l’introduction des bons assolemens dans un domaine argileux , devroit être de transformer en prês-gazons, les cîiamps les plus éloignés des bâtimens de ferme, et de destiner tout ou partie de ces nouveaux près, à nourrir et engraisser des troupeaux , par le pâturage. C’est un grand point de tranquillité , pour le cultivateur d’un domaine de terres glaises , que d’av.oir resserré son exploitation sur les pièces les plus voisines des bâtimens , d’avoir acquis l’avantage d’exploiter avec aisance, de faire les ouvrages en tems convenable de fumer abondamment ce qui doit l’être, d’être, en un mot, plus fort que sa ferme: sur vingt fermiers de terres glaises , il y en a dix-neuf qui sont plus foibles que le domaine qu’ils exploitent. Le choix d’un assolement peut dépendre , jusqu’à un certain point , des localite's , mais sur-tout il doit dépendre de la qualité productive des terres glaises dont il s’agit. Il y a des glaises stériles , des glaises fécondes , et d’autres qui tiennent le milieu entre ces deux extrêmes. La disposition plane ou inclinée des champs, la nature, de la couche i»fé-~ Ij e s assoeemens. 677 rieure, la présence des eaux souterraines, l'alliage plus ou moins grand de la terre calcaire, ou du sable, ou de la marne, la te’nacitd plus ou moins forte de ces terrains, la promptitude plus ou moins grande avec laquelle ils se durcissent au soleil après les labours, le climat sous lequel ils sont siluéà , apportent des différences sensibles dans les résultats des mêmes procédés , et doivent faire varier les méthodes d'assolement. Je dirai, en généra] , que le blé et l'avoine sont les deux grains blancs qui conviennent à ces terres. J’en exclus l’orge qui n’y donne guères que des récoltes médiocres. Il y a , parmi les blés, des variétés qui réussissent habituellement mieux dans des terrains et sous un climat donnés : c’est au cultivateur à choisir avec jugement ; mais il faut qu’il ait égard à la facilité soit de la vente , soit de l’emploi de sa graine , autant qu’à la quantité du produit: c’est par cette raison que les blés, qu’on peut appeler de fantaisie , tels que les blés de Sicile, de Sibérie, et d’autres blés ou d’automne ou de printems dont la vente n’est pas très- prompte et très-sfirc , ne peuvent être que difficilement admis dans une culture en grand, lors même que leur succès est probable, il faut se bornera les cultiver dans de certains champs 578 MÉMOIRE SUR pour lesquels ils paroissent plus particulièrement indiqués. Quand je parle du ble’, je suppose donc celui qui est de l’usage le plus commun et de l’écoulement le plus facile dans le canton dont il s’agit. Peut-être que, généralement parlant, le ble' peut revenir plus souvent sans inconvénient dans les terres argileuses que dans les terres légères. Leur nature les rend plus propres au blé , et la génération des gramen nuisibles n’y est pas aussi prompte que sur les terres légères. Sur celles-ci, il faut la variété des turneps et du trèfle , avec Pengrais énorme qui résulte 6oit de la fumure des turneps ; soit de la consommation sur place , il faut les soins les plus actifs dans la culture de cette plante et du trèfle, pour pouvoir espérer long-tems de belles récoltes de blé , de deux ans en deux ans. Il paroît au contraire , par la belle expérience du duc de Grafton , que je citerai ci- après, que l’alternance du blé et des fêverolles sarclées, avec fumure légère de trois en trois ans, soutient sans diminution la faculté de produire , et la parfaite netteté d’une glaise froide. On peut dire aussi , en général , qu’à préparation également bonne ; une terre argileuse produit plus de blé et d’un blé plus lourd , qu’une terre légère 5 ce qui tend à ré- les a ss a le mens. 5yg tablir l’équilibre des avantages comparatifs des deux genres de terrains.. Après l’etablissement des prés-gazons dans les pièces écartées , j’inviterai le propriétaire d’un domaine argileux, à diriger ses soins vers le dessèchement parfait de ses champs. Il ne doit point hésiter à ouvrir des fossés larges et profonds , et à former des coulisses par-tout où ces opérations sont indispensables , ou seulement utiles, au complet dessèchement. Il doit obtenir de son laboureur des attentions raisonnées sur la meilleure direction à donner aux labours , sur la manière de former les billons ou à dos , et sur tout ce qui tend à débarrasser promptement la terre des eaux pluviales. Il faut se rappeler que dans les terres glaises, tous les frais de labourage , d’engrais, et de culture sont perdus , si l’on ne dessèche et n’égoutte pas complètement les champs. 11 y a dans l’assolement de Mr. Àrbuthnot , dont je rendrai compte ci-après, une excellente leçon à prendre sous le rapport du dessèchement , pour tous ceux qui peuvent faire les avances nécessaires. Dans la manière d’assoler son domaine, le cultivateur aura égard aux facilités de l’écoulement et de la consommation des denrées que son fonds doit produire. En respectant, MÉMOIRE SUR 58 q et avant tout, les convenances du terrain , et les indications du climat , il re'glera la proportion de ses soles sur ses besoins de consommation pour sa famille , ses gens , et ses bestiaux ; sur la vente probable et lucrative de son excedant, de manière que dans Far- rangement de ces cours de récoltés , il ne se trouve jamais surcharge' une fois d’une production dont il manqueroit une autre anne'e. Pour fixer les ide'es, je ferai des suppositions plus précisés. J’admets qu’un quart du domaine soit en pre's durables. A conside’rer le reste comme un entier , je suppose que le fermier en destine annuellement un tiers au ble’, et un sixième à l’avoine : ce sera la moitié des terres arables , occupe'e annuellement par des grains blancs. L’autre moitié' sera partage'e entre 1er fêverolles, les vesces, les pommes de terres, les choux, le colza et le trèfle : la distribution et la proportion de ces diverses re'coltes seront règle’es sur les principes que j’ai indiqués. Le fermier aura soin , en général , que le ble succède aux fèves fume'es et sarcîe'es , ou au trèfle , ou au colza pâture' sur place. Il aura soin que le trèfle ne soit jamais seme’ que dans une terre parfaitement nette , fume'e pour la récolté précédente ; et il semera ce même trèfle plutôt avec l’avoine que sur le blé j car Ti E S ASSOIiEMEXS. 58l si dans les terres légères c’est une meilleure agriculture de semer le trèfle avec l’orge , en terre fraîchement reinnée que de le semer sur le blé qui est depuis cinq mois en terre , on peut le dire à plus forte raison , des terres argileuses qui sont sujettes à se relier et à se durcir , si le primeras est sec , tellement que les racines du trèfle y pénètrent difficilement. Lorsque des convenances décisives engageront le fermier à semer son trèfle sur le blé en végétation , il aura soin de herser avec une herse garnie d’épines immédiatement après , mais j’observe , en passant, que cela ne pouvant se faire que tard dans le printems; à cause de la difficulté d’entrer dans les terres glaises après l’hiver , il en re'sulte l’inconvénient de semer le trèfle tard. Les pommes de terre seront toujours fumées; elles seront plantées quand cela sera possible dans une terre labourée à la bêche , bouées et buttées avec soin , et l’agriculteur préférera de leur faire succéder l’avoine plutôt que le blé. Les vesces d’hiver succéderont au blé et feront consommées en vert , ou coupées pour fourrage avant la maturité. Si l’hiver les tue , on semera, au printems, des vesces sur un seul labour , pour le même usage. Les choux et le colza seront toujours dans I 582 MÉMOIRE SUR. les terres les plus fraîches, et bien fumees. L’avoine suivra les choux , et le ble' suivra le colza qui aura ete p'âture' pendant l’e'te (1). Voici donc la varie’te' des assolemens sur lesquels on peut choisir d’après les principes que je rappelle , et des indications que je donne. y Assoeemens de deux ans. i Fèves fume'es et sarclées deux fois , ( selon que la terre sera en bon état, et selon les ressources de la ferme, on fumera tous les deux ans , ou de quatre en quatre ans , mais toujours les fèves). (1) Lorsque l’on a la facilité de marner les terres argileuses en marne calcaire, on peut y recueillir de très-beaux turneps; et les lecteurs qui ont connoissance de ce fait, pourroient croire que j’ai eu tort d’omettre la culture des turneps pour les terres glaises; mais la difficulté n’est pas de faire croître de beaux turneps dans les terres glaises, c’est de les y consommer. Les turneps chariés n’améliorent pas la terre ; ils sont embarrassaus à conserver en hiver; et les faire manger sur place dans de tels terrains est impossible. Je crois donc plus sage de les exclure totalement des terres qui sont décidément argileuses: dans les nuances intermédiaires ils peuvent être admis avec plus ou moins d’avantage, selon qu’elles se rapprochent plus du caractère des terrains secs et légers. LES ASSOLEMENS. 385 a Blé. Et ainsi alternativement, tant que les récoltes se soutiendront également belles et la terre nette. ✓ Assolemens de trois ans. 1 Fèves fumées. 2 Blé. 3 Trèfle. 1 Fèves fumées. 2 Blé. 3 Vesces pour fourrage. 1 Pommes de terre fumées. 2 Avoine. 3 Trèfle rompu à la bêche pendant l’hiver. 1 Choux fumés. 2 Avoine. 3 Trèfle. 1 Colza fumé et pâturé. 2 Blé. 3 Trèfle. Assolemens de quatre ans. 1 Vesces fumées et coupées en vert. 2 Avoine. 5 Trèfle. 4 Blé. M K M O 1 U. K SUR 584 1 Fèves fumées et sarclées deux fois. 2 Blé. 5 Trèfle. 4 Blé. 1 Pommes de terre fumées. 2 Avoine. 5 Trèfle. 4 Blé. 1 . Pommes de terre sur un labour à la bêche , et fumées. 2 Blé. ^ 5 Trèfle. 4 Blé. 1 Choux fumés. 2 Avoine. 5 Trèfle. 4 Blé. X Colza fumé et pâturé. 2 Blé. 5 Trèfle. 4 Blé. 1 Colza fumé et pâturé. 2 Blé. 5 Fèves fumées. 4 Blé. i X, E S ASSODEMENS. 585 l Fèves. 3 Choux fume’s. 5 Fèves. 4 Blé. Assodemens de cinq ans. 1 Vesces pour fourrage. 2 Pommes de terre fumées. 5 Avoine. 4 Trèfle. 5 Blé. 1 Fèves fumées. 2 Blé 5 Trèfle. 4 Blé. 5 Vesces coupées en vert. 1 Pommes de terre fumées. 2 Avoine. 5 Trèfle. 4 Blé. 5 Vesces pour fourrage. 1 Pommes de terre sur un labour à la bêche, et fumées. 2 Blé. 3 Trèfle. 4 Blé. 5 Vesces pour fourrage. Tome 5. Bb 586 MÉMOIRE SUR 1 Choux fumés. 2 Avoine. 5 Trèfle. 4 Blé. 5 Vesces pour fourrage. 1 Colza fumé et pâturé. 2 Blé. 3 Trèfle. 4 Blé. 5 Vesces pour fourrage. 1 Colza fumé et pâturé. 2 Blé. 3 Fèves fumées. 4 Blé. 5 Vesces pour fourrage. 1 Fèves. 2 Choux fumés. 3 Fèves. 4 Blé. 5 Vesces pour fourrage. Assolemens de six ans. 1 Fèves fumées. 2 Blé. 3 Pommes de terre fumées. 4 Avoine. 5 Trèfle. 6 Blé. I. E S A S S O L ï >1 E N S. 587 l Pommes de terre labourées à la bêche et fumées. 3 Blé. 3 Fèves. 4 Blé. 5 Fèves fumées. 6 Blé. 1 Choux fumés. 2 Avoine. 5 Trèfle 4 Blé. 5 Fèves fumées. 6 Blé. x Colza fumé et pâturé. 2 Blé. ' 3 Fèves. 4 Blé. 5 Pommes de terre fumées. 6 Avoine, \ Les pièces qui ont été mises en prés-gazons, peuvent rester telles jusqu’à-ce que les convenances du domaine , ou une altération sensible dans la quantité d’herbe qu’elles produisent , avertissent que c’est le moment de les rompre. Il importe alors d’adopter un assolement qui prolonge, le plus long-tems qu’il est 588 M È M O I R E SUR possible, l’influence fécondé du gazon de- composé. Les expériences d’Arthur Young sur les assolemens, donnent sur ce point des leçons de la plus grande importance. Elles nous apprennent que les fèves ont, à un degré éminent, la faculté de conserver et de renouveler l’influence fertilisante du gazon pourri; et ces expériences nous démontrent en même tems que les pommes de terre ne conviennent pas dans un terrain froid qui étoit en pré auparavant. Enfin, les faits qui résultent du travail d’Arthur Young nous apprennent que , dans les prés rompus , tant que le gazon n’est pas entièrement consumé , l’avoine donne plus de profit que le blé. Yoici donc le genre d’assolement que je conseillerois dans les pièces qui auroient été quelques années en prés-gazons , et pâturés : 1 Fèves. 2 Avoine. 3 Fèves. 4 Avoine. 5 Fèves. 6 Blé. Pour rentrer ensuite dans un des assolemens indiqués ci-dessus , et introduire une récolte fumée de trois en trois ans , ou de quatre en quatre ans, afin de remplacer l’effet x, E S ASSOLE MENS. 58g fertilisant du gaz.011 , lequel effet , lorsque le pre n’a dure que cinq à six ans , ne peut pas demeurer sensible plus de six années , et a même besoin d’être renouvelé par les fèves. On observera que, dans la variété des asso- lemens que je propose , je respecte rigoureusement les principes dont l’expericnce a consacre l’utilité. Ainsi, pour assurer autant qu’il est possible la réussite du trèfle , je le sème toujours sur une terre qui a été fumée , et parfaitement nutoyée de mauvaises herbes l’année précédente , ou , pour dire comme les Anglois , après une récolte-jachère. Dans les cours qui rendent la chose possible, je le sème de préférence avec l’avoine. Toutes les fois que les fèves entrent dans l’assolement, je leur fais succéder le blé. Il n’y a que deux exceptions, et je les ai prises dans les belles expériences d’Arth ir A^oung , dont je rendrai compte ci-après : l’une est de mettre des choux fumés après des fèves , pour revenir aux fèves, puis au blé : l’autre, c’est de mettre l’avoine après les fèves. Dans le premier cas, j’ai supposé que la terre , malgré les fèves et leurs sarclages , se souilloit d’herbe par l’effet d’une saison pluvieuse : dans ces cas-là , les choux , puis les fèves encore avant le blé, sont le moyen le plus profitable de nettoyer le 390 MÉMOIRE SUR champ : cela vaut mieux qu’une jachère complète, à laquelle d’ailleurs, on peut toujours venir. La seconde exception a pour but d’employer, le mieux possible, la force végétative que donne le gazon pourri dans un pré rompu : l’avoine profite mieux de cette force végétative que le blé : les expériences d’Arthur Young le prouvent encore. A ces deux exceptions près, qui naturellement doivent être rares sur le domaine , je suppose toujours que les fôverolles seront suivies du blé , parce que , pour les terres glaises , elles sont la récolte améliorante par excellence. Je ne mets jamais le blé après les pommes de terre , que celles-ci n’aient été plantées sur un labour à la bêche , ce qui réduit l’application de cet assolement à des pièces peu considérables. Dans la culture en grand , je préfère de faire toujours succéder l’avoine aux pommes de terre. Toutes les fois que le trèfle revient , il est remplacé par le blé. En suivant les règles indiquées , on aura lieu d’espérer de beaux trèfles , et le blé réussira par conséquent. Cet ordre de succession a encore ceci de particulièrement avantageux , que s’il survient des tems pluvieux , à l’approche des semailles du I, E S A S S O L E M -E N S. Ot)! Me, et que les charrues se trouvent arrêtées dans les terrains qui ont porte' des fèves , elles peuvent travailler à rompre les trèfles. La consistance que le trèfle donne à la surface du terrain , fait que les animaux de labour n’y enfoncent pas ; et les trèfles ne se rompent jamais mieux qu’après les pluies. Une fois qu’on s’est bien pe’ne’tre' des principes sur lesquels les assolemens des terres argileuses doivent être fondes , on peut varier infiniment les applications, sans risquer de s’e'garer. Mais le cultivateur habile doit observer avec soin les effets des assolemens adopte's , sur la fertilité et la propreté' du terrain. Tous les champs d’une ferme , en les supposant 'du même genre de terres , ne se ressemblent pas. A soins égaux, l’un demeurera net et fécond: l’autre se souillera de mauvaises herbes, et paroîtra s’épuiser. Il ne faut qu’une année extrêmement pluvieuse , où les sarclages auront été difficiles et peu efficaces, pour qu’un champ demeure empoisonné de mauvaises plantes. Dans ces cas-là , il ne faut pas hésiter à donner une jachère complète , pour rentrer ensuite dans l’un des assolemens prescrits. C’est une bonne économie alors que de sacrifier les frais de labours , et une année de récolte, pour assurer la netteté et la fécondité 5c}2 mémoire s u r de sa terre, pendant une longue suite d’années. Il y a quelques productions qui sont d’une convenance locale ou d’une consommation facile et commode pour le fermier , et dont je n’ai point parle', quoique je ne les exclue pas de ce genre de terrain : tels sont le chanvre et le lin , les carottes , les raves , la racine de disette, etc. Le chanvre et le lin peuvent entrer dans les assolemens des glaises fécondés; mais dans les glaises me'diocres ou stériles , je ne crois pas ces productions profitables. Les terrains qui leur conviennent par-dessus tout, ce sont les luts gras, les terreaux fertiles, les sols d’alluvions ; et dans ces terrains-là, les raves peuvent succéder avec avantage, dans la même année , ce qui n’est pas possible dans les glaises froides. Généralement parlant, je ne pense pas que, pour des assolemens en grand , sur les terres argileuses, le chanvre et le tin conviennent. Quant aux terres où ils rendent de grands produits , elles ne sont pas difficiles à assoler; ce sont les plus fertiles de la France. (Le Mémoire donne une suite de faits relatifs aux assolemens des terres argileuses : il y en a dont les résultats sont frappans. On voit en particulier , la succession des récolter obtenues,pendant neuf ans , sur 55i acres de terres argileuses , sans aucune jachère , et L 13 S A S S O E E M E N S. 5g5 sans que les grains blancs revinssent jamais deux anne’es de suite. Nous, allons terminer cet extrait par le "VI.™ 6 Chapitre , qui traite des moyens d’introduire en France de bons assolemens. ) Quelqu’un a dit que la marche de l’imitation des pratiques utiles en agriculture, pouvoit être estimée, par un calcul moyen, à environ une lieue dans dix ans : c’est-à-dirc , que l’usage d’un instrument d’agriculture , supé- rieur à tout autre , dans le même genre, se propageroil probablement, dans le cours d’un siècle, sur un pays dont l’étendue seroit égale à l’aire d’un cercle qui auroit un rayon de dix lieues. Cette supposition n’est peut-être pas éloignée de la vérité. Il faut remarquer qu’on a essayé ce calcul d’après divers exemples de la manière dont les objets matériels employés dans l’agriculture ont été imités. Or ces objets matériels comme des instrumens , par exemple , provoquent l’imitation tout autrement qu’un système abstrait , dont l’ensemble ne peut être saisi sans connoissances préliminaires et sans attention j dont les résultats ne peuvent être démontrés qu’à la longue , et dont l’application pratique doit nécessairement blesser tous les préjugés de la routine. Si do^c il faut compter par SUR 5g4 m i m o i r e siècles , lorsqu’on abandonne à la seule évi- dence de l’utilité , la diffusion d’une pratique simple, o~u l’usage d’un instrument agricole, il faudra compter par milliers d’années , lorsqu’il s’agira d’estimer dans l’avenir l’adoption graduelle des meilleurs assolemens pour un vaste pays. Ce raisonnement est confirmé par les faits. Nous voyons, dans certaines parties du territoire François, de très-bonnes pratiques d’assolement qui y subsistent de tems immémorial, sans qu’on se soit avisé de les imiter ailleurs. Le département du Nord et celui du pas de Calais , ( l’ancienne Flandre Françoise et l'Artois ) , ainsi que les déparlcmens de la Dyle , de l’Escaut , etc. ( l’ancienne Flandre Autrichienne), sont en possession d’assolemens excellens, qu’on a crus applicables seulement au sol privilégié de ces contrées. Les dépar- temens du Haut et du Bas-Rhin , ( l’ancienne Alsace), sont également remarquables par des assolemens qui ont banni les jachères. Enfin , les départémens de la Haute-Garonne et du Lot, sont encore soumis à une excellente culture , qui ne laisse aucun repos à la terre. Dans ces divers pays , la culture, relativement aux rotations de récoltes , existe depuis des siècles telle qu’elle est aujourd’hui , ou LUS A S S O E E M E N S. 5gS à peu'près, et l'imitation de ces systèmes d’assolemens ne s’est point propage'e. Ce n’est pas que des terres tout aussi fertiles , parfaitement analogues , susceptibles de la même culture par le climat , ne se trouvent dans d’autres parties de la France. Les de’partemens de l’Aisne, de la Somme , de l’Oise, de Seine et Oise , de l’Eure , du Calvados , de l’Orne , de la Seine-inférieure , de Seine et Marne , et beaucoup d’autres cantons dans divers dé- partemens encore , contiennent des terres qui Je disputent en fécondité à celles des dépar- temens du Rhin , et qui ne le cèdent peut- être pas à celles du département du Nord. Cependant nous voyons la jachère régner tristement sur ces terrains fertiles tandis que les sables naturellement stériles de Norfolk , fécondés par l’imitation des assolemens de la Flandre , donnent tous les ans de belles récoltes. L’Angleterre elle-même offre sur ce point de singuliers contrastes d’industrie et de langueur, d’instruction et d’ignorance. L’exemple de ce pays-là est plus frappant à cet égard , et plus instructif peut-être , que celui de la Fra nce , parce qu’en comparant la lenteur du progrès des lumières , avec les moyens très- actifs , employés depuis quelques années pour 5g6 MÉMOIRE SUR. les re'pandre , on apprend à calculer les difficultés et à inode'rer ses espe'rances. Le Bureau d’Agriculture a fait faire par ses commissaires, Une reconnoissance détaillée des provinces , sous le point de vue agricole. Il a résulté de ce travail, des objets de comparaison assez piquans relativement aux assolemens. On a vu, par exemple , que dans celte île dont on vante l’agriculture (et avec raison , si l’on juge comparativement) dans cette île où les socie'te's agricoles sont fort multipliées , qui a des institutions diverses j dirige'es vers le même but 5 qui renferme un nombre très-considérable d’hommes instruits dans cet art , et praticiens habiles ; où enfin la circulation des connoissances relatives à l’agriculture, est plus active qu’elle ne l’est peut-être nulle part ailleurs , il existe aujourd’hui des assolemens aussi barbares qu’ils l’e'toient probablement tous , il y a dix siècles. Dans le Tf^est-More- Land , on sème de l’avoine d’abord, puis de l’orge , puis trois ans de l’avoine, puis de l’orge, puis de l’avoine encore 5 après quoi on abandonne la terre à elle-même pendant quelques années. En Cumberland, on sème aussi pendant neuf à douze ans , des grains blancs sans interruption , puis on laisse, comme l’on dit dans le canton, reposer la terre pendant t lï S ASSOEEMENS. O97 sîpt ou huit ans. Dans le Carmarthen , on sème de l’orge et de l’avoine jusqu’à-ce que le sol ne donne plus rien , et soit devenu un mauvais pâturage. Dans le Cardigan enfin , l’on préparé, par une jachère , huit récoltes successives de grains blancs. Je ne parle pas du grand nombre de provinces et de cantons , où l’usage des jachères est encore suivi ; mais dans d’autres , où il est abandonné , l’on trouve des bizarreries inexplicables dans les systèmes d’assolement. En Somerset , on cultive les fèves dans les terres argileuses , et on leur fait succéder la jachère, puis à celle-ci du blé et deux récoltes d’avoine. Dans la même province , on sème sur les terres graveleuses , trois fois de suite du blé , puis de l’orge et du trèfle. Dans le ïlerefordshire, on voit une jachère complète succéder aux turneps. Le blé y suit la jachère, et est remplacé par l’orge avec du trèfle. Ces faits suffisent pour montrer dans quelle ignorance absolue certaines parties de l’Angleterre sont encore sur les vrais principes des assolemens , principes dont l’exemple de certaines provinces prêche néanmoins si hautement , et depuis si long-tems, l’importance. Si tels sont les effets de l’ignorance et de la routine , dans le pays de l’Europe qui ras- 5g8 MÉMOIRE SUR semble le plus de connoissances et de bonnes pratiques agricoles , à quoi devons-nous nous attendre en France ? Assurément il est impossible de nier que l’objet qui nous occupe soit d’une grande importance pour la prospérité d’un état. Une économie de culture qui double les productions d’un pays , augmente aussi dans une grande proportion sa richesse , son commerce, sa population et tous ses moyens de force : cela n’a pas besoin d’être prouve. Mais ce qui n’est guère moins certain , c’est que le perfectionnement du système des rotations de culture en France, ne cheminera point, ou ne fera qu’un pas dans chaque siècle, s’il est abandonne à l’e'videnee seule de son utilité. Ce qui fait qu’on demeure froid aux idées nouvelles , alors même que l’utilité en est démontrée à l’entendement, ce n’est pas tant peut-être l’indifférence sur les résultats , qufe la défiance sur l’efficace de6 moyens qui doivent les produire. De vrais amis de l’humanité, des citoyens dévoués au bien de leur pays , mais détrompés sur des espérances qui les avoient charmés , semblent indiffe'rens , parce qu’ils doutent , parce qu’ils calculent les difficultés , parce que les obstacles de détail qui s’accumulent toujours devant les entreprises ii E S ASSOLE MENS. 5yg miles , effraient leur imagination , et leur font ranger toute idée nouvelle parmi les rêves des philantropes. Plus les résultats d’un système sont brillans , plus il importe donc d’éclairer les penseurs sur les véritables difficultés de l’application ; car les esprits sages sont lents à croire , et ils s’attachent avant tout à discerner nettement les caractères qui distinguent une. idée solide d’une séduisante chimère. Il ne s’agit ici que des moyens de propager la doctrine des bons assolemens : car il ne sauroit y avoir deux opinions quant au fond de la chose, c’est-à-dire , son importance réelle. On croira peut-être qu’il suffiroit, pour mettre en mouvement une sorte de révolution dans les parties de la France où la jachère est pratiquée , de publier de bons ouvrages , de multiplier les mémoires , de faire circuler des instructions, et de prêcher les cultivateurs au nom de leur intérêt. J’observerai à cet égard , que notre agriculture est entre les mains de deux classes d’hommes : les uns ont de la théorie sans usage , les autres de la pratique sans lumières. Ceux-ci ne lisent point, et ceux- là lisent sans fruit. Ils auroient besoin de s’en- tr’aider , et ils se contrarient. Les gens de la ville transplantés aux champs , s’y rendent bientôt ridicules par l’ignorance des détails ,• 4oo M É M O t R r. SUR et les cultivateurs de métier, depuis lefermier, jusqu’à l’ouvrier de terre , méprisent toute instruction théorique de celui qui n’a pas pratique. Les meilleurs livres sur l’agriculture ne donnent guères aux gens qui les appre'cient et en font leur e'tude , que des velléités ruineuses , ou des regrets sur ce qu’ils ne peuvent faire. L’exception est très-rare : elle se trouve chez l’agriculteur qui a un esprit juste et éclaire, une volonté forte et persévérante , la connois- sance et le goût des détails , l’art de ménager les préventions et d’employer les hommes. Celui-là lit avec fruit, met en usage les pratiques utiles , est imité de ses voisins , après en avoir été moqué, et devient un centre de lumières , duquel procèdent , mais avec une influence de plus en plus foible , les améliorations dont il a donné l’exemple. Lorsqu’il s’agit d’une vaste contrée , qu’est- ce que l’influence de moyens si limités ? Les hommes capables de réformer parleur exemple sont disséminés en petit nombre : ces points lumineux , épars dans un espace immense , ne suffisent point à éclairer l’horizon. D’ailleurs, il faut se rappelèr que la bonne théorie des assolemens est un objet compliqué , qui demande une attention suivie, une étude particulière. Leur pratique exige de la constance, puisque 1 ÏS ASSOEEMENS. 4oi puisque les applications n’offrent de résultats probans qu’au bout de plusieurs anne'es. Que de raisons pour en détourner les hommes légers ! que de chances de voir interrompre les cours d’expériences avant que le résultat ait pu s’obtenir et l’exemple se propager ! D’autres circonstances encore qui sont particulières à la France ou à notre tems , se réunissent pour entraver la marche d’une amélioration si importante. Le caractère national y est déjà à mes yeux , un obstacle très-grand. Les François conçoivent, inventent , entreprennent aisément; mais ils se lassent de même : leur activité cherche des effets prompts , des résultats qui puissent marquer avant qu’elle s’évapore. Les combinaisons lentes , les dispositions méthodiques qui doivent amener à longs jours , des effets utiles , ne sont généralement pas faites pour nous. L’existence politique des François- depuis dix ans, a confirmé leur penchant à l’imprévoyance ( 1 ). Les secousses de la révolution, le bouleversement des fortunes, et les atteintes portées à la propriété , nous ont accoutumés à compter pour peu l’avenir. Cet esprit a sur (i) Ceci a été écrit en i3oi. Tome 3. Ce 4o*2 MEMOIRE SUR notre système general d’agriculture , une influence qui est sensible pour l’observateur attentif. L’avidité de jouissances et l’incertitude de possession qui ont porté les acquéreurs de biens nationaux à détruire les forets , à convertir les prairies en terres à blé , ont eu aussi leur effet sur les autres propriétaires , et principalement sur les fermiers. Chacun considérant l’année qui s’écouloit comme l’objet presque unique de ses travaux , les a modifiés d’après cette opinion ; et l’agriculture Françoise , qui n’a jamais été suffisamment prévoyante , l’est moins encore aujourd’hui. Enfin, l’on peut conjecturer que lorsque la paix aura rendu à l’industrie commerciale sou essor naturel, les capitaux de la nation ne se trouvant point d’abord en proportion avec les moyens multipliés de leur emploi , le taux élevé de l’intérêt attirant sans cesse l’argent dans le commerce , l’agriculture sera privée d’une grande partie du capital qui seroit nécessaire à sa prospérité , et qu’au Heu de fleurir , comme on voudroit l’espérer , elle languira faute d’encouragemens. Toutes ces considérations tendent à montrer de quelle importance seroit pour la propagation des connoissanccs théoriques et pratiques sur les successions de récoltes, l’intervention du LES A S SOLE MENS. 4o5 gouvernement, et son appui. Mais quand je parle d’intervention , je n’entends pas des publications de me'moires ou de bons livres : j’ai déjà dit combien leur effet seroit borne. J’entends que le gouvernement Fît ce que lui seul peut faire , qu’il mît à portée des cultivateurs les faits qui parlent aux yeux et déterminent la conviction. L’ide'e de l’établissement de diverses fermes de modèle situées dans divers de'partemens , sur des terrains et sous des climats de nature differente , devroit peut-être se rattacher à un projet plus vaste, qui embrasseroil l’instruction de la classe des cultivateurs. Sans doute que pour préparer efficacement les voies à la pratique de la bonne agriculture, il conviendroit, avant tout, de répandre les germes de cette instruction élémentaire dont le peuple des campagnes est depuis si long-tems privé , et cjui seule peut amener , à la longue , chez les hommes dévoués à l’habitude et aux préjugés, la faculté de raisonnement qui ouvre l’accès aux vérités utiles. Je ne veux point sortir des limites que la nature du sujet proposé me défend de passer. Je me borne à appeler par mes vœux ces institutions bienfaisantes , qui seront destinées a répandre les^ lumières chez la classe inté- 4o4 MÉMOIRE SUR ressante des cultivateurs ; mais je crois rester dans la question , je crois servir les intentions patriotiques de la Société' qui encourage nos travaux , en indiquant, par quelques traits, de quelle manière on pourvoit répandre la connoissance des bons assolemens en France, et propager l’imitation des meilleures pratiques, selon les terrains et les climats. Je suppose comme indispensable au succès, l’e'tablissement d’une ferme suffisamment vaste, située dans le voisinage de Paris, exclusivement desline'e à donner l’exemple des meilleurs assolemens; et dont les travaux seroient en rapport avec d’autres fermes placées , pour le même objet , dans les déparlemens. Il seroit à désirer que la ferme centrale pût réunir les deux extrêmes de l’échelle des qualités diverses dans les terrains ; la glaise tenace, et la terre sablonneuse. Mais on ne peut guères l’espérer. Le local qui , en offrant d’ailleurs les autres avantages que l’on doit rechercher, présenleroit la plus grande variété possible dans la nature des terres, seroit le plus uti-- lement applicable à l’objet. Je pense que cette ferme centrale , et toutes les autres qui en dépendroient, devroient être uniquement destinées , non à des recherches expérimentales , qui ont été faites ailleurs et LES A S S O L E M E N S. 4o5 qui fcroient perdre les années , mais à l’application sévère des principes qui résultent des pratiques éprouvées. Ces e'tablisscmens e'tant institues pour donner des exemples à suivre, il seroit d’une extrême importance d’y éviter les expériences négatives , ces expériences desquelles les ignorans argumentent toujours contre les systèmes dont ils sont incapables de saisir l’ensemble. Il faudroit que les successions de récoltes fussent préordonnées sur un plan qui ôtât aux hasards de l’agriculture tout ce qu’on peut leur ôter. L’état des con- noissances nous permet aujourd’hui d’établir dans tous les terrains quelconques , des asso- lcmens, qui donnent la certitude morale d’une bonne récolte chaque année, sauf les contrariétés des saisons dont l'effet est général sur tout un pays. Il imporleroit de déterminer les emplace- mens des fermes départementales, de manière à rendre l’exemple aussi utile qu’il seroit possible. La distribution d’un certain nombre de fermes dans les diverses parties de la France, sur le seul principe de les espacer également, rempliroit mal l’objet. Le but ne seroit atteint non plus que d’une manière imparfaite , si dans le choix des emplacemens , on n’avoit égard qu’à la qualité des terrains et à l’action / 4o6 M É MOIRE S U R du climat : il faudroil encore que ces foyers d’instruction pratique et d’exemple fussent à portée des villes populeuses , parce que là oit il y a plus de lumières et d’aisance, il y a aussi plus de gens prêts à imiter ce qui est bon ; et qu’un système de culture dont les avantages seroient aussi palpables , enlraîneroit d’abord beaucoup d’imitateurs parmi les gens éclairés, puis successivement parmi ceux qui ne cèdent qu’à l’évidence de leur interet. U est inutile d’observer que les systèmes d’assolemens devroient être calcules sur les données locales du pays , en même tems que sur les principes généraux , afin que chaque ferme , dans l’atmosphère de son influence , contribuât à l’introduction de l’espèce de culture dont il résulteroit le plus grand bien pour le pays. Mais ce qui seroit essentiel au succès , ou hâteroit du moins infiniment les bons effets d’une telle institution agricole, ce seroit l’unité de ses travaux, et leur publication annuelle. Je pense qu’il devroit exister entre l’établissement central et les fermes départementales une parfaite correspondance de vues et d’efforts; et comme il n’y a point d’unité sans subordination , je suppose que les instructions , le mouvement général, devroient émaner de la LES A S S O L E M E N S. 4c>7 ferme centrale , et que tous les faits con- vergeroient ensuite vers ce foyer , y seroient rédigés avec ordre , et re'pandus tous les ans, pourl’instruction des agriculteurs delà France. Je croirois encore utile à la réussite d’un tel plan, que l’objet en fût exclusivement borne aux assolemens. Non pas que bien d’autres details inte'ressans ne re'clament l’attention d’un gouvernement protecteur de l’agriculture; mais parce que l’objet des assolemens est d’une telle importance qu’il me'rite d’absorber l’attention et les soins de ceux qui seroient chargés d’y présider. II y a une autre raison d’exclure lout-à-fait ce qui ne seroit pas relatif à l’objet principal, c’est qu’il ne faut pas que ces fermes deviennent onéreuses à l’état , comme cela arriveroit inévitablement si on se jeloit dans les expériences. L’objection de la grande dépense qu’oo- casionneroit au gouvernement une institution sur un si vaste plan , s’offre d’abord à l’esprit et cependant elle n’a pas de force ; car ces fermes , même médiocrement régies , (comme il faudroit s’y attendre pour n’avoir pas à décompter) ne coûteroient rien à l’état. 11 seroit difficile , sans doute , de trouver des régisseurs à la fois intelligens, actifs, soigneux, et probes : c’est là le point qui peut le mieux, je pense , 4o8 M :É M CIRE S U II justifier les doutes sur la réussite d’un tel projet. Mais il faut cependant considérer qu’en destinant le revenu de ces fermes aux émolumens des régisseurs , on pourroit avoir beaucoup de choix parmi des hommes capables. Ce seroit, pour bien des cultivateurs instruits et attache's à leur art, une existence très-attrayante. Les hommes susceptibles de quelqu’ardeur pour le bien , saisiroient avec force la certitude d’influer d’une manière aussi intéressante sur la prospérité de leur pays; et l’espoir de mériter la reconnoissance de leurs concitoyens por- leroit, je le crois , des individus distingués à rechercher ces places. Je soumets cette idée à la discussion de la Société qui a proposé le prix. Si ce projet n’est point une conception chimérique ; s’il est susceptible d’être mûri, développé, et de recevoir une application utile, c’est des hommes qui composent la Société d’Agriculture du département de la Seine que l’on peut raisonnablement attendre ce bienfait. Us sont placés au centre des lumières. Us peuvent rassembler tous les faits , s’aider de toutes les observations, apprécier tous les obstacles; et ils ont enfin , pour entraîner la conviction du ministre , tous les moyens que leur assurent la masse imposante de leurs talens , et le sou- 1 E S ASSOLE MENS. iog venir des services désintéresses qu’ils ontrendus à leur pays (l). Lettre adressée au lord Carrington, Président du Département d’Agriculture, par le colonel Fullarton M. P. F. R. S., auteur du Rapport agricole sur le Comté d’A .yr (2). (t Ï-JE message envoyé' par la chambre des pairs au département d’agriculture, concernant la meilleure manière de convertir les prés en champs, puis de remettre les champs en prés , avec amélioration ou du moins sans épuisement du terrain , a mis en mouvement la plume de tous les agronomes de l’Angleterre. Le colonel Fullarton se plaint que le tems ait été trop court pour rassembler toutes les informations nécessaires , et cependant il n’est pas parvenu au département d’agriculture moins de trois (1) Je renvoie le lecteur, pour les développemens, a la préface de cet ouvrage. Il verra combien l’exemple de la culture d’Hofwyl est favorable à l’idée de l’établissement des fermes de modèle. (2) Cette critique de la Lettre du Colonel Fullarto» «st extraite dît Farmer’s Magazine, 4io PRES EN C H A M P S, cent trente-quatre mémoires sur celle question. Cet empressement à s’occuper de ce sujet montre qu’on croit généralement parmi les agriculteurs qu’il y a quelque chose à changer dans notre système agricole, et qu’il convient d’augmenter les champs aux dépens des pâturages. )) Celte question est certainement d’une importance extrême : tous les principes qui ont rapport à la meilleure conduite des terres s’y trouvent lie's ; et, sous ce point de vue, le sujet est d’un inle'rêt national. L’expérience a mis hors de doute que le système des pâturages a occasionne 'une perte considérable dans les productions de l’Angleterre ; étions les efforts que l’on fait pour accroître les produits du sol en introduisant des cours de récoltes bien calculés, tendent directement au bien public. » H y a long-tems que l’on sent le défaut d’habileté des cultivateurs sur la meilleure manière de tirer parti d’un pré rompu ; et il n’est pas difficile d’assigner la principale cause de cette ignorance. Il n’y a qu’un nombre relativement très-petits de fermiers qui soient dans le cas de cette agriculture, et ceux qui ont une fois l’occasion de ménager un pâturage ou pré rompu , l’ont rarement deux fois, en sorte que l’expérience acquise par la première opération est perdue. Quand nous parlons de vieux prés, CHAMPS EN PR É S. 4ll il ne s’agit pas des terrés qui ont été' en prairies artificielles ou en prés gazons quelques années feulement, nous entendons les pâturages qui ont été au moins vingt ans, et peut-être plusieurs siècles sans être rompus. )> Si les avantages de la conversion des vieux prés en terres labourables sont manifestes lorsque la culture est bonne et les assolemèns bien calculés, c’est dans ce cas là seulement; et l’art de conduire convenablement la culture des terres, après qu’on a rompu de vieux prés, demanderoil une instruction détaillée à l’usace O des fermiers et des propriétaires. Les difficultés d’une économie convenable des terrains dans cc cas sont surtout grandes lorsqu’il s’agit de terres argileuses. i) On trouve d’abord dans la lettre du colonel Fullarton une discussion ebimique , pour établir les propriétés des terres argileuses , et pour distinguer ce que le chimiste appelle argile, de ce que le fermier nomme glaise. L’auteur recommande ensuite, et avec raison, de se délaire des eaux croupissantes, o.u de source ou de pluie : il montre l’avantage de dessécher parfaitement de tels terrains. Il condamne l’é- cobuage comme détruisant les substances animales et végétales que les siècles ont accumulées. Il recommande de répandre quatre cents 412 P U É S E N. C H A M P S, bols de chaux éteinte, par acre, avant de rompre le vieux pré. II observe ensuite qu’un labour à cinq pouces de profond , en flûtes r ou sillons très-étroits, est la meilleure préparation d’un sol argileux. II recommande enfin pour cours de récoltes; i.° l’avoine, ou le blé; 2.'’Jes pommes de terre, les choux ou les fèves; 5." le blé ; 4.° l’orge avec des graines de pré- gazon. « Cet assolement mérite quelques observations. » S’il y a quelque chose de prouve en agriculture , c’est que pour mûrir les terrains qui ont été pendant une longue suite d’années abandonne's à eux-mêmes , il faut donner des labours répétés pendant la saison chaude de l’année , afin de décomposer et cuire le gazon et les racines. Ceux qui veulent exclure tout- à-fait, et pour tous les cas , la jachère d’été , raisonnent d’après des données fausses ou incomplètes. Si le sol est fiiable, léger, et se détache aisément des racines de l’herbe , une jachère d’e'té n’est pas nécessaire ; mais dans tous les terrains dont le colonel parle , c’est-à- dire les terres froides, mouilleuses et trop lourdes pour y cultiver les turneps, nous affirmons que c’est une mauvaise agriculture que de ne pas donner une jachère d’été à la deuxième année. CHAMPS EN PRÉS. 4l5 » Le colonel a un système tout oppose' : il est pour que l’on fasse une re'colte chaque année, et il n’observe pas que les racines des près rendent la culture impraticable, jusqu’à ce qu’elles soient tout-à-fait détruites. Ces terrains ne sont pas propres , non plus, aux pommes de terre, aux turneps , aux choux' et aux carottes , jusqu’à ce que les racines du prc et débris du gazon soient complètement décomposés. Les fèves ne sont très-belles que dans les terrains déjà nettoyés ; et enfin, après la rotation proposée par M. F. le terrain seroît .peu propre à recevoir un pré artificiel, car les plantes de l’ancien pré ne seroient pas détruites (1). « Nous approuvons ce qu’il dit sur la nécessité de dessécher parfaitement le terrain que l’on veut rompre 5 sans cette précaution , toutes (i) Les journalistesquîcritiquentM. r F. nous paroissent exagérer les inconvéniefis réels de la rotation qu’il propose. En particulier, il me semble que c’est une supposition très-forcée, que de dire qu’à la cinquième année les plantes du vieux pré ne seroient pas détruites : la chaux répandue sur le terrain avant de rompre, et surtout les deux sarclages des pommes île terre à la seconde année, ainsi que l’ombre épaisse de celles-ci, doivent avoir tué les plantes du vieux pré, et décomposé les racines de l’herbe. B N C H A M 1’ S. 4i4 r 11 ê s les operations cîc la charrue seroient manquées. Nous approuvons de même ce que dit le colonel F. sur la non-convenance de l’écobuagc dans les terres glaises , mais ce n’est pas par les raisons qu’il en donne. Son objection contre l’e'cobuage, c’est qu’il sert, dans la méthode usitée , de préparation au colza , et que le colza destine' aux moutons, ne fournit point de nourriture à l’homme ; mais les moutons se mangent, et cela revient toujours au même. Cependant nous pensons que l’objet qu’ou sc propose par l’e’cobunge sera mieux rempli par une jachère d’été, et une quantité considérable de chaux répandue sur le terrain'. Nous ne croyons pas qu’on en mît trop si l’on dou- bîoit la dose prescrite par le colonel; du moins pouvons-nous dire nous être toujours bien trouvés delà répandre en quantité considérable dans les terres argileuses. » Il n’est point douteux que l’avoine ne soit la récolte la plus convenable pour la première année, sur le pré rompu. Nous avons été surpris de voir M. F. recommander le blé, en faisant espérer quarante-huitbushels (c’est-à-dire à-peu-près seize pour un ) au fermier. Autant le blé fait bien sur un trèfle rompu, autant il réussit mal sur un vieux pré rompu. Dans un autre endroit de sa lettre , le colonel recon- CHAMPS EN PRÉS, 4l5 noît cependant que l’avoine est la recolle par excellence dans ce cas ; et il n’y a pas de doute à cela. v Par les mêmes raisons de’jà déduites, nous ne trouvons point convenable de cultiver des lurneps, des carottes , des choux ou des pommes de terre à la deuxième année ; car nous pensons que l’avantage du produit de ces récoltes ne compenseroit point la perte que l’on feroit sur la récolte suivante , et que d’ailleurs la terre resleroit en plus mauvais état. Il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit ici de terrains argileux qui ont été en prés ou pâturages pendant plus d’un demi-siècle : dans de tels terrains les fèves, même semées au semoir, ne peuvent pas être sarclées avec avantage (i). (i) Les journalistes mettent là sur le même rang les pommes de terre, les turneps, les carottes et les choux : ils condamnent ces diverses cultures à la deuxième année, et il paroît que c’est surtout parce que le gazon n’est pas encore détruit ; mais chacune de ces productions demanderoit un article à part. Les turneps doivent être exclus, parce qu’il s’agit de terres argileuses; les carottes doivent l’être aussi, soit parce que les terrains argileux ne leur conviennent pas, soit parce que, pendant les deux premiers mois , la plante est si foihle et si petite que l’herbe prendroit le dessus avant qu’on pût les sarcler dans un terrain nécessairement raboteux et inégal. Les choux ne réussissent que dans les terres très-fraîches. 4lG CHAMPS EH PUÉ S. )) Quant aux pommes de terre sur le gazon rompu, avec vingt chariots de fumier par acre, nous demandons comment il est possible de se procurer cette quantité de fumier , sans en priver les champs qui le réclament? Il y a peu de pâturages anciens qui soient assez maigres pour demander du fumier au début ; et il faut remarquer que l’avantage de pouvoir s’en passer sur ces terrains nouvellement rompus, a été un des plus fortsargumens employés pour prouver la convenance de les rompre. Nous sommes les terrains gras, bien préparés, et avec une atmosphère humide. Il reste les pommes de terre. Les belles expériences d’Artliur Young [Voy. le Traite des Assolemens\ ont mis hors de doute que cette racine épuise le terrain et influe en mal sur la récolte de grain qui doit suivre ; mais, ce dont il s’agit ici principalement, c’est la destruction du vieux gazon, ou de sa conversion en terreau : or, j’ai l’expérience que les pommes de terre plantées ■sur le gazon, sans engrais, derrière la charrue, dans une terre argileuse, ont le très-bon effet de hâter la destruction du gazon dans le courant de l’année même. Les deux cultures à la houe rendent le terrain plus meuble ; l’ombre des tiges et des feuilles [ dans ce cas très-considérable] tue les graminées, fait périr les racines, et prépare leur décomposition. A plus forte raison cet effet doit-il être produit à la deuxième année. Reste ensuite à estimer, par comparaison avec cet avantage, l’inconvénient d’une récolte qui épuise. convaincus CHAMPS EN PRÈS. 4l7 M convaincus cependant qu’uri engrais calcaire j est très-bien employé'dans ces cas-là, soit pour rompre le prè, soit pour le rétablir : cet engrais met en action les facultés productives latentes jusqu’à ce moment. » La troisième récolte proposée par M. F. est le blé. Cela peut être assez convenable si le terrain est un peu net : cependant il faut s’attendre que le blé ne sera pas si bon qu’il le seroit sur une terre depuis long-tems soumise à la charrue. A la quatrième année le colonel F. propose de l’orge. De l’orge après le blé ! de l’orge sur un sol argileux! cela n’est plus de mode ; et il y a bien peu d’années qui puissent permettre le nombre des labours que l’auteur recommande. On sait ce que c’est que la culture des terrains argileux : s’ils sont trop humides , chaque labour fait réaliser une perte ; s’ils sont secs on ne peut les entamer. Il y a peu de gens aujourd’hui qui essaient de recueillir de l’orge sur les terres argileuses ; cela ne peut aller qu’après les fèves semées au semoir , parce que la terre se manie mieux au printems. Dans tous les cas c’est une récolte très-hasardée : une seule pluie à verse, qui tombe pendant l’une des opérations, suffit pour rendre tout le travail inutile $ si elle sur- V Tome 5. Dd % 4l8 PRÉS EN CHAMPS, vient immédiatement après la semaille , c’est encore la même chose. n Supposons que le fermier mette une prairie en champ , et qu’à la quatrième année il ait résolu de semer de l’orge , si le lems le sert à tous égards , assurément il pourra semer son orge , mais si la saison est contraire, son projet d’orge lui fera manquer une autre culture qui aurait été beaucoup plus convenable. Si l’assolement indiqué parle colonel recevoit I’apprq,- bation du département d’agriculture, et étoit recommandé aux fermiers par les propriétaires, il en résulterait une agriculture décidément vicieuse : au lieu de restituer les prés en bon état, après la période des champs, on empoisonnerait les terrains de chardons, et de toutes sortes de mauvaises plantes ; au lieu d’avoir produit, en dernier résultat, un accroissement dans la masse des subsistances , on n’au- roit obtenu qu’une augmentation accidentelle suivie d’un déficit permanent. » Quant au choix des plantes de prés que l’auteur recommande , nous doutons que les bons cultivateurs adoptent le mélange proposé de quatorze livres de trèfle rouge, quatre de blanc j quatre de jaune, et de deux ou trois bushels de ray-grass : ils n’approuveront pas davantage la méthode de faucher le pré les CHAMPS 3E N P K k S. 4iq deux premières aimées , pour le laisser pâlurer ensuite. Il est rare que le trèfle à fleurs rouges dure plus d’un an ; et. par cette raison , il ne convient d’en semer que très-peu dans les prairies destinées à servir de pâturages. Le trèfle blanc, au contraire, est une plante durable, et ne sauroit être semé trop épais. Deux ou trois bushels de ray-grass sont beaucoup trop pour les autres graines, dont ils étoufferoient les plantes. tJn bushel suffit très-bien , avec quatorze de trèfle blanc, quatre de trèfle rouge et autant de jaune ; ce mélange donne un pâturage abondant, depuis Avril jusqu’en No- ( vembre. » Quoique ce ne soit pas le cas d’entrer dans Certains détails et d’indiquer des assolemens pour remplacer ceux que nous critiquons dans la lettre du colonel, cependant nous ne saurions nous dispenser dememarquer qu’un cours de ciuq ans est le plus avantageux dans les terres argileuses qui ont été long-tems en pré et qu’on veut remettre en herbages, savoir : 1 .* Avoine ; 2 .° jachère d’été avec chaux ; §.° blé;4.° fèves au semoir, à vingt-sept pouces d’intervalle, et bouées avec un cheval ; 5.° orge sur deux labours, et graines de pré. Quoiqu’il n’y ait que quatre récoltes sur les cinq ans, nous sommes convaincus que trois de ces quatre Â30 PRÉS EN CHAMPS, surpasseront en valeur les quatre proposées par ïe colonel ; mais surtout il faut avoir egard à l’état dans lequel le terrain sera lorsqu’on le remettra en pré. Non-seulement il en résultera qu’on pourra y entretenir un plus grand nombre de bestiaux au pâturage , mais encore que le terrain sera en beaucoup meilleur e'tat, lorsqu’après un certain nombre d’années on voudra le remettre en terres arables. n Examinons maintenant le principe sur lequel on estime l’accroissement delà rente lorsqu’on rompt de vieux près. » Il est difficile de bien entendre l’opinion du colonel Fullarton sur ce point. Nous comprenons , au reste , son indécision ; car c’est un point que les circonstances locales doivent le plus souvent déterminer. - » Le colonel parle d’un comte (nous supposons que c’est le comté-.d’Ayr ) dans lequel la rente se trouve augmentée de moitié', pendant le tems où les terres sont soumises au labourage. Cela ne nous paroît pas exagéré, pour les cas ordinaires, mais le colonel F. n’a pas egard à l’étrange répartition des impôts sur les terrains en Angleterre, dont il resuite que souvent l’industrie est chargée en raison de ses succès. )) En general, les récoltes dont parle le co- CHAMPS EK P K ïi) S. 421 îonel clans les cas cle prés rompus , sont si fortes, qu’il y a de quoi encourager à rompre tous les pâturages du royaume. Dix à douze quarters d’avoine , cinq à six quarters de blé , six à huit quarters de fèves; des choux qui valent 5o ou 4?» liv. slerl. , ou encore six cents busliels de pommes de terre, et où quatre tuns de foin sont sans doute des récoltés que, dans certaines saisons très-favorables , un acre de terre peut donner; mais il faut bien se garder de promettre de telles récoltes aux fermiers qu’on veut encourager à rompre des prés ; car on les tromperoit. Le colonel F. comprend toutes les terres légères sous la dénomination de terrains propres aux turneps. Cette section est très-courte; l’auteur parle des Savannes de l’Amérique , des plaines de Tanjore et du Delta; mais il s’occupe peu de l’Angleterre. Il nous laisse dans l’ignorance sur la meilleure manière de tirer parti de ces terrains précieux qui sont une grande partie du sol de l’Angleterre; il ne dit pas comment il faut s’y prendre pour les restituer en prés après les avoir labouré pendant quelques années. L’auteur examine ensuite co.mment on peut tirer parti des sables : il dit que dans les terres sablonneuses il ne faut faire qu’une récolte 422 r K li 5 E N CHAMPS, d'avoine avant de remettre en pré. II ajoute qu’à 3a seconde année on peut semer du blé fume' après l’avoine , et quq comme dans de tels terrains il est peu à craindre que le blé verse, on peut semer les graines de pré avec le bié qui succède à l’avoine. ■ w Semer du blé après de l’avoine dans un terrain sablonneux est assurément une très- mauvaise agriculture ; pourquoi donc l’auteur ne propose-t-il pas des turneps au semoir , et qui seraient remplacés par du blé ou de l’orge? C’est précisément sur les terres sablonneuses que le blé verse avec le plus de facilité; il est vrai qu’après l’avoine cela ne serait pas dangereux ; mais d’un autre côté il serait assez inutile d’acheter des graines de prés, car l’herbe de pré rompu ne serait point tuée parla récolte ‘de l’avoine. L’auteur considère ensuite les terrains craïeux et les hauteurs arides, mais il ne donne aucun assolement pour ces terrains. De là il passe au marais , ou terres marécageuses, et s’étend beaucoup sur des exemples d’améliorations opérées par divers individus dans ces terrains ainsi que sur les recommandations données par lord Dundonald dans son ouvrage sur l’application de la chimie à l’agriculture. Sans doute on peut tirer un très-bon parti de tous ces divers terrains, mais ils ne CHAMPS EN PRÈS. 423 sauraient fournir ce supplément de denrées que Je malheur des tems fait désirer, et qu’on a eu en vue d’obtenir lorsqu’on a publie' la question qui nous occupe ici ; d’ailleurs , il faut observer que les entreprises pour l’ame- lioration des marais, ou terrains marécageux, sont toujours hasardeuses. On a jeté dans de telles entreprises beaucoup d’argent ; et celles qui ont réussi ne paient leur interet que fort à la longue ». Yoici les observations finales du colonel Fullarton. « Je m’estimerai très-heureux si les assole- mens que j’ai proposes dans cette lettre sont trouves avantageux , et donnent des directions sûres pour la manière de rompre les vieux près, et de les restituer en meilleur étal après des cours d’assolemens varies. » Toutes les parties de mon plan sont le résultat , non-seulement d’observations multipliées dans diverses parties des trois royaumes, mais d’opérations dans lesquelles je suis inteV ressé, soit comme propriétaire , soit comme fermier, soit comme gérant de grands domaines. » Le département pourra calculer quelle se- roit l’augmentation immédiate des grains pour l’Angleterre , si l’on suivoit le plan que je pro- 4s4 P Pc U S P N CHAMP S. pose. Si je prends les données des comtés , telles que les a publiées Arthur Young , les seules provinces de Chester et de Leicester contiennent un million trois cent mille acres de près. » Supposons que l’on rompît cette anne'e un . tiers ou un quart de ces pâturages long-lems repose's , il est clair que leurs produits seroient doubles et même triples des champs ordinaires du reste du royaume. )) Par l’introduction et la continuation d’un tel système de culture et d’assolemens varies ; on obtiendroit tout à la fois beaucoup plus d’herbages et beaucoup plus de grains qu’on ne le fait, en destinant une partie des terres constamment aux près , et l’autre constamment à la charrue. » S’il se labouroit un million d’acres de près dans differentes parties du royaume, ce n’est pas exagérer que de supposer qu’il en résulte- roit un supplément annuel de sept à dix millions de quart ers de grain, sans compter les pommes de terre. )) Combien existe-t-il d’acres de prairies ou pâturages à rompre ? et combien y a-t-il de propriétaires et de fermiers qui voulussent le s convertir en terres arables? voilà des questions infiniment importantes aux intérêts de la nation. » 42t> CHAMPS EN PR É S. Nous sommes d’accord ayec le colonel Ful- lartou que l’agriculture par assolemcns varies et bien réglés donneroit une beaucoup plus grande abondance de productions en grains et en fourrages que la me'thode de laisser subsister en prés et en champs les terres telles qu’elles sont ; mais nous sommes loin de croire que ce changement avantageux pût être le résultat des mesures qu’il propose. Nous pensons que tous les projets pre'sente’s sur cette question au departement , ne peuvent aboutir à rien d’utile tant que certaines lois contraires à la prospérité de l’agriculture subsisteront. Nous avons déjà eu occasion de le dire, et tous les faits nous confirment dans cette opinion : si les obstacles que la loi apporte à cette grande amelioration de l’agriculture etoient écartés, l’intérêt particulier ameneroit bientôt les agriculteurs à la culture la plus profitable au public. Il est extrêmement douteux qu’en rompant un million d’acres de prairies, on ajoutât de sept à dix millions de quarters de graines à la production de l’année. Six quarters par acre de grains est un produit bien considérable $ cependant si l’on en déduit les semences et la consommation de l’avoine nécessaire pour les chevaux , il ne resteroit que quatre millions et demi. 426 PRÉS EN CHAMPS, )) Pour nous résumer sur le système du colonel Fullarlon , nous dirons que si l’on adop- toit les rotations qu’il propose , la terre ren- droit pea tant qu’elle seroit soumise à la charrue, et seroit en mauvais état lorsqu’on la remettrait en pre's. » Le reste de la lettre est destine' à des objets qui sont plutôt d’économie politique que d’agriculture. II s’étend beaucoup sur les dé- frichemens des communaux , et il paroît donner la préférence au plan d’Arthur Young pour aider les pauvres par la propriété d’une partie de ces terrains défrichés. » Il recommande au gouvernement des re- connoissances et des travaux statistiques, comme absolument nécessaires aux améliorations générales. Il compare un gouvernement qui ignore les données fondamentales de l’économie rurale du pays , à un propriétaire de fonds , ou un agent qui n’auroit jamais fait le tour du domaine qu’il exploite, et en ignore- roitla nature, les ressources , lesinconvéniens, les produits et les charges. L’auteur propose ensuite l’établissement d’une banque territoriale , qui rappelle la banque que le fameux Lavv proposa au parlement d’Ecosse. [Jn autre plan , qui est plus nouveau , c’est celui de faire cultiver par la ■i ! CHAMPS EN PR É S. 4:27 cavalerie les domaines nationaux qui sont incultes. U propose encore , pour diminuer la consommation des grains , que tous les individus qui ont des chevaux non employe's dans l’agriculture ou dans des travaux utiles, soient tenus d’exposer en vente une certaine quantité' de grains que la loi fixeroit. Enfin , il donne l’ide'e de faire déposer par les individus aise's tout l’exce'dent de leurs besoins pour pourvoir à l’avenir : c’est à-peu-près le principe sur lequel les sociétés d’amis (Friendly societis) sont constituées. » Nous n’avons pas connoissance d’une brochure qui, sous un si petit volume, présente * un aussi grand nombre d’ide'es spéculatives en politique : la plupart de ces ide'es nous parois- sent absolument impraticables. Ce que l’auteur dit sur le défrichement des communaux nous semble mériter plus d’attention. « Ce défrichement des terres, maintenant en communaux, est représenté par l’auteur comme une mesure plus importante à la masse de la nation qu’aucune de cellesqueles circonstances ont amené depuis l’établissement de la grande Charte ; mais on périt remarquer là-dessus , i.° Que la masse de la nation avoit peu d’intérêt à la grande Charte, dans le tems où elle fut obtenue par les barons pour resserrer l’in- 4s8 P R K S EN CHAMPS,, fluence de la couronne. 2 . 1 * * * * * * * 9 Aujourd’hui la masse de la nation n’a pas d’autre intérêt au défrichement des communaux que celui qui re'sulteroit d’une plus grande facilite' dans les subsistances. Les trois quarts de la nation an- gloise habitent des villes ; et les habitans des villes n’ont pas de droits sur les communaux. Ces droits sont ge'ne'ralement borne's aux villages places sur les conlins des marais ou des terres vagues; les exceptions sont si peu nombreuses qu’on ne peut pas dire que la masse de la nation ait un grand intérêt à ces défriche- mens (1) ; d’ailleurs , dans plusieurs comte's l’étendue des communaux est fort diminuée. Dans les endroits où l’on a fait des partages , (1) C’est, à ce qui paroît, considérer la chose sous un point de vue trop borné. Si le défrichement des communaux , en opérant un accroissement sensible dans les subsistances, attachoit au sol de l’Angleterre et aux lois angloises une grande masse de pauvrês qui auroient acquis le sentiment de la propriété ; s’il en résultoit des moeurs et une énergie nouvelle, chez cette classe , aujourd’hui dépendante et avilie; si enfin cette répartition des terrains aux indigens remédioit aux maux croissans qui découlent de la législation angloise concernant les pauvres, ces conséquences seroient assurément d’un grand intérêt pour la niasse de la Nation angloise. Nous avons souvent traité ce sujet dans ce recueil. CHAMPS EN PRÉS. £29 On a accordé les plus grands égards aux indi- gens qui pouvoient avoir quelques droits sur les communaux , et s’il y a eu quelquefois des plaintes, c’est qu’il s’est trouvé des individus qui prétendaient avoir des portions plus considérables que l’équité ne les leur accordoit» C’est avec plus de raison qu’on s’est plaint des frais qui accompagnent la division des terrains, et il est évident que cet inconvénient ne peut ctre écarté que par la mesure d’une loi générale. n Ce que nous disons-là a rapport aux observations de l’auteur sur la répugnance que manifestent en général les non-propriétaires relativement à la division des communaux. Si cette répugnance procède de l’impossibilité où ils sont de cultiver leur lot, ce n’est pas dans la mesure elle-même qu’est le mal, c’est dans le défaut de moyens chez les individus. Le colonel F. semble n’être pas d’accord avec lui- même lorsqu’il appuie les mesures proposées là-dessus par Arthur Young, car dans les deux cas les moyens manqueroient également. Il commence par exagérer beaucoup les difficultés qui résultent du défaut de capitaux pour les petits propriétaires en général, et ensuite, lorsqu’il s’agit de défendre le système de la division des communaux , ces difficultés se réduisent à rien, 1 45 o P R B S EK CHAMPS, )> Tout bien considéré', nous devons croire que le défrichement des communaux, parles petits proprietaires, est une mesure impraticable. Nous avons à peine connoissance d’un seul exemple dans lequel une pièce de terre ait été défrichée et mise en bon état par un petit propriétaire : il faut beaucoup d’argent pour que les dèfrichemens soient faits d’une manière convenable. Le colonel cite l’exemple d’un homme qui vit sur ses terres à lui (l’auteur) et qui a défriche, mis en bon état de rente, quatre acres de terrains sablonneux, et élevé sa famille avec cette seule ressource :cetexemple ne nous convertit pas à son opinion. Nous lui demanderons par qui l’habitation a été bâtie ; aux frais de qui le jardin a été enclos, et qui a fait les avances pour labourer , fumer et semer les terres? Lorsqu’il aura répondu à ces questions, nous pourrons lui demander ensuite si le produit de deux acres de terre sablonneuse peut suffire à la consommation d’une famille nombreuse , après que les semences sont déduites-; et si les deux autres acres nourriroient une vache , son veau, des cochons, et des poules? Nous nous rappelons les essais faits en 1763 pour défricher des terrains dans les fonds confisqués , en y établissant des colonies de soldats licentiés. On leur bâtit des habitations; CHAMPS EN PRÉS. 451 on forma des enceintes pour les jardins : on leur fournit des instrumens de labourage , et on leur donna toutes sortes d’encouragémens. Cette entreprise fut absolument vaine : pour les ouvriers de fabriques qui travaillent dans les villages , un petit coin de terre est une chose agréable , mais rarement avantageuse , à moins que le prix de ferme n’en soit très-bas. Mais pour un ouvrier de terre qui a besoin de travailler à la journe'e pour vivre, un petit nombre d’acres de terre ne sont point un avantage ; tfu contraire, il en résulte plus de peine, plus d’inquiétudes , et des pertes pour l’indigent et sa famille. Nous sommes convaincus que l’intérêt de la nation souffriroit par la division des communaux en petits lots , parce que les manouvriers sont nécessairement incapables de travailler convenablement ces portions eux-mêmes , à moins d’avoir recours à la bêche; or l’emploi de cet instrument, au prix actuel des journées, est d’un avantage très- douteux. Veut-on des argumens nouveaux Contre la distribution des communaux en petits lots ? nous les trouverons dans ce passage de la lettre du colonel Fullarton lui-même : il dit en parlant des petits propriétaires : «Incapables » qu’ils sont d’acheter des chevaux , des ins- » trumens de labourage, des engrais et des 45 2 PRÉS EN CHAMPS, CHAMPS EN FIXÉS• }) semences , de louer des ouvriers, de dessé- » cher et de travailler leurs petites portions , j) ils seroient obligés de vendre à moitié perte 5) leurs bestiaux amaigris, et ils abandonne- » roient leurs habitations à leurs riches voisins. >j Ce seroit un abus des mots que d’appeler }) amélioration, des travaux entrepris avec de 3 ) tels moyens (î). » (i) Toutes ces objections et beaucoup d’autres encore, que l’on a faites contre le partage des communaux, ne paroissent fondées que dans le cas où les terrains sont d’une culture difficile et ingrate, où il faut que les in- digens aient tout à créer, et où enfin les lots n’ont pas une étendue assez considérable pour nourrir au moins une vache, en outre de la partie destinée aux racines et aux grains. Les faits et le système de partage présentés par Arthur Young [Voy. Bibl. Brit., Vol. de la division Littérature, Vol. X VIII, p. 3o4, sous le titre à’Economie politique } nous paroissent répondre pleinement aux objections que font ici les Rédacteurs du Farmer s Magazine. Essai Essai sur la conversion des prairies en terres labourables , par le Rév. Art. Young. Tiré des Communications to the lourd of Agriculture. Londres, 1802 ( 1). Principe général. Dans toutes les recherches possibles, il est bon qu’un auteur se fasse une idée nette du principe général qui gouverne la chose dont il est question : il y a quelqu’obscurilé ici dans (1) En décembre 1800, à l’occasion du haut prix des grains, un Comité de la Chambre des Pairs s’adressa au Département d’Agriculturc, pour examiner « quels » seroient les meilleurs moyens de convertir certains » terrains actuellement prés ou pâturages, en terres » arables, sans épuiser le sol, puis de remettre ces » mêmes terrains en prairie, dans un état amélioré, ou » du moins égal à l’état précédent. » Le Département offrit deux cents livres sterling pour prix du meilleur mémoire sur cette question. Cent livres sterling pour le second en mérite. Soixante pour le troisième ; et quarante pour le quatrième Mémoire. — L’Essai ci- dessus est un de ceux que le Département a fait imprimer, quoique leurs auteurs n’eussent pas prétendu aux prix. Tome 5 . Ee 434 CONVERSION DES PRAIRIES l’objet à remplir. II y est évident que c’est l’intérêt particulier du propriétaire qui le porte à maintenir des pre's ou à les convertir en champs. La demande du comité de la chambre des pairs suppose qu’il peut y avoir une distinction à faire entre la conduite ordinaire des propriétaires et leur véritable intérêt ; que ce qu’ils trouvent être leur véritable intérêt n’est pas celui de la nation ; et enfin qu’ils pourroient être conduits , dans ce cas particulier, à sacrifier leur propre intérêt à celui du public. Il convient de répandre la lumière sur quelques points encore obscurs , avant d’offrir des observations sur le fond de la question proposée. Ne nous arrêtons pas à quelques exceptions : la grande masse des propriétaires est mise en mouvement par son intérêt. Lorsque nous voyons la plupart des propriétaires préférer, dans tout le royaume , les prairies aux champs, et chercher à former des présou des pâturages, soit en faisant des clôtures on des semis, nous devons croire qu’ils ont quelque bonne raison de cette préférence. Si, en effet, cette raison est bonne , si le pour et le contre ont été bien suffisamment pesés par eux, relativement à leur intérêt, il ne faut point nous attendre que les vœux de la chambre haute, ni les recommandations du département changent rien à la conduite des propriétaires. BN TERRES RA ROUR A BLES. 435 Circonstances extérieures gui conduisent à préférer les prairies ou les terres arables. J’entends par circonstances extérieures toutes celles qui sont étrangères à la qualité du sol j c’est-à-dire les prix respectifs des productions des prés et des champs ; et les spéculations auxquelles la proportion entre ces prix donne lieu. Si, en prenant une longue suite d’années, pour comparer le prix du blé à celui de la viande , du beurre et du fromage , on trouve le premier inférieur, il sera naturel de supposer que les changemens qui se feront devront être de champs en prés plutôt que de prés en champs. Il ne faut pas d’ailleurs perdre de vue un fait constant ; c’est que les productions des prairies se retirent à moins de risques et à moins de frais que celles des terres arables. Ce fait doit, indépendamment de toutes les autres circonstances, tendre sans cesse à faire maintenir les prés, ou convertir les champs en pâturages. Depuis 1771 à 1794, le prix moyen du blé, sur toute l’Angleterre, a été de 5 shell. 8 den. le bushel. Nous n’avons pas de registres qui constatent lés prix de la viande , du beurre et du fromage, mais l’opinion très-généralement 436 CONVERSION DES TRAlRIES reçue , c’est que ces prix ont e'te' proportionnellement plus hauts que celui du ble'. Il est certain que 5 shell. 8 den. le bushel n’est pas un prix assez haut pour encourager suffisamment la production des grains. Depuis trente ans la conversion des champs en près est assez sensible ; ce point me'rite l’attention du parlement, parce que le prix trop bas de 5 shell. 8 den. a e'te' en partie détermine par l’importation des grains. Le prix des blés a e'te, à la vérité, beaucoup plus haut depuis I7g4; pourquoi ce surhaussement ne fait-il pas convertir les près en champs? parce que les propriétaires spéculent sur l’avenir j et en cela ils ont raison. Très- malheureusement les prix des blés tombèrent en 1797, 1798 , et quatre mois de 1799 , à 6 shell. le bushel, prix que j’affirme être trop bas pour que le fermier puisse s’en tirer. Cette chute du prix montra aux propriétaires combien ils auroient eu tort de se déterminer à une mesure permanente (comme celle de rompre les prés) d’après un changement momentané dans le prix des grains. Ce*prix s’est relevé , il est vrai ; mais cela ne prouve point que nous ne le reverrons pas à 5 ou 6 shell. le bushel. Or, dans celte supposition , que deviendrait la spéculation de ceux qui auroient rompu des EN TERRES LABOURABLES. A5j terrains faits pour les prairies, et qui les au- roient convertis en champs? Je conclus que le parlement, dans la révision des lois sur les grains, doit s’occuper de donner aux proprietaires une garantie que les prix des grains ne seront jamais trop bas à l’avenir, pour que le fermier puisse être en perte dans la culture des champs , et pour que le proprietaire puisse craindre de voir rompre ses pâturages. Quantité de nourriture pour Vhomme , fournie par les prairies et par les champs. Ceci est une question qui demande encore quelqu’attention , avant que de traiter l’objet dans son ensemble. Elle est extrêmement difficile à re'soudre ; mais il vaut la peine de l’examiner. Si chacun de ceux qui écriront sur le problème proposé au concours donnoit quelques lumières sur cette question accessoire, le département tireroit parti de cette réunion . . . Nous voyons dans le rapport au département sur le comté de Suffolk , que l’auteur estime le produit d’un acre de prairies plus considérable pour le marché (c’est-à-dire, en déduisant le travail et la consommation des animaux de labour )'que le produit d’un acre de champs : je soupçonne qu’il en est de même dans d’autres provinces. D’autres auteurs ont trouvé qu’il y 458 CONVERSION DES PRAIRIES avoit plus de profit dans la culture des prairies , que dans celle des champs. Bertrand, auteur Suisse, dit que les pays de près donnent plus de nourriture que les pays de grains , et qu’ils conviennent mieux , par cette raison , pour les manufactures : Hartlib paroît dans la même opinion. Fortrey, qui écrivoit en i665 , nous recommande l’accroissement des bestiaux comme la richesse la plus réelle : il y a certainement du vrai dans ces opinions-là. Il faut examiner si, comme on l’a dit, il y a en effet beaucoup plus de substance nutritive dans une livre de viande que dans une livre de végétaux. Dans les pays de laiterie , où le beurre est 3e principal produit, on compte deux cent vingt-quatre livres de beurre comme le produit moyen d’une vache. Le veau vendu à huit jours , a environ trente livres de viande ; et l’on peut compter qu’en employant le petit lait et le lait de beurre à élever des cochons , chaque vache produit à-peu-près .quarante livres de viande de porc; or comme la vache consomme le produit de trois acres de prairies, ce seroit pour chaque acre, En beurre En veau En porc liv, 10 i5 97 Uv. EN TERRES LABOURABLES. 43 (J Dans les provinces où l’on fait le fromage les produits sont très-diffe’rens les uns des autres. Dans le Cliesbire, il est de quatre quintaux par vacheyen Shropsbire, de deux quintaux et demi; en GlocÇstershîre , de deux quintaux et trois quarts-; en Willshire, de quatre quintaux; en Somersetsbire , de trois quintaux et demi ; eq. Warwicksbire , de trois quintaux : la moyenne de tout cela est trois quintaux et demi. En supposant trois acres pour nourrir une vache, c^est à-peu-près cent seize livres de fromage par acre. Eu y ajoutant, le veau et le porc produit par chaque, vache , c’est environ un quintal et demi de viande par acre. Dans les provinces du centre, on compte.en géne'ral qu’un acre de prairies loue 4 o sliellings fournit deux cents livres de mouton par an. Une expérience mentionne'e dans les Annales d’Agriculture , faite sur de mauvais près, de 16 sliellings de ferme annuelle, donne en résultat quatre-vingts livres de viande par acre. D’autres expe’rienccs faites dans le Cambridge- sbire confirment cette proportion ; et il paroît que, dans les marais du Lineolnshire, ils donnent davantage en viande de bœuf. Les pays où l’on fait le beurre sont en ge'- ne'ral ceux où le terrain s’afferme 16 shellings l’acre; ce seroit à-peu-près six liv. de beurre pour chaque shelling de rente. 440 CONVERSION- ERS PRAIRIES" Les pays où l’On-fait le fromage sont des terres de 2Ô shellings de rente , et le résultat est aussi à-peu-près six livres de fromage pour un slielling de la rente. Quant au poids des produits , il est aise de voir que l’exploitation du beurre et du fromage rend plus que celle dw pâturage pour engrais de bestiaux. Sous un Autre rapport, ces produits en beurre et fromage sont plus interessans ; ils sont plus à la portée du pauvre : pour un indigent qui mange de la viande , il y en a peut être quarante qui , consomment du beurre et du fromage. - Lorsqu’on veut comparer les produits des prairies avec ceux des terres arables, sous le rapport de la quantité de substance nutritive créée, on éprduve de grandes difficultés. Pour les résoudre , il faudroit avoir le tems de se livrer à des recherches diverses et extrêmement étendues. On peut calculer de la manière suivante le produit d’un bon terrain soumis à l’assolement de Norfolk : turneps , orge, trèfle , blé. ■ EN TERRES TA ROUTAI', LES. 44 i N.° I. Champ de bonne terre, sèche, affermée 16 shellings. 20 acres en tout , dont 5 de chaque production. 1. Quart. Turneps. Chaque acre engraisse 8 moutons, lesquels gagnent 5 sliellings [ ou 4 o shellings] , soit 80 livres de mouton pour cinq acres ; c’est 4 oo livres de mouton, à demi-livre par personne par jour; c’est, pour deux personnes , un an et 5 semaines de nourriture. 2 per. 5 j sem. 2. Quart. Orge et avoine. Supposons 1 -j acre d’avoine [ à 4 o hushels par acre] pour un cheval appliqué à la culture des 20 acres. Il reste 3 acres pour l’orge, à 32 hushels par acre, semences déduites ; il y auroit 98 bushels, qui , en pain, à raison de g hushels par an, par tête, suffiroient à onze personnes pour un an .... 11 52 3 . Quart. Trèfle. Arabaltredeuxacres pour l’entretien d’un an d’un cheval, il reste 3 pour les moutons. À 8 par acre, qui augmentent de 8 shellings par tête. C’est 384 livres de mouton. A 1 5 par personne, par jour, c’est pour deux personnes, pendant un an 2 55 4 . Quart. Blé. 22 bushels par acre, soit 20semaines et 20 jours déduits, c’est, pour les 5 acres, de quoi nour- rir douze personnes nu an et 1 5 jours 12 54 Total. . . . 27 per. 55 sem. 442 CONVERSION DES PRAIRIES La même étendue du même terrain, s’il e'toit en pâturage, donnèrent seize cents livres de mouton qui, à raison de demi-livre par individu , nourriroient huit personnes pendant cinquante-sept semaines. Mais il faut rabattre des produits de la terre arable tout ce qui est nécessaire à l’entretien du fermier, de ses enfaus et de ses ouvriers: on peut calculer une personne pour vingt acres. Ou ne s’écartera pas beaucoup du vrai en calculant tous les travaux, l’un dans l’autre, à 21 sliell. l’acre. Un ouvrier gagne annuellement a5 liv. sterl. , que j’appelle la nourriture de cinq personnes. Je compte donc que, pour chaque somme de 5 liv. sterl. que le fermier paie en travaux, il y a un individu nourri sur les productions de la ferme , avant qu’elles arrivent au marché. Les prairies et pâturages s’exploitent avec moins d’ouvriers et moins de frais ; je ne rabattrais que la nourriture d’un seul individu pour cette étendue de pâturages. Malgré cette différence , la terre arable enverrait au marché la nourriture de vingt-deux individus , tandis que le pâturage ne fournirait à ce même marché que la nourriture de sept individus, plus un dixième 5 c’est-à-dire , à-peu-près dans la proportion d’un à trois. EN TEK UES K ABOUTI A BLES. 443 La plus yrandc partie du royaume étant cul- tive'e d’une manière moins productive que celle de la notation ci-dessus, il faut aussi voir quel seroil le re’sultat comparatif dans le système des jachères , système encore suivi dans tous les champs ouverts , et dans beaucoup d’endroits, N.° II. f Champs ouverts, de terre glaise, ou humides. Rente, 10 shellings l’acre. Cours de six ans. Cinq acres pour chaque récolte. 1. ere p or fl on _ Jachère. 2 . e Portion. Blé. Produit 22 bushels. Semences déduites , 20 bushels par an, pour la consommation, qui suffisent pour la nourriture de douze personnes pendant 53 semaines . . 12 per. 53 sent. 3. ® Portion. Avoine. Produit 32 bus. par acre. Semences déduites, reste en total i4o bushels, qui suiïîroient à 5 personnes pendant 5G semaines s’ils étoient employés en pain. 4. ® Portion. Jachère, 5. e Portion. Orge. Produit 32 bushels. Semences déduites, reste en total i4o bushels, qui snfiiroient à i5 person. 5 pour 54 personnes ( 1 ).i5 54 (0 11 paroît bien extraordinaire de supposer que, dans une terre glaise, l’orge fournira trois fois plus de CONVERSION DES PRAIRIES 444 6. c Portion. Fêverolles. Pour les chevaux. A raison d’un cheval pour la culture de 20 acres, c’est un cheval et demi que ces cinq acres nourriront. Le même terrain, s’il e'toit mis en prê, se loueroit 20 shellings , et fourniroit la nourriture de seize personnes et demie pendant une anne’e, à raison de cent qualre-vingt-dcux liv. de viande par tête. Mais si l’avoine e'toit mange'e par les chevaux, et que l’orge fût employée à faire de la bière, les trente acres de terre arable ne nourriroient plus que douze individus pendant cinquante- quatre semaines. II faut de'duire du nombre des individus que celte terre nourriroit, le fermier, sa famille et ses ouvriers , c’est-à-dire environ six personnes. Resteroit pour le marché la nourriture de 6 per. 54 sem. Il faut compter que , dans les 3o acres de prairies, un individu et demi suffisent à l’exploitation. Il resteroit donc pour le marché la nourriture de.i5 54 Selon que l’on supposera l’orge et l’avoine employe'es ou non à la nourriture de l’homme, substance pour l’homme que l’avoine, et un cinquième de plus que le blé. Cela en opposition avec tous les résultats connus sur laculture de l’orge dans les terres argileuses et froides. EN TERRES LABOUR ARLES. 445 le terrain arable en question fournira donc comparativement au terrain de même nature en pâturage , dans le rapport de vingt-six à quinze , ou de six à quinze. N.° III. Sable stérile, ou terres à bruyères. Rente, 5 shelling. 5o acres en 6 portions 1. ere Portion. Turneps. Quatre moutons par acre , qui augmenteront chacun de 6 shellings, soit 24o liv. de mouton, qui, à demi-livre par jour et par personne, suffisent à un individu pendant by semaines ... 1 per. 5j sem. 2. ® Portion. Orge et avoine. A compter un cheval pour 3o acres, il demande 2 5 acres d’avoine. Les 2 i acres res- tans seroient en orge. Cet orge, réduit en pain, pourroit nourrir 4 | personnes pendant un an.4 5i 3. e Portion. Pré artificiel. 4. e Portion. Idem. 5. ” Portion. Idem. La première anne'e, le pre’ nourriroit trois moutons par acre pendant vingt-six semaines , deux moutons la seconde année , et un seul la troisième pendant vingt-six semaines. L’entretien d’un cheval e'quivaudroil , à peu de chose près, à la rente de ces moutons $ et il 446 CONVERSION DES PRAIRIES faut supposer un cheval occupe pour ces quinze acres. 6, e Portion. Seigle. Produit 12 bus., soit 10 , semences déduites, par acre. Nourriture d’une personne pendant ï5 mois. Pour les 5 acres, 6 personnes pendant 5g semaines. 6 5g 11 per. 56 sem. Le même terrain en bruyères nourriroit quelques moutons sans les engraisser. On peut e'valuer à cent livres de viande ce qui s’en formerait dans les cinq acres en un an. Pour les six ans c’est six cents pesant, qui suffiraient à la nourriture de trois personnes pendant un an et cinq semaines , à raison de demi-livre par individu. * Il faut rabattre du produit, dans la supposition de la culture à la charrue , la nourriture de trois personnes pour l’exploitation ; resterait pour le marche , la nourriture de neuf individus à-peu-près, pendant un an. Le rapport des produits, en substance nutritive pour l’homme, sera , dans les deux suppositions du labourage et du pâturage, à-peu- près comme 9 à 3. 11 résulte clairement de ces diverses comparaisons , que la culture à la charrue est toujours de beaucoup supérieure en résultats , EN TERRES LABOURABLES. 447 quant à la somme de substance produite pour la nourriture de l’homme. Je ne donne , au reste , les calculs ci-dessus que comme des aperçus. Pour obtenir l’exactitude, il faudroit du lems et de grands travaux; mais ceci suggère des idées pour des recherches ultérieures. Il y a une observation à faire qui me paroît importante ; c’est que la production de la viande est moins nécessaire que celle des grains, parce que les pauvres, qui font la grande masse de la nation, consomment peu de viande comparativement à ce qu’ils consomment de blé. Il n’y auroit jamais de véritable détresse sur les subsistances, lors même que les viandes se- roient fort rares et fort chères , pourvu que les blés fussent en quantité suffisante. Ce fait me paroît prouver que le principal intérêt public , quant aux subsistances, c’est d’encourager la culture des grains , en faisant en sorte que le prix en soit toujours , s’il est possible , suffisant pour le fermier, mais à la portée des indigens. Quelle doit être la proportion entre les prés et les champs dans une ferme? Les erreurs des propriétaires sur ce point sont très-communes ; et elles ne le sont pas moins chez les fermiers. En général, les uns 448 CONVERSION DES PRAIRIES et les autres sont conseilles par leur interet : les uns voudroient conserver beaucoup de prairies , les autres voudroient en rompre la plus grande partie. Avec des baux à court terme , et des conventions mal stipule'es , les choses ne sauroient être autrement. Dans les terrains argileux il convient de conserver en pies une étendue relativement plus grande que dans une autre espèce de terres ; et en voici la raison. Dans les terres glaises, il est beaucoup plus difficile de se procurer pour l’hiver une nourriture verte, et l’on n’y réussit qu’avec beaucoup de frais. II en résulte que les attelages , ainsi que le gros et menu bétail, doivent consommer une quantité de foin relativement plus grande que dans les terrains qui comportentlesturneps, les choux, etc. Le trcfle réussit dans les terres glaises ; mais il est pourtant plus sujet à y manquer ; et sans la ressource du foin, le fermier est exposé à manquer de fourrage d’hiver. J’ai examiné plusieurs fermes sous ce point de vue , et je nie suis convaincu que lorsque la moitié du terrain se trou- voit en prairies, les fermes étoient exploitées d’une manière plus profitable que lorsque la proportion étoit moindre ; mais , dans aucun cas , il ne doit y avoir moins d’un tiers en prés. Dans les bonnes terres végétales la proportion EN TERRES LABOURABLES. 44g lion des prairies aux terres arables peut varier entre un quart et un tiers; et plus le terrain est mouilleux , plus la proportion des prairies doit être considérable. Cependant les près ne sont pas aussi necessaires à cette, espèce de terrain , parce que les trèfles et les prairies artificielles , en gênerai, réussissent, et que l’alternance des grains et de l’herbe y est praticable : je reviendrai là-dessüs. Il y a des terrains sablonneux d’une nature si productive , que les prés durables y réussissent , et ne sont point sujets à souffrir dans les sécheresses qui ne sont pas excessives; mais, en général, on peut observer que les terrains sablonneux sont ceux qui rendent le plus par les opérations de la charrue. Ils se travaillent aisément, les frais de culture y sont peu considérables; et comme ils conviennent aux moutons, on les fume avec facilité : c’est un fait, que les fermiers s’enrichissent sur celte espèce de terrain. Si les assolemens sont bons, ces terrains légers rendent peut-être plus sans le secours des prairies ; car au moyen des prés artificiels, le bétail d’une ferme peut être parfaitement entretenu; et le terrain, suffisamment ménagé pour assurer une succession indéfinie de récoltes de grains. Cependant on voit souvent, dans de tels terrains , les conventions du Tom e 3. Ff 450 CONVERSION DES PRAIRIES fermier l’obliger à laisser en maigres pâturages de moutons, de grandes étendues de terre, qui, si elles e'toient convenablement assolées , rendroient infiniment plus de grains, et nour- riroient plus de moutons. Cette observation est surtout applicable aux comte's de Norfolk, de Suffolk et de Noitingham. Les terrains calcaires et crayeux sont egalement plus productifs par la charrue qu’ils ne le sont en prés; cependant les grands proprietaires de Sussex, du Hampshire , du Dorset- sliire et du Wiltshire , interdisent à leurs fermiers de rompre les pâturages de moutons qui sont sur la craie. Dans le Glocestershire, le Lincolnshire et partie du Torkshire , les proprietaires ne sont pas aussi stricts sur ce point} il y a cependant encore, dans ces provinces , de grandes etendues de terrains crayeux qu’il seroit avantageux de rompre : il n’y a aucun principe dont on ne puisse abuser. Il y a dans le Dorsetshire des pâturages de brebis sur la craie qui, à force de soins, ont été portés à un degré de fertilité qui doit les faire respecter : ces pâturages fins et nourris- sans sont extrêmement utiles pour l’hiver aux brebis. Il y a une grande raison pour rompre les terrains crayeux , c’est le prodigieu^ avantage qu’on en retire par le sainfoin , une des EN TERRES LABOURABLES. 45 1 plantes les plus utiles que le ciel nous ait données dans sa bonté’, mais dont on ne peut profiter que par le labourage. Il existe dans le royaume une immense étendue de terrains tourbeux dans lesquels je comprends , non-seulement les tourbes proprement dites , qu’on trouve en si grande abondance dans les provinces du Nord et dans le Devonshire , le Somersetshire, le Cambridge- shire et le pays de Galles ; mais aussi toutes les parties basses des fermes dans tout le royaume. Ces terrains tourbeux ou marécageux sont susceptibles d’une très-grande amelioration ; mais cette amelioration ne peut avoir lieu que par les opérations de la charrue ; et y interdire la charrue, c’est les condamner à une stérilité perpétuelle. Au reste, l’obstacle presque général pour les terrains tourbeux ou marécageux, c’est le droit de pâturage des individus appar- tenans aux mêmes communes : ce n’est pas ici le lieu de discuter ce droit. Lorsque ces terrains sont mis en état, ils sont plus productifs en prés qu’en grains. Il y a cependant des ex-r ceplions; car, dans certains endroits, l’alternance y donne d’abondantes productions; mais il arrive plus souvent que la charrue y est trop en mouvement ; lorsque l’on est parvenu à former un bon pré , le plus sage est de s’y tenir. 452 CONVERSION DES PRAIRIES II y a un autre point de vue sous lequel il faut envisager la question , inde'pendamment des convenances de la terre , c’est celui de l’exploitation ordinaire des terrains dans le canton dont il s’agit. Dans les contrées du centre, où l’on engraisse beaucoup de bestiaux , on voit communément des fermes entières en prairies , avec la défense absolue aux fermiers d’en rompre un seul acre : il y auroit là une convenance à labourer qui est indépendante de la nature du sol. Les pailles y sont liors de prix par leur extrême rareté ; il y auroit certainement du profit à rompre une petite partie des fermes pour avoir des pailles et augmenter les engrais : on pourrait y cultiver des turneps ou des rutabaga et des choux. Ces productions pourroient, dans certains cas, être tellement avantageuses aux fermiers , que leur produit feroit plus que compenser le surcroit de dépense que deman- deroit leur culture dans des terrains qui n’y sont pas très-propres. II n’est pas douteux que le fermier ne prit payer une ferme plus forte, s’il avoit une telle liberté, qu’il ne le peut dans l’état des choses , diitr.on réduire dans les baux la liberté de rompre, à un huitième ou un dixième seulement de la totalité de la ferme. Dans les laiteries, lorsque la ferme est toute EN TERRES RAEOURABLES. 463 en près et pâturages (comme en Wiltsbire, Glocestershire , etc. ) l’observation que je fais est encore plus directement applicable ; caries produits de la culture à la charrue , la paille , les choux, etc. sont plus profitablement employés , et plus nécessaires, que dans le système d’engraisser des bestiaux. On pourroit, pour les laiteries, et dans d’autres fermes de pâturages, régler l’étendue à rompre, d’après les attelages du fermier. S’il a quatre chevaux pour mener au marché son beurre et son fromage , il faudroit qu’il pût rompre assez de terrain pour occuper ses quatre chevaux. Le nombre des animaux qui composent les attelages d’un fermier dans une ferme de pâturages et prairies , n’est pas difficile à déterminer, non plus que l’étendue de terrain arable à quelle ces animaux doivent répondre. Un-'^ e '“ val suffit à vingt acres; et dans cette proportion les foins pourroient être charieV dans la saison , ainsi que les fromages en hiver- Je ne parle point, au reste, des fermes de parages dans lesquelles la terre se repose pendant plusieurs années , par la manière dont les assole- mens sont arrangés : jen^ parle que des fermes qui sont toutes en prés et pâturages, de manière qu’il y a une saison dans laquelle les attelages ne sont point occupés. 454 CONVERSION DES PRAIRIES Les fermes à prairies ne se trouvent jamais ( que je sache ) que dans le voisinage des grandes villes , où la demande des foins est considérable et uniforme. On ne tient des chevaux, dans ces fermes , que pour mener le foin au marché , ramener du fumier , conduire le foin depuis le pré à la meule , et charier les engrais Sur les prés. La paille manque, danscesfermes, soit pour la litière , soit pour couvrir les toits j mais on peut mettre en doute s’il est profitable de rompre des prés quand ce n’est que pour se procurer des-pailles. Il y a toujours possibilité d’acheter des pailles dans le voisinage des grandes villes ; mais de telles localités ne demandent pas beaucoup d’attention , parce que ’a culture y est toujours soignée. Constances dans lesquelles un propriétaire P eht être en souffrance lorsque le fermier rompt, les prés ou pâturages. Il faut considérer ici deux objets distincts , l. L’epvû Sement du terrain j ü.° ce qui a rapport aux bâtv^gjjg çj e } a ferme. Je suppose qi« ] a convention qui autorise 1 usage de la charrue, oblige le fermier à payer ce que l’on estime un dédommagement équitable pour la permission de labourer : le propriétaire peut néanmoins être en souffrance, EN TERRE9 LABOURABLES. 455 s’il ne fait une attention convenable aux circonstances ci-dessus mentionnées. Chacun sait que lorsqu’on rompt de vieux pre's on obtient communément de grands produits en grains. Je connois des cas danslesquels des pâturages communs rompus , et ensemencés en avoine , ont donné quatre-vingt-quatre bushels par acre , deux années de suite ; et après cela , de fortes^récohes de toutes les productions qu’on y a semées pendant plusieurs années. J’ai connoissance d’une expérience faite à Lewes en Sussex. Un grand champ nouvellement rompu, et qui avoite'téen pâturages, fut semé en blé neuf ans de suite , et donna pour moyenne annuelle, quarante-huit bushels par acre ; le propriétaire déclara qu’il le semeroit aussi long-tems qu’il lui donneroit trente-deux bushels par acre : lorsque la récolte commença à s’afifoiblir un peu , il le mit en jachère. On peut trouver par-tout des exemples de la fécondité des terrains qui ont été long-tems en pâturages. Cette fertilité , extrêmement avantageuse aux fermiers, les engage à une agriculture funeste aux intérêts du propriétaire. Le propriétaire ne feroit , peut-être, aucun usage de la faculté de rompre un ancien pâturage; mais les trésors de fertilité que ce pâturage recèle sont néanmoins à 456 CONVERSION DES PRAIRIES sa disposition , et en cas de besoin il peut y avoir recours; enfin, il n’est pas necessaire d’employer beaucoup de raisonnemens pour montrer que les ope'rations du labourage, abandonnées au fermier sans restriction , peuvent être extrêmement prejudiciables aux proprietaires. Pour ce qui regarde les bâtimens , la chose peut n’être pas aussi claire , mais elle ne doit pas échapper à l’attention du maître. Un fermier fait une proposition spécieuse pour rompre de vastes étendues de prés , et comme il sait que les dépenses nécessaires pour de nouveaux bâtimens effrayeroient le propriétaire, il ne fait au.qune mention de la nécessité de faire de nouvelles, constructions; mais lorsque le fermier change , et qu’il n’y a point de profil immédiat du même genre en perspective pour le fermier qui entre , celui-ci ne manque pas de demander, avant tout, de nouvelles étables et de nouvelles granges. Or, les dépenses peuvent être considérables; les réparations à venir sont un objet à calculer ; et on se trouve engagé peut-être plus loin que ses forces , et d’une manière imprévue. Il y a, .relativement aux bâtimens de dépendances , un objet qui n’a jamais été, je crois, considéré sous ce point de vue , et qui méri- EN TEïUKES LABOmtAÏÎIÆS, 45‘7 teroil attention , ce sont les moulins à battre le b le. Jusqu’ici on a construit ces moulins sans penser à l’économie de bâtimens qu’ils peuvent faire ; et cependant , à bien voir la chose , ce seroit peut-être là leur principal avantage. Un léger hangar , pour couvrir la machine placée auprès des meules de blé , pourvoit sauver la dépense d’une grange. On a fait, contre les moulins à battre le blé, l’objection qu’ils ten- doienl à priver les manouvriers de leur travail. Si c’étoit ici le moment de répondre à cela, je crois que l’objection ne paroîlroit pas solide ; mais dans tous les cas elle n’est pas applicable aux terrains nouvellement soumis aux opérations de la charrue. Or , il faut que les travaux qui doivent produire du grain se fassent aux moindres frais possibles, afin que la plus grande partie des productions parvienne jusques dans les marchés , car ce n’est que dans les marchés que l’abondance peut influer sur les prix. Il y a un autre point sur lequel le propriétaire peut se trouver en perte lorsque son fermier rompt les prairies , c’est l’augmentation des frais de surveillance pour les fermiers des femmes arables, et la plus grande difficulté de l’exploitation. Il ne feut pas cependant mettre à cette circonstance plus de prix qu’elle n’en a: cet accroissement de complication est plutôt l’affaire des intendans que celle des maîtres. 458 CONVERSION DES PRAIRIES Circonstances dans lesquelles le propriétaire peut gagner à ce que le fermier rompe les pâturages. Dans les terres argileuses les pâturages ou près sont souvent mise'rables. Ils ont été mal e'tablis , ou mal soignés, en sorte que l’herbe y est rare et de mauvaise qualité’ : le bétail la refuse même souvent, à moins qu’il ne soit affame. Lorsque de tels pâturages demeurent sans être rompus , le proprietaire n’éprouve point cette augmentation insensible, mais certaine , de valeur dans les terres, qui resuite de la duree même d’un pâtufage, lorsqu’il est passablement bien soigne'. S’il arrivoit que ce genre de terrains froids fût assez bien gazonne' et en train de cette amelioration lente qui résulté du pâturage , et de la putre'faction des végétaux , on auroit bien tort de rompre , car les terres argileuses sont peu favorables à la charrue. Mais quand l’herbe y est de mauvaise qualité', on s’en débarrasse par une rotation convenable de récoltes ; on sème ensuite de bonnes graines de prés , et la terre se trouve en état d’amélioration graduelle. Lorsque les bonnes terres végétales sont humides , on peut leur appliquer les mêmes observations que je viens de faire pour les glaises. UN TERRES LABOURABLES. 4 % I] y a de grandes étendues de terrains qui, par leur nature , seroient susceptibles de produire des turneps , si elles e'toient desséchées ; mais qui e’tant négligées , ne font que de mauvais pâturages , et passent pour des glaises froides: le laboureur pourroit en faire des terrains productifs. Il y a encore des graviers stériles (surtout ceux qui sont imprégnés d’acide sulfurique , comme on en voit dans le Hereford- shire ) lesquels ne peuvent être ramenés à un e'tat productif que par la charrue. Mais, de toutes les natures de terre, les sablonneuses sont celles dans lesquelles larup» ture des près ou pâturages produit les plus grands avantages pour le propriétaire et pour le fermier , tout à-la-fois. Les auteurs se sont long-tems opposes à ce que l’on rompît les pâturages secs, ou les bruyères qui servent aux moutons dans les terrains sablonneux; mais peu-à-peu , cependant, le bon sens des cultivateurs l’a emporte', et c’a été avec un très- grand profit pour eux. Dans l’espace de soixante-dix ans toute la partie occidentale de la province de Norfolk, qui e'toit en pâturages de moulons, a été convertie en terres arables qui donnent de beaux grains. Pendant long-tems les cultivateurs de Norfolk ont e'tê convaincus (même en. rompant 46 o CONVERSION DES PRAIRIES les pâturages) qu’il falloit en laisser une partie intacte dans chaque ferme ; mais l’intérêt des fermiers les a mieux conseilles. D’anne'e en année, l’ëtendue de ces espaces réservés aux moutons , s’est resserrée 5 il y a beaucoup de fermes qui n’en ont plus , et toutes en ©nt beaucoup moins : on peut faire les mêmes observations dans Suffolk. Il y a quelques années qu’il y avoit des pâturages considérables en terrains légers, qui aujourd’hui sont soumis à des assolemens réglés. Relativement à ces deux provinces, on n’a qu’à comparer ce qui s’est fait avec succès, à ce qui a été écrit, il y a vingt ans, sur la nécessité de conserver intacts les pâturages de moulons dans les terrains légers, pour être frappé de l’opposition qu’il y a entre ces deux choses : il est cependant certain que ces pâturages secs sont encore trop étendus. Presque tout le pays qui est entre Thetfond et Svcaff- ham , est couvert de ces pâturages maigres. La faute en est aux propriétaires, qui se contentent d’une rente de 2 shellings et demi par acre , au lieu d’une rente de 8 à 10 shellings qu’ils pourroient avoir. Les fermiers qui ont ces terrains à très-bas prix , calculent sur le capital qu’ils emploient, et font encore de gros profits 5 et ainsi l’intérêt d’un des conlractans EN TERRES EABOURABLES.' 46l se joint à l’indolence de l’autre , pour perpe'- tuer le niai. Les terrains crayeux offrent encore de plus grandes facilites'd’ameliorations. Ce que l’on appelle les Downs en Wiltshire, Sussex , Hampsliire et Dorsetshire, ainsi que les Tf^olds de la partie orientale du Yorkshire, ont con- mencé à être cultives à la charrue \ mais cette culture n’a fait encore nulle part les progrès qu’elle doit faire. Il ne tiendroit qu’aux proprietaires de doubler la rente de leurs terrains, en permettant aux fermiers de rompre les pâturages. Les mêmes terrains de ce genre s’afferment 2 shell. 6 den. près de Salisbury; et jusqu’à 10 shell. dans le Hampshire. Dans cette dernière province, il y a beaucoup de proprié- taires qui pre'tendént que le labourage a fait du mal} cependant ils reçoivent une rente double de ce qu’ils retiroient auparavant. Le fait est, qu’au moyen des rotations dans lesquelles entrent les foins artificiels , et surtout le sainfoin, le fermier peut entretenir une plus grande quantité' de moutons qu’il ne le faisoit sur les pâturages secs , et au moyen de cette abondance de bétail le propriétaire ne sauroil souffrir. Il est vrai que si l’on écobue pour prendre trois récoltes successives de grains, on ne sait plus comment nourrir les brebis , le sol s’é- 462 CONVERSION DES PRAIRIES puise, et l’opération de rompre les pâturages secs devient alors la plus mauvaise des cultures : en pariant de quelques exemples semblables, il y a des gens qui condamnent indistinctement le principe de rompre les pâturages. Il est certain , cependant, que la plupart des propriétaires des pâturages secs, connus sous le nom de downs peuvent tirer beaucoup plus de parti de leur propriété , et rendre un grand service au public, en permettant à leurs fermiers de les rompre , moyennant des clauses convenables. Les tourbes peuvent devenir productives sans qu’on les rompe. On a vu en Derbyshire des effets très-marqués d’une grande abondance de chaux répandue sur le terrain touYbeux» Mais, en général, ces terrains gagnent bien plus encore par le labourage. Dans fes plaines on peut hésiter entre l’herbe et les grains; mais sur les hauteurs tourbeuses on doit pré- férerle pâturage. Les pommes de terre, choux* turneps et navette ne doivent être qu’une préparation pour mettre le terrain en pré ou pâturage. Ceux qui connoissent les diverses provinces du royaume savent très-bien que les terrains tourbeux constituent une étendue immense de la Grande-Bretagne ; et que si l’on permettoit de les rompre , moyennant des clauses convenables, il y auroit un très-grand bénéfice EN TERRES LABOURABLES. 465 pour le public, un accroissement d’aisance pour les fermiers , et une augmentation considérable de revenu pour les proprietaires, sans qu’il re'sultât de cette opération aucun inconvénient réel. Comment doit-on rompre les prés? Le département d’Agriculture a demandé de grands détails sur cette question : non pas , sans doute pour servir de règle aux propriétaires dans les conventions des baux avec leurs fermiers , mais afin que les possesseurs de biens-fonds qui cultivent leurs terres par leurs propres domestiques puissent trouver des directions utiles sur la meilleure manière de rompre les prairies. Voici les divers objets à considérer : i.° Le dessèchement préalable. 2. 0 L’écobuage. 5.° La profondeur où il faut labourer. 4. ” La largeur des planches ou billons. 5. " Les assolemens. Quant au dessèchement préalable , il ne sauroit y avoir de doute sur sa convenance. Si 1’ on emploie la méthode d’Essex , il faut examiner quel est le meilleur moment à prendre pour dessécher. Quant aux grands fossés de dessèchement, et àla méthode de Mr. Elkington, 464 CONVERSION DES PRAIRIES des coulisses en briques , il faut toujours faire les travaux avant de rompre. Ces travaux supposent que le terrain est extrèment humide ; et celte humidité rendroit les charriages impossibles si le terrain eloit laboure. Il y a un objet important dans les terrains en pente , surtout lorsqu’il s’agit de marais tourbeux : c’est la réunion de l’arrosement au dessèchement. Plusieurs petites coulisses qui aboutissent à une plus grande , peuvent fournir assez d’eau pour arroser un terrain qui se trou- veroit au-dessous ; et jusqu’à-ce que la possibilité de la chose ail été bien, examinée ; on doit être en doute sur les portions qu’il convient de rompre , et sur celles qu’il convient d’améliorer par l’irrigation. En général , on peut poser en principe que toutes les fois qu’on a de l’eau pour arroser, il faut en essayer l’effet avant de tenter aucune autre méthode d’amélioration. On voit dans le Yorkshire et sur les tourbes élevées qui sont dans le voisinage dePatelybridge, des effets remarquables de l’amélioration par les eaux , et qui sont dues au hasard. De petits cours d’eau destinés autrefois à des moulins aujourd’hui abandonnés, se sont détournés et traversent des parties tourbeuses qui étoient couvertes de bruyères. L’eau courante a tué la bruyère , et créé de la en terres labourables. 465 la bonne herbe : elle a en outre converti en quelque sorte le terrain tourbeux et noir, en une terre végétale. Ces parties ainsi arrosées, et qui n’ont reçu aucune autre amélioration , se louent dix shellings l’acre , tandis que les terrains tourbeux environnans ne se louent que de six à neuf deniers. Lorsqu’on voit de tels effets on se persuade qu’il ne faut pas perdre une seule goutte des eaux qui proviennent des desséchemens , mais que toute les fois que la chose est possible il faut changer l’ennemi en un auxiliaire. Beaucoup de fermiers choisissent l’année de jachère pour faire les coulisses à la manière d’Essex. Ils trouvent que cet ouvrage se fait mieux en été qu’en hiver , et pendant l’année de repos que lorsqu’il y a du trèfle. Il faut, en effet, que le terrain soit suffisamment desséché par le soleil pour que les chariots et tombereaux n’enfoncent pas trop en chariant les fascines et la paille que l’on met dans les coulisses. Dans la saison sèche , il n’y a pas non plus l’inconvénient de pétrir, et en quelque sorte , piser la terre avec les bêches et les pèles , comme on le fait en hiver et en tems humide. D’autres fermiers préfèrent de travailler les coulisses en hiver , parce que ( disent-ils ) lorsqu’il y a peu de pente , ils voient mieux Tome 5. Gg 466 CONVERSION DES PRAIRIES si les coulisses 'donnent de l’eau ; et ils ont aussi les ouvriers à meilleur marché. En général , soit que l’opération se fasse en hiver ou en été , il faut préférer le te ms où le terrain est en trèfle ou bien la faire avant de rompre le gazon , parce qu’on évite de pétrir la terre. D’ailleurs , si le gazon est épais et ferme , on peut s’en servir à remplir les coulisses, ce qui est moins cher que de les garnir en fascines ou en paille. Ecobuage. On a soutenu que l’écobuage e'toit une pratique excellente, et l’on a dit aussi que c’étoit une chose détestable. Les uns prétendent qu’eu brûlant le sol, on dissipe les principes de la végétation qu’il faudroit retenir, on anéantit l’huile et le mucilage , on change une matière fertile en une cendre sans vertu ; et que les parties végétatives prodiguées à une récolte auroient pu être ménagées pour un grand nombre d’autres. Les partisans de la méthode répondent, que ces objections sont fondées sur une théorie trompeuse ; et qu’une pratique très-étendue , des expériences mille fois répétées, prouvent que l’écobuage est une chose extrêmement profitable : ils observent enfin, que les inconvéniens dont on accuse la méthode «e doivent être attribués qu’à son abus. 5EN TERRES LABOURABLES. 467 Je me range , sans hésiter, à cette dernière opinion. Il est très-dangereux de s’appuyer sur la théorie en matière d’agriculture. Je laisse les chimistes et les physiciens spéculer d’après leurs observations, et les qualités inhérentes à la matière ; je me fie à l’expérience de vastes cantons $ expérience soutenue depuis nombre d’années. Les ennemis meme de la méthode s’accordent à dire qu’en écobuant, on peut obtenir deux ou trois fortes récoltes de grains successivement. Cela est hors de doute. On voit d’abaurdes cultivateurs abuser ainsi de leurs terres écobuées 5 et soit dans les tourbes du Cambridgeshire, soit sur les hauteurs crayeuses du Hamphshire , du Glocestershire , et du Yorkshire , les récoltes sont prodigieuses. Ordinairement on écobue pour semer du froment, puis o*~ c it deux récoltes successives de grains de printems : les trois années sont très-productives. U y a donc dans le brûlement des terres un résultat singulièrement favorable à la force végétative. Cette force végétative petit être appliquée à faire croître des turneps ou des herbages , comme à produire du blé j et celui qui a commencé par se donner de quoi nourrir des moutons sur un terrain quelconque, puis qui ne sait pas s’y prendre pour soutenir '468 CONVERSION DES PRAIRIES la fertilité de ce terrain , est un novice en agriculture. Les fermiers dont on se moque , le savent peut-être tout aussi bierl que ceux qui se moquent d’eux ; mais le profit immédiat, et le peu de durée des baux font qu’ils agissent d’une manière directement contraire à leur conviction. Il n’y a pas une terre sur laquelle l’écobuage m’assure une récolte de turneps. Ceux-ci, consommés par les moutons sur le champ même , préparent le terrain pour l’orge ou l’avoine, ■qu’il faut semer avec des graines de prés. Le pré pâturé par des moulons, soit un an, soit plusieurs années , assure une récolte de grains de l’espèce qui convient le mieux au terrain; et dans cet espace de tems, la terre a beaucoup plus gagné qu’elle n’à perdu. Citer les observations que j’ai faites , et raconter -tous les faits sur lesquels j’appuie mon opinion, ce seroit fatiguer inutilement lé lecteur : je puis affirmer que plus de la moitié des provinces du royaume offre des résultats conformes à ce que je viens de dire. On a souvent répété que l’écobuage diminue la quantité de la terre végétale. Si cela arrive effectivement ; ce ne peut être que dans les marais tourbeux : cependant, dans les marais tourbeux delà province de Cambridge , I’éco- EN TERRES LABOURA BEES. 469 buage a été répété de huit en huit années , depuis un siècle et demi. Or, je puis affirmer que je n’ai pu y observer aucun symptôme certain de cette diminution de la couche végétale : si la couche employée à la végétation et soumise à l’action de la charrue , diminue réellement d’épaisseur , ce peut être par cet affaisement lent qui doit naturellement avoir lieu dans tout marais desséché. Quand il s’agit d’un autre sol, quel qu’il soit, je nie positif ventent qu’il y ait cette diminution de la couche végétale. J’ai fait cette expérience avec soin. J’ai brûlé du gazon de terrain non calcaire , après l’avoir soigneusement pesé, et en lui appliquant une chaleur beaucoup plus forte que celle de l’écobuage du Devonshire (1). En pesant ensuite le résidu , j’ai trouvé que la diminution étoit si légère qu’on ne de voit l’attribuer , je pense, qu’à la perte de l’eau qui étoit intimement combinée avec la matière végétale avant le brûlement. En exposant ensuite à l’air libre et sec, la matière brûlée , (1) J’ai rendu compte, dans l’Agriculture de Devonshire, vol. II, de la pratique de cette province. Elle y est si générale et si ancienne, que cette pratique s’appelle ailleurs Denshiring, par contraction de Devon shiring [opération de Devonshire], 470 CONVERSION DES PRAIRIES j’ai trouve qu’elle reprenoit , au moins , le poids qu’elle avoit auparavant. Il n’y a que les parties végétales qui se réduisent en cendres. Dans la putréfaction , qu’elle qu’en fût la marche , oes parties végétales se seroient dissoutes. Elles se seroient combinées avec l’eauj elles se seroient évaporées par l’action de la chaleur , ou bien elles seroient entrées dans les vaisseaux des plantes , pour servir à les nourrir. Réduites en cendres , ces mêmes parties végétales sont dans un état de fixité qui empêche que les influences de l’atmosphère ne les dissipent ; et quant à leur action sur les plantes , il n’y a qu’à observer l’abondance des récoltes pour s’assurer qu’elle est très-réelle. Il y a des gens qui sans vouloir reconnoître que cette pratique soit généralement bonne , en approuvent l’usage dans la tourbe , dans les parties basses et humides , et dans les terrains de la plus mauvaise qualité ; mais ils n’osent se servir de l’écobuage dans les bonnes terres. L’expérience les condamne. On emploie l’écobuage dans l’Yorkshire sur des terrains qui se louent vingt et trente shellings l’acre. Les cendres y sont plus abondantes , parce qu’il y a une plus grande quantité de matières organiques^ consumer. Les parties végétales EN TERRES LABOURABLES. 471 n’y Sont pas en moindre abondance après l’opération, et si la terre e’toit fertile avant l’e'cobuage , elle le sera assurément après. Il faut ajouter aux circonstances favorables àl’écobuage, l’avantage très-grand de détruire les insectes , les larves et les mauvaises plantes qui abondent dans les terrains riches. ïe conclus donc que l’e'cobuage , en y joignant un assolement convenable , est une bonne pratique dans tous les terrains , et qu’elle est absolument nécessaire dans de certaines terres, ainsi que je vais le démontrer. Ceux qui condamnent J’écobuage ont objecté contre cette pratique dans les terres argileuses, qu’il en résulte que l’argile se trouve convertie en fragmens de briques. Il y a en effet parmi les monceaux de cendres après î’écobuage , dans les terrains argileux , un grand nombre de fragmens de briques ; mais si on considère que la ténacité de la glaise est son plus grand inconvénient, on trouvera que le mélange de la brique en petits fragmens est une addition très-utile pour rompre l’adhérence des molécules de l’argile. En écobuant les terrains argileux, on a donc i.° l’engrais des cendres végétales , 2.“ une substance qui agit mécaniquement et d’une manière utile. Hitt, qui a écrit d’après sa pratique , et qui 472 CONVERSION DES PRAIRIES présente beaucoup d’observations justes , dit ce qui suit : « Je recommande l’e'cobuage 5) comme le moyen d’obtenir l’engrais le )> moins cher et le plus actif de tous ; car » non - seulement le brûlement des racines )) ajoute des sels au terrain 5 mais encore il » ouvre et pe'nètre la couche de glaise telle- )) ment que les racines peuvent ensuite s’y » nourrir ; car on remarque que dans les en- » droits où les tas de gazons ont brûle et d’où )> on a complètement ôte les cendres pour » les répandre à l’entour , la ve'ge’tation des p grains ou des turneps ne laisse pas d’être « beaucoup plus forte que partout ailleurs. » On a surtout condamne la pratique de l’e'co- buage sur les bonnes terres végétales ; mais'si on veut consulter l’expérience , on pensera peut-être différemment. Je vais donner ici quelques faits. Mr. Wilkes de Measham en Derbysbire , est, depuis un grand nombre d’années, dans l’usage de rompre à la charrue de vieux pâturages , et de brûler tout ce que la charrue déplace , o’est-à-dire, une épaisseur de terre de huit à neuf pouces. Il dispose la terre par tas de trente à quarante bushels , et on les fait brûler par l’addition d’un peu de charbon de pierre. L’effet en est très-grand : famé-; EN TERRES LABOURABLES. 473 lioration est prodigieuse et durable. Le brûlement est vingt fois plus considérable que l’écobuage ordinaire, et cependant Mr. Wilkes pense d’après une très-longue expérience qu’il n’y a pas le moindre appauvrissement dans le sol. Il trouve que l’effet de l’écobuage est de rompre la ténacité' des terrains argileux et sujets à se relier , comme encore de chasser l’eau combinée avec le sol et les racines des végétaux. Le contact de l’atmosphère ne tarde pas à rendre aux terrains écobués l’eau que l’opération leur avoit enlevée et l’extrême fertilité qu’ils ont acquise leur restitue très- promptement une quantité de racines de végétaux plus considérable que celle qu’ils avoient auparavant. Il y a actuellement trente ans que le père de Mr. Wilkes a brûlé un champ de dix acres, de la même manière que son fils écobue les siens aujourd’hui ; c’est-à-dire , à une profondeur de huit à neuf pouces. Ce champ qui , depuis ce moment-là , n’a pas été mieux traité que les autres champs du domaine, a néanmoins conservé une supériorité évidente. En 1790 , l’auteur de ce Mémoire fit dessécher quatre acres et demi d’un champ de cinq acres , d’une mauvaise terre argileuse et froide, dont la couche remuée reposoit sur 474 CONVERSION DES PRAIRIES une marne argileuse. Comme il n’avoit point de charbon de pierre , et que le bois eloit trop cher , il ne fit dans tout le champ que quatre grands fours ou tas de terre pour ope'rer la combustion à moins de frais. Il en résulta que la combustion, ou calcination , se fit avec beaucoup plus de chaleur. Ceux qui virent l’ope’ration , même des gens partisans de l’éco- buage ordinaire , crurent le champ complètement perdu. Les cendres furent répandues et enterre'es à la charrue, peu profond; puis on sema des turneps, qu’on hersa légèrement. La récolte fut très-belle , et valoit au moins 5o shellings l’acre , pour la faire manger sur place. Dans le demi-acre non brûlé la récolte étoit d’une valeur de moitié inférieure à celle d’une même étendue dans la partie brûlée. Après avoir fait manger les turneps par les moutons , on laboura trois fois et on sema de l’avoine avec des graines de pré. L’avoine rendit plus de 56 bushels par acre , et le pré a toujours valu , depuis ce tems-là , plutôt 20 shellings de rente qu’il n’en valoit 5 auparavant. Environ la moitié du champ a'été fumé depuis avec de la terre et des raclures de rues, puis avec du fumier d’étable, mais légèrement. Il est remarquable que le cynosure , herbe fort estimée dans le pays, commença à paroître EN TERRES LABOURABLES. 4y5 trois ans après l’écobuage , et s’est toujours soutenu depuis. S’il y a encore quelque différence entre la partie qui a e'te' brûlée et celle qui ne l’a pas e’té , l’avantage est pour la - portion brûlée. Ces expériences prouvent (si quelque chose peut le prouver ) que l’éco- buage , même exagéré , ne diminue point la quantité' de la terre ve'gétale, et qu’il produit d’exce-llens effets dans les terres qui ne sont ni argileuses ni légères. Hitt , qui avoit beaucoup pratique' l’e'co- buage , le recommande pour les terrains sablonneux , comme pour les autres sols , et d’après sa propre expe’rience. J’ai vu en Suffolk et en Cambridgshire d’excellens effets du brûlement de la surface dans les terres sablonneuses , quoique les assolemens fussent assez mauvais. Pour les terrains crayeux nous avons] une beaucoup plus grande expe'rience que pour tout autre sol, car dans toutes les provinces d’Angleterre , on rompt communément les hauteurs crayeuses et] les pâturages secs , en écobuant. Dans le Glocestershire , sur les collines de Cotteswold, c’est la méthode usitée, et on y revient souvent. On a mis en culture avec beaucoup de profit, par l’écobuage , les pâturages de moutons et les garennes des ^6 CONVERSION DES PRAIRIES Wolds dans le Yorkshire et le Lincolnshire ; et cependant on n’a point soigne’ la partie des assolemens comme on l’auroit du. — Dans 1 « Hampshire et le Wiltshire , cette agriculture est très-ordinaire. On a dit que , dans ces cantons de terres légères , on avoit ruine' des pièces par l’e'cobuage : je crois plutôt que c’est par de mauvais assolemens. Ce qu’il y a de certain, c’est que la rente des terres y a double’. Mr. Boys, de Kent, dans une lettre à l’e'diteur des Annales , dit ce qui suit : « Si quelqu’un » de ceux qui condamnent l’ècobuage , vient » dans le comte de Kent pendant l’e’të (1796), P je lui montrerai plusieurs centaines d’acres P en ble’, orge, avoine et sainfoin , sur des » terres qui ont subi plusieurs fois l’écobuage, » et dont les re'coltes seroient suffisantes pour )) acheter le terrain , à raison de quarante » fois la rente , estime'e au prix que les terres )) avoient avant l’ëcobuage. » Quant aux tourbes, il ne peut y avoir qu’un seul avis sur la convenance de les faire valoir par l’écobuage. Depuis les marais du C-am- bridgesbire, jusqu’aux hauteurs tourbeuses de l’Irlande et du nord de l’Angleterre, toutes les fois qu’un défrichement tourbeux a été' entrepris par des gens instruits et praticiens, on les a vu employer l’écobuage. On a aussi EN TERRES ^LABOURABLES. 477 essaye de défricher les tourbes en rompant et employant la méthode des jachères. Ces expériences sont constatées et enregistrées , soit dans les rapports au Departement d’Agri- culture , soit dans les Tours d’Arthur Young. Les résultats donnent invariablement de la perte , ou du moins un profit tellement inferieur à celui qui resuite de l’écobuage , que la question doit être de'cide'e pour toujours. Il faut la laisser traiter à ceux qui , sur toutes les questions imaginables , sont en querelle avec le sens commun. Profondeur à laquelle il faut labourer. Ce point demande de l’attention. Il faut le conside'rer , i.° relativement à la manière de rompre pour l’ecobuage , et 2. 0 relativement à la simple operation de la charrue sur vin terrain en pré ou pâturage , et qu’on Veut mettre en champ. L’opinion générale des agriculteurs , en Angleterre, c’est que le premier labour qui suit l’e'cobuage doit être superficiel. De ce que cette opinion est répandue, il ne s’en suit pas qu’elle soit juste. On pense de même qu’il ne faut pas enterrer profondément le fumier , ni le coup de parc 5 or , dans ces deux cas , l’opinion est erronnée. Ces engrais 4y8 CONVERSION DES PRAIRIES qui se putréfient et deviennent volatils , reé montent vers l’atmosphère plus tôt ou plus tard , à quelque profondeur qu’on les ait enterrés. Pour les cendres, le cas peut être différent ; et le succès de la méthode employée est une grande raison pour la croire bonne en théorie. On peut donc, je pense, fixer à trois ou quatre pouces le maximum de la profondeur du sillon pour le premier labour. Dans les provinces où l’on laboure d’ordinaire à une grande profondeur, c’est-à-dire, de six à huit pouces, l’usage général est de labourer à quatre ou cinq pouces seulement lorsque l’on rompt un pré. On a toujours soin de semer immédiatement sur le premier labour ; à moins qu’il ne soit question de tourbes que l’on mûrit quelquefois par une jachère d’été. Après un labour léger l’influence de l’atr mosplière a plus de prise pour décomposer Je gazon , surtout si l’on a semé une récolte qui couvre la terre d’une ombre épaisse. Il y a deux circonstances de cette opération qui méritent attention : l’une est l’emploi du siim-çeultçr de Duçkett, et l’autre , l’usage de semer ou planter sur un guérêt déjà ancien. Je considère le sMin-çoult.er de Duckett comme l’un des meilleurs instrumens agricoles ®N TERRES EABOURABEES. 479 qui aient été inventes. Il est applicable à dif- fe'rens cas , mais surtout à l’operation de rompre les près. Chacun sait que lorsqu’on rompt un gazon avec une charrue ordinaire, sans addition , il reste entre chaque bande retourne'e une ligne de plantes de pre's qui végètent pendant l’été au détriment de la rérécolte. Cet inconvénient n’existe point lorsqu’on a employé le skim-coulter. L’instrument est applicable à tous les sols dont la surface n’est embarrassée ni de pierres ni de racines. Quant à l’usage de semer à raies fraîches , ou sur un vieux guérêt , je pense que cette dernière pratique, doit être préférée dans les terrains où l’on peut entrer en tout tems. Si l’on rompt en automne un pré de terre glaise qui ne soit pas bien desséché, on ne pourra peut-être y entrer au printems que trop tard. Dans ces cas , il est plus sûr de semer, soit à la volée soit au plantoir , immédiatement après avoir rompu. S’il s’agit de bonnes terres végétales , de terrains crayeux ou sablonneux , il vaut mieux rompre en automne, pour semer ou planter de bonne heure au printems. Les gelées et les dégels mûrissent et adoucissent la surface du sol, sans nuire à l’action du plantoir, $i l’on veut l’employer. 43o CONVERSION DES PRAIRIES Sillons relevés , planches , ou billons. Le Departement n’a fait aucune question sur ce point ; mais il me paroît trop important pour n’être pas traite'. Dans la moitié' de l’Angleterre , peut-être, tous les champs de terres argileuses et humides, et par abus des teries légères aussi, ont été' disposes en sillons releve's , depuis des siècles. Dans les provinces du centre , où l’on a converti beaucoup de champs en près, on a semé les graines de prés sur ces larges sillons ; mais quelques personnes , cependant , ont abattu ces sillons , et applani le terrain pour former des prairies. Quel est le meilleur procédé ? Tous les écrivains agricoles qui ont parle' de la culture de la Flandres la représentent comme la plus parfaite de l’Europe , et disent que les champs y sont disposés par planches ou sillons plus larges encore qu’ils ne le sont en Angleterre. Chaque intervalle des sillons est occupé par une coulisse d’écoulement , maintenue ouverte et très-nette , et qui dessèche complètement le terrain , objet de la plus grande importance pour les champs. Une coulisse couverte, à la manière d’Essex , rem- pliroit parfaitement cet objet. CoDviendroit-il mieux d’exiger des fermiers de faire entre chaque EN TERRES TABOUE A BI.ES. 48 1 chaque grand sillon un acqueduc couvert, ou de leur faire labourer à plat les larges sillons de prairies que l’on veut convertir en champs. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir de bonnes raisons pour mettre de niveau les larges planches , lorsque l’on convertit des pre's en champs. Le dessèchement complet est déjà un avantage très-grand , mais il y a une autre circonstance qui mérite attention : c’est que l’on conserve ainsi le bénéfice de l’amendement que la couche supérieure a reçu pendant des siècles , ainsi que l’utile influence de l’atmosphère. Dans l’autre supposition , cette couche est en partie enterrée , et remplacée par une terre infertile , à moins qu’on ne fasse des travaux dispendieux pour prévenir cet inconvénient. 11 faut d’ailleurs dessécher le terrain par des moyens nouveaux , tandis que le résultat étoit obtenu. Il ne me paroît donc pas douteux que les larges sillons ne doivent être maintenus. Il y a un point sur lequel j’hésiterois : c’est la convenance de conserver entre les sillons, et de chaque côté de la coulisse , une bande de gazon de quatre à cinq pieds de large. Dansle voisinage dePétersbourg, cela se voit fréquemment. Il n’y a pas de perte dans cette méthode ; car soit que l’on fauche, ou que l’on fasse pâturer ces bandes, le produit Jome 3. Hh 482 CONVERSION DES PRAIRIES en est assez considérable , et le centre des sillons est également productif. Assolemens. Le sujet des assolemens est le plus important de tous ceux qui ont été traités par les agronomes modernes ; et c’est celui sur lequel leurs écrits ont jeté le plus de lumière. Il y a une circonstance remarquable dans l’histoire de l’agriculture; c’est qu’avant le règne actuel, aucun auteur n’avoit écrit sur les assolemens, et qu’on n’y attachoit aucune importance quelconque. Les ouvrages contenoient l’énumération des cours de récoltes, bons, mauvais, ou détestables , sans essayer de les qualifier. On auroit dit que c’éloit une chose parfaitement indifférente que la manière dont les récoltes se succédoient ; et on paroissoit ignorer tout-à-fait d’après quels principes cette succession devoit être réglée. Une fois que l’idée de l’importance des bous assolemens a été mise en avant, cette importance est devenue évidente pour tout le monde, et depuis trente ans, nous avons fait de très-grands pas dans cette science d’assoler les terres. Il est maintenant bien connu qu’il y a des récoltes qui épuisent le sol plus que d’autres ; que .quelques-unes, tout en épuisant le sol, EK TERRES LABOURABLES. 483 lui rendent cependant ensuite par les engrais qu’elles produisent dans le domaine , autant ou plus de substance qu’elles n’en ont tire' ; que certaines productions permettent la culture pendant leur croissance , et laissent par con- se’quent la terre nette , au lieu de la laisser souillée de mauvaises herbes, tandis que d’autres n’admettant pas celte culture , et étant , de leur nature, e'puisantes , fatiguent la terre, et la laissent empoisonne’e de mauvaises plantes. Enfin, l’experience nous apprend qu’au moyen d’unesuccessionbien entendue des re'coltes, un sol quelconque peut être maintenu propre et en bon e'tat , pour un nombre d’années indéfini. Lorsqu’on destine un terrain à être mis en pre', il faut beaucoup d’attention à l’article de l’assolement, et en voici la principale raison. Toutes les terres se couvrent d’herbe à la longue -, mais dans certaines terres , il faut un grand nombre d’années, pour que l’berbe dont le sol se couvre vienne à donner une récolte profitable. Il est donc très-important, non-seulement de choisir les plantes de prés qui conviennent le mieux au sol dont il s’agit, mais encore de le purger complètement des plantes indigènes dont la croissance seroit nuisible aux plaines que l’on sème ; car si les plantes indigènes n’étoient pas extirpées , elles 484 CONVERSION DES PRAIRIES nuiroient essentiellement à la récolté principale. Cela peut s’observer dans un grand nombre de pièces qui ont été mal préparées à recevoir les semences de près, et cet inconvénient est presque toujours dû à une succession vicieuse dans les récoltes qui ont précédé. Les questions du Département supposent que le propriétaire permet à son fermier de rompre les prairies, sous la condition de remettre les terres en prés au bout d’un certain nombre d’années. Le problème à résoudre est donc de déterminer le cours de récoltes le plus avantageux , depuis le moment où l’on rompt le pré jusqu’au moment où l’on le rétablit. Supposons d’abord qu’il s’agisse de terres glaises , je recommanderai les assolemens suivans : 1 Ecobuage pour colza pâturé par les moutons. 2 Fèves. 3 Blé. 4 Jachères, et graines de pré. Ou bien : 1 Colza. 2 Fèves. 3 Blé. 4 Fèves. 5 Blé. 6 Jachère , et graines de pré. KN TERRES LABOURABBES. 485 11 y a des cas où les choux seroient plus profitables que le colza ; dans les deux cas, il faut que la re'colte soit mangée sur place par les moutons, et dans les terres froides et humides, c’est une difficulté. On ne peut le faire qu’en automne , pendant les gelées, ou dans des années où l’hiver est extrêmement sec, sans être très-froid. Comme cet article demande beaucoup d’attention , et peut bien n’être pas suffisamment soigne, je recommande des fèves pour la re'colte suivante, parce que c’est, de toutes les plantes, celle qui s’accommode le mieux d’un terrain fort tenace. Les fèves re'us- sissent aussi très-bien lorsqu’elles sont seme'es au plantoir , après un seul labour, en sorte que si les choux ou le colza ont été mangés sur place dans un moment peu favorable, de manière que la surface soit extrêmement durcie , et ne puisse recevoir avantageusement une plante céréale, la fève convient particulièrement. J’ai recueilli de très-belles récoltes de fèves et de beau blé après elles, dans un terrain où les fèves succédoient à du colza pâturé sur place , en tems humide , de manière qu’il n’avoit point été possible de semer de l’orge ou de l’avoine. Je suppose que l’on sème les fèves au plantoir sur la bande retournée, de manière à laisser toujours une bande sans semer 486 CONVERSION DES FRATRIES et l’autre semée sur une seule ligne. Il sera facile , ainsi, de sarcler à fond, comme on doit le faire , ou de cultiver le terrain avec la houe à cheval. Dans les terres glaises il faut ne semer les graines de prés qu’au mois d’Août, sur la jachère. Les semailles du printems sont trop hasardeuses dans les champs d’argde ; et d’ailleurs il est impossible de donner alors , comme il le faudrait, quatre ou cinq labours préparatoires pour assurer la réussite des graines de pré. Si l’on n’e'cobue pas, il faut rompre les vieux prés à la charrue, puis semer des fèves au plantoir, sur la bande retournée par ce seul labour} après quoi on suit l’assolement ci-dessous. 1 Fèves. a Avoine. 3 Trèfle. 4 Fèves. 5 Blé. 6 Jachères et graines de pré. S’il importe d’obtenir beaucoup de blé, on peut suivre l’assolement suivant. 1 Fèves. a Blé. 3 Fèves, 4 Blé. EN TERRES EABOURABEES. 487 5 Jachères et graines de pre' 3 ou bien remettre encore à la cinquième anne'e des fèves, du blè à la sixième , et des graines de pre' à la septième. Ces divers assolemens sont très-profitables clans les prairies argileuses que l’on rompt. Le vieux gazon est une très-bonne matrice pour les fèves, re'colte qui n’y manque guères ; et le blè y réussit aussi très-bien, lorsque les labours et les cultures répétées ont préparé le terrain. Il y a un inconvénient à craindre dans ces viéux prés froids , c’est la présence des vers de hannetons qui y sont quelquefois très- nombreux. On se trouve, à cet égard, très- bien d’une précaution fort simple , c’est de faire brouter ras, depuis le mois de Juillet, le vieux pré qu’on veut rompre. Les hannetons volans ne trouvant pas de l’herbe suffisamment pour y déposer leurs œufs à couvert, ne s’y arrêtent pas. Les larves n’attaquent pas les racines des fèves à la première année. Si le blé se trouvoit mangé pendant l’automne et le printems de manière à ce qu’il devînt plus profitable d’y mettre une autre récolte, il ne fau- droit pas labourer au printems , mais semer au plantoir une seconde récolte de fèves. S’il est déjà trop tard pour cela, il faut labourer et semer des pois au semoir, en choisissant l’es-: 488 CONVERSION DES PRAIRIES pèce la plus hâtive, et évitant surtout les pois blancs , qui ne réussissent point sur la glaise. — Après le blé de la seconde année le froment ne courra aucun risque dans le même terrain, de la part des larves de hannetons; mais en général , toutes les fois qu’on soupçonne la présence de ces vers de hannetons dans une prairie ou pâturage à rompre , il convient d’éco- buer : je parlerai des engrais ensuite. Dans les bonnes terres végétales, ou luts gras, on a beaucoup de choix parmi les bons assolemens. Toutes les fois que l’on écobue je crois pouvoir recommander , comme règle générale , qu’il convient de commencer par des turneps : après ceux-ci, de barge, puis du trèfle , puis du blé. Une autre règle, à laquelle je n’admets point d’exception quand il s’agit des terres qui ne sont ni fortes ni légères , c’est de faire manger les turneps sur place par les moutons. Lorsqu’on a le projet de remettre en pré la pièce que l’on rompt, il y a une prodigieuse différence dans les résultats, entre faire consommer sur place , oucharier les turneps pour ramener ensuite sur le même terrain le fumier qui en provient. Voici les assolemens que je propose dans les bonnes terres végétales , après avoir rompu le gazon. EN TERRES LABOURABLES. 4^9 1 Turneps. 2 Orge. 5 Trèflç. 4 Blé. 5 Turneps. 6 Orge. 7 Trèfle. 8 Ble. g Turneps. îo Orge et graines de pré. On peut aussi remettre en pre' avec l’orge a la sixième anne'e. Il est rare que l’on commence par les turneps quand l’on n’écobue pas; mais s’il y a des vers de hanneton , et que le propriétaire ne veuille pas souffrir que l’on écobue , les turneps conviennent, pourvu qu’on emploie le sfcim-coulter en rompant le gazon : on peut encore commencer par des fèves semées au plantoir (x). (i) On ne sauroit dire trop de bien de la méthode de semer au plantoir : elle donne une économie de deux pecks par acre [objet d’épargne immense pour un Etat], Elle donne aux pauvres, dans le teins des semailles du blé, une ressource semblable à celle de' la moisson. Enfin, on peut calculer, de l’augmentation moyenne, qu’il en résulte un accroissement de deux à six bushels par acre dans la récolte. Sous tous les points de vue, 4go CONVERSION DES PRAIRIES Les propriétaires qui hésitent sur l’écobuage, sans être tout-à-fait ennemi de la méthode, peuvent se de'cider entre les deux cours suivans: 1 Ecobuage pour turneps. 2 Turneps. 5 Orge. 4 Trèfle. 5 Blé. 6 Turneps. 7 Orge et graines de pré. Ou bien: 1 Ecobuage pour turneps. 2 Orge. 5 Trèfle. 4 Blé. 5 Turneps. 6 Turneps. 7 Orge et graines de pré. Si le terrain est fort léger les pois y font très-bien ; et alors le cours de huit ans doit commencer par cette récolte. cette pratique mérite les plus grands encouragemens de la part du département d’Agriculture. Un homme, une femme et six enfans gagnent 5, 6 et 7 guinées pendant les semailles du blé, et autant pendant celles de l’avoine, des fèves et des pois. Il ne faudroit jamais semer autrement qu’au plantoir lorsqu’on ne sème que sur un labour. [ Note de l'Auteur,] . EN TERRES LABOURABLES . 4g 1 On peut aussi admettre les pommes de terre j mais comme elles sont épuisantes, il faut que cette disposition soit compensée par les autres productions de l’assolement. Ainsi, par exemple: I Pommes de terre. s Orge. 3 Trèfle. 4 Blé. 5 Turneps. 6 Turneps. 7 Orge et graines de pre'. Soit qu’on écobue ou qu’on n’e'cobue pas, le propriétaire peut être tranquille sur l’effet de ces assolemcns; sa terre ne sauroit en souffrir, et un fermier raisonnable doit être fort content du profit que ces cours de récoltés lui donneront. II faut être pre'pare’ à un me'compte qui est assez fréquent, c’est la non-réussite des turneps ou du trèfle : dans ces cas-là , si le fermier n’est pas bon cultivateur , le terrain peut souffrir. L’usage ordinaire dans beaucoup d’endroits , quand la récolte de turneps manque, c’est de semer du blé ; c’est un mauvais système, parce qu’il en résulte le dérangement de la succession des récoltes, et que si le terrain est extrêmement léger, il se trouve trop cultivé pour le blé j il vaut infiniment mieux 4g 2 CONVERSION DES PRAIRIES continuer la jachère , et mettre de l’orge au printems. Lorsque le trèfle manque, l’usage ordinaire est de semer des vesces ou des pois à la volée pour les laisser mûrir : je me déclare décidé- menl contre cette pratique. Si la re'colle se trouve très-belle, il n’en résulte pas de mal pour la terre 5 mais pour peu que la récolte soit médiocre, le terrain demeure souillé de mauvaises herbes, et si l’on fait succéder du blé , la terre est complètement empoisonnée ; il convient donc d’obliger les fermiers , dans ces cas-là , à semer des vesces pour couper en vert, puis de. donner deux ou trois labours pour le blé. Lorsqu’on a affaire à un fermier qui a pour tout système de faire le moins d’avances qu’il se peut en tirant de la terre tout ce qu’elle peut rendre , c’est un accident très- fâcheux pour le propriétaire , que la nullité de la récolte du trèfle : il arrive très-souvent que des fèves négligées , ou une chétive récolte de pois ou de vesces salissent complètement la terre ; et cependant la lettre des stipulations entre le maître et le fermier est observée. Lorsqu’un fermier sait que, si son trèfle manque, il n’en aura que plus de blé, il met peu de soin au choix de la graine de trèfle , et à toutes les circonstances qui concourent à EN TERRES RABOITRABLES. 4g5 faire réussir cette plante ; il en assure , en quelque sorte , le non-succès ; mais s’il savoit d’avance que toutes les fois que le trèfle man- queroit il seroit oblige’ de semer des turneps et de donner toutes les cultures necessaires à celte racine , il ne re’pe'teroit point trop souvent la re'colte de trèfle ; il n’en semeroit que lorsque le succès seroit assure. J’ai connois- sance de faits qui prouvent ce que je dis là. Je classe les terrains sablonneux de bonne qualité avec les terres végétales riches, quant aux assolemens qui leur conviennent ; mais si les terrains sablonneux sont stériles , comme cela arrive d’ordinaire à ceux qui produisent naturellement la bruyère, je recommanderois les cours suivans : 1 Ecobuer et turneps. 2 Turneps. 3 Orge et graines de pré. Ou bien , après la troisième année, encore des turneps pour mettre en orge et graines de pré à la suivante ; ou bien , enfin, en alternant entre l’orge et les turneps, ne mettre de l’orge avec les graines qu’à la septième année. En général, il faut tenir ces terrains légers et ingrats constamment en culture, de ma- nière à leur faire rendre beaucoup de nourriture pour les moutons : l’assolement suivant remplit cet objet. 4g4 CONVERSION DES PRAIRIES l Turneps. ' 2 Orge et graines de pre\ 3 Pré. 4 Pre’. < 5 Pre'. 6 Blé , orge ou avoine. Ou bien : 1 Turneps. 2 Orge et graines de pre. 3 Pre'. 4 Pre'. > b Pre. 6 Pre. 7 Pois. 8 Turneps. 9 0l ’§ e - J’ai vu des terres sablonneuses et ste’riles qui donnoient de belles re'coltes de pomme de terre ; mais comme elles sont e'puisantes , il faut ensuite des récoltes qui améliorent le terrain , c’est-à-dire des prés artificiels ou des turneps , comme dans les deux assolemens qui précèdeüt. Quant aux terrains crayeux , si le propriétaire permet de les rompre, il faut, avant tout, qu’il s’assure que le fermier y entretiendra autant de moutons qu’il y en avoit quand le sol étoit en pâturages : cela n’est assurément pas ES t TERRES LABOURABLES. 4g5 difficile. Yoici les assolemens que je conseille.; 1 Ecobuer pour les turneps. 2 Turneps. 3 Orge. 4 Trèfle. 5 Blè. 6 Turneps. 7 Turneps. 8 Orge. 9 Sainfoin pour au moins dix ans. Il y a des terres sur lesquelles le sainfoin no dure pas dix ans; mais lorsqu’il foiblit on peut le conserver pour pâturage de moutons, au grand avantage delà terre, pour recommencer la rotation suivante. 1 Pois. 2 Avoine. 3 Turneps. 4 Orge et graines de pre'. 5 Pre'. 6 Pre’. 7 Pre. 8 Avoine ou pois, g Turneps. îo Orge et graines de pre'. Dans les tourbes ou terrains tourbeux, l’e'- cobuage est absolument necessaire pour tirer du terrain tout le parti dont il est susceptible 4g6 CONVERSION DES PRAIRIES pour le public , le propriétaire et le fermier^ Voici ce que je conseille : 1 Ecobuage pour turneps, choux ou colza. 2 Avoine. 3 Turneps , choux ou colza. 4 Avoine et graines de pre'. On bien à la 5. e Année, trèfle. 6 Blë. 7 Turneps, choux ou colza. 8 Avoine et graine de pre'. Dans les bonnes terres humides, je recommande le cours suivant: 1 Avoine. 2 Fèves. 3 Blë. 4 Jachère et graines de pre'. 5 Pre'. 6 Pre'. 7 Pre'. 8 Prë , pour recommencer ensuite. Cette agriculture doit maintenir la terre dans un état de fertilité constante. Nous voyons par le rapport fait au Département d’Agriculture, sur la province de Northumberland, que celte méthode d’alternance de champs et de prés y est -suivie avec avantage. « On fait pâli turer trois ans de suite ( dit le rapport ) les moutons EN TERRES EABOURABLES. 4g^ » moutons sur un pré , que l’on rompt pour )) y semer de l’avoine, et elle donne abon- » damment. Sous l’ancien système de culture » on ne pouvoit pas obtenir de fortes récoltes )) d’avoine dans ce sol sablonneux et léger. » On a essayé, dans le Norlhumberland, )> divers assolemens , et en particulier le cé- )) lèbre cours de Norfolk , turneps , orge , )) trèfle , blé, et on n’a point réussi ; les ré« 3) coites alloient en déclinant, surtout lesctur- )) neps et le trèfle. La seule manière qu’on » ait trouvée pour rendre à ce terrain le degré )) de fertilité dont le privent les grains, c’est » de faire pâturer trois ans , par les moutons , )) l’herbe d’un pré artificiel, puis de cultiver )) trois ans la terre à la charrue. De cette ma- » nière , la nature a le tems de former un » gazon suffisant pour servir de matrice aux 3> turneps : ils sont toujours beaux lorsqu’ils » végètent dans les débris du gazon. — La 3) portion maintenue en pré pendant trois ans ï> élève et engraisse un nombre de moutons qui laisse un profit considérable, et au moins » égal à celui que donne la portion labourée. 3) Le profit annuel d’une brebis varie de 20 à 3) 5o shell. Un acre de trèfle engraisse de six à 3> huit moutons$ et un acre de turneps à-peu- 3) près le double. On obtient, par ce système Tome 3. Ii 4 g 8 CONVERSION" DES PRAIRIES 3 > de culture , les principaux avantages du » parc, et on évité ses inconvéniens; car si )) l’on peut compter pour produit moyen que la 3 ) première année de trèfle et ray-grass nourrit 3 ) sept moutons par acre pendant 20 semaines. La 2. e annee ... 5 dits 20 La 3 .® annee ... 3 — 20 La 4 .® — (lesturneps) 12 — 20 ». C’est à raison de sept moutons par acre » pour vingt semaines, ce qui donne un profit ï> de 26 shell. par tête. » Il y a cent cinquante ans qu’on eonnoissoit déjà en Angleterre l’avantage de mettre certains terrains alternativement en pre's et champs; mais Olivier de Serres nous apprend, qu’en France cette méthode etoit usitée plus anciennement encore. II y. a un cas qui n’a pas été' pre'vu par le Département, et qui se présentera souvent, c’est celui d’un fermier qui demandera au propriétaire de ne pas remettre en pré exactement les mêmes champs qui ont été rompus par lui, mais d’autres qui sont épuisés par les récoltes céréales. Cette demande peut être raisonnable , et il faut l’examiner; mais dans ce cas y il est nécessaire d’améliorer la pièce ruinée avant de la remettre eû pré. La manière la plus sûre d’y réussir, c’est de la semer deux EN TERRES LABOURABLES. 4g9 ans de suite en choux ou turneps, avec fumier la première année, et en faisant manger les deux récoltes sur place : c’est la plus forte amélioration qu’on puisse donner à un terrain, excepté de le laisser long-tems en pré. Après les deux récoltes de turneps ou de choux, il faut semer les graines de pré avec de l’orge ou de l’avoine. Sur la glaise il faudroit s’y prendre différemment ; il faudroit bien fumer en automne ou au printems, quand on peut le faire sans nuire à la terre par les chariages, mais pas plus tard que le mois de Mai. Il convieridroit de faire un labour en automne, puis trois ou quatre autres avant le mois d’Août suivant, terns auquel il faut semer les graines de pré. J’ai suivi cetts marche sur une terre glaise humide et froide que j’ai mise en pré : une partie de la pièce avoit été fumée en automne. La portion fumée avoit une si prodigieuse supériorité sur l’autre, que je n’imagine pas qu’on puisse employer l’engrais d’une manière plus profitable. Le fumier avoit été mis en automne pour des vesces hivernées, puis ayant changé d’avis, je le laissai pour l’établissement du pré. J’ai toujours supposé qu’on semoit les graines de pré avec de l’orge ou de l’avoine, au printems , ou bien sur jachère en Août, dans lequel cas on sème les graines de pré seules, SOO CONVERSION DES PRAIRIES On a beaucoup dit pour et contre la méthode de semer des graines de pre' au printems ou au mois d’Août, avec orge ou avoine , ou seules. M. Lyster de Bawtrey a compare les deux procédés , et a trouve' que de beaucoup la meilleure méthode étoit de semer les graines de pre' seules, au mois d’Août. M. Dickson de Belford , a fait des expériences comparatives , mais toutes au printems. Il a semé quatre acres en graines de pre’ seules, sur un terrain dans lequel il avoit enterre , dans l’automne precedent , du ble'-Ætoir et des pois ; cinq acres de mêmes graines de pre’ avec de l’orge , et cinq acres de ces graines seules et sans fumier. Les deux portions semées seules furent remplies de dents de lion , et les graminées y auroient été étouffées si on n’eût pas fait arracher avec soin cette plante pour en nourrir des vaches à l’étable. Pendant les sept années qui ont suivi, on n’a pas pu remarquer la moindre différence entre les trois divisions. Le comte d’Holder- ness amis en prés de grands espaces de terrain à Harneby-Castle et à Sion : il a toujours trouvé que les graines de pré réussissoient mieux quand on les semoit seules. , On pourroit citer beaucoup d’autres autorités pouq et contre j mais le fait est que les prés réussissent à-peu-près aussi bien d’une EN TERRES LABOURABLES. 5oi manière que de l’amre. Si j’étois oblige’ de me décider pour l’une ou l’autre méthode, je pré- fe'rerois semer au mois d’Août, et les graines seules ; mais comme j’ai 'vu la chose réussir dans les deux cas , je n’ai pas d’opinion prononcée : les terrains montueux font exception. Lorsque le froid doit venir de bonne-heure ce seroit trop hasarder que de semer au mois d’Août, à moins que ce ne fût dans la première semaine du mois. Mais la saison la plus convenable dans de telles situations est décidément le prinlems , et avec de l’avoine qu’on coupe en vert ( 1 ). (1) L’auleur ne paroît pas connoître la méthode de semer les graines de prés [principalement le fromental et le trèfle blanc] sur le blé au printems, en hersant ensuite, ou bien en semant le blé à la fin d'août ou au commencement de septembre. Dans l'une et l’autre supposition, le^lé doit être bien fumé, la teri-e bien nette et bien préparée par les labours, et le blé doit être semé clair. L’une et l’autre méthode m’ont bien réussi. Lorsqu’on sème le fromental en même terns que le blé, il graine et répand ses semences avant que le blé. soit moissonné. Les plantes s’en affoiblissent, mais elles se multiplient, surtout si l’automne suivant est pluvieux. Lorsqu’on sème au printems, il convient de faire pâturer en automne par des moutons, pour faire épater les plantes, et garnir le terrain par les racines. Dans les deux cas, le mieux possible est de fumer encore le nouveau pré l’hiver suivant. 5oa CONVERSION DES PRAIRIES De la manière de remettre en près les terres arables. \ J’ai dit quels momens il e'toit convenable de choisir pour remettre en près les terres arables. J’ai dit dans quel cas il convenoit de semer les graines de près avec les céréales ou seules. Voici ce qu’il me reste à examiner relativement à l’etablissement des pve's sur les terrains qui ont été soumis à la charrue pendant quelques années. 1. ° La préparation de la terre. 2. ° Le choix des semences. 5. ° Les moyens de se les procurer. 4.° La semaille. . 5.° Les procèdes à suivre en automne pour les jeunes près. 6. ° Les soins que demandent les jeunes prés pendant la première année. 7. 0 Le cas où la semaille manque. 8.° La fumure. Préparation de la terre. La préparation de la terre dépend essentiellement du cours de récoltes qui a précédé,' or, j’ai déjà traité le sujet des assolemens. Ce que je dois seulement remarquer, c’est que lorsque les graines de prés doivent être semées au prin- EN TERRES LABOURABLES. 5o3 tems avec des céréales, il faut-donner encore plus d’altention à la partie des labours. Pour pouvoir bien labourer , il faut que les turneps aient été mange's de bonne heure ; car si cela n’est pas , et que le tems ait ete' contraire , la terre nesauroitêtre friable et amenuisée comme il le faudroit pour la plaine réussite des plantes de pré. II convient que la terre soit labourée trois fois pour semer la graine de printems -, et s’il est possible qu’après le premier des trois la-* bours , les gele'es aient leur action sur le gué- ret, c’est tant mieux. Les hersages et roulages sont très-convenables -, car quelle que soit la nature du sol , et quelque graine de pre que l’on sème, il est indispensable que la terre soit très-pulvérisée lorsque la semaille se fait. Si l’on sème au mois d’Août, cette attention n’est pas aussi importante, parce qu’on a tout le tems de préparer convenablement le sol par des labours multiplie's. Le seul obstacle qu’on puisse éprouver dans cette saison-là, c'est celui qui naîtrait de l’opiniâtreté des pluies ( 1 ). (i) Cela peut être vrai pour l’Angleterre; mais dans nos climats la sécheresse est tien plus ordinairement un obstacle à la réussite des prés que l’on sème au mois d’août. CONVERSION DES PRAIRIES 6o4 Choix des semences. Le choix des graines à préférer , selon les terrains et les circonstances , est une partie très-importante de l’objet que je traite. Je dirai d’abord quelles sont les plantes convenables pour chaque terrain ; et ensuite j’indiquerai certains mélanges avantageux. Le ray-grass (ivraie vivace), est une plante de prés excellente dans un grand nombre de cas. Je dois particulièrement le recommander pour les deux espèces de terrains indiquées par le Département d’Agriculture , sous les déno- minations de bonne terre végétale et de terre sablonneuse. Il réussit sur tous les sols , excepté sur l’argile , et même il vient quelquefois .bien ; mais sur les terres riches et sablonneuses, il donne non-seulement une herbe précoce et excellente au printems , mais ensuite un pré durable de la meilleure qualité. Il est surtout excellent comme pâturages pour les moutons ; c’est là son véritable emploi. Les deux variétés du ray-grass, indiquées par M. Peacey, sont recommandées par quelques personnes qui les ont essayées , comme supérieures aux autres variétés de cette plante. La houque laineuse ( Yorhshire white) réussit sur toutes les terres humides, à moins EN TERRES LABOURABLES. 5o5 qu’elles ne soient d’une stérilité' excessive. Il faut, lorsqu’on la sème , avoir.principalement en vue les moutons, car cette herbe n’est pas aussi bonne pour les autres bestiaux. J’en ai cultive plusieurs acres pour les bêtes à laine , et lorsqu’on a eu soin de la maintenir broute'e très-raz elle a bien re’ussi. Marshall en parle comme d’une herbe qui est bonne pour les bêtes à cornes, mais mauvaises pour les chevaux. La festuque des pre’s est une excellente herbe pour les terrains argileux et les terres fortes : je l’ai vu abonder sur les bonnes terres sèches. J’en ai semé en expériences comparatives sur des terres sablonneuses et humides. La terre reposoit sur une glaise marneuse , et pourvoit valoir i5 shellings de rente. Au bout de quatre ans, cette plante a cédé le terrain à d’autres herbes plus analogues au sol. Je ne crois pas que la festuque des prés soit inférieure à aucune autre herbe , soit pour pâturer , soit pour sécher en fourrage : elle donne de la graine fort abondamment. Le vulpin des prés (alopecurus pratensis ), est une excellente plante pour les terrains humides et la glaise; il est extrêmement précoce. Il tient encore, sur ma ferme, dans des terrains où la festuque des prés a cédé à d’autres herbes, c’est-à-dire, après dix ans de vie. 5o6 CONVERSION DES PRAIRIES M. Majendie l’a trouve plus robuste contre les gele'es que le pâturin des près. La plus grande difficulté' pour en faire des semis conside'rables, c’est d’en avoir de la graine en abondance : il y a un insecte qui s’en nourrit, et qui occasionne de grands me'comptes. Le professeur Martin, dans sa Flora Rustica , fait l’éloge du vulpin des près , et dit qu’il est facile d’en recueillir la graine ; mais il ne parle pas de l’insecte en question, lequel a été remarque par M. Majendie et M. Swayne dans ses Gramina pascua. Dans un pre' de ma ferme oit le vulpin est très-abondant en herbe , il monte peu en graine. Le cynosure (crested-dogs-tail), est une plante qui semble promettre très-peu, si l’on en juge par son apparence dans les terres maigres et sèches ; mais dans les pâturages le$ plus riches de l’Angleterre , on la trouve en grande abondance 5 elle domine même quelquefois complètement les autres plantes.; M. Marshall dit qu’elle est une des plantes les plus abondantes dans les fameuses prairies de la vallée de Piekering qui nourrissent une grosse vache par acre pendant six mois de l’année : heureusement le cynosure donne une grande abondance de graine. J’en ai fait recueillir beaucoup par des femmes et des en- EN TERRES LABOURABLES. Boj fans, à raison d’un shelling la livre, et j’en ai ensemence' plusieurs acres. Il importe que la graine soit bien mûre : j’ai vu manquer complètement une semaille de huit acres , parce que la graine n’avoit pas sa parfaite maturité. 1 Le pâturin (poa trhvialis), est une excellente herbe dans les bonnes terres , et celles qui sont un peu humides. Dans la Lombardie, on la regarde comme la reine des plantes des pre's, soit pour ceux qu’on arrose , soit pour les pâturages secs. Comme les pâturins se multiplient peu par le lallement, et beaucoup par la graine , on les voit s’éclaircir si l’on n’a pas soin de laisser monter la plante en graine , et mûrir celle-ci pour qu’elle tombe en fauchant. Le pied-de-poule (dactylis glomerata) , a été cultivé fort en grand sur la ferme que je fais valoir ; et il a très-bien réussi dans les terres humides, reposant sur la glaise ; où les autres plantes de prés ne peuvent pas durer. Si on le laisse monter, le pied-de-poule est extrêmement dur, et de peu de valeur; mais pâturé raz , il est excellent pour les moutons. Les femmes et les enfans font de bonnes journées en recueillant de la graine à 4 shellings le bushel. J’en ai semé deux bushels par acre avec dix livres de trèfle , et je m’en suis bien trouvé. Quand k trèfle périt, le pied-de-poule 5o8 CONVERSION DES PRAIRIES garnit les intervalles et fait un excellent pre^ Le grand fromenlal est encore une plante profitable quand on la fait pâturer très-raz. Dans les expériences de M. Svvayne , on voit que cette plante donne plus en poids de récolte qu’aucune autre. Le fléau des prés {herbe à Timothée ), est représenté par tous ceux qui ont voyagé eu Amérique , comme la plante la plus utile pour l’entretien des troupeaux. J’ai essayé plusieurs fois de le maintenir brouté très-raz par les moutons dans une bonne terre végétale un peu humide : le succès a été fort encourageant. Cette herbe m’a paru mériter beaucoup d’attention , surtout si l’on considère qu’on peut en avoir la graine, de très-bonne qualité, pour une guinée le bushel, par les vaisseaux d’Amérique. Unbushel, mélangé convenablement avec d’autres graines , suffit pour quatre à cinq acres. Cette plante convient singulièrement aux terres argileuses et froides , et encore mieux à la tourbe. Le mille-feuille ( ach/ilœa mille - folium ), est une des meilleures plantes de pré que produisent l’Angleterre ; je la cultive depuis plusieurs années avec succès pour pâturages de moutons : on la trouve également sur les sables arides et sur les terres mouilleuses. Elle a la EN TERRES LABOURABLES. 5oçj faculté de résister aux se'cheresses opiniâtres dans les terrains les plus secs. Si l’on remarque de loin un espace vert, dans un pâturage brûle', il est probable que cet espace est garni de cette plante. Les moutons l’aiment singulièrement, et la culture du mille-feuille mérite beaucoup d’attention. La pimprenelle ( poterium sanguisorba ) forme la moitié du pâturage naturel , dans les plus belles parties des Soulh-downs. On trouve cette plante en très-grande abondance sur d’autres pâturages crayeux, et elle réussit dans toutes les terres quelconques. II y a vingt-cinq ans qu’on la cultive dans ma ferme, par les moutons, avec un grand profit : la graine se trouve à acheter partout. Le trèfle blanc ( trifolium repens ) a été jusqu’ici la principale ressource de ceux qui ont formé des prairies durables; et quoique, pour les moutons , il n’ait pas toute la saveur de certaines plantes, c’est, à tout prendre, une de celles qui offrent le plus de ressources ( 1 ). (1) Bakevell a observé que quelquefois ses moutons paroissoient moins bien nourris sur un pâturage abondant et haut, de trèfle blanc, que sur un pâturage presque raz d’autres herbes. Mais c’est peut-être par la raison même que le trèfle blanc n’étoit pas brouté assez raz. Il y a diverses plantes qui demandent d’être tondues très-près pour profiter davantage. [AJ Si O CONVERSION UES PRAIRIES On peut compter sur le trèfle blanc dans toutes les bonnes terres sèches, et de-même dans les glaises fertiles et les tourbes bien desséchées. Dans les glaises maigres et humides il cède bientôt à Vcigrostis-stolonifera , et aux autres plantes nuisibles des .terrains mouilleux. Il n’y a point de signe plus sûr de la bonté d’un terrain que sa tendance à se couvrir spontanément de trèfle blanc. Dans les luts gras des rives de la Tamar et dans les bonnes terres profondes du Leieester-shire , le trèfle à fleurs rouges, abandonné à lui-même, cède la place au trèfle blanc , qui garnit le sol d’une couche épaisse. Quelques semences de prés que l’on choisisse pour former une prairie, le trèfle blanc doit en faire partie. Le trèfle jaune [medicago lupulina) ne dure que deux ans 5 mais comme il répand toujours abondamment sa graine sur le terrain , il se sème et s’entretient par lui-même : c’est une plante peu difficile sur la qualité du terrain, et dont la graine n’est point chère. L’herbe aux vaches ( trifolium medium , ou cowgrass ) est une excellente plante pour les terrains argileux. Le rapport sur le comté de Lincoln nous apprend que M. Ancel en a fait de belles récoltes sur du sable stérile. Cela vaut la peine d’être essayé encore : je n’en ai pas EN TERRES LABOURABLES. 5ll l’expérience sur de tels terrains. Ce trèfle est beaucoup plus durable que le trèfle ordinaire à fleur rouge. On peut toujours s’en procurer de la graine , et on l’appelle aussi l’herbe à marne (Marie grass ). Le plantain lancéolé (rib grass ) donne beaucoup d’herbes dans les terrains riches; et dans les terres arides , il fait fort bien pour les moutons, quoiqu’il soit inférieur à d’autres. M. Marshall observe que ce plantain a soutenu dans le Yorkshire l’épreuve d’une pratique de vingt ans , et qu’il est toujours également estimé , quoique les chevaux ne l’aiment pas beaucoup, et qu’il ait , comme foin , l’inconvénient de se sécher difficilement. Haller nous apprend que la prodigieuse abondance des laiteries des Alpes , est presque entièrement due à cette plante. La luzerne (medicago satipa ) ne peut pas être cultivée aussi en grand que les plantes ci-dessus. Un propriétaire devroit exiger de son fermier qu’il n’en mît que dans les pièces de choix , c’est-à-dire dans les luts friables, productifs , profonds et bien desséchés, ou encore dans les terres sablonneuses qui valent au moins 3o shellings de rente par acre. Dans de tels terrains c’est une culture à encourager, car aucune plante ne peut rendre autant : on le 5l2 conversion DES PRAIRIES sème à la volée , à raison de 20 liv. par acre. Dans les terres dont je viens de parler, elle peut durer douze à quinze ans. Ce qu’on appelle la poussière de foin ou les graines mêlées ne peut être admis que dans le cas où l’on a laissé mûrir exprès un très-bon prés ; bien entendu qu’il faut alors tirer sur le gazon, dans les ondins, les plantes décidément nuisibles ; on bat ensuite le foin sur des draps j et on se procure ainsi de très-bonnes graines: on peut distribuer les plantes selon les terrains de la manière suivante : ' :os Glaise. Bonne terre végétale. Terre sablonneuse. Terre crayeuse. Tourbe. » Cow-grass. Trèfle blanc. Trèfle blanc. MillefeuiUe. Trèfle blanc. Pied-de-poule. Ray-grass. Ray-grass. Pimprenelle Cynosuve. VuJpin. -Houque. Houque, Trèfle jaune. Pied-de-poule. Festuque. Fesluque. Milleleuiile. Trèfle blanc. Plantain. Cynosuve. F romen tal. Trèfle blanc. Houque laineuse Fléau. Vulpin. Cy nosure, PâtUrin. Fléau. MiUefeüille. Luzerne. Pimpreoeïle Plantain lancéolé. Sainfoin. Houque. Ray-grass. Vulpin. Festuque. Fléau. On peut considérer comme une règle générale , que plus on sème de graine sur un terrain donné, et mieux c’est, pourvu que l’on ne mette pas des plantes d’une qualité inférieure , dans un terrain qui pourroit en nourrir de plus productives. 11 y a beaucoup d’autres planfes pour four- eh terres labourables. 5x5 rage, dont quelques-unes ont été essayées sous ma direction : je n’en ai pas parle', parce qu’il est très-difficile de s’en procurer la graine. Il y a certains trèfles, certaines vesces, des me- Idots, des lotus, qui ont ètè beaucoup vante's. Je u’ai jamais essaye' la viciacepium , mais le compte qu’en rend M. Swayne est fort avantageux. .Te ne crois pas que le Departement d’A- griculture pût servir plus efficacementle public, qu’en faisant cultiver ces diverses plantes dans une ferme qui leur seroit destine'e , et où les particuliers qui voudroient faire des expé- riences trouveroienl les graines ne’cessaires. Quant aux quantités que l’on doit semer par acre, je crois , d’après mon expérience, pou- yoir recommander les règles suivantes : Terres argileuses. Herbe à vaches , 5 livres. Trèfle jaune , 5 livres. Cynosure , io livres , avec deux busheïs de houque laineuse. Festuque , un bushel avec 4 livres de fléau. Vulpin, unbushelavec un bushel de houque. Bonne terre végétale. Trèfle blanc, 5 livres. Cynosure , io livres, et 4 livres de plantain. Tome 5. Kk 5 l 4 CONVERSION DES PRAIRIES Ray-grass , 1 peck. Festuque , 5 pecks , et même quantité' (le houque. Vu!pin, 5 pecks et 4 livres de fléau. Mille-feuille , s pecks et 5 livres d’herbe à vache. Terre sablonneuse. Trèfle blanc, 7livres. Trèfle jaune, 5 livres. Pimpreneîle , 6 livres. Ray-grass, a peck. Mille-feuille, 1 bushel et 4 liv. de plantain. Terre crayeuse. Pimpreneîle, 10 livres. Trèfle jaune , 5 livres. Trèfle blanc , 5 livres. Mille-feuille , 1 bushel, et même quantité de ray-grass. Tourbe. Trèfle blanc , 10 livres. Cynosure , 10 liv. et 6 pecks de houque. R.ay-grass, 1 peck. Vulpin , 2 pecks et 5 liv. de plantin. Festuque , 2 pecks et 4 liv. d’herbe à vache. Fléau, 1 peck. en terres labourables. 5i5 Je dois observer , en général, que si le terrain mis en pre', est destine' aux moutons , il n’est pas d’une grande importance de ne semer que des herbes fines ; parce que si l’on a eu soin de faire pâturer très-raz par les moutons le pre' à la première année, toutes les plantes que je viens d’e'numërer , donneront, dès la seconde année, un pâturage fin , serré et abondant; mais cet effet dépend entièrement de l’attention de faire pâturer constamment le nouveau pré, de manière qu’il soit toujours tondu raz , et qu’aucune plante ne monte en graine (i). Tout bon cultivateur sent la nécessité de celte précaution pour le ray-grass ; mais il y en a très-peu qui l’appliquent aux autres herbes des prés. J’ai mis moi-méme en prés plus de deux cents acres, exclusivement destinés aux moutons, et j’ai eu soin de couvrir (1) J’ai saisi toutes les occasions de faire remarquer que l’idée généralement répandue en France, du tort que la dent des moutons fait aux jeunes prés, est un préjugé très-nuisible à l’agriculture. Les Anglois ga- zonnent et épaississent leurs jeunes prés par le moyen très-simple et très - avantageux de les faire pâturer à leurs moutons dès la première année, ce qui dispense de les couvrir de fumier dans l’automne qui suit l’établissement de la prairie. Si les moutons, loin d’arracher les plantes des jeunes prés, les épaississent, à plus forte raison leur dent ne nuit-elle pas aux vieux prés. 5l6 CONVERSION DES FRAIRIES mes près, dès le printems, d’un si grand nombre de brebis que jamais l’herbe n’a eu la liberté de monter en graine. Je puis affirmer que le pied-de-poule, le fromental et la houque laineuse, m’ont donne' par ce procédé une herbe fine et savoureuse, que les troupeaux n’ont jamais rejeté , même là où il y avoit du choix. Plusieurs e'crivains agronomes parois- sent avoir senti l’importance de faire pâturer très-raz. M. Davis dit ; « La saveur et la finesse de l’herbe des Downs du Wilt-shire dépendent essentiellement de ce que le pâturage y est toujours tondu très-raz, et de ce que les plantes sont mangées, à mesure qu’elles poussent; car il existe beaucoup d’autres pâturages qui, lorsqu’ils sont broutés très-raz ont une qualité égale aux Downs de Wilt-shire. Tandis que si on la laisse monter en graine une seule année , le fourrage devient si dur que les brebis mourroient de faim plutôt que d’y toucher. Le même auteur observe que dans le canton de Benlomond, le pâturage des brebis a tellement amélioré les herbes des parcours depuis vingt années , que le fourrage y est très-bon et très-abondant dans les endroits qui , autrefois, produisoient peu d’herbe et de mauvaise qualité. «Ce parcours des brebis, EN TERRES XiABOURABEES. 5x7 ajoute Fauteur, promet d’anéantir tout-à-fait les bruyères dans ce canton là. » L’Isle , le meilleur auteur sur l’agriculture que nous ayons eu pendant plusieurs siècles, observe, avec beaucoup de justesse, que dans les mauvaises terres en prés ou pâturages, le premier pouce dont l’herbe croît, sort de terre rapidement, mais qu’il faut beaucoup plus de terns pour le second pouce, et que par cette raison il est plus profitable de nourrir des moutons que des vaches sur de pareils terrains. Lorsque je lus ce passage, je fis une expérience sur de mauvais pâturages de douze à quinze shellings l’acre. Je coupai quelques plantes avec des ciseaux , j’en mesurai et pesai le produit, par comparaison à d’autres plantes voisines que je laissai croître jusqu’à maturité , et je trouvai que le produit des premières étoit plus considérable en proportion de ce que j’a- vois coupé plus souvent. Le parcours ou pâturage des moutons non- seulement enrichit et épaissit les prés $ mais encore il détruit diverses mauvaises plantes , et égalise la qualité de l’herbe. Mais je dois cependant faire une observation qui réduit un peu l’avantage du parcours des moutons ; c’est qu’il paroît que lorsqu’un pré a été pâturé pendant un grand nombre d’années par les bêtes 518 CONVERSION DES PRAIRIES à laine, l’herbe prend l’habitude de demeurer courte, et ne donne pas d’aussi belles récoltes de foin. J’ai une pièce qui est en pré de tems immémorial ; elle a été pâturée raz par les moutons pendant une quarantaine d’armées sans interruption. Je l’ai laissée une année sans y mettre les bétes à laine , et j’ai destiné l’herbe à être fauchée : j’attendois une récolte très- considérable. La saison étoit favorable aux prés , et cependant je ne fis pas beaucoup de foin. J’ai connoissance d’un résultat semblable sur une commune qu’on avoit enclose : en Ecosse on a fait des observations analogues. Voici ce qu’en dit Wright : (( Deux pièces de )) même terrain furent semées en graines de )> prés toutes deux ensemble. Après avoir fait i) deux récoltes de foin , on abandonna l’une i) des deux pièces au pâturage permanent ; » l’autre fut alternativement fauchée et pâtu- » rée. Après sept ans d’absence le proprié- « taire ayant besoin de foin , fit faucher les » deux pièces. Celle qui avoit été constam- » ment pâturée donna moins que l’autre. » L’achat des graines de prés semble, en quelque sorte, inutile à traiter. On peut croire que le fermier ayant un grand intérêt à assurer les produits du pré pendant plusieurs années, ne manque point de choisir les meilleures / jSN TERRES I/ABOtTRA BEES. £» 1 g graines ; mais l’expérience prouve que les fermiers vont toujours au meilleur marché : ils sèment du trèfle à fleurs rouges et de la poussière de foin ; celle-ci lève mal, et est mélangée de mauvaises semences ; le trèfle donne la première année, puis il laisse des vides qui se remplissent par de mauvaises plantes. 11 convient absolument que le propriétaire se réserve le choix et l’achat des graines ,. aux frais du fermier. La plupart des prairies composées des plantes que fai indiquées ci-dessus ne coûtent pas à semer plus de 25 à 5o shell. par acre. Les semeurs ont coutume de mêler les graines diverses qui sont à-peu-près de même calibre : e’est en général une mauvaise méthode ; il vaut mieux semer chaque graine successivement ; mais pour toutes les graines d’un très-petit calibre , le semoir de Norfolk qu’on emploie aux turneps est un instrument très-propre à la chose. S’il s’agit de graines très-légères, il faut choisir un tems calme , car l’égalité du semoir importe beaucoup ; il faut toujours recouvrir à deux dent-s d’une herse très-légère. Ce qui importe surtout à éviter , c’est de semer par un tems pluvieux , de peur de pétrir le terrain. Lorsque le terrain a un peu de tendance à l’humidité, l’attention d’en écarter Je gros bétail est extrêmement importante. Il vaut 520 CONVERSION DES PRAIRIES mieux ne point faire pâturer le jeune pré en automne , parce que le pâturage du printems en est beaucoup plus abondant et plus précoce pour le pâturage des brebis et des agneaux. La manière de conduire un pre' pendant sa première anne'e est un grand objet de controverse parmi les agriculteurs ; les uns veulent qu’on le fasse pâturer par les moutons, les autres par le gros bétail, les autres recommandent qu’on le fauche , et les autres enfin qu’on le laisse monter en graine. Dans l’arrondissement du nord en Yorkshire , les meilleurs agriculteurs font brouter aux moutons , pendant les deux premières années , leurs jeunes prés. Un habile cultivateur de Stratern fait toujours pâturer par des moutons la première année le mélange de rav-grass , et de trèfle blanc destiné à former un pré durable, ce qui épaissit merveilleusement l’herbe. Si on laisse entrer le gros bétail dans le pré la première année , il en résulte un dommage qu’on ne peut réparer que fort à la longue. Si l’on fauche le jeune pré ce doit être de fort bonne heure dans la saison , car rien ne fatigue davantage les jeunes plantes que de les laisser porter leur graine. M. Wright de Ramby les fait pâturer par le gros bétail , dans l’idée que les bêtes à laine y font du mal. EN TERRES LABOURABLES. 5al Le Dr. Wilkinson a fait la comparaison des profits entre la méthode de faire pâturer un pré par les moutons , ou de le faucher à la première année , et il a trouvé que l’avantage éloit de beaucoup en faveur de la méthode de faire pâturer par les moutons. Le marquis de Rockingham a laissé monter en graine ses prés à la première année. Le colonel Saint-Léger les a fait pâturer les deux premières années avec beaucoup d’avantage. Le comte d’Aigremont, dont l’agriculture est une des plus parfaites qui existe , a fait l’expérience suivante. Après avoir rompu la grande esplanade de son parc , qui se trouve devant son château , il a remis ce terrain en pré. Son parc est continuellement chargé de chevaux, de vaches, de daims et de moulons. Ces animaux ont constamment foulé et pâturé l’herbe à mesure que les jeunes plantes ppus- soient ; malgré cela l’herbe du nouveau pré est devenue si épaisse et si belle qu’on ne peut plus la distinguer du reste du parc , si ce n’est par plus de vigueur et d’abondance. Toutes les méthodes ci-dessus ont été pratiquées dans ma ferme : celle de laisser mûrir à la première année ne l’a été que dans le but de me procurer des graines pour d’autres prés: les résultats comparatifs ne m’ont laissé aucun 522 CONVERSION DES PRAIRIES doute quelconque. Si l’on ne fait pas pâturer le nouveau pre' par les moutons , dans l’automne même, mais seulement au printems suivant , ils n’y font aucun mal et y font au contraire beaucoup de bien. Il ne faut pas que le nombre des bêtes à laine soit si grand , ou leur séjour si long que l’herbe soit rongée jusqu’à la racine; mais il n’est pas douteux que le pâturage par les moutons, pendant la première année, ne soit le meilleur procédé possible pour l’établissement d’un pré. Quoique je ne doute point de l’avantage de cette méthode sur toute autre, je ne prétends pas que si l’on fauche , le pré ne puisse pas réussir. Les nouveaux prés de milord Rockingham m’ont paru des plus beaux qu’on put voir. Ils avoient été fauchés, et je les voyois dans l’automne à la fin de la première' année révolue , mais ils avoient été couverts de fumier l’hiver précédent: opération excellente, lorsque les cha- riages ne gâtent pas le gazon (1). Mais ce n’est pas seulement à la première année qu’il est profitable de faire pâturer un (i) Sans doute l’opération est excellente, mais elle est fort coûteuse : l’on peut fortifier et épaissir le gazon par le seul parcours des moutons, c’est une belle économie. EN TERRES LABOURABLES. 525 jeune pré par les moutons : cela convient egalement dans la seconde anne'e ; et si on le fait une troisième anne'e encore , ce n’en est que mieux. II n’est pas absolument necessaire de continuer plus long-tems ; mais j’ai des près que j’ai fait pâturer ainsi par des bêtes à laine pendant les quatre , cinq et six premières anne'es avec le plus grand succès possible. Je pose en règle de pratique que plus on fait pâturer un pre’ par les moutons, et plus l’amé- lioration de la pièce est grande , surtout si elle est destinée à être remise en grains. Mais il faut se souvenir que toutes les fois que je parle de faire pâturer un pré par les moutons, j’entends qu’ds y restent jour et nuit, et non pas qu’ils transportent au parc sur les terres labourées la substance du pré qu’ils ont brouté: méthode essentiellement vicieuse , et malheureusement trop suivie par les fermiers , ainsi que toutes les méthodes qui tendent à sacrifier les prés aux champs. Si l’on suit exactement toutes les précautions que j’ai indiquées , il y a peu de danger que les semis de prés manquent. Cependant comme la saison et la température peuvent être contraires, il est bon de supposer le cas où le pré ne réussiroit pas. Dans cette supposition , il faudroit choisir un tems de pluie 524 CONVERSION DES TRAIRIES pour répandre , au printeras , de la nouvelle graine sur le jeune pré. Quant à la manière d’enterrer cette graine , le mieux est de faire passer et repasser un troupeau de moutons pardessus. Si l’on ne le peut pas , il ne faut pas essayer autre chose : un rouleau n’y feroit rien , et une herse feroit du mal. J’ai réussi parfaitement à épaissir des prés trop clairs , en plaçant un parc dans la pièce , puis en semant de nouvelle graine dans l’enceinte du parc, avant que d’y faire entrer les moutons. Je parcourois successivement toute la pièce^ en ne donnant qu’un coup de parc. Si le semis du printems manquoit totalement, il faudroit couper le plus tôt possible les plantes céréales, semées avec les plantes de pré; puis labourer une seule fois, pour enterrer la graine de prés à la herse. Si l’on fait cette seconde semaille au mois d’Aorit, elle réussira certainement ; mais il faudra rouler en Octobre , en choisissant un tems sec. Si le semis manque après avoir été fait en Août, il faut relabourer trois fois en tems sec, au printems, puis semer de nouveau avec du blé sarrazin , en Mai. Je l’ai vu réussir très-bien dans les années sèches, même dans les terres fraîches et argileuses , pour lesquelles il n’est cependant pas fait. Lorsque la saison est humide , le blé noir EN TERRES LABOURABLES. 525 fournit peu de graine : le mieux est de le donner en vert aux vaches à l’étable, lorsqu’il est en pleine fleur. Le ble' noir est une plante qui n’épuise jamais le terrain sur lequel on la sème; et je dois remarquer ici que, pour toutes les plantes de pre', le bld noir est la récolte la plus convenable qu’on puisse choisir pour leur donner protection (1). Il ne faut jamais en semer plus d’un bushel par acre. Il y a un canton de Norfolk où l’on fait grand cas du blé noir sous ce rapport. Quant à la fumure des jeunes prés , elle n’est pas absolument nécessaire, si l’on a suivi de tous points la méthode que j’ai prescrite ; mais dans tous les cas , la fumure est extrêmement utile. Le meilleur moment pour fumer, c’est le mois d’Août ou de Septembre pour les prés semés un an auparavant. Une fumure peu considérable suffira à épaissir beaucoup l’herbe. Mais dans les terrains qui ne sont pas très- favorables à l’établissement d’un pré, je préfère de renvoyer l’opération de fumer, jusqu’à la ( 1 ) Si le terrain est fertile, il arrive ordinairement que le blé noir, même semé très-clair, donne une ombre si épaisse, que cette ombre tue les jeunes plantes de pré. J’ai vu des luzernes, très-bien levées, être anéanties par l’ombre du blé noir. 526 CONVERSION DES PRAIRIES troisième année ; parce qu’il arrive souvent f qu’à celte époque , les prés nouveaux languissent un peu. Si on le fait pâturer , c’est au mois d’Àoût qu’il faut fumer; si l’on fauche, il convient de répandre le fumier immédiatement après avoir enlevé la récolte : c’est le moment où l’engrais fait le plus d’effet. Les fumures légères de cendres , de suie , de poussière de bière , et de raclures des chemins, doivent être répandues en Février ou Mars j pour faire tout leur effet. •EK TERMES RAROt'RARLES/ 527 Des meilleurs moyens de convertir en terre labourable des tei'rains en prés , - sans les épuiser, et de les remettre en pré , au bout d’un certain tems , dans un état cl’amélioration, ou du moins , sans qu’ils aient souffert. Par Charles Coring. C^uoique mon expérience n’embrasse pas la totalité' de la question , et que je ne puisse guères communiquer des faits que sur la manière de remettre les près en champs , j’ai cru devoir pre'senter au Departement d’Agri- culture, ce que je savois pour la solution du problème propose’. Je commence par dire que je ne saurois me persuader qu’une terre quelconque, qui e'toit en prë, et que l’on rompt, puisse être remise en prë au bout d’un certain nombre d’années, après avoir fourni annuellement une récolte, sans avoir rien perdu 5 car il est évident que chaque récolte a ôlé quelque chose au terrain. J’ai appris dès mon 'enfance que le tems seul pouvoit regarnir un gazon. II y a, sans doute, de l’avantage à résister aux préjugés des cultivateurs, et à bien examiner sur quels principes 528 CONVERSION DES PRAIRIES ils agissent; mais, en général, on trouvera que les règles de culture transmises de père en fils parmi les paysans , ont plus de raison et de bon sens qu’on ne l’imagine. Je me suis avisé de faire un pré de sept acres , avec des vieux gazons rapportés. Les gazons qui paroissent composés d’herbes de mauvaise qualité ne tardent point à s’améliorer sur un bon terrain , et surtout si on y ajoute l’amendement convenable. La dépense des transports de ces gazons peut être estimée à 4o sheliings par acre ; et je pense que ces frais-là sout bien appliqués, lorsque j’en compare l’effet à celui d’un semis de pré à la manière ordinaire. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’importance dans le choix des récoltes de grains que l’on fait rapporter à un terrain rompu après avoir été en prairie ; mais ce que je crois qui importe , pour l’épuiser le moins possible, c’est de le labourer peu profond , d’y multiplier les récoltes à consommer sur place , et surtout de lui restituer en fumier tout ce que les pailles produites par le terrain en auront donné. Je me plais à voir le respect que le département a témoigné pour les anciens pâturages. Il les considère comme une possession sacrée, a EN TERRES LABOURABLES. 5ag à laquelle il ne falloit toucher qu’en cas de nécessite absolue. Le bœuf et le mouton , le fromage et le beurre , sont des objets aussi necessaires à la nourriture de l’homme que le pain même : or, ces denrées ne peuvent être produites en abondance suffisante qu’au moyen des anciens pâturages. Je n’admets pas non plus que les prés puissent être fauchés et pâturés alternativement. Les prés accoutumés à la faux ne peuvent pas entretenir par le pâturage ( en supposant toutes les circonstances égales ) autant de bestiaux que le feroit une vieille pâture. Celle-ci ne donnera pas non plus autant de foin à couper : chaque genre de terrain gazonné donnera le plus possible selon l’habitude qu’il a prise. Les vieux pâturages ont quelque chose de particulièrement nourrissant que n’égalent point les pre's à faucher , lors même qu’on les couvre de fumier. On s’en aperçoit en tâtant les côtes des bœufs engraissés sur les anciens pâturages, ou bieu encore en comptant le nombre des moutons engraissés sur la même étendue de terrain en vieux pâturages, et en prés à faucher. Ceux qui demandent si l’on nuit à la qualité d’une vieille pâture en la rompant, n’ont qu’à prendre une bêche , et faire un creux dans la pièce. Ils trouveront deux ou trois pouces de ÏOME 5. Li 530 CONVERSION UES PRAIRIES terre noire et légère , puis au-dessous une terre plus compacte , d’une autre couleur et d’un autre grain. Or la charrue mêle nécessairement à cette couche supe'rieure , le sol qui se trouve au-dessous, et il en résulte un affoiblissement des qualités fertiles de cette couche , à peu près comme le mélange dé l’eau au vin affoiblit celui-ci. Après quelques années de labourage , le sol deviendra d’une nature plus tenace , et sera moins facile à cultiver comme moins productif. Les récoltes qu’il aura produites l’auront jusqu’à un certain point, épuisé, et l’auront rendu moins propre à la culture de l’herbe. Si alors on recommence l’épreuve dont j’ai parlé, c’est-à-dire, si l’on y fait un trou à la bêche , on n’y trouvera plus ce lit supérieur de terre noire, légère et fertile $ mais tout sera de la même couleur et de la même consistance. Si l’on demande à un jardinier ce qui vaut le mieux pour former des couches pour ses fleurs , il vous répondra que c’est le gazon d’un vieux pâturage. Au commencement d’un bail, on voit quelquefois les fermiers fumer leurs terres à raison de 8 à 10 livres sterling par acre ; et cette dépense ne produit pas une succession aussi assurée de belles récoltes que le feroit le gazon EN TERRES LABOURABLES. 53 1 d’une vieille pâture qu’on auroit rompue. Cela nous apprend que la permission accordée aux fermiers de rompre les vieux pâturages vaut plus qu’ils ne sont disposés à en donner. Il y a, je le sais , certains pâturages riches qui ont une plus grande profondeur de bonne terre que je ne l’ai dit ci-dessus ; mais la meilleure est toujours dessus , et il y a également du danger à y mettre la charrue. On connoît dans les marais de Romney , des terrains nommés pil-rag, et qu’on n’estime que la moitié de ceux qui n’ont jamais été rompus. Sans doute on pourroit , à force d’engrais , rétablir la fertilité de tels terrains j mais il y a beaucoup de pâ»lures qui donnent abondamment de la nourriture aux bestiaux et qui, néanmoins sont sur des terrains froids, argileux et ingrats : c’est pour ces terrains-là que la charrue est dangereuse. II faut alors une énorme quantité d’engrais pour les remettre en bon état : avec ce moyen on peut tout faire , j’en conviens , mais sans ce secours je tiens la chose pour impossible. Un de mes amis ayant eu là facilité de se procurer d’une cazerne voisine une grande quantité d’engrais , s’est amusé à mettre en pré de vastes terrains dans une ferme qui n’étoit pas trop éloignée de la ville. Pendant 532 CONVERSION DES PRAIRIES plusieurs années ses chariots n’ont fait autre chose que de voiturer ces engrais ; et cependant l’effet est encore bien foible relativement à l’eïendue des moyens employe's : il est vai qu’originairement le sol e'toit d’une qualité' extrêmement ingrate. Il est donc très-difficile de déterminer quelle sera la quantité' de fumier ne'cessaire pour remettre en bon e’tat une terre qui a été en prairie , puis soumise pendant quelques anne’es aux ope’rations de la charrue : cela dépend absolument de la nature du terrain. Si c’est un sol ingrat , on n’y mettra jamais assez d’engrais , et si c’est une bonne terre , on n’y en mettra jamais trop ; et dans le fait , quelque quantité d’engrais qu’on y mette y ce ne sera qu’après une longue suite d’anne'es que la prairie redeviendra ce qu’elle e'toit avant de la rompre (1). (1) Si l’auteur entend que pendant une longue suite d’années, le gazon ne sera pas aussi serré qu’il l’étoit auparavant, il a raison; mais il s’agit de la quantité de bonne herbe produite, et non pas du degré d’épaisseur du gazon : or l’avanlage quant à la quantité de bon fourrage sera certainement pour la prairie bien établie en terre fertile et abondamment fumée. Restera à examiner, si cette même quantité de fumier, appliquée sur l’ancien gazon, au lien de le rompre n’auroit pas été plus profitable. EN TERRES LABOURABLES. 535 Que les chimistes essaient de composer une terre semblable au terreau produit dans une épaisseur de deux ou trois pouces de la surface, par la décomposition du gazon , sur les pâturages d’ancienne date. Il faudra bien des années pour mûrir et assimiler les substances , de manière qu’il en résulte enfin un terreau semblable à celui dont je parle. Il paroîtplus facile de répondre à la question, de savoir quand il convient de dessécher les terres qu’on destine à porter des grains. Je réponds que tous les terrains possibles deviennent meilleurs par l’opération du dessèchement et que cette opération est d’une nécessité absolue pour les terres qui ont la moindre tendance à conserver l’humidité. Le meilleur moment pour observer les terres , et pour savoir s’il est nécessaire de les dessécher, c’est le mois de Mars ; lorsque ce mois se trouve très-sec, et que la terre est labourée , le sol prend une couleur blanchâtre dans les endroits qui n’ont pas besoin d’être desséchés , et un peu brune dans les endroits qui demandent le. dessèchement. Il faut user avec précaution de la ressource de l’écobuage , parce qu’il ne fait que forcer une récolte , et laisse le terrain plus mauvais qu’auparavant : la meilleure partie de la terre 534 CONVERSION DES PRAIRIES végétale se trouve anéantie par cette operation (i). Dans les terrains tourbeux, l’écobuage convient, parce qu’il n’est guères possible de rendre le sol plus mauvais qu’il ne l’est. Les turneps ne manquent presque jamais après l’e’cobuage ; et c’est toujours par cette re'colte qu’il convient de commencer. Mais le fermier, impatient de retirer de l’écobuage tout le profit qu’il peut donner semera du blë, si on le laisse faire. Je ne pense pas qu’il y ait aucune manière plus profitable de faire consommer les rëcoltes vertes sur place , que d’y faire parquer les moutons $ mais pour cela il faut que le sol soit sec. Par cette opération , l’on réussit à rendre à la terre en engrais, et sans aucun frais, tout ce qu’elle a produit. Il ne faut jamais dérober à une terre ce qui doit lui revenir en quantité d’engrais , à moins qu’il n’y ait nécessite absolue. Je ne connois pas la pratique d’emmagasiner les turneps pour le printems , (1) L’écobuage est une excellente, ou une détestable pratique, selon l’agriculture qui succède à celle opération. Dire que l’écobuage détruit la terre végétale, c’est dire une chose qui n’est pas juste, et dont l’effet peut être mauvais, en détournant d’employer cette ressource dans les cas où elle seroit applicable. EN TERRES LABOURABLES. 555 et je ne puis pas en parler , mais ce qu’il y a de mieux pour les moutons au printems , après que la provision des lurneps est ter- mine'e , c’est l’herbe qu’on a laisse' repousser dans les pâtures depuis le milieu de l’été. Pendant qu’on est dans l’abondance des pâturages, il faut songer au tems de la disette ; et les moutons mangent très-bien , au printems , l’herbe qui a pousse en automne. Mais je crois important de faire pâturer raz dans le cours du printems , tout ce qu’on abandonne aux bestiaux. Quant à la récolta avec laquelle il convient de semer les graines de pre', l’opinion la plus répandue est que le blé leur est favorable. Cela paroît, en effet , devoir être ainsi, car i.° la terre est ordinairement bien préparée par les labours , a.° elle est fumée , ou du moins jugée en assez bon état pour faire réussir le froment, 5.° le froment quoiqu’en apparence aussi épais que l’orge , laisse plus de place dans le bas des tiges pour la circulation de l’air et la végétation des plantes de prés ( 1 ). (1) On a souvent prouvé, par trois raisons ( comme l’auteur ) que le mieux possible éloit de semer les graines de prés avec l’orge. On a également prouvé que le mieux possible étoit de les semer seules : j’ai CONVERSION DES PRAIRIES 556 Mais comme le blé ne peut pas être semé sur les terres argileuses autrement qu’à sillons relevés , ce qui ne convient pas aux prairies , je préférerois de semer les graines de pré seules d’autant mieux que je suis convaincu , que toute espèce de grain est préjudiciable aux herbes de prés , et si vous y gagnez d’un côté vous y perdez davantage de l’autre , à moins que vous ne renouvelliez votre terrain par des engrais. Je considère des labours préparatoires extrêmement complets comme un préliminaire indispensable à la réussite d’un pré gazon. Il faut que la terre soit dans le même état où elle doit être pour semer des turneps ; et il faut semer la graine , dans le même tems où les graines de prés sont mûres. Lorsque nous suivons l’indication de la nature, plus d’une fois examiné la question dans ce Recueil, et je renvoie le lecteur à ce que j’ai dit ailleurs pour et contre les trois méthodes. Ce qu’il me paroit y avoir de mieux à dire en faveur de la méthode de semer les graines de prés avec le hlé c’est l’économie de cette pratique. Reste à savoir si, lorsqu’il s’agit d’établir des prés qui doivent durer trente ou quarante années au moins, cette considération ne doit pas être négligée. La plus sùrç, mais aussi la plus chère de toutes les méhodes , c’est de semer les graines de prés au prin- tems fort épais, et sans aucun mélange. EN TERRES LABOURABLES. 55j nous avons le plus de chance de ne pas nous tromper. Si nous tardons davantage il est à craindre que les jeunes plantes n’aient pas acquis assez de forces pour résister aux gelées de l’hiver. J’ai semé une fois au printems des graines de pré sur des turneps prêt* à être consommés. J’y fis ensuite entrer les moutons , qui les firent pénétrer dans la terre par leur piétinement. Le tems e’toit sec , et le sol léger et sablonneux. Ces graines furent semées seules et réussirent mieux qu’aucune autre. Quant aux choix des graines de telles ou telles plantes de prés , il me semble qu’il y a un raisonnement simple : on veut obtenir une bonne prairie , il faut choisir la graine produite par les plantes d’une bonne prairie : plus la variété sera grande , et mieux ce sera. Il y a plusieurs de ces graines de prés qui sont difficiles à rassembler, parce qu’elles mûrissent à différentes époques : cela fait que l’on préfère celles qui sont le plus faciles à recueillir, telles que le brome , la festuque des brebis , la festuque des prés , l’yvraie vivace , le petit fromental , la flouve , la boulque laineuse , le pied-de-poule , et le cynosure. L’engrais Créera le trèfle blanc sans qu’on se donne la peine de le semer , je l’estime davantage que 558 CONVERSION DES PRAIRIES le trèfle rouge , parce que c’est une plante indigène (1). Le pied-de-poule est la première plante qui repousse après la faux; et pendant qu’il y a de la neige sur la terre , elle est d’une grande ressource pour les moutons, qui en atteignent aisément les touffes, quoique le pré soit complètement caché. J’ai eu occasion de remarquer dans deux prairies voisines l’une de l’autre , dont l’une étoit semée en ray-grass , et l’autre en houlque laineuse, que cette dernière avoit été pâturée beaucoup plus raz que l’autre. Le pied-de-poule , les fromentals et la houlque laineuse deviennent assez promptement trop dures , si on ne les fak pas pâturer à tems : il y a alors beaucoup à perdre , mais c’est la faute de l’engraisseur. Quant à la quantité de la semence , il faut toujours pencher pour la dose la plus forte , car plus le pré est semé épais, et mieux c’est. Il est bien difficile que le fermier , s’il est chargé de former les prés , y mette tous les soins convenables , et la quantité de semence (1) La différence essentielle entre ces deux trèfles, c'est que le blanc est vivace, tandis que le rouge est bisannuel. Le premier est donc plus convenable pour les prairies pérennes. EN TERRES EABOURABEES. 55g necessaire. Son intérêt est trop diffe'rent de celui du propriétaire. Le fermier ne demande pas mieux que de labourer et récolter des graines céréales : il retardera par conséquent le moment de former le pré , et lorsqu’il le formera , il n’aura pas intérêt à choisir de bonnes graines } car si les semis manquent c’est tant mieux pour lui. J’ai été trompé moi-même deux fois de cette manière. J’ai mis à ferme deux domaines dans les plaines de Romney , avec la clause de remettre en pré à une certaine époque, les terres qui avoient été rompues. Quant le moment vint, les terres ne se trouvèrent pas en état d’être mises en pré , en conséquence de quoi, elles restèrent en champs jusqu’à l’expiration des baux. Mais pourquoi , me dira-t-on , ne pas forcer le fermier à remplir les conditions du bail? Par une raison très-simple : c’est que le juge n’ac- corderoit de dédommagement qu’en raison du dommage éprouvé ; et qu’un juri de fermiers ne manqueroit pas de prononcer qu’il n’y a pas de dommage, et qu’il convenoit mieux que la terre restât soumise aux opérations de la charrue. S’il falloit avoir un procès, les frais en seroient considérables , et l’issue en seroit douteuse. Je ne connois pas de moyen plus sûr de 54o CONVERSION DES PRAIRIES convertir les champs en pre's que d’en faire l’entreprise soi-même : or il est rare que les proprietaires veuillent prendre celte peine à moins que les pièces ne soient très-voismes de leur habitation. Lorsqu’une fois un fermier a obtenu la permission de rompre les prairies, il exprime le suc de l’orange et n’en laisse au propriétaire que l’enveloppe. Quelques clauses que l’on stipule dans le bail , le fermier ne se trouvera jamais force de former des pre's avec tout le soin qui y seroit ne'cessaire. On aura beau l’astreindre à remettre une certaine quantité' déterminée d’engrais , lorsque le moment viendra de charier ses engrais, il ne se souviendra plus de tout ce qu’il a tire' du sol, et ne fera les chariages convenus que lorsqu’il y sera absolument forcé. Il n’y a aucune dette plus difficile à recouvrer dans son entier que les dettes qui se paient en travaux. L’article des engrais est de tous le plus important , pour l’objet dont il s’agit : c’est bien en vain que la terre sera parfaitement préparée , les graines bien choisies et abondantes , le pré ne réussira très-certainement pas s’il n’est pas fortement fumé. Les grains lèveront peut-être ; le pré aura l’air d’avoir réussi j mais au bout de trois ou quatre ans on le verra décliner. Je ne prétends pas ee- EN TERRES LABOURABLES. 54l pendant qu’il n’existe certaines terres tellement favorables à la production des graminées, qu’on ne puisse y faire réussir un pré sans les funier très - abondamment ; mais il arrive souvent qu’une fumure très-complète ne suffit pas à assurer la réussite du pré. Si donc c’est une chose tellement difficile que de rétablir des prés lorsqu’une fois on les a rompus , il faut considérer mûrement la convenance de les rompre, et avoir égard à ce que nous appelons les préjugés de nos pères. Voici , à mon avis, le principe d’après lequel le propriétaire doit J être indemnisé de la permission de rompre des vieux prés. * La vertu inhérente aux anciennes prairies, et qui s’est accumulée pendant des siècles , est un véritable capital. Le propriétaire qui laisse entamer ce capital par son fermier, s’expose à le voir dissiper en totalité avant la fia du bail. Ce n’est donc pas un surplus de rente qu’il doit se faire donner pour cela , mais un capital à livrer à l’expiration du bail : le propriétaire a le même droit pour vendre la faculté productive de ses prés qu’il auroit pour vendre des bois par exemple. Supposons qu’un fermier en prenant un domaine , trouvât convenable de mettre en pré une pièce de champ, pour nourrir ses vachesj £42 CONVERSION DES fRAIRIES sans doute qu’il s’attendra à être paye’ par ïe proprietaire à l’expiration du bail, pour les frais qu’il a faits. S’il n’a pas cette espérance, il rompra lui-même le pré qu’il a établi, afin de tirer de son terrain tout le parti possible. Mettons le propriétaire à la place du fermier: il doit avoir le même droit à se faire payer pour les prés qu’il a établis avant celui-ci, ou dont il a acheté la valeur en achetant son domaine. TABLE DES MATIÈRES Contenues dans le III. e volume. D e la Vie Agricole, page i Notes d’Agriculture par Marshall, icj Agriculture d’Essex par Sir John Sinclair, 117 Observations et expériences sur des objets d’Agriculture par M. W. Hickney de Ridgmond, près de Hull; tirées des Annales d’Agriculture d’Art. Young, i 4 t Théorie de l’Agriculture , par Robert Forsyth , 157 Expériences sur quelques cours de récoltes par Arthur Young, 190 Des perfectionnemens de l’Agriculture dans le Royaume depuis cinquante ans, par Wimpey, 245 Des assolemens dans toute l’Angleterre, 271 De la culture des Récoltes vertes en Angleterre, 297; Extrait d’un Mémoire sur les assolemens par Ch. Pictet, 3 a 5 Lettre adressée au Lord Carrington par le Colonel Fullarton , sur la conversion des prés en champs et des champs en prés, 4 og Essai sur la conversion des prairies en terres labourables, par Art. Young, 433 Des meilleurs moyens de convertir en terres labourables de terrains en prés, par Coring, 5 a7 Fin de la Table. \ ' \ . . » ■'■■.• I 1 . ,-»>■(?:, 'H Di! i, 6 ■: ■ i. v 'n k.Îu 83 Û nu a; 'nHÎ ■'-in n. î . ! iq , Lnojug'ii.'i afi yxiii'ifî .7.. r «i vi.joï .JiA'f) oTuJiuoi iÿÂ'i) e.uoiuiA ^ < ^Cî , , di'^rifÿl j'iatfo/I t“j , a-jrff.; s>. ï j ;.. 1 C-; « 9 )Fo 931 &J 811109 8 ) 1 * * r 1 .J-; " • . t__ï f -_o.I ol am,!) a'iuinrji igA’i sf; ' . C. -a , voqiniW u. •• - {2 , aiTjîafgfr A'i ‘9J 1 : -iJ »nsb zaar-.iV'/ $rz ( .rmtsfgtiA no 293’ir/ taÀoobft Mb avi ii< j <»î3-2’I .1?.”) isq 2!IOIOoIOî2C g-jl i.'J2 9'l’ 3 :i;:3 ex.* , lfjStOi< r -' <î-îa. jiviîâ*3 bni-l u» wVïSli'-s ;iri -3 £. 9 .*»#» «jj ;>2 , a~. Vu -„ t *> ••s&'Wî rA sa- ?.V\ VMIQUES. $ 3 ï axe en confervant toujours & décrira la furface d’un tilt d’un cylindre au fil der- çiacé fur la furface de quel- çs j dont nous venons de ouïe en décrivant une ligne tge parcourra en même tems rrefpondant. {placé fur la furface d’un de ivons parlé dans les articles i parcoure en décrivant une riimage parcourra en meme indre correfpondant. ici coures les remarques que la Proportion. 18e. n. 6 iz ilTRE je. i I cnes des lentilles fphe'riques s ü verre. jncaves nous entendons , feui font plan-concaves , Ns» mais auffi tous les |pc de foyer réel. -•$ fervant toujoul tance de l’axe I dre , & fon il devant la 1ère] dont le fomm^ fera au centre centre. 8oa. Si une de-là du cen rj enforte qu’éranl & qu’elle fe me| •oujours la mên ce d’un cône cylindre entre i la lentille. 8oj. une! cée entre »e foyeij que convexe ; qu’elle fe meuv* toujours fonpai l’axe , elle décf image celle bafe denier efï devr w 804. une 1^ placée derrière 1; f-u-p . pnforrp nu nent par lui ait ui es, dont >n rnoùv le à l’ax :ille que le a jours pa neme furface d meme tera er & le ceif%E ?e derriei ’axe , & E me me te fcSSM l Lu (lUTS mmè .tre de re&*£ Jlcle">JII1ÉÉ1 mBumm wmm pe * ' mmm ; - v . - '& Ifv'^ ^^WÛï^ÈÈÊÊSÊÊ .i-'A-.'i Q O c r ~ l-t tsi .x c u I-Q Cu <« o n hJ ( » ' » rt rr rrf 05 un f, V i* COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E. TOME QUATRIÈME. 1 /(Juric)-éLl COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E, Avec les développemens utiles aux Agriculteurs du Continent ; Par Charles PICTET, de Genève. TOME QUATRIÈME. A GENEVE, Chez J. J. Paschoud , Imprimeur-Libraire. 1808.  L f"f- * 21. JEI 1360 COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E. DE L’ACHAT D’UN DOMAINE. T ./acquisition d’un fonds de terre, dans le but de l’exploiter et d’y faire sa résidence, est toujours une affaire importante pour l’acheteur, quels que soient ses moyens. Un choix judicieux peut assurer la fortune de l’homme aise’: un mauvais achat convertit la médiocrité en indigence j et le bonheur de la vie d’un cultivateur peut être compromis par une détermination hasardée. Je vais rassembler quelques observations qui pourront servir à guider un acheteur. On a souvent écrit sur celte matière, depuis Caton jusqu’à nos jours, mais tout n’est peut-être pas dit encore. Des liens de tout genre nous attachent à notre pays natal. L’agriculteur qui veut acquérir Tome 4. A 6 X> E il ACHAT un domaine ne porte guères ses vues hors de la province ou du canton qui l’a vu naître. Supposons , neanmoins , qu’affranchi du joug des circonstances , et de la tyrannie des habitudes , un cultivateur e’elaire’ veuille donner à son choix une latitude plus grande ; et que dans une re’solution qui doit décider de sa fortune, et influer beaucoup sur son bonheur, il dédaigné toute considération accessoire à ces deux objets. Il désirera d’abord se fixer dans une contrée où la paix règne , où l’ordre public ne souffre aucune atteinte. La forme du gouvernement du pays vers lequel se tournent ses vues , méritera sans doute de lui quelqu’altention ; mais l’esprit politique et les mœurs des babitans, la stabilité des institutions , seront à ses yeux des considérations d’une importance plus grande. La paix et la sûreté sont des biens inestimables pour tous les individus d’un état; mais elles ne sont, pour aucun ordre de citoyens , d’une aussi indispensable nécessité, que pour les agriculteurs. L’inquiétude sur les événemens politiques ne paralyse pas toujours l’activité du négociant; elle la redouble même quelquefois, en offrant des combinaisons à l’industrie, et des chances nouvelles dans le jeu des affaires. Mais l’agriculteur a tout à perdre aux agitations d’ UN DOMAINE. 7 politiques. La guerre dévasté ses propriétés , lui enlève ses enfans, le ruine en contributions, et entrave tous ses projets. Le capitaliste des villes , s’il pre’voit une commotion dangereuse pour sa fortune, la de'nature, la resserre, la fait passer chez l’etranger. L’agriculteur n’a aucun moyen de se soustraire aux contre-coups qui le menacent. Sa fortune s’accuse : il ne peut point la cacher ; il ne peut se déplacer lui-même sans tout perdre. Ces considérations n’échapperont point à l’homme judicieux qui veut e'clairer son choix. Il sait que la situation ge'ographique d’un pays ? le ge'nie de ses habitans , l’esprit de son gouvernement , ont une influence plus grande sur la paisible jouissance des fruits de l’industrie , que les lois écrites d’une constitution politique; et il lui faut, pour garant d’une possession tranquille, l’expe'rience d’un long respect pour l’ordre public , plus encore que leç combinaisons d’une the’orie souvent trompeuse. Après ces considérations ge'ne’rales qui doivent influer sur la détermination d’un acquéreur , se présentent naturellement celles qui ont rapport au climat. Le climat d’un pays résulte des diverses combinaisons de sa latitude , de son élévation , de sa distance de la mer et des montagnes ; et les 8 DE d’ A C H A T effets qui dépendent de ces causes générales sont modifies de mille manières par les accidens de localité. Ainsi, dans l’enceinte d’une même province , on trouve des cantons où le climat diffère essentiellement des cantons environnans. Ces variations, peu sensibles dans les pays plats, quand les distances sont rapproche'es , sont très-remarquables dans les pays montueux et coupe's de rivières. La hauteur des monts , la direction des vallées, la disposition des gorges, l’inclinaison des terrains, l’action des vents, la distance des eaux , sont autant de causes accidentelles qui produisent des différences marquées entre des lieux très-voisins. Deux objets doivent principalement occuper l’agriculteur qui recueille des informations sur le climat d’un local déterminé : les blanches- gelées , et les grêles. Un de ces fléaux , et tous deux quelquefois, s’attachent de préférence, dans l’enceinte d’un même district, à certaines expositions. La fréquence des sécheresses est encore une circonstance qui mérite d’être remarquée ; mais quoiqu’elle appartienne au climat, son importance est plutôt relative à la nature du terrain , parce que la même sé-r cheresse qui ruine la récolte d’une terre sablonneuse , fait prospérer celle du champ voisin , s’il est d’une terre humide et grasse. ï)* U N DOMAINE. 9 Le troisième objet important d’informations pour un acheteur , doit être la culture dominante du canton qu’il a en vue. Il préférera , toutes choses d’ailleurs égales , celle qui offre le plus de combinaisons à l’activité , et à l’intelligence , et dans laquelle les chances ruineuses se trouvent le plus sûrement compensées. La culture des pays de vignobles est soumise à une routine monotone , et exposée à des désastres subits. Dans la culture des pays de prairies , les détails intérieurs de la laiterie , et les spéculations sur les bestiaux , forment les principaux intérêts du propriétaire. II n’y a pas là de quoi tenter l’agriculteur qui connoît son art*, et qui désire le pratiquer dans toutes ses parties. Il sera donc attiré , de préférence , vers les cantons où les combinaisons agricoles portent principalement sur les opérations de la charrue , et. permettent un développement plus complet de l’industrie , et du talent. Après ces observations qui peuvent faire incliner un acheteur vers un pays, un district, un canton particulier , viennent les considérations qui demandent plus d’examen, à mesure que le choix se resserre , et que les objets sont plus déterminés. La première de ces considérations tient à la salubrité du local que l’on a vue. On ne doit ÎO DE I? ACHAT pas, à cet egard, s’en rapporter trop légèrement à des assertions qui peuvent être intéressées. Il faut examiner si le voisinage des eaux stagnantes, les obstacles qui interceptent le cours des vents , n’influent point sur la santé’ des habitans. Il faut s’informer si le lieu n’est pas sujet à des e'pidémies, si les lièvres d’accès ne s’y manifestent point de tems en tems. Il faut observer le teint, l’embonpoint de ceux qui l’habitent ; faire attention au nombre et à la proportion des enfans et des vieillards. Il faut savoir, enfin , si les eaux sont de bonne qualité pour les hommes et pour le bétail , si les source? sont abondantes et ne tarissent en aucun tems. La certitude, et la facilité du débouché des produits d’un domaine, sont ensuite des objets qui demandent d’être examinés. Le voisinage d’une grande ville , d’une rivière navigable , d’un port de mer, qui assurent un écoulement et un prix réglé aux denrées, sont des circonstances précieuses ; et l’état des routes de communication doit entrer pour beaucoup dans le calcul de ce genre de facilités. Lorsqu’on trouve la réunion de la plupart des avantages qu’on peut appeler politiques , de ceux qui tiennent au climat, au genre de culture, à la salubrité, à l’écoulement d£S denrées, il reste à considérer divers details de localité’, qui tous ont leur importance. Le premier et le plus essentiel, c’est la nature des terres, leur qualité' , l’état dans lequel on les trouve, et les améliorations dont elles sont susceptibles. Un mauvais fonds est ordinairement trop cher , quelle que soit la somme que l’on débourse pour l’acquérir. Un fonds épuisé par une gestion ruineuse ne se remet qu’avec de grands frais, et à la longue ; surtout si le terrain est de médiocre qualité. Lorsqu’on a l’option entre deux fonds, dont l’un est bon et l’autre décidément mauvais, on ne sauroit rétablir , par la différence des prix , la parité de convenance pour l’achat de l’un ou de l’autre. Lorsqu’on hérite d’un mauvais fonds , ou que les circonstances forcent à s’en charger , on trouve bien des ressources dans l’art, tel qu’il est entendu aujourd’hui, pour en tirer bon parti; mais quand il s’agit d’un choix libre , il vaut mieux mettre en achat un capital plus considérable , que d’être forcé , peut-être , à lâcher peu-à-peu la même somme en avances et en réparations , sur un sol ingrat. A valeur égale dans les terrains , doit-on désirer qu’ils soient plutôt argileux que légers ; et n’y a-t-il pas de l’avantage à ce que le même fonds ait des terres de différente nature ? C’est 12 DEBACHAT une question difficile à résoudre , sans desjjj données pre'cises. Les terres plutôt fortes que légères ont, en ge'ne'ral, l’avantage de résister mieux aux sécheresses , d’être plus propres a la culture des blés , et de se ressentir plus long-tems de l’amendement des fumiers d’étable. Les terres légères' sont d’une culture plus facile, fournissent des récoltes plusvariées, sont plus susceptibles de l’amélioration de la marne , et des avantages d’un assolement bien combiné. Les terres qui tiennent de la glaise sont sujettes à souffrir des eaux de l’hiver, à se relier dans les sécheresses ; elles demandent des attelages plus forts ; elles n’admettent qu’imparfaitement la culture des trèfles , des sainfoins; elles ne comportent guères les graines deprintems; et exigent bien plus d’art de la part du cultivateur , pour se passer de la triste ressource des jachères. Les terrains légers donnent des récoltes plus foibles -t C Cl. is n> ^ n n D ^ •CLt: ü' ST-c 2 n -t -l SU O q ! S' rP i-ê s- Hk •n ^ : » ^ O- r S ? * d’ un domaine. 17 encore que l’imagination peut se peindre pour l’agre'ment d’une demeure champêtre, si l’on ne peut faire avec sûreté l’acquisition que l’on projette, si quelques mesures que l’on prenne on ne peut s’assurer d’avoir purge toutes les hypothèques, et de l’avoir affranchie des substitutions. Tant qu’il reste le moindre doute sur la possibilité’ de se voir e'vince', il n’y a point de vraie propriété, point de véritable culture ; le possesseur se considère comme le détenteur de sa terre : il la traite en fermier avide , et l’épuise pour ne pas tout perdre. Retraçons rapidement le tableau des avantages qu’on peut désirer, mais qu’on ne doit pas s’attendre à réunir. Le cultivateur éclairé qui jouit d’une fortune aisée , et qui en destine une partie à l’acqui^- sition d’un domaine , jettera les yeux sur un pays où le respect des propriétés soit assuré par les lois , et consacré par les mœurs. Il évitera les provinces que leur position géographique expose au fléau de la guerre. Il recherchera un climat doux et réglé , sous lequel les chaleurs accablantes, les froids rigoureux , les grêles , les blanches gelées , les vents d’orage , soient également rares. Il préférera un canton dans lequel l’agriculture s’exerce sur les objets qui prêtent le plus à Tome 4. B î8 de d’achat d’un domaine. l’industrie , et laissent des compensations aux pertes imprevues; où le facile écoulement des denrees leur assure un prix, re’gle et qui puisse servir de base à ses calculs. Il voudra un domaine dont le fonds soit bon , dont l’e'tendue ne soit pas disproportionnée à ses moyens , qui soit facile à exploiter, à dépouiller, à enclore , et entoure' de routes praticables en tout tems. Il désirera qu’une habitation commode , placée sur une. pente insensible , ombragée de plantations qui ne l’offusquent pas , domine un paysage riant, et commande toutes les possessions ; que des eaux abondantes et pures secondent les ameliorations, sans incommoder jamais ; que des de'pendances vastes et bien distribuées assurent la santé des bestiaux , rendent les travaux plus faciles, et l’inspection plus sûre ; enfin que d’aimables voisins , officieux sans trop d’empressement, discrets sans indifférence , lui fassent société lorsqu’il la cherche. Si un tel domaine peuts’acque'rir avec sûrete', il ne faut point manquer l’occasion. Essai sur les moyens de convertir certaines prairies en terres arables sans épuiser le sol, et de remettre ces mêmes portions en près dans un e'tat d’amélioration. Par le Docteur Campbell. Xje but des expériences, dont je vais rendre compte , étoit de trouver le plus sur et le plus court moyen de Convertir en pre's une petite ferme ; en admettant comme un axiome en agriculture qu’un terrain quelconque qui produit une abondante re'colte en fourrages peut, en tout tems , être converti en une riche terre * arable. La ferme dont je parle est située dans un pays calcaire. On appelle le sol de ce canton- là , un lut léger , ou terre végétale brune. Elle se rapproche de ce que Kirwan, dans son Traité des engrais , appelle lut sablonneux , mais il y a dans la terre de ma ferme beaucoup moins du sable siliceux qui se trouve en abondance dans le sol décrit par Kirwan. Enfin l’on pourroil appeler la terre sur laquelle j’ai fait mes expériences , une terre végétale propre- ment*dil, car elle paroît formée presque entièrement de la décomposition des matières 520 CONVERSION DES PRAIRIES végétales. Sa base ou le noyau des terres du pays est une roche calcaire bleuâtre et feuilletée. Celle roche se trouve dans quelques endroits , immédiatement au-dessous de la couche végétale. Dans d’autres endroits , la couche sur laquelle repose celle de la végétation est toute composée de petits fragmens de roche calcaire , anguleux et réguliers. Dans d’autres endroits la couche inférieure est un lit de petits cailloux roulés : l’eau s’échappe plus aisément au travers de ceux-ci que des pierres anguleuses. En revanchela, terre végétale est plus profonde là où elle repose sur les fragmens anguleux , que dans les endroits où elle a pour couche inférieure du gravier de pierres roulées. Le terrain est facile à labourer. Il se divise aisément et s’arrange bien à la herse ; mais à moins qu’on n’y mette de l’engrais, il ne paie pas les frais de culture. Même avec l’addition des fumiers , ce terrain , ne donne jamais, je pense , des récoltes aussi considérables que les terres qui ont un peu d’argile dans leur composition ; mais il a un avantage sur celles- ci , c’est de ne pas souffrir autant des longues pluies et des longues sécheresses. Pendant l’été pluvieux de 1799 , qui fit périr beaucoup de pommes de terre et de turneps , les récoltes EN TERRES EAEOURABLES. 21 ne souffrirent point dans ma ferme. L’été dernier a été singulièrement sec et cependant les récoltés de cette ferme, ont e'te’ belles : surtout les pommes de terre ; tandis que dans les sols argileux , l’extrême durete' de la terre empêcha ces racines de croître et de se développer. La moyenne du produit des pommes de terre dans la ferme , l’année dernière , a été de vingt-sept pour un. Ce terrain a encore un autre avantage , c’est que les bestiaux n’y enfoncent pas autant, que dans les terres argileuses , et n’y font pas avec les pieds des creux dans lesquels l’eau reste , chose très-fâcheuse pour les terres glaises. Ces terres ont une singulière disposition à se couvrir de mousse lorsqu’on les laisse incultes, et cette moussé empêche absolument la bonne herbe de croître. La ferme sur laquelle j’ai fait les expériences, dont je vais rendre compte, a quatre-vingt-dix acres d’étendue. Sur cela , il y a sept acres en pâturages négligés et mousseux , et trois acres en bois ; tout le reste est du terrain semblable à celui que je viens de décrire. Elle avoit été affermée pendant sept ans à 64 liv. sterl., les impôts à la charge du propriétaire. Lorsque j’entrai en possession , au commencement de 1798 , voici quel étoit à-peu-près l’état de la 22 CONVERSION DES PRAIRIES ferme. Seize acres avoient été constamment laboures depuis plusieurs années, et seme’s en graines céréales sans alternative de re’coltes à sarcler. En conséquence, ces seize acres etoient charges de mauvaises herbes, surtout de chiendent et de chardons. Le reste de la ferme etoit en près à faucher et en pâturages; mais comme ces près et ces pâturages avoient ete établis sans soins , et que les engrais avoient été constamment appliqués à la partie labourée, ils étoient extrêmement médiocres en quantité et qualité d’herbe. La mousse prenoit le dessus dans plusieurs endroits. Je vais maintenant rendre compte de mes expériences sur ce terrain , en commençant par celle dont la rotation est la plus courte. N.° l. — Je fis labourer à six pouces de profondeur, puis relabourer en croisant, herser deux fois et fumer en fumier d’étable un certain espace de mauvais pâturage. J’y fis semer du trèfle blanc, du ray-grass.et du pîantin lancéolé. Comme ce n’est que l’été dernier que ce semis a été fait , je ne puis point encore parler du résultat. N,° 2. —- Un terrain tout semblable avoil été amélioré depuis quelques années par des fumures répétées de compost ; mais malgré cet amendement , la mousse l’emportoit sur les en terres LABOURABLES. 23 bonnes herbes ; et il devint necessaire de le rompre. J’y fis è la première anne'e une récolte d’avoine. L’année suivante qui étoit l’an passé, je le semai sur fumier , en trèfle jaune et poussière de foin. Comme je n’avois point mis de jachères après l’avoine , le sol étoit encore souillé de mauvaises plantes , et en particulier de moutardes qui levèrent en même tems que les plantes de pré. Je suis disposé â croire que cette grande quantité de mauvaises plantes épuise le terrain presque autant que pourroit Je faire une récolte d’orge. Vers l’automne , cependant, le trèfle et les graminées paroissoient couvrir suffisamment le terrain. Cet été , la récolte en herbe a été très-abondante : Je trèfle jaune étoit superbe ; mais je m’attends qu’en deux ou trois ans , il disparoîlra tout-à-fait, comme cela arrive au trèfle rouge. Cette pièce a été pâturée, et a porté au moins le double de bestiaux de ce qu’elle auroit porté dans son état précédent. Maintenant que j’écris ceci (Janvier 1801), elle est très-verte , bien garnie , et a la plus belle apparence. N.° 3 . — Le terrain étoit en beaucoup plus mauvais état que le morceau précédent. On l’avoit complètement abandonné à lui-même après l’avoir labouré et semé en grain jusqu’à 24 CONVERSION DES PRAIRIES l’épuisement. Il e'toit en pâturage depuis quelques anne’es. Je le rompis en 1798 , et y semai deux espèces d’avoine à côte' l’une de l’autre. L’avoine ordinaire rendit incomparablement plus que ce qu’on nomme l’avoine hâtive , ou duns. L’anne'e suivante, ce morceau fut laboure, puis croise' , et herse' pour être ensuite fume' en compost de fumier , de chaux , et de terre. Au primeras suivant, j’y semai de l’orge en y mêlant du trèfle blanc , du trèfle jaune , du plantain et du ray-grass. Maigre toute la peine que l’on prit pour endetter et pulvériser la terre de cette pièce , l’ancien gazon ne fut pas complètement décomposé : on en voyoit encore après la semaille des morceaux de place en place sur la surface du champ. Il auroit fallu une récolte de turneps ou de pommes de terre, pour faire disparoîlre complètement ce gazon. La récolte de l’orge fut d’une beauté extraordinaire ; mais les longues pluies de l’été en firent verser une grande partie. Il en résulta que les plantes de pré périrent en partie dans ees endroits-là. Malgré ce contre-tems , et l’excessive sécheresse de l’été , les dix acres nourrirent au pâturage pendant tout l’été quatre vaches et quatre chevaux de travail EN TERRES LABOURA BLÉS. 25 de la ferme , et maintinrent ces animaux en très-bon état. Maintenant, (Janvier 1791 ) la pièce a la plus belle apparence ; et j’espère qu’elle pourra nourrir l’élè prochain , un tiers de bêles de plus. En comparant avec le N.° 5, le N.° 2 qui a été mis en pre' sans mélange d’orge , je trouve qu’ils sont parfaitement égaux en apparence. N." 4. — Ce morceau avoit été plusieurs années en culture. Je lis rompre , herser et semer en orge ; après quoi j’y fis répandre la même quantité des mêmes grains qu’au N.° 5. Je n’avois pas compté faire faucher celte pièce à sa première année de rapport , mais j’y fus obligé par la disette des fourrages. En comparant maintenant ceKe pièce avec leN.°5, lequel a été pâturé à sa première année , ou avec le N.° 5 dont je parlerai tout-à-l’heure , il paroît évident qu’il auroit convenu de faire pâturer la pièce à la première année, et peut- êlre la seconde. II auroit fallu du moins pour pouvoir la faucher avec avantage , y mettre une plus grande quantité de trèflfe rouge. Pour compenser l’épuisement qui résulte de ce que le pré a été fauché , je l’ai fait fumer de trois manières différentes, savoir , en fumier bien pourri , en chiffons de lamage bâchés menus; et enfin en marne. Il ÿ a deux 20 CONVERSION DES PRAIRIES ans que j’ai fait mettre ces engrais ; et en comparant leurs effets , l'avantage me paroît rester au fumier d’étable. La partie qui a été amendée avec des rognures de lainage est d’un vert plus vigoureux ; mais comme cet engrais ne couvre pas la terre d’une manière aussi uniforme , l’herbe est moins épaisse. Quant à la marne , elle paroît avoir fait jusqu’ici plus de mal que de bien , ce qui vient de ce que n’ayant pas encore été incorporée avec le sol par l’effet des pluies, elle a empêché l’herbe d@ pousser. Tout ce que j’avois lu et ouï dire de l’effet des rognures de laine m’avoit engagé à les essayer. J’ai calculé qu’un acre pouvoit être complètement fumé avec cet engrais pour 5 îiv. sterlings. Nous verrons son effet. Je n’ai pas de marne dans le canton : celle que j’ai employée venoit de loin par le moyen d’un canal : elle coûtoit rendue sur les lieux, deux gainées le tun : ce prix est trop haut pour en faire d’autre usage que celui de le répandre en petite quantité sur la récolte ou sur le gazon. Ce qui rn’a engagé à essayer cet engrais , c’est que je crois mon terrain trop dépourvu de parties calcaires et argileuses : il faudra quelques années , avant que je puisse indiquer les résultats de cet essai. en TERRES LxYBüüRARIÆS. 27 Une très - bonne manière d’améliorer les terrains qui se sont recouverts de mousse , c’est d’écroutcr une couche légère pour la brûler. Si l’on mêle de la chaux avec les cendres, l’eflet de l’opération est plus complet et meilleur. Il est mieux encore d’y ajouter du fumier d’étable , et de bien mêler le tout par un labour profond. Le sol devient alors capable ou de donner de fortes récoltes de fourrage , ou d’être soumis à une succession indéfinie de cultures variées. J’ai eu pour objet de m’assurer quelle e'toit la plus utile de ces rotations. On comprend que le choix de ces cours doit beaucoup dépendre du terme auquel on se propose de remettre les pièces eu prairies, ou encore des moyens que l’on a de se procurer des engrais. Si l’on a des fumiers à sa disposition, en abondance suffisante, on peut prolonger la succession des récoltes variées, avant que de remettre la terre en pré ; mais si l’on ne peut disposer que de marne , par exemple, on ne doit prendre tout au plus qu’une récolte d’avoine; et le mieux est peut-être de ne faire que rompre, marner , puis labourer et herser, avant que de semer les graines de prés. Une des meilleures manières de convertir tut mauvais pâturage en un bon pré, paroît 28 CONVERSION DES PRAIRIES être celle indiquée N.° J. Mais comme le principal objet du fermier doit être de rentrer promptement dans ses avances , celte circonstance peut faire hésiter à choisir cette marche; car elle fait perdre une récolte d’avoine ou d’orge qui sûrement' auroit été abondante , et qu’on peut estimer de 6 à lo liv. stcrl. par acre. Il faut assurément bien des années pour que l’avantage que le pré N.° l, semé sans mélange , prendra sur les N." 5 2 et 3 , semés avee de l’orge , compense la perte qu’a faite le. fermier , en n’ayant point de récolte la première année. Cette réflexion a encore plus de force, si l’on fait attention qu’à la fin de la seconde année, il n’y avoit aucune différence sensible au désavantage du pré N.° 1 . On a dans ce canton-ci , un grand préjugé en faveur des poussières de foin, c’est-à-dire, des semences de prés ramassées datas les fenils où l’on a serré du foin de prairies naturelles. Il faut observer que rien ne se ressemble moins que les graines de différens prés ; les prés varient , quant à la nature de leurs plantes, non-seulement selon la qualité du terrain , mais aussi selon la culture que la terre avoit reçue avant l’établissement du pré. Si celui-ci a été préparé et semé avec négligence , il est quelquefois presque entièrement composé de EN TERRES EABÜtJRABT/ES. 29 triticum repens ou d’autres mauvaises herbes. Si , au contraire , la terre avoit été convenablement nettoyée par les labours, avant l’éta- blissement du pre’, celui-ci est principalement compose' des meilleures plantes, telles que les palurins , les festuques , et les fromentals. L’opinion de tous les cultivateurs du canton est décidément contraire au ray-grass : il ne s’en sème point à trente milles à la ronde. L’un dit que c’est une herbe gourmande d’engrais , l’autre que c’est un fourrage grossier, et un troisième prétend que le ray-grass épuise la terre. Ces opinions n’e'tant point fondées sur des faits mais sur des ouï-dire, je résolus de faire une expérience. La pièce N.° 4 a été semée en ray-grass mêlé de trèfle blanc , et d’un peu de trèfle jaune. Le résultat a été très-satisfaisant, et à tous égards d’accord avec ce que j’avois lu sur cette excellente plante, dans les Mémoires de la Société de Bath. Il est impossible d’avoir de meilleur fourrage pour les chevaux que celui que j’y ai recueilli. Mes chevaux le mangoient au râtelier avec une avidité extraordinaire. Pendant tout le tems qu’il dura , ils se maintinrent gras , et eurent le poil très-luisant. Lorsque ce fourrage fut achevé, ils ne vouloient pas toucher au foin ordinaire des prairies. Ils se laissèrent avoir / ?>0 CONVERSION DES PRAIRIES faim avant que d’en manger , et maigrirent sensiblement, maigre l’augmentation d’avoine que je leur fis donner pour les maintenir. Celle année mes chevaux se soutiennent merveilleusement avec ce fourrage , auquel je n’ajoute qu’une très-petite quantité d’avoine. Il me semble qu’on peut expliquer aisément les différentes opinions que l’on a eues sur ce fourrage. Il faut au ray-grass , pour que sa réussite soit complète , un bon terrain en bon état. Ceux qui l’ont essayé dans des terres médiocres et mal préparées , se sont plaint qu’il ne donnoit pas un gazon épais, et que la récolte e'toit peu abondante. Une circonstance particulière à celle plante , c’est qu’elle croît spontanément sur les bords des chemins , et à l’entrée des près , vers les barrières oit le bétail passe souvent , ce qui indique que c’est au fumier du bétail que sa croissance est due. Nous avons observé cet été une pièce où le ray-grass étoit très-abondant sans avoir été semé. En recherchant la cause de ce phénomène , nous avons trouvé que ce pré avoit servi pendant une nuit entière au parcage du gros bétail de'stiné à une foire. Lorsque le terrain est en très-bon état, et de bonne qualité, le ray-grass mêlé de trèfle fin (1) blanc , fait fi) J’ai déjà remarqué dans ce Recueil, que l’exîs- t EN TERRES LABOUR A BEES. 5i un gazon très-garni à la fin de la seconde année. J’ai un pré de cinq acres qui n’a été semé qu’avec ces deux plantes , et qui est beaucoup mieux garni que d’autres prés semés en même tems, et où j’avois ajouté du trèfle jaune et du plantin. Il y avoit un de mes voisins qui, seul dans tout le canton , avoit essayé le ray-grass. Il m’assura que je ne réussirois point , car il avoit e'choue' lui-même; mais il ne faut pas s’en étonner : il avoit commencé par épuiser complètement son terrain à force de récoltes d’avoine. Son raisonnement auroit été également concluant contre tout autre fourrage : aucun n’auroit pu y réussir dans de telles circonstances. Le ray-grass alla en déclinant , et périt enfin tout-à-fait, en cédant la place tence du ray-grass dans les prés est souvent due au seul piétinement. Toutes les fois qu’un sentier qui traverse un pré n’a pas anéanti le gazon, ce gazon est composé de ray-grass presque pur / quoique cette plante soit rare dans tous le reste du pré. 11 est très- possible que la cause des faits observés par l’auteur, soit le piétinement des bestiaux. Cette circonstance ^est une raison parmi beaucoup d’autres, pour faire pâturer les prés de ray-grass plutôt que de les faucher. On sait d’ailleurs de quel avantage le pâturage précoce du ray-grass au printems est pour les troupeaux qu’on engraisse. 02 CONVEE.SION Ï)ES PRAIE.IES aux plantes propres au terrain. Si l’on attend de belles re'coltes du ray-grass dans des terres non fumées , il faut qu’elles soient d’une qualité differente de celle de ces cantons. Lorsqu’on coupe le ray-grass pour foin , il faut le faucher avant qu’il ait jauni et donné sa graine ; car après celte époque , il se change en quelque sorte en paille , et a perdu une grande partie de ses sucs nutritifs. Le foin de ray-grass a mauvaise apparence aux yeux de ceux qui ne connoissent pas ses qualités ; parce que celte plante porte peu de feuilles, et que le foin n’est guères composé que de tiges. Est-ce un désavantage? Pour le décider, il faudroit savoir si ce sont les feuilles ou les tiges des graminées qui , poids pour poids, contiennent le plus de substance nutritive. Je ne sache pas qu’on l’ait recherché par aucune expérience directe. Je penche à croire que l’avantage est aux tiges , parce qu’elles sont infiniment plus sucrées, et que, comme on le sait le sucre est extrêmement nourrissant. Il faut remarquer ensuite que , toutes les fois qu’il tombe de la pluie pendantles fenaisons, la partie du fourrage qui souffre , qui noircit, et qui se perd , c’est les feuilles ; eu sorte que la masse du foin reste composée des tiges. Le ray-grass doit donc avoir l’avantage , toutès les en terres labourables, 55 les fois que les fenaisons sont interrompues par les pluies , parce que ce foin perd moins de sa valeur dans ce cas qu’aucun autre. Il est egalement moins expose' à se moisir dans les tas sur le pré qu’un autre fourrage , parce que se soutenant mieux , il est plus accessible à l’action de l’air. On ne sauroit, en un mot, refuser au ray-grass les qualite's suivantes : i.° Il y a peu d’herbes aussi précoces au prin- tems. 2 ° Il n’y a aucun fourrage plus nourrissant ni que les bestiaux aiment davantage. 5.° Il résisté mieux aux mauvais elfets des pluies pendant les fenaisons. 4.° Il est plus facile d’en recueillir la graine que d’aucune autre plante de pre's. Les préjugés re’pandus contre cette plante paroissent dûs: i.° A ce qu’on l’a essaye'e dans des terrains incapables de produire une bonne récolté quelconque. 2 .° De ce qu’on l’a fait pâturer après que les tiges avoient durci, pu de ce qu’il a èle' coupe' pour fourrage après avoir répandu sa graine. Aucune graminée ne tient autant de plantes céréales que le ray- grass. Lorsque sa graine est formée, il ne pousse plus de feuilles. Il est donc nécessaire de faire pâturer cette herbe de bonne heure au printems , et de la maintenir toujours broutée raz. De cette manière, elle repoussera Tome 4. C 54 CONVERSION DES PRAIRIES pendant tout l’été des feuilles et des vtiges fraîches. 3.° Il est plus important de saisir le juste moment de couper le ray-grass que cela ne l’est pour les pre’s naturels ordinaires ; parce que, dans ces derniers, il y a des plantes de tous les degre's de croissance , et que si quelques-unes ont passe le point le plus avantageux , d’autres ne l’ont pas encore atteint, ou l’atteignent seulement. Il y a des plantes de près qui demandent deux ou trois ans pour s’e'tablir solidement dans un terrain : le trèfle jaune a l’avantage de s’établir et de donner une bonne re'colte dès la première année. Le trèfle à fleurs rouges est dans le même casj aussi ces deux plantes sont-elles avantageuses à mêler avec les autres lorsqu’on établit des près. Quatre livres de graine de trèfle jaune par acre ( qui sont la quantité ordinaire,) ne me paroissent point suffisantes : je crois que huit ne seroient pas trop ; ou bien l’on peut en mettre quatre de rouge et quatre de jaune. Pendant les deux premières années , ces deux plantes donnent abondamment, et ensuite les graminées ont acquis leur force. 3’ai prouvé que le plantin lancéolé garnit très-bien le fond d’un pré ; et que les bestiaux aiment celte plante, quoique quelques auteurs aient prétendu le contraire. en terrés labourables. 3 5 Je passe maintenant à des rotations dans lesquelles j’ai introduit une plus grande variété de productions, avant que d’en venir au rétablissement du pré. N.° 4 étoit une pièce extrêmement garnie de chiendent , et d’autres mauvaises plantes. Je la fis labourer deux fois , puis herser pour la purger des mauvaises herbes autant qu’il étoit possible. Je la préparai ainsi à une récolte de pommes de terre. Je fis planter celles- ci en lignes distantes les unes des autres de deux pieds : cette distance est convenable pour charier le fumier , parce que le cheval du tombereau passe dans la raie ouverte , et que les deux roues passent dans les raies voisines. Je fis placer les pommes de terre sur le fumier , à dix pouces les unes des autres ; et elles furent recouvertes avec la terre des intervalles , au moyen d’un trait de charrue qui la refendoit. Üne première partie du champ fut fumée très-abondamment en fumier d’étable. Une seconde fut fumée en coupons de lainage mélangés avec du fumier d’e'table. Une troisième fut amendée en coupons sans mélange. Une quatrième fut amendée en mélange de chaux et tourbe, en suivant la méthode et les 36 CONVERSION DES PRAIRIES proportions de lord Dundonald, savoir, trois parties de tourbe pour une de chaux. Yoici les résultats : 1. * Là oùle fumier d’étableétoit bien pourri, la récolté a été extrêmement abondante. 2. ° La où e’toit le mélange de coupons de lainage avec le fumier , la récolte n’a pas été' inférieure aux plus belles parties fumées en fumier pur. 5 .° Là où les rognures de lainage se trou- voient seules la récolte a été mauvaise. Mais il faut observer que les pommes de terre étoient d’une espèce hâtive , et que cette année-là ( 1798 ) il ne plut presque pas en Mai et Juin. L’expérience peut donc n’être pas décisive contre les rognures de lainage. 4 .° La récolte fut très-médiocre, en grosseur et quantité de racines , là où j’avois employé la chaux mélangée de marne. Voiciles observations que j’ai principalement à faire sur la culture des pommes de terre , soit d’après cette expérience, soit d’après quelques autres faites depuis. i.° Il faut fumer très-abondamment en fumier d’étable pour s’assurer une récolte de pommes de terre très-considérable. 2. 0 Le force de la récolte dépendra en partie de la qualité du fumier employé, et en partie EJST TERRES EAROURABRES. 57 de la saison. Le fumier de cheval bien pourri ( surtout s’il est mélangé d’excrémens humains,) donnera les re'colles les plus abondantes. — Dans mes terres, le fumier de vaches pailleux, donne une foible récolté. Le succès de'pend encore beaucoup de la nettete' de la terre , et de ce que les plantes ont, ou n’ont pas été butte’es dans le moment le plus favorable. Il faut que la terre se nettoie à la main , et pour cela il faut y passer au moins deux fois avec la houe dans le courant de la saison. Il faut que les plantes soient terrées ou butte'es à la charrue, par un trait qui refend la terre qui les sépare , et que cette opération se fasse avant le tems où les plantes sont assez hautes pour que le cheval les gâte en passant. Il importe qu’il y ait une suffisante quantité de terre au pied de chaque plante, afin que les pommes de terre soient bien couvertes , et qu’en grossissant elles ne se montrent point en dehors : lorsque cela arrive, elles deviennent vertes et restent petites (i). (1) Il est important non-seulement au succès de la récolte, mais à la préparation du terrain pour les récoltes suivantes, que les pommes de terre soient buttées très-haut. Mais pour cela, il faut que les lignes soient distantes entr’elles au moins de trois pieds. Trois pieds 58 CONVERSION DES PRAIRIES Pour arracher les pommes de terre , je conseille la charrue , de préférence à la houe à pointes : il y a une grande économie, et on jn’en gâte pas davantage. On a beaucoup agite” la question de savoir si les pommes de terre étoient ou n’étoient pas «ne recolle épuisante. Dans un traité sur la culture de cette racine, publié par ordre du Département d’agriculture, on voit une longue liste d’expériences , qui tendept à prouver le pour et le contre , et laissent la question inet demi n’est pas trop pour pouvoir accumuler un banc de terre d’environ 3o pouces, et que l’on élève à trois reprises, à mesure que les plantes croissent. Celles-ci deviennent si fortes qu’elles ombragent et remplissent finalement les intervalles des lignes. La récolte des racines est d’une abondance exactement proportionnée à la quantité du travail donné. Mais, ce qui est plus intéressant encore, le terrain mûri par les influences atmosphériques, comme s’il eût été relevé en banc ou revers de fossé ( méthode d’amélioration connue ) devient plus productif, en même tems qu’il est bien purgé d’herbe. La propriété épuisante de la pomme de terre se trouve alors plus que balancée. J’ai observé pendant plusieurs années de belles récoltes de cette racine, traitées de cette manière, sans fumier, et suivies de beau froment, également sans engrais. La terre éloit en champ labourable depuis plusieurs années, et bonne sans être très- fertile. EN TERRES IiABOTJRABIÆS. 3$ de'cise. Dans notre province, les agriculteurs sont egalement partages , et citent divers exemples pour et contre. En examinant les faits comparativement , ^il m’a paru que la solution du problème dépendoit uniquement de la quantité de fumier employé' pour la récolte. Dans le fait, toute récolte que l’on charie hors du champ qui l’a produite , épuise ce champ plus ou moins. Si l’on met pour les pommes de terre une quantité de fumier qui balance au juste l’épuisement des sucs végétatifs qui résulte de la récolte, il n’y a ni amélioration, ni épuisement , mais lorsque la quantité de fumier est très-considérable , les pommes de terre sont très-abondantes et laissent le terrain en pleine fertilité , pour la récolte qui doit suivre. La frisolée, ou pivre, est une maladie très- fâcheuse , et il est bien important de tâcher d’en découvrir la cause. Lorsqu’on arrache une plante affectée de cette maladie , on trouve la pomme de terre qui a été plantée, aussi entière que le premier jour , tandis que toutes les pommes de semence des autres plantes sont décomposées. On prétend qu’en coupant les pommes de terre destinées à être plantées , on reconnoît celles qui ont le germe de la inaladie, à ce qu’elles sont très-dures : ceus 4o CONVERSION DES PRAIRIES qui en ont l’habitude les rejettent sur cette apparence. i On a prétendu que le changement de semence faisoit disparoître cette maladie dans un canton. Nous tirons nos pommes de terre de semence des parties méridionales de l’Ecosse , où la fri- solëe est très-rare. A la première anne'e , en effet, nous n’en avons pas ; mais en deux ou trois Ans les plantes originaires d’Ecosse y deviennent également sujettes. En 1798, je plantai environ six acres de pommes de terre de ce pays-là, je n’eus pas une plante malade de là frisolée. L’année suivante je semai le produit de cette récolte, et un sixième au moins des plantes fut atteint de la maladie. Cette année j’ai planté encore des pommes de terre d’Ecosse, et avec le même succès que deux ans auparavant. 11 est possible que , comme M. Middleton i’a observé dans son rapport sur Middlesex , cette maladie dépende du mode de culture , et de la plus ou moins grande quantité du fumier employé. La partie de l’Ecosse dont nous tirons les pommes de terre , est éloignée de toutes les grandes villes ; et je présume, par cette raison , qu’on épargne le fumier dans la culture de celte racine. Je sais aussi que, dans un district voisin , on n’emploie jamais , pour planter, que les pommes de terre venues dans EN TERRES LABOURABLES-. 4 l des terrains écobue's et presque sans fumier. Les frais de la culture des pommes de terre sont très-considérables : voici comment je les établis pour le fermier : L. st. sh. <3. Prix de ferme d’un acre.Liv. st. 1 o o Trois labours. 2 8 o Trois hersages. i o o Fumier, 5 o tuns à 6shellings. i 5 o o Pour couper et planter les pommes de terre o 8 o Sarclage. 1 10 ° Arrachement à la charrue. ........ o 7 6 Pour enlever,charieretassorlirles pommes de terre. .3 o o Prix des semences .. 1 10 0 Liv. si. 26 3 6 Quant au produit, on trouve que 56o bushels sont une récolté ordinaire, 4 5o une très-bonne re'colte , et 600 un produit extraordinaire , mais que l’on voit quelquefois. En supposant pour moyenne 45o bushels ( supposition que je crois forcée pour nos terres , ) ce seroit 5o livres sterl. par acre , au prix moyen de l shcl. 4 den. le bushel : or il n’y auroit pas un profit assez considérable dans cette récolte , à moins qu’on n’y fît entrer l’amelioration du terrain ; mais cette amélioration peut s’exécuter par d’autres moyens, d’une manière plus efficace. C’est un véritable malheur pour 42 CONVERSION DES PRAIRIES le pays, que le prix d’une denrée aussi ne'cessaire à la vie ne soit pas suffisamment élevé pour en encourager la culture. Il y a des années où Ton est décidément en perte avec les pommes de terre. En A798 leur prix fut si bas que quelques fermiers s’en dégoûtèrent tout-à-fait, ou en resserrèrent considérablement la culture. Il en résulta que, l’année suivante, elles eurent un prix trois fois plus considérable (1). ( 1 ) Les frais supposés par l’auteur dans la culture des pommes de terre, me paroissent prodigieusement exagérés. La quantité de cinquante charretées de fumier sur un espace d’environ trente-huit mille pieds de France de surface, est hors de toutes les proportions d’usage. Quand la culture de cette plante est bien soignée, elle donne une récolte considérable sans aucun engrais, si la terre est passablement en bon état. J’ai depuis plusieurs années, une manière de cultiver cette plante qui ne laisse aucun doute sur le profit. Je distribue chaque année, en automne, un certain nombre d’arpens de champs aux manouvriers du voisinage, sous la condition qu’ils les laboureront à la bêche pendant l’hiver. Au printems je leur avance les pommes de terre pour semences, et sans fumier. Ils les plantent en lignes à 3o pouces, de distance, les cultivent et les buttent à trois reprises, et les arrachent à leurs frais : moyennant l’addition d’un ouvrier de surveillance, je prélève les semences, puis je partage par égales parts le produit. Si l’on fume pour le blé qui succède, on peut être assuré d’une très-belle ré-! EN TAREES LABOURABLES. 45 Après que la re'colte de pommes de terre eut e’te’ arrachée , je fis labourer , herser et semer en froment en Novembre. L’hiver , qui fut extrêmement rude, parut avoir nui essentiellement à la re'colte. Quand le printems vint, les plantes etoient si rares et si foibles , que je crus le blê perdu. Lorsqu’on sème tard , le blè ne végétant que foiblement avant les grands froids, est beaucoup plus expose' à en souffrir5 coite. L’empressement croissant d’année en année parmi les manouvriers du voisinage, ne laisse aucun doute sur les avantages qu’ils y trouvent. En effet, ils emploient pendant l’hiver tous les momens où les gelées permettent le travail; et ils sont sûrs que l’abondance de la récolte sera en proportion exacte avec les soins qu’ils donneront à la culture. Enfin il travaillent avec plaisir, en sentant que c’est pour eux-mêmes. Cependant le profit du propriétaire est encore plus évident. Il économise les trois labours et les hersages de jachère. Sa terre est dans le meilleur état possible, et il a une demi-récolte de pommes de terre qui ne lui a rien coûté. On peut revenir tous les quatre ans, à cette récolte dans le même terrain. On ne doit point Craindre de faire la chose trop en grand; car si le marché des pommes de terre n’est pas facile, ou avantageux, on peut toujours les faire manger aux bestiaux avec beaucoup de profit : il est impossible, en quelque sorte, d’avoir une quantité embarrassante de ces racines çrécteuses. 44 CONVERSION DES PRAIRIES en sorte que cette apparence du champ de froment ne m’étonna point. Au mois d’Avril, je semai sur le ble’ , du trefle rouge mêle' de ray-grass. Mon intention etoit d’enterrer ces graines , au moyen d’un rouleau ; mais cet instrument s’étant rompu apres avoir fait une partie du travail, je lis herser le reste du champ , ce qui parut un procédé' très-hardi, vu l’extrême foiblesse des plantes. Cependant le terrain etoit en si bon étal que mon ble' se rétablit. Les plantes tal- lèrent, et reprirent beaucoup de vigueur. Les graines de près re’ussirent e'galement bien , et je ne sus remarquer aucune différence entre la partie roulée, et la partie hersée. Ce fut le plus beau champ de blé de tout le pays; et je vendis la récolte de ces quatre acres sur pied, dans les premier jours d’Août pour la somme de 55 liv. slerl. , 16 shel. : le blé se vendoit alors 8 shel. le bushel (i). L’extrême abondance de cette récolte la fit verser ; parce qu’immédialement après le marché conclu , il vint des pluies continuelles. La perte fut considérable; et il y eut même beaucoup de graines qui germèrent sur la plante. En 1800 , le trèfle se trouva perdu dans (i) À-peu-près i 6 liv. îo sols le quintal. f I EN TERRES LABOURABLES. 45 les endroits où le ble' avoit été long-tems couche; mais le ray-grass u’avoit point souffert. Cette circonstance montre combien il est avantageux de le reunir au trèfle. La récolte de fourrage de cette pièce fut si belle qu’elle m’a fait obtenir d’une Société d’Agriculture , une coupe d’argent promise comme prix à celui qui montreroit la plus belle récolte de fourrage dans un pré , à sa première année d’établissement. Une pièce voisine , où la terre avoit été préparée par une récolte de turneps , puis , semée en orge avec trèfle rouge et ray-grass , fut jugée aussi belle, et avoit les memes prétentions au prix , que la pièce dont j’ai parlé. Celte pièce de quatre acres me donna trente chariots , à un seul cheval , de foin sec. La seconde coupe a été pâturée , et estimée 4 liv. sterl. Dans ce moment la pièce est aussi belle qu’il soit possible. J’ai le choix , ou de la laisser en pâturage permanent , ou d’y faire , l’année prochaine , une autre récolte de foin (dans quel cas il faudroit la fumer en compost) ou enfin de la rompre de nouveau pour y semer des graines céréales, et suivre une rotation de récoltes. Le N.° 4 étoit une pièce qui avoit été cultivée en grain depuis plusieurs années , et toujours de la même manière, savoir: avoine, 46 CONVERSION DES PRAIRIES avoine et blé. Le terrain étoit complètement épuisé, et plein de mauvaises herbes. Je le fis labourer et herser , jusqu’à-ce qu’on en eût ôté la plus grande partie des mauvaises plantes, et de leurs racines. Je préparai ensuite la terre pour une récolte de turneps en ligne*. Les lignes étoient espacées à deux pieds. Je commençai à semer le ao Juin , et je fis l’opération au semoir : elle dura huit jours. Je fumai en fumier d’étable, et en quantité à peu près égale à celle employée pour les pommes de terre; comme le fumier me manqua pour achever le champ , j’employai pour la dernière portion , le mélange de chaux et de tourbe à la manière de lord Dundonald. J’y ajoutai seulement des chiffons de laine. Je semai sept lignes en rutabaga , et le reste de la pièce en différentes variétés de turneps de Norfolk. Je dois remarquer, relativement au choix des variétés que l’on cultive , que les rutabagas et les turneps jaunes de Hollande donnant très-peu de feuilles , n’améliorent pas autant le terrain comme jachère , parce que leur ombre ne suffit, ni à empêcher les mauvaises herbes de croître ni à prévenir l’évaporatiou des sucs du terrain. Le turnep de Norfolk nommé white rond ( rond blanc ) donnant EN TERB.ES LABOURABLES. ^ beaucoup d’ombre , et résistant bien aux gele'es , me paroît à préférer. Dès que les plantes eurent trois pouces de haut, je fis passer la houe à cheval dans les intervalle^ des lignes. L’instrument déplaçoit la terre jusqu’à deux ou trois pouces des jeunes plantes , puis la replaçoit , au retour. Il ne restoit ainsi qu’une bande d’environ six pouces, à sarcler à la main. Je fis alors passer les sar- cleuses le long des lignes , en espaçant les turneps , à dix pouces les uns des autres dans la ligne. Je fis en même tenas arracher toutes les mauvaises herbes. Je dois dire que cette operation fut faite par de jeunes filles et de jeunes garçons qui n’en n’ayoient aucune idée lorsqu’ils la commencèrent, et qui y vinrent si promptement, qu’ils étoient capables de gagner de bonnes journées, en sarclant à six shellings l’acre. Avant que les feuilles des turneps fussent assez développées pour couvrir l’intervalle des lignes, je fis passer une petite charrue à double oreille pour rejeter la terre de droite et de gauche contre les plantes , ainsi que je l’avois fait pour les pommes de terre. Celte opération donna de la culture au terrain , et déracina les mauvaises herbes qui avoient repoussé. De celle manière le sol fut complètement nelloyé. I 48 CONVERSION DES PRAIRIES Je n’hésite point à donner la préférence à la culture des turneps au semoir , sur la méthode de les semer à la volée. Tous mes voisins qui ont eu occasion de comparer les deux manières , pensent comme moi , et j’ajoute que cette culture en lignes est irès-agrèable à l’œil par son air de propreté et d’ordre. Les plantes ont moins à craindre des pucerons , lorsqu’elles sont semées au semoir , par la raison que le fumier , lorsqu’on sème à la volée , se trouve répandu au hasard sur la surface du champ. Les plantes qui sont placées dans les endroits où il n’y a point assez de fumier, sont d’une venue languissante, et souffrent beaucoup plus probablement des pucerons. D’un autre côté , le fumier qui ne se trouve pas suffisamment recouvert, se dessèche , et perd ses sucs par l’action du soleil de Juillet. Dans la méthode du semoir , le fumier enterré régulièrement sous la graine, n’est point exposé à cette évaporation ; et toute son efficace est immédiatement employée à favoriser la végétation des plantes. Les racines de celles-ci étant abondamment nourries par le fumier dans lequel elles pénètrent, la pousse est extrêmement rapide ; les feuilles rudes se montrent bientôt , et de ce moment-là , la plante est à l’abri des ravages des pucerons , et EN TERRES LABOURABLES. 4g et de tous les autres insectes. En general, les insectes s’attachent aux plantes foibles , et les récoltes vigoureuses y sont beaucoup moins exposées. J’ai remarque que quelques plantes de turneps place'es accidentellement dans les intervalles , et hors des influences du fumier , avoient été dévorées par les pucerons , parce qu’elles etoient foibles. Pendant trois années consécutives , que j’ai cultivé les turneps au semoir, je n’ai pas éprouvé le moindre dommage par les pucerons. Dans les terres graveleuses, la culture du sol, et la destruction des mauvaises herbes s’opèrent d’une manière beaucoup plus complète , au moyen de la houe à cheval, qu’en cultivant à la main. Le produit de'ce champ de turneps fut extrêmement considérable , dans la partie où j’avois employé le fumier d’étable : les racines pesoient de cinq à douze livres. Mais dans la portion amendée en mélange de chaux et tourbe , ou en chiffons de lame ^ la récolte fut très-médiocre , ou plutôt mauvaise. Les turneps n’y pesoient pas autant d’onces qu’ils pesoient de livres dans la portion fumée ; et comme les feuilles des plantes étoient rares et foibles , l’herbe recrut dans les intervalles des lignes , de manière qu’il m’en coûta beau-5 coup plus pour nettoyer le terrain. Tome 4. D • ✓ 5ü CONVERSION DES PRAIRIES II paroît que, lorsqu’on ne peut pas se procurer une quantité suffisante de fumier pour les turneps au semoir , il vaut mieux rapprocher les lignes : il est absurde de consacrer le meme espace vide , pour des turneps qui ne doivent occuper que trois ou quatre pouces en circonférence , et pour des racines qui doivent couvrir un espace incomparablement plus grand. ’ Lorsqu’on a fume aussi abondamment que je l’avois fait, il faut charier les turneps pour les consommer à la ferme, car le terrain est sature’ d’engrais pour la re’colte que l’on fait succéder , et pour plusieurs autres encore , ainsi que je l’ai e'prouvé. Mais lorsqu’on n’a mis que peu de fumier , ou point , il faut nécessairement faire consommer les turneps sur la place, afin d’ope'rer sur le terrain l’a- me'lioration qui assure le succès des récoltés suivantes. Comme toutes les dépenses de semaille et de culture sont les mêmes, soit qu’on mette beaucoup de fumier ou peu, il me paroît évidemment plus avantageux de fumer abondamment. Il est très-difficile de décider de la valeur d’une récolte de turneps mangée sur place : cette valeur dépend d’un grand nombre de circonstances qu’on ne sauroit prévoir. J’avois ) EN terres labourables. 5l compte hiverner onze bœufs d’Ecosse sur huit acres de turueps , en 1798. J’avois calcule un profit d’environ 4 liv. sterl. par tête ; mais les fortes gelées de la fin de Décembre firent périr une grande quantité de racines , et je fus obligé d’avoir recours à mes pommes de terre. Celles-ci se consommèrent si rapidement, que )<■ sentis bien que j’avois fait une mauvaise entreprise. Le profit le plus sûr de la culture des turueps est l’amélioration qui en résulte pour le sol : cette culture forme la base d’un assolement bien entendu. Une manière sûre de tirer bon parti d’une récolte de turueps, c’est de la vendre sur place à tant par acre. En Novembre 1799 , je vendis par petits lots séparés une étendue de deux acres de turneps, pour la somme de 46 liv. st. sans compter les turneps que j’avois déjà employés pour mes vaches, et que j’estime à environ 5 liv. st. La terre rendit ainsi largement tous les frais de culture et de fumier , et demeura dans le meilleur état possible pour les récoltes suivantes. Cette année j’ai suivi le même plan. J’ai fumé très-abondamment ; et voici quel a été le produit de douze acres et demi semés en turneps, en pommes de terre et en rutabaga. Sa CONVERSION DES PRAIRIES L. st. sli. (1. Six acres et demi en turneps ont été vendus pour..Liv. st. i 45 i 3 9 Deux acres et demi de pommes de terre ont rendu pour. 85 10 9 Trois acres et demi de rutabaga ont rendu 80 00 , Liv. st. 3 io 4 6 Je dois observer, au reste, qu’une telle culture n’est praticable que dans le voisinage d’une grande ville , où l’on trouve un débit assure des produits, et toute facilité pour l’achat des fumiers. J’achetois celui-ci à raison de six schel- lings la charretée prise dans la ville. Il arrive peut-être sur quatre ans une année où les turneps sont gâtés par les gelées. Comme c’est là une perte très-considérable pour le fermier, on a essayé toutes sortes de précautions pour les conserver : voici comment on y réussit le mieux dans notre canton. Après les avoir arrachés , et leur avoir coupé les feuilles et la racine pivotante, on en fait un lit par terre d’environ trois pieds de large 5 puis ou les arrange en prisme de trois pieds de haut.: On recouvre le prisme d’une épaisseur suffisante de terre pour empêcher l’effet des gelées. Des tas de ces dimensions ne donnent pas lieu à la fermentation des racines, comme si ©n les arrangeoit en plus grandes masses. Il est EN TERRES LABOURABLES. 53 certain cependant cjue les. turneps perdent toujours beaucoup à être arraches d’avance, et que lorsqu’ils commencent à pousser ils deviennent spongieux et médiocres. J’ai dit que j’avoissemé des rutabaga en, 1798: ils acquirent une grosseur assez conside'rahle, et ne furent nullement affectes des froids de l’hiver qui détruisirent les turneps. C’est certainement une acquisition du plus grand prix : qûe ,celle d’une racine qu’aucun /legre de froid n’altère.* qu’on peut toujours arracher>V U boue ,-même dans les plus fortes gele'es, et qui se conserve in? taete et savoureuse jusqu’au mois de Mai. Il est rare que les turneps souffrent du froid avant 1,1 fin de Décembre 5 il faudroit avoir toujours assez de ceux-ci pour faire consommer jusqu’à eette époque, et depuis ce monaenl-là pouvoir nourrir les bestiaux avec .des, rutabaga. Il y a une circonstance' de,leur, culture qui mérité attention : ils, n’açquièrent jamais.-une grosseur, conside’rahle s’ils np sont fumes ea fumier d’étable , et très-abondamment. On s’en est dégoûte’ dans plusieurs endroits de.m,on voisinage , parce qu’ils ne passoient pas la grosseur d’une carotte : ils avoient etc’ peu oq.point fume’s. La culture en lignes est particulièrement cpnvenable pour cçtte espèce de tur-, iieps, parce que la plante pivote toujours dans 54 CONVERSION Ï5ES PRAIRIES le fumier. Les miens, cette année , pèsent de huit à neuf livres chaque, et en lés pes. nt comparativement avec les turrteps ordinaires, mesure pour mesure, j’ai trouve' que le poids des rutabaga étoit de treize et celui des turncps de neuf. On recommande de semer les rutabaga en Mai, pour qu’ils aient le tems de grossir tout à fait. Je ne les ai jamais seme's que dans la première semaine de Juin , et ils ont été’ beaux ; peut-être l’auroient-ils été davantage, si je les avois semés plus tôt. Pour la table ce sont assurément les meilleurs de tous les turneps , et partout où ils sont connus on leur donne la préférence dans les marchés. N.° 7. étoit une pièce de mauvais terrain , dans l’état le plus misérable , et couverte de fourmilières. Je fis chauder un quart de la pièce, à raison d’environ deux cents bushels de chaux par acre , il y a troisjms. Il y a un an que je fis la même opération sur un autre quart, puis marner un troisième , et enfin amender le qua- trieme en rognures de lainage. L’ahnée dernière la totalité du champ fut semée’'ên avoine : la partie qui avoit é'té chau- de’e il y a trois ans'fut de beaucoup la plus belle. Il y eut une amélioration visible dans EN TERRES LABOURABLES. 55 les trois autres parties ; mais il faut quelques anne'es pour que le mélangé de la chaux et de la marne avec la terre soit assez complet pour produire tout l’effet qu’on peut attendre de ces deux engrais* Le vert des plantes , dans la partie amendée en rognures de lainage , fut sensiblement plus vigoureux que dans le reste de la pièce, mais je pense qu’il faut aussi un tems un peu long pour que l’effet de cet amendement soit complet. On emploie , dans ce canton , la chaux, indifféremment sur les prés et dans les champs. Lorsqu’on la répand sur les prés , on la dispose par tas , jusqu’à ce que l’humidité qu’elle attire de l’atmosphère l’ait réduite en poudre. C’est alors qu’on l’étend sur le pré ; et lorsque les pluies surviennent, elle pénètre dans la terre. Il paroît qu’il faut deux ou trois ans pour que l’effet de la chaux sur les prés devienne complet. Il importe d’attendre, pour égaliser la chaux sur le pré, qu’elle soit complètement réduite en poudre impalpable ; car si elle n’e'toit pas tout-à-fait éteinte , et qu’il survînt une longue sécheresse , la chaux au lieu de se fuser, re- prendroit de l’atmosphère son acide carbonique , et ne seroit plus que de la pierre à chaux, comme elle ï’e'toit avant la calcination^ 56 CONVERSION DES PRAIRIES On emploie aussi la chaux en la mêlant par lits alternatifs avec la terre : elle attire alors l’humidité de celle-ci, et se trouve bientôt fuse'e ; mais il faut avoir soin de la mélanger à deux ou trois reprises , avec le terreau pour en faire un,compost, avant qu’elle se durcisse pour ainsi dire en mortier par son mélange avec la terré. La partie qui avoit été cbaudée il y a trois ans, rendit en avoine dix pour un. Les parties qni avoient été chaudées l’année précédente, ou amendées en rognures de lainage, ne rendirent qu’environ six pour un. Là où il n’y avoit point d’engrais du tout, la récolte fut extrêmement misérable ; et tout au plus de trois ou quatre pour un. ,- c , Rien ne prouve mieux que,cette expérience , combien il est utile dechauder les terrains maigres et épuisés , en ayant .soin de laisser agir et incorporer la chaux pendant deux ou trois ans avant que de semer. Lorsque le terrain a été chaude, il peut porter deux récoltes d’avoine consécutives avant que d’être fumé en fumier d’étable pour d’autres récoltes. J’ai vu confirmer , par un grand nombre d’exemples , le principe du Dr. Anderson y savoir, que le fumier fait un effet incomparablement plus grand sur les terres qui ont été auparavant EN TERRES RABOURABI/ES. 57 cliaudées que sur celles qui n’ont pas reçu cet amendement pre'alable. L’écobuage est pratique généralement dans notre canton pour les terrains tourbeux. Je l’ai vu employer dans un seul cas sur une commune ; mais l’effet n’en a pas été bon. On y fit une belle re'colte d’avoine', puis une autre médiocre; et le terrain a ete complètement ruine depuis ce moment (l). La charrue en usage dans nos cantons n’est remarquable sous aucun rapport ; on ne regarde poiut de près à l’exactitude de la construction de cet instrument. On l’attelle ordinairement de trois chevaux de file, et même de quatre , avec un aide pour les conduire. Comme j’avois un domestique du comte de Roxbourgb, où l’on emploie la charrue de Smal! , je la lui fis essayer dans mes terres : •elle s’est trouvée y re'ussir parfaitement : voici les avantages de cette charrue. On l’attelle de, deux chevaux de front : le laboureur .les guide IuLmême ; et il fait son (i) Il est probable que, si au lieu de prendre deux récoltes d’avoine consécutives ( agriculture absurde et ruineuse), on eût cultivé des turneps à consommer sur place, puis semé des graines de pré avec de l’orge, le résultat de l’écobuage eût été très-avantageux. 58 CONVERSION DBS PRAIRIES ouvrage avec autant de perfection et de promptitude que l’on peut en mettre avec quatre Chevaux et deux hommes : cette charrue va même plus profond , s’il est necessaire. La perfection de cette charrue me paroît tenir principalement à la parfaite syme'trie des parties qui la composent, et à la tournure dé l’oreille , laquelle est en fer coule', et n’offre que le moins de résistance possible à la terre qu’elle renverse. Enfin des chevaux étant pla- ce's extrêmement près de la re'sistance , en ont sensiblement moins de peine. La moindre différence dans la forme de l’oreille , dans les distances relatives ou dans la syme'trie des diverses parties de la charrue, en détruit l’effet. II y a plusieurs charrons et maréchaux du pays qui ont voulu l’imiter; et au- „ cun n’y a réussi : cette charrue est bien connue dans les environs de Dalkeith en Ecosse. La Société d’Agriculture de cette ville l’a particulièrement recommandée , et maintenant on en envoie chercher dans ce canton-là de bien •loin à la ronde (1). ._ (i) La charrue de M. r Fellenberg n'est que celle de Small qu'il a réussi à imiter., et peut-être à perfectionner après cinq ans de recherches et d’expériences. (Avril 1808.) en terres labourables. 5g Voici ce que je conclus de mes expériences: l.° Un vieux pâturage de mauvais terrain, rompu sans être fume , ne donne pas une récolte qui paie les frais. a.° Lorsque nos terres sont chaude'es avec la quantité de chaux convenable , il faut trois ans pour que l’effet de l’engrais soit complet ; après quoi, le sol peut'donner deux belles récoltes d’avoine consécutives ( 1 ). 5.° Que le sol seroit alors en bon état pour recevoir des plantes de prés semées avec de l’orge , ou bien pour une récolte de pommes de terre ou de turneps. Dans les deux dernières suppositions il faut fumer abondamment, et le sol se trouvera alors en état de soutenir une succession quelconque de récoltes variées. 4. ° Si l’on établit le pré avec l’orge , il faut mêler du ray-grass , du trèfle blanc et du trèfle jaune. Il convient dans tous les cas de faire pâturer le pré pendant les deux premières années , mais au moins la première ; parce que la faux éclaircit le gazon, et qu’alors la mousse ne tarde pas à s’introduire. 5. ° Des pommes de terre et des turneps, les premières paroissent plus profitables à cultiver. (i) Ce seroit une bien mauvaise agriculture que de prendre deux récoltes d’avoine consécutives dans ce cas. 6o CONVERSION BES PRAIRIES La meilleure manière de tirer parti des turneps est de les vendre sur place. Il y a des parties tourbeuses dans la ferme où je faisois mes expériences. L’usage est d’enlever la tourbe pour combustible , jusqu’à une certaine profondeur, puis d’ècobuer la nouvelle surface et de recueillir de l’avoine et des turneps. La lecture de l’ouvrage de lord Dun-* donald m’avoit tellement prévenu contrë Fé- cobuage , que je résolus d’essayer ce que je pourrois faire sans cela. J’ai e’prouve' que toute autre préparation du terrain avoit un immense désavantage. L’e'cobuage assure une succession de belles récoltes, et rien ne peut le remplacer. Les parties que j’ai voülu cultiver sans cela, sont si stériles et si misérables que je vais avoir recours au brûlement pour les mettre en valeur. On s’en tire pour i5 sliell. par acre, c’est*: à-dire qu’on acquiert un très-bon engrais, à bas prix; et, qu’en outre, fa consistance du terrain se, trouve changé# à l’avantage de la culture. Si l’on ajoute ensuite de la glaise ou de la marne , on convertit une tourbe stérile en une terre riche. * . u y< <.-• t * * ) ■ Lettre de Mr. John Middleton sur la culture des terrains argileux. i Tirée des Mémoires de la Société des Arts de Londres. (Cette communication lui a valu la médaille d’argent de la session de 1795.) C’est une chose reconnue que Ton entend moins bien la culture des terrains argileux, en Angleterre, que l’on ne fait celle des terrains légers (1). Je me propose de donner ici des (1) Ceci signifie que l’on n’est pas encore suffisamment éclairé par l’expérience pour déterminer les as- solemens les plus convenables aux terres argileuses, et que même on n’est pas d’accord sur la convenance de semer ces terres toutes les années. Des cultivateurs très- judicieux soutiennent qu’il faut de teins en tems une jachère complète. La grande difficulté n’est pas tant de les maintenir nettes, que de les maintenir suffisamment ameublies. En semant tous les ans, il ne reste pas toujours assez de tems entre une récolte et l’autre pour donner le nombre de labours nécessaire; parce que quelquefois les pluies ou les sécheresses empêchent de mettre la charrue dans les terres glaises, quand il le faudroit. Observons que le nombre des productions améliorantes j et d’une utilité générale, qui conviennent à ces terres, est moins grand que le nombre des pro- CULTURE DES 62 directions au moyen desquelles on pourra cultiver les terres argileuses avec une facilité presque e'gale à celle de la culture des terrains à turneps, et avec un profit plus grand, en excluant absolument les jachères. L’assolement que je propose est le suivant : 1. CI ° année. Yesces d’hiver. 2 . Avoine. 3. Trèfle. 4. Blé. Da ns aucun des ouvrages qui sont parvenus à ma connoissance, on n’estime les vesces d’hiver tout ce qu’elles valent. Si on les considère comme fourrage vert, et qu’on les assimile aux turneps pour leur prix, c’est-à-dire qu’on les compte à trente, quarante ou cinquante shel- liogs l’acre, on les estime trop bas. On peut les convertir en fourrage sec, qui, à poids égal, donne autant de nourriture que le foin des meilleures prairies, et d’une qualité supérieure. Peu de gens sèment des vesces; et ceux qui en ont, n’en cultivent guères qu’un acre ou duetions qui, avec la faculté améliorante et l’utilité, se trouvent convenir aux terrains légers. Le choix est donc plus resserré ; il est plus difficile d’éloigner convenablement les productions de même genre pour que la terre ne s’en lasse pas, et l’on est conduit à la méthode des jachères , tout en avouant son imperfection. TERRES ARGILEUSES. 65 deux pour donner en vert aux chevaux, laissant une partie de la récolté sur pied pour en ramasser la graine : il est rare qu’on coupe la récolte en fourrage sec. La méthode que je recommande ici, c’est de semer des vesces sur le quart de toutes les terres tenaces d’une ferme ; de les donner en vert pour toute nourriture du bétail à l’étable, aussi long - tems que les bêtes n’en gâtent point en les mangeant, c’est-à-dire jusqu’à-ce que les feuilles commencent à se flétrir près du sol j de faucher le reste lorsque les gousses se forment, et de le serrer en foin. Une récolte ordinaire donnera trois tuns par acre, d’un foin égal au sainfoin, supérieur à tout autre fourrage, et qui vaut vingt shellings par charette de plus que le meilleur foin de prairies. J’avois, l’été dernier, environ dix-huit acres de vesces./J’en fis manger six en vert, j’en recueillis douze en foin, qui me donnèrent trente- six voitures que j’estime cinq guinées chacune, c’est-à-dire quinze guinées par acre , à raison de la quantité de foin et d’avoine qu’ils me remplacèrent. Je pense que c’est la seule méthode correcte pour estimer la valeur des récoltes de trèfle ou de vesces. A mesure que le terrain est débarrassé, acre par acre , il faut le labourer. Lorsqu’il est 64 CULTURE DES laboure en totalité, il faut herser, puis relabourer, et herser encore, en ayant soin de recueillir le gramen en monceau et de le brûler à chaque hersage. Ces opérations rendront la terre auàsi propre qu’elle l’est après une jachère complète. Avant les pluies d’automne l’on aura soin de disposer le terrain en billons. Ceux qui empêchent le mieux la terre de se pénétrer d’eau d’hiver , sont les billons de quatre traits de charrue (1). Lorsqu’ils seront faits, on ouvrira les raies d’écoulement (2). On semera au printems, aussitôt qu’il sera possible , de l’avoine et de la graine de trèfle. Après la moisson de l’avoine dans la seconde année; après avoir coupé le trèfle une fois ou deux l’année suivante, semez du blé, sous- raies , en le recouvrant d’un trait mince et peu profond, et observez que des billons de trois pieds, faits de quatre traits de charrue , sont encore ici les plus convenables , parce (1) Ces billons étroits ont l’avantage de mûrir la terre, en exposant plus de surface aux influences de l’hiver, en même tems qu’ils maintiennent la terre la plus argileuse assez sèche pour y entrer dès le mois de mars avec la charrue. (2) Lorsque les billons sont dans le sens de la pente du terrain,les raies d’écoulement sont inutiles ; mais on ne peut pas toujours leur donner cette direction. qu’il terres argileuses. 65 qu’ils maintiennent le terrain très-sec. Ajoutez- V les raies d’e'coulement necessaires, et vous aurez une belle re’colte de blé. Après la récolte , fumez sur le chaume. Semez les vesces sur le fumier en septembre j et enterrez le tout à la charrue , en labourant à petites raies. De celte manière tous les labours se donnent en été, pendant que la terre est sèche, c’est-à- dire en tems convenable; car les labours d’hiver en terre humide , pétrissent et corroient les terres tenaces. — Je n’ai pas besoin de remarquer que ce système est calcule' pour maintenir les terres nettes, et pour assurer chaque anne'e une belle re'colte. J’ai l’e'tat des dépenses, du produit, et des profits probables ; mais ces de'tails de'pendent trop des locahte's pour être d’une instruction générale. Je dirai seulement, en deux mots, que mes frais sont de six guinées, et mon produit de douze : en sorte que j’ai six guine'es par acre pour la rente, les impôts, les risques, l’intérêt et le profit. Tome 4. E I 66 CULTURE DES TERRES FORTES. {Annales d’A rthur Young.) Lia plupart des champs sur lescpiels on a suivi la méthode que je vais de'crire , sont une terre forte , sur l’argile pure. Quelques-uns- même, sont argileux jusqu’à la surface. Tous sont extrêmement humides. Rien n’est plus difficile que de faire parfaitement connoîlre un terrain, par une description verbale ; mais en rassemblant les circonstance^ caractéristiques d’une terre , on en donne à un cultivateur - pratique une idée suffisamment exacte. Les champs argileux dans la ferme dont il est question sont durs, roides, tenaces , colleux après la pluie ; et si le soleil succède , ils se cuisent en quelque sorte , et leurs mottes deviennent dures comme de la pierre. La surface est d’un brun noirâtre , et le sol inférieur d’un jaune rougeâtre. Celte terre feroit des tuiles; elle prend dans la main toutes les formes qu’on lui donne. Elle produit de beau blé et de belles fèves ; de l’avoine médiocre , de mauvaise orge , et ne réussit point en pré, du moins après la seconde ou troisième année. / CULTURE DES TERRES FORTES. 67 Les champs de terre glaise reposent sur un sol inferieur rougeâtre , et tout semblable au précédent à cela près, qu’il contient un peu de sable. Avant les soins que l’on a pris pour desse'cher la surface, elle avoit toutes les apparences de la glaise , c’est-à-dire , qu’elle se pe'lrissoit et se durcissoit egalement , et elle étoit plus ste’rile que les champs argileux de'crits ci-dessus , lorsqu’ils e’toient soumis à la meme culture. Depuis qu’ils ont été desséchés , la surface s’émiette, la terre est devenue friable , elle paroît sablonneuse : quelques champs sont plus friables que d’autres , et par conséquent plus susceptibles d’une culture facile. înalgré tous les soins pris pour les dessécher, ils sont embarrassans à cultiver au printems et en été, car si la charrue y entre quand la terre est un peu humide , la bande de terre se lève toute entière , et le soleil la cuit. Sans fumier, ces terres-là , comme que l’on s’y prenne , paient à peine les frais. Avec dn fumier , on peut y récolter ce qu’on veut , mais elles ne sont jamais assez sèches pour les labourer à plat, et (lors même qu’on les dispose en ados) pour y faire manger les turneps sur place par les moutons. On ne trouve presque point de pierres dans ces terres , mais il y a des veines de sable , par lesquelles les eaux font leur £)8 CULTURE DES chemin , au grand détriment des re’coltes , si l’on n’y prend garde. Mr. Arbuthnot a essaye sur ces terres plusieurs cultures differentes. Il les a dispose'es par sillons de quatre, huit, seize, ou vingt raies ; et jamais il n’a ete' satisfait des résultats. Enfin , il s’avisa d’une méthode suivie en Flandres suides terresassez semblables à celles-là, et il a réussi par degré à donner à tous ses champs la forme qu’il desiroit. Ses grands sillons, ou segmens, ont deux perches de large, et la courbure en est telle, que le centre du sillon est d’environ deux pieds ou deux pieds et demi plus haut que le fond des raies late'rales. La coupe du sillon est uniformément arrondie : c’est un petit segment d’un très-grand cercle. Dans quelques- uns de ses champs il a obtenu celte forme par les trois labours de jachère ; dans d’autres, sans cultiver en jachères , et seulement parles labours de semailles. Dans chaque raie , il a fait un aqueduc en branches d’arbres , de deux pieds à deux pieds et demi de profondeur, qui se de'gorge aux extrémités du champ. Chacun de ces segmens, de trente-deux pieds de large, porte deux , trois , ou quatre sillons ou biffons en ados, dont la figure ci-après représente la coupe. TER II ES FORTES. 69 «y U me semble que la perfection de la méthode doit dépendre de la pente certaine et uniforme qu’ont les eaux depuis le sommet du segment jusqu’aux raies latérales a b, et c d; et les intervalles de chaque billon e, f, g, ou h, i, doivent interrompre l’égoût des eaux dans les coulisses en branches. Quant aux engrais, M. Arbuthnot a toujours fait ce que doit faire un homme qui a à cœur de bien exploiter ses terres : il a fait une grande quantité de fumier sur ses fonds, et en a acheté' beaucoup à Londres. Son assolement est singulier, et mérite beaucoup d’attention , parce qu’il est aussi bien adapté qu’il est possible à son terrain et à sa situation. 1. ° Fèves. 2. ° Blé. 5/ Trèfle. Les fèves se trouvent toujours après le trèfle, et cela est absolument nécessaire, par les raisons suivantes. Dans l’usage commun, il y a un inconvénient grave à l’époque tardive de la récolte des fèves. L, C XJ I- T CI 11 E If E S 70 On manque de tetns pour préparer la terre à la semaille du Lie. En semant les fèves avant ou immédiatement après Noël, elles sont prêtes à sarcler pendant la quinzaine sèche que nous ne manquons guères d’avoir à la fin de Février ou en Mars. La plante se trouve ainsi fort avance'e, et peut être recueillie en Juillet ou en Août. Il importede fairela récoltedcs fèves plustôtqu’on ne la fait d’ordinaire. On les laisse sur pied trop long-tems: il faudroit toujours les couper tandis que fa plus grande partie des siliques sont encore vertes. Les fèves en sont plus belles et les tiges en valent mieux. Mais dans un terrain argileux il 11’y a pas un hiver sur cinq qui permette de semer sur un chaume à la fin de Décembre. On est ordinairement rejette jusqu’en Mars, et il en résulte une récolte tardive, et un blé mal semé. Tout est si lié , dans ce système, qu’il ne faut pas s’attacher à la critique d’un objet sans considérer l’ensemble. M. A. met pour ses fèves tout le fumier dont il peut disposer. Lies plante à la main, à seize pouces en tous sens , il emploie également, la fèverolîe et les mazagans; et il les lient sarclées avec le plus grand soin , tant que l’ouvrier peut y entrer. Lorsqu’elles sont coupées et liées, on dispose les petites javelles en lignes, de manière qu’on peut commencer à préparer T E U n E s F O R T B S. 71 ]a terre avant qu’elles soient resserrées. Comme il leur faut quinze jours au moins pour être •'suffisamment sèches , cela retarderoit trop la semaille. Pour faire sentir la nécessite de ce point, Il faut observer que toute la force et la réussite de ce système portent sur le succès du trèfle , et que comme cette récolte revient de trois en trois ans, et sur le blé au lieu d’une récolte de printems , il faut que le blé soit soigné dans sa semaille infiniment plus qu’il n’est nécessaire de le faire à l’ordinaire. Voici donc les opérations que l’on fait à la terre. 1.° L’instrument nommé le shim de l’île de Tlianet (1) , passe sur la surface du champ y pour couper les racines des mauvaises herbes et enlever le chaume à la profondeur de deux ou trois pouces. Ensuite on passe la herse jusqu’à-ce que la surface du champ soit absolument nettoyée. On transporte hors du champ les javelles de fèves , et l’on traite de même le terrain qu’elles occupoient. La charrue enterre tellement le chaume et les mauvaises plantes, que la herse ne peut point ensuite en débarrasser le terrain ; au lieu qu’avec le shim tout reste à la surface. Lorsque la récolte de (1) C’est une lioue à cheval d’une espèce particulière, 7 2 CULTURE U E S fèves est serrée , le champ est prêt à recevoir la charrue. On donne trois labours ordinairement, en sorte que la terre n’est pas inferieure en friabilité à celle des champs qui ont subi une jachère telle que les fermiers la donnent ordinairement. Tous ceux qui connoissent les operations du shim comprendront qu’on ne peut se servir de cet instrument que sur des sillons tels que je les ai de'crits, ou sur un terrain laboure à plat. Il ne sauroit être question de labourer à plat dans de telles terres. Quant aux sillons de quatre raies, ou de trois pieds de large, comme en Essex, il seroit impossible d’y employer le $him. Il seroit egalement impossible d’y planter les fèves à dix-huit pouces en tous sens. Il fa u- droit les planter en ligne sur le sommet des billons, à trois pieds de distance , ce qui ne donneroit pas une récolte pleine, ou en mettre deux lignes sur chaque sillon , et alors elles seroient trop rapprochées. L’importance de semer de bonne heure pour recueillir plus tôt, sera mieux sentie 'quand j’observerai que les tiges valent de 2 à 5 livres sterling par acre. Les attelages de M. Ar- buthnot , qui travaillent beaucoup , n’ont jamais une poignée de foin tant que ce fourrage dure , c’est-à-dire , jusqu’en Avril ou TERRES FORT E S. ’JO Mai quelquefois , et il n’y a aucune nourriture qui paroisse leur convenir mieux. Après les fèves, on sème le blé soit à la vole'e, soit au semoir à la manière de Mr. Ducket selon que la saison le permet. En Mars ou Avril suivant, on sème i 5 à 20 livres de graine de trèfle par acre , sur le blé. Ce trèfle se coupe deux fois l’année suivante. La raison pour laquelle Mr. A. se borne au blé et aux fèves , c’est la qualité supérieure de ces deux récoltes sur ces terrains, il y a fait quelquefois de belles récoltes d’avoine , mais ce grain est plus sujet à manquer que les deux autres. Quant à l’orge , il n’a jamais réussi à en avoir une forte récolte dans ce s terrains ; niais quandil recueilleroit cinq quarters d’avoine ou d’orge , ce qui est assurément un grand produit, la valeur de celte récolte scroit toujours si inférieure à celle du blé ou des fèves , qu’il n’y a pas à hésiter. Les fèves donnent de cinq à huit quarters ; en supposant la moyenne à six , à raison de 5 o shel. le quarter, c’est g liv. sterl. ; et 2 liv. sterl. le fourrage , c’est n liv. sterl. par acre. Le blé donne l’un portant l’autre 4 quarters à 46 shellings c’est 9 liv. sterl. La paille 2 liv. sterl. c’est 11 liv. sterl. par acre. La première coupe du trèfle deux charèlées par acre , la CULTURE DES 74 seconde une charetée et demie, à 4 osheîlings. Le pâturage qui succède 10 slielîings , en tout 9 Jiv. sterl. 10 shel. Ainsi donc Les fèves liv. st. 11 Le Blé.11 Le trèfle. 9 10 Sur les trois ans liv. sterl. 5i 10 Moyenne 10 liv. st. 10 shel. Mr. Arbuthnot a eu de beaucoup plus fortes récoltes , mais je donne la moyenne. Il faut observer cependant que c’est l’abondance des fumiers qui fait produire de si belles récoltes dans un tel terrain. Comme ce cultivateur , très-intelligent , n’occupe plus la ferme où il a suivi cet assolement, il est intéressant pour les amateurs de l’art d’apprendre que Mr. Chambert de Morden , dont les possessions touchent à celles que cul- tivoit Mr. Arbuthnot, a suivi le même système d’assolement et de culture pendant plusieurs années ensuite , avec un succès constant. Cet agriculteur, que je considère comme le premier et le plus habile des disciples de mon ami, a suivi cette méthode avec un courage qui lui fait le plus grand honneur. Il répand les engrais avec plus d’abondance qu’aucun cultivateur ne le fait , à ma connotssancc , et il TERRES FORTES. 'j 5 «'épargne rien pour tenir ses recolles nettes. Observations. Lorsque Mr. Arbuthnot entreprit ce système, je fus d’avis qu’il ne rèussiroit pas, et cela par les raisons suivantes : 1. ° Dans la formation des grands sillons ou segmens de cercles, on devoit accumuler inutilement vers le centre une hauteur trop considérable de terre végétale , et entamer dans les côtés l’argile du sol inférieur. 2. ° Le trèlle revenant tous les trois ans dans une terre où il y a peut-être un siècle que l’on sème du trèfle , le sol devoit s’en lasser, comme cela a été' observé par les bons cultivateurs , dans diverses parties du royaume où le trèfle est connu depuis long-terns. Cela devoit surtout être ainsi , parce que le trèfle se semoit sur le blé , ce qui est une méthode beaucoup moins propre à en assurer la réussite que de le semer sur l’orge ou l’avoine. Après avoir objecté de cette manière à l’agriculture que Mr. Arbutlmot se proposoit de suivre , j’en ai observé les procédés avec beaucoup d’exactitude et d’intérêt j et je suis revenu à une opinion contraire. L’inconvénient d’accumuler la bonne terre, et d’entamevNivec la charrue l’argile inférieure, r J’ > C U Xj T U U E UES est ve'el sans doute , mais il n’est pas aussi grand qu’il le paroît d’abord. Dans la moitié, à peu près, de la largeur du grand sillon, ou segment, la terre est accumulée , mais pas en telle quantité que les racines des plantes ne puissent profiter cfe la couche inferieure ; et comme cette terre végétale est parfaitement sèche, son produit est probablement aussi considérable qu’il le seroit si elle étoit re'pandue sur toute la surface du champ. Dansle voisinage des coulisses, à trois ou quatre pieds de chaque côte’, il n’y auroit peut-être point de re’colte si l’on ne fumoit pas ; mais l’œil le moins exercé peut s’apercevoir que les parties relevées de chaque grand sillon , qui forment ensemble la plus grande étendue des champs , donnent des récoltes beaucoup plus abondantes que les terres ordinaires. A force de fumer, on fait produire les bandes qui se trouvent à droite et à gauche des coulisses ; mais neuf années n’ont pas suffi pour les amener au point du reste des champs. Il faut considérer que dans la méthode qui passe pour la plus parfaite , (les. billona-de "trois pieds à la manière d’Essex, ) il y a , dans l’intervalle d’un billon à l’autre , six pouces qui ne produisent pas une seule plante : c’est donc la sixième partie du terrain perdue. Dans cette proportion , il pourroit y terres fortes. 77 avoir environ cinq pieds et demi de perdu à l’endroit des coulisses, et la partie absolument perdue n’est dans aucun sillon , de plus de quatre pieds de large: si l’on peut appeler perdu l’espace consacre à assurer le dessèchement parfait des terres. EnEssex, les terres humides ne sont pas bien desséchées si les coulisses sont plus éloignées de seize pieds 5 et ici, au moyen de cet arrondissement des grands sillons, qui embrasse trente-deux pieds, on sauve la moitié des coulisses. Au reste , ce que l’on gagne ainsi sur la surface productive n’est pas comparable à l’avantage d’un desse'cheinent plus complet ; car les moins bien desséchés d’entre les champs de Mr. Arbuthnot le sont plus complètement qu’aucun champ de terre egalement forte que j’aie eu occasion d’observer dans les endroits où l’on laboure à plat. L’objection que l’on fait commurie'ment contre les sillons relevés , c’est qu’ils empêchent les labours croisés. Je pensois autrefois de même, mais j’en suis revenu ; et je suis convaincu que les labours croisés n’ont, d’autre avantage que de remédier à de mauvais labours. Lorsqu’un mauvais laboureur a écorché inégalement la surface d’un champ , il faut croiser ce labour pour redonner une profondeur uniforme; mais si la charrue a fait ce qu’elle doit toujours faire , C V Jj T V B. JE 3) E S 78 c’est-à-dire renverser Je gazon dessous uniformément dans toute l’e'tcndue du champ , le labour croise est inutile. J'ai souvent fait observer à Mr. Arbulhnot que divers auteurs s’accordoienl à blâmer les hauts sillons. Mr. Kent, dans ses Iiints , les condamne , Mr. Anderson dans ses Disqui- sitions indique comment il faut s’y prendre pour les niveler. Mr. Wigth, dans ses Scatch Surveys , se déclare aussi contre les grands sillons. En Flandres , cependant, tous les champs humides sont disposés de celte manière. En Cambridgeshire , Hunlingdonshire , et dans d’autres parties de l’Angleterre , on emploie aussi les hauts sillons , mais ils ne sont pas droits , et l’intervalle ne contient point de coulisses , en sorte qu’on ne peut point les comparer avec ceux dont il est ici question. La seconde objection qui regardoit le trèfle , n’a point paru fondée jusqu’ici. Les trèfles de Mr. Arbulhnot ont été beaux jusqu’à la dernière année. Ceux de Mr. Chambers le sont également. Cela sembleroit prouver que l’effet observé ailleurs sur l’affoiblissement du trèfle par la répétition des récoltes tient à quelque vice de l’agriculture ; car des procédés aussi parfaits que ceux que je viens de décrire ob- TERRES foutes. 79 vient complètement, à ce qu’il paroît, à l’inconvénient dont on se plaint. Quant à la convenance de l’application de celle culture , elle doit dépendre des débouchés. Le grand avantage qu’elle donne dans les environs de Londres tient au haut prix du trèfle. Dans plusieurs parties du royaume le prix du trèfle est si bas , que cet assolement pourroit n’étre pas profitable. Dans ces parties, il seroit peut-être plus avantageux de n’alterner qu’entre le* fèves et le blé, en suivant exactement les opérations telles qu’elles ont été indiquées. Il y a des situations dans lesquelles il importe d’avoir de la paille de graines de printems, et où l’on ne peut pas s’en procurer. Alors l’on pourroit introduire l’avoine dans l’assolement des terres fortes , le cours de récoltes pourroit être : 1. ° Fèves. 2 . ° Avoine. 5.° Trèfle. 4.° Blé. 8o Nouvelle méthode de culture pour les mauvaises terres arables. ( Georgical Essays of II u N T E R. ) On a recommandé une grande variété de méthodes pour la culture des terres arables , et les rotations de récoltes. Les uns appliquent le genre de productions qui convient au terrain : les autres suivent sans perfectionnement, la routine de leur village. Généralement les fermiers s’accordent à dire qu’une jachère est nécessaire de tems en tems , mais iis diffèrent sur la longueur des intervalles. Dans l’assolement de Virgile , le blé et la jachère se succèdent sans intervalles, et sans changement. Columelle recommande la même chose. Il paroît que c’est sur le même principe que Tull a fondé son système de culture au semoir, pour labourer les intervalles. Ce système demande tant d’exactitude et d’attention que je ne pense pas que jamais l’usage en devienne général. Chaque agriculteur devroit néanmoins entendre la théorie de cette méthode , car cette théorie le conduiroit à cultiver avec soin et propreté : il apprendroit qu’il est toujours avantageux 'CUET. DES MAUV. TERRES ARABLES. 8l avantageux de détruire les mauvaises plantes , et d’émietter le sol par les cultures. En réfléchissant sur l’ancien système des jachères , j’ai pense qu’une nouvelle méthode pourroit être adoptée avec avantage , en la faisant participer aux deux modes de culture. Il m’a paru surtout que cela seroit avantageux pour les situations isolées, où le terrain est de mauvaise qualité et le fumier rare. Je sens bien qu’avec les turneps et les prés artificiels les mauvais terrains peuvent devenir productifs ; mais dans les pays ouverts où il n’y a point de clôture , if est très - difficile d’introduire de tels perfectionnemens dans l’économie agricole. Plus le terrain est mauvais, plus la ressource de la jachère est indispensable, et plus il est nécessaire d’y revenir souvent. Dans les plaines élevées de Yorkshire, nommées TV^olds^ où le sol est maigre et de peu d’épaisseur, on cultive principalement l’orge et l’avoine. Dans les champs ouverts , on alterne entre le blé et la jachère ; et dans les terrains les plus maigres, on dorme deux ou trois ans à la terre pour se reposer après une récolte de grains. Ces méthodes paraissent bien défectueuses. Quelques moutons épars , ne sauraient rendre à la terre , par leur fumier , ce que les raau- Tome 4, F 82 CULTURE DES MAUVAISES vaises herbes dévorent de sucs. Les mauvaises plantes et le blé se nourrissent de la même substance : il faut détruire celles-là DOur fa- L voriser la végétation de celui-ci. Toutes les fois qu’on remarque beaucoup de mauvaises herbes sur un guéret, on peut décider que la culture est foible , la rente basse , et le paysan pauvre. Voici quelle méthode j’ai adoptée pour mes mauvais champs : et je m’en trouve bien. Je fais labourer en sillons relevés à neuf pieds de large seulement. Je sème en blé tous les sillons impairs $ et je donne une jachère aüx sillons pairs, avec la légère culture d’une charrue à un cheval , laquelle culture est répétée trois fois. L’année suivante , je fais le contraire , c’est-à-dire , que les sillons pairs sont semés , et que les impairs reçoivent les labours. De cette manière, je trouve qu’il me faut beaucoup moins de fumier pour mes champs. J’oserois affirmer qu’une terre de mauvaise qualité cultivée de cette manière donne un tiers plus de rente que dans la jachère ordinaire. Les fermiers qui ont des terrains légers et peu productifs à une grande distance des ressources de l’engrais, se trouveront bien , je pense, de cette culture. Je ne la recommande pas pour les terrains riches et profonds. terres arables. 83 On sent quel avantage il doit y avoir pour la ve'ge’tation dans cette culture lorsqu’on réfléchit que les plantes ont besoin, pour ve'ge'ter avec vigueur , d’une circulation libre de l’air autour d’elles., tout comme les animaux en ont besoin pour vivre. Dans les grands chaihps de ble' , lorsque l’air est calme , les plantes demeurent souvent chargées des émanations du végétal lui-même , et il en résulte divers inconvéniens pour la récolte $ au lieu que dans la méthode que je propose , l’air circule autour des plantes , les sèche au degré convenable , et contribue à les nourrir. J’ai remarqué que ma paille est grosse et forte , mes épis longs et fournis. Lorsque des coups de vent violens, ou des pluies battantes, viennent verser mes blés , ils se relèvent plus aisément que dans les autres champs ; mais il est extrêmement rare que les blés semés de cette manière versent ; parce que la paille en est beaucoup plus forte. Lorsque le sol est léger et profond , l’on peut mettre des carottes ou des pommes de terre dans les intervalles : des lurneps peuvent y être cultivés dans tous les cas. Mais je dois dire que je me suis toujours mieux trouvé de laisser les intervalles complètement libres et en simple jachère. Ce qu’on fait croître enlèv« 84 CULTURE DBS MAUVAISES toujours au sol quelque chose $ et comme je ne parle que des terrains stériles et maigres, pour lesquels on manque d’engrais , il vaut mieux ne rien faire produire aux intervalles. Le fermier peut varier ses récoltés ce’re'ales, s’il le veut ; mais je sais, d’après mon expé- rience, que l’on peut cultiver sans inconve'nient la même graine pendant un tems indéfini, en suivant cette me'thode. On aura soin d’adopter,' pour un terrain donne’ , la production qui y réussit le mieux. Je dirai seulement que lorsqu’on cultive le blé, il faut être extrêmement scrupuleux sur la nettete’ des sillons d’intervalle pendant leur année de jachère. Pour avoir manqué d’attention à cet égard , j’ai éprouvé une fois un grand mécompte sur une semaille de deux acres en blé. En Octobre 1769, je commençai une expérience en grand avec du blé sur un bon terrain. Je voulus faire deux expériences en même tems. Je fumai la partie semée , avec un compost de gâteaux d’huile, à raison de g shel. par acre. Dans ce moment (en Février) la récolte promet beaucoup : j’aurai soin de rendre compte des résultats fort en détail (1). (i) On voit qu’il y a trente-quatre ans que le docteur Hunter écrivoit ceci. L’agriculture a fait bien des pas , en Angleterre depuis cette époque. TERRES ARASEES. 85 Je conviens que l’agriculture du semoir a une grande partie des avantages de la méthode que je recommande , mais il y en a quelques- uns qui sont particuliers à celle-ci. On objectera sans doute que dans l’agriculture que je propose , les jachères seront perdues pour les moutons. A cela je réponds tant mieux : il faut éviter avec grand soin de piétiner une jachère. C’est au fermier à trouver les moyens de nourrir ses moutons sans y avoir recours, et pour peu qu’il ait d’intelligence , il y réussira aise'ment. Certes , c’est une singulière agriculture que celle qui consiste à faire porter du blé pour l’homme pendant un an, et l’année suivante , des mauvaises herbes pour les moutons. Lorsque je commençai à pratiquer celte culture , je craignois que les pigeons et les corneilles ne me fissent beaucoup de mal, en se posant sur les bandes non semées , pour manger les épis des bords; mais je n’ai point e’prouvé de dommage de la part de ces oiseaux. Ce système de culture maintient la terre soulevée et meuble ; en conséquence de quoi les influences de l’atmosphère pénètrent plus aisément ; mais comme il peut aussi y avoir de l’abus , et que le sol peut être trop ameubli, il sera convenable d’y passer quelquefois le rouleau. 86 CULT. DES MAUV. TERRES ARABLES. 1 On a commence à enclore les plaines incultes du Lincolnshire et du Yorkshire ; en sorte que dans quelques anne'es , la production du bl e sera plus conside'rable qu’elle ne l’est maintenant. Je recommande avec confiance, l’agriculture , dont je viens de parler pour les terres de cette nature ; et on la trouvera certainement plus facile et plus profitable que l’agriculture au semoir. Il y a entre ces deux méthodes cette grande différence , à l’avantage de la mienne 3 qu’elle n’exige aucun instrument nouveau. 87 SYSTÈMES DE ROTATION, OU ASSOLE MENS. ( Essais and notes on husbandry , par J. B. Bordley de Philadelphie. ) Xjes cultivateurs disposes à perfectionner ce qu’ils pratiquent , et à apprendre ce qu’ils ne savent pas , reconnoissent que l’art de l’agriculture est encore bien imparfait , et surtout sous le rapport de la meilleure application du travail, combine’ avec une bonne succession de récoltés. Il n’y a pas long-tems qu’on parle d’asso- lemens , dans les Etats-unis d’Amérique : et la plupart des agriculteurs n’entendent encore aujourd’hui par le mot rotations de récoltes } que la succession , bonne ou mauvaise , des productions de la terre , telle que la comporte la culture d’usage dans le pays. Il n’y a qu’un très-petit nombre d’entr’eux qui sachent s’élever à des idées de perfectionnement ; car celui-ci suppose de l’attention , du travail, et des soins, au lieu que leur routine a été acquise sans aucun effort, et en quelque sorte , sans qu’ils s’en aperçussent. 88 ASSOI, E M E N S. Une rotation de récoltés est le retour régulier d’un aussi grand nombre de diverses productions, qu’il y a de piècps dans la ferme soumises à cette culture. Il n’y a point fie terme à ce retour pe'riodique des re'coltes. Mais si ( je le suppose) le fermier a sept pièces, et qu’avant la septième année , il suspende le cours de ses re'coltes , ce n’est plus une rotation , c’est une simple succession, car il n’y a pas de retour règle de la même re'colte. Or l’expérience nous apprend , et la raison nous confirme , qu’un système re'gle’ doit avoir l’avantage sur des pratiques que le hasard dirige. Rotations de plantes de prés. Mr. Rigal de Manheim m’avoit demandé de quelle manière il devoit s’y prendre pour cultiver avec le plus d’avantage possible une petite ferme, dans le voisinage d’une ville aussi considérable que Philadelphie. Je fis ,' pour lui, le Mémoire que je vais donner ici. Désirant me retirer à la campagne , à peu de distance de la ville , dans une bonne habitation , avec les dépendances nécessaires , et cinquante-six acres de terrain soumis à la cliartue , d’une qualité médiocre et argileuse; sachant peu d’agriculture en théorie , et point du tout en pratique, je consultai des cultivateurs ASSOLEMENS, 8g entendus. Ils me dirent que la main-d’œuvre' etoit chère, que les journaliers étoient difficiles à diriger, même par les agriculteurs expérimentés ; qu’un domaine où l’on cultive des grains , entraîne le propriétaire qui veut l’exploiter , dans des soins de détail qui sont extrêmement assujettissans ; et qu’enfin le genre de culture qui convenoit le mieux dans ma position, étoit de mettre tout en prés. Voici donc le projet que je formai. On ne cultivera point de grains. On ne laissera pâturer sur les prés ni chevaux , ni bœufs, ni, vaches: les bestiaux seront entretenus à l’écurie toute l’année. Je supprimerai les haies , et les divisions intérieures, et je rendrai impénétrables les clôtures extérieures. Ma possession ne sera ainsi qu’un parc toujours vert , et qu’orneront quelques bouquets d’arbres plantés de place en place, en outre de ceux qui exis- toient dans les haies. Les bestiaux de la ferme seront deux bœufs, pour la charrue , ou la herse , quatre bœufs avec des colliers pour les chariages, (qui sont courts 5 ) et deux bonnes vaches , outre les chevaux de selle ou de carrosse. Si l’on se mettoit à faire du beurre pour le vendre , il y auroit beaucoup d’embarras et peu de profit. Il faut simplifier autant qu’il est possible j et go ASSOEEJÆENS. pour cela acheter le beurre, comme on achète le grain. Le foin payera tout cela , si l’on s’y prend bien , et son exploitation sera facile. Si l’on veut faire du beurre , que ce ne soit) 1 du. moins , que pour l’usage de la maison. On a besoin d’un certain espace pour les légumes , les pommes de terre , et les expériences. Je réserve pour cela , huit acres , sur lesquels on ne mettra jamais aucune graine qui demande d’être battue en grange. Sur cet espace il peut y avoir un jardin à l’usage du propriétaire , ou pour le marché. La première année , il faut labourer toute la propriété aussi profond que le terrain le permet, puis semer du blé noir, qu’on enterrera lorsqu’il sera en fleurs. On répétera cette opération , pour empêcher l’évaporation des sucs de la terre dans les chaleurs de l’été , et pour tenir lieu d’engrais au terrain. Les champs A et B seront fumés abondamment de fumier pourri, avant que d’enterrer le blé noir pour la seconde fois. Après quoi on semera la totalité de la ferme, ( c’est-à-dire, les six divisions A B C D E F ) en seigle destiné à être coupé en vert, puis fanné en foin. Ce seigle , lors- qu’ensuite on semera au primeras , du trèfle et de l’herbe à limothée , protégera les jeunes plantes, et fera du bon foin. Je n’ai pas moi- ASSOIEMBKS, 9 1 ’ même l’expérience du foin de seigle ; mais j’ai ouï affirmer à des cultivateurs que cette plante donnoit beaucoup de bon fourrage. Ala seconde année,‘il faut fumer C et D; à la troisième E et F. Pour obtenir des rotations complètes de récoltes, il faut à quatre divisions , quatre différentes productions annuelles. Si, sur les trois productions , une est annuelle , et les deux autres bisannuelles , il faut six divisions en pièces. Les six premières années, dans le plan que je propose ne sont que préparatoires : c’est à la septième , que le propriétaire entre véritablement dans la succession régulière des récoltes, des fumures, et des travaux. Quoique les cinq premières années donnent des récoltes , ce n’est pas sur le plan qu’on se propose de .suivre constamment depuis la sixième année. Les fumures reviennent aussi régulièrement ; et sont plus fréquentes , en raison de ce qu’elles sont plus modérées. Je pense que cette marche est plus conforme à celle de la nature , qui ne donne aux plantes que la quantité de nourriture qu’elles peuvent aisément digérer et s’approprier. Les labours et hersages sont aussi réguliers que tout le reste. On sème le seigle en Septembre, ou Octobre. À S S 0 1 I M E N 5, 9 a Dans le Maryland., on sème le trèfle sur le Me', ou les autres plantes céréales, en Mars. Les blanches-gelées et les dégels font suffisamment pénétrer les semences , sans qu’il soit besoin de hersages. En Pensylvanie , on préfère de ne semer le trèfle qu’en Avril. L’herbe à timothée, semée au primeras, se trouve exposée à être brûlée par le soleil , lorsqu’au milieu de l’été, on lui ôte, enpoupant le seigle pour fourrage , les plantes qui lui servoient d’abri. D’un autre côté , si l’on sème l’herbe à timothée en automne , elle étouffe quelquefois la récolte du seigle ou du blé destiné à mûrir. Dans le plan proposé cette objection ne peut avoir lieu -, car le seigle n’est destiné qu’à protéger la récolte du pré qui s’établit. C’est donc en automne qu’il convient de préférence , de semer l’herbe à timothée. Lorsqu’on a semé le seigle et hersé le terrain , il faut répandre immédiatement la semence de l’herbe à timothée , avant que les pluies aient eu le tems de battre la terre. On peut rouler, si l’état du sol et le tems sont très-favorables à celte opération ; mais, si on ne le fait pas , la graine lève également bien. Le trèfle et le timothée réussissent, lorsqu’on les sème en Juillet, avec le blé noir. Les jeunes plantes sônt protégées par les feuilles du blé ^ s s O I E M E N s, g5 noir, contre l’ardeur du soleil , et ont tout le tems nécessaire pour se fortifier contre l’action des gelées de l’hiver suivant. Deux ans est le plus long terme qu’on puisse laisser subsister le trèfle. Le timothée pourroit durer plusieurs années ; mais il est plus avantageux de le retourner au bout des deux ans, et d’enterrer au profit de la terre , la croûte de gazon qui s’étoit formée. On pense trop, en général, à la dépense de la graine pour renouveler un pré : celte dépense n’est rien , auprès des avantages qui en résultent. Il y a des années sèches, dans lesquelles le défaut d’abri seroit fatal au jeune trèfle’ou au timothée, si on les semoit sans plantes céréales. Ce que nous appelons l’herbe des vergers (orchardgj'ass) est une variété du timothée, qui peut lui être substituée. Cette herbe a la faculté de croître mieux sous l’ombre des arbres. Elle est printanière, et demeure verte fort lard dans l’automne. Le timothée , au contraire, est très-tardif. Il n’est pas rare de voir semer un mélange de trèfle et de timothée ; mais lorsqu’il s’agit d’une rotation de fourrages , il vaut mieux semer le trèfle pur. Le trèfle est toujours prêt à couper , dans une saison où le timothée est encore tendre et petit : il arrive souvent qu’on g4 A S S O L E M E N S. ne peut pas couper le timothée pur , pour le fanner, avant l’époque de la moisson. Ce qu’il y a de remarquable , c’est que les chevaux préfèrent le foin de timothée qui a mûri jusqu’à être dur, au foin de cette plante coupée tendre : l’expérience de tous ceux qui ont fait la comparaison des deux méthodes est d’accord sur ce point : la meilleure manière de tirer parti de cette plante , c’est de ne la couper qu’une seule fois, en Juillet. Le pré se maintient beaucoup mieux garni , et le foin en est meilleur. Rotations de Grains. S’il est avantageux de soumettre la culture des herbes pour. fourrages à une rotation régulière , à combien plus forte raison ces rotations ne sont-elles pas nécessaires lorsqu’il s’agit de la culture compliquée et difficile des grains ? Jusqu’au milieu du siècle dernier, la jachère morte a été jugée indispensable dans tous les cours de récolte , en Angleterre. Le blé suc- ce'doit à la jachère , puis les pois ou les fèves , et enfin l’orge ou l’avoine. Sur une moitié de la ferme , on suivoit cet assolement-là, tandis que l’autre moitié restoit en pâturages , pour être à son tour soumise à la même succession. A S S G 1 E M r N s. g5 C’etoit là la culture de la partie arable d’une ferme ; et il y avoit outre cela des près durables, qui fournissoient à la subsistance des bestiaux de travail. Une terme de trois cents acres, par exemplé , avoit cent cinquante acres en près, et mauvais pâturages , et cent cinquante en re'colte de grains. Je partirai de cette supposition dans les assolemens suivans. N.° I. Zj acres en jachère, qui ne rend rien . . épuisante (l). Zj -en blé, qui peut rendre 555 bush. épuisante. Zj -en pois ou fèves . . . 555 améliorante. 37 -en orge ou avoine . , 740 épuisante. i5o acres qui donnent . . . i85o bushels. i5o en prés - ou pâturages. ( 1 ) Le soleil épuise un terrain riche qu’on expose à ses rayons par les opérations répétées, de la charrue. Il est vrai qu’on suppose que la jachère est ensuite fumée. Les labours ouvrent et nettoient le sol; mais avec moins d’avantage qu’ils ne le feroient si une récolte sarclée couvroit la terre de son ombre et empêchoit l’évaporation. Le mot épuisante signifie donc ici que le soleil prive la terre de ses sucs végétatifs, plusqu’il ne le feroit s’il y avoit une récolte sarclée. Je pense aussi que la transpiration des plantes sarclées améliore la terre. Les voyageurs ont dit que dans le voisinage du golfe Persique, les rosées étoient salées. f g6 r A S S O ï. E M E N S.' Les nouveaux principes d’assolemens admis en Angleterre sont fondes sur la convenance d’avoir des jachères productives, c’est-à-dire , des jachères qui donnent une recolle , dont l’ombre et la culture sur pied , soient salutaires au sol. Dans ces assolemens , on évite de faire succéder une récolte de grains à une autre récolte de grains. On sème du trèfle , ou une autre plante de prés artificiels avec les petites graines de printems ;* et enfin l’on entremêle les récoltes de manière que la terre soit ombragée et cultivée dans l’année de jachère , que le sol ne se repose jamais , et ne soit point exposé à se souiller de mauvaises herbes. C’est ainsi qu’on distribue les récoltes sur de vastes fermes , par divisions de quatre , six Cela montre de quelle importance il est d’empêcher l’évaporation des sucs de la terre. (A) La théorie de l’auteur paroît extrêmement hasardée. Si la terre perd quelque chose par l’évaporation, il est évident qu’elle gagne davantage par le contact d’un plus grand nombre de ses parties avec l’atmosphère, puisque, plus les labours de jachère sont répétés, indépendamment des fumures, et plus les récoltes de grains sont assurées. J’ai discuté, à ce sujet, la théorie des labours par l’Abbé Rozier, dans le Traité des assolemens , et j’y renvoie le lecteur. ou A.SSOLEMENS. 97 ou 8 ans , de façon à y entretenir la terre dans le meilleur état, et d’obtenir une rente beaucoup plus considérable du sol. Lorsqu’on cultive le sol tous les ans , les mauvaises -plantes pérennes ne peuvent pas y subsister. Le système d’un bon assolement fait la guerre aux mauvaises herbes ; et ne permet pas à la terre de se durcir et de se relier par le repos. Nos agriculteurs ont une expression qui rend l’effet du repos sur un champ : ils disent que le terrain se délaboure, ce qui veut dire qu’il se durcit, se tapit, et se rapproche de l’état naturel dans lequel il produit très- peu de plantes. N.° IL 60 acres en orge.1200 bushels . épuisant. 60 .- en trèfle.améliorant. 60-en blé.900 bushels . épuisant. 60-en trèfle.améliorant. 60-en pois ou fèves 900 bushels . améliorant. Dans les terrains légers de l’Angleterre, les turneps sont la préparation ordinaire à l’orge. Cette racine nécessite de nombreux sarclages ou des cultures à la houe à cheval , dont il résulte que le sol est complètement pulvérisé et nettoyé ( 1 ). Si l’^n compare ce cours (1) Nous cultivons ici, en Amérique, sous une lati Tome 4. G qS assolemens. nouveau avec les anciens assolemens, on verra que 120 acres en trèfle doivent être beaucoup plus productifs que i5o en mauvais pâturages, et on jugera que la quantité' de foin et pailles sera supérieure dans la proportion de 5o0 à i85. Les pois et les fèves améliorent plutôt les terres , qu’ils ne les épuisent; et ils ont l’avantage, comme le trèfle de préserver le sol tude de dix à quinze degrés plus méridionale que celle de l’Angleterre; et cependant nos gelées sont si fortes, et les cbangemens de température si brusques, que le turnep ne peut pas les soutenir.'Le rutabaga nous promet un supplément très-avantageux pour donner une nourriture verte à notre bétail et aux brebis pendant l’hiver. J’en ai semé «ne seule année, qui m’ont parfaitement réussi, et ont bien soutenu les gelées de l’biver : il est vrai que l’hiver ne fut pas très-rude. On a éprouvé, en Angleterre, que vingt ans dé la rotation turneps, orge, trèlle, blé, fatigue la terre, si l’on ne fume pas, parce que chaque récolte revient trop souvent... (A) Nota. Ce n’-est pas au bout de vingt ans, mais après «n siècle de pratique de l’assolement ci-dessus, qu’on a cru remarquer, en l'forfolk, un peu d’aflbiblissement dans les récoltes de turneps et de trèfle. Quant à la re- marqucqu’il convient defumer, elle montrëque l’auteur ignore les détails de cette culture. Jamais on ne scme les turneps sans fumer abondamment; et il arrive même quelquefois qu’on fume le trèfle avant de le rompre pour semer du blé. A S S O L E M E N S. 99 de l’évaporation pendant la saison de l’anne'e la plus chaude. Tous les grains blancs épuisent la terre ; et les graines de printems favorisent la multiplication des mauvaises herbes , mais dans les terrains en pente , cette culture des grains de printems empêche que les terres ne descendent par les pluies , au lieu que notre culture de maïs a le grand iriconve'nient de faire descendre les terres en les rendant plus meubles. Le n.° I. a deux pièces en culture , savoir, là jachère morte , et la pièce en pois ou fèves, dans la supposition que le semis en a été fait en lignes pour pouvoir les cultiver à la houe. Cette re'colte améliorante doit compenser l’effet épuisant de Forge et du blé. Le n.° II. a un champ qui reçoit une culture à la houe , pendant la végétation des pois et fèves , et trois récoltes améliorantes , savoir des pois, du trèfle, et encore du trèfle ( il dure deux ans ) contre deux récoltes épuisantes , qui sont le blé et Forge. La fève de champ que l’on sème en Angleterre , est, quoique petite , de la même nature que la fève des jardins nommée windsor beau. Elle croît dans une direction verticale ; et comme elle ne donne que peu d’ombre , elle n’est pas précisément une récolte améliorante , à moins ÎOO ASSOLE MENS. qu’elle ne soit bien cultivée avec la boue à cheval , dans les intervalles des lignes. Les turneps et les pommes de terre , ne sont pas, non plus , des récoltés pleinement améliorantes , à moins qu’elles n’aient été fumées , f et ne soient cultivées à la houe de la même manière. Les pois anglois qui couvrent très- promptement le sol de leur ombre , lorsqu’on les a semés à la volée , sont une récolte améliorante , quoiqu’ils ne soient point cultivés à la houe , ni sarclés (x). Dans le Maryland , si une ferme est divisée en trois soles , on sème la première année du maïs ; la seconde du blé ou du seigle 5 et à la troisième on abandonne la terre à elle- même. Si la ferme est divisée en quatre soles, c’est la première année du maïs-, la seconde une jachère , la troisième du blé , et la qua- (1) Quelque-unes de ces indications paroissent fausses et d’autres incomplètes. J’ai toujours vu et éprouvé que les pois sont une mauvaise préparation au blé, lors même qu’ils couvrent bien la terre de leur ombre. Tout cet article a été écrit dans un pays, et dans un lems où la bonne théorie des assolemeris étoit encore inconnue : on voit cependant que l’auteur a déjà l’idée de tout ce qu’on peut gagner sur les produits d’une culture irréfléchie, en soumettant la terre à une succession raisonnée de récoltes qui entretiennent sa fertilité. / ASSOIiEMENS. lOï trième un pâturage naturel -, ou bien encore , la première anne'e maïs , la seconde blé , la troisième et la quatrième repos sans culture. Il y a des parties de l’Amérique où les fermes ne sont divisées qu’en deux soles. Voici comment on peut estimer les produits de ces assolemens : N.° III. 100 acres en maïs, à douze bushels par acre . . 120a 100 acres en blé, à huit bushels par acre . . . 800 100 en mauvais pâturages. . ,.200a 3 oo acres en trois soles. N.° IV. 7 5 acres en maïs. 75 acres en blé. 75 acres en mauvais pâturages. 75 idem. 3 oo acres en quatre soles. Les N. os III et IV donnent de me'diocres récoltes , d’un grain de mauvaise qualité ; des pâturages fort médiocres , et peu ou point de fourrage pour entretenir les bestiaux , sur une ferme qui évidemment se détériore d’année en année. Avec une telle économie \ la terre perd .continuellement de ses ressources productives., ^Cependant j’ai peut-être exagéré le produit eu I J 02 ASSOJLBMENS. maïs ; et il est certain , du moins, que les produits du maïs ne pourroient pas se soutenir long-toms au taux où je les suppose (1). En. Ame'rique nous cultivons toujours une sole en maïs , quelle qu-e soit la culture des autres soles. Pendant la croissance du maïs, nous le cultivons à plusieurs reprises avec la houe à cheval , qui passe dans les intervalles des lignes. Ce procède' entretient le sol meuble et net , c’est une jachère , en même teins qu’une récolte ; mais cette re'colte est mal choisie pour préparer la terre , et cela par (1) Ce que jë viens de dire est plutôt applicable au Maryland qu’à la Pensylvanie : dans ce dernier état, on a toujours fait grand cas des prés arrosés. Mais c’est une chose très-remarquable que l’indifFérence des fermiers en Pensylvanie, pour les prés arrosés, parce qu’ils ont actuellement la ressource des trèfles, qui est abondante et certaine sur tous les terrains secs, en s’aidant du plâtre comme engrais. Jusqu’à ce que l’usage du trèfle fût bien connu, une ferme qui n’avoit pas de b®ns prés arosés, n’étoit point une propriété recherchée: aujourd’hui cette circonstance fait peu de différence dans le prix des fermes. (A) Nota. Cela est parfaitement d’accord avec ce que nous éprouvons en France et en Angleterre, depuis que le trefle a fait révolution dans l’agriculture. Peut-on se persuader qu’il y ait encore en France des Départemens Ou la culture de cette plante soit ignorée? s A S S O L E 31 E K S. ICO deux raisons : la première , c’est que le maïs donne peu d’ombre ; et la seconde , c’est que le maïs est un grain , auquel doit succéder un autre grain : or tous les grains épuisent beaucoup la terre. Quelques fermiers sèment le blé en Septembre , sur une culture à la bouc fraîchement donnée dans le champ même où l’on récoltera le maïs, mais avant qu’il soit mûr. D’autres fermiers renvoient plus tard , et labourent après la récolte de maïs , pour semer le blé. J’ai connu des fermiers qui , après avoir essayé les deux méthodes , sont revenus à la première. Nos agriculteurs Américains ont tellement l’habitude de la culture du maïs, qu’il seroit difficile de les engager à y renoncer pour le remplacer par des récoltes qui nmélioreroient davantage le terrain , ou seroient une préparation plus favorable au blé. Il n’y a même qu’une espèce de sol sur lequel on doive désirer de voir abandonner la culture du maïs, c’est le sol léger dans les pièces en pente j parce que dans de telles circonstances , la terre descend avec les pluies , et il se forme des ravins dans les champs. Il faut convenir que le maïs est une plante admirable. Non-seulement elle donne beaucoup d’une excellente nourriture pour tous I / io4 ’assoiemens. les animaux , mais encore sa récolté est plus à l’abri des ihtempéries , que celle d’aucun autre grain. Comme nourriture pour l’homme, ce grain est très-pre'cieux. Comme préparation aux récoltés céréales , il a aussi l’avantage de nettoyer et ameublir la terre : il ne lui manque que de donner plus d’ombre , pour empêcher l’évaporation, et d’améliorer le sol parla transpiration de ses plantes. Je proposerois de ne faire revenir le maïs que de six en six ans comme dans le cours suivant : 1 Maïs. 2 Blé ou orge de printems. 3 Trèfle. 4 Seigle ou orge d’hiver. 5 Trèfle. 6 Trèfle , pois , ou racines cultivées. Le défaut de cet assolement , c’est que le blé succède au maïs. Le même inconvénient se retrouveroit, si on lui faisoit succéder le seigle ou l’orge. Le trèfle, après du maïs non fumé, ne réussiroit pas , à moins qu’on ne le semât avec une plante qui le protégeât ; et cette plante seroit aussi un grain, en sorte que l’inconvénient reparoîtroit. Mais ce système de rotation , tout imparfait qu’il est, vaut mieux assoeemens. io5 que ceux que Ton suit en Amérique (1). __ ere > Je propose encore 1. annee, mais. 2. e — pois ou carottes. 5 . e — orge. 4 . ' — trèfle, 5 : — bié. 6. e — trèfle (2). Ou bien, 1.*”—maïs. 2. 0 — pois ou carottes. 5 . e — orge. 4 . ® — trèfle. 5 . ' — blé. 6. e — année trèfle. 7. ' — trèfle ( 5 ). ( 1 ) Cet assolement est vicieux, non par la raison que donne l’auteur, ( car en fumant le blé qui succède au maïs non fumé, on seroit sûr d’une belle récolté, ) mais parce qu’il y a trois années de trèfle sur six : c’est deux de trop : on ne doit pas espérer d’avoir de beau trèfle lorsqu’il revient plus souvent que tous les quatre ans. ( 2 ) Même défaut que dans le précédent, c’est-à- dire , que le trèfle revient trop promptement. 11 fau- droit aussi que l’auteur indiquât quelles sont les récoltes fumées, dans les cours qu’il propose. Il importe que le trèfle ne vienne jamais qu’après une récolte fumée et sarclée. ' (3) Plus mauvais que le précédent, car il y a trois années de trèfle sur sept. On pouroit assurer que le trèfle de la septième année sera misérable. / îoG ASSOIiEMENS. Il y a des assolemens très-convenables pour ceux qui craindroient de voir délaver leurs terres en pente , par les pluies , dans la culture du maïs , ce sont les cours fondés sur les fèves ; ainsi : 1 fèves. 2 orge. 5 trèfle. 4 blé. 5 trèfle. 6 seigle. Ou bien encore , 1 en fèves. 2 orge. 3 trèfle. 4 blé. 5 trèfle. 6 seigle. 7 trèfle. Les fèves qui suivent le trèfle se sèment sur un profond labour, en Juin. L’orge se sème en Septembre ou Octobre sur un labour, après qu’on a serré les fèves. Le blé se sème en Septembre après le trèfle sur un seul labour. Quelle économie de travail ! Trois récoltes ? dont chacune se sème sur un seul labour fait à loisir? Le terrain est cependant parfaitement net et ameubli. Le trèfle peut être pâturé jusqu’en Juin , ou fauché avant le moment où on A S S O L E M .E N S. \OJ l’enterre pour semer des fèves. Quelle augmentation de fourrages dans une ferme qui t manque de près ! C’est certainement un très-grand avantage que d’obtenir trois récoltes dans un assolement avec trois labours (1), en ne semant cependant (1) On peut pousser plus loin encore l’économie des labours dans un assolement bien combiné. En faisant défoncer à la bêche un terrain où l’on sème des pommes de terre fumées; en cultivant convenablement celles- ci, on peut semer du blé immédiatement après leur arrachement, et sans labourer. Sur ce blé on sème du trèfle au printems, et la récolte de celui-ci fait la troisième que l’on obtient sur un seul labour. Et qu’on ne prétende pas que ce labour sera plus cher qu’un autre; puisque partout les journaliers trouveront leur compte a faire ce labour à la bêche pendant l’hiver, moyennant le partage de la récolte de pommes de terre, qu’ils auront semée , cultivée et arrachée. Je suis cette agriculture depuis quelques années, et éprouve de la part des journaliers toujours plus d’empressement à obtenir du terrain pour le cultiver de moitié. Cette combinaison du profit du manouvrier avec celui du propriétaire, est une des plus heureuses qu’on puisse trouver ; parce que tous les momens qui auroient été perdus, ou mal employés, en hiver par le pauvre journalier , sont utilement appliqués à un travail qu’il fait avec plaisir, et qui devient une source d’aisance pour lui et sa famille. Nota. La note ci-dessus a été écrite il y a quatre ans, et je la confirme pleinement par l’expérience que j’ai acquise dès lors. [Ayril 1808.] I©8 A S S O E E M E N S. que sur une terre bien préparée. Mais je pense qu’on pourroit encore obtenir des récoltés sans même labourer. Par exemple : il n’y a personne dans l’Amérique Angloise qui n’ait son cbamp de maïs. Ce champ doit être toujours cultive’ et houe avec soin. Si l’on ne le sème pas ensuite en ble’ ou seigle , il se couvre inutilement de mauvaises herbes , et s’épuise à pure perte. A.u lieu de semer du blé ou du seigle sur ce terrain qui donne du maïs, pourquoi n’y pas semer des récoltes de carottes, de choux, ou de pommes de terre. Ces récoltes peuvent croître dans les intervalles des lignes du maïs , sur la culture donnée à celui-ci, et à mesure que sa maturité avançant, son ombre diminue. A la fin de Septembre , on peut couper les plantes du maïs à ras le terrain. La quantité des racines que l’on ne pourroit pas resserrer pour l’hiver dans des caves à l’abri des gelées, resteroit dans la terre où l’on les butteroit abondamment avec la charrue , pour les mettre à couvert des grands froids (1). Ce n’est pas sur la quantité de grains produite dans un assolement quelconque , qu’il ( 1 ) La belle culture d’Hofwyl donne la preuve de tout ce qu’on peut obtenir en récoltes doublées. [Avril x8o8.] ajsolemens. iocj faut juger de sa bonté'. Une quantité' considérable de fourrage donne les moyens de bien nourrir beaucoup de be'tail, et de faire , par conséquent, une masse d'engrais qui maintient la terre en très-bon état. Mais , pour entretenir des bestiaux toute Tannée , il faut qu’il y ait une juste proportion entre la nourriture d’été et celle d’hiver; et pour qu’un domaine se maintienne en bon état, il faut'qu’il y ait toujours au moins-un nombre égal de récoltes améliorantes que de récoltes épuisantes. Les premières produisent autant, et raniment ou entretiennent la vigueur du sol, au lieu que les grains l’affoiblissent exactement dans la proportion des produits.*'! « Ce n’esl point une chose rare parmi les bons fermiers Anglois, que de semer des récoltes uniquement destinées à être enterrées , pour est- grais. Le blé noir, les vesces d’hiver et de prin- tems se sèment à la volée et fort épais , pour niaintenirle sol à l’ombre, etêtre enterrés à la charrue, lorsque les récoltes sont en pleine fleur. Cet engrais occasionne dans la terre une feFomentation, qui la rend meuble et productive. Arthur Young parle d’un assolement par lequel on semoit dans le cours d’une année trois fois le même terrain pour obtenir deux récoltes. Les vesces , se semoient en Septembre sur un ÜIO ÀSSOIiEMEKS. labour. Immédiatement après leur récolté , faite l’été suivant, on semoit du blé noii w , et on l’enterroit en Septembre , lorsqu’il étoit en pleine fleur, pour semer du blé dont la^ récolte étoit très-belle. « Ainsi ( dit Arthur 3> Young ) à mesure que le primeras avance, 3 > et que le soleil prend plus de force , la ré- V coite ombrage la terre et empêche son humi- }) dité de s’exhaler. Les mauvaises herbes, dont 3) les graines ont germé , sont étouffées par 3> l’ombre épaisse de la récolte , ou coupées 3) avant que de pouvoir donner leur graine. 3) Celte récolte étant faite , la terre resteroit 3> exposée à l’ardeur du soleil pendant trois 3> mois ; et si l’on donnoit trois labours de 3) jachère , on tueroit quelques mauvaises 3) herbes, en faisant du mal d’ailleurs. Au lieu p) de cela , on laboure immédiatement après 3) les vesces , pour semer du blé noir qu’on 3) enterre à la herse, qui par son ombre épaisse 3) empêche la croissance des mauvaises herbes, 3) et qui fait ensuite office de fumier : ou 3) obtient un engrais sans dépense. La théorie » ne sauroit inventer un système plus avan- 3) tageux et plus complet. On a souvent semé » du blé noir pour l’enterrer ; on a souvent 3> semé des vesces , pour prévenir les mau- >> vaises herbes, mais c’est la combinaison de ces assolemens. 111 » recolles qui est surtout bien inventée. ...... Dans plusieurs états de l’Amérique , les propriétaires et les fermiers sont disposés à semer de vastes étendues de terrain en grains , surtout en blé et en maïs. Les jeunes cultivateurs qui sont imprévoyans et prodigues, sont surtout sujets à faire cette faute. Ils labourent imparfaitement et à la bâte de vastes espaces, dans l’espérance de recueillir beaucoup lie grains, dont ils feront promptement de l’argent pour fournir à leurs fantaisies, ou pour payer leurs dettes les plus pressantes. Il en résulte que les récoltes sont manquées, que le sol est appauvri , et que le fermier est de plus an plus mal dans ses affaires. t Pour qu’une récolte de fèves soit une bonne préparation au blé , il faut que les fèves aient été ensemencées en lignes, de dix en dix pouces avec une séparation de vingt pouces d’une ligne à l’autre. Il faut que la récolte soit cultivée plusieurs fois avec la houe à cheval, de manière que la terre , meublie et divisée , s(rft prête à recevoir une autre récolte. Le maïs doit être cultivé de la même manière , pour être une bonne préparation à la récolte qui doit suivre. - " 0 Il faut qu’un fermier s’attache à fumer successivement la totalité de ses champs et ES ramasser encore les racines , puis fait passer et repasser quatre cents brebis , et cent cinquante cochons pour battre le terrain , qui ëtoit trop meuble et trop ouvert. La récolté a belle apparence. Les quatre acres qui forment un fond ont été semës en Janvier seulement et promettent i 1 V beaucoup. N.° 8. Cinquante-six acres. 1800. Non défriché’, et occupe par des ronces, des bruyères et de la fougère. ;i8oi. Avoine noire , quinze acres à la grosse charrue , avec huit chevaux en janvier , et semé en mars. Belle re'colte pour un défrichement si imparfait. 1802. Avoine blanche. Quinze acres labourés deux fois , et hersés à pleines reprises , en nettoyant le mieux possible et répandant les cendres des racines brûlées. Récolte passable. Avoine noire. Dix-huit acres écobue's dûnnoient beaucoup de cendres pour les rutabagas. Quatre labours et hersages, précisément les vingt-sept acres de turneps en 1801. Semés en Août. Beaucoup de plantes , mais pas grosses : la quantité de nourriture considérable. Dix-huit et douze acres ont donné la récolte en trois fois, savoir $ x.° Pour dix vaches et boeufs à l’en- y TERRAINS DÉFRICHÉS. lZ X voisin , Mr. Gooch , m’ayant parle d’un agriculteur qui s’ètoit fait une réputation, et qui avoit réussi en suivant le système des jachères , nous convînmes d’aller ensemble visiter sa ferme , et examiner toutes les circonstances de sa pratique. C’e'toit à Felsham. Cet agriculteur, Mr. Garnliam, nous expliqua ses motifs pour préférer cette culture des jachères, ( dans laquelle il persiste depuis plusieurs anne'es) aux assolemens modernes. 11 évite toute assertion générale , et tout principe exclusif : il prétend ne raisonner que relativement à son terrain, et aux terres voisines qui sont du même genre. Ce sol est commun en SufFolk : c’est une terre végétale, sablonneuse et peu profonde , reposant sur un lit de glaise marneuse. Ce qui n’est pas desséché par des coulisses est très - mouilleux. Même après les frais de desséchemens , la terre demeure trop froide pour les turneps : on ne peut ni les faire manger sur place, ni les charier sans pétrir le terrain. Tome 4. K DOMAINE i46 Mr. Garnham regarde ses terres comme mauvaises ; et c’est par cette raison qu’il leur applique le système des jachères. On alFermoit à raison de 10 à i5 sliellings l’acre, il y a quelques années : aujourd’hui c’est à 20 shel. Toute la ferme a e'té desséche'e par des coulisses étroites, garnies de fagots et de paille. Il y en a qui subsistent depuis vingt-cinq ans , et ne sont point obstruées. L’assolement favori de Mr. Garnham c’est jachère et blé, alternativement. Il suit aussi le cours suivant : 1 Jachère. 2 Orge. 5 Jachère. 4 Orge. 5 Trèfle. 6 Fèves plantées* 7 Jachère. 8 Blé. Ou encore, 1 Jachère» 2 Blé. 5 Orge , avoine , oü pois. Il ne reviendra pas à l’assolement ci-dessus , car il n’a eu quelquefois que dix bushels d’orge par acre après le blé. Il a essayé le blé après le trèfle ; et quand celui-ci avoit été semé sur un grain qui suc- A JACHÈRES. l47 cédoit à la jachère, le blé étoit assez beau; mais il préféré semer le froment sur la jachère. Il rompt tous ses champs en automne , et quelquefois après Noël. Si l’année est sèche , il donne jusqu’à six et sept labours, et ne laisse végéter aucune mauvaise plante. Le milieu d’Octobre est le moment qu’il estime le plus favorable pour semer ses blés. Lorsqu’il sème plus tôt et que la plante végète fortement en automne , la récolte est moins forte. Il enterre le blé par un labour en planches de huit traits de charrue. Son semeur sème en quatre voyages ; c’est-à-dire , qu’il passe une fois, après quoi le laboureur fait deux traits de eharrue. Il passe une seconde fois; et le laboureur fait encore deux traits ; puis le semeur passe une troisième fois , et ainsi de suite. Enfin , il fait donner un coup de herse , et ouvrir les raies qui séparent les planches , avec une charrue à double versoir. Il sème deux bushels et demi par acr 3 ; mais il penche à croire que trois seroient mieux. Il a toujours remarqué que plus les récoltes de blé étoient épaisses, et mieux elles e'chappoient à la rouille, ou avortement du grain. Cette année ( 1 8o4 ) un des voisins de Mr. Garnham , avoit un blé què celui-ci estimoit beaucoup trop épais ; mais ce blé a été sensi- 1 DOMAINE a 48 blemeht moins gâte de la rouille que ceux de Mr. Garnham , et que tous les autres blés du canton. Ses recolles varient en quantité'. Il a eu jusqu’à quarante-quatre bushels de blé par acre, mais sa moyenne est de vingt-quatre bushels : ses récoltes d’orge varient de trente à quarante bushels. Mais la grande affaire de l’agriculteur, c’est le profit 5 Mr. Garnham a l’expérience qu’on pouvoit trouver son compte à ce système de culture , lorsque la main-d’œuvre étoit à bas prix ., les fermes à bon marché , et les impôts moins onéreux. Mais les tems sont bien changés. Je me mis à faire moi-même le compte des frais d’exploitation de Mr. Garnham ; et alors il me dit qu’en effet on ne pouvoit plus se tirer d’affaires , au prix où étoient les fermes et la main-d’œuvre ; et qu’en conséquence, il alloit abandonner deux fermes qu’il tepoit, pour se réduire à cultiver son domaine à lui. Cette partie de notre recherche, est de beaucoup la plus importante , et sur-tout sous le lypint de vue national. En estimant les dépenses, aussi bas qu’il est possible, vingt-quatre bushels de-blé par acre, ne les paient pas; et Mr. Garnit ara en est convenu. Il est donc bien évident qu’il faut changer l’agriculture des jachères , , A JACHÈRES. l4g ou que les fermiers ne peuvent pas se soutenir (j). Voieiles dépenses actuelles à Felsham : L. st. sh. <3. Cinq labours. x 5 » Deux hersages. » l » Deux et demi bushels de blé à 6 sh.. . . » i5 » Semaiile. » o 6 Rigolement. » )> 3 Moisson et charriage. » îo » Battage. » 12 » Transport au marché. » 6 )» Transport des fumiers et main-d’œuvre. . » 7 » Clôtures. » « 6 Entretien et usage des instrumens, etc. . » 1 » Intérêt de 6 liv. st. de capital pour deux ans » 12 » Prix de la ferme, dixme et impôts. 3 10 » L. st. 8 « 3 Produit de a4 bushels à C sh ..’ . 7 4 » Perte par acre. « 16 3 Le prix du blé suppose à 6 shel. le buslicl, est celui d’une recolle moyenne de vingt-quatre bushels par acre. Les chertés accidentelles ne doivent pas entrer dans ce calcul. Il arrive souvent que le déficit réel de la récolte du blé sur tout le royaume ne devient évident qu’a- fj) Voyez le calcul approximatif de la perte qui résulte du système des jachères, dans le Traité des-, Assolemens. D O M A I K E j5o près une consommation de plusieurs mois ; et alors le bénéfice qui resuite du surhaussement des prix , n’àppartient qu’à un petit nombre de personnes : la masse des fermiers se trouve en perte , car leur blé est déjà vendu à un prix médiocre , et ils paient la main-d’œuvre très-cher. Il ne seroit pas difficile de prouver que quand la récolte des blés , en Suflolk , est de vingtr* quatre hushels par acre , le prix du bushel doit être de 7 shellings et demi, ou bien le fermier est en perte. L’estimation des frais ci-dessus est faite dans la supposition que l’entretien d’un cheval n’est que de 10 liv. sterl. par an. On peut soutenir qu’il est beaucoup plus considérable; et il en est de même de plusieurs autres articles. Si l’on rétablissoit les prix comme on peut croire qu’ils seroient plus justement estimés, 7 shellings et demi le bushel ne seroient point assez pour que le fermier retrouvât ses frais. Il résulte clairement des faits ci-dessus, que vu les frais actuels de l’agriculture, le système des jachères ne peut pas se soutenir. Que doit- on mettre à sa place , dans les terrains comme ceux dont il s’agit? Le trèfle manque , si l’on y revient plus souvent qu’une fois dans huit ans. Le grand mal est le haut prix de la mairi- N A JACHÈRES. l 5 l d’œuvre ; et il n’y a qu’une manière d’e’viter d’en être victime : c’est de faire entrer dans l’assolement quelques années de prairies artificielles. Supposons par exemple j. cre Jachère. 2 Blé et graines de prés semées en automne. 3, 4, 5, 6, 7, en pré. 8 Ecobuage et colza pâturé pour les moutons, g Orge ou avoine. 10 Vesces d’hiver. 11 Blé. Quelles seront les dépenses de cet assolement ? Première année . . . L. st. » 10 sh. Seconde, année.l 4 Huitième.2 » Neuvième.1 4 Dixième. » 10 Onzième ....... i 4 L. st. 6 i2. Cette somme divisée par onze , donne 12 sh. de frais par acre. Si l’on laisse les prés sept ans, au lieu de cinq, la dépense ne sera que de 10 shellings l’acre. Ce seroit gagner beaucoup que de réduire à ce taux , des dépenses qui, dans l’état actuel des choses, menacent: les fermiers d’une ruine inévitable. Il y a dans DOMAINE 352 cet assolement sept récoltés pour les bestiaux ,, contre trois de grains. Cela favorise l’éducation et l’engrais du gros bétail et des moutons, qui se vendent mieux que les grains; et la terre soumise à cet assolement doit être en amelioration graduelle. Le succès d’une telle culture de'pendroit du choix des herbes semées pour prés. La chicorée , le pied de poule et la pimprenelle , mélangées de trèfle blanc et de trèfle jaune , feroient un fort bon pâturage tle moutons , pourvu qu’on la fît manger fort ras au prin- tems, et , dans tous les tcms , plus on fait brouter ras ses pâturages-et mieux c’est (l). 11 faut semer aussi un mélange de ray-grass et de trèfle blanc pour pouvoir compter sur un bon pâturage. Il est bien prouvé aujourd’hui qu’un terrain qui a été eu pré-gazon ou pâturage pendant cinq ans , et pâturé par les moulons , a suffi) Voilà un principe reconnu de tous les bons agriculteurs Anglois, et qui n’est pas encore généralement entendu en France. On répète encore quelquefois que les montons pincent de trop près le collet des graminées, et les font périr, ou bien qu’ils arrachent les plantes et éclaircissent les prés. En général, l’idée de faire des prés avec la dent des moutons, paroit encore à beaucoup de gens, en France, une chose absurde. 3 55 A JACHÈRES. fisamraentde racines pour pouvoir être écobué ; mais si l’on le laissoit sept ans , les cendres seroient plus abondantes , et l’amélioration plus grande. Le système de Mr. Garnham relativement à ses prés et pâturages , est un système profitable. Il achète en Août des agneaux dont les prix varient de 9 shel. 6 d. à 20 shel. Il les met darit les chaumes et dans les jachères. En hiver , ils mangent du foin dans les très- mauvais tems , et paissent dans les prés et pâturages. En été le trèfle est leur meilleure nourriture. Avant le 5 Novembre, tout est vendu au boucher. C’est la race de Norfolk , qui donn-e deux livres et demie de laine. Lorsqu’il double son argent par la viande , et sans compter la laine , il est fort content. Il perd trois pour cent par mortalité. Quant aux bêtes à cornes, il acheté des bœufs de la race Ecossaise dans les foires d’automne, de 7 à 10 liv. sterl. par tête. Quelquefois il double son argent; mais pas aussi ordinairement qu’avec les moutons. Il revend en Août ou Septembre. Le fumier que Mr. Garnham préfère , est le fumier de pigeons ; semé sur le blé en Mars, il a un très-grand effet. La poussière de drèche est aussi très-bonne pour engrais , mais pas autant que la poudrelte. L'a ferme en i8o4 étoit cultivée comme suit ; Blé. 160 acres. Orge.4o Avoine. . 4o Pois. . 35 Vesces. 12 Trèfle jaune pour graine ; . 20 Trèfle blanc pour graine . . i5 Trèfle à fleurs rouges pour manger et pour graine . ... 16 Jachère . . 85 Pâturages et pre's . .... 112 534 acres » 1 18 Chevaux. 54 Bêtes à cornes à l’engrais. 5 Vaches. l55 Brebis. La quantité conside’rable de terrain en trèfles pour graine est relative au projèt de Mr. G. de quitter les deux fermes pour occuper un domaine à lui. Il faut convenir que le terrain dont il s’agit, lorsqu’il est très-ingrat, est difficile à cultiver prolitablenient en graines ; et il y a long-tems que je suis porté à croire qu’il faudroit mettre en prés ou pâturages une grande partie d’un tel domaine pour pouvoir faire beaucoup a jachères. j 55 d’engrais , et par conséquent pour établir dans la partie destinée au blé une culture profitable par l’admission des fèves. L’objection que l’on fait, en général, c’est qu’un pâturage artificiel ne dure , dans sa force , que quatre ou cinq ans, après quoi il décline tellement qu’il n’est plus avantageux. Là où cela arrive, c’est ordinairement parce qu’on choisit mal les plantes pour former le pâturage. Il faudroit toujours que le fermier , pour faire son choix , consultât la nature des plantes que le sol produit de lui-même. Mais , en supposant que cela arrive , et qu’il ne convienne pas au fermier de rendre de la vigueur au pré par des engrais , il a un moyen sûr de le renouveler , c’est d’e'cobuer, de répandre les cendres , de gratter le terrain , avec le scarificateur , puis de semer de nouvelles graines de pré sans labourer, et sans addition de céréales. Cela a été fait avec beaucoup de succès , et c’est une manière de créer , avec la moindre dépense possible , un pâturage dans un mauvais terrain. Celui qui essayera cette agriculture se convaincra que dans des terres de celte nature, les prés ou pâturages sont plus profitables que les blés et les autres grains. i5 6 DES DÉFRICHEMENS. ( Tiré de l’ouvrage du Dr. Anderson intitulé : Essay relaling to Agriculture and rural affairs. ) J’ai déjà considéré l’influence du droit da commune: je vais traiter des moyens de mettre en valeur les terres incultes, en supposant que l’entreprise ne soit entravée par aucune difficulté étrangère à la culture meme. Il y a très-peu de terres que l’industrie / humaine ne puisse forcer à porter des grains ; mais il y a beaucoup de cas dans lesquels on peut re'ussir et faire neanmoins une mauvaise spéculation. U est donc important d’y regarder de près , et de bien considérer toutes les circonstances qui peuvent affecter les résultats, dans la rentrée des avances. Voici les principaux objets que l’on doit examiner avant d’entreprendre. 1. ° La nature du sol de la surface, ainsi que des couches inférieures. 2. ° Les principaux obstacles que l’on trouve à la surface du sol , tpi que les fragmens de rochers ; les brossaüles ; les arbres ; les eaux stagnantes; les sources; les inondations accidentelles plus ou moins fréquentes ; les inc- DES DÉFIIICHEMENS. 3 57 gaîités de la surface , résultantes soit des carrières creusées , soit des accumulations de terres ou pierres , ou enfin des monticules et des pentes naturelles. 5.° Le climat : c’est-à-dire, la quantité d’eau qui tombe annuellement dans telle et telle saison ; le degré du froid et de la chaleur qui se font ordinairement sentir , avec les modifications qui résultent des circonstances particulières ; la quantité de neige qui tombe , et ie tems qu’elle demeure ordinairement sur la terre j les vents qui soufflent le plus constamment , ainsi que les ressources que la situation du lieu offre pour s’en garantir. 4. ° La distance des villes, ou marchés pour l’écoulement des denrées j l’étendue et l’importance de ces villes , et la facilité des débouchés. 5. ° Les engrais qui peuvent être achetés ; leur prix ; la distance d’où l’on les lire ; le ter*s auquel on peut les avoir ; et la quantité qu’on peut s’en procurer , soit tout à la fois , soit successivement. 6. " La nature des routes, ou autres moyens de communications. Il importe d’examiner si ces routes sont en plaine ou sur des coteaux, si elles sont fermes ou boueuses , si elles sont praticables toute l’annéej et si par les circons- î58 DES ï) É F E. I C H E M E N S. tances generales du pays elles sont en bon entretien , ou en état de dégradation. 7. 0 Les facilités que le sol donne pour bâtir, pour faire les clôtures , les desséchemens et autres opérations nécessaires. 8.°-De quelle manière les eaux affectent le fonds en question : c’est-à-dire , si l’on peut l’arroser à volonté, ou se servir des eaux pour# l’enclorre; et enfin si la qualité de celles-ci est bonne pour les hommes et pour le bétail. g. 0 Les ressources du fond relativement au combustible , c’est-à-dire sa qualité et son prix. 10. 0 Les gages et la manière d’entretien qui sont d’usage dans le pays pour les domestiques et les journaliers ; le nombre des heures de travail ; l’économie des attelages ; les genres d’ouvrage que la coutume du lieu fait mépriser aux domestiques'ou aux ouvriers 5 les moyens qu’on a d’y suppléer ; la possibilité de se procurer des ouvriers d’extra dans les momens pressans ; l’usage sur la manière de payer les journaliers , soit en argent soit en denrées ; enfin, la facilité de faire faire les travaux à tâche, lorsqu’on le veut. 11. 0 L’état du pays relativement aux arts mécaniques, c’est-à-dire la ressource qu’il offre pour la construction et réparation de tous les outils et instrumens d’agriculture.. DES DÉFRICHE MENS. 15g 12.° Les titres delà proprie'te', abergement ou ferme; les impôts, les redevances; les possibilités d’être inquiété dans la jouissance; expose' à des procès ou à des exactions arbitraires. Car, dans des opérations de ce genre, un homme peut jeter le pain de sa famille, et manquer ensuite des moyens de se rembourser de ses dépenses. , Si l’on considère avec soin toutes les circonstances que nous venons d’énumérer , on peut se faire une assez juste idée du genre et du degré d’amélioration dont les terres incultes sont susceptibles. Mais si un homme , négligeant cet examen préliminaire , s’embarque sans boussole sur une mer inconnue : il y a à parier qu’il échouera. Il en seroit de même de celui qui ignoreroit les détails pratiques de l’agriculture. En vain il auroit rassemblé toutes les données imaginables , s’il manquoit des connoissances nécessaires pour les applications, il ne feroit que des écoles. Ce n’est donc pas le cas ici d’entrer dans des détails minutieux : ils seroient inutiles à l’ignorant, et surabondans pour le cultivateur habile. Nous nous en tiendrons aux indications générales relatives aux principaux cas : l’homme instruit variera les applications selon les circonstances. l6o DBS DÉFRICHE ME N S. Le voisinage d’une grande ville est particulièrement favorable au succès desdéfrichemens. Cela est surtout vrai si la ville est peu à portée d’ailleurs d’un pays fertile. Dans ce cas , les prix des denrées sont habituellement si hauts , qu’ils encouragent beaucoup les cultivateurs dans les travaux qui demandent des avances. La ville fournit des engrais , et offre au propriétaire les moyens de tirer parti de la glaise , des pierres, du sable, des arbres, dont il débarrasse son terrain en défrichant. Dans de telles situations , il n’y a aucun sol si aride qui ne soit susceptible de devenir productif d’une manière permanente . 1 J’ai vu des terres qui, dans le cours d’un petit nombre d’années, ont été portées à un produit mille fois peut-être plus considérable qu’elles ne le donnoient dans leur état naturel. Ce fait, dans ses rapports avec la prospérité d’un état , mérite la plus grande attention. Il met sous un point de vue frappant la possibilité d’augmenter la subsistance de l’homme jusqu’à un point étonnant , et le fâcheux effet d’un état de choses qui met un obstacle absolu à celte espèce de création des denrées. Il est clair que si les terrains que nous venons de désigner, avoient été des communaux , les dé- frichemens n’auroient pas pu se faire. Si les co-partageans des dIprkhïmens, 15g co-partageans au droit de commune avoient été nombreux , ils ne se seroient jamais entendus sur la division à l’amiable ; et si la division s’étoit faite sous l’autorite du parlement, c’eût e'te' avec des frais qui eussent éloigné toute possibilité de profit dans l’entreprise. II ne faut priver celui qui entreprend des défrichemens, d’aucune portion des profits qui en résultent. Toute circonstance qui tendroit à rendre ces profits précaires, ou la jouissance du défricheur mal assurée , entraveroit egalement ces utiles opérations. Il est évident qu’aucun homme raisonnable n’entreprendra de défricher , sans la certitude morale de retrouver ses fonds et la valeur de son travail. Dans toutes les situations , il y a des terres d’un certain degré de fertilité , qui ne comporte que le retour des avances faites pour le physique du défrichement, et rien de plus. Dans de telles situations , si le défricheur a la certitude de tirer le profit qui doit résulter de la vente de ses produits en totalité, il peut se livrer avec confiance à ses travaux : dans la supposition contraire , il ne le peut pas ; et les terrains qui auroient pu devenir des champs fertiles sont condamnés à l’inutilité. Ici on ne peut s’empêcher de déplorer la tendance pernicieuse de cet impôt sur l’indus- Tome 4. L l6o DES DÉ FRICHE MENS. •frie , qu’on nomme la dixme : impôt qui, plus qu’aucun autre obstacle, a retarde les progrès de notre agriculture, et entrave la prospérité nationale. Prescrire des règles sur la manière de s’y prendre pour écarter les obstacles physiques qui s’opposent aux défriehemens , encourager à les entreprendre, et se taire sur les difficultés morales qu’il faut surmonter dans cette carrière, seroit une sorte de charlatanerie. Il faut donc tout dire. L’Angleterre est susceptible d’améliorations immenses : cela est hors de doute. Il est très-facile de démontrer que la Grande- Bretagne pourroit produire au moins dix fois ce qu’elle produit aujourd’hui. Mais il n’est pas moins facile de prouver qu’une telle amélioration ne sauroit avoir lieu tant que la législation agricole subsistera telle qu’elle est aujourd’hui. , Si les vices de ce régime se perpétuent, on doit craindre de voir les capitaux , soustraits de plus en plus à l’agriculture , s’appliquer à des entreprises dont les résultats paroissent plus attrayans. L'Ecosse n’a pas les memes désavantages que l’Angleterre, relativement, aux défriehemens. Aussi est-il commun , dans ce pays-là, de voir des hommes industrieux mettre une petite portion de leur capital à acheter des terrains in- 1 DES DÉE RICHEMENS. i6t cultes , et employer le reste de leurs fonds en defrichemens et ameliorations , avec l’espe- rance raisonnable d’un profit e'gaî à celui qu’ils feroient dans une entreprise ordinaire de commerce. Dans bien des cas, ces entreprises sont hasardeuses et ingrates. Le prix d’achat n’a été quelquefois que la centième partie du capital déboursé jusqu’au moment où les terres ont pu s’affermer pour une rente fixe.. Souvent la plus grande partie des frais a été appliquée , non * au défrichement même , mais aux opérations préliminaires. Ainsi, par exemple, il en coûte souvent très-chet - pour débarrasser le terrain des blocs roulés de rochers ou de granité. II faut les faire sauter avec de la poudre , pour pouvoir les enlever j et comme ces pierres sont souvent en grande partie cachées en terre , il est difficile d’estimer d’avance ce que l’opération coûtera. J’ai vu des defrichemens dans lesquels les pierres étoient en quantité si prodigieuse, que l’on faisoit des murs secs qui avoient jusqu’à neuf pieds de large , pour les consommer , quoique les enclos de celte exploitation n’eussent pas plus de deux acres d’étendue. Dans des cas comme ceux-là , le défricheur n’espère jamais refaire son capital par le pro- "duit annuel, mais il est bien content si, l’opération finie, il peut affermer son terrain à raison 102 DES DÉ FRICHE MENS.' de cinq pour cent de tout l’argent dépense, ou le vendre à raison de a5 à 5o fois la rente. Les de'frichemens sont une espèce de métier en Ecosse. Les opérations en sont soumises à une règle et un calcul , comme les manufactures et le commerce. C’est en effet une manufacture , et celle de toutes qui mérite le plus d’encouragement: elle emploie un grand nombre de bras; et les ouvriers qu’elle occupe, au lieu d’être entassés dans les villes et d’y respirer la corruption du vice , conservent la simplicité' naïve des agriculteurs. Enfin tous les travaux de ces ouvriers sont appliqués à augmenter la quantité des comestibles pour l’homme, c’est- à-dire , à accroître directement la population, la richesse et la prospérité de l’état. Si l’on savoit encourager convenablement ce genre d’industrie , l’accroissement de notre population et de nos ressources territoriales seroit, en quelque sorte sans limites. Je voudrois convaincre par un exemple, de la nécessité d’écarter les obstacles qui s’opposent aux de'frichemens , en Angleterre. En Ecosse , il est commun de voir dépenser jusqu’à soixante livres sterl. par acre , avant de pouvoir affermer le fonds défriché ; et le spéculateur se croit bien payé , s’il peut tirer annuellement trois livres sterl. de produit brut. DES DÉ f'r ichemens. l65 La rente souffre peu de déductions, en Ecosse. La taxe des terres ayant été fixée avant le défrichement , c’est-à-dire dans un tems où le terrain ne valoit presque rien , est très-peu conside'rable. Un tel défrichement ne paie ni dixmc , ni taxe des pauvres , ni aucun impôt de paroisse. La totalité du produit de la terre rentre à celui qui a fait l’entreprise; il tire le cinq pour cent de son argent , et il est encouragé à continuer. En Angleterre, c’est toute autre chose. II y a tant de déductions sur le prix de la ferme , qu’il reste beaucoup moins de revenu net au propriétaire. Supposons qu’on ail dépensé soixante livres slerl. par acre à défricher un terrain aussi productif que dans la supposition ci-dessus ; en admettant le calcul ordinaire , que la rente d’une ferme arable ne doit pas passer le tiers de son produit total : la valeur totale de la récolte devroil donc être de q liv. par acre , dont la dixme payée en nature. vaudroit 18 shel. Supposons les taxes des pauvres et les autres charges de paroisse, à 6 shel. par livres sterh ( et il paroît par les rapports des comtés que ces charges montent plus haut dans plusieurs endroits ) ce seroit 18 shel. sur les 5 livres , ce qui feroit 56 shel, à déduire, et réduiroit la rente nette du dé- 3 04 DES DÉFRICHE MENS, fricheur à 24 shel. tandis qu’en Ecosse elle est de 5 livres sterl. Il tireroit le deux pour cent de son argent, au lieu du cinq; et au lieu d’un profil raisonnable, il auroit une perte certaine. Ce ne sauroit assurément être l’intention de la législature d’entraver par des lois pernicieuses l’industrie nationale du genre le plus utile : cette imperfection de nos lois lient à ce défaut de pre’voyance qu’on retrouve trop souvent dans les institutions humaines. On a fait d’assez grands e[Torts en Angleterre pour les défrichcmens des communaux dans quelques provinces; mais , soit par les raisons déjà déduites , ou d’autres encore que nous indiquerons , ces défrichemens ont été faits avec bien moins d’activité et de succès qu’ils n’auroient dû l’être. Toute opération d’agri- culturè conduite par un homme qui n’est pas du métier, emploie un capital plus considérable que si elle étoit dirigée par un cultivateur pratique. Le profit de telles entreprises tient essentiellement à l’économie de leur gestion ; et il en résulte que toutes les fois que les dépenses nécessaires au défrichement d’un terrain n’excèdent pas les facultés d’un fermier , il y a de l’avantage à faire avec lui un arrangement pour qu’il se charge de l’entreprise. Mais un fermier n’a guères que l’argent né- DES DÉFRICHE MENS. l65 ccssaire pour acheter le bétail de la ferme qu’il prend. Il n’a en vue que les rentrées annuelles que lui procureront ses arrangemens de détail et son industrie domestique : il ne s’occupe pas de spéculations à long terme , telles que les délriehemens. On ne sauroit l’en blâmer : cette disposition résulte nécessairement des circonstances de la plupart des fermiers. Les baux à court terme , ou à un terme incertain , ainsi que ceux qui sont chargés de clauses restrictives onéreuses , ont également pour résultat d’accoutumer le fermier à cette dépendance avilissante qui est destructive de toute ambition , et qui éteint l’esprit d’entreprise. Si les fermiers avoient de longs baux , ils comprendroient que l’emploi d’un petit capital à des défrichemens à leur portée, pourroit leur produire de grands profils: il en résulteroit bientôt de grands efforts. Il n’y a que ceux qui ont été à portée de l’observer, qui puissent comprendre quelle énergie de travail résulte d’un petit profit assuré , lorsqu’il s’y joint l’espérance raisonnable de le voir s’accroître graduellement. Toutes les facultés se réveillent par l’espoir raisonné du succès. L’attention continuellement excitée ,, s’attache aux moindres circonstances, et met à profit les moindres faits. Une fois dans ce cours d’industrie , le l66 DES I) 13 P R I C H E M E N S. fermier peut être abandonne à lui-même. Est-iï ignorant ? son intérêt l’instruira bientôt de mille manières , et chaque jour ajoutera à ses connoissances et à son énergie. Il n’est pas difficile âe conclure qu’il en re'sultera de grands avantages pour les propriétaires et pour l’état. Il ne s’agit point seulement dans ce que je viens de dire , des terrains incultes , proprement dit. Il y a en Angleterre des milliers d’acres, qui, quoiqu’enclos , pourroient bien s’appeler incultes , puisqu’ils ne rendent pas peut-être le quart de ce qu’on pourroit leur faire produire. Ce sont des terres qui ont été mises en prés sans avoir été préalablement portées au degré' d’amélioration qui auroit rendu cette opération salutaire ; en sorte qu’elles sont devenues de véritables friches , d’une stérilité absolue. Quelques-unes de ces pièces sont une glaise blanche qui se relie au soleil, et qui ne produit que quelques herbes aigres et malsaines que le bétail ne touche que lorsqu’il y est forcé par la faim. D’autres sont couvertes d’une couche de mousse qui empêche absolument toute végétation. D’autres enfin, sont tellement garnies de fourmilières qu’on n’y voit le gazon nulle part. De tels abus seroienl bientôt réformés par des fermiers dont l’intérêt éclaireroit la pratique. DES D 13 F R. I C H E M E N S. 1 67 Les dispositions que j’ai indiquées feroient delà profession de l’agriculture une occupation dont les profits seroient calcules comme ceux du commerce et des manufactures. On pour-' . roit s’y vouer avec un capital peu considérable , et la perspective de gagner , par une industrie soutenue, la subsistance d’une famille, et des épargnes honnêtes. Un fermier ne metlroit pas son capital à acheter des bestiaux , et des inslrumens d’agriculture : il en re'serveroit une partie pour acheter des engrais, faire des canaux de desse'ehemens , des arro— semens , et en géne'ral toutes les ameliorations qui pourraient être ne'cessaires. Il ne se bornerait pas aux operations dont les avances doivent rentrer par la re'colte suivante : il se contenterait de l’espérance de sc voir remboursé au bout de plusieurs années. Les propriétaires 11’auroierit pas besoin de se faire instituteurs d’agriculture pour apprendre aux fermiers leur propre métier : ceux-ci y seroient bientôt savans- : et l’avantage général de la communauté en seroil le résultat. La position la plus favorable de toutes pour opérer un défrichement avec profit, c’est le prochain voisinage ou la dépendance d’une ferme/ Le fermier peut alors , et quelquefois sans augmenter ses attelages, mettre annuel- V. 1 68 DES D ÉmiCHÊMENS. îement en étal de culture une petite portion de la terre jusqu’alors inutile. Il e’vite la construction de nouveaux bâtimens $ et ce qui est très - important il a toujours , à porte'e des travaux, le fourrage nécessaire aux animaux de labour qu’il emploie à cette operation. Dans les défrichemens isoles de toute habitation , il est inévitable de perdre les momens où les ouvriers ne peuvent point travailler à la terre : cet inconvénient n’a pas lieu lorsque le fermier est à porte'e de sa demeure. La chaux et les autres engrais peuvent être apportes dans les momens où les attelages sont de loisir ; enfin , la ferme peut fournir les premiers engrais ne’cessaires pour mettre la terre en prompt rapport. Le but auquel un défricheur doit tendre , c’est de mettre son terrain en près ou pâturage aussi promptement que cela sera possible ; car au moment où ce terrain est en pre’ il cesse d’être à charge et se trouve en pleine rente. Il n’exige surtout plus d’engrais : il en fournit, au contraire , aux parties du défrichement qui en ont encore besoin , en alimentant les bestiaux de labour. Il ne faut point oublier , cependant , que l’empressement à mettre les terrains en prés tourneroit à piège, s’ils n’étoient pas suffisant- DES D É F R I C II E M E N S. î 69 ment préparés. Le moment de mettre en pré un terrain quelconque , est celui où ce terrain est dans le meilleur état possible. Il n’y a aucune branche de l’agriculture dans laquelle il se commette plus d’erreurs de pratique. Dans l’enfance de l’agriculture Angloise, on étoit convaincu qu’un terrain qui étoit soumis à la charrue ne devoit être mis en pré que lorsqu’il refusoit absolument de donner des grains. On est revenu de ce préjugé ; mais, même aujourd’hui , il y a très-peu d’agriculteurs qui sentent la prodigieuse différence qu’il y a pour la rente d’un certain nombre d’années prises ensemble , entre des prés établis dans le moment du meilleur état possible de la terre, et ceux qu’on a fait dans des terres médiocrement préparées. Je paroîtrois exagéré si j’établissois ici cette vérité par des faits détaillés qui sont à ma connoissance ; mais je prie le lecteur inexpérimenté de m’en croire quand je l’assure que cette différence est plus grande qu’il ne peut l’imaginer , et qu’on ne sauroit faire trop d’attention à ce point dans les entreprises de défrichement. Pour obtenir le plus promptement qu’il se peut le plus haut degré possible de fertilité du terrain, l’entrepreneur devra se resserrer dans les bornes que lui assignent ses facultés j et en r 3 7° des D É F R I C H E M ‘E N S. particulier ne pas cultiver plus de terrain qu’il n’en pourra fumer bien complètement. Plus de gens se sont ruines dans les entreprises de ce genre par des efforts disproportionnés à leurs moyens , que par aucune autre cause. De tous les engrais qui peuvent améliorer un terrain en friche , aucun n’est plus efficace que la chaux ou d’autres matières calcaires. Une des premières considérations, lorsqu’on entreprend un défrichement, doit donc être la facilité de se procurer de la chaux en quantité suffisante à un prix avantageux , car sans ces deux conditions il y a bien peu d’espérance de réussir à fertiliser une grande étendue de terrain inculte , et au contraire il n’en est aucun , si ingrat qu’il soit , qu’on ne puisse rendre productif avec ce moyen. Mais la chaux ne produit d’effet sensible dans les mauvaises terres que lorsqu’elle y est appliquée en quantité considérable. Un chaldron ou un demi-chaldron } par acre seroit par exemple sans aucun effet. Je crois que 600 bushels de chaux éteinte , par acre , ne seroient pas surabondans , et que 5 oo bushels ne suffiroient pas, dans beaucoup de cas. Le calcul pourra paroître exagéré à quelques personnes , et cependant je suis persuadé que la chaux seule , même en dose aussi forte , ne suffiroit pas à fertiliser une terre toul-à-fait neuve et stérile. DES DKFItXCIIEMENS, 171 Pour la mettre vraiment en bon état, il fau- droit encore 5 o ou 60 voitures de fumier par acre , c’est-à-dire, autant que deux chevaux peuvent en mener sur une terre labourée. Avec celte pre'paralion , si un terrain est laboure' convenablement, il y a bien du malheur ou de la négligence , à la part du fermier, si le sol n’est pas rendu fertile pour toujours. Quelques personnes penseront peut-être qu’il est inutile d’employer les engrais re'unis de la chaux et du fumier, puisque un seul de ces moyens peut agir efficacement. Mais il est prouve que l’aggre'gation de ces deux substances produit beaucoup plus d’effet que chacune n’en produiroit séparément; car la chaux agit non-seulement sur le terrain qu’elle amélioré , mais encore sur le fumier qu’elle rend plus fertilisant. Je ne dis pas cependant que la chaux et le fumier doivent être mélanges avant d’être apportés sur le terrain , mais seulement qu’ils doivent y être mis dans la même saison. Lorsqu’on seroit dans l’impossibilité d’employer ces deux engrais réunis , la chaux seule devroit être préférée au fumier, qui produit souvent peu d’effet sur des terres très-ingrates , et en particulier sur celles qui sont recouvertes de bruyère ou de mousse. Elles peuvent peut-être , à l’aide du fumier, I72 DES DÉFRICHE MENS, produire une ou deux recolles de blé , mais elle retomberont au bout de très-peu de tems dans le même e'tat de s.terilite qu’auparavant, • et se recouvriront de bruyère ou d’oseille sauvage. ' C’est sans doute une excellente operation que celle qui vient d’être indiquée , ruais ce qui est plus important encore , c’est de ne pas attendre à méltre en prë un terrain enrichi de cette manière, qu’il ait été e'puisë par un trop grand nombre de moissons successives. C’est ici la maxime fondamentale d’üne bonne agriculture. Lorsque vous avez un terrain à défricher, fumez-le complètement aussitôt que vos moyens vous le permettront ; et après qu’il aura e'te' mûri et divise' par l’effet du labourage , meltez- le en prê etlaissez-le tel jusqu’à-ce que tous vos champs aient subi la même préparation. Mais avant que des terrains, auparavant incultes, puissent être mis en pré avec avantage , il y a outre les engrais abondans dont je viens de parler, certaines précautions à observer. La plupart des terres qui n’ont jamais été soumises à la culture , ont une crudité qui les rend incapables de produire de la bonne herbe , en abondance. Pour les y rendre propres , il faut trois choses : de fréquens labours, une longue action du soleil, de l’air et des pluies j et des DES D t F R X G H E M E N S. 175 engrais. Lorsque les défrichemens louchent à la ferme, on peut remplir cet objet, en mettant en près les vieux champs de la ferme , et en menant en labour, pendant quelques années, les nouveaux défrichemens, mais sous une rotation bien calculée , et améliorante. Cette manière d’échanger les vieux champs contre des près , est extrêmement avantageuse. ; car les champs soumis à la charrue depuis un très- grand nombre d’années sont, en quelque sorte, incapables de donner de bon blé j ils abondent en semences d’herbes nuisibles au froment. Dans cet état de culture, si l’on donne les labours convenables pour débarrasser la terre des plantes pivotantes , si l’on fume convenablement , on obtiendra de bons prés ; tandis qu’on recueillera d’abondantes moissons dans les terrains plus nouveaux. Mais comme il arrive souvent qu’on ne peut pas se procurer une suffisante quantité d’engrais pour établir une succession non interrompue de récoltes; il faut que le défricheur use de toutes les ressources pour abréger le tems pendant lequel les terrains nouveaux devront être préparés à devenir des prés. Les jachères d’été sont, à cet égard , un moyen précieux ; et dans la plupart des cas , il faut commencer les opérations; par elles. Si le terrain est naturel- 3 7^ T> E S DÉFRICHEMENS, lement friable , si on l’a rompu de très-bonne heure, il est possible cjuelcjuefois de semer en turneps dès la première année ; mais cela est rare; et en général, il vaut mieux donner une jachère d’une année, d’abord, et ne mettre des turneps qu’à la seconde année. Soit qu’on prenne l’un ou l’autre parti, il faut avoir pour règle constante de faire le second labour aussi profond que la nature du terrain puisse le permettre. Il arrive souvent, dans les terres à bruyères , que le sol inférieur est d’une meilleure qualité que la terre de la surface. II faudroit alors le remuer jusqu’à douze et quatorze pouces, si on le pouvoit. Il n’y a aucune charrue qui puisse aller, dès le début, à une telle profondeur. S’il y a des pierres, il vaut mieux rompre à la bêche ; s’il n’y en a pas, il faut préférer, à cause de l’économie , de faire passer deux charrues dans le même sillon. Dans ce cas, il faut que la première ait l’oreille fort écartée , pour que la raie soit très-large. La seconde charrue doit avoir son versoir disposé de manière à élever la terre à une hauteur suffisante pour vider la raie. Lorsque le fond est trop dur , ou qu’à cette profondeur-là on trouve des pierres , il vaut mieux faire travailler des hommes avec la bêchej et pour cela on en distribue le nombre nécessaire DES DÉFRICHEMENS, I77 saire pour travailler immédiatement après que la charrue a passe' : chacun est charge d’une certaine longueur. Celle ope'ration n’est pas très-dispendieuse. J’ai éprouve que six à dix hommes , en les espaçant convenablement le long de la raie, peuvent tenir tête jt une charrues Dans les terres où le sol inférieur est évidemment moins bon que celui de la surface , iî ne convient pas de le ramener dessus. Ce qu’il y a de mieux alors à employer, c’est une espèce de charrue, comme en Lancnshire sous le nom de miner, qui a deux coultres et point de ver- soir. On la fait suivre une charrue ordinaire, pour remuer la terre dans le fond delà raie ouverte. Tout fermier dont le sol admet l’emploi d’un tel instrument devroit en avoir un. J’insiste sur la convenance de remuer la terre aussi profond qu’il se peut, parce que j’ai souvent observé les mauvais effets de la négligence à cet égard. Lorsque le sol n’est remué qu’à la profondeur de quatre à cinq pouces , que la couche inférieure est de l’argile , et qu’il sur- yient de grandes pluies, quelle doit en être la conséquence ? Il faut débarrasser très-promptement le terrain des eaux , pour que la végétation ne soit pas complètement dérangée. On laisse , pour cela, un certain nombre de tranchées ouvertes qui sont destinées à emmener Tome 4. M. 178 DES DÉFRICHEHENS. l’eau superflue le plus promptement possible.' Mais cette eau, avant de tomber dans les tranchées , a coule sur la surface du champ ; elle pénétré en partie la terre remuée, et s’arrête à la glaise dure. Là elle forme un lac souterrain , qui ne pouvant s’écouler par-dessous, s’épuise peu-à-peu en pénétrant latéralement jusqu’aux tranchées ouvertes. 11 est évident que la terre qui a été remuée par la charrue doit, dans de telles circonstances , n’êlre en quelque sorte que de la boue, et que toutes les plantes utiles doivent y languir ou y périr. Une terre qui est ainsi noyée toutes les fois qu’il tombe de l’eau, doit être dépourvue de tous les principes fer- tiiisans dissolubles à l’eau. Elle doit être convertie en une substance qui est tantôt de la pâte et tantôt de la brique , selon qu’il fait humide ou sec. Voilà, je crois , la principale cause de cette disposition à se relier et à se durcir excessivement qu’ont certaines terres. Ces terres blanches font peur aux plus hardis améliorateurs : on les laisse en friche plutôt que de dépenser de l’argent à les mettre en valeur. Mais si l’on défonçoit le terrain à une profondeur suffisante , ces terres pourroient changer de nature et devenir des plus fertiles. " Le sol une fois ouvert, par le soc ou la bêche, à la profondeur que je viens d’indiquer, DES DÉFRICHEMENTS. 179 les pluies le pénètrent dans toute celte profondeur. L’eau s’écoule peu-à peu, après avoir séjourné trop bas pour faire tort aux racines des récoltes qui végètent dans les couches supérieures. La même quantité d’eau pluviale qui auroit noyé les quatre pouces labourés à la surface , s’imbibe peu-à-peu , jusqu’à la profondeur de douze à quinze pouces, en tenant la terre plutôt fraîche que trop humide. Si les pluies cessent , cette humidité inférieure se conserve en magasin pour nourrir les racines par-dessous , lorsque la sécheresse survient ; à peu près comme l’eau avalée en grande quantité par les chameaux se conserve pour le moment nécessaire et se mêle peu-à-peu aux alimens. Ainsi, la pratique que je recommande est tout à la fois une ressource pour dessécher et pour maintenir frais. Nous en voyons tous les jours le résultat dans nos jardins sans le remarquer. Mais quoique , dans le cas dont il est ici question , il soit très-avantageux de remuer la terre jusqu’à une grande profondeur , je ne regarde point les labours très-profonds comme étant habituellement nécessaires. A moins qu’on n’ait un objet très-particulier, je pense que les labours peu profonds sont généralement plus avantageux : bien entendu que de tems en 1 8o DES DÉriUCHEMESS. teras l’opération de défoncer le terrain , de la manière indiquée ci-dessus, doit être répétée. Les couches supérieures dû champ , dans lesquelles les plantes doivent germer et où elles doivent trouver la plus grande partie de leur substance , seront mieux amendées par une quantité donnée de fumier , que si cette quantité étoit mêlée à une plus grande masse de terre. Les principes fertilisans du fumier descendent toujours par l’effet des eaux : c’est une raison pour que les labours par lesquels on enterre le fumier soient très - peu profonds (i). Plutôt l’on s’y prendra pour chauder les terres après qu’elles ont été défoncées, et mieux on réussira à tous égards ; car comme la chaux n’agit jamais que lorsqu’elle est intimement unie aveo le sol, et comme son action fertilisante est plus grande à mesure que celte union est plus intime , il faut la répandre le plutôt, possible , pour qu’elle ait le bénéfice de tous les labours subséquens. Par celte raison, (1) Toute cette théorie est singulièrement d’accord avec les principaux traits de la belle culture d’Hofwyl, dans laquelle M. r Fellenberg a mis à profit les meilleurs principes et enchéri sur les meilleures modèles. [Mai 1808.] MES DÉFRICHE MENS. l8l on ne doit jamais re'pandre la chaux que dans son état pulvérulent. Il faut la herser et l’en* terrer à la charrue très-promptement, pour ne lui pas donner le tems de se re'unir en petites masses , par l’effet de l’humidité ; car ces masses, aussi dures que de la pierre, ne peuvent plus être divisées. Je fais cette observation parce que j’ai remarqué que c’est un usage assez’gé* néral de mettre la chaux vive par monceaux * dans les champs j pour qu’elle s’éteigne , et sfe divise par l’effet de l’air ; or il arrive le plus souvent que cette chaux se forme en petites masses dures, et fait un effet beaucoup moindre. Lorsqu’on peut avoir de l’eau à portée , pour mettre la chaux seulement dans un état de pulvérulence et la répandre d’abord, on y gagné infiniment. Il n’y a aucune récolte qui réussisse mieux sur les terres encore roides et peu menées que les turneps. Ils viennent mieux , peut-être , sur ces terrains-là , lorsqu’on les fume abondamment, qüe dans les terres cultivées depuis un grand nombre d’années. C’est donc par cette récolte qu’il faut commencer surtout les de'frichemens, quand le terrain n’y est pas trop argileux. Une récolte de turneps ameublit et mûrit la terre , mieux même qu’une jachère ; et elle procure de plux 182 des dé friche mens. que celle-ci, beaucoup de fumier; chose dont on a grand besoin dans les defrichemens. C’est une grande erreur de croire que les turneps ne conviennent que dans les terres sablonneuses : ils re’ussissent parfaitement dans les bonnes terres fortes. Dans les argiles même on peut avoir de très-beaux turneps, surtout de l’espèce Suédoise nommée ruta baga ; mais la difficulté' de charier les turneps dans ces terres-là est la grande objection à leur culture ( l ). Si l’on consomme les turneps ep (i) S’il ne s’agissôit que de faire croître de très- gros turneps, et que la question ne fût pas conipli- quée par la difficulté de les charier ,. les terres argileuses y seroient peut-être plus propres qu’aucune autre : je vais en donner une preuve de fait. M. r Campbell de Shawfield occupe une ferme à Woodhall, près de Glasgow, laquelle est de terres argileuses très-fortes. L’année dernière ( récolte de I7g5 ) il eut quelques turneps qui par leur volume attirèrent l’attention des curieux. Un jour que M. r Campbell avoit du monde à dîner chez lui, on parloit de la grosseur la plus considérable à laquelle les turneps puissent parvenir. M. r Campbell en fit choisir un qu’il fit arracher et peser par curiosité. Là compagnie fut extrêmement surprise lorsqu’on eut vérifié que ce îurnep pesoit quarante livres. En cherchant dans le reste du champ, à une époque plus tardive de la récolte, on trouva un turnep qui, parfaitement net- DES D É F R I C H E M E N S 1 85 automne , ou au commencement de l’hiver l’inconve'nient est beaucoup diminue'; et quoique l’avantage de cette récolté soit alors moins grand, il est essentiel d’examiner si les turneps, même avec ce de'savantage, ne sont pas encore la re'colte qui convient le mieux, dans ce cas (1), toyé de terre, pesoit soixante-trois livres et demie. Ce turnep fut conservé long-tems, et pesé à différentes reprises devant un grand nombre de personnes. Le Duc d’Argyll fut un de ceux qui le virent : c’étoit quelques semaines après que le turnep avoit été arraché : il pesoit alors soixante-trois livres seulement. Tant de gens ont vu ce turnep, que mon erreur scrôit bientôt relevée, si je me trompois. Comme c’est un fait extraordinaire, je n’aurois point hasardé de le citer, s’il n’a voit pas la plus grande authenticité. Il prouve que les turneps peuvent croître très-beaux dans les terres argileuses, comme je l’ai moi-même éprouvé souvent ; et il montre que cette plante réussit singulièrement bien en Ecosse, comme je l’ai dit dans le rapport sus* le Comté d’Aberdeen. [A] (1) On peut charier les turneps dans une terre argileuse , sans la pétrir, au moyen des attentions suivantes. Il faut semer les turneps en lignes, distantes de trois pieds. La dernière fois qu’on les cultive avec la houe à cheval, il faut les terrer, ou butter, en laissant la raie ouverte dans les intervalles. En tenant ces raies bien nettoyées, en ôtant les mottes qui peuvent y retomber, on assure à l’eau des pluies son écoulement, et le terrain ne s’en pénètre pas. Depuis l84 DES BÉFKICHEMENS. Les turneps doivent être semés au semoir , et cultivés à la houe à cheval : le fumier doit être mis immédiatement avant de semer. Il est utile de semer les turneps de très-bonne heure , c’est-à-dire , dans le commencement de Juin : la récolte en est beaucoup meilleure. On craint ordinairement que les turneps, semés de bonne heure ne montent en graine plutôt au printems suivant : c’est une erreur. Lorsqu’ils ne montent pas en graine dans l’année où ils ont été semés , ce qui n’arrive point lorsqu’on n’a pas fait la semaille avant le 1 5 de Mai, ils ne montent pas plutôt au printems le dernier trait de la houe à cheval, il ne faut pas qu’aucun animal entre dans le champ, jusqu’au moment où l’on veut charier les turneps. Ce charriage doit se faire avec un chariot à trois roues : celles de derrière distante de six pieds, et cellè de devant, vis-à-vis leur intervalle. Chacune des trois roues suivra une raie, sans loucher au terrain labouré. Les chevaux doivent être attelés à la file*' dans la raie du milieu. Quand le cjhariot est chargé, on dételle les chevaux, et on les attelle derrière pour revenir précisément dans les mêmes traces où l’on a passé. Il faut, en général, faire en sorte que le chariot lorsqu’il est chargé, aille en descendant, s’il y a une'pente : non-seulement les bêtes en ont moins de peine, mais les roues font alors un petit açqueduc qui est très- utile. [À] DES D É F É I 0 H E M E N S. lS5 après avoir été semés en Juin, que s’ils l’avoient été en Septembre. Cette plante est si utile pour l’amélioration des terrains nouveaux, que jeconseillerois d’en faire deux récoltes successives. La terre en sera ameublie, mûrie , et préparée à recevoir des graines de pré avec le premier semis de grains qu’on y fera. 'Lorsque le terrain est trop roide et trop argileux pour qu’on ose y hasarder les turneps, on peut y mettre des pois ou des vesces , en préférant les espèces qui donnent beaucoup en tiges. Plus intimement la chaux aura été mélangée avec la terre , et plus la réussite des turneps sera assurée. Il faut toujours enterrer le fumier au moment de semer. On peut semer à la volée ou au semoir. Les pommes de terres font encore, dans bien des cas, une excellente première récolte sur les défrichemens. Le grain qui réussit le mieux dans les terres nouvelles , est l’avoine. Si le terrain a été suffisamment fumé , celte récolte ne manque guères d’être abondante , même lorsque la culture préparatoire n’a pas été aussi bonne qn’élle auroit dû l’être. Si le terrain a été bien ameubli, l’orge réussit aussi assez bien. J’ai ouï dire que le seigle y fait bien aussi, et peu| î86 DES DÉFRIC HE MENS, être avantageux lorsqu’on peut lui trouver un débouché ; mais, à tout prendre , il n’y a point, dans ces cas-là , de recolle plus profitable que l’avoine. Il arrive souvent , en en Angleterre , que l’on sème du blê pour première récolte sur un défrichement , et une mauvaise jachère. Un terrain qui , dans de telles circonstances pourroit donner une belle re'colte de blé, ne seroit pas difficile à conduire ; et il est humiliant pour notre pays que de tels terrains aient été si long-tems incultes. Lorsque le défricheur n’a pas la convenance d’une ferme voisine des terres qu’il met en valeur , et ne peut pas par conséquent , les cultiver commodément^ en champs pendant quelques années, il doit semer des graines de prés avec la première récolte de grains, afin de laisser cette partie en prés jusqu’à-ce que la totalité de son défrichement soit opérée. Après cette époque ,' le fermier peut recommencer à traiter sa terre pour en faire.une meilleure prairie : il n’est pas de mon sujet , de m’étendre davantage sur ce qu’il y auroit à faire dans ce cas. ! Voici les graines de prés que je conseillerois de semer: dix livres de trèfle blanc, dix livres de trèfle jaune , et deux bushels de ray-grass bien vanné, par acre. Si le terrain étoit,.tour- DES DÊFRICHEMENS. 187 beux , spongieux et humide , on pourroit substituer six à huit livres de plantin à feuilles étroites à une pareille quantité de trèfle jaune. Les pâturins , et d’autres plantes encore sont bonnes , mais il n’est pas aise de se procurer de bonnes graines. Ma raison , pour n’y point mettre de trèfle à fleurs purpurines , c’est qu’il ne dure que deux ans , et que lorsqu’il réussit bien la première année, ses larges feuilles font une ombre qui tue les autres plantes, en sorte que lorsqu’il meurt, il laisse des espaces vides que les mauvaises plantes remplissent. C’est un excellent fourrage pour donner en vert aux chevaux, à l’écurie 5 et le défricheur fera bien d’en avoir une suffisante quantité dans ce but -, mais il ne faut jamais oublier d’y mêler un peu de ray-grass, qui augmente son produit et qui avance de quelques semaines son utilité au printems. Il y a une assez grande masse de préjugés contre le ray-grass ; toutes mes observations sur cette plante tendent à me démontrer que les préventions qui lui sont défavorables ne sont nullement fondées. En mettant à part l’extrême facilité qu’on a à se procurer dé la graine , le ray-grass a tant d’excellentes qualités j que tout ce qui iroit à en circonscrire \ l38 DES DÉFRICHE MENS, l’usage seroit un véritable malheur public. Presque tous les animaux l’aiment mieux que toute autre plante. Elle est extrêmement prin- tannière. Elle fournit une grande quantité d’herbe; et elle réussit dans presque toutes les terres. Il est vrai que dans les très mauvais terrains elle donne peu ; et que si elle n’est pas broutée ras au printems, elle monte en graine , après quoi les tiges sont rejetées par Je bétail : c’est au reste le cas pour tous les gramen que je connois; Sous la conduite d’un ignorant et d’un paresseux , le ray-grass peut donc en effet dégénérer en friche ; mais cela peut arriver aux plus riches pâtures si l’on n’y donne pas les soins convenables. Il ne faut / pour le ray-grass, que le charger d’une quantité de bétail suffisante au printems : ce n’est pas là une condition difficile à remplir. Il continue alors à fournir un-pâturage tendre et succulent/ pendant tout l’été. Quand le ray-grass ner rend pas ce service au fermier, ce n’est pas la faute de la plante , c’est la faute du cultivateur. Bien'des gens trouveront que la quanlitéde semence que je tecommande est trop considérable. Il est vrai qu’on peut faire avec moins ; mais l’expérience’ m’a prouvé qu’il vaut mieux semer les prés trop épais que pas assez. Je ne dis rien de l’ancienne méthode de DE? BÉFRICHEMENS, l8g semer ce qu’on appeïoit poussière de foin , c’est-à-dire, toutes sortes de mauvaises graines mélangées, pour e'tablir un pre'. Cette méthode est à présent ge’néralement abandonne'e. Il y a des cas où il est très-avantageux d’e'co- buer les friches pour les mettre en valeur. Il y a beaucoup de gens prévenus contre celte opé- ration ; mais c’est faute d’avoir suffisamment étudié la matière , et de faire les distinctions convenables. C’est un fait certain que l’on peut obtenir , par l’écobuage , de bonnes récoltes dans de mauvais terrains. Or, une belle récolte peut, lorsqu’on s’y prend bien, servir a acheminer d’autres belles récoltes ; et lorsqu’on s’occupe de défrichemens, c’est un point d’une grande importance que d’obtenir de belles récoltes le plus tôt possible. On a beaucoup répété que l’écobuage consume la terre elle-même , et rend la couche végétale plus mince. Mais la terre n’est point combustible. L’opération du feu consume les racines et fibres des végétaux qui sont entremêlées dans la terre , et produit ainsi du sel alkali , qui aide à la végétation. La terre qui e’toit liée en petites masses par les racines, se trouve ainsi ameublie , et plus propre à être pénétrée par les racines des végétaux. Une partie de la terre éprouve, à la vérité, uaa 1QO DES DÉFRICHEMEN S, alteration , mais qui n’est pas nuisible : celle qui se cuit , se mêlant à celle qui est reste'e dans son état naturel , la rend plus divisible et plus friable ; et je n’he'siterois pas à recommander cet usage. On y fait encore une objection. L’expe'rience prouve que moins le labour qui suit l’e'cobuage est profond, et plus l’effet de l’opération est sensible sur la récolte: mais il faudroit cependant un labour profond pour mûrir la terre nouvelle. J’ai l’idée d’un instrument au moyen duquel on conserveroit les deux avantages. Si l’on y réus- sissoit, on seroit assuré d’une très-belle récolte de turneps en mêlant un peu de chaux avec la terre, dès la première année. Celte récolte donnera beaucoup de fumier, lequel procurera une seconde récolte de turneps plus belle encore. Ce sera ensuite la faute du fermier s’il n’a pas un bon pré qui succède à la première récolte de grains. Quelqu’avantageux que puisse être l’usage de brûler la surface du sol dans les défrichemens des terres qui ont beaucoup de débris de végétaux et de racines à consumer , je doute que cette pratique doive être recommandée pour les terres qui sont depuis long-tems soumises à la culture. Une terre qui n’a jamais vu le soleil, ni recules influences de l’atmosphère, est près- DES B i P R I C S E M E N S, igl qu’incapable d’abord de fournir à aucune végé- tation. Peu-à-peu, les effets de la chaleur, de» la lumière , de l’air, des pluies, l’addition des engrais, la dissolution des insectes qui périssent à sa surface , la putréfaction des racines et des feuilles, concourent à former une sorte de mucilage, ou matière grasse, qui est un des élémens de la végétation, et que le feu dissipe, lorsqu’on l’applique à ces terres. Il est donc probable que, dans ce cas l’écobuage seroit plutôt nuisible. Je n’hésite point à condamner absolument l’usage d’e'cobuer les terrains tourbeux. Dans cette opération , l’on ne brûle pas seulement les matières végétales qui seroient inutiles , on brûle la substance même du sol dans lequel devoit s’opérer la végétation ; car il est impossible d’empêcher le feu de consumer une couche épaisse de tourbe. Il ne reste alors qu’une terre inerte, incapable de rien produire. Quant aux moyens de mettre en valeur les terrains tourbeux , je renvoie le lecteur à un ouvrage que j’ai fait sur cet objet en particulier. J’observerai seulement ici , qu’avec un système judicieux, cette espèce de terrains incultes est plus facilement susceptible qu’aucune autre d’être mise en état de rapport. Les terrains les plus ernbarrassaris pour les défrichemens sont les glaises tenaces. Ce sont ig2 DES DÉFRICHEMENS. peut-être de toutes les terres celles qui peuvènt donner les plus belles récoltes / lorsqu’elles sont complètement améliorées ; mais tant qu’elles sont froides et maigres , elles demandent tant de travaux et 'tant d’engrais , qu’il n’y a que des circonstances très-particulières qui puissent rendre profitable l’entreprise de leur défrichement. Si cette opération, néanmoins, est bien conduite , elle peut finir par être très-lucrative , mais elle exige de grandes avances. Quelle que soit la combinaison des circonstances , lorsqu’une ferme est composée toute entière de terres glaises tenaces , elle ne peut se cultiver qu’à grands frais. Les instrumens aratoires doivent être forts et pesans : par conséquent la force nécessaire pour les mettre en œuvre doit être considérable. Mais ce n’est pas le plus grand mal. Pour pouvoir saisir les rao- niens favorables de labourer les terres, ou pour faire, comme on dit, les labours en bon tems, il faut dix fois plus de bêtes et de gens qu’on n’en emploieroit sur la même étendue de terrain léger; et cela sous peine de compromettre la récolte , en corroyant les terres, en les pétrissant , et en les faisant relier par le soleil. Si donc le propriétaire ou le fermier n’a pas quelque autre manière d’employer ses attelages dans DES DÉFItlCIIEMENS. J g5 dans les tems où il ne peut et ne doit pas labourer , ceux-ci mangent tout le profit que pourroit donner la ferme ; et lorsque , pour diminuer les inconvéniens de la dépensé , le fermier essaie de labourer ses terres dans de mauvais mornens, il n’a ordinairement que des demi-récoltés. J’ai vu ainsi de malheureux fermiers, d’une très-bonne conduite, se ruiner en cultivant des terres qui paroissoient de très- bonne qualité, et qui donnoient en effet, quelquefois, de superbes récoltes. Il s’agit toujours de savoir ce que les récoltes coûtent. Une guinée que l’on paie vingt-deux shellings est trop chère , et on se ruineroit bientôt en en achetant beaucoup à ce prix. Lorsque l’on peut réunir une étendue peu considérable de ces terrains argileux à une grande étendue de terrains légers , c’est une circonstance heureuse , parce que le fermier a ainsi de quoi employer ses attelages dans tous les tems , et que lorsque le moment favorable arrive de labourer ses terrains argileux , il y applique toutes ses forces, et s’assure une bonne récolte. Entre les mains d’un habile agriculteur, ces terres-là sont alors très-profitables ; mais il faut que les circonstances soient telles. Tout ce que je viens de dire a rapport aux défrichemens des terrains qui touchent à une Tome 4. N iy4 B E S D :É F R I C H £ M E N S. ferme , ou quand on peut se procurer des fumiers pour les améliorer. Si Ton est oblige dé trouver, sur les terrains défrichés eux-mêmes, les ressources pour cre'er les engrais , l’entreprise devient beaucoup plus difficile, et il faut s’y prendre différemment. La première chose dont il convient de s’occuper dans ce cas , c’est la nourriture des animaux qui doivent opérer les défrichemens. En général , il est plus sûr, lorsqu’on le peut, de faire faire les premiers travaux par les fermiers les plus voisins, et à prix fait, en entretenant soi-même le plus petit nombre possible d’animaux de labour, jusqu’à-ce qu’on ait de quoi les nourrir ; il faut faire ce qu’on peut, jusqu’à-ce qu’on puisse faire ce qu’on voudroit. Le défricheur est peut-être obligé de faire une récolte ou deux sans les fumer , et seulement après le chaudage. Mais du moment où il a de quoi nourrir ses bestiaux , il faut qu’il change de système, et qu’il fume ceux de ses terrains qui ont déjà été chaudes , pour les mettre en prés. Une fois que le défricheur a abondamment de quoi nourrir ses bestiaux de labour, la principale difficulté est surmontée; et pourvu que les fonds ne lui manquent pas , il peut suivre son entreprise, en s’attachant aux principes ci-après. DES D il F R I C H E M E N S. ig5 Il n’existe guères de terrains si stériles qu’ils ne puissent nourrir quelques animaux , d’une espèce ou d’une autre. Les moutons se nourrissent dans les plus mauvais terrains , et tant qu’ils demeurent incultes , c’est ordinairement à l’entretien des bêles à laine qu’on les applique. Il faut qu’une ferme composée de tels terrains soit bien vaste pour pouvoir y entretenir un troupeau assez nombreux pour occuper un berger bien payé, c’est-à-dire un berger entendu, personnage sans lequel jamais troupeau n’a prospéré. Mais quelque étendue qu’ait la ferme , l’engrais des moutons , bien soigné et bien appliqué, fournira des moyens d’étendre peu-à-peu les améliorations, et de faire produire plus d’herbe et de grains que le même terrain n’en eût jamais produit sous un système vicieux. Tout le monde sait que si l’on couvre de fumier un sol quelconque , et qu’on enterre cet engrais convenablemént, le sol en deviendra beaucoup plus fertile ; et que si l’on met en pré ce terrain ainsi fertilisé , il continuera à être plus productif, pendant un nombre d’années indéfini , que le terrain environnant qui est de la même qualité et n’a pas été fumé. Il s’ensuit que tout terrain qui nourrit des bestiaux quelconques, doit être datte un état \ 196 DES DÉFRICHEMENS. d’amelioration progressive , ou bien les effets du fumier de ces animaux sont annulle's par quelque défaut d’économie. Essayons de rendre cette proportion palpable , en supposant une ferme capable de nourrir mille brebis. Beaucoup d’expériences ont prouve que le fumier de mille bêtes à laine, convenablement rassemble et mis à profit, peut fumer complètement un acre par jour ( 1 ). Personne ne niera que , si l’on mettoil en prê cet acre ainsi améliore, il ne fût capable de nourrir annuellement au moins une bête à laine de plus qu’auparavant. Cela étant, il y auroit accroissement de nourriture pour 565 bêles à laine dans l’année. A la seconde année , la ferme nourrissoit donc i365 brebis au lieu de 1000 : on sent que l’augmentation des années suivantes seroit de plus en plus considérable, dans un rapport qui approcheroit d’une progression géométrique. Il est bien connu que cela n’arrive pas ; et il est probable que des terrains qui nourrissent des brebis n’en entretiennent pas un plus grand (i) C’est la proportion que l’on estime dans les provinces où l’on emploie le parc depuis iong-tems. Je suis disposé à croire que l’on estime trop haut, mais la conclusion générale sera la même. (À) t ) DES D^FRICHEMENS. 197 nombre aujourd’hui , qu’ils ne faisoient il y a peut-être un millier d’anne'es. Il est donc évident que la totalité du fumier fait par ses animaux , dans tout cet espace de tems, a été absolument perdue. Je ne prétends pas qu’il soit possible de rassembler la totalité' du fumier produit par les bêtes à laine , ni par conséquent d’exécuter à la rigueur l’amélioration iudiquée ci-dessus. Quel que soit le système , il doit y avoir une certaine déperdition de fumier; mais lorsqu’on permet que les bestiaux le disséminent au hasard sur toute l’étendue de la ferme , l’amélioration est nulle, ou du moins si foible qu’elle n’est pas même sensible. Il s’ensuit que moins l’on fait d’attention à cette économie plus il se perd d’engrais , et plus les améliorations sont difficiles et lentes. Il y a plusieurs siècles que l’usage du parc est pratiqué en Angleterre dans bien des provinces , au grand avantage des propriétaires ; mais je ne sache pas que le parc ait été appliqué à l’amélioration successive des terrains défrichés. Quelques directions à cet égard pourront être utiles. Je ne saurois trop répéter que la chaux , ou la craie, ou une autre substance calcaire, dois faire la base de toutes les améliorations par 398 DES BÉfRlCHEMïN S. défrichemens , et que cette substance doit être appliquée en grande quantité. La chaux tend à donner une meilleure qualité’ à toutes les plantes de pre's qui croissent par son secours* et rend la somme des produits beaucoup plus conside'rable. Les effets du fumier sont plus grands et plus durables aussi lorsque leur action est secondée par la chaux. 11 semble que le ciel a mis partout cette matière fertilisante, ou du moins l’a mise à portée d’être produite presque partout par l’industrie humaine, pour que les terres pussent en être inde'finiment améliorées. Tout ce qui tend à faciliter le transport de cette substance par terre ou par eau, doit être considère comme des entreprises infiniment utiles sous le rapport de l’agriculture. Le parcage est essentiel à l’emploi economique du fumier des bêles à laine , et la chaux doit toujours être employée de concert avec le parc. On parquera sur les jachères chaude'es, et on disposera le mouvement progressif des claies , ou les coups de parc , de manière à ce que la charrue puisse enterrer le fumier le plus promptement possible. Ce fumier doit être enterre peu profond. Si le sol est propre aux turneps, on destinera à cette racine tout ce qui aura été parqué avant le l5 Mai. On semera dès lors chaque jour , en turneps la partie de DES B h' K I C H E ï E N S, 199 cc même terrain cju’on aura relabourée dans la journée : cette circonstance est essentielle à îa prompte germination de la graine. Il faudroit toujours semer les turneps de cette manière, plutôt que d’attendre la pluie, comme on le fait ordinairement, ce qui lait que souvent la graine éclate et ne-germe pas. Depuis le milieu de Mai au milieu d’Août, on semera successivement les turneps à mesure que le terrain aura été parqué , et le fumier enterré; en observant toujours de labourer et semer aussi près qu’il se pourra après le coup de parc. Si le terrain est bon , l’on pourra semer , depuis le milieu d’Àotit, du colza ou du seigle pour nourriture de printems , ainsi que des vesces d'inver pour succéder à ces nourritures vertes l’année suivante. Mais il ne faut semer que ce qu’on aura parqué , et depuis le mois (l’Octobre , il ri’est guères praticable de parquer sur les jachères. Si J’ori fait manger les turneps sur place , il en résultera un nouvel engrais pour la terre. Elle sera alors en état de recevoir des graines de prés , avec la première récolte de grains. On pourra faucher la première année puis laisser pâturer ensuite la nouvelle prairie. Il en résultera une augmentation considérable de nourriture pour les bestiaux , par conséquent 200 DES DÉFBICHEMEN», plus de fumier, qui, bien applique', augmentera successivement l’étendue du terrain amélioré, jusqu’à-ce qu’enfin on ait fait le tour de ses terres avec les mêmes procédés. Lorsqu’on recommencera la même culture sur les terres qui l’ont déjà éprouvée une fois , elles seront sensiblement plus fertiles. La chaux alors n’y sera point aussi nécessaire; et à mesure que les rotations d’un bon assolement se multiplieront, la fertilité augmentera, jusqu’à-ce qu’enfin la terre devienne très-riche et très-productive. Je n’essaie pas de calculer combien , dans Tin tems donné , on peut améliorer de terrain de celte manière, parce que les bases d’un tel calcul pouvant varier au gré de l’écrivain , on auroit toujours la ressource de les contester. D’ailleurs la matière n’est pas susceptible de précision rigoureuse : le résultat doit varier selon la nature du sol , et mille circonstances indéfinies. Tout ce que je veux montrer , c’est que par l’économie que je recommande , il y a une amélioration progressive , dans tous les cas , quelles que puissent être et la lenteur de la marche, et l’augmentation des frais résultant des difficultés locales ou de la stérilité naturelle du sol. Comme je n’ai pour but que de développer un principe général, je m’abstiens aussi d’en- DES D É F R I C II E ME K S. 201 trer dans les details minutieux. Tout fermier intelligent comprendra qu’il faut des précautions pour ne pas nuire à la santé de ses bêtes à laine , en cherchant à tirer le meilleur parti possible de leur fumier. Il verra que si l’e'tendue de ses fonds est considérable , il aura besoin de deux établissemens de parc, près des deux extrémités de ses terres. Peut-être faudra-t-il même qu’il ait trois parcages en train. Il ne convient pas que les moutons aient plus loin à aller pour parquer, qu’il ne leur faut par- 4 courir d’espace pour manger à leur saoul 5 parce que lorsqu’ils sont remplis, ils se couchent pour ruminer. Il faudroit toujours que le parc . se trouvât prêt à les recevoir au moment où ils ont mangé leur saoul. Enfin le fermier comprendra qu’il convient qu’il ail un parc sur un pré sec , pour y mettre ses bêtes à laine quand il pleut, et qu’il seroit dangereux de les faire parquer sur les terres labourées. Je remarquerai que dans un système de dé- frichemens tel que je le dépeins , les bêtes à laine auroient moins de fatigue qu’elles n’en éprouvent dans la plupart des endroits où il est d’usage de les faire parquer sur les terres labourées. On les conduit souvent très-loin depuis la pâture jusqu’à l’endroit où le parc est dressé ; * au lieu, que dans ce système , les moutons ne 3o2 Des dé FRI CHEM en s. seroienl jamais éloignés du parc , on ils entre- roienl immédiatement après avoir pâturé. Il faut remarquer, à l’avantage du système de défrichement que je propose, que les enclos permanens n’y sont point nécessaires , et que cette dépense , très-considérable , se trouve épargnée. Les enclos nuisent plus ou moins aux moutons. Leur instinct les porte à errer sur de vastes étendues , et plus ils ont de liberté, plus ils prospèrent. Ce qui seroit nécessaire , ou du moins commode dans les clé- frichcmcns dont je parle , seroit une rangée de claies mobiles pour garantir les champs qui portent les récoltes. Chaque année on chan- geroit celte enceinte de place. Tout considéré , lorsque le sol est d’une qualité passable, les défrichcmens, quoiqu’ils soient une opération délicate et difficile , sont néanmoins une bonne spéculation s’ils sont bien conduits , et que le défricheur jouisse de la totalité des productions de ses terres. Mais toutes les fois qu’un homme a la certitude qu’une grande partie du produit de ses travaux lui sera enlevée , ou que même il a seulement de l’inquiétude sur la possession de la terre et de ses produits , s’il hésite à entreprendre , il n’est pas timide , il est sage. Je me suis attaché à démontrer l’utilité de 200 DES DKFUICHEMENS. cette agriculture vigoureuse, soigne'e, qui exige de fortes avances, parce qu’il n’y a que celle là qui donne des profits : une longue expérience m’en a convaincu. Mais pour cela, il faut sécurité parfaite sur la propriété’, et certitude de jouir de la totalité des produits. Faute de ces conditions , le propriétaire laisse en friche ses terrains incultes; et souffre même que ses terres cultivées se rapprochent par degrés de l’état de stérilité des friches. On applique la chaux sur la surface des terrains pour augmenter leur fertilité ; et lorsque sa quantité est suffisante, l’effet en est très-bon, quoiqu’il ne soit pas comparable à celui du mélange de la chaux avec le sol. C’est sur les prés qu’on l’applique, de cette manière ; mais il vaut mieux alors la mêler intimement avec deux parties de terre végétale , avant de la voilurer sur le gazon. Je n’ai rien dit des irrigations , parce qu’il n’y a que très-peu de positions où l’on uil des eaux en abondance et dont on puisse disposer avantageusement. Lorsqu’on peut les obtenir, c’est la manière la plus prompte et la plus avantageuse d’améliorer des terrains incultes. Mais si ces terrains sont argileux et retiennent l’eau, il faut commencer par les défoncer à une suffisante profondeur ; puis bien gazonner leur 2o4 DES D É ERIC II E M E N S. surface. L’effet de l’eau deviendra alors prodigieux, si l’on a la pente necessaire pour s’en debarrasser à volonté. Je n’ai point parlé des clôtures , parce que je ne les considère pas comme une partie essentielle de l’amélioration . des terrains incultes. On emploie souvent, à enclorre les terres, des fonds qui auroient été beaucoup plus utilement appliqués en bonifications réelles. Dans les fonds qui sont en masse , les clôtures qui ne servent pas à dessécher les terres , sont plutôt nuisibles qu’utiles , surtout pour les terres labourables. ‘Des améliorations des terres incultes , par les plantations. Quoiqu’il y ait peu de terrains qui ne soient susceptibles de devenir de bons champs, il y a un grand nombre de situations dans lesquelles, il est beaucoup plus avantageux au propriétaire de planter des arbres, que de soumettre le sol aux opérations de la charrue. Lorsque dans une situation écartée des villes, un espace de terrain , produit principalement des bruyères , dans son état inculte ; lorsqu’il est argileux , sec , stérile , garni de blocs de rochers qui s’élèvent jusqu’à la surface , il n’y a pas à hésiter à préférer les plantations , pour DES DÉ FRICHE MENS. 2o5 en tirer parti, surtout si l’on peut empêcher la stagnation des eaux. Les arbres qui me'ritent attention, dans une entreprise de cette nature sont le chêne , le frêne, l’orme, le hêtre, le bouleau, le noyer, le sapin d’Ecosse, le spruce, le pin de pierre ( stone pine ) le ine'lèze , et le cèdre des Bermudes. Le chêne est celui de tous qui réussit le mieux dans les glaises profondes. Le frêne se plaît dans une terre végétale meuble et riche, surtout quand le roc est dessous. L’orme ( witch-elm ) préfère la terre meuble et fraîche. Le hêtre, réussit sur les terrains graveleux. Le bouleau, aime un sol sec et riche , et réussit aussi dans les terres maigres. Le noyer, prospère dans les terres profondes dont le fond est pierreux , et où les racines ne rencontrent jamais la glaise ni l’eau. Le sapin d’Ecosse et le spruce viennent bien sur les terrains tourbeux et desséchés. Je n’ai pas l’expérience du pin de pierre et du cèdre des Bermudes, je ne puis pas en parler ; mais pour le mélèze , je puis dire qu’il n’y a aucun arbre qui soit susceptible de réussir sur une plus grande variété de terrains. Je ne l’ai, en quelque sorte, jamais vu manquer, que là où l’eau séjournoit. Il vient mieux cependarft , dans une bonne terre de 206 dus dépkiciie mens. moyenne force , que dans la glaise ou les ter* rains graveleux. Cet arbre est extrêmement précieux , soit par la facilité de sa venue , soit par sa beauté , soit par les usages auxquels son bois peut être employé. La plupart des arbres que je viens d’énumérer ne réussissent qu’au moyen de beaucoup desoins, dans le premier période de leur croissance : ces soins et celte culture ne conviennent pas, en général, à ceux qui entreprennent des défrichernens. C’est là la cause de la diminution des forêts de cbêne dans le royaume. Il y a un siècle qu’on s’en plaint, et elle continue. On peut encourager , au nom du patriotisme , à planter des bois de chêne , mais c’est au nom de l’intérêt des particuliers que je puis les encourager à faire des plantations de sapins. On connoît bien aujourd’hui les améliorations qui ont été faites dans les parties septentrionales de l’Ecosse, sur les terrains tourbeux, et dans les situations les plus froides , par des plantations de sapin ( scoth fir ). Ces plantations ont fourni, dansleurs résultats, la preuve de l’avantage dé ces entreprises, toutes les fois qu’elles sont bien conduites. Le bois de cet arbre , est d’une qualité très-commune : il est très-peu durable , et se vend à un prix fort bas ; mais comme la dépense qu’exige son ac- DES DÉ FRI CHE ME NS, 207 croissement n’est rien , il a toujours rendu de quoi satisfaire très-largement les espérances de ceux qui l’ont planté par spéculation, en ne comptant même que le produit des bois. M ais ces plantations , ont d’autres avantages qui ne sauroienl être passés sous silence. La charpente des maisons , dans le voisinage de ces bois , se fait à très-bon marché 5 l’on enclôt les jardins, les vergers, et les prés à très- peu de frais , avec ce bois. En créant des facilités pour l’établissement des colons, les plantations de sapins favorisent l’intérêt des propriétaires ; et la venue du sapin d’Ecosse est si rapide , que celui qui le plante peut jouir de cet avantage. Mr. George Dempster afferme aujourd’hui le terrain occupé par des bois de sapins plantés par lui-même, il y a vingt-cinq ans. Ces bois se défrichent successivement 5 et ce terrain , qui est loué 12 shellings par acre; (après tout le produit des bois vendus) ne lui valoit pas deux pcncc par acre avant ces plantations. C’est ainsi que les grands propriétaires, avec un peu de prévoyance, se procurent de grands profits , et aident une classe nombreuse du peuple ,. qui sans cela auroit été obligée d’abandonner le pays , faute d’y trouver les moyens de son établissement. Cet esprit d’amélioratiou est maintenant « ao 8 des défriche me N s. assez répandu en Ecosse, et les profits qui ea. résultent, sont de jour en jour plus e'videns. Eu Angleterre , il n’en est pas ainsi : des rè- glemens fiscaux enchaînent l’industrie ; car tandis que nos législateurs offrent d’une main des encouragemens à l’agriculture , ils empêchent de l’autre , la reforme des abus qui, jusqu’à pre'sent, ont considérablement diminue les produits de notre île. On est peu. dispose’ à dire ce qu’il seroit avantageux de faire, lorsqu’on a, en quelque sorte, la certitude de le dire inutilement. II s’agïroit moins d’e'tudier les proce'de's physiques des ameliorations que d’ecarler les obstacles moraux qui s’y opposent. Dans les parties septentrionales de l’Ecosse, les plantations de sapins peuvent se faire à beaucoup moins de frais que celles de tout autre arbre , parce que les plantes 'y sont à très-bon marche. Les plantes de deux ans se vendent souvent dans le comte d’Aberdeen 4 pence les 1200 , et jamais plus cher d’un demi-pence le cent. Ceux qui font me'tier de planter à prix fait, se chargent de planter les sapins à un yard les uns des autres en tout sens ; d’en- clarre le tout et de remplacer pendant cinq ans les plantes qui manquent , pour un prix qui varie de 10 à 5 o shellings par acre , selon la nature de l’enclos et son etendue. On suppose que DES DÉFKICHEMENS. 20g que l’exploitation est au 'moins de 5o acres , parce que, dans de plus petits enclos, la dé- pense d’enclorre est proportionnellement plus grande. De cette manière , un homme qui entreprend une exploitation , sait précisément à quoi s’en tenir, avant qu’elle soit commencée : avantage très-grand , parce que chacun doit «ônnoître la borne de ses moyens. L’expérience a prouvé qu’il n’y a point de sol si aride , point d’exposition si froide , qui ne puisse convenir au sapin d’Ecosse, pourvu que la plantation soit d’une étendue suffisante, et ne soit pas placée sur le sommet d’une montagne élevée. L’air de la mer, cependant, ne convient pas à cet arbre, et lorsqu’il croît dans la glaise , il ne dure pas si long-tetns et sou bois est de qualité médiocre. Dans les provinces "méridionales , on a observé que le pinaster supporte l’air de la mer mieux' qu’aucun arbre du genre des pins. Le spruce réussit mieux dans les situations exposées aux grands vents , que le pin d’Ecosse, mais il se vend plus cher : ordinairement il coûte 6 sheîlings le millier de plants. Le sapin argenté ( silver fir) réussit bien dans les bonnes terres , et est un bel arbre, dont l’ombre est extrêmement épaisse. Plus les situations sont exposées aux vents violents, et plus il importe de planter épais, -et Tome 4. B 210 DES DÉFRICHEMENS. de faire une plantation étendue. On a observé que le moment où les arbres font les progrès les plus rapides est celui où leurs branches commencent à se croiser, de manière que les arbres se soutiennent mutuellement. II ne convient donc pas de les espacer à plus de trois pieds de distance en tout sens. On commence à les éclaircir dix ans après les avoir plantés , et on continue d’année en année pendant cinq ans. Les arbres coupés couvrant largement les frais qu’il en coûte pour éclaircir. On a éprouvé que les jeunes pousses du sapin d’Ecosse sont une excellente nourriture pour les vaches et les moutons , en sorte qu’en cas de besoin ces branches offrent une ressource pour l’entretien .des bestiaux : cette ressource a bien son prix dans les pays montueux , où les neiges profondes empêchent quelquefois pendant long-tems les bestiaux de profiter des pâturages. Le mélèze , est décidément supérieur au sapin d’Ecosse , et on le préfère pour toutes les plantations d’une grande étendue. Les quai- lités de cet arbre lui donnent un avantage marqué sur tout autre dont on pourroit faire des plantations dans notre climat. Il n’y a pas long-tems que le mélèze est introduit en Angleterre , en sorte que ces qualités n’y sont pas 211 DES dÆERICHEMENS. encore bien connues, et on l’a cultivé jusqu’ici plutôt pour sa beauté que pour son usage. En effet, il réussit dans tous les terrains , il est très-vigoureux , très-beau par sa verdure , la couleur de ses fleurs , et sa forme élégante ; et ceux qui ont essayé de cet arbre le préfèrent à tout autre du même genre. Il y a très-long-tems que le mélèze est connu dans les parties méridionales de l’Europe pour les usages économiques. Les» Romains l’em- ployoient dans toutes les constructions qui de- mandoient force et durée. Yitruve observe , que le peu de durée des bâtimens de son tems devoitêtre attribué au manque de mélèze dans le voisinage de Rome , où ils étoient épuisés. Toute la chaîne des Alpes produit le mélèze , et partout ou ïe bétail ne broute pas, il croît naturellement sur Jes montagnes où 11 s’élève à une grande hauteur. L’établissement de Venise, dans le tems où l’Italie étoit inondée de Barbares , a donné lieu à une expérience singulièrement frappante en faveur de la durée du bois de mélèze dans l’eau : on trouve encore de nos jours les premiers pilotis de la fondation de Venise parfaitement intacts : lorsqu’on les déplace pour de nouvelles constructions : il semble même que ce bois ait acquis par son long séjour sous À. 212 DES BÉFRICHEÏENS, les eaux , encore plus de dureté qu’il n’en a naturellement. U y a une observation du D. r Pallas , qui n’est pas moins avantageuse à cet arbre, sous le rapport de la duree. Dans la tournée qu’il fil eu Kamschatka , il y a quelques années, il observa des tumulli , sur lesquels les habitans du pays ne pouvoient fournir aucune notion traditionnelle. 11 fil ouvrir un de ces monticules , pour en connoître l’intérieur. Il trouva une plate-forme oblongue , sur le niveau du terrain environnant. Au-dessus de cette plateforme étoit une construction en bois de mélèze et de forme conique, destinée à supporter une grande masse de terre , et à protéger des cadavres, dont les squelettes offVoient encore quelques traces de leur présence. Les poutres de rtiéïèze étoient dans un état d’intégrité parfaite j et d’après certaines circonstances observées par le D. r Pallas , il est probable que la construction de ces tombeaux remontoit à plusieurs milliers d’années. Le chanoine Harte, dans ses Essais d’agriculture, s’étend sur les avantages économiques du mélèze. Il décrit la construction des cabanes de la Carniole , qui sont faites de ce bois et qui durent des siècles. Le suc qui sort des planches et des poutres du mélèze, au bout DES D5ÈFRICHEMENS. 3l5 d’un certain tems , couvre ces constructions d’une sorte de vernis, qui les rend imperméables à l’eau et aux vents. Ces habitations ont encore un autre avantage, c’est que cebois-Iàne prend feu que très-difficilement. L’amiral Greig,qui avoit vu de pareilles cabanes en Sibérie , a beaucoup encouragé les propriétaires d’Ecosse à faire des plantations de mélèze. Il est certain que ce seroit une addition bien importante à la somme de bonheur dont peut jouir la classe pauvre , qu’un moyen facile de construire des habitations chaudes en hiver , fraîches en été, fit qui durent plusieurs générations sans demander d’être réparées. On trouve dans les Mémoires de la Société Royale d’Agriculture de 1787 , un rapport du président de la Tour d’Aigues , extrêmement favorable au bois de Mélèze , sous le rapport de la durée. « J’ai dans mon jardin ( dit-il ) » une palissade qui est en partie de chêne et » en partie de mélèze. Elle a été faite en 17 (il écrit en 1787 ) et passée en couleur une » fois. Le chêne a cédé au tems : le mélèze » est encore sain. On emploie aujourd’hui le » mélèze en Provence pour faire des fustes. » Le châtaignier des Ce'vennes a remplacé le w chêne et le mélèze remplace à présent le châtaignier. Le grain en est assez fin pour / 2l4 DES D É F R I C H E M E N S. )) bien contenir la liqueur , et le bois n’en 3) altère nullement les qualite’s. Depuis Sisteron 3> à Briançon, l’on a employé’, de tout teins le 3> méleze à faire des tonneaux. J’ai dans mon » château de la Tour d’Aigues des solives de 3) mélèze de vingt pouces en carré, qui sont » parfaitement saines , quoiqu’elles aient plus 3> de deux siècles. Mais on ne trouve plus au- 3) jourd’hui des arbres de cette taille que dans 3) les endroits où l’on ne peut pas les voiturer. 3 ) Il y a en Dauphiné et dans les forets de 3 ) Baye en Provence , de mélèzes que deux 3 ) hommes ne pourroient pas embrasser, et qui 3> ont plus de 72 pieds de haut. » En Suisse, on emploie ce bois à tous les usages qui demandent de la solidité. II y est tellement recherché qu’on y en a fait des plantations considérables. On l’emploie à Venise et en Russie à la construction des vaisseaux. Evelyn s’est beaucoup étendu sur les qualités avantageuses de ce bois. Il avoit fortement recommande à ses compatriotes d’en faire des plantations , et de s’approprier tous les avantages qu’on devoit s’en promettre , mais les esprits n’e'toient point suffisamment éclairés pour sentir toute l’importance de l’objet, et il s’est passé un siècle entier après luij sans qu’un seul individu essayât de DES DÉFRICHEMENS. 2l5 naturaliser le mélèze en Angleterre. Il prospère maintenant sur plusieurs point de notre île , mais nos descendans seuls jouiront des avantages qu’il promet. > Les exemples que nous avons cites de la durée extraordinaire du mélèze ont été fournis par des arbres qui avoient atteint toute leur croissance. Il est bien connu que tous les arbres du genre des sapins n’ont les qualités de la dureté, et de la durée , que dans un degré très-inférieur dans les premières années de leur croissance. Le bois de mélèze , qui est blanc pendant un certain nombre d’années , prend ensuite une couleur rougeâtre , quand l’arbre vieillit, et c’est alors qu’il a toutes les qualités dont nous avons parlé. Il n’y a que 53 ans que les premiers mélèzes ont été plantés en Angleterre : c’est le duc d’Athol qui en a fait le prémier essai. Voici le rapport que j’ai reçu du jardinier du duc, concernant deux de ces arbres, il y a deux ans. « Les mélèzes ont 5o ans. Ils ont 120 pieds 3> de haut. A 3 pieds de terre, ils ont 5 pieds 3 > et demi de diamètre : on estime qu’ils con- 3) tiennent chacun no pieds cubes de bois dans » leur tronc , sans les branches. C’est une 3) croissance prodigieuse ; car c’est à raison 3) de 2 \ pieds cubes par année : on peut estimer 3) ce bois i5 chelling le pied. 33 Sl6 DES DÉFRICHE MENS. J’ai voulu vérifier avec plus de précision ieS faits remarquables qui concernent ces deux arbres. J’ai écrit dernièrement au jardinier actuel du duc pour avoir d’autres détails, et ^oici sa réponse : « En conséquence de votre lettre du 26 du •» courant , nous avons fait mesurer exac- » tement les plus gros mélèzes du duc d’Athol » à Dunkel. Ils ont les dimensions suivantes : pietls pouces A 1 pied 8 pouces du sol, circonfér 06- 11 11 à 5 pieds. 10 à 6 pieds. 9 )) à q pieds . . . . . 8 6 à 12 pieds ... . . 8 2 à 18 pieds ........ 7 1 1 à 24 pieds . . ... ... 7 n - t A une plus grande hauteur , nous avons estimé la circonférence comme suit : pieds à 48 pieds du sol, environ ... 6 à 70 pieds . . i ... ... 5 » De là la tige s’amincit graduellement dans R un espace d’environ i 5 pieds. La hauteur » totale est d’environ 85 pieds. lise ont été )) plantés au printems de 1741.' > ’ » Il y a plusieurs mélèzes de plus de 100 pieds, }) mais aucun n’a autant de diamètre. )) Depuis quelques années, le duc d’Athol a DES DjÈl'llICHEMENS. 317 » essaye d’employer le bois de mélèze à divers )) ouvrages economiques , tels que des arbres l) de moulins , des planchers , des cadres de jj fenêtres et de portes, des palissades, et des » canots. La réussite a élë si parfaite , qu’il D paroît que l’Angleterre n’a jamais fait d’ac- )) quisition plus importante dans ce genre , » que la naturalisation de cet arbre , surtout )) si l’on considère qu’il croît à des hauteurs » où le sapin d’Ecosse ne peut pas réussir. » Des canots faits de bois de mélèze, de moins )> de 4 o ans , ont duré trois fois autant que )) des canots faits de sapin de Norvège. Le duc » est si convaincu de l’excellence de ce bois , » que ses plantations, depuis quelques années, » surtout sur les hauteurs, ont été entièrement i) composées de mélèzes, II en plante en- » viron 100,000 tous les ans. ..... Les* D derniers orages ont renversé un mélèze de )) cinquante ans. Il a 86 j pieds de long. On i) estime qu’il contient 8a pieds cubes de bois. * » On en a offert 4 livres sterl. . . .*» En Janvier 1772, un orage, qui fit beaucoup de mal en Ecosse, renversa deux mélèzes dans les plantations de Mr. Campbell à Voodhall près de Glasgow.- Ces arbres se trouvèrent assez gros pour les scier en planches. Ces planches lurent employées dix ans après , le 2l8 DES DÉPRIC HE MENS/ possesseur actuel étant entré en possession de ce fonds , et ayant fait défaire une étable de cochons qui étoit située sous de grands arbres dont elle avoit les égouts , le charpentier crut que les planches seroient pourries , elles se trouvèrent parfaitement saines, et ou les employa à une autre construction. J’ai connoîssance de plusieurs autres faits qui prouvent avec évidence que le bois de mélèze , même lorsque l’arbre étoit jeune , dure incomparablement davantage , et résiste mieux aux impressions des élémens que tous les autres bois que nous employons. Une autre qualité du mélèze, c’est que ses planches ne se fendent, ni ne se voilent, ni ne sont attaquées des vers. Evelyn nous a appris que Raphaël, Urbin , et d’autres peintres ont fait des tableaux sur du mélèze : ces tableaux se sont conservés intacts ; et la moindre fente, la moindre courbure les auroit gâtés. On n’a pas encore essayé si le mélèze est sujet, contme les autres bois, à être percé par le ver de mer. C’est une expérience bien intéressante à faire. C’est un fait que le mélèze est extrêmement difficile à enflammer. On peut faire du feu sur un plateau de mélèze sans l’attaquer sensiblement. 11 faut des fourneaux à vent pour le faire DES DÉFRIGHEMENS. 21 Q brûler. Cette qualité du mélèze étoit connue de Jules César , qui l’appelle lignum igni imp enetrabi le. Les avantages économiques du bois de mélèze suffisent pour encourager partout les plantations de cet arbre ; mais la promptitude de sa croissance est une considération décisive pour ceux qui seroient retenus par la crainte de la dépense , et l’incertitude de jouir eux-mêmes de leurs travaux. Voici un tableau d’observations faites par Mr. Newnham , au primerns et en automne de 1794 , sur une plantation de mélèzes , et qui montre avec quelle singulière rapidité cet arbre croît. Hauteur. Pieds. N.° x. En mars. 6 » En novembre ... 5 ... 6 ... 4 ... 5 ... 5 ... 4 ... 6 2 . 5. 4. b. 6 . 7- 8 . 9 st 6 7 1 3 3 Moyenne. 5 4 Moj enne Pieds. IO ÎO 9 7 » )) 5) 6 9 10 9 2 7 10 5 Il n’y arien d’extraordinaire dans la croissance des arbres de la plantation de Mr. Newnham car dans une plantation à moi, les mélizes de 22Ô DES DÉFRICHE MENS, huit ans, avoient 20 pieds de hauteur moyenne. A 12 ans , ils ont 34 à 36 pieds de haut. Ce n’est pas seulement dans les premières anne'es que le mélèze pousse si vigoureusement. L’exemple de'jà cite de ceux de Dankeld qui ont atteint 120 pieds de haut, en 5o ans, donne presque 2 pieds et demi de croissance par année. C’est un grand plaisir , pour un homme qui commence dans la vigueur de l’âge, que l’espe'rance de voir lui-même de si beaux arbres plantés de sa main- Douze ans , lorsqu’on regarde en arrière , sont bien peu de chose. Une plantation de mélèze de 36 pieds de haut est déjà très ,-r belle. Voilà pour le plaisir: voici pour le profit, qui est la grande affaire. Quand on hésite à planter, c’est parla crainte d’être long tems sans # rien retirer de ses avances: celte crainte est un grand obstacle à l’établissement des plantations. Quand on regarde en avant, quelques années semblent un terme très-long : quand elles sont passées, ç’est comme un jour , et c’est alors que nous regrettons d’avoir manqué l’occasion de nous procurer des avantages permanens. J’invite mon lecteur à oublier le passé, qui n’est que néant 5 mais lé tems court, et il ne tient qu’à lui de meure à profit l’avenir. S’il néglige le moment pré^ DES DÉFRICUÎMENS, 221’ sent, il fera un jour des réflexions pénibles sur son incurie et son imprévoyance. Le mélèze peut être employé à toutes sortes d’usages pendant que l’arbre est encore petit. Dans un bon terrain, et avec quelques soins , on peut commencer à retirer une rente d’une plantation de mélèzes, au bout de*six ans. Celte rente augmente d’année en année, et on laisse à ses héritiers des bois qui valent dix fois peut- être le prix qu’on a payé du terrain. Les plants de 6 ou 8 ans sont extrêmement commodes pour faire des râteliers pour le foin, parce qu’il» sont droits , légers et durables. Le mélèze fait des dents 4e râteau très-dures, lorsqu’on n’employé pas du jeune bois. Les manches de hoyaux , de bêches , de pèles, de faux, de faucilles, et de toutes sortes d’ins- trumens , se font d’aussi bonae qualité, en mélèze qu’en frêne. Ces usages peuvent employer une très - grande quantité de jeunes plants. Ce bois est également très-propre à faire les ehaises communes que l’on garnit en paille , parce qu’il se perde fort aisément , sans se fendre. Les jeunes mélèzes , que l’on coupe pour éclaircir , font d’excellentes perches de houbionières. On fait également, avec ce bois refendu, des barrières, des claies, des portes 223 DES DïîRICHEMïNS. d’enclos, des palissades, etc. Enfin tous les articles de boiserie , pour l’entretien des ap- partemens , se font d’une très-bonne qualité', et sont d’un travail facile, avec ce bois, lorsqu’il a acquis l’âge convenable. Je n’ai parle' jusqu’ici que de l’emploi du tronc ; mais les branches trouvent egalement un emploi economique très-facile. Les plus grosses servent aux enclos : les plus petites peuvent servir soit pour faire des acqueducs , soit pour brûler. Les desséchemens, l’une des operations les plus utiles de l’art de cultiver la terre , ne se font souvent point, faute de matériaux convenables pour remplir les coulisses. Les branches de presque tous les arbres se pourrissent très-promptemçnt en terre; on est contraint d’employer des pierres ou des briques, ce qui rend ces operations très-coûteuses. Les branches de mélèze , par leur qualité durable , seroient extrêmement, propres à cet usage. Si le tronc et les grosses branches de cet arbre brûlent avec difficulté, les petites branches font, en revanche , un combustible extrêmement commode, et qui donne beaucoup de chaleur. La térébenthine est encore un produit du mélèze dont les Vénitiens tirent un grand parti, DES DÉFEICHEMENS. 32^ L’arbre n’en donne pas tandis qu’il est jeune , ni lorsqu’il est devenu trop vieux ; mais pendant 4o ou 5o ans de sa dure'e, il en produit annuellement sept à huit livres. On relire cette substance du tronc de l’arbre, d’où elle découlé par le trou qu’on y fait dans ce but, à peu près comme le sucre coule des érables. Cette opération ne nuit point à la santé de l’arbre. Duhamel, dont l’exactitude et la véracité sont bien connues , m’a fourni l’estime de la quantité de térébenthine que rend chaque arbre , et de son prix. Sur ces données , on peut calculer qu’un acre contenant 682 mélèzes à 8 pieds les uns des autres , en tous sens , rendroit 3 liv. 4 shel. sterl. annuellement, en térébenthine , en supposant que la quantité fournie par les arbres fût la même en Angleterre qu’elle est en Italie. La manne de Briançon, enfin, est un produit du mélèze que les Dauphinois , qui la recueillent, savent rendre utile. C’est une poudre blanche que l’on trouve sur les feuilles de l’arbre , avant que le soleil du matin l’ait éclairé. Dans les plantations que l’on fait par spéculation , il ne faut point mêler d’autres arbres avec le mélèze. Celui-ci dépasse bientôt les arbres environnans, et son sommet se trou- 224 DES D ï F H I C H E H E N S. yant alors trop expose à l’action des vents , sa croissance en est retardée , et la beauté de l’arbre en souffre. 11 faut que chaque mélèze soit protégé par d’autres arbres de la même espèce. Leurs branches se croisent, s’appuient, s’entrelacent d’un arbre à l’autre , et la forêt s’élève tout à la fois , sans qu’aucun individu ait à souffrir. C’est ce qui fait qu’il y a à gagner à planter très-êpais d’abord. J’ai eu des plantations dont les plants n’e'toient qu’à deux i pieds les uns des autres , en tout sens : leur croissance a été étonnamment rapide. Chaque arbre e'toit si droit, si vigoureux, si sain , que le résultat a e'videmment montre' l’avantage des plantations épaisses : on les éclaircit ensuite par degrés. On a souvent, remarque', et avec raison que les arbres du genre des sapins ne donnent jamais , dans les plantations artificielles , du bois d’aussi bonne qualité' que celui qui provient des forêts naturelles. Les deux différences les plus remarquables sont que ce dernier est d’un grain plus serré , et a moins de noeuds. Le grain du bois est formé par une suite d’anneaux concentriques , qui deviennent visibles dans la section horizontale de l’arbre , et dont chacun est composé d’une partie plus dure et d’une autre plus molle , de différentes couleurs DES DÉFRICHEMENS. 225 leurs pour l’ordinaire. Ces anneaux sont composes de fibres ou de tubes dispose's dans une direction verticale, et séparés les uns des autres par une substance parenchymateuse. L’accroissement d’une anne'e , en grosseur, est marque' par un de ces anneaux. Moins cet accroissement a e'te considérable , dans des arbres de même espèce , plus l’anneau est e’troit, et plus la substance dont il est compose' est dure. Les lignes parallèles de ces anneaux concentriques , qui se voient dans la section verticale du tronc , continuent dans une direction uniforme , tant qu’il ne sort point de branche du tronc. Partout or. il se forme une branche , les fibres du bois prennent la même direction qu’elle , et s’arrangent circulairement comme des tuyaux d’orge pour former la contexture du nouveau rameau. Lorsqu’on scie un tronc de sapin ou de me'- lèze dans sa direction longitudinale , pour en faire des planches, la scie coupe presque trans-* versalement les fibres qui formoient la racine de la branche dans le tronc. Ces fibres font ce qu’on appelle un nœud. Il faut observer que l’on ne trouve jamais de gros nœuds vers le centre du tronc. Lorsque la branche a commence', l’arbre e'toit petit. A mesure que les anneaux concentriques se Tome 4. P 226 DES D É F R I C H E M E K S. sont ajoutés les uns aux autres pour l’accroissement du tronc , la branche a grossi de la même manière : donc, dans une section verticale du tronc , qui coupe les fibres radicales de la branche , le nombre de ces fibres sera d’autant plus grand , autrement dit le nœud sera d’autant plus gros , que la section se fera à une plus grande distance du centre. Si l’on coupe une branche à raz le tronc , celte branche ne repousse pas. L’écorce de l’arbre gagne peu-à-peu sur la place que la branche occupoit, et lorsque cette place est tout-à-fait recouverte , les fibres du tronc recommencent à s’arranger par anneaux circulaires , comme s’il n’y avoit jamais eu de branche à cet endroit-là. Le bois qui se forme ensuite d’année en année, au-delà de l’endroit où. la branche a été coupée , est exempt de nœuds. Si l’amputation a eu .lieu pendant que la branche étoit en pleine végétation , et si la branche a été coupée franc , tout auprès du tronc, les fibres nouvelles se rejoignent pardessus les fibres qui ont souffert l’amputation , s’y appliquent exactement , y sont aussi adhérentes , que dans toute autre partie : il y a alors , si je puis m’exprimer ainsi un nœud vivant , dont on ne reconnoît la présence SES DK FRICHE MENS. 22J que par la direction des-fibres. Mais si la branche a été cassée par accident, ou si elle est morte , la partie saillante qui n’a plus de vie , est peu-à-peu emprisonnée par les fibres ligneuses du tronc. Cette partie de la branche n’a plus aucun rapport avec ce qui l’entoure : la se’ve n’y pénètre pas : c’est ce que j’appelle un nœud mort. Lorsque la scie a mis à découvert un nœud de celte espèce, il n’est point adhérent à ce qui l’entoure : on peut l’enîéver comme un bouchon , et il laisse un trou à sa place. En ayant égard à celte marche de la nature , et aux circonstances qui accompagnent la croissance des mélèzes en plantations , et dans les forêts, on explique aisément les différences que J’on observe dans la nature du bois. Les semences des mélèzes, répandues avec profusion dans'les forêts, produisent un très-grand nombre de plantes qui se nuisent réciproquement par leur abondance. Dans la lutte que ces plantes exercent les unes contre les autres , les plus foibles succombent, et celles qui survivent, continuent pendant plusieurs années à lutter contre celles qui les entourent. Les progrès des mélèzes sont infiniment regardés , par ce combat qu’ils ont a soutenir pendant la plus grande partie de leur existence* 228 DES D É F R I C H E M E K S. Leur accroissement est lent, et la texture de leur bois en est d’autant plus serrée. Une partie des branches n’ayant pas de place pour s’étendre , et croissant sous une ombre e'paisse , meurt à des époques successives , se dessèche et tombe. Les fibres ligneuses du tronc recouvrent les places qu’occupoient les branches, et tout le bois qui se forme au-delà, c’est-à-dire à une plus grande distance du centre de l’arbre, est exempt de nœuds. Et comme ce dépéris- sement des branches , par la cause que nous avons indiquée, a principalement lieu pendant que l’arbre est encore jeune , les mélèzes sopt toujours plus remplis de noeuds dans la partie centrale du tronc , que dans les parties voisines de la circonférence. Les nœuds qui se trouvent plus voisins de l’extérieur de l’arbre sont , en revanche beaucoup plus gros : nous en avons vu la raison. Dans les plantations artificielles , la marche est différente. Nous encourageons autant qu’il est possible la croissance de nos mélèzes, en leur donnant autant de place et d’air qu’il leur en faut. Us grandissent et grossissent beaucoup plus vite, et en conséquence leur texture est plus lâche, et leur bois plus tendre. Au moyen du soin que l’on a d’éclaircir la plantation , à mesure qu’elle s’élève , les branches ont toute DES DÉriUCHElIEKJ, 22g la place qu’U leur faut. Il n’en meurt point ; elles grossissent avec l’arbre , et font que le tronc de celui-ci est garni de gros nœuds, jus- ques dans sa partie extérieure. TERRAINS INCULTES. Tiré des r-apports faits par les Commissaires au Département d’Agriculture. Ex rassemblant sous un même point de vue tout ce qui, dans les rapports des commissaires, concerne cet objet, le plus important de tous, il faut se souvenir que les commissaires , ob- lige's par leurs instructions de partager leur attention entre les diverses parties de l’économie rurale , n’ont pu donner à l’article des terres incultes tout le tems qu’il auroit me'rile' 5 car pour obtenir, sur un objet comme celui-là, des informations complètes et satisfaisantes , il faudroit autant de tems et de de'penses que l’ensemble des informations prises en a consomme'. Quelqu’imparfaites neanmoins que soient les données, elles suffisent pleinement à démontrer que l’étendue des terres incultes est immense , et que leur mise en valeur seroit un inestimable avantage pour la nation. Il faut donc continuer avec zèle et persévérance les recherches sur les TERRAINS 2 3© moyens d’exécuter les défrichemens , et de mettre en valeur toutes les espèces de terrains incultes , dans toutes les situations. Ceux qui veulent les détails les trouveront dans les- rapports originaux : il faudroit se répéter sans cesse si on entreprenoit de les transcrire. Nous ne nous bornerons pas, cependant, aux simples résultats: nous tâcherons de tenir un milieu. Dorset. Quatre-vingt-six mille acres de terrains incultes. Dans la partie du Sud-Est est la province , les communaux sont aussi misérables et le produit aussi petit qu’il est possible. Surrey. Quatre-vingt-seize mille acres de communaux. Berkshire. Quarante mille acres de bois, de terres vagues , et communaux qui ne rendent presque rien , et empêchent de mourir de faim des vaches , des chevaux , et des moutons de races abâtardies. • Norfolk. Terrains marécageux .... i,5ooacres Communaux. 80,000 Garennes et pâturages de moutons 63,346 Total. 1 44,346 acres INCULTES. ü5l y a de ces communaux dont Je terrain est d’excellente qualité. Si les deux tiers de ces terrains incultes étoient mis en valeur, ils oc- cuperoient dix mille individus. Sujfolk . Cent mille acres de communaux et garennes. Sussex. Quatre-vingt-dix mille acres , dont la rente ne s’élève tout au plus qu’à l liv. sterl. l’acre. Mi'ddlesex. Le public perd 200,000 liv. sterl. par an , à l’état inculte des communaux de Finchley et des bruyères de Hounslow. Cette dernière plaine est de bon terrain substantiel , et qui donneroit d’aussi belles récoltes qu’aucune terre du voisinage. Buckingham. Environ six mille acres de communaux. JViltshire. Cinq cent mille acres de terres employées au pâturage des bestiaux, mais dont une grande partie rend plus de celte manière qu’elle ne pourroit rendre de toute autre, et ne peut être soumise aux opérations de la charrue. Oxford. Il y a plus de cent paroisses dont les terres ne sont pas encloses. Hampshire. Cent et quatre mille huit cents acres incultes , sans compter plus de 80,000 acres de bois. Les hauteurs nommées Downs , qui ne sont qu’une couche mince de terre cal- * 23a TERRAIN.S caîre sur un fonds de craie, s’afferment 2 shel. 6 den. l’acre. On a essaye' de les e’cobuer , et ces parties-là , quoique tourmente'es de re- coltes de grains successives , s’afferment aujourd’hui 5 shel. l’acre. TFçirwich. Les communaux , en y comprenant les routes , montent à cent vingt mille quatre cents acres. Lincoln. Les terrains incultes, y compris les marais salans , font une étendue de deux cent mille acres. Leicester. Environ vingt mille acres de communaux. Ce qu’on appelle la forêt de Charn- xvood est une occasion de ruine pour ceux qui ont le privilège d’y envoyer leurs bestiaux. Devonshire. On compte trois cent mille acres de terres incultes, qui pourvoient rendre au moins un demi-million sterl. , par an. Cornwall. Sur 758,484 acres il y en a un tiers de terres incultes, et un autre tiers à peu près tel , puisque ce sont des bruyères que l’on rompt une fois tous les vingt-cinq ans. Chester. Soixante mille acres de divers terrains incultes, soit marais, ou sables. Lancaster. Cinq cent huit mille cinq cents acres de communaux et marais. 7f r esi-Moreland. Les trois quarts du comte, c’est-à-dire, 4o5,i20 acres, sont incultes. II 255 * INCULTES. y a plusieurs communaux sur lesquels le droit de tenir dix bêtes à laine toute Tannee, s’achette pour six shellings : on peut juger de l'aridité des pâturages. En supposant que 6 acres suffi-*' sent à 10 moutons , ces terrains rendent un penny l’acre, et le prix de la terre, à raison de 24 fois la rente , seroit de 2 shellings. Donner une cabane avec quelques acres à de pauvres manouvriers, sous la reserve d’une petite rente, seroit une excellente manière de mettre ces terrains en valeur. Un homme qui travaille sur sa proprie’le, fait incomparablement plus d’ouvrage qu’il ne feroit sans cela i il en re'sulle que bien des millions d’acres pour- roient être deTriche's de plus, avec cette méthode que par tout autre moyen. Cumberland. Toute la partie mon tueuse est en champs ouverts : elle contient 342,000 acres; et les communaux montent à i 5 o,ooo. Les communaux contiennent beaucoup de terrains excellons dont la rente aujourd’hui n’est ’pro-. bablement pas de 2 shellings l’acre. Jls rendraient environ huit fois davantage s’ils etoient enclos. Il est aise de prouver que la mise en val/eur de cent mille acres, seulement, produirait une augmentation du revenu de $27,000 liv. sterl. en grains et viandes. Durham . Les communaux situes dans la 234 TERRAINS partie occidentale de la province , montent probablement à cent trente mille acres. York ( arrondissement du Nord ). Quatre cent quarante-deux mille acres incultes. Richard Simpson , de Staintoft, a publie ses expériences sur les défrichemens des marais tourbeux : c’est ee qu’on peut lire de plus instructif sur ce sujet : voici les points principaux. 1. Ecobuer , NB. même sol, il a essaye de labourer sans brûler et de préparer à l’herbe par une jachère. Les parties brûlées sont incomparablement plus belles. 2 . L’e'cobuage profond a mieux re'ussi que l’e’cobuage mince. 3. De 64 à g6 busliels de chaux par acre. Elle a un beaucoup plus grand effet, lorsqu’elle est mise avec les cendres. 4. Les récoltes ont été : trente-deux bushels de graine de colza, cinquante-six bushels d’avoine et de beaux liirrieps. 5. Cinq livres de trèfle blanc, et cinq bushels de poussière de foin, ont produit dans les endroits chaudes , une nappe bien garnie de trèfle blanc; mais dans les endroits non chaudés, la bruyère a reparu , et le trèfle n’a pas pris. 6. Les dépenses sont de 6 liv. sterl. 3 shel. par acre, tout compris. Les récoltes rendent 4 liv. Les avances ne sont donc que de 2 liv. INCULTES. s 35 3 shel. ; et la terré rend 10 shel. de rente , au lieu de 6 pence qu’elle rendoit auparavant. Mr. Simpson recommande d’après son expérience ; i.° d’écobuer; 2.°de chauder$ 3 .° de semer du seigle sur deux labours ; 4 .° de mettre en jachère pour les turneps qu’on fait manger aux moulons sur place ; 5 .° de semer du seigle ou de l’avoine avec des plantes de prés. Dans les terrains tourbeux de l’ouest , 3 oo acres ayant été enclos , par acte du parlement, et les deux tiers de cet espace ayant été mis en valeur, le tout a été affermé 120 liv. slerl. Au lieu de cent moutons d’Ecosse que ce terrain nourrissoit auparavant, il a nourri et maintenu en bon état, deux cent cinquante moutons à longue laine , quarante boeufs d’Ecosse, et dix chevaux. Yorck {arrondissement de VOuest) 261, 533 acres, c’est-à-dire, un sixième de l’étendue d>e cette partie de la province , sont en terres incultes. La clôture de la forêt de Knaresbo- rough , opérée en 177g , a produit des effets extrêmement marqués, quoiqu’elle ait été mal conduite à divers égards. Les pauvres ont trouvé du travail ; et leur main-d’œuvre a été rendue extrêmement productive : on ne voyoit presque jamais de chariots au marché de Skiptçm : à présent , il en vient toutes les 2 36 TERRAINS semaines environ deux cents. Les produits sont prodigieusement augmentes ; les rentes plus que triplées , et la population fort accrue. Mr. Stockdale a mis en valeur une grande partie de la forêt dont le sol êtoit de la glaise froide et du sable blanc. Il a écobué la surface. 11 a laissé reposer un an après le premier labour; bersé ensuite ; croisé par un second labour , en enterrant trois chaldrons de chaux par acre. L’année suivante , au printems , il a semé de l’avoine après un troisième labour. L’année suivante il a mis des pois et des vesces. Il laissa ensuite en jachère, et chauda une seconde fois, et fit deux récoltes de suite. Après quoi, il a fait alternativement une jachère et une récolte. Il tire maintenant de ce terrain îo shel. l’acre de rente. Les terrains incultes écobués à Borough- bridge , et semés en colza ont rendu, en général 32 bushels de graine. Il y a entre les trois arrondissemens de la province de Yorck , 849,272 acres incultes. Northumberland. Quatre cent cinquante mille acres de terrains montueux impropres au labourage. Cardigan. La moitié du comté est inculte. Caermarthen. 170,666 acres , formant un tiers de la province , sont incultes. La moitié I N C U Ii T E S. 257 de ces terrains pourroit être défrichée avec avantage. Brecknok. La moitié du comte', soit 256,000 acres , est sans culture. Pembroke. Yingt-deux mille acres de communaux , dont la rente est à peu près nulle. Derby. 239,492 acres incultes. Bedford. 217,200 acres de champs communs et de communaux. Sommerset. 90,000 acres de communaux et marais. Radnor. Les communaux, montent à 200,000 acres, dont 5o,ooo sont de meilleurs terrains que la plus grande partie des propriétés particulières. Un troupeau considérable de bêtes à laine a été tenu long-terns sur un des meilleurs éommunaux ; et calcul fait de sa rente , elle s’est trouvée nulle. Le propriétaire a tenu dès lors constamment son troupeau sur ses terrains enclos , et quoique ses frais fussent considérables , le profit de son troupeau Fa été de même. Northampton. Le grand marais de Peterbo- rough contient six à sept mille acres de terres aussi bonnes qu’aucune de celles qui l’entourent , et cependant les fermiers estiment pour rien le droit d’y envoyer paître leurs bestiaux. Si ce marais étoit divisé en propriétés particulières , il rendroil 20 à 5o sbel. l’acre. a 38 TERRAINS Hereford. On estime les communaux à 20,000 acres. Stafford. i 4 l, 760 acres incultes. Flintshire. Les encaissemens ont créé' une rente de 21 sliellings par acre, dans les terrains qui ne rendoient rien. Anglesea. Les desse'chemens ont converti des terrains de 5 à 6 shellings de rente, en des terres qui en l’endent 20 à 2 . 5 . Montgomery. Mr. Corbet, par des ameliorations dans les marais tourbeux , a fait rendre 55 sbellings à des terres qui rendoient g den. —,11 a éprouvé' qu’en arrosant les bruyères, on les tue , et on. fait croître la bonne herbe. TForcester. Les bêtes à laine qui se nourrissent sur les communaux font une race misérable. Leur chair ne va presque jamais au marche', parce qu’il est rare qu’elles vivent assez pour être tondues trois fois. Hereford. Plus les communaux ont d’é- tendue , plus les paroisses qui y ont droit sont misérables. II résulte de l’ensemble des rapports qu’il y a plus de six millions d’acres incultes. Les faits prouvent avec évidence que les communaux et terres incultes du royaume, ne rendent presque rien , si même ils rendent INCULTES. 2 3ç) quelque chose. II re'sulte des rapports que les communaux tentent les individus d’avoir plus de bestiaux qu’ils n’en peuvent hiverner : ce qui expose à des perles conside'rables. Ces pâturages sont, dans tous les tems , tellement surchargés de bêtes , que la nourriture est très- maigre. On voit que les communaux propagent et perpétuent les contagions; qu’ils tendent à dégrader les races de chevaux, de vaches , et de bêtes à laine. Us favorisent, enfin , la paresse , et produisent la misère et le vice. Il ressort avec évidence de tous les rapports , que les communaux , sous les relations de la prospérité publique, font plus de mal que de bien. Pour éviter d’être accusés d’exagération, supposons néanmoins que la foible nourriture qu’ils fournissent, balance les maux qui résultent de leur existence , il restera vrai qu’ils sont nuis dans le sol national, et que cinq ou six millions d’acres de mer , autour de nous , seroient aussi utiles à la nation. Les limites de la prospérité, de la grandeur, de la richesse de l’Angleterre , seroient prodigieusement reculées , si tous ceux qui possèdent des capitaux avoient la possibilité de les employer à acheter des terres incultes , qu’ils auroient le droit d’enclorre. Tous les observateurs agronomes qui ont parcouru nos pro- 2-io TERRAINS vinces , savent très-bien qu’il y a par-tout des ‘hommes qui cherchent des fermes et n’en trouvent point ; et que les fermiers riches ne sachant comment placer leurs fils achètent pour eux , à un haut prix, des terrains à faire valoir, pour pouvoir les occuper utilement. Cette surabondance de richesse rurale est d’un avantage très-grand pour l’état; mais combien ne seroit- il pas plus considérable, s’il existoit un moyen d’appliquer ces capitaux à l’agriculture sans ôter à personne les moyens d’activité’ qu’il a aujourd’hui ! Cent autres faits ", à ma connoissance , prouvent comme ceux-là , que les capitaux destinés aux défrichemens des communaux sont entre les mains des vrais agriculteurs : il ne faut que lever les obstacles qui en arrêtent l’application. La grande objection que l’on fait, c’est que plusieurs de ces terrains ne paieroient pas les frais de mise en valeur. Cette objection se trouve même dans plusieurs des rapports, présentés sous la forme du doute. Cette question est très-importante , et demande d’être examinée avec soin. Il y a, dans plusieurs provinces, des districts fort étendus , qui ont été enclos de haies 1 , défrichés, plantés, bâtis, desséches, mis en pleine valeur ; et qui pourtant ne rendent que de S I N C U X T E S. 24t 5 à îo shellings de rente par acre., Dlans le Herefordshire , par exemple , on voit un pays qui , par les progrès de la richesse nationale, a passe de l’état inculte à une culture florissante, et qui pourtant, vu l’aridité naturelle du sol , ne donne qu’une très-foible rente. Comparons- le capital qui seroit nécessaire pour créer un état de culture semblable , en partant de l’état de friches de nos communaux ; et nous verrons que probablement on ne trouveroit pas le trois pour cent de son argent, peut-être pas le deux. Cependant la chose a été exécutée. Elle l’a été peu-à-peu : les capitaux se sont appliqués à l’agriculture , sans que probablement aucune branche de l’industrie nationale en ait souffert. Tout cela s’est fait par le principe de cette force sans cesse agissante de la liberté qu’a chaque individu d’employer ses capitaux comme il l’entend , et de faire de sa terre ce qu’il lui plaît. Ces exemples prouvent évidemment que le profit calculable des défrichemens ne sera point ,1a limite de ceux-ci ; et que les terrains , une fois partagés , seront nécessairement mis en valeur , peu-à-peu , et seront parfaitement cultivés, en dépit des calculs qui prouvent que leur défrichement seroit ruineux. Sous les rapports de l’intérêt national , l’importance de Tome 4. Q 24a TERRAINS cette vérité' est infinie; car la conversion d’une terre inculte en une ferme en pleine rente , ajoute à perpétuité à cette production annuelle, qui est en proportion exacte avec la somme totale de la richesse publique , quels qu’aient été les premiers frais des particuliers qui ont opéré les défrichemens. Dans la progression des améliorations des terres d’un royaume, il se fait une masse de dépenses , qui est étonnante lorsqu’on s’arrête à la considérer. Elle monte à une aliquote qui est entre un tiers et une moitié de la valeur des terres, calculée à trente ans de leur rente pour le capital. L’Angleterre contient 46 millions d’acres. Si nous appliquons ce raisonnement à 55 millions d’acres, nous verrons que l’on a dépensé sur cet espace (à calculer seulement à îo liv. sterl. par acre ) 55o millions sterling. Je crois pouvoir conclure comme un résultat général des rapports, dont les détails ne sauroient être tous retracés , que les frais de clôture , de bâtimens , de défrichemens , etc., doivent être estimés à raison de 10 liv. sterl. par acre. Dans plusieurs cas, une partie de celte somme rentre par les récoltes nécessaires au défrichement même : cela arrive surtout dans les terrains tourbeux, qui par cette raison sont beaucoup moins coûteux à défricher que r incultes. *45 des terres graveleuses et humides*: celles-ci ont souvent une qualité vitriolique , comme dans le Herefordsliire. Les mises en valeur qui coûtent 10 liv. sterl»| par acre ne peuvent regarder que les proprie'* taires, à moins que le terme des baux ne soit beaucoup plus long qu’ils ne le sont d’ordinairew Les faits qui résultent des rapports indiqueroient que le profit des défrichemens est) en general, considérable. En voici un précis : En Dorset. . shel. 2 sont devenus Cornwall. . . . » Yorck ..... l Ibid ....... Nortumberland. 1 Somerset.... 5 Ibid.i Flintshire. . . . » Anglesea .... 2 Shel. . 12 6 d. » » )) )> n » 6 6d. L. 7 18 «d.; L’augmentation se trouve donc, sur le tout, de liv. sterl. 75 sliel. 6 den. annuellement*! Otons-en 5 pour 100 pour les réparations, il reste 6 liv. 18 shel. 3 den. — Supposons que ces neuf comtés soient neuf acres , et les frais 7 liv. l’acre, ce sera 63 liv. §terl. Cette somme s 44 TERRAINS rendant 6 liv. 18 shel. et 5 den. rend 10 liv.' 17 shel. pour 100 liv. au défricheur. On peut admettre comme un fait assez rapproché de la vérité , que tout emploi d’argent qui suppose des hasards, rend environ 10 pour 100. On peut considérer la division des communaux, seulement sous le rapport de leur clôture, et de l’augmentation de valeur qui en résul- teroit. Les inconvéniens qui accompagnent l’état présent des communaux dépendent de ce que les pâturages sont surchargés. S’ils e’toient divisés , le pâturage en seroit beaucoup plus avantageux, et d’ailleurs on pourroitles planter. Je ne parlerai pas ici des plantations : je traiterai ce sujet ailleurs. Dans un examen prochain des comtés qui pourra être ordonné par le département d’Agricullure , il vaudra la peine de rechercher quelle pourroit être l’augmentation de valeur des terrains destinés au pâturage , uniquement par l’effet des clôtures et de la division entre les particuliers. Le comité des terres incultes, après avoir rassemblé toutes les informations possibles sur l’étendue de ces terres, dans les trois royaumes, les porte à 22,107,00© acres. Nous pouvons donc calculer sur cette base. Nous avons estimé que les défrichemens , clôtures, écobuages , chaudages , conversions I N C TJ Xj T E s: 245 en près , constructions de bâtimens, etc. pou-» voient montera 10 liv. stcrl. par acre. Il faut en déduire environ 5 liv. sterl. pour le produit des recolles , puis ajouter 5 liv. sterl. pour l’acliat des bestiaux necessaires : ce sera 12 liv. sterJ. par acre , qui doivent être dépensées , entre le propriétaire et le fermier. Si vingt millions d’acres etoient ainsi améliorés , la somme appliquée à cette amélioration seroit clone de 24 o millions sterling. Cette somme, à dix pour cent, rendroit 24 millions, dont l 4 aux propriétaires, et 10 aux fermiers. La rente totale des terres de la Grande- Bretagne peut être estimée , en gros , à environ 28 millions sterl. La population est d’environ 12 millions d’individus , lesquels supportent 16 millions sterl. d’impôts. Il ne seroit pas difficile de démontrer qu’en augmentant le produit du sol, on augmenteroit, dans la même proportion , la population , et les revenus publics. Doublez le produit de la terre , et vous doublez le revenu de tous ceux qui sont intéressés à la culture , savoir , les propriétaires, les fermiers, et les manouvriers. Doublez les revenus des particuliers , et vous doublez leur consommation , c’est-à-dire que vous doublez les manufactures et le commerce. 246 i - TERRAINS Il y a long-tems que nos ministres savent que la mesure des consommations est celle des impôts. Tout homme accoutume à porter son attention sur ces objets ne peut conserver aucun doute sur cette vérité. Si la rente des terres e'tant 28 millions sterl. la population est de 12 millions d’individus, quelle sera la population qui re'pondra à i4 millions sterl. d’augmentation dans la rente ?— Si la rente des terres supporte actuellement :16 millions sterl. d’impôts, elle en supporteroit 24 millions, sans l’addition d’aucune taxe nouvelle. Voilà des ressources dont le public devra la connoissance au departement d’Agri- culture. Mais , dira-t-on , où trouver le capital de deux cent quarante millions sterling, necessaire pour ope'rer les défricliemens, et mettre les terrains nouveaux en pleine rente ? Je réponds qu’on le trouvera là où l’on a trouve le capital de 120 millions sterling pour mettre en valeur les îles d’Ame'rique ; là où l’Amerique, commerçant avec nous , trouve son capital; là*où la moitié' du globe trouve des capitaux : c’est- à-dire, dans l’industrie, l’activité', l’energie , l’esprit d’entreprise de notre nation ; dans un commerce de'jà fonde sur un immense capital ; I N C U Ii T E S.. 247 dans les mêmes ressources qui ont fait bâtir y en une seule année, quinze mille maisons, dans trois villes (1). Lorsqu’on s’est bien convaincu des vérités que je viens de présenter, on ne sait comment qualifier la politique de nos législateurs , qui laissent subsister les obstacles qui s’opposent encore au défrichement des terrains incultes. Améliorations des marais, telles qu’elles sont pratiquées par Mr. John Smith de Swindrig-moor etses fermiers. ( Par le Duc de Buccleugh. ) Annales d’Arthur Young. On peut distinguer les marais tourbeux en deux espèces différentes savoir : ceux à tourbes noires, et les rougeâtres ou blanchâtres. Les premiers, semblent composés de débris de racines , de bruyère ou d’autres végétaux. Leur tourbe est solide j elle a de la consistance, et peut être employée comme combustible. Les autres marais sont composés d’une boue blanchâtre ou rougeâtre, qui lorsqu’elle est desséchée (1) Londres, Bath, et Birmingham, en 1792. ÇA] 248 AMÉLIORATIONS n’est plus qu’une substance spongieuse , semblable à des étoupcs. On trouve souvent cette substance à une épaisseur de trois jusqu’à vingt-quatre pouces, au-dessus de la tourbe noire. On met de côte’ cette substance spongieuse , lorsque l’on exploite la tourbe comme combustible. Celte espèce de marais n’est point aussi susceptible d’être mise en valeur que l’autre, surtout lorsque le lit de cette substance spongieuse a une e’paisseur considérable. Il lui faut plus de temspour prendre une certaine consistance, et devenir capable de culture. Cependant , deux ans lui suffisent d’ordinaire pour être aussi bonne à cultiver que l’autre lourly». Les couches tourbeuses varient en épaisseur depuis huit jusqu’à quatorze pieds et davantage. Le succès a été le même, quelle que fût l’épaisseur des couches. La première chose à faire est de marquer et couper des grands fossés de dessèchement pour se débarrasser de l’eau superflue, en ménageant toujours le niveau le plus qu’il est possible. Les enclos marqués par les grands fossés sont, en général, de six à dix acres d’Ecosse. La largeur de ces fossés est de cinq pieds , en haut ; leur profondeur de quatre et demi 5 et leur largeur en bas de deux pieds et demi. des marais. a 4 g Us coûtent à raison d’un slielling par 18 pieds de longueur. Lorsque les fosses de desse'chemens sont faits, on marque les planches, ou sillons, auxquelles on donne 18 pieds à 21 de large. Dans le milieu de la planche, on n’ùte rien au terrain, mais on creuse deux petits fosse's à 20 pouces de distance , avec la bêche , en relevant la terre au milieu de la planche ; et on continue ainsi en se rapprochant des bords de la planche, lesquels sont marques par un fosse de division de deux pieds de large. La profondeur de ce fosse' de division doit varier selon le degré d’humidite' de la tourbe : il doit servir à la saigner de toute l’eau dont elle est imprégnée. Ond oit observer que le succès de la première récolte dépend beaucoup de la manière dont les planches sont formées. Il ne faut pas qu’elles soient trop hautes dans le milieu, sans quoi la tourbe y est trop sèche, et la chaux n’agit pas dessus. Il en est de même lorsque la tourbe est trop humide, dans les bords des planches. II ne faut donc pas que la pente des sillons soit trop forte , afin que les pluies puissent pénétrer convenablement le terrain tourbeux. Cette opération de former les planches ou sillons se fait à tâche ou prix fait. Elle coûte i liv. 5 shel. 4 den. sterl. par acre Ecossois, 25o Améliorations quand le terrain est passablement uni, et jusqu’à 2 IW. et 2 liv. 2 sliel. quand le terrain est fort inégal. Un habile ouvrier gagne , à ce taux-là , 2 shel. 6 den. par jour. L’operation qui se fait ensuite est de chauder le terrain , à raison de 4 à 8 chaldrons par acre. Cinq bushels font le boll, et huit bolls le chaldron. La chaux abonde dans le voisinage, et son prix est de 1 shel. 2 den. par boll. Cette plaine de marais est d’une étendue très- considérable. On a fait une route étroite qui la coupe par le centre. On amène la chaux par cette route, puis on la transporte de cette route sur les sillons avec des brouettes à bras, et des planches disposées sur la tourbe. U est difficile d’estimer cette dépense qui se fait par les domestiques , et non à tâche. Dès la seconde anne'e du dessèchement, la tourbe a pris assez de consistance pour porter des chariots légers, attelés d’un cheval, et c’est de cette manière que se cliarient les récoltes. C’est pendant l’été qu’il faut travailler à mettre la tourbe en valeur. Elle a le tems de se mûrir, et de se préparer à la végétation pour l’été de l’année suivante. On essaie souvent l’avoine dès la première année , mais il est rare qu’elle donne; et cela paroît être une mauvaise pratique. Ea première i "DES MARAIS. 25l 1 récolté la plus profitable est celle des pommes de terre. La manière de les planter est simple et peu coûteuse. Le terrain e’tant divise en planches, et chaude, comme nous l’avons dit, on marque les couches de pommes de terre , au printems , en travers des sillons. Ces couches ont cinq à six pieds de large , et sont sépare'es par des fosse's de deux pieds. On recouvre les couches, d’un lit de fumier très-mince: cela en emploie 18 chariots à un cheval , par acre Ecossois. On place les quartiers de pommes de terre sur le fumier, à 12 pouces en tout sens , et on les recouvre avec la tourbe des intervalles. Dès que les pommes de terre lèvent, on rejette encore de la tourbe des intervalles , pour les couvrir. Ce qu’on remet ainsi de tourbe , monte à environ 5 pouces d’e’paisseur. On ne les touche plus , jusqu’au moment de la récolte. Elles rendent communément 35o bushels , par acre , et sont très-bonnes. Après la récolte des pommes de terre , on rétablit les planches comme elles éloient auparavant , et on recure les fossés de division. On objectera qu’en établissant les planches , on doit rejetter dans les fossés de séparation une partie de la surface de la tourbe amendée ; mais on a soin de ne le pas faire. L’ouvrier en* 252 améliorations lève la surface , des deux côtes du petit fosse qui sépare les couches, puis il comble ce fossé avec Je terrain inférieur non-amende. Il faut remarquer ici que toutes les opérations de la bêche se font dans la tourbe avec une facilité double de celle que l’on éprouve dans les terrains les plus légers. Cette substance, n’adhère point a la bêche : elle est légère, et n’q&ige aucun effort : il semble que l’on coupe du fromage frais. Ceux qui ont vu travailler la tourbe pour combustible , savent avec quelle facilité elle se tranche. Après cpie les planches sont réformées , on les laisse, sans y toucher , jusqu’au printems. On sème alors de l’avoine. Il est indifférent au succès de l’avoine que la saison soit sèche ou humide. On sème l’avoine sans labourer , et on l’enterre avec une herse de bois , traînée par deux hommes. Quatre hommes, en se relayant, hersent plus d’un acre par jour. Les deux qui ne hersent pas , s’occupent de régaler la surface, et de relever la tourbe dans les bords des fossés. Il faut toujours que ceux-ci soient nettoyés. On préfère l’avoine hâtive. L’autre donne trop en paille, verse, et ne produit que très-peu de grains et de farine. Le produit de la première récolte d’avoine est rarement moins de 60 busliels par acre , I DES MARAIS. 255 et quelquefois davantage. Le grain est nourri, et de très-bonne qualité. La récolte se vend jusqu’à dix liv. sterl. par acre, prise sur pied. Pour préparer une seconde récolte d’avoine , l’année suivante , on laboure à la bêche les planches, et on rétablit les fossés. lien coûte au plus 1 liv. 6 shel. Le produit est tout aussi fort que la première année. On laboure quelquefois à la charrue, pour la troisième récolte : ordinairement on recommence la même opération à la bêche , et l’on sème de l’avoine une troisième année. iLa chaux a tellement la faculté de consolider ces terrains tourbeux, que dès la troisième année, on peut les labourer avec des chevaux , et charier de même toutes les récoltes. On en fait Souvent cinq et six d’avoine consécutivement , sans autres engrais que ce qu’on a mis pour les pommes de terre , la première année, et on ne remarque aucun signe d’épuisement du terrain. Les dernières récoltes , quoique moins abondantes , produisent encore 4o à 5o bushels par acre. La tourbe se trouve alors convertie en un terreau noir , qui se couvre naturellement d’excellente herbe , où le trèfle blanc domine. On sème du ray-grass avec la cinquième ou sixième récolte d’avoine. Ce ray-grass , mélangé des herbes naturelles à ce 2 64 AllilIOHATiOKS genre de terrain, donne d’abondantes recolles-. J’ai vu couper ces près en 1796 : ils n’etoient point inferieurs aux récoltés des plus riches prairies. Je crois que ce pâturage s’affermeroit aisément à 25 shellings l’acre. J’ai déjà dit que lorsqu’on commence par l’avoine , il n’est pas rare qu’elle manque , la première anne'e. La plantation des pommes de terre, pour commencer , est regardée comme la meilleure et la plus prompte méthode pour convertir la tourbe en terreau : ce n’est peut- être pas tant le mélange du fumier à la tourbe qui opère cet effet, en augmentant la fermentation putride déjà commencée par la chaux, que l’action des pommes de terre sur le terrain. Leur ombrage empêche l’humidité de s’évaporer , et accélère la décomposition de la tourbe. Peut-être aussi l’arrachement des pommes de terre opère-t-il un excellent effet, par le mélange intime du fumier à la tourbe , et la pulvérisation qui en résultent. La méthode est universellement suivie par les fermiers ; autant, du moins , qu’ils peuvent se procurer du fumier 3 le succès ne manque jamais d’être très-brillant. La tourbe spongieuse blanchâtre ou rougeâtre , se met en valeur avec le même succès. fÇelte substance a encore moins de consistance UES MARAIS. 2 55 que la tourbe noire : elle n’est pas capable de porter un chien. Elle demande un peu plus de tems pour se consolider; mais elle devient ensuite tout aussi productive que l’autre. Comme dans le cours de quelques années, la tourbe s’affaisse sensiblement, dans les parties en valeur , il faut avoir soin de baisser les fossés dans la proportion , de peur que l’humidité ne gâte les récoltes ; mais il faut aussi avoir l’attention dont nous avons parlé plus haut , de ne pas dessécher complètement la tourbe , en donnant trop de pente aux sillons. Mr. Smith, qui entend extrêmement bien cette agriculture , a eu la complaisance de me montrer une grande étendue de ces terrains appartenans à lui et à d’autres , et de m’expliquer en détail la culture qu’on y pratique. C’est d’après lui, et les informations prises des autres cultivateurs, et sur les lieux que je parle. Il y a douze ans que cette culture est pratiquée par lui. Pendant les quatre ou cinq premières années , il a eu peu d’imitateurs, mais ensuite ses fermiers et ses voisins , et beaucoup d’autres personnes , d’après son exemple , suivent les mêmes procédés. J’ai passé plusieurs jours dant sa ferme , en Juillet et Août 1796. J’ai visité plus de cent cinquante acres appar- Jenans à différens particuliers f et dans divers 256 AMÉLIORATIONS. degrés d’amelioration. Toutes les recolles avoient un aspect de vigueur et de prospérité , excepté des avoines de première année , dans les endroits où l’on avoit manqué de fumier , et où l’on avoit omis les pommes de terre. Tout me parut répondre exactement aux détails que j’avois reçus. Les récoltes de pommes de terre me semblèrent plus belles et plus vigoureuses que je n’en eusse vu nulle part. Mr. Smith a essayé plusieurs méthodes et plusieurs engrais différens, et il s’est assuré que les procédés ci-dessus étoient de beaucoup les plus efficaces , puisque le succès n’a jamais même été médiocre, soit sur les tourbes noires, soit sur les tourbes blanchâtres. Il a éprouvé aussi que les récoltes , dans les mauvaises années , sont beaucoup meilleures que sur tous les autres terrains. Il est convaincu que tous les engrais calcaires , tels que les marnes , la craie, et la chaux , sont des matières les plus efficaces pour l’amélioration permanente de la tourbe ; que le fumier , sans la chaux , n’y fait aucun effet • que le fumier avec la chaux , mais de toute autre manière qu’avec les pommes de terre , ne fait pas à beaucoup près aussi bien. Mr. Smith croit qu’on pourroit perfectionner l’assolement , et il s’occupe d’expé- ' riences à ce sujet. Ce I) 13 S M A R A I S. 257 Ce qui m’a rendu plus attentif à ees ameliorations dans ce district, c’est qu’en général, il est extrêmement mal cultive, quoique le terrain soit naturellement fertile. On n’y voit ni tur- rieps , ni jachères , ni trèfle ; peu ou point de récoltes vertes (les pommes de terre exceptées) et très-peu d’orge. Ce que l’on considère ici comme l’amélioration par excellence , c’est de couvrir de chaux un vieux pré , en automne j de le rompre en hiver ou au primeras, puis de recueillir de l’avoine sur.de l’avoine , aussi iong-tcms que le terrain veut en donner ; et enfin de laisser croître l’herbe d’elle-même, ou en semant un peu de ray-grass avec l’avoine quand celle-ci ne rend plus. Après quatre ou cinq ans de pré , on recommence. Cependant les mêmes fermiers qui suivent une aussi détestable culture , exécutent avec beaucoup de soin tous les procédés ci-desssus décrits pour l’amélioration des marais tourbeux : ils y emploient une activité et une exactitude remarquables. Il est vrai que comme tout se fait à prix convenu , les fermiers n’ont qu’à surveiller l’exécution. L’exemple que Mr. Smith leur donne étant parfait à tous égards, ils n’ont qu’à le suivre exactement. Dans une de mes courses , je vis un fermier qui avoit fait une amélioration de marais , Tome 4. Il 258 -AMÉLIORATIONS d’une étendue considérable. Je lui demandai dans combien de tems il espe’roit élre rembourse' de ses avances. Il me répondit qu’il ne pouvoit pas le savoir exactement ; mais que cependant je pourrois conjecturer moi-même ce qu’il en pensoit, par le fait suivant, savoir: qu’d avoit , cette année même, entrepris l’amélioration d’un marais de cinq acres de la manière décrite ci-dessus , quoiqu’il le tînt à ferme par un bail qui expiroit dans quatre ans, et qu’il n’avoit aucune espérance de renouveler. L’année suivante , il comptoit améliorer de même cinq autres acres , qu’il n’auroit plus alors que pour trois ans. II avoit, dans le reste de sa ferme , de bonnes terres dont il payoit une livre sterling l’acre , et il conside'roit le marais comme beaucoup plus productif japur l’avoine. J’ai visité plusieurs de ces marais qui e’toient en pré depuis quatre ou cinq ans. A en juger par les tourbes environnantes, ces prés avoient baissé de trois ou quatre pieds. Le haut des sillons n’e'toit plus marqué. L’herbe étoit d’une bonne qualité , et le gros bétail qui y pâturoit, n’avoit point pétri le terrain , ni rompu le gazon , même dans les endroits qui formoient auparavant les raies de division. Dans ces raies, on voyoit sortir quelques roseaux. A côté de DES MARAIS. a56 la pièce que j’observois , ëloit une orge , dans du terrain semblable. Cette orge e’toit aussi belle que j’en aie vu nulle part ailleurs, et tout aussi avancée. Elle avoit été semée après qu’on avoit répandu sur le terrain un peu de chaux , c’est-à-dire la moitié de la quantité employée à l’amendement primitif. Faire cinq ou six récoltes d’avoine consécutives , paroît être une bien mauvaise agriculture ; mais il faut se souvenir que toutes les terres sont occupées par des petits fermiers , qui sont peu avancés , et qui ne croient jamais pouvoir rentrer trop tôt dans leurs débours. Ils en usent de même dans leurs meilleures terres. Si j’osois hasarder une opinion sur un sujet que je ne);onnois pas par mon expérience, je croirois qu’il convient de recueillir du grain sur la tourbe , jusqu’à-ce qu’elle soit assez solide pour porter le bétail ( ce qui arrive toujours après la troisième récolte ) et de semer alors des graines de pré, avec du ray- grass. On peut aussi semer avec avantage du trèfle blanc , du plantin à longues feuilles , \ et du ray-grass , mêlés. Les deux premières ' plantes croissant spontanément sur ce sol-là , semblent indiquées par la nature. Le ray-grass ayant une racine traçante et fibreuse, donne de la consistance à la tourbe ; il relie sa surface, y « t 9 et il empêche que les jeunes plantes des herbes ne soient de'racine'es par les gele'es et les dégels. C’est le seul foin artificiel qu’on ait essaye, et il a un succès prodigieux. Je pense qu’il seroit dangereux de mettre en pre’ avant la troisième anne’e , parce que le be'tail romproit le gazon, en pâturant, et alors les joncs ne manqueraient pas de pousser dans les marques des pieds. Il ne paraît point nécessaire de se presser autant pour mettre le terrain en pre’, qu’il convient de le faire dans les terres communes. Les récoltes d’avoine ne diminuant presque point , il ne paraît pas que la tourbe s’e'puise sensiblement. D’ailleurs l’avoine donne une très-grande quantité' de paille , laquelle procure beaucoup de fumier, et par conséquent les moyens d’améliorer une plus grande étendue de tourbe. Je ne doute pas cependant que le pâturage ne fût meilleur si la conversion en pré suivoit de plus près l’amendement par le fumier. On pensera peut-être que les moutons étant plus légers, pourraient être mis en pâture sur les tourbes améliorées beaucoup plus tôt qu’on ne peut y mettre les bêtes à cornes. Mais je crois que l’expérience en seroit dangereuse, et que les bêtes à laine prendraient la pourriture, sur ces terrains , quoique Mr. Young , agn- 13ES M A E A I S\ 261 culteur justement célèbre , ait rapporte' dans son voyage d’Irlande, la pratique de Mr. Frènch comme opérant un effet tout contraire : voici ce qu’il dit, en parlant de ce fermier : « il )) emploie ses marais améliorés à nourrir ses « moutons l’hiver. L’herbe s’y maintient verte, i> comme au printems, et la qualité du pâturage » est telle, que si les moutons ont de la dis— i) position à la pourriture , ils s’y guérissent , 3) au lieu d’empirer. » Il est inutile de disputer sur des faits ; et comme je n’ai aucune expe'rience du contraire, je n’ai point le droit de faire la supposition opposée; mais s’il est permis de raisonner par analogie , il semble que ces terrains devroient produire la pourriture. C’est un fait bien connu que les marais améliorés , et mis en pre' après deux récoltes de grains , ont une singulière tendance à donner la pourriture aux moutons, surtout lorsque les foins artificiels ont péri et ont été remplacés par les plantes naturelles à ces terrains. Cela arrive particulièrement là où le fond est de terre glaise humide. Les fermiers sont obligés, par cette raison , de rompre ces terrains beaucoup plus tôt qu’ils ne le feroient sans cela. Il est également connu que les terrains bas que l’on appelle improprement prés , en Eçosse , ont la même tendance à donner la * 262 AMÉLIORATIONS pourriture aux moulons , mais dans un plus haut degré. On se’pare , ces terrains bas, des autres terres , par des palissades , pour que les bêtes à laine ri’y entrent jamais. La pourriture est beaucoup moins à craindre pour les fermiers qui n’élèvent pas, c’est-à-dire qui renouvellent leur troupeau tous les ans , pour vendre les moutons gras. Une bête à laine s’engraisse , et conserve sa graisse fort long- tems , lors même qu’elle a le foie attaque' très- sérieusement , et que la maladie est devenue mortelle. J’ai vu tuer des moutons passablement gras , et qui n’avoient presque pas une goûte de sang dans les veines. Je vais finir par le calcul des frais et des rentrées de l’amélioration des marais , telle que je ' l’ai détaillée ci-dessus. Comme je crains les exagérations , je prendrai les produits au taux le plus bas dont j’aie ouï parler , en recueillant mes informations , et je mettrai les dépenses au taux le plus haut. Quant aux articles dont je n’ai pas pu savoir les prix, comme le travail pour répandre la chaux et le fumier , l’arrachement des pommes de terre , la moisson de l’avoine et son chariage ; enfin, toutes les opérations que les fermiers font faire par leurs domestiques , je les mets au taux établi pour ces ouvrages dans les environs, en sorte que eha. et. pommes de terre et charriage . 1 lO » Liv. st. i 4 » 5 Inte'rêt de deux ans . 1 8 )) Dépense totale. Liv, st. 1 5 8 5 Le produit des pommes de terre est de 4 o à 5 o bolls de 8 bushels,. (Mipnosous 4 o bolls) , à 8 sheJiings par bo;!L Liv. st. 16 » 1 > Le gain sur la première recolle est de'jà de Il shellmgs 7 deniers. Seconde année. L. st. sh. a. Travail pour remettre les plan- ches. » 18 » Huit bushels d’avoine pour se- mcnce. » i 5 » Travail pour herser, en sup- posant que quatre hommes lier- sent un acre par jour. » 6 » Moisson. . . ...... « 6 » Charriage ....... » 2 6 Travail pour mettre en moies . )> 2 6 Battage.. » 5 » Pre'paralion du grain « 1 )) Charriage au marche'. . i) 5 » Liv. st. . 2 19 » Intérêt d’un an. » 5 » 5 2 » DES MARAIS. 265 L’avoine rend dix bolls par acre E. st. sh. <1. qui à treize shellings, font. . . 6 10 » Paille.. l5 )> Liv. st. 7 5 » Le gain de la seconde année est donc de 4 liv. sterl. et 5 shel. par acre. Troisième année. Les de'penses et l’intérêt de la troisième an- ne’e montent à 5 liv. s,terl. il shel. 4 den. Le produit de l’avoine et de la paille est de 7 liv b shel. Le profit est donc de 5 liv. sterl. 15 shel. 8 den. Quatrième année. La tourbe étant consolide'e, on peut labourer avec des chevaux jusqu’à deux raies de distance des fosses de division. Les dépenses sont donc moindres, et ne montent, y compris l’intérêt, qu’à 5 liv. 5 shel. 2 den. Mais le produit de l’avoine est diminue', et le profit ne monte 4 .° Sur le prix de la journée de charrue. » )> 5 .° Sur le rapport du nombre d’animaux de labour avec une e'tendue de 100 acres. » )> Il rapporte toutes les terres sur lesquelles ont porté ses observations, à trois espèces : les terres sablonneuses , les bonnes terres , et les glaises, ou autrement dit : les terres légères, communes, et pesantes. — Ses observations sur les premières sont au nombre de dix-neuf 5 sur les secondes au nombre de trente-trois ; et sur les derniers au nombre de quinze. Voici la récapitulation générale de ces tables : » » Dans les terres sablonneuses on laboure avec trois bêtes; n ( k (1) Les bœufs ne sont employés que dans huit endroits sur soixante-sept. SUR U F. S I, A B O U R S.<^ Scfi » La journée de travail est d’un acre y » » La profondeur du travail est de quatre pouces. » » Le prix de la journée de charrue est cinq shellings ; et le nombre des animaux est de huit , pour cent acres. » )> Dans les terres ordinaires , une charrue emploie trois bêtes et demie ( 1 ) ; on laboure un acre par jour; la charrue va à quatre pouces et trois quai'ts de profondeur; la journée de labour coûte cinq shellings ; et Pon emploie neuf bêtes pour cent acres de terres arables. » )) Dans les terres argileuses ou pesantes, on laboure avec trois bêles et demie : on remue la terre à trois pouces et demi de profondeur ; 11 en coûte (quatre shellings pour une journée de charrue ; et Pon tient onze bêtes pour cent acres à labourer. » » La moyenne entre toutes les terres est donc : » » 3 | Bêtes par charrue. )) » 1 Âcre par jour. » » 4 Pouces de profondeur. )) m 4 Shellings 8 deniers pour prix d’une journée de charrue. » (i) I/auteur a été obligé de supposer des fractions d’aniœaux. ag4 sur ï, es Labours. 1 » g jièêtes poor cent acresi » L’auteur fait ensuite les réflexions suivantes. )> Ce tableau de l’état du labourage dans toutes les parties que j’ai visitées donne une idée fort nette de la chose ; et le résultat est remarquable. )> » Je n’avois jamais imaginé qu’il existât une juste proportion entre la force des attelages et la ténacité de la terre à labourer ; mais j’avoue que je n’imaginois pas que la pratique fût absurde au point où les faits ci-dessus la démontrent. Cette égalité du nombre d’animaux employés à mouvoir la charrue dans des terres si differentes est' fort étrange. La terre glaise n’en emploie pas plus que la terre ordinaire, et le sable presque autant que l’une ou l’autre. Ce fait montre clairement que la routine seule guide les fermiers quant au nombre d’animaux dont ils attellent leurs charrues : procédé absurde ! et qui ne peut qu’affecter d’une manière très-fâcheuse les profits de leur exploitation et la prospérité du royaume. » » Si la moyenne du nombre des animaux de trait employés à la charrue n’e’toit pas au-dessus de ce qu’elle doit être , le mal ne seroit pas si grand ; mais il n’y a aucune terre dans notre île qui demande pour son labour la force de trois bêtes et demie , pourvu que les procédés SUR LSS Xi A, B O U R. S. StgS de l’agriculture soient bien entendus. Si les terres e’toient rompues au moment où elles doivent l’être , deux chevaux, ou deux bœufs de bonne taille suffiroient pour les terres les plus tenaces, en exceptant seulement les pentesj et encore, comme elles doivent se labourer en travers, elles n’exigent guères plus de force que les terrains en plaine. La moyenne du nombre employé est donc presque doublé de ce qu’elle devroit être. La moyenne des terres argilleuses est la même que la moyenne prise sur le tout $ quel n’est donc pas l’excès du nombre d’animaux employés dans les terres sablonneuses ! » » Personne ne peut alléguer l’expérience ea réponse à cette observation. Qui peut signifier ici la coutume du canton et la prescription des siècles ? Il est de toute évidence que cette coutume , et cette longue expérience sont les- effets du hasard seul , et non de la raison ou de l’examen des convenances. Il n’y a point de vérité mieux démontrée en géométrie que celle-ci , savoir qu’il faut plus de force pour labourer de la terre glaise que pour labourer du sable ; et que cette force peut se résoudre en quantité d’ouvrage fait dans la journée de charrue , tout comme en nombre d’animaux de trait. Tous les fermiers conviendront de gg6 sur les labours. cette proposition , mais ils sont bien éloignes d’avoir l’idée du résultat ge'ne'ral , ou d’une moyenne prise sur toutes les terres. i> » Le tableau nous montre encore plus d’é— galite’ entre les surfaces du terrain laboure'es dans un jour , qu’entre les nombres comparatifs des animaux emptoye's dans des terres différentes ; il est donc absolument hors de doute que tout le système du labourage est une affaire de hasard. On ne peut réfléchir que des sables sont labourés avec plus d’animaux qu’il n’en faut pour la glaise , et en ne faisant pas plus d’ouvrage que dans celle-ci; on ne peut, dis-je , réfléchir à une telle économie d’agriculture sans indignation. Des milliers de familles éprouvent les atteintes du besoin ; des millions de chevaux sont nourris aux dépens d’industrieux sujets. C’est là un objet d’une importance infinie : un mal qui sollicite l’attention de ceux qui ont le pouvoir d’y apporter remède. — Le parlement pourroit s’en mêler, s’il agissoit avec les ménagemens qu’exigent les droits d’une nation libre. Mais si l’on ne le juge pas praticable, ou si l’on néglige cet objet , comme mille autres d’une égale importance , pour s’occuper.... Je recommande fortement à tous les propriétaires de s’attacher de tout leur pouvoir à remédier à Ym usage .r S U R LES LABOURS. 207 aussi pernicieux. On ne sauroit douter qu’ils ne le puissent : tout ce qu’on doit désirer , c’est qu’ils le veuillent. Au moment où un homme , qui a de l’argent en poche , prend une ferme résolution , elle est a moitié exécutée. Il faut employer les primes , les encou- ragemens , les récompenses , non-seulement avec les fermiers , mais avec les laboureurs. Il faut se procurer à tout prix des fermiers et des domestiques auxquels les bonnes pratiques soient familières. Il vaut la peine , assurément, pour les propriétaires de se mettre en mouvement , car ils ne sauroient introduire dans leur canton une méthode économique de culture sans accroître sensiblement le revenu de leurs terres ; et jp ne mets point en ligne de compte le sentiment d’avoir rendu à leur pays un service éminent, sentiment qui, je le sais , seroit précieux pour un grand nombre d’entr’eux. » » C’est encore là un objet bien digne de l’attention de la société pour l’encouragement des arts , des manufactures et du commerce. Elle pourroil aisément exciter par des prix honorables le zèle des gentiiliommes qui réus- siroient à introduire dans un canton d’une certaine étendue la culture économique dont il est question. » )) Tout est absurde dans les résultats de la 298 SUR LES LABOURS, table que j’ai présentée. Sur l’article de la profondeur du labour , le lecteur observera que la charrue pénétré dans les terres ordinaires trois-quarts de pouce plus bas que dans le sable; et qu’il ne s’en faut que d’un demi-pouce que la charrue n’aille aussi bas dans la glaise que dans le sable. Cela démontré évidemment que la coutume prescrit également dans chaque canton la profondeur où. l’on doit labourer , et que cette coutume est suivie machinalement sur tous les terrains , quelque différens qu’ils soient les uns des autres. C’est le hasard , et non la raison , qui a produit l’usage. » » On trouve une nouvelle preuve de cette vérité en examinant comparativement les prix du labourage. La journée de charrue est d’un shelling moins chère dans les terres argilleuses que dans les autres. » » Le rapport du nombre d’animaux de trait avec cent acres arables , est un peu plus raisonnable. Il y a une légère différence entre les terres de différente nature , mais elle est évidemment moins considérable qu’elle ne de- vroit l’être. Ceci prouve encore combien l’agriculture du royaume a besoin d’une réforme relativement au nombre des chevaux employés. La moyenne est au-dessus de neuf pour cent acres ; nombre énorme ! et qui répond à la % SUR LES LABOURS. 2gg surabondance de force absurdement employée dans les charrues. » » Les fermiers des parties les plus riches et les mieux cultivées du comte d’Essex , surtout entre Braintree et Hockerill , auprès de Samford et de Thaxted , n’entretiennent que 4 à 5 chevaux pour 100 acres de terres arables, et par conséquent ces chevaux font, en outre, tout l’ouvrage des prés. On compte que pour une ferme de 200 acres de champ et 100 acres de prés, dix chevaux sont un nombre très- suffisant. Or il faut remarquer que le sol de ces cantons est une terre argileuse très-tenace , qui donne de grandes récoltes en fèves , et qu’il y a une bonne partie des champs de ces fermes qui sont en pente, en sorte que l’ouvrage de la çharrue est pénible : cependant ils labourent toujours avec dieux chevaux , et labourent très-bien , quoiqu’ils ne rompent jamais les chaumes du blé qu’après les semailles de l’orge. » )) Il en est de même dans les cantons de Suffolk qui sont le mieux cultivés. Mais , neuf chevaux pour cent acres! c’est un abus affreux ; et si l’on réfléchit que les sables et les autres terres légères se trouvent comprises dans le tableau, on conviendra que c’est au*moins cinq de trop. En sorte que dans toute cette étendue 5oo SUR LES labours; de pays, il y a plus de la moitié des chevaux qu’ou nourrit inutilement. Lorsque de nombreux attelages produisent des labours multipliés, et une agriculture excellente, l’objection tombe -, mais nous voyons bien que ce n’est pas ici le cas , puisque les fermiers à terres argileuses ne tiennent pas plus de bêtes de labour que les fermiers à terres légères, et que la profondeur des labours est la même partout. — C’est une triste ehose que de penser, que dans une portion si considérable du royaume , la moitié des chevaux employés est nourrie inutilement. Personne ne prétendra contester que des chevaux inutiles ne soient nuisibles. De quel côté qu’on envisage la chose, on ne sauroit en disconvenir. Ces chevaux-là n’ont aucun rapport à l’exportation , en supposant que ce commerce fût avantageux : puisque dans ce cas-ci nous consommons nous-mêmes ce qui , dans les principes mercantiles , clevroit être converti en argent. Ce grand nombre de chevaux empêche la culture d’une très-grande quantité de grains qui s’exporteroient ; ces animaux occupent les pâturages qui engrais- seroient des bêtes à cornes , lesquelles four- niroient à notre consommation , et nous per- mettroient d’exporter plus de blé. Ces chevaux inutiles ne procurent aucune consommation SUR UES eabours. Soi avantageuse , ils ne mettent en mouvement aucune classe utile de manœuvres; enfin, sous quelque rapport que l’on envisage la chose , ce nombre de chevaux est pernicieux à l’agriculture , à l’agriculteur , et au public. » « Dans le choix entre les chevaux et les bœufs, le raisonnement donne , de beaucoup , l’avantage à ceux-ci. Dans les lieux où l’on emploie les uns et les autres, et où l’on a compare' avec soin leur usage , on trouve les bœufs préférables sous tous les rapports, excepte la vitesse : et encore , sur ce point, leur desavantage se réduit à rien , puisqu’on peut les tenir deux heures de plus à l’ouvrage que les chevaux. Ils font la même quantité' de travail , et le font mieux. On convient partout qu’ils cotttent moins à entretenir ; et malgré tant d’avantages, on ne les emploie que dans un petit nombre d’endroits ; et il y a des comtés entiers qui ne possédoient pas un cheval de charrue il y a quelques années , et où maintenant on ne voit pas une seule paire de bœufs pour le labourage. Cela paroît fort extraordinaire , et pour bien des gens cela équivaut à la preuve que les chevaux sont préférables. » » Je crois '^cependant qu’on peut expliquer ce fait sans cette supposition. J’attribue ce ük>2 SUR Ij E S R A B 0 U fl. S. changement au surhaussement du prix des bêtes grasses depuis quelques anne'es. On sait que dans les provinces à bœufs , les fermiers e'toient dans l’usage d’avoir trois classes de bestiaux. La première ëtoit celle des jeunes bœufs qu’on ëlevoit $ la seconde celle des attelages ; et la troisième celle des bœufs à l’engrais , qui avoient travaille' trois ans. Mais lorsque le prix des bêtes à cornes augmenta au point que les bêtes maigres se vendoient autant qu’avoient valu auparavant les bœufs gras , les fermiers furent tente's de vendre les jeunes bœufs avant de les travailler ; ou du moins ils les mirent immëdiatement à l’engrais pour en toucher plus promptement le prix. La diminution considérable du nombre des bœufs de charrue pendant le tems où le bëtail a été si cher, donne lieu de penser que c’est là la cause du fait. Je n’ai pas besoin de dire que cette raison de préférer les chevaux est aussi mauvaise que les autres. L’avarice seule des fermiers leur dicte eette conduite ; non pas pour faire de plus gros profits , mais pour se procurer de l’argent comptant aux dépens de l’avenir. » Le célèbre marquis de Mirabeau , MM. Quesnai fils et Le Roi, outre plusieurs autres François qui ont du mérite , se sont attachés à décrier l’usage des bœufs. Ils divisent l’agri- SXTR LES L A B O U K 3. 5oS culture de France en deux parties , la grande et la petite culture : c’est-à dire, celle des chevaux et celle des bœufs. Ils représentent celle- ci comme fort inferieure ; mais leurs argumens contre-disanf toutes les ide'es que nous avons en Angleterre , il faut que les circonstances varient prodigieusement dans les deux royaumes. Les principales objections de ces écrivains paroissent plutôt porter contre les attelages de bœufs que contre Fusage des bœufs. Il paroît par diverses expressions qu’ils emploient , que les bœufs de charrue, en France , sont petits , maigres, foibîes, misérables ; car ils parlent de les faire pâturer dans les communaux : si cela est, il n’est pas étrange que la culture des bœufs ne soit pas profitable (1). (i) Je n’ai pas l’Encyclopédie sous la main; mais voici ce que dit Mr. de Mirabeau : « Dans la grande culture un homme seul conduit une charrue tirée par deux chevaux, qui fait autant de travail que trois charrues tirées par des bœufs, et conduites par six hommes. Dans ce dernier cas, faute d’avances primitives pour l’établissement d’une grande culture, la dépense annuelle est excessive par proportion au produit net, qui est presque nul, et l’on y emploie dix ou douze fois plus de terres. Les propriétaires manquent de fermiers en état de subvenir à la dépense d’une bonne culture; les avances se font aux dépens de la terre ; le produit des prés est consommé pendant 5o4 SU K UES EABOURS. l’hiver par les bœufs de labour, et on leur donne une partie de la terre pour pâturage pendant l’été. Le produit net de la récolte approche si fort de la non- valeur que la moindre imposition fait renoncer à ces restes de la culture : ce qui arrive même en bien des endroits, tout simplement par la pauvreté des habitans. Ce détail d’agriculture se trouvera combattu par l’habitude et par le préjugé local dans bien des lieux. Voutf entendez dire aux notables, même parmi les nations pauvres qui sont réduites à cette petite culture dans les trois quarts de leur territoire, et oh il y a d’ailleurs plus d’un tiers de terres cultivables qui sont en non-valeur : on assure, dis-je, dans ces pays-là, que la grande culture n’est pas propre à leurs terres; qu’elles sont ou trop compactes ou trop légères pour les chevaux impatiens; qu’ils nourrissent leurs bœufs avec presque rien pendant tout l’été; qu’il ne leur faut ni avoine, ni orge, ni fers, ni harnois coûteux; et autres objections qui sont autant d’argumens de la misère raisonnée. » ( L’Ami des hommes, T. YI. p. 91. ) — Qu’auroit dit Mr. de Mirabeau si je lui avois appris que je me servois en Suffolk d’attelages de deux bœufs par charrue, qui égaloient mes meilleurs chevaux en quantité d’ouvrage fait à la journée ; dans le même nombre d’heures, mieux labouré, et à plus bas prix, par acre, l’aide compris. Les bœufs me coûtent 15 liv. sterl. la paire, et l’emportent pour le labourage sur les chevaux qui m’en coûtent trente. (A) Nota. Ce dernier fait est remarquable, mais ne sau- roit servir de base à un calcul comparatif des deux méthodes. La vérité, comme il arrive souvent, se trouve ici dans les idées moyennes, et il ne faut exclure du travail de la charrue ni l’une ni l’autre espèce d’animaux. Obseryations \ Observations dans une tournée faite en Su/folk et en Surry. Par R. Procter Anderson. (Tiré des Mémoires de la Société de Bath .) JE vous envoie, selon ma promesse, quelques details sur ma tournée en Suffolk et Surry. Les Annales d 1 Agriculture contiennent beaucoup de choses sur l’excellente culture de ces deux comte's, ce qui m’ehxpêche de m’étendre autant que je l’aurois fait sans cela. A la fin de Mars 1788 , je fis une visite à Mr. Young , à Bradfield. Je vis , devant sa maison , environ trois acres de choux , très- bien cultivés et très-proprement tenus. Il y avoit dans le même champ des turneps qui en étoient séparés par des claies, et des moutons qui les mangeoient sur place. Deux de ces moutons étoient couverts , pour rendre leur laine plus fine. Dansla partie du champ où les turneps étoient mangés , on labouroit pour semer de l’orge. On devoit faire trois labours , soit dans la partie où étoient les turneps , soit dans la partie qu’occupoient les choux (1). Ceux-ci ( 1 ) Voyez dans la culture de Norfolk les raisons ]ÏOME 4. TOURNÉE EN 5o6 avoient été cultivés à la houe-à-cheval, Ceux- là avoient été sarclés à la main. L’assolement de Mr. Young sur les terres sablonneuses ou graveleuses, est le suivant : 1. ere année. Choux ou turneps fumés. 2 . °-Orge sur trois labours. 5.°-Trèfle (îj. 4t. ? -Fèves. 5. e -Blé. Il met sur un acre , quarante tombereaux à un cheval , de fumier pour les turneps ou les choux. Il dispose son terrain en sillons étroits, sur les terres humides et les glaises de g shel. par acre, après avoir fumé légèrement il plante, sur un seul labour, des fêverolles noires à neuf pouces de distances en tout sens. Ce plantage lui coûte 5 shel. par bushel : la même année il sème du blé , puis au printems suivant, du trèfle ou quelqu’autre graine de prés, sur le blé. . M. Young fait çharier tousses foins et ses moissons avec des charrettes à un cheval, qu’il trouve plus commodes que les chariots ordinaires. Son parc d’hiver , qui contient cent mou- de ces labours répétés pour préparer la terre à recevoir l’orge. On laboure souvent jusqu’à trois fois dans la même semaine lorsqu’on est pressé par le teins, (î) 11 a été semé avec l’orge l’année précédente. SUFFOEK ET SURIIY. Soÿ tons, est garni de" chaume de froment, qu’on renouvelle aussi souvent qu’il est necessaire , et tous les jours lorsqu’il pleut. Une partie du parc est couvert , et les râteliers pour le foin sont dans cette partie. Il ne donne guère des turneps à ses moutons dans le parc domestique. Lorsqu’il fait sec, on les fait sortir le matin de bonne heure et on les fait rentrer tard. Lorsqu’il pleut , on leur donne du foin ; lorsqu’il neige et qu’il fait un tems orageux , on leur donne des turneps ; mais leur principale nourriture dans le parc domestique , c’est Je foin. Tous les fermiers devroient venir à l’e'cole de Mr. Young pour apprendre à faire beaucoup d’engrais , et d’une qualité' supe'rieure. Ses tas de fumier reposent sur le sec ; mais ils sont arroses journellement avec l’urine des bestiaux. Il a disposé des conduits qui débarrassent les cours de toute l’eau des toits , sans emporter la graisse des fumiers ; et l’urine des bestiaux se réunit dans un réservoir , d’où où la jette sur les tas. Dans le courant d’Avril, lorsque le tems est chaud et orageux, il fait retourner ses fumiers; et pendant que l’on fait cette opération , un jeune homme y jette du sel marin par poignées, dans la proportion d’une livre par yard cube. Il se sert aussi d’un cuvier monté sur des roues TOURNÉE Eÿt • 3-0 8 et dans lequel on rassemble tous les déblais de la maison et des cours pour les mettre en tas, ce qui au bout de l’an produit plusieurs charretées de bon fumier. Dans les environs de Bury il est d’usage , lorsqu’on debarrasse le terrain des turneps pour les semailles du printems, de couper le pivot des raves, puis de placer celles-ci, auprès Les unes des autres, sans intervalles, la feuille en. haut, dans un pâturage sec , jusqu’au moment du besoin. — Dans les terres qui conviennent le mieux aux turneps, la feuille n’est pas considérable; mais dans les terres froides et fortes, qui ne conviennent pas à celte racine, la plante donne en feuille , et la rave demeure petite. Je n’oublierai jamais la réception aimable que me fit Mr. Young. Il invita chez lui plusieurs gentilshommes cultivateurs de son voisinage , et nous rendîmes ensemble une partie de ces visites. —La manière dont ces visites se font est singulièrement agréable , et avantageuse à ceux qui veulent s’instruire. Je voudrois fort que l’usage s’en introduisît dans notre comté et dans toutes les provinces du royaume. On se rassemble dans la matinée , assez tôt pour pouvoir parcourir ensemble avant dîner , à cheval ou à pied , les domaines de chacun des conviés. Dans cette journée, on se SUFFORK ET SUE. R Y. So9- fait réciproquement des observations sur les defauts qui peuvent se présenter dans la méthode de chacun, On ne sauroit imaginer à quel point cette pratique encourage l’émulation ; et la culture de leurs fermes le prouve. C’est un bien pour le public , en même tems qu’un avantage pour les particuliers. Ceux-ci y trouvent plaisir, santé et profit. On sait que près de Bury l’usage est de labourer avec deux 'chevaux eu deux bœufs de front, et sans aide. Je rencontrai sur la route le superbe attelage de bœufs de Mr. Heddiugton, dont on peut voir la description dans les Annales , ainsi que de sa culture de turneps , et en général, de son économie rurale qui vaut bien la peine d’être étudiée. J’ai été extrêmement frappé des choses nou* velles que j’ai observées dans la méthode de Mr. Mure de Great-Saxham , arec lequel nous passâmes presque deux jours entiers. Je vais Vous en donner quelques détails. Il engraisse annuellement environ 180 bêtes à cornes. Il en tire une partie d’Ecosse et de Galles. Il les nourrit à l’étable tout l’été en leur faisant manger des fourrages verts , des vesces, etc. Dans l’hiver, il leur donne un peck de fèves fermentées. Il les nourrit encore avec de l’orge fermentée, des pommes de terre ? TOURNÉE EN des choux, de la paille hachée, des turneps, de ]a paille coupe'e, de la farine de fèves, el de ]a farine d’orge. Il a fait construire un bâtiment ou hangar circulaire, où il y a place pour 46 bêtes , à trois pieds et demi l’une de l’autre. Dans le centre, est le magasin du fourrage. Cela a été fait fort économiquement , avec des sapins abattus pour éclaircir ses plantations. Le hangar est recouvert en chaume ; les râteliers sont en claies ou en osiers. Les piliers auxquels les bestiaux sont altache's , ne dépassent guères la crèche. Une grande porte donne entre'e dans l’intérieur , où il y a place pour un chariot qui peut faire le tour entre le magasin du fourrage, et les bestiaux. Il fait une quantité de fumier presque incroyable, au moyen de ces bestiaux tenus à l’étable tout l’été , et des chaumes ou pailles qu’il leur fait pourrir en litière. — On rassemble toute l’urine des bestiaux pour en arroser les fumiers , comme chez Mr. Young. Mr. Mure plante ses choux plus tôt qu’on ne le fait d’ordinaire. Il les fait consommer à ses bêtes à l’engrais. Dans la dernière semaine de Mars ^ pendant que j’élois chez lui , on e’toit occupé à planter. 11 les fait mettre en lignes assez distantes pour pouvoir passer avec la houe-à-cheval, et à vingt pouces l’un de l’autre dans la ligne. I SUFFOLK ET SURRY. 5ll Il a une machine faite exprès pour peser les gros bestiaux , et qui lui a coûte' i5 guine’es , outre le couvert qui la met à l’abri. Il a aussi une machine pour piler les pommes de terre. Le travail se fait le plus souvent à bras , mais il peut aussi se faire avec un cheval : c’est une large roue tournante dans nïite forme en bois, comme une machine à piler les écorces. Peu de tems avant ma visite à Saxham il s’étoit fait un pari entre MM. Mure et Macro, sur la valeur comparative d’une récolte de tur- neps sarclés , ou cultivés à la houe-à-cheval. Mr. Mure parioit pour la houe-à-cheval , et Mr. Macro pour le travail à la main ( 1 ). Le pari devoit se décider d’après la récolte d’un champ que Mr. Mure faisoit préparer dans ce but. La division e'toit faite ; les deux récoltes dévoient être placées auprès l’une de l’autre , dans la longueur du champ, et chaque intéressé devoit prendre soin de sa partie commé il l’entendroit. J’eus le plaisir de voir depuis, les deux récoltes sur pied : elles paroissoient également (1) La culture des turneps à la houe à cheval ou avec le cultivateur, suppose toujours que la graine a été semée au semoir, c’est-à-dire, en lignes régulières. Lorsqu’on a semé à la volée, on ne peut que sarcler. 3l2 tournée en belles 5 mais j’ai su que les turneps au semoir y et au cultivateur avoient rendu i 4 \ tons par acre, tandis que les turneps sarcle's n’en avoient rendu que 10. — Mr. Macro convaincu par cette expe'rience, prit la resolution de ne plus cultiver les turneps autrement qu’avec la houe- à-cheval ; mais malheureusement il est mort peu de tems après. Lorsqu’on fit la comparaison du poids des deux re'coltes, on employoit une sorte de paniers longs qu’on nomme skippers ; et on observa qu’un skipper de turneps houes pesoit beaucoup plus qu’un skipper de turneps sarcle's, ce qui montroit que la racine avoit reçu plus de nourriture , et avoit plus de consistance , à volume e'gal ; en sorte qu’à apparence e'gale dans le champ , la re'colte houée a une plus grande valeur que l’autre. Je passe maintenant au prince des fermiers, Mr. Dückett d’Esher-place. Je visitai sa ferme , au mois d’Avril avec MM. Young et Macro ; mais n’ayant pas le tems d’y faire toutes les observations que je desirois , j’y revins au mois de Juillet suivant. La ferme de Mr. Duckett est la plus complète et la plus proprement tenue que j’aie vue de ma vie. —Il dispose tous les champs en planches suffisamment larges pour contenir neuf à dix SUFFODK et sinnnr. 5l3 lignes des plantes dont il répand la graine au semoir ; et l’intervalle entre ses lignes est ordinairement de neuf pouces. Sa ferme d’Esher contient environ 5oo acres , et il y en a 4oo de terres arables. Ses terrains sont en gene'ral sablonneux avec du gravier dessous. Il a cependant des terres argileuses , et assez fortes pour les fèves , du moins pour la petite sorte ou fêverolles. Il sème sur planches : Du blé. De l’orge. De l’avoine. Du seigle. Et de l’orge mêlée de graine de trèfle. Des vesces. De l’avoine mêlée de vesces.. t. * -i m ' j } à onze pouces. Du seigle meie de vesces.1 r ^ Des pois mêlés de turneps.I Et des fèves à dix-huit pouces. Lorsque son terrain est bien préparé’ par la charrue , il fait cinq sillons avec une charrue à semer qui porte le même nombre de socs ; alors la machine à semer suit, et la herse termine l’ouvrage. Lorsque la re'colte est assez haute pour la houe, Mr. Duckett fait passer à la fois deux houes avec un seul cheval. Chaque instrument à neuf pouces d’une ligne à l’autre. TOUPNÉE EN 5 1-4 culuve cinq allées ou intervalles, et a un homme pour le diriger. Une houe travaille à la droite et l’autre à la gauche de la raie qui séparé les planches , tenant ainsi chacun une demi-planche en largeur. Le même cheval traîne les deux instmmens re'unis par une traverse, et est conduit par un petit garçon. Une alle'e ou une venue suffit donc à cultiver dix intervalles. Lorsque le terrain est excessivement sec, ou très-humide , on met deux chevaux de file ; mais quoiqu’il en soit, la terre ne souffre jamais du piétinement dés chevaux , parce qu’ils marchent toujours dans la raie. Il a des ins- trumens qui ont six socs , et qui prennent ainsi douze intervalles entre les deux. Lorsque Mr. Duckett inventa ses houes-à- cheval, il jugea que l’ouvrage se feroit avec plus d’exactitude si l’homme charge' de la direction de l’instrument se plaçoit entre la machine et le cheval, et cheminoit à reculons. Cette me- thode, qu’il pratiqua pendant quelque terns , exposoitle conducteur à des accidenssile cheval avoit des caprices. Le Roi , qui a souvent visité la ferme de Mr. Duckett, fit cette observation à un des fils du fermier , en voyant travailler les houes $ et l’inventeur les a modifiées de manière que le conducteur se place maintenant en arrière de l’instrument, et le dirige en toute sûreté. 5i5 SUFFOI.K ET SUXlîxY. Mr. Duckett me dit qu’il ne sauroit à laquelle des deux houes donner la préférence quant a la perfection de l’ouvrage. Il se sert de toutes deux selon l’occasion , et ne suspend jamais le travail pour employer l’une plutôt que l’autre. Mais lorsqu’il faudra remplacer les instrumens, on préférera sans doute ceux qui n’exposent point le conducteur, et on rendra ainsi hommage aux dispositions bienveillantes qui ont inspiré cette observation à Sa Majesté. On ne peut rien imaginer de plus régulier et de plus soigné que les tas de blé en gerbes , tels qu’on les fait chez Mr. Duckett. Us s’élargissent peu-à-peu, et forment un énorme renflement à moitié hauteur, pour diminuer ensuite graduellement, et se terminer en pointe. Us sont recouverts en chaume avec une extrême propreté, et font grand plaisir à voir. Je suis persuadé que les plus considérables que j’ai vus à cette ferme contcuoient plusieurs centaines de bushels de froment. J’eus.le plaisir d’assister à la semaille d’un champ de onze acres, que Mr. Duckett meltoit en turneps. La promptitude avec laquelle il procède est presque incroyable. Son champ étoit parfaitement labouré et hersé. U commença au milieu du champ avec deux charrues à semer , qui travaillèrent ensemble en s’e'car- TOURNÉE EN 5j6 tant peu-à-peu l’une de l’autre. Les semoirs sm- ■voient ; ensuite venoit une charrue à versoirs (double-zull, or ftrich-surrotv-plough) qui marquoit des planches de dis lignes de turneps seme’es à onze pouces les unes des autres; enfin trois herses le'gères reunies par une traverse , et traînées par deux chevaux (qui mareboient à même hauteur des deux côtés de la planche, et dans les raies faites par la charrue à versoir") terminoient l’ouvrage. — Chaque herse avoit trente dents fort rapprochées , afin que l’instrument remplît plus sûrement l’objet, qui est de recouvrir la semence sans la déplacer. Les charrues à semer, en retournant dans le sens opposé à celui qu’elles viennent de suivre , reprennent, avec un des socs , la dernière raie tracée : ce qui donne une régularité parfaite à l’ouvrage , et fait que les récoltes sur pied sont admirables à voir. Ce sont les plus belles dont j’aie jamais eu connoissances ; et il y a deux raisons essentielles de cette supériorité; la première , c’est que les graines sont placées à la profondeur convenable , et la seconde, que la houe-à-chevai anime la végétation. Les instrumens dont se sert Mr. Duckett sont d’une perfection achevée ; je voudrois pouvoir lui rendre justice dans la manière de les décrire. Je n’ose l’entreprendre; mais je dois faire i SUEFOEK ET SURET, 517 boserver qu’i] a un instrument destine’ à pré- parer le sol pour les carottes , qui remue la terre , sans la retourner, jusqu’à près de deux pieds de profondeur. Cet instrument seroit extrêmement utile pour préparer le terrain aux plantations des bois. En faisant suivre une forte charrue d’une machine semblable on remueroit la terre à plus de deux pieds de profondeur. Les inslrumens de Mr. Duckett sont presque tous de son invention. S’ils étoient connus et employés dans tout le royaume , il en re'sul- teroit un très-grand avsnlage pour l’agriculture (1). Les machines nécessaires à la prépa-. (1) Pour que les instrumens de Mr. Duckett pussent être employés dans tout le royaume, il faudroït que l’agriculture y fût déjà au point où elle est dans Norfolk et dans quelques provinces ou cantons distingués sous ce rapport. Il faudroit aussi que les fermiers fussent tous fort intelligens, fort adroits; et mécaniciens, comme Mr. Duckett. Il faudroit enfin que toutes lesterres fussent sablonneuses et en plaine comme les siennes. Commencer par répandre les instrumens, seroit rendre la réussite impossible. L’application peu judicieuse de la belle invention du semoir a ruiné plus d’un particulier, et décrédité l’invention même. Il n’y a qu’un cultivateur-pratique, habile de la tête et de la main, exploitant des terres légères dans un pays de plaine, et dont le domaine soit déjà en très-bon état, qui puisse espérer de n’être pas 5i8 TOURNÉE EN ration de la terre, à la semaille, et à la culture de la récolté pendant la croissance , coûte- roient environ 3o liv. sterling. Si une petite partie de l’argent du trésor destine' aux primes pour encourager la culture du lin , etc. pouvoit être appliquée à acheter des assortimens complets de ces instrumens, pour être mis à la disposition des fermiers qui en feroient le meilleur usage, dans chaque comte' cela seroit fort utile. 3e n’aime pas les idées chagrines de quelques-uns de mes confrères cultivateurs. Il n’y a aucun avantage à gronder sans cesse , et à inculper continuellement l’administration. Je ne désespère pas de voir donner des encouragemens au premier et au plus permanent des intérêts du royaume , soit par des réformes sur les dîmes, soit par des bills ge'né- écrasé par les difficultés d’exécution qui se rencontrent nécessairement dans l’emploi du semoir et de tout son attirail. Il est vrai que lorsqu’on réussit dans ce système de culture, les avantages sont très-grands. Nota. Il y a onze ans que fai écrit la note ci-dessus, et tout ce que j’ai observé depuis me confirme dans celte opinion, mais c’est en supposant que le semoir entraîne tout le détail de la culture à la Tull. Il ne faut point au reste la confondre avec celle d’Hofwyl, quoiqu’une partie de ces observations puissent s’y appliquer aussi. [ Juin 1808. ] SUFFOLK ET SURRY. 5 i 9 raux de clôture , ou enfin par des dispositions relatives à l’agriculture sur quelque plan semblable à celui que Mr. Duckett propose. Son idée est : de voyager lui-même et de faire voyager d’autres personnes, sous sa direction , dans tout le royaume, aux frais du public; de faire dans divers terrains les semailles selon sa méthode, de faire donner les soins nécessaires aux récoltes pendant leur végétation, aux frais du public : après quoi les fermiers se décideroient à suivre son système ou à continuer selon l’ancienne pratique. Mr. Duckett est peut-être maintenant trop âgé pour une telle entreprise ; mais il a des fils qu’il a élevés lui-même, et qui, sous ses directions , seroient très-capables de la partie active de ce travail. Je termine ce long détail en rappelant le présent que le marquis de Rockingham fit à Mr. Duckett. Il lui donna une grande coupe d’argent, d’un travail rare et précieux avec cette inscription : « A William Duckett , fermier , qui )> par son génie, ses observations judicieuses, 3) ses recherches infatigables , sut rendre pra- 3) ticables et utiles les principes de Tull , et )) perfectionnaainsi la culture des terreslégères, v Charles, marquis de Rockingham présente 520 TOURNÉE EN SÜFFOLX ET StTRRY. î> cette coupe en témoignage de respect pour » son mérite public. 1774. » Bonus cipis bonus agricola. » Fermiers dans ïes terrains tourbeux, en Ecosse. Ï^EUSIEURS écrivains d’économie politique ont fait ressortir les avantages de la culture à la bêche , et l’ont mise au-dessus de la culture à la charrue. La bêche a été employée de tout terns dans les pays fertiles. Elle accoutume les paysans au travail. Son usage tend à introduire dans les champs la culture des jardins , ce qui est la perfection de l’agriculture , et qui favorise le plus puissamment l’accroissement de la population. Lord Monboddo poussant le raisonnement à l’extrême , et cherchant à relever les avantages de la bêche , soutint dans un discours étudié , que la charrue étoit l’instrument le plus destructif de l’humanité qui eût jamais été inventé. En dépit de pareilles exagérations, la charrue continuera à rendre de grands services à l’agriculture , mais, dans certaines situations la bêche doit être employée de préférence. C’est sur-tout dans la tourbe , que cet instrument fait un travail rapide, parce quq TERRAINS TOURBEUX. 521 que cette substance se coupe avec une extrême facilite. Dans les tourbevies de Blair Dmmmont, un seul homme peut bêcher, et jeter à la distance de cinq pieds, un yard cube de tourbe pour un farthing. Cette quantité pèse quatre- vingt-dix stone. La journée d’un ouvrier est de 48 yards cubes. On est étonné de voir quel petit espace de terrain tourbeux suffit à l’entretien d’un journalier et de sa famille. Cette espèce de culture convient particulièrement au pauvre manou- vrier ; parce qu’elle n’exige aucune avance de bétails ni d’autre instrument de culture, que la bêche elle-même. La première année rend des pommes de terre en abondance , pour sa provision d’hiver. Il a le combustible pour rien. Comme il a le choix des momens pour cultiver sa petite possession , il dispose profitablement de son tems ailleurs ; et au bout d’un petit nombre d’années , il parvient à posséder du bétail et des grains en suffisance , après avoir commencé par une récolte de pommes de terre. Pendant que le journalier travaille ainsi à sa petite fortune , il soigne bien les intérêts du propriétaire du terrain qu’il cultive, et contribue à avancer la prospérité nationale. La population se trouve très-bien de cette culture. Un jeune homme qui n’a rien, peut se pro- Tovie 4. X 5aa TERRAINS curer ainsi un petit etablissement , qui lui donne les moyens d’élever une famille. Cette facilite écarté les idées d’émigration. Les ouvriers ainsi disséminés dans les cantons tourbeux sont très-commodes pour les gros fermiers du voisinage; et cette culture à la bêche donne aussi dans ces terrains-là de grandes ressources de subsistance à ceux qui sont employés dans les manufactures. On distingue trois cultures différentes dans les terrains tourbeux sur les montagnes d’Ecosse. La première est celle où l’on est obligé de se débarrasser de la tourbe par le moyen des eaux , afin de cultiver la terre qui est au-dessous ; la seconde est celle où l’on cultive la surface seulement; et enfin, dans la troisième culture, on mêle à cette surface le terrain qui est au-dessous. Dans ces trois cas , c’est toujours la bêche qui»est l’instrument de culture préférable. Dans toutes les situations , il importe au fermier pour cultiver avec soin et avec plaisir d’avoir un bail à long terme ; mais cela est particulièrement convenable pour les fermiers des terrains tourbeux ; et l’avantage du propriétaire s’y trouve également. C’étoit la politique de lord Kames : il vouloit que les fermiers des parties tourbeuses de ses domaines pussent , en quelque sorte , oublier qu’ils TOURBEUX. 3a3 n’e'toient pas les proprietaires du terrain. Il leur faisoit des baux de dix-neuf ans qu’il re~ nouveloit à l’expiration. Lorsqu’il parcouroit ses terres, tous ses fermiers venoient à lui avec empressement , et lui vantoient leurs améliorations , leurs gains , avec autant de plaisir que les fermiers mettent ordinairement de soin à les dissimuler. C’étoit là le résultat de la bienveillance éclairée de lord Kames : il avoit visé à donner à ces pauvres industrieux un sentiment d’indépendance et de propriété. La quantité de terrain tourbeux à assigner à chaque journalier varie depuis deux jusqu’à dix acres. Ces terrains , avant l’amélioration , ne rendent pas communément six deniers par acre. Lé propriétaire peut bien abandonner cette minime rente , pendant cinq ou six ans , avec la certitude d’obtenir ensuite une grande amélioration. Un bail de trente-huit ans pour des hommes de vingt à trente, peut être considéré comme un bail à vie, et encourage pais- samment l’entreprise du journalier ; mais ce qu’il lui faut encore, c’est la construction d’une habitation. Lorsque les années de possession gratuite sont écoulées, le terrain peut donner une rente dix fois plus forte qu’il ne donnoit avant le défrichement; et cette rente doit équitablement s’accroître d’année en année. Mais 324 TERRAINS INCULTES, ce qu’il faut bien se dire , c’est que pour obtenir une forte rente d’un fermier , il ne faut pas que celui-ci soit misérable. Il s’est établi depuis quelques anne’es sur les tourbes de Dunmore , une trentaine de petits fermiers, qui ont obtenu des conditions très- liberales. Ils ont converti cent acres de ces tourbes en excellens terrains arables. Il est à regretter que les exemples de cette amélioration soient encore si rares. 5a5 \ Lettre adressée à la Société d’Agri- culture de Bath par un Cultivateur de de Norfolk. - Messieurs, C’est avec grand plaisir que je réponds à vos questions concernant la pratique de planter le blé dans ce comté. C’est à mon avis une des méthodes les plus utiles que l’agriculture ait acquise dans ce siècle , et si elle étoit généralement adoptée dans le royaume , il en résulteroit les plus grands avantages pour le public. L’idée de planter le blé paroît avoir été suggérée par la curiosité de faire des essais en petit dans des terres de jardin. Je n’ai pas connoissance que cette pratique ait été entreprise en grand avant l’expérience qu’en fit, il y a environ douze ans , un fermier dans le voisinage de Norwich sur un terrain d’un peu moins d’un acre d’étendue. Pendant les deux ou trois premières années il eut un très-petit nombre d’imitateurs , et ceux-ci devinrent l’objet des railleries de leurs voisins; cependant comme leurs récoltes étoient plus abondantes , que le blé étoit plus nourri, 5 a6 PLANTAGE et qu’il y avoit une grande épargné de semence , Ja méthode s’étendit peu-à-peu , et la publication de ce procédé par les papiers de Norwich excita l’allention des riches fermiers des environs de cette ville , qui firent des essais en grand. Un d’entr’eux , en particulier, planta en ble' la même année une e'tendue de cinquante-sept acres. La supériorité de sa récolte , soit en qualité , soit en quantité , fut si évidente que l’année suivante il planta trois cents acres de blé , et a continué dès-lors à suivre cette méthode. Cet exemple a entraîné la plupart des fermiers intelligens, dans une grande étendue du pays ; et il y en a bien peu maintenant dans le district où cet usage s’est introduit, qui sèment leur blé, s’ils peuvent se procurer des bras pour le planter. On remarque que quoique les récoltes de blé planté paroissent en général chétives pendant l’automne et l’hiver , les plantes tallent prodigieusement au printems. Les épis sont beaucoup plus gros, ne contiennent point de grains manqués ou étranglés, et le grain est sensiblement plus pesant que celui qui a été semé. Les terressur lesquellescette méthode réussit particulièrement, sont celles qui ont été en trèfle l’année précédente. Ces terres après avoir été recouvertes d’en- BU B Xj É. 527 grais , se rompent à la charrue par bandes de gazon de dix pouces de large , le long desquelles un planteur, muni de deux plantoirs de fer un peu plus gros que des baguettes de fusil, sur-tout dans le bas, et se terminant en pointe, marche à reculons en faisant des trous à quatre pouces de distance en tout sens , et à un pouce de profondeur. Des femmes et des enfans suivent, et laissent tomber deux grains dans chaque trou. Un cadre garni d’épines , et traîné par un cheval, passe ensuite sur le terrain , et ferme les trous. Par cette méthode, trois pecks de blé suffisent à un acre; le grain se trouvant immédiatement enterré , est à l’abri des insectes et des atteintes de la gelée; et la régularité de la levée facilite beaucoup les sarclages du printems. Sous le rapport du soulagement des pauvres cet usage mérite la plus grande attention ; il fournit du travail aux gens âgés et aux enfans, dans une saison de l’année où ils en trouvent difficilement ; il épargne aux fermiers et au public six pecks de semence par acre, épargne qui pour le royaume fourniroit du pain à cinq cent mille individus sans considérer le produit supérieur. Les frais du plantage du blé à la main sont maintenant réduits à 6 schelJings par acre, et ï> E A N T A O E 028 on vient d’inventer une charrue à planter qui réussit fort bien sur les jachères d’e'tè. O11 peut obvier ainsi à la difficulté de se procurer des bras ; la de'pense en est diminue'e , et un homme peut suffire à planter un acre par jour. L’inventeur est M. James Blancher cFAttle- borough en Norfolk. Je suis , etc. Lettre sur le plantage du Blé, par un gentilhbmme cultivateur de Norfolk. Messieurs, I_j’usage de planter le ble' est assez géne'ral dans la partie orientale du comté de Norfolk. L’adresse et le travail que demande cette mé-< thode sont si peu de chose , que dans plusieurs endroits ce sont uniquement les femmes et les enfans qui s’en occupent. En conséquence il y a peu de cantons où les bras soient assez rares pour que les fermiers n’en trouvent pas suffisamment pour suivre cette pratique en grand. La dépense en est réduite , l’un portant l’autre, à 8 schellings par acre. Chaqu eplanteur emploie trois semeurs et fait un demi-acre par jour. Dans la longueur d’un pied sur la bande J 1 DU B L È. 02(j que la cliarrue a retournée il fait huit trous , et on calcule que deux planteurs avec leurs six semeurs repondent à l’ouvrage que peut faire une charrue. Il n’est pas bien important au * reste que ce travail se fasse immédiatement après le labour ; on peut sans inconvénient labourer à l’avance pour planter lorsqu’on en a le tems. Les avantages de cette pratique sont : l.° d’épargner beaucoup de semences (sixpecks par acre tout au moins). 2. ° De produire un ble' plus pur et meilleur. 3 . ° De'procurer de l’ouvrage aux pauvres , dans une saison où ils en trouvent difficilement. 4 . ° De donner un produit plus considérable. Je ne fais mention du dernier avantage que d’après deux expériences seulement; mais elles ont été' faites avec un si grand soin , que je les considère comme à peu près décisives. Ces expériences ont été faites en 1774 et 1776 de la manière suivante. Vers la St. Michel, en 1774, un champ de douze acres de trèfle et ray-grass fut rompu en tems sec et disposé en larges sillons dans sa totalité. Les sillons furent alternativement plantés et semés. Les produits des deux méthodes furent soigneusement séparés pour le battage , et le blé planté donna deux bushels de plus par acre que le blé semé. 1* 53 o PLANTAGE Vers la St. Micliel , en 1776 , la même expérience se répéta sur un cliamp de huit acres qui étoit en trèfle pur. Il fut traité à tous égards comme le précédent , et le produit du blé planté excéda celui du blé semé d’un bushel par acre. Dans les deux expériences, la>qualité du blé planté fut supérieure: il étoit plus égal et beaucoup meilleur; en sorte qu’indépendamment de l’avantage d’aider les pauvres en leur donnant du travail , de tous les moyens le meilleur, vous verrez par le calcul que j’établis que le profit immédiat est un attrait bien suffisant pour engager les cultivateurs à adopter cette méthode. Profit résultant de l’épargne des semences sur six acres , neuf bushels à 5 sch. par busAe/ L. st. 2 5 sch, Profit résultant de l’augmentation du produit à six pecks par acre l’un portant l’autre, 9 bush. 2 5 L.st. 4 xo Frais de plantage de six acres à 8 schel. par acre ..... 28 Profit net L. st. 2 2 Ce qui fait 7 schellings par acre. Mais il y a encore d’autres avantages que ceux dont j’ai parlé ; j’en ji éprouvé un très-important l’été DU BU È. 551 dernier. Tous mes Lies semës furent plus ou moins verses par les pluies, et tnes blës planle's ne le furent absolument point. J’éprouvai une perte sensible sur les premiers , et la qualité des seconds fut beaucoup supérieure. On a remarqué qu’après le ray-gras s ou dans les champs empoisonnés de chiendent ou d’autres mauvaises herbes , le grain étant planté Vers le milieu de la bande retournée par la charrue, au lieu de s’accumuler , comme éela arrive en semant à la volée , dans les intervalles des bandes , lève plus librement , et n’est pas étouffé par l’herbe qui repousse tout auprès des plantes dans la méthode ordinaire. 11 est possible que ce soit là la raison pour laquelle , dans les deux expériences dont j’ai rendu compte , la différence du produit du champ de trèfle et ray-grass a surpassé d’un bushel par acre la différence du produit du champ de trèfle pur. Il paroît de là que le plantage du blé seroit particulièrement utile dans les terrains sujets aux mauvaises herbes , ce qui est sans doute une circonstance heureuse , car le nombre des fermiers ne’gligens excède de beaucoup celui des fermiers soigneux. J’espère que ce que j’ai dit suffira pour faire considérer cet objet sous son vrai point de vue. Je suis fortement convaincu de son uli- 532 PLANTAGE lité , car je ne suis point disposé à soutenir des systèmes , et je ne me suis nullement prévenu sous ce rapport en faveur de cette méthode. Réponse à des questions concernant le plantage du Blé, par un Cultivateur de Norfolk. Messieurs, Je suis très-flatté de l’approbation que votre Société a donnée aux informations contenues dans ma dernière lettre , et je m’empresse de vous faire passer les réponses aux questions que votre secrétaire m’a adressées relativement aux expériences dont je vous ai rendu compte. Question I." e Quelle est la nature du sol dans lequel le blé a été planté, et combien cette terre s’afferme-t-elle par année ? Réponse. Le sol est léger, tirant sur le sable; la rente est de i5 sheî. par acre : ce lieu est situé à cinq milles de Norwich. Q. IL Combien de tems le terrain avoit- il été en trèfle ou ray-grass avant que d’être rompu pour y planter le blé ? R. Un an seulement. Dans ce pays-ci il est rare que nous laissions le trèfle plus long- tems, parce que les mauvaises herbes prennent DU BLÉ. 535 ensuite tellement le dessus , que la re’colte du trèfle de la seconde anne'e est peu de chose. Q. III. A quelle profondeur ètoient faits les trous ; et à quelle distance ètoient les rangées l 7 une de l’autre ? R. Les trous ètoient faits à un pouce de profondeur à peu près , et il y avoit deux rangées de trous sur chaque bande de terre retournée , à quatre pouces environ , les uns des autres. Q. IV. Combien de grains laissoit-on tomber dans chaque trou; et la récolte fut-elle sarclée? R. L’intention étoit de mettre deux grains , mais il y a toujours de l’incertitude sur cela, 4 cause de la maladresse ou de la négligence des enfans qui laissent tomber les grains. Celte récolte ne fut pas sarclée. Quoique le sarclage soit une excellente méthode , et fort usitée lorsque le blé a été semé à la volée ; ce’pro- cédé ne paroît pas aussi nécessaire lorsque le blé a été planté. Q. V. Combien les deux champs ont-ils rendu de bushels par acre ? R. L’expérience ayant été faite seulement dans le but d’établir la proportion du produit des deux méthodes comparativement, quoique le résultat ait été noté , je trouve maintenant en le recherchant que le produit total a été 554 PLANTAGE oublie. L’iin portant l’autre , le produit de cette ferme a été à peu près vingt - quatre bushels par acre. Q. YI. La paille du ble' plante' e'toit-elle plus forte et plus haute que celle du ble’ serae ? R. La paille de mon ble' plante’ a toujours été plus forte et plus haute ; et comme elle est dépourvue de mauvaises herbes et d’une venue plus égale, elle se moissonne plus aisément. Q. VII. Les meuniers de Norfolk préfèrent- ils le blé planté au blé seÿié ; le grain est-il plus gros, et la farine plus blanche? R. Ceux auxquels j’en ai fait la question , préfèrent le blé planté au blé semé. Il est à peu près de la même grosseur , mais sensiblement plus égal : il n’a point de grains avortés. Je n’ai pas entendu faire l’observation que la farine en fut en général plus blanche. Q. VIII. Dans quelle espèce de terre la mé* thode de planter le blé est-elle la plus con-. venable à adopter ? R. Cela n’a pas été complètement établi par l’expérience : je suis cependant porté à croire que le produit proportionnel du blé planté, seroit plus grand dans tous les terrains en ray-grass , ou naturellement infectés de gramen ou autres mauvaises herbes. J’entends DU BLÉ, 355 que îa différence entre les produits des deux _ méthodes seroit plus grande que dans des terrains bien nettoye's d’herbe : et les expériences dont j’ai rendu compte dans ma précédente lettre , semblent l’indiquer. Là où la terre est si forte et si humide que les trous ne pourroient pas se refermer au moyen des épines qu’on traîneroit par-dessus, je pense qu’il seroit plus convenable de semer à la volée. Le 2 ÿ Mars ijj8. DU PLANTAGE DU BLÉ Comme il est pratiqué depuis quelques années en Norfolk et Suffolk. Par un Cultivateur de Suffolk. Messieurs, JLJïï désir d’être utile à la société me conduit à vous communiquer l’information suivante , relativement à une pratique nouvelle en agricultures qui est devenue générale en Norfolk , et qtp gagne d’année en année dans ce pays-ci. ^ans le mois d’octobre les terres qui ont produit du trèfle ou d’autres foins artificiels , ou qui ont été en pâturages l’été précédent, se. rompent à la charrue avec l’attention de v 356 PLANTAGE faire les sillons aussi égaux qu’il est possible. On passe ensuite sur le labour un pesant rouleau 5 après quoi un homme ou plusieurs, munis chacun de deux plantoirs (1) marchent à reculons , et font deux rangs de trous sur chaque bande de terre que la charrue a fait sortir du sillon , de manière que les trous sont à trois pouces de distance les uns des autres dans leurs rangées , et les rangées à environ 'cinq pouces les unes des autres. CJne paire de plantoirs emploie quatre femmes ou enfans qui suivent l’homme, et laissent tomber deux grains dans chaque trou. Après quoi on passe sur le labour une claie garnie d’épines, jusqu’à ce que les trous soient remplis et le grain recouvert. Par cette méthode la semence est régulièrement distribuée sur tout le champ , et quatre pecks suffisent à un acre , au lieu que dans la méthode commune , il en faut ordinairement dix. On a fait dernièrement en Norfolk , une ex 7 périence , et les détails suivans en ont été soumis à la société d’agriculture. (1) Ce sont des bâtons assez courts, garnis d’un manche comme une bêche, terminés par une pointe en pain de sucre, avec un fil de fer en travers qui empêche qu’elle n’entre trop avant dans la terre. Uu DU B L i 537 Un champ entier a été semë et plante par planches alternatives. Le blë semë a été recueilli et battu séparément ; le blé planté a rendu huit (1) bushels de plus par acre que le blé semé ; et il a été jugé valoir si x pence par bushel de plus. J’ai planté moi-même vingt-trois acres de blé cette année , dont neuf sont un vieux pré rompu pour la première fois; sept acres étoient en pré artificiel depuis sept ans ; et les sept derniers étoient en pré depuis deux ans seulement. La totalité de l’ouvrage, (savoir, rompre, rouler, planter et herser) a été achevée dans dix-sepl jours, et a employé trois charrues à deux chevaux avec un homme à chacune , cinq planteurs , et vingt enfans pour laisser tomber le blé dans les trous. Le rouleau et la claie ont employé un homme. Le terrain e'toit comme suit : le premier ( 1 ) La différence de huit bushels par acre est si grande que nous avons soupçonné une erreur; mais l’auteur de cette lettre nous a assuré de nouveau, après dues informations auprès de ceux qui avoient planté, recueilli et battu le blé, qu’il n’avoit pas la moindre raison de douter du fait. Pour expliquer cette singulière différence, on peut supposer que, dans la partie semée, le blé mal recouvert a voit été mangé par les oiseaux et les insectes. TüMiî 4, y Ï*LA*NTAGE 338 champ est une terre noire et humide au-dessous de laquelle on trouve un lit de glaise ( c’est ce que nous appelons un sol à bécasses ). L’un des champs de sept acres est un monticule dont le haut est une glaise tenace , et le bas une terre mélangée. L’autre champ de sept acres , une terre légère et riche. Nous labourons le terrain le plus tenace avec deux chevaux de front. L’homme qui mène la charrue tient en même tems les guides, et conduit les chevaux. Dans un acre, d’après l’expérience de Norfolk. Epargne de 5 pecks à 6 pence l. st. sh. a. le bushel.» 7 6 Produit supérieur de 8 bushels, à 5 shellings le bushel ... 2 « » Yaleur supe'rieure du blé planté, 6 deniers par bushel . . . . » 4 » Liv. st. 2 11 6 Frais de plantage .... 10 6 Profit par acre . . L. st. 2 1 Ainsi le fermier par cette méthode gagne lui-même le profit ci-dessus , fait gagner à la société neuf bushels et un peck , et nourrit en même tems vingt-cinq individus pendant le travail du plantage. Quelle satisfaction pour l’homme qui désire le bien ! 359 (ra Détail de diverses Expériences, avec des observations sur les effets du gypse, ou plâtre de Paris , comme engrais , sur le sainfoin, les trèfles , etc. par Mr. Smith de Tu nstJ ll près de Sittingbourne , en Kunt. ( Annales d’Agriculture. ) Sainfoin, produit de l’herbe réduite en foin. Poids brut par perche. Poids brut par acre. Poids , déduit la graine. Valeur ii 1 sh. 6 den. le quintal. Livres Quint. Liv, Quint. Liv. L. st. sh. a. 1 . 23 32 • 87 29 23 2 3 9 â • 37 52 • 87 4 7 53 3 11 7» 3 . 3i 44 • 29 4o . 7 4 3 1 (l 4 • 35 33 . 9 2 9 7 5 • i8* 26 . 45 24 . 8 1 16 » 6 • 2 9 4i . 45 38 . i4 2 17 2 7 . 3i 44 • 2 9 42 . 48 3 2 8 8 . i3 18 . 58 17 • 98 1 7 » 9 • 2 7a s 9 • 29 37 . 5o 2 16 3 Sainfoin, produit de la graine. Poids par perche. mes acre, par ure. par à 25 liv. busheh Valeur à 4 o sh. le quarter. Valeur totale par acre du foin et de la graine. w.° liv. onc. quart, bus. gai. L. st. sh. a. L. 3 t. sh. den» 1. 2 9- 2 O 4 1 6 6 5 H 2. 3 9- 2 4 3 5 1 10 8 i3 5? 3. 2 8. 2 » )) 4 )) » 7 1 » 4. 1 Kl 1 » 41 2 2 9 4 12 4 5. 1 8. 1 1 41 2 7 9 3 3 9 6. 2 5. I 6 6 3 i3 9 6 10 11 7- 1 Al ^3* 1 » 2 )) 11 5 4 7 8. (( 6. )) 2 *3 » 12 9 1 19 9 9- 1 4. 1 » » 2 » 4 16' 3 54 o EXPERIENCES SUE. Je dois dire d’abord , que j’avois fait moi- même avec exactitude la division et la mensuration du terrain ; et que les produits après avoir été suffisamment sëche’s , avoient e'té se'pare's avec soin , puis pesés avant que d’être battus ; qu’ensuite chaque portion de graine a e'té renfermée dans un sac avec un numéro correspondant à celui du terrain dans l’expérience. — Je dois observer ensuite , que les perches mises en comparaison ont été choisies auprès de la ligne qui les séparoit , afin qu’aucune différence du sol ne pût affecter les produits. Comme le champ avoit plus de cent rods de longueur, je pris le terrain de mon expérience sur une ligne directe qui en parcouroit toute l’étendue. J’espaçai également les carrés d’expérience , pour pouvoir comparer entr’eux , les produits naturels , c’est-à-dire les espaces où le gypse ne fut pas employé, et en même tems je com- parois aussi les effets relatifs du gypse sur les differentes qualités de terrain. Aux N.° s 1 et 2, le sol étoit une bonne terre légère de trois pieds d’épaisseur , reposant sur la craie. Celle-ci s’élevoit de plus en plus vers la surface du sol , en se rapprochant de l’extrémité du champ ; et dans les N. os 7,8, et g la terre végétale n’avoit que deux à cinq pouces d’épaisseur, sur la craie. Cela explique très- XES EFFETS BU GYPSE. 54 l naturellement la supériorité du produit du N.° X sur le N.° 8. Cela montre aussi l’effet immédiat, comme l’effet permanent du gypsfe sur les N. 05 7 et y. Le premier fume en gypse le 17 Mai 1794, le second l’avoit été en Mai 1792.—Mais pour établir la supériorité du gypse sur la suie, comme engrais , et pour montrer en même tems , d’une manière distincte l’avantage des parties gypse'es sur celles qui n’ont reçu aucun engrais , je vais indiquer les produits comparatifs réduits en argent. N. u 2. Gypsé à six busliels par acre, en L. st. sh. a. avril 1794. 8 i3 H N.° 1. Crû sans engrais.. . 6 5 H L. st. 2 8 2 À déduire pour frais de 6 busliels de gypse à 2 sbel. 9 den. )) 16 . 6 Profit net par le gypse.L. st. 1 1 1 8 N.° 6. Gypsé à 2 bushels par acre en avril 1793. G IO 11 N.° 5. Crû sans engrais. 4 3 9 Balance en faveur du N.° gypsé, dans l’année qui a suivi l’engrais. 2 7 Observons qu’en 179a, l’excédent de récolte avoit balancé les frais du gypse. \ 34 a EXPÉRIENCES SUR Liv. st. sh. a. N.° 7. Gypse le 17 mai 1794 . . 5 4 7 A déduire pour frais du gypse . . t. )) 16 6 L. st. 4 8 1 N.® 8. Crû sans engrais ..... 1 9 Balance en faveur du N.“ gypse. L. st. 2 8 4 Tɰ 3 . Gypsé comme ci-dessus. L. st. 7 1 » A déduire pour frais de gypse. . )> 16 6 L. st. 6 4 6 Iï.° 4 . 20 bushels de suie par acre, en avril 1794. L. st. 4 12 4 A déduire, frais de la suie. . . . . . . . » i 5 » L. st. 3 *7 4 Le profit du gypse excède celui de la suie de 2 L. st. 7 sh. 2 deu, par acre. N.® 9. Gypsé en mai 1792 .-. . L, st. 4 16 3 8. Crû sans engrais. .... 1 !9 9 Balance en faveur du gypse à la g eme année après qu’il a été répandu L. st. 2 16 6 Observons que les frais du gypse avoient été balancés, par l’excédent de récolte en 1792. La totalité du produit des cinq numéros gypsés, monte., , 32 6 2|- Ce qui fait par acre ^ ...... L. st. 6 9 3 LES EFFETS EU OYTWE. 345 Lîx. st. ah. d. La totalité «lu produit des trois numéros qui n’ont point eu d’engrais, en comprenant la suie monte à i 17 1 1^ Ce qui fait par acre« . . L. st. 4 5 3 J’avois entrepris ces expériences pour mon amusement , et ma satisfaction particulière. J’ai été bien récompensé des soins que j’y ai mis, par des résultats si uniformes, si décisifs, et qui ont beaucoup passé mes espérances. Dans le cours de ces expériences j’ai remarque' que diverses circonstances qui, quoiqu’é- trangères à mon principal objet , méritent cependant d’être rapportées. Je vais dire ici ce qui m’a paru le plus frappant , et le plus intéressant. En comparant la valeur de la graine dans chaque numéro avec la valeur du foin, la différence paroît essentiellement dépendre de la profondeur du sol ; car dans les six premiers numéros ( excepté le 4. enie fumé en suie ) la valeur de la graine excède la valeur du foin d’une moitié , d’un tiers , ou se trouve du moins un peu supérieure , tandis que dans les N. os 7 , 8 et g cette valeur de la graine décline relativement à celle du foin , à peu près dans la même proportion. 544 FXFSKîENCES Ainsi le N.° 1 donne en foin . . SUR Lir. st. $h. 3 à. 9 eu graine. .... 4 1 6 Total . . L. st. 6 5 3 Le N.° 7 donne en foin .... . L. st. 3 3 8 en graine . . . » 11 L. st. 5 4 7 Cela n’indique-t-il point, le defaut de quelque principe fructifiant dans ce sol crayeux et peu profond, lequel principe le gypse même ne peut pas donner dans la proportion du produit brut qu’il fait sortir de la terre ? Ce résultat semble du moins montrer qu’il n’est pas convenable de destiner un sol de ce .genre à produire de la graine de sainfoin^ car je crois que, si ces deux numéros avoient été fauches en foin , le N.° 7 l’auroit emporte' sur le H,° 1 autant que celui-ci l’emporte en graine. ^oici encore un fait intéressant. —■ J’avois réservé un demi-acre de ce terrain maigre et crayeux (le meme que le N. Q 7 ) pour voir quel seroit l’effet du gypse en le semant après que la végétation auroit fait quelques progrès. En conséquence j’en fis semer un btisbel et demi le 17 Mai sur celte partie. Le sainfoin avoit alors six pouces de haut, mais il c loi t jaunâtre et languissant, tandis que la plus grande partie T.ES EFFETS DU GYPSE. 545 du'champ qui avoit été gypsée un mois plus tôt, étoit d’un vert foncé et paroissoit en pleine vigueur. J’avoue que j’espérois peu de cette opération tardive , parce que le tems étoit au sec , et que le gypse resta sur les feuilles pendant deux jours. Une petite pluie étant survenue , fit tomber le gypse , et apparemment le mit en travail, car au bout de cinq à six jours je vis le sainfoin changer d’apparence , puis faire ensuite de si rapides progrès, qu’au milieu de Juin il me parut prêt à dépasser l’autre. Le 10 Juillet je fis faucher , parce que la graine de la plus grande partie du champ étoit mûre, mais comme ce demi-acre de terrain crayeux me paroissoit aussi mûr, je le fis couper huit jours plus tard. Je trouvai qu’il y avoit dans ce dernier morceau un très-grand nombre de grains légers retraits et mal mûrs , ce qui sert à expliquer que le N.° 7 reste en-dessous du N.° 1 de plus de la moitié, quant à la graine. Ce dernier fait donne une preuve décisive de l’action étonnante , et pour ainsi dire instantanée du gypse sur le sainfoin. — La partie basse du même champ étoit en trèfle. Il avoit été semc sur le blé en Mars 1792. Le sol est une terre légère qui a dix ou douze pieds de fond , et qui est mélangée de cailloux. Cette partie fut gypsée aux mêmes époques indiquées 3 i 6 EXPÉRIENCES SUR ci-dessus, et les mêmes lignes de divisions , soit pour l’e'preuve de la suie, soit pour les morceaux sans engrais , coupoient egalement les deux parties. — Le trèfle Fut fauche' en foin le 7 Juillet. Je mesurai deux perches carrées , prises à quelques pieds de distance l’une de l’autre , et lorsque le foin fut parfaitement sec, je pesai le produit de chacune. Le N.° 1 pesoit quarante-deux livres par -L. st. sh. a. perche, ce qui fait par acre 6o quintaux, à a shel . . . 6 » )) A déduire pour frais de 6 hushels de gypse, à 2 sh. 9 den .... » 16 6 L. st. 5 3 6 N.* 2. Crû sans engrais, quinze livres par perche, ce qui fait par »acre 21 quintaux 35 livres, à 2 shel. 2 2 IO Profit net par le gypse. . L. st. 3 )) 8 Nota. Ce foin s’est trouvé d’une qualité supérieure et vaut maintenant 4 liv. st. 10 sh. la charge. Ces re'suîlats sont si clairs et si bien d’accord , qu’ils n’ont pas besoin de commentaire. J’ajouterai seulement que la partie du champ qui est en sainfoin vaut 6 shel. de rente par acre, et celle qui est en trèfle îo shel. Je vais maintenant rendre compte de ma EE8 EFFETS DU GYPSE. 547 dernière expérience faite sur une pièce de trèfle blanc (Dutch clover) dont la graine avoit été semée sur le blé , au printems précédent. Comme je doutois si le gypse opéreroitsur cette plante comme sur celles qui pivotent, je ne gypsai qu’environ un demi-acre, en deux morceaux séparés et choisis dans deux terrains très- différens. Un de ces morceaux étoit une terre végétale, friable, de cinq pouces de fond, sur la craie $ l’autre une*terre douce et tenace , très - profonde , et mélangée de quelques cailloux. La pièce de trèfle avoit en totalité, environ cinq acres. Dans la partie la plus riche , et qui étoit d’environ trois acres, il y avoit une certaine quantité de blé , qui s’étoit semé d’aventure, et qui promettoit de deux à trois bushels par acre. J’imaginai que ce produit, ajouté à la graine du trèfle , vaudroit la peine qu’on laissât mûrir ce blé, et d’autant mieux que l’été étoit fort sec. On verra combien je me trompois , en jetant les yeux sur les produits comparés des perches A et B qui avoient été gypsées de même, et sur lesquelles le trèfle avoit également belle apparence ; on verra qu’en laissant mûrir le blé sur B j’éprouvai un déficit sur la graine de trèfle qui répond à 7 liv. sterl. par acre , ( objet bien important si les 348 EXPERIENCES SUR trois acres de terre riche eussent été gvpsées ) et que je ne gagnai que deux bushels par acre de blé, c’est-à-dire i5 shellings. J’indique cette dernière circonstance, non en raison de son rapport avec les effets du gypse, mais pour faire remarquer seulement que , dans le cours des expériences les plus simples , il se présente des routes nouvelles pour l’instruction , et que même les objets accessoires ont quelquefois autant • d’importance que le but principal qu’on se proposoit. Avant que de détailler l’expérience, il faut dire que le gypse fut semé le 22 Mai, à raison de 6 bushels par acre. Le trèfle blanc , dans ce moment-là, surtout dans la partie crayeuse, avoit mauvaise apparence. Au bout de quinze jours la partie gypsée pouvoit se distinguer à une grande distance ; et quoiqu’il ne tombât point de pluie le trèfle gypse' forma bientôt une voûte impénétrable aux rayons du soleil, tandis que le reste fut en quelque sorte brûlé par la sécheresse : on peut en juger par le contraste des produits indiqués ci-après. I/ES EFFETS DE O Y FSE 54g Produit en foin du trèfle blanc. Par perche. Par acre. Produit net. Valeur à 1 shel. 6d. le quintal. Liv. onc. quint liv. quint. liv. L. st. sh. <1. A Gypsé. . i5 8 *22 . 16 !9 • 39 1 9 ! a non gypsé 5 8 7 • 79 7 • 3o )) lO 11 B gypsé . . i5 )) 21 . 45 *9 • 9 3 i g îo b non gypsé g )> |l2 • 8 7 12 . 33 » 18 6 Produit en graine. Graine par perche. Graine par acre. Valeur à 12 deniers la livre. Produit total. Liv. OTÏC, quint. liv. liv. sh. d. L. st. sh. d. A gypsé. . i 1 5 2 • 77 i5 ÎO » 16 19 I a non gyp. » )> . Ô2 2 5 îo 2 i6 9 B gypsé. . l 1 1 . Ô2 8 ÎO )> 9 19 i° b non gyp. » 6 » . 58 2 lO » 3 8 6 Ces résultats prouvent que le gypse agit avec autant de force sur cette plante que sur le sainfoin , sous le rapport du produit total. Mais le prix de la graine du trèfle blanc étant beaucoup supérieur à celui de la graine de sainfoin, la valeur en argent du produit A de la graine de trèfle, passe la valeur du produit N.° 1 de la graine de sainfoin, dans le rapport de 5 à 1, et si l’on de'duit le produit naturel (a) du produit gypse (À) on verra qu’il y a i 4 livres sterl. 2 sliel. 3 den. par acre de gain , acheté' par 16 shel. 6 den., prix de 6 bushels de gypse. 55o EXPÉR. SUR EUS EFFETS DU GYPSE. .L’invariabilité des résultats dans les diverses expériences, toutes faites avec fidélité' et je crois avec exactitude , prouve incontestablement , je pense , qu’il y a un principe de ve’ge’tation extrêmement actif dans cette pierre insipide. Mais comment cette substance agit-elle lorsqu’elle force ainsi l’accroissement des plantes d’une manière si étonnante , et presque instantanée ? C’est là un mystère qu’il est peut-être réservé à un Young ou à un Kirwan de nous dévoiler. En attendant, j’espère que les cultivateurs pratiques les plus prudens, ne jugeront pas qu’ils courent de trop grands risques en hasardant quelques essais , sur l’autorité de faits pareils que je présente avec toute la vérité et l’exactitude possibles. DES ENGRAIS. Tiré de A r . Kent’s Hints to gentlemen of landel properly. L- engrais constituent une partie si essentielle de l’agriculture , qu’il n’y a point d’objets plus important dans la pratique que de chercher à s’en procurer une quantité' suffisante et d’une bonne qualité. L’expe'rience prouve que la terre la plus fertile cesse de produire si l’on ne renouvelle ses sucs par les engrais ; et que le terrain le plus ingrat, judicieusement amende', donne des recolles conside'rables. Il importe donc de s’attacher à produire autant d’engrais animaux et ve'ge’taux qu’il est possible, et d’accroître encore cette quantité par l’addition des autres substances que les circonstances locales permettent de se procurer. Rien ne contribue plus efficacement à l’augmentation des engrais animaux et végétaux qu’un assolement bien calcule. Je suis porte' à croire qu’une e'tendue quelconque d’un ter^ rain médiocre , pourvue convenablement de bétail , et bien cultivée , produira la quantité d’engrais nécessaire pour le maintenir en bon 55a DES ENCRAIS. e'tat pendant des siècles, sans secours etrangers. Mais il est difficile de donner des règles exactes sur les assolemens , à cause de la prodigieuse variété des terrains. On peut cependant affirmer que l’ancienne méthode qui consistoit à semer du grain trois ans de suite , puis à laisser, ce qu’on appeloit reposer la terre pendant deux ou trois ans, n’est pas la meilleure. Il est tems de renoncer enfin à ce système. Une agriculture semblable à celle de la Flandres est de toutes la plus productive. La terre y donne , comme dans nos jardins , une récolte chaque année , sans rien perdre de sa qualité. Tout le secret gît dans l’ordre de la succession des récoltes , et consiste à remplacer des productions à l’usage de l’homme, telles que le froment, l’orge, les pommes de terre, les fèves, les pois, par des récoltes à l’usage des bestiaux telles qye les turneps, les carottes, les vesces, le colza, et les foins artificiels (x). Plus nous nous rapprochons de la maxime de semer alternativement à l’usage de l’homme et des bestiaux, et plus nous pouvons nous assurer d’être dans les vrais principes des assolemens, et de suivre la (1) Ce n’est pas là tout le secret comme dit l’auteur, mais c’est un principe utile. méthode ri DES ENGRAIS. 553 méthode par laquelle on produit la plus grande quantité d’engrais animaux et végétaux ( 1 ). Le système de la.culture des turneps en Norfolk se rapproche beaucoup de la pratique des Pays-Bas. Un de leurs meilleurs assolemens est le suivant : i.* r * Année ; blé après trèfle ou autre foin artificiel. 2 / Orge. 3.° Turneps. 4. 6 Orge et trèfle ou autre foin artificiel. 5. e Trèfle , ou autre foin artificiel. 6. c Seconde année de la même herbe, qu’on fait pâturer. On fume constamment le blé et les turneps, c’est-à-dire deux fois en six ans. Cet assolement entretient beaucoup de bestiaux, et maintient* la terre nette et en bon état. Mais on trouve que le trèfle y revient trop souvent, et que le terrain s’en fatigue. En se rapprochant davantage de la culture flamande, on perfectionneroitce cours. On pourroit y admettre huit divisions, et les faire succéder dans l’ordre suivant. 1. ere Année , blé après un trèfle d’un an. 2 . ' Turneps. (i) Voyez la conclusion de la culture de Norfolk. Tome 4. Z \4 554 DES ENGRAIS. 3. e Orge. 4. c Pois, fèves, pommes de terre ( 1 ) , vesces , ou colza. 5. e B le. 6. ” Turneps. r j. e Orge et trèfle. 8. e Trèfle. Le sol produiroit ainsi presque re'gulièrement des récoltes alternatives pour l’homme et le bétail. La terre ne se lasseroit point du trèfle , qui ne reviendroit qu’une année sur huit , au lieu de deux sur six. Les récoltes améliorantes reviendroient de deux en deux ans ; le sol seroit parfaitement net, et il résulteroit assez d’engrais des productions pour entretenir la terre constamment en bon état. Je ne conseillerois néanmoins cet assolement que dans un terrain d’assez bonne qualité: il ne réussiroit pas dans une terre stérile. Pour les terrains ingrats la culture des moutons est la plus profitable ; parce que l’amendement qu’on obtient par le parc est le meilleur, comme le moins coûteux, (î) L’auteur met ici indifféremment les fèves et les pommes de terre comme préparation au blé. Les belles expériences d’Arthur Young ont prouvé qu’il y a, sous ce point de vue, une prodigieuse différence entre ces. deux productions. / DES ENGRAIS. 555 qu’on puisse se procuver. Il faut alors des près artificiels qui durent au moins quatre ans , et qu’on ait soin de bien fumer dans l’anne'e qui suit la semaiHe. Tout cultivateur intelligent, et qui voudra y réfléchir , sentira qu’un bon assolement est le moyen le plus efficace d’améliorer ses terres. Je recommanderois ensuite, comme un objet essentiel, de tirer parti de cette quantité' de terre vierge qui se trouve dans les bordures d’un grand nombre de nos routes , mélangée avec du fumier ou de la chaux ; cette terre fait un excellent engrais pour les blés , et les turneps. Dans le comte d’Essex on connoît bien la valeur de cette terre. On a soin d’enlever les bordures de l’intérieur des pièces , jusqu’à un pied de profondeur , pour les mêler avec du fumier , et les répandre sur les champs. Ces bordures , enrichies par la chute annuelle de feuilles , donnent cependant très-peu , parce que l’ombre leur nuit, et que les oiseaux dé- vastent la récolte ; en sorte qu’il y a un profit évident à les enlever pour améliorer les autres parties. H y a un grand nombre de domaines qui possèdent des trésors dans ce genre, et un fermier qui néglige d’en tirer parti est inexcusable. Ce n’est, dira-t-on, qu’un avantage passager, et le procède' ne sauroit se répéter. Mais 356 DES ENGRAIS. i l’avantage d’améliorer le terrain ne peut être considère comme passager. La terre est comme les animaux : une fois en bon état, il est facile de l’y maintenir ; mais si un fonds est détérioré à un certain degré, il devient très-difficile de le rétablir. Il ne faut pas non plus négliger les récurages de fossés, et les dépôts de boue qui se forment au fond des étangs. Ces substances ont un très- bon effet sur les prés , surtout si l’on y mêle une petite quantité de chaux. Dans le compost de la terre vierge qu’on destine aux prairies il convient de faire entrer f- de cette terre , \ de chaux, et y de fumier. Les terres argileuses , de toutes les variétés., sont d un très-grand effet sur les terrains sablonneux et légers, parce qu’elles leur dorment plus de corps , de ténacité , et qu’elles les rendent capables de retenir l’humidité. Par les raisons contraires, le sable ne convient pas moins aux terres argileuses, pesantes ou tenaces. U détruit la cohésion de leurs parties, et les rend pénélrables aux rayons du soleil , et à l’action de l’air et des gelées. Cela doit être sensible pour tous ceux qui veulent y réfléchir ; et cependant les améliorations de ce genre que l’on fait, ne sont rien auprès de celles qu’on pourroit faire, en mettant à proüt DES ENTRAIS. 357 *îes avantages de localité. Il convient de remarquer ici, toujours en raisonnant sur le même principe , qu’on ne doit point ôter les pierres dans les terrains tenaces et froids. Le sable est encore très-avantageux sur les près aigres et raboteux. Rien ne rend la sur-r face plus unie , et ne produit une plus grands quantité de trèfle blanc, La craie, lorsqu’elle est onctueuse et douce, lorsqu’elle se dissout aise'ment, est un très-bon engrais dans diverses terres. Elle a surtout un effet étonnant sur les glaises , et sur les terrains aigres : elle les divise , les adoucit, les rend fertiles , et si on l’emploie sur des près elle améliore sensiblement la qualité de l’herbe. Lorsqu’elle entre dans les compost } on peut en répéter l’usage , sans inçonvéniens , pendant des siècles, Les marnes diffèrent beaucoup les unes des autres. La meilleure est celle qui est la plus pesante et la plus savonneuse lorsqu’elle est mouillée. Quand elle est bien choisie, et répandue en quantité suffisante , elle met unç sorte de fermentation dans Je sol , qui en change tout-à-fait la nature. Il est rare qu’elle ait un effet bien sensible avant la troisième année. Mais ce retard est amplement com T pensé ensuite, puisqu’elle agit pendant vingt an% 558 DES ENGRAIS. sa'ns être renouvelée. Il n’y a aucun engrais dont l’effet soit si durable. On a prétendu que la marne ne pouvoit pas être employée deux fois sur le même terrain; mais je pense, qu’en la mêlant dans les compost, on peut y revenir avec succès tous les dix ou douze ans. Les cendres, de toute espèce , sont assurément de très-bons engrais , mais les cendres de tourbe , en particulier , sont, peut-être , le plus efficace de tous pour les prés artificiels. Ceux qui vivent dans le voisinage de Ncwbury, en Berkshire, connoissent tout le prix de cette substance. Il y a un très-grand nombre de prairies et de communaux dans d’autres comtés où l’on trouveroit de la tourbe; mais la cendre, comme engrais, est bien éloignée d’être appréciée tout ce qu’elle vaut , et est peu recherchée. La suie est excellente sur la plupart des terrains. Elle convient singulièrement aux prairies artificielles. Les pays de côtes ont de grands avantages relativement aux engrais; non-seulement à cause de l’importation qu’on peut en faire , mais encore à cause de la quantité de plantes marines , et de sable qu’on peut recueillir sur les bords de la mer. On reconnoît généralement que le sel est un DES ENGRAIS. 5.% stimulant très-actif de la ve'ge'tation. Ce seroit grand service à rendre aux cultivateurs et au public que de re'duire les droits sur la partie des sels qui s’emploieroit dans l’agriculture. Mais je pense que cette substance seroit applique'e plus utilement si on la me- langeoit avec d’autres engrais , avant que de s’en servir. Une petite quantité feroit ainsi un effet notable 5 et l’on pourroit revenir à cet engrais dans le même terrain. Je ne m’arrête pas à parler ici de divers autres engrais, excellens de leur nature, mais qu’on ne peut se procurer qu’en trop petite quantité' pour produire des effets marque's sur une exploitation en grand : tels sont , par exemple, les os, les rognures d’etofïes, la fiente des volailles , etc. Ceux qui sont à porte'e d’employer profitablement ces matières, ne seront pas assez aveugles pour les ne'gliger (1), (i) On peut remarquer encore ici l’omission capitale du gypse dans la liste des engrais. 11 a incomparablement plus d’effet sur les prés artificiels que celui des engrais salins auquel l’auteur en accorde le plus, savoir la cendre de tourbe. 5 6o « Des Engrais • tiré du XV. 8 chapitre de l’esquisse du rapport général du Département d’Agriculture, sur l’état actuel de l’Agriculture de la Grande-Bretagne. L* fumier des quadrupèdes est îe plus commun , le plus utile des engrais , mais non pas , peut-être , celui dont la conduite est le mieux entendue. Quelques reflexions sur les fautes que l’on faille plus souvent ; sur les principales propriétés du fumier ; sur les moyens de le rassembler, de le conserver , de le faire fermenter, et d’en accroître la quantité, ne seront pas inutiles , avant que de qous pccuper de l’emploi de cet engrais. Lorsqu’on a rassemblé une certaine quantité de fumier d’étable ou de matières animales et végétales mélangées, et qu’il y a suffisamment de chaleur , d’humidité et d’air , la fermentation commence , et passe par tous les degrés d’une manière plus ou moins sensible, ju$qu’à- ce que cette opération de la nature soit terminée. Si, après cela, nous examinons la masse, nous trouvons que les végétaux qui sont entrés danê la formation du fumier, sont décom- DES ENGRAIS. 56 ! poses , et réduits à leurs premiers principes. Ils sont alors prêts à rentrer dans la composition d’autres plantes. Ainsi se soutient la succession des individus 3 et la mort des uns fournit à la vie des autres. Cela une fois entendu, l’on doit comprendre que plus la fermentation est complète , plus l’effet du fumier converti par elle en terreau doit être sensible sur le sol. C’est donc un objet de la première importance pour les cultivateurs que de disposer et conduire leurs fumiers de manière qu’ils fermentent complètement , et que les matières produites dans le tas par cette operation naturelle , y soient conservées dans î’e'tat où elle les laisse. Cette attention améliore singulièrement les fumiers, et en augmente la quantité plus qu’on ne pourroit le croire* Lorsque la fermentation a commencé dans un tas de fumier de matières animales , végétales ou mélangées de tous deux, la première altération sensible est un changement dans la couleur, et une diminution de volume. Le volume continue à décroître tant que la fermentation se prolonge , parce que les parties solides se rapprochent. L’acide carbonique, et l’alkali volatil s’échappent en vapeurs 3 l’humi- (îité descend au fond , et y séjourne si le tas situé dans une cayite' qui tienne l’eau-, ou ob’a DES lî N G- R A I S. s’écoule si le tas est sur une pente. Celte eau qui s’échappe du fumier est imprégnée de sels fertilisans , et son effet est sensible sur les terres où on la répand. Dans la manière dont l’on rassemble et pré-*- pare les fumiers , il est rare que l’on fasse attention à la position du tas, aux circonstances qui facilitent la fermentation , et à la conservation des sels lorsque la fermentation est achevée. Dans presque toute l’Angleterre , il est pénible d’observer combien l’on néglige cet objet important ; surtout dans les lieux qui, par leur situation , sont presque entièrement privés des autres moyens d’amendement. Cette négligence est évidente dans toute la partie Septentrionale du pays de Galles , dans les provinces de Cornouailles, de West- moreland, de Cumberland , dans toutes les parties montueuses de l’Angleterre et de l’Ecosse. On établit le tas de fumier dans l’enclos de la ferme , sans examiner si la terre sur laquelle il repose retient l’eau , ou si les sucs ne s’écoulent point en pure perte. Nous voyons les tas de fumier placés dans des creux , et noyés dans une eau qui rallentit la fermentation , ou exposés sur une pente, a un soleil qui les brûle , et les prive de l’humidité nécessaire pour que la fermentation ait lieu. DES ENGRAIS. 365 Dans les deux cas, le fumier est rassemble sans soin. Les chevaux, le bétail, les cochons , les poules, passent dessus, le grattent, le dissipent; et les chariots même le foulent souvent. Ces procèdes font que le fumier së serre en une masse trop compacte pour que l’air puisse y pénétrer. Les bords s’étendent , se dessèchent ; le vent en emporte une partie , et une autre redevient à peu près de la paille sèche. Enfin, lorsque le moment est venu de répandre le fumier sur les terres, on le conduit, sans examiner s’il a subi ou non la fermentation. Le centre du tas, qui étoit trop serré n’a fermenté que d’une manière imparfaite , et les bords n’ont point fermenté du tout. Il est inutile d’ajouter que son effet est presque nul sur les terres (1). Lorsque le tas est placé dans un creux et noyé , le fumier est tout aussi mauvais , si ce n’est plus mauvais encore. Les eaux des pluies qui séjournent à i’entour , le délavent et le refroidissent, de manière que la fermentation ne s’opère pas. Les sels ferlilisans s’af- ( 1 ) L’effet du fumier frais, dans certains cas, semble contredire cette assertion. Le lecteur verra dans cet ouvrage diverses observations qui jettent du doute sur cette assertion, [juillet t8o8.] 564 I) -15 S ENCRAIS, faiblissent, et la masse soumise à l’analyse ne donne guères que de la terre végp'tale. Lorsque le tas est place' sur une pente ou sur un terrain graveleux, la perte n’est pas moindre. Les sels qui s’échappent avec l’humidite' produite par la fermentation , s’imbibent dans le sol, ou descendent sur le terrain que le fumier domine. Toutes les fois qu’il pleut, la masse est délave’e, appauvrie de ses sels, et demeure enfin dans un état assez semblable à celui du the’ , après qu’il a servi à une infusion. Enfin , lorsque le fumier est dispose' sans soins , et que , comme nous, l’avons dit ci-? dessus , on le laisse fouler par les voitures , par le bétail, et disperser par les poules, la fermentation est lente , seulement partielle , et le fumier, au lieu de contenir abondamment des substances riches , grasses et fécondantes , est, en grande partie, composé de substances dont l’action est très-foible sur la végétation. Ce sont cependant les fumiers situés sur un terrain de niveau , qui dans cette méthode défectueuse de les ménager, sont les moins mauvais. Après avoir vu ce qu’on fait le plus souvent, voyons ce qu’il faudroit faire. Deux choses sont essentiellement nécessaires à la fermentation du fumier d’étable j c’est l’air DES ENGRAIS. 365 et l’humidité. Sans l’un et l’autre il n’y a point de fermentation ; sans la juste proportion de tous deux , elle est incomplète. Ceux qui sont accoutumés à préparer le fumier pour les couches, savent qu’il faut l’amonceler légèrement, et l’arroser un peu, pour le faire fermenter très promptement. Ils savent aussi que quinze ou seize jours suffisent pour opérer dans ce fumier une fermentation aussi complète que six ou huit mois dans un fumier ordinaire de basse-cour. Il convient donc d’imiter ce procédé d’aussi près que la situation de la ferme le permet; et au lieu de placer le tas comme on le fait d’ordinaire , il faut choisir pour son emplacement un endroit suffisamment écarté , en ayant soin de rassembler les urines des écuries dans le voisinage du tas, afin qu’on puisse l’en arroser aisément, et faciliter ainsi la fermentation. Lorsque la charrette amène le fumier au tas depuis l’écurie , il faut avoir soin que les pieds des chevaux et les roues ne passent point sur le tas, de peur de l’écraser trop, et d’empêcher que l’air n’y pénètre suffisamment. Cette opération se fait ordinairement d’une manière absurde et cruelle. Le las est disposé en pente , et l’on fait monter, à force de coups de fouet, les chevaux qui enfoncent jusqu’aux genou$ et » 366 DES ENGRAIS, la charrelle jusqu’aux essieux, usant ainsi les forces des animaux , et les harnois, dans l’espace de quelques toises , plus qu’on ne le feroit dans l’espace de plusieurs milles en traînant le même poids. Si l’on demande à quoi cela sert, le charretier vous re’pond que c’est pour mettre le fumier sur le haut du las ; mais un homme le feroit en quelques minutes , et d’une manière beaucoup plus avantageuse. Il faut décharger la charrette auprès du tas, et ensuite, avec une fourche de fer, jeter le fumier egalement et légèrement sur toute la surface : cette main - d’œuvre n’est rien et l’avantage est très-grand. Dans un tas forme’ de cette manière, s’il y a suffisamment d’humiditê, la fermentation commence d’abord, et s’achève très-promptement. Si le fumier est sec, il faut l’arroser. En été', cela est fréquemment nécessaire dans les grandes chaleurs. Avec ces procédés , six ou sept semaines suffisent pour que la fermentation soit complète (1), et le fumier qui en résulte se trouvera avoir un effet double de celui qui a été fait avec la négligence ordinaire. {1} Un agriculteur très-intelligent, recommande de ne mettre en tas que ce qu’on peut rassembler dans un mois, ttu bout du mois, il faut retourner et mêler le tas, puis,le laisser un mois encore avant de l’employer. [A] DES ENGRAIS. 667 Pour faire de bon fumier et en quantité' considérable , il faut placer le tas sur une base à peu près de niveau , et qui retienne l’humidité. Il faut l’entourer d’un mur de quaire à cinq pieds, en laissant une ouverture pour y entrer. Il faut, s’il est possible , le couvrir j et garnir le fond de glaise, qu’on pave ensuite en pierres plates. En dehors du mur, et du côté opposé à l’entrée , il faut pratiquer un réservoir circulaire , pour recevoir par un trou l’humidité qui découle du fumier , et qu’on retire ensuite avec une pompe pour arroser le tas. Le réservoir de l’eau de fumier doit être situé à l’extrémité la plus basse. Le pavé doit avoir un certain nombre de petits conduits dirigés et réunis du côté du réservoir j et ces petits conduits doivent être garnis de branches avant qu’on entasse le fumier , afin qu’ils ne s’obstruent pas. L’enclos destiné au fumier doit avoir ses plus longs côtés dans la direction de l’Est à l’Ouest. Le mur du côté du Sud doit s’élever jusqu’au toit, afin que les rayons du soleil ne frappent jamais le fumier. La dépense d’un toit de chaume est peu considérable j elle est bientôt retrouvée par la qualité supérieure de l’engrais $ et d’ailleurs , on peut faire servir 568 DES EN&RAIS. ce loit à couvrir un colombier, ou une niclie pour les outils légers de la campagne. On doit sentir d’abord les avantages de cette disposition. Les murs empêchent que le fumier ne se disperse , et que les bords ne se dessèchent. Le couvert empêche qu’il ne soit délavé par les pluies. Le pavé sur la glaise empêche que les sucs ne se perdent dans la terre -, et les conduits rassepablent cette eau chargée de sels fécondans , au réservoir, d’où on la puise à volonté pour la mettre dans des tonneaux et la transporter sur les terres, ou pour la rejeter sur le tas lui-même dont elle favorise singulièrement la fermentation. On augmente la quantité du fumier produit, en profitant de cette eau qui s’en échappe pour en arroser le terrain, ou pour la répandre sur les tas de compost. On réussit également à accroître la quantité des engrais en rassemblant les urines des écuries et des étables dans un tonneau , ou une citerne placée à une extrémité , et où elles découlent d’elles-mêmes par une rigole bien pavée. Une autre manière d’augmenter la quantité des fumiers, c’est de ramasser les fientes des bestiaux dans les pâturages. Ces fientes, isolées comme elies le sont, n’ont aucun effet , et si i’on avoit soin de les recueillir en tas , le résultat sultat au bout de l’an , seroit très-avantageux aux terres arables. Mais les; substances que l’expérience a de’montré augmenter le plus considérablement les fumiers sont les terres*} les gazons, la tourbe, les raclures des chemins,, et les dépôts des fossés. Cela se trouve dans toutes les fermes si l’on y fait l’attention convenable. Il y a deux manières pour rendre ces substances utiles : la première est d’en former la base des fumiers, et de les laisser s’imprégner des sucs qui découlent du tas -, la seconde est d’en former des monceaux réguliers que l’on arrose de l’urine des animaux , et de l’eau des fumiers. Avec les soins nécessaires , ces substances deviennent égales en valeur aux fumiers les plus actifs et l’on peut doubler les engrais d’une ferme en donnant à celte partie l’attention convenable. Si, de la manière dont les fumiers se rassemblent et se préparent à la ferme , l’on passe à examiner les procédés ordinairement suivis pour les répandre sur les champs, on les trouvera également absurdes et mal raisonnés. Il n’y a aucun engrais qui serve plus immédiatement d’aliment aux végétaux que le fumier d’étable ; et lorsqu’on l’applique aux plantes qui sont en pleine végétation, l’on voit prendre aussitôt à celles-ci une nouvelle activité qui Tome 4. Aa 570 B E S ENGRAIS, se soutient pendaiat toute la saison. Mais si cela est ainsi, que doit-on penser de l’usage de ré- pandre le meilleur fumier sur les terres en automne , pour y séjourner , mélangé' avec le sol, jusqu’au moment où la végétation commencera, c’est-à-dire au printems suivant. Si le champ est semé en blé ou en autres grains qui passent l’hiver en terre, la végétation sera stationnaire pendant toute la saison froide, et les plantes n’auront besoin d’aucune nourriture pendant tout ce tems-là : tout ce qu’on peut espérer c’est quelles prennent possession du sol , et affermissent leurs racines. Il vaut la peine d’examiner ce que devient le fumier, en attendant le moment où la végétation recommence. Les sels qui se sont formes dans la fermentation sont aisément dissolubles dans l’eau. Les pluies de l’automne et de l’hiver les dissolvent donc , et en emportent la plus grande partie dans les couches inferieures, en sorte que , lorsqu’au printems , les plantes auroient besoin des stimulans de l’engrais , ceux-ci ne sont plus à leur porte'e , ou ont été très- affoiblis. C’est là la première perte que l’on éprouve dans la pratique de fumer en automne , mais ce n’est pas le seul inconvénient. Dans les champs qui ont subi les labours des jachères, DÛS ENCRAIS. 571 le terrain est ordinairement très-ameubli au moment où l’on sème. Le fumier contribue à le rendre plus meuble encore , en sorte que les racines des plantes ne sont pas suffisamment protégées contre les gelées, et qu’au printems la terre est toute émiettée à la façon des tau- a pinières. Ceux qui ont observé la culture du blé savent combien cet état du sol lui est défavorable. Si l’on gardoit une partie du fumier pour le printems , les racines seroient moins sujettes à être soulevées par les gelées. Ou e'tendroit le fumier sur le blé , dont la végétation prendroit immédiatement de l’activité, et seroit d’autant mieux entretenue que les pluies dissoudroient successivement , au profit des racines , les sels fécondans de l’engrais. Comme aucune de ces parties fertilisantes du fumier ne seroit perdue , une quantité beaucoup moindre sufifiroit au même espace : le tiers, peut-être, de ce que l’on met ordinairement seroit assez ; et il ne faudroit pas pour les charriages autant de tems et de peine qu’oa pourroit d’abord le penser. Quand nous traiterons de la chaux , nous donnerons pour règle de mettre tout à la fois la dose complète de cet engrais 5 mais pour le fumier, il en est autrement. La chaux agit sur les molécules de la terre : il en faut une quantité notable pour §72 ï) E S E N & ïi A ï sJ que l’effet soit produit. Mais le fumier est une nourriture toute préparée pour les plantes, si on l’applique dans la saison où les plantes ne végètent point , comme on le fait à l’ordinaire, pour le blè , ou que l’on en mette au prin- lems plus qu’il n’en faut pour nourrir les plantes : dans les deux cas il y en a une partie absolument perdue , parce qu’elle est délavée et entraînée par les pluies. Au contraire, lorsqu’on l’applique au printems, il ne peut rien y avoir de perdu. A mesure que les pluies tombent , les sels fertilisans se communiquent aux racines , et l’aliment parvient à la plante par doses répe'te'es , qui font sur elle le même effet que les repas sur les animaux. On met souvent du fumier en automne sur les trèfles. Cet usage est également absurde, soit qùé l’on se propose de laisser subsister le trèfle l’année suivante , soit qu’on veuille le rompre pour semer du blé ou de l’avoine. Lorsqu’on veut laisser subsister le trèfle , le fumier appliqué dans la saison où la plante ne végète pas, lui nuit essentiellement, c’est une chose parfaitement reconnue , par expérience, quant au trèfle. II y a donc alors une double perte. Mais si l’on répand le fumier sur le trèfle au printems : une petite quantité est d’un grand effet. Laissons expliquer aux théoristes * DES ENGRAIS. 575 comment la même substance qui nuit à la plante si on l’applique en automne, lui est fort utile si on l’applique au printems. Le fait est certain (1). Souvent l’on re’pand le fumier sur le trèfle , et on l’enterre pour semer le ble' après un seul labour. En parlant de l’usage de mettre la chaux sur les trèfles pour semer de l’avoine , nous indiquerons la perte qu’on éprouve en l’enterrant à la charrue : il en est de même dans ce cas-ci. Si la récolte de trèfle a été' bonne , ou même passable , la bande prise par la charrue se soulève et se retourne tout à la fois : le fumier est donc enterré à plat au-dessous , et il faut que les racines du blé percent cette croûte gazonnée pour parvenir à l’engrais, en supposant même que l’engrais reste dans son intégrité 5 mais nous avons observé ci-dessus que les sels fertilisans sont emportés plus bas par les pluies d’hiver. Le mal est plus grand (1) Dans tous les endroits où l’on peut se procurer du gypse à un prix modique, il n’est point douteux q.uon ne doive le préférer. Le fumier répandu au printems sur le trèfle a un grand inconvénient ; e’est > R A I S. 4ig jamais le fumier , soit seul , soit avec de la chaux , avant qu’il eût acquis les qualités que la fermentation lui donne. On ne perdroit ainsi aucune partie du fumier produit dans une ferme. Nous voyons souvent au contraire, des fermiers s’efforcer de couvrir la totalité’ d’un champ qui a été chaude , avec un fumier si frais qu’il n’est guères que de la paille , et qu’une forte charrue attelée de quatre chevaux ne peut pas l’enterrer complètement. Lorsque la chaux n’est pas mêlée avec le fumier , soit en compost , soit sur le champ même , il y a beaucoup d’avantage à pouvoir donner trois labours avant de semer le blé, puis à répandre le fumier sur le blé au commencement du printems. Si l’on sème de l’orge, il faut répandre le fumier en même tems que la semence , puis enterrer celle-ci à la herse. Toutes les fois qu’on a suivi cette marche , le succès a été étonnant, sur le blé en particulier. Huit ou dix jours après que le fumier est appliqué , le blé prend un vert foncé , et talle ensuite avec vigueur. Des essais répétés ont prouvé l’excellence de cette méthode, et une seule expérience suffira à convaincre le plus incrédule. Beaucoup de gens objecteront sans doute ^20 TJ E S ENGRAIS.' que le fumier doit perdre sa force en se dessé- chant ainsi sur le terrain, qu’il doit être très- difficile de le repartir egalement sur les champs, et enfin que les animaux , les chariots, ou les tombereaux , doivent écraser et tuer un grand nombre de plantes. Nous répondons à cela que, dans la saison dout il est question , le soleil n’a que peu de chaleur et que l’évaporation est peu considérable , à moins que les vents du Nord-Est ne régnent, et même dans ce cas, ce n’est guères que la partie aqueuse du fumier qui s’évapore, car les sels volatils n’abandonnent les corps qu’au moyen d’une chaleur assez considérable. Les sucs du fumier ont donc tout le tems de pénétrer la terre , avec les pluies, et d’être pompés par les racines ; les plantes ont tout le tems de végéter et de protéger le fumier de leur ombre , avant que le soleil soit devenu assez chaud pour faire évaporer les sels. La seconde objection sur la difficulté de répandre le fumier également sur la surface du champ n’est pas mieux fondée , parce que le fumier bien pourri , se divise et se répand avec une grande facilité. Mais il faut observer ici que dans les cas où l’on applique le fumier sur une récolte en végétation , il ne faut pas former des tas pour les étendre ensuite ; il DE» ENGRAIS. 4ül convient de disséminer le fumier depuis le chariot même ou le tombereau. Quant à la destruction des plantes, elle ne pôurroit avoir lieu que dans le cas où l’on prendroit mal son moment , car si l’on fait l’operation en tems sec, le piétinement sera plus utile que nuisible à la récolte. On sait que les terres à froment , surtout lorsqu'elles ont été chaude’es ou fumées , sont souvent soulevées et émiettées par les gelées, de manière à n’avoir pas plus de consistance que des taupinières. C’est un des plus grands dangers auxquels la récolte des blés est exposée, parce que les vents perçans du nord pénètrent alors jusques aux racines , et font périr les plantes. La protection du fumier est donc singulièrement utile aux plantes dans cette saison-là, puisqu’elle leur fournit à la fois la chaleur et la nourriture. L’avantage n’est pas moins grand lorsqu’on enterre le fumier à la herse en même tems que la semence de l’orge , surtout dans un terrain léger. Le chariage du fumier j et le piétinement indispensable pour le répandre , donnent à la terre une consistance qui est très- avantageuse , s’il succède une sécheresse ; et au moment où il tombe de la pluie les sucs du fumier descendent pour fournir aux racines leur nourriture. 422 ï> E S E N G R A I S. Il faut observer neanmoins que l’opération de fumer sur la recolle ne peut avoir heu qu’avec du fumier bien pourri, et sur un terrain passablement sec : mais lorsque ces circonstances se trouvent réunies , les produits sont très-considérables , et l’effet est sensible sur plusieurs récoltes. L’avantage de la chaux, dans ia culture des turneps est parfaitement reconnu. Des districts très-étendus, et qui auparavant étoient incultes , ont été mis en valeur au moyen de la cliaux , et produisent, non-seulement des turneps en abondance, mais de belles récoltes de trèfle et de froment. 11 paraît que , pour la culture des turneps dans les terres légères, la chaux fait un excellent effet. Son influence dans de pareilles terres , sur les trèfles , les pois et les fèves , est aussi parfaitement reconnue par 1’expérience , en sorte que , dans les pays où la chaux est le principal engrais , on ne sème jamais, aucune de ces récoltes sans chauder préalablement. On voit , dans les montagnes, des exemples de cét effet de la chaux sur les plantes à feuilles larges. Lorsqu’un champ , enseniencé de ces plantes , a été partie fumé , partie chaude, la première portion rend souvent à peine le travail et la semence , tandis que la seconde donne de de grands produits. DES ENGRAIS. 425 Il y a presqu’autant de variété' dans la manière d’appliquer la chaux pour les turneps , qu’il y a de fermiers dans un canton. En général on la met sur les champs avant le dernier labour, pour l’enterrer sans herser, et l’on a soin de la conduire immédiatement après qu’elle est cuite pour la disposer par tas avant qu’elle se soit afloiblie à l’air. La raison que l’on donne de cette dernière attention, c’est que la chaux vive dans le mouvement qu’elle e'prouve en s’éteignant, agit avec beaucoup plus de force sur le sol , que ne peut faire de la chaux déjà éteinte. Sans doute que si l’on pouvoil diviser suffisamment la chaux vive pour la mêler intimement avec^ le sol , elle auroit bien plus d’activité : car la calcination n’e'tant que l’expulsion de l’eau et de l’acide carbonique, et la chaux ayant une extrême tendance à reprendre ces deux composans , elle perd par degrés son état de chaux, pour redevenir une pierre ou terre calcaire , par le seul contact de l’air j mais la difficulté c’est de la pulvériser sans l’éteindre , et nous blâmons l’usage de mettre la chaux vive en tas sur les champs , par les raisons suivantes. i.° Si l’on veut la répandre promptement pour l’enterrer à la charrue , on est souvent arrêté par la sécheresse. Il faut qu’il tombe une 424 DES ENGRAIS, quantité d’eau suffisante pour que la chaux se divise convenablement , et s’il ne pleut pas , il faut retarder le labour. 2 . " S’il ne tombe pas suffisamment d’eau , la chaux ne se pulvérisé point assez , et il est impossible de la répandre et de la mêler egalement. 3. ° Enfin, si les pluies sont trop considé- rables , la chaux après s’être complètement éteinte, se durcit en gâteaux que l’on ne peut ensuite suffisamment diviser pour la mêler avec le sol. C’est une méthode certainement très- défectueuse, car , en ne hersant pas , et en ne labourant qu’une fois , il est impossible que le mélange s’opère convenablement, les conséquences en sont évidentes. La semence se trouve en partie en contact immédiat avec la chaux, et en partie dans une terre qui n’a reçu de la chaux aucun bénéfice. Il en résulte, qu’à moins que la saison ne soit extrêmement humide, une partie de la semence ne végète pas, et que les plantes qui végètent foiblement, languissent et sèchent sur pied , s’il survient des chaleurs. Les mêmes observations que nous avons faites quant à la manière d’employer la chaux sur les jachères pour le blé , peuvent s’appliquer aux turneps. Plutôt l’on répand cet en- DES E N G R A"l s. 4^5 grais dans le champ , et plus l’on herse et laboure , pour l’incorporer complètement à la terre , et mieux c’est. Il importe particulièrement, pour cette culture, d’amortir la qualité' caustique de la chaux en la faisant agir sur le terrain, et empêcher qu’elle n’altère la semence. Lors donc qu’on a eu soin de bien opérer le mélange , on ne voit point la récolte des tur- neps souffrir de la sécheresse , comme cela arrive quand la chaux n’a été qu’enterrée. On sait que la chaux dissout les huiles , et lorsqu’elle se trouve en contact avec des semences huileuses , elle les altère sensiblement. On emploie la chaux sur le trèfle pour semer de l’avoine. Celte méthode est commune sur les bords de la Tweed , et c’est peut-être la plus mauvaise manière d’employer la chaux. On la répand en automne , et on l’enterre au printems; le produit est peu proportionné aux frais , et on ne s’en étonnera pas , si l’on réfléchit au procédé. On sème l’avoine sur un seul labour. Si le trèfle a été beau, le sillon se soulève tout entier, et soit que le gazon soit à plat dessous , soit que les bandes que prend la charrue ne soient qu’appuyées , la chaux , qu’on avoit répandue sur la surface du terrain, est en grande partie perdue. Si le gazon a été complètement retourné , la semence se trouve J 426 DES ENGRAIS, séparée de la chaux par un intervalle de trois à quatre pouces que les racines de l’avoine ne percent pas toujours, et si le sol inférieur est sablonneux, la chaux s’enfonce par les pluies et est perdue. —Si les bandes de gazon ne sont qu’appuyées, la ehaux glisse au fond des inter-r valles, où les pluies la font descendre, et elle est bientôt également perdue pour la récolte de l’année , et pour celles qui doivent succéder. Nous avons vu mille exemples de ce fait. , Les fermiers qui emploient la chaux de cette manière se plaignent de ce qu’il n’y a pas du profit : cela ne paroîtra pas étonnant après ce que nous venons de dire. Il n’y a aucune méthode moins avantageuse ; il n’y a qu’une raison pour l’adopter, c’est qu’il est commode de pouvoir charier en tout temsla chaux sur |e pré artificiel où on la dépose ; c’est aussi le motif que donnent les fermiers pour persister dans une pratique qu’ils avouent n’êlre pas bonne. . [ Il y a des parties de l’Angleterre où l’on répand la chaux au printems , sur les récoltes de blé ou d’autres grains , et sur les prés. D’après toutes les observations que nous ayons rassemblées, cette méthode est sujette à beaucoup d’objections, et demande de grands me- ■DES E N U R A I S. 427 nagemens. Elle est dangereuse sur les grains quels qu’ils soient , à moins que la chaux n’ait été mêlée préalablement en compost avec de la terre ou du fumier. Sous cette dernière forme , la chaux peut être employée sur la récolte en toute sûrete', et avec profit. Ses qualités stimulantes et caustiques, très-dangereuses pour les jeunes plantes lorsqu’elle est appliquée seule, sont émoussées par leur action sur les huiles , et le mélange fournit une nourriture toute préparée pour les plantes en végétation. Nous pensons à peu près de même quant à l’emploi de la chaux sur les trèfles. Elle est d’un très-bon effet dans les prés qui portent des joncs , et une herbe dure ou aigre : elle tue toutes les mauvaises plantes: peut-être est- ce en changeant la nature du* sol suffisamment pour le rendre incapable de les nourrir. L’effet de la chaux , sur de telles terres , est encore plus considérable lorsqu’on peut les labourer. Les mauvaises plantes sont plus sffrëment détruites dans cette opération. Il convient de rompre ces prairies -.en été, puis de faire un labour croisé pour l’hiver , en répandant la chaux dessus. On obtient ainsi les deux objets principaux ; c’est-à-dire , que les mauvaises plantes sont complètement détruites, et la J 4a8 13 ES ENGRAIS. chaux intimement mêlée avec le sol pour assurer de belles récoltes. Observons ici que le chaudage des prés qui ne peuvent pas se labourer est une réparation qui appartient plutôt au propriétaire qu’au fermier, parce que l’amélioration, sous, le rapport de la quantité du fourrage, n’est pas en proportion de la dépense ; et à moins que le fermier n’ait un long bail , il est impossible qu’il y trouve son compte. Il faut toujours se souvenir qu’un fermier, homme de sens , ne met de l’argent en réparations que lorsqu’il a une espérance raisonnable, non-seulement d’être payé en principal et intérêts , mais encore dq trouver dans les récoltes un profit proportionné aux risques qu’il court et aux travaux qu’il fait. Pour le propriétaire , le cas est différent. Si sa terre est améfiorée de manière à élever la rente en proportion de l’intérêt de la somme dépensée , il ne peut rien perdre ; et si les rentrées sont plus considérables , comme cela arrive dans toutes les améliorations bien conduites,, le surplus est une compensation pour les risques de l’entreprise , et un stimulant pour de nouvelles réparations. Donnons maintenant quelques directions sur la manière de préparer la chaux avant de la répandre , et sur la rotation des récoltes que l’on doit adopter dans un terrain chaude'. Dans tous les cas où l’on emploie la chaux seule , c’est sur les matières contenues dans le sol qu’elle doit agir : il en résulte la ne'cessite' de la mettre en contact avec le plus grand nombre de parties de ce même sol, et pour cela il faut diviser le plus qu’il est possible la chaux et le terrain. Si la chaux reçoit préci— se'ment la quantité' d’eaU qu’il lui faut , elle se re'duit en une poudre fine qu’on peut répandre fort également sur le sol, et incorporer exactement avec les molécules de la terre. Mais s’il tombe trop d’eau-sur la chaux, elle se forme en gâteaux , comme nous l’avons déjà fait re- * marquer, et alors elle ne peut plus se diviser, son effet est beaucoup moindre , il en faut une quantité plus considérable, et l’objet du chau- dage n’est jamais si bien rempli. Le meilleur moyen d’obvier à cet inconvénient, c’est de déposer la chaux à portée d’un ruisseau ou d’un étang pour jeter de l’eau dessus ce qu’il en faut précisément. Cette opération est très-prompte. Unejhleure suffit pour mettre la chaux en état d’être répandue ; et toutes les fois que cela est possible, il faut la conduire, la répandre, et l’enterrer promptement; car outre qu’elle s’alfoiblit en demeurant exposée à l’air, elle peut encore se réduire en gâteaux s’il survient des pluies après qu’elle 45o DES ENGRAIS, a e'të étendue. Tous Les bons cultivateurs con- noissent ce danger, et ils ont pour principe \ d’enterrer la t chaux le plus promptement qu’il se peut. Cependant, on n’a pas toujours le choix des momens pour les charriages de la chaux : on lei fait quelquefois dans les tems où l’on n’est pas presse d’ouvrages , et où l’on ne peut répandre la chaux parce que les terres ne sont pas prêtes à la recevoir. Dans ces cas-là il importe de la disposer de manière à ce qu’elle ne s’altère pas par l’action de l’air, et qu’elle ne se mette point en masses. Après l’avoir mise en poussière , en jetant un peu d’eau dessus, il faut la disposer en un tas étroit et prolonge en dos- d’âne, la recouvrir de trois ou quatre pouces de terre, puis de chaume, et avoir soin que l’eau puisse s’écouler convenablement tout autour. On peut la conserver ainsi trois ou quatre mois, et la retrouver au moment du besoin , à peu près aussi active que si on venoit de la tirer du four. Les avantages de la chaux dépendent beaucoup de l’assolement que l’on adopte après l’avoir employée. Nous avons dit ci-dessus qu’on a vu quelquefois la stérilité' succéder à de belles récoltes obtenues par le moyen de la chaux : c’est toujours aux fautes du fermier qu’il faut DES ENCRAIS. 45l altribuer un tel accident. C’est dans les terres ïe'gères que cela arrive, toutes les fois qu’après le chaudage le cultivateur fait successivement plusieurs re'coltes de grains. L’expérience a prouve que les rotations qui conviennent le mieux après le chaudage, sont celles dans lesquelles les grains et les re’coltes vertes se succèdent alternativement. Quelques fermiers sèment du froment après les turneps chaude's. D’autres plus intelligens, ne sèment jamais que de l’orge ou de l’avoine avec de la graine de trèfle. Ces récoltes sont communément belles. Le trèfle se rompt à la seconde année, et une récolte d’avoine, ordinairement plus belle encore , succède. On fume ensuite pour mettre des fèves, ondes turneps encore. De cette manière la fertilité du sol se soutient dans les terres les plus pauvres. Dans les terres glaises où l’on a employé la chaux , les rotations doivent être un peu différentes. On ne doit point cultiver les turneps dans de tels terrains. Ce n’est pas cependant que , quand la saison est favorable, on ne puisse y avoir de belles récoltes de cette racine ; mais les saisons pluvieuses leur sont tellement contraires dans ces terrains, et augmentent si fort les difficultés de leur culture; les risques et les inconvéniens du charriage de la récolte 43a » E S ENGRAIS. sont si grands, que les terres y ont souvent beaucoup plus à perdre qu’à gagner. Une jachère d’e'te' paroit indispensable dans ces terres- là. La chaux doit y être répandue en juillet ou août. Trois labours , au moins, et autant de hersages, sont indispensables pour bien incorporer l’engrais ; puis un des meilleurs cours que l’on puisse adopter c’est, i. ere année. Blé. 2 . 8 Fèves. 3. 8 Orge. 4.° Trèfle. b. e Avoine. Nous avons déjà observé que la chaux s’unit aux huiles et aux substances grasses. Or comme les graines de toutes les plantes que nous con- noissons contiennent plus ou moins d’huile, la chaux a sur ces graines un effet plus ou moins marqué. Elle tue aussi les insectes ; elle détruit certaines plantes et fournit ainsi à la nourriture de la récolte. Elle agit encore comme stimulant; elle absorbe l’humilité; enfin elle a un effet mécanique : elle divise le sol et facilite l’introduction des racines, qui se trouvent ainsi en contact avec un plus grand nombre de points , et peuvent sucer plus de substance de la terre. La semence d’un grand nombre de plantes annuelles DES ENGRAIS. 433 annuelles nuisibles dans l’agriculture, et surtout des differentes sortes de moutardes * contient beaucoup d’huile. Ces plantes sont très-embarrassantes pour les fermiers dans les terres légères, car, si immédiatement après la semaille du printems, il survient une pluie, ces mauvaises herbes lèvent en si grande quantité qu’elles ruinent la récolte. On dit alors qu’elles ont étouffé le grain. Sans doute que c’est en partie la raison du mauvais succès 5 mais sa véritable cause est peut-être la quantité d’huile et de principes utiles à la végétation, qui se trouve absorbée par ces plantes : quantité probablement beaucoup plus considérable que celle qui seroit nécessaire à une récolte de grains , et dont celle-ci se trouve frustrée. Cela explique d’une manière assez satisfaisante ce qu’on observe quelquefois, c’est que le sol est plus épuisé après une mauvaise récolte , qu’après une bonne. Il n’y a peut-être aucune production , si ce n’est le chanvre, le lin, et le colza quand on le laisse monter en graine, qui épuise davantage le sol, que les 1 plantes annuelles à graines huileuses^ telles que les moutardes. La chaux, bien employée, est le vrai remède quand le terrain est empoisonné de ces graines, et le moyen le plus sur pour la rendre Tome 4. Ee 434 des e n g r a ï s. utile, c’est de la bien incorporer à la terre, et de mettre ensuite la pièce en pré artificiel pour deux ou trois ans. Au bout «Je ce lems- là , non-seulement les mauvaises semences se trouveront détruites , mais leur huile aura enrichi le sol, et nourrira le grain qui succédera. Ce dernier objet a beaucoup d’importance ; car si l’on considère le nombre prodigieux des semences annuelles que contiennent les terres légères, on se convaincra qu’il doit résulter de leur destruction j une quantité considérable de nourriture de la meilleure qualité pour les récoltes de grains. Détruire les mauvaises herbes , est un grand pointcréer un engrais en est un autre très-important ; et enfin il y a beaucoup d’avantage dans la destruction des limaçons et autres insectes que la chaux ne manque pas de tuer. En considérant la chaux comme une substance qui opère sur les corps organisés que le sol contient, en même tems qu’elle agit mécaniquement sur le sol lui-même , nous voyons ‘d’abord la convenance d’appliquer tout à la fois la dose nécessaire pour opérer ces effets : si le sol est profond, et la quantité peu considérable , l’influence de la chaux est à peine sensible, et l’engrais est perdu; au lieu que si la quantité eût été suffisante, l’effet en auroit été DES ENGRAIS. 435 très-utile. Ce sont des demi-essais qui souvent ont de'goûte' les fermiers de l’usage de la chaux dans leurs terres ; avec plus d’attention et d’exactitude dans leurs expe'riences , ils au- roient vu que la quantité employée étoit insuffisante. Nous dirons un mot, à cette occasion, de l’usage de certains comtés où les baux obligent les fermiers à répandre , de quatre en quatre ans , une certaine quantité de chaux sur les terres. Nous avons examiné avec soin les rapports de ces comtés , et nous n’avons pas su trouver de bonne raison de celle singulière pratique. Dans les cantons où la plupart dès fermiers ont des baux d’un an seulement, les clauses restrictives sont convenables $ mais obliger un fermier à répandre sur toutes les terres, quelle que soit leur qualité , une certaine quantité de chaux à des époques fixes , c’est une absurdité évidente ; car tout le monde sait que la dose de la chaux doit varier selon, le terrain. Si, donc, la quantité que le fermier s’engage à répandre sur les terres argileuses, est suffisante, elle sera trop considérable pour les terrains légers. Voilà le premier inconvénient d’une pareille stipulation. Mais il y a un autre inconvénient plus grave : c’est que si la première fois, i’on a répandu assez de chaux, 436 DES ENGRAIS, le renouvellement du chaudage fait beaucoup' de mal. On dit, pour justifier cet usage , que la quantité’ qu’on re’paud à chaque fois est si peu considérable, qu’il faut la répéter souvent pour rendre l’ope’ration utile. Cet argument n’a aucune solidité’. Nous avons déjà indique’ pourquoi une petite dose de chaux reste sans effet, à moins que le sol ne soit très-léger ; et il faut être fort ignorant pour penser qu’une quantité’ insuffisante demeurera en terre pendant plusieurs années en conservant ses qualités , et pourra devenir efficace par l’addition d’une nouvelle dose. Le sens commun condamne cet usage , qui est à la fois ruineux pour le fermier et pour la terre ; car nous avons vu que , lorsque la quantité de chaux n’est pas proportionnée à la qualité de la terre , cette substance nuit quelquefois au sol, au lieu de le rendre fertile. Nous 11e saurions donc trop répéter qu’il faut proportionner la quantité de chaux à la qualité du sol -, car ce qui suffit à une terre ne fera aucue effet sensible sur une autre ; mais lorsqu’une fois on a mis sur un champ la dose de chaux qu’il lui faut , on ne doit jamais y revenir , à moins que ce ne soit avec de la chaux mêlée de fumier. DES ENGÏlAtS. 457 C’est sous cette dernière forme que l’emploi de cette substance est particulièrement avantageux, parce qu’au lieu d’agir comme stimulant, elle agit alors comme aliment de la végétation, c’est-à-dire qu’en réduisant à un état de putréfaction complète les substances avec lesquelles on la mêle, elle augmente leur faculté nutritive. On peut alors l’employer à plusieurs reprises sur la même terre, et toujours avec le même succès. Si au lieu de la clause absurde de faire chauder par les fermiers tous les trois ou quatre ans , les propriétaires exigeoient d’eux de mettre , pour les turneps ou pour le blé , du compost de fumier , terre , et chaux , les uns et les autres y gagneroient beaucoup. Le remède , pour les cas où l’on a répandu trop de chaux sur une terre , se trouve dans les substances grasses et mucilagineuses , telles que le fumier d’étable , les plantes de rivière , les gâteaux de colza. Il faut ensuite éviter de faire deux récoltes consécutives en blé; m^is au contraire mettre le terrain en pré pour quelques années, ce qui lui rendra son ancienne fertilité. Nous ne devons pas terminer cet article sans revenir encore sur la manière de mêler la chaux avec la terre. Nous avons observé que pour la rendre utile , il faut la mêler intimement aü 458 TJ T3 S ENGRAIS, moyen des labours et des hersages. Il faut d’abord faire attention à la manière de l’étendre sur le soi : cette operation doit toujours se faire en teins calme, et avec beaucoup de régularité'. S’il fait du vent, la personne qui répand la chaux en sera extrêmement incommodée, et jugera fort mal de l’égalité avec laquelle elle se trouvera répandue. Le hersage ordinaire ne sauroit ensuite suffire pour bien mêler la chaux à la terre : il faut employer d’abord des fagots d’épines liés sous deux herses réunies , ensuite herser le terrain avec les instrutnens ordinaires, çe qu’on ne sauroit en quelque sorte, répéter trop souvent , puisque ce n’est qu’à force de herser que le mélange intime, s’opère. Le second objet qui mérite l’attention c’est le labourage. Moins la quantité de chaux a été considérable , et plus il importe de ne pas labourer trop bas j puisque non-seulement on placeroit la chaux hors de la portée des racines, mais encore on la mêleroit à une quantité trop considérable de terre pour que son effet sur celle-ci pût être sensible. Le premier labour ne doit donc piquer qu’à deux ou trois pouces, et les labours subséquens qu’à quatre pouces au plus, afin que l’action de la chaux, bornée à une moindre quantité de terre , demeure plus sensible , et soit aussi plus durable. DES ENGRAIS. 43g Nous citerons , comme une curiosité de l'agriculture angloise, l’usage de Derbeshire de mettre de 5 oo à 600 bushels de chaux sur un acre de tourbe , et d’élever ainsi tout-à-coup la rente depuis un shelling jusqu’à 2D. Il est évident que cela ne peut se faire que dans les endroits où la pierre à chaux abonde , et où le combustible est à très-bon marche. La craie, dans son état naturel, est un engrais qu’on peut employer d’après les mêmes principes que la marne , et les terres calcaires j mais la craie e’tant une terre calcaire presque pure , tandis que la plus riche marne que nous ayons ne contient qu’environ un quart de son poids (1) de terre calcaire , il faut répandre moins de craie sur une terre quelconque que l’on n’y metlroit de marne. Ceci doit s’entendre de la craie dans son e'tat naturel , car dès qu’elle est cuite , elle participe à toutes les qualités de la chaux, et doit être employée exactement de la même manière. La craie abonde dans les provinces méridionales d’Angleterre, et y est fort employée. Les terrains où elle a le plus d’effet sont les terres profondes , et les glaises de peu de fond, qui ne contiennent point de terre calcaire. Elle ne ( 1 ) Ceci ne s’accorde pas avec ce que dit Marshal des marnes de Korfolk. 44o DES ENGRAIS. fait que peu ou point de bien lorsque la couche inferieure est de la craie ; et elle fait du mal lorsque la terre est très-légère , et de peu d’é- paisseur. Pour employer la craie sur les terrains légers, il faut la mêler en compost avec la terre et le fumier. Lorsque ces composts sont faits dans les proportions convenables, et mélanges avec soin , ils produisent sur le sol des effets sensibles pendant plusieurs années. L’usage ordinaire est de répandre le compost sur la jachère pour le blé , ou sur les prés en hiver. Dans les deux cas, l’effet en est très-bon. Sur les prés , il détruit la mousse , les joncs , et toutes les plantes aquatiques qui croissent dans les terres aigres et froides : sur les jachères, il ouvre et ameublit la terre , et ne manque pas de produire de bonnes récoltes. Lorsque la craie s’emploie sans calcination préalable , il faut avoir soin de la briser autant qu’il est possible. Cette opération devient facile lorsque la craie se tire de la carrière à la lin de l’automne, et se répand immédiatement. L’humidité , dont l’atmosphère est ordinairement chargée dans cette saison-là, est absorbée par la craie : elle s’enfle, et se brise d’elle-même. Mais lorsqu’on la tire en été, et qu’elle reste exposée à un air sec et chaud, elle se durcit, et devient en grande partie inu~ DES ENGRAIS. 441 tile. II faut alors la briser avec des massues, car on ne doit jamais l’enterrer à la charrue qu’après l’avoir mise en e'tat de se mêler intimement à la terre ; on peut ici appliquer à la craie ce que nous avons dit précédemment de la chaux : il faut mettre en contact avec les molécules de la terre, le plus grand nombre des parties de l’engrais. Quant à l’usage de mêler du fumier à la craie, il faut se régler d’après la nature des terrains. Lorsque la terre est légère et de peu de fond, l’addition du fumier est très-convenable, mais dans les terres fortes et profondes , le mélange du fumier n’est point nécessaire , et il ne fait qu’affoiblir l’action de la craie. Quand une fois, cependant, une terre a été complètement amendée avec de la craie , il ne faut plus revenir à cet engrais pur , mais s’il ne fait qu’entrer comme composant dans le compost, il réussit bien. L’expérience comparative a été faite dans une des provinces du Midi, où l’on emploie beaucoup la craie. Un champ qui avoit été autrefois amendé avec cette substance, divisé en bandes dont les unes étoient,.pré- pare'es avec de la craie , et les autres avec le compost de craie et fumier., a donné dans les premières divisions une très-mauvaise récolte, et dans les autres une très-bonne. 44a DBS ENCRAI S. La marrie est une substance qui contient de la terre calcaire , et qu’on trouve à diverses profondeurs, et dans diverses situations. Elle est employée dans toute la Grande-Bretagne , et l’expérience a démontré' sa grande utilité dans l’agriculture. Ou la distingue , selon ses cotnposans , eu marne argileuse , (clay-marl) marne pierreuse ( stone-marl ), marnes chis- teuse ( slate - mari ) et marne coquillière ( shell-marl ). La marne argileuse ressemble fort à la terre glaise , et en contient une grande quantité'. Elle varie beaucoup pour la couleur. La marne pierreuse est ainsi nommée à cause de sa durete' , elle est moins aisément soluble dans l’eau que la pre'ce'dente. La marne schisteuse se trouve en couches ou feuillets minces : elle est plus dure que la marne argileuse , et plus tendre que la marne pierreuse. Elle se dissout aussi difficilement dans l’eau. La marne coquillière est aisée à distinguer de toute autre , par les coquilles qu’elle contient, et par son extrême légèreté. On la trouve souvent dans des endroits qui ont été recouverts par des eaux stagnantes. Lorsque les coquilles ne sont pas très-anciennes , et que l’émail existe encore sur leur face extérieure ? D K S ENGRAIS. 445 la marne a peu de valeur ; mais lorsque les coquilles sont déjà en grande partie de'com- pose’es , c’est de beaucoup la plus riche et lu plus efficace que nous commissions. L’avantage des marnes, en agriculture, est principalement dû à la quantité' de terre calcaire qu’elles contiennent, et elles sont plus Ou moins efficaces , à raison de ce qu’il en entre plus ou moins dans leur composition. Le caractère distinctif d’une bonne marne , est la promptitude de son effervescence avec les acides. On peut se servir de ce procédé pour de'terrniner la quantité' de terre calcaire contenue dans la marne , circonstance importante pour les cultivateurs. Voici comment on doit s’y prendre pour s’assurer de la bonne qualité d’une marne. Après avoir fait se'cber une certaine quantité de la substance qu’on veut éprouver, soit à un soleil ardent, soit en la tenant sur le feu pendant une demi-heure , il faut la réduire en poudre fine ; puis la délayer dans l’eau. On ajoute ensuite à celte eau un peu d’acide ydlreux , qu’on y laisse tomber goutte par goutte , et en les comptant , jusqu’à-ce que l’effervescence cesse. On met alors, dans un verre , le même nombre de gouttes du même acide, avec une demi-cuillerée d’eau. On laisse DES EN G R A I S. b 444 tomber peu-à-peu, daus ce mélangé, cle la pierre calcaire réduite en poudre fine , et en ayant soin de remuer le verre à chaque fois qu’on en ajoute , jusqu’à-ce que l’effervescence cesse. Comme la quantité' d’acide , dans les deux cas, est la meme, la quantité de terre calcaire employée dans la seconde expérience , sera exactement la même que celle qui se trouvoit contenue dans la marne employée pour la première. Celte connoissance peut servir à diriger les fermiers sur la quantité de cette substance qu’ils doivent répandre pour un acre. Il faut observer, néanmoins, que dans toutes les marnes, la terre calcaire, contenant de l’air fixe et de l’eau, a une action beaucoup moindre sur le sol que la chaux : il faut donc beaucoup plus de terre calcaire contenue dans la marne pour faire un certain effet , qu’il ne faut de chaux vive. En parlant de la chaux , nous avons blâmé l’usage de la répandre sur les recolles ; mais il n’en est pas de même de la marne , parce que çSa terre calcaire ne possède point les qualités caustiques de la chaux. On peut donc l’em-** ployer, en toute sûreté, sur les récoltes en végétation , surtout dans les terres légères. L’argile contenue dans la marne ajoute alors à la consistance du sol ; et cet engrais détruit DES ENGRAIS. 445 efficacement l’oseille sauvage , dont les terres légères sont souvent infestées. Nous doutons de l’utilité de la marne sur les prairies humides , principalement si l’herbe est rude , et mêlée de joncs. Pour la rendre efficace dans de telles situations , il faudroit en mettre une quantité très-considérable , et même alors , son effet ne peut jamais être si utile que celui de la chaux parce que celle-ci, non-seulement tue toutes les plantes nuisibles telles que les roseaux , mais en accélère la putréfaction , et enrichit le sol en épurant ses productions. Il faut encore remarquer que la partie argileuse de la marne , qui est très-utile sur les terres légères, est perdue sur les prairies basses, qui sont en général d’une terre "grasse et substantielle. Il suit de là que , dans tous les cas où l’on peut se procurer de la chaux et de la marne avec une égale facilité, il faut donner la préférence à la chaux dans les terres profondes, dans les prés aigres, et mouilleux, et à la marne pour les terres légères , graveleuses , et peu profondes. Jamais , peut-être , la marne ne peut être employée avec plus d’effet que sur ces terrains légers , mis en prés artificiels. L’expérience des fermiers , dans les endroits où l’on emploie beaucoup la marne, confirme 44G BiîS ENGRAIS. ce principe ; et il n’y a probablement aucun moyen possible d’employer les terres sablonneuses ou graveleuses plus utilement que, de les amender par la marne après les avoir mises en prc's artificiels (l). En do nnant décidément la préférence aux terres légères pour l’emploi de la marne, nous n’entendons pas condamner son usage sur les autres terrains : nous pensons au contraire qu’elle est très-utile sur les glaises , pourvu qu’elle y soit applique'e en quantité' suffisante , et que la marne soit choisie avec jugement. La marne argileuse ou pierreuse y fait plutôt du mal que du bien ; mais les marnes coquillières ou schisteuses rendent les terres fortes plus meubles , plus aisées à travailler et à pénétrer par les pluies. Il existe deux substances qui, sans être des marnes , leur ressemblent singulièrement. La première est une sorte de pierre onctueuse et tendre, de diverses couleurs,, compose'e d’argile et de magnésie. Cette substance ne fait pas effervescence avec les acides ; mais d’après ses composans , on peut la juger utile dans tous les cas où la marne le sercit. L’autre substance (i) On trouve, en général, que la marne réussit «lieux sur les prés, et la chaux sur les champs. [A] DES ENGRAIS. 44y est d’une couleur bleuâtre, et ressemble beaucoup à la marne argileuse. Elle est extrêmement nuisible à la végétation , comme l’ont e'prouve' en divers endroits des cultivateurs trompes par sa ressemblance avec la marne. Elle contient beaucoup d’acide vitriolique et de fer, deux substances qui sont de véritables poisons pour les ve'ge'taux. On peut s’assurer de la présence du fer dans cette terre , par une expérience très-simple. On n’a qu’à en brûler un petit morceau dans le feu avec de l’huile ; battre ensuite cette terre brûlée , et y appliquer l’aimant, pour voir si elle y adhère. On peut encore découvrir la présence du fer dans cette terre , en la faisant, bouillir une heure ou deux dans de l’eau de pluie ; puis laissant évaporer , on obtient une poudre qui, mêlée à une infusion de noix de galles donne une couleur noire , si la terre contenoit du fer. Il y a des endroits où il est d’usage de cuire la marne , et de la réduire en chaux ; elle acquiert alors plus d’activité sous un moindre volume. Toutes les substances lestacées sont principalement composées de terre calcaire, et font de la très-bonne chaux ; mais, dans leur état naturel, elle ne font comparativement que peu 448 DES E N & R A I S. d’effet comme engrais , même lorsqu’on les a pulve'rise’es préalablement. Si on les trouve dans un e'tat de décomposition , on peut alors en espérer le même effet que d siste à la réduire en cendres ; la seconde à » employer le poussier de tourbe, après que » l’action de l’air et de la gelée l’ont réduit en depuis plusieurs années , en la répandant sur la jachère dans des terres argileuses. Ces terres sont à portée d’une tuilerie où l’on emploie la tourbe. La quantité employée est d’un tombereau sur mille pieds carrés, ce qui revient a 25 tombereaux sur un espace où l’on sème un quintal de blé. ï) E S ENGRAIS. 45q » une poudre fine , mais sans lui faire subir )) aucune autre pre'paration [x], )> » La cendre eraploye'e comme engrais, pro- n vient de la consommation de la tourbe dans )) les ménagés , ou de la combustion opérée )> dans le but de se procurer des cendres. )) Lorsqu’on brûle la tourbe exprès pour avoir )) la cendre , on la dispose en gros tas , et on i) la brûle lentement : le feu dure six à huit » semaines; et l’on observe que le feu le plus )) lent produit les meilleures cendres. La charge » de deux charrettes de tourbe sèche , conve- )) nablement brûlée , fait 5ooo bushels de » cendres [aj. Nos cendres son rouges ; niais » les blanches sont e'galement bonnes pour » engrais. Leur prix , sur le lieu même où on i) les brûle , est d’un pence et demi le bushel. )> Elles sont assez estimées pour qu’on les » vienne chercher de dix à douze milles de » distance ». [1] J’épouve aussi de l’avantage du mélange du poussier avec les terres argileuses: je pense qu’il n’agit qu’en divisant le sol et en le rendant plus meuble. [2] Il est évident qu’il y a ici une grosse erreur de chiffres; car, d’après notre expérience, douze tombereaux de tourbe donnent un tombereau de cendres. Cela peut varier un peu selon la nature de la tourbe, 46o DES ENGRAIS. » Un proprietaire de marais, en Berkshire, » tire quelquefois 200 livres sterl. d’un acre de » tourbe; et après l’extraction, son terrain est » beaucoup meilleur qu’auparavant. On sème » les cendres à la main, comme la suie ». » Le poussier de tourbe se vend 6 shellings » la charretée , et on le transporte souvent » à sept ou huit milles de distance ». Le detail ci-dessus est propre à réveiller l’attention de ceux qui possèdent des marais tourbeux, et ce qui rend cet objet plus inté- ressant encore , c’est que ce moyen d’amélioration se trouve ordinairement dans des cantons où les autres moyens manquent. La cendre de bois est un engrais à raison de la quantité d’alkali qu’elle contient. Il faut observer que certaines cendres , telles que celles des pins et sapins , ne contiennent l’alkali végétal qu’en petite quantité. La plupart des bois durs, tels que le chêne, le frêne et d’autres en contiennent beaucoup. Ce n’est que sur les terres les plus fortes et les plus tenaces que la cendre de bois peutfaire un bon effet. Sur toutes les autres terres , il et le procédé de la combustion ; mais il y a au moins deux zéros de trop ou de trop peu dans l’un des nombres. DES ENGRAIS. 46i ne faut l’employer qu’eu compost avec la terre, le fumier et les substances animales. Ces composts bien préparés, sont très-utiles pour répandre sur les récoltes, et dans la culture au semoir , parce qu’on peut les appliquer immédiatement au sillon même. On peut faire un engrais très-actif en répandant des mauvaises huiles sur des cendres de bois , dans la proportion d’un demi-gallon sur une charretée de cendres, en y mêlant ensuite une quantité de chaux égale à celle de la cendre , et en ajoutant six parties de terre pour une de ce mélange. Douze charretées de ce compost suffisent à un acre , lorsqu’on les répand sur la récolte. Il ne faut jamais répandre la cendre pure sur les sols légers et chauds : elle leur nuit sensiblement. La cendre convient sur les terrains aigres , les mauvais prés , qui produisent des joncs et des plantes nuisibles. Elle lue ces mauvaises productions [t], et fait à peu près les mêmes effets que la chaux. Le mélange de celle-ci avec les cendres rend leur influence beaucoup plus marquée. [x] Un des meilleurs effets de la cendre, soit de bois, soit de tourbe, sur les prés froids, c’est de détruire la mousse. 46 a DES ENGRAIS. Les cendres du. charbon de pierre conviennent aux glaises profondes : elles rompent la ténacité de ces terrains et les rendent plus fertiles. Dans les endroits où cet engrais a été employé’ avec modération, l’effet en a toujours été avantageux; mais dans le voisinage immédiat des villes, où l’application de cette substance revient fréquemment, le sol a été quelquefois tellement ameubli par ce mélange , que la terre manque de consistance et que , pour peu que l’annee soit seche , la récolte est perdue. Les plantes ne peuvent d’ailleurs s’enraciner assez fortement pour résister aux vents violens, et elles versent aisément lorsque ces vents surviennent dans la dernière quinzaine de Juillet. Lors même que la récolte ne verse pas, les plantes sont si ébranlées et si déchaussées, qu’elles dépérissent au lieu de mûrir. Nous recommandons à tous les fermiers du royaume de mettre leurs cendres de charbon de pierre , sur leurs terrains lçs plus froids , les plus tenaces et les plus aigres. Elles y produiront d’excellens effets ; mais sur les sols légers , sur les graviers, les sables , la craie , la pierre à chaux, et la terre végétale très- meuble , elles ne doivent jamais s’employer que sous la forme de compost avec de la terre ex du fumier. DES ENGRAIS. 463 On a beaucoup écrit et beaucoup raisonne sur l’utilité du sel marin, comme engrais. On a présente des faits très-intëressans , mais ils n’ont pas levé tous les doutes: il peut être avantageux d’examiner en peu de mots, d’après quelle théorie le sel a été' employé'. En portant son attention sur les diverses substances dont on se sert comme engrais, on voit qu’elles sont utiles , soit en fournissant un aliment aux végétaux, soit en rendant d’autres substances capables de le fournir. Si le sel marin avoit la faculté' de hâter la fermentation ou la putréfaction des substances animales ou végétales, il ne seroit pas difficile d’expliquer comme le sel agit sur les engrais. Mais c’est un fait, connu de tout le monde , que le sel retarde la putréfaction , puisqu’on l’emploie tous les jours à empêcher les matières animales ou végétales de se corrompre. Il conserve la viande pendant des années, 11 prévient la fermentation du foin 3 il empêche les olives de se gâter ; ce ne seroit donc que comme engrais stimulant qu’il pourroit être considéré. On a cité les succès du sel sur les prairies nouvellement desséchées. On a observé que les inondations de la marée produisoient des effets salutaires ; mais il ne nous paroît pas que cela soit probant eu faveur du sel. Le dessèchement H* 464 DES ENGRAIS, des prés détruit très-efficacement les joncs, et .toutes les plantes qui se plaisent dans un sol humide ; et cet effet peut avoir été produit indépendamment du sel. On a observé , ert revanche, que lorsque , dans ces cas-là, le sel marin a été employé, la végétation a été retardé , en raison de la quantité de sel répandue. Lorsque celte quantité étoit peu considérable, et lorsque, surtout, l’année étoit humide et que les pluies délavoient et affcnblissoient le sel, 1» récolte étoit toujours plus hâtive et plus abondante , soit en foins , soit en grains. On a attribué à l’action du sel les salutaires effets des inondations. Dans la plupart des endroits inondés au bord de la mer , les inondations sont produites par les obstacles que rencontrent les rivières près de leur embouchure, et les marais que l’on nomme salans , sont ordinairement formés d’eau douce ; il est très- rare que la marée pénètre dans l’intérieur des terres pour y former de pareilles inondations. Nous avons examiné , en Angleterre et en Ecosse , des marais qualifiés de marais salans et surtout dans le voisinage de Liverpool et de Colchester. Ce sont des prairies basses , qui sont souvent submergées dans les hautes marées, mais elles le sont par les eaux douces qui les arrosent : aussi l’eau des inondations de ces I fK ttS k, marais ■DES ENGRAIS. 465 . o ^ : n r, ,ïT$ 1 c ,Cf ■ is 2. S c. | - )<>« a§ 0 n 1 » •S s ïg w y r> a •fî§ • Il ^ 3 N .tu OA 1 C :s ,p i ü 3 » 6. marais salans est-elle douce , ou tout au plus légèrement saumâtre. Le bénéfice qui résulté de la présence accidentelle des eaux , est uniquement l’effet de l’arrosement par inondation, effet bien connu dans d’autres situations où on l’obtient par l’art. Les observations ci-dessus s’appliquent proprement au sel marin employé' pur. II y a quelques années que , sur la conviction de l’utilité du sel dans l’agriculture , le gouvernement accorda une remise des droits sur la partie des sels qui seroit employée comme engrais $ et pour empêcher que le sel vendu dans ce but ne fût appliqué à d’autres usages , on y faisoit mêler de la suie. Son bas prix et la réputation qu’il avoit acquise , engagèrent plusieurs cultivateurs du comté d’Haddington , en Ecosse, à en faire l’essai : quelques-uns firent leur expérience fort en grand. Ils l’employèrent dans toutes sortes de terres, sous toutes sortes de formes , et dans toutes les saisons de l’année indifféremment. Au bout de plusieurs années d’usage , le sel a été abandonné, par la conviction de son inutilité dans la plupart des cas, et de ses mauvais effets dans d’autres. Le rapport de la province de Chester en donne une toute autre idée, et on y énumère les bons effets de cette substance , d’aorès des Tome 4. Gg f. 466 DES ENGRAIS, autorités très-respectables. Quant aux expé- riences faites sur des terrains mouilleux, aigres et qui donnent des joncs , on sait que le dessèchement seul suffit à changer leur nature , et que comme ces terrains sont ordinairement riches et profonds , ils donnent spontanément de la bonne herbe, lorsqu’ils ont été' débarrassés des eaux souterraines qui leur nuisoient, Dans le détail d’une de ces expériences, on remarque une circonstance qui appuie l’opinion que nous avons des effets du sel. Dans deux espaces d’un acre chacun , on mit sur l’un huit et sur l’autre seize bushels de sel marin. Sur le premier acre , il ne parut pas un brin d’herbe avant la fin de Mai : sur le second acre, ce ne fut qu’à la fin de Juillet que la végétation commença. Or, comme le sel est extrêmement soluble à l’eau, ne peut-on pas soupçonner que la végétation n’a recommencé , dans ces deux cas, qu’après que les pluies ont eu complètement lavé Je terrain? Il y a néanmoins une espèce de sel grossier qui peut servir d’engrais ; c’est le résidu de chaudières après que le sel a été purifié. Ce résidu est l’acide muriatique uni à la magnésie. Il paroît que , dans la dessication , l’acide s’évapore en partie : on ne le trouve qu’en quantité beaucoup moins considérable que la DES ENGRAIS. 4$7 magnésie , avec lequel il forme un sel neutre imparfait; et il y a une partie de la terre qui n’est pas combine'e. Ce re'sidu, employé comme engrais , est utile dans tous les cas où la marne et la craie produisent de bons effets. L’addition de l’alkali le rendroit peut-être plus actif, et comme on perd tous les jours une très-grande quantité' de substances alkalines , nous recommandons des essais de ce genre. En même lems que nous donnons notre opinion contre l’usage du sel, à moins qu’on ne l’emploie comme stimulant , le désir de rendre ce rapport aussi utile qu’il est possible, nous engage à mentionner le detail donne' par John Pringle. Il re'sulte d’une série d’expériences bien conduites , que le sel, en petite dose, aide la putréfaction. Nous avons fait des expériences analogues, et n’avons point obtenu les mêmes résultats. Nous avons éprouvé , en appliquant le sel aux substances animales, que la putréfaction a toujours été retardée en proportion de la quantité de sel que nous avions employée , et que la plus petite quantité possible, dans les mêmes circonstances de chaleur, d’air et de lumière , retardoit sensiblement la fermentation putride [l]. [1] La différence dans les effets dw sel est peut-être 468 DES ENGRAIS, Un cultivateur de Sussex a aussi communique au president du departement un exemple des bons effets du sel comme engrais : nous allons le rendre dans les mêmes termes. « Il y a environ seize ans que j’achetai )) douze bushels d’un sel impur, à 1 shelling. )) Je les semai avec du ble' en Oclobre, sur » une jachère, en terrain léger. La proportion n fut deux bushels de sel et deux de blê par » acre. Le sel donna de la consistance au » terrain , et tout l’hiver le blé fut d’un vert » foncé qui annonçoit la vigueur de la plante. » Le printems fut sec ; et à la fin de Mars la )) croûte du terrain paroissoit dure. Je fis )) passer deux fois un pesant rouleau de chêne )) sur le blé; et s’il eût été garni de dents ou » de pointes , son effet auroit été beaucoup » meilleur. » » Il parut que le sel avoit détruit tous les y> vers, les larves et les insectes. On ne mit )> pas un atome de fumier sur le champ. Il en D auroit fallu de douze à quinze charretées par » acre qui, y compris le charriage, auroit D coûté 2 sh. 7 den. la charretée. Les récoltes due à ce que, dans un cas , le sel marin employé con- tenoit un sel terreux, tel que du muriate de magnésie, et que dans l’autre le sel marin étoit pur. DES ENGRAIS. 46g )) suivantes d’orge et de trèfle furent extrême— )) ment belles; beaucoup plus belles que lors- )) qu’on avoit employé' du fumier ; et jusqu’à )) présent le sol a paru se ressentir du be'néfice )) de cet engrais. Il faut avoir vu ce champ avant )> et après cette amélioration , pour concevoir )) qu’une si petite quantité de sel puisse produire » un effet aussi grand et aussi durable. Le droit » additionnel sur le sel qui l’a fait monter à )> ,6 sh. 5 d. le buschel, a empêché de répéter » l’expérience. » Dans un autre chapitre du Rapport général, on rendra compte des effets de l’écobuage : opération que nous observerons seulement ici devoir être pratiquée avec réserve. Mais quoique le brûlement de la glaise puisse être préjudiciable , il y a pourtant aussi des cas où il peut être utile ; c’est lorsque le sol est extrêmement tenace, argileux, et qu’il retient les eaux. Un mélange de glaise cuite rend ces terrains plus friables, plus aisément labourables, et en même tems empêche les eaux d’y séjourner (î). Mais [î] Yoici l’extrait d’une lettre de Mr. J. White Parsons, ait Président du Département, dans laquelle il rend compte de sa manière de brûler la glaise. « Lorsque j’eus l’honneur de causer quelques mo- » mens avec vous, à Noël dernier, vous parûtes vous in- B r : S ENGRAIS. 470 ce n’est que sur les terres fortes et profondes que cette pratique peut réussir. Sur ces terrains, particulièrement lorsque le sol inferieur est de la terrre calcaire, cny de la craie, il résulte un grand avantage du brûlement d’une partie du » téresser au détail que je vous donnai sur ma manière » de brûler les terres et les taupinières. Je vous dis, je » crois, alors que cette réparation ne m’avoit jamais » moins rendu qu’une amélioration de 10 sb. sur la » rente de mes terres glaises que le séjour des eaux » gâtoît. » « L’année dernière, je brûlai au moins 1600 char- » retées dans une semaine, en ne mettant pas moins » de 5 o charretées par monceau. La dépense, autant » que j’ai pu la calculer, n’a pas passé un pence et 3) demi par charretée. Vous pouvez juger du tout, et 3) de la permanence d’un tel engrais ; et combien la » texture d’une glaise tenace doit être améliorée par 3> le mélange d’une cendre qui y reste à demeure, et » de débris calcaires à raison de 5 o ou 60 bushels 13 par acre : matières que le sol fournit sur le lieu v même et qu’il faudroît emporter à grands frais plus 33 loin que l’endroit qù on les brûle. » « J’ai observé une circonstance très-intéressante , 3> c’est que la chaux réussit ensuite très-bien sur ces » terrains, quoiqu’auparavant elle eût été essayée en » quantité triple, sans faire aucun bien. » » Comme ce moyen n’a pas été employé, que je sache; » et comme il n’y a aucun doute sur son utilité, je î> regretterois que son effet se bornât à mon domaine. » Wesl-Castle, près de Sherbonne,avril, 179.5, DES ENGRAIS. 47 1 sol pour opérer un mélange de la partie brûlée, avec le reste, parce que les glaises situées de cette manière contiennent toujours beaucoup de terre calcaire , qui, dans ce brûlement, se change en chaux vive. On obtient donc par cette opération un double bénéfice : i.° en produisant une matière durable, qui, lorsqu’elle existe en quantité suffisante, empêche que jamais les eaux ne séjournent dans la terre au détriment de la végétation , et rend la terré plus labourable; 2.° en mêlant de la chaux vive dans un terrain auquel elle convient particulièrement. Mais sur les terres de peu de fond, même des glaises, le brûlement ne convient pas. Ces lerrains-là, dans leur état naturel, contiennent trop peu de principes nécessaires à la végétation. Si donc l’on brûle une partie de la terre, le sol se trouve apprauvri des principes qui déjà y étoient en trop petite quantité. En donnant ainsi notre approbation à l’usage de brûler les glaises profondes, nous supposons toujours que c’est dans des situations où la chaux et les cendres sont d’un prix excessif, ou ne peuvent point s’acheter du tout, car partout où l’on peut se procurer ces substances, leur usage , sur les glaises les plus tenaces, et qui retiennent le plus les eaux, sera l’amélioration 472 DES ENGRAIS.' la moins chère el la plus utile que l’on puisse faire. Il est parfaitement prouve maintenant, que ces engrais, non-seulement rendent de tels terrains plus meubles et plus perméables à l’eau, mais qu’en agissant sur les huiles et les autres principes qu’ils contiennent, ils convertissent ces substances en une nourriture convenable pour les végétaux , sans de'perdition quelconque. Au contraire, lorsqu’on brûle la terre, une partie du sol devient absolument mutile ; et lorsque l’épaisseur de la terre végétale est peu considérable, celte perle ne peut pas se réparer [1]. [i] Les lecteurs trouveront peut-être dans l’ensemble du travail sur les engrais, dont fai rendu compte, quelque chose d’un peu trop systématique pour un art qui est essentiellement expérimental. J’observerai, néanmoins, que lorsque les phénomènes s’accordent évidemment à indiquer certaines vérités fondamentales, il est utile de poser des règles générales, et des principes de théorie qui aident singulièrement tous ceux qui sont capables de généraliser leurs idées, sans nuire à ceux qui ne saisissent les vérités qu’une à une. Au j-este, il est juste d’observer que la partie la plus essentielle de la théorie de ce chapitre des engrais, c’est- à-dire , celle qui montre la nécessité de produire des savons pour la nourriture des plantes, a été développée d’une manière très-lumineuse, par l’Abbé Rosier. On aura pu remarquer l’omission du gypse, considéré. / / / DES ENSRAIS. 473 comme engrais. Cette omission, n’existe pas dans l’esquisse du rapport; mais IWticIe est très-court et très- imparfait : il est purement théorique ; le gypse n’y est considéré que comme un* engrais à mélanger aréec la terre , ainsi qu’on emploie la chaux , et l’on n’y parle pas de la calcination préalable, qui est essentielle. J’ai supprimé cet article, qui n’est propre qu’à donner de fausses notions, et qui prouve que ce puissant engrais n’est presque pas connu en Angleterre. On trouve, parmi les addenda du chapitre, les expériences de Mr. Smilhe sur le gypse, dont j’ai déjà rendu compte : ces expériences, très-probantes, et les seules qu’on ait publiées en Angleterre, à ma connoissance, sur les effets du plâtre, manquent d’une explication, très-importante, c’est que le gypse avoit été calciné avant d’être réduit en poudre. Quoique l’auteur ne le dise point, je n’en doute pas , en lisant le détail des effets, qui sont parfaitement d’accord avec ce que tous les cultivateurs de ce pays-ci ont éprouvé et éprouvent tous les jours sur cet engrais. Fin du Tome Quatrième. A; ■:ï£&î - ' *■- ' TABLE DES MATIÈRES' Contenues dans le IY. e volume. D e l’Achat d’un Domaine, page 5 Essai sur les moyeus de convertir certaines prairies eu terres arables sans épuiser le sol, et de remettre ces mêmes portions en prés dans un état d’amélioration, par le Dr. Campbell , 19 Lettre de Mr. John Middleton sur la culture des terrains argileux, 61 Culture des terres fortes , 66 Nouvelle méthode de culture pour les mauvaises terres arables, 80 Systèmes des rotations, ou assolemens, 87 Des jachères, par Mr. Kent, 117 f Assolemens de 509 acres de terrains défrichés dans la paroisse de Cadington-Herts, par Th. Pickford, 126 Observations sur un domaine à jachères, par Arthur Young, i 45 Des défrichemens , par Anderson, i 56 Terrains incultes, 229 Améliorations des marais, telles qu’elles sont pratiquées par Mr. John Smith de Swindrig-moor et ses fermiers, par le Duc de Buccleugh, 247 Détails sur les améliorations opérées dans la ferme du grand parc du Roi à Windsor, par Nath. Kent, 269 Observations sur les obstacles qui s’opposent aux améliorations agricoles; et moyens de les écarter, 283 Extrait de l’ouvrage d’Arthur Young , intitulé : Six Mohth’s Tour [ 4 . e vol. XXXII.” lettre, 231 Observations clans une tournée faite en Suffolk et eti Surry, par 1\. Procter Anderson, page 3o5 Fermiers dans les terrains tourbeux en Ecosse, 320 Lettre adressée à la Société d’Àgriculture de Batli par un cultivateur de Norfolk, 325 Lettre sur le plantage du blé, par un gentilhomme cultivateur de Norfolk , 328 Réponse à des questions concernant le plantage du blé, par un cultivateur de Norfolk, 332 Du plantage du blé, comme il est pratiqué depuis quelques années en Norfolk et en Suffolk, 335 Détails de diverses expériences, avec des observations sur les effets du gypse, ou plâtre de Paris, comme engrais sur le sainfoin, les trèfles, par M. Smith de Tunstall, etc., 33 9 Des engrais , 35 1 Des engrais; tiré du XV, e chapitre de l’esquisse du rapport général du Département d’Àgriculture, sur l’état actuel de l’agriculture de la Grande-Bretagne, 36* Fin de la Table. On trouve chez le même Libraire : Traité des Engrais, tiré des différens rapports faits au Département d’Agricuhure d’Angleterre , avec des Notes, suivi de la traduction du Mémoire de Kirvan sur les Engrais, par M. Maurice, un des Rédacteurs de la Bibliol. Britannique, vol. in-8 de 45o , pag., 51. Des Prairies artificielles d’été et d’hiver, de la Nourriture des Brebis, et de l’amélioration d’une ferme, par Lullin , 1 vol. in-8 de 45o pages , 5 1. Faits et Observa lions sur la race des Mérinos d’Espagne à laine superfine et les croisemens, par Ch. Pictet, in-8, fig., 11. j.6 s. Mémoire sur l’influence de l’air et de diverses substances gazeuses dans la germination des différentes graines , î vol. in-8, 2 1. îo s. Physiologie végétale, contenant une description anatomiques des organes des plantes, par M. Senebier , 5 vol. in-8, 21 h Rapport de l’air avec les êtres organisés, ou Traité de l’action du poumon , et de la peau des animaux sur l’air, comme aussi de celle des plantes sur ce fluide, tirés des Journaux d’observations de L. Spallanzani, avec quelques mémoires de l’éditeur sur ces matières, par J. Senebier, de diverses Académies, et correspondant de l’institut national, 3 vol. in-8, 12I. Observations sur les bêtes à laine dans les environs de Genève, pendant vingt ans, par C. L. M. Lullin, de Genève, î vol in-8, 2I.10S. Remèdes curatifs et préservatifs pour les maladies du bétail, 1 vol. in-12, il. 4s. Tableau de l’Agriculture toscane, parSimonde, 1 vol. in-8, fig., 3 1. Histoire des conferves d’eau douce , contenant leurs différens'modes de reproduction , et la description de leurs espèces, avec des explications nouvelles sur la multiplication des Tremelles et des Ulves, par le Professeur Yaucber, 1 vol. in-4, 17 fig., i8o3, i5l. Traité des Assolemens, ou l’art d’établir les rotations de récoltes, par Ch. Pictet, in-8 , 3 1. Vues relatives à l’agriculture^de la Suisse et aux moyens de la perfectionner, par Emanuel Felienberg, trad. de l’allemand, et enrichi de notes par Ch. Pictet, in-8, il. 16 s. ■fewi:vw 4 \+u&A. lrw> V :«. l srt i ;t -Y ». •..•*; '^sm '?KM ■ G O C=H O O = 5 ÇU S fctO fa G .<0 O *- • C .—s 3 ** ►-s -t 5- C rt “ „ B“ >« = T3 S ce'M'Oo.fi o-gi*a n w t o 2' n 3 ^ 3 = g .. R S 5 M ^ a {Tl ^ -» jo 3 2 c “-2. P 33 »—» 0 Q 5 n (VD 2 «'3 o P V) O 3 ST a- 3 3 n ë ë «'g-o * K"" «'"O î® ^ fc> c 08 £ -t K û.ft n a.û.g % <* Sw r— cV s>r? « _ 3 3 O rt ui - S Efn < S-rï vést'.Is&s r Z'% n c a'Bg’R ; % ^2.5g-3 0.3 ’ s -ê M 2.23 ; G ti a nT-O "S S--TÎ 3 V E !1 ;S2 ^ o »>._. “ - 3- -S ^ 3 C w w Î1 5- •h*rt *5 9 M A. Si r£ 2 't.a d rr*2 ** D ~-rt îi-g.|.S , ‘ 3 -2 “ 2 w 2^ -g R? - 3 ô'g | s-S*s: ; feS’a'l g s § s > P P S rtn 3 -t z>. " ^ l/l n W) n | 5? fi? S? S r> .—.. S rt 2 S ? o s. . c s-^ s. o a o^ 5 _ w ■< CU rt n> rt r* ,— -l J 1 o «. o p m 53 C/i (/> f»Q ?» £ .JE- — Q p o' rt rt Z' n RB «*»• “• rt c t/i 3 rt T3 t/> tP C P w rt Si: p — <* R 2 TJ ŸTCuû-3 3 : 5.0 c* *> rt o rt- _ t/i G . 3 « C <“> O C- C 3 « C O |—« -» >>cn 3 ^ CL rt < -a 3 E. 2. j? “ rt «jr* s - - R-3 2 g n o » 2 2*fTR o <» vi a srri O 40 rt C - C rt ^ s? rt .M P I g-B 1 s I U "O a- 3.^ g g 3 e_i ’ ^ r“ -t c* rt^t; C v T5 3 '"* P =. o s. •S H. a ; cn^ra. , c rt p w. C 3 . ,rt *-t OQ — r î b Sf-î • £ rt *-t 1 p o 5 Ou y ■ E.S n. g o ° 3 M rt rt V> P V> as-g»: ,^£*. • c < ^ *5< p • p to -• "> * .^.cra rt V* *2 **> rt —. p rt** g-oî'g-sis i S 3 S B.£^ S-S ?%SSC 33 s S 5.“ ^3.5 s O 53 ^ Cu 3 §S B»fi? 3 s ^-S rt* ^ ** 4o .3 ^ ,vO *■>' rt* rt u °S 3 rt r-t ^ rt «-* rt £i. ^ 4/1 rt >0.3 „ p rt o _Q 3 3 CuT 3 g r> i« ot 3 Bt; P H,lfl -s-§ 3:^" 5'o' - S. -^n fi. c 2 “ c c l'n V) rt 3 w ri w «ts w «’x Êl x’ 2 rt» ** 3* rt v> rt rt « ff2c»S s. n £>* * p c ûî ^3* K ^ Su ■rt i« 3 C vj _ rt *"* ’ ^ 2" 3 p 3 — v» ^ rt w £> w - jD £ C rt* rt ■—■ D- « O rt- ^rtiû 3 1 2 C o 3 O rt P-CT3 -3 5 — c rt *< < ST ft» rt to 3 fci.p ^ •-» " o * 4 *t> w 'O o o s X O 3 P —• 5*^ •“» p p r* c 3* rr & r* 2J rt - i u> in • P Cj C31- x, v • E. T! T> =-a £-R« 2. ^ B r n 3- a ■a^S-g SrC'g g-fTR ' S 3.Ü,» 2 Ei £ 3 § 2.* - 2-3 3“ S‘=3. d “ 2. n ■a — _o ; S " S “ g 5“ o g-«3 5 o- o *" -g 3 S.| » S* 3"* p S. ^ rt p l<3 J-. % Si _ Oc p n> s: rt rt rt p - •n O n -i c/iTî < i*>*i3 o*“ O 2. rt- 2 O £T s- 2 3 rt p g C ^ rt-j-j g 3^Prt-2p“ w rSc ^ri ^ ^2 2.3 ft h. 2 sr ™ ^ o rt. a ®i n p x— 10 3 P - ? 2 S*g£CB.Û JD rtD§ 3 e-»^ s -1 rgliK-rt- B* S' 3 S 3^2 c rt rt- p MWJD-. 53 rt C O StS'S R? g g R?g ? rt C _ ~5 *-T P rt S 2.S”g 3 ET.-2 " - : “ *^3 3 " ] HS?, n «g fi?: *:•§“ SaSS.^Slfi? Bs-S-sc^r-Sî^Se U U) P Er-2 *ri P ^ rt rt —. 3 » 2 M o '"7^3 rt y — «V rt '■JS* n> ° w P rt 2. rt o 2 2 cio m ►—. rt t« ^ •n rt rt rt P rh r. LS 3 rv rt •J -i 2 -,n •^2^3 2 «2.* s o- a “ 2 3 Q- rt rt ^ 3 O .2 psi-s I C£L B - n> S' a 3 —. rt 3 *OTJ 3 2 5 o r» p • lï 5 c s- 3 c 3 g, 1 " S"B CL S ^ rt P C " rt 00 ^ n 2 S*" 40 rtj 3.Û c ! c « <-* O -Q 2., - 2 c - 1 •-» rt- f& p 3 xi ^ £T n> 9? >0- , •f?' • 3 "'c 1 3 D- n ' '? »’ . p . .s?; ifi? , -. ^ 3 "O 3 38 2 S.3 g'§ > — 3 = R 1 » rt ; p g “> s> n ■ -a 3 v 5 O J ^ p, 3 C ^ c W' f d v> o •û s >5.- X 5s : -= 3 n «2c Jo ; £ COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E. TOME CINQUIÈME. vr- £T 'TT *-> 19 Ç X 0 à' -lï* o *»• ift rp >t/i n S s riüf- COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E, Avec les dëveloppemens utiles aux Agriculteurs du Continent ; Par Charles PICTET, de Genève. TOME CINQUIEME. A PARIS, Chez L J. PASCHOUD , Libraire , Quai des G. ds -Augustins, n° il, près le pont St.-Michel. A GENÈVE, Chez le même Libraire. 180g. I [O *+ irt b /y&d?. 'T «,"■' 1 ■', '^e 1 '•1 • •.} 7 ^ 21. JUU 1960 1 COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E. i——— — - _ DE L’ACHAT D’UN DOMAINE. {Annales d’Arthur Young. ) T lorsqu’un particulier qui aime la vie de la campagne a choisi un pays d’après les considérations que j’ai indiquées ci-devant, il doit examiner mûrement les circonstances décisives en faveur de telles ou telles terres, dans l’achat d’une propriété territoriale. D’abord il considérera quelle est l’étendue et la qualité uu leirain, relativement à la rente qu’il donne, c’est-à-dire, au prix où il est affermé. S’il achète deux cents acres affermés 20 shellings, à raison de trente fois la rente , il aura 6000 liv. st. à débourser , et ns possédera que deux cents acres de terres 5 au lieu que s’il achète un terrain affermé 5 sh. et qu’il le paye à raison de Toau: b. A 4»V4 -.1 • 7 T VàiYeTiiU 10c\V * SUt^^P^lM ^ ai ' a B E J.’ A C H A T trente - cinq fois la rente, il aura sept cents acres, à peu près pour la même somme d’argent. Or il y a une foule d’avantages dansla possession d’une grande étendue de terrain comme celle- là, en comparaison d’une propriété de deux cents acres. Premièrement, si c’est un pays de gibier, il est agréable d’avoir une chasse étendue, dont on dispose complètement. Ensuite, il y a l’avantage véritablement solide d’avoir une propriété qui nécessairement s’améliore , pour peu qu’on y donne d’attention. Enfin un domaine d’une vaste étendue permet la spéculation des plantations en grand, spéculation toujours avantageuse et extrêmement agréable; au lieu que sur un terrain plus resserré et dont la rente est considérable, il y a une perte annuelle à supporter, parla privation de cette rente, en attendant que les plantations donnent un revenu. Celte observation est tellement vraie, que plus le prix de ferme est modique , plus il y a d’avantage dans un achat lorsqu’on se propose de planter. A 2 sh. 6 den. de rente , on auroit (quatorze cents acres pour la meme somme ; et en supposant qu’on achetât à quarante années de rente , ( taux très-élevé ) on dbiiendroit encore mille deux cents acres, ce qui est une belle étendue de terrain pour 6ooo liv. st. I)’ U N DOMAINE. 3 Les raisonnemens que je viens de faire s’appliquent à toutes les empiètes de terres, quelle que soit la somme qu’on y destine. Il esv beaucoup plus avantageux d’avoir quatre-vingts acres à 5 shel. de rente, que vingt acres à 20 shellings. Quels que soient les projets d’un homme qui va vivre à la ,campagne , il sera toujours sage à lui de se conduire sur les principes que je viens d’indiquer. Tout homme qui s’établit à la campagne, pour y vivre avec économie , doit s’occuper plus ou moins d’agriculture. S’il faut qu’il envoie au marché pour se procurer toutes les choses nécessaires à la vie, et que sa ferme pourroit lui fournir, il lui vaudroit mieux de vivre dans une ville, où il ne seroit point obligé de tenir des chevaux et des domestiques , uniquement pour aller voir ses voisins , ou faire chercher ses lettres. Mais, soit qu’il règle son agriculture de manière à n’avoir entre les mains que précisément la quantité' de terrain qu’il lui faut pour la consommation de sa maison, soit qu’il trouve avantageux ou agréable de faire valoir une plus grande étendue de terrain , il sera toujours de son profit de le faire sur des terres affermées à très-bas prix , et achetées à raison de celle rente, puisque les moins-values an- 4 DE I,’ A C II A T ruelles, pendant les ameliorations qu’il prépare,* lui seront moins à charge que s’il s’agissoil d’une terre riche , et qu’il eût payée cher à proportion, l’oublions pas non plus que les terrains dont la rente est si basse, sont ordinairement sablonneux ou graveleux : circonstance avantageuse aux ameliorations et qui contribue à rendre un canton agréable à habiter. Jeconnois plusieurs exemples de bonnes spéculations faites par des achats de mauvais terrains d’une grande e’ten- due. J’ai connu dans le pays de Galles , des domaines dont les acheteurs ont revendu au bout de douze ans de quoi couvrir leurs premiers déboursés, en gardant de belles possessions qu’ils avoient formées avec le surplus, et qui par conséquent ne leur coûtoient rien. Voici l’objection que l’on a faite quelquefois contre ce système d’achats que je recommande. Un homme , dit-on , dont la fortune est borne'e , et qui est oblige' de tirer parti de son domaine pour vivre, doit y aller très- doucement en améliorations : il lui convient mieux d’avoir un terrain qui donne de fortes récoltes faites à peu de frais. L’ide'e générale est très-juste , mais l’application ne l’est pas. On qualifie de mauvais terrains les sols graveleux ou sablonneux , parce que la rente qu’ils donnent est foible , dans l’état actuel d’imper- I)’ U N DOMAINE. .5 r fectiou e if a c h a t de rîe'tacher en fermes séparées les portions éloignées de l’habitation, et de se réserver un certain ensemble de terrain pour l’exploiter soi-même. J’insiste pour qu’un acheteur ne se charge pas d’un domaine grevé d’un droit de pacage, ou compose' en partie de champs ouverts qu’il n’auroit pas le droit d’enclorre. Dans une telle position, il n’est pas même possible de cultiver agréablement pour se procurer les choses nécessaires à la consommation journalière. Il n’est point possible de faire des améliorations. IL n’est pas possible d’adopter une culture qui ne convient pas aux voisins. On ne peut pas affermer les terres à plus de moitié de leur valeur. Cependant de telles propriétés se vendent assez cher; parce que l’espérance vague qu’on a d’obtenir un bill du Parlement pour les enclorre, leur donne une valeur idéale dont le vendeur yeut profiter. Il arrive souvent que le principal propriétaire d’un canton achète , à mesure qu’il en trouve l’occasion, 1-es petites portions de terrain qui sont à vendre, quoique soumises au droit de parcours, espérant obtenir promptement le privilège de s’enclorre. Je ne saurois conseiller cette marche à un propriétaire qui se fixe à la campagne par l’achat d’un domaine $ Il’ U N DOMAINE. 7 Car rien n’est plus désagréable et plus >piquant que d’être déçu dans une telle espérance, et de voir dévaster par des voisins qui profitent d’un droit abusif, des terres qu’on avoit achetées avec le projet de les soustraire à cette servitude. L’information qu’il convient de prendre ensuite' sur le canton dont il s’agit, c’est la manière dont se perçoit la dixme. Si c’est en nature, il en résulte un motif de découragement incalculable. Je recommande d’acheter de mauvaises terres pour les améliorer; mais si l’on vient vous enlever annuellement, non pas la dixième partie de l’intérêt de l’argent déboursé pour votre achat, mais de tout l’argent que vous avez dépensé en améliorations, il en résulte une charge effrayante : cette considération est du plus grand poids. Un autre objet à examiner avant d’acheter ,■ c’est le taux de la taxe des pauvres. Il y a des comtés et des paroisses où cette taxe est si élevée qu’elle affecte d’une manière très- onéreuse la rente des terres. Il importe donc de calculer la perte annuelle à laquelle on sera exposé par cette taxe, et voir de combien cela renchérit l’achat. L’état des bâtimens du domaine est un ar- 5 t> E I,’ A C H A T ticle impoYtant à bien examiner. Si la fortune de l’acheteur est modique, il lui est très- essentiel de n’avoir point à bâtir ni à réparer. Si un homme n’achète du terrain que précisément ce qui lui est nécessaire pour la consommation de sa maison et de son écurie, il lui importe d’autant plus d’être scrupuleux sur la valeur des bâtimens, sur les matériaux dont ils sont construits, sur les additions ou réparations qu’il y aura à y faire. Un homme qui n’a pas beaucoup d’argent n’en aura jamais assez s’il achète une campagne où il se trouvera forcé de bâtir. S’il a 'de la fortune et qu’il puisse épargner quelque chose sur ses revenus, il vaudra toujours mieux employer ses épargnes en améliorations d’un domaine où la bâtisse ne sera pas nécessaire. Dans les premiers chapitres du Guide du fermier, on trouve quelques observations très- justes sur les inconvériiens qui résultent des chemins et des sentiers, lorsqu’ils traversent les terres d’un domaine. La distance des marchés, la qualité des routes, le prix de la main- d’œuvre, sont les objets qui méritent attention, mais qui n’ont pas le même degré d’im- poriance que les objets dont j’ai parlé. Si Y on trouve un domaine qui réunisse les divers avantages que j’ai surtout recommau- D’ U N I) O M A I N E. () des, je conseille de l’acheler lors même qu’il paraîtrait un peu cher, plutôt qu’un autre domaine moins cher, mais qui seroit aussi moins complet ; car je dis que rarement l’augmentation de prix d’un domaine tel que je le recommande, est proportionnel aux avantages qu’il a sur un autre. Il n’cst pas facile de déterminer au juste quel prix on peut mettre à un terrain. Il est nécessairement en rapport avec une foule de circonstances locales que je ne puis pas énumérer ; mais j’ai une réflexion importante à présenter sur les achats de domaines en général. Un homme a deux mille livres sterl. qu’il veut employer à l’achat d’une ferme. II chercherait peut-être vingt ans avant de trouver une ferme de deux mille livres sterl. Supposons qu’il en trouve uue de deux mille cinq cents livres sterl. I! ne peut l’acheterqu’en laissant cinq cents livres sterl. sur le fonds en hypothèque spéciale. Doit-il le faire? Cela mérite examen. L’argent qu’on met en achat de terres ne reud pas communément au-delà de 2 f à 5 p. r Û. Si l’acheteur réduit cinq cents livres sterl. sur le fonds, ce sera au moins à 4 p.' ^ : il supportera donc une différence d’un ou £ \ p.' § sur le revenu. Les gentilshommes io DE LACHAT soûl rarement exacts dans le paiement (les intérêts. Un créancier qui sent son capital bien assuré ne tourmente pas un tel débiteur : il laisse accumuler ses intérêts pendant des années, et en fin de compte, le gentilhomme qui n’avoit qu’une petite fortune , se trouve ruiné ou du moins très-embarrassé sans l’avoit prévu. Un homme prudent doit donc éviter tout ce qui peut le conduire à une telle position ; il doit craindre de s’habituer à un revenu illusoire 5 et à moins que les avantages ne soient décisifs, il vaut mieux manquer l’occasion d’acheter que de le faire ainsi à crédit. Dans le commerce, on voit tous les jours des fortunes se faire avec de l’argent emprunté, et à un intérêt plus haut de p. r £; mais l’exactitude est l’ame du commerce, et le propre des négocians. Ils vivent avec économie, et font souvent leur inventaire : ils savent toujours où ils en sont, et si les profits qu’ils font peuvent supporter l’intérêt qu’ils paient; mais les gentilshommes vivent au jour le jour, dépensent l’argent qu’ils ont entre les mains, sans faire leur compte, et se ruinent par insouciance. Voyons pourtant s’il n’y a pas des cas où il convient de ne se point laisser arrêter par ces inconvéniens, lorsque l’achat d’un do- I)’ U N JJ O M AINE. 11 maine surpasse les moyens qu’on a. La vérité' est dans les milieux. Si, par la crainte de s’endetter de quelques centaines de livres sterl. on laisse e’cliapper une occasion extrêmement favorable, on s’expose à être oblige de dépenser beaucoup plus que cette somme pour mettre un autre domaine en aussi bon e’tat, à tous égards, que l’e'toît celui qu’on avoit en vue. Mais jusqu’à quel point doit-on être retenu par les mauvais cotes de ce genre d’engagement? Yoici, je crois, comment il faut calculer. L’acheteur a 2000 liv. st. à placer. Il trouve à trente-deux fois la rente , une ferme qui rend 65 liv. st. annuellement. C’est pre'cisement la ferme qu’il cherche , s’il ne considère que la somme necessaire pour la payer. Mais on lui olfre aussi une ferme de g5 liv. sterl. de revenu , à raison de trente-deux fois la rente, Ce qui fait 5o4o liv. st. de capital. Voici comment il doit faire son compte pour se décider. La rente des fermiers monte à.L. st. 63 La taxe des terres, et Les réparations à la charge des propriétaires montent à. i3 Revenu net. L. st. 5 o Rente de 2000 liv. st. à 4 p. r g.L. st. 80 A déduire ..... 5 o Perte annuelle d’intérêt en achetant , . L. st. 3 o 12 B E l’ A C H A. T L’achelsur se soumet à cette perle armuelle, pour l’avantage d'habiter la campagne , et par 1 espérance d’opérer des ameliorations dont il profilera. Voici le compte de l’achat de 5ooo liv. st. La rente des fermiers monte à.L. st. g 5 La taxe des terres et réparations. L. st. 18 Intérêt de 1000 L. st. qui reste à payer, 4 o 3 ; Inte’rêt de 2000 liv. st. 80 : donc la perte annuelle en achetant est de 43 liv. st. La différence des deux déficits, dans les deux cas , est de i5 liv. st. C’est à l’acheteur à bien examiner si les avantages qu’il peut se promettre de l’achat du domaine le plus conside’rable font plus que balancer l’inconvénient de ce déficit plus grand, et le désavantage de rester débiteur de cette somme, sur le fonds. Si le terrain est réputé maigre, c’est-à-dire, sablonneux, graveleux et sec, il est probable que l'augmentation de la rente sera plus considérable , parce que le domaine aur» , relativement à son prix , une plus grande étendue, et sera plus susceptible d’améliorations. L’augmentation de rente , résultante d’une bonne agriculture, a souvent été si considérable qu’elle a couvert largement l’intérêt des sommes empruntées , et accru proporlionnel- sàdétl. 58 X»’ U K DOMAINE. l5 lemcnt la valeur foncière des domaines. Je pense que l’on peut emprunter un quart et jusqu’à un tiers du prix d’un fonds, lorsque toutes les circonstances sont d’ailleurs avantageuses. Mais je suppose que l’homme qui achète considérera le paiement annuel et régulier des intérêts , comme d’une obligation aussi stficie que le paiement même des impôts. Il y a un autre point sur lequel l’imprévoyance seroit fatale à un acheteur. S’il se propose d’exploiter par lui-même une partie de son acquisition , c’est-à-dire , de prendre à ferme pour son propre compte une portion de son nouveau domaine, il faudra qu’il fasse certains frais pour acquisitions de bestiaux , ins- trumens d’agriculture, fourrages pour la première année , semences, etc. : or ces frais ne doivent pas être estimés au-dessous de 5 liv. st. par chaque acre de terre argileuse , et 4 liv st. par acre de terre légère. S’il ne se réserve pas la disposition de tels moyens , d sera arrêté court dans ses projets d’améliorations. Voilà les principaux objets sur lesquels il faut porter son attention , lorsqu’on projette un achat : il y en a beaucoup d’autres subalternes, mais le sens commun les indique. i4 ESSAIS SUR LES ENGRAIS CALCAIRES. Par John Ralph Fenwick D. M. ( Annales d’Arthur Young. ) (Quoique les engrais calcaires aient été employés dans tous les tems et dans tous les pays oùl’agriculture a été pratiquée avec succès, on ne sait point encore de quelle manière ils agissent, et les plus habiles cultivateurs diffèrent entr’eux sur la manière de les appliquer. Parmi les questions indécises , celle qui concerne les effets de la chaux vive , comparés à ceux de la terre calcaire , mérite beaucoup d’attention. Les opinions des écrivains agronomes de nos jours sont très-différentes sur la manière d’employer la chaux (l). Les uns disent que c’est (1) Le rapport du Commissaire de Dumfries, et d’autres rapports remis au Département, affirment que c’esl la chaux éteinte , et non pas la chaux vive, qui fait un bon engrais. En général, cependant, les rapports vantent les effets de la chaux vive. Le rapport sur les engrais, que le Département d’Agricullure a sanctionné, professe la même doctrine. Les deux partis soutiennent exclusivement leur opinion. [A] ESSAIS SUR RES ENCRAIS CALCAIRES. l5 la chaux éteinte et non la chaux vive, qu’il faut employer comme engrais ; les autres recommandent de mêler très-promptement la chaux vive avec le sol , de peur qu’elle ne perde de •son action en restant exposée à l’air. II est difficile de concilier les recommandations op- pose'es que l’on trouve , à cet e'gard, dans les ouvrages les plus estimes. Examinons quels sont les faits ave'rés, et lâchons d’en déduire ce qui doit établir les avantages comparatifs de l’emploi des deux substances , savoir : le carbonate de chaux et la chaux vive. i.° Lorsqu’on applique la chaux vive aux substances végétales dans lesquelles l’action végétative a cessé , mais qui ne sont pas en putréfaction, elle les désorganise, les contracte, dissipe leurs parties les plus volatiles , dégage leurs parties fluides ou forme avec elles de nouveaux composés; enfin , si la chaux vive est en quantité suffisante, elle prévient la putréfaction des végétaux. i.° Lorsqu’on applique la chaux vive à des glaises stériles , qui ne contiennent que peu de matières végétales , elle se combine avec la glaise , et conserve son union à la terre avec une singulière force. Mais s’il y a une certaine quantité de matières animales ou végétales dans la glaise , cela l6 ESSAIS SUR LE S n’arrive pas ; soit parce que Pair fixe , qui abonde dans ces cas-la, s’unit à la terre calcaire et éteint la chaux , soit parce que , pendant le cours de la putréfaction des matières organiques, il se fait un dégagement continuel d’azote et d’autres gaz, lequel maintient la terre dans un état de porosité suffisante (i). 5.° La chaux vive s’unit au carbone ou à l’air fixe qu’il y a dans le sol, et prive ainsi les plantes, pour un tems , d’un principe extrêmement fertilisant. Tels sont les effets de la chaux f voyons ceux du carbonate de chaux. La terre calcaire n’agit pas avec force sur les matières organiques. Si elle favorise leur dissolution ( 2 ), c’est parce qu’elle les fait pourrir. (1) J’ai une expérience extrêmement frappante, dans ce genre. Un champ de glaise stérile ayant été chaudé dans une proportion trop forte, a été, pendant plusieurs années, incapable de produire une récolte de grains. La terre en est plus tenace qu’aucune que j’aie jamais vue. En 1793 je l’ai fait fumer à raison de i5 charretées par acre : l’effet de cette quantité de fumier n’a pas été sensible. [A] (2) Le Dr. Cullen, entr’autres auteurs, regarde la chaux comme antisceptique. Je m’appuie dans l’avis contraire, de l’autorité de Sir John Pringle; de ma propre expérience de son effet putréfiant sur la Au encrais calcaires. 17 Au lieu de dissiper les substances animales et végétales que le sol contient, le carbonate de chaux les réduit seulement avec plus de promptitude dans cet état où elles aident la végétation. Le carbonate de chaux ne s’unit pas , comme la chaux , avec le saille qui se trouve dans la glaise , pour faire une espèce de mortier, et rendre plus tenaces les glaises qui le s-ernt déjà trop. Enfin , la terre calcaire, ou le carbonate de chaux [1] u’allire pas l’acide carbonique du sol; ou s’il eh attire une partie, c’est, pour devenir plus aisément soluble à l’eau, et en conséquence plus utile dans les procédés de la végétation. Les distinctions que je viens d’établir sont fondées sur les faits. On remarquera peut-être que l’action de la chaux vive ne sauroit être bien considérable, parce que cette substance tourbe, et de l’opinion générale des fermiers, qui trouvent que la chaux wuVit leurs composts. [AJ [1] Le carbonate de chaux abandonne l’air fixe, toutes les fois qu’il entre dans une nouvelle combinaison ; en sorte que si le carbone est utile à la végétation, la terre calcaire y sert, par la même raison. Lavoisier a montré que l’air fixe est composé de 72 parties d’oxygène et de 28 decarbonne; et il est prouvé que dans le procédé de la végétation, les plantes s’approprient le carbone et dégagent l’oxygène. [À] Tome 5 . B l8 ESSAIS SU K LES attire si fortement l’air fixe , qu’elle en est très- promptement saturée. J’observerai, en réponse, qu’il y a bien des exemples de cas dans lesquels la cliaux a conserve sa causticité. 1 .* Lorsqu’on a appliqué la chaux vive sur les champs pour y planter des pommes de terre, celles-ci en ont c'té corrodées , cl les plantes ont été foibles et frisées. Mais lorsqu’on a employé de la même manière le carbonate de chaux, ou la chaux éteinte , on n’a rien éprouvé de semblable , et la récolte a été abondante (voyez le rapport du Duinfrieschire ). 2.° C’est une observation commune chez les fermiers qui employant la chaux , que si on l’enterre immédiatement après l’avoir répandue , elle détruit les mauvaises herbes , au lieu que si on la laisse éteindre à l’air avant de l’enterrer, elle favorise plutôt la végétation des mauvaises plantes. 3 .° Kirvvan dans sa minéralogie ( C’a/- careous genus p. 74, ) observe qu’il a trouvé dans des fours à chaux, une grande quantité de chaux qui quatre ans après avoir été faite, n’éloit point saturée d’air fixe. 4 .° Marshall dans son histoire des provinces du centre (minute 100) s’exprime de la manière suivante : « si l’on répand la chaud de Bredon en plus grande quantité que trois charretées par acre , elle fait du mal : c’est l’assertion ENGRAIS CALCAIRE 5. îg de tous les fermiers. J’en ai applique moi- même cinq charretées avec le plus grand succès; mais j’eus soin de la retourner deux ou trois fois , d quelques semâmes de distance, avant que de la répandre sur le sol. Voilà des laits qui prouvent que l’action de la chaux diffère de celle du carbonate de chaux. Voyons dans quels cas il faut appliquer l’une ou l’autre substance. Dans les terrains récemment défrichés et qui ont été long-tems couverts d’eau ou de bois , dans les terraius tourbeux , les substances végétales sont si abondantes , que jusqu’à-ce qu’une partie de ces substances ait été détruite, aucune récolte ne peut prospérer. Dans ce cas, on ne doit point redouter une action trop marquée de la chaux vive. Cette substance est ici bien préférable à la terre calcaire. Elle l’est également dans les endroits où les mauvaises plantes empoisonnent le sol, parce que la chaux vive les détruit beaucoup plus promptement que la chaux éteinte. Mais lorsqu’on veut appliquer l’engrais calcaire sur des terrains ordinaires, qui n’ont pas une surabondance de matières végétales , lorsque, surtout, il s’agit de terres épuisées par de trop fréquentes récoltes, et qui n’ont pas été fumées depuis long- tems , la chaux éteinte doit être préférée. ïl 20 ESSAIS SUR EES n’cst pas moins certain c]ue lorsqu’on mêle la chaux au fumier , il faut préférer la chaux éteinte. J’ai vu un exemple remarquable (le la chaux vive sur du fumier d’étable. On avoit formé le mélange de deux parties de fumier sur une de chaux vive. Au bout d’un certain tems, le fumier fat en quelque sorte, anéanti: on en découvroit à peine la trace. Un homme intelligent , qui a des fours à chaux , m’a dit avoir observé que le fumier que font les chevaux dans le voisinage des fours, est si cofiiplètement détruit par la chaux qui tombe des chars, qu’il devient inutile , et qu’on ne le met pas même sur les champs. La chaux éteinte contribue davantage à rendre la terre meuble , et moelleuse , parce qu’elle favorise la fermentation putride ; au lieu que la chaux vive détruisant promptement les matières végétales , nuit au contraire , à celte fermentation. Il est vrai que la causticité de la chaux est assez promptement ane'antie dans les terrains où il y a beaucoup de matières végétales , mais elle ne la perd qu’aux dépens des moyens de la fermentation putride; et elle perd moins promptement cette causticité dans les terrains stériles, dépourvus de matières animales et végétales ; où par conséquent la destruction de cos matières est le plus nuisible. \ E K G R A T S CALCAIRES. 21 Enfin , le carbone étant un des grands principes de la végétation, la cliaux éteinte est utile par le carbone de son air fixe. Lorsqu'on répand la chaux éteinte sur les champs , il faut avoir soin qu’elle ne soit pas mouiile'c, s’d est possible, parce que lorsqu’elle se réunit en petites masses , elle ne peut plus se mêler intimement à la terre. Les cultivateurs observent des différences dans les effets de la chaux , cor»me engrais , selon les diverses qualités de chaux. Ils distinguent les chaux douces ou grosses de celles qui sont chaudes [i]. Celles-ci sont regardées comme nuisibles dans les terrains maigres , qui ont été' long-tems soumis au labourage. Elles réussissent au contraire, dans les sols tourbeux, dans les terres neuves, aigres, et pleines de débris végétaux. Ces distinctions sont bien connues des cultivateurs : ils font volontiers des chariages plus longs et plus coûteux, pour se procurer la qualité de cliaux qui convient aux terrains qu’ils veulent amender. [i] Cette distinction répond peut-être à celle que nous faisons entre la cliaux grasse, ou chaux ordinaire et la cliaux ninigre qui est particulièrement propre aux constructions dans l'eau. Cette dernière se fait avec une pierre qui n’est pas purement calcaire. Voy. les Voyages dans les Alpes par De Saussure , vol. U. in-4.° §. 7 3 i . 53 E S S A T :> S t 3 T, E S J’ai examine un grand nombre de differentes chaux pour cltercher en quoi consistoit essentiellement le caractère de ces deux espèces : voici ce que j’ai trouve’. i.° Les chaux chaudes sont plus riches en terre calcaire , que les chaux douces. La plus grande proportion d’alliage que j’aie observée est de 17 sur 100 , et la plus petite de sur 100. — 2. Q Les acides ont Une action plus prompte sur les chaux douces que sur les chaux chaudes: cela est très-remarquable dans l’une des plus douces de celle que j’ai essayées; elle laisoit une effervescence aussi forte qu’une marne coquillicre ou une glaise riche. 5 .° Le résidu des chaux les plus douces que j’ai essayées aux acides, étoit argileux, ou plutôt ressemblant parlaitement à ce limon gras que les rivières déposent dans les débnr le- mens : le résidu des chaux chaudes a toujours e’té sablonneux. Celte'différence entre les résidus ne semble pas pouvoir altérer sensiblement l’elfe t des chaux comme engrais. Une petite partie de sable sur Je tout, ne paroît pas pouvoir donner à la chaux chaude une action nuisible sur les glaises maigres et une action très-salutaire sur les tourbes. Une plus grande quantité d’urgde, dans le résidu, ne semble pas non plus pouvoir changer Complètement l’efïet , cependant la 1! M O R A I s CALCAIRES, 20 substance calcaire est la même clans les deux chaux. Eu observant que les effets de la chaux qua- HBêe de chaude sont les mêmes que ceux de la chaux vive , j’ai êlê conduit à soupçonner que la chaux chaude conserve sa causticité' plus lorig-tems. Une quantité' quelconque de chaux est , toutes choses d’ailleurs égales, plus lentement saturée d’air fixe, lorsqu’il y a dans cette quantité une plus forte dose de terre calcaire, parce qu’il v a une plus grande masse à saturer , en raison de la surface exposée à l’air. C’est surtout le cas là où l’on mêle immédiatement la chaux avec le sol ; car alors elle prend la plus grande partie de l’acide carbonique , ou de l’air fixe, dans la terre. On peut donc supposer qu’une portion assez considérable des chaux chaudes ( dans lesquelles la terre calcaire est plus abondante) demeure sous l’état caustique. Il n’est pas inutile d’observer aussi, que cela doit surtout arriver dans les terres maigres parce qu’elles contiennent moins de fluides élastiques que les terles riches. J’ai éprouvé que les chaux douces se combinent plus promptement avec les acides que les chaux chaudes. Je l’attribue à ce que la force d’aggrégation est beaucoup plus grande 24 ESSAIS SUS LE S dans celles-ci. D’après le mémo principe , les chaux douces ou grasses se combinent plus facilement avec l’acide carbonique , que les autres. Le D. Higgins en a fait l’expe'rience sur une chaux Crayeuse, c’est-à-dire une chaux dans laquelle l’alliage e'toit argileux. D’après le principe ci-dessus, on croiroil que, la craie étant plus riche en terre calcaire que la chaux, elle devroit se reformer plus lentement en carbonate de chaux ; mais nous voyons par l’observation du D. r Higgins que la plus grande tendance de la craie à s’unir à l’air lue , fait plus que balancer l’effet de cette circonstance. Il est donc e’vident que le plus ou moins de tendance à s’unir à l’air fixe doit modifier l’effet de la chaux sur les terres. Je suis donc dispose à croire que les chaux que les fermiers appellent chaudes sont celles qui reprennent leur air lixe plus lentement, et qui par cette raison continuent plus long-tems à exercer l’action de la chaux vive. Le fait suivant, bien ave're', doit je crois s’expliquer par ee principe. Si l’on laisse sur le terrain , pendant un certain lems , un tas de chaux très- douce ou très-grasse, comme celle de Wolsing- ham ou de Corbridge , l’endroit où le tas a repose se couvre de trèfle blanc. Si on laisse de même un tas de chaux chaude, la place ENGRAIS C A L C A I II E S. 25 demeure stérile pour long-tems, et ensuite se couvre de chiendent. Les fermiers supposent ordinairement que le trèfle et le chiendent sont effectivement produits par la chaux ; mais la cause de cet effet me pnroît être que la chaux chaude demeure beaucoup plus long-tems caustique ; que dans cet e'tat, elle détruit toutes les semences qui se trouvent contenues dans le sol et que le chiendent étant plus difficile à détruire, ou s’étendant en rampant de la terre environnante, vient à couvrir la place chaudéc. La graine du trèfle blanc étant très-généralement répandue , et végétant aisément dans la terre calcaire, il n’est pas étonnant que celte plante paroisse lorsque la chaux grasse est eidevée. Il paroît bien prouvé par l’expérience que la chaux est épuisante, à la longue. Il convient d'en éviter l’emploi partout où le sol manque déjà de matières nutritives. Il ne paroît pas » qu’on doive craindre le meme effet du Carbonate de chaux-} son action tend seulement à hâter la putréfaction des matières végétales et animales contenues dans le sol , en sorte qu’il sc trouve , dans un tems donné, une plus grande quantité de ces matières employées à l’engrais de la terre, et à l’accroissement des végétaux. Celle substance produit donc i.° des 26 ESSAIS SUR LES récoltés plus considérables ; 2. 0 elle donne au fermier la possibilité, de continuer à labourer le sol jusqu’à ce qu’il soit plus complètement dépourvu des principes de la fertilité. Il est probable que c’est de cette manière seulement que la ch a tu éteinte peut fatiguer le sol. Nous voyons que l’on répand sur la terre, la craie , les coquilles , et toutes les marnes calcaires, en quantité plus considérable , tout à la fois, qu’on n’en mettroit en cinquante années si l’on répandoit la terre calcaire sous la forme de chaux éteiute; et cependant il n’en résulte aucun épuisement , mais au contraire une amélioration durable. On ne peut pas prétendre que quelque autre substance combinée dans ces marnes fait plus que compenser l’effet épuisant, car cette explication ne sanroit s’appliquer a Ja craie , qui opère la même amélioration. D’ailleurs , il y a des terrains qui sont presqu’uniquement composés de terres calcaires, et dont la fertilité est plus grande et plus permanente qu<* d’aucun autre sol. Le D. r Anderson en cite une exemple très-remarquable. Ce que Marshall dit sur la chaux de Credon , et que j’ai cité ci-dessus, ne l’est pas moins. C’est l’opinion des fermiers que plus de trois charretées par acre de celte chaux épuise les terres. Il en a rnis cinq charretées avec ÏNCÏ A 13 C A I, C A U K S» 2 7 grand succès ; mais il l’a tournée et retournée à l’air avant de l’enterrer, en sorte qu’elle a eu le tems de se saturer d’air fixe et de redevenir du carbonate de chaux. Mr. George Harrington de Sedgefield , m’a appris que dans le voisinage de Granlham , les fermiers ont abandonné l’usage de la chaux , parce qu’ils tronvoienl qu’elle épuisoit leurs terres ; mais ils employent avec beaucoup de succès la poussière des chemins faits .avec les pierres calcaires qui servent à faire la chaux. Le parfait fermier Anglois condamne la chaux comme épuisant beaucoup les terres, et il loue infiniment l’usage de la craie comme engrais. Cependant la chaux dont il parle est la craie calcinée. Nous voyons donc que les engrais calcaires favorisent la putréfaction. Nous voyons qu’ils produisent cet effet plus puissamment, et avec moins de perle , lorsqu'il*» sont salures d acide carbonique. Si l’acide oxalique OU l’acide pllOS- pliririque so trouve dans le sol que l’on veut anie.ndcr, la terre calcaire, en les neutralisant, détruit un principe extrêmement nuisible à la végétation. Lorsque l’acide sulfurique.se trouve combiné aux glaises tenaces , la terre calcaire en détruit l’action ; elle couvre le sol et le rend meuble , soit par l’action mécanique , 2o ESSAIS SUR LES ENGRAIS CALCAIRES. son par les dégagemens ot les combinaisons nouvelles des gaz. Tontes les fois que la terre Calcaire abandonne l’air fixe , celui-ci entre dans la végétation , comme stimulant. Il est possible que le carbonate de chaux agisse encore comme irritant la fihre végétale , à la manière de la lumière, de la chaleur, et de l’electricite5 mais il semble que la chaux opère plutôt sur le sol et les matières qui s’y trouvent , qu’elle n’agit sur les plantes elles-mêmes , car on remarque que son effet est plus sensible à la seconde et troisième années que dans la première saison. Enfin la chaux entre vraisemblablement comme composant , ou partie constituante dans les végétaux. On trouve la terre calcaire dans toutes les cendres végétales. On la trouve en plus grande quantité dans la cendre du blé, du trèfle , et de quelques autres plantes dont les engrais calcaires favorisent particulièrement la végétation. Le D.* Anderson a observe que le blé, les pois, et d’autres plantes, ne peuvent pas mûrir , dans les terrains dépourvus de matière calcaire. Il paroîi donc que la terre calcaire joue un grand rôle dans la végétation. Des expériences suivies sur la manière dont elle agit, nous apprendroient peut-être à l’appliquer plus utilement, et conlribncroient ainsi puissamment à l'avancement de l’agriculture. e 9 ESSAI SUR LES ENGRAIS. Par Arthur YOUNG. ~\i—J 'importance el la nécessité des engrais sont bien généralement connues des fermiers, mais leur pratique ne répond guères à cette connoissance. Il est rare que l’on voie des terrains assez riches pour n’avoir pas besoin d’engrais, et il n’y a aucune terre qui ne se trouve mieux d’en recevoir. Je ne crois pas, non plus, qu’il puisse y avoir d’avances mieux employées que cellês qu’un cultivateur fait pour acheter des fumiers, ou d’autres engrais quelconques. Je range les engrais dans quatre classes : i.° Ceux qui sont eux-mêmes la nourriture des plantes. 2. 0 Ceux qui forment dans la terre la nourriture des plantes, et corrigent ce qui nuiroit à la végétation. 5.° Ceux qui amendent la terre en augmentant sa friabilité. 4." Ceux qui amendent le sol en lui donnant plus de consistance. Engrais qui sont la nourriture des plantes. Il faut compter dans cette classe toutes les 5o essai sun espèces (Je fumiers, et de substances animales; les substances pourries , les huiles, les gâteaux de navette ou de noix, la suie etc. Ces engrais sont si importans qu’ils demandent l’attention du fermier avant tous les autres. Ils sont presque egalement applicables à tous les terrains : leur objet est le même soit qu’on amende du sable, de la craie , de la glaise, des près ou des champs : c’est-à-dire, que ces engrais n’agissent point d’une manière mécanique , mais fournissent immédiatement la substance des plantes. Fumier de basse - cour mêlé de te?'re, ou compost . Comme dans la plupart des situations, un fermier compte essentiellement sur le fumier d’étable pour l’amélioration de ses terres, il ne doit rien épargner pour en faire en aussi grande quantité et d’aussi bonne qualité qu’il soit possible. La conduite d’un très-grand nombre de fermiers est absurde sous ce rapport. Ils vendent souvent leur paille , au lieu de la faire pourrir ; ils vendent leur foin au lieu de le faire consommer, et il est tres-rare que l’on donne aux urines des étables, et aux égouts des fumiers le degré d’attention convenable. L E 8 ENGRAIS. 3l Le soin des fumiers de basse-cour est un objet d’une si haute importance , que s’il est négligé, il est impossible que la culture d’un domaine prospère. La quantité de fumier que l’on fait, dépend essentiellement de la quantité de paille que l’on consomme en litière; et si un fermier vend sa paille , il est impossible qu’il fasse beaucoup de fumier : le tas décroît toujours dans la proportion du foin et de la paille que l’on vend , et cet usage , trop commun , est véritablement déplorable pour la culture. Il y a pourtant, je l’avoue , des exceptions. Il arrive quelquefois , dans le voisinage des très-grandes villes , que le fourrage se vend à un prix si haut, que pourvu que la charrette qui le mène , ramène du fumier sur le fonds, il peut être convenable de vendre du fourrage. Dans le fait, ce qui importe , c’est le prolit ; et il ne faut pousser aucun principe si loin que l’on risque de manquer ce but-là. 11 ne seroit pas facile de déterminer un prix au-dessous duquel un fermier ne dût jamais vendre sa paille et son foin. Il y a, dans le voisinage de Londres , beaucoup de domaines à prairies , dont les fermiers comptent sur la vente de leur foin pour payer leur ferme, quel que soit le prix des fourrages. Dans ces fermes-là , ou n’a point le nombre des bes- ESSAI S U 11 3a tumx necessaire pour consommer le foin. Mais , dans tous les cas qui ne font pas évidemment exception , je crois pouvoir établir qu’un tun de foin ne doit jamais se vendre en Inver à moins de 5o shellings , ou un tun de paille à moins de 5o shellings : bien entendu que toutes les fois que la charrette mène du fourrage à la ville, elle doit ramener du fumier. Il y a bien des fermiers qui diront : « comment est-il possible qu’en faisant manger mon foin sur mon fonds , je puisse en tirer 5o shellings de la charrcte'c ? » A cela je re'ponds, que tout fermier qui ne tire pas 5o shellings de son foin , en le faisant manger , a un mauvais système de bestiaux , ou prodigue son fourrage ; et que celui qui s’attache à ne jamais vendre son foin , en le faisant consommer avec intelligence , est parfaitement sûr d’ame'liorer son fonds de manière à faire à la longue , un très-gros profit par cette pratique. Mais il faut y joindre une grande attention aux moyens de faire beaucoup de fumier. Dans la saison où l’on a le plus de loisir, et avant le moment où le fermier doit nourrir son bétail au fourrage sec , il doit s’attacher à charier dans les cours de sa ferme une très- grande quantité de terre , de marne , de raclures LES E N O R A I S. 53 CÎures de chemin , de manière à couvrir le fonds de ses cours , d’environ un pied d’é- paisseur. Ceux qui ont le bonheur d’avoir dans leur voisinage des terres tourbeuses ou de la tourbe, doivent s’en servir au même usage: c’est un fumier végétal tout fait. Répandue en abondance dans les cours de la ferme, couverte de litière , et péne’tre'e de l’uriue et de la iiente des animaux, la tourbe devient un moyen extrêmement précieux d’améliorer les terres. Le D. r Home a donné un exemple de l’effet de la tourbe sur les terrains sablonneux. Avant de faire rentrer le bétail dans les cours, c’est-à-dire, dans le courant de Novembre , il faut bien les garnir avec des feuilles, delà fougère, ou du chaume, .le suppose pour cela que le chaume a été coupé ou arraché , et charié dans le voisinage de la ferme. La fougère, quand on peut s’en procurer, donne un excellent engrais , lorsqu’elle a été pourrie parla fiente des animaux. On connoît le prix de celte substance, dansle duché de Meklembourg, et l’on trouve que le fumier qu’elle fait est plus gras que celui de la paille : c’est donc un mauvais système que celui qu’on a conseillé , de brûler la fougère pour en répandre les cendres.' Le fermier doit être prévenu que la fougère est beaucoup plus difficile à pourrir que la paille. To.u r, 5. C 34 ESSAI SUR Si l’on peut acheter du chaume à 1 2 où l5 shellings la voiture , on ne doit pas he'sitcr à en faire une ample provision. Il n’y a point d’argent mieux employé’ que celui qu’on met à acheter de la litière , car quand les bestiaux ont beaucoup de litière ils sont plus au sec, plus au chaud, se portent mieux , et font une quantité de lumier incomparablement plus considérable. Ce fumier coûte toujours beaucoup moins au fermier que celui qu’il pourroit acheter. La possibilité' de se procurer des feuilles dépend des positions. Si l’on est à portée des bois, et qu’on puisse ramasser et charier les feuilles à un prix modéré, il faut le faire, car le fumier de feuilles est très-bon. Lorsqu’on a, dans son voisinage, des marais qui fournissent des joncs, des roseaux, ou du mauvais foin , il ne faut pas négliger d’en faire provision pour litière. Enfin, si l’on a à portée de soi des étangs ou des marais inondés , qui donnent beaucoup de ces herbes qui traînent au fond des eaux, il faut en ramasser, ainsi que de la vase , pour contribuer à augmenter les tas de fumier. Avec des précautions préparatoires de ce genre , le fermier est bien placé pour voir venir l’hiver, et tirer bon parti de cette saison mortej mais, pour cela , il faut qu’il tienne, LES E NOUAI S. 55 ses bestiaux renfermes. Quand je dis renfermés, je u’eniends pas dans des étables , comme le font quelques cultivateurs qui exploitent d'une manière recherchée ; mais j'entends que les bestiaux doivent être renfermes dans des cours, et sous aucun prétexte ne doivent parcourir les pâtures dans le voisinage de la ferme , comme cela se fait souvent. Si tout le bétail d’un domaine est renfermé dans les cours ; quq les betes que l’on nourrit soient nourries à la paille, et celles que l’on engraisse, à la paille et aux lurneps, ou au foin, la litière qu’on aura rassemblée dans les cours aura une suffisante quantité de fiente et d’urine pour se pourFÎr, et se convertir en bon fumier. Si, au contraire , les bestiaux ne vivent pas constamment dans les cours sur la litière, on pourra faire beaucoup de fumier, mais de mauvaise qualité : j’ai eu souvent occasion de remarquer la grande différence qui en résultoit dans la qualité' de l’engrais. On croit <|u J îl y a beaucoup d’avantage pour la santé du bétaih'dans ces promeriadés que les animaux font l’hiver d&ns les pâtures : je ne le pense pasj et le mal qu’ils fout sur le gazon, à moins que le terrain ne soit extrêmement léger, est très-grand. Dans ce système, il faut nécessairement un abreuvoir pour chaque ërlclos. iiuinr 56 -ESSAI SUR' Une négligence extrêmement commune dans les fermes, c’est de laisser perdre les égouts. Les pluies abondantes sont quelquefois perdues en partie, quoiqu’on fasse; mais en général on peut disposer des eaux des'égouts de manière à ce qu’il n’y ait rien de perdu. ..La meilleure méthode pour profiter des égouts des cours , c’est de faire un puits de .cinq pieds de profond dans la partie la plus basse de l’enclos , et d’y mettre une pompe. XJne cheneau conduit où l’on veut l’eau de fumier que l’on pompe ; et si l’on arrose tous : les jours la terre , la marne , le gazon , ou.la { tôurbe qui est en tas, ce tas acquerra, enfin , une qualité très-semblable à celle de l’excellent fumier. Il n’en coûtera, pas quatre gainées pour faire cet établissement. Il ne faut jamais permettre cpte le fumier trempe dans l’eau, parce que dans ce cas la,.fermentation -se trouve -ayçutee. ! ■ »b sg.Au primeras, il faut remuer et mettre en i-Vb les fumiers^ des'côurs de la ferme ; cette ^opération Cst indispensable pour mélanger con- •;Venablfem?ijbl d terré et le fumier et faire un -compost de .bonne qualité. Le cultivateur puisse dont les procédés sont 4£brçyKs.dàns_Je Suçote rustique, emploie plusieurs moyens pdiUxbâler la fermentation des y, ES E N O R A r s. 51 fumiers , que je ne mentionne point ici , parce que ce qui peut se faire sur un petit domaine où l’on concentre dans un petit espace les travaux de plusieurs personnes , n’est point praticable lorsqu’il s’agit d’une grande ferme , où la main-d’œuvre doit faire un objet important de l’e'conomie d’un cultivateur. Les fumiers , ainsi préparés au printems , sont prêts à être applique's aux turneps et aux choux. Si on les destine aux fèves, il faut les cliarier en automne ; si c’est aux pommes de terre , on ne les emploie que le printems suivant ; mais alors , il faut les cliarier sur le champ pendant les gelées de l’hiver. Il convient donc d’avoir plusieurs cours pour le bétail , qui soient placées des deux côtés des étables. Si le fumier n’est pas charié au printems pour les choux ou les turneps, il faut le changer de place ; car il faut que la cour soit debarrassée pour recevoir les bestiaux en automne. Ce cliariage , pour former un las , est équivalent à l’opération de brasser le fumier, et une fois le tas formé, je ne voudrois pas que l’on touchât le fumier. Beaucoup de gens tournent et retournent leurs fumiers pour les faire pourrir plus vite ; mais j’ai souvent fait l’observation que le fumier qui se convertit le plus promptement en une masse homogène, et 58 ESSAI SUR mucilagineuse , en beurre noir, comme disent les fe rmiers, est le fumier que Ton n’a point remue du tout. En remuant les tas, on produit des vides, on favorise l’e'vaporation des huiles et de l’alkali : aussi un tas qui a été souvent remue est-il toujours plus sec , lors même qu’il est noir et pourri , qu’un tas qui n’a point ete’ touche. Ce qu’il y a de précieux , et de vraiment efficace dans le fumier, c’est cette graisse , ce mucilage , cette humidité putride des tas qu’on n’a point remués. Plus vous mêlez un fumier, et plus long-tems vous le gardez , plus il se sèche : il devient enfin, comme un tas de tabac noir , et pourroit se semer à la main. D’adleurs, ces manipulations sont Ires-dispendieuses. Pour éviter ces re— muemens , je voudrois qu’on laissât le fumier dans les cours jusqu’au moment où le terrain auquel on le destine est prêt pour le recevoir. Si l’on n’a pas un établissement de dépendances qui le permette, je voudrois, qu’au priulems, on le chariât directement dans les champs où il doit être employé. En chargeant les chariots on auroit soin de mêler autant qu’il seroit possible la terre et le fumier ; et une fois les tas formés sur les champs , on n’y touoheroit plus. La hauteur des tas ne doit pas excéder quatre pieds, et les chariots ne doivent pas monter I E S E N (> R A I S. 5§ dessus : il faut lâcher de les placer dans des endroits ombrages. Je blâme un usage qui est très-géne'ral : c’est de permettre que les cochons aillent dans les cours des fermes , où ils remuent sans cesse la paille pour s’y cacher et se vautrer dans l’htimidité. Ils interrompent ainsi'la fermentation putride, et le fumier rie se fait pas. Les cochons ne se contentent point de la paille ou des autres substances qu’on leur donne pour litière : ils fouillent plus bas , et déplacent cette masse qui devroit rester ensemble pour pouvoir fer- meuter. On voit cela dans presque toutes les cours de fermes. Les cochons y fout beaucoup plus de mal que de bien. Au primeras, la paille se trouve si peu pourrie , qu’il faut la mettre en tas pour obtenir la fermentation qui a manque. Dans les endroits , au contraire , où les cochons n’ont point accès , le fumier est souvent suffisamment pourri au primeras pour êlre charie immédiatement sur les terres. Comme il n’y a aucune sottise qui n’ait ses patrons , j’ai ouï défendre cet usage : je me borne à demander si l’on veut ou si l’on ne veut pas que le fumier des cours pourrisse le plus promptement possible. Lorsqu’on veut faire fermenter des végétaux on les presse au fond d’une cuve ou d’un tonneau : si l’on y 4o B S S A I S U U introduisent l’air , la fermentation s’arrêteroit. Si les epurs étoient couvertes d’un toit ; ou autre ment dit, si l’on tenoit les bestiaux sous des hangards , la litière , à l’abri de la pluie et des neiges , seroit plus promptement pourrie. Il est donc mal entendu de faire pénétrer , comme à dessein , la pluie et la neige dans l’intérieur de la masse que l’on veut qui pourrisse. Il faut absolument renfermer les codions 'dans une cour sépare'e. La quantité de fumier à employer par acre dépend de trois choses: sa richesse, la qualité du sol, et la récolte à laquelle on l’applique. Si l’on engraisse des bestiaux on fait beaucoup plus de fumier et meilleur , que lorsqu’on hiverne des bêles maigres. Si le sol est très- appauvri, il en demande davantage ; enfin , les pommes de terre elles choux veulent plus de fumier qu’aucune autre chose. Ce qu’on peut donner pour règle générale , c’est que si le compost est gras , on peut n’en mettre que ao voitures par acre : s’il ne l’est pas, il en faut 4o, Il y a des cultivateurs qui suivent un système tout différent. Us attachent leurs bestiaux dans l’étable , et leur font manger la totalité de la paille. Ou a pour cela un plancher , avec une rigole derrière les bestiaux , de manière qu« I, K S E N O U .A I b. 4i la fiente et l’urine tombent clans cette rigole , et point snr la place c>ù les bestiaux se couchent; et qu’en balayant de tems en tems, on réussit à les tenir proprement. Il y a certains cas où celte méthode peut être la meilleure : par exemple, dans les endroits où il est impossible d’acheter de la paille , et dans les fermes où il y a beaucoup de près et peu de champs. Avant de quitter le sujet des fumiers cjue l’on lait dans les cours, je parierai d’une idée que je compte exécuter dès que mes circonstances me le permettront : c’est de couvrir toute la cour dans laquelle on tient les bestiaux, avec un toit léger , en planches minces. Cette de'pense seroit peu considérable. Les pluies abondantes et les neiges qui inondent les cours nuisent beaucoup au fumier ; mais moins encore que le soleil, surtout lorsque l’on suit l’usage de faire manger des fourrages verts aux bestiaux pendant l’élé, dans les cours de la ferme , et sur le fumier fait pendant l’hiver. Il n’y a que ceux qui l’ont essayé qui puissent comprendre quelle différence il y a entre le fumier qui a été fait à couvert ét celui qui a été fait en plein air. J’ai traité cet objet ailleurs. La différence est si grande, que j’estime la valeur d’une voilure de fumier lait à couvert, égale à celle de deux voitures d’autre fumier. 4a essai sur La putréfaction est beaucoup plus prompte et plus complète dans le fumier couvert. Je pense aussi que le bétail se porleroit mieux s’il n’étoil pas expose' aux pluies battantes; mais toute la partie de l’enclos du côte du sud devroit être ouverte à neuf pieds de haut pour que le bétail eût beaucoup d’air. Parc couvert. » Le parc ordinaire des moutons est pratiqué dans la plus grande partie de l’Angleterre ; mais nulle part on n’y met en usage le parc couvert. Cependant, il y a plusieurs endroits de l’Europe où ce parc est usité,, et chez les Romains , c’e'toit une pratique très-ordinaire. Ce que je recommanderois à cet égard seroit d’ouvrir un bâtiment de dépendances attenant aux cours de la ferme , ou bien de bâtir un couvert léger renfermé d’une haute palissade , de façon que les moutons pussent à leur gré être à couvert ou exposés. L’enclos couvert et l’enclos découvert devroient être garnis d’un pied de marne, de craie, ou de terre légère, et bien recouverts de litière pendant tout l’hiver. L’avantage de cette pratique est très-grand. Un petit troupeau ne peut pas se parquer avec profit, parce que la dépense et la peine des changemcns continuels du parc mobile l’em- Il E S ENGRAIS. 40 porte sur l’avantage : mais dans le parc fixe , c’est bien différent : une soixantaine de moutons font, dans le courant d’un hiver, une quantité de fumier considérable. La valeur du ‘ futnier fait de celte manière surpasse ce que peuvent croire ceux qui ne l’ont point essayé. Dans les tems de neiges ou de pluies froides par le vent du nord , les brebis et les agneaux tenus à l’abri s’en portent beaucoup mieux , surtout si on leur donne le foin au râtelier , comme il faut toujours le faire dans le parc domestique. On dit qu’en Flandres où cet usage est connu, on met sous les moutons du sable au lieu de litière. Je ne l’ai jamais essayé ; mais je pense que les bêles à laine ne doivent être ni si proprement, ni si sèchement, ni si chuude- ment, que sur une bonne litière ; mais , cependant lorsqu’on ne peut point avoir de litière, le sable vaut la peine d’être essayé [1]. [1] Je ne pense pas que le sable doive dispenser de la litière : on doit la mettre par-dessus. Si le sable n’étoit pas recouvert de paille, de feuilles, ou d’autres substances végétales propres à l'a litière, il saliroit beaucoup la laine, parce que la fiente et Vurine en font bientôt une espèce de mastic. Je sqis dans l’usage de garnir la bergerie et l’enclos destiné à faire prendre l’air aux moutons, avec un demi- ESSAI S U K 44 Cette méthode a etë pratiquée en France. Duhamel estime que 3oo moutons, en usant de cet expédient , peuvent amender annuel— pied d’un sable marneux et calcaire que fournit l’Arve. Le sable qu’on a soin de ne mettre que bien sec, se recouvre de paille que l’on rafraîchit de jour en jour, pour maintenir la laine propre. Au moyen de cette attention, le fumier se forme peu à peu en une couche séparée du sable. Celui-ci absorbe l’urine, et n’est jamais sensiblement humide; mais au bout de deux ou trois mois, il est converti en un excellent engrais, dont l’action est très-puissante sur les prés froids, ou mousseux, comme sur les champs de terre glaise. Cette méthode ne sauroit être trop recommandée, parce qu’outre l’avantage de produire un engrais qui n auroit point etc créé si l’on eût laissé perdre les urines, cette méthode contribue à la santé du troupeau en le tenant parfaitement au sec, avantage que n’a pas au même degré la terre végétale qu’on pourroit employer de même. 11 est vrai que le sable absorbant toute l’humidité, le fumier lorsqu’on l’enlève est très- sec, et se détache par feuillets. Il n’anroit point dans cet état, toute l’action dont il est susceptible ; il faut le mettre en tas et l’arroser, pour qu’il subisse la fermentation , et se convertisse en une masse homogène. Nota. La note ci-dessus a été écrite il v a huit ans : l’expérience m’a appris dès lors que le fumier que l’on tire des bergeries, quoiqu’il soit sec et poudreux, peut être conduit immédiatement sur les champs et les prés, et que son effet est sensiblement le même que s'il eût fermenté en tas pendant le têtus-ordinaire. [Août 1808.] 1 K S EN&RAIS. 45 lement 3o acres de terre. Ladlevaidt, dans ses Recherches sur la houille d’engrais , établit qu’avec la précaution de re'pandre de la terre sous les moutons , 4oo bêtes à laine peuvent amender un acre chaque jour. Enfin , les fermiers de la Bauce e'prouvènt que la terre qui a se'journe' sous les moutons a plus d’elïet que tout autre engrais. Logement des cochons. Les mêmes principes doivent être appliques aux cochons. Il faut que leur enclos soit spacieux , et garni, des l’automne , d’un pied de terre ou marne: On les nourrit là-dessus, et on les engraisse , sans jamais remuer la terre ni le fumier. J’ai vu. cela en Bedford-shire j et je me suis assure' que le fumier des cocljons ainsi entretenus à couvert, et sur une couche de terre , devenoit d’une aussi bonne qualité que le fumier de pigeons. Cela ne surprendra pas si l’on réfléchit à l’avantage que donne à tous les fumiers l’abri du soleil, de la pluie et du vent, avantage que le fumier de pigeons a ordinairement seul. Celte méthode assurera .une quantité considérable du meilleur fumier que l’on puisse avoir, après celui que fournissent les fosses d’aisance. 46 I S 8 AI SUR Nourriture au vert. Je parlerai rie la nourriture des bestiaux au vert dans les étables , à l’article des besiiaux ; mais j’indique seulement ici qu’on ne sauroit trop vanter cet usage sous Je rapport de la production des engrais. Quand on nourrit au vert, on donne aux chevaux ou aux bêtes à cornes, dans les e'euries ou dans les cours , des vesces , de la luzerne , du sainfoin , du trèfle , ou de l’herbe. Si , avant de nourrir au vert , on a déjà enlevé des cours le fumier produit pendant l’hiver , il faut les regarnir de terre ou marne pour absorber les urines qui, avec cette nourriture, sont extrêmement abondantes. La luzerne étant susceptible d’êlre coupée plusieurs fois , est admirable pour nourrir au vert dans l’étable. Comme plante vivace, elle a aussi l’avantage de pouvoir être établie dans le voisinage de la ferme : on ne peut pas toujours avoir auprès des étables les plantes annuelles. Fumier de pigeons. Les pigeons se nourrissent uniquement de graines, dont quelques-unes sont d’une nature huileuse. Il n’est pas étonnant que leur fumier, maintenu à l’abri du soleil , de l’air , et des ■ ïi E S ENGRAIS. plaies , acquière une qualité supérieure. Ou n’est pas dans l’usage de mêler aucune autre substance avec ce fumier; mais il seroit certainement très-convenable de répandre dans la pigeonnière du sable , de la balle de grains , des sciures de bois, ou d’autres matières comme celles-là, pour accroître la quantité de l’engrais : l’action de ce Fumier en seroit plus durable. Le fumier de pigeons est d’un si grand effet, que je ne doute point gu’il ne suffise à payer l’intérêt de la dépense d’établissement d’un colombier: cet objet mérite beaucoup d’attention de la part des propriétaire^ ou fermiers qui sont dans l’aisance. On met ordinairement quarante à cinquante bushels par acre de fumier de pigeons. Je ne pense pas que ce soit assez. Si l’on ajoutoit quelque substance, comme litière, et qu’on répandît ce fumier en quantité double, je pense que l’effet seroit plus grand. Il seroit d’ailleurs applicable à toutes les récoltes , au heu que la colotulnne , que l’on sème à la main , ne peut s’employer que sur les blés au primeras ou se répandre en semant l’orge. Étables. Avec des soins , les étables donnent les moyens de créer une très-grande quantité de fumier. Pour cela , il faut nourrir au vert , « 48 ESSAI SUR mettre beaucoup de Jitière , et prendre gardé que les urines ne se perdent pas. Cette dernière attention est surtout importante pendant l’été, quand on nourrit au vert, parce qu’alors la quantité des urines est beaucoup plus grande. Je crois que c’est à celte plus grande quantité des urines, et en général, à la supériorité de la nourriture des chevaux , qu’est d.û l’avantage de leur fumier sur celui des bêtes à cornes; car il faut remarquer que, si le fumier de cheval est supérieur dans l’écurie, il est inférieur à celui des vaches quand les chevaux sont au pâturage. Dans le comté de Kent , on a l’excellente méthode de faire auprès de l’écurie un tas de terre , sur lequel on met le fumier , à mesure qu’on l’ôle de dessous les chevaux. Fumier des poules. Diverses expériences m’ont appris que la fiente de poules est uu excellent fumier. Pour en faire beaucoup il faut faire coucher les poules toutes ensemble , et répandre de tems en tems dans l’endroit où elles couchent, du sable , des sciures de bois, ou de la balle de grains. Une fois l’année , on nettoie le pou- lailher , et on sème à la main ce fumier en poudre par-dessus les blés au priulems , ou sur 1 E S ENGRAIS. 4g sur les près. Un peu d’attention, sur ce point, mettra le fermier en e'tat de fumer annuellement un acre de terre, ce qui est un objet dans quelque ferme que ce soit. Engrais des fosses d’aisance. \ Les matières fe'cales sont le meilleur engrais que l’on puisse imaginer. Si Je fermier ne laisse rien perdre des matières rassemblées dans les fosses d’aisance ; s’il a soin d’y jeter souvent du sable , des sciures de bois, ou des terres fines, il peut fumer annuellement un ou deux acres de terre , avec une famille peu considérable. C’est un grand tort que de négliger la ressource de cet engrais humain : dans une maison un peu nombreuse, c’est un objet très- important. Lorsque l’on est dans le voisinage d’une ville où ces matières se recueillent et où on les revend , un fermier ne sauroit , en quelque sorte , les payer trop cher. En Flandres et en Languedoc , les produits des fosses d’aisance ■sont conservés précieusement. Dans le siècle dernier, on avoit soin fie conserver les ordures qui provenoient des galériens. On vendoit cet engrais pour les vignes, les olives et les figues: celles-ci avoient une qualité supérieure, à ce que nous apprend Tournefort. A Nice , ccs Tome b. P 5 o ESSAI SUE matières se vendent fort cher , et chaque paysan a , (dit Smollet) des prives destines aux passans. En Chine, c’est de tous les fumiers, le plus recherche; et en Italie, la valeur de cet engrais est bien connue. A Londres, il se vend de 3 à 6 shellings la charretée. A 70 milles de la capitale, il revient 2b shellings la charretée, et on y trouve encore très-bien son compte. La meilleure méthode est de déposer ces matières , dans des fossés de desse’cbemens des pièces , pour ensuite en faire des tas sur le bord des fossés. Lorsqu’elles sont égouttées, le transport en est facile. Trois charretées ( ou de 24 o à 3 oo bushels ) de ces matières suffit à un acre de pré. Lorsqu’on en fait un mélange avec de la marne , de la terre ou du gazon, ce compost est admirable pour les prairies. J’en ai comparé l’effet avec celui de tout autre engrais , et j’ai trouvé qu’il n’y en avoit aucun qui fît, à beaucoup près, autant d’effet. C’est une erreur vulgaire que de croire qu’il puisse résulter de l’emploi de ces matières un mauvais goût dans les végétaux ou dans les fruits. J’ai essayé d’en fumer en partie un pâturage dans lequel il y eût ensuite toute l’année des chevaux , des vaches et du jeune bétail à la pâture. J’ai observé, et fait observer à beaucoup de gens, que l’herbe de la partie L ïî S ENTRAIS. 5i fumée avec les matières fécales paroissoit recherchée avec plus d’avidité par le bétail : elle étoit toujours broutée plus raz que le reste de la pièce. Urines. Il faudroit toujours avoir soin de conserver les urines, pour engrais , dans les maisons des fermiers. Il convient d’en arroser de tems en tems les tas de fumiers ou compost : c’cst une manière d’en augmenter beaucoup la valeur. Les urines des étables ou des écuries doivent être conservées avec le même soin. Il faut la recueillir dans des dépôts pour l’usage. Au moyen d’une pompe , on la retire de là pour en arroser le tas de fumier ou compost, et aider la fermentation putride. Certaines expériences semblent prouver que l’efTet des urines est plus grand, si on les répand en nature sur les terres ; mais une longue expérience m’a appris que l’autre manière de les employer est la meilleure , et celle dont le résultat est le plus durable. Balayures des villes. Les balayures d’une grande ville sont une espèce de compost : c’est un mélange de fumier , de débris de végétaux , de boue , de poussière, de balayures des maisons, de restes 5 2 ESSAI SUR de viandes , de poissons, de cuirs, cl d’autres matières animales. Ce mélange doit faire un admirable engrais; et ceux qui sont en position de s’en procurer à un prix convenable, et ne le font pas , négligent un puissant moyen d’améliorer leurs terres. Vingt cbars de ce fumier par acre , sont une quantité très-suffisante, quel que soit le terrain. Parc clés moutons. Dans les fermes ouvertes , dans les terrains légers, on ne sauroit mettre trop d’importance au parc des bêles à laine. Les terres sablonneuses , graveleuses , maigres , en reçoivent un avantage infini. Dans les terres froides et humides, le piétinement des mouton^ est nuisible , en donnant à la terre une ténacité qui est déjà son défaut, et d’ailleurs le parcage dans de tels terrains , ruine les bêtes à laine* Dans l’article du bétail , je considère Je parc relativement à la santé des animaux : ici c’est uniquement par rapport à la terre. Dans les fermes à terrains crayeux , secs , et maigres, Je parc doit aller toute l’année : ce qui ne se fait qu’en Wiltsliire. Dans les fermes qui ne sont pas de terres légères , il ne faut parquer que dans la belle saison , sur les guérets , et dans l’automne , sur les prairies Ircs-sèches , / LES 33 N G IL A I S. 53 s’il y en a dans le domaine : s’il n’y en a pas , il vaut mieux ne pas parquer du tout; lorsqu’on emploie le parc couvert , on peut parquer toute l’annëe , sans s’arrêter. Aussitôt qu’il est possible, après le coup de parc, il faut faire passer la charrue, afin qu’une partie des bons effets ne se perde pas par l’évaporation. C’est par cette raison qu’il convient de parquer successivement pour diverses recolles , c’est-à-dire , de très-bonne heure au printeins pour l’orge, ensuite pour les tur- nCps, et enfin, pour le ble’. La dure’e du parc doit dépendre de l’état du terrain. En donnant neuf pieds carrés pour chaque bêle , et en changeant le parc toutes les nuits, on obtient un amendement dont l’inlluence se borne à une récolte. Si on laisse le parc deux nuits de suite sur le même terrain , l’amendement se fera sentir dans deux récoltes successives : c’est une manière de fumer très-profitable (j). (t) L instruction de d Aubenlon attribue au parc nue influence plus étendue. Cet auteur fixe à 10 pieds carrés l’er-pace que chaque bête peut fertiliser dans un coup* de parc, et suppose que l’on peut faire jusqu’à trois coups de parc dans chaque nuit. A n’en faire que deux, et en supposant dix pieds françois au lieu de 9 pieds anglois, ce seroit à peu près quatre fois et demi davantage; et cependant les races angloises sont plus ESSAI SUR 54 Dans les sables très-légers, c’est une bonne méthode que de parquer après que c’est semé, et même après la leve’e : le piétinement des moutons donne de la consistance au sol, affermit les racines, et a un très-bon effet. Pour que le parc soit profitable, il faut avoir un troupeau suffisant : il faut surtout avoir un berger qui y mette ses soins , cl qui veille à ce que les allées et les venues indispensables pour faire parquer les bêtes à laine, ne nuisent pas à celles-ci plus que cela n’est inévitable: ce n’est point une chose qu’on puisse confier à un enfant, ou au premier domestique venu qui se trouve de loisir pour le faire. Un berger peut soigner jusqu'à huit cents ou mille bêtes à laines : le moins qu’il dût en avoir c’est quatre ou cinq cents (i). grandes : il est étonnant que deux auteurs justement célèbres s'accordent si mal sur un point de fait. (1) Artli. Young n’est pas partisan du parc:il préfère la méthode d’enfermer à demeure les bêles à laine dans les pièces, pour plusieurs mois; en proportionnant leur nombre aux ressources du sol, et à l’étendue des enclos: comme cela n’est praticable que dans un pays où il n’y a ni loups ni voleurs de moutons, cela ne doit pas nous faire changer d’opinion sur les effets de la pratique du parcage. LES ENGRAIS. 55 Saie. Ou peut se procurer de la suie dans toutes les villes, à un prix réglé, qui varie de 6 pence à i shelling le bushel. Son effet est aussi grand que celui d’aucuu autre engrais; car cette substance est pleine d’alkali cl «l’iiuile. Son usage le plus avantageux est de la semer au priutems sur le blé. Tontes les fois qu’on voit un blé jaune, foi ble, souffrant, 4o à 5o bushcls de suie par acre sont Je vrai remède : il est rare que le froment ne reprenne pas d’abord une belle couleur verte. La suie est aussi utile sur les prés. On a comparé son effet à celui du fumier de pigeons, mais je le crois plus grand, surtout sur les terrains qui sont pourvus de ce qui fait l’aliment des végétaux. Lorsqu’on peut avoir la suie à 4 pence le busliel , 8o busbels par acre de blé , n’est point un engrais cher , et il est très-avantageux. Récoltes enterrées pour engrais. Celle pratique a été fort vantée , et. a eu quelquefois des succès très-brillans : elle consiste à enterrer a la charrue une récolte pleine de sucs , comme des vesces , du blé sarrasin , ou du trèile. Pour enterrer complètement la récolte, il faut deux choses : la première , 56 ESSAI S U K qu’elle soit roulée bien à plat, et la seconde, qu’on y emploie une chavrue qui pique très- bas et travaille dans le même sens que le rouleau a passe'. Une charrue ordinaire fait ce travail d’une manière fort incomplète. Si les plantes ne sont pas tout-à-lait cachées , si les feuilles ou les fleurs se montrent entre les traits de charrue, les plantes ne meurent point, et par conséquent , ne se pourrissent pas. La forte charrue de Mr. Ducket enterre complètement les récoltes. Il faut toujours faire cet ouvrage en été, ou de bonne heure en automne , tandis que le soleil a encore assez de chaleur pour exciter la fermentation: en hiver, l’opération seroit sans effet. L’avantage qui peut en résulter pour la terre dépend de diverses circonstances ; mais surtout , je pense, de la disposition où est le sol de favoriser la fermentation. Si la masse de ta récolte verte est promptement convertie en mucilage , il n’est pas douteux qu’il n’en résulte un bon engrais. Or, pour cela , on dépend de la saison, et du tems qu’il fait. Si le teins devient froid après l’opération , il est possible qu’elle soit absolument perdue j mais si le tems est un peu humide , et très-chaud, la fermentation est très-rapide. Il ne faut jamais penser à enterrer une ré- \ IBS ENGRAIS. 5 ~j colle qui ne seroit pas très-abondante : une grande masse de végétaux se putréfie beaucoup plus promptement et plus complètement qu’une petite quantité. Une récolte foible peut fort bien ne se point pourrir du tout. Nous voyons tous les jours le peu d'effet qui résulte de la fiente que les animaux laissent sur les pâturages çà et là , parce que la masse de fumier n’est pas assez considérable pour qu’il y ait fermentation. Mais , quoiqu’il en soit des succès qu’on obtient dans certains cas en enterrant les récoltes, il reste toujours douteux si une belle récolte de trèfle, de blé noir, ou de vesces coupée en vert pour faire manger à l’étable , 11e procure, pas plus d’engrais et de bénéfice à la terre que l’opération d’enterrer à la charrue. Quant à moi, je le pense. Les expériences comparatives seroient difficiles à bien faire , et il faudroit les répéter souvent pour en pouvoir conclure quelque ckose. Poussière de drèche. La poussière de drèche , sc vend ordinairement pour engrais. Je l’ai essayée souvent, et j’ai trouvé que l’eflet en étoit très-prompt sur les près, après la première pluie ; mais j’ai douté quelquefois qu’il v en eut plus d’herbe à faucher, au moment de la récolte, l’eut- ESSAI SUR 58 être n’avois-jc pas employé une quantité suffisante de celte matière. Ordinairement on n’en met que 4o à 5o bushels par acre. Je ne voudrais pas recommander de l’employer en grand, sans avoir fait encore plusieurs expériences sur son usage. La poussière de drèclie est très- utile dans les pigeonniers, dans les poulaillers, et dans les fausses d’aisance , pour augmenter la quantité de l’engrais. Les os. Il y a à Londres beaucoup de pauvres gens qui vivent en ramassant des os de toutes sortes, dans les rues et dans les voiries. Il les brisent sur une enclume , et les revendent à ceux qui en tirent de la graisse de chariot, avant de les revendre eux-mêmes aux fermiers. J’en ai souvent acheté à 8 , 9 et 10 shellings et demi la charrete'e, qui me revendent à 01 shellings et demi , rendus chez moi. J’ai trouvé que cette substance e'toit la seule qu’on pût comparer aux matières fécales , pour son effet. Celui-ci m’a paru plus grand sur les glaises ou sur les terres graveleuses et tenaces : il est étonnant combien ces terres deviennent meubles et friables par l’influence de cet engrais. A cet effet mécanique , les os pulvérisés joignent l’avantage de fournir aux plantes leur nour- LES E N (r il A I S. 5g riliire , et de le faire avec lenteur , de manière que la terre s’en ressent long-tems. Deux charretées l’acre suffisent. Près de Sheffield , on les emploie en beaucoup moindre quantité, et toujours avec succès. Il faudroit ne jamais laisser perdre les os; les faim briser ; et si l’on n’en reliroit pas la graisse pour les chariots, ils seroient d’un effet plus grand encore, comme engrais. Substances animales en général. Les substances animales sont toujours préférables , comme engrais, aux substances végétales. On peut s’en procurer de plusieurs sortes , dans le voisinage des grandes villes. Les rognures de cuirs et de peaux ; les elulfons de laine, les‘soies de codions, les plumes, les débris des boucheries , et des marches de poisson , les balayures des chenils , les cornes, etc. , sont également des engrais admirables , et beaucoup supérieurs aux engrais végétaux ou minéraux. Cela doit rendre le fermier attenid à ce que ces substances ne se perdent point dans sa ferme , et doit Je conduire à en acheter de cet genre autant qu’il le peut. Le compost des fumiers dans ses cours doit être le réceptacle de toutes les matières animales qu’il peut recueillir pour engrais. 11 6o ESSAI SUR laut prendre garde , cependant , que quelquefois, elles se vendent si cher, que le fumier ordinaire est un empiète plus avantageuse. Le compost que l’on fait avec des débris de poisson est admirable. Gâteaux d’huile. Toutes les graines huileuses laissent, après l’action du pressoir , une masse ou gâteau formé des enveloppes de la graine , et que l’on emploie d’ordinaire comme engrais sur les terres. C’est un usage fort ancien, en Nor- forlk , que d’acheter des gâteaux de navette qui viennent de Hollande , ou d’Irlande. On a souvent confondu ces gâteaux avec ceux de graine de lin , qui sont beaucoup mieux employés à engraisser les bestiaux, au lieu que les gâteaux de navette ne valent rien pour eux. On en répand sur les blés depuis un detni-/«« jusqu’à un tune } par acre, au prinlems. J’ai souvent ouï citer des essais infructueux de cet engrais: j’allninie ce résultat manqué à ce que l’application de celle substance avoil été* prématurée : c’est plutôt la matière d’un engrais, qu’un engrais môme : il faut que la fermentation putride le mette dans l’état de mucilage, sans lequel les corps n’agissent pas comme engrais. La méthode que je recommande, c’est de E e s e n & b. a i s. 61 mêler cette substance réduite en poudre, avec Je compost, dans la proportion d’un sur trente. Lorsque mon fumier a été fait par des bêtes maigres , et avec trop de paille , j’ajoute des gâteaux de colza pulvérisés , dans le rapport d’un sur vingt ou trente ; et la masse qui en. résulte est sensiblement plus grasse et plus fertilisante. Compost d’huile du Dr. Hun ter. Je connoissois l’homme ingénieux et savant qui a inventé cet engrais, et j’ai mis de l’intérêt à la lecture de l’ouvrage dans lequel il rend compte de ses procédés. J’en ai recommandé l’application à quelques personnes sur l’exactitude desquelles je pouvois compter. Malheureusement , nous avons tous échoué dans nos essais. Il faut qu’il y ait quelque méthode particulière dans l’emploi de cet engrais, qui n’ait pas été suffisamment expliquée , et que nous ignorions , puisque nous n’avons point réussi. Je condamne , sans hésiter, toute application d’une huile en nature , pour engrais , quelle que sou la manière dont on l’applique. J’ai essayé l’huile en nature , dans les fumiers et les composts, en différentes doses, et à différentes reprises, toujours sans le moindre succès. Je crois même que l’huile , dans cet état , 6a ESSAI SUR fait plutôt du mal que du bien. Quant au D. r Humer , il faut reconnoître qu’il a plus approche que la plupart des auteurs , de la véritable théorie sur les engrais. Son système se réduit à ceci: l’huile rendue miscible à l’eau par l’intermède d’un alkali est l’aliment des plantes. Il se trompe assurément; car l’huile, ainsi atténué , est plutôt préjudiciable. Il faut faire un pas de plus qu’il n’a fait : il faut dire que l’huile rendue miscible à l’eau par la putréfaction , et produisant un alkali volatil, est la nourriture des plantes. On arrive ainsi à la vraie théorie , savoir ; que c’est le mucilage qui est l’aliment des végétaux. L’expérience conlirme cette théorie ; car l’huile , qui ne fait aucun effet quand elle est fraîche, devient un admirable engrais lorsqu’elle est putréfiée. ' Le compost du D. r Hunter mélangé de terre meuble, puis de fumier bien pourri , et laissé en tas jusqu’à la fermentation complète , est toujours d’un très-grand effet : on peut donc se tenir pour dit que la véritable manière d’employer l’huile est de la mêler aux fumiers maigres , pour les laisser fermenter avec cette substance qui les enrichit : sous ce rapport, les huiles qu’on pourvoit se procurer à bon prix , seroient un excellent moyen de fertiliser les terres. Ii E S ENGRAIS. 63 Plantes marines . Ces plantes sont un engrais de la plus grande valeur que l’on puisse se procurer; et les cultivateurs qui sont à portée d’en faire usage et le négligent, sont extrêmement blâmables. En gêne'ral, dans le voisinage de la mer, on connoît l’avantage de l’emploi des plantes marines comme engrais. Il y a deux manières d’en faire usage : ‘ l’une de les répandre sur les terres sans pre'parations , l’autre d’en faire des compost avec de la terre. Toutes les fois qu’on ne peut pas les enterrer immédiatement à la cbarrue , il convient de les mêler avec de la terre : la fermentation qui résulte de ce mélange est extrêmement prompte, à cause de la quantité d’huile que ces plantes contiennent, et si on les laissoit en tas sans mélange, il seroit, je pense , dangereux que l’alkali volatil, l’ame de tous les engrais, ne s’évaporât. L’effet de cet engrais ne passe guères une récolte , parce que sa dissolution est très-rapide. La soude est si pleine de sels, qu’elle brûle avec difficulté , même quand elle est sèche : ces cendres sont composées parties égales d’un sel alkali , d’un sel marin, d’une substance huileuse , et d’une terre. 64 Manière de profiter du limon des eaux pour les terres. Par Arthur Young. T l v. procède que je vais décrire est un des plus singuliers dont j’aie connoissance , en agriculture , et de beaucoup le plus productif. Les eaux des marées de la Tient, de l’Onze, du Dun , et d’autres rivières qui se déchargent dans l’Humber, sont extrêmement bourbeuses: un cylindre de 12 à i 5 pouces de hauteur , rempli de ces eaux, dépose environ un pouce de vase que l’on nomme warp. On se demande d’où cette vase vient. L’Humber , à son embouchure, est parfaitement claire. Les rivières et les ruisseaux qui viennent de l’intérieur ne charient point de limon ; leurs eaux , très- limpides;, délaient, au contraire , et gâtent les eaux limoneuses destinées à l’amendement des terres. C’est dans les longues sécheresses que le warp est le plus abondant. Toute l’industrie de l’arrosement a pour but de faire déposer le limon sur les terres. Pour cela , il faut introduire les eaux sur le terrain , et les en écouler à volonté. On pratique à cet effet un canal qui communique à la rivière, et qui îilMON EMPLOYÉ comme engrais. 65 qui est fermé et ouvert alternativement par une e'eluse. Afin de prévenir l’inconvénient d’inonder les pièces qui ne doivent pas l’être, et aussi pour pouvoir donner à l’eau la profondeur convenable , on entoure les pièce* d’un parapet de quelques pieds de haut. Il y a , de place en place , de grands canaux qui communiquent à la rivière , et qui ont jusqu’à quatre milles de long. Ces canaux arrosent à droite et à gauche, les terres qui les avoisinent; mais l’effet diminue à mesure qu’on s’éloigne de la rivière , c’est-à-dire , qu’il faut plus de tems pour déposer une quantité suffisante d« limon. L’eftèt est très-différent de celui des irrigations : ce n’est point l’eau, c’est fa vase seule qui produit l’amélioration : il ne s’agit pas d’amender le terrain ; on le crée. Peu importe quelle que soit originairement la terre qu’on veut limouer : un marais, une glaise stérile, un sable , une tourbe , un pave', deviennent fertiles ; parce que dans le courant d’un été , il se forme une couche de six a seize pouces d’épaisseur, sur les endroits plats, et de deux, trois , ou quatre pieds , dans les creux ; de manière que la surface est unie , après l’opération. L’on peut ainsi former un sol de la profondeur que l’on veut, et d’une fertilité Tom e 5. E 66 LIMON E JT î I O Y I ■ extraordinaire , quoique ce ne soit guères qu’un sable. Mr. Dahon de Knaith, a donné ce sol à analyser à un habile chimiste. Celui-ci y a trouvé beaucoup de sable (i), une assez grande quantité de terre calcaire , un peu de mica, du mucilage , et un peu de sel. Il n’est point question d’argile dans cette analyse; cependant, je suis convaincu , d’après l’examen que j’ai fait de ce limon durci, qu’il contient de l’argile. Il se sépare en petites masses comme les glaises le font en séchant ; il détache les étoffes, tout comme la terre à foulon. Un fermier qui possède beaucoup de terres li- monées , m’a dit, que les plus dures étoient les plus fertiles ; mais l’aspect de ces terres est celui d’un sable micacé. J’ai pris, sur les lieux, des notes concernant les récoltes , et d’autres détails, dont voici les résultats. Les premières observations que j’ai eu occasion de faire sur des terres limonées ont été dirigées par Mr. Harrisson de Morton Ferry. Il e'toit occupé d’une entreprise considérable : il s’agissoit de limoner 4260 acres de communaux , par un acte de clôture et de dessèchement. Il commençoit par limoner une pièce de 4 oo acres. Cette pièce devoit être vendue ^1) Il faudroit savoir s’il est siliceux ou calcaire. COMME ENCRAIS. 6j pour payer les frais de toute J’entre prise ; et on lui avoit déjà offert 5 o sliellings l’acre , de Ferme , pour le tout, quand l’operation seroit aclieve'e. On a fait une double e'cluse sur la Trent, qui a coûte' 1200 liv. sterl. On a creuse' deux canaux, dont l’un est destine' à admettre l’eau sur les terres , l’autre à la reconduire à la rivière. Quinze opérations successives ont produit environ six pouces de limon, sur une pièce lie 200 acres. Quelques personnes instruites pensent qu’il vaudroit mieux diviser tous les communaux en pièces de 5 o acres , et n’en faire qu’une à la fois. Les communaux nWoient aucune valeur, car c’ètoient des pâturages vagues : l’amelior-ation sera incalculable. Le devis des frais monte à 4846 liv, sterl. A Àltborpe, Mr. Dalton s’occupe de limoner 5 oo acres; à Knaith , il a fait i’e'preuve d’amender un champ avec du limon pour y mettre des turneps, et un autre avec du fuinier, pour les comparer dans leurs produits : le premier a donné tout autant. A Ameots, on fait des travaux du même genre. A Gainsborough, Mr. Smith m’a montré un champ qui a été limoné à une profondeur de 10 pouces , dans huit heures. On m’a fait voir de quelle manière on s’y prend pour réparer une brèche quand un parapet se rompt. 68 LIMON EMPLOYÉ On fait un faux parapet demi-circulaire , qui renferme la brèche : celle-ci est très-promptement remplie par le limon. Si l’on vouloit réparer la brèche parles moyens ordinaires, la liaison ne se feroit pas bien , et il en coû- leroit beaucoup plus ; au lieu que le limon forme un lien très-'-solide entre les deux côtés du parapet rompu. Les améliorations de Mr. Webster , à Bankside , par le limon , sont extrêmement, frappantes. Sa ferme de 210 acres est toute limonée. Il l’a achetée avant qu’elle le fût, à raison de 11 liv. sterl., il l’estime aujourd’hui, à raison de sa rente, 80 et même 100 liv. sterl. l’acre. Cependant, la totalité' de ses frais, pour les écluses et les encaissemens , ne monte pas au-delà de 2ÔOO liv. sterl., soit 12 liv. sterl. par acre. Et encore, il faut remarquer qu’un voisin lui offre i 5 oo liv. sterl. pour lui abandonner l’nsage de ses écluses , dans le but de limoner 5 oo acres , qui sont contigus à sa ferme. Ce marché réduiroit les frais de Mr. Webster à environ b liv. sterl. par acre. Dans toutes les suppositions le profit est immense: il démontre que , de toutes les améliorations agricoles , il n’en est aucune qui approche de celle-là, pour le profit. Mr. Webster n’a commencé que il y a quatre ans, Il a limoné à diverses épaisseurs, COMME E N G.R A I S. 69 telles que dix-lmit pouces , deux pieds , et deux pieds et demi. 11 avoit des marais qui ne valoient qu’un shelliug et demi l’acre , et qui aujourd’hui valent autant que tout le reste. Il pourroit affermer tout son terrain à 5o shellings, s’il le vouloit ; et il y a quelques parties qui, pour dulin et des pommes de terre, se loueroient 5 guiriées. Il a vingt acres qui ont été limone's à trois pieds d’épaisseur, depuis le commencement de Juin à la fin de Septembre; et dix- huit acres où la couche a trois pieds et demi d’épais. Il dit que celte année ( 179g) est la plus mauvaise qu’il ait vue pour limoner , à cause des pluies continuelles. Il a employé' cette opération pour fumer des chaumes en automne , comme il y auroit répandu de l’engrais ; et il faut remarquer à l’avantage de cet amendement admirable , que l’on peut toujours le renouveller, si la fertilité du sol venoit à s’affoiblir. Les récoltes de Mr. Webster sont prodigieuses. Il sème quelquefois l’avoine , et d’autres sèment le trèfle sur le limon frais et encore humide , sans y faire de labour préalable. Je ne me doutois guères , avant de voir les singulières opérations de ces cantons , que nous eussions en Angleterre exactementragricullure des bords du Nil. / 7® LIMON EMPLOYÉ 11 a limone douze acres d’un chaume de blé, comme engrais , puis semé de l’avoine en Avril. Cette avoine a donne douze quarters, par acre (96 bushels.) Il y a mis du ble après, lequel a rendu 36 bushels par acre. Son blé ne rend jamais moins de trente. Six acres de fèves lui ont rendu à raison de go bushels par acre. On en mesura un acre pour décider une gageure ; et cet acre rendit 99 bushels. Il y a voit une plante de fèves qui, sur ses quatre tiges, porloit cent quarante- quatre gousses. Son avoine de Tariarie avoit sept pieds de hauteur. Une pièce limonée en 1793, produisit l’année suivante quarante- huit bushels d’avoine , par acre. Du trèfle blanc et de la poussière de foin , semés en même tems, furent coupés deux fois dans la première année : la première coupe donna trois chariots de foin par acre; la seconde, un chariot ; et le pâturage fut prodigieux après. Mr. Webster a observé que le limon produit des herbes qu’on n’avoit jamais vues auparavant dans les mêmes pièces , telles que les moutardes, les cressons , le céleri sauvage et les chardons. Voici les rotations suivies sur les terrains limone*s. 1 Fèves. 2 Blé. COMME ENGRAIS. 71 C’est la rotation de tonies la plus avantageuse, j Pommes de terres. a Blé. 5 Fèves. 4 Pommes de terre. 5 Ble. Ou bien : , _ 1 Fèves. 2 Ble. 5 Lin. 4 Ble. Une écluse de cinq pieds de haut, et sept pieds de large, suffit à lîmoner cinquante acres par an, quand le terrain est un peu éloigne' de la rivière , et s’il en est tout près, 70 acres. A Reeveness , des terres limonées se sont vendues à raison de 100 liv. sterl. l’acre. Lord Beverley a six écluses qui travaillent continuellement •, et il a limoné jusqu’à trois cents acres dans une année. On s’occupe maintenant de faire un canal de quarante pieds de large près de la Trent, depuis Althorpe à Thorne, pour limoncr une grande étendue de pays. On a déjà dépensé 24,000 liv. sterl. Ce n’est pas par le canal lui-mème que se fera le limonage ; mais par des fossés de communication qui arrivent dans ce canal à angle droit, et qui servent tout à 7 2 LIMON EMPLOYÉ la fois a égoutter les terres environnantes , et a recevoir les eaux charge'esde limon. On vendra le droit de limoner à droite et à gauche du canal et des fosses, à raison de 4 à 5 liv. sterl. l’acre. Quand c’est le propriétaire qui limone , il lui convient de donner d’abord une hauteur considérable au limon ; quand c’est le fermier, celui-ci trouve mieux son compte à limoner peu épais, quitte à y revenir. On a du ble' tout aussi beau sur six pouces de limon que sur six pieds. A trois pouces , même , on a des récoltés de blé superbes. Plus le limon est dur et mieux c’est. On sème quelquefois du blé deux ans de suite. Yoici le cours favori de Mr. Nicolson de RawclilF. 1 Avoine. 2 Blé. 5 Fèves. 4 Jachère. 5 Ble'. 6 Fèves. 7 Blé. 8 Fèves. Il ne met jamais d’orge. Le terrain limone va fort bien 5 ou 6 ans sans avoir besoin de jachère. Les turneps ne vont pas aux terres Ximonées : elles s’attachent trop aux outils de GOMME E N O II A I S. r /0 la culture , et les bestiaux ne peuvent pas consommer sur place sans pétrir la terre et salir la récolte. Mr. Nicolson a cultivé i5 ans des terres limonées , sans y mettre aucun fumier. Il y a à présent 4o ans que Mr. Valker , intendant de Mr. Twistleden, commença cette industrie ; mais elle fut interrompue pendant 20 ans, jusqu’au moment où Mr. Farenham, un autre intendant reprit cette amélioration. Elle est d’un effet tout aussi grand pour les prés que pour les champs. Un acre nourrit un bœuf à l’engrais , et deux moutons. On n’y met de bestiaux l’hiver qu’après un certain nombres d’années, parce que le limon n’a pas une consistance suffisante. Il y a eu des récoltes de lin, sur les terrains limonés , qui se sont vendues xo livres, sterl. l’acre , sur pied. Un commissaire qui a été employé Iong- tems au limonage, m’a dit que, l’un portant l’autre, chaque opération de la marée donnoit un huitième de pouce de limon. Ces dépôts successifs ne se mêlent point en une masse indistincte : ils demeurent séparés par couches ou feuillets. A Allhorpe , Mr. Bovv er a limoné jusqu’à dix-huit pouces dans un été. Plus le limon est sale, plus il produit. Mr. Bower a eu I 7* 1 I M O N EMPLOYÉ jusqu’à 80 busliels d’avoine par acre , en semant sans labourer , et enterrant la semence au râteau ; mais , dans ce cas , il faut faire Succe'der une jachère, pour qùe la terre limoneuse ne s’épuise pas. Celle agriculture est extrêmement intéressante pour l’Angleterre, parce qu’il y a d’autres cantons où elle seroit applicable. Sur toute la côte , depuis Wisbeach à Boston , il y a une grande quantité de limon , mais je n’ai pas ouï dire qu’on eût fait aucune tentative pour en faire l’application à l’agriculture , au moyen des marées et des écluses. La province de Lincoln avance rapidement dans celte amélioration importante , qui l’enrichira. Jamais je n’avois entendu parler de celte industrie ; et si l’on considère dppuis combien d’années elle est pratiquée, on devra s’étonner qu’aucun écrivain agronome n’en eût fait la plus légère mention. Cette pratique seroit probablement restée inconuue long-tems encore, ainsi que beaucoup d’usages particuliers à certains cantons et à certaines provinces, s’il n’y avoit pas eu un département d’Agricullure, et qu’il n’eût pas entrepris de faire examiner en détail la culture de tout le royaume (1). Ces faits feront (l) Je ne cesserai de saisir des occasions telles tjue COMME ENG-RAIS. 7 5 ouvrir les yëux à tous les proprietaires des terrains silue's auprès des rivières bourbeuses, que la marée affecte. Des profits aussi énormes sont faits pour réveiller l’activité. Je suis persuadé que la Sevcrn, la Wye, et beaucoup d’autres rivières encore , pourvoient procurer les améliorations semblables. DES DIVERS TERRAINS ET DES ENGRAIS. ( Compendious System of Husbandry. ) I-Jes terres sablonneuses ou graveleuses manquent de liaison entre leurs parties. Le sable laisse percer les rayons du soleil jusqu’aux racines des plantes, ce qui les dessèche et les tue. 11 n’a point assez de consistance pour garantir les racines des gelées. Il manque de ees parties grasses qui sont un des élémens celles-ci pour rappeler de quelle importance seroit à la France un établissement central, qui attireroit à lui la connoissance de tous les faits agricoles, et la répandroit ensuite. Cette seule circulation pourvoit opérer les efTets les plus heureux. Nota. Je renouvelle ce vœu , exprimé dans la note ci-dessus il y a huit ans. [Août 1808.] 76 BIS DIVERS TERRAINS de la végétation. La pluie passe au travers sans donner aux plantes une nourriture suffisante. L’amendement qui convient donc le mieux à ces terrains est la glaise ou la marne argileuse, me'lange'e aux fumiers de bêtes à eornes. Il en resuite plus de ténacité dans la terre , en même tems que des sucs nourriciers en plus grande abondance. Les récoltés vertes , telles que les lurneps, le ble' noir, les vesces enterrées à la charrue ; le trèfle enfin , et le pâturage ou parc des moutons sur ces diverses récoltes, enrichissent merveilleusement ces terrains légers. Lorsqu’on y enterre des récoltés vertes, il convient de rouler immédiatement après, ponr donner de la consistance à la terre et accélérer la fermention intestine , de laquelle doit naître l’aliment des plantes. Il y a parmi les terres glaises ou argileuses, des différences extrêmement sensibles. Quelques-uns de ces terrains sont si tenaces que l’eau ne peut les pénétrer, et ne s’en échappe que par l’évaporation : les racines des plantes sont sujettes à se pourrir dans de telles terres, par l’excès d’humidité. La glaise n’arlmet pas assez librement l’air et la chaleur, également nécessaires à la végétation. Elle se durcit, et se cuit en quelque sorte au soleil, en sorte que ET DES ENGRAIS. 77 les racines des plantes ne peuvent pas y pe'rié- trer. Il convient donc d’appliquer à ces terrains les engrais qui peuvent leur donner plus de friabilité et détruire la trop forte adhérence de leurs molécules enlr’elles. La chaux, les cendres de charbon de pierre et celles que l’on appelle de savonniers, sont particulièrement propres à alléger les terres glaises lorsqu’on les rompt pour la première fois. Les luts ou terres ve'gètales, qui tiennent le milieu entre les glaises et le sable, diffèrent aussi très-essentiellement. Les bonnes terres noires ou brunes, sont ordinairement les plus riches et les plus productives : elles ont le degré de consistance nécessaire , et sont cependant assez meubles pour permettre aux racines des plantes de les pénétrer lib renient. Les terres rougeâtres, et en général les terrains colorés-^ conlienuent ordinairement du cuivre , du fer, du blomb ou d’autreS métaux , ou enfin quelque acide dont l’influence est funeste à la végétation. La chaux vive , lorsqu’elle est employée avec jugement et avec les précautions que j’indiquerai ci- après , fait un très-bon effet pour combattre ce principe nuisible. La chaux et les fumiers convenablement appliqués , peuvent rendre 78 DES DIVERS TERRAINS fertiles les terres les plus stériles de leur nature. Je dois remarquer que, plus une terre contient de parties métalliques , et plus la quantité de chaux qu’on y met pour engrais doit être considérable. Les marais ou terrains marécageux , sont composés de débris de végétaux partiellement décomposés par la fermentation putride. C’est une substance spongieuse et noirâtre , qui prend l’eau aisément. La première chose à faire pour tirer parti de ces terrains , c’est de les enclore de fossés profonds, qui les dessèchent. Ensuite il convient d’écobuer la surface, pour répandre les cendres sur le terrain : elles sont extrêmement productives, à cause de la quantité de sel alkali qu’elles contiennent. Si l’on peut avoir de la chaux à bon prix , il faut en répandre environ 80 bushels par acre , par monceaux d’un demi-bushel. Dès qu’elle s’est éteinte à l’air, il faut l’étendre, puis l’enterrer à 4 ou 5 pouces seulement. Il s’ensuivra une fermentation intestine ; et après avoir permis l’action de l’atmosphère pendant quelques semaines, sur cette, surface remuée, il convient de herser avec des herses pesantes. Il en résulte un parfait mélange de la terre marécageuse , des cendres et de la chaux. La substance végétale qui se trouve contenue dans ce genre / ET DES ENGRAIS. 7g de terrains , est ainsi promptement converti» en un riche terreau. La pesanteur relative de la chaux et des cendres est telle , que ces engrais descendent sans cesse : il est donc convenable de ne donner le premier labour qu’à quatre ou cinq pouces de profondeur. Le labour suivant doit être destine à former les planches ou billons. Il en résultera que les cendres et la chaux seront ramenées près de la surface , dans un parfait mélange avec la terre végétale ; et que le terrain sera prêt à recevoir ou des pommes de terre , ou telle autre plante que le cultivateur jugera à propos d’y cultiver. Les frais de chaudage , marnage, ou d’addition de glaise dans les terrains marécageux, sont promptement remboursés au propriétaire par les récoltes. Des terrains de celte nature qui rendoient cinq shellings par acre, ont été portés à 4o shellings de rente , par ces opérations. Les bruyères peuvent être converties en cendres, avec un très-grand avantage pour le terrain sur lequel on les brûle. Les racines des plantes et des buissons qui se trouvent sur les terres à bruyères , doivent être brûlée* en même tenus, et les cendres, mêlées de chayx, doivent être enterrée* à la charrue. 3o DES DIVERS TERRAINS La chaux vive ne contient aucun sel. Lorsqu’elle est éteinte, elle attire les sels , les acides et les huiles, de la terre et de l’atmosphère. Lorsque l’on rompt une terre neuve , elle contient plusieurs principes minéraux ou animaux , qui sont ou nuisibles , ou inutiles à la végétation, jusqu’à ce qu’ils aient été dissous par la chaux. Les huiles et les sels extraits de l’atmosphère , sont ensuite si intimement unis aux substances animales et végétales dissoutes parla chaux, qu’il en résulte un vrai savon. Elles sont ainsi miscibles à l’eau, et deviennent l’aliment des plantes. La chau*. a une action mécanique sur le sol, qui le divise et le pulvérise : elle donne plus de friabilité au terrain qu’aucune autre substance, si l’on en excepte les cendres de charbon de terre. La chaux mal appliquée , et sur-tout aux terrains soumis depuis long-tems à la charrue, les épuise et les rend stériles , en absorbant les parties huileuses qui leur restent. Le remède à ce mal , quand il existe, c’est de répandre en aboudance, un compost de terreau pourri avec du fumier. Les raclures des grands chemins font aussi un très-bon effet dans ces cas-là. Une récolte de blé noir ou de vesces, ou de turneps, renversée à la charrue, est encore une excellente ressource pour rendre à la terre sa vigueur végétative. La 8i ET DES E S C ItA I S. La chaux bien appliquée , est peut-être , le premier des engrais, sur-tout pour les terres glaises. La quantité, pour les terres neuves que l’on rompt ou défriche , doit varier, depuis 100 jusqu’à 200 hushels par acre. Dès qu’elle est éteinte, il faut l’étendre et l’enterrer à la charrue. Dès que la surface est suffisamment émiettée, il faut herser et rouler avec des instrumens pesans. Le second labour forme les billons. Si l’on doutoit de la faculté qu’a la chaux d’attirer les sels de l’atmosphère, il n’y aurait qu’à examiner les vieilles murailles : le nitre qui se rassemble à leur surface , y a été attiré par la chaux. Lorsqu’il s’agit d’un terrain soumis depuis long-lems à la charrue , il est nécessaire de joindre à la chaux du fumier pourri , sans les mêler. Il faut commencer par répandre la chaux, herser, puis répandre le fumier et l’enterrer à la charrue. La proportion doit être à peu près 80 bushels de chaux pour 9 charretées de fumier, ou 18 charretées de compost par acre. Une surabondance de fumier nuit aux récoltes, à cause de l’augmentation des mauvaises herbes qui en résulte , ainsi que des insectes de toutes sortesj et aussi, par la raison Tome 5. F / 82 DES DIVERS TERRAINS que les terres trop fume'es donnent beaucoup en paille et peu en grain. On objecte , contre le mélange immédiat de la chaux et du fumier , que la chaux contient un principe caustique qui détruit les parties huileuses et végétatives du fumier, de la même manière que le feu détruit les parties huileuses du charbon de terre. On sait que celui-ci contient de l’huile, du soufre et du bitume : après l’action du feu il ne reste qu’une poussière absorbant, eet en très-petite quantité, relative- vementàcelle du charbon avant la combustion. En appliquant la chaux et le fumier séparément sur le terrain , la chaux corrige le sol , et le fumier l’enrichit. Au moyen du labour immédiat après que le fumier est répandu , il ne se fait aucune évaporation parles rayons du soleil. Le fumier en fermentant, ouvre et divise le sol ; et la chaux neutralise les acides nuisibles que la terre ou le fumier peuvent contenir. Tous les fumiers contiennent des sels et des huiles. Les fumiers de cheval , de porc et de moutons , sont les plus chauds et les plus propres aux terres glaises. Le fumier humain et la colombine , et le fumier de lapins sont très-chauds également ; piais on ne peut pas se les procurer en quantité ET DES EflUIlAIS, 83 suffisante, pour qu’ils soient un objet important: il faut les mêler avec de la terre. Le furnier des bêtes à cornes est gras et froid : il convient particulièrement aux terrains légers. Lorsqu’on charie les fumiers dans !e champ où on veut les employer, il faut toujours les déposerspr la partie du terrain la plus élevée, et les recouvrir de terre. Les pluies tendent à faire descendre l’engrais dans les parties les plus basses du cliamp. Il faut mêler de la terre au fumier , pour en faire un compost; et de celle manière , on gagnera beaucoup sur l’étendue de terrain à fumer avec une quantité' donnée d’engrais. Il faut avoir soin de creuser à environ deux pieds , les endroits où l’on place les tas de fumier dans la basse-cour. De cette manière l’essence du fumier est conservée, et n’est pas emmenée par les pluies. Il convient de faire des réservoirs au-dessous des fumiers , pour recevoir les égouts de l’eau surabondante. Celle eau de fumier doit ensuite être menée sur les terres avec des chariots et des tonneaux comme ceux qu’on emploie à armer les rues de Londres, ou les grandes routes. Lorsqu’on a charie les fumiers des cours , il faut étendre à l’endroit où ils étoient, et avant de recommencer les tas , environ six 84 DES DIVERS TER.RAIN3 pouces de terre , prise dans les champs les plus voisins, ou dans les fosses que l’on nettoie, ou dans les communaux qui peuvent être à portée. Ou peut aussi y mettre des feuilles , de la fougère , des herbes en pleine sève , et avant que les graines se soient formées. Ces substances sc pourrissent, et absorbent l’essence du fumier qu’on de'pose dessus. Lorsqu’on a de pareilles matières en abondance, on peut en mettre dans les fumiers par lits alternatifs , et faire ainsi d’admirables composts. Je dois observer que les balayures des granges, les vannures , et tout ce qui porte des graines des mauvaises plantes , doit être soigneusement écarte du fumier destiné aux champs , et porté sur le fumier que l’on réserve aux prés. Faute de ce soin, l’on multiplie les mauvaises herbes sur les champs; et le fumier destiné à faire végéter les récoltes donne de la vigueur aux plantes nuisibles. Je dis qu’il faut tourner deux fois les composts pour les améliorer; mais il y a, je crois, de l’inconvénient à les remuer plus souvent. Ces deux opérations suffisent à mélanger complètement le fumier et la terre , et à favoriser 1» putréfaction dont résulte la bonne qualité de l’engrais. Lorsqu’on fait des tas des mauvaises plante» ) et des e n g- u-a^i s; 85 arrachées dans les jardins, ou dans les champs, il faut absolument brûler oes tas , si les graines de oes plantes sont formées, mais si elles ne le sont pas, on peut les faire entrer dans les composts et les fumiers. Comme le chiendent, et d’autres plantes nuisibles végètent à chacun de leurs nœuds , il est très-important de les brûler. La craie est une terre absorbante qui ne contient ni sels ni huile , mais qui, mélangée à la terre végétale, attire les uns et les autres de l’atmosphère. La marne est un composé de terre calcaire, de glaise et de sable. Plus elle est calcaire, et plus ordinairement son effet est grand. Elle est principalement efficace sur les terrains légers. Le tan , la sciure de bois , les feuilles , doivent entrer dans les composts : leur effet est ensuite utile sur toutes les terres. Les fourmis nuisent, comme on sait, plus ou moins à toutes les terres, sur-tout aux pre's. Elles se multiplient principalement sur les terrains argileux, froids, ou qui contiennent beaucoup d’acide. Les monticules que forment les fourmilières ne donnent que peu d’une herbe grossière , et que le bétail ne mange pas. Plus long-lems on néglige d’enlever les fourmilières , et plus elles augmentent en volume ê6 DU 1> I RS TERRAINS et en nombre. Le terrain qu’elles occupent est perdu; et lorsque l’on fauche, le tranchant de la faux souffre beaucoup de leur pre'sence. Les pluies et les sécheresses tendent egalement à l’accroissement des fourmilières. Lorsqu’il pleut, lés fourmis se mettent à l’abri de l’inondation, en montant sur la partie la plus eleve'e. Lorsqu’il fait chaud , elles s’y tiennent, de préférence, pour recevoir le soleil. Le meilleur moment à choisir pour les détruire, t’est novembre et décembre. Il faut alors enlever les fourmilières, en laissant une petite cavité à la place qu’elles occupoient. Les four- tndières enlevées doivent être immédiatement portées au fumier, ou mêlées au compost, où elles se convertiront en bon engrais. S’il reste des fourmis à l’endroit où étoient les monticules, les pluies et les gelées les auront bientôt fait périr, en pénétrant dans l’intérieur de la terre. Un peu de suie, ou de chaux éteinte, répandue sur chaque endroit, y fera promptement recroître de la bonne herbe. Il résulte trois avantages de cette opération : 3e terrain est nivelé, les insectes sont détruits, et on gagne pour le fumier une substance qui est beaucoup plus riche que la terre ordinaire. Je blâme la méthode employée en Gloces- tershire et dans beaucoup d’autres endroits 4 et des encrais. 8? polir la destruction de ces animaux, parce que je ne la crois pas efficace. Elle consiste à partager en quatre la surface de la fourmilière ; à enlever la terre de celle-ci pour la répandre, puis à replacer le gazon. Il résulté que les fourmis ne sont point détruites, mais dispersées dans le reste de la pièce , où elles forment de nouvelles colonies. Si on remuoit le compost plus souvent, si on l’exposoit trop au soleil et à l’air, les parties liuileuses et salines s’évoporeroient. Celle dernière raison montre l’importance d’enterrer promptement le fumier après qu’il a été charte \ et répandu sur les champs. Pour fumer les prés, le meilleur moment est le commencement de novembre. La chaleur du soleil n’est plus assez forte pour faire évaporer les parties huileuses et salines; et les pluies d’automne font entrer dans la terre la substance de l’engrais. La partie pailleuse de cet engrais reste à la surface, et garantit les plantes de l’impression trop forte des gelées. J’ai observé avec soin que dans des composts qui n’avoient pas été remués pendant dix-huit mois, les lits de fumiers éloient tels qu’on les y avoit mis , et la paille encore entière. Les lits de terre, durcis par le tassement et le soleil n’avoient point laissé pénétrer les pluies r 88 DFS DIVERS TERRAINS et l’air : or, on sait que l’air et l’eau sont Indispensables à la fermentation putride. Les composts , retourne's deux fois , offrent une masse homogène , et un excellent engrais. Les cendres de charbon de terre , agissent d’une manière semblable à la chaux; mais elles ont de l’avantage pour donner de la friabilité' au sol. Les cendres de savonniers sont un des meilleurs engrais possibles pour les terres glaises , et les luts gras. C’est un mélange de chaux avec des cendres de bois. Elles sont aussi utiles pour les prés que pour les champs. On en met de 160 à 200 bushels par acre. Dans les terres arables, il faut les appliquer comme la chaux, et l’eflet en est sensible sur plusieurs récoltes. Dans les prés elles détruisent plusieurs mauvaises plantes , et favorisent la végétation du trèfle , comme de diverses herbes de la meilleure qualité. Il arrive quelquefois dans les terrains en pente que des pluies abondantes emmènent les cendres de savonniers qu’on a étendues sur le sol. Il faut pour prévenir cet inconvénient, rie les étendre dans de telles pièces qu’après les pluies d’automne, et quand les gelées commencent à ouvrir la terre. Cet engrais est une excellente addition aux fumiers de liasse-cour, dans les composts. ET DES ENGRAIS. 89 Une charretée de cendres de savonniers sur dix charretées de compost fait une bonne proportion. Tous les bestiaux préfèrent le pâturage en- engraisse' des cendres de savonniers à celui qu’on a amende' par tout autre fumier. Pour les chevaux et les vaches, il n’y a pas d’in- conve'nient à les y laisser paître. Quant aux moutons, on remarque que les pâturages trop gras, et qui ont été fumes depuis peu , les disposent à la pourriture. Il importe donc de ne les admettre sur des près amendes avec des cendres de savonniers, qu’à la seconde année après celle fumure. N , Une trop grande quantité' de cendres de savonniers appliquée sur un pré, le brûle et fait un tort essentiel à la récolte de l’année. Il vaut donc mieux rester en-dessous de la quantité qu’on pourroit y mettre , c’est-à- dire , se contenter de 160 bushels par acre , pour y revenir lorsque l’influence de l’engrais commence à être moins sensible. L’effet de l’engrais de ces cendres est quelquefois marqué pendant quinze ans sur les terrains qu’on a eu soin de dessécher parfaitement avant de l’employer. Les cendres de savonniers sont encore utiles pour les chardons et d’autres plantes qui ont 90 DES DIVERS TERRAINS une végétation forte et embarrassante : on répand ces cendres sur les racines, au moment ' où l’on vient de couper ces plantes. Les cendres de bois contiennent de Palkali, une terre absorbante ; elles attirent l’humidité de l’air, et maintiennent le sol dans un état de friabilité’. La chaux prive les cendres et autres alkalis de leur acide aerien , les rend plus caustiques, et plus propres à dissoudre les parties huileuses. Quels que soient les ve’ge’taux qui aient produit les cendres , la qualité de celles-ci est la même pour l’agriculture. Il convient de les tenir à l’abri , jusqu’au moment de les employer : les pluies délavent les cendres , et leur ôtent une partie de leurs qualités. La suie est composée de sels alkalis, d’huile, et d’un peu de terre calcaire. C’est un excellent engrais à répandre sur les récoltes en végétation , ainsi que sur les prés froids. Elle tue la mousse et les insectes. Lorsqu’on peut l'avoir à un prix tolérable , son usage est fort utile comme engrais. Si on l’appliquoit en tems de sécheresse, elle tueroit les plantes, au lieu d’aider leur végétation. La quantité la plus convenable est de 25 à 3o bushels par acre , qu’il faut semer dès les premiers jours du pnntems. Son effet est très-promptement ET DES ENGRAIS. gi sensible par le vert fonce', et la forte végé- tation des plantes. Le sel commun a été vante comme engrais. Il est cependant certain qu’il ne seconde point la végétation. Il peut être employé’ pour augmenter l’effet des composts ; mais en gênerai son usage de cette manière est trop cher pour qu’il y ait du profit. Le sable de la mer est un excellent engrais, pour tous les terrains, surtout pour les terres légères. Le meilleur est celui qui est couvert journellement par la marée. Il contient des sels alkalis et des matières putrides que l’eau de la mer y dépose f sans cesse. Les varecs ou plantes marines contiennent de l’alkali et du mucilage. Il ne convient pas de les employer qu’elles n’aient été mêlées à de la terre et de la chaux , ou seulement à de la terre pure , pour subir la fermentation pu- tnde. La soude , qui provient de leur combustion , est aussi employée comme engrais. La boue des étangs, des fossés , et des rivières , est composée de l’égout des chemins , de la fiente des voladles , de l’urine et du fumier des bestiaux , de végétaux pourris , et d’animaux décomposés. Il convient de mêler cette boue avec de la chaux, des cendres de savonniers ou du fumier. 92 MES DIVERS TERRAINS T 1 ■Les coupeaux d’éto(fe de laine, les rognures de cuirs et de peaux , les poils des animaux , les os réduits en poudre , sont un excellent engrais, qui contient également l’alkali, l’huile, et le mucilage. L’urine est composée d’eau , d’huile, et de, sel. L’urine humaine doit être précieusement conserve'e dans des réservoirs pour être jetée sur le fumier , si on ne l’emploie pas seule pour engrais. Toutes les urines employées fraîches sont très-âcres, et nuisent plutôt qu’elles n’aident à la végétation. Lorsqu’elles se sont mûries par un certain séjour dans un réservoir, ou qu’elles ont subi la fermentation , elles sont extrêmement productives. Les urines, les égouts des fumiers sont beaucoup préférables au fumier , pour les arbres à fruit , parce qu’elles pénètrent jusqu’aux racines, et ne communiquent point d’insectes. Il arrive souvent que les œufs ou les larves des insectes transportés avec le fumier , se développent ensuite dans la terre, à la faveur de la fermentation opérée dans le sol. Les insectes, les vers, vivent de la substance même des racines chevelues, et les arbres dépérissent quelquefois par le fumier qu’on deslinoit à les faire prospérer. L’application du fumier aux racines des ET DES E N G R A I S. g5 arbres a un autre inconvénient, c’est qu’en, créant et en multipliant les vers et les insectes, elle attire les taupes et les rats. Ces. animaux nuisent aux arbres, soit en coupant les radicules , soit en facilitant l’action des gelées et des se'clieresses sur les racines. D’ailleurs, les chariages du fumier entraînent beaucoup plus d’embarras que ceux de l’urine , ou de l’eau de fumier. L’urine humaine est la plus riche en sels et en huiles. Il seroit bien utile de profiler de celle des villes , en la rassemblant dans des réservoirs pour la faire fermenter, Lorsqu’en- suile on la mêleroit avec de la terre , on ob- tiendroitun engrais infiniment plus convenable pour les jardins , que le fumier meme. Elle tue les insectes , et est applicable aux vases de fleurs et aux arbustes en caisse. Les jardiniers dans le voisinage des villes, s’en trouveroient extrêmement bien. La poussière delà drèche est un excellent engrais à répandre par-dessus les récoltes de grains en végétation. Le fumier , et tous les engrais qu’on enterre font sentir leurs elFets sur les récoltes suivantes , au lieu que les engrais dont on saupoudre les terres en végétation ne sont guères sensibles que sur la récolte même de ces plantes. La quantité de 9i DES DIVERS TERRAINS poussière de drèche Ja plus avantageuse à répandre est de 20 à 4o bushcls par acre. Si Ton en met trop, le blé pousse en paille , et est sujet à verser. Dans le voisinage des villes, on se procure aisément des engrais. Mais dans les domaines qui en sont à une grande distance , on est réduit à celui du gros bétail et du parc des moutons. Or, cette quantité est souvent insuffisante aune culture vigoureuse. Je propose, en addition à celte ressource, un engrais dont j’use depuis long-tems avec succès : le voici. Je rassemble des racines , des ronces , des fougères, des tiges de fèves , etc. , pour être brûlées. Je passe les cendres au tamis. Tout ce qui n’est pas bien brûlé retourne au feu puis se repasse encore. Je mets ces cendres à couvert, pour que la pluie ne les délave pas. J’y ajoute un bushel de chaux vive , puis j’y mêle , pour éteindre cette chaux , la quantité d’urine putréfiée qui est nécessaire. Je fais remuer le tout jusqu’à-ce que le mélange soit intime. 11 importe de maintenir celle matière aussi à l’abri qu’il soit possible du contact de l’air. Dix bushels par acre de cet engrais ré- parvdus en Novembre ou Décembre sur les blés, les tiennent en vigueur pendant l’iûver, tuent les insectes , et ajoutent beaucoup à la fertilité du sol pour les récoltes suivantes. ET UES ENGRAIS. q5 Lorsqu’on applique ce mélange à l’orge , il faut le répandre de très-bonne heure dans la saison, par la même raison que j’ai indiquée en parlant de la chaux , c’est-à-dire , que s’il fait trop chaud et trop sec , cet engrais brûle les plantes , au lieu de les faire prospérer. Lorsqu’on destine cet engrais aux prés, il faut herser premièrement en Janvier ou Février, avec une herse serrée ; puis semer ensuite de 8 à 12 bushels par acre. La herse ouvre le sol, et fait entrer l’air et l’engrais jusqu’aux racines des plantes. L’effet de cet engrais devient bientôt sensible, et dure plusieurs années. Lorsqu’on met cet engrais en compost, il en faut 20 bushels sur 60 de terre , un peu plus ou un peu moins , selon la nature du terrain auquel on le destine. La cendre de tourbe mêlée de chaux agit à la manière des cendres de bois , mais plus foiblcmcnt , parce qu’elle contient moins d’al- îtali , il faut donc en meure davantage. La soude, et la barille ( sur-tout celle-ci ) sont excellentes pour être mélangées à la terre dans les composts. Economie des fumiers dans les cours d’une ferme, par Henri Robinson. ( Annales cVArthur Young. ) Selon votre de'sir , je vais vous donner quelqu’idée de la manière dont je dirige l’arrangement des fumiers. Chacun aujourd’hui devient plus soigneux à cet egard , et rassemble avec plus d’attention les matériaux des engrais. Chacun aussi a son système , et voici le mien. Pendant tout l’été je rassemble en tas , autant de roseaux et de mauvaises plantes que je puis m’en procurer ; je garnis la cour de ma ferme d’un pied ou deux de terre végétale que je me procure dans les communaux voisins. Après moisson je rassemble encore sept à huit chariots de fougère que je trouve sur les mêmes communaux. J’étends tout cela sur la terre de ma cour ; et mes bestiaux pétrisent le tout ensemble en passant et repassant pour aller aux champs. J’augmente encore celte provison d’engrais par mes chaumes que je fais faucher, après les avoir laissés très-haut en moissonnant, parce qu’il ne nous est pas permis de vendre de la paille. Je forme des ÉCONOMIE DES FUMIERS. 97 des meules régulières avec ce chaume et je les couvre légèrement d’un toit de paille. Lorsque l’automne vient et que je renferme mes bestiaux dans la cour, j’y attache mes dix vaches à lait, en leur laissant le matin et le soir une demi- heure de liberté pour boire à l’abreuvoir qui est placé dans un des angles de la cour. Lorsque le teins est très-rigoureux j’y fais entrer aussi mes brebis, qui à l’ordinaire passent l’hiver en plain champ. t Je nourris mes vaches avec des tranches de turneps , et de la paille d’orge et d’avoine hachée. J’emploie pour celte dernière opération un hache-paille de Cooke, qui fait cet ou- rage à merveille. Mes vaches sont à couvert Sous les hangars. Je garnis ces hangars tous les soirs très-abondamment avec du chaume. Je les nettoie aussi régulièrement que mes écuries, et j’amoncelle le fumier à environ six pieds en dehors des hangars. Mes vaches ont le poil luisant et sont très-bien portâmes pendant tout l’hiver; à mesure qu’elles font le veau, je leur donne un mélange de bon foin et de paille par égales portions et hachés ensemble. Ordinairement quand je mets mes vaches à la pâture au printems, elles sont aussi bien portantes que le sont les bêtes de mes voisins après y avoir passé six semaines,. Tome £>. G gB ÉCONOMIE J’achète aussi au milieu de novembre dix ou douze bœufs de Galles , qui sont de taille à peser cinq ou six quintaux lorsqu’ils sont gras. J’ai essaye' de les attacher ; mais ils sont si sauvages que je préfère les laisser en liberté' clans une petite cour plus chaude, et où les râteliers sont couverts. Une fois la semaine, on rassemble le fumier par tas. Je vends ces bœufs à la fin d’avril ou au commencement de mai; et ils me rendent à peu-près quatre livres sterling par tête pour cinq mois de nourriture. J’ai toujours en magasin et à couvert douzt à quinze charrettes de turneps. Quand les lur- neps me manquent, je me procure des pommes de terre; et au moyen de ce que je n’ai jamais un trop grand nombre de bestiaux à hiverner, je suis à l’abri de la détresse et des pertes auxquelles je vois mes voisins souvent exposes. Je n’élève jamais de bêtes à cornes, parcs que je manque de pâturages d’été qui leur soient convenables. Je ne donne jamais ni foin ni paille à mes bêtes sans être hache's, et je suis convaincu qu’au moyen de cela, j’hiverne le double de bestiaux que je ne pourrois le faire sans ce procédé. Je fais aussi une immense quantité' de fumier excellent. Mes fumiers sont si actifs que j’en mets rarement plus de six î) ïi s i? u m x i: n s. \ 9y charretées à trois chevaux par acre sur les pois, les fèves, les vcsces, et les lurueps, qui soûl les quatre récoltes que je fume. Lorsque le lems est très-rigoureux, je fais entrer mon troupeau de hrclns, qui est ordinairement de trois à quatre cents, dans la cour où sont mes vaches , et je leur donne du foin et de la paille dans des auges. Elles se remplissent très-bien, et sont couchées à l’abri des vents et du grand froid. Le malin, je les mets dans les champs pour nettoyer les parties arrachées : le soir elles reviennent toujours avec empressement dans ma cour. Elles commencent à mettre bas à la lin de février. Je divise alors t ma cour en enclos par des claies, et je sépare les brebis qui ont mis bas, de celles qui sont encore pleines. Ces soins font que mes agneaux réussissent ordinairement très-bien. J’ajoute au foin et à la paille hachée, des pommes de terre et des turneps, écrasés sous la meule. Avec cette nourriture, les brebis vont gagnant en embonpoint quoiqu’elles soient nourrices, jusqu’au moment où je les mets dans les prés arrosés, c’est-à-dire, au milieu de mars. Mes chevaux sont, été et hiver,-dans mes écuries, où je n’ai point de râteliers. On leur donne dans des auges portion de foin et de paille hachée. Ils ont toute l’année la ÏOO ÉCONOMIE même quantité d’avoine, c’est-à-dire, uia bushel par semaine. Ils sont toujours en très- bon état; mais le moment où ils sont le plus gras, c’est celui où ils mangent de la luzerne en vert. Par ces difTérens moyens, je fuis une prodigieuse quantité de fumiçr et mes bestiaux sont toujours très-bien porlans. Je transporte toujours immédiatement mes fumiers depuis la cour dans mes champs; et quoiqu’ils ne soient pas très-pourris, mon expérience me prouve que ma méthode est très- bonne. P. S. J’ai tué quelques cochons engraissés aux jaommes de terre : quand je les aurai tous tue's, je vous enverrai mes résultats. Nos blés sont superbes, et nous avons un tems magnifique pour mes semailles de priu- tems. Si nous avons encore une bonne moisson , je crois qu’il y aura autant d’embarras chez les propriétaires et les fermiers, par le bas prix des blés, qu’il y en a eu dans la classe indigente pendant la cherté. Je viens d’achever le battage de mes orges : la moyenne de ma récolte sur trente et un acres, semés au semoir, en lignes, à onze pouces de distance, et avec un bushel et un quart de emence par acre, ma moyenne, dis-je, est de 46 bushels par acre., I DES FUMIERS. ÎOI Il y a clans ce moment ( le deux avril 1802 ) plus de meules de blé intactes dans nos environs que l’on 11’en avoit fait à la moisson de 1800. Les pois ne se vendent point quoique le lard soit à un prix énorme. Les turneps ont etc' très-abqndans, et le foin est encore à bas prix : cependant le mouton et le bœuf se vendent à un taux très-élevé. Pourquoi 1 c. grain et la corne, commeon disoit autrefois; ne vont- ils pas du même pied ? L’onguent dont je vous ai parle pour la galle des moutons, porte le nom de trooper. Je l'achète sous celle dénomination chez les droguistes de Salisbury. Je prends une aulre feuille de papier pour vous dire une chose que je tiens de celui-là même qui en a profilé. C’est un fermier qui a une ferme de 5oo liv. st. presque toute de terres arables. II sème de i 5 o à 160 acres en blés. L’année dernière, il en moissonna j 4 a acres. Il fit construire, il y a deux ans, un moulin à battre le blé, qui lui coûta 260 liv. st. Celte année il s’est^mis à battre son blé immédiatement après moisson, conjecturant, d’après l’apparence générale des terres, et l’abondance de la dernière récolte, que les blés baisseroient beaucoup. Il avoit tout vendu avant le 10 novembre; et son plus bas a été 102 ÉCONOMIE 24 Jiv. 10 sliel. la charretée; et il y a plusieurs mois que le prix est au-dessous de 18 liv. slerl. : sur 65 charretées qu’il a fait conduire au marche, il a donc gagne environ 4 oo liv. stcrl. : c’est-là une belle et juste récompense de sa prévoyance, de son activité, et du courage avec lequel il a su faire une expérience coûteuse. Bien des gens croient que les moulins a battre le blé doivent faire tort aux manou- vriers, mais dans sa paroisse, ce n’est assurément pas le cas, car la taxe des pauvres y est plus basse qu’elle ne l’est à dix milles a la ronde. Il est vrai que c’est une maxime de ce fermier, qu’il vaut mieux payer les pauvres pour leur travail que de les payer en aumônes, et comme il a une très-grande influence dans sa paroisse, il y règle le prix des journées selon le prix du blé : qu’il y ait abondance ou disette, le journalier gagne toujours de quoi se nourrir. J’ai observé parmi les journaliers de ce district un air de contentement, de propreté et d’honnêteté, qu’il est fort rare de rencontrer dans cette classe. Cette paroisse est peu considérable, et le fermier dont je parle, en occupe les trois quarts; mais il me semble que ce fait prouve que l’on pourroit améliorer la position des DES FUMIERS. io3 pauvres industrieux dans les campagnes, en faisant faire tous les mois une tournée par les juges de paix pour établir le prix des journées en juste rapport avec celui du blé. J’ai eu cette année beaucoup de bonheur dans mes agneaux. Sur 533 brebis, dont l3 n’ont point fait d’agneaux, j’ai 566 agneaux réussis. Pourriez-vous m’indiquer , monsieur, où ' je pourrois me procurer un moulin à bras à un prix raisonnable. Mr. Vindham, mon voisin, en a un en acier, qui coupe le blé plutôt qu’il ne le broie •' cet instrument, qui a coûté énormément d’argent, demeure inutile dans un coin. Je crois que ma luzerne sera prête à couper dans quinze jours, tandis que nos trèfles commencent à peine à verdir. Je pense d’aprcs l’ex* .perience d’un de mes voisins, que la luzerne, semée à la volée, réussit à-peu-près aussi bien que semée au semoir : la sienne est fort belle, et acté semée à la volée, avec de l’orge, sur une terre très-nette, au mois d’avril 1800 . io4 Doutes concernant la saison la plus favorable pour faire les fumiers. P a R Arthur Young (Annales). JL ES cultivateurs qui ont fait attention à la valeur comparative des fumiers d’hiver et d’été, savent très-bien que celui d’été , provenant du be'tail nourri d’une manière ordinaire, est supe'ricur à celui d’hiver, provenant du bétail nourri de la même manière. Le fumier qui provient des cochons gras, et des bestiaux nourris aux gâteaux d’huile , est si efficace , que la saison n’y fait pas de différence sensible; mais pour tous les autres engrais, je crois la supériorité de celui qui se fait en cté, si grande, que je recommande aux fermiers de conserver l’abondance de leur litière, pour la saison chaude. Lorsqu’on nouriit les bestiaux en vert à l’étable, soit avec delà luzerne, des vesces, du trèfle ou de l’herbe, la quantité d’urine qu’ils rendent est si considérable, qu’il est indispensable de leur donner beaucoup de litière. L’humidité de cette litière favorise sa putréfaction, et il se dégage beaucoup d’hydrogène et d’acide carbonique. ■— La sura- FUMIERS. io5 hondancc d’humidite' dans le fumier d’iiiver, par les pluies et les neiges, tandis que la température retarde la fermentation, fait que le fumier de cette saison-là est sensiblement plus foible ( 1 ). Quand je vois des vaches maigres, et en petit nombre, qui se promènent dans une cour, sur une couche mince de paille , je me dis qu’on prend le meilleur moyen d’annullec la paille sans faire du fumier. Je crois qu’on feroit plus de bien à la terre , en brûlant sur le sol, la même quantité' de paille, avant d’y semer des turneps. Des vaches tenues de cette manière , sont le bétail le moins profitable qu’il soit possible d’avoir sur une ferme. Avec le meilleur re'~ gime, le fumier de vache n’est jamais très- bon, mais quand on lient les vaches sur un peu de paille clair-seme'e dans la cour de la ferme , elles gâtent beaucoup et rendent peu. Lorsqu’une ferme est assez riche pour engraisser des bœufs à l’herbe, c’est ordinairement (1) Ceci est écrit d’après la supposition que les bœufs et les vaches errent la nuit, en liberté, dans une cour non couverte, comme cela est d’usage en Angleterre. FUMIER S. \ lo6 une bonne spéculation R A I s. augmenter la dépense des chariages , sans rien ajouter à sa valeur. Je crois qu’ils se trompent toul-à-fait. Le fumier n’est pas egalement utile dans tous les sols et dans toutes les situations. Il est beaucoup plus utile dans ce qu’on appelle les terrains actifs , tels que les terres crayeuses , et calcaires; mais-sur les glaises profondes le fumier des animaux fait plus d’effet , en le mélangeant avec la chaux ou quelqu’autre substance stimulante. Toutes les fois qu’on ajoute de la terre au fumier d’étable , pour en faire un compost, il faut en régler la quantité de telle manière que le tas ne soit point trop fortement presse' ; car lorsque cela arrive l’air se trouve exclus , et il ne se fait point de seconde fermentation , comme cela seroit désirable. Indépendamment de l’effet des engrais , la fertilité du sol tient , en grande partie , aux proportions des différentes terres qui entrent dans sa composition. Lorsque le sol pèche par défaut de l’une des terres qui doivent entrer dans la constitution d’un sol fertile , on peut réparer ce défaut en ajoutant une certaine quantité de cette même terre. Ainsi, lorsque l’argile prédomine, l’addition du sable fertilise un terrain. Le gravier enrichit la tourbe, et la tourbe améliore le gravier. Il faut que l’agriculteur DES ENGRAIS. Il3 gricultenr cherche à faire sans cesse des mélangés de terres dont il resuite un certain équilibré dans la qualité' de ses champs. Il est rare qu’on ne trouve pas à une distance modérée , ou en fouillant la terre , les substances propres à enrichir un domaine , par les mélangés convenables. Les avantages de ces me’îanges sont saillans. Les glaises que le soleil et les rosées ne peuvent pénétrer , que le soc ne travaille qu’avec peine, deviennent meubles et d’une culture facile , lorsqu’on leur ajoute du sable. Les terres fort légères , et qui se dessèchent aisément, prennent la faculté' de retenir suffisamment J’humidité , si on leur ajoute de la glaise. Lorsque le sol est ni él ange dans les justes proportions, les racines s’e'tendent dans tous les sens, et se multiplient davantage; la plante est mieux nourrie, et plus ferme dans sa position verticale , par conséquent moins exposée à verser, comme cela arrive aux ble's dans certaines terres. Il y a , en Angleterre , trois manières de mettre le fumier dans les champs. La première, consiste à le mélanger avec le sol; la'seconde, à le déposer dans les sillons pour semer au semoir , par-dessus ; et la troisième est de le répandre à la main sur les récoltes encore Tome f>. H n4 DES ENCRAI' S . 1 jeunes pour herser ensuite, ou le laisser sur les feuilles. La première méthode est de beaucoup la plus usitée comme la plus commode , lorsqu’on a du fumier en abondance. Il est douteux cependant que ce soit la meilleure manière de tirer parti d’une quantité donnée de fumier , parce qu’une partie de l’engrais pénètre promptement, par les pluies, au-dessous de la couche qui nourrit les racines. On n’emploie la méthode de fumer en lignes que pour les pommes de terre et les turneps ; et l’on a tort, car elle-seroit applicable , arec profit , à toutes les récoltes qui se sèment eu lignes. La plante qui se trouve immédiatement au-dessus du fumier, profile de l’engrais dans toutes les époques de sa végétation. Si, ensuite, on a la précaution de labourer en travers , et de bien herser , ce qu’il reste d’engrais se mêle intimement au sol. 11 paroît que les récoltes de pommes de terre et de turneps obtenues avec cette méthode dans de mauvais terrains , égalent les récoltes des meilleures terres abondamment fumées dans la manière ordinaire. On n’emploie guères pour fumer par-dessus la récolte que des engrais en poudre , tels que la suie , les gâteaux d’huile de navette , les UES ENGRAIS. • 1 1 5 Cendres de tourbe , et la colombine (i). Il paroît que cette méthode réussit particulièrement avec les plantes qui tallent, comme le blé et l’orge. Cela demande examen. Chacun peut s’assurer qu’à force de détremper ou laver un fumier , on lui enlève tous ces principes ferlilisaiis. Si donc on répand le fumier sur lé sol , et qu’on l’enterre à la charrue, les pluies répétées en font descendre la partie grasse dans les couches qui sont au- ✓ dessous de la terre labourée (2). Le fumier se trouve ainsi perdu pour la récolte à laquelle on l’a destiné , et pour les récoltes suivantes. Si l’on faisoit des composts avec de la chaux et des terres de diverses qualités ; si l’on era- ployoit ces composts sur la couche supérieure du sol , il est probable qu’une beaucoup moindre quantité de fumier suffiroit au même effet; parce que l’engrais pénétreroit lentement par l’effet des pluies, et dislribucroil peu-à~- peu ses influences aux racines. Si l’on réussissoit à faire le même effet d’amélioration , en épargnant la moitié des cn T grais , le bénéfice seroit prodigieux , ...et la (1) L’usage du gypse étoit alors ignoré en Angleterre. (2) Toute la partie volatile remonte dan* la couche où travaillent les racines. DES ENGRAIS. Il6 main-d’œuvre employe'e aux préparations des composts seroit magnifiquement paye'e. On objectera que si l’on répand le fumier sur la surface , son effet sera moins durable. Je ne le crois pas ; mais si cela étoit vrai, l’avantage ne resteroit pas moins à une méthode qui permettroit de fumer cent acres par an , au lieu de cinquante. L’addition seule des fourrages et des pailles , qui influe sur les années suivantes, fait une énorme différence. Ce qu’on peut objecter de plus solide contre la méthode de répandre les engrais sur la récolte , c’est que si la saison est très-sèche, pendant le tems qui suit l’opération , celle-ci a peu d’effet, et peut-être point du tout. Dans le Herefordshire, dans le Berkshive, dans le Bedfordshire , et dans la partie de l’ouest du Vorkshire , les fermiers font grand usage de cette méthode de répandre l’engrais par-dessus les récoltes. Les fermiers du Herefordshire , en particulier, comptent sur cette opération pour rendre la vigueur aux récoltes qui se trouvent foildes au printems. Voici les engrais ordinairement usités, et la manière de s’en- servir. La suie qui provient du charbon de pierre vient de Londres, et coûte environ dix deniers j[ebushel. Onia dépose par tas dans les champs. DE S ENGRAIS. 117 On compte vingt à trente bushels par acre. On sème la suie avec une grande cuiller de fer, qui la re'pand à peu près comme on le feroit à la main. On trouve que la suie doit se semer au mois d’Àvril , sur les blés, pour faire tout l’effet possible. Elle re'ussit aussi sur le trèfle et les pois ; enfin , elfe fait très-bien lorsqu'on l’enterre à la herse en semant l’orge. On trouve que la suie détruit les vers de hannetons ou autres. Elle fait encore très-bien pour les jeunes turneps , lorsqu’on la sème un peu avant le moment de la levée : elle tue les pucerons , et ne nuit pas à la jeune plante ; mais si on la sème sur les turneps déjà levés et qu’une sécheresse succède , la plante en souffre. Cet engrais convient surtout aux terrains secs et crayeux : il paroît qu’il fait peu d’effet sur les terrains froids et mouilleux. La suie de Londres est mélangée des cendres du charbon de pierre , et de poussière balayée dans les rues. Maigre ces mélanges , elle fait beaucoup plus d’effet que la suie du bois. Les cendres de charbon varient de prix à Londres selon l’activité des fours à briques dans le voisinage de la capitale. On en répand de 5o a 60 bushels par acre. Elles font un bon effet sur les trèfles en terres crayeuses et sèches. EUcs réussissent encore très-bien DES ENGRAIS. Il8 sur les près, lorsqu’on les répand en hiver et au printems. On n’en met jamais sur les blés. Lorsque l’année est très-sèche, les cendres de charbon font peu d’effet, si ce n’est sur les prés mouilleux. Les cendres de tourbe coûtent à peu près le même prix , que les cendres de charbon : quarante bushels suffisent à un acre. Elles réussissent de la même manière que celles de charbon , et s’appliquent de plué , avec avantage sur les blés , au mois d’Avril. Elles améliorent sensiblement les terrains secs et et crayeux, mais font peu d’effet sur les terres humides , ou les sables. Cet engrais, comme les pre’cédens , a besoin de la pluie peu de tems après avoir été répandu , pour que son effet soit entier. Le poussier de tourbe a à peu près le même effet que la cendre de cette substance. On la recommande singulièrement dans les jardins pour les oignons , et elle a la propriété de tuer les chardons. Le fumier du parc peut être classé parmi les engrais qu’on répand sur la surface. 11 paroît que l’effet du parc , qui est surtout marqué sur les terres légères, dépend en partie du piétinement des moutons. Les rognures de peaux se répandent à la D Î3 -S ENCRAIS. m \ main, et s’enterrent immédiatement à la cliarrue avant de semer l’orge. II faut avoir soin de faire enfoncer en terre avec un bâton les peaux qui ressortent, afin que les chiens ne les arrachent p3S. L’effet de cet engrais est grand sur les terrains légers, mais presque nul sur les terres froides et humides (tj. Les débris de cornes , sont des morceaux de cette substance dont les tourneurs n’ont pas fait usage , ou des rognures du tour. On les emploie de la même manière et en même quantité que les peaux. Lorsque l’année se trouve très-sèche , elles ne font pas d’effet. D’ailleurs elles réussissent assez dans tous les terrains. Les rognures de drap et de lainage s’emploient de la même façon que les peaux , et avec effet sur les terres sèches et légères : clics (i) J’ai l’expérience, en effet, d’une pleine réussite des rognures de peaux comme engrais sur les terres graveleuses : elles y font croître des récoltes prodigieuses. J’ai essayé le même engrais sur un défrichement en terre argileuse : son effet a été nul. La meilleure manière d’appliquer les rognures de peaux est de les déposer a la main dans la raie derrière la charrue, avant de semer le blé. L’inconvénient de cet engrais, c’est que les chiens viennent déterrer les peaux et gâter le blé pendant l'hiver et le printems. 120 DES ENGRAIS. îie font presque aucun bien dans les terrains argileux et froids. La colombine , ou fumier de pigeon , a un excellent effet dans toutes les terres. On emploie encore les gâteaux d’huile de colza , en poudre , et les cendres des savoniers. Maigre' les avantages que l’on retire évidemment de l’usage de ces divers engrais, la plupart des fermiers demeurent indifférons à leur emploi, ou ne les regardent que comme un objet secondaire. Ils ne mettent point assez de soin à rassembler les matières propres à faire des engrais, ni à appliquer ceux-ci de la manière la plus avantageuse. On sait que la fermentation est ne’cessairc pour que lo fumier soit aussi efficace qu’il peut le devenir : cependant les cultivateurs font souvent tres-peu d’attention à ce procédé. Ils répandent indifféremment sur leurs champs , et quelquefois dans des saisons peu convenables , des fumiers qui n’ont point fermenté, et ceux qui ont subi la fermentation. Il me semble que ces cultivateurs négligées devroient remarquer cependant que leurs récoltes sont bien différentes lorsque le fumier répandu avoit convenablement fermenté. Mais quand une fois le préjugé est bien établi dans les tètes des cultivateurs, et quand ils ont pris DES ENCRAIS. 121 une certaine routine , l’évidence même des faits ne suffit pas pour les ramener. Toute amélioration dans les procéde's agricoles est considérée comme une innovation qu’il faut repousser. Voilà le credo de la très-grande majorité des cultivateurs: c’est au petit nombre des fermiers inlelligens que j’adresse ces observations. Si l’on rassemble en tas une certaine quantité de fumier ou de substances végétales, et qu’il y ait suffisamment d’air, de chaleur, et d’humidité, il se fait une fermentation qui ne cesse que lorsque la masse entière se trouve modifiée. Les végétaux sont alors décomposés, et réduits à leurs premiers principes , de manière à pouvoir entrer de nouveau dans la composition d’autres plantes. PI us la fermentation est complète , plus l’engrais a d’effet pour favoriser la végétation des plantes. Il importe donc que la disposition des engrais dans les courtines des fermes soit la plus avantageuse qu’il se peut au procédé de la fermentation. Lorsque la fermentation a eu lieu pendant un certain tems dans un tas de substances animales ou végétales, la première altération qui paroît sensible , c’cst celle de la diminution du volume. A mesure que la fermentation 122 BBS ENGRAIS, continue , le volume décroît graduellement. Les parties qui composent celte masse se rapprochent entr’elles. L’acide aérien , et l’alkali volatil se dégagent, et il s’exprime une certaine quantité' d’humidité, laquelle se rassemble au- dessous du tas , si le terrain est dispose' pour cela , ou se perd, si le fumier est situé sur une pente. Si l’on analyse cette substance qui a découle’ de l’engrais , on la trouve saturée des sels ferlilisans du fumier lui même ; et , appliquée sur le sol, elle y produit un effet semblable à celui de l’engrais. Dans la plus grande partie de l’Angleterre , les fc rmiers,sont extrêmement négligens, quant à l’emplacement de leur fumier. On le jette au hasard dans les cours des fermes , sans prendre garde s’il est noyé par les eaux , ou complètement desséché. On laisse passer sur le tas tous les animaux de la basse-cour , et on charie même le fumier des étables avec un chariot ou un tombereau jusques sur le tas. On le serre ainsi en une masse compacte , de manière que l’air n’y pénètre que difficilement ; les bords du tas sont éparpillés et se dessèchent; les vents en emportent une partie ; et lorsque la saison de le charier est arrivée , 011 le mène aux champs , sans s’inquiéter s’il a , ou non , subi la fermentation. De là les récoltes chétivcs > DES ENCRAIS. 125 ou du moins fort inferieures à ce qu’elles au- roient été avec îles engraisbiensoignes. Lorsque le tas de fumier est situe’ dans un creux , où les eaux des pluies se rassemblent , elles le dëlavent complètement : le fumier a l’air d’élrc pourri, et il n’est que macëre'. Si le tas est situe sur un terrain en pente , les eaux des pluies le traversent et emportent continuellement les sucs fertilisans , jusqu’à-ce qu’il n’y reste plus qu’une substance semblable aux feuilles de tîië, qui ont e'të soumises à l’action de l’eau bouillante. Les jardiniers qui sont accoutumes .à préparer les couches, savent qu’il convient do placer les substances en fermentation d’une manière légère et sans les écraser; pour ensuite les arroser doucement , et leur donner l’avantage qui résulte de l’air et de l’eau. Avec cette précaution , la fermentation s’achève aussi complètement clans quinze jours , que çelle des tas de lunner dans six mois. Il faut imiter sur ce point la pratique des jardiniers , autant qu’il est possible. Il faut mettre les tas du fumier qu’on tire des étables, dans un endroit où ils ne soient ni pressés par les chars et le bétail, ni dispersés par les poules, ni délavés par les pluies. En amenant le fumier en tas dans les tombereaux , il faut 3 2-4 D 13 S E N G K A I S.' verser ceux-ci auprès du tas sans les faire monter dessus , puis le jeter à la fourche de fer , pour qu’il se maintienne léger. Il faut ensuite arroser ce fumier , s’il est trop sec , jusqu’à-ce que sa fermentation commence. Avec ces soins , on obtiendra en moins de six semaines une fermentation complète , et l’engrais aura une valeur double de celle qu’il auroit eue. Lorsqu’on peut couvrir le fumier avec un hangar , et faire en sorte que le fond sur lequel il repose retienne l’eau , il J a beaucoup d’avantage.. A une des extrémités de l’espace destiné au tas et qui doit être entouré d’un mur , il faut qu’il y ait une ouverture , et à l’autre un puits pour recevoir l’eau de fumier , avec une pompe pour l’en retirer et la rejeter sur le tas. S’il y a une surabondance de ce jus du fumier, on en remplit des tonneaux pour la cbarier sur les prés ou pour en imprégner des terres dont on fait des composts. Le même artifice peut être employé pour rassembler les urines des bestiaux dans les étables. La quantité des engrais doit être augmentée de toutes les manières possibles. Ainsi, par exemple, il convient de rassembler le fumier que le bétail répand sur les gras pâturages où CES E N G- Il A I S. J 2 5 il paît. Ces pâturages n’ont pas besoin d’engrais, et celui qui y tombe est comme perdu. Là où la main d’œuvre est à bas prix , et où l’on peut employer des enfans à ce travail , c’est certainement une operation profitable. La terre , la tourbe, le gazon, les raclures des routes, sont autant de substances propres à augmenter la masse des engrais. On peut les de'poscr au fond du creux destine' au fumier de basse- cour , pour les pénétrer de ses sucs , ou bien en faire des tas à part , pour les arroser ensuite d’eau de fumier, ou d’urine des étables. Dans presque toutes les situations, il seroit possible de doubler la masse des engrais , si l’on suivoit cette méthode. Le fumier d’étable s’emploie indifféremment partout dans toutes les saisons, et sur toutes les récoltes. Cette méthode n’est assurément pas raisonnable. Le fumier d’étable est un excitateur de la ve'gétaiion , si on l’applique aux plantes qui croisent , ainsi que chacun peut s’en assurer en en faisant l’épreuve. Mais lorsqu’on le répand en automne sur lesguérets, et qu’on l’enfouit pour semer le blé, il demeure inutile en terre jusqu’au printems. Cependant l’automne et l’hiver sont des saisons pluvieuses, pendant lesquelles les sucs du fumier enterré s'enfoncent et descendent de plus en plus dans DES ENCRAIS. 3 26 les couches inferieures avec les eaux qai les délavent. Un autre desavantage resfdle de ce mélangé du fumier avec le terrain avant de semer le Lie. Dans le moment où on l’enterre et la mélangé avec la terre par la charrue et la herse , le sol est ordinairement très-atneubli. Le fumier le divise encore davantage , et em-« pêche que le sol ne puisse prendre assez de consistance pour maintenir les plantes fumées dans l eur position verticale. Au printems la terre du champ se trouve emiettee comme une taupinière (l). Si l’on ne repandoit le fumier qu’au prin- (1) Il y a des terrains que les influences de l’hiver émiettent ainsi, soit qu’ils soient fumés ou non, et d’autres sols qui ne s'émiettent jamais, lors même qu’ils sont fumés. Cette circonstance tient à la nature du sol exclusivement. Quant à la déperdition des principes fertilisans, par le lavage des pluies, quoique cet effet paroisse vraisemblable, il est encore bien douteux. On ne voit pas que les terrains légers reposant sur argile, à cinq ou six pouces de leur surface, conservent plus long-tems l’influence fertilisante des fumiers que les terres de même nature, reposant sur le gravier, tl paroît que les principes fertilisans des fumiers remontent vers l’atmosphère, et s’évaporent à la longue, du terrain où ils sont déposés, lorsqu’ils ne se combinent pas avec de nouvelles plantes. DES ENCRAIS.’ J27 l tems , et en moindre quantité sur ]a recolle en végétation , le sol conserveroil plus de fermeté pour maintenir les plantes et les nourrir. Si l’on doit regarder comme un principe de répandre d’abord abondamment et tout à la fois , la cbaux qu’on destine à améliorer un terrain , la règle contraire doit être suivie lorsqu’il s’agit de fumier. Celui-ci étant une nourriture toute préparée pour les plantes, il convient de ne leur en donner que ce qu’elles demandent pour vége'ter : tout l’excedant de celte quantité nécessaire est emmené par les pluies. Parla méthode que je propose, qui est de fumer peu ; et par-dessus la récolte en végétation , aucune partie du fumier n’est perdue , parce que les pluies entraînent peu- à-pett en terre les principes fertilisons, et los racines les pompent au profit de la plante. L’usage de répandre des fumiers sur les trèfles en automne, est également absurde, soit qu’on veuille laisser subsister le trèfle l’année suivante, ou qu’on se propose de le labourer pour semer du blé. Si le trèfle subsiste , une partie de l’entrais est délavé par les pluies de l’automne , et ce qui en reste nuit aux plantes du trèfle, car e’est une chose bien prouvée maintenant, que le tort que le fumier fuit au trèfle en végé- tation. Mais autant le fumier fait de mal aux plantes qui végètent , autant il leur fait de bien si on l’applique au printems , avant que la végétation commence (1). On répand souvent le fumier sur le trèfle pour semer du blé, avec un seul labour. Alors il arrive que le fumier est retourné avec la bande du sillon et placé au-dessous de la terre végétale labourée. Là , il ne peut être que d’une très-petite milité à la végétation du blé : d’ailleurs les pluies le font descendre bientôt, lorsque les couches inférieures sont graveleuses. Les mêmes objections à peu près, s’appliquent a la méthode de fumer un gazon que l’on rompt, pour y semer de l’avoine. Toutes les fois que le gazon est fourni, ou que la récolte du pré artificiel a été abondante , on est également certain d’une abondante récolte d’avoine sans fumier ; et c’est faire un mauvais emploi de celui-ci que de l'appliquer de la sorte. (i) Eu bonne agriculture, on ne répaurl jamais d’autres engrais sur les trèfles que du plâtre, et on *\e sème jamais de trèfle que sur les terres bien amendées et très-nettes. Comme alors le trèfle dévient très-beau, il sert lui-raème d’engrais au blé qui lui succède, et qui a la meilleure chance de réussite. DES E ï* G R A t 8. üfj Jl n’ÿ a peut-être aucune recuite sur laquelle le fumier ait un effet plus marque que les pommes de terre et les turneps. La principale raison de cet effet est, je crois, la saison où on l’emploie. C’est après que les pluies du prinlems ont passe , en sorte que le fumier n’étant point affoildi, communique à la terre toutes ses quaJiie's fertilisantes. Pour les turneps surtout, qui ne se sèment qu’en Juin , il est rare que le fumier reçoive des pluies avant l’automne , c’est-à-dire , avant le moment où la récolte est en pleine vigueur (1). (1) Ce qui contredit la théorie de l’auteur, c’est que dans les années sèches le fumier fait peu ou point d’effet, quelquefois même un effet fâcheux sur les récoltes. Dans les années pluvieuses, au contraire, le lu- micr a toujours un très-grand effet. Tome b. I De l’action de la Chaux et de la Marne, comme engrais , et de la fabrication de la marne artificielle. ( Georgical Essctys of IIuSTEtL.) T j-L me semble qu’on n’a point encore donne' assez d’attention à la recherche de la manière dont agissent les diffe’rens engrais. Home , dans ses principes d’agriculture et de ve'ge'- tation , a fort avance ses recherches intéressantes ; mais il y a encore beaucoup à faire pour e'claircir le sujet. On a dit que les engrais agissoient, soit en ajoutant au sol certains principes alirhen- taires, soit en préparant pour la digestion des plantes la nourriture de'jà contenue dans le sol, soit enfin en attirant de l’air une plus grande quantité de l’aliment des plantes. Il y a certains engrais que l’on suppose ne pas donner eux-mêmes delà nourriture, et qu’on soupçonne qui épuisent la terre en réduisant trop promptement en mucilage la matière putrescible que le sol contient, de manière qu’il en résulte de fortes récoltes d’abord, lesquelles laissent le sol dans un état de foiblesse plus grand qu’auparavant. e it A Ü X e Îvi A a Îj È; loi Oïl accuse la chaux, 'employée comme engrais, d’avoir cet inconvénient. Il est probable que la chaux peut fournir de la nourriture aux plantes en se combinant avec des acides, et formant ainsi des sels neutres. Ses effets sont plus ou moins durables s selon la nature des terres auxquelles on l’applique. En général , l’effet des engrais salins se soutient plus long- lents dans les terres argileuses et froides que dans les terres chaudes et sablonneuses. La chaux n’est que la terre calcaire, privée de son acide aerien, et de l’eau qu’elle con- tenoit, et ayant acquis dans la calcination une quantité notable de chaleur qui se dégagé lorsqu’on éteint la chaux par l’eau ou le contact de l’air. Il semble donc que les effets de la chaux vive, doivent être differens de ceux de la cliaux éteinte ; et les essais comparatifs de la manière d’agir de cette substance dans ces deux étais sont iniéressans à faire. On peut douter si la terre calcaire , en passant à l’état de chaux vive , ne se trouve pas privée d’un principe qui peut être très- utile à la végétation. Certains engrais agissent en divisant beaucoup les molécules de la terre, et par conséquent en multipliant les points de contact entre les racines et le sol , en sorte que celles-ci pénètrent d*une manière plus i5ü CHAUX complète , et se nourrisssent mieux. Cette propne'te’ des engrais dépend de leur disposition à fermenter ; et par cette raison , il faut toujours répandre le fumier avant que sa fermentation soit complètement achevée. Cependant la pratique des meilleurs agriculteurs diffère sur ce point. Bakevvell ne répand le fumier que lorsqu’il est complètement consumé. Mais Arthur Young blâme celte pratique , et croit qu’il y a à perdre soit pour la quantité du fumier soit pour son effet , à attendre qu’il soit réduit en poudre. Il y a lieu de croire que le fumier n’agit pas seulement de cette manière mécanique , et en divisant beaucoup la terre, mais en communiquant aussi quelque chose aux racines pour alimenter les plantes : on sait qu’il se dégage beaucoup d’acide aérien dans la fermentation , soit vineuse soit putride, et on sait aussi que les végétaux contiennent une grande quantité de cet acide. Le Dr. Percival a fait des expériences curieuses , dont il résulte que l’acide aérien sert très-efficacement à la nourriture des plantes. Il paroît aussi, par les expériences du docteur Haies , que l’air atmosphérique entre pour beaucoup dans la nourriture des racines, et alimente la plante par les feuilles. Cet air se ET 31 A 11 N E. l55 mêle également à la terre , soit clans son état élastique soit en se combinant (i). L’analogie entre la nutrition des-animaux et celle des végétaux sembleroit confirmer celte théorie. Pendant notre digestion , il se dégage une grande quantité d’acide aérien , et il n’y a pas de doute que la présence de cet acide dans l’estomac et les intestins ne soit utile à l’économie des animaux , ne donne du ton aux fibres , et ne combatte la tendance à la putréfaction qui appartient à la nature animale. Quelques physiciens ont même soupçonné que cet acide aérien e’ioii le lien d'union, le ciment qui combinoit ensemble les particules élémentaires de tous les corps. La terre ou pierre calcaire, ou la chaux % lorsqu’elle a été long-temps exposée à l’air , contient pour environ la moitié de son poids d’acide aérien et d’eau. Lorsqu’on la répand sur le sol dans l’état de chaux vive , elle attire peu-à-peu cet acide soit de la terre soit de l’air. Il se produit par cette union une effervescence ou mouvement qui est violent ou modéré selon les circonstances. Il convient (1) Il est aisé de voir que tout ceci a été écrit avant les importantes découvertes de la chimie moderne, et ' de la physiologie des plantes. O H A ü x 354 mieux à la végétation que oe mouvement soit lent et prolonge' que s’il e'toit violent et de peu de durée , parce que le mouvement soutenu divisant continuellement la terre, favorise le développement des racines, lesquelles absorbent l’acide aérien à mesure qu’il se dégage. Il convient donc d’enterrer promptement la chaux vive que l’on répand sur les terres à blé et de ne pas la laisser préalablement éteindre à l’air. On convient généralement que la marne „ lorsqu’elle est bien employée, donne une amélioration très-durable. Arthur Young cite des exemples d’une durée de quarante, cinquante y et même cent années , de l’influence de cet engrais. Les expériences du docteur Ainslye ont déterminé la nature de cet engrais , sa manière d’agir, ainsi que celle dont il doit être employé selon la nature de la marne et du sol. La marne est un composé de glaise , de terre calcaire , et de sable , en diverses proportions. La terre calcaire y est comme enveloppée dans l’argile. N’est-il point possible que cette enveloppe en défendant pendant un certain tems , la terre calcaire de l’influenoe des acides contenus dans le sol, retarde l’elfet de lu chaux sur les huiles et les matières susceptibles de putréfaction dans la terre ? N’est- ET M A II N E. cc point la la cause de la duree plus longue de l’influence de la marne comparée avec la chaux. On peut , je pense , tirer des observations du Dr. Ainslye un parti infiniment utile , et auquel je ne sache pas qu’on ait pense jusqu’ici : c’est de faire de la marne artificielle. La rareté de celle substance dans certains pays rendroit la fabrication bien importante , si elle étoit possible. Lorsque l’argile est détrempée avec de l’eau, il devient facile d’y ajouter de la craie ou de la chaux éteinte. On peut également y mêler du sable , et faire du tout une espèce de compost qu’on pourroit employer comme la marne (1). (1) Depuis que ce Mémoire a etc lu a la Société de Manchester je me suis trouvé, en voyageant ènlre Di adford et Halifax, obligé de me mettre à l’abri d’un orage chez un fermier qui faisoit charger ses fumiers. Je lui suggérai l'idée de fabriquer de la marne dans son canton qui en manquoit ; mais qui fournissoit beaucoup de chaux. Il me répondit qu’il avoit déjà exécuté ce dont je voulois lui donner l’idée. Il me dit que depuis huit ou dix ans il étoit dans l’usage de faire de la marne, en disposant de la glaise et de la chaux par lits alternatifs pour former des tas qu’il exposoit à l’air pendant l'hiver, ce dont il rcsultoit une masse homogène. Ce compost produisoit, disoit-il, de très-belles J 5 6 CHAUX ET MARNE. La glaise employée doit être choisie aussi exempte de parties métalliques qu’il soit possible. Celle qui contient beaucoup de fer prend au feu un rouge intense. Il faut que la chaux dont on se sert p6ur ce mélange ait été éteinte à l’air à force d’y être tournée et retournée afin qu’elle ait repris l’acide aérien que lui avoit enlevé la calcination. On peut varier les proportions de glaise, de sable et de chaux selon les terres qu’on veut amender. Dans les sols légers on fera dominer la glaise , et dans les terres argileuses on aura soin de mettre plus de sable et de chaux Ces deux dernières substances peuvent même suffire seules dans les argiles très-tenaces. récoltes de blé. Comme la chaux a une propriété dissolvante très-énergique, cette méthode paroît éconoi mique et convenable. [A] Le Gypse considéré comme engrais. (Essays and noies on husbandry, par Boardley, de Philadelphie.) Peters a écrit à plusieurs fermiers fie la Pensylvanie, une circulaire contenant diverses questions sur l’usage du gypse. Voici les questions et les réponses : Première question. Depuis combien de fems employez-vous le gypse comme engrais ? Réponse , par Mr. West. . . 11 ans. Mr. Hannum. 12 Mr. Price ....... 6 Mr. Hand. 10 Mr. CurWen. 10 Mr. Sellers.* 8 Mr. Duflield. i 3 Mr. Roberts. 7 Mr. Peters . 25 Seconde question. En quel état étoit votre terre quand vous avqz commencé à employer le gypse ? Réponse, par Mr. West.—fort épuisée. Hannum. — Terres vierges, terres épuisées, bons et mauvais terrains. Price. — Terres épuisées, mais qui avoient été chautjées. l38 DE GYPSE CONSIDÉRÉ Hand — Epuisées. Curwen.—Terres qui avoient e'te chaudees et fume'es à cause de leur e'puisement. Sellers. — Mauvais terrains. Duffield. — Un mauvais pre d’herbe à limolhee. Peters. — Epuisee. Troisième question. Quelle quantité' de gypse avez-vous employé' par acre ? Réponse , de Mr. West. — De trois à quatre busbels et demi. Ilannum. — Depuis un jusqu’à cinq. Price. — De un à deux. Hand. — De trois à quatre. Curwen. — J’ai commence' par six , et j’ai diminue' jusqu’à un. Sellers. — J’ai commence par cinq, et j’ai diminue jusqu’à deux et demi. Duffield. — Dans les terrains sablonneux , trois. Dans les bonnes terres, jusqu’à cinq. Roberts. —^Depuis un et trois quarts, à quatre. Peters — Trois. Quatrième question. Quels sont les terrains sur lesquels cet engrais a le plus d’effet? Réponse, par Mr. West.—Les terrains chauds et de bonne qualité'. Ilannum.—Les terrains secs et sablonneux. i COMME ENGRAIS. ïSq Price. — Les terres sèches, chaudes, grave- Jeuse§, ou de bonne qualité'. Curwen. — Bonnes terres sèches : et plutôt sur les hauteurs que dans les terres basses. Sellers. — Moins bien dans la glaise et le sable , que dans les bonnes terres végétales. Duffield — Dans les terres légères et sablonneuses. Roberts. —Terres légères et prés arrosés. Peters. —Terres légères et sèches. Cinquième question. Avez-vous répété l’application du gypse sans labourer dans l’inter- tervalle ; et quel en a été l’elîet? Réponse, par Mr. W est. — L’effet a été très-bon : le, gypse est aussi bon à mettre après la chaux , qu’aucun fumier puisse être. Hannum. — Je l’ai employé des deux manières , et toujours avec un bon effet. Price. — De toutes les façons et toujours avec succès. Hand. — Avec un bon effet, mais un peu moins en dernier lieu. Curwen. Sur les prés et sur les trèfles, de deux années l’une , avec succès. Sellers. — Je soupçonne que les bons effets du gypse diminueroient en en répétant trop souvent l’application sur le même terrain. Il .profite peut-être davantage d’une nourriture variée , comme les corps des animaux. i4o X, E GYPSE CONSIDÉRÉ Duffield. — Je m’en suis bien trouve' tous les trois ou quatre ans sur les prés, et aussi sur le maïs en labourant. Peters. — Son effet est bon avec ou sans labours dans l’intervalle. Sixième question. Trouvez-vous que le gypse appauvrisse la terre , après lui avoir fait donner des récoltés abondantes ? Réponse, de Mr. West. — Si l’on fauche cinq ou six ans de suite , fil en re : sulte que le gypse appauvrit (1). Hannum. —Les bons effets du gypse n’ont point diminue. Price. — Aucun mauvais effet, et toujours le même avantage. lïand. —Bien loin d’épuiser il a amélioré. Curwen. Il n’y a aucun engrais qui épuise, et le gypse améliore toujours. Sellers. — Je n’ai pas observé que le gypse épuisât. Duffield. — Pas le moins du monde. Peters.. — Le gypse n’épuise pas plus que le fumier. Septième question. A quelles récoltes le gypse est-il appliqué avec le plus d’avantage? (i) Ce n’est pas le gypse qui épuise, tiiion fies récoltes. f A] mais la répc-> COMME ENGRAIS. l4l Réponse, par Mr. West. — Aux prairies de toutes espèces , et aux grains de printems. Ilannum. «— Au blé, au seigle , à l’orge , au blé noir, au maïs, aux pois, aux pommes de terre , aux choux , au trèfle , et à toutes les plantes de près connues en Amérique. Price. — Je l’ai trouve plus utile à employer sur le maïs que sur aucune autre plante. Il ne m’a manque avec le maïs , que deux fois. La première fois c’e'loit dans un champ dont le tiers avoit été en blè noir l’année precedente. Je laissai une bande de mon maïs, sans la plâtrer. Celle bande travcrsoit le champ , de manière à prendre également la pallie qui avoit eu du ble' noir l’annee precedente, et celle qui n’en avoitpoint eu. Dans celte dernière portion , la re'colte fut superbe , c’est-à-dire , plus que double de ce qu’elle fut dans la bande non plâtrée. autre cas dans lequel j’ai vu manquer au gypse son effet, est celui d’une pièce de très- bon terrain , qui avo i t éié bien fumée l’année précédente , pour une r é C olte de pommes de terre. J’avois laissé trois sillons, sans les plâtrer. Le reste du champ, qui étoit en blé , fut tout plâtré , et je ne découvris aucune différence entre les parties qui avoient eu du gypse , et celles qui n’en avoient point eu. La même B 142 le gypse considéré pièce fut semée en orge , et en trèfle le prin- tems suivant ; et le gypse qui n’avoit eu aucun effet sur le bie', en eut beaucoup sur le trèfle ; celui-ci fut infiniment-plus beau dans tout le reste du champ , que dans les trois sillons non-plâtrés. Son effet est extrêmement mystérieux : il n’a jamais d’efficace , lorsqu’on le sème sur des plantes dont la semence a e'te' confiée à une terre fraîchement labourée ; à moins qu’il ne s’agisse de blé noir ; plante sur laquelle il a toujours un bon effet. Hand. — II est très-utile de répandre du gypse , sur le maïs et l’avoiue en grain , avant de les semer : on les mouille pour que la poudre du gypse y adhère. Curwen —C’est sur le trèfle à fleurs rouges qu’il m’a Je mieux réussi : il est bon aussi sur le trèfle blanc, et les prés de différentes herbes. Il fait végéter fortement la plante du maïs , plutôt qu’il n’augmente la quantité de grain qu’elle donne. Son effet est peu de chose sur le blé et le seigle. Sellers.—Sur tous les prés; et spécialement sur les trèfles. Duffield. —Sur toutes les plantes fourra- geuses, et Je maïs, dans la même année ; et quand on le met sur d’autres grains , son effet n’est sensible que l’année suivante. COMME ENGRAIS. l45 Peters. — Sur toutes les plantes légumineuses , le blé noir, le lin , le chanvre , le colza , et toutes les plantes qui produisent de l’huile; les plantes de jardin, les arbres à fruits, le maïs, les turncps; mais surtout le trèfle à fleurs rouges. On obtient encore un bon effet du gypse , en le répandant en poudre sur l’avoine et l’orge qu’on destine à être seme’cs. Le gypse fait peu ou point d’effet lorsqu’on le sème sur le ble , l’orge , ou l’avoine, eu végétation. Huitième question. Quel est le meilleur moment à choisir pour répandre le gypse? Réponse j de Mr. West. — Le printems , lorsque la végétation est en activité. Hannum. — Depuis le mois de Mars , lorsque les gelées ont cessé, jusqu’au mois de Mai. Price. — Immédiatement après la levée du trèfle ; et ensuite on répète le plâtrage , lorsque la végétation est un peu avancée. On répand le gypse sur le maïs avec le plus d’avan- tage possdde , en prenant le moment qui succède au premier hersage , et buttage. Hand. — En Avril, et en Juin , après la première coupe. Curvven. —■ Dans toutes les saisons; mais .surtout lorsque la végétation est en grande activité, au printems. Il fait fort bien aussi, peu après la première coupe. l44 tE GY PS JJ CONSIDÉRÉ Sellers. — A quelque époque que je l’aie fait répandre sur mes terres, il m’a toujours bien re’ussi. Duffield. — Lorsque le trèfle a été seme' avec l’orge ou l’avoine , il faut répandre le gypse imme'diatement après la re'colte du grain : il en resuite que le trèfle devient fort avant l’hiver. Sur un pré gazon , il réussit dans quelque tems qu’on le sème. Sur le maïs , il faut le répandre dès que la plante est levée , à raison de trois ou quatre bushels par acre , en le répandant sur tout le terrain , et non pas seulement sur les plantes. Peters. — Si on sème le gypse en automne, et que l’hiver soit sec , il s’en perd une grande partie. Le meilleur moment pour le semer , est depuis le milieu de Février au milieu dAvril en choisissant un tems humide. Neuvième question. Quel est le produit le plus considérable en foin , que vous ayez obtenu par le moyen du gypse ? Réponse , de Mr. West. — Des produits aussi considérables qu’on en ait jamais vu par aucun autre engrais. Hannum. — Trois charretées par acre dans un mauvais terrain. Price. — Dans une terre fumée , et ensuite plâtrée, j’ai obtenu de deux coupes successives, I COMME ENCRAI S. l45 sèves , quaire charretées et demie de trèfle par acre. Ue mauvais terrains non-funxes, qui n’auroicnt probablement pas donne une demi- charretée, ont souvent produit une charretée et demie , ou deux, Iland.—Jamais moins d’une charretée et demie; souvent deux cl demie ; et jusqu’à trois et demie par acre. , Curwen. — La première coupe deux charretées ; la seconde , une charretée médiocre. La troisième coupe , réservée pour graine. Sans le plaire, ce terrain ne donneroit pas un tiers de ce produil-là. Sellers. — Avant que j’employasse le plâtre, j’engraissois à peine assez de.bétail pour l’usage de ma maison ; mais depuis quelques années, que j’en fais usage , j’engraisse annuellement quarante ou cinquante boeuts au pâturage , et je fauche assez de foiu pour entretenir un attelage de charrue , les chevaux pour l’usage de la maison , et vingt bêtes à cornes que j’hiverne. Duffield. •—Trois charretées par aerp. Peters. — Cinq charretées par acre , en deux coupes. Dixième question. Avez—vous jamais employé le plâtre avec d’autres engrais ; et les Tome b. K i46 LE GYPSE CONSIDÉRÉ effets de ce mélangé sont-ils plus avantageux que ceux du plâtre seul? Réponse, de Mr. West.—Je ne l’ai jamais mêle avec aucun autre engrais. Ilannum. — Oui , et j’ai éprouve que la terre s’ame'lioroit beaucoup plus rapidement par ce mélange. J’estime qu’il faut trois ans pour mettre une terre en bon état, par l’effet du plâtre seul. Price. — Je l’ai souvent employé après la duaux et le fumier , et j’y ai toujours trouve un grand avantage ; c’est-à-dire , que la récolte a toujours été meilleure dans les endroits où le gypse succédoit au fumier ou à la chaux, que dans les endroits plâtrés seulement. Cependant les opérations de ces divers engrais sont indépendantes les unes des autres (1). Hand. —Je n’ai pas obtenu plus d’herbe , dans les prés artificiels, plâtrés après d’autres récoltes fumées , que dans les prés qui n’a- voient pas eu celte préparation : la même quantité de plâtre étant appliquée dans les deux cas. Une fois cependant, j’ai éprouvé l’avantage de répandre des cendres quelques (1) Il paroît que le gypse fait plus d’effet après le fumier et la cliaux , uniquement parce que c’est trois engrais au lieu d’un. [A] d O sut ï I N G- Il A t 6. 14*7 jours après le plaire , sur un prè artificiel» Cunven. — Je ne l’ai jamais mêle à un autre engrais , avant Je l’employer ; mais je l’ai souvent appliqué sur un terrain qui avoit e'tè fume' ou chaude. J’ai trouve son effet ordinairement proportionne au bon état de la terre , avant l’emploi du gypse. Cependant , j’ai vu aussi des effets très-remarquables de cet engrais sur des terrains épuisés , ou qui n’a- voient jamais été lûmes. Peters. — J’ai plâtré également des terres fraîchement chaudées , et des terres épuisées : je n’ai trouvé aucune différence dans les effets du plâtre. Onzième question. Y a-t-il quelque différence entre le plâtre d’Amérique et le plâtre d’Europe ? Ilannum. — Aucune quelconque. Price. — Nulle différence dans les effets sur les plantes de prés et les grains ; mais le plâtre d’Europe se manie plus aise'ment, et le plâtre d’Amérique fait un ciment plus fort. Sellcrs.— Le gypse Américain estle meilleur. Dufiield. —Je n’ai pu y découvrir aucune différence. Peters. — En général le plâtre d’Europe vaut mieux ; cependant j’ai employé avec le même avantage celui de la nouvelle Ecosse. i48 i/ e gypse cours i ni, iu2 Douzième question. Combien de tems dure l’effet du plâtre ? Mi'. West. — Un pre' fauché deux fois l’année, et plâlçe à la première et à la troisième année, m’a plus rendu qu’jl n’auroil pu le faire par le fumier. Iland. —Après avoir mis quatre busbels de gypse par acre , j’ai fauché pendant quatre ans de suite le même pré : mais j’ai trouvé qu’à la troisième année la récolte baissait : je crois donc convenable de ne faucher ou pâturer que deux ans de suite après le gypse, pour labourer ensuite. Curwcn. — J’ai éprouvé plusieurs résultats tres-différens , soit que ces différences dépendent de la nature du terrain, ou de la diversité des saisons, ou encore de la nature du plâtre , il est certain que quelquefois son bon effet cesse à la seconde année, tandis que d’autres fois cet effet est sensible pendant quatre ou cinq ans : je l’ai même eu très-marqué jusqu’à la sixième année , lorsque Je gvpse avoit été appliqué sur les monticules du maïs On dis— linguoit encore les lignes par la beauté de la récolte. Duffield.—Les effets en sont sensibles pen* dant quatre ou cinq ans. l’eters. —Après avoir plâtré, à raison de C O M M F. F. N C RAI S. 14() trois ou qtiali'jc bnsltels par acre , î’cETct a clé sensible pendant cinq ou six ans , mais eu diminuant graduellement. Quelques agriculteurs le sèment fréquemment, et en petite quantité, cl de cette manière ils soutiennent les récoltes de foin pendant douze ans et davantage. 'Lorsqu’on a commencé à employer Je gypse comme engrais, en Amérique, on le pulvé- risoit de manière à ce qu’un tun fît seulement vingt bnsltels: aujourd’hui,on le moul si fin, qu’un tun fait vingt-quatre ou vingt-cinq bu- sbels. Les fermiers disent qu’il est meilleur lorsqu’il est moulu à raison de vingt busbels par tun , parce que s’il est trop lîu les vents en emportent une partie, et l’efiét n’en est pas aussi durable. Le meunier qui vend le plâtre, gagne à le moudre très-fin (l). (’) Il est difficile tic comprendre le raisonnement île l'auteur, l'ius la poudre dn plâtre est fine, et plus le poids d’une mesure donnée doit être considérable. Il pourroit en être autrement si l’on comparoit le plâtre eu poudre avec le plâtre ç n morceaux, et qu’en mesurant celui-ci, ou permît à l'acheteur d’empiler les morceaux lorsque la mesure est déjà comble; niais il s’agit Je comparer le poids d’une poudre grossière avec celui d’une poudre fine de même matière, en les mesurant dans le même vase. 11 paroît, au reste, que les quantités moyennes de gypse employées par les cultiva- l5o «YPSE eONSIDÉJIK COMMF. EKGKAIS. Nous avons une manière très-simple d’e- prouver la qualité du gypse, c’est de le mettre sur le feu, en poudre, dans un vaisseau ouvert. S’il donne une forte odeur de soufre , on eu augure bien : s’il donne peu ou point d’odeur, il est foiblc , et aura peu de vertu (i). teurs des environs de philadclphie pour favoriser la végétation, répondent à la formule que j’emploie, c’est- à-dire, la mesure ( de capacité et non de poids ) que l’on semeroit de froment dans le même espace. (1) Tout cet article sur l’emploi du gypse est extrèr meraent instructif. U nous apprend qu’on applique, en Amérique, cet engrais salin, à une plus grande variété de productions qu’eu Europe. Il scroit hien intéressant de faire des expériences sur les effets qu’on pourroit en obtenir en l’appliquant aux plantes céréales, et on ne sauroit trop répandre la connoissance des faits relatifs, à la valeur de cet engrais pour les prés artificiels. Quelques idées sur l’usage des fumiers., ( Farmer s Magazine, ) «TU vais présenter quelques observations sur la meilleure manière d’appliquer les fumiers. On a fait des pas marqués , dans la science de l’emploi de& engrais : cela est surtout vrai dans les cantons très-bien cultives. Je considérerai l’emploi des fumiers dans les terres glaises, dans les terres, à turneps, et dans la. culture des jachères. Je dirai d’abord y en général, que c’est une mauvaise spéculation que de donner à uni; terre quelconque plus de fumier que cela n’est nécessaire pour assurer de bonnes récoltes , jusqu’au moment où l’on doit fumer de nouveau. Dans Un assolement de quatre années, et qui comprend deux récoltes de grains, une fumure doit être suffisante. Dans les rotations de six ou de huit années , qui sont celles que l’on suit ordinairement dans les terres glaises , il faut deux fumuies, sans quoi, les récoltés s’aiïoiblissent sensiblement avant l’expiration de l’assolement. Il est évident, que dans la manière ordinaire 3 52 SUR tus A C E de conduire les terres ambles, la production d'une telle quantité' d’engrais n’est point possible : il faut afin de la rendre telle, les plus grands soins pour créer des engrais, et un bon système pour la distribution. Autrefois on fumoit, en general , trop abondamment, et îes fumures étoient trop rares. Il en résultoit que les re'coltes, d’abord trop abondantes, n’étoient pas aussi productives en grains , et qu’après quelques années, elles s’appauvris- soient extrêmement. Il est difficile que le terrain soit trop fumé, lorsqu’il s’agit de produire des récoltes vertes, niais les fumures trop abondantes font souvent manquer les recolles de blé , d’avoine , ou d’orge. Elles produisent une grande quantité de paille , mais peu dé grains. Dans les terrains naturellement fertiles , si l’on fume sur une jachère , on est de même exposé à n’avoir que de la paille ; aussi les bons cultivateurs ne fument-ils pas les très-bons terrains après la jachère. Toute la quantité d’engrais qui se trouve excéder eclle qui est absolument nécessaire pour renouveler la fécondité du sol , est répandue à pure perte. Dans tous les terrains , le fumier perd peu à peu sa faculté fertilisante. Le sole,il, les vents et la. pluie l’évaporenl ou I) ES FUMIER S. 3 55 ) c délavent. Tonies choses d’ailleurs égalés, jl vaut donc mieux repéter plus souvent les fumures modérées , que de fumer beaucoup , et rarement. Tout cela n’est vrai, au reste , que dans de certaines limites ; mais ce que je prétends , c’est que si l’on met cent charretées tic fumier sur quaires acres de terre , on fera un emploi beaucoup moins profitable de l’engrais , que si on le re'pandoit sur huit acres. Autrefois on melloit peu d’importance à la division et à la distribution égale des engrais; on n’y lait point encore assez d’attention aujourd’hui. Il y a peu d’opérations, cependant, qui demandent plus de soins ; et il est clair que plus la division est grande, plus les points de contact sont multipliés : or la multiplication des points de contact est indispensable au plein eüei de l’engrais. C’est en apprenant à épargner le fumier, qu’on s’est applique’ à le diviser plus également sur une surface donnée. On a perfectionné cette division du fumier sous un autre rapport encore. Maintenant on a soin de disperser les monceaux sur la terre , à mesure que le char les dépose. Autrefois on les laissoit séjourner plusieurs jours, avant de les étendre. Il n’y a que les fermiers négligens qui en usent encore de même. Lorsqu’il s’agit principale- SUR 1/ U S A U B ï54 ment de la culture des lurneps, la meilleure de toutes les manières d’appliquer les engrais ( erx supposant toutefois l’usage du semoir,) est de les répandre dans les intervalles , ou petites raies que laissent entr’eux les billons de deux traits de charrue. La distance entre le centre d’une raie ouverte et l’autre, est d'environ vingt-six pouces. Le chariot qui porte le fumier peut passer de manière que les roues soient dansles raies; etle charretier fait tomber l’engrais en la quantité qu’il juge suffisante , selon la qualité du terrain. Pour que la distribution soit égale , il convient de ne prendre que trois billons. On compte trois personnes par chariot pour étendre à mesure. Il y a des fermiers qui prétendent que si le chariot ne prend pas cinq billons en largeur , il y a à perdre sur le teins des chevaux. Je ne prononce pas entre les deux méthodes : l’une et l’autre ont leurs avantages. La dispersion du fumier se fait avec des fourches de fer : c’est un ouvrage de femmes et d’enfans. La quantité de fumier qu’on donne ordinairement aux turneps est de douze à quinze charretées, d’un yard et demi-cube, par acre. Quelquefois , on n’en met que dix ; mais il faut que le terrain soit déjà en très-bon état, pour que celle quantité suffise. Dans le fait, et reluti- DUS F U M I F B. S. i55 venient à la récolte de turneps , ou -, toute autre recolle en vert , il n’y a jamais trop de fumier (j’excepte cependant les pois ). Mais l’objet qu’il faut se proposer, lorsqu’on fume pour des turneps, tout comme quand on fume pour autre chose , c’est de distribuer ou appliquer le fumier aux pièces et aux récoltés qui payeront le mieux , et de manière que la totalité de la ferme s’en trouve bien. Je donnerai quelques détails sur la manière de fumer les pommes de terre. Sous certains rapports, la culture des pommes de terre ressemble à celle des turneps : à d’autres elle en diffère essentiellement. On plante les pommes de terre plus tôt dans la saison qu’on ne sème les turneps. Il est rare qu’on prépare le sol par un aussi grand nombre de cultures ; et le fumier qu’on applique avec le plus de succès aux pommes de terre est beaucoup moins pourri (pie celui qui convient aux turneps. Cependant, il y a bien des fermiers qui traitent les pommes de terre, quant au fumier, comme nous venons de dire qu’il f au i traiter les turneps. Ils donnent jusqu a quatre labours. Ils ouvrent ensmie les sillons , y mettent le luinier , y déposent les pommes de terre , les recouvrent légèrement, et passent la herse au bout de troi-s semaines. \ t 3 56 SUR iJ U S A G E II y a plusieurs objections à faire à cette méthode. Les pommes de terre sont trop près de la surface , ce qui, dans les saisons sèches , •nuit à la récolte. U arrive souvent que la herse déplace les plants ; ou entraîne et accumule le fumier. Un autre usage, que je crois meilleur, c’est de répandre le fumier sur toute la surface du terrain, puis d’enterrer ce fumier à la charrue, en plaçant les plants derrière le soc, à chaque troisième raie. Des femmes tirent le fumier dans cette raie avec des râteaux, à mesure qu’on y met les pommes de terre. Avant l’apparition des jeunes plantes , ou quand elles commencent à paroîlrc , on passe une lourde herse , dont l'effet est jugé égal à celui d’un sarclage à la main.. Comme le fumier est en- terré profondément , la herse ne le déplace point : il en est de meme des plants. Je suis porté à croire qu’il y a plus d’avantage dans cette dernière méthode , surtout pour les terres argileuses. Il y a des fermiers qui ne fument pas pour les pommes de terre ; mais seulement après qu’elles sont récoltées. Us améliorent ainsi considérablement les dernières récoltes de la rotation (.1). Les.pornmes de terre (1) Il convient de piauler les poqunes de terre <]je y DES FUMIIîTlS. l5? c’puisent le terrain ; et en general , elles (le- nifiudent plus (le fumier que les turuepsj mais bonne heure, lorsqu'on leur Fait succéder le froment. Si l’on a rompu en automne, il est ordinairement très- difficile de charier le fumier dans le mois de mars comme il le faudroit. Dans toutes les suppositions, son charriage sur le guérct, et sa distribution dans les 1 aies, sont des opérations coûteuses et embarrassantes. La récolte des pommes de terre est plus forte sans doute, pour avoir été fumée; mais il est douteux que ce soit dans la proportion des frais faits. Cependant l’inüuence fertilisante de l’engrais est déjà fort amortie par la récolte de pommes de terre; et les dernières productions de l’assolement sont moins vigoureuses que si l’on «voit tajdé d’un an à fumer ; d’un autre côté, lorsqu’on attend à fumer pour le blé, que les pommes de terre soient récoltées, on est souvent pris par les pluies de septembre et d’octobre, do manière à n’avoir pas la possibilité de charier l’engrais. On a la ressource d’attendre à faire ce charriage, que les gelées de l’hiver perinellenl de voilurer l’engrais sur le blé; mais l’hiver peut être de nature à rendre la chose impossible- Alors le blé est chétif, et le trèlle qui doit lui succéder, étant peu vigoureux, l’herbe le gagne, et le champ est décidément en mauvais état. H ne suffit plus de fumer alors : il laul une jachère complète, ou une bonne culture de recolle jachère , pour remettre le terrain. C est donc une question délicate que la convenance de 1 umer ou de ne pas fumer les pommes de terre, lorsque le blé doit les suivre; mais si l’on leur fait succéder l’orge ou le Lié de priaiems ( ce qui SUR i/ U S A C, R l58 comme, ordinairement, on ne destine pas an- miellcment aux pommes de terre une e'tendue de terrain aussi considérable , on ne leur épargné pas le fumier : communément, l’abondance de la recolle est proportionnée à la quantité d’engrais. Je passe maintenant à l’examen de la question relative à l’application des fumiers sur les terres argileuses, lesquelles terres sont suppo- est une meilleur agriculture clans les terres légères ), il n’est pas douteux alors que, pour tous les terrains suffisamment fertiles, il ne convienne mieux d’attendre à fumer pour la récolte qui suit les pommes de terre. Il est certain qu’une culture profonde à la bêche, le soin d’espacer beaucoup les lignes, et l’attention de sarcler souvent, en accumulant fortement la terre autour des plantes, procurent d’abondantes récoltes dans des terres médiocres, sans fumiers. J’en ai une expérience de plusieurs années sur de vastes espaces. Le terrain alors se trouve plus net que si le fumier avoit été appliqué aux pommes de terre; et l’engrais agit avec plus de force sur les dernières récoltes de l’assolement. • * ' Nota. Trois ans d’expérience de plus n’ont fait que me confirmer dans les idées exposées ci-dessus. Je ne fume jamais les pommes de terre, et toujours pendant les gelées d'hiver le blé qui leur succède : mes récoltes sont très-belles, et mes terres très-nettes. [ Septembre 1808. ] XJ TI S FUMIERS. lag sees faire les trois quarts des terrains de la Grande-Bretagne. J’établis d’abord en principe que, dans tous les champs qui reposent sur un fond de glaise , et qui retiennent les eaux , on ne sauroit appliquer le fumier d’une manière plus profitable que dans l’année de jachère , et au moyen de cette opération. Les théoristes peuvent affirmer tant qu’ils voudront que les jachères doivent être supprimées , et qu’on s’assureroit d’immenses béne'fices en les remplaçant par le système du semoir ; leurs argumens auront peu d’effet sur les bons agriculteurs qui ont manié les terres argileuses , et qui ne tirent point leurs conclusions d’après une seule année , mais d’après une longue expérience. Dans les nombreuses discussions qui ont eu lieu a ce sujet , les véritables agriculteurs ne se sont jamais prononcés en faveur de lu suppression indéfinie des jachères. Je parle surtout des cultivateurs qui ont l’expérience des terres froides et mouilleuses. Je ne parle pas des exceptions partielles que ces mêmes agriculteurs peuvent avou faites. Par exemple, il peut convenir à un fermier de terres argileuses de cultiver un petit espace en turneps , pour compléter l’hivernage de quelques bestiaux , ou par quelqu’autre raison accidentelle , mais je s U R l’ U S A a K 160 suis sur que l’opinion que je professe est celle des bons agriculteurs Àuglois. C’est pendant que dure l'operation de la jachère sur les terres argileuses ou froides , qu’il faut prendre les momens de charier le fumier. Le sol se trouve alors dans un e'tat de division qui permet que le fumier agisse sur un plus grand nombre de parties. C’est le moment où toutes les plantes dont la végétation étoit spontanée, se trouvent déracinées par le soc, et desséchées par le soleil. Les céréales qui succèdent à la jachère , ont ainsi , à elles seules , tout le bénéfice de l’engrais ; et une quantité donnée de fumier produit beaucoup plus d’eifet lorsqu’il est appliqué sur la jachère, que s’il l’étoit à toute autre époque de la rotation. D’après ce principe, il paroîtroit convenable de n’appliquer le funner que lorsque la terre est complètement nettoyée de mauvaises herbes, chose qui dans les étés pluvieux , u’esl point facile. Pour bien faire , il faut s’y prendre le plus tôt possible dans la saison, lorsqu’on veut donner une jachère complète ; et il huit avoir soin de ne pas perdre du tems , afin de travailler vigoureusement à la destruction de mauvaises herbes ; car depuis le mois de Juillet, (du moins, dans notre climat de l’Ecosse) on ne fait presque rien pour la destruction des 1 main aises JL* * 15 S 1’’ ü M I I R s. l6.l lïtîuïvaiscs piaules (t)* Un bon cultivateur doit donc avoir rnis, avant le mois de Juillet, scs jachères en état de recevoir les fumiers. Si le teins est favorable , le sol doit être herse avec soin , avant que le fumier soit charié ; et si on roule le terrain, ceux qui sont charges d’étendre le fumier, fonl un ouvrage plus parfait. Lorsque le moment de charier les fumiers est arrivé, tous les autres ouvrages doivent être mis de côté , afin d’expédier le plus qu’il est possible. Lorsqu’on charte par un lents humide, il en résulté plusieurs mauvais effets : les chevaux sont plus fatigués ; il faut plus de lents ; les cita mps sont pétris sous les pieds des chevaux ; et les bons effets de la jachère sont en partie annullés. Le fermier attentif posera tous ces inconvétiiens 5 et il ne perdra pas un seul des jours favorables pour 1rs charrois. Quelquefois, les saisons sont tellement contrariantes , que toutes les recommandations deviennent inutiles- On lait alors comme on peut, et on s’attache à affoiblir les effets fâcheux , autant que la nature des choses le comporte : surtout, il Q) Dans le climat delà France, et sur-tout des Dé- partemens méridionaux, c’est au contraire depuis le mois de juillet que les labours de jachères sont le plus efficaces pour la destruction des mauvaises berbes. • Tome 5. L :i 62 SUR l] U S A G K faut saîbir avec une activité vigilante, les jours favorables, à mesure qu’ils s’offrent. La qualité de l’engrais , et l'état du terrain avant la fumure apportent des différences si considérables dans les résultats, qu’on ne peut pas donner, à cet egard, de règle parfaitement fixe. Je suppose que le chariot pèse environ deux milliers ; et j’estime que seize chariots sont une abondante fumure , après une jachère d’e'te'. Ainsi que je l’ai dit ci-dessus , on doit observer d’étendre le fumier à mesure qu’il est charie'. Trois enfans convenablement surveilles suffisent pour étendre le fumier qu’un attelage charie , lorsque la distance est peu considérable. La distribution doit être aussi égale qu’il est possible, et il faudroit qu’il ne restât jamais aucune masse parmi le fumier étendu. Lorsque les jachères ont été fumées , on réserve ce qu’il reste de fumiers dans la ferme, pour le répandre , soit sur les trèfles que l’on rompt (1), soit sur les chaumes du blé, lors- (1) Je 11e crains pas d’affirmer que c’est toujours une mauvaise agriculture, que de fumer un trèfle que l’on rompt pour semer du blé. Si le trèfle est beau [et dans un assolement bien conduit, il l’est toujours,] le sol est suffisamment amendé par le trèfle : si le trèfle est clair, les intervalles des plantes sont renqdii 1 DES FUMIERS. iG5 qu’on veut faire succéder des fèves. Il est évident que le fermier est obligé , pour ces fumures-là, de prendre le tems comme la saison le permet. Quelquefois, on enterre avant l’hiver, avec le chaume du blé, le fumier destiné aux fèves qui doivent succéder. C’est une bonne méthode, parce que le fumier se trouve en pleine action sur le terrain , dans le moment où l’on sème les fèves. D’autres fermiers attendent, pour mettre le fumier , d’avoir billonné leur terrain pour semer les fèves ; mais dans les terres glaises , les seules qui conviennent véritablement aux fèves , il est bien difficile de pouvoir charier les fumiers en Février. Ce qui manque dans la plupart des fermes c’est la quantité suffisante des engrais relativement à l’étendue des terres arables; mais ce qu’on doit faire alors, c’est de viser à augmenter la quantité' relative des pre's , ou ce qui revient au même , à prolonger la durée des prés- gazons qu’on a établis, et qui entrent dans les rotations. Pour résumer ce que je pense sur l’application des fumiers , je dis que trois objets par les gramen, et alors le lumier multiplie ceux-ci, au détriment de la rccolte cereale. l64 SUR l’uSACE UES FUMIERS, principaux doivent attirer l’attention du fermier: la fre'quence des fumures, la modération dans la quantité à chaque fois, et le soin de diviser et repartir egalement le fumier sur le terrain où l’on l’applique (i). (i) Il j a un secret plus utile encore au fermier, c’est celui de faire une grande quantité d’engrais. La question, sous ce point de vue, est d’une toute autre importance, car elle se lie à la grande question des meilleurs assolemens, et à celle de la manière la plus profitable de faire consommer aux bestiaux les productions de la terre qui leur sont destinées. i65 ÉCOBÜAGE. ( Annales d’A rthur Y o U n g.) Je ne parle de l’écobunge qu’nprès trente années d’expérience , et apres avoir mis en valeur plus d’un millier d’acres. La plus grande partie de ces terrains ctoit dans l’e'tat de nature. La qualité du sol étoit une glaise friable, mêlee. d’une terre végétale brune , et reposant sur des schistes bleuâtres. L)ans le commencement de mes opérations, je laisois des jachères d’un an et de deux ans , et re’pandois vingt quarters de chaux , avec soixante-dix quarters de fumier par acre. Je trouvois ces procèdes extrêmement fatigans» L’operation de l’arrachement des racines, les labours nécessaires prenoient beaucoup de tems , et occasionnoicnt une grande dépense. D’ailleurs, il étoit impossible de se procurer la quantité de fumier nécessaire pour couvrir des vastes espaces de terrain. L’expérience m’a appris que l’opération do l’écohuage étoit infiniment plus économique- et plus avantageuse pour les défrichemens. Les cendres, avec l’addition de la chaux , ou du P l66 BCOBUACE. fumier, (si l’on ne peut se procurer de la chaux ) assurent mieux une succession de récoltés que tout ce qu’on pourroit leur substituer. L’écobuage a encore le grand avantage de fournir du travail à tous les pauvres du canton: les femmes et les enfans peuvent être employés à brûler du gazon. Tous les insectes nuisibles , leurs larves et leurs œufs , sont détruits par l’ecobuage. Ce procède fait arriver une récolte de ble' au marché , dans le même tems où elle seroit à peine levée, si l’on eût suivi la méthode des jachères. Deux labours pour chaque récolte sont très- sulfisans : ces labours ne doivent avoir que de trois à cinq pouces de profondeur. J’ai essayé comparativement dans un très- grand nombre de cas, le procédé de l’éoo- buage , et celui de la jachère ; j’ai toujours trouvé le premier d’une réussite plus sûre , plus prompte , et plus avantageuse. Jamais l’écobuoge n’a laissé mon terrain en moins bon état que la jachère ; et dans les endroits qui ont été écobués , j’élève des bestiaux , tout comme font mes voisins sur des terres cjui ne l’ont jamais été. Informations nouvelles sur I’écobuage. Par Arthur Youku [Annales). Un tles grands objets de mon travail étant le défrichement des terres incultes du Royaume; et l’écobuage faisant une partie importante de l’art des defrichemens, je me suis attaché à rassembler avec soin les faits relatifs à cette manière de rompre les bruyères, les marais, les communaux , et les mauvais pâturages ; et comme les avantages de cette agriculture ont été souvent contestés, j’ai mis beaucoup d’intérêt à bien constater les faits, soit à l’avantage, soit au désavantage de la méthode. Je parlerai successivement, 1. Des marais ou terrains moudlcux. 2 . Des bruyères sèches , pâturages do moutons, et hauteurs arides. 5. Des communaux de bonne ou médiocre qualité. Je donnerai mes notes sans ordre, comme je les ai piiscs, et souvent dans les ternies même de ceux qui m’ont fourni les informations. Ce n’est pas mon opinion que je donne : c’est uniquement celle des fermiers avec lesquels je me suis entretenu. Je présenterai ensuite un résumé du tout, Û C O B ü A G K. A TMoburn. Marais et terrains marécageux. Le due de Bedford défunt, dans les de'frî- chemens de Cravrlev, Bidg-nont, et Maulden, commença par dessécher la valide qui va de >V obnrn à Crawîev. Il trouva que la méthode la pins cflioace étoit de couper une tranchée profonde dans le milieu de la valide, et jusqu’au gravier. Cela réussissoit beaucoup mieux que des fosses dans les côtés de la vallée, parce qu’il arrive quelquefois que l’eau ne provient point des hauteurs voisines. Lorsque le clesse- ch émeut est avance à un certain point , voici comment l’on procède. On laboure la surface du marais avec une charrue à écrouler , dont le soc est plat et large. On brûle la surface retournée-, et on répand les cendres. On laboure en croisant , pour couper les gazons imparfaitement brûlés j on sème du colza et cela réussit. Mais je préfère de ne point donner de labour croisé , et de couvrir la semence du colza de quelque autre manière. Il vaudrait la peine d’essayer do briser le gazon avec le gros rouleau à pointes > qui couvrirait très-bien la graine. J’eus le plaisir de remarquer une expérience en petit, pour l’écobuage, sur un terrain de cette ferme j ï C O S U A & E, lf>9 Irquol eloit Je là plus mauvaise qualité, cl couvert d’une mousse blanche. L’amélioration produite sur cette ferme par les arrosemens est extrêmement considérable , et les succès sont proportionnes. En 1800, une pièce pâturée par les moutons depuis le 4 de mars entretint cinq brebis avec leurs agneaux , par acre. A huit deniers par semaine, c’est trois sliellings , quatre deniers, ou vingt sliel- lings par acre, pour l’année. De cette ferme, qui naguères eloit un désert, le Duc a vendu des antenois de Soulhdovvn, à trois guine’es la pièce, et un lot très-considérable a cinquante shelhngs la pièce. Onze cents brebis, ou agneaux, ont élé nourris sur cette ferme pendant l’été, et mille ont été hivernes. Ramsey. C’est là que j’ai vu une des plus belles récoltes d’avoine qu’on puisse imaginer. C’etoit dans le terrain autrefois marécageux, appelé anciens droits. Ce sont des pièces séparées de trois acres chacune, lesquelles ont élé données aux communiers de l’endroit sous Je règne de Charles I, pour leur tenir lieu du pâturage commun. Dans tout ce pays-là, si l’on voit une récolte extraordinaire , on peut être sûr qu’elle a été préparée par l’écobtiage. Cette pièce d’avoine de trois acres avoit été éeobuée pour du colza. Ce colza avoit été con- 170 £ C O ï U A GE. somme sur place depuis septembre jusqu’en janvier. On y avoit semé ensuite des graines de pré. Ce pré a été rompu pour semer l’avoine sur un seul labour. La récolté en sera prodigieuse. ( Celle note est écrite en 1800. ) Origine de Vêcobuage. J’ai pris beaucoup de peine pour découvrir l’origine de l’e'cobuage, dans les marais du Cambridge-sbire. Plusieurs circonstances m’ont porte' à croire que c’est au milieu du dix-septième siècle que l’on a commence a écobuer dans cet endroit-là. Mr. Ground de Whittlesea m’a appris qu’on appcloitl ecobunge Ici charrue Françoise. Une colonie Françoise s’établit à Torney, en i653, et depuis cette époque jusqu’en 1721, il y a eu un registre des baptêmes, et des sépultures, lequel a été tenu en françois. J’ai examiné ce registre. Ces françois s’e'toient d’abord réfugiés en Hollande, pour éviter la persécution religieuse. Il paroît qu’ils furent tentés de passer en Angleterre, d’après les rapports des ingénieurs Ilollandois qui, dans ce tems-là, étoient employés à dessécher les marais du Cambridge- sbire. Je suis persuadé que c’est là l’origine de la pratique de l’écobuage en Angleterre. Nous savons, par Olivier de Serres, que l’écobuage ïï C O IJ U A G 12, 171 eicii commun en France, cinquante ans auparavant. Thorney . La grande propriété du Duc de Bedford dans ce pays-là, laquelle a 17600 acres dç bonne terre, est soumise à un assolement dont Fécobuage fait la base. Voici cet assolement : 1. Ecobuage pour colza pâturé parles moulons, à raison de six par acre. « 2. Avoine. 5 . Blé, et quelquefois avoine. 4 . 5 , 6, 7,8,9, 10, pré-gazon aussi long- tems qu’il se soutient. On a plusieurs bonnes raisons pour suivre ca système. i.° La terre est singulièrement propre à l’avoine ; et l’avoine réussit très-bien sur l’é- cobuage. Elle donne de cinquante à quatre- vingts busbels par acre. 2. 0 Le blé réussit bien apres l’avoine : il donne ordinairement vingt- quatre busliels par acre. 3.° Les graines de prés réussissent beaucoup mieux sur le blé qu’avec l’avoine. Cependant, depuis quelques années, on s’est dégoûté de semer du blé hiverne, parce que l’humidité et les vers lui nuisent souvent : on le remplace par du blé de primeras. Eu 1797, le Duc de Bedford fil faire des es- J7 3 j'; C 0 E U A V, E, sais pour s’assurer si le brûlement de la terre doit indispensable pour avoir de belles recolles : on avoit imagine' qu’on re'ussiroit mieux, ou aussi bien, par des labours profonds. Le résultat prouva que le brûlement e'ioit nécessaire. Les récoltes sont encore foibles dans les endroits où les labours ont été profonds : elles ne redeviendront belles que quand le retour des prés gazons aura permis de brûler les racines et la terre. Il y a actuellement sur pied (en 1800) une récolte d’avoine dans la ferme de Mr. TVing, laquelle récolté succède à une de colza, préparée par un labour profond. Toutes les récoltes d avoine sur écobuagc, qui sont aux environs de cette pièce , sont superbes, et celle- là est misérable , et remplie de mauvaise lierbe, excepté sur un seul sillon qui a été écobué , quoique trop tard. Ce sillon est beau ; mais il n’est pas superbe, comme le sontlous les champs d’avoine du canton, qui ont été écobués. Il est impossible de désirer une expérience qui aille mieux au but que celle-là. En ] 2 oo , un antre cultivateur a essavé l’avoine sans brûler préalablement le gazon î la récolte a été détruite par les vers. Quand sera-t-on universellement convaincu sur cette rjuoslion tic l’écobuarre ? Le doute devient une i O chose absurde. jÈCOBUAGE. 175 L’assolement ci-dessus ne me satisfait cependant pas pleinement. Quatre ans suffisent, dans le terrain dont il s’agit pour produire une masse de racines qui puissent s’écrouter et brûler. Deux récoltes de grains sur dix ans ne sont point assez: le terrain en comporteroit davantage; et il seroit avantageux au public que la rotation ramenât plus fréquemment les récoltes céréales. Yoici ce que je proposerois: 1. Colza. 2. Avoine 5 . Blé. 4 . Trèfle. 5 . Blé. 6. 7, 8, 10. Pré-gazon. En remplaçant deux années de pré-gazon par une de trèfle et une de blé, il y auroit certainement à gagner; et si le blé se vendoit mal, on prendroit à la cinquième année une récolte d’avoine. littlesea. Quand j’ai pris des informations ici, j’ai app r i s de Mr. Ground que l’agriculture y étoit fondée sur l’écobuage. Voici l’assolement de l’endroit : 1. Ecobuage pour colza pâturé et pour graine. 2. Avoine, 5 . Blé. 17'k £ C O B U A G E. 4 . Blé ou orge. 5 , 6, 7, 8, g et quelquefois 10 , prégazon. Quelquefois on ne prend qu’une recolle de ble, puis on met en pré pour quatre ans. Mr. Ground approuve le premier assolement, et dit que le second ble est souvent plus beau que celui qui a précédé. Il remarque que le froment de marais est aussi pesant que l’autre, mars ne donne pas d’aussi belle farine. Je lui demandai si la re'pe'tilion de l’e'cobuage ne diminuoit pas la coucbe de terre végétale , dans un sol si Facile à brûler j il me répondit : )> tout au contraire. L’e'cobuage améliore sensiblement le tei ram , et ne diminue point la quantité de terre végétale. )> En 1742, il tenoit déjà à ferme des terrains marécageux qu’il a encore. JI n’y avoit alors que trois pouces de terre sur la tourbe. Le terrain a été brûlé huit fois , et il y a à présent près de huit pouces de bonne terre. Mr. Ground observe que le brûlement est aussi extrêmement avantageux aux terrains secs et élevés. En 1764, il fut appelé par son beau-frère à Bilsdent, près de Lcicester , pour lui donner ses conseils sur une ferme nouvelle. Il y trouva un gazon grossier, ancien cl ine'gal. 11 envoya à son beau frère des char- icOBUAG-E. 175 ru es à écrouler , et un homme pour les conduire. On écobua pour semer du colza, dont l’abondance étonna les voisins. Il fut vendu pour 5 livres sterl. l’acre. Le succès du fermier fut plein, et les voisins l’imitèrent; mais d’igno- rans proprietaires dèfendoient à leurs fermiers de continuer. Quant au meilleur moment pour enterrer les cendres , Mr. Ground et son père ont remarque que le plus beau colza vient là où on a enterre les cendres immédiatement après le brûlement. March. Mr. Waudby approuve la pratique de l’écobuage tous les huit ans dans les marais. MM. Edes et JNiclioIs, d’Elm, ainsi que leurs voisins, écobuent pour le colza destiné à être mangé sur place par les moutons. On prend ensuite deux ou trois récoltes d’avoine ou d’orge , et on met en prés pour cinq ou Slx a,, -s. L’expérience leur a appris que l’éco- buage, loin d’affoiblir la terre, la rend meilleure. Mr. Saffery , de Dovtmham , cultivateur intelligent et qui a beaucoup d’expcrience , approuve l’écobuage des marais pour les mettre en valeur ; mais il blâme la répétition trop fréquente de cette pratique surle même terrain, parce que , dit-il, cela fait baisser le sol. Il fonde son opinion sur ce qu’une portion de 17^ JÉCOBUAOE. marais, dans la paroisse de Welncy , laquelle portion n’a jamais été écobuée , sc trouve de six ponces plus élevée que le .terrain environnant, qui l’a etc souvent : cette différence de niveau s’aperçoit lors des inondations. J’ai été curieux de vérifier le fait. A l’œil , la différence ne paroît pas de six pouces ; mais eu supposant que l’observation soit exacte , la question ne seroit pas décidée ; car il resteroit à savoir si celte diminution de hauteur n’est pas due à celte consolidation , qui est le résultat necessaire de la culture. Ko admettant encore que le sol se fût abaisse de six pouces par l’effet de l’écobuage répété pendant cent cinquante ans, ce seroit encore une bien belle spéculation que celle qui feroit vendre six valeur pouces de terre à un prix qui vaut vingt fois la primitive de la pièce dont il s’agit. Je fus curieux de savoir ce que Mr. Saffery subslituoit à la répétition de l’écobuage. Voici son assolement. 1 Ecobuage pour le colza pâturé. 2 Avoine. 3 Avoine ou blé. j 4 Colza pâturé. j 5 Ayoine. 6 Trèfle. 7 Blé. . j 8 i C O B D A 8 & 177 g Jachère d’été * puis colza pâturé, g Avoine. 10 Avoine: 11 Trèfle. 12 Blè. Les quatre dernières anne'es se repètent en rotation indéfinie. C’est la culture de Norfolk transportée dans les marais. Il obtient plus de grains par cet assolement que par celui du pays. Voici les objections qu’on peut faire à celte culture. i.° Le colza, sans brûlement préparatoire, est tellement médiocre qu’on ne peut pas engraisser les moutons : il est aussi inférieur au colza écobué, en qualité, qu’il l’est en quantité. 2. 0 La terre n’a pas l’avantage de rester en repos pendant cinq ou six ans , dans l’état de pré. 3 . Si l’on considère l’infériorité de la récolte de colza , et l’absence des prairies , on peut douter si la quantité des grains est aussi considérable que dans l’autre rotation ; ou si l’excédant n’est pasplus que compensé d’ailleurs. ]Vlv. Golbourn d’Ely est convaincu que cette opération abaisse le sol , et dit que les pièces qui ont été le plus souvent brûlées sont les plus basses. Il reconnaît aussi que la culture T0MJ3 5 . M 17& 14 C O B U A G E. et les desscchetnens abaissent considérablement le sol. Il remarque que dans les endroits où l’on a fre'quemment brûle', la charrue atteint aux vieux troncs d’arbres ensevelis dans le fond du marais : chose qui n’arrivoit pas autrefois. 1 Chattris. Il est impossible de cultiver avec profit les terrains mare'cagaux sans écobuage ; car sans le brûlement, il n’y a point de colza , point de blé, et point d’herbe. Mr. Gardincr sait fort bien que l’e'cobuage abaisse le sol j niais il ne laisse pas de le permettre sur ses terres marécageuses , parce qu’il le regarde comme indispensable. La culture et les desse- chemens convertissent peu à peu la tourbe en terre végétale : ces opérations abaissent, par conséquent le sol, parce que la terre végétale occupe moins d’espace que la tourbe. Le brûlement contribue aussi à diminuer la masse du terrain : Mr. Thomas Malin de Southrey , ne doute nullement que i’écobuage n’abaisse le sol : mais il observe qu’il est impossible d’obtenir des récoltes sans cette opération. C’est un fait que tous les terrains qui n’ont jamais été écobués sont plus élevés que ceux qui l’ont été. Dans la commune de Chattris , quelques individus qui ont éccfbue' dans une saison très- K O O B U A G K. 179 sèche , et qui 11’oiH pas mis à l'opération l'attention nécessaire , ont brûlé le terrain de manière à abaisser leurs pièces de sis pouces. On remarque que dans les endroits où les morceaux de gazon existoient, c’est-à-dire, là où l’on a lait les fourneaux de l’écobu âge , le sol se creuse un peu (1). Mr. Malin a commencé par cultiver ses terrains tourbeux , ou marais desséchés , sans avoir recours à l’écobuagc. Il 11’a point eu de recolles. Il a brûlé , cl il en a eu de superbes. Il est d’avis de brûler une lois en huit ans , comme suit : 1 Ecobucr pour colza pâturé. 2 Avoine. 5 Avoine. 4 Lié. 5 , 6, 7, 8. Pré-gazon. 11 ne trouve pas convenable de laisser plus ( 1 ) J’ai souvent observé que la récolte est beaucoup plus belle dans l’endroit on l’accumulation des gazons a eu lieu, quoique lorsqu'on a répandu les cendres on ail eu soin de les enlever complètement de l'endroit où le tas se trouvoù placé, et même de creuser le sol de deux ou trois pouces. 11 semble que cette torréfaction du sol lui doune de la fertilité, indépendamment de l’addition de la cendre çt du charbon comme engrais. l8o )J C O B U i C iî. long-tems en prë, parce qu’il observe que plus long-tems le prë dure , et plus on risque ensuite les taupe-grillons et les vers de hannetons. On n’est pas toujours sûr de les dë- truire avec l’e'cobuage, parce quand le terrain est sec , ces animaux s’enfoncent plus bas que la charrue ne peut atteindre. Les terrains faibles ne peuvent pas porter trois récoltés de grains successivement : on n’en met que deux , et l’on brûle tous les sept ans. Mr. Custance , de Cambridge, trouve que l’écobuage ne convient pas dans les terrains où la couche vëgëtale a très-peu d’e'paisscur, mais qu’on ne peut pas s’en passer dans des marais que l’on rompt, et que dans bien d’autres cas, l’ëcobuage est applicable. Mr. Buth de Wilbraham avoit entrepris d’ëcobuer une portion de vingt-quatre acres de communaux. Les pluies le surprirent et il ne put remplir son objet que sur quelques acres. Le tout est maintenant en orge ( 1800). La partie qui a e’të ëcobuëe a une rëcolte ënorme , et celle qui ne l’a pas ëtë n’a qu’une jrëcolte chëtive. Mr. Buth est convaincu que sept ans ne suffiront pas pour que la terre se remette de cet accident qui a empêche l’ëcobuage, à iCOBUAIJE. 181 moins qu’il ne fume très-abondamment. II doute même que le fumier puisse jamais donner la même fertilité que le brûlement Une autre partie des vingt-quatre acres avoit été mise en blé, et ne donna rien ■ puis en avoine qui ne donna rien , puis en orge actuellement en végétation , et très-misérable. Tout auprès est une pièce qui a été brûlée pour le blé : il a été beau. L’orge suivante a été également une belle récolte. L’écroûlement, le brûle-* ment, et la dispersion des cendres coûtent de 8 à i5 sliel. l’acre. Chippenham. —Mr. Slieperd etMr. Caus- ton , cultivateurs très-intelligens l’un et l’autre, sont d’avis qu’il est impossible de cultiver avec profit les terrains marécageux ou tourbeux, sans le brûlement. Mr. Shepherd s’y est pris dé la manière suivante pour un marais de ooo acres. D’abord il l’a parfaitement desséche'; mois avec l’attention de se rendre maître de l’eau par une écluse, de manière à pouvoir la faire rentrer dans les fossés lorsque la sécheresse fait souffrir les racines des plantes. Il a ensuite écobué pour colza à pâturer, cl pour grain, ainsique pour des choux. Ceux-ci, semés à la fin de mars, se transplantent à la fin de mai, sur un labour qui enterre la cendre. Mr. Shepherd estime que î8s É c o nr a g i, scs choux valent 10 livres scrling l’acre.—J’ai toujours recommande la culture des choux dans les terrains tourbeux ; et je suis bien aise dq voir ma recommandation pleinement confirmée par les faits : ee n’est pas un petit objet que l’échange d’une récolte de 4o sheî. ou au plus de 5 liv. slcrl. contre une qui vaut deux ou trois fois davantage. Les marais du marquis de Turbilly y en Anjou, ressemble»crit beaucoup à ceux dont je parle. Ce françois intelligent ecobuoit et cultivoit des choux dans ses marais, il y a plus de cinquante ans. Je suppose que nos cultivateurs ont appelé cela de l’agriculture de cabinet, et en conséquence, ne l’ont point imitée* Mr. Shepherd , intendant de Mr. Tharpe, a le mérite d’avoir introduit dans le Cambridge-sbire , celte culture des clioux , et j’espère que son exemple sera suivi. Après le colza ou les choux on sème de l’avoine et des graines de pre's. Mr. Shepherd croit qu’on se presse trop de semer le prégazon , et qu’on devroit prendre une seconde récolte d’avoine, pour donner au terrain plus, de consistance , cc qui seroit favorable à rétablissement du pré. Soham. Mr. Shcanng , qui possède un© ferme marécageuse à Soham , et qui a beau,-» 15 C O- B U A G- E. î85 c0 „p d’expéricncc , est convaincu qu’il n’y a pas moyen de cultiver ces terrains-là sans l’c- cobuage ; et que ce procédé' ne diminue point les ressources de la terre végétale, pour la suite. Il faut toujours semer du colza cl non tlu grain , après le brûlement ; et il convient fie faire pâturer le colza, au lieu de le laisser grçner. Voici le meilleur système possible de culture des marais dessèches. i. Q Ecohuer pour colza. Dans cette Operation il faut avoir soin de n’enlever qu’une croûte mince , ce qui se fait avec la charrue appelèe/ranpoise. On sçme le colza sur un seul labour très-superficiel. 2.° Faire pâturer le colza par les moujjpns. 5.° Semer deux années de suite de l’avoine sur un seul labour. 4." Semer avec la seconde récolte d’avoine, des graines de prés, et laisser durer le pré trois ou quatre ans, pour recommencer la rotatiôn. Ou prend quelquefois trois récoltes d’avoine» mais c’est trop , et le terrain s’en trouve épuisé. Si l’on sème les graines de prés à la second^ . année après l’écobuage, les racines des anciennes plantes du marais ne sont pas toutes pourries , et il y en a qui végètent avec l’herbe semée. Voilà les faits que j’ai observés. J’ajoute quelques observations sur les terrains incultes l84 iÉCOBUAGE. de cette espèce qu’il reste à mettre en valeur. Vingt-quatre mille carres de marais incultes appartiennent aux paroisses de Downham , Slow, Wimersham et Outwell. Rien n’est plus triste à voir que cette vaste e'tendue , qui ne donne que des joncs et de la tourbe. On peut enfoncer dans celle-ci de longs pieux sans trouver le fond solide. La couche supérieure est une tourbe légère : la tourbe devient de plus en plus compacte à mesure qu’on va plus profond; et elle est enfin dure , solide et noire. Personne ne doute qu’on ne pût tirer un grand parti de ce marais, en le cultivant; mais il faudroit que le dessèchement fût complet , avant de rien entreprendre. Ce qu’on a fait jusqu’ici pour desse'cher n’estpointsuffisant.: Un pauvre homme de Downham , nomme' Talbot, se bâtit, il y a six ans , une hutte dans dans ces marais. Cette hutte est faite de queL ques pieux , lies par des roseaux. Il s’est constamment occupe' de tirer de la tourbe , de couper des joncs , et de pêcher. Lui , sa femme , et ses quatre enfans , se sont toujours bien porte's, quoique dans l’hiver la hutte soit toute entourée d’eau, de manière qu’il y arrivoit en bateau. Depuis , l’accroissement de l’eau l’a chassé de sa demeure. Le marais e'ioit trop humide pour qu’il pût faire un jardin; mais il i C O B D A & e; l85 disoît que si l’on faisoft un certain grand fossé de dessèchement, il auroit bientôt un jardin , et une ferme aussi. Je dis cela pour montrer qu’il ne seroit pas difficile d’obtenir des pauvres, par l’attrait de la propriété', de grands efforts pour la conversion des déserts en campagnes fertiles. De la quantité de semence la plus convenable pour les differentes graines. Tiré de l’ouvrage d’ARTHUR Young intitulé : Sis Mont’s Tour. Lettre XXX. Pendant tout mou voyage, j’ai fait une grande attention à la proportion de la semence avec les produits des différentes graines ; parce que cet objet est important , non-seulement sous le rapport des récoltes, mais encore sous le point de vue politique de la consommation des grains. Je vais donner la table des quantités comparatives de froment , de seigle , d’orge, d’avoine, de pois et de fèves, que l’on emploie en semence, dans les différons endroits où j’ai fait mes observations. Je prendrai des moyennes entre les nombres de ces tables ; et j’y joindrai quelques idées sur les résultats qui me frappent.—J’appellerai pois le mélange des pois ayec les levés. t ïc'6 QUANTITÉ DE SfcMEXCE Ici l'auteur donne scs observations dans seuxantc-dix-sept endroits différens , sur les graines ci-dessus, avec les quantités semées et recueillies. "Voici les moyennes des quantités de semences employées par acre. Blé 2 bushels 1 peck | Avoine 4 busbels 1 peck. Seigle 2 bushels î peck ) Pois S bushels. Orge 3 bushels î peck j Fèves 3 bushels 3 pecks. Telles sont ( c’est l’auteur qui parle ) les quantité’» moyennes de semence employées dans cette grande «tendue de pays. Je suis un peu surpris que ces moyennes ne soient pas plus élevées : je m’étois formé l’idée d’une quantité plus considérable. 11 sera fort utile de voir quelle est la quantité la plus profitable ; et je remarquerai que le résultat, sans être abso- luipcnt décisif, fera une autorité de grand poids. La manière de cultiver , la qualité et la valeur du sol , font beaucoup sans doute ; et quelquefois ces circonstances causent des variations plus fortes que les quantités de sentences employées; mais le tableau général que je présente comprend toutes les circonstances, sans distinction : les chances de variétés de terrains de cultures , d’engrais sont également pour et contre , et n’affectent pas plus , ni moins, les semailles claires que les semailles, épaisses» x,A HÆS COXVENAïîI/e. î g j J_jn quantité de semence à répandre dans les terres est un des points les plus importuns, et ]es plus douteux de Lagriculture. Les récoltés doivent en dépendre tellement , qu’il est im-. possible que les moyennes des produits ne suivent pas dans un certain rapport les moyennes des quantités semées. Je commencerai par le ble; mais je négligerai lès noms des lieux, parce qu’au moyen des numéros le lecteur peut les retrouver en jetant les yeux sur le premier tableau. B L É. Depuis la plus petite quantité jusqu'à deux bushels, inclusivement, par acre. N. 05 Semence. Produit. N."' Semence. Produit. 4 2 i5 Bush. 4 i 2 20 busbv 5 2 20 44 2 2 l 6 2 24 45 2 3 a 7 2 25 48 2 i 5 8 2 i5 5 i 2 25 9 2 22 52 2 33 *o 2 i 5 53 2 ib r i 2 24 55 2 20 i 4 2 27 57 3 ÎO. 20 2 22 59 2 l8 20 2 17 64 2 24 24 2 21 66 2 2a 26 2 32 67 2 i 3 37 2 24 70 27 3a 2 24 71 2 3 o 34 2 20 7 3 2 25 38 2 25 7 5 2 28 % 2 20 7 6 2 28 4 a 1 20 Le psodu.il moyen est de aa bushels par acre. 188 QUANTITÉ 15 E SEMENCE Deux bushels et demi de semence par acre . N.°* Produit. N.° ! Produit. N. 05 Produit. 1 25 bush. 3 o 18 bush. 47 20 bush, 2 23 3i 27 4 9 22 3 i5 35 28 54 i4 12 20 16 65 37 19 20 42 25 74 24 22 3 o 43 16 77 20 39 32 46 20 Le produit moyen est de 23 bushels 2 peelts. Trois bushels de semence par acre . N -" 3 Produit. N."* Produit. E.° s Produit. 17 16 bush. 28 24 bush. 60 24 bush. î8 20 36 24 Gi 3 o 21 56 21 62 20 25 24 58 24 f'9 35 Le produit moyen est de a 3 bushels x peck. Comme il n’y a que deux endroits, sur les soixante-dix-sept, où la quantité’ de semence excède trois bushels , on ne peut indiquer une moyenne ; mais il est remarquable que dans l’un de ces deux endroits le produit excède de trois bushels, par acre, la moyenne des lieux où l’on répand trois bushels de semence. Le produit de 3 Bushels par acre est donc 23 x. de 2^. 22 2. de 2 . ..22. La différence entre ces nombres est peu considérable , mais il suffit pour faire conjec- LA PLUS CONVENABLE. l8g turer que les auteurs qui se récrient sur l’abus de semer trop épais, et sur le dommage qui en résultent, exagèrent les choses. Ils affirment que le cultivateur y perd infiniment : il est vrai que les quantités de deux bushels, et de deux busbels et demi par acre, donnent des résultats parfaitement égaux; il n’y a donc point d o,perte à semer deux bushels et demi, quantité qui, à en croire certains auteurs , est trop considérable ; et enfin la balance entre deux et demi et trois bushels est d’un peck en faveur de la dernière quantité , ce qui est contraire à leurs idées. Je ne prétends pas néanmoins qu’on puisse conclure définitivement de ces données. Je dis seulement que c’est une présomption, et que la question doit être décidée d’une manière expérimentale , non par des assertions hasardées qui ne prouvent rien. SEIGLE. D’un a deucc hushels 3 inclusivement, par acre* N. os Produit. N.°" ■ Produit. n: os Produit. 17 16 4i a5 55 20 22 25 43 4o 58 3o 23 20 44 27 59 20 35 28 4 9 45 64 24 37 28 53 3o 67 i3 39 28 54 20 7 3 3o Jjë produit moyen est de 26 bushels. 19° QUANTITÉ J)Jj S TM JJ NC U Deux bushels et demii N .° 3 Produit. ïL os Produit. 25 24 5i 4o 3i 24 61 35 42 4o 75 20 4G 20 ..e produit moyen est de 29 bushels. 2'rois bushels. N. M Produit. N.° s Produit. 27 24 I 62 20 36 20 j 68 32 Le produit moyen est de 24 busliels. Dans un seul endroit, 5 busliels et demi en produisent 18. Il scroit en effet étonnant qu’une si grand quantité produisît une belle re’colle. Le produit de 2 bushels par acre est donc 26. de 2 h .2a. de 3.a4. Je n’aurois pas cru , que , pour un grain si menu , deux bushels et demi eussent mieux valu que deux bushels. Il est vrai qu’il y a dans le nombre quelques endroits où l’on 11 e sème pas même deux bushels, ce qui peut contribuer à donner de l’infe’riorite' à la moyenne des deux bushels ÿ mais la différence dans les produits est si forte qu’il est extrêmement probable que deux et demi sont une quantité’ de semence plus convenable que deux. Trois bushels sont évidemment trop. XiA PLUS CONVENABLE. îgi .ORGE. Depuis un à deux bushels, inclusivement. N. os Produit, N. os Produit. 5 24 4r 32 34 32 5o 4o 35 4o 5a 45 38 4o 54 20 4o 32 55 4o Le produit moyen est de 4 quarters ( 1 ) 2 bushels 2 pecks. Deux bushels et demi. N.« Produit. N. 0 '» Produit. 37 24 5i 35 44 32 si 3o 4? 28 64 25 48 20 70 20 4 9 32 76 32 Le p roduit moyen est de 5 quarters 0 bu- sels 5 pccks. Trois bushels. N . 03 Produit. N. 0 ' Produit 4 23 43 25 16 36 46 20 17 28 5/ 24 fi 2 35 69 24 23 i5 61 3a 25 24 62 20 26 4o 67 20 3i 4o 68 3o 32 28 6 9 5o 33 9 72 4o 4a 45 Le produit moyen est de 5 quarters 4 bush. j - - - ■ -» , ^ ■ ■ ( 1 ) Voyez le tableau des poids et mesures uu l* r Vol. annexe QUANTITÉ DE SEMENCE 'Trois bushels et demi, N °' Produit. K . 05 Produit. *9 32 73 4o 24 38 7 4 25 58 28 ?5 35 Le produit moyen est de 4 quarters X busli. Quatre bushels. K» 05 Produit. N. os Produit. N. os Produit. 1 32 12 32 28 36 2 36 i4 27 2 9 4o 3 24 i5 32 3o 32 fi 24 18 32 36 28 8 28 20 28 56 4o 9 24 21 32 71 33 10 24 J 1 32 27 32 77 24 Le produit moyen est de 3 quarters 6 bu- sels 2 pecks. Quatre bushels et demi, et au-dessus. N.° s Produit. 7 4o i3 l6 5o 36 Le produit moyen est de 3 quarters 6 bu- sels 1 peck. Les produits sont donc comme suit : 2 bushels rendent 34 bushels 2 pecks. H . 32 ... . I 4. 3o ... . 2 4 ^. 3o ... . X 3 . 28 • • * • 27 ... . 3 Celte IjA PLUS CONVENABLE. ig 5 Cette proportion est si singulière qu’on ne sait guère qu’en penser. La plus petite quantité donne le plus grand produit. Il semble qu’à mesure qu’on augmente la quantité de semence ]e produit doit diminuer ; et cependant nous voyons que 2 \ 2 buslicls donnent le moins : 4 bush. donnent davantage. De 2 ^ à 5 et de 5 à 4, il y a une augmentation graduelle , mais une diminution à 4 £ et la chaîne est rompue à 2 5 à 3 2- H est inutile de raisonner sur de tels faits, qui 11e sont point susceptibles d’être expliqués. Je dois ajouter cependant que la quantité de deux bushels par acre est adoptée par d’excellens cultivateurs ; et nommément par Mr. Scroop et lord Dctrlinglon, dont les champs sont en très-bon état ; c’est d’ailleurs la quantité usitée dans d’autres terres riches. Le tallement, qui est plus considérable dans de tels terrains, donne probablement l’avantage à cette petite quantité dans la table ci-dessus. La quantité de 4 ^ Imsliels a le désavantage de de renfermer la pratique de Stamfort et de Grimsthorpe, où l’agriculture est plus misérable qu’à aucun autre endroit que j’aie visité dans ma tournée ; mais le résultat des calculs est trop étrange, pour n’êlre pas déterminé par quelque circonstance inconnue. Tome 5 . N QUANTITÉ DE SEMENCE AVOINE. Au-dessous de trois bushels. 194 N . 05 Produit. N. os Produit. 4 28 44 3o i3 16 76 Ô2 35 4o Le produit moyen est de 4 quarlcrs 1 busb. De trois à quatre bushels. N.° a Produit. N. 05 1 32 23 2 36 24 3 * 12 26 5 32 27 6 24 28 8 18 2 9 9 24 3i 10 iS 32 12 4o 33 i5 32 34 17 24 3/ 18 32 38 20 4o 39 22 55 Le produit moyen Produit. 3a 36 4o 4o 48 3a 36 16 12 24 3o 4o 4o N. M Produit. 4i 4o 45 56 47 3o 48 24 4 9 35 5o 5o 5i 4o 64 28 67 24 72 20 7 3 45 7 5 36 77 3a est de 4 quarte rs. JJf.O» Quatre bushels et demi. Produit. N. 05 Produit. 21 4o 52 45 36 3a 53 3o 4o 45 7 1 45 46 24 Le produit moyen est de 4 quarters 5 bu- sels 1 peclc. £,A fles CONVENABLE. ig5 Cinq bushels. N.°* Produit. N. os Produit. 7 36 42 45 16 4o 43 33 19 32 54 3o 2 5 3a 72 45 3o 4o 7 4 • 32 Le produit moyen est de 4 quarters 4 busli* 2 pecks. Six bushels. N. oa Produit. N. os Produit. 55 4o 59 • 5 0 56 48 61 9° 57 3o 68 4o 58 4o Le produit moyen est de 6 quarters i peck. Sept bushels. N. 05 Produit. N.°* Produit. 60 5o 65 5o 62 5o % 45 Le produit moyen est de 6 cjuarters 5 pecks. Il n’y a qu’un numéro à sept bushels et demi, on ne peut pas le faire entrer en ligne de compte. Les produits sont donc comme suit: 7 bushels rendent 48 bushels 3 pecks. 6. 48 ... . x 196 QUANTITÉ I)E SEMENCE Une autre manière de présenter les produits moyens pourra paroîlre plus claire est plus instructive. 6 et 7 busliels rendent 48 bushels 2 pecks. 4^ et 5.36. 3 . 3 et 4 ... .32. 2 . Cette gradation démontre clairement certaines choses, et en laisse d’autres douteuses. Parmi celles-ci il faut compter les distinctions entre six et sept, quatre et demi et cinq, trois et quatre. Les différences entre ces quantite's, quant au produit, sont si petites, que si l’on déduit la semence on ne saura lesquelles préférer. Il paroît aussi que les différences entre les quantités au-dessous de cinq sont si petites qu’en déduisant la semence elles reviennent à peu près au même dans le résultat. Mais la supériorité des quantités six et sept est si grande qu’il est extrêmement probable qu’il y a ici un avantage marqué. Du moins s’il n’en est pas ainsi, il faut l’attribuer à des circonstances qui n’ont aucun rapport aux recherches actuelles. Six et sept bushels par acre sont une quantité si considérable, si on la compare aux opinions reçues , et à toutes les recommandations des auteurs, que beaucoup de gens seroienl tentés de décider à l’avance que la récolte ne peut être que mauvaise , avec une telle quantité de LA rLTJS CONVENABLE. jqy semonce. Mais ici les faits parlent si liant qu’il en faut au moins inférer que les idées modernes sur le grand avantage de semer clair ne doivent pas être adoptées sans modifications. Il faudroit re'péter des expériences dans toutes sortes de terrains et de situations, et sur des portions peu considérables de terre ( afin que le sol fût exactement semblable ) , dans le but de déterminer le point important. Mais jusqu’à-ce que nous ayons quelque chose de décisif sur cet article, il faut nous contenter des autorités que la pratique commune nous fournil. POIS. Au-dessous de deux bushels. N. 08 a3 36 'ii 43 4 ; Produit. N. 08 Produit. ÎO 54 l4 16 ÎO 16 64 16 1 7 67 7 3o Le produit moyen est de 1 quarter 7 bush; Deux bushels et demi . N.° s Produit. N. 08 Produit. 2 17 3 7 16 9 20 46 24 3o 20 5i 35 l5 Le produit moyeu est de 2 quarters 4 hushcls î peck. , ig3 QUANTITE J>E SEMENCE Trois bushels. N."« Produit*. N."’ Produit» 4 3 2 4a 16 12 20 44 20 16 24 48 12 17 i4 55 20 19 20 6a i5 20 1 5 68 3o 21 i4 74 20 3a * 24 77 24 Le produit moyen est de 2 quarters 4 busb. Trois bushels et demi. JJ 0» Produit. N."* Produit. i3 16 3i 24 i5 24 58 20 24 16 7 5 3ü 29 5a Le produit moyen est de 2 quarters 7 busb Quatre bushels. N.°* Produit. N. 03 Produit. 1 20 23 17 3 17 45 3a 5 24 ^9 3a 6 20 56 25 7 20 57 i5 io 12 7 3 3o Le produit moyen est de 2 quarters 6 busb» Quatre et demi à cinq bushels. K.« : Produit. 38 3o 6 i i5 Le produit moyen est de 2 quarters 6 busbels 2 perdis. 1j a plus convenable. 199 Les produits sont donc comme suit : o\ bushels rendent 23 bushels. et 5.22 .... 2 pecks. 4 . . • ».. 23.. 20 .... 1 3 .. On peut tirer deux moyennes seulement, de la manière suivante : De 3| à 5 bushels rendent 22 bushels 2 pecks. De 2 à 3. 18 .... 1. Il y a plusieurs disproportions dans la première de ces tables. On ne sait comment établir la gradation des produits en passant d’une moindre à une plus grande quantité de semence, ou inversement. Trois l’emportent sur deux; mais deux et demi rendent plus que trois. Quatre l’emportent sur trois; quatre et demi et cinq 1 emportent sur quatre ; mais trois et demi ont l’avantage sur tout le reste. II y a des contradictions apparentes; cependant il. y -a des points de comparaison qui sont utiles. Ainsi, par exemple , trois et demi se trouvent Fort supérieurs à deux et à trois ; quatre cl demi et cinq remportent même de beaucoup sur deux. Il faut conclure que trois et demi sont la quantité la plus profitable. La seconde table proifte 200 QUANTITÉ DE SEMENCE aussi avec évidence qu’il est avantageux de semer épais. Je ne suis point surpris de cela ; car si les pois ne sont pas sarclés (et c’est le cas dans les neuf dixièmes du royaume ) il faut semer assez épais pour étouffer les mauvaises herbes. Or cela ne peut arriver que lorsque les plantes se réunissent , et que les vrilles s’entrelacent dans les branches des plantes voisines. L’ombre alors tue l’herbe. Mais, si les pois sont semés clair , îqs mauvaises plantes ont lo tems de prendre beaucoup de vigueur avant d’être affectées par la récolte. Et quant à la richesse du sol , ou à l’avantage de la vigueur d’une plante isolée contre d’autres qui se touchent, le raisonnement peut s’appliquer à la mauvaise plante , tout comme à la récolte : la fertilité du sol fait prospérer l’une tout comme l’autre. FÈVES. Deux,, et deux bushels et demi , N.? * Produit» N. 1 ” Produit» 2 aa 67 23 4 35 70 3 o 9 24 76 4a 3 o Ô2 Le produit moyen est de 3 quarters 3 busb. s pecks. LA PLUS CONVENABLE. 20 i Trois , et trois bushels et demi. N. os Produit. N. 0 ’ Produit. 19 3o 28 23 20 18 29 ' 4o 23 24 5o 3 i ai 3o 54 28 26 3 a 57 18 27 20 7 1 4o e p rodmt moyen est du 5 quarters bushels 3 pecks. Quatre, et quatre bushels et demi . N. u * Produit. N.° a Produit. N .0S Produit. 10 l 5 22 17 44 3o 11 24 3 i 18 45 3o i4 20 32 28 46 24 i5 24 35 24 4 9 22 16 20 36 16 68 36 38 18 4i 20 (î 9 3o 21 26 Le produit moyen est de 2 quarters 7 bu- sliels 1 pcck. Cinq, cinq et demi et six bushels. N.°* Produit. 7 20 25 22 37 24 42 25 N. os Produit. 56 45 56 60 61 4o Le produit moyen est de 4 quarters 1 bush. 3 pecks. Les produits sont donc comme suit : 5 et 6 bushels rendent 33 bushels 2 pecks. 3 et 3|. 27 .... 3. 202 QUANTITÉ DE SEMENCE Il y a ici une progression régulière ; mais si l’on déduit la semence, les résultats sont assez égaux depuis deux à trois et demi. De cinq à six ils ont beaucoup d’avantage ; ce qui me paroît fort extraordinaire , car il n’y a pas la même raison de semer épais pour les fèves que pour les pois. J’aurois imaginé , qu’en ajoutant encore deux bushels à la quantité de trois par acre, on auroit nui à la récolte, bien loin de l’augmenter. Les quantités de semence les plus profitables paroissent, d’après les observations ci- dessus , devoir être les suivantes : Blé 3 bushels par acre. Seigle ai. Orge 2 . Avoine 6. Pois 3j. Fèves ôj. De tous les nombres de celte table, aucun ne m’étonne d’avantage que celui de deux bushels d’orge , comme la quantité la plus avantageuse ; mais les explications que j’ai données peuvent servir à faire comprendre la chose. La quantité de semence des fèves m’étonne aussi beaucoup. Quant aux autres graines, il n’y a rien qui ne soit assez d’pccprtf avec l'expérience des meilleurs fermiers du Royaume. 2o5 Observations d’un Agriculteur du pays de Vaut!, Aux Auteurs de la Bibliothèque Britannique. Messieurs, «Je cultive depuis une quinzaine d’annees, le froment blanc , ainsi nomme dans ce pays, et touzelle blanche dans les de'partemcns méridionaux de France. Je lui donne une préférence très-dècidee sur le froment rouge ordinaire du pays. Il a le mérité , essentiel pour moi, de réussir beaucoup mieux dans les terres Ingères; il produit, à peu près, le double do celui-ci, donne une larme et un pain superbe. Mais il a le grand defaut , commun au reste , a" presque toutes les plantes qui ne sont point naturalisées dans notre climat , de de’generer facilement ; il a aussi celui d’être porte' par des tiges foibles , et de verser plus aisément que l’autre , enfin d’ètre plus sujet à germer, s’il survient des pluies , pendant la moisson ; mais surtout à la nielle connue ici sous le non» de charbon (i). (i) J’ai recueilli celte anuée, dans une luzcmicre ao4 C O 5 Pi E S P O N II A N C E. )> Ces particularités vous sont sans doute déjà connues, Messieurs , instruits comme vos notes prouvent que vous l’êtes, non-seulement dans la théorie, mais encore dans la pratique de notre agriculture. Cependant, jose croire que vous n’avez pas êtë à porte'e de faire une observation relative à la nielle, ou carie, observation qui , si je ne me trompe , pourroit devenir très-utile, et dont je viens vous rendre Compte. )) Quoique attache , comme je l’ai dit, au froment blanc , pour ses excellentes qualités , j’avois le chagrin, de me trouver, en quelque sorte , force à y renoncer à cause de sa malheureuse disposition à la nielle. Toutefois, j’avois entendu parler de diverses préparations de 4 arpens rompue, et déjà affaiblie par une forte récolte d’avoine en 1807 , une récolte cte touzelle prodigieuse en gerbes, mais qui a été versée à plat par les orages pendant la floraison. Celte récolte est presque toute battue. Je m’attendois à un grain retrait et léger. Il est au contraire plain et pesant, et sa quantité est telle que jusqu’ici ce champ a rendu à raison de onze et un quart pour un. Ce résultat étonne beaucoup les domestiques et journaliers qui battent ce blé, tout nouveau pour eux : ils s’attendoient que chaque gerbe ne rendroitque peu de froment mal nodrri. La touzelle a l’inconvénient de ne se pas vendre aussi aisément que le blé du pays. ( Septembre 1808.) CORllïSPONDANCI, 2 o5 des semences , pour prévenir cet accident. Je * n ie décidai à en faire l’essai; mais un essai qui pût servir de base à mes operations pour la suite. Je destinai à cette expérience environ demi-pose de terrain. Ce terrain fut divise très- exactement en trente parties. Chacune de ces parties reçut la semence que je distribuai avec une exactitude scrupuleuse , soit pour la quantité' , soit quant à la séparation parfaite. Mon froment avoit été horriblement nielle , cette année-là. C’est de ce blé que je pris pour mes essais , après l’avoir lave convenablement. La matière principale de ces préparations étoit la chaux, disposée de différentes manières. Elle étoit melée avec différens égouts de fumier de basse-cour, avec du fumier de pigeons, du fumier de cochons; elle enlroit dans différentes combinaisons de cendres avec du sel,' avec du fumier , etc. — El pour servir de pièces de comparaison , j’avois réservé deux divisions qui îeçurcrilla même quantité' des mêmes semences lavees, mais sans aucune préparation. Le tout fut semé , presqu’à la même heure , en terre convenablementhumide, vers le 10 Septembre, c’esl-a-dire environ i5 jours ou 3 semaines avant l’epoque ordinaire oit l’on sème dans notre district. Ce fut un hasard très-heureux pour moi, que celte prématuration. Je la dus à ce que je 206 CORRESPONDANCE, me trouvois libre alors, que je prevoyois do ne point l’être plus tard , et rjue cependant il importoit de lie confier qu’à moi seul, toutes mes petites expériences. » Tous mes essais levèrent très-bien etetoient d'une grande force , à la fin de l’automne , excepte’, i . 9 ceux qui êtoient prépares avec de la chaux vive et où elle dominoit; 2. 0 les deux qui n’avoient pas reçu de pre’paration : mais ceux-ci néanmoins surpassoient de beaucoup les précédens en vigueur. Il n]est pas inutile d’observer que le tems qui avoit succédé immédiatement à ma semaille avoit été très-beau. )) Je semai, cette même année-là, mais au commencement d’Octobrc , et ensuite vers le milieu du mois, un champ de plusieurs poses, du même froment dont j’avois pris pour mon expérience , et également lavé. Cette semaille fut accompagnée de pluies longues et froides. » Au printems suivant, je remarquai que les parues où les semences avoient etc préparées avec la chaux étoient, en proportion de la chaux qu’ils avoient reçue , moindre que tous les autres ; et même la division où.j’avois mis la graine préparée avec de la chaux vive ne portoit presque plus de plantes. Je remarqué encore , et avec une sorte de chagrin, que les deux divisions qui porloient les semences non- CORRESPONDANCE. 2C>7 préparées, pour pièces <îe comparaison, étoient plus belles que toutes les autres. C’e'toit l’époque où le blé avoit lallé. » Ma is quel ne fut pas mon e'tonnement, et je pourrois presque dire, ma joie, à la moisson ! Dans tous mes essais , il ne se trouva pas un seul epi niellé. — Les essais non-préparcs me donnèrent plus de blé que les mieux réussis des autres. Le froment de ma récolte en grand fut, au contraire, horriblement maltraité de la carie. » Reprenant ensuite toutes les circonstances de mes essais et de mes semailles , il me fut aisé de conjecturer que la différence si considérable entre les deux résultats ne venoit point des préparations faites aux semences , mais de la saison où mes essais avoient été semés, et du tems qui avoit régné immédiatement après l’une et l’autre semaille. Il y avoit de quoi fonder mes conjectures ; toutefois , il y avoit encore quelques degrés de là jusqu’à l’évidence. Je résolus d’arriver à celle-ci, s’il éloil possible. J’avois disposé du terrain pour semer de la luzerne pure à la fin d’Août. Ce terrain me parut propre au nouvel essai, d’autant plus , que quelques plantes de blé pourraient servir à garantir la luzerne des rigueurs de l’hiver. « Je pris, à dessein, du froment bien carie’, que je ue laYai point, auquel je ne fis subir ao8 CORRESPONDANCE. 1 aucune préparation. Je le semai sur une partie de mon terrain , au commencement de Septembre , on même tems que je semai l’autre partie, du même blê, mais lavé, et sans autre préparation. J’eus néanmoins , la précaution de semer plus épais que je n’aurois fait sans la circonstance de la carie qu’il étoit naturel de supposer avoir détruit le germe d’un grand nombre de grains. )) Mon blé devint beaucoup trop fort déjà en automne. Il est vrai que, comme je l’ai dit, le terrain a voit été disposé à recevoir de la luzerne. Au printems , il se trouva très-fort encore. Vous jugez , Messieurs, par l’intérêt que j’y mettois, que j’élois là, presque à examiner les épis , à mesure qu’ils paroissoient. Je n’en sus apercevoir aucun , ni avant la moisson, ni pendant la moisson, qui fût attaqué de la nielle. A la vérité, il étoit complètement versé. Les pluies survinrent pendant la récolte, et il fut entièrement germé , ou ce que nous appelons moucheté dans le pays. Il seroit diffi- ede de trouver du Lie de plus mauvaise qualité que celui-là ; mais je n’y découvris, dans l’une ni dans l’autre partie, aucun épi niellé. ]) Malgré l’accident de la germination , je crus avoir atteint le degré de certitude qui inG suffisoit. Je bornai là mes essais en ce genre. Dès c O U B- ESÎONBANCÏ, 209 J)ès-Iors , j’ai serae , de bonne heure , cette espèce de froment, et en terre suffisamment amendée. Je continue de semer de même , depuis une douzaine d’années , et j’ai la satisfaction de ne plus récolter du blé niellé, ou, si cela est arrivé , c’est en quantité si petite, qu’elle ne sauroit faire sensation. Cette expérience si souvent réitérée, et que. je vous affirme en toute intégrité , vaut bien, je pense, line suite d’autres petits essais que j’aurois pu continuer. « Voilà , Messieurs, des résultats bien diffé- rens de ceux publiés par Mr. Wimpey, et que vous avez insérés dans votre N.° 54 , sur les causes de lamelle, ou carie (1). D’après les observations que j’ai l’honneur de vous communiquer , ne serois-je point autorisé à croire que cet accident doit être moins attribué au vice des semences, ou au tems qui règne durant la floraison, qu’à l’époque tardive des semailles, et aux pluies froides qui leur succèdent immédiatement. Si mes petne S expériences sur cet objet méritent quelque conside'r.üon auprès de vous, vous voudrez bien, sans doiUe ? cliei - cher à expliquer la cause de cette différence de ( 1 ) V. le III* vol., p. 245 et suivantes de celte nouvelle édition. Tome 5, O 2 ] O CORRESPONDANCE. résultat. Pour moi , je suis trop ignorant pour me flatter de le faire d’une manière satisfaisante. w II résulté de plus de l’essai que j’ai fait avec du froment extrêmement carie qui, sans avoir été soumis à aucune correction , pas même du lavage, n’a produit aucun cpi carie, que ce viée ne se propage point, au contraire de ce que dit encore Mr. Wimpey. Il est vrai cependant, que je n’ai pas réitère’ l’essai, et que le résultat à cet e'gard pourroit être attribué à quelque circonstance qui auroit échappé à toute mon exactitude , et vous savez, Messieurs, que le plus habile ne peut espérer de les saisir toutes ; mais il est plus vrai encore que, malgré la probabilité que je crois avoir obtenue sur ce point, je ne hasarderois jamais de semer du blé entaché de ce vice, tant que je pourrois m’en procurer qui en seroit exempt. » Nous remercions l’auteur des observations ci-dessus. Ses expériences paroissent avoir été faites avec soin ; et elles annoncent un esprit sage, et la connoissance des détails. Leurs résultats sont en opposition apparente avec ceux des expériences de Mr. Wimpey dont nous avons rendu compte. Il ne faut par tt0 P s’en •eGïîESPOHD ANCE, 211 ■étonner. II y a certaines parties de la science de l’agriculture dans lesquelles l’observateur trouve à chaque pas de nouveaux mystères : ce qui tient à l’influence des semailles sur les récoltes, n’est point encore suffisamment éclairci, et ne le sera peut-être jamais d’une manière, complète et satisfaisante. Dans la carrière des expériences, les esprits sages se distinguent par le doute , et dans la pratique ils se conduisent d’après les probabilités bien calculées. Les cultivateurs qui, comme nous , employent depuis plus de vingt ans le eliaulage pour les semences sans avoir jamais recueilli de blé carié , et •qui voyent tous les ans la maladie de la carie •chez leurs voisins, sont fondés à croire que celte préparation n’e£t pas inutile. On conuoîi, sur cette matière , les beaux travaux de Mr. Tillet, et de tant d’autres agriculteurs de mérite. On sait que l’abbé Rozier, en parlant des lessives préparatoires pour les semences , dit (( que leur efficacité est confirmée par l’expé- » rience de tous les jours et de tons les lieux. » Cependant il peut y avoir des causes conco- ■mitantes qui contrarient, ou affoiblissent, les bons effets qu’on ne peut guères refuser à la chaux. II y a toujours à gagner à rassembler des faits, mais il importe beaucoup à l’avance^ ment de l’art de ne pas se bâter de conclure, pour établir des principes exclusifs. 212 CORRESPONDANCE. C’est une opinion reçue parmi nos vieux cultivateurs , que l’on a moins de chances de carie en semant le plus tôt quel’on peutdans la saison; mais ceux-là même qui sont persuades de l’efficace de la précaution des semailles hâtives , ne peuvent pas toujours l’employer; parce que dans une grande exploitation , on ne peut pas expédier les labours à volonté ; parce que les sécheresses ou les pluies peuvent contrarier les ouvrages ; parce que la rareté des foins peut engager à rompre les trèfles tard ; parce que dans certaines terres les blés trop avancés en automne languissent ensuite au printems ; et par beaucoup d’autres raisons encore dont l’énumération seroit de trop pour les habiles, et inutile aux ignorans. JNous allons donner , en confirmation des idées de notre correspondant du Pays de Vaud , l’extrait d’une lettre d’un bon cultivateur de notre voisinage que nous venons de recevoir. « Je vais vous faire part d’un fait qui n’est peut-être point nouveau , mais qui l’est pour moi; et je suis curieux de savoir si vous en lirez la même conclusion que j’en tire : c’est que les semailles tardives ne conviennent pas à notre pays , ou à notre canton. Un ancien domestique m’avoit dit souvent qu’il avoit presque toujours vu les blés semés tard réussir moins CORKESÏONDANCE, 213 bien que les autres : ce 'qu’il attribuent en partie à la carie , ou nielle , dont ils étoient attaques. L’année dernière, presque tous mes champs furent semes dans la première quinzaine de Septembre. Le blè de semence avoit été soigneusement lavé à l’eau simple , parce qu’au sortir de la grange il oiïroit quelques traces de carie , et étoit ce qu’on appelle légèrement moucheté. J’ai eu, à la moisson , trois ou quatre de ces champs , premiers seme’s , remarquablement beaux et au rapport des ouvriers comme d’après ma propre inspection , on n’y npercevoit aucun épi carie'. Un seul a do rme' une mauvaise récolte , remplie „d’épis dont le grain étoit retrait, et avec un assez grand nombre d’épis cariés. Il avoit été semé le 21 Septembre. J’essayai aussi de semer le 3o Octobre sur une portion de pré rompu l’iiiver précédent, et qui avoit donne' une récolte de pommes de terres , racines d’abondance , et raves. La semence fut exactement la même que celle employée sur les autres champs, et répandue fort clair. Ce blé fut pris par les mauvais terns et le froid avant d’être levé; mais quelques jours chauds le firent pousser , et au priutems , quoiqu’il fût clair , il s’étoit cependant bien raccommodé. Ce ne fut que lorsqu’il eut épié que je m’aperçus qu’il 214 correspondance. etoit rempli d’épis cariés. Ils se sont déve'- loppés de mieux en mieux jusqu’à la moisson r et je ne crois pas exagérer en en faisant monter le nombre à la sixième partie du toùt (1). » (1) Mr. Benedict Prévost de Montauban a fait tin beau travail sur la maladie de la carie. U croit que la carie n’est qu’une plante parasite de la famille des cryptogames ; et il a réussi à prévenir cet accident par le lavage- dans une dissolution de sulfate de cuivre (vitriol bleu), dont la préparation est faite et peu coule use-(Septembre 1808.} Culture des Grains en Angleterre. D’après les premiers rapports au Département. {Annules d'Arthur Young. ) ILes traités qui ont été publiés en dernier lieu embrassent la totalité de l’économie rurale sous un très-petit volume , et ne contiennent par conséquent pas les détails de la culture. La simple énumération des circonstances importantes depuis la préparation du sol, jusqu’à la vente des grains , suiïiroit à remplir de gros volumes. Voici les objets qui méritent le plus d’attention : r. Les labours préparatoires. 2 . Le tems des semailles. 5. La quantité des semences. 4. La préparation des semences. 5. La culture pendant la vége'talion. b. La moisson. r j. Le produit. 8. La pailled Sous ces différons chefs , je ne classerai que ceux d’entre les détails contenus dans les rapports qui méritent véritablement attention ; car j par exemple , dire que dans telle ou telle CULTURE 2l6 province on sème l’orge en avril et le blè en Octobre , ce n’est pas donner une information qui soit d’aucun interet; je n’en veux ici qu’à la substance, à l’essentiel, et non à l’accessoire. I. Labours préparatoires. Dorset. Les jachères sont souvent remplies de chiendent, de chardons et d’autres mauvaises plantes ; et on ne fait aucune attention à la propreté du travail. Kent. Isle de Thanet. On laboure à cinq ou six pouces les chaumes , aussitôt que les gerbes sont voiturées. On donne également ce labour profond aux chaumes d’orge, lorsqu’ils ne por* lent pas du trèfle. Aussitôt après la récolte des fèves, on nettoie le terrain avec un soc large et plat ; on herse ; on brûle les mauvaises plantes, puis on laboure pour du blé. Lorsque l’orge succède au blé , on donne trois labours au primeras; mais lorsque l’orge vient après une jachère, on ne donne qu’un labour de printems. Observations. La méthode indiquée dans le rapport , de nettoyer les terres qui ont donné des fèves ou des pois, avec un certain instrument qui enlève le chaume et. les mauvaises plantes., est une des plus remarquables et des jneilleures v DES OR A IMS. 217 pratiques de l’agriculture angloise. Elle mente d'être examinée avec soin, et imitée partout. Korfoli. Autrefois on rompoit les vieux trèfles pour le ble' lorsque la première pousse du prin- tems de la seconde année avoit été mangée sur place ; mais à présent on ne rompt guères les trèfles avant le premier d’Août. La meilleure manière est d’écroûter légèrement la surface par un demi-labour donné en travers des sillons , renversant la croûte du terrain sur les parties non labourées ; puis, lorsque le gazon retourné est desséché , de herser dans le sens des sillons , et labourer dans le même sens à la profondeur convenable. Observations. Il faudroit examiner avec beaucoup de soin jusqu’à quel point l’usage de planter le blé rend inutile ce premier demi-labour , comme aussi il faudroit savoir si fort n’a pas essayé de planter le blé après d’autres prés artificiels qui puissent durer à la volonté du fermier. JVilts. Eu préparant le terrain pour le blé, à la seconde année des trèfles, on écroûtc 4 demi, avec la charrue, diagonalement, ou en travers des sillons. On laisse la terre dans cet état pendant plusieurs mois ; puis lorsqu’on veut semer, on laboure après avoir hersé. CULTURE aiB C’est au reste la méthode des fermiers paresseux, et c’est étonnant combien elle est genc'- ralemerit pratiquée. Observations. Ainsi la même pratique lout'e en Norfolk est condamne’e en "Wiltshire. Il faudroit chercher quelles plantes de près artificiels on pourroit trouver qui n’auroient pas besoin de ce labour préparatoire (1). Glocester. Sur les bonnes terres sèches, on laboure de deux à six semaines avant de semer. Si le champ se recouvre de mauvaises plantes, on croit que c’est tant mieux : on sème là des- (i) À quoi peut servir ce demi-labour donné plusieurs mois avant le moment des semailles, et qui prive, par conséquent, le fermier de la seconde coupe du trèfle, souvent aussi abondante que la première. Lorsque le trèfle est beau (condition indispensable), on esi aussi assuré de la réussite du froment, en rompant le pré artificiel après la seconde coupe, c’est-à-dire du i5 août au t5 septembre, qu’on peut l’être lorsqu’on a bien fumé sa terre, et qu’on l’a préparée par trois labours. Le trèfle, dans notre méthode, fait donc gagner deux labours et deux récoltes de foin : c’est un beau secret, mais il ne faut pas en abuser. Si l’on y revient trop souvent, ou clans une [terre qui n’est pas en bon état, le trèfle manque, et le blé après lui. DES O R. A I N S. 2Î3 sus, ct on enlcrre I e blé à la herse en tems humide, en sorte que les mauvaises plantes sont retardées par l’opération de cet instrument. Bedford. Les terres argileuses ont été , depuis plusieurs années , relevées en sillons, tellement qu’un espace de six ou sept pieds , sur le haut des sillons , est la seule parue qui rapporte quelque chose ; tout le reste se change en réservoirs d’eau. Sommerset. Dans la vallée de Taunton, on prend grand soin , dans les semailles, de briser les molles , pour bien recouvrir la semence , et de donner un talus uniforme aux sillons afin que l’eau s’écoule. Stafford. On se trouve bien de rompre les chaumes de blé en automne , et de semer de l’orge au printems , sans relabourer, mais seu-; îement en enterrant à la herse. II. Tems des semailles. Berkshire. 11 y a quelques personnes qui senient leurs blés dès la première semaine d’août, et leurs turneps en mai. Kent. Isle de Thanet. On sème Forge après une jachère , dans la première semaine sèche d« Février ou de Mars. Glocester. Sur les collines de Cottesvvold, en sème le blé dès qu’il tombe assez de pluie en Août pour pénétrer le terrain. 220 C U I T U II E Chester. 0» sème d’ordinaire l’orge au commencement de Mai. "York (Arrondissement du Nord. ( On a d’excellentes récoltes de blé après les turneps , lors même qu’on sème ce blé en Avril. Stafford. On sème rarement l’orge avant le mois de Mai. Observations. C’est un fait remarquable que le ble' se sème depuis le mois d’Aout jusqu’au mois d’Av ri J. Octobre est le mois où il s’en sème le plus en Angleterre. On n’a pas fait jusqu’ici d’cxpe'- ricnces comparatives, pour s’assurer si, et dans quel cas, une semaille beaucoup plus hâtive est préférable. On trouveroit, je crois, que s’il pleut en Septembre, il faut en profiter pour mettre autant de blé en terre que cela est possible. Février et Mai sont aussi les deux extrêmes, pour l’orge. Tout dépend des labours ; si l’on en donne trois au printems , il est impossible de semer de bonne heure ; mais sur une jachère , ou terre préparée avant l’hiver , le plus tôt est probablement le mieux. III. Quantité des semences. E>orset. Blé , deux bushels et demi l’acre» DES CRAINS. 221 Surrey. Blé, deux bushels et demi, mais quelquefois quatre et demi5 orge trois} avoine cinq. Berkshire. Ble , trois bushels; orge quatre; avoine cinq et demi ; fèves ou pois , trois et demi. Isle de Thanet. Orge , trois bushels au semoir , ! quatre à la volée ; blé à la volée , trois bushels. Suffolk. On plante de six à sept pecks de ble' par acre. On sème à la volée deux bushels et demi. Sussex. Blé trois bushels et demi dans les terres fortes : dans les terres légères deux bushels et cinq d’orge : sur les pâturages secs rompus , trois à quatre bushels de blé ; six d’orge , cinq de pois, trois de vcsces : dans les riches vallées, deux et demi de blé , trois et demi d’orge , quatre de pois. DTiddlesex . Blé trois bushels , orge quatre et demi, avoine cinq; feves au semoir, quatre et demi, pois trois et demi. TFUts. Blé , quatre bushels , orge cinq et demi et six, avoine de six et demi à huit bushels. Hampshire. Blé de deux et demi à trois bushels , orge quatre : sur les hauteurs, le blé trois et demi ou quatre bushels, avoine six orge quatre et demi : dans l’île de Whigt, de •222 C U Jj T V R E blé deux et demi, l’avoine quatre et demi, î’orge quatre bushels par acre. Rutland. Ble deux bushels , orge deux et demi, pois trois , avoine quatre, fèves trois. Leicester. Avoine six bushels , ble trois. Glocester. Orge trois bushels, avoine quatre, pois cinq. JVçstmoreland. Avoine sept et demi ou huit bushels pour un acre qui est au siatute acre , comme onze à huit, orge quatre , seigle deux et demi. Cumberland. Ble’ deux bushels et demi , orge et avoine deux et demi, avoine de Frise de quatre à six. York (Arrondissement du Nord). Ble' de cinq à douze pecks , seigle depuis un bushel à cinq pecks; orge dix pecks, avoine quatre bushels, avoine de Frise de quatre à cinq, avoine deTartarie de cinq à six : dans les marais, entre six et huit bushels d’avoine , fèves quatre , pois trois bushels. Brecknock . Ble' quatorze ou quinze gallons, orge vingt-cinq à trente, avoine vingt-quatre à vingt-neuf gallons, pois de vingt-deux à trente. Northumberland. Ble deux bushels et demi, seigle deux et demi, orge deux ou deux et demi, avoine de Pologne sept à huit, avoine DES C- R A I N S. 225 de Hollande six , avoine commune cinq, fèves deux et demi, pois trois. Sommersot. Valide de Taunton. Fèves à la volée cinq bushels, blé cinq , pois quatre, avoine cinq ,, orge trois et demi. Radnor. Blé quatorze à dix-sept gallons, orge vingt-cinq à trente, avoine vingt-quatre à trente , pois vingt-deux à trente. Northampton. Blé trois bushels, fèves cinq, avoine cinq et demi, orge quatre et demi à cinq. Stafford. Ble deux bushels, orge trois, avoine quatre et demi, pois trois, fèves quatre. Herlfort. Ble deux un quart, forge quatre, avoine quatre, en terre forte ; blé en terre légère deux et demi à trois, avoine et orge cinq. Préparation des semences. Kent. Isle de Thanel. On fait tremper le ble de cinq à douze heures dans de l’eau salée, puis on y met de la chaux éteinte. Sussex. On le trempe douze heures dans l’eau de mer, et on le sèche avec de la chaux. TKilts. Plusieurs lerrniers trempent leur orge, avant de la semer. Ilampshire. On trempe le blé dans de Peau salée pendant douze heures, puis on le sèche avec de la chaux. Stafford. On use de la même préparation 224 CULTURE très-généralement, et son efficace est prouvée par l’expérience $ elle prévient décidément la carie. On dissout assez de sel dans l’eau pour qu’elle puisse porter un oeuf : on y remue le blé, on écume, puis on dessèche le blé avec de la chaux. Culture pendant la végétation. Tous les détails qu’on trouve dans les rapports , sur la culture du blé pendant sa végétation , ne méritent pas d’être remarqués ; mais le fait suivant vaut la peine de l’être. Dorset. La houe n’est employée pour aucune récolte quelconque. Kent. Isle de Thanet. Dès que les fèves sortent de terre on les cultive avec la houe à cheval, puis on les herse en travers des sillons. Dès qu’elles sont rétablies de cette opération, on les houe à la main avec un hoyau de cinq pouces de large : il en coûte trois shellings par acre. On répète cette culture au commencement de Juin, à raison de quatre shellings et demi l’acre ; enfin on butte les plantes. Observations. 11 paroît par d’autres détails dans le reste du rapport, que la culture des fèves, en Kent, est poussée à un point de perfection, et soignée I> JE S G- R. A I N S . 225 g ne ' e à un degré qui n’a rien d’égal dans le. res te du royaume. On les tient aussi complet- tentent exemptes de mauvaises herbes qu’il soit possible. Si les cultures ci-dessus décrites ne suffisent pas t on en donné d’autres : les bons cultivateurs n’épargnent rien pottr obtenir la propreté rigoureuse 5 c’est là qu’il faut étudier celle agriculture. Sujfolk. On plante le blé et rie le sarcle que rarement, ce n’est guères que lorsqu’on ne met qu’une rangée sur la bande de gazon, et cela n’est pas l'ordinaire* Hampshire. Dans l’isle de Wight, on plante les fèves et on ne les houe pas. Yï. Moisson. Norfolk. On recueille les graines avec beaucoup de négligence: on n’y emploie ni femmes mi enfans. 13 n homme moissonne dans la saison, dix ou douze acres en forte terre , et quinze à seize en terres légères : on commence environ, quinze jours trop tard à moissonner. On ne râtèle point l’orge que lorsque le champ est débarrassé ; il en résulte de la perte et des saletés dans l’orge : on lait fort mal les meules, surtout celles de blé. /fl.Ils. Quoique les fermiers entendent extrêmement bien la fabrication des meules, ils Tome 5. P CULTURE 226 aiment trop engranger leurs blés ; il en résulte que le grain est moins lisse et moins sec. Dans les saisons où le tems est mal assure , les granges sont commodes ; mais, en general, elles sont plus coûteuses au maître qu’avantageuses au Fermier. Les planchers des granges sont faits avec des planches de sapin de deux pouces d’épais. Cornwall. Près du cap Lézard , on a semé et recueilli mûre de l’orge en neuf semaines. Lorsque le tems est mal assuré , on fait des petites meules de douze pieds dans les champs; puis on les transporte à loisir dans les granges.; Cumberland. On coupe tous les grains à la faucille. On lie les gerbes de blé près du bas de la tige, et les gerbes de grains de printems, près de l’épi. On dispose ces petites gerbes debout , en cônes sur le terrain ; et lorsqu’elles sont sèches , on les lie à l’autre bout pour les charier. York ( Arrondissement du Nord). Lorsque l’orge et l’avoine sont exemptes de mauvaises herbes, on les fauche en dedans. Chaque faucheur est suivi d’une femme qui arrange les javelles. On bat l’avoine dans les champs , sur des draps; mais cela fait perdre beaucoup de paille , et le grain n’est pas net. Le meilleur gruau se fait ayec l’avoine nouvelle. nias G ù A t s s, 227 P embraie. On lie le blé en grosses javelles. On en tait, sur le champ même , des las d’un char, et on les transporte ensuite à loisir. "VII. Produit. Ceci est un point important, et on trouve beaucoup de choses, à cet egard, dans les rapports. Connoitre le produit moyen des diverses sortes de grains, dans certaines situations et terres données, et avec une culture déterminée , est indispensable pour porter l’agriculture pratique à sa perfection. Sous le point de vue politique, cette connoissance n’est pas moins importante. Le bien-être de la communauté dépend de ce produit 3 la prospérité nationale s’élève et s’abaisse avec lui. Il faut observer qu’il est très-difficile de réduire tout à un produit moyen , lorsque les rapports ne l'ont pas fait, et qu’ils donnent les produits de divers districts , dont la fertilité diffère ; car souvent il ne s’agit pas de tous les districts d’un comté : il ne s’agit donc, dans ce cas , que d’approximation, Dorset. Blé , vingt bushels par acre ; orge trente 3 fèves et avoine vingt-huit. Observations. Cette moyenne de vingt bushels de produit, 228 DES GRAIN S.’ pour le blé, dans une province qui n’est pas naturellement stérile , puisque les champs s’afferment de 10 à 20 shellings l’acre , est beaucoup au dessous de ce que donneroit une bonne culture , et semble prouver que le Dorset-sbire est susceptible d’ameliorations considérables dans son système agricole. Le ble' est ordinairement semé sur une jachère. L’orge qui suit le blé, et donne trente bushels , offre un produit considérable. Les fèves et l’avoine, succédant à deux récoltes de grains , donnent aussi étonnamment. Il faudroit, pour expliquer cela, connoître des circonstances que nous ignorons. Surrey. Blé vingt-trois busliels; orge trente; avoine trente-six. Norfolk. Quelques parties des terres plates ou ci-devant marais , rendent jusqu’à six quar- ters de blé et dix d’avoine par acre ; mais dans les parties les plus légères du comté , le fermier est content lorsqu’il obtient deux quarters de blé et trois d’orge. La moyenne générale du comté est trois quarters (vingt-quatre bushels) de blé et quatre quarters d’orge. Suffolk. Dans les bonnes terres de l 5 shellings de rente , le blé rend trois quarters, l’orge quatre B BS f> R A IX S. 22 () quarters, les turneps 2 liv. sterl. 5 le trèfle 2 liv. 5 shell. stevl. Dans les terres argileuses et humides de i 5 shell. de rente , le blé rend de deux quarters six bushels à trois quarters; l’orge trois et demi , le trèfle 2 liv. sterl. Sur les sables de 5 shell. de rente , l’orge rond deux quarters et demi, le seigle un et demi, les turneps 1 liv. 4 shell. , le trèfle 1 liv. sterl. Sussex. Dans la plaine, le blé rend vingt-un bushels, l’orge vingt-deux, l’avoine trente-un, les pois vingt. Dans les fermes sur les hauteurs et les défrichemens (clown farms ), le blé rend de vingt-six à trente-deux bushels, l’orge vingt-quatre , les pois trente. Dans les vallées grasses , le blé rend de trente-deux à quarante-quatre bushels, l’orge entre cinq et six quarters; les pois quatre quarters. Middlesex. Le blé , trois quarters et demi , l’orge quatre et. demi à cinq, l’avoine de même, les leves trois et demi à 4 , les pois de même. Il'ilts. Down farms , blé vingt-deux bu~ shels , orge vingt-huit , avoine trente-six. liants. Blétrente-deux bushels, orgetrente- deux ; sur les hauteurs, blé seize, orge vingt- deux, avoine vingt-quatre : dansl’île de Wight, blé vingt-neuf à trente bushels, avoine de trente-huit à quarante, orge trente, pois >ingt-hiût, fèves de vingt-quatre à trente-deux. C U L T U a E ?5o Cambridge. Les hauteurs produisent pour moyenne vingt-trois bushels de blé, vingt de seigle , trente-six d’orge , vingt-six d’avoine, dix-huit de pois , dix-sept de fèves. Ruiland, Sur les terrains rouges enclos, quatrequarters de ble', quatre et demi d’orge, huit d’avoine , trois et demi de pois , cinq de fèves; dans les terres crayeuses , trois quarters de ble, trois et demi d’orge, quatre et demi d’avoine , deux et demi de pois. T^cirwick. Sur les bonnes terres le'gères et substantielles, ble trois quarters, orge cinq, avoine quarante-cinq bushels, pois trente : dans les bonnes terres fortes, ble vingt-huit bushels , fèves trente-cinq , orge trente , avoine quarante : dans les sables maigres, orge vingt- quatre bushels, avoine vingt-huit, seigle vingt- quatre, fèves dix-huit, ble' seize : dans les champs ouverts , blè vingt ; orge, avoine et fèves vingt-quatre. Leicester. La meilleure culture produit trente bushels de blé , quarante d’orge et cinquante d’avoine ; la seconde culture donne vingt-cinq de blé, trente-cinq d’orge et quarante d’avoine; la culture la moins soignée donne vingt bushels de blé , vingt-six d’orge et trente d’avoine. Glocester. L’orge , l’avoine et les pots rendent vingt, quatre bushels. DES G-RAINS. a3i Cornwall. Dans les terres riches et Lien fu- rne'es, on a recueilli jusqu’à quatre-vingt-dix bushels, par acre; soixante-dix à quatre-vingts n’cst pas rare : le ble va de vingt-cinq à trente- cinq bushels ; dans les terres négligées, l’orge rend de trente à quarante-cinq bushels. jyest-Moreland. Avoine , sur les près rompus , soixante bushels sur un acre qui est au siatute acre comme il à 8. L’orge cinquante bushels, le seigle trente. Cumberland. Ble de seize à trente bushels, orge et avoine trente-six. Durham. Sur les bonnes terres, ble de vingt à trente bushels , mauvaises terres dix à vingt ; orge trente à quarante, avoine trente, fèves quatorze à vingt, pois huit à douze. York (Arrondissement duNord). Huit quar- ters d’avoine n’est pas rare ; on en voit jusqu à douze par acre. Ou a vu recueillir pendant plusieurs années de suite, quatre-vingts bushels d’avoine, par acre. York (Arrondissement de l’Ouest). Entre Doncaster et Ferry-bridge, sur des terres de l5 à 24 shellings de rente, les bons fermiers recueillent de vingt-sept à trente bushels de ble, quarante-quatre d’orge , soixante-dix d’avoine , trente de fèves. Les petits fermiers et les mauvais cultivateurs qui tiennent les trois CULTURE quarts du pays , recueillent vingt bushels de Lie, trente d’orge, quarante-huit d’avoine et vingt de fèves. Nortkumberland. Ble’ vingt à trente bushels, seigle de même, orge trente à cinquante, avoine commune vingt à quarante, avoine de Pologne et de Hollande quarante à soixante , fèves vingt, pois vingt à trente. Sammerset. Dans les terrains nouvellement enclos , ble’ trente bushels , orge quarante , avoine cinquante, fèves trente à quarante : sur les mauvaises terres de 5 à 6 shellings de rente,’ le ble rend douze bushels, l’avoine seize à vingt sur les de'frichemens de Mendip- bdl , apres avoir chaude les terres , le hlè rend vingt à trente bushels , l’orge quarante à cinquante , l’avoine de quarante à soixante : dans des marais salans dessèches , paroisse de Mark, un champ qui avoit donné dix-neuf récoltes de blé, sans interruption, rendit cinquante bushels par acre. La moyenne des dix-neuf ans esttrente-ciuq bushels. Dans la vallée deTaun- icm le blé et les fèves rendent vingt-cinq à trente bushels. Northampton. Blé trente-six bushels. Dans les champs ouverts, fèves et pois quatorze bushels, vingt dans les enclos, avoine trente-? six 5 orge trente-quatre. DES GRAINS. 233 Hereford. Blë vingt-deux bushels; orge trente-sept 5 pois et fèves trente-cinq. Stafford. Blé vingt-cinq; orge trente; avoine trente-cinq. ffforcester. Ble' quinze bushels; orge trente- cinq; avoine trente-cinq; fèves trente-cinq. Pailles. Il n’y a rien dans le ménagement des pailles qui mérite attention, si ce n’est un usage du Sommerset-shire. On ne bat pas la paille, dans cette province. On coupe les e'pis, et on forme de la paille des gerbes ou faisceaux très serrés, qui ont 6 pieds de circonférence. Il en coûte 4 den. par gerbe , y compris l’opération de battre les épis. Un acre de bon blé donne trois douzaines de gerbes de paille qui se vendent 8 shel. 6 den. la douzaine. La paille est mieux conservée, et plus propre à couvrir les toits, Culture des Fèves et du Blé, par le Duc Grafton. 20 août 1799. iTE suis parvenu à la huitième année d’une expérience commencée à votre recommandation. Il me semble que c’est le moment de vous en communiquer le résultat. L’objet de mon expérience étoit de savoir si les terres des champs communs de Nor- thampton-shire , pourvoient porter tous les ans alternativement ries récoltes de blé et de fèves , en leur donnant, comme c’est l’usage pour ces terres-là, un léger amendement de douze à quinze chariots de fumier par acre , de trois en trois ans. Pour que l’expérience fût plus probante , je choisis un champ de terre médiocre, un peu forte ; meilleure que les plus mauvaises, mais fort inférieure à celles de première qualité , dans nos champs communs. Après avoir fumé de la manière indiquée ci-dessus, je semai la moitié du champ en fèves et l’autre moitié en blé. Depuis cette première année , j’ai continué à alterner, en mettant chaque année le blé dans la partie q ul »voit eu les fèves l’année précédente , sans interruption. ET DU Ï5 L Ù. 235 Je suis très-facbe de ne pouvoir mettre sous v0S yeux , le calcul exact des produits , année par anne'e : malheureusement j’ai perdu cette note. Ce que je sais , en re'sultat, c’est que la différence des récoltes , pendant ces huit années , avec les récoltes de blé et de fèves d es autres parties de la ferme , ne vaut pas la peine d’en parler. La troisième et la sixième années , se trouvant les plus éloignées de l'amendement ont été les moins bonnes , mais la différence n’a pas été considérable : les récoltes ont été , en général, proportionnées à l’abondance des années ; et si le produit a e'ié inférieur aux autres champs de la ferme , c’èst d’une quantité inappréciable. Mon fermier me dit que la partie du champ où le terrain se trouve un peu meilleur a donné environ quatre quarters de blé par acre , et l’autre partie trois et demi. Il pense que la terre est aujourd’hui tout aussi en état qu’elle l’étoit avant de commencer l’expérience. Je jugerois que le terrain a plutôt gagné quelque chose : car le sarclage des fèves , qui a eu lieu tous les printems a si bien purgé la terre de mauvaises herbes , que , cette année , le blé est très-net, malgré l’humidité de la saison Cette expérience ne prouve point qu’il n’v ait pas des endroits où une jachère d’été ne 256 CUIT U K È DBS F Ê V B S soit pas convenable ; mais j’affirme que , dans des terres de la qualité des miennes , cette jachère n’est point nécessaire. Pour eri établir l’usage dans les champs ouverts ou communs , il faut, je le sens , soumettre plusieurs questions à un examen attentif. Par exemple , on demandera où l’on peut tenir ses moutons au pâturage , parce que dans les fermes de ce genre il y a très-peu de parcours, et cependant le fermier ne peut pas se passer du bénéfice du parc. Il y a beaucoup à dire sur cette question ; mais , si je ne me trompe , il y auroit des moyens de lever ou d’affoiblir l’objection. 11 y a une circonstance qui mérite attention, savoir : que les récoltes de blé qui succédoient aux fèves , et n’étoient point fumées , ont été plus belles que les récoltes de blé fumées. Je crois que la terre se trouvant purgée des mauvaises herbes dont les semences avoient été apportées avec le fumier, et ayant pourtant encore la force nécessaire pour produire, don- noit par cette raison, de plus belles récoltes. Un de mes voisins , en voyant chez moi les résultats de celte culture , l’a pratiquée lui- méme avec quelques changemens. Il fumoit en hiver de deux en deux ans, après le blc > et semoit ses fèves au pvintems sur sa terre fumée. Il n’a point épro.uvé (non plus que moi) ET BU BL ii. 237 q„e les fèves fumées donnassent beaucoup en tiges et peu en siliques, et en grains. Les fermiers du canton sont dans l’opinion que cela arrive lorsqu’on fume les fèves : cela me paroît un préjugé (1). LÉGISLATION des grains. ( Annales d’Arthur Young. ) SiR James Stewart, dans ses recherches sur l’économie politique , a examiné avec beaucoup de pénétration la matière des in- pôts, et particulièrement de ceux qu’il nomme proportionnels , qui permettent à celui qui les paie de se rembourser sur le consommateur, en haussant le prix de l’objet de commerce dans la même proportion que ce qu il a déboursé. Les impôts cumulés sont, au contraire, (i) Ceci est une des expériences les plus importantes qu’il fut possible de luire sur lu culture des provinces du centre : ses résultats sont applicables à toutes les terres fortes et froides. Les avantages de cette culture alternative des feves et du ble sont ainsi clairement prouvés. Le public doit beaucoup à l’auteur de cette expérience sur un point dont j’ai souvent occupé mes lecteurs. Yoilà uu résultat démontré par l’expérience : n’écoutons plus les théoristes là-dessus. [Note d’Arthur Young .] a38 LÉGISLATION ceux dont on ne peul pas se rembourser, tels que les dîmes, les taxes foncières, celles sur maisons, celles sur les fenêtres, la taxe des pauvres , etc. Cet auteur démontre que les impôts cumulés sont les plus pesansetlesplus oppressifs. La nouvelle taxe sur le revenu des fermiers, est-elle du premier ou du second genre? Un fermier ne peut pas hausser le prix de ses denrées proportionnellement au nouvel impôt qu’il paie: il y en a une raison évidente , c’est que la taxe affecte inégalement les individus selon le capital sur lequel ils travaillent, les récoltes qu’ils font, et les profits de l’année. Si ceux qui supportent la plus forte taxe vou- loient essayer de vendre leurs denrées plus cher, ceux qui paient le moins, vendant moins cher, les premiers ne vendroient point. Le profit net d’une ferme n’est en aucune proportion avec le prix annuel qu’en paie le fermier. Celui qui a une ferme de 5oo liv. sterl. en terrain léger et de travail facile, fait peut- être annuellement un profit double de celui qui tient une ferme de même prix en terre argileuse et humide. Si la taxe portoit sur le nombre de bushels de blé recueillis et battus, elle seroit proportionnelle, et le fermier pourvoit s’en récupérer en haussant le prix de soft erain. © DES GRAINS. K S O R A I N ÀNNMS- Prix du bushcl de blé. * 1771 1772 1773 1 77 4 1775 1776 1777 1778 1779 1780 1781 1782 Shell. de». 5 6 6 6 6 4 5 5 4 4 5 5 Prix du bushel d’orge. Moy. de laans 5 1783 1784 1785 1786 1787 1788 *789 1790 1791 1792 j 793 1794 6 6 5 4 5 5 6 6 5 5 6 6 Moy.de i2 ai IT5 j 795 !79 C 1797 x 798 *799 Moyenne 10 i 4 4 A 4 7 °i 9i 8i 2 -* *■2 5 } < sliCll. den. ! ? 2 2 6 6 3 3 3 2 2 2 2 2 2 2 h 10 3 s 2 iÙ Importation du blé. Quarievs. 2609 2?l34 5o3l2 269235 544640 2oi48 2.33o6g io63q4 46 11 3o4i 169766 6 2 9^ 1496637 7 3 93 5o5i6i 1 3 G 173398 3 q463i io{ 3 °i 5o587 2 10 ,60467 8 2 8 12324?. '** 2 ÎO 9.3374 77 3 Q — ^4 £16948 loi 3 2“ -*4 45g4g4 3A 3 4 22 i4o id 482766 5 4 1 3272-14 lO 3 25.99460 3 4 8 287893 «3 4 6 8i88i4 7 3 5 454882 a 3 3 7 394447 5 4 5-i 47 2991 2733968 11 4 1 * Le bushel de blé pèse environ 56 liv. de 16 onces, et le quarler est de 8 busbels. * s 44 LÉGISLATION Ce tableau fournirent matière à un grand nombre d’observations. Je remarquerai seulement que l’importation régulière qui a eu lieu pendant les vingt-quatre premières années, a maintenu le blé à un prix trop bas pour que la culture fût suffisamment encouragée. On a cependant beaucoup enclos de terrain; mais il Faut se souvenir que la seule manière de retrouver les frais actuels des actes de clôture , c’est de faire des pâturages ; et si l’on avoit lo tableau exact de tous les pâturages que l’on a établis dans ces vingt-quatre ans , on verrait clairement un des effets du bas prix des blés. II seroit donc extrêmement intéressant d’examiner l’historique des clôtures faites pendant cet espace de tems : on pourroit tirer de ces faits les plus importantes conclusions relativement à notre nouvelle législation des grains , qui compromet les intérêts les plus grands de la communauté. Je regrette que celte recherche , très-faede , ne se fasse pas actuellement sur tous les points du royaume. On verrait, je pense , que le profit des prés et des pâturages nécessaires pour procurer des viandes que les riches consomment, a clé plus grand que le profit des grains , vu fy;s bas pris que l’importation établit ; et que cette différence a fait convertir en prés de vastes étendues DES GRAINS. 245 oe terrains arables. Je crois que cette recherche démontreroit qu’il faut que le blé soit au moins à 7 shel. et demi le bushel (l), pour nous faire éviter les disettes auxquelles nous sommes, devenus sujets. Toutes les fois qu’il scroit au-dessus de ce prix, il convien- droit de 1 exporter , afin que le fermier pût compter sur un prix stable et suffisant, et , en. conséquence , étendre son exploitation de blé au lieu de la resserrer. L’expérience de 24 an-^ nées de bas prix nous a montré la conséquence de celte politique qui favorise l’importation. Depuis 1765 à 1796, il s’est passé i 6-35 bills de clôtures qui ont fait enclore , au-delà du deux millions d’acres. Si la moitié de cetta étendue seulement a été convertie en prairies ou pâturages , il en a résulté une diminution annuelle dans la récolte des blés do 3 oo,ooo acres, qui, à raison de trois quarters par acre, font 900,000 quarters , diminution très-suffi-' sanie pour expliquer le déficit dans les bonnes années : quel ne doit pas en êi re Peffet dans les mauvaises années ! et môme , en supposant que dans les nouvelles clôtures au moyen d’une culture plus soignée , le produit des blés est augmenté sur une étendue donnée j (t) 16 francs le quintal , poids de suarç. 246 LÉGISLATION il faut aussi considérer que l'accroissement de notre population demande un supplément. Je ne soutiens pas la thèse de la convenance de l’exportation et de la ne'cessite' d’éviter l’importation autant qu’il est possible, sous le rapport de la balance du commerce, ou dans le but d’empêcher que l’argent ne sorte du royaume j mais uniquement en considc'rant qu’il faut empêcher que les prix ne baissent trop , comme cela est arrivé dans les 2% ans dont je viens de donner le tableau. Il ne seroit pas à souhaiter que le blé fût jamais au-dessus de 7 sliel. et demi, pourvu qu’il ne fût jamais au-dessous * la seule manière , d’avoir un prix réglé, c’est de fixer ce prix un peu haut. Il faut bien se persuader que toute terre capable d’être mise en pré ne sera soumise à la charrue que tant que les prix des grains seront suffisamment élevés. Tout le superflu des grains d’une année (et j’appelle superflu la quantité qui fait que le prix du blé est au- dessous de 7 shel. et demi) doit être exporté, et nos ports doivent être fermés alors aux blés étrangers. Moins on en exportera , et mieux ce sera, sans doute : il vaut mieux consommer nos grains que de les envoyer à l’étranger ; mais si notre législation des grains ne pourvoit pas a l’emploi du blé surabondant, les prix 1 DUS GRAINS. 247 tomberont trop bas : le fermier alors semera peu et fera des pre's; et s’il vient une mauvaise anne'e les pauvres seront dans la détresse. Je sais fort bien que le nom d’Adam Smith est d’un très-grand poids , contre ce système ; mais tout habile homme qu’il e'toit , Mr. Mackie, (voyez l’ouvrage du Col. Dyrom sur le commerce des grains 4.'° 1796. ) a prouvé avec la dernière évidence, qu’il s’étoit trompé : l’expérience des trente dernières années confirme pleinement cette réfutation d’Adam Smith. Il ne faut pas oublier , qu’en 1775 , le système de législation des grains établi en 1688, fut changé. On payoit une prime d’exportation toutes les fois que le prix du blé éloit à 48 shel. le quarter ou au-dessous ( 6 shel. le bushel ). En 1775, on changea ce taux en celui de 44 shel. ( 5 shel. 6 den. le bushel ) ou au-dessous. Par l’ancienne loi , toutes les fois que le prix n’excédoit pas 55 shel. 4 den., il y avoit un droit d’entrée de 16 shel. par quarter sur le blé importé: en 1773, le droit d’entrée fut réduit à 6 shel. par quarter , toutes les fois que le blé seroit à 48 shel. ou au-dessus. Par l’ancienne loi , lorsque le blé etoit à 4 liv. sterl. le quarter, le droit d’entrée étoit encore de 8 shel. On a donc , tout-à-fait 243 LEGISLATION EES GRAINS. change l'ancien système , et on a adopte' pou* principe de baisser les prix quand il y auroit eu les meilleures raisons pour les hausser. Nous avons éprouve d’amers résultats de ce système erroné : depuis plus de vingt ans, l’importation des blés a été si régulière et si considérable, que la culture en a été sensiblement découragée , et qu’une ou deux mauvaises années suffisent maintenant pour élever prodigieusement les prix et pour répandre une grande détresse dans les classes pauvres. Cela continuera d’arriver , tant que l’on ne pourvoira pas au moyen d’un encouragement suffisant a 1 exportation , à faire monter la prix habituel du froment, dans tout le royaume , à 7 shel. 6 den. au moins; de la culture du blé. far William Dalrymple. (Londres 1800.) J)anS un petit ouvrage très-Lien fait, publie' en 1 7 g 5 par le Dr. Hunter, de Yorck, sous le titre de Outlines of agriculture, on trouve les details suivans sur le développement de la plante du blé. « Le blé a deux genres de racines : les premières viennent immédiatement du grain :• les autres partent du collet de la plante , un peu plus tard. Je les distinguerai sous le nom de racines séminales , et racines coronalcs. y> Les racines séminales sortent du grain en même tenrs que le germe , lequel , ainsi cpie la farine du grain , nourrit la plante pendant l’hiver , avant la. formation des racines coronales. Pendant tout ce icms—là , 1© grain est rempli d’un jus laiteux qui alimente la plante. « Au printems , lorsque la plante a acquis une force suffisante., elle pousse de sa couronne plusieurs jets qui sc dirigent obliquemeni en bas, et deviennent des racines : elles servent à nourrir la plante jusqu’à sa parfaite 2 5o C LT L T U II E maturité. Un oonduit délié’ sert de communication entre ces racines coronales et les racines se’minales. Ce conduit est une partie essentielle de la plante ; et il est plus long ou plus court , selon que le grain a été plus ou moins profondément enterre' j car il est remarquable , que la couronne est toujours placée immédiatement à la surface de la terre, quelle que soit la profondeur à laquelle on a enterré la semence. Comme l’accroissement de la plante de’pend de la succion plus ou moins vigoureuse des racines coronales, il ne faut pas s’étonner si elles se fixent tout auprès de la surface , où le sol est toujours le plus riche. » Lorsque le blé est peu enterré , le conduit de communication a peu de longueur , et les gelées doivent agir davantage sur la plante : celle-ci alors tire peu de profit de la racine séminale : il convient que la distance entre les unes ét les autres soit suffisante. Lorsque la couronne est bien nourrie par la racine séminale pendant l’hiver, elle talle beaucoup au printems ; et c’est surtout du tallement que dépend l’abondance de la récolte des blés. » Cet examen du procédé de la nature nous conduit à considérer. La préparation de la terre pour recevoir le blé. nu b i è. a5i La recolle des blés e'tant la plus importante, soit pour le fermier , soit pour le public , il est très-essentiel que le terrain soit bien amendé et le plus net qu’il se peut pour recevoir le grain. On atteint ce but de diverses manières, selon la nature des terrains. Examinons d’abord celui de la jachère complète, ou jachère d’été. Plusieurs de nos auteurs respectables , affirment que l’on doit être revenu des jachères d’été. Mr. Kent, dans sa Reconnoissance de Norfolk , dit qu’aujourd’hui les turneps sont la véritable jachère, et qu’ils laissent la terre plus nette qu’aucune autre culture. Mr. Middleton dans son Coup-d’œil sur l’agriculturo de Mid- dlesex , observe que les récoltes qui étouffent l’herbe , comme les pois , les vesces , les fèves , le trèfle etc. devroient remplacer la jachère. Ces opinions peuvent induire en erreur les ignorans. Le système des jachères d’été , suivi pendant tant de siècles , sur le principe de rendre au terrain sa fécondité par le repos , ne doit pas être abandonné trop légèrement. A considérer l’agriculture dans son ensemble , de telles assertions tendent à en retarder, plutôt qu’à en favoriser les progrès ; et la culture des terres argileuses, ne sauroit être, dans tous les cas, soumise aux systèmes que je viens de citer. Je dirai donc plutôt ayec Mr. Howlet : « la 202 C TJ 1/ T U R E jachère doit dépendre de la qualité’ du sol , et de la quantité d’engrais dont on peut disposer.; Je n’entrerai pas dans les details minutieux do toutes les -espèces de terrains : leurs nuances sont comme celles des couleurs, et il seroit aussi difficile de les classer avec précision que* d’être, entendu en les désignant. Je prends donq les deux extrémités de l’échelle ; et quand je dis terre forte , j’entends un lut très-fort, et approchant de la glaise ( lut argileux) ; et quand je dis terre légère , j’entends cette espèce de sol qui approche du sable. Toutes les terres intermédiaires tiennent de ces deux extrêmes; et les* principes sont plus ou moins applicables , selon que les terrains s’en approchent plus ou moins. Les terres légères peuvent se nettoyer sans iuconvéniens , au moyen des fre'quens labours et hersages , dans quel ^tems que ee soit , excepté pendant la pluie , la neige ou les gelées. Ordinairement on les rompt eu au-? tomne ; puis on les prépare pour les turneps par des labours répétés, ce qui, joint aux sarclages des turneps et à la consommation de ceux-ci sur le champ même , nettoie e* enrichit le terrain. Mais quand il s’agit do terres fortes, comment faut-il s’y prendre pour Jç& nettoyer ? DU B I, É. q53 Si l’on laboure les terres fortes quand elles sont humides , elles se durcissent comme de la pierre en séchant. Lorsqu’on les rompt en automne, la jachère d’hiver ne de'lrnit ni le chiendent, ni les autres mauvaises plantes; car tant que la terre est humide , ce qui dans notre île arrive aux terres fortes depuis Octobre jusqu’e n Mai , quoique l’on puisse faire , les mauvaises plantes végètent : il est e'vident que le fermier ne doit pas risquer son travail, pour obtenir si peu. Dans le Gentleman farmer par Home , il y a un précepte concernant les terres fortes, que voici : « N’appliquez pas la charrue à la glaise que l’air n’ait joué son rôle , en desséchant suffisamment la surface. Saisissez ce moment sans tarder, pour faire votre labour. La glaise , encore tendre se divise aisément alors , et une nouvelle surface s’ofiYe à l’air pour cire pénétrée. i) Labourer de la glaise humide c’est la pétrir et la durcir. D’un autre côté , il ne faut pas attendre que la glaise soit trop dure pour labourer : il faut prendre le moment où elle n’est ni trop dure, ni trop humide (1). » (i) Cela est fort aisé à dire; mais dans une grande. CULTURE 2Ê4 On peut, à la rigueur , cultiver les turneps sur les terres fortes. En se dépêchant beaucoup dans les moraens favorables , on peut rendre la terre assez meuble pour obtenir une récolte. Mais ce n’est pas le tout que de les avoir fait croître , il faut les consommer. Si le prinlems est humide , on ne peut faire entrer dans le champ , ni le gros ni le menu bétail , sous peine de rendre la terre inutile pour la récolte suivante. Dans tous les cas , c’est trop tard pour l’avoine , et l’orge ne convient pas à de tels terrains. On peut arracher les turneps pendant l’hiver, pour les faire manger sous des hangars dans des cours , ou sur des pre’s : cette méthode est pratiquée dans diverses parties du royaume sur les terres fortes, comme sur les terres légères; mais il y a alors de très-grands frais à supporter, surtout si le champ est éloigné de la maison ; d’ailleurs le terrain est tellement battu et coupe' par les pieds des animaux et les roues , la terre est tellement refroidie par l’eau qui séjourne , exploitation de terres argileuses cela est impossible-, parce que ce meilleur état de la terre, dont parle l’auteur, ne dure que quelques jours; et qu’il faudroit cinquante charrues pour profiter de ce moment-la, en laissant chômer les attelages tout Je reste du teIBS - D U S 1 lî. 255 que la force du fumier qui avoit e'te' mis pour les turneps , est tout-à-fait épuisée , et la récolté suivante ordinairement mauvaise. En un mot, le système des turneps n’est pas bon pour * les terres argileuses. Je pense que l’assolement des terres fortes qui obtint la médaille en I7g5 ? savoir : Vesces d’hiver. Avoine. Trèfle. Blé. est moins bien «aïeule’ pour les terres de celte qualité, et avec les circonstances mentionnées dans le programme , que si l’ordre en eût été changé , savoir : Vesces d’hiver. Blé. Trèfle ou fèves. Avoine. Il vaudroit mieux fumer après les vesces pour l’avoine , qu’après le blé pour les vesces» L’eifet du fumier seroit plus rapproché de la récolte de blé , et les vesces réussissent mieux après l’avoine que le blé. Dans le eours que je propose , la terre est maintenue plus nette et en meilleur état pour la récolte de blé ; et celui-ci n’est pas si sujet aux limaçons. J’ai un champ de huit acres de terre moyenne, CULTURE '250 qui avoit ete épuisé par plusieurs recolles fie grains. Je lui donnai une jachère d’èle j el le 2q Septembre , je semai deux acres de ce champ, en seigle , sans fumier. Le 5 Octobre, je semai les six autres acres en vCsces. Le premier Mai suivant , je coupai le seigle eu vert pour les bestiaux 5 et à mesure que le terrain fut debarrasse , je semai les deux acres en vesces de printems. Celles-ci, les vesecs d’hiver , et le seigle , me nourrirent huit chevaux pendant vingt-une semaines, sans addition d’aucune autre nourriture. Lorsque les vesces furent coupées, je labourai, je hersai, je relabourai encore, et je semai en ble, sans fumer. Au printems , je semai du trèfle sur le ble. Je fis trente-six bushcls de blè par acre, cl tant de paille , qu’une grande partie du champ e’toit versée. L’année suivante le trèfle fut clair, faute d’engrais. Je dois observer, que le ble ne fut pas aussi beau après le seigle que dans le reste du champ. J’ai un autre champ de deux acres, qui est de terrain à peu près semblable au precedent. Je lui donnai une jachère , et je fumai pour ydu ble'. L’annee suivante, j’y mis du ble encore. Après cette seconde recolle, je labourai deux fois , pour semer des pois au printems. J’ ctI eus vingt-quatre bushcls ; par acre , aVec beaucoup 1) U B L ’k. 207 beaucoup tic fourrage. Apres les pois, je fumai, à raison de huit charretées par acre, ri je semai des turueps , dont je consommai la demi sur place, et chariai l’autre. La terre fut tellement durcie par les pieds des moulons au printems, •que j’eus toutes les peines du monde à labourer. Le premier Mai, je semai de l’orge , du trèlle et de la graine de brome. .Te recueillis quarante-ueuf bushels d’orge par acre, et l’année suivante six voitures de trèlle , entre les deüX coupes. L’hiver suivant, je fis manger, par les moutons, sur le pfé artificiel, les lurneps d’un champ voisin. Au printems, je le rompis, et Id semai en avoine de Tartane , qui me rendit environ cinquante-six bushels par acre. Après l’avoine , j’y mis des vesccs d’hiver ; je coupai ces vesces en vert au printenls pour lues chevaux , et je donnai une jachère bâtarde , pour semer du blé fumé à dix charretées par acre , qui se moissonne maintenant , et est Ires-beau : voici donc l’assolement auquel Ce champ a été soumis : 1 Jachère fumée. 2 Lié. 5 Lié- 4 Pois, et ensuite turneps fumés. 5 Orge. Tome b. R C ïï ! T U B U s58 6 Trèfle et brome , fumes l’Iuvei' par les moutons. 7 Avoine. 8 Yesces coupées en vert, jachère bâtarde. 9 Blé fumé. Les fermiers voisins, qui ont vu celte agriculture , ont trouvé qu’elle prouvoit beaucoup contre les jachères complètes. Mais j’ai éprouve' cependant, qu’un assolement semblable étoit inadmissible dans les terres décidément argileuses ; et les essais que j’ai laits pour l’y introduire m’ont beaucoup coûté. Ce champ étoit auprès de la maison, et pouvoit, par conséquent, être fumé à moins de frais : d’ailleurs il étoit de deux acres seulement , ce qui rendoit l’expérience plus facile. Un fermier de mes voisins a essayé, comme moi, de se passer de jachères , sur ses terres fortes. Il a tenu ses attelages constamment occupés à voiturer des engrais ; mais enfin , if lui est arrivé que ses récoltes n’étoient plus que de mauvaises herbes. Il a été obligé de revenir à la méthode des jachères complètes , tout comme moi. J’avois un champ fort épuisé par deux récoltes successives d’avoine. Je lui donnai une jachère complète , et le disposai en sillous relevas pour l’hiver suivant, sans y rien mettre. x» u b x. 25 g Jj Ê Si Mars , je le labourai une fois , et le setoai en avoine , sans fumer. J’en eus p] us de quarante-huit bushels par acre. Un fermier, mon voisin , procéda de la même manière , et eut plus de quatre-vingts bushels par acre. Si nous avions semé de l’avoine l’anne'e precedente sans fumier ou sans jachère , nous n’aurions guères eu que des mauvaises herbes , et tout au plus les semences que nous aurions mises en terre. Un fermier de Norfolk prit une ferme dans notre canton de terres fortes. Il fit l’établissement d’un troupeau de bêtes à laines. Il employa les charrues , et tout l’attirail d’agriculture de Norfolk, et entreprit les assolemens à la manière de sa province. Il obtint de beau* turneps; mais il ne put pas les faire consommer a temspour semer ce qui convenoit au terrain. Sa charrue de Norfolk ne pouvoit pas travailler les grosses terres , tant qu’elles étoient humides, et il perdit le moment de semer. Enfin, il vit qu’il e'toit dans une mauvaise route : il prit la charrue du canton , sans avant-train [swing plough), il abandonna son troupeau d’élèves, et se mit à l’agriculture du lieu, après avoir considérablement perdu par cette expérience. On dira , peut-être: » si l’été est pluvieux , CULTURE 2 Go que devient votre jachère d’été ?» — A ceîk je re'ponds , qu’un èlè pluvieux est toujours une circonstance défavorable aux cultivateurs des terres argileuses ; mais cependant , il faut que l’été soit prodigieusement pluvieux , pour que le fermier ne puisse pas , en prenant bien son tems , labourer suffisamment ses jachères pour arrêter la végétation des mauvaises herbes (1). Le système de Tull est , dans le fait, une jachère complète , donnée dans les intervalles des planches qui portent le blé T afin de pulvériser la terre et de tuer les mauvaises plantes. Lorsqu'on ne peut pas avoir du fumier , le sol est néanmoins amélioré par cette action fréquente de la charrue et de la lierse ; et sans avoir recours à la supposition que le soleil et (i) Cela dépend de l'étendue des exploitations. Ce qui est possible au petit fermier qui a dix ou douze acres en jachères, ne l’est pas toujours à celui qui en a 80 ou 100, parce que le nombre des charrues d’une grande ferme n’est jamais calculé sur les années défavorables. Il arrive dans ces années-là, qu’une partie des terrains en jachères est toujours labourée dans un mauvais moment. Cela n’arriveroit pas si, au lien d’avoir en jachères le tiers ou la moitié de ses champs, le fermier de terres argileuses n’en avoit que la sixième ou la huitième partie, comme il le pourroit avec de bons assolçinens. u u b i; i:. •261 Pair enrichissent la terre , il est certain que la végétation des mauvaises herbes est «arrêtée (1); que la pulvérisation de la terre met en action des parties nouvelles , et que le champ est plus net pour la récolte suivante , laquelle est nécessairement plus égale , après une jachère complète. Kirwan , dans son Traité des engrais, s’exprime ainsi : « L’usage des jachères me paroît être de faire pourrir les racines des végétaux, prépantnt ainsi un nouvel aliment à d’autres plantes. L’atmosphère dépose aussi de l’air fixe et du carbone sur la terre , long-tems expose'e a son influence. )) — Mv. Evelyn , citant Sir Hugli Plaît, observe que , « si l’on prend une quantité donnée de’ la terre la plus stérile qu’on puisse trouver, qu’on la réduise (r) Lorsque le labour d’une terre argileuse est douné ilans un mauvais moment, c’est-à-dire, quand elle est trop humide , ou seulement lorsqu’il arrive qu’il pleut immédiatement après qu’on a labouré, loin que le labour arrête la végétation du chiendent, l«r charrue donne à cette peste des champs une véritable culture, et la multiplie. Or dans les grandes exploitations et dans le système des jachères, il est impossible qu’il n’y ait pas dçs champs labourés dans un mauvais moment. C’est un grand argument, entre beaucoup d’autres, contre le système des jachères par- demi, on par tiers. e U h T v K .ü ü6a en une poudre fine , et qu’on l’expose une année entière aux vicissitudes des saisons, et aux influences de l’atmosphère, elle acquiert une fécondité' si active que tous les végétaux y prospèrent avec une extrême vigueur. » On a introduit les choux comme récolte améliorante sur la ferme Flamande de S. M. , à Windsor. Mais cette culture demande une grande abondance d’engrais. Le bétail de cctlé ferme a de vastes pâturages d’été et d’automne. Pendant l’hiver, on engraisse les bœufs avec ces choux et du foin grossier qu’on donne en quantité. Les choux ne peuvent pas mieux se consommer sur place, dans les terres argileuses, que les turneps, et ne tourneroient pas mieux à profit au fermier, sans compter que les choux sont épuisans pour la terre. Quelques fermiers de mon voisinage ne recueillent que quatorze à dix-huit bushels de blé par acre, à cause de la grande distance et du prix des fumiers ; et s’ils ne donnoient pas des jachères complètes, leurs récoltes seroient bien plus cliétives. Cependant, je suis convaincu qu’ils n’entremêlent pas suffisamment leurs récoltes , de cultures- améliorantes ; car les végétaux qui ont des feuilles succulentes, tels que les pois, les vesces, les fèves , le blé-noir, tirent une grande partie de leur nourriture nu bu ü. a65 de l’air atmosphérique, et par cette raison , ils appauvrissent le sol moins que le Lie, l’orge, l’avoine ou le seigle, dont les feuilles, succulentes d’abord, se durcissent quand le grain se forme , et ne tirent , dans ce dernier période de la végétation , que très-peu de l’air. Mais les circonstances locales doivent avoir une grande influence sur les assolemens , soit pour l’intèrèt du propriétaire, soit pour celui des fermiers. En Norlhampton-shirc , et dans les provinces voisines l’assolement des champs ouverts ou communs, c’est: 1 Jachère. 2 Blè. 5 Fèyes. •' ? - Je croirois qu’on re'ussiroit en mettant une récolte d’avoine , après les fèves , et avant le retour de la jachère j mais même cela demandèrent un sérieux examen, car il seroit possible qu ti ne r< : co ] le auss i épuisante que l’avoine , alfoibht sensiblement les récoltes de ble et de feves, et quele fermier, dans une longue suite d’années , perdît réellement à cette addition de l’avoine. .* Le duc de Gcafton a récolté pendant huit années successives , alternativement du blé et des fèves sur un terrain un peu argileux ; mais cependant, de consistance moyenne. Ce champ 264 C li I..'T;,U H K a été fume’ tous les. tiois pua , et il est probable que siTqn ne fumoit pas tous les trois ans , au moins, la terre s’épuiseroit dans cet assolement. Pour. terminer mes observations , sur les jebbèrea complètes, je dirai , que les terres légères .peuvent être nettoyées , quelle que sdit la saison , soit p£r. des labours et des hersages répétés , soit pair.des'-sprclages et cultures qui aecompagneqt. lê s,ystèn)e des turneps ; mais que les terres argileuses ne peuvent être efficacement' nettoyées-par dçs sarclages ni par l’arrachement de l’herbe a lp main ; en sorte qu’il est absolument nécessaire d’emplpyer de tems en tems la jachère complète à l’appui des récoltes vertes, des près artificiels , et de l’action dest engrais , pour ’avpir seS terres dans le meilleur état possible r 'et. bien préparées au fromedt.. • • ' e : £>u •éOaippiU encore nettoyer les .tm-çe. fortes pamôon.'jachère' bâtarde après 1 les vesces , les pcwa oii. les fèves. Ces trdis récoltes rendent le sol 'plus jmeuble pom; c nnhe.ertain tems, et il devient ainsi pluâ propre, fbjljte récolte .suivante. A mesure que les vesces se coupent pour manger en vert , r oil convient de labourpi: jjet Selon la Saison et l’état de saleté du .champ ,. ü faut doundr un .plus, .ommoins grand noml> re de lubouits et de hersages. Après! les. vesces 1} nu b i ù. a65 convient de ne donner qu’un labour i parcô que les racines pourrissant dans la terre font engrais. Il arrive souvent que la terre est sale après les pois , surtout s’ils sont semés à la volée , parce que l opération du sarclage n’est pas aussi efficace. 11 convient donc, après les pois, de laboürer immédiatement, puis de donner encore deux labours avant de semer le blé. Dans les terres argileuses, il est rare que le blé suive régulièrement les fèves ; mais quand cela arrive , il faut de l’attention ,ct du travail pour que le blé puisse être lieu Comme les fèves se récoltent tard , le tenta est trop court pour donner toutes les laçons convenables. Il en faut trois, au moins, pour Bettoyér le terrain ; si on ne peut pas les donner , la récolte est précaire , car elle a cri- COre pour ennemis dans ces terres-là , les 1 1a ǰ ns - Les terres légères ne sont par favorables aux fèves , et celles-ci ne doivent pas y etre cultivées. Le fermier d’une terre argilcuse>iv fc. tous ses efforts pour quq , ses champs soient disposes en sillons avant le 20 d’Apûl,.-tetus. OÙ la saison commence à devenir variable; car si les pluies le surprennent , tandis qu e ges jewes sont encore labourees à plat, il per*} 2.66 CULTURE la plus grande partie du résultat de ses peines pendant tout l’été, et il est probable qu’il sera dans l’impossibilité’ de disposer ses champs en sillons celte année-là. Les turneps sont la meilleure de toutes les pre'paralions pour le blé, sur les terres légères, pourvu que les turneps soient consommes à tems , pour que le blé soit semé en Octobre ou dans les premiers jours de Novembre. Dans ce cas, le blé a, non-seulement tout l’avantage de l’engrais donné pour les turneps , et des cultures qu’ils ont reçues; mais encore Je bénéfice de l’engrais du parc , pendant la con- sommation des racines. Cette agriculture n’est point commune en Angleterre ; mais je la recommande aux fermiers , d’après une expérience du duc de Clarence à Bushy , où l’on a obtenu les récoltes de blé les plus abondantes , par celle préparation. Il faudrait avoir soin de se procurer toujours des troupeaux en nombre suffisant pour pouvoir faire consommer les turneps de cette manière en automne. Cette agriculture ne saurait avoir lieu dans les terres argileuses, par les raisons que j’ai données ci-dessus en parlant des jachères. Faire manger les turneps sur la place f 5#mcr ensuite de l’orge et du trèfle ; et après DU BLÉ. 2G7 avoir fait pâturer le trèfle , ou l’avoir coupe , semer du blé , est une bonne agriculture de terres légères. Dans les terres argileuses il vaut mieux une jachère complète ; disposer le terrain en sillons pour le bien égoûler pendant l’hiver; et semer au primeras suivant de l’avoine «t du trèfle. Le blé qui succédera à celui-ci sera net, et n’aura pour ennemis que les limaçons , si l’automne est humide. On se tromperoit beaucoup si l’on croyoil que les fermiers entendent toutes les difle- rentes observances qu’exigent les diversités de terrain : dans des terres parfaitement semblables , leur agriculture est tout-à-fait différente. Le fermier de Norfolk (1), en terres (1) Le Duc de Clarence a introduit dans sa ferme de Busheypark, l’usage d’une charrue de. Norfolk. Celte charrue , attelée de quatre chevaux , et conduite par un laboureur de Norfolk, laboure dans la joui née, en deux reprises, l’étendue de deux acres, a lordinaire, et lorsqu’on est pressé, deux acres et un quart. Les fermiers voisins, qui ont des terres toutes semblables, ne font aucune espèce d’attention à celle acquisition nouvelle : ils traînent leur pesantes charrues, ordinairement avec quatre , ruais jamais moins de trois chevaux, et font rarement pins d’un acre par jour. Le laboureur de Norfolk a reçu tant d’avanies, à cause de la nouvelle pratique qu’il a introduite, que ie Friuce a eu toutes les 2 G3 C U 1/ T U R E légères, renverse son trèfle $ pour planter ou semer du blé à plat. Dans plusieurs parties de Surrey et de Middlescx , le fermier des terres légères , nu lieu de retourner le gazon du trèfle, ne fait que le redresser et l’appuyer avec la charrue , en disposant son terrain en planches. Mr. Ducket , dont on ne sauroit trop vanter l’habileté et le génie en agriculture, fait attacher à sa charrue un coultre horizontal {skin-coulter) , et passe deux fois dans la même raie. Il obtient ainsi une profondeur suffisante pour pouvoir semer au semoir. C’est certainement la meilleure manière de rompre les trèfles dans les terres légères , pour semer au semoir. Dans les terres argileuses, les racines du trèfle sont trop résistantes , pour pouvoir être coupée avec le skin-coulter : il faut labourer avec la swing-plough , et former des sillons pour semer à la volée. Il est essentiel à la pleine réussite d’une récolte de blé , que le terrain soit fumé ; car quand la terre n’est pas bien amendée , la récolte peut être nette , mais le produit ea est peu considérable. Il y a des fumiers de diverses espèces ; eî peines du monde à obtenir de lui qu’il restât à son serviee. | e choix , comme l’application des engrais , sont des objets qui demandent beaucoup d’attention. Dans les terres légères, aucun engrais n’est préférable à la marne. Elle change la nature des terrains , et son usage est connu dans plusieurs parties du royaume , même depuis les Romains, comme nous l’apprend Pline. Le fermier ne sauroil diviser , arranger , et distribuer ses fumiers sur ses fonds , sans faire une dépense qui , dans certains cas , scroit disproportionnée à l’objet. Il ne peut pas sé- parerses animaux de façon à recueillir le fumier de chacun à part : il est obligé le plus souvent de mêler tous les fumiers de diverses especes , et de s’en servir en masse , quand le besoin le requiert. Il faut chercher à se faire une juste idée de la qualité du terrain , et de l’activité de l’engrais , pour pouvoir distribuer cclui-ci d une manière judicieuse. Le nombre des charretées à répandre sur chaque acre , dépend de l’état de la terre , de la bonté du fumier, et de la récolte à laquelle on le destine. Il est difficile de fixer aucune règle générale : il faut s’en rapporter au jugement du fermier. Si l’on peut disposer également de chaux, de marne et de fumier, on applique chacun de ces engrais à l’objet auquel il est le plus propre. C ü 1 T U II li 370 C’est une mauvaise pratique que de faire du fumier avec la paille , ou d’autre litière , en la re'pandant sous les animaux : la meilleure manière de convertir la paille en fumier, c’est de la faire passer au travers du corps de l’animal (1). Dans le système des jachères, il convient de fumer pour le ble' ; parce que la terre e'tant pulvérisée le plus possible , après la dernière façon , elle se mêle plus complètement avec le fumier qu’on y re'pand. Mais lorsque le ble’ succède aux turneps, aux pois , aux fèves ou aux vesces , il est préférable de fumer la récolte verte : le blé en est plus égal. Il ne faut pas faire monter sur le tas de fumier les chariots qui le voiturent. Il faut le déposer légèrement , pour que la fermentation soit la plus prompte qu’il se peut, et que les mauvaises semences soient complète- (1) L’expérience nous donne un résultat directement contraire. Les animaux que l’on nourrit de paille, font un fumier sans force , surtout si l’usage de la paille est long-tems continué ; car un animal maigre, ou souifrant, fait toujours de mauvais fumier. Le meilleur est celui qui résulte des bons fourrages, consommés par des animaux en bon état, et qui se mélange avec une quantité de paille suffisante, mais non trop forte. D TT B I. Ü. 27I ment détruites. Moins le fumier est remue* ou retourne , plus son effet est grand ; car à chaque fois qu’on le remue , il se fuit une fermentation , et le fumier perd de ses qualités améliorantes ( 1 ). Tull, remarque que, « plus long-tems le )> fumier fermente hors de la terre , moins » long-tems il fermente dans la terre , et n plus foible est son ferment. » 11 faut étendre , et enterrer le fumier le plutôt possible apres l’avoir mené ; parce que s’il reste en tas sur le champ, une partie de la graisse se communique au sol, et fait croître le blé par touffes épaisses , dans les endroits où les tas ont reposé. Dans les terres légères, on emploie difFë— rens engrais par-dessus la récolte en végétation (top-dressing) ; mais pour le blé, il faut toujours que le terrain soit suffisamment en bon état pour pouvoir se passer de cette ressource. Quand la terre est maigre, l’engrais jeté par-dessus les récoltes au printems, fait fort bien. (1) Le contraire a été recommandé par plusieurs auteurs estimés. Sur tous les points de théorie, en agriculture, on a hardiment soutenu le pour et h contre.. CULTURE ■272 Sur les terrcs'légères, le parcage des moutons immédiatement après lasemaillefait un bon effet, et donne de la vigueur à la végétation. Lorsnu’011 répand l'engrais sur une récolte en végétation , dans une terre forte , l’effet en est peu sensible. Ces terres-là n'absorbent pas suffisamment pour que les sels du fumier puissent pénétrer 5 et les eaux pluviales lavent l’engrais sans qu’il ait fait son effet. Le fumier de lapins , enterré à la charrue en semant le blé dans une terre forte , fait un engrais très- actif; mais il faut avoir soin de n’en pas mettre plus de cinquante à soixante bushels par acre, sans quoi l’on produit trop de paille. Si l’on mené le fuinier sur la jachère , long- letns avant la semaille , il entre trop tôt en fermentation , et le blé devient trop beati en herbe dès l’automne. Semences. Tous les fermiers soigneux appliquent à leurs terres des semences recueillies dans des terrains différens. \oici comment Home s’exprime dans son Gentleman farmer. « Chaque plante a un climat de préférence, dans le- >) quel elle prospère plus que dans toute autre, » ci ne dégénère pas. Mais comme le blé n’est )) pas une plante indigène de l’Angleterre , il tend I) U B Tj Ü. 273 j> tend à y dégénérer , el i! dégénère , ca f> effet, promptement, si l’on le sème d’année -p en année dans les endroits où il a ëlë re~ cueilli. Il ne suffit pas que la semence soit » prise dans un champ different : il faut la •j) prendre dans une differente terre. » Les grains se perfectionnent par la culture , et dégénèrent par la négligence. Les semences varient en qualité selon les qualités des terrains* Les semences recueillies en terre maigre , mais bien cultivée , et semées dans un sel riche, réussissent ordinairement très-bien. Les semences recueillies en bonnes terres , et semées sur des terres maigres , réussissent mieux que si elles avoient été recueillies dans les mêmes terres maigres. Il faut avoir soin de ne jamais semer de blé mêlé de carie ou de charbon. Un fermier de Hanipsbire qui ne changeoit jamais ses semences , se plaignoit à moi de la quantité d’épis cariés que scs champs pro- duisoient. II assuroil que cela tenoit à la nature du terrain. Il en prenoit son parti, sans rien faire pour l’empêcher , ni vouloir jamais essayer de changer ses semences. Quand il y a un épi carié dans un champ, il est rare qu’il n’y en ait pas beaucoup d’autres. En 1798 , l’année ayant été fort pluvieuse, Tom-G 5., S vich; elle est devenue très-générale dans plusieurs parties de Norfolk. Il paroîl que dans certains cas particuliers, il n’y a point de système plus parfait que celui-là, pourvu qu’on rie mette qu’un seul grain dans chaque trou. Le plantoir dont on se sert est un cône renversé, et de quatre pouces de long. Il paroit avoir été inventé pour ne mettre qu’un seul grain dans chaque trou ; mais les fermiers en laissent meure trois; et les enfaus , par inattention , en mettent jusqu’à cinq : il en résulte que les racines coroualcs doivent s’en- JlM. Duhamel et de Châleauvieux, que le blé prospère mieux lorsqu’il croît en petits bouquets, c’est-à-dire lorsoue plusieurs grains de semence sont dans le meme trou, ou dans un espace rcsscrie- s86 C V Jj T V B % tremêler au printems et produire des bouquets de blé (1). Le plantage du ble', en terre argileuse, ne re'ussit pas. La pression de l’instrument dans le fond du trou durcit le terrain , et fait do ce trou un dépôt pour l’eau pendant l’Inver , parce que la herse ne le remplit pas complètement. Le piétinement des planteurs rendroit d’ailleurs la reçoit ' 1 2 fort incertaine. Dans les jachères en terrain le'ger fi), le trou se referme immédiatement après le plantoir , et on ne peut pas mettre le grain à sa profondeur régulière ; albrs il vaut mieux semer au semoir; mais après les trèfles, en terrain léger , il seroil à de'sirer qu’on piaulât toujours lé blé. Les expériences de Mr. de Cliâteauvieux sur le blé sont curieuses ; mais il ne paroît (1) Puisqu’en dernier résultat le plantage du blé à trois ou cinq grains par trou, donne de fort belles récoltes, avec grande épargne de semence, il paroît que ce n’est pas un mal que cet entremèlement des racines coronales, dont l’auteur s’effraie toujours. Il s’en fait une théorie à laquelle il rapporte tout. LeS théories égarent souvent en agriculture. (2) Il ne doit jamais y avoir de jachère en terrant léger : ce que j’entends ici, c’est un champ qui a donné dc 3 turneps, et qu’on laboure pour le blé. f î> tr B i i. 287 pas avoir bien entendu la constitution de la plante , telle que le Dr. limiter nous l’a décrite. Je rendrai compte ici d’une de ses expériences , qui montre l’avantage du système de planter , et quel prodigieux produit l’on peut obtenir d’un petit nombre de grains de blé convenablement espaces. De 16 Septembre 1755, il sema trois rangées de ble', de g3 bouquets dans chaque rangée , à raison de 10 ou i5 grains par trou , ou par bouquet. Il se servit d’un cercle de fer de trois pouces de diamètre , qu’il plaçoit sur la terre , à chaque endroit où il vouloit de’poser des grains. Il les plaçoit dans l’aire de ce cercle. Les centres de ces aires étoient à 5 pouces les uns des autres. La quantité de blé employé à cette opération fut de cinq onces douze den. Le 3i Juillet suivant, le blé fut recueilli. Il donna 23 livres , en poids, de grain , c’esl- à dire , environ 67 pour un. Il avoit trouvé, par ces expériences précédentes , que s’il mettoit 5 ou 6 grains dans un même trou, les plantes étoient ensuite trop pressées. Dans l’expérttnce que je rapporte , et où chaque grain avoit la possibilité de croître séparé des autres, il trouva qu’il y avoit de l’avantage (1). (1) Douze ou treize grains de liVi sur un ^ re de 288 C ü I T U ï ï Il paroît que dans celte expérience , à 2t/ grains pour deux aires, Mr. de Châteauvieux sema grains. J’ai pese' 5 onces 12 deniers de ble' , et j’v ai compte' 556o grains. Nous semons d’ordinaire, à la volée, en terre forte, 5 bushels de ble par acre. En supposant bo liv. au bushel ; et en supposant que le giain pût être régulièrement espace sur tout le champ , nous trouvons que chaque grain aurait 5 J; p. quarrés d’espace , ce qui se rapproche bien , au total, de l’expérience de Mr. de Châteauvieux. Je suis convaincu que sur les terres fortes, où le terrain ne reçoit ni sarclage ni autre culture depuis le moment où il est semé jusqu’à la moisson , il ne faudroit jamais semer moins que celte quantité : d’après le nombre et la variété des causes qui nuisent à la végétation du blé, il est fort mal entendu de trop épargner les semences. On ne peut cependant jamais espérer ua produit aussi considérable que celui obtenu par Mr. de Châteauvieux. Dans notre climat 5 pouces de diamètre sont bien rapprochés les uns des autres; et au talleinenl, leurs racines coronales s’entremêlent nécessairement ou une masse. Si donc cela réussit très bien , il ne parmi pas que la théorie de Fauteur sur cet entremèlemeiu, soit ioudée. DÛ I DU u i, à. où les saisons sont si variables; où Tliivcr est souvent si humide et si froid qu’il détruit les plantes du blé ; où le printems est fréquemment contraire au développement et à la floraison de la plante; oit enfin la moisson se prolonge souvent jusqu’à la fin de Septembre, une charretée de blé par acre est une belle récolte , et le fermier n’en a souvent pas la moitié. Je crois que la totalité du produit du blé en Angleterre, l’un portant l’autre, n’excède pas trois quarters par acre , c’est-à-dire, huit pour un (x). Pour arriver à obtenir un produit plus considérable , il faut perfectionner la culture du blé , abandonner peu-à-peu les préjugés qui nous enchaînent, et admettre des systèmes plus raisonnables. Il faut avoir des soins exacts dans les préparations de la terre , et surtout semer assez tôt ; car les semailles tardives font perdre beaucoup de blé. Home , dans son Gentleman jarmer a observé, que l’opinion ( 1 ) 8 p. r 1 est un beau produit pour la moyenne d’un grand pays: il est probable que la moyenne de la France, plus favorisée du climat, est beaucoup au- dessous; et dans le pays où Mr. de Chateauvieux faisoit t ses expériences, le produit moyen ne passe vraisemblablement pas cinq pour un. T Tome 5, 290 CULTURE d’une nourriture spe’cifique , donnée par la terre à chaque differente plante , a probablement pris naissance dans l’usage de la rotation de differentes récoltés pour la même terre. On a observe que si toutes les plantes s’ali- mentoient de la même espèce de nourriture , le sol s’e’puiseroit par la succession de diverses recolles, tout comme par la succession continuée de la même récolte ; mais le changement des plantes est nécessaire ; non à cause de la différence de l’aliment que chacune tire de la terre, mais pour prévenir la de'génération des plantes. Le blé dégénère là où il est semé plusieurs années de suite (1). Je pense comme cet auteur; et je suis convaincu que, sur quelles terres que ce soit, pesantes ou légères, si l’on ( 1 ) Home tranche la question contre les vraisemblances. D’ailleurs que signifie là le mot dégénération? La paille est moins haute, l’épi est plus petit, mais le germe est le même, et ce blé prétendu dégénéré réussit tout aussi bien pour sémence dans une bonne terre. La dégénération dont parle Home, n’est donc que la moindre quantité. Mais qu’importe l’explication théorique du fait? il suffit qu’il soit parfaitement prouvé que la variété des récoltes entretient la fertilité de 1* terre. Ce fait montre toute l’importance des bons asso- Icmens, sans qu’il soit nécessaire de faire une théorie sur la nature des sucs. B TJ B B tï. agi entremêle les récoltés de froment, de pcbèrcs ou de récoltés améliorantes, il y a à gagner soit pour le public , soit pour le cultivateur, soit pour la terre, à ce que le blé ne revienne que de cinq en cinq ans (1). Pâture des moutons sur les blés . C’est une coutume vraiment barbare que do faire paître les bêtes à laine sur ^ es ^s. Elle a été introduite par les fermiers impre- voyans qui manquent de nourriture pour leur? troupeaux au printems. Il arrive quelquefois, néanmoins que les blés semés trop tôt deviennent trop forts dès l’automne. Alors oa peut y mettre les moutons pour arrêter la végétation , et donner de la force a la plante; mais c’est une opération délicate , et qui de mande de l’attention. Si la terre est forte , tl (1) Voilà l’exagération (l’un bon système, qui est d’éloigner les récolles de blé plus qu’on ne le fait en France : mais il est certain que comme le blé (de l’aveu même de cet auteur en parlant de la culture Angloise) est une récolte précaire, en dépit des précautions; si, sur deux récoltes, il y en a une qui se trouve foible, il n’y en a plus qu’une bonne dans dix ans : il n’y auroit pas moyen de fournir à la consommation nationale, avec un tel assolement, s’il étoit généralement adopté. CULTURE 2 9 2 *■ faut qu’elle soit parfaitement sèche , sans quoi les moutons la paitrissent : chaque impression de leurs pieds fait un petit creux qui relient l’eau, et nuit à la plante si l’hiver est pluvieux. Dans les terres légères , c’est un procède utile que de faire parcourir un champ de blé par les moutons, au printems: ils donnent au sol de la consistance , et empêchent ainsi que le blè ne se laisse tomber (1).. Quelquefois on réussit à détruire les limaçons,-en mettant les moutons dans un champ où il y en a. J’ai fait manger , en Mars , sans inconvénient, par un tems très-sec , un blé en terre forte, par les moutons , de manière qu’il ne restoit , en quelque sorte , aucune apparence de récolte ; mais il ne faudrait pas faire cette opération après que les racines coronales ont fait des progrès : on risquerait la récolte entière. (1) Ce que l’auteur entend ici [root fa Ming] n’est pas ce que nous appelons verser; c’est un accident qui arrive quelquefois, aux blés des terres sablonneuses, ou qui manquent de consistance. Dans les quinze jours qui précèdent la moisson, l’on voit un grand nombre d’épis qui se laissent tomber un à un sur tout le champ, et non point par plates, comme quand la récolte verse, pour être trop belle. Ces épis se dessèchent, et ne donnent point de grain. JJ Ü B Xi ÏS. agS Sarclages. Laissons spéculer les philosophes sur la nourriture des plantes , ils ne sont pas encore près d’être d’accord. Le fermier doit s’en tenir aux faits, et en croire l’expérience. Toutes les plantes prospèrent d’autant mieux que le sol est meuble , et bien remué autour d’elles, parce que l’humidité y pénètre mieux, et les racines s’étendent plus facilement dans tous les sens. Après que la terre a été pulvérisée , elle tend à se resserrer en masse ; et comme il est impossible que les labours , et les hersages ' qui ont précédé la récolte, aient détruit toutes les plantes nuisibles, il faut employer les sarclages , ou la houe à cheval , lorsqu’ils sont admissibles. La culture du semoir , qui range le blé en lignes , est très-favorable à l’action du boyau. Le fermier qui entend bien la culture au semoir peut employer les boues à cheval , à la manière de Ducket ou de Cook ; mais il convient toujours de compléter l’ouvrage à la main , parce que le ' cultivateur à cheval ne peut pas nettoyer le blé dans les rangées» Ces opérations doivent se faire au piiatcms, dans le moment où les racines coroualcs poussent ; et où les mauvaises herbes prennent dq. 2g4 CULTURE l’accroissement. C’est un ouvrage de femmes et d’enfans et qui emploie très-utilement cette partie des pauvres laborieux. Si la terre est sale, elle demande plus d’un sarclage ; mais une terre sale n’est pas propre au blë. Si celui-ci succède à des turneps manges sur place , je conseiHerois de semer du trèfle après le sarclage ; et dans ce cas on ne peut sarcler qu’une fois. Dans les terres fortes , semées à la volée, le terrain se tapit quelquefois tellement par les pluies et les vents du printems , qu’il est impossible de l’ameublir un peu, meme avec la herse : il faudroit sarcler; mais la semaille à la vole’e rend l’emploi du sarcloir ou hoyau très-difficile , à cause de ^l’irrégularité de la distribution des plantes. Moisson. C’est l’usage de la plus grande partie de l’Angleterre, de ne moissonner les blés que lorsque les épis sont complètement mûrs, et s’abaissent vers le sol. Il en résulte que les épis s’égrainent sensiblement. C’est certainement une mauvaise pratique ; et les plus habiles fermiers commencent aujourd’hui à couper leurs blés quand ils voient approcher la maturité , mais tandis que la paille est encore DU BU Û. 295 verte. U mûrit dans la javelle 5 et peut supporter des pluies assez longues, sans dommage, parce que le grain ne se pénètre pas d’eau , comme s’il ètoit mûr (1). Dans les terres fortes, on ne peut pas faucher le h lé, parce que les les mottes de terre que la faux prendrait se mêleroient à la paille , et qu’au battage il rcs- tevoit de la terre parmi le grain, ce qui lui ôteroit de son prix. Dans les terres légères, et dans les trèfles rompus , il faudroit toujours faucher , comme on le fait dans le voisinage de Londres : la paille en seroit plus abondante, et la terre seroit débarrassée du chaume, sans une seconde main-d'œuvre pour l’arracher (a). (1) Je suis dans l’usage de couper les blés tandis que la paille est encore un peu •verte. I.e grain roCrit dans la javelle: il en est ordinairement d’un plus beau roux, et souvent aussi plus nourri que celui qui a été coupe tres- mûr. Je laisse mûrir à fond les champs destinés a fournir aux semences. (2) L’auteur suppose que dans les terres argileuses les mottes de terre subsistent encore au moment de la moisson, et forment des inégalités qnj arrêteroient la faux; tandis que dans des terres légères, ces mottes de terres sont fondues , et nivelées avec le reste du champ : c’est tout le contraire de ce qui arrive. Les mottes de terre, dans les terrains légers, se retrouvent les mêmes après l'hiver, tandis que dans les terres ar- CULTURE s'9 6 Lorsqu’on coupe le blé avant qu’il soit bien mûr, il faut qu’il ait la place et le tems nécessaires pour sécher sur le champ ; et si l’on rcsserroit le’blé trop tôt, il pourroit s’échauffer. 11 est aussi plus difficile à battre , quand il a été coupé un peu vert ( 1 ), et les ouvriers ne manquent pas de s’en plaindre ; mais ces in- convéniens ne sont pas assez grands pour détourner de l’usage de couper avant la pleine maturité. Conclusion. J’ai indiqué les divers procédés en usage , et les meilleures pratiques à suivre dans la Culture du blé. J’ajouterai qu’il conviendroit de donner des prix assez considérables pour encourager la construction des instrumens d’agriculture , afin d’arriver à celle qui est véritablement fondée sur des principes géométriques, et la plus avantageuse dans l’usage : la plupart de ces instrumens sont faits selon la fantaisie des ouvriers. Il faudroit que le gouvernement fît l’emplette de tous les modèles éprouvés , afin que chacun pût faire faire les gileuses elles sont complètement fondues par les gelées et les dégels. (1) C’est une erreur : il n’y a, à cet égard aucune différence, nu b n é. 297 instrument en conséquence. Les progrès de l’art dépendent beaucoup de la perfection des instrumens ; et il faut que ceux-ci soient construits le mieux possible, pour être employés selon que la' nature du sol le requiert. Il faudroit otVrir des primes aux laboureurs de INorfolk pour les encourager a s'établir chez les fermiers des terres légères , car ils surpassent tous les autres laboureurs , en activité et en connoissances. Il faudroit encourager de même le système du semoir de Ducket, avec le Skin Coulter, partout où le terrain est suffisamment léger, et où le plantage ne peut pas être introduit. Les expériences que le Roi fait faire a ."Windsor; celles que les seigneurs, les riches propriétaires, et les Sociétés d’Agriculture, font ou propagent, sont des exemples bien propres à encourager l’imitation; mais je croirois que pour répandre convenablement l’esprit des perfectionnemens agricoles, il faudroit établir des fermes expérimentales. Le Département d’Agriculture pourroit acheminer ces institutions, en créant deux fermes d’expériences, dans le voisinage de la Capitale : l’une en terre légère, et l’autre en terre argileuse; car, je le répète, il faut que les deux systèmes soient maintenus distincts. La CULTURE a 9 8 première ferme seroit de 4 oo acres , et la seconde de 200. On culliveroit ces deux fermes d’une manière analogue à la nature de leur sol ; on y introduiroit des assolemens convenables y et on y èlabliroit des fermiers accoutumes au genre de culture qu’il faut à ces terrains , sous la surveillance d’un commissaire du departement. Ce seroit là des fermes nationales d’expériences. On y essayeroit tous les instrumens nouveaux. Les maisons , e'tables , granges, et cours seroient construites et distribuées sur les plans reconnus les meilleurs , et aux moindres frais. On y feroit les plus -grands elforts pour constater les faits utiles , et avancer les connoissances eu agriculture , sur tous les objets. On feroit enfin circuler, à bas prix , des rapports et des descriptions 'sur tout ce qui auroit mérite’ d’être approuvé , en procédés , et en instrumens. Dans ce siècle de progrès et de lumières , où la population , la richesse , et le luxe augmentent si rapidement, le parlement est encore plus obligé de s’occuper d’encourager l’agriculture. Si, une fois, ces établissemens nationaux étoient créés par le gouvernement et bien conduits , ils rendroient bientôt assez pour couvrir les premiers frais; et les avantages I> U BLÉ. 2g9 en seroient incalculables pour la prosperil* de l’e'tat (1). (i) La classe des sciences physiques et mathématiques de l’instiwit National vient de faire imprimer un manuscrit que le Chevalier John Sinclair a envoyé à 1 Institut» contenant un projet pour établir des fermes expérimentales, et pour fixer ^ les principes des progrès de l’agriculture. Le rapport des Commissaires nommés pour l’examiner , MM. Tessier , Cels , est très-favorable à ce projet, et en général à l idée des feimes expérimentales, et des encouragemens a donner par le gouvernement, aux objets agricoles. « Le gouver- )> nement sait bien ( disent-ils ) que les peuples culti- » valeurs ont plus de mœurs, sont plus passionnés pour 5> la liberté, et qu’enfin ils sont seuls invincibles- Si j) nous sommes au premier rang pour la gloire mib J) taire, soyons donc aussi uue des premières Nations J) agricoles. Plus la nature a fait pour nous à )> égard, plus il est de noire devoir delà scco J’ai souvent présenté le même fonds d idées cours de cet ouvrage, et je m’applaudis de nie trou ver d’accord sur cela avec des hommes dont l opinion est du plus grand poids. 5 oo Extrait d’un détail sur les avantages supérieurs du plantage du blé a la main , par le Dr. Glasse. Reports of the Society for bettcring the situation of the poor. Eh 1789, j’obtins de Mr. Joseph Marland, très-bon cultivateur, qu’au lieu de faire semer son blé comme à l’ordinaire, il le feroit planter à la main. Il ne mit pas plus d’un busliel de semence par acre , ce qui fait une épargne de moitié au moins. Il n’en planta que deux acres. L’annce fut favorable , et il retira plus de 4 o bushels par acre, c’est-à-dire , au-delà d’un quart en sus de la récolte moyenne de l’année. La paille étoit très-forte , et le grain d’une beauté très-remarquable. f Il avoit employé, pour planter, des femmes dont il connoissoit l’adresse dans l’opération du plantage des fèves. Cinq ou six femmes plantoicnt un acre par jour. La terre étoit bonne et forte, mélangée d’un peu de gravier, de place en place. L’année suivante , il planta cinq à six acres , et eut le même succès. II a continué depuis à se trouver très-bien de cette méthode, et il la pratique sur toutes scs terres pijAKTACT! dû cli’.. 3 ol' arables , ce cjui, au reste , ne fait pas une étendue bien considérable , parce que sa ferme est principalement en pâturages. L’exemple a gagne ses voisins ; l’un d’eux a plante cette année trente acres, et un autre quarante acres, en froment. Mr. Marland a calcule que sou produit moyen depuis dix ans , par le plantage, a été de trente-deux bushels par acre , et cela sans forcer d’engrais , et sans autre frais de culture que ceux qu’un bon agriculteur doit toujours faire. Dans le canton , où les terres s’afferment d’ordinaire à 20 shcllings l’acre , le produit moyen du blé est de vingt-quatre bushels par acre. • 1 Au moyen du plantage , l’agriculteur peut maintenir son champ parfaitement net, eu faisant savcler son blé au primeras. Dans tous les cah la paillg est toujours plus forte , et le grain plus pesant. Voici le tableau de l’épargne et du produit plus considérable, en supposant une étendue de quarante acres. Un bushel par acre épargné sur la semence, à 18 shel. le bushel.Liv. st. 36 A déduire les frais de plantage à 5 sb. par acre. io Reste . . Liv. st. 26 Accroissement de produit, 8 bushels par acre, à 18 sh. le bushel, sur 4o acres. 288 Liy. st. 3i4 5 os PLANTAGE Voici les avantages évidens de la méthode de planter le blé. i.° L’épargne de semence , qui, sur quarante acres , au prix actuel du froment , fait 26 liv. sterl. En tems de disette , celte considération est extrêmement importante. Sur 800,000 acres , étendue présumée des terres seme'cs en ble’, en Angleterre , si l’on suppose que la moitié de cette étendue soit plantée, ce seroit 4 oo,ooo bushels épargnés , or cette quantité est bien importante dans un tems comme celui-ci. 2. 0 L’augmentation du produit moyen. Cette augmentation est de 520 bushels sur 4 o acres : ce qui , sur l’étendue ci-dessus supposée , fe- roit pour le royaume, 3,200,000 bushels. 3 . ° L’accroissement de valeur de la paille, qui est plus ferme , et moins sujette à verser : cette paille se vend plus cher que l’autre : c’est un avantage sensible dans le voisinage d’une grande ville. 4 . ° L’occupation utile que cette méthode fournit aux pauvres , sui tout aux femmes et aux enfans. C’est un soulagement trcs-important pour les pauvres mnnouvriers , et il en rc’sul- tcroit une diminution sensible dans la taxe des pauvres. Tous les terrains cependant j ne sont p a * t T) U BLÏi, 5 o5 propres à celte culture. Celui que Mr. Morlancl avoit choisi etoit argileux , et avoit des pierres dans quelques endroits. Cinq femmes plantent un acre par jour. Il n’est point necessaire de tracer des lignes pour les diriger : elles suivent, le trait de charrue : elle font les trous à deux pouces les uns des autres, dans un sens, et à six pouces dans l’autre. Le blé talle singulièrement , dans cette pratique : j’ai compté vingt tiges ensembles, provenant,' r je le suppose , de deux grains , car c’est ce qu’on recommande aux femmes de mettre dans chaque trou. Si cette culture etoit admise sur toutes les terres qui en sont susceptibles, elle épargneroit plusieurs centaines de mille hushels de blé par an ; elle augmenteroit les récoltes d’un quart , et elle donneroit de l’ouvrage , dans une saison morte, à des milliers de femmes et d enfans. C’est précisément dans la saison des semailles cpie l’ouvrage manque pour les femmes et les enfans, et que les charges des paroisses augmentent considérablement. — J’ai un journalier qui travadle communément pour moi, et qui dans la saison du plantage , gagnoit 26 shellings par semaine , entre lui, sa femme et son enfant, en plantant du blé. 3o4 ESSAI SUR LE BLÉ SARRASIN. (Georgical Essaya of HüNTER. ) Ije Lie sarrazin , ou blë noir , est un objet de culture sous trois rapports diffërens, comme graine , comme engrais , et comme fourrage vert, mais quel que soit le but principal qu’on se propose en le cultivant , il a toujours l’avantage de servir à nettoyer le sol. Ou peut semer le blë sarrazin dans toutes les espèces de terre ; mais il paroît surtout propre aux terrains légers et ingrats : on dit qu’il est cultive avec beaucoup d’avantage dans les sables arides du voisinage de Berlin. Comme on le sème ordinairement sur un dliaume souille’ de mauvaises herbes, il convient de donner à cclui-i-i, un labour préparatoire dans l’arrière automne , afin que la terre puisse profiler du bënëfice des gelées. II faut avoir soin de bien ëgouter la pièce , pour éviter la stagnation des eaux. Au prin- tems , dès que les semailles de la saison sont faites , il faut herser et rouler la pièce a plusieurs reprises , puis brûler les racines des mauvaises herbes qu’on a rassemblées en tas. Il ne faut jamais semer le blé noir avant les ESSAI SUR uu Kf.r, SARRASIN. 5 d5 les premiers jours (1e Juin , car on a observé que s’il est semé assez tôt pour fleurir avant les grandes chaleurs, les (leurs sont fanées et brûlées , sans produire de grain. D’ailleurs , comme celle plante est extrêmement délicate dans les premiers tems de sa levée , les blanches gelées de Mai la tuent. 11 y a encore une raison pour ne la pas semer trop tôt, lorsqu’on la destine à être mangée en fourrage vert, c’est qu’en choisissant pour la semaille , les premiers jours de Juin, on obtient ce fourrage en pleine fleur dans le courant de Juillet , c’est-à-dire , dans un moment où la première ■végétation des pâturages est épuisée , et où il arrive meme qu’ils sont brûlés. II est bon de choisir le moment d’une pluie douce, pour la semaille du blé noir. Cinq ou six jours suffisent alors , pour taire germer les plantes ; et comme la végétation du ble noir est extrêmement rapide , les-plantes ont bientôt acquis assez de hauteur et d’étendue pour couvrir le sol, et étouffer les mauvaises herbes. Quant à la quantité de graine à répandre sur un acre , le lermier doit avoir égard aux ’ circonstances de la température et de la saison. Si la terre est humide, dix pecks par acre suffisent : si elle est sèche, il en faut trois ou Tome 5. V IJ S S A I SUR 5o6 quatre tle plus pour assurer la leve'c. II faut s’attendre que dans les pays où il y a des pigeons en grand nombre , ils mangeront toujours une partie de la semence qu’on a répandue sur le champ. Lorsqu’on laisse mûrir le blé noir , il y a un certain moment précis qui est le meilleur possible pour la récolte. Mais comme cette plante renferme beaucoup de sucs , il faut avoir soin de ne la resserrer que lorsqu’elle a suffisamment séché sur le champ. 11 convient aussi , lorsqu’on en forme des meules , d’y glisser de place en place des fagots pour main-< tenir des courans d’air, et empêcher que cette niasse ne s’échauffe. Le premier usage qui se présente à faire du blé noir, c’est de l’employer à la nourriture de l’homme. Lorsqu’il a été bien recueilli , et battu bien sec , il produit une assez grande abondance de bonne farine, aussi blanche que la farine du froment , et dont on peut faire du pain qui a un goût très-savoureux. En Allemagne , on a l’art de le gruer, et l’on en fait des potages comme ceux de l’orge mondé. On fait aussi de cette graine, après une trituration assez imparfaite, différens mets, assez estimés dans la cuisine Allemande, et dont le peuple fait un très-grand usage. On peut observer en Voy«S catl1 dans b* Saxe, la Sibérie , cl l’dec- torai de Bi andebourg que le Me noir est unt aliment très-sain. Les cultivateurs élevés et nourris presque uniquement avec celte substance sont une race robuste et vigoureuse. Les paysans fout trois repas par jour , presque uniquement de cette graine. Je pense que si nos distillateurs d’eau-de-vie faisou-nt les expériences convenables , sur ce grain , ils trouvemienl dans son emploi de grands avantages. Je sais de bonne part qu’on en emploie beaucoup dans les distilleries de Dantzic, qui ont une grande réputation. L’année dernière , un gros propriétaire de Yorkshirc vendit aux distillateurs de Londres une certaine quantité de blé noir au prix de l’orge. C’est surtout en Norfolk que l’on commît bien l’usage du blé noir pour nourrir les bestiaux. Celte nourriture est un excellent moyen d * ngr.nsser promptement les cochons , les dmdons , et toutes les volailles. Il convient de le gruer pour que ces animaux en profitent davantage. Lorsqu’on le donne aux porcs , il convient d’y mêler un peu d’avoine, afin qu’ils îe mâchent p! us complètement. Le premier jour qu’on le donne aux petits codions, il les enivre : ils se mettent à courir , heurtent les murailles , tombent, se relèvent , et pa- 5o8 ESSAI SUR roisserit plus gais qu’à l'ordinaire. Il faut donc le leur ménager convenablement le premier jour. La seule objection que j’aie entendu iaire contre l’usage de ce grain comme moyen d’engrais pour les cochons , c’est que la graisse de leur lard manque de consistance , et se fond trop aisément dans le bouillon ou à la broche $ mais on peut prévenir cet inconvénient (egalement remarque' pour les dindons et les volailles ) en nourrissant les animaux avec des pois et de l’orge pendant sept ou huit jours avant de les tuer. On obtient ainsi une graisse aussi solide , et une viande de meilleur goût que par toute autre nourriture. Il n’y :i vien que les faisans aiment mieux que le l)le noir. On les hiverne parfaitement en répandant de place en place dans les taillis, une certaine quantité de paille de Lie noir avec son grain. Non-seulement on empêche, ainsi, que les faisans d’un parc ne le quittent , mais on attire encore des faisans etrangers qui s’y établissent. Lorsqu’on a des champs trop écartés pour le çharinge des fumiers, ou dans des situations trop difficiles pour les charrois, on ne sauroit mieux faire que de les semer en Lie noir , pour l’enterrer à la charrue. Voici comment il faut s’y prendre. Au moment où le blé noir X r. BLÉ S A H B A S T N. 5og est cri pleine Heur, on passe le rouleau dessus, et lorsqu'il est complètement écrase, on l’enterre à la charrue. Il faut qu’il soit complètement recouvert , de manière qu’on ne voie pas ressortir une seule fleur , s’il est possible. Apres la charrue , il faut passer le rouleau pour fermer les intervalles des sillons, et empêcher 1 évaporation de l’humidité des plantes. Il convient de rouler tous les soirs l’étendue qui a été labourée dans le jour. Lorsque le moment de semer le hlé arrive , il suffit de passer la herse pour ôter les mauvaises hérités qui peuvent avoir germé 5 et si l’on sème au semoir, fl est inutile de labourer avant la scmaille : le terrain est dans le meilleur état possible de préparation pour recevoir la graine. >1 ai observé que tous les animaux auxquels j ai donné du blé noir à manger en vert , ont J’: lru Minier beaucoup , et s’en trouver très- “cn. J e p ;n q e

5 coombs de grains a 18 sliel. a i) 10 Liv. st. 4 i 5 A déduire C coombs de semence. Jî _8 Profit . . Liv. st. 35 17 fl’csL-à-dire 5 liv. st. 10 si», 4 d. par acre. 512 ESSAI SCR. EI3 BLÉ SARRASIN. La nourriture des codions n’a pas été comptés parce qu’ils n’ont mange' que les rebuts qui lomboiom des râteliers. Je ne calcule point les Irais de labourage , hersage , etc. parce que, dans le cas d’une jachère, les frais au- roierit ctp au moins aussi considérables. Lors- qu’on'a laissé groner le blé noir , il convient de rompre Je chaume immédiatement après la récolte , parce que lorsque le blé noir est bien sec il s’en égraine toujours une si grande, quantité sur le terrain , que ces grains , si on ne les faisoit pas germer d’abord en les enterrant , leveroieut l’année suivante, et souil- leroient la récolte, comme pourroienl le faire de mauvaises berbes. Lorsqu'on a coupe' le b!e' noir en vert un seul labour suffit ensuite pour préparer admirablement le terrain au blé qui doit succéder. Avis donnes aux Agriculteurs en grains du Departement de la Gironde par la Société des sciences, belles- lettres et arts de Bordeaux (1), AT os campagnes furent désolées î’an dernier j le cullivaleur fut trompe plus cruellement encore que lorsqu’il n’est que déçu de ses espérances; les grains déposés dans les greniers oui été attaques par des insectes qui en ont de- voie la substance, ou qui du moins en ont diminue le poids et la valeur, dans une proportion extraordinaire. bes cultivateurs affliges communiquèrent leurs alarmes aux autorités locales , qui les ont transmises à M. le préfet. Ce premier admi- ïnslraicur, partageant les justes sollicitudes maires des communes qui ont éprouvé ce nU ’ a désiré de pouvoir leur indiquer des moyens qui cn préservassent les récoltes futures, four parvenir à ce but , digne de son zèle (') ^ nous a P a ru copvcnolde de consigner dans ce recueil lAvis donné aux cultivateurs de la Gironde, C est un précis de ce que l'expérience a démontré utile, et on ne sauroit trop le répandre. Avrs AUX AGRICUUTEUES 5i4 administratif, M. le préfet adressa à la Société des sciences,belles-lettres et arts de cette ville» les letires qu’il avoit reçues , et qui conte- noient les détails affligeans des de'gâts que les grains avoient e'prouve's. La société s’empressa de répondre à ses vues bienfaisantes, et de lui indiquer la méthode qu’elle jugea la plus propre à en arrêter les progrès ; mais ne croyant pas en avoir fait assez pour l’agriculture, dans son premier avis , elle s’est occupée de rédiger un manuel de préceptes fondes sur une expérience e'elairée, dont la fidèle observation garantira les fromens et les seigles des maladies qui les affligent, détruira les nombreux insectes qui les dévorent, et les substances étrangères qui en rendent l’usage malsain. §. i. Les principales maladies des grains sont la rouille, le charbon, la nielle et l’ergot. La rouille est une substance rousse, pulvérulente , qui couvre les feuilles et les tiges des blés , et les empêche de croître ; cette maladie se manifeste au printems. Le charbon est une maladie qui convertit la substance farineuse du grain en une poudre lélidc et noire , qui change la forme de 1 ep* et la disposition de ses enveloppes. EK O 11AXNS, 5x5 La nielle est une maladie qui attaque et détruit le germe et la substance du grain , et ]e réduit, ainsi que ses enveloppes , en un® poussière noire et de mauvaise odeur. On aperçoit à peine le charbon sur les liges. Ou reconnoît la nielle, dès le moment «pie les épis en sont infectes. Cette poussière alté- rcroit la farine et perpe’lncroit dans les semences les maladies qui Font produite , si l’on ne se lintoit de l’eu purger. Dans la maladie de l’ergot , il sort de l’épi un grain de forme cylindrique, noir à l'extérieur et blanc en dedans, souvent recourbe, et long quelquefois de plus d’un pouce. C’est surtout dans le seigle qu’on remarque celle maladie. La subslancede l’ergot, mêlée avocla bonne farine, produit des effets très-nuisibles. §• 2. Des dégâts qu’ éprouvent les grains. Ces dégâts arrivent aux grains encore sur P le d, OU lorsqu’ils sont déjà dans les greniers. Les dégâts qu’essuient les grains sur pied sont occasionnés par les intempéries ou par les insectes , et par ces derniers seulement dans les greniers. Il ne laut pas compter parmi les intempéries , les froids du printems qui allèrent les blés, les grandes chaleurs qui en font avorter 5 1 o avis aux Acnrcur.TEuns les grains ou les dessèchent avant leur maturité. Il n’est pas au pouvoir des hommes de prévenir les maux qui en dérivent et d’en arrêter les effets affligeans. Occupons-nous seulement de prévenir, autant qu’il est possible, les suites funestes fie ces pluies continuelles qui tombent quelquefois pendant la moisson, font germer et. pourrir les grains. Les insectes qui attaquent les grains dans f leur enveloppe, et qui y prolongent leurs ravages jusqu’après la récolte sont de plusieurs genres. L’an dernier, par exemple , c’étoit la chenille d’une phalène qui paroît être la même que celle qui fit tant de dégâts dans l’Angou- mois en-1760 et les années suivantes : e’étoient des ips et des cvnips peut-être d’espèces variées. Mr. Delaguette , médecin de la Kéole, et correspondant de la Société, parle de plusieurs de ces insectes dans un Mémoire qu'il lui a adressé ; et Mr. Dargelas, un de ses membres, qui s’occupe avec'/.èle de l’étude des insectes , a découvert parmi des grains altérés un cynips qui, selon lui, n’a jamais été décrit, et qu’il caractérise ainsi : Cynips usurpateur ; noir luisant, antennes* avec la moitié des articles ferrugineux, base et cuisses blanchâtres , pieds blancs. B N CRAINS. 017 §. 3. Préservatifs et remèdes. Si la rouille (l) s’empare des blés au priu- icms, avant que les tuyaux ne soient formes , arrachez toutes les feuilles qui en sont affectées , la plante trochcra avec plus de vigueur. La bonne semence et le chaulage (2) préviennent la nielle, le charbon et l’ergot; ne confiez donc à la terre qu’un grain parvenu à sa parfaite maturité, bien nourri et chaulé avec attention. Les grains qui portent sur la base de l’épi sont les plus mûrs , les mieux nourris, et tiennent moins à leur enveloppe; ils forment par conséquent la meilleure semence : il suffit de battre légèrement les plus belles gerbes pour ,sc la procurer. Chaulage des grains (3). 11 faut faire une. forte lessive de cendres, dans laquelle ou fera fondre six livres de chaux sur soixante livres de liquides ; 011 mettra ensuite une certaine quantité de grains dans une corbeille de jonc ou d’osier , on lu trempera (1) Dictionnaire encyclopédique, au mot rouille. (2) Dxpérienee du célèbre TiLlet. (3) Dictionnaire de Bornare, au mot chaulage. 01 8 AVIS AUX AGRICUUT.ËU715 dans la lessive, ori remuera les grains ouverts de cette lessive , ayant soin d’enlever ceux qui surnagent; on laissera égoutter la corbeille , et l’on fera sécher les grains : c’est la manière la plus simple de les chauler. Si l’on veut hâter la germination du grain, il faut ajouter à celte lessive six livres de fiente de pigeon et trois livres de salpêtre. Le grain ainsi chaule et semé dans les vingt-quatre heures germera promptement (1). Ne laissez jamais croître aucune plante parasite dans les champs ensemences; elles s’emparent des sucs destines à la nourriluredes grains. Si l’on récolté dans un tems pluvieux , il faut mettre les javelles en gerbes , les placer sur le sol l’épi en haut , à une certaine distance les unes des autres ; la pluie coulera le long des enveloppes de l’epi recourbe, sans pénétrer jusqu’au grain. Ne battez jamais les gerbes que lorsqu’elles seront bien sèches, et mettez alors le grain qui en proviendra sur (1) Il est reconnu qu’un des meilleurs moyens d’éviter ce peuple innombrable d’ennemis qui attaquent les grains, est de ne fumer les terres qu’avec des fumiers bien consommés, ou avec des engrais qui n’engendrent point d’insectes, comme la chaux étant mêlée avec la terre. JS N GRAINS. 5ig le grenier. Tenez les greniers dans la plus grande propreté, faites-en fermer, chaque année , les plus petites issues , et enduisez-en les innrs d’une couche d’eau de chaux (t). Le grain prend-il de la chaleur (2) ? ne perdez pas de tems , mcttez-le dans le four, au degré de chaleur qu’il éprouve lorsqu’on en retire le pain. Cette température fait périr les insectes , dans quclqu’état qu’ils soient, et la récolte est sauvée. Veut-on se convaincre que les grains échauffés contiennent des insectes? que l’on ouvre quelques-uns de ces grains, on reconnoîtva facilement les insectes à leurs mouvemens. Relirez du four ou de toute autre étuve le grain que vous y aurez mis , faites-le passer au crible , cl renouvelez , chaque jour , cette opération , jusqu’à ce que chaleur soit dissipée. (1) Mémoire de DuliameA et Tillet, Académie des Sciences , année 1761, p. 289. (2) On sait que l es insectes, en sortant de l’eeuf, passent en général par trois étals différons : l’étal de chenille ou de larve, l’état de chrysalide ou de nymphe, et 1 état parfait. Dans l’état de chenille, tous prennent de la nourriture. L’état de chrysalide est pour eux un état de repos; et dans l’état parfait, le papillon ne remplit d’autres fonctions que celles qui concourent à la propagation de son espèce. \ 520 avis aux AGr.rcur/ruuiîS Ensevelissez, à un pied de profondeur dans la terre la poussière des grains ; c’est le meilleur moveu de détruire les larves qu’elle contient. Les criblurcs , quoique remplies d’insectes , serviront à la nourriture de la volaille; mais, au lieu de les jeter au hasard, placez-les sur quelqu’appnreil à fond plat, et lorsque la volaille se sera bien nourrie de ces criblurcs, enfouissez les balayures dans la terre. Les grains qui auroient etc tachés et noircis parla poussière du charbon et de la nielle, doivent être soigneusement lavés avant d’être mis en farine. Sans celle précaution il scroit très-dangereux de se nourrir du pain qui en proviendroit. Il ne faut pas souffrir de grains ergoltés (1) dans ceux qui sont réservés pour la semence ou pour la consommation , ils infecteroient les guérets et la farine. Veut-on conserver du blé pendant plusieurs années (2)? il faut le renfermer, bien sec et bien purgé , dans des tonnes et dans des barriques. Qu’on ne se lasse pas de remuer et cribler (1) Dictionnaire encyclopédique, au mot ergot . (2) Expérience de Duhamel. le EN O U AT K S; 5m le grain , tandis qu’il sera snr le grenier; ces deux procédés sont essentiels pour la conservation des grains. J)ès que les greniers sont vides , balaye^ avec soin les planchers et les murs d’une eau de chaux; tenez les grenievs bien ferme's, faites-y brûler des plantes odoriférantes, comme du genièvre , de la lavande , du thym , du romarin , de la menthe. Observez ces procèdes dans ce moment surtout, même dans les greniers où il y auroit encore du grain, afin d’empêcher la reproduction des nombreux insectes qui y ont dépose leurs œufs. Ces préceptes sont minutieux , quelques- uns même présentent des difficultés, mais le cultivateur qui les observera y trouvera le dédommagement de ses peines. Quelque soin que le cultivateur se donne pour ne livrer au commerce qu’un grain sain et bien conservé, on voit souvent des amas de blé dévastés p av l cs tc ig nes et les chareneons. La chaleur d’une étuve fait périr les premiers, mais les seconds la bravent. On emploie avec succès (1) contre les cita- (i) Traité d’agriculture de l’abbé Roder, article grains. Tome b. X 522 AVIS AUX AGRICULTEURS rençons les ventilateurs et les fumigations de soufre. Pour employer ce dernier moyen , il faut commencer par bien balayer le grenier , faire brûler du soufre , y elendre le grain , faire de suite une seconde fumigation que l’on aura soin de renouveler de lems en tems. Cette vapeur empêchera les charençons d’en approcher , et en éloignera ceux qui y prendroient naissance. Si l’on craint que le grain n’ait contracte une odeur de soufre , on l’en dégagera , en l’exposant pendant quelques jours à l’air, avant de le convertir en farinei Les grains échappés à l’intempérie des saisons , aux dégâts des insectes, à la voracité' des rats et des souris, éprouvent encore , dans leur circulation , des accidens qui nuisent à leur qualité. Ces grains , exposés en plein air sur l’eau , dans des bateaux sans couverture, contractent une très-grande humidité qui fait gonfler le grain , l’altère et le corrompt : sou* vent même des bateliers infidèles répandent de l’eau sur les blés qui leur sont confiés, et en soustraient la quantité que ce coupable cl: nuisible procédé leur procure. La police p eUt remédier au premier inconvénient, en ot'don nant que les grains ne pourront désorm als cLie UK <; il a r n s. Voitures que dans des bateaux pontes et couverts ; et au second, par une surveillance active et sévère. Düfau, président. Léopold , secrétaire . ROUILLE DU BLÉ (i). Bèponse de Mr. TF. Nesfield , de Wick~ hambi ook. J e ne Vois pas de raison pour changer d’opinion sur la cause generale de la rouille du blé. Je vous l’ai communiquée peu de tems apres le début de vos annales. L’idée que l’épine- vinette peut produire celte maladie du ble , indépendamment de la qualité du sol, ne mérité pas d’etre sérieusement discutée. Cette cause ne sauroit du moins expliquer la Calamité générale qui a eu lieu. Depuis 17 80 » n’avoit rien vu de pareil. (1) L’accident de la rouille du froment, ou de l’ffl- vorlement du grain, fut trcs-général en Angleterre en i8o4. Arthur Young adressa une circulaire à un grand nombre d’agriculteurs pour avoir leur opinion sur les causes de ce liéau. Voici quelques-nues des réponses. Û24 ROUILLE Dans les parties de Suffolk et d’Essex , dont j’ai eu connoissance, il y a eu des pluies considérables , et pendant plusieurs jours dans le tems où les ble's e'toient en fleur. Il y eut ensuite plusieurs nuits très-froides, jusqu’au 28 Juin. Je ne crois pas que les bons observateurs aillent chercher plus loin la cause de l’étranglement du grain dans les e'pis , et de la petite quantité du blè produit. Voilà ma réponse aux diverses questions contenues dans votre lettre. Réponse de Mr. George Talbot , de Guituing. V Les bonnes terres végétales sont celles qui ont le plus souffert. ï. Les récoltés qui avoient été' semées tard, ont été les plus mauvaises. 5. Il y a eu plus de mal dans les endroits bas et couverts que dans les endroits élevés et aérés. 4. En général, les blés épais ont eu le moins de mal. Dans les terrains stériles, les blés semés clairs poussent souvent plus de liges que la racine n’en peut complètement nourrir ; en sorte que , dans ces terrains-là , ü vaut mieux semer plutôt trop épais que trop clair. 5. Je n’ai pas observé que les blés semés avec nu nu h. 5ii5 des semences anciennes , fussent plus rouilles que les autres. 6. Lorsque le brouillard lient long-tems le niatift\, et est remplace par un soleil cliaud , le blé en souffre. j. Les blés qui ont succédé au trèfle ont moins souffert que ceux qui ont succède à la jachère.’ 8, Le fumie^ de mouton paroît le meilleur ; aucun ne pVèvient complètement la rouille. Il est rare que l’on fume les blés dans cette province autrement qu’en ëcobuant et en parcant les terres. 11 . Le mieux est de couper les blés encore verts, aussitôt qu’ou s’aperçoit de la maladie. Quoique le grain soit encore en lait, le blé n’en est pas plus mauvais. 12 . Les récoltes tardives sur les montagnes s °nt meilleures que dans la plaine et les terres riches. On a généralement observé , dans ce pays- ci , que la rouille ne fait jamais plus de mal aux blés que lorsque le brouillard du matin précède un jour très-chaud. j Réponse de Mr. William Northey. î. Les terres légères out le plus souffert. 2. Les récoltes des blés semés tard , et par la R O U ï Ij X, E 326 ' sécheresse , ont etc le plus affectées de la rouille. 5. Les situations élevées sont celles qui ont le mieux échappé au mal. 5. On sème principalement du ble' de l’année; mais ceux qui ont semé du blé de l’année précédente ont eu moins de rouille. On remarque que le blé vieux échappe toujours ■ à la nieille ou charbon. 7 . Nos plus beaux blés sont sur les trèfles rompus. 10. Les blés qui ont le plus souffert sont ceux semés au printems. 11. Plus promptement l’on coupe , quand on s’aperçoit du mal, et mieux c’est. 12 . Les blés de cette année n’ont donné que les deux tiers d’une récolte ordinaire ; l’orge un peu moins d’une récolte commune; l’avoine et le pois de même. L’orge a été fort courte sur les hauteurs, par défaut de pluie. Réponse de Mr. Allen Grebell. Les terres légères et basses ont le plu* souffert. 5. Il en est de même des vallées. 4. Les récoltes épaisses ont le moins souff c,t ‘ * 1 î t 5. On préfère généralement de semer d *- 1 ® de l’année précédente, ]} V B I-> É. 527 On atiribue le phénomène de la rouille » la température atmosphérique au moment crû le grain se forme. fj. Les meilleurs blés ont été sur trèfles rompus. g. ll paroit qtie les faits confirment l’opinion oui 011 est que l'épine-vinette nuit au blé. 10. Le froment blanc a le plus souffert. 11. On ne s’est pas bien trouvé d’avoir moissonné vert. 12. La récolte d’orge n’a été que moitié de la . recolle moyenne. Réponse de Mr. Thomas Thompson, cle Un 11. Je voudrois pouvoir répondre à votre circulaire , de manière à expliquer un peu le phénomène de la rouille qui a affecté la derniere récolte. Le fait est notoire ; niais la cause est un des secrets de la providence. Mon ami, Mr. Slickney , d’JIohlerness , a porté avec soin son attention sur cet objet. Il a observé que dans les plantes malades la partie supérieure du tuyau qui porte l’épi est affectée par la présence d’une plante parasite de la nature des champignons, tandis que la partie inférieure de la paille , laquelle partie est enveloppée des feuill.es, comme d’un étui, en 528 ROUILLE demeure exemple. Il paroît donc que la por- lion de la paille , qui esl la plus menue, et qui est immédiatement contiguë à l’épi, souffre le plus. L’observateur en conclut que c’est dans l’influence de l’atmosphère qu’il faut chercher la cause de la maladie. Il n’est pas douteux que si la paille est une substance organisée, et pourvue de vaisseaux et de pores inhalons et exhalans, l’obstruction de ces vaisseaux, par la présence de la plante parasite , ne doive nuire à la santé de la plante du blé. Il esl probable, cependant, que la présence des champignons sur la tige, a été précédée de quelqu’aclion nuisible de l’atmosphère , ou des insectes. Les variations subites de la température, dans le courant du printems et de l’été dernier ont été supposées la cause de la rouille. Il est certain que l’ascension des sucs des plantes est accélérée, ou retardée par la chaleur et le froid. Une plante qui a été exposée pendant quelques heures à un froid plus grand que la température qui lui convient, ne s’en remet point tout-à-fait. Si un jour très-chaud succède à une nuit froide, l’évaporation des plantes se trouve fort augmentée, taudis que la nourriture de la plante aura été diminuée par l’effet du froid précédent. Les alternatives ï> U BLÉ. 529 brusques de froid et de chaud peuvent déranger tellement le système vasculaire de la tige, que la nourriture du grain soit fortement diminuée , et qu’il en résulte l’avortement dont il s’agit. Il est possible que les plantes fussent déjà malades au moment où ces circonstances se réalisent, ou que la rouille ne soit que le second période de la maladie. Dans le York-sbire les terres glaises n’ont pas été plus exemptes de la rouille des blés que les autres terrains. Il faut cependant remarquer que, dans les endroits bas , voisins du Humber , qui sont aussi des terres glaises , la rouille a fait peu de mal. Dans ces terrains- là il y a peu de haies, et les récoltes y sont précoces. Il paroît que, dans le Holderness, on a remarqué que les situations voisines des baies avoient été plus affectées de la rouille que les autres. J’ai vu au-dessous des Wolds du York-shire, dans de la terre glaise, un blé barbu à épis carrés, qui paroissoit tout-à-fait exempt de rouille , tandis que tous les champs environ- nans étoient gâtés. La récolte , cette année, dans le York-sbire, n’a pas été, je crois, au-dessus des deux tiers d’une récolte ordinaire. 55 o ÏOÜULE Réponse de Mr. Topban , de York-shire. l. Les terres les plus argileuses sont celles qui ont le plus soufTert. Les terrains élevés, et non enclos ont peu de mal, et en general les plus mauvaises terres ont été le moins affectées. 4- Les récoltes hâtives , et les récoltes très- tardives ont souffert le plus. 3 . De même pour les vallées basses. 4 . Nous semons peu au semoir. 5 . Nous n’avons pas remarqué de différence entre les récoltes qui provenoient de blé vieux et les autres. 6. On a Fait tant d’épreuves diverses pour tremper le blé, avant de le semer, que je crois que la cause du mal est dans les influences de l’atmospbère. 7. Je croirois que les récoltes sur jachères ont le moins souffert. 8. 11 ne paroît pas que la différence des fumiers en fasse aucune pour les résultats. g. Nous n’avons pas d’épine-vinette dans nos cantons. ÎO. Je 11’ai pas connoissance que telle variété de blé échappe mieux à la rouille que telle autre. 11. On n’a pas trouvé qu’il fût utile de moissonner avant la maturité. nu B Ii il. 551 j 3 . Je ne crois pas que le produit moyen passe deux tiers d’une récolté commune. Partout où la rouille n’a pas été sensible, le grain a cependant ete' étranglé’ et petit. Réponse de Mr. Maxf.y , de JJedford-shire. j. Les blés sur les terrains défrichés , soit de bois , soit de pâturages , ont le plus souffert, parce que ce sont les recolles les plus abondantes , et qui mûrissent le plus tard. 2- En general, les recolles semées tard ont eu le plus de mal 5 cependant il y a aussi des recolles très-hàlives qui ont été perdues. Cela n’empêche, pas que je ne croie plus convenable de semer de bonne heure, surtout dans les terres froides. 5- Les situations basses cl couvertes de haies sont les plus exposées à la maladie. ét. Les récoltes épaisses , cl les récoltes semées clair, ont généralement souffert. On sait qu’un bushel dans certains sols , produit plus de paille que trois bushels dans un autre sol. Je crois, en général, convenable de semer.un peu épais. J’ai fait usage pendant plusieurs années de blé ancien et de Lie nouveau pour semer, et je n’ai découvert aucune différence dans les résultats, quant à la rouille, 552 ROUILLE 6. Je crois que la cause du mal est dansl*atmosphère. La maladie a lieu lorsque les plantes se trouvent dans la disposition qui favorise le développement de la cause existante dans l’atmosphère. Des champs voisins des récoltes rouillées , ont échappé , apparemment parce que quelques circonstances se trouvoient différente^ dans le moment où l’influence atmosphérique agissoit. II y a plus - de trente ans que j’observe des différences sensibles relativement aux effets delà rouille, dans diverses parties des mêmes champs. 7. On croit en général que les blés sur jachères s’en sont mieux tirés que les autres. Cependant , dans une plaine ouverte , terre argileuse et froide , nullement sujette à la rouille , et soumise à la culture des jachères, l’effet de la rouille a été tel , que le produit n’est pas de trois bushels et demi par acre. INon-seulement l’avortement du grain a été plus général que jamais , mais la maladie paroît avoir été d’une autre nature que de coutume : j’ai observé une rouille rouge et une rouille noire. La paille du blé affecté de cette dernière étoit plus noire que je l’aie jamais vue , et cependant le grain ne paroissoit pas aussi affecté. 8. Quant au fumier, je crois que celui qui hâte la récolte , est plus convenable. TJ TJ « 1. É. 055 >g. J'imagine que l’ëpine-vineUe a un pouvoir d’allraclion , relativement à l’influence de l’atmosphère ; en sorte que le mal est beaucoup plus grand dans le voisinage de cette plante , lorsque l’influence atmosphérique est fâcheuse. Je fonde cette opinion sur un fait que j’ai observe il y a quelques années. A la veille de la moisson je traversois une plaine de champs ouverts. J’aperçus des barres d’une couleur sombre qui se projet- toient au travers d’un sillon sente en ble', en partant, d’une haie voisine, et se dirigeant vers le Nord-Ouest. J’allai examiner la haie à l’exlremite de ces barres : vis-à-vis de chacune de celles-ci, je trouvai un buisson d’e- pine-vinetle. Je conclus que l’e’pine-vinette attiroit l’influence de l’atmosphère , plus qu’aucune autre plante , et affectoit ainsi fortement le blë qui se trouvoit place au- dessus du vent (1) : l’effet ëtoit sensible jusqu’à une distance de vingt perches. Je dois observer qu’il y eut un peu de rouille dans cette annëe-là, mais que le champ dont il s’agit en fut d’ailleurs très-peu affecte'. (1) Il paroîlroit plus naturel île supposer que l’influence partant de la plante, s’exerce avec plus de force au-dessous du vent, pendant le moment critique. .ROUILLÉ 554 Quoique je regarde l’épine-vinette comme facilitant et accroissant beaucoup l’effet de l’influence atmosphérique dans les années où l’influence existe , je pense que si l’influence n’existe pas , l’epine-vinette ne produit point la rouille, lors même que le champ deble enseroitcomplclemcntenloure. jo. Je n’ai pas remarque qu’il y eût, parmi les blés d’automne , des variétés qui aient mieux résiste que d’autres à l’influence; mais le blé de printems barbu n’a pas souffert. C’est Un grand encouragement pour préférer cette variété. 11. Quant au moment convenable pour moissonner le blé rouillé, voici ce que je crois : si la rouille n’a commencé qu’après le moment où le grain étoit en lait, il convient de couper immédiatement ; mais si la rouille alfectoit déjà l’épi avant ce moment-là, cela devient indifférent. Le blé qui est resté sur pied long-tcms , se bat mieux que l’autre. 12. Dans une étendue de vingt milles de rayon autour de moi , la moyenne n’est que des deux tiers d’une récolte ordinaire. Réponse de Mr. Berry, de Monmouth. l. Les terres riches des vallées qui ont été bien fumées, ont le plus souffert de jrouille. 2 . X) 'U I Ti Les récoltes semées de bonne beorc ont eu le plus de mal. 5. Il en est de même de toutes les terres basses. 4. Les récoltes claires ont moins souffert que les récoltes épaisses. 6. La cause est dans l'atmosphère. Les liges et les épis n’avoient aucun mal avant la floraison. 11 vint ensuite des nuits froides, des pluies froides, et des jours calmes et chauds. 7• Les blés sur jachères ont le moins souffert.^ Mes blés sur trèfle rompu ne m’ont donné qu’une demi-récolte. Pendant le printems, ces blés , qui à la vérité sont dans les meil leuves terres , avoient aussi la meilleure apparence. Mes jachères'ont donné blé ; mais la quantité en est peu consi e- rable , c’est-à-dire , environ seize busheis par acre de mauvais terrain. Je crois qu’on a perdu beaucoup de ble en coupant trop tôt. J’ai laissé mûrir le U est assez bon. Nous voyons toutes les semaine à Monmoutb des échantillons de blé avorté, et qu’on a coupé avant que d’être mûr. J O ü I 1 II î 53fi Réponse cïe Mr. Shepjrd } de Chippenhant. l. Les terres qui ont le plus souffert sont les terrains légers , crayeux , enclos , et couverts ; les anciens pâturages ou sainfoins rompus ; mais la rouille a etc universelle : il n’y a que le plus et le moins. 2 > Les récoltes tardives ont le plus souffert. 3. Les terres basses et couvertes , de même. 4. Les récoltes claires ont mieux échappé au fléau. 5. On m’a dit que les champs semés en blé vieux avoient peu souffert ; mais moi qui ai essayé de semer alternativement dans le même champ du blé vieux et du blé nouveau , par sillons pairs et impairs, je n’ai trouvé d’autre différence, si non que le blé vieux a végété cinq ou six jours plus tard que l’autre. 6. D’après mes observations, je croirois qu’il y a diverses causes à la maladie de la rouille. Les unes sont chimiques, et les autres mécaniques. Les unes et les autres peuvent produire un changement subit dans l’état de la plante, une fertilité surabondante , et une végétation trop rapide. Il paroît que ce fut le cas l’année dernière , dans le courant de Mai. En général, les blés ne pou- voient D u ï t £. 537 voient pas avoir une meilleure apparence qu’ils ne l’avoient au mois (l’Avril ; mais quand les pluies chaudes devinrent opiniâtres , les blés jaunirent et parurent souffrir. Un tems froid , des brouillards «pais , des gelées tardives , peuvent produire la rouille, en occasionnant ce changement subit dont je parle , dans l’état de la plante. Si ce changement subit a lieu à 1 époque de la floraison , l’effet en est encore plus fâcheux. II paroît que la rouille peut se manifester depuis le mois de Mai, jusque la moisson; mais qu’il ne faut pas chercher la cause de celle maladie dans 1 influence de l’hiver. Il arrive souvent, lorsque le prinlems est tardif, qu’on ne peut pas se faire une idée de la récolte des blés avant le milieu de Mai. 7* Je crois , qu’à tout prendre , les blés qui succèdent aux trèfles ont le moins souffert; mais sais que , dans quelques endroits, t est Vont 1»» * jj oui le contraire. 9 y a ' ot ig~tems que je suis convaincu que le voisina^.» a ^ „ , ' . ge ae 1 epine-vinette est pernicieux au ble. Le rv» 1 - . a * ff u e faii cette plante se cona* . 1 ” C 9 uelt i«cfois avec celui qui résulte des xn ueoces aimosphénq ues . Je n’ai jamais vu un blé voisin d’un buisson d’épine- ÏOMÜI 5. Y 558 R O ü I Ii L E vinette qui n’eût plus ou moins, soudeEt. J’ai vu le blé réussir après l’extraction des plantes d’épine-vinette , dans les mêmes endroits où un cultivateur de quatre-vingt- dix ans, n’avoit jamais vu du blé qui ne fût ~ rouillé. En arrachant cette épine-vinette > “ j’en laissai deux buissons pour faire une • ’ ' expérience. Les effets que je vais dire furent prévus par le vieillard que j’ai cité. Sur “ l’aire d’un demi-cercle, contenant environ un demi-acre d’étendue, et dont chacun des buissons formoit le centre , la paille noircit, et parut comme pourrie ; et quinze jours avant la moisson , il ne se trouvoit plus dans les épis un seul grain capable de 'végéter ( 1 ). Une bande noirâtre traversoit le champ, en parlant de ce demi-cercle ; mais l’influence pestilentielle alloit en diminuant à mesure qu’on s’éloignoit de l’épine-vinette. Tout 1 e champ étoit rouillé, et le blé fut extrêmement léger. Dans la paroisse de Moulton, en Suf-* folk , l’épine-vinette abonde ; et comme l eS (t) A moins que l’auteur n’ait fait l’expérience e° semant les grains, et observant s’ils végétoient, on P el ' 1 croire qu’il est dans l’erreur : le blé étranglé et retrait provenant des épis rouillés, végète comme 1 autre- jd u b z, è. 35g cultivateurs ont éprouve' l’inévitable effet de cette plante , ils ne sèment jamais de blé dans son voisinage. On éprouve la même chose à Scrrwede , dans le comté de Cambridge. La plaine de Fordham , qui est bordée d’épine- vinette n’échappe jamais à la maladie de la rouille. Il arrive souvent que toutes les autres graines qui croissent dans le voisinage de cette baie , en sont affectées. Dans la paroisse de Feltwell , en Norfolk , on voit un exemple semblable de rouille qui affecte généralement les blés, de manière à en proscrire totalement la culture dans les parues ou l’éptne—vinette abonde. Messieurs Simpson, Worliedge, et Stulter, tous trois cultivateurs , m’ont assuré avoir observé dans la dernière récolte , des effets l out semblables, de la présence de lépine- ^ineue. 10. Le blé blanc et le blé barbu ont le moins souffert. Toutes les observations ci-dessus ont i appo rt au blé rouge. Le blé de prin- tems a beaucoup souffert aussi. 11. En coupantleblé encore vert, on diminue le mal ; le battage est difficile , si l e blé n a pas séjourné long-tcms sur le champ. Au-dessous de la moitié d’uno récolte ordinaire» 54o Essais sur les moyens d'étendre la culture du Blé dans les terres argileuses, sans diminuer leur valeur, ni la quantité des viandes. Par le Révér. Edmond Cartwright. La ferme qui donne aux moindres frais les plus grands produits est assurément soumise à la meilleure culture. Un domaine de terres arables peut , si ses assolemens sont bien re'gle's, donner d’abondantes récoltes en grains, et cependant entretenir autant, et même plus de bestiaux que si la totalité du domaine eût e’té en prés ou pâturages. C’est sous ce point de vue qu’il faut considérer l’agriculture : le propriétaire trouvera dans une marche bien dirigée, un accroissement graduel de rente, et le fermier un accroissement annuel de profits.; C’est encore vers le but de l’établissement des meilleurs systèmes d’assolemens que la législation agricole doit être dirigée , et que I e gouvernement doit porter ses efforts, lorsqu’il intervient dans les mesures générales d’éco-: comie politique. Dans le moment où nous sommes , il y a > en Angleterre , trop de terrain empioy e en CULTURE DU blÆ etc. 34 1 ■prairies ou pâturages. D’autres causes se sont réunies à celles-là pour faire monter le prix, des grains à un taux véritablement alarmant , et amener de véritables disettes. Cependant, si l’on prenoit un système différent, sans y mettre la prudence nécessaire , il pourroit en résulter un déficit dans la quantité des viandes nécessaires à la consommation nationale : attendu les habitudes du peuple Anglois, ce niai sproil également embarrassant. Mais sur ce point-là , comme sur beaucoup d autres , les intérêts des individus sont les ntemes que ceux de la communauté : il ne s agit que desavoir découvrir cette coïncidence. Je suis loin de recommander un trop grand usage de la charrue. Les terres très-bonnes , ties-substarilielles , qui sont en pâturages et peuvent engraisser des bœufs d’un millier pe- 4ant ’ doivent être laissées à celle destination. J en dis autant des prés ou pâturages qui ne sauroient èt re desséchés complètement , ou qui sont sujets à des inondations accidentelles. Enfin, il y a des terrains qui sont en pâturages, et dont la qualité est tellement stérile , qu’on: ne peut en espëver aucun avantage en les soumettant à la charrue ; ma is il n’est pas à craindre que. le fermier soit tenté d’y toucher. Quant aux terrains propres aux tuvncps , 54a CULTURE DU BLÉ SUR l’avantage qui résulte , soit pour le propriétaire soit pour le fermier , de les cultiver en rotations réglées , cet avantage, dis-je , est trop évident et trop généralement entendu, pour que j’aie hesoiu de m’y arrêter. Cependant c’est un fait qu’il y a , en Norfolk et Suflolk, de vastes étendues de terrains légers, en pâturages de moulons , que les propriétaires afferment deux shellings l’acre , et qu’ils refusent de laisser rompre , quoiqu’on leur oflre dix shellings de ferme et un bail de vingt-un ans , s’ils vouloient y consentir. Les terrains auxquels l’opinion générale des cultivateurs interdit la charrue, sont compris SOUS toutes les nuances de qualités , depuis l’argile tenace , jusqu’au lut gras. Toute terre dans laquelle les turneps ne peuvent être cultivés avantageusement est considérée comme d’un meilleur rapport en prés qu’en champs. Mon but est de montrer que toutes les qualités de terrains comprises entre l’argile et le lut fertile peuvent être converties de prés en champs, avec accroissement de rente pour le propriétaire , et de profit pour le fermier , et qu’on peut les remettre ensuite en prairies , sans que la valeur du terrain se trouve détériorée. Je préviens que je ne dirai rien dont je n’aie moi-même l’expérience , ou qui c’ait £ES TERRES AROIEEUSr.3. 343 çie éprouvé ou observe par des gens entendus et dignes de toute confiance. Je n’ai pas besoin de pre'venir que , dans tout terrain contenant de l’argile , il est impossible d’espérer aucun succès , si l’on n’é pas commence par dessécher complètement le sol; non-seulement pour obtenir de belles récoltes , mais encore pour pouvoir y entrer en tout tems , faire les chariagcs et les labours avec plus de facilité. La permission d’écobuer ne doit jamais être accordée à un fermier qui n’a pas un long bail, ou auquel le propriétaire ne peut pas accorder une confiance entière. Dans les suppositions contraires , ce peut être une agrir culture très-convenable. Lorsque l’on e’cobue , il y a de l’avantago à étoufièr le feu , c’est-à-dire , à ne pas trop brûleries cendres : elles ont plus d’eflet lorsqu’on a plutôt charbonuc que consumé le gazon. Les bons côtés de celte opération sont évidens : elle brûle les semences des mauvaises plantes : elle lue les insectes nuisibles à l’agriculture ; elle prépare la décomposition des substances animales et végétales que le sol contient, et en change une partie en nourriture des plantes. Son opéraûou sur le terrain a quelque analogie aveç l’aclion de la germi- 544 OU LT U R K DU BLl'; SUR nalion de l’orge qui doit servir à faire la bière. Celte germination prépare le grain à abandonner plus aisément son principe nourrissant, la matière sucrée : l’écobuage pre'pare la terre à abandonner plus aisément ses principes nour- rissans, au profil des plantes. Cette disposition du terrain écobué se soutient pendant plusieurs années, et en raison de la fertilité réelle et primitive du terrain. Si l’on charge le sol écobué, de récoltes épuisantes qui se succèdent sans intervalle , il donne sa substance jusqu’à ce qu’il soit devenu complètement stérile. Il est encore plus essentiel dans les terrains écobués que partout ailleurs, de ne jamais faire . succéder une récolte épuisante à une autre de même genre. Dans le Derbyshire , et la partie du York- shire qui l’avoisine, il n’est pas rare d’écobuer pour le blé. Si le froment est suivi de colza , de turneps , de eboux , ou de pommes de terre , selon la qualité du sol, il n’y a pas grand inconvénient à commencer par le grain, quoique certainement il valût mieux commencer par une récolte améliorante. Mais lorsqu’on alterne les récoltes dans un assolement judicieusement établi , on a la certitude de pouvoir rétablir en pré un terrain qu’on a écobué , et de faire une prairie qui vaudra mieux que celle qui cxisloit auparavant. LES Tr:EU ES auoieecsijs. 5i5 Si l’on écobne , l’on est oblige de prendre , pour cette operation la saison où le gazon peut brûler aisémpnt. Si l’on commence par des pommes de terre, on peut leur faire succéder le ble' : si c’est par des turneps ou du colza, il faut semer de l’orge après. La recolle qui doit remplacer le grain , c’est les fèves au semoir, ou un mélange de fèves et de pois, ou bien encore , des vesces pour couper en yert , ou faire manger sur place. On objecte contre les vesces d’hiver pour fourrage sur la glaise, qu’elles sont tardives au printems, et lie donnent pas du vert dans le moment où il auroit le plus grand prix. 11 est bien vrai qu’on ne peut pas les semer sur l’argile avec le même- avantage que sur les terrains calcaires et socs 5 cependant on peut en tirer un très-bon parti, sur les terres froides : on a la ressource de les faire manger aux moutons sur place, ou couper en vert pour les chevaux, les bœufs, les Vaches, cl même les cochons. Lorsqu’on les fait pâturer ain# moutons , il faut avoir soin de ne laisser parcourir au troupeau qu’une partie du champ après l’autre , pour prévenir le dégât qu’ils en feroieut. Cette nourriture est admirable pour les chevaux qui travaillent. J’ai connu nu fermier de Leiceslerslme qui, pendant deux mois çhacjue année , nourrissent ses chevaux uui- 546 culture nu elé sur qucment, et ses bêtes à cornes partiellement de vesces en vert. La plus grande partie de sa ferme e'toit de la glaise froide , et il semoit des vesces d’hiver indifféremment partout. Il en parloil comme d’une de ses plus riches ré- coltes. Lorsque ses vesces ctoient coupées assez tôt, il leur faisoit succéder les lurneps. Si les vesces etoient trop tardives, il donnoit une jachère d’hiver pour semer de l’orge au prinlems. Lorsqu’il semoit des turneps, c’e'toit pour les arracher et les charier. La grande objection contre les récoltes d’hiver dans ces terrains-là , c’est l'inconvénient d’enfoncer et de pétrir la terre : ce fermier étoit dans l’usage de n’employer que des traîneaux à la récolte des turneps, et il s’en trouvoit tcès-lnen. Cependant j’ai vu une méthode encore meilleure , employée par un de mes amis en Derbyshire, sur un terrain argileux , où l’on ne pouvoit pas faire manger les récoltes sur place. Ses champs étoient disposés par billons étroits , de la largeur nécessaire pour que les roues des chariots répondissent aux raies ouvertes. Les animaux attelés sont à une distance telle, qu’ils marchent également dans les raies* Il en résulte un grand soulagement pour les. bœufs ou les chevaux , et les chariots u’cP^ 1/ES TERRES ARGILEUSES. 547 foncent pas. Il n y a aucun inconvénient à faire les billons étroits : plus ils le sont , et plus le terrain est maintenu sec. Je ne. saurois trop recommander cette pratique, puisqu’elle permet de tirer infiniment plus de parti, qu’on ne pourroit le faire d’ailleurs, des terrains argileux et froids. Chacun sait que l’on entend par re'coltes opuisantes , le blé , le seigle , l’orge , et l’avoine ; et que l’on entend par re'coltes améliorantes , celles qui sont consommées sur le terrain même, avant leur parfaite maturité , ou coupées en vert pour être remplacées par le fumier qu’elles auront fourni. Les fèves et les pois , sans être précisément des recolles améliorantes, ont cependant une tendance du même genre , en ce qu’ils étouffent les mauvaises herbes , et laissent le sol dans un état de bonne préparation pour le blé. J’ai vu les assolemens suivans pratiqués aveç succès sur les terres argileuses. Fèves. Lié. ... Choux. Orgç, Trèfle. Ï1 y a dans ce cours-là deux récoltes épui- âïUiS, et trois améliorantes. En voici un autre. CULTURE DU BLÉ SUR 5^3 Pommes de terre. Blé. Turneps ( chariés ). Orge, ou avoine. Cet assolement etoit très-commun en Der- byshire, il y a vingt ans , lorsque j’y cullivois un domaine. Ble’. Vesces, puis turneps. Orge. Trèfle. Ou bien encore : Ble. Vesces. Avoine. Turnpps. Ces assolemens etoient ceux que suivoit le fermier de Leicestershire, dont j’ai parle. II n’est nullement) douteux qu’un acre en trèfle , vesces, colza, turneps, ou choux , ne rende au moins deux fois la même quantité de substance que la terre en auroit donne', si elle eût e'té en pâturages. Cependant, il n’y a aucun de ces assolemens qui ne puisse nourrir autant de bestiaux sur le domaine , qu’on l’auroit fait si le tout fût resté en pâturage : les récoltes de grains sont en augmentation de rente. Je ne parle pas des pailles, les- U3S TEHIUKS ATIGIIÆ'USÏ'.S. 54‘9 quelles , soit qu’on les consomme comme fourrages, ou qu’on les emploie comme litières, contribueront beaucoup à l’amélioration du domaine. Qu’une amélioration sensible ail lieu en effet dans une telle exploitation, c’est ce qu’aucun agriculteur éclairé ne niera. Les ressources tirées du domaine , permettront de fumer les pièces de deux en deux ans, et lorsque l’on remettra le terrain en pré, il sera beaucoup amélioré comparativement à ce qu’il étoit au moment où il a été rompu. Il y a une circonstance bien importante pour le propriétaire , c’est la manière de s’y prendre pour remettre en pré son terrain; car selon que cette opération est bien ou mal faite, sa propriété aura une valeur beaucoup plus ou beaucoup moins considérable. D’abord, il faut observer de choisir pour remettre en pre , le moment où la terre est dans le meilleur état possible. Autrefois on faisoit tout le contraire, c’est-à-dire , qu’on labouroit et semoit tant que la terre pouvoit rendre quelque chose ; et lorsqu’elle étoit complètement épuisée , on l’abandonnoit à ses propres ressources po ur que le gazon se formât de lui-même. Dans les terres argileuses il ne faut jamais essayer d’établir un pré , sans avoir fait précéder l’opération par une jachère complète. S5o euT,TUUE DU BLÉ SUR On a beaucoup discute s’il convcnoit de semer les semences de pré saules, ou en les mélangeant avec des grains. J’ai vu pratiquer les deux méthodes avec succès ; mais comme il y a plus de prolit pour la communauté, sans différence sensible dans les résultats pour lo proprietaire , à mélanger les deux genres de graines , je crois que cette méthode doit être recommandée de préférence. La faute la plus ordinaire pour quelques terres argileuses, c’est d’épargner la semence, lorsqu’on forme des prés-gazons. J1 Faut que les labours préparatoires aient rendu le terrain aussi meuble qu’il est possible ; il faut l’avoir bien fumé, et s’il est possible , y avoir mis des cendres ou de la chaux ; avant d’v répandre les semences de prés. La quantité relative à répandre de celles- ci n’a jamais été' exactement déterminée. Je connois un domaine de terres argileuses et fertiles, sujet aux inondations , et dont toutes les pièces ont été soumises à la charrue, puis converties en prés-gazons alternativement depuis vingt-cinq ou trente ans. La formule du propriétaire étoit quatorze livres de graine de trèfle blanc , un peck de grain de plantain lancéolé , et trois quarlers de poussière de foin par acre. Au moyen de celte abondance ÎjJSS ÎEItKÎÏS ARGIREUSÉS. 55i de semence , il s’assuroit un gazon épais , et un pâturage extrêmement nourrissant, dès la première année. Ce propriétaire pensoit , d’après sa propre expérience , qu’il étoil impossible de nuire à une terre quelconque , en rompant un vieux gazon , pourvu que les opérations successives lussent judicieusement calculées. 11 avoit éprouvé que si les nouveaux prés ne peuvent pas porter et engraisser une quantité considérable de bestiaux de la très-grosse taille, ils rendoient proportionnellement plus de profit, en nourrissant et engraissant un grand nombre de bestiaux de petite taille , ou des moulons. Je cite cet exemple non-seulement parce que des liaisons très-intimes avec le propriétaire m’ont mis à portée de voir son agriculture en détail , mais aussi pour prouver que les prés en terres argileuses peuvent etre rompus, cultivés en céréales, puis convertis de nouveau en pré, avec profil pour le propriétaire ( 1 ). ( 1 ) L’auteur dit que le domaine dont il s’agit étoit une glaise fertile : il ne faudroit pas conclure de cet exemple, que les glaises stériles pussent être rompues cultivées en récoltes céréales, puis converties de "nouveau en pré, avec la même facilité et le même avantage : le vague des expressions est un inconvénient qu* l’on ne peut jamais éviter toul-»-Iait en traitant les I 552 CULTURE DU BLÉ SUR Lorsqu’il s’agit de rompre une prairie sur glaise, si l’on rie veut pas écobuer , il convient de semer des fèves sous raie , ou mieux encore , de les planter au plantoir. Il faut ensuite faire succéder le blé. Aussitôt que celùi-ci est récolté, il faut donner une jachère d’hiver. Les choux sont une récolte très-con- veuable après celte jachère; mais il faut préparer le terrain en billons de quatre pieds de large , que l’on fait très-haut, et que l’on sépare par une raie bien nette. De cette manière les billons recevront toute l’influence du soleil, de l’air et des pluies , et les eaux s’écouleront librement dans les raies. Au commencement d’Avril , on mettra le fumier dans les raies ouvertes, puis on renversera les billons à la charrue , de manière que la raie soit où e'toit. l’ados , et réciproquement. Les choux , si l’on veut les consommer au commencement de l’hiver, doivent être plantés à la fin d’Avril, avec des plançons de graine semée au mois d’Août précédent. Ces plançons doivent être plantés en lignes à trois pieds de distance , puis soigneusement cultivés à la houe. Lorsqu’on veut que la con- maticres d’agriculture , et il en résulte beaucoup d’erreurs. sommaUon EES TERRES A RG IÏÆtTSES. 553 sommation des choux , dure tout l’hiver , on les plante successivement pour les recoller de même. La meilleure espèce de choux , lorsqu’il s’agit de les consommer au commencement de l’hiver , c’est celle que l’on nomme choux Américains , ou à tête de tambour ( Drum headed). Le choux d’Ecosse est préférable lorsqu’il s’agit de le faire consommer au prin- tems seulement, parce qu’il résiste très-bien aux gelées, et que d’ailleurs, il monte en graine plus tard qu’un autre. Les choux sont beaucoup cultivés dans plusieurs parties de l’Angleterre , et particulièrement , dans le Leicestershire , et le Lin- colnshire , où l’on en nourrit les brebis et les agneaux. On se trouve beauooun mieux de cette culture, qu’on ne le seroit des lurneps, attendu que le sol est d’une qualité' trop ar- gil euse , pour que ccux-ci puissent être con- somme's sur place. Les choux peuvent être donnés avec avantage , soit aux vaches à lait, soit aux brebis, soit au gros bétail que l’on engraisse, ou enfin comme simple nourriture, aux bêtes à corne qu’on hiverne. Un particulier du Lincolnshire qui cultive des choux fort en grand , a calculé cju’une Tome 5. 1 554 CULTURE DU BUÉ SUR bonne recolle de celle plante , lui vaut 12 liv. sterling par acre. J’observerai que lorsqu’on les emploie à la nourriture des vaches à lait, il faut avoir soin d’en ôter les feuilles gâtées, sans quoi le lait prend un mauvais goût. La terre qui a produit des choux est très- bien préparée pour l’orge. Le trèfle doit succéder à ce grain. Le cours peut ensuite recommencer de même, ou en supprimant les fèves. Si l’on peut se procurer de la chaux , c’est après les choux qu’il faut l’appliquer. Si l’on supprime les choux , on peut les remplacer par le colza ou les vesces, selon les besoins de la ferme , et les convenances locales. J’ai vu réussir très-bien l’assolcmenl de blé et lèves alternativement, en futnani tous les quatre ans. Mais je juge cette rotation inférieure à l’autre , parce qu’elle ne fournit pas une nourriture suffisante pour le bétail j à moins que la totalité des fèves ne soit consommée dans la ferme. J’ai vu semer alternativement du blé et des pommes de terre pendant quelques années ; mais j’ai appris que cette culture avoit été abandonnée , par la raison qu’on croit avoir observé un épuisement du sol, par la répétition trop fréquente des recolles de pommes de terre. Je crois seulement que les pommes de terre rendent, à la LKS TIÎRSES jUWTT/IÎUSES. 555 longue, le terrain trop meuble pour le blé (1). Il ne paroît pas y avoir de lionne raison pour limiter le tems pendant lequel on soumet à la charrue une terre argileuse. D’après toutes les observations que j’ai eu occasion de faire, je pense que tant que la culture est soutenue d’après de bons principes, il ne sc produit aucun épuisement dans le sol. —Je citerai en preuve ions les défrichemcns de communaux qui ont été faits depuis cent ans. Les parties dont la culture a été faite avec soin , et qui après cinquante ou soixante ans de labourage , ont été remises en prairies, sont aujourd’hui aussi abondantes et aussi productives que les meilleurs prés. loule terre quelconque peut supporter annuellement un certain degré d’épuisement, lequel est la mesure de la fertilité de ce meme (i) Il ne paroît pas y avoir le moindre fondement à celte opinion. Les terrains trop meubles pour le blé [dans le seul sens où l’on puisse entendre ceLte expression] sont ceux qui s’émiettent au printems, de manière que la plante se déracine au moindre vent. Des terrains où l’on n’a jamais cultivé de pommes de terre ont souvent cet inconvénient ; et jamais les pommes de terre n’ont produit cet effet sur une terre qui n’y est pas disposée. Quant à l’ameublissement qu’elles produisent par les sarclages sur les terres argileuses, il est trùs- salulaire a la récolte de Wé qui suit. 556 CULTURE DU HLÉ SUR sol, mais la nature a pourvu à ce que , lorsque l’épuisemeni du sol a été trop grand , un peu de repos ou de jachère , le répare. Pour nous en convaincre, nous n’avons qu’à voir la culture des champs ouverts , où l’on recueille alternativement du ble’ et des fèves , avec une année de jachère. Il n’y a point de raison de croire que ces terrains-Iâ soient aujourd’hui moins fertiles qu’ils ne l’éloient autrefois : mais si leur fertilité est la même , qu’est-ce qui a réparé leur épuisement , si ce n’est la jachère ? 11 est vrai que communément l’ou fume pour la jachère ; mais si l’on ne fume qu’avec les pailles produites dans le terrain même, on ne rend pas à ce terrain , à beaucoup près, autant de substance que les récoltes de blé et de fèves en ont enlevé. Il faut donc en conclure que si la jachère ne produisoit pas un renouvellement de sucs , les champs ouverts scroient complètement épuisés depuis long- tems. Si donc la jachère suffit pour maintenir un terrain en état de donner de belles récoltes, à plus forte raison des récoltes à consommer en vert, et qui fournissent une quantité considérable d’engrais, doivent-elles maintenir sa fertilité. A quoi devons-nous l’étonnante amélioration des terres légères dans diverses parties I.ES TAURES ARGILEUSES. 357 du royaume, si ce n’est à la culture alternative des recolles vertes améliorantes avec les récoltes épuisantes ? Avant qu’on connût la ressource des turneps, il y avoit beaucoup de terrains sablonneux et légers qui ne valoient pas la peine d’être cultivés. L’introduction de celte racine dans la culture , a triplé ou quadruplé la valeur de ces terrains , et dans plusieurs cas elle l’a décuplé ou multiplié jusqu’à vingt fois. Je sais qu’on peut prétendre que l’amélioration ne résulte pas seulement de l’augmentation des engrais, mais du raffermissement du sol , par le piétinement des animaux qui consomment les turneps sut place. Cet avantage ne sauroit être commun aux terres glaises, parce qu’elles ont déjà trop de cette ténacité qu’on cherche à donner au sable. Mais les recuites améliorantes qui ne sont pas consommées sur place ont une tendance à rendre le sol argileux plus meuble, parce qu’elles demandent beaucoup de culture , en sorte qu’elles ont, comme les terres légères, l’avantage de profiler de l'augmentation des engrais produite par les récoltes vertes, et de devenir d’ailleurs , plus propres à la culture des plantes céréales. 11 paroît que , de toutes les plantes qui fournissent des grains , la plus avantageuse 358 CULTURE RCF RLE SUR à semer avec les graines de pie, c’est l*brge. La même culture préparatoire que l’orge demande , est necessaire aux terrains qu’on veut mettre en pre' : l’orge a d’ailleurs une disposition à ameublir et diviser la terre où elle végète , circonstance extrêmement lavo- rable à l'établissement des prairies , parce que les graminées des prés se plaisent dans un terrain oit leurs racines s’étendent et pénètrent aisément. Si elles rencontrent , dans leur première année, une terre tenace et compacte, elles en soiifTrent beaucoup : c’est là la cause la plus ordinaire du non-succès des semis do prés dans les terres argileuses. Ces semis réussissent presque toujours lorsque la terre glaise i été bien labourée dans l'été précédent, et que la pièce est parfaitement préparée. Dans le choix de l’espèce d’orge , il laut toujours préférer celle qui donne le moins de paille, et dont la maturité est la plus hâtive. II y a bien des cultivateurs qui n’établissent jamais que des prés artificiels sans mélange de graminées; parce que disent-ils, on sème né-, cessairement beaucoup de plantes inutiles ou nuisibles lorsqu’on veut former des prés-gazon. Il est vrai que l’on ne peut guère* éviter de jeter en terre les semences de beaucoup de plantes nuisibles , en formant les prairies eR j/ES TERRES AUGIEEUSES. 5^9 graminées ; mais cependant ces dernières sont j es plus importantes dans la formation d’un pâturage. Il seroit fort à désirer que l’on cultivât à part , et dans le but de recueillir de la graine , toutes les graminées les plus avantageuses à cultiver. Si à celte attention l’on ajoutoit des observations suivies sur les diverses qualite’s nutritives et hâtives des plantes de pré, 1 on pourroit parvenir à former des pâturages très-supérieurs à ceux qui existent aujourd’hui. La poussière de foin, recueillie dans les prés de la meilleure qualité' , fait un très-bon mélange pour l'établissement des prairies. Dès que la récolte de l’orge est faite , il est est avantageux de passer le rouleau sur le jeune pre , en observant que le rouleau ne soit pas trop pesant, et que le sol soit assez sec , sans l’être trop. A moins que l’herbe ne soit très-abondante, il faut en e'earter tout bétail quelconque , jusqu’au printems de l’année suivante : lorsqu’on y met le bétail , il faut que l’herbe ait acquis une certaine hauteur , et on doit éviter de la laisser brouter ras (i). ( 1 ) Je ne saurois trop recommander, d’après mon expérience, la pratique contraire, que souvent déjà jj’ai en occasion de louer, d’après d’autres agriculteurs 5 6o CULTURE LU BLLO SUR Je n’ai pas vu beaucoup d’exemples de prds fauclie's dès l’annee qui suivoit l’ensemence- nient. Lorsqu’on fauche , c’est pour recueillir la graine ; et en effet , on est sur alors d’avoir des graines de pre de bonne qualité’ ; mais le foin ne vaut pas mieux que de la paille. 3c ne saurois dire par expérience quel est l’effet de cette récolté de la graine , sur le jeune pre' j mais je n’ai jamais ouï dire qu’il fût mauvais (l). anglois. Cette année a été la plus probante que l’on pût choisir pour une expérience concernant les effets du pâturage des moutons sur un jeune pré, à cause de la sécheresse sans exemple qui a tenu pendant tout le primeras et tout l’été. J’ai semé sur un terrain défoncé, mais non fumé, un pré-gazon en fromental et trèfle blanc, à la fin de mars, sans aucun mélange de céréale. Dès que l’herbe a eu trois pouces de long, les moutons l’ont pâturé ras. Ils y ont été mis à trois époques différentes, et plusieurs jours chaque fois. Comme cela est contraire à l’usage du pays, les voisins ont cru le pré ruiné. Cependant, lorsqu’en septembre les pluies sont enfin venues, l’herbe du jeune pré a poussé avec une extrême vigueur. Aujourd’hui [20 octobre] l’herbe est extrêmement épaisse, et a au moins 5 pouces de long. Le pré, qui n’a que six mois, a l’apparence d’un vieux pré de la première qualité. [Cette note est de i 8 o,J.] (1) La formation de la semence épuise toujours la plante. Si on laisse égrener les graines sur le pré, on répare le mal en partie , parce que les graines lèvent et épaississent le gazon; mais si l’on fauche le pré pour I/ES TERRES ARCiIT.EUSES. 56i Comme le fermier a joui du bénéfice des récoltés obtenues après avoir rompu le vieux gazon , il est naturel qu’il partage les frais du rétablissement de la prairie ; mais il convient aux intérêts du proprietaire d’en faire les avances pour les retenir ensuite à son fermier, parce que de cette manière , il s’assure de la bonne qualité des graines, et d’une quantité' suffisante par acre. Il seroit facile de stipuler dans les baux, une augmentation progressive du prix de ferme, pour la liberté accordée au fermier de rompre les prairies. Mais il seroit juste que l’augmentation de valeur se partageât par égales portions entre le fermier et le propriétaire. Je dois faire remarquer que, dans cet essai, je me suis borné aux terres argileuses, auxquelles terres les assolemens dans lesquels entrent les turneps ne sont nullement applicables. Si donc , j’ai montré qu’il y a de l’avantage à rompre les prés en terre glaise , quoique l’on soit privé du grand secours des turneps , à plus forte raison peut-on rompre avec avantage les prairies ou pâturages en terres légères. recueillir la graine, ou nuit très-certainement au succès de la prairie. 56a dULTUUE Dr blé etc. Je n’ai pas voulu repe’lcr en detail tout ce qui a été dit et redit, concernant les assole- rnens dont j’indique les grands traits : tous les fermiers qui connaissent la pratique de leur art, savent cela par cœur. Le grand problème de faire produire , aux moindres frais , le plus de subsistance qu’il est possible à un terrain donne, se trouve résolu, en suivant la marche indiquée , c’est-à-dire , en obtenant alternativement une recolle pour les hommes et pour les animaux ( 1 ). (i) IJartlib, qpi écrivoit il y a deux cents ans, dit que dans la Normandie on nourrissoit les bestiaux dans l’hiver avec des raves bouillies. Columelle, qui écrivoit sous Tibère, dit que les Gaulois éloient dans l’usage de nourrir les bestiaux avec des raves pendant l’hiver. Il dit aussi qu’en Espagne on avoit coutume de couper en vert et de laisser mûrir le grain alternativement dans deux années successives. Ces faits donnent une idée de la lenteur avec laquelle les bonnes pratiques agricoles se propagent [A]. J) es Charrues , et en particulier de la nouvelle charrue sans roues de Mr. Cookc. Par Mr. James Adam. ( Mémoires de la Société de Balh. ) J^ANS la première section de mon troisième essai, j’ai dit que le plus commun des inslru- mens d’agriculture étoit aussi le plus imparfait, et que lu charrue ne me paroissoit bien entendue ni dans sou mécanisme, ni dans sa construction. J’ai observe aussi que la grande diversité des charrues dans les trois Royaumes démonlroit l’imperfection de chacune d’elles; Car si l’une de ces charrues avoit un avantage décide’ sur toutes les autres, elle seroit devenue d’un usage général dans toutes les terres semblables (1). (i) Ce raisonnement seroit bon si ce n’étoit pas la routine qui conduit les laboureurs. Rien' n’est mieux démontré que la supériorité de la .charrue de Norfolk, et de celle de Small, et cependant l’on n’en adopte pas l’usage dans les autres provinces qui ont des terres parfaitement semblables à celles où ces charrues font des merveilles. Pour propager les pratiques agricoles utiles, il faudroit commencer par donner aux paysans une éducation qui étendît leur idées, ou il faudroit que les observateurs maniassent la charrue» 2fi4 DES C II A U K U E S. Je disois souvent cela à mon ami M. Cooke,' l’inventeur de l’admirable charrue à semer, et du cultivateur. Je le priai de s’occuper de cet objet ; et quelque tems après notre conversation, il me montra un modèle, qui est celui dont j’ai parle dans mon livre, et qui me parut promettre beaucoup. Je l’engageai à réfléchir aux moyens de le perfectionner $ et il l’a fait, à ce qu’il me paroît, avec beaucoup de succès. Il a fait couler en fer des corps de charrues qui consistent en une oreille régulièrement contournée , avec la partie qui doit garnir le sep du côté non labouré, et une cheville de fer pour unir le tout au soc. Ces pièces n’en forment qu’une. Celte combinaison de ces parties qui influent si essentiellement sur l’o- pération de la charrue, prévient la possibilité de l’altération des formes ou des proportions par les charrons de village. La grandeur du sep se trouve déterminée : il n’y a qu’à le garnir avec les pièces coulées (1). ( 1 ) 11 semble d’abord que le poids de ces pièces en fer doit être un grand inconvénient, mais il faut se rappeler que la résistance qu’éprouvent les cbarrues par la construction vicieuse et les froltemens superflus, est plus fatigante pour les animaux que celle qui dépend du poids : elle est d’ailleurs inutile, au lieu que dans ce cas le poids produit au moins la solidité. ► B E S C II A n R U B s. 565 Mr. Cooke fit adapter un de ces corps de charrue à une charrue simple {su>ing-plongh){ 1 ). U y fit mettre un soc forge, un coutre, et les pièces necessaires en bois. Il essaya cette charrue dans une terre qui n’èloit ni forte ni légère : elle réussit fort bien 5 mais cela ne me satisfaisoit pas , je voulois l’essayer dans les terres les plu* argileuses et les plus tenaces que nous ayons en Angleterre, et qui sont en même tems mêlées de cailloux ; je priai donc M. Cooke de prendre deux ou trois de ces corps de Charrues, et de venir passer quelques jours avec moi à la campagne. Notre premier essai réussit admirablement. Je fus si enchanté de la manière dont (l) La Siving-plough est une cliarrue sans avant- train ou sans roues. Il y a îles gens qui préfèrent encore la Siving-plough à la charrue de Norfolk pour des terrains semblables ; et la swing -plouglv paroît avoir l’avantage dans les terres fortes. C’est une grande question, que nous discuterons une fois avec étendue, que la préférence à donner à la charrue simple sur la charrue à avant-train, en supposant les circonstances semblables, et la construction également parfaite. Ce qu’il y a de certain, c’est que pour faire de l’ouvrage également bon avec la charrue simple, il faut un degré d’adresse supérieur dans le laboureur* mais, cette adresse étant supposée, on peut atteindre avec la charrue simple à une perfection plus graude dans l’exéculiou lies labours. \ 566 BBS C H A R R U E S. mes deux swing-ploughs ope roi eut, que dès lors je n’en ai point employé' d’autres dans mes fortes terres, et je puis dire que jamais plus parfait labour n’a été' exécuté dans des terres aussi argdeuses. Je pense que votre société conviendra des qualités de cette charrue , quand j’observerai qu’elle n’exige que trois chevaux au lieu de quatre. J’avois constamment employé' ce nombre dans mes champs, qui, non-seulement sont argileux et pierreux, mais en pente; et je suis convaincu que dans les terres de force médiocre, et en plaine deux chevaux snffiroient avec cette charrue pour tracer un sillon de 7 à 8 pouces de profondeur (1) , très-carre , tres- net, en retournant parfaitement la terre, et en la pulvérisant autant qu’une charrue puisse Je faire. Lorsqu’on trouve tant de qualités reunies dans une charrue simple , d’une construction extrêmement facile , ne seroil-il pas absurde (1) Cela peut paroîlre incroyable à ceux qui voyent la peine que six bœufs out quelquefois, avec nos charrues imparlàites, à ouvrir un sillon de celle profondeur dans des terres de médiocre force ; mais il est certain que la perfection dans la construction d’une charrue produit des différences qui semblent miraculeuses. iis s..c h A a* tj r. s. 567 'de s’obstiner à employer la charrue à roues , avec quatre chevaux , pour faire ce que la swing-plough fait avec deux , ou tout au plus avec trois ? et cependant tel est l’empire de la coutume , ou du préjugé , que je vois autour de moi tous les laboureurs qui traînent ces lourdes charrues à avant-train , du Here- fordshire , et ne font souvent qu’égratigner la terre. Je n’exagère pas en affirmant qu’un grand nombre d’enlr’eux ne laboure pas à trois pouces de profondeur (1). Il faut observer d’ailleurs que nos lourdes charrues ont des oreilles plattes qui ne retournent pas le gazon , à moins que le laboureur ne penche sa charrue du côte de la terre non labourée. Dans celte position, la partie postérieure et inlérieure de l’oreille glisse sous la bande déjà soulevée., et aide à la retourner complètement. Mais «1 y a un grand inconvénient à cette position de la charrue ; c’est que les ailes (2) du soc ne sont (1) Cela est très-croyable. Nous voyons que la moyenne de la profondeur des labours observés pap A. Young sur une grande partie de l’Angleterre, est de quatre pouces anglois seulement. (2) Dans les socs plats, figurés en fer de lance, ou somme les ailes les deux pariies latérales tranchantes qui ressemblent plutôt à des nageoires, et qui doivent être dans une position horizontale pour remplir 5 68 DES CHARRUES. plus de niveau. Le fond de la raie est coupe obliquement 5 la bande enlevée, au lieu d’être un parallélipipède , devient un prisme , et le sol est laboure à des profondeurs inégales. C’est assurément un grand défaut de nos cliarrues à roues ; mais c® n’est pas le seul ; car le plus habile laboureur , en entamant son sillon est obligé de parcourir un certain espace de terrain avant de pouvoir prendre asscfc de terre ; quand il approche du bout du champ le soc se relève pcu-à-peu ; et enfin les deux extrémités de la pièce se trouvent labourées moins profondément que le reste : ce qui est un inconvénient sensible de cette charrue (i). l’office auquel on les destine : savoir de trancher le sol au fond de la raie. (î) 11 y a ici une explication à donner pour faire bien comprendre la différence dont parle l’auteur dans l’opération des deux charrues, et relever en même teins ce qui n’est pas exact dans le texte. Pour qu’une charrue à avant-train pique ce qu’il faut, avecl 'entrure qu’on lui a donnée, il faut qu’il y ait une roue dans la raie ouverte, et l’autre sur la terre non-labourée. Lorsqu’il n’v a point encore de raie ouverte, on est obligé d’augmenter l’entrure à la charrue : c’est-à- dire de diminuer l’angle que l’âge fait avec l’horizon. Malgré cette précaution, la première raie que l’on ouvre ainsi n’est jamais profonde ni carrée ; le s oc pique trop brusquemcul, cl le sep n’est pas dans 11 un Mais r r) h s c h a h r v r. s. 5bg M:i'S cc ‘l 11 ’* 1 y a Je P‘ S > C>esl 4 UC Ja ‘lS les terres mouilleuses et tenaces les roues se position horizontale. A la rate suivante, on diminue ]’entrure|, niais non pas tout-à-fait autant qu’on doit le faire à la troisième raie, parce que la première n’ayant pas toute la profondeur requise, n’abaisse pas suffisamment la roue qui s’y meut. Mais lorsqu’on laboure À sillons relevés il faut à chaque nouveau sillon qu’on entame, c’est-à-dire, lorsqu’on enraie, faire l’opération dont je viens de parler. A la troisième raie il faut recommencer adonner toute l’enlrure, parce que la première, qui devroit loger la roue, est presque comblée ; et l’on conçoit combien ces variations continuelle, dans l’enlrure à donner, sont fatigantes et retardent l’ouvrage: cependant elles sont indispensables si l’on veut labourer à une profondeur uniforme. Mais il n’y a aucune raison pouv que la charrue à roues entre moins lorsqu’on commence une raie ou qu’on approche du bout du champ, comme le dit l’auteur; à moins que l’on n’ait enlevé de la terre des bordures pour la cliaricr au milieu du champ , depuis assez peu de tems pour que les labours ne l’ayent pas encore ramenée vers les bords, comme cela arrive toujours à la longue. Dans celte supposition, le soc a en effet plus de peine à entrer, parce que, pour maintenir la profondeur, il faut entamer de la terre plus dure, ce qui ne se fait que par un effort du laboureur; mais cet effort, dans ce cas, seroit également nécessaire pour la charrue simple, et avec un désavantage que l’on va sentir toul-à-Vheure en suivant le texte. Il fandroit que ceux qui écrivent sur les charrues eussent beaucoup Tome 5. . Aa o 70 DUS CHARRUES. chargent tellement qu’elles ne peuvent plus tourner , et qu’il faut suspendre le labourage , lors même que la saison presse (1). N’esl-il pas étonnant , qu’avec ces défauts capitaux , la charrue à avant-train soit encore préférée dans cette province , et dans bien d’autres encore, où l’agriculture est cependant bonne , et qu’un instrument si léger et si utile que la swing - plough soit aussi négligé? J’oserois affirmer que partouL où l’on comparera avec exactitude , le travail de la meilleure charrue à roues avec le travail de la charrue simple de Mr. Cooke , on donnera de beaucoup l’avantage à celle-ci. Je ne prétends pas néanmoins que la swing- plough soit sans défauts. Je né connois point de charrue qui n’en ait. Son défaut c’cst d’être labouré eux-ruèmes; car il y a mille petits détails qui échappent nécessairement à celui qui n’a pas tenu le manche de la charrue en observateur. (i) b’il s’agit de l’état des terres, tenaces après les pluies, l’objection n’a pas de force, parce que, lorsqu’elles sont pleines d’eau on ne doit pas y mettre la charrue. S’il s’agit de terres fortes , habituellement mouilleuses, ces terres ne peuvent devenir arables qu’apres avoir été desséchées, il faut avouer cependant qu’on peut entrer un peu plus tôt dans les terres arg * 1- leustrs, après les pluies, avec la charrue simple. t> F. S C TI A F U TJ 13 S. 671 nisémcnt jetée hors de la ligne par une pierre, ou par un faux-pas du laboureur ; parce que celui-ci devant faire une pression uniforme sur les manches, force le soc à sortir si cette pression augmente tout-à-coup. Mais on remédie aiseme.nl a cette faute en arrêtant la charrue , et eu reculant ensuite pour reprendre à la profondeur requise depuis l’endroit où le soc est sorti (1). Mais ce defaut n’est-il pas plus que compense par la légèreté de l’attelage , la simplicité de l’aiiirad , la profondeur immédiate de la raie , le renversement complet de la terre, et enfin par l’avantage de tracer un sillon (2) net et carré , de sept à huit ponces de profondeur, en terre forte , ce que je n’ai jamais (i) Il faudroit s'étendre beaucoup plus que je ne le puis dans une note pour faire bien comprendre le grand désavantage que la facilité, de sortir de la ligne, donne à la charrue simple •. je traiterai ce sujct-là plus au long-, mais on conçoit que la ressource de faire rétrograder la charrue toutes les fois qu’une pierre a fait sortir le soc, ne seroit pas admissible dans un terrain pierreux. (2) 11 faut se rappeler que le mot sillon signifie également une raie ou trait de charrue, et une planche ou billon convexe, composé de 4, 6, 8 traits et davantage, selon les terres, ou la fantaisie des laboureurs- t £y 2 DES C H A «RUE S. vu exécuter par aucune de nos charrues a roues. * Je ne sais comment expliquer la prédilection ridicule que nos fermiers conservent pour ces charrues. J’ai employé les unes et les autres , en observant impartialement les résultats , et je donne , sans he'silcr , la préférence à la charrue simple , excepte dans certains cas rares , comme lorsqu’il s’agit de rompre des près ou des terrains très-durs, après de longues se'cheresscs , ou lorsqu’on veut labourer à une proiondeur extraordinaire, comme Mr. Arhullmot, qui labouroit à iS pouces avec la charrue à roues de son invention que j’ai décrite dans mon premier volume. Avant de quitter ce sujet, je dois observer que les ailes du soc de la swing - plough de Mr. Cook sont à peu près aussi larges que le talon du sep , en sorte que le fond de la raie est complètement tranche, comme le côte l’est par le conltre , et qu’il ne reste qu’à soulever la bande de terre , et la renverser dans la raie ouverte. Quelques vieux fermiers du canton , qui n’aiment pas les nouveautés , avouent qu’il* n’ont jamais vu faire autant d’ouvrage par un instrument si petit et si léger. Mon laboureur l’avoue de même. M B S C Il A R R ET E S. 675 Je me suis étendu un peu sur cet objet, parce que je vois que votre société s’est occupée du perfectionnement des charrues. Je ne prétends pas juger des charrues qui vous ont été présentées , parce que je ne les ai pas vues , non plus que l’ouvrage qu’elles ont fait ; mais je vous demande la permission de faire quelques remarques sur l’expérience (1) telle que vous la rapportez dans vos mémoires. D’abord, je pense que les épreuves comparatives devroient se faire entre les charrues de même genre , parce que les charrues à avant- train ne sont point destiuées aux mêmes ouvrages que les charrues simples , et que chacune des deux charrues peut exécuter très-bien une tâche différente de l’autre. — En second lieu, j’observe que votre comité n’exigeoit qu’un sillon de quatre pouces de profondeur , ce qui ne me paroît pas une épreuve suffisante d’une charrue armée de deux coultreset attelée de six bœufs. J’avoue que je n’aurois pas cru qu’avec un appareil si formidable , on dut exiger moins de huit pouces de profondeur quelle que fût la qualité du sol. L’exécution est à la vérité très-rapide; et je ne doute pas ( 1) Je donnerai le détail de l’expérience à la Rn de cet article. 574 DES CHARRUES, que l’ouvrage ne fût bien fait, puisqu’il eut l’approbation du comité ; mais je repète que la tâche n’éloit pas proportionnée à l’instrument , ou , en d’autres termes, que cette charrue n’éloit pas faite pour un sillou de quatre pouces. Quant à la petite charrue simple de Mr. Thomas, il me paroit extrêmement singulier, qu’attelée de quatre petits bœufs , elle ne pût pas faire un ouvrage aussi facile que l’est un sillon de quatre pouces , et qu’on lût obligé d’ajouter un cheval à l’attelage. Cela me fait soupçonner quelque vice dans la construction de la charrue. ■ La petite roue , sous l’age de la charrue du fermier Sully, ôteroit à cet instrument de labourage les qualités de la charrue simple (i), . . I.O.--- .1 . - (i) La simple addition d'une roue sous la perche ou l’age de la charrue, change les qualités essentielles de l’instrument. Le laboureur manioit un levier du premier genre, dont le talon du sep éloit le poiut d’appui, maintenant il manie un levier du second genre dont le point d’appui est sur la roue. Il levoit les mhnchCs pour faire piquer le soc, et les baissoit pour le faire sortir : maintenant c’est le contraire. Mais pour un autre emploi que pour l’ofiice de houe, ou pour rompre un terrain uni, la charrue à une roue est essentiellement défectueuse : j’en dirai les raisons en traitant de la charrue en général. » 35 x; S G II A K H U G S. £7 5 sans en faire une bonne charrue à avant-train. La roue doit rendre, ainsi que je l’ai déjà dit, celte charrue inutile , dans les terrains mouil- leux et tenaces. ( La société remercie Mr. Adams de la description de la charrue nouvelle, qui semble pouvoir être utile. Quant aux observations qu’il fait sur l’épreuve publique des charrues pour les prix proposes , la société présume que s’il eût été présent à l’expérience , et eût pu juger de la dureté d’un vieux pâturage de terre argileuse qu’il s’agissoit de rompre , après une gelée , il n’auroil pas trouvé qu’un sillon de quatre pouces ne fût pas assez pour une charrue à deux couhres attelée de six bœufs. L’obligation d’ajouter un cheval à quatre bœufs pour une charrue légère et simple , prouve beaucoup en faveur de la charrue à roues. (Note de la société de JBalh ). 576 Rapport sur les expériences des Charrues faites au mois de mars 1788. ( Mémoires de la Société de Bath. ) X-jN conséquence de la proposition des prix pour déterminer quelle est la charrue la plus economique et la meilleure pour la pratique ordinaire du labourage, dans cette partie du royaume, le comité a choisi, dans le voisinage de Bail), un vieux pâturage de terre argileuse comme une pièce propre à cette expérience. Les candidats qui se présentèrent pour con* courir aux prix furent les suivans: i.° John Bellingsley Esq. à’Jswick- Grove , avec une charrue à deux cou!très , attelée de six bœufs portant des jougs. 2. 0 Mr. Henry Wagg, de Chilcompton , avec la charrue à roue de Norfolk, à un seul manche, attelée de deux chevaux de front, et sans aide. 5.° Mr. John Thomas , de Keynsham , avec une swing-plough légère , perfectionnée par lui-même , et attelée de quatre petits bœufs de Galles portant des jougs. 4.° Mr. SuhIjY, fermier de Midford, avec DES charrue S. 377 une cliarrue simple de; sa province , mais modifiée par une petite roue placée sous Page, et sur la même ligne que le coultre. Cette charrue est attelée de trois chevaux de file. 5 . ° Mr. George Flower, de Midford, avec une charrue simple dont on se sert communément dans sa province , et attelee de trois chevaux de file. 6. ° Lord Weymoütii , avec une charrue simple , qu’on employé en Wiltshire, attelée de trois chevaux , dont un en flèche. Six espaces, d’un acre chacun , situe's parai?- lèlement les uns aux autres , furent destinés aux six candidats. Tous dévoient commencer ensemble , et travailler comme ils l’enten- droient; mais ils dévoient s’astreindre à piquer de quatre pouces, autant qu’il seroit possible, et à prendre une bande de huit pouces de large. Mr. Wagg ayant essayé d’ouvrir un sillon pe jugea pas pouvoir entrer en lice avec la charrue de Norfolk , soit parce qu’elle n’avoit qu’un manche , soit parce que son laboureur n’étoit pas accoutumé à rompre des prés de terre argileuse. M. Flower , trouvant sa charrue mal construite , refusa également de concourir à l’épreuve 5 ainsi il ne resta que quatre concurrens f 57^ DES CHARRUES, qui commencèrent ensemble. Avant que l’on pût former un jugement sur le résultat probable de l’expérience , la charrue de lord Wcymouth se rompit contre un fragment de roc ; en sorte que le nombre des pre’tendans lut réduit à trois. Au bout de trois heures quatre minutes , la charrue de Mr. Billingley avoit achevé son lot. Au bout de cinq heures, cinq minutes, Mr. Sully avoit fini ; et Mr. Thomas mit cinq heures et demie à labourer son espace. Celui-ci en laboura à peu près la moitié avec ses quatre petits bœufs; mais comme ceux-ci sefatiguoient trop, il y ajouta un cheval pour faire le reste. Le comité des juges étoit forme' de cinq cultivateurs-pratiques , dont trois de Wilts , un de Sommerset, et un de Glocestcrshire. Après un examen exact et comparatif de la bonté du travail , la majorité des juges donna la préférence à la cha rrue à deux coultres , pour l’usage ordinaire des labours ; parce qu’elle renversoit plus complètement le gazon, et préveuoit ainsi plus efficacement la végétation de l’herbe dans l’intervalle des bandes retournées. La charrue simple de Mr. John. Thomas n’avoit pas fait un ouvrage si égal. Le défaut d’une roue avoit empêché que les sillons ne fussent réguliers en profondeur et en lar- r J) .15 S C II A K n. U Ï 3 s. 379 gcui' (1). Le b'bour ^ onc f l ue Lp»e infériorité sur celui «le la charrue à cheval ; mais il auroit probablement été très-bon , si la profondeur eût été réglée par une roue , car l’oreille tournoit et rcnversoil admirablement la terre. Mr. Thomas fut donc encouragé à suivre au perfectionnement d’une charrue qui promotion une grande utilité pour les terres C n plaine, et des attelages de boeufs. Il assura le comité que le meme laboureur avoit fait, avec cet charrue , et les mêmes bœufs , un acre dans trois heures et quarante minutes , sur une jachère d’été. Les prix furent distribués comme suit : Le premier prix de six gui nées à Mr. Btl- lingsley, avec une guinée pour son laboureur. Le second prix de quatre guinées iMr. Sully, avec un demi-guinée pour son laboureur. (\) G’étoit plutôt le défaut d’adresse dans le laboureur, parce que cette charrue en demande beaucoup; et c’étoit aussi parce qu’une telle charrue n’est pas faite pour rompre de vieux pâturages sur la glaise : niais dire qu’il lui inanquoit une roue, c’est à-peu- près comme si l’on disoit, en observant la marche d’une chaise de poste , qu’elle fatigue le porteur, parce qu’elle manque d’un avant-train : si elle en avoit un, elle ne seroit plus une chaise de poste. Y. 58o DES C H A K !tt U E S. Le troisième prix de 2 guine'es à M. Thomas, avec une redingotte pour son laboureur. La supériorité de la charrue à deux coultres fut si évidente pour les spectateurs , que plusieurs particuliers ont résolu , en conséquence de cette épreuve, d’adopter cet instrument, ainsi que l’usage des bœufs. Six ou sept charrues de celte espèce furent immédiatement commandées. Un des témoins de ce concours, qui occupe plusieurs fermes considérables, fut déterminé à échanger ses six chevaux et les deux charrues qu’il tenoit sur l’une de ses fermes, contre six bœufs et une charrue à double coultre , persuadé qu’il étoit que oct attelage sulfiroit à tout l’ouvrage. Ainsi la société a le plaisir de penser, qu’en continuant des épreuves publiques de ce genre , elle réussira à introduire l’usage des meilleurs instrumens et £t diminuer les frais d’exploitation. Des avantages compavatifs de la culture au semoir. Par Mr. H. J. Close. [Mémoire de la Société de B a thé) Iîoidlc en Hampsliire, 5 mars 1799. Je suis fàcbé que Mr. Wimpcy soit mort avant d’avoir fait de plus grands progrès dans ses découvertes agricoles. Il avoit calcule que je devois semer annuellement près de 1200 acres en ble', pour e'pargner 200 liv. sterl. sur la semence, par la méthode du semoir; et il conclnoit que je devois m’être trompé dans mes assertions. Je vais donner un détail qui prouvera que dans une sematurc de i5i acres j’épargne cette année de 90 liv. 8 sliel. sterling sur l’article de la semence. On pourra en conclure que je n’exagérerois pas quand je porterais à 200 liv. sterl. mon épargne annuelle sur la semence de 5oo acres , quoique dans ce tems-là , ma culture au semoir ne fût pas si perfectionnée qu’elle l'est aujourd’hui. $82 I) 12 1 A C U L T U H É Dépense en grain pour la semaille (le 101 acres semés ci la volée. Liv. sel). 3 1 Acres en blé à 3 busbels par acre et 7 schellings le bushel.. 3 a n 26 Acres en pois, à 4 busbels par acre, et 8 schellings le bushel. 4i 12 18 Acres en pois d’une autre quantité à 4 busbels et 5 schellings 3 den. le bushel. . 18 18 i5 Acres en fèves, à 3 busbels et 6 schel. le bushel. 11 5 6 Acres en fèves magazans, à 3 busbels et 6 schellings le bushel.. 5 8 12 Acres en avoine, à 4 busbels par acre, et 3 schellings le bushel . .. 7 4 x3 Acres en orge, à 3 bushcls par acre, et 3 schellings 6 deniers le bushel . 10 l(> Lt st. 127 ii Dtp en se en grains pour la semaille de l5l acres, au semoir, dans la méthode perfectionnée. Liv. scli. A. 3t Acres en blé, à 3 pecks par acre, et 8 schellings le bushel. 8 2 9 26 Acres en pois, à 3 pecks par acre, et 8 schellings le bushel. 7 16 ’* 1 8 Acres en pois d’une autre qualité à 1 bushel par acre, et 5 schellings 3 den. le bushel. 4 *4 ^ l5 Acres en fèves, à 3 pecks par acre, et 5 schellings le bushel.. 2 ^ A TT P T. M O T T!. 585 Lir, seîi. J. 6 Acres eu fèves magaïans, à 3 pcehs par acre, et 6 scheilings le hushel. î 7 j> 12 Acres en avoine, à 1 hnshcl par acre, et 3 scheilings le bushel. 1 16 » 1 3 Acres en orge, à 1 bushel par acre, et 3 scheilings 6 deniers le bushel. . . 2 5 G 12 Acres en vesces, à i-i bushel par acre, et 6 scheilings par bushel. 5 8 » L. st. 34 G » Dépense des semences pour semer à la volée. i 4 6 Dépense des semences pour semer au semoir G » Epargne. L. st. g 3 8 » Voilà ce que j’ai seme des deux manières sur la même étendue de terrain ; et cette proportion est d’accord avec celle qui existe dans les semailles de tous mes voisins. Mr. "Wimpc.y affirme que l’addition des frais de culture necessaires pour le système du semoir j fait plus que balancer l’économie que l’on fait sur les semences. 11 paroît qu’il ignoroit tout-à-fait les détails de la nouvelle méthode , ou du semoir perfectionné comme il l’est aujourd’hui. Avec les instrumens de Mr. Cooke, savoir le scarificateur , le cultivateur , et l’e'ra- dicateur de chiendent , je puis nettoyer et pulvériser un teitatn ^ avec une dépensé qui 584 DE h A CULTURE n’excède que de très-peu le quart de la dépensé necessaire pour obtenir le même résultat avec les moyens ordinairement employés. L’addition de culture n’est pas absolument nécessaire, car j’ai parmi mes voisins des fermiers négligens qui emploient le semoir , et qui cultivent moins leurs champs que les fermiers négligeas qui sèment à la volée. Mr. Wimpey affirmoit qu’on obtenoit plus d’orge de trois bushels semés à la volée que de deux semés au semoir. Je ne sais pas ce que deux bushels donneroient , mais je sais par une expérience de vingt ans qu’un bushel d’orge , ou de blé , ou de pois, ou de fèves , ou d’avoine , seines au semoir rend beaucoup plus de grain et de fourrage que quelle autre quantité de semence qu’on répande à la volée, de chacune de ces graines, sur le même espace de terrain. 11 serojt tems de faire ressortir le mérite comparatif des deux systèmes par quelques expériences suivies et bien faites. Un prix très- considérable offert pour un assolement, de 4 ou 6 ans, pourroit, je pense , faire obtenir des résultats décisifs. La question est de la plus grande importance pour la nation. Il me parole évident que l’on pourroit épargner annuel" lement au public pour cinq millions slerlh n o s 9 A tr S EMOI R. 585 i: b a C U b T U R JJ Je fis labourer et herser un champ en jachère pendant deux ans , et bien fumer. En Septembre 1795 , je semai dans toutes les planches impaires de 4 pieds 8 pouces de large , du ble' rouge , au semoir , à raison de 5 pccks par acre. Il y avoit onze pouces et un quart d’une range'e à l’autre. Dans le pnulems, la houe à cheval y passa' deux fois. Les planches non semées furent labourées , en jetant la terre contre le blé , puis en la ramenant du côté opposé, et enfin en jetant la terre d’un seul trait de charrue sur chaque bord des planches en blé. Le Iroment lut si beau, qu’il versa dès le commencement d’Avril. J’y mis les moutons jusqu’au milieu d'Avril. Je fis ensuite planter un rang de pommes de terre au milieu de chaque planche vacante. Elles furent labourées dans le tems propre, à droite ci à gauche , et de plus sarclées. La récolte fut de sept quarlers trois bushels par acre ( 59 bushels) et les pommes de terre rendirent 5 o sacs par acre , à raison d’une seule ligne de 9 en 9 pieds. L'année suivante le blé occupoit les planches, des pommes de terre , et les pommes de terre éloient sur les planches auparavant couvertes de blé. La récolte parut également belle j mais A U S K M O f K. 3y5 je fus trop malade pour pouvoir suivre ses progrès, et je n’ai point pu m’assurer des résultats. 11 n’est pas douteux que celte suite de récoltes par bandes alternatives ne soit extrêmement favorable à la terre. J’ai fait une expérience dans un autre champ, sans fumier , et pour essayer l’effet de la pulvérisation seule du terrain. Je fis d’abord deux récoltes de pommes de terre , par planches alternatives comme je l’ai expliqué pour lo blé. Je semai ensuite du froment au semoir sur les bandes impaires. Au printems le blé étoit clair , mais d’une bonne couleur. Je fis donner deux cultures à la houe ; et , à ma grande surprise , il rendit b'j busbels par acre : il n’y eut donc que deux busbels de différence entre ce résultat, et celui du champ qui avoit été fumé à raison de 5 Hv. sterl. par acre. Les bandes intermédiaires rendirent 4o sacs de pommes de terre par acre , à raison d’une ligue par bande. La même année , il y avoit un champ voisin semé à la volée , et dont le blé paroissoil très-beau : cependant le fermier m’a assuré qu’il n’avoit rendu que a3 busbels par acre. La principale différence étoit dans la longueur des épis: ceux du champ $ctvtc à. la volée avoient trois ou quatre pouces 39^ DE LA CULTURE AU SEMOIR, de long; les épis de mon champ e'toicnt d’une longueur étonnante : les curieux qui vinrent, en grand nombre , voir ma récolté , en mesurèrent beaucoup de huit pouces de long. Lettre sur les charrues auprès de Londres* ( Farineras Magazine. ) IjA charrue que j’ai vue en usage dans tout îc pays qui se'pare Londres de votre campagne , est un instrument lourd et embarrassant. Je ne prétends point analyser la construction et l’action (les charrues, et parler fie la chose en mathématicien; mais comme j’ai beaucoup regardé travailler celle charrue dans le Herefordshire , je puis dire qu’elle m’a toujours paru faire tirer les chevaux avec beaucoup d’effort, et fatiguer infiniment le laboureur qui tenoit le» manches. Elle ne m’a paru être bien construite ni pour faire un labour efficace, ni pour aucune opération d’agriculture véritablement bonne. Elle ne retourne point la tranche (chose très-nécessaire pour un bon labour), elle la pousse seulement et la déplace : c’est ensuite une affaire de hasard si la tranche tombe du CHARRUES AUPRÈS DE LONDRES. 5q5 côtü où clic le doit , ou si elle retombe dans la raie ouverte , laissant en pleine vue les mauvaises plantes qu’elle dcvroil couvrir. J’imagine que celle lourde et mauvaise machine éloil l’instrument dont se servoient nos ancêtres à demi-barbares : elle ressemble beaucoup à l’ancienne charrue Ecossoise , dans la longueur de la perche, également très-basse, et dans la forme de son oreille. Les Ecossois l’ont abandonnée depuis long-tcms , et avec raison , à cause de l’ellbrt auquel elle oblige les animaux de trait : on ne la voit plus aujourd’hui que dans quelques districts des montagnes tout-à-fait isolés , auxquels les perfec- uonnemens ne parviennent pas , et où lo laboureur demeure ignorant et pauvre. La charrue aujourd’hui universellement adopte'e dans toutes les parties du sud de l’Ecosse, et du nord de l’Angleterre , où l’on se pique d’une bonne culture, vient, je crois, originairement du Yorkshire , et portoit le nom de la charrue de Hotheram. En York- sbire, on la nomme charrue Ilollandoise ; ce qui peut faire conjecturer qu’elle vient de Hollande ou de Flandres. Quelle que soit son origine, ente charrue a été singulièrement perfectionnée dans sa forme générale et dans 5l)6 CHARRUES AUPRÈS ses parties , par un charron de village dans le Berkshi re , nomme' Sinall. Elle a pris aujourd’hui le nom de Small-plough ( cbarruo de Small (t) ). Elle remplit tous les objets du labourage infiniment mieux que l’ancienne ch a rrue Ecossoise , à moindres frais , et est beaucoup plus commode , soit pour le laboureur , soit pour les animaux qui la font mouvoir. Elle s’attelle à deux chevaux de front , et le laboureur les guide lui-même avec les rênes , et à la voix. Lorsque le terrain est très-difficile à labourer, comme cela arrive dans les sols argileux après les longues sécheresses , on y attelle jusqu’à trois chevaux. , et alors un petit garçon les conduit. Deux chevaux sont attelés de front, ol le troisième est en avant du cheval qui marche dans la raie ouverte. Je ne prétends pas donner Je fait suivant comme rigoureusement exact, parce que je lo (l) Quoique j’aie fait venir d’Angleterre le soc et l’oreille de cette charrue il y a sept ans, je n’ai pas pu réussir à la faire monter d’uue manière parfaite. Les moindres différences dans la monture en changent les résultats. J’ai espéré d’année en année que la paix me permetlroit de faire venir l’iustrumenl entier,. [Octobre 1808. J in e Londres. 3g7 rapporte de mémoire , et à la distance de quelques années , mais je ne puis pas errer de beaucoup. Dans la même pièce , y faisant précisément le même ouvrage , ( qui étoit de rompre un vieux pre' ) l’ancienne, charrue d’Ecosse , et la charrue de Small furent comparées en présence d’un grand nombre de spectateurs réunis pour cette expérience. La sillon , ou la bande retournée par chaque charrue avoit exactement les mêmes dimensions. On employoit un dynamomètre placé entre la force et la résistance, pour comparer celle-ci dans les deux charrues , et constater exactement l’effort des chevaux. L’ancienne charrue exigeoil un effort égal à celui qui sou- leveroit quinze ou seize cents livres: la charrue ■de Small n’exigeoil qu’un effort de huit à neuf cents livres. Ce résultat povte avec lui son commentaire, pour mouvoir l’ancienne charrue , lorsqu’il s’agit de rompre une terre argileuse , on ne met jamais moins de quatre chevaux, et souvent ils ne suffisent pas. Il est extrêmement rare que la charrue de Small en exige plus de deux : il faut, pour qu’elle en demande un plus grand, nombre , que le sol argileux soit embarrassé de grosses pierres ; mais quand la charrue de de Small exige trois chevaux, la lourde charrue 5g8 CHARRUES AUPRÈS que je lui compare en demande six. Nous comptons , qu’année commune , le loyer de deux chevaux et d’un homme, vaut cinq schel. par jour : il faut donc compter à cinq schel. le labourage d’un stalule acre (1) qui est l’etendue moyenne labourée dans un jour par la charrue deSmall. L’addition de deux chevaux et d’un jeune homme, addition qui, je pense , est necessaire pour l’ancienne charrue d’Ecosse et probablement pour la vôtre , double à peu-* près la dépense du labour pour un acre. Même en supposant que les deuxième et troisième labours n’exigent , avec votre charrue , que trois chevaux et un jeune garçon, et que pour (1) J’estime que l'étendue moyenne labourée pair journée de charrue en France n’est que la moitié dm grand acre (statute acre) et que les frais de la journée sont au moins de 7 ^ schellings (9 livres de France) ce qui fait une dépense triple, beaucoup d’animaux inutiles, beaucoup de brasquiseroienlemployésailleurs, et enfin une culture médiocre, parce que les lahoms se font trop lard ou trop rarement. Quand s’occupera- t-on sérieusement de la charrue ! Nota. La note ci-dessus a été écrite il y a sept ans : on a acheminé depuis des recherches intéressantes sur les charrues : celle de Guillaume en est déjà un résultat, et probablement on trouvera'mieux. [Octobre 1808.] DE LONDRES. 699 rompre les terres nous soyons obliges de mettre trois chevaux et un jeune homme , il est clair néanmoins que la charrue de Small fait le travail pour un petit écu par acre à meilleur compte que la vôtre , et cela pour chaque labour. Je ne connois qu’un seul cas dans lequel l’ancienne charrue puisse être préférée à la nouvelle, et cela, parce qu’elle est plus solide ; c’est lorsqu’on a à défricher un terrain argileux embarrassé de grosses pierres, de racines, et buissons : j’ai vu employer , dans ce cas-là, une charrue toute construite en fer, et traînée par six ou huit chevaux. En revanche , je vous dirai qu’il y a dans mon voisinage un pauvre homme qui lient une petite ferme en terre légère , et qui laboure avec un seul cheval. On a beaucoup dit et beaucoup écrit dernièrement sur la convenance de labourer avec des chevaux ou avec des boeufs. Je ne prétends pas entreprendre une discussion qui a occupé des gens beaucoup plus capables que moi. Il y a un argument a posteriori contre les boeufs qui me paroît avoir bien de la force, c’est que nos fermiers les abandonnent tout-à-fait : ila doivent assurément être les meilleurs juges de tr,e qui convient à leurs intérêts. La chose peut 4oo OIIARRUES ATJTRÉS \ cependant s’expliquer (l’une autre manière. Autrefois , soit que la race des bestiaux fût médiocre, soit qu’on n’entendît pas la méthode de les engraisser, on ne pouvoit les vendre gras qu’à l’âge de sept ou huit ans. Il y avoit alors du profit à les travailler pendant deux ou trois ans. Aujourd’hui , soit que la race soit changée, soit qu’on entende mieux la manière d’élever, de nourrir, et d’engraisser^ on vend avec profit les bœufs gras à quatre ans, c’est-à-dire, dans un âge où ils sont encore trop jeunes pour être travaillés avec avantage. J’admets que la viande des bœufs de quatre ans soit d’une qualité inférieure, à celle des bœufs de sept ou huit ans ; mais tant que la demande de celte viande subsiste , et que le public s’en contente , le fermier trouve son intérêt à engraisser de jeunes bœufs , et à labourer avec des chevaux. Les gros propriétaires, qui veulent avoir de la viande d’une qualité Supérieure, ou qui ne calculent pas le profit de vendre les bœufs engraissés jeunes, ont des attelages 1 qui occupent cos animaux pendaut deux ou trois années , lesquelles au— roient été, sans cela , perdues dans les pâturages ou dâns l’étable. 1<>RF.UVE 4 oi ÉPREUVE COMPARATIVE DE CHARRUES. La charrue de lord Somcrville , qui est la charrue sans roues à deux sillons, de la vallée deTauiuon {iwo-furrow swing-plough ) niais essentiellemenl perfectionnée, étoit attelée de quatre bœufs de Devonshire, âgés de cinq ans, portant des jougs, et guidés par un enfant. Celte charrue , menée par un homme, laboura dans une heure et 28 minutes, 2 roods et 55 perches (1), c’est-à-dire, à cinq perches près, d’acre. Elle labouroil un chaume d’avoine , en pente , sol argileux et sans pierres. L’ouvrage fut fait avec une grande perfection. La charrue mérite beaucoup d’attention de la part des agriculteurs , et promet de grands avantages au public. (l) Cet espace lait précisément pieds An- glois de superficie : c’est-à-dire environ un quart en sus de ce que uous labourons dans une journée. En d’autres tenues, celte charrue, ainsi attelée, laboure en une heure ce que nous labourons en un jour -, combien nous avons à apprendre, sur la charrue 1 [Janvier 1799] Tome 5 ! Ce 402 iPREtfVH COMPARATIVE Pendant le même tems , et sur le même terrain , trois charrues du roi travailloient, non pas en concurrence avec celle de lord Somer- ville, mais pour éprouver comparativement leurs forces. L’une étoit la charrue de Norfolk, attelée de cpialrc bœufs de Devonshire, portant des colliers : elle laboura un rood et vingt- deux perches ( 1687g pieds ). La seconde charrue étoit de Rollierham, attelée de quatre bœufs de Uerefordshire , portant des colliers : elle laboura un rood et dix-neuf perches (i 6 o 63 pieds anglois). La troisième charrue étoit celle de Norfolk, comme la première, mais attelée de quatre bœufs de Glamor- ganshire, portant des colliers: elle laboura un rood et dix-huit perches ( 1 5791 pieds anglois). Dans cette épreuve , les bœufs de Devonshire firent exactement trois milles et demi, pendant les quatre - vingt - huit minutes que dura l’opération. Les attelages de ces quatre charrues ne furent nullement pressés par les conducteurs , et les bœufs rte patoissoient point plus fatigués qu’ils ne dévoient l’être après cet ouvrage. Cependant il ne faudroit pas supposer qu’ils pussent soutenir le travail tout le jour, sur ce pied-là. Nous pensons que la charrue du lord Somer- viile , attelée comme elle l’étoit, laboureroit DE CITA ERE ES. 4ü5 habituellement un acre et trois quarts , dans une journée de six heures de travail , s’il s’a- gissoit de rompre , quel que fût le terrain , pourvu qu’il n’eut pas des pierres ; et s’il s’agissoit d’un second ou d’un troisième labour de jachère , nous estimons que cette charrue fcroit journellement un travail de deux acres un quart. >■ Essai de labourage à Kew, sur la ferme du Roi, avec la charrue appelée double furrow - plough , de Lord Somerville, Présidait du Département d’Àgriculture. ( Annales d* Arthur Y o u n g.) Lord Somerville, dans son adresse au département ayant indique son dessein d’employer sa charrue, à portée de Londres, pour les curieux qui voudroient la voir travailler , a donné avis du tnomeut et du lieu. Elle a commencé à labourer le 16 Mars. Voici les notes prises sur les lieux. JT6 Mars. Le terrain se levoit par bandes , et étoit trop humide. Deux acres et demi. 4 o 4 ESSAI DE 17 et 18. William Weber a fait trois acres par jour , mais il faisoit la tranclie trop large , avec la plus grande des deux charrues. t 19 et 20. Powel a employé' la petite charrue, et fait du meilleur ouvrage. La terre alloit bien. 21 Repos. 22 La terre etoit de'jà un peu sèche. Trois acres. L’ouvrage de quatre bœufs et d’une charrue, dans six jours et quatre heures, a etc de dix- sept acres et demi. Les bœufs, au bout des six jours , se por— toient mieux qu’auparavanl. lis ont consomme’, pendant leur séjour à Kew , quarante livres de foin , chacun , par jour , et aucune autre nourriture. Ils ont travaille huit heures par jour , en comptant une demi-heure pour le dîner. Le laboureur n’a qu’une demi-heure dé soins à donner à ses bœufs, outre les heure» de travail. Avec des chevaux, on a sept heures de travail, et au moins trois heures de soins à donner. Quelle différence pour le laboureur ! Le roi a pris un grand intérêt à cette expérience. Elle a e'te' suivie de beaucoup de personnes, et comme son résultat a été Irappant, I. A li O ï 11 J> C E. 4o5 on a commande un grand nombre de charrues sur le même modèle (1). (1) Les résultats du travail de cette charrue sont faits pour étonner beaucoup les agriculteurs. Nous avions peine a concevoir comment la charrue de Tïorfolk pouvoit labourer avec deux, chevaux , une surface do 80,000 pieds de France dans une journée de dix. heures de travail (Voy. Agriculture de Norfolk, Tom. I de cc Cours), et voilà une charrue nouvelle qui laboure près de 120,000 pieds de France de surface dans une journée de 7 heures cl demie de travail ! Et ce sont des bœufs qui font ainsi au moins cinq fois plus d’ouvrage que n’cft font, avec nos charrues,les attelages de chevaux 1 Un carré de 347 pieds de France de côté, donne, à très-peu près, une surface de 3 acres. En supposant que la charrue lève une trauclie d’un pied de large (ordinairement c’est de 7 à 10 pouces), il y a 347 tranches à lever dans la journée, c’est-à-dire , le même nombre de raies à faire. Comme cet ouvrage s’exécute dans 7 heures et demie de travail, il se fait 4 G traits de charrue pav heure. En supposant que le laboureur mette 20 secondes à 1 extrémité de chaque trait, pour faire retourner l’attelage et rentrer dans le sillon, c’est i 5 minutes de l’heure employées à celte opération. Les bœufs n’ont donc que 45 minutes pour parcourir un espace de 15,1)62 pieds, soit 2G60 toises, ce qui revient à 35.46 toises par heure. Or les bœufs qui mènent un chariot à vide dans une belle roule,ne font guère que 2000 toises à l’heure. Cela répondroit à l’allure du petit trot d’un cheval, et certainement les bœufs ne trotent pas en labourant. Donc la tranche que lève la charrue de F.SSA I Dp) I. ATiOUitAOK. 4o6 lord Somerville est beaucoup plus large que nous ne l'avons supposée: peut-être est-elle de deux pieds. Mais alors quelle résistance ! Comment obtient-on une profondeur proportionnée ? Comment la terre se retourne-t-elle ? Ces faits sont bien curieux à éclaircir. Sans les difficultés qu’entraîne l’état de guerre, j’au- rois déjà depuis long-tems ceLte charrue, et je pour- rois édifier complètement mes lecteurs. Nota. Ceci est écrit depuis huit ans, et ce déplorable obstacle de la guerre subsiste encore. [Décembre 1808.] 4o7 Défis ENTRE DEVERSES CHARRUES , en Écosse , par J. F. Erskink. ( Annales d’ Arthur Yqung. ) continuons dans ce canton les défis de labourage dont j’ai parle dans ma recon- iioissance agricole de Clackmannan-shire , et toujours avec le même avantage. L’apparente lenteur du pas des animaux pendant qu’ils labourent, m’a donné la curiosité de m’assurer de la quantité d’ouvrage que chaque attelage peut faire dans huit heures de travail, en deux reprises, ce qui est la journe'e ordinaire de charrue. Au défi de charrue qui eut lieu en 1798 , je iis mesurer les divers lots ; et je mesurai également la largeur de chaque bande retournée à la charrue , et son épaisseur , soit la profondeur de la raie ; mais une inexactitude dans la manière de noter le lems employé par quelques-uns des laboureurs , pour labourer leur lot, me fil manquer mon observation. Je fus plus attentif au dernier concours qui eut lieu en Mars 1799. commencer tous les compétiteurs au même instant à signal donné. Ees espaces étoieut égaux , en sorte 4o8 J) i; FIS F N T B. U que je n’eus à mesurer que la largeur tics Landes retournées et la profondeur des raies ou sillons. Il y avoit en tout 5o charrues au concours ; 4q étoient attelées de deux chevaux, et une de deux bœufs en colliers. Chaque laboureur conduisoit lui-même son attelage , en même tenis (pie sa charrue. Le champ occupoit le haut d’un plateau ; mais scs deux extrémités avoient une légère pente , qui rendoit le travail un peu plus pénible qu’il ne l’auroit été sur un terrain pai failement plan. C’étoit un trèfle d’un an à rompre : le sol une terre végétale profonde. Chaque laboureur déterminent à.snn gré la largeur et la profondeur de son sillon , et sur les cinquante charrues , il n’y en eut que deux ou trois qui fissent de l’ouvrage médiocre. Toutes les charrues étoient sur le modèle de celles de Small , telle qu’elle est aujourd’hui perfectionnée , et avec une oreille de fer fondu. Le respectable lord ICaimes et son fermier ont décrit ces charrues; et Mr. Low a rendu compte , dans sa rcconnoissance du Bcrvvickshire du perfectionnement qu’elles ont subi. Je joins ici des tableaux qui vous donneront, je l’espère, une idée parfaitement nette de tous les détails importans de ce concours. DIVERSES CHARRUES. 4o<) Los (leux premiers indiquent les noms des laboureurs qui ont gagne le prix pour la perfection de l’ouvrage. Ces tableaux montrent, la largeur et la profondeur des sillons, la quantité de terrain labourée par chaque homme , le tems employé pour faire l’ouvrage , le nombre de yards que chacun a parcourus , soit la vitesse du pas du cheval ; enfin , le nombre de yards que chaque laboureur auroil parcourus dans une journée de charrue de huit heures, ainsi que l’étendue de terrain qu’il auroit labouree dans cette journée. Los tableaux 5 et 4 donnent les mêmes details sur ceux qui ont laboure leurs lots dans le moins de tems. Los tableaux 5 et G donnent encore les mêmes de'tails sur ceux qui ont employé le plus de tems à faire ce travail. Je désire beaucoup avoir vos observations sur ces tableaux; car quoiqu’on ne puisse pas, peui-elrc , en tirer encore des conclusions bien importantes , ils me paroissenl pouvoir donner beaucoup à réfléchir. Un spectateur inattentif qui auroit compare les deux charrues , N." 5 et 10 , ( dans les tableaux 5 et 4 ) pendant leur travail, auroit çru que les laboureurs tnarclmient le même Il O T> i\ F r S ENTRE pas : cola u’éloil point ainsi, à beaucoup près. David Folhcringham lit 12 milles 5 furlongs et 21g yards ; tandis que Robert Drumntond 11e fit que 10 milles 1 furlong 87 yards; c’est- à-dire, qu’il y eut deux milles et un quart, à pcu-près , de diU'e’rence dans le chemin qu’ils firent. Autant que je puis me le rappeler , il n’y avoit pas de différence sensible dans l'effort des attelages ; mais il est pourtant certain , qu’un pouce de différence dans la largeur de la bande retourne’c , eu doit faire une réelle dans l’elfort dos chevaux. Le résultat du travail des boeufs ne vous échappera pas : vous serez bien aise de voir que sur les 5 o charrues , il n’y en a eu que deux qui aient surpassé en vitesse celle des bœufs , et mente de très-peu de chose. Plusieurs des spectateurs jugèrent que si la charrue des bœufs 11e s’e’toil pas trouvée par hasard une oreille toute neuve qui n’étoit point encore polie , et ne faisoit pas paroître le travail aussi propre , celte charrue auroit gagné un prix. Le club des fermiers fut extrêmement content de la charrue à bœufs , et fil à son conducteur un présent équivalent à un des prix. Quand j’ai commencé à comparer les divers détails de ce concours de charrues , je n’avois diverses citarrues. 4 li guèros l’itiee du travail que j’eulreprenois. Je n’ai pas pu m’en tirer sans taire les tableaux dont je parle , et que je n’aurois jamais réussi à faire sans le secours de Mr. John Bell, arpenteur instruit: c’est, en particulier, à lui que je dois les deux tableaux generaux, qui donnent d’un coup-d’œil le nombre de yards que le laboureur parcourt en labourant un pôle, un rood ou un acre. Il n’est pas question du tems qu’il faut pour tourner au bout du champ , parce que ce tems dépend de mille circonstances , et doit continuellement varier d’un tour à l’autre et d’une charrue à l’autre. Il ne s’agit pas d’ailleurs ici de précision malhc- malhique : elle yseroit inutile. Dans notre canton , la largeur ordinaire de' la bande retourne'e à la charrue est de 8 à 10 pouces , selon le terrain et la re’colte qui a précédé : je crois que , dans le plus grand nombre des cas , la bande a neuf ou dix pouces de large , et 5 à 6 d’épaisseur. Les fermiers comptent que , dans une journée de huit heures, une charrue doit labourer 3 rooda et 8 faits, mesure Ecossoise (t). (i) L’acre d’Ecosse est plus grand : cette journée de charrue est à peu près d’un acre auglois. 4l '2 > V ti Fis ENTRE Le laboureur qui preml sa bande de huit pouces de large et qui laboure dans la journée 5 roods et 8 faits , Fait 21,888 yards tic chemin (1). Le laboureur qui prend sa bande de 10 pouces de large et qui laboure un acre Ecos- sois dans sa journée, fait 21,920 yards de chemin. J’espère que vous ne trouverez pas mauvais que je vous observe que la relation sur les de’fîs de charrues, à la tonte du duc de Bedford, ne paroît pas faite avec clarté. On y rend compte de la largeur et de la profondeur des sillons, pour les charrues attelées de bœufs, niais celle circonstance est omise pour les charrues nilelées de chevaux. J'ai, cependant, essayé de dresser un tableau de ce concours sur le meme principe que ceux que je donne de nos concours Ecossois. Vous demandez si l’on pourroit mettre de côté la considération des attelages , et faire aussi abstraction du tems employé à labourer une étendue donnée , en s’attachant uniquement à considérer la perfection de l’ouvrage fait avec le moins d’eflort possible. Je pense que nos délis de charrues prouvent, (1) Environ 12 milles et demi. ^diverses charrues. 4i 3 ,non-seulement la possibilité , mais futilité de faire abstraction des deux points dont vous parlez , pour ne faire attention qu’à la perfection de l’ouvrage. C’est certainement la meilleure me’tliode pour former d’exccllens laboureurs. Tel a été, du moins , l’effet des concours dans notre canton. Cet effet a surpasse' toutes nos espérances : autrefois ce district e'toit remarquable pour la maladresse dû ses laboureurs ; aujourd'hui, il scroil difficile de trouver dans la même étendue de pays , un nombre aussi considérable âe laboureurs habiles. Je crois que notre club des fermiers a agi très-sagement en admettant indistinctement tous les laboureurs du district, (quoique leurs maîtres ne fussent pas membres du club ) a concourir dans les jours de défi, sans prescrire, ni le nombre des chevaux ou des bœuis, ni la forme des charrues. Cette parfaite liberté a introduit très-rapidement l’usage des charrue# de Small, à deux chevaux : les qualités de cet instrument le reconunandoient suffisamment. 11 en seroit de même , je pense, par tout ailleurs , s’il y avoit des concours , deux ou trois fois l’année. Il ne faudroit pas que l’arrondissement du concours fût trop étendu, car s’il falloit luire plus (le six milles pour se 4 ] 4 T) k FIS F, K T R E rendre sur le lieu du défi, ce seroit trop. Plus les associations seroicul nombreuses dans chaque province , et plus grand en seroit l’effet. Il est probable que , lorsqu’une fois IVrnu* lalion sera suffisamment excitée parmi les laboureurs, il sera utile de donner des prix pour la plus grande quantité' de bon ouvrage fait dans le tems le plus court ; mais il ne faudroil admettre , à ce genre de concours , que les laboureurs qui auroient gagne des prix pour la perfection de l’ouvrage : cette perfection doit être le seul objet d’attention du jeune laboureur. Je voudrois bien que vous pussiez persuader à vos correspondans de ne point oublier la diversité des poids et des mesures en usage dans le royaume ; sans cela , leurs relations ne sauroient être entendues que dans leur propre canton : ils parlent une langue lout-à-fail inintelligible pour le reste des cultivateurs , qui rapportent toujours ce qu’ils lisent aux mesures locales qui leur sont familières. 11 ne s’agit pas de précision mathématique , mais il faut bien expliquer de quels poids et de quelles mesures l’on parle. DIVERSES c H A R XV U E S 05 CJ5 05 u M O to oo o o o 05) 4* C5 05 05 l*i . fï C t> ^ O H M 0 H ki W CM K5 W kj g V c/a o c o o üto S! CT) O O 3 «> o* t* O O O ►* O 0 « ï ^ ^ Oj KJ 05 10 ** o CT cr* w o P o CH to stf IQ 4 i 6 ]) É F I S EN T 11 E 2 . emc Tableau. Du travail de huit heures , au degré de vitesse ci-dessus. Bande retournée. Espace parcouru en 8 heur. Surface labourée en 8 heures. largeur pvofon. yards. acres. l'UOtU. QK>Us» ...» 10 6 15398 0 3 22 10 6 15471 O 3 »9 .... 10 6 i 53<)8 0 3 22 .... 8 4 16037 0 2 38 9 fi 18250 0 3 32 deux bœufs ÎO 6 ''J tC Oa OC 1 O fi 3 . CD1C Tableau. Des Laboureurs qui ont fait leur travail dans le moins de tetns. Bande Etendue Te ms Espace Combien N."’ retournée. labourée. employé. parcouru. par heure. ' ■ Larg. Prof/ t'oods falis heur. min. Varils. Milles Furtong. 1 10 5 1 1 2 25 5fi 12 1 2 i 2 10 fi X 1 2 3o 5G12 1 2 7 3 10 5 1 O 2 25 5476’ t 2 i 4 9 6 1 O 2 4o 608 i 1 2 ï 5 9 fi 1 O 2 4o Go84 1 2 « 6 9 6 1 O 2 4 u fio84 1 2 i 7 9 5 1 O 2 25 fio84 1 2 * 8 9 5 1 O 2 42 608 4 1 2 k 9 9 5 1 O 2 4o (Jo84 1 2 3 IO 8 5 1 O 2 25 G845 l 5 DIVERSES <' JT A R R U K S 4/ me T A B I, E AU. 4°9 Du travail de huit heures , au degre de a liesse ci-dessus. Bande Espace K. 05 retournée. parcouru en 8 heures. largeur pi 0 fou. yards. 1 IO 5 18577 2 IO 6 1795s 3 IO 5 18127 4 9 6 18252 5 9 6 18252 6 9 6 18232 7 9 5 20l4o 8 9 5 18026 9 9 5 18252 10 8 5 22659 Surface labourée en 8 heures. actes. ruocU; pôles. 5 wds. 1 O 12 9 1 O 6 2 > 1 O 8 4 0 3 28 17 0 3 28 1 * 0 3 28 17 1 0 8 . 4 0 3 3 o 1 G 0 3 28 . 17 1 0 8 ' 4 5 c me rri -t ableau. Des Laboureurs qui ont mis le plus de lems. à faire leur travail. N." Bande Etendue Te ms retournée. labourée. employé. Larg. l’iof. r voods fails heur. 1 IO 6 T 1 3 25 2 9 5 1 1 3 3 o 3 9 5 1 1 3 3 o ty 9 5 1 O 3 20 5 9 5 1 O 3 15 6 9 5 1 0 3 i 5 7 9 5 1 0 3 20 8 9 5 1 0 3 4 o 9 8 5 l 0 3 17 IO 8 4 1 l 3 3 o Espace parcouru. Yards. 56 ( a 6 a 36 6 2 36 6o8i 6084 6oS4 608 4 608 t 68-15 7016 Combien par heure. furluiiiï. O* 7 O O Aliilci' O 1 l 1 1 1 1 O I l 4 l 3 I) ï F I S ENTRE g cmo ’J' A B L E A u. Du travail de 8 heures , au degré de vitesse ci-dessus. w.° s Bande retournée. Espace parcouru en 8 heures. Surface Jabourée en 8 heures. Larg. prof. r yards. acres. roods. po.les. yards 1 ÎO 6 i3i4o O 3 1 35 52 9 5 i 4253 O 3 O 4 3 9 5 12253 0 3 0 4 4 9 5 146o i O 3 1 35 5 9 5 14976 O 3 4 35 6 9 5 14976 O 3 4 35 7 9 5 i46oi 0 3 1 35 8 9 5 13274 O 3 » 9 8 5 16678 O 2 JO 8 4 16037 O 3 DIVERSES C II A R R. U E S C H'iMev-lci O UTi CO t-S t>s -3 ü Cl -H ■x CD G o O O O O ^ CH O .oo oo C 50 Oi « l -"3 O CS CH CH CH CH CH ^ O ^ ^ ^CH O Q no o o o o o o C T5 U »J tao *5 CH to O £ 420 B J; PIS ENTRE Travail fait en 5 ^ heures , aux taux ci-dessus. Charrue s à Bande Est >ace parcouru et retournée. étendue labourée. bœufs. larg. r prof/ yards. aci es. ïoods. pôles. K.° 1 .... 12 4 17545 1 0 35 2 . . . . 10 0 18755 1 O i4 3 ... . 10 4 18755 1 O i4 Charrues à cheval. N.° l . . . . ÎO 4 it)36o 1 O 2 . . . . ÎO 4 15730 O 3 28 3 . . . . io 4 17545 1 0 2 Fratrie remarquable. (Fragment d’une tournée d’ÀRTHUR Young dans le Sud et l’Ouest de l’Angleterre en, ... .«Je pris la route d’Orclieston pour visiter ce pré extraordinaire qui , pendant 200 ans , a été cite comme surpassant en fertilité toutes les prairies du royaume. Avant de rendre compte de mes propres observations , il est convenable de citer les auteurs qui en ont parlé. Le pins ancien de ces auteurs, à ma connoissance , est Norden , qui écrivoit en 1600 : voici ce qu’il en dit. * « Vous faites bien de parler à l’avantage du seigneur de la terre. Vous dites , je le crois , ce que vous pensez, et cela parce que vous ne counoisscz ni les prés de la Dove, en Tan-Dcan, sur la Sevcrn , à Àllcrmore , en Crediton , ni les prés des environs de W eleh-pool , ni surtout un pré qui est situé près de Salisbury , vers la Boum, au-dessous de la plaine, lequel donne chaque année de l’herbe qui a plus de dis pieds de long. Quoique cela paroisse incroyable , il est néanmoins vrai qu’elle a jusqu’à seize pieds de long. On la coupc avant d’y faire paître les PRAIRIE 422 bestiaux , et lorsque les bêtes à cornes y ont mange leur saoul , on y met les codions qut s’y engraissent, en mangeant les noeud» cl la se’ve de celte herbe. » ( Surveyor’s Dialogue , 5." UI! êdil. 3618.) L’auteur qui en parle ensuite , est, dans l’ordre des dates, Rohert Chilü dans Jfùrtli’s hegacy , jf)5i. « Et quoique je doive recommander beaucoup ces plantes à mes compatriotes, parla connoissr.uce que j|ai de l’utilité' dont elles peuvent être ; cependant celle que je. leur re-< connnandc le plus , c’est une fameuse espèce d’herbè qu’on trouve en Wilishire , à neuf milles de Salisbury à Maddiugton. On pourroif à plus juste litre la nommer un miracle du pays, que l’aubêpine de Glasionbury, rendue Si fameuse par la superstition j car on voit de celle-ci dans bien d’autres endroits. Vous trouverez la description de l’herbe dont je veux parler , dans un livre, intitule, Phyto- logia Britannica ( publie en dernier lieu , et qui rend compte de toutes les plantes qui croissent naturellement eu Angleterre ). C’est un gramen caninurn , supinum , longissi- mum, qu’on trouve à neuf milles de SalisburV, chez Mr. Tttcker à Maddington. On s’eu pour engraisser les copiions ; et elle a a4 pieds U fi M A R Q U A T3 R E. 4 2 5 (1c long : chose presque incroyable , mais connue de tout le comte. Il n’est point douteux, que si la graine de celte lierbe étoit semée dans d’autres bons près elle ne prospérât beaucoup , quoique peut-être pas au point oit elle prospère dans le terrain qui lui convient le t mieux. Je suis étonné' que ceux qui habitent le voisinage n’aient pas essayé d’en semer dans leurs prés , car c’est une çspèce particulière d’herbe ; et quoique l’on ait trouvé jusqu’à go especes différentes d’herbes dans celle île , cependant il n’v en a aucune qu’on puisse amener à celle hauteur et à cette excellence. » De l’herbe longue de TFiltshire. « L’herbe longue de Wiltshire dont il est question dans le Legacy , est occasionnée par une spacieuse commune qui se trouve tout auprès, et qui est lavée par la pluie, au profit d’un petit pré situé au-dessous , lequel est incroyablement fertile. Legacy , 5.™* édit. 1655. Voici ce que dit Mr. Stillingfleet : » A la lin de la Synopsis de Ray , dans l’index des plantes douteuses , il est question d’uue plante nommée gramen caninum su- p'r.uun longissinutm , qui croît auprès de 424 PRAIRIE Salisbury, et a 24 pieds de long. Sur sa longueur , ce doit être un grain en rampant. J’ai su de plusieurs personnes qu’il y a en "W'illsliire une herbe qui croit dans des -près mouiücux, et qui est si belle que l T acre se loue de to à 12 liv. sterl. Je suis porte à croire , d’après ces données, qu’il s’agit de la fesluque flottante. Mais quelqu’lierbe que ce soit , il vaut assurc'inent la peine de s’en informer. {Miscellanboiis tracts, 1762.) ' La Société de Balh a fait des recherches sur cette herbe extraordinaire , et on trouve la lettre suivante dans ses mémoires. D’une 'espèce particulière d’herbe qui se trouve à Orcheston , dans les plaines de Salisbury , en TFiltshire. ( Par un particulier de. Dorchester. ) Messieurs , n J’ai reçu l’obligeante lettre de votre secrétaire , en réponse à la mienne sur les graines de prés ; et j’ai le plaisir de vous envoyer ci- joint, une tige de la plante dont vous vous 'informez. On voit cette herbe auprès d’Oi— eheslon Saint-Mary, à neuf milles de Salisbury, dans un pré appartenant à lord Rivers, et que le fermier fîaywer.l tient actuellement. Ce p>o R F. M A R Q-UA.1J Ij J3. 4:20 sn trouvant auprès d’un petit ruisseau , est souvent inondé , et continue quelquefois à l’être pendant une partie de l’iiiver. 11 rend beaucoup dans les années humides. D Lorsque je l’ai vu, c’éloit trop tôt dans la saison , pour pouvoir observer la végétation. Voici ce que m’en a dit le fermier. L’herbe croît d’ordinaire jusqu’à dix-huit pouces; elle sc couche alors, et traîne en formant des nœuds, jusqu’à la longueur de 16 à 18 pieds : il a vu des plantes de 2b pieds de long. Le pré est d'environ deux aeres et demi. Ou le fauche deux fois. Son p moyen de la première coupe est de douze charretées ou tonnes ; la seconde en donne six. Quelquelots la récolte est beaucoup plus considérable. La dixme tic celle pièce a été fixée à l’amiable à neuf livres sterling par an (1). » (1) Cette relation nous pur al si singulière, elle produit si extraordinaire, que nous envoyâmes notre Secrétaire à Qvchcslon pour examiner la chose lni-mème. Le fermier, et plusieurs autres personnes du village confirmèrent le contenu de la lettre, sur les récoltes excessives de ce pré, dans les années où il y a eu des inondations en hiver et au printems. Mais quand ces deux saisons ont été sèches, la récolte 11’o.st pas. à beaucoup près, si considérable. H ne pamiissoit pas y atoir lieu de remarquable dans Le sol ; iys autres plan- I %» PRAIRIE )) Celte herbe a une saveur douce. Tous les bestiaux, el même les cochons, la mangent avidement. Lorsqu’elle est en loin , elle engraisse beaucoup le bétail. Le fermier dit que ses chevaux la mangent de préférence ;i l’avoine mêlëe de paille , lorsqu’on leur donne le choix.. . )> ( Mémoires de la Société , etc. 1780. } les ou mauvaises herbes qui y croissaient, n’avoient rien d’extraordinaire en force de végétation. Nous envoyâmes des plants de cette herbe fameuse à la société de Norwich : quelques-uns de ses membres pensent que c’est une espèce A’agrostî/tpolymorpha dont lludson parle dans sa Flora ylnglica, et dont il y a plusieurs variétés. Carnden fait mention, dans sa hritannia, d’une herbe qui croît près de l’endroit où l’on trouve celle-ci, et qu’il appelle trading dogs grass: il dit qu’on en nourrit les cochons. Malgré toutes les recherches que nous avons faites, nous n’avons point trouvé cette herbe ailleurs dans le Royaume. Il est donc possible qu’il y ail dans le sol quelque chose qui lui est particulièrement favorable. Nous ne déterminons pas ce point-là, néanmoins, et nous recommandons des essais pour propager cette plante, en semant de la graine ailleurs, et dans des situations sujettes à êtres inondées de même. Si l’on pouvoit rendre celte herbe commune, elle serait la plus profitable qu’on commisse. ( Note de la Société de Jialh. ) K E M A It Q U A Ji L E. 427 j-Ir. Curtis fil ensuite des recherches suv la nature de celle herbe : voici ce qu’il en dit. « Ce ri’esl pas , peut-être m>e rccomman- diilion légère en faveur de la poa irivialis ( paturin commun ) que d’être la principale herbe de ce pré extraordinairement ierlile qu’on voit près de Salidniry, dont Slillingflect a fait mention, et qui esl plus particulièrement décrit dans les Mémoires de la Société de Bath , vol. x , pag. t)4. » « La relation de la prodigieuse fertilité de ce pré excita notre curiosité , et nous engagea à prier un particulier qui detneuroil sur les lieux de nous envoyer six petits gazons coupés dans differentes parties de cc pie. Nous les mîmes en terre dans notre jardin à Lambelh- march , et les produits furent comme suit : Gazon n.° 1. Poa trivinYis. îlarmnculns acris. Trilicum repens. Agroslis paluslris. Gazon n.° 2. Poa irivialis. < Alopecurus prniensis. Trilicum repens. Gazon n.° 3. Poa Irivialis. Agroslis paluslris. Gazon n.° 4. Toa triviaiis. Trilicum repens. Peucetlanum silaus. Gazon n.° 5. Poa Irivialis. Alopccurus pratensis. Agroslis paluslris. Avenu elaiior. Triùeiuu repens. * 428 T> R. A I R r E Celle expérience prouve jusqu’à lin certain point ce que nous avons soupçonne’ depuis long-tems , savoir que la fertilité extraordinaire de ce pré n’éjtoit point due à une qualité particulière d’herbe , mais à la re'union «le plusieurs circonstances rares qui favorisent singulièrement la végétation de certaines espèces d’herbes bien connues , surtout de la poa trivialis et de V agrosiis pnl/tstris. » ( Observations on British grasses 179O. ) Mr. Davies de Longleat , dans son rapport de 1794 sur le YYillsliire , est le dernier qui en ait parlé. Voici ce qu’il dit : « Prairies à longue herbe. — La nature a donne’ une leçon frappante sur ce sujet dans ce district même , auprès d’Orcbestou , à six milles au Nord-Ouest d’Amesbury 5 il s’agit de deux petits prés qu’on appelle communément les prés à longue herbe de Wiltshire. )> Ces deux prc's se touchent, et contiennent ensemble deux acres et demi seulement. La récolte qu’ils donnent dans une année favorable est si immense , et de si bonne qualité, que la dixme du foin s’est vendue , à ce que dit le fermier, pour cinq guinées. « Ou a beaucoup parlé et peu dit sur ces prés et sur l’herbe qu’ils donnent. On a souvent proposé et essayé de propager celte herbe ailleurs. Plusieurs botanistes habiles ont visite ce local sans découvrir ce que c’étoil que cette longue herbe, parce que son apparence varie beaucoup d’une saison à l’autre. « Ce n’est que tout récemment que Mr. Sole de Bath a découvert, et communiqué à la Société de Bath, que la plus grande partie de l’herbe de ces deux prés étoit le black couch ( agroslis slolonifera ) une des plus méchantes herbes , dans son état naturel , que l’on commisse dans ce royaume. Elle fait le tourment des fermiers dans ce district en particulier. Elle abonde ordinairement dans les champs qui sont trop pauvres pour produire le u'ith couch ( iriiieum repeus ). C’est l’herbe que l’on trouve ordinairement, et presque seule, sur les communaux écobue's , et ruinés à fond. Elle est alors si dure, si âpre , que les bestiaux n’y touchent pas. Elle forme un fourré sur la terre, et tue toutes les autres plantes. Mais, dans les prés dont il est question , où l’eau abonde , cette herbe est succulente , nourrissante , et fait le meilleur foin possible, surtout pour les moulons. « Ces prés sont situés auprès de la Boum qui coule de Tilshead à Stapleford ; et, dans certains hivers , le ruisseau qui les traverse est très-peu considérilble. Ces prés ne sont pas 4oo V II A I R. I II \ w disposes pour dps arroscmens réguliers ; mais ils sont sujets à être inondés; et comme ils se trouvent à un angle que fait la valide (fort e'troile dans cet endroit) l’eau y tourbillonne, et y dépose son sédiment. Le terrain mferieiit est un ht de cailloux presque purs. Les racines y pénètrent librement et produisent des liges succulentes et longues. Ces tiges tombent, et prennent racine par leurs nœuds, puis repoussent, et retombent encore pour reprendre racine de meme; en sorte qu’une lige a fréquemment huit à dix pieds de long, depuis la racine principale ; et quoique la recolle soit excessivement épaisse sur le terrain , elle n’a guères que dix-huit pouces de liant. H Celte herbe, si abondante dans les doux près dont il s’agit , se retrouve aussi dans la plupart îles près situe’s au-dessous, Je long du même ruisseau; et lorsque l’hiver a été humide, tous ces pre's donnent beaucoup et de très- bonne herbe. Mais dans les années où l’hiver est sec , leur produit est loiiile et l’herbe de mauvaise qualité'. » Lu examinant d’autres près à portée d’autres ruisseaux dans ce district, j’ai trouvé que la même herbe se rencontre dans ceux qui sont près des sources, et qui, dans certaines années, sont inondés, tandis que dans d’autres ils n’ont \ REMARQUABLE. 451 point d’eau du tout. On observe dans tous ces prés une différence considc'rablc dans le produit , selon qu’ils ont été inondés ou non ; et la manière la plus satisfaisante d’expliquer la chose, c’est que celte herbe est presque la seule, dans les prés humides , qui puisse soutenir la sécheresse et l’inondation ; car quoiqu’elle réussisse particulièrement lorsqu’elle est noyée, la sécheresse ne la tue point. » Report of fVillshire. ) II résulte de ces divers rapports, que malgré l’attention que cette herbe a obtenue de la part des botanistes, on n’a point encore détermine ce qu’elle est ; car les gazons envoyés à Mr. Curtis pouvoient bien ne pas contenir en proportion convenable, l’bcrbc dominante de ces prés. Je pourrois y couper des gazons qui irom- peroient absolument un botaniste. Lorsqu’arrive' à Maddinglon , je m’informai de la route qui conduisoit à ces prés, j’eus le bonheur de rencontrer Mr. John Gibbs, qui étoit,il y a quelques années, propriétaire de la ferme dont dépendent les deux prés, et qui a habité cette ferme huit ans. Je me trouvai ainsi à la source des informations. Mr. Gibbs me dit qu’on lui avoit offert plusieurs fois , cinq cents guinées d’un des deux prés. Us contiennent ensemble deux acres et ■P B A I R I E 452 demi. C’est 5 io liv. ster. l’acre. En supposant l'intérêt au trois pour cent, cela (ait une rente de t 2 liv. 5 shcl. par acre , sans l’impôt territorial. C’est très-considérable. C’est plus liant qu’aucune terre de notre île , à ma connois- sance. Cela approche du prix des meilleures vignes de France. Je crois que le clos de Vaujeau en Bourgogne , a été vendu par la Convention à 4 oo liv. ster!. l’acre. Ce particulier m’apprit que dans les saisons qui suivoientun hiver pluvieux, il a fait souvent dix tuns de foin , dans les deux coupes , au pré d’un acre et demi. Il y tint une fois pendant dix jours 206 couples de bêtes à laine , dont la nourriture valoitsix pence par semaine pour chaque bête ; et ensuite il en tira une forte récolte de foin. Il dit que la cause de cette extrême fertilité est dans les inondations de rhiver. Un ruisseau y passe , après un cours de quatre milles; et dans le pré même, il y a des sources pendant l’hiver; niais en été tout est sec. il appelle l’herbe de ces prés knot- grciss (herbe, à uteuds ). Il l’a vue de seize pieds de long; mais une piaule de ce pré a été mesurée à vingt-deux pieds de longueur , et celte dimension est encore indiquée sur le mur d’un cabaret voisin. La même plante se voit dans lus prés des environs , mais ceux-ci n’approche ut r\ B. E ÏT A 11 y U A lî I, U. 435 proclient |>;is en produit , des deux dont il s’agit- Son frère :» fait trente-cinq tu ns de foin sur dix. acres. Cette herbe , soit en vert, soit en foin , est extrêmement recherchée des bestiaux , surtout des moutons. "Voilà ce que m’apprit Mr. Gibbs; et il eut la honte’ de m’accompagner dans ma chaise jusqu’à l’endroit même où il me montra le Icnot- grass ,■ comme la production dont dépendoit uniquement tout le merveilleux de ces prés. Le site est une petite plaine de deux acres et demi, séparée en deux parties par une palissade, et bornée d’un côté par une haie , dont le fossé, peu profond , est le canal du ruisseau f jui y passe pendant l’Inver. Il y a plusieurs rigoles qui sont coupées dans le petit parapet du fossé , et par lesquelles l’eau arrive dans le pré. Le premier foin avoil été coupc, et le regain , très-épais, a voit ueul a dix pouces de haut. J’avois un instrument pour examiner le sol et arracher des racines. On trouve immédiatement sur la surface du sol une natte formée par les liges de l’herbe , qui est extrêmement serrée, et qui a un pouce ou deux d’épaisseur. Après cela je trouvai un lit de cailloux presque sans mélange de terre , jusqu’à ce que j’en eusse ôté plusieurs; et ensuite la terre végétale et sablonneuse mélangée Tome b. Le 434 PRAIRIE dp cailloux. On prut appeler CP sol un lit de cailloux mélanges de terre , et reposant , c.imme tout le reste du canton , sur la craie. Les voilées étroites , siliceuses et plates , entre des hauteurs crayeuses, sont toujours très-fertiles; mais la fertilité extraordinaire de ce terrain ne peut s’expliquer que par l’eau, et la qualité de l’herbe. Quant à l’eau , je n’en vis point. Je cherchai à enlever des tiges entières. Je réussis à en obtenir plusieurs de quatre à cinq pieds de long, en les suivant avec attention jusqu’à la mère racine , et eu arrachant les radicules qui se forment aux nœuds de la plante et reprennent dans les cailloux , après avoir traîne' sur la surface du sol. Ce caractère de traîner, et de repousser des radicules de chaque nœud , est un de ceux de Yagrostis stolonifera , mais la plante en question est très - certainement la PoA TRIV1ALIS. La pièce d’un acre et demi est principalement de cette plante; mais dans l’autre, il y a une grande quantité de peucedanurn ; un peu de ranunculus / une petite herbe qui s’entortille ; de la dent de lion ; et du triticum repeint de place en place. Ces diverses plantes sont en tout, peu considérables : l'herbe dominante est la poa trivialis. REMARQUABLE. •455 J’allai à la maison de ferme. Mr. Skales , qui l’occupe , n’y ctoit pas ; mais sa femme nie montra le tas de foin , fait de ces deux pies , et sous mélangé. Il y avoit quelque peu à'alop écriras pralensis ( vulpin des près); niais la masse étoil de pou trivialis. Je n’ai point ose m’eu rapporter à moi-même dans cetic decision; mais j’ai montre les plantes entières que j’ai apportées, à plusieurs botanistes habiles , çnir’autrcs à sir Joseph Banks , president de la société royale. Ils ont confirme le fait. Ainsi celle grande question de botanique et d’agriculture , qui a si long-tems embarrassé les savans et les ignorans, est enfin décidée. La Serradilla. U11 jour à IVushfonl. Pat’ Arthur Young. (Annales d’dgr.) IVEit. Millington, de Berners-Sreot, ami zélé de la charrue, ayant acheté le domaine de Rushford, près de Tetford, qui a plus de 1200 acres de terres sablonneuses, réputées de mauvaise qualité, et lorsqu’il eut fait déjà deux récoltes sur son terrain, je fus curieux d’examiner ses opérations. J’ai eu le plaisir de m’en- 436 un jour trotenir avec lui, à plusieurs reprises, sur la ilîcorie et la pratique de l’agriculture; et je l’ai toujours trouve' dispose à recommander aux fermiers de l’Angleterre la même activité et les mêmes efforts qui lui avoient si bien réussi dans les isles. C’est eu octobre 1796, que j’ai passe une journée chez lui : voici ce que j’y ai observé qui mérite d’être rappelé. Le sol est si sablonneux (quoiqu’il repose sur une espèce de craie qu’on trouve à diverses profondeurs ) que le vent emporte le sable , lorqu’ on le laboure. Le profil des récoltes arables est donc extrêmement précaire. Son idée,, pour tirer le meilleur parti de ce sol-là ( et je pense tout comme lui ) c’est de le mettre en prés artificiels pour le faire pâturer aux moutons; et en considérant le peu de lents qu’il a eu, il a déjà fuit beaucoup. C’éloit surtout le sainfoin qu’il a voit en vue. Il en trouva trois petits champs , qui faisoient ensemble onze acres , et qui avoient été semés par son prédécesseur. Mais ce sainfoin étoit presque perdu : il le fit rompre. Il en a maintenant cent vingt-huit acres. Il en avoit semé quarante acres de plus en Septembre 1794 : mais la rigueur de l’hiver fit périr les plantes. Il en a semé quavarite-cinq acres im priniems de 1795, et soixante-cinq acres au priniems A Tl U S IT Ï7 O n ». 437 «le 5 79G. Le premier a clé mis en terre au semoir; les lignes à un pied de distance, entre tics lignes d’orge au semoir;. Le sainfoin de 1796 a été semé à deux pieds de .distance. On ne. pouvoii pas encore juger de celui-ci. S’il réussit , nos vieilles idées sur cette récolte sont fausses. — Mr. Millinglon m’observa tpie, si cela cloit nécessaire , il pourroil semer dans les intervalles, pour doubler les lignes. A un pied de distance, un acre, emploie deux busbels. En Mars ou Avril, il donne une culture à la bouc avec la machine de Mr, CoqIc ; il coupe une (ois pour foin ou graine ; puis il fait pâturer par les moulons ou les chevaux, selon le tems qu’il fait , jusqu’en Novembre. H a dans ce moment quarante - deux acres en graine, cl quarante dont la plante a un an. Cela fait une jolie expérience sur une culture fort importante , et qui , je 11’en doute pas , lui sera très-profitable. , Mr. Mdliugton a également cultivé la luzerne en grand. Au mois de Mai J7t)5 , il en sema quarante acres au semoir, à un pied de distance entre les lignes. Les intervalles portoierit de l’orge , qui snivoit des lurneps , mais qui fut très-salc. La luzerne a été coupée en foin celle année de bonne heure , et a donné peu. En Août , elle avoit repoussé suffisamment UN JOUR i 458 pour v mettre les moutons. Mille bêles à laine y lurent pendant trois semaines. En Octobre ony remit trois cents agneaux. —En Mai 1796, on sema encore vingt acres au semoir, à deux pieds d’une ligne à l’autre , avec du blé de printems dans les intervalles. Elle a bonne apparence. Soixante acres sont .une bonne base pour calculer si la luzerne sera profitable sur ce sol. Je n’imagine pas qu’elle ait le succès dont je suis sûr pour le sainfoin. Je 11e croîs pas que la luzerne puisse supporter d’être toujours pâture'e ; et si on les coupe l’un et l’autre le sainfoin l’emportera probablement beaucoup. Quant à la distance de deux pieds , Mr. M. pourra la réduire à la moitié , pour l’une et l’autre plante. Au printems de 1796 Mr. M. sema au semoir, à deux pieds de distance d’une ligne à l’autre , quarante-cinq acres de chicorée, avec de l’avoine dans les intervalles. Le terrain est fort sale, et trop mauvais pour qu’on puisse attendre du succès de cette dernière épreuve. J’ai remarqué que la plante est venue plus ' régulièrement là où le terrain est le plus pauvre. N’est-ce point parce qu’il y avoit moins d’herbe qui ait pu nuire à la chicorée? Mais de toutes les plantes essayées à Rush- Cord , aucune ne promet davantage que la A R U S H F O R D. 43f) scrrndilla' ( omithopus perpusillor. Lin. ) cultivée en Portugal pour les prés artificiels. Dans l’hiver de 1794 à C) 5 , Mr. M. en iVout u n peu de graine de ce pays-là (l). En Mai I7y5, il en sema deux acres et demi au semoir, à un pied, avec de l’orge , après des lurneps. En Septembre , il y avoit bien à pâturer, mais on laissa grener la récolte. En Décembre les plantes parurent avoir totalement péri de la ■>ele’e. Mais dès la fin de Janvier , il y eut d< s O plantes de deux pieds deux pouces de liant : Mr. M. en a présenté dans le teins, au département d’Agricullure , (jui avoient celte longueur. La pousse de Janvier parut tnorlc après les gelées de Février et Mars ; mais dans la seconde semaine d’Avvil, la plante avoit repris sept à huit pouces de haut, et avec beaucoup d’avance sur la luzerne et le sainfoin qui l’uvoi- sinoient. En Août la récolte fut coupée pour graine , et en donna quatre quarlcrs , avec beaucoup de foin. U y a encore beaucoup de plantes en vie : surtout celles dont la graine (1) Dans le même teins, lord May nard m’en donna un peu que je semai à llradtîeld. Elle leva , mais elle végéta si foiblemcnl, que j’ai négligé d’en essayer depuis. J’ai ensuite ouï dire qu’elle avoit manqué de même dans les autres terres froides : il paroîl qu’elle aime surtout le sable. |A] 44o un j o u n n’étoit pas mûre quand on a fauché ; mais les plantes qui ont donné leur graine mure, ont l’air, d’être mortes. La graine perdue a levé fort épais. La plante mûrit inégalement : il y a des siiiqucs mûres, d’autres vertes, et eneore des fleurs. En Mai 1 796, on en ressema quatorze acres, à deux pieds, avec de l’orge. Cette pièce a fort belle apparence. Mr. M. projette d’en semer au moins cent apres au printerns prochain , en lignes , à deux pieds d’intervalle. Il croit qu’en semant à trois pieds, et en laissant bien mûrir, la graine qui tomberoit garniroit parfaitement tout le terrain. II a t-prouvé que la serradilla se transplante comme les chouxj et il a observé qu’elle réussit le mieux possible dans le sable le plus aride. Tous les bestiaux aiment ce fourrage. II pense, et je le crois avec lui, qu’il n’y a jamais eu d’objet de culture qui promît de plus grands avantages dans les terrains sablonneux et ingrats. Il est très-heureux que celte graine soit tombée entre les mains d’un cultivateur qui avoit un terrain propre à l’expérience , et qui surtout est doué de celte ardeur nécessaire pour les expériences sur le mérite d’une plante nouvelle. L’introduction de la serradilla dans l’agriculture angloise , montre combien il y a A. r u s il F o r. n. 441 à faire encore pour perfectionner notre culture, et que les voyageurs, ou ceux qui habitent les pays etrangers , ne sauvoient faire trop d’at- lention aux plantes qu’on y cultive , ou qui y sont indigènes. Il n’y a peut-être aucun pays dont il n’y eût à tirer quelques plantes utiles , si on en observoit les productions avec attention et avec jugement. L’application de la serradilla au sable rappelle le principe de culture des Chinois , qui est d’appliquer toujours au terrain la plante qui lui est propre , plutôt que de modifier le terrain pour lui faire produire des plantes auxquelles il répugné. Les produits de cette plante Portugaise , dans le sable , promettent des profits beaucoup plus grands que l’on ne pourroit espérer d’une autre culture, au moyen de l’amélioration opérée par la glaise ou la marne. Notice sur la manière de rompre les Près et de les rétablir, dans le canton de Berne (1). JLj’usage de renouveler les près en y semant du grain , est ancien et presque general dans le pays allemand du canton de Berne , voici ce qu’en dit Beckmann , professeur d'économie rurale à Goilingue , dans son Traité sur celte science. « L’e'poantre se sème surtout dans le pays » allemand du canton de Berne, parce qu’on « est en usage de fumer les prés en rompant, » et qn’ alors le froment verseroil et monlcroit, » en paille , ce qui n’arrive pas à l’épeaulre. » On écosse le grain de l’épeaulre en tenant » les pierres un peu éloignées comme pour » faire l’orge mondé. » En automne on fume les prés usés qu’on veut renouveler , on les rompt à la charrue qu’on fait suivre par des ouvriers , le plus souvent des femmes armées de houes pour dc-‘ faire les tranches et on sème sur ce seul labour : (1) Cette notice est d’un bon agriculteur, qui est en même teins habile botaniste. jîcrncii srn lus piiks, 445* quelquefois on y répand an printems de la poussière de foin et un peu de trèfle , mais j’^i vu des champs convertis de celte manière en près , ou plutôt des près rajeunis , couverts d’un épais gazon , dès l’année suivante par le seul effet de l’engrais; et plusieurs cultivateurs de ce pays m’ont assuré que leurs prés, traités comme je viens de le dire, se gazonnoient fort bien sans rien semer. Je crois qu’on peut attribuer cette disposition de leurs terres à produire de l’herbe , à trois causes principales, l.° à leur grande légèreté ; a.° à l’abondance des engrais, qui d’ailleurs sont d’une qualité supérieure ; 5.* enfin , à la constitution de l’atmosphère plus humide , qu’elle ne l’est chez nous , et qui favorise singulièrement la croissance des herbes et surtout des graminées. Ou peut bien penser qu’avec une telle culture on ne doit point s’attendre à avoir des Ides propres ; cependant au moyen de leurs moulins à vanner ils obtiennent le grain assez net. M ais en général , leur principal but étant d’avoir beaucoup de fourrage , ils voient sans déplaisir l’herbe croître avec le grain, d’autant plus que cotte herbe bien différente de celles qui infestent nos terres à blé et composée presque en entier de pàlurius et autres gra- NOTICE SUR 4i4 mens , forme avec la paille une excellente nourriture pour le bétail. Peut-être cet assolement qui paroît fort e'trange chez nous et dans tous les pays où l’on pense que le gazon pourri doit tenir lieu d’engrais pendant trois ou quatre ans , est-il lie' avec l’usage où l’on est dans ce pays-là de ne tenir de vaches que le nombre ne'ccssaire à la consommation de la maison. Le fourrage se vend à la toise aux fruitiers qui viennent à la fin de l’automne, ou en hiver , s’établir avec leur troupeau dans la ferme , jusqu’à ce que le tas soit achevé. Voici les avantages de celte méthode: d’abord, Je fermier se trouve avoir à sa disposition une quantité considérable de lumier bien mieux consume' que s’il se faisoit et s’empîovoit à fur et mesure : une grande masse s'échauffe mieux , présente moins de surface à l’action de l’air et du soleil, et perd moins par l’évaporation. 2. 0 Le cultivateur propriétaire est assuré de tirer un bon parti de son fourrage sans avoir à courir toutes les chances périlleuses, les maladies et non valeurs d’un troupeau. 3 .° Il fait un grand gain en économisant les gages et l’entretien des domestiques nécessaires à celui du troupeau , à la vente du lait, beurre, etc. En pesant ces considérations , 011 conçoit aisément pourquoi il I t r. s p R s. 445 attache un si grand prix au fourrage qu’il convertit d’une manière si commode et si lucrative en argent et en fumier , ces deux principaux objets et résultats de toutes les peines du proprietaire. Celui dont nous parlons a pour objet essentiel de se procurer abondance de fout rage ; cependant il lui faut du grain , il en sème sans perdre de vue son objet, il en sème en renouvelant son pre et faisant a la fois deux recolles ? par cette ingénieuse application de son engrais , il est bien recompensé de cette sorte de prodigalité et se tient à une méthode dont il se trouve si bien. Il paroît bien que c’est la propriété reconnue de l’épeautre, de se prêter à cette pratique qui l’a fait choisir , car les habitans préfèrent beaucoup le froment dont le pain a meilleur goût et sèche plus lentement. Aussi cultive-t-ou du lromenl et du seigle dans des terres moins propres à être mises en prés. On alterne avec les pommes de terre , l’avoine , le trèfle , qui y est remarquablement beau. Chaque année on brûle une portion de terrain pour les choux, qui réussissent admirablement après celte opération : j’ai vu rarement du blé-noir : sans doute , parce que semé après moisson il n’auroit pas le trois de mûrir. Je n’ai pu remarquer un ordre constant dans la succession 44G NOTICE SUR des re’colles cl d’après les informations que j’ai prises , je ne crois pas qu’il en existe ; mais le renouvellement d’une partie des près est un des points essentiels de leur culture. Certes si notre sol pouvoit s’accommoder de cette pratique et surtout s’il e'toit possible de substituer à l’épeautre quelque autre production qui se pût semer en automne , il ne faudroit pas balancer à l’adopter. Je crois qu’il est très-essentiel que celte operation se fasse en automne et non au printems , parce que les sucs du fumier pénétrent mieux la terre pendant l’hiver , et que les gramens et autres plantes qui doivent repousser ou se reproduire de graines , seroient en partie détruites par les chaleurs et la sécheresse. Nous voyons chez nous rompre assez rarement des prés ; les paysans m’ont paru même regarder cette opération comme ruineuse malgré les belles récoltes qu’ils produisent pendant deux ou trois ans. Cela n’est pas surprenant. Après avoir extrait d’un terrain tout ce qu’il rccéloit de sucs , de ce qu’il ne produit plus que des plantes chétives , on en conclut qu’il auroit mieux valu ne le pas rompre et se contenter de le fumer. Le paysan Suisse , au contraire, n’éprouve point ce mécompte et ne fait point ce raisonnement LES PRÉS. 44 7 vicieux : il sait que ce n’est point impunément qu’on met la terre dans un état d’épuisement; il n’ignore pas qu’il feroit egalement plusieurs recolles sur ce pré sans engrais, mais il préfère cumuler deux especes d’engrais, celui du gazon et celui du fumier, pour avoir deux récoltes qui, loin d’épuiser le sol lui redonnent une vigueur qui se soutient pendant plusieurs années, il a résolu un des problèmes les plus difficiles de l’agriculture en fumant ses prés sans préjudice de ses champs. Il faut convenir que cela ne seroit absolument pas praticable dans les terres fortes" il ne seroit pas possible de les mettre avec un seul labour en état d’être semées même dans le lents le plus favorable ; cependant dans les terres médiocrement fortes et dans les marnes argilleuses qui se divisent assez bien après la pluie , je suis persuadé , d’après ma propre expérience , qu’on vient à bout d’arranger assez bien le terrain , d’autant plus qu’on a tout l’automne pour faire cet ouvrage et qu’on peut choisir un moment convenable. Je pense que cet assolement réussiroit très- bien dans les terres légères de la Champagne. C’est dans ces terres qui ont peu de fond que le renouvellement des prés est aussi né- cessaire que profitable , et fort heureusement il y est plus facile. m N o T r c: e s u ii Le procédé dont je viens de vous rendre compte est comme vous voyez diamétralement oppose' à ceux qu’on emploie chez nous pour établir des pre's artificiels. Nous jugeons necessaires de fre'quens labours et des recolles propres à faire disparoître toutes les herbes anciennes : c’est fort bien fait , si elles sont de mauvaise qualité ; mais alors celle operation n’a rien de commun avec celle dont je viens de rendre compte qui s’applique aux près à qui il ne manque que d’être re'chauiïes par la culture et l’engrais, et il paroît que les récoltés de froment qui suivent celles des pommes de lerre ou de l’avoine dans noire pratique, sont on ne peut plus propres a remplir le but de nettoyer le terrain. Mr. Haller m’a fait part d’une expe'rience dont il a ele' témoin , qui prouve que le froment uou-seu- îetnent éloufic la plupart des bonnes plantes , mais ôte encore à la terre la faculté de les produire. On sema une portion de champ en epeaulre , et un autre du même champ en froment. Cette dernière demeura sept ou huit ans avant que de se garnir d’herbes et de devenir un bon pre’, tandis que la première fut convertie en riche prairie dès la seconde année. Les circonstances étant les mêmes > cette différence ne put être attribuée q li ;l déférence NOTICE SUR UES PRÈS. 4>if) différence des récoltés qui avoient précédé ; j’ai répété cette expérience , qui m’a semble décisive si elle étoit bien faite , et j’en attends le résultat ( 1 ). Observations sur les prés naturels, par Mr. Price. (ji anales d’ sIrthvr Y ou N G.) _/\_YANT d’écrire la manière de conduire les pâturages, je dois donner quelques observations lur la texture et la constitution des tep- rains en général , caria qualité des prairies en dépend essentiellement. La texture de la couche supérieure du sol doit avoir une grande influence sur la ve'géta— tion. Si cette texture est extrêmement compacte , et que la constitution du terrain , ( c’est- (t) Voyez, le Rapport dan Comini maires IL-lvéliquett mr Hofwyl, p. 1G2 (chez J. ,T. Paschoud, libraire, à Genève) , en éclaircissement de ce phénomène des prés naturels de Berne: malgré les faveurs du climat et d’un terrain très-graininilfère, ce procédé ne fait point rendre à u 11 domaine arable, à beaucoup près, le produit net qu’on en obtiendroil par un bon assolement. [Déc. 1808 ] Tome 5 . pp 45o OBSERVATIONS SUR à-dire, sa capacité de fournir à la nourriture des plantes) se trouve médiocre, les radicules des graminées ne peuvent pas pénétrer dans un assez grand espace pour sucer la nourriture suflisnnte à la vigueur de la plante. Lorsque le terrain est d’une nature poreuse et légère , il arrive souvent que sa constitution est foilile, c’est-à-dire, qu’il n’est pas riche en substance nutritive. On y supplée par l’engrais ; mais les terrains de cette nature perdent promptement Je bénéfice des engrais. Dans les sols de cette qualité , l’herbe n’a pas ordinairement la même propriété nutritive que dans les terrains compacts. Les engraisseurs de bestiaux savent tres- bien que le fourrage qui provient des terres argileuses engraisse plus promptement le bétail , que celui qui provient des terres légères. Les pâturages dont la texture est poreuse et légère , donnent de l’herbe abondamment au prinlcms; mais la végétation s’y épuise ordinairement assez vite. Les pâturages dont la texture est compacte , ne donnent leur herbe que beaucoup plus tard, mais la végétation y dure plus long-tems. Il y a du profit pour les engraisseurs à avoir des pâturages des deux qualités opposées , ft d’une qualité intermédiaire, s’il est possible. Ij Tl S P R iVs NATÜRKI, S. 45l Ils peuvent alors distribuer le bétail, selon la saison , avec le plus grand avantage possible., et maintenir toujours leurs pâturages dans le meilleur citât. Il est douteux si, à tout prendre, un pâturage eu terre argileuse peut nourrir plus de bétail qu’un autre de même étendue en terre légère. Celui-ci ne demande que des pluies , pour produire une grande quantité d’herbe. L’autre, au contraire, demande beaucoup de chaleur au printems, pour laire évaporer l'humidité superflue ; mais si la sécheresse est trop iorle, sa végétation souffre aussi. Les années dans lesquelles la température convient exactement aux pâturages en terres argileuses, sont rares; en sorte que la quantité moyenne d herbe produite dans les terres légères, à fertilité égale , est toujours plus considérable ; mais la qualité est ordinairement meilleure dans les terrains argileux. Bans les mauvais pâturages de terres graveleuses , ou sablonneuses on fêla vivre peut- être un plus grand nombre de bestiaux pendant l’aimée; mais les pâturages argileux engraissent mieux le bétail. La constitution des terrains dépend essentiellement de la quantité de matière nutritive des plantes qu'ils contiennent. Ces particules nutritives, résultat de la fer- 1 - 452 OBSERVATIONS SUR i mentalion putride des substances animales et végétales, demeurent déposées dans la couche supérieure du terrain , jusqu’à ce que les vaisseaux destinés par la nature à approprier celte nourriture à la substance même des plantes , viennent la pomper de la terre. La constitution des pâturages dépend essentiellement de la nature.des engrais qu’on leur suppliques; et comme les différentes espèces de plantes de prés demandent des engrais dif- férens, et en quantités diverses, on auroil bien besoin d’expériences pour s’assurer de ces différences. II est certain que les engrais font plus ou moins d’efî'et , selon la nature des plantes auxquelles on Jps applique. Chacun des engrais animaux et végétaux , peut affecter différemment différentes plantes, selon certaines lois qui dépendent des propriétés essentielles des végétaux. Ces lois et scs propriétés essentielles demeurent un secret pour nous. Soit.que la constitution d’un terrain diffère naturellement de celle d’un autre, ou que les engrais qui y sont contenus, se trouvent plus actifs et en quantité plus considérable , il est certain qu’il y a des pâturages qui engraissent promptement le bétail, taudis; que dans d’autres, les bestiaux ne peuvent jamais parvenir T, k s r u s^Atvrel s. 453 qti’à un cerUiin point fie graisse. Les éleveurs .préfèrent ces derniers. Les plantes des prés ont leurs propriétés spécifiques , leurs variétés , et leurs dispositions accidentelles. 11 est évident (pie les semences des piaules communiquent à celles-ci fies dispositions particulières. Il pnroît que la constitution (le la semence des plantes influe essentiellement sur la nature de celles-ci, c’est- à-dire , qu’il y a des différences essentielles de santé et de vigueur entre deux individus de même espece , et développés dans les mêmes circonstances , sans qu’on puisse rapporter ces différences à aucune autre cause qu’à la constitution des sentences. Ce seroit une chose fort utile que de savoir quelles sont les plantes de pré qui réussissent le mieux flans les sols riches et dans les terrains maigres , les terres humides ou scelles ; celles qui donnent le plus de fourrage , et celles qui le donnent de meilleure qualité ; celles qui supportent le mieux les extrêmes de sécheresse, etd’immidité; cl celles enfin qui, comme fourrage , conviennent le mieux à telle ou telle espèce de bestiaux. On tronveroil, peut- être , que certains fourrages ont plus d’ana- logic que d’autres avec les iaeuhes digcsüvesde certains animaux. Lutin , il laudroil dé ter- 454 OBSERVATIONS SUR miner quelles sont les plantes les pius propres à former des prairies durables ou des pâturages. Les plantes de prcL fleurissent successivement , pendant le cours du prmtems et de l’e’le; en sorte qu'elles développent l’une après l’autre leur force végétative , laquelle se soutient ainsi pétulant toute la belle saison. Je ne prétends pas entreprendre une description détaillée des differentes herbes et de leurs qualités ; niais je vais m'arrêter quelques instansà parler du ray-giass ( Lolinin perçu ne), lequel est en mauvaise réputation dans ce district. Nos engraisseurs ne se donnent point la peine d’examiner les bonnes et les mauvaises qualités ) Il seroil à désirer, que l’auteur eut fait là-dessus des expériences exactes et en rendît compte. C’est un sujet intéressant, mais 1 auteur ne paroît en raisonner que sur des analogies vagues. ( 2 ) J’ai eu occasion de remarquer que le ray-grass domine dans les parties de prés qui sont fréquemment foulées. Les sentiers qui traversent les prairies sont ordinairement garnis de ray-grass. On ne peut pas, dans ce cas-là, en attribuer la végétation à l’abondance de l’engrais. 11 est probable que le trépignement des animaux est la principale cause de la multiplication de celte piaule, dans les endroits désignés par l’auteur. 4bG OBSERVATIONS SUR printems : avantage f!u plus grand prix. J’ai semé de la graine de ray-grass , en automne. Je I’avois recueillie dans de riches pâturages. Elle m’a donne du ray-grass qui a pousse prodigieusement en herbe ou en feuilles; ngiis il est vrai que le terrain etoit léger et de lionne qualité. Dans les terres argileuses, mouilleirses, et ingrates , il n’a pas re'ussi. Cette plante réussit toujours dans la proportion exacte de la boule’ de la terre. Il n’y a aucune partie de l’agriculture qui ollre plus d’abus, en Angleterre, que la com version des terres arables en pâturages. Marshall , dans son agriculture de York-sbire, observe qui; l’ancien usage de cette province etoit ce qu’il est encore aujourd’hui , savoir, que les fermiers faisoient des pâturages par la seule cessation des labours. Lorsque la terre refusoit de donner du grain , on cessoit de la labourer , et elle res'oit en friche , pendant plusieurs années , occupée seulement par un petit nombre de mauvaises plantes. Peu-à-peu, cependant, par une opération mystérieuse de la nature , l’herbe paroissoit ; et la terre se gazonnoit davantage d’année en année ; mais il falloit vingt ans peut-être , avant que le pâturage fût garni. « C’est un fait remarquable » ( ajoute Marsliall ) que tous les prés bien JL F- S 1’ R K s N A T TJ. R E I, S. 457 •)) gnzonnés , clans le York-shire , soient l’ou- w vrage de la nature seule. Il n’existe peut- )> être pas un seul pré Lien garni , qui ait etc' )) sente. » Je comtois beaucoup d’engraisseurs qui sont egalement d’avis d’abandonner la formation des près à la nature seule. Ils recommandent de semer du Lie sur une jachère d’été , puis de laisser le champ à lui-même, en faisant pâturer les bestiaux dessus , à mesure que l’herbe pousse. Ils prétendent qu’à la troisième année, le gazon commence à se former. Les semences des bonnes et des mauvaises herbes se trouvent également dans un sol labouré ; et elles sont prêtes à se développer aussitôt que les eirconslances favorisent la végétation. Pendant plusieurs années , les lionnes et les mauvaises plantes se disputent l’avantage ; et enfin la terre se gazonne des graminées qui lui conviennent le mieux. Si ’e fermier veut avoir une bonne récolte de Lie il laboure et fume avec soin ; car il sait que le résultat dépend presqu’uniqnrment de cette culture. S’agit-d de mettre en pâturage des champs jusqu'alors labourés? il raisonne tout autrement : fumée ou non, sa terre finira par se gazonner, et cela lui suffit. Ru attendant que son pâturage soit Lieu garni , il y fait 453 OBSERVATIONS SUR piulre scs bestiaux, sans grand avantage, mais aussi sans frais préliminaires. La meilleure méthode pratiquée maintenant, est de semer les graines de près avec les graines de printems ; mais les mauvaises herbes prospèrent comme les graminées dans celte méthode. La plante de pré semée avec le grain de printems doit souffrir pendant qu’elle est l'oilde , de l’ombrage de la céréale , et avoir de la peine à se rétablir ensuite. Lorsque le trèlle blanc vient naturellement et avec vigueur dans une terre abandonnée à elle -même , c’est une preuve certaine qu’elle est île bonne qualité. Lorsqu’on forme le pré, en semant la graine de l’herbe avec de 1 orge , de l’avoine ou du ble', le trèfle blanc convient sous le rapport suivant, savoir, qu’il prospère mieux qu’aucune herbe à l’ombre des céréales. Le premier objet dont on doit s’occuper lorsqu’on veut former un bon pré ou pâturage, c’est de nettoyer parfaitement le terrain des mauvaises graines et des mauvaises plantes : le second , est de le semer de bonnes plantes relativement au terrain. Mais les graines de ces bonnes plantes doivent être semées fort épais, afin qu’elles prennent pleine possession de la surface du sol , et préviennent les tnau- Yaises-berrbes. En automne , il faut fumer pou? LES ritiîS KATURELS. 45g donner de la force aux racines pendant l’hiver. Enfin, il faut encore fumer de tems en tems, mettre sur le pâturage une quantité convenable de bétail , et arracher les mauvaises plantes à mesure qu’elles se montrent. Le soin de maintenir les pâturages suffisamment garnis de bétail en entretient la fécondité', à cause de l’augmentation d’engrais distribue parles animaux en pâture. Lorsqu’une pièce a été mise en pâturage avec les soins necessaires , l’attention de la garnir suffisamment de bétail la rend indépendante, c’est-à- dire, qu’elle peut s’entretenir en pleine fertilité par elle-même. L’augmentation de nourriture qui en résulte sur la ferme, met le fermier en état de tenir plus de bétail, et lui fait retrouver bientôt les premiers déboursés nécessaires à l’établissement du pâturage. Il y a des gens qui affirment que les pâturages de moutons ne s’améliorent pas, et qu’il faut de tems en tems un supplément d’engrais dans les prés où ils paissent. Je soupçonne que cela peut être vrai des bons prés , mais je ne le crois pas des maigres pâturages. La circonstance qui peut influer sur l’afl'oiblis- srmeritdes prés, c’est que quand la croissance de l’herbe est rapide , elfe monte en graine avant que le bétail puisse la brouter , et elle 4Go OBSERVATIONS SUR s’épuise ( 1 ). Le pré n’cst jamais brouté rnz pendant l’été. Si l’on avoit soin de charger les près une fois tous les quatre ou cinq ans , de jeunes bêtes à laine qui broutent très-raz , on entrctiendroit ou amélioreroit les près. Au lieu de cela , on y met des moulons à l’engrais à raison de cinq ou six seulement par acre. Plusieurs circonstances accidentelles peuvent influer sur la vigueur d’un pâturage. Les longues sécheresses , les pluies froides et opiniâtres , les gelées sévères , altèrent plus ou moins le gazon des prés. On a prétendu que la terre pouvoil sc lasser de l’herbe des prairies , comme elle se lasse des céréales ; mais cela est sans vraisemblance, car on voit des prés qui le sont de teins immémorial , et qui se soutiennent dans le meilleur état. La trop grande quantité de bétail sur un pâturage de terrain argileux, pendant l’hiver , (t) Nos paysans sont convaincus que pour épaissir et fortifier 1 herbe de leurs prés, il faut la laisser bien mûrir, pour qu’elle s’égrène sous la faulx. C’est le principe tout opposé. Il est bien certain que b) formation de la graine épuise les plantes; peut-être le nombre des nouvelles piaules qui résulte de la dispersion de la graine eompense-l-il ou lail-il plus que compenser l’épuisement. i, E s rKKS KATÜRI1 S. 4G l nuil il l’herbe (1). Il y a des gens qui prétendent qu’cn faisant brouter r;iz pendant plusieurs années , de manière que les graminées ne puissent pas monter en graine , on épuise un pré. Je ne le crois pas. Les champs et les prés voisins fournissent des graines nouvelles que les vents transportent -, les plantes se propagent en se marcottant ; et d’ailleurs il est probable que la terre est pleine de semences d’herbes qui n’attendent que des circonstances favorables pour se développer (2). Dans la première année de la foftnation d’un pâturage , ce peut être une bonne méthode (1) Il faut distinguer. Si l’on fait paître le gros bétail, en automne, dans un pré argileux et humide, les pieds des bêtes font des creux, où l’eau séjourne et tue les racines. Dans les teins secs et les terres argileuses sccbes, on n’a pas cet inconvénient à craindre. Les moutons font beaucoup moins de mal avec les pieds, même quand les circonstances sont défavorables au pâturage. (a) Si l’on comploit sur les graines que les vents transportent pour peupler un pré de bonnes plantes, on seroiL fort déçu. La nature ne propage guères de celte manière, dans les pâturages, que les chardons et la dent-de-lion. Il y a, en effet des terres qui se couvrent d’elles-mêmes de bonne herbe; mais il y en a d’autres qui restent pendant des aimées dans un état d’aridité absolue. 4f>2 OBSERVATIONS SUR que de ne le pas charger de hôtes , pour que les tiges montent en graine , et qu’on puisse les faucher en automne. J’ai vu un nouveau pré en trèfle hlanc , complètement détruit par des moutons antenois, qui pendant l’inver rongèrent le collet des plantes, et au printeins le pétrirent avec leurs pieds pendant les pluies. Un bon pre', s’il est négligé pendant quelques années, et qu’on laisse monter l'herbe en graine au printems et en été , ne tarde pas à s’allérer quant à la quantité et la qualité du foin. En revanche, un pâturage qui a été négligé depuis long-tems est susceptible de se remettre en quelques années , avec les soins convenables. Ce que j’appelle les soins convenables sont les suivans : l.° Il faut dessécher les endroits mouilleux , s’il y en a; car là où l’eau séjourne, il ne croît que des plantes d’une qualité nuisible au bétail , et les racines des bonnes graminées périssent. 2. 0 Il faut avoir soin de bien choisir le bétail destiné à paître dans les pâturages. Si les herbes sont fortes et dures , il convient de les faire manger en été par des élèves de bêtes à cornes , ou par des bœufs que l’on prépare à l’engrais. En automne , on y met ensuite des moutons qui entretiennent l’herbe fine et tendre. Ce qu’il y a de mieux I . e s p k i': s naturels. 463 pour cola , sont les agneaux d’un an , parce qu’ils rongent plus pvès. Si le terrain est maigre , il faut l’améliorer par du fumier. Il vaut mieux re'pe'ter les fumures plus souvent en les faisant moins fortes. J’ai vu déga/.onncr un pré , en y mettant à la fois une trop grande quantité de compost. C’e'ioit en automne que cet engrais fut applique' ; il se forma une croûte que l’herbe ne put point percer au printerus. On a beaucoup agité la question du moment le plus favorable pour répandre les engrais sur les prés. Dans les terres rnomllcuses , ou sujettes à être inondées, pendant l’hiver, il est bon de ne mettre l’engrais qu’au priutems; mais cette méthode ne s'appliquèrent pas convenablement à toutes les situations. II faut , en général, (pie les engrais aient eu le tems de péne'trer pendant l’hiver, jusqu’aux racines des graminées , afin que lorsque le moment arrive oh la végétation se inet en mouvement, l’action de l’engrais soit plus puissante. D’ailleurs l’engrais appliqué cri automne ranime et fortifie les jeunes plantes , ou les jets nouveaux , que l’hiver pourroit tuer, s’ils étoierit trop foildes. Quelque saison que l’on préfère pour répandre l’erigrais , il vaut mieux répéter les fumures plus souvent, et les faire moins fortes. Il faut 4G4 OBSERVATIONS SUR aussi avoir soin de ne répandre , s’il esl possible rpie du fumier court , et bien pourri , qui pénétré aise'ment dans la terre , lorsque les pluies surviennent. J’ai souvent remarque que dans les pâtures des marais de Romney , on étend des terres qui n’ont point été mûries par un long séjour en las, mais qu’on a simplement mises en banc le long des lossés , pendant quelques mois. Ces terres ne sont point ameublies , et on les répand souvent par grosses mottes. Il est vrai que lorsque ces niasses de terre se fondent peu-à-peu , l’herbe devient verte et plus vigoureuse tout à l’eulour; mais auparavant , elle avoit péri dans l’endroit qu’occupoit la motte de terre , ce qui est une perle réelle. La paresse seule des fermiers peut expliquer celle pratique. Ils gagrieroienl beaucoup à employer plus de tems et de travail, à accumuler et laisser mûrir les terres destinées à être répandues comme engrais. Il y a des fermiers des pâturages de Romney, qui prétendent que le fumier nuit essentiellement au bétail , lorsqu’on le répand sur les pâturages. Us poussent ce préjugé si loin , qu’ils négligent leurs engrais. Il est vrai que la terre enlevée des fossés de Romney-marsh , est elle-même un engrais puissant. Les fermiers viennent la prendre jusqu’à une distance de deux T, ES P K É S NATURELS. 465 deux lieues. Cet engrais répandu dans leurs champs , y a un effet extrêmement durable. Tous ces revers de fosses n’ont pas la même qualité engraissante. Elle dépend de la nature du terrain qui a fourni le dépôt. Il arrive quelquefois qu’un fermier ne relire aucun avantage du travail qu’il fait pour lfe transport de ces terres. Il en conclut alors que la pratique est vicieuse , et il ne veut plus employer les terres qui seroientbonnes. Il y a cependant un moyen sûr de rcconnoître la qualité de ces revers de fossés , c’est d’observer l’abondance de la végétation qui les recouvre : or , on voit souvent des pâturages en mauvais étal, tandis que , depuis bien des années , le fermier a à portée de lui, des moyens faciles d’améliorations. Tome 5. Gg l. Quelques observations sur la Luzerne. (Tirées des Annales tl’Àtih. Young, XXY.” Vol.) PRÈS les volumes qu'on a imprimes sur la culture de cette plante (i), les lionnes gens imaginent que toutes les circonstances qui y ont rapport doivent être connues de manière à ne laisser aucun doute â celui qui veut l’étudier. Les opinions sont, au contraire, si divisées sur les faits , que ceux-ci ont presque tous été contredits. — Ce n’est pas mon affaire que (i) Les étrangers nous complimentent beaucoup sur notre agriculture; maisquand ils entrent dans quelques détails , ils prouvent leur extrême ignorance sur cet objet. On a cité la luzerne comme une des bases de la culture angloise. {Les intérêts de la France mal entendus. vol. I. pag. i44-i4g. ) Un autre lui associe les lupins. {Zanoni dell’ agricoltura, lom. I. p. n8.) 11 est en quelque sorte excusable, puisqu’un homme du pajs a l’ait la même faute. {Patullo. Essai sur tamélioration des terres. ) Un autre parle de l’amélioration de nos races de brebis par l’usage du sainfoin ; autant auroit valu dire, par l’usage des champignons. (Avantages et désavantages delà France et de la Grande-Bretagne, 1754 . p. 112. )[A] OBSERVATIONS SUR BA LUZERNE. 467 d’examiner les assertions contradictoires. Je veux simplement donner des directions sur la manière de cultiver la luzerne (1), par lesquelles on ne puisse que réussir, si on les suit exactement (2). (1) Pour les procédés généraux, voyez ( Baersexp. in ag. rep. lo Dttb. Soc.pour 1766. p. 43.) [A] (2) Il pareil par les anciens auteurs de !le Rustic.a, que la luzerne étoit un objet important dans l’agriculture des Romains ; niais cette culture déclina arec l’Empire. O11 voit par un passage de Mathioli, qu’elle étoit peu comme eu Italie de son teins: « Verum et si hœc qnondam in universel Italïa sererelur ad pecorum pabulum et omnibus fere cognosceretur ; nunc tamen pauci sane re.penuntur qui medicam vi devint, ne dum serant, quanquam non desunt qui eam se conseculos exis- timent. Sed cum ab amicis hoc anno semen accepissem, illudque magna cum diligenlia terra: mandassent . accidit, solo forsilan répugnante, ut nulla exorla sit planta. (Comment, in Dioscoridis, cap. exu, p. 3o5.) — Cres- eenzio, dont le livre lut publié à Florence en 1478, n’en parle point; et Tall, qui voyagea en Italie en 1711, observe qu’il ne vit pas de luzerne au-delà des Alpes. Nous la devons peut-être à Child, qui avoit examiné celte culture en France. Il dit expressément qu’on n’en connoissoit pas même le nom en Angleterre jusqu'au moment où il en parla à JZartlib dans ses lettres. (Hartlib’s Legacy , i65o, p. i5y, Tull’s horsehoeing husb. , folio p. i)2. ) [A] 468 observations sur Section I. Du sol propre . Il est plus aise de dire quelles sont les terres qui ne conviennent pas à la luzerne, que d’indiquer celles qui y sont propres. 11 ne faut la hasarder dans aucune terre qui tienne l’eau , car la plante meurt ou soutire beaucoup dès qu’elle atteint une couche qui est saturée d’eau. Lès graviers humides; les glaises qui abondent en sources ; les sols tourbeux qui ne sont pas desse’che's à une grande profondeur , les luis de peu d’èpaisseur qui recouvrent le roc (1) , et enfin les sables arides, ne conviennent nullement à cette plante. — Les terres où elle réussit le mieux sont les terres ve'ge'tales profondes , riches, et friables, soit sablonneuses, soit graveleuses. En un mol tous les sols riches et secs (2), n’importe que le climat soit froid (2). ( 1 ) Sir Digby Logard a trouvé qu’elle réussissoit mal dans les bois défrichés. (Six Months iour, vol. II. P . 3g. ) [A] ( 2 ) Te quoijue Medica puf res accipiunt sulci. (Virg.) Voyez aussi Varro De Re Rustica, lib. II. c. 4t. — La description de De Serres est exacte : « choisira quelqu’en- droitdesa meilleure terre, plus sablonneuse qu’argileuse, plus légère que pesante, plus plate que pendante ;t° utcs Jj A X, U Z JE K N E. 469 Section II. De la préparation. Comme le grand art de la culture de la luzerne consiste à maintenir les plantes exemp» tes de mauvaises herbes, surtout dans le commencement , il importe de préparer le sol d® manière à empêcher la végétation de toutes les plantes nuisibles. Il en coûte beaucoup moins pour empêcher les mauvaises herbes de naître , que pour les détruire. Chaque sbelling employé à nettoyer la terre en commençant , en épargnera cinq qu’il laudroil ensuite appliquer aux. sarclages. Je recommanderois donc, par cette fois vuidant. les eaux à ce qu’elles n’y croupissent. >» ïhcâlre d’Agricullure, p. a 3 g. — Un autre auteur* François a raison de dire : « elle languit dans les terres fortes et dans les terres légères. » Prairies artificielles, 3 . m * édit. p. 1.39. — Piocque étoil tout-à-fait dans l’erreur, lorsqu’il parloit des terres fortes et de la glaise, comme convenables à la luzerne. ( Practical Treatise on Lucent. 1795. pages 17 — 2t.) — Cependant il n’y a point de règle sans exceptions, car nous avons un rapport authentique qui certifie que la luzerne avoit réussi dans une terre forte et argileuse i [Practicaï Observations Com. to Dr. Templeman , 1 ->66 8 °q. 3 .)[A] ( 3 ) DJillef's Gard. Dict. art', mediea. 470 OBSERVATIONS SUR raison, deux récoltés successives deturnppsoü de carottes comme la meilleure préparation possible; mais comme le chariage des turneps, pour peu que le sol soit humide , nuit à celte friabilité qui est convenable pour la luzerne , il faut faire manger sur place les turneps en automne , et labourer ensuite immédiatement. Les carottes ne sont pas sujettes à cette objection, parce qu’elles doivent être arrachées avant riiivcr, et que les sarclages continuels qu’elles exigent nettoyent admirablement la terre. Si le cultivateur préféré de préparer sa terre par une jachère, il faut qu’il ait soin de faire suivre la charrue ou la herse à chaque façon , d’un homme muni d’une Fourche de fer à quatre pointes et d’un panier, pour ôter ou arracher toutes les racines ou mauvaises herbes qui restent sur le terrain, ou que la charrue n’ôte pas, faute d’aller assez profond. La dépense de ce procédé est peu de chose, et l’efl’et en est très- considérable , surtout quand la terre est humide. On peut employer également les carottes, les turneps, ou les choux, comme récoltes préparatoires; mais je pense qu’il en faut deux de suite, si ce n’est de la même plante, du moins deux récoltes sarclées. Au printems , avant que de semer , il faut labourer trois fois, et herser suffisamment pour bien pulvériser la terre. Tj A I, U Z E K N E. 47X Si l’on fume, ce qui n’est pas absolument ne'ccssaire , ce doit être avec la première des deux récoltes sarclées ( 1 ). ( 1 ) Os dispositions pour purger et ameublir la terre sont admirablement calculées pour les grandes exploitations, et pour les pays où la méthode des sarclages est généralement connue et pratiquée. Mais ailleurs, on se irouvcroit mieux peut-être d’aller au même but par le labour à la bêche, ou même par le défoucement dont les frais, quoique considérables, sont bientôt amplement payés par le produit d’une luzernibre bien établie. 11 y a dans ces deux méthodes, et sur-tout dans la dernière, un avantage qui manque nécessairement à la préparation par les labours ordinaires, quelque multipliés qu’ils soient : c’est que le pivot de la racine gagnant dès la première année toute la profondeur de la terre remuée, la plante se trouve en état de résister à la sécheresse du mois d’août de cette première année, si l’on a miné, ou seulement labouré à la lièelie ; au lieu que si la terre n’a été remuée qu’à quatre ou cinq pouces par la charrue, la racine perçant lentement et difficilement le soi inférieur, la luzerne reste exposée aux sécheresses des deux premières années, qui lui font souvent un tort irréparable, parce que tandis qu’elle languit, les gramens prennent le dessus. Il faut observer que l’Angleterre étant moins sujeLte aux sécheresses que les pays pour lesquels nous écrivons, la méthode préparatoire, recommandée par l’auteur , peut bien être généralement préférable pour son pays. Mais je n’hésite pas à croire, d’après des expériences et des observations répétées, que lors- 472 OBSERVATIONS SUR Section III. De la manière de semer. Le champ une fois prépare, le fermier doit choisir la manière dont il veut cultiver sa luzerne. II y a trois méthodes. 1. 9 A la volée , 2.° au semoir 5 3 .° la transplantation (1). Ces qu’il s’agit d’établir une luzernière, à portée de la maison et en terre convenable, il y a beaucoup à gagner à faire d’abord tous les sacrifices nécessaires, parce que les produits d’une luzernière bien établie et qu’on fait manger en vert, sont énormes. (1) Un cultivateur pratique a envie de rire lorsqu’il entend parler, pour la première fois, de transplanter la luzerne. Cependant, après avoir lu les ouvrages de Duhamel, de Chàteauvieux, et sur-tout du Chanoine Harte ( Essays on Husbandry ), on est disposé à croire que cette méthode peut dire profitable; et de nombreux essais l’ont prouvé en Angleterre. Ayant consulté A. Young sur cette méthode, je reçus pour réponse : « It is a pretty thing for a man who h as one acre of lancl; a foly at large. » « C’est une jolie culture pour celui qui n’a qu’un acre de terrain, mais en grand c’est une folie. » — Cela peut servir à diriger ceux qui, après la lecture des ouvrages cités, prendroient envie d’essayer la transplantation. Nota. La note ci-dessus a été écrite il y a douze ans. J’ai appris depuis à faire entrer la luzerne dans mes assolemens de douze ans, et avec le plus grand succès, je la sème en avril sur le blé eu végétation, lequel a LA LUZERNE. 4^3 trois méhodes ont réussi à differentes personnes si bien, qu’il ne nous est pas permis d’en condamner aucune comme peu profitable. C’est aux circonstances à décider du choix. Si le fermier doute de pouvoir donner des soins très- suivis à ses sarclages, ou aux travaux de la houe à cheval, il doit préférer de semer à la volée , ainsi que dans le cas où il se contenteroit d’une durée de dix ou douze ans pour sa luzerne. Mais lorsqu’on a la volonté et les moyens de maintenir la récolte parfaitement nette de mauvaises herbes, et qu’on veut établir la ltizerttière pour un grand nombre d’années, il faut préférer le semoir (1). La méthode de la transplantation inventée par Mr. de Chateauvieux , et traitée d’une manière utile , et très-savante , par Mr. Ilarte , est particulièrement applicable dans deux circonstances : 1." lorsque le sol est sec à la profondeur de trois pieds , et ensuite très-humide. succédé à des pommes de terre, préparées par la bêche et qui a reçu pendant l’hiver une fumure de fumier de mouton : elle dure 4 ans dans sa grande vigueur , au moyen des plâtrages : elle donne annuellement quatre coupes, et je la romps apres quatre ans pour semer de l’avoine. [Décembre 1808.] (t) "Voyez Mill’s Praclical, Trcatise of Ilwsbandry, pag. 35o. -r 474 OBSERVATIONS SUR Dans un tel sol, la luzerne qui pivote libres ment , ne tarde pas à pe'rir(l). 2.° Lorsque la terre est d’une très-grande fertilité'. Dans une telle terre , il faut que les plantes soient plus rares ; et aucune inëtliode ne permet de les espacer aussi egalement que la transplantation. J’ai vu à Henley, sur la Tamise, des plantes d’une luzernière transplantée , dont la couronne avoit de douze à seize pouces en carre' ; dimensions presque incroyables (2). Section IV. Du tems où il faut, semer. Soit qu’on sème à la voice ou au semoir, (1) Pour entendre ceci, il faut savoir que la théorie de la transplantation de la luzerne est fondée sur ce que les racines latérales augmentent en nombre, en force et en étendue, lorsque le pivot et coupé, comme on le fait en transplantant ; et qu’a lors la plante tire sa substance des couches supérieures de la terre, dont la fertilité est entretenue par des travaux conslans à la boue : au lieu que la luzerne, abandonnée à elle- même, pénètre dans la terre, jusqu’à douze ou quinze pieds, et n’est guères arrêtée que par l’eau, la glaise pure, ou le roc. Feu Mr. Ch. Bonnet a dit en avoir vu sur les bords de l’Arve qui avoient jusqu’à 66 pieds de longeur. (2) Mr. Bowden en a observé de dix-huit pouces en carré. {Panier's Director, p. 76.) [A] ï/ A LUZERNE. 475 c’est depuis la fin de Mars, et pendant tout Avril qu’on doit semer. On peut également semer dans tout le mois de Mai (ï); cependant on court plus de chances , non-seulement à (1) L’auteur omet ici une circonstance très-importante pour les pays où les gelées Manches du prinlenis sont à craindre, ce qui n’est pas le cas en Angleterre. Aucune plante , dans les premiers lems de la levée, ne craint plus les gelées Manches que la luzerne. Dans tous les cantons on l'on est sujet aux retours de froid dans le mois d’avril, on 11e doit donc semer que du dix au quinze mai. La terre étant plus chaude à cette époque , la levée et l’accroissement de la plante sont plus rapides, et on regagne bientôt le tems perdu. 11 est vrai qu’on court le risque des pucerons qui quelquefois dévorent la levée dans tiois ou quatre jours; mais cela est beaucoup plus rare dans le mois de mai que dans le mois d’août ou de septembre, tems où l’on sème aussi quelquefois la luzerne. Nota. L’expérience m’a appris que la jeune luzerne semée en avril sur le froment en végétation ne eraignoit point les blanches gelées de mai : il en est de même de celle qu’on sème en septembre avec le froment. La faune de celui-ci la protège : la circonstance des blanches gelées n’est donc pas une objection contre la méthode que je suis dans mes assolemens. 11 faut observer que le blé étant semé tard (après les pommes de terre) n’ombrage pas trop la luzerne à S a levée, tout en la protégeant avec efficace contre les blanches gelées. [Décembre 1808.] 476 OBSERVATIONS SUR cause des sécheresses, mais à cause des pucerons qui attaquent la jeune plante dès qu’elle sort de terre. Lorsqu’on projette de transplanter , il faut egalement semer de bonne heure, afin d’avoir au mois d’Aoûl des plantes suffisamment fortes. Section Y. De la quantité cle semence. Lorsque l’on sème à la volée , la quantité' la plus convenable est de 20 livres par acre (1). ■— Le procède’ suivi pour nettoyer la luzerne est très-se'vère ; ainsi une luzernière , semée déjà trop clair, pourvoit en être trop éclaircie. Au semoir , on emploie 6 liv. par acre , en laissant les lignes à deux pieds j ainsi l’on peut compter 8 livres pour 18 pouces de distance , 12 liv. pour un pied, et 18 liv. pour g pouces. ( 1 ) En France on sème la luzerne plus épais; on met vingt livres par arpent de cent perches, ce qui fait à peu près trente livres pa.r acre anglois. ( Prairies ar.lificieles, p. i46. ) [A] — Lorsqu’on n’est pas en position de donner tous les soins nécessaires, en sarclages, hersages, etc. à la luzerne dans les premières années il convient particulièrement de semer épais, parce qu’elle étouffe plus sûrement les mauvaises plantes, dont, au contraire, elle est bientôt étouffée si elle est négligée après avoir été semé* clair. T, A X. U Z T, B N JÇ. 4 77 Sectton Vf. Faut-il semer avec du grain ou sans mélange ? Après une longue expérience , et un grand nombre d’essais , je recommande de semer avec du grain. L'avoine doit être préférée à l’orge, je pense, parce qu'elle est moins sujette a ne donner que du grain retrait lorsqu’elle est somee clair (1). (t) Cette raison de préférence peut être très-bonne lorsqu’on a suivi toutes les précautions préparatoires indiquées par l’auteur, parce qu’alors il ne lève de mauvaises plantes que celles dont les graines déposées depuis long-tems dans la terre , ont été fortuitement ramenées près de la surface par le dernier labour; mais lorsque toutes les précautions indiquées pour nettoyer la terre à l’avance n’ont pas été suivies, il y a une beaucoup meilleure raison de préférer 1 avoine, pourvu qu’on ne la laisse pas mûrir : c’est qu’en la coupant en vert, on empêche que les mauvaises plantes n’avent le teins de porter leur graine et de la répandre, ce qui arrive toujours lorsqu’on sème de l’orge avec la luzerne, et qu’on laisse mûrir la première. En général, on doit regarder la réussite parfaite d’une luzernière comme d’une importance si grande, comparativement à une récolte d’orge, qu’on ne doit pas hésiter à sacrifier celle-ci, qui jamais,'au reste, ne peut gueres être qu’une demi-récolle , parce qu’il faut la tenter clair, si l’on ne veut pas étouffer la luzerne. I 473 OBSERVATIONS SUR Si la terre est très-fertile , six pecks par acre Lien semés, peuvent suffire; mais si le sol n’est pas riche , deux bushels ; et s’il est pauvre , trois bushels ne seront pas trop. Après que l’avoine est semée et hersée, on sème la luzerne qu’on enterre avec une herse légère. Je recommande la mente méthode lorsqu’on se sert du semoir : c’est-à-dire , de ne faire passer le semoir qu’après avoir semé l’avoine et hersé. Lorsque l’on sème en pépinière pour avoir des plantes de luzerne à transplanter, ce doit être sans mélange de grain, parce que l’espace est petit, et qu’on peut aider à la croissance des jeunes plantes avec une petite houe comme celle que les jardiniers emploient pour les oignons. Section Y11. Distance entre les lignes. Lorsqu’on cultive la luzerne au semoir, on doit proportionner la distance des lignes à la nature du terrain fi). Sur un sol riche un pied, sur une terre moins bonne neuf pouces de distance entre les lignes peuvent convenir. Cette direction ainsi posée d’une manière gé- (i) Baher’s Experiment. in Agr. rep. to Dab. soc. fr. Ij65, p. 20 . [A] I.A L U Z S 11 N K. 479 neriile , doit suffire , sans chercher à assigner les distances avec plus de précision. Mais si l’on en vouloit davantage , je dirois un pied de distance pour les terrains dont la rente est de 5o shellings l’acre , et 9 pouces pour ceux de 20 shellings. Je ne crois pas devoir recommander beaucoup celte culture dans les terres d’une valeur moindre ; mais il peut y avoir des exceptions. — Il y a mie raison pour préférer la distance de neuf pouces, c’est qu’on se rapproche ainsi de la méthode de semer à la volée, méthode soutenue par un grand nombre de cultivateurs expérimentés (1), et qu’en même tems cependant, au fieu de herser au hasard, on peut donner la culture à la houe à cheval avec un soc étroit. (1) Plusieurs des partisans du semoir y reviennent eux-mêmes. Ainsi Mr. Baldwin, qui préferoit beaucoup le semoir pendant plusieurs années, et qui avoit inventé, pour nettoyer les luzernières, ces inslru- mens dont il est tant question dans l’ouvrage De Rb R ustica, a abandonné enfin tous ses instrumens, et est revenu à préférer la méthode plus simple de semer à la volée, ainsi qu’il l’avoue à Mr. Peters. ( Wmter Riches, p. 170. ) [A] 48o OBSERVATIONS SUR Section VIII. Soins de la luzerne semée à la volée, pendant sa végétation. Après la moisson du grain , il faut avoir soin de ne pas laisser entrer le bétail dans le champ. En tems très-scc on peut le laisser pâturer aux jeunes bêles. L’année suivante, après la seconde coupe , il faut herser la luzerne selon la méthode de Mr. Rocque (i) ; mais non pas d’une manière si rude qu’on pourra le hasarder (1) C’est une méthode usitée parmi nos bons cultivateurs, et dont l’auteur ne parle point ici, que de recouvrir la luzernière, dans l’arrière-auiomne de la première année, avec du compost, ou terreau préparé en tas à portée du champ une année à l’avance, puis de herser au printems avant la pousse, pour faire pénétrer l’engrais. Cette opération à laquelle on eroyoit, en quelque sorte, le succès de la luzernière attaché, et qu’on répétoit, au moins tous les deux ans, 11e paroît plus nécessaire depuis que nous avons l’usage du gypse, qui fait sur la luzerne, à moindres frais, un t'ifet encore plus marqué. Cette pratique, peu connue jusqu’ici en Angleterre, commence à l’être, du moins pour les trèfles, à l’égard desquels son utilité est encore plus étendue, parce que la culture en est plus commune. ensuite 48i Jj A I, U Z n R N E. ensuite (i). A la troisième année, et à chacune des années suivantes , il faut herser deux fois ; ],i première en Mai ou Juin , la seconde eu Août ou Septembre. Celle operation doit être laite avec une herse si pesante , (pie quatre chevaux puissent à peine la traîner ; et cette herse ne doit pas prendre plus de quatre ou cinq pieds de largeur. Les mauvaises herhes , mrache'es par celle opération , doivent être rassemblées et emmenées , puis le rouleau usité pour l’orge doit être passé pour unir le terrain , et le préparer à la faulx. Lorsqu’on automne il reste sur pied une récolte qui no peut parvenir qu’à moitié hauteur, il rie vaut pas la peine de la faucher , on la fait pâturer par des bêtes à cornes. (i) Pline recommande même de labourer la luzerne, ce qu’eu efl'el ou peut très-bien hasarder avec un soc arrondi. Il dit: « Si les mauvaises plantes prennent le dessus, la seule ressource c’est de labourer le terrain pour les l’aire toutes périr. » Hisl. Nat. liv. i8.cap. 16. __ Tu II cite l’exemple d’une plante tourmentée par la charrue pendant vingt-deux ans, cl qui éloil encore vigoureuse. ( Horse hoeinghusbandry, p. 96.) Le labour et le hersage de Rocque sont donc d’anciennes pratiques. ( Practicai Treat. un Lacent , p. 38781.) D’autres ont vérifié les mêmes faits (Mi II’s nen> et compleut System, pf praclic. huab. p. 279.) [A] Terni? 5. - ni. 48a o j$ s j: it v a t tons su r S’il y n des pinces claires, 011 répand doux livres par acre de graine dans les endroits qui en ont besoin , avant que de passer la liersc. Section IX. Soins pendant la végétation de Ut luzerne semée au semoir ou transplantée. Dans l'automne qui suit la rccoltc du grain, si l’ou voit bien nettement les ligues de la luzerne , il faut passer la houe à cheval entre les lignes pour arracher les mauvaises herbes, et ameublir le sol ; puis il faut repasser avec la houe à bras pour achever de nettoyer les lignes. L’année suivante , le fermier doit être extrêmement occupe' de ses cultures à la houe. Dès que la terre est assez sèche au printems pour y entrer , il faut le 1 aire , et continuer tout Fête en faisant succéder le cultivateur (x) et la houe aussi souvent qu’il reparoît la moindre mauvaise herbe. 11 faut que la terre soit rigoureusement nette (a). Mais c’est surtout d’abord (i) Là liôue à cheval. (a) Même sous le soleil brûlant d ltalie, Dine disoit ; « Si le sol où la médicà croit est humide, et sujet à l’herbe, cette "plante est bùntôt étouffée , et- alors il se forme un pré. Hhtoise IVaturelle , lib. i8. cap. lG. [A] / LA LUZERNE. 485 « apres avoir fauche que les mauvaises herbes pnroissenl le mieux , el que l’operation eebs tour, p. fit). [A] (y) Ibid., 222. [A] (3) Six month’s tour, vol. 11. p. i34. [A] (4) Eastern Tour, vol. 1. p. 37g. [A] (5) Eastern Tour, vol. 11. p. 5o, [AJ (ti) Ibid, p. 267. [A J 4 g 4 OBSERVATIONS SUR a nourri six chevaux depuis le i . cr Mal au jo Octobre sur une luzerne de sept-ans seme’e à la volée (1). Mr. Bannisler , dans le même endroit, en a eu qui a dure seize ans. Mr. Rey- nobl a nourri quatre chevaux par acre , sur une luzernière semée à la voice, depuis la mi- Mai à la mi-Octobre : ce qui à 2 shel. 6 den. fait liv. 11. 10 shel. par acre (2). M. Yernon , en Sussex , sur une luzerne au semoir à deux pieds de distance , a nourri cinq chevaux par acre depuis le 1." Mai à la mi- Octobre, ce qui à 2 shel. 6 den. fait t 4 liv. sterl. 7 shel. 6 d. ( 5 ). Le Dr. Lloid, de Puddlelovvn, a nourri quatre chevaux par acre, pendant 18 semaines, sur une luzerne au semoir, les lignes à 18 pouces , ce qui à 2 shel. 6 den. fait [) liv. sten. ( 4 ). Mr. Anderson , au semoir, a trouvé dans la quatrième année, un produit de () liv. , sterl. soit 5 liv. g shel. de profit par acre ; et dans la cinquième année un profit de 6 liv. j 5 shel. ( 5 ). Le même cultivateur a compare' les produits ( 1 ) Ibid., vol. 111, p. 20 . [A] ( 2 ) Ibid., p. 72 . [A] (3) Ibid., vul 111, p. l56. [A] (4) Ibid., p. 431. [A] (5) Communiqué par lettres. [A] LA LUZERNE. 4g5 rie la luzerne avec ceux île la pimprcnelle et du sainfoin de la manière suivante : La luzerne produisit dans quaire coupes en vert. . . 159 livres. La pimprenclle .... 84 Le sainfoin. r 12 Une coupe de chaque plante réduite en foin produisit :. I.a luzerne en vert La pimprenelle. . . Le sainfoin. 57 £ . en foin. 22 a5 i ... ; 2 9 . . 7 9 (') Mr. Clnylon sur une luzerne à la volée nourri cinq chevaux par acre , valeur g s te ri. et sur .une luzerne au semoir , quatre chevaux , valeur 7 liv. 4 shel. Mr. Pral, de Foorlleet eu Essex, a eu la mé daille de la société pour qu alre acres a deux pieds de distance, qui avoient nourri ( a )- (,) Un ouvrage récent dit q„ e cinq li vres en . •' s éve, ou quatre livres en pleine fleur f om P . eme Je foin ■ (fmproved culture of the nrinn' t une nvre 17,75. p. 15 . [A] grasses) 8.° ( 2 ) Societ/s Trans. vol. 1 . p . l6 4 -i 7 o. [A] 496 OBSERVATIONS $ U R 10 Dis chevaux, vingt-deux semaines, qui, à 2 slj. 6 < 1 ., font. . . L. st. Deux dits, vingt semaines. \'ingt-un dits, une semaine. Quinze bêtes à cornes à l’engrais, huit jours, à 2 sh. 27 5 2 » o » » G 1 i 5 « Quatre acres . . L. st. 36 i 5 6 Ou par acre. 9 4 » J’ai suppose ces prix pour trouver la valeur de la luzerne. Section XV. Des dépenses de la culture. La luzerne étant une culture chère, il faut faire connoîlre au jeune cultivateur le detail des frais de culture , afin que s’ils dépassent ce qu’il peut y consacrer , ou ce dont il est sûr de pouvoir disposer au moment necessaire , il n’entreprenne pas de cultiver celte plante. Voici les frais du semoir : Deux labours de printems d’extra . L. st. » 18 » Hersages. . . .. « 2 6 Huit livres de graine.. . » 8 » Semai Ile. » 2 6 Ilouage au cultivateur en automne ... a 2 6 Sarclage à la bouc. » 2 6 - fi —— Première année, par acre . L. st. 1 18 ® \ annuellement : X| A 1 D Z E 11 N E, 4 97 Annuellement : Rente., dîme , impositions . - Liv. st. i ÎO U Quatre Rouages au cultivateur. . . . » / ÎO 2 Cinq coupes, fi ais de fauchage. . . . )) 12 ï>l Ràtelage. » 5 » Charriage jusqu’à l’élahle . » 7 ÎO Engrais annuel, valeur. b 12 H Frais annuels par acre . L. st. 4 » î> Les frais du fauchage , du râlelage , et de Charriage, ne sont pas faciles à calculer, à moins cpie l’étendue ne soit assez conside'rahle pour employer un homme , un petit garçon et uri cheval. Je les ai taxé haut; mais peut-être pas encore assez, parce que dans les travaux coupés il y a toujours beaucoup de te ms perdu. Je suis disposé par celle raison , et par d’autres encore , à estimer à 5 liv. sterl. la totalité des frais. Si les soins sont sufïisans , je ne crois pas qu’on puisse cultiver à plus bas prix. Mais quelque dispendieuse que puisse paroître cette culture on y trouvera bien son compte ; et les récoltes ne rendront guères moins de cent pour cent, si l’on estime la valeur du fourrage à raison du nombre de bêtes qu’il nourrit chaque semaine. Tomk 5. li t 4<)8 OBSERVATIONS SUR LA LUZERNE. • Section X Y J, De l’usage de la terre lorsqu’on rompt la luzerne . J’ai vu un labour complet (c’est-à-dire, tel que la force des racines pouvoil le permettre) donné pour détruire une luzernière, la renouveler suffisamment pour engager le propriétaire à la laisser subsister. Les récoltes de grain qui succèdent sont considérables. L’auteur François Deserres donne un excellent » conseil pour convertir' une luzernière eii pré au moyen de l’arrosement (i). (1) Théâtre d’Agricult. p. 242 . Les meilleurs auteuis François n’ont pas plus l’idée des bons assolepiens que les plus ignorans d’entre nos fermiers : un des plus distingués dit, qu’après avoir rompu une Inzer- nière, il faut semer du blé deux ans, puis de l’avoine, puis encore du blé.— Prairies artificielles , 3.“'édit, p. 186. [A) 4 ►*« 4 LETTRE SUR LA LUZERNE. Montagny près d’Y ver don, , 2 5 Février ryyy. . Messieurs, ~'S(f otre intéressant Journal , en nous faisant coimoîire le système du célèbre Young , sur la culture de la luzerne , m’a fait naître l'idée, que ceux de vos lecteurs , qui ne sont pas à même de puiser dans les sources , ne seroient pas faciles de voir comment Pline parle de cette même plante, et de comparer les mé- tliodes et les auteurs anciens avec les modernes pour juger des progrès de l’art. Je me suis mis à traduire ce que ce savant , et exact naturaliste a écrit eu si peu de mots sur cô sujet. J’y ai joint un commentaire , dont le texte n’a pas besoin, sans doute, pour les gens du métier, mais qui peut fournir quelques idées utiles, à ceux qui commencent à s’y vouer. J’ai cherché à généraliser un peu plus les principes. Mais cet essai est bien imparfait. Pour oser tous le présenter , Messieurs, je me cache LETTRE SUR 5oo derrière Pline , je marche à sa suite comme un de ses admirateurs, mais cela ne suffit pas, quoique je soie aussi le vôtre , pour avoir les entrées libres. Quoiqu’il en soit , comme je n’ai d’autre prétention que celle d’être utile , je vous abandonne mon petit travail, pour en faire l’usage que vous trouverez bon. Mellez-le de côte , si c’est un hors-d’œuvre : jelez-le au rebut, s’il ne vaut du tout rien. Décomposcz- le : recomposez-Ie , s’il y a quelques bons matériaux : le sujet ne pourra que gagner en passant par vos mains. Agréez ma reconnoissance, Messieurs, pour le plaisir que j’ai en lisant votre ouvrage. C’est avec ce sentiment et celui d’une considération distinguée que j’ai l’honneur d’être, Messieurs, Votre très-humble et très- obéissant serviteur, h . Auberjonnois, Ïj a luzerne. 5ot Pline ', Livre XVIII. Chap. XVI. De la Luzerne. « La luzerne , connue en Grèce sous le nom de niedica, est une plante , qui y fut apportée par les Mètles, pendant les guerres que Darius roi des Perses lit aux Grecs. Il faut surtout remarquer , qu’elle est si vivace de sa nature , qu’une fois semée , elle peut durer plus de trois cents ans sur le même sol. Elle est semblable au iridié par les feuilles , e,t par la tige qui est articulée à nœuds. Tout ce qui en sort a une direction droite et élevée, ses feuilles ont la faculté de se contracter , et de se replier selon certaines circonstances. » Le sol, où l’on veut la semer, doit avoir été épierré, nettoyé, et défriché en automne. Bientôt après avoir labouré et hersé , il faut y faire marcher la herse une seconde , et une troisième fois, en laissant un intervalle de cinq jours entre chaque opération , avec addition de fumier: car celle plante demande, ou un terrain sec , substantiel et riche , ou un terrain qui puisse être arrosé. » Après celle préparation , on la sème au mois de Mai ; plus têt, elle sevoil exposée aux 502 i, e t t n e sui\ gelées blanches, qui lui sont contraires. 11 faut la semer fort épais , afin , que toute, la surlace du sol cri soit occupée , pour ôter la place aux mauvaises lierbcs , qui croîtroienl dans les intervalles , si l’on semoit clair. Cela se lot en semant 20 boisseaux sur un arpent. I! faut prendre garde que la semence ne se brûle , et l’on doit la recouvrir de terre , aussitôt qu’elle est semée. « Si le terrain est bumidc et herbeux , clic est subjuguée et elle dégénéré en pré naturel. C’est pourquoi, aussitôt qu’ellc est de la bailleur d’un pouce , elle doit être délivrée de toute herbe étrangère ; et cela doit se faire plulôf avec la main , qu’avec un sarcloir. )> On la coupc quand elle commence à fleurir, et chaque fois qu’elle refleurit, ce qui arrive six fois dans le courant d’une année , ft pour le moins quatre fois. Il faut .l’empêcher de monter en graine , parce que le fourrage en est plus utile , jusqu’à sa troisième année. » C’est au printems qu’on doit la semer, et la délivrer de toutes les autres herbes. Quand elle a trois ans , il faut racler le terrain avec des houes ; par ce moyen toutes les autres herbes sont détruites, sans qu’il lui arrive aucun mal, à cause de la profondeur de ses racines. Si les herbes ont pris lo dessus , le X. a T, u z e n n r. 5o3 seul remède est, de la labourer, en retournant ]a terre plusieurs Ibis , jnsqu’à-oc que toutes les autres racines soient détruites. » 11 ne faut pas en donner au bétail autant qu’il ponrroit en mander , pour ri’clre pas oblige d’avoir recours à la saignée , pour désemplir les vaisseaux. 11 est. plus avantageux de la donner en vert. En la scellant pour en faire du foin , les liges deviennent dures et ligneuses , et au bout d'un certain teins , elle se réduit en poussière qui n’est bonne à rien, n Commentaire. Voilà un détail qui renferme avec précision, à peu près tout ce qu’il y a d’essentiel pour la culture et l’usage de la luzerne. Le sol qui lui convient est bien désigné , sa préparation est exacte. Elle consiste à le nettoyer de cç qui ponrroit s’opposer au travail pivotant des racines , et à rendre la superficie du terrain parfaitement regalée , meuble , cl réduite presque en poussière. . j Le travail répété de la herse paroîl plus propre que celui de la charrue et que tout autre à obtenir ces deux conditions : l’inégalité de la surface nuit à la distribution de la semence; et la grossièreté de la terre nuit à sa levée. La quantité de semence à répandrè sur un » L i; T T U E S U R 5 o 4 arpent Romain , y. cj :. o rt> qq ^ x ^ C CT“> :5 =>' 3 ' »> w O Ç D-C o O- n» fl 3 O *-t i. m v» Ü.T O o Cî *> g-c c o a n» S J> 3 fl . C 3 3 fl fl 3 -8 w C VI * R C V) O O 5 Si ? 2 n> O fï- Cu 3 if-*» -K U* ' ':trÆ-. -< ,' *t - rv D #323 •* •>">: Z*?* ■WJr* * .t A* ■'- Ss.v> .'■*' ^ tT « 4 r S3 ~ *ç*.v.- "C-= | >4-V/?. \iiw% 'ri *-* 'ne .s i<- -4> ^ O _U mm '/•-V 1*.K = *" J ùrfT. / CL'rt ri ,i w * «z: <-> w (D U tJ O n O ft C7 < o* x a ■g ^ ri TJ o r ti _Û ^ ü s-^o fl 3 (l fl i < n *> n o < c n> O n g T3 U Z ~î* *— JD 3 O n h> 0 “ rt' C fl 3 fl,ft fl i-j, LM 1 *1 ivs i« i n I 3 (/> 3 * w pu T clv < clz>-q xv-z rp? 0 *: W ff n* 2 o. V2 n *o n» rt’ O û- rt o O 3 3 lA Ü* •“* < L ( 3 o C 0 ) 0 - J-*. !_! /T\ 0 a .* 5 £»•“ 5.8 3 % ■—. >— o 0 °> 3 rt* n < O Ou o £ e D ?Æ 3 Ô-i. rf p rt>> rt Q^ LM *™ ;•? * û-£ G- rt 3 O-jn' tr - ” rt 3 ir. rt n> 3 O. "*s t& COURS D’AGRICULTURE AN GLOISE. TOME SIXIÈME. COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E, Avec les dëveloppemens utiles aux Agriculteurs du continent ; Par Charges PIC T E T, de Genève. TOME SIXIÈME. A PARIS, Chez J. J. Paschoud, Libraire, Quai des G. -Auguslins,n.°n, près le pont St.-Michel. A GENÈVE, Chez le même Libraire. 1809. Vlt/o r *- «w,- 21. JULI 1360 COURS D’AGRICULTURE ANGLOISE. Expériences sur quelques herbes de prés. Par Arthur Young. {Annales d’Agriculture.) (Ceci a été écrit à la fin de 1796.) Dans un Mémoire pre'ce'dent , j’ai rendu compte de mes essais pour mettre en près quelques champs , dans des terres très-diflé- rentes de celles que je travaille maintenant. Les plantes sur lesquelles^ je comptois principalement alors etoient le plantain ( plantago lanceolata, ) le trèfle blanc ( trifolium repeus ; ) le trèfle jaune (medicago lupulina; ) et la piin- prenelle ( poterium sanguisorba. ) Depuis que j’occupe la ferme que je tiens actuellement, j’ai continue pendant quelques anne'es à semer les mêmes plantes. Mais comme j’ai trouvé que mon terrain , au lieu d’être favorable au trèfle»blanc, se couvroit aisément de l’agrostis Tome 6. A 3 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES stolomifera, qui est une mauvaise plante , j’ai résolu d’essayer ce que j’avois long-tems projeté sur les herbes de prés naturelles au pays ; car j’espérois de celles-ci une plus longue durée. Celles que j’ai essayées jusqu’ici assez en grand sont: le fromenta) ( avena elatior; ) le pied de poule ( dactylis glomerata ; le vulpin des prés ( alopecurus pratensis $ ) la festuque des prés ( festuca pratensis. ) I.* re Expérience. Champ de douze acres. Assolement. Assolement. j 788 — Turneps. 89 — Choux. 90 — Avoine. 91 — Herbe. 92 — Herbe. 1793 — Herbe, g 4 — Herbe. 96 — Herbe. 96 Herbe. Le sol de cette pièce est une terre végétale, sablonneuse, qui repose sur une marne argileuse blanche, que l’on trouve à diverses prolondeurs. Il étoil humide avant que je le fisse dessécher, et peu fertile. Il valoil à peu près 10 shellings par acre quand j’ai commencé à le faire valoir. Les turneps furent fumés et donnèrent une belle récolte , ainsi que. les choux l’année suivante. L’une et l’autre récolte furent en grande partie consommées sur place par les moulons. Ces deux récoltes en firent une terre de jardin. HERBES DE PRÈS. 0 L’avoine produisit sept quarters par acre , et les graines de pre's réussirent toutes bien. Il y avoit huit divisions , savoir : N.” 1 . Un acre , 5 livres de trèfle blanc. 8 livres de trèfle jaune. 6 livres de plantain. 4 busbels du vulpin des prés. Je tenois la graine de vulpin de Mr. Majendie qui avoit cultivé cette plante avec une attention très-louable. K.° 2 Un acre5 livres de trèfle blanc. 8 livres de trèfle jaune. 6 livres de plantain. 20 livres de chicorée. N.° 3. Un acre, 8 livres de trèfle rouge. 5 livres de trèfle blanc. , 8 livres de trèfle jaune. « 6 livres de 'plantain. 8 livres de fromental. ■ ... :l.‘. J’avois acheté la graine de fromental à Lyon, où il se vend communément chez les marchands de graines. Cette plante est cultivée depuis lone-tems en Franche-Comté. Il a été confondu O par un auteur de ce < pays-là avec le ray-grass d’Angletevrç..U a été recommandé il y a_environ quarante ans , dans les Mémoires de la Société d’AgricuIlure de Rennes. ]N.° 4. Cinq sillons, semés à raison de la quantité suivante : 4 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES Par acre , 8 livres de trèfle rouge. 5 livres de trèfle blanc. 8 livres de trèfle jaune. 6 livres de plantain. Pimprenelle. [La note de la quantité manque. Je crois que c’étoit dix livres par acre.} N.* 5 . Trois sillons , semes à raison de la quantité suivante •: Par acre, 8 livres de trèfle rouge. 5 livres de trèfle blanc. 8 livres de trèfle jaune. 6 livres de plantain. 4 livre» de timothée (phalaris pratensis). N.” 6. CJn sillon. De même que le precedent, mais au lieu de phalaris , xo livres par acre de palurin commun ( poa trivialis. ) N.° 7. Un sillon. De même, mais au lieu de paturin commun , du paturin des prés ( poa pratensis. ) N.° 8. Le reste de la pièce. 8 livres de trèfle rouge. 5 livres de trèfle blanc. 8 livres de trèfle jaune. 6 livres de plantain. En 1791 , je fis faucher toute la pièce, excepté le vulpin des prés , et le fromental , que je gardai pour graine. Le produit du foin fut ctè 28 à 5 o quintaux par acre , et il y eut peu HERBES DE PRÉS. 5 de différence entre les divisions , excepté celle de la chicorée. En 1792. Je gardai pour graine la chicorée, le vulpin des prés et le fromental. Le reste de la pièce fut pâturé par les moutons , et en nourrit six par acre pendant l’été. En 1793. La division de la chicorée fut fauchée pour manger en vert, et je gardai pour graine le vulpin et le fromental. Le reste de la pièce fut pâturé par les moutons, et en nourrit six par acre. En 179 De même , et la nièce nourrit cinq bêtes à laine par acre. En 179.3. Toute la pièce fut pâturée , et nourrit quatre bêles et demie par acre. En 1796) la pièce fut toute pâturée, et nourrit trois bêtes et demie par acre. Voici l’état du pré celle anne'e-là. Le n.° 8 paroisssoit absolument détruit ; presque toutes les plantes semées avoient cédé à Wagrostis stolonifera. Les n. 03 6 et 7 étoienl moins mauvais , et les paturins leur laissoient encore un peu de verdure. Le n.° 5 étoit supérieur au n.° 8, mais un peu inférieur aux n.° s 6 et 7. Le n.° 4 étoit usé , et on n’y voyoit plus qu’un petit nombre de plantes de pimprenelle, Le fromental n.° 5 , et le vulpin n.° 1 étoient 6 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES ce qu’il y avoit de plus beau dans la pièce. Leur yerdure contrastoit avec le reste , et montroit évidemment que ces plantes n’avoient pas cédé le terrain. La chicorée etoit, après les deux plantes précédentes , la plus belle production du champ. Je me déterminai alors à rompre ce qui étoit usé, et à conserver seulement le fromental, le vulpin et la chicorée , pour juger de leur succès à l’avenir. Le fromental a été, dès le début, beaucoup plus printanier que les autres plantes. Il a donné une année de la pâture pour une vache, avant que les autres divisions en donnassent pour les moutons. La quantité de semence du vulpin ne parois- soit pas suffisante -, mais celle du fromental étoit évidemmentbeaucoup tropfoible. Lespaturins et le phalaris n’étoient point, non plus, assez épais. Il paroît, par cette épreuve , que les terres maigres, foibles , humides, sur lesquelles le trèfle blanc ne prend qu’à force de fumier, ne peuvent pas supporter loug-tems le trèfle jaune, le plantain et la pimprenelle. Le fromental promet , mais sa valeur n’est pas assurée. Pour le vulpin des prés, il est évidemment excellent. T HERBES DE PRÉS. J Quant à l’avantage qui resuite du pâturage des moutons, il n’est pas à mépriser , même dans ce prê use. Mon été est d’environ trente semaines, et à ne compter le profit d’une bête à laine qu’à raison de trois pence par semaine, (de'duit les chances et les pertes) ce qui est caver bas, le profil de trois bêtes et demie par acre revient à 1 liv. sterl. 6 shel. 3 den. , ce qui porte la rente à i 3 shellings , c’est-à-dire, au-delà de ce que l’on imagineroit que peut valoir un prê usé , et empoisonne d’agrostis stolonifera. En réunissant les profils du propriétaire et du fermier , je retire 20 sliell. par acre pour une terre qui, si je l’afiermois pour la travailler à la charrue , ne me produirait pas, à la longue , plus de 12 shel. par acre annuellement. Les dépenses ne sont que la dîme , la taxe des pauvres et les clôtures : de quel avantage ne seroient donc pas des plantes qui dureroient sur un tel sol , et qui l’arné- lioreroient ! Mais il y a dans le pâturage des moutons un bénéfice beaucoup plus important : c’est que cette méthode accumule sur le sol un trésor qui est toujours prêt pour le moment où les grains deviennent un objet de culture précieux. 8 expériences sur quelques II. 0 Expérience. Champ de six acres. Assolement . Assolement . 1781 — Trèfle. 82 — Blé. 1789 — Luzerne. 85 — Luzerne. 86 — Luzerne. 87 — Luzerne. 88 — Luzerne. 83 — Fèves. 84 — Orge. 90 — Luzerne, 91 — Turneps. 92 — Avoine. g3 — Herbe. 94 — Herbe. g5 — Herbe. 96 — Herbe. Le sol est une terre végétale sablonneuse , sèche , fertile , sur un fond de gravier. L’avoine qui suivit la luzerne fut une forte récolté , pas moins de 8 | quarters par acre. Les graines de pré réussirent bien. Voici ce qu’elles étoient sur les six acres. 20 pecks de fromental. 6 pecks de chicorée. 3o livres de trèfle blanc. 3o livres de trèfle jaune. 10 livres de trèfle rouge. 3o livres de plantain. 2 livres de pimprenelle. En 1793, la pièce fut fauchée deux fois pour manger en vert : la chicorée y dominoit de beaucoup. Je fis ensuite pâturer le champ par les moulons. En 1794 , la pièce fut pâturée par les moutons, et en nourrit neuf par acre, pendant l’été. HERBES DE PRÉS. 9 En 1795, fauchée pour foin un peu de bonne heure, elle ne donna qu’une charretée par acre. Le regain nourrit ensuite au pâturage sept bêtes à laine par acre pendant dix-huit semaines. En 1796, pâturée par les moutons. Elle npurrit, du 19 Avril au 20 Juillet, cinq brebis et cinq agneaux par acre, et ensuite cinq brebis. En 1794, plus d’un tiers de la surface de la pièce fut gâté par une couche de marne argileuse tirée d’un étang. Le bénéfice se retrouvera lorsque l’on rompra le pré. ' A présent le trèfle blanc , le trèfle rouge, le plantain et la pimprenelle sont, je ne dirai pas usés, mais extrêmement diminués. La chicorée a beaucoup baissé. Le fromental demeure, mais il n’éloit pas en quantité suffisante pour suppléer le reste , et occuper toute la surface. Je romprois ce pré à présent s’il n’étoil très-convenablement placé pour recevoir la vase d’un grand étang que je vide. J’imaginois que cette vase feroit croître du trèfle blanc j j’ai été trompé jusqu’ici. Tout afîüibti qu’est ce pré , et quoique gâté par la vase que j’y ai fait répandre, il paye bien sa rente en nourrissant cinq brebis par acre. A n’estimer le profit par tête de bête à laine que comme je l’ai évalué ci-dessus, c’est encore près de 3 a shellings par acre , pour le 0 ÎO EXPÉRIENCES SUR QUELQUES proprietaire qui fait valoir , en même tems que celui-ci s’assure d’un immense produit lorsqu’il voudra rompre. Cette pièce, l’un portant l’autre a nourri 7 bêtes à laine par acre : c’est plus de 2 liv. sterl. 2 sbell. par acre. Tant il est vrai que , même avec des plantes qui ne durent pas , c’est une excellente spéculation que les foins artificiels. III.* Expérience. Champ de onze acres. Assolement. 1789 — Vesces. go — Choux, gi — Orge, ga — Herbe. Assolement. 179 3 — Herbe. g 4 — Herbe. g 5 — Herbe. 96 — Herbe. Le sol est une terre ve'ge’tale sablonneuse , froide , humide , sur une couche de marne argileuse. Les graines semées furent le trèfle rouge, le plantain, la pimprenelle, et la chicorée. En 1792 la pièce fut fauchée, en partie trois fois pour manger en vert, et en partie deux fois , en faisant pâturer après. La chicorée dominoit de beaucoup. En 1793 et 1794 la pièce fut pâturée. Elle nourrit cinq brebis et cinq agneaux par acre , chaque année , jusqu’après que les agneaux furent sevrés $ puis les cinq brebis le reste de l’été. 11 HERBES DE PRÉS. Eu 1795 le pre' fut fauche’ bien mûr, et le produit garde en foin. En 1796, il fut pâturé, et nourrit quatre brebis par acre. Le plantain, et la pimprenelle sont à peu près perdus. Il reste un peu plus de chicorée. Il a crû une assez bonne quantité d’herbe naturelle dans les intervalles , mais ce gazon est gâté par Vagrostis stolonifera. IV.° EXPÉRIENCE. Champ de quatre acres et demi. Assolement. £789 — Vieux pré, très - mauvais, ne valant que 6 shel. par acre. go — De même mais desséché par des coulisses. gi — Ecobué pour des turneps. g2 — Avoine. g 3 — Herbe. g 4 — Herbe. g 5 — Herbe. 96 — Herbe. Le sol est le même que le champ de la 5 . ome expérience. Les turneps donnèrent bien. L’avoine rendit plus de sept quarters par acre. Les graines de prés que je semai furent : Chicorée — 4 5 pecks. Fromental — 8 pecks. Trèfle bl%nc — 20 livres. 19 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES Trèfle jaune — 20 livres. Trèfle rouge — 10 livres. Plantain — 20 livres. En 1793 la pièce fut fauchée pour foin : elle donna environ a 5 quintaux par acre. En 17y4 , pâturée par des moulons, à raison de 7 par acre. En 1795 , de même , à raison de 5 par acre. En 1796 , de même à raison de 4 par acre. 11 reste maintenant peu des herbes semées. Il n’y a plus qu’un peu de plantain , et un peu plus de trèfle blanc et jaune. Le frornental subsiste en entier, mais il n’est pas suffisamment épais pour garnir le sol. La chicorée est à peu près perdue. Il 11’a crû que peu d 'agrostis. Je donnerai ci-après avec détail tout ce qui concerne celle pièce. V.* Expérience Champ de trois acres. Assolement. 1780 — Jachère. 81 — Orge. 82 — Vesces. 8.3 — Avoine. 84 — Trèfle jaune et rouge. 85 — De même. 86 — Fèves. 87 — Blé. Assolement . 1788 — Turneps. 8 9 — Orge. 90 — Vesces. 91 — Blé. 92 — Choux. g3 — Avoine. g4 — Herbe. | g5 — Herbe. | 96 — Herbe. HERBES DE PRÈS. l5 Le sol est la terre végétale sablonneuse et humide déjà décrite, sur une couche de marne argileuse. Les graines semées furent : Trèfle rouge — 9 livres par acre. Pimprenelle — 4 livres. Trèfle blanc — 4 livres. La pièce a été pâturée les trois ans. Elle nourrit cinq bêtes à laine par acre la première année, quatre la seconde, et trois la troisième. Elle est actuellement usée, et va être rompue. VI.' Expérience. Champ de trois acres. Assolement. 1791 — Turneps. g2 — Avoine, g 3 — Herbe. Assolement. 1794 — Herbe. g 5 — Herbe. 96 — Blé. Le sol est une bonne terre sur des couches de nature différente, partie marneuses et partie graveleuses. t J’y semai 1 peck par acre de chicorée. 4 livres de trèfle blanc. 5 livres de plantain. 5 livres de trèfle jaune. 4 livres de trèfle rouge. Ces graines réussirent bien. La pièce Tut pâturée en 1790 et 94. Elle nourrit sept brebis l4 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES la première, et six la seconde anne'e. Je l’affermai alors, et elle fut rompue pour du blé en 1795. La récolté a été estimée à trois quar- ters par acre. Aucune des plantes semées n’étoit perdue , lorsqu’on rompit ce pré. Mes expériences , que je destinois à e'tablir des pre's de différens me'langes d’herbes , ont principalement servi à montrer que le plantain, les trèfles , la pimprenelle , et la chicorée, ne durent point assez dans ces terrains-là pour en espérer un gazon épais et permanent ; et qu’il ne faut pas compter, pour garnir le gazon, sur la disposition de la terre à produire spontanément de bonnes herbes. L’cigrostis stolo- nifera est la plante que ce terrain produit naturellement en abondance , et il ne sauroit y en avoir de plus mauvaise. On ne peut rien conclure de ces expériences relativement à la durée de ces plantes si on les avoit fait pâturer avec plus de modération j parce que j’ai eu pour système de tenir les prés suffisamment chargés de moutons pour qu’aucune plante ne poussât des. tiges de graines. J’ai lieu de croire d’après beaucoup d’observations faites avec soin , que cette attention est nécessaire pour nourrir sur un terrain donné, la plus grande I HERBES DE PRÉS. l5 quantité possible de moulons , et par consé- pour améliorer le terrain le plus qu’il se peut. Si l’on laisse monter en graine, soit les plantes semées , soit les plantes naturelles, on perd beaucoup en quantité de nourriture ; les pous: es tendres qui sont particulièrement nécessaires dans les années sèches, se trouvent arrêtées , la plante est rongée jusqu’au collet j si elle n’a pas une disposition naturelle à tracer, à s’épater, ou à taller , elle souffre et périr. Le mauvais succès du trèfle blanc dans mes expériences vient de ce que le sol ne lui est point favorable, car il a singulièrement cette disposition à s’étendre et ramper ; mais dans mes terrains il ne réussit qu’après un long amendement. La quantité de moutons entretenue sur ces prés a paru extraordinaire à ceux qui ont vu l’état du gazon; mais il n’y a point eu de surcharge , car il y avoit dans chaque lot des brebis à engraisser. Plusieurs ont pris la graisse très-bien, et en général , mes moutons e'toient aussi bien entretenus que je pouvols le désirer. J’ai obtenu ainsi un profil honnête sur les plus mauvais de ces prés, quoique j’aie été trompé| sur la durée des plantes. Après avoir réfléchi sur les expériences ci- dessus , et observé ce qui concerne le fromental M lG EXPÉRIENCES SUR QUELQUES et le vulpin , je résolus de ne point perdre de tems pour étendre mes expériences aux herbes natives du sol, et de m’assurer si elles seroient aussi durables dans l’état de culture , que dans leur état naturel. En conséquence j’employai toutes les femmes et les enfans de la paroisse , et des paroisses voisines à recueillir une quantité' assez considérable de graine de fromental, et de pied de poule. En ajoutant à cette graine de fromental celle que j’avôis recueillie dans l’expérience n.° x , j’en eus assez pour semer tout un champ, et pour poursuivre mon projet d’anne’e en année, jusqu’à ce que je fusse assuré du degré de réussite dont il e'toit susceptible. Je ne suis pas suffisamment avancé dans mon expérience pour pouvoir parler d’une manière décisive ; mais je rendrai compte de mes premiers procédés, afin que l’on connoisse mon plan., et pour m’engager à le suivre jusqu’au moment où j’en pourrai présenter au public le résultat final. L’objet est un des plus importans, et des plus négligés de l’agriculture t angloise : il mérite donc toute l’attention possible. VII.* Expérience. » HERBES DE PRÉS. *7. VII.* Expbkiekce. Champ de cinq acres. Assolement. > 7^9 — Avoine. 90 — Trèfle rouge et jaune. * 91 ,— De même. 92 — Avoine. 93 — Jachère d’été jifsqu’en août, puis semé ea graine de prés seules. g4 — Herbe. g5 — Herbe. 96 Herbe. Le sol est très-froid , humide , stérile, sur une couche de marne argileuse. Le champ est plat; et comme il est à une certaine distance de la ferme, il n’avoit pas e'te’ fume', de me’moire d’homme , non plus que desse’che'. Depuis plusieurs anne'es , les récoltes étoient misérables. En le labourant en jachère , en 1795 , par un été sec , je trouvai très-avantageux- d’employer le rouleau de Norfolk, en fer coulé , pour briser les mottes : son effet est de beaucoup plus grand que celui d’aucun rouleau à pointes dont j’aie jamais eu connoissance. Les graines de prés que je semai furent, sur un sillon , la festuque des prés ( festucapra - tensis), sur les quatre sillons le fromental, et sur le reste du champ , le pied-de-poule. Tome 6 . B 48 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES La quantité des deux dernière graines ensemble fui de 3 a busbels. Je semai sur le tout cinquante livres de trèfle blanc. En 1794 et 1795 je laissai grener l’herbe, et le regain fut conserve pour pâturage d’hiver, En 1796 le pré fut pâturé par des chevaux et des bœufs. A tout prendre, l’état de ce pré est bon , et l’aspect de mon expérience est favorable. 11 n’y a pas eu, dans les trois ans la moindre diminution dans les gramen: pour le trèfle blanc, il a totalement disparu. La quantité de fourrage n’a pas été considérable : il n’y a pas eu la valeur d’une charretée de foin par acre. La festuque des prés est l’herbe la plus épaisse , et la plus verte ; les deux autres sont trop claires : il n’y a pas eu assez de semence pour un tel terrain. Dans la saison prochaine , je le ferai pâturer par les moutons, et je tiendrai note de la quantité que le sol nourrira. J’espère qu’en desséchant et en couvrant de fumier , j’obtiendrai un gazon bien fourni. Si j’éprouve un mécompte mes lecteurs le sauront. Le fro- mental a un vert plus vif que le pied-de-poule; mais je ne sais pas encore lequel des deux je dois préférer. HERBES DE PRÉSi l 9 VIII.* Expérience. Champ de trois acres. Assolement. Assolement. 1791 — Turneps. 92 — Turneps. 9 3 — 0r 8 e - 1794 — Herbe. 95 — Herbe. 96 — Herbe. Le sol est une bonne terre sablonneuse, sur un fond sec. Le champ rendoit 28 shel. par acre. Les deux re'coltes de turneps furent mangées sur place par les moutons. L’orge donna beaucoup, et les herbes prirent bien. J’j mis quatre bushels de fromental sur une division , deux bushels de vulpin des près sur une autre , et un bushel de festuque de près sur une troisième. En I7g4 je voulois les laisser grener , mais par une me’prise de mon agent, le prè fut fauche' pour foin. En ] 7g5 je recueillis la graine , et gardai le regain pour pâturer l’hiver. En 1796, la situation étant convenable pour un de mes voisins , déjà mon fermier, je lui louai le pré. Il est en très-bon état. Le gazon paroît devoir être aussi épais que la nature du terrain le permet. La festuque des prés est la plus belle partie : il est difficile de décider à d’oeil entre les deux autres. 30 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES IX.* EXPÉRIENCE. Champ de onze acres. Assolement. 1789 — Trèfle jauue. | 90 — Trèfle jaune. | 91 — Avoine. | 92 — Turneps. j Assolement. 1793 — Choux. g 4 — Orge. g 5 — Herbe. 96 — Herbe. Le sol est une terre ve’ge'tale sablonneuse, froide et humide avant d’avoir été desséché ; le sol inférieur, une marne argileuse. La terre est meilleure que d’autres que j’ai de'crites ci- dessus de la même manière. Elle rendoit 12 shel. par acre. Les turneps furent en partie pâture's , et en partie chariés. Les choux furent pâture's. L’orge rendit à peu-près cinq quarters par acre. Les -graines de pré prirent bien. J’y mis : 20 livres de trèfle rouge. 5 o livres de trèfle jaune. 3 o livres de trèfle blanc. 4 o livres de plantain. i 5 bushels de pied-de-poule. 18 bushels de fromental. 11 bushels de vulpin des prés. 3 bushels de festuque des prés. Le trèfle rouge ne fut semé qu’avec le pied- de-poule sur trois acres. Le plantain , les trèfles blanc et jaune, furent semés sur tout le champ : les autres graines dans des divisions séparées. HERBES DE PRÉS. 21 En 1796 et g6, je laissai tout grener. J’avois encore un espace considérable à semer , et j’avois besoin de graine , outre ce quç j’avois fait ramasser à la main. La recolle de 179^ , avant de battre la graine , n’étoit pas d’une charretée par acre : en 1796, elle passa une charretee. Le regain fut conserve la première anne'e, en partie pour l’automne, et en partie pour l’hiver, la seconde anne’e il fut conserve en entier pour pâturage d’hiver. Ce pre' est dans un état qui promet. Il n’est pas partout aussi épais que je le souhaiterois ; mais je ne doute presque pas qu’il ne se gazonne complètement par le pâturage des moutons. Le trèfle est presque usé , et le pied-de-poule le remplace. X. e Expérience, Champ de trois acres. Assolement. Assolement. 1791 — Turneps. | 1794 — Turneps et colza. 92 — Fèves. 1 g 5 — Avoine et herbe. g 3 — Blé. J 96 — Herbe. Le sol est une bonne terre sur une couche de marne, le terrain n’est ni sec , ni humide , excepté une place qui a été desséchée par des coulisses. J’aurai quelque chose à remarquer 23 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES ailleurs sur ce singulier assolement. Je n’indique dans ce moment la succession des récoltés que pour montrer au lecteur jusqu’à quel point chaque champ a été favorisé. Car si un semis de graines de prés manque après un assolement vicieux, la faute peut en être à celui-ci, et non à la qualité des plantes semées. Le colza semé en I7g4 fut mis en terre au commencement de Juillet. C’étoit une expérience que je hasardois sans avoir aucune idée du résultat. Je semai quatre bushels de fro- mental en même tems. Us levèrent très-bién. Le colza fut pâturé l’hiver par les moutons , et l’année suivante le fromental le fut de même, pour tuer le colza en le broutant. Cela réussit, et maintenant le gazon est aussi serré que la quantité de semence employée le comporte. Ceci est un fait qui a son importance, car dans certains cas , le procédé pourroit être fort avantageux. u'< Dans le reste de la pièce , le fromental fut semé avec l’avoine et réussit. Le pré est actuellement affermé , avec faculté de le rompre ; mais celui qui l’occupe l’a fait pâturer en 1796. HERBES DE PRÉS. s5 XI.* Expérience. Champ de trois, acres. Assolement* 17 Q 1 — Labouré à la bêche. 92 — Patates. g3 — Patates. g4 — Avoine. Assolement. 1 7tj5 —Jachère jusqu’au commencement d’août, puis se- mé en g6 — Herbe. Le sol est une terre stérile , froide, humide sur une couche de glaise et de marne argileuse. Je n’y semai que la festuque des pre’s, à raison de quatre bushels et trois quarts par acre. Elle réussit bien , et fut fauchée pour graine en 1796. Le regain , conservé pour pâturage d’hiver, est très^épais et très-beau. XII.* Expérience. Champ de dix acres. Assolement. *788 — Jachère. 89 — Blé. < go — Trèfle rouge et jaune, gi — De même. Assolement. 1792 — Avoine. g.3 — Choux. g4 — Avoine. g5- ; — Herbe. g6 —. Herbe. Le sol est une terre sablonneuse froide, bien desséchée sur une marne argileuse. Les graines de prés furent : 5o liv. de trèflç rouge ; 5o liv. de trèfle jaune ; 4o liv. de plantain ; 5o liv. de trèfle blanc, et deux bushels de chicorée. . 24 EXI’ÉKIENCES sur quelques La pièce a e'te' pâturée par des chevaux et des bœufs en 1796 et 96. Toutes les plantes subsistent encore en leur entier, même le trèflo blanc. Il y a passab lement de chacune, et abondamment de chicorée. XIII. 6 Expérience. Champi de dix ans. Assolement. 1780 — Vesces. 81 — Orge. ' 82 — Patates. 83 — Blé. 84 — Fèves. 85 — Blé. 86 — Expériences sur diverses réédités sarclées» 87 — Orge. Assolement. | 1788 — Trèfle ronge et jaune. 89 — De même. 90 — Blé. 91 — Vesces. 92 — Blé. g3 — Choux. g4 — Avoine. 96 — Herbe. 96 — Herbe. La terre est sablonneuse , de peu de fond , sur une couche de terre à briques, puis nue marne argileuse au-dessous. La pièce a été desse'che'e par des sillons bombe's. Les graines de près furent: neuf bushels de houque laineuse {holcuèlanatus) de Tforkshire; 80 liv de plantain , -et 5 j liv. de trèfle blanc sur toute la pièce. Je mis quatre bushels de pimprenelle là où il n’y avoit point de houque. En 1795 je fis pâturer la pièce par des bœufs el des chevaux, et en automne par des moutons. HERBES HE PRÈS. 25 En 1796 je laissai l’herbe sur pied pour la faire consommer l’hiver par les moutons , sur place. La seule observation que j’aie à faire c’est que les trois acres de houque surpassent de beaucoup le reste de la pièce , et donnent au moins le double. Comme les moutons s’accommodent bien, dit-on, de cette plante, elle promet beaucoup plus que le reste. Je rendrai compte de la suite de l’expèrience en son tems. Le pre' sera charge' de moutons en 1797. XlV. e Expérience. Champ de seize acres. Assolement. 1784 — Blé. 85 — Turneps. 8(> — Orge. 87 — Fèves. 88 — Blé et turneps après. 89 — Turneps. 90 — Orge. Assolement. 1791 — Trèfle. 92 — Blé. g 3 — Vesces et ‘ Turneps après. — Turneps. 9 5 — ° r g c - 96 — Herbe. La terre est bonne, sablonneuse , sèche ; la couche inferieure une terre graveleuse. La pièce se louolt 20 sliel. l’acre. v Les graines de près furent : 7 ~ busbels de pimprenelle sur 8 I acres.' î 6 5 bushels de pied-de-poule sur 2 acres. 27 5 bushels de fioinental sur 5 acres. s6 expériences sur quelques 64 livres de plantain. 72 livres de trèfle blanc. S bushels de melilot de Sibérie et de chicorée sur un demi-acre. [ La graine de melilot étoit trop -vieille. ] En 1796 je fis couper ce pré pour foin. Il rendit un tun ( une charrette ) par acre. Le regain resta pour pâturage d’hiver. Il est très- épais et très-beau. Je rends compte de cette expérience , non pour son intérêt présent , mais pour celui qu’elle aura dans une époque à venir. Dans -le même clntmp , je semai aussi quelques perches carrées d’achillea - mille- folium (yarrow ) et quelques perches de trèfle tacheté ( spotted trefoil ), Ce dernier est très- productif. U achillea promet beaucoup. i XV." Expérience. ... !. ' • 1 Champ’ de quatre 1 'acres. 1 Assolement . 1 Assolement. 1784 — Turneps. 85 — Carottes. 8G — Avoine. 87 — Trèfle rouge et jaune. 88 — De même. 8g — Ayoine. 1700 — Vesces. gi — Blé. ga — Fèves. g 3 — Blé. g 4 — Turneps. g 5 — Orge. q6 — Herbe. .1 .1 1 La terre est profonde, sèche, sablonneuse, sur une couche graveleuse. HERBES DE PRÉS. ■ 27 Les graines de pre' furent : deux bushels de houque laineuse (yorishire white), 17 livres de trèfle blanc, deux bushels de persil. Je fis pâturer la pièce en 1796, par les moutons , mais le persil e'tant d’une végétation lente, l’herbe e'toit trop haute avant qu’on y fît entrer les moutons , ce qui a nui pour le reste de la saison ; en sorte que ce pre' n’a nourri que quatre moutons par acre. Je suis en doute sur l’utilité du persil, d’après cette première anne'e , car cette terre devroit maintenir sept à huit bêtes à laine par acre. L’année prochaine j’y verrai plus clair. «I XVI.” E x r i r x e N 0 E. Champ de dix acres. Assolement. 1 .a.7 89 — Yesces. 1 90 — Choux. 91 — Orge. g2 — Yesces. Assolement. 1793 — Blé. 94 - Turrieps. g 5 — Avoine. 96 — Herbe. Environ cinq acres de la pièce sont une terre sablonneuse , humide , sur un fond de marne : le reste est plus sec , sur un fond de gravier. Les graines de pré furent : quinze bushels de fromental sur deux acres de la partie humide ; huit bushels de pimprenede sur huit acres, et trente-deux livres de trèfle jaune. ' En 1796, je fis faucher partie dp pré en foin. \ ■, '-i 't* V7~ r 28 EXPERIENCES SUR QUELQUES La recolle fit une charrete'e par acre. Je gardai le frotuental pour graine , et une partie de la pitnprenelle. Le regain que je garde pour l’hiver promet beaucoup. XVII.* Expérience. Champ de onze acres. Assolement. 1780 — Carottes et patates. 81 — Blé et orge. 82 — Vesces. 83 — Choux. 84 — Orge. 85 — Trèfle. 86 — Blé. 87 — Turneps. 88 — Orge. Assolement. 1789 — Trèfle rouge et jaune, go — De même. 91 — Blé. 92 — Vesces. r 9.3 — Blé. g4 — Choux. g5 — Orge. 96 — Herbe sur la moitié, avoine sur l’autre. La terre est en partie argileuse et bonne sur un fond de marne argileuse : le reste est une terre graveleuse , sur un fond sec. Les graines de pre' furent : i5 bushels de fromental sur 2 acres. 3 5 bushels de pimprenclle sur 3 3 acres. 20 livres,de plantain sur 5 3 acres. 22 3 livres de trèfle blanc sur les mêmes 5 5 acres. ho livres de plialaris des prés ( timotby grass ) sur 5 3 acres. Celte dernière avoit e’te envoye'e d’Amerique au de'partement d’Agriçuhure. Il n’en leva pas HERBES DE PRÉS. 2 9 «ne plante. Cela me dérangea beaucoup. Je fus oblige de semer de l’avoine une seconde fois pour y mettre de la chicore'e que je craignois qui ne pût se garder davantage , et en même tems 43 busbels de fromental. La partie sur laquelle les graines réussirent fut fauche'e pouf foin , et produisit environ les trois quarts d’un tun de foin par acre. Il 11e faut pas perdre de vue que la pimprenelle est une plante qui donne très-peu de foin. Le regain fut conserve' pour pâturage d’hiver. Je ne rendrai pas compte ici de mes expériences de 1796. Je semai cette année-là environ cinquante acres en graines de prés. Entr’autres une pièce en achillea millefolium et une autre en cynosure ( cynosurus cristatus ). L’année ne fut pas aussi favorable aux semailles des prés que les précédentes , en sorte que je ne sais encore qu’augurer du succès des diverses plantes ; mais j’aurai soin de rendre compte des résultats. Observations. Le première remarque que je ferai sur mes expériences , c’est que j’ai donné précisément les mêmes soins à toutes les plantes. Les asso- lernens préparatoires ont été corrects $ et même 5o EXPERIENCES SUR QUELQUES quelques-uns d’entr’eux extrêmementsoignés,* puisque j’ai fait succe'der deux récoltés sarcle'es pour que la terre fût aussi nette que cela pou- voit de'pendre de ce genre de pre'paration. Je dois ajouter aussi que j’ai fume' abondamment pour ces récoltés. Deux circonstances m’ont fortement engagé à essayer en grand cette culture des plantes de pre’s. Premièrement, l’idée où je suis des profits que les moutons peuvent donner. Secondement, l’obligation où je me trouve de m’absenter souvent de ma ferme pour suivre le département d’Agriculture. Les prés, quel qu’en soit l’usage, n’exigent pas autant la présence du propriétaire que les grains ; et je n’aurois pas pu faire sur ceux-ci des expériences également exactes. J’ai toujours eu le désir de rendre ma culture aussi expérimentale que ma situation pouvoit le permettre ; car un esprit actif ne sauroit se contenter de la routine ordinaire sur une étendue de terrain un peu considérable, sans essayer jamais de tirer de ses épreuves quelques informations utiles au public. Je ne pourrois pas soutenir des expériences trop étendues et trop hasardeuses; mais tous ceux qui ont à cœur les progrès de l’art, doivent disposer la culture de leur ferme de manière à ajouter aux con- noissances acquises, autant que cela est conci* liabje avec leur position. HERBES DE 5l Recueillir les graines à la main pour établir peu-à-peu la culture de certaines plantes, est un ouvrage lent et dispendieux ; mais non pas au point de ne pouvoir fournir un dédommagement raisonnable, pour peu que l’opération réussisse. Le lecteur a vu que mon grand objet étoit le pâturage des moulons , saris quoi je n’aurois employé ni le fromental , ni le pied-de-poule, ni Yachillea. Ces plantes sont très-grossières lorsqu’on les laisse s’élever ; mais lorsqu’on les tient basses , elles repoussent bien , et les montons les aiment. Il faut remarquer que quoique les profits des prés , tels que j’en a rendu compte , ne soient pas aussi considérables que ceux des grains dans les bonnes terres , cependant ces profils ne sont pas inférieurs à ceux que donneroient des grains dans des terrains froids et stériles, même en supposant la résidence et les soins d’un fermier, et cependant, je, rapporte ceci à des plantes qui n’ont point assez de durée sur ces terrains , et que j’ai maintenant abandonnées. C’est dans les terres sèches que les opérations de la charrue donnent du profit. Les terres stériles , humides , sur lesquelles les turneps et les choux demandent beaucoup de fumier et ne peuvent être consommés sur place sans in- 32 EXPERIENCES SUR QUELQUES conve’nient, les terres où l’on est souvent embarrasse' pour semer des graines de prîntems lorsque la saison est humide, sont peu avantageuses au fermier. Je n’ai jamais connu qu’un fermier , ( et celui - ci etoit singulièrement favorise' par le nombre et la force de ses enfans) qui ait réussi à vivre dans quelque aisance , avec une ferme compose'e de terres de celte espèce. Mettre celles-ci en près naturels, seroit probablement l’arqélioration la plus sûre dont elles fussent susceptibles ; et si l’on peut trouver des plantes qui se soutiennent et s’é- paississent par le parcours des moutons , je pense qu’on pourroit augmenter graduellement le nombre de ceux-ci sur une étendue donne'e de ces terres. Or , dans cette supposition , l’on obtiendroit l’amélioration aux termes les plus avantageux. Mon objet est d’acquérir des pâturages per- manens pour les moutons ; mais quand il seroit différent, et quand j’aurois en vue d’alterner mes champs, le but ne seroit pas d’une moindre importance. La plainte générale de tous les fermiers, quelles que soient leurs terres, c’est que le gazon de leurs prairies s’éclaircit promptement. En Norfolk , et dans notre province , où l’on sème , sur des terrains secs, un mélange de trèlle cl de ray-grass qui doit • durer HERBES DE PRÉS. 33 durer deux ou trois ans , il est très-commun d’entendre se plaindre dès la première, anne'e que l’herbe est claire. Mais dans les terres qui demandent d’étre quelques anne'es sans porter des grains , et qui exigeroient plus de fumier que n’en comportent les moyens du cultivateur , celui-ci laisseroit volontiers subsister ses prés pendant quatre ou cinq ans, s’ils étoientbons. Cinq ans de prairie suffiroient sur un sol quelconque pour le remettre , et pour assurer une succession convenable de grains. Ce qui fait que l’on n’a pas recours à cette utile économie , c’est qu’on manque d’herbes qui durent. Dans cette vue ils conviendroit certainement de remplacer le trèfle à fleurs rouges et le trèfle à fleurs jaunes, par la chicorée, et de semer avec celle-ci, pour garnir les intervalles, du fromenta), du pied-de-poule, ou de la fesluque des prés, aulieu de ray-grass. J’ai lieu de penser, d’après le résultat de l’expérience n.° 1 , que ce changement mettroit le fermier en état de conserver son terrain en pré assez long-tems pour améliorer le sol, et s’assurer de bonnes récoltes de grains. Mais dans tous les systèmes de culture semblables, je regarde comme essentiel, lorsqu’on a une ferme enclose , de ne pas parquer les «joutons. Le parc fait non-seulement sacrifier .Tome 6. Ç 34 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES une pièce du domaine à une autre pièce , ce qui a déjà de l’inconve'nient ; mais cette méthode diminue considérablement le nombre des moutons que l’on peut tenir , ce qui nuit à l’amendement des terres de la ferme , considérée dans son ensemble. Le 'résultat de ces expériences , combiné avec l’avantage que j’ai éprouvé, en améliorant sensiblement par le parcours des moutons, de vieilles pâtures détruites, démontre que lorsque les communaux seront enclos, il ne sera point nécessaire de les rompre pour en tirer parti. Le profit qu’ils pourront donner par le pâturage des moutons, sur le plan que j’indique , est très-considérable. J’ai de vieilles pâtures qui éloient affermées à raison de douze shellings l’acre, et qui ne valoient pas plus: après cinq ans de parcours des moutons, elles nourrissent sept bêtes à laine par acre , et peut-être plus. Or, à trois pence par semaine, pour trente semaines , c’est 2 liv. sterl. 12 shel. 6 den. par acre, sans autre frais que la rente, la dîme, la taxe des pauvres et la clôture. En évaluant ces dépenses à 2g shel. 6 den. , ce seroit encore 3 o shel. par acre pour le fermier, c’est - à - dire , plus , j’en suis couvaincu , qu’aucun assolement où il entre des grains , ne puisse donner. Cela démontre qu’en chargeant HERBES DE PRÉS. 55 les pâturages de bêtes à laine , pendant cinq ans , j’ai réussi à e'iever beaucoup la rente de la terre. Je prie les partisans du système du parc sur les terres encloses , de bien examiner ce fait, et ils concevront, je pense , quelques doutes sur les profits d’une méthode dans laquelle on achète chèrement les bénéfices. Je les prie aussi de considérer combien il importe de se procurer des herbes de prés qui nous permettent de convertir des champs stériles en pâturages, et de nourrir une telle quantité de bêtes à laine. Si une des plantes que j’ai maintenant en expérience me donne ce résultat, je regarderai son introduction dans notre agriculture comme un objet du plus grand intérêt. J’ai rompu cette année un pré de trois ans, presque usé , et qui m’a donné une récolte d’avoine infiniment plus considérable que cette terre n’en avoit fourni depuis cinquante ans. Cette récolte e'toit plus que double des récoltes ordinaires du même champ. Le grain n’étant pas encore battu, je ne puis parler de son produit; mais ce fait me paroît confirmer l’opinion de plusieurs cultivateurs habiles, qui disent que rien ne remet plus sûrement les terres usées et stériles que de les charger de moutons pendant quelques années , pourvu que l’on ne parque point les troupeaux hors du terrain sur 56 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES lequel ils pâturent. Suivre un système dans lequel l'amélioration s’accumule sans cesse , et dans lequel chaque année ajoute à la Capacité du terrain pour produire des grains , c’est augmenter aussi chaque année la rente des prés , quoique cette augmentation ne puisse pas s’estimer aisément à tant par acre. Je ne me suis pas exprimé avec confiance sur ce que j’attends de mes expériences. Elles ne sont point terminées. La nécessité de se procurer des graines a occasionné un délai de deux ans. L’année prochaine je saurai à quoi m’en tenir pour plusieurs de mes champs. Les bénéfices sur lesquels j’ai insisté jusqu’ici sont ceux que l’on se procure , même en cultivant des plantes qui déclinent après un an ou deux, et qui font place à la plus méchante herbe que je connoisse, Yctgrostis stolonifera. Malgré les difficultés qui naissent de la disposition du terrain à produire cette plante , j’ai maintenant dix acres en pied-de-poule, dix-huit acres en fromental, quatre en vulpin des prés, sept en liouque , dix en fesluque des prés, un ei demi' en achillea , et un en cynosure. Les pièces ont reçu la quantité de semence nécessaire pour que je puisse m’assurer du mérite de chaque plante. J’ai outre cela plusieurs autres pièces dans lesquels la semence n’a pas été HERBES DE PRÉS. 37 semée suffisamment épais'pour que je puisse tirer de i’expérience des conclusions satisfaisantes. Je mettrai en pre’s de nouveaux champs au mois d’Àoût prochain , et d’autres encore au printerns suivant ; car il faut rompre successivement ceux qui s’usent. Je regrette que les expériences dans cette partie de ^agriculture soient si rares. J’ai été obligé de tâtonner mon chemin dans l’obscurité pendant des années, par défaut d’informations qu’on puisse trouver dans les livres : quand je dis informations , j’entends des expériences faites avec exactitude (1) 5 car rien n’est plus inutile que les recommandations d’un écrivain sur ce qu’il ne fait pas lui-même. Quel est le cultivateur-pratique qui peut donner un moment d’attention à un visionnaire, recommandant de son cabinet des expériences qu’il n’a jamais faites? Que ces recommandations aient ou n’aient pas pour objet des pratiques qui puissent réussir , elles sont également impertinentes, et surtout lorsqu’on s’en fait un titre à l’invention. Le public a beaucoup d’obligations à Mr. Stillingfleet pour diverses observa- (1) Je devrois avoir observé ailleurs que M. Ecclesloa, >de Lancasbire, a semé avec succès du colza avec des graines de prés. [A.] 38 EXPÉRIENCES SUR QUELQUES lions importantes. On en a davantage encore à Mr. Majendie pour ses expériences ; et au célébré botaniste Mr. Curtis , dont le Traité sur les plantes des prés prouve qu’il sait employer sa science en botanique au profit des cultivateurs. Je me suis occupé encore de plusieurs autres plantes. J’ai fait des expériences sur le lathyrus pratensis, mais elles ont toujours manqué : la graine a rarement germé. Comme plante bisannuelle , le melilot de Sibérie mérite attention. J’ai fait plusieurs expériences sur cette plante 5 et si mes terres e'toient assez sèches, j’essayerois le melilot commun pour les moutons. Des expériences de cette nature demandent beaucoup de tems, car on ne peut guères prononcer qu’aptes quatre ou cinq ans , à compter du moment où l’on sème; et il y a d’autres recherches liées à celles-là qui demandent plus de tems encore. Les deux prés de vulpin et de fromental de l’expérience n.° 1 , ont déjà duré sept ans depuis le moment de la semaille. Je les conserve sans les rompre , pour m’assurer du résultat final, ' Ceux qui s’engagent dans des expériences de cette nature , doivent suivre leur objet avec Une constance inébranlable , sans chercher à HERPES T)E PRÉS. 5 <} modifier l’apparence de leurs champs sur les ide'es des ignorans. Mes voisins , tout comme les e'trangers curieux, ont souvent regardé mes prés avec mépris , en observant qu’il auroit fallu les rompre plus tôt. Mais mon objet n’étoit pas d’avoir un pré de deux ou trois ans : je cherehois à m’assurer une durée plus considérable. Si l’on ne vise qu’à une durée de deux ou trois ans , je ne connois rien qui surpasse , et même qui égale la chicorée ; et je soupçonne qu’on pourroit obtenir un pâturage permanent en semant, avec la chicorée , d’autres plantes qui gagneroient à mesure que la chicorée passeroit. On se trompe nécessairement lorsqu’on prétend juger d’une pièce sans connoître l’intention du cultivateur; et celui-ci n’entend guères les expériences , s’il ne sait pas faire servir aux progrès de l’art celles qui ne réussissent point. Arthur Yoüno. 4o CORRESPONDANCE. Garchy, près Pouilly (Nièvre), le 20 thermidor, an Y. Messieurs, T J A note relative à la chicore'e sauvage, con- side're'e comme prairie artificielle , que vous avez inse’re'e dans votre collection , tom. V, page 217 , me décidé à vous communiquer quelques expériences que j’ai faites. Au com- m ncement de floréal , an IV, j’ai rendu compte de quelques essais sur cette plante ( Feuille du Cultivateur, tom. VI, pag. ibq ) : il en résulté que , circonstances égalés , dans le canton que j’habite, la chicorée est moins pre'coce que la luzerne, et je puis ajouter actuellement moins productive. La continuation de l’expérience me confirme ce que je pensois alors, c’est que la plante doit réussir davantage dans un pays dont l’atmosphère est habituellement humide, comme l’Angleterre, que dans les climats secs qui composent la grande majorité de la France. J’annonçois alors que j’en avois semé avec du trèfle pour observer , dans ce mélange , si la chicorée pourroit peut-être en balancer l’effet quelquefois dangereux. Ma prairie a bien levé, le trèfle éloit beau, mais gêné par l’expansion CORRESPONDANCE. Âl' Horizontale des feuilles de la chicorée. Cette circonstance et l’état de^ de’pe’rissement de mes chevaux , cause' par des foins qui avoient e’te' inondés, me décidèrent ce printems à leur abandonner cette prairie pour pacage 5 bientôt ils se sont rétablis, mais ils ont mange' le tVèfle et laissé la chicorée j les vaches les ont suivis , elles ont brouté les^restes des chevaux , sans toucher à la chicorée qui montoit en fleurs : mes bêtes à laine espagnoles ont suivi et ont mangé quelques-unes des tiges en fleurs*} mais de loin en loin , tandis qu’elles recherchoient avidement les feuilles éparses du trèfle. Voilà donc une succession d’animaux qui n’ont aucun goût pour la chicorée , et si Cretté Palluel a vu ses bestiaux la dévorer, c’est à l’étable où aucune autre plante ne s’offroit à la comparaison ; en effet, je l’ai fait manger aux vaches de cette manière. Cependant je ne renonce pas absolument à la chicorée ; ses qualités médicales peuvent la rendre avantageuse au printems, saison où tous les animaux souffrent plus ou moins: je vais encore varier mes essais pour combiner cet avantage avec celui du produit. ' Permettez-moi de finir cette lettre par quelques observations sur vos articles d’Agriculture. Autant les François adoptent avidement les . • ! t i x* 42 CORRESPONDANCE, pratiques étrangères , autant les Anglois ont la manie de blâmer ce qui n’est pas invente’ par eux. L’iuhabitude de notre langue est, pour beaucoup d’agronomes Anglois , une raison suffisante pour déprimer leurs rivaux en France ; mais il seroit à de’sirer que vous, qui formez un point interme’diaire entr’eux et nous , vous fissiez connoître dans votre collection , l’injustice de leurs sarcasmes très-multiplie’s , et l’identité des travaux chez les deux nations. Jlozier , qu’ils ne se donnent pas la peine de citer, a fait les articles Alterner et Agriculture de son Dictionnaire , dans un tems où l’on ne pensoit guères aux ouvrages d’Arthur Young. L’observation que je vous fais est venue à l’esprit de plusieurs personnes * et je m’empresse de vous la communiquer ; votre entreprise est trop inle’ressante pour qu’on ne désire pas de la voir tendre à sa perfection, etc. L. Reynier. NB. J’ouvre en ce moment l’Encyclopédie Méthodique, division d’Agriculture , article Chicorée , où le C. Tessier annonce des résultats pareillement désavantageux dans les expériences qu’il a faites sur cette plante. Observations du Rédacteur. * Sans prétendre justifier ce que la jalousie CORRESPONDANCE, 43 nationale peut avoir dicte’ d’exagéré ou d’injuste à quelques agronomes Anglois , j’observerai que le ton du sarcasme sur les me’thodes de culture étrangères à leur pays, n’est pas ordinaire à ces e'erivains : ils cherchent, en ge’ne'ral, à prendre le bon partout où il se trouve ; mais ils ne sauroient reconnoître Videnlitè des travaux chez les deux nations, car cette identité n’existe pas. Si l’on met à part les productions qui sont particulières à la France , il n’y a aucune comparaison entre les ressources que l’art sait tirer d’une même étendue de terrain , de même qualité, dans les deux pays. Le nombre des bestiaux nourris , et la quantité de grains produits sont de beaucoup à l’avantage de la culture angloise. L’abbé Rozier(qui, au reste, n’a commencé son estimable ouvrage que onze ans après la publication de celui qui a fondé la réputation d’Arthur Young ) a donné, dans son article alterner, des idées sages, mais fort incomplètes , si on les compare à l’ensemble de la partie des assolemens, bien entendue. On doit regretter qu’un si bon esprit n’ait pas été exempt des préventions qui tiennent aux rivalités nationales , il se seroit rendu tout autrement utile s’il eût étudié en Angleterre cette branche essentielle de l’art. (Août 1797.) 44 De la Chicorée, par M. Martin de Jansor. ( Annales d’A rthur Young.) J’ai reçu votre lettre du 17. Je suis fâche de ne pas pouvoir vous donner des informations suffisantes sur la chicore'e. Ce que je sais est à votre service. II y a environ six ans que je reçus diverses graines , que m’envoyoit Mr. Walscott , aujourd’hui membre du departement d’agriculture. Il me les envoyoit de Londres. Il y ayoit plusieurs espèces de turneps , des rutabagas , et un peu de chicore’e. Je n’avois jamais vu de graine de celle-ci, et comme il n’y avoit point de direction avec l’envoi , je ne savois pas quel en étoit l’usage. J’en semai dans un carreau de jardin. Les plantes devinrent très-belles. J’en donnai aux chevaux , ttux moutons et aux cochons. Tous ces animaux mangèrent cette chicorée avec empressement. Elle recroissoit très - promptement après avoir été coupée j et je la coupai trois fois dans l’été. Au printems suivant , elle recrut aussi promptement que l’année précédente. Je ne la coupai point, mais la laissai j 45 DE EA CHICOIlÉE. grener pour en ressemer en plein champ. L’année suivante , contre mon attente , cette chicorée qui avoit porté de la graine , repoussa, mais non pas aussi fortement que l’année précédente. Je vis ensuite dans vos annales ce que va- loit la chicorée , et je réussis à m’en procurer encore de la graine , pour semer un acre et demi avec le semoir de Cook , les lignes à^12 pouces, sur un terrain préparé comme pour les turneps. Elle eut un accroissement très-rapide. Six semaines après avoir levé , elle fut assez haute pour être coupée pour le'gros bétail. En automne , je la fis pâturer aux moutons. Je fus de plus en plus convaincu de l’utilité de cette plante j et je laissai grener , l’année suivante , cette pièce d’un acre et demi. J’en tirai, dans l’été de 1795, près de quatre quintaux de bonne graine. L’année suivante , la pièce ne fut pas aussi belle , apparemment parce que je l’avois laisse' grener l’année précédente. Comme j’avois beaucoup de graine, j’en semai, à raison de 6 liv. par acre , un champ de 5 acres, immédiatement après y avoir recueilli de l’orge. Je la semai à la volée , et l’enterrai à la herse. La pluie vint , et ma chicorée leva très-bien. Au printems suivant, BE üA CHICORÉE. 46 je la fis pâturer par des antenois , et des brebis qui n’avoient pas porte’. Trente-deux bêtes s’y entretinrent jusqu’à la fin de Novembre , époque à laquelle elles auroient été bonnes pour le bouclier , si leur destination avoit ete celle-là. Les antenoises êtoient grasses : c’e'toit la race de New-Leicester ou Dishley. Mr. Iioneybourn , de Dishley, vint me voir en Juin 1796 , et vit ce troupeau sur la chicore’e. Il le jugea en meilleur état que les bêtes ^e même âge , qu’il avoit ; et en conse'quence il voulut avoir de la chicorée; et je lui en vendis de la graine. J’aurois pu mettre un plus grand nombre de bêtes sur cette étendue de terrain; mais comme c’éloit un lot de brebis choisies, je ne voulus pas courir de risque , en y admettant d’autres animaux. J’aurois mieux aimé qu’il m’en coulât 5 o L’. sterl, de plus en nourriture, que de risquer quelque contagion lâcheuse. Le champ dont je parle étoit une glaise riche. Cette année ( 1797) je l’ai labouré pour vérifier si en semant du grain de printems après la chicorée , on tue aisément celle-ci. Je ne le crois pas ; et dans ce cas elle nuiroit à la récolte suivante. Il y a une chose qui me paroîl évidente en faveur de la chicorée , c’est qu’elle fait un excellent pâturage d’été pour DE DA CHICORÉE. 4y les troupeaux d’élèves , soit mêle'e de trèfle , soit seule ; et que dans les terres sèches et les étés brui ans , elle doit être plus précieuse encore, à cause de sa racine pivotante qui lui fait tirer l’humidité de très-bas. Elle peut soutenir d’être broutée raz , sans risquer de soulïrir de la sécheresse : je crois même qu’il lui convient d’être toujours broutée raz. Je ne pense pas que la chicorée convînt également pour les bêtes à cornes , en supposant le pâturage ; parce que pour le gros bétail, il faut beaucoup de substance. Il faudroit laisser croître la plante un peu haut avant d’y mettre les bestiaux ; et alors les tiges deviendroient dures. Je crois d’ailleurs que sa végétation forte nuiroil à toutes les herbes de prés qu’on pourroil lui associer. De toutes les graines de turneps que j’avois reçues , aucune ne mérite d’être mentionnée que celle du rutabaga. Ceux qui sont en position de cultiver les turneps ne devroient jamais être sans cette espèce. Leurs premiers déve- loppemens sont très-lents , ce qui les expose plus long-tems aux pucerons que les autres espèoes de turneps ; mais on peut les semer dès la fin de Mai jusqu’au milieu de Juillet , avec espérance de succès. Ceux qui sont semés de bonne heure ne sont jamais endommagés 48 DE LA CHICORÉÉ.- par les premières gele'es de l’automne ; et leur récolte a bien plus de prix que celle des plus tardifs , parce qu’elle est plus conside'rable. Les rutabaga, d’ailleurs, ne deviennent point, comme les turneps, aqueux et Ie'gers au prin- tems : j’ai vu des moutons qui avoient dépe'ri par les turneps , et que les rutabaga faisoient prospe'rer : l’anne'e dernière j’ai vu des troupeaux manger des rutabaga jusqu’au quatre Mai, et prospe'rer , autant qu’il est possible. J’ignore combien de tems encore on auroit pu leur en faire manger, mais probablement on auroit pu prolonger leur usage de quelques semaines , car ces racines e'toient aussi fermes que jamais. 4 9 DU SAINFOIN. ( Annales d’ Arthur Young. ) f 'l V^ETTE plante mérite beaucoup d’attention de la part du fermier intelligent. Elle a été introduite en Angleterre à peu près en même teins que la luzerne ; mais elle y a fait bien plus de fortune. La luzerne, est encore consi- de're'e , en quelque sorte , comme une plante exotique , au lieu que le sainfoin entre dans l’agriculture de la plupart des provinces. Le sainfoin est plus délicat|Sur le choix du terrain qu’on lui destine qu’aucune autre plante de prés cultivée en Angleterre (1). Il ne réussit jamais mieux que sur une terre sèche , qui repose sur une roche calcaire , ou sur de la craie. Quelque mince que soit la couche végétale , la plante y prospère. Il en a résulté le préjugé qu’il falloit qu’une couche de terre fût mince pour que le sainfoin y réussît bien : mais il est certain qu’un terrain profond, ( 1 ) Cette assertion paroît bien étrange à, ceux qui savent que le sainfoin ou esparcette réussit dans tous les terrains quelconques, pourvu que sa racine n’atteigne pas une couehe de terre habituellement pénétrée d’eau. Tome 6. D DU SAINFOIN. t 5o fût-il graveleux , en donne des récoltes superbes. Ce qu’il y a néanmoins de très-remarquable en faveur de cette plante , c’est que sa culture convertit en terrains de 12 , i5 et 20 sbellings de rente par acre , des terres qui auparavant n’auroient pas pu s’affermer plus de 2 ou 3, ou peut-être d’un seul sbel. l’acre. Dar^s les Pf^ôlds du Yorkshire ( hauteurs crayeuses et stériles ) le chevalier Striciland a changé ses terrains qui rendoient 2 sliel. 6 d. en terres qu’il afferme 25 shellings. Le chevalier Leg'ard a trouvé que le sainfoin étoit plus nourrissant et plus savoureux dans Les mauvais terrains que dans les bons. Le général St. Léger a fait rendre à ses terres, au moyen de cette plante , 25 shellings au lieu de 5. — Dans le Herefordshirc , on trouve qüe le sainfoin prospère dans les terres profondes 'pourvu qu’elles soient sèches ; et Mn Chayton de 1 Harleford a éprouvé que les récoltes étoient plus belles sur un sol de six pieds de terre végétale que sur un sol qui n’en avoit que six pouces' ( 1 ). 1 (1) Cela n’est pas fort miraculeux. Pour qu’il en fàt autrement, ilfaudt-oit que lés lois h y a ; plus de cinquante ans (1) que les pommer de terre sont cultivées en Angleterre au grand avantage du public'; mais on est encore dans l’incertitude sur un très - grand nombre de détails relatifs à cette culture. Le principal objet de ce qu’on va lire est de dissiper cette incertitude à quelques égards. C’est un grand sujet de doute parmi les fermiers s’il est plus profitable de planter de petites pommes de terre sans les partager, oü d’employer pour semence des tranches de «rosses pommes de terre. Chacun affirme que sa méthode est la meilleure , mais lorsqu’on compte les avis on voit que leur nombre se balance à peu de choses près. Si l’on s’informe (i) Ceci a été écrit en 1778. des POMMES DE T EURE.' 65 des raisons qui fondent les opinions , on ne trouve que les conjectures d’une théorie vague; car je n’ai pas connoissance d’un seul exemple d’expériences comparatives faites dans le but de constater les faits- La culture de celte plante n’est devenue l’objet particulier de mon attention que depuis peu; et ce n’est qu’en 1776 que je fis la première expérience comparative sur cet objet. Première expérience. ' Le 26 Avril 1776 je plantai quatre lignes de pommes de terre sans fumier , dans un jardin. La partie du terrain en expérience étoit toute de même nature. Les quatre lignes étoient placées à côté les unes des autres, à distances égales ; d’autres pommes de terre étoient plantées à la même distance en dehors des lignes extérieures, pour rendre les circonstances aussi semblables que possible entre les quatre lignes de l’expérience. Ces quatre lignes étoient plantées comme suit : 1. * re Ligne. Petites pommes de terre entières. 2. ' me Ligne. Pommes de terre un peu plus grosses coupées en deux parties égales. 3 . cm ° Ligne. Morceau de l’extrémité la plus large avec un œil. Tome 6. E J 66 EXPÉRIENCES SUR LES 4 /"* Ligne. Morceau de l’extrémité la plus e'troite, avec un œil. Pour faire comprendre cette dernière partie de l’expe'rience, il faut observer que l’espèce de pommes de terre que j’employois est celle qu’on nomme white kidney (kidney blanche). •—Le tubercule est d’une forme ovale, un peu applatie , et sensiblement plus grosse à un bout qu’à l’autre. Sa couleur est d’un blanc jaunâtre, sans mélange de rouge. Le cordon ombilical par lequel elle adhère à la tige , est attaché à l’extrémité la plus épaisse j et les yeux sont beaucoup plus distans les uns des autres à cette extrémité qu’à l’autre ; de manière que chaque morceau pourvu d’un œil, et coupé à l’extrémité la plus étroite du tubercule étoit nécessairement beaucoup plus petit que les morceaux coupés au gros bout , et pourvus également d’un œil. Les plantes furent maintenues exemptes de mauvaises herbes pendant le courant de l’été -, et les pommes de terre furent arrachées le 5 o Octobre. Elles furent nettoyées avec soin , et le poids des pommes de terre produites par chaque ligne fut comme suit : La i-.°" ligne produisit 18 livres. La 2/“* . 16 livres i 3 onces. POMMES DE TEKRE. 67 • La 5.' m ®. 12 livres 5^onc. La 4.'“®.56 livres 4 onc. La différence entre les produits de la troisième et de la quatrième ligue me parut étonnante; et comme la quatrième avoit été’ plantée en morceaux beaucoup plus gros que la troisième , tandis que celle-ci l’avoit été avec des morceaux plus petits qu’aucune des autres , ce résultat sembloit indiquer que le poids du produit dépendoit en grande partie du poids des morceaux plantés. Il paroissoit encore que les tubercules entiers pouvoient dans certains cas être plus profitables , et moins dans d’autres, que les tranches; car la première ligne, quoique très- inférieure à la quatrième, surpassoit la seconde et la troisième. Les morceaux de la quatrième étoient sensiblement plus gros, et ceux de la troisième sensiblement plus petits que les pommes de terre entières de la première ligne. 11 est important d’observer que la vigueur des plantes dans chaque ligne étoit à peu près dans le même rapport que le poids des produits. 11 faut encore observer que quoique l’état du sol fût exactement semblable dans les quatre lignes lorsqu’elles furent plantées, il parut sensiblement plus riche et en meilleur e'tat, loçs 68 expériences sur les de la récolte, dans la quatrième ligne que dan# les autres , et surtout que dans la troisième. Enfin , il faut remarquer qu’une des lignes externes ayant été arraclie'e, nettoyée et pesée à part, se trouva peser 25 liv. Elles avoient été plantées en quartiers coupés au hasard, selon la méthode ordinaire. Comme l’expérience précédente sembloit acheminer à une découverte importante sur cette admirable production , je résolus de la répéter l’année suivante avec plus de précautions encore. Deuxième expérience. Au mois d’Avril 1777 je préparai un espace de terrain pour mon expérience. Il avoit été en pré quelques années ; je le fis miner légèrement, et seulement dans le but de bien enterrer le gazon. Je n’y mis point de fumier. — Cet espace pouvoit contenir dans sa longueur vingt plantes distantes de 16 pouces. Le sol étoit léger et de si mauvaise qualité que lorsqu’il étoit en pré il y venoit à peine assez d’herbe pour pouvoir la couper avec la faux ; mais je n’y mis point d’engrais à cause de la difficulté de le répartir assez également pour ne point affecter le résultat de l’expérience. Le 5 Mai je plantai 8 lignes de pommes de POMMES DE TERRE. 6t) terre distantes egalement de 16 pouces en- tr’elles , et avec les différences suivantes: 1. er * Ligne. — Petits tubercules entiers , pesant ensemble. 2, ' mt Ligne. — Petits tubercules partagés en deux. 3 f 5 \ onc. onc. 5 . crae ontr. Ligne. —Petits quartiers enlevés à, l’extrémité la plus étroite de grosses pommes de terre , avec un œil à chacun. 1 £ 4 . en,t ’ Ligne. —Quartiers de même gros-j seurqueles précédons, egalement pourvus d’un œil , mais enleves à l’extrémité la plus grosse des mêmes pommes de terre.. 1 £ onc> 5 . em *_Ligne. — Gros quartiers coupes à l’extrémité la plus e'paisse des mêmes pommes de terre employées dans les lignes 5 et _ 4 , et pourvus d’un œil chacun, 26 ~ onc. 6. "”' Ligne, -—'Grosses pommes de terre dont on avoit enlevé tous les yeux excepté un œil près du centre. . 121 -J- 6 onc. & > ) 7. '“* Ligne. — Grosses pommes de terre auxquelles on n’avoit laissé qu’un œil à l’extrémité la plus étroite. . 123 ^ onc. 8. '“° Ligne. — Grosses pommes de terre plantées entières, et choisies autant que possible de même volume que les précédentes. !24 | onc. 70 EXPÉRIENCES SUR LES Troisième expérience. Sur le même terrain , et auprès de la huitième ligne e'toit une range'e d’extra , puis sept autres lignes dans le même ordre que les pré- ce’dentes , et préparées de même dans le but de constater les résultats en doublant l’expérience. La seule différence qu’il y eut entre les deux assortimens , c’est que faute de place j’omis la septième ligne. Voici les résultats de ees deux expériences. Lignes. Nombre des semences qui germèrent. Poids des semences. Nombre des tubercules produits. Poids du produit de chaque ligne. Moyenne du poids produit; liv. onc. Moy. liv. onc. liv. onc. i.* re { 2 } )> ; 51 (1221 |l 25 j 123-, 1 ! » 12 i 7 6 2 . em 13} j) \ 10 7 t j 119 {S i 3 » \ s ‘•“il?} )) )) 1 3 1 3 i 62 \ 54 i 56 1 86 >584 7 ij U {s 8 i5 ?î ■ 2 2 9 ï 5. em 13 )) 26 j » 9°1 119 2 5 191 )) )) 12 2 î 19 } 7 10 I S 3 i 5 1 1258 2861 5 19 hé 3 i 5 | [18 d 7 .' m * 20 7 111 3 7 4 3 7 4 18 10 5 18 ioi 0 eme f 20 ) 8 - W 7 12 i (4 7 o' 133 o, • 4 oo (2! (20 H H >20 * 2 3 POMMES DE TERRE. 7 * H paroît d’après ces deux expe'riences que les produits correspondans dans chaque ligne sont assez semblables pour que le re'sultat de l’e'preuve puisse se considérer comme applicable à la culture en grand , lorsqu’on employera des semences semblables; en sorte que les conséquences à déduire de ces expe'riences peuvent servir de règle ge'ne'rale dans la pratique. D’abord on peut en inférer que le produit T^estpas essentiellement affecté par l'emploi des pommes de terre grosses , ou petites t dans leur intégrité ou par quartier, à considérer ces circonstances isolées les unes des autres , et que ce n’est qu’accidentellement que chacune de ces circonstances affecte la récolte. — Les tubercules entiers de la première ligne ont donne' un produit moindre que les quartiers de la 6 . eme — Des petites pommes de terre ont produit une récolte moindre que les grosses dans les 5. e , 6 .°, 7 .* et 8 . c lignes , mais elles ont rendu davantage que les mêmes grosses pommes de terre dans les lignes 3 et 4. En second lieu, il paroît évident d’après ces expériences, que le poids du produit est toujours influencé plus ou moins par le poids des semences. — Les troisième et quatrième lignes , dont les semences étoient les plus légères , ont donné les plus foibles produits. 72 EXPÉRIENCES SUR LES Et T 'on peut observer que la gradation du poids des produits correspond à la gradation du poids des semences dans les J 5.', 6 .', 7 .® et 8 .® lignes. Quelques irrégularités légères n’affectent pas la règle générale qu’on peut poser d’après le produit de ces six lignes. )> De toutes les expériences d’agriculture dont j’ai jamais eu connoissance , celle-ci me paroît pre’senter le résultat le plus inte’ressant, soit par rapport au principe d’où de'pend le phénomène, soit relativement à son importance pour la pratique de l’agriculture. Sous ce dernier point de vue il promet en effet la plus grande utilité , puisque dans le même sol , et avec la même culture on obtient une récolte neuf fois plus considérable par la seule attention à la semence. N’esl-il pas étonnant que le hasard n’ait pas fait découvrir depuis long-lems l’influence prodigieuse de cette circonstance ? Et n’est-ce pas là une preuve convaincante de la convenance de soumettre à des expériences réglées les pratiques communes de l’agriculture , pour obtenir ainsi un degré de certitude raisonnable sur tant d’objets à l’égard desquels les opinions sont assises sans défiance, sur de simples conjectures? » Que la nature de la substance employée pour semence doive avoir quelqu’iufluence sur la TOMMES DE TERRE. 7 ^ vigueur de la piaule , cela n’est pas déraisonnable à supposer; mais personne n’auroit imagine’ a priori que la quantité absolue de matière contenue dans la semence pût communiquer un tel accroissement de vigueur à la plante. Cela me parut à moi-même d’autant plus extraordinaire que j’avois trouve un résultat très- diflerent dans une expérience que j’avois faite pour comparer le produit des grains bien nourris avec celui des grains étranglés ou retraits (1). Mais quoiqu’il paroisse par les trois expériences ci-dessus que le poids du produit est augmente' par le poids de la semence, les deux dernières expériences n’indiquent pas que l’augmentation du produit soit en rapport avec l’augmentation du poids de la semence; car quoique les semences les plus pesantes ayent toujours donne’ les produits les plus conside'rables quant au poids , relativement à l’étendue du terrain, cependant les semences (1) Ici l’auteur rend compte d’une'expérience faite quelques années auparavant, et dont il résulte que la récolte produite par les grains retraits, est égale à celle que produisent les plus beaux grains. Il conclut de cct exemple qu’il faut se tenir en garde contre la disposition à raisonner par analogie en fait d’agriculture» 74 EXPÉRIENCES SUE LES les plus légères ont invariablement donne* le produit le plus considérable relativement au poids de la semence employée. J’ai destiné la table qui va suivre à faire comprendre au lecteur les détails de ces deux proportions, en rapportant à l’étendue d’un aro le poids de la semence et le poids du produit des huit lignes.—Je dois observer, pour ceux qui seroient curieux de suivre mes calculs , qu’un acre contiendroit 24,5oa plantes à 16 pouces de distance en tous sens. Lignes des expériences 2 et 3 . Quantité de se-| mence nécessaire pour un acre, en réduisant la proportion de chaque ligne en Bus- hels et Décimales. Quantité du produit d’un acre dans la proportion de chaque ligne, en Bushels et Décimales. Proportion du produit avec la semence. Produit ns* d’un acre, semences déduites. , ere J • Bush. 7- Déc. 5o. Bush. 161 . Déc. 3o. 21 . 4 . Bush. i53. DeCsf 80 . 2 «»• 5. i3. i3o. 5 . 25. 3 . 125. 37 . g em. ^ eme *• o5. 52. 6. 2 5. 7- 5o. 65. £.‘ m * 35. 5 . 266 . 5. 7- 5. 23l. OO. 6 «me 167 . 4 . 3g6. 1 . 2 . 4. 228 . 7- 168 . 6 . 4 00 . » 2 . 3. 23l. 4. g «me 170 . 2 . 453. 9- 2 . 6. 283. 7- On voit par cette table que les lignes 3 et 4 qui coritenoient le moins de semences ont donné le plus grand produit relativement à la semence ,• mais le plus petit produit relativement à l’étendue du terrain. Leur produit POMMES DE TERRE. 7$ est de 25, 7 pour un ; tandis que le produit de la huitième ligne n’est que de 20, 6 pour un. Mais le produit: d’un acre semé à la manière des lignes 5 et 4 n’est que de 5a, 6 bushels , tandis que le produit d’un acre semé comme la huitième ligne est de 455, g bushels (i). « Mais pour obtenir des notions justes sur les profits qu’on pourroit attendre de chacune de ces manières de cultiver les pommes de terre, il faut dans tous les cas de'duire les semences du produit, puisque c’est la différence seule qui est le résultat net de la récolte. La dernière colonne indique ce résultat net dans toutes les suppositions. Elle montre que le produit net de la moindre masse de semence n’est que de 5o, 65 bushels par acre , tandis que la plus grande quantité de semence a donné 285 , 7 par acre de produit net : c’est- à-dire , que dans ce dernier cas un acre rapporte une récolte près de six fois plus considérable que dans l’autre. « Il paroît raisonnable d’en conclure que ^1) Par de. nouvelles expériences sur un sol riche et bien fumé, j’ai obtenu un produit plus considérable, au moins dans la proportion de dix pour un ; ainsi la foiblesse du produit dans ces expériences doit s’attribuer à la maigreur du sol. (note de l’auteur.) 76 EXPERIENCES SUR I/SS dans aucun cas il ne convient de planter des petites pommes de terre, ou des petites tranches , à moins que ce ne soit dans le but de multiplier promptement une espèce favorite. En comparant les numéros 6 et 7 avec le N.’ 8 , on pourroit soupçonner que les semences ont été affectées par les blessures qu’elles ont reçues en enlevant les yeux , parce que le produit des N. os 6 et 7 n’est pas si considérable que celui du N.° 8 , mais cette différence n’est pas assez grande pour que nous en puissions rien couclure de certain. Lors même qu’elle auroit été plus grande, il y auroit eu lieu de douter si c’éloient les blessures , ou- la diminution du nombre des yeux qui l’avoient occasionnée. Les expériences suivantes ten- droient à éclaircir ce fait. i.° Prenez un nombre déterminé de pommes de terre dè même sorte et de même poids. Partagez ce nombre en deux divisions. Plantez toutes les pommes de terre d’une division , entières. Plantez les pommes de terre de l’autre division après les avoir blessées en plusieurs endroits , mais sans enlever les yeux. — Observez le résultat. 2. 0 Prenez un nombre déterminé de tubercules de même sorte et de même poids. Choisissez un nombre égal de pommes de terre de POMMES DE TERRE.' 77 même sorte, mais plus grosses; blessez celles- ci profondément , en plusieurs endroits , et ôtez-en des tranches pour les réduire au même poids que les autres , mais en observant de ne pas blesser ni enlever les yeux. Plantez les unes et les autres avec les mêmes soins et dans des circonstances semblables. — Observez le résultat. 3. ° Répétez les expériences de la 7 et 8.' m * ligne avec la précision nécessaire; car je soupçonne que dans mon essai les yeux des tubercules de la septième ligne n’avùient pas été enlevés à une assez grande profondeur pour empêcher qu’ils ne poussassent des tiges. 4. ° Prenez un certain nombre de gros quartiers avec un œil seulement et de poids égaux; prenez un nombre égal de pomm,es de terre de même poids ; plantez les unes ét les autres avec les mêmes soins , et dans des circonstances semblables. Observez le résultat. « Il ne paroît pas y avoir lieu de soupçonner qu’un œil pris dans une partie de la pomme de terre soit plus prolifique que s’il e'toit pris dans une autre partie , en faisant abstraction de la grosseur du morceau qui y adhère: c’est ce qu’on peut conjecturer d’après le résultat comparatif des lignes 3 et 4, et des lignes 7 et 8. 78 EXPÉRIENCES SUR LES v Jusqu’à présent je n’ai examine' que le poids total de la re’colte ; mais comme la valeur de cette récolté peut dans certains cas dépendre aussi de la grosseur des pommes de terre, il convient de faire attention aux circonstances qui tendent à augmenter ou diminuer le volume des pommes de terre produites. C’est dans ce but que j’ai indique' le nombre des tubercules recueillis dans chaque ligne en même tems que leur poids. h On croit communément que lorsque les pommes de terre qu’on plante contiennent un grand nombre d’yeux elles produiront un grand nombre de petits tubercules, et que lorsqu’on plante des quartiers qui ne portent qu’un œil ou qu’un petit nombre d’yeux, on obtient de grosses pommes de terre en petit nombre. On en conclut que pour avoir beaucoup de petites pommes de terre il faut les planter entières , et que lorsqu’on préfère un moindre nombre de grosses il faut les planter coupe'es. — Les expériences ci-dessus ne vont point à l’appui de cette opinion. Nous voyons que les pommes de terre produites par les 5 et 4 lignes sont plus petites en même tems qu’elles sont moins nombreuses que celles des lignes 1 et 8. — D’un autre côté, nous voyons que les pommes de terre produites par la cinquième ligne , où POMMES DE TERRE. 79 les semences ne contenoient qu’un œil , sont plus grosses que celles de la huitième , à peu près dans la proportion de 20 à 24 . — Je ne voudrois rien conclure sur cet objet de la comparaison des 6. em * et 7.' lignes, parce que, comme je l’ai déjà observe’, je doute que les incisions eussent été assez profondes pour empêcher quelques-uns des yeux de pousser des tiges ; car je remarquai que dans cette ligne , ainsi que dans la huitième, chaque plante avoit plusieurs tiges. Il convient cependant d’observer que quelques tiges avoient évidemment repoussé des racines des autres tiges; quelques- unes même , à une assez grande distance , quoique là je me crusse certain qu’il n’y avoit qu’un œil à chaque quartier. Je les avois coupés moi-même, et avois mis le plus grand soin à les examiner. On ne peut donc rien conclure de certain du nombre de tiges produit par chaque plante. » On croit communément que l’on augmente la grosseur des pommes de terre et qu’on diminue leur nombre , en ne laissant lors de la première culture, qu’une seule tige à chaque plante; mais je n’ai pas ouï dire que ce fait ait jamais été constaté par des expériences. Il faudroit donc, pour s’en assurer, planter deux lignes de pommes de terre dans des circons- 80 EXPERIENCES SUR LES tances semblables 5 ne laisser ensuite qu’une seule tige aux plantes d’une ligne , et n’en ôter aucune à l’autre ligne ; puis observer le résultat. » Quoiqu’il paroisse re'sulter des expériences ci-dessus que le poids de la re'colte est plus considérable lorsque le poids des pommes de terre plantées est plus grand , cependant il seroit téméraire d’en conclure qu’une aussi bonne récolte ne peut dans aucun cas être produite par la même étendue de terrain plantée en quartiers ou en petits tubercules , que si cette étendue étoit plantée en grosses pommes de terre $ car il est probable que les grosses demandent plus de terrain pour se nourrir convenablement que les petites ; et il n’est pas impossible qûe si l’on plantoit de petites pommes de terre à des distances proportionnellement plus rapprochées, la récolte n’égalât celle qu’on obtiendroit par des semences plus grosses. — Quoiqu’il ne paroisse pas vraisemblable qu’il en fût ainsi, et quoique lors même que cela arriveroit, cette méthode fût nécessairement sujette à des inconvéniens , la première chose à faire, cependant, c’est de s’assurer du fait , pour ensuite examiner les circonstances qui lui sont accessoires. » Le POMMES DE TERRE. 8l Le premier pas à faire , c’est de s’assurer de la distance à laisser entre chaque plante , lorsque les semences sont d’un poids donne' $ par exemple , si l’on demandoit de de'terminer la distance à laisser d’une pomme de terre à l’autre, en supposant qu’elles pèsent chacune j livre , (ce qui repondroit à dix livres dans l’expe'rience pre'ce'denle) pour obtenir la récolté la plus considérable qu’il est possible. * Je propose que l’on divise une certaine étendue de terrain homogène en divers carres dont chacun contienne exactement cent pommes de terre place'es à la distance qu’on veut éprouver. Ces carres doivent être sépares les uns des autres par une ligne de pommes de terre plantées à un pied de distance les unes « des autres dans les lignes ; et chaque carré doit être divisée de manière que la rangée extérieure dans chacun d’eux soit à la même distance de la ligne de séparation que de la rangée voisine dans l’intérieur. C’ést-à-dire que chaque côté du carré doit être divisé en onze parties égales , de manière à laisser dix rangées libres dans chaque sens , comme dans la figure ci-contre où les points représentent les lignes de séparation , et les croix, les cent plantes en expérience. Tome 6. F 8a EXPÉRIENCES SUR LES -{- -i- 4—!—I" 4- -K /_ i j , „i_ 4- 4- 4- 4- t J r > +*••+ + 4* + T 4'' _l_ -u -i- + 4- -r ’ t 4“ T r!- + +\; JL -L.lL * 4" ' 4 ‘ ~T i + . 4- ■ 4-4-4- -..Hr 4“ H- t « -Ju _r. J_ , r_ _j_ i i i i \i t , 4 “ — -j-, — 4-/4- r t + + 4\ .•+ 4-4-4 4- 4- 4- •1“ 4- -1- 4“ 4—1~ 4- 4- -1 4- 4 i T •t T. 4- J- « > Si les cent pommes de terre e'toient pese'es , ainsi que leur produit, l’expe'rience seroit plus exacte; mais si l’on trouve que cela entraîne trop de details , on peut se contenter des soixante plantes intérieures , ou même des 20 qui forment les deux diagonales pointées. Tout ce que je recommande c’est qu’on détermine à l’avance la maniéré de faire le choix, et qu’on s’v tienne, car si l’on faisoit le choix au moment d’arracher les pommes de terre , on pourroit -POMMES DE TERRE. 85 y meure quelque faveur , ou quelque préjugé', qui influeroit sur le résultat de l’expérience. Il faudroit destiner un carré semblable à chaque assortiment d’experiences désigné ci-dessous. Dans ces expériences , les distances commencent à un pied entre chaque plante , ce qui est assurément le moins qu’on puisse juger nécessaire entre des pommes de terre de ce poids. Ces distances augmenteroic-nt dans la proportion suivante. Dans le Distance. Dans le Distance. N.° x . . . . 12 pouces. N.° i5 26 pouces. 2 . . . . i3 16 ... 27 3 . . . . i4 »7. 28 4 . . . . i5 18 . . . 2 9 5 . . . . 16 19 ... . 3o 6 . . ■ • i7 20 . . . 3i 7 • • . . 18 21 ... 32 8 . . . . i 9 22 . . . 33 9 • • . . 20 23 ... 34 s io . . . . 21 _ 24 ... 35 il . . . . 22 25 ... . 36 pouces, 12 . . . . 23 qui est la plus grande dis- i3 . . . . 24 tance que je juge néces- i4 . . . . 25 saire d’essayer Après avoir donné également à tous les carrés les soins de culture et autres , on ar- racheroit les produits séparément pour les peser à part, soit en totalité soit en partie ; et la 8.4 EXPÉRIENCES SUR EES" comparaison des poids donneroit assez exactement à quelle distance il faut planter les pommes de terre du poids désigné , pour obtenir la plus grande recolle sur un terrain donne. Mais comme il est très-probable que les résultats de cette expérience seroient fort différens s’ils e’toient obtenus dans des terres riches et dans des terrains ingrats , il seroit convenable de les répéter plusieurs fois, et de les varier depuis le lut gras le mieux fume’, jusqu’au sol le plus maigre qui puisse comporter la culture de la pomme de terre avec profil. On arriveroit ainsi à connoître à quelle distance on doit , dans tous les cas, planter les pommes de terre pour en retirer le plus grand avantage. Et comme il est également possible que des pommes de terre de diverses sortes demandent d’être plantées à des distances différentes , quoique les semences soient d’un poids égal , on ne devroit regarder comme probans que les essais appliqués à la sorte de pommes de terre dont il s’agit ; et, en rendant compte des résultats , il importeroit de désigner exactement la sorte employée sans jamais admettre de mélange. Il conviendroit en second lieu , de rechercher , par dess expériences semblables , à POMMES DE TERRE. .85 quelles distances il convient de planter les pommes de terre de differentes grosseurs. Pour cela il faudroit choisir un certain nombre de chaque grosseur ; les distribuer par des classes suivant leurs poids , et répéter les ex- pe’riences ci-dessus dans toutes leurs variétés. Nous supposerons que la première classe est composée de pommes de terre d’une demi- livre chacune , ou de dix livres par vingtaine, car il vaut mieux les peser par vingt que séparément. i- ere Classe, pesant 10 livres par 20. : - 2. eme . 9 3. eme . 8 4. e < n| >. j 5 . eme . 6 6. 6m<> . 5 . 4 8. emo . 5 9 . eme . ..2 io.* me . 1 Dans ces dix classes les distances devroient être de 12 à 3 G pouces, en variant d’un pouce dans chaque carré. — Dans les classes qui suivent , la plus grande distance pourroit être de pouces et la plus petite de six, d’une plante à l’autre. n. eme Classe, pesant i 4 onces par 20. 12.'“'.12 86 EXPÉRIENCES SUR LES j3. eme . . . -,4 «ne .8 j5. eme . . . . 6 i6. eme . . . . 4 i7. ome . . . Je regarde deux onces par vingtaine comme le minimum. Peut-être pourroit-on omettre tout ce qui est au-dessous de huit onces par vingtaine de pommes de terre sans inconvé- nient pour la pratique de l’agriculture. Mais, en ge’nêral, on ne sauroit trop multiplier les faits. Ceci se présente comme un assortiment redoutable d’expériences. Elles demanderoicnt beaucoup de soins , et quelques dépenses; et appartiendroienl par cette raison plus convenablement aux gentilshommes aisés qui s’occupent d’agriculture. II y a peut-être peu d’expériences qui puissent produire un bénélice national plus considérable ; et la dépense ne pourroit pas être un très-gros objet. Un peu moins de cinq acres de terrain suffiroient à exécuter la totalité des expériences, de manière à constater avec assez d’exactitude la distance la plus convenable entre les plants d’un poids donné, dans un terrain d’une fertilité donnée; et conduire à des conclusions probables pour d’autres sols } ce qui seroit d’un avantage très- POMMBS DE TERRE. 87 ' étendu dans la pratique. La récolté payeroit probablement une grande partie des frais. Un tel assortiment complet d’expériences bien faites, et publiées avec exactitude , produiroit au public un bénéfice annuel de plusieurs millions. Combien ne doit-on pas regretter qu’il n’y ait pas une ferme experimentale appartenant à la nation , et destinée à toutes les expériences que les fermiers ne peuvent pas faire à leurs frais ! Dans la pratique actuelle, les uns plantent les plus grosses pommes de terre , d’autres de très-petits morceaux , et cependant on les met à la même distance dans tous les cas, quoique les récoltes doivent être très-différentes. Il paroît donc évident (si comme je le crois on peut compter sur les expériences précédentes) que toutes choses d’ailleurs égales, les champs plantés en grosses pommes de terre doivent rendre davantage ; et comme les différences résultant de cette particularité , jusqu’ici négligée , peuvent être très-considérables , ne pouvons-nous pas présumer que les variations extraordinaires observées quelquefois dans le produit des récoltes de pommes de terre , et dont on ne trouvoit point l’explication, avoient pour cause unique le poids des semences ? y 88 EXPÉRIENCES SUR I.ES Seconde partie. Sur les effets de la section des tiges des pommes de terre pendant la végétation. Les tiges des pommes de terre coupées vertes sont une bonne nourriture pour le be'taii et les chevaux. Mais quoique quelques fermiers affirment que le produit n’est pas moindre lorsque l’on coupe les plantes tandis que la végétation est en pleine activité , d’autres sou- siennent au contraire que la récolté en souffre essentiellement. Il est convenable d’éclaircir ce point. La récolte souffre probablement lorsqu’on coupe les tiges avant qu’elles aient acquis un certain degré de maturité; et il est possible qu’en les coupant plus tard le produit n’en soit pas essentiellement affecté. Les expériences suivantes ont eu pour but de s’assurer de 1$ chose. Première expérience. Pour eonnoître le poids des tiges comme fourrage vert , dans des époques différentes de leur croissance, je fis couper en divers tems neufplantes , prises à côté les unes des autres, en carré , et toujours dans une partie centrale du champ, en suivant la meme direction. Le poids de ces 9 plantes fut : POMMES DE TERRE. 89 Le 2 août, de , . 7 liv. 10 onces. ( Les fleurs com- mençoient à s’ouvrir.) 6 3 Le 10 août, de . . 7 Le 17 août, de . . 7 Le 22 août, de . . 7 Le 2g août, de . . 7 1 » onces. ( I.es haies des pommes de terre blanches déjà formées. — Les pommes de terre rouges dans le même champ commençoient à fleurir,) Le 5 septembre . 6 liv. 2 onc. (Les tiges des pommes de terre blanches commençoient à se faner. Les haies presque mûres. Les pommes de terre rouges très-vertes en herbe, et les fleurs commençant à passer. Il paroît par cette expërience que le poids des tiges est plus grand au moment où les plantes prennent la fleur ( dans le premier essai le poids de ce fourrage e'toit de 12 | tuns par acre environ ) et qu’elles deviennent de plus en plus légères à mesure que la maturité avance. Les vaches mangent ce fourrage avec plaisir, et les chevaux de même ; mais il ne passe pas pour très-nourrissant. Lorsqu’il est plein de suo les vaches s’en accommodent mieux (1). (y) Lorsque les haies approchent de la maturité, les vaches accoutumées à être bien nourries de se soucient guères de ce fourrage. Elles s’en dégoûtent ordinairement tnut-à-fait au hout do quelques jours, et il leur EXPÉRIENCES SUR LES 9° Sixième expérience. Pour rechercher le poids comparatif de la même récolté de pommes de terre arrachées à des époques diverses , je fis arracher à six époques différentes , et aux mêmes jours que dans l’expérience précédente, une seule plante, à des espaces égaux dans la même direction , et dans une partie centrale du champ. Voici le poids et le nombre respectif des pommes de terre. Produit d’une plante. Poids. Nombre. Le 1 août .... « liv. 3 f onces. 10 août .... » 7 . . (omis.) 17 août .... » 93 . 22 août .... » i 4 * . 29 août .... » * i 3 . • • 7 5 septembre . 1 7 . . . 8 TT A. • , « , II paroîtroit par cette expérience que si la récolte eût été faite en totalité le 2 Août, elle n’auroit donné que 5 ^ onces par plante, (125 donne peu de lait. On cultive dans quelques endroits du pays de Yaud une espèce de pommes de terre rouges, grosses, tardives, dont les liges sont très-élevées, se maintiennent vertes, et fleurissent jusqu’à l’arrière saison. On dit qu’elles sont d’un grand secours comme fourrage. POMMES DE TERRE. ' hushels par acre, ) et que si on eût recueiIJi les pommes de terre le 5 Septembre elles au- roient rendu a3 onces par plante ( 868 hushels par acre), en sorte qu’à la première époque la récolte n’auroit eu encore qu’environ un septième de son poids total. Mais le lecteur ne doit pas regarder cette expérience comme concluante, à cause d’un défaut sensible dans son plan. Une seule plante ne sauroit jamais être considérée comme donnant une moyenne sur vingt-deux mille plantes , surtout si l’on observe que les semences avoient été coupées selon l’usage, au hasard , quant à la grosseur des morceaux. Les plantes prises pour exemples pouvoient donc provenir de morceaux très- diffe’rens en grosseur , et le résultat a pu en être affecté. Si au lieu d’une plante, j’en avois fait arracher neuf en carré, de place en place, à distances égales et régulières, comme j’avois fait couper les liges dans l’expérience précédente , on auroit pu conclure beaucoup plus sûrement d’après cet essai. Nous verrons ensuite , cependant, que le résultat n’étoit pas loin de la vérité ; mais comme cette épreuve pourroit être d’une utilité infinie aux cultivateurs et aux jardiniers, si elle étoit faite avec exactitude, je la recommande à l’attention du lecteur comme une expérience fondamentale 92 EXPERIENCES SUR T;ES à laquelle on ne sauroit donner trop de soin. Can si l’on connoissoit avec certitude la perte qu’il y a , quant au poids , à arracher les pommes de terre de chaque espèce à une époque quelconque anticipée sur la maturité', le cultivateur pourroit calculer avec exactitude si l’avantage de debarrasser son terrain plus tôt, et le prix plus haut qu’il reçoit des pommes de terre, peuvent compenser la perte du poids. Ceux qui voudroient essayer, de faire ces expériences doivent faire attention aux objets suivans : 1. ° Planter les pommes de terres aussi égales qu’il est possible. 2. ° Observer le progrès de la végétation de la plante à chaque e'poque. 5 .° Indiquer soigneusement les variétés d 624 lo août 5 8. IOO. i 3 11. 96. 8 3 5 i 1 17 août 6 2. 90. i 3 12. 9 4 - 7 ÎO 476 22 août 9 5. io 3 . i 3 i 3 . 97 - 4 8 281 29 août 10 10. 110. i 4 1. IOO. 3 7 2 l 4 ; 5 sept. 12 » 102. i 3 8. 9 6 -J 1 8 93 Il paroît par cette expérience que si les liges de cette espèce de pommes de terre se coupent au moment où elles entrent en fleur, il y a une diminution d’environ | sur la récolte, et qu’on éprouve une perte proportionnelle en faisant cette opération plus tard. II est donc évident que l’avantage de ce fourrage vert ne sauroit balancer, à beaucoup près , la perte qui résulte , sur la récolte , de la section des liges ; car il paroît que , quoique les pommes de terre augmentent encore un peu en poids depuis que l’herbe est coupée, cette augmentation est bien peu de chose , comme on peut le vérifier en comparant les deux expériences précédentes. ! POMMES DE TERRE. 9 5 Huitième expérience. Pour éprouver s’il pourroit y avoir quelque (avantage à replanter les tiges des plantes qui ont été arrachées pour se procurer des pommes de terre dans une saison où elles sont rares, je fis replanter les tiges de la sixième expérience immédiatement après en avoir ôté les pommes de terre pour les peser. Ces plantes reprirent très-bien ; elles restèrent en terre jusqu’au 28 Octobre 5 et on peut voir dans le tableau ci-dessous la proportion'de leur récolte avec celle des plantes qu’on n’avoit point touchées. Je multiplie par neuf le produit de chaque plante transplantée pour que la comparaison soit plus facile avec les carrés de neuf plantes des autres expériences. lA produit i. er produit. des mêmes de 9 plantes arrachées plantes replantées, Différences. à des époques et arrachées différentes. le 28 octobre. Iiv. onc. Iiv. onc. Iiv. onc. a août. 2 iî arrachée par accident. IO août. 3 15 2 us 1 Si 17 août. 5 ° 2 1 2 4 H 22 août. 9 Ai ^3 O 9 8 2 9 août. 7 5 O '4 7 >4 5 sept. 12 1 5 O H 11 10^ Produit total des deux opérations sur 9 plantes à chaque fois» iiv. onc^ G 6 9 7 i 3 lof 9 H Il paroît donc qu’on peut obtenir une seconde I 96 EXPÉRIENCES SUR RES récolté de pommes de terre en replantant les tiges après avoir ôte les pommes de terre arrachées de très-bonne heure, mais celte récolte est peu considérable et ne pourroit probablement pas couvrir la dépense ; d’ailleurs il faut observer que cette seconde récolte n’est composée que de pommes de terre si petites qu’elles n’ont pas une valeur proportionnée à leur poids. Ce n’est que dans le cas où une plante d’une variété précieuse seroit arrachée par accident , qu’on ponrroit trouver avantageux de la replanter pour conserver la semence. Lorsqu’on veut avoir quelques pommes de terre avant la saison où on les arrache , la meilleure méthode est de prendre avec les doigts , sans déranger la plante celles qui ont acquis une certaine grosseur, ce qui peut toujours se faire lorsque la terre est meuble et bipn cultivée. Toutes les expériences ci-dessus ont été faites avec une même variété. Mais comme il y a une très-grande diversité dans les pommes de terre, et comme les propriétés d’une variété sont souvent différentes de celles d’une autre , nos connoissances sur la valeur , et la meilleure culture de cette plante, seront nécessairement incomplètes jusqu’à-oe que le fermier sache quels avantages il peut y avoir dans la culture de POMMES DE PERRE. 97 de telle variété , de préférence à telle autre. On sait que quelques-unes rendent beaucoup plus -, et ont à certains égards la supériorité sur d’autres. Des expériences comparatives , faites dans des circonstances semblables , sur des variétés différentes, seroient donc nécessaires pour déterminer le produit qu’on peut attendre de chacune. Voici la seule expérience que j’aie faite dans Ce but. Neuvième expérience. Dans le même tems où je plantai les pommes de terre de la seconde expérience, j’en plantai une ligne de la variété que je vais décrire. On la connoît en Aberdeenshire sous le nom de pommes de terre hollandoises à grappes ( dutch cluster patatoes ). Elles sont d’une forme irrégulièrement ronde $ leur peau est d’un blanc jaunâtre ; avec un teinte légèrement couleur de rose autour des yeux, surtout avant la maturité parfaite. La pulpe est d’un blanc jaune , d’une consistance plus visqueuse que farineuse, et d’un goût douceâtre. Les yeux sont assez enfoncés. Les'tiges et les feuilles sont courtes, et d’un vert pâle , les tiges sont nombreuses , se maintiennent dans une direction verticale , et ont peu de nœuds. Les fleurs sont blanches Tome 6. G g8 EXPERIENCES SUR UES ' avec une légère teinte de rose ou de pourpre j elles sont nombreuses et grandes. Les bayes qui succèdent sont ordinairement nombreuses aussi, et fort grosses. Les libres ombilicales ne s’étendent pas à une grande distance de la tige. Les tubercules sont ordinairement réunis eu une seule grappe au pied de la tige , et y adhèrent fortement. — Cette variété a la réputation de donner beaucoup. Tels sont les principaux caractères qui se présentent à mon esprit pour la distinguer , ce que je fais maintenant de mémoire. Vingt tubercules entiers de cette variété , pesant ensemble exactement ia 3 onces, furent plantés en une ligne contiguë à la huitième ligne de la seconde expérience, laquelle ligne pesoit aussi 126 onces en tout. L’une et l’autre furent traitées et cultivées à tous égards de la même manière. Elles furent arrachées le même jour, et les produits pesés séparément furent comme suit : La huitième ligne de la seconde expérience, plantée en pommes de terre blanches (white Ur. 0 nc. kidney) rendit en poids. 21 5- La ligne des hollandoises à grappes, rendit. 27 1 Différence. 6 115 Ce qui revient à i 5 o bushels par acre en faveur des dernières. On ne peut pas, je le sais, rOMMES de teb.ee. 99 Compter sur le résultat d’une seule expérience, mais il sert à montrer l’avantage qu’il y auroit à faire avec soin les essais que je propose. Le lecteur observera que toutes les expériences ci-dessus sont faites dans un terrain maigre et sans fumier , pour obtenir une plus grande exactitude; ce qui fait que les produits sont en général foibles. Je n’ai pas eu encore l’occasion de constater quelle seroit la plus grande récolte qu’on pût se procurer sur un acre de terre bien préparée; et je ne crois pas qu’on puisse obtenir ce résultat avant que quelques-unes des expériences indiquées ci- dessus aient été faites avec exactitude. D’après quelques essais que j’ai faits , mais où je n’ai pas mis toute la précision nécessaire pour leur mériter une place ici, je suis porté à croire que le produit possible d’un acre planté en pommes de terre est beaucoup plus grand qu’en général on ne le pense. Ceux qui ont fait attention aux différences qui existent entre les divers résultats publiés sur des produits de cette racine , peuvent avoir remarqué que ces différences sont trop considérables pour pouvoir être expliquées suffisamment par les circonstances de sol et de culture , telles qu’elles sont désignées. Mais ces différences cesseront de paroîlre inexpli- ÎOO EXPÉRIENCES SUR LES cables si l’on observe que l’on n’a jamais fait jusqu’ici assez d’attention au volume des potu- mes de terre plante’es. Ce n’est en quelque sorte que par hasard qu’on en a fait mention dans les expe'riences , et cependant les essais dont j’ai rendu compte prouvent évidemment que c’est un point d’une grande importance pour le produit total de la re'colte. Exposé de la Culture des pommes ' de terre en Irlande, in - 8 , 1 sh. Shepperson et Reynolds, 1796. On sait que les pommes de terre forment un article très-important dans la culture Irlan- doise, et les renseignemens qui nous viennent de ce pays-là sur cet objet doivent être d’autant plus précieux qu’on doit le supposer mieux approfondi par une expérience longue et variée. Voici comment s’expriment les journalistes Anglois sur l’ouvrage annoncé. a Nous avons rarement rencontré un écrit aussi simple et aussi intelligible sur des matières d’agriculture , que l’est celte courte description de la culture des pommes de terre en Irlande. C’est à tous égards l’exposé le plus clair et le plus adapté à la pratique, de CULTURE DES POMMES DE TERRE. 101 tous ceux que nous avons lus sur le traitement de cette utile racine dans le sol de l’Irlande. » Le procédé le plus en usage, et qu’on appelle la pratique Irlandoise par excellence, est de les cultiver sur des près rompus, par bandes, avec des intervalles qui servent à fournir de la terre pour les couvrir de tems en tems. On préparé ces lits de trois manières differentes $ dans l’une on laboure à la pèle la surface totale et on plante avec une pèle e’troite ou un plantoir. Dans l’autre on laboure à la charrue, et on plante de la même manière. Enfin dans la troisième on plante sur le gazon sans aucun travail préalable, d’où vient l’épithète Lazy- bed ( lit paresseux ). Nous transcrirons comme échantillon des descriptions de l’auteur celle qu’il donne de cette dernière méthode. « La méthode la plus simple, et naturellement la première à décrire est celle qu’on désigne par l’expression de Lazy-bed; on ne peut la pratiquer avec prudence que dans un terrain gras. De vieux prés par exemple ou de bons pâturages sont ce qu’il y a de mieux à cet égard, et ce n’est même que sur un sol pareil qu’on peut attendre du succès. En février ou mars ôn trace des planches parallèles, de largeur uniforme avec des espaces ou inlérvalles entr’elles pour des tranchées. On peut varier • V 102 .ANALYSE PHYSIQUE ]a largeur de ces couches de trois pieds et demi à cinq pieds selon la nature du sol. S’il n’est pas profond, les couches doivent être étroites, parce qu’on n’auroit pas assez de terreau à prendre dans des tranchées de largeur modérée , sur un sol pareil , pour couvrir les couches, à moins qu’elles ne soient étroites; si le terreau est profond, on peut faire les couches d’autant plus larges, mais elles ne doivent jamais passer cinq pieds. La largeur des tranche'es dans ce mode de culture doit être quelque chose de plus que.le tiers de celle des lits, car les pommes de terre ont besoin de plus de terreau pour les couvrir dans ce genre de culture que dans aucun* autre. » Lorsque les couches, et les intervalles pour les tranchées sont ainsi indiques avec un long cordeau et marqués à la pèle, on répand le fumier ou l’engrais quelconque, sur les bandes destinées à former les couches. Alors des enfans, de l’un ou l’autre sexe placent les pommes de terre coupées en morceaux sur ect engrais, en les mettant, à vue d’œil, à-peu- près à distances égales. La meilleure distance est celle de neuf pouces à un pied en tout sens. Alors on enlève à la pèle le gazon dans l’espace destiné aux tranchées; on le divise et ou le jette sur les pommes de terre qu’on enterre par t DES POMMES DE TERRE. 103 Ce moyen, en meltant encore par-dessus une légère couche de terreau qu’on prend sous le gazon enlevé. La moitié' de la largeur dechaqué couche doit être encore recouverte par la moitié de la tranchée qui lui est contiguë', c’est lorsque les plantes s’élèvent d’environ deux pouces au-dessus de la surface de cette première couverture qu’on les couvre d’une seconde levée tirée de la tranchée à côté ; lorsqu’elles paroissent encore au-dessus de cette surface, on les couvre de nouveau avec là bêche et la pêle. Dans cette dernière opération on taille un peu les côtés de la tranchée, on les dresse exactement et on nettoye le fond à la pêle en sorte qu’il n’y reste aucun débris de terreau. )> C’est avec beaucoup d’empressement, disent les journalistes Anglois, que nous recommandons ce traité abrégé à ceux qui cultivent en Angleterre cette racine inestimable. Analyse physique de la Pomme de TERRE. trouve dans les Annales d’Agriculture du célèbre Arthur. Young , n.° i45, p. 5g5 du a5. me vol. l’article suivant. lûé ANALYSE PHYSIQUB K Mr. Joseph Skinner, demeurant n.° 5g . Devonshire-Street, Quen-Sguare, propose d’extraire vingt-huit livres de matière farineuse ou fécule, de cent livres de l’espèce de pommes de terre appelée kidney-potatoe f de plus , dix-huit livres de matière fibreuse, lesquelles avec dix-huit livres de gluten végétal à extraire du son( dans la proportion de trente- six livres sur le quintal), donneront le meilleur pain de pommes de terre qu’on ait fait jusqu’à présent. L’eau des pommes de terre est âcre; mais elle donnera à la distillation un esprit ardent en quantité suffisante pour en faire un objet de revenu. « On fera fermenter la pâte avec du levain à la manière ordinaire, et le gluten végétal, cuit au degré suffisant pour le convertir en pâle, sera assez humecté pour délayer le reste, » Mr, Skinner a ensuite envoyé les echan-^ tillons suivans, » » l,° Gluten végétal dont trente-six parties ont été extraites de cent parties de son. » » a.° Matière fibreuse tirée des pommes d$ terre simplement desséchées, » » 3.° La même réduite en poudre. » » 4. ï La fécule ou l’amidon de la pomme de terre bien lave' et séché doucement sur une pierre absorbante, sans avoir été ensuite pub* vérisé ni tamisé. » DE DA POMME DE TERRE. ^ 105 )> 5 .° La matière fibreuse et la fe'cule mêlées, dans les proportions dans lesquelles ces substances existent dans la racine. C’est là la véritable farine de pommes de terre, et jointe à la matière glulineuse elle fera d’excellent pain. » Nous avons été frappés en lisant cet article, . de la différence des résultats de Mr. Skinner ' comparés à ceux que nous avons obtenus cette année dans un essai de l’analyse physique de la pomme de terre fait en grand, à la demande de la Société pour l’avancement des arts établie à Genève, Un artiste plein de génie (Mr. Jeandeau) a construit sur le Rhône un moulin qui fait à lui seul toutes les opérations de contusion, lavage, dépôt etc. nécessaire à la séparation des diverses substances nutritives que renferme la pomme de terre; cette machine en exploite environ 200 livres ( poids de 18 onces ) par heure, et dans l’expérience dont nous avons été témoins, expérience dont le verbal détaillé existe dans les registres de la Société et a été communiqué au Gouvernement, on a fait passer au moulin 16 quintaux de pommes de terre, quantité suffisante pour assurer les résultats moyens que voici : » Le travail de ce moulin fait subir à la pomme cU terre une sorte d’analyse méca- 1 106 EXTOSÉ DE LA CULTURE nique, qui la séparé en trois substances distinctes, dont le poids total , lorsqu’elles sont dans un état de parfaite dessication, s’élève à 5 o pour cent dû poids primitif du végétal : ces trois substances sont la fécule, la farine, et le son. » » La fécule, qui représente environ le 10 pour cent du poids primitif, offre une substance analogue à toutes les autres fécules et douée des mêmes propriétés; elle lait de la colle comme l’amidon; elle peut servir à poudrer les cheveux; elle est susceptible de panification , lorsqu’on la mêle à certaines proportions avec la farine de froment; enfin elle possède dans un degré éminent la propriété physique de froideur au tact, qui caractérise en général les fécules. » )> La farine , qui forme environ cinq pour cent du poids du végétal, se rapproche de la farine de froment par bien des propriétés; ellè est beaucoup plus fermentescible que ne l’est la fécule; elle se délaie dans l’eau sans aller immédiatement au fond, comme le fait celle-ci; sa couleur est d’un blanc moins pur et plus jaunâtre que ne l’est celle de la fécule, » » Enfin , la substance que nous avons improprement sans doute appelé son, et qui desséchée, pèse à elle seule autant que les DE LA POMME LE TERKE. IO7 deux autres ensemble , c’est-à-dire quinze pour cenl du poids primitif du végétal, paroîl renfermer un principe nutritif abondant, trcs- susceptibJe de la fermentation panaire. Il est fâcheux que le volume considérable qu’offre cette matière au sortir du moulin , son affinité pour l’eau et sa disposition a fermenter, Vendent sa dessication difficile; elle exigeroit beaucoup de place et des circonstances atmosphériques très-favorables si on l’enlreprenoit en grand , mais il seroit possible d’en tirer parti d’une autre manière; car lorsque sa valeur re'elle seroit bien connue, les particuliers s’em- presseroient de l’acheter au sortir du moulin pour la donner immédiatement, soit crue, soit cuite, à divers animaux qui en sont très- liiands, et à qui elle profiterait beaucoup à cause de sa grande division. Ces particuliers seroientsans doute tentés d’essayer eux-mêmes d’en faire usage dans divers mélanges, très-mangeables s’ils étoient convenablement préparés. On surmonterait bientôt le préjugé que la matière colorante, plus concentrée dans cette partie de la pomme de terre inspire contre elle au premier aspect. » Nous ajouterons un autre fait tire' du même verbal d’expériences ; c’est que du pain fait avec parties égales de farine de froment et du 108 ANALYSE DE EA POMME DE TERRE, son dont on vient de parler, desse’che’ et moulu en farine, etoit du pain asse* noir, à cause cle la matière colorante qui domine dans ce son, mais d’ailleurs bien leve', léger, d’un bon goût, et dans lequel la saveur de la pomme de terre ne dominoit point d’une manière de'sagréable. Il re'sultoit encore de l’essai de cette panification , que le son de pommes de terre augmente de plus de la moitié de son poids lorsqu’on le convertit en pain, tandis que la farine ordinaire de blé n’augmente, comme on sait, que d’environ un tiers. La Société’ des Arts, pour rendre plus complète toute l’expérience, a fait provision d’une certaine quantité de ces trois substances fournies par la pomme de terre , et les a exposées dans un baril aux chaleurs de l’été pour éprouver si la fermentation ou les insectes les auront attaquées. On n’a point encore ouvert ce baril, nous communiquerons à nos lecteurs le résultat final, dès que la Société elle-même s’en sera fait rendre compte. Moyen de conserver long-tems les pommes de terre. Publié par la Société destinée à l’amélioration du sort des pauvres. (Annales d } Arthur Young.) JEn conséquence de votre désir exprimé dans l’assemblée de la Société destinée à l’amélioration du sort des pauvres, je vous envoie une indication sur la manière de conserver long-tems les pommes de terre, sans faire usage du feu. Jusqu’ici je n’ai appliqué cette méthode qu’aux besoins de ma maison, et je voulois suspendre la publication du procédé jusqu’à ce que j’eusse obtenu des résultats en grand, avec un appareil que j’ai fait exécuter. Mais la demande que vous m’avez faite, la circonstance d’une saison malheureuse, et la crainte que les pommes de terre de l’année dernière ne se gardent pas aussi facilement que de coutume, me déterminent à hâter cette publication. J’espère que les propriétaires et les fermiers donneront l’exemple, et essayeront d’employer leurs pauvres voisins , pendant les jours de pluies, au procédé conservateur d’un UO MOYEN DE CONSERVER article de subsistance aussi important. Voici le premier procédé que j’ai employé. Je pris trois livres et demie de pommes de terre. Je les pelai et les rapai. Ensuite, je mis cette substance entre deux toiles grossières, sous la presse. Il en résulta un gâteau, comme un fromage mince. Je le mis sur une tablette pour le se'cher comme j’aurois fait un fromage. J’en fis ainsi sortir environ un quart de suc. A ce suc, j’ajoutai une e'gale quantité d’eau; et dans l’espace d’environ une heure, cette eau déposa un peu plus de 60 grains de fine fleur de farine, propre à faire de la pâtisserie délicate. Le gâteau, que j’ai présenté à la Société, et que vous avez jugé n’avoir aucun mauvais goût, a été préparé précisément de la même manière, en 1797. Quant au volume, il se trouve réduit à la sixième partie; et les pommes de terre perdent en poids environ les deux tiers. Mais lorsqu’on emploie cette substance pour la cuisine, soit en la faisant cuire à la vapeur, soit de toute autre manière, le gâteau rend, à peu de chose près, la même quantité de nourriture que les trois livres et demie de pommes de terre auroient fait. Je dois observer que j’ai ainsi converti en gâteaux à conserver, des pommes de terre 111 I/F.S pommes de terre. gelées , et que ces gâteaux sont parfaitement bons. Les pommes de terre gelees que je n’ai point converties en gâteaux, se sont pourries. L’autre procédé est celui que j’ai éprouvé dernièrement en votre présence. Je pris cinq livres de pommes de terre $ et, sans les peler, je les fis laver, et piler dans un mortier. Je les soumis à la presse de la même manière que les autres, et j’en fis des gâteaux minces. Ils paroissent tous aussi bons que les autres, mais ils n’ont pas ce blanc parfait qu’on obtient avec l’autre procède. Il n’y a pas d’ailleurs assez long-tems que ces gâteaux sont en expérience, pour affirmer qu’ils se conserveront aussi bien que les premiers (l). L’objet important est la perfection du procédé préparatoire. L’Angleterre est si distinguée par l’invention et l’habilité des mécaniciens et des ouvriers , que je ne doute point qu’on ne trouvât très-promptement des moyens d’abréger le travail pour la préparation des gâteaux. Quand on y auroit réussi, cet objet deviendroit d’une extrême importance pour (1) Ces ■ gâteaux ne se sont pas bien conservés. Je l’attribue à ce qu’il y avoit dans les pommes de terre des parties altérées par la gelée, et non à ce que je n’avois pas ôté la peau. [A] 2 o janvier 1800. 11* MoYEtt nte CONSEItVEÎl notre marine. D’ailleurs, si l’on considère que, dans une anne'e d’abondance, l’on pourroit s’assurer, par ce moyen , une provision durable de la substance la plus saine, pour les anne'es de disette; que ces gâteaux ne tiennent que la sixième partie de la place que tenoient les pommes de terre; et que cette manipulation pourroit occuper, pendant l’hiver, un grand nombre de pauvres, on jugera que cet objet peut mériter une grande attention. , Il n’est pas nécessaire de peler des pommes de terre, mais cette pre'paration rend les gâteaux plus beaux et plus homogènes. Il est absolument ne'cessaire d’ôter de la substance de la pomme de terre toutes les parties altérées par le froid ou autres causes. Si l’on travailloit en grand , je pense qu’on pourroit les moudre. On emploie, aux îles, un instrument pour moudre le manioc, qui, probablement, pourroit s’appliquer à cela. Il est peu compliqué et peu coûteux. Si l’on avoit une machine très-puissante , je crois qu’on pourroit réussir en pressant les pommes de terre en masse, et sans aucune préparation. LaKGFORD MlLLINGTONr Remarque DES POMMES DE TERRE ll5 Remarque du Rédacteur. Parmi les nombreux essais qui ont e'te' faits, dans le courant de cet hiver, par quelques Membres de la Société qui s’est formée à Genève pour rétablissement des Soupes économiques ( 1 ) , celui de mettre à la presse dans des toiles fortes les pommes de terre, préalablement réduites en pulpe par l’action d’une râpe, n’a point été omis, et il a eu le succès le plus encourageant; on leur laissoil la peau, niais après les avoir soigneusement lavées. On a trouvé de l’économie de main d’œuvre, et de matière, à ne point les peler ; et quoique la soupe faite avec des pommes de terre râpées avec leur peau eût toujours conservé un goût peu agréable, on a remarqué avec surprise que ce goût rebutant disparoissoit toul-à-fait lorsque, par une expression et une dessication préalables on avoit débarrassé la pomme de terre de sa partie liquide. Ces gâteaux se dessèchent facilement au four, après la sortie du pain, ou par la simple exposition au soleil. i ( i) Voyez, sur cet établissement, les détails donnés au volume XIII de la Bibliot. Rritan. , p. 2 o4. Tome 6. H Il4 MOYEN DE CONS. LES POM. DE TERRE. II ne reste plus (pour que ce procédé' acquierre tout son prix, qu’à faire l’épreuve de la faculté' qu’ils ont de se conserver long-tems. L’ensemble de cette de'couverle nous paroît accroître beaucoup la valeur de ce précieux comestible. Son emploi à l’état de fécule est aussi très- economique. On préparé celte fécule en grand à Lyon, pour le prix de cinq sols la livre de i4 onces; et les essais de soupes, dans lesquels elle a été subslilue'e à la pomme de terre, à la dose d’un vingtième en poids, de celle de la pomme de terre en nature, ont été très- satisfaisans. On a d’ailleurs la certitude que cette fécule est susceptible de se conserver indéfiniment, sans qu’on ait à craindre la fermentation , ni les insectes. Détails sur la culture des turneps au semoir, dans le Berwick-shire. (.Annales d’A rthur Young.) Ïl y a quarante-cinq ans que l’on cultive les turneps au semoir dans le Berwick - sliire. Cette culture a commence par quelques individus ; elle s’est étendue rapidement ; et peu-à-peu elle est devenue commune dans toute l’Éçosse. Cette pratique du semoir pour les turneps lorsqu’elle est bien entendue, mérité une préférence décidée sur l’usa r ge de semer à la volée, et cela principalement par les raisons suivantes. 1°. La terre qui porte des turneps semes au semoir, peut recevoir une culture à la charrue, qui ressemble plus à une culture de jachère qu’à celle d’une recolle en végétation. 2°. Le sarclage et l’arrachement de l’herbe se font avec beaucoup plus de facilite’ lorsque les turneps sont semes en ligne : des femmes et des enfans y suffisent, au lieu que dans les champs semes à la volée, il faut la main d’un jardinier, ou au moins d’un sarcleur expérimenté. 5 °. La terre est accumulée par la charrue CULTURE I ll6 contre la ligne des turneps. IJ en résulté que les racines sont mieux garanties des gelées, qui quelquefois gâtent la récolté entière. D’ailleurs , lorsqu’il y a beaucoup de neige , on trouve aisément les lignes des turneps seme’s au semoir , au lieu qu’on en perd un grand nombre de ceux qui sont semés à la volée. 4°. La re’colte au semoir est généralement plus belle : elle pèse plus par acre, à moins qu’il ne s’agisse d’un terrain privilégié par sa qualité , sa légèreté, son amendement, et sa sécheresse. Dans le fait, on ne sème des lur- neps qu’en pareille terre, lorsqu’on sème à la volée; au lieu que l’on obtient souvent une assez bonne récolte en semant au semoir dans un terrain pesant et sale. 5°. En employant le semoir dans les terrains humides , on réussit à dessécher les billons sur lesquels se trouvent les turneps, et on obtient souvent une bonne récolte dans un terrain où l’on n’auroit aucune chance d’avoir des turneps en semant à la volée. Préparation du terrain. On sème ordinairement les turneps sur une terre qui a donné de l’orge ou du blé. On rompt après moisson.,On recroise le trait de charrue en mars ou avril. On herse pour pul- DES TUKNJErS. Il7 vériser et nettoyer la terre. On ramasse avec soin les pierres et les mauvaises herbes, que l’on ôte du champ. Les operations du labourage , hersage , l’éradication des mauvaises herbes, et en particulier du chiendent, ne sont point suspendues que le succès n’en soit complet. Si le terrain a besoin de chaux, on a soin de la répandre après moisson, ou bien on la place en gros tas dans le champ, ou auprès du champ, en la couvrant de gazon ou de paille, pour la garantir de la pluie qui la mettroit en masses pendant l’hiver. Dans ce dernier cas , on l’e'tend sur le terrain neltoye', et on l’enterre plutôt à la herse qu’à la charrue : le terrain se trouve alors prêt à disposer en billons, à fumer et à semer. Lorsque l’on peut conduire en hiver le fumier sur les champs et J’y laisser en tas, il en est bien meilleur. Quand la terre est bien propre, et qu’on a du fumier en abondance, on l’étend sur le chaume, et on l’enterre immédiatement après moisson. Formation des billons. Lorsque le terrain n’est pas bien pulvérisé, mais qu’il demeure couvert de mottes de terre, ou fait les billons avec la charrue sans avant- train (swing plough) traînée par deux chevaux, laquelle accumule la largeur de quatre traits % ii 8 cui/ruRE de charrue. Mais la manière la plus commode et la plus expéditive de former ces billons, est d’employer une charrue à deux vcrsoirs, lesquels sont fixés à charnières, et peuvent s’écarter ou se rapprocher à volonté. Deux chevaux de front la traînent, et un seul trait forme les deux côtés de la raie. La largeur des billons varie de vingt-sept à trente-six pouces. Ordinairement, la direction que l’on donne à ces billons est un peu oblique sur celle du dernier labour , laquelle première direction , est ensuite reprise pour la récolte de grains. La raison de cette obliquité, c’est que le fumier qui se trouve en terre en est bien mieux mélangé avec le terrain. Fumure et mélange du fumier à.la terre. On a soin d’enterrer le fumier aussi promptement qu’il est possible, après l’avoir répandu sur les champs , et on ne le voilure qu’en tems sec. La quantité de fumier que l’on met sur un acre , varie de dix à vingt chariots , attelés de deux chevaux. Ou le dispose par petits tas à huit ou dix pieds les uns des autres , et on l’arrange immédiatement dans le fond des sillons , qu’on en garnit. Après cette opération , on refend les bit- ions par une charrue à double versoir, ce DES TURNEPS. H9 qui recouvre , par conséquent, le fumier f et fait que les à-dos des bdlons sont exactement au - dessus de l’engrais. Semaille. Comme il est important de couvrir promptement le fumier pour lui conserver sa force, il l’est egalement de se hâter de semer immédiatement après que le fumier est enterré, et tandis que la terre des billons a encore une certaine humidité. 11 est assez ordinaire, que le haut des billons se trouve trop étroit pour recevoir commodément la graine. Lorsque le fumier est bien pourri , et le sol un peu roide , on commence par aplatir h; sommet des billons au moyen d’une herse légère. Mais la manière la plus commune d’obtenir le même résultat, c’est de promener un rouleau léger, de quatre pieds et demi de long, avec un seul cheval qui marche dans la raie , et aplatit deux billons à la fois. Le cadre du rouleau porte une petite chaîne à laquelle est attaché le semoir. Il y en a de diverses espèces : le plus simple est ordinairement le meilleur; et un enfant, qui marche derrière, guide l’instrument comme on fait une charrue. Un petit coullre forme un léger sillon devant la graine: 120 CULTURE un petit râteau la recouvre. Le bout du rouleau repasse sur l’à - dos semé, en même tems que le semoir sème l’à - dos voisin. Lorsqu’on est pressé de semer , il y a deux semoirs qui suivent le même rouleau, et un second rouleau passe après, pour recouvrir la semence. Choix et quantité de semence. Le plus souvent, la graine s’aclièle en Angleterre , et se détaille aux fermiers chez les marchands. Il y a dans le pays plusieurs personnes qui recueillent la graine, et qui ont soin de choisir dans leurs champs les plus belles racines pour les faire grener. On estime que la meilleure méthode est de transplanter les turneps au printems, avant le moment où ils commencent à monter. Il y a de toutes sortes de variétés ; et l’on voit souvent dans le même champ le blanc rond , le vert , le rouge , et le turnep en forme de bouteille. Lorsque le gros bétail ou les moutons ont le choix , ils préfèrent d’ordinaire , les autres espèces au rouge ; mais les cultivateurs font cas du turnep rouge , parce qu’il soutient mieux l’hiver. Deux livres de graine par acre est la quantité d’usage. Moins suffiroit, sans doute , mais DES TURNEPS. 121 l'économie seroit de petite importance , car on ne vend guères la graine de turneps plus de 6 pence la livre. Lorsque les turneps lèvent e'pais , ils courent moins de risque d’élre dévores en totalité par les pucerons , ce qui arrive quelquefois aux récoltes clairsemées. Les rutabaga ont été essayés , mais ils ne sont pas encore généralement connus. Us se transplantent bien ( 1 ) , en sorte qu’on en fait des semis en petit, pour pouvoir remplir ensuite , par la transplantation , les vides des champs de turneps. On sait combien ils sont robustes. On les conserve jusques très-tard dans le printems. On les a d’abord vantés comme assurant, au printems, une nourriture aux agneaux , dans le moment où on a fini les turneps et où l’herbe n’a pas encore poussé ; mais on a découvert ensuite que leur peau est si dure que les agneaux , et même les antenois ne peuvent les manger sans s’ébranler les dents .' cette raison fait que les fermiers ne les cultivent pas en grand. ( 1 ) C’est encore un avantage essentiel du rutabaga. 3’ai essayé plusieurs fois de transplanter les turneps sans y réussir. Une fois cependant, en terre de jardin, ils ont bien repris; ils oui été beaux en lici bc, mais les racines ont été chétives. 122 CULTURE Tems de la semai lie. C’est avec le mois de Juin que l’on commence les operations de la scmaille des tur- neps, et l’on sème jusqu’au i5 Juillet. Les récoltes semées plus tôt ou plus tard que ces six semaines ne réussissent guères en Ecosse : le meilleur moment est du 10 au 20 Juin. Houe à cheval. Lorsque les plantes ont de trois à quatre pouces de haut , ou lorsqu’on commence à voir pousser les mauvaises herbes, on emploie, pour cultiver les turneps , la petite charrue sans roue connue en Ecosse sous le nom de small. On l’attelle d’un seul cheval qui passe entre les lignes. Au premier trait , on cotoie la ligne de turneps de tout près, en la laissant à sa gauche , et en en détachant la terre j au second trait, qui se fait en repassant avec le cheval au même endroit , on détache la terre de la ligne voisine, également à la gauche du laboureur. Quelquefois cette opération se fait des deux côtés à la fois , avec un double coultre qui est porté par une roue, et conduit comme la charrue. DES TURNEPS. rr 123 Sarclage. Deux ou trois jours après l’opération de la charrue , les sarcleurs entrent dans le champ, avec des hoyaux ‘de h à 8 pouces de large, lis ne donnent qu’un seul coup pour marquer chaque intervalle , entre les plantes qu’ils laissent ; ce coup eulève à la fois les mauvaises herbes, et les turneps surabondaus. Cet ouvrage coûte deux shellings par acre. Le champ reste ensuite dans cet e'tat une quinzaine de jours ; et si les mauvaises herbes repoussent , on ^revient au sarclage. Ordinairement , les deux operations de cultiver à la charrue, et de sarcler à la main ne coûtent pas plus de 7 shellings l’acre. Butage des turneps. Lorsque les racines commencent à pommer, on relève contre les plantes la terre rassemble'e dans les intervalles par la première operation de la charrue : on y emploie une charrue légère à double versoir , traînée par un seul cheval. Le champ reste en cet état. Il arrive quelquefois que certaines mauvaises plantes, comme les moutardes, repoussent , et se montrent parmi les turneps. Alors ou emploie des femmes et des enfaus à les 124 CULTURE arracher. Au mois d’Aotu , les champs sont couverts de l’ombre e'paisse des feuilles de turneps. Arrachement et consommation des plantes » C’est à la fin d’Octobre , ou au commencement de Novembre qu’on arrache les turneps pour nourrir les bêtes à cornes, dans les cours, sous des hangars , ou dans des près secs , où on les leur apporte. On fait aussi consommer les racines sur la place, par les moutons qu’on enferme 1 dans de grands parcs et qu’on change, de place une fois la semaine. Enfin la méthode la plus ge'nérale aujourd’hui , c’est d’arracher la moitié' des turneps pour les faire consommer ailleurs , et de faire manger l’autre moitié' sur place par les moulons. Ceux-ci sont gras entre le premier Mars et le premier Mai, et se vendent de 45 à 70 shellings la pièce. Une grande partie des re'colles de turneps cultivées par les éleveurs, se consomme par les agneaux 1 et les antcnois , qui s’en nourrissent depuis Novembre en Mai , et prospèrent avec cette nourriture. Au commencement de Juin on les vend aux marchands du York-shire à 5o ou 4o shellings la pièce. w DES TURNEPS. 125 Valeur de la récolte. Il y a beaucoup de fermiers qui cultivent les turneps , sans être ni éleveurs, ni cngrais- seurs. Ils louent ensuite leurs champs pour faire consommer la récolté sur place , dans un tems donne'. Il y a dix ans que le prix moyen d’une recolle de turneps e'toit de 2 à 5 livres sterl. par acre : à présent , ce prix moyen est de 4 à 7 liv. sterl. On compte qu’un acre de turneps bien réussis nourrit et engraisse pendant cinq mois un bœuf de cinq à six quintaux, ou dix moutons pendant le même tems. La valeur du bœuf, pendant ces cinq mois, augmente de 5 liv. sterl. 5 et celle de chaque mouton, de 10 shel. En 1799, les re'coltes se vendirent de 8 à 10 liv. sterl. l’acre , et le prix du bétail gras fut dans la proportion. Il faut plus de peine et de soins pour engraisser aux turneps les bœufs que les moutons ; mais la quantité additionnelle du fumier compense cette peine. Ce n’est pas une chose très-rare que de voir dans des terres neuves, et bien amendées, des turneps qui pèsent jusqu’à 52 livres ; mais les récoltes ordinaires sont composées de plantes au- dessous de 10 livres. 126 CULTURE Rotation des récoltes après les turneps. Dans les terres sèches, près de la Tweed , et de la côte, là où les turneps sont consommes par les moutons , l’on sème du blè sur les champs qui sont débarrassés des racines avant le commencement de Mars. Ceux qui ne sont debarrasses que plus tard, mais avant le i5 Avril, reçoivent de l’avoine. Ceux enfin qui ont encore des turneps après le i5 Avrd sont destines à l’orge. Ces diverses récoltes se sèment sur un seul labour , et avec du trèfle rouge et blanc, mêlé d’un busliel de ray-grass lorsqu’on veut laisser le pré plus d’un an : lorsqu’on veut rompre le pré dès l’année suivante , on sème du trèfle rouge pur. Sur les meilleures terres à turneps la succession est communément : 1 Turneps au semoir. 2 Blé avec trèfle. 5 Trèfle qu’on fait manger en vert aux chevaux à l’étable , ou qu’on fane. 4 Blé. Ou bien : 2 Turneps. 1 2 Avoine ou orge avec trèfle. 5 Trèfle. 4 Avoine. DES TURNEFS. I27 Ou bien encore , mais cet assolement est réputé mauvais : 1 Turneps. 2 Blé. 3 Avoine. Les terres qui supportent un de ces trois assolemens se louent de 5o à 45 sliel. l’acre. Les terrains d’une qualité inférieure , ou dans les parties montueuses , se mettent en prés pour 4 ou 5 ans après la récolte de turneps. " Enfin , dans les terrains tout-à-fait stériles, on ne sème les turneps que sur une jachère et un chaudage. On remarque que les terrains stériles, ainsi préparés, donnent une récolte de turneps tout aussi considérable , mais cette récolte ne nourrit pas un aussi grand nombre de bestiaux , et ne les engraisse pas si bien. Conservation des Turneps. Les hivers sont quelquefois très-rigoureux en Ecosse ; les gelées continuent pendant un mois ou six semaines. Pendant tout ce tems on a beaucoup de peine à arracher les turneps, et ils sont si durs que le bétail ne les mange qu’avec difficulté , et s’en nourrit mal. Les engraisseurs diligens et soigneux ont donc la précaution d’arracher une certaine quantité CULTURE 128 de lurneps en Novembre. Us coupent les feuilles et le pivot ; ils en forment des tas à portée des étables ou des champs dans lesquels ils engraissent les bœufs ; et les lurneps , garantis du froid par de la paille , sont alors en très-bon état lorsqu’on les donne au bétail dans le tems des neiges ou des fortes gelées. Manière d’enlever les turneps des terres humides. * Les fermiers du Berwick-sliire ont tellement la fureur des turneps qu’ils les cultivent même dans des terrains , qui ne peuvent pas supporter les pieds des brebis destinées à les consommer ; bien moins , par conséquent, les chariots pour les cbarier. On trouve dans ces cas-là , que la meilleure manière d’enlever les turneps, c’est de les mettre dans de grands paniers, attachés sur le dos d’un cheval , lequel marche dans les sillons, sans pétrir Je terrain. Ces paniers peuvent s’ouvrir par en bas, pour en tirer les turneps. Un cheval porte aisément trois ou quatre quintaux de ces racines. Conclusion. Le Benvick-shire doit à deux circonstances la grande réputation qu’il a parmi les provinces DES TURNEPS. 12 9 viuces du royaume les mieux cultive'es , ainsi que la demande continuelle de son gros et menu bétail. La première circonstance, c’est que la moitié de chaque ferme est en champs, et l’autre moitié en pâturages avec faculté d’alterner ; la seconde circonstance est la culture des turneps au semoir , telle que je viens de la décrire : cette culture a enrichi un grand nombre de fermiers , et triplé , quadruplé , et quintuplé la rente de maint propriétaires. Je dois encore observer sur cette culture, qu’une grande partie des terres restant en pâturages pendant des années , la récolte d’avoine qui succède ne suffit pas pour consommer complètement les gazons ; en sorte que la culture des turneps au semoir est, sous ce rapport , mieux adaptée à la province qu’elle ne le seroit dans les comtés où l’on ne trouve aucune prairie de quelque valeur qui ait plus d’une année , et où toutes les terres sont constam- .mcut soumises à la charrue. Alex. Low. Tome 6. J i3o Culture des turneps au semoir en protégeant les plantes. Par Abr. Munnings. (Annales d* Arthur Y o u n g.) Il m’a toujours paru très-difficile de protéger contre les gelées une récolte de turneps lorsqu’on les a semés à la volée ; et que pour ' remplir cet objet essentiel, il convenoit de les semer au semoir. J’ai donc commencé par là , dans une expérience que je fis l’an 1800. Au commencement de l’automne, je fis arracher, pour la consommation du moment , la moitié de mes turneps , en laissant intacte alternativement de deux lignes l’une. Mes rangées demeurèrent ainsi à trois pieds de distance , et je fis passer dans les intervalles la houe à cheval, i pour buter les plantes. Mon champ ressembloit alors à ces gue'rets à demi - labourés , dans le dessein de faire mûrir les terres dans l’hiver , et les turneps etoient presque couverts par la terre. L’hiver fut singulièrement doux y en sorte que mon expérience ne fit pas autorité dans le canton. Mais l’année suivante , l’hiver'ayant été très-rude , l’utilité de ma méthode fut CULTURE UES TURNERS AU SEMOIR. l3l démontrée aux plus incrédules. Tous leslurneps du canton furent gelés , et les miens furent intacts. Lorsque je pus parler aux yeux , je commençai à trouver des gens attentifs , et disposes à m’imiter. J’ai varie’ le procédé’ de diverses manières , sur le même principe j et voici ce que je conseille comme le plus e'conomique et le plus efficace : supposons que le champ se trouve dispose' par parcelles de huit range'es chacune. On commencera par ouvrir une raie, avec la charrue à double oreille , entre la quatrième et la cinquième rangée. On arrachera ensuite les rangées une, deux, et trois , que l’on placera dans la raie ouverte , en inclinant les feuilles du côté de la quatrième rangée déjà ouverte par la terre renversée. On arrachera les rangées six , sept et huit, que l’on placera dans la meme raie , mais en inclinant les feuilles des plantes dans un sens opposé. On labourera ensuite trois ou quatre traits de charrue, pour donner de la terre à jeter à la pèle sur les turueps , et former un à-dos. J’ai éprouvé qu’un seul ouvrier couvre ainsi les turneps de deux acres dans trois jours. On peut achever de labourer les intervalles avec une charrue à un cheval, et donner ainsi une culture complète. Par ce procédé , les CULTURE EUS TUTmivPS i5a huit rangées de turneps se trouvent réunies en une seule masse de trois pieds de large r et de la longueur du champ. S’il survient de fortes gelées, les turneps n’en souffriront point, et seront toujours faciles à arracher , parce que les feuilles maintiennent la terre ouverte, parce qu’ils ne sont que de'pose's sous une terre remuée , et enfin parce que lors même qu’il surviendroit des neiges , ils sont aisés à trouver par l’élévation du dos-d’âne. Pendant le rude hiver de 1801 à 1802 j’envoyai à plusieurs reprises , des turneps parfaitement frais et conservés par cette méthode, à des fermiers mes voisins , qui n’avoient pas dans leurs champs une seule racine non gelée. Je puis affirmer que , dans cette méthode , un seul homme peut arracher et transporter dans les étables cinq foispltis de nourriture qu’il ne le pourrait, en arrachant les racines dans un champ semé à la volée. Ces avantages sont décisifs , sans doute , et on les éprouvera surtout dans les hivers rigoureux ; mais , même em supposant que l’hiver soit doux , et le printems hâtif , la méthode ne laisse pas d’être avantageuse. Les fermiers se plaignent , et avec raison , que la repousse des turneps au printems , lorsqu’ils montent en,Heurs , épuise leurs terres : j’ai 'au semoir. i33 Souvent eu occasion d’observer cet effet sur les récoltés qui succèdent. On évité cet inconvénient , par le procède' que je conseille;- La culture qui en résulte pour la terre , paie bien largement le travail nécessaire pour couvrir les plantes , comme je l’ai recommandé. Je dois prévenir que le procédé indiqué n’est applicable qu’aux terres meubles et légères. Dans les terres argileuses, on doit, sans avoir égard au nombre des rangées , placer le trait de charrue dans le haut du sillon , ou billon , puis y loger les turneps des deux pentes , et les recouvrir à la pêlp , avec la terre remuée sur ces mêmes pentes , par quelques traits de charrue donnés dans ce but. De cette manière , le champ sera parfaitement égoutté, les turneps seront bien conservés, et la terre aura reçu'une meilleure préparation qu’on n’auroit pu la lui donner de toute autre manière. Voici les attestations des personnes qui ont eu connoissance de ma méthode et de ses résultats. Blllingford, le 24 février 1802. (( Je déclare et certifie qu’après avoir vu, au printems de 1801 , les récoltes de turneps semés au semoir pa^r Mr. Munnïngs, j’ai fait CULTURE DES TURNEP» l34 diverses expériences comparatives sur les deux manières de cultiver cette plante. J’ai remarque avec évidence que l’avantage e’toit pour les récoltes au semoir : les turneps crois- soient plus rapidement, etatteignoient un plus gros volume. Une étendue donnée de terrain produisoil un poids plus considérable de ces racines , lorsqu’elles étoient semées en lignes. Je conclus qu’il est toujours plus avantageux de semer cette plante au semoir, qu’à la volée. » Signé , Robert Hart. Winburg, le 23 février 1802. « La Société des Arts se souviendra qu’au printems de 1801 , je m’étois engagé à semer au semoir soixante-dix acres de turneps. Je l’ai fait ; et quoique ma récolte de turneps ait été médiocre, je n’en suis pas moins convaincu qu’elle auroit été plus foible encore si j’avois semé à la volée. Les meilleures parties avoient été préparées à la manière de Mr. Munnings. Je persiste donc à préférer le semoir pour les turneps. » Signé f William Salter. Billingford, le 25 février 1801. « Il y a plusieurs années que je m’applique AU SEMOIR. l55 à semer mes turneps en lignes droites. Dans l’hiver de 1800 à 1801 , j’essayai de protéger quelques parties de ma récolte en labourant le long des lignes, et jeltant de la terre dessus. Je réussis en partie ; /mais ayant ouï parler de la méthode de Mr. Munnings , j’allai voir sea expériences. 11 me conseilla l’emploi d’une machine de son invention , pour protéger les turneps par la terre voisine. J’en ai fait usage. J’ai dans ce moment-ci quarante acres de turneps arrangés selon sa méthode , et je regarde cette récolte comme valant 100 liv» sterling de plus qu’elle ne vaudroit, si j’avois suivi la culture ordinilire. Il est donc bien juste que je reconnoisse publiquement l’obligation qu.e j’ai à Mr. Munnings. » Signé 3 James Beomfield. Gressen-hall, le 9 février 1802. « Je déclare et certifie qu’à la fin de Juin et au commencement de Juillet 1801 , je semai des turneps au semoir , sur la plus grande partie d’un champ , qui , depuis sept ans, n’avoit pas rendu suffisamment pour payer les impôts de la dixme et des pauvres. La terre est de peu d’épaisseur, sur un gravier reposant sur la glaise. J’exécutai cet ouvrage avec une l 36 CüLTUP DES TURNEPS machine de l’invention de Mr. Munnings et sous ses directions. ; Je ne hersai pas après le semoir , en sorte que les rangées levèrent dans le petit sillon qui restoit marqué par le trait de charrue. Il n’y avoit pas long-tems que le terrain avoit été amélioré avec de la glaise, et il étoit.d’ailleurs bien fumé; mais un orage survint, et fit beaucoup de mal aux jeunes plantes. Cependant le résultat a été favorable. J’ai eu une belle récolte , qui a résisté aux gelées de l’hiver; et soit mon expérience , soit les faits dont j’ai été témoin chez Mr, Munnings , m’ont convaincu de la supériorité de cette pratique sur tout autre mode de culture des turneps. » Signé , Chaudes Russee. Stanfield, le 12 février 1802. « Je déclare et certifie que dans le mois de Juin 1801'je semai au semoir des turneps, avec une machine dë l’invention de Mr. Munnings; que le même jour, dans le même terrain , je semai aussi des turneps à la volée , et que les premiers ont fourni une récolte d’une valeur supérieure. » > Signé , John Davy. AU SEMOIR.' s l3 7, Fiacham, le îg février 1802. « Je certifie que dans le mois de Juillet dernier, je semai six acres en turneps, savoir; cinq acres au semoir, avec une machine reçue de Mr. Munnings, et un acre à la volée. Dans la partie au semoir, les plantes poussèrent très- rapidement, maigre’ la sécheresse qui survint. Dans la partie semée à la volée, cette sécheresse fit périr la graine , ou les plantes , en beaucoup d’endroits. Les plantes au semoir ont acquis un volume sensiblement plus considérable ; et ces cinq acres ont donné la plus belle récolte de turneps de tout le canton , où l’on compte deux mille acres de terres arables, semés en turneps à la volée. On ne se rappelle pas d’avoir vu donner à cette étendue de terrain une telle quantité de nourriture pour le bétail. Je crois à l’eflficacilé de la méthode de Mr, Munnings pour protéger les turneps contre les gelées ; mais je ne puis pas en parler d’après mon expérience, parce que malheureusement j’ai négligé cette opération jusqu’au moment où il étoit trop tard pour la faire. Je suis décidé à adopter , à l’avenir, sa culture dans toutes ses parties. » Signé, Robert Forby. I l38 CULTURE^ DES TURNEPS Stoke, le 20 février 1802. « Je certifie que dans une étendue d’un acre et demi de terrain semé en turneps , comme Mr. Forby , j’ai éprouvé le même résultat que lui. C’est de lui que j’avois reçu les directions nécessaires , ainsi que la machine de Mr. Munnings. Les turneps qui restent aujourd’hui en terre sont reconnus pour les plus beaux qu’il y ait dans le canton. » Signé y Henry Helsham. Attestations diverses. « Nous soussignés commissaires nommés par la Société d’Agriculture du district occidental de Norfolk , à l’effet d’examiner la culture de Mr. Munnings , pour les turneps au semoir , et la manière de protéger ces racines contre les gelées, déclarons qu’aujourd’hui 26 Février 1802, nous avons examiné sa récolte , et que nous avons trouvé ses turneps parfaitement sains et bien conservés. En conséquence nous approuvons sa méthode , et nous en recommandons l’adoption aux cultivateurs; donnant toute liberté à Mr. Munnings de transmettre la présente attestation à la Société des Arts. » Signéj W. Ab. Hile ; A. Beck; D. Reeve. 'AU semoir.» i59 « Nous soussignés ayant examine', aujourd’hui 26 Fe'vrier 1802 , les turneps de Mr. Munnings , avons compare la qualité' et le poids des racines prises dans des endroits protégés, et dans d’autres qui ne le sont pas, et nous avons trouve' un avantage d’environ un quart soit en poids , soit en qualité', en faveur des turneps qui ont été prote'ge’s contre les gele'es. Signé, H. Stiiæman ; A. Hamond ; W. Ab. Hiee ; D. Reeve ; T. Kenoeee j J. Kins ; R. Hart , Membres de la Société d’AgricuIture de Norfolk. Sur la culture des pommes de terre plantées par la pelure. Edward TVhitïle au Secrétaire de la Société de Jiath. T j e s faits, soit qu’ils résultent de recherches savantes, ou que le hasard les ait fait connoître et constater, sont pre’cieux à recueillir. C’est dans cette persuasion que je vous adresse quelques détails sur la culture des pommes de terre , par une méthode nouvelle. I P ■i V :• 1 l 4 o SUR LA CULTURE En 1790 je plantai un grand carre de pommes de terre. Je divisai l’espace en trois parties égalés : je plantai dans l’une, des pommes de terre entières; dans la seconde partie, des quartiers de racines ; et dans la troisième, des pelures seulement. Il n’y eut pas la moindre difïe'rence sensible dans la quantité' du produit. En 1791 , je plantai dans la même ligne une pomme de terre, un morceau, et une pièce de pelure avec un œil; et ainsi alternativement ces trois choses : tout le long de la raie. Lorsque la saison de la re'colte vint je fis la plus grande attention pour discerner la différence des produits, si elle existait-, et je n’en sus découvrir aucune. En 1795, pendant qu’on , arrachait mes pommes de terre , je m’aperçus qu’il y en avoit beaucoup qui n’étaient pas plus grosses que des noix , et d’autres plus petites, jusqu’à la grosseur d’une noisette. Je les fis laisser en terre. Au printems de 1794, mon terrain se’trouva irrégulièrement garni de plantes de pommes terre qui provenaient des petites bulbes ! qUe j’avois laissées en terre. Je préparai, en conséquence, deux autres plates- bandes pour y transplanter les plantes, dont environ un tiers seulement, avoit les pommes / DES POMMES DE TERRE. l4l mères attachées à leurs racines : dans les deux antres tiers des plantes, ces poifomes de terre s’étoient détachées en arrachant. Je plantai une plate-bande et demie avec des plantes; et j’achevai de remplir la seconde plate-bande avec des quartiers de pommes de terre, et des tubercules entiers soit en lignes, dans une raie faite d’avance, soit avec un plantoir. A la récolte, je mis beaucoup de soin pour discerner les différences, s’il en existoit, quant à la quantité ou la grosseur, et je n’en sus découvrir aucune : les trois manières produisirent en apparence précisément le même résultat : je ne m’eo assurai néanmoins, ni en pesant ni en mesurant. Je suis demeuré convaincu qu’il n’est nullement nécessaire de planter des pommes de terre, pour faire une bonne récolte, car l’écorce ou les rejettons donnent une récolte également bonne. La raison pour laquelle j’avois mis des pommes de terre entières et des quartiers dans la demi-plate-bande est celle- ci : lorsque j’aurois dit à mes voisins que les rejettons donnoient une aussi belle récolte que les pelures, et les pelures que les rejetions, ils m’auroient répondu, « oui, mais si vous aviez planté des pommes de terre entières , vous auriez eu une récolte beaucoup plus forte. » SUR LA CULTURE i4a De la manière dont je m’y suis pris, il n’y a pas moyen de me faire cetle objection. Je continue à planter seulement l’écorce de mes pommes de terre , ainsi que les rejet- tons qui poussent des petites racines laisse’es en terre par hasard. Quelquefois je les plante en ligne et à la houe ; quelquefois en faisant un trou avec le plantoir et en les recouvrant de fumier. Je n’ai jamais observe' la moindre différence dans les re'coltes. L’anne'e dernière, je fus absent de chez moi, dans le tems oit l’on plantoit les pommes de terre. On les planta par quartier, mais je n’ai trouvé aucun avantage dans la récolte cette année, excepté ce que j’attendois d’un terrain neuf. Lorsqu’on pèle les pommes de terre pour planter les pelures, il faut laisser un ou deux yeux à chaque morceau, et, à chaque œil, un petit quartier de la pomme de terre, gros comme une féverolle. DES POMMES DE TERRE. 145 Note sur une plantation de Pommes de terre en plein champ et en terre argileuse , dans laquelle fai cherché à réunir les conditions essentielles en général à la réussite des pommes de terre ( comme une terre suffisamment ameublie et convenablement fumée) avec Véconomie dans la main - d’œuvre, la promptitude dans le travail et la facilité de cultiver ensuite les pommes de terre avec la petite charrue . JE suppose un champ auquel on n’a point touche' depuis la récolté en grains de l’anne'e prêce'denle : en terre forte, ce champ se labourera mieux au printems que celui auquel ou aura donne' un labour avant l’hiver : je choisis le premier moment favorable pour le labourer , plutôt dans le sens de sa pente, s’il en a, parce que les eaux, s’il survient des pluies, s’écouleront plus facilement : ce champ restera dans cet e'tat aussi long-tems qu’il sera possible, sans trop retarder la plantation des pommes de terre, pour donner le tems à la bande retourne’e d’être ameublie par l’influence atmosphe’rique , et aussi pour avoir plus de chances de mener le fumier sur le champ par SUR I/A CtTUTURE l 44 un tems sec. Le fumier étant mené, on le répand aussi également que possible, mais seulement avant de planter. Pour commencer l’opération de planter, je me sers de la charrue ordinaire, en plaçant les oreilles à égale distance du sep, et je sillonne le champ comme on le fait dans la méthode de semer le blé, moitié sous rayes, l’intervalle entre le fond de chaque sillon doit être de 20 ou 21 pouces; s’il est plus grand ou plus petit, c’est au laboureur à se rapprocher autant que possible de cette mesure : l’effet naturel du travail de la charrue est d’accumuler le fumier sur la crête des sillons, en le mêlant déjà jusqu’à un certain point avec la terre. Cette opération finie, les planteurs peuvent commencer leur travail. Ils placeront d’abord leur cordeau (ou tout autre moyen de direction) à angles droits de£ f sillons, puis mettront leur pomme de terre dans chaque sillon sous le cordeau, sur toute la longeur de celui-ci: changeant ensuite le cordeau, ils l’écarteront à 21 pouces de sa première position, et parallèlement, mettront de nouveau les pommes de terre comme à la précédente ligne, et ainsi de suite. On comprendra facilement d’après celte disposition, que les sillons se trouvant déjà » ' a DE3 POMMES DE TERRE l45 à 21 pouces les uns des autres, les pommes de terre seront aussi à 21 pouces dans deux différons sens, à angles droits l’un de l’autre ; et que par conséquent la petite charrue pourra passer entre chaque ligne dans ces deux sens. Comme toute cette première operation peut se faire sans recouvrir une seule pomme de terre , il est difficile de se tromper en les plaçant dans la raye, ou tout au moins peut-on facilement rcconnoître les fautes et les réparer ; mais le prooe'de' est si sûr, qu’il est superflu d’user de cette facilité; il y a d’ailleurs quel- qu’avantage à recouvrir à mesure les pommes de terre dans une plantation qui dure quelquefois plusieurs jours, et peut être interrompue par le mauvais teais. Il se présente plusieurs moyens de recouvrir les pommes de terre; la herse seroit bien le plus expéditif, mais ses dents et les pieds du cheval dérangent beaucoup de pommes de terre , même avec la précaution de ne la passer qu’en travers des sillons, et elle ne recouvre pas suffisamment ; il faudroit donc une opération subséquente, et le râteau de fer me paroît alors préférable : l’ouvrier, muni de cet • instrument , et marchant de côté dans la longueur d’un sillon , le recouvre d’un bout à l’autre ; celui qui vient après, placé un peu en Tome 6. K I 146 SUR LA CULTURE arrière, recouvre le sillon suivant, ét ainsi de suite en diagonale autant qu’il y a d’ouvriers. Cette méthode est beaucoup plus expéditive qu’on ne le croiroit ; elle donne la facilité de rectifier les inexactitudes partielles dans la manière dont les pommes de terre ont été placées, et elle fait retomber entièrement dans le fond du sillon le fumier accumulé sur la crête. Si l’on objectoit à celle méthode que les pommes de terre ne se trouvent pas suffisamment enterrées, je répondrais que la culture à la petite charrue qui se fait un mois après, répare amplement ce défaut, en garnissant de terre chaque plante à une assèz grande hauteur ; et qu’il y a peut-être de l’avantage en terre forte à ne pas trop enterrer les pommes de terre , jusqu’à ce qu’elles aient bien germé , surtout s’il survient après la plantation de longues pluies, qui souvent les font pourrir , ou tout au moins les altèrent en grande partie. En suivant le procédé que je viens d’indiquer , j’évalue à quatre journées d’homme et à six journées de femme le tems employé à planter sept coupes et demie de pommes de terre, qui ont couvert une étendue de ’joo toises de 8 pieds carrés : le travail de la charrue, CULTURE DES POMMES DE TERRE. 1^7 celbi de charier, et de re’pandre le fumier n’est pas compris là-dedans. , Un de vos Abonnés. Expérience d’une plantation de pommes de terre faite dans le but de connoître l’influence de la grosseur et du volume des semences sur la quantité des produits, par M. Bergier de Renens près Lausanne. Ije 8 avril 1797 je tis planter, dans un compartiment de mon jardin et sans engrais, 12 lignes de pommes de terre jaunes, au nombre de 16 plants à chaque ligne. N.° 1. Trois lignes des plus grosses qui ont pesé en tout...... 1-8 liv. 6 onces. 2. Trois lignes de moyennes . . 8 1 3. Trois lignes de petites. 4 8 4. Trois lignes de morceaux à 2 et 3 yeux. 2 2 5 . Le 1." juin suivant j’en fis planter 3 lig. de moyennes. 6 i5 PLANTACE DE Produits. i4ë Le 16 septembre 1797 arrache' uae ligne de chaque Numéro. Celle du N. 9 1 a pesé. 65 liv. 4 ouc. 2. 47 8 5. 52 '12 4 . 49 4 5 . 07 12 Le a octobre suivant arrache' une 3. de ligne de chaque Numéro. Celle du N.° 1 a pesé. 68 liv,, » onc. 2 . 55 12 3 . 5o 8 4 . 4i » 5 . 28 8 Le 17 octobre arrache' une 5 . e ligne de chaque Numéro. Celle du N.° 1 a pesé . . ■. 70 liv. » onc’. 2 . 55 8 3 . 46 8 4 . 3S 5 . 3 S Produit du Numéro 1. 16 Sept. i.* rc ligne. . 65 liv. 4 onc. 2 Oct. 2. de . 68 17 -3. ,me .... 70 2o 3 liv. 4 one. Poids du plant déduit. 18 6 Beste net.'. 184 liv. i4 onc. POMMES DE TERRE, i4g Produit du Numéro a. 16 Sept. i. tr * ligne . 47 liv. 8 onc. 2 Oct. 2. de . 55 12 » 1 7 -3. eme .... 55 8" 158 liv. 12 onc. Poids du plant déduit / 8 1 Reste net. . . i5o liv. 11 onc. . i5o liv. 11 onc. Produit du tfuméro 3. > f ■ 16 Sept. i. e ” ligne . 52 liv. 12 onc. 2 Oct. 2. em ° . ... 5o 8 17 - 3.'™' .... 46 8 ' i4g liv. 12 onc. ’ Poids du plant déduit 4 8' I Reste net. 145 liv.- 4onc. » i451iv.4onc. Produit du numéro 4. 16 Sept. î."® ligne. 4g liv. 4 onc. . ' < 2 Oct. a.*"” .4i r. 1 et!)',' ! . .. 17 -3. tm Y. ... 36 ^ ,,,, : 126 liv. 4 onc. Poids du plant déduit 2 2 Reste netï 124 liv. 2 onc. . 124 liv. 2 onc. PLANTAGE GE i 5 o Produit du Numéro 5 . 16 Sept. i. cr * ligne . Zj liv. i2onc. 2 Oct. 2. eme .... 28 6 17 - 3 .' m ' .... 38 io 4 liv. 2 onc. Poids du plant déduit. 6 i 5 Reste net. . 97 liv. 3 onc. . 97 liv. 3 onc. Il paroît démontré par cette expérience que plus le plant est gros, plus le produit net du terrain est considérable, et que ce produit va toujours en diminuant régulièrement, à mesure que la grosseur du plant diminue. Le N.° 5 , qui semble être une exception, la doit sans doute à l’époque où il a été planté. On voit, en second lieu, que le N.* 1 est le seul qui ait produit progressivement davantage la 2.' puis la 5 .'fois qu’on l’a recueilli. Le résultat des autres N . 05 n’a rien de satisfaisant pour prouver qu’il soit avantageux de laisser long-tems la pomme de terre dans la terre; à cet égard, tous sont en opposition avec le N.° 1. Les conjectures les plus naturelles qui en découlent, sont 1." Qu’une fois parvenu à maturité, la pomme de terre cesse de croître, se dessèche et perd de son poids; 2.° que plus le plant est petit, plus la maturité est POMMES DE TERRE. l5l précoce. 3.° Que la maturité à été précoce cette anne’e. Y On voit, en troisième lieu, qu’il est avantageux de planter les pommes de terre de bonne heure. On voit enfin que si, d’un côté, le poids de la semence influe sur la quantité' du produit du sol , de l’autre une quantité’ quelconque de semence se reproduit d’autant plus de fois qu’elle est divisée en plus petites parties^ .en telle sorte que , pour multiplier promptement une espèce favorite, il vaut mieux diviser les semences en autant de parties que cela est raisonnablement possible. C’est ainsi que le N.° x n’a produit qu’environ il fois son poids, tandis que f .. le 2 l’a produit. *9 3 le 3.v: 33 1 le 4 . . . . . 5ql le 5 n’a produit que . . . i5 pour un , ce qui parole devoir être attribué uniquement à l'époque tardive de la seinaille,. -, «f - 1Ô2 i i ■ POMMES DE TERRE. ^ . * , , . ' • {Annales A’ Arthur Yqukg. ) t Pensbury-house près de Shaftsbury, le 3 i mars 1801. X_JE i Janvier dernier, je vous ai envoyé le détail d’une expérience qui m’a réussi l’année dernière, et que j’avois entreprise pour obtenir deux récoltes successives de pommes de terre ^urle même terrain, dans-un an: voiéi le procédé. Six semaines avant le moment oit mes pommés de terre les plus hâtives dévoient mûrir, je plantai des quartiers de racine à un pouce les uns des autres ; en sorte qu’elles n’occupoient qu’environ la vingtième partie de l’espace qu’elles occupent dans Iâ méthode commune. Au moment de la récolte ordinaire des pommes de terre hâtives, celles que j’avois ainsi plantées à u» ’rpouce les unes des autres, avoienl acquis .cinq à six pouces de haut : je les transplantai dans le lieu où j’avois fait la première récolte. Elles prospérèrent* et le a Novembre, je les fis arracher et peser en présence de deux témoins respectables : le produit lut de 84 sacs de 24 o livres par acr#. Lorsque j’avois planté les premières pommes de terre, je n’avois point projette' de les rem- TOMMES DE TER HE. l55 placer par d’autres , eu sorte que l’expérience n’a pas ëtë faite à son plus grand avantage ; car la première récolte n’ëtoit point des pommes de terre très-hâtives, et n’avoit pas été plantée plus tôt qu’à l’ordinaire. Il y en a trois sortes qui sont parfaitement mûres au milieu de Juin, et je n’avois employé' aucune des trois. Il conviendroit de les préférer, et de les planter le plus tôt possible, car si les gelées du prin- tems tuent la lige , elle repousse, et la plante produit encore une assez bonne récolte , ainsi que l’ont prouvé les expériences de Mr. Wimpey. (Voyez les Mémoires de la Société de Bath.) , .1 /1 Quant à la seconde récolte, il est indifférent quelle queisoi l’espèce employée ; cependant, je ne puis m’empêcher de recommander singulièrement une variété connue sous, le nom de May-Duke ou Red-Kidney. Elle , est couleur de rose, oblongue , couverte d’yeux, donne beaucoup, a un goût délicieux; et je dois remarquer encore que ce printems (1801), tandis que presque toutes les pommes de terre sont aqueuses et d’un goût fade , celles-là sont sèches comme de la farine : je les crois beaucoup plus nourrissantes pour l’homme et les animaux, qu’aucune autre sorte. Elles se conservent bien; car au moment où j’écris, POMMES DE TERRE. i5â elles n’ont pas encore la moindre disposition à se gâter. Dans Je but de conserver la plus grande quantité’ possible de plants, sans qu’il en resuite de perte pour la consommation, je propose que l’on fasse conserver deux yeux par chaque pomme de terre que l’ou consomme dans les les hôpitaux , les maisons de travail, et autres établissemens de ce genre : pour conserver ces quartiers, il faut les mettre dans des cendres froides et sèches de charbon de terre. Depuis Noël, jusqu’au teins où l’on plante, ces germes se conserveroient fort bien, et se vendroient sûrement autant que les pommes de terre àuroient coûte. On pourroit engager les particuliers à en faire autant, et multiplier ainsi les moveos de planter ces racines précieuses, sans nuire aux consommateurs. Dans le projet d’acte propose’ au Parlement pour encourager la culture des pommes de terre, il y avoit une prime qui auroit fait ëlever le prix de ces racines, en multipliant les demandes pour les plantages : le prix du ble’ s’en seroit ressenti, et la cherté seroit devenue une famine. Il y a une manière d’augmenter l’e'tendue des terrains cultivés, à laquelle les Commissaires ne paroissent pas avoir fait attention, rOJIMT’.S DE TERTtE. , T 55 c'est de mettre en culture les lisières gazon- nées qui sont le long des grandes routes. Le droit de parcours sur ces lizièrcs^cst de peu de valeur pour ceux qui en jouissent ; et il en re'sulte de frequens abus, parce que, soit par bazard, soit avec intention, les bestiaux vont en dommage sur les terres voisines. Je proposerois qu’on remît aux in'digens des Paroisses la culture de ces lisières, sous la condition de maintenir lés fosses èt la route, vis-à-vis de leur possession. Lés bordures des chemins, qui aujourd’hui sont inutiles ou nuisibles, deviendroit ainsi des sources d’abondance, caria poussière des routes est un excellent engrais. Il ne faudroit pas tolérer dès haies vives, mais encourager les enclos de palissades, qui ne font pas d’ombre, et n’empêchent pas les routes de secher. ' "i La diminution de la consommation d’tm objet quelconque est équivalente a l’accroissement de sa production : je crois donc communiquer une idée utile, en disant que depuis plusieurs mois , je fais usage d’un pain composé de dix parties de farine , une de riz , et six de pommes de terre. Ce pain a paru, à beaucoup de gens, meilleur qtie le pain de froment que l’on peut se procurer. L’épargne de la farine de froment s’est trouvée de trois septièmes. R. Pew. i56 POMMES I>E TERRE. Lettre de Mr. Griffith au Secrétaire de la Société d’Agriculture de Dublin. i5 Janvier 1801. « L. Sofljété, dans la dernière assemblée, a témoigné,.,le désir de savoir comment je réunissois les deux avantages les plus impor- tans pour la culture des pommes de terre en tems de disette, savoir : d’obtenir des récoltes hâtives et d’économiser les semences. Je vais dire comment je m’y prends; et les Membres de la Société qui ont le plus d’expérience pourront perfectionner ma méthode. Il paroît ? par ce qu’on nous écrit d’Angleterre, que toutes les années, il se recueille des pçmmes de terre dans le courant de mai. La variété la plus propre à ces récoltes hâtives est celle nommée Rednpse ou early bangêrz. Celle qu’on peut mettre ensuite, quant à la faculté d’être mûre de bonne heure, c’est la variété nommée Espagnole blanche plaite, que nous voyons au marché de Dublin en juillet et août. Les yeux blancs (white eyes ) la noire ( black ) et la patate pomme ( apple potatoe) se sèment les dernières, et se conservent sou- POMMES DE TERRE.' 1$7 vent beaucoup plus tard que le tetns ou les hâtives de l’année suivante sont mures. Nous n’avons en Irlande la red-nose et la white spanish flaft qu’e.n si petite quantité, qu’il seroit fort inutile de calculer en grand sur la culture de ces deux especes; mais en. s’y prenant comme je vais l’indiquer, on pourra s’assurer une pleine récolte des autres variétés, dans le commencement de juillet. Outre l’avantage, d’obtenir la récolte deux mois plùs tôt, celui de l’économie sur la semence, par la méthode que je vais indiquer, est un objet très-important dans un moment de disette comme celui-ci. La moyenne de la quantité de semence employée est la huitième partie du produit : c’est-à-dire, que là où l’on sème neuf barils de pommes de terre par acre, on en recueille communément soixante-dix. Si, au lieu de couper les pommes de terre par quartiers pour les planter, employant ainsi inutilement la subsistance du pauvre, on ad- mettoit la méthode de cerner les yeux , comme je le fais, non-seulement on économiseroit les pommes de terre, mais on multiplieroit les moyens d’en semer. Voici ce que je recommande. Lorsque les racines sont lavées, et prêles à mettre au pot, il faut les prendre une à a 58 TOMMES DE TERRE. une, Pt avec un couteau pointu, ou une espèce de spatule faite en cuiller à café’ peu profonde, enlever les veux un à un, en conservant de la peau, autour de l’œil, autant que possible, et environ trois lignes de pulpe en profondeur au-dessous de l’œil : il paroît que pourvu que le germe soit conserve , c’est tout ce qu’il faut, car ce* n’est pas la pulpe, mais la peau qui nourrit la plante quand elle commence à végéter. La quantité de nourriture n’est pas sensiblement diminuée par cette opération, et la qualité des pommes de terre n’en est nullement altérée. Les yeux ainsi enlevés doivent s’étendre sur une table ou un plancher bien sec, pendant deux fois vingt-quatre heures. La surface de la partie coupée se dessèche et se couvre d’une efflorescence blanche. On place ces morceaux sur des tablettes avec de la paille ou de la mousse bien sèche, sur deux ou trois couches d’épaisseur, soigneusement à l’abri de la gelée et de l’humidité. Le sable sec est également bon, ainsi que la balle de blé ou la sciure de bois. DèsJe commencement de mars, les germes pousseront, et auront bientôt trois pouces de long. C’est le moment de les prendre pour les mettre en terre, en ayant bien soin de ne pas rompre le jet. Il TOMME DE TERRE. l 5 g faut placer le fumier imrue'dialeraent dessus. A mesure que les jets paroissent hors de terre, il faut avoir soin de les butter : on renouvelle celte operation jusqu’à trois fois; et pour avoir beaucoup de terre, on espace les lignes de deux à trois pieds. L’essentiel, c’est de prendre garde que les jets ne se séparent pas des yeux dans le transport qu’on en fait du de’pôt d’hiver pour les mettre en terre. J’ai reçu des details de plusieurs Membres de la Société, lesquels s’accordent à dire, qu’ils ont parfaitement réussi en plantant des yeux de pommes de terre. Quelques-uns d’entre eux rapportent avoir réussi même en plantant des jets séparés des yeux. Ce que je propose bannit toute incertitude sur la réussite de ces jets séparés des yeux; car je demande que l’on ne plante point l’un sans l’autre, et on n’aura point de doute sur l’existence du germe lorsqu’on verra le jet se former. L’épargne de la semence sur des pommes de terre de moyenne grandeur, sera au moins des trois quarts, et sur les plus petites au mois d’un quart. Lettre de Mr. George Grierson , le i 5 janvier 1801. Dans l’expérience dont je vais donner le détail , j’ai fait l’attention convenable à la l6o POMMES DE TERRE, qualité du sol , et à l’engrais. Les pommes de terre ont été plantées dans la partie du champ la plus unilorme en qualité. Le fnmier a été pris au même tas et répandu de la même manière partout. Les germes ont été placés en terre au moyen d’une planche trouée a des espaces égaux. 11 résulte de l’expérience, que les pommes de terre produites par les cerneaux , ou yeux , enlevés des pommes de terre de l’espèce de kidney rednose , ont pesé trente-neuf livres de moins que le produit des pommes de terre coupées par quartiers; mais comme il y a eu une économie de quarante-cinq livres sur le poids des semences, il en résulte encore une épargne de six pour cent. Il faut remarquer ensuite , que le produit des cerneaux a été assez beau pour satisfaire tout cultivateur raisonnable. Dans l’espèce appelée apple potatoe, il n’y a eu sur le tout que deux livres de poids à l’avantage de la portion provenant des quartiers, tandis qu’il y avoit eu dix livres d’économie à l’opération des cerneaux. D’ailleurs, il faut remarquer une chose importante, c’est que dans l’une et l’autre espèce, les tubercules produits par les cerneaux. sont plus gros, et plus égaux. La qualité en est également bonne et farineuse à la cuisson. Je dois remarquer que les pommes POMMES DE TERRE. l6l' pommes de terre arrondies sont plus propres à l’économie qui resuite des cerneaux que celles qui sont applaties. 'Arrêté de la société de Dublin } assemblée le 22 janvier 1801. La manière proposée par Mr. Griffith pour économiser les semences de pommes de terre en cernant les yeux, ou les germes , ainsi que pour s’assurer une récolte hâtive en plantant les cerneaux comme il le propose , approuvée par la Société, est recommandée aux cultivateurs pour qu’ils l’adoptent. Dans le but d’obtenir et de re'pandre des faits certains concernant la culture des pommes de terre , la société' arrête , que le Professeur de Botanique fera sur ce sujet dans le jardin de botanique, et en divers terrains, un cours d’expériences très-variées sur les diverses manières de planter les cerneaux , les quartiers ou les jets des pommes de terre , pour ensuite publier ses expériences au nom de la Société^ \ Tome 6. L cui/turè 162 Méthode de culture de la Bette, Beia vulgaris de Linn. Runkel Rube des Allemands, conimon Beet des Anglois. (Tiré du 18. e vol. des Transactions de la Société des arts, des manufactures et du commerce de Londres. ) O’ai cherche’ à constater le mérité des diverses méthodes employées pour retirer du sucre' de la bette rave, et pour cultiver convenablement cette plante. Vous savez queMr. Àchard, de Berlin, a le premier fait connoîlre la manière de tirer du sucre de ces racines, en les soumettant à l’ébullition , en les coupant ensuite par tranches , pour les presser et en extraire le jus, en filtrant ce jus pour l’évaporer après, et obtenir le sucre par cristallisation et pression. Ce détail a été publié, ainsi je ne m’y arrêterai pas, et je ne parlerai que des expériences qui ont été faites depuis. On a employé, pour en extraire le sucre , différentes variétés de l’espèce appelée beta vulgaris caule erecto, Linn. Ces variétés sont : la beta rubra vulgaris, bêla rubra major, beta rubra radici rapte, beta lutea major, beta pallide virens major beta alba yel pallescens DE LA BETTE. l65 qnæ, cicla officinarum bâta vel commuais virulis. Les principales d’entre ces variéte's sont, la bette-rave rouge vulgaire, rurikel Tube des Allemands , et la beta cicla , veissem mangold bette-rave blanche. Ces deux variétés ont encore des sous-variétés raye'es de rouge et de blanc. Le sol doit être une bonne terre noire, mais pas trop humide. Pour bien faire, il faut préparer le sol comme pour les choux, c’est- à-dire, fumer en automne avec du fumier court et bien pourri, que l’on enterre. Au printems, on donne un deuxième labour , puis enfin un troisième plus profond. Le terrain sur lequel on aplantédeschouxblancsl’anne'e precedente, est excellent pour cela, parce qu’il est ordinairement parfaitement purge’ d’herbe et bien amende'. On place les graines à 18 pouces les unes des autres, à un pouce eO terre. On se sert du doigt ou d’un plantoir, pour placer la graine à cette profondeur: on ne mét qu’un seul grain, de semence dans chaque trou. Comme l’herbe croît très-vite dans un terrain bien amende, et que les mauvaises plantes de'passent quelquefois promptement les bettes-raves, il faut arracher l’herbe à la main , cinq ou six semaines après avoir semé, puis sarcler quelque tems aprèsj et comme il lève quelquefois plusieurs CULTURE l64 plantes d’un seul grain, ou que par ne'gligence on met souvent plus d’un grain par trou , il faut alors enlever les plantes surnuméraires, pour les placer dans les endroits où il y a des vacances. Il convient de tenir le champ Lien nettoyé de mauvaises herbes. Quelques cultivateurs préfèrent de transplanter les racines ; mais je pense qu’il y a de l’avantage à les laisser en place là où on les a semées, parce que leur végétation n’est point interrompue , comme elle l’est par la transplantation. Il importe que la graine soit bien mûre et de bonne qualité, pour prévenir l’inconvénient des vides qui se trouveroient dans le champ. Dans le voisinage d’Halberstadt, c’est la bette-rave rouge que l’on cultive. Les feuilles de celte bette, ainsi que des autres variétés, se mangent comme des épinards, mais s’emploient principalement à nourrir les bestiaux à l’étable. Les racines sont d’un goût agréable, lorsqu’on les mange froides, coupées en tranches pour la salade, après les avoir fait cuire dans l’eau. Le professeur Gottling a inventé un procédé pour extraire le sucre des bettes-raves, qui me paroît le plus aisé de tous à mettre en pratique, et je m’en vais le décrire. On arrache les racines au milieu de septem- ï65 BE LA BETTE. y bre, ou du moins pas plus tard cjue le commencement d’octobre , afin d’avoir beau tems pour les se'cher. On les lave aussi promptement qu’il est possible, pour en ôter la terre qui y est nttache'e. On coupe ensuite toutes les radicules latérales , ainsi que la partie de la racine qui s’est trouvée bors de terre pendant la végétation de la plante. On essuie les racines pour les bien se'cher, et on les de’pose sur un plancher. Les feuilles et le collet de la racine , se donnent aux bestiaux. On coupe ensuite ces racines, dans leur longueur, par tranches minces. On enfile ces tranches à une ficelle etendue dans une salle aeree, pour les faire sécher : on a soi» qu’elles ne se touchent pas. Au bout de dix ou douze jours, elles sont assez sèches pour pouvoir les rapprocher beaucoup les unes des autres , ce qui donne de la place pour une plus grande quantité' de racines, si l’on en veut sécher davantage, et que la place manque^ Au bout de quinze jours ou trois semaines, selon le teins qu’il a fait, elles sont assez sèches pour pouvoir en extraire le sucre. Cette main- d’œuvre , pour la dessication des bettes-raves, peut se faire par des en fans, et n’est point chère. On peut employer à cela des tablettes ou des filets, faire cette operation dans i66 CULTURE des granges, sous des hangars, dans tous les endroits à couvert de la pluie, et où il y a suffisamment d’air. Il faut avoir soin de ne pas exposer ces tranches à la gele'e. On ne doit pas en couper plus à-la-fois que l’on n’en peut étendre pour sécher, car il y a de l’inconvénient à les mettre en tas après qu’elles sont coupées. On peut aussi sécher les tranches dans des chambres chaudes, mais il faut prendre garde de les garantir de la fumée, car quand elles en ont souffert, le sucre s’en ressent, et conserve un goût désagréable. Il vaut donc mieux, quand on peut faire autrement, sécher les tranches sans le secours du feu. Il importe que les racines soient bien complètement desséchées. Il faut, pour qu’elles soient bien réussies, que l’intérieur de chaque tranche ait conservé la couleur rouge ou blanche de la racine, et que le goût de celle- ci soit extrêmement sucré, sans mélange d’acide , ni de goût de moisi. Lorsqu’on travailleroit en très-grand, il faudroit employer des machines exprès pour couper les racines d’une manière plus expéditive, à-peu-près comme ce dont on se sert pour couper les turneps. S’il n’est pas possible de couper les racines DE LA BETTE. 167 promptement après qu’elles sont arrachées, il faut les mettre dans une cave ou cellier , couvertes de paille, ou bien les de'poser en terre avec du sable, à l’abri des gelées, comme l’on fait pour les pommes de terre. On n’a point éprouvé, au reste , que la gelée ahe'rât la faculté des bettes-raves de fournir du sucre : on a fait à Walterdorf des essais là-dessus y qui 11’ont rien appris. C’est lorsque les bettes-raves sont sèches qu’on doit proce'der à en extraire le sucre. On se procure pour cela trois bassins de bois larges et peu profonds : il faut e'viter les bois résineux. Des vaisseaux de terre sont bons pour de petites quantités. On adapte un ro- binet à ces vaisseaux , ou baquets. On les place sur une tablette, de manière à pouvoir mettre d’autres bassins au-dessous, et ou opère dans une température de huit à dix degrés de Reaumur. Il faut avoir à portée une provision d’eau fraîche, pour la faire couler dans les baquets supérieurs lorsqu’on le voudra. On commence par mettre dans un des baquets supérieurs, des racines sèches, jusqu’à- ce qu’il soit à moitié' plein. On fait couler de l’eau froide dessus , de manière que le baquet soit plein aux trois quarts. Les racines. / 168 CULTURE trempent trois heures, pendant lesquelles il faut remuer de tems en tems avec une cuiller de bois. On place ensuite la même quantité' de racines dans le deuxième baquet. On tire du premier l’eau dans laquelle ont trempe' les racines, et on la met sur les racines du second. On remet de l’eau froide dans le premier baquet, de manière que les racines en soient seulement recouvertes : cette nouvelle eau y reste trois heures, comme la première, et on remue de tems en tems à la cuiller, comme je l’ai dit. L’eau qui avoit passe' dans le premier baquet , et qui a séjourne' trois heures dans le second, doit être tirée pour être soumise à l’ébullition , après qu’on l’a filtrée au travers d’une flanelle. On retire du premier baquet l’eau qu’on y avoit remise , et on la fait passer au second, en recouvrant d’eau , pour la troisième fois les racines du premier. On fait passer sur des racines dans le troisième baquet, l’eau qui a séjourné trois heures dans le deuxième et ainsi de suite; destinant à l’ébullition l’eau qui a séjourné six heures dans deux baquets, et re- nouvellant les racines lorsqu’elles ont trempé dftns trois eaux successives. Ces racines qui DTS DA BETTE. l6g ont trempé neuf heures, dans trois eaux, sont encore bonnes pour le bétail. Il ne convient d’employer que trois baquets a-la-fois et il faut même prendre garde qu’ils ne soient pas trop grands afin qu’on n’ait pas a-la-fois une trop forte quantité d’eau à évaporer par l’ébullition. Je conseillerais plutôt aussi de ne mettre de l’eau que deux fois sur les racines, parce qu’il est difficile que le sucre qu’elles fournissent à la troisième fois paie le combustible employé pour le procurer. Une fois l’opération que je viens de dé* crire , commencée , il ne convient pas de l’interrompre , parce que si la liqueur chargé© de sucre reste plus de trois ou quatre heures avant d’être soumise à l’ébullition , il se fait une dissolution du mucilage suspendu dans celte eau. A mesure qu’il se produit de l’écume sur la chaudière, il faut l’ôter. Il ne faut pas prétendre évaporer complètement, et jusqu’à cristallisation, chaque dose que l’on met dans la chaudière $ mais il faut arriver jusqu’à la consistance de sirop , afin que la fermentation ne puisse avoir lieu. Lorsqu’on a obtenu ce sirop dans la chaudière, on le dépose dans un vase de cuivre, plein aux deux tiers, pour être évaporé en- CULTURE 1 70 core. L’ébullition doitl’amener, au point qu’une phiole d’une once d’eau contienne onze drag.- mes de sirop; ou bien l’on peut juger à l’œil que sa consistance est suffisante lorsqu’il coule de la cuiller en s’élargissant. L’e'cume doit être soigneusement enlevée, à mesure qu’elle se forme. Lorsque le sirop est arrive' au point de consistance convenable , il faut le filtrer au travers d’un morceau d’étoffe de laine , et le déposer dans un vase de terre ou de bois. Il ne faut pas attendre que le sirop soit trop froid avant de le filtrer, sans quoi il ne passeroit pas aisément. Lorsqu’il est refroidi , on le met cristalliser dans des vases plats de terre cuite, ou d’étain, comme ceux qu’on emploie pour faire crêmer le Jait. Ces vaisseaux où le sirop est déposé doivent être placés dans une chambre , à la température de quinze à dix-huit degrés, et il faut les garantir des mouches et de la poussière* Si le sirop avoit été amené à la consistance convenable, les cristaux ne tardent pas à paroîlre ; et 18 à 21 jours complètent la cristallisation. On met alors la masse des cristaux sous une forte presse, dans une toile, et on en exprime le liquide. Ce liquide fournit encore des cristaux de sucre d’une qualité inférieure. DE DA BETTE. 171 Le sucre obtenu peut se purifier à un certain degré par un moyen 1res-simple. On verse un peu d’eau pure dessus, dans un sac, et on soumet le sac à la presse. On recommence ce procédé plusieurs fois, et à chaque fois , l’eau colorée qui s’échappe laisse le sucre plus pur, en sorte qu’on obtient à la fin, un sucre en poudre très-blanc. Les sirops que la presse a séparés sont soumis une seconde fois à l’ébullition, et donnent encore du sucre par la cristallisation. Si l’on met fondre, dans de l’eau pure, le premier sucre obtenu par la pression , et qu’on forme ainsi un nouveau sirop , ce sirop placé dans une chambre chaude , fournira des cristaux d’un sucre plus blanc, plus consistant, et plus pur que la première fois. On peut alors obtenir les cristaux sans l’opération de la presse , et simplement en décantant la liqueur. Tous les sirops préparés , comme je viens de le dire , sont propres à l’usage de la maison , et sont d’un goût très-supérieur à ceux qu’on obtient par la pression des racines, soit crues soit cuites. On peut employer à distiller du rhum les sirops épais et impurs , précisément comme on emploie la mélasse. em/rn jie 172 Les procédés que je viens de décrire sont si simples, que tous les fermiers peuvent les mettre en usage. C’est pour eux que je suis entré dans ces détails. Je vais y ajouter maintenant quelques observations principalement tirées des essais faits par le Professeur Lanr- padius de Freyberg, près de Dresde. Il paroît, d’après les expériences de ce Professeur, que les bettes-raves contiennent de l’eau y une matière fibreuse , du sucre, du mucilage, des glaires, une matière odorante, de l’amidon , une matière colorante, et une substance amère. La quantité d’eau varie dans les racines, entre un tiers et deux tiers de leur poids. La matière fibreuse est beaucoup plus abondante dans les terres maigres, que dans les terres riches et fécondes. Le sucre varie de deux à cinq pour cent. Le mucilage varie de trois à cinq pour cent. La glaire ou la matière semblable à un blanc d’œuf, est d’environ un pour cent. L’amidon est en très-petite quantité, c’est-à-dire , à peu près deux ou trois onces sur un quintal. La matière colorée subit diverses modifications du jaune au brun et au rouge , par son exposition à l’air. La partie odorante est volatile ; elle s’évapore dans l’ébullition ; elle s’unit intimement avec Fesprit-de-\in, et cette matière cause une ♦% I DE EA BETTE. 175 contraction particulière sur l’organe du goût* Le goût et l’odeür des bettes-raves diminuent beaucoup par l’ébullition. La substance amère est soluble dans l’eau et reste dans le premier sirop, après la cristallisation du sucre. Yoici des résultats d’expériences faites par le Prof. Lampadius. Cent dix livres de racines de disette [beta cicla Lin.) pelées, lavées, puis râpées , ont donné une masse de quatre- vingt-sept livres. En pressant cette masse, ou en a tiré quarante-une livres et demie de jus. Ces quarante-une livres et demie, bouillies avec vingt onces et demie de poudre de charbon, puis filtrées et évaporées pour cristalliser, ont produit cinq livres de sucre brun purifié, et cinq onces de sirop brun. Les cinq livres de sucre brun, dissoutes dans six livres d’eau de chaux, mêlées d’une livre de sang, puis soumises à l’ébullition, évaporation et cristallisation, ont donné quatre livres cinq onces de sucre brun, et six onces et demie de sirop. Les quatre livres cinq onces de suere^ ainsi obtenues , dissoutes dans six livres d’eau de chaux, mêlées avec une livre de lait, puis soumises à l’ébullition pendant un quart d’heure , avec addition d’une petite quantité de lait et de yinaigrej blanc pendant l’ébullition , onp 174 CULTURE donne par l’évaporation et la cristallisation quatre livres de sucre blanc, grene' et en poudre. Tous les résidus de la presse , les sirops bruns après cristallisation pesoient ensemble quarante livres. On mêla ce résidu avec quatre-vingt quarts d’eau et un quart de levain de bière , à quarante degrés de Reaumur. Ap rès une fermentation de quarante - huit heures, on soumit le mélange à la distillation. A la première distillation , ce mélange donna quinze quarts d’une eau de vie foible , qui dans une distillation et rectification successives donnèrent trois quarts et demi d’eau de vie semblable à du rhum. Il paroît par les résultats de toutes ces expériences, qu’après avoir payé au fermier le prix de ses bettes-raves, et supporté toutes les dépenses accidentelles , il reste un profit dé 1 cent pour cent, en évaluant ^es quatre livres de sucre blanc à un shelling la livre , et les trois quarts et demi de rhum à un shelling le quart. Il ne faut pas conclure, cependant, que le profit dût être toujours aussi considérable car d’autres expériences ont prouvé qu’on ne peut pas toujours compter sur la récolte des bettes-raves ou des racines de disette, et qu’elles ne < n '~ : DE EA BETTE. • « 175 donnent pas toujours celle quantité de sucre : le produit en sucre a varié, selon les années, depuis deux livres à cinq livres pour cent de racines. Je pense néanmoins que vous trouverez que la culture de cette plante est un objet extrêmement intéressant; car ses feuilles fournissent à la nourriture des hommes et des animaux, ses racines peuvent être employées comme aliment et produire du sucre. Après que 1 g sucre est extrait , les racines sont encore utiles pour le bétail. Enfin, les sirops de rebut font ua rhum très-bon. Dans les étés secs,' les feuilles des bettes-raves sont d’un grand secours pour le bétail, et ne donnent point un mauvais goût au lait ; et pendant les hivers rudes j les racines sont très-utiles. La beta cicla sur laquelle les expériences précédentes ont été faites, est la mangel vurzel des Allemands, racine de disette du Dr. Lettsom, qui a beaucoup e'crit sur son usage comme nourriture. Voici ùn nouveau point de vue sous lequel cette racine mérite aussi beaucoup d’attention : dans de certaines positions, la culture de cette plante pourroit devenir d’une grande importance. Le iems nous apprendra au juste quels sont ses avantages. '' ' Les observations que je'vous ai communi- sû- '• \rj 6 CULTURE DE LA BETTE quées sont très-succinctes en comparaison du nombre de faits que j’ai recueillis sur toutes les parties de cette culture et de cette industrie. Si vous voulez d’autres details, je vous les donnerai. ' Leipsig, 20 mai 1800. John Taylor. , DE LA CULTURE DES TURNEPS. ( Farmers magazine. Mai i8o5. ) Outre la charrue, la herse, et un pesant rouleau, instrumens necessaires à la culture des turneps, il convient d’y employer la charrue à double versoir, un semoir, et une houe à cheval. Nous allons voir l’usage de ces divers instrumens. Il y a deux espèces de charrues à doubles versoirs : dans la première, les deux oreilles sont immobilesj dans la seconde, elles peuvent s’écarter, et l’une des deux peut s’enlever à volonté'. 1 .f’ .t U Peu importe le me’canisme du semoir que l’on emploie. Il y a du tems à gagner dans l’usage de celui qui sème deux billons à-la- fois : l’un et l’autre applanissent le terrain avant d’y répandre la graine , laquelle est ensuite BES TURNEPS. 177 «ensuite recouverte par un petit rouleau adapte à la machine même. La houe à cheval est faite comme une truelle de maçon, fixée à une perche de charrue très-légère. Elle est destine'e à couper toutes les mauvaises plantes, sous terre, dans les bandes qui séparent les lignes de turneps. Quelquefois ou met une petite roue sous la perche pour régler profondeur , et pour servir de point d'appui lorsqu’on tourne au bout de chaque trait. Chacun de ces in^tru- inens est conduit par un seul cheval. La première chose à considérer , est la nature du sol sur lequel on se propose de semer des turneps. Il convient qu’il soit léger et sec. S’d y a des places froides ou mouil- leuses, il faut commencer par les dessécher avant d’y entreprendre celte culture : il n’y en a aucune à laquelle le séjour de l’eau soit plus contraire. ,, 'il j II y a des années où l’on réussit à avoir de belles récoltes de turneps sur des terrains marécageux et argileux ; mais il esç impossible, alors, de les faire consommer sur place par les moutons, sans mûre tout à-la-fois à ceux-ci , et au terrain , pour les récoltes subséquentes. Il est également impossible de chari’er les turneps sans pétrir la terre argileuse. Tome 6. M I78 DE DA CULTURE Cependant j’indiquerai une méthode de cultiver ces racines sur un sol argileux , pour l’avantage des fermes qui n’ont que des terres glaises ; car le profit des turneps est si grand , qu’on ne doit renoncer à les cultiver , que lorsqu’il est bien démontré que les obstacles sont insurmontables. Une terre sèche , quelle que soit sa stérilité’ , peut donner une assez bonne recolle ds lurneps. Aussi désigne-t-on sous le notn de terrains à turneps toutes les terres graveleuses , et sablonneuses , tandis qu’on appelle terres à blé celles qui sont de nature argileuse : les nuances intermédiaires sont infinies. Les turneps sont admirables pour nettoyer un terrain que les gramen ont souillé, pour améliorer les terres épuisées par l’abus des récoltes céréales , et pour conserver le sol net et fertile, lorsqu’une fois on l’a mis en bon état. Dans les fermes dont le terrain est favorable à cette récolte , les turneps doivent faire chaque année un quart ou un cinquième de toutes les pièces arables. Une longue expérience a prouvé que les terrains soumis à cette culture , dans laquelle les prés artificiels font partie de l’assolement, ne s’épuisent ni ne se souillent de mauvaises herbes, mais soutiennent indéfiniment leur fentilite, DES TURNErS. 179 ^et que même celle-ci s’augmente graduellement. Supposons donc un chaume de blé dans un champ qui ail besoin d’être amende et nettoyé. 1! faut lui donner un bon labour d’aulomne. Si le terrain relient les eaux de l’hiver, il faut le labourer en sillons de quinze pieds, et avoir soin de le bien égoutter. Si l’operalion se fait sur uu chaume d’avoine , et qu’il y ail beaucoup de mauvaises herbes, il peut convenir de croiser les sillons laits précédemment. Ce qui importe, danslous les cas, c’esl que les eaux ne séjournent point pendant l’hiver : cela nuiroil essentiellement à la recolle de lurneps. Le champ étant ainsi préparé, la terre se mûrit et se fertilise par les influences de l’hiver. Au primeras, si la terre est bien nette, on peut mener le fumier sur le champ, ce qui est une grande économie de tems, pour la saison où les ouvrages pressent. Mais, en général, lorsqu’on entreprend la culture des lurneps, il vaut mieux eu suivre régulièrement les procédés , ainsi que je vais les indiquer. Dès que les semailles du primeras le permettent , il faut recroiser le labour d’automne , aussi profondément que le cpmporte la couche de terre végétale. De cette manière, Aü LA CULTlj ilJ2 l8o on déraciné complètement les mauvaises pian-^ les. Au bout d’un certain tems, on relaboure , en croisant encore , puis on herse à plusieurs reprises, et dans toutes les directions. A mesure que la herse rassemble les mauvaises herbes , et les racines qui sont sur le sol , il convient de les faire mettre en monceaux par des femmes. S’il y u beaucoup de grosses mottes de terre qui ne se brisent point à la herse , il faut passer un pesant rouleau à t es. Toutes ces opérations de labourage, de hersage, roulage, etc, doivent être répétées aussi long-tems que la terre n’est pas parfaitement nette. Il faut, pour cela , au moins quatre labours , avec les ope’ratious accessoires de chacun, et quelquefois , jusqu’à six labours (1). (1) Le lecteur pourra se convaincre, en consultant le Traité des assolemens , [chez J. J. Paschoud, imp. libr. à Genève] qu’un tel luxe de labours ne sauroit être adopté en France, tant que la charrue y sera aussi imparfaite qu’elle l’est, et par conséquent le travail si coûteux. Espérons que le concours actuellement ouvert pour le perfectionnement de la charrue, amènera, sur'ce point, un résultat heureux. Nota.’ha note ci-dessus est de Février 180G. Nous devons dès-lors au travail de la commission la charrue de Guillaume. Je l’ai fait venir, et l’ai employée. Elle DES TURNBP3. l8t Outre l’importance de bien debarrasser le sol des mauvaises plantes , il est encore essentiel de le pulvériser, autant (jue possible, pour la recolle des turneps. Il y a des cultivateurs qui craignent de desse'cher trop leur terre, en la remuant très-souvent ; mais, il y a peu de danger à ce que cela arrive. Le terrain n’est jamais trop sec, lorsque les labours se succèdent vapidenrent. Rien ne contribue tant à dessécher le sol outre-mesure, que de laisser ■ croître les mauvaises herbes en mettant trop d’intervalle entre les labours (t). Beaucoup de gens font rassembler les mau- va facilement dans les terres très-légères et sans pierres, mais elle ne fait pas un sillon carré et bien net, et ce n’est pas un instrument d’une application à beaucoup près aussi générale que la charrue de Small. La charrue de l’ancien Brabant dont les opérations sont si bien décrites par Schvverz., paroît mériter beaucoup d’attention. (Mars 1809.) (1) On ne comprend pas trop ce que l’auteur veut dire : il paroît confondre la difficulté d’entamer à la charrue, une terre qui, pendant une saison sèche, a été long-tems sans être labourée, avec l’inconvénient de faire évaporer l’humidité d’une terre, à force de la remuer. C’est un fait que, daus les terres légères, dont il est ici question, les eaux pluviales pénètrent plus profondément, et que la surface reste plus sèche, quand le champ est fréquemment labouré. (R) EK LA CUÏ/TÜTtE vniscs plantes et racines, ch petits tas, pou» les brûler. Je prclere les charier et en former de gros tas, où l’on mêle de la chaux pour les convertir en compost. Lorsque les opérations ont été bien faites, toutes les mauvaises plantes vivaces sont détruites, ainsi qu’une grande partie des germes des plantes annuelles ; parce que, dans la succession des labours qui ont eu lien , les graines ont germe’, et les plantes ont été détruites par la charrue. Dans les années très- sèches, ou réussit quelquefois à rieltover complètement un champ, sans faire, ramasser les mauvaises racines ; mais il est rare que cette opération ne soit pas necessaire , et il ne faut pas que cette possibilité rende paresseux. Lorsqu’on veut chander le terrain, c’est le moment de le faire. Nous comptons de 120, à l 5 o bushels de chaux vive, ou une quantité' double de chaux éteinte , pour un acre. L’opération qui doit suivre, est celle de former les raies , pour mettre le fumier. Cela se fait par divers procédés également fanplicrs aux tons laboureurs; mais ces procédés sont peu susceptibles d’être décrits : on y emploie également la charrue à double versoir, et 1 a charrue ordinaire de Small. Quand l’opération se fait avec cette dernière, 00 passç DES TURNEPS. l83 deux fois dans la même raie. Ces raies doivent être espace'es bien egalement, à vingt pouces de distance les unes des autres. Pour appliquer le fumier, dans ces raies ouvertes, on fait cheminer dans la même direction, le tombereau charge' d’engrais , de manière que ses rôties suivent deux raies, et en laissent une entre deux. Lcdomestique qui suit le tombereau en tire le fumier par derrière lorsqu’il s’arrête, et deux autres ouvriers distribuent l’engrais dans les trois raies ouvertes. On compte qu’il faut aux turneps une fumure de vingt-cinq tombereaux à un cheval , par acre. Ce qui importe sur-tout, c’est que le fumier soit bien pourri; et dans les terrains qui sont depuis long-tems améliorés par cette culture , une quantité de moitié moindre est suffisante, parce que les moutons mangeant ensuite les turneps sur plaee , complètent la fumure. Lorsqu’on est obligé d’épargner le fumier, chaque tombereau peut suffire à cinq raies. On recouvre le fumier en refendant les intervalles avec la charrue à double oreille, ou avec la charrue ordinaire. On sème ensuite au semoir. Chaque crête, qui se trouve exactement au-dessus de l’endroit où e'toit le fond de la raie , c’est-à-dire , au-dessus du fumier, i'84 DE T.A CUT/T UE E est applatie par l'instrument ; îa graine se trouve semée en ligne droite sur ce replat, puis recouverte d'environ un pouce et demi de terre. Comme la graine n’est pas elière , il vaut mieux en semer trop que trop peu. Deux à trois livres par acre suffisent d’ordinaire. La qualité’ est très -importante. La graine mal mûre , ou avarice expose à des mécomptes fâcheux. ‘Le tnrnep gros blanc rond, est peut-être la meilleure espèce. Celui qu’on nomme tmikarcl turnep a aussi beaucoup de partisans (ï)t 1 /,i Le meilleur moment pour semer les turneps est le commencement de juin. Si l’on sème plus tôt, les plantes sont sujettes à monter en graine avant l’hiver , ce qui les e’puise et nuit à leurs qualite’s'nulritives. D’ailleurs il en résulte aussi de l’épuisement pour le terrain ; en sorte que la récolte , d’améhorante qu’elle auroitété, devient fatigante pour la terre. Si l’on sème plus lard que le mois de juin , les (1) C’est un turnep dont la raciue est cylindrique» et presqn’en entier hors de terre. Le lecteur peut consulter la description de l’agriculture de iSorlolh, dans le premier volume du Cours, relativement aux variétés des turneps, et à la culture de cette raciae. DES TU UN Ers. 3 85 racines n’acquièrent pas tout le volume dont elles sont susceptibles. On a adopte depuis quelques années, une nouvelle espèce de turneps, nommée rutabaga. Cette espèce demande d’être semée trois semaines , ou un mois plus tôt que les turneps ordinaires. Lorsque le rutabaga réussit, c’est une excellente racine ; mais son succès n’est pas à beaucoup près aussi certain que celui des turneps. Il est important que le terrain ait assez d’humidité pour faire végéter promptement la graine. 11 est essentiel aussi que le fumier soit d’abord recouvert , pour ne pas perdre son efficacité en se desséchant. H faut donc que le charriage, le recouvrement du fumier, et la semaille se fassent le même jour. Les deux extrémités du champ sont souvent semées à la volée , à eause de la difficulté de les labourer, et de les semer ensuite au semoir j mais comme cette dernière méthode est incomparablement préférable par scs résultats , je la recommande, partout où son application est possible. Lorsque les plantes des turneps peuvent être aisémeut distinguées des mauvaises herbes, qui ont levé en même lems, on commence à nettoyer le champ. La premiètoepé- DE LA CULTURE J 86 ration est de faire passer la houe à cheval dans lès intervalles dès lignes. Cet instrument coupe les racines des mauvaises herbes, et laisse les turneps mêles aux mauvaises plantes en bandes régulières de six pouces de large. L’arrachement de l’herbe succède. Il se fait comme dans les jardins , et en s’aidant d’un petit sarcloir. ,Les plantes de turneps doivent rester à une distance de huit à douze pouces les unes des autres. A voir faire cette ope’ralion la première fois , on croiroit que les sarcleurs détruiront la récolte entière ; mais les plus petites plantes prennent un développement prodigieusement rapide, après ce sarclage. Il est important de ne jamais laisser deux plantes, ou un plus grand nombre, trop près les unes des autres ; parce que, dans ce c'as, les racines n’acquièrent jamais un gros volume. Il est inutile d’essayer de transplanter les turneps, pour garnir les endroits va- cans, s’il y en a : les turneps transplantés ne donnent jamais que de foibles racines. Les rutabaga, en revanche, réussissent très-bien à la transplantation. Lorsque les mauvaises herbes commencent à recroître, on fait la même opération, avec la houe à cheval. Ordinairement, c’est la dernière; les feuilles s’élèvent et s’étendentpromp- DES TURNEPS. 387 temcnt, de manière à couvrir de leur ombre les intervalles des lignes , et prévenir la ve'gé- tation des mauvaises plantes. Si la situation et la nature du terrain permettent la stagnation des eaux pluviales , il faut avoir soin de leur ouvrir un écoulement. Dans les premiers tems de la culture des tur-r neps au semoir, nous étions dans l’usage d’eV toulFcr les mauvaises herbes des intervalles, en les recouvrant de terre : cela se faisoitavec une charrue qui avoit le versoir à dr.oite, et qui longeoit près de chaque ligne de turneps, en la laissant à sa gauche. Mais l’expérience nous a appris que ce procédé déchaussoit trop les jeunes plantes , et les exposoil à languir ou à périr si la sécheresse survenoit. On fait plus vite , et mieux , avec la houe «à cheval. On avoit aussi la méthode de terrer ou butter les turneps, après le second sarclage, en passant dans les intervalles la charrue à double versoir; mais on a éprouvé que les lui— nepsne prennent pasleur entier développement, lorsque la racine est ainsi couverte de terre. Il y a une autre raison encore de proscrire cette méthode , c’est que les raies ouvertes demeurent si profondes, qu’un mouton gras, qui se couche pour se gratter, comme cela arrive quelquefois, lorsqu’il a une fois le dos dans ✓ j 88 DE E A CULTURE 3a raie , ne peut plus se relever, et périt bientôt dans cette position, s’il est abandonne. Il est bon cle remarquer que toutes les operations de charrue et de houe, se font avec un seul cheval. Lorsqu’on veut cultiver les turneps, dans un sol argileux, il faut mettre toute son attention à dessécher la terre , autant qu’il est possible, soit pendant la dure'e des procédés préparatoires , soit pendant la végétation de la plante. Dans les terres légères , il n’est pas douteux qu’il ne soit plus avantageux de semer les turneps au semoir , qu’à la vole-e ; mais je ne saurois décider quelle est la meilleure méthode pour les terres argileuses, parce que la culture de cette plante au semoir, est beaucoup plus coûteuse dans les terres glaises, que dans les terres légères. Pour semer à la volée , on nettoie et pulvérise le sol par les procédés ci- dessus décrits. Après avoir fumé , on donne un léger labour, en relevant la terre par planches de seize à dix-huit pieds de large. On sème ensuite , à raison d’environ trois livres de graine par acre , et l’on a soin d’ouvrir des rigoles d’econlement, suffisamment profondes , entre les planches, et de s’assurer que rien n’obstruera le cours des eaux pluviales. On termine l’opération par un léger hersage. *DES TUKNKPS. 18g Dès que les plantes sont assez fortes pour être éclaircies et sarclées, on fait le premier travail , dans lequel , on laisse les plantes a un pied les unes des autres. Lorsque les mauvaises herbes recommencent à croître , on renouvelle l’opération une seconde lois , et on la répète aussi souvent que cela est nécessaire; c’est-à-dire , jusqu’à quatre fois dans certaines années. , Dans les terres argileuses, il est presqu’im- possible de faire consommer les turneps sur place, par les moulons. Les eaux de l’hiver, ne s’écoulant pas suffisamment , les bêtes à laine pétrissent le terrain et lui font un tort qui ne se répare qu’à la longue, et par une jachère complète. D’ailleurs les moutons, étant toujours couchés sur un terrain humide, ne s’engraissent point, quoique bien nourris. Si donc , on veut cultiver les turneps dans des terres de cette nature , il faut les transporter pour les faire manger sur un pré de deux ans, au moins , en ayant soin de faire passer le chariot sur la crête dessillons, qui est toujours la partie la moins humide. J’ai vu quelquefois transporter les turneps dans des paniers, sur des chevaux, et même dans des hottes , lorsque le terrain est trop humide , pour pouvoir supporter des char- J go 1>F. FA CCFTUAE riots. Cela n’est necessaire que clans le tems' de pluie. Lorsqu’il gèle , le sol peut porter les chariots; mais ce qui me paroît préférable en tous teins, sur de tels terrains, ce sont les traîneaux, ou les claies. On sent-de quel avantage il est de pouvoir faire consommer les turneps dans les champs où ils ont végété , ainsi que cela se fait dans les terres légères. Les moutons rendent leur engrais sur le lieu même , et fout encore du bien à la terre , par leur piétinement, qui donne au sol plus de consistance. La meilleure méthode alors, est de former des enclos ou parcs sur le champ même des racines , en ménageant l’espace de manière à ce qu’il y ait le moins de perte qu’il se peut. Il faut avoir soin d’abandonner, en outre, aux moulons, tout l’espace déjà mangé , afin qu’en tems de pluie, ils puissent choisir les endroits les plus secs. Ce qui reste en terre des racines doit être arraché , soit pour le faire manger aux mêmes moutons, soit pour le transporter au champ voisin ou à l’étable, pour le faire consommer à d’autres animaux. Si le sol sur lequel on a obtenu des turneps est en très-bon état, on peut arracher la moitié de ceux-ci pour les charier, et faire consommer le reste sur place : cette consommation suffira pour engraisser le terrain. DES TURNEPS. Igl Si le sol est bon , tout ce qui a e'te' dé- barrasse’ des turneps avant le milieu de mars, peut être seme en blé sur un seul labour (1). Ce qui n’est debarrasse que plus tard, doit être semé en orge ou avoine , soit à la volée, soit au semoir. Quelque grain que l’on fasse succe'der aux turneps, il doit toujours être suivi de ray- grass , et de trèfle : car c’est une règle dont il ne faut jamais s’écarter en agriculture , que de semer les graines de prés sur une terre parfaitement nette , et bien fumée (u). Le mélange ordinaire des graines de prés, pour un terrain graveleux, et en bon état, est d’environ un bushel de bonne graine de ray-grass , dix livres de trèfle rouge , et deux livres de trèfle blanc par acre anglois. Quelques personnes ajoutent deux livres de trèfle jaune , et une livre de plantain lancéolé, en (1) L’auteur entend apparemment du blé de prin- tems ; car il seroit difficile de comprendre que le froment pût mûrir en Ecosse, si ou le semoit vers la fin de mars. (2) Le lecteur peut voir dans le Traité des asso• terriens [chez Paschoud, libraire à Genève] le développement de cet excellent principe, l’un des plus im- portans pour établir des rotations de recolles, à la fois avantageuses au propriétaire, au terrain, et au public. I92 UE lu A CCET U IlE diminuant propprtionnellement la quantité du trèfle à fleurs rouges. Ce mélangé est très-bon si le terrain doit rester en prè deux ans, ou davantage. Mais, s’il s’agit d’une année seulement , il ne faut que du ray-grass, et du trèfle rouge: un demi-buslicl du premier , et dix livres du second, suffisent. Lorsque la terre a ète' un an, ou deux, ou plus long-tems en prè, on y sème de l’atoine, puis des turneps; lesquels sont remplacés , comme auparavant, par du blé , de Forge , ou de l’avoine , avec des graines de prés. Mais , comme cet assolement feroit cultiver une plus grande quantité de turneps, que 11’en comporteroient les ressources de cette même ferme pour l’engrais, il convient d’intercaler une récolte de fèves , ou de pois au semoir , après celle d’avoine qui suit le pré rompu. Si le sol est de très-bonne qualité, et en bon étal, on peut faire pâturer le pré à la fin de juillet , puis le rompre , le cultiver comme une jachère , et le semer en blé, au mois de novembre. Lorsqu’on a ce projet-là, il ne convient pas de mettre du ray-grass; mais alors , il faut environ quinze livres de trèfle DES TURNEPS. ig5 trèfle rouge par acre ; et l’on fait manger le trèfle sur place , par des moutons, au movcn d’un parc mobile (i). Quoique je ne sois pas partisan des systèmes exclusifs, pour les assolemens, parce que les accidens peuvent déranger les rotations établies ; cependant, sur toutes les fermes bien conduites , on doit faire succéder les récoltes , d’après certains principes. Or une des règles fondamentales d’une bonne agriculture , est d’avoir autant de turneps que les ressources d’une ferme, quant aux engrais, peuvent en comporter. La seconde, est de faire pâturer aux moutons autant de prés artificiels qu’on peut le faire avec profit. La troisième , est de n’avoir jamais deux récoltes de graines céréales de suite. Suivant les principes ci-dessus , on doit regarder les systèmes de rotations ci-après indiqués , comme, des ppints de [direction seu- ( 1 ) Faire manger sur placé par des brebis un trèfle fort abondant, comme il doit l’être dans cette rotation, paroît une opération très-dangereuse, parce que, comme on le sait, le trèfle mangé avec abondance, fait gonfler les moutons en très-peu d’instans jusqu’à les faire périr, à moins de précautions que l’auteur n’indique pas. Tome 6. N DE DA CULTURE 1 9 4 lement, et non comme des règles invariables de conduite. x.” année. De l’avoine, ou du blé, sur un pre' rompu. a. 1 * * 4 *-Des turneps fume’s. 5.”-Du ble', de l’orge, ou de l’avoine, avec des graines de pre’s. 4. e - - Près artificiels. Cette rotation est très-avantageuse dans le voisinage d’une grande ville, où l’on peut avoir du fumier , et près du bord de la mer, où l’on peut se procurer facilement desvarecs, ou plantes marines. Si l’on rompt le pré pour semer immédiatement du blé , dans la première année , il faut bien se garder de revenir au blé, à la troisième. Il m’est arrivé de réussir à avoir deux belles récoltes de blé dans le cours d’une rotation de quati'c arusj mais je ne regarde pas cela comme une marche sûre (i). Lorsque j’ai réussi de celte ma- (1) Comme le but de l’agriculteur doit être, en dernier résultat, le profit, il y a des circonstances qui doivent quelquefois l’engager à s’écarter de ce qui, abstraitement parlant, est le mieux possible. Ainsi, dans les pays où le prix du blé est habituellement élevé, et où les pailles sont chères, il peut convenir de faire revenir le froment de deux en deux ans, en mettant d’ailleurs tous les soins nécessaires à ce que la terre DES TURNEPS. 1 9 5 nière , ma gpemière récolte de blé succédoil à des fèves semées au semoir, lesquelles avoient clé fumées, mais foiblement. Après le blé j’a- vois mis des turneps bien fumés, que je fis manger sur place aux moutons; après quoi, je remis du froment et des graines de prés. Celte seconde récolte de froment donna vingt- deux bushels par acre anglois. Second assolement. 1 . Avoine, ou blé sur un pré rompu. 2 . Turneps fumés. 5. Blé, orge, ou avoine, avec graines de pré. 4. Pré» 5. Pré. Troisième assolement. 1. Avoine , ou blé sur un pré rompu. 2 . Pois, ou fèves au semoir. 3. Turneps fumés. 4. Blé, orge, ou avoine, avec graines de pré. 5. Pré. Ces assolemens sont également très-bons, là où l’on ne peut pas se procurer de l’engrais en abondance : Us ne demandent du fumier que tous le? cinq ans. soit entretenue aussi exempte de mauvaises herbes que le comporte ce retour fréquent du blé. DE LA CULTURE 196 Dans le premier de ces assolemens , comme le pre' reste deux ans avant d’être rompu, il ne convient pas de mettre du froment après ; parce qu’on remarque que le froment ne re'ussit pas après un pre' qui a dure plus d’une année ( 1 ). J’ai dit que le pré artificiel ne réussissoit pas toujours. Dans le cas où il manque, je Crois que ce qu’il y a de mieux à faire est de semer des pois au semoir , en les faisant suivie par de l’orge ou de l’avoine , avec des graines de prés. Alors l’assolement est comme suit : X. Avoine sur un pré rompu. 2. Turneps fumés. 5. Blé , orge ou avoine avec des graines de pré (on suppose que celles-ci manquent). 4. Pois ou fèves au semoir. 5. Orge ou avoine avec des graines de pré. 6. Pré. (1) Les plus grands ennemis du blé sont les graminées vivaces, et sur-tout le chiendent. Celui-ci a une végétation d’une extrême activité dans les terres légères bien fumées : à la seconde année il gagne sur le trèfle [lequel périt en partie dans le second hiver] et fait alors la guerre au froment, parce que le trèfle n’ayant été renversé que par tnn seul labour, le chiendent s’est conservé. DUS TURNEPS. 1Q7 J’ai ouï citer un assolement de Norfolk, Comme suit : 1 . Pois au semoir, ou au plantoir, sur un pre' d’un an. 2 . B!e\ 5. Turneps fumes. 4. Orge, ou avoine, avec des graines de pre'. 5. Pre. Sur les terres stériles , où l’on ne peut pas se procurer des engrais , ou des plantes marines , ou encore , dans les fermes sur lesquelles le proprietaire exige du fermier qu’il laisse la moitié des terres en prairies, close fréquemment exige'e pour les cinq dernières années des baux $ voici le système que l’cyi peut suivre : il n’y a de contraire que la chance de voir manquer les graines de pre’s , ou périr la prairie dans la seconde ou la troisième année. 1. Avoine, ou froment sur un pré rompu. 2 . Turneps fumés. 3. Blé, orge ou avoine , avec des grainCs de pré. 4. Prés pâturés. 5. De même. 6. De même. Il peut être utile de connoilre la meilleure manière de se procurer de bonnes graines de turneps. rn- 3f)8 DE LA CULTURE On choisit au printems, les plus belles cines, pour la régularité de la forme, et la petitesse du collet. On les transplante dans une bonne terre, avec des intervalles suffisans, et on les laisse monter en graine : celle-ci est mûre au mois de juillet, ou d’août. Il faut avoir soin de garantir la graine de l’avidité des oiseaux, qui en sont très-friands. Il faut ainsi renouveler les semences de turneps , tous les deux ou trois ans. On a l’expérience de la dégénération des turneps, lorsqu’ils ne sont pas transplantés de tetns en lems, pour en retirer la graine (i). Le terrain dans lequel les turneps sont montés en graines, est extrêmement fatigué, et demande ensuite une grande quantité d’engrais. Il y a beaucoup de Cantons de l’Angleterre dans lesquelles le foin des prés artificiels est une partie importante des produits de la ferme. On y emploie alors presque tous les engrais qu’elle donne. Il y a des baux qui obligent les fermiers à appliquer aux prés naturels la tota- (1) "Voyez sur la culture des turneps, ce qui a été dit dans les volumes préc‘édens, et sur-tout dans l’agriculture de Norfolk : il paroît que ce qu’on a trouvé le plus avantageux, paur prévenir la dégénéraliont, est de recueillir la semence alternativement des plantes transplantées, et de celles qui ne l’ont pas été. DES TURNEPS. *99 lité des fumiers des animaux de la ferme. Les terres arables sont alors réduites aux ressources qu’on peut se procurer ailleurs. En Ecosse, où la quantité' des chevaux de luxe n’est pas démesurée comme en Angleterre , la demande du foin n’exige pas qu’on emploie en prairies naturelles une si grande étendue de terrain: il faut, par conséquent, moins de fumier pour les prairies, et il en reste communément assez pour les terres arables : on y ajoute la chaux, la marne, le sable coquillé, et les plantes marines, selon les situations. Les gâteaux de colza se réduisent en poudre, au moyen d’une espèce de moulin. On répand de celle poudre à la main , immédiatement avant que de semer les turneps au semoir. On se sert, en Norfolk , d’un semoir compliqué , avec lequel on répand tout à-la- fois , la graine et la poussière de colza. On dit que l’eiTel de cet engrais est très-marqué, mais de courte durée. Ce n’est pas une grande objection, lorsqu’il s’agit de la culture des turneps; il en est de même des plantes marines. Lorsqu’on peut assurer une bonne récolle de turneps, on a obtenu l’essentiel; car, en faisant consommer la récolte sur place par les moulons, on assure la continuation de la fertilité, et sur-tout la réussite des prés artificiels, 5200 DE LA CULTURE de laquelle résulté une grande quantité’ d'engrais nouveaux, pour l'entretien de la ferme. On a introduit dans ce pays-ci, depuis quelques années, une variété de ray-grass dont l’usage a été accompagné de grands inconvéniens , parce que c’étoit une plante annuelle; et, comme la graine ne peut point se distinguer de celle du ray-grass perenne, on croyoit former un pré pour trois ans, ou plus long-tems ; et il périssoit à la seconde année. On dit que ce ray-grass annuel donne une récolte plus abondante que les autres variétés. Lorsqu’on veut recueillir la graine du ray- grass , il faut avoir la même attention , qui est nécessaire pour la récolte , ou l’application des autres graines de prés et des céréales, c’est-à-dire, de recueillir dans les terres argileuses pour semer dans les terres légères, et réciproquement. Il n’est peut-être pas nécessaire de changer ainsi toutes les années ; mais j’ai éprouvé que c’étoit, généralement parlant, une excellente méthode. Une attention importante à avoir , c’est de s’assurer que la graine de ray-grass soit bien pure. Il y a beaucoup de fermiers négligées qui, pour ensemencer les prés, se contentent d’acheter des poussières de foin, c’est- t X UES TüRNErS. 201 à-dire, ce qu’on a ramassé dans les fenils. Il eri résulte que l’on sème ainsi des plantes vivaces , et sur-tout, du chiendent, et du fromenlal à racines bulbeuses (1), qui empoisonnent les terres , et donnent dans la suite , une peine infinie à extirper. Lorsque j’entrai dans la ferme que j’occupe , je trouvai un pré artificiel presqu’entièrement composé de chiendent : mon prédécesseur I’a- voit semé, avec des graines de foin ramassées dans les auberges de Berwick. J’ai refusé cette année , la graine d’un acre de très-beau ray-grass, lequel étoit certainement de seconde année , uniquement par la raison que j’y découvris quelques plantes de chiendent. (1) C’est la variété désignée dans le Traité des asso- lemens [chez J. J. Pasclioud, imp. libr. à Genève], sous le nom d’avoine-à-chapelets. Elle a le port du grand froniental: (avena elatior) son épi est plus long. Il mûrit un mois plus tard, mais toujours assez tôt pour répandre du grain dans les champs de froment avant la moisson. Pendant les trois premières années, la plante est l’oible et échappe aisément aux sarclages. Elle prend ensuite des accroissemens rapides par ses racines bulbeuses, et qui ressemblent à de gros grains de chapelet, ou à june chaîne de petits oignons blancs, d’une saveur amère. Elle trace au loin, et lorsqu’on néglige de nettoyer le champ, ou qu'on multiplie trop ios Expériences sur la culture des pommes de terre , par le Rev. Mr. Campbell de Kilcalmonell. ( Farmers magazine. ) I lusieurs années avant l’existence du Farmers magazine , je consignai entre les mains de la Société d’Agriculture des montagnes d’Ecosse , le rapport d’une suite d’expériences que j’avois faites en 1790, 91 , 92 et g 3 , sur les différentes manières de planter les pommes de terre. J’avois en vue de m’assurer s’d étoit plus avantageux de les planter grosses ou petites, entières ou par quartiers, et quelle étoit la distance qui donnoit le plus de profit. Je montrai une copie de mon Mémoire au chevalier Anslrulher. Il le lut avec attention , et me fit quelques observations sur des erreurs de calcul. Voici ce qu’il m’écri- voit, en me renvoyant le Mémoire : «Veuil- » lez me pardonner si je vous conseille de » revoir avec soin les calculs , avant de publier les récoltes céréales, cette plante vient à occuper la totalité du terrain, et à en absorber tellement la force végétative, que le blé ne rend plus les semences. CULTURE DES POMMES DE T ELIRE. 200 » des faits qui sont de la plus grande im- » portance pour tous les cultivateurs , et que i) personne n’a observes avec autant d’allert- » lion que vous. )> Je suivis ce conseil. Je revis mes calculs, et j’écrivis au secrétaire pour le prier de ne pas publier le Mémoire sur la première copie , à cause des erreurs qui s’y trouvoient, et parce que je continuois mes expériences en I7g4 et g5, pour en rendre compte egalement à la Société. En octobre 179b, je communiquai les résultats de mes expériences à M. Lochart qui alloit à Batb pour sa santé. Il en fît part à la Société de Bail), et ils furent publiés dans les Mémoires de cette même Société , ce qui m’empêcha de donner mon tra- ' vail à la Société d’Agriculture d’Ecosse, comme j’en avois eu l’intention. Je vous envoie, maintenant un abrégé des expériences faites pendant cinq ans, et communiquées à M. Lochart, et quelques observations sur les résultats. En 1790, 91 et 92, les lignes des pommes de terre étoient distantes de trois pieds : en 1794 et g5, elles le furent de trente pouces seulement. Cette différence, l’avantage de la température dans ces deux dernières années , et l’expérience croissante que j’ai acquise , expliquent la supériorité dans la récolte des deux dernières années. 2o4 culture des Je mesurois la distance d’une ligne à l’autre avec tin bâton divise'; et je la prenois depuis le centre d’une plante au centre de la plante opposée. Je fis la plus grande attention à ce que la qualité' du sol fût sensiblement égale partout, à ce que le fumier fût également répandu , et à ce que la culture de la boue à cheval fût bien la même sur toutes les parties de l’exploitation. Les quantités plantées et arrachées ont été notées dans le champ même ; et je ne m’en suis fie' à personne qu’à moi-même pour enregistrer tous ces détails, et mesurer les quantités relatives. Dans la plupart des expériences des cinq années le produit des pommes de terre coupées fut inférieur, non-seulement à celui des grosses, mais aussi des petites pommes de terre, plantées entières; cependant généralement parlant le poids des quartiers étoit plus considérable que le poids des petites pommes de terre. La quantité des produits dépend probablement moins du poids absolu des tubercules ou des quartiers que l’on plante, que du nombre des germes sains et vigoureux que pousse chaque plant et que le sol suffit à porter à sa maturité. Plus les germes sont vigoureux , plus les racines fibreuses le sont TOMMES DE TERRE. 205 aussi, et plus elles de’placent de terre en se de'veloppant, c’est-à-dire, qu’elles divisent le sol d’autant mieux que les plantes ont une plus forte végétation. Plus les feuilles sont abondantes, plus la plante lire de substance de l’air et des rosées , et les fait coopérer utilement au travail de la nourriture de la plante ; tandis que l’ombre épaisse sur le sol a le même avantage qu’une belle récolte de pois ou fe'ves pour empêcher l’évaporation du sol, retenir les rosées, et tuer les mauvaises herbes. Il y a cependaut un maximum à cette abondance et vigueur des plantes. Il pa- roît que la trop forte végétation des tiges et des feuilles nuit aussi à la production des tubercules. Peut- être le poids de deux onces est- il le plus avantageux à rechercher dans les morceaux que l’on coupe ; et lorsqu’on emploie des pommes de terre entières, le poids d’une once à deux est-il celui qu’on doit pre'- férer. Dans la fertilité moyenne des terres, et en supposant les plantes espacées d’un pied dans la ligne et de trente pouces d’une ligne à l’autre, le poids des tubercules ou des quartiers ci-dessus indiqué, est suffisant pour pousser le nombre de jets et de racines fibreuses convenable afin que les plantes puissent prospérer et arriver à leur perfec- CULTURE DES 206 tion. Vouloir produire davantage seroit, dans la plupart des terrains, s’exposer à perdre sur le volume des tubercules : vouloir produire moins seroit perdre de la place et recueillir un moindre poids total sur chaque acre. Lesgrossespommesdelerre se voientmieux; et se recueillent plus aisément lorsqu’on les arrache : il y a par conséquent moins de danger d’en laisser dans la terre. Elle prennent moins de tems et de peine à arracher. Elles se vendent mieux : si l’on prétend qu’elles ne se cuisent pas si aise'ment que les pommes de terre moyennes ou petites, je réponds qu’on peut les partager pour les cuire (1), ce qui les rend meilleures au goût. Ma pratique actuelle , laquelle résulté de toutes les expériences que j’ai faites , c’est de planter à trente pouces dans un sens et douze dans l’autre , des pommes de terre de grosseur moyenne ou des quartiers des bouts coupes à de grosses pommes de terre. S’il y a des tubercules d’un si petit volume qu’on ns puisse décider qu’ils ne proviennent pas des plantes aflecte'es de la pivre ou frisolée s il faut (1) Les très-grosses pommes de terre ont pour les acheteurs un inconvénient, dont l’auteur ne parle pas; elles sont souvent creuses dans l’intérieur. POMMES DE TERRE. 207 fcs écarter. En I7g5, j’essayai de planter huit tubercules produits par une plante affecte'e de la pivre : sur les huit plantes qui en provinrent, trois eurent la même maladie ; et cependant sur la même ferme, il e'toit difficile , cette anne'e-là , de trouver une seule plante qui eût la frisole'e , pour faire une expérience. 11 y a un désavantage à planter des yeux ou germes plutôt que despommesde terre entières, c’est que les plantes ne mûrissent pas, à beaucoup près, si tôt. Les plantes ne sont d’ailleurs pas si robustes , et les gelées précoces les affectent davantage. Mais ce qui est décisif contre la méthode de planter des germes, c’est qu’un grand nombre de plantes avortent, ou donnent si peu qu’elles ne valent pas les frais de culture. Il ne faut jamais couper les tiges des pommes de terre à aucune époque de la croissance. Les tubercules continuent à grossir jusqu’à- ce que les tiges soient tellement flétries qu’elles ne valent plus la peine d’être coupées. Au moment où l’on coupe les tiges, la croissance des tubercules s’arrête. A plus forte raison, né doit-on point laisser entrer le bétail dans les pommes de terre pendant leur végétation. Outre que les bœufs ou vaches mangent ou CULTURE DES ao8 rompent les tiges, ils pétrissent la terre, et exposent les tubercules au séjour des eaux, ou à la gele'c. En envoyant à M. Lochart la notice de mes expériences, j’y joignis le detail de la manière dont je m’y e'tois pris pour recueillir des quantités conside’rables de pommes de terre, dans de mauvais terrains. J’ai perfectionne ma culture depuis celte époque , et je vais dire de quelle manière. Je parlerai aussi des instrumens que j’y emploie, de même qu’à la culture des turneps. Les expe’riences de 1796 furent faites d’après une communication reçue en septembre 1795, de M. Sloper de Bail). Voici ce qu’il m’e’crivoit : « En e'change du plaisir que j’ai jeu à lire les expériences de M. Campbell, 3 > je lui fais part, pour l’avantage de son can- 33 ton , d’une me'lhode economique de se pro- D curer des plants de pommes de terre : je 33 la dois au Rëve'rend M. Crook de Wilt- 33 sbire. La cherte' de ces racines l’engagea 3) l’annëe dernière à enlever les yeux des tu- 33 hercules que l’on consommoit pendant les » mois de novembre et de'cembre. Il les planta 3) au printems suivant. Il les meltoit dans » une boîte ferme'e, avec de la paille, à l’abri >3 de la gelée , ou de la trop grande chaleur. Je POMMES DE TERRE. 20gi » Je ne puis pas parler des produits obtenus en ’ » plantain des germes détachés depuis plusieurs « mois ; mais j’ai l’expérience des germes en- )> lèves ainsi à la fin de février, et plantes » en concurrence avec des quartiers de tuber- )> cules à la manière indiquée. Or le produit » a été tout aussi fort dans la portion où j’a- » vois planté les yeux seulement, et j’ai ob- » serve qu’il y avpit dans cette porlion-là, un » plus grand nombre de grosses et un moindre » nombre de petites pommes de terre. Cela » vient peut-être de la circonstance suivante, )) c’est qu’en choisissant les yeux ou germes pour )> les enlever et les planter, on ne prend que » les plus beaux , or il arrive souvent qu’il )) n’y en a qu’un seul beau à chaque tuber- )) cule : au lieu que dans la me'thode ordi- )> naire de planter les quartiers, on emploie » indifféremment les germes foibles et les forts, )> et il s’en trouve quelquefois cinq ou six » foibles à la même pomme de terre. )> M. Lockart, en me faisant passer la lettre de M. Sloper , ajoutoit que, comme je fai- sois mention d’énormes récoltes de pommes de terre sans fumier, et après des turneps, il désiroit savoir de quelle manière j’avois fait manger les turneps , parce que si c’étoit sur Tome 6. O ^210 CULTURE DES place , il en re’sultoit que le champ avoit été fume’ deux fois. Ces observations me mirent sur la voie de nouvelles expériences en 1796. Je trouvai, ainsi que M. Sloper, que les yeux ou germes donnoient plus de grosses et moins de petites pommes de terre, que les quartiers. Pour ré- soudre la question de savoir si cela venoxt du choix que l’on fait des germes les plus vigoureux , j’observai d’abord qu’à chaque petit bout d’un tubercule, il y a un germe qui a l’air plus vigoureux que les autres, et qui se développe toujours le premier. J’essayai d’enlever cet œil à un certain nombre de grosses pommes de terre , et je plantai ces germes en une ligne. Auprès de celle-ci, j’en formai une autre de germes inférieurs. Je ne sus discerner aucune différence quelconque dans la grosseur des produits de ces deux lignes : les pommes de terre furent les plus grosses que j’eusse jamais obtenues. Mais je fis une découverte plus importante que celle que je cherchois : je m’assurai que le produit des germes vigoureux étoit le plus considérable : il l’étoit plus que le produit des quartiers. Je voulus m’assurer si, dans le cas où je laisserois les germes foibles qui entourent le TOMMES DE TEEEE. 1 211' germe vigoureux , les produits de celui-ci en souffriroient, j’essayai de couper le bout le plus mince de la pomme de terre, c’est-à- dire , à-peu-près un tiers du tubercule, en choisissant les plus gros. Le produit fut augmente’ en poids total, mais les pommes de terre furent moins grosses. Cette me’lhode paroît re’unir l’avantage d’un produit abondant à celui de l’e’conomie de la semence. Celle- ci est e’pargne’ à moitié’et le produit est égal à celui des pômmes de terre de moyenne grosseur plantées entières. Dans mes expériences, j’ai employé’ des germes fraîchement séparés de la pomme de terre , parce que j’ai cru que c’étoit la manière la plus juste de comparer leurs produits à ceux des tubercules entiers ; mais j’en ai aussi conserve’ pendant trois mois , conforme’ment aux instructions de M. Sloper. Il n’en a péri qu’un petit nombre , et le produit a été sensiblement le même que celui des germes fraîchement enlevés. Les portions de tubercules se conservèrent également bien pendant une partie de l’été quoiqu’on en eût ôté les yeux; et probablement mieux par cette raison , puisqu’elles ne poussoient pas de germes. Il faut bien se garder de juger du produit net par acre d’après la proportion entre la 3 Ï 2 CULTURE DES recolle et la semence. Le tableau des expé- riences le démontré. Dans l’expérience N°. 1, on voit que j’ai obtenu cent pour un dans la ligne trois , et cependant le produit net par acre est inferieur à la ligne deux , qui n’a rendu que huit pour un. M. Sloper vouloit savoir comment j’avois fait consommer les turneps qui avoient précédé mes pommes de terre. Ils furent charries à la maison en décembre. J’en fis de mémo pour la recolle qui a précédé’ celle des pommes de terre sans fumier, plantées en 1796. L’espace destine' aux pommes de terre fumées fut très-abondamment couvert de fumier, parce que j’imaginai que si la quantité donne'e à la terre e'toit extrêmement considérable, les petites différences de masse d’engrais entre jme ligne et l’autre, et entre une plante et l’autre, disparoîtroient dans le re’sultat. En 1796 j’amendai un acre de pommes de terre avec de la tourbe fraîche et placée dans le fond de chaque raie. J’amendai, en même tems, avec du fumier, un acre contigu à çelui-là. Le produit de l’acre fume' en tourbe fut au produit de l’acre fumé en fumier, comme i 4 5 à 10. Je nourris mes chevaux une grande partie de l’année avec des pommes de terre au lien POMMES DE TERRE. 2 l 3 d’avoine. Celle-ci est d’un transport et d’une vente plus faciles , et se conserve plus aisé- ment si on ne la vend pas. Les expériences de 1797 confirment celles des années précédentes. Le terrain qui y e'toit approprié contenoit quarante lignes de quinze pieds de long. Je destinai cinq lignes à chacune des huit espèces de plants , mais je ne plaçai point les lignes semblables à côté les unes des autres. Avant de donner ces tableaux d’expérience, je vais faire quelques observations sur la maladie des pommes de terre, nommée la frisotte , ou jpipre. En 1793, je me trouvai avec quelques cultivateurs respectables des environs d’Edimbourg , qui me firent connoître la maladie dont il s’agit. Je fus pendant plusieurs années avant de voir une seule plante , chez moi, qui en fût affectée, quoique j’aie annuelle* ment une exploitation de quatre acres en pommes de terre. J’ai à présent une variété de pommes de terre qui est sujette à cet accident. Les cultivateurs dont je parle, se plaignoient tellement de celte maladie, qu’ils auroient donné deux cents livre sterl. à celui qui leur auroit fait connoître un préservatif assuré. Je crois avoir découvert, si non un remèdej CULTURE DES 2l4 du moins un grand moyen d’affoiblir le mal. Je ne pre'lends pas au prix dont ils partaient; mais il nie sera agréable d’apprendre qu’ils ont profite' de mon expérience. Voici la copie de mes notes. Le Z5 octobre i8o5. « Le remède suivant m’a paru le meilleur contre la pivre. Choisissez les plus grosses pommes de terre pour planter (les petites peuvent provenir de plantes qui avoient la frisolée et la transmettre), coupez-les par quartier, en laissant un œil à chacun. Mettez les quartiers par trois ensemble dans chaque endroit où vous déposez le plant, c’est-à-dire, de douze en douze pouces. Dans le mélange de tous les quartiers, il seroit bien extraordinaire qu’il s’en trouvât deux, et sur-tout trois dans le même endroit, qui provinssent de plantes malades. Les germes de cette espèce qui se développeront, seront promptement étouffés par les tiges, et les feuilles provenant des germes sains. Cela m’a réussi complètement en i8o5, sur un espace d’un demi-acre. Lorsqu’on cultive les pommes de terre, { il faut considérer les plants affectés de la pivre, comme de mauvaises herbes : on doit les arracher avec soin. Si l’on considère la perle qui résulte dans quelques endroits de l’Ecosse , de la maladif POMMES DE TERRE. 315 dont je pavle, on n’y regrettera pas la petite augmentation dans la quantité’ des semences qu’exige la méthode recommandée , car le produit sera proportionne'. Mais, en faisant abstraction de la frisoïée , je suis convaincu que la méthode de mettre trois différens yeux dans le même trou , en plantant, est excellente, et rend plus que la manière ordinaire qui consiste à couper les quartiers au hasard. Dans les expériences comparatives de 1796, la ligne des yeux plantés à double a donné 19, et celle des yeux plantés seuls a donné 17, après avoir; déduit l’augmentation de semence. Les pommes de terre de médiocre grosseur ont uniformément donné un produit supérieur à celui des petits fragmens de pommes de terre, que l’on emploie ordinairement. Les trois germes que je propose de planter pour prévenir la pivre, n’excèdent pas en poids une pomme de terre médiocre ; c’est donc une grande recommandation pour la méthode proposée , que de promettre la plus forte récolte qu’on puisse obtenir, et de couvrir ainsi largement , les petits frais additionnels qui résultent de l’enlèvement des germes. CULTUB.E DES fil6 T A B L E A U , N.* 1. Résultats des expériences faites dans les années 1790, 1791, 1792, 1794^1795, sur différentes manières de planter les Pommes de terre, dans la vue de découvrir s } il est plus avantageux de les planter grosses ou petites , entières ou par qua/'~ 1 tiers, et pour déterminer la distance dts lignes entr’elles 3 et des plantes dans les lignes. En l Distance eu ouces dans a ligne. sur fumier: les li 179 °.» à trois pieds de distance. Lign. : . 1 Petites pommes de terre entières . 6 2 Gros quartiers. 5 3 Gros quartiers. 6 4 Gros quartiers.12 En 1791, sur fumier : les lignes à trois pieds de distance. ï Grosses pommes de terre entières . G 2 Petites entières. 3 3 Petites entières... 6 4 Petites entières . ..,12 5 Petits quartiers. 6 En 1792, sur fumier: les lignes à trois pieds de distance. Valeur de U récolté par acre en produit ncl, et semeuces déduites. L.st. 16 i 5 1 5 i 3 ah. d. 6 7 16 8 4 18 18 J 7 17 16 18 1 11 3 1 6 6 2 1 4 10 6 5 1 Petites entières. '9 7 J 2 a Grosses entières. . 6 18 18 1 b Grosses entières. 18 9 1 4 Gros quartiers. 18 3 )> 5 Petites entières. 18 1 6 6 Gros quartiers. |,e »9 6 TOMMES DE TEItEE. 21 7 Distance en pouces dans la li^ne. En 1794, sur fumier: les lignes à deux pieds et demi. Lign. 1 Médiocres enlières.12 4 Petits quartiers..12 6 Petites entières.12 5 Petits quartiers. 6 7 Petits quartiers. 6 3 Médiocres entières . . . .^. 6 2 Médiocres auxquelles on n’avoit laissé qu’un œil. 12 En 1795, sans fumier, mais après pommes de terre fumées. Les lignes à deux pieds et demi Valeur de 1a récolté par acre en produit net, et semences déduites. 7 Médiocres enlières . . . 6 28 ï l 7 2 Gros quartiers. .12 26 1 IO 4 Petites entières .... 2 4 3 î) 5 Médiocres entières . . 24 3 » 6 Médiocres entières . . 23 »9 5 3 Grosses enlières .... 23 IO 9 1 Yeux. i5 11 9 Tabieau, N°. 2. Expériences sur les pomme terre en 1794. L. st. sh. d. 25 (’17 26 19 23 12 de iliili I 7ii >:a : i Tfota. Les pommes de terre ont été plantées entières, à 12 pouces l’une de l’autre, dans des lignes espacées de deux pieds et demi. t Lign. 1 Pommes de terre sans fumier après turneps fumés. 2 Sans fumier, mais sur jachère fumée l’année précédente.. '3 Sans fumier, et pour tenir lieu de jachère [ j- l• ■ t Valeur de la récolte par acre. L.st. sh. a. 2J_ »9 8 ’ 2 7 t IO 9 t4 10 1 4 2l8 CULTURE DES Ii. St. sh. d. 48 27 29 T A E L E A U , N°. fit. Expériences sur les pommes de terre en ] 796. Nota. Leslignes, trente pouces Je distance, et sans fumier dans un terrain qui avoit produit des turneps fumés , et charriés. La distance d’un plan à l’autre, douze pouces. Lig». 3 Bouts inférieurs des tubercules, faisant à-peu-près les deux tiers de grosses pommes de terre. 10 6 2 5 ». 9 24 19 9 3 o » 19 Distance enlValeur de la pouces dan3l récolte par ^ la ligne. | acre. 4 Pommes de terre rouges, déposées sur beaucoup de fumier. 5 Ridney blanches de même. 6 Ridney blanches encore plus fumées . 7 Ridney blanches, sur peu de fumier . S Pomtnçs de terre blanches applalies, et avec peu de fumier.. . Tableau, N". 5 . Expériences faites en 1796. Nota. Les pommes de terre ont été plantées dans un sol saturé de fumier, à douze pouces d’une plante à l’autre, et trente pouces d’intervalle entre les lignes. Ligll. 1 Bouts supérieurs faisant un peu moins du tiers d’une grosse pomme de terre 2 Pommes de terre de grosseur médiocre 3 Principaux germes enlevés (1) . . . . 4 Quartiers de grosseur usitée.. 5 Germes foibles.. 33 9 6 3 i 19 8 3 o 5 2 29 q 11 25 19 8 24 (») La 3 . e ligne a rendu exactement cent pour un : et cependant son produit net, par acre, est moins considérahle.que celui de la ligne n.° 2, quoiqu'elle ait rendu un peu moins de Luit pour un. [A] TOMMES DE TERRE. Distance de pouces dans la ligue. jign. 1 Bouts supérieurs faisant moins d’un tiers de grosses pommes de terre. 2 Médiocres entières. 4 Petites entières. 5 Germes enlevés et plantés deux à deux 6 Germes plantés seuls. 2ig Valeur de la récolte par acre. L, st. sh. d. 25 1 4 24 l5 12 21 2 4 19 2 « 17 11 6 T A B E E A U , N°. 5. Expériences en 1797. Nota. Les plants à douze pouces dans un sens, et trente dans l’autre sur fumier. Lign. 1 Bouts supérieurs, de grosses pommes de terre . 2 Petites entières. 3 Médiocres entières. 4 Quartiers de grosseur moyenne de grosses pommes de terre.. . 5 Quartiers pris au hasard. 6 Germes choisis.. 7 Boutsinférieurs, grosses pommes de terre 8 Germes inférieurs . . . .. 08 4 » 23 i4 ÎO 23 i3 9 23 1 1 19 i4 4 19 1 1' 2 *9 5 2 18 2 2 220 USAGE DES POMMES DE TERRE. Lettre de Mr. Thomas Roberts à A. Young. ( Annales d’Agriculture. ) Beaulieu Maoor^ î4 février 1806. Monsieur, N jour de pluie me donne le loisir de vous communiquer quelques explications et additions à ma lettre du 21 janvier i 8 o 5 . Vous avez vu avec quelle e'tendue et quel succès je cultive les pommes de terre pour l’entretien et l’engrais des bestiaux. Toutes mes bêtes à l’engrais ont e'te' complètement grasses le 20 mars. Les bœufs se sont vendus de manière à me payer mes pommes de terre un peu au-dessus de 11 deniers sterl. le busliel (j)j et celles que j’ai employe'es à engraisser des moutons se sont trouvées vendues à i 5 deniers. Mes vaches, mes e'ièves, mes brebis, ont été liiverne'es parfaitement bien , sous tous les rapports. (1) Le bushel de froment pèse de 55 à 60 livres anglaises. 1 USAGE DES POMMES DE TERRE. 22l' Dans l’engrais de mes cochons avec les pommes de terre bouillies, j’ai e’ie' un peu trompe’. Ils ont commencé par prospérer beaucoup, c’est-à-dire, qu’ils se sont tous engraissés plus qu’à moitié, très-rapidement. Au-delà de ce point, leurs progrès ont été fort lents, quoiqu’ils aient continué à bien manger. Comme je voulois essayer l’effet des pommes de terre jusqu’au bout, je ne changeai rien à leur régime pendant un mois. Au bout de ce terme, je fus convaincu que cette nourriture ne for- çoit pas suffisamment l’engrais , et j’y ajoutai de la farine d’orge avec de la farine de pois en quantités égales. Les.porcs augmentèrent alors sensiblement , mais je trou- vois cependant qu’ils ne buvoient pas assez. J’augmentai la farine, et cela remplit parfaitement mon objet. Trois semaines de ce régime suffirent pour achever l’engrais. Je vendis alors à M. Westgart de Gosport, quatre-vingt-treize cochons gras, pesant chacun , pour moyenne, deux cent quinze livres. Je ne crois pas cependant que mes pommes de terre données aux cochons se soient trouvées vendues à plus de huit deniers le bushel. Les boeufs, les moutons et les cochons eurent une viande excellente $ et je a’eus pas une seule plainte des bouchers à 222 USAGE DES qui j’en vendis. Presque tous me promirent de revenir à J’empiète chez moi. J’ai celte année-ci à-peu-près la même quantité' de bêtes à l’engrais, et tout prospère également. Ma récolte de pommes de terre est plus considérable que la précédente ; et le prix courant est d’un schelling par sac au-dessous de l’année dernière, c’est-à dire, seulement quatre schellings le sac de deux cents livres. Outre ce qui/m’est nécessaire pour l’entretien et l’engrais de mes bestiaux, j’ai vendu pour près de trois cents livres sterling de pommes de terre. Un de mes voisins, qui entend merveilleusement la culture des turneps, et qui en a cultivé quarante acres cette année, ne fait pas plus de trois cents livres sterling dans l’application de celte racine à l’engrais de ses troupeaux et à leur nourriture, quoiqu’il ait la réputation d’en savoir tirer le meilleur parti. ^ous conviendrez avec moi , je pense, que j*ài bien raison d’être content de mon système de culture des pommes de terre. Je me propose de le continuer, si je vis ; et s’il arrivoit que j’eusse quelque raison de changer d’opinion sur le fond de la chose , je vous d.rai les inconvéniens de mon système avec autant de vérité que je vous en ai dit les avan^ tages. POMMES ME TERRE. 223 Mes fèves m’ont rendu pour moyenne trente- huit bushels par acre ; et le blé qui leur a succédé trente-un bushels, quoique les corbeaux y eussent fait du dommage pendant l’hiver. Le même terrain est prêt maintenant pour les fèves : je les ferai semer au semoir dès les premiers beaux jours. J’abandonne l’idëe de faire succéder le froment au froment: j’ai plusieurs raisons pour cela, mais sur-tout la difficulté de tenir ma terre aussi nette que je le voudrois. Quant à la succession indéfinie des fèves au froment et du froment aux fèves, j’ai toutes sortes de raisons de croire que je n’y renoncerai jamais. J’ai un champ mouilleux de quatre acres. Il étoit destiné au froment, mais je ne pus pas le semer dans l’automne de i8o4. Je mis le blé en terre le 20 février i8o5. Il fut recueilli dans la seconde semaine de septembre. Il a rendu trente-deux bushels, pesant chacun soixante-une livres. C’est la variété de blé connue sous le nom de velours blanc (’white-velvet), la même que j’ai semé dans tous mes autres champs avant Noël; et cependant, j’ai recueilli dans ce champ, semé en février, plus de paille, plus de graine, et ce grain d’une demi-livre plus pesant par 224 USAGE DES busliel, que dans mes autres terres semées en automne. Dans huit jours, je compte semer en froment un champ de neuf acres , qui a donne' des pommes de terre , qui est net et en bon état. Si cette récolté me réussit aussi bien que l’autre, j’aurai lieu de penser que dans cette partie méridionale du Royaume , la semaille du froment seroit tout aussi avantageuse au printems qu’en automne. Pendant que j’ecrivois ceci, j’ai eu la visite d’un fermier des environs de Salisbury. Je lui ai parle de semer le froment au printems. II m’a dit que le 2 mars, il avoitseme un champ de six acres en froment, de la variété' nommée Red lamma, après une récolte de pommes de terre ; et qu’il avoit eu tout autant de bon blé par acre dans ce champ-là que dans les autres, et une plus grande quantité de paille. Il est si content de cet essai, que ce printems, il sème de même seize acres. Il sème à la volée, à raison de trois bushels et demi par acre : moi, je ne sème que six pecks par acre, au semoir. Les rutabaga deviennent tellement à la mode dans nos cantons, que pour un acre de tur- neps de Norfolk, on en voit au moins six de rutabaga. Un de mes voisins fait une expérience. 11 a mis deux bœufs à l’engrais sur de TOMMES DE TERRE. 225 de la farine d’orge , et du bon foin ; et deux autres bœufs sur des rutabaga et du foin. Ils Ont été mis tous quatre à l’engrais le i4 novembre, et choisis aussi égaux de taille qu’il a été possible. Un bouclier m’a dit, il y a quelques jours, qu’ils étoient tous quatre superbes 5 mais que les deux qui s’engraissent de rutabaga avoient une avance de quinze $ours sur les autres : il estime qu’à la Chandeleur ils vaudront 4o shellings de plus que les autres. Je vous serois bien obligé si vous vouliez bien nous apprendre, par la voie des Annales si les tiges de fèves hachées avec la machine de Cooke , sont une bonne nourriture pour les vaches et les chevaux de travail ( 1 ). Je recueille beaucoup de fèves , et j’en recueillerai davantage si vous m’encouragez. Je cultive la variété nommée Tick beau, dont je fais convertir les tiges en engrais dans mes cours et sous mes hangars : le bétail n’en mange presque pas. Vous m’excuserez si je vous donne cette peine, car je vous assure qu’il n’y a personne (i) Je les ai vu donner avec succès; mais on avoit *cin d’écarter les tiges ligneuses. Tout dépend du moment où l’on fait la récolte des fèves. [Note d’A. Young.] Tome 6. P 226 USAGE DES dont les directions m’inspirent autant de confiance. Je viens de lire votre Essai sur les engrais, avec un plaisir extrême. Votre système sur le fumier frais est si raisonnable, qu’il ne m’arrivera plus de faire des composts. Je voudrois bien savoir de M. Estcourt si le souffler, dont il nous a parle il y a quelque tems, soutient sa re'putation. S’il est bon, j’espère en voir une gravure dans les Annales (1). Si vous ne la donnez pas, j’en conclurai que l’instrument n’est pas recommandable. Pendant que j’en suis aux informations, je désirerois apprendre de vous s’il existe une machine à battre, qui soit en plein usage, et que l’on puisse transporter d’une grange à une autre , sans beaucoup de difficulté (2). Celle qui e'toit de l’invention de M. Lester, et dont le principe etoit d’enlever le grain par le frottement, est-elle bonne ? Nous autres, qui vivons dans les provinces, nous n’entendons parler de rien. Quelques details sur les instrumens agricoles nous seroient très-utiles. (1) Très-certainement. [A. Young^\ (2) M. Asby, de Blyborough, en Suffolk, a fait plusieurs de ces machines à battre, qui ont bien réussi» [A. Young.] / POMMES DE TERRE. 2 27 Où se procure-t-on lés Shim-coulters de Ducket ? sont-ils toujours joints aux charrues (1)? Dans un de vos Cahiers, vous renvoyez à votre Tournée dans l’Est (Eastern Tour) pour l’examen de la planche de ce skim de Kent dont vous faites l’éloge. Or, je n’ai jamais eu l’occasion de voir votre Eastern Tour, et je voudrois bien avoir une gravure , ou tout au moins une figure de l’instrument en planche de bois (2). Essai sur la manière de conserver LES TURNEPS. ( Farmers magazine. ) L’introdustion des turneps dans la succession régulière des récoltes , est le perfectionnement le plus important qu’on ait adopte dans l’agriculture moderne. Avant les turneps, on nourrissoit pendant l’e'te' les bestiaux sur l’herbe que produisoit naturellement une terre épuise'e par une suite de récoltes céréales, et (1) Toujours chez M. Dougal, n p . 422 , Oxford Street, [A. Young.] (2) Je la donnerai. [A. Young. ] ^28 'ESSAI POUR CONSERVER chargée de mauvaises plantes ; et pendant l’hî- ver, on entrelenoit le bétail avec de la paille et de l’avoine. Dans ce système, le teins pour engraisser e'toit fort court, et on n’engraissoit les bestiaux qu’à l’herbe. Aucune bête n’étoit propre à la boucherie avant la fin de l’été, et dès que les pâturages foiblissoient, on se dépêchoit d’envoyer à la boucherie tout ce qu’on avoit eu le projet d’engraisser. Il falloit saler la viande pour en avoir en hiver jusqu’à la saison des veaux, et des agneaux. Quant aux troupeaux de garde, ils étoient extrêmement misérables pendant l’hiver. Si le froid e'toit rigoureux et le printems tardif, il y avoit des bêtes qui périssoient de faim : beaucoup d’autres affbiblies et amaigries par la diète , pou- Voient à peine se tenir sur leurs jambes et se traîner jusqu’au champ qui se trouvoit, comme on disoit alors , bien herbè. Le grand déficit de l’ancienne culture a été comblé par les turneps. Au moyen de cette racine , les élèves grossissent sans interruption , et il s’engraisse des bestiaux dans toutes les saisons de l’année. Les turneps succèdent à l’herbe, et fournissent une nourriture succulente pendant tout l’hiver. Nos fermiers jouissent ainsi des avantages des pays privilégiés pour le climat, car les turneps rem- IÆS TUHNEPS.' 329 placent le pâturage vert. M'ais cette racine a l’inconve’nient d’être une récolte précaire. Après qu’ils ont échappé aux ravages des pu- eerons et des chenilles , les turneps sont exposés à être endommagés par les gelées. On a dit qu’on pouvoir les emmagasiner pour l’hiver, et les mettre ainsi à l’abri de cet accident. Je vais décrire les méthodes réputées les meilleures pour la conservation des turneps, et je dirai mon opinion sur- cet usager Quoique depuis trente ans l’on cultive beaucoup les turneps en Ecosse , la pratique de leur emmagasinement pour l’hiver est très- nouvelle , et a peu de partisans. Dès l’origine de cette culture , les fermiers intelligent étoient dans l’usage d’arracher tout à-la-fois pour la consommation d’environ trois semaines de ces racines, et de les mettre à couvert , pour recommencer la provision au bout de ce tems-là ; mais il paroît que l’idée de retirer toute la récolte en masse, pour la préserver des gelées a été réalisée pour la première fois à Clydesdale, et gagne lentement dans les paroisses voisines. Dans l’endroit même où elle a été pratiquée pour la première fois, elle a encore ses détracteurs, et elle n’est complètement établie nulle part. On a une grande marge dans le choix du 23o essai pour conserver moment à prendre pour resserrer et emmagasiner la recolle de turneps. Dans les terres glaises, il convient de saisir le moment qui suit l’arrachement des pommes de terre ; mais dans les autres terrains on peut retarder la récolté, parce que les racines augmentent jusqu’aux gèlees : c’est ordinairement au commencement de novembre qu’on les arrache. Il importe de prendre pour cela un tems sec ; et d’empêcher, autant qu’on le peut, que la terre y reste adhérente, car les gelées leur nuisent beaucoup plus s’ils sont terreux. Cependant on ne peut pas toujours e'viter de faire la recolle par un tems pluvieux ; et dans ce cas, voici comment il faut s’y prendre pour les arracher : on saisit les feuilles à la poigne'e, ou donne brusquement un demi-tour, puis on enlève la racine verticalement. La pomme tourne ainsi sur le pivot ; les racines latérales ,se rompent, et la terre se détache tout autour. Ce procédé est évidemment préférable à la méthode d’arracher un turnep de chaque main , puis de les heurter l’un contre l’autre pour faire tomber la terre, ce à quoi l’on ne réussitqu’imparfaitement tout en meurtrissant les racines. L’expérience a démontré qu’il convenoit de couper les feuilles et les pivots des turneps X.ES TUKSTEES. â3l qu’on veut garder ; mais il ne faut pas entamer la pomme elle-même : quand cela arrive, elle pourrit ordinairement irès-vîte. Aucun animal n’aime le pivot. Les feuilles, s’il en reste une partie, font vége'^r le turnep, au moindre degré de chaleurj mais, comme il est difficile de trouver le point juste dans une operation qui se fait rapidement, il vaut mieux laisser un peu de feuilles que de risquer d’entamer la pomme. L’ancienne méthode pour conserver les tur- neps , e'toit de les mettre en masse sous des hangars. U y avoit dans cette me'lhode deux grands inconveniens : le premier, qu’un petit champ de turneps occupoit un grand couvert, et le second , c’est que les racines ne tar- doient pas à s’échauffer , et à se pourrir. Il y a même du danger à les emmagasiner en petites masses, si c’est à portée des appartenions habités, ou des étables. Le degré de chaleur qui résulte de ce voisinage, suffit pour faire commencer et pour entretenir une végétation vigoureuse. Les germes épuisent la substance des turneps qui les produisent, ils ferment en se prolongeant, les intervalles qui séparoient les turneps supérieurs , et ils interceptent ainsi l’air nécessaire à leur conservation, en sorte que la totalité des racines ne tarde pas à devenir une masse putride. / 5232 ESSAI POUR CONSERVER Tout le monde sait que les pommes de terre que l’on déposé l’hiver dans des creux faits en plein champ, se conservent mieux que celles qu’on déposé dans les maisons. On en avoit conclu, par analogie, qu’il convenoit de déposer de même les turneps dans des Creux en plein champ. M. Findlater de New- lands, dont le jugement et les talens, comme observateur, sont bien connus de ceux qui lisent le Farmers Magazine, est le seul, à ma connoissance, qui ait fait l’expérience avec soin , et en ait rendu compte avec candeur. Il fit dans une terre très-sèche , un creux de trois pieds de profondeur, et de cinq de large. Il Je remplit jusqu’à un pied ou deux au- dessus de la surface du terrain , et en dos d’âne. Une moitié' du creux étoit remplie en turneps ordinaires ; et l’autre en rutabagas ; et le tout fut recouvert d’une épaisseur suffisante de paille et de terre. Quelque tems après, on s’aperçut d’une dépression sensible dans le milieu du tas : cette dépression alla en croissant, et on commença à craindre que les turneps ne fussent altérés. Au milieu de février, on ouvrit le creux, et on trouva la totalité des tjurneps ordinaires pourris, et environ une moitié seulement des rutabagas conservés. Un correspondant du Farmers Magazine t les turneps . 1 a53 dît que les lurneps peuvent se conserver dans des creux en plain champ, pourvu qu’on n’eu mette pas plus de trois ou quatre charretées ensemble, et qu’on les recouvre avec de la terre, ou un mélange de terre et de paille. Cette méthode a été suivie chez M. Aitken, deNewlands, avec la modification de placer la couche inférieure des turneps sur la surface du sol, puis de couvrir le tas avec des couches alternatives de terre et de paille. M. Aitken m’a dit que celte méthode, qui remplit l’objet de la conservation des racines , n’a cependant aucun avantage sur la méthode ordinaire quant à la conservation du goût des racines et de leur suc. Il résulta de l’expérience acquise par ce pro J cédé, que les turneps, pour se conserver sains pendant l’hiver, dévoient être suffisamment exposés au contact de l’air. C’est sur ce principe qu’est fondée la pratique actuelle, savoir, de placer le dépôt dans le voisinage des cours et des hangars, mais dans une situation bien aérée , et simplement recouvert de paille. On donne aux tas disposés en dos d’âne la largeur d’une charretée seulement, c’est-à-dire, cinq pieds , la hauteur est de quatre pieds, et la longueur est absolument indifférente. On couvre ce dos d’âne en chaume, ou paille 254 ESSAI POUR CONSERVER.' de seigle , à une e'paisseur qui suffise à préserver des gelées ; et on assure ce toit de paille par des cordes. Les racines se conservent ainsi très-bien jusqu’au milieu d’avril. Quelques fermiers intelligens ont introduit, dans cet usage, des cliangemens que l’on assure avantageux. Ils font attention à la se'cheresse du sol, plus qu’au voisinage des étables, dans le choix des endroits de dépôt. Us répandent un lit épais de paille sous la première couche des racines, entourent le tas de palissades qui penchent en- dehors pour,écarter l’eau des pluies; font lés deux talus aussi rapides que les turnepspuissent le comporter , et recouvrent le tout en paille, de la manière accoutumée. Dans cette méthode , le tas est proportionnellement plus élevé que ne le seroit un toit de meme base. Le dépôt a sept à huit pieds de large à la base, et il est d’une longueur indéfinie. U y a économie de paille, et sûreté de conservation, dans celte pratique. i Les mêmes principes sont applicables aux rutabagas, et on les emmagasine de la même manière. Comme ils résistent beaucoup mieux au froid, et à la putréfaction, on peut en faire de plus grands tas, sans inconve’niens. lisse conservent aussi beaucoup plus tard : M. Find- later en a donné à ses vaches jusqu’au 1 1 IÆS TITTINEPS. 255 de juin , apres les avoir conserve’s en tas, avec la seule précaution de les frotter au mois d’avril, pour faire tomber les germes qui cotn- mençoient à pousser. L’hiver dernier, leCap. Mackay de Scol’s-town, fit une expérience pour la conservation des rutabagas. 11 avoit observe que ces racines resistoient aux plus violentes gele’es , lorsqu’on les laissoit en terre. Il essaya d’en faire un tas dans une de ses cours , et de le recouvrir simplement de quelques branches de sapins , pour les garantir des poules. Ce fut au commencement de janvier qu’il forma ce tas. Je le vis à la fin de mars. Environ moitié' du tas avoit déjà e'te' enleve’ pour l’entretien du bétail. Excepte' ceux qui se trouvoienl précisément au centre du tas , et à sa base , les rutabagas êtoient tous altere's. La putréfaction des racines com- mençoit dans tous les points de contact entr’elles. Il paroît donc que l’arrachement des rutabagas leur ôte une partie de leur faculté de résistance au froid , et qu’ils demandent alors pour se conserver, à-peu-près les mêmes pre'cautions que les turneps ordinaires. Je vais maintenant examiner dans quels cas il convient d’emmagasiner les turneps. Tout le monde sait qu’il arrive souvent à ces racines d’être surprises par les gele'es, et converties i 936 ESSAI POUR CONSERVER' ainsi en une masse de glace. On sait aussi que' les bestiaux qui se nourrissent de turneps gelés , diminuent au lieu d’augmenter. Ils ont de la peine à les entamer avec leurs dents, et ils n’en ont pas plutôt avale quelques morceaux qu’ils montrent des symptômes de malaise, c’est-à-dire, qu’ils e’ièvent le dos, rapprochent les pieds, et tremblent. On re- connoît généralement que la précaution d’emmagasiner les racines prévient cet inconve'nient; mais il est certain qu’on y re'ussit egalement dans d’autres endroits, sans prendre tant de peine. Les premières gele'es d’automne ne font aucun tort aux turneps, ce qui est dû, je crois, à,la protection des feuilles, qui sont très-abondantes, dans celte saison-là. Lorsque les fortes gelées arrivent, et que les racines sont converties en glace, on se trouve bien d’une méthode qui est généralement adoptée dans la vallée de Tweed : c’est de les faire tremper deux ou trois heures dans l’eau froide, on les en retire aussi bons que s’ils n’avoient point été gelés. Il paroît donc que, dans les cantons, où les grands froids ne sont pas longs, la précaution de l’emmagasinement est presque inutile, puisqu’au pis aller, on dégèle très- bien les turneps, en les jetant dans l’eau., ÏÆS TURNEPS. 337 Dans les canlons où l’hiver est rigoureux et long, et où les neiges sont profondes, il est comme impossible «de charier les turneps tout l’hiver. Si même l’on peut surmonter les difficultés du transport, celles de l’arrachement sont très-grandes ; et les turneps gele's à fond se cassent par morceaux sous l’instrument destiné à les arracher. Les turneps ne sont pas seulement sujets à être gelés sur place, mais encore à se pourrir sur la plante. Il est impossible d’estimer d’une manière même approximative , la quantité des turneps qui se gâtent annuellement; mais, en général c’est l’approche du prin- tems qui leur fait le plus de mal ; ordinairement , à cette époque , les deux tiers de la récolte sont déjà consommés par les bestiaux : s’il en pourrit un tiers de ce qu’il reste ce seroit un neuvième du tout. Or il me paroît probable que l’emmagasinement en fait perdre davantage. Quand le printcms approche, les turneps sont ridés et d’un tiers plus légers qu’ils ne l’étoient quand on a formé les tas : cette perte équivaut à celle que j’ai estimée en les laissant sur place, jusqu’au moment de la consommation. Il y a une autre raison de perte dans Ja méthode de l’emmagasinement : c’est qu’on est obligé de les arracher avant qu’ils a38 ESSAI FOUR CONSERVER aient toute leur grosseur, laquelle augmente jusqu’aux fortes gelées. Enfin , la plus forte objection contre le système de l’emmagasine- ment, c’est que le bétail préfère les turneps fraîchement arrachés, à ceux qui ont été conservés en magasin. Le club des fermiers d’E- delstone a fait une expérience qui le démontre. On pl aça devant plusieurs vaches successivement deux turneps à choisir : l’un avoit été conservé en magasin; l’autre, étoit fraîchement arraché , et tous deux étoient parfaitement sains. Toutes les vaches, sans exception, préférèrent le turnep fraîchement arraché, et ne touchèrent à l’autre que quand le premier fut mangé. Comme les vaches com- paroient ces deux racines à l’odorat seulement, elles se décidoient probablement d’après une disposition à la putréfaction , laquelle provenoit de l’enlèvement des feuilles et du pivot, opération qui fait toujours deux grandes plaies à la racine. L’extravasion des sucs leur fait perdre ce qu’on peut appeler leur vitalité; et il se forme sur chaque plaie, une croûte pu- trescenle , en sorte qu’il faut que le bétail consomme les turneps avant que la putridité ait gagné l’intérieur : on peut se faire une idée de l’effet de cette plaie sur le goût de la racine , pur l’altération de celui des pom- I/ES TURNEPS. 525g mes de terre lorsqu’elles ont été blessées en les arrachant. Il est raisonnable de conclure de ces observations que les lurneps e'prouvent moins de dommage des gelées que de l’ope'ration même de l’emmagasineinent ; mais il y a une circonstance favorable à cette pratique, c’est que la perte, e'tant uniforme, peut être Calculée , et que l’on peut y pourvoir ; au lieu que les ravages de l’hiver, presque nuis dans de certaines années, sont terribles dans d’autres. Dans les situations où les fortes gelées sont à craindre, il conviendroit peut-être d’emmagasiner environ un tiers de la récolte. Une nouvelle pratique commence à s’introduire, et rendra l’emmagasinement inutile, si elle continue à réussir, comme il le paroît, c’est de butter les turneps avec une charrue à double oreille, à la fin de l’automne, afin que la terre accumulée les préserve du froid ; mais, pour cela, il faut que les turneps aient été semés au semoir, et soient bien alignés. On a maintenant dans le York-sbire, une espèce de turneps, dont la pomme ou bulbe est complètement enterrée , et qui par conséquent est beaucoup moins sujette à l’action des gelées. II ne me paroît pas que la cause de la pu- 24O ESSAI POUR CONSERVER tréfaction des turneps, dans les champs, soit bien entendue. Après avoir été convertis'en tm bloc de glace , ils redeviennent parfaitement bons et savoureux par le se'jour dans l’eau froide. S’il survient un froid sec, fût-il même violent, à la fin de l’automne , les turneps n’en souffrent pas; et ensuite, quel que soit le degré de froid , s’ils sont couverts de neige, ils demeurent intacts. On a également remarque' que , dans les champs exposes au nord, les turneps souffrent moins que dans les autres. Il meparoît, d’après cela, que le soleil contribue à la destruction des turneps , par une transition brusque du froid au chaud. A la fin de l’automne , les turneps recouverts de feuilles épaisses sont à l’abri du soleil. Quand les feuilles sont de'truites, et lorsque la neige couvre les bulbes, celles-ci se conservent; mais si elles sont de’couvertes, et que le soleil les dégèle chaque jour, tandis qu’elles gèlent la nuit, la putréfaction ne tarde pas à se manifester, parce que leur texture est détruite (1). (1) Une autre cause de cette différence dont l’auteur ne parle pas, et qui est peut-être plus efficace que celles qu’il assigne, c’est la différence du point de maturité dans les deux cas. J’ai observé que les turneps D’après I/ES TURNErS. 24 1 D’après cette théorie, il paroîtroit que le butage des turneps les conserve en les garantissant des rayons du soleil ; mais il a l’inconvénient de rendre l’arrachement difficile, quand la terre est fortement gelée. Si, au contraire, elle est détrempée par les pluies, les turneps ne peuvent se nettoyer que très-difficilement. Il paroîtroit donc très-convenable de pouvoir se passer de ces divers expédiens, et de cultiver une variété, qui résistât suffisamment au froid pour les rendre inutiles : nous verrons bientôt que nous pouvons espérer de posséder cette variété. Ceux qui sont partisans de l’emmagasine- ment des turneps observent que ce procédé permet de cultiver les variétés les plus précieuses , et les plus profitables, au lieu qu’au- paravant on a été obligé de s’en tenir à des variétés dont les racines avoient peu de volume , comme le navet jaune des jardins, qui résiste bien au froid. Mais une expérience et les raves semés tard, et qui n’avoient pas acquis toute leur grosseur lors des premières gelées, se con- servoient sans altération jusqu’au printems, tandis que les turneps mûrs gelaient et se pourrissoient sur la terre. Il y a probablement un mouvement intestin de végétation, ou comme une force de vitalité, qui, dans le premier cas, prévient la décomposition. ToiVfcE 6. Q s4a «ss ai rouit consshvkk suivie a montre que le gros lurnep rond, qui est de tous le plus volumineux, n’est peut- être pas le plus profitable $ et les laits semblent aujourd'hui donner la préférence à nue variété nouvelle qui est tout à-la-fois abondante et robuste. Il y a douze ans que l’on introduisit dans notre culture le navet de Suède, ou rutabaga. Cette varic'te’, beaucoup recommandée, s’étendit très-rapidement en Ecosse. En Tweddale et Clydesdale, où l’on a cultivé dès lors les rutabagas tous les ans, leurs qualités sonlbicn connues, ils résistent à toutes les gelées et à toutes les variations de tempe'rature ; ils sont fort nourrisans , et conservent leur faculté nutritive au printems, même après qu’ils ont commence à monter en graine , ce qui en fait la plus précieuse ressource de nourriture de printems. Mais les rutabagas ont l’inconvénient d’exiger une semaille hâtive , et par conséquent, de ne pas comporter autant de labours préparatoires propres à nettoyer la terre, que les turneps ; de ne pas couvrir le sol de l’ombre de leurs feuilles, comme les turneps ; d’exiger un sol fort riche , soit par nature , soit par artifice ; de ne fournir , enfin , qu’une quantité médiocre de substance sur un terrain donné, même en avaot égard IÆS TUItNErS. '243 à ia supériorité de leur faculté nutritive (1). On peut conserver, à toute rigueur , les tur- neps ordinaires jusqu’au milieu d’avril : mais comme ils ont perdu alors une grande partie de leur faculté' nutritive , il vaut mieux en achever la consommation avant le milieu de mars , et avoir des rutabagas pour leur suc- ce'der. Je conseillerois même d’en avoir en quantité' suffisante pour en donner aux vaches au commencement de mai jusqu’à-ce que l’herbe fût assez abondante pour leur procurer du lait : il est vrai, qu’en mai, les rutabagas communiquent au lait un goût désagréable, à moins qu’on n’ait eu la pre'caution de leur couper les feuilles et le pivot et de les resserrer dans un endroit frais avant que leur végétation commençât. Nous avons acquis dernièrement, d^ps notre district, une variété' deturneps, qui pnroît réunir tous les avantages : elle a le goût et la faculté' nutritive du rutabaga , et le volume (1) Les rutabagas ont un autre inconvénient pour les éleveurs des races précieuses de moulons, c’est, que comme ils sont fort durs, ils ébranlent et déebarnent les dents des brebis qui ont la bouche faite. Pour la race des mérinos, dont les individus vivent le double des autres moutons, cet inconvénient est grave. ESSAI POUR CONSERVER 244 des plus gros turneps. Elle est jaune . 1 Le Capitaine Mackay, de Scotstovvn , l’a cullive'e avec quelque étendue pendant plusieurs années. Il l’emploie au printems, lorsque les turneps ordinaires sont pourris ou monle's en graine. J’ai examine un de ses champs au milieu de mars, et j’ai trouve, qu’en effet, cette variété’ se conservoit beaucoup plus tard que les autres. Je cherchai très-long-tems pour trouver, sur toute la pièce, deux racines qui fussent altérées; mais l’alteration que j’y remarquai ne paroissoit point l’effet de la gele’e : la plaie de l’un de ces turneps pro- venoit d’un coup, et la pourriture p’avoit point gagne toute la bulbe : dans l’autre tur- wep, c’étoit évidemment une maladie du pivot. J’en vis beaucoup qui avoient été' entamés par les lièvres, et qui tous s’e'toient conservés sains. Je ne prononcerai pas que cette variété soit aussi propre à résister aux gelées que les rutabagas , parce que l’hiver qui avoit précédé l’inspection dont je parle avoit été fort doux ; mais ils ont certainement une faculté de résistance au froid qui est très- remarquable. Quant à la saveur de ces turneps, il y a lieu de croire qu’ils ne le cèdent en rien aux rutabagas. Ou sait que les lièvres sont excel-, L'ES TtTRNEPS. M5 lens connoisseurs en qualités Je turneps, et que tant qu’ils ont des rutabagas, ils rie tou* client pas aux varie'te's ordinaires ; mais j’ai vu qu’ils aimoient au moins autant les turneps jaunes. J’ai essaye’ de présenter de ceux- ci coupés par tranches, et mêlés avec des tranches de rutabaga, à dix bétes différentes. J’a- vois compté le nombre des tranches de chaque espèce ; et j’ai vu que dans les tranches qui resioient après l’expérience, il y avoit beaucoup plus de rutabaga que de jaunes. Il est cependant certain 'que les rutabagas sont plus doux , et ont plus de goût ; mais les jaunes sont plus tendres et ont plus de suc. La peau des rutabagas est dure , ce qui est un désavantage comme nourriture du bétail, au lieu que la peau des jaunes est tendre. Quoique le Capitaine Mackay fasse à présent de ceux-ci une ressource de printems, il les a long-tems employés à nourrir , pendant l’hiver, ses vaches à lait, et il obtenoit ainsi du beurre qui avoit le roux et la saveur du beurre d’été. Il paroît donc que celte variété nouvelle a tous les avantages que l’on peut demander, et qu’elle exclut la nécessité d’avoir recours à l’emmagasinement, ressource toujours embarrassante et coûteuse. Mais l’emmagasinement des turneps donne l s4 6 ESSAI FOUR CONSERVER la possibilité de faire servir leur culture de pre’paralion au Lie. Une jachère morte ne paroît convenable que sur les glaises stériles; et on ne devroit jamais cultiver les turneps sur une pareille terre: si l’on s’y trouve force', cette culture ne peut pas servir de jachère préparatoire; et il faut avoir recours à l’emma- gasinement dès que la moisson est achevée, non pas pour faire place au blé, mais parce que, dans le climat humide de l’Ecosse, on ne peut pas charier en de pareilles terres pendant l’hiver. Sur un sol sec, quelle que soit d’ailleurs sa nuance eu qualité, la culture des turneps fait une bonne pre'paration au blé. Les labours préparatoires, et les sarclages multipliés, pulvérisent et nettoient parfaitement la terre ; et en faisant la récolte à tems , on peut semer le froment en bonne saison , c’est- à-dire , au plus tard au commencement de novembre. Cependant on sacrifie une partie du volume des racines; et si l’on veut les avoir à toute leur grosseur, il faut se réduire à semer du blé de printems. Mais, même lorsqu’on se borne au blé de printems, il convient de recueillir et d’emmagasiner la récolte toute à-la-fois eu automne ; parce que les charriages répétés pendant tout l’hiver sur le même sol, et souvent en tems humide, le - L'ES TURNEPS;; > pétrissent et le durcissent tellement que l’on ne peut guères le préparer assez tôt pour le Lie de printenls : il vaut mieux alors semer de l’orge. C’est donc en raison de l’avantagé d’une recolle de./roment ou de ble de prin- tems sur une recolle d’orge , que l’on doit priser la ressource de l’emmagasinement. Je conclus de tous les faits’ et les raison- ucmens ci-dessus, que l’emmagasinement des turneps, à le conside'rer abstraitement, est une me’thode dont il resuite de la perte, mais si on la rapporte au climat de l’Ecosse , elle peut être indispensable dans certaines situations, et avantageuse dans d’autres. • Observations sur les' pommes de TERRE ET LES TURNEPS, par AlEX. Campbell. è; t •i c ( Farmers magazine. ) IVIessieürs, je trouve dans votre journal des observations d’un de vos correspoudahs sur lues expériences concernant les pommes de terre. Plusieurs de ces observations sont justes : d’autres sont susceptibles de réplique ou d’eclaircissemens. Je passe sur le reproche qu’il \-rrj \ 5248 OBSERV. SUR LES POSATES DE nie fait d’avoir manqué d’exactitude dans ma* manière d’apprécier la rente des terres dans le voisinage d’Edimbourg, ainsi que le prix de la main d’œuvre : des suppositions différentes sur ces deux poihts ne changeroient en rien les résultats. Mais une remarque qui paroît avoir plus d’importance, c’est le reproche d’avoir omis le prix d’achat du fumier et son chariage sur le champ. Mais j’ai comparé cinq acres de mauvais terrain avec cinq acres de bonne terre, en les supposant également fumés; les résultats seroient donc les mêmes si j’avois fait pour l’un et pour l’autre espace, le calcul de l’achat et du chariage de l’engrais. Je dois cependant avouer qu’en comparant les espaces égaux dans lesquels il v avoit une quantité différente d’engrais, j’aurois dû tenir compte de cette diffeV rence; mais votre correspondant me paroît avoir commis une erreur bien plus grave en chargeant la seule récolte des pommes de terre des frais de fumure dont les récoltes suivantes doivent profiter dans une rotation bien établie» Je ne crois pas que les frais de fumure doivent être imputés en entier à la récolte des pommes de terre qui tient la place d’une jachère. J’ai donné un certain nombre de faits, en indiquant les circonstances. Il n’est pas douteux que les circonstances de ces faits ne pussent varier; TERRE ET EES TURNEES. 1 24g' beaucoup. Votre correspondant me soupçonne, peut-être, d’être tellement pre'venü en faveur de la culture des pommes de terre, que je choisis les circonstances qui conviennent le mieux à cette culture dans le but de la faire désirer dans tous les cas. J’avoue que tel a été mon but en effet. Je les considère comme un excellent mêts pour les riches , comme une admirable ressource pour les pauvres, comme une cause de population, et un préservatif contre la famine. Les avantages de cette racine seroient encore plus grands s’il e'toit prouvé que son usage pour les bestiaux équivaut à celui des turneps : la culture des pommes de terre devenant alors beaucoup plus étendue, il y auroit annuellement une grande masse de subsistances en réserve pour l’homme en cas de nécessité. Dans le canton que j’habite, on est généralement convaincu qu’un acre de pommes de terre de l’espèce nommée prolifique, fournit autant de subsistance aux bestiaux qu’un acre de turneps; et l’on a remarqué en faveur des pommes de terre, que les vaches qui s’en nourrissent prennent le taureau plus tôt que celles qui sont aux turneps. Cette espèce particulière ne se plante qu’au commencement de juin, et se recueille aussi tôt que les autres; a 5 o 0BSI3RT. SUR LES POMMES DU cette circonstance les assimile aux turneps pou'r la facilite' de travailler préalablement le sol par de nombreux labours, et pour l’avantage de ne pas déranger les autres travaux de la campagne. Les cultivateurs les plus judicieux avec lesquels j’ai discuté la valeur comparative des pommes de terre et des turneps , et qui donnent à leurs bestiaux ces deux genres de racines, s’accordent à dire que dix livres pesant de pommes de terre nourrissent autant que vingt livres de turneps. Cette opinion mériteroit d’être soumise à des expe'riences exactes ; mais elle paroît s’accorder avec celle qu’un terrain donne’ produit autant de subsistances pour le$ bestiaux avec une des cultures qu’avec l’autre. J’ai trouvé que mes meilleurs terrains rendoient deux milliers pesant de pommes de terre ou quatre de turneps, circonstances égales quant à l’engrais. Je trouve dans mon journal les détails suivans : Le 25 déc. 1764, arraché cent deux turneps dans une ligne : ce sont des blancs, des rouges et des verts mêlés. Les racines pèsent 288 livres, et les feuilles 64 . — Les lignes étant à deux pieds et demi de distance entre elles, il faut 58 o 8 verges de lignes pour faire un acre anglois: ce seroit 60 milliers et huit quintaux par acre. t - 23 i / TEKRE ET "LES TUUNEPS. J’ai des terrains dans lesquels la récolté de turneps ne donne pas plus en poids que celle des pommes de terre. Celles-ci sont décidément plus profitables dans ce terrain-la. Mais jusqu’à ce qu’on ait fait des expériences exactes , je regarde comme un fait que la production des turneps est double en poids et égalé en valeur pour le bétail. Jusqu’à ce que l’on ait prouve le contraire , je ne saurois être de l’avis de votre correspondant, qui dit que le fermier doit se refuser à distraire une seule voiture d’engrais pour les pommes de terre, s’il peut l’appliquer aux turneps. Le résultat des expériences que je sollicite sur la valeur réelle de ces racines donne'es aux bestiaux, tendroit à affranchir celui qui les cultive de la dépendance où il est par le bas prix des pommes de terre dans les marche's. Les ouvriers des villes les repoussent encore, tandis que Jes paysans en font l’usage les plus constant et le plus utile. Une autre objection de votre correspondant, c’est que les plantes des pommes de terre deviennent de mauvaises herbes dans les récoltes qui succèdent. Je n’en ai jamais éprouvé l’inconvénient. J’ai vu qu’il repoussoit des plantes l’année suivante , et que la charrue et la herse les détruisoient : jamais je n’en ai aperçu * ù 5'2 OBflERV. SUR LES POMMES DE d'inconvénient pour la récolté de blé (1). J’ai toujours trouve’ le terrain aussi net et aussi e’puise' après les pommes de terre, qu’après les turneps. J’ai souvent eu l’occasion de faire ces observations comparativement. Dans les champs ouverts, on est oblige' d’arracher les turneps en automne; et ils ne peuvent alors servir à la nourriture du bétail, que pendant le peu de lems qu’ils se conservent sains. Après cette e'poque , il faut avoir recours aux pommes de terre pour les suppléer. Il est bien vrai que les rutabagas se conservent plus long-tems que les autres turneps; mais toujours, sont-ils sur ce point inférieurs aux pommes de terre. Même dans les pays enclos, où les fermiers disposent de leurs pièces à leur gré , et ont des assolemens réguliers, il leur convient d’avoir une certaine provison de pommes de terre en réserve, pour les momens où les turneps leur manquent, soit pendant les grands froids, soit au prinlems. J’ai été honoré deux fois d’un prix de la ( 1 ) Mon expérience est parfaitement conforme sur ce point à celle de l’auteur : dans mon assolement, le froment succède aux pommes de terre. Quelques plantes foibles de celles-ci se montrent ça et là à la récolte de blé, et sont de beaucoup dépassées par les épis , sans iniluer sensiblement sur les résultats à la moisson. TERRE ET EES TURNETS. 253 Société d’Agriculturc d’Ëcosse pour la bonne culture des turncps, ainsi je ne puis pas être accusé de méconnoîlre les avantages de celte excellente racine que je cultive et consomme depuis vingt ans. Ce n’est donc pas en rivalité' des turneps que je vante les pommes de terre, mais comme pouvant merveilleusement seconder leur utilité. Question sur la manière de compter LES FRAIS DES TURNEPS. i. Doit- ON mettre au débit des bestiaux, la totalité de ce qu’il en a coûté pour produire les turneps consommés par eux ? 2 . Ou bien, doit-on débiter les bestiaux de la somme pour laquelle les turneps pourroient se vendre? 3. Si l’on doit ne les débiter que d’une portion du prix, quelle est cette portion? Réponse, Je crois que les bestiaux ne doivent pas être débités de tout ce qu’il en a coûté pour faire croître les turneps j parce qu’ils n’ont reçu qu’une partie des avantages résultats des a54 QUESTIONS SUB. LES frais de cette culture. Les autres avantages sont appliques aux re'coltes suivantes. Il faut bien que ce soit là l’opinion des agriculteurs. Sans cela, comment expliqueroit-on l’usage universel de faire croître des re'coltes pour les bestiaux, desquelles on sait très-bien que les bestiaux ne peuvent pas payer les frais , à beaucoup près? Comment expliquer aussi que l’on cultive des turneps, uniquement pour les vendre, quoique l’on sache très-bien que sur une moyenne d’un certain nombre d’années*, ils ne rendent pas le tiers de ce qu’ils ont coûté ? Je ne voudrois pas débiter le bétail du prix auquel Jes turneps pourroient se vendre, parce que cette méthode seroit peut-être trompeuse. Je voudrois le débiter de la partie seulement du prix des turneps, qui excède ce qu’il en auroit coûté pour une jachère morte. Le reste des déboursés relatifs à la récolte , doit se diviser également entre toutes les récoltes qui lui succèdent, jusqu’au moment où une jachère devient nécessaire. Si les comptes sont d’ailleurs tenus avec régularité, sur tous les autres points, cette méthode montrera le profit et la perte de chaque récolte , ainsi que du bétail. Dans l’estimation que l’on fait des turneps pour en débiter les bestiaux, il faut avoir / ERAIS DES TURNERS. 2 55 soin d’évaluer au plus près possible l’avantage dont les turneps sont à la re’colte suivante, ou le tort qu’ils lui font ; car il est évident que les bestiaux doivent être débités d’une somme plus ou moins forte, selon l’effet des turneps sur la re'colle suivante. Si l’on y prend bien garde, on verra que les bestiaux doivent être débités d’une très-petite somme, quelquefois même de rien du tout ; puisque le bénéfice qui résulte des turneps pour la terre, ainsi que celui des moutons, excède ordinairement beaucoup la dépense des turneps en sus de la dépense d’une jachère. Ne sait-on pas qu’il y a beaucoup de terrains qui ne pour- roient pas donner une récolte passable, même après une jachère complète ? Il faut se souvenir du proverbe de Norfolk , qui dit point de turneps, point d’orge. Le compte d’un troupeau de moutons, si l’on le cliargeoit des frais de culture des turneps, feroit, certes ! une triste figure , et seroit peu encourageant pour les éleveurs de bêtes à laines. J’espère qu’une si fausse notion ne prendra pas de consistance. 256 CULTURE DES POMMES DE TERRE, Par Mr. Campbell. (Farmers magaz .) T v f. terrain destine' aux pommes de terre doit \ être laboure' et herse', jusqu’à ce qu’il soit suffisamment ameubli. U y a des champs qui sont plus ameublis avec deux labours, que d’autres avec quatre. Le premier labour doit être donné avant l’hiver , et le dernier, immédiatement avant de planter les pommes de terre. Après le dernier labour, il faut tourner avec la charrue autour de chaque planche , ou sillon , et en détacher une bande de terre de chaque côté: cela rend plus facile, par le hersage croisé qui succède, de remplir les raies ouvertes, de manière que la surface du champ devienne de niveau. L’opération qui suit, doit être de faire ouvrir à trente pouces de distance, des raies, avec une charrue à double versoir : il faut passer deux fois dans chacune. Lorsque ces raies sont faites, on charie le fumier, en faisant passer les roues dans les raies ouvertes des deux côtés de celle où le cheval passe lui- même. Un homme, avec une fourche de fer, marche derrière la charrette , dans la même raie CULTURE UES POMMES DE TERRE. 2Ô7 raie où le cheval chemine , et tire le fumier clans cette raie, en ayant soin qu’il y en ait aussi assez pour les deux raies où cheminent les roues. Les tas qu’il fait tomber de la charrette sont disperses egalement dans les trois raies , par des femmes et des enfans. Les dis— perseurs du fumier attendent pour commencer une nouvelle raie, que celle qu’ils ont entreprise soit acheve'e, afin que les charrettes aient suffisamment d’avance sur eux. Cette pre'caution empêche cpie les chevaux et les roues passent sur le fumier déjà placé; et les pommes de terre s’arrangent mieux d’ailleurs, lorsque le fumier n’a point été foulé. 11 faut tracer à chaque extrémité des raies un trait de charrue, pour marquer l’endroit où finit la bonne culture , et empêcher qu’on ne mette du fumier et des pommes de terre dans la portion du champ qui n’est pas labourée, mais où la terre a été amenée par la charrue. On dépose sur le fumier, et à douze pouces les unes des autres, les pommes de terre entières, si elles sont de médiocre grosseur, et par quartiers, si elles sont grosses. On rejette tout-à- fait les petites, de peur qu’elles ne proviennent de plantes malades de la frisolée, et ne la reproduisent. On couvre les pommes de terre et le fu- Tomb 6. R. eUI/TURE DBS * 's58 mier en refendant l’intervalle des raies, avec une charrue à double versoir, et en ayant soin de passer deux fois dans la même raie. S’il y a de la pente dans la longueur des raies, il faut passer légèrement en montant, pour reprendre plus profond en descendant. Si le champ est de niveau, il ne sera pas moins utile à la nettete' du travail de passer deux fois dans chaque raie. S’il y a quelque inexactitude dans le premier trait de charrue , elle se corrige dans le second ; et cette répétition tend à pulvériser la terre de plus en plus. Au lieu d’un hersage donné aux pommes de terre un peu avant leur levée, comme c’est l’usage dans ce pays , je leur donne une demi- jachère. Je commence par passer une petite herse entre les intervalles une fois ou deux, selon la roideur et la saleté du sol, et selon la quantité de terre qui a été jetée sur les tubercules ; en ayant soin toujours de ne pas aller assez profond pour atteindre les tubercules mêmes. Ma formule est calculée pour donner aux pommes de terre le tems de développer leurs germes jusqu’à un pouce de la surface du sol, avant de faire l’opération du hersage dont je parle. Chaque fermier peut se faire une formule pour sa culture, selon , «on climat et sa terre. La levée des pommes I POMMES DE TEEEE. 25g cle terre varie selon la quantité de fumier qu’on y a mise, selon la profondeur ouïes tubercules sont placés, et encore selon l’espèce des pommes de terre plantées. J’ai un instrument fait exprès pour abaisser le haut des sillons ; et pour permettre aux rayons du soleil d’avancer plus promptement la germination. Cette opération a aussi l’avantage de faire lever les pommes de terre là où elles ont été plantées, ce qui n’arrivera pas toujours sans cela ; parce que s’il y a une motte de terre au-dessus du tubercule , les germes, en se développant, prennent la ligne de moindre résistance , et parviennent au grand jour par le plus court chemin. On prend bien garde , pendant ces opérations, de ne pas déplacer les pommes de terre , et lorsque cela arrive , on a soin de les replacer où elles étoient. Lorsque les lignes ont été ainsi suffisamment égalisées, et la terre bien pulvérisée, on laisse le champ sans y toucher jusqu’au moment où les plantes commencent à se montrer. On emploie alors l’instrument que j’appelle pulvérisateur, pour émietter la terre dans les intervalles des lignes; puis on jette cette terre pulvérisée sur les lignes de pommes de terre , avec une charrue à double versoir. Ces versoirs doivent être ouverts à vingt-sept cultüee Ides îïGo pouces dans leur partie postérieure , laquelle est de huit pouces au-dessus du niveau du talon du sep. La terre se trouve bien amoncelée au-dessus des plantes, et dans un état de pulvérisation parfaite. Après un intervalle de quelques jours, qui suffisent à faire périr les mauvaises herbes, je repasse rinstrument nommé strahe pour applanir la crête des sillons , et en ayant soin de ne pas faire tort aux jeunes plantes. Je retarde l’opération de ce dernier trait de charrue, ainsi que celle qui succède, jusqu’après le moment où. l’on commence à apercevoir les pousses des pommes de terre , afin que la terre n’ait pas le tems de se charger d’autant de mauvaises plantes, avant l’instant où je donne un trait de charrue pour écarter la terre des rangées, et afin que les jeunes pousses soient élans une grande abondance de terre bien pulvérisée , fraîche , et exempte de mauvaises herbes : elles sont ainsi bien nourries dès le premier période de leur végétation. De celte manière, la terre que j’ai abattue des crêtes de chaque sillon , est beaucoup plus meuble et plus nette , c’est-à-dire , qu’elle nourrira mieux les plantes lorsque le moment sera venu de les butter. Par les opérations que je propose, on dé-; POMMES DE TERRE. 261 truit avec certitude les pousses successives des mauvaises herbes, avant que leurs racines aient forme' comme un tissu lié. Les fibres que pousi senties pommes de terre s’étendent librement pour chercher leur nourriture dans le sol qui est en contact avec elles: toutes les opérations, de la houe à cheval, et l’arrachement des pommes de terre deviennent plus faciles ; on obtient une grande augmentation de produits, et le sol demeure en meilleur état pour les récoltes suivantes. Celte méthode a sur-tout une grande importance là où le sol est dur et ingrat, infesté de mauvaises plantes, ou encore quand on manque de fumier. Elle est très-applicable lorsqu’on plante les pommes de terre de bonne heure dans la saison, parce qu’avant qu’elles sortent, la terre a le tems de se durcir , et de se remplir de mauvaises herbes. Même, lorsqu’aucune de ces circonstances ne se rencontre, la méthode ne laisse pas de donner des résultats très-avantageux. La dépense n’en est pas très-considérable. Lorsqu’on laboure ou que l’on herse entre les lignes, un cheval, un homme et un jeune garçon font un acre par heure, en passant deux fois dans chaque intervalle. Avec le pulvérisateur, qui ■ne passe qu’une fois, on fait un’acre-en deux. 262 dULTUEE DES heures ; et avec le strake , qui prend deux lignes, on fait un acre par heure. En mai et juin i8o3 , tous les champs de pommes de terre de mes voisins ëtoient couverts de mauvaises herbes, et les sarcleurS à la main y ëtoient continuellement occupës: dans mes champs, au contraire , il auroit ëté impossible d’employer des sarcleurs , tant mes pommes de terre ëtoient nettes. J’avois laissé pour objet de comparaison quelques lignes pour être sarclées à la main , elles furent souillées de mauvaises herbes et donnèrent beaucoup de travail. Lorsque les plantes ont deux à trois pouces de haut, on emploie pour en éloigner la terre, une espèce de petite charrue , qui au lieu de coultre a une large plaque de fer , qui empêche que la terre ne puisse tomber sur les plantes. L’oreille est susceptible d’être rapprochée et éloignée. Lorsque la charrue est aussi étroite qu’elle peut l’être , la terre se trouve accumulée précisément au centre des intervalles. On peut donner le trait de charé rue fort près des plantes, sans leur nuire, et détruire ainsi plus efficacement les mau- baises herbes, mais lorsque cette terre, accumulée au centre des intervalles, est ensuite replacée auprès des lignes par la char* P05ÎME5 DE TERRE.: 26S rue à double versoir, les petits tubercules qui commencent à se former et à grossir, sont dans une terre parfaitement pulvérisée et nette. Les plantes ne souffrent aucun dommage de ce déchaussement, pourvu que la charrue n’aille pas trop bas. La terre roide et dure qui reste en contact avec les plantes ne peut pas être pénétrée par les rosées et les pluies légères , avant que le soleil l’ait desséchée. La terre ameublie, accumulée au centre des intervalles , retombe, en s’émiettant, au fond des deux raies, voisines des rangées, et nourrit les racines, en même tems qu’elle conserve l’humidité. D’ailleurs on attend tout au plus huit jours pour recombler les deux raies ouvertes dans chaque intervalle, c’est à-dire, le tems nécessaire pour que les mauvaises herbes, qui ont été enterrées , soient pourries. Le pulvérisateur, puis l’instrument appelé le hoop doivent passer à plusieurs reprises, pour maintenir cette terre des intervalles dans un état d’ameublissement, et de netteté parfaite, jusqu’au moment où la charrue à double versoir la rejette contre les plantes. Dans les terrains embarrassés de mottes de terre, et de racines de mauvaises herbes, qui gênent l’action du hoop, on peut toujours* travailler avec le pulvérisateur qui émiette la,, CULTURE DES 264 terre, et remplit le trait fait par la charrue . 1 Cette terre peut être une seconde fois pous- se'e au milieu par un nouveau trait de charrue, pour être replacée en suite, tant qu’elle n’est pas suffisamment ameublie et nettoyée. Ces opérations se répètent jusqu’au moment où il convient de butter les plantes , c’est- à-dire, quand les plus basses ont six pouces de long. On passe alors la charrue à double versoir, deux fois dans chaque intervalle, pour bien accumuler la terre contre les lignes, et pour enterrer et étouffer les mauvaises herbes. Il faut faire cette opération à la fraîcheur du matin et du soir, pendant que les petites branches et les feuilles sont dans une direction verticale, afin que la terre qu’on accumule contre les tiges ne couvre pas les feuilles. - Avant que les branches des plantes puissent se rencontrer , ce qui empêche qu’un cheval n’y passe , on pulvérise et bute encore une fois, si l’état du sol l’exige. S’il pousse encore quelques mauvaises herbes dans les lignes, on les arrache à la main. On frit la récolte des tubercules avec une houe à trois pointes. Un homme suffit pour deux femmes qui ramassent derrière lui. On gagne du tems en faisant la récolte des tubercules à la char- POMMES DE TERRE. 265 rue et à la herse ; mais on en laisse beaucoup , et cette perte est plus considérable que le gain du tems. Dans les terrains pierreux , après que les pommes de terre sont plantées, et après chaque operation de herser et labourer, on fait passer un chariot entre les lignes pour enlever les pierres rassemblées par tas de quatre en quatre lignes. On a e'galement soin de rassembler les pierres dans les opérations de la récolte, et de la préparation de la terre pour ce qui doit suivre. Toutes les pierres qui ont trois à quatre pouces dp diamètre embarrassent pour labourer, herser et cultiver. Elles sont surtout embarrassantes lorsqu’elles se trouvent dans un terrain argileux , ou ex»- trêmement durci par la longue durée d’un pré artificiel : elles arrêtent alors ou détournent la charrue, et ajoutent beaucoup à la peine des animaux de labour. Les pommes de terre doivent être plantées aussitôt dans la saison qu’il est possible, sans courir le danger des gelées. Yoici les avantages que l’on trouve à planter de bonne heure : i.° Les pommes de terre que l’on recueille sont farineuses, et par conséquent, plus nourrissantes. 2. 0 Il y a plus .de chance de les serrer dans un tems secl a66 CULTURE DES si on les serre mouille'es , et plus garnies de terre , on est oblige' de les remuer pour ne pas risquer de les voir pourrir. 5.° Il y a moins de danger que les pluies d’automne, ou les froids précoces ne les fassent pourrir ou geler après qu’elles sont mûres : s’il y en a de gâte'es, lorsqu’on les arrache, il faut les séparer soigneusement, de peur qu’elles ne gâtent les autres. 4.° La terre peut être labourée immédiatement après l’arrachement, ce qui recouvre le fumier, qu’on avoit exposé à l’air en arrachant les tubercules, maintient la terre exempte d’humidité pendant l’hiver, et expose à la surface les graines de mauvaises herbes qui y périssent par les gelées. 11 faut semer l’avoine au printems sans relabourer , parce que si on donnoit un second labour, on perdroit pour l’avoine le bénéfice de l’amélioration de la surface par la gelée, et ou rameneroit au-dessus de nouvelles semences de mauvaises herbes. Dans les terres mouilleirees , il ne faut pas planter les pommes de terre dans le fond de la raie, mais au contraire sur les crêtes des sillons , en les faisant entrer suffisamment dans la terre remuée , et en les recouvrant avec une petite houe à la main. Lorsqu’elles sont plantées de cette manière, TOMMES DE TERRE. 26^ on ne peut pas les herser, et alors, au lieu du premier hersage indique’ dans la tabelle, on roule. Lorsque les plantes commencent à paroître , on passe le pulve'risateur dans les intervalles, puis la charrue à double versoir, pour les couvrir de terre. Quelques jours après on les roule de nouveau, et on les laisse sans y toucher jusqu’à ce qu’on y fasse passer la charrue qui les de'chausse. Le reste des operations est semblable à ce que j’ai dit ci- devant. Par ces proce'dés, les pommes de terre rendent moins, à la vérité', mais elles sont d’un meilleur goût, et ne risquent pas de pe'rir par trop d’humidite'. C’est cependant une méthode qui rend davantage que celle des Lazy-beda. a68 Colza, et cours de récoltes. Lettre de Mr. George Maxwell de Flettonlodge, près de Peterboroug en Northamptonshire, à Mr. Thomas B a r n e y , fermier à Beaulieu en Hampshire , sur la culture du colza. ( Annales d’A rthur Y o u n g.) «X-Je colza, ou comme on l’appelle en quelques parties du Royaume, la navette, est connu depuis long-tems dans les terrains marécageux pour la nourriture d’hiver des moutons. Il sert Ordinairement à engraisser ceux qui ne se sont pas engraisses pendant l’e'te' ; souvent aussi on l’emploie pour hiverner les agneaux sevres, et nourrir les moutons, mais jamais on »e le donne aux brebis pleines ou qui viennent de mettre bas. » » On en a introduit la culture pour le même objet dans les terrains pesans que nous nommons ëleve’s, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas sujets à être inondes. Nous trouvons le colza beaucoup plus propre à ces terrains-là que ne le sont les turneps ; et surtout parce que nous ne sommes pas oblige's de faire parquer, CULTURE DU COLZA. 269 nos champs par petites portions comme les tur- neps qui s’endommagent et se pourrissent dès qu’ils ont senti la dent des moutons. » » La préparation de la terre est exactement la mênfe que pour les turneps. 11 faut les sar-« cler à la houe dans les mêmes époques, mais ne pas laisser plus de six pouces d’intervalle entre les plantes. La quantité de semence est d’un Aemi-pcch par acre. » » Le tems de la semaille lorsqu’il s’agit d’engraisser des moutons, est le milieu de l’été, ou dix à quinze jours avant ou après, selon l’état de la terre : on leur destine les terres qui sont le mieux préparées comme les plus fortes. Le colza destiné aux agneaux sevrés et au reste du troupeau est semé plus tard, etsur des terres d’une qualité inférieure. La raison de cette distinction est que le colza procurant une nourriture plus succulente qu’aucune autre herbe ou rtcine, il faut que les bêtes à laine soient déjà grasses jusqu’à un certain point pour ne pas en souffrir. Si les moutons sont maigres quand le colza est dans sa force, ils s’en gorgent jusqu’à périr, ou bien ils meurent d’une maladie qui leur survient lorsqu’ils prennent la graisse trop promptement. — 11 y a toujours une sorte de danger de ce genre dans l’usage du colza } et j’ai yu des exemples de pertes I 27O CTJIiTURE considérables e'prouve'es par la mortalité des troupeaux ; il est vrai qu’elles e'toient dues à la négligence , ou à des soins mal-entendus. Il y a bien des anne'es que j’emploie le colza et je n’ai jamais essuye' qu’une seule perte , il y a deux ans, parce qu’en mon absence on s’e'toit écarté de la règle que j’ai e'tablie sur cette partie. » » La portion de terrain que je destine au colza est d’environ trente acres, et j’hiverne de deux à trois cents bêtes à laines. — Le dix août je choisis les bêtes les plus maigres, et je les mets dans le champ de colza, au nombre d’une dixaine seulement. Ils parcourent tout le champ et pâturent à volonté. Quelques jours après j’y mets dix autres bêles, puis dix autres encore; et ainsi de dix en dix jusqu’à ce qu’environ la \ moitié de mon troupeau soit sur le colza , en ayant toujours soin de retenir les bêtes les plus grasses que je laisse à l’herbe jusque vers Noël. A cette époque^ les moutons qui étoient d’abord les plus maigres sont parfaitement gras. On ne les laisse jamais sortir du champ , on ne les parque point de peur de les échauffer; mais on sépare les moutons destinés au boucher, et on les laisse parcourir quelques jours le pâturage le plus voisin, pour se vider. » » Pour montrer la différence que les soins nu coma'.' a 71- produisent dans les résultats, je vous indiquerai un fait remarquable. — Il y a dans le voisinage de Flelton un grand pâturage commun qui appartient à trente-deux paraisses. Le Seigneur de l’endroit nomme annuellement un Officier qui est charge' de veiller à ce que les fossés et les clôtures soient bien entretenus. Cette dépense, qui est assez considérable, se paie au moyen d’une portion de quelques acres de terrain qu’on enclôt de cinq en cinq ans, et qu’on loue au plus offrant. C’est ordinairement un particulier qui n’a point d’argent. Le sol est très-riche ; et l’usage constant de celui qui loue c’est décobuer et de semer du colza, qui naturellement devient aussi beau que le -colza puisse être, et qui se vend à des engrais- seurs pour y mettre des moutons. Des exemples répétés de mauvais succès, et de troupeaux dont la moitié avoit péri, empêchèrent, il y a six ans, que personne voulût s’en charger, et comme je m’étais toujours bien trouvé de cette nourriture je hasardai d’en payer trois pence par semaine pour chaque tête de mouton aveo la réserve de les en ôter toutes les fois que je le voudrois. J’y mis trois cents bêtes, avec un gardien qui logeoit tout auprès, et qui avoit pour tâche de se promener tout le jour à l’entour du troupeau pour en écarter les chiens 5 CULTURE 273 et tout ce qui pouvoit effrayer les moutons. Le résultat fut que j’en vendis 299 pour le marché de Smith-field aussi gras qu’il est possible, et que le dernier, qui étoit upe vieillo brebis, fut vendu à un boucher voisin. » » J’éprouvai cependant une perte considérable il y a deux ans ; et je ne puis l’expliquer que de la manière que je vous l’ai dit. Ce que j’appelle une perte considérable n’est cependant que a 5 moutons sur 7©o, car depuis quelques années j’ai été dans l’usage d’acheter des champs de colza , et des moutons pour les pâturer. J’ai souvent hiverné des agneaux sevrés et des moutons maigres, et jamais je n’ai éprouvé de mortalité que je pusse attribuer à cette nourriture. » » Je vais maintenant vous parler de ma méthode de culture qui, j’en suis convaincu, est différente de celle que vous suivez. » » Tous me trouverez un peu systématique, car je suis persuadé que toutes les terres (ainsi qu’on le fait pour les jardins et les houblon- nières) doivent être traitées de même, en ayant soin seulement de varier les grains et les autres productions, de la manière la plus convenable au sol. Les terres arables doivent être divisées en cinq parties, dont deux en grains, mais jamais deux années de suite, une en fèves; poi# DU COLZA. 275 pois, ou vesces, une en colza ou turneps, selon la nature du terrain, et la cinquième en trèfle, plante qui re'ussit dans toutes les terres, et qui, soit qu’on la fauche, soit qu’on la fasse pâturer, est la production la plus améliorante pour le terrain , que je connoisse. Yous observerez que je ne parle que du trèfle coupé pour fourrage, et non du trèfle qu’on laisse grener. » » Mon terrain est pesant, et en cvdture depuis un grand nombre d’années ; voici la succession de mes récoltes: » » 1. Colza sarclé deux fois, non pour laisser grener, mais pour le faire pâturer sur place. » » 2. Orge semé avec 20 livres de trèfle par acre. NB. Point de moutons la même année sur le chaume. » 3 . Trèfle fauché deux fois pour réduire en foin, ou pâturé avec les moutons. )> » 4 . Fèves semées à la volée, et pâturées avec les moutons jusqu’à ce qu’elles soient ea fleurs. » » 5 . Blé. » » J’ai long-tems tâtonné pour trouver la quantité de semence la plus avantageuse à répandre soit pour les grains, soit pour les foins. Ceux-ci ne peuvent guèreS se semer trop épais parce qu’il nous faut un fourrage fin. —■ J’ai toujours trouvé que moins je sème d’orge, Tome 6. S 274 CÜLTURE DU COLZA, et plus j’en recueille. Je ne sème qu’un bus~ hel et demi par acre , et je recueille six, sept, et jusqu’à huit quarters de graine. Je sème de trois à cinq bushels de fe'ves, qui m’ont donné jusqu’à sept quarters par acre, mais elles sont plus casuelles qu’aucune autre production. Depuis que je les sème après le trèfle, cependant, je n’ai jamais moins recueilli de quatre quarters par acre.— Quant au blé, j’ai trouvé qu’il étoit sujet à la nielle si l’on semoit trop clair; je sème à présent deux bushels par acre , et je recueille de quatre à six quarters. Jamais je n’achète une voiture d’engrais, et mon terrain s’améliore d’année en année. Il est vrai que je nourris communément quarante bêtes à cornes avec des gâteaux de colza, ce qui leur donne un fumier très-actif. Mais que direz-vous quand je vous affirmerai que j’ai eu mes plus belles récoltes de grains dans une partie de ma ferme où je n’ai jamais mis de fumier d’aucune espèce, et où je n’ai compté que sur la qualité améliorante du trèfle, des fe'ves, et du colza, pour balancer la qualité épuisante du blé et de l’orge, elc. ? » » P. S. — Je suis dans l’usage de labourer très-profond, » i Sur le colza pour nourrir les bestiaux. Par T. J. IUwson de Glassealy. ( Mémoires de Bat h'. ) 7 J Ai souvent réussi en semant du colza immédiatement après le blé ou l’orge pour faire pâturer aux moutons au printems. J’ai en suite voulu l’essayer en le cultivant comme les choux. Le 28 avril dernier, j’avois un petit espace préparé pour des choux : j’y semai du colza. Le 20 juin, je transplantai les plantes, dans un champ de sept acres, préparé à cet effet, et qui avoit porté des pommes de terre deux ans de suite, après avoir été amendé avec de la glaise. Il étoit labouré pour des tur- nops. Comme je n’imaginois pas que le colza fît tort aux turneps, je sillonnai mon champ par-dessus le guéret, en laissant dix pieds de distance entre un trait de charrue et l’autre. Je plantai ensuite les plantes «de colza dans les raies que je venois d’ouvrir; et je replaçai la terre à la houe. Je semai ensuite tout le champ en turneps avec un semoir, en lignes SUR LE COLZA. 276 distantes d’un pied, sans faire aucun tort aux plantes de colza. Le colza réussit au-delà de mon espe'rance. Il recouvrit de son ombre les turneps, de chaque côte des lignes, à dix-huit pouces de distance. Je calculai que sur les sept acres, deux acres etoient occupés par le colza. Les tur- ^neps, dans les intervalles, furent beaux. Les plantes de colza continuèrent à croître jusqu’au premier novembre. A cette époque, les plantes pesoient, l’une portant l’autre , vingt livres (il y en avoit de 4o livres ;) et l’abondance delà récolte étoit telle, que je craignis qu’elle ne pût pas supporter l’hiver. Le premier novembre, je mis dans un enclos de 3o acres où il n’y avoit rien à manger, deux cents gros moutons, et je commençai à leur donner du colza. Ils le mangèrent avec avidité; et au bout de trois jours, les moulons se montroient si empressés de manger celte nourriture qu’ils se rassembloient avec une singulière vivacité, autour du charetier, pour avoirleur déjeûner. Je ne donnai point d’autre fourrage ; et au premier janvier mes deux cents moutons étoie*jt déjà sensiblement plus gras. Je commençai alors à donner les turneps, en y joignant du foin. Mes cinq acres de turneps ne durèrent que sept semaines : ce qui montre. SUR J. Rente de Ta terre . .. r 5 » Trois labours ou hersages. 1 2 6 Travail de trois femmes pour transplamer » 16 Travail de deux hommes pour remettre la terre. » 1 & lin chariot et un jeune homme pour charier les plantes aux moulons et aux porcs pendant 9 semaines. 5 3 » Semence (valeur à peu près nulle). ... » » » Liv. st. . . 7 18 G SUR UE COLZA. Produit d’un acre. 279 L. st. sb. d. Entretien de dix porcs pendant 4 mois , à 2 shellings par mois. 4 » » Engrais de 100 moulons pendant 9 semaines à 6 pence par semaine .... 22 10 » Fumier tout répandu sur 6 j acres de terre légère, à trois liv. st. par acre . 19 10 Liv. st. 46 » » A déduire pour frais. .. 7 18 » Profit net, sans cofnpter la meilleure préparation de l'a terre.Liv. st. 38 16 Des Choux, par le Dr. Parry. ( Annales d’ Arthur Young. ) Je vais parler des clioux, c’esl-à-dire , delà production sur laquelle je compte depuis long- lems pour la nourriture d’hiver et de prin- tems de mes brebis, et qui , je puis le dire , n’a jamais trompe mon espérance. Dans Ions les raomens de l’année , mes brebis dévorent les choux avec avidité. Celle plante est peut- être particulièrement propre à mon terrain, qui est un peu argileux , assez ingrat, et d’une profondeur de quatre à six pouces, reposant a8o DES CHOUX. sur un lit de pierres calcaires. Comme la méthode que je suis dans la culture des choux, est essentiellement differente, sur un point, de ce qui se fait communément, il peut n’êtrc pas inutile de la décrire. On a donne' comme un principe general de culture , qu’il falloir, semer les graines en terre médiocre, pour les transplanter ensuite dans un meilleur terrain : ce principe est faux, et l’expérience le démontré. Elle est en cela d’accord avec l’analogie. Lorsqu’un animal qui vient de naître, manque d’une nourriture convenable ou suffisante , il en souffre dans sa croissance, et s’en ressent toujours. Il est soumis à la même loi, même dans Je sein de sa mère. Si un arbre ou un arbuste lève dans un terrain stérile, et est transplanté dans une bonne terre , il est rare qu’il réussisse. Nous voyons surtout que cela a lieu pour les arbres délicats et étrangers. H en arrive de même ppui les semences. Si on les sème en mauvaise terre , elles lèvent lentement, les plantes sont long-tems foibies, souffrent des insectes et de la température, arrivent trop tard au point de force conve- nablepour soutenir la transplantation , et n’acquièrent jamais toutes leurs dimensions pour le^momeat où elles doivent être consommées, DES CHOUX. 28l Je fonde ma pratique sur le principe oppose'. Je traite une jeune plante comme un jeune animal, c’est-à-dire, que parle choix de la semence, de la saison, du sol, par les pré- cautions contre les accidens, et par l’abondance de la nourriture , je cherche à la pousser rapidement et uniformément, dans toute la dure'e de sa végétation , afin qu’elle atteigne le plus grand développement possible, avant le moment de la cShsommation. Commençons donc par le choix des semences. L’expe'rience nous apprend que les semences nouvelles végètent plus promptement et plus sûrement que celles qui sont plus anciennes : elles doivent donc être préférées. Il est facile de se procurer de bonnes graines de choux, en coupa'nt en février les têtes des plantes du prinlems précédent pour transplanter ces troncs dans un endroit hors de portée des plantes de la même famille. Ces troncs poussent un grand nombre de branches qui donnent des fleurs , puis de la graine mûre en automne. Quand l’année est favorable, une douzaine de plantes de choux de l’espèce appelée tête de tambour [drum-hecid ), peuvent donner une livre de graine , pourvu qu’on ait soin de la garantir des oiseaux. Lorsque j’ai besoin de choux pour la nour- 282 DES CHOUX. rit tire du printerus, je sème dans la troisième semaine de février, de la bonne graine dans un terreau qui a été maintenu bien exempt des mauvaises herbes pendant l’année precedente. Il y a alors peu à craindre des insectes. Aussitôt que les feuilles rudes se montrent, je soupoudre légèrement les plantes avec un mélange de bonne terre, de fumier, et de rebuts de boucherie. La poudrette, ou le fumier de pigeons , y sont également convenables. Tant que les gelées durent, on répète celte opération de terns en tems. Si dans le milieu de mars, le tems est sec, on arrose modérément, et on reviendra à cet arrosement tous les jours, à mesure que la saison avancera. Quand les plantes sont de deux pouces hors de terre , il faut les arroser avec de l’eau dans laquelle on a délayé du fumier de moutons. Si l’on suit celte méthode avec soinet qu’on ait l’attention d’éclaircir les plantes en les maintenant exemptes d’herbe , il est probable qu’avant le solstice d’été , elles auront de huit à douze pouces de haut. Si la saison a été humide et chaude, on peut transplanter dès la fin de mai, et alors la récolte est plus abondante. Mais comme rarement le terrain peut être prêt avant la fin de juin , si l’on voit que les plantes s’élèvent trop , il faut leur DES CHOUX. 285 donner une première transplantation en arrosant , pour les transplanter finalement ail commencement de juillet pour le plus tard, car une récolte transplantée dans une saison plus tardive ne réussit pas avec certitude. Les plantes doivent être placées en quinconce, a trois pieds de distance en tous seus, dans une terre où l’on vient d’enterrer du fumier frais. 11 faut maintenir la récolte nette avec la houe à cheval, ou avec les autres moyens indiqués par M. Young dans son calendrier du fermier. Si le tems étoit fort sec au moment de cette transplantation , je ne pense pas qu’on dût la retarder pour attendre la pluie : il faudroit ,arroser ( 1 ). En suivant ces procédés , on obtient des choux prêts à être consommés, en février, (1) Quelque tems après avoir écrit ceei, j’ai eu occasion de comparer les deux méthodes. Je plantai sur la plus grande partie de deux acres de terrain bien famé, bien préparé, mes choux à la fin de mai, et an commencement de juin, immédiatement avant une sécheresse obstinée. J’arrosai chaque plante en la mettant en terre. Elles prirent racine immédiatement et prospérèrent pendant la sécheresse. Dès que la pluie Survint j’achevai ma plantation; mais les dernières plantes n ont j as atteint, et n'atteindront probablement pas les dimensions des premières transplantées. La récolte est la plus belle que j’aie jamais vue. (A) 234 BES CHOÜX. mars, avril et mai. Il y a des choux qui pèsent de vingt à vingt-cinq livres. En ne les supposant qu’à huit livres , c’est trente-cinq milliers pesant par acre. Les ignorans pourront croire que cette suite de procédés, que je viens de décrire , est un ouvrage bien embarrassant, bien difficile et bien coûteux. Cela n’est pourtant pas vrai. Le semis destiné à la transplantation tient fort peu de place ; quarante perches de terrain peuvent servir à garnir dix acres. Ces opérations ne sont ni coûteuses ni difficiles ; mais enfin quoiqu’elles soient, il faut les comparer au résultat, et voir l’avantage d’entretenir plusieurs centaines de brebis avec leurs agneaux, ou toute autre espèce de bétail, pendant les trois mois de l’année les plus difficiles à passer. Il y a une autre manière d’obtenir une récolte de choux pour le printems. II faut les semer en mars ou avril , en ligues , à trois pieds de distance, sur une terre fraîchement fumée. Lorsque les plantes se montrent, il faut les éclaircir, de manière à les laisser à trois pieds de distance dans la ligne. Après cela, on les houe, et on les garnit de terre, selon les procédés connus. Cette pratique a certainement plusieurs avantages importans. La saison du semis est favorable pour garantir DES CHOUX. a85 lesjeunesplantes des insectes. Tous les liasards, la dépense, et les inconve'niens de la transplantation sont e'vites. Si celte pratique ne dispose pas la plante à s’elever plutôt qu’à s’e'pâter (car les choux transplante's s’epâtent et s’e'lendent au lieu de s’allonger) je con- seillerois ce procédé’ de preference, toutes les fois qu’on peut avoir du terrain libre assez tôt pour l’employer aux choux. Si l’on a besoin de nourriture verte pendant l’hiver, il faut semer en tems ou en terre humide entre le 22 juin , et le 7 juillet. On doit remarquer que la semaille des choux , dans cette saison-là, ne paroît pas dans l’ordre de la nature. La graine de choux , de turneps, et de plusieurs autres plantes esculentes tombe naturellement sur la terre en automne ; et ce qui échappé aux gele'es lève au printems , avant que les insectes soient en mouvement. A la fin de juin, c’est tout autre chose : les oiseaux , comme les insectes nuisibles aux plante*, sont en pleine vigueur. Les arrosemens frequens sont d’autant plus necessaires, et on doit faire tous ses efforts pour garantir les jeunes plantes des pucerons et des limaçons. On sait que les premiers percent les feuilles de tant de trous que la plante s’affoiblit ou périt : les derniers mangent quelquefois 286 DES CHOUX, une récolte entière dans une seule nuit. On a essaye' plusieurs moyens préservatifs. L’un des plus efficaces est la chaux vive répandue le soir sur les feuilles : il faut que la chaux soit aussi sèche qu’il est possible : il faut avoir soin de la répandre une heure après qu’on a arrosé. Lorsque les plantes semées ainsi au commencement de juillet, ont atteint la grosseur convenable, onlestransplante dans une bonne terre, où elles restent en pépinière jusqu’au mois de mars suivant, époque où on les transplante de la manière ci-dessus décrite, et à quatre pieds de distance en tous sens en quinconce. Quelques personnes préfèrent la distance de quatre pieds d’une ligne à l’autre, et de trois pieds entre les plantes. Cela peut convenir dans les terres maigres, mais je trouve les plantes trop rapprochées. Une récolte ainsi conduite dans une terre riche et profonde peut donner jusqu’à cent milliers pesant par acre. Dans ma terre peu profonde, dans une situation élevée , et avec peu de fumier , j’ai recueilli plus de trente-deux voitures ou tons par acre, et j’ai eu des choux dont la tôle seule pesoit cinquante livres. Dès la fin d’août, les choux ainsi traités, pourront être consommés, et successivement jusqu’en février, où ils atteignent la récolte précédemment décrite. On DES CHOUX. 287 s’est plaint quelquefois que la récolté qui commence en août est mûre dans un tcms où on n’en a pas besoin , et on a recommandé de ne transplanter qu’en mai , mais cela ne re'pond pas à l’objection. Elle est au reste bien , foible celle qu’on fait contre une abondance excessive : il n’y a aucun moment de l’année où l’on ne puisse faire manger les choux aux moutons avec profit. On coupe la tête, on la partage en quatre , l’on la fait ainsi manger sur le terrain qu’on veut amender, ou bien on fait parquer les moulons successivement sur toute la pièce de choux. Dans l’un et l’autre cas, tout se mange, et il n’y a rien de perdu. On ne peut pas en dire autant des tur- neps. Si les choux, dont les têtes ont e'té consommées en hiver et au prinlems, doivent être suivis d’une récolte qui se sème en été ou . en automne , il faut laisser les troncs en terre * aussi long-tems qu’il est possible. Il repousse des feuilles que les moulons consomment avec avantage, avant que la charrue entre dans le champ. Outre le chou appelé drum-head, j’ai employé pour mes moutons le chou natif d’York, et celui de Iiatersea } qui se plante au prin- tems. En i8o4, je plantai ainsi un acre et un quart, dont je disposai de la manière suivante. 238 DES CHOUX. Le 17 août j’y mis trente brebis pendant quatre jours. On les mit ensuite à l'herbe avec line charrete'c de choux qu’on leurdonnoit tous les jours. Du 25 au 5 i août, on tint sur les choux trente-quatre brebis et quatorze moutons. On les ôta pour les remplacer par cinquante-sept brebis, et un belier. Le 7 août, on remplaça ce lot par huit beliers et quarante-cinq agneaux. Le 10, les agneaux ne mangeant pas bien, on les remplaça par qua- rantc-une brebis. Le 21 août, on réduisit le troupeau à vingt brebis, qui vécurent sur les choux jusqu’au 2 octobre. Toutes les bêtes prospérèrent, excepte les agneaux mâles. Ceux qui ont e'te' témoins de l’expe'rience y ont vu la preuve de la valeur des choux, comme nourriture aux moutons. On trouvera ce fait encore plus frappant, si l’on considère que je n’e'tois entré en possession du terrain qu’à la fin de mars, que ee terrain étoit fort sale, fort stérile , et que les choux ne furent plantés qu’à la Hn d’avril, sans fumier, et à deux pieds de distance } ce qui se trouva encore trop. Par toutes ces raisons, je 11’eus gucres qu’une demi-récolte. Usage Usage du trèfle et des pommes de TERRE POUR LES COCHONS, par THEOPHILE Jones de Cork-Abbey, en Irlande. ]. Nov. 1799. {Annales d'Arthur Yaung.) Il y a dix ans que je tiens de vingt à trente cochons , pour l’usage de ma maison. Sur ce nombre, il y en a huit que j’engraisse annuellement, et qui passent deux quintaux. Je les parque tous ensemble sur le trèfle, depuis la fin d’avril à la fin d’octobre, dans un espace d’environ vingt verges en carre'. Je change le parc tous les jours. Les cochons y entrent à cinqheures du matin , et reviennent à l’e'table à six heures du soir. On ne leur donne dans l’étable que les eaux grasses de la cuisine , et du lait de beurre. Ils se soutiennent ainsi, en très-bon e'tat jusqu’au mois de novembre j à cette époque on les engraisse. Deux acres Anglois de trèfle passable suffisent à ce nombre décochons, pour toute la saison. Ils repassent trois ou quatre fois sur les mêmes places dans le cours de l’e’te' ; l’endroit qu’ils viennent de quitter ressemble à une terre laboure'e. En automne, le terrain se trouve suffisamment Tome 6. T ■2gO TRJSF.LE ET POMMES DE TERRE fume pour produire, au printems suivant, une abondante récolté de pommes de terre, lesquelles suffisent à hiverner un même nombre de cochons, et à en engraisser huit. Ceux qu’on engraisse sont mis à part. Ils couchent sur des plateaux élevés d’un pied au-dessus du sol; afin que leur litière soit toujours sèche. Ou leur donne, quatre ou cinq fois le jour, des pommes de terre bouillies à la vapeur, et du lait de beurre : deux ou trois mois suffisent pour les engraisser. Les truyes et les cochons à garder sont nourris pendant l’hiver de pommes de terre bien lavées, mais crues. La petite race du Tonquin réussit le mieux pour l’engrais. N’ayant jamais éprouvé de mécompte sur la nourriture des cochons, avec celte méthode, j’ai imaginé que les fermiers pourroienl l’employer d’une manière beaucoup plus étendue que je ne l’ai fait; et qu’en conséquence il pourroit être utile de faire connoître la manière dont j’ai soigné le terrain que je desti- nois à l’usage de ces animaux. Je le fais labourer trois fois dans l’automne ou l’hiver, pour y planter des pommes de terre au milieu de mars. Je les plante par lignes à 28 pouces de distance : deux acres Anglois rendent de 5o à 56 tons. Je les fais arracher à la TOUR IjES COCHONS. 291 pharrue. Cet instrument en arrache un acre par jour, lorsque l’attelage est fort ; et les pommes de terre ne sont point du tout endommagées par le soc. Il faut piquer profondément et aller et venir par la même ligne. On a soin d’avoir assez de monde pour amasser à mesure, afin de ne pas retarder la charrue. Je fais alors herser en travers, puis ordinal rement labourer, et rassembler les pommes de terre qui peuvent être restées en terre. Le terrain demeure en très-bon état, pour recevoir au printeins de l’orge avec du trèfle. En plaçant le parc , il faut faire attention qu’il ne reste point de vide 1 dessous les claies, par l’effet d’un sillon ou de l’irrégularité du terrain, afin que les petits cochons ne puissent pas se glisser par dessous. Cette succession peut être adoptée pour trois ans, et donner d’excellentes récoltes, sans addition d’aucun autre engrais. J’avois d’abord essayé de laisser les cochons au parc jour et nuit j mais je m’en suis mal trouvé. Lorsqu’il pleut fort, je trouve plus profitable de leur donnera l’étable des feuilles de choux et de laitues ; mais cela est rarement nécessaire. J’ai éprouvé que , de toutes les variétés de pommes de terre , les grosses rondes, blanches, donnoient les récoltes les plus abondantes. Expériences fai tes pour tâcher de s’assurer de la manière la plus profitable d’élever et engraisser les cochons avec des pommes de terre. f Tiré de l’ouvrage intitulé , A compendiou s System of usbcindry. X_JES cochons sont les animaux les plus profitables qu’on puisse nourrir sur une ferme, et ils méritent, de la part des fermiers, l’attention la plus particulière. J’ai éprouvé que les cochons préfèrent la luzerne au trèfle. L’année dernière , j’avois une petite pièce de luzerne qui touchoit à un trèfle : ils avoient un libre accès à l’un, et à l’autre ; et lorsqu’on les mettoit dans le trèfle , ils eu sortoient immédiatement pour aller paître la luzerne : cette dernière plante a sur le trèfle des avantages dé*divers genres: elle est plus printannière, elle donne davantage : on peut la couper quatre foisj et elle dure quinze ou seize ans de plus que le trèfle. Le fumier que font les cochons, en pâturant, enrichit beaucoup le terrain ; et je préfère par ces raisons la luzerne à toute autre plante fourrageuse. ENGRAIS DES COCHONS; 293 J’ai éprouve que ni la luzerne, ni le trèfle ne suffisent à la nourriture de la grosse espèce de cochons du Shropshire. Il leur faut (surtout lorsque les matinées sont froides) un peu d’avoine, de pois ou de fèves, avant de les mettre au pâturage. Cette nourriture en réchauffant leur estomac , prévient la maladie , appelée dans le pays, the blood (le sang), dénomination que je crois vicieuse; d’après ce que j’ai éprouvé au mois d’avril, dernier. Comme mes cochons mangeoient avec beaucoup d’appétit la luzerne et le trèfle , mon maître-valet leur supprima le graiu pendant quelques jours. On vint me dire un malin qu’un de mes cochons âgé de quatre mois étoit attaqué de la maladie du sang. Je me rendis au pâturage, où je trouvai l’animal ,çtendu , et en apparence sans sentiment : la mère étoit auprès, qui sembloit se plaindre de l’accident de son petit. On mit celui-ci sur ses jambes, mais après avoir balancé un moment il retomba. Il avoit le ventre gonflé, et pour se conformer à l’usage du pays, on le saigna à la queue, ce qui donna peu de sang. On le porta ensuite à l’étable où la «1ère le suivit. Je fis cuire immédiatement de l’orge avec 294 ENCRAIS du lait; mais l’animal ne voulut pas en manger, et on ne put en faire pénétrer qu’une très- petite quantité' dans son estomac. J’essayai de toutes sortes de manières de le soulager, et sans y réussir : il mourut quelques heures après. La tension du ventre me fit soupçonner que cet animal avoit mange' quelqu’herbe , ou quelqu’animal venimeux ; et je fis l’ouverture du corps avec toutes les précautions possibles, pour examiner les intestins. II n’y avoit dans l’estomac que de l’air , et un peu de lait caille' avec l’orge que je lui avois fait avaler. Je trouvai également les boyaux distendus par la présence d’un gaz. Tous les viscères étoient parfaitement sains. Cette inspection me donna lieu de croire que la cause de la maladie n’étoit pas une surabondance de sang, mais au contraire un appauvrissement causé par le défaut de nourriture solide en quantité suffisante. Pour prévenir le même accident aux autres cochons, je fis cuite de l’orge avec du lait, et je leur en fis boire tiède avec un peu,d’esprit de corne de cerf. Je ne leur donnai d’abord ' l ■ • « • • r • cette nourriture qu en petite quantité, et/e l’augtncntai par degrés jusqu’à ce que je lès jugeasse hors dé danger. Après cela, je Ieitr fis donner du grain tous les jours, avant de les mettre au pâturage. Ils ont parfaitement réussi. DBSr COCHONS. 295 J’ai lieu de croire, d’après ce fait, que la luzerne et le trèfle , sans addition d’une nourriture solide, ne suffisent pas à la grosse race des cochons , et que les maladies auxquelles ils sont sujets proviennent, en general, d’uno nourriture vicieuse, telle que des fourrages altéré’* , ou des grains gâtes, ou les lavures des cuisines , qu’on juge toujours suffisamment bonnes pour des cochons. J’ai employé' les pommes de terre de differentes manières pour nourrir ces animaux. J’ai essaye' de les donner entières , ou e'era- se'es dans l’eau où on les avoit fait cuire. Enfin, je les ai mêlées avec la farine d’orge dont on leur faisoit une bouillie. De toutes les ^méthodes , celle qui m’a le mieux réussi a e'te' la suivante , non-seulement pour élever, mais pour engraisser ces animaux: il ne s’agit que de varier la quantité', selon l’objet., Lorsqu’on élève, il suffit de donner une Ou deux fois le jour, une petite quantité de pommes de terre, en addition au trèfle et à la luzerne. Lorsqu’on engraisse , il faut augmenter les doses, et avoir soin que la nourriture, que les cochons à l’engrais ne consomment pas* ne séjourne point dans les auges , mais soit donnée à mesure aux porcs que l’on entre-: tient sans les engraisser. 396 ENCRAIS Une chaudière de fer est ce qu’il y a de mieux pour cuire les pommes de terre. Lorsque le tems et les convenances ne permettent pas de la vider , les pommes de terre peuvent y séjourner plusieurs jours sans inconvénient,, au lieu que le cuivre a beaucoup de danger* Je remplis la chaudière aux trois quarts, après quoi je mets de la farine d’orge , dans la proportion d’un peck et demi pour cinq bushels de racines. J’achève de remplir avec des pommes de terre , puis je mets de l’eau de manière à ce que tout soit recouvert. Avec cette précaution, la farine d’orge ne descend pas au fond de la chaudière, où elle se brûleroit, et s’attacheroil ; et elle n’est pas non plus exposée à se perdre comme cela arriveroit si elle e'toit dessus, et que le liquide débordât pendant l’ébullition. L’eau se charge en grande partie de la substance nourrissante de l’orge. Quand leS pommes de terre sont bien cuites, on les écrase dans le liquide, et on en forme une bouillie. Ce mélange intime des parties nutritives de l’orge et des pommes de terre rend leur digestion plus facile. La cuisson est une opération nécessaire pour augmenter la faculté nutritive des substances. Si l’on se contentoit d’une infusion , c’esl-à-dirc de jeter de l’eau DES COCHONS. 297 chaude sur les pommes de terre et la farine d’orge , il y aurait beaucoup à perdre en qualité nutritive de ces substances. Au moyen de cette bouillie , on n’est point obligé de donner à boire aux cochons. En hiver , il faut toujours leur donner la nourriture tiède. Les pois, réduits en farine, font à-peu-près le meme effet que l’orge , et „ coûtent beaucoup moins. Tant que les porcs sont à l’engrais , il faut les tenir très-proprement et renouveler leur litière avec soin. Comme leur loge est ordinairement trop petite pour qu’ils y prennent de l’exercice et que ces animaux se couchent volontiers , immédiatement après avoir mangé, j’ai jugé utile , et je m’en trouve bien, de leur donner trois fois la semaine trois cuillerées de sel dans leur nourriture. Celle précaution augmente leur appétit, et les fait mieux digérer. Trop de sel leur nuiroit, parce qu’alors il les purge. ^ Une fois la semaine, j’ajoute une cuillerée de fleur de soufre et de nitre. Ces précautions maintiennent les cochons parfaitement sains , et leur font prendre la graisse beaucoup plus promptement. Lorsque j’ai commencé à parquer mes cochons , ils ont pris un rhume violent : les re- EKCRAIS 298 mèdes que je viens d’indiquer Vont fait dispa-* roître très-promptement. Je dois remarquer que l’àgc le plus avantageux pour engraisser les porcs, est d’un an à 18 mois. Ils Ont alors leur croissance, et prennent la graisse plus promptement, que si on les meltoit à l’engrais trop J tôt. ï. re Expérience sur clés jeunes porcs, achetés le 17 Mars 1785. L.st. sh« lite inférieure. Les brasseurs et les distillateurs ne m’en offroient que 5 shellings. J’au- rois pu acheter des pois à deux shellings trois pence le bushel, qui auroient été à-peu près aussi nourrissans que la farine d’orge ; et il en auroit résulté que les pommes de terre au- roient été’ vendues à un demi-penny de plus le bushel. En général, les porcs qui ont acquis toute leur grosseur donnent plus de profit à l’engrais que ceux qui croissent. Ils mangent bien moins dans les derniers mois de leur engrais ; mais dans le dernier période de l’engrais il faut avoir soin d’ajouter de la ' farine d’orge et de dipuinuer les pommes de terre. Je ne mets rien pour les frais des gens qui soignent les porcs, parce que j’estime que le fumier de ceux-ci fait plus que compenser cette dépense. Expériences des plantations , par Arthur Young. ( Annales d’Agriculture. ) Ceux qui ont lu ce que je dis des plantations dans ma tourne'e de l’ouest, doivent se souvenir que je cite un grand nombre de cas dans lesquels les plantations d’arbres de venue rapide , ont été extrêmement profitables. Si, au bout de 16 ou 20 ans, on peut couper la totalité' d’une plantation, le profit qu’elle donne «st plus considérable qu’aucun autre qu’on eût pu attendre d’une plantation agricole quelconque. Cette considération m’a porté à faire moi-même des expériences de plantations. Comme j’ai été pendant quelques années dans une ferme de Hereford-sbire où je n’avois qu’un bail de i4 ans , l’exécution de mon projet a été retardée ; mais dès que j’ai eu la certitude de posséder le domaine que je cultive , je me suis occupé de réaliser les plantations que j’avois en vue. Voici les résultats. , 1777- i5 Janvier. J’ai enclos un acre de pré, la plus mauvaise partie de tout Je domaine. La surface avoit çie' enlevée jusqu’à deux pieds 302 EXPÉRIENCES de profond, pour faire de la brique. La terre inférieure étoit très-maigre. J’y plantai mille peupliers de Lombardie , mille sapins de l’espèce qu’on nomme spruce fir, mille sapins * d’Ecosse, et mille mélèzes. On s’y prenoit de la manière suivante. Un ouvrier coupoit, à la profondeur de la bêche, un gazon de trois côtés, puis il le relevoit, comme à charnière, en le laissant adhérent du quatrième côté. Il le partageoit ensuite en deux. Un homme sui- \oit et plantoit l’arbre dans le trou ; puis il le refermoit, en mettant la moitié du gazon d’un côté , l’autre moitié de l’autre , et appuyant un peu avec le pied, pour raffermir la terre. Celte méthode est extrêmement prompte : la totalité de la main-d’œuvre pour planter me coûta environ 12 sh. 5 d. Bien convaincu que le point important étoit d’empêcher le bétail d’approcher, et je fis un fossé de six pieds de large et de cinq de profond, avec une haie yive, garnie d’épines sèches. Premières dépenses. L. st. sh. d. 25 rods d’enclos à 20 d. 2 1 8 Fascines sèches d’épines . . . » 12 » Epine blanche pour la haie . . » 8 4 22 rods d’aqueduc pour emmener les eaux du fossé 5 6- 5 o 3 I • DE PLANTATIONS. Bois pour mettre dans l’acqueduc L. st. sli. a. et chariage. » 9 6 Paille. » 5 » 1000 peupliers de Lombardie . , 2 10 » 1000 spruce firs. 1 10 » 1000 mélèzes. » 16 )> a000 sapins d’Ecosse .... )> 7 » Port et faux'-frais de transport . . ï> i 3 » Prêt d’Edimbourg à Londres . . l 6 » Frais à Londres ...... » 11 » Frais depuis Londres . » i 5 » Plantation. » 12 3 4 bushels de glands, et semaille . 5 » L. St. l 3 7 5 J’avois pris les arbres chez M. Anderson à Edimbourg. Les peupliers avoient de deux à trois pieds de haut: les autres arbres, entre 8 et 12 pouces. La rente , et tous les impôts montoient à l 5 sbcl. l’acre. Je plantai dans le même tems un certain nombre de perches de peupliers noirs, de huit pieds de long. Janvier 1779. J’ai inspecte'ma plantation. Les peupliers ont crû, dans les deux ans, de 42 à 16 pouces. D’après plusieurs observations » " EXPÉRIENCES 3o4r que j’ai faites depuis, je me suis assure' que jamais les peupliers ne prospèrent dans les terres froides, humides, et fortes. Les spruce jirs sont mise'rables , excepte quelques-uns qui ont donne' l’année dernière des pousses d’un pied. Les me'lèzes sont ge'ne'ralement très- beaux. Dans les parties les plus mauvaises de la pièce, le pousses de l’année sont de 10 à 18 pouces de long. La plupart des peupliers sont encore en vie. Il y a beaucoup d’osiers et de saules qui ont poussé des jets de cinq à six pieds. Il a aussi paru quelques frênes» Il y a une circonstance remarquable , c’est que les spruce jirs, quoiqu’en général foibles, ont prospéré lorsqu’ils se sont trouvé bien entourés de ronces et d’autres plantes épineuses. Il y en a qui semblent étouffés, en quelque sorte , par la quantité des jets et des branches qui les entourent , et ce sont précisément les plus vigoureux. L’abri a, pour les jeunes arbres, une importance qui a souvent cté remarquée. 1778. En mars , j’ai planté deux acres dans du terrain assez semblable à celui de l’année pré-, cédente,, Dépenses .i DE PLANTATIONS. 5 o 5 Dépenses. 47 rods de fosses d’enclos à I sh. 8 d. L. st. 3 sh. 18 <1. 6 2 | voitures de fagots d’epines . 1 1 » 25 oo plantes d’epines blanches 1 3 p Palissades dans les coins » 10 )> 4 ooo melèzes. 2 8 )) Jooo sapins d’Ecosse .... » 7 )> 1000 peupliers de Lombardie . 1 10 p 2000 spruce jirs . 2 2 » Emballages et faux-frais d’embar- quement. 1 1 10 Fret. 2 5 » Frais à Londres. )) 18 » Voilure. 1 6 » Plantage. 1 8 11 L. st. 1 £ \ *9 3 1779 - Al. Anderson , qui m’avoit fourni les arbres des deux années pre'cedentes , n’ayant pas compris mes ordres pour celle-ci, j’ai acheté dans mon voisinage la coupe des branches de quinze peupliers noirs pour les planter dans un acre de terrain que j’avois marque' pour cela ; le sol etoit semblable à celui des deux plantations precedentes , mais c’etoit un champ. Tome 6. V EXRÉRlKNt'ES 3 o 6 Le i. ,r et le 2 mars , je fis couper les Inânches et les fis déposer dans un étang. Le 6, je commençai à planter. Les jets étoient de 3 à 7 ans. Les plus longs avoient de i 5 à 16 pieds de long. Je fis faire des creux de deux pieds pour les plus longs, et bien affermir la terre à l’entour , en les plantant. Les plus petits jets furent mis dans des trous d’un pied seulement de profond s que je faisois faire avec un instrument exprès. J’ai eu assez de plants pour e'tablir ma plantation à 5 ou 6 pieds d’un arbre à l’autre; mais mon intention est d’y mêler l’année prochaine quelques mélèzes et quelques spruce Jirs. Les ouvriers m’assurèrent que les peupliers ne croîtroient pas , si je ne donnois pas au pied du plant la forme d’un pied de poulain ; mais je ne le fis pas. Dépenses. L.st. $h. Prix des branches de peupliers ..166 Toiture.» 5 » Plantage.1 g » L. st. 5 » 6 Je dois observer que, comme la pièce étoit de six acres , et que je me proposois d’en planter un acre tous les ans, je n’enfermai pas DE PLANTATIONS. ■5o7 d’un fosse la partie voisine de celle que je voulois planter l’année suivante : je réparai un fossé existant et j’y ajoutai une palissade dans la portion où il n’existoit point de fossé. Dépense totale. Frais pour couper, façonner et L. st. sh. a. placer les palissades .... 1 4 10 Pieux pour soutenir les palissades . » 11 4 Dépenses ci-dessus. 3 » 6 L. st. 4 16 8 9 En avril 1780, j’y ai ajouté deux L. st. sh. d. cents peupliers de Lombardie . )> 5 )) 200 mélèzes. » 2 » 100 spruce firs . » 2 » 100 sapins d’Ecosse. » 1 )> L. st. » 10 )) 1780. En novembre 177g , j’avois marqué deux acres attenans à la plantation précédente : c’é- toit un chaume d’avoine, terre épuisée par la succession des récoltes. Le 12, j’y semai un busliel de glands, et deux bushels de faine de frêne : j’enterrai le tout par un labour de quatre pouces. EXPÉRIENCES J5o8 Le l 5 avril 1780, je reçus d’Edimbourg, et je plantai sur le même terrain L st sh .1800 mélèzes de 18 pouces. . . 1 18 » goo sapins d’Ecosse d’un pied . . » 8 )) 900 spruce firs de g pouces . . ”19 » 100 aulnes de 5 pieds ....)) 7 6 124 o peupliers de Lombardie , de 5 . pieds. 111» Faux-frais d’embarquement, etc. . » 6 » Fret jusqu’à Londres .... 1 i 5 3 Frais à Londres.» 10 6 Voiture.i 46 Plantation.)) 18 g Clôture.» i 5 5 L. st. 12 g g 1781. 2 4 Mars. Laboure' le chaume d’avoine qui touche au N°. 4 . Le sol étoit extrêmement dur et relié. Semé deux pecks de glands , et un quart de peck de faine d’orme. Planté ensuite 5ooo sapins d’Ecosse de g pouces de long, 5 oo mélèzes de deux pieds, et 200 peupliers de Lombardie de 5 pieds de long. DU ri-ANTATIONS,'! 3 og Dépenses. L. st. sh. <1. Pour ramasser les glands et la faîne n 5 » 5ooo sapins.. ÎO » 600 mélèzes . . . - . • » 18 » 200 peupliers . » 6 )>' Emballage 2 6 Voiture de Londres.« 6 n Plantation.» 10 » Enclos.. . . n 6 » f L. st. 4 3 6 1785. L’acre planté en peupliers a tellement man- qué, que j’y ai planté celte année 5 oo mélèzes. L. st. sh. â . Achat . » » Plantation . « • • ■ ■ • ♦ . . » 5 )> Transport . « . r • • » 3 )> L. st. 2 8 » 1787. Planté un demi-acre d’excellent terrain, sec et léger, en 5 oo plants de mélèzes. La dépense, a monté à 2 L. st. 5 sh. 1788. Planté 5 oo mélèzes. Dépensé 2 L. st. 5 sh; Us ont été dispersés sur les places vacantes dans les 4 acres mentionnés ci-dessus. ■* 3io EXPÉRIENCES /799- , 25 Décembre. J’ai balance le compte desfrais de toutes ces plantations, commencées depuis 22 ans, en y comprenant la rente, la dixme, les impôts etc., et j’ai trouve’ que la totalité des de’penses montoit à ig 2 L. st. 5 sh. 2 d. Voici l’état de ces diverses plantations actuellement. r . Les mélèzes de la plantation de 1765 ( 1 ), ont entre 3 pieds et 4 pieds 3 pouces de circonférence, à 5 pieds du sol. Ils ont 4o pieds de haut. Les sapins d’Ecosse ont environ 4 pieds de circonférence, et de 5o à 4o pieds de haut. Les sprucefirs 3 pieds 8 pouces de circonférence, et 4o de haut. Les pins argentés, 4 pieds 2 pouces , et 4o de haut. Un sapin d’Ecosse dont le jet supérieur avoit été cassé, avoit grossi jusqu’à 5 pieds de circonférence $ mais il n’avoit que 34 pieds de haut. Un mélèze qui, en 177 g, n’avoit que îg pouces de circonférence, a aujourd’hui 4 pieds 3 pouces. Le sapin argenté quiavoitégalement igpouces, a aujourd’hui 4 pieds 2 pouces. Un chêne semé dans cette même plantation en 1776 (t) L’auteur n’a pas fait mention dans cet article, de la plantation de 1763 : il renvoie au III.'vol. de ses Annales, p. 43 i. DE PEANïATPÔNS. 3 lï et qui, en 1779, avoit 3 pieds de haut, a aujourd’hui 21 pouces de circonférence et 28 pieds de haut. Les mélèzes, sapins d’Ecosse et spruce firs, de 4 pieds de circonférence , pourroient faire des palissades , et même des planches de l4 pouces de large : ils seroient susceptibles d’êlre employés à divers objets de charpente. Dans l’acre planté en 1777, les plus beaux mélèzes ont de 2 pieds à 2 pieds et demi de circuit, à 5 pieds du sol, et 36 pieds de haut. Les plus beaux spruce firs ont 2 pieds de tour et 32 de haut. Les sapins d’Ecosse, à 5 pieds de terre , sont à-peu-près de la même grosseur, mais ne sont ni si droits ni si hauts. Les plus beaux chênes ont de 17 à 19 pouces de , tour, et 20 pieds de haut. Dans les 2 acres de 1778, les plus beaux mélèzes ont 2 pieds de tour, et 3 o de haut. Les spruce firs sont moins beaux. Les sapins d’Ecosse, encore inférieurs. Les chênes proa-; pèrent. Dans la pièce de 4 acres, les plus beaux mélèzes ont de îg à 2 6 pouces de tour. Les sapins d’Ecosse ont îg pouces de grosseur moyenne, et 20 pieds de haut. Les spruce firs sont plus beaux ; mais les uns et les- autres le cèdent aux mélèzes. Les ormes n’ont point réussi. * 5l2 EXPERIENCES II y a un très-petit nombre de peupliers noirs encore existans, et ils ne croissent point. Le demi-acre plante en 1787, a très-bien réussi. En douze ans , les arbres ont donne' des lattes et des palissades. Quant au rapport de ces diverses plantations depuis le moment où j’ai commence’ à éclaircir, j’ai cherche' à en tenir une note précise 5 mais j’ai trouvé que la chose étoit trop difficile à faire avec exactitude. Ce que je puis dire, en général, c’est que depuis sept ou huit ans j’ai trouvé l’usage de la dépouille de ces plantations infiniment avantageux et commode, quoique le domaine que j’habite soit d’ailleurs bien fourni de bois. Elles m’ont fourni une immense quantité de pieux, de palissades, de liteaux, de lattes, de planches, et, en un mot, de tous les objets nécessaires pour les constructions ou réparations des étables, couverts, râteliers, etc. Je n’en ai point vendu, et je n’ai pas. encore achevé d’éclaircir tout-à- fait mes plantations, excepté dans les parties au il a fallu donner de l’air et de la place à des chênes de belle venue. Les arbres ont, en général, souffert dans leur croissance , pour n’avoir pas été éclaircis à tems ; mais, d’un autre côté , l’usage des plants minces , droits, et élevés, est extrêmement commode. Je ne DE FIjANTATIONS. 5i5 pourrois pas décider si la rente de ces plantations a égalé le revenu qu’on devoit attendre de ce même terrain autrement appliqué; mais l’abondance des bois d’un emploi aussi commode et aussi utile, est extrêmement agréable ; en sorte que je suis fort content de ma spéculation. Pour l’avenir, je ne doute pas de trouver un grand profit dans les arbres qui prendront tout leur développement; sans compter que les chênes des mêmes plantations promettent des avantages considérables pour la génération qui suit. Si j’avois tout mis en mélèzes, au lieu d’entremêler de sapins d’Ecosse, la différence au- roit été prodigieuse, à l’avantage des mélèzes. Les sapins d’Ecosse grossissent plus vite , et ne s’alongent pas autant : ils sont plus propres à faire des poteaux ou des pieux, mais beaucoup moins à faire des liteaux. Si l’on comptoit à présent (:179g) Içs dépenses faites jusqu’ici, à raison de ao L. st. l’an pour intérêts, et la rente à 5 L. 12, en tout i 5 L. st. 12 sh. ; il faudroit déduire de cette somme le profit que j’ai fait en éclaircissant les plantations. Je suppose que j’en aie retiré, en toute espèce de bois, pour la valeur de mille perches d’un shelling, c’est-à-dire, pour 5 o L. st. , cela réduit, pour l’avenir, la 5lÆ EXPÉRIENCES charge annuelle à i 3 L. st. , jusqu’au moment où j’introduirai le bétail dans le bois pour consommer l’herbe. Je ne le ferai que dans une dixaine d’années, c’est-à-dire, quand les plus jeunes chênes seront suffisamment élevés. Or, i 5 L. st., annuellement, seroient couvertes par: ; L. st. sh. cL 200 perches à 6 pence .... 5 » » aoo dites à un shelling. . . . 5 » » 20 dites à 2 sh.2 » )> Fascines.1 » » L. st. i 5 » » Je puis compter sur une rentrée beaucoup plus forte, en continuant à éclaircir comme je l’ai fait jusqu’à présent. Tout considéré, je suis porté à croire qu’aucune partie de mon domaine J d’égale étenduej et d’un terrain du double plus fertile, ne rend autant que ces plantations. II ne faudroit cependant pas en conclure qu’il y eût un égal avantage à faire des plantations beaucoup plus vastes : la valeur de mes plantations, pour moi, résulte de ce qu’elles ne sont pas trop étendues. Si j’en avois dix fois davantage , je dépendrois des acheteurs. La concurrence pourvoit faire baisser les prix, DE TLANTATIONS. 3l5 et me rendre la vente extrêmement difficile et lente. Pour quelques acres, le profit eu est si grand, qu’aucun domaine ne devroit être sans cette ressource. Essais et notes sur l’agriculture , par J. B. Bordley, de Philadelphie. Chanvre. T j a grande utilité du chanvre, l’avantage qu’a la culture de cette plante de ne point nuire aux autres cultures dans la pratique des agriculteurs américains, l’espèce de certitude d’obtenir une récolte qui vaudra un bon prix, me font donner au chanvre la préférence sur la plupart des cultures accessoires. Je choisis les lieux bas , les champs plats soit sablonneux , soit argileux. Lorsque ces terrains ont été bien nettoyés par les labours, puis abondamment fumés, ils peuvent rapporter plusieurs belles récoltes successives de chanvre. Il y a beaucoup de fermiers qui ne croient pas leur terrain d’assez bonne qualité pour produire du chanvre. Je pense que toutes les terres, qui ne sont pas humides , peuvent en donner de belles récoltes. Si elles ne sont pas fertiles , il faut les fumer abondamment. 5i6 ESSAIS ET NOTES Il n’y a pas un agriculteur entendu qui ne puisse cultiver et fumer une suffisante quantité de terrain pour obtenir de riches récoltes de chanvre. Pour amener le terrain à un état de propreté parfaite , il ne faut que répéter les •labours toutes les fois que les mauvaises herbes reparoissent. Une fois bien purgé d’herbe et bien amendé , le champ peut recevoir plusieurs récoltes successives de chanvre , pourvu que chaque automne et chaque printems on donne deux labours et hersages , et qu’on fume un peu tous les ans. Si le fermier s’effraie d’entreprendre la culture d’un acre entier avec tant de soins, qu’il essaie le quart de cet espace, et il y recueillera tout ce qu’il lui faudra de chanvre pour les cordes dont il a besoin dans la ferme. C’est en avril qu’il convient de semer le chanvre sur une terre préparée , ainsi que je l’ai dit. La levée est ordinairement prompte , et la plante couvre rapidement la terre. Les mauvaises herbes se trouvent ainsi étouffées , et l’évaporation de la terre est prévenue. Il ne m’est pas arrivé de voir souffrir mon chanvre de la sécheresse , que dans une seule année où j’avois semé en mai. Je n’ai jamais été obligé d’y faire arracher l’herbe. Ordinairement je recueille de la graine dans les sur l’agriculture. 617 bords des champs, où les plantes e'tant pins rares, deviennent beaucoup plus fortes, et où le chanvre est trop grossier. Le moment où il convient d’arracher le chanvre est celui où les poussières des étamines des plantes mâles commencent à se ré- pandre. Lorsque je fais arracher mon chanvre, je le dépose par paquets dans de l’eau de mer, à quatre pieds sous l’eau. Ordinairement c’est entre le troisième et le quatrième jour, que le chanvre est suffisamment roui. Pour s’assurer du juste point de rouissage auquel il convient de retirer le chanvre de l’eau, on l’exa- mine à la fin du troisième jour, en essayant de le rompre entre les doigts. S’il est encore flexible , le séjour dans l’eau n’a pas été suffisant: s’il est cassant comme du verre, il est à son juste point. C’est alors le moment de le tirer de l’eau , et de le placer sur un plan incliné, les racines en haut, jusqu’à-ce qu’il soit sec. On délie ensuite les faisceaux, pour étendre le chanvre pendant trois ou quatre jours. On le retire alors bien sec, pour le teiller à loisir. J’ai essayé aussi de rouir mon chanvre à la rosée ; mais je ne l’ai fait qu’une fois. Les vents le soulevoient et déplaeoient les tiges. Cette méthode demande beaucoup de main-d’œuvre, et la fibre de l’écorce est ensuite d’une force très-inégale.. s 3l8 ESSAIS ET NOTES Lorsqu’on n’a qu’un ruisseau pour rouir son chanvre, il ne faut pas le placer dans le courant même de l’eau ; mais il convient de creuser un petit réservoir qui se remplit à volonté, et se dégorge de même. Lorsqu’on a recueilli le chanvre , les mauvaises plantes repoussent en abondance. On y remédie par les labours d’automne que j’ai indiqués. Quant à la quantité de semence qu’il convient de répandre sur un espace donné, elle doit varier selon l’objet auquel on se propose d’employer le chanvre. Pour faire des cordes , il faut que la plante soit forte ; et alors je pense que deux bushels par acre sont une quantité suffisante : si l’on veut en faire de la toile, il faut semer trois bushels, et davantage. Il m’est arrivé , dans une récolte de chanvre qui avoit été semé trop clair, que les plantes devinrent si fortes, qu’il fut impossible de les arracher : on fut obligé de les couper ; et cette pièce de terre offroit un véritable danger pour les bêtes qui pouvoient y pénétrer, ou pour les hommes, sur-tout pendant la nuit, parce que les tronçons des plantes e'toient tranchans et solides. Si l’on compare l’espèce de certitude que sur l’agricuutuke. 5 J9 donne le chanvre d’obtenir une belle récolté, avec le danger de non réussite qu’offre la culture du tabac, on doit se de’goûter de plus en plus de cette dernière plante , et donner la préférence au chanvre. Le tabac nettoie la terre, à la vérité ; mais il ne la met point à l’abri de l’évaporation : son ombre ne couvre le terrain qu’environ l’espace d’un mois, au lieu que le chanvre couvre la terre d’une manière impénétrable pendant environ trois mois. Ce seroit, je crois, une bonne méthode que de semer du blé sarrazin immédiatement après le chanvre , pour l’enterrer à la charrue lorsqu’il seroit en pleine fleur. Cet engrais de sarrazin conserveroit, je pense , la fertilité du sol suffisamment pour que le même terrain pût donner annuellement une récolte de chanvre sans addition de fumier. J’entends cependant qu’on ne laisseroit pas grener le chanvre. Les plantes qui portent leur graine à maturité, épuisent singulièrement le terrain. C’est un avantage du chanvre sur le lin : celui-ci se récolte toujours quand la graine est en pleine maturité ; aussi épuise-t-il infiniment plus la terre que ne fait le chanvre, quand ce dernier ne porte pas sa graine. On arrache quelquefois le chanvre mâle au commencement d’août, et pn laisse en terre le chanvre femelle jusqu’à^ ESSAIS ET NOTES 320 milieu de septembre. On a ainsi deux re’coltes, au lieu d’une , sur le même terrain, et le sol se trouve appauvri. Il ne faut point laisser grener le ble sar- razin sur le même terrain que l’on destine au chanvre 5 et cela, non-seulement par la raison de l’épuisement qui en résulté pour le sol, mais aussi parce que le sarrazin s’e'grenne sur le champ, et repousse ensuite. Je l’ai vu s’élever avec le chanvre jusqu’à cinq pieds de hauteur. Ce qu’il y a de plus de'sagreable et de plus long dans les procede's qui dépendent de la culture du chanvre , c’est le teillage. C’est un ouvrage d’automne et d’hiver. Les mêmes ouvriers que l’on emploie à préparer les feuilles de tabac, peuvent être occupes à teiller le chanvre : les manouvriers ne sont pas chers pendant la mauvaise saison ; et on peut toujours s’assurer que le chanvre sera prêt à vendre au printems. J’estime qu’un planteur ^ui obtient pour quarante dollars de tabac par acre , pourroit recueillir pour soixante dolars de chanvre. Mais le produit du chanvre, fût-il même d’un quart inferieur à celui du tabac , il y auroit encore bien plus de profit dans la culture du chanvre, Soins sur l’agriculture. 521 Soins nécessaires pour les fumiers dans les étables et les basses cours. Pour que l’agriculteur tire le meilleur parti possible de l’exploitation d’un domaine, il faut qu’il embrasse un certain ensemble de details, de manière que châtie partie de son e'co- nomie rurale, réponde aux autres, et qu’il en résulte du profit. Il ne doit pas viser seulement à obtenir d’abondantes récoltes , et à les répéter souvent. Il doit principalement s’occuper des moyens de conserver et d’accroître la faculté productive de la terre. Il n’y a qu’à jeter les yeux autour de soi-, et voir la culture des fermiers , pour se convaincre que l’économie rurale lorsqu’elle est conduite au hasard , ne peut jamais assurer , pour un terme un peu long, une succession de bonnes récoltes, en conservant la valeur du terrain. Si les assolemens sont judicieusement établis, le terrain se maintient en bon état, et les récoltes sont abondantes , avec une quantité modérée de fumier; tandis que beaucoup d’engrais et des assolemens médiocres ou mauvais, ne donnent pas un résultat aussi profitable. Mais toujours est-il indispensable pour une bonne agriculture , de donner beaucoup de soin à la formation des engrais. Si les terres Tome 6. X « ESSAIS ET NOTES 522 très-fertiles de leur nature, et soumises à de bons assolemens peuvent se passer d’une grande quantité de fumier, on n’en a jamais trop pour les terres médiocres ou stériles. Il y a même de certains assolemens pour lesquels on n’a jamais assez d’engrais , quelle que soit la fertilité de la terre. On l’éprouve dans le Maryland, où les fermiers cherchent continuellement des terres neuves qu’ils puissent épuiser, lorsque les anciennes ne rendent plus rien. Je crois que les principaux anneaux de la chaîne de l’économie rurale * sont le bon labourage, les bons assolemens, et l’abondance des engrais. Je dois faire quelques observations , relativement à ce dernier article, sur la pratique des fermiers américains. Il est d’usage de faire les meules de foins dans les prés. Il en résulte plusieurs incon- véniens. 1. ° Il se fait un gaspillage, et il y a une déperdition de fourrage , parce que les bêtes mangent autour des las, et en foulent aux pieds une partie. 2. ° Le fumier que font les bestiaux n’étant point mélangé de paille, est en quantité relativement petite. 3. ° Cotte petite quantité de fumier n’étant 325 sur l’agriculture: pas arrangée en tas réguliers , l’engrais se dessèche , se perd en partie par les pluies , et le profit en est infiniment moindre pour le sol. Dans la pratique des Anglois et des Flamands (pratique foiblement imite'e dans les Etats-Unis, ) les bestiaux sont renferme’s dans les e'tables , et dans des cours. Les engrais se trouvent ainsi ou à l’abri des pluies froides, ou rassembles en gros tas, dans lesquels la fermentation s’opère convenablement. Voici les avantages de cette méthode. 1. ° Le fourrage se consomme sans perte. 2 . " 11 se fait moins d’évaporation des sucs des engrais. 3. ° Le fumier se trouvant convenablement mélange' des substances végétales qui servent de litière, la quantité produite èst considérable. Je ne pense pas qu’il y ait d’exagération à affirmer que la quantité produite avec celte de rnière méthode est trois fois plus considérable qu’avec l’autre. Mais si l’on suppose que le fumier conserve son influence pendant cinq ans, il en résulte qu’avec la bonne méthode on a quatre-vingt-dix acres, en bon état, et qu’avec la mauvaise méthode on n’en a que trente. Il y a là de quoi faire le cultivateur 524 ESSAIS ET NOTES riche ou pauvre, selon qu’il suit l’une ou l’autre pratique. ‘ Je crois que M. Young a e'tabli qu’un bœuf bien pourvu de litière , dans l’e'table , peut donner douze charrete'es de fumier dans l’hiver. La quantité' d’engrais doit être plus considé- rable encore pendant l’été , si l’on nourrit en vert, pourvu que la litière soit toujours très- abondante. Je dois remarquer, en passant, que la quantité de fourrage vert qui suffit à cinq bêtes nourries à l’étable, ne pourroit en nourrir qu’une seule si le fourrage étoit pâturé sur place (x). D’ailleurs le terrain qui n’est pas pâture’ se maintient sans altération , au lieu que Je parcours pétrit et durcit la terre , au détriment des récoltes suivantes. Il faut re- (1) Il parent, qu’il y a erreur ou exagération dans celte estimation de la quantité de fumier produit à l’étable, ainsi que dans l'appréciation de l’avantage de nourrir en vert dans les écuries, comparativement au pâturage. On ne voit pas même de quelles récoltes l’auteur veut parler ici : la luzerne et le trèfle ne sau- roient être pâturés par les animaux rumina ns sans le plus grand danger : ces deux fourrages sont ceux qu’on donne en vert à l’étable avec le plus d’avantage. Il in’y a guères que les vesces d’hiver on de printems sur lesquelles on ait pu faire la comparaison dont parle railleur. * SUR I,’AGRICULTURE. 32 5 marquer encore que, dans la méthode de nourrir à l’étable, les bestiaux sont à l’abri d«^ mouches, surtout si l’on a soin de maintenir les étables obscures pendant la chaleur du jour. Il est fort important que la litière soit toujours abondante dans les e'tables, dans les cours , et sous les hangards où l’on tient le bétail. Les fermiers Anglois rassemblent avec soin toutes les substances qui peuvent servir à la litière, et les emploient à cet usage. Ils coupent Je chaume dans l’arrière saison ; ils coupent e'galement les bruyères, et achètent des pailles, autant qu’ils peuvent s’en procurer. J’estime que, pour que la litière soit suffisamment abondante , il faut employer douze quintaux de paille pour chaque bête à cornes, par année. Nos fermiers qui, ainsi que dans tous les pays du. monde, suivent la routine de leurs pères, n’ont jamais l’idée d’employer les tiges du maïs comme litière. Il est cependant certain que c’est la meilleure qu’on puisse donner au bétail. Les bestiaux s’amusent à manger tout ce qu’il y reste de vert, et ce qui n’est pas décidément ligneux. ^ Lorsque ces liges ont été foulées aux pieds, et écrasées elles forment une substance spongieuse qui se charge des sucs du fumier, ESSAIS ET NOTES 5 26 11 n’est point d’usage, en Ame’rique, de couper les chaumes de ble' dans l’arrière saison. Quant à moi, je le fais toujours, et je m’en trouve très-bien. C’est dans le mois de novembre qu’on renferme dans les basses cours , et dans les han- gards, les bestiaux qui jusqu’alors ont e'te' • libres dans les pâturages. Pendant les six mois d’hiver, il convient que les bestiaux soient à couvert, et toujours couche's au sec, ce qui suppose une litière fre'quemment renouvele'c. 11 est avantageux à un domaine , et à la rente de son possesseur, qu’il y ail beaucoup de bestiaux sur un espace donne , mais pas plus que cet espace n’en peut aisément entretenir. Il vaut mieux avoir quelques bêles de moins, qu’une seule de trop. En géne’ral, les fermiers Américains ne savent point proportionner la quantité de leur bétail , à leurs ressources de fourrages. Ils croient gagner en ayant une grande quantité de vaches mal hiver- nccs , dont quelques-unes meurent de misère, et qui toutes languissent maigres et foiblcs, jusqu’à ce que le pâturage les ait rétablies. Il faut entretenir autant de bestiaux qu’on peut en nourrir abondamment , et en maintenir à l’abri tles pluies froides de l’hiver. De tous les animaux de la ferme, le cheval est le sua l/AOniCUI-TURE. 327 moins profitable et le plus coûteux. Il ronge les pâturages fort rax. Il pétrit et bat le terrain plus encore que les bêtes à cornes. II mange plus que le bœuf, dans la proportion de cinq à trois. S’il meurt, le fermier perd tout ; au lieu que le bœuf se vend au bouclier après cinq ou six anne’es de service. Pour déterminer la quantité' de be'tail qu’une ferme peut nourrir, il ne faut pas seulement parler de son étendue , il faut avoir egard à la qualité du terrain , et à la nature de l’exploitation. Un fermier prévoyant et intelligent règle la quantité de ses bestiaux d’après le calcul de ses ressources en fourrages. Dans le Maryland , les bestiaux sont au pâturage pendant six ou sept mois de l’année, et nourris ensuite pendant les cinq ou six autres mois, uniquement avec du fourrage sec. Il n’y a pas un fermier qui pense aux moyens de se procurer, pour l’hiver, une nourriture verte , pour balancer l’elfet des feuilles de maïs et de la paille de blé, sur la santé des bestiaux. On dit qu’une vache , en Angleterre , a besoin d’une étendue de pâturage qui varie entretint acre et deux. Mais ces pâturages sont artificiels : c’est-à-dire, qu’on y a semé ESSAIS ET NOTES 528 des graines de près sur un terrain qui a produit pendant plusieurs années , des recolles tour-à-tour c'éréales et améliorantes. On les maintient en prairie ou pâturage pendant plusieurs années, et on les nettoie soigneusement des ronces, et autres mauvaises plantes. La durée de ces pâturages peut varier de dix à vingt ans. Pendant tout cetems-là, les bestiaux les engraissent de leur fumier. Quoique le vent et le soleil alFoiblissenl beaucoup l’effet de l’engrais , cet effet est cependant sensible, et peu-à-peu il s’opère une amélioration considérable dans la qualité du terrain. En Amérique , nous appelons pâturages , les terrains qui, après avoir été épuisés par une succession de récoltes céréales, sans engrais, sont ensuite abandonnés à eux-mêmes, et ne donnent qu’un peu d’herbe de mauvaise qualité. C’est dans de tels pâturages que l’on met pêle-mêle les vaches, les boeufs, les chevaux , et les moutons, dès les premiers jours du printems , et avant que l’herbe ait même poussé suffisamment. — On les y laisse jusqu’à l’hiver : quelquefois même pendant l’hiver, en sorte que le terrain est pétri et battu si fortement que l’herbe ne peut plus y croître. Alors, on rompt ce pâturage pour recommencer à semer des céréales, et épuiser plus complètement encore le terrain. Sun u’a G R ICUI.T (J RE. 52g La consommation des fourrages en vert, à l’étable , est une méthode qui gagne rapidement en Europe, sur-tout en Allemagne et en Angleterre. Comparons les avantages relatifs du pâturage et de la consommation en vert à l’étable. Dans Je pâturage, ii faut un acre et un tiers, à deux acres pour nourrir pendant sept mois une tête de gros bétail. Les soins, pendant le pâturage, sont peu assujellisans et Je fumier se trouve tout cbarié ; mais ce fumier fait peu d’effet, et les allc'es et venues des bestiaux au pâturage sont sujettes à des inconvé- niens, ne fût-ce que la perle du tems. Dans la nourriture à l’étable, un acre suffit à quatre bêles à cornes, pendant six mois ; le fumier est bien conservé, et appliqué à la terre dans les momens les plus convenables. Le terrain n’est point pétri ni battu par les pieds des animaux ; ceux-ci sont toujours prêts pour le travail au moment du besoin ; enfin , ils sont entretenus en meilleur étal, à consommation égale de fourrage , parce qu’ils ne sont point tourmentés des mouches , et qu’ils sont mieux couchés. Si l’on objecte contre la nourriture à l’étable, qu’il n’est pas toujours possible de transporter le iuurrage vert, parce que les pluies contra- 35o ESSAIS ET NOTES rient, et que d’ailleurs les se'cheresses peuvent retarder ou arrêter la croissance de l’herbe, je re'ponds qu’il v a une manière de remédier à cette difficulté, beaucoup meilleure que celle du parcours : c’est d’avoir devant soi une certaine provision de foin et de paille : un fermier prudent doit toujours prendre cette précaution, M. Baker , qui est fort exact dans ses expériences, a nourri jusqu’à cinq bêtes à cornes dans un acre de trèfle. [Jn autre fermier An- glois a nourri pendant l’été, vingt chevaux et sept vaches, avec sept acres de trèflé. Il a observé pendant le même tems le résultat des opérations de son fermier , et il s’est assuré qu’un seul acre , coupé en vert, avoit entretenu autant de bestiaux que six acres pâturés. Un des grands obstacles à l’introduction du système de nourrir en vert à l’étable , c’est la paresse des fermiers et des domestiques. Ils ne se représentent pas assez que l’abondance des engrais étant le véritable secret de la bonne culture , on ne sauroil jamais prendre trop de peine pour se la procurer. D’ailleurs, on s’effraie beaucoup trop de la difficulté de cette main-d’œuvre. Un homme et un petit garçon suffisent au travail nécessaire pour fournir la nourriture verte à quarante ou ciu- &UR i/agriculture. 33i qualité bêtes. Ils fauchent le matin; laissent le fourrage s’amortir un peu pendant la journée, puis cliarient le soir. Ils coupent egalement le soir, pour le lendemain matin. En supposant que chaque operation prenne trois heures, il en reste encore six pour les autres ouvrages dans la journée. Trente-deux têtes de bétail font trois cent vingt charretées de bon fumier par an. Si l’on compte la somme que vaut ce fumier; si l’on y ajoute le produit des terres employe'es à d’autres exploitations, et qui n’auroicnt servi qu’à faire pâturer les bestiaux, on verra que, même en déduisant les frais des deux personnes occupées, il restera un profit net de 1600 dolards par an. Qui est-ce qui refusera un profit annuel de 1600 dolars pour s’épargner la peine de surveiller ce petit détail? Or il faut remarquer que lors même qu’on ne nourriroil pas à l’étable, le travail des deux domestiques ne seroit pas moins nécessaire pendant l’hiver. II y a donc bien peu de chose à imputer au système 4e nourrir cri vert. Je conviens que les gens décidément paresseux , dé rangés, ou ivrognes, qui s’absentent souvent de chez eux, qui 11e mettent d’intérêt suivi à rien, se rangeront difficilement à un système qui suppose des attentions et des sodas; ESSAIS ET NOTES 35a mais c’est aux gens sages, prévoyans et avises, que je m’adresse. Dans les États qui sont au sud de la Pensil- vame , le sol a été appauvri par les deux principales productions, savoir : le maïs et le tabac. Le maïs étant cultive sans qu’on y mette jamais d’engrais, est la récolté, de toutes la plus e'pui- sante. On fume le tabac; mais cette récolté demande des soins si multiplies, que toutes les autres cultures lui sont sacrifiées. On bâtit volontiers jusqu’à dix maisons dans une ferme, pour les pre'parations que le tabac exige ; tandis que l’on ne bâtiroit pas une étable pour mettre les bestiaux à couvert, et que l’on n’e'tabliroit pas un acre de pré artificiel pour les nourrir. On re'pète, en attendant, qu’il faut beaucoup de fumier pour faire croître beaucoup de tabac. On en conclut qu’on ne sauroit trop multiplier les bestiaux. On a raison en cela ; mais il fau- droit aussi pourvoir, en même tems, aux moyens de nourrir un si grand nombre de bestiaux : sans cela, on va à fins contraires. Le planteur de tabac ayant une surabondance de bestiaux mal nourris, fait peu d’engrais, et de mauvaise qualité. Ces bestiaux, exposés aux pluies froides et aux gelées, périssent en grand nombre pendant l’inver, et sont clans le plus misérable état au pvintems. On est alors sur i/agricuuture. 553 oblige d’élever chaque année beaucoup de veaux qui sont traites de la même manière. L’intérêt bien entendu fera tôt ou tard ce que l’humanité’ auroit déjà dû obtenir des fermiers. Ou bâtira des étables pour le bétail, on aura des prés artificiels pour nourrir abondamment, et on proportionnera le nombre de ses bestiaux aux moyens de subsistance. DES DESSECHE MENS. Tiré des Principes et de la pratique d# l'agriculture, par R. Forsyth. La présence de l’eau, ou l’humidité constante du terrain, est très-utile à la végétation; mais sa surabondance est pernicieuse à beaucoup de plantes. Les eaux stagnantes font pourrir les racines des plus précieux végétaux; et il suffit que l’eau croupisse en hiver dans les champs, pour que la terre demeure stérile le reste de l’année. Il en résulte encore, souvent, qu’on ne peut pas labourer quand il le laudroit, et que dans les années pluvieuses, sur-tout, ces pièces ne rendent rien. Da ns les prairies , la stagnation des eaux fait périr plusieurs des meilleures plantes : il n’v a que les moins précieuses qui y résistent. 554 DES DESSÉCIIEMENS. Le dessèchement des champs et celui des prés sont donc egalement necessaires. Lorsque cette opération a lieu sur de grands espaces de pays, Pair en devient plus sain en été, moins froid en hiver , Pe'poquc des recolles en est plus hâtive, et leur succès plus grand et moins pre'caire. ' Deux causes peuvent produire la stagnation des eaux sur la surface du sol : les pluies peuvent l’avoir occasionnée, ou bien elle peut provenir de re’servoirs souterrains. Les dessé- chemcns s’entreprennent sur des principes dif- fe’rens, selon que l’une ou l’autre cause a produit la stagnation à laquelle il faut reme’dier. Je parlerai d’abord de la manière de dessécher les terrains que les eaux pluviales rendent humides ; ensuite, des procédés employés pour obvier à la stagnation, quand Peau provient d’un réservoir souterrain ; et enfin j’indiquerai la méthode par laquelle on peut dessécher des marais qui sont plus bas que tout le terrain environnant. JDesséchemens des terrains rendus humides par la stagnation des eaux pluviales sur la surface du sol. On fait usage, dans ce cas , de deux espèces de fossés de dessèchement : les fossés ouverts, et les couljtsses ou fossés couverts. » 335 DES DESSÉCHEMENS. Les coulisses coûtent davantage , mais elles ne laissent aucune partie du terrain qu’on ne puisse cultiver. Dans les terres glaises, tenaces, au travers desquelles l’eau ne filtre point, elle ne peut s’écouler par les coulisses, et l’on est obligé d’avoir recours aux fosses ouverts. O Dans certaines situations , les coulisses deviennent promptement inutiles. Si l’inclinaison du terrain environnant,conduit les eaux pluviales en grande abondance dans ces coulisses, elles obstruent très-vîte par le sable que les pluies y amènent. Il faut encore alors avoir recours aux fossés ouverts. t Les terres glaises tenaces ne peuvent être complètement desséchées, qu’en donnant à la surface une pente factice, c’est-à-dire, en formant des à-dos, de chaque côté desquels il» y a une rigole d’écoulement. Il faut de l’attention , pour donner aux labours la direction la plus convenable, afin que les à-dos se trouvent dans le sens de la pente générale du champ. Si cette petite est interrompue dans certains endroits , il faut y faire des rigoles transversales , afin que l’eau ne séjourne nulle part. Si les sillons , ou à^dos, étoient trop élevés dans le centre , il arriveroit que les grandes pluies enlraîneroient la terre de la hauteur dans les rigoles, ce qui obstrueroit i DES DESSÉCIIEMENS. 356 celles-ci, et appauvrirent la partie e'Ieve'e de chaque biilon : c’est à quoi il faut prendre garde , lorsqu’on dispose ainsi la surface d’un champ. L’agriculture flamande , et celle des provinces Angloises du centre, démontrent que ces pre'caulions , pour le desse'chement des terres glaises , sont pleinement efficaces, et que quand on les prend, ces terres peuvent «ire extrêmement fertiles. La manière ge'né- ralement usitée dans ces pays-là , est de disposer le terrain en planches' de vingt à quarante pieds de large , de manière que le centre de chaque planche, ou sillon, soit de trois ou quatre pieds plus haut que le fond des rigoles latérales. En ayant soin d’empêcher que celles-ci ne s’obstruent, on maintient le terrain toujours sec, et on peut y cultiver avec succès toutes les plantes de la terre. Voici comment M. Patterson décrit la méthode de dessèchement, pour les terres glaises, dans le Perth-shire : « Il y a dans ce district (de Gowrie) de grands fossés d’e’coulemens, qui se croisent en différentes directions, et qui sont communs entre les propriétaires dès pièces voisines. Ces pièces sont entourés de fossés, dont la pente conduit les eaux aux grands fossés communs , lesquels, à leur tour, se vident Ï5ES DESSfîCHEMENS. 5 O'J virent dans la rivière deTye. Chaque bâtiment de ferme est aussi borde de fosses j lesquels sont en communication avec ceux de toutes les pièces de la ferme. Tous ces fosses ont de deux à quatre pieds de large, dans le haut, et de un pied à un pied et demi, dans le fond. Au moyen de ce talus, les côle's sont moins sujets à s’ébouler ; mais cela n’empêche pas qu’on ne soit oblige' de nettoyer annuellement ces fosses, à grands frais. Si les champs sont parfaitement de niveau, les grands fossés communs suffisent à l’e’coulement des eaux, pourvu que dans leurs extrémités , la pente soit suffisante ; mais il est rare qu’un champ soit parfaitement de niveau; et lorsqu’on a fini les semailles, on a soin de tirer des rigoles dans les parties basses, en les dirigeant de manière à ce qu’elles s’écoulent dans les grands fossés. Ces rigoles sont d’abord ouvertes à la charrue; mais, ensuite , on les approfondit jusqu’au point convenable , avec la bêche. S’il y a quelque partie du champ qui soit basse, sans former un berceau propre à faciliter l’écoulement, on est obligé de creuser plus bas, dans de certaines parties, pour que l’eau puisse arriver dans les grands fossés d’égout. Les fermiers ont l’attention d’empêcher que ces rigoles ne s’obstruent. » Tome 6. Y DES DESSÉCHEMENS. 538 A chaque extrémité’ du champ , là où la terre s’est accumulée par l’effet des labours, on fait une planche transversale , laquelle a son talus de deux côtés, comme les autres. Sa rigole intérieure sert à recevoir les eaux des rigoles longitudinales qui y aboutissent; et on pratique deux ou trois autres rigoles, en travers de celte planche, à chaque extrémité du champ. Enfin, les fermiers soigneux ont la plus grande attention d’égaliser la pente dans tous les sillons , ou planches , de façon à ce que l’eau ne séjourne nulle part, et n’ait, dans aucun endroit, un cours trop rapide. En général , la largeur du fond d’un fossé ouvert, doit être un tiers de la largeur de ce fossé dans sa partie supérieure. Lorsqu’il V a beaucoup de pente , il convient de la modérer , en coupant les fossés obliquement à l’inclinaison du terrain , afin que les eaux ne rongent pas, et ne forment point de chutes. Lorsqu’on travaille dans des terres sablonneuses, il faut que Je talus du fossé soit plus grand que nous ne l’avons dit. Si le fossé est uniquement destiné à l’écoulement des eaux , il ne faut jamais laisser sur le bord , la terre qu’on en relire, parce qu’elle empêche l’eau d’y arriver, et parce que son poids tend à faire ébouler le bord du fossé : DES DESSÉCHEMENS. 33g cette terre doit être immédiatement cliarie'e dans les fonds où elle peut servir utilement à égaliser le terrain. Dans les plantations , on est obligé de dessécher avec des fossés ouverts, parce queues coulisses seroient exposées à être obstruées par les racines des arbres. Dans les prés ou pâturages , il est quelquefois utile d’ouvrir des petits fossés destinés à l’écoulement des eaux dont la stagnation nuit à l’herbe. Le bétail en pâturant les dégrade ; mais leur réparation est très-facile. Tous les fossés ou rigoles d’écoulement doivent être nettoyés une fois l’année : si l’on néglige cette réparation, elle devient plus difficile , et le fossé perd son usage. Cette nécessité d’un entretien annuel rend les fossés ouverts plus chers que les coulisses, dont le premier travail est plus coûteux. Les coulisses , ou rigoles couvertes , sont garnies de pierres ou d’autres matières qui ont assez de solidité et de durée, pour maintenir les vides par lesquels l’eau peut filtrer. Le tout est recouvert de terre , et on laboure par dessus sans s’apercevoir qu’elles existent. L’usage de ces aqueducs souterrains a été connu dans l’antiquité la plus reculée. On dit que les Perses de nos jours recueillent l’a van- 54o DES DESStJCIIEMENS. tage de l’établissement d’un grand nombre de canaux souterrains destines à dessécher des terrains mouilleux , pour en enrichir d’autres qui etoient trop secs ; et que cependant ce peuple ignore absolument l’art de ccs constructions, qu’il doit aux connoissances et aux travaux de ses aveux , sans que la tradition lui ait rien appris à cet egard. Caton, Palladius, Columelle et Pline , parlent des aqueducs souterrains pour les dessechemens. Ils dislinguoient les terrains dans lesquels ces coulisses etoient necessaires , et connoissoient les précautions à prendre pour que leur vide ne s’obstruât pas. Ils les remplissoient en pierres, et en branchages de saules , ou en d’autres branches tressées grossièrement. Ils les couvroient de grosses pierres; et pre'venoient la dégradation de l’aqueduc à sa sortie , en y pratiquant une maçonnerie régulière. Leurs coulisses avoient souvent trois ou quatre pieds de profondeur. Dans les endroits où il y a beaucoup de pente, il convient de la prendre obliquement comme pour les fossés ouverts: sans cela, l’eau creuseroit, la coulisse s’obstrueroit, et l’on verroit sortir l’eau comme une source artificielle , au détriment des récoltes. • Quant à la saison à choisir, pour faire ccs travaux , il y a du pour et du contre dans le DES DESSÉCHEMENS. 0^1 choix de l’été et de l’Iiiver ^ et le meilleur argument pour préférer cette dernière saison , c’est que les ouvriers sont à meilleur marché. La profondeur et la largeur des coulisses varient selon la nature des terres , et la situation et la pente des champs. Autrefois, on leur donnoil trois pieds de profond: maintenant on trouve généralement que deux pieds suffisent. La règle pour la profondeur des coulisses dans les champs, doit être que les animaux de labour, en marchant dans la raie ouverte , ne puissent pas déranger par leur poids, les pierres, ou les autres matériaux qui remplissent l’aqueduc. Les coulisses principales , savoir celles auxquelles aboutissent un grand nombre d’autres , doivent être plus profondes , parce qu’elles ont plus d’eau à conduire. Un pied de large seroit suffisant ; et on se trouve tout aussi bien de jeter les pierres au hasard dans les coidisses , que de les y arranger à la main : l’épargne du travail est considérable. Les pierres sont assurément ce qu’on peut mettre de mieux dans les coulisses. Lorsqu’on emploie des pierres de carrière , il faut les arranger régulièrement en laissant six pouces de vide entr’elles, et environ six pouces de haut. Le toit de l’aqueduc se fait en pierres plates, 54a DES DESSÉCHEMENS. qui empêchent que la terre n’y pénètre. Lorsqu’on jette les pierres pêle-mêle , dans la coulisse ouverte pour les recevoir , il faut avoir soin que ces pierres ne soient pas chargées de terre, et que les côtés ne s’éboulent pas avec les pierres qu’on jette dans le fossé ouvert, de peur qu’il n’en résulte ensuite que la coulisse s’obstrue. Avant de remettre la terre par dessus les pierres , il convient de jeter sur celles-ci de la paille , des joncs , ou des branchages. Les petites coulisses doivent être placées à dix- huit pieds, au plus, les unes des autres; et l’angle sous lequel elles entrent dans les coulisses principales, doit être aigu, afin d’éviter les obstructions qui pourroient s’y former, s’il se rapprochoit de l’angle droit. Il convient de maçonner en brique , ou en pierre, l’embouchure de chacune des petites coulisses dans la grande. Sir Henri Fletcher a pratiqué une manière de dessèchement pour un terrain de bonne qualité que les eaux pluviales inondoient ; et ce moyen mérite d’être rapporté. La couche inférieure est de la glaise à une grande profondeur. H fait creuser Je gazon à la bêche ; et il a soin de le faire conserver aussi entier qu’il est possible, il creuse ensuite jusqu’à deux pieds dans la glaise, en jetant celle-ci en dehors 345 DES DESSÉCHEMENS. du fosse , mais du côte’ oppose' à celui où ou a range' le gazon. Il emploie ensuite un instrument de dix-huit pouces de long, six de large dans le haut, et deux pouces seulement dans le bas, pour creuser dans le fond du fosse’, comme on feroit avec une bêche. Cet instrument donne sa forme à la section transversale de cette nouvelle coulisse place'e au fond du fosse. On nettoie avec soin‘le fond de cette nouvelle coulisse , qu’on garnit ensuite avec des pierres plates , de grandeur convenable , savoir, deux dans les côtes, qui se touchent dans le fond, et une troisième qui forme le toit par-dessus. De celte manière, il reste un espace vide en forme de prisme, par lequel l’eau peut librement passer. Pour terminer l’ouvrage, on place ensuite les gazons réserves, par-dessus le toit de la coulisse, en ayant soin de mettre l’herbe en-dessous. Sir Henry a e'prouve' que lorsque la distance d’une coulisse à l’autre èioit plus grande que dix-huit pieds, le dessèchement n’étoit pas complet. Lord Peter prétend que les coulisses garnies en branchage valent mieux que celles qui sont remplies de pierres ; parce que , lors même que le bois se pourrit, l’eau continue à courir dans la coulisse. • Au contraire , lorsque la terre s’établit solidement entre les pierres qui 544 DES BESSÉCHEMENS, forment une coulisse, il en resuite une espèce de muraille, qui ne donne plus passage à l’eau. Lord Peter observe, d’ailleurs, que les branchages laissent beaucoup plus de vide que les pierres, et par conséquent un plus libre passage à l’eau. M. Richard Preston de Blackmore , après une expérience de vingt ans , préfère le bois d’épine noire à toute autre matière quelconque, pour garnir les coulisses. Pour soutenir les fascines, on place de distance en distance, deux bûches en croix de St. André, ou chevalet. Par-dessus les fascines, on met de la paille, avant de recouvrir en terre. Des aqueducs, ainsi construits, ont rempli leur objet dans le Berwick-shire, pendant trente années consécutives. On a remarqué que le saule , et tous les arbres aquatiques se conservent singulièrement long-tems dansla terre humide, pourvu que ce bois y ait été mis encore vert. C’est donc une très-bonne méthode'que de placer obliquement des rondins de branches de saule vertes, en chevalet, dans les coulisses, pour soutenir les fascines qu’on y place (i). (i) J’ai vu des prés , autrefois humides, et desséchés depuis plus de trente ans, par des coulisses garnies en fascines. La meilleure manière seroit peut-être de DES DESSÉCIIEMENS. 545 Une autre manière de former les coulisses avec du bois, c’est de planter au fond du fosse ouvert, et d’un côte, des branches d’environ un pouce de diamètre, à un pied les unes des autres , de manière qu’en les repliant pour les assujettir contre le côté oppose, elles forment une voûte, sur laquelle on place en long, des branches que l’on recouvre de terre. M. Vancouvre, dans son rapport sur l’agriculture de la Province d’Essex , nous apprend qu’on pratique dans la glaise , des coulisses fort rapprochées les unes des autres, mais e'troites et peu profondes, que l’on garnit de paille , ou chaume , et qui font très-bien leur office. Un perfectionnement que l’on doit à M. Bed- vvell dans la construction de ces coulisses, consiste à tresser une corde de paille , de la grosseur du bras, et à garnir, de cette corde, le fond de la coulisse. On compte , en Essex , que les frais de dessèchement des terres glaises, avec des coulisses garnies de paille, sont d’une livre sterling par acre. Da us certains endroits, l’économie des matériaux employés est un objet de grande iai- fnire les fascines comme pour les relrancliemens, en forme de boudins, pois de les recouvrir de mousse : celle-ci remplit bien l’objet, et dure long-tems eu terre. 346 DES DESSÉCHEMENS. portance : cela a fait imaginer le moyen rie pratiquer des coulisses vides et sans appui ; et voici comment cela se fait. Lorsqu’on a ouvert le fosse à la profondeur ne'cessaire, on y place une pièce de bois de douze pieds de long, de six pouces de diamètre bit n unie, et légèrement conique , ainsi que l’est un tronc d’arbre. On fixe un anneau de fer à l’extrémité la plus grosse , laquelle doit être placée du côté le plus bas. On jette un peu de sable sur la pièce de bois ; après quoi on fait retomber dessus , et on foule fortement la terre qu’on avoit tirée de la coulisse. Au moyen d’une corde attachée à l’anneau, qui est au gros bout, on tire la pièce de bois le long de la coulisse ouverte ; mais de manière qu’uue long ueur d’environ deux pieds reste encore engagée. On dit qu’un aqueduc fait de cette manière ne donnoit encore aucun signe de dégradation au bout de vingt ans. Dans le Lancashire on dessèche les prés tourbeux très-efficacement par les coulisses, nommées socl-pipes (conduits-de-gazon ) ce sont des rigoles étroites, pratiquées d’un coup de bêche dans le fond d’un fossé, et recouvertes d’un gazon renversé, que l’on coupe de la grandeur nécessaire. L’elfet de ces coulisses dure plusieurs années. Ï1ES PESS’fecrïRM'ENS. 547 Dans le Buckirigharnshire on fait les conduits de gazon de la manière suivante : Après avoir ouvert le fosse à la profondeur necessaire, on le termine en prisme, de maniéré tpie les côtes se rencontrent à angle aigu. On «oupe des gazons en coins tronques, de manière que l’angle des faces de ces gazons soit le même que celui des côtés du fosse'. On place ces gazons à côte' les uns des autres dans le fosse’, dont ils ne peuvent pas toucher le fond , puisqu’ils ont la forme d’un coin tronque’ : il reste ainsi un vide pour l’ecou- lement des eaux. On voit dans le rapport sur la province d’Essex le detail d’une invention ingénieuse pour le dessèchement des près mouilleux. Une roue de fer fondu, de quatre pieds de diamètre, et du poids de quatre quintaux, n’a qu’un demi-pouce d’e’paisseur à sa circonférence , et cette épaisseur augmente graduellement en se rapprochant de l’axe. Cette roue, en cheminant, coupe par son poids seul, une tranchée, qui, lorsqu’elle a quinze pouces de profondeur, a quatre pouces de large en haut, et six lignes en bas. On peut augmenter la profondeur de ces tranchées, en chargeant la roue. On jette ensuite immédiatement dans le fond de la coulisse ouverte, une corde ou 548 DES DESSÉCHEMENS. tresse en paille, qui y de'cide et entretient le cours de l’eau. On dit qu’un jour suffit pour ouvrir ainsi le nombre suffisant de coulisses au dessèchement de douze acres de prairies. Dans les pâturages destinés aux moutons, on emploie encore pour l’écoulement des eaux de la surface, une méthode plus simple. Une forte charrue ouvre des sillons dans les di- ! rections convenables. Un homme détache, du gazon retourné , la terre qui se trouve de trop, en laissant au gazon une épaisseur de trois pouces. On replace sur la raie , ce gazon ainsi aminci, en laissant l’hevbe en dessus. 11 s’y affaise un peu , mais il laisse cependant un vide pour l’écoulement des eaux. Ces coulisses s’obstruent aisément ; mais on les refait, sans frais, aussi souvent qu’il est nécessaire. La durée de l’effet des coulisses de dessèchement doit varier selon les matériaux employés et les précautions' prises. Les aqueducs en pierres peuvent durer éternellement. Ceux qui ont été garnis en bois et en paille continuent à couler au bout d’un tems très-long, et même quand les matériaux qui les remplis- soient sont totalement décomposés : on a vu des coulisses de cette espèce conduire l’eau au bout de quarante ans, comme si elles étoient nouvellement établies. DES DESSÈCHEMENS. 54g Du dessèchement des terrains rendus humides par les sources. Jusqu’ici, nous avons parle du moyen de debarrasser le terrain, des eaux pluviales dont la stagnation nuit aux recolles : nous allons nous occuper des moyens d’ope’rer ce dessèchement, lorsque ce sont des sources qui rendent le terrain mouilleux. Pour prendre une juste idée de la manière dont les sources peuvent nuire à l’agriculture, conside'rons d’abord les differentes substances dont la terre est compose'e. Lorsque l’on creuse le sol, on trouve des couches de diverses matières , superposées les unes aux autres. Ces couches sont rarement dans une situation horizontale : elles sont inclinées sous divers angles, et dans diverses directions. Quelquefois ces couches se montrent à la surface du sol, et vont plongeant dans l’intérieur de la terre. Souvent, après avoir plongé jusqu’à une certaine profondeur, ces couches se relèvent pour reparoître plus loin à la surface du sol. Il arrive aussi fréquemment que ces couches sont brisées, changent brusquement de direction, et affectent les formes les plus irrégulières. Ces couches sont ou ne sont pas perméables à l’eau. Les premières sont de sable , ou de DES DF.SSÊCHEMENS. 5bo gravier, de pierres poreuses,, ou de roc coupe' de fissures. Les couches d’argile pure, ou de glaise mélangée de pierres, ou enfin les lits de rocher sans fissures , ne laissent pas passer l’eau. II faut remarquer que c’est principalement sur les montagnes que les nungesse rassemblent, et se réduisent en pluie. En Afrique, où il ne pleut presque jamais dans les plaines, il tombe fréquemment de la pluie sur les montagnes; et, en conséquence, c’est dans le voisinage de celles-ci que l’on trouve des sources au milieu des plaines de sable. Les substances pe'nétrables à l’eau , lorsqu’elles se trouvent revêtir extérieurement les montagnes, laissent passer les eaux pluviales, lesquelles descendent de couches en couches, et de fissures en fissures, jusqu’à ce qu’elles trouvent une couche de glaise ou de roc imperméable. Elles coulent alors sur cette couche imperméable , et au travers du sable et du gravier. Quelquefois, sur ce sable et ce gravier, il y a une autre couche imperméable inclinée parallèlement à celle sur laquelle l’eau coule : eelle-ci se trouve ainsi emprisonnée entre deux parois , qu’en termes de mineurs, on appel- leroit le toit et le mur du filon au travers duquel l’eau coule. C’est ainsi qu’il se forme des DES DESSÉCHEMENS. 55l ruisseaux souterrains dont l’origine est dans les pluies qui tombent sur les montagnes , et dont l’issue, à laquelle nous donnons le nom de source, se trouve ou sur la pente , ou au pied du mont, ou quelque part dans la plaine , là où le canal qui emprisonne l’eau arrive à la surface du sol. Or, comme ces eaux souterraines cheminent dans des canaux très-multi- plies , et dans toutes sortes de directions, il est rare que l’on creuse la terre à une certaine profondeur sans trouver une couche de substances poreuses , laquelle reposant sur une couche imperme'able , sert de réservoir ou de passage à l’eau ; en sorte qu’on peut fixer celle- ci pour l’usage de l’homme, en pratiquant une cavité dans laquelle on puise au besoin : c’est ainsi que l’on fait les puits. S’il arrive que la pente d’une montagne soit revêtue de glaise , et qu’une autre couche intérieure de glaise vienne se réunir à celle de la surface , l’eau qui descendoit sur la couche inférieure se trouvera emprisonnée ; et comme les pluies et les neiges en fournissent toujours de nouvelle , cette eau augmentera en masse, jusqu’à ce que sa pression contre la surface ait occasionné des fissures dans les endroits foiblesj et là il se manifestera des sources sur la pente de la montagne. S’il s’agissoit de dessécher le H 552 DES DESSÈCHEMENTS. terrain rendu raouilleux par ces sources , on comprend qu’on y réussiroit en perçant cette espèce de poche ou de réservoir , dans sa partie la plus basse : l’eau sortant alors librement par le bas, cesseroit de presser contre la surface du terrain en pente. Supposons maintenant que la couche perméable , de sable ou de gravier , toujours entre deux couches de glaise , au lieu d’être interrompue par la pente d’une montagne, s’enfonce jusqu’au niveau de la plaine , et conduise ainsi, sous cette plaine , les eaux qui filtrent du haut de la montagne. Supposons que la couche perméable devienne si mince qu’elle ne suffise plus à la quantité d’eau qui afflue , ou bien qu’elle cesse tout-à-fait, et que les deux couches de glaise se réunissent. Dans les deux suppositions, l’eau exercera une pression contre la couche supérieure, et se faisant jour par les endroits foibles , viendra humecter la surface de la terre , qu’elle entretiendra constamment humide, parce que les eaux qui descendent de la montagne ne cessent de filtrer. Or, comme nous supposons une plaine sans écoulement, il se formera un marais. Pour dessécher ce marais, il faut percer la couche supérieure de glaise, dans un endroit qui soit plus haut que les endroits où l’eau se fait jour. Elle DES DESSÉCHEMENS. 553 Elle poussera librement, par l’issue qu’on lui aura donnée ; et le terrain cessera-.d’être marécageux. Il arrive quelquefois qu’un terrain est domine de toutes parts, de manière que les eaux des pluies et les eaux des sources se réunissent sur sa surface, et qu’il paroît impossible à desse'cher. Cependant, si l’on réfléchit à ce que nous avons dit de la disposition irrégulière des diverses couches de la terre , on comprendra qu’il suffit de percer verticalement dans la 'partie la plus basse , pour arriver à la couche de glaise inférieure , et la traverser. On donne ainsi une issue descendante à la masse d’eau qui couvroit la terre, et qui de'irempoit les couches perméables. Tout l’art des desséchemens, lorsque l’humidité de la surface est occasionnée par une pression ascendante, dépend de l’application des principes que nous venons d’indiquer. L’importance très-grande de cet art n’est point encore appréciée , parce qu’il n’est entendu que d’une manière imparfaite , et que sa pratique jusqu’à présent, est fort bornée* » Cependant, il est probable que le tems n’est pas éloigné où l’art des desséchemens deviendra un objet du plus grand intérêt ; car il donnera à l’industrie agricole et commerciale l’avantaee Tome 6. Z DES DESSriCÏTEMENS. 554 de pouvoir disposer des eaux qui jusqu’ici ont coule ou séjourné inutilement, ou avec dommage, dans les cavités souterraines. Il s’est élevé une contestation relative à la decouverte de cet art. Le Dr. James Anderson, d’Aberdeen, fut assurément le premier qui, en 1775 , publia les principes sur lesquels repose la vraie théorie des desséchemens, pour les terrains que les sources rendent marécageux. Il y fut conduit par un hasard heureux : en creusant un puits au travers d’une couche de glaise , il atteignit la couche graveleuse dans laquelle une masse d’eau se trouvoit pressée. L’eau jaillit avec impétuosité par cette nouvelle issue ; et un marais voisin se trouva desséché. A peu près dans le même tems, M. Joseph Elkington , proprietaire d’une ferme dans le comté de Warwick , découvrit que , dans plu* sieurs cas, on pouvoit réussir à dessécher des terrains en faisant en terre un petit trou d’une profondeur suffisante. Quoiqu’illiltéré, M. Elkington est un homme de-beaucoup d’intelligence : il comprit quel parti il pouvoit tirer, pour sa fortune, de cette découverte. II entreprit le dessèchement des terrains , comme un métier. 11 eut soin de mettre du mystère dans ses procédés ; et comme il réussit souvent à dessécher des terrains mouilleux en faisant DES DESSÉCHEMENS. 555 en terre un petit trou à une grande distance de l’endroit où l’eau séjournoit, sa science parut miraculeuse , et il acquit une grande réputation. Il fut beaucoup employé , et avec succès. Lorsque le Bureau, ou Departement d’Agriculture, eut été formé , ses membres qui, à ce qu’il paroît, ignoroient que le Dr. .‘Anderson eût rien publié sur cette méthode, recommandèrent M. Elkington au Parlement; et il lui fut accordé mille livres sterlings d’encouragement. C’est une circonstance malheureuse que la première récompense accordée par le Parlement sur la recommandation du Bureau d’AgricuIture , l’ait été en conséquence d’une erreur. M. Elkington a le mérite d’avoir, le premier appliqué en grand les principes de l’art des desséchemens; mais M. Anderson avoit fait connoîire ces principes au public dans un tems où M. Elkington en faisoit un secret. Il est probable que la théorie de cet art n’c’loit pas absolument nouvelle. En Italie , lorsqu’on creuse un puits, on ne se donne pas la peine d’aller très-profond ; mais lorsqu’on a creusé de quoi faire un réservoir , on perce verticalement avec une tarière pour traverser les couches de glaise qui compriment l’eau ; et celle-ci monte dans le puits dès qu’on est par- / 556 DES DESSÉdXElIENS. venu à une couche de sable ou de gravier. Eo Allemagne , on connoîi depuis long-tems la ressource de dessécher un terrain en creusant un puits au travers des couches de glaise , jusqu’à ce qu’on arrive aux couches graveleuses ou sablonneuses. Le Département d’Agriculture avoit chargé M. Johnston d’examiner les principaux dessé- chemens opérés par M. Elkington , et de lui en rendre compte. Nous employerons son rapport, et d’autres observations encore, pour donner , s’il est possible , une idée nette de la pratique de cet art. Il fauÇ une longue expérience, et de nombreuses observations pour bien apprendre à connoître la structure interne de la terre , et la manière dont les couches diverses se succèdent ordinairement. Mais, avec de la réflexion , la partie de cette étude , qui est nécessaire à la pratique des desséchemens , peut s’abréger. La première chose à faire lorsqu’on projette le dessèchement d’un terrain rendu marécageux par les sources , c’est de tâcher de connoître par l’inspection des lieux environ- nans, quelle est la nature, l’épaisseur, la direction et l’inclinaison des diverses couches du terrain. L’inspection de la partie du sol, qui avoisine les rivières, et dont l’escarpement IÏES DES3ÉCHEMEN9. 557 est brusque , sert souvent à faire conjecturer ce que l’on veut savoir la-dessus. L’examen des puits et des carrières peut egalement être utile. Enfin, la nature des plantes qui croissent dans les terrains froids et mouilleux , tels que les roseaux et la presle, peut servir à faire connoître dans quels endroits sont place’s les re'servoirs souterrains des eaux qui exercent une pression ascendante, faute d’un écoulement en sens contraire. Il est souvent très-important de desse'clier les pentes de montagnes, non-seulement parce que ces pentes rendent peu et de mauvaise herbe lorsqu’elles sont mouilleuses , mais encore, et surtout, parce que ce pâturage donne la pourriture aux moutons. Dans ces cas-là , les fosse's de dessèchement pouvant rester ouverts , l’opération du dessèchement est peu coûteuse. Il faut bien se représenter que toutes les fois qu’un terrain dont la surface est inclinée, ou qui fait partie d’une pente de montagne , se trouve marécageux, c’est par la raison suivante : L’eau des pluies et des neiges, qui a pénétré les sommités de la montagne , descend au travers des couches de gravier ou de sable à peu près parallèlement à la surface de la montagne. La couche de glaise sur laquelle l’eau coule rencontre une autre couche 35 DRS riESSÉCIIJïMI'NS. de glaise qui sert de revêtement à la pente de la montagne , alors l’eau reflue , elle presse contre la surface, et se fait jour par des crevasses nombreuses , qui forment le marais. Pour dessécher ce marais , il faut ouvrir un fossé dans la partie la plus basse , et le continuer en remontant. A mesure que l’on procède à faire ce fossé, il faut percer de tems en tems , au fond de ce même fossé, avec une tarière, d’environ deux pouces de diamètre y dans une direction perpendiculaire à la pente de la montagne, et à une profondeur de. quinze pieds, au moins. Tarnt qu’il ne sort point d’eau par les trous que l’on fait à la tarière , il faut continuer le fossé, et sonder de même, de place en place. Lorsqu’enfin on arrive à percer dans sa partie inférieure le réservoir de la niasse d’eau, celle-ci sort avec force par le trou de la sonde , et ne s’arrête plus. Il faut alors tracer un fossé dans yine direction à peu près horizontale, et qui se trouve à angle droit avec le fossé ascendant, faisant avec celui-ci comme un T. Ce nouveau fossé doit néanmoins aller aussi un peu en montant, afin que les eaux puissent toujours se vider dans le premier fossé ascendant. On comprend que les deux branches du fossé latéral, se trouvant à peu près à la hauteur du fond du réservoir, on DES DESSÉCH13MENS. 55q peut vider complètement celui-ci, en perçant de place en place , au fond des fosses latéraux, des trous qui traversent la glaise , et servent d’issue aux eaux. Avant de connoître la théorie des dessé- chemens, on n’auroit pas eu, en cas pareil, d’autre ressource que de tracer plusieurs fossés voisins les uns des autres, et de les remplir de pierres , pour l’écoulement des eaux. Cela est, comme on le comprend, beaucoup plus cher, et moins efficace. Cela n’atteint pas complètement le but ; puisque la masse d’eau dont le séjour refroidit le terrain supérieur, demeure entière. Il arrive aussi quelquefois, qu’une montagne ou colline se trouve toute composée de couches alternatives de diversè”nature, placées à peu près horizontalement au-dessus les unes des autres, et dont les unes laissent passer l’eau, tandis que les autres la retiennent. Dans ce cas, les eaux paroissent à la surface du sol sur la pente de la montagne, vis-à-vis de l’endroit où le gravier joint la glaise. En se répandant à la surface, sur toute l’épaisseur de cette couche de glaise , elles gâtent la végétation. Elles s’imbibent ensuite dans la couche perméable qui succède; elles descendent verticalement jusqu’à la couche de glaise suivante, T)ES DESSÉCHEMENS. 36o et là, le même phénomène se représente, c’est- à-dire , qu’une nouvelle zone de végétation se trouve gâtée par les eaux. Pour dessécher une pente , dans cette supposition , il faut pratiquer des fossés dans le sens horizontal , au haut de chaque ceinture ou zone marécageuse, afin d’y réunir les eaux qui ont traversé les couches poreuses, et de s’en débarrasser ensuite par un ou plusieurs fossés descendans. Lorsqu’un terrain est composé d’une grande variété de substances, parmi lesquelles la glaise domine , le dessèchement est quelquefois très- difficile ; parce que la glaise, au lieu d’être par couches disposées uniformément, laisse des cavités irrégulières qui retiennent l’eau comme une coupe. Dans les saisons sèches, on remarque que la végétation se soutient mieux aux endroits qui répondent à ces réservoirs; mais dans les,saisons humides, la surface du sol devient marécageuse au-dessus de ces dépôts d’eau , que l’on prend quelquefois pour des sources. La seule manière de dessécher dans ces cas là, c’est de faire un grand nombre, de coulisses couvertes, lesquelles communiquent par le plus court chemin possible, avec un principal fossé de dégorgement. 36i DES DESSÉCHEMENS. Quant aux marais en plaine, on peut distinguer ceux qui sont susceptibles d’elre facilement e’coules, et ceux qui, se trouvant entoures d’un terrain plus élevé, ne sauroient être écoulés de la même façon. Les premiers peuvent recevoir l’eau de deux manières, c’est- à-dire , par des sources qui se font jour le long d’une colline supérieure , et qui descendent ensuite dans la plaine. Pour dessécher un marais de cette nature, il suffit de faire contre la pente dont il s’agit, l’operation de dessèchement, que nous avons détaillée ci- dessus ; et de rassembler les eaux dans un fossé qui les détourne de la portion en plaine que l’on veut dessécher. II arrive quelquefois, qu’au lieu de sortir d’une manière régulière , les eaux se font jour dans un grand nombre d’endroits, par dessous la plaine : et forment un marais tremblant, dangereux pour les bestiaux. La surface alors est ordinairement tourbeuse , et la couche inférieure est une glaise molle, crevassée déplacé en place, de manière à laisser le passage à l’eau. Il faut alors choisir l’endroit le plus bas de cette plaine, ou du moins-l’endroit par lequel il est le plus convenable de se débarrasser des eaux. On y coupe des fossés de largeur suffisante, et l’on perce verticalement au fond de ces fossés, DES DESSÉCHEMENS. 56â avec la tarière, afin de donner un libre essor aux eaux emprisonne'es sous la glaise. Lorsqu’il s’agit d’un marais très-ètendu , il faut ordinairement que le grand fosse' de dégorgement tienne toute la longueur du marais, et que d’autres fossés s’y réunissent, en traversant le marais sons plusieurs directions différentes ; mais toujours faut-il avoir soin de percer fréquemment le fond des fossés avec la tarière, pour que l’eau s’échappe plus li-r brement. L’effet de ce dessèchement est de rendre solide en très-peu de tems , le terrain auparavant mol et tremblant. Le même effet auroit lieu, lors même qu’on n’auroit percé la glaise que dans un seul endroit ; mais cet effet seroit plus lent. M. Elkington a souvent réussi en desséchant ainsi un marais en plaine , à se procurer une grande masse d’eau qu’il élevoit au-dessus de son niveau précédent, au moyen d’une espèce de tour creuse, et garnie d’argile qu’il bàtissoit tout au tour de l’endroit perforé. L’eau parvenue jusqu’au haut de la tour, e'toit ensuite conduite là où elle pouvoit être utile. Pour faire mieux comprendre tout ce qui tient à cette importante matière des desse'che- mens , nous allons rappeler ce que le docteur Anderson en écrivoit en 1775. 565 DES DESSIÏCHEMENS. Supposons, dit-il, qu’une couche sablonneuse , au travers de laquelle l’eau filtre, se trouve interrompue , et forme comme un sac entoure de glaise. L’eau, qui arrive toujours du haut pressera contre la couche de glaise supérieure au sable, et se forçant un passage, formera une source. Si la couche de glaise est partout egalement forte, l’eau filtrera par un grand nombre de petites crevasses, et le terrain se trouvera mare'cageux partout. Le remède à ce mal est facile. Si, dans la partie la plus basse de ce terrain marécageux, on creuse un fosse' assez profond, pour traverser la glaise , et pénétrer dans la couche graveleuse , l’eau y arrivera avec beaucoup de force d’abord , puis graduellement avec moins de violence, à mesure que la pression de la masse d’eau contre la glaisediminuera. Lorsque tout le réservoir souterrain sera écoulé, le terrain , auparavant marécageux , deviendra sec, et susceptible de toutes les cultures, pourvu que le fossé inférieur demeure ouvert. » Le Dr. Anderson dit qu’il a l’expérience du succès complet de celte opération. Il ajoute ce qui suit : (( Si un champ, qui se trouve humide par la raison que je viens d’expliquer, est labouré en sillons relevés, on ne réussit pas à le dessécher j car le poids de la terre sur 564 DES DESSECHEMENT. Ic re'servoir d’eau, se trouvant beaucoup plus foible dans les raies que sur les billons, c’est au fond de ces mêmes raies que l’eau transpire par la pression qu’exerce sans cesse de bas en haut cette eau emprisonnée. Si l’on convertissoit les raies en fosses, on pourroit, dans certains cas, desse'cher complètement le terrain , parce qu’on seroit parvenu, sans s’en douter , à la couche de gravier ou de sable. Je fais mention de cette circonstance pour répondre a ce que l’on pourroit remarquer relativement aux succès fortuits obtenus de cette manière, et qui semblent en contradiction avec ce que j’ai dit sur ce sujet. Les marais tremblans ne sont qu’une variété de ceux que je viens de dépeindre ; et ils doivent être desséchés précisément sur les mêmes principes. L’argile est une substance que l’eau pénètre très-difficilement; mais, à la longue, l’eau la délaie, et en forme une espèce de bouillie. La couche de glaise sous laquelle l’eau étoit emprisonnée , se trouvant une fois réduite à cet état, soutient, mais d’une manière incertaine , le gazon qui est à la surface. Celui-ci forme une croûte de racines entrelacées. Il tremble , quand on marche dessus ; et il cède, si on le charge d’un poids considérable. La cause constante de cet 365 DES DESSÛCHEMENS. état du terrain , c’est la pre'sence des eaux dont l’effort est ascendant contre une couche de glaise qui les tient emprisonnées, et qu’à la longue , elles ont délayé en partie. Je dis en partie, parce qu’il reste toujours une portion de la glaise, encore solide , et qui sépare le réservoir d’eau, de la masse tremblante. & cela n’étoit pas , l’eau sortiroit du réservoir en abondance, et avec force. Comme l’action de l’eau dissout continuellement la glaise, et que l’épaisseur de la croûte solide diminue, par conséquent, de jour en jour, il doit arriver que celle-ci crève tout-à-coup, et qu’il se fait un débordement des eaux emprisonnées. Ces événemens ne paroissent pas assez importans pour être transmis à la postérité. On se souvient du débordement subit de bouillie tourbeuse qui, en 1771, couvrit tout-à-coup plusieurs centaines d’acres de champs à Sohvay, dans le Northumberland. Lorsque le marais tremblant se trouve sur une pente , il faut que le fossé soit creusé transversalement, et à peu près au niveau de la partie la plus basse du marais. Mais s’il s’agit d’une plaine, dans laquelle il y ait un grand nombre d’endroits marécageux , peu importe de creuser le fossé dans un lieu, ou dans un autre : pourvu qu’il soit suffisamment profond DBS DESSÙCHEMENS. 366 pour atteindre la couche sablonneuse, ou gra^ veleuse, l’eau s’écoulera en entier par là, et la plaine sera desséchée. Il peut arriver que le lit de gravier se trouve à une profondeur considérable; et qu’il soit impossible de faire un fosse suffisamment profond pour traverser tout-à-fait la couche de glaise. Cela n’est point un obstacle au dessèchement : on fait alors un fosse de trois ou quatre pieds de profondeur , dans lequel on pratique de place en place, des creux suffisamment 'profonds pour atteindre la couche graveleuse. J’ai desséché de cette manière , plusieurs terrains ; et comme les circonstances générales sont toujours les mêmes , je vais donner quelques instructions pour ceux qui auroient des desse'chemens à faire dans des terrains de cette nature. « Si on essaie de creuser jusqu’au gravier dans les endroits où l’eau est en grande abondance, il est presqu’impossible d’y réussir ; parce que la glaise dans laquelle on creuse , manquant de consistance , elle tombe dans le fond du creux, et le remplit à mesure qu’on le fait; il ne faut donc pas que le creux se fasse dans la boue elle-même; mais aussi près que cela est possible de l’endroit inonde'. Il arrive cependant, qu’en choisissant le tems DES DESSÉCHE MENS. 567 c!e la plus grande sécheresse, on peut creuser à la profondeur necessaire , dans la partie où Ja glaise est la plus molle. J’y ai re'ussi quelquefois , et cela m’a donne occasion de mieux examiner la nature de ces marais tremblans qu’il ne m’eût été possible de le faire sans cela. Il est rare que la couche de glaise molle ait plus de quatre pieds d’e'paisseur. Au-dessous de cette couche , la glaise a une extrême djirelé, tellement qu’il faut la pique pour la creuser. Celui quj n’a point l’expérience de la chose , se représente que c’est là le fond du re'servoir d’eau. En continuant à creuser au travers de cette glaise dure, on trouve ordinairement des filets d’eau, comme un tuyau déplumé, ou plus petits, lesquels transudent de la glaise , dans le creux que l’on fait. Il ne faut point s’y arrêter ; mais continuer à creuser, jusqu’à ce qu’on arrive au véritable réservoir. On le trouve d’ordinaire entre deux et quatre pieds plus bas que le fond de la bouillie de glaise. Lorsqu’on est arrivé à ce réservoir, il est impossible de s’y méprendre; car, si c’est la première ouverture que l’on y pratique, l’eau jaillit tout-à-coup avec beaucoup de force, et s’élève même quelquefois en jet-d’eau , dans le fond du fossé. Cette violence du courant sortant du réservoir, n’est pas de longue t 568 DES DESSÉCHEMENS. duree : elle s’affoiblit à mesure que la pression de l’eau accumulée diminue ; et l’eau coule enfin comme d’une source ordinaire. Au bout de quelques jours, après cette operation, la surface , auparavant marécageuse , s’affaisse; ce qui e'toit une bouillie de glaise devient de la terre solide; et le gazon, qui auparavant ne pouvoit pas porter un chien, peut, au bout de quelques mois , supporter le poids des plus gros bestiaux. J’ai une pièce de cette espèce, dans laquelle un seul creux, fait comme je l’ai explique, a complètement desséché le terrain, à une distance de cinquante toises à l’entour. Mais, comme il arrive quelquefois que la couche perme'able, dans laquelle l’eau coule , est interrompue, ou irrégulière, il convient de multiplier les creux, ou puits, pour que, dans tous les cas, le dessèchement soit complet, toujours en ayant soin de diriger l’ègout de la pièce vers la partie du terrain la plus basse. Lorsqu’on ouvre un second puits, un troisième, et un quatrième, on peut juger, à la manière dont l’eau sort du réservoir, s’il y a une libre communication entre le premier puits ouvert, et ceux-là. Si la communication n’est point interrompue; l’eau coule, sans jaillir: dans la supposition contraire, elle jaillit avec une force proportionnée à la grandeur du réservoir, et t a DES DESSÉCHEMENS. 56g à la pression qu’elle éprouvoit. Pour empêcher que ces creux ne s’obstruent, il faut les remplir de pierres, dès qu’on les a ouverts, de manière que les pierres arrivent jusqu’au niveau du fond du fosse'. )> « J’ai souvent imagine' que l’on pourroit éviter la de'pense de creuser ces puits, en perçant avec une tarière , la couche solide de glaise qui sépare le fond du fossé, du réservoir où l’eau est emprisonnée ; mais, n’ayant pas l’expérience de la chose, je ne puis pas affirmer que ce moyen fût efficace. » )) S’il s’agit d’un marais tremblant dont l’étendue soit très-considérable ,i il faudra beaucoup de tems pour compléter le dessèchement; parce que l’on ne peut pas traverser la pièce, par un grand fossé d’écoulement, avant que le terrain ait pris une certaine consistance. Dans une telle supposition, celui qui entreprend de dessécher la pièce, doit ouvrir d’abord un fossé d’écoulement , dans la partie la plus basse , et faire son premier puits aussi près qu’il est possible du marais tremblant. Ce puits desséchera les parties environnantes. Lorsque cette portion sera devenue solide, il y continuera son fossé, et fera de nouveaux puits, et de nouvelles branches de fossé, à mesure Tome 6. Aa I 070 DES DESSIÏCHEMENS. qu’il avancera, et que le terrain deviendra suffisamment solide. » A.u moyen de ce proce'de’, un marais tremblant quelle que soit son étendue, peut être converti à peu de frais en terrain arable; et, comme c’est la seule manière possible de des- se'cher des marais de celle nature, j’en recommande l’étude à tous les cultivateurs attentifs. Je leur recommande de bien examiner avant d’entreprendre, quelles sont les circonstances de leurs terres mare'cageuses ; parce qu’elles peuvent toujours se rapporter à l’une ou à i l’autre des classes de marais dont j’ai parle'. j Une fois cet examen préliminaire fait avec soin , on peut entreprendre le dessèchement de la manière que je l’indique, sans avoir la moindre crainte d’e'chouer : le succès en | est sûr. 1 M. Wedge de Bickenhill a e’te' employé’ à de vastes opérations de desse'chemens : voici comment il rend compte de sa the'orie. II y a dans tous les pays, certains terrains, qui, même dans la saison des pluies, ne sont jamais mouilleux à leur surface ; tandis que d’autres ont leur couche supérieure toujours humide. Les premiers de ces terrains, laissent 1 pénétrer l’eau des pluies, et celle-ci descend jusqu’à ce qu’elle soit arrêtée par une couche DES DESSECHEMENTS. 5 7 L argileuse. Là, il s’en rassemble plus ou moins, selon la quantité' des pluies , et selon la facilité avec laquelle l’eau trouve son écoulement. Ainsi retenue à diverses profondeurs, l’eau se distribue par les veines de sable ou de gravier, et se montre souvent à quelque distance formant des sources, ou des marais. Ceux-ci reposent toujours sur une couche d’argile , ou de glaise marneuse. On peut diviser les marais en deux classes.; La première est formée par les eaux qui descendent des montagnes et qui sont retenues, dans la plaine sur la surface d’un terrain de nature argileuse. Dans l’autre classe de marais il faut se représenter, à une certaine profondeur, un plan argileux sur lequel l’eau repose, dans une couche de gravier, ou sable. Sur cette couche de gravier ou sable , est un autre lit de glaise, contre lequel, l’eau presse de bas en haut, à cause de l’addition continuelle que reçoit sa quantité, par les canaux souterrains qui amènent l’eau d’un lieu plus élevé. Cette pression constante fait céder la glaise dans ses parties foibles, et il en résulte une stagnation des eaux dans la couche de terre végétale. On pourroit indiquer une troisième classe de terrains marécageux; ce sont ceux qui, DES DESSÉCHEMENS. 5-7 i ayant près de leur surface, une couche de terre argileuse , laquelle ne laisse pas passer les eaux pluviales, et n’ayant pas de pente, sont constamment mouilleux et froids. <■ Les marais de la première classe peuvent être desse'che's en coupant des fosses au travers de la couche qui amène l’eau au marais. La seconde classe peut se dessécher en faisant des fossés à une profondeur convenable dans la couche supérieure de glaise , puis en perçant avec une tarière, au fond de ces fossés , jusqu’à ce qu’on arrive à la couche de sable, ou gravier. On verra alors l’eau jaillir par les trous de la sonde , avec une force proportionnée à la hauteur du réservoir d’eau. Il faut sonder de vingt pieds en vingt pieds, à mesure que l’on creuse le fossé. En faisant ainsi la ponction du grand réservoir d’eau, on l’e'puise complètement; mais il faut avoir soin que le niveau permette l’écoulement par un fossé qu’on y destine. Ces deux méthodes de dessèchement peuvent rendre à la culture de vastes espaces inondés; et il suffit quelquefois d’un seul fossé pour dessécher de grandes étendues de terrains. L’endroit le plus favorable pour établir le fossé de dessèchement, est celui où la couche qui donne passage à l’eau , se rapproche le plus de la sur- UES DESSÉCHES!ENS. 5?5 face du sol. On s’en assure en appliquant la sonde successivement en divers endroits. La troisième classe de terrains marécageux peut être desséchée par des coulisses en nombre et de profondeur convenables , pour l’écoulement de l’eau qui séjourne à la surface. Une partie des terrains à dessécher appar- tenoit à des communaux de la paroisse de Bickenhill, dans le Comté de Warwick. Une certaine étendue de ee terrain avoil une surface tourbeuse, ne produisoit presque point d’herbe, et, dans les saisons pluvieuses, e’toit couverte d’eau. Dans d’autres endroits, c’étoit un marais tremblant, ou, du moins, une tourbe molle et profonde. M. Wedge sonda ce marais dans plusieurs endroits. Il trouva partout la tourbe , le gravier, et le sable. Toutes les fois qu’il arrivoit au sable, il le trouvoit tellement détrempé, qu’il étoit presqu’aussi fluide que l’eau. Jugeant qu’il seroit impossible de creuser dans ce sable liquide , il fit un fossé qui coupoit la tourbe, et le gravier, en laissant pourtant entre le fond du fossé et la couche de sable, une épaisseur suffisante pour porter les matériaux d’une coulisse recouverte. Ces matériaux étoient des pierres plates dans les côtés, et d’autres en chaperons, avec de la tourbe 374 , DES JïESSÉCHF.MENS. par dessus. La peu le de ces coulisses éloit ménagée pour l’écoulement des eaux. Après cela , il perça de vingt pieds en vingt pieds , avec la sonde, jusque dans le sable. L’eau sor- toit abondamment par les trous de la sonde, et s’e'couloit par les coulisses. Mais le dessèchement opère’ de celte manière ne s’ètendoit qu’à quelques toises de chaque côte du fosse. Ces trous n’e’toient point d’un diamètre suffisant , et ne pénélroient pas assez profond , pour épuiser la totalité de ce vaste réservoir d’eau. M. Wedge, voyant son erreur, s’y prit différemment : il se mil à examiner les différentes couches, jusqu’à une profondeur plus considérable , dans la limite supérieure du marais; et il entreprit le dessèchement par les moyens indiqués ci-dessus , pour la première classe de terrains mouilleux , c’est-à- dire , en coupant par un fossé , la totalité de la couche perméable à l’eau. C’étoit en été ; et le tems étoit sec. Il commença par ouvrir un fossé de dégorgement, au bas de la pente qui dominoit le marais , et le long du bord de celui-ci. Après avoir coupé son fossé dans la tourbe , et dans le gravier , ou sable solide, il creusa encore une profondeur de bêche, dans le sable mouvant. Son fossé, qui avoit environ trois cents toises de long, fut tout DES DESSÉCHEMENS. 5y5 creuse à celte profondeur, et l’écoulement de l’eau alloil à environ soixante pintes par minute. Au bout de neuf jours, l’effet parut très-sensible, soit au-dessus du fosse’, soit dans le marais au-dessous. Il trouva que, dans une hauteur de trois pouces, faisant partie de la longueur de bêche , creuse'e dans le sable mouvant, ce sable s’e'toit desséché, et ctoil devenu solide. Il approfondit encore son fosse d’une longueur de bêche. Au bout de quelques jours, il observa le même effet sur la couche supe'rieure du sable mouvant. Il répéta son opération à plusieurs reprises , toujours qvec le même effet, jusqu’à ce que la totalité de la couche du sable mouvant fût tranchée. La quantité d’eau , qui couloit dans le fossé, s’augmenta pendant tout le cours de l’opération : et le marais se trouva parfaitement desséché. Pendant le tems que ce travail dura, M. \tyedge eut soin de maintenir le courant, dans une espèce de cunette, formé au milieu du fossé, lequel avoit trois pieds de large. Sans cette précaution , les cotés du fossé se scroient écoulés, ainsi que cela arriva dans plusieurs endroits avant qu’on y eût pensé. La profondeur moyenne de ce grand fossé de dégorgement étoit de neuf pieds. On le convertit en une coulisse couverte, au fond 576 DES DESSÉCHEMENS. de laquelle on mit de la fougère , puis des tourbes coupées de grandeur et forme convenable pour laisser un canal vide dans le milieu. Des pierres plattes, placées de part et d’autre entre les tourbes, et surmontées d’autres pierres plattes formant un toit, don- noient de la solidité au canal ; et on achevoit de combler le fossé avec du gravier. De cette manière , M. Wedge réussit à dessécher, avec une dépense de 80 liv. sterl., trente acres de terres, qui auparavant, ne rendoient absolument rien, et qui donnèrent dès lors, i 4 shcl. l’acre. Il réussit de même à dessécher une étendue de neuf acres, en employant le moyen indiqué ci-dessus, pour la troisième classe de terrains marécageux. Il entreprit le dessèchement de neuf acres de marais tremblans chez le Comte d’Ayles- ford. Ce marais étoit de la seconde classe, c’est-à-dire , formé par la stagnation des eaux qui se faisoient jour par dessous, au travers d’un lit de glaise. La boue de ce marais avoit depuis deux , jusqu’à six pieds de profondeur. M. Wedge commença par profiter d’une pente assez sensible qui existoit dans ce marais, pour y creuser deux grands fossés de dégorgement. Après cela, il ouvrit dans différentes parties du marais, des fossés qui commuaiquoient DES DESSJÊCHEMEKS. 577 avec les principaux, et au fond desquels il perçoit des trous jusque dans le sable mouvant. L’eau sortoit alors en abondance , et tout se de'gorgeoit finalement par les grands fosses. Ce terrain a été si bien desséché, qu’on peut y passer maintenant au galop. Ce dessèchement dans son ensemble, a coûté 25 liv. sterb, et le terrain se loue actuellement vingt shellings l’acre. M. Wedge a desséché un autre marais de quarante-trois acres. Le but de ce dessèchement e’ioit en même tems d’augmenter l’eau d’un moulin. Il se trouva, dans cette opération , une circonstance que l’on doit souvent rencontrer dans les desséchemens ; c’est un brusque changement dans la position , ou direction , des couches inférieures qui supportent les eaux. L’opération fut commencée au niveau de l’étang du moulin, et continuée sans obstacle à la distance de trente-deux chaînes, de la manière indiquée pour dessécher les marais de la seconde classe , c’est-à-dire , en perçant à la sonde, jusqu’au sable mouvant, depuis le fond d’ un fossé préalablement fait pour le dégorgement. A la distance ci-dessus mentionnée du réservoir du moulin , la couche argileuse qui emprisonnoit l’eau par dessus j MS DESSÈCHEMENTS. 5y3 cessa tout-à-coup, et la couche de sable qui servoit de passage ou de re'servoir à l’eau , se trouva du double plus e'paisse. La pente n’e'toit pas suffisante, depuis ce point-là jusqu’à l’étang, pour pouvoir couper le fosse jusqu’au fond de la couche du sable mouvant. II lit donc ua fosse' peu profond ; et perça de placé en place avec la sonde, dans le sable mouvant, des trous par lesquclsl’eauarrivoit avec abondance. Il fit à ce fosse' les embranchemens ne'cessaires, en perçant toujours de la même manière avec la sonde , de trois en trois toises, de façon à faire arriver l’eau du réservoir inférieur. La quantité d’eau réunie par les fossés de dégorgement fut très-considérable $ et le terrain est demeuré parfaitement desséché. Auparavant, il avoit trente acres très-marécageux , et douze acres qui n’étoient que de la boue profonde. La terre donne maintenant 16 shellings de ferme par acre. Du dessèchement des marais pour le dégorgement desquels le terrain n’offre aucune pente. Lorsque le marais à dessécher est formé par les eaux pluviales, et se trouve entouré de terrain plus haut que la surface même de ce marais, en sorte que pour arriver à un t DES BESSÉCKEMENS. 579 niveau plus bas, il faudroit couper des tranchées qui coûteroient plus que le terrain ne vaudroit après être desséché, voici comment il convient de s’y prendre. On choisit l’endroit le plus bas, pour en former le centre, vers lequel toutes les coulisses de dessèchement doivent aboutir. On fait un creux dans la terre végétale , jusqu’à ce qu’on atteigne l’argile dont la couche retient les eaux pluviales. On fait alors, au travers de celle-ci , plusieurs trous, avec la tarière , de manière à atteindre une couche poreuse. On range ensuite des pierres, autour des trous de la sonde, pour laisser un libre passage à l’eau , et empêcher que les trous ne se bouchent. Il est encore plus sûr de faire un puits, dans cet endroit le plus bas , et de le remplir de pierres , de manière à établir une communication , entre l’eau qui séjourne sur la terre, et la couche perméable qui est au-dessous de la glaise. On fait avec soin les coulisses qui aboutissent de tous côtés à ce centre de dessèchement. Dans le Hereford-sliire , il n’est pas rare de creuser des carrières de pierres à chaux, jusqu’à quarante pieds au travers d’une glaise rouge qui retient les eaux. Ces carrières, remplies ensuite avec des pierres , servent d’égout à toutes les terres environnantes, et on y fait V 58 o DES. DF.SSÉCITEMENS. aboutir les fosses de dessèchement (1). Le Dr. Nudg'ent, dans ses voyages en Allemagne, publies en 1768, fait mention d’une manière de dessécher les marais, sur les mêmes principes qu’il a vu mettre en pratique dans ce pays- la , et qu’il dit aussi applicable aux lacs. «Il est, (dit cet auteur) de la nature des terrains tourbeux , d’avoir, au-dessous de la tourbe, une couche de glaise , qui ne laisse pas pénétrer l’eau j mais cette couche n’a pas ordinairement une épaisseur considérable, et l’oti trouve le sable ou le gravier au-dessous. Le bon sens indique donc qu’en perçant la glaise, on se débarrasse de l’eau. Pour cela, onchoisit l’endroit le plus bas de ce marais , et on y creuse un puits qui pénètre jusqu’à la couche (1) Lorsqu’on forme un puits-perdu, dans le but d’écouler les eaux qui sont à la surface, on est exposé à produire un effet tout contraire à celui qu’on attend. Si, après avoir percé la couche de glaise qui retient les eaux à la surface du sol, on trouve une couche sablonneuse, qui serve de réservoir à une eau comprimée, celle-ci sort par le puits; et le terrain, au lieu d’être desséché, est plus inondé qu’auparavant. Le seul moyen d’éviter cet inconvénient, ou du moins de l’af- foiblir, paroît être de percer toujours à la sonde, avant de creuser un puits, afin que, dans le cas où l’eau monteroit au lieu de descendre, on fût a tems de boucher le trou de la sonde. DES DESsÆcHEMEÏhS. 301 perméable. De grands fossés de dégorgement conduisent à ce puils ; et, lorsque ce marais est à-peu-près dessèche , on remplit de pierres le puits perdu , et lès fosses qui y mènent. De cette manière , la pièce a un e'gout per* manent, qu’on n’aperçoit que par ses bons effets. )) . L’auteur du Rapport sur l’agriculture du comte de Roxburgh , dit avoir adopte pour lui-même , et avec succès , celte manière de dessécher. Les terres , dit-il , qui ont besoin de dessèchement, dans ce comté , ont, aune profondeur qui varie depuis un jusqu’à six pieds, une couche de substance semblable à une ardoise noire, qui n’a pas une fissure, et qui est impénétrable à l’eau : cette couche d’ardoise noire a de vingt à vingt-cinq pieds d’épaisseur. Au-dessous de cette couche , on trouve une roche feuilletée, d’une profondeur inconnue , et qui donne aisément passage à l’eau. Les couches supérieures du sol sont d’une terre légère et tourbeuse. En hiver, l’inondation y est générale. Lorsque le vent et le soleil du printems ont agi sur celte surface, elle devient passablement solide , et donne une herbe de mauvaise qualité. En 1784, l’auteur du Rapport fit labourer vingt acres de ce terrain. Tout ce qui se irouvoit 582 DES DESSECHEMENT.' sur le même niveau , fut laboure' en billonsj Au printems de l’année suivante , on y fit passer et repasser le be'tail, pour affermir le terrain. A la fin de juillet, on relaboura en billons ; et, pour se débarrasser de l’eau qui séjournoit dans les raies , on fit percer de place en place, avec une sonde , au travers de la pierre schisteuse. On maintint les trous ouverts, en plaçant à l’orifice, des paniers, avec des pierres dedans. On les ôtoit ou on les remettoit, selon que le tems étoit humide ou sec. Au printems 1786, le terrain se trouva aussi promptement en état de recevoir la charrue , qu’aucune autre pièce de la ferme. Les eaux s’étoient écoulées , jusque dans la couche perméable. Ce terrain devint d’un grand rapport. Les moyens de dessèchement applicables à l’agriculture , le sont aussi à d’autres objets. Par exemple, dans les carrières de pierre, et de marne, on peut se débarrasser des eaux, en les faisant descendre dans les couches perméables, par la perforation de celles qui ne le sont pas. On peut faire la même chose dans les mines profondes. En voici un exemple : Une mine de charbon étoit exploitée dans le Aork-sliire. Une machine à vapeur truvailioit constamment à épuiser l’eau, en la faisant re" UES DESSicïIEMENS. 585 monter à cent quatre-vingt pieds. Les proprietaires , ayant perce la couche de charbon, pour la sonder, l’eau , qui auparavant séjour- noit au fond de la mine, s’engoufra dans les trous de la sonde ; et de ce moment-là , la pompe devint inutile. On voit par ce fait, combien la connoissance , et l’application des vrais principes des desséchemens pourroient devenir utiles. De la culture des marais tourreux. La tourbe couvre de très-vastes étendues de pays j et il est bien important d’examiner de quelle manière on peut s’y prendre pour rendre à la culture ces espaces perdus. Le Dr. Anderson a dit que la tourbe étoit une masse de végétaux, qui avoit une croissance , ou vie intérieure, tandis que sa surface étoit morte. Il distingue les marais tourbeux en deux espèces : ceux qu’il appelle de tourbe vivante , que l’on exploite pour le combustible , et sur lesquels il n’y a point de végétation. Il appelle la seconde espèce, marais de tourbe morte , sur lesquels il y a une végétation dp plantes presqu’inutiles. On a fait diverses objections à ce système du Dr. Anderson. On a remarqué que, là où il suppose de la vie , on trouYoit tous les symp- DES DESSÈCHEMENT.' 584 tûmes, d’une dissolution complète. Lorsque! dans une nuit obscure , on remue la tourbe, on lui voit jeter une lumière sembable à celle du bois pourri ; et l’on sait que les feux follets sortent fréquemment des marais tourbeux. N’est-il pas contre toutes les analogies de la nature , de supposer qu’un ve'ge'tal pourroit croître, acque'rir des libres ligneuses, et la capacité de briller, sans aucune influence du soleil , et sans contact avec l’air. Il paroît que la véritable histoire de la tourbe est celle-ci : il y a environ trois cents différentes plantes qui entrent dans la composition de la tourbe. Ces plantes sont susceptibles de vivre dans les situations les plus froides, pourvu qu’elles soientcontinuellement entourées d’eau stagnante. Partout où l’eau séjourne, ces plantes végètent ; et leur végétation même est une nouvelle cause de la stagnation des eaux. Lorsqu’elles se sont élevées à une hauteur considérable , la partie la plus basse de leur lige, éprouve une macération qui les empêche de végéter, et l’eau se charge de leurs sucs. Comme ces plantes sont extrêmement astringentes, et contiennent beaucoup d’acide gal- lique (1), l’eau dissout cet acide, et la pro- (i) On sait que l’eau tourbeuse a été employée pour prie'té DES DESSÉCHEMENS. 585 priété astringente qu’elle en reçoit, prévient la putréfaction proprement dite , c’est-à-dire, la décomposition putride : les liges demeurent entières, et les animaux ne peuvent pas vivre dans cette eau. Les plantes qui dépassent l’eau continuent à végéter dans leur partie supérieure, ou bien d’autres plantes croissent sur celles-là.De nouvelles plantes parasy tes s’élèvent successivement sur les précédentes, à mesure qu’elles se dessèchent. Lorsque la tourbe , ainsi formée par l’accroissement, et le dessèchement successif des plantes, s’est élevée au-dessus du niveau de l’eau, elle n’augmente plus , parce que les plantes qui la composent ne peuvent pas vivre sans être abondamment abreuvées. La portion de la tourbe, qui se trouve au-dessus de l’eau , se décompose par le procédé ordinaire de la putréfaction , et se convertit en terreau. D’autres petites plantes croissent quelquefois sur ce terreau ; mais la partie tourbeuse, qui est sans cesse détrempée, ne se pourrit point ; et les tiges des anciennes plantes, s’y Conservent en nature. tanner les cuirs, en remplacement de l’eau chargée d’acide gallique, provenant de l’écorce de chêne; mais il paroît que certaines tourbes n’ont point la même propriété. Tome 6. Bb DES DESS ÉCIIEMENS. 586 II y a des tourbes noires, et d’autres qui sont jaunes ou blanchâtres. Celle qui paroît noire, lorsqu’elle a e'te' exposée à l’air, est d’un brun fonce', tant qu’elle existe en masse, dans la couche où elle s’est formée. La tourbe jaune a moins de consistance que l’autre. Elle ne paroît pas avoir subi une macération aussi complète, et elle est compose'e d’une moins grande variété' de plantes. On la trouve ordinairement dans les positions basses et chaudes, et sa formation paroît plus rapide que celle de la tourbe noire. D’après les observations ci-dessus , on comprend comment la tourbe doit, dans de certaines situations , se former , et couvrir une grande e'tendue de pays. Lorsqu'un e'tang , ou un lac a des bords escarpes, et que sa profondeur est considérable , il ne se forme point de tourbe $ mais lorsqu’il y a stagnation des eaux , avec peu de profondeur, les plantes qui ne peuvent vivre que dans l’eau stagnante, s’y établissent promptement. L’eau, qui d’abord n’étoit pas profonde , s’élève peu-à-peu , par l’effet même de la formation de la tourbe, jusqu’à ce qu’enfin , celle-ci acquière une profondeur considérable. Nous avons déjà vu que les eaux séjournent sur le sol par deux causes différentes $ la première , la réunion des eaux DES DESSÈCHEMENT. 38^ ' pluviales sur un sol argileux qui n’a pas d’écou- lenjenl; la seconde, la transudation du bas en haut, au travers d’une couche argileuse, des eaux emprisonnées et pressées par un poids supérieur. Dans ce dernier cas, la glaise ou la terre ve'gétale supe’rieure convertie en boue, nourrit des plantes à tourbe. A mesure que celles-ci croissent, il y a plus de raisons pour que l’eau séjourné, et la tourbe acquiert une épaisseur de plus en plus considérable. Les operations de l’industrie de l’homme, causent quelquefois la formation des tourbières. Dans presque toutes celles qui existent en Angleterre, on trouve des arbres entiers. Ils demeurent ainsi que les racines et les tiges de diverses plantes dans leur intégrité'. Le fond des tourbières d’Écosse , montre toutes les variétés d’arbres et d’arbustes du pays. Si l’on suppose qu’une foret entière, soit abattue, et que le terrain soit de niveau, il doit en re'sulter une stagnation des eaux , et la végétation immédiate des plantes à tourbe. Le terrain doit s’élever, par l’effet des opérations ds la nature indiquées ci-dessus j et les arbres et arbustes doivent rester emprisonnés dans la masse tourbeuse. On ne peut point douter que des vastes forêts en Angleterre, en Écosse, et en Irlande, n’aient eLé abattues dans des tems fort anciens. 588 DES DESSÉCHEMENS. Nous trouvons au fond de la plupart des tourbières des troncs coupe's près de terre, et dont les racines sont encore dans la position où ils ont végété, tandis que les arbres gisent couchés dans la situation même où ils sont tombés; et ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’ils se dirigent presque tous vers le nord-est. On a prétendu expliquer ce fait par les courans du déluge. Cela paroît une conjecture extrêmement hasardée. On comprend que les courans d’un déluge, auroient pu enterrer, ou entasser les arbres entiers ; mais, ç’auroit été' d’une manière confuse ; au lieu qu’ici, chaque arbre est couché du sud-ouest au nord-est, auprès de sa racine encore en place. IJ faut remarquer d’ailleurs, que plusieurs de ces arbres portent les traces du travail de l’homme. Les uns ont les entailles de la hache, d’autres sont percés , d’autres portent encore le coin dont on s’est servi pour les refendre; enfin on a trouvé auprès de ces mêmes arbres des monnoies des Empereurs Romains, et des ustensiles de ce peuple conquérant. On a objecté le fait suivant : la plupart de ces arbres fossiles , sont du genre des sapins; et César dit expressément qu’on ne voyoit point de sapins en Angleterre ; mais , quoiqu’il n’y eût pas de sapins, proprement dit, il DES DESSÉCHEMENS. 38 9 y avoit d’autres arbres résineux : on voit encore de vastes forêts de ceux-ci dans l’Ecosse , et dans le Stafford-shire. Le marais de Hat-field, où l’on trouve une prodigieuse quantité' de pins fossiles, e'toit évidemment autrefois une forêt de ces mêmes arbres. Le dernier pin de celte forêt, fut coupe’ pour l’usage de la commune, il y a environ soixante-dix ans. On a encore objecte' à l'hypothèse de la végétation de ces arbres, sur les lieux mêmes où on les trouve aujourd’hui, que les arbres re'sineux ne croissent que dans les cantons montueux, rocailleux et secs. C’est une erreur : la Poméranie , la Livonie, la Courlande , et les parties occidentales de la nouvelle Angleterre , démontrent que les arbres résineux croissent très-bien dans les plaines marécageuses. Ce qu’il leur faut sur-tout, c’est un sol sablonneux ; et, partout où l’on trouve de ces arbres fossiles, le terrain est de cette nature : les racines sont encore aujourd’hui fixées dans le sable. En revanche, partout où l’on trouve des chênes fossiles, les racines de eeux-ci sont fixées dans la glaise. Il est donc évident qu’il existoit autrefois des forêts , là où l’on trouve maintenant des plaines tourbeuses. Par qui ccs forêts ont-elles été dé-^ DES DESSÉCHEMENS. 5gO truites? il y a lieu de croire , d’après les mon* «aies mentionnées ci-dessus , que c’est par les Romains. Nous avons d’ailleurs, pour en juger ainsi, le témoignage des historiens de cette nation. Ils nous diseot que quand les troupes Romaines poursuivoient les Bretons, ceux-ci se réfu- gioient dans les forêts marécageuses, d’où ils sortoient ensuite lorsque l’occasion se pre'sen- toit d’inquiéter leurs conquérans. Ce'sar le dit expressément de Cassihelan et de ses Bretons. Les Silures se réfugièrent do même dans les forêts, quand Agricola et Os- tonus les pressèrent. Enfin Yenutius, roi des Brigantes, trouva également une retraite dans les bois marécageux du centre de l’Angleterre, Il paroît donc que ce fut pour se soustraire aux excursions inquiétantes des naturels du pays réfugiés dans les forêts , que les généraux Romains firent abattre celles-ci. V Rapport sur les améliorations EXÉCUTÉES DANS LES TOURBES, par John Wilkinson, de Lancashire. Tiré du Rapport de Sir John Sinclair, sur l'agriculture du Comté de Lancaster. M. Wilkinson avoit acheté des tourbières considérables , près de Castle-head , dans la vue de les employer à alimenter des forges; mais, trouvant différens inconve'niens à l’emploi de ce combustible, lequel, d’ailleurs, dans les anne'es pluvieuses, il ne pouvoît se procurer en quantité' suffisante, il chercha à tirer parti de ces tourbes de quelqu’autre manière. Ces tourbières n’etoient pas de nature à encourager une entreprise qui avoit leur culture pour objet. C’e'toienl, ce, qu’on appelle en Écosse, des tourbes flottantes : c’est-à-dire, que, dans une profondeur de cinq pieds, cette tourbe étoit légère , spongieuse , et fai- soit un mauvais combustible. Au-dessous de celte couche, il y en avoit une autre de quinze pieds , au moins, d’une tourbe noire , serrée, et de bonne qualité, laquelle reposoit sur une glaise bleuâtre, absolument stérile. 5g3 AMÉLIORATIONS EXÉCUTÉES Cette glaise, brûlée par petits monceaux, avee de la tourbe, peut servir d’engrais aux prairies : on peut aussi employer cette argile avec de la chaux , pour la mélanger dans les terres. On trouve dans cetle tourbe beaucoup d’arbres encore entiers, surtout des chênes et des sapins. Ils sont si bien conserves , qu’on peut encore employer leur bois à divers usages. Ces arbres paroissent avoir été renversés par quelque tempête violente, par un déluge partiel ou général, Ou par quelque secousse de la terre. La tourbe supérieure étoit si spongieuse, que, depuis les desséchemens opérés, elle s’est affaissée de trois ou quatre pieds dans quelques endroits. On pouvoit considérer ces terrains tourbeux , comme n’ayant aucune valeur quelconque, dans l’étal où ils étoient, que comme combustible: non-seulement, il n’y avoit point d’herbe ; mais ils étoient inabordables dans tout autre terns que dans les fortes gelées. Les premières tentatives , pour le dessèchement de ces marais tourbeux, furent faites en 1778. De grands fossés fuient ouverts; mais, comme ils étoient trop distans les uns des autres, ils 11’opérèrent point le dessèchement. Qn essaya de mettre en culture une étendue de quatre eu cinq acres. Pour cela, HANS TES TOURBES. 3g5 on e'croûta, et brûla la surface. On fit des fours à chaux , en essayant de calciner la pierre avec de la tourbe, et destinant cette chaux à i’amé* lioralion du marais. Ces fours manquèrent, et on fut oblige de s’y prendre autrement : voici le detail des opérations : On commença par faire un nombre suffisant de grands fossés ouverts, qui servoient en même tems de clôture , et d’égout. Un certain nombre de petites coulisses ouvertes communiquent avec les grands fossés de dégorgement. Ces coulisses doivent être au plus à douze pieds les unes des autres ; et pour les faire, on ouvre des fossés de deux ou trois pieds de large, et d’autant de profond, lesquels restent ouverts pendant un an au moins : au bout de ce tems- Jà, on approfondit encore ces fossés de dix- huit pouces ; mais la section de celte nouvelle tranchée est en cône tronqué, et renversé, lequel a huit pouces de large , et quatre seulement en bas. C’est cette cavité qui ne se remplit point, et sur laquelle on place des tourbes séchées d’avance ; après quoi , on comble les fossés secondaires ; et les coulisses se trouvent faites. On a prétendu quelquefois, qu’il y avoit un excès à éviter dans le desséche ment d’une \ourb.icce i cela n’a pas paru à Cuslle-head : Sgi AMÉLIORATIONS EXÉCUTÉES la tourbe , quoique très-dessëche'e , a été toujours suffisamment fraîohe, parce que la couche inferieure de même substance étant très-profonde, exhaloit une humidité’, qui enlretenoit le terrain suffisamment frais. La charrue employée pour ces terrains tourbeux , est sans roues , le coullre et le soc sont acérés : ce dernier a quatorze pouces de large, et est aussi fort tranchant. Cette charrue ne fait pas autant d’ouvrage que celle du Cam- bridge-shire, également destinée aux tourbes, mais étant fort simple , elle est d’un usage commode 5 et l’on peut trancher la toûrbe à un pouce d’épaisseur seulement. On met aux chevaux des espèces de patins, qui sont un large fer de forme ronde , et plein ( en-dessous, lequel ne s’adapte qu’aux pieds de derrière. Voici la culture adoptée pour ces tourbes : Dans la première année , on brûle la bruyère , et les fourmilières , s’il y en a , pour applanir la surface. A la seconde année, on laboure à sept pouces de profondeur ; puis on voiture mille tombereaux par acrs, de terre végétale, de sable, ou de glaise, selon l’es facilités de transport, qui sont les plus importantes à consulter. Dans celte même année, si les circonstances ont été favorables, on peut semer des turneps. A la troisième année , on dans des toühees, brûle les mottes de tourbe qui rendent la surface inégalé , après un léger labour ; puis on sème des turneps au semoir. A la quatrième année, on sème de l’avoine, sur un seul labour. Après avoir récolté l’avoine, on amende légèrement avec du compost, puis on serne du seigle, qui donne toujours une bonne récolte. Sur ce seigle au printems , on sème des graines de pré ; et le pré peut être pâturé cinq ou six ans avec avantage. Lorsque les plantes s’éclaircissent, on ressème des graines de pré, sans labourer, parce que la charrue pourroit déranger les coulisses. L’avantage de cet assolement est la certitude qu’on a d’obtenir quatre ou cinq bonnes récoltes successives , dont deux d’avoine, une de seigle, et deux de turneps. Cela paie une grande partie des frais de dessèchement et culture. L’orge a aussi été essayé avec succès. Les pommes de terre qui croissent dans la tourbe, sont de très-bonne qualité. Le colza y réus- siroit certainement (1). L’opération la plus chère de cette agriculture est le transport de mille tomberaux de (1) J ai essayé les pommes de terre dans la tourbe : elles ont toujours été abondantes mais insipides. 3 g 6 AMÉLIORATIONS EXÉCUTÉES terre, par acre, il coûte environ 9 liv. st. l’acre. Le trèfle blanc è’e'tablit de lui-même dans les terrains tourbeux. Le trèfle rouge n’y réussit pas ; et la proportion que l’on a trouve'e la meilleure , est colle de dix livres de trèfle jaune, dix livres de plantain lance'ole', et six bushels de poussière de Foin, par acre. Voici comment l’on s’y prend, pour renouveler le gazon. On choisit le moment de la plus grande chaleur, pour re'pandre sur le pre' 120 bushels de chaux vive par acre : On herse ensuite j et il repousse promptement une belle herbe, sans qu’on y sème rien. Aucun engrais ne fait un effet sensible sur la tourbe, jusqu’à ce qu’elle ait été cultivée suffisamment pour la convertir en terreau. Il paroîl que la glaise brûlée est l’engrais qui influe le plus long-tems, et le plus efficacement, sur la fertilité de la tourbe. Un pré de quatre acres amendés de cette manière à la première année de son défrichement, a été fauché depuis , toutes les années ; il est encore regardé comme le meilleur pré du pays. O11 a remarqué que, pour les turneps dans la tourbe, le meilleur engrais étoil les cendres. On éprouve aussi que cet engrais les met parfaitement à l’abri des pucerons. I,es bouleaux, les aulnes, les platanes, les BANS LES TOURBES. 397 peupliers, les frênes re'ussissent dans la tourbe. L’aube-épine, pour les clôtures, y re'ussit de même, pourvu que la tourbe soit suffisamment mélangée de glaise ou de sable. On n’a pas essaye’ de faire pâturer les pre’s tourbeux par des moutons : on y met paître les vaches de la race de Gailoway ; mais, en gênerai , il convient beaucoup mieux de faire pâturer ces près tourbeux , que de les faucher. Les près nouvellement établis se louent à raison de trente ou quarante shellings l’acre, et les terrains mis en prés depuis quelques années, valent le double. M. Wilkinson a déjà desséché , et mis en valeur, une étendue de cinq cents acres de tourbe. Des gens ignorans et des esprits étroits ont cherché à jeter du ridicule sur cette superbe entreprise. On a prétendu que M. Wilkinson auroit pu acheter la même étendue du meilleur terrain du pays, pour ce qu’il lui en a coûté à améliorer ces tourbières. Quand même cela seroil vrai, on n’en devroit pas moins beaucoup de rcconnoissance et d’admiration à un homme qui a converti par son industrie , un désert de cinq cents acres en une terre très-fertile ; et qui, tout en créant ainsi des valeurs considérables et permanentes, a fourni une occupation lucrative à un grand nombre de pauvres. Faits nouveau^ sur l’Écobüage. {Annales d’ Arthur Youkg. ) En allant de Bury à New-Market, je vis près de ce dernier endroit, de vastes espaces de bruyères : maigre' tous les de'frichemens ope're's jusqu’à Bournbridge , il reste plusieurs milliers d’acres à rompre; mais cela ne lardera pas à être e’cobue', car on v met autant de bras qu’on en peut trouver. En allant de là à Cheslerford , on voit des espaces à défricher. Il y en a encore davantage depuis là à Royston , et de Royston à Baldoc. Tout ce terrain est uniforme'ment sablonneux sur craie, c’est-à-dire, excellent pour le sainfoin. Dans cet espace de quarante mille, il y a de riches trésors pour les dèfrichemens à venir. En passant de Hillborough, en Norfolk , à Oxborough , je traversai Ileywarren , qui est couverte d’e'paisse fougère, circonstance qui indique que le terrain est bon pour les grains. Je traversai aussi les champs ouverts de Goo- derston, qui, quoique cultives, sont assoles si misérablement, qu’il vaudroit autant les abandonner aux lapins. Il y a de grands espaces entre ces champs ouverts , qui demandent à être dcfrièhe's. ' FAÎTS NOUV. Slfll l’ÉCOBUACE. 39g * En examinant le pays, entre Brandon, "Wre- tham , et Toffes, je fus afflige d’y voir une prodigieuse quantité de bruyères, appelées pâturages de moutons, lesquels n’ont point été améliorés , quoiqu’ils en soient très-susceptibles. M. Kent estimoit en 1789, la rente de ces terrains à deux sbellings six deniers l’acre. Cependant, la présence de la fougère, presque partout, montre que la terre est de très-bonne qualité. Jamais on ne défriche ce» terrains pour les soumettre à un bon assolement, sans en obtenir de belles récoltes de grains. Je vis sur pied, dans des champs tout voisins, des récoltes d’avoine deTartarie, qui dévoient donner quarante bushels par acre. Depuis Holt à Kelling, en Norfolk, puis de là à Felbrig, je traversai de vastes bruyères de plusieurs milliers d’acres, lesquelles n’ont jamais été seulement regardées avec le projet de les défricher. J’examinai la nature de la terre, et j’interrogeai sur ce sujet plusieurs personnes : en particulier M. Girdelstone et M. Iîicks, l’intendant de M. Wyndham. On croit dans le pays, que ces lerrains-là ne valent pas la peine d’être cultivés; que la croissance spontanée de la fougère ne prouve point que le sol soit de bonne, ni même de médiocre qualité ; que le houx lorsqu’il vient de lui- 4üO FAITS NOUVEAUX même , est une indication beaucoup plus favorable de la nature du sol ; et enfin, que si l’on rompoit ces terres iucultes , il conviendroit de leur donner deux années de jachère morte. Or comme ceci est directement contraire à toute mon expérience, et à trente-cinq ans d’observations, il faut que je me sois toujours trompé , ou que ces messieurs soient dans l’erreur. Quant au houx, je ne le crois point un indice de la qualité du sol; mais s’il est vigoureux, le sol est meilleur que lorsque les plantes en sont foibles. On trouve le houx sur les plus détestables terrains de l’Angleterre, c’est-à-dire, sur les terres froides, graveleuses, et vitrioliques ; on le trouve dans les communaux de North-hall , de Norlh-mins , d’En- field-chace, en Herefordshire, et sur les sables arides mêlés de cailloux. Partout où il y a de la fougère épaisse et haute, il y a aussi de la bonne terre végétale, et le terrain paie la culture : non pas, à la vérité, si l’on rompt pour donner deux années de jachère morte, mais en e'cobuant, pour semer des lurneps, ou du colza, et ensuite des graines de prés, pour faire pâturer ces prés par les moutons , et ne traiter les grains que comme un objet secondaire. Il y a d’ailleurs d’autres preuves de la bonté du sol dont je parle ; car, dans plusieurs endroits , SUR U’ÜCOBUAGE. 4oi endroits, les herbes naturelles à ce terrain ' ont ële' détruites par le piétinement des animaux, et ces herbes ont e'të remplacées par un beau gazon. Toutes les fois qu’un gazon se produit de lui-même, il est facile d,e l’améliorer par le rouleau. Vu les préjugés qui existent dans ce pays- - là, il est très-peu probable que ces terrains se défrichent ; et il est cependant certain que leur défrichement seroit très-profitable , s’il étoit fait sur des principes diamétralement opposés aux idées actuelles des cultivateurs du pays. Us ignorent absolument le procédé de l’écobuage; et, par conséquent, ils n’ont aucune connoissance sur le vrai moyen de défricher les terres incultes. Dans les environs de Felthorp, il y a de • vastes étendues de terrain inculte , qui ne donnent que de foibles bruyères. D’autres espaces sont absolument ruinés par l’écroute- ment du gazon, en remplacement des autres combustibles. Enfin, on voit dans quelques endroits, de la fougère épaisse et vigoureuse, ce qui annonce indubitablement un terrain dont la culture seroit profitable. Généralement, ce n’est pas un bon terrain : c’est un sable gris, rougeâtre, ou jaunâtre; mais on en lireroit bon parti, en le brûlant , pour y mettre des Towb 6. Ce FAITS XOXJVEATjX turncps, ou du colza, puis du sarrazin , et enfin des graines de près, pour pâturages de moutons. Il y a plusieurs milliers d’acres dans le même cas. Les communaux, dans la paroisse d’Egham, s’étendent à trois ou quatre mille acres. La taxe pour les pauvres a monte’ successivement depuis trois shellings, jusqu’à six shellings sur chaque livre sterling de revenu. J’ai examine' avec soin les vastes communaux, qui portent le nom de bruyères de Bagshot, depuis Sunning-hill à Windlessham. La plante qui y est la plus commune , c’est la bruyère j mais on y voit la fougère , de place en place. ’ Là où l’on trouve cette dernière plante , il n’y a pas de doute que la culture ne fût profitable. On ne croit pas qu’elle pût l’être dans les endroits qui produisent la bruyère : quant à moi , je n’en doute nullement. Le sol supérieur de dix à dix-huit pouces de profondeur, est noirâtre , avec des taches blanches. La couche inférieure est un roc tendre, ou du gravier. Les voisins y font pâturer les vaches qui ne rendent rien , ou les élèves : ils y mettent aussi des moutons. Quand j’ai vu ces communaux , au 8 octobre , il n’y avoit plus dè bestiaux. Dans les dernières années, beaucoup de bêtes à laine y ont pris la pourriture, 4o5 sur t/Æcobuage. M. Jackson de Wildford, fui chargé en 1777, d’examiner les bruyères de Bagshot, pour décider si ce terrain étoil susceptible d’etre cultivé avec profit. Son rapport conclut par l’affirmative ; çt, cependant, on n’y a point touché. II y avoit en totalité, cinquante têtes de bétail sur tous les communaux de Bagshot, lorsque le défrichement en fut proposé. En allant consulter le registre , chez M. Cooper, à deux milles de Bagshot, je traversai à pied une partie de ces communaux, en longeant les terres encloses. J’entrai chez un journalier qui s’est bâti une petite habitation en briques, et a pris un petit morceau de la commune , pour se faire un jardin. Il me dit«que les gens de la paroisse le menaçoient d’abattre sa maison, et de reprendre le terrain. Il m’assura que la terre e'toit bonne, et produiroit de bon blé. A peu de distance de là, je trouvai un autre de ces braves envahisseurs qui s’étoit bâti une petite maison , et y élevoit six ou sept enfans. De tous côtés on voit des exemples de ce que les pauvres pourroient faire, si on ne les en empêchoit pas ; mais les propriétaires paient volontairement une taxe de soixante pour cent, de leurs revenus, au lieu de procurer aux pauvres les moyens de s’entretenir par leur propre travail. Toutes les fois que de \ FAITS NOUVEAUX 4osf tels exemples frappent mes yeux, je ne puis pas assez m’étonner de l’obstination et de la torpide ignorance des hommes, qui se refusent à produire un bien si grand et si facile. En allant de Bagshot à Thornham , dans une dislance de treize milles, on ne voit presque que des terres incultes. Les parties élevées ressemblent, en général, aux terrains que j’ai- décrits, mais il y a beaucoup d’endroits bas et humides dont la terre est noire , et qui seroient susceptibles de faire de bons près. Je dois remarquer encore comme une circonstance encourageante pour le défrichement de ces vastes terrains, qu’ils sont coupes par plusieurs ruisseaux ou rivières. Or, il seroit d’une importance infinie, lorsque le Parlement passera un acte, pour la clôture et le défrichement de ces cantons, de réunir plusieurs paroisses, dans le même acte, et d’avoir égard aux niveaux, afin de préparer un système d’irrigation qui embrasse tout l’espace qui en est susceptible. Celte seule différence en feroit une prodigieuse dans le résultat des clôtures. Dans les quinze milles qui séparent Farnhara de Chobham, je he m’attendois pas à trouver beaucoup de terres non défrichées , parce que les cartes topographiques ne les indiquent pas. Je fus fort surpris de voir que la bonne moitié 4o5 sim l’écobuagu. de cet espace est inculte. Dans beaucoup d’endroits, le terrain est excellent. En allant du côte de Wolking, on trouve un désert de huit mille acres, et du côte' de Windlessham , un autre desert de dix mille acres. Depuis Bagsliot à Hartfordbridge , c’est-à- dire, dans un espace de treize milles, tout est inculte , excepte' un petit canton , à Biack- water. La plus grande partie de ce terrain inculte , est de très-bonne qualité. De vastes espaces en communaux, existent entre Odibam et Farnham. J’ai examiné le pays pendant plusieurs jours, autour de l’abbaye de Waverley ; et j’ai vu que la quantité cultivée étoit si petite, qu’on peut appeler tous les environs de cette abbaye de vastes étendues de bruyères , et de forêts, dans lesquelles on trouve quelques petits espaces cultivés. Il y a là dedans de mauvais terrains, sans doute ; mais il y en a qui donnent une fougère vigoureuse, et qui, par conséquent, sont de bonne qualité. Depuis Waverley à Witley, par Ahbot’s- pond, Stammer-pond , c’est presque tout communaux de bonne qualité. On traverse la forêt de St. Léonard , de Horsham, à Wôrth, dans un espace de neuf milles. M. Aldridge en possède une grande partie , et n’en tire que des bouleaux, et des FAITS NOUVEAUX 4o6 lapins; mais comme ceux-ci font beaucoup de mal aux arbres, il les détruit, autant qu’il le peut. Celte forci est susceptible d’ameliorations faciles et profitables; mais on n’y fait absolument rien. \ A Broughton, en Huntsbire , une commune de six cents acres a été enclose et défrichée par plusieurs particuliers. Le révérend M. Pointer qui a écobué cent trente acres, et de- friche' une autre portion à la charrue , m’a dit que l’écobuage lui avoit plus rendu en un an , que le reste en trois. Il sema du colza sur la cendre, et le fil manger aux moutons, avec grand profit, c’est-à-dire , 5o à 4o shel. l’acre. Il le laissa ensuite monter en graine, et en eut vingt-quatre bushels par acre. Après cela, il sema du blé, qui lui rendit vingt-cinq bushels par acre. Cela n’est pas une agriculture correcte ; mais cependant le terrain n’a point été épuisé. 11 fit une expérience encore plus concluante à Southoc. Il y défricha^une certaine étendue de terrain , par e'cobuage, il rompit à la charrue, un terrain attenant, et exactement de même nature. Il sema du colza sur le tout. La partie e'cobuée fut très-belle ; et il n’y eut rien du tout dans la portion rompue à la charrue. L’année suivante, il sema de l’avoine sur le SUR 1,’ÉCOBUAOE. 4o? tout. J’ai vu cette avoine. Celle qui succédoit à l’écobuage e'toit fort belle ; et celle du reste de la pièce e'toit tellement inferieure, que rien ne pouvoit être plus frappant. A St. Neots, M. Peppercorn a e’cobuê quatre cents acres de terre glaise. Il a couvert cet espace de turneps et de colza. Il leur a fait succéder l’orge, qui a rendu quarante bushels par acre. Il a mis ensuite des fèves et des pois : ceux-ci ont mieux réussi. Il a ensuite semé du blé, qui lui a rendu une récolte passable. Enfin il a donné une jachère , pour les turneps. Dans d’autres terrains écobués , il a mis d’abord des turneps. Il a eu ensuite deux récoltes de grains blancs, puis des pois, des grains blancs encore, et enfin , il a donné une jachère (l). (i) L’auteur auroit peut-être dû prévenir le lecteur contre ces assolemens qui suivent l’écobuage : ils sont tous deux vicieux. Dans le premier , nous voyons le blé médiocre, à la quatrième année, et la triste ressource de la jachère, revenir à la cinquième. Dans le second assolement, nous voyons trois récoltes de grains blancs sur quatre années : ce qui nécessite également la jachère. Dans les deux cas, il faut joindre le fumier à la jachère, pour remettre le terrain en bon état; au lieu que, si l’établissement d’un pré avoit succédé à la première récolte de grains blancs le terrain a»- 4o8 FAITS nouveaux: Le même cultivateur a e'cobué, il v a dix- liait ans, un morceau du plus mauvais terrain qu’il eût dans sa ferme. Ce morceau est excellent aujourd’hui, et a donne' jusqu’à quarante bushels d’orge par acre. Il a rompu tout à côte un champ, qui pendant les trois premières anne'es, n’a point donne' de grains, et qui n’a rien pu rendre avant d’avoir été fume'. La différence entre ces deux pièces est encore prodigieuse aujourd’hui. Les mêmes terrains qui, avant l’écobuage , e'toieut estimés à quatre shellings de ferme, par acre , valent aujourd’hui quinze shellings, après sept années de culture. La grande expérience de quatre cents acres, en opposition avec celles des terres qui n’ont point réussi, doit entraîner la conviction. Dans le défrichement des communaux de Somersham de deux mille six cents acres, dans la province de Hunts, tous les cultivateurs procèdent par l’écobuage, excepté M. Smith qui tient une ferme de quatre cents livres sterl. à l’évêque de Landaff. Le prix de l’opération de l’écobuage a varié depuis trente rq»t été dans un état d’amélioration graduelle , chose à laquelle il faut toujours viser lorsqu’on opère un défrichement. i SUR i/ÉCOBUAGE. 4oq shellings jusqu’à cinqlivres sterling l’acre. Cette diffe'rence de frais provient de la différence dans le niveau des surfaces et dans l’épaisseur de la croule brûle'e. Tous ceux qui e’cobuent, commencent leur assolement par le colza. A l’occasion du projet de clôture dont il s’agit, il y eut une assemble'e des cultivateurs les plus instruits et les plus respectables du canton. M. Smith fut le seul qui se de'clara contre la méthode de l’ecobuage. Il observa que, si cette pratique etoit profitable au fermier, pour un bail de sept ans, elle ne l’étoit pas pour un bail de vingt-un ans ; qu’il con- noissoit des terrains tourbeux, dont on avoit brûle' la surface de six en six ans, jusqu’à ce que le sol fût entièrement consume. Les proprietaires et les fermiers, observoit-il, vou- droient bien pouvoir rapporter ce qui avoit été brûle'. Tous les agriculteurs pre'sens nièrent le fait d’une diminution quelconque dans la valeur du terrain. Ils remarquèrent que, soit que la couche dans laquelle s’ope'roit la végétation , fût aussi e'paisse, ou plus mince qu’au- paravant, il n’e'toit point douteux qu’elle avoit plus de valeur, et que les pièces pourroient s’affermer pour vingt-un ans, à un prix plus liant que si elles n’eussent jamais e'ie' e’cobue'es. M. Hibbet, qui a fait sa lortune, par la pratique 4io FAITS NOUVEAUX de l’e'cobuage , observa qu’il ne gênoit jamais ses fermiers, s’ils avoient envie de brûler le terrain $ parce qu’une très-longue expérience lui avoit appris qu’il n’en résultoit aucun inconvénient pour le sol. Il cita particulièrement en preuve , un certain champ de soixante et douze acres, bien connu de tous les assis- tans, dont la plus grande partie avoit e’té éco- buée à plusieurs reprises , depuis cent quarante ans. Toutes ces parties où le feu avoit passé plusieurs fois, étoient affermées à raison de 25 shellings l’acre, et la partie qui étoit encore dans l’état primitif, étoit affermée à un shellirig et demi : le sol étoit rigoureusement le même. Cet exemple prouve que l’écobuage fréquemment répété est aussi avantageux au propriétaire qu’au fermier. Plusieurs autres cas du même genre furent cités. M. Smith ne nia aucun des faits ; mais il persista dans son opinion , en l’appuyant sur les deux points suivaus : 1. ” il demandoit ce qu’il pouvoit y avoir dans les cendres qui servît d’aliment aux plantes. 2 . ° Il cita l’exemple des communaux deSutton, en Lincolnshire , où l’on avoit défriché de vastes espaces, et obtenu d’immenses récoltes, sans employer l’écobuage. En réponse à cela, on lui fit observer que les cendres et les autres effets du feu produisoient de belles récoltes -, SUR Ii’ÉCOBITACOE. 4ll que cela devoit suffire au fermier, et que celui- ci n’avoit que faire de comprendre de quelle manière la chose s’opéroit ; que sur la théorie des effets de Fécohuage, il pouvoit y avoir une grande variété d’opinions, sans qu’aucune de celles-ci fût juste ; mais que les faits étoient hors de doute , parce que la différence du produit des récoltes étoit énorme. On lui répondit encore que les communaux de Long Suttoiî étoient des meilleurs terrains du royaume, et que de quelque manière qu’on les eût rompus, ils auroient réussi. Cet exemple prouvoit seulement que Fécobuage n’étoit pas nécessaire dans ce cas-là ; mais ne prouvoit rien contre cette pratique en général. M. Wellstead fit l’observation suivante: c’est i _ 7 que dans les fermes où il y a des terrains marécageux entourés de terres plus hautes , Fécobuage doit être profitable, puisque , sans cela, les terrains marécageux seroient ruinés depuis long-tems, attendu qu’on en ôtoit toujours sans jamais rien y mettre. Les fortes récoltes qu’ils produisent sont le moyen d’engrais pour le reste des terres; et ces fortes récoltes s’obtiennent par l’écobuage. Si donc l’on citoit des terrains ruinés après Fécobuage, cette ruine ne prouveroitpas contre cette méthode; pas mieux qu’un mauvais assolement ne pour- i FAITS NOUVEAUX 4l2 roit être attribue à l’écobuage. M. W. ajoutoit qu’il n’avoit pas connoissance d’un seul cas dans lequel cette me'lhode eût manqué son but, lorsque l’assolement subséquent avoit été bon. Dans la conversation qui eut lieu le lendemain, en présence de M. Maxwell, M. Joseph Richardson, de Chattris , soutint l’efficace de l’écobuage sur tous les terrains dont il avoit la pratique, ou dont il avoit eu occasion d’observer l’agriculture. Un succès invariable avoit fixé son opinion. Il n’est pas fermier. Il travaille sur son propre domaine. En réponse à l’objection qu’on a tant répétée , que l’écobuage détruit le sol, et diminue la quantité de la terre végétale, M. Maxwell observa que ce fait ne prouvoit rien contre l’écobuage ; et que ce n’étoit point une destruction mais un simple affaissement du terrain. Le dessèchement affaisse également le sol, et ne détruit pas. Dans le Huntshire, à Ramsay, je vis M. Pooley , cultivateur très-intelligent, qui travaille sur son propre fonds , et qui est secondé par ses enfans et petits-enfans. Il est partisan déclaré de l’écobuage. D’après une longue expérience , il nie que ce procédé détruise ou épuise le terrain, pourvu que l’assolement SUR iAécobuage. 4l3 qu’on emploie après l’operation soit passable. fin de s’assurer de ce qu’il y avoit de vrai dans les objections qu’il avoit entendu faire contre l’ècobuage , il fit une expérience sur un terrain , à Revcley , qui valoit i 5 shellings de ferme. Il écobua pour semer et faire pâturer du colza. Il sema ensuite de l’avoine, qui rendit quarante-huit bushels par acre. Il fit succe'der du ble', qui rendit vingt-huit bushels; puis du ble', lequel donna vingt- quatre bushels ; enfin, du ble' encore , qui produisit vingt-huit bushels; puis de l’avoine, qui fut belle; il avoit semé avec l’avoine des graines de pré, et la prairie subsista trois ans; après quoi elle fut rompue , et le terrain donna une récolte de blé. Ce terrain s’aflfermeroit aujourd’hui 20 shellings l’acre. Il ne recomman- deroit pas un tel assolement ; mais il a résulté de son expérience , que même un mauvais assolement n’a pas ruiné le terrain après l’éco- buage. M. Holmes d’Alcolnbury a écobué un champ, pour y semer du colza , puis de l’avoine, puis du blé. Le colza fut beau, l’avoine très-belle, mais le blé si misérable , qu’il fut obligé de donner une jachère, et de fumer. Il en a conclu que cette méthode étoit pernicieuse. Un procédé , dit-il, qui procure deux ou trois FAITS NOUVEAUX 4 l 4 belles récoltés, et qui laisse le sol ruine', est un procédé' vicieux. Le terrain sur lequel celte expe'rience a été faite , est une glaise , qui n’a pas plus de six pouces d’e'paisseur. Dans le même endroit, et dans le même terrain , M. Sacheverell pratique l’écobuage avec beaucoup desuccès. Il a brûlé deux cents acres; et il s’en est invariablement bien trouvé, non pas seulement pour quelques récoltes successives , mais pour une longue suite d’années, et pour former des prés. Il prétend aussi que, pour rompre des prairies, aucune méthode n’est comparable à celle-là. Il a cette année- ci , cent acres de blé , sur trois cents acres de terres arables , et il observe que l’aspect de ses récoltes n’indique pas une agriculture essentiellement vicieuse. M. Harry, fermier du comte de Hardwick, à Wimpole , a écobué en 1796 , une portion de communaux, en terres argileuses, et humides. II lui en coûta ’ù r ] shellings par acre, sur trente acres. La pièce en contenoit trente- quatre; mais quatre acres furent rompus à la charrue. Le tout fut desséché. Il sema du colza, qui fut d’abord brouté parles moutons, puis recueilli en graine. En 1797 il sema de l’orge, dont la récolte fut médiocre. En 1798, il eut une bonne récolte de blé. En 1799» 4i5 SUR u’kcobuage. «ne bonne récolté d’orge. En 1800, une bonne re'colte de trèfle , dans les trente acres éco- bue's, et mauvaise, dans les quatre acres non écobués. La même différence avoit été' sensible dans les quatre années précédentes. Cette expérience prouve l’excellence de la méthode de l’écobuage, mieux que tous les raisonne- mens imaginables. Lord Hardwick étoit présent lorsque je visitai le trèfle sur pied, et il remarqua, comme moi, la supériorité de la partie qui avoit été écobuée quatre ans auparavant. Cependant, ce champ n’avoit pas été ménagé : quatre récoltes successives auroient bien pu épuiser le terrain. Il y a un terrain inculte de l’étendue d’un millier d’acres , auprès de Mtiton , en Norfolk: c’est une excellente qualité de sol 5 et on y voit partout de belles fougères, du houx, des épines vigoureuses, et de beaux arbres. Les forêts d’Epping, de Henault, et beaucoup de communaux en Essex, dont j’ai examiné le sol et les productions, méritent une grande attention , sous le rapport des défri— chemens. Ces terrains montent à près de huit mille acres. Ce n’est pas tout de bonne terre ; mais le bois payeroit une partie des frais de défrichemens j et tout cela deviendroit productif, si l’on desséchoit, et que l’on écobuât. FAITS NOUVEAUX '4l6 La distance de Londres, est tout au plus dé seize milles. Les fumiers pourroient donc y être transportés. J’ai vu d’autres terrains de communaux, beaucoup moins bons que ceux- là, et qui ne possédoient pas les mêmes avantages de localité, lesquels sont cependant devenus très-productifs. Les huit mille acres dont je parle, pourroient être amenés à donner en peu d’années, pour une valeur de quarante mille livres sterling annuellement de nourriture destinée à l’homme. De telles opérations de- manderoient beaucoup d’argent, je le sais; ruais ce n’est pas une objection, car nous ne voyons nulle part, en Angleterre, les améliorations arrêtées par le défaut d’argent. Le spectacle d’un vaste désert, tout auprès d’une capitale comme Londres, dans laquelle on se plaint fréquemment de la rareté des vivres, est une chose révoltante pour tous ceux qui ont l’idée d’un bon Gouvernement, et d’une bonne administration. Il faudroit que le peuple ameuté occupât toutes les avenues du Parlement, et criât sans cesse aux oreilles de ses membres : « Cultivez les déserts ! » Le terrain de ces forêts est un mélange de gravier, de glaise, et de terre végétale. Il est humide , et même marécageux par places; mais il y a de la pente partout, pour les des- séchemens. SUR l’écobuaoe. 417 séchemens. Dans tous les endroits où on a ôte le Lois, la terre se gazonne d’elle-même. Le sol dans le voisinage d’Epping, est singulièrement enclin à se couvrir d’herbe : les chaumes y deviennent des pre's, si on les laisse à eux-: mêmes. Il seroit facile de proposer divers plans, pour le défrichement de ces terrains incultes; mais les moyens sont bien connus ; les bras ne manquent point ; et c’est au Parlement à donner le signal de ces travaux. La plaine de Hounslow contenoit trois mille acres de bruyères. On en a enclos , et défriché environ un tiers. Beaucoup d’autres communaux sont contigus à ceux de Hounslow, dans un espace de plus de huit milles. Le sol est bon, et repose alternativement sur gravier, et sur glaise. Comme toutes les paroisses voisines ont le droit d’envoyer paître le bétail sur ces communaux, ils sont tellement surchargés, que le pâturage est très-peu profitable. Les journaliers y tiennent quelques vaches qui y meurent de faim. On y voit aussi des poulains extrêmement chétifs, et les fermiers du voisin nage y envoient leurs moulons. Quant au parti qu’on pourroit en tirer, il n’est nullement dou-, teux. La totalité de ces communaux, seroit aisément mise en état de rendre vingt à vingt- cinq shellings de ferme pour moyenne, en Tome 6. Dd faits nouveaux 4j8 l’employant en pâturages. Si on y cultivoit des grains, on y auroit d’immenses récoltés. Le Seigneur a permis à trente ou quarante journaliers, de bâtir des cabanes, et de défricher des jardins par acensement de quarante ans. La taxe des pauvres qui etoit, dans ces paroisses, de deux shellings six den. par livre sterling, a maintenant double. On s’afflige d’autant plus de l’état inculte de ces comtnu- naux , lorsqu’on réfléchit que le voisinage de Londres permeltroit d’y charier avec profit les engrais de la capitale. Je m’étois fait une fausse idée des marais de Cambridge-shire. Je croyois qu’il y avoit peu de terrains complètement inutiles; mais je viens de me convaincre du contraire : il y en a beaucoup qui sont un véritable désert; et le tout est dans un danger imminent d’être inondé. Ce pays intéressant mérite un examen soigné. Le pays appelé les marais (the Fens) peut contenir 5oo,ooo acres d’une plaine unie, dont le sol, est en général, tourbeux, et semblable à celui de tous les marais desséchés. Cela a été autrefois une forêt, caron y trouve partout des arbres entiers recouverts par la végétation qui a fait la matière de la tourbe. On fait diverses conjectures sur la cause de la des- SUR I.’ÛCOBUAGE. 4 ]9 truciion de ces forêts : l’histoire ne fournit là-dessus aucune lumière. Mais il est probable que, déjà sous les Romains , cette plaine étoit desséchée et cultivée. Du tems d’Edouard I on se plaignoit de ce que le dessèchement n’étoit pas suffisant. En i5g6, il paroît que le canton étoit sec, sain, etfertile; mais toutes les conjectures sur l’état de ce pays, sont trop vagues pour pouvoir appuyer solidement les systèmes que l’on a faits à diverses reprises sur ces plaines de Cambridge-shire. Ce ne fut qu’au milieu du siècle dernier, que l’on prit des mesures efficaces pour le dessèchement complet du pays marécageux sous les directions du chevalier Vermuden , qui fut appelé de Hollande pour cet objet. Ce plan se borna à ouvrir une route plus directe aux eaux qui viennent des hauteurs, et à les réunir, non pas à la mer, mais à quelques milles de là. Pour garantir d’inondations les marais que devoit traverser le canal de dégorgement , il fallut faire des encaissemens ; et cette opération n’a eu qu’une réussite partielle : les terrains n’ont jamais été complètement desséchés. L’ingénieux Kinderly vint ensuite proposer un projet, dans lequel il y avoit véritablement du génie. En i75i, il publia un plan de des- 420 FAITS NOUVEAUX » sèchement pour tout ce pays-là , en même tems que de navigation de celte baie, remplie de bas-fonds, dans laquelle se jettent les rivières de Lynn, de Wisbeach , de Spalding , et de Boston. Le projet actuel du canal d’Eau- brink faisoit partie de son plan $ mais il vouloit un second canal au travers des marais au-dessous de Lynn; un troisième, depuis Wisbeach à Lynn pour réunir les eaux de l’Ouse et de la Neen ; et un quatrième depuis Spalding au travers des marais, et par Boston, jusques dans la mer, en réunissant les eaux de la Wel- land et de la Witthan. Il en auroit résulté qu’il n’y auroit plus eu de sables mouvans au bord de la mer, et qu’on en auroit desséché et rendu propre à la culture une étendue plus considérable que le comté de Rutland tout entier. D’habiles ingénieurs ont jugé ce plan exécutable, mais la ville de Wisbeach n’auroit plus été au bord de la mer. Ces divers canaux avoient été proposés sur le même principe que celui d’Eaubrink , c’est-à-dire, de s’assurer un courant fort et régulier, en resserrant les eaux dans des canaux étroits, et d’éviter ainsi les alterrissemens. Cette belle idée n’à point reçu son exécution. Il est à craindre qu’elle ne la reçoive jamais, parce que les villes de ces districts ont des inr SUR l’ÉCOBUAGE. 421 térèts differens ou contraires. On n’a qu’à voir, pour s’en convaincre , les constructions que l’on a faites sous le pont de Yisbeach, et se rappeler l’opposition violente de Lynn à l’ouverture du canal d’Eaubrink. Ce vaste territoire , dont l’existence est due à divers actes du Parlement en vertu desquels il a été desséché, se divise en trois districts principaux , qui ont chacun deux rivières , lesquelles se déchargent dans la mer en des lieux differens. Ces courans d’eau , et les desséche- mens que leur encaissement a ope're's sont distincts et indc’pendans les uns des autres. La chaussée de la Welland s’étant rompue d’un côté, a inondé les Deepingfens, et le Nurth- Level. L’encaissement de la Neen, en cédant, inonde le North et le Micldle Level. Le dernier accident qui a mis le North Level huit pieds sous l’eau, arriva en 1770. En 1795, tous les autres encaissemens se rompirent : il n’y eut- que la seigneurie de Thorney qui échappa à l’inondation, parce que les digues du duc de Bedford étoient bien entretenues. Depuis trente ans, il y a eu diverses inondations , et quelques-unes ont été accompagnées de beaucoup de dommages. Les remèdes apportés par les actes partiels, et les vues partielles du Parlement, ont été peu efficaces j 422 FAITS NOUVEAUX mais , en revanche , les dépenses ont été énormes, et les propriétaires ont été surchargés de taxes à cette occasion. En 174g, l’impôt des re'parations des levées de terre alla à vingt-sixshellings par acre sur un vaste canton. En 1772, cette taxe augmenta de trois shillings. En 1798, il y avoit i5o,ooo acres inondés , dont les propriétaires payoicnt cinq shel- lings l’acre pour l’entretien des digues. En 1799, 25,ooo acres furent sous l’eau jusqu’en mai 1800. J’ai vu dans le tems ce pays désolé : on y remàrquoit çà et là, une récolte tardive d’avoine ou d’orge, au lieu des abondantes récoltes de blé, d’avoine et de colza, qu’on y voit à l’ordinaire. Les prés-gazons y furent presque perdus : l’herbe se convertit en roseaux. La moyenne de la rente des terres dans ce canton , qui a dix milles de long, est de quatorze shellings l’acre. Le propriétaire paie cinq à sept shellings pour se garantir de l’inondation et entretenir les chaussées ; et voilà cependant à quoi il est exposé. Dans la plaine nommée Ramsay-fen , j’observai le mal qui résultoit du défaut d’une conduite prompte et rapide des eaux jusqu’à la mer. Une étendue de a 5 oo acres , nommée Middlemoor, est demeurée plus de vingt ans, submergée. Il y a six ans que l’on fit, en vertu I SUR i/ÉCOBUA&E. 4s3 d’un acte du Parlement , une operation de dessèchement dont il re'sulta le recouvrement de ces 2ÔOO acres. M. Wills en a acheté deux cents acres, qu’il écobue. C’est une spéculation hasardeuse, tant que le dessèchement du Cambridge-shire n’est pas entrepris sur un plan général. M. Pooley me conduisit de là du côté de Ramsay, où je vis des choses encore plus déplorables. Tout le voisinage de la rivière de Load est un marais. M. Poole l’a vu en culture, il y a trente-six ans: les récoltes y étoient superbes. Holm-Pen, qui est contigu, est un district couvert d’eau , et qui, il y a vingt ans, étoit couvert de bâtimens, de fermes et de moissons. Il n’y a que trois ans, qu’on voyoit de belles récoltes de blé à Whitlesea-moor, qui est aujourd’hui inondé : on y recueilloit jusqu’à quarante busliels de blé par acre, et de prodigieuses récoltes d’avoine. J’éprouvai le sentiment le plus pénible de ce spectable de désolation. Une disette de grains, et quinze cents acres de terrain fertile qu’on laisse sous l’eau, par choix , dans un pays comme l’Angleterre ! Il y a de quoi faire réfléchir les politiques. On nous parle de la richesse de la Grande-Bretagne : voilà une application toute trouvée de ccttc richesse» FAITS NOUVEAUX 4 2 4 Les efforts partiels des individus ne peuvent presque rien. Celte immense étendue de marais ne peut avoir son dégagement qu’à la mer. Il faut creuser plus profondément les canaux de toutes les rivières dont les eaux concourent à l’inondation. Les hommes intelligens du pays sont d’accord sur les moyens à employer. C’est un objet d’une importance inappréciable. Il faut ôter l’eau, employer le feu ; et de prodigieuses récoltes de blé et de colza seront la récompense des travaux dans un sol conquis. Je ne puis pas m’accoutumer à l’idée de voir une pareille étendue d’excellens terrains convertis en marais pestilentiels , tandis que le peuple souffre par la disette des grains. Il y a trois ans qu’on recueillit jusqu’à quarante bushels par acre , là où aujourd’hui il n’y a que des joncs et des grenouilles. J’ai vu un malheureux journalier qui vit avec sa femme et ses enfans dans une petite maison aujourd’hui inondée. Dans l’été de 1799, ils ne purent descendre au rez-de-chaussée que pendant un mois. Pendant tout l’hiver dernier , ils eurent deux pieds d’eau dans leur cuisine. Aujourd’hui (en juillet) ils ne sont pas encore descendus que pour entrer dans leur bateau. Ce malheureux journalier paie deux guiuées par an pour une telle habitation. SUR i’ÈCOBUAGE. 425 A cinquante toises de là, on voit des récoltés prodigieuses de colza. Les habitans de ces vastes terrains maré- cageux sont si éloignés des églises, qu’ils n’y vont jamais. La femme de ce journalier me dit que depuis plusieurs années elle n’avoit pas été au sermon. Ces gens-là ne sont pas plus chrétiens que des Hottentots. Comment espérer d’honnêtes gens, et des sujets fidelles de l’état, avec une telle ne'gligence! Une des premières mesures, qui doivent suivre l’opé- ration des desse'chemens faits en grand, c’est la construction d’un certain nombre de chapelles pour le service divin. En I7g5 , après des débats très-longs, il fut passé un acte pour l’ouverture d’un canal destiné au dégorgement de l’Ouse. L’acte autorisa les commissaires à emprunter 78,000 livres sterling, et à mettre un impôt de quatre deniers par acre sur 3 oo,ooo acres, pour payer intérêt et capital de cet emprunt. Mais, par une faute inexplicable , l’acte bornoit à quinze ans le droit d’impôt. Il a été impossible de se procurer de l’argent, et on n’a pas' entrepris les travaux. Les devis des ingénieurs faisoient monter les dépenses à 52,000 livres sterl. Le tableau de l’état actuel de cette contrée est assurément fort triste ; mais la perspective FAITS NOUVEAUX 4â6 pour l’avenir l’est davantage encore. Chaque anne'e , il se fait, dans les districts qui dominent la plaine des opérations pour les dessé- chemens qui augmentent la niasse des eaux dans le pays plat. Les rivières et les canaux de dégorgement s’obstruent toujours davantage par l’accumulation des plantes qui y pourrissent, et des terres qui s’y déposent; et il est e'vident que la ruine totale du plat pays doit en résulter. Si malheureusement il n’étoit point possible de trouver l’argent nécessaire pour l’exécution du projet d’Eaubrink, il faudra bien en venir à des mesures du même genre ; car il est impossible de supposer que le Parlement veuille condamner à l’inutilité une vaste et fertile province. Les divers actes du Parlement, passés depuis cent cinquante ans, pour le dessèchement de ces trois cent mille acres, ont été en contradiction les uns avec les autres, et ont fait naître des difficultés et des procès sans nombre ; une mesure générale qui abrogeroit tous les actes antérieurs, et donneroit à une corporation nouvelle le pouvoir de mettre une taxe fixée sur les terrains, d’emprunter l’argent nécessaire, d’encaisser et approfondir les rivières elles canaux, d’opérer les desséchemens dans toute cette étendue de pays, de diviser StTR. iA'X'OBUAOE. 427 les communaux encore inutiles, cette mesure, dis-je, re’ussiroit immanquablement et feroit de tout ce pays-là un véritable jardin , de manière à retrouver dans la valeur des fonds deux ou trois fois la totalité' des dépenses. Supposons qu’il y ait après le dessèchement, deux cent quatre-vingt mille acres, susceptibles de culture. Les assolemens de ces terrains-là sont si uniformes , que leurs produits sont faciles à calculer. Voici la rotation de récoltes de presque tout le pays. Première année . . colza. Seconde année . . avoine. Troisième année . . avoine. Quatrième année . . blé. Cinquième année . . pré-gazon , jusqu’à sept, huit, neuf, et dix ans. Quelquefois , on met le blé à la troisième année. En général, la quantité de froment qu’on y sème, est beaucoup diminuée aujourd’hui , parce que les inondations d’hiver l’ont souvent détruit. On préfère le blé de prin- tems. Mais le calcul que nous faisons, suppose que l’opération du dessèchement seroit si sûre que de pareils accidens n’arriveroient plus. Les rapports sont uniformes sur la moyenne des récoltes de blé: elle est de trente-deux bushcls par acre. Je la .suppose à vingt-huit t 4a8 FAITS NOUVEAUX bushels, et pour l'avoine à cinquante-six. Pour le colza , neuf nulle acres seroient réservés à donner de la graine, et le reste seroit pâture, à raison de trente-cinq shellings l’acre , ce qui est une estimation basse. Quant aux prés on peut en calculer la rente , un tiers à quarante sbcl., un tiers à vingt-cinq, et un tiers à seize. Sur ces basses , le produit annuel de ces deux cent quatre-vingt mille acres, passeroit un million sterl. M. Groud de Whitlesea, en parlant de données differentes, a trouve', à très-peu de chose près, le même résultat de ses calculs. Il paroîl inutile de rien ajouter, lorsqu’on a dit, qu’il s’agit de racheter à la culture un pays qui rendroit annuellement un million sterl. En 1796, il y a eu ] 4 i,ooo acres inondés. Il y en a eu presqu’autant en 1799* et en 1800. J’ai vu au mois de juillet, et après une longue sécheresse, 70,000 acres inondés, avec un dommage immense, parce que les récoltes de printems se tvouvoient sur pied, lors de l’inondation. O11 demande pourquoi ces accidens d’inondation sont beaucoup plus fréquens maintenant qu’ils ne l’e'toient ei-devant. La réponse à cette question est facile. Toute cette plaine est dominée par un pays qui, autrefois, étoit cou- SUR 1,’icOBUAGE. 42g vert de communaux inutiles. L’eau des pluies pe'nétroit dans la terre, ou s’y evaporoit en grande partie , sans descendre dans la plaine. Depuis que les défrichemens ont eu lieu, on a couvert un écoulement aux eaux pluviales, et celles-ci se précipitent maintenant avec une telle abondance, que huit heures d’une pluie soutenue suffisent pour inonder le pays. La masse des eaux qui pèsent sur les levées de terres est donc plus conside’rable qu’elle ne l’éloil autrefois; et lorsqu’il se fait une brèche quelque part, le mal est plus sérieux, et plus étendu. Il faut que la profondeur des canaux à faire , pour le dégorgement dans la mer , soit proportionnée à la promptitude avec laquelle les eaux arrivent dans la plaine , ainsi qu’à leur abondance. Cet objet est d’une importance nationale, si grande , qu’il est impossible qu’on ne s’en occupe pas. On continue à enclore, à défricher, à dessécher les terrains de tout le pays qui domine cette plaine. On doit s’attendre à une inondation chaque année; et les propriétaires actuels des marais ont déjà éprouvé tant de pertes , qu’ils hésitent aujourd’hui à abandonner la culture.* Encore deux ou trois inondations, et trois cent mille acres du plus riche terrain que possède l’Angleterre seront FAITS NOUVEAUX 45 O restitues à leurs anciens habitans , les grenouilles , et les canards sauvages. En consultant mes notes, je vois que l’éco- buage a re'ussi sur les terrains suivans. 1 ." La tourbe, ou terres tourbeuses et marécageuses. 2 .” Les hauteurs crayeuses. 3.° Les bruyères sablonneuses. 4.” La bonne terre végétale, et la glaise. M. Pooley, et beaucoup d’autres, ont d’imr menses récoltes d’avoine, sur le brûlis des terrains tourbeux. La plaine où ils travaillent, a cinq ou six pieds de tourbe pure. M. Butts a également bien réussi, eu écobuant une pièce qui louche aux marais, et dont la surface tourbeuse, repose sur une marne jaunâtre. Les fermiers, et les propriétaires s’accordent à dire qu’on ne sauroit cultiver avantageusement ces marais, sans y employer l’écobuage : ceux- là même, qui ne croyent pas à la convenance de faire entrer l’écobuage dans les rotations régulières, sont convaincus qu’on ne peut pas consommer la culture de ces marais, autrement qu’en brûlant la surface. Ce qu’on appelle les bruyères de New- Market , est une couche de terre fort mince sur de la craie. De vastes espaces y ont été écobués avec un plein succès. Sur les terrains sablonneux , les résultats 1 SUR u’ÉCOEUAGE. 451 n’ont pas été partout les mêmes. On dit que l’ope'ration a manque à Millbrook, en Bedford- shire ; mais elle a e’té mal conduite. L’éco- buage n’a pas re’ussi à M. Jebb sur le sable noir de Bagshot-heath. En revanche , les jardiniers de Sandy, en Bedfordshire, ont eu un plein succès en ëcobuant dans le sable ; M. Selon, enSussex, a egalement réussi, et cette pratique s’est établie autour de lui dans les terrains sablonneux. Je ne connois à la réussite dans la glaise , d’autre exception que l’exemple d’Alconbury, où l’on dit que l’écobuage a manqué son effet : mais, dans la même paroisse, deux cents acres d’écobuage sur la glaise ont eu un plein succès. Les expériences dans les terres argileuses sont si nombreuses, et leurs résultats si évidens , que le lecteur ne doit conserver aucun doute sur la convenance de l’écobuage dans ces terrains. Cette opération est donc surtout avantageuse dans la tourbe, les bonnes terres, et la glaise ; elle est bonne dans la craie , et douteuse dans le sable. En rassemblant tous les faits, dont j’ai eu connoissance concernant l’écobuage , je pense qu’il convient d’e’croûter au printems, pour brûler aussitôt que le tems le permet, et pouvoir semer encore des turneps, des choux FAITS NOUVEAUX 43a ou du colza. II ne faut jamais se presser trop de brûler imparfaitement avec le projet de semer encore de l’orge ou de l’avoine, parce que la saison se trouve trop avance'e, et que l’ope’ration peut manquer. Sur la tourbe, M. Shearing est dans l’usage de n’écroûter et brûler qu’une croûte fort mince : cette croûte, qui s’enlève avec une charrue faite exprès, n’a qu’un pouce ou un pouce et demi d’e'paisseur. J’ai souvent vu faire cette operation. Dans tout le Cambridge-sbire on est convaincu qu’il importe de ne pas trop brûler la terre. On aime mieux qu’elle demeure noire et me'Iange'e de gazon non brûle', que de se convertir en cendres rouges ; et pour empêcher que le feu ne soit trop vif, on ne fait que des petits tas de trois pieds , tout au plus quatre pieds de diamètre. Quant à la manière de re’pandre les cendres, il y a une question qui n’est pas encore résolue. Yaut-il mieux enterrer immédiatement les cendres après l’ope'ration ou bien les laisser un certain tems expose'es à l’air avant de les recouvrir? M. Ground, qui a une longue expe'rience, préfère d’enterrer imme’diatement, lorsqu’il s’agit de colza. Wedge trouve que, pour le ble’, il vaut beaucoup mieux laisser les SUR u’ÉCOBUAGE. 453 les cendres étendues sur le champ pendant un certain tems , avant de labourer. Cette question mérite l’attention des agriculteurs. J’ai eu mille fois l’occasion d’observer que le blé est beaucoup plus beau dans les endroits où se trouvoient les fourneaux (1). Cependant l’usage constant est d’enlever complètement les cendres dans ces endroits-là , et même une partie de la terre sur laquelle le gazon a brûlé, parce que les ouvriers savent que le blé y sera trop beau. Cette circonstance est curieuse : elle prouve qu’il y a , dans celle operation , des effets produits, qui n’ont jamais été expliqués , ni peut-être entendus. J’ai examiné, souvent après la dispersion des cendres , mais avant le labour , le sol sur lequel reposoient les fourneaux. Je voulois voir si le feu n’avoit point augmenté la profondeur de la terre végétale en la rendant plus friable. Dans plusieurs cas cela m’a paru ainsi, et dans d’autres point du tout. Mais une augmentation de friabilité ou d’épaisseur dans la couche de terre végétale , ne pourroit point expliquer le fait de la grande supériorité dans la végétatiou. ( 1 ) J’ai eu souvent occasion de faire la même observation et j’en ai déjà rendu compte. Tome 6. Ee 454 FAITS NOUVEAUX SUR i/ÛCOBU AGE. de ces places sur lesquelles les fourneaux ont repose' pendant le brûlement. » La destruction de tous les vers, et autres .insectes, ne suffit pas non plus à expliquer cette supériorité'. Peut-être la matière de la chaleur est-elle fixe'e et retenue dans ces en- droils-là, long-tems après que la chaleur thermométrique a disparu : cette chaleur latente se combine peut-être ensuite dans les plantes. Il seroit curieux de faire là-dessus des expe'riences soignées, et de voir si la fertilité de la terreVaccroît comme l’intensité de la chaleur , et jusqu’à quel point elle diminue avec celle-ci. FIN DU TOME SIXIÈME. r TABLE DES MATIÈRES Contenues dans le VI.” volume. E: (Xpéhiences sur quelques herbes de prés. Par Arlhur Young, - fage 1 I.ettre sur la Chicorée , 4o Ile la Chicorée, Par M. Martin de Jausor, 44 Du Sainfoin, par Arthur Young, De la Pimprenelle, par Arlhur Young, 5g Diverses expériences et observations sur la culture des Pommes de terre , etc. par le Dr. James Anderson, Membre de la Société Royale de Londres, de la Société d’Agriculture d’Ecosse, etc., 64 Exposé de la Culture des Pommes de terre en Irlande* lOO Analyse physique de la Pomme de terre , io3 Moyen de conserver long-lems les Pommes de terre. Publié par la Société destinée à l’amélioration du sort des pauvres, xog Détails sur la Culture des turneps au semoir, dans le Berwick-shire, n5 Culture des Turneps au semoir en protégeant les plantes. Par Abr. Munnings, i3o Sur la culture des Pommes de terre plantées par la pelure, Expérience d’une plantation de pommes de terre faite dans le but de connoitre l’influence de la grosseur oS *•3.g.g Sis — in o. ; 's O'rtj -i-sts-s W r * y 'U Ç * £ O tf) fia-5 O .2 T3 . .S s 3.0 s 80 9 —■ «u cr y- - - -2 £ — r \£ 10 c ‘‘ ’ S 1 - : .-n 1 AaJK ,L_ü I gj " ^ U U V U n J— CL O W) O R ST! w d v Z5* u. 3 « p. « S- o*c fi Si Ur 3 0 4 Î O" “> a» i_ (>ï O » cgj CL £ ■u 3 > *d s-i X '.‘ r r i* | K: . i 5. • '.' 4 * marque , mais 1 je neitra~^fcïXJitÇ&T«rt pas, & je lui 1 : E 3 COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E, Avec les developpemens utiles aux « Agriculteurs du Continent; Par Charles P IC T E T , de Genève^ TOME SEPTIÈME. A PARIS, Chez J. J. Paschoud, Libraire, rue des Peüis-Augustins , n.° 5. A GENÈVE. Chez le même Libraire. l8iO. y.à. w L/ o ^ür\cs 21 . JjL ! 1?50 fss^T- m COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E. SUR L’ENCOURAGEMENT. DE l’aGBICÜLTÜRE. Par Arthur Y o u n a { 1). De quelle manière un gouvernement doit- il s’y prendre pour encourager l’agriculture pratique? Les politiques re'pondent : en donnant des lois qui garantissent la sûrele' et la propriété. Mais l’expérience nous apprend que les lois générales ne produisent point des conséquences générales; car nous voyons, sous les mêmes lois, une province prospérer par l’agriculture et une autre languir. Peut-on comparer l’agriculture de Kent ou de Norfolk avec celle du Shropshire ou de Cornouailles ? (1) Ce morceau a été écrit il y environ trente ans, et n’en est pas moins bon à publier aujourd’hui. Tome 7. , A s ENCOURAGEMENT Quand la Flandres étoit sous un gouvernement despotique , elle ne laissoit pas de prospérer par son agriculture. Les lois et la liberté' encouragent et animent, mais elles n’instruisent pas. Le fermier Anglois cultive avec plus de vigueur et de courage que le paysan Allemand, mais il se traîne sur la routine de ses prédécesseurs avec une exactitude scrupuleuse. Ses attelages sont plus forts et mieux nourris , ses fosses sont plus profonds et plus larges, ses coulisses de dessé- / chemenl sont plus multipliées et mieux faites : toutes les operations que faisoit son père sur la même ferme sont exécutées d’une manière plus cômplèle, mais ce sont toujours les mêmes operations et le même système. Son père sui- voit la routine des jachères t il en fait autant. Son père semoit du Lie' après de l’avoine : il ne manque pas de le faire aussi. Il peut être dans une grande aisance et se sentir parfaitement maître de sa propriété sous l’e'gide des lois , sans avoir l’idée de rien hasarder au-delà de ce qu’il a toujours fait; et s’il lui arrive de s’écarter de la méthode suivie , ce ne sera pas parce qu’il est soumis à de bonnes lois : il faut quelqu’autre chose pour l’y engager. D’autres répondent à la question que j’ai faite d’abord : enrichisse# votre pays par les O D E e’a G RICUITÏÏKÏ. fabriques, la demande des denre'es sera active, et cette activité' de la demande produira une bonne culture. Il est bien vrai que sans une demande active , il ne peut y avoir de culture animée , mais cette culture peut être anime'e dans le système qu’on suivoit il y a mille ans. La plus grande partie de l’Europe est encore aujourd’hui cultive'e dans le sys* tème des jachères pratique’ depuis dix-huit siècles. Le commerce, les fabriques, les arts, ont reçu des encouragemens qui ont agi d’une manière universelle : l’agriculture est seule demeurée stationnaire, ou à peu près. Un pays a beau être riche, il n’en résulte pas que le système d’agriculture change. Une jachère en Essex, en Normandie , en Picardie , sera labourée par quatre beaux cheveaux ; dans la Sologne , par deux vaches maigres, et à Mi- norque, par un âne et un cochon ; mais ce sera toujours une jachère : ce n’est pas la richesse qui introduira le trèfle et les turneps. Les impôts n’ont également qu’une influence très-foible sur le genre de culture : dans des provinces du même royaume, soumises aux mêmes impôts, nous voyons des différences immenses. Concluons de éc que je viens de dire que de bonnes :ois, la sécurité' des possessions, ENCOURAGEMENT 4 des impôts équitables et bien assis ; enfin la richesse publique, donneront de l’activité au genre d’agriculture déjà établi, mais ne le changeront pas. Nous pouvons du moins affirmer que dans le cours de deux siècles, cet effet ne sera pas produit. Si les Empires, si les étublissemens humains étoient d’une durée que l’on pût compter par dix siècles, le progrès insensible des lumières pourroit avoir à la fin, une influence marquée ; mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici : les raisonneurs politiques n’ont pas ordinairement autant de patience qu’il en faudroit dans ce cas. Quel parti prendre? me diront les hommes d’Etat. J’avoue naïvement que je n’en connois aucun dont l’effet soit certain. Nous n’avons que le choix des difficultés ; et à mesure que nous examinons la chose, nous en découvrons de nouvelles. La question n’est pas de savoir ce qu’un bon agriculteur feroit s’il se trouvoit Ministre; mais de dire comment le Ministre iguorant en agriculture , et ne connoissant point le mérite , l’instruction et le talent de§, gens qu’il doit employer , peut s’y prendre pour distinguer le praticien instruit, du charlatan qui prétend l’être. Est-ce la réputation de ceux qui se mettent en avant, qui doit le décider? Mais, deux hommes d’égale réputar * 5 D E L’A GKICÜLTURE. tîon appelés à conseil, opt des avis directement opposés l’un à l’autre. Il faudra donc qu’ilinstitueune académie, et qu’en multipliant ses conseillers en agriculture , il se donne plus de chance d’être bien dirigé. C’est ce que l’on a fait en France. Plusieurs Ministres ont senti qu’il falloit aider l’agriculture. Us ont institué des Sociétés, dans le but d’apprendre d’elles ce qu’il convenoit de faire. Les résultats méritent quclqu’attention. Après la paix de 1748, le Gouvernement de France sentit la nécessité de s’occuper de l’agriculture du Royaume. La France avoit été forcée à faire la paix, parla disette des blés. On institua donc des Sociétés , auxquelles le Gouvernement donna son attache, et qu’il encouragea particulièrement. Il s'e mon- troit prêta faire les dépenses, à prendre les mesures , à publier les édits que ces Sociétés jugeroient convenables. Quelques effets salutaires suivirent cette réunion d’efforts : le libre commerce des grains, l’abolition des corvées , et peut-être l’établissement des assemblées provinciales eurent pour origine les débats de ces Sociétés ; mais quant à l’agriculture pratique , ccs académies n’y influèrent pas plus que si elles eussent été dans la lune. Les membres de ces Sociétés étoient en ÏNCOUSAOËMËN'f & general aussi ignorans sur le point essentiel , que J’étoient les ministres eux-mêmes; et certes il ne faut pas s’en étonner , puisqu'ils ëloient choisis parmi les habitans des villes. Plusieurs d’enlr’eux ne connoissoient de la campagne, que la chasse. Le Ministre qui nommoit aux places de ces Sociétés , ne pou voit pas, dira- t-on , connaître la capacité de tous, individuellement. Non , sans doute ; mais il pouvoit savoir que des colonels , des médecins , des apothicaires, des avocats et des abbés, ne pouvoient pas avoir pratiqué l’agriculture eux- mêmes , et avoir, par conséquent, les con- poissances qui auroient été utiles. Si lorsque le Ministre sanctionna de tels établissemens, il avoit eu soin d’exclure les théoristes, en donnant pour clause d’admission , le séjour habituel dans une ferme que l’individu cul- tiveroit lui-même.; oes Sociétés n’auroient pas été aussi multipliées, ni chacune d’elles aussi nombreuse; mais les connoissances pratique de leurs membres les auroient garanties des erreurs grossières. 1 D’après de tels principes, ce que le Gouvernement auroit donc à faire seroit uniquement d’autoriser les plus habiles praticiens, dans chaque district, à se réunir pour perfectionner leur art ; il devroit encore leuF D E L’A GRIdJLTïïRÏ. 7 aider, si cela etoit necessaire. Mais sur toutes choses, il ne faudroit pas que le Ministre s’avisât de nommer lui-même les membres de ces Sociétés. Ils devroienl être élus par des gens capables de les juger. On conviendra que des associations forme’es sur ce principe , et qui délibéreroient sur les perfectionnemens dont leur province ou leur district scroit susceptible , quant aux objets agricoles, auroient bien plus de moyens pour être utiles, et donner de bonnes idées aux Ministres, que des milliers d’académiciens, comme nous en avons vu. Faut-il pour cela négliger ou réformer totalement les institutions savantes dont les travaux ont pour objet l’agriculture? .Te ne le pense pas. C’est un devoir des chefs des Etats de faciliter dans tous Les genres , le travail et l’essor du génie. Les botanistes , les chimistes , les minéralogistes, et tous ceux qui s’occupent de l’étude de la nature , peuvent concourir par leurs travaux ù fixer les principes de l’économie rurale , et en faire un corps de science : il est digne du premier Magistrat d’un État, d’écarter les obstacles qui s’op- poseroient à la marche du génie. Les effets de cette marche sur l’avancement de l'agriculture sont lents, sans doute, mais les ré- ENCOURAGEMENT sultats à long terme ne sont pas ceux qui répandent le moins de gloire sur le règne d’un Prince. Il y a pour un Gouvernement un autre moyen plus facile et plus simple de favoriser les progrès de l’agriculture : c’est d’avoir une vaste ferme cultivée de la manière la plus avantageuse. J’ai souvent fait une re’flexion , et toujours avec un sentiment de chagrin. Les princes de notre siècle mettent un grand intérêt à avoir des armées de belle apparence et bien exercées : tous les pays ont leur appareil militaire. On a des établissemens de musique aussi parfaits qu’on puisse les avoir : depuis le tailleur et le machiniste jusqu’à la première chanteuse , tout est choisi pour l’établissement d’un opéra avec un soin extraordinaire. Mais pourquoi donc le Prince qui a des établissemens militaires et musicaux n’auroit-il pas aussi des établissemens agricoles ? Un Roi de France peut dire à un Prince étranger: vous allez entendre à l’opéra la meilleure musique de l’univers -, j’ai mis à contribution le génie et les lalens des étrangers. Les Gluck, les Piccini, et les Sacchini ont formé le goût de mes sujets. J’ai fait dresser mon armée sur la tactique Prussienne, T> E t’a G R I C U I- T U U E. 9 et nulle part au monde vous ne verrez des manœuvres mieux exécutées que dans mes Camps de plaisance. El pourquoi donc n’a- t-il pas la fantaisie de pouvoir montrer aux étrangers l’agriculture Anglaise dans toute sa perfection? il auroit l’avantage de donner ainsi à ses sujets, sans sortir du Royaume, l’idée d’une agriculture parfaite. L’économie rurale d’un pays est-elle donc d’uue moindre importance que son armée ou son opéra? Si l’on formoit le noyeau d’uue académie d’agriculture en Angleterre, en nommant les Bakewell, les Elliot, les Banks , les Marshall, les Bdlingsley, les Priestley, les Chaplin , etc. avec commission d’élire d’autres membres, en ne les choisissant que parmi les agriculteurs célèbres , n’est-il pas évident qu’on pourroit attendre de grands services d’une Société ainsi composée , à qui on donneroit pour tâche de désigner les objets d’améliorations utiles , de proposer et de distribuer des prix? Un tel corps aideroit singulièrement le Parlement dans le grand objet de l’augmentation et du perfectionnement des laines Angloises; et on pourroit faire distribuer par cette Société pour cinq mille francs de prix annuels avec un prodigieux avantage. Je suppose que les membres de cette Société ne seraient point payés , mais 10 ENCOURAGEMENT DE e’aCRICUETURE. seulement défrayés de leur voyage à raison d’un shelling par mille, lorsqu’ils se réuniraient à Lo ridres. On appelleroit cette Société’ l’Academie ou Bureau d’agriculture. DES CLOTURES. Les informations contenues dans les rapports des Commissaires des divers comtés, et qui sont parvenues au Département d’Agriculture, sont nombreuses et intéressantes. Les avis sur cet objet important, sont parfaitement réunis : il n’y a qu’une voix pour condamner les champs communs , et les pâturages communs. Tous les Commissaires s’accordent à démontrer les avantages des propriétés distinctes , et à solliciter du Département des efforts énergiques pour une mesure générale. Je vais réunir les principaux faits épars dans les divers rapports : on y verra le mal actuel, les avantages d’une réforme, et les moyens de l’effectuer., Dorset. « De très-bons pâturages communs pour les chevaux et les vaches, rendent de 7 à 8 sliel. l’acre. S’ils ctoient divisés, ils rendroient 18 à 2crshelliogs. Pour opérer cette division, il 11 DES CLÔTURES, faudroit une mesure moins coûteuse qu’un acte du Parlement ; car les Frais que cet acte occasionne annullent quelquefois J’avantage qu’il auroit procure'. U n’en coûte guères moins de trois à quatre cents livres sterl. sans compter le danger d’e'chouer, » Surrey, « Il n’y a aucun point sur lequel ce Comte' soit moins avance' que sur l’article des clôtures. L’un portant l’autre , les champs ouverts qui maintenant s’afferment 12 à l 3 sliel. l’acre, rendroient aise'ment 24 à 26 shellings, s’ils etoient enclos. » / Norfolk. «Les clôtures sont d’une importance si grave, qu’il faut absolument e'carter les obstacles qui s’y opposent. Il faudroit un acte du Parlement au moyen duquel toute paroisse dont les ha- bitans s’entendroient, pourroit effectuer la division. Les grands frais des actes particuliers effrayent. 11 faut, pour remplir les formalites, que les Jure's du lieu se rendent à Londres, et soient entendus par un Comité des Communes. Il faut ensuite que ces Jures se rendent à la barre de la Chambre haute, et soient entendus par un Comité de celte chambre. Ces opéra-, 12 UES CLOTURES, tions sont souvent à une grande distance les ■unes des autres. 11 faut que les Jures, pendant tout le tems que cela dure, soient entretenus à Londres, aux frais du postulant, ou bien qu’ils fassent plusieurs voyages, ce qui est egalement coûteux. Aussi, bien des gens qui pen- seroient à opérer des clôtures, sont effrayes par ces dépenses, et en abandonnent le projet. Cela explique comment nos communaux, et nos champs ouverts, restent dans le même état. » Snffolh. « En 1777, la paroisse de Coney-Weston a obtenu un bill de clôtures. Pendant les 16 ans ' qui avoient précédé ce moment, l’excès des naissances sur les morts avoit été de 12. Pendant les 16 ans qui ont suivi, l’excès des naissances a été de 45 . La rente de la terre est doublée , et les fermiers sont beaucoup plus riches. » Middlesex. « Les dépenses , les inconvéniens, les difficultés qu’il y a à obtenir des actes séparés pour les clôtures, font qu’on renonce à les demander. L’opinion unanime de tous ceux fjui ont porté leur attention sur l’objet, c’est qu’un acte général reœpliroit parfaitement lebut. Les DES clôtures: l5 clôtures de Stonvvell, sur cinq cents acres de communaux stériles, ont porte à 20 sliellings l’acre la rente d’une terre qui ne rendoit presque rien, ethaussé la rente des champs, jadis ouverts, depuis i4 sliellings à 20 . » Buckingham. « Dans les paroisses , où l’on a fait des clôtures, depuis %5 ans, il est reconnu que la population s’est accrue, quoique l’on ait établi dans plusieurs, des laiteries et des fermes à pâturages. Le comte contenoit gi,yo6 acres de champs communs. » /Fi Ils. « Les désavantagés des champs ouverts, ou communs, sont les suivans. 1 .® Il faut suivre les mêmes assoletnens dans des terrains de nature toute differente. 2. 0 On ne peut pas perfectionner les races de brebis. 5.° Il est à peu près impossible de faire des récoltes pour provisions d’hiver. 4.' Il faut plus de frais, de peine et de chevaux pour cultiver les champs ouverts que les champs enclos. Dans le district du Nord-Ouest , les communaux ne comptent en quelque sorte , pour rien dans les propriétés, lorsqu’on estime un domaine qui a droit de pâturage, 5ooo acres qui sont entre West- 1 l4 r> E S CLÔTURES, bury et Cricklade , ne valent à peu près tien ; et s’ils ètoient enclos et desséchés, ils ren- droientiô à 20 shellings de rente, par acre. En général, les champs ouverts sont susceptibles d’une grande augmentation de valeur par les clôtures. » « Dans tous les actes du Parlement pour des clôtures, il faudroit une clause qui statuât, que toutes les fois qu’on peut employer les eaux des moulins à l’arrosement des prairies, les Commissaires sont autorises à s’èn servir, sans nuire aux fnoulins , et au moyen d’une compensation annuelle pour cet emploi. Il n’y a aucun doute que, si l’on levoit les difficultés qui s’opposent au partage des communaux, ils ne fussent très-promptement divises entre les particuliers. Il arrive très-souvent que la quantité des communaux ou champs ouverts, appartenant à un domaine n’est point assez considérable pour faire encourir une dépense d’environ 5 oo livres sterling pour un acte du Parlement, outre les frais d’une Commission pour le travail de la division. Cette difficulté' seroil, en grande partie , écartée si l’on auto- risoit les Juges de Paix à recevoir les pétitions et à connoître des demandes, dans les sessions de quartier. Les informations locales peuvent être obtenues plus exactes et à moins DES CLÔTURES. l 5 de frais sur les lieux mêmes, que devant le Parlement; et les Juges de Paix ont aujourd’hui un pouvoir plus e'tendu que celui-là , puisqu’ils connoissent et jugent en appel , des griefs des parties qui se plaignent des dispositions contenues dans les actes du Parlement relativement aux clôtures. » Hampshire. « Auprès de Basingtoke, on a enclos dernièrement une étendue conside'rable de terrain, dont la valeur s’est accrue de 6 shellings l’acre, à la shellings. » Cambridge. « La moyenne de la rente des champs enclos, surpasse la moyenne de la rente des champs ouverts, de la somme de 8 shellings par acre. Les deux paroisses de Childersley et de Hard- wicke , se touchent. Leurs terres sont exactement de même qualité, et ne sont séparées l’une de l’autre que par une ligne de haies. Voici la différence des produits. Paroisse de Childersley. Paroisse de Hardwicke. champs euclos. champs ouverts. 24 bushels par acre de blé. 16 36 bushels d'orge . . . . 18 36 bushels d’avoine . . . 18 ap bushels de fèves ou-pois . * l6 DES CLÔTURES. 1 II faut ajouter à ce tableau , à l’avantage de Childersley, que les moutons y sont exempts de la pourriture, qui desoie les paroisses voisines. » Rutland. a II faut déplorer que les actes du Parlement entraînent des dépenses si considérables; caries avantages des clôtures seroient bien grands pour la nation. » Liants. « Une loi générale, bien faite , sur les clôtures de tous les champs ouverts assureroit merveilleusement le succès de ces opérations. » Warwich. « Les champs ouverts s’afferment îoshel. ; le même terrain enclos 18 shel. l’acre. La dépense des clôtures, lorsqu’elle est bien ménagée , est de 45 shel. l’acre; et l’amélioration, déduction faite de l’intérêt des dépenses, est d’un tiers delà rente. Il y a encore cinquante mill e acres de champs communs. On en a déjà beaucoup converti en pâturages , qui valent de i5 à 55 shel. de rente l’acre. » Lincoln. « Il est rare que les bœufs échappent aux effets *7 DES CLÔTURES, effets d’un hiver rigoureux, dans les paroisses qui ont de vastes communaux de marais. Les chevaux sont alors re'duits à de telles extré- mites qu’ils mangent jusqu’aux chardons secs, la fiente d’oie ; et on pre'tend même qu’ils se mangent la queue et la crinière les uns aux autres. » « Il y a 47 paroisses qui ont droit de pâturage dans les marais. 11 faudroit peut-être 47 actes du Parlement pour enclore. Rien ne dé- monlre mieux la ne’cessite' d’un acte général pour les clôtures du royaume. Dans les communaux entre Welland et le Glen , on perd quelquefois les quatre cinquièmes desbestiaux, dans une anne'e. » Notes. « Les effets des clôtures sur la population , ont été de l’accroître considérablement, même dans les districts de terres glaises. Dans les situations les plus défavorables, sur des terrains argileux, et sans communaux , on augmente la valeur d’une propriété d’un quart, tous frais déduits, en opérant la clôture des champs ouverts. » Leicester. « Les clôtures dans ce Comté, ont augmenté la rente des terres, de 8 shel. à 20. » Tome 7. R / l8 «ES C 1j ô T Ü K £ s. Salup. « Il n’y a pas beaucoup de champs communs, mais beaucoup de communaux. Ceux- ci, bien loin d’être utiles , sont à charge. Les ouvriers dans les environs sont, en général, paresseux, et leurs habitations misérables. Dans les parties encloses, ils ont de bonnes demeures, travaillent re’gulièrement, font apprendre à lire à leurs enfans, et les accoutument à l’ouvrage. » Lancaster. « Les clôtures ont beaucoup augmente' les produits et la population 5 elles ont triple' dans quelcpies endroits la rente du proprietaire 5 ont donné plus de profit ati fermier et plus de moyens de subsistance à la nation. Les communaux elles friches, nourrissoient à peine quelques vaches et quelques oies : maintenant leur rente est trente fois plus forte. » « On a grand besoin d’une loi générale sur les clôtures , pour éviter les embarras et les frais des actes particuliers. » ïLest-moreland. « Tout le royaume a bien besoin d’un acte général de clôture. Les communaux ne font que du mal. On a estimé qu’un tiers des mou- DES CLÔTURES. ig tons de West-moreland avoit pe’ri en 1792. » Cumberland, « Sur lous les communaux, il y a à peu près le double des bestiaux qu’il devroit y avoir. Ils n’ont que de quoi ne pas mourir de faim. Point d’amelioration. Les beliers et les brebis sont pêle-mêle La pourriture et les autres maladies font de grands ravages. Les clôtures accroîtroient beaucoup la population. Elles seroient une source de grandes ameliorations, si on pouvoit les faire à peu de frais. Les dé- penses de l’acte même, et toutes les additions que les gens de loi savent y faire , font monter le tout quelquefois au triple ou au quadruple de toutes les autres dépenses ensemble. Un acte général obvieroit à cela. » Durham. « Une loi générale , ou un moyen peu coûteux, pour la division des terres non closes, est le vœu de tous les propriétaires et des fermiers éclairés du pays. )> Y or ch. (Arrondissement du Nord.) « Les principaux obstacles aux améliorations , sont les terrains tourbeux, et la grnn de dépense des actes du Parlement pour enclore . 20 DES CLOTURES. Uu champ ouvert de 260 acres, coûta pour l’acte du Parlement obtenu il y a quelques années, sans opposition quelconque, 370 liv. sterling. Dans les parties qui ont été' encloses, le bétail a beaucoup augmenté en nombre , et encore plus en valeur. Malgré cela , la terre donne à peu près autant de grains que lorsque le tout e'toit en champs ouverts. » Yorck. (.Arrondissement de l’Ouest. ) « Dans tous les communaux, le terrain est surchargé de bétail. Les bestiaux meurent de faim , et lès propriétaires en tirent bien peu de chose. Les avantages des clôtures sont grands et nombreux. La rente pour le propriétaire, montant immédiatement d’un quart, au moins, comment cette augmentation seroit-elle payée par le fermier , si la terre ne donnoit pas plus de grains et de fourrage, si les bestiaux u’étoient pas augmentés? La population s’en est beaucoup accrue, dans toutl’arrondissement. La dépense des actes particuliers, empêche le bien des clôtures. II y auroit une grande utilité à une loi générale, comme en Écosse, en renvoyant aux juges ordinaires, l’exécution de l’acte, lorsque les particuliers le demanderoient. Celle loi d’Ecosse est de 1695, et nous en 21 DES CLÔTURES, joignons un extrait dans ce rapport. Dans le voisinage de Doncaster , les cliamps enclos s’alferment un tiers plus haut cjue les autres terres. Lord Hawke a des champs ouverts, loués 5 shel. g den. qui s’affermeroient 20 sb. s’ils étoient enclos. )> Yorck. (Arrondissement de l’Est.) « Plus de travail, plus de salubrité', plus de produit : voilà ce qu’on gagne à enclore : la population s’accroît, par conse'quent. » Cardigan. « La rente de la terre a double' depuis 5o ans, par les clôtures. La population et les produits s’en trouvent fort accrus. Des fermes trop étendues, dans un pays uniquement de prairies, peuvent jusqu’à un certain point décourager la population; mais dans un pays qui gagne en améliorations, et où il faut beaucoup de travail, le résultat doit être tout au contraire : il a du moins toujours été tel, dans cctle province. » Caermarthen. « Les terres rendent le double, au moyen des clôtures, et la population est considérablement accrue. Le grand obstacle est dans les 22 I>ES CLÔTURES, actes du Parlement qu’il faut obtenir à part, pour clpaque entreprise. Ecarter cette difficulté’ s.eroit une des ope'ralions les plus désirées et les plus utiles que le Departement d’Agricul- ture pût entreprendre. Des gens instruits pensent qu’il laudroit donner aux Magistrats des Comte's le pouvoir de nommer des Commissaires, dans les sessions. On croit dans cette province, qu’un tel acte general feroit enclore la totalité des terres de South-Wales, dans très-peu d’années. » » * , Pembroke. « Les clôtures ont double' la valeur des terres. Les bestiaux et les produits sont accrus au moins du double. On sait que la méthode actuelle pour obtenir des actes du Parlement entraîne des difficultés et des frais énormes : c’est un grand obstacle aux améliorations. Les gens de petite Somme craignent tellement ces frais-là, qu’ils aiment mieux laisser chômer l’intérêt de leur fonds, que de l’exposer à des dépenses qu’ils rie pourvoient soutenir. Le remède à cela seroit une entreprise bien utile, et bien approuvée. Un acte généra! pourvoit autoriser les magistrats, dans chaque session, à nommer des Commissaires qui feroient les partages. » 23 B E S C L Ô T U II E S. Derby. a Depuis i5 ans, environ un quart de la province a e'ie' enclose. Les rentes se trouvent presque doublées, dans ces terrains. Les prix des baux furent hausses, par le fait meme des clôtures, entre un tiers et un cinquième. Le produit total s’accroît certainement dans une proportion plus forte que la rente : la population s’en augmente aussi. » Bedford. « Une loi ge'ne’rale, bien faite, pour la clôture des communaux, champs communs, et terres vagues , fcroit enclore bien des terrains. » Sommerset. « Dans plusieurs parties encloses, l’augmentation de la rente a été de plus des deux tiers. Dans tous les cas dont j’ai eu connoissance, le sort des manœuvres en a beaucoup été amélioré; et ce qui le prouve c’est que les taxes des pauvres ont considérablement diminue' dans toutes les paroisses encloses. Les prétendus avantages des communaux , sont une perte réelle. Le droit d’envoyer pâturer des bestiaux s’achète par dix ou douze sbellings. La portion allouée à un manœuvre dans le partage est de 34 DES CLÔTURES, beaucoup supérieure. Les communaux favorisent la paresse , et font infiniment de mal, sous ce rapport. Depuis vingt ans, on a enclos trois nulle acres de marais qui ne valoient presque rien : aujourd’hui ce terrain s’afferme de 10 à 5o shellings l’acre. Le travail se paye de 4 à G pence par jour plus cher qu’auparavant, et la sanie' des hahitans est beaucoup meilleure. « « Les clôtures augmentent la demande des bras , et le produit des terres augmentant le prix des journées, et diminuant la taxe des pauvres, il est bien e'tonnant que la Législature ait si peu travaillé à favoriser ce genre d’améliorations. Un acte général de clôture, qui dispenseroit des formalités longues et ruineuses, nous apprendroit bientôt tout ce que l’on peut faire dans ce genre. Il n’y auroit ni danger ni injustice à commettre l’exécution d’un tel acte à un nombre déterminé de Juges de paix, dans les sessions de quartier. » « Les bonnes terres, en pâturages communs, ne donnent pas 5'shellings l’acre; et si l’on caîculoit les accidens et les maladies, elles ne rendent peut-être pas 2^ shellings. La rente moyenne des champs ouverts est de il shel. 6 den. ; celle des champs enclos, 20 shel. Il y a i5o,ooo acres de champs ouverts, dans 8g paroisses : il en résulte une perte annuelle DES CDOTURES. 25 de 60,000 liv. sterl. Le grand obstacle aux clôtures est dans les difficultés qu’on e'prouve pour obtenir des bills du Parlement. » Hereford. « Cinq cents acres de champs ouverts, era- ployeroient le double de bras, (en y comprenant ceux des fabriques) ; si on les enclosoit et qu’on les mît en prairies. » Oxford. « Il faut qu’il y ait bien des terres vagues et vaines, car il reste plus de cent paroisses, où les clôtures sont inconnues. )> THorcester. « La rente des parties encloses a toujours monté, et quelquefois beaucoup. L’accroissement du produit est très-grand, et la valeur des bestiaux en est augmentée, plus qu’on ne pourroit l’imaginer. Dans une seule paroisse, où l’on a beaucoup enclos, il a été prouvé, que, le surplus annuel du produit des laines résultant des clôtures , montoit à 1000 liv. stel. Les clôtures de cette province n’ont guêpes eu lieu que sur des champs communs, et cependant, il est reconnu que la population s’est accrue. Il se feroit certainement d’autres clôtures, s’il n’y àvoit pas tant de difficultés pour obtenir des actes du Parlement. » 1 26 v DES CLÔTURES. Stajf'orcl. • « Je calcule que, dans tous les cas, un champ commun gagne 5 shellings par acre, au moins par les clôtures (c’est un bon intérêt), et que le produit est plus considérable. Les bestiaux s’en améliorent, et la population s’en augmente. Yeut-on la preuve de la supériorité' d’un pays enclos ? Supposons qu’on fît la proposition d’enlever toutes les haies de clôtures, d’un canton bien soigné et bien divisé : quel est l’homme de bon sens que cette proposition ne révoltât pas? » Hertford. « Les clôtures doublent souvent la rente I d’une terre. » Ces rapports fournissent de nombreux sujets de réflexions sur trois points : le premier, les maux et les inconyéniens des terres communes; le second, l’étendue des avantages que l’on trouve à enclore ; le troisième , les moyens de multiplierles clôtures dans tout le Royaume. Les Commissaires, dans leurs rapports, sont parfaitement du même avis que tous les agriculteurs éclairés, savoir: que les champs ouverts , ou communs , sont sujets à des incon- vc'niens graves , et que les communaux ont peu ou point d’avantages. Quant aux champs DES CLÔTURES. 27 ouverts, nous voyons , en effet, que la dispersion des petites parcelles rend les operations du labourage, de la moisson , etc. beaucoup plus dispendieuses qu’elles ne le sont dans les enclos j les chariots, les charrues, les herses font beaucoup plus de chemin. On laboure moins de terrain , on charie moins de fumiers et de re'coltes. Il résulté des champs ouverts (les rapports sont d’accord là-dessus), la nécessite de tenir un plus grand nombre de chevaux, ce qui est une perle pour la nation. En allant d’une pièce à une autre , les bêtes et les chariots foulent une plus grande étendue de terrain que si les pièces étoient réunies et closes : ce qui dans les terres humides , est très-fâcheux. Mais tout cela n’est rien, en comparaison de l’inconvénient d’être forcé à des assolemens que la coutume a consacrés , et d’être obligé de faire comme ses voisins. Une jachère, puis une , deux , et jusqu’à trois récoltes de grains. Les fèves, quand on, en met, finissant au lieu de commencer la rotation. Voilà ce qu’on trouve sur des terrains que la nature deslinoit aux turneps, au trèfle et à d’autres plantes de prés. On voit des terres crayeuses, portant des avoines misérables au lieu de superbes récoltes de sainfoin. On voit des sables en jachères, et des argiles qui, si elles étoient en prés, en- 28 DES CLÔTURES. graisseroient les plus gros bœufs, demeurer sous les eaux, ou porter des recolles empoisonnées de mauvaises herbes. Le propriétaire perd sa rente, le fermier perd son profit, le pauvre n’a point d’ouvrage, et la nation souffre. Y a-t-il un système, au monde , plus barbare que celui qui force tous les cultivateurs d’une paroisse à suivre la même agriculture , quels que soient leurs terrains! Un système, dans lequel dix hommes e'claire’s qui désirent améliorer leur culture , sont enchaînés par un im- bécille qui veut faire comme son grand-père ! Un système, qui donne à l’ignorance le droit de lier la raison, de tuer l’industrie , de favoriser l’indolence, et de mettre un obstacle insurmontable à toutes les améliorations qui résulteraient des clôtures ! Tel est cependant le système des champs communs. Les moutons , dans les paroisses à champs communs, se nourrissent sur les chômes, sur les jachères, sur les bordures marécageuses, sur des champs qui ne sont ni desséchés nî égouttés. Il en résulte que leur profil se borne au parcage, et que celui-ci ne couvre pas toujours les pertes par pourriture ou autres maladies. Les rapports disent tous la même chose, sur ce point. Ils sont également d’accord sur l’article des DES CLÔTURES. 29 communaux. U y a de quoi convaincre tous ceux que le préjugé n’aveugle pas complètement. Les meilleures terres se surchargent de bestiaux, ce qui, en résultat, les assimile aux plus mauvaises. La nourriture que les bestiaux trouvent dans ces communaux , est si misérable que les meilleurs fermiers ne font pas même usage de leur droit de pâture. Les races des bestiaux ainsi nourris, s’abâtardissent tout-à- fait, et les maladies y font des ravages. Dans le voisinage des grands communaux , les pauvres sont sans industrie , les taxes sont énormes , l’insalubrité règne , et l’esprit et les mœurs des habitans sont détestables. Il est difficile de se représenter quel autre mal ce système des communaux pourroit faire encore. Quelle triste vérité , sous les rapports politiques ! des millions d’acres rendent à la Nation moins que rien. Indiquer les avantages qui résultent nécessairement des clôtures opérées, soit sur les champs ouverts, soit sur les communaux, c’est completter la preuve que le régime actuel est mauvais. Le propriétaire d’un champ enclos exerce son industrie sans être gêné à aucun égard. Il applique son capital sans inquiétude. Il ne nuit point à son voisin , et n’en reçoit point de dommage. La coutume n’est plus sa DES CLOTURES. , 3 o règle : il calcule uniquement son avantage, et la prospe'rite’ nationale se trouve d’accord avec son intérêt. Les rapports des Commissaires dans les divers Comte's donnent des faits qu’il est bon de rassembler. En Dorset-shire, la rente des terres a mQnté de 7 shel. 6 d. à 19 shel. En Surrey, de 12 shel. 10 d. à 24 shel. l d. En Suffolk , double'. En Middlesex , de i 4 shel. à 20 shel. En Hampshire , de 6 shel. à 12 shel. En Cambridge-shire, augmente de 8 shel. En Warwick-shire, de 10 shel. à 18 shel. En Nottingham-shire d’un quart dans les plus mauvais terrains. En Leicester-shire , de 8 shel. à 20 shel. En York-shire (West-riding) au moins un quart, quelques terres d’un tiers, d’autres depuis 5 shel. 9 d. à 20. shel. En Cardigan , doublé. En Caermarthen, de même. En Pembroke , de même. En Derby-shire , presque doublé. En Somerset, deux tiers. On peut estimer, d’après les rapports, qu’en général la clôture double la rente d’un champ ouvert. Ce fait est d’une extrême importance, DES CLÔTURES. 5l ear il entraîne nécessairement un produit double, triple, quadruple, ou plus fort encore ; une quantité proportionnelle de denrées pour les marchés , en accroissement ; un emploi le plus avantageux possible de bras qui f sans cela, seroient presque oisifs; et l’application d’un capital nouveai^, dans le genre le plus profitable et le plus important pour la Nation. Le propriétaire double sa rente ; le fermier triple ses profits ; les journaliers trouvent f de l’ouvrage , et sont mieux payés ; et toute la population active des villes, qui est employée aux manufactures et au commerce, reçoit dans les marchés une plus grande quantité de denrées. Si tels sont les effets nécessaires des clôtures opérées dans les champs communs , quels ne doivent pas être les avantages des clôtures opérées sur les communaux, après leur division? Les champs ouverts ont une valeur , une rente quelconque, mais les pâturages des communaux , qui sont toujours ou surchargés de bétail, ou mouilleux , sont plutôt un fléau qu’une ressource. Cependant chaque acre de ces communaux malfaisans pourroit rendre de 10 à 3o shel. de rente. Ce bénéfice est si prodigieux que le résultat donné par le calcul, frappe d’étonnement. Et quand on réfléchit que les ! ! ; ■ il I ï * CIiOTUKES. terres ainsi employées, se retrouvent dans toutes les provinces , dans tous les districts de l’Angleterre , la grandeur et l’importance de l’objet se pre'sentent à l’esprit de la manière la plus victorieuse, et inspirent le vœu de voir promptement réaliser le projet de tous les vrais amis de la prospérité' nationale. L’examen des moyens de parvenir à enclore tous les champs communs de l’Angleterre , ainsi que les communaux eux-mêmes , est bien digne d’occuper le Département d’Agriculture. Il est très-heureux que les rapports des divers Commissaires, soient remplis des vœux des habitans de toutes les parties du Royaume pour que la Législature prenne cet objet en sérieuse considération. Il est bien remarquable que tous ces rapports s’accordent sur le moyen qu’ils recommandent ; et comme ces informations , si semblables pour tous, sont le résultat des idées recueillies partout auprès des gens les plus instruits, elles méritent la plus grande con- f sidération. Ce moyen recommandé est un acte général qui rendroit inutiles les applications partielles au Parlement. Les frais des actes particuliers sont toujours considérables, et quelquefois énormes ; parce qu’il faut que les témoins à entendre se transportent à Londres, où la chose est examinée et débattue, lorsque les -sa*-- - DBS CLÔTURES. 55 les affaires le permettent, et que les circonstances publiques n’occasionnent pas des delais. En donnant le pouvoir necessaire à quelque corps déjà établi, tel que les Cours de sessions , ou le Jury le plus voisin , rassemble’ par le Shériff, on ëviteroit la plus grande partie des dépenses et des lenteurs. On verroit alors les petites paroisses e'prouver des améliorations, tout comme les plus considérables -, et les propriétaires , qui auroient la certiludp d’être promptement remboursés des frais modiques qu’ils auroient faits, n’hésiteroient pas à entreprendre l’amélioration importante des clôtures. Il ne convient pas à un individu sans mission, de tracer en détail les mesures qu’il jugeroit praticables. Lorsque le Département d’Agricul- ture prendra l’objet en sérieuse considération, il rassemblera toutes les lumières possibles de la part de ceux qui, par leur situation sont le mieux placés pour juger des difficultés. Le Département a déjà reçu d’un de ses membres un mémoire extrêmement instructif, sur ce point. Lfn objet d’un si grand intérêt national ne sauroit être examiné avec trop d’attention. Il importe que les difficultés soient appréciées à leur juste valeur : j’espère qu’on n’en trouvera aucune d’insurmontable. Il y a une mesure particulièrement appli- Tome 7. C 54 B 13 S CLÔTURES, cable aux communaux , sur laquelle j’ai réfléchi depuis long-tems, et dont je me suis entretenu avec un grand nombre de personnes capables d’en bien juger : c’est une loi qui auto- riseroit tout individu ayant droit de commu- nage , à demander sa part des communaux, sans obliger les autres à diviser le reste en- tr’eux. Des Jures pourroient décider la chose à peu de frais, et au très-grand profit des petits, comme des grands propriétaires. De celle manière , personne ne seroit contraint de soumettre son opinion à celle d’autrui. Ceux qui préféreraient les avantages de la propriété distincte en jouiroient en elfet, en attendant que la conviction entrât dans l’esprit des autres. 4 AVANTAGES DES ENCEOS. 55 Sur les avantages des enclos. Par H. Hoyte d’Osbournby. (Annales d’A rthur Young.) Dessécher , ou égoutter convenablement les terres, est un objet de la plus grande importance. Les fossés d’enclos des terrains nouvellement défrichés doivent être faits dans le but de servir à égoutter les terres. Pour cela il faut que la profondeur des principaux fossés soit suffisamment considérable. Non-seulement le produit des terres en sera plus grand, mais les troupeaux qui y pâtureront ne seront pas sujets à la pourriture. La quantité des .viandes et des laines s’en trouvera augmentée dans la même proportion que la salubrité. Si les fermes de nouveaux défrichement étoient d’une étendue modérée , et qu’on bâtît des petites habitations pour les journaliers ce seroit un grand bien ; car le sol en seroit mieux cultivé , et l’habitude du travail plus généralement répandue. D’ailleurs les denrées se vendroient d’une manière plus régulière. Le blé iroit au marché dès qu’il seroit battu , 56 A V A N T A G- K 5 et or* ne souffriroit pas du monopole des fermiers riches Le marche’ seroit plus régulièrement fourni de volailles et d’œufs. Cette ressource per- mettroit aux petits fermiers d’acheter ce qui leur est necessaire , et ils ne tomberoient pas si aise’ment à la charge des paroisses. Le mal qui résulte de la réunion de plusieurs petites fermes en une grande , est évident. Les individus industrieux mais qui manquent de moyens suffisans pour entreprendre de cultiver une grande ferme, n’ont d’autres ressources que dans la contrebande , ou les petits commerces , parce que les chances du * L'éditeur des Annales auroit dû relever ce raisonnement que l’on a répété mille fois, et qui n’en est pas devenu meilleur. S’il n’y avoit point de monopoleurs , c’est-à-dire , de fermiers assez riches pour garder leur blé jusqu’au printems, ou à l’approche de la moisson, il seroit à plus bas prix pendant les 7 ou 8 mois qui suivent la récolte; la consommation en seroit plus grande : il seroit ensuite rare et cher, de plus en plus, en approchant de la récolte. Dans les mauvaises années, il pourroit y avoir famine au lieu de cherté. Ce qu’on appelle le monopole des fermiers tend à égaliser le prix le long de l’année : le monopoleur fait la provision de l’imprévoyant: celui-ci la paie un peu cher ; mais sans le monopoleur il y auroit un déficit ; ce seroit bien pis. B E S E K C L O S. 5j jeu les tentent. Cela est très-fâcheux pour la communauté. 'Je pense qu’on n’a point encore suffisamment examiné la question des grandes fermes. Voyez un homme qui a une petite propriété ou ferme : il la cultive comme un jardin ; il élève sa famille par son travail. Le journalier qui auroit une petite habitation , et un terrain proportionné à ses forces , le travailleroit comme un jardinier. Les fermiers des fermes au-dessous de 100 acres , tirent parti de tous les pétits coins de terre. Us élèvent des cochons ; ils engraissent des veaux ; ils portent de la volaille au marché ; ils vendent leur lait et leur beurre. La nécessité de pourvoir à leur famille par une étendue de terrain si resserrée, leur donne une industrie qu’ils n’au- roient pas. Il y a une idée très-simple , et qui devroit, frapper tous les propriétaires, c’est que plus ils rapprochent l’état de leurs terres de celui des terres de jardin , plus ils augmentent la valeur de leurs propriétés, et la richesse nationale. Généralement parlant , les grandes fermes ont une culture imparfaite : quelque habile que soit le fermier , il ne sauroit pourvoir à tous les détails , et il y a toujours quelques parties négligées ; et surtout, il ne trouve 58 AVANTAG-TSS point que les soins de la laiterie , l’engraissement des volailles, des cochons et des veaux, lui soient avantageux. Lorsque nous aidons le pauvre en lui fournissant les moyens de cultiver une possession qui puisse le faire vivre, lui et sa famille, nous le rendons meilleur; nous l’attachons à l’ordre établi ; nous le détournons de celle dépravation trop commune parmi les hommes .qui n’ont rien à perdre. Les enfans des journaliers s’élèvent à l’industrie , et prennent des habitudes de travail. Si, au contraire , on suppose que le journalier n’a pas même auprès de sa hutte un petit coin pour cultiver des pommes de terre, et c’est souvent le cas, rien ne l’excite à l’industrie: il ne travaille que par force, avec dégoût ; il devient vicieux , fainéant ; et comme il sent qu’on ne peut pas le rendre plus à plaindre qu’il ne l’est ; il ne tient à l’ordre établi que par la crainte du supplice. Je suis convaincu que si l’on veut bien y réfléchir, on n’hésitera pas à recommander que dans toutes les nouvelles clôtures et défriche- mens , l’on élève un nombre suffisant d’habitations pour les journaliers; en ayant soin que le terrain destiné aux manœuvres qui doivent les occuper soit, autant qu’il est possible , à portée des habitations , afin que la culture en soit plus facile et meilleure. DES ENCLOS. % Je recommande pour ces petites possessions le plantage du ble' et le semoir. On peut épargner ainsi la moitié de la semence , obtenir plus de produit, et employer beaucoup de femmes et d’enfans qui, sans cela , demeu- reroi eut oisifs. Je sais qu’on a souvent objecte qu’il n’y avoit que les fermiers riches , les cultivateurs des fermes e'tendues, qui eussent une culture suivie d’après les grands principes de l’art, et où les ameliorations fussent actives. Assurément i[ ' ' est utile que le cultivateur ait une exploitation proporlionne'c à ses moyens; mais sitôt que l’e'fendue de sa ferme dépasse ceux-ci , l’agriculture et l’état y perdent également. Je pense que nous avons encore beaucoup à gagner sur l’agriculture ; et en particulier , sur l’industrie des bestiaux à l’engrais. La pratique de nourrir les bêtes à cornes à l’étable , ou sous des hangars , avec des vesces ou du trèfle, est infiniment plus profitable que l’usage de les laisser pâturer ces fourrages; parce qu’ils détruisent avec les pieds plus du double de ce qu’ils en mangent. Les bestiaux tenus à l’ombre pendant l’été , en seroient mieux portans , et s’engraisseroienl plus promptement. On feroit beaucoup de fumier et les champs s’en trouveroient bien. 4o AVANTAGES Depuis que l’on a fait beaucoup de défriche- mcns et de clôtures dans le royaume, on a négligé la culture des grains , et multiplie' les pâturages. La population s’est accrue , et la quantité de blé est moindre. Bien des proprietaires , convaincus que le labourage nuit à leurs terrains , stipulent avec leurs fermiers qu’ils ne pourront rompre les pâturages. Il en résulté une diminution dans le produit des grains, et les fourrages n’en sont pas augmente's. Rien ne rend plus de fourrage que les pre's artificiels. 11 n’y a aucun terrain , si l’on en excepte une certaine espèce de glaise, qui puisse être employé d’une manière plus utile au proprietaire , au fermier , et au public , que par le moyen des rotations dans lesquelles entrent les fourrages artificiels. Ceux-ci fournissent une quantité considérable de substance très-nourrissante , et lorsqu’ils commencent à de’cliner, on les convertit en champ , pour rétablir ensuite des prés artificiels. Il arrive souvent, dans les fermes où existe la clause de ne pas rompre les pâturages , que l’on continue à faire paître les bestiaux sur des terrains épuisés , qui ne fournissent que très- peu d’herbe , et qu’on laisse dans cet état de stérilité pendant un grand nombre d’années $ au lieu de les soumettre à une rotation réglée. 9 DES E N C Ij O S. 4l On objecte que, souvent, les terres qu’on permet de rompre sont épuisées sans ménage- nieut. Le véritable pre’servalif de cet abus se trouve dans les baux à long terme. Les fermiers alors ne regrettent pas les avances qu’ils peuvent faire dans les premiers tems de leur bail; et la communauté gagne beaucoup à ces clauses qui assurent, pour un grand nombre d’années la possession au fermier, car la terre rend bien davantage entre les mains de celui qui travaille avec la certitude de jouir long-tems. Si les propriétaires joignent à cette pre'caulion de Faire les baux à long terme, celle d’employer des agens instruits à visiter les fermes de tems en tems , avec ordre de noter toutes les améliorations, faites et à faire , ils établiront une grande e'mulation parmi leurs fermiers , et trouveront à l’expiration des termes un amendement très-sensible dans l’état de leurs fermes. Les propriétaires, ou leurs agens, doivent avoir soin de tenir un e'tat exact des récoltes, comme elles se succèdent, afin de pouvoir prévenir les abus de la part des fermiers négligens ou avides. Les propriétaires sont quelquefois détournés de faire des baux à long terme , par la crainte de se mettre dans la dépendance de leurs fermiers; mais si les conditions sont faites conve- 42 AVANTAGES DES ENCLOS. nablement, et que le fermier vienne à y manquer , un proprietaire peut rompre son bail, tout comme si le fermier étoit à bien plaire. Qu’on examine les terrains défrichés et améliorés depuis un grand nombre d’années en Norfolk et Suffolk ; il y a une admirable émulation , et un degré de perfection très-remarquable , dans leur agriculture. A quoi cela est-il dû? si ce n’est à la longueur des baux , et aux secours multipliés et efficaces , que les propriétaires ont accordés aux fermiers pour marner, chauder, dessécher et fumer les terres? C’est ainsi que les propriétaires de bien-fonds augmentent leur fortune , et font en même tems le bien de leur pays. MI GÉNÉRALE SUR LES CLÔTURES. 43 Loi GÉNÉRALE SUR LES CLÔTURES. ( Annales d’Arthur Young.) T 1 7 -:,s résolutions proposées aux deux Chambres du Parlement, par le Comité que présidé Sir John Sinclair , ayant e'të adopte’es par la Chambre des Communes , beaucoup de gens ont cru que la mesure seroit definitivement arrêtée dans cette session. On n’auroit pas dû ne'anmoins s’y attendre, si l’on avoit considère’ combien il restoit à faire pour pre'parer les divers bills que ces résolutions supposent. Mes lecteurs seront bien aises de savoir quelles sont les principales objections faites jusqu’ici au projet d’un acte général de clôture. La seconde résolution détermine l’admission des affidavits appuyés du certificat d’un Magistrat , comme pourvoyant suffisamment à la preuve des notifications des consentemens, ou des exceptions , pour tenir lieu du transport réel des intéressés, aujourd’hui exigé, à moins que ce transport ne parût nécessaire par des considérations particulières. Cette dernière exception ouvre la porte à toutes sortes d’oppositions en 'Parlement ; et tout homme qui aura d’abord consenti, pourra Tj O I GÉNÉRALE 44 / ensuite retirer sa parole, s’il change d’avis. On objecte qu’un tel pouvoir donne à un ou deux Ma gistrats peut être sujet à abus. Je prie le lecteur de ne pas considérer oette objection comme venant de moi : elle appartient à ceux qui jugent la mesure impraticable. Quant à moi je ne la trouve pas fondée ; et s’il se ma- nif'estoit des abus , le mal même indiqueroit le remède. On demande encore ce qui arri- veroit losqu’un Seigneur puissant demanderoit à un Magistrat, qui dependroit peut-être de lui, les pièces nécessaires pour solliciter une clôture? ce qu’il arriveroit encore lorsque des questions très-compliquées et très-délicates se pre'senteroient à résoudre pour un Magistrat ignorant et foible. On observe que s’il e'toît permis d’en appeler , il en coûteroit plus qu’il n’en coûte maintenant pour aller au Parlement; et que s’il e'toit necessaire de joindre d’autres preuves juridiques à la déclaration du Magistrat, on rctomberoit dans les inconvéniens de l’e'tat actuel des choses. Il vaut mieux analyser les objections que les mépriser ; et je ne doute pas que cet objet ne soit pris en très-se'rieuse conside'ralion par tous les Grands-Jurés du Royaume , comme ceux de la province d’Yorck en ont donné l’exemple : il résultera de là des connoissances L SUR UES CLÔTURES. 45 positives qui aideront à pre'venir les difficultés et les inconvéniens que l’on peut craindre. Peut-être sera-t-il convenable de statuer que trois Magistrats devront se réunir à desr" époques fixes, et n’être occupés que des objets relatifs aux clôtures. Ces Magistrats devroient n’avoir aucun intérêt direct dans le projet de clôture. S’il se pre’sentoit de grandes difficultés à ce que ces objets fussent traités dans les sessions périodiques, les Inspecteurs, Commissaires, ou Magistrats ne pourroient-ils pas être nommés par les Grands-Jurés , pour cet objet particulier, et dans ce cas comment devroient- ils être payés ? On a affirmé que les cas étoient tellement variés , qu’un bill général ne pouvoit jamais les embrasser tous ; mais c’est là une simple assertion : le bill général ne pourvoiroit qu’aux dispositions générales , et toutes les circonstances particulières seroient prises en considération par les Magistrats spécialement chargés de l’objet. Tous les jours la nécessité de cette loi générale sur les clôtures devient plus évidente j et il est bien à désirer que les propriétaires emploient tous les moyens possibles pour avancer l’accomplissement de cette mesure , en faisant connoître leur vœu au Parlement 46 LOI GENERALE SUR LES CLÔT'URES. par la voie des pétitions , ou des instructions à leurs représentai. L’opinion générale est bien arrêtée ; mais elle n’a pas été encore suffisamment prononcée : il convient de lui donner du corps , pour que personne ne puisse douter de son existence. Si chaque province se meltoil en mouvement comme l’a fait le Comté de Yorck , le bureau de la Chambre seroit couvert de pétitions. Ce n’est plus le cas du proverbe , que ce qui est les affaires de tout le monde, n’est les affaires de personne : il faut enfin que cha«un prenne sa part d’activité dans ce qui intéresse tous les membres de l’Etat. DES J0VB.NALIEJS, lèq DES JOURNALIERS. ( Georgical Essays de Hunter. ) Les proprietaires et les fermiers ont absolument besoin des journaliers , pour que leurs travaux ne languissent point. Ce n’est pas assez pour encourager ceux-ci au travail , de leur donner un salaire à la journe'e : il faut tâcher de les mettre à portée d’occuper leurs femmes, leurs enfans, et de s’occuper eux-mêmes pendant les momens perdus , de manière à augmenter un peu leur aisance et à pouvoir élever leur famille avec moins de peine. Je vais citer quelques exemples de mesures efficaces prises dans ce but. Voici le compte rendu par Lord Winchelsca de ce qu’il a fait sur ses terres. « J’ai dans ma ferme du Comté de Rutbland, dit-il, soixante et dix à quatre-vingt journaliers qui entretiennent chacun depuis une jusqu’à quatre vaches. Us sont forts travailleurs, cultivent très-bien , et paient leur ferme régulièrement. Leur exemple m’a confirmé dans l’opinion oii j’étois que rien n’est plus utile à ces gens-là, ni à la Communauté, que les dis- 48 DES JOURNALIERS, tributions de petites portions de terrain qu’on peut leur faire, soit pour jardins, soit pour entretenir leurs vaches. Les journaliers qui ont obtenu cette facilite', sont comparativement dans une sorte d’aisance, ils vivent mieux, et sont plus forts pour soutenir le travail, ils mettent du prix à conserver leur bonne re'putation , est c’est en ge'ne'ral l’espèce d’hommes à laquelle on peut le mieux se fier pour les travaux. J’ai eu occasion de remarquer combien la possession et la culture d’un petit coin de terre donnoit d’activité' à l’industrie des manouvriers. Toutes les fois qu’un journalier est parvenu à obtenir une vache et à pouvoir la nourrir, la première chose à laquelle il pense, c’est d’en avoir une autre. Il veut augmenter sa petite exploitation. J’en ai plusieurs qui ont commence avec rien, et qui ont à présent quatre vaches, et une exploitation proportionnée : ce sont les meilleurs ouvriers qu’on puisse employer. Quant au profit que font les journaliers sur chaque vache, je crois qu’ori peut estimer le produit annuel à g liv. sterl. par vache , en supposant que la totalité du lait ou du beurre soit vendue. Il y a une prodigieuse différence, quant à l’aisance , entre les journaliers qui possèdent DES JOURNALIERS. 4g possèdent une vache et ceux cjui n’en ont point. Les premiers ont aussi pendant l’hiver deux brebis pour chaque vache , et les nourrissent sur les pâturages que les vaches ont broute' pendant l’e'të. Tous conviennent qu’en tenant deux vaches, ils obtiennent plus du double du profit qu’ils auroienl en n’en tenant qu’une : surtout s’ils ëlèvent des veaux. Les uns ont celte manière de lirer parti de leurs vaches; d’autres font du beurre; d’autres font du fromage; d’autres, enfin , ëlèvent au biberon les agneaux surnuméraires de leurs voisins. En général, lès journaliers qui ont des enfans, et n’ont qu’une vache , font du beurre, afin d’avoir du lait pour leurs enfans, chose difficile à obtenir par les pauvres gens. Je connois plusieurs exemples de veuves de journaliers, qui ne sont plus en âge de travailler, mais qui cependant ne sont point à charge à leur paroisse, parce que leurs enfans ont une vache ou deux. Lorsqu’un journalier perd sa vache par maladie , c’est sans doute un très-grand malheur pour lui; mais il est rare qu’il ne parvienne pas à la remplacer. Lorsqu’une veuve infirme et sans enfans reste avec une vache, il ne lui est pas possible d’en tirer parti, parce qu’elle ne peut la soigner et la nourrir convenable- Tome 7. D 5o DES JOURNALIERS, ment. Dans ces cas-là il convient de donner à la veuve un léger secours, pour qu’elle puisse faire soigner sa vache : sans cette précaution des officiers de la paroisse, la veuve est oblige'e de vendre sa vache, et elle tombe alors tout- à—Fait à la charge des proprietaires. Lorsqu’un journalier a une vache, les en- fans apprennent de très-bonne heure l’importance des soins à donner au bétail. S’il a un jardin, les enfans apprennent à bêcher la terre, et à nettoyer les récoltes. Us prennent ainsi des habitudes d’activité' et de travail très- salutaires, au lieu que les enfans des journaliers qui n’ont ni vache ni jardin, sont élevés dans une indolence pernicieuse. L’extrême pauvreté décourage, et jette dans l’oisiveté du vice. Dans le voisinage des grandes villes, et dans les provinces où il y a beaucoup de champs , les prairies et pâturages ont une si grande valeur, que les journaliers ne peuvent pas payer le loyer de ces terrains 5 mais alors, un petit jardin leur est d’un avantage incalculable. Il n’y a guères de situation où l’on n’ajoute beaucoup au bien-être d’un journalier en lui donnant un petit espace de terrain à convertir en jardin ; et partout j’ai vu cette opération réussir. Il faut exiger du journalier la même DES JOURNALIER S. 51 rente que payeroit un fermier laboureur , de la même étendue de terrain , et pas davantage» Il arrive souvent qu’un manouvrier est hors d’état de payer le loyer de la maison qu’il habile, tandis que, si l’on avoit joint à cette maison un petit espace de terre pour en faire un jardin , il seroit en état de payer son loyer, par le profit qu’il feroit sur ce jardin . Dans la paroisse de Humberston , près de Gritnby, II y a treize journaliers qui ont chacun une ou deux vaches. Le village et ses environs appartiennent à Lord Carrington. Le terrain sur lequel sont bâties les chaumières qu’ils habitent, et qui comprend aussi les petits jardins appartenant à ces chaumières contient seize acres. Outre cela , et à la distance d’un quart de mille du village, il y a environ soixante acres de terre à l’usage de ces mêmes journaliers. Ces soixante acres sont divisés en deux parties égales. L’une sert à. faire pâturer les vaches pendant l’été, et l’autre donne du foin pour les nourrir pendant l’hiver. Chaque journalier a sa portion à lui dans l’espace destiné à être fauché j et il a soin de mettre sur sa petite portion autant de fumier qu’il est possible. Lorsqu’ils ont fauché trente acres pendant deux ou trois ans, ils les destinent * 52 DES JOURNALIE II S. à être pâtures , et ainsi alternativement, de manière qu’aucune partie des soixante acres ne s’épuise à force d’être fauche'e. Ces journaliers sont indëpendans des grands fermiers , car ils tiennent leur chaumière et leur terrain , directement de Lord Carrington. Cela leur donne plus de consistance qu’ils n’en auroient sans cela. La ferme qu’ils paient est moindre, sans doute, que ne le seroitla rente payée par un fermier pour la même e’tendue de terrain ; mais il n’est pas douteux que, dans toutes les provinces, les journaliers se lien- droient pour très-heureux d’avoir ainsi de petites portions de terrain au prix le plus haut qu’un fermier pût en payer, pourvu qu’il y en eût suffisamment pour entretenir une vache. Les journaliers de Humberston ont une conduite singulièrement exemplaire. Les désordres d’ivresse sont inouis parmi eux. Il est vrai que Lord Carrington est très-bien secondé par le Pasteur, et a établi une école du dimanche où l’on réunit et instruit les enfans. Il n’y a ni auberge ni taverne dans le village , et la taxe des pauvres varie depuis six pence jusqu’à dix par livre sterling de rente. En mettant de côté les motifs charitables qui doivent faire désirer dans toutes les provinces de soulager les pauvres de celte manière, DES JOURNALIERS. 55 - et d ajouter à leur bien-être, il résulte de ce système le plus grand avantage pour les propriétaires et les fermiers. Il est essentiel à ceux-ci d’avoir dans leur voisinage un nombre suffisant de manouvriers pour pouvoir cultiver leurs fermes avec tout l’avantage dont elles sont susceptibles : cela seul peut les mettre en état de payer régulièrement aux propriétaires un prix suffisant de la ferme. Les journaliers qui n’ont pas des avantages décisifs qui les fixent auprès d’un village vont errant d’une paroisse à l’autre pour chercher des salaires suffisans, au lieu que les manouvriers dont je parle ont une ressource assurée au moment où les travaux le demandent, et l’ouvrage qu’ils font vaut mieux que celui des journaliers vagabonds. Lorsque les journaliers , au lieu d’avoir un jardin et une étendue de pâturage , se mettent à cultiver des champs , et à avoir leur charrue, il est presqu’impossible qu’ils se tirent d’affaire : les frais d’un attelage absorbent les profits d’une petite étendue de champs ; et si le journalier dépend d’autrui pour emprunter ou louer des attelages, l’incertitude de les obtenir lui cause des pertes et des non-valeurs qu’il ne peut supporter. Le journalier qui tient à ferme des terres 54 DES JOUR NA MERS, arables ne travaille guères pour les*autres, et perd beaucoup de tems pour son propre compte. Faute de connoissances et de moyens, il repète les récoltes épuisantes, salit et ruine son terrain , lequel alors se trouve trop cher pour lui. Feu M.'Àbel Smith avoit affermé aux journaliers ses voisins dans le Nottingham-shire , des petites parcelles de terres arables , pour leur rendre service. Depuis que ces terrains appartiennent à Lo,rd Carrington, je les ai souvent visités avec lui ; et j’ai vu que les petits fermiers de huit à dix acres étoient tous misérables, et leurs pièces mal cultivées. Ceux qui ont assez de pâturage pour tenir deux ou trois vaches sont plus à leur aise qu’ils ne le seraient avec l’addition de trois ou quatre fois plus de terrain à labourer; mais cependant ces mêmes journaliers ne voudroient pas qu’on leur retirât la ferme des terres arables. Donnez à un journalier de quoi nourrir deux ou trois vaches, et la possession d’un petit jardin, vous le mettez à son aise et le rendez heureux : ajoutez-y la culture de quelques acres de champs, vous en faites un petit fermier misérable. En 177g, un de mes fermiers de Hakeston, en Suffolk , mourut, et laissa une femme et I DES JOURNALIERS. 55 quatorze enfans , dont l’aîne'e e'toit une fille de quatorze ans. Le défunt tenoit à ferme environ quatorze acres de pâturage ou prés , à 20 shel. l’acre. Il avoit deux vaches, et ne laissa, outre ces deux animaux qu’un très-petit nombre d’objets de consommation. La paroisse de Hakeston est dans le district d’une maison d’industrie dont la règle invariable est de ne donner, hors de la maison, aucun secours qu’aux invalides , mais de recevoir dans son enceinfe tous les individus misérables , qu’on y fait travailler. Lorsque les directeurs de la maison eurent connoissance de la situation de cette famille , ils résolurent de recevoir les sept plus jeunes pour soulager la mère. Celle-ci ne voulut pas entendre à cette proposition : elle se décida à se tirer d’affaire comme elle pourroit, avec eux tous, puisqu’on ne vouloit pas lui accorder des secours , sans lui ôter la moitié de ses enfans. Elle me conjura de lui laisser la ferme qu’avoit son mari. C’étoit une femme de 45 ans, forte et robuste. Je lui accordai la première année franche, et la laissai en possession de cette petite ferme. J’eus soin aussi de prévenir mon receveur, que je n’entendois tirer aucune rétribution de cette partie de mon terrain , pendant les années suivantes, car il ne me 56 DES JOUKS ALXHS. paroissoit guères possible que cette veuve et ses quatorze enfans pussent vivre sur quatorze acres de terrain , même en ne payant pas de ferme. Cependant celte femme courageuse parvint à élever tous ses enfans ; et à en placer successivement douze en service dans diverses maisons. Elle paya régulièrement la ferme à mon receveur, dès la seconde année , sans que jamais, il eût besoin de la lui demander. Elle se soutint elle et sat^famille , uniquement avec, le produit de deux vaches. Tous les jours elle alloit au marche' de Woodbridge , à deux milles de distance , porter du lait, de la crème, et du beurre. Elle rapportoit de la ville du pain, et d’autres objets d’absolue ne'cessite’. Le lait écréme' faisoit la plus grande partie de la nourriture de ses enfans, qui prenoient soin les uns des autres, ainsi que des vaches, tandis que la mère étoit absente. Cette femme vint enfin un jour chez moi me rendre compte de la manière dont elle avoit pourvu à douze de ses enfans ; et m’avertir qu’elle s’e'toit engagée pour soigner des malades, afin de pouvoir nourrir les deux ^enfans qui lui resloient. En conséquence elle me rendoit ma petite ferme , en m’exprimant toute sa reconnoissance pour les moyens que t DES JOURNALIERS. 5 7 je lui avois donnés de se soutenir, et d’élever sa famille, sans aucune assistance étrangère. Voilà un bel exemple de ce que peut faire l’affection maternelle unie au courage , pour peu qu’on lui aide. En général , c’est une mesure cruelle et impolitique que de séparer de leurs parens les enfans que l’on veut secourir : c’est détruire l’énergie des parens , et altérer l’affection des enfans. L’homme a des besoins nombreux : toute son activité naît du désir de les satisfaire. L’attacliement d’une mère pour ses enfans , se nourrit par les soins que la foiblesse des enfans rend indispensables. Un petit secours donné à propos , ou une simple facilité accordée , comme la remise d’une première année de rente , suffit pour mettre un pauvre journalier en état de se tirer d’affaire, avec une famille nombreuse, pourvu qu’il ait un petit jardin, et de quoi nourrir une ou deux vaches. L’exemple que je viens de donner est un des plus frappans qu’on puisse proposer, car les sept enfans que la maison de charité offroit de prendre, auroient coûté, au moins 70 livres sterling d’enlrelten pour l’année. D’ailleurs, sous le rapport moral, et relativement à la formation du caractère des jeunes gens , tout moyen de secours qui laisse aux indigcns leur énergie et leur courage, doit 68 DES lOUENAIiIERS. être préféré. J’ajoute encore qu’en multipliant les petites possessions des journaliers, on multiplie également la production de certains objets de consommation très-nécessaires, savoir: les œufs, la volaille , le beurre, et les légumes. Les marchés sont ainsi approvisionnés de ces articles plus abondamment et à meilleur compte qu’ils ne le seroient par les gros fermiers. Voici un autre exemple d’une mesure utile pour le soulagement des pauvres. Pendant la durée de la disette des blés , il fut jugé indispensable , dans la paroisse de Whelford en Glocester, de donner aux pauvres quelque secours en grains ; mais on sentit la convenance de les distribuer de manière à ne point endormir l’activité. On avoit remarqué que l’usage de calculer ce que chaque journalier gagnoit, puis de faire par les secours gratuits le complément de son travail, sans égard pour l’industrie qu’il de'veloppoit et la peine qu’il prenoit, que cet usage, dis-je, tendoil à diminuer l’énergie du pauvre , et à le faire compter sur des secours étrangers, bien plus que sur ses propres ressources. Voici donc comment on s’y est pris : De tems en tems , et dans diverses saisons de l’année, on fixe le taux moyen auquel peut arriver le salaire d’un journalier dans la se- DES JOURNALIERS. 50 ) maine : ce taux a été fixé dernièrement à neuf sheîlings. Les directeurs des fonds de la paroisse ajoutent à celte somme ce qui est nécessaire pour que, dans chaque famille de manouvrier, chaque individu puisse être assuré de dix livres et demie par semaine de pain de froment, tel qu’on le mange communément dans le canton. On ajoute à cela six pence par semaine , pour chaque tête, afin que tous les individus puissent arriver, sans souffrir, au terme d’une disette passagère. Outre cela , les directeurs louèrent dans l’année 1800 , quatorze acres de terrain qu’ils distribuèrent aux pauvres journaliers de la paroisse , en lots proportionnés au nombre de leurs enfans, et aux facilités qu’ils avoient pour les cultiver. Les plus grands jardins étoient de la contenance de soixante perches, les plus petits de vingt perches. En permettant ainsi au journalier de travailler un espace de terrain qui seroit demeuré inculte, nous faisons naître des productions au bénéfice de la communauté , et nous augmentons la masse des subsistances , sans nuire à personne. Si nous instruisons les indigens à employer les subsistances de la manière la plus économique, nous produisons le même effet par un autre moyen. Si nous diminuons dans nos propres maisons 6o DES JOURNALIERS, le gaspillage et la perte des subsistances , en employant à soulager les indigens tout ce que nous sauvons ainsi, nous les soulageons sans que personne perde rien. Mais si, e'mus par les apparences de la misère , et sans egard pour les circonstances et les conséquences , nous allons acheter au marché des subsistances pour nos pauvres voisins , nous les encourageons à consommer beaucoup, et à travailler peu $ nous diminuons la masse des subsistances dans le canton, et nous faisons une véritable injustice aux autres pauvres. La terre de "Whelford est d’une nature très- légère , mais sèche et productive. Elle s’afferme à raison de 24 shellings l’acre. Lord Winshelsea a affranchi les manouvrieirs du paiement de leur petite ferme, pour cette année, à cause de l’extrême cherté des grains. L’usage d’un petit jardin leur a été d’un grand secours. Plusieurs d’entr’eux y ont planté des pommes de terre ; et quoique la saison ait été très- défavorable à cette plante , quelques-uns en ont recueilli jusqu’à seize sacs : c’est un grand soulagement pour eux , et pour la bourse de la paroisse. On n’a point été étonné que ceux d’entre ces manouvriers, qui étoient habitués aux secours de la paroisse aient négligé la culture i I DES JOURNALIERS. 6l' de leur jardin. On avoit déjà remarqué, là comme partout ailleurs , que les pauvres qui ont été quelque tems à la charge de la paroisse, perdent toute activité, tout sentiment d’honneur , et font ce qu’ils peuvent pour en imposer aux officiers de la paroisse, et en arracher des secours. L’agent de Lord Winshelsea a soin de ne donner à ceux-là que la faculté de faire une récolte dans le terrain qu’on leur abandonne, en se réservant toujours de le retire, s’ils ne le cultivent pas convenablement^ Dans le mode de secours généralement adopté en Angleterre , il est de l’intérêt du pauvre de chercher à tromper ceux qui lui distribuent des secours , et de travailler peu, pour que le complément gratuit soit plus considérable. Faut-il s’étonner de la conséquence de ce principe, savoir 5 que les pauvres sont généralement menteurs et faine’ans(i)? au lieu (1) Ajoutons que, par cette législation des pauvres, on les multiplie, et que, par conséquent, il y a un beaucoup plus grand nombre d’individus menteurs et fainéans, à charge à la partie active de la nation et étrangers à tous les intérêts qui lient le citoyen à son pays. Il est difficile de calculer les maux politiques et moraux qui résultent pour l’Angleterre, de ce seul principe que les pauvres ont le droit de se faire nourrir par les propriétaires. 6a DES IOURNAUE1Î. de nous plaindre d’eux et de leur en vouloir, nous devrions nous accuser nous-mêmes de leurs vices. Je voudrois que l’on fît dans diverses paroisses, l’expe'rience comparative du bien que l’on fait aux pauvres, en leur distribuant des secours gratuits à mesure qu’ils les sollicitent, ou en leur allouant à chacun une certaine e’tendue de terrain pour la cultiver en jardin. Que l’on calcule l’effet moral de ce travail fait par eux , dans des heures qui, sans cela, seroient perdues à la taverne ; que l’on calcule l’avantage d’habituer les enfansà travailler à mesure qu’ils grandissent, et à prendre un esprit de pre'voyance et d’ordre , et l’on verra laquelle des deux me'thodes de secours va le mieux au but qu’on doit se proposer, et produit réellement du bien. C’est un triste spectacle que celui de tant d’indigens vicieux et sans courage, de tant d’enfans élevés dans l’oisiveté, l’ignorance, et l’habitude du mal ; de tant de jeunes gens qui arrivent à l’âge d’homme sans prévoyance pour l’avenir, et sans avoir acquis aucun moyen de gagner leur \ie ; de tant de vieillards , enfin , qui languissent, en recevant sans reconnoissance , les secours gratuits devenus nécessaires. Les moyens de fournir aux secours indis* i 63 DES JOtRNAUEkS. pensables pour les gens âgés, infirmes, et véritablement mise'rables , sont une belle prérogative des proprietaires; mais on doit apporter la plus grande attention dans l’exercice de cette pre'rogative pour prévenir les abus. Si les paresseux et les ivrognes sont secourus à cause de leurs femmes et de leurs familles, précisément comme s’ils etoient honnêtes et laborieux, n’est il pas évident qu’un des grands encouragemens à l’honnêteté et au travail se trouve détruit? N’est-il pas évident que l’on sappe ainsi, par la base , les principes conservateurs des sociétés ? Efforçons-nous donc d’établir pour les pauvres un mode de secours qui augmente la masse totale des subsistances, qui tende à leur donner des habitudes de travail et de prévoyance. Or je pense que, sous ces divers rapports , l’exemple des mesures adoptées à Wetford peut être extrêmement utile. De la situation convenable pour la demeure des pauvres , et des moyens de leur faciliter la CONSTRUCTION RE CES DEMEURES. Il y a peu de paroisses en Angleterre qui ne possèdent quelque terrain inculte susceptible d’être converti en jardins et sur lequel on pourroit bâtir des chaumières pour l’habi- DES JOUKNAIIEES. 64 tation des pauvres. Là où il n’y a pas de terrains incultes, il seroit facile d’appliquer à l’usage des indigens des terrains cultives que les officiers de la paroisse loueroient ou ache- teroieut à cet effet. L’on trouverait aise'ment des jeunes gens qui ont amasse' quelques e’pargnes et qui se chargeroient de bâtir sur ces terrains pourvu qu’on leur en abandonnât la possession , selon l’usage , pour trois vies d’homme. J’ai souvent eu occasion de remarquer que les journaliers qui ont cette espèce de propriété’ sont industrieux, sobres et rangés. Je pense donc qu’il faudroit mettre celte ressource à la portée des pauvres en général , et la leur présenter comme un objet d’émulation qui encourageroit les jeunes gens à l’économie. Chaque individu possesseur d’une telle propriété se regarde comme membre de l’état, et intéressé à sa conservation. Le désir d’améliorer notre situation est le ressort le plus universel des hommes. Les moyens de le faire contribuent essentiellement au bonheur. L’hu- inanité et la politique se réunissent donc pour conseiller des mesures de ce genre. La richesse et la force de la Grande-Bretagne doivent être attribuées, moins encore à l’activité éclairée et ardente des manufacturiers et des négocians, qu’aux effets qui naissent du sentiment de la sécurité DES JOURNALIERS. 65 securité des propriétaires sous l’empire de la loi. Ne doit-on pas chercher à étendre à la classe intéressante des cultivateurs cette énergie dont les résultats sont si. sensibles dans les autres classes? Pour attacher fortement les cultivateurs à leur pays, il n’y a pas de secret plus sûr que de leur donner les moyens et la perspective d’une amélioration dans leur état. Un homme qui possède une maison et un jardin par un bail à vie , est beaucoup plus riche que celui qui reçoit de gros gages, mais qui n’a point de jardin et est obligé de payer un loyer et d’acheter tout ce qu’il consomme. L’article le plus important de la consommation du pauvre, c’est le pain. Or la consommation du pain est beaucoup diminuée par celle des légumes d’un jardin. Ce jardin se cultive dans les heures perdues , soit par le journalier lui-même, soit par sa femme et ses enfans. C’est donc autant de travail, ou, en d’autres termes, autant de richesses gagnées pour la Communauté, sans compter que ce travail assure de la santé et de la vigueur aux enfans, et les accoutume à une industrie utile. Celui qui donne le terrain ne perd rien, et celui qui le reçoit fait une acquisition d’un prix inestimable. Lorsque le pauvre Tome 7. E 13 E S JOURNAL 1ER 8. 66 acquiert une espèce d’aisance , le prix du travail en est plus modère'. Comme le terrain sur lequel on construiroit des habitations de ce genre seroil d’une nature médiocre , on peut estimer sa renie moyenne à io shel. l’acre ; mais plus le terrain auroit de qualité, et seroit affermé à un haut prix, plus le profit des jardins pour les journaliers seroit grand. Il conviendroit d’attacher un demi-acre à chaque habitation. S’il y en avoit plus qu’il ne seroit nécessaire pour les légumes de la famille , on employeroil le reste à y cultiver du blé, des pois et de l’orge. Au moyen de cette dernière graine, chaque famille leroit de la petite bière , au lieu que l’obligation d’aller en chercher à la taverne est souvent une occasion de dérangement pour les ouvriers. «• Il conviendroit d’introduire dans les jardins l’ensemencement du blé au plantoir, méthode déjà suivie avec succès dans diverses provinces* Cette culture seroit l’ouvrage des femmes et des enfans , en sorte qu’au lieu d’être à charge au père de famille ils lui aideroient ou tout au moins pourvoiroient, en grande partie, à leur propre subsistance. Cet arrangement par lequel les journaliers bâtissent sur le terrain d’autrui répond à toutes DES JOURNALIERS. 67 les objections, et convient le mieux possible, lorsque le journalier a l’argent nécessaire pour construire son habitation : c’est ce qu’ils n’ont pas tous ; mais le propriétaire peut les aider sans courir de risques , en leur avançant des journées d’ouvriers, ou des matériaux dont l’habitation elle-même répondroit. Toutes les fois qu’il est possible de joindre trois acres de pâturage à la possession d’un jardin, il faut le faire ; car il n’est aucune ressource plus sûre pour le journalier que la possession d’une vache. La rente d’une vache, si l’on envoie ses produits au marché, doit être évaluée au moins à quatre liv. sterl., mais si le journalier tient des cochons, il double au moins le produit de la vache. Un acre, sur les trois , pourroit être fauché chaque année pour la provision d’hiver ; et le journalier quoique chargé du payement d’une ferme , se trouveroit infiniment plus à l’aise qu’il ne pour* roit l'être en mettant sur les communaux une vache qui ne lui couteroit rien ; mais qui pendant l’hiver mourroit de faim. Et qu’on ne dise pas que le plus souvent les journaliers sont hors d’état de se procurer une vache; car cette difficulté peut toujours être levée par le propriétaire, lequel trouvera son profit à louer au manouvrier une vache aux mêmes conditions qu’on les place dans les laiteries. 68 DES JOURNALIERS. Les proprietaires qui se conduiroient ainsi agiroient envers leurs journaliers comme ils voudroient qu’on agîi avec eux en pareilles circonstances, au lieu que le plus souvent, les journaliers sont abandonnes aux caprices et à la tyrannie des Fermiers ; en sorte qu’ils payent à ceux-ci, pour les petits espaces de terrain qu’ils en obtiennent, un prix double de ce que les fermiers payent eux-mêmes. L’emplacement de ces habitations des journaliers a pour eux une grande importance. Les gros fermiers ne se soucient point que les habitations des journaliers soient trop voisines de leur demeure. Il arrive souvent que les journaliers habitent des maisons isolées, à la distance d’un mille, ou plus, des fermes, où ils viennent travailler tous les jours : cela rend leurs travaux beaucoup plus pe'nibles. Il seroit de l’avantage bien entendu des fermiers que les habitations des journaliers fussent très-voisines de leurs fermes. Il seroit honorable pour les propriétaires de ne point permettre que dans le voisinage de leur habitation, on vît çà et là de chétives huttes, réceptacles de toisère. Si les journaliers étoient encouragés, facilités, soutenus, ils seroienl honnêtes, rangés , laboiieux. Les fermes auroient toujours à leur portée le nombre des bras néces- DES JOURNALIERS. 6g saires pour les travaux de chaque saison ; et les fermes , par cette raison même, se loueroient mieux. Il y a, presque dans toutes les paroisses, quelque gentilhomme qui est en possession de diriger l’esprit du canton. Ces individus de- vroient se considérer comme les patrons des pauvres , et s’occuper de tous les moyens de leur faire du bien. Ils devi oient considérer qu’ils ont un intérêt permanent à améliorer la moralité et la condition des indigens de leur canton. Les Seigneurs qui n’habitent pas leurs terres , et qui ne peuvent pas soigner ces détails, devroient au moins donnera leurs agens des ordres qui tendissent au même but. Si l’on laisse faire les gros fermiers , ils chassent peu-à-peu de leur voisinage tous les journaliers ; et sans la loi bienfaisante qui oblige les paroisses à loger leurs pauvres sur le territoire même , ces malheureux seroient chassés dans les champs, et sans moyens de se loger nulle part. De l’étendue convenable pour une ferme. L’étendue la plus convenable des fermes a été fréquemment discutée d’après des principes de théorie. Je n’en parlerai que d’après la pratique $ et quoique je sente bien que c’est 7© DES J O U R N 1 A E T E R S. pour un fermier habile et entreprenant , un grand encouragement que d’avoir une étendue de terrain suffisante-pour qu’il y ait moins de non-valeur, je ne serai pas l’avocat d’un système qui tend à mettre entre les mains d’un petit nombre d’individus la totalité des terres d’un pays. Un système de culture ne sanroit être complet , si une ferme n’a pas une étendue suffisante pour que la rotation des récoltes puisse exister dans l’ordre le plus convenable. Un fermier qui cultive sur de bons principes, doit n.on-seulement avoir dans ses champs de toute espèce de grain , mais encore recueillir les fourrages, et cultiver les plantes nécessaires pour l’hivernage de ses chevaux, de ses bêles à cornes, et de ses brebis. Il faut que la ferme soit assez grande pour qu’il y ait dans toutes les saisons de l’année une occupation suffisante pour les ouvriers et les attelages. Cette circonstance qui dans les lems de cherté mérite surtout une attention particulière , ne sauroit exister dans les petites fermes. Lorsqu’on n’y a pas suffisamment réfléchi , on peut croire que quelle que soit l’étendue d’une ferme, il ne faut qu’une règle de trois pour déterminer la quantité de travail qui lui est nécessaire, et pour fixer les moyens ea \ DES TOURNAI; 1ER S. 7 1 conséquence. Cela n’est pas exactement vrai. Dans une ferme de cinquante acres , il peut y avoir des champs pour une demi-charrue. Il peut y avoir quelques acres de pâturage sur lesquels le fermier met une vache ou deux qu’il va acheter au marche avec perte de tems, et qu’il renferme à grands frais dans les enclos qu’il leur destine , ou bien qu’il est oblige de faire garder une bonne partie de l’année. Ces non-valeurs inévitables sont la conséquence du raisonnement de la règle de trois. Observons d’ailleurs qu’il n’y a pas de règle plus sûre en agriculture que celle qui dit pauvre fermier } mauvais fermier. II a beau avoir les connoissances ne'cessaires, il a les mains lie’es par I® defaut de moyens. Or un homme qui est habile , et qui a des capitaux , cherche toujours une grande ferme, et il n’y a pas, pour les petites fermes, des prètendans qui aient les qualités convenables. On a souvent demandé lesquelles étoient le mieux cultivées des grandes fermes ou des petites. Je demanderai , à mon tour , lequel, du grand ou du petit fermier , a de bons chevaux , les nourrit bien, laboure le mieux ; lequel a le plus de bras à sa disposition quand l’ouvrage presse , lequel achète ou crée le plus d’engrais, et fait les plus belles récoltes. Je pense que DES JOURNALIERS. 7 2 ces questions seront -généralement répondues en faveur du gros fermier. Or, s’il est ainsi, le grand nombre des petites fermes retarderoit l’amelioration de l’agriculture. On a souvent dit que les grandes fermes nuisoient à la population et que par celle raison il convenoit d’encourager leur morcellement, Je pense que c’est un préjugé', et que cette opinion ne souliendroit pas l’examen. Si une grande ferme est mieux cultive qu’une petite , cette meilleure culture doit employer Vin plus grand nombre de bras, et si le nombre des fermiers est moins grand dans le pays le uombre des ouvriers y devient plus considé- rable. J’ai d’ailleurs observe' que sur les grandes fermes, il y a toujours des domestiques maries , ce qui n’arrive guères sur les petites. Que peut faire un fermier de cinquante à Cent acres? Il n’a pas assez de terrain pour employer tout son tems , et cependant il ne peut poiut entreprendre autre chose que sa ferme. 11 travaille de ses mains , pour employer les momens perdus ; et alors il devient un ma- jaouvrier. Beaucoup de gens regardent comme une chose prouve’e qu’à mesure qu’on aggrandit les fermes, la population diminue , que ce système des grandes fermes anéantit les ehau- DES lOURNiUmS. 73 mières. Mais un grand fermier ne pouvant pas tenir proportionnellement autant de domestiques à gages que le petit fermier , a besoin de plus de journaliers pour son exploitation , en sorte que celte plainte ne me paraît avoir aucune espèce de fondement. La où l’ouvrage se fait, il faut que les bras soient employés. Là où l’ouvrage se fait le mieux, là s’emploie le plus grand nombre de bras. Lorsque sut un domaine donne, l’agriculture s’améliore, le nombre des liras que la culture de ce domaine emploie se multiplie nécessairement. Sur les moyens d’a ider les JOURNALIERS. ( Essais de Il u N ter. ) j/V deux milles de Tadcaster, sur la gauche de la route qui conduit à Yorck, on voit une jolie chaumière, avec un jardin, qui ont souvent attiré les regards du voyageur. Le tout est entouré d’une baie vive. On y compte quinze pommiers, trois pruniers, deux abricotiers , plusieurs groseillers , et trois ruches d’abeilles. Il y a d’ailleurs des légumes en abondance. 74 MOYENS D’A IDBU II y a une apparence d’ordre et de propreté dans cette petite possession qui mérité l’attention des agriculteurs. A la fin de mai 1797, j’allai visiter ce lieu. Je trouvai la porte du jardin fermée à la cle'. En retournant à Tad- caster, je rencontrai la maîtresse de la maison, qui portoit un panier au marché. Je l’engageai à m’envoyer son mari à l’auberge de Tadcaster. II vint me trouver , et me donna les détails suivans sur son histoire. Il avoit alors soixante-sept ans, et sa femme autant. A l’âge de neuf ans , il avoit commencé à travailler chez un fermier. Il devint un très-fort ouvrier. Il expédioil rapidement les ouvrages à tâche ; en sorte qu’avant l’âge' de vingt-deux ans , il avoit amassé environ 4 o liv. Ster. Il se maria alors , et prit une petite ferme de 5 o liv. ster. ; mais avant la fin de la seconde année, il fut obligé d’abandonner son entreprise , parce qu’il avoit dissipé presque toutes ses épargnes précédentes. Il alla s’établir à Popleton , où il loua une petite habitation avec deux acres de terre. Au moyen du droit de pâturage dans les communaux , il y nourrissoit deux vaches. Il y passa neuf ans. Il y eut six enfans. Sa femme étoit enceinte du septième , lorsque l’acte de clôture des communaux de Popleton l’obligea à trouver d’autres moyens de subsistance. LES JOURNALIERS. 7 5 II s’adressa à M. Fairfax, cl lui dit que s’il vouloit lui remettre un petit morceau de terrain auprès de la grande route, il lui mon- treroit comment on devoit cultiver la terre. M. Fairfax ayant eu de bonnes informations sur son compte, lui afferma ce petit terrain, qu’il occupe encore aujourd’hui. Ses voisins lui aidèrent pour le charriage de ses matériaux, et il bâtit l’habitation où il vit. Il établit son jardin. Il planta une haie de clôture d’un seul rang de plants d’aubépine. Cette haie a maintenant trente-cinq ans, et il n’y a pas une seule faute. Il dit qu’il l’a taillée par-dessus , ou recépée six années de suite, quand elle étoit jeune. M. Fairfax eut tant de satisfaction à voir les résultats du travail de Britton Abbot, qu’il lui déclara qu’il renonçoit à la rente de ce monceau de terrain. Yoici ce que le journalier lui répondit : <( Vous ave* du plaisir à voir mon jardin )) et mon habitation propres et bien soignés : » pourquoi d’autres propriétaires n’auroient- » ils pas le même plaisir à voir les mêmes » choses chez eux ? Cela rendroit heureux les » pauvres qui aujourd’hui sont bien à plaindre ; )> et ces pauvres béniroient ceux qui les aide- D roient ainsi : mais les gros fermiers tiennent 76 “MOYENS d’a I D E ' )) tout maintenant : il ne reste pas un petit )) coin de terre pour les pauvres : il faut qu’ils )) tombent à la charge de la paroisse. )> Des sept enfans de Britton Abbot, six sont parvenus à l’âge d'homme , et prospèrent dans les professions qu’ils ont embrassées. Britton Abbot gagne de douze à dix-huit shellings paf semaine en faisant des ouvrages a tâche, comme sarcler les turneps, planter des haies , etc. Il est vrai que ( pour dire comme lui) il a une grande réputation dans le pays. — Il tire de son jardin annuellement environ quarante bushels de pommes de terre, d’autres racines et le’gumes, et de trois à quatre guine'es de fruit dans les bonnes années. Sa femme travaille aussi hors de la maison, quand elle trouve de l’ouvrage, sinon elle file chez elle, et soigne sa maison et son jardin. Britton Abbot dit qu’il y a quarante-cinq ans qu’ils vivent heureux ensemble. Il est inutile d’ajouter que ni eux , ni aucun de leurs en- fans, ne se sont jamais adressés aux officiers de la paroisse pour obtenir des secours. Quoique ce fût un samedi soir, et qu’il n’eût point été préparé à ma visite, je le trouvai vêtu décemment, et avec une espèce de propreté. Sa physionomie est ouverte et riante. Il est un peu boiteux, à la suite d’une LES JOURNALIERS. 77 douleur gagne'e par l’humidité dans ses travaux des champs. Il se vante d’avoir toujours travaille beaucoup et bien ; mais il avoue rju’d n’a jamais su résister à l’occasion de boire une canette de bière lorsqu’elle e'toit de bonne qualité. Je lui dis que j’avois ouï parler de son habitation et de son jardin , et que je désirois savoir de lui tous ses secrets, afin de pouvoir procurer à d’autres les mêmes avantages qu’il trouvoit dans sa petite exploitation. Il parut très-sensible à mon intention; et il dit : « Ce seroit un grand bonheur si les gens riches pen- soient un peu plus aux moyens d’aider les pauvres qui veulent travailler. Mais il est vrai qu’il y a beaucoup de vauriens qu’on ne peut pas aider malgré eux. )> Je lui demandai s’il avoit une vache. Il me répondit qu’il en avoit eu une, mais qu’elle étoit morte ; et que comme il ne pouvoit la faire pâturer que dans la grande route, il avoit préféré n’en point acheter d’autre, et Pourriez- vous, lui dis-je, vous procurer du terrain pour la nourriture d’une vache si vous en aviez une? » — « Je le crois, me dit-il. — « Je suppose, repris-je, qu’on vous donnât une vache de 12 liv. ster. , pour laquelle vous payeriez 5 livres lo shellings comptant, puis la même "S 78 MOYENS D’AIDER somme à ht fin des trois années suivantes, avec la condition que si vous aviez paye' régulièrement, et que la vache fût vivante au bout des trois ans, elle serait à vous. Serait-ce là tin marche qui vous convînt? » Oui, assuré- ntent, me dit-il, ce marche me conviendrait beaucoup, et il conviendrait de même à tous les journaliers, surtout s’ils avoient des enfans. Je l’engageai à se procurer un peu de terrain, et je lui dis que nous reparlerions de cela à mon passage au mois d’août suivant. Observations. L’histoire de Britton Abbot me paroît mériter beaucoup d’attention. Au moment où les défrichemens des communaux de Popleton se firent, il avoit six enfans, et sa femme e'toit enceinte. Tout son système d’économie fût bouleverse. On lui prit sa maison, son jardin, son petit champ $ et les sources de sa subsistance et de celle de sa famille furent dessé- cliêes. S’il n’avoit pas obtenu un petit coin de terre, et s’il n’avoit pas eu autant de courage et de persévérance , lui et sa famille seroient tombés à la charge de la paroisse , au lieu de devenir des membres utiles de l’Etat. Sans aucun secours gratuit de personne, il a éleve' six enfans, et les a tous placés convenable- LES JOURNALIERS. 79 ment. Lui-même , à l’âge de soixante-sept ans, est encore un excellent ouvrier. Il vit heureux et se complaît dans l’agrément de sa demeure, la fertilité de son jardin, et l’ordre de tout ce qui l’entoure. Sans doute que Brillon Abbot possède une e'nergie rare ; mais on peut dire que si les pauvres, en Angleterre, ont, en general, peu de courage et de prévoyance , la faute en est encore plus aux lois qu’à eux-mêmes. S’ils étoient convenablement encourages au travail et à l’économie, on verroit des journaliers occupés et heureux daus toutes les parties de l’Angleterre. Je suis convaincu, qu’avec la dixième partie de ce que l’on dépense aujourd’hui pour la taxe des pauvres , on pourroit réussir à rendre les indigens heureux et utiles. Les manouvriers sont capables de beaucoup plus de travail, et de plus d’économie dans les subsistances, lorsqu’ils demeurent chez eux que lorsqu’ils sont dans un atelier d’industrie. Quant au bonheur , il n’y a aucune comparaison. Le journalier est entouré de sa famille. Il a quelque chose qu’il peut appeler sa propriété. Il est maître de ses actions , et a un avenir. Dans l’atelier de travail, il n’y a ni relations de parenté, ni propriété, ni liberté, ni espérance d’avancement. 8o MOYENS I)’a IDEE. Il y a une circonstance extrêmement malheureuse de l’économie des pauvres en Angleterre ; c’est que ceux qui travaillent ne sont distingués de ceux qui ne travaillent pas, que par utie surcharge de taxe pour nourrir les paresseux. Un indigent qui a la volonté de travailler n’est point aidé , quoiqu’il puisse à peine entretenir sa famille j mais s’il se met dans la tête de ne rien faire , la paroisse l’entretiendra. A la manière dont la loi est exécutée , un journalier qui pourvoit à sa propre subsistance, est mis à contribution pour nourrir les pauvres oisifs. Quel doit être l’effet de ce système sur le journalier? Il est fermier du fermier, c’est-à- dire , qu’il tient d’un gros fermier une petite habitation qu’il paye fort cher pour ce qu’elle vaut. II a des enfans, dont le nombre s’accroît d’année en année. Dans les tems ordinaires , c’est tout ce qu’il peut faire que de nourrir sa famille , en travaillant d’une aube à l’autre. Il est presqu’impossible que pendant les rigueurs de l’hiver , la cherté des subsistances, ou les tems de maladie, le gain du journalier suffise à sa famille. S’il tombe dans le besoin, il connoît la règle des secours, c’est-à-dire, qu’on n’en accorde aucun que dans le cas d’un dénueinent’complet. Toutes les E e s journaliers. 8i les petites économies qu’il peut avoir faites, doivent être dissipées avant qu’il ose s’adresser à la paroisse. Quel encouragement a-t-il pour se conduire avec pre'voyance et pour faire des e’pargnes? Est-il aucun de nous, qui, place' comme lui, fût plus économe et plus prévoyant? N’est-il pas probable , au contraire, que le découragement nous jetleroit dans l’in— tempérance? Et ne serions-nous pas bien tentes de dépenser à la taverne l’exce'dent du strict ne’cessaire à la subsistance de nos enfans? Je m’eslimerois bien heureux, si je pouvois tirer parti de l’histoire de Britton Abbot pour améliorer le sort des pauvres. Il faudroit qup chaque journalier fût place dans des circonstances telles qu’il pût espérer le sort de ce brave homme , s’il se eonduisoit de même. L’état des habitations des pauvres de la campagne est si mise'rable , qu’on ne peut s’empêcher de désirer vivement de les voir logés d’une manière différente. Il faudroit surtout qu’ils eussent de la place , et qu’il n’arrivât pas, comme cela a lieu souvent, que les journaliers fussent poussés dans la maison de charité, par l’impossibilité de se loger dans leur paroisse. Si l’usage de réserver dans chaque paroisse un terrain destiné aux habitations des non-pro- Tome 7, F 1 82 MOYENS D’A IDEE priétaires , s’introduisoit généralement, îl en résultèrent un grand soulagement pour les con- tribuans à la taxe des Indigens. Ceux-ci pren- droient des habitudes de régularité, et d’ordre. Ils s’attacheroient à leur pays, et deviendroient de plus en plus utiles à la communauté. La rente d’une étendue de terre d’un rood (ou du quart d’un acre) en supposant le terrain fort médiocre, comme celui sur lequel Brilton Abbot a bâti sa maison , ne reud pas un shel- üing annuellement, et cependant, il y a aujourd’hui une lionne habitation , un jardin , des fruits , et tout ce qui constitue la richesse d’un journalier. Dans de telles clôtures , le bénéfice qui re'sulteroit pour le pays et les individus , surpasseroit incomparablement des sacrifices qu’on seroit appelé à faire en commençant. Cinq acres à-peu-près inutiles maintenant dans chaque paroisse, fourniroient l’habitation et la subsistance à vingt familles comme celles de Britton Abbot. On accordera bien, je pense , qu’il seroit juste d’exempter de tout impôt, le journalier qui bâliroit une habitation et encloroit un jardin sur le rood de terrain qu’on lui auroit attribué. Il seroit juste aussi, et extrêmement utile , de donner à un père la faculté de transmettre à ses enfans la petite habitation qu’il Ii E S JOURNALIERS. 85 auroit construite. L’exemption des impôts seroit attache'e à la maison, tout aussi long-tems qu’elle seroit habitée par un particulier de la paroisse; et il re'sukeroit de cela que cette habitation auroit beaucoup plus de valeur entre les mains des gens de la paroisse , qu’entre celles des etrangers, et que la force des choses tendroit toujours à maintenir cette petite possession entre les mains des pauvres de la paroisse. On préféreroit sans doute , dans l’attribution des petites pièces de terre, les individus industrieux et les gens de bonne réputation , ceux qui sont charge's de famille , ou dont les circonstances sont d’ailleurs recommandables. Le6 propriétaires et les fermiers voisins s’empresseroient, sans doute, d’aider les journaliers pour le transport des matériaux et la construction des maisons, ou encore pour leur faciliter l’achat d’une vache. Celui qui possède une demeure, un jardin, une vache , et qui ne paye point d’impôts , ne tombe guères à la charge de la paroisse. Les journaliers seroient à portée d’aider les fermiers au moment du besoin, au lieu qu’à présent, ceux-ci sont souvent embarrassés pour avoir des manouvriers, et les prix de la main-d’œuvre sont renchéris par la disposition des journaliers à aller de paroisse en paroisse , cherchant les Si M O Y E N S b’a IDEE salaires les plus élevés. Il en doit résulté? (pour le dire en passant) une non-valeur annuelle très-considérable, dans les produits du sol de l’Angleterre. Non-seulement la possession de ces demeures et de ces jardins attacheront les journaliers à leur patrie, et à leur paroisse, mais elle scroit le gage le plus sûr de leur bonne conduite. Le manœuvre qui acquiert une proprie’te’ prend plus de considération pour lui-même, et s’observe davantage dans sa conduite. Après cela, il est certain que les productions nouvelles qui re'sulteroient de la culture de ces petites possessions, seroient un objet important dans la consommation nationale; car le journalier qui a un jardin , emploie au travail tous les momensqu’il perdroit à la taverne, s’il n’avoit pas un coin de terre à cultiver. Si l’on employoit dans la distribution des vaches aux journaliers la méthode et les précautions que j’ai indiquées en parlant de Brit- ton Abbot, ils prendroient nécessairement un grand intérêt à la conservation de ces animaux, mais dans le cas où ils les perdroient, ils ne se trouveroient pas dans l’état de dénuement où est d’ordinaire l’indigent qui perd sa vache. Un fonds de quinze livres sterling dans chaque paroisse , seroit destiné à fournir une vache à LES JOURNALIERS- 85 titre de re'compense nu journalier qui se seroit le mieux conduit. Quant à l’entretien de l’animal , il seroit convenable d’en charger un fermier, moyennant partage des produits. Il Y a peu de provinces d’Angleterre dans lesquelles on ne pût re'ussir, par les défriche- mens des communaux, à nourrir les vaches des journaliers auxquels on distribueroit ces terrains d’une manière inaliénable, à condition qu’ils ope'reroient eux-mêmes les de'fri- chemens et les clôtures. On pourroit former des-pièces de dix à douze acres, lesquelles seroient attribuées à un certain nombre de journaliers, et dont les clôtures serviroient, par la suite, à fournir du bois aux pauvres de la paroisse. On fixeroit enfin le nombre le p'ius considérable de vaches que chaque individu pourroit avoir. Je dois faire ici une observation. Un journalier qui possède un bon jardin à côté de son habitation, peut vivre dans une sorte d’aisance j mais s’il ajoute à ce jardin quelque pièce de terre qu’il veuille cultiver lui-même , et qu’il se trouve ainsi transforme en un petit fermier, il a beaucoup de peine à vivre ; parce qu’il manque du capital nécessaire pour les avances ; sans lesquelles, il est impossible de faire valoir la terre avec profit,. Une fois qu’il y a une dis- 86 MOYENS d’aider DES JOURNALIERS, proportion quelconque entre l’e'tendue du terrain à cultiver et les moyens de culture , cette disproportion augmente d’année en anne’e, jusqu’à ce que le fermier et la terre arrivent à une miscre complète. Le grand avantage d’un choix CONVENABLE DE BESTIAUX. Tiré de l’ouvrage de Mr. N. Kent intitulé : Hints tu gentlemen of landed property. A.PRÈS l’application judicieuse de chaque terrain à la culture qui lui convient le mieux , le bon choix des bestiaux , selon les circonstances locales, est une des parties les plus délicates de l’art du fermier. Lorsqu’on laisse faire la Nature, elle produit les animaux qui conviennent an sol destiné à les nourrir, depuis les petits moutons des montagnes de Galles jusqu’aux grandes brebis des marais du Lincolnshire, et depuis le petit taureau des montagnes d’Ecosse jusqu’aux bœufs les plus pesans des pâturages de Sommerset. Mais une bonne agriculture nous apprend à perfectionner la qualité des bestiaux à mesure que nous améliorons le sol ; et la terre nous CHOIX CONVENABLE HE BESTIAUX. 87 paye ainsi doublement de nos travaux et de nos soins. Le cultivateur sage conserve toujours une sorte-d’équilibr.e entre Pelât de son domaine et celui de scs bestiaux , soit quant au choix, soit quant au nombre. Ces deux choses doivent marcher de front , et la négligence sur l’un des points entraîne nécessairement du dommage sur l’autre. 11 faut considérer d’abord quelle espèce d’animaux de labour convient le mieux à notre sol; puis quels sont les bestiaux qui consomment nos productions avec le plus d’avantage. Sur un sol léger, ou deux chevaux suffisent à une charrue, il y a toujours du profit à les préférer, parce que dans un tel terrain quatre chevaux font autant d’ouvrage que huit bœufs. Mais dans la glaise, ou, en général, dans toutes les terres fortes et pesantes qui ne permettent, qu’un mouvement lent , la proportion du travail sera à peu près de douze bœufs pour huit chevaux. Cette distinction une fois établie, il faut laisser à chaque espèce ses avantages , et c’est au jugement du fermier à les mettre à profit. Le cheval est un serviteur si agréable , si diligent , si courageux, qu’on seroit toujours lente de l’employer de préférence; mais si l’on consulte l’intérêt l’on se décidera souvent pour 88 CHOIX CONVENABIÏE le bœuf. Les frais d’entretien , la diminution annuelle de valeur , les nombreuses Chances d’accident qui exposent à perdre les chevaux lout-à-coup, sont des considérations impor- tahtes. Eu revanche , le bœuf coûte peu de nourriture cl d’attelage , et se vend bien lorsqu’il ne peut plus travailler. Ils sont egalement utiles dans des sols dilTerens, et il ne faut rejeter absolument ni l’une ni l’autre espèce. Les moutons doivent être regardes ensuite comme les animaux les plus avantageux. Ils le sont sous trois rapports : leur laine , leur multiplication annuelle, et leur fumier. Je pourrois même ajouter que, dans les terres le'gères , ils font presque autant d’effet par leur trépignement que par leur engrais. On s’est souvent fort bien trouve' de tirer la race de ses moutons des cantons les plus stériles. Elle s’améliore beaucoup en passant dans des terres plus fertiles; ainsi que les arbres qu’on transplante réussissent mieux lorsqu’ils ont crû dans des pépinières en terre maigre. On trouve aussi que dans de telles circonstances les moutons supportent mieux le parc, et ce fait n’est pas douteux. Il y a un préjugé assez généralement répandu chez les fermiers , c’est qu’il y a des races de moutons qui ne peuvent pas se faire au parc. N DE BESTIAUX. 89 Je pense au contraire, que tous les moutons maigres, ou les troupeaux de garde, profitant davantage au parc qu’à l’étable. Ils se portent ge'ne'ralement mieux avec cette méthode , qui leur fait prendre la nourriture à des intervalles très-réglés, et qui empêche qu’ils ne broutent à la rosée, chose reconnue prejudiciable aux moutons (1). — En Dorset-shire et Wilt-shire où l’on entend très-bien les soins des moutons, l’usage du parc est ge'ne'ral. On remarque que les troupeaux qui ont e'te' tenus au parc, prennent ^ ensuite la graisse très-promptcmcnt, ainsi que cela arrive aux bœufs qui n’ont fairqu’un travail mode'rè’. Dans les terrains humides les moutons ne conviennent pas : les laiteries y tournent mieux à compté, et donnent de l’occupation aux femmes et aux enfans. Il faut alors élever des cochons ; car les pommes de terre et les carottes bouillies dans le lait, ou le petit-lait, font une excellente nourriture pour ces animaux; et l’on sait quelle quantité de ces racines utiles un acre peut donner , et combien une ventrée de cochons de lait est profitable. Dans les grandes fermes, (1) À moins qu’on ne veuille les engraisser, car rien ne contribue mieux à leur faire prendre promptement la graisse que le pâturage du malin. go CHOIX CONVENABLE'DES BESTIAUX, l’on méprisé cet objet comme un accessoire peu important auprès des produits des grains, et l’on regarde les cochons comme des animaux entbarrassans ; je pense qu’on a tort, car on en retireroit une grande utilité, et leur Fumier est un excellent engrais. Dans les pâturages vigoureux et succulens les bœufs de grosse race sont préférables ; pour engraisser aux turneps, les bêtes de Galles ou d’Ecosse sont celles qui profitent le plus. Ainsi les divers sols , et les diverses productions exigent des animaux diflerens pour leur culture ou leur consommation , et il vaut la peine d’étudier la manière d’appliquer le plus convenablement les uns et les autres. Opinion pratique de certains auteurs sur les bêtes à cornes (1). (.Annales d’A rthur Young.) Des Vaches. In y a beaucoup de fermes dans le Royaume dont il seroit impossible aux fermiers de payer la rente , sans le secours de la laiterie. Depuis quelques anne’es , les produits des vaches se vendent d’une manière plus régulière qu’aucune autre production de la campagne. Je remplirois un volume, si je voulois tout dire sur le chapitre des vaches. Les principaux objets à considérer sont: i.° La race. 2 .° La nourriture. 5.* La laiterie. 4.° Le serrement des veaux. 5.° Le produit et le profit, les dépenses. 1 . La race. On s’est beaucoup appliqué depuis quelques * . . ---- (l) Ce morceau étoit fait avant que j’entreprisse les Annales. Je l’insère ici pour qu’on trouve dans cet ouvrage tout ce qui concerne ce sujet intéressant. Ceux qui voudront rechercher tout ce qui a été écrit sur les bestiaux en Angleterre, trouveront ici une indication utile des auteurs, et des ouvrages. (A) y‘2 SUR UES EUTES années à perfectionner la race des bêles à cornes, et on a fait un grand nombre d’expe- neuces pour s’assurer quelle e'toit la meilleure. Mais il importe de ne pas perdre de vue une vérité fondamentale , c’est qu’il n’y a aucune race qui puisse être supe’ricure sur tous les points. II ne faut pas s’attendre que la même race donne d’excellentes vaches de rente, des bœufs de travail de la première qualité, et des bêles éminemment propres à l’engrais. Ces qualités peuvent, jusqu’à un certain point , être réunies, mais non pas an même degré qu’on les rencontre séparées dans certaines races. Dans ce moment, je ne considérerai les caractères des races que sous le rapport de la vente des vaches. Sous ce point de vue, les races les plus estimées sont 1 ," Celle d’IIoldcrness à petites cornes. 2 .” Celle à longues cornes. 5.* Celle d’Alderney. 4.” .La noire des montagnes. 5.” La race sans cornes de Suffolk. 6.° La race de Sussex. La race d’IIolde rness , à petites cornes , donne des vaches abondantes en lait ; mais leur lait passe pour être clair : il fait peu de beurre. D’ailleurs, comme c’est la plus grosse race de toutes , la quantité de lait qu’elle donne n’est peut-être pas en proportion de sa . grosseur. Lne bête à cornes mange, à peu près, dans le A CORNES. 95 rapport de sa taille et de sou poids.; et si une vache ne rend pas du lait, dans le rapport de ce qu’elle mange , elle ne convient pas à la laiterie. La race à longues cornes donne des bœufs pour l’engrais , qui sont extrêmement estimes dans certaines provinces. Le lait des vaches de cette race est très-bon , mais elles en donnent peu. Cependant Sir Charles Turner, qui a fait des expériences sur les vaches de cette espèce a trouve' qu’on liroit plus de fromage d’une quantité donnée de lait provenu des vaches de cette race , que de toute autre ; et que la même quantité de crème provenue des mêmes vaches, donne également plus de beurre que toute autre crème qu’il ait éprouvée. Lord Beclive a observé en Irlande , que la race de Craven donnoit plus de lait que celle d’flol- derness : il a observé , en outre , que les vaches qui sont constamment grasses, donnent peu de lait. La troisième de ces races , celle d’AIderney, est une des meilleures que nous ayons en Angleterre, pour le lait (j’entends toujours relativement à la taille ). Les vaches d’AIderney sont si petites , qu’elles se nourrissent de très-peu, et vivent sur des maigres pâturages; mais, en proportion de leur poids, elles donnent plus de lait , et d’une meilleure qualité, que des vaches quatre fois plus grosses. y» g4 SUR LES BÊTES Dans l’ile de Wight il u’y a pas une laiterie qui n’ait des vaches d’Alderney : elles donnent sept et huit livres de beurre par semaine. M. Hooper de Bewdey , avoit une vache de cette petite race qui lui donnoit douze livres de beurre par semaine. William Samson en avoit une autre qu’il falloit absolument traire trots fois le jour. — Les vaches noires de montagnes , sont robustes, et abondantes en lait, elles sont fort supérieures sur ce point, aux deux races d’Holderness. Les races bâtardes, ou croisées, se trouvent dans toutes les provinces : les deux plus remarquables , sont la petite race sans cornes de Sulfolk , et celle de Cheshire. Les vaches de ces deux races sont petites et laides , mais admirables pour le lait. Dans le Cheshire on a essaye' de perfectionner la taille des vaches , par des taureaux de Lancashire , à longues cornes ; mais on trouve que la race s’altère au lieu de se perfectionner. Mr. Wight donne plusieurs exemples de vaches e'cossaises qui fournissent une quantité de lait remarquable. Il parle d’une vache, en particulier, qui donnoit vingt pintes de lait par jour. Ce lait, écrémé, vingt six heures après avoir été tiré , donnoit 57 onces de beurre, poidsAnglois, c’est-à-dire environ vingt-cinq livres par semaine. Je regarde A CORNE. 95 les vaches de Suffolk comme les plus abondantes en lait que nous ayons dans le Royaume. Elles sont très-mal faites , de médiocre grosseur , et de mauvaise mine ; elles se vendent de six à sept livres sterling : mais , ainsi que je l’ai éprouve’ souvent moi-même , elles rendent communément huit gallons de lait, par chaque trait, c’est-à-dire plus du double que les deux races d’Holderness : et comme chacune de ces races d’Holderness est deux fois plus pesante que les Sulfolk, celles-ci se nourrissent à moitié’ frais. J’en conclus qu’il faut préférer les Suffolk à toute autre race du Royaume , pour la laiterie. Jen’excluroispas néanmoinsles Alderney, mais je crois que la meilleure composition possible d’une étable pour la laitene, seroit deux tiers de Suffolk sans cornes , et un tiers d’Alderney, en ayant soin de mêler le lait. Ce secret d’avoir quelques vaches d’Alderney pour améliorer le lait des autres est bien connu et pratiqué dans le Hampshire. Lorsqu’on s’occupe de former la composition d’une étable de laiterie, il ne faut jamais oublier que la qualité du lait, est un élément tout aussi importantà considérer quela quantité. L’expérience a prouvé qu’il y a des différences prodigieuses dans les quantités de beurre et de fromage, produites par des quantités égales de différens laits. 11 peut donc arriver qu’une vaclie peu abondante donne autant de profit qu’une autre qui rend beaucoup de lait; et il est à remarquer que la rente des vaches , réduite en argent, dans les différentes provinces du Royaume , est, à peu de chose près, la même. Il résulte de ce que je viens de dire, et.qui est la substance de tout ce qui s’est écrit sur ce sujet, qu’un jeune fermier qui se propose de monter une laiterie, agiroitfort imprudemment en faisant des dépenses considérables pour se procurer des vaches de ces grosses races qui ont été à la mode depuis quelques années, et qui se vendent un prix énorme. On regarde le choix du taureau comme plus important que celui de la vache, lorsqu’on veut élever. Je ne suis pas convaincu que l’influence soit plus grande de la part du mâle : j’ai vu des exemples très-frappans du contraire.^ La race à petites cornes ne sauroit réussir dans les situations froides. Les vaches à longues cornes, ayant le cuir excessivement épais, sont beaucoup plus capables de résister au froid. On parle beaucoup des races de Devon-sliire , de Susses, et de Hereford, mais nous manquons de faits pour les juger. Nourriture. A CORNES. Nourriture. Il y a de certaines fermes qui sont particulièrement favorables auxv vaches , et dans lesquelles aucun be'tail ne peut rendre davantage. Ce sont en général les domaines qui contiennent beaucoup de pâturages grossiers et humides, peu propres aux moutons. En mettant à part ces circonstances locales qui décident le choix de cette industrie , voici les principales nourritures qu’on doit destiner aux vaches. i.° Pour l’été , les prairies et pâturages de médiocre qualité , peuvent être destinés aux vaches avec profit ; et c’est encore une question de savoir si des pâturages excellens et qui peuvent engraisser de gros bœufs , sont employés d’une manière profitable , lorsqu’on les abandonne aux vaches ; mais il y a dans plusieurs provinces des prairies très-bonnes , qui s’affer- ment à raison de 20 shellings l’acre , et qui, cependant, ne peuvent point pousser l’engrais d’un gros bœuf jusqu’au point de perfection : dans ces prés-là, les vaches pâturent avec avantage. Il y a aussi des prés humides qui donnent prodigieusement d’herbe , qui s’afferment très- cher , et ne peuvent pas engraisser des bœufs : cès terrains-là sont également mieux appliqués aux pâturages des vaches. Un pré qui en rente, Tome 7. G 98 SUR UES BÛTES dixme , et taxe des pauvres , paye 1 livre sterl. 8 shel. l’acre, doit nourrir une vache à lait pendant î’e'lé sur un acre et un quart. Non que l’on doive confiner une vache sur cet espace de terrain ; mais on peut estimer le no.mbre de vaches qu’on doit nourrir, dans cette proporlion-là. Si l’on donne un acre et demi par va.che , on peut y ajouter quelques moutons. Je connois beaucoup de prairies qui s’afferment à raison de 20 shel. l’acre, et qui ne peuvent nourrir les vaches à lait au pâturage, qu’à raison d’une vache pour deux- acres. Il y a beaucoup de laiteries qui se soutiennent principalement par le trcfle. Ce n’est pas une nourriture aussi favorable que la bonne herbe des près. Il communique au fromage une qualité inferieure, si l’on ne donne pas à sa fabrication des soins très-attentifs. Il y a d’ailleurs le danger de faire gonfler et crever les vaches, si l’on les met dans les trèfles sans de grandes précautions. Malgré ces objections , il y a un très-grand nombre de vaches à lait qui s’en nourrissent presque uniquement. Le sainfoin est beaucoup supérieur au trèfle. Il est plus succulent et plus nourrissant. II permet à des fermiers de terres arides, crayeuses, stériles , montueuses, de posséder de grandes laiteries, au lieu qu’ils pourroicnl à peine tenir une vache sans le secours du sainfoin. A CORNES. gg La luzerne est , de toutes les plantes de prairies artificielles, la meilleure podr tous les bestiaux quelconques. Elle donne beaucoup de lait , de la qualité la meilleure ; et on peut compter sur son produit, depuis Mai jusqu’en Octobre, quel temsqu’il fasse. Daus les étés les plus secs et les plus brûlans , son produit sera à peu près le même. Une vache de moyenne taille mange, dans les vingt-quatre heures, de go à too livres de luzerne en vert. Mr. Baker a éprouvé, qu’en Irlande, un acre Irlandois de luzerne suffisoit à 6 vaches pendant i55 jours. Les vaches aiment beaucoup la grande pim- prenclle, et le beurre qui en provient est aussi bon qu’aucun autre. Les vcsces mange'es en vert, à l’étable , sont excellentes pour les vaches. Je ferai une observation sur cette pratique, de faucher tous les jours, pour donner en vert à l’étable, ou dans un enclos. Il faut, si c’est dans un enclos, qu’il y ait de l’eau et de l’ombre. Si on tient de la litière en suffisance, on fait une très-grande quantité de fumier; et un fourrage vert quelconque profite trois ou quatre fois davantage, que si on le faisoit pâturer sur place. La luzerne et les vesces ne devroient jamais ylre consommées d’aucune autre manière; mais toute autre récolte peut être donnée autrement avec profit. xoo SUR UES BETES Lorsque la luzerne et les vesccs sont employées avec régularité à nourrir des vaches à l'étable, le gain est énorme, et je ne saurois trop recommander cet usage. Il y a un de'savantage nécessairement attache' aux grosses races, c’est que le fermier nourrit de telles vaches, en hiver, d’une manière avec laquelle lès profits de la laiterie ne peuvent guères couvrir la dépense. C’est ce qui arrive lorsqu’on les nourrit au foin. Il faut regarder de bien près à la manière dont on nourrit les vaches à lait ) si l’on veut qu’elles rendent effectivement le profit qu’on en espère. On entend dire tous les jours (( si l’on veut que les vaches rendent, il faut bien les nourrir; et si l’on ne trouvoit pas son compte à bien nourrir, on le trouveroit encore moins à nourrir foi- blement. » Cette observation est juste pour de certains articles de nourriture , et fausse pour d’autres. Depuis le i.* r Novembre, où l’on met une vache au foin , jusqu’au 12 Mai où l’on peut la remettre à l’herbe, il y a ig 3 jours. Une vache moyenne, mange 3 o livres de foin, dans les 24 heures, sans qu’il y en ait de trop. Ce qui fait plus de 25 tuns dans celte espace de tems. A 2 liv. sterl. le tun, c’est 50 iv. sterl. — Or, la rente moyenne , prise sur un très- grand nombre de laiteries, est de 6 à 7 liv. sterl. A CORNES. 101> par vache, en y comprenant les veaux. Pour celles qui sont très-bien soignées, la rente peut s’estimer 8 liv. sterl. Que l’on juge après cela , comment il peut convenir d’hiverner les vaches au foin. Tout ridicule qu’il seroit de nourrir une vache, au foin seulement, pendant tout l’hiver, il est certain qu’il faut lui en donner. Après qu’elle a fait son veau , elle doit manger du foin pendant quelque tems, et d’une manière modérée; si une vache mange plus de dix quintaux de foin dans l’hiver, il est très - difficile que le fermier y trouve son compte. Il faut tâcher de re'duire cette quantité' au moyen des lurneps , des choux , et des autres racines. Tant qu’elles n’ont point de lait, elles doivent être nourries à la paille, dans une cour de la ferme, ou parc domestique , avec de l’eau et de la litière. Il faut avoir soin de leur donner la paille dans un râtelier, en gardant toujours la meilleure pour la dernière, et en la donnant fraîche battue , autant qu’il est possible. Il faut commencer par la paille de froment et de seigle : puis celle d’orge , sans mélange de trèfle : celle d’avoine de même ; les liges de pois et de fèves; enfin, la paille d’orge et d’avoine mêlée de trèfle (t). (1) Ce trèfle tpii se trouve mêlé a la paille d’orge 102 SUR UES BETES' Si les vaches sont de grand prix , ou que la paille soit mauvaise , on peut donner de tems en tems un peu de turneps ou de choux. Un mois avant de faire le veau, elles doivent avoir dix à quinze livres de foin par jour , ou une augmentation de nourriture verte. Après le veau , il faut accroître la quantité de celte dernière nourriture , et leur donner du foin , pendant quinze jours. Si l’on a beaucoup de vaches , il faut nécessairement une division dans la cour et dans l’e'lable , pour pouvoir et à celle d’avoine est celui de la première année qui a cté semé en même teins que ces grains. Lorsqu’on sème ainsi le trèfle en terre fraîchement labourée, et sur tout qui a porté une récolte de turneps, ses progrès sont extrêmement rapides; ensorte que lorsqu’on coupe Forge ou l’avoine, il a quelquefois 7 à 8 pouces de haut. Nous ne voyons rien de semblable dans nos blés sur lesquels on a semé du trèfle au printems ; d’ailleurs en moissonnant à la faucille on ne coupe pas assez près de terre pour saisir le trèfle , au lieu que l’avoine et Forge se fauchent. Nota. La note ci-dessus a été écrite il y a 10 ans. Depuis que j’ai adopté un assolement dans lequel le trèfle, semé au printems sur le froment qui a été fumé par-desssus en hiver avec du fumier de mouton , peut pivoter profondément dans une terre défoncée à la Lèche, je coupe souvent un demi-pied de trèfle avec le froment moissonné à la faucille. (Août 1809.) A CORNES. io3 varier la nourriture à volonté'. En général, il faut se souvenir , qu’une vache en très-bon état se soutient mieux avec de la paille, qu’une vache maigre. Le principe de Lisle a beaucoup de vrai : il dit qu’une vache , qui a été bien nourrie pendant l’ètè, est à moitié hiverner. De toutes les nourritures vertes possibles, la plus avantageuse à donner aux vaches l’hiver , ce sont les choux. Un acre bien cultive , rend trente à quarante tonnes de choux , qui profilent beaucoup plus que le produit de plusieurs acres de foin. Ils donnent du lait en abondance, et de bonne qualité , lorsqu’on a soin d’ôtér les feuilles jaunes ou pourries; et celles- ci ne sont pas perdues, car les veaux et les jeunes bêtes h;s mangent. Une vache moyenne, peut manger de cent trente à deux cents livres de choux, par jour; mais il n’y a aucune rente, en lait, qui pût payer une telle de'pense de nourriture : soixante-dix à quatre-vingt livres de choux par jour, avec de la paille , est une quantité suffisante. Tous ceux qui tiennent une laiterie devraient s’arranger pour avoir annuellement de dix à quinze acres de choux. Il y a beaucoup d’étables de vaches que l’on nourrit aux turneps, pendant l’hiver. Elles font de mauvais beurre, mais cela n’arrête pas, car 104 SUE TES BÊTES quand ce beurre ne se vendroit qu’à moitié prix de celui qui provient du foin, l’on y trou- veroit encore son compte. Une vache peut manger tous les jours une plus grande quantité' de turneps que de choux. Je ne puis pas bien concevoir comment on peut trouver du profit à une laiterie sans l’emploi des turneps ou des choux , pendant l’hiver. Le colza que mangent les vaches à lait se consomme toujours sur place : on ne le donne jamais à l’e'table ni dans les cours. On ne peut donc employer cette ressource que dans les terres assez sèches pour pouvoir porter le bétail en hiver : dans ce cas la culture en est très- profitable, non pour remplacer les choux ou les turneps , mais pour leur succéder au printems. Les carottes et les pommes de terre sont, je crois, une des meilleures nourritures d’hiver, pour les vaches. Dans les endroits où ces deux récoltes sont très-abondantes , on peut les donner avec profit pour complément d’une autre nourriture -, mais une vache ne sauroit payer la dépense d’une consommation régulière de ces deux racines pour seule nourriture. Dans les grandes villes on donne aux vaches du son de bière qui leur procure beaucoup de lait, mais clair, ce qui convient lorsqu’on le vend à la mesure. A CORNES. ./ io5 On peut ajouter à ces nourritures d’hiver, des feuilles d’arbres ramasse'es en e'te'. Les anciens mettoient beaucoup d’importance à cette ressource : les Suisses l’employent, ainsi que les Italiens, et on l’a essayée en Angleterre. J’en parle ici en passant, pour engager à prendre des informations sur ce point. Bien des gens imaginent qu’il faut peu nourrir une vache pleine, parce que si elle etoit grasse, au moment de faire son veau, elle courroit quelque danger. Je crois que c’est une erreur. Dans les e'tables où l’on vend les veaux à i5 jours ou trois semaines, la vache ne paye pas une nourriture trop soigne'e ; mais dans le système dont je parle, il faut bien nourrir les vaches pleines. Pour avoir de beaux veaux, il faut que la mère soit en très-bon état. Le danger qu’une vache grasse peut courir en faisant le veau, est je crois, bien petit ; j’ai vu un si grand nombre de vaches grasses, délivrées sans accident, que je ne crois pas à ce danger. La laiterie, Il y a principalement six objets à considérer dans les détails de la laiterie, proprement dite, savoir: le travail, le combustible , les instru- mens , le beurre, le fromage, et les cochons. J’observerai, sur le premier point, qu’une fi h Xi ” r 106 SUR EES BÊTES servante ordinaire, sans aide, ne peut pas conduire plus de douze à quatorze vaches, si l’on fait du beurre et du fromage. Comme il ne faut pas employer plus d’une heure à traire les vaches, la servante attachée à la laiterie ne peut pas, elle-même, en traire plus de six dans cet espace de tems. Pour dix-sept ou dix-huit vaches, il faut donc avoir deux aides pour le moment de traire , qui est à cinq heures du matin et six heures du soir. Mais. si ces aides sont de jeunes gens , ou des domestiques sur lesquels on ne puisse pas compter, la servante doit repasser chaque vache pour voir si elle n’a plus de lait, car lorsqu’on en laisse, il s’épaissit, et donne des maladies à la vache. Le travail de la laiterie doit donc être proportionné au nombre des bêtes , d’après ces données. On fait une grande consommation de combustible pour faire chauffer l’eau, ainsi que le lait pour faire le fromage. II faut se pourvoir en conséquence. Le charbon et le bois sont également bons. Si l’on employé les fascines , il convient d’en faire provision un an à l’avance. On ne doit pas oublier cet article dans l’évaluation des frais , lorsqu’on fait le compte de la rente d’une laiterie. Les outils à employer dans une laiterie sont en grand nombre. Une baratte tournante, à i A COKNES. 107 manivelle, qui contient un muid, suffit à battre le beurre pour 60 vaches. Les bassins en plomb, de cinq pouces de profondeur sont ce qu’il y a de mieux pour le depot du lait, dans les endroits où le marbre n’est pas commun. On emploie aussi des bassins en bois. Quant à ceux de terre, la dépense, qui d’abord ne semble pas forte, le devient à la longue, parce qu’on en casse beaucoup. Il faut en outre deux chaudières, l’une pour chaufferie lait, l’autre plus grande, pour chauffer l’eau. Tous ces ustensiles , pour vingt vaches , peuvent être estimes 5 o liv. sterl. Il faut que tout soit tenu aussi propre qu’il est possible , et échaudé tous les jours à l’eau bouillante. On ne sauroit faire du très-bon beurre , si les ustensiles ne sont pas polis comme des miroirs. Le beurre est le plus profitable de tous les emplois du lait, dans le voisinage d’une grande ville 5 à moins que ce voisinage ne soit tel qu’on y puisse vendre le lait ; dans lequel cas , c’est encore ce qu’il faut prêfe'rer. Mais le bon beurre , quand on en a un débouche certain et prompt, rend davantage que le fromage. Il y a une attention que l’on n’a point assez, c’est de changer la crème que l’on destine au beurre , en la faisant passer tous les jours d’un vase à un autre, et en ayant soin que ces vases 108 SUR XES BÊTES soient d’une propreté extrême et lavés à l’eau bouillante. Trois ou quatre fois le jour , il faut remuer la crème avec une spatule. Je n’entrerai pas dans le detail de la manipulation du beurre et du fromage ; mais j’observerai que si la servante qui prépare le beurre n’exprime pas à diverses reprises jusqu’aux moindres particules du lait de beurre , en le travaillant, le beurre n’aura jamais une qualité supérieure et n’offrira pas une surface de couleur uniforme dans sa tranche , lorsqu’on le coupera pour l’éprouver. Le beurre pèche communément par là : il n’est pas suffisamment travaillé. Il est impossible que la vente du beurre couvre toutes les dépenses, vu le prix de la main-d’œuvre et tout le reste , s’il ne se vend pas au moins 8 pence la livre en été , et un shelling en hiver Le premier prix pour l’été est beaucoup plus avantageux au fermier, que le second pour l’hiver. Le fromage est de divers genres, c’est-à-dire, fait avec du lait plus ©u moins épais. Dans quelques Comtés où l’on en fait de première qualité, tels que Glocesler, Wiltshire , Cheshire , etc. on le fait avec du lait fraîchement tiré de la vache : et on fait ensuite le beurre avec le petit-lait. Dans d’autres endroits , on fait le fromage avec du lait écrémé : c’est ainsi que se A CORNKS. 10y font les mauvais fromages de Norfolk et SufFolk. On mêle aussi, dans quelques autres lieux, Je lait écrémé et celui qui ne l’est pas; et je crois que le fromage commun, qui se vend 2 pence ou 2 2 pence la livre, donne plus de profit au fermier que le fromage de 4 pence ou 4 pence et demi, à cause du beurre que le premier fromage permet de faire. Un objet capital, dans la fabrication du fromage, c’est d’avoir une presse aussi forte qu’il est possible. Le trèfle ne fait pas du fromage aussi bon que l’herbe ordinaire. Les cochons, lorsqu’on sait bien en tirer parti, forment peut-être le principal profit de la laiterie. Mais dans ce cas, il faudroit que le lait e’crèmë et le petit-lait leur fussent uniquement applique's, c’est-à-dire aux truies qui ont des petits, et aux petits que l’on élève. Il n’y a aucune nourriture qui puisse leur être applique'e avec autant de profit. Il faut avoir toujours autant de truies et d’élèves qu’il est possible d’en nourrir avec tout le lait de beurre et le petit- lait de la laiterie. Quant aux autres cochons, il leur faut une autre nourriture. Je parlerai ci- après de la manière de les nourrir, la plus avantageuse. Il y a une chose très-nécessaire pour l’économie de la main-d’œuvre, c’est un certain nombre de réceptacles ou baquets, noyés en \ uo SUR LUS BÛTES terre, dans le voisinage de la laiterie, dans lesquels le petit-lait puisse couler par des tuyaux, sans qu’il soit necessaire de le porter dans des seaux. Autrefois on etoit dans l’usage de Chauffer dans une grande chaudière, tous les matins, dans la saison froide, la boisson des cochons. On a abandonne cette pratique : j’ignore si l’on a bien fait, car je ne sais s’il y avoit quelque avantage. Une servante de laiterie doit traire ses vaches avec promptitude, et en faisant la plus grande attention de ne leur point laisser de lait , de peur qu’il n’en résulte des engorgemens. Une fille active peut traire six vaches , dans une heure , et il faut avoir assez de monde pour que toute la traite de l’écurie se fasse dans le même espace de tems. A une certaine distance de la capitale , il y a moins de profit à vendre Je lait qu’à nourrir les veaux pour le boucher, toute l’année. Cette industrie est moins sujette aux fraudes ; mais elle n’est pas applicable à la plus grande partie des provinces ; à une distance plus grande de quarante milles d’une grande ville , on n’y trouveroit pas son compte. Lorsqu’on engraisse les veaux pour le boucher , il faut avoir une étable vaste et bien aérée ; les vaches doivent A CORNES. 111 être attachées d’un côté , et les veaux de l’autre. L’étable doit être maintenue propre, et exempte de mauvaise odeur , sans quoi les veaux ne sauroienl prospérer. On les allaite deux fois le jour. Chaque veau est pourvu d’un collier de cuir pour l’attacher à la crèche, et toutes les fois qu’il tette sa mère , ou la vache qui lui est destinée , on l’attache de même à une corde , qui pend d’en haut pour cela. Sans cette précaution qui fixe le veau vers la vache , l’étable seroit bientôt en désordre, et il faudroit beaucoup plus de monde pour le service. Ave'cles précautions indiquées, un homme peut servir jusqu’à 20 vaches. Tant que celles-ci sont à l’étable, elles doivent être nourries au foin, avec des choux, des lurneps, des grains , ou des fourrages verts. On achète les veaux à i 5 jours ou trois semaines, pour i 5 à 20 shellings, et on les revend lorsqu’il valent depuis 2 à 5 guine’es. II y a des pratiques très-contradictoires sur le sevrage' des veaux ; et chaque district regarde son usage comme le meilleur. En général, la meilleure méthode est de sevrer à dix jours; mais on les sèvre plus tôt, presque partout. En Yorkshire, par exemple, on sèvre à trois jours, et on élève cependant, de très-gros boeufs. Il convient de donner au veau que l’on ai2 SUR liES BÛTES sèvre , du lait naturel d’abord , puis du lait écrémé mêle' d’eau , avec un peu de farine d’orge. Pour engager le veau à manger du foin le plus tôt possible, il faut avoir soin d’en mettre à sa porte'e un peu de très-bon. Un veau sevré tard , fait rarement un gros bœuf ou une grosse vache. Plutôt un veau est sevré, et mieux c’est. Lorsque la servante a soin de mettre la main dans le seau du lait et de lui donner le bout de son doigt à sucer , le veau apprend très-promptement à boire , et donne dès lors peu de peine. Lorsqu’on ne cherche pas à élever de très- gros animaux, on peut sevrer en Avril ou Mai, en mettant les veaux dans un pré ou verger hâtif, et en leur donnant pendant un mois , du lait écrémé en même tems que l’herbe. Les mâles _ doivent être châtrés à i5 jours ou trois semaines. On s’est beaucoup occupé en dernier lieu de trouver un moyen profitable de sevrer sans lait. Si l’on trouvoit une méthode sûre , on éleveroit un grand nombre d’individus qu’on envoyé au boucher avant qu’ils soient gras. J’ai fait moi-même quelques expériences là-dessus , et j’en ai vu d’autres , faites par mes amis. On a indiqué plusieurs méthodes , mais il n’y a rien de suffisamment éprouvé encore. Yarlo propose de faire une forte A CORNES. Il3 forte infusion de foin , en y mêlant de la graine de lin et du gruau d’avoine. La graine de lin egt employée à cet usage en Lincoln- sbire. Cette graine, à demi écrasée , puis mise en de'cocliun jusqu’à consistance de gele'e claire, e'tenduc ensuite à l’eau chaude , et rnêle'e de farine d’orge , jusqu'à ce que son épaisseur soit celle de la crème , a très-bien re'ussi avec d^s veaux qui avoient e'té nourris au lait jusqu’à l’âge de i5 jours. Il faudroit plus d’expe’rience qu’on en a de cette pratique , pour qu’elle s’établît généralement. Ce que je puis affirmer, c’est que là où l’on veut élever beaucoup de veaux avec peu de lait , on peut probablement doubler le nombre des élèves’, en mêlant avec la composition ci-dessus , le lait que l’on a. Une prime proposée par le Département d’Agriculture , a valu un rapport sur une manière de sevrer avec de la fariné d’orge et d’avoine, mêlée et passée au tamis, et bouillie dans l’eau , pour donner le degré de chaleur du lait de la vache. En Prusse, on sèvre les veaux avec une infusion de drêche. On voit dans les Mémoires de la Société de Bath, un détail de la* manière de sevrer les veaux à sept ou huit jours , en les nourrissant de lait écrémé, pendant dix ou douze jours, avec des tranches minces de turneps qu’on Tome 7 . H 1 ;| 4 SUR UES BÊTES môle dans le seau. On les lâche ensuite dans un champ de turneps , même en Janvier. On ne voit pas pourquoi on ne leur donneroit pas les turneps à couvert, et dans un endroit chaud. Il y a une autre méthode qui mériteroit des essais plus répétés que ceux qu’on a faits ; c’est de laisser suivre la vache parle veau, pendant tout l’été , et d’abandonner ainsi le lait pour élever le nourrisson. Nous voyons , par un mot de Yirgile , que cela se faisoit chez les Romains. « Ne privez pas la vache de son lait, à la manière de nos pères , )> dit-il : « sed tota in dulces consument ubera natos. » On prétend que cela empêche la vache de prendre le taureau : c’est une erreur ; j’ai l'expérience du contraire. La différence dans la croissance du veau est très-considérable : on peut, je pense, le vendre, bœuf gras, un an plus tôt. Cela mérite bien d’être essayé. La méthode est très- simple ; on n’a en quelque sorte pas besoin de s’en mêler. Le profit d’une vache à portée de Londres, quand on l’emploie à nourrir des veaux successivement, peut être estimé 7 et 8 liv. sterl. Une très-bonne vache rend jusqu’à g liv. sterl. ; mais la moyenne, à une plus grande distance de Londres , ne va qu’à 6 liv. sterl. Il faut même , pour cela, que les cochons dépendans i I A CORNES. ii 5 de la laiterie, soient conduits avec intelligence. Voici une moyenne de ce qu’on peul compter de beurre par vache repute'e bonne. 8 semaines à 8 livres par semaine. 64 lir. 8 semaines à 6. 48 4 semaines à 5. 20 4 semaines à 4. 16 4 semaines à 3. 12 4 semaines à 2. 8 3a semaines de rente. Total. . . 168 lir.. Il y a des vaches qui donnent beaucoup plus, mais on n’en trouve pas plus d’une peut-être sur soixante. Si l’on lait, à la fois , le beurre et le fromage, le calcul est plus difficile; mais en estimant le produit des vaches à 6 liv. sterl. il ne reste pas un grand profit. La servante de la laiterie peut coûter, en calculant les gages, la nourriture , le blanchissage et le logement, environ i4 liv. sterl; si elle soigne quatorze vaches , c’est une liv. sterl. par vache. Le combustible ne peut pas être compte à moins de ■4 schell. par vache , et l’entretien des ustensiles à 2 schell. C’est donc 26 schell. à déduire: il reste 4 liv. i4 schell. ; c’est-à-dire , moins d’un schell. 8 den. par semaine sur l’anne'e , pour payer la nourriture. Je ne puis pas affirmer qu’une vache ne puisse être nourrie pour un schell. 8 den. par semaine , toute l’annee ; SUR UES BÊTES l I (> mais il me paroî't évident que le profit est très- petit : je crois que quand la rente des vaches d’une laiterie est au-dessous de 7 liv. sterl. , ïl ne vaut pas la peine d’en avoir une. La laitterie n’est vraiment profitable qu’aux fermiers qui ont une femme ou une fille qui s’en oecupe. Le beurre de Londres que l’on nomme Epping, est extrêmement supérieur à tout autre. II est dur ; fl offre une tranche unie et sans trous ; ce qui tient à ce que dans sa fabrication , l’on a le plus grand soin d’en bien exprimer le lait de beurre. D’ailleurs on ne le sature pas de sel, comme en Suffolk , où cela est devenu une fraude ; en sorte que le beurre en jii'kin est à peu près aussi bon que le beurre frais. C’est une très-bonne manière d’hiverner les vaches que de les tenir dans une cour , entourée de hangars 5 mais il faut que la litière y abonde, n’importe que ce soit de la paille, du chaume, de la fougère, ou des feuilles. Je suis porté à croire qu’elles s’entretiennent mieux de cette manière que lorsqu’on les attache à l’étable. Lorsqu’on n’a pas de la litière à leur donner, on est obligé de les mettre dans l’étable, et d’avoir alors des couloirs ou égouts immédiatement derrière les vaches, pour les maintenir propres : c’étoU A CORNES. 11 ? la méthode de Bakewell. En France, tous les bestiaux sont renfermés pendant la nuit. C’est usage étant si général , je suis porté à croire qu’il est nécessaire; mais, en Angleterre, il ne l’est point. En Hollande , non-seulement on enferme les bêtes à cornes l’hiver, mais lorsqu’elles pâturent en automne dans les champs , on les habille. Dans la Nord-Hollande , on pousse la propreté jusqu’à laver l’étable plusieurs fois le jour, et attacher la. queue des vaches au plafond. Engrais des Bestiaux. J’ai déjà observé qu’il y a des situations dans lesquelles il est plus profitable d’engraisser des bœufs que de nourrir des vaches. C’est en général dans les meilleures terres ; car tout terrain qui peut engraisser un bœuf, rend davantage de cette manière que par tout autre emploi qu’on en pourrait faire. Dans les parties les plus riches de nos marais salans du Lincoln-shire et du Somerset-shire, il n’y a point de laiteries ; tous les pâturages sont employés à engraisser des bœufs, ou de gros moutons. J’ai indiqué les races les plus avantageuses pour la laiterie ; mais lorsqu’il s’agit d’engraisser, le fermier doit faire ses choix sur desprin- SITU LES BÊTES' 1.1 8 cipes tout différons. Les meilleures races pour l’engrais sont celles qui se maintiennent habituellement grasses , ou en bon étal. Cette circonstance ( très-désavantageuse lorsqu’il s’agit de vaches à lait, car une vache grasse n’est jamais bonne ) est la seule ve'ritablement importante pour engraisser : la grosseur de la race est presqu’indifiérente, en comparaison. Dans les provinces du centre , la race de Craven, à longues cornes , est la plus estime'e, pour l’engrais. C’est sur cette race que JBake- •Well a fonde celle qui porte son nom , et qu’il estime supérieure à toute autre race de l’Angleterre. Il y a d’autres éleveurs en Leicesler- shire qui sont occupes, depuis long-lems , de porter cette race au plus haut point de perfection possible. Les principes sur lesquels ces experts jugent de la capacité' qu’une bête a de s’engraisser bien , sont applicables à toutes les races de l’Angleterre 5 et il est bon qu’un fermier connoisse les caractères extérieurs qui dans les achats qu’il fait, pour engraisser , lui donnent la meilleure chance d’être bien paye' de scs peines. Le premier caractère à rechercher c’est quç l’animal soit bas sur jambes; il est rare qu’un bœuf qui est très-bas sur jambes ne soit pas bien fait d’ailleurs. A CORNES. 1 ] g Secondement : il faut que l’e'pine du dos soit droite comme une flèche , et le dos large et plat. Troisièmement : il faut que le corps soit arrondi , et aussi semblable à un tonneau que la direction parfaitement droite de l’e'pine puisse le comporter. Quatrièmement: la poitrine de l’animal doit être large, afin que la partie anterieure du tonneau soit aussi considérable que sa partie poste'rieure. Enfin , il faut que le col soit petit, ainsi que le fanon: 1 Voilà les principaux points, et il y en a beaucoup d’autres. Bakewellmettoit ufte grande importance à ce que ses bestiaux prissent la graisse dans les parties du corps qui font les meilleurs morceaux. Il a montre'à Londres, un bœuf dont l’aloyau e'toit d’une graisse > monstrueuse , tandis que les autres morceaux n’e'- toient pas à beaucoup près si gras , proportion garde’e. Comme il y a une différence de deux pence et demie dans les prix de la livre de viande de différons morceaux , ce principe de Bakewell paroît bon. Il y a un point qui contribue à donner l’avantage à la race de Craven , à longues cornes, c’est la grande épaisseur de la peau. C’est une 120 SUR LES BETES- circonstance favorable pour faire re'sister mieux les animaux à la rigueur des hivers ; et d’ailleurs , les peaux se vendent beaucoup plus cher. Dans le JNorthampton - sbire, il s’est vendu une peau d’un bœuf à longues cornes de la race de Craven , 4 liv. 5 shel. sterl. ; et le prix total de l’animal n’étoit que de il liv. sterl. Le poil frise' est un signe de disposition à l’engrais. J’ai eu souvent l’expérience de l’avantage qu’ont, sous ce rapport, les animaux à poil frise. On fait la même observation en Ecosse : les animaux à poil lisse ne s’y engraissent pas si facilement. La taille des animaux est un point de grande importance pour les fermiers qui veulent engraisser sur des terres de qualité médiocre. Lorsqu’on a des pâturages très-riches , on ne sauroit choisir de trop gros bœufs, pourvu qu’ils soient d’une bonne race, et bien construits; mais il faut toujours regarder à la construction de l’animal, plutôt qu’à la grosseur : cela est beaucoup plus important. En gênerai, il faut proportionner la taille des bêles à la qualité du pâturage. Il vaut infiniment mieux que les bestiaux soient plus petits que s’ils étoient trop gros. II y a de grandes étendues de terrain excellentes pour engraisser, et qui ne comporte- A CORNES. 121 roient pas de grosses races. Dans ce cas, le fermier fera mieux de préférer la plus petite espèce du pays, ou la petite race noire de montagne, telle que les bœufs d’Ecosse, que l’on peut avoir aussi petits que l’on veut. Des pâturages de 10 shellings de rente suffisent à engraisser les plus petits animaux, c’est-à-dire les bœufs que l’on achète maigres pour deux ou trois guine'es. Les genisses cbâtre’es s’engraissent mieux et plus promptement que les bœufs, mais il est plus difficile de se les procurer. Il y a des endroits où l’on est dans l’usage d’engraisser des vieilles vaches, en assez grand nombre ; mais les risques de toute espèce sont plus considérables ; en sorte qu’il faut préférer les bœufs. Il faut, pour que la vache s’engraisse bien , qu’elle prenne le taureau avant que l’on la mette à l’engrais; mais il faut qu’elle soit grasse trois mois avant le terme où elle doit faire son veau. Les bœufs qui ont travaillé sont préférés partout pour l’engrais. Non-seulement ils s’engraissent plus promptement,-mais leur viande est meilleure. M. IVftddlelon de Suffolk a tué un bœuf qui avoit travaillé jusqu’à quatorze ans, et dont la chair fut excellente : preuve de l’avantage qu’il y a à travailler les bœufs, 122 SUR LES BÊTES car i 4 ans est le terme ordinaire de la vie d’un bœuf. L’herbe broutee au pâturage est la base des moyens d’engrais. Mais les vesces d’hiver données eu vert à l’étable pendant cinq ou six semaines, avant de mettre les bœufs à la pâture, sont un excellent préparatif. L’herbe profite ainsi beaucoup davantage. Si le printems se trouve froid et tardif, les bœufs ne sont pas retardes comme ils l’auroient été ; et le pâturage dure plus long-tems. La luzerne vaut encore mieux que les vesces, pour donner en vert aux bestiaux qu’on engraisse : elle a l’avantage de durer aussi long- tems qu’on veut la donner. Ou sait qu’elle achève très-bien les bêles de petite race, mais il n’est pas sûr qu’on pût engraisser des bœufs de grosse race avec la luzerne pure, car on ne l’a pas essaye , que je sache. Le rny-grass et le trèfle reçoivent les bêtes qu’on met à J’cn- grais, de très-bonne heure au printems, lorsque cela est necessaire. Les bestiaux de moyenne taille prospèrent sur le trèfle jusqu’à la fin de mai; mais, plus lard, il ne leur suffit pas pour les engraisser. Je manque d’autorités pour parler du sainfoin et de la pimpreneîle relativement à l’engrais. En 5780, M. Mure engraissa soixante-huit A CORNES. 125 bestiaux d’Écosse. Pendant sept semaines, ces bestiaux, en mangeant des vesces en vert, gagnèrent 812 livres de poids, sur le total; ce qui fait 2 shellings de be'nèfice par semaine, sur chaque bête. Or , en considérant le poids moyen des individus (770 livres) c’est un bénéfice considérable. C’est dans la nourriture d’hiver que se trouvent les grandes difficultés des engraisseurs ; et les profits dépendent de celle nourriture, plus que de toute autre circonstance. Lorsqu’on n’engraisse que l’été , c’est-à-dire lorsqu’on achète en avril pour revendre en octobre, on n’a que de petits profits, parce que c’est le tems de l’année où la viande se vend le moins. Celui qui vend dans le tems où la viande est à bas prix , a contre lui toutes les chances défavorables. Si la bête qu’il veut vendre ne se trouve pas en état dans le moment où il faudroit s’en défaire , il la donne pour rien , ou l’a sur les bras. Il faut donc qu’un engraisseur intelligent tâche de vendre dans le-tems où la viande se vend cher, c’est-à-dire depuis le i. or mars au l. er juin ; parce que, non-seulement il en tire un meilleur parti , mais parce que les bêtes se placent aisément, au moment où il se décide à vendre. Mais pour cela il faut beaucoup de prévoyance pour se procurer la nourriture 124 SUR LUS BÛTES d’hiver necessaire. Tout dépend de celle précaution. Do toutes les nourritures engraissantes, aucune n’a cette faculté à un plus haut degré que les gâteaux de lin , lorsqu’on a extrait l’huile de la graine. Lorsque le bœuf se vend à 4 pence la livre, et que les gâteaux de lin peuvent s’acheter à 4 liv. sterl. le tun , if y a du profit à le faire ; mais ces gâteaux de graine de lin sont montés à un prix si haut depuis quelque tems , que l’on ne peut plus les employer avec bénéfice. 11 faut observer que quelque nourriture, engraissante que l’on suppose, le foin est toujours employé. On trouve qu’il y a de l’avantage à donner, dans tous les cas, de sept à douze livres de foin par jour; M. Moody, de Refi'ord , donne à une bête de i4 quintaux , 12 livres de gâteaux de lin pendant les deux premiers mois, puis 18 livres jusqu’à ce que la bête soit grasse. En payant 1 les gâteaux à 4 liv. 10 shel. le tun, il lui en coûte 7 liv. 6 shel. pour engraisser un bœuf de la grosse taille, pendant l’hiver. Son profit, sur chaque bête , va de 2 à 6 liv. sterl. — A 5 liv. sterl. le tun , les gâteaux seroient aussi chers qu’on puisse les employer. Il engraisse dans deux mois des bestiaux de petite race. Il acheta deux bœufs maigres 17 fiv, sterl. A COttNES. 125 10 shel., les mit à l'herbe jusqu’en novembre , puis aux gâteaux de lin, et les revendit gras en avril, pour 5o guine’es. On a aussi essaye' l’huile de lin avec le son. On calcule que pour les bêtes de petite race, 11 faut deux pecks de son et une pinte d’huile par jour. On mêle bien ensemble le son et l’huile. La drêche , les pois peuvent egalement être employés , mais tout dépend du prix de ces substances. Les carottes sont, après les gâteaux de lin , ce qui engraisse le plus promptement les bestiaux ; mais il faut toujours une addition de bon foin. Un bœuf mange quelquefois jusqu’à un septième, de son propre poids de carottes , en un jour. Il faut compter sur un sixième. Un acre de carottes rend, l’un dans l’autre, 22,4oo livres pesant de carottes. Un bœuf de 84o livres, en auroit, à ce compte, pour cinq à six mois, espace de lems trop long pour des bêtes qui ont été à l’engrais à l’herbe. En supposant deux bœufs de cette grosseur, mis aux carottes , à demi-gras , un acre leur suffiroit. Cet emploi de ces racines payeroit largement les frais de leur culture. Or en en faisant une récolte préparatoire des grains , le fermier y trouve un grand profit, puisqu’il remplace la SUR UES BÊTES' ^26 jachère morte par une récolte qui lui donne de l’argent et du fumier. Les choux sont e'galement une admirable plante pour l’engrais des bestiaux l’hiver. Les expériences faites par divers particuliers très- exacts prouvent qu’un bœuf mange un peu moins d’un cinquième de son propre poids de choux, par jour. Un acre suffit à trois bœufs, pourvu que les choux soient employés dans le 1 moment le plus favorable, parce que dans les grands froids ils perdent de leur qualité, peut- être un tiers. Les carottes ont un avantage très-grand à cet égard. On les recueille et les loge à portée de l’étable, pour les donner à mesure des besoins, au lieu que les choux, ainsi que les turneps, demandent des courses journalières au champ pour les charier. Les turneps sont la nourriture d’hiver la plus employée pour l’engrais des bestiaux ; mai* elle est inférieure aux deux autres; non-seulement parce qu’elle est moins engraissante, mais parce que cette racine est sujette à un beaucoup plus grand nombre d’accidens. Un bœuf mange depuis un tiers jusqu’à une moitié de son propre poids de turneps, dans un jour. Il est inutile de les couper. Je ne veux pas ajouter ici les pommes da terre à la liste des substances qu’on employé A con NES. 327 pour engraisser, parce que les expériences ne sont pas encore assez nombreuses ; mais en ïr) ando, elles réussissent très-bien pour cet objet. PRODUIT DE SIX VACHES. (.Annales d’A rthur Young.) Eh parcourant un des premiers volumes de vos Annales, j’ai trouvel’e'tat du produit d’une laiterie composée de la race de vaches que vous représentez comme la meilleure de l’Angleterre, pour le lait;*et vous observez que cette laiterie et extrêmement bien conduite. Le produit paroît être 7 liv. st. 18 schell. 6 den. par vache. Je vous envoie la note du produit de six de mes vaches pour l’année 1798. J’ai vendu i 4 veaux gras. Liv. st. 4 q. 10. Beurre vendu au marché . . . i 5 . — 11 J’ai reçu pour l’entretien d’un veau. 1.2.— Poj.tr l’entretien des cochons , j’estime. 3 .- L. st. 68. 12. 11 J’ai acheté huit veaux pour . 9. 4 . 6 Reste produit net. L. st. ôq. 8. 5 £ 5 oit, par vache ... h. st. 9. 18. ^ 128 PRODUIT DR SIX VACHES. Quatre truies , avec leurs petits, ont e'te' en partie nourries du lait écrémé, et j’ai estime 10 sh. par vache cette nourriture. Tout le reste a e'te copié du carnet de mon agent. Cela me paroît un produit considérable ; et je vous observerai que mes vaches ne sont d’aucune race particulière ; c’est un mélange des espèces les plus communes dans la province , et le terrain sur lequel elles sont nourries est très-médiocre. En hiver je leur Fais manger des pommes de terre, des choux, de la paille et très-peu de foin. J’attribue le taux élevé du produit à l’association du système de nourrir des veaux, avec le système de faire le beurre ; de manière que les vaches ayant toujours plus de lait que les veaux n’en consom- moient, tenoient ceux-ci constamment en bon état : le surplus du lait alloit à la laiterie. Francis Page. fiVoodbay près de Neiviury, i5 mars ijpÿ- NOTICE 129 Notice sur ees races de bestiaux. Par John White Parsons. Annales d’Art h un. Y o u n g. -IVXes principes dans l’ame'lioration des races, soit de gros be'tail, soit de bêtes à laine , sont: i.° que les animaux dont les os sont les plus petits, et qui ont la meilleure viande, sont toujours les plus promptement prêts à tuer; ceux qui, à poids e'gal , font le plus d’argent, et qui rendent le plus , sur un terrain donne', pour la consommation de fourrage qu’ils font, quoiqu’ils ne soient pas toujours les plus beaux. 2 . ° Je pense que quant aux bêtes à cornes la race du Devonshire , nomme Noth Devon , ressemblant le plus à la description que je viens de faire, est la plus propre de toutes à perfeo tionner les autres races de notre île. 3. ° Je crois que le climat doux du Devonshire, la qualité des pâturages, dans des terres crayeuses , l’avantage de n’avoir jamais - été mêlés avec aucune race moins bonne , sont les raisons de la distinction des bestiaux du Devon' sbire ; car les éleveurs n’ont rien fait pour la perfectionner, et ils vivent dans une parfaite Tome 7. I ,-w* . j5o SU II LIS RACES ignorance des principes qui les conduiroîent à ce résultat. Ils ne s’occupent que de faire leurs bêles à laine, et leurs bêtes à cornes plus grandes et plus pesantes que la 'nature n’a voulu qu’elles fussent. Ils croient y gagner, et ils y perdent. 4. ° Je crois que les bêtes que l’on sèvre le plus tôt se reproduisent aussi plus promptement , ce qui est toujours une indication sûre pour trouver les plus belles espèces , comme les plus beaux individus ( 1 ). 5. ° Je pense que le climat, la nourriture et le sol, font toute la différence entre les animaux , pour la beauté, la grosseur et les qualités. 6 . ° Que les énormes vaches , à gros os, qui nous viennent de Hollande et de Dannemark , ainsi que les petites vaches d’Alderney, e'toient originairement la même race. 7. 0 Qu’il importe de choisir toujours pour la reproduction les plus beaux animaux, et ceux qui montrent le plus de force et d’activité. 8 .° Que ce qui regarde les progrès des améliorations des races , en Angleterre, c’est que (1) C’est un singulier système, et que l’auteur au- roit dù développer pour le faire mieux comprendre. Ce qu’il y a de sûr, c’est que, pour la plupart des espèces, c’est un moyen de dégénération très-prompt que les accouplemens prématurés. \ 3DE BESTIAUX. l5i nous manquons d’un principe fixe auquel on puisse s’attacher. Si ma théorie est juste , nous réussirons à améliorer nos races de bestiaux, comme nous avons réussi à perfectionner nos chevaux, en tirant les étalons d’un pays plus chaud que le nôtre. La Perse et l’Arabie nous ont fourni les plus belles souches pour nos che« vaux ; la Chine, pour nos cochons ; pourquoi ne tirerions-nous pas de l’Inde et des autres parties de l’Asie des individus capables de perfectionner les races de notre gros et menu bétail? C’est une chose certaine que tout ce que nous possédons de meilleur dans notre île est originaire des climats chauds. Il faut un soleil chaud pour donner à la cre'ation animale et végétale toute la perfection et le développement dont elle est susceptible. i OBSERVATIONS SUR LE GROS i5a Observations sur le gros et le menu Bétail. Tirées de Y Introduction du g.“ Vol. des Mémoires de la Société de lîath par le Secrétaire. X_Ies variétés qui naissent du climat, du sol, et des soins pour le gros bétail sont des objets curieux d’observation. Les nuances sont infinies j les différences en force , en utilité, en beauté , ne sont pas moins remarquables ; et cette branche de l’agriculture offre un champ très-vaste à la réflexion , au jugement et aux soins. Il ne faut pas s’étonner si, dans un te ms où il existe un grand mouvement des esprits vers toutes les découvertes miles, tant de gens se sont adonnés à perfectionner les races des bêtes à cornes , et si l’on a fait de cette recherche une véritable science. On a réussi souvent à obtenir des résultats curieux et profitables. Quoiqu’il n’y ait pas de type déterminé auquel on puisse réunir toutes les opinions, quant à la perfection des bêtes à cornes , il est certain qu’on a déjà obtenu par l’expérience, un certain nombre de principes d’après lesquels on peut décider comparativement l’avan- ET LE MENU BÉTAIL. l53 tage de telle race et de tels individus sur tels autres. Il y a certaines formes , certains traits de l’animal que tout le monde s’accorde à nommer des caractères de beauté et de perfection 3 mais les distinctions appartiennent surtout à ceux qu’une longue pratique a instruits à connoître les rapports qui existent entre certaines formes et certaines qualite’s de l’animal : ils se sont habilue's à lier les idées d'utilité avec celles de la beaute’. On n’est pas encore d’accord sur ce point-ci, savoir : que la plus grande disposition à s’engraisser facilement , soit toujours réunie , dans le gros bétail , à la beaute’ des formes , et surtout du corps ; mais il y a déjà divers caractères de forme qui sont reconnus de tout le inonde pour annoncer la facilité à s’engraisser à peu de frais : ces caractères, ge’ne’ralement reconnus, sont, la petitesse de la tête et du cou, des cornes minces et bien faites, des yeux vifs, une bouche et des naseaux propres, l’épine du dos droite, une grande capacité de corps , les os au-dessous du genou très-petits , la peau mince et bien détachée , et un poil fin. On ne sauroit nier que quelquefois les bêtes ne s’engraissent facilement sans avoir les caractères ci-dessus : il y a toujours dans la nature des exceptions qu’il est difficile de rapporter à l54 OBSERVATIONS SUR LE GROS un principe ge'ne'ral; mais ces exceptions n’empêchent pas que les caractères dont je viens de parler ne puissent servir à guider utilement ' dans la pratique. Il est même très-avantageux au bien public , que les agriculteurs s’en tiennent aux règles generales dans le choix des animaux. Le préjuge' a un empire étonnant en agriculture. Il soutient long-tems , contre l’évidence des faits , les races de bestiaux que l’usage a adoptées, dans un canton. L’amour- propre y entre pour beaucoup ; on ne veut pas avouer qu’on a été long-tems dans une pratique vicieuse, faute de jugement, ou par négligence. Il est rare que les gens ignorans et grossiers entre les mains desquels sont, en • grande partie, les procédés de l’agriculture aient assez de candeur pour avouer qu’ils se sont trompés, et que d’autres usages ont de l’avantage sur les leurs. Il y a même beaucoup d’individus dans cette classe qui aiment mieux propager une pratique vicieuse , que d’avouer qu’ils ont été inférieurs en jugement ou en succès, lors même qu’ils n’ont fait que suivre l’usage constant du pays. Mais il faut recon- noîlre que cet esprit étroit se voit tous les jours moins parmi les fermiers, les éleveurs et les engvr.isseurs : une disposition plus libérale se propage tous les jours j et on observe ge'né- ET LE MENU BÉTAIL. î55 râlement plus d’amour de la vérité et de désir de s’instruire. On suppose que nos races de bêtes à cornes se sont améliore'es sous le rapport de la vitesse du pas et de la force ( qualités très-nécessaires aux bœufs de travail) par le mélange des races normandes et de Guernsey, lesquelles sont plus légères, et ont les os plus petits que les nôtres. Mais il paroît encore douteux que le croisement de ces races ait produit des animaux plus parfaits que ceux qui sont naturels aux provinces méridionales de l’Angleterre. Les comtés de Devonshire et de Sussex ont des races de bêtes à cornes qui l’emportent peut-être encore sur les races de la côte méridionale. Le rapport entre les races de ces deux comtés est frappant, mais la race de Devonshire paroît avoir de l’avantage par la petitesse de la tête et du col. En nous rapprochant du centre de l’île, nous découvrons, sur les formes, la grosseur et la couleur, tant de variétés différentes résultantes des mélanges accidentels , qu’il est difficile de donner des descriptions exactes. On remarque dans l’intérieur de l’Ecosse et du pays de Galles les mêmes effets variés, et par les mêmes causes. Au reste, il ne faut point s’étonner de celte confusion dans les races, puisque ce n’est OBSERVATIONS SUR LE OROS l56 que très-récemment que les éleveurs se sont rendus difficiles sur le choix des individus. Une comparaison attentive entre les races dégénérées faute de soins, et les individus plus purs et plus beaux qui venoient tles troupeaux du midi , a dû frapper nos eleveurs ; et c’est principalement à celte observation que nous devons les principes maintenant admis pour diriger les choix. On est généralement d’accord , dans toute la partie occidentale du royaume , que la race de Devonshire re'unit le plus grand nombre des qualités importantes, et a, en particulier, l’avantage d’améliorer sensiblement les races de l’intérieur. Les taureaux de Sussex ne possèdent peut-être pas cet avantage à un moindre degre'. Il est très-naturel que leshabitans deçhaque district préfèrent les animaux dont ils con- noissent les qualile’s et qu’ils peuvent se procurer aisément ; et on ne devroit peut-être pas le regretter s’ils avoient le soin de choisir toujours dans la race à laquelle ils sont accoutumés, les animaux les plus parfaits pour en faire des élèves. Il ne faut s’attendre ni à un progrès uniforme dans le perfectionnement des races, ni à voir jamais tous les agriculteurs d’accord sur les caractères de la perfection. Il y a cependant une grande scène de coin- ET LE MENU BÉTAIL. l5 7 paraison et d’instruction qui ne sauroit obtènir trop d’attention de la part des éleveurs et des engraisseurs, c’est le marche de Londres; ils y verront chaque semaine le rassemblement le plus varie, relativement aux formes, qu’aucun endroit du monde , peut-être, puisse fournir. Les eleveurs des comtes de l’ouest peuvent s’y convaincre qu’ds n’ont rien à désirer sur la symétrie des formes et les qualités importantes de leurs bestiaux. On voit, dans ce marché de Londres, que les bœufs et les vaches de Devonshire , peuvent soutenir la comparaison avec toutes les races possibles. Ces animaux sont principalement remarquables par l’extrême petitesse des os, et la quantité de bonne viande, relativement au poids total de l’animal. Lorsqu’on observe le grand nombre d’animaux rassemblés dans ce marché , et qui ont les défauts opposés à la qualité dont je parle, on reste convaincu qu’il y a un vaste champ d’améliorations dans ce genre , pour tout le royaume ; et l’on regrette qu’une amélioration qui porte sur des principes si simples, n’ait pas été entreprise depuis plus long-tems, et suivie avec plus de persévérance. Le zèle soutenu des membres de la société de Balh, donne l’espérance, que le but d’a- i58 OBSERVATIONS SUR UE ©ROS mélioralion vers lequel tendent leurs efforts- pourra être un jour atteint. Les défis de charrue qui ont eu lieu , et en particulier celui de Pipers-Inn, ont mis hors de doute l’avantage des bœufs de Devonshire, et de ceux de races croisées de France, pour la célérité du travail et la force : on a eu de la peine à croire , dans d’autres provinces, ce que ces bœufs n’ont pas eu de peine à exécuter. Après plusieurs années de travail, les bœufs de Devonshire s’engraissent avec beaucoup de facilité, et sont fort recherchés des bouchers. La race Françoise ou Normande , connue par son abondance en lait, sa douceur, la facilité avec laquelle elle se nourrit, ne peut manquer d’acquérir beaucoup de réputation pour ramener à de belles formes et à des qualités utiles, les races dégénérées avec lesquelles on la croisera. Les bœufs de cette race normande , acquièrent une taille considérable , avec une nourriture médiocre , et surtout lorsqu’ils sont bien nourris : il n’y a donc aucun inconvénient à la petite taille des races. Malgré les oppositions partielles que chaque principe sur le choix des races, peut éprouver du préjugé ou de l’habitude , il y a une règle qui doit être regardée comme constante , c’est qu’il ne faut jamais élever de bêle à corne , que le père ET LE MENU BÉTAIL» 2^9 et la mère ne soient e'galement recommandables par la petitesse des os, la petitesse de la tête, et l’abondance de la bonne viande. Eri suivant cette règle, on produiroit en peu d’années, dans une race quelconque, une amélioration extrêmement avantageuse , et dont l’influence s’étendroit de proche en proche. Il seroit plus sage de s’en tenir à ce principe 4e perfectionnement graduel , que de donner des prix énormes, comme on l’a fait quelquefois dans l’espérance d’obtenir une amélioration plus prompte. Les Mémoires de la Société contiennent un grand nombre d’observations sur les bêtes à laine, qui laissent peu à dire sur ce sujet. Il est évident qu’il n’y a aucune race de brebis qu’on puisse dire la meilleure, sur tous les points et dans toutes les situations : l’expérience et la raison sont d’accord sur ce point. Les moutons de New-Leicester gagnent en réputation d’année en année , pour les provinces où les propriétés sont encloses j et l’on doit observer avec satisfaction que les éleveurs de cette race visent et ont déjà réussi à perfectionner la laine. Si par des croisemens bien entendus , et par des soins suivis, les éleveurs peuvent parvenir à gagner encore beaucoup sur ce point, sans perdre sensiblement sur l4o OBSERVATIONS SUJl I>E GROS l'avantage , particulier à cette race, de s’engraisser promptement, et de donner beaucoup de viande , ils rendront un grand service à leur pays. Lorsqu’on suit les marches de Smith- field, on voit combien les moutons de New- Leicester sont recherches par les bouchers et les consommateurs. Mais, pour que ces moutons offrent le plus d’avantages qu’il se peut à la consommation , il ne faut pas les engraisser avec excès , comme on l’a fait quelquefois : leur viande alors perd une partie de ses qua- lites. On a demande' souvent à quoi pouvoit être utile l’accumulation de l’énorme quantité' de graisse qu’on a mis quelquefois à un mouton, pour en donner le spectacle à notre Société. Cette graisse ne peut pas se consommer fraîche en totalité' : si l’on sale du mouton aussi gras, cette viande ne vaut pas du lard , et coûte , peut-être , davantage. On re'pond qu’on a voulu montrer à quel point de graisse il étoit possible de porter les individus de cette race 5 mais cette re'ponse n’est pas satisfaisante , parce qu’il est probable que des moutons d’une autre race , s’engraisseroient autant , s’ils étoient nourris d’une manière adaptée à leur nature. Ce qui seroit véritablement utile , ce seroit * de montrer, par la pratique, quel est, pour chaque race , le point de graisse le plus avan-f LT IÆ MENU BETAIL. i4i tagcux, pour la consommation generale , et dans combien de lerns l’animal se nourrissant d’une subsistance ordinaire peut parvenir à ce point de graisse. La race de Southdovvn, est aujourd’hui ge'ne'ralement reconnue e'galement avantageuse dans les cantons à clôtures, et dans les pays ouverts, ou à grands communaux. L’excellence de la laine (1), la bonne qualité' de la (i) La laine de Southdown propre à la carde est peu abondante : la moyenne du poids des toisons, lavées à dos, est deux livres j poids de marc, et le prix moyen d’une toison, six francs. La laine de N. Leicester est propre au peigne, abondante, mais grosse. La moyenne du poids des toisons, lavées à dos , est de 75 livres; et le prix moyen de la toison 8 fr. 4 s. Donc, à frais égaux pour l’engrais , J’éleveur de la race de Leicester trouveroit encore de l’avantage sur le prix des toisons, si les bêtes étoient de même poids; mais comme les Leicester pèsent plus que les South- down, dans le rapport de 46 à 33, le prix des toisons se trouve précisément le même pour les deux races; en sorte que l’avantage dont parle 1 auteur n’existe pas. Et encore, dans le calcul ci-dessus, nous supposons qu’une livre de mouton de Southdown ne revient pas plus cher à l’éleveur qu’une livre de mouton de Leicester; or il paroît qu’on produit à moins de frais un poids donné de viande de cette dernière race, ce qui semble lui laisser l’avantage, tout compensé. Les écrivains agronomes, en Angleterre, ne cessent d’exhorter l42 observations sur le gros ■viande ne peuvent manquer de soutenir la ré- putation de cette race dans les provinces méridionales de l’Angleterre. On ne sauroit trop applaudir au zèle des fermiers de Sussex pour soutenir et perfectionner celte race admirable. Cet esprit d’amelioration, cette activité' remarquable , se de'ployèrent d’une manière frappante dans l’exhibition faite à Lewes en 1798, à laquelle j’assistai. C’e'toit un spectacle aussi nouveau qu’intéressant, de voir trente ou quarante fermiers, pre’senler à l’examen , chacun dix brebis du même âge, place'es par lots séparés, dans des parcs qontigus, afin que tous les cultivateurs de la province pussent venir les examiner , et faire des observations utiles. les fermiers, les éleveur, les curieux sur les races des bêtes à laine, à avoir égard dans le choix de leurs races, et dans les croisemens, à la beauté des toisons; mais l’intérêt des agriculteurs, que ceux-ci consultent avant tout, leur conseille plutôt d’avoir égard à la facilité d’engraisser, parce que la demande des viandes est constante, et que la demande des laines ne l’est pas. La défense de sortir du royaume les laines brutes, fait que les fabricans de lainage exercent un monopole sur les cultivateurs. Ceux-ci n’ont aucun encouragement pour améliorer leurs laines. Y a-t-il à gagner ou à perdre, pour la prospérité de l’Angleterre, à ce régime? c’est une grande question : il faudroit écrire un volume pour l’examiner, et elle seroit difficile à décider. 1 ET LE MENU BÉTAIL. i43 •Les prix réserves à ceux qui produiroient les plus beaux lots sembloient un objet secondaire 5 et l’honneur étoit le premier mobile des prétendans. L’exhibition des beliers, pour les prix et pour la vente n’étoit pas moins brillante. Les propriétaires, les fermiers , les Seig neurs prenoient tous .part au concours et à ses re'sultals ; et l’e'mulation sembloit egalement anime’e pour tous les assistans. Je conviens que les races des autres provinces peuvent difficilement fournir à une exhibition aussi brillante que la race de South- down ; mais il n’y en a aucune qui ne soit susceptible de s’améliorer par des soins, et un bon choix pour la reproduction ; tout comme il n’y a aucune race qui ne dégénéré si on la néglige. On ne sauroit voir deux troupeaux, tellement semblables, qu’on n’y puisse observer des différences sur la taille, la conformation , et la laine $ et toutes les fois qu’on possède des individus remarquables , à-la-fois, par la taille et par la laine , il ne faut pas hésiter à les réserver pour la reproduction. Cette attention fort simple produiroit une grande amélioration. Des exhibitions publiques four- niroient des objets de comparaison et d’émulation , et les effets en seroient très-heureux. Je ne saurois trop répéter les recommanda- l44 OBSERVATIONS SUR UE GROS tions sur le choix des individus destines à la reproduction : la négligence sur ce point est une des principales causes de la dégénération des troupeaux, et cette négligence est la chose du monde la plus commune. On voit quelques fermiers qui ont réussi, par une attention suivie, à obtenir des troupeaux d’une taille fort e'gale ; et parmi les grandes races , on voit des troupeaux gigantesques ; mais il semble que toute la perfection d’une bête à laine, soit d’être d’une stature énorme : on regarde la laine en quelque sorte comme un hors d’œuvre : on ne s’embarrasse point de sa finesse et de son élasticité, qualités absolument nécessaires à la perfection des draps. Celte attention , cependant, n’exigeroit pas grand peine. On peut pousser l’observation, à cet égard, jusqu’à un degré d’exactitude étonnant : l’usage rendroit l’observation facile et amusante, et les résultats en seroient extrêmement avantageux. Il est tout naturel qu’un fermier aime le troupeau qu’il a élevé , et la race à laquelle il a été habitué. Un changement total est une chose bien sérieuse ; et il ne faudrait jamais entreprendre ce changement, qu’ensuite d’une expérience comparative , faite en grand. Mais l’entêtement des ignorans est ennemie de tout perfectionnement quelconque. J’ai eu occasion d’observer, ET LE MENU BÉTAIL. l45 d’observer, l’année dernière, un fait curieux sur celte persève'rance obstine’e en faveur d’une mauvaise race de brebis. J’allois de Londres à Levves , lorsque je découvris de loin , près de Croydon, un troupeau de grosse race. Je m’en approchai : c’é- toient des Wilt-shire. Surpris de voir un troupeau de cette race dans un canton consacré aux Soulh-down, je priai le berger de m’expliquer ce phénomène. Il me dit, que son maître éloit le seul, en effet, dans tout le district, qui continuât à nourrir des brebis de Wilt-shire ; mais que comme il étoit accoutumé à celte race, il n’osoit pas changer, de peur de ne point réussir. 11 acheloit les moutons à Noël, à une guinée par tète, et les revendoil, à peu près, deux guinées. Le berger ajouta que cette race étoit trop grande, et trop difficile à engraisser sur le domaine de son maître. Ses troupeaux erroient dans les Communaux , et pâturoient de tems en tems dans des pièces closes, pour parquer la nuit sur des jachères; mais ils étoient constamment maigres. Tous les fermiers voisins, ajouta-t-il, avoient des Soulh-down, parce que sur des terrains tout semblables, ils s'entretenaient en bon étal. Yoilà comment le préjugé domine les agriculteurs. Tome 7. K l46 OBSERVATIONS SUR LE GROS * Le tems et l’observation montreront jusqu’à quel point les circonstances locales influeront sur les traits caractéristiques de la race de South-dcnvn. S’il y a dans la nature de certaines bornes que l’on ne dépasse point relativement aux modifications de la taille , des formes, et de la laine, ces bornes sont difficiles à déterminer : il faudra un long cours d’observations, avant qu’on puisse décider si une race particulière de bêles à laine éprouve des altérations à la longue, par le changement de sol et de climat (i). (î) La question demanderoit d’être résolue pour chaque race en particulier. A ne considérer que la laine, il paroît certain qu’il y a des races chez lesquelles la laine change de nature, sur la même bête, lorsque celle-ci change de climat et de pâturage. Il y a des cantons dans le ci-devant Dauphiné qui sont reconnus propres à raffiner les laines des races Dauphinoises ou Provençales, et d’autres cantons dans lesquels les moutons qui arrivent fins deviennent grossiers à la tonte suivante. En revanche, il est encore plus certain que les troupeaux de la race des mérinos d’Espagne n’ont éprouvé, dans la finesse de la laine, aucune altération quelconque, dans une suite de huit générations, au moins, quoique toutes les circonstances de climat, de sol, de nourriture, de logement, aient été changées. Rambouillet en offre la preuve. Quant aux formes et à la taille, le sol, le climat, le régime pa- ET EE MENU BÉTAIL. l4jr roissent pouvoir influer sur celte race. Je possède dans mon troupeau deux beliers de pure race d'Espagne, qui sout aux deux extrémité de l’échelle de comparaison , quant à la taille et la conformation. L’un est bas sur jambes, double, trapu, et d’un corsage énorme : l’autre est élevé, svelte, et léger. Quant à ta finesse et au tassé de la laine, il n’est pas possible d’y découvrir de différence. Le premier de ces beliers est de la race de Rambouillet, le second est de la race de Croissy. Les différences, quoique moins sensibles, existent de même pour les brebis de ces deux élablissemens. La souche de ces deux familles n’èst pas la même; mais la finesse des laines étant semblable, et celle-ci ayant conservé intact le caractère qui appartient aux laines des mérinos, il faut ou qu’il y ait des mérinos de toutes les conformations, ou qu’à la longue, le sol de l’un de ces établissemens, ou de tous deux, ait influé sur la stature de ces animaux; car on doit observer qu’à Croissy, comme à Rambouillet, le choix des beliers pour la reproduction a toujours été déterminé par la finesse de la laine. Nota. Ceci a été écrit il y a neuf ans. Je n’ai rient à y changer quant à la non influence du climat et des pâturages sur la finesse des laines Espagnoles : l’expérience m’a confirmé la justesse de celte observation. Pour les nuances et les développemens, j’aurai de fréquentes occasions d’y revenir dans ce volume. ïlo ût t8oÿ. i48 QUELQUES IDÉES Quelques idées sur les Bestiaux. Par Sir John Sinclair. „ \ ( Annales d’Arthur Young. ) T i 'objet que doit se proposer tout fermier intelligent, dans l’entretien des animaux de sa ferme , c’est le prolit. En conse'quence , il faut qu’il trouve (pour me servir de l’expression heureuse deBakewell) quelle est la meilleure machine animeepour convertir en argent la nourriture qu’on lui donne. Il faut done déterminer quelle est la nature et la taille des animaux qui paient le mieux la nourriture qu’on leur donne. 11 faut prendre en considération pour cela , le prix des difterens produits que l’animal donne. Par exemple, autrefois le suif etoit plus cher que la viande, et etoit par conséquent, un objet plus important dans le choix des races de vaches et de moutons. Le lait et les diüerens alimens qui en proviennent, sont mornes à un si haut prix, qu’une bonne vache à lait est aujourd’hui un des animaux domestiques le plus profitable. Cependant la viande est toujours l’objet auquel on fait le plus d’attention ; et assurément, jamais l’art de choisir les races, et d'élever les SUR I.E6 BESTIAUX. i4 9 individus pour la boucherie , n’a e’te' porte au point de perfection où il l’est aujourd’hui en Angleterre. Arrêtons-nous un moment aux causes de ce fait. Autrefois , le bétail e’toit élevé par une classe d’individus, engraisse’ par une autre, et tue par des gens qui en faisoient exclusivement me'tier. Tant que ces trois classes d’individus n’eurent point de communications , il ne put pas y avoir de perfectionnemens sensibles dans les races d’animaux. Bakewell de Dishley, homme d’une grande sagacité' sut réunir l’art de l’éleveur à celui de l’engraisseur, il tira parti des connoissances acquises par l’expérience des bouchers, et il devint capable d’établir les principes d’après lesquels on peut porter les races des animaux domestiques au plus haut degré de perfection. Il a rendu un très-grand service à son pays en dirigeant l’attention des fermiers sur l’art d’élever les bestiaux. Son exemple a établi le système très-utile d’élever des mâles à part avec tous les soins imaginables, et de les louer pour une saison à des prix qui font retrouver amplement toutes les dépenses faites jusqu’alors. Je dois observer que la nature du terrain et des végétaux qu’il produit, l’influence dut climat, la demande plus ou moins active de l5o "QUELQUES JULES certaines races, les qualités de certaines espèces étrangères, peuvent et doivent influer sur la formation quelconque. Ce qu’il y a d’essentiel à déterminer, ce sont les divers points qui constituent une race parfaite : ces points une fois déterminés, un éleveur attentif peut se rapprocher sans cesse de la perfection, soit en cherchant des individus hors^de ses troupeaux , soit en choisissant parmi son bétail les individus les plus propres à l’objet qu’il se propose. Ces divers points se rapportent à la taille ou grosseur des animaux , à leur forme , à leur disproportion plus ou moins robuste , à leur faculté de se bien nourrir, à leur précocité $ au lait que les femelles donnent, à la quantité de la viande , à la graisse , à la peau, et enfin à la faculté de travail. Taille ou grosseur des animaux. Il est difficile de poser une règle générale relativement à la taille des animaux des races à choisir, parce que la nature des pâturages y influe considérablement’, et que d’ailleurs la convenance d’élever une grosse race peut dépendre des moyens qu’a l’engraisseur pour achever d’engraisser ses bestiaux. Il n’est pas encore prouvé par des expériences sans ré- f- SUR UES BESTIAUX. l5l plique , si ce sont les plus grosses ou les plus petites races qui paient le mieux la nourriture qu’on leur donne» Il faudroit répéter les expé* riences sur dos individus différens en grosseur, mais choisis dans les mêmes races. Il faudroit bien déterminer si un gros bœuf ne coûte pas» beaucoup plus à élever, à nourrir pendant qu’il travaille, et à engraisser pour le boucher, qu’un petit. Un gros veau boit certainement plus de lait qu’un petit, mais s’il paie celui qui l’élève dans la proportion de ce qu’il mange, ce n’est pas une objection quant au profit. On ne peut pas objecter non plus contre les gros bœufs parce qu’ils mangent davantage, pourvu que l’ouvrage qu’ils font soit proportionné. Quanta l’engrais des bestiaux, les expériences de Lord Egremond paroissent favorables à l’opinion que Je s petits bœufs mangent davantage à proportion que les gros , sans s’engraisser plus vite. Je ne prétends par trancher cette grande question, mais voici les argumens dont on fait usage de part et d’autre : Les avocats des races moyennes affirment: l.° Qu’un gros animal demande plus de nourriture que deux petits du même poids. 2. v Que la viande du plus gros animal n’est pas d’un grain aussi fin et ne fournit pas par conséquent un mets aussi délicat. 5.° Que les grands 3 552 QUELQUES IP TES animaux ne sont pas si bien adapte’s à la consommation generale que les petits surtout pendant les chaleurs. 4.° Que les grands animaux pétrissent les pâturages beaucoup plus que les petits. 5.° Qu’ils ne sont pas aussi actifs, et par conséquent moins propres au travail, 6 .° Que les petites vaches de bonne race^ donnent, proportion gardee, plus de lait que les grosses. 7, 0 Que les petits bœufs peuvent être engraisses à l’herbe, au lieu que les gros demandent d’être engraisses à l’elable , ce qui absorbe les profits du fermier. 8 .° Qu’il est beaucoup plus aise’ de sc procurer des animaux bien construits et d’un entretien facile , en les choisissant plutôt dans les petites races que dans les grandes. g.° Que des bestiaux de petite taille peuvent être entretenus par beaucoup de gens qui ne pourroient ni en acheter ni en entretenir de gros. Enfin, que s’il arrive un accident à un animal de petite taille, la perlo est moindre qu’elle ne le seroit pour un gros. En faveur des grandes races, on observe ce qui suit; i.° S’il est vrai qu’un gros bœuf mange plus qu’un petit depuis le moment de sa naissance jusqu’à celui où on l’assomme , il paie tout aussi bien le cultivateur pour la nourriture qu’il a consommée. 2. 0 Que s’il arrive quelquefois que les gros bœufs ont une viande SUR LUS BESTIAUX. 155 d’un grain grossier, cependant lorsque la race est bien choisie , la viande des gros bœufs est tout aussi délicate que celle des petits. 3.° Que si les petits bœufs sont mieux adaptés à la consommation des familles et des villages , les gros bœufs conviennent beaucoup mieux à la consommation des grandes villes et surtout de Londres. 4.“ Que même en admettant que la viande des petits bœufs soit meilleure lorsqu’elle est fraîche , il est hors de doute que la viande des gros bœufs a l’avantage pour les salaisons, car, (comme l’observe Cullev) les masses épaisses de viande retenant mieux leurs sucs lorsqu’elles sont salées, conviennent mieux pour les voyages de long cours. Or( c’est là un objet important pour un pays commerçant et manufacturier. 5.° Que la peau des gros bœufs est extrêmement utile pour plusieurs manufactures. 6 .* Que lorsque les pâturages sont bons, les races deviennent de plus en plus fortes, sans que l’éleveur choisisse les individus pour la reproduction , ce qui prouve que les gros animaux sont propres aux gros pâturages. 7 .° Que l’art d’engraisser les bœufs avec des gâteaux de Colza a été beaucoup perfectionné, et que cet avantage serôit perdu si on ne l’appliquoit pas à engraisser les gros bœufs, attendu que Icspctitsbœufs s’engraissent J 54 QUELQUES IDÉES très-bien à l’herbe et aux turneps. Enfin, que deux gros bœufs attelés à la charrue, ou au char, tirent autant que quatre petits. Il est évident, d’après tout cela, que la so- lulion du problème dépend beaucoup de la nature des pâturages, des marchés de la viande, du goût des acheteurs. Mais cependant, en général, à moins qu’on n’ait des pâturages dont la nature soit extrêmement engi aissante , il est plus sage de préférer des animaux de taille moyenne. Et peut-être le meilleur système pour un éleveur est-il de choisir des taureaux de grosse race, et des vaches de moyenne ou petite race, mais abondantes en lait. Des formes du bétail. Les fermiers disent proverbialement que la race se forme par la bouche, ce qui signifie qu’il est impossible qu’un animal soit beau et bien construit, s’il n’est pas bien nourri pendant toute l’année. On a peine à concevoir, sans en avoir suivi l’expérience , combien une race peut s’améliorer, uniquement par une nourriture abondante et choisie ; mais cela ne doit pas empêcher d’être très-scrupuleux sur le choix et les croisemens des animaux. C’est une chose extrêmement importante que de viser au perfectionnement graduel des SUR I/ES BESTIAUX. l55 formes; mais il ne faut pas, pour cela, s’attacher à des notions ide'ales de béante, et négliger la considération du profit, qui doit toujours être la première. Voici les points sur lesquels les éleveurs sont d’accord : Il faut, i.° que toutes les parties de l’animal soient bien assorties ou dans une juste proportion ; 2. 0 que le coffre soit haut ou profond; 5.° qu’il soit large ; 4." que la tête et les os soient aussi petits qu’il est possible. Il faut que ces principes cèdent cependant aux convenances locales. Par exemple, si les bœufs sont destinés pour Londres où l’on demande beaucoup le morceau de l’aioyeau, et où il se vend beaucoup plus cher que le reste de la viande, la forme dont il résulte les plus grandes dimensions del’aloyeau, doit être préférée dans le choix des races. Dispositions des animaux. Il est très-essentiel d’avoir une race de dis-* position docile et douce, sans qu’elle manque cependant de vivacité. Une telle race n’est pas sujette à quitter les enclos où on la renferme , à sauter ou rompre les haies ; et certainement elle se nourrit et s’engraisse mieux , toutes choses d’ailleurs égales , qu’une race plus sauvage et moins docile. Comme celte disposition 1 56 QUELQUES IDÉES tient beaucoup à la manière dont les bêtes ont été élevées, l’on ne sauroit y donner trop de soin dans l’éducation des bestiaux. Constitution robuste. Dans les parties froides et montueuses , il est très-imp'ortant que les animaux soient robustes : et dans les endroits les plus favorables au bétail , il importe également que la race soit parfaitement saine , et libre de toute influence de maladies héréditaires. On croit communément que les vaches noires sont plus robustes , et que les bêtes blanches ou de couleur claire sont plus délicates. On recherche, dans les races montagnardes , les individus dont le poil est rude et frisé; mais surtout pour les endroits où les bêtes à cornes passent tout l’hiver en plein air, on choisit de préférence les animaux qui font face à l’orage , et non ceux qui tournent le derrière à la pluie et au vent. Faculté de se bien nourrir. On sait que parmi les hommes, il y en a qui sont gros mangeurs et qui ne sont jamais gras, tandis que d’autres mangent peu, et prennent beaucoup d’embonpoint. La même chose arrive chez les bestiaux: il est très-utile SUR LES BESTIAUX.' 1 de voir à quoi cela tient. Bakevvel insistoit principalement sur l’avantage qu’avoient, à cet egard , les animaux dont les os e'toient petits. Lejameux anatomiste Iïunter dit que les petits os et l’embonpoint vont ordinairement ensemble. Il est probable que la disposition à s’engraisser tient à quelques circonstances de la structure intente , dont la petitesse des os est une indication. Ce n’est , sans doute que sous ce point de vue, que la petitesse des os a de l’importamce, car ils pèsent souvent autant lorsqu’ils sont petits, que pourroient faire de gros os, et demandent peut-être autant de nourriture. Le cheval de course, par exemple, a des os petits et denses : le cheval de charrette a les os gros et spongieux. Il importe non-seulement que les animaux ne mangent pas beaucoup, mais encore qu’ils ne soient pas difficiles sur la qualité de la nourriture; et il est certain qu’il y a des animaux qui s’engraissent avec une nourriture médiocre, aussi bien que d’autres avec une nourriture excellente. Précocité. Le profit de l’éleveur dépend en grande partie de la faculté d’une race d’arriver le plus tôt possible à l’âge adulte. C’est également un grand avantage pour le public , sous le rapport 1 58 QUELQUES IDÉES de la consommation des viandes, puisqu’il s’en produit une plus grande quantité dans le même tems. On a voulu distinguer , à cet egard , entre les moutons et le gros bétail : on a prétendu que le gros bétail pouvoit mieux soutenir une maturité tardive, mais il me semble, au contraire , que le mouton, jusqu’à ce qu’il soit parvenu à toute sa grosseur, paie très-bien son entretien par sort fumier et sa laine. Le lait. Les laiteries sont une chose si profitable dans plusieurs parties du Royaume, c’est un si grand avantage que d’avoir ainsi une source de nouri'iture excellente, que les vaches qui donnent le plus et de la meilleure qualité de lait, doivent toujours être fort recherchées. Convient-il mieux d’avoir des vaches uniquement pour le lait ou de les choisir d’une race qui ait à la fois l’avantage de donner beaucoup de lait et de fournir des viandes à la boucherie : c’est une question qui mérite d’être soigneusement examinée. Il est probable qu’avec des soins suivis on créeroit une race dont les mâles auroient les qualités requises pour la boucherie, et dont les femelles donneroient beaucoup de lait, et seroient encore bonnes à engraisser à huit, ou neuf ans. Ce seroit la race la plus SUR UES BESTIAUX. i5g avantageuse à propager dans tous les pays (1); et il y a quelques races Angloises, et Ecossaises qui ne sont pas éloigne'es de ce point de perfection. Qualités des viandes. La qualité de la viande doit sans doute dépendre en grande partie de l’âge de l’animal. Un vieux bœuf doit avoir la chair plus solide qu’une jeune génisse. La bonté de la viande dépend aussi beaucoup de la grosseur d« l’animal , et de la nourriture qu’on lui a donnée. Il n’y a aucun signe plus favorable à la qualité' de la viande que cette espèce de marbrure qu’on y observe , lorsque la graisse et les muscles sont comme entrelaces. Il y a des races Écossaises chez lesquelles quand l’animal est engraissé à un bon âge, on observe toujours ce marbré de la viande -, aussi est-elle délicieuse. La graisse. Les avantages et les désavantages qu’il y a (i) La race de bêtes à cornes la plus utile à propager dans tous les pays, seroit celle qui aux deux qualités dont parle Fauteur, joindroit l'avantage de fournir des boeufs de travail. 1 6 o QUELQUES idées à engraisser excessivement le gros bétail et les moutons ont e'te' beaucoup discutes en dernier lieu. Mais c’est faute de distinguer convenablement qu’on ne s’entend pas. La viande grasse est plus nourrissante que la viande maigre ; mais il n’y a que les personnes très-bien portantes qui puissent la dige'rer, et la viande maigre est d’une consommation plus universelle. La viande grasse , à moins qu’elle ne soit apprêtée avec des soins tout particuliers, perd de sa qualité' et des avantages qu’on en peut retirer. Les Ecossais sont dans l’usage de faire e'tuver la viande très-grasse. Le bouillon qui en provient nourrit la famille et la viande se consomme froide. Dans bien des endroits on fait rôtir le bœuf très-gras au four en l’entourant de pommes de terre afin que la graisse pénètre celles-ci et les rende à la fois meilleures et plus nourrissantes j de cette manière la substance de la viande grasse n’est point perdue ; mais dans la méthode ordinaire , soit qu’on étuve, soit qu’on rôtisse les viandes très- grasses , il se fait une grande déperdition de graisse, et la viande n’est pas convenable pour les estomacs délicats. Cependant l’art d’engraisser les animaux mérite d’être encouragé, malgré l’excès dans lequel on donne quelquefois SUR RES BESTIAUX. l6l fois, parce qu’il peut résulter des expériences qu’on fait, des connoissances utiles. Les peaux. On sait que les engraisseurs et les bouchers jugent de la disposition qu’une bête aura à s’engraisser , en touchant sa peau. Lorsque la peau est douce, mince, et souple, c’est un signe favorable -, et en effet, il est plus probable qu’une peau de cette qualité' pourra se distendre beaucoup pour recevoir un accroissement de graisse et de chair. D’un autre côte' les peaux épaisses sont très-utiles pour diverses choses. On remarque que dans les climats froids les peaux sont ordinairement plus e'paisses. Nous voyons par la description que fait Colu- melle du bœuf le plus parfait, que ce caractère de la souplesse de la peau n’est pas une decouverte moderne. Le travail. Ce n’est pas encore une question re'solue de savoir si le public et les cultivateurs trouvent leur compte à ce que l’on fasse travailler les bœufs. Le cultivateur qui n’a qu’un petit capital et une exploitation borne'e , peut trouver de l’avantage à faire travailler ses bœufs parce qu’il en tire toujours quelque parti lorsqu’ils Tome 7. L à 65 QUELQUES IDÉES sonl uses ; mais si le fermier qui a constamment de l’occupation pour ses attelages et qui travaille sur un gros capital, peut bien employer ses boeufs à certains ouvrages , il doit cependant trouver son compte à se servir principalement de chevaux ; d’un autre côte, l’accroissement de la population peut être tel qu’il convienne de faire labourer la terre par des animaux que l’homme puisse manger ; et le haut prix de la viande peut faire pencher la balance en faveur du travail des bœufs. II est donc désirable , que la race la plus répandue dans un pays soit propre au travail. Si on ne fait pas travailler les bœufs il convient de multiplier les vaches , à moins que les pâturages ne soient de peu de valeur, comme dans les parties montueuses du pays de Galles, d’Ecosse, et d’Irlande. * Voici donc en abrégé les conditions principales à rechercher dans le choix des races des bêtes à cornes. 3 . Elles doivent être de grosseur médiocre, à moins que les pâturages n’aient une qualité extraordinairement nourrissante. 2 . Elles doivent avoir les formes qui promettent le plus de profit au fermier. 5. Elles doivent être dociles et actives. 4. Elles doivent être d’une constitution robuste. « SUR UF.S BESTIAUX. l63 5. Elles doivent se nourrir aisément et d’une nourriture qui ne soit pas trop chère. 6. Elles doivent acquérir le plus promptement possible toute leur grosseur. 7. Elles doivent donner beaucoup de lait. 8. Elles doivent avoir une viande de bonne qualité. g. Elles doivent s’engraisser aisément. îo. Elles doivent avoir une peau qui réunisse la souplesse à la force. il. Elles doivent être propres au travail. Je conclus en observant qu’il seroit infiniment avantageux que le Département d’Agri- culture chargeât un individu parfaitement capable , et qui auroit le loisir nécessaire, de faire un travail complet sur l’article des bestiaux. Pour que ce travail répondît en effet à l’importance du but, il ne faudroii rien négliger pour rassembler les faits , 'non - seulement d’Arthur Young , de Marshal, et d’Anderson , mais encore dans toutes les parties des Isles Britanniques , et dans le reste de l’Europe, en correspondant avec les Sociétés d’A- griculture. Ces communications avec les Sociétés étrangères peuvent seules, je pense, amener l’agriculture à un haut point de perfection. i6 4 PLAN POUR Esquisse d’un plan pour déterminer et de'finir les maladies du gros Bétail et des Moutons, avec quelques observations sur la convenance de cette mesure, par Whyte de Worcester. (Annales d’ Arthur Young.) (Chaque jour ajoute un nouveau degré d’intérêt à la connoissance des races de bêles à cornes et de moutons. Et depuis quelques années la plus louable émulation s’est répandue parmi les agriculteurs pour la multiplication des belles races. Il est étonnant qu’au milieu de tant d’efforts judicieux les éleveurs soient demeurés dans l’ignorance, et dans une insouciance absolue sur les maladies de ces animaux et la manière de les traiter. On n’a que des notions très-confuses sur tout cela, et cette branche de l’art vétérinaire demanderoit le travail d’un bon esprit, et beaucoup de persévérance et de soins. Cette partie de l’agriculture doit appartenir principalement aux individus qui ont eu une éducation plus soignée; et certes , c’est une honte pour eux que d’être obligés de s’en rapporter, comme ils le font, à des rustres ignorans ou à des charlatans sur ♦ i65 fi fi B fi T A I fi. des objets qui sont de la plus grande importance. À quoi sert de dépenser des sommes énormes pour perfectionner les races , ou se procurer les animaux les plus distingués , tandis que ceux-ci sont victimes des maladies dont on ne sait ni les garantir ni les guérir ? II semble qu’à mesure que l'agriculture se perfectionne , les maladies des animaux se multiplient. Depuis l’introduction du trèfle on a appris à connoîlre ces gonflemens qui tuent le bétail. M. Marsbal a aussi observé que les béliers, à force d’être bien nourris deviennent si gras qu’ils tombent dans un état de maladie. On trouve encore des observations très-judicieuses dans les Mémoires de la Société de Bath relativement à la nécessité de donner à l’art vétérinaire plus d’attention qu’on ne l’a fait jusqu’ici , et il seroit tems qu’on mît le degré de soin convenable à cet objet qui touche de si près à la prospérité de notre agriculture. Les fermiers et les éleveurs sont à cet égard dans une nuit profonde. Toutes leurs notions sur les maladies sont confuses. Us les désignent par des caractères différées et emploient des expressions qui ne sont entendues que dans le canton. C’est un fait connu , qu’un fermier de Norfolk , un fermier de Somerset, un autre de Leicester, et un quatrième du Shropshire, « t 166 T.Z, A_îî POUR ne peuvent point s’entendre sur les maladies des animaux. Chacun a son mot pour designer le même mal , et on sent aisément quelle confusion cette seule circonstance doit apporter dans les moyens curatifs. Jusqu’à ce que l’on ait acquis des idées distinctes sur les caractères particuliers d’une maladie, il est impossible d’assigner tel ou tel effet, à telle ou telle cause ; et celui qui a entendu quelquefois les conversations des paysans entr’eux, sur les maladies des animaux , a pu observer qu’ils sont toujours dans le vague sur les phénomènes ou les symptômes , comme sur les moyens curatifs. Je désirerois donc contribuer à donner la première impubion à une mesure salutaire , dans ce genre , et je proposerois les moyens suivans. 1. " Un cultivateur intelligent, et bien pourvu des connoissances préliminaires indispensables, feroit, dans les parties de l’Angleterre qui sont appliquées à l’éducation du gros et menu bétail, des voyages uniquement destinés à enregistrer les faits relatifs aux maladies des bêtes à cornes et des moutons , comme à tenir note des moyens connus les plus propres à prévenir ou à guérir ces maladies. 2 . " Chaque maladie particulière seroit l’objet de recherches séparées et d’un traité à part. 3 . ° On tiendroit registre exact de tous les V I- E BÉTAIL. 167 details qui peuvent avoir rapport à l'objet , afin de les publier ensuite. Ce registre rappel- leroit les symptômes de la maladie dont il est question , les districts où elle règne , les causes réelles ou probables du mal, l’opinion populaire sur ce sujet 5 les moyens jusqu’ici em-* ploye's , et le succès obtenu ; enfin les apparences que la dissection anatomique présent® après la mort de l’animal. 4. ” Le résultat de ces observations seroit publie' tous les six mois ou tous les ans d’une manière systématique, et par souscription. 5. ° Le Département d’Agriculture donneroit sa sanction h l’entreprise , par une lettre de recommandation du Président pour celui qui feroit la tournée. u 6 . ° L’agriculteur chargé de ce voyage seroit défrayé par une souscription, et par le produit de la vente des observations qu’il auroit enregistrées. 7 . “ Le Secrétaire du Département d’Agriculture , Arthur Young, recevroit les souscriptions. 8 . ° Enfin , aussitôt que l’on auroit rassemblé une somme de . . . l’agriculteur désigné com- menceroit ses recherches. DIFFÉRENTES RACES ' l68 Essai sur les différentes races de Bestiaux et leurs Croisemens , par un Cultivateur du Léman. Introduction. ÏLi A théorie de l’éducation des chevaux, est arrive'e aujourd’hui à son dernier terme ; l’observation et de nombreuses expériences , ont donné de cet art la plus parfaite conuois- sance. J’en diraiautantde celle des bêtes à laine (1). D’où vient que la connoissance des bêles à cornes, de leurs races , de leur éducation , est restée bien loin en arrière ? Est-elle moins ^ importante, moins précieuse à la prospérité de l’agriculture ? seroit-elle déjà perfectionnée en France? Non , sans doute , rien de si misérable que cette éducation dans la plupart des Départemens. Et c’est la partie la plus arriérée de la culture. Les bestiaux d’ailleurs sont né- (1) L’assertion de l’auteur est plus vraie quant aux chevaux que quant aux races de brebis : il y a, sur l’éducation de celles-ci, beaucoup encore à observer et à apprendre. DE BESTIAUX. l6g cessaires sur tous les sols , dans toutes les situations; aucune ferme ne peut s’en passer et ils s’allient indispensablement à tout système agricole. Dans ces derniers tems surtout, où cette science , long-tems nourrie de fictions et de rêves , paroît enfin se baser sur des principes certains , où toutes ses parties se coordonnent entr’elles pour arriver au terme de la perfection ; il m’a paru important de répandre quelque jour sur cette question, et de donner aux cultivateurs des notions exactes sur les meilleures races de bêtes à cornes , sur les moyens de se les procurer, sur l’art de les élever et de les conserver. Le Département que j’habite est un de ceux où cette industrie est la plus active; le voisinage de la Suisse nous facilite l’importation de beaux individus, et l’éducation de cette race et ses croisemens, sont pratiqués de tems immémorial ; ainsi on ne peut tirer de nulle part de meilleurs enseignemens. Cette notice est extraite d ; un ouvrage beaucoup plus vaste , et qui embrasse l’agriculture dans son ensemble ; mais plusieurs années sont encore nécessaires à son achèvement, et j’ai voulu d’avance abandonner cet Essai à l’utilité des cultivateurs. DIFFÉRENTES RACES Ï70 Lés principes que je -mets en avant, et sut lesquels toute ma the'orie se trouve appuyée, sont, j’en préviens, fort différens de ceux que plusieurs auteurs ont adoptés. Sans doute qu’ils ont cru, que le grand assoupissement des cultivateurs avoit besoin d’être éveillé par de vives espérances , et qu’on ne sauroitleur promettre trop. Je ne crois pas à la bonté de cette méthode ; quelques-uns essaient et s’abusent, et bientôt dégoûtés , personne n’essaie plus , le mal subsiste et se continue. Ainsi donc, j’ai cru ne devoir dire que la vérité j écartant toute idée systématique , j’ai consulté les faits et les notions du bon sens. J’ai mis en balance toutes les analogies de la nature , et je me suis décidé d’après leurs résultats. J’ai vu que la règle des compensations étoit admise dans le monde physique et que les richesses agricoles se distribuoient d’après ces lois. Il ne faut donc pas s’attendre à recueillir toutes ces richesses, de toutes les espèces, dans le même lieu , sur le -même sol. On verra que j’ai indiqué à chacun d’après ces règles , qui constituent sa localité, ce qu’il peut tenter, espérer et obtenir. La perfection doit être sans doute pré- DE BESTIAUX. 171’ sentée , comme un digne but de toute entreprise agricole ; mais elle doit luire dans le lointain , et ce n’est pas au mieux absolu , qu’il est ne'cessaire d’arriver tout d’un coup; mais au mieux possible dans la position donne'e. Je trace d’après cela la marche qu’il convient de suivre pour entrer dans cette carrière d’amelioration croissante : c’est tout ce qu’il faut attendre du zèle des cultivateurs. Je m’estimerai heureux : si je les engage à faire ce premier pas et si le succès les encourage à poursuivre leur route. PREMIÈRE PARTIE. PRINCIPES. Chapitke I." De Vimportance des belles races. T'ouï cultivateur raisonnable, tout homme qui a réfléchi sur l’économie particulière et publique, sait de quelle importance, sont en agriculture les belles et fortes races de bestiaux. Elles influent sur la prospérité générale par plusieurs moyens, tous d’une utilité, d’une nécessité première. Les bestiaux servent à trois buts differens, la production des engrais-, le travail de la 17 S DIFFÉRENTES RACES charrue et la consommation de viande et de laitage. La beauté des animaux est superflue, j’en conviens , quant à la production des engrais, puisqu’elle est en raison directe de la litière et du fourrage consomme (1). Cependant l’agriculture étant riche aujourd’hui en méthodes propres à augmenter ces fourrages , on les employera plus volontiers au proht d’animaux de valeur que pour de chétifs bestiaux, leur entretien nécessitera même cette augmentation, d’où proviendra l’accroissement de la masse d’engrais , première richesse agricole. Le travail de la charrue n’est malheureusement pas confié aux bœufs, dans toute l’étendue de la France : bien qu’il ne puisse entrer dans mon plan de traiter cette question , je dirai qu’elle a toujours été mal envisagée, et c’est une preuve de notre ignorance profonde, qu’un fait aussi clair et aussi important soit encore un problème (2). ( 1 ) Ceci peut être contesté. Les bestiaux gras donnent à nourriture égale un meilleur fumier que les maigres; or la qualité équivaut à l’abondance, puisqu’on peut le répandre moins épais, avec le même effet. ( 2 ) La question nVst, peut être pas d’une solution aussi facile que l’auteur paroît le croire. UE BESTIAUX. i 7 3 Le bon sens, moyen de raisonnement assez bon nous indique, que les bœufs évitent au fermier les frais d’harnois, de ferrage et la perte annuelle sur le capital de ses bêtes de trait, que leur éducation est plus facile et un peu moins coûteuse que celle du cheval ; qu’ils sont moins sujets aux maladies humorales ; qu’ils économisent, toute la consommation d’avoine, qu’on ne cultive jamais qu’au détriment du blé , leur travail équivaut pour la charrue à celui des chevaux, s’il leur est inférieur pour celui des routes , et les bœufs présentent enfin une masse de consommation, qui seule doit faire pencher la balance en leur faveur. Je dirai encore, que là où le bœuf travaille, les élèves attirent un intérêt et des soins de la part du cultivateur, qu’il perd s’il ne leur destine aucun emploi, intérêt qui contribue à la conservation de la race. Convaincu de la vérité de ces assertions, je souhaite que de bons exemples mettent cet usage en pratique j ils influeront plus que des livres, que les laboureurs ne lisent guère. Quant au dernier but , que le bétail est destiné à remplir , la consommation, la question se complique et devient plus difficile à résoudre. 1^4 DIFFÉRENTES RACES Elle se compose de laitage et de viande. Cette première consommation est d’une utilité' majeure dans les campagnes, c’est une des bases de la nourriture , et le superflu est d’une exportation avantageuse : en obtenir la plus grande quantité' possible , paroit être le seul problème à résoudre j mais la démonstration n’en est pas unique , et rien ne s’éloigne plus de la marche géométrique que les cas divers, les mille incidens qui en agriculture dérangent tous les calculs. Ainsi ce problème doit se présenter sous cette forme. Quel est le moyen de tirer le plus de lait, d’une quantité donnée dë fourrage? Ou en ne considérant les vaches que sous la forme d’instrumens chimiqueslesquelles sont les plus propres à convertir en lait une quantité donnée d’eau et d’herbe ? Je crois cette solution impossible , parce que les localités et les individus y entrent pour une trop grande part et détruisent toute application générale ; mais en considérant cette question du côté le plus étendu, méthode suffisante en agriculture , on arrive à ce résultat. Les races de gros bétail consommant plus que le chétif, rendront plus , je ne dis pas en proportion , mais en masse. C’est-à- dire, que trois petites vaches nourries chacune . DE BESTIAUX. 175 avec dix livres de foin par jour, donneront peut-être plus de lait qu’une grosse vache, qui consommera seule ces trente livres. Mais, comme on a donne', à l’agriculture , ainsique je l’ai dit, plusieurs moyens d’accroître cette quantité de fourrage, l’introduction de fortes races nécessitera ce travail, d’où proviendra , augmentation d’engrais , augmentation de laitage et par conséquent bénéfice agricole} ainsi la question se trouve résolue. L’avantage du gros bétail n’est pas douteux, quant à la masse de consommation de la viande; mais cette masse ne se comptant pas, par le nombre de têtes, mais par la valeur de chaque individu, on acquerra la faculté de le transporter au loin , de le conduire dans les grandes villes, et d’établir par-là un reversement utile aux campagnes. Effectivement aucun marchand de bestiaux, ne se chargera de faire voyager des animaux de cent ou cent cinquante francs, de valeur, tandis que les bœufs de trois à quaire cents francs se tirent de la Suisse et de la Hongrie. Je dirai plus, la connoissance du bétail apprend qu’un animal extrêmement petit, est presque toujours arrivé à ce point par dégénération , ses formes s’en sont ressenties, non- seulement il est petit, mais mal construit, et 376 DIFFÉRENTES RACES devient incapable de prendre de la graisse, les bouchers les refusent comme ne pouvant leur fournir une consommation lucrative. Ainsi tout concourt à faire conside'rer les belles et fortes races de bestiaux comme un des grands moyens de prospérité' publique ; ils en sont un des moyens, ils en sont une des marques. Il s’agit maintenant d’indiquer les meilleures méthodes pour y parvenir. Cha titre IL Des races. Nous savons que si l’Arabie a conserve dans sa pureté la race originaire des chevaux , c’est que cet animal e'minemment parfait imprime son caractère aux races, avec lesquelles on l’allie , dans un haut degre' et tellement que ce type est reconnoissable dans des généra- lions très-èloigne'es. Nous savons que les races qui avoisinent ce pays , participent plus ou moins à ces qualités. Mais nous ignorons quelle est la race de bestiaux de première origine , les lieux où elle s’est conserve’e pure et sans abâtardissement ; répandus sur toutes les parties du globe , sous tous les climats ; nous apercevons seulement, que vers les contrées méridionales les animaux mâles acquièrent une plus grande DE BESTIAUX. *77 grande perfection , et que les femelles sont supérieures dans le nord ; supe'rieures surtout comme servant à la nourriture de l’homme par l’abondance de leur lait. La nature a voulu ainsi suppléer à la pauvreté native des terres qui se rapprochent des pôles , par des productions animales , plus appropriées aux besoins des peuples qui dévoient les habiter. Ainsi , dans l’ignorance où nous sommes du lieu où nous devons chercher le type originaire et parfait du taureau ; nous ne pouvons qu’étudier les qualités des races qui existent à* notre connoissance, pour choisir la meilleure et la faire propager, eu e'gard aux localités et aux besoins divers. Nous devons d’ailleurs, dans ce choix, suivre l’indication première, nous conformer au vœu de la nature en plaçant des vaches laitières dans les pays où leur production est absolument nécessaire. Cette division, du midi au nord, paroît être la même appliquée à tous les animaux, au moins en Europe, c’est-à-dire, par le 47/ degré de latit. , et si quelques contrées sortent au midi de celte ligne , leur situation plus élevée les replace au nord par leur température. Ainsi, les caractères généraux qui distinguent Tome 7. M g 78 ï) It EÉRENTES RACES les bestiaux, dans ces deux latitudes, sont pour ceux du midi, un poil fin , de couleur grise ou jaunâtre , quelques races tirant sur le noir; mais on n’en voit presque jamais de pie ou mélangé'. Les cornes longues, souvent noires, ainsi que les pieds, les muscles plus gros et les os plus petits et plus denses que dans les races du nord. Le mâle dépassé la femelle en taille et en beauté, dans une plus grande proportion , et cette dernière est beaucoup moins abondante en lait. Leur disposition est en ge'ne’ral plus le'gère * plus vigoureuse , leur consommation est moindre , leur vie un peu plus longue. Les caractères opposés se remarquent donc dans les animaux du nord ; effectivement ils sont plus flegmatiques et plus pesans, ils consomment davantage ; mais des plantes peut- être moins succulentes. Leur poil doit être de couleur foncée , ou mélangé par des marques tranchantes de blanc de neige, et les races qui ont pris des couleurs claires et livides , n’y sont tombées que par dégénération ; ce n’est point le fauve du midi, mais un rouge affadi et blanchi. Leurs os sont gros et leurs muscles moins forts, leurs cornes plus petites, leurs formes DE BESTIAUX. 179 moins libres et moins de'gagées , les mâles restent plus semblables aux femelles , ils sont moins vigoureux et celles-ci incomparablement plus abondantes en lait. Cet aperçu nous guidera de'jà , dans la lhe'orie , que nous devons pre’senter : il nous indique que les animaux mâles du midi , sont plus propres au travail que ceux du nord , et que les femelles dans cette latitude sont plus propres à donner du lait. Le fait le prouve , les cultivateurs s’en etoient aperçus long-tems avant qu’on fît des livres pour le leur apprendre ; la même ligne séparé effectivement, les pays où l’on cultive avec des boeufs d’avec celui où l’on se sert de chevaux. Cette grande division forme au reste plutôt 1 des espèces que des races ; elles se subdivisent chacune sous ces caractères ge’ne'raux, en plusieurs classes, diffe'rentes entaille, en force, en formes et en couleurs. L’Italie a plusieurs races et toutes sont belles et fortes. Les buffles sont répandus dans le royaume de Naples, ils y sont même en plus grand nombre que les bœufs, leurs femelles donnent dans ce climat plus de lait que les vaches. Bien que ces animaux paroissent être de la même nature , cependant ils ne multiplient guères ensemble j les bœufs de Naples DIFFÉRENTES RACES ï8o sont presque blancs, leurs cornes immenses et élevées; ils sont grands, vigoureux, bien faits , et enfin , totalement dissemblables au buffle ; l’on m’a assure sur les lieux que ces deux espèces ne se mêlaient pas , et qu’on n’avoit aucune race me'tice. Des buffles amenés dans ce De’parlement, en l’an 6 , n’ont point croise' nom plus avec les vaclies qu’on leur destin oit. Cette question, au reste, n’a d’intérêt qu’au- tant qu’on se plairoit à conside'rer le buffle comme le type originaire , qui se seroit conservé dans l’état de liberté, et au moyen duquel on voudroit remonter à cette tige. Cela peut être vrai ; mais nous avons des races de bestiaux si supérieures à tous égards à cet animal difforme, que nous pouvons, je crois, le laisser de côté. Les bœufs de l’Etat Romain, sont de grands et beaux bestiaux , leurs cornes gigantesques sont plutôt un ornement qu’une difformité , et malgré l’état de maigreur où ils sont réduits, on juge aisément des qualités qu’ils auroient pour le travail avec un meilleur régime. Le Royaume d’Italie , si abondant en fourrage , si renommé par la quantité de fromages qu’on y fabrique et exporte , doit à la Suisse ja supériorité de ses bestiaux. Chaque année, DE BESTIAUX. iBr il descend des monts de grands troupeaux de vaches des cantons d’Uri, de Shvvilz et d’Un- derwald , apportant de leur pays , toutes les qualite's rpii distinguent celte race , elles les conservent dans les gras pâturages de la Lombardie ; mais dès le troisième sang ces qualités diminuent, les élèves deviennent de médiocres laitières , l’influence du climat agit malgré les soins et la nourriture , et il se renouvelle perpétuellement en bestiaux d’origine. Cependant, cette race , soit par dégénération , soit par croisement avec les animaux indigènes, a donné à la Lombardie une superbe race de bœufs de labour ; ils sont de haute taille , leurs formes sont vigoureuses et sveltes, leurs cornes sont petites, leur poil est gris ; sans doute que les soins et la riche pâture que prodigue ces belles contrées ont surtout contribué au maintien de cette excellente race : elle réunit à toutes les qualités du midi, quelques-uns des avantages du nord. Il y a d’autres localités où ce croisement ne réussir oit pas de même. La France offre tous les degrés de la dégénération et de l’abâtardissement des bestiaux. Dans le midi seulement, les qualités naturelles aux bœufs de ces contrées , les ont soutenus et défendus contre la négligence, la mauvaise 102 DIFFÉRENTES RACES nourriture , et l’absence de soins , qui caractérisent la manière dont on les entretient en France. 1 Les pâturages des montagnes de l’Auvergne en nourrissent une quantité, qui se répand au loin, et on en voit de très-beaux pour la taille et les formes. Us sonèSîxcellens pour le travail. A poids égal, on les estime plus dans notre Département que ceux de Suisse , par leur supériorité dans la marche, leur moindre consommation , et parce que leur graisse est préférée des bouchers. Celte race acquiert toute sa beauté dans la plaine de la Garonne ; elle est généralement Supérieure vers les parties occidentales et dé- cheoit en allant vers l’orient; elle est foible , dans le Dauphiné, et misérable en Savoye. File a tous les caractères indiqués pour les animaux du midi; force, vigueur, longévité, sobriété. Les femelles sont peu à estimer; c’est par ses boeufs de labour, qu’elle a du mérite: nous indiquerons les croisemens convenables à cette race. Passant maintenant à la ligne de démarcation et entrant dans la partie nord de la France, je ne sais au premier abord, à quoi attribuer la dégénération totale et la misère des bestiaux que j’aperçois çà et là dans les champs. La DE BESTIAUX. i83 plupart de ces animaux ne cadrent point avec les principes généraux que j’ai indiques ; ils sont foihles, grêles, de couleur claire et livide, et paroissent plutôt appartenir aux mauvaises races du midi qu’à celles du nord. Les vaches sont cependant meilleures laitières, et on no peutguères juger du caractère des mâles, parc© qu’on n’y élève point de bœufs. Je serois tenté de croire que ces chétifs bestiaux descendent d’importations faites sans jugement de races du midi, qui ont dégénéré', aidées par un climat défavorable, une mauvaise nourriture et le manque de soins. Mais il est triste de voir en France, les contrées où le9 fourrages abondent, dépeuplées de bons bestiaux , et recourant à l’étranger pour la consommation des grandes villes. La Hollande possède des vaches laitières admirables ; mais leurs formes sont rétrécies j et bien qu’elles aient assez de taille , “elles manquent de corps et de nerf, et se ressentent des terrains humides où elles pâturent. Celles du Holstein participent des mêmes défauts, elles ont plus de taille ^ mais leur corps étroit et avalé est très-difforme. En Angleterre enfin, on s’est occupé du perfectionnement des races avec succès. Il paroît que, par des attentions et des soins i84 DIFFÉRENTES RACES Jong-tems soutenus , quelques particuliers ont obtenu les plus beaux résuit a l.s. On citeBakwell, Foyvler, le Duc de Bedford ; cela indique que leur race n’est point encore répandue. Ils peuvent nous servir de modèle , mais non pas nous fournir des moyens poursuivre leurs traces. Ils distinguenlen Angleterre trois races diffé- rentes : celle sans cornes , la plus grande de toutes, la race à longues cornes, et celle à petites cornes, estimée surtout comme vache laitière. Ces bestiaux pâturant sur un sol plus sec que celui de Hollande , valent aussi mieux pour la chair et les formes. Quel que soit le grand poids que quelques-uns de leurs bœufs aient atteint, ces animaux sont loin d’être parfaits; ils manquent d’avant-main et de rondeur, leur croupe est abattue , et nous voyons d’ailleurs, par le récit des différons essais faits pour soumettre les bœufs à la charrue , qu’aboudamment nourris de fourrages aqueux, ils manquent de nerf'et de vigueur. Un Àuvergnac ou un Pié- montais, avec deux bœufs, expédiera plus d’ouvrage qu’un Anglois avec six (i). Cette disposition rentre dans les caractères généraux que j’ai indiqués. (i) Cela est exagéré. Le lecteur peut s’en assurer en comparant les faits exposés dans différens endroits de cet ouvrage. DE BESTIAUX. Î85 Il me reste à parler de la race la plus belle et la plus précieuse, de celle qui, au defaut" d’une race originaire , peut servir de type à la perfection , réunissant à la fois la taille , les formes et les qualités ; on voit déjà que je veux parler des vaches de Suisse. Il faut avoir vu dans leurs gras pâturages ces taureaux à l’aspect lier et sombre, pour se faire une ide'e de ces animaux superbes. Leur front est chevelu et frisé, leur fanon se balance entre les genoux, tandis que l’épaisseur du col se relève entre le garot et les cornes. Leurs jambes vigoureuses sont dans un aplomb parfait, les vertèbres du dos , au lieu de s’élever en arrête , se perdent légèrement creusés dans les nervures de la chair ; leurs côtes relevées et arrondies, accompagnent le tournant du ventre , de manière à ce qu’il soit droit et soutenu, comme celui du cheval. La croupe a des formes aussi belles et aussi arrondies : cet animal est à la fois l’emblème de la force , du courage et de l’abondance. Il atteint souvent au terme de son accroissement , Je poids de sept à neuf quintaux. Il y a fréquemment des exemples de bœufs qui ont dépassé de beaucoup ce poids (1). (1) Un boucher de Genève tua un boeuf en l’an VI, I 136 DIFFÉRENTES RACES De tontes Jes races, c’est celle où la femelle est le plus semblable au mâle ; son poids n’est guères que d’un cinquième , ou d’un quart inferieur; son avant-main est plus le'ger, mais elle a la même étoffe, les mêmes formes arrondies et suivies, la même croupe: aucun animal n’est mieux cousu. Et de-là résulte cette réunion des meilleurs qualités. La vache est essentiellement bonne laitière; et le mâle, bien qu’inférieur pour la fatigue et la durée aux bœufs du midi, est d’une grande force : si sa graisse est aussi un peu inférieure il en prend aisément et beaucoup. Enfin , si nous voyons une race, se conserver depuis un tems immémorial, dans la même contrée, au même degré de beauté, sans croisemens, sans renouvellement, par elle-même ; nous devons croire que cette race est la meilleure de toutes, et qu’elle nous est donnée, comme un type de perfection sur lequel nos idées puissent se fixer, et qui se trouve destinée à servir d’un immense réservoir, dont les produits versés sur toutes les contrées, les rapprochent autant qu’il est en elles, de cette précieuse possession. dont il eut 18 quintaux de i8 onces de viande, sans y comprendre la tète, les pieds la dépouille et le cuir. ®E BESTIAUX. l87 C’est donc là , que nous devons chercher les élémens propres à croiser et à améliorer. Mais cette entreprise ne doit se faire qu’avec discernement ; trois chapitres me sont encore nécessaires, avant d’entrer dans les détails. Ils sont nécessaires pour se faire une idée juste de ce que chacun peut tenter et des succès qu’il doit espérer. Chapitre III. ' Des appareillemens. Si nous sommes parvenus à donner une idée nette des divisions principales qui distinguent les bestiaux, on saisira aisément les indications que je donnerai dans ce chapitre. Pour entreprendre une transplantation , il faut consulter son climat, son local, sa race indigène et le but qu’on se propose de remplir, au moyen des animaux importés. Dans la latitude nord, les vaches tendront sans cesse à un relâchement dans les fibres, et dans celles du midi à un resserrement ; vouloir décidément vaincre cette disposition me paroît impossible; on luttera pendant quelques générations, mais ces races déplacées s’abâtardiront d’autant plus promptement et l’on sera puni de cette entreprise volontaire contre les lois de la nature. 1 88 DIFFÉRENTES RACES Ainsi on doit chercher à placer dans charpie climat les plus belles races assorties. Il seroit cependant possible que les taureaux fins du midi, donnassent de précieux extraits, croises avec les grandes femelles du nord. TNous vovons dans les Annales d’Agriculture qu’un taureau de Sierra-Leon, qui à l’âge de deux ans, n’avoit que trente ponces de. haut, accouplé avec de grandes vaches de Gallovvai, avoit donne' des boeufs , dont le poids étoit de sept à neuf quintaux ; il faudroit un plus grand nombre d’expériences pour décider cette question. Il se pourroit , dis-je , qu’une race du nord, nourrie dans des pâturages humides ,, grande , décousue et dont la fibre seroit tout- à-fait relâchée, dût pour reprendre du nerf, de la consistance et des formes , être croisée par un taureau du midi. Elle regagneroil parla, un juste équilibre , que ne pourroit lui donner que faiblement un animal qui parlici- peroit aux mêmes dispositions. Ce cas petit être applicable aux races de Hollande , du Holstein, à quelques parties d<3 l’Angleterre , mais nullement à celles de France. Les animaux du nord ne peuvent ni ne doivent réussir au midi; il est clair qu’ils ôleroient à ces derniers, la force, le nerf, la consistance nécessaire, pour résister à. l’ac- J)E BESTIAUX. l8g digènes qui n’ont plus ici les qualités de ceux du midi abâtardiroient de prime - ab.ord les extraits. On auroit tous les incouvéniens du transport nombreux des vaches , et les faibles succès ne dédommageroient pas des capitaux qu’on auroit employés. Si les propriétaire» désirent arriver tout d’un coup au mieux pos-s, sible, ils doivènl au moins les faire accoriipagnec de leurs taureaux ; mais ces derniers peuvent seuls ,j croiser avantageusement avec les femelles indigènes , sous certaines lois, que jç yaisindiquer. D’ailleurs, les taureaux de Suiss* Tome 7. N #^4 ^DIFFÉRENTES RACES pourront convenir au midi de la ligne que j’ai tracée. Dans le Poitou, le Berry, la Bresse, parce que ces contrées offrent de bons pâturages, frais et abondans. Les premiers extraits de ces taureaux seront plus beaux, à proportion de ce que la race mère sera plus belle et plus forte , qu’elle aura plus d’analogie avec la race croisante , cette règle est invariable et chacun peut évaluer ses produits d’après celte donnée. Bien que naturelle , cette disposition paroît défavorable aux progrès des améliorations, «lie paroît décourager le propriétaire des races les plus foibles et précisément ceux dont l’intérêt de la remonter est le plus pressant. Mais quand on a vu, à quel point de misère la plupart des bestiaux du nord de la France étoient réduits : on comprendra comment le produit 'd’une de ces vaches, couverte par un taureau puissant et vigoureux , croîtra sous des influences diverses et qui doivent se combattre. Le mâle lui aura imprimé une force, une impulsion de croissance, disproportionnée avec jee que la mère pourra lui accorder j aussi cet animal n’aura aucun genre de perfection ; cette surabondance de taille , au lieu de se répandre sur toutes les parties, pour former un tous *noyen et proportionné se jettera sur quelques- DE BESTIAUX. 1C>5 U unes , soit sur les membres, soit sur la tète ou l’avant-main, et il y aura par contre des parties avalées et qui sembleront fléchir. Ainsi, ces premiers appareillemens ne donneront que des produits décousus, ce ne peut être qu’en se servant de ces extraits, à mesure que le tems prescrit le permettra , pour continuer le croisement avec des taureaux parfaits, que les générations suivantes perdront petit à petit toute leur difformité, que l’équilibre se rétablira sous les formes et dans la taille, que les qualités natives du sol sont appelées à produire. D’après cette théorie simple-, on voit donc, que plus la race mère se rapproche de la race des mâles, plus vite on arrivera au terme de la perfection locale. Il sera indiqué ce terme , par le moment où l’on s’apercevra , que les tauraux d’origine , n’apportent plus d’amélioration sensible aux extraits, et que la race n’augmentant, ni ne diminuant demeure stationnaire; alors on est arrivé au mieux possible , ainsi que je l’expliquerai. De même, si l’on a mal choisi,,la race destinée à croiser , si l’on a commis quelques- unes des erreurs que j’ai indiquées, la dégé- aération se montrera bientôt, soit qu’elle porte 3 96 , DIFFÉRENTES RACES «ur la taille, ou sur les formes; ou sur les qualités laitières , ou enfin sur la vigueur et la consistance de ranimai. Il 11’y a d’autres ressources alors, que de revenir en arrière. Trop souvent , dans la pratique de l’agriculture , on est expose à les commettre , ces fâcheuses erreurs; il faut des années pour s’en apercevoir, il en faut davantage pour les réparer , la vie se consume et il s’ensuit un grand de’couragement ; telle est la marche dégénérante , que parcourt la science agricole , je désire pouvoir faire éviter quelques-unes de ces fautes , en les indiquant à l’avance. Chapitre IY. De l’influence du climat, du sol et de la nourriture sur les bestiaux. C’est une question indécise encore , entre iessavans, desavoir, s’il y a une détérioration lente et annuelle , dans les espèces des végétaux et des animaux , qui vivent dans une meme contrée, et qui exige par conséquent «ne mutation de semences de tems à autre : ou bien si cet amoindrissement souvent remarqué ne tient qu’à des causes locales, dépendantes de l’intelligence de l’homme. Cette question ne peut s’expliquer qu’en r DE BESTIAUX. 197 remontant aux principes vivifians de ce monde. -Sans doute que dans les oiseaux des airs, dans les animaux de la mer et des de’serts , dans les végétaux des forêts, on ne remarque aucun dépérissement, il est à croire qu’ils vivent depuis des siècles dans leurs terres natales. Mais les espèces d’animaux et de plantes, qui paroissent crées , dans l’intention de servir aux besoins immédiats de l’homme, ont donc été doue's des facultés suffisantes pour l’accompagner dans toutes ses migrations, pour végéter et vivre avec lui dans tous les climats de ce monde. Et par une admirable harmonie, ils se coordonnent peu à peu avec la nouvelle terre et le nouveau ciel, où les circonstances les appellent à vivre. Ainsi, on pourroit croire, que l’intelligence et l’industrie de l’homme peuvent influer puissamment sur l’existence de ces êtres que la nature a destinés à partager ses travaux et à devenir ses moyens de subsistance. L’homme pourroit donc améliorer, varier ces productions , elles seroient à un certain point à sa disposition. Les faits semblent appuyer cette théorie , qui devient à la fois , encourageante , consolante et propre à nous pousser vers la recherche de la perfection. Mais la terre présentant dans sa conformation , une foule de variétés , dans «k iy8 DIFFÉRENTES RACES les climats, les situations , les sols, les eaux, ces diverses localite's sont doue'es de facultés productives differentes. Les unes re'unissent toutes les conditions , qui constituent la fertilité’, d’autres sont, ce que nous appelons stériles, et il y a entre ces degrés beaucoup d’états intermediaires dont l’agriculture a fait des divisions. Celte terre premier principe de toute ve’gé- taiion , de toute vie , de tout être organise', influe par sa puissance ve’ge'tative, sur la chaîne des êtres, appelés à vivre dans l’e'tendue dé- terminée par son homogénéité. Cette influence terrestre agit plus immédiatement sur les espèces dont l’organisation est inférieure dans la grande chaîne de la création, ainsi l’homme se ressent peu de la nature du sol sur lequel il vit ; l’habitant des montagnes indique seulement une race plus forte , que colle des plaines , parce qu’il est appelé à souffrir plus d’intempérie et plus de fatigues: il peut dans les terres stériles y en avoir un moindre nombre 5 mais ses facultés et sa taille Hp paroissent guère se ressentir de l’infertilité du sol sur lequel il vit, ni augmenter par le contraire. Le chien y paroît insensible : le che val dont l’organisation est certainement d’un degré supérieur à celle du bœuf, échappe plus * DE EÉfSTIAUX. 19^. que lui à cetle force d’harmonie coordonnée. Descendant jusqu’au règne ve'ge’tal, nous voyons là , que par une admirable vertu, les plantes essentielles, les fruits , les plantes cé- rèales ne marquent guères la nature du sol, que par la quantité', et que leurs qualite's semblent même remplacer le moindre produit; la nature ayant voulu assurer l’existence des êtres organisés , à mesure qu’ils étoient plus précieux. De là vient, que c’est un dogme en agriculture de tirer les semences des plantes ce're’ales de terres inférieures pour les faire végéter et produire en plus grande abondance dans des sols plus fertiles , où elles apportent des qualités supérieures ; ce doit être le contraire pour les plantes fourrageuses , les plus grandes di- mentions acquises dans les terrains fertiles se conservent encore long-tems dans ceux qui n« les valent pas. Cetle manière de transplanter du pire au meilleur paroît au premier coup-d’œil, pouvoir s’appliquer aux bestiaux, et je crois que dans le fait cela réussiroit; c’est-à-dire, qu’une race chétive et amoindrie, amenée dans des pâturages fertiles, bonifieroit promptement et formeroit une lige en disposition de perfectionnement, qui seroit plus à estimer qu’une belle race, en disposition de- dépérir. Nous / Soo DIFFÉRENTES DACKS ferons voir que ce sont ces deux dispositions qui influent essentiellement sur la valeur di»s races. Mais la nature des choses ne rend pas cette marche admissible , parce «pie les lieux «le détérioration ne pouvant se soutenir pur eux- mêmes n’ont «le ressource pour lutter contre cette disposition , que dans un balancement avec les lieux favorables , et ceux-ci n’ont aucune raison pour revenir en arrière, ni chercher à améliorer des races foibles, tandis que sans peine , ils possèdent le type de la perfection connue et s’y arrêtent. Ainsi il faut combiner sans cesse des animaux supérieurs, avec des inférieurs, eu égard aux localités et'au mieux possible qu’elles comportent. C’est ce que nous allons expliquer. J’ai dit que la nature en destinant les animaux domestiques , à vivre dans tous les climats en société avec l’homme , leur avoit donné la faculté de se diviser en un grand nombre de races dont l’essence étoit de se mettre en harmonie avec ces diffe’rens climats et de prendre des qualités analogues à la nature du sol de chaque contrée. J’ai dit que le cheval participoit moins que le bœuf à cette disposition , et que l’identité de sa race , étoit remarquable, à de plus longs DE BESTIAUX. 201 espaces et à travers de plus grands changemens. Tandis que le bœuf varie et change ses caractères, suivant la nature des lieux, et il s’en fait pour ainsi dire un troc avec la race indigène. Je crois donc qu’il est plus difficile , qu’il faut des soins plus soutenus pour créer une bonne race de bestiaux , qu’une de chevaux. Tous les climats, tous les sols, peuvent e'iever et entretenir des bêtes à cornes , le fait le prouve , mais leur taille , leur force , leurs qualités, suivent les diverses natures de climats et de sols, et c’est l’indication importante à suivre. Les herbes qui croissent dans les climats du nord paroissent plus propres à rendre les vaches, abondantes en lait, peut-être aussi que la moindre transpiration laisse plus de substance pour cette sécrétion , et vraisemblablement aussi, qu’elle se trouve facilitée, par la filtre plus relâchée de ces animaux. Les plantes, du midi plus fibreuses, plus élaborées, par un soleil ardent entretiennent le nerf, la force. 7 J 7 la durée des animaux qui s’en nourrissent. Mais quelle que soit la nature des pâturages que consomment les bestiaux, la suffisante quantité, condition abandonnée à la puissance de f homme , est indispensable à leur réussite. Cette quantité peut se mesurer dans cette 202 DIFFERENTES RACES proportion , qu’il faut cinq livres de foin sec, pour nourrir pendant vingt-quatre heures, chaque quintal du poids de l’animal; c’est-à- dire , qu’une vache de deux quintaux , sera autant nourrie avec dix livres du même fourrage , qu’une de six avec trente. Je crois cette donnée generale assez juste, pourvu qu’on ait égard à la différente com- plexion des individus et à la nature de ce fourrage ; c’est plutôt la proportion entre les animaux de tailles différentes que j’ai voulu indiquer , que le nombre qui fait la racine de cette proportion , ainsi au lieu de cinq on pourra dire sept ou huit, suivant les circonstances, et monter, suivant les dimensions des individus, la proportion par ces nombres; chacun est juge du Gas où il se trouve. Si ces mesures sont à la disposition de l’homme , les qualités dont les plantes seront imprégnées, restent dans les mains toutes-puissantes, qui ont organisé ce monde. L’industrie peut améliorer par les mystères de la culture; mais tous ses moyens influeront toujours plus sur la masse, que sur la saveur et la nature , et ces difficultés ne peuvent se vaincre que lentement et par une grande constance. En général les bestiaux se plaisent dans les sols argileux et granitiques, les bêles à laine S 2o5 JOE BESTIAUX, et les chevaux dans les terrains calcaires. Rarement les voit-on dans la même ferme, re'ussir au même degré. Les vaches craignent les marais, elles aiment les coteaux. Les donne'es sont bien ge’ne'rales, voici quelques détails , qui pourront guider les cultivateurs. Les bestiaux élevés dans les terres argileuses acquerront volontiers, beaucoup de poids, ils resteront bas sur jambes, avec les membres gros et ronds, le rable large, le fanon pendant, et ils auront ce caractère marquant des bonnes races , qui est d’avoir le chanfrain court et large et les yeux par conséquent coupés bas dans la tête , tandis que les races des terrains calcaires, auront la tête longue et effilée , les yeux rapprochés des cornes, les membres fins et plats, peu de fanon, peu d’avant-main, une construction plus légère et plus avalée. Quant aux vaches des sols humides, elles seront hautes et minces ; elles auront peu de cornes, peu de fanon, point de ventre, des ossaillans, des membres plats, une chair molle et sans élasticité; elles rachètent à la vérité, ce défaut de beauté et de formes par une plus grande abondance laitière. Les sols les plus défavorables pour les vaches 2o4 DIFFÉRENTES RACES sont ceux de craie et de sable, il y a peu à attendre d’elles dans ces terrains, il vaut beaucoup mieux dans ce cas donner ses soins aux moutons , qui y prospèrent, la nature nous a laisse' ces moyens de compensation. Je sais qu’un grand nombre d’auteurs, ont mis en avant des principes différens de ceux que j’e'norice : ils n’ont voulu reconnoître que l’influence des races, ils ont fait un reproche au cultivateur dont la ferme e'toit peuple'e de che'tifs bestiaux, et ils ont suppose qu’il suf- fisoit d’amener au hasard de beaux individus , sur un sol quelconque, pour y voir prospérer une race superbe. Ah ! ces auteurs n’avoicnt sûrement jamais ni éleve’, ni possède' de troupeaux , ils n’avoient jamais parcouru des pâturages ni des pays de bestiaux. Sans quoi iis au- roient reconnu celte force de la nature , qui attire tous les corps organisés vers leurs centres d’harmonie communs. Cela est si vrai, que sur un sol malheureux , que l’art de la culture aura couvert de productions abondantes , les bestiaux mieux nourris gagneront en taille , mais leurs formes primitives se conserveront ; ainsi donc , puisque l’abondance et la qualité de cette nourriture influent autant sur les résultats, cherchons à en développer l’action. On peut regarder comme un principe , et tJ)E BESTIAUX. 205 l’usage de toute la Suisse fait loi à cet e'gard, que les fourrages d’une nature plus sèche et plus dense , conviennent mieux à la formation des chairs fermes et e'Jastiques, et à donner de la consistance aux os et aux muscles, c’est- à-dire, qu’ils donnent de belles formes et de la vigueur. Les fourrages , gras et aqueux , de'tendent en revanche les chairs , énervent l’animal et font abonder le lait. Ceci est conforme à ce que j’ai dit plus haut sur l’influence des sols , elle n’agit vraisemblablement que par l’effet des herbes , et l’on sait que les terres argileuses et granitiques, en donnent de plus maigres et de plus sèches, que les calcaires. Ainsi il conviendra de faire un choix pour les élèves : les animaux adultes n’ayant plus de formes à prendre , mais seulement à conserver, s’accommoderont mieux des divers fourrages. On voit encore, que si les nourritures farineuses s’adaptent bien à l’éducation des bestiaux , les racines du genre du navet leur sont nuisibles : au reste ces détails trouveront leur place plus bas. Enfin, une dernière considération sur l’effet des fourrages , quant à l’éducation des bestiaux , est relative à leurs diverses espèces. différentes races so6 Nous voyons dans toute la nature, les plantes diverses, ve'ge'ter ensemble et pêle-mêle, dans tous les sols agrestes et abandonnés à eux- mêmes. Les plantes sont sans doute appropriées à la nature de chaque terrain ; mais n’y a-t-il pas entre ces végétaux, certaine harmonie sitn- pathique qui aide et concourt à leurs succès ; leurs qualités diverses ne se servent-elles pas l’une à l’autre , et tout ce mélange n’est-il pas «ne combinaison heureuse qui conserve à/la terre sa fertilité native, par les élémens divers, dont chacune tire sa nourriture , tandis que les plantes homogènes , les plantes céréales épuisent fortement le sol, qui les produit par grande masse ; et ne devons-nous pas croire que puisque la nature appelle un grand nombre de végétaux à croître simultanément ; ils doivent aussi coïncider ensemble , pour produire le meilleur effet sur les animaux qui s’en nourrissent. Appelés encore à observer la marche de la nature dans les phénomènes de la végétation, nous voyons partout > que les sols fertiles sont les plus chargés de plantes variées et diverses ; à mesure qu’on se rapproche des terres ingrates , l’herbier se resserre , et il n’a plus la même variété j j’entends les sols ou la culture n’a pas altéré les données primitives. DE BESTIAUX. 207 Nous voyons enfin que les pâturages si précieux des montagnes sont de beaucoup plus nombreux en espèces de plantes que les près gras de la plaine ; nous voyons le cultivateur, l’éleveur de bestiaux, qui par l’effet d’un pur instinct donne dès l’abord la préférence à une prairie peinte et striée d’un grand nombre de teintes sur un pré plus abondant peut-être; mais rendu par son homogénéité d’un aspect terne et uniforme, ce sentiment ne le trompe pas. , Sans doute que les fourrages crûs sponta- nément, ont par l’effet de leur mélange , une action plus forte sur les bestiaux qui les consomment , ils s’adaptent mieux à leur constitution que les fourrages homogènes , qui ne présentent ni variété , ni saveur, ni qualités distinctes, qui sont enfin privés de ce balancement , que la nature a voulu établir entre les diverses qualités des végétaux. : Je suis bien loin de vouloir par-là proscrire les prairies artificielles, précieuse et admirable ressource, dont l’emploi sagement réparti peut décider de la prospérité agricole de toute une nation. Mais j’ai voulu par-là prévenir contre les exclamations imprudentes d’un grand nombre d’auteurs, qui dans leur enthousiasme ont cru utile de les mettre au-dessus de tous 4 308 DIFFÉRENTES RACES les fourrages, et par leur abondance et par leur perfection. Ces prairies seront toujours essentielles à l’agriculture, sous l’aspect de quantité'; le cultivateur intelligent, les employera à la nourriture des chevaux , des bœufs de labour et des vaches laitières. Mais je lui dirai toujours de conserver pour ses élèves , et ce qui est destine à donner race, ses foins odoriférans, lins et savoureux. Les faits appuient mon assertion, dans les parties de la Suisse où l’on élève en grand nombre la belle race, les prairies artificielles sont inconnues , dans les plaines où l’on cultive le trèfle , il est destine aux chevaux , dans les cantons de vignobles , où il y a de la luzerne et du sainfoin, on n’estime point la race et on n’y en élève guères. Nulle part je n’ai vu de beaux bestiaux dans les pays où la base de la nourriture consistoit en fourrages artificiels. Je ne parle pas de la luzerne dans le midi, parce qu’elle est dans son climat natal, qu’elle y est douée, par conséquent, de toutes les qualités d’une plante spontanée , de même les trèfles qui mélangent les foins naturels, dans les prairies du nord, y produisent un excellent effet. Nous n’avons pas assez d’expériences, pour savoir DE BESTIAUX. 20() savoir précisément, quelle est l’efficace de l’eau dans l’entretien des vaches , cependant le sens commun nous indique , que les eaux abondantes et pures leur conviennent. Rien n’e'gale les eaux de la Suisse , et les bergers estiment que lorsque leurs montagnes en sont richement approvisionnées les bestiaux s’y conservent en bon état , lors même , que l’herbe vient à diminuer sur la fin de la saison , ou par de trrandes sécheresses. O Sans cette condition, les montagnes baissent de prix, et sont rebutées. En général, plus les vaches boiront, plus elles rendront de lait. CHAX’ITRE Y. De la dégénération et de la régénération. lu est tems de nous rapprocher des détails et de voir comment notre théorie se réalise. Il y a peu de pays , peu de situations qui soient à l’abri de la dégénération dans leurs races de bestiaux ; elle arrive successivement suivant la nature des sols , le mode de culture adopté et la méthode employée dans l’éducation , souvent dirigée par le but auquel les élèves doivent être appliqués; elle arrive enfin par une action secrète de la nature , dont nous devons chercher à prévenir les effets. Tome 7. O aïo •î U.I a 10 DIFFÉRENTES RACES La pénurie dans les moyens de consommation est la première , la plus active de toutes les causes d’amoindrissement ; ce manque de fourrage est habituel ou momentané dans une contrée. Dans le premier cas, la race, quelque mauvaise qu’elle soit, est ce qu’elle doit être. Il est inutile de chercher à l’améliorer. Les beaux individus ne s’y souliendroient pas; il est clair que si vous n’avez à disposer que de cinq livres de fourrage par tête , vous ne devez nourrir qu’une vache d’un quintal ; ou au moins convertir trois têtes en une. Mais en supposant une pénurie accidentelle, si fréquente dans le climat de la France ; on comprend que dprant celle année , les bestiaux déclinent et maigrissent, les élèves se fessehliront puissamment de cette saison calamiteuse ; non-seulemeut les élèves en état de croissance jusqu’à leur troisième année, mais les veaux à naître souffriront du mauvais entretien de leurs mères; je sais qu’ils se remettent jusqu’à un certain point durant les bonhes années; cependant ce choc rétrograde dans la croissance de quatre années d’espé- rancfe , diminue lé jet et le développement de louté l’éducation et lui imprime un premier degré d’infériorité. iri DE BESTIAUX. 311 Supposons maintenant qu’il revienne tous les quatre ans , une de ces anne'es de détresse, il est clair que la race ira sé détériorant par un effet continu. Celte action n’est pas ainsi mathématiquement calculée , je le sais, et c’est ce qui en retarde l’effet ; mais enfin il a lieu, et'mine lentement la beauté de la plupart des races. Une seconde cause de dégéne'rition existe dans toutes les contrées où l’on ne se sert pas de boeufs pour le travail, ni pour les destiner à l’engrais. C’est la rareté des taureaux. Les gros propriétaires seuls se trouvent dans l’obligation d’en avoir, ils le regardent comme un animal incommode et inutile, on n’apprécie pas assez les effets de cette mauvaise administration. Le taureau est choisi dans les premiers jours de sa vie , sans aucune garantie de ce qu’il pourra devenir; souvent un des plus chétifs de sa race; et dès qu’il témoigne sa force on l’emploie comme étalon , ne donnant d’autres bornes au nombre de vaches qu’on lui destine, que celle de sa volonté et de ses moyens ; épuisé dès ses premières années, cet animal ne produira “que de mauvais extraits et l’abâtardissement se précipite. Enfin , tant que le cultivateur restera igno- 312 DIFFÉRENTES RACES rant de toutes les méthodes , par lesquelles il peut augmenter ses fourrages, et destiner à chaque animal sa consommation suffisante ; tant qu’il réévaluera son troupeau que par le nombre de têtes et non par leur valeur individuelle; et qu’il ne considérera ses vaches que comme un moyen d’acheter une certaine quantité de lait au meilleur marché possible. Aussi long-tems, dis-je , que cet ordre de choses subsistera , il devient inutile de chercher à perfectionner les races, aucune force active ne pourra lutter, contre sa force d’inertie; les bestiaux ou périront ou languiront entre ses mains : dans peu de générations , elles seront retombées au point d’où l’on étoit parti. Voilà la marche naturelle de la dégénéra- lion de tous les bestiaux en France ; celle de la régénération doit remonter tous ces éche- O Ions ; on peut l’entreprendre par trois moyens différens que je vais indiquer. J’ai parlé des causes générales , qui influent sur la beauté des bestiaux et les rendent nécessairement plus chétifs dans une contrée que dans une autre, je viens de raconter les causes efficientes qui précipitent la dégénération et rendent les bestiaux proportionnellement inférieurs à ce qu’tls devroient être. 11 est donc à la disposition de l’homme de DE BESTIAUX. 2l5 remonter au point fixe' par les lois primitives. Dans ce but, on peut choisir pour la multiplication , les meilleurs individus existans de la race indigène, mâles et femelles , et continuer sans interruption ce choix dans les générations améliorées. Augmenter graduellement sous les proportions indiquées , la masse de nourriture , et se mettre en mesure pour que cette masse tendît sans cesse à s’accroître, et prévînt ainsi les disettes et les pénuries momentanées. Il est hors de doute qu’on arriveroit à la longue par cette route à un maximum et qu’il ne faudroit que prévenir les retours en arrière. Je crois qu’une race perfectionnée par celte marche seroit la meilleure de toutes, parce qu’elle seroit parfaitement adaptée à ce que la localité exige et parce qu’elle se compose- roit d’individus en disposition croissante, tandis qu’une belle race importée supérieure aux localités, produira des individus moindres, tendant au décroissement et par conséquent en pertes de qualités. D’ailleurs, l’espèce des bêtes à cornes et les services qu’on en attend, rendent pour eux cette marche suffisante, elle ne le seroit pas, pour les moulons et pour les chevaux, parce qu’on attend tout autre chose d’un Arabe que d’un Flamand, et que tous les 2j4 DIFFÉRENTES R A CF,S moutons grossiers , croises ensemble , ne produiront jamais une laine fine. Là il faut remonter aux tiges des races parfaites ; mais on ne demande au bœuf que du poids et de la force, toute manière d’y parvenir est bonne. Qu’est-ce donc qui nous fait rejeter cette méthode sûre de perfectionnement? Une longue suite d’années y seroit indispensable. On seroit arrêté parla difficulté de forcer tous les cultivateurs à ce choix général des beaux individus et à l’augmentation graduelle de la consommation ; il fandroit que les pères communiquassent à leurs enfans cette volonté ’ et cette disposition. La difficulté lient à la nature de l’esprit humain, qui a besoin d’un choc, pour changer ses habitudes. Ainsi, pour assurer avec promptitude une amélioration désirable, nous préférons d’importer à la fois des animaux arrivés à la perfection , qui remplacent par leurs produits,, les races à réformer et réalisent tout d’un coup nos espérances. Pour cela, on peut amener des bestiaux mâles et femelles, qui créent une nouvelle tige sous ces nouvelles formes , ou seulement des individus mâles d’une grande supériorité qui croisent avec les femelles indigènes et produisent des rejetons d’espérance x ou bien le DE BESTIAUX. contraire; c’est-à dire, des femelles pour croiser avec les mâles indigènes. De ces trois moyens, le premier, le perfectionnement de la race indigène, marchera par une amelioration lente et croissante. Le dernier, les croisemens, sera aussi une amélioration croissante beaucoup plus prompte. Le second , l’importation d’une nouvelle tige, donnera une marche croissante, encore plus rapide. Tous arriveront aux mêmes résultats , dans des lieux divers, à quelques légères différences près. Le premier , au bout de cent ans peut-être; le troisième , au bout de vingt, et le second y arrivera dans six. Je suppose que les consommations seront toujours proportionnées au poids des individus. Le moyen de rimporlation d’une nouvelle race, seroit donc le meilleur, puisqu’il seroit le plus prompt; nous avons déjà banni le premier par la raison contraire ; et d’ailleurs il est à la disposition de chacun, et ne demande nul enseignement. Ainsi, nous allons dans la partie suivante, poser les règles des deux méthodes, que nous croyons bonnes, indiquer les soins et les précautions qui peuvent en assurer le succès. 2l6 DIFFÉRENTES RACES SECONDE PARTIE. A P P L I C A T I O N. De l’importation cîe la race pure par des individus mâles et femelles , et des Croisemens. Chapitré VI. De la race de Suisse, J^AI déjà raconte’ comment cette race pré- sentoit tous les caractères de bonté et de beaute", j’ai dit comment je la croyois propre à remonter toutes celles qui étoient foibles et de'ge’ne're'es. J’ai indiqué sous quel climat elle réussissoiï le mieux , et comment il valoit mieux importer des femelles dans le midi, et des mâles dans le nord. Il est ici question de la transplantation de la race complète ; je vais donner encore quelques détails sur l’habitude de vie de ces animaux dans leur pays natal , et nous en conclurons à la méthode la plus profitable à leur réussite dans leurs diverses migrations. Non-seulement ces vaches nous donnent un grand et prompt moyeu d’amélioration, mais DE BESTIAUX. 217 elles fixent nos idées et notre espoir sur le dernier degré de taille et de perfection que l’espèce du bœuf est desline'e à acquérir. Et elles de'termineut la nature des lieux , l’espèce de la nourriture et la méthode de soigner la race, pour qu’elle reste stationnaire sans décliner, ni augmenter; cette dernière condition paroît à la vérité impossible. Il n’y a dans toute la Suisse qu’une même race, la couleur, la forme, tous les caractères distinctifs l’attestent ; mais elle varie de taille: celle de la plaine n’est que moyenne, excepté dans les environs de Berne, et on y en importe beaucoup de la partie des montagnes; mais celte entreprise ne manque jamais de succès , parce que les soins sont les mêmes et la nourriture fort approchante. La superbe race, proprement appelée race de Suisse, se concentre dans la partie éleve'e de ce pays. Elle commence à Châtel St. Denis, sur la montagne qui domine Yevai, elle se prolonge, dans la largeur comprise entre la plaine et les monts limitrophes du Yalais et des Grisons ,’ jusqu’à l’extrémité orientale de la Suisse ; occupant les Cantons de l’Oberland , une partie de ceux de Fribourg et de Berne, le Ilasli- Thal, Lucerne, et enfin les Cantons de Shwitz, 2l8 DIFFÉRENTES RACES .Zug, Glaris, Undervvald, Uri et Àppenzell. Les vaches de ces derniers Cantons descendent le St. Gothard et vont fournir l’Italie; depuis Lucerne à Châlel St Denis les vaches se rachètent pour la plaine de la Suisse , le Léman , et enfin sont à porte'e d’être conduites dans toute la France. Leurs hœufs à moitié’ engraissés prennent déjà cette route. Dans tous les Cantons dont je viens de parler, il n’y a presque pas de culture de grains. Toutes leurs prairies sont arrosées, justement au point’de faire pousser abondance d’herbe sans y laisser la moindre trace d’humidité ; c’est dans cet art qu’ils excellent ; on y répand chaque automne tout le fumier de la ferme. Le sol est disposé en pentes plus ou moins rapides sur un lond de granit , et la terre est un terreau de montagne, léger, noir et fertile. Les parties élevées et accessibles des Alpes se destinent au pâturage d’été. Encadrés dans de grands bois de sapins , ces riches gazons offrent la plus belle verdure , toutes les plantes alpines y déploient leurs trésors à mesure que la neige monte et s’éloigne. Les bestiaux viennent profiter de celle pompeuse végétation et y prennent une nourriture à laquelle nulle autre dans le monde ne peut être comparable. Les vaches montent aux chalets les plus rap> DE BESTIAUX. <219 proches delà plaine, dès le commencement de mai, ensuite sur ce que les bergers nomment les Alpes, où elles passent les chaleurs de l’été. Elles redescendent des cîmes sur les premiers monts à l’approche de l’automne , et elles passent le dernier mois de la saison dans les prairies de la plaine ; dès lors elles rentrent dans les écuries où on les nourrit de fourrage mêlé de foin et de regain , jamais on ne leur donne ni paille ni fourrage artificiel. Les bâtimens construits en bois sont vastes, aérés et très-chauds, les bergers estiment cette dernière condition essentielle à la santé et à la beauté de leurs bestiaux ; ils conviennent que le froid en diminuant la transpiration augmente peut-être la sécrétion du laifcj mais ils sont incapables de sacrifier à ce calcul, l’honneur qu’ils attachent au bon état, à l’embonpoint et à la beauté de leurs vaches. Dans toutes les Communautés , les propriétaires de troupeaux élèvent chaque année un taureau extrait de leurs plus belles vaches, et choisi ordinairement de quelque poil bizarrement mélangé de blanc sur un fond rouge ou noir. Cet animal devient dès lors, l’objet de l’amour-propre et de l’intérêt de toute la famille, il en devient presque un membre, vivant avec eux , soigné, caressé, accoutumé à les 2 20 DIFFÉRENTES RACES suivre et à obéir à leur voix. Ou lui prodigue la nourriture , le lait , le pain , les meilleurs fourrages ; vers l’àge de deux ans il commence à servir d’étalon ; et c’est alors que sa taille et sa beauté font l’objet des défis et de l’orgueil entre les diverses familles. Une pareille institution suffit pour assurer l’excellence et la supériorité de tonte une race. Les autres élèves sont nourris au lait au moins jusqu’à trois mois, alors on le coupe avec du petit-lait et on les réduit peu à peu à l’eau ; jusqu’à leur seconde année on ne leur donne à la crèche que du foin de la première coupe, ils montent sur les Alpes à leur second été. Les bergers ne cherchent point à retarder l’époque oit leurs génisses doivent porter ; ils préfèrent que ce ne soit qu’à deux ans accomplis; mais souvent elles devancent cette époque. Les bœufs ont atteint leur plus haute taille à l’àge de six ans, dès lors ils n’augmenteroient en poids que lentement et ils préfèrent de les vendre. Cette éducation est toujours jointe à celle des chevaux dans la proportion de cent vaches pour dix ou vingt chevaux suivant les cantons. /■ Comme ils ont peu de culture , ils ont peu de travaux , cependant pour leurs récoltes, leurs bois, etc. ils atlèlent indifféremment et 1>E BESTIAUX. 221 I souvent ensemble , les jeunes chevaux , les bœufs, les vaches, et même les taureaux qu’ils rendent par leurs soins assez dociles et appri- voise’s pour cela. Leurs grandes foires se tiennent en automne; mais on peut acheter en toute saison ; le bétail e'tanl leur grand objet de commerce il est toujours à la disposition de l’acheteur. CHAPITRE YII. Des conditions nécessaires pour importer des vaches Suisses. ü e ne prétends point dans ces chapitres as*- treindre un proprietaire riche et amateur de beaux bestiaux à toutes les règles , que je vais donner , pour le succès des vaches de Suisse ; ou plutôt il remplira facilement ces conditions, et par une importation fréquente, par une nourriture abondante, dont il ne calculera point le coût, il pourra couvrir les gazons de son parc de ces beaux animaux , le succès lui importe peu , *i sa colonie éprouve des pertes, de nouvelles migrations peuvent sans cesse les remplacer. Mais le cultivateur dont les avances ne peuvent guères sortir de la somme ordinaire qu’exige sa culture ; qui ne peut les faire que sur une espérance fondée de leur voir donner i 222 DIFFÉRENTES RACES un très-gros intérêt , qui a besoin enfin de la prospérité de son entreprise : ce cultivateur, dis-je , a besoin d’être éclairé et guidé par une théorie certaine* Il est inutile d’amener dans un domaine aucune vache ou taureau de Suisse ; à moins d’avoir à lui donner une nourriture suffisante, c’est-à-dire , environ trente livres de foin par jour, d’après la moyenne du poids des animaux de ce pays, c’est-à-dire, onze mille pesant pour l’année , ou à peu près mille bottes. J’expliquerai dans le chapitre suivant les détails de cette nourriture. Il faut avoir une écurie à la fois chaude et aérée, percée s’il est possible aux deux bouts. Elle doit être large au moins de neuf pieds et haute de sept à huit; il convient qu’elle soit disposée avec une crèche et un râtelier , pour éviter le dégât du fourrage. Je regarde comme une condition nécessaire d’avoir à sa portée de bonnes eaux; elles sont essentielles au produit du troupeau , et il ne convient pas à ces grands et courts animaux de parcourir beaucoup de chemin ; ainsi elles ne doivent pas être distantes de plus d’un quart de lieue. On sent qu’il est indispensable de mettre traire à cette opinion : ils mettent les vesc.es en vert »u niveau du trèfle et du sainfoin pour nourriture des animaux de travaib DE BESTIAUX. 23l On préviendra cependant ces mauvais effets sur la croissance elle développement des vaches, en conservant l’herbe naturelle, pour les élèves jusqu’à l’âge de quatre ans, et en ne donnant de fourrage artificiel qu’aux bêtes adultes, dont la taille ne varie plus, et qui n’éprouvent de différences dans leurs formes , que celle de l’embonpoint ; maigre' cela, les veaux à naître s’en ressentiront et la race diminuera à la longue. Comme les herbes fraîches participent à toutes les qualités natives du sol avec plus d’in- tensite’ que les mêmes herbes desse'chées , et qu’il y a plus de ressemblance entre les qualités du foin , produit par deux prés difiérens, qu’entre les herbes de ces deux mêmes prés; je crois qu’il y a moins de danger à nourrir les vaches de Suisse au foin et à l’étable , au moins pendant les premières années ; on préviendra par-là , les grandes différences des localités et leur effet sera paralysé autant que possible. Pour lors, voici quel doit être le régime à adopter. Je suppose que le troupeau a pâturé les dernières herbes de l’automne ; il faut veiller à ce qu’il soit en bon état vers le moment de sa rentrée dans les étables, la saison de l’hiver étant défavorable pour le remettre ; et afin de prévenir ce dépérissement on calculera sa nom- 232 ■DIFFÉRENTES RACES riture de manière, à ce que l’on ajoute du fourrage sec en proportion de ce que le pâturage diminue , de manière à lui conserver la même consommation journalière. On commencera par distribuer le moins bon fou rrage sec de la provision d’hiver, et l’on pourra même y mêler de la paille dans la quantité’ de deux livres à peu près par jour, par tête ; les vaches mangeront et digéreront plus lentement, et par-là, ce mélange leur sera plutôt favorable. On aura le soin de réserver le regain pour les vaches laitières , il y a beaucoup à gagner à leur distribuer cette nourriture. Vers le printems on cessera de leur donner de la paille, et la consommation augmentera imperceptiblement en approchant de l’été ; les vaches exigent dans ce tems-là, une meilleure et plus forte nourriture ; du reste , on ne changera rien au régime et l’on attendra la fin des chaleurs pour mettre le troupeau à la pâture. J’ai dit quelle e'toit la base , d’après laquelle il falloit calculer la somme de la consommation , c’est-à-dire , environ cinq livres de foin sec , par quintal, du poids de l’animal; cette mesure varie sans doute , d’après l’espèce et la qualité de ce four rage , d’après la com- ploxion des divers individus; mais sur un troupeau nombreux ces difiérerices se balancent DE BESTIAUX. 255 assez ordinairement, en sorte que le berger seul, a besoin d’en tenir compte en distribuant ses fourrages ; et que le proprietaire est à peu près sûr, d’avoir satisfait aux besoins suffisans, lorsque sa provision représente cette quantité' totale. On emploie encore les racines comme moyen de nourriture pour les bestiaux; les turneps, les raves , les differens navets sont des nourritures aqueuses , qui font par conse'quent , donner du lait ; mais qui détendent les fibres de l’animal, le relâchent , et ne valent rien pour la conservation des formes , du nerf, de la vigueur ; on peut en donner aux vaches laitières dans le moment de leur plus grand produit. • f En revanche , les pommes de terre , étant farineuses , excitent l’animal à prendre de la graisse , et lui conservent de belles formes , elles augmentent peu la quantité de lait, j’en conseillerai l’usage pour les bœufs à l’engrais et pour les élèves. Cependant, j’observerai que ces sortes de productions coûtent toujours beaucoup de main-d’œuvre au cultivateur, et sont en dernier résultat une nourriture fort chère pour les bestiaux ; elles peuvent convenir aux petites propriétés, dans le voisinage des villes et dans les pays de vignobles. 234 DIFFÉRENTES RACES J’indiquerai aux cultivateurs un dernier soin dans Ja nourriture, qui sera propre plus qu’aucun autre à lutter contre l’influence du climat, contre l’effet que les herbes produisent, dont l’emploi est facile,, c’est de donner chaque jour quelques poignées d’avoine aux vaches ; rien n’est à la fois plus laiteux et ne donne plus de nerf, et de consistance aux bestiaux , et ne leur entretient un poil plus lustre'. Cette dé- pense est minime , il suffit d’en donner trois, ou quatre livres par semaine ; elle profite davantage réduite en farine , on peut aussi y joindre de la farine de sarrazin. Enfin , l’on sait qu’il faut donner du sel aux vaches, elles en doivent consommer trente livres par an chacune. II me reste à parler des soins de l’e'ducation, je ne ferai guères que re'pe'ler ce que j’ai dit en parlant des vaches de Suisse. On ne laissera pas letler le veau ; mais on l’accoutumera à boire dès sa naissance , jusqu’à trois mois ils boiront du lait pur, on le mêla alors avec du petit-lait, puis à son tour avec de l’eau ; mais l’usage prolonge du petit-lait leur est très-avantageux , on le donne ordinairement aux cochons ; mais quand on a des élèves précieux il vaut mieux le leur destiner* On donnera du foin au veau dès la première / PK EKSTIATJX. 235 Semaine, il ne faut pas le lui mesurer ; mais sa crèche «joit être toujours pleine , parce qu’il mange peu et souvent, j’exige que ce foin soit le meilleur, le plus mélangé, le plus odoriférant du domaine. Le regain ne convient point à l’élève , il seroit à désirer qu’on ne le donnât qu’aux vaches laitières , et que jusqu’à trois ans le foin fût la hase de la nourriture. Avant que les élèves soient forts, c’est-à- dire, avant cinq ou six mois ? il ne faut pas les mettre à l’herbe, ni dedans, ni hors de l’écurie, c’est .pourquoi il est plus avantageux d’avoir des veaux de bonne heure, c’est-à-dire , au commencement de l’hiver ; on peut alors vers l’été, les mettre dans un enclos, un parc, une cour voisine , pour leur donner de l’air et du mouvement. Lorsque ces élèves sont destinés à donner des bœufs de travail, il faut les pâturer davantage dans le but d’augmenter leurs forces , de leur donner plus d’aptitude au mouvement et surtout pour durcir et fortifier leurs pieds; il faut les envoyer dans les pâturages quelle que soit leur nature, et suppléer au déficit par la nourriture de la crèche ; ils acquerront ainsi du poids et demeureront robustes et diligens. On doit commencer à donner du sel aux veaux dès leurs premiers jours, et l’on gagnera à ajouter au foin / une petite dislvi- DIFFÉRENTES RACES 236 bution de son , d’avoine, de pommes de terre, ou de sarrazin. Mais j’insisterai pour que sous aucun prétexte on ne retranche à l’élève sa première nourriture de lait, c’est la plus chère de toutes, tellement qu’à trois mois le veau coûte déjà le quart de la valeur qu’il est destiné à acquérir, aussi rien ne tente davantage le cultivateur que de retrancher ce lait ,• mais rien ne peut le suppléer. Et il y a d’autant plus d’importance à maintenir le bel état du veau vers cet âge , qu’il se trouve correspondant avec celui de trois ans, dans la vie des bestiaux , qui est l’époque décisive, c’est-à-dire, qu’un élève qui aura souffert dans le premier âge , pourra se remettre vers deux ans ; mais il décheoira de nouveau au moment qui doit décider de sa beauté j en revanche un bel élève, peut détériorer dans sa seconde année ; mais à coup sûr il regagnera dans sa troisième et donnera un bel animal -, d’ailleurs on ne peut point juger le veau dans ses premières semaines, c’est le bon entretien des trois premiers mois, qui influe essentiellement sur son succès. v 9 DE BESTIAUX. 257 Chapitre IX. Des Croisernens. On entend par croisement, l’appareillement d’individus de races differentes , et il est comme sous-entendu, que l’une de ces races est essentiellement destinée à améliorer et embellir l’autre , sans cette dernière condition le croisement rie peut guères s’appeler que mélange. J’ai indiqué les diverses manières dont on peut croiser, soit par l’importation de femelles de races supérieures, soit par celle de mâles destinés à multiplier avec la race indigène. Lorsque l’importation est telle que je l’ai montrée dans les chapitres précédens, c’est-à-dire, de mâles et de femelles, ce 11’est plus un croisement, c’est un renouvellement. Nous entendons proprement par race indigène, celle qui est en pleine possession d’un pays, et dès une époque si reculée , qu’à l’ordinaire on a oublié son origine ; mais surtout lorsque l’influence du sol et du climat, la nourriture coutumière et les soins uniformes qu’on donne à ces bestiaux , les ont tous placés sur une même ligne , quant à la taille , aux formes et aux qualités générales ; n’ayant en- tr’eux que cette dissemblance que la richesse de la création a répandue entre tous les corps DIFFÉRENTES RACES 238 organises , et qui marque l’identite’ de chaque individu. Les animaux importes , qui diffèrent par les caractères generaux, imprimeront à leurs premiers extraits, des formes et un aspect tenant de ces deux natures, et ce sont ces produits que nous appellerons métis. L’influence locale agira sur la croissance de ces individus, et ils s’élèveront sous la triple impulsion des caractères indigènes, de ceux produits par la nouvelle souche , et de la vertu naturelle du sol et de la nourriture ; ces trois forces se neutraliseront , de manière à ce qu’au bout de quelques générations, celte tige créée sera en rapport parfait avec ce que l’intelligence humaine aura fait pour l’améliorer , et ce que la nature aura décidé dès l’origine , des qualités naturelles de la contrée. Alors, cette race ne sera plus métisse; mais véritablement indigène , et le moment qui l’indiquera , est celui où elle deviendra stationnaire. Mais il ne faut pas croire que l’importation d’animaux croisa ns , une fois faite , ce pas puisse suffire pour la transmutation de la race indigène première, en une seconde supérieure : cette importation doit être continuée, jusqu’à ce qu’on ait atteint le dernier terme , c’est-à-dire , qu’ils ne produisent plus sur les extraits une amélioration sensible. t DE BESTIAUX. 23g Voici la théorie de ce changement successif, elle éclaircira cette question. Pour qu’un extrait re'unisse le plus de beauté et de qualités possibles, il faut que les deux ascendans en soient l’un et l’autre abondamment pourvus, et plus il y a entr’eux de ressemblance et de concours de formes, détaillé, de finesse et de qualités, plus il y a d’espoir sur la perfection de l’extrait, ce principe est éprouvé et reconnu dans l’éducation des chevaux. Il est reconnu aussi dans les pays où s’élève et se conserve la belle race des bestiaux , et c’est l’aliment naturel de sa conservation. On peut donc descendre tous les échelons que présente cette similitude , et arriver au dernier terme de la dissemblance entre les animaux destinés à s’appareiller. Car c’est ordinairement là que la nécessité de l’amélioration force à entreprendre le croisement. On réunit donc une femelle de la plus chétive espèce, avec un mâle d’une grande beauté. II n’y a plus ici aucun équilibre , les deux races trop dissemblables, trop disjointes , ne donneront point un extrait, qui tienne ni de l’une, ni de l’autre, il ne tiendra point non plus un milieu parfait , et il ne faut pas s’attendre à obtenir un élève moyen et bien pro- 24o DIFFÉRENTES RACES portionné; mais un animal décousu, tenant à ces deux natures par parties se'pare'es, les membres , l’avant-main , le corps , la croupe ne seront point suivis, fondus ensemble, et l’animal sera très-difforme. Mais le degrë de rapprochement qu’il aura acquis vers les beaux caractères du père , Je rendra plus propre à s’allier avec cette race , et la seconde génération s’améliorera ; en conservant donc la pureté de la race des étalons, et agissant graduellement sur les métis femelles, on comprend que chaque génération donnera un degrë d’amélioration jusqu’à ce que la race atteigne le point désiré, l’état stationnaire. Mais on comprend aussi, qu’on ne peut employer comme étalon aucun métis mâle, car il faut nécessairement qu’une des tiges imprime continuellement un type de perfection, qui corrige dans chaque génération les désordres Ct les difformités de la précédente ; lutte contre la force de la première nature et amène insensiblement la race à la perfection possible. Si l’on réunit ensemble deux métis, on confirmera tous leurs défauts dans leurs extraits, et on détruira tout bénéfice. Il résulte de ce que nous venons de dire, qu’il faut de toute nécessité continuer Iong- tems l’importation des taureaux, dans un pays où t I DE BESTIAUX, 24l' ou on aura entrepris ces croisemens, qu’une seule génération métissé ne sert presque à rien, et que la continuité’ seule peut amener le bien qu’on en espère. J’observerai que d’après cette tlie'orie même, il paroîtroit plus sûr dè commencer l’amélio- ration avec des animaux plus pareils, obtenant d’abord un premier ctegré'îïe supe'riorite’ foible pour la taille, mais plus suivi, plus cousu; croise' ensuite par un mâle, un peu supérieur au premier père ; et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on se trouve en mesure de croiser sûrement avec le plus grand et le plus bel animal de son espèce ; on n’auroit ainsi jamais déformé ses extraits ; agissant lentement sur la taille , on arriveroit à la plus haute , ayant toujours conservé les plus heureuses formes , tandis que prenant brusquement le plus grand taureau on agit d’abord , démesurément sur la taille, et on a ensuite par une seconde opération à retravailler sur les formes et les qualités. Mais cette marche supposeroit une bien grande dextérité, des soins, une patience , sur laquelle il ne faut pas compter chez le commun des cultivateurs ; plus le choc sera grand , plus il frappera leur esprit, et cette grande rupture d’équilibre est précisément une raison qui les attachera à cette entreprise. Tome 7. Q DIFFÉRENTES RACES 242 Lorsque l’on croise au moyen de l’importation de femelles, on a moins à craindre de celte disparité. Nous avons,dit que cette méthode n’e'toit guère à employer que dâns le but d’améliorer les qualile's laitières plus que la taille et la force des animaux. Il est donc à supposer que le taureau indigène qu’on leur destine est déjà grand et fort, et par consé- quent il n’y aura rien d’extraordinaire dans cet appareillement. Si le pays n’avoit point de pareils taureaux il faudrait sans doute les faire suivre par des mâles de leur race, et j’ai parlé de ce transport. Enfin, je dirai, que le croisement au moyen des taureaux, présente un grand nombre d’avantages , qui facilitent celte entreprise , et doivent la faire adopter préférablement a toute autre. Les raisons qui ont agi sur la race indigène et l’ont rendue chétive , ne peuvent pas cesser brusquement , et fournir tout d’un coup les conditions nécessaires à l’introduction de grands et beaux troupeaux , il est à croire qu’ils souffriraient, et peut-être se de’truiroient^dans peu de tems, et ils emporteraient avec eux les grands capitaux qu’ils auraient coûté. Le cultivateur accoutumé aux habitudes et aux DE BESTIAUX. a43 consommations des animaux de sa race, au- roit de la peine à se faire à celles d’une race bien differente; environne de dangers, toujours prêt à faire de grandes pertes il les verroit arriver, petit-à-petit, et resteroit découragé et hors d’énvie de plus rien entreprendre. Par la seule introduction des taureaux , il e’vite, et ces avances , et ces craintes , et ces dangers , il avance par une route lente vers une amélioration croissante , qui soutient sa patience, l’anime chaque année de plus eu plus, s’engraine dans son système agricole, et réalise enfin l’espérance de la perfection possible à laquelle on vouloit atteindre. Un taureau suffit à trente ou quarante vaches, on peut même ne l’employer que pour les meilleures vaches de la race indigène , et celles dont on destine les extraits à l’éducation, c’est- à-dire , un huit pour cent, à peu près, en sorte qu’il suffit dans la réalité d’un taureau de race , sur trois cents vaches indigènes , pour parvenir au renouvellement ; il est vrai, qu’il est plus sûr d’en avoir un plus grand nombre. Les soins , l’abondance de nourriture ne sont nécessaires que pour un seul animal sur trois cents, ces soins ne sont donc presque rien. Ceux qu’exigent les métis, ne consistent que dans l’augmentation graduelle de nourriture 244 DIFFÉRENTES RACES d’aprcsles proportions que j’ai indiquées, augmentation lente , et qui permet à la marche améliorante de l’agriculture de la suivre. Enfin les métis, hériteront de leur mère, et conserveront par eux-mêmes, la grande , l’éminente qualité, de tenir au sol ; d’être en harmonie avec toutes les influences, de n’éprouver aucun choc , aucune rupture d’équilibre dans le passage d’un sol natal à une terre lointaine. Ils seront, je le répète, des animaux améliorés, plus forts, plus robustes, et tendant chaque jour à perfectionner leurs qualités naturelles. D’ailleurs, je le répète encore, il n’y a point ici les recherches, les soins qu’exigent nécessairement les races de chevaux et de bêtes à laine, parce qu’il y a une identité de race, dans ces dernières espèces, qui est à peine sensible dans celle du bœuf. Ce qu’on lui demande, c’est du poids, de la taille et de la force, toute méthode d’y parvenir est bonne. CHAPITRE X. Nourriture et soins nécessaires aux croi- semens. Ce chapitre réunira les dernières observations qui me restent à faire sur les croisemens. Les conditions nécessaires pour tenter cette DE BESTIAUX. 245 entreprise sont relatives aux deux méthodes dont on peut se servir, soit de croiser avec des femelles, ou avec des mâles. Dans le premier cas, toutes les conditions que j’ai exigées pour le renouvellement complet sont également indispensables ; elles ont e'té expliquées, il est inutile d’y revenir. En effet, il faut le même nombre de vaches, par conséquent autant de nourriture , autans "de dépenses. Cette méthode ne présente donc que l’avantage d’augmenter les facultés laitières des femelles de la nouvelle race, et de lui conserver par le moyen du taureau fort et nerveux du midi, les qualités essentielles pour les bœufs de labour. Je conviens que cette combinaison présente un résultat important, et qui, s’il se réalisoit, satisferoit à toutes les conditions que l’on peut exiger d’une race imparfaite j mais comme il y a dans ce mélange , dans cette fusion de qualités opposées , une action forcée , contre les lois premières, je doute qu’il puisse réussir, ou au moins se soutenir à la longue. La Lombardie possède les plus belles et les plus riches prairies du monde, elle ne peut lutter cependant contre son climat, que pendant trois générations} alors les mâles pro- 246 DIFFÉRENTES RACES fitent à mesure que les femelles détériorent. En revanche , toutes les conditions, toutes les localités suffisent pour tenter le croisement au moyen des taureaux ; les risques à courir ne sont pas grands , en sorte que le succès , lors même qu’il sera foible , dédommagera toujours le cultivateur. Les risques ne sont pas grands parce qu’il ne se trouve qu’un seul animal hors de ligne sur trois cents, et qu’il ne vaut pas la peine d’évaluer une aussi minime différence. Parce qu’il n’y a aucune raison pour que les femelles indigènes ne se conservent pas également, n’a- mènent pas également à bien leur élève ; parce qu’enfin le grand ensemble de l’entretien peut rester exactement le même. i Ce n’est , à dater que de la naissance de l’élève métis , que l’augmentation graduelle de la consommation commence , on sent qu’elle n’est qu’insensible , et que l’accroissement successif de générations en générations donne un terus suffisant pour y pourvoir. Enfin cet élève tenant au sol par l’avantage d’une mère acclimatée ne présente point les chances de pertes, de souffrances et de rétrogradation que courent ceux de vaches importées dont les migrations ne sont jamais sans danger. Mais j’avoue aussi que, si l’on regarde DES BESTIAUX celte entreprise comme trop sûre cl trop facile, on court risque de rester en arrière, voici les soins qu’il faut nécessairement prendre. J’ai montré combien il éloit important d’être toujours pourvu d’un taureau d’origine ; il faut en conserver pendant vingt ans, plus long— tems peut-être encore, suivant le point d’où l’on est parti, et aussi long-tems enfin qu’il apportera quelques ameliorations aux élèves. Jamais, sous aucun prétexte , il ne faut conserver d’étalon métis : on a vu combien il étoit dangereux qu’il ne confirmât quelques défauts , quelques difformités graves , et ne lit rétrograder l’amélioration. On ne s’y réduira que lorsque la généralité de la race annoncera des caractères de perfection , et qu’il se présentera des taureaux parfaitement conformés et approchant de leut; ascendant. C’est-à-dire, lorsqu’on aura atteint le terme de son travail et que la nouvelle race devenue stationnaire, s’appellera indigène. Les soins de la nourriture et de l’éducation, à partir dès la première génération , doivent se calculer exactement d’après ce que j’ai dit, sur celle des vaches de Suisse ; il faut réserver de même les fourrages fins et mélangés pour les élèves, parce qu’ils conviennent indistinctement à tous les bestiaux. Et la plus indispen* 248 DIFFÉRENTES RACES sable de toutes les conditions à remplir , c’est de proportionner toujours le volume de nourriture au poids des animaux. Dans ce dernier cas même il convient qu’il surpasse celui qu’on destineroit à des élèves de race pure , parce qu’ils tendent sans cesse Vers une augmentation generale de poids et de taille, tendance qu’il faut aider et faciliter par cette surabondance de nourriture ; parce que c’est elle qui fait tout le mérite de ces métis : ce sont des animaux en espérance, tandis que l’élève d’une vache de Suisse tend à diminuer dans ses proportions, et a dans le fait un moindre besoin de nourriture. II est essentiel de tenir compte de cette observation. CONCRUSION. Je vais réunir sous un cadre resserré les conséquences et les résultats qui découlent des principes de cet ouvrage. On a vu les grandes différences qui résultent de la division des deux climats. Comment les latitudes nord produisoient sans efforts de bonnes vaches laitières et de foibles bœufs de labour, tandis que les grands et forts chevaux y prospèrent, et dans le midi en revanche , DE BESTIAUX. 2^9 les chevaux sont tous légers et coureurs, les bœufs nerveux, robustes et forts, et les vaches n’y donnent guère plus de lait qu’il n’est necessaire à la nourriture de leur veau. J’en ‘ ai donc conclu , que ces divisions ne pouvoient être changées à la volonté des hommes, qu’il falloit s’attacher à perfectionner autant que possible le bœuf méridional, en essayant cependant par l’importation de femelles supérieures d’augmenter leurs qualités laitières; mais j’ai peu d’espoir d’un succès soutenu ; en revanche je conseille de porter dans les contrées du nord , tous les soins à l’amélioration des troupeaux ; amélioration dans la taille, dans les formes , dans la complexion vigoureuse des individus , ayant principalement en vue de rendre le bœuf supérieur et applicable au travail ; car l’augmentation des facultés laitières des femelles suivra naturellement dans ces climats favorables, et on gagnera véritablement à la fois, une grande masse de consommation, et un grand bénéfice d’économie sur les dépenses de la culture. J’ai indiqué partout qu’on n’arriveroit à un terme de perfection dans les races de bestiaux, qu’autanl qu’on proportionneroit le volume de nourriture au poids des animaux, et qu’on calculeroit la masse de consommation , par le DIFFÉRENTES RACES z5o poids total de son troupeau et non par le nombre de têtes dont il est compose'. Ainsi donc, comme il est à croire , que dans le moment actuel la taille et la valeur des bestiaux indigènes est en proportion avec les ressources du pays, et je suis persuade que cette donnée se trouveroit exacte presque partout ; il faut avant tout essai d’importation, que les cultivateurs réfléchissent sur la nature de leur agriculture , et combinent le système qu’ils peuvent adopter en conséquence $ car il faut un changement dans ce qui existe , et une transmutation de terres arables, en terres à fourrages. Ainsi donc le résultat de ce mouvement servira de base à la nature de l’importation. Si le cultivateur peut cre'er de bonnes prairies naturelles , il peut amener des vaches de Suisse, et il peut espérer d’atteindre un haut degré de perfection. Si même il en possède déjà et qu’il n’y ait dans ses bestiaux qu’un abâtardissement provenant de leur mauvaise race, ou du trop grand nombre, ou enfin sans causes apparentes comme en Normandie , il peut hardiment les changer, amener de Suisse de beaux individus : ils réussiront sans doute, en leur donnant les soins nécessaires et en proportionnant le nombre à la nourriture. DE BESTIAUX. 251 Mais si le pays ne permet que l’introduction des prairies artificielles, il faut que les cultivateurs se contentent alors de suivre la méthode des croisemens ; parce qu’au moyen de la quantité', ils obtiendront toujours des résultats passables , et enfin ces re'sultats seront en proportion des faculte's natives du sol et de ses influences. Il resuite de-là un aperçu général, c’est que pour tenter l’importation des troupeaux complets il faut que la culture ait devance' leur ar- rive’e et que les prairies soient à leur plus haut point de prospérité, attendu que cette première nourriture est la plus forte de toutes, car les extraits diminuant probablement par la suite , tendront à une moindre consommation j au lieu qu’au moyen des croisemens , on peut commencer dans l’état actuel, n’ayant à pourvoir qu’à un seul taureau, et à faire marcher l’amelioration agricole , conjointement avec l’agrandissement des bestiaux. Si l’on n’est pas pénétre' de cette intention ; si le plan général qui doit produire ces chan- gemens dans le domaine, n’est pas certain , fixe , irrévocable ; si sa réussite même est douteuse, n’entreprenez point d’amélioration dans vos troupeaux, vos avances seroient perdues, tout languiroit et retomberoit dans le premier, état. 2,52 DIFFÉRENTES RACES J’ai indiqué comment il y avoit des contrées si défavorables aux bestiaux qu’ils ne pouvoient y prospérer avec aucun soin , car on ne peut leur donner là aucun régime qui leur convienne : les craies, les sables, sont de ce nombre; que les cultivateurs se rappellent que dans les lieux où le bétail est sans succès , les bêtes à laine prospèrent. Enfin je dirai que bien que l’on puisse croiser les races les plus dissemblables , toutefois l’ap- pareillement, pour donner quelque espérance, ne doit pas être bors de toute proportion, et qqe ceux dont les races sont tombées au dernier degré de la misère , ne doivent pas se servir tout d’un coup d’un superbe taureau de Suisse : l’extrait seroit tellement décousu et sans équilibre , qu’il faudroit plus de tems peut- être pour ramener cette race à des formes passables , qu’en marchant d’abord par des gradations et des nuances. Mais tous ces soins , toutes ces entreprises se termineroient sans résultats heureux , sans même laisser de traces de leur passage , si elles e'toient faites inconsidérément , sur des données et des espérances vagues. Non-seulement jl faut avoir pris toutes les précautions que j’ai indiquées; mais il faut de toute nécessité travailler en grand , et sur des dimensions un peu vastes. 11 faut que les DE BESTIAUX. a53 migrations soient considérables, et surtout qu’elles soient continuées ; toutes ces mutations marchent d’après des progressions ascendantes ou descendantes auxquelles il faut de toute nécessite fournir des termes et des e'chelons pour monter : livrées à elles-mêmes elles descendent. Ces échelons consistent dans les importations continuées. Il faut donc avoir à la fois , une détermination ferme d’améliorer, un plan bien hé de cliangemens agricoles, des soins qui ne se démentent jamais, une longue patience pour attendre les résultats , bien du courage pour ne se rebuter de rien, et quand on réunira tout cela, il y aura quelqu’espoir de succès. 254 ÉDUCATION Esquisse d’un essai sur l’éducation du gros Bétail. Par George Makenzie. (Annales d’A rthur Young.) On peut e'Ievcr des bêtes à cornes sur tous les terrains ; mais les grosses races ne peuvent se soutenir que sur les terres riches. Les petites races payeront le fermier dans la proportion de l’état de ses pâturages ; mais il y a une chose certaine , c’est que la meilleure manière de tirer parti d’un terrain qu’on destine à élever les bestiaux, c’est d’y mettre les pâturages dans le plus brillant e'tat de rapport. Faute d’entendre ce principe , on a souvent fait, de l’éducation des bestiaux, une spéculation ruineuse. L’amélioration par les engrais change en bonnes herbes celles qui sont médiocres ou mauvaises; et on peut ainsi augmenter, dans la proportion de trois, et même de quatre à un , la quantité du produit. Il n’est donc pas difficile de faire comprendre que le fermier qui fume abondamment, et met ses prés dans le meilleur état, les fera pâturer avec trois ou quatre fois plus de profit, que son voisin qui n’améliore point. BIT OROS BÉTAIL. 255 4 Il est inutile d’entrer ici dans le détail de la manière de former les près et de les améliorer: on a déjà , sur ces objets , des directions suffisantes. Je parts du principe qu’un acre de pré est plus profitable qu’un acre de terres arables, et je vais chercher, par des instructions sommaires, à diriger l’industrie de l’éleveur de bestiaux , de manière à faire produire à cet acre de pré une rente beaucoup plus considérable qu’on ne l’obtient dans la pratique ordinaire. Si l’on s’occupe d’élever des bestiaux pour le boucher, il faut des attentions et des soins qui diffèrent de ceux à employer lorsqu’on élève des vaches pour la laiterie. Il y a donc naturellement deux parties distinctes dans l’art de l’éleveur. De l â éducation des bestiaux destinés à la boucherie. La plus grande attention est nécessaire dans le choix du taureau, soit quant aux formes, soit pour la taille. Voici les qualités principales sur lesquelles les gens du métier s’accordent pour le choix d’un taureau. Il faut qu’il ait les jambes depuis le genou en bas , courtes et fortes; les articulations arrondies; le corps bien d’aplomb sur les quatre jambes. éducation •*56 La croupe large, haute, et arrondie; l’épine du dos en ligne droite depuis la croupe aux épaulés ; l’intervalle entre la dernière fausse- côte' et la croupe doit être aussi court que possible. Il y a des individus qui ont une côte de moins qu’ils ne devroient avoir (i) : il en résulte un grand vide sur le flanc ; et ils se nourrissent toujours mal. Les côtes, dans l’endroit où elles s’articulent à l’ëpine du dos, doivent s’élever départ et d’autre , et former une grande largeur sur le dos. Plus le col et les lèvres sont minces, et mieux c’est. Le taureau ne doit point avoir de fanon ; et lorsqu’il est en mouvement , il doit tenir la tête haute. Ce que je viens de dire peut s’appliquer à toutes les bêtes à cornes , de quel âge qu’elles soient. Quant à la grosseur du taureau, elle doit être déterminée par la richesse du pâturage. Si l’éleveur trouve que sa race soit trop forte pour ses pâturages, il peut y remédier en prenant un taureau plus petit; et dans la supposition contraire, en le prenant plus gros. Il faut que le taureau soit abondamment nourri pendant l’hiver, afin de le maintenir constamment en chair. Les turneps et les choux sont très- bon» (1) Ce fait paroît bien douteux. DU GROS BÉTAIL. 2Ô7 bons pour atteindre ce but, pourvu qu’on y ajoute toujours d’excellent foin en suffisance , ou de la bonne paille. Il faut s’attacher à le maintenir doux et traitable , car la force de cet animal le rend extrêmement incommode et dangereux lorsqu’il est méchant. Pendant l’êtê , il faut le renfermer dans un enclos qui lui soit uniquement destine', et qui soit assez grand pour pouvoir , au besoin, nourrir quelques vaches avec lui. Il faut que cet enclos soit entouré d’une barrière sûre : un mur est ce qu’il y a de mieux pour cela. Il convient que les pâturages soient divisés en un nombre d’enclos réguliers , et que chacun de ces enclos ait de l’eau ; car rien ne contribue plus au bon état des bestiaux que l’accès facile, en tout teins , à l’eau de bonne qualité. L’éleveur place alors dans chacun des enclos ses bêtes selon leurs âges : il lui est facile, ensuite, de faire passer un lot d’un enclos dans un autre, lorsque l’économie du pâturage le demande. Ce n’est point assez de soigner le choix du taureau , si l’on ne met pas également la plus grande attention au choix des vaches ; et il ne faut rien épargner pour s’en procurer qui soient des moules parfaits. Il n’est pas possible d’avoir tout-à-coup un assortiment de vaches Tomi: 7. R ÉDUCATION «258 très-égales ; mais on y vient peu à peu en reformant annuellement celles qui sont défectueuses, et les remplaçant par des bêles qui aient la construction qu’on désire. Le succès final d’un éleveur dépend essentiellement de l’attention qu’il a de réformer et remplacer'à propos. Dans la race des bêtes à cornes , la femelle influe tout autant que le mâle, au moins, sur la forme et la valeur des animaux qui en proviennent. Si l’éleveur néglige ce point-là, il ne peut qu’être considérablement en perte ; car c’est une chose reconnue qu’une bêle mal construite coûte beaucoup plus à nourrir et à engraisser qu’un animal d’une bonne construction ; et que lorsqu’on le vend on en tire moins d’argent. C’est en mai ou juin , qu’il faut donner le taureau à la vache, parce que le meilleur tems pour les veaux est depuis la Chandeleur jusqu’à la fin de mars. Il y a deux bonnes raisons pour préférer ce moment-là. i.° Les veaux qui naissent alors se trouvent assez forts pour profiter des herbes de l’été, et ont, par conséquent , besoin de moins de lait pour l’élever. 2.“ La vache coûte moins à nourrir pendant qu’elle allaite son veau, et lui donne beaucoup plus de lait, qu’elle ne feroit si le veau naissoit en hiver. Le lait n’est point ici le principal DU GROS BIJTAID. 25^ objet pour le fermier; mais il lui importe que ses veaux soient nourris très-abondamment; et d’ailleurs l’excèdent du lait n’est point un avantage à dédaigner. Pour s’assurer ces deux choses, il faut que le pâturage de la mère soit à sa portée, suffisamment abondant, et qu’on puisse le changer au besoin. C’est toujours une mauvaise spéculation que de surcharger un pâturage ; mais cela est surtout vrai lorsqu’il s’agit de vaches à lait. C’est un fait parfaitement {trouvé, qu’une vache bien nourrie donne au moins le double plus de lait qu’une vache qui souffre faute d’un pâturage suffisant. Toutes les fois que cela est possible, il faut que les vaches demeurent jour et nuit dans l’enclos du pâturage; mais quand l’automne s’avance , et que le tems commence à être pluvieux, il faut les mettre sous les hangars, et les nourrir à la paille, jusqu’à dix jours avant le tems du part. Alors, il convient de leur donner du foin , et de tems en tems des turneps, jusqu’aux herbes. De cette manière, les vaches seront toujours en bon état, et la quantité de leur lait sera considérable. Il paroît extraordinaire qu’un veau que l’on sèvre très-jeune , profite davantage que celui qu’on laisse librement teter sa mère ; cependant , l’expérience de plusieurs éleveurs le I ÜDUCATIOH 260 prouve. Lors même que la re'ussite des veaux seroit égale dans les deux cas, il faudrait préférer de faire boire le lait plutôt que de laisser teter. i.° La quantité de lait qu’on lui donne peut se proportionner exactement à l’appétit et à la force de l’animal. 2. 0 On peut faire pâturer le veau dans le même enclos que la vache, sans qu’il la tourmente. 5.° Il n’est pas nécessaire de faire cheminer la vache d’une partie de la ferme dans une autre pour allaiter son veau. 4.° Il devient extrêmement difficile de sevrer les veaux que l’on a laissé teter leur mère pendant un certain tems : l’usage d’une muzelière a plusieurs inconvénicns pour eux et pour la mère. Enfin , il arrive souvent qu’une vache qui a etc tetée par son veau, refuse son lait, quand on veut la traire ; en sorte que soit par cette raison , soit parce qu’il arrive quelquefois que le veau périt jeune, la vache perd son lait tout- à-fait. •*!■' ' Dès que la vache a léché le veau nouveau-né, il faut le lui ôter, et le cacher soigneusement à sa vue. Quelques heures après sa naissance, il faut lui donner un peu de lait chaud de la Vache. On le fait boire, en mettant la main dans le bassin qui contient le lait, et en lui donnant un doigt à sucer. En moins de dix jours, le veau vient à boire librement, sans BU GROS bétail: 261 qu’il soit besoin de cet expédient. II faut le nourrir un mois au moins avec le lait chaud de la mère , en lui en donnant trois fois le jour: la quantité doit être déterminée par la grosseur et l’appétit du veau..Dans les six semaines suivantes , Je veau doit être nourri de lait écréme'. On diminue ensuite la quanlité.de celui-ci, en le remplaçant par de l’eau , à mesure que le veau apprend à manger l’herbe. , Pour Ja facilité de l’opération , il faut renfermer d’une palissade un petit espace, dans le coin du pâturage où sont les vaches; et l’on y met successivement les veaux pour leur donner leur lait : cet expédient évite la peine de faire rentrer les vaches sous les hangars pour les traire , ce qui diminue la quantité de lait, pour peu que la distance à parcourir soit considérable. / Ainsi préparés , les veaux prospèrent merveilleusement à l’herbe , pendant le reste de la saison. Dès que l’herbe diminue et que les nuits s’allongent, il faut nourrir les veaux avec du foin tendre , et des turneps, si l’on peut s’en procurer : les feuilles des turneps suffisent ; et si l’on nourrit d’autres bêtes aux turneps , il est facile de réserver l’herbe pour les veaux. À mesure que les froids de l’hiver détruisent les feuilles, les veaux se renforcent et apprennent . 262 ÉDUCATION à manger la racine même : on peut «lors les priver d’eau complètement. Si le fermier ne met pas les veaux sous des hangars, il doit du moins avoir soin que l’étable où ds sont, soit suffisamment aérée : rien ne leur nuit davantage que d’èlre prives de la circulation de l’air , et d’être tenus trop chaudement. Il est egalement necessaire de les maintenir propres et bien au sec. Il est très-important à leur re'ussite qu’ils soient abondamment nourris pendant la première année : leur grosseur en dépendra en grande partie dans la suite, ainsi que la facilité de les maintenir en bon état. Il faut châtrer les veaux aussi jeunes qu’il est possible ; mais comme il faut réserver un certain nombre de taureaux pour avoir du choix dans le remplacement du mâle du troupeau , et que l’on ne peut bien juger de la tournure que prend l’animal qu’au bout d’un an entier, l’éleveur gardera quelques veaux de la plus belle venue , et châtrera le reste. Il est impossible de déterminer précisément l’âge auquel il convient le mieux de vendre les bêtes au boucher : cela dépend nécessairement de plusieurs circonstances , et le fermier en est le meilleur juge; mais lorsque les veaux ont été très-bien nourris, c’est ordinal- DU GROS BÉTAIL. 265 rement à un an qu’ils donnent le plus de profit. JI peut être aussi fort avantageux de les garder jusqu’en automne lorsqu’on a des pâturages convenables à leur donner pendant le courant de l’été. Toutes les fois que le fermier n’a pas une grande abondance de fourrages , et des ressources suffisantes de pâturages pour l’hiver, il faut qu’il dispose de la quantité des bestiaux qui se trouve surabondante, avant que l’hiver commence. Le mieux est de ne point laisser sortir les bestiaux de la cour où on leur donne la paille et les turneps, jusqu’à ce que les pâturages soient très-suffisans , c’est-à-dire, jusque vers le 10 de mai. En suivant celle méthode, au lieu d’avoir beaucoup de bêtes maigres et de mauvaise chair que les bouchers rebutent, le fermier a de beaux animaux que le boucher recherche. Les pâturages ménagés jusqu’au 10 de mai, seront capables de nourrir pendant toute la saison un beaucoup plus grand nombre de bestiaux. D’ailleurs, dans les terres argileuses, les bestiaux font beaucoup de mal, pendant le pâturage d’hiver, en pétrissant le terrain , surtout s’il s’agit de prés nouvellement établis. Si le fermier trouve qu’il n’a pas assez de bestiaux pour ses ressources d’hivernage, il 1 5264 ÉDUCATION peut toujours en acheter ; mais ce qui importe à son profit, c’est de faire manger ses pâturages très-raz en automne, et d’en ôter les bêtes pendant l’hiver. L’herbe que les bestiaux broutent sur les près pendant la saison froide, est peu nourrissante, si on la compare à l’herbe que les bêtes pâturent pendant le printems , l’été et l’automne : il y a donc e’videmment une perte lorsque l’on fait manger en hiver, l’herbe qui auroit pu être consommée pendant l’automne. Quand les ressources d’une ferme y suffisent, le mieux est assurément, de ne vendre les bestiaux qu’à dix-huit ou vingt mois ; parce que les jeunes bêtes qui ont été bien nourries pendant la première année, se maintiennent en bon état jusqu’à cet âge , lors même que leur pâturage d’été est médiocre. Mais si un fermier veut engraisser à fond les bestiaux qu’il élève, il faut, non-seulement qu’il ail une grande étendue de terrain, mais encore que sa ferme contienne des terres de natures diverses. Les pâturages marécageux , et de mauvaise qualité , suffisent pleinement aux jeunes bêtes, que l’on veut garder jusqu’à trois ou quatre ans : lorsqu’cnsuite on donne à ces animaux un pâturage de meilleure qualité, ils prospèrent rapidement. Les profils d’un fer- DU GROS bAtatd. ^65 mier éleveur et engraiss.eur qui exploite une grande ferme sont proportionnellement plus considérables que ceux d’un petit fermier; mais il faut toujours se souvenir que son terrain doit être dans le meilleur état possible, pour que ses profits soient ce qu’ils peuvent être. Les bêtes à cornes peuvent être élevées jusqu’à l’âge d’un an ou deux , sur les terrains les plus médiocres; mais pour engraisser complètement les bestiaux , il faut des terres fertiles. Je vais donner maintenant quelques directions sur la manière de nourrir les bestiaux jusqu’au moment oit on les livre au boucher. Dans le second hiver, il faut les retirer dans des étables ou sous des hangars, aussitôt que l’herbe commence à manquer dans les pâturages. Il faut les nourrir avec des turneps et de la bonne paille , ce qui les fait prospérer très-bien , si les soins sont convenables. Lorsque les turneps sont achevés, et que les pâturages sont encore trop foibles, il faut nourrir les bêtes avec du foin de bonne qualité : il est très-important de les maintenir en bon état, pendant cet intervalle critique. Une suffisante provision de foin est un objet essentiel à la réussite d’un engraisseur; car lorsque les>tur- neps sont consommés, le défaut de foin se fait sentir de la manière la plus fâcheuse : oa 266 ÉDUCATION sait que la paille est line triste nourriture à substituer aux turneps. 11 est impossible d’avoir beaucoup de ceux-ci, sans une grande étendue de terrain soumise à la charrue : or cela ne convient point à l'éleveur et à l’engraisseur ; et il ne doit avoir en turneps que ce qui peut lui assurer de ces racines en suffisance pour l’hiver. Dans les grandes fermes, où il y a jusqu’à trente vaches, on ne peut guères s’attendre que le fermier ait des hangars ou des étables pour le nombre de bêtes que suppose un pareil fonds : il faut donc qu’une partie des bestiaux passe l’hiver en plein air ; mais il est très-important que les vaches portières et les veaux , soient sous des hangars ou dans des étables fermées , pendant toute la mauvaise saison. Plus on nourrit de bêtes à couvert, et plus on fait d’engrais, à consommation de nourriture égale : or la quantité des engrais est un objet de la plus haute importance. Les bestiaux qu’on est obligé de laisser en plein air doivent être renfermés dans des pâturages ou champs, bien secs , et le moins exposés qu’il se peut aux vents froids et violens. II faut leur porter les turneps , avec les chariots , deux fois le jour, et étendre ces racines tantôt à une place et tantôt à une autre, en faisant suc- BU ©ROS Bl'.TAlL. 267 cessivemenl le tour de la pièce pour la fumer egalement. Lors même que l’on a des turneps en grande abondance, il convient de donner de la paille une fois le jour , pour que les bestiaux conservent leur appétit. La quantité' de la paille doit être augmentée ou diminuée selon l’abondance des turneps. Quand ceux-ci sont tous mangés , ou qu’ils se gâtent, on peut tenir les bestiaux à la paille seule , jusqu’au moment où l’herbe a suffisamment poussé. Le foin seroit meilleur sans doute; mais, si l’on n’en a pas en abondance , il vaut mieux n’en donner qu’aux vaches et aux veaux , parce qu’ils ne doivent brouter l’herbe qu’au 10 mai, pourle plus tôt. Au troisième été, il convient que le pâturage qu’on donne aux bestiaux soit meilleur que celui de l’année précédente; et si on les y met déjà en bon état, on les trouvera presque complètement gras en automne. Comme il importe qu’ils ne reperdent pas en hiver, et qu’aucune nourriture connue n’est aussi économique que les turneps , il faut leur en donner abondamment pendant tout l’hiver, avec une affburée de foin chaque jour. Dans le quatrième été, il faut mettre les bêtes aux meilleurs pâturages de la ferme, sn les faisant passer de l’un à l’autre, de manière qu’elles aient toujours de l’herbe fraîche à t 268 ÉDUCATION eu GROS BÉTAID. brouter. En un mot, le grand art d’élever des bestiaux et de les engraisser pour le boucher, c’est de les maintenir en bon e'tat pendant les deux premières années , sans leur permettre ensuite de demeurer stationnaires , ou de faire un pas rétrograde. Il vaut mieux que les bestiaux gagnent -d’une manière égale et lente , que de les avoir trop gras pendant une partie de l’année pour les laisser maigrir ensuite. Il est très-difficile de faire prendre la graisse aux bestiaux qui ont été ainsi conduits sans jugement et sans règle. Le -moment de l’année où il faut y faire le plus d’attention , c’est l’intervalle entre le moment où les turneps sont finis, et celui où l’herbe commence. Je crois inutile de dire que les bestiaux , quel que soit leur âge, doivent toujours avoir de l’eau en abondance et de bonne qualité , dans l’enceinte de leur pâturage. Mais cela est particulièrement nécessaire pour les bestiaux gras , car rien ne leur fait autant de tort que d’être obligés d’aller et de venir pour chercher l’eau. Tout engraisseur doit prendre le moment où son bétail est parfaitement gras , pour le vendre : il doit même vendre toutes les fois qu’on lui offre un bon prix , lors même que les animaux n’ont pas acquis toute la graisse qu’ils peuvent prendre. 2^9 Bestiaux du Devonshire. Tiré de l’ouvrage de Marshall , intitulé : Rural œoonorny ofthe West of England. plusieurs e'gards , la race des bêtes à cornes du Devonshire est la plus belle de l’Angleterre. A considérer les cornes comme le caractère de là race, elle tient le milieu entre les très-*- grandes et les très-petites. Un grand nombre d’individus de cette race ressemblent si parfaitement à ceux du Herefordshire, pour la forme, la couleur et les cornes, qu’on ne peut pas les distinguer : les seules différences un peu sensibles, c’est quelque infériorité en grosseur, et une tête plus petite. Les bêtes à cornes du Devonshire ressemblent aussi à celles de Sussex; mais elles ont beaucoup plus de symétrie dans leur construction; elles ont l’avant-main plus léger et les os moins gros. Les bêtes du Devonshire ressemblent singulièrement , pour la couleur, les cornes, la symétrie des formes aux plus belles bêtes de Norfolk, mais elles sont beaucoup plus grosses : elles tiennent le milieu, pour la taille, entre celles du Herefordshire, et celles de Norfolk, v 27 ° BESTIAUX se rapprochant cependant plus des premières. Enfin, elles ont des rapports avec les races de Glocestershire, et de la partie méridionale de la principauté' de Galles. Je me figure que ces différentes races soitent delà même souche. A la couleur près, celle de Devonshire ressemble parfaitement aux vaches sauvages du parc de Chilling-ham, en Northum- berland; et jejugerois que toutes ces différentes variétés résultantes du climat, du sol et des soins, proviennent originairement de la race native de l’Angleterre, qui autrefois habitoit les bois de notre Isle, comme le buffle habite les forêts de l’Amérique. Les races noires des montagnes d’Ecosse et de Galles me semblent évidemment appartenir à la même origine que celle du Devonshire dont il est ici question : elles n’en diffèrent absolument que par la couleur. On sait que la race à petites cornes a été apportée du Continent, et il est extrêmement probable que la race à longues cornes est originaire d’Irlande. Il y a des différences assez marquées, soit pour la grandeur, soit pour les formes, entre les divers individus des différens cantons du Devonshire. Les plus belles bêtes sont celles de la partie septentrionale : elles approchent beaucoup de la perfection. Pour la travail, les DU DEVONSHIUE. 27J.' bœufs sont un peu trop petits; mais ils sont vifs et forts : ce sont les meilleurs travailleurs que j’aie jamais vus, sans aucune comparaison. Si cette race est susceptible d’acquérir un nouveau degré de perfection sur l’article du travail, on l’obtiendra en choisissant les plus gros individus du pays, pour les croiser avec les plus légers du Hcrefordshire. Pour la laiterie les vaches sont bonnes, sans être parfaites, mais pour l’engrais, la race est admirable. ^ Dans la partie de l’ouest, la race des bêtes à cornes est plus petite, et inférieure sous tous les rapports Da ns le West-Devonshire, la partie de l’éducation des veaux n’est point suivie, comme dans les districts du nord. Lorsqu’un beau veau montre quelque disposition à prendre la graisse, on le destine toujours au boucher; et pour cela, on le laisse paître à côté de sa mère, sans le sevrer, jusqu’à un an, comme on le fait en Norfolk. A un an , on le tue gras. Si la disposition à la graisse ne se manifeste qu’à deux ans, c’est à deux ans qu’on l’engraisse, quel que beau que l’animal puisse être d’ailleurs pour l’élever. Il arrive de là que les individus qui parviennent à toute leur grosseur n’ont décidément aucune disposition BESTIAUX 273 à la graisse; or, cette constitution se propage d’une génération à l’autre. 11 faut que la race soit aussi essentiellement bonne, pour être encore ce qu’elle est, malgré cette conduite absurde. On ne peut pas dire que le Devonshire soit un pays où l’on engraisse de beau bétail ; cependant j’ai vu quelques individus engraissés par des gens qui avoient l’ambition de montrer leur-habileté dans ce genre, et ces bestiaux prouvoient que la race est en effet susceptible de prendre merveilleusementla graisse, si l’on mettoit un peu plus de soin à cette industrie. On est dans l’usage de saigner les bœufs avant de les assommer. Un habile boucher m’en a donné pour raison, que la viande étoit plus belle, mais surtout qu’elle se con- servoit mieux pendant les chaleurs, chose très- importante. Il y a dans les procédés de la laiterie, dans le pays, une circonstance qui m’a paru neuve, c’est que l’on fait crèmer le lait, à l’aide du feu. Après avoir laissé le lait en dépôt pendant quelques heures dans dés vases plats, on met cetrx-ci sur un feu doux : ordinairement c’est sur le charbon et quelquefois sur un fourneau fait exprès. On laisse échauffer le lait jusqu’à ce DU DEVONS H IRE. ' 275 ce que la chaleur approche de l’ébullition : le juste point à saisir est le moment oh l’on voit se former des vésicules à la surface de la crème. Si l’ébullition commence, la crème est gâtée. Lorsqu’on a ôté le vase, la crème reste sur le luit, jusqu’au moment de la prendre pour faire le beurre. Le lait est parfaitement dépourvu de crème par l’opération, jusqu’à devenir bleu. La crème ne se bat point dans une baratte pour en faire du beurre , on la met dans un bassin , et on l’agile par un mouvement circulaire, jusqm’à ce que le beurre se forme. Il est possible; que cet usage .remonte au teins où les forêts couvroient Je pays. Chaque propriétaire n’avoit ajors qu’une ou deux vaches, et se servoit pour faire le beurre du procédé le plus abrégé,' le plus simple, et qui préservoit le plus sûrement la crème et le lait contre l’inconvénient de s’aigrir, jusqu’au moment où l’on en avoitune suffisante quantité pour faire le beurre. Mais aujourd’hui cette pratique est mauvaise. Il arrive souvent que par impatience , ou défaut de soin , on laisse boullir le lait, et que la crème se perd dans le feu , ou n’est plus bonne à faire Je beurre. Dans la partie de l’est qui fournit maintenant. Tome 7. S 2y4 BESTIAUX DU DEVONSHIItE. du beurre au marche de Londres, l’usage ancien de chauffer la crème a cède’ à la pratique commune, et le beurre est certainement meilleur, parce que l’autre a quelquefois un goût de fumée et n’a pas une consistance parfaitement homogène. De la comparaison des deux méthodes de nourrir pendant l’été au pâturage, ou a l’étable, le bétail qu’on veut engraisser pendant l’hiver. Essays and notes on husbandry and rural affaira* Par J. B. Bordley de Philadelphie. J’ai déjà donné quelques indications sur une manière nouvelle et plus économique de nourrir le bétail. Je vais rassembler ici les directions les plus nécessaires pour cette exploitation. L’objet est important, et réclame toute l’attention des fermiers qui ont envie de bien cultiver. On élève quelquefois les bestiaux sur les fermes, mais le plus souvent on les achète des marchands, pour les mettre à l’engrais, après les avoir fait pâturer pendant l’été. Dans le Maryland , les bestiaux pâturent NOURPlITURE DU BlîTATIii Î275 environ six mois , et sont nourris aussi long- tems dans les étables au foin et à la paille. Les fermiers ne pensent jamais à se procurer un supplément de nourriture verte. Ils en éprouveroient un très-grand avantage ; parce que les bestiaux nourris de celte manière prennent la graisse avec plus de facilité. On dit, qu’en Angleterre, la moyenne de l’étendue de pâturage employée à nourrir une vache est d’un acre et un tiers. Mais dans ce pays-là , on fait les pâturages avec beaucoup de soin , en y semant des graminées vivaces apres que le terrain a été soumis à la charrue un certain nombre d’années, produisant alternativement des récoltes améliorantes ét épuisantes , et recevant des fumures de tems en tems. Pendant la durée de l’herbe , on maintient le pré parfaitement propre. On le fait pâturer dix, quinze, ou peut-être vingt ans de suite. Le fumier du bétail tombe sur la prairie, et y fait certainement un peu de bien 1 ; niais cette amélioration est peu de chose , et le piétinement du bétail en tout tems-;' rés- scrre le terrain, et nuit à la végétation. Cependant l’avantage d’être exempt pendant un grand nombre d’années de l’épuisement qui résulte des récoltes de grains, suffit à opérer une amé-; lioralion sensible dans le terrain. NOURRITURE 276 Nous sommes loin d’avoir les mêmes avantages en Amérique pour les terrains où nous faisons pâturer le gros bétail. Ce sont ordinairement des champs qui , pendant plusieurs années ont été soumis à des récoltes épuisantes, sans le secours d’aucun engrais. Ces champs ont été ensuite abandonnés à eux-mêmes; et il 11’v vient qu’une herbe rare et de mauvaise qualité. C’est là ce que nos fermiers appellent des pâturages. Ils y mettent pêle-mêle , les ^chevaux , les bœufs , les vaches et les brebis. C’est même beaucoup si l’on ne laisse pas ce bétail pendant l’hiver dans de tels pâturages. Le terrain,•est tellement pétri , et battu par le .piétinement des animaux , que l’herbe peut à .peine pousser. Au bout de quelques années on reprend les récoltes de grains, et l’on persévère dans ce système d’épuisement. La légère .addition d’engrais qui résulte du fumier des .animaux pâturans , est bien peu de chose pour •rpparer le mal qui résulte du piétinement, et du ç retour fréquent des récoltes céréales. La .méthode de nourrir à l’étable est en opposition .avec le système du pâturage. La pratique de nourrir à l’étable est générale en Flandres , et gagne annuellement en Allemagne et en Angleterre. Comparons les avantages des deux méthodes. DU BÉTAIL. 277 Un bon pâturage artificiel entretient le gros bétail pendant six mois, à raison d’un acre et un tiers par bête. Un mauvais pâturage naturel entretient une tête de bétail sur deux acres pendant le même tems. Le travail ou les soins qu’exige le bétail sont peu de chose. Le bétail répand lui-même le fumier , en sorte que les charriages sont évités. Les désavantages sont les suivans : t.” Le terrain est battu dans la sécheresse, et pétri dans les tems humides. 2. 0 Le fumier dispersé, et répandu peu à peu en petite quantité se dessèche à mesure et fait très-peu'd’elfet. 5.° On est obligé d’établir des divisions dans les pâturages, ce qui est coûteux. 4.° Il faut faire aller et venir les bestiaux de l’étable à la pâture , et de la pâture à l’étable, ce qui ne peut avoir lieu sans exposer les animaux à des accnlens. Lorsqu’on nourrit à l’étable on n’est point obligé de renfermer ou diviser ses pâturages. Un acre de pré suffit à quatre bêtes faites, pendant six mois. 2.“ Elles font plus de fumier, lequel est ensuite transporté sur les terres dans les meilleurs tems et avec plus de profil. 5." Le terrain n’étant point battu, la végétation est plus active. 4.° Les chevaux et les boeufs sont toujours sous la main au moment où l’on en a besoin , et sans perle de tems ; cl les bestiaux N. ) NOTTRRITDRE £78 conservent un beau poil , et se maintiennent en chair à moindres frais. Si l’on objecte que dans les saisons très-pluvieuses ou très-sèches, les pre's ne donnent que des re'coltes difficiles à exploiter ou très- me’diocres ; et que, dans ces années-là, il est plus convenable de faire pâturer le be'tail que de le nourrir à l’e’table , je réponds qu’on doit avoir d’autres moyens de pourvoir à la nourriture des bestiaux. Dans les villes, nous voyons nourrir les chevaux et les vaches au sec toute l’année , sans que ces animaux en souffrent. Il faut donc compter sur des saisons peu favorables, et avoir d’avance une provision de foin qui réponde à tous les cas : un bon fermier a toujours une provision de vieux foin. Supposons que deux cultivateurs voisins l’un de l’autre, aient chacun trente-deux bêtes faites, à nourrir: l’un nourrit à l’étable, et l’autre fait paître son bétail. Trente-deux bêtes au pâturage médiocre ou mauvais, à raison de deux acres par bête.64 acres. Trente-deux bêtes nourries à l’étable, à raison d’un acre pour quatre bêtes.. 8 acres. Il y aura un gain de cinquante-six acres DU BfiTAID. DU BF.TAID. 279 pour le dernier; et cette étendue de terrain pourroit nourrir deux cent vingt-quatre lûtes de bétail. Ou bien ce même terrain donneront cent quarante charretées de foin, c’est-à-dire, pour la valeur de i4oo dollars. Les rapports publies en Angleterre font monter à cinq têtej de gros bétail , le nombre des individus nourris par un acre de trèfle transporte à l’étable. Il résulté des observations de Mr. Wynn Baker, qu’un acre de trèfle main- tenoit cinq bêtes faites, tandis que dans les mêmes terrains , un de ses fermiers employoit six acres pour entretenir cinq bêtes en les faisant pâturer. Il ajoute à cela que son bétail etoit en meilleur e'tat que celui de son fermier. La grande objection des fermiers contre la méthode de nourrir à l’étable, c’est la peine : ils se récrient sur le grand travail et le tems nécessaires, pour faucher, transporter et distribuer les fourrages : or, les paresseux ne trouvent jamais le tems nécessaire pour les choses utiles. Un homme fait, et un jeune garçon, peuvent suffire au travail nécessaire pour nourrir à l’étable quarante à cinquante bêtes. Us fauchent le malin l’herbe nécessaire pour le soir , et ils fauchent le soir pour charrier le lendemain matin. Supposons que ce travail prenne trois 'N0TJH1UTUKE 280 heures le matin et trois le soir , il en reste encore six pour les autres travaux : il ne faut donc compter que la demi-journe'e des deux personnes, à la charge du soin des bestiaux. Supposons neanmoins, qu’il faille attribuer les deux tiers de l’entretien de ces deux domestiques , en ne comptant que trente-deux bêles à nourrir de cette manière, ce nombre de bestiaux donnera trois cent vingt voitures de hon fumier par an , c’est à-dire , au moins 3 oo dollars. O11 peut bien estimer à 4 o dollars l’avantage de ne point piétiner le terrain , d’épargner le tems qn’on perdroit à rassembler les bêtes chaque jour, et la chance des acci- dens. I,çs deux tiers du gage et de la dépenso d’un homme et d’un jeune garçon pour toute l’nnne'e, i 4 o dollars. Il résulte de ces rapprocbemens, une dilfe% rence annuelle de 1600 dollars à l’avantage de l’entretien à l’étable, sur une étendue de cinquante-six acres. Qui est-ce qui refusera 1600 dollars de plus par an , pour éviter de payer et de nourrir un homme et un jeune garçon de plus? D’ail-*- leurs, 11’est-il pas évident que lors même qu’on fait pâturer pendant l’été , il faut également deux domestiques pour soigner les animaux pendant l’hiver. Î1 fuudroit cire bien mauvais DU BÙTAlL. s8l calculateur, pour ne pas se rendre à l’évidence sur ce point, et pour se laisser vaguement effrayer de l’idée d’un surcroit d’embarras. O11 remarque que le bétail profite davantage de la nourriture lorsqu’on le tient attache, que lorsqu’on le lâche en liberté' dans les pâturages. On tient jusqu’aux moutons de cette manière. Le fameux Bakewell tenoit ses beliers favoris constamment atlache's , excepte' dans le tems de la monte, où on les lâchoit au pâturage avec les brebis. Soixante-quinze livres d’herbe se réduisent à environ dix-sept livres de foin sec ; mais il est très-possible qu’une moindre quantité' d’herbe suffît à rassasier un animal auquel il faudroit la quantité de foin qui répond à cette masse d’herbe fraîche (1). On dit que vingt-huit livres de trèlle sec et quatorze livres de paille hachée, suffisent à une vache pour vingt-quatre heures. Cela répond à soixante-quinze livres de trèfle vert, et fait par conséquent une grande économie de celui-ci. Mais, comme pendant l’été ( 1 ) Ce que l’auteur n’indique que comme une possibilité, a été démontré par des expériences directes en Suisse et en Allemagne : ce fait ajoute beaucoup à la force des raisonnemens de l’auteur en faveur de la nourriture en vert à l’étable, NOURRITURE 182 le trèfle est plus abondant que la paille, et que cette dernière est indispensable pour l’hiver , il vaut peut-être mieux donner quarante livres de trèfle, et environ huit livres de paille ; ce qui revient au même. L’animal rumine plus complètement et avec plus de profit lorsque le trèfle est mélange de paille ou de foin , que lorsqu’il est pur. Il faut que le domestique charge’ de couper le foin et de nourrir les animaux, sache au plus juste la quantité' qui est nécessaire, afin qu’il n’y ait pas de la perte. Si la quantité n’est pas suffisante , les bêtes souffrent : si l’on coupe trop de vert d’avance, il s’échauffe , et se gâte. Pour faire l’apprentissage de la quantité nécessaire , il convient que les domestiques mesurent combien de paniers ou de corbeilles se trouvent contenus dans la charrette ou le tombereau qui sert à transporter le trèfle : ils apprendront à juger ainsi peu à peu de la quantité journellement nécessaire. Quand il n’y auroit à cela , que l’avantage d’accoutumer les domestiques à l’ordre et à l’exactitude , ce seroit déjà un grand bien ; car c’est la base de tout succès. En supposant qu’on ait trente-deux bêtes à nourrir , et qu’on leur donne douze quintaux le matin et autant le soir ; en supposant encore qu’on coupe le trèfle quatre fois, huit acres DU BUTAIT,. 283 suffiront ; et la faux repass'era au bout de six semaines dans le même endroit fi). Ceux d’entre les États-Unis d’Amérique qui sont situes au sud de la Pensilvanie , ont beaucoup souffert de la culture du maïs et du tabac. Le maïs est cultive' en grand , et presque toujours sans fumier , et une grande partie des produits de cette plante, est employée à nourrir des nègres qui ne sont pas ne'cessaires. Le tabac est ordinairement bien fume' ; mais en revanche, les sarclages continuels font que le sol, réduit en poudre , est aisément enlevé par les vents et les pluies. Un autre grand inconvénient de la culture du tabac, c’est d’absorber tout le travail d’une ferme. On bâtit à grands frais des maisons pour les soins relatifs à cette plante ; tandis que l’on ne sait pas bâtir les étables qui seroient nécessaires au bétail, ni former les prairies qu’il faudroit pour son entretien. Il est cependant certain que plus on obtiendroit de fumier, et plus on cultiveroit le tabac avec avantage. Si les fermiers entendoient leurs (1) Cela peut être vrai pour l’Amérique, et encore dans certaines années privilégiées : il faut être favorisé par la saison, pour pouvoir couper le trèfle trois fois seulement. La luzerne nous offre bien plus de ressources pour nourrir en vert, et d’après mon expérience j’en recommande fortement l’usage. NOURRITURE 2$4 interets , ils seroient principalement occupes d’augmenter leur fourrage pour pouvoir entretenu: beaucoup de bétail, et le nourrir d’une manière convenable. La différence essentielle qu’il y a entre la manière de nourrir à l’etahle en Europe , et dans quelques cantons de la Pensilvanie , c’est que les Américains nourrissent uniquement au sec pendant l’hiver , tandis que les cultivateurs Européens donnent à leurs bestiaux des racines ou des breuvages qui modifient la nourriture sèche : les Anglois donnent des turneps , et les Allemands font boire le bétail au blanc. Il résulte de ces méthodes d'Europe, que le bétail s’entretient et s’engraisse beaucoup mieux; au lieu que chez nous les bestiaux sont sujets à avoir le cuir attaché au corps. .. Quant au choix des bêtes à engraisser, leur grosseur seroit une indication trompeuse. Nous autres Américains nous avons, engendrai, la manie des animaux de grande race, sans égard à leurs facultés à prendre la graisse , à leurs dispositions à s’entretenir aisément, à leur docilité, à leur force, etc. Les fermiers Anglois avoient autrefois la même manie ; mais les expériences répétées, ont prouvé qu’il convenoit de s’attacher aux races qui donnoient le plus, de profil net, sans égard pour leur taille. DU BÉTAIL. 285 La race de bêtes à cornes du Maryland , (qui est je crois la même que celle de Virginie,) est une race robuste, d’un entretien facile , aisée à conduire , susceptible d’un grand travail , dont les femelles sont bonnes laitières, et dont les individus soumis à l’engrais donnent une viande excellente et beaucoup de suif. La différence en taille qui résulte de la manière dont ces bêtes sont entretenues, est très-considérable, c’est-à-dire, qu’elles sont mesquines avec la manière ordinaire de les nourrir, mais qu’elles acquièrent un volume considérable , et offrent tous les avantages qu’on peut attendre d’une race de bestiaux, lorsque l’entretien est bon. Au nord de la Susquehanna, l’on a généralement adopté des races nouvelles apportées d’Europe , et estimées pour leur taille et d’autres qualités. Ces animaux ont les os gros, la côte plate , le corps profond, beaucoup de masse, et ont les quartiers de devant beaucoup plus fournis que ceux de derrière. Cela est surtout remarquable dans certaines races $ c’est une indication de la difficulté de nourrir et d’engraisser de tels animaux. D’ailleurs , leur viande est de qualité médiocre, et le poids de leurs os est trop considérable. L’ancienne race a à peu près autant NOURHITÜIVG a 86 de poids des quartiers de devant que de ceux de derrière ; et un bœuf du Maryland parvient aisément au poids de six à huit quintaux. Les fermiers sont très-sujets à augurer des bonnes et des mauvaises qualités du bétail , par la couleur. Je pense que c’est un préjugé. La couleur est une affaire de mode ; et il y a des cantons où l’on préfère le bétail rouge, d’autres le bétail noir, qu de différentes teintes. On appelle, en général, de bonnes vaches, celles qui donnent beaucoup de lait, mais cette règle même n’est pas certaine ; car la vache abondante en lait, peut être d’un tempérament délicat, ou difficile à nourrir; ou peut ne donner que du lait très-clair. On croit remarquer que le bétail blanc est d’une constitution moins robuste. J’étois dans l’usage d’hiverner, année commune, dans ma ferme de TVye } cent soixante- dix têtes de gros bétail, de diverses couleurs, mais surtout des bêles rouges ou brunes. En 1774, je commençai à croiser cette race avec une race Angloise plus petite , mais bien conformée, et remarquable par le peu de volume de ses os. Les animaux de cette race croisée se trouvèrent en général rouges , avec un peu de blanc sur les épaules, le dos, et les cuisses. Ces croisemens me firent gagner, quant à la DU BÉTAIL. 287 quantité fie lait des vaches, et quant à la douceur des animaux. En t775, je commençai à employer mon fameux taureau Horace, provenant lui-même d’un taureau amené d’Angleterre. Larace gagna encore par ce me'lange, soit en douceur, soit e» force, soit en qualité’ de viande, soit en poids des animaux, soit en abondance de lait. Mes bœufs e’ioient aussi dociles qu’ils e'toient forts. Ce fameux Horace, étoit, comme son père, d’un poil blanc sur une peau jaune, avec le nez brun et les oreilles de même. f I En ge'ne'ral , les bouchers engagent les fermiers à choisir les grosses races qui font des animaux très-massifs, mais dont les os sont e'normes. Dans ces animaux, les quartiers de devant sont plus lourds que ceux de derrière, à cause des fortes dimensions des côtes. Ceux qui élèvent le bétail, trouvent une bien grande différçnce dans la quantité de nourriture nécessaire aux races à petits os et aux races à gros os; et les consommateurs, s’ils y prennent garde , font une grande économie en préférant la viande des bêtes à petits os: celle-ci est aussi d’une qualité supérieure. On peut donner pour règle générale aux cultivateurs, d’éviter les trop grosses et les NOURRITURE 288 trop petites races, pour tous les animaux. Les énormes chevaux , à gros os, sont une de'pense inutile dans une ferme : et les bœufs construits de la même manière , coûtent aussi proportionnellement beaucoup plus qu’il ne le fau- droit. Il faut aussi re'pe’ter aux fermiers que quelles que soient la qualité’, et la quantité de fourrage que l’on donne pendant l’été à des vaches qui ont été mal biverne'es, on ne peut point en obtenir une pleine rente. J’appelle des vaches mal biverne'es, celles qu’on a nourries avec de la paille, ou avec des feuilles sèches de maïs. Il faudroit imiter les Anglois , qui leur donnent des turneps, des pommes de terre, des rutabaga , et en general, une nourriture verte et succulente ; il faudroit les faire boire au blanc pour corriger l’influence de la nourriture sèche, jusqu’au tems où les bestiaux peuvent se nourrir pleinement au pâturage, c’est-à-dire , jusqu’au mois de mai. * ‘ Le sel est une chose admirable pour tous les bestiaux quelconques : il entretient leur santé', et fait que les alimens dont ils se nourrissent se digèrent mieux , et leur sont plus profitables. On dit aussi que Je sel augmente la quantité, et améliore la qualité des laines. L’usage du sel i 5 DU BBTATE. 289 sel est tout aussi profitable aux chevaux qu’aux bêtes à cornes (1). Porcs. Il y a eu à Rhode - island un cochon qui pesoit envie 824 livres, 71 5 lorsqu’il fut tue' et vide pour le marche. Cet animal avoit-il été nourri et engraissé à moins de frais qu’il n’en auroit fallu pour engraisser quatre cochons de 180 livres? Je demande où est l’avantage d’accumuler la graisse sur le même animal, au lieu d’avoir trois ou quatre cochons de meilleure qualité ? J’ai éprouvé que le croisement de la race Américaine avec la race Chinoise donne des animaux robustes, et de bon entretien , qui pèsent de 160 à 200 livres, lorsqu’ils sont gras. Leur viande est d’un grain serré , et d’un très-bon goût. J’ai tué treize cochons de cette race, appartenant à une même portée, et parvenus à l’âge de dix-huit mois : ces treize animaux ont pesé 2700 livres. Les fermiers de la Pensilvanie prétendent (î) Le sel peut contribuer indirectement à l’augmentation du poids des toisons, en maintenant les bêtes en bonne santé, circonstance indispensable pour que les laines soient abondantes: quant à l’influence directe du sel sur la qualité des laines, c’est une erreur. Tome 7. T SgO NOURRITU-RT! que leurs ouvriers sont plus promptement rassasies, lorsqu’on leur fait manger du lard provenant des cochons de très-grosse race j et cela leur suffit pour préférer ceux-ci. La portée moyenne des truies est de sept, et on peut compter sur une réussite de cinq. U faut quatre mois pour engraisser un cochon j et l’on peut calculer que soixante-dix cochons à l’engrais, donnent dans les quatre mois , cent charrettes de fuuiier. Dans le Maryland, on les engraisse avec du ouïs donné en épi : deux mois suffisent pour les engraisser de cette manière, et l’on compte qu’un cochon consomme sept à huit bushels de maïs pour s’engraisser : il n’v a aucune nourriture qui donne plus de consistance au lard. Il est d’urie bonne économie de les parquer dès le premier d’octobre, pour les engraisser. Plus la saison est douce , et mieux ils prospèrent. Je ne sache pas qu’on leur donne du sel. Je voudrois qu’ils eussent toujours du sel à portée d’eux pour en prendre s’il leur convenoit. Il arrive quelquefois que les truies mangent leurs petits, quoiqu’elles aient de la nourriture en abondance : je ne sais en imaginer aucune autre raison que le besoin d’assaisonner d’une saveur plus forte, les nourritures végétales dont on les fatigue. r DU BÉTAIL. 291 De la culture du maïs et des pommes de terre, considérés comme récoltes préparatoires , et comme substances propres à engraisser le bétail. Lorsqu'on estime et compare les substances destinées à engraisser le bétail, il faut prendre eu considération sérieuse la dépensé de la culture de ces productions, et l’état dans lequel' elles laissent le terrain. Lorsqu’on sème des pommes de terre en fumant, en répétant les cultures à la houe , et en les arrachant, on laisse le terrain parfaitement bien prépare' pour les récoltes qui suivent ; surtout si l’on y met de l’orge ou du trèfle au printems. II ne convient pas de faire succéder le blé aux pommes de terre, parce qu’il faudroit Je semer trop tard. II paroît juste de répartir sur les pommes de terre, et la récolte suivante, les frais et le travail que ces racines exigent. La culture nécessaire aux pommes de terre est également nécessaire à l’orge, et cette dernière en partage le profil: il faut donc additionner les valeurs de ces deux récoltes ; puis les charger de leur portion des frais. La culture du maïs laisse également la terre très-nette, pour recevoir le froment qui succède 5 en général, cependant, cette culture ags îsrounRiTunE de maïs ne prépare pas le terrain aussi bien ■que celle des pommes de terre. On ne fume le maïs que peu , ou point : lorsqu’on y met du fumier, il est tout par places à l’entour des liges. Cependant il faut egalement, dans ce cas , imputer en partie à la récolte du blé les dépenses faites pour la récolte du maïs. Si l’on fume le maïs, il vaut mieux ne pas lui faire succéder le blé. Il faut fumer de nouveau au printems, pour semer de l’orge et du trèfle. On mettra du blé en remplacement du trèfle. La culture de dix acres de pommes de terre peut coûter 56 dollars ; et cette culture prépare le terrain à une récolte d’orge qui suivra les pommes de terre. Quelle partie des 56 dollars faut-il imputer à chacune des deux récoltes? Il faut estimer séparément la valeur de l’une et de l’autre. Les pommes de terre rendent mille sept cents bushels de tubercules qui valent 2,55 dollars (x). L’orge qui suivra pourra rendre trois cents bushels , c’est-à-dire, 180 dollars. Les deux récoltes ensemble auront donc rendu 435 dollars. Il y aura donc , pour établir la proportion juste , 21 dollars à imputer en dé- (r) Il faut remarquer que ce prix, qui fait revenir les pommes de terre à environ 24 sols le quintal, es! singulièrement bas. f v. i>tr bktaitj. 295 pense aux pommes de terre , et i5 dollars à ■l’orge. Il en est de même du maïs. Cinquante acres •de cette plante, rendent 3y5 dollars. La récolté suivante en blé, sur le même terrain, rend pour 600 dollars : ainsi, si la dépense de ces cinquante acres de maïs s’élève à a5o dollars, il faudra en imputer 96 au maïs, et i53 au blé. Si l’on applique également les pommes de terre et le maïs à l’engrais des codions, on trouvera un avantage marqué en Faveur des pommes de terre. Il ne me seroit pas difficile de prouver par le calcul, qu’il y a à gagner environ 2 dollars par chaque cochon, à employer les pommes de terre plutôt que le maïs, dans l’engrais de ces animaux. Il n’est pas douteux que l’agriculture se perfectionnera en Amérique, comme elle se perfectionne maintenant en Europe ; et qu’au lieu d’épuiser nos terres sans jugement et sans prévoyance par l’éternelle répétition des récoltes céréales , nous viendrons à établir des assole- mens réglés, dans lesquels la terre obtiendra par les récoltes améliorantes, la restitution des sucs prodigués aux récoltes épuisantes. Les améliorations pénétreront probablement dans les Etats-Unis d’Amérique , par l’exemple des marins, des militaires, des hommes d’église^ 2g4 K OTJRBITURE des médecins , et en général, des hommes qui n’ont pas h s préjugés de nos cultivateurs j préjugés qui se transmettent de générations en générations. Les cultivateurs les plus soigneux, porteront d’abord leur attention avec interet sur les pratiques nouvelles ; et ils se garderont bien ne'anmoins, d’imiter promptement ; car ce seroit s’accuser eux-mêmes d’avoir ignoré ce qu’ils dévoient savoir. Mais au bout d’un certain tems, ils commenceront à adopter les usages , dont l’utilité leur sera bien démontrée. Ils y feront quelques changemens de nulle importance , et ils viendront à croire que c’est eux-mêmes qui ont inventé la chose, et s’excuseront à leurs propres yeux de jouer le rôle d’imitateurs. Clôtures. Soit que le domaine qu’on exploite, se trouve abondamment pourvu de bois, ou qu’il en manque , il faut s’occuper de planter le plus tôt possible, des haies vives. L’homme qui entreprend de pareils travaux, a la satisfaction de penser, qu’ils augmenteront de beaucoup la valeur de son domaine pour scs successeurs. C’est un grand inconvénient pour tout cultivateur , que de manquer de bois. Il peut se demander comment il s’y prendra pour elorre DIT BliTAIX,. 2g5 ses possessions , lorsqu’au bout de quelques années, les bois viendront à lui manquer. On s’occupe, enge'ne'ral, trop peu de former des plantations. Beaucoup de gens sont détournes de cette exploitation , par l’idée qu’ils ne jouiront pas du fruit de leurs travaux. D’autres ajournent d’année en année l’exécution des plantations qu’ils ont projetlées , faute d’avoir un plan arrêté. Mais qu’importe le plan? L’es-, sentiel c’est de planter, fût-ce sur un plan vicieux ou imparfait. PI usieurs agriculteurs du comté de Kent en Maryland, avoient essayé une nouvelle manière de clorre, qui avoit le mérite d’économiser les bois. Ilsformoientune muraille avec de la terre, ou une espèce de parapet revêtu de gazon sur les deux pentes, et sans fossé. On dit que cette clôture se fait plus promptement qu’on ne pourvoit construire des clôtures avec des troncs d’arbres, placés bout à bout. Mais on n’a pas tardé à abandonner cette manière de clorre en parapets. Les chevaux coupoienl le gazon avec leurs pieds; les sécheresses tuoient l’herbe, et les parapets s’écrouloient. On a ensuite essaye les palissades grossièrement façonnées en remplacement des troncs d’arbres. Mais, quoique ces palissades soient en chêne, elles ne durent que quelques années, et ou est obligé de t ei» / ®g6 NOURRITURE parer continuelleinem. J’avois moi-même essayé cette manière de clorre en palissades ; mais voyant combien l’entretien en e'toit coûteux , je résolus d’en venir à la manière adoptée en Europe, savoir , les fossés et les haies. On a recommandé plusieurs espèces de plantes pour les haies. On préfère celles qui ont les feuilles plus petites , parce que le bétail en est moins attiré. On recherché les plantes épineuses , touffues, et qui peuvent résister à la pression du bétail. Lorsque les haies sont accompagnées d’un fossé , il n’est pas douteux que la clôture ne devienne plus parfaite : les cultivateurs expérimentés disent que les haies sans fossé ne closent pas. Ce qui m’embarrassoit pour l’établissement de mes clôtures , c’étoit de trouver une quantité suffisante de plants, pour former toutes les haies dont j’avois besoin. Je commençai par laire les fossés ; et sur leurs revers je fis planter des piquets réunis par trois perches, pour garantir les pièces, en attendant l’établissement de mes haies. J’avois de la graine d’aubépine tirée d’Europe. Je la semai, et il ne leva pas une plante. Je ne réussis pas mieux avec la graine d’églantier, quoique je m’attachasse à la méthode du semis. Le général Cadwalader ayant également semé de la graine d’aubépine DU BÉTAlti/ A, DU BUT Alt,/ 2g7 du pays même, sans réussir mieux que moi, fut informe que l’on voyoit croître des plantes d’aubépine au travers des bouzes de vaches répandues sur un pâturage. Il essaya de faire parquer des vaches eu les nourrissant de son* mêle' de graines d’aubépine. Il fit labourer cet espace, et il y leva beaucoup de plantes d’au- be'pine. Voici l’expe'rience dont ce fait me donna Pide'e. Au mois de mars 1786, je me procurai une certaine quantité' de fumier de. vache frais, que je mis dans un tonneau. Je versai de Peau chaude dessus, et je fis remuer le tout, dans le dessein de lui donner la chaleur et la consistance que les excre’mens ont dans les intestins de l’animal. Je plaçai l’appareil à porte'e d’un feu qui fut entretenu pendant trois jours à peu près au même point. J’y avois jette’, dès le premier jour, des semences d’aube'pine. Mon intention e'toit que le mélange fût maintenu au degré de chaleur du sang ; mais on n’observa pas une grande exactitude. On remuoit fréquemment le mélange, et on y ajoutoit de Peau, lorsqu’il s’e’paississoit trop. Je fis ensuite semer le tout en lignes, dans une terre bien nette et bien préparée. Le 26 mars 1787, je vis paroître les jeunes plants d’aubépine, fort épais et très-vigoureux. chameau, ne seroient pas moins avantageuses à nos « cultivateurs que les plus belles races de brebis. Sir « Jonas Alstroemer amena en Suède un bouc et une » chèvre de cette race, tirés de la Natolie. La chèvre f » mourut peu de tems après son arrivée, mais les des- j> cendans du bouc lui ressemblèrent parfaitement dès « la seconde et troisième génération. On a fait voyager » un Suédois pour s’instruire de la manière de gouver- « ner ces animaux et de filer leur poil. Ces chèvres ne * coûtent pas autant à nourrir que les brebis d’Espagne, y> mais leurs toisons sont beaucoup plus légères. Les y> chèvres d’Angora sont aussi plus délicates pour leur 3) nourriture, et moins robustes que celles du pays. » Elles mangent cependant les pousses de toutes sortes » d’arbres, et en particulier du genièvre. Ces animaux )) réussissent dans la Dalécarlie et la Finlande. On fait )> de leur toison des camelots qui ne le cèdent point n en lustre à ceux de Bruxelles. J’ai, ainsi que beau- )> coup d’autres cultivateurs, la race croisée d’Angora 3) et du pays. Mes chèvres portent un poil le double » plus long que celles de Suède. Les toisons, des boucs 3) en particulier , sont très-belles par leur longueur 3) et leur brillant. Je n’ai pas encore vendu de ces 3) toisons, mais j’en ai fait faire de très-beaux tapis )) pour mon usage. J’avois auparavant trente chèvres Tome 7. V ■> CIIKVTVES 5o6 autant de soins qu’en Suède et qu’en France, pour le croisement des bt’ebis Françoises avec les beliers Espagnols dits Mérinos (1). Si les Métis, à la troisième ou quatrième génération, ne produisoient pas un poil aussi parfait que les Angora de race pure, ils seroient toujours propres et très-utiles à nos manufactures de camelot , auxquelles ils fourniroient la matière première et les meltroient hors de la dépendance de l’étranger. Les chèvres de race pure se multiplieroient pendant ce tems. Elles réussissent à merveille dans notre climat ; le succès du petit troupeau de Rambouillet en est la preuve. » du pays qui avoient le poil court et de diverses cou- » leurs, et qui portoient des cornes : dans l’espace de » huit années, mon troupeau de chèvres a été entiè- » renient composé d’individus hlancs à longs poils, et i> pour la plupart, sans cornes, comme le bouc que je i> m’étois procuré, et qui éloit de la race croisée dont » j’ai parlé. Je les nourris tout comme les chèvres )> ordinaires, c’est-à-dire à moins de frais qu’aucun » autre bétail, n (1) Les boucs d’Angora 11’ayant pas leur poil aussi parfait que celui des chèvres, celui des métis 11e peut après 2, 3 et 4 générations de race croisée, qu’égaler celui de leur père. Quoique ce poil n’atteigne pas le degré de superlin des femelles, il est très-blanc, très- lin , et très-utile à nos manufactures de camelot. (A) d’angora. 5o7 "En 1787, d’après le rapport du Baron De la Tour d’Aigues, Mr. le Marquis Giuoti avoil en Toscane un troupeau de 4oo individus race pure d’Angora. Les chèvres d’Angora produisent environ, proportion moyenne, quatre livres de pqil par tête, les boucs plus, mais pas aussi fin que •celui des chèvres. Le prix de ce poil file' est de 4 à 60 francs la livre de la ci-devant Provence. Le Baron de la Tour d'Aigues vendoit sa récolté de poils 4 fr. la livre, mais il n’avoit pas de bonnes fileusesj et les petites récoltes sont toujours méprisées de l’acheteur. Il n’est pas douteux que si cette récolte devenoit objet de commerce, la filature de ces poils ne fût portée à son plus haut degré de perfection. Les chèvres d’Ansrora ont encore un me'- O rite, c’est qu’outre qu’elles rendent autant de lait que nos chèvres, sans consommer un brin d’herbe de plus, leur chair est bonne à manger, et même préférée à celle du mouton. Que les boucs coupés le sont aussi. Le Baron de la Tour d’Aigues vendoit les siens 54 fr. 10. s. au boucher. Si je propose le Mont-d’Or pour le lieu à choisir pour un premier établissement, c’est qu’indépendamment qu’il est situé dans ce département, les chèvres ne sortent jamais, et CHÈVRES 5o8 que les industrieux habitans de ce Canton ont l’art de les y nourrir, en grande partie, de substance qu’on négligé ailleurs, telles que les feuillages d’arbres aquatiques, frênes, chênes etc., que l’on coupe en automne, qu’on fait sécher et qu’on leur donne à manger pendant l’hivef. Le marc de raisin qu’on conserve dans l’eau, sert encore à leur nourriture jusqu’au printems. Les feuilles de vigne sont aussi recueillies après celles des raisins; on les met dans des tonneaux , cuves ou citernes, où elles sont fortement foulées, chargées de grosses pierres. On remplit ensuite ces tonneaux , cuves ou citernes d’eau, qui doit toujours s’élever au-dessus des feuilles. Elles s’y conservent toute l’année fraîches, et servent d’a- limens aux chèvres, avec une addition de son ou de marc de noix, dont l’huile a été exprimée, fondue dans de l’eau chaude; on unit de même ces dernières substances au marc de raisin. Quant aux fonds nécessaires pour exciter le zèle des habitans du Mont-d’Or, les 6oo francs donnés , par le Gouvernement , à la Société du Rhône , pourroient être employés à accorder des primes à ceux qui feroient des élèves. Si, par le nombre des métis, ces fonds devenoient insuffisans, le Gouvernement content du succès, aideroit un établissement aussi > d’angora. '5oq éitile , qui ponrroit êlre imite sur divers points de la France. *r Lettre de Mr. Chancey au rédacteur de la partie Agriculture de la Bibliothèque Britannique. I .1 Département du Rhône, à l’Écluse près Bélle-’V ille, le 6 mars i8o4. Monsieur , t f I J A Socie’te’ d’Agrieulture de Lyon pria , il y a quelques mois, Mr. Buréaux de Pusy, son Président, de faire ses efforts auprès du Ministre des Relations Extérieures, pour avoir de Syrie des instructions sur les chèvres Angora , la filature de leur poil, et son emploi. Le Ministre a adressé la réponse qu’il a reçue du Chargé des affaires de France , à Mr. Bureaux de Pusy, Préfet du Rhône, qui l’a transmise à la Société. J’ai l’honneur de vous l’adresser, persuadé, Monsieur, que vous imprimerez avec plaisir un Mémoire qui vient à l’appui de ce que vous et Mr. le Baron de la Tour d’Aigues avez déjà publié sur cet animal, qu’il seroit si 5lO CHÈVRES D’ANGORA. utile de multiplier en France, en remplacement de la chèvre commune. Quoique celte branche d’amelioration d’é- conomie rurale ne soifpas aussi précieuse que celle des mérinos, elle le seroit beaucoup. La France est un Etat assez vaste pour pouvoir à la fois s’occuper de ces deux objets. L’introduction en grand des chèvres Angora, *est très-essentielle sous plusieurs rapports, pourvu toutefois qu’on les élève dans les écuries ou parcs domestiques, ainsi qu’on le pratique dans le Mont-d’Or, près Lyon. Jamais chèvre Angora, ou Françoise, ne doit pâturer en liberté : elle fait alors plus de mal qu’elle ne vaut. / 3n De la nourriture verte pour le Bétail, par Mr. Powis. Annales d’Arthur Young. 23ANS l’état actuel de l’Angleterre, je crois que le principal but de l’agriculture doit être de se procurer dans le Royaume même , la plus grande quantité possible des choses nécessaires à la vie ; et un grand moyen d’y réussir, est de faire rendre à un terrain donné, tout ce qu’il est possible qu’il rende. Pour cela, il faudroit encourager le propriétaire à la culture des grains et des turneps. Je pense que la production d’un acre en grain , fournit à la nourriture de l’homme une quantité égale à quinze, tandis qu’un acre de pré fournit deux. Je suppose le grain converti en pain , et l’herbe convertie en viande. Pour encourager la culture des grains, il faudroit donner au fermier le secret de faire beaucoup d’engrais. Je voudrois qu’on permît aux fermiers de vendre toute leur paille de blé et seigle , sous la condition de convertir en fumier le prix de ces pailles, et que les gentilshommes, qui font valoir leurs domaines essayassent de nourrir leurs chevaux et leur bétail en fourrage vert. 312 NOURRITURE VERTE Depuis six ans, j’ai vendu toute la paille de froment dont je ri’avois pas besoin pour couvrir les toits des bâlimens de ferme , et pour la litière de quelques chevaux. Cependant, ma ferme a produit un tiers de grains de plus, et nourri le double plus d’animaux qu’elle ne fai- soil il v a six ans. Relativement à l’entretien du be'tail en fourrage vert, je donnerai les résultats de ma propre expe'rience. Dans les cinq dernières années , j’ai nourri pendant l’été huit à dix chevaux de charrette , avec du trèfle coupé en vert, et charrié tous les jours. Ce que les chevaux perdoient e'toit jette dans un enclos, aux cochons, dont le nombre a varié de vingt- cinq à quarante. M es chevaux et mes cochons, ainsi nourris, m’ont mangé , depuis deux acres et demi, à trois acres et demi de trèfle, selon son abondance. Les chevaux se sont entretenus beaucoup mieux qu’il ne l’auroient fait au pâturage ; j’y ai fait une économie annuelle de huit à dix acres de trèfle , au moins ; et j’ai recueilli une grande quantité d’un fumier beaucoup meilleur que celui qu’on fait en hiver. Quant aux frais, je compte la demi- journée d’un homme, pour faucher et charrier la quantité de trèfle nécessaire j voici mon compte de dépense ; 5 i 3 TOUR IiE BÉTAIIi. La demi-journée d’un homme pendant treize semaines, à 4 shell. par sem. Liv. st. 2 12 Un cheval pour treize semaines, à6shell. 5 i 3 6 10 Profit . . ... ... 24 5 o 10 Huit acres de trèfle épargnés, à 5 o shell. par acre.20 Eumier. .10 10 3 o 10 La première année de celte expérience, un bon agriculteur estima la valeur du,fumier fait de cette manière, à vingt liv. st. jamais j’en déduis ce qu’auroit valu le fumier fait d’ailleurs parla même quantité de chevaux, dans l’usage ordinaire. Je préviens une objection , en observant que le terrain a’est pas plus épuisé par la faux, qu’il ne le seroit par la dent des animaux 5 et quant au fumier qu’ils répandent en pâturant, je crois qu’il fait plus de mal que de bien , et il engendre des mouches. J’ai toujours trouvé cjue le terrain éloit beaucoup plus épuisé lorsqu’on laissoit mûrir les plantes que lorsqu’on les coupoit en vert ; 5i4 NOURRITURE VERTE et l’avantage que j’avois retire de cette expérience , m’engagea à l’étendre à mes bêtes à cornes. e 3e commençai par dix-neuf bêtes, et j’augmentai jusqu’à cinquante , le nombre des animaux nourris de celte manière : il y avoit des chevaux, des poulains , des vaches à lait, des bêtes à l’engrais, et en outre beaucoup de cochons. < Les chevaux s’en trouvèrent très-bien , comme à l’ordinaire. Les bestiaux s’engraissèrent plus promptement que je ne l’eusse jamais vu en été. Les vaches se maintinrent en chair, et rendirent beaucoup de lait. Les poulains , qui n’avoient que le rebut du bétail, augmentèrent sensiblement. Les cochons s* nourrirent du rebut; des chevaux. Yoici quelle fut d’étendue de terrain qui fournit à l’entretien de ces animaux : Quatorze acres de trèfle, assez me'diocre, parce que l’hiver avoit tué une partie des racines. Deux acreside vesces d’hiver, médiocres aussi à cause du dommage des gelées. Cinq acres de bons prés. On met toit le bétail au pâturage pendant sept heures de nuit. Le trèfle donna un peu de peine , parce i 5i5 l>OUR J.TS BÉTAIL, que lés bêtes à cornes gonfloient dans le commencement, niais je n’éprouvai pas d’accident grave. En général , les bestiaux se trouvèrent mieux «des vesces et de l’herbe des prés. 1 -i La «dépense journalière fut le travail d’un bonime de soixante et dix uns qui distribuoit la nourriture $ celui d’un jeune homme qui fauchoit et charrioit avec une charrette à un cheval. Si cette quantité de bestiaux avoit été lâchée au pâturage pendant tout l’été , j’estime qu’elle auroit exigé soixante acres de terrain, en supposant une vécolte meilleure que le trèfle que je faisois couper ; or Lépargne de trente-neuf acres, à raison de. 5 o sliellings l’acre, fait 97 liv. st. 1.0 sliellings. Si l’on en déduit l 5 liv..st. lS shel.qde frais, il reste'un profit de liv.ist. 8v) , 1 .‘U Celui qui'aura envie de suivre cette mé- thode doit avoir soin de faucher la première fois assea rôt *upour pouvoir recoupet.ayant la moisson (1). r-i , j . • iJ. (i),Cela dépend de la récolte que l’on fait, consommer en vert. I/auteur parle, sans doute, du trèfle. Lave^ce ne repousse presque pas; les prés naturels ne peuvent guères être coupés deux fois avant la moisson; la luzerne, en revanche, peut aisément l’être trois fois; et c’est de toutes les plantes la plus avantage îse à faire consommer en vert dans les écuries. 5l6 NOURRITURE VERTE J’ai dit que je n’avois-jamais vu le bétail s’engraisser si rapidement en été , qu’avec la nourriture en vert àl’élable. Ce n’est pas seulement d’après ma propre observation que jVn jiigd^’ mais d’après l’àviis de plusieursfermiersbt bôu- chers, qui sont venu visiter mes bêtes pendant la duree de l’expérience. Le bourrage, vert le! plus nourrissant est la vesce id’biver ; et je croîs que la meilleure manière de la cultiver- est'de rompe un chaume bien net, immédiatement après la moisson , de le fumer et de le semer immédiatement. Lorsque les vesces sont toutes coupées en juin, on peut semer des, turneps .pour l’hiver suivant. ; a ; .it ■ Depuis la moisson , jusqu’au 22 septembre, mes bestiaux 1 'furent, tous au pâturageii Je fis alors rentrCrutnemei bêles à bétable ,bp.(!mr les- nourrir avec des turneps semés en mai , ^ttqui étoient déjà gré»; Mon premier champ 'dont les turneps ont é’té"cli avides , a éué senié-én blé, et Celui; ci a; maintenant belle apparetnee. .o ! Pend ant trois années consécutives,' j’jaiessayés de-semer mes turneps en mai-,- 4 e-les con— soinmerueui octobre, puis de seméê en blé. J’ài toujours eu une meilleure récolte-dé blé c|d’àpres"bne jachère, ou toute’'autre plante ■ T ' .-,1 P 11 U.. . , alla '! sarclée. Je parle des terres seclies et saines. ,i ; ■ -u t . : _ . 1 1 yt I: _ Unç armée, je fjs^couper toutes les feuilles TOUR LE BÉTAIL. 317 de mes turneps après les'avoir récoltés, et je mis les racines en tas, par lits successifs. Je fis donner les feuilles à des moutons et à des têtes à cornes sur un chaume. Je fis déposer les racines sous des hangars. Dans quelques tas j’avois mis de la paille entre chaque lit de turneps : dans d’autres , ( les turneps e’toient posés les uns sur les autres ; et tous les tas étoient couverts de paille. Là où les racines étoient posées les unes sur les autres , sans paille dans les intervalles, elles se conservèrent deux ou trois mois ; mais, là où il y avoit de la paille dans l’intérieur, elle ne tarda pas à s’échauffer , et à pourrir. D’après ces expériences sur les turneps , et ayant observé que mes terrains secs avoient donné pendant plusieurs années successives du blé et des turneps, avec introduction d’une récolte de trèfle tous les cinq ans , et cela, sans rien perdre en fertilité, je me suis persuadé qu’en cultivant avec soin, on pourroit recueillir du grain plus fréquemment qu’on ne le fait d’ordinaire. Les terres humides , bien cultivées, pourroient donner successivement des turneps, du blé , de l’orge , ou de l’avoine. Les bonnes terres sèches pourroient avoir le même assolement -, et, lorsqu’on au- roit besoin de turneps pour l’hiver, on feroit 5i8 NOURRITURE YERTE succéder l’orge, et le blé, à cette dernière récolte ( 1 ). Je crois beaucoup plus avantageux de bure charrier Jes turneps et de les consommer dans les étables, que de les faire manger sur place, par la raison qu’ils fournissent beaucoup plus de nourriture et d’engrais. Je sais que bien des proprietaires ne seront pas de cet avis. Je leur répondrai, que j’ai toujours eu pour principe de ne point conserver de pré dont la rente ne valût, au moins , quarante shdlings l’acre. Je ne romps jamais mes bons prés ; mais je recueille continuellement des récoltes de grains, sur le reste de mes terres, en y intercalant, de tems en tems , des turneps et du trèfle. Celui-ci ne reste jamais qu’une année en végétation (2). (1) S’il y a quelque chose de prouvé en agriculture c’est qu’il ne convient ni à la terre , ni au fermier, ni au public, que deux récoltes de grains blancs se succèdent dans le même champ. Les cas très-rares, où cela peut avoir lieu, sans grand inconvénient, ne sont point indiqués par l’auteur. Son principe est erronné et dangereux. L’observation que le froment qui suit les turneps charriés est plus beau que celui qui suit la jachère, demande d’être confirmée : nous avons l’expérience directement contraire. (2) Si l’auteur adopte le fameux assolement de Norfolk , turneps, orge, trèfle, blé, il ne saur oit y en avoir r TOUR IÆ TiKTATU. 3ig Ma ferme est de deux cent quarante acres, dont quatre-vingt-dix en prés, cent vingt en grains et turneps, et. tout Je reste en trèfle , si ce n’est peut-être, de terris en terns, une pièce en jachère , parce que le terrain en est humide et froid. Je le répète encore une fois. Je ne connois pas de distinction entre les intérêts du public , du propriétaire, et du fermier, lorsqu’on prend l’ensemble de plusieurs saisons. Or, cet intérêt exige que les productions nécessaires à la vie soient recueillies en aussi grande quantité qu’il est possible. Je dis que, si les terres arables sont maintenues nettes, et bien fumées, une production considérable de grains ne leur cause aucun dommage (1). Il n’y a pas besoin de meilleur pour les terres légères ; mais c’est eu consommant les turneps sur place: s’il les charrie, et qu’il fasse succéder deux récoltes de grains, il va contre l’expérience de tous les bons cultivateurs. (1) C’est précisément la chose difficile que de maintenir les terres nettes et bien fumées, en faisant succéder sans intervalle, les récoltes de grains blancs. Entre la moisson de l’orge de printems , et la semaille du froment, il n’y a qu’un mois, ou six semaines, en Angleterre surtout. Comment ce tems peut-il suffire pour faire périr les mauvaises plantes et les mauvaises gra/nes, par les labours et les hersages ? pour charrier et enterrer l£ fumier avant l’opération des semailles? Pour 5ao NOURRITURE VERTE d’expliquer comment le public profite d’une augmentation dans le produit des terres. Le proprietaire obtient peu à peu des prix plus hauts de ses fermes ; et le fermier gagne davantage sur une certaine somme d’avances de- terminée. J’ai recommande' les turneps une fois sur trois ans , parce que je crois que la terre demande d’être nettoyée de trois anne'es l’une , et parce que les turneps remplissent cet objet sans faire perdre une récolte. On a beaucoup conseillé les bœufs, de préférence aux chevaux. Je crois que chaque fermier doit tenir quelques chevaux pour mener son grain au marché et pour charrier son charbon et sa chaux. S’il est assez près d’une grande ville pour pouvoir en tirer au moins deux charriages de fumier par jour, les chevaux lui sont également necessaires pour cela. Tout le reste peut se faire avec des bœufs. Mais je crois que les vaches seroient beaucoup plus réussir à récolter successivement des grains blancs, sans souiller sa terre, il faut l’intelligence, l’activité, et les instrumens d’un Ducket , surnommé le Prince des fermiers. Voy. sa culture, dans le Traité des Assolemens, ou les procédés des cultivateurs Belges. L’auteur ne donne ici aucune idée des difficultés, ni des moyens de les surmonter. Utiles POUR LE B ÔTAI L. 52 1 utiles à employer que les bœufs , et qu’il seroit avantageux pour le public qu’on .n’élevât que très-peu de ceux-ci. J’ai vu des vaches stériles qui travailloient aussi bien que des bœufs : elles mangent moins et marchent plus vite. Les bœufs ne rendent point de lait, et ils ne s’engraissent pas si promptement que les vaches (i). Lorsque je commençai à cultiver , je suivis l’exemple de mes prédécesseurs, et j’engraissai des bœufs ; mais lorsque j’ai vu que les vaches mangeoient moins et s’engraissoient plus vite , j’ai évité de nourrir des bœufs : je n’en ai plus à l’engrais depuis plusieurs années. Tout propriétaire doit viser à avoir des prairies arrosées, s’il est possible. Pour bien faire, il faut que le ruisseau destiné à l’arrosement des prairies , passe auprès de la ferme , que je suppose plus élevée. Les prés secs demandent d’être arrosés une (1) Les vaches stériles ne rendent point de lait non plus, et il y auroit peu à gagner au change, si l’on ne pouvoit employer que celles-là à la charrue ; mais toutes les vaches d’un bon corsage peuvent y être attelées. La perte du lait qui en résulte peut varier d’un tiers à un quart ; et il reste un grand profit à cette pratique. Voyez ce qu’en dit Mr. Luliin dans l’ouvrage très-instructif, intitulé : Des prairies artificielles d’été et d’hiver. A Genève chez J. J. Paschoud , Libr. Tome 7. X 522 NOURRITURE VERTE fois en trois ans. Ils donnent alors un ton et demi de foin par acre (une charrette et demie) et ensuite un pâturage , depuis le milieu de septembre jusqu’à Noël. Les bonnes prairies arrosées peuvent être pâture'es depuis le milieu d’août jusqu’en mai, et donner ensuite avant moisson une re'colte d’un quart plus forte que les près secs. J’estime qu’ils rendent annuellement trois livres dix shellings sterling de plus , par acre , que les près secs. Outre la différence des produits , il y a deux grands avantages dans les prés arrosés : l’un , qu’ils épargnent du fumier pour les champs , l’autre , qu’ils donnent le moyen de conserver les pâturages exempts de bestiaux au commencement du printems. J’ai parlé d’un ruisseau qui peut s’engraisser en traversant les cours de la ferme $ mais j’ai souvent observé un grand effet d’une source ou d’un filet d’eau, sans addition de fumier (x). (1) Quand l’eau est de bonne qualité, elle n’a pas besoin de l’addition du fumier ; mais il arrive souvent qti’une eau courante ne produit que des joncs, et d’autres plantes de marais. Il faut bien connoîlre la qualité de l’eau que l’on projette d’introduire dans une prairie. roUR XÆ BUTA IL. 323 Si un fermier a plus d’eau pour l’arrosement de ses prairies et pâturages que cela ne lui est necessaire , il peut faire ce que j’ai vu faire avec succès au célébré Bakevvell, c’est-à-dire, rompre ses prés arrosés pour obtenir pendant deux ou trois ans de belles récoltes de grains sans fumier (1). On a beaucoup discuté, dernièrement, la convenance et les désavantages des grandes fermes. On a prétendu que les gros fermiers avoient la faculté de retarder le moment de (i) Ce n’est pas quand on a trop de bonne eau pour une étendue donnée de prés, qu’on peut rompre ceux-ci avec avantage; puisque lorsque l’étendue est réduite, la bonne eau, à plus forte raison surabondante, peut nuire par son excès. D’ailleurs, il est impossible que, tous frais déduits, et en comptant ce qu’il en coûte pour rétablir le pré, trois années de récoltes céréales puissent être plus profitables que ne l’auroient été trois années des produits d’une bonne prairie , soit en foin soit en pâturage. On ne peut pas avoir du froment abondant en grain daus un pré gras rompu: le froment verse, et on n’a que de la paille. L’avoine est la graine qui y rend le plus, mais cela ne fait jamais beaucoup d’argent, comparativement à la rente d’une bonne prairie arrosée. D’ailleurs, les laupegril- lons, les grillons, les vers de hannetons, les mulots abondent dans ces terrains-là, ci ruinent les récoltes céréales. NOURRITURE VERTE 3 a 4 vendre leur ble', ce qui fait monter les prix ; cependant on pourroil se rappeler qu’en 1794 les prix etoienl modérés , quoiqu’il n’y eût pas des blés dans le Royaume , pour la consommation de quinze jours. Je pourrois ajouter encore , que jamais on n’a apporte' plus de blé au marché , avant Noël, que depuis deux ans; et que ce n’est que quand le froment étoit abondant qu’on a vu des meules de grains encore intactes au moment de la moisson. Mais les gens sensés savent très-bien que les prix élevés des grains sont dus à d’autres causes. Je dirai donc que des fermes de 200 à 3 oo liv. sterl., et au-dessus, sont beaucoup, plus avantageuses au public, aux propriétaires et aux fermiers , que celles de 5 o à 100 liv. sterl. Le public gagne à l’épargne de gens et de bestiaux dans l’exploitation d’une ferme de 5 oo liv. sterl., comparativement avec l’exploitation de six fermes de 5 o liv. sterl. chacune. L’ouvrage est le même , et le produit étant supposé le même , la consommation des ouvriers et des animaux de travail est moindre ; par conséquent , le surplus de productions disponibles est plus grand pour fournir à la nourriture des habitans du Royaume. Le propriétaire a moins de bâlimens à faire et à réparer; et il a des fermiers plus riches^ poun le bktaitj. 325 Quant au profit qu’il y a pour le fermier, à exploiter de grandes fermes, il n’est pas necessaire de s’y arrêter. La miscre des fermiers qui tiennent des fermes au-dessous de 5o liv. sterl. est extrême. Ils n’ont pas de quoi s’occuper constamment, eux et leur famille, pour peu qu’elle soit nombreuse ; ils rie veulent pas travailler comme journaliers ; ils ne peuvent pas améliorer la terre qui leur est confiée , et manquent d’ouvrage pendant une grande partie de l’hiver. Mais si les petits fermiers sont misérables , c’est une grande douceur pour les journaliers , que d’avoir assez de pâturage pour la nourriture d’une vache toute l’année. Le propriétaire qui donne à ses journaliers un tel avantage , y retrouve son profit, et une véritable satisfaction de l’aisance qu’il leur procure. Je puis affirmer, par mon expérience, que le journalier peut payer presque le double pour un petit espace de terrain , de ce qu’en paieroit un fermier. .. . 5-26 ENTRETIEN Tableau des details relatifs à l’entretien ' du bétail avec du trèfle et des vesces à Markle. Hast Hotian. en 1806. ( Partners magazine. ) I_j’usAGE de nourrir les chevaux en vert dans l’écurie, avec du trèfle et du ray-grass, est établi dans tous- les cantons de grains ; et il y a long-tems que l’on est d’accord sur les avantages de cette manière de nourrir les animaux de travail. On 3 recommandé d’entretenir de meme les bêtes à cornes , pendant les mois d’été, et on a indiqué l’augmentation des engrais comme Je principal avantage qui en résulte. Il restoit à s’assurer s’il éloit possible d’engraisser les bestiaux par ce régime, et ce qu’il en coûteroit. En Flandres, et en Amérique, l’on tient les bêtes à cornes presque constamment à l’étable , et on les nourrit d’herbe pendant l’été $ mais je ne sache pas qu’on ait encore essayé, en Ecosse , d’engraisser le bétail par ce procédé. J’avois l’expérience du succès de la méthode pour nourrir les vaches à lait. J’ai jugé que ce qui produisoil du lait devoit produire DU BKTAID. 327 du suif, et j’ai essaye d’engraisser des bestiaux de la même manière. J’achetai, en octobre i 8 o 4 , quarante-huit bœufs d’Aberdeen , la plupart vieux. Je les hivernai à la paille. En mai i8oô, ils furent sépares en deux lots : l’un fut mis au pâturage; l’autre aux rutabagas et à la paille , jusqu’au moment où le trèfle fut prêt à couper. Le premier juin, je cqmmençai à faire couper du trèfle, et à le donner en vert dans des râteliers. Pendant les huit premiers jours, on ^mle'ra la quantité de nourriture pour prévenir le danger de gonflement. — Ce que l’on ôtoit des râteliers et des crèches , se donnoit I aux cochons. Les bêtes , à compter de la fin de la première quinzaine, firent un progrès sensible , surtout celles qui avoient eu des tur- neps en mars et avril. Quelques-uns des bœufs profilèrent plus que les autres, parce qu’ils ' étoient plus forts au râtelier. Pour éviter cet inconvénient, il fuudroit un grand nombre de petites divisions, et y assortir les animaux selon leur force. A la fin de juillet, je changeai la nourriture, parce que le trèfle étoit dur : je fis douner des vesces semées eu mars ; et cette nourriture fut continuée jusqu’à ce que la seconde coupe de trèfle fût prêle à faucher. Le 28 août je vendis 528 ENTRETIEN dix des bœufs les plus forts, ce qui égalisa les forces parmi les autres. Le 24 septembre je vendis le reste 5 mais le jour pre'cédeut, )’en avois perdu un d’une indigestion. Cette perte réduisit mon profit à 10 p. r A. La cour dans laquelle ces bœufs furent engraisses fut régulièrement garnie de paille , et je fis beaucoup de fumier d’excellente qualité'. Les bœufs avoient de l’eau en abondance , et ils se reposoient sous les hangars beaucoup mieux qu’ils n’auroient pu faire dans les pâturages. Je fais mention de cette circonstance parce que l’on m’avoit annonce' que la réflexion des murailles battues du soleil échaufieroit les bœufs et les empècheroit de s’engraisser. J’ai lieu de croire, au contraire, qu’ils prirent plus de suif que cela n’arrive d’ordinaire dans un espace de tems semblable. Celui qui mourut d’une indigestion avoit g4 livres de suif. Voyons maintenant le profil et la perte dans cette expérience. Je vais consulter mes notes: Boeufs nourris en trèfle et aux vesces en t 8 o 5 ont coûté.L. st. 227 1 1 Hivernage en paille, à t 5 sh. par tête ... 18 » Turneps en mars et avril. 6 i> Piutabagas... 8 i 5 Les bœufs coûtoient quand la nourriture en vert a commencé 260 S DU BUTAIL. 5^9 Vendu le 28 août dix à L. st. 17 i 5 sh. la pièce. 1 77 10 Vendu le 24 sept, treize à L. st. i 4 5 sh. . i 85 5 Peau et suif du bœuf mort .. 3 18 Je les ai vendus 366 i 3 A rabattre . . . 260 6 Profit. 106 7 outre la nourriture des cochons sur le trèfle et les vesces rebutées par les bœufs. Il y eut à peu près onze acres de terrain employé en trèfle et en vesces pour fournir à la nourriture et engrais des vingt-quatre bœufs, sur quoi huit de trèfle et trois de vesces. Six acres de trèfle étoientbeaux, et deux médiocres. II y avoit un acre de vesces fort belles : les deux autres passables. La seconde coupe du trèfle fut foible, à cause de la sécheresse. Le profit peut être assigné comme suit : 6 acres de trèfle à 12 L. st.L. 72 » 2 acres dit à 8 L. st. 16 » 1 acre de vesces. 8 7 2 acres dites. 10 » 106 7 On objectera que je ne compte rien pour la main-d’œuvre du fauchage, charriage, etc. du fourrage vert. Mais je crois que cette dépense est plus que compensée par le fumier. J’aurois py, présenter le compte du profit for.t i f 'S 35o ENTRETIEN beau , si j’avois calcule’ ce que le fumier vaut réellement ; mais je n’ai pas voulu dépasser la vérité, et j’aime mieux rester en-dessous. Ceux qui savent combien , dans les terrains argileux où les lurneps ne réussissent pas, il est difficile de convertir la paille en fumier, apprécieront l’avantage d’une méthode qui procure une grande quantité de bon engrais , indépendamment du profit qui résulte de la vente des bêles. S’il eût été possible d’établir la comparaison entre le lot de vingt-quatre boeufs ainsi nourris, et celui des bêtes mises au pâturage , le résultat auroit été plus frappant ; mais ce dernier lot a été mélangé avec des bestiaux achetés en divers tems, en sorte qu’on ne peut point en donner un tableau correct. Cependant les deux lots furent vendus le même jour, et au même prix. J’en conclus deux choses : la première , c’est que les bœufs s’engraissent aussi bien au râtelier sur le fourrage vert, que dans un bon pâturage , jour et nuit en liberté; la seconde, c’est qu’il doit y avoir dans la nourriture à l’étable, une grande économie , mais je ne puis pas l’apprécier au juste. Je serois tenté de croire que cette économie va à cinquante pour cent, ou en d’autres termes, qu’un trèfle mêlé de ray-grass , d’une étendue donnée , nourrira une moitié de bestiaux de plus s’il est DU BF.TAID. 35l fauché et mange en vert, que s’il est pâture'. Il faut cependant avoir certaines attentions, si l’on ne veut e'prouver des pertes, au lieu de faire des gains. Je recommande une grande exactitude dans la distribution de la nourriture, au moins cinq fois par jour. Si je n’avois pas eu des vesces quand le trèfle devint dur, je suis convaincu que les boeufs n’auroient plus fait aucun progrès. Non-seulement j’avois une autre nourriture fraîche, mais j’avois des vesces semées en differens tems , et qui se succë- doient. On prétendra que cette manière d’engraisser est embarrassante , si on la compare au pâturage pur et simple : j’en conviens, mais on ne fait rien bien sans un peu de peine. On faisoit la même objection contre les jachères , lorsqu’on chercha à les introduire (1) : on l’a répéte'e contre l’ensemencement des turneps au semoir ; et il n’y a aucune méthode nou- (1) L'exemple des jachères est singulièrement choisi. Il ne peut pas être question de leur introduction récente , puisque cette agriculture nous vient des Romains; mais il faut convenir que ce seroit une objection très- solide à présenter contre les jachères "que de coûter beaucoup de travail et d’embarras, puisqu’il est bien prouvé qu’elles ne rendent pas à proportion, résultat qu’on ne doit jamais perdre de vue lorsqu’on prend de la peine. ENTRETIEN 332 velle qui ne puisse donner lieu à cette observation. Ce seroit peut-être l’amélioration la plus importante dans les domaines de terres argileuses, que d’introduire l’usage d’engraisser les bestiaux au fourrage vert. Ces terraius-Jà demandent beaucoup de fumier, pour pouvoir être cultivés avec profit ; et, lorsque de tels domaines se trouvent à une grande distance des villes , il n’est point possible d’achever des engrais. 11 devient donc très-nécessaire alors de multiplier au profit du fonds même , les ressources qu’il fournit. J’oserois affirmef , qu’en supposant la sixième partie du terrain en trèfle, et ce trèfle mangé en vert dans les étables, on fumcroit un sixième du domaine de plus par année, que l’on ne peut le faire autrement. Avant de terminer ce sujet, je dois faire une observation importante , c’est qu’il convient que le bétail se trouve déjà en bon état, au moment où on veut le mettre à l’engrais : autrement, le mois de juin se passe , c’est- à-dire , le lems où l’herbe est la plus nourrissante , sans que les bêles fassent aucun progrès sensible. C’est encore une chose à désirer % que d’avoir la plus grande partie des bêtes à l’engrais , prêtes à être vendues au boucher, au moment où le trèfle devient dur: ear, DU BÉTAIL. 553 quoique les vesces soient bonnes en remplacement , elles sont relativement chères , parce que, sur une étendue de terrain donne’e, les vesces rendent moins que le trèfle. Quant à la seconde récolte de trèfle, il est certain qu’elle est beaucoup moins nutritive, à poids égal, que la première. Réponses aux questions sur le mérite comparatif des chevaux et des boeufs. Par Mr. Lloyd. ( Annales d’Agriculture. ) ous me demandez , Monsieur , mon avis sur le mérite comparatif des bœufs et des chevaux, comme animaux de travail. Ce sujet est important, et la question compliquée. Il y a des considérations éloignées, qui demandent cependant d’être pesées , et auxquelles il est difficile d’assigner leur véritable valeur. Je me borne à considérer l’objet sous son point de vue pratique , et à examiner s’il seroit facde et convenable d’introduire en Angleterre l’usage des bœufs, à la place des chevaux , dans tous les procédés de l’agriculture. Quant à l’opération du labourage, il n’est point douteux qu’il ne fût avantageux d’y em- 334 comparaison des chsvsaAjs: ployer Jes bœufs, plus qu’on ne le fait aujourd’hui. Il peut y avoir quelques exceptions, pour les glaises humides, pour les pentes rapides , et pour les terres mêlées de silex, dans lesquelles les bœufs se blessent souvent les pieds. Pour les charrois, il y a des considérations locales, quijimitent l’usage de ces animaux. Les montées et les descentes rapides , les traverses pierreuses et coupées d’ornières profondes, indiquent de préférence l’usage des chevaux. Ce n’est pas que les bœufs manquent de courage et d’adresse , mais la forme , et la solidité de leurs pieds ne répondent pas, comme dans le cheval, aux difficultés, et aux obstacles des mauvais chemins. Relativement à la quantité de travail qu’on peut exiger des uns et des autres, il est difficile de rien prononcer. Il y a plus de différence entre deux attelages de chevaux qu’entre des attelages de bœufs et de chevaux qu’on voudroit comparer. De forts chevaux sont aussi supérieurs à des bœufs foibles , que de forts bœufs le sont à de mauvais chevaux. Je suis dans l’usage de tenir six bœufs pour l’ouvrage de trois chevaux de charrue. Nous avons augmenté graduellement le nombre des bœufs. Nous avions autrefois vingt-quatre chevaux et douze ET DES BŒUFS. 335 bœufs: aujourd’hui, nous avons vingt-quatre bœufs, et quatorze chevaux. Les frais d’entretien varient beaucoup, ils influent essentiellement sur la quantité du travail productif. Si les bœufs étoient toujours nourris aussi abondamment que les chevaux, la différence dans la somme de leur travail ne seroit pas grande : resteroitla circonstance essentielle de l’accroissement de la valeur chez les uns , et de la perte graduelle de prix, chez les autres. Mais comme la différence de consommation , est un des premiers objets que vous avez en vue dans cette recherche, ce seroit sortir de la question que de supposer l’entretien des bœufs , aussi cher que celui des chevaux. Si l’on excepte le tems des semailles , nos bœufs sont nourris de paille uniquement. Pendant le moment des forts travaux , nous leur donnons du foin coupé avec de la paille. Les chevaux sont nourris de même ; mais avec l’addition de l’avoine. Cette avoine fait toute la différence des frais de nourriture ; parce que, pour le même service , il faut un plus grand nombre de bœufs. Nous estimons qu’une charretée de fumier de cheval en vaut deux de celui des bœufs : c’est peut-être à la différence de la nourriture , que lient cette supériorité. L’avantage de la viande , qui se retrouve 336 COMPARAISON DES CHEVAUX quand le service des animaux est achevé’, est une considération très-importante en faveur des bœufs, relativement au public; mais je ne la crois pas telle pour le fermier, et il faut avouer qu’il n’en résulte guères qu’un déplacement de bénéfices. Dans l’état actuel d’activité de notre commerce intérieur; et vu la rapidité de circulation qu’exigent et supposent nos besoins , le travail des chevaux , peut être considéré comme nécessaire. Après que les chevaux ont employé chez le fermier les années de leur plus grande activité , ils passent entre les mains des charretiers, ils servent aussi efficacement le public , que puisse le faire l’échange des bœufs usés, contre de jeunes bœufs. S’il falloit n’employer les chevaux qu’aux charrois sur les grandes routes , ils ne s’y trouveraient point propres quand ils sont jeunes , et il s’en feroit inutilement une plus grande consommation. Je doute beaucoup qu’une loi qui réduiroit l’usage des chevaux en les faisant remplacer par des bœufs, produisît un effet utile. On emploie ordinairement à cultiver l’avoine les terrains les plus épuisés, et on y fait succéder les turneps à ce grain (i) ; or si l’on supprimoit (1) Cet assolement est vicieux, et l’argument est plutôt en faveur des boeufs. % ET DES BŒUFS. 357 cette récolte d’avoine, il ne seroit pas convenable d’augmenter l’étendue des terrains arables, car la diminution des pailles exigeroit une augmentation proportionnelle des foins, et il faudroit former des près. La rareté actuelle des blés fait que nos craintes sont exagérées. Mais lorsqu’on récapitule les neuf dernières années, l’on voit qu’il n’y en a eu qu’une seule qui ait donné une belle récolte de froment : la dernière a été généralement désolée par la rouille ; ainsi la rareté des blés n’a pas besoin d’autre explication. Comparaison de deux fameuses races de bêtes k laine. Par Mr. Vancouver. ( Annales d’Arthur Young. ) I D y a une grande diversité d’opinions, sur la valeur comparative des brebis de Norfolk et de South-Down. Un particulier de Fincbkts- field, fort instruit et fort exact, a essayé de constater par une expérience , de quel côté est l’avantage. En septembre 1791, on acheta, à la foire de Horringer en Suffolk , un troupeau d’agnelles à raison de six livres sterl. dix shellings les soixante. En octobre suivant, on Tome 7. Y 1 558 558 BÊTES acheta à la foire de Lewes en Susses , un troupeau d’agnelles de South-Down , à raison de treize livres sterl. les soixante. — Toutes ces brebis pâturèrent ensemble , et à tous e'gards furent traitées de même jusqu’au 25 septembre I7g5. —■ A cette e'poque on prit une brebis dans chaque troupeau, en ayant soin de la choisir de la grosseur moyenne. On les fit jeûner 26 heures , après quoi on les pesa en vie. La brebis de South-Down pesoit 96 livres. Et celle de Norfolk 95. On les tua , et voici les résultats comparatifs des poids. South-Down. Norfolk. 5a | les os et la viande .... 53 \ 83 la peau. 7 avec les cornes 1 -1 les pieds .. 1 \ 4- la coeffe. 3 4 le sang. 5 7 t la tête et la fressure ... 7 | 2-J graisse des entrailles. . . 123 les entrailles. i4 2 perte en tuant l’animal, supposée l’urine .... 1 -j 96 9 5 En faveur de la brebis de Soutli-Down sh. d. livres de graisse à 4 d. 3 la livre . S. » » 10 15 livre de peau et laine . . » » 5 En faveur de la brebis de Norfolk, ...» 1 3 1 livre de viande ... h. o—o. 5 d.î g Différence du prix d’achat . . o—6. 6 j Différence totale à l’avantage de la brebis fle Norfolk. » 5 8 if'.'; ^ j A Ii A I N E S 35 9 II faut observer qu’aucune de ces deux brebis n’avoit porte'. Au moment de l’expérience, celle de Norfolk e'toit pleine de quelques mois, et l’autre venoit de prendre le belier. Cette expe'rience donne à connoître à certains égards, les avantages respectifs des deux races. On doit regretter que l’épreuve n’ait pas étéfaitesurun plus grandnombre de brebis, et de manière à constater la valeur intrinsèque, et les caractéristiques de chacune. Cependant cette expérience prouve que si l’on néglige le prix d’achat, la brebis de South-Down est supérieure. On peut objecter que son haut prix empêche qu’on n’en fasse autant d’usage ; mais lorsque la race sera plus généralement répandue, cette objection tombera, parce que quoique leur grand nombre n’ôte rien à leur qualité, il fera nécessairement baisser leur prix au niveau des races de Norfolk , de Galles , et d’autres, e’galement distinguées pour la laine et la chair. Les qualités caractéristiques des races pures de Norfolk et de South-Down , paroissent être les suivantes. — La laine de l’une et de l’autre est de la première beauté pour les draps ; mais la brebis de South-Down en donne davantage. La chair des deux races est également délicieuse. A la pâture, les brebis de South-Down sont tranquilles et paisibles $ celles de Norfolk sont 34o BETES vives , inquiètes , toujours en mouvement ; elles mangent davantage, et par leurs chan- gemens de place continuels , dans le pâturage, elles gâtent beaucoup d’herbe. L’expe'rience ci-dessus donne , sur l’économie de la nourriture, l’avantage à la brebis de South Down, puisqu’à poids égal entre les deux bêtes, la capacité de l’estomac et des intestins s’est trouvée plus grande dans celle de NoiTolk, ce qui indique le besoin de plus de nourriture. — La brebis de Soulb-Down a encore l’avantage d’être plus robuste. Elle supporte l’humidité, le froid, la fatigue et la faim dans l’enceinte du parc, et surtout elle aune qualité éminente, c’est de prospérer sur les pâturages aigres et grossiers. La race de Norfolk, au contraire, est fort délicate, et demande un pâturage tendre et aromatique. Celle de South-Dow n s’engraisse également avec le turnep ; et soit pour la laine, soit pour la chair, soit pour élever, soit pour parquer, ou enfin pour engraisser, elle demande moins de nourriture, et s’accommode mieux de toutes sortes de pâturages que la race de Norfolk. Les races croisées de brebis Galloises et de Norfolk avec les beliers deSouth-Down, passent chez quelques fermiers pour être excellentes. D’autres prétendent que c’est une race bâtarde a Laines. 1 54 1’ qui a les defauts, sans les qualite's , de chacune. Cette opposition de sentimens chez des gens qui méritent une e'gale confiance , prouve la nécessité d’une suite d’expériences, faites avec soin et en grand, pour trouver la vérité. Remède contre une maladie qui attaque quelquefois les moutons, après qu’ils ont mange' des turneps. A l’Éditeur de l’Europœctn Magazine. Monsieur, On a souvent remarqué que les maladies des moutons sont peu connues , même dans les pays où l’on élève beaucoup de ces animaux. L’expérience suivante , qui m’a été communiquée par un de mes fermiers, méritera peut- être d’être rendue publique. Un fermier, près deKilbam, mit son troupeau de brebis dans un champ de turneps qu’il avoil loué à cet effet. Il en perdit en peu de tems une vingtaine , de la maladie appelée l’L 'au. il en fut si alarmé qu’il ne voulut plus t SUR. UNE MALADIE 34 * que ses moutons mangeassent davantage de tur- neps ; le maître du champ insista pour que les conditions du marché fussent remplies, et que les turneps fussent mangés sur place ; le fermier y ramena ses moulons, et il en périt encore six peu de tems après. Il les éloigna alors de nouveau, et ne voulut plus qu’ils touchassent à ces turneps. Un autre fermier en essaya , et il perdit en peu de tems huit ou dix brebis : pour celle fois personne n’osa plus y toucher. Le maître du champ les offrit pour rien à qui voudroil les faire manger ; mon fermier accepta les conditions et y envoya six cent trente brebis j en sorte que l’expérience fut faite en grand. Il suivit une méthode qu’il avoit apprise dans le Northumberland. Dès que les montons avoient mangé suffisamment, il les faisoit promener par son berger \ ils évacuoient alors beaucoup d’eau. Il en usa de même pendant plusieurs jours à intervalles réglés , et il Jes faisoit même marcher la nuit. Ce procédé bien simple lui réussit parfaitement, et après avoir mangé en entier cette nourriture si fatale aux précédées, ses six cent trente moutons quittèrent la place très-bien portans. On peut çonçlure deux choses de cette expé- I DES MOUTONS. 543 rience : l.° que la maladie de Veau qui tue plusieurs brebis lorsqu’on les met aux lurneps pour la première fols, vieut de ce qu’elles se gorgent de celle nourriture aqueuse , sans qu’un exercice suffisant les dispose à se débarrasser de l’eau qu’elle produit : 2.° que cette méthode peut tendre à prévenir la maladie sans qu’il en coûte rien qu’un peu de peine au berger. Je désire que cette expérience soit connue , afin qu’elle puisse être répétée par les fermiers intéressés à son résultat. J’ai l’honneur d’être, etc. Edward Topham. Expérience pour comparer quatre races de brebis. Faite par ordre du Duc de Bedford, et communiquée par lui. ( Annales d’Arthur Young. ) "'VINGT-huit moutons de quatre différentes races, et tous à leur première tonte, furent pesés le 5 o novembre 1795, et mis dans un enclos pour y passer l’hiver. On ne leur donna que du foin ; et en petite quantité , sur b neige. Us furent parqués constamment.' 544 EXPÉRIENCE SUR DIVERSES Les sept moutons de South-Dovvn pesoient le 5o novembre : livres onc. N." 1 . . 4 2 . ■ 2 4 l 1 ) 4 6 , . 2 7 • • 12 8 . . i3 ÎO . , 3 Total 797 8 Les sept moutons de New-Leicester pesoient livres OllC, N*° 2 . . . . . . . lll 8 3 . . . , . * 122 8 4 . . . l5l i4 , 6 . . . i38 i4 7 • • . . * . 121 1 8 . . , , . . 122 i4 io , . . * . . * -118 ÎO Total 887 5 Les sept moutons de Cotteswoed pesoient : livres onc. N.° 1 . . . . . . . 187 i3 3 . . . 196 8 4 . . . 149 8 6 . . . . . . . l52 7 8 . . . . . . . 147 4 9 • • .i35 12 10 . . . i36 i4 Total 1106 2 (1) Nous Terrons tout-à-l’heure pourquoi les nombres ne se suivent pas dans leur ordre naturel* ! RACES DE BREBIS. 345 Les sept moutons de Wiet-shire pesoient î N.° i a 3 6 8 9 îo livres onc. 162 5 174 9 170 2 163 12 160 » i56 9 164 8 Total n5i i3 Le 7 avril les vingt-huit moutons furent re' pese's. Ceux de South-Down pesoient : livres onc* N.° 1 2 4 6 7 8 10 108 8 110 4 116 8 114 i5 98 2 97 7 102 6 Total 748 2 livr. onc. Ces sept montons avolent pesé le 3o novembre 797 8 Ils pesoient le 7 avril.> . . 748 2 Ils avoient perdu ... 4g 6 Ceux de Leicester. pesoient : livres onc» M.° 2 . . . 80 i4 3 . . . ”7 6 4 . . 9 6 . . . i3 3 2 7 • • . "7 6 8 . . 6 IQ . . .d°9 i4 Total 8i5 9 346 EXPÉRIENCE SUR DIVERSES» livres onc. Ces sept moutons avoient pesé le 3o novembre 887 5 Ils pesoient le 7 avril.8i5 9 Ils avoient perdu ... 71 12 Ceux de Cottes wo ld pesoient livres onc» N.” 1 5 3 12 4 . i34 )) 6 1 l 8 8 9 4 IO . i33 6 Total 1007 i4 livres onc. Ces sept moutons avoient pesé le 3o novembre. 1106 Ils pesoient le 7 avril. 1007 1 Ils avoient perdu ... 98 4 Ceux de Wilt-shire pesoient : livres onc» .... i 45 i 5 ... 162 » ... i 38 2 .... i 5 i » . . . . i 38 8 .... i46 2 Total 871 11 Le N.° 8 avoit été vendu au boucher 1 liv. st. i3 sb. Ces six moutons ci-dessus avoient pesé le 3o novembre. livres 991 l3 onc. Ils pesoient le 7 avril. 871 11 Ils avoient perdu. 120 2 N.° 1 . 2 . 3 . 6 . 9 • 10 . « ^ RACES PE BREBIS. 547 R É C A P I T U I. A T I O N. 797 de Soullj-Down ont perdu daus quatre mois et sept jours. . . .. ^9 6 887 de Leicesler. 71 12 1 106 de Cotteswold. 98 4 991 de Wili-shire. 120 2 Les moutons de South-Down, pour perdre dans la proportion de ceux de Leicester, au- roient diminue de 65 livres, ils n’ont perdu que 4 g livres 6 onces. Les moutons de Cotteswold , pour perdre dans la proportion de ceux de Leicester , au- roient diminue' de 88 livres , ils ont diminué de 98. Les moutons de Wiit-shire ne valent pas, sous ce rapport, la peine d’être comparés aux autres. Ceux de South-Down sont les meilleurs , et ceux de Leicester viennent ensuite. ' Il est inutile de dire que le but de l’expérience étoit de s’assurer laquelle des racessup- portoit le mieux le froid et la faim. Mais il y a une circonstance relative aux moutons de Leicester dont il faut tenir compte; sans quoi le résultat pourroit induire en erreur. Après que l’expérience fut commencée , on apprit qu’ils pouvoient être déjà atteints de la pour- 548 EXPÉRIENCE SUR DIVERSE riture. Il parut en effet des traces de la maladie dans le foie de ces animaux lorsqu’on les tua, mais elle avoit été partiellement guérie, ou n’étoit pas au point on les moutons souffrent d’abord lorsqu’on les met aux turneps. Al faut donc mettre hors de rang le lot des moulons de Leicester, parce qu’il reste du doute sur l’état de leur santé'. Les numéros qui manquent dans l’expérience pre'cédente sont au nombre de douze , savoir trois moutons dans chaque lot. On mit ces douze moutons aux turneps le i." novembre après les avoir pese’s ; puis on les a repese's trois fois ensuite. Ils ont aussi mangé du foin en petite quantité. Les moutons de South-Down ont pese' : i. er novembre. 18 déc. 11 janv. 7 avril. gain . livres. onc. liv. onc. liv. onc. liv'. onc. liv. onc. N.° 3 . 118 » HO 2 1 13 » 128 ÎO 8 10 5 . 120 1) 120 2 124 4 i ,36 l 4 16 i 4 9 - ‘U 8 113 9 116 11 i 3 o 8 i 3 » 355 8 38 8 Les moutons de Leicester ont pesé: i. er novembre. 18 déc. 11 janv . 7 avril. gain • livres, onc. N.‘ 1. i 44 8 5 . i 35 » 9. 129 » liv. onc. i 3 o i 3 127 4 126 » liv. onc. l 34 )> 12 9 9 129 » îiv. onc. îSy » 128 12 i 34 9 liv. onc. perte 7 8 peitefi 4 gain 5 g 4 o 8 8 88 i RACES DE BREBIS. 54 g Les moutons de Cotteswold ont pesé : l. er novembre. 18 déc. 11 janv. 7 avril. gain . livres, onc. liv. onc. Uv. onc. liv. onc. Uv. onc. N.° 2. 186 8 182 9 189 « p éri d’ac. 5 . i 54 8 142 » i 43 7 00 N* 7. i 54 8 i 46 2 t 48 6 i 65 12 11 4 gain 11 4 Les moutons de Wilt-shire ont pesé: l. er novembre. 18 déc. 1 1 janv. 7 avril. gain . livres, onc. liv. onc. liv, onc. " liv. onc. liv. onc. N.° 4 . 167 8 i 65 i 5 169 6 187 2 19 10 5 . 166 8 161 1 169 6 180 » i 3 8 7. 167 » 161 11 i 65 8 171 8 4 8 37 10 Récapitulation. Les moutons de South-Down 355 liv. ont gagné 38 liy. Ceux de Leicester ..4o8 - ont perdu 8 - Ceux de Cotteswold.3og - ont gagné 11 - Ceux de Wilt-shire.5oi - ont gagné 37 - Le peu de profit que le lot de Leicester a fait en mangeant des turneps semble une confirmation du soupçon de pourriture $ il faut donc mettre ce lot hors de rang. Les moutons de South-Down paroissent ici encore très-supérieurs aux deux autres races. En comparant les Cotteswold et les Wilt-shire, on voit que si les premiers ont gagne' 11, ceux- ci dévoient gagner 17j or ils ont gagné 57. 550 EXPERIENCE SUR DIVERSES Il faut observer que depuis le 1." novembre au 18 décembre le tems fut très-humide , et défavorable aux moulons. Le 8 avril, après avoir fait jeûner convenablement les bêtes à laine qu’on destinoit à l’expérience, on les tua, et leur poids fut comme suit : Le S o u T h - D o w N , N.° 5 . livres onc. Pesoit en vie. . . i36 i4 \ n La laine.. 5 10 : Le sang. . 5 to ! La peau. 9 4 ! La tête et la fressure . . ÎO 8 Les entrailles . . 30 12 La graisse . 10 12 j Les quatre quartiers. . . 83 « 1 Le rapport de 167 livres pour l’animal en ! vie , à 83 livres de viande ou os, est celui de 21 à 12. Le Leicester , N.° 1 1. livres onc. Pesoit en vie . i3 7 » La laine. 8 6 Le sang. 4 i 4 La peau. lO 8 La tête et la fressure . . g 4 ^ Les entrailles. îo 4 -, La graisse. io 4 Les quatre quartiers . . 82 » Le rapport de 137 à 82 est de 20 à 12. lu m & i <0 H if 1 1 RACES DE BREBIS . 1 55 l Le Cottes w old , N. ° 7- livres onc. Pesoit en vie.. 165 12 La laine. 9 )> Le sang. 6 8 La peau. i3 » La tète et la fressure . . 12 )> Les entrailles. i4 6 La graisse. 11 12 Les quatre quartiers . . 98 )> Le rapport de 165 à 98 est de 20 à 11f. Le WllT-SHIRE , N. 0 5 . livres onc. Pesoit en vie. 180 » « La laine. 5 )) Le sang. 7 » La peau. i4 4 Les entrailles. i5 )> La graisse. 16 » La tète et la fressure . . i4 8 Les quatre quartiers . . 108 )) Le rapport de 180 à 108 est de 20 à 12. Observati O N S. Le plan et la conduite de celte expérience sont excellens, et donnent l’espe'rance de dé- couvertes intéressantes si l’on continue à apporter le même jugement et les mêmes soins à d’autres expériences analogues. 11 n’y a rien à désirer dans les détails, si ce n’est sur le point très-embarrassant de la quantité de nourriture consommée par chaque lot de moutons. 35 a EXPÉRIENCE SUR DIVERSES L’accident arrive aux moutons de Leicester est un de ceux auxquels on doit s’attendre dans toutes les expe'riences qui se font sur des animaux vivans. Maigre la diminution soutenue par les moutons de Leicester tandis que les autres augmen- toient de poids, ils ne sont pas inferieurs quant au poids au dernier moment soit vivans, soit morts ; ils ont même autant de suif que les South-Downs : mais les Vf'ilt-shires sont supérieurs de troisMivres, quant au suif. Tous les moutons mis aux turneps réussirent mal : ils s’en nourrirent plus de vingt semaines. Trois bêtes à laine gagnant 38 livres de poids en vie , ne gagnent que 23 livres de viande qui à 5 pence font 9 shellings 7 pence. Supposons un ÿ pence d’augmentation de prix, par livre, sut les 2i3 livres de poids en novembre (réduites dans le rapport de 20 à 12) pour représenter la différence des prix de la viande dans les deux saisons, c’est 8 shellings 10 pence c’est-à-dire en tout, 18 shellings 5 pence sur les trois bêtes, ou 6 shellings 1 pence | par mouton pour vingt semaines. Cela revient à 5i pence par semaine pour le lot des quatre qui a le mieux réussi. Une telle augmentation ne couvre pas la dépense des turneps. Jusqu’au 11 janvier, presque toutes les bêtes en RACES DE BREBIS. 555 en expérience avoient diminue de poids, ce qui est remarquable j mais j’ai inséré dans cet ouvrage quelques expériences dont il a toujours résulté la même chose , à moins qu’on n’ait donné aux moulons, en même tems que les lurneps, du grain ou quelque autre nourriture substantielle. Cette circonstance mérite beaucoup d’attention , car nous manquons encore d’un moyen profitable de remédier à cet inconvénient. Il vaudroit la peine d’essayer i jusqu’à quel point l’abri et la chaleur opére- roient, mais alors il faut enlever et charrier les récoltes , ce qui est la plus mauvaise des spéculations (1). Arthur Young. (i) Celte dernière phrase semble faite pour ôter l’envie de tenter l’essai indiqué plus haut. Cela demande d’être expliqué à ceux qui n’ont pas assez présens les détails de l’agriculture angloise. Tout en remarquant qu’il serait à désirer qu’oti trouvât un moyen profitable d’augmenter l’effet des turneps sur les moutons qui les mangent aux champs pendant l’hiver , l’auteur ne perd pas de vue le point, bien autrement important, de l’amélioration qui résulte pour la terre de la consommation sur place. Il rappelle là, en deux mots, qu’en vain on aurait trouvé une manière économique , en apparence, d’augmenter le poids des Cloutons, s’il fallait, dans cette méthode, sacrifier Tome 7. Z 545 DES LAINES Des laines et des troupeaux. Par D. Onsley d’Essex. ( Mémoire de la Société de Bath. ) La prime proposée par la Société de Bath dans le but de s’assurer, par voie d'expériences, quelle est la race de brebis la meilleure, à-la- fois, pour la chair (i) et pour la laine, est l’avantage de faire manger les turneps sur le champ même qui les a produits : avantage immense, puisque la circulation lente et coûteuse de la récolte, des charriages , de l’emmagasinement, de la consommation à l’élable : puis des charriages des fumiers aux champs, est ici réduite à une seule opération, et que la terre profite encore de la sueur et de l’urine. (Voyez l’agriculture de Norfolk) — 11 n’est pas étonnant qu’un homme fortement pénétré des bons principes, accoutumé à juger en grand les procédés de l’agriculture, et leurs résultats, tienne son lecteur en garde contre des conclusions hasardées , et indique que le moyen, encore à trouver, de hâter l’engrais des moutons, aux turneps pendant l’hiver, ne seroit pas profitable, s’il déran- geoit l’admirable économie de la consommation sur place. ( 1 ) Le mot carcase signifie à-la-fois la grosseur, la qualité de la chair, la quantité de suif, enfin tout ce qui, indépendamment de la laine, donne du prix aux moutons. ET DES TROUPEAUX. 555 parfaitement bien imaginée. Ces deux objets nous sont également imporlans : l’un comme augmentant la quantité de nourriture pour la subsistance du peuple , l’autre comme fournissant les moyens de l’accroître par l’industrie. Lorsqu’on ne songe qu’à l’un des deux objets, on recherché les énormes moutons à laine grossière , et alors ces laines rte peuvent être employées qu’à des manufactures où la matière fait la moitié de la valeur de l’article , ou bien l’on élève des petits moutons dont la laine sert à nos plus beaux draps. Cette belle laine vaut une demi-couronne lorsqu’elle est bien choisie. Ici ce sont les plus misérables moutons , ceux qui vivent sur les communaux les plus secs , qui la donnent. L’étendue de leur parcours, la rareté etla qualité de leur nourriture, rendent leur laine plus belle, mais moins abondante. Cependant, permettre (comme on le fait encore en dépit de nos progrès dans l’agriculture) que des communaux immenses four-f nissent à un petit nombre de brebis, une maigre nourriture,à force de parcours, pour avoir des laines de première qualité , c’est soutenir la réputation de nos draps aux dépens de notre population. C’est à un prix semblable que l’Espagne achète la renommée de ses troupeaux: cette politique n’est pas à envier. 11 est évident DES LAINES 556 que nos draps larges ont perdu en qualité’, et que nos draps étroits ont gagné dans la proportion. Cela est dû probablement à l’augmen- tation de ces pâturages qui nourrissent un beaucoup plus grand nombre de moutons d’une laine un peu inférieure. Pour remédier à cette baisse dans la qualité de nos draps, on mêle, dans leur fabrication, une trop grande quantité de laines Espagnoles : celles-ci soutiennent la finesse, mais le tissu est moins fort qu’il ne l’étoit avant cette addition. Depuis les clôtures faites en Norfolk et Suf- folk pour convertir les communaux incultes en champs de blé, d’orge, de turneps, etc. La qualité des laines s’est altérée dàns ces provinces ; mais cette perle est amplement compensée par la plus grande quantité qu’elles en fournissent, et par les nombreux troupeaux qu’y entretient une agriculture excellente, soutenue à sou tour par les troupeaux; tandis que ceux-ci fournissent les marchés de viande pendant l’hiver. Les brebis de South-Down en Sussex, dont on a introduit dernièrement la race dans nos cantons, éprouveront les mêmes effets du changement de nourriture. Quelque avantageux que soit leur entretien pour le propriétaire et pour le public , comme l’on n’en sauroit douter d’après les expériences faites, ET DES TROUPEAUX. 55 7 l’avantage des pâturages artificiels qui les nour- rissentenlraînera nécessairement une alte'ration des laines, à moins qu’on ne tire annuellement un grand nombre d’individus desDowns même. Leur laine se vend dans ce canton, de 2 à 5 pence plus bas qu’en Sussex, et la même bête, à sa seconde année d’importation, ne donne pas une laine si fine qu’à la première. J’ai appris d’un habile fabricant que l’on essaya, il y a quelques anne'es, d’acclimater ici la race à longue laine de Lincoln-shire , parce qu’on jugeoit les pâturages semblables. A. Ja première tonte , les laines furent e'galcmént belles; à la seconde elles déclinèrent : à la cinquième elles furent absolument dégénérées. On auroit pu entretenir la qualité des laines en tirant de nouveaux individus , et en croisant la race. On l’essaye maintenant avec les brebis de Soulh-Do'wn et de Norfolk. Le croisement promet une race qui donnera une assez belle laine, et beaucoup de viande d’excellente qualité. Cette race paroît aussi propre à soutenir le parc que la nourriture artificielle; elle est plus grande que les South-Downs , et plus basse que les Norfolk ; elle a les os plus petits ; elle est d’une forme plus arrondie , d’un caractère plus calme , et se nourrit mieux. D’après les descriptions du moujjlon, ou DES DAINES 558 brebis sauvage de Tartane (l) que quelques Naturalistes supposent la race primitive des brebis, celle de Norfolk paroît en approcher le plus. Une longue tête sèche , de grandes cornes recourbées , le dos arqué 5 les jambes de devant droites ; celles de derrière pliées en- dedans ; une construction forte et légère , un regard hardi et sauvage : tels sont ses caracté- ristiques. On n’avoit jamais essayé de perfectionner ni cette race , ni aucune autre , par le choix'des individus , jusqu’au moment où la Société de Leicester étonna l’Angleterre , par son habileté dans une telle entreprise et par le succès qu’elle obtint. Cet exemple a encourage' le public à des essais analogues ; et dans des cantons dont le sol et le climat seront mieux adaptés à la qualité des laines, on obtiendra celles-ci plus belles encore, avec les autres avantages qu’on peut attendre des bêtes à laine. Il est certain que dans quelques climats on voit la finesse parfaite des laines réunie à la quantité (a). J’ai vu des toisons brutes appor- ( 1 ) Voyez l’histoire de 1 ' Argali, ou brebis sauvage, par le Dr. Anderson, Bibliothèque Britannique, T. 111 de la Division Sciences et Arts, pag. 85. ( 2 ) Geci est écrit il y a i3 ans, et on a beaucoup appris dès lors sur les bêtes à laine fine. ET DES TROUPEAUX. 35 9 te’es de Manille par un vaisseau de laCompagnie des Indes, qui étoient dans ce genre. Un habile fabricant les acheta à huit shellings la livre ; et il reconnut si évidemment l’avantage de leur emploi, qu’il donna Commission de lui procurer tout ce qu’on pourvoit trouver de meme qualité’, à un prix plus haut encore. Il vaut mieux mériter qu’obtenir les encou- ragemens du publie. Le goût des recherches agricoles paroît s’être beaucoup propage parmi les gentilshommes qui vivent à la campagne , et je pense qu’on le doit en grande partie aux écrits d’Arthur Young. On peut esperer que cet esprit de recherches produira des decouvertes avantageuses sur l’important objet des laines. L’industrie des pâturages est celle qui convient le mieux aux gentilshommes cultivateurs ; et les moutons sont préférables pour eux aux autres troupeaux. Le fermier le plus entendu dans les details, est oblige , lorsqu’il a un troupeau de bêtes à laine , d’avoir un berger , et de s’en rapporter à lui sur plusieurs articles du profit de son troupeau. Le Gentilhomme est dans le même cas ; et s’il se borne à la culture des moutons , il a tout autant de moyens de se garantir des finesses, des fraudes, et d’éviter des non-valeurs , que peut en avoir le fermier lui-même. La partie de son domaine 56'o DIS I/ATNES qu’il devra cultiver à la charrue pour avoir de la nourriture d’hiver, sera de peu d’étendue, et demandera peu d’avances. Les pâturages secs se gazonnent par le parcours et l’engrais des troupeaux ; on obtient de la laine de plus en plus fine ; et le sol sur lequel la race adoptée réussit le mieux , s’améliore par les bêtes à laine. On trouve ainsi le moyen le plus sûr de faire valoir avantageusement sa propriété ; et l’on est à portée de suivre des expériences très- intéressantes sur les races diverses d’un animal que le climat et la nourriture modifient prodigieusement. C’est sans doute à l’accroissement de la population que l’on doit attribuer ce fait inquiétant qui a été constaté par les recherches récentes d’un comité du Parlement, savoir : que le Royaume ne fournit maintenant des grains que pour nourrir ses habitons. C’est donc une honte pour notre politique que de souffrir ces immenses communaux incultes, lors même que le pâturage y est passable ; au lieu de les diviser, de les enclorre, de les soumettre à cette succession de récoltes qui entretiendroit des troupeaux tout aussi nombreux , et dont la laine, avec des soins, pourvoit n’être pas inferieure. En même tems les terres, fumées au parc, donneroient plus de grains pour nourrir les in- ET DES TROUPEAUX. 561 ! dividus occupes de la fabrication des laines. Dans le Nord de l’Ecosse où le climat réduit la culture aux pâturages, nous pouvons espérer, des expériences bien entendues, de très belles laines ; mais on doit présumer en même tems que la chair des moutons et leur taille seront moins distinguées. Eu Angleterre, le climat et le sol nous permettent d’obtenir la perfection sous ces derniers rapports , et d’en approcher, relativement aux toisons. C’est donc là le but vers lequel doivent tendre les encouragemens et les efforts , parce que notre population , notre agriculture , et nos fabriques , ^ trouveront egalement leur avantage. QUESTION. Les moutons de grosse race s’engraissent - ils plus aisément que ceux de petite race; et lesquels fournissent le plus de viande sur un terrain donné ? Par M. Price d’Appledore. (Annales cl’ Arthur Young.) c VJETTI! question a ele souvent traitée, et jamais pleinement éclaircie. Ceux qui sont en - QUESTION 56a possession de nourrir et d’engraisser l’une 011 l’autre espèce, sont généralement si prévenus, qu’il est inutile de raisonner avec eux. Peut- être les deux côtés de la question peuvent-ils être soutenus également, mais en ayant égard aux circonstances. Il est rare qu’un gros mouton ait une construction propre à l’engrais. Il est ordinairement d’une charpente grossière ; il a des os très-gros et disproportionnés; sa chair est d’une texture lâche , et son corps n’est pas arrondi. Il a d’ailleurs ordinairement les jambes longues , caractère de mauvais augure pour l’engrais, et peu favorable à la faculté de brouter raz. Un gros mouton, qui a le corps long et maigre, est un animal désagréable à voir. Lorsqu’il est gras, c’est tout autre chose ; mais la première question à faire , c’est le tems qu’il a mis à s’engraisser , et la nourriture qu’il a consommée pour cela. C’est là le point important : c’est lui qui détermine la valeur relative des grosses et des petites races , sous le rappoxt de la chair. L’animal qui prend le plus de viande avec le moins de nourriture, et qui s’engraisse aux moindres frais, c’est lui qui convient le mieux à l’cngraisseur et au public. Quels animaux voyons-nous le plus souvent* d’une forme arrondie, agréable, et symétrique? Sun JJES MOUTONS. 363 neuf fois sur dix, au moins, c’esi un petit mouton plutôt qu’un gros. Il n’est pas douteux , cependant, quïon ne voie très-souvent des individus plus petits dan« les troupeaux, et qui sont d’une constitution foible ou vicieuse ; mais c’est ordinairement par accident. Le belier ou la brebis dont ils proviennent ëtoient de mauvaise santé. Celle-ci n’avoit pas ëlë bien nourrie, pendant la gestation , ou l’allaitement. Ces individus feroient eux-mêmes une race foible ; mais si on choi- sissoit les pères et mères parmi les plus petits animaux , avec les attentions convenables dans ce choix , et les soins necessaires pour l’accouplement , la gestation et l’allaitement, il n’est point douteux qu’on ne réussît à se procurer une excellente.race. Ce ne sont d’ordinaire ni les très-grandes'ni les très-petites brebis qui re'unissent la beauté' des formes à la disposition à s’engraisser promptement : c’est dans un certain milieu qu’il faut rester. Supposons que l’on trouvât dans une grande race la même disposition à l’engrais que dans une race moyenne ou petite, c’est-à-dire, supposons que trois gros moutons prissent autant de viande et de graisse, que quatre petits, à quantité égale de nourriture , ceux-ci donneront plus d’argent à l’engraisseur. D’abord;, QUESTION 364 Je boucher aime mieux seize quartiers, à poids égal, que douze : il les place plus aise’ment, quand les morceaux sont moins gros. Ensuite, jl sait, qu’en ge'ne'ral, la chair des petits moutons est plus recherchée, comme de meilleure saveur. Enfin, il y a plus à gagner pour le boucher sur la dépouillé et les rebuts de quatre moutons que sur ceux de trois. Faisons pour l’éleveur la même supposition : c’est-à-dire , qu’il puisse élever et entretenir quatre moutons , pour la même quantité de nourriture , et aux mêmes frais que trois moutons plus gros. Ne sera-t-il pas évident qu’il doit préférer les quatre ? En supposant que les trois gros donnent la même quantité de laine, égale en valeur, l’éleveur aura probablement, sur huit brebis trois agneaux de plus qu’il n’eu auroit eu sur six brebis. Si même ce n’étoit que deux, c’est un objet considérable que cent agneaux annuellement sur un troupeau de 4oo bêtes. Examinons les probabilités de réussite pour les agneaux de la grosse et de la petite race. La grosse race est parvenue à cette taille par une suite de générations dont les individus ont été entretenus sur des pâturages substantiels; les agneaux courent risque de dégénérer , si l’entretien n’est pas aussi bon. C’est tout le SUR LES MOUTONS. 365 contraire, pour la petite race. *Les générations qui ont précédé les agneaux de la petite espèce ont été nourries dans des pâturages médiocres: la race y est faite : si la nourriture est de même qualité, lesindividus qu’on élève se soutiennent; si elle est de qualité supérieure, ils gagnent en taille et en force. Les acheteurs trouvent leur compte à se procurer dè ces brebis de petite race chez l’éleveur, parce qu’elles prospèrent généralement, et parce qu’elles donnent des agneaux qui remboursent le prix de la mère. Un engraisseur refait son capital trois fois avec une petite race , dans le même lems où il ne l’auroit refait que deux fois avec une grosse t race. Il faut que l’entretien et les moyens d’engrais des gros moutons soyent proportionnés à la nourriture qu’ils ont eue auparavant. Si les pâturages ne sont pas d’une qualité supérieure, l’engrais est très-difficile et très-lent. Une vieille brebis qui a vécu dans de bons pâturages , et qui rentre dans des pâturages également bons, a toutes les peines du monde à s’engraisser : c’est tout l’opposé lorsque les moutons ont vécu Sur dés pâturages maigres, ou médiocres. > On vise beaucoupHrop , en général , à se procurerles moutons les plus gros, comme étant ceux dont on tire le plus d’argent au marché : •tout compensé, il y a bien plus de profit avec QUESTION 566 les petites races. Celles-ci se soutiennent l’hiver avec une nourriture proportionnellement beaucoup moins forte; elles supportent la faim, sans s’amaigrir autant ; et lorsqu’elles sont maigres, ellesreprennenlbeaucoup plus promptement de la chair. Les grandes races , au contraire, veulent être abondamment nourries pendant l’hiver, et ont beaucoup de peine à se soutenir sans celte circonstance. Les races qui sont basses sur jambes se nourrissent au pâturage beaucoup plus aisément que celles qui sont long-jointe'es : elles broutent l’herbe beaucoup plus près de terre. Quant à la forme du corps , si nous voulons la perfectionner en choisissant toujours les in- t dividus d’un même troupeau, il faut beaucoup de tems pour y réussir. II vaut mieux chercher ce perfectionnement par le croisement d’une autre race ; mais il faut choisir pour ce croisement les individus de moyenne ou petite taille, de peur que la taille ne diminue par l’effet de la dégénération qui résulteroit d’une nourriture inférieure. Nous observons quelque chose de semblable dans le règne végétal. £>i nous choisissons la semence d’une plante qui a crû dans un sol riche et fertile., pour la confier à un sol moins substantiel, les productions seront plus foibles \ SUR LES MOUTOKS. 1 367 que si la graine eût été tire'e d’un sol de moindre qualité'. On observe que les plus grds individus d’un troupeau s’engraissent en ge'nëral plus promptement au prime,ms et en été. J’en conviens; mais quelle en est la raison? C’est qu’ils ont toujours la meilleure nourriture du troupeau : c’est que cheminant toujours en avant, ils choisissent les meilleures plantes, et que dans la saison dont nous parlons, la nourriture est suffisamment abondante pour les entretenir largement. Il faut regarder au résultat de toute l’anne'e ; et il faut viser à reunir la faculté' de / s’engraisser promptement à celle de maigrir ^ difficilement. Si un éleveur choisissoil toujours les plus gros individus de son troupeau pour en tirer race , celte race deviendroit bientôt trop grosse pour les pâturages qu’on lui destine : il n’y auroit, du moins, plus lieu à l’amélitfration par la nourriture. Lorsque les agneaux proviennent de beliers de moyenne taille , et accoutumés à des pâturages maigres, les agneaux supportent mieux la nourriture d’hiver, et sont toujours disposés à s’engraisser lorsqu’on les nourrit bien. Avant qu’un éleveur se détermine sur la taille de la race qu’il doit adopter, il doit examiner avec soin la qualité de ses pâturages. Imaginer QUESTION 568 d’établir une grande race sur des pâturages médiocres, en achetant des beliers de grande taille, c’est donner dans un luxe ruineux ; car il n’est pas même possible en réduisant de beaucoup le nombre des bêtes à laine qu’un domaine peut nourrir, de re'ussir à compenser le désavantage que donne une haute taille dans des pâturages me'diocres. Je recommande donc essentiellement de commencer toujours par une petite race, en laissant à l’influence du sol et de la nourriture le soin d’élever graduellement la taille d’un troupeau. Dans le doute, il faut toujours que la taille soit plus petite que ne le comporte la richesse du sol. Il faut toujours que la taille du troupeau ait à gagner : on est sûr alors d’avoir des bêtes à laine d’une constitution excellente. Il y a un certain point de perfection auquel des pâturages donnés font nécessairement arriver une race donnée de bêtes à laine. Parvenue à ce point, la race est stationnaire. S’il s’agit d’engraisser , il faut que le pâturage soit meilleur que celui où l’on a élevé. Lorsque des bêtes à laine d’une race perfectionnée , et élevées dans de bons pâturages , se trouvent avoir souffert d’accident ou de disette de fourrage , on ne peut pas les engraisser aisément sur le même pâturage où elles ont été élevées, quoique SUR IiES MOUTONS. 56g quoique ce pâturage soit bon. C’est par une raison analogue que les productions d’un bclier élevé dans un pâturage supe'rieur en qualité à celui qu’on leur destine, dégénèrent dans la proportion de la différence des pâturages. Les engraisseurs se laissent éblouir par les hauts prix que certains moutons gras se payent au marche. Pour calculer au juste le profit d’engraisser des bêtes de grosse et de petite race, il faudroit comparer, pour un certain nombre d’années, les retours des bêtes grasses de grosse et de petite race, sur une étendue donnée de pâturages. Adresse du Lord Somerville au departement d’agriculture , concernant les bêtes a laine, le i 4 mai 1799. .Pleinement convaincu, que l’objet dont j’ai à vous entretenir, touche aux intérêts les plus importans de notre commerce et de notre agriculture , j’espère que vous-y donnerez l’attention nécessaire, et que le succès ne tardera pas à justifier les idées que j’ai à vous présenter. Toute proposition tendant à introduire une nouveauté , doit exciter le doute, chez une ,Tome 7. Aa 57O B È T E S ' nation réfléchissante. Tout ce qui conduit à favoriser une classe d’hommes ou une industrie aux dépens d’une autre, doit éprouver de l’opposition ; mais ici les interets des agriculteurs sont si intimement lies à ceux des fabricans, et des négocians , que je ne crains pas de les voir, les uns ou les autres, s’élever contre ce que j’ai à proposer. Quant aux monopoleurs d’une matière étrangère, qui se croient nécessaires à nos manufactures, si leurs plans en sont dérangés et qu’ils m’en veuillent, c’est tant pis pour eux : je ne m’en soucie guères. La situation politique de l’Espagne, est telle, que la difficulté que nous éprouvons à en tirer des laines , peut devenir une impossibilité absolue. Il est donc, d’une importance très- grande pour nous, d’aviser au moyen d’empêcher que le commerce de nos draps fins, n’en reçoive une atteinte fâcheuse. Je n’ai aucun doute que nous n’y réussissions aisément. Les échantillons que j’ai sous les yeux, en sont la preuve; et quant à moi je suis bien résolu, à l’avenir , de ne jamais porter de drap , ni de Casimir dans lesquels il entreroit des laines d’Espagne. On observera, peut-être, qu’il ne faut rien faire qui tende à empêcher l’entrée d’une madère brute j et que le million sterling que l’An- A E A I N E. 3?1 gleterre paie annuellement pour l’achat des laines d’Espagne est un objet très-peu considérable, en comparaison des profits qui en résultent pour notre commerce. Mais en nous occupant des moyens de supple'er complètement ces laines d’Espagnè , nous mettons un frein à l’avidité des marchands de Hambourg, Ils y réfléchiront avant de hausser beaucoup le prix des laines d’Espagne. Nos draps superfins ont déjà haussé de deux shellings par verge , et on ne doit pas s’en étonner, puisque dernièrement il s’est vendu des laines d’Espagne tarées, à raison de 4 shellings 6 den. la livre. C’est au Département d’Agriculture à parer, s’il est possible , un coup qui porteroit une atteinte dangereuse à notre commerce, et à rappeler l’attention des cultivateurs sur les laines, aussi bien que sur les qualités qui dans les diverses races, ont rapport à la consommation des viandes. Si je nommois une de nos races, à laine courte et fine , comme supérieure à toutes les autres, il pourroit en résulter une prévention que je ne veux pas faire naître. Ce qu’il y a de certain , c’est que plusieurs de nos races fournissent aux fabriques de draps superfins et de easimirs ; et qu’avec les attentions convenables £t un bon système de culture, on multiplieroit JB E T E S 372 ccs races, et améliorèrent les laines. Il y a beaucoup de gens qui imaginent qu’on ne peut pas soigner les laines sans négliger la chair des moutons. Le préjugé qui établit comme incompatible la supériorité de la laine et de la viande dans la même race, nous a fait beaucoup de mal, quoiqu’il n’y ait pas long-tems qu’il règne parmi nos agriculteurs. Il existe une liaison si intime entre la bonne qualité du mouton , comme viande , et la beauté de la laine , que tout fabricant qui entend son métier jugera, à la qualité de la toison , non-seulement si les moutons ont souffert de la faim ou du froid , mais il dira, à six semaines près, dans quel moment de l’année l’animal a souffert. Tous nos grands fabricans de draps fins sont convaincus que la mode des beliers de la race de Leicester a fait un tort très-considérable à notre industrie des laines. Si cela est, c’est un mal national que certains avantages particuliers ne sauroient compenser. Généralement parlant, l’animal le plus sain , et le plus facile à engraisser , est aussi celui qui porte la laine la plus nerveuse et la meilleure. Dans l’application des différentes races de ces animaux à divers pays, le sol et le climat ont toujours eu une influence décisive : si l’on fait abstraction de ces circonstances, on éprouve des mécomptes. 'A ïi A I N E 3 7 3 C’est une véritable folie que de vouloir introduire une race dans les endroits qui ne lui conviennent pas. Chacune trouve le terrain et le climat qui lui sont favorables, et une race ne doit point nuire à une autre. La doctrine du croisement des races que l’on a prêchée avec ostentation, a introduit beaucoup de confusion* et fait commettre de grandes erreurs dans le système de l’e’conomie des bêtes à laine. Mais ces inconvéniens sont passagers. Les troupeaux nous sont utiles en de'pit de nos sottises : Na- turam expellas furcâ, tamen usque recurret. Les moutons sont des animaux dont l’utilité est infinie. Nous avons beau accumuler les fautes dans la manière de les gouverner , ils nous nourrissent, ils nous habillent, ils nous enrichissent : il est en quelque sorte impossible d’être en perte avec les moulons. Mais comme il seroit absurde de prolonger une économie reconnue vicieuse, si nous avons les moyens de la changer, considérons à quoi tient principalement la supériorité décidée que les laines d’Espagne ont sur toutes les autres. Je ne dirai rien de la chair des moutons d’Espagne, et de leur disposition à prendre la graisse, parce que je ne suis pas suffisamment instruit sur ce point; niais je puis parler des races de Piyeland et de Hereford dont la laine ressemble lîf {T 574 BÊTES singulièrement à celle d’Espagne. Tout le inonde s’accorde à reconnoître que la viande des moutons de ces deux races est excellente. Je puis dire , par expérience , qu’il n’y a pas, en Angleterre , de moutons dont la viande soit meilleure que celle de Ryeland ; qu’il n’y a aucune race qu’on puisse nourrir en plus grand nombre sur un terrain donné, et qu’elle soutient admirablement la disette de subsistances, pourvu qu’elle ne souffre pas du froid. C’est une vérité mortifiante pour nous ; mais il est certain que nous sommes des enfans, sur la conduite des troupeaux, en comparaison des Espagnols. Leurs moutons à belle laine sont distingués en troupeaux trasumantes et estantes. Les premiers voyagent dans tout le Royaume , ils passent l’hiver dans l’Estrama- dure et d’autres provinces chaudes. Eu été, ils pâturent sur les montagnes de Castille, de Léon, et des Asturies. Les troupeaux estantes ne voyagent point. Ils appartiennent à l’Estramadure ; aux districts de Molina, Cordova, et autres. Le Bureau, ou Conseil de Mesta , est établi pour veiller à la police de ces troupeaux, et faire exécuter les règlemens qui les concernent. Ce Bureau a quatre départemens, savoir: Se'govie, Léon, Sorie et Cuença. La qualité des laines suit le I V WM A Jj A I N E. 3 7 5 même ordre ; mais dans chacune de ces qualités , il y a des nuances et des différences très- marquées , selon les pâturages , et les soins du berger. Tout le monde convient qu’il n’y a aucune laine comparable à celle des mérinos. Le pâturage, et le climat, contribuent sans doute beaucoup à cette supériorité' , ainsi qu’à la qualité distinguée de la viande de cette race. Le berger en chef est un homme revêtu d’une autorité étendue, et dont les fonctions demandent de l’activité et des connoissances. Ses gages sont énormes, pour le pays. Il a son cheval, et il dispose de cinquante bergers et de cinquante chiens. Un troupeau est composé de dix mille brebis, et se divise en dix parties, lesquelles se subdivisent en cinq troupeaux de deux cents brebis confiés chacun à un berger. L’économie de leurs troupeaux est, en général, admirablej». et outre l’influence de l’ensemble de cette économie , on doit principalement attribuer la supériorité des laines à trois circonstances : la première, est l’usage du sel. On le répand sur des tuiles ou des ardoises, et on en laisse manger aux moutons autant qu’ils en veulent. Lorsqu’ils pâturent sur les terrains couverts de pierre à chaux , ils n’ont pas besoin de sel. On -attribue, et avec raison, à cette substance, la BETES 5 7 6 propriété de corriger les aigreurs qui se de've J loppent. dans l’estomac de ces animaux. Celte disposition , commune aux bêtes à laine de tous les pays, est plus marque'e encore parmi nos troupeaux lorsqu’ils se nourrissent de plantes veVtes et aqueuses, telles que les turneps , les vesces, et les jeunes trèfles. L’impôt considérable qui existe en Angleterre, sur le sel, équivaut à une défense de l’employer pour les troupeaux. Je suis convaincu que nous pourrions le remplacer utilement par la craie. Elle ne réchauffe pas l’estomac des moutons, comme le sel, mais elle a également l’effet de corriger les aigreurs. Il y a long-tems qu’on l’emploie pour favoriser l’engrais des veaux, en neutralisant les acides qui se forment abondamment dans leur estomac : pourquoi n’en feroit-on pas le même usage avec les brebis et les agneaux ? ^La seconde circonstance à laquelle tient peut- être aussi la qualité de la laine , c’est l’usage de frotter et de pénétrer la toison avec de l’ocre jaune ou rouge , dans le courant de septembre. Cette substance forme avec le suint, un ciment qui contribue à garantir parfaitement l’animal de la pluie et du froid j et on estime que cette terre adoucit la laine, en modifiant l’âcrelé du suint (1). La troisième circonstance favorable à (1) On est revenu de celte erreur (Septembre 1809). r A Tj A I N E, * 377 la qualité des laines , c'est l’exactitude avec laquelle on exécute les lois du code des bergers, et le soin que l’on a de faire changer de pays aux troupeaux, selon les saisons, pour leur assurer une température presque semblable. La santé et la chair des moutons doivent y gagner beaucoup : quant à la laine, personne ne doute de l’influence utile du changement de lieux , sur cette production (1). Jamais on ne laisse sortir les troupeaux du parc que la rose'e ne soit dissipée : on croit que la rosée nuit à ces animaux, et contribue à leur donner la pourriture. On ne sauroit guères douter que le pâturage à la rosée ne leur dorme une certaine maladie des pieds, qu’on ne voit guères dans ce pays-ci avant la fin d’août, et qui est aussi une sorte de pourriture. Avant la tonte , les bergers Espagnols ont soin de faire suer leurs moutons , un jour ou deux, soit pour que la laine se détache aisément, soit pour en augmenter le poids. Après la tonte on les fait coucher plusieurs nuits à la bergerie ; et si le tems est pluvieux ou froid , on les y tient aussi pendant la journée. Si ces précautions sont utiles aux bêtes à laine dans un climat réglé, (1) On doit au contraire en douter comme nous le verrons ci-après. BETES 5 7 8 comme celui de l’Espagne, combien ne doivent- elles pas être ne'cessaires dans le climat variable de notre île ! Cela est évident pour qui veut y réfléchir ; cependant, combien n’y en a-t-il pas d’entre nous qui n’y ont jamais songé ! Nous ne pouvons pas changer notre climat, mais nous pouvons afFoiblir les inconvéniens de son âpreté. Dans les parties montueuses, ilfaudroit avoir égard à l’élévation et à l’aspect des lieux, autant qu’à la qualité du sol ; car là où l’on a ces attentions, la laine y gagne en qualité, et il n’est pas douteux que la chair n’en soit meilleure aussi. Il faudroit faire paître les troupeaux, pendant les chaleurs , sur les parties les plus élevées et les plus fraîches, pour leur donner ensuite des pâturages dans les abris , et les pentes au sud , lorsque l’hiver s’approche. Dans nos provinces du midi et de l’ouest, principalement dans les vallées où les enclos sont petits, et la circulation de l’air moins libre , les bêtes à laine dépérissent pendant les chaleurs , soit parce que cette température les éprouve, soit parce qu’elles sont tourmentées de certaines mouches dont l’approche seule leur donne une terreur d’instinct. Pendant les trois mois d’hiver, on s’estime heureux si l’on réussit à soutenir un troupeau sans perte. Au moment où je parle, nous avons des milliers de bêtes A E A I N E. 579 à laine qui périssent de froid ou de faim. Il est bien moins cher de nourrir la laine que de nourrir la chair , c’est-à-dire qu’on entretient à bien moins de frais une race pour sa laine, qu’une race destinée principalement à l’engrais. Tout le monde sait cela , mais ce n’est que dans le Hereford-sbire que l’on se conduit en conséquence ; et ce n’est non plus que dans cette province que les laines ont une qualité' qui approche beaucoup de celles d’Espagne , ainsi que les Espagnols eux-mêmes en conviennent. Je le prouve par les échantillons que je mets sous les yeux du Departement. Je pré- sente aussi des draps fins dans lesquels il n’est point entre' de laines d’Espagne, du tout. Ces draps ont e'té examines par d’habiles fabricans qui les ont trouves à peine inférieurs aux draps qui admettentle mélangé des laines Espagnoles. Ll ne faut pas croire que je propose d’élever des constructions coûteuses pour retirer les moumns la nuit, pendant l’hiver. Il y a deux objections à faire contre les bergeries f l’une qu’elles ne sont pas transportables , et l’autre que, le plus souvent les moutons n’y ont pas suffisamment d’air; car l’air leur est aussi nécessaire qu’un certain degre' de chaleur. Les fermiers qui approchent le plus de la méthode des bergeries vastes et aérées, recueillent la 58o BETES laine la plus belle , et n’ont pas besoin d’autant de nourriture pour soutenir leurs moutons en bon état. C’est un puerile sujet de gloire que d’engraisser prodigieusement un mouton de tems en tems : on a alors à vendre un animal, souvent trop gras , pour le marche' qui se présente. Dans les combinaisons de l’agriculture , c’est au profit qu’il faut regarder, en definitif. Le parc couvert que je recommande pour les mois d’hiver est d’une extrême simplicité. Un cadre assujetti verticalement en-dehors des claies , soit autour du parc , soit de deux côte's seulement, et un autre cadre pour former le toit en le soutenant par des pieux de quatre ou cinq pieds de haut, qui laissent la pente necessaire , voilà tout ce qu’il faut pour tenir au sec leur nourriture et leur permettre d’aller à l’air libre , lorsque cela leur convient. Ces cadres peuvent être faits avec cinq perches de huit pieds de long , place'es à quinze pouces de distance les unes des autres et garnies do joncs cri de longue paille qui suffisent à garantir de la pluie et du vent. Au moyen d’un petit chariot à quatre roues basses , on transporte- roit ces cadres d’un lieu à l’autre , avec aussi peu de peine et de tems qu’on en met à transporter les clayes d’un parc ordinaire, sans ce secours. L’extrême commodité' et le peu de A Xi A I N E. 581 dépense d’un pareil couvert repondent à toutes les objections qu’on pourroit faire contre un système qui, depuis long-tems , devroit être celui de tous nos fermiers. Il peut arriver , je l’avoue, qu’un vent violent et qui changeroit brusquement, renversât ce hangar, et rompît les cadres; mais leur remplacement seroit toujours un objet très-peu considérable. On ne peut faire aucune autre objection de quelque valeur , contre cette idée. Je n’ai pas le moindre doute qu’une précaution si simple ne fît gagner en moins de cinq ans, la qualité de toutes nos laines au moins d’un cinquième, et que la nourriture des troupeaux n’en devînt sensiblement mçins coûteuse. Il seroit inutile, je pense , d’en dire davantage pour exciter l’attention des fermiers sur leurs vrais intérêts : il n’y a qu’un petit nombre d’enlr’eux qui sachent comment leurs laines sont employées dans nos fabriquée. En général, ils n’ont aucune idée de la manière dont on choisit et sépare les qualités des laines ; comment chaque qualité va chercher l’emploi qui lui convient dans chaque manufacture du Royaume, quelles que soient les distances. J’ai encore quelques mots à dire aux fabricans de draps et aux marchands de laine. Quelques-uns seront tentés de demander ce 58a BETES qui nous reviendra de ce que je propose. Je réponds qu’il en résultera une amelioration générale dans les laines Angloises ; et que lorsque le nombre des toisons fines sera extrêmement multiplie', la quantité des draps superfins manufactures dans le Royaume sera plus considé- rable dans la même proportion, et leur qualité sera également améliorée. Les fabricans se trouveront d’année en année moins de'pendans des laines étrangères , qu’ils achètent souvent à un prix très-haut, et dont la situation politique de l’Europe peut priver tout-à-fait nos manufactures. Si nous nous trouvions dépourvus des laines d’Espagne tandis que le préjugé de toute l’Europe est que nous ne pouvons pas nous en passer pour nos draps superfins, notre commerce recevroit un échec très-sérieux. Pendant mes recherches sur l’objet dont je vous entretiens, j’ai eu à combattre beaucoup de difficultés tenant à l’habitude du mystère sur ces matières ; et sans les bons offices de quelques hommes d’un esprit élevé, et qui sont du métier , je ne serois point parvenu à me procurer la connoissance des faits. Je dois beaucoup , en particulier, à M. Lambert de Suf- folk-street : l’événement prouvera , j’espère , qu’il n’a pas perdu son tems et ses soins. Je joins ici plusieurs lettres de fabricans avec les-: À E A I N E. 385 quels j’ai correspondu sur ce sujet. J’ai reçu des secours de M. Ellman de Sussex, celui qui a si habilement amélioré la race de Southdown ; et de M. Powell de Ross , dont le troupeau est de race Ryeland pure. Je dois à Sir Joseph Banks un échantillon de son drap teint en laine , et manufacturé avec de la laine de la pure race d’Espagne, élevée chez lui; enfin je dois à Sir Watkin Williams Wynne un échantillon de drap fabriqué avec de la laine de métis provenus d’un belier Espagnol pur et des brebis de Nortlrwales. La Société de Bath donne depuis long-tems une attention soutenue à cet objet ; elle a accordé son approbation aux recherches qui m’occupent, et elle est toute disposée à donner au Département des rensei- gnemens que sa situation dans le centre de nos fabriques de draps superfins rendra facile et précieux. 584 FÊTE POUR LA Tonte des betes a laine du duc DE BeDFOBD (l). *( Annales d'Arthur Young. ) j^_ucune des assemblées de Woburn à l’é- poque de la tonte , n’a été aussi nombreuse que celle qui s’est reunie le i. er juin de cette année. En voici une notice, prise dans un papier public, et que j’ai trouvée assez exacte : « Vendredi dernier se termina la fête de la tonte chez le Duc de Bedford. Il n’y en avoit point encore eu de si brillante. On y a vu le Duc de Manchester, le Marquis de Bath, les Comtes d’Egremont, de Lauderdale et de Win- chilsea ; les Lords Sherborn, Preston, Ludlow, John, William, Russel ; le Président et le Secrétaire duDépartement d’Agriculture ; le Président de la Société Royale ; M. Coke , Sir Harry Featherstone , Sir John Ramsden , Sir Charles Davers , M. Colquhoun, et un très- ( 1 ) C’est uh rassemblement qui a Heu tous les ans, et où il vient des cultivateurs de toutes les provinces, pour concourir aux prix proposés par le Duc, ou pour recevoir et donner des informations intéressantes en Agriculture. grand TONTE DES BREBIS. 385 grand nombre de fermiers , d’éleveurs , d’en- graisseurs , venant de toutes les parties du Royaume. Pendant cinq jours consécutifs, il y eut des repas de cent à cent quatre-vingt- dix couverts. On distribua les prix proposes un an auparavant par le Duc , sur les bêles à cornes , les bêtes à laine , et les charrues. Le Duc loua soixante et dix beliers de South-Down et de New-Leicester , pour la somme de mille guinêes. Ce furent MM. Smith de Norlhamp- ton-shire , Plaît, et Buttfield, de Bedford- shire , qui gagnèrent les prix pour les bêtes â laine , avec la race de New-Leicester. Les prix du labourage furent attribue's à MM. lla- niman , et Ducket : le premier labourant avec la charrue de Norfolk , et le second avec une charrue à bœufs. » » La conversation roula uniquement sur Pa- griculture. On discuta beaucoup la grande question de la supériorité entre la race de New- Leicester, et celle de South-Down, M. Coke de Norfolk offrit aux Membres de la Société de Leicester-shire un pari de cinq cents gui- nées en faveur de la race de South-Down , proposant de consacrer cent acres à une expérience comparative. Son pari ne fut pas accepté. On lui proposa un essai moins en grand , mais il le refusa. Le vœu généralement manifesté Tome 7. Bb 586 FÊTE TOUR EA TONTE DES BREBIS . 1 par Fassemblee etoit pour une expe’rience de'-* cisive sur celte inte'ressanie cjuestion. M. Coke offrit au Duc de Bedford cent cinquante guindés pour un belier de Soulh-Down. Des marchands de laine se reunirent aussi à Woburn et achetèrent des laines du Duc , à raison d’un shelling la livre pour la longue', de 22 pence pour celle de South-Down , et de cinq shellings la livre pour celle des bêtes d’Espagne eleve'es en Angleterre. L’hospitalité fut exercée dans cette occasion de la manière la plus magnifique et la plus agréable. Chacun fut enchante' de la culture de la ferme du Duc, et se retira extrêmement content de tout ce qu’il avoit vu ou appris. » Questions concernant les avantages et les desavantages du parc, pour les moutons. Par Arthur Young. «1 ’ai appris par les rapports qui sont parvenus au Departement, ainsi que par ma correspondance particulière , qu’il existe une grande différence d’opinions entre les fermiers , relativement à la convenance de parquer les bêles à laine (l). Comme c’est là une question » (i) Pour bien entendre la question que l’on cherche à résoudre , il faut savoir certaines particularités qui sont propres à l’agriculture angloise. Dans presque toutes les provinces d’Angleterre , les bêtes à laine sont en plein air, toute l’année. Nayanl point à craindre les loups, on ne redoute pas, pour la santé des moutons, l’influence des variations de température. Mais les uns laissent leurs bêtes à laine dans des pièces closes, dont elles ne sortent que quand il n’y a plus rien à manger : les autres les font parquer sur des guérets après les avoir fait brouter sur d’autres pièces. Dans le premier cas on engraisse beaucoup un petit espace; dans le second on améliore lentement une plus grande étendue de terraiu ; mais dans les deux suppositions, les bêtes à laine transportent elles-mêmes leur fumier dans les champs , et vivent toujours en plein air : deux conditions également avantageuses à l’agriculture, à la santé des animaux , et à la qualité des laines. QUESTIONS 588 d’une grande importance pour l’agriculture du Royaume , il est à désirer qu’on me fasse parvenir toutes les informations qui pourront servir à fixer avec quelque certitude, les cas dans lesquels le parc doit être recommande, et ceux, ou il vaudroit mieux ne pas l’employer. Mais sur ce sujet , comme sur beaucoup d’autres, les idées sont si vagues, si indéterminées, qu’il est très-difficile d’en tirer aucun résultat net. Il pourra donc être utile de dire précisément à quoi il faut répondre, afin qu’il ne reste aucune incertitude dans l’esprit des fermiers , sur la nature des expériences et des observations à faire pour résoudre une question si intéressante. ' Il convient d’établir d’abord que des faits incontestables ont prouvé que dans certains cas particuliers, la pratique du parc étoit utile. Il est à désirer que ces cas soient déterminés de manière à exclure nettement ceux qui ne sont pas de la même classe. Dans d’immenses plaines de bruyères, ou de terrains arides, sans aucun abri, et où les troupeaux, s’ils étoient abandonnés à eux-mêmes, pourroient s’égarer dans les tems d’orage, le parc paroîl non-seulement utile, mais nécessaire. On a vu dans les South-Downs , des troupeaux dont le parc s’étoit ouvert, et qui s’étoient égarés à de si suit UE PARC. 38g grandes dislances , que le proprietaire les a crus perdus pendant plusieurs jours. L’etendue immense d’un pâturage peut suffire à obliger de parquer. On voit dans d’autres endroits des communaux dont le parcours est avantageux aux moutons, et sur lesquels plusieurs particuliers envoient paître leurs troupeaux , pour les faire ensuite parquer sur les champs voisins. On pense que, dans ces cas-là, la pratique du parc est très-avantageuse, pourvu que l’entretien des bêtes à laine le soit aussi (1) ; mais dans les communaux où le nombre des bêtes que chacun peut tenir n’est point limite', le pâturage est tellement surcharge de moutons, que le parc ne reçoit presqu’aucun engrais. Il seroit donc intéressant de de'lerminer quels sont les cas où cela arrive , et jusqu’à quel point il en est ainsi. (l) Le doute de l’auteur porte apparemment sur ce que, dans les communaux , les maladies contagieuses se communiquent aisément d’un troupeau à l’aulre, et que souvent d’ailleurs les terres sur lesquelles on va chercher ainsi une nourriture qui ne coûte rien, sont malsaines, en sorte que le propriétaire paie alors bien cher, parla perte des troupeaux, le droit d’user du pâturage commun. 5go QrESTïONs Y a-l-il d’antres suppositions dans lesquelle» le parc soit necessaire, et quelles sont-elles? L’usage de parquer est suivi dans des circonstances extrêmement différentes de celles dont je viens de parler. En Norfolk, en Suf— folk , et dans d’autres provinces , il y a beaucoup de fermes en partie encloses, en partie ouvertes, qui ont de grandes étendues incultes servant au parcours des moutons. Ces pâturages entretiennent pendant une partie de l’année, les troupeaux qui parquent sur les champs. Il est évident que, dans ces fermes, la pratique du parc n’est pas absolument nécessaire. La question est plus compliquée alors, et sa solution dépend d’une grande variété de circonstances et d’accidens qui demandent d’être expliqués avec détail. Vaut-il mieux laisser ces pâturages de moutons dans l’état où ils sont, que de les enclorre cl de les cultiver? Parmi le grand nombre d’exemples de clôtures de pareils terrains, peut-on en citer qui aient été désavantageuses au propriétaire ? Dans ces cas, s’il en existe, le résultat a-t-il dépendu, en tout ou en partie, d’un mauvais assolement qui e'puisoit la terre, et l’usage du parc a-t-il eu lieu sur ces terrains enclos sans profit ? SUR UE PARC. 3g 1 Dans les grandes plaines de champs communs, la partie qui se trouve en jachères est ordinairement pâturée par des troupeaux qui vont ensuite parquer ailleurs. Dans ce cas, le fermier fait servir les terres d’autrui à engraisser les siennes. Cela passe pour être avantageux ; mais il est arrive’ quelquefois qu’on a perdu davantage en nuisant aux bêtes à laine qu’on n’a gagné en engrais. Quels sont ces cas? et de quelles circonstances dépendent-ils? Dans des fermes encloses , on affirme que l’usage du parc, ne servît-il qu’à égaliser l’engrais sur les terres, est très-avantageux. On observe que si dans le même clos, il y a des abris et des parties exposées aux vents froids, ces dernières ne reçoivent point d’engrais, tandis que les abris en ont trop. Le parc remédie à cela. Il faut expliquer clairement quels sont lés cas où cela arrive, ainsi que les précautions à prendre, lors de l’établissement des clôtures, pour prévenir cet inconvénient. Effets du parc sur la ferme. Avant de s’occuper des questions sur la valeur du parc, soit par têtes de bêtes à laine , soit par acre, il faut rechercher quels sont, en général, les effets du parc sur les ferrites où il est employé» QUESTIONS 5 9 2 Il y a un point de celle recherche qui est d’une grande importance , c’est de savoir s’il convient de faire servir certaines parties d’une ferme à en engraisser d’autres ; et comme dans le système du parc on appauvrit les près pour fumer les champs, il importe de bien examiner les effets de ce procède. Le système du parc opère-t-il une amélioration permanente sur les terres arables? Le fermier peut-il, en suivant les assolemens ordinaires, retirer des champs tout le bénéfice de l’engrais du parc? Les prés sur lesquels les moutons pâturent, pour aller parquer ailleurs , sont-ils en souffrance, ou sont-ils dans un état stationnaire? Est-il de l’intérêt du propriétaire que les prés soient appauvris pour enrichir les champs? Est-il de l’intérêt du public que l’on suive ce système dans la vue d’accroître, autant qu’il est possible, la production des grains? A-t-on observé comparativement la culture de deux fermes voisines, dont l’une ait toujours eu le système du parc , et l’autre jamais ? Mais, quoiqu’il soit utile d’éclaircir tous les cas , la solution de la question générale 11e dépend pus des cas particuliers. Lorsqu’un fermier peut, à son choix , parquer ou ne point parquer , il se décidera probablement après SUR UE PARC. 5g3 avoir balance dans son esprit les avantages et ]es désavantagés : c’est-à-dire, le profit de l’engrais, et le tort qui resuite du parc pour les moutons. Ces deux opinions font la base des deux systèmes opposés, qui tous deux ont de nombreux partisans. Notre objet ici n’est pas de décider, mais de rechercher ; d’examiner, de rassembler les faits qui peuvent établir dans quels cas, et jusqu’à quel point, ces deux opinions sont fondées. Voici, en conséquence, ce qu’il seroit à désirer qu’on pût éclaircir. i.° Quelle est la valeur du parcage sur les divers terrains , et dans les diverses circonstances qui apportent des différences dans les résultats ? Il est d’usage de compter tant par tête de bêtes à laine , et tant par acre parqué; mais les rapports publiés jusqu’ici varient tellement qu’il n’est pas facile d’en déduire des données suffisantes pour un calcul satisfaisant. L’effet du parc est très-différent , selon les saisons , et selon qu’on a semé plus promptement ou plus tard après le parcage. Il faudroit que ces différences fussent bien expliquées; et lorsqu’une fois on auroit obtenu une moyenne sur un certain nombre d’années , dans des circonstances déterminées , il en résulteront quelque chose de clair en faveur de l’usage du parc. ( 5g 4 QUESTIONS 2.° Quel tort re'sulte-t-il du parcage, pour les troupeaux (t)? Il faut considérer, à cet egard, la santé', le nombre de bêtes que l’on peut tenir, et la valeur des brebis, des agneaux et de la laine. On ne parque nulle part les moutons à l’engrais. La convenance du parc doit dépendre beaucoup du nombre de bêtes à laine que l’on a. Dans une ferme enclose, le nombre de moutons que l’on peut nourrir est-il plus grand, ou plus petit, à cause de la re'union des bêtes en un seul troupeau pour parquer , ou pas leur séparation en troupeaux d’àge et de sexe différens? Les bêles à laine prospèrent-elles davantage lorsqu’on les abandonne à elles-mêmes dans les champs , ou lorsqu’on les fait souvent changer de place à l’aide des chiens, comme cela est inévitable dans le parcage ? Y a-t-il de la perte de nourriture , par le dégât que font les moutons avec les pieds, (î) Il faut toujours se souvenir que l’auteur ne met pas en doute l’avantage pour les troupeaux , de coucher en plein air; il ne s’agit que de comparer l’usage de les renfermer dans des claies à certaines heures, avec l’usage de leur laisser choisir eux-mêmes leurs gîtes. SUR TX P AUC. Sf)5 dans ces transports, pour aller au parc et en revenir ? Les bêtes à laine prennent-elles l’habitude d’être inquiètes et coureuses , par ces change- mens de place continuels qu’exige le système du parc ? Lorsque les bêtes à laine sont divisées en petits lots, et distribue'es dans diverses piècesj sont-elles egalement tourmentées, gâtent-elles autant de pâturage en foulant aux pieds les herbes , par un effet des allées et venues forcées ? Des bêtes à laine qui font le travail d’aller chercher le parc , mangent-elles davantage ? Si elles mangent davantage, ne pourroit-on par en tenir un plus grand nombre , eji ne parquant pas? Un berger peut-il , par le soin d’appliquer les pâturages à chaque saison , et par d’autres attentions à diverses circonstances, compenser les désavantages du parc, quant au nombre de bêtes à laine que comporte une ferme ? Trouve-t-on de l’avantage à changer continuellement de pâturage, ou bien paroît-il que des bêtes à laine qui restent toujours dans les mêmes pièces prospèrent tout autant ? Si l’on abandonne aux moutons plusieurs pièces contiguës , est-il convenable d’ouvrir les 5g6 QUESTIONS barrières qui se'parent les pièces, pour que les troupeaux puissent pâturer tous ensemble; ou convient-il de distribuer les bêtes en autant de troupeaux qu’il y a de pièces? Y a-t-il dans le Royaume des terrains autrefois ouverts , et sur lesquels on faisoit alors parquer les moutons , mais qui depuis aient été enclos, et ne reçoivent plus le parc? Ces terrains nourrissent-ils autant, plus, ou moins de bêtes à laine qu’auparavant? Effets du parc sur la santé des bêtes à laine. Y a-t-il des maladies que l’usage du parc puisse pre’vmir? La pourriture des pieds est- elle de ce nombre ? A-t-on remarque' que de retenir les bêtes le matin dans l’enceinte du parc, fût d’un boa effet pour pre'venir la pourriture? La pourriture est-elle commune dans les endroits oit le parcage est pratiqué? Le parc, lorsqu’on le marque en lignes régulières, comme on le fait ordinairement dans les champs , donne-t-il aux bêles à laine un gîte plus sec, plus propre, et plus sain que celui qu’elles se choisiroient elles-mêmes si on les laissoit faire ? o Trouve-t-on que l’exercice que nécessite le parc affecte la santé des brebis ? SUR LE PARC. 597 A-t-on éprouvé que le parc affoiblisse les agneaux , et retarde leur croissance ? Arrive-t-il souvent qu’il y ait des agneaux e'crase's , lorsque les troupeaux sortent précipitamment du parc? A-t-on remarque que la re'union des bêtes à laine en troupeaux nombreux , comme on les a pour le parc, produise certaines maladies? Celte réunion tend-elle à propager la gale et d’autres maladies contagieuses? Effets du parc sur la valeur des, b rebis } des agneaux y et de la laine. Quand on vend des vieilles brebis, en tire- t-on aussi bon parti, en les tirant du parc , que si elles avoient e'te' quelque tems sans parquer ? Par quelle raison , les moutons qu’on engraisse , ne parquent-ils jamais? Est-ce une opinion reçue que les moutons ne s’engraisseroient pas, si on les faisoit aller et venir pour le parcage ? Si cet effet de l’exercice force* du parc a lieu sur les moutons , n’a-t-il pas aussi quelque influence sur les brebis ? ne diminue-t-il point le nombre qu’on pourroit en tenir, ou le prix de ceux que l’on vend? et comment peut-on estimer cette diminution? QUESTIONS 5 9 8 Le parc est-il nuisible aux agneaux, et jusqu’à quel point ? Le parc est-il utile ou nuisible à la laine, soit pour la quantité', soit pour la qualité', et dans quelle proportion ? Jusqu’à quel point l’usage de Hereford-sbire d’enfermer les bêles à laine la nuit dans des bergeries closes (cotting) (1), contribue-t-il à la finesse des toisons de celte province? Il est évident que presque toutes ces questions tendent à déterminer le nombre de moutons qu’il est possible détenir, avec ou'sans le parcage ; si le parc est avantageux à la sanie’, et à la graisse ; s’il fait perdre une partie du pâturage ; s’il nuit aux brebis ou aux agneaux; s’il diminue la quantité de la laine, il paroî- troit qu’on pourroit entretenir un plus grand nombre de bêtes, en ne parquant pas. Il est donc bien important de déterminer ces points, par des informations multipliées, mais surtout, par des expériences positives. C’est un vaste objet de recherches , et extrêmement intéressant. S’il se trouvoit des cultivateurs qui voulussent entreprendre des expériences positives, com- (1) Cet usage n’est pratiqué, en Angleterre, que dans le Üereford-sliire. SUR LE PARC. 599 ment devroient-elles être conduites pour devenir satisfaisantes et décisives? Il faudroit, je pense, destiner une partie de l’étendue de la ferme, comme la moitié, le tiers , ou moins encore , uniquement aux bêtes à laine, qu’on y distribueroit, à raison de ce que la terre en pourroit entretenir avec avantage, mais sans parquer. On suivroit avec ces bêtes à laine, le même système , pour élever, qu’avec le troupeau des brebis réservées au parc sur le reste de la ferme. Dans une grande ferme, composée de la réunion de plusieurs fermes ensemble , cela pourroit se faire aisément, parce qu’il pourroit y avoir des bâ- timens séparés, pour battre les grains de chaque portion de la ferme à part. II faut que la comparaison porte aussi sur les récoltes de grains, parce qu’on verroit si l’augmentation de ces récoltes , par le parcage , fait plus que compenser le nombre des bêtes à laines , que l’on tiendroit de moins. Les troupeaux, sur les deux fermes , devroient être de la race ordinairement nourrie , sur ce terrain , afin que la comparaison fût plus exacte. Il y auroit une difficulté , qui, au reste , ne seroit pas insurmontable avec toute autre race que les Norfolk. On pourroit destiner la partie où l’on ne parqueroit pas, à une race meilleure, mais QUESTIONS 4oo qui pût se passer du parc : c’est-à-dire , que par le fait même de l’absence du parc , on re’ussiroit à introduire une amelioration à laquelle le parcage s’opposeroit : ce seroit un objet à prendre en considération. Avec une race aussi sauvage et aussi coureuse que celle de Norfolk , cela seroit fort difficile , parce que les barrières pourvoient ne point suffire pour les retenir dans l’enceinte des pièces qu’on destineroit aux bêtes de cette espèce ; mais il n’y a presqu’aucune autre race du Royaume , avec laquelle cette difficulté' fut réelle , si l’on proportionnoit convenablement l’étendue des pièces à la quantité' des moutons qu’on y ren- fermeroit. Une telle expérience , continue'e pendant une suite d’années, suffisante, résoudroit, je pense, la question , et prouveroit ce qu’il dc- vroit résulter des deux pratiques , soit relativement aux grains , soit pour la chair et la laine des moutons. S’il existoit une ferme, dans laquelle on eût suivi depuis long-tems, et avec régularité , le système du parcage , en tenant des comptes exacts des produits des grains, de la viande , et de la laine , en notant toutes les pertes dans les mauvaises saisons, l’expérience inverse pour- roit se faire dans la même ferme. Les prix alors ne SUR UE PARC. 4oi ne pourroient être compares ; mais les quantités des produits sous le système nouveau, comparées aux produits d’un même nombre d’années sous l’ancien système, fourniroient des données suffisantes pour déterminer un résultat comparatif. II y a sans doute plusieurs fermes sur lesquelles cette expérience pourroit se faire , et où les comptes et les notes ont été tenues, avec une précision suffisante 5 mais il est douteux que l’ou pût trouver un fermier assez parfaitement exempt de prévention en faveur d’un système qu’il auroit toujours suivi, pour faire l’épreuve avec impartialité. C’est une chose si rare de tenir des brebis pour élever, sur des terrains médiocres ou mauvais, sans les parquer, que les faits propres à éclaircir la question doivent être peu nombreux. Les fermiers mettent si bien les grains avant tout, qu’on ne leur voitguères tenir des troupeaux sans avoir principalement en vue la production des grains j et lorsqu’on veut soutenir le système du parc, on ne manque point de mettre en avant l’avantage d’une production de grains plus considérable. L’argument n’est pourtant pas concluant : il peut l’être en faveur du fermier, sans l’être en faveur du système. Si le fermier a un bail à court terme, ou s’il n’a point de bail du tout, il est naturel qu’il .Tome 7, Ce 402 questions sur le parc. 1 préfère une gestion qui lui permette d’emporter en grains, lorsqu’il s’en ira, une somme beaucoup plus forte qu’il ne pourroit le faire s’il s’étoit occupé de l’amélioration des prés. Ces exemples ne prouvent rien. Le propriétaire et le public peuvent avoir tout autant d’intérêt à la production des fourrages qu’à celle des grains : il faut, dans une expérience telle que celle dont il est ici question , avoir en vue l’amélioration durable de la ferme dans sa totalité, et non l’amélioration d’une partie de cette ferme aux dépens du reste. Avec le système du parcage, nos parcours de moutons sont tout aussi maigres aujourd’hui qu’ils l’étoient il y a cent ans. C’est peut-être un bien, à considérer l’ensemble des intérêts de la nation; mais il est à souhaiter que le fait soit constaté, et que nous ne soyons pas toujours réduits A *• hésiter et à douter, sur une question aussi intéressante. 4 o 5 Expérience sur l’entretien d’hiver et d’été des moutons, pour l’année 1798. Par Arthur Young. ( Annales d’Agriculture. ) oici la neuvième année que je rends compte de mes expériences sur l’entretien des bêtes à laine. Il y a de l’importance à les continuer. Je conduis cette partie de ma culture sur des principes diiférens de la pratique commune , et avec trois races diverses : il est probable, qu’à la longue, les faits indiqueront une préférence à donner à une race sur les autres, ainsi que l’avantage de telle ou telle méthode d’entretien. Voici les bêtes que j’avois à hiverner. Brebis. 298 Antenoises. 100 Moutons antenois. 10 Moutons pour des expériences. g Agneaux de même. 10 Moutons gras .7 . 9 Beliers. 8 Total 444 Ma provision d’hiver consistoit eu 3 1 5 acres de roueri, (ou regain laissé sur pied) de prés; i 5 acres de rouen de pimprenelte ; 11 acres 4 o 4 EXPERIENCE SUR de rouen defromental; 4 g acres de choux; et en outre mon troupeau consomma 12 tons et 16 quintaux de foin , ce que j’estime l’équi- valent de treize acres de près. Cela revient, en tout, à 56 acres de terrain occupe' toute l’année pour l’hivernage de 444 bêtes à laine; soit à raison de huit bêtes, par acre, pour un hiver de 22 semaines. Nous commençâmes à donner du foin, le 20 novembre 1797. Le i 4 janvier 1798, nous mîmes 297 brebis dans la pièce de pimprenelle. Elles y restèrent trois semaines; ce qui e'conomisa plus de trois voitures de foin : elles n’en mangèrent point du tout, pendant ces trois semaines. A compter les brebis à raison de 5 pence par semaine, leur nourriture revient à 11 liv. st. 2 shel. : autrement dit, chaque acre de pimprenelle , rend l 4 shel. La même pièce, l’annee dernière, qui e'toit également en rouen de pimprenelle , rendit 12 shellings par semaine, en mars, à raison de 4 pence par tête pour la semaine. Les brebis commencèrent les lurneps le 11 février, et les finirent le 7 mars : les agneaux commencoient alors à naître. A 3 pence par semaine, par tête de brebis, c’est 12 liv. st. 19 sh. ; ce qui pour quatre acres de turneps, fait 5 1 , St. 4 sh. g d. C’est une bonne récolte 4 o 5 Entretien des moutons pour un terrain non fume’j mais, cependant iî faut en ôter une bagatelle pour les momens où l’humidite nous obligea à remettre les brebis dans la pimprenelle. Le 7 mars , nous commençâmes les choux. Le 16, nous ôtâmes 100 brebis et 100 agneaux des choux , pour les remettre au rouen ; et nous en laissâmes 162 aux choux. Le 25 , nous les re'duisîmes à 110. Le 2g, les choux furent finis. Mon berger fit une approximation de la valeur de ces choux , et les estima à 4 liv. st. l’acre , en comptant 4 pence , par semaine , pour chaque brebis. Jusqu’au 29 d’avril, mon troupeau vécut uniquement sur le rouen. De 297 brebis, je n’eus que 25 2 agneaux. J’ai toujours éprouvé une différence semblable, j’en parlerai plus au long ci-après. J’entre dans la période d’éte. 1 20 acres, semés en août 1797, en festuque des prés, en fro- mental et en pied de poule . qq brebis 75 agneaux 16 acres, pimprenelle et fro- mental. 7 3 77 jo acres de même. 72 4 q 5 acres, fromental et pied de poule. 20 2.0 10 acres, chicorée ...... 3 9 38 11 acres, vieille chicorée presr que détruite. 60 an tennis 4 acres, différentes plantes de prés.. ^ . . 20 antenois. 4 acres, vieille pâture .... ig moulons 3 acres, cjnosure. 16 beliers . 4x7 a5 9 EXPERIENCE SUR 4 o 6 Le i. eT juillet, j’examinai les pièces. Je trouvai le prè de 10 acres en pimprenelle et fro- mental, brome aussi raz. qu’une table ; mais les brebis espagnoles, qui y e’toient, me parurent en aussi bon état que doivent l’être des bêtes qu’on n’engraisse pas. Le champ de 11 acres, en vieille cbicore’e, n’avoilpas tout-à-fait assez de bêtes. Le champ de 10 acres, en chicore'e, en avoit trop : j’en tirai 20 brebis avec leurs agneaux, pour les mettre dans la pièce précédente. La pièce de 16 acres, en pimprenelle etfro- mental, auroit pu nourrir 8 brebis de plus. La pièce de 20 âcres n’avoit pas, à beaucoup près, assez de bêtes. On auroit pu y mettre les moutons 1 5 jours plus tôt, et y ajouter vingt bêtes. Le pré ayant été semé de bonne heure en août, e'toit superbe dès le commencement du printems. La pièce de 3 acres, en cynosure, n’avoit pas été garnie de bêtes à laine assez tôt. Le 7 juillet, j’ai ajouté aux pièces, destinées aux bêtes à laine , cinq acres de vieux pâturages. Le i 5 juillet, j’ai ajouté 7 acres de vieux pâturages. Le 22 juillet , j’ai fait passer les bêles de la pièce de 16 acres dans une pâture de io~ L’entretien DES MOUTONS 4o7 acres , qui avoit e'té broutée par des chevaux, et dans une autre pâture de 16 acres. Le 29, j’ai fait passer de même, dans celte dernière pâture, les bêtes qui êtoient dans le pre' de 10 acres en pimprenelle et frornental. Le 5 août , j’ai ajoute 16 acres de près fauches. Le a septembre, j’ai ajoute 5 acres de sainfoin fauche'. Le 16 septembre, j’ai ajoute 12 acres de sainfoin fauche. Il y a quelque difficulté’ à appliquer les champs, ainsi repartis au troupeau, entre les differentes années dont on fait le compte. Il faut compter que les 32 semaines d’été font l’année , relativement à ces champs. Non pas que le pâturage d’hiver dans les pièces qui ont eu des moutons tout l’e'tê, n’ait encore quelque valeur, mais c’est si peu, qu’on n8 doit pas le mettre en ligne de compte. Il ne faut pas comparer les semaines d’e'te' aux semaines d’hiver , parce que la valeur du foin, de première coupe , estsupêrieure à celle du regain laisse sur pied. J’estime, d’après le prix relatif des deux fourrages, que dix acres de rouen équivalent à trois acres de pré toute l’année ; mais j’ajoute un dixième pour la valeur du parcours d'hner , sur ce qui a été’ 4 o 8 EXPÉRIENCE SUR. pâture l’été , et je compte la première herbe au même prix, soit qu’elle ait e'tê fauchée ou pâturée. Je trouve, d’après cette estimation, que mon troupeau a eu cent acres de pâturage d’été, , Pour estimer les agneaux dans leur rapport avec les brebis, je compte, comme dans les années précédentes, un agneau pour les trois quarts d’une brebis. “Les agneaux au nombre de 2Ôc), se trouvent ainsi réduits à 1945 ce qui ajouté au nombre des bêtes faites, monte à 638 . Pour nourriture d’hiver. 56 acres Pour nourriture d’été. 100 Total i 56 444 hivernées, et 658 nourries pendant l’été, reviennent à 56 i pour toute l’année (exactement le même troupeau qu’en 1796) soit un peu plus de trois bêtes et demie, par acre. En 1796, j’e 11s 286 brebis et 2 x 4 agneaux en pâture. Cette année j’ai eu 297 brebis et 261 agneaux. Trente-six brebis ont été slé- ril es. L’armée dernière, j’en eus beaucoup davantage j et chaque année la proportion des stériles a été infiniment trop forte. Dès mes premiers essais sur la race de Leicester, j’observai qu’un grand nombre de brebis e'ioieut slériiesq X.’eNTRETIEN MES MOUTONS 4og et je soupçonnai dès-lors que cela tenoit a la race. Je fis part de mon observation à mon agent. Il a observe ce fait, d’année en année; et il ne me reste aujourd’hui aucun doute à cet égard. C’est une si forte tare pour cette race, que je souhaite qu’on y fasse beaucoup d’attention , non pas pour me convaincre de plus en plus moi-même , car je sais à quoi m’en tenir , mais pour que la connoissance de ce fait soit plus généralement répandue. Lorsque cette race est sur un terrain qui n’est pas de la première qualité , elle ne s’engraisse pas, à beaucoup près, aussi promptement que je croyois avant de l’avoir éprouvé. Les essais de plusieurs fermiers s’accordent sur cela, en résultats, avec les miens. Si celte race ne s’engraisse pas plus promptement sur les terres médiocres, et s’y multiplie moins bien que les autres races, il reste douteux qu’elle puisse leur être supérieure. Seroit-ce sur les toisons ? Les toisons de mes brebis de Leicester l’ont à peine emporté d’une livre en poids, sur les toisons de mes brebis de South-Down: ce qui doit être attribué à ce que mon terrain, suffisamment bon pour celles-ci, ne l’est point assez pour les autres (1). (i) La moyenne du poids des toisons de Soulli-D-owa I EXPÉRIENCE SUR 4lO Le 24 juillet, je fis peser les agneaux. J’a- vois ordonné qu’on pesât séparément les deux races, mais cela ne fut pas exécuté. La moyenne du poids des agneaux mâles fut 58 livres , et des agnelelles 56. La principale observation que j’ai à faire sur cette année, est relative à l’importance du rouen. Je n’avois que 8 acres de choux et de turneps, et mon troupeau n’a pas consommé treize voitures de foin. Cette provision auroit monté bien peu, pour un troupeau tel que le mien ; mais le rouen m’a fait un profit semblable à celui de toutes les autres années : profit si grand , que je ne puis assez m’étonner de voir cette ressource si généralement né- glige'e. Une autre circonstance importante à considérer dans l’entretien d’un si grand nombre de bêtes, c’est l’utilité des herbes de prés du pays. Il y a sur le tout 5o acres de festuque des prés, de fromental, de pied de poule, de vuîpin des prés, et de cynosure, sans compter la chicorée et la pimprenelle. La plus grande partie est composée de fromental et de pied de lavées à clos est de deux livres et demie. C’est une laine fuie et courte, qui se vend ordinairement 2 shel. la livre. La toLon vaut donc 6 francs. d’entretien des MOUTONS. 4ll poule, c’est-à-dire , de deux plumes si fortes et si dures, lorsqu’on les laisse s’élever, qu’elles ont une très-mauvaise réputation ; mais lorsqu’on les fait constamment brouter raz, elles sont admirables, et il faut surtout remarquer qu’elles se soutiennent sans aucune aliénation sur les mêmes terrains , où j’ai vu périr successivement le trèfle blanc, le trèfle jaune, le plantain, et la chicorée. Comme j’ai éprouvé une grande difficulté à mettre en prés durables, les terres qui n’aiment pas le trèfle blanc , je regarde le succès que j’ai obtenu comme étant d’une importance majeure. Je ne puis dire encore quel sera le résultat final ; mais jusqu’à présent, ces plantes promettent beaucoup, relativement à l’usage que j’en fais. Comparaison des races de Soutlidown, de New-Leicester et Norfolk. Par W. Coke. ( Annales d’Arthur Young. ) apport de Simon Payne , vendeur de bestiaux, sur une vente de moutons à Smilh-field, le 8 avril 1 799. L. st. sh. a. 6 Norfolk avec leurs toisons à 60 sh. 18 )> )> 5 N. Leicester tondus . . . 8 x 12 12 )) 5 dits. 80 12 )) )) 4 South-Dovvns tondus . . 70 i 4 )) )) X dit.. rr /"* d rr 70 0. ù 15 6 1 dit. 58 2 18 )> dits. 65 6 6 )) Tous ces moulons e’toient , de même â S e > c’est-à-dire , à leur troisième tonte , et avoient êtê nourris de la même manière. L. st. sh. d. Prix moyen des Norfolks. ... 5 )> » des IN. Leicesters .4 2 » des South-Dovvns . 5 72 des South-Downs"; y compris les toisons, qui pesoient îiv. pièce, etvaloient à 1 sh. 6. la livre, 8sh. 5 . d la toison .... 5 l 5 5 Les Norfolks sont donc beaucoup inferieurs, sous les rapports qui faisoient l’objet de l’ex- pe'ricnce. \ r 4i5 Brebis de South - Down et Rouen. {Annales e’ Arthur Y o u n g.) Un peu avant Noël, Sir John JBuchanan Riddell acheta cinquante brebis de Soulh- Dovra , à 25 shellings la pièce , et les envoya à Sundon en Bedford-shire, où il avoit plus de rouen que ses autres bestiaux ne pouvoient consommer. Une des brebis mourut à son arrive'e. Une autre a e'te’ stérile ; mais des quarante-huit brebis restantes, il y a aujourd’hui (i5 mai) soixante-quatre agneaux bien por- tans. Le troupeau a ëtè jour et nuit, et par les plus mauvais lems, dans une cour en— toure'e d’un couvert, et avec du foin au râtelier. Un boucher offre maintenant trente-deux shellings de chacun des agneaux gras. Si l’on considère combien l’hiver a e'të rigoureux, et combien on a perdu de bêtes à laine , on conviendra que cet exemple est extrêmement favorable au rouen, ou regain laisse sur pied, chose que je recommande en vain depuis plusieurs années. I- 4 i 4 BREBIS DE Moutons de South-Down entretenus sur une montagne jusqu’à l’âge de deux ans , sans provision d’hiver. On a essaye de Faire subsister de cette manière un lot de moutons; et l’un de ce* moutons, tue au mois d’octobre 1798, après avoir e’te' tondu deux fois , a pese' comme suit. liv. One. Poids de l’animal en vie .... 121 Poids de la viande . . 68 3 t 3 Suif . • 8 77 1 4 L.st. sh. a. r j r j\ liv. à 5 pence la livre font . 1 12 deux toisons vendues . . » 10 » la peau . 3 » la tête et la fressure . . . » 1 )) L. st. 2 6 2 Ï Poids d’un mouton de South-Down qui n’a- voit pas tout-à'fait trois ans y chez M. John Ellman. Poids de l’animal en vie . i 63 liv. liv. onc. \ . __ - 1 Sang . b 4 I * Entrailles . 10 2 f 38 2 Fressure . 8 8 i Tête et peau . . . 9 8 1 Taine . 3 12 Suif . l4 8 128 8 yiande . 10g » perte 1 6 Total. l 65 / SOUTII-DOWN 4 l 5 C’est-à-dire , que vingt livres de l’animal en vie donnent i 5 livres de viande ou suif. Moutons et agneaux hivernès à l’herbe et aux rutabagas. Par le C. u de TVïnchilsea, J’ai pese le 28 avril 1799 les moutons et agneaux en expérience et j’ai trouve' que les dix antenois nourris aux rutabagas, ont perdu 63 livres de leur poids depuis novembre. Les dix antenois à l’herbe ont perdu 225 liv. Les dix agneaux aux turneps ont perdu l 4 o liv. Les dix agneaux à l’herbe ont perdu 177 liv. La longueur et l’extrême se’ve'rite' de l’hiver a contribue' à ces résultats défavorables. Les rutabagas paroissent à leur avantage, dans celte expe’rience, mais maigre' tout leur me'rite , les moutons perdent de leur poids, pendant l’hiver, en s’en nourrissant. 4i6 coMEARAisdN entre Comparaison entre les moutons de Souih- Down et ceux de Norfolk. Par Robert Overman, de Burnham en Norfolk. ( Annales d’Arthur Young.) T j e 27 mars 1799 , 24 moutons de Norfolk, de deux ans faits, et 10 moutons de Soulh- Down de même âge , ayant toujours vécu dans le même troupeau’ dès leur naissance , furent pris dans un champ de turneps, et pese's. Les 24 Norfolks, en sortant du champ, pesoient ensemble . .... §705 ^ Après avoir jeûne' 28 heures, ils pesoient . . .. 56 oi » C’est-à-dire , que la moyenne de leur poids, en sortant dû champ, e'toit de i 56 livres chacun, et après avoir jeûne , de i 5 oj livres. Les 10 South-Downs, en sortant du champ , pesoient ensemble. l 55 o Après avoir jeûne 28 heures , ils pesoient . i 486 C’est-à-dire, que la moyenne de leur poids, en sortant du champ , e'toit de i 53 livres chacun, et après avoir jeûne, de i 48 | livres. \ La différence, quant au poids, entre la panse pleine ou vide, est donc, pour les Nor- 1 L folks „ DEUX p ACES DE MOUTONS. 4 l? folks de 5| livres, et pour les South-Downs de 4 g livres seulement. Le poids moyen des Norfolks e'tant de l5o| livres, mon intention eloil d’en tuer un de South-Down exactement de meme poids ; mais il ne s’en trouva point; et comme nous trouvâmes un South-Down et un Norfolk qui pesoient chacun i5a livres, nous les tuâmes tous deux , pour les" comparer. N O R F O E K. Livres. L.st. sh. Viande.g4 à 6 pence. 2 7 Suif..16 jà 5 pence Tête et fressure 1O3. Peau. 9 . ... 3 1 Laine. a 17 pence. Sang . . . Entrailles Perte. . . L- st. 3 Ci 11 » £ South-Down. Livres. Viande. .... 92 L à 6 pence Suif.. i3| à 5 pence Tête et'fressure 10. Peau.10. Laine. 75818 pence L. st. sh. 2 6 5 » 1 11 L. st. 3 Sang . . . Entrailles Perte. . . 7 11 » Tome 7. Dd d, )) 10 h » » 4 n a. 3 7 h 9 » 3 él?> COMF, EHTRE 2 RACES DE MOUTOXS. Le mouton de South-Down se trouva donc supérieur en valeur, de 5 shellings 11 den. Je suis fâche de ne pas pouvoir donner la quantité de nourriture que chaque race avoit consommée ; car le soin de peser la nourriture 'd’hiver cutraîucroil une dépense plus grande que je ne puis me la permettre. Je ferai seulement une observation sur ce point : on nous dit souvent que tel mouton de telle race s’est vendu à Smithfield un certain prix ; mais on ne nous dit pas ce qu’il a consomme' pour arriver au point de graisse où il étoit. La circonstance que les Norfolks perdent wne livre de plus que les South-Downs, en jeûnant, est une forte présomption contre eux, sur la quantité de nourriture qui leur est nécessaire. 4 ig Dis cussion sur les Races de New- Lesceiter et South-Down. (Annales d’A rthur Yovng.) {Les lettres suivantes ont paru dans les papiers de Leicester et de Northampton.) Oommb l’auteur de la relation sur la tonte chez le Duc de Bedford (il, a indique quelques circonstances d’une manière incorrecte , et pa- roît avoir manque' de candeur , je demande la permission de faire quelques observations là- dessus. « L’offre faite par M. Coke de Norfolk (dit l’auteur de la relation), aux membres du Club des Beliers de Leicester , de faire pâturer îoo moutons de South-Down , en concurrence avec 100 moutons de New-Leicester , et de parier 5 oo liv. st. pour les premiers, fut juge un rude échec à la réputation desNew-Leicester. » Il n’y a que des observateurs très-superüciels qui ne sachent pas voir d’excellentes raisons , pour lesquelles les membres du Club des Beliers ne dévoient pas accepter les propositions de M. Coke. Il y en a une qui s’offre d’abord ( 1 ) Voyez la notice de cette tonte, page 384 de ce volume. DISCUSSION StfTV deux 4:20 à l’esprit. Les membres de celte Société <5n\ Lût de trcs-grauds frais j et travaille avec une admirable perse'vërance pour amener la race des brebis de N. Leicester au point où elle est «ujourd’hui. C’est-à eux que l’on doit l’émulation et l’esprit de recherches sur les véritables principes de l’amelioration des races. Les gens instruits ont applaudi à leurs travaux ; la race «le N. Leicester s’étend aujourd’hui de province en province ; et comme ils ont travaillé «ur des principes absolument nouveaux , tout opposés à l’ancien système (]) il est de beaucoup meilleure foi à eux de laisser les expériences comparatives à ceux qui n’ont aucun intérêt à la chose, afin que cette race ne doive qu’à ses qualités réelles la réputation qu’elle pourra acquérir : cela vaut mieux que de faire des essais comparatifs qui, très-probablement, (i) Le principe de l’amélioration de la race deNew- Ijeicester, est d’éviter les croisemens, qu’auparavant on jugeoit nécessaires, et de choisir toujours dans la race pure {le blooâ, expression également appliquée aux chevaux de race) les plus beaux beliers. On croît remarquer que cette persistance à ne jamais croiser rend les brebis de la race de New-Leicester moins fécondes, ou les beliers moins puissans: ce qu’il y a de certain, c’est qu’il y a un déficit annuel dans les agneaux, qui semble aller eu croissant. (A) «ACES DE 'U'OUTON'fî 4 se termineroient sans résultat net. Le Duc do Bedford l’a observa avec beaucoup de raison : si, comme on l’a propose', on envoyoit les moutons au même marché , les partisans de chaque race cabaleroient, et auroient des acheteurs à gages pour faire pre’valoir l’une ou? l’autre ; en sorte qu’il seroit fort difficile de dé- couvrir la vérité’. Par cette raison, et d’autres, encore, je répète que les expériences comparatives, si elles sont destinées à faire ressortie la vérité, doivent être faites par des gens moins directement intéressés au résultat. Yoilà comment on pourroil justifier les membres du Club, des Beliers, s’ils avoient refusé la gageure, comme l’affirme votre correspondant, mais cela n’est pas. Comme, dans l’assemblée chez le Duc de Bedford , à l’époque de la tonte , on parois- soit s’attendre que quelqu’un tenteroit une expérience comparative, il fut proposé d’accepter l’olfre de M. Coke , avec la modification suivante, savoir: chaque parti mettroit en pâture, un lot de moutons du même âge : on les pe— seroit à trois mois, et on les repeseroit à quinze mois. M. Coke s’y refusa. Alors, pour prévenir les me’sentendus , et les récriminations, l’on demanda à M. Coke de faire ses proposi-, tions par écrit. Les membres de la Société de '422 DISCUSSION 1 SUR DEUX Leiccster se montrant dispose's à toute expérience dont le re’sultat pourroit éclairer le public, quoiqu’ils se sentissent un de'savantage marque par l’obligation où ils etoient de destiner les plus beaux agneaux mâles à la reproduction , M. Coke s’y refusa de même. Qu’esl-ce que c’est donc que cet échec reçu par le Club des Béliers, ou les éleveurs de la race de New-Leicester ? J’avoue que je ne le comprends point : peut-être votre correspondant l’expliquera-t-il. C’est aussi à lui de déclarer pourquoi il n’a dit les choses qu’à demi. C’est à lui à expliquer pourquoi il n’a pas dit que les deux plus beaux moutons qu’on ait jamais vu dans notre île, soit pour la figure, soit pour le poids, soit pour la légèreté des os ou autres parties inutiles fl), étoient deux moutons présentés à la tonte chez le Duc de Bedford , et qui etoient de la race de New- Lcicester pure. On éprouve un sentiment pénible quand on voit cette répugnance à reconnoître le mérite partout où il est. Peut-être votre correspon- (1) L’un de ces deux moutons n’avoit en os ou parties inutiles ( offals ) que le quart de son poids total en vie, plus une livre et i4 onces. Il pesoit en vie 296 livres. Il eut 220 livres de viande, suif ou laine. (A) H.ACES DE MOUTONS/ 42^ dant est-il un éleveur de la race de Soulh-Down. Si cela est, je rcconnois que celte race a beaucoup de mérite. Mais quant à la supériorité entre cette race et la nôtre , ce n’est pas à nous à en décider, c’est au public : quand on le met à portée d’éclairer son jugement, le public est toujours juste. Après tout, si l’on ne peut décider la chose que par des gageures, il faut au moins prendre les pre'caudons qui assureront un résultat précis. Que l’on convienne d’un nombre déterminé de moutons d’un âge fixé ; qu’on les sépare et les renferme de manière qu’ils ne mangent rien qui ne soit pesé. Si l’on prend ces précautions pour comparer les deux races., je suis sûr que M. Coke , ou tout autre amateur , trouvera bientôt à faire son pari de 5 oo guinées, et de Sooo, s’il le veut. Je suis, etc. Leicester. A Akthur. Yoünc. Votre correspondant du 28 juin , qui a bien voulu donner au public le détail de la tonte de Woburn , n’a point présenté une juste idée de ce qui s’y est passé. M. Coke offrit de parier 5 oo guinées qu’il mettroit en pâture sur 100 acres , des moutons de South-Down , en con- '424 DISCUSSION s un -deux: currence avec des moutons de iNew-Leicester^ en même nombre , choisi* par quatre éleveurs différées, et mis en pâture sur cent acres également. On n’accepta pas, et pourquoi? ce n’est pas que les éleveurs de INew-Leicester eussent la moindre crainte que leur race fût inférieure , mais parce qu’il s’agissoit d’un nombre trop considérable de moutons à,mettre en expérience. M. Coke sait bien , comme tout le monde , que les fermes de Leicester-shire sont petites ; que tous les fermiers élèvent, et que par conséquent les troupeaux de brebis , de beliers et d’agneaux occupent la plus grande partie du terrain, et qu’il en reste peu pour les moutons. Les principaux éleveurs ne possèdent souvent pas un seul mouton, en sorte qu’il leur étoit impossible d’accepter la proposition de M.Coke. Un membre de la Société de Leicesler proposa de peser cinquante agneaux à trois mois, puis de les mettre ensemble au pâturage , jusqu’en hiver; de peser ensuite les turneps qu’on leur donneroit à manger l’hiver ; puis de remettre ces antenois à l’herbe tous ensemble jusqu’à i 5 , 18 , ou 20 mois, au choix de M. Coke; enfin de les tuer, pour comparer les poids , et donner l’avantage à la race qui auroit rendu le plus en argent, à consomma- m RACES BE MOUTONS." 4à5 lion égalé de nourriture. On proposoit de plus, que cette expérience fût faite chez le Duc de Bedford , et sous sa direction et inspection imme'diale. M. Coke refusa : j’ignore par quelle raison , mais ce ne fut sûrement pas par la difficulté d’avoir des agneaux à meure en ex- pe'rience. Les bêtes à laine de Leicester, pre’sentees à l’exhibition de Woburn , e'toient certainement propres à faire beaucoup d’honneur à la race ; et il faut remarquer que tous les beliers qui furent loues pour la monte chez le Duc de Bedford, e'toient de la race de Nevv-Leicester. Les prix varièrent, de 10 guine'es jusqu’à xoo : il s’en loua trente, pour mille guine'es. Ceux de la race de South-Dovvn ne se louèrent point : ils se vendirent en petit nombre , et à bas prix. Le mouton de trois ans , qui pesoit cin- QUANTE-UNE LIVRES LE QUARTIER , et qui gagna le prix, e'toit de la race de New-Lei- cesler. Un Ami de la vérité. •N J’ai inse're’ les lettres ci-dessus dans les Annales , afin que le lecteur pût voir par lui- même tout ce qui a e'ie' dit pour et contre. Il me semble que les auteurs de ces deux lettres n’ont pas saisi le sens de la relation donne'e sur s 42 6 DISCUSSION SUR DEUX la fête de la tonte à Woburn. L’auteur de la relation n’a pas tant fait attention aux termes du pari offert, qu’ a ce fait simple et frappant, savoir , que M. Coke, après avoir essaye' pendant plusieurs arme'es la race deNevv-Leicester, en louant des béliers à de irès-bauts prix , et de race bien pure , a encore aujourd’hui meilleure opinion de la race de South-Down. M. Coke est reconnu un excellent juge , en fait de bêtes à laine. Quand on voit un tel juge, après une longue expérience, pre'fe'rer une autre race, on peut dire qu’il en re'sulte un grand préjugé contre la race qu’il trouve inférieure. Le résultat général d’une expérience comme celle de M. Coke, est peut-être d’une importance plus grande , relativement à l’estime que mérite telle ou telle race, qu’aucun essai comparatif que l’on pourvoit tenter. C’est ainsi que j.e conçois l’opinion de l’auteur de la relation, et non pas comme les auteurs des deux lettres l’ont entendue. Les papiers dans lesquels se trouvoient ces lettres ayant été lus dans une réunion d’agriculteurs à Lewes, et ensuite chez le Comte d’Égremont, à Petworth, où il y avoit beaucoup d’éleveurs habiles, on s’occupa des moyens de faire des essais comparatifs qui fussent probans ; et on proposa l’expérience suivante.* RACES DE MOUTONS. 427 Deux cents acres de pre's, choisis dans quels terrains et dans quelle province qu’on voulût, seroient divise's aussi egalement qu’il seroit possible, en deux lots de 100 acres, tellement situes, que les domestiques necessaires, pour prendre soin des moutons, pussent être loges à portée, et veiller à ce qu’il ne se commît aucune fraude dans l’expe’rience. Le i.° r août 1800, on mettroit les deux lots, en même nombre , dans les deux enclos, et ces lots seroient composes de brebis maigres de chaque race. On les nourriroit jusqu’au i. ,r août t 8 o 4 , pour les tuer grasses alors. Le prix , ou le montant de la gageure , seroit attribue' au lot qui auroit rendu le plus d’argent en laine , en agneaux, et en viande. Pendant les quatre ans , il ne seroit donne aucune nourriture que ce que les 100 acres fourniroient j et il ne seroit mis aucun fumier sur le terrain. On ne tueroit aucune brebis qu’elle n’eût donne' un agneau, et ne l’eût nourri jusqu’à quatre mois : s’il y en avoit de stériles, on les laisseroit dans le lot jusqu’au i. er août i 8 o 4 . S’il e'toit necessaire d’en tuer avant cette époque definitive , leur viande n’entreroit pas dans le compte , et ce seroit tant pis pour le parieur. Si les elcveurs de Leicester vouloient faire entrer en considération la qualité de la viande, cela se pourvoit DISCUSSION SUR DEUX! 428 encore ; mais comme c’est un objet de luxe, que la fantaisie et la mode peuvent influer sur le prix qu’on met à la viande , on n’en fait pas mention ici. Quant à la qualité de la laine, c’est une autre affaire : il est facile de l’estimer comparativement, avec une grande exactitude. On pourroit faire quatre paris : l’un sur le résultat du compte à rendre à Noël 1802, Je second sur le compte de Noël i 8 o 5 , le troisième sur le compte du i. er août 1804, et une somme plus forte sur le résultat general de l’expërience. Autre proposition. On mettroit un belier et soixante brebis de. Leicester dans douze acres de roucn ; et on mettroit le même nombre de brebis South- Pown , avec un belier de même race , dans douze acres de rouen contigus, au î." octobre prochain. On ne donneroil point de nourriture d’hiver que du foin exactement. pese. On feroit sortir les brebis de l’enclos le même jour, et on les peseroit. Les agneaux resteroient dans l’enclos jusqu’au moment de la tonte, et on leur don-, neroit du foin l’hiver. RACES DE MOUTONS/ 4ag La laine seroit pese'e et e'value'e. Les agneaux seroienl pesos après la tonte, et tues à mesure qu’ils prendroient la graisse : ils seroient pese's en vie , et pese's morts. A mesure que l’on tueroit des montons, on rèlrèciroil l’enceinte par des claies , diminuant d’un acre pour cinq moutons, jusqu’à ce qu’il n’y en eût plus. Cette expe’rience monlreroit : 1. ° La vigueur comparative des beliers. 2 . ° La disposition précoce de chaque race pour l’engrais. 5.° L’argent que chaque race rendroit. 4.° La facilite’ de la nourriture d’hiver. NB. Il faudroit avoir soin que les brebis fussent dans le même e’tat, quant à la graisse dans les deux lots, quand on les mettroit en expérience. Autre proposition. On pourroit peser en vie dix antenois de Leicester, et dix de Soulh-Down , en les choisissant de poids égaux. On pourroit mettre chaque lot dans un demi-acre de bon pre', et les y laisser jusqu’à ce que tous souffrissent de la faim : on les lireroit de là pour les peser, et voir lequel des deux lots auroit le m'oins souffert. 4 45o DISCUS. SUR 2 RACES DE MOUTONS» 1 Observation. L'attention des éleveurs et l'intérêt du public se trouvant diriges sur le point important de la préférence à accorder à une race ou à l’autre, il est impossible qu’on n’ait pas quelques bonnes ide'es sur la meilleure manière de faire les expériences comparatives ; et tandis que , tous les jours , on voit parier cinq cents et mille guine’es sur la cource d’un cheval, il est déplo- rable que sur des expe'riences aussi intéressantes , l’on s’arrête pour quelques difficultés , et surtout par l’idée qu’une expérience ne seroit pas décisive. S’il s’agissoit d’une expérience de chevaux , on applaniroit toutes les difficultés. Si un essai n’est pas concluant, pourquoi n’en, pas faire vingt ? L’on s’instruiroit en avançant : l’expérience acquise dans un premier essai aideroit à en disposer un second, et les difficultés qu’on auroit éprouvées indiqueroient les moyens de les éviter. Quand il n’y auroit que l’avantage d’exciter fortement l'attention des cultivateurs sur ce point, le résultat seroit toujours excellent. 451 ’ Détails sur un troupeau de Moutons de Norfolk, par Sir Charles D a vers du llusbrook, en Suffolk. ( Annales cVArthur Young. ) *EI>UIS les expériences étendues et variées du ce'lèbre Bake'Vvell, de M. Coke de Norfolk, et d’autres fermiers habiles, les races de Norfolk et de Wilt-shire ont beaucoup perdu dans l’opinion générale. Les details que j’ai donne's d’après M. Macro et le Duc de Grafton , concernant cette race, paroissoient singulièrement exacts , et leur but e’toit fort intéressant ; mais les résultats e'toient en contradiction : M. Macro concluoit contre , et le Duc pour la race de Norfolk. Comme la question denreuroit indécise , j’ai souvent engagé les cultivateurs intel- ligens à tenir un compte exact de leurs frais et de leurs produits, pour éclaircir la question, d’après l’expérience. Sis Charles Davers est un de ceux qui ont le mieux réussi avec la race de Norfolk. Il m’a fait passer le détail suivant. ni 45 » MOUTONS Produit en 1797. L. ât. ûi. Vendu le 22 août, à la foire d’Ipsvvicli, les agneaux mâles à raison de 1 liv. st. 4 sh. 6 d. pour 265 » » Des vieilles brebis. 46 l 5 » Laine 47 tods de 26 livres pesant. 9^ 18 » Bêtes de rebut, à la foire d’Horringer.60 l 5 » 28 moutons. 25 16 » 23 agneaux mâles. 11 10 » Brebis de réforme. 18 2 7 6 béliers et deux agneaux mâles.. . il 2 )V Parcage de 80 acres qui ont produit 2 coombs par acre de plus que s’ils n’avoient pas été parqués, estimé. 96 » f> 626 18 7 Sur 681 bêtes, c’est 18 sheïlings par tête. Le 11 septembre 1797, le troupeau con- $istoit en 455 brebis portières. 120 agnelettes. * i 5 beliers. 28 moutons. 25 agneaux mâles. 4 o bêtes appartenant au berger. 681 Nourriture DE NORFOLK. 433 Nourriture et dépenses. L. st. sh. a. 5o acres de près ou pâturage . 25 » » 5o dits. 18 » » 5o dits... 25 » » 60 dits. 36 n a 5o acres de rouen ...... 25 » » 75 acresde turneps) , _ „ . r 1 . „ }ai3s. bd. 101 5 » 70 acres de ireile J * 23o 5 » 54o acres, soit 2 brebis par acre. Impôts et dîmes ...... 6 9 1 6 Somme du trèfle et semaille pour j5 acres. 17 8 » Labours, culture, etc., des bêtes cju’on lui laisse tenir. ) Tonte. 2 17 » Frais de foires. 7 4 » V 4o4 5 6 Produit. 626 18 » Dépenses. 4o4 5 6 ’ Profit 222 12 6 Ee MOUTONS 434 Le produit de 1797 ne fut pas considérable, en comparaison des années suivantes. Produit de 1798. Agneaux vendus à la foire d’Ipswich ,21g mâles, à 16 sb. L. st» sh. a. 6 d. et 120 femelles à i 4 sh. . 2 b 5 2 » Vieilles brebis.. 7 3 16 Beliers . Agneaux vendus à la foire i 4 i 5 6 d’Horringer. Pour 11 agneaux de mauvaise 5 i 18 5 couleur .. . 7 3 )> Laine 47 tods de 25 livres . 9 6 12 5 Bêtes, vendues au boucher . 5 11 4 Peaux . 3 16 9 28 agneaux mâles . 16 16 )> 5 1 3 xi 3 Le i 4 septembre 1798 , le troupeau e'toit compose' de 475 brebis^ortières. 102 agnelettes, 8 beliers. 4 agneaux mâles. 22 moutons antenois. a 5 agneaux. 5 bétes de rebut. 20 moutons gras. 4o bêtes au berger. total 699 DE NORFOLK. 435 Produit de 179g. L. st. sli. d. Peaux et brebis vendues au boucher. 8 i5 6 Agneaux vendus à la foire d’Ipsxvich . . . \ . 285 10 )) Béliers vendus. 21 » 6 Beliers vendus à la foire de Horringer. 33 10 » 7 agneaux de rebut. 3 10 » 34 brebis. 5 i » » I.aine 4q tods et 7 liv. à 5osh. 123 2 3 Pour 20 jeunes moutons à l5 sh. i 5 2 3 54 1 8 3 Ceux qui ont lu cet ouvrage avec attention savent que la moyenne en Suffolk et en .Norfolk, du nombre de bêtes à laine nourries sur un terrain donne', est d’une demi-brebis par acre , eu comptant la totalité’ de la ferme. Sup- t posons que les 'jS acres de turneps ici mentionnes, indiquent 3oo acres de terres arables, cela donneroit à la ferme du Chevalier Davers 5i5 acres. Or, il nourrit 680 bêles à laine: c’est une bête et un quart par acre , proportion beaucoup plus forte que la commune. La H&mà MOUTONS 456 race de Norfolk paroît ici plus à son avantage qu’à l’ordinaire ; et pour être juste avec cette race, il ne faut pas oublier que personne jusqu’ici ne s’est avise de la perfectionner par les mêmes procédés qui sont employés pour l’amélioration de celle de New-Leicester. Quant au profit que le Chevalier Davers retire de son troupeau , il faut ajouter aux 5oo acres dont le troupeau jouit, le rouen de 5o acres. Si l’on suppose que cela fait 20 acres pour l’année, il en résulte qu’il y a 56o acres destinés aux moulons : le profit total divisé par le nombre d’acres donne 12 sh. 4 d. par tête. Sir CharlesDavcrs, a entrepris depuis quelque tems d’entretenir des bêles à laine de South- <4 Down. L’avantage de ce changement pourra dépendre de deux circonstances : la première, les produits de la laine , dont la supériorité' n’est nullement douteuse ; la seconde circonstance essentielle, c’est qu’il puisse nourrir , sur sa ferme, un plus grand nombre de Soutli- Downs que de Norfolks. Je ne crois pas possible qu’il tire de son troupeau de South-Downs 18 shellings par tête, sur toutes les bêtes soumises à la tonte ; et en supposant qu’il vende ses agneaux à la foire d’Ipswich , car on n’y vend, à un certain prix, que les bêles qui ont la face noire, les jambes noires, et des * DE NOItFOLK 437 cornes ( 1 ). Dans quelques anne'es le Chevalier Davers pourra nous donner des faits instructifs sur ce point. Les produits en grains qu’il obtient sur sa ferme montrent qu’il est aussi habile agriculteur dans ce genre que reî uivement aux bêles à laine. Quarters (de 8 busHcls.) 1790 il a recueilli en grains de toute espèce . . 629 1 79 1 . 7^9 I 79 ' 2 . &97 i 79 5 . 666 ! 79 4 . 701 i 79 5 .. 496 ! 79 6 . 6951 1797 . 1 798. 6622 quarters Dont la moyenne , sur les neuf ans , est de 6 a 4 quarters. La moyenne des acres seines en grains étant i 5 o ; le produit moyen est de 53 bushels par acre. Si l’on publioit gc’néraleinent des rapports de ce genre , on verroit s’il y a eu de lionnes raisons pour la cherté que nous avons éprouvée , et qui a plus que doublé les prix. (t) Ce sont les caractères de la race de Norfolk, 438 MERINOS Quelques faits concernant la race des à laine superline; Mérinos d’Espagne, par C. Pictet, rédacteur de la partie de l’Agriculture de laBibliot. Britannique. *J ’ai lire de l’Établissement de Rambouillet, en novembre 179g, un lot de douze brebis de la race pur d’Espagne, qu’on y conserve depuis quatorze ans avec un plein succès (1). Ces brebis «voient de trois à huit ans. Elles furent pendant 20 jours en roule , sans aucun (1) Comme l’industrie des montons, dans ses rapports avec l’agriculture et les fabriques, éloit toute nouvelle dans notre Département, et qu’il imporloit de ne pas manquer un premier essai, j’avois envoyé un jeune homme à Rambouillet, où il a fait pendant un an l’apprentissage de berger, et que je destine à dresser d’autres bergers sur les principes de cette excellente école. Je donnerai tous les reuscignemens de détail qu’on me demandera. Nota. La note ci-dessus a été écrite il y a dix ans. Ce que je me proposois alors a été fait. Le succès a passé toutes mes espérances. Il n’y avoit pas de troupeaux d’élèves dons notre Département quand j’ai commencé, çt il s’est vendu cette année dans le Département du Léman assez de mérinos pour paver la contribution, foncière du Pépammcnt. (Octobre 18.05.) e’espaone. 43 g séjour, faisant 5 à 6 lieues journellement. Elles eurent des pluies presque continuelles pendant les huit premiers jours de route. Elles éioienl pleines d’environ quatre mois ; et cependant elles arrivèrent dans le meilleur e'tat possible. Le 20 décembre, les agneaux commencèrent à naître. Le froid étoit rigoureux : le thermomètre étoit à g degrés au-dessous du point de congélation. Quoique la bergerie fût très-aérée , les agneaux ne parurent point ert souffrir. Le 5 janvier 1800, chaque brebis avoit son agneau : il y avoit six mâles et six femelles. Ils prospérèrent rapidement. Le i 5 janvier, l’agneau mâle qui étoit né le 20 décembre, fut pesé : il pesoit i 4 livres to onces, poids de mare. Les progrès de tous les autres furent dans la même proportion. Le 26 avril, le même agneau pesoit 47 livres 4 onces. L’agnelelte , née le 5 janvier pesoit 5 i livres 8 onces. La moyenne donne 3 g livres 6 onces , à l’âge de quatre mois (1). (1) Ils seront pesés de nouveau à l’âge de six mois. Mais le 3 juin, jour où je les ai séparés des mères, pour les sevrer , j’ai pesé le plus gros des agneaux mâles : il pesoit 5 g livres 10,onces. Il avoit cinq mois et demi. Quand j’ai rendu compte des expériences d’Arthur Young sur les fameuses races de Y. Leicester et Souih- Dotvn, les lecteurs ont cté surpris du rapide accrois- \ * MERINOS Mo Le a4 avril, les bêles Espagnoles, réunies à un troupeau de brebis Suisses et Dauphinoises, ont commence à parquer. Le teins a été pluvieux à plusieurs reprises. Toutes les fois que j’ai pu prévoir des pluies battantes, j’ai fait rentrer le troupeau, la nuit, à la bergerie; mais il a cependant été atteint plusieurs fois par des pluies d’orage, sans que les mères ni les agneaux aient paru en souffrir du tout. Les agneaux métis, provenant d’un belier Espagnol et des brebis de Suisse ou du Dauphiné , sont souvent nés aux champs ou au parc, et ont été exposés aux mêmes pluies , sans en souffrir. Les gravures ci-jointes sont de véritables portraits , buts quelques jours avant la tonte. Voici les proportions du bélier et de la brebis, prises en même tems. Le bélier avoil 27 pouces 5 lignes de hauteur, sur le gnrot, avec la laine; 5 pieds il pouces de circonférence dans sa plus grande épaisseur , et 5 pieds 6 pouces de long depuis les cornes à l’origine de la queue. Il pesoit 11 5 livres. sentent ries agneaux, riant le pouls moyen à l’âge Je cinq mois éloit Je 57 livres. "Voilà un résultat tout aussi frappant, en faveur Je la race des mérinos, car il ne faut pas oublier que la livre Angloisf; étant plus, foihle d’environ —, le poids de cet agneau répond à (J 4 li\\ 11 onces d’Angleterre ; U est vrai qu’il a quinze, jours de plus. ü’bspagne. 44 1' La brebis a voit 24 pouces 9 ligues de hauteur sur le garot; 5 pieds 8 pouces et demi de circonférence, et 5 pieds 2 pouces de long. Elle pesoit 67 livres. Le i. er juin, les bêtes Espagnoles ont été tondues. La moyenne du poids des toisons, sans lavage préparatoire , a ete de 6 livres pour les brebis : la toison du belier a pesé il livres et demie ( 1 ). A Rambouillet, il paroît que la moyenne du poids des toisons a ete, année commune, d’environ une demi-livre plus forte pour les (1) Les agneaux Espagnols n’ont point été tondus: mon intention est de leur laisser leur toison dix-huit mois au moins. On a essayé à Rambouillet de laisser des mérinos trente mois sans les tondre. Les animaux n’ont pas paru en souffrir. La laine n’est point tombée ; elle a continué'à croître, et 011 a retrouvé, en longueur et en poids, précisément ce que les deux tontes au- roient donné si on les avoit réunies. Une brebis a fourni 15 livres de laine. Une telle toison vaut plus du double d’une toison ordinaire, parce qu'aucune race quelconque ne donne une laine de sept pouces de longueur, comme celle-là, et au degré superlin : les laines super- finés ont rarement jusqu à trois pouces de long. Cette laine filée à dix-huit mille mètres de longueur pour la livre, comme on file maintenant à l’ile Adam (jusqu’ici on ne filoit pour les casitnirs qu’à environ huit mille mètres) pourvoit servir à fabriquer des étoffes de shals plus belles que tout ce qu’011 a vu jusqu’ici. 442 MTÆIJSOS brebis. Cela peut de’pendre de ce qu’on tient les bêtes plus chaudement à la veille de la tonte, pour qu’elle soit plus facile; ce quia aussi pour effet d’augmenter le suint ; ou , peut être, de ce que cette année-ci, le mois qui a précédé la tonte n’a point été chaud 3 et que le jour même de cette opération, le tems étoit frais. Les données que nous avons dans les Annales d’Arthur Young, sur les races des bêles à laine réputées les plus précieuses en Angleterre, peuvent nous fournir un tableau de com- paraison assez piquant, sur la valeur des toisons, et les bénéfices que l’on peut espérer de la race d’Espagne naturalisée en France. B KSFA0NT3, 445 «■3 rs *5 en quelque sorte > d’être en perte avec les w moulons. » Moutons et laines de Shetland. ( Mémoire de la Société de Bath. ) J_j ’isle de Shetland ou Zetland s’e'tend du Bq 0 au 6i°, latitude N. dans une situation oblique : sa largeur varie de 0 à 20 milles. Elle est compose'e d’un très-grand nombre de petites îles, separees par des bras e’troits et peu profonds qui nourrissent beaucoup de poisson. La mer est orageuse, surtout en hiver. Les côtes sont basses; la mare'e porte et de'pose le fray des poissons sur les pâturages, qui s’en engraissent. La neige, par la même raison ne tient point sur la terre; mais les arbres n’y prospèrent pas. Cette île , ou celte re'union de petites îles , est habite'e par vingt mille individus, qui vivent de l’industrie de la pêche en e'te', et de celle du tricotage des bas. Ils envoient le poisson à Barcelone, à Livourne, et à Hambourg. Les beau.* bas de laine qu’ils tricotent vont à Edimbourg, où ils se vendent depuis trois shellings jusqu’à une guine'e et demie la paire. MOUTONS 452 Les habitans passent pour paresseux. Lai raison de cette indolence qu’on leur remarque, c’est que les proprietaires ont l’art de faire contracter des dettes aux manœuvres , pour les empêcher de quitter le pays : ceux-ci sont en gênerai très-ignorans ; et il y en a peu qui sachent lire et écrire. Les bêtes à laine sont petites , robustes , et se vendent environ 5 shellings. Chaque bête porte environ deux livres de laine , dont il y en a un quart extrêmement fin. Quoique les chapeliers d’Édimbourg en aient souvent offert cinq shellings de la livre, elle ne se vend guèros qu’un shelling (x). Les vieilles brebis ont la laine la plus fine ; mais la plus grossière de Shetland est encore considérée en Ecosse comme très-fine. On dit que la même race se trouve en Irlande et en Hereford-shire, et que les laines ont beaucoup de rapport pour la finesse ( 2 ). On estime qu’il y a dans l’île qualre-vingt- ( 1 ) Cela paroît inexplicable, et il y a probablement erreur. Nous voyons dans le tableau des races augloises que la laine de Shetland se vend 5 fr. 4o cent. ( 2 ) Cette race du Hereford-shire dont l’auteur parle est celle de Ryeland dont j’ai souvent fait mention, " comme portant une laine qui a du rapport aux laines Espagnoles. DE SHETLAND. ' 453 dix mille bêtes à laine : on pourroit aisément quadrupler ce nombre. Les plus grandes fermes sont de 6 acres. Les proprietaires divisent infiniment leurs terres afin de se procurer les services d’un plus grand nombre de pêcheurs, car les terres s’afferment contre des journe'es de pêche. Il en résulte que les fermiers sont trop pauvres pour acheter des brebis. Le propriétaire fait un marché avec eux , par lequel ils s’engagent à nourrir et soigner les bêtes , et le produit se partage ; mais il y a beaucoup de fraude. Les fermiers misérables tuent un grand nombre de bêtes, qui passent pour mortes de maladie. Comme la dîme se paie en agneaux, les fermiers, pour empêcher qu’on ne sache au juste te compte de leur troupeau , ne le réunissent jamais; ils marquent leurs bêtes , et les laissent courir. Il s’cn vole un assez grand nombre. Les aigles, les chiens , les corbeaux , en tuent et en dévorent beaucoup dans le printems. En hiver, les neiges, ou la marée étouffent ou noient souvent des brebis, par l’extrême négligence des fermiers. Ceux-ci , ne recevant jamais d’argent des propriétaires, sont contraints , parla misère, de vendre en cachette des brebis pour se procurer les choses indispensables à la vie. Ils ont 454 MOUTONS une imprévoyance et une indifférence sur l’avenir qui les rend incapables d’aucun soin pour leurs troupeaux. On a offert quelquefois des primes d’encouragement pour l’éducation des bêtes à laine ; mais comme ces primes étaient distribuées aux proprietaires, les fermiers n’en êtoient pas plus zélés pour les soins indispensables aux succès. Je crois qu’on pourroit faire mieux en adoptant le plan suivant. Je voudrois qu’une société de fabricans de draps prît à ferme pour 10 ou 1 2 ans , une certaine étendue de pâturages, avec un nombre déterminé de brebis. 1! faudroit des bergers d’Ecosse (on ne pourroit se fier à ceux do Sbelland) accoutumés aux soins que les brebis exigent dans les pays froids. Il faudroit, un homme du métier , pour assortir les laines. On feroit filer sur les lieux , car les femmes sont les plus habiles fileuses de l’Angleterre 5 et cette laine filée s’employeroit dans les fabriques. II en rc'sulteroit la multiplication de la race, et l’encouragement de l’industrie clans un pays où elle languit toul-à-fait, et où les pauvres meurent de faim. On a fait beaucoup de conjectures sur les causes de la finesse de la lame de Shetland. Je pense qu’elle est due principalement à la race, DE SHETLAND. 455 qui est tout à-fait particulière. La nature des pâturages doit aussi y contribuer. L’herbe est fortement imprégnée de particules salines , et le sel convient singulièrement aux moutons. On sait qu’en Espagne, on donne beaucoup de sel aux brebis, et que l’on suppose que c’est une des causes de la finesse des laines (1). Une autre raison de la finesse de la laine de Shetland, est peut-être qu’on l’arrache, au lieu de la couper. Enfin, la situation septentrionale de celte île peut contribuer à rendre la laine plus fine. Les chats, les lapins, et les loutres , ont un poil plus fin : les chevaux , les vaches sont plus garnis de poils que dans l’Ecosse (2). (1) Celte conjecture paroîtra hasardée, si l’on fait attention que les laines superfines de Rambouillet, qui ne sont pas surpassées par les primes léonaises , sont fournies par un troupeau qui ne mange jamais de sel. NB. J'ajoute à la note ci-dessus que la race des moutons de Crimée, qui vit d’une herbe imprégnée de particules sajines, porte une laine extrêmement grossière. (Octob. 1809.) (2) O11 est revenu de l’opinion que le froid contribue à la finesse de la laine. Quand on voit des brebis fines et des brebis très - grossières dans les parties septentrionales de la Russie , en Danemarck et en Suède, quand on voit des brebis superfines en Espagne , et d’autres grossières en Afrique, quand on voit les laines 456 MOUTONS UE SIIETUAND. Enfin, il vaudroitla peine d’essayer de transporter cette race de brebis dans quelque autre pays dont la situation fût analogue , comme les côtes de Galles , du Devon-shire , ou de Cornouailles. Des moutons de la Russie. ( Tiré de l’ouvrage de W. Tooke, intitulé : Vietv of lhe Russian Empire. ) Il s’élève proportionnellement plus de brebis en Russie que de gros bétail ; mais cette partie de l’agriculture est également fort au-dessous du point qu’elle pourroit atteindre avec quelques soins plus éclairés. Presque dans toutes les provinces de Russie , on ne pense qu’à multiplier les moulons, sans songer à perfectionner les races j et les immenses pâturages de cet Empire, quoique couverts de troupeaux de moutons, ne fournissent point assez de laines pour la consommation intérieure de cette indispensable matière première. Les nomades d’Espagne conserver leur qualité tant que la race n’est point mélangée, et qu’elle est bien nourrie et bien soignée, il faut reconnoître que la latitude n’inline pas d’une manière sensible. / MOUTONS DE RUSSIE. 457 sont plus riches en moutons que les peuples stables de l’Empire : on voit des simples paysans Cosaques qui pqssèdent jusqu’à mille bêtes à laine. Le mouton Russe ordinaire , surtout dans les parties septentrionales , n’est pas grand ; il a la queue courte , et porte une laine grosse et rude, quelquefois mëlange'e d’une laine plus fine. Il y a des provinces dans lesquelles on a fait des efforts pour améliorer les races par des croisemens et des soins , et où l’on y a réussi jusqu’à un certain degre'. Les Cosaques du Don entretiennent des bêtes à laine Circassiennes qui donnent une plus belle laine que le mouton Russe. Les moutons des Gouvernemens de Kharkof, Kursk , Orel , Tambof, Kazan et quelques autres , donnent des laines plus belles que les brebis communes de la Russie, et fournissent aux manufactures des provinces de l’intérieur. La tentative faite par Pierre-le-Grand pour améliorer les troupeaux de chèvres et de moutons Russes , par des croisemens avec les races de la Silésie , n’ont pas eu d’effets marqués ; mais, dans le Gouvernement de Vialka, où ce Prince avoit introduit des races Allemandes , on voit encore ces races plus belles que celles du pays, et que des bergers Allemands continuent à soigner. Dans les provinces 45 8 MOUTONS de la Baltique , les grands propriétaires entretiennent, pour leur propre consommation , des races plus dislingue'es que celle qui est naturelle au pays. On remarque particulièrement les moutons des îles d’Oesel et Dagho qui ont d’excellens pâturages, et dont le voisinage de la mer favorise l’entretien. Les moutons de Dagho donnent une laine aussi estimée que la laine Angloise ; et les demi-draps que les particuliers fabriquent pour leur propre usage, sont souvent plus fins et meilleurs que ceux qu’on tire de l’e'lranger. Il paroît que dans les Gouvernemens de la Russie blanche, on a une meilleure culture des troupeaux ; et l’on espère que le succès qu’on y a éprouve dans la transplantation des races étrangères , encouragera les autres cultivateurs à adopter les mêmes moyens d’amélioration. 11 y a long-tems que la Lithuanie fournit à l’exportation une quantité considérable de laine assez fine -, et il y a plusieurs Gouvernemens où les moulons forment le principal revenu des habitans. La Crimée est si riebe en moulons , que les simples Tartarcs en possèdent souvent mille , et quelques particuliers opulens , jusqu’à cinquante mille : le dernier dénombrement porte à sept millions le nombre des bêles à laine de la Camée. La DE RUSSIE. * b 9 chair du mouton y est partout admirable ; mais la laine est de qualités très-différentes, selon les endroits où les bêles sont nourries. Les races sont plus grandes dans la plaine , mais leur laine y est grosse et jarreuse : en revanche, les agneaux de cette même espèce donnent une fourrure frise’e, qui fait un grand objet de commerce. Les moutons des montagnes sont plus petits , mais ils donnent une laine soyeuse et longue, qui deviendroil bientôt au moins égale à la laine Arigloise , si l’on essayoit des croi- semens avec les béliers e'trangers. Les moutons des Calnrouks sont absolument dilférens des moutons Russes. Ils sont d’une taille énorme , et fort laids. Ils ressemblent pour la construction au mouton des Indes. Us ont le front busqué , et de grandes oreilles pendantes. Au lieu de queue , ils portent une masse de graisse qui pèse de 5o à 4o livres. Leur laine est grossière , lassée, et mêlée de beaucoup de jarre. Presque tous les mâles portent des cornes , et quelques-uns en portent quatre , et même six , comme les moutons d’Islande. Cette race se nourrit tout l’hiver en piain-champ , malgré la neige : le mouton sait l’ecarter pour chercher sa nourriture , et ne paroît pas souffrir de la rigueur de la saison. Au reste, les neiges rtc sont pas durables, et 46o MOUTONS le voisinage de la mer donne aux pâturages une qualité’ saline qui les rend plus nourrisans pour les moulons. Les brebis portent ordinairement deux agneaux, et la race est très-robuste ; en sorte que la multiplication est fort rapide , et les troupeaux extrêmement nombreux. Comme on ne peut point espérer que les Calmouks s’adonnent à l’agriculture d’une manière régulière, le meilleur parti à tirer de ces peuples, seroit probablement de leur donner à soigner des races améliorées, et de viser à l’augmentation des belles laines. Les colons Polonois du Gouvernement d’Ir- kutsk entretiennent beaucoup de brebis de race Mogole , qui ont une petite queue grasse, mais ne sont guères plus grosses que les brebis de race Russe. La plupart des agneaux portent une belle fourrure frisée qui se vend aux Chinois plus cher que les fameuses fourrures de la Bucharie. Les Polonois enveloppent leurs agneaux nouveaux-ne’s dans de la toile qu’ils mouillent tous les jours avec de l’eau chaude pendant un mois : cela fait friser la laine en petites mèches ; et lorsqu’elle a acquis son point de perfection , l’on tue l’agneau , pour avoir la peau. Comme dans tous les pavs , la culture des bêtes à laine forme une branche importante DE RUSSIE. 461 ' de l’économie politique , il ne sera pas hors de place de faire quelques observations sur les moyens les plus propres à encourager en Russie cette industrie nationale. On n’a songe’ jusqu’ici qu’à la multiplication des troupeaux : il faudroit s’occuper aussi de l’amelioration des laines. La quantité' des moutons existons maintenant en Russie , paroît suffisante pour l’état présent de la population et de l’industrie ; mais le perfectionnement des laines devroit occuper le Gouvernement et les grands propriétaires. Il y a beaucoup de parties montueuses dans lesquelles la race ordinaire du pays porte une laine sensiblement plus belle, par l’effet des pâturages. Les chaînes de Yalday , d’Altay , le Caucase, et toute la Crimée sont des pays admirables pour l’éducation des bêtes à laine. Le perfectionnement des races devroit commencer par ces contrées à s.e propager dans les parties intérieures. Malgré la prodigieuse quantité de moulons que nourrit la Russie , l’importation annuelle de belles laines , ou d’articles.manufacturés, est prodigieuse. En I7g4, il en entra • par le port seul de Pétersbourg pour une somme de plus de trois millions de roubles. Le Lieutenant-Colonel Osotlcin, qui a écrit sur le perfectionnement et l’augmentation des l<Ûnes Russes pour les fabriques, a observé MOUTONS 46a que les moulons du pays , dont il fait manu- facturer les laines sur ses propres fonds, donnent (outre leur laine grossière) une petite quantité de laine très-fine et soyeuse qui peut s’employer de la même manière que la laine d’Espagne , à laquelle elle est peu inférieure. Il pre'tend qu’il est moins nécessaire de chercher à perfectionner la race, que d’apprendre à séparer soigneusement la laine soyeuse de la laine jarreuse , dans chaque toison ; mais comme il y a de très-grandes différences d’individu à individu , le choix seroit très-important pour s’assurer de belles productions. Les différences se font sentir dans la longueur des laines, comme dans la quantité de laine soyeuse que porte chaque bête. Lorsque la laine fine existe en trop petite quantité, il est impossible de retrouver les frais occasionnés par le triage ; mais dans le territoire de Kazan et du Kama, les brebis Russes portent beaucoup de cette laine fine. Dans les jeunes bêles, elle croît tout autour du col et sur la poitrine , sans mélange de jarre : les moutons y sont d’ailleurs plus gros que dans le reste du Royaume, et presque aussi gros que dans l’Ukraine. Quoique cette laine fine , bien triée , soit propre aux draps; cependant elle ne l’est point aux étoffes fines, rases, et non foulées, pour DE RUSSIE. 463 lesquelles il faut absolument des laines d’Es- . pagne. L’introduction de la race d’Espagne scroit donc une amélioration du plus grand effet sur l’industrie du pays ; parce qu’outre les raisons que je viens de dire , la quantité de la laine produite seroit incomparablement plus grande , attendu qu’une bête d’Espagne de bonne taille donne quatre fois plus de laine que le meilleur mouton Russe n’en peut donner, après un triage rigoureux. Les races Angloises qui , ainsi que celles d’Espagne , ont déjà été transplantées avec succès en Suède et en Allemagne, réussiroient également en Russie. Les plus belles laines d’Espagne et d’Angleterre sont surtout précieuses pour fabriquer de belles étoffes : leur qualité onctueuse les empêche d’être aussi propres à la fabrication des bas (t). Les races (1) L’auteur assimile ici les qualités de la belle laine d’Angleterre , et de la belle laine d’Espagne : elles ne se ressemblent point. La belle laine angloise à peigner, est plus longue, moins fine, plus sèche, propre à la fabrication des bas et à la chaîne des beaux draps. La belle laine d’Espagne, plus fine, plus légère, plus courte, plus nerveuse, plus onctueuse, foule mieux, et est éminemment propre à la trame des draps, à faire de petites étoffes fines et légères : elle est en effet moins cropre à la fabrication des bas. MOUTONS 464 Angloises et Espagnoles acclimatées en Suède et en Allemagne , rèussiroient bien sous le climat de la Russie. On les tireroit de ces deux pays à un prix bien plus bas qu’on ne pourroit le faire en les achetant en Espagne et en Angleterre. Les principes à suivre pour une telle amélioration, sont très-bien établis dans un Mémoire que la Société économique de Pe'tersbourg a publié. Dans les provinces intérieures , où le transport des races étrangères seroit trop difficile, on perfectionneroit la race du pays, par le choix des individus. L’état misérable de la culture des moutons en Russie est certainement dû , en partie, à la rigueur du climat, et aux mauvais pâturages; mais beaucoup plus encore au peu de soins qu’on prend de cet utile animal. t PROJET 465 Projet pour répandre la race des Brebis Espagnoles à laine superfine qui appartiennent au Roi , dans toutes les parties de la Grande-Bretagne où l’c- ducation des moutons à laine fine se trouve être avantageuse. ( Annales cY Arthur Young. ) Il a été prouve par une suite d’expériences,' faites pendant plusieurs anne'es, par ordre du Roi, sur des mérinos à laine superfine , im- porte's de différentes provinces d’Espagne , que la laine précieuse de ces animaux n’a subi aucune dégénéralion quelconque par l’influence du climat de l’Angleterre ; que l’alliance d’un belier merino n’a jamais manqué de produire un accroissement en quantité , et une amelioration sur la qualité de la laine, chez les élèves qui en sont provenus, dans les races qui portent des laines à carder, surtout celles de Soulli- Dovvn, Hereford, et Devon-shire. En conséquence de ces faits, le Roi a ordonné qu’on se procurât des mérinos d’Espagne , choisis parmi les troupeaux , dont la réputation de finesse et de beauté seroil parfaitement bien établie. To .vie 7. Gg 95UEBIS ESPAGNOLES 066 On s’adressa à Milord Aukland, qui revenoit de son Ambassade d’Espagne. Il en écrivit à la Marquise del Campo di Alange , laquelle envoya en pre'sentà S. M. trente-cinq brebis, et cinq beliers , de son troupeau , connu sous le nom de Negretti , dont la re'putation de pureté et de finesse n’est surpasse'e par celle d’aucun troupeau d’Espagne. Le Roi envoya à la Marquise , en reconnoissance de ce pré- scnt, un attelage de huit superbes chevaux Anglois. Ce troupeau , qui arriva en Angleterre en 1792 , a e'te' bien soigne', et maintenu parfaitement pur, dans la terre du Duc de York , à Oallands. La laine provenue de ce troupeau, ainsi que la laine des mérinos qui avoicnt servi à des épreuves précédentes, fut fort admirée des fabricaus : ils avouèrent qu’elle avoit toute l’apparence de la qualité superfine ; et cependant, aucun d’eux n’osa en donner un prix à beaucoup près égal à celui qu’ils donnoient de la laine d’Espagne; de peur, disoient-ils, que dans la fabrication , elle ne se montrât inférieure à ce qu’elle sembloit promettre. Il parut donc nécessaire de la faire fabriquer, aux frais du Roi, afin d’obtenir la preuve directe de la qualité de celle laine , dans la fabrication des EN ANGLETERRE. 467 draps superfins. Cela a été fait plusieurs année? de suite , et toujours le drap s’est trouve' d’une qualité supe'rieure. Maigre' cela , le préjugé'se soutint : les fabricans auxquels on offroit la laine, conlinuoienl à la depristr, en disant, que si la de'gëne’ration n’avoil pas été sensible encore , elle ne tarderoit pas à se manifester, et que plus tôt ou plus lard on trouveroit une grande différence sur la bonté de l’ouvrage (1). En 1796, on résolut de vendre la laine au prix qu’on en pourroit trouver , afin que les fabricans fussent acheminés à faire des essais pour leur propre compte. En conséquence de cette résolution , la tonte de celte année-là fut (1) Il est arrivé précisément la même chose en France. Les fabricans s’étoient prononcés d'abord contre les laines naturalisées : soit préjugé soit entêtement, ou amour-propre, soit désir d’obtenir ces laines superfines a bas prix, ils n’ont cessé de répéter, contre l’évidence, qu’elles ne valoient pas les laines d’Espagne ; et aujourd’hui que les faits accumulés ne laissent plus l’ombre du doute sur ce point à qui a voulu s’éclairer , on voit encore des fabricans qui vous disent gravement qu’on ne fera jamais rien avec les laines de Rambouillet. Il faut du tems pour vaincre les préjugés, surtout lorsqu’un intérêt étroit et mal entendu leur prête appui. son 468 BREBIS rSIMGNOT/ES ■vendue à 2 sliellings la livre ■, et la tonte de 1797, à 2 sliellings 2 pence (1). En 1798, la qualité de la laine commercant à cire connue des fabricans , on lava à In ma- / nicre Espagnole les toisons de la tonte du troupeau ; et on sépara les qualités de laines , qui furent vendues comme suit : Il y avoit 8g toisons de brebis et de moutons. Les bêtes furent lavées à dos , et le poids total des toisons fut de .. 2C)5 livres. Déchet dans le lavage complet 92 Laiue lavée à fond 203 liv. (2) (ij*CVst apparemment larée à dos: c’est ainsi que les Anglois estiment ordinairement le prix de la laine. Elle diminue encore de plus d’un quart dans le lavage subséquent. ( 2 ) Il faut que cette race soit beaucoup plus petite que celle de Rambouillet, ou qu’il y ait quelqu’autra cause qui rende les toisons plus légères. 203 livres angloises (avoirdupois) font à peu près i85 livres poids de marc; ce qui, pour 89 bêles, fait 33 onces par bête. J’ai obtenu cette année 3g onces et demie par tète de brebis de la race mérinos, et 75 onces de laiue lavée à fond d’un seul belier de la même race. IMous ne voyons pas combien il y avoit de moutons parmi les brebis du roi d’Angleterre; mais ils doivent élever beaucoup la moyenne du poids des toisons; car ils donnent souvent autant de laine que les béliers. Le EN ANGLETERRE. Celle quantité produisit : première qualité ou refina r ( C’est la laine du garot, du dos , de la croupe, des résultat, en quantité de laine est donc foible. Lasteyrie, dans son Traité sur les bêtes à laine d’Espagne, estime que la moyenne est de 36 onces de laine lavée à fond pour les mérinos. Il résulte de ces faits, comparés, que la race de Rambouillet est distinguée, sur la quantité comme sur l’extrême beauté de la laine, et il ne faut pas s’en étonner. Lorsque le Roi d’Espagne fit présent à Louis XVI des 36o bêles à laine qu’on établit à Rambouillet, en 1786, ces animaux furent choisis sur les plus beaux troupeaux du Royaume d’Espagne, et ils étonnèrent parla finesse et la quantité de leur laine, ceux qui ne connoissoieut les moutons d’Espagne que- par quelques individus d’une qualité subalterne. Depuis ce moment-là, les beliers destinés à la reproduction ont été choisis d’année en année avec le plus grand soin; en sorte qu’il y a eu plutôt perfectionnement que dégénération. Aussi Gilbert qui est encore en Espagne pour l’achat que le Gouvernement a projetté de quelques, cenlainesde beliers et brebis mérinos, qui sont destinés aux Départemens du Sud, écrivoit-il dernièrement à ses collègues delà commission conservatrice du troupeau de Rambouillet, qu’il ne trouvoit rien qui valût, à beaucoup près, les bêles de Rambouillet et de Croissy. Quant à la quantité de laine que donnent les divers individus de la même race, il y a des différences extrêmement grandes entre des bêtes de même taille, et à même longueur et finesse de laine. Celle-ci est plus ou moins tassée sur le corps de l’animal, et en choisissant toujours à taille, et à finesse égales, les beliers BREBIS ESPAGNOLES 'A J O liv. shel. pcnctt» parties latérales du col, les côtes et les épaules. ).167 à 5 2. Ac qualité ou fina. ( ou de la laine des cuisses, du ventre et de la partie du col. ).2 3 à 3 6 3 . emn qualité ou tercera. ( C’est la laine des joues, de la gorge, du poitrail, de la partie inférieure des cuisses et du ventre. ).i 5 à 2 6 47 liv. si. 8 shel. (1) La tonte de 1799 conf Liile de la même manière. Le nombre des toisons de brebis et de moutons e’ioit de 101. Elles produisirent en laine lave’e à dos. 546 livres. Perte dans le lavage complet . 92 Laine lavée à fond 204 liv. (2) dont la laine est la plus serrée , on parvient à avoir une race dont les toisons sont plus pesantes. (1) Il y a plusieurs erreurs dans cette distinction des sortes : en Espagne on en distingue quatre. L’R comprend la selle de l’animal. L’F comprend le dessus du col, le ventre et partie des épaules. L’S, ou T, comprend la cuisse, le dessous du col, les joues et le poitrail. Le K comprend le dessus de la tête, la parlie postérieure des cuisses, et les quatre jambes. Selon les lavages et les individus, l’étendue relative de ces sortes varie. Plus l’R occupe d’espace , plus la toison a de prix : c’est une attention importante à avoir dans le choix des individus dont on lire race. (Octobre 1809.) (2) Voilà un produit sensiblement plus considérable : EN ANGLETERRE. 471 Cette quantité produisit:' Refîna . 207 liv. à 5 sh. 6 d. Fina . 28 à 3 6 Tercera . 1 Q à 2 » Total du produit 63 L. st. i 4 sh. 6 d. (1) On mit ensemble la laine des beliers pour les deux années: elle rendit comme suit: Laine de beliers lave’e à dos . 314 livres. Perle dans le dernier lavage . 99 Total de la laine lave’e à fond . 2i5 livres. 254 livres Anglaises font à peu près 233 livres poids de marc: ce qui donne environ 3 j onces par tète. On observe des variations singulières d'une année à l’autre sur le poids des toisons du même troupeau. Cette année, sur 3o3 toisons, la moyenne de Rambouillet a été de huit livres en suint, c’est-à-dire, 5i onces par toison lavé« à fond. L’année dernière, la moyenne ne fut que de 7 livres 2 onces 3 gros 3 en suint, c’est-à-dire, 45 onces par toison lavée à fond. L’année précédente, la moyenne avoit été de près de 54 onces (8 Iiv. ~ en suint.) Il est remarquable que le produit ait été plus foible en Angleterre en 1798 et plus fort en 1799 , tandis qu’en France le contraire a eu lieu, pour la même race. (1) Ce qui fait i5 francs et 20 centimes par bête (les beliers sont en-dehors). L’année précédente n’avoit rendu que 12 francs 85 centimes par bête. La tonte de celte année à Rambouillet a rendu i5 francs 78 cen» limes par bête, mais les beliers y sont compris. BREBIS ESPAGNOEES Cette quantité' produisit : Refîna . i8iliv. à 4 sh. 6 d. Fina . . 22 à 5 6 Tercera . 12 à 2 » Il faut dire en explication de ces prix très- élevés , qu’en 1799 , le prix de la laine d’Espagne etoit plus liant qu’on ne l’eût vu encore: 5 sliel. 6 d. etoit alors le prix des plus belles piles Espagnoles ; et il ne s’en est point vendu plus cher, si ce n’est, peut-être, quelque peu à 5 sliel. 9 d. à ce qu’on assure. Le Roi a donne' une centaine de beliers, et quelques brebis, à diffe'rens particuliers qui vouioient faire des expériences de croisement de races ; mais pour mettre cet avantage à la portée de tous ceux qui voudroient entreprendre ces essais, Sa Majesté a ordonné qu’il seroit vendu cette année un certain nombre de brebis et de beliers en y mettant un prix assez bas pour que chacun pût y atteindre. Ce prix est cinq guinées pour les beliers , et deux guinées pour les brebis : les acheteurs ne courront pas de bien grands risques en achetant de tels animaux à ces prix-là , et les améliorations qui en résulteront dans les troupeaux ne seront pas chèrement payées. La viande des moulons de celte race a toujours été excellente ; mais leur conformation 'â •T EK AKGÏdETERRE, 475 est très-differente de celle que nous sommes accoutumes à regarder comme la plus avantageuse pour l’engrais. On a déjà opère', néanmoins, une amélioration considérable dans la construction des individus de cette race , par le choix judicieux que l’on a fait des beliers et des brebis , pour la reproduction ; et il n’y a pas de doute , qu’avec du lems, on ne vienne à obtenir, dans cette race Espagnole, les formes que l’on désirera , c’est-à-dire , celles que les observations des engraisseurs, et l’intérêt des boucliers désigneront comme les plus avantageuses (1). Sir Joseph Banks, qui est chargé de tout ce qui concerne le troupeau du Roi, répondra à toutes les lettres qu’on lui adressera sur ce sujet, en Soho-square. Les beliers seront remis (1) J’avois promis de faire connoître aux lecteurs le résultat des expériences de Rambouillet sur l’engrais des moutons de la race des mérinos. Voici le précis du rapport fait à l’Institut, sur ce point, par MM.Tessier et Buzard: « Le 18 ventôse , 3 moutons Espagnols pesant en- » semble 243 livres, ont été mis à l’engrais enpouture. a On les a nourris d’abord de luzerne et de son; puis « on a supprimé le son, pour lui substituer l’orge et a l’avoine. a Le i4 prairial le poids total des trois moutons - — ~ BREBIS ESPAGNOLES à Windsor, et les brebis à Weybridge Surry près d’Oatlands. » étoit 326 livres. Le moins pesant des trois fut tué : >1 il pesoit en vie 99 livres - savoir: Livres. 5i Chair et os Toison . . Suif. . . . Foie et poumon . .. Têie, pieds, peau, intestins. San g. 4 Total 99 i « Nous observerons (dit le rapport) que parmi'les n moutons Espagnols engraissés précédemment, quel- 3) ques-uns ont donné plus de suif que celui qui nous 3 ) a fourni l’occasion dé ces détails. Sans doute les deux 3) autres en eussent donné davantage, mais nous ne 3) pouvions en disposer alors. Quoiqu’il en soit, la * viande en a été trouvée excellente. » Nous avons demandé sur le même objet, de l’engrais des moutons Espagnols, des détails à M. Chanorier, membre de l’Institut, bien connu par ses utiles travaux, et ses brillans succès dans la culture des races de bêles à laine superline. Voici ce qu’il nous écrit en date du 4 fructidor dernier : « Je vais répondre à votre question sur la qualité de » la viande des mérinos, par une anecdote que Gilbert )> a consacrée dans un mémoire qu’il a lu à l’Institut. » Comme j’étois dans l’usage de faire châtrer chaque ■) année les béliers de race qui ne me paroissoient pas » supérieurs, et pour la finesse de leur laine, et pour EN ANGLETERRE. Comme ceux qui sont chargés du soin du troupeau de S. M. , peuvent être soupçonne's j) leur conformation, sur 60 beliers je faisois trois ou » quatre moutons. Lorsque je fus obligé de soustraire » ma tête à la hache cle Robespierre, il y avoit huit » moutons dans mes bergeries : ils furent envoyés à « Rambouillet, avec une centaine d’animaux deCroissy, » pour y être vendus avec ceux de la nation. Un gros « fermier, engraisseur de moutons, en les voyant » arriver, s’écria que jamais ces bêtes ne seroient » bonnes à manger. Gilbert entreprend de le convertir, a et lui donne un de mes moutons d’Espagne, à la a charge de l’engraisser et de lui écrire ce qu’il peseroit. 3) Au mois de ventôse suivant, il arrive à Gilbert une 3 ) lettre du fermier Personne (c’étoit le nom de l’en- 3 > graisseur.) Il lui mandoit qu’il avoit engraissé le 3 ) mouton d’Espagne , qu’il en avoit tiré 3o livres de 3 ) suif, et que les quatre quartiers seuls pesoient 64 liv. 3 ) Il les lui envoyoit par la messagerie. Il lui demandoit 33 d’en offrir un au Directeur qui aimoit le plus l’agri- 3 ) culture; le second quartier au Cit. Benezec, ministre 3> de l’intérieur, de garder le troisième pour lui-même, si et de remettre le quatrième à un ami dont il lui don- 3 > noit l’adresse. Gilbert envoya chercher deux fameux » bouchers de Paris, et leur fil faire un procès-verbal » de la description et du poids de l’animal.Ce 3 ) mputon fut trouvé excellent. » Le Cit. Chanorier, qui avoit adressé notre question au Cit. Huzard, nous transcrit un billet qu’il venoit d’en recevoir en réponse : le voici. 3) Nous avons engraissé un mouton à Rambouillet, BRERÏ3 l'SPAfrNOIiES 476 de prévention en faveur du projet de naturaliser ]a race d’Espagne dans le Royaume, je joins » et nous l’avons mangé clans une salle de l’Institut, « avec une vingtaine de collègues. Cet anima! a été 3 ) trouvé excellent. Ilpesoit, vidé, n5 livres. Chaque 33 quartier de derrière pesoit 28 livres; et il avoit dans 3 ) le bas-ventre seulement, autour des intestins et de J> l’épiploon, i5 livres de suif, non compris celui des >3 rognons, et du reste du corps, évalué au double. 3» Nous supposons que ce mouton est un des deux qui restoient à 1 engrais en pouture, au 1 4prairial, quand on tua le premier. 11 auroil été à désirer que l’âge de ces moutons lût indiqué: c’est une donnée importante pour juger de la valeur de la race sous le rapport de l’engrais. U paroît que le mouton tué le i4 prairial, étoit encore loin d’être aussi gi'as qu'il auroit pu le devenir, en sorte qu’il ne faudroil conclure de celle expérience rien de défavorable à la construction des- mérinos sous le rapport de l'engrais ; mais il est certain que la différence entre le poids de l'animal en vie, et le poids de la viande et des os, est beaucoup plus considérable qu’elle ne l’est dans les races Àngloises qui ont la réputation de s’engraisser le mieux. J’ai rendu compte par exemple d’une expérience sur un mouton de Soulb-Down dont il résulte que vingt livres de l’animal en vie donnèrent i5 livres de viande, os, et suif- Dans cette propo"lion, le mouton tué à Rambouillet le i4 prairial auroit du donner j5 livtes de viande, os, et suif, au lieu de 56 4; et encore, il est probable que les os du mouton de Soulb-Down sont plus petits, et plus légers dans la proportion du poids EN ANGLETERRE. 4 7 ? ici la pièce suivante, qui montrera l’opinion que l’on a sur une entreprise semblable , chez nos voisins qui , tout aveugles qu’ils se sont montrés sur leurs intérêts politiques , sont remarquables par la sagacité avec laquelle ils de ranimai ; parce que les Anglois ont singulièrement perfectionné tout ce qui tient à la justesse clés proportions pour obtenir l’engrais facilement, et avec le plus grand profit. Il y a une réflexion à faire concernant ces expériences, telles qu’il paroît qu’on va les suivre en Angleterre. Si l’on s’attache trop tôt au perfectionnement de la forme des individus, sous le rapport de l’engrais, on risque de manquer un but bien plus important, celui de maintenir les laines dans toute leur beauté primitive. On ne peut se flatter d’obtenir cet intéressant résultat qu’en suivant une marche semblable à celle qui a été constammentsuivie par les commissaires deRambouillet, et par M. Chanorier à Croissy , savoir: d’éprouver les laines au micromètre, et de se décider clans le choix desbeliers, en ayant égard, avant tout, au degré de superflu des toisons. Si l’on met trop d’intérêt à la conformation la plus propre à l’engrais, on choisira les beliers sous ce rapport-là', et sans être assez difficile sur le degré de fin cle leurs toisons : or comme il y a des différences très-sensibles entre les individus de la même race, quant à la finesse des laines, il y auroit infailliblement une dégénéralion plus ou moins prompte, si la finesse de la toison n’étoit pas toujours le premier objet de l’attention de l’éleveur , dans le choix des beliers. 478 BREBIS ESPAGNOLES EN ANGLETERRE, discernent les avantages qui doivent les décider dans les entreprises particulières , et saisissent les occasions d’ètendre les ressources nationales par des établissemens publics (i). (1) L’éditeur des Annales donne ici l’avertissement répandu, par le Ministre de l’intérieur, pour annoncer la vente de béliers, de brebis, et de laines superfines, qui se fait annuellement à Rambouillet. C’est un véritable triomphe pour l’industrie Françoise que d’avoir su prendre l’initiative pour l’adoption de la race Espagnole. Si l’on avoit encore hesoiu de preuves sur la grande importance de cet établissement national, si l’on pouvoit douter encore que les hommes qui l’ont formé et soutenu méritent toute la reconnoissance de la Nation Françoise, on pourroit s’en convaincre en voyant les Anglois nous imiter dans cette belle entreprise. Tonte des troupeaux de Voburn en 1800. T J A quatrième tonte des troupeaux du Duc de Bedford commença le 16 juin. Le concours e'ioit plus nombreux qu’on ne l’eût vu encore. La fêle dura quatre jours. ' Le lundi fut destine à l’exbibition des beliers de Leicesler, et à la distribution des primes de 5 o et 5 o guine'es pour l’introduction de la race de Leicester et de South-Down dans le Bedford-shire. On montra aussi un porc gras, qui appartenoil à M. Pickford : son poids fut estime à 55 stone (770 livres) et quoiqu’il fût à un point de graisse inconcevable, l’intention du proprie'taire e'toit de le garder jusqu’à Noël. Le mardi, l’exhibition des beliers de Leicester continua, et dans l’après-diner ils furent loue’s. On décida les paris faits il y a deux ans, entre les Lords Winchilsea et Sommerville, sur les plus belles genisses. Le mercredi, le Duc fit le matin l’exhibition de ses propres beliers, et les loua dans l’après- midi. M. Maxay, de Knotting , montra deux vaches à longues cornes : l’une des deux parut extrêmement belle. On assista ensuite à un défi 48o TONTE DES TROUPEAUX:' de quatre charrues. On vil manœuvrer le semoir à turneps, de M. Culley : cet instrument fit toute l’operation du travail, savoir la formation des sillons, la distribution du fumier, le roulage et la semaiile. L’ouvrage fut exécuté avec une propreté' parfaite , et l’instrument «toit traîne' par un bœuf de flereford-shire qui mar- choil aussi vile qu’un cheval. On décida aussi ce jour-là les primes pour les moutons gras, ainsi que pour les iustrumens d’agriculture les plus parfaits. Le jeudi, la seconde exhibition et location des beliers de New-Leicesteret de South-Do\vn, eut heu. On de'cida la prime accorde’e aux plus belles brebis de New-Leicester élevées en Bed- ford-shire. Après le dîner, les coupes d’argent furent distribue'es par le Duc à ceux qui avoient gagne' les prix. Le Duc ajouta à cette distribution plusieurs commentaires très-instructifs et très-inte'ressans sur le but de chaque prime d’encouragement, et sur le mérite particulier des compétiteurs, pour chaque objet. Le Duc mena aussi tous les assistans voir des bâlimens en pisé, et d’autres objets intéressans; en particulier son troupeau de brebis de South-Down. La journée se termina par une visite de la ferme de Speedwell, dont les récoltes e’toient extraor- dinairément belles. -■a II DE WOBURN EN l8oO. 4 8 J. Il y eut tous les jours , tant que dura la fête, environ 24 o personnes à table chez le Duc. Prime pour encourager Vintroduction clés races de Leicester et South-Down dans le Bedford-shire . 1. ° Cinquante guine'es à celui qui, entre le mois de juin 1799 et Noël 1800, aura de'pense' la plus forte somme (au moins de 60 guinëes) à acheter des brebis de New-Leicester ou de South-Down. 2. ” Vingt guine'es à celui qui sera le second en rang dans la même entreprise. 5 ." Tous les autres prëtendans à ces deux primes qui auront de'pense' au moins 60 guine'es, en achats de brebis de South-Down et New- Leicester , auront pour une année l’usage d’un belier de la même race , gratis. Prime pour les moutons gras. l.° Vingt guine’es à celui qui produira à la tonte de Wohurn en juin 1800, le plus beau mouton gras de deux à trois ans. 2. 0 Cinq guinëes à celui qui produira le plus beau mouton gras de deux à trois ans, élevé' auBedford-shire. Le même particulier ne pourra pas avoir les deux prix. Tome 7, Hh 482 TONTE DES TROUPEAUX Un mouton gras , produit par M. Platt a pose comme suit : Liv. onc. Poids de l’animal en vie. i5g » Toison. 6 4 Total i65 4 Sang. 7 )) Peau. ÎO )) Suif. l4 4 Entrailles .. 17 )) Tête et fressure.» jo » Chair et os.. . 100 4 Perte. » 8 Total 3 5g » C’est-à-dire, que vingt livres de l’animal en vie ont donne’ i4 livres et demie de viande, os et suif. Mouton gras de deux ans et demi, produit par M. Platt. Livres*- Poids de l’animal en vie. a54 Toison. 9 Total 245 Sang. 9, Peau. lf> Suif. 21 Entrailles .. 19 Tête et fressure. 3 5 Chair et os . .. i54 Total a52 483 DE WOBURN EN 180O. C’est- à-dire , que vingt livres de l’anima] en vie donnent quatorze livres et trois quarts de» viande , os et suif. Mouton gras de deux ans et demi de M. Cowley. Livres ouc. Poids de l’animal en vie. )) Toison. . 5 4 Total 145 4 San g. 6 Peau. . 8 12 Suif. i4 Entrailles. 12 Tête et fressure. . 8 8 Chair et os. . 88 12 Total i3g » C’est-à-dire, que 20 livres de l’animal en vie donnent i4| de viande, os et suif. Note des beliers loue's pour une saison, par le Duc de Bedford à la tonte de Woburn, juin 1800 . Le 16 juin. Beliers Antenois de New-Leicester. N.° 1. — à Mr. Seabright .... loué 20 guin. 2. — à Mr. Moare de Bedford . . . 3 o 3 . — à Mr. Matson de Rent . ... 3 o 5 . — à Mr. Annesley de Nortbampton . 60 6. — à Mr. Matsoa. 5 o 7. — à Mr. Money de Norfolk. ... 80 TONTE DES TROUPEAUX 484 Beliers de deux ans et demi. Jy8. — à Mr. Bilhrey de Bedford . loué 25 guiu. g. — à Mr. Peers de l’île d’Ely . . . 3 o 10. — non loué (estimé 4 o guinées). 11. — à Mr. Orton de l’île d’Ely . . . 8o 12. — à Mr. Maxey de Bedford . . . îoo i4, — à Mr. Mann de Bedford. . - . 20 Le 20 juin. Beliers Antenois.. N.o i. — à Mr. Jennings de Bedford . . . 10 2. — non loué (estimé to guinées). 3 . — à Mr. Clayton de Bedford . . . îo 4 . — à Mr. Aikin de Bedford .... 10 5 . — à Mr. Walker de Bedford . . . 10 6. — à Mr. Palmer de Bedford . . . i 5 Beliers de deux ans et demi. N.° 7. — à Mr. Buttfield de Bedford . . . 12 8. — à Mr. Battanes de Bucks. ... 12 g. — à Mr. Roper de Nortbarapton . . i 5 10. — à Mr. Nequus de Bedford ... 20 11. — belier de 3 5 ans à Mr. Fletcher . i 5 12. — belier de 4 5 ans à Mr. Gresham . i 5 1 4 . — belier de 3 | ans à Mr.Whitbread 4 o 1 5 . — belier de 4 5 ans à M. Wing d’Ely 25 16. — idem à Mr. Purser. . 4 o 17. — belier de 2 5 ans à Mr. Isted . . 35 • — 1 ' • Montant de la location des beliers de New-Leicester.71g guin. DE WOBUB.N EK IOOO. 485 Beliers de South-Down. N. 0 i. — à Mr. Daniels de Bedford . loué 2. — à Sir J. Riddel d’Ecosse .... 3 . — à Mr. Runcinan de Bedford . . 4 . — à Mr. Moseley de Suffolk . . . 5 . — à Mr. Northy de "Wills . . . . 6. — à Sir J. Riddel. 7. — non loué (eslimé 5 o guinées). 8. —à Mr. Tencli de Salap .... g. — non loué (on en offrit 120 guinées à condition que le Duc l’enverroit sans frais : il préféra le garder pour son troupeau). 10. — à Mr. Bevan de Norfolk . . . Montant de la location des beliers de Soutli-Down ....... 280 guin. Le Duc de Bedford a donc loue' pour ggg guine'es ses beliers de la saison. Ceux qui les prennent paient un shelling par mille, pour les frais de route. Le Comte de Winclnlsea gagna le pari qu’il avoit fait pour une genisse contre trois genisse» de differens particuliers. Le mercredi, après-dîner, M. Westcar de Bucks, informa le Duc que M. Tully de Hereford , et ses amis, offroient de produire l’anne'e prochaine à Woburn vingt bœufs de Hereford- sbire qui auroient labouré, pour être mis en 10 gutn. 4 o 3 o 25 3 o 80 4 o 25 486 TOXTE DES TROUPEAUX concurrence de beauté avec pareil nombre de bœufs d’une autre race , avec pari de 100 gui- nées. Sir Thomas Carr, deSussex, accepta le pari, et promit de montrer vingt bœufs de Susses en concurrence $ mais ensuite, il parut craindre de s’être trop engage', et demanda à rompre ie.pari. L’opinion à cette occasion parut se déclarer en faveur des bœufs de Hereford- sltire , contre ceux de Susses. Un autre pari s’engagea entre M. Tench , de S!op, et M. Kovvles. Le premier paria cent gainées qu’il produirait un taureau de Hereford-sbire plus beau qu’aucun autre qu’on pût lui comparer. Il y aurait beaucoup à dire sur l’agriculture du Duc de Bedford qui a encore éprouvé des perfectionnemens depuis l’année dernière. La maison d’exhibition pôur les beliers est admirablement bien imaginée ; mais tout cela sera rappelé dans les registres des observations et des faits sur les lûtes de Woburn : ce Recueil paraîtra dès que les figures seront gravées. On verra par le détail de ce registre, que les travaux du Duc de Bedford à Wob urn sont marqués au coin d’un excellent jugement, d’une grande libéralité, et de la pratique la plus éclairée. Chacun s’en alla content, en quittant la fête de Woburn. C’éloit uue circonstance extrê- DE -WOBUEN EN 18 oo. 48^7 mement encourageante pour les amis rie l’agriculture , qu’une telle réunion d’amateurs de cet art, rassembles de pays éloignés et des provinces environnantes. On y éloit venu d’Ecosse, d’Irlande, d’Allemagne, et même de la Suisse. On aime à voir cet empressement si générale- ment répandu sur les objets agricoles ; et l’on se plaît à en augurer le maintien de la prospérité de cet Empire. Voir un Prince du sang, et un grand nombre de Lords , assis à table avec des fermiers , et des engraisseurs de bestiaux , et faire avec le plus grand intérêt, la conversation sur les matières d’agriculture, est un spectacle qui n’appartient qu’à notre île fortunée. Pendant les quatre jours que le rassemblement a duré , on n’a parlé qu’agriculture. Chacun a rapporté les faits dont il avoit connoissance, a avancé ses opinions, discuté celles des autres; on a proposé des expériences , des défis , des paris ; enfin cette fête semble avoir développé une singulière émulation parmi les cultivateurs. II faudroit connoître bien peu les ressorts de la prospérité publique pour ne pas voir les excel- lens effets qui doivent résulter d’une institution semblable; d’une institution qui fait comparer les faits, et sape les préjugés, eu éciairan l’opinion des gens du métier. 488 TONTE DES TROUPEAUX DE WOBURN. Le Duc annonça les prix pour la tonte de 1801. Puisse le siècle qui commence être Favorable à la charrue ! Puissent les troupeaux de la Grande-Bretagne se perfectionner de plus en plus ! Puissent ses champs se couvrir de riches moissons ! Puissent ses communaux se convertir en champs fertiles ! Puissions-nous voir nos fermiers dans l’aisance ; nos pauvres, bien nourris et heureux! Puissions-nous, enfin, mériter notre bonheur par notre reconnoissance envers l’Être auquel nous le devons ! A. Y. Hivernage des Bêtes a laine. Par un Fermier de Lincoln-shire. ( Agricultural Magazine. ) X-1A première question est de savoir, si dans une grande ferme, il n’y a aucun bétail dont l’hivernage tourne mieux à compte que.celui des bêles à laine. Cette question est résolue à mes yeux : je ne crois point qu’il y ait de bétail dont l’entretien d’hiver soit plus profitable, quoiqu’assurément le profit de l’hivernage des bêles à laine soit peu considérable. La seconde question de votre correspondant, HIVERNAGE DES DETES A DAINE. 489 qui est de savoir quelle espèce de brebis est la plus avantageuse à entretenir, a e'tè extrêmement débattue , et est très-difficile à résoudre. Les moutons ne mangent-ils pas en raison de leur taille , et les petites races ne sont-elles pas les plus robustes? Le fermier de Hamp-sbire, votre correspondant, contribue à résoudre ces questions, par l’exposé des faits, relativement à son troupeau. Il dit que ses moutons étoient d’une trop grosse race ; qu’ils étoient dans le meilleur état possible , à Noël, mais que l’extrême rigueur de l’hiver les fit dépérir très- promptement, en fit mourir un grand nombre, et que ceux qui échappèrent furent long-tems languissans. Ou la race étoit délicate , ou la nourriture ne fut pas, à beaucoup près suffisante , sans quoi la mortalité n’auroit point si promptement suivi la disette. Je déplore avec mon confrère, votre correspondant, la rigueur extrême de l’hiver dernier : il a puni, avec une grande sévérité, les éleveurs imprévoyans. Mais j’espère qu’il en résultera pourtant l’avantage de les rendre plus prudens à l’avenir. Ce que je recommande, avant tout, c’est de choisir de préférence la race de New-Lei- cester , de toutes la meilleure, à mon avis, et que je prédis hardiment devoir un jour être généralement adoptée dans notre Isle. Il y a HIVERNAGE UJÎ9 4go trente ans que j’élève de cette race , et je n’ai pas la moindre envie d’en changer. J’en ai essaye' beaucoup d’autres, pour pouvoir comparer : la supériorité' me paroît décidée en faveur des New - Leicester. Si la ferme sur laquelle on élève, comporte les turneps, elle comporte également les prés artificiels ; et alors je conseillerois d’avoir en même lerns un troupeau d’élèves , et un troupeau pour l’engrais. Pendant le courant de l’été , et de l’automne, il faut pousser les agneaux , autant qu’il est possible ; les mettre aux turneps l’hiver , et tâcher de les rendre gras, pour le boucher, en juin ou juillet suivant. Dans les comtés de Notlingham et Lincoln , les éleveurs suivent souvent cette marche, avec la race de New- Leicester ; et je suis convaincu que le perfectionnement le plus important qui ait été opéré dans les races de brebis , c’est d’obtenir des moutons qui prennent la graisse plus jeunes, qu’on ne les avoit autrefois. J’ai souvent fait une réflexion. Un fermier s’arrange de manière à ne pas hiverner un cheval oisif; et souvent le même homme hiverne, sans scrupule , une centaine de moutons oisifs (i). (i) L’auteur ne paroît pas raisonner bien juste sur ce point. Un cheval que l’on nourrit oisif pendant l’hiver BETES À I-ATNE. '49I Je connois plusieurs fermiers qui autrefois s’ap- pliquoient principalement à obtenir une grande quantité de laine , et des moutons qui acquissent une grosseur considérable : à présent, ils sont revenus de cette erreur, et ne s’attachent qu’à avoir des bêtes qui s’engraissent jeunes. Ils avouent qu’ils ont aujourd’hui des antenois de seize mois, aussi pesans et aussi gras que l’étoient autrefois leurs moutons>de 28 mois. Je sais par mon expérience que les races qui s’engraissent jeunes sont aussi les plus robustes. Cette faculté de s’engraisser jeunes doit être l’objet capital dans les diverses raisons de préférence pour une race ou pour une autre. Sur les terres riches, une race moyenne devient plus forte et augmente en laine ; sur les terres stériles, il mange 20 liv. de foin par jour, c’est-à-dire 18 quintaux en 3 mois; il ne fait qu’une charretée et demie de fumier, et perd au moins un douzième de sa valeur, parce qu’il vieillit. 10 moulons de grosse race, supposés nourris au foin, ce qui est la méthode la plus coûteuse, mangeront également 18 quintaux en 3 mois, mais , avec la même quantité de litière que le cheval, ils feront du fumier au moins pour une valeur double. En supposant que leur poids n’augmente pas, ils augmenteront de prix, parce que la viande est plus chère au printems, et parce que leur laine se sera allongée d’un quart de sa croissance totale. Le compte comparatif seroit encore plus à l’avantage des brebis portières. HIVERNAGE DES 4ga faut se contenter d’une race petite , et peu abondante en laine. II 11’y a point de plus grande folie , pour un éleveur, que de viser à un résultat qu’il ne peut point soutenir, lorsqu’il l’a obtenu (1). La troisième question , celle de l’entretien d’hiver le plus économique, est extrêmement importante, soit pour le fermier , soit pour le public. Si l’éleveur ne connoît ou ne pratique pas la méthode la plus salutaire aux brebis et aux élèves , quant à la nourriture d’hiver, il manque son principal but, savoir, de porter les animaux qui sortent de ses bergeries , au plus haut point de perfection possible. Il faut que l’éleveur soit toujours en garde contre les maladies qui allèrent essentiellement la constitution des bêtes à laine , et surtout contre le (1) Dans l’état actuel de la législation du commerce en Angleterre, et attendu le monopole en faveur des fabricans, pour les laines non ouvrées, l’amélioration des laines est peu encouragée ; les prix des belles laines 6 ont très-bas, et le conseil que donne l’auteur paroît bien, en effet, le plus profitable au fermier ; mais si cette législation se modifie , comme les agriculteurs l’espèrent; ou si la race espagnole, qui commence à être connue en Angleterre, s’y propage, comme on 11e sauroit en douter, le système de tout sacrifier à l’engrais, dans le choix des races, ne sera pas meilleur pour lintérêt du fermier que pour l’intérêt de l’État. BÊTES A EAINE. 4g5 terrible fle’au de la pourriture. Une des fautes les plus communes des éleveurs, c’est de surcharger de brebis les pâturages d’hiver qu’ils peuvent avoir. Il en resuite que les troupeaux arrivent à un tel point de dépérissement, qu’il en coûte ensuite, pour les remettre, le double de ce qu’il en auroit coûté pour les hiverner convenablement. J’ai fait moi-même cette faute, autrefois, et j’en ai été si bien puni, que je me suis corrigé. J’ai essayé diverses manières d’hiverner les brebis. Je n’en ai trouvé aucune qui valût les turneps : on peut dire qu’elle est la plus économique , parce qu’elle est la plus salutaire aux brebis, et aux agneaux. J’ai réussi dans certains hivers à élever de beaux agneaux, dans de bons prés, en ajoutant à leur nourriture, un peu d’avoine. D’autres fois je leur ai donné, ainsi qu’aux mères , un libre accès aux meules de foin ; et j’ai éprouvé qu’après m’avoir consommé une énorme quantité de fourrage , ils avoient diminué en valeur, de tout ce que m’auroient coûté les turneps qu’ils auroient mangés ; en sorte que je perdois mon foin et mes agneaux. Je suis donc d’avis que la nourriture la plus économique , comme la meilleure pour élever les agneaux, c’est les turneps. Il faut les y mettre de bonne heure j mais cependant, il uu(fI}ÜEqop , 1El i w g nt ' z3A ilOA ‘ 31 . «d ‘■anbyÆqd sjnpanop s 3 j pgmoj aaini HIVERNAGE DES 4g4 convient qu’ils aient déjà un peu de corps quand on les met à cette nourriture. Je pense qu’on ne doit jamais placer dans un pré, pour l’hivernage, une plus grande quantité de brebis que ce pré ne peut en nourrir, sans supplément. Là où autrefois j’en mettois vingt, je n’en mets que dix. Je ne regrette pas un peu de dépense pour hiverner très-bien mes brebis. J’appelle cela placer mon argent à haut intérêt, car un troupeau d’élèves paie aussi bien son hivernage qu’un troupeau de moutons qu’on engraisse» Il est certain que lorsqu’il survient des hivers extraordinaires , comme le dernier , il faut un supplément de nourriture; mais alors je con- seillerois le trèfle ou le sainfoin, plutôt que le foin ( 1 ) : s’il faut donner du grain , je crois que les fe’veroles sont meilleur marché que toute autre graine. Quant à l’usage de tenir les brebis sous des hangars, ou dans des bergeries, je n’en ai que peu d’expérience : je ne doute pas cependant que les brebis ne puissent être (i) La luzerne est, d’après mon expérience, celui de tous les fourrages qui donne le plus de lait aux brebis. Des brebis mérinos nourries à la luzerne, et privées complètement de nourriture verte pendant quatre mois d’hiver, ont élevé des agneaux qui, au sevrage, pesoient (l’un portant l’autre) 5 1 livres 5 onc. Un de ces agneaux pesoit 5g livres îo onces. BÊTES A LAINE. 4 9 5 nourries dans des bergeries ferme'es, comme tous les autres bestiaux le sont dans des étables, et avec un avantage égal ; et comme il est avantageux pour les brebis de pouvoir coucher sur un terrain sec , je crois qu’on se trouveroit fort bien d’avoir des hangars portatifs qu’on placeroit dans les champs de turneps, pour que les brebis pussent aller s’y reposer à couvert. L’hiver dernier, quand les turneps furent dé- trnits, je mis quarante agneaux dans une cour couverte, et je leur donnai de la litière. Je les nourrissois au foin et aux fe'veroles. Us parurent fort contens de ce régime, et prospe'rèrent beaucoup. Lorsque l’herbe poussa au printems, on les mit au pâturage ; et le premier juin ils furent très-gras : ils pesoient l’un dans l’autre 18 à 20 livres le quartier. Certainement ces agneaux m’ont beaucoup coûté ; mais ils m’ont aussi bien payé leur nourriture que les bêtes moins bien nourries. La quatrième question se trouve répondue, puisque les bêles sont en bon état : la laine se ressent toujours de la prospérité de la bête. Comme je n’ai jamais donné de pommes de terre à mes brebis, je ne puis pas en parler. Fin du Tome septième. jrotncw 31 «d tanbijAqd sjnaonop S3f sajno} aainoS puffi'Mqaa JE( j w g n [ Z3A BOA • 34 TABLE DES MATIÈRES 4 97 Contenues dans le YII.” volume. ♦ Sur l’encouragement de l’agriculture (Annales cl’Art. Young), page 1 Des clôtures, 10 Sur les avantages des enclos, par H.Hoyte d’Osbournby, 35 Loi générale sur les clôtures (Annales d’Art. Young), 43 Des journaliers, par Ilunter, 47 Sur les moyens d’aider les journaliers, par Hunter, 7 3 Le grand avantage d’un chois, convenable de bestiaux, par N. Kent, 86 Opinion pratique de certains auteurs sur les bêtes à cornes (Annales d’Art. Young.), , gi Produit de six vaches (Annales d’Art. Young.), 127 Notice sur les races de bestiaux, par John White Parsons, 129 Observations sur le gros et leimenu bétail (Mémoira de la Société de Bath , i3a Quelques idées sur les bestiaux, par Sir John Sinclair, i48 Esquisse d’un plan pour déterminer et définir les maladies du gros bétail et des moutons, avec quelques observations sur la convenance de cette mesure, par ’Whyte de Worcester, • i64 Essai sur les différentes races de bestiaux et leurs croi- isemens, par un cultivateur du Léman, 16$ Tome 7. Ii UU |finwt,a ? Jcd - M g n( Va* 3 _snoA h oj franbtjAqd sjnajnop sajnoj j; ÏABU 4 9 3 Esquisse d’un essai sur l’éducation du gros bétail, pau George Makenzie, P a g e 254 Bestiaux du Devonshire, par Marshall, 263 De la comparaison des deux méthodes de nourrir pendant l’été au pâturage, ou à l’étable, le bétail qu’on veut engraisser pendant l’hiver, par J. B. Bordley de Piladelphie, 274 Emploi du sourcrout pour nourrir le bétail (Annales d’Art. Young.), 299 Mémoire sur l’avantage de la multiplication en France, des chèvres d’Angora, et de leur croisement avec la race françoise. Par Chancey, membre de la société d’agriculture du Rhône, associé de celle des Arts de Genève, et d’autres sociétés savantes et d’agriculture, 3o3 Lettre de, M. Chancey au rédacteur de la partie Agriculture de la Bibliothèque Britannique, 3og De la nourriture verte pour le bétail, Par Mr. Powis, 3n Tableau des détails relatifs à l’entretien du bétail avec du trèfle et des vesces à Markle. JEast Lotian. en 180G (Farmers magasine.), 325 Réponses aux questions sur le mérite comparatif des chevaux et des bœufs. Par Mr. Lloyd, 333 Comparaison de deux fameuses races de bêtes à laine. Par M. Vancouver, 53j Remède contre une maladie qui attaque quelquefois les moutons, après qu’ils ont mangé des lurneps, 34i Expérience pour comparer quatre races de brebis, Faite par ordre du Duc de Bedford, et communiquée par lui (Annales d’Arthur YoungJ, 343 Des laines et des troupeaux. Par D. Onsley d’Essex, 354 DES MATIERES. *99 Question. Les moutons de grosse race s’engraissent-ils plus aisément que ceux de petite race ; et lesquels fournissent le plus de viande sur un terrain donné? Par M. Price d’Applédore, page 3Gi Adresse du Lord Somerville au département d’agriculture, concernant les bêtes à laines, le i4 mai 1799, Tonte des bêtes a laines du duc de Bedford ( Annales d’Art. Young.), 384 Questions concernant les avantages et les désavantages du parc, pour les moutons, pav Art. Young, 3Sj Expérience sur l’entretien d’hiver et d’été des moutons, pour l’année 1798. Par Arthur Young , 4o3 Comparaison des races de Southdown , de New-Lei- cester, et Norfolk. Par W. Coke, 4i2 Brebis de Southdown et Rouen ( Annales d’Arthur Young), 4i3 Comparaison entre les moutons de Southdown, et ceux de Norfolk. Par Robert Overman, de Burnhatn en Norfolk, 4i6 Discussion sur les races de New-Leicester et Southdown ( Annales d’Arthur Young ), 419 Détails sur un troupeau de moutons de Norfolk, par Sir Charles Davers de Rusbrook, en Suffolk, 431 Quelques faits concernant la race des mérinos d’Espagne, à laine superfine; par C. Pictet, rédacteur de la partie Agriculture de la Hibl. Britan. 433 Moutons et laines de Shetland ( Mémoire de la Soc. de Bath), 451 Des moutons de la Russie, Par W. Toole, 456 Projet pour répandre la race des brebis Espagnoles à laine superfine qui appartiennent au Roi, dans toutes les parties de la Grande-Bretagne où l’éducation des , re «0|» fui |f uuHHpeijas jdo jrd witnt zo/i luod ua stiOA • ai aed fcônbtjAqd sjnsonop ?3[ sajnoî aojnoîj 5oo TABLE DES MATIÈRES. moutons à laine fine se trouve être avantageuse (Annales d’Arthur Young) page 465 Tonte des troupeaux de Woburn en 1800 , àjcf Hivernage des bêtes à laine. Par un fermier de Lin- coln-shire, 488 / Fin de la Table des matières. timnapnai ai inod ainsi] saœiid snojsj ji'iauauiE.i siioa at ‘ zanaïuiad ai snoA g jiEiuap ij ‘ oiuiej aun ainy ua inod siioa luuioa auuuoq unjib B Â,u p t sn3A at pb jnjBJ UOJ 1)3,3 ‘apaqipaui ‘ vsdn^ (V A matjuoj^ ‘ ino 5 nos nu iajm>j oui b > 5aid auuoiEq Bj sia at saioiud saa y •I3I0App u sipid .du,s p,nb siqaiq anaa uouiap nu laipEiie inod snou suojjuinai ij ‘ aiuaaouut aïüoiA anaa lom-zauaiut: ‘anaAUEg iie lauuop stop al anb ajnoda aun gap ï aqiuo[oa aiuaaouui anaa sadiuod saj b ij apuoui nu iaaaiua,p i:o,\ap un aiuj a tu moi ‘ ajq -uaiSu ana snoA ap iijap a[ ‘ uoiSpai eiu ‘aiagiuiui iuiej uoiu ‘ auuoiuq E| aiuBp -bi\i —sip inj ij ai;uj ieJJie] El af -uaij iie piiuipE siEAE.f anb lUBpuq nuaq iioj unjïjop uoui u iiEjnOD apa,nb spuaj al ‘sioui sao Jucjip ug •aisiSui aun e aiiEjjE scd zamE,u snoA anb zaÂoia ij ‘jUEjiod -mi aaiAiaj oa xnap sainoq e aipuai snou zapmod snoA * vadng ' Wyf inaijuopy ‘inajsnoyv 'lajodm; ua inj jnd ‘ sinaoiu saj ‘ uoimndai ej ‘ jujp uoj aud inb ‘ aauEguoa ej ainoi iipuaiu inb ajqEjaadjaj auuojiad aun,p hua inj ajnaiinpi eaiiÿ ( I* ) aj ap tpjooa ai anb siwpnoA af i ;pad -;nj a»a in[ ap suiuia at ‘ lajpnod ej don sud ajo.u at sieui c piipinbuEiI ij anaa -nop oîae aanoaa.ui apa i anoa anj a«uii -bui a[ ‘ sajnaajiE sn[d saj sanainoa sa[ suoj apuoiu a[ suiad uq at ,‘ aipuai ej ap samiEqa sai jjuea juaAnoj je mj af ijuainoiqiEg jaaiEdaid etap snoA-zaABjg — -iMAnoa un suEp ajnamaq niauiiuyui aiîa inod muj q,nb ao 31104 19 ‘ inaanop ap dnoaiiEoq ; unany — j aiapsiEa uoj 3g — -sue aziaj e gag uo auiuiog j apof apagg — ‘sue smog " ê. 3i[3>-3-B aïiç 13ii5 " 'Jajidjni.l luaiuajiB sajj jiEimod uo opanbEi e sieiu ‘ iipp unanE aioaua E.u inb luujua un jpp ‘ maijuopvi ‘ uog -- j aiAiia auop b ua apg — •ajnaiîiii - 0.1 oiiEj aj ap giuiad tn[ p^nb juauiainaj siEipnoA at sieui ‘ajiEjd au naiQ r ‘ maij -uop\[ ‘uof^ — l any ej jEiiiaqsap p.nb auop zaupnoA snoA ï aiioj san jisisd oui ÿlinaipjp ainad anaa siBjy — -dnoonBaq aui|E pjib y)/ ‘ auipiSpi son ‘ maquoiy ‘ uofj -- i apamiEM -- ’ang aun b n.ub îl a O — i 1)3,3 anb aa-pa,n5 — ‘anp-inad tiajoddo siioa ]i,nb ajinoipj'p aiuad aun,p auuaiAaud suoa al anb nuEAEicdnz wuj ( 06 ) t H siotu saj stioi siEAaaai ua.f ‘ apa b uoij uaiiE.p nad aj)ij al anbionb ij ‘inajpaiip 10) siEia.f -aauEijuoa ej ainoi jouSeS ij liEAE inb ajioipE ij aupaisd aiuiuaj sinaoj saj ap auu in[ ap spidnE apaddE ieae ‘ auuuaj ej npiad iue4e ‘ inb sieiu aunuoq uoq un iiEia inb ajad uoj zoip ieaia iiydoÿ apapoiuapEi^ •sinajuspoua iiEii saa aipuai ap ajnainouiE snid e[ qonoq Ej 1; ajqijjoduii pa ji nb zaïudj iioa ‘ HiEiidnoj ua vsdn-jj vv jip aui zaÀOA E] snOA : onbpploUB snjd lu aiuEj taiaïui sn]d aia e,u aiai sieuie£ 'xuaiapa >j ap aaEi} suj; f ap mou un aiinEj a c itiEjua ajqEuiiE anaa ap luEiuiEqa Elliod 3[ 3IE33 aïoa un,p no ‘ uopiEp ?ui un 4iE4a lanbai sunp ‘aiiEjndEDj p aoadja aun inooa uoj snjjap ap sioie eii 4 il -uoppucipa 43D jud jaënt zoa - nod lia snoA 1 ; i; sieiu ‘ aSBimm ns lEauouoj siydoÇ anb dnoanEaq 3iB4a,a t aiiejspuj momaipij -ua lUEpuadaa ssd iiEiaji apa i suop saj ap aiqnaaE siEia,! sinof sa; sn04 î ioui ap aajuEqaua 4jE3p auuoiEq ei ‘ pSeii -ïiu ap aapi ainoz e sieuieÇ inod iiebuou -ai apa.nb aiuni ej e ij aiad uoj e oiejo -ap 5 UEÀE 3iiidog : sinouiE sou ircjqnoii au uaii t aSEiiu unaiiE sue) ‘ uondnnaïui aiinanx subj laijua moi ub un iwnp inaq -uoq uoui ; 4jAinj ai'aidnjOA apanb sieui ‘ juauioiu aiqnia: aa Einoa mj saïuiEj ap ‘ siidnoj ap anb ; aiiuiîSiiA ej ap aoy -il oe) at xnoda uiAip aa e 41 J apa sioj ai -aimaid E) inod anbjio] ‘ xnaiapap luaui -oiu janb i ainaui ei ap ajpaipsg sna,I no auijpnqiuEuiuoj aj suEp euSij itp )i,nb ij ‘ snjaf ap snôai ua.t atrb Jioinod aj «d sanbijXqd sinaanop saj sainoi iaino3 t £$&?• £>*«»«&£< ï£;*Wâl&&& ~ :.=' *&&*•. > Vi f Saa'^-^' i-&* ,v *i c t'-*t'*‘ * ., y; - */ -. *■■ “., * v v,^ .+;*. 4 . 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(Mémoires de la Société de Bath.) V V^UAN» l’on vise à améliorer les laines d’nn troupeau , il faut prendre garde , lors de la tonte, aux toisons qui ont du jarre, afin de marquer pour la vente les brebis qui les ont données , quelles que soient d’ailleurs les qualités de ces animaux. 11 faut marquer de même pour la vente , les brebis qui ont peu de laine sur le dos, parce que lorsqu’il pleut long teins et abondamment, le suint s’en va, et l’eau pénètre jusqu’à la peau. Il en re'sulte une maladie de la moelle épinière, qui s’annonce par la courbure de l’épine du dos, plus ou moins, selon que la maladie est plus ou moins grave. fi MOUTONS La consomption suit quelquefois, et l’animal meurt. Dans le choix du genre de laine pour l’e'ta- blissement d’un troupeau, il faut e’viter, autant qu’il est possible , le milieu entre la laine à peigner et la laine à carder, parce que ces laiues-Jà ne sont bonnes ni pour l’un, ni pour l’autre objet : lorsqu’il y a des bêtes dont la toison a ce caractère, il faut les vendre ou les engraisser. Il faut se défaire de même des bêtes qui ont la laine des cuisses très-grossière. Il faut e’galement se’parer du troupeau tout ce qui est atteint d’une maladie quelconque. Dans le choix des beliers et des brebis pour la reproduction, n’allez jamais chercher bien loin de votre propre ferme, lorsque vous pouvez faire autrement. Choisissez toujours dans des cantons analogues aux vôtres, et, autant qu’il est possible, dans des terrains moins bons; car il est probable que dans ce cas les bêles à laine prospéreront chez vous. Prenez garde, néanmoins, qu’elles ne soient trop abondamment nourries, car vous courriez riscjue de les perdre. C’est un principe de conservation pour les troupeaux d’élèves, que les brebis doivent acheter leur nourriture par beaucoup d’exercice , sans cependant qu’il en résulte de la maigreur; car, dans ce cas aussi, on risque de les perdre, ET LAINES. 7 Choisissez toujours les plus beaux animaux , mais ne négligez pas la qualité de la toison (1), et rejetiez sans hésiter les toisons jarreuses. Pour les beliers surtout, il importe tellement d’y regarder de bien près, qu’un belier qui a du jarre peut en empoisonner toute la génération suivante , et vous donner dix ans de peine pour rétablir votre troupeau , à moins que vous ne le changiez tout entier. :* Quelle que soit la beauté des formes d’un belier; quelque belle que soit sa laine, écar- lez-le néanmoins, s’il n’a pas une toison très- tassée , et garnie de beaucoup de suint : cette dernière circonstance est un signe sur de sanléj -eti cette attention concerne les beliers à laine longue ,e comme les beliers à laine courte. Choisissez votre belier, s’il est possible, un jit (t) Lorsqu’il s’agit d’améliorer les laines, ou de conserver dans toute sa beauté une laine superfine j précept'e e‘sl plus justé^én 'l’invertissant, c’est-à-dirè « choisissez toujours la toison la plus fine , mais ne ■„» ! négligez pas d’avoir égard auxtformes. « Les agronomes, anglois,qui écrivent sur les moutons voient toujours trop la viande et la graisse , lors même qu’ils prétendent traiter des laines : c’est un effet naturel de la prohibition''de la sortie "des laines brutes , dont il résulte un monopole décourageant pour lés cultivateurs> sous le rapport de l’amélioration. MOUTONS « peu avant le moment de la tonte ; non point dans une foire, mais chez le fermier qui l’a élevé ; car il y a mille fraudes qui peuvent en imposer aux acheteurs dans les marclies ’ ”cs. Vous examinerez à votre aise la longueur , l’é- paisseur et la finesse de la laine : plus elle est courte , fine et épaisse , meilleure elle est pour les draps : plus elle est longue , fine et e'paisse, meilleure elle est pour le peigne. Quant à l’âge * du Lelier, les avis diffèrent pour le moment du choix : les uns l’achètent agneau, les autres antenois, et les autres entre deux et trois ans. Quant aux brebis, il vaut mieux les élever que les acheter : elles sont plus robustes, lorsqu’elles sont accoutume'es d’enfance à la nourriture de la ferme sur laquelle elles doiveni vivre. y Je vais dire quelques mots des maladies, non pas en médecin , mais seulement en rapportant ce que j’ai ouï dire aux éleveurs , aux bergers, aux marchands, ou observé moir même. ... , ( . . ; --b » Toutes les fois qu’il meurt une brebis de votre troupeau , faites venir un chirurgien pour l’ouvrir. Notez les rérniirques'à mesure qu’il procède , et consignez-les dans un livre pre’- paré pour cela. .Y ous répéterez la même chose pour deux ou trois animaux morts de la même ET LAINES. 9 maladie , et vous apprendrez ainsi peu à peu à ouvrir vous-meme , el à examiner les corps des animaux que vous perdez. En tenant note avec soin de toutes les circonstances de la maladie , ainsi que des effets des remèdes employés, vous viendrez à obtenir des conjectures utiles sur le traitement le plus convenable dans chaque cas: on ne sauroit accumuler trop d* faits pour parvenir à des remèdes efficaces. La pourriture, ou consomption , estsouvent J’effel d’un rhume : les bêtes qui ont une toison légère y sont sujettes , lorsqu’elles séjournent sur un terrain humide ; et leur toux fréquente l’annonce. Comment les douves, ou limaces arrivent-elles dans le foie? Je serois aussi embarrassé à l’expliquer, que de dire comment des vers de différentes sortes s’engendrent dans le corps humain : le-comment des choses est ordinairement très-difficile à dire (t). —..iüü-it- (1) L’auteur confond-ici deux maladies très-distinctes. Leurre attaque le poumon et l’autre le foie. J’ai vu ouvrir des bêtes à laine, mortes de consomption ou dans un marasme complet, ët dont le foie étoit” néanmoins dans un état d’intégrité parfaite, et exempt de douves. J’ai vu au contraire, ouvrir des bêtes à laine, mortes de pourriture, dont le^fô'ie étoit rempli de douves , et les poumons parfaitement intacts. L.a toux, que l’auteur traite là pomme uu symptôme de la pourriture^ ÎO MOUTONS Les brebis perdent leur laine par diverses causes. C’est quelquefois pour avoir passe' subitement d’une nourriture rare à une nourriture abondante , mais plus souvent par la galle. La pourriture des pieds (foot^rot or goût) est juge'e contagieuse parla plupart des fermiers et des bergers. lise forme dans celle maladie, entre les ongles des pieds de devant (car elle n’attaque jamais les pieds de derrière) une grosseur qui contient un ver velu. Lorsqu’on a ôte' le ver, et frotte la plaie d’un peu de graisse, la cure est effectuée ( 1 ). Les vers sont une maladie qui n’attaque que les brebis qui ont peu de suinU Les mouches alorsde'posentleurs œufs sur la peau del’animal. La chaleur du corps les fait éclorre , et ils se logent dans la chair de la brebis , et s’y mulj- liplient promptement, si on ne les détruit aveu du goudron qu’on applique dessus. C’est ordinairement après la tonte._q.ue les. vers attaquent , ‘ Cy ^ : il a.' y» . ■ n y a aucun rapport : cest ordinairement un accident .Roa'. •.'.'l-r.'if» ,9; . « «St»;, passager, et sans aucune suite,, de meune que le flux , . ■■ J: ' . J1U •= 3 ', • . ■ •.»'!*••-• par les narines. • i' - h ' (1) I.e lecteur verra ci-après que j’ai appris par mon expérience, à connoître cette maladie des pieds : ce qu’en dit ici l’auteur est erroné ou imparfait. (Octobre lSo 9-) i - . ET LAINE3. il les brebis, sur le dos et les fausses-côtes. La laine a une couleur jaune-verdâtre , dans la partie affecte'e. Le tournis ( gidâinpss ) provient, dit-on, d’un ver qui se loge ,à l’origine de la corne, et qui fait tourner l’anitnal du côte où il s’est loge (1). La gale passe pour être contagieuse. On dit qu’elle est occasionnée par des animaux , tout comme la gale humaine. Le vrai remède est le tabac et l’esprit de térébenthine (2). Les tics sont des animaux qui se, logent dans la laine : il y en a de gros et de petits. Lorsqu’ils sont en très-grand nombre, ils donnent à la laine une couleur jaunâtre et verdâtre, et on dit qu’elle en est plus fine et plus douce. Je n’ai jamais vu le gros tic , que dans les races de Sussex et de Hereford : il paroît que la race de Sussex en souffre. Cet insecte a le corps plat et brun. Il a six jambes et une trompe qui s’insinue dans la peau du mouton et y est retenue par des aspérités, de manière qu’il ne peut pas la retirer comme il le voudroit. La (1) La causerie cette maladie est vine ou plusieurs hydatides, ou cloches d’eau, logée sous le crâne, et dans la substance même du cerveau. (2) Ces deux remèdes sont le plus souvent inefficaces. L’onguent gris est le plus sûr de tous. 12 MOUTONS piqûre du tic produit un suintement, et une gale qui s’étend , fait croître du jarre, et dont il résulte souvent une grande perte pour le fermier. II y a des fermes plus sujettes au tic que d’autres (î). . Le coup de sang attaque principalement les agneaux, lorsqu’on les met, au printems, avec les mères, dans les prés arrosés; et que retenant les mères dans le parc , on en laisse sortir les agneaux , pour qu’ils aient la première pointe de l’herbe tendre; il arrive qu’ils sont trop abondamment nourris, parce qu’ils ont tout à-Ia-fois un lait succulent, et une herbe substantielle. Il en résulte souvent que les plus beaux agneaux meurent d’apoplexie , ou de trop de santé. Lorsque le berger s’aperçoit à tems du mal, qui s’annonce par un balancement , il sauve quelquefois l’animal en le saignant à la veine de l’œil. (1) Je connois , dans les troupeaux à laine fine , le tic, qui se niche quelquefois en très-grand nornbra dans la laine, mais u’est accompagné d’aucun des in- convéniens dont parle l’auteur. Les bergers regardent au contraire la présence du tic comme un signe de santé, et j’ai remarqué que les bêtes les plus vigoureuses et les plus saines en sont souvent très-garnies; cependant quand les agneaux sont foibles, l’abondance des tiee paroît leur nuire. ET EATNES. l3 En juin 1795, il y eut mortalité considérable de brebis , après la tonte. J’appris, qu’en gé- ne’ral, c’e'toit parmi les bêtes les plus vigoureuses, que la mortalité' avoit principalement re'gnê. Il y eut un retour de froid extraordinaire; et pour se tenir chaudement, les bêtes à laine se serroient tellement les unes contre les autres, qu’elles s’étouffoient. Les plus foibles, qui ne pouvoient pas pénétrer dans le milieu du troupeau , se tirèrent d’affaire. De tems immémorial, il a été d’usage, chez les fermiers de South-Down , de meure leurs troupeaux à l’abri pour quelques nuits après la tonte, pour peu que le tems soit froid ou humide. On fait rentrer les troupeaux dans les granges , qui, dans cette saison-là , sont ordinairement vides. Cette précaution a sans doute été indiquée par l’expérience des inconvéniens de la conduite contraire. La diarrhée est une maladie dont les causes sont très-difficiles à connoître et à prévenir. Lorsqu’elle n’est pas arrêtée à tems, elle devient souvent mortelle. Je recptnmande de faire bouillir un pot de lait, avec une feuille de papier à écrire , jusqu’à ce que le lait soit réduit à moitié : on le fait avaler en deux fois, à la brebis malade. Sur le compte des maladies des moutons, il MOUTONS JET UAINES. i4 \ faut plutôt consulterles bergers que les fermiers. 1 Quelqu’ignorans que soient, en général, les bergers , ils savent souvent, par tradition, des choses extrêmement utiles. Il est bon d’en prendre note , car les faits sont toujours avantageux à connoître. Lorsqu’il se présente des maladies, enregistrez les symptômes ; tenez un journal des progrès , notez les remèdes et leur effet: si l’animal meurt, faites-le ouvrir, et tenez registre de ce que l’ouverture du corps vous fera connoître. Il seroit utile d’avoir des gravures exactes des animaux qui sont les causes des principales maladies des moutons , tels que les douves ou limaces, le ver du pied, le ver du tournis, le ver qui se niche dans le corps , et la mouche qui en provient; les deux espèces de tics, l’insecte de la gale , les poux , etc. En Sussex et dans les South-Downs, les fermiers, qui ont le plus à cœur d’améliorer leurs troupeaux , ont soin de s’informer , des marchands de laine, quels sont les endroits où l’on trouve les laines les plus parfaites. Pour acquérir, et conserver cette réputation à un troupeau , il faut que le fermier prenne des soins très-suivis, et metlre le plus grand scrupule dans la manière dont il dispose de se* beliers. i5 Détails sur les Mérinos a laine SUPERFINE. Par C. PlCTET. ( Août 1801.) J’ai rendu compte l’année dernière de mes essais sur la race des Mérinos à laine superfine. J’ai donne' le tableau comparatif de la rente que ces animaux fournissent par leurs toisons, avec le produit, en laine , des quatorze races les plus distinguées de l’Angleterre ; et j’ai dit que cette branche de notre e'conomie agricole paroissoit aussi inte'ressante sous les rapports du commerce national que lucrative pour les particuliers qui voudroient la cultiver. Avant que l’expérience eût justifié mes conjectures sur le succès que je pouvois espérer, je n’avois point osé me livrer à la culture des bêtes à laine superfine autrement que par essai. J’avois commencé par douze brebis de la superbe race de Rambouillet : j’ai rendu compte de leurs produits de l’année dernière en agneaux et en laine. La réussite m’encouragea. J’augmentai mon troupeau, à deux reprises, par des achats de brebis , de race pure ; et moyennant l’accroissement de trente et un agneaux que j’ai élevés cette année , après avoir vendu T- a 6 MEUINOS les beîiers surnuméraires , mon troupeau est aujourd’hui composé de cent cinq bêtes de cette race précieuse , dont 7 beliers et g8 brebis, portières , antenoises, ou agnelles. J’ai, en outre , continué à me procurer des métis provenant des brebis de Suisse croisées avec des beliers Espagnols. Aujourd’hui, que j’ai montré, par mon expérience, la facilité avec laquelle on peut obtenir ainsi, dès la première génération , une laine d’une finesse extraordinaire, et une race plus belle et plus forte que celles du pays, je laisse la culture des métis à ceux qui sont placés pour s’y livrer, et je me borne à la race pure des mérinos : je conserve néanmoins , à part, une douzaine de brebis métisses de couleur, afin de pousser les croisemens jusqu’à la quatrième génération , et d’obtenir, par celle voie, des laines de couleur qui auront toute la finesse des laines Espagnoles, ainsi que le poids des toisons des mérinos (1). Comme j’ai suivi mon troupeau de jour à jour depuis près de trois ans, et que j’ai eu (1) Les fabricans s’accordent à dire que les laines superfines brunes n’ont jamais le même nerf que les blanches de même race et finesse : ils ne veulent les payer que 3 o ou 4 o pour cent de moins, ce qui m’a découragé de ces essais. (Octobre 1809.) occasion occasion A T,AINE SUPERFINE. 17 occasion de faire diverses observations , qui peuvent avoir quelqu’intérêt ou quelque utilité pour ceux qui veulent cultiver cette branche d’économie rurale , je vais entrer dans des details, soit sur les caractères particuliers à la race des mérinos qui n’ont pas encore été remarques , soit sur les soins qui peuvent assurer la re'ussite de ces animaux, soit enfin sur les avantages qui résultent, pour le cultivateur, des entreprises de croisemens, lorsqu’elles sont bien conduites. La conformation des mérinos est assez variée, selon les provinces , ou les troupeaux, dont ils'sont originaires. Ils sont plus ou moins corsés, plus ou moins trapus ou élancés ; mais , en général, ils ont les os gros, la croupe cornue, la tête carrée, les jambes fortes , Je col épais, avec un fanon assez marqué, et le plus souvent les jarrets serrés. Celte construction ne semble pas la meilleure, d’après les principes admis pour les autres races. La grosseur des os*, en particulier , est un désavantage relativement à la faculté de prendre la graisse : c’est du moins ainsi qu’on considère cette conformation dans le pays du monde où l’on a le plus étudié les qualités extérieures des bêtes à laine , sous le rapport de la facilité à prendre la graisse. La longévité des mérinos a été souvent re- Tome 8. B j8 MERINOS marquée. Ces animaux, destines à une vis moyenne de douze à quinze ans, ont une croissance proportionnellement plus lente, et se de'veloppent, à tous égards , plus tard que les autres races. Ce n’est qu’à trois ans accomplis qu’un belier ou une brebis de race pure a toute sa grosseur , tandis que dans nos races communes, les individus ont souvent acquis leur entier développement à quinze ou dix-huit mois. Les mérinos posent et reprennent leurs dents quelques mois plus tard que les races de France. Les femelles ne prennent le belier que lorsqu’elles sont antenoises : rarement avant l’âge de dix-huit à vingt mois, et quelquefois seulement à trente mois accomplis. Les beliers paroissent habiles à la ge'ne'ration dès la première année, mais il y a beaucoup à gagner à les laisser de'veloppcr jusqu’à la fin de la seconde année avant de leur livrer les brebis. La timidité', qui est le caractère ge'ne'ral des bêtes à laine , semble être plus grande encore dans la race des mérinos que dans les races 'communes ; mais les bêtes de cette race ont sensiblement moins de galle' , et à certains égards moins d’instinct que les autres. Il est rare de voir des agneaux mérinos sauter de gaîte', comme on l’observe tous les jours chez les agneaux , les antenois, et même les bêtes ? A FAINE SUPERFINE. 19 adultes des races Françoise ou Suisse : ils ont une démarche plus mesurée , plus cadencée , et ils paroissen.t tenir de la gravite Espagnole : les mérinos ne trouvent de vivacité rpte pour échapper à la main qui veut les saisir , ou lorsque l’amour, la jalousie ou la faim les met en mouvement. J’ai fait sur les brebis nourrices une observation qui ne s’est jamais démentie, c’est qu’elles ne sont point jalouses de leur lait , comme le 1 V sont les brebis des races franeoises : pourvu que leur agneau tette d’un côte , elles abandonnent l’autre au premier agneau qui veut s’emparer de la place. L’instinct des agneaux mérinos les porte à téter la brebis qui se trouve à leur portée , mais seulement pour suppléer à l’allaitement de leur mère : ils commencent toujours par celle-ci , qui ne peut point leur fournir assez de lait , parce que les mamelles de toutes les mères du troupeau sont en commun entre tous les agneaux. On voit par-là combien il importe que les agneaux soient tous à peu près de même force; parce que les plus forts étant toujours les premiers à s’emparer d’une place vacante , et passant successivement à trois ou quatre brebis , affament les plus foibles. Pour obtenir cette égalité de farGes, il faut avoir soin de dqnner \ - gr, . 20 MERINOS les beliefs à toutes les brebis dans le même tems, autant que cela est possible. Le tenis de la monte ne doit guères durer plus d’un mois; et pour ménager les beliers , il ne convient pas que chacun d’eux ait plus de vingt-cinq brebis. Dans les races communes, il y a à gagner en nombre d’agneaux à laisser le belier toute l’année avec les mères. Les brebis des races de Suisse , dont j’ai l’expe'rience , reprennent le belier trois ou quatre mois après avoir mis bas , et pendant qu’elles allaitent encore leurs agneaux : elles donnent ainsi fre'quemment trois agneaux en deux ans. Il y a alors, dans le troupeau , des agneaux de tout âge , et de toute taille, sans qu’il y ait d’inconvénient du genre de celui que j’ai remarque'. La mère ne permet jamais qu’à son propre agneau l’usage de son lait, et elle le sèvre d’elle-même, lorsqu’elle devient pleine. Avec ce régime , un belier peut suffire à soixante, et jusqu’à cent brebis ; parce que le tems de la chaleur des femelles se succédant toute l’année , il ne s’épuise pas. - Le tems où les brebis mérinos demandent le belier commence aux premiers jours de juillet. Si l’on donne les brebis à cette époque , tous les agneaux naissent en décembre. Comme ils A LAINE SUPBKFTNE. 21 coûtent plus cher à hiverner lorsqu’ils viennent de bonDe heure , et que l’on a e'crit et répété que les agneaux qui naissoient quand les herbes poussent devenoient plus beaux , on cherche communément à retarder le moment où les brebis prennent le helier : lorsqu’on a ce but, il faut avoir soin d’e'carter les beliers du troupeau jusqu’au milieu d’octobre ; parce que les brebis portant cinq mois, les agneaux viennent du i5 mars au i5 avril. Je crois la mëlhode vicieuse, et sujette à plusieurs inconve'niens. D’abord j’observerai ( et en cela je ne fais que rëpëter Gilbert) que la nature ayant détermine’ une e’poque à laquelle les brebis demandent le belier, ce n’est qu’en la contrariant que l’on retarde les accouplemens. Il arrive assez fréquemment que si l’on laisse passer les premières chaleurs, pour ne donner le belier qu’à la seconde ou à la troisième fois que la brebis le demande, elle ne relient pas, ou ne porte qu’un agneau foible. J’ai éprouve' d’une manière très-marque'e, l’avantage que conservent les individus provenans des accouplemens qui ont eu lieu dans les premières chaleurs de la brebis, sur les agneaux provenans des accouplemens retardes. Non - seulement parmi les agneaux purs, la différence a été très- marquée, mais les métis nés au commencement N .S Ü 2 MERINOS de décembre ont conserve un avantage e'tonnant sur les purs , qui sont nés un ou deux mois plus lard (1). Si en donnant le belier dans le tems où les brebis le demandent, c’est-à-dire, dès le commencement de juillet , on n’avoit pas soin de bien nourrir les brebis à la bergerie dans le dernier mois de la gestation , et pendant l’allaitement , on n’auroit e’galement que des agneaux médiocres. Les choux, les turneps et les autres racines, sont sans doute un excellent supplément au loin , lorsqu’on est à porte'e de se les procurer en abondance suffisante ; mais les recoupes de luzerne et de trèfle, avec une (i) L’année dernière je crus bien faire en retardant l’accouplement des brebis mérinos jusqu’en août; mais je donnai le belier aux brebis suisses qui le deniandoient à la fin de juin. U en a résulté que, quoique celles-ci soient moins corsées et moins pesantes que les espagnoles, leurs agneaux ont eu un développement plus rapide, et sont d’une beauté et d’une force bien plus remarquables. J’ai pesé aujourd’hui , deux agneaux mâles métis, qui ont, l’un 7 mois 19 jours, l’autre 8 mois accomplis : ils sont égaux, à quelques onces près; et pèsent chacun soixante-dix livres, poids de marc, c’est-à-dire, qu’ils ont un avantage d’environ 25 livres sur la moyenne des agneaux purs, nés un mois et demi plus tard : avantage prodigieux, et qu’il est impossible que les autres reprennent. A LAINE SUIVE REINE. 25 'OU deux poignées d’avoine chaque jour, suffisent à donner aux brebis une grande abondance de Jait, et à assurer la réussite des agneaux. Ceux-ci, lorsqu'ils sont venus eu bon tems , c’est-à-dire , en décembre , prospèrent rapidement avec ce re'gime. Ils ont environ quatre mois lorsque la pousse des herbes vient augmenter la quantité' du lait des mères, et fournir aux agneaux eux-mêmes un pâturage dont ils Ont b^oin. C’est le tems où ils exigent beaucoup de nourriture, et où leur accroissement est le plus rapide. Il convient de sevrer les agneaux lorsqu’ils ont environ cinq mois , parce que ce n’est pas donner trop de deux mois aux mères pour se remettre de la fatigue de l’allaitement, avant qu’elles reprennent le belier. De cette manière, les brebis se conservent en bon e'tat, durent long-tems, et donnent constamment de beaux agneaux , pourvu que les beliers soient bien choisis. Une autre vaison qui me paroît très-bonne pour donner le belier de bonne heure dans la saison (c’est-à-dire, dès que les brebis le demandent) c’est qu’alors, à la seconde année, les anlenoises sont suffisamment fortes pour pr endre aussi le belier , dans le même tems que les vieilles brebis. Une anlcnoise Espagnole f 24 MKRINOS de j8 à 20 mois, prend très-sûrement le belier, si elle a e'të bien nourrie dès sa naissance , si sa croissance n’a ete retardée par aucun accident, et si elle est bien portante. Si les ante- noises n’ont que l 5 à 16 mois, dans le moment où les vieilles brebis commencent à prendre le belier , elles ne le prennent que deux ou trois mois plus tard , et quelquefois ne le demandent qu’à leur troisième année. Dans le premier cas, il en re'sulte l’inconvénient de l’inégalité des lorces pour les agneaux ; dans la seconde supposition, l’on perd un an pour la reproduction*. Non-seulement il importe que les agneaux Espagnols soient de même force tant que dure l’allaitement ; mais il est très-avantageux qu’ils soient aussi de même force lorsqu’on en forme un troupeau séparé pour les sevrer ; et c’est encore une raispn pour lâcher que la monte dure le moins de tems qu’il est possible. Gilbert recommande de séparer les agneaux mâles des agnclettes de l’année. C’est un soin * J’ai éprouvé , depuis que ceci est écrit , qu’on pouvoit régler la saison des portées comme on le vou- loit, pourvu que les mères pleines et nourrices fussent dans l’abondance d’une nourriture saine. Je donne, depuis quatre ans, Te belier du i 5 janvier au i 5 février. Les agneaux naissent au milieu des pâlurages abondans des montagnes, et deviennent superbes. (Oct. 180g.} V A LAINE SL T PIÎP,FTNE. 20 qui complique la lâche des bergers, et que je n’ai point trouve necessaire. Comme cette race est tardive , les agnelles de l’année ne demandent jamais le belier, et celui-ci ne les regarde point. Les agneaux mâles de l’anne'e demeurent aussi très-indifférens à côte' des agnelles : je n’ai pas éprouvé le moindre incon- ve’nient du mélangé des sexes dans la première anne'e ; et dès que la séparation des agneaux et agnelles a eu lieu pour le sevrage pendant le tems ne'cessaire , les mères ont oublie' leurs nourrissons, et on peut les remettre indistinctement avec le troupeau , sans avoir rien à craindre de cette re'union, lors même qu’on donne les beliers pour la monte. Ce n’est pas que , si l’établissement est considérable , et que l’on ait deux ou trois vagans , il ne soit mieux encore de laisser à part les agneaux de l’année , parce qu’on leur fait éviter ainsi les chances d’accidens au râtelier , avec des beliers qui sont quelquefois médians , surtout dans le tems de la monte; et que d’ailleurs ces agneaux, tous à peu près de la même taille, se nourrissent mieux lorsqu’ils sont entr’eux que lorsqu’ils sont soumis aux caprices des animaux plus forts (i). (1) Je me suis très-bien trouvé , depuis plusieurs 26 MERINOS II est possible que, pohr les races Fran- çoises , il y ait plus de convenance à ne faire naître les agneaux qu’au printems ; mais pour la race des mérinos, je n’hésite pas à donner la préférence à l’autre méthode. II en coûte plus de fourrage pour la nourriture d’hiver , mais on trouve une ample compensation de celte de'pense dans la prospérité des agneaux, et dans l’avantage de faire porter toutes les an* tenoises l’année suivante. L’usage de Rambouillet est d’attendre à la troisième année pour donner le bélier aux jeunes bêtes. Ce qui peut être bien vu dans un établissement national où l’on conserve le type de la plus belle race Espagnole, soit pour Jes formes , soit pour la laine , soit pour la santé et la force , seroit un véritable luxe dans un établissement particulier ; et je doute encore si le principe reconnu le meilleur pour les vaches , qui est de donner le taureau quand la genisse le demande, n’est pas aussi le plus avantageux pour les bêles à laine ; et si, tout considéré, il n’y a pas plus à perdre dans ce retard, même pour la beauté des individus. Mais, je années, de cette séparation des âges et des sexes. J’ai eu des mères fécondées par des agneaux de six mois. (Octobre i8oy.) A TjAINE SUrEHI'INE. 27 le répète, il s’agit d’antenoises de 18 à 20 mois, et non de i 5 à 16 ; et à Rambouillet, on donne le belier plus tard dans la saison que je ne le conseillerois aux particuliers pour leur pratique. Lorsqu’on se forme un troupeau de race pure, il convient de porter son attention tout à-la- fois sur divers objets qui importent à la perfection du troupeau, mais en les subordonnant neanmoins les uns aux autres, selon leur degre' d’utilité. J’ai parlé du troupeau de mérinos que le Roi d’Angleterre a fait multiplier à Ocitlands, et qui y réussit très-bien. J’ai observé , à celle occasion , que les Auglois visant déjà à perfectionner la race sons le rapport de la faculté de prendre la graisse , risquoienl de s’éloigner de l’objet essentiel et caractéristique pour les mérinos , savoir la qualité superfine de la laine. Ou sait que le choix des beliers iuflue beaucoup davantage sur la qualité des agneaux que le choix des mères, surtout par rapport à la laine. Un belier parfait est un animal aussi difficile à trouver qu’un cheval parfait de tous points. L’un a la beauté des formes, mais laisse à désirer un degré de superfin dans sa laine , l’autre pèche par les formes, mais a une toison admira ble. Mille nuances peuvent se trouver entre ces deux exemples, soit pour la tournure et la force de l’animal, soit pour le degré de 28 MERINOS fin , soit pour le tassé de la toison , pour la présence ou l’absence du jarre, la mollesse ou le nerf de la laine, etc. Il y a toujours quelque détail par lequel l’animal se montre imparfait. Il faut donc se décider dans le choix des beliers, par un certain trait caractéristique : or, je pense que, pour les mérinos, ce trait doit être la finesse parfaite de la toison • jugée à une forte loupe , et au micromètre. Si l’animal est beau de corsage, s’il est ardent et vigoureux, si sa toison est tassée, nerveuse, et pesante , c’est tant mieux assurément, et un tel belier a un très-grand prix ; mais il auroit toutes les qualités qui sont réputées les plus essentielles dans les races communes , que si la laine n’est pas fine au premier degré, il convient de l’ecarter (l). Les beliers influent plus relativement à la qualité de la toison des agneaux , et les mères influent davantage relativement à la construction et aux formes : cette observation qui a été faite souvent, se trouve jusqu’ici pleinement confirmée par mon expérience , ainsi que je le (i) L’expérience m’a appris qu’il falloit surtout viser à avoir beaucoup d’R , ou première sorte, sur l’étaloa qu’on choisit, et une absence complète de Jarre. Je reviendrai là-dessus. (Octobre 1803.) A LAINE STJPERFINE. 29 <1 dirai, en parlant des métis. Pour approcher de la perfection le plus qu’il est possible, dans la formation d’un troupeau de mérinos, il ne faut donc pas oublier que cette race est destinée à donner des toisons dont la beauté n’est égalée par celle d’aucune autre race quelconque. Le choix soutenu d’année en année des beliersles plus Hns parmi les superfins , élève peu à peu la qualité des laines au plus haut degré. Eu veut-on la preuve? les troupeaux de Rambouillet et de Croissy sont maintenant sensiblement plus fins que les mérinos d’Espagne. Gilbert l’avoit observé ; mais on pouvoit soupçonner qu’une sorte de prévention assez naturelle en faveur du troupeau à la prospérité duquel il avoit tant contribué , lui faisoit quelque illusion. Aujourd’hui que les brebis Espagnoles choisies par lui avec le plus grand soin ont été' distribuées dans les divers Départemcns de la France, on peut s’assurer de cette différence, elle est extrêmement sensible (1). Chacun peut (1) Un de mes voisins ayant fait venir 10 brebis et 2 beliers de ce troupeau de mérinos choisi en Espagne parmi les plus beaux du pays, a été tellement frappé de la différence entre leur laine et celle de mon troupeau, qu’il est venu d’abord m’acheter un belier de trois mois, à un prix double de ce que lui coûtent ses, béliers adultes qui arrivent d’Espagne. Nous avons 5o MERINOS egalement comparer la laine le'onoise d’Espagne du commerce avec les laines de Rambouillet : il y a unp différence très-marquée en faveur de ces dernières. Elles soutiennent la comparaison avec les piles les plus renommées de toute l’Espagne. A quoi tiennent ces différences ? il est probable que c’est uniquement au choix scrupuleux des beliers , quant à la finesse de la toison, dans les e'tablissemens dont je parle , et à la négligence des bergers Espagnols, relativement à ce point, le plus important de tous. On a cru long-tems qu’il falloit l’air de l’Espagne , les pâturages d’Espagne, et les voyages qu’on fait faire dans ce pays-là aux troupeaux, pour obtenir les laines superfines Espagnoles. Ce préjugé étoit excusable , parce que l’analogie y conduisoit. Il paroît qu’il y a des races dont les laines changent en effet de nature , selon les pâturages et le climat ; mais enfin il est constant que la race des mérinos n’est pas soumise à celte loi : des faits, sans nombre le prouvent. Sa laine se conserve dans toute sa comparé la laine pantes. Il importe infiniment à la beauté de la race « Plusieurs d’entre les grands manufacturiers de draps fins ont imaginé , sans que je sache concevoir pourquoi , que l’introduction dans nos fabriques des laines d’Espagne naturalisées en Angleterre, leur seroit nuisible ; ils ont oublié qu’ils e’toient membres d’une communauté dont il e'toit de leur devoir de favoriser la prospérité ; et ils se sont donné une peine infinie pour égarer l’opinion de ceux qui, sans être ni agriculteurs ni commerçans , auroient pu encourager la consommation des draps ma- (1) Ne seroit-il pas plus sûr de dire le plus grand profit, en combinant le rapport en viande avec le rapport en laine? nufacturés A LAINE SUPERtfrNE. Si nufacture's avec nos laines naturalisées, et donner ainsi une première impulsion avantageuse à cette industrie. Il n’est pas impossible qu’on ail fabrique' à dessein d’une manière imparfaite , certains draps, qui ont e'te' envoyés ensuite sur le marche' de Londres : on ne peut s’empêcher de le croire quand on compare la fabrication de ces draps avec celle d’autres draps fabriques de la même matière il y a déjà quelque tems. » » On se perd en conjectures lorsqu’on cherche à expliquer pourquoi nos fabricans se sont montrés tellement opposés à l’introduction d’une industrie si productive et si heureuse pour la nation. Quand ils seroient payés par nos ennemis, ils ne se conduiroient pas autrement. On relient à peine l’expression de l’indignation que font naître de telles manœuvres : je me contente de remarquer que ces gens-là se sont engraissés des faveurs du Gouvernement ; et que quand celui-ci s’occupe de mesures salutaires , ils sont les premiers à y mettre toutes sortes d’oppositions : c’est ordinairement ainsi que les choses se passent. » » Je dois, au reste, faire des distinctions. Il y a des fabricans qui se sont montras des citoyens utiles et respectables, et qui se sont conduit avec noblesse. Quant à ceux que j’ai désignés ci-dessus, je dois leur rappeler qu’il y a beau^ Tome 8. F 8ü MTïnraos coup de fabricans qui ont autant de comtois-' sances qu’eux, plus de bonne volonté, et à qui il ne manque que des fonds pour les supplanter eux-mêmes dans la fabrication des draps. » » On a voulu tirer parti, contre la doctrine que je prêchois de ce que je n’avois pu donner d’abord toutes les informations que je voulois fonder sur des faits. On a profite de mon absence de l’Angleterre pour blâmer ce que je recommandois ; et chacun faisoit ses suppositions sur un voyage dont j’avois laisse’ le but secret pour en assurer la re'ussite. C’est une chose difficile en tout tems, que de tirer d’Espagne des troupeaux choisis ; mais cela est beaucoup plus difficile encore en tems de guerre. Il falloit, non-seulement obtenir le troupeau, mais savoir très-exactement de quelle manière on devoit le conduire. J’ai eu le bonheur de réussir complètement sous ces deux rapports. Mon troupeau a e'te’ choisi sur des mérinos transhumans d’une qualité très-supérieure. Les douze beliers ont été pris comme les plus beaux, sur un troupeau de deux cents ; car , en général , excepté le manso ou porte-cloche du troupeau, ou laisse tous les mâles entiers, parce qu’on prétend qu’ils portent plus de laine que les moutons. Les brebis et les agneaux ont À LAINE SETERFIXTE. 83 été clioisis dans des troupeaux nombreux. Le voyage que fit ce troupeau , à la fin de mars, avant de s'embarquer , le mit à portée d’être examine' par les bergers de vingt-deux troupeaux diflerens , et tous exprimèrent leur admiration pour l’extrême beauté des animaux qui le composaient. » Je me défends de rien affirmer sur la disposition de cette race à prendre la graisse, non plus que sur la faculté qu’elle a de donner beaucoup de viande et de laine sur une étendue médiocre de pâturages : les faits diront plus sur ces deux points importans que ne pourroient faire toutes mes assertions. C’est assurément une race vigoureuse que celle qui, de génération en génération depuis plusieurs siècles , fait deux fois l’année' d’immenses et rapides voyages, sans rien perdre de ses qualités : cela est surtout remarquable , si l’on réfléchit que le premier de ses voyages commence quand les agneaux n’ont encore que quatre mois tout au plus (1). Je soutiens qu’il n’y a guères de race ( 1 ) J’ai tiré, à trois reprises différentes, des troupeaux de Rambouillet : ils ont voyagé dans les grandes chaleurs, pendant de longues pluies , et aussi pendant un teins très-froid ; je n’ai jamais perdu une bêle, et toutes sont toujours arrivées dans le meilleur état possible, en faisant de 5 à 8 lieues par jour. MERINOS U dans notre pays qui put supporter une telle «preuve sans s’abâtardir , 'soit dans ses formes, soit dans sa faculté de prendre la graisse, car on peut dire que ce qui nuit à l’une des deux choses nuit à l’autre. » )> Je d irai, en general, que d’après la réfutation qu’ont les mérinos d’être mal construits pour prendre la graisse, je m’attendois à les trouver beaucoup plus défectueux sur ce point, qu’ils ne le sont en effet. Il ne faut, au reste , pas s’étonner si les Espagnols mettent peu de prix à la meilleure construction sous ce rapport. Les formes les plus favorables à l’engrais, et qu’on pourroit obtenir par des soins soutenus n’auroient jamais , en Espagne , une importance le moins du monde comparable à celle des toisons. Mais un éleveur qui travailleroit avec attention et jugement arriveroit à des formes parfaites sans faire aucun tort à la beauté des toisons. » » Les mérinos ont deux caractères qui ne sont pas communs dans nos races d’Angleterre : le premier, c’est que les mâles ont des cornes et que les femelles n’en ont point (1). Il paroî- troit de là qu’on pourroit améliorer les toisons (1) Cela est vrai en général; mais on voit clans cette race des mâles sans cornes, et des femelles qui en ont. i A LAINE SUPEEFINE. 85 de nos races cornues, par le mélangé du sang Espagnol, sans que le caractère des cornes, auxquels les fermiers tiennent, en fût altère ; car il faut observer que généralement parlant, lorsqu’on croise des femelles cornues avec des mâles sans cornes, ce sont les femelles qui en proviennent qui sont sans cornes , tandis que les agneaux mâles sont cornus. Il est possible, au reste , qu’il n’en soit pas ainsi dans toutes les races , mais- je l’ai éprouvé en croisant des béliers de Leicester , avec des brebis de Dorset, de même qu’en croisant ces dernières brebis avec des beliers de Banpton , j’avois précisément en vue de constater ce fait. » » L’effet d’un belier Espagnol sur toutes les races cornues avec lesquelles on le croisera , telles que les Dorset, les Wilt-shire , les Norfolk , lesDartmour, etc., sera une augmentation considérable sur le profit des toisons, sans que les métis perdent rien en qualités relatives à'l’engrais. Et quand nous réfléchissons que la toison est la rente annuelle , tandis que le corps de l’animal est le principal, et ne peut être vendu qu’une fois , nous ne savons si l’on doit s’étonner ou regretter davantage de voir l’inconcevable indifférence des propriétaires et des fermiers sur ce point important. » » Un autre caractère marqué de la race des MERINOS 86 mérinos, c’est vm fanon plus ou moins grand : ce caractère est réputé mauvais en Angleterre, et regarde’ au contraire comme un avantage eu ■Espagne. Nous pouvons avoir raison sur ce point, et les Espagnols aussi. Je ne connois qu’une seule race en Angleterre, chez laquelle le fanon ne soit pas un mauvais signe dans l’individu , c’est la race de Rveland. Celle race porte, ainsi que la race Espagnole, des toisons d’un si grand prix , que le fanon ne la fait pas rebuter par les fermiers ; la peau des Ryeland est couleur de rose comme celle des Espagnols ; et je regarde ce caractère comme d’une grande importance, parce qu’il annonce à-la-fois la vigueur et la disposition à s’engraisser. Les bergers Espagnols , font un cas infini de celte couleur rose de la peau : ils la regardent comme un signe certain d’une santé robuste et une indication que la toison sera abondante. Cette couleur de la peau est avantageuse pour tous les individus et pour toutes les races ; et comme elle indique invariablement une disposition à prendre facilement la graisse, elle doit taire passer tous les bons juges sur des formes qui ne scroicnt pas réputées les meilleures. » )) Il y avoit un point sur lequel j’avoîs conservé du doute ; c’éloit sur la substance dont les beigers Espagnols se servent pour frotter A LAINE SUP1ÎHPINE. 87 la toison de leurs moutons. Don Juan Bovvles, dit ((lie , dans le mois de septembre , les bergers frottent les toisons de leurs moutons avec de l’ocbre pour empêcher rpte le suint ne gâte la laine , par son âcretê , ainsi que pour protéger l’animal contre le froid et la pluie : on regarde , dit-il, celte pratique comme avantageuse à la laine. Je n’avois pas pu éclaircir si,, en elfet , les bergers mêloient encore aujourd’hui quelque substance terreuse , ou autre , à la toison ; mais lorsque je reçus des échantillons de laines grasses venant d’Espagne , je priai le Dr. Garnett de les analyser. Il trouva que sur 46 grains de laine , il y avoit g grains d’une matière argileuse , singulièrement semblable à de la terre à foulon , et ne contenant point de fer. Le simple lavage à l’eau froide séparoit cette substance , et la laine rie parois- soit pas si grasse que nqs laines ordinaires (1). )> » Sous les autres rapports , cette race ressemble assez à quelques-unes de nos races (1) Il ne paroît point que cette opération sur les toisons qui se fait dans quelques troupeaux, soit d’aucun avantage à la laine, puisqu’un France oii on ne la fait pas, les laines ont également une qualité supérieure : c’est probablement une rubrique pour ajoutes an poids des tobons. MERINOS 88 Angloises. Les heliers ont quelque chose- du buffle dans leur physionomie. Ils peuvent peser 17 livres le quartier, lorsqu’ils sont passablement gras. Les brebis ne sont pas basses sur jambes (j), ont les os petits, et peuvent peser 11 livres le quartier, au moins. On nous dit que celte race est sortie de l’Angleterre au commencement du i 4 . eme siècle : il seroit bien tems qu’elle y revînt (2I. » h Voici comment le New Farmers Calenclar } qui vient de paroître , s’exprime en parlant des laines : » « Pour nous rendre inde'pendans des etran- )) gers , il faut augmenter la quantité de nos » laines nationales, mais surtout des laines )) lûtes. Il est bien important pour la nation » d’obtenir le plus promptement possible des (1) C’est selon les races. La race de Groissy est haute, sur jambes. Parmi les brebis arrivées d’Espagne et distribuées cette année dans les Départemens, il y en a qui sont hautes sur jambes et d’autres qui sont basses, parce qu’elles ont été prises dans divers troupeaux. Les brebis que j’ai tirées de Piambouillel cette année sont très-bases sur jambes et pèsent environ go livres poids de marc. La dernière fois que j’ai pesé mon plus gros bélier, il pesoit 118 livres. (2) Il pa roît bien prouvé aujourd’hui que les mérinos (sont originaires d Afrique. A RAINE SUPERFINE. 89 33 troupeaux bien chosis de la race d’Espagne. 33 II y a des faits re’cens qui sont fort encou- 33 rageans sous ce rapport. M. Lasteyrie, dans 3> une lettre adressée à la Société Philomatique, 3) en France , confirme pleinement l’opinion )> du Dr. Anderson. Les brebis Espagnoles, )> portant la plus bplle laine , vivent et pros- 3) pèrent dans les terrains les plus marécageux, 3) et dans les climats les plus rudes : en Hol- 3) lande et en Suède , on a vu les laines de 3) cette race se conserver sans ahe'ralion quel- 33 conque jusqu’à la quatrième génération. Il y 3 ) a des individus de celle race qui sont très- 3) gros, et qui portent des toisons superfines. )> » Je pourrois ajouter beaucoup de choses à l’appui de ces propositions j mais je répugné aux assertions spéculatives, et j’aime beaucoup mieux donner des faits constatés par d’autres.; Je 11e suis pas fâché, je l’avoue, d’une occasion de tirer parti, pour nous, de la pratique de nos voisins les François : il y a beaucoup de gens en Angleterre qui sont sourds à ce que leur disent leurs amis, et qui écouteront les leçons de leurs ennemis, w Fas est ab hoste doceri. 33 Je trouve dans une gazette Portugoise, un article de Gênes, du 19 décembre dernier, qui mérite attention : le voici. 33 MERINOS 9 ° v « Plusieurs bous ouvrages récemment pu- )) bliés en France , nous démontrent I’impor- » lance desamélioralions dont on s’occupe dans » ce pays-là sur les laines, et nous prouvent, 3> en même teins, que cette brandie d’éco— 33 noinie rurale, bien cultive'e , peut devenir 3> une grande partie de la richesse nationale 3) chez nos voisins. Le Gouvernement François I) a profite de la paix avec l’Espagne pour ol>- 3) tenir de ce pays-là un grand nombre de 3> brebis de la race des transhumans , afin de 3i multiplier ces animaux précieux dans toute 3) la République. Les préjugés des cultivateurs 3) François, pourront cependant, retarder les 3) bons effets de cette mesure. La Société d’A- 3) griculture de Paris possède, entr autre in- 3) formation sur cet objet, deux lettres de 3) M. Lasteyrie, un de ses Membres qui voy age 3> actuellement dans le nord de l’Europe pour 3 > rassembler des connoissancessurles pratiques 3 ) utiles encore inconnues en France. Il dit , 3 ) dans sa première lettre, qu’il a vu , près de 3) Leyde et de Harlem , la race superfine d’Es- 3) pagne, prospérer maigre' l’humidité du climat. » Il a vu les animaux de la quatrième géne'ra- 3) lion porter des laines aussi fines que les rue- 3 ) rinos les donnent en Espagne, quoiqu’en 3 ) apparence le sol et le climat dussent être A LAINE SUI’ERFINE. ’ QX » contraires à ces animaux. — Dans sa seconde » lettre , il dit, rju’il a o!>serve' les mêmes ré- « sultats dans les parties les plus septentrionales n de la Suède et du Danemarck, où celte race )) a été transportée depuis long-lems. Le Gou- )) vernement de Danemarck ayant fait venir , » deux ans auparavant , trois cents brebis Es- » pagnoles , de la race des mérinos, il n’en n êloit mort qu’une setde quand le voyageur v les vit, malgré le froid rigoureux de l’bivcr » precedent , et l’anne’e pluvieuse qui avoit » succède'. « w Voilà la confirmation de ce que dit le New Farmers Cctlendar, et ce qui est publié par des gens totalement étrangers aux succès de pareilles tentatives. Il paroît donc que tandis que les Suédois , les Danois , les Allemands , les Ilollandois , les François , s’occupent avec activité des moyens de s’approprier les avantages de la race Espagnole, nous qui y sommes le plus intéressés, nous avons complètement négligé cet important objet. II n’y a qu’une illustre exception à celte indifférence (i). u (i) L’auteur fait sans doute allusion à la tentative faite par le Roi d’Angleterre , et qui a obtenu un plein succès: j’en ai rendu compte dans le "V. e volume d’agriculture de la Jir'u. p. 38 7 et suiv. MERINOS 9 2 )) Ceci vaut la peine (l’être examine par ceux qui ont lu la préface du dernier volume des Mémoires delà Société de Balh. Il y est question de ces fabricans à courte vue dont j’ai parlé ci-dessus, de ces gens qui oublient qu’on peut nous empêcher complètement de tirer d’Espagne aucune laine. Nous apprenons déjà qu’un droit nouveau de 27 pour cent, a été mis sur les laines exportées d’Espagne pour l’Angleterre par le Portugal. Tout avantageux que ce droit puisse être à ceux qui font croître en Angleterre de la laine d’Espagne superfine , c’est un grand mal pour nos fabriques qu’un droit pareil ; mais il faut convenir cependant qu’il en résultera plus d’émulation pour l’amélioration de nos troupeaux. Dans l’état actuel des choses, il est bien prouvé que nous pouvons obtenir des moutons Espagnols transportés dans les provinces du sud et de l’est de l’Angleterre , des laines égales en tout aux plus belles d’Espagne. » (Lord Somerville donne ici le résultat des expériences faites à Oallunds, par ordre du Roi, sur un troupeau Espagnol : on peut en voir le détail dans le V. e vol. de la Bibliothèque Britannique.) » Si d’autres faits encore étoient nécessaires à l’appui de tous ceux que j’ai rapportés ci- A LAINE SUPEHFINE. 9 5 dessus , je dirois que le vaisseau de guerre le Chameau, qui vient d’arriver du Cap de Bonne- Espe'rance, m’a apporte des laines Espagnoles de troupeaux naturalises au Cap depuis dix-huit ans. Elles m’ont e'te’ envoyées par un homme qui se connoît parfaitement en ce genre : voici ce qu’il m’écrit. » « M. Van Reenen a mille brebis , dont 4oo « sont de race pure d’Espagne, apportées au » Cap , il y a dix-huit ans, depuis la Hollande, )) où elles avoient été envoyées de l’Eslrama- « dure par le Roi d’Espagne. Un mouton u Espagnol pèse de soixante à quatre-vingt » livres. La laine a plutôt gagné que perdu en » finesse , dans la Colonie du Cap. » )) Ce sujet est d’un intérêt infini pour la pros«, périté de l’Écosse. Il n’y a aucune partie des trois Royaumes qui pût augmenter aussi considérablement sa richessfe par l’introduction de la race Espagnole. Des affaires multipliées, et un accident qui a nui à ma santé pour long- tems , m’ont empêché jusqu’ici de suivre au projet que j’avois de parcourir l’Écosse. Occupé d’agriculture depuis un grand nombre d’années, j’ai surtout étudié avec beaucoup de soin les diverses races de gros bétail et de bêtes à laine. Mon intention étoit d’examiner le climat, le sol, les productions et les marchés de l’Ecosse t -g4 METIINCS- avec tout le soin dont je suis capable, pour re» commander ensuite aux proprietaires l’adoption des races les plus propres à chaque canton. Je continue à croire que dans les terrains assez substantiels pour nourrir les grosses races à longue laine, et dans les endroits où le marché des viandes est d’ailleurs avantageux , il convient de préférer ces espèces. » » Lorsque , l’année dernière, la Société de Bath envoya un Comité pour examiner mon troupeau, il fit le rapport suivant : « Les beliers 5) et les brebis d’Espagne que Lord Somerville a tirés de ce pays-là ont été rassemblés avec }> beaucoup de difficulté , de peine et de dé- pense. Leur laine paroît être d’une extrême » beauté. Il croise des brebis de Rycland et de )> Smilh-Down avec des beliers Espagnols. )) — Les brebis dont il est ici question ont été choisies avec beaucoup de soin , soit en Hereford- sbire , soit en Sussex : leurs productions ne tarderont pas à faire connoître les avantages et les inconvéniens de cette entreprise. Jusqu’ici mon intention n’est que de pousser les croise- mens assez loin pour donner aux métis autant de finesse dans les toisons et de rose sur la peau , qu’ils en pourront supporter sans que les formes et le caractère des mères de cha- A LAINE StrPERFINE. Après avoir rendu compte des faits que mo 1 expérience m’a fait connoître , sur la race d’Espagne et sur les métis, ainsi que de ce qui est conforme ou analogue dans la pratique des autres, je dois dire quelques mots du parcage, parce que ce procède' intéresse essentiellement l’agriculture, et a été l’objet de mainte discussion, en France et en Angleterre. Quand je parle du parc, je n’entends point le parc domestique , c’est-à-dire , un enclos de murs sans abri, dans lequel les brebis passent toute l’année le tems qu’elles ne sont pas aux champs : je parle d’un enclos de claies dont la grandeur est proportionnée à la force du troupeau , et où on l’enferme pendant la nuit pour fumer les terres. L’usage du parc est de tous les pays où l’agriculture est perfectionnée. Dans les Départe- A RAINE suterfine. 99 mens les mieux cultives de la France , en Allemagne et en Angleterre , on parque les moutons sur les champs et sur les près pour les amé- liorer. Personne n’a essaye de révoquer eu doute l’avantage du parc : ce procédé est une manière d’apporter et de répandre sans frais , sur les champs d’un domaine, la substance fertilisante qui, sans cela, auroil e'té en grande partie perdue , puisque les moutons se nourrissent dans des endroits où d’autres animaux trouveroient à peine à brouter. Ce simple énoncé suffit à montrer que le parcage mérite toute l’attention des cultivateurs, et qu’en particulier , dans les situations isolées ,■ où il est difficile de se procurer d’autres^engrais que ceux qui se font sur le domaine, la ressource du parc est d’un prix infini. -r; Si l’avantage du parc pour les terres n’est point douteux, l’effet de ce procédé sur la santé des bêtes à laine et la'prospérité des troupeaux, n’est pas aussi bien démontré. Il n’est pas prouvé du moins , que le parc soit sans inconvéniens pour toutes les races , et il est bien démontré qu’il en a dans certains cas, pour toutes les bêtes à laine. Les belles expériences de d’Aubenton à Montbard , ont montré que les brebis pou- voient vivre-, se bien porter, donner de beaux iOO MERINOS agneaux et de belles laines , en n’ayant pas d’autres logemens d’été et d’hiver qu’un enclos de murs , sans abri. Ce naturaliste a observe' que ce régime avoil non-seulement pour effet d’affermir la santé de la race qu’on y soumet- toit, mais encore d’affiner les laines (x) des animaux ainsi parques toute l’année. Son principal but , lorsqu’il entreprit ces expériences, e’toit d’ouvrir les yeux des cultivateurs sur l’abus d’en fermer les troupeaux dansdese'tables closes, où. l’air ne se renouveloit point , et où les maladies auxquelles les moutons sont sujets empi- roient rapidement. Ce citoyen zélé entreprit de prouver le plus possible, pour vaincre un préjugé funeste ; et pour mieux démontrer que les moulons ne craignent ni l’air, ni l’intem- p-erie des saisons , il adopta une méthode extrême , dont la pratique des Ànglois et des Ecossois avoit pu lui fournir l’idée. Nous ne voyons point ce que ses essais lui ont coûte' de perles dans le début des expériences j mais il est certain qu’il cloit parvenu à avoir une race très-robuste, et que ses agneaux, qui souvent naissoient sous la neige , bravoient ensuite , ( 1 ) 11 paroît que cet effet de l’affinement des laines par le parc domestique n’a pas été observé sur des races d’Espagne, mais sur celles du Roussillon. A LAINE SUtfEKFINE. lOl' dans le reste de leur vie , les extrêmes du froid et de l’humidité, sans en éprouver d’effets fâcheux. Malgré ses succès , d’Aubenton a eu peu d’imitateurs; et il ne faut pas s’en étonner. Les bons esprits se tiennent d’ordinaire en garde contre les méthodes extrêmes : ils ont vu que d’Auhenton avoit voulu prouver le plus pour prouver le moins; et ils sont devenus partisans des bergeries aérées qui, avant d’Aubenton , éloient inconnues en France dans l’économie des troupeaux. D’ailleurs, pour adopter le parc' domestique dans toute sa rigueur, et sans risquer les troupeaux qu’on y soumettroit, il faudrait avoir des animaux qui eussent passé les premiers mois de leur vie exposés sans abri à toutes les variations de l’atmosphère : une grande partie des bêtes à laine élevées de la manière ordinaire , y périroient probablement, et il faudroit peut-être-essuyer bien des pertes avant de se faire une race suffisamment robuste pour supporter l’expérience : ce n’est pas là Fobjet à remplir : ce seroit payer trop cher l’économie d’un toit. - La bergerie spacieuse, aérée , sèche, et où l-’on maintient, autant qu’il est possible, une température modérée , assure la santé des trou» peaux, sans avoir les inconvéniens du parc dor- 102 MTTRÏÏnOS tnestique. Quelle qu’ait été )a première édu- cation des brebis que l’on met dans une telle bergerie, elles y prospèrent, parce que l’air, et une litière sèclie, conviennent à toutes les bêtes à laine. Dans la saison la plus chaude de l’année , une bergerie , quelle qu’aére'e qu’elle soit , a cependant l’inconve’nient d’être trop chaude pendant la nuit : d’ailleurs, la fermentation plus rapide du fumier ajoute l’inconvénient des émanations putrides à celui d’une chaleur trop forte : les troupeaux sont alors bien plus sainement logés pour la nuit, dans une enceinte de claies à l’air libre. Si l’on ne parquoit que sur les champs de terres sablonneuses ou graveleuses ; si l’on pouvoit être toujours sûr que la pluie ne surviendra pas pendant Ja nuit, et ne détrempera pas complètement le terrain , de manière que les brebis ne pourront se coucher ; si enfin , le parc e'toit toujours à portée des pâturages , ce logement pendant la belle saison , n’auroit que de l’avantage. Mais il y a des races qui ne supportent pas aisément les inconvéniens dont je parle ; et il y a des momens (comme ceux de l’allaitement, de la tonte et de la gestation avancée) où il importe d’éviter que les brebis d’une race'précieuse y soient exposées. Eu Angleterre, le régime ordinaire des A LAINE SUPERFINE. lo5 brebis, c’est d'être à l’air tome l’anne'e. Malgré celte habitude de braver les injures du tems, il y a des races qui ne supportent pas le parcage : les bêtes à laine abandonnées à elles- inêines dans des champs enclos, où elles passent plusieurs semaines ou plusieurs mois, s’accoutument à choisir leurs abris , à se coucher sur les pentes opposées au vent, et qui permettent l’écoulement des eaux ; au lieu que dans l’enclos resserré du parc, elles sont obligées de supporter tous les accidens de la température. Une .autre circonstance encore fait que des moutons accoutumés au libre parcours en toute saison, et qui couchent en plein air, peuvent pourtant craindre le parc : c’est que dans la disposition de la culture d’une grande ferme , le parc se trouve souvent très-éloigné du pâturage où les bêtes à laine ont passé la journée. L’instinct des moutons les porte à se coucher pour ruminer, lorsque leur ventrée est faite : au lieu de cela , ils sont forcés de faire quelquefois une demi-lieue ou plus, pour aller chercher le parc t ils souffrent donc plus ou moins de cette longue promenade faite avec la panse pleine $ et, dans les troupeaux de plusieurs centaines de bêtes, l’inconvénient est encore plus grand , parce qu’elles s’échauffent davantage , parce que la conduite du troupeau par les chiens entraîne / io4 MERINOS plus de difficultés , plus de pression et de chocs dans les passages étroits. Il y a des races, celle de Norfolk par exemple, qui sont assez robustes pour supporter ces inconvéniens , sans paroîlre en souffrir du tout: d’autres races, telles que celles de South-Down et de Wilt- sbire , en souffrent assez pour rendre la convenance du parc un point douteux parmi les cultivateurs; d’autres races enfin, telles que celles de Rjeland , ne peuvent point soutenir le parc. Ou voit donc que la convenance de parquer ou de ne pas parquer peut dépendre de certaines circonstances locales , et de la race que l’on a. Je puis dire, d’après mon expe'rience, que dans un terrain graveleux, et avec l’attention de ne pas choisir le pâturage de l’après- midi à une trop grande distance du parc , la race des mérinos supporte très-bien le parcage. Mon troupeau a souvent e'tè percé par des pluies d’orage , qui empêchoient les brebis de se coucher , et ne paroît pas en avoir souffert. Cependant, il est évident que les avantages du parc ne doivent rien faire donner au hasard , relativement à la santé et à la conservation d’une race aussi précieuse. Le parcage , qui dans certaines circonstances peut être l’objet principal de l’agriculteur, est clairement ici un objet A LAINE SUPEEFINE. lo5 subalterne, et doit être traite comme tel. Il faut parquer les mérinos pour leur; éviter l’é- touffemenl des bergeries pendant les chaleurs, mais il faut toujours faire céder l'avantage de l'amendement des terres à la plus légère convenance de salubrité pour ces animaux. A Rambouillet, on ne commence à parquer que quinze jours après la tonte , et on termine le parcage «lès que les matinées commencent à être fraîches : ce qui réduit à environ trois mois le tems du parc. Je ne connois aucune bonne raison de ne pas parquer au printems dès que le tems est chaud. Les deux mois qui précèdent la tonte sont ceux où il importe le plus d’empêcher que les brebis ne souffrent de la chaleur de la nuit dans les bergeries. Comme, en général , les bergers aiment mieux ne pas parejuer, parce que ce procédé leur donne un peu plus de peine, il est bien possible que celte cause ait agi sourdement à Rambouillet, et décidé un point qui, au fonds , ne paroît pas de première importance sur la santé des mérinos, puisqu’à Croissy où l’on ne parque point du tout, à Rambouillet où l’on ne parque que deux à trois mois, et à Lancy où l’on parque cinq ou six mois , les brebis se portent également bien. D’après les expériences de d’Aubenton, on MERINOS 1©6 a cru que le parc raffinoit les laines : cela peut être vrai pour les races sur lesquelles il a travaille' ; mais cela ne paroît pas l’être pour la race des mérinos : le troupeau de Croissy est renomme' pour sa finesse ; et je rappellerai encore que la race de Ryeland , qui ne parque point, est la plus fine de l’Angleterre. Ce que j’ai remarque , c’est que le parc blanchit sensiblement les toisons sur le dos de l’animal ; mais je crois que cet avantage est nul, en dernier résultat : c’est d’un bon lavage que de'pend finalement la blancheur de la laine d’Espagne, et les laines de Croissy prennent un blanc tout aussi beau que celles qui ont subi le parc. L’anne’e dernière, j’ai suivi, pour parquer, la formule de d’Aubenton , c’est-à-dire , dix pieds carre’s par bête , et deux coups de parc dans la nuit. Le blé semé sur cette pre'paralion a e'te' médiocre, et paroissoit à peine avoir été fumé : il est vrai que le trèfle qui succède est d’une beauté très-remarquable , et que le terrain , qui est fort graveleux , est plutôt une terre à seigle qu’elle n’est propre au blé j mais comme j’avois aussi mis du seigle dans une partie du champ parqué , et que ce seigle a été médiocre , il est évident pour moi que la terre n’e'toit pas suffisamment parquée. Cette année, j’ai attribué le même espace à chaque bête , A RAINE SUPERFINE. ' I07 mais jp n’ai donne qu’un coup de parc par nuit, ce qui fait, line fumure double: je rendrai compte de l’effet. Cela se rapprocheroit de l’indication donnée par Arthur Young, et que j’ai comparée à celle de d’Aubenton , en m’étonnant que deux hommes si justement célèbres fussent si mal d’accord sur un point de fait comme celui-là (1). Quant à l’avantage du parc pour les terres, il ne peut différer que du plus au moins; et ceux qui travaillent sur une race robuste , pour obtenir des métis , ne doivent pas hésiter à s’assurer l’amélioration qui résulte de celte pratique. Ceux qui ne connoissent point l’économie des botes à laine, et qui cherchent des directions pour l’établissement d’un troupeau , peuvent désirer qu’on leur fournisse quelques renspignemens précis sur l’étendue de terrain nécessaire à un nombre déterminé de ces animaux ; sur les frais d’achat des brebis ; sur la construction des bergeries , les frais de parc , de bergers , de chiens , et de nourriture ; sur les non-valeurs et les pertes probables ; enfin (1) Depuis cinq à six ans je ne parque plus mes troupeaux, parce qu’ils sont aux montagnes dans la saison la plus chaude, et que j’ai continué à trouver l’amélioration par le parc beaucoup moins marquée qu’011 ne l’a représentée. (Octobre 180g.) MERINOS lo8 sur tous les objets qui comportent le calcul , et qu’un proprietaire sage doit avoir bien examines avant d’entreprendre une telle exploitation. Il est.très-difficile de rassembler sur ces divers points des donne’es précises, et de résoudre ces questions d’une manière pleinement satisfaisante , parce que les circonstances dont la solution dépend sont nécessairement variables, selon les situations, le genre de culture , le prix des fourrages, la qualité des parcours, l’étendue relative des prés ou pâturages secs avec les champs d’un domaine, le prix desgagps des domestiques et de leur entretien, etc. Il ne peut y avoir sur tout cela que des approximations ; mais comme en faisant les suppositions les moins favorables , il reste encore une très-grande latitude pour rassurer l’imagination du cultivateur sur le profit d’une telle entreprise , il y a quelque utilité à fixer les idées par des calculs. Je dirai d’abord , avec Gilbert, que pour assurer la réussite, il vaut mieux rester, quant à la force du troupeau, un peu en-dessous de ce que le domaine pourroit nourrir de moutons à la rigueur. Il importe , comme je l’ai dit, que les brebis soient très-bien nourries pendant toute l’année j et surtout pendant l’hiver, qui A LAINE SUEERFINE. I09 est la saison critique pour elles. Il suffit d’une se'chercsse pour rendre les fourrages de moitié moins abondans qu’ils ne le sont anne'e commune. D’autresconlrarie'te's delà saison peuvent empêcher de se procurer les nourritures supplétives pour hiverner les brebis. Pour peu qu’il y ait de pénurie dans la nourriture , les mères maigrissent, les agneaux souffrent ; la laine s’altère , et la race perd en stature et en force. Quand on fait le calcul des ressources d’un domaine pour alimenter le troupeau , il faut toujours penser que l’été peut être brûlant, ce qui anéantira les pâturages, ou très-pluvieux ce qui forcera à nourrir souvent à la bergerie ; que l’hiver peut être plus rigoureux et plus long que de coutume , ce qui fera consommer plus de fourrages j enfin il faut bien se dire qu’il vaut mieux rester de vingt bêtes au- dessous de ce qu’on pourroit nourrir, que d’en avoir une seule de trop. Gilbert estime qu’un domaine de cent arpens, qui jouit de l’avantage de quelques friches, peut fort bien nourrir un troupeau de cent brebis mérinos , sans rien ôter aux autres bestiaux entretenus sur le même terrain , et sans rien perdre sur les productions du domaine (1). (1) Cela s’explique par l’accroissement considérable 1 1 © MERINOS Je crois cette estimation très-modérée , c’est- à-dire , précisément comme il falloit la faire de fourrage et de paille qui résulte, pour le domaine, d’environ i5o voilures d’excellent fumier produites par le troupeau. Il faut acheter du foin la première année, mais ensuite cela n’est plus nécessaire. Ou peut créer des fourrages à l’aide du parc, tels que les vesces et l’avoine qu’on coupe pour foin, et qui remplacent la jachère dans les terrains qui y étoient destinés: l’amélioration des prés rétablit bientôt l’équilibre entre les fourrages et les animaux de la ferme, sans réformer aucun de ceux-ci. Je nourris douze vaches de Suisse de grosse race, qui sont toute l’année sur le domaine, comme je le faisois avant d’avoir des moutons. Je prévois que dans deux ou trois ans je pourrai, vu l’amélioration qui résulte de l’engrais des moutons, augmenter le nombre de mes vaches, ou porter mon troupeau de brebis à un nombre plus considérable que celui auquel les ressources du domaine le fixoient dans le début. On remarquera que je ne fais aucun usage pour l’hiver et le priulems, des turneps, choux, etc. parce que la mauvaise police rurale, et l’esprit de rapine, fruit de la révolution que nous avons éprouvée, empêchent que l’on ne puisse rien conserver en plain champ depuis l’automne, dans les endroits où cela est possible, la dépense est fort diminuée, et le troupeau s’en trouve mieux que de la nourriture sèche. Je n’ai donné jusqu’ici ni carottes, ni pommes de terre, ni autres racines, parce que j’ai craint de m’écarter du régime auquel mes brebis élevées à Rambouillet ont été accoutumées. Nota. Depuis cinq ou six ans j’ai nourri mes brebis A LAINE SÜPERFINE. 11J pour qu’elle pût servir de base aux calculs. Le domaine que j’exploite est de 98 arpens de 484oo pieds de surface. Il y a là-dessus onze arpens de vignes, dont je n’ai fait aucun usage pour les moutons, et treize arpens de bois, qui sont trop éloignes pour que je puisse y envoyer le troupeau dans.une autre saison que l’arrière-automne et l’hiver quand le tems est sec. Sur les vingt-deux arpens de pre's , il y en a six qui sont un pâturage exclusivement destiné aux moutons, mais où l’herbe est rare et courte. Sur les seize restans, il y en a quatre où le troupeau n’entre jamais, et douzq où il pâture après les vaches depuis septembre en mars(i). en grande partie, avec des pommes de terre crues pendant l’hiver, et toujours avec un plein succès. Octobre 1809. ) (1) J’ai laissé mon troupeau dans un pré hâtif jusqu’au 2-i mars, cette année, fl y avoit une portion de ce pré qui éloit un peu humide et dans laquelle je ne le laissois pas entrer : une rigole, que les chiens gar- doienl, séparoit les deux portions. Quand j’ai cessé de faire pâturer le troupeau dans ce pré , la partie qui avoit été ménagée avoit de l’herbe de 4 à 5 pouces de haut: la partie pâturée étoit parfaitement rase. Le 19 juin, le pré a été fauché, et il étoit impossible de découvrir la moindre différence dans la longueur et l’abondance de l’herbe, non plus que dans sa maturité, entre une portion et l’autre. Ce fait a paru fort surprenant aux 112 MEltlNOS Sur les 52 arpens de champs , il y en a, année commune, environ un cinquième en trèfle ou Juzerne, et un dixième en jachère : le reste est occupe par des grains hivernes, et des graines de printems ou plantages. Pendant l’automne et l’hiver, le troupeau parcourt tout ce qui n’est pas en ble ou en vigne (1). Pendant 3 e printems, il pâture dans les jachères , dans les six arpens de pâturage qui lui sont destines, et dans les fourrages verts serne's pour être consommes sur la place. Pendant l’ete’, il a les mêmes pâturages , et de plus les chaumes aussitôt après moisson , les jeunes trèfles (2), et enfin les près secs, aussitôt que les regains sont coupe's. domestiques : ils avoient annoncé qu’il n’y auroit point de récolte dans la partie pâturée. (1) Dans les vignes graveleuses et herbeuses, on peut fort bien mettre les troupeaux depuis la vendange jusqu’à la taille : cela se fait dans le Pays-de-Vaud sans inconvéniens. Je ne le fais pas parce que nies vignes sont d’une terre trop argileuse. (2) C’est une erreur de croire que les jeunes trèfles souffrent de la dent du mouton : jamais je ne les ai eus plus beaux que celle année, où ils ont été rongés par les moutons depuis la moisson de l’année dernière jusqu’en mars. Mais il ne faut point y faire entrer ceux- ci à jeun , ni les y laisser trop long-tems, de crainte de nouflement. Avec A T. AINE SUÏ’EREJNE. Il5 * Avec ces ressources , mou troupeau , dont le nombre inojen a e'ie' cent quarante bêtes, a consomme dans l’année finie le 20 juin dernier, trois cents quintaux de foin ou luzerne de première qualité, trois mille cinq cents fascines de frêne , de peuplier et de chêne , dix quintaux d’avoine, sept de son, et environ un quintal de sel. Yoilà des faits qui peuvent aider chacun , selon sa position , à calculer d’une manière approximative ce qu’il lui en coûtera pour nourrir son troupeau, et jusqu’à quel nombre il pourra le porter. Essayons ce calcul, pour un troupeau destine aux croisemens , et de cent brebis. Il faut d’abord penser au logement. Si l’on a une grange ou remise que l’on puisse ae'rer suffisamment, il en coûte peu de chose pour y e'tablir les râteliers. Mais supposons qu’il faille élever un couvert et l’enclore de palissades, en profitant d’un mur déjà existant, pour le garantir du côté du Nord. Les frais moyens d’une telle construction très- légère, pourront aller à.L. 1800 24 claies de 10 pieds pour le parc, à 3 liv. . . 72 La cabane mobile du berger. 48 Achat de 100 brebis d’une race de Suisse, à 9liv. 900 Achat de trois beliers Espagnols, à i5o liv. (1) 45o ^•1 reporter . 2270 (1) Je fais la supposition la plus coûteuse, celle d’a- Tome 8. H MERINOS 3 l4 Report . 2279 Achat de deux chiens de berger, à 24 liv. . . 48 Total des premiers débours pour l’établissement du troupeau. 3318 F, •ais annuels. Gages et nourriture du berger et de son aide, et entretien des chiens.,L. 1000 Trois cents quintaux de foin, à 3 liv. (1) . . . . 900 Dix quintaux d’avoine, à 8 liv. 80 Sept quintaux de son, à 5 liv. 35 Du quintal de sel. 8 Tonte et faux frais. 24 Total des frais annuels. . . . 2047 Rentrées annuelles. Tonte de cent brebis de Suisse, trois quintaux en suint, à 35 sols la livre.. L. 520 Tonte des trois beiiers mérinos, trente livres en suint, à 3 liv. go Cent cinquante chars de fumier, à 6 liv. le char (2) 900 A reporter . j5io voir trois beiiers pour 11e faire durer la monte que deux ou trois mois.. (t) Je compte pour i4o bêtes, quoiqu’il n’y ait que cent brebis, parce que 80 agneaux que je suppose réussis, sur les cent, demandent d’être nourris, et je compte deux agneaux pour une bête adulte. Je ne fais pas entrer les fascines en ligne de compte, parce qu’elles sont au moins aussi bonnes pour brûler après que les moutons en ont mangé la feuille: je dis au moins, parce qu’on remarque que ces fagots coupés dans la sève d’août brûlent mieux que d’autres. (2) J’ai tenu le compte de la quantité de fumier que A I/AINE SUPERFINE. 1 13 Report . l5lü Vente de 80 agneaux métis avec leur toison, à 24 liv. 1950 Total des rentrées. 3i5o Frais à déduire. 20V7 Intérêt du capital. i3d3 Je n’ai pas suppose’ de perte dans les brebis, parce que j’ai force' la supposition des pertes sur les agneaux , mais si l’on veut supposer le remplacement de douze brebis, il restera en- /core quarante pour cent d’inierêt du principal.. On sent bien que la supposition de la vente de tous les agneaux métis est absurde , parce qu’on entreprend les croisemens pour obtenir une amelioration graduelle , et qu’à mesure que les métissés seroient en âge de prendre le belier, elles remplaceroient les brebis communes. Essayons le compte des deux première» anne'es dans cette supposition , qui est la plus juste. font les moutons : elle est beaucoup plus considérable, à nourriture égale, que celle que fait le gros bétail. Je reste en-dessous du vrai en comptant une voiture et demie par brebis, y compris le parc, et le sable amélioré. Le fumier des agneaux est par-dessus. Je 11e compte rien pour la paille, par cette raison, et parce que le prix de 6 livres, qui est celui du fumier ordinaire, est trop bas pour un fumier dont l’effet est beaucoup plus actif. On peut êlre certain que l’engrais que font les moutons paie le fourrage qu’ils consomment. Il6 MERINOS A LAINE SüperEINE. Au lieu de 80 agneaux à vendre, il n’y auroit que les mâles à ôter du troupeau , supposons 4 o : cela re'duiroit à i 5 pour cent l’irne'rêt du principal , pour cette première anne'e. A la seconde anne'e le compte des rentre'es seroit comme suit : Trois quintaux de laine de Suisse.L. 5so Trente litres de laine ''Espagne. 9° Fumier.. . 900 Tonte de 4o amenuises, à six livres pesant la toison, et à 4o sols la livre. 48o Vente de quarante agneaux mâles, à 2 't liv. . . gfio Vente de quarante brebis de Suisse, à g liv. . 36o Rentrées. 33 to Frais à déduire ........ 2 oiy Intérêt du capital. i363 On sent qu’à mesure que les métissés deviennent portières , et remplacent les brebis de Suisse , le fond capital augmente beaucoup de valeur. On sent aussi qu’à mesure que les croisemens se multiplient , la laine prend un plus haut prix et augmente en quantité'. Chacun peut pousser jusqu’à la troisième ou quatrième génération la supposition dès croisemens , et calculer le rapport d’un tel troupeau amené au degre' de superfin. Les aperçus que j’ai dorme's suffisent pour montrer qu’il 11’y a aucune spéculation agricole dont les profits puissent être compare's à ceux d’une exploitation de ce genre, si elle est bien conduite. 1T 7 Lettre écrite d’Angleterre par un Agriculteur, a C. Pictet, Rédacteur de la partie Agricuete t re de la Bibliothèque Britannique. Tjbleju comparatif de Vengrais de six espèces de Moutons parqués séparément pendant près d’un an, et nourris de foin, choux , navets et vescés en vert. Ont pesé le 3 Janvier 1792. Ont pesé, en Décembre 1792, peu. avant d’être 4 tués, Cinq de Leicester. 664 liv. 792 liv. Différence 972 Cinq de Gloucester. 697 3 922 Différ. 255. Cinq de South-Down 379 (l’un de ceux- ci est mort en Avril. 522 i. Différ. i43 - Cinq de Wilts. 559 860. Différ. 3oo Cinq de Dorset. 646 9 21 - Différ. 22g Cinq de jVîendip. 4o6 636. Différ. 229 M. Billingsley , auteur de l’expe'rience, a 3 1 8 sur t/engrais. cjoulé à la table ci-dessus, celle du poids de chaque mouton au commencement de chaque /tnois, d’où il parnîi que les moutons de Lei- cpster-slnre qui , au commencement étoient dans le meilleur état, furent ceux qui souffrirent le [dus du changement de climat, car pendant les quatre premiers mois , ils diminuèrent graduellement ; et dans la suite ils n’ont pas répondu à l’ide’e qu’on avoit de leur supériorité. Four bien juger du profit qu’il y a à engraisser des moutons, il faut comparer leur accroissement avec ce qu’ils coûtent à nourrir. Four établir celle comparaison , railleur faisoit de tems en tems, peser la quantité de nourriture que chaque parc coiisommoil dans une semaine. Voici le résultat. Pendant une semaine Une semaine d 9 Avril. de Juin. Les 5 Leister. j ^\ oux 1 r uni 2 9l 9* 1 Vesces en vert S4o _ ( Clioux 5 0ioiistcr.il' • ' I oui 2 9) 1 20 i id. io5o 4Sl.Down{£ , '.° UX * Loin 2 9l 7°J kl. j5o 5 Dorcet. ’ Foin 2 9t 123} kl. io5o 5 wiits. ,Sî kl. io35 5 Memiip. { F J;;;;' x S» ici 0 00 1 1 { \ { { Une sem. de Déc . Clioux 445 Foin 55 Choux 615 Foin ôi Choux 388 Foin 4i Clioux 5'j6 Foin 43 j Clioux 5 !& Foin 42 j C houx 4 17 Foin 4i DES MOUTONS. lig Il paroît donc que les moutons de Gloucester ne sont pas ceux qui donnent le plus de profit. Les Mendip et les South-Dovvn sont l’espèce la plus dure et la plus facile à nourrir; au cœur de l’Iiiver , ils s’accommodent du peu d'herbe qu’ils trouvent., tandis que les autres la dédaignent et se jettent avidement sur les choux et les navets. Assez mal placé à la ville , Monsieur, pour prendre des informations sur l’engrais des moutons, ce n’est que depuis mon retour à la campagne que j’ai pu questionner quelques fermiers : eux ne leur donnent que du foin , des choux ou des navets; mais ils m’ont dit que les eugraisseurs qui veulent les pousser vivement les nourrissent de marc d’huile (oil cashes) et du résidu de la drèche (grains). On prétend que cela donne à leur chair une mauvaise qualité. Rien , dit-on , ne la rend meilleure que les panais. En ouvrant un des derniers vol. de la Soc. d’Agric. de Bath, j’ai trouvé une autre expérience sur le même sujet, dont je vous envoie l’extrait ci-joint. Les bœufs qui, à Noël dernier, ont remporté le prix de Smithfield , pesoient de 25 à 26 quintaux de ce pays. J’en avois vu chez le Duc de Bedford , qui m’avoient paru superbes* 120 sur r'ekgrais et qui ont dispute' le prix ; ils n’e’toient pas tant remarquables par leur graisse que par la beauté et la grandeur de leurs proportions : tout le secret est, je crois , «le les mettre dans un excellent pâturage , mais il est question de les bien choisir ; et c’est le breeder plus que le grazier , «juc l’on couronne. Le Duc s’amuse aussi à engraisser des cochons ; nous vîmes chez lui une truie qui «.'toit tin vrai monstre. Ses codions habitent une île ; on les envoie prendre l’air en terre ferme : quand la faim les presse, il faut qu’ils regagnent à la nage leur toit , où leur repas les attend , ce qui les force â la propreté. La méthode de tenir le gros be’lail en plein aii'toute l’année, n’etant pas propre à produire beaucoup d’engrais , le Duc a changé ses vastes chenils en étables. Enlr’aulres choses curieuses que nous vîmes chez lui , est une machine à battre le blé trcs-ingénicuse , mais qui , pour être mue, demande plusieurs chevaux. Le bon moment pour voir Woburn est le mois de juin quanti l’on tond les moutons ; il s’y rassemble de toutes parts des professeurs et amateurs distingués d’agriculture. Si les intérêts de la Bibl. Britannique vous appellent dans ce pays, Monsieur, il vous faut choisir ce tems-îà pour voir \\ oburrf ; vous serez avec vos pairs , et vous DES MOUTONS. 121 ’ verrez un des plus beaux etablissemcns rustiques qu’il y ait. Nous y vîmes encore en octobre , près de 5o échantillons de toisons de toutes les espèces et de tous les pays ; il nous auroit fallu votre tact pour les comparer. Si vous réussissez à parquer les moutons et à acclimater les races étrangères, vous ferez une révolution dans l’économie champêtre du Léman. Il cureux ceux qui savent en faire de celte espèce ! Autant que j’en ai pu juger dans le York- sbire , l’art de filer la laine n’est pas difficile ; il est intéressant de le voir pratiquer dans les chaumières des paysans de ce Comté; il occupe utilement et agréablement toute la famille : je serois fâché que les grandes filatures de laine qu’on a introduites à l’imitation de celles de coton, nuisissent à cette ressource domestique. Mlle. m’a dit vous avoir envoyé un modèle d’une charrue particulière de la Province; l’avez-vous' fait exécuter? J’ai vu travailler l’été dernier, celle qui trace deux sillons, elle avance beaucoup la besogne ; mais le terrain étoit sablonneux sans une seule pierre , ce qui ressemble peu au sol de vos environs , pour lequel une charrue fort simple et sans roues, est j’imagine ce qu’il y a de mieux. J’ai vu dernièrement des moulins â bras 123 SUR iAvNGflATS UES MOUTONS. qu’un enfant peut mouvoir . et qui peuvent moudre un bushel (64 iiv. ) dans une heure et demie. On blute ensuite dans une machine se'parèe, qui fait trois sortes de farine. Les fermiers de ce Comte’ disent que c’est le parc de leurs moutons qui enrichit leurs terres : n’ayant plus de navets à leur donner clans cette saison , ils leur font manger du seigle en vert qui repousse , se mange une seconde fois, et là-dessus on sème des navets. Si je puis vous être bon a quelque chose t disposez , s’il vous plaît, de moi. 20 Avril . , J. A. C. / i 123 Réponses aux questions proposées par * Sir John Sinclair, concernant les races de Moutous de la haute Saxe et des provinces voisines ; par John Henri Fink de Cositz, en haute Saxe, Memb. de diverses Académies. ( Q. — l^JiS races cle la haute Saxe sont-elles du pays, ou d’origine étrangère? Sont-elles apprivoisées ou sauvages, délicates ou robustes ? R. — On ne peut point se procurer de ren- seignemens sur l’origine des bêles à laines en Allemagne. Ce que je sais, c’est que la liante Saxe, aussi loin que remonte l’histoire, a été pourvue de troupeaux de moutons. Q. '— Les races sont-elles pures ou croisées avec des races étrangères ? Diffèrent- elles en forme ou en grosseur , des autres races ? R. — Il n’y a peut-être pas dans toute l’Allemagne , un troupeau qui soit de pure race du pays. De puis un siècle environ , on a mis un plus haut prix aux laines fines , et les agriculteurs se sont adonne’s aux améliorations sous MOUTONS 124 ce rapport, en faisant venir des bcliers de Pologne, de Silésie ou d’ailleurs, pour les croiser avec leurs brebis. 1 Ce moyen a parfaitement re’ussi, et il en a résulté' une émulation très-active parmi les proprietaires de troupeaux , de manière qu’il n’v a peut-être pas aujourd’hui dans toute l’Allemagne , un troupeau epii n’ait du sang étranger. En 1765, l’Électeur de Saxe Auguste Frédéric , fit venir d’Espagne cent beliers et deux cents brebis. Eu 1778, le même Prince fit venir encore trois cents brebis et cent beliers de divers autres pays. Les moutons Espagnols ont toujours fait, depuis leur arrive'e en Saxe , des troupeaux à part. Les brebis de cette race se distinguent par une constitution vigoureuse. Elles étoierit accoutumées en Espagne , comme tous les troupeaux de ce pays-là, à vivre toute bannée en plein air , et à paître toujours sur des pâturages verts. Malgré le changement total de régime et de climat, elles ont conservé toute leur santé et leur vigueur. En Saxe , il est impossible 'de se procurer aucune herbe verte depuis le commencement de décembre au commencement d’avril j et les hivers sont trop rudes pour pouvoir laisser les SÂXO—ESPAGNOLS. 125 troupeaux en plein air: il a donc été necessaire d’enfermer ces troupeau Espagnols dans des bergeries, et de les nourrir au foin et à la paille. Cette race cependant, non-seulement a conserve' sa sanie parfaite, mais aussi la qualité et la finesse des toisons des premiers individus venus d’Espagne. Los bêtes du pays ne sont point aussi robustes que les bêles de race Espagnole ; et on remarque que la finesse de la laine n’y est point aussi constante. La cause de ce phénomène sera explique’e ci-après. La race Espagnole s’est distinguée d’une autre manière, savoir, par son influence sur la race du pays, au moyen des croisemens. Les beliers Espagnols ont tellement amélioré les races Saxones , que les laines des beaux troupeaux de métis ne le cèdent point aux plus belles d’Espagne. J’ai fait moi-même cette expérience ; et au moyen des beliers Espagnols, j’ai parfaitement rétlssi à convertir mes laines grosses en laines superfines, ainsi que le démontrent les échantillons que je joins ici. Pendant quinze ans , j’ai toujours croisé des beliers d’Espagne avec les mélisses provenues de mes brebis communes. Au moyen de cette persévérance, j’ai obtenu des laines exactement égales en finesse et en valeur à celles des beliers que j’avois employés à ces croisemens. MOUTONS 126 Je suis parfaitement sûr que mes laines fines ne deviendront pas plus grosses , tant que mon berger ne fera pas de méprisés , c’est-à-dire , tant que le belier qui sert d’étalon sera plus fin que les brebis qu’on lui donne ti). Si sa laine etoit plus grosse , on reculeroit au lieu d'avancer, et la laine des productions deviendroit plus commune. Les brebis du pays, soit en Saxe, soit dans les provinces voisines, sont sans cornes. Elles ont la tête couverte jusques derrière les oreilles, ainsi que les jambes , d’un poil court et dur. Elles ont aussi le ventre peu garni de laine. La race Saxo-Espagnole a la tête bien garnie de laine sur le front, aux joues, et autour des yeux ; mais auprès du nez et de la bouche , on remarque des poils roides et courts. Les brebis n’ont pas de cornes ; mais les mâles ont des cornes très-longues, et contournées en coquille d’escargot. Tous les individus sont plus ( 1 ) Il faudroit dire tant que les étalons seront de sang pur, et en même teins choisis très-fins. On ne saurait trop répéter que les métis les plus fins, fussent- ils à la quinzième génération, sont dangereux à employer comme étalons: c’est faute d’avoir appliqué ce principe que la Silésie, la Moravie, rAutriehe, leWir- temberg, n’ont que des laines de 25 a 3o p. T cènl inférieures en prix à celles de nos mérinos de France. SAXO-ESPAGNOLS. 327 garnis de laine sous le ventre que la race du pays. Quant à la grosseur des me'tis , compare'e à celle des purs Espagnols, elle n’est pas sensiblement differente. Je suis convaincu que la grosseur d’une race dépend presqu’enlièrement de la quantité et de la qualité de la nourriture. L’expérience a prouvé que des races petites ou grandes, devenoienl plus fortes ou moinsfortes, selon que les pâturages e'toient abondans ou foibles, nourrisans ou maigres. La race de Holstein diffère essentiellement de celle de la Saxe et de toute autre race de l’Allemagne. Elle est de moitié plus grande ; elle a les oreilles très-longues -, la queue extrêmement courte , et couverte de poils et non de laine. > On suppose que cette grande race descend originairement d’un bouc et d’une brebis , car l’animal semble tenir le milieu entre ces deux espèces. L’expérionce a prouvé que l’animal provenant d’un bouc et d’une brebis pouvoit engendrer (1). (1) Cette assertion doit être reçue avec beaucoup de doute : les beliers de Rambouillet se sont fréquemment accouplés avec les chèvres de la race d’Angora, dont «2 8 •MOUTONS Le Ministre de Saxe, le Comte Einsiedel, a essaye de croiser ces grandes brebis du Hol- stein avec un bdier Espagnol. Son dessein etoit d’obtenir une forte race à laine fine. Une de ces brebis fit deux agneaux , l’un mâle , l’autre femelle. A l’âge de deux ans , le mâle etoit à peu près aussi grand que sa mcre , et sa laine etoit presque aussi longue. La femelle , au même âge , etoit beaucoup plus légère ,• elle avoit la laine plus courte, plus frisée et plus fine que le mâle. Elle se rapproclioit beaucoup plus que lui du bélier, mais elle etoit plus grande que les agneaux dullolstein , du même . Q. — Quel est le poids moyen d’un mouton en vie , celui de ses quartiers de devant et de derrière , et le nombre de ses côtes ? R. — Un mouton qui a toute sa croissance pèse, lorsqu’il est dépouillé de sa peau et de ses entrailles, et sans être ni gras, ni maigre, 1.* S’il est métis, Saxo-Espagnol, quarante à cinquante livres (lj. les formes se rapprochent de celles de la brebis, et ces accouplemens n’ont jamais reçu produit. (î) Six livres de Leipzig, dont il est ici question, font à peu près cinq livres poids de marc. 2 . . SAXO-ESPAGNOLS. 129 2. 0 S’il est de la grande race de Ilolstein, 60 à 70 livres. 3 .° S’il est de la petite race de Heyde Schmucken , 20 à 2Ô livres. Les moutons les plus gras de ces trois races pèsent, Un rne’lis 5 o à 60 livres. Un Holstein 80 à 100. Un Heyde 25 à 3 o. Ces trois races de moutons ont i 5 côtes, et les fausses-côtes sont au nombre de quatre. Q. — La viande de ces moutons est-elle remarquable pour sa saveur? R. — Le mouton maigre a peu de saveur ; mais les moutons gras ont une chair peu inferieure en qualité' à celle du chevreuil. Nous n’e'prouvons pas que le genre de la nourriture influe autant qu’on le croit communément, sur la qualité de la viande. Q. — Quel est le poids et le prix moyen des toisons , la couleur , la longueur et l’emploi ordinaire des laines ? R. — Les peaux des moutons de'pouille'es de la laine ’, quand c’est de la race Saxo-Espagnole, sont si foibles qu’elles ne peuvent être em- ploye'es que pour parchemin : on ne sauroit en faire des gants ni des culottes 5 mais quand ces peaux ont leur laine, leur prix varie selon Tome 8 . 1 MOUTONS a3o la longueur et la qualité île celle laine. Il y en a , ainsi que je l’ai dit, de très Bues et de très- grosses. La longueur des laines s’accroît aussi long- tems qu’on ne tond pas la bête. La laine ne tombe jamais que le mouton ne soit malade ou n’ait pas été suffisamment nourri. Lorsqu’on laisse la toison deux ou trois ans sur l’animal, elle devient si longue et si pesante , que l’animal ne peut se lever qu’avec peine , et tombe de fatigue si on le fuit courir. Lorsque l’on tond une fois l’année , les laines grosses ont une longueur de 8 à g pouces, et les laines fines de 4 à 5. La plupart de nos laines sont blanches, mais il y en a de noires. Quand il naît des agneaux noirs , ils sont d’abord d’un très-beau noir, mais ensuite ils deviennent rougeâtres au soleil. Les laines longues et grosses servent à faire des étoffes nommées baize ou frise, ainsi que des bas. Les laines fines s’emploient aux beaux draps. On fait avec les laines longues de la race dulïolstein, des étoffes lisses, nommées serges de'Nismes qui ont le brillant de la soie. One livre de laine Saxo-Espagnole se vend ï8 gros (environ 55 sols de France). La longue lainë du Holstein se vend 12 gros. La laine grosse du pays se vend 4 gros. — Ces prix , au SAXO-ESPAGNOLS. if)l reste, varient fréquemment, selonja demande. Q — A quel Age les moutons ont-ils toute leur croissance, et quelle est la quantité de suif qu’un mouton donne communément? R. — Nos bêtes à laine peuvent acquérir en accroissement et en perfection jusqu’à la sixième année. Après cela elles déclinent. Les brebis bien nourries font des agneaux jusqu’à dix ou douze ans , mais ne vivent pas plus de quinze ans , et perdent leurs dents dès l’âge de huit à neuf ans. J’ai eu des brebis qui ont vécu quinze ans, et qui m’ont fait des agneaux jusqu’à douze ans. Cela n’arrive que dans les troupeaux vigoureux et très-bien nourris. Lorsqu’un mouton est très-gras, le poids de sa graisse fait un huitième du poids de sa viande. S’il est médiocrement gras , ce poids n’est qu’une douzième de la viande ; et seulement une vingt-quatrième si le mouton est maigre. Q. — Dans quelle saison viennent les agneaux? Les doubles sont-ils frêquens? Les agneaux naissans sont-ils bien couverts de laine ? R- — Les brebis n’orit. point de teins fixe pour prendre le bélier. Mais il est d’usage de ne donner celui-ci qu’en automne , afin que les agneaux viennent dans le tems des herbes t 3 5a MOUTONS tendres. La race du pays, et celle des Saxo- Espagnoîs ne donnent qu’un seul agneau, mais celle de Holstein en donne doux et trois à la fois. La petite race de IL yde Sclmiucken en donne deux , quand les brebis sont bien nourries. Les Saxo-Espagnols viennent au monde avec une laine courte,fine et frise’e. Les autres agneaux ont une laine lisse et peu fine. Q. — Quelle est la nourriture ordinaire, et celle qui convient le mieux aux bêtes à laine ? R. — On les nourrit au foin et à la paille, pendant l’hiver. En ele ils se nourrissent de trèfles, des herbes de pre's secs et de coteaux eleve's. On e'vile avec soin pour les moutons les herbes grasses qui croissent à l’ombre, et dans les lieux marécageux. Celle herbe , re'- duite en foin , est egalement malsaine pour les moutons. Q. — Quelles son t les principales maladies, et comment peut-on les prévenir ou les guérir? R. —Une maladie commune chez nous c’est le tournis. L’animal qui en est affecte' penche la tête, et tourne toujours du même côte'. La cause de ce mal est une vessie pleine de se'ro- siiê qui se trouve dans le cerveau, soit entre les lobes, soit entre le crâne et la substance du cerveau. On emploie le tre'pan avec succès, SAXO-ESPAGNOLS. l33 dans ce dernier cas : dans l’autre supposition , il n’v a pas de remède. Il est très-rare que cette maladie attaque les bêtes qui ont plus d’un an. Il y a des provinces qui sont exemptes de ce fléau, et d’autres où il est commun. Il y a des troupeaux qui perdent dix pour cent des agneaux , et d'autres seulement un agneau sur cinq cents, dans les mêmes années , par le tournis. On remarque que la maladie est plus com-* rnune quand les pâturages sont abondaus, que quand les agneaux mangent les bruyères. La race de Ileyde Scbmucken , qui s’en nourrit, est peu sujette au tournis ; sur mille agneaux, il n’y en a souvent pas un qui en soit atteint. J’ai cru observer que les agneaux provenans d’un père dont la race est sujette au tournis et d’une mère dont la race en est exempte, y sont eux-mêmes très-sujets. Nous avons aussi une maladie qui se transmet d’une génération à l’autre , et qui est une espèce de goutte. Elle attaque le quartier de derrière , et rend l’animal si roide qu’il peut à peine marcher. La maigreur survient, et la bête périt. J’avois acheté des brebis d’un troupeau où cette maladie étoit commune ; et elle se communiqua à mes agneaux. La même chose arriva à un fermier qui eut de mes béliers* MGUTONS t 54 Pour affranchir mou troupeau de cette maladie , je cherchai des béliers dans des troupeaux où elle éloit inconnue ; et je suis parvenu , à éloigner tout-à-fait ce mal de mou troupeau. Une autre maladie qui n’attaque g»ères que les agneaux , c’est le pissement de sang. 11 est plus commun dans les troupeaux nourris de pâturages gras, et de trèfle, surtout lorsque celui-ci est tendre et aqueux. Le mélange d’une nourriture sèche sert de préservatif à la maladie, et elle u’est guère connue sur des pâturages lout-à-fait secs. Les agneaux en meurent ordinairement dans 12 heures, ou au plus tard dans deux ou trois jours. Les moutons sont encore sujets à une colique inflammatoire qui les lue eu peu d’heures si ' l’on ne les secourt avec des lavemens et des saignées. On peut encore remarquer que cette maladie n’attaque que les troupeaux nourris d’herbes succulentes. La clavelée est une maladie extrêmement meurtrière , lorsque les troupeaux sont enfermés dans des étables où l’air, ne circule pas. On compte la perte moyenne des troupeaux , avec celle méthode des bergeries closes, à un quart ou un tiers du tout, au lieu que, lorsque les bergeries sont suffisamment aérées , la perte SAXO-ESPAGNOLS. i55 moyenne est cle huit pour cent seulement, surtout quand on a soin de leur donner de la bonne nourriture, et de la bonne eau. La galle n’est point héréditaire comme on l’a pre'tendu ; mais elle provient souvent du defaut de nourriture. Pour la prévenir, il importe de nourrir très-bien les brebis. Les agneaux alors croissent vigoureusement , et sans interruption. Us entrent dans l’automne en. parfaite santé, et si on continue les soins necessaires pendant l’hiver, ils sont hors de danger d’être atteints de la galle. Celte maladie est contagieuse ; mais non pas au point d’infecter un troupeau sain qui passeroil à côte d’un troupeau galleux. Le meilleur remède connu est l’extrait de saturne fort délaye'. Il se forme aussi quelquefois des ulcères dans les poumons et dans le foie ; puis des vers dans les vaisseaux de ces organes. La maladi» se termine par une hydropisie qui tue l’animal. Le sel, donne' une fois la semaine , est un bon remède contre les vers du foie : il arrête du moins leur multiplication. Un régime sec et sain est le meilleur préservatif contre les vers du foie ou limaces. il—A t on trouvé quelques moyens cVaugmenter la quantité des toisons et de les améliorer , et quel est le plus efficace de ces moyens ? MOUTONS ■JL 56 R. •— J’ai déjà répondu à celle question d’abord. J’ai dit comment je m’y élois pris pour améliorer mon troupeau et pour arriver au point de superflu parfaitement égal aux plus belles laines d’Espagne. 11 seroit egalement possible de changer successivement des laines fines et frisées en des laines lisses et grosses. La qualité de la laine dépend de la race , et sa quantité' dépend de la nourriture. Si on nourrit un mouton avec tant de parcimonie qu’il n’ait que tout juste ce qu’il lui faut pour vivre , il ne donnera en laine que la moitié peut-être de ce qu’il auroit donné avec une nourriture abondante. La méthode la plus avantageuse d’affiner les laines, c’est de choisir des beliers extrêmement fins. Plus les beliers sont fins , et plus l’amélioration est rapide ( 1 ). La nature n’ohe'it pas toujours à notre impatience ; mais pour calculer cette amélioration , l’on ne risque pas de se tromper en prenant pour base la règle suivante- Supposons que le belier, dont nous voulons communiquer la finesse à notre troupeau, soit représenté par le chiffre 1, et la brebis par le (i) Pourvu que le belier soit de sang pur, car la fiuesse des étalons métis est un piège. SAXO-ESflAGNOLS. chiffre O, l’agneau qui en proviendra sera = c’est-à-dire , qu’il aura la moitié des qualités du père , et la moitié' des'qualite's de la mère. A la seconde ge'ne'ration , supposons le bélier 1 , et la brebis métisse j. La double mélisse qui en proviendra aura les trois quarts des qualités du père. A la troisième génération , le belier étant toujours 1, la triple mélisse aura les | des qualités du père. A la quatrième génération, enfin, l’agneau aura j| des qualités du père, quant à la toison (1). Il est aisé de comprendre que l’on est en quelque sorte maître du degré de finesse que l’on veut faire acquérir à son troupeau. Il y a quelques irrégularités dans la marche de la nature , mais dans l’ensemble elle est fidèle à ses lois. Yoici des règles sur lesquelles on peut, en général, compter. i.° Celui qui veut avoir un troupeau à laine (1) L’auteur néglige une observation qui rendroit son raisonnement bien plus encourageant encore pour les améliorateurs des troupeaux , c’est que le belier influe beaucoup plus que la brebis sur la finesse de la toison. J’ai déjà ei\ occasion de dire que j’ai des métis de première génération, dont la laine est aussi fine que de la laine d’Espagne, mais elle a moins de nerf. MOUTONS l38 très fine , doit chercher des béliers aussi fins qu’il soit possible , surtout dans le début de son entreprise, c’est-à-dire, pour la première ge'ne’rulion j car , d’après ce que je viens de dire, il est e'vident que si le belier , à la seconde génération, est plus fin que celui qui a été employé' à la première, on a perdu du lems pour l’amelioration projetée. 2. 0 Plus la brebis avec laquelle on commence l’amélioration est fine, et plus promptement on arrive au degré de superfin. 3. ° 11 laut prendre garde que les béliers employés dans les générations suivantes soient aussi fins que le premier, sans quoi il y auroit un retard dans l’amélioration. 4. ° Si l’éleveur veut s’arrêter à un certain degré de finesse , sans aller au plus haut point, il ne tient qu’à lui : il n’a qu’à prendre un belier métis de la première génération ou de la seconde (î), et une brebis de la même génération : il aura une demi ou trois quarts de (î) Je n’hésite pas à affirmer que c’est là une grande erreur , et qu’au lieu de s’arrêter on rétrogradera ; peut-être pas sensiblement à la première génération, mais aux suivantes, parce que le caractère des nscen- dans maternels tend sans cesse à reparoître. L’erreur dans laquelle tombe ici l’auteur a été fort commune en Angleterre. SAXO-ESPAGNOLS. l3g finesse, et son troupeau conservera ce degré de fin , sans alteration. 5.° Si l’éleveur n’est pas attentif au choix des beliers , et qu’il mette, par exemple , un belier métis de la première génération avec une brebis non améliorée, il en résulte un métis qui n’a que le quart de la finesse Espagnole. Si on donne à une brebis non améliorée, un métis qui n’est qu’un quart Espagnol, le métis qui en proviendra n’aura qu’un huitième d’Espagnol. En continuant ainsi on sépareroil complètement les deux races. Cela est arrivé souvent faute de soins, et pour n’avoir pas éloigné les beliers médiocres des brebis portières. Lorsque cela arrive , on entend faire des raisonnemens absurdes sur l’effet des croisemens. II y a des gens qui vous soutiennent que l’on ne peut poiut améliorer les laines du pays ; qu’ils ont essayé et n’ont pu y réussir; que dans les premières années , il sembloit en effet que les laines s’amélioroient; mais qu’ensuite elles étoient revenues à leur premier état d’imperfection. Ils s’en prennent aux pâturages, qui, disent-ils , sont trop gras, ou trop maigres , ou trop aigres , ou foibleSi Leur foin est mauvais , disent-ils ; et la paille ne sauroit produire de belles laines. On ne fait que des sottises, ajoutent-ils, lorsqu’on ira- l4o MOUTONS vaille d’après les livres, et tout le secret de la beauté des laines est dans l’influence des climats et des pâturages. On peut être certain que la nourriture n’a aucune influence quelconque sur la finpsse de la laine. Celle d’un troupeau conserve son caractère aussi long-tems qu’on n’y introduit point de sang étranger. La quantité de la laine dépend, en grande partie, de la quantité et de la qualité de la nourriture (t). Si un troupeau souffre de la faim , l’accroissement de la laine est moindre , et celle-ci a moins d’élasticité et de douceur : elle se feutre par petites masses sur l’animal , et perd de sa valeur ; mais si l’on tond cette mauvaise laine, et ciu’ori nourrisse abondamment l’animal , la laine redevient élastique et abondante. Quelquefois la marche de la nature est irrégulière , ainsi que je l’ai déjà observé, et il y a des individus un peu plus fins ou plus grossiers que l’analogie ne l’indiqueroit ; mais cela est rare. Un agneau qui vient de naître n’indique point le degré de finesse qu’il aura un jour , et il ne faut pas moins d’une année entière pour pouvoir décider avec certitude sur la finesse de la toison de l’animal. (r) Ou ue sauroit trop insister sur cette vérité ! SAXO-ESPAGNOLS. l4l II y a des éleveurs qui ont pour règle de n’élever que précisément le nombre d’agneaux mâles dont ils ont besoin pour leur troupeau j mais cet usage tend à faire rétrograder l’amélioration. Il arrive souvent que dans ce petit nombre de béliers, il n’y en a point de très- fins , et qu’il y en a plusieurs médiocres pour la qualité de la toison : n’y en eût-il qu’un seul dans le troupeau dont la laine ne fût pas au premier degré de finesse, cela suffiroit pour nuire essentiellement à l’amélioration. Il est donc très-convenable d’élever un beaucoup plus grand nombre de beliers que ceux dont on a. absolument besoin, pour pouvoir ensuite choisir sur un grand nombre , tout ce qu’il y a de plus fin. Tant que ces précautions seront observées, il n’est pas plus probable que nos troupeaux Saxo-Espagnols éprouvent aucune dégénération , qu’il ne l’est de voir cette dégénération se réaliser en Espagne. Si on cessoit de soigner le choix des beliers dans ce pays-là, on verroit bientôt les superbes laines Espagnoles perdre leur prix et leur réputation. Q- — Combien cle fois par année la tonte des moutons a-t-elle lieu , et remarque-t-on une différence entre la laine d’hiver et la laine d’été? MOUTONS l42 R. —L’usage général est de tondre une fois l’anne'e , et cela dans les premiers jours de juin. Il y a cependant des provinces où l’on tond deux fois, savoir, à la fin d’avril et à la fin d’août. La première tonte est alors plus considérable que la seconde , parce que la première crue a sept mois et la seconde cinq seulement. Le poids de la toison augmente avec la quantité de la nourriture si celle-ci est aussi de bonne qualité. Une brebis qui n’a que ce qui lui est indispensablement nécessaire pour vivre , ne donne que deux livres de laine ; mais si, dans l’année suivante , on la nourrit très-bien , de manière qu’elle s’engraisse , elle en donnera quatre livres. A prendre la moyenne du poids des toisons sur les bêtes qui ne sont ni maigres, ni grasses, on peut l’estimer, en Saxe, de la manière suivante : Une brebis portière de la race Saxo-Espagnole donne communément deux livres et demie de laine lavée $ et un belier de la même race quatre livres (1). (i) 11 faut se rappeler que la livre dont il est ici question, est plus foible d’un sixième que la livre poids de marc. Ce poids moyen des toisons se rapproche beaucoup de celui des troupeaux de mérinos en Espagne, SAXO-ESPAGNOLS. l43 Une brebis de la grande race de Tlolstcin à courte queue , donne quatre livres de laine lavée, et un belier de la même race sept livres. Une brebis de la petite race de Heyde Schmuckçn , une livre et un quart, et un belier deux livres. La raison qui fait pre'fe'rer aux uns de tondre ui>e fois, et aux autres deux fois, c’est la convenance de vendre la laine plus aise'ment, dans le pays même. S’il se trouve dans le voisinage des troupeaux, des fabricans qui désirent de la laine courte pour leurs draps , on tond deux fois ; mais si les fabricans demandent au contraire, delà laine longue pour certaines étoffes, on ne tond qu’une fois l’anne’e. Je crois plus avantageux à la santé' des troupeaux, de ne tondre qu’une fois l’an. La tem- pe’rature est peu assure'e en automne, quelquefois très-froide : et tondre les brebis dans cette saison , c’est les priver du vêtement que la nature leur a donne' pour les pre'server du fioid. Si 1 es pluies d’automne les surprennent ainsi denue'es de leur laine , elles en souffrent conet en Angleterre (voyez les divers articles que j’ai inséré sur cet objet), mais le troupeau de Rambouillet conserve l’avantage pour le poids des toisons, sans cesser d’être au premier rang pour la finesse. moutons *44 side'rablement. I) faut avouer neanmoins qu’on gagne environ un dixième sur le poids des toisons , en tondant deux fois l’anne'e : la raison de cette augmentation me paroît être dans l’accroissement rapide de la toison, pendant les premiers tems qui succèdent à la tonte. Une brebis tondue une fois seulement dans deux ans, donnera certainement un tiers de laine de moins , que si elle avoit e’te' tondue quatre fois dans le même espace de tems; et une brebis tondue une fois seulement dans trois ans, ne donnera que la moitié' de la laine qu’elle auroit donne si elle eût e'të tondue six fois (i).i Plus la laine est longue , plus lentement elle croît ; et lorsqu’enfin elle a atteint la longueur fixée par la nature, sa croissance s’arrête tout- à-fait. (i) Cela peut être vrai pour certaines races, c’est une affaire d’expérience; mais cela n’est pas vrai pour la race des mérinos: les épreuves faites à Rambouillet mettent hors de doute que l’on retrouve précisément le même poids de laine, lorsqu’on la laisse croître deux ans, que si on l’avoit coupée deux fois. Tonte Tonte chez ee Duc de Bedford. Juin 1801. TTous ceux qui sentent l’importance des per- fectionncmens de l’Agriculture , sous les rapports de l’economie politique , sentent aussi que la re'union qui a lieu annuellement à Wo- burn , chez le Duc de Bedford, doit avoir des effets très-utiles. On peut conserver du doute sur la convenance de diriger l’industrie des fermiers et des éleveurs vers l’engrais extraordinaire de certains animaux ; mais il est impossible de douter qu’il ne soit très-avantageux de pouvoir comparer diverses races de brebis et de bêtes à cornes, sous leurs diflerens rapports. Personne ne peut douter non plus de l’avantage des prix d’encouragement pour obtenir des labours plus parfaits , et en général de meilleurs instrumens d’agriculture. Enfin , personne ne peut nier qu’il soit utile de répandre les communications agricoles , et de de'velopper celte e'mulalion de perfectionnement qui doit nécessairement résulter du concours des fermiers, arrivant ainsi de toutes les parties de l’Angleterre. Les gens de Norfolk qui sèment le ble’ au semoir et Tome 8. K a 46 TONTE DES TROUPEAUX qui le plantent, exposent les details de leur- pratique, aux cultivateurs de Cornouailles , qui sèment tout à la volée ; et les ennemis de l’éco- buage s’éclairent sur les avantages de cet usage en écoutant les fermiers de Kent et de Cambridge ; enfin , les paris qui ont lieu sur dif- fe'rens objets de l’agriculture, excitent parmi les fermiers les plus grands efforts. La réunion a dure' quatre jours. Il y eut le lundi 255 personnes à table, le mardi 25g, le mercredi 232, et le jeudi i52. Le mardi 16 juin, le Duc loua dix beliers de Leicester-sbire , pour 525 liv. st. Le mercredi matin, il vendit 180 brebis de Soutli-Down pour 434 liv. st. Le mercredi après midi, le Duc loua 6 béliers de South-Down pour 173 liv. st. Le jeudi matin, il loua 10 beliers de Lei- cester-shire pour 18 g liv. st. Le jeudi matin il vendit 20 brebis de Lei- cester-sliire pour 54 liv. st. Le jeudi soir, le Duc vendit 5 vacbes de Hereford-sbire pour 84 liv. st., et 12 vaches et un taureau du Devon-sliire pour 216 liv. st. Il en re’sulte que les races ci-dessus se trouvent disséminées dans les provinces de Kent, de Ilunts, de Stafford, déliants, de Norlhampton, de Norfolk , deHerts, deWilts, etdeBucks: de wobürn en 180. \kr} c’est là assurément un grand avantage national. Quel que soit le mérité comparatif de ces diverses races , il est heureux que les individus qui leur appartiennent se trouvent ainsi distribues chez des cultivateurs , qui sauront probablement en tirer tout le parti dont ils sont susceptibles, de manière à encourager leurs voisins à adopter ces races , si elles sont préfé- rables aux races de ces Comtes. Pi 'im.es cl’encouragement pour l’introduction des races de Leicester, et de South-Down dans le Bedford-shire. l.° Au cultivateur du Bedford-shire qui, entre le mois de juin et Noël 1800, aura dépense la plus forte somme (et pas moins de 60 guine'es) en achats de brebis portières, ou an- tenoises de Leicester-shire et de South-Down, une prime de cinquante guinées. 2. 0 J 1 sera donne' une prime de 20 guine’es à celui qui approchera le plus d’avoir mérité la première prime. ’ Le Comité compose' de Lord John Russel, Sir Charles Willougby et de M. Arthur Aoung décida que M. Cowley qbi avoit acheté pour 211 liv. st. de brebis, avoit droit au premier prix , que M. Runciman qui avoit acheté pour 190liv. st. de brebis, avoit droit au second prix; J 48 TONTE DES TROUPEAUX et MM. Bithrey et Greshan , avoient droit à l’usage gratuit des beliers du Duc, parce que chacun des deux avoit dépense une somme plus forte que celle fixée par le Duc. Primes pour les moutons gras. 1.” A celui qui produira à la tonte de Wo- burn , en juin 1801 , les deux plus beaux moutons gras , une coupe de 10 guinées. 2. 0 A celui qui e'ievera en Bedford-sbire , et produira à la tonte de Woburn les deux plus beaux moutons gras , 5 guinées. NB. Les moutons seront présentes le mardi, entre dix et onze heures, tondus, pesés en ■vie, tués, pesés morts, et on aura égard à la laine’, à la quantité et qualité de la viande , et au suif. Le Comité examinateur étoit composé de Lord Sontmerville , de MM. Jean Bennet, et Thomas Crook. Les quatre moutons présentés ont fait honneur aux éleveurs. Les Juges prenant en considération le tort qui résulte pour le public de l’usage d’engraisser les animaux avec du grain, ont été obligés d’adjuger le prix à M. Bithrey, aux dépens de M. Moor , qui sans cela l’auroit mérité. DE WOBURN en 1801. 1% Voici le poids des quatre moutons pre'sentes. Mouton de deux ans à M. Bithrey, engraissé sans graine. Poids de l’animal en vie ' après la tonte. l85îiv. » onc. Viande et suif. io5 8 Laine.. . 7 12 Vingt livres de l’animal en vie donnent 12 liv. de viande nette. Mouton de M. Cowley. Poids de l’animal en vie après la tonte. 153 liv. 8 onc. Viande et suif. 100 8 Laine. 5 12 Vingt livres de l’animal envie donnent i51iv. et demie de viande nette. Mouton de M. Buttfield. Poids de l’animal en vie après la tonte. 172 liv. 8 onc. Viande et suif. 112 » Laine. 4 2 Vingt livres de l’animal en vie donnent l51iv. et demie de viande nette. l 5 o TONTE DES TROUPEAUX Mouton de M. Moor. \ Poids de l’animal en vie. 167 liv. » onc. Viande et suif. ..... io 5 8 Laine. 6 12 Vingt livres de l’animal en vie en donnent l 4 de viande nette. Prix offerts -pour des antenoises élevées en ]iedford-shire. À celui qui elevera dans le Bedford-sbire et produira à la tonte de juin 1801 la plus belle antenoise, une coupe de JO guine'es. A celui qui produira la seconde en beauté une coupc de 5 guinées : la meme personne ne pourra point avoir les deux prix. Les deux prix ont été adjugés à MM. Buttfied et Moor. Prix pour encourager l’invention des instru r mens utiles en agriculture. A celui qui pioduira à la tonte de Woburn l’instrument agricole le plus utile et d’invention nouvelle, la somme de 20 guinées. Le Comité, composé de Lord Sommerville, de M. Coke, et de M. Johnson décida que le cultivateur de M. Lester, lequel exige 4 chcvaux, u’avoit’droil à aucun prix. Que l’éradicateur de DE AVOBURN en l8oi. l5l M. Grave, pour 5 chevaux, n’e'loit pas non plus un instrument dont on pût faire usage avec profit. Que la charrue à 2 chevaux de file, par M. Gooch, n’avoit droit à aucun prix ; mais que ce prix devoit être donne’ à M. Salmori pour son semoir à turneps , lequel sème parfaitement droit. M. Lester de Northampton montra un hache- paille qui occupe trois hommes et qui fait 8 bushels de paille hache'e en neuf minutes et demie. Il a obtenu une patente pour cette machine. M. Wakefield de Burnh’am , montra un étalon de Suffolk qui fut extrêmement admire ( 1 ). M. Inskip montra un cochon gras, d’une race croisée de Sulfolk et de la Chine , qui meltoit en évidence le grand avantage du croisement. M. Moor montra une truie de la race de (1) C’est un cultivateur très-distingué, et qui mène les entreprises agricoles fort en grand : on peut en juger par le fait suivant, qu’en 1800 il a fait mettre en terre au plantoir, trois cent quarante-huit acres de blé, après trèfle ou après fèves, à raison de 10 shellings fi deniers l’acre avec une seule ligne de plantes sur chaque bande du trait de charrue; et qu’il a fait cultiver toute cette étendue à la main à raison de 3 shellings l’acre. (A) 3 52 TONTE DES TROUPEAUX Sulïolk , dont les,formes furent extrêmement approuvées. M.Chaplin de Lincoln-sbire montra quelques béliers de Lincoln , dont les toisons furent fort admire'es. Une de ces toisons , qui êloit de la seconde tonte, pesoit 17 livres; une toison de la troisième tonte pesoit 1 5 livres ; une toison de la cinquième tonte pesoit 12 livres et un quart. Enfin, une toison de brebis de la septième tonte pesoit 10 livres. Il montra aussi une brebis grasse qui pesoit comme suit : Poids en vie , après 24 heures de jeûne. 181 liv. )) onc. La toison.. 12 8 San S. 6 8 Entrailles. 12 8 Tête et fressure. IO 4 Peau. 17 4 Graisse. i 5 » ^Viande nette. 118 » Vingt livres de l’animal en vie en donnent l 4 livres et demie de viande nette , le suif compris. Le Duc de Bedford fit tuer • une brebis de Soulh-Down qui pesa comme suit : Poids de l’animal en vie . . . i 4 o liv. « onc. Peau . ... . 8 8 Tête et fressure. 8 8 DE WOEURN en l8oi. l 55 Sang. 5 liv. )) onc. Entrailles. 8 8 Graisse. i 5 8 Viande nette. g 5 8 Vingt livres de l’animal en vie en ont donne' l 5 de viande nette ou suif. M. Edward Smith montra comparativement 2 lots de moutons dont l’un étoit de la race de Wilt-shire , et l’autre de celle de South-Dovvn. Ces deux lots avoient toujours pâture’ ensemble, et avoient été traités de la même manière. La supériorité desSoulh-Down étoit extrêmement frappante. Il n’y avoit pas un des Wilt-shire qui fût assez gras pour être tué : on prit au hasard un des South-Down, antenois qui pesa comme suit : Poids de l’animal en vie . . . i 5 i liv. )> onc. Peau. 12 )> Tête et fressure. îo 8 Sang. 6 8 Entrailles. i 4 » Graisse. l 5 8 Viande nette. Q2 )) Vingt livres de l’animal en donnent l 4 livres et un tiers de viande nette ou suif. M. Bithrey, de Bedford-sbire, donna des détails sur un mouton de trois ans tué le 20 décembre 1800 , et qui provenoit d’un belier de TONTE DES TKOUPEAUX i 54 Woburn , et d’une brebis d’Ibstock ; il avoit été engraisse' à l’herbe. Poids de l’animal en vie. 272Üvres. Viande nette. 186 Peau. a 5 San g. 9 Pressure et tête. i 3 Graisse. 26 Entrailles. i 5 Vingt livres de l’animal en vie donnent i 41 iv. et un tiers de viande Ou suif. La conversation dans cette fêle de la tonte n’a roule' que sur des objets relatifs à l’agriculture. On a discute long-tems le mérité comparatif des diverses races de brebis ; et j’ai observe avec plaisir que l’on a beaucoup débattu ce qui est relatif à la charrue. M. Coke a demande' qu’à la fête prochaine de la toute , il y eut un concours de charrues. Il délie toute l’Angleterre , et parie 5 o guinées qu’il labourera avec la charrue de Norfolk et deux chevaux de front, un acre, ou un demi- acre d'un terrain quelconque , plus vite , plus profond , et mieux à tous égards , qu’une autre charrue quelle qu’elle soit. 11 accorde quatre chevaux pour la charrue a deux socs. M. Edward "VVakefield a accepté le déli. 11 ne s’est présenté personne pour délendre la charrue & deux socs. i55 DE WOBURN en 1801. Sir John Sebrigln offre de parier 5 o guinées que M. Coke ne labourera pas un acre dans un jour d’une manière correcte et soignée , avec la charrue à roues et à deux chevaux , dont on se sert communément en Norfolk ; tandis que lui Sir John labourera cet acre avec une charrue de Hereford-shire et quatre chevaux ; mais il se réserve de choisir le terrain dans le mois d’octobre. M. Coke accepte le pari. M. Bithrey parie 5 o guinées qu’il montrera à la tonte prochaine un plus beau mouton gras antenois de son propre troupeau que M.Moor. M. Moor accepte le pari. M. Joseph Cauley parie la même chose contre M. Moor pour 20 guinées et il accepte le défi. Le Duc annonça pour l’année prochaine les prix suivans : 1. " Au cultivateur du Bedford-shire qui dépensera depuis le mois de juin jusqu’à Noël 1801, la plus forte somme pour acheter des brebis ou des antenoises de New-Leicester ou de South-Do\vn, pour des beliers de même race ; (bien entendu que la somme dépensée ne sera pas moindre de soixante guinées) un prix de 5 o guinées. 2. ° Tous les prétendans qui auront dépensé 60 guinées pour le même objet, sans obtenir le prix j auront, pour l’année , l’usage gratuit J 56 TONTE DES TROUPEAUX d’un belier du Duc , de la meme race que les bfebis achetées. Prix pour les moutons. l.° A celui qui produira l’antenois le plus gras , à la tonte de 1802 une coupe de 10 guin. 2. 0 A celui qui aura ëlevë dans le Bedford- sbire et produira à la tonte de 1802 le plus beau mouton antenois gras, 5 guine’es. La même personne ne pourra pas avoir les deux prix. Prix pour les antenoises élevées dans le Bedford-shire. l.° A celui qui aura eleve’ en Bedford-sbire, et produira à la tonte de 1802, la plus belle antenoise, une coupe de 10 guine’es. 2. 0 A celui qui produira la seconde antenoise en beaute’, une coupe de 5 guinëes. La même personne ne pourra pas avoir les deux prix. Prix divers. A celui qui produira à la tonte prochaine, le plus beau porc, cinq guine'es. Au meilleur tondeur de moutons , cinq guine’es. Au deuxième en habileté', quatre guine'es. Au troisième , trois guine'es. Au quatrième , deux guinëes. Au cinquième, une guine'c. I DE WOBURN «n 1801.' i 5 j Prix pour encourager l’invention et le perfectionnement des instrumens agricoles. 1. ° À celui qui produira à la tonte prochaine l’instrument d’agriculture le plus utile, 20 gui- nées. 2. “ A celui qui produira la charrue qui avec le moins d’animaux de trait tracera le sillon le plus net et le plus profond, une coupe de 10 guine'es. Pour l’année i 8 o 5 . Au fermier du Bedford-shire qui produira les details les plus satisfaisans sur une épreuve comparative de la culture au semoir et de la culture à la vole'e , pour le ble', l’orge ou l’avoine , sur une e’tendue au moins de dix acres dans le même champ, trente guine'es. Le mardi après-dîner, les coupes servant de prix, furent apporte'es devant le Duc, lequel, Selon l’usage , se leva, et annonça les differentes decisions des Juges. Le Duc remarqua que jusqu’alors les prix propose's pour l’encouragement des achats de bêles à cornes et de brebis , ayant été consi- de’rables , et diverses races précieuses se trouvant ainsi re'pandues dans le Comté , il avoit cru devoir se borner à un seul prix pour l’année i58 TONTE DES TROUPEAUX prochaine , prévoyant qu’à l’avenir il pourvoit Lien abandonner tout-à-fait cette classe de pris. Comme les brebis deNew-Leicester et South- Dovvn sont maintenant (dit-il) entre les mains de tous les fermiers , elles doivent se recommander elles-mêmes. Le Duc ajouta qu’il n’a voit aucun préjugé' en faveur d’une race particulière : il souhaitoit seulement qu’il se fît des expériences comparatives qui amenassent la conviction en faveur de la race qui devoit être prêfe're'e. Il ne vouloit point d’ailleurs influencer fortement l’opinion en faveur d’une race plutôt que d’une autre. Les fermiers se décideront maintenant d’après les faits. L’exemple de M. Smith de Here- ford-shire prouve que les préjuges cèdent peu à peu, et les fermiers de Bedford-sbire ne sau- roient mieux faire que d’imiter l’exemple de ces expériences comparatives. Relativement à la de'cision sur les moutons gras , le Duc observa que les juges avoient indique' eux-mêmes la convenance de rejetter du concours les moutons engraisses avec du grain ; et ils imaginoient, ajouta-t-il, que ce fait suf- firoit pour empêcher que personne ne l’essayât à l’avenir. Il remarqua avec plaisir que les moutons et les antenoises, présentées au concours, DE WOBURN en l8oi. l5g / avoient re'uni l’approbation générale , quant à leurs formes et leurs dispositions. Les cultivateurs du Bedford-sbire prometloient de devenir bientôt les rivaux dans ce genre , des plus ha- ' bil es cultivateurs d’autres provinces. C’est un résultat bien satisfaisant ; car il n’y a pas long- tems que les préjugés des fermiers e'toient tout- à-fait oppose's à cette amélioration. Le Duc remarqua , relativement aux prix proposes pour les meilleurs tondeurs , que cet objet avoit beaucoup d’importance ; et qu’en multipliant les gens habiles pour cette opération , on feroit sur tout le Comté une grande économie de laines. Quelques onces de laiae pour chaque bête pourroient faire , dit-il, une différence essentielle sur la totalité des moutons de la province. Il invita les particuliers qui pourroient avoir d’habiles tondeurs à les présenter au concours. Le Duc observa ensuite avec plaisir, l’intérêt que l’on mettoit à s’assurer quelle étoit la meilleure des charrues. Les concours ou défis de charrues , étant le seul moyen sûr de décider la questioû, il s’applaudissoit de l’avoir proposé. Si le Bcdford-shire avoit une charrue vicieuse , il importoit de s’en débarrasser le plus tôt possible. Le Duc dit ensuite , que la comparaison de ï 60 TONTE DES TROUE. DE WORURN. l’agriculture au semoir, avec l’ancienne méthode etoit un objet d’une importance majeure, et sur lequel les opinions varioient beaucoup. Les expériences pouvoient n’avoir pas encore été faites avec assez d’exactitude. Il e'toit lui- même dispose à préférer la culture au semoir, lorsqu’elle etoit très-soignée; mais ajouta-t-il, si l’on n’est pas parfaitement détermine à extirper toutes les mauvaises herbes, et à tenir le sol rigoureusement net , il vaut mieux se borner à l’ancienne me'thode : le sol doit être nettoyé avant de commencer le cours d’expériences , afin que l’on n’ait à combattre que les mauvaises herbes annuelles. Le Duc termina son discours en félicitant les cultivateurs du Comté des progrès marqués de l’agriculture depuis quelques années , et en témoignant son espérance de voir ces progrès se soutenir. Il présenta alors la première coupe à M. Bithrey, et l’on but sa santé , etc. Observations Observations sur les Moutons, et en particulier sur les races de Suède , d’après les communications du Baron D a v i d S c h u l z de Schulzheim , Membre honoraire du Département de l’Agriculture. C^hariæs XI, roi de Suède , fit venir un berger allemand avec cent brebis du même pays ; et on projeta des améliorations plus étendues sur les laines , pendant le règne de Gustave Adolphe et de la reine Christine. Mais l’on doit rapporter à une époque plus rapprochée de nous la révolution qui s’est faite dans l’économie des troupeaux de la Suède. En 1759, il s’établit auprès d’Alingsos une école de berger par les soins de Jonas Alstræ- mer, conseiller du commerce , et chevalier de l’ordre de Vasa. Il avoit déjà tiré, en 171 5 ', des brebis de belles races an^loises; en 1725, des brebis d’Espagne, et en 1726 , des brebis d’Eiderstadt. Des bergers instruits à Alingsos , furent envoyés dans toutes les provinces de Suède. Cet établissement, qui avoit été utile pour introduire la connoissance de la bonne économie Tome 8 . L MOUTONS 3 63 des troupeaux , devint ensuite fort coûteux , et sujet à quelques abus : il fut réforme en 1766. En 1741 , on commença à distribuer des prix pour les plus beaux beliers espagnols et anglois. Les paysans furent également encouragés par des récompenses à élever des moutons de belles races. Pendant trente-neuf ans, on a donné une prime de s 5 pour 100 de la valeur des laines d’Espagne , d’Angleterre et d’Eidersladt, que les paysans vendoient aux fabricans. Il paroît, par les transactions du college voyal du commerce , que dans les dix ans écoulés, entre ij 5 o et 1760, l’importation annuelle des laines éloit déjà réduite de 4468 livres sur la moyenne des dix années précédentes , quoique la fabrication des draps eût augmenté , et que les draps étrangers ne pussent s’introduire dans le pays que par la contrebande. . En 1781 , les primes furent réduites à i 5 pour 100 , et en 1786 à 12 pour 100. La valeur totale des primes distribuées pendant quarante ans , monte à 235,575 rixdallers de Suède, environ i, 5 oo,ooo liv. de France. Pendant ces qùarànte années , la moyenne annuelle de la quantité' des laines fines du pays, emplôye'es par les fabricans suédois, a IBÉRO-SUÉDOIS. i65 été de 85,ooo livres pesant. Les laines fines importées pendant le même espace de lems ont monté annuellement à 65,5oo liv. pesant. Dans les vingt dernières années , la moyenne annuelle de la consommation des laines fines dans les manufactures du pays a été de i86,25a livres pesant. 11 faut remarquer que les registres du magasin public où les paysans viennent présenter leurs laines fines pour recevoir la prime , ne donnent pas.exactement l’idée de l’accroissement des troupeaux de race espagnole , parce que la prime ayant été réduite à 12 pour ÎOO , les paysans preTéroient souvent de vendre directement aux fabricans, pour éviter des transports embarrassans et coûteux. D’ailleurs , beaucoup de gens à présent se mettent à filer eux-mêmes leurs laines fines dans leurs maisons , ou à les faire fabriquer à tant par aune. Comme le bureau des manufactures ne peut constater que la quantité de laines qui a passé par le dépôt public, pour obtenir les primes , on n’a pas de données complètes 'pour déterminer le nombre total des brebis de race espagnole que contient la Suède. D’après les rapports rassemblés en 1764 , la Suède comptoit 88,700 têtes de bêtes à laine de pure race d’Espagne, el*25 ; 584 métis de divers degrés MOUTONS i64 de finesse. Il en résulteroit qu’il y avoit dès lors 266,25g liv. de laine fine produite annuellement en Suède. Le poids moyen d’une toison espagnole peut être raisonnablement évalué à trois livres, sans y comprendre la laine des jambes et du ventre : cependant les fabricans sont dans l’usage de la payer au même prix que l’autre , lorsqu’elle est bien lavée. Il est difficile de dire combien il y a à rabattre du poids ci-dessus, pour les salete's adhérentes à la laine : il y a beaucoup de gens qui ne lavent ni à dos , ni après la tonte , en sorte que la proportion peut varier de 20 à 5o pour 100 ( 1 ). On compte à-peu-près 8o,7i3 fermes, grandes ou petites, en Suède. Sur ce nombre, il y en a à-peu-près dix mille qui appartiennent à de riches propriétaires ; sur la plupart de ces grandes fermes il y a des troupeaux de plusieurs centaines de brebis d’Espagne. Mais il y a beaucoup de fermes où l’on n’en entretient que (1) On ne voit pas bien si l’auteur entend que les toisons sont lavées, soit imparfaitement, soit à fond, lorsqu’elles pèsent trois livres. Il est probable que c’est lavées à dos, ou après le lavage très-imparfait que les cultivateurs donnent quelquefois à leurs laines. Si c’étoit trois livres angloises, avoirdupois, lavées à fond, les ventres à part, ce seroit plus qu’en Espagne, et pres- qu’autant qu’à Rambouillet. t ÿ rfeÉRO-suinois, 165 cinquante ou un plus petit nombre. La race espagnole s’accroît en nombre , à mesure que l’on connoît mieux tous ses avantages , et depuis que l’on a simplifie' l’économie des troupeaux. Les sacrifices faits par le Gouvernement à la multiplication des troupeaux de race pure, oat été très-considérables , mais on ne peut pas craindre ici que, si les eiscourage- mens e'toient supprimes, le nombre des bêtes à laine de cette race diminuât. La demande des laines que l’on lire d’Espagne et de Portugal est probablement plus considérable encore à présent, que les tableaux de 1789 et 1790 ne l’indiquent. La navigation des vaisseaux suédois étoit alors gênée par la guerre, et les fabricans de draps n’éloient guères employés que pour les laines du pays. L’importation extraordinaire de laines fines en 1778, et dans les années qui suivirent, doit «ire attribuée au changement du costuma des Suédois , et au bas prix des laines en Espagne, pendant la guerre des Anglois. Cependant les laines d’Espagne dont il est question ne sont pas, à beaucoup près, des plus distinguées : ce sont principalement des laines de l’Estramadoure, de l’Andalousie, du Portugal, et de la race des chourros. Ce sont les laines, de Ségovie, et surtout les Léoaoisc 4 366 MOUTONS qui donnent aux draps ce moelleux et cette douceur que l’on estime tant. Il paroît, par les registres des douanes, que l’importation des draps grossiers a diminué depuis quelques années : cela indique que les races communes fournissent encore de nombreux troupeaux ; car la population ayant augmenté , la consommation des draps communs doit avoir augmenté de même. Nos fabricans travaillent les étoffes grossières, pour la plus grande partie, avec des laines étrangères : nos laines communes sont principalement fabriquées par les cultivateurs eux-mêmes, et pour leur usage. Pendant que les commissions de l’étranger étoient très-considérables , on au- roit cru que l’importation des laines étrangères devoit être plus grande; mais ce fut tout le contraire. On doit l’attribuer à ce que les fabriques de petites étoilés de laine languis- soient depuis l’introduction des étoffes detsoie et de coton : l’importation des lainages anglois par contrebande, a aussi été beaucoup plus, considérable depuis quelque tems. 11 est bien possible dç constater, par les registres publics, de quelles parties du royaume les laines grosses et fines sont principalement fournies. Parmi les laines grosses qui viennent dfe l’étranger, celles de Pologne et de Lithua- IBÉRO-SUÉDOIS. 167 nie forment la partie la plus importante. On a essaye d’encourager, par une prime de 12 pour 100, l’introduction de la race polonoise; mais les paysans n’y ont pas trouve leur compte. Il nous vient un peu de laines de Russie , qui ressemble à la laine de Pologne , et nous recevons encore de ce pays-là , des peaux d’a- gueaux noirs, prises dans le ventre de la mère, ou imme'diatement après que l’agneau est nq. La partie me'ridionale de la Suède est de beaucoup celle où l’on entend le miçux la conduite des troupeaux ; mais c’est la capitale qui attire à elle la plus grande partie des laines fines, soit pour sa consommation, soit pour son commerce. On ne peut estimer que par conjectures le nombre des bêtes à laine de race espagnole que nourrit la Suède. Nous avons à-peu-près 2,800,000 babilans. Il paroît difficile de supposer moins de trois livres de laine pour l’habillement annuel de chaque individu. En sup^ posant donc 2,800,000 moutons, à trois livres chacun, ce serait . 8, 4 oo,oooliv. pesant. Si on en déduit la moyenne annuelle des dix dernières années de l’importation des laines d'hs. P a S ne *. 64,g4 7 Idem, la moyenne annuelle de l’importation des laines grosses. 6 t 4 ,io 8 Il reste.. . . 7,720,945 li.v- pesant. 679,055 MOUTONS 2 68 Cet aperçu fait conjecturer que l’on hiverne à présent, soit en Suède, soit en Finlande , environ 2 , 573,648 bêtes à laine ( sans compter les agneaux de l’anne'e ), soit trente et une à trente-deux bêtes à laine par ferme. Il y a de gros proprietaires qui en entretiennent un beaucoup plus grand nombre ; mais on comprend que dans un pays qui s’étend depuis le 55 .° jusqu’au 70. 0 degré de latitude , on ne peut pas s’attendre à trouver à cet égard aucune uniformité : il y a en particulier des provinces marécageuses ou couvertes de bois, dans lesquelles l’entretien des troupeaux ne seroit pas possible. Dans un petit nombre d’années la Suède, qui est au moins six lois plus vaste que l’Angleterre, pourra suffire à ses propres besoins , soit pour les laines fines, soit pour les laines grosses et longues , dans le genre des laines polonoises et allemandes. Dans toute la Grande-Bretagne on estime qu’il existe près de 29,000,000 de bêtes à laine. Il s’importe annuellement 2,037,000 livres pesant de laines d’Espagne, ce qui doit donner chaque année près de 88,000,000 et demi de livres pesant de laines. Cette quantité divisée entre les 11,000,000 d’habilans des trois royaumes, donneroit plus de onze livres de laine pour habiller chaque individu ; et il pa- IB ÉIIO-SUÉDOIS. 169 roîtroit de là , que sur la totalité de la fabrication du lainage en Angleterre , un tiers se consomme dans le pays , et les deux autres tiers sont exportes ( 1 ). J’ai moi-même deux fermes qui nourrissent des bêtes à laine de race espagnçle. Dans l’une des deux fermes la race est établie depuis près de 5o ans. J’ai fÿit venir d’Espagne, à six reprises differentes, des brebis et des beliers choisis, avec l’espe’rance de porter les laines de mes troupeaux à un degré de fin encore plus distingue' que celui que j’avois ob- 0 tenu auparavant. Dans le dernier envoi, j’ai eu le bonheur particulier d’être servi par un ami qui re'sidoit dans le pays ; mais ce que, j’ai éprouve démontre que le premier degré de superfin n’est pas commun dans les troupeaux d’Espagne. Sur les six différons lots que j’ai reçus des royaumes de Léon et de Car tille, tous choisis avec le plus grand soin , il ne s’en (1) On emploie la laine à un grand nombre d’autres' objets que la draperie, en Angleterre. On en fait cfes tapis, et des tentures, on l’applique à diverses parties de l’art du sellier, aux chapeaux, etc. (A) Voyez dans le VXI. e vol. de la division Littérature; de la Bibl. Brit., tous les détails qui concernent la fabrication du lainage en Angleterre, sous les rapports de l’économie politique. ••s 1 MOUTONS I70 est trouve qu’un seul plus fin que mon an-» clenne race : les ciuq autres lots e'toient, sans aucune comparaison , inferieurs en finesse. Aussi les connoisseurs .et estimateurs de laines me conseillèrent-ils fortement de ne point permettre le mélange des bêtes d’Espagne des cinq lots dont je parle , avec les bêtes de mes troupeaux (1). En Espagne , on met un prix extraordinaire aux beliers très-fins. Ee baron Alstromer a vu payer 100 ducats pourunbelier. Le lot distingue’ de brebis et de beliers, qui m’arriva en 1778 , étoit de la race léonoise j race qui est supérieure à celles de Ségovie, Sorie et Burgos. Le caractère de la laine de cette race c’est d’être très-douce, grasse , on- doyée , très-tassée, et d’avoir ses brins réunis (1) Voilà un fait extrêmement remarquable entre un, grand nombre d’autres du même genre, dont j’ai entretenu les lecteurs (de la Bibl. Brit.). Il faut espérer que bientôt on n’osera plus parler de dégénération des laines d’Espagne, par l’effet du climat et des pâturages: un demi-siècle auroit opéré celte dégénération en Suède, si elle devoit jamais avoir lieu. Lorsqu’on soigne le choix des beliers, les laines se soutiennent ou s’affinent ; lorsqu’on néglige ce choix, les toisons dégénèrent; et cela a lieu en Espagne tout comme ailleurs. Les beliers extrêmement fins ne sauraient être payés trop cher, vu l’influence qu’Hs ont sur les toisons des agneaux qui eu proviennent. I IBKRp-SyKDOIS; 1 71 leur extrémité. Les fabricansde drap la recher- chent parce qu’ils trouvent qu’elle foule mieux , et fait des draps plus beaux que la laine des toisons qui se divisent par petites mèches pointues, et dont les brins sont plus droits, plus secs, plus longs et moins serres sur l’animal. Les races de l’Andalousie ont plus ce dernier caractère: les lots que j’ai reçus , et qui ont été les moins fins , en tiennent un peuj mais leurs toisons ëtoient neanmoins infiniment plus fines que les laines de Rome , de Barbarie et d’Angleterre , qu’on appelle laines à peigner. Les brebis des cinq lots les moins beaux ëtoient plus grandes, et surtout plus hautes sur jambes, que celle de la race lëonoise si distinguée, dont je parle 5 mais leur produit en laine ëtoit moins conside'rable qu’il ne paroissoit devoir l’être, avoir les toisons sur l’animal. Ma race lëonoise a le corps épais, les jambes très- courtes et chargées de laine. Les individus provenant du lot de t 778 , ont conservé la douceur et l’abondance de laine des brebis venues^ d’Espagne ; et un autre trait remarquable de ressemblance parfaite, c’est que tous les individus de cette race lëonoise ont la moitié de l’oreille brune, comme les brebis espagnoles dont ils descendent. Ces brebis le’onoises ont yëcy a^sez long-tems pour voir la cinquième MOUTONS 17s génération provenant d’elles ; et l’examen le plus exact ne fait pas découvrir la moindre trace d’altération dans la qualité de leurs toi» sons. On regarde la laine de mes deux fermes comme du premier degré de finesse dans lo magasin public à Stockolm. On la distingue , à la manière espagnole , en trois degrés de fin pour la vente. Les fabricans acheteurs recon- noissent qu’il est très-rare qu’ils reçoivent d’Espagne des laines aussi belles que celles de mes troupeaux. Je les ai vendues l’année dernières à raison de 5 shellings et 4 pence sterling la livre. Quant à la nourriture des brebis de race , nous trouvons , et on en a jugé de même ailleurs, que les pâturages qui leur conviennent le mieux sont les jachères en été, et les chaumes en automne. On a cru que les pâturages nour- rissans ne convenoient pas aux brebis de race pure : c’est une erreur. Il croît dans nos champs différentes sortes de trèfles, de luzernes , de vesces et d’autres plantes à feuilles larges ; les brebis s’en nourrisent avec succès, pourvu que ces plantes ne soient pas trop abondantes. On a objecté contre les pâturages dans les jachères , que les brebis y salissent leur laine r celle objection n’a aucune force, lorsqu’il s’agit de la race espagnole de la. première qua- IBÉRO-SUÉDOIS J ’l73 lité. Les toisous des animaux de cette race, sont comme enduites d’un vernis gras , qui re’unit les extre’mités des brins de laine. Ge vernis conserve la propreté parfaite de la laine dans l’intérieur : elle prend seulement un œil jaunâtre par l’effet du suint. Les plus beaux animaux de celte race paroissoient encroûtes d’une pâte brune noirâtre 5 et un connoisseur distingue au premier coup-d’œil les races les plus belles, et les plus fins individus, parce qu’ils sont plus sales et plus noirâtres que les bêtes d’une finesse me'diocre. Les brebis trouvent abondamment de quoi se nourrir dans les mauvaises herbes des champs, et elles fument ceux-ci en pâturant. Lorsque les jacluères et* les chaumes d’une ferme ne suffisent pas aux troupeaux, on e'tablit des près sur les lieux élevés et en pente. Si l’herbe n’est pas d’abord de la meilleure qualité, elle ne tarde pas à s’améliorer parle parcours des brebis. Elles trouvent sur les terrains les plus maigres , certaines herbes dont on fait peu de cas, telles que la festuca ovina , lin, et qui leur conviennent beaucoup. On laisse volontiers, dans les pâturages qu’on leur destine , quelques arbres touffus pour qu’elles puissent avoir de l’ombre au milieu du jour, car la chaleur brûlante est plus f*fale aux brebis MOUTONS que les plus grands froids , et même l’humidité '. 1 Les pâturages, pour la plupart du tems , sont situes si près des bergeries que les moutons, en cas d’orage , peuvent rentrer très- promptement ; dans d’autres endroits on fait des parcs couverts; et si les pluies durent, un fermier soigneux aime mieux nourrir ses brebis dans la bergerie , surtout lorsqu’elles sont tondues depuis peu de tems. Il y a desproprie'- taires de troupeaux qui font parquer leurs brebis toute la nuit sur des jachères , afin de les fumer , mais i! vaut toujours mieux les faire rentrer le soir de crainte du mauvais tems et des bêtes fe'roces. S’il n’y a pas de l’eau courante, ou des bonnes 'Sources, dans les pâturages; il est d’ai|tânt plus necessaire de les faire rentrer, afin de les abreuver dans les e’tangs dont il y a presque toujours près des bergeries ; parce que leurs maladies de l’estomac et les limaces qu’elles ont au foie proviennent la plupart du tems de ce qu’elles boivent de l’eau croupissante. On choisit toujours , pour leur nourriture d’hiver, du foin recueilli sur des pâturages secs; et il faut compter au plus trois livres par jour, pour chaque brebis , en mettant les agneaux de I’anne'e par dessus. On mesure le fourrage dans les paniers. Pour sept mois, IBÉRO-SUÈBOISJ 175 pendant lesquels les moutons ne sortent pas, c’est 620 livres de foin par brebis. Lorsqu’on leur donne une fois des feuilles, une autre de la paille de ble' de printems, ou des pois, on peut retrancher depuis la troisième partie jusqu’à la moitié du foin. Les meilleures feuilles pour les moutons sont celles de saule , d’osier, d’érable et de bouleau. On ne sait pas encore combien l’aune et le chêne sont inférieurs, sous ce rapport , et si les feuilles de peuplier qu’ils mangent avec tant d’avidité leur font réellement du mal , comme Charles Gustave Boje , habile cultivateur, est disposé à le croire. Il y a des gens tjui, outre une quantité suffisante de foin , emploient annuellement depuis le quart jusqu’à la moitié d’un baril d’avoine par bête; mais la race de mes brebis n’a point dégénéré, quoiqu’elles n’aient pas été' nourries d’une manière si coûteuse. Il est reçu, comme une vérité incontestable, que plus un troupeau mange de foin, et mieux la race se conserve bien portante ; mais en même tems l’expérience prouve que la paille des grains de printems, lorsqu’ils ont été recueillis avec soin, peut aussi bien suppléer au foin si on n’en a pas assez, surtout lorsqu’on donne un peu d’avoine. 11 y a d’autres propriétaires de troupeaux , dans des pays élevés, qui, n’ayant l'y 6 MOUTON a qu’une petite elendue de pre's , nourrissent leurs bêtes avec beaucoup de profit , en paille et en drècbe. On leur donne ordinairement le foin dans des râteliers, mais il ne faut pas les garnir quand les moutons sont dans la bergerie. Les râteliers doivent être serres et peu inclines afin que la poussière de foin ne salisse pas la laine. On peut egalement leur faire manger le foin à terre, comme le font les paysans, et de cette manière la laine n’est point salie et rie* n’est perdu. Il y a des personnes qui ne font boire leur troupeau que de trois en trois jours dans l’hiver, mais je fais boire le mien deux^ fois le jour, même lorsqu’il fait le plus froid. De cette manière les brebis ne boivent pas trop , et prennent en même tems le degré d’exercice convenable dans toutes les saisons.: La race d’Espagne , qui porte une laine serrée, sent moins le froid que celle de Suède, dont la laine est moins tasse'e. Il faut aérer et nettoyer les bergeries pendant que les moutons sont dehors, en même tems mettre pour litière les rebus de la paille , et garnir les râteliers de fourrage. A l’approche du printems , il est bon de mettre dans la cour de la ferme des rejetons de sapin et de genièvre qui servent, jusqu’à un IBÉRO-SUÉDOIS. 1 77 un certain point, de nourriture aux moutons, et qui leur sont encore plus utiles comme un remède contre le scorbut , qu’ils prennent quelquefois pendant le courant de l’hiver. C’est une ve'rite' incontestable que la finesse des moutons de'pend principalement de l’espèce ; et qu’une race à laine grosse demeure telle , quoiqu’elle soit nourrie exactement de la même manière qu’une race à laine fine. Dans les mêmes pays, qu’ils soient froids ou chauds, on trouve des moutons à laine fine et à laine grosse , sans qu’il se fasse aucun changement particulier dans la race, si on ne les croise pas. Il faut cependant convenir qu’une nourriture plus abondante et meilleure augmente la taille des moutons , et les rend mieux portans et plus susceptibles de s’engraisser , ce qui peut à la longue , influer sur la douceur et la quantité’ de la laine. L’expérience prouve aussi qu’un climat tempéré est celui qui convient le mieux aux moutons. En Chine, et dans les autres pays voisins de l’Inde, on n’emploie les moulons que pour l’engrais, et ils ne portent que très-peu de laine. Brown nous apprend que lorsque les moutons d’Europe sont transportés dans le climat chaud de la Jamaïque , leur laine fine devient , dans l’espace de deux ou trois années, presque semblable à du poil Tome 8. M MOUTONS I78 de chèvre. Au contraire , les moutons hauts sur jambes , dans les pa^s les plus froids , sont couverts d’une laine grossière et rude , sous laquelle on en trouve une autre plus douce et plus veloutée ; mais dessous le ventre et eu dedans des cuisses, ils n’en ont point. Cette race-là réussit mieux dans les pays les plus froids que d’autres sous les tropiques. Les moutons d’Islande en sont la preuve. Ce pays est fourni à présent de si nombreux troupeaux, qu’un simple fermier a depuis cinq cents jusqu’à mille bêtes, et qu’un homme très-pauvre en a au moins soixante. Ils coûtent très-peu à nourrir, car pour la plupart du tems ils trouvent leur subsistance sur la terre couverte de neige ; et ceux qui se nourrissent sur les montagnes passent pour être les plus gras.! Cette race ressemble beaucoup à celle du Golhland , en ce qu’elle a la queue courte, et que les beliers ont des cornes. Les moutons de Golhland et des îles voisines sortent de même tout l’hiver, et sont remarquables par leur graisse. Cette race est aussi, à proportion, la plus nombreuse , et sa laine la meilleure de toutes les anciennes races originaires de Suède. Toutes celles-ci ressemblent à celle de Golli- land pour les formes, avec celle différence seulement que les beliers ont les cornes plus courtes. IBÉRO-SUÉDOIS. 3 79 On dit que les anciens Romains nourrissoient toute l’unuee dans les bergeries les brebis de Tarente ou de Grèce, pour obtenir de plus abondantes toisons. Cela paroît , en quelque sorte , contraire à la nature. Mais l’expérience prouve, du moins, que la qualité' des laines ne perd rien lors même que les brebis demeurent renfermées complètement pendant cinq mois, comme cela arrive chez nous. Rien n’est si commun en Suède que de nourrir des beliers isoles dans les maisons. Lorsque c’est dans une ville qu’on nourrit ces animaux , ils ne sortent pas une seule fois dans l’année ; cependant leur laine conserve toute sa finesse , et sa toison est ordinairement plus pesante , parce que l’animal est abondamment nourri. Ce sont les voyages que les moutons font en Espagne , qui ont re’pandu le pre'juge' que les pâturages , le grand air, l’exercice et le climat étoient nécessaires à la finesse des laines; mais si l’on examine les faits avec attention , l’on voit qu’ils ne justifient pas celte opinion. Les belles races de Castille et deLéon vont, en effet, dans l’Estramadoure en automne , dans l’Andalousie en hiver ; reviennent au printems dans les deux Casiilles , et en été dans le royaume de Léon , restant ainsi en plein air toutej’an- née , excepté le jour de la tonte* 11 est vrai MOUTONS l8o encore, que dans l’Andalousie et l’Estrama- doure, où les moutons ne voyage»’*, pas, les laines sont plus longues , moins fines, et assez semblables aux laines de Barbarie. Mais la raison de celte différence , c’est que ce sont deux races distinctes : tous les moutons fins ne voyagent pas; et parmi les voyageurs il y en a beaucoup qui ne sont pas au premier degre' de finesse. Il est certain cependant, que ces voyages, qui permettent aux troupeaux d’avoir toute l’année des pâturages abondans, et une tempe'rature modérée , sont très-favorables à la sanie des bêtes à laine comme aussi à l’abondance de leurs toisons. En revanche, on voit ailleurs les races à laine fine demeurer toute l’année dans le même lieu, sans qu’il y ait aucune altération dans la qualité des laines. Nous préservons nos troupeaux de l’extrême froid, au moyen de nos bergeries, qui ont des portes doubles; mais nous avons soin que l’air y circule toujours , et nous ouvrons des trous dans les murailles pour qu’il se renouvelle sans Cesse. Le printems est une saison où les brebis sont toujours un peu plus délicates. Il importe encore plus, dans cette saison-là, d’empêcher qu’elles n’aillent pâturer avant que la blanche gelée ou la rosée soit dissipée complètement. Il faut que les troupeaux aient un espace suffi- IB É RO-SUÉDOIS. 181 saut dans la bergerie ; car le mouton, comme tous les autres animaux, corrompt l’air qu’il respire. 11 faut à trente brebis un espace de vingt pieds en carre’, de huit à dix pieds de haut, et plafonne. Dans les troupeaux nombreux on compte six pieds carres par brebis ( 1 ). Il est aussi d’usage de se'parer des vieilles bêtes, les agneaux et antenois mâles et femelles ; mais si j’en juge par mon expe'rience, il est plus important de donner à ces animaux beaucoup d’air, et une température modérée, que de faire celte séparation selon les âges et le sexe. Il y a quelques propriétaires de troupeaux qui, ainsi que les anciens Romains , ne permettent les aecouplemens qu’à la troisième année. On tient alors les femelles séparées des mâles, non-seulement à la bergerie, ruais aux champs ; et lorsque le moment delà monte est arrivé, c’est-à-dire à la fin d’octobre, on leur donne des beliers choisis, que l’on sépare ensuite complètement des brebis. Il est pos- (1) 20 pieds en carré font 4oo pieds de surface, qui, pour 3o brebis, font plus de i 3 pieds par bêle ; et cependant l’auteur réduit ensuite cet espace à G pieds, quand les troupeaux sont nombreux. Le nombre ne fait rien à la chose, et il faut que l’espace soit toujours en proportion de la force du troupeau. 10 piqds, de surface par bêle est un espace suffisant. l8z MOUTONS sible qu’à la longue on puisse se procurer ainsi une race plus forte ; mais cette méthode entraîne des soins de detail qui sont embarras- sans , et est d’ailleurs contraire au cours ordinaire de la nature. Il arrive à presque tous les animaux dont on empêche l’accouplement dans le tems où ils le de'sirent, qu’ils maigrissent, perdent l’àppétit, et qu’ensuile les accouple- mens ne sont pas toujours faciles ni productifs: cela doit surtout arriver pour les brebis, qui sont naturellement d’un tempérament mélancolique. .Te puis dire que mon troupeau a singulièrement bien conservé la taille, la grosseur, les formes , la finesse et la parfaite santé des bêtes d’Espagne dont il provient. J’observe encore que j’ai rarement des brebis stériles, et encore moins d’avortemens. Cependant les jeunes bêtes prennent le belier la première fois qu’elles le demandent ; ce qui, au reste , n’arrive guères avant la fin de la seconde année , et quelquefois dans la troisième. Quoique j’aie toujours eu au moins un belier pour vingt brebis, et que par conséquent il se trouvât souvent plusieurs mâles dans le même pâturage , ils ne se sont jamais blessés en se battant; il est vrai que j’ai le soin de faire scier les cornes : les beliers les plus foibles cèdent tou- IBKRO-SU1ÜDOTS. l85 jours aux plus forts. Lorsqu’un vieux belier devient méchant, ordle tue en automne, ainsi que les vieilles brebis, celles dont les toisons sont légères ou qui sont d’un mauvais tempérament. Il est extrêmement nécessaire de choisir pour étalons les beliers les plus vifs et les plus gros. Il faut que leur laine soit d’un blanc parfait jusqu’aux ongles et sur les joues. .Un belier ne doit pas avoir plus de six ou sept ans. La laine conserve toute sa finesse, quel que soit l’âge de l’animal, mais la race dégénère si le belier est trop vieux. MM. Alimenter , père et fils, qui ont si bien mérité de notre pays, en y introduisant la race des brebis d’Espagne , ont prouvé , par une grande variété d’expériences, soit sur des bêles de même race, soit sur les croisemens que les naturalistes qui attribuent principalement la ressemblance au père , est juste en effet. Lorsque les bêtes à laine suivent leur instinct naturel, le plus grand nombre des agneaux naît dans les quinze derniers jours de décembre et les quinze premiers jours de janvier. Les agneaux venus dans cette saison-là coûtent un peu plus cher que ceux qui viennent au prin- tems; mais ils sont aussi beaucoup plus forts l’année suivante , pourvu qu’on ail bien soin des mères et des agneaux pendant les pre- f 1 84 MOUTONS mières semaines, et qu’on nourrisse celles-là de bon foin , dans des divisions séparées du reste du troupeau. Autrefois, j’étois dans l’usage d’imiter la pratique espagnole, qui est de couper la queue aux brebis ; mais une bergère ayant pitié’ de ces petits animaux , qu’on mutiloit ainsi, me détermina à abandonner cet usage ; et je n’en éprouve aucun inconvénient. Lorsque les agneaux viennent de bonne heure dans la saison , les mères n’en sont pas aussi long-tems fatiguées après qu’elles sont rentrées au pâturage , et elles sèvrent elles-mêmes leurs agneaux , en choisissant mieux que nous ne pourrions le faire , l’époque où cela leur convient. Lorsque les agneaux suivent leurs mères au pâturage', ils apprennent d’elles à brouter l’herbe et à boire dans les ruisseaux , ce qu’on ne leur apprend pas sans quelque difficulté. 11 y a des gens qui iraient leurs brebis 5 mais la race alors ne tarde pas à dégénérer ; les bergers en Espagne ne se permettent jamais de traire leurs brebis, mais mènent avec eux des chèvres pour avoir leur lait. A proprement parler, le sel ne crée pas la finesse des toisons -, mais comme il augmente l’appétit des bêles à laine et les réchauffe , il contribue à leur prospérité. Elles sont sujettes s IBJÎRO-SUKJJCIS. 3 85 à diverses espèces de vers dans le foie et dans les intestins, à l’hydropisie et à d’autres maux que le sel pre'vient ou guérit. En Espagne , les troupeaux transliumans mangent beaucoup de sel lorsqu’ils sortent des pâturages d’hiverj niais moins dans les autres saisons de l’anne'e , si le tems n’est pas pluvieux. On augmente peut-être les bons effets du sel , en le mêlant avec des baies de genièvre. On en fait une sorte d’e'Iectuaire, que l’on donne aux brebis dans une cheneau , sur laquelle on a cloüé des barreaux de sapin , pour les empêcher de salir leur laine. On mêle quelquefois du soufre avec le sel et le genièvre, et on en fait des f bols lorsque les brebis ont quelque éruption à la peau. Presque toutes les races indigènes de Suède, ainsi que les races angloises, allemandes et suédoises naturalisées, se tondent deux fois par an. Si r on ne les tondoit pas, leur laine tomberoit dans la saison où l’on a coutume de les tondre. La plus grande partie des laines produites par la Suède est encore aujourd’hui des espèces communes. Les zélés partisans de la race d’Espagne voudroient que les paysans n’eussent que de cette race : je ne suis pas de cet avis ; je pense que les races croisées angloises et U’Eiderstadt, dont la laine est longue, abon- MOUTONS \B6 danle, et le corsage assez grand , conviennent mieux aux paysans , parce que cette laine est plus propre aux tricotages, et à plusieurs étoffes grossières que les femmes fabriquent dans leur maison pendant l’hiver , en se faisant aider de leurs enfans. La race d’Espagne convient mieux aux grands propriétaires qui font cultiver leurs domaines par des domestiques. Les brebis espagnoles ne se tondent qu’une fois r année en Suède, non plus qu’en Espagne. Dans les troupeaux de Ségovie , c’est au mois de mai, après le retour des pâturages d’hiver, que se fait la tonte : à Burgos, ce n’est qu’au mois de juin. Beaucoup de gens tondent aussi, chez nous, au mois de juin; mais comme le tems est encore alors assez sujet à des retours de froid, on se trouve mieux d’attendre au mois de juillet, après la coupe des prés. Jamais les brebis de mes troupeaux ne perdent leur laine , et il est rare que les chaleurs soient extrêmement fortes chez nous avant la canicule. L’usage de laver des brebis à dos avant de les tondre, est universellement reçu en Suède. Beaucoup de geOs les lavent à la mer, ou dans des rivières; mais de cette manière la laine n’est jamais aussi propre que par la méthode suivante, qui est la mienne. On prépare trois cuviers dans un endroit où IEÉRO-Sül'.DOIS. 187 l’on ait une grande abondance d’eau bien claire , et des facilite’s pour la chauffer. Ou met dans le premier cuvier deux tiers d’eau tiède, et un tiers de lessive de cendres ou de potasse limpide : on y ajoute un peu d’urine. Lorsque la bête est lavée dans ce premier cuvier , on la plonge dans un autre où il y a un peu moins de lessive. Enfin, on lave la brebis dans un troisième cuvier, avec de l’eau pure. Dans ces trois lavages on tient la brebis sur le dos , en lui relevant la tête. Lorsqu’ils sont finis, on lui verse abondamment de l’eau pure sur le dos , et on exprime ensuite cette eau autant qu’il est possible, en pressant la toison. Lorsque l’ope'ration est acheve'e, on a soin que les bêtes ne rentrent pas à la bergerie de peur qu’elles ne se salissent ; on les met pour trois ou quatre jours au moins dans un pâturage clos. Au troisième jour , la toison est parfaitement sèche. Si le tems est beau, on attend encore quelques jours avant que de tondre : on laisse aussi revenir le suint, qui donne à la laine un toucher plus moelleux, et ajoute peut- être un peu à son poids. Il y a des cultivateurs qui lavent deux fois à dos avant la tonte. Je l’ai essaye', et j’ai trouvé que ma laine avoit un œil grisâtre > MOUTONS l88 au lieu d’être blanche, et qu’elle e'toit aussi moins douce. La grande quantité' de suint qui adhère à la belle laine d’Espagne , se mêle avec l’eau de lessive, dans le premier lavage , et rend cette eau tout-à-fait savonneuse et douce ; mais si l’on répète le lavage à dos avec le même procède', il n’y a plus assez de suint pour adoucir la lessive. Lorsque le lavage , tel que je l’ai décrit, est bien fait, la laine est beaucoup plus propre que ne l’est la laine d’Espagne du commerce que l’on n’a pas lavée une seconde fois. On a beaucoup dit qu’il ne convenoit pas de laver les moutons à dos avant de les tondre, à cause de l’aversion décidée que les bêtes à laine ont pour l’eau, et des maladies qui peuvent en résulter : je n’y ai jamais observe’ d’inconvénient. Les moutons , en effet, ne paroissent pas aimer l’eau ; cependant j’ai vu souvent des beliers qui s’étoient accoutumés aux chevaux et qui paissoient avec eux , les suivre à la nage daus des îles où ces animaux alloienl chercher leurs pâturages. En Espagne, on ne lave point à dos. La laine trempe quelque tems dans des cuves avec de l’eau tiède, après quoi on la remue et on la foule avec les pieds pendant deux heures. On la passe ensuite à l’eau pure, puis, ou la 1BÉRO-SUÉDOIS. '189 met en tas pour qu’elle s’e’goutte avant de l’étendre sur un pre' pour la sécher à fond : on la met ensuite dans des ballots. On dit que la laine perd dans ce lavage de 5o à 55 pour cent de son poids ( 1 ). Quelques fabricans suédois ont adopte la me'thode suivante pour laver leurs laines. On met une certaine quantité’ de toisons en suint, dans un tonneau perce' de trous. On attache ce tonneau par une corde, à un pont, sur une rivière dont l’eau soit claire.! On le plonge et replonge , en lui imprimant lin mouvement de rotation ; de manière que l’eau entre et ressort continuellement. Au bout de trois jours et trois nuits , pendant lesquels cette ope'ration dure , la laine sort parfaitement blanche, à ce que l’on assure. Nous avons aussi des cultivateurs qui ne lavent point leurs laines du tout , et qui pré- fèrent les vendre en suint à un plus bas prix: c’est alors le fabricant qui fait le lavage. Dans les filatures de l’inte'rieur des ménages on n’estime pas autant la laine longue lorsqu’elle est lave’e que lorsqu’elle est en suint, parce quo (1) Plus la laine d’F.spagne est fine, plfts elle perd de son poids dans le lavage, si celui-ci est parfait. Quand la laine d’Espagne ne perd pas soixante pour cent par le lavage, elle n’est pas du premier degré de finesse, ou le lavage n’a pas été complet. MOUTONS jgo celle-ci se file plus facilement; mais il faut ensuite que la laine filée sc lave en écheveaux, avant de pouvoir prendre la teinture. Les croisemens de toutes sortes se font presque partout, en Suède, de manière que l’on n’y retrouve que difficilement l’ancienne race native , à laine courte, droite et rare : la race frise'e des moulons allemands s’y trouve surtout mêlée. Les paysans croient que ces races croisées sont plus aisées à nourrir et à soigner que la race d’Espagne. Quant à moi, je pense que ces races communes consomment tout autant de fourrage que la race espagnole : on voit cependant ces brebis du pays perdre leur laine presque complètement au printems. Cela provient, au reste , tout autant de l’ex- trème chaleur des e'tables où on les renferme que du defaut de nourriture. Quelquefois aussi cette nourriture n’est que des feuilles sèches , pour une partie de l’hiver, faute de précautions suffisantes chez les cultivateurs. J’ai déjà observe que la laine de mes brebis espagnoles ne tomboit jamais. Cela est principalement dû, je pense , à une distribution égalé d’une nourriture suffisante ; mais peut- être cela est-il dû aussi à ce que je fais la tonte fort lard , et à ce que mes brebis n’ont jamais trop chaud dans la bergerie. iBÉRO-suKDOis. 1 igi Nos paysans trouvent les brebis du pays plus profitables , parce qu’elles prennent le belier un an plus tôt, font quelquefois deux agneaux dans l’année , et font aussi souvent deux agneaux à-la-fois : il est très-rare que les brebis espagnoles fassent des doubles, et elles ne portent qu’une fois l’annëe. Si on les faisoit porter plus souvent, la race ne tarderoit pas à perdre en taille et en force. On dit aussi que les peaux des bêtes du pays, ou des métis, sont plus fortes et plus utiles pour la me'gis- v sérié; mais lorsqu’il s’agit de peaux avec la laine , les peaux espagnoles ont un prix beaucoup plus grand. Je doute que le croisement des bêtes à laine d’Europe avec celles de Barbarie produisît de belles laines , comme quelques personnes l’ont imagine : du moins j’ai eu quatre brebis d’Alger de très-forte race , et qui por- toient une laine extrêmement grosse. Elles avoient la tête brune , massive et large , et de longues oreilles : elles porloient de ces queues êuormes, desquelles les juifs tiroient la graisse employée dans les sacrifices, et qui pèsent quelquefois jusqu’à vingt livres en Arabie et en Egypte ; on leur applique des petits chariots pour les supporter. La race la plus ancienne et la plus belle de toutes les 1Q2 MOUTONS races espagnoles e'toit probablement originaire de Syrie : on sait combien les toisons de ce pays-là etoient estimées autrefois; mais s’il est vrai, comme on l’a affirme', que toutes les races espagnoles viennent de l’Afrique, il faut que le climat de l’Espagne ait, à la longue , ope're' un changement avantageux sur les laines. Les Phéniciens, qui s’etoient déjà e'tablis à Cadix mille ans avant Je'sus-Christ, ont probablement importe' dans ce pays-là des races de bêtes à laine e'trangcres. Strabon, qui vivoit dans le premier siècle de l’ère chre'tienne, vante la beaute' des laines et des draps espagnols : il est vrai qu’il vante aussi beaucoup la race de moutons à laine noire qui vivoit dans les environs de Laodice'e en Phrygie. Pline , qui e’crivoit à la fin du premier siècle, nous apprend que les bêtes à laine espagnoles etoient alors ge'ne'ralement noires; mais quant à la finesse , il assigne la première place aux toisons d’Apulie, et surtout du voisinage de Tarente. Varron, Columelle et Martial donnent egalement la pre'e’minence aux brebis de Tarente : ces deux derniers auteurs, e'tant eux-mêmes ne's en Espagne, dévoient bien connoître les races de ces pays-là. Lorsqu’un domaine n’est pas situe assez près d’une grande ville pour qu’on puisse y envoyer IBÉRO-SUÉDOIS. 2 9 3 envoyer le lait des vaches avec profit, ou y vendre le foin et y acheter les engrais à bas prix , il est certainement impossible d’avoir une exploitation plus avantageuse que celle des brebis d’Espagne. Tous les animaux qui ne nous sont pas absolument ne'cessaires , nous donnent plutôt de la perte que du gain. Les moutons se multiplient et s’élèvent avec moins de difficulté' qu’aucun autre bétail. Chaque brebis espagnole nous donne annuellement au moins trois livres de laine lavée, si elle est bien nourrie. Elle donne en outre un agneau, lequel fournit encore une livre de laine. Tout cela ensemble fait une rente e'norme, comparativement à la dépense. Un agneau espagnol, de six mois, vaut chez nous au moins deux rixdallers. Un agneau d’un an se vend quatre rixdallers, et un belier à sa troisième année , cinq ou six. Les beliers donnent des toisons beaucoup plus pesantes que les brebis. Les moutons de cette race paient aussi très-bien leur nourriture , par des toisons de six ou sept livres de laine , et par leur viande qui est délicieuse, et d’autant meilleure que l’animal est plus vieux. Un de mes amis, M. de Reuterstam de Stroemsholm, qui a de ma race de brebis, et qui les nourrit parfaitement bien , a eu une toison de belier Tome 8. N jig4 MOUTONS IBÉRO—SUÉDOIS, de treize livres. La laine lavée peut valoir cette année environ un rixdaller. La laine est une marchandise qui peut se transporter à une grande distance à peu de frais. Enfin, il y a un avantage en faveur de l’exploitation des moutons , qui , je crois n’a pas été remarque', c’est que quand les foins manquent, on peut réduire son troupeau , puis revenir au premier nombre en deux ou trois ans, par des élèves; ce qu’on ne peut point faire avec le gros bétail dont la croissance est plus lente. Dans toutes les fermes où il y a des pâturages convenables , c’est une ^mauvaise économie que de ne pas destiner , au moins, la cinquième partie des fourrages à entretenir .des moutons. Un pâturage qui donne à peine de quoi subsister à un petit nombre de chevaux et de vaches, suffit cependant à nourrir abondamment des moutons jusqu’à l’arrière automne. De la Tonte des Moutons. Par M. Price. {Annales d’A rthur Young.) La tonte des troupeaux des marais de Rom- ney commence vers le 21 juin , et finit au milieu de juillet. Ceux qui tondent de bonne heure croient gagner quelque chose quant aux mouches , et ceux qui tondent tard croient gagner une demidivre sur chaque toison , par l’augmentation du suint. Si l’on tond les moutons de trop bonne heure, c’est-à-dire avant les chaleurs, la laine 11’a pas toute la qualité qu’elle auroit eue plus tard ; mais tout le monde ne peut pas tondre à la fois, Car il-n’y auroit point assez de tondeurs. Ava,nt : le moment delà tonte, chaqu.e berger remplit son étang ; et chaque proprietaire de troupeau prend de 4 à 12 tondeurs, selon le nombre de moutons qu’il a. On s’arrange ordinairement pour que la tonte d’un troupeau ne dure pas plus de quinze jours. Les tondeurs diffèrent beaucoup dans leur manière d’opérer. En general, leur journée de travail ne dure que de huit à dix heures. J 96 DE DA TONTE Un tondeur d’une adresse médiocre , tond 60 moulons dans la journe'e , et les habiles en tondent jusqu’à cent, c’est-à-dire, dix par heure. C’est une chose étonnante à voir que l’adresse des habiles tondeurs dans leur manière de manier et de placer les moutons , et de se servir des ciseaux. L’animal est toujours à son aise sous la main d’un bon tondeur, tandis qu’il paroît souffrant et gène, lorsque le tondeur est médiocre. Avant d’être tondus, les moutons sont conduits par trente ou quarante à la fois, dans un petit étang. Un jeune homme est à la porte de l’enclos de l’e’tang, et tient dans sa main des petites marques de plomb. II en donne une au tondeur par chaque brebis que celui-ci prend, de manière que ces marques servent à contrôler le nombre des moutons qu’il a tondus. Dans toutes ces operations , chacun vise à expédier l’ouvrage plutôt qu’à le bien faire. C’est un abus ; et il vaudroit mieux Faire le contraire. Les moutons ont souvent des taillades de deux à quatre pouces de long. L’usage est d’y mettre du goudron , pour e'earter les mouches: quelques bergers emploient la graisse. On marque les moutons avec de la poix , aussitôt qu’ils sont tondus, après quoi on les ramène aux champs. k > ' DES MOUTONS, 1Q7 La méthode ordinaire est de tirer les moutons de l’étang par une jambe de derrière , jusqu’à l’endroit où l’on tond. Cette manière paroît brutale à celui qui n’y est pas accoutume' ; mais il y a pourtant une bonne raison pour cela. Les contusions sont très-dangereuses dans cette saison de l’année , pour les moutons qui sont en bon état ; et toute autre manière de prendre et de conduire le mouton l’expose à plus de danger pour les contusions. Le prix de la tonte est de i 8 pence pour 20 bêtes , outre le dîner. Un bon plieur de toisons eu plie 4 oo dans sa journée, et on le paie autant par 100 que le tondeur par vingt. Yoici comment le tondeur se place. Son genou gauche touche l’épaule gauche du mouton, et son pied gauche touche l’origine de la queue. Il commence par le sommet de la tête , et descend jusqu’aux rognons. Il remonte ensuite à l’épaule , en tondant tout le côté droit jusqu’au milieu du ventre , puis la cuisse droite. Il prend ensuite de la main gauche la queue de l’animal, et tond toute la partie postérieure jusqu’au jarret gauche. Après cela , il prend dans la main gauche les deux pieds de devant, et tond la poitrine et le col; il suit le poitrail et le ventre, appuie la tête de la brebis sur sa cuisse gauche , en mettant le genou à terre et achève l’opération. lg8 DE* XjA TONTE Observations sur la tonte de Romney , par M. Culley. Ce que M. Price observe relativement à la meilleure qualité de la laine tondue plus lard, est parfaitement juste. Cela est d’accord avec l’opinion des éleveurs et engraisseurs de moutons du Lincoln-shirc. Ils entendent, mieux que personne ne le fait en Angleterre, le choix du moment pour abattre les toisons ; et il n’y a pas de doute que la laine tondue en juillet ne soit plus mûre, plus pesante , et meilleure à tous égards : seulement les moutons donnent plus de peine aux bergers pour les pre’servcr des mouches, s’ils sont blessés par les tondeurs. Rien n’est plus absurde que la manie de vouloir tondre dix moutons dans une heure. Je sais, par une longue expérience, qu’il est impossible de bien tondre sept moutons dans une heure; aussi M. Price observe-t-il, que les moutons sont extrêmement mal traités. Il y a quarante ans qu’on faisoit la même folie dans le Comté de Durham. Un homme tondoit jusqu’à 70 moutons par jour ; mais ces pauvres bêtes e’toient tellement tailladées , que les mouches les tourmentoient' ensuite pendant tout l’été. J’ai vu crever des moutons immédiatement après la tonte. On étoit alors dans DES MOUTONS. 199 l’usage de leur attacher les jambes; et on les manioit si brusquement qu’ils prenoient des coliques ou des crampes mortelles. Dans ce tems-là , il etoit rare qu’on ne perdît pas un mouton sur cent , par l’opération de la tonte; et aujourd’hui sur 5ooo , je ne crois pas qu’on en perde un ; mais au lieu de viser à qui ton- droit le plus vite, nous avons essaye de viser à qui tondroit le mieux. Nous estimons qu’une journée e§t bonne lorsqu’un homme tond 25 moutons. Il est toujours plus convenable de payer les tondeurs à la journée e[u’à la pièce; et c’est pour moi une véritable satisfaction que de voir cinq ou six bons tondeurs travailler à l’envi, sans blesser une seule brebis dans toute leur journée. Après que chaqqe tondeur à terminé son opération , il marque de verd, de bleu ou de noir, la brebis qu’il lâche; et le maître peut ainsi , d’après la couleur de la marque , reconnoître le tondeur qui auroit opéré avec négligence. Cela me paroît un moyen d’encouragement très-efficace. J’approuve l’usage de saisir le mouton par le jarret, mais non pas de le tirer en arrière depuis le réservoir jusqu’à l’endroit de la tonte. Il faut, au contraire, aussitôt que l’on a saisi l’animal par le jarret, avancer l’autre main jusqu’au col, pour le diriger de cette main , en 300 Ï>E EA TONTE le poussant de l’autre par la croupe : de cette manière on peut faire cheminer un mouton assez loin sans le moindre danger. Notre prix autrefois e’toit un slielling par douzaine de moutons, outre la bière; je pense qu’aujourd’bui le prix moyen est environ un slielling six pence ; mais notre usage assez ge’- ne’ral est de les faire tondre par les bergers mêmes , de manière que l’ouvrage est fait plus promptement et à meilleur marche’. L’ancien usage e'toit de commencer par tondre le ventre, puis d’attacher les quatre jambes. Le tondeur s’asseyoit ensuite sur un sac de paille , plaçoit l’animal devant lui entre ses jambes , et tondoit en long, en commençant par la tête , descendant le long du flanc gauche , et remontant le long du flanc droit. L’usage actuel est de commencer par le haut du col, de descendre le long du côte' droit du col, jusqu’à la poitrine. Le tondeur après cela, met le genou droit à terre , et appuie la tête du mouton sur son genou gauche plie'. Il recommence à la poitrine, et va en remontant dessous le col, jusqu’à la joue gauche. Il revient dessus le col, en redescendant jusque sur l’e'paule gauche. 11 change ensuite de position, et tond en tournant par dessous, jusques au flanc droit. Il abat ensuite la laine du ventre. DES MOUTONS. 201 Il procède , soit au flanc droit, soit au flanc gauche , parce qu’il se sert egalement de ses deux mains. II met enfln l’animal sur son flanc gauche , en l’assujettissant dans cette position avec son pied droit, qu’il lui appuie sur le col. Expériences sur la nourriture d’hiver et d’été des Bétes a laine. (Par Arthur Young.) J’ai commence' l’hiver de 1799 à 1800 avec 4oo bêtes , réduites par des ventes à 5 i 5 avant le 1." janvier. Ma provision d’hiver consistoit en 18 acres de turneps, 5 i acres de rouen, et onze acres de fog, (c’est-à-dire, de foin laissé sur pied toute l’année pour être mangé sur place en hiver.) Mon troupeau me consomma, en outre, i 45 quintaux de foin. Yoici donc le compte de l’étendue du terrain employé à les nourrir. Foin et regain. 7 acres. Rouen, ou regain, 24 acres: supposons un tiers de la récolte. 8 Fog (toute la récolte).11 Turneps. 18 44 acres. 202 DES DA NOTJR. DES BETES A DAINE. Ce terrain ayant hiverne 5i5 bêtes, c’est à raison de 7 et une petite fraction , par acre, outre 178 agneaux. Pâture d’été. Vieux prés.. . 16 acres. Chicorée presque perdue.11 Fétuque des prés, et fromenlal. 8 Fromental et pied-de-poule. 5 Fétuque des prés. 3 Idem. 3 Cvnosure. 3 Fétuque des prés. 4 3 Trèfle blanc et pimprenelle. 9 Fétuque des prés. 1 Vieux prés. 23 Idem.. 7 73 acres. En comptant deux agneaux contre une brebis , le nombre entretenu pendant l’e'te est de 57g, c’est-à-dire , 5 et une petite fraction par acre. Nourriture d’été. 7^ acres. Nourriture d’hiver. 44 Total. .n 7 acres. La moyenne, à prendre sur toute l’anne'e, est à raison de trois bêles par acre. Notice sur la Ferme nationale de Rambouillet. Par Ch. Pictet. Paris , le 1 janvier 1802. J F. viens de visiter l’etablissement national de Rambouillet, avec la curiosité que doit naturellement inspirer à un agriculteur la célébrité' du troupeau Espagnol qui y est entretenu. La ferme, situe'e à dix lieues de Paris, et dans le centre d’un parc d’environ quinze cents arpens, est un vaste bâtiment compose de quatre corps de logis qui entourent une cour carre’e , et comprennent, outre le logement de l’Econome de la ferme, des écuries, des vacheries, des granges, des hangars et un colombier. Qua* rante chevaux, jumens poulinières, ou élèves; une vingtaine de buffles, mâles et femelles ; un pareil nombre de vaches sans cornes , et environ vingt-cinq vaches de Romagne, de Suisse et de Normandie, occupent les écuries et les hangars. L’étalon est un animal remarquable par la beauté de ses formes, la grandeur de sa taille, et sa force. Il y a quelques jumens du Brabant, qui sont très-belles dans leur genre ; mais il ne m’a pas paru que les élèves répondissent à so4 notice sue ua ferme la beaute' des individus choisis pour en tirer race. Les buffles multiplient sans de'ge’ne'ration apparente. Cet animal est noir, sale, et fort laid ; prive de poil dans presque toute la partie supérieure des flancs , de la croupe et du dos ; il répand une odeur de'sagre'able , et a un cri sourd et uniforme qui ne ressemble pointa celui du taureau ou de la vache. L’accouplement du taureau avec les buffles femelles n’a rien produit encore. Ces animaux sont doux. Il y a deux mâles qui sont habituellement attele’s à la charrue avec deux boeufs du pays , et qui soutiennent fort bien le travail. Cet attelage, quoique fort, ne fait dans la journe'e de charrue que les trois quarts du travail que font trois bons chevaux avec une e'gale consommation de fourrage et d’avoine. Cette expérience comparative a e'te' faite avec soin par M. Bourgeois , l’e’conome de la ferme , qui nous en a rendu compte en nous montrant l’e'tabüssement. Le lait des femelles de buffle a un-goût particulier , qui ne déplaît pas à quelques personnes. Il donne une quantité de beurre plus considérable que le lait de vache , mais ce beurre est très-blanc, au lieu d’être jaunâtre comme le beurre ordinaire. Celte espèce donne, au reste , sensiblement moins de lait que la DE RAMBOUILLET. 205 vache. J’ai remarque’ que les jeunes buffles avoient une manière de téter leur mère qui est très-diffèrente de celle des veaux. Ils se placent derrière la mère , entre ses jambes , qu’elle e'carte, et ils lèvent et baissent continuellement la tête, avec la régularité d’un balancier, pendant tout le tems qu’ils sont occupe's à te'ter. Ils ne donnent point de coups de tête, comme les veaux, mais ce mouvement continuel sert apparemment à faire couler le lait plus abondamment. Les vaches sans cornes sont toutes tigre'es de blanc et de jaune. Elles proviennent de vaches du pays croise’es avec un taureau sans cornes, dont M. Bourgeois ne connoît pas l’origine , et qui est un fort bel animal. Quoiqu’il ait près de quinze ans, il est très-doux, et continue à saillir les vaches. Celles-ci, nées de mères cornues , sont toutes sans cornes , ou n’ont que des tubérosités osseuses qui ne sont pas adhérentes. Elles sont bonnes en lait, sans en avoir l’apparence , car leur pis est peu considérable. Elles n’ont rien de remarquable pour la taille et les formes. Les vaches de la Romagnd sont> d’une couleur grise noirâtre , et comme poudrées à blanc sur le,dos. Leurs cornes sont prodigieusement longues, s’élèvent verticalement et sont très- Uo6 NOTICE S OR RA FERME pointues. Cette race ne paroît pas promettre des avantages sensibles, quant au lait. Les taureaux sont moins maniables que les buffles, mais ils ont une masse bien plus considérable , et semblent annoncer tne force plus grande. Les vaches de Suisse ne sont pas des plus belles de cette race. Une seule est remarquable par sa taille : c’est un vrai colosse $ mais on ne la garde que par curiosité’ : il y a long-tems qu’elle ne fait plus de veaux. Celles de toutes, qui, au dire de M. Bourgeois, donnent le plus de lait, et re’ussissent le mieux à Rambouillet, sont les vaches de Normandie. Jusque là on voit plutôt une mena gerie qu’une ferme. Il manque même de la place pour que les animaux de cette menagerie soient convenablement loges. Il a fallu disposer des hangars en etables pour recevoir les taureaux et les vaches Romaines, ainsi que les vaches Suisses et* Normandes. Ces hangars , mal ferme's avec de la paille , font un mauvais logement d’hiver pour des animaux accoutumes à un autre climat et à d’autres soins : auàsi s’en ressentent-ils évidemment. ' ' * Le defaut de place se decèle encore par l’exposition de tous les chariots, tombereaux et charrues, dans les cours , et sans* abri, dans une saison où l’on ne fait presque aucun usage DE RAMEOUILLET. 207 de ces instrumens. Aussi, M. Bourgeois nous montra-t-il les dispositions d’un hangar qu’on va établir , et qui aura l 5 o pieds de long sur 60 de large. La bergerie, qui est l’objet le plus intéres- sant à Rambouillet, est de'tache'e de la ferme, à une distance de quelques centaines de pas. C’étoit autrefois une faisanderie. C’est un bâtiment composé de quatre larges galeries qui se réunissent par leurs extrémités, et qui forment la bergerie. Les crèches et les râteliers sont dans les deux côtés. La bergerie est plafonnée, et bien aérée. La litière y est très-abondante, la température n’y est ni froide ni chaude, et on ne sent aucune mauvaise odeur en y entrant. Il n’y a que six jours que les agneaux'ont commencé à naître, et il y en avoit déjà environ soixante. La proportion des mâles est, jusqu’ici, beaucoup plus forte: chez moi ce sont les femelles qui viennent les premières cette année : ordinairement l’équilibre se rétablit ensuite, et il est rare que le nombre des mâles et des femelles ne se balance pas à peu près , dans la totalité des agneaux d’une saison. C’est à Rambouillet qu’il faut aller pour voir le véritable type de la belle race d’Espagne. Les brebis ont un corsage d’une beauté ex- So8 NOTICE SUR LA TERME traordinaire. Le soin qu’on a toujours de ne les laisser porter qu’à la troisième année leur laisse prendre ce développement complet que les gestations prématurées contribuent à empêcher ailleurs. Elles sontsingulièrêment fortes, doubles, carrées, et, en généra], basses sur jambes. Celles qui nourrissent, ou qui sont prêtes à agneler, ont des mamelles distendues , et pendantes comme des petites vaches. Elles sont fort abondantes en lait, quoiqu’elles ne mangent, de tout l’hiver , aucune nourriture verte : les recoupes de luzerne et le trèfle sont leur unique fourrage. Chaque brebis , outre ses deux livres de luzerne , mange environ une demi-livre d’avoine avec de la balle de blé. On leur donne le soir de la paille dans les râteliers pour s’amuser pendant la nuit , mais cela ne compte pas comme nourriture. On affourre quatre fois le jour en hiver ; et on fait promener le troupeau tous les jours pendant une heure ou deux , à moins que la pluie ne soit constante. On forme quatre troupeaux séparés, savoir: les brebis portières, les beliers de deux ans et au-dessus , les agneaux mâles , et les agne- lettes et antenoises. Ce dernier troupeau n’est pas à Rambouillet. Le total de ces animaux va à près de 600. J’ai DE RA1VTB0UILDET. 2°9 J’ai etc singulièrement frappe' de la beauté des beliers d’un an. Je juge que leur poids moyen doit être d’environ 80 livres; et ils sont susceptibles de croître jusqu’à trois ans. On leur laisse maintenant à tous leur première toison dix-huit mois , avant de la tondre. On le faisoit tous les ans pour une douzaine d’agneaux, par voie d’essai. Cela a toujours bien réussi ; au lieu que l’on a souvent éprouvé que les agneaux tondus dans leur première année avoient à souffrir des longues pluies de l’été, ou des premiers froids de l’automne. J’ai déjà dit, dans la Bibl. Brit. , qu’on croyoit avoir remarqué à Croissy et ailleurs que les agneaux non tondus étoient moins sujets au tournis. Il faudra du tems pour constater la vérité de ce fait ; mais l’avantage de ne point risquer de retarder la croissance de l’animal est déterminant. M. Bourgeois m’a confirmé, d’après ses observations, ce que j’ai eu occasion de remarquer moi-même, c’est qu’il importe infiniment à la beauté d’un belier ou d’une brebis, que sa croissance n’ait été interrompue par aucun accident pendant la première année. Une autre raison encore d’attendre la seconde année pour tondre , c’est que l’agnelin a moins de prix que la laine faite , et que le poids de la première Tüaie 8 . O 210 NOTICE SUR TA TERME tonie, de 18 mois, est le même que celui des deux tontes en suivant l’ancien usage. Sur environ soixante béliers faits , j’en ai remarque' au moins une douzaine d’une beauté supe'rieure pour les formes : quant à la finesse il y a peu de différence entr’eux : on ne garde que les superfins dans l’établissement. On ne leur coupe plus les cornes comme autrefois, à moins qu’elles ne soient trop serrées et ne gênent la tête : on a remarqué que les acheteurs préféroient les beliers qui avoient leurs cornes entières. Ces mâles sont singulièrement doux et apprivoisés. Us se rassemblent autour de ceux qui entrent dans leur bergerie , et ne cherchent jamais à frapper : on les prend et les examine sans la moindre difficulté. En revanche ils se battent entr’eux avec fureur. Il y a des momens où il y a plus de vingt combats tout à la fois dans leur enclos. François Delorme , le premier berger de Rambouillet, nous disoit, que dans ces momens-là, il éloit obligé de se sauver lui-même de la bergerie, bienloin de pouvoirentreprendre de lesse’parer. Les femelles sont plus timides , et plus difficiles à prendre lorsqu’on veut les examiner. Le berger nous en a fait remarquer deux qui portent une laine de 5 o mois, et sont en expérience pour être tondues quand elle aura trois I DE RASÏBOTJILTÆT. 211 ans. La laine a sept pouces de longueur , et est aussi adhérente que si elle e'toit de l’année. Ces brebis ne souflrenl pas sensiblement du poids de leur toison , mais elles ne sont pleines ni l’une ni l’autre. Les râteliers et les crèches de Rambouillet sont mal disposes. Les barreaux du râtelier sont de sept à huit pouces de distance les uns des autres , et fort incline's. On les fait de celte manière pour que les moutons puissent fourrager aisément dans la paille qu’on leur donne, et y chercher le grain qui y reste. Les brebis peuvent passer la tète entre les barreaux , mais les mâles ne le peuvent pas , à cause de leurs cornes. Lorsqu’il y a du foin au râtelier , les bêtes font tomber la poussière et les semences du fourrage, sur la laine du col et du garol, ce qui détériore sensiblement la toison , parce qu’on ne peut pas l’en débarrasser complètement. — Cet inconvénient est encore augmenté à Rambouillet, par l’usage où l’on est d’af- fourrer sans faire préalablement sortir les bêtes à laine ( 1 ). Les portes de la bergerie sont trop ---- a (i) Un très-habile connoisseur en draps (M. Lom) qui fait un commerce immense en laines d’Espagne, a souvent observé combien ces corps adhérens nuisoient à la belle fabrication ; et a appris avec plaisir qu’il y avoit un moyen de prévenir cet inconvénient. 212 NOTICE SUR UA FERME étroites pour que la sortie et la rentrée frequente des animaux puissent avoir lieu sans occasionner de tems en tems des accidens ; et c’est encore un vice de la disposition du local. Les crèches laissent un vide en-dessous et derrière , qui est dangereux pour les agneaux qui s’y glissent, et même pour les bêles adultes • qui peuvent s’y coucher et y rester prises, M. Bourgeois , à qui j’ai fait celte observation, m’a dit qu’il alloil faire remplir ce vide avec du fumier. Il vaudroit la peine assure'mcnt de faire une petite réparation aux râteliers et aux crèches de celte bergerie , pour assurer aux îaines qui sortent de Rambouillet le plus haut prix et la meilleure réfutation dont elles sont susceptibles : il n’y a pas un fabricant qui ne payât volontiers cinq ou six sols de plus par livre de laine en suint, pour que les toisons ne fussent pas ce qu’on appelle luzerneuses. Après avoir examine’ long-tems et avec un très-grand plaisir, le magnifique troupeau re'uni dans celle bergerie, nous avons été conduits par M. Bourgeois et par F. Delorme, dans une dépendance de la ferme située à un demi-quart de lieue dans le parc, et où l’on a réuni des bêtes venues de Perpignan, et choisies en Espagne par Gilbert. Il y en a dans le nombre J DK nAMBOUILI/ET. 21 3 une trentaine qui appartiennent à M. Tessier, qui les a acquises de la veuve de Gilbert. On peut penser qu’un aussi habile connoisseur avoit choisi pour lui-même un lot superfin sur plus d’un millier de bêtes qu’il avoit achetées. Celles que le Gouvernement s’est réserve'es pour Rambouillet, sur le dépôt de Perpignan, sont probablement bien choisies aussi ; en sorte que nous pouvions croire que ce troupeau éloit l’élite des bêtes amenées d’Espagne l'année dernière. La petitesse des animaux , comparés à la race de Rambouillet, nous a frappé au premier coup-d’œil. Nous nous sommes rencontrés , mes compagnons de voyage et moi , en estimant dans le rapport de cinq à sept , le poids relatif des Perpignans et desRambouillets. Leur construction est légère. Les bêtes ne sont pas garnies de laine sur les jambes et jusqu’au nez ; elles ont peu de colfre, peu ou point de fanon $ mais leur finesse m’a paru à peu près égale à celle des bêtes de Rambouillet. J’ai pris des unes et des autres un certain nombre d’échantillons que je comparerai à loisir au micromètre. Les agneaux de- ces brebis Espagnoles ont deux mois au moins, et il y en a plusieurs qui sont très-jarreux. iVL Bourgeois nous a fait observer dans les KOTICi: SUR LA FlillMK 2i4 élables de la ferme , une brebis qui s’est atta- cbe'e aux vaches, et ne les quitte jamais, ni au pâturage , ni à l’étable. Il y a plusieurs années que cette inclination se soutient. Elle ira jamais voulu prendre le bélier. Lorsqu’on l’a mise avec le troupeau, elle a toujours saisi la première occasion de s’échapper pour revenir joindre les vaches; et lorsque celles-ci traversent un étang pour aller paître dans une île du parc , elle les suit à la nage. M. Bourgeois nous a confirmé ce que nous avions ouï dire de l’empressement croissant des cultivateurs pour se procurer de la race Espagnole. Quelques voisins, qui ont fait long- tems profession de ne point croire au succès, se repenlentaujourd’hui amèrement de ne s’être pas mis plus tôt à cette exploitation , et veulent acquérir de celte race à tout prix. Nous avons pu juger de la spéculation que font ceux qui se sont pourvus à tems de ces animaux pour les faire multiplier. Àu moment de monter en voiture pour revenir à Paris, nous avons appris de notre hôtesse qu’elle avoil une brebis et un agneau d’Espagne. Nous avons été curieux de les voir. La brebis e’toit venue au monde eu jumelle , et avoit été achetée chez un voisin pour peu de chose. On l’avoit nourrie au biberon, L’année suivante elle étoit devenue / I)E KAMBOÜIÏXET. 215 pleine et avoil fait l’agneau mâle qu’on nous a montré, et qui a un an à présent. L’hôtesse nous l’a offert à vendre pour quatre cents francs. Elle en a déjà refusé cent écus , et se croyoit Lien sûre d’en tirer plus de 4 oo francs à la vente prochaine (1). M. Bourgeois nous a montré le tableau des échantillons de toutes les laines du troupeau de Rambouillet, d’année en année depuis 1787, époque à laquelle il arrivoit d’Espagne. L’œil le plus exercé ne peut apercevoir aucune trace de dégénération , et je crus voir plutôt un affinement assez sensible : ce qui, au reste, ne devroit pas étonner, puisque de génération en génération, les beliers ont été choisis parmi les plus fins, au lieu que dans les troupeaux d’Espagne , on ne prend point ce soin là ( 2 ). Nous avons vu encore à Rambouillet, quelques chèvres d’Àngora, avec un mâle de la même espèce. C’est un fort joli animal ; mais on n’a pas su jusqu’ici, en tirer le môme parti que les Suédois, qui ont amélioré leur race du (1) M. Cbabert, professeur à l’école d’Alfort, m’a dit avoir vendu une brebis espagnole douze cents livres en numéraire. (q) Voyez ci-dessus les faits et observations sur les mérinos d’Espagne. 216 SUR LA FERME DK RAMBOUILLET, pays par des croisemens avec les boucs d’An- gora. Leur toison paroît propre à de très-belles étoffes qu’on n’a pas essayées jusqu’ici, en France : c’est pourtant un objet qui seroit intéressant à suivre. Cette rtfce est sensiblement plus petite que la race de nos chèvres. Elle est robuste , facile à nourrir , mais ne donne pas, à beaucoup près, autant de lait que nos chèvres. Ou a essayé plusieurs fois si l’union du bouc d’Angora avec la brebis d'Espagne , ou du bélier avec la chèvre , produiroit quelque chose, et on n’a point réussi. Lettre de M. Bens de Cavour à M. Ch. Pictet , l’un des Rédacteurs de la Bibliot. Britan. Monsieur, t JParmi les obligations dont l’Europe littéraire est redevable au Journal de la Bibliothèque Britannique, dont vous êtes un des rédacteurs, ce n’est pas la moindre que les instructions pour la conduite d’un troupeau de moutons à fine laine; les calculs pour prouver à l’évidence l’énormité des bénéfices, et enfin l’historique des succès qu’on a obtenus dans. MERINOS D’ESPAGNE EN PIÉMONT. 217 tous les pays où l’on a entrepris de multiplier ces inte’ressans animaux. Ces motifs me donnent lieu de croire qu’on lira avec quelqu’in- térêt les deux Mémoires que je vous envoie, et qui contiennent tout ce qui s’est pratique' en Piémont à cet égard : ils ont été pre'sente’s à l’Acade'mie d’agriculture de Turin, qui con- noissant toute l’importance de cet etablissement pour la prospe'rité agricole du Pie'mont, s’en est déclarée la protectrice ; tous les obs- tacles étant maintenant surmontés, sa récompense sera dans la plus brillante réussite. J’ai l’honneur d’être, etc. Bens de Cavour. Genève , ce 30 pluviôse an to. Observations concernant la race pure et croisée des mérinos d 3 Espagne en Piémont. Ijes soies, les riz, les chanvres et le gros bétail, faisoient, avant la révolution, les principaux objets du commerce d’exportation que l’on pouvoit évaluer à 4o millions de liv. pour le Piémont : son sol fertile abonde encore en blés de toute espèce ainsi qu’en vins. Autant d’avantages réunis n’empêchoient cependant pas que la balance de son commerce ne lut SUR UES MERINOS 521 $ plus tôt passive ; parce cpie parmi les objets essentiels qui nianquoient à sa consommation, les laines avoient de tout tems été oubliées; nul pays cependant ne réunit plus de moyens pour obtenir ce genre de cultivation ; entouré de montagnes , dont les cimes sont couvertes des plus belles prairies du monde , accessibles cinq mois de l’année ; des plaines arrosées par des canaux intarissables qui entretiennent la fraîcheur et l’abondance dans des prairies immenses; des guérets, des ..taillis et des bruyères non moins utiles à l’entretien des troupeaux , sont autant de ressources que la nature a prodiguées depuis les sources du Pù aux confins de la Cisalpine, des Etats de Parme et de ceux de la Ligurie. » Le comte Graneri, homme de génie , aimant sa patrie , protecteur des arts et du commerce , conçut le projet, au retour de son ambassade d’Espagne, et placé au ministère, de procurer au Piémont celle branche de richesse , qui fait aujourd’hui une des principales occupations des Gouvernemens , du nord au midi de l’Europe. Il obtint de la cour de Madrid la permission d’extraire un troupeau de cent cinquante brebis des plus belles races de Ségovie , choisies par le prince de Masse- van : elles lurent établies en partie au domaine d’espagne en piâmont. 219 de la Mandria, et le restant fut cédé à des propriétaires. i> La guerre qui agita le Piémont à celte e'poque ne permit pas au Gouvernement de suivre les progrès du nouvel etablissement, et la perle du ministre auroit entraîne celle de la nouvelle race, si les soins de l’Academie d’agriculture, aussi bien que ceux des particuliers , qui s’e'toient charges d’une partie des troupeaux, n’eussent, comme par miracle, réussi à conserver ce dépôt précieux dans toute la pureté du sang, et même à en porter le nombre à environ cinq mille têtes, y compris les productions que l’on aura dans deux mois , dont le tiers de race pure , le reste de croisés avec des brebis romaines, napolitaines et padouanes. )) Dans cet état de choses, presque tous les propriétaires des troupeaux séparés s’étant réunis en société pastorale , proposèrent l’année dernière au Gouvernement de se charger, moyennant des conditions qui furent arrêtées, de l’exploitation du susdit domaine de la Mandria , en débutant avec deux mille brebis à laine supprime ; d’en porter dans la suite le nombre jusqu’à six mille , et d’avoir en attendant un nombre de béliers disponibles pour la propagation de la race aux accourans. 220 SUR UES MERINOS )) L’on peut donc calculer à environ trois mille lés troupeaux rassemblés en société, y compris les produits de l’année : ensuite l’on doit compter le magnifique troupeau de M. Col- legno de quinze eenls têtes : c’est à sa théorie éclairée , et à une pratique aussi exacte que suivie , que l’on est redevable de la majeure partie des succès. Les autres troupeaux moins considérables forment enfin le complet des cinq mille ci-devant énoncés. » Les observations que l’on se propose de faire seront relatives aux deux troupeaux principaux , et plus particulièrement à celui de la société pastorale , qui a suivi les principes de d’Aubenton «, autant que les circonstances accessoires l’ont permis , ainsi que les traces plus récentes de ce qui se pratique dans lea nouveaux établissemens en France. » Tel est l’historique de l’introduction de la race des moutons à laine fine en Piémont, où il n’existoit, avant cette époque, qu’une espèce indigène , que l’on cultive plus sous les rapports du lait et de la boucherie , que sous celui du produit des laines , dont une seule espèce existante dans le Biellois sert à faire quelques très-mauvais draps de bergers. )) Après avoir dit comment la belle race ségovienne est parvenue dans ces contrées, d’eSTAGNE EN PIÉMONT. 221 l’on va rendre compte de la marche que l’on a tenue pour la propager dans toute sa pureté; de la méthode que l’on a suivie pour la croiser avec les meilleures espèces italiennes , et des observations que l’on a faites sur les métis. )) Dès l’époque de l’arrivée du troupeau espagnol en Piémont, en 1790 , on se décida à tirer des Etats de Naples , de la Romagne et des environs de Padoue , des brebis les mieux choisies; et au printerns de 1795, on les unît au troupeau espagnol, qtéi avoit déjà donné des productions pendant l’année d’intervalle que l’on dut attendre ces dernières; les mêmes soins furent apportés aux deux races, le même régime de tenue , de nourriture et d’accouplement , les fit prospérer également. Les produits de race pure eurent la queue coupée quelques jours après la naissance, afin de pouvoir s’assurer de leur légitimité ; la même chose se pratique dans les troupeaux espagnols. Tous les mâles , sans exception de la race croisée , furent coupés avant l’âge de six mois , et l’on n’employa ceux de la race pure qu’à la troisième année , donnant la préférence à ce qu’d y a de plus distingué ; ensuite l’on divisa le troupeau dans l’ordre suivant : 1. Les beliers de race pure. 2. Les moutons qu’on garde jusqu’après la troisième tonte. 222 SUIl LES MERINOS 5." Les portières de toute race ( 1 ). 4. ” Les antenoises de même. 5. ° Les béliers de la première et seconde anne'e. » C’est dans cet ordre que les troupeaux sont tenus dans la belle bergerie de la Mandrin , par des bergers iutelligens, sous la dé- pendance d’un chef pris dans leur classe, ayant sous ses ordres un chef dans chaque division , et des garçons en proportion du nombre de chaque troupeau. » Le local de la bergerie est compose’ d’une grande cour carrée ; le vestibule qui y donne accès contient à droite et à gauche le logement des bergers : trois grands hangars fermés, contenant mille bêtes chacun , forment les trois autres faces de la cour , ayant chacune deux grandes portes pour y donner l’issue; elles sont fermées par des grilles de quatre pieds ; ces hangars communiquent des uns aux autres par l’intérieur. Des lucarnes et de grandes ouvertures pratiquées dans, le corps des bâti— mens, laissent une libre circulation à l’air, et facilitent l’exhalaison des miasmes méphitiques; des mangeoires établies le long des (i) Nom qu’on donne aux brebis de qui on lire là race. D’ESPAGNE EN PIÉMONT. 223 murs et au centre des hangars , donnent le moyen de faire manger tout les troupeaux dans le même tcms, sans qu’ils soient pressés; enfin, des divisions mobiles servent à reserrer ou agrandir les emplacemens selon le besoin. D A l’cntre'e du bâtiment coule un canal, au bord duquel on a pratiqué un abreuvoir pavé, de 5o toises de longueur. Huit cents arpens de prairies contiguës , dont ledit bâtiment forme le centre , fournissent les pâturages , ainsi que le fourrage nécessaire aux troupeaux , tout le tems qu’ils passent dans la plaine, c’est-à-dire ,* des derniers jours du mois d’Octobre. à la moitié environ de Juin: à cette époque on les fait monter aux Alpes, Du la fraîcheur d’un second printems leur fournit un abondant et meilleur pâturage que celui qu’ils viennent de quitter. Les agneaux de l’année ne sont tondus que l’année d’ensuite, c’est-à-dire à dix-huit mois environ. )) Le voile dont on les a dépouillés quelque tems avant leur départ, augmente encore les jouissances qu’ils éprouvent errant en liberté au travers de ces régions élevées. Les beliers lâchés dans le troupeau des portières, opèrent sous d’aussi heureuses influences le grand œuvre de la reproduction. t » Aucun système d’accouplement ne sauroit 224 SUR UES MERINOS réunir plus d’avantages; la vigueur, la force et la santé rie pouvant être que le résultat de la pure te’ de l’air , de l’excellence des alimens, et du libre usage des faculie's des êtres organises. Aussi jamais les troupeaux ne sont plus beaux qu’à la descente des montagnes, maigre le système que l’on â de les nourrir abondamment dans la plaine. Quarante jours environ suffisent pour les accouplemens ; après ce terme , les beliers sont remis en troupeaux séparés, et au mois de Décembre , l’on peut compter sur autant de produits à peu près , que l’on a de brebis portières, les avortemens n’étant jamais bien considérables. Cette fécondité ne laissera rien à désirer lorsque l’on aura trouvé le moyen de se garantir des deux fléaux destructeurs , la pourriture et le lourdis; les autres maladies jusqu’à ce moment n’ont pas fait de ravages. Les pâturages sains et secs doivent garantir de la première, et le choix des pères, de la seconde. )) Les beliers ne sont jamais employés qu’à la troisième annçey et les brebis qu’à la seconde ; une plus longue réserve seroit à pure perte , et peut-être nuisible ; l’animal à celte époque étant parfaitement formé. » L*on ne fait guères usage des parcs eu plaine, l’expérience ayant démontré que l’on tire ♦ D'ESPAGNE EN PIÉMONT. 225 tire un plus grand parti du fumier lorsqu’on a de lu paille à suffisance ; en montagne , où l’on n’a ni abri , ni paille , les troupeaux parquent tout le teins qu’ils y passent, lorsque la terre est couverte de neige ; et même lorsque les pâturages ne suffisent plus aux troupeaux , on les nourrit à la bergerie avec le meilleur regain ; l’on n’a pas encore essaye' d’autre nourriture, vu la bonté des fourrages du Pie'mont; cependant l’on se propose défaire un essai de pommes de terre, dont la culture commence à prendre dans la plaine. Chaque agneau ne tette que sa mère -, on les séparé à quarante jours, et ils ne sont sevrés que quelque te ms avant d’aller à la montagne, assez forts pour supporter la marche de sept à huit jours qu’ils doivent faire. » Afin de suivre l’ordre que l’on s’est propose, l’on va rendre compte des productions des deux races. Quant à la première , l’on se bornera à observer que les laines n’ont dété- riore' nullement, ni en finesse , ni en élasticité', ni en force : les échantillons que l’on converse pris sur le troupeau espagnol-, lors de son arrivée , en sont une preuve irrécusable ; le type est absolument le même pour les formes : quant à la taille elle a gagne' d’un à deux pouces. Pour la quantité de la laine on ne sauroit la comparer , attendu que l’on n’a pas su , lors Tome 8 . P stm TjES mérinos j. é '226 \ de l’arrive’e du troupeau, de combien de tems e'toit sa toison. » Celle que l’on coupe annuellement, béliers , moutons et brebis , on peut la calculer, l’un portant l’autre, à neuf livres poids de douze onces. Il y a des béliers qui donnent seize livres , et des brebis qui vont jusqu’à douze. » La chair des moutons est infiniment plus délicate que celle des communs du pays. » Les notices relatives à la race croisée termineront les observations que l’on s’est propose de faire. i.° » Les laines des rne’tis ont gagne’ considérablement en finesse dès la première annee; il faut noter que ce premier pas ne les porte pas bien loin de la perfection ; les laines du midi de l’Italie étant les premières après celles d’Espagne. 2. 0 » Les me’lis sont plus fournis de laine que les mères, celles-ci n’ayant que le dos couvert, et les autres parties du corps presque nues. Aussi leur toison donne un tiers moins que les espagnoles , quoique d’une taille de trois pouces plus èleve’e. 3 . ° » La peau commence à prendre une nuance d’incarnat , ainsi que la race primitive. 4 . ° )) Le nouveau type s’annonce par un rap- E’jîSPAGNE EN PIEMONT. 227 prochement au père, tant par rapport à la tète plus carre'e, Je col moins allonge', que par le corps plus ramasse', les jambes plus raccourcies. 5. ° » La seconde ge'ne'ralion a e'te' d’un rapprochement progressif aux résultats de la première. 6. ° «Enfin, la troisième et la quatrième, en ge'ne'ral , laissent si peu à désirer, relativement à la finesse des laines , au poids résultant des toisons , aux formes du corps , qu’il faut être bien connoisseur pour y voir encore quelque nuance de diversité'. « De nouveaux essais que l’on a entrepris relativement a des croisemens avec la race indigène fournie d’une longue laine pour en obtenir de l’espèce qui existe en Angleterre, feront le sujet d’une dissertation , qui paroîtra aussitôt que l’on aura les données nécessaires. 328 SUR LES MERINOS Mémoire pour servir de suite aux Obser~ vations sur la race pure et croisée des Mérinos en Piémont (1). « Huit années d’expériences prouvent d’une manière incontestable , que la race’ pure des mérinos en Piémont s’y est acclimatée ; que la race croise'e avec les brebis des parties méridionales d’Italie a presque acquis un égal degré de perfection , ainsi qu’en Angleterre , en Prusse, en Danemarc , en Suède, et tout» récemment en France. D’après de pareilles autorités quels sont les obstacles qui privent encore le sol fertile du Piémont de voir propager, sous l’influence de son heureux climat, celte plante précieuse qui prospéra isolée : ce n’est pas l’arbre qui porte le fruit défendu j bâtons-nous donc de tirer de ses rejets la sève qui doit greffer les épines qui l’entourent, et rendons commune une production indispensable à nos besoins; la nature ne demande que quelques soins de plus pour nous l’accot— (1) L’Académie d’Agriculture ayant été requise parle Gouvernement de lui présenter un projet pour améliorer les laines indigènes du Piémont, elle lui a proposé celui qui suit, qui vraisemblablement sera adopté çt mis en exécution. d’eSTACNE EN PIEMONT. 22Q I der généreusement. Il n’est pas question de détruire pour édifier ; de se fatiguer en spéculation pour tirer des régions éloignées l’espèce à grands frais; de courir les risques des transports, des cliangemens de climats, enfin les chances inséparables des nouvelles expériences; plus d’obstacles : le succès est aussi sûr que l’entreprise avantageuse. » Il ne faut que vouloir efficacement ; et peu d’années suffiront pour nous affranchir du tribut le plus onéreux que nous ne cessons de payer aux productions comme à l’industrie des nations plus éclairées que nous. » Persuadons à nos bons bergers qu’il est de leur intérêt d’échanger la mauvaise espèce de leur brebis contre une meilleure, qui, au lieu de leur rapporter trois livres environ de la plus mauvaise laine , leur en fournira presque le double , d’un prix triple en valeur, sans rien varier à leur système , ni gêner en aucune manière la liberté de leur commerce; enfin, qu’en augmentant leur profit ils augmenteront la masse des richesses de la nation, de laquelle ils font partie. » Contraignons leurs préjugés et leurs vieilles habitudes a céder à la conviction de la vérité, ■par l’appât irrésistible d’un meilleur sort, qui doit être le résultat du plan qu’on propose, 2 DO SUR I/ES METtlNOS et que suivra quelque détail necessaire à son développement. » Manquant de donne'es pour fixer le dénombrement des brebis existantes en Piémont, on en établira , en attendant que cette importante operation aie lieu , une approximative de trois cent milles , appartenantes dans la majeure partie à des bergers errans , qui , ainsi qu’en Espagne , vivent l’été aux Alpes , et le restant de l’annee dans la plaine , se dirigeant en conséquence des prix qu’ils doivent payer pour les pâturages , et les foins qui leur sont necessaires. )) L’autre portion appartient à des propriétaires fonciers, ou à des métayers , sans former cependant de troupeaux ; tel est à peu près le régime que l’on suit en général relativement aux bêles à laine , qu’il faut diviser en deux classes; savoir, celles à laines courtes comme celles que l’on trouve dans Je Biellois et dans le Canavesan ; et en laines longues dans les autres provinces. » Les bergers, ainsi que tous les propriétaires des bêles à laine, en retirent trois sortes de profits , le lait, les laines et les agneaux , ou les moutons qu’ils vendent aux boucheries; d’après le nouveau régime que l’on propose , ils pourront continuer le même commerce D’ESPAGNE EN PIÉMONT. 25l avec la différence qu’ils quadrupleront leurs profils sur leurs laines , ne doutant nullement que , instruits par l’expérience , ils sacrifieront une portion du lait pour nourrir davantage les produits qu’ils éleveront , et en augmenter par là la quantité en améliorant leurs toisons. )) Il s’établira ensuite une émulation entre les grands et les petits propriétaires , de laquelle le Gouvernement pourra tirer le plus grand parti pour approcher autant que possible du degré de perfection que l’on se propose. )) Par ce que l’on vient de dire, il est prouvé que nous possédons la véritable et honorable classe de bergers , c’est-à-dire de propriétaires de troupeaux; ailleurs ce ne sont que des domestiques pâtres , des mercenaires à gages , desquels on ne peut espérer de tirer un aussi grand parti, nuis intérêts ne les attachant à la chose; profilons donc de celte heureuse circonstance pour établir, ainsi qu’il existe en Espagne , des règlemens qui fixent d’une manière invariable le régime des nouvelles races à laine fine : s’il nous faut des autorités nous les trouverons dans notre propre pays ; n’en avons-nous pas de relatifs à l’exploitation des soies ? L’objet dont il est question est-il moins important? Sa réussite est-elle moins sûre? et quand même les profits que l’on est en droit 2Ù2 SUR I/E5 MUR INOS d’en espérer seroient moins conse’quens, ee motif devroit-il nous arrêter? Ne percions jamais de vue que les laines sont un objet de première nécessité, à l’abri des caprices tyranniques de la mode, et dont le prix de la main- d’œuvre, pour les vendre en état de s’en servir, décuple leur valeur première. S’il faut des calculs pour fixer l’attention , je finirai celte digression par un simple aperçu qui ne paroît pas admettre de réplique. En partant delà base de trois cent mille brebis , ainsi que du produit très-modéré de six livres (i) par toison à vingt sols la livre , nous avons un revenu d’un million huit cent mille livres de matière brute, qui répondra , en décuplant par la main- d’œuvre , à dix-huit millions de valeurs réelles que nous ne pouvons nous dispenser de tirer de l’étranger dans l’état présent des chosesj le relevé des douanes, dans une commune de dix ans, justifiera la dernière partie de l’hypothèse, ne mettant pas en doute que l’on ne doive faire valoir par l’industrie le produit du sol : tel est le système reconnu par toutes les nations. S’il peut encore trouver des détracteurs qui se refusent à son évidence parmi la nôtre, le nombre des personnes éclairées est (i) La livre de Piémont est de douze onces de mare. d’kSFAGNE EN PIÉMONT. 235 si supérieur qu’on les forcera de concourir au bien général, les laissant libres de garder leurs opinions. Projet de Règlement pour la propagation des Laines fines en Piémont, l.° « Ie sera nomme' un Conservateur-ge’né- ral de tous les troupeaux de bêtes à laine. » 2 ." ))I1 y aura dans chaque departement des Inspecteurs sous l’immédiate dépendance du Conservateur-général. 5.° )> Il sera procédé dans chaque département à un dénombrement des bêtes susdites. 4. ° » Il sera formé autant de registres constatant, 1. ° Les noms des chefs bergers , propriétaires des troupeaux. 2 . ° La qualité et le nombre des brebis qui leur appartiennent. 5.° La qualité et le nombre existans auprès des propriétaires fonciers, ou métayers. 5. ° » D’après ces registres, le Conservateur- général fixera la quantité nécessaire de beliers, tant aux bergers qu’aux propriétaires fonciers, ou métayers. 6. ° Aucun propriétaire des bêtes à laine, 254 SUR UES RAINES FINES de quelle classe que ce soit, ne pourra sé servir d’autres beliers que de ceux de la nouvelle race. 7. ° » Les Inspecteurs mettront à l’amende tous les contrevenans, et veilleront à ce que les agneaux provenans des races particulières soient coupe’s avant les six mois. 8. ° » Dans le courant du mois de Mars, il y aura une assemblée géne’rale de tous les bergers propriétaires à la Mandria de Chivas, ceux qui ne pourront y intervenir , se feront représenter par des personnes chargées de , leurs pleins pouvoirs ; l’assemblée sera présidée par le Conservateur-général des troupeaux ; il sera pourvu à toutes les demandes qui tendront à l’avantage de la propagation de la nouvelle race. )) Chaque berger sera muni d’une déclaration de son Inspecteur , constatant sa conduite, l’état de son troupeau , les progrès de l’amélioration ; et ceux qui réuniront le plus de suffrages, et qui présenteront les plus beaux échantillons, obtiendront des distinctions et des récompenses décernées par le Conservateur-général , au nom de la nation. » L’on procédera , dans la tenue de ladite assemblée, à la distribution des beliers d’après les demandes qui seront faites , et sur les déclarations des Inspecteurs. 1 EN PIÉMONT. 200 » La distribution se fera par la voie du tirage; les bergers cependant, qui se seront distingue's, obtiendront des préférences. Quant aux prix, comme aux facilites des paiemens, il sera pris des arrangernens à l’avantage des > bergers. g.° )> Il sera fourni une feuille de route aux bergers, tant pour aller que pour retourner à leur domicile. 10. ° » Il sera envoyé' dans les differens dé- partemens, des beliers pour le service des particuliers d’après les demandes des Inspecteurs, foode'es sur le nombre des brebis existantes dans leur arrondissement respectif. 11. ° » Il est absolument défendu de vendre aucun des beliers provenant de la Mandria lorsqu’ils seront hors d’état de service. Le propriétaire ne pourra s’en défaire qu’après l’avoir fait conster à l’Inspecteur, et en avoir obtenu le permis. En cas de mort, la tête sera envoyée à l’Inspecteur pour la décharge du propriétaire. 1 2 . ° » Les remplacemens qui ne pourront se retarder jusqu’à l’époque de l’assemblée generale se feront de suite sur l’invitation .des Inspecteurs aux Directeurs de la Mandria. t5.° » I! sera tenu un registre des noms des bergers et autres propriétaires à qui les beliers i 236 LAINES FINES EN PIÉMONT, auront été distribués par les Inspecteurs : le double sera tenu au domaine de la Mandria. 14. ° )>Les bergers sont tenus, en arrivant dans le département, de se consigner à l’Inspecteur, et ils ne pourront passer dans un autre sans la permission qui constate le nombre des beliers dont ils sont pourvus. 15. ° » Les Inspecteurs enverront chaque mois l’état de situation des troupeaux et brebis séparés de leur département. Ils veilleront à la plus exacte exécution du présent règlement , et se tiendront en rapports avec le Conservateur-général.’ MOUTONS. {Annales d’Art hur Young.) Il y a vingt-cinq ans que M- Crowe d’Àsh- Wichen avoit un troupeau de brebis de South- down et de Norfolk. Les premières pnrois- soient s’entretenir beaucoup mieux sur un terrain maigre, et il résolut de n’en plus avoir d’autres. 11 écarta ses beliers de Norfolk et n’employa que des beliers de Soulh-down. Il parvint ainsi peu à peu à avoir un troupeau entièrement composé de Soulh-down. Les MOUTONS. 207 beliers n’étoient pas des meilleurs , car il les achetoit au marche de Smithfield. Après quelques années d’expérience, qui confirmèrent M. Crowe dans l’opinion que la race e'ioit excellence , il envoya chercher chez M. EUman, dont la re'putalion commençoit à s’e'tendre , quatre beliers de South-down, les plus beaux qu’il eût. M. Crowe les paya cinq guine’es la pièce , ce qu’alors on regardoit comme un haut prix. Ayant éprouve’ que rien ne faisoit mieux que le croisement des brebis de Norfolk avec les beliers de South-down, il donna trente guinées à M. Prick de Hargatc- house, pour choisir dix agnelettes sur son troupeau de Norfolk. 11 se procura d’autres brebis de la même race , et fonda son troupeau de cette manière , en y joignant ce qu’il avoit de mieux en brebis de son ancienne race croisée. Il a continué ainsi à se servir des beliers de South-down , jusqu’en 1795. Alors il croisa de nouveau sa race avec un belier de Leicester. M. Coke lui en laissa choisir un qui répondit particulièrement à l’objet qu’il se pro- posoit. M. Crowe donna à ce belier les vingt- deux plus bellesbrebis devenues South-down s, ou du moins dans lesquelles le sang de Norfolk n’étoit presque plus sensible. Cependant il auroit désire conserver quelques-unes des 258 MOUTONS, propriétés de la race de Norfolk : ainsi, par exemple, il trouve qpe les moutons de Norfolk l’emportent sur tous les autres pour la quantité’ de chair qu’ils ont sur le garot et sur le dos. Il trouve aussi qu’ils ont le coffre plus haut ou plus profond , immédiatement derrière les épaulés , c’est-à-dire , que , vu de profil, l’animal paroît avoir une capacité' plus considérable que les moutons de toute autre race; enfin , il dit que le corps des Norfolk est plus long. Hormis ces trois avantages , la race, dit-il , n’a rieii de bon que de donner beaucoup de suif. M. Ouvre a e'te’ achemine’ à cette marche par l'expérience qu’il avoit relativement aux croisemens des races de lévriers. Il pensoit, d’après les faits dont il avoit connoissance , qu’en travaillant avec attention et avec soin, l’on pouvoit faire passer aux descendans toutes les qualités de deux ou trois racés, sans leur communiquer les défauts de ces races ; et il y a réussi. Il ne pense pas que la parfaite rondeur des Leicesler , qui sont faits comme des tonneaux, soit un aussi grand avantage qu’on le croit communément. Si l’anima les trond, le coffre manque de hauteur ou profondeur. Nous verrons bientôt, en comparant le poids d’un mouton de la race MOUTONS.' 209 de M.Crow, c’est-à-dire, dont le coffre e’toit profond , et d’un mouton de Leicester dont le coffre étoit rond, quel’avantage de donner beaucoup deviandeet desuifn’estpasexclusivement attache' à la rondeur du coffre de l’animal. Le croisement du belier de Leicester avec les South-downs les plus longues, les plus larges et les plus profondes de coffre , produisit ce que M. Crow cherchoit, excepté la largeur du corps , et la quantité de laine : il trouvoit aussi qu’il falloit travailler à augmenter la disposition à la graisse , disposition qu’il jugeoit un peu altérée par ce qu’il restoit à ces animaux du sang de Norfolk. Pour ce rapprocher sans cesse de son objet, il a eu soin de choisir annuellement les beliers qui réunissoient au plus haut point les qualités dont il avoit besoin, et de leur donner des brebis assorties. Son progrès a été sensible d’une génération à l’autre. Il a visé à affoiblir le sang de Leicester comme il avoit fait précédemment le sang de Norfolk. Aujourd’hui il estime que son troupeau a un trente-deuxième du sang de Leicester, et un soixante-quatrième du sang de Norfolk (1). Il prend toujours ses (1) Si les Anglois avoient mis au perfectionnement de leurs laines les mêmes soins, la même intelligence, MOUTONS. <î4o beliers clans son propre troupeau ,' 1 et sï l’on veut juger de la manière dont sa race s’entretient sur un terrain donne, on peut le voir par le détail suivant. Il a actuellement: et surtout la même persévérance qu’ils ont su mettre à améliorer leurs races de moutons sous d’autres rapports, ils seroient aujourd’hui indépendans de l’Espagne, à laquelle ils paient annuellement un million sterling pour ses laines, et leur industrie du lainage auroit probablement acquis des développemens bien plus étonnans encore que ceux qu’elle a. On ne peut s’empêcher de s’étonner de l’indifférence du Parlement aux réclamations tant de fois répétées , par les cultivateurs , contre le monopole des laines que la loi accorde aux fabricans, et qui tue l’émulation. J’ai envoyé l’année dernière à Arthur Young des échantillons de mon troupeau de mérinos. Cet habile agriculteur dont les vues économiques et politiques sont si saines, déplora, en admirant ces échantillons, que ce genre d’amélioration fût totalement découragé en Angleterre : Our wooll lafvs are infamous (nos lois sur les laines sont infâmes) écrivoit-il en réponse, avec cette énergie qui lui est propre. C’est une grande leçon pour les autres peuples agricoles et manufacturiers. “Nota. Il y a 7 ans que ceci est écrit. L’importation des laines d’Espagne en Angleterre dans les années suivantes a augmenté jusqu’à moitié en sus de ce qu’elle étoit en 1803. (Octobre 1809.) MOUTONS. a 4 i 23 beliers. 226 Brebis portières. 94 Antenoises. 5 o Moutons antenois. 4 a Agneaux mâles. 228 Agneaux coupe's et agnelettes. 665 qui se sont nourris sur 71 acres de pâturages , et 21 acres de près après les foins. Il s’est vendu, en outre, 29 moutons antenois au i 4 mai. On a tue’ cinq vieilles brebis pendant la moisson, et il en est mort trois. Une vache et deux genisses se sont nourries sur le même terrain , et la nourriture y est encore abondante. M. Crowe compte hiverner son troupeau jusqu’en Avril avec l’herbe de ses pâturages, 20 acre? de beaux turneps , et le pâturage de 60 acres de chaume. Sur les mêmes près abandonne's aux moutons l’on a fait de plus, cette année, sept chars de foin. Les 71 acres de pâturages ou vieux prés, sont enclos, et valent 20 shellings l’acre de ferme. Les 21 acres donnés au troupeau après la faux, sont du trèfle et du ray-grass : il y a beaucoup à manger à présent. Ils ont eu l’hiver dernier 32 acres de beaux turneps, et point de foin. Us avoient le pâturage de 71 acres de pré : le troupeau s’est hiverne' de cette mar Tome 8, Q 242 MOUTONS* nière. En general, on peut compter que cette quantité de bêtes , de la race qu’il s’est forme'e s’hiverne très-bien sur 32 acres de turneps et gt acres de pre's : les 60 acres de chaume sont en surplus. Les terres se trouvent admirablement bien du parcours : l’effet en est tel, que quoique M. Crowe ne soit qu’à un mille de Norwich , il n’a pas acheté depuis douze ans une seule voilure de Fumier , que celui qu’il a pris en échange de ses pailles , ce qui n’a jamais dépasse' vingt voitures dans une année. Avant d’avoir un troupeau de brebis pour faire des élèves, M. Crowe avoit quarante vaches. Lorsqu’il résolut d’avoir des moutons, son maître-valet qui répugnoit à toute innovation , lui dit : « mais, Monsieur, comment » allons-nous faire pour du fumier si vous w vendez les vaches » ? Ce même maître-valet est aujourd’hui pleinement convaincu que les moutons ont de beaucoup l’avantage pour améliorer un domaine. Le parcours du troupeau a suffi pour entretenir et fortifier d’année en année un pré de ray-grass et trèfle blanc , qui dure depuis neuf ans, et est situé sur un coteau graveleux. ; MOUTONS. 243 Comparaison de deux moutons tués à Holh- ham en 1799. Mouton de deux ans de la race de M. Cro-we. . 189 livres. Poids de l’animal en v Sang. Entrailles Tête et fressures Peau. Suif ....'. Perte. Viande et os . . 8 12 A 2 12 *75 12 9i Total 189 Si 189 livres que pèse l’animal en vie, donnent 147 livres de viande, os et suif, que donnent 20 livres ?= i 5 t£|. loi# On tua enmême tems un mouton de N. Lei- cester, de trois ans, qui pesa comme suit : Poids de l’animal en vie Sang. Entrailles .... Tête et fressure Peau ...... Suif. Perte. ^Viande et os ... 210 livres. 75 i 3 t îof ni i 4 ‘- i5i£ Total 210 MOUTONS.' s.44 Si 210 livres que pèse l’animal en vie , donnent i65f livres de viande, os et suif, combien donnent 20 livres? = i5^f. Si l’on considère que le mouton de M. Crowe n’a que deux ans, et que le Leicester en a trois, l’avantage est e'videmment pour le premier. Pour les entrailles t ils sont de pair : pour la peau, le mouton de M. Crowe a l’avantage de deux livres. Les brebis de M. Crowe portent des toisons de 6 livres. En 1799, il a vendu ses laines à raison de 4g shellings le tod (28 liv. ). Les Norfolk se vendoient ba sliellings elles South-, down 55. Il vend ses agneaux châtres au printems, avant la tonte : il les vend 38 shel. en Avril., Il a vendu jusqu’à 4 liv. sterl. 4 shel. a45 Remarques sur la disposition des Moutons à prendre la graisse, et sur la manière d’attacher les chevaux pour pâturer. Par Mr. T. Davis de Longleat. ( Annales d’Arthur Young. ) Je me mets volontiers à répondre aux questions proposées par Lord Egremont. Si je n’entraîne pas la conviction , en répondant, ce n’est pas , je crois , faute de preuves , mais c’est parce que je me suis appliqué davantage à étudier la nature, que l’art de bien dire. Une longue expérience et des faits multipliés m’ont convaincu que les maximes que je me suis faites sur la conduite des troupeaux sont bien fondées. Vous paroissez douter qu’il y ait une différente sensible dans la quantité de nourriture consommée par les moutons qui parquent et par ceux que l’on engraisse. Voici comment je raisonne sur cette question : — Le repos produit la graisse, et toute graisse est une maladie. — L’exercice est l’antidote donné par la nature. — Les moutons qui parquent sont maintenus en exercice. 246 MOUTONS. — Les moutons qui sont à l’engrais sont maintenus en repos. — Dans le premier cas, les moutons n’ayant que précise'ment le tems qu’il leur faut pour faire leur ventrée , marchent constamment quand ils ne sont pas au parc. -— Dans le second cas , les moutons ont le choix de marcher ou de se reposer. Les differentes races ont des dispositions differentes. , Les races d’un caractère tranquille et doux,, comme les South-Down le sont naturellement, et comme lesLeicesterpeuventle devenir, sont disposées au repos. Aussitôt qu’elles ont mangé elles se couchent, et ce repos produit la graisse. Au contraire, les races d’un caractère inquiet (comme le sont en général les races Cornées) sont sur leurs jambes 12 ou i 4 heures dans les vingt-quatre , même quand on les engraisse. Il en résulte que la graisse se dissipe à mesure qu’elle se forme, et qu’il leur faut beaucoup plus de nourriture pour s’engraisser tout-à-fait. Lorsqu’on fait parquer, ces dispositions au repos sont combattues. Les moutons, soit qu’ils Je veuillent ou non , sont obligés de prendre de l’exercice quand ils parquent. L’exercice produit l’appétit j et comme Je teins de la nous- MOUTONS. a47 vituve suffit à peine à leur entretien , ceux qui mangent le plus promptement s’engraissent, ou du moins s’entretiennent le mieux. Toutes choses d’ailleurs égalés, un gros mouton mange plus dans une bouchee qu’un petit, surtout s’ils sont de la même race ( 1 ). Quant aux faits qui prouvent ma théorie, je dirai que j’ai entretenu, et que,d’autres entretiennent maintenant, 4oo brebis de Soutli- Down sur la même e'tendue de pâturages qui auparavant nourrissoit 5oo brebis à cornes. Cependant, ainsi que je l’ai dit dans une precedente lettre, les Souih-Dovvn produisent chacun plus de viande que n’en donnent les moutons à cornes. La cause de celte différence, c’est que les South-Down prennent plus de (1) Une bête de grande taille prend une bouchée d’herbe plus considérable qu’une bêle de pelile taille, et la proportion entre les besoins et les ressources se trouve maintenue, si le pâturage est abondant; mais si le pâturage est maigre, l’avantage est pour le petit mouton , qui fait dans un tems donné un repas à peu près aussi abondant que le gros : ce repas lui suffit, au lieu qu’il ne suffit pas à la bêle plus forte. Aussi les animaux de petite taille, surtout les races basses sur jambes, s’entretiennent-elles mieux sur des pâturages maigres, que les gros moulons. Les diverses races ont, au reste, en divers degrés, la capacité de s’entretenir en bon état sur un patinage donné- 243 MOüTdNS. repos. Lorsque les Norfolk entroient dans un pré , elles en faisoient deux ou trois fois le tour avant de se mettre à manger : les South-Down se mettent à brouter en entrant dans la pièce, et mangent régulièrement devant elles, comme un ver qui fait son chemin dans un noyau. Quant au parc des chevaux , on a ce qtf’on appelle Vattache des chevaux fhorse tying), c’est un usage général dans la vallée d’Evesham, Broadway , etc. ; cette pratique est extrêmement ancienne, et date probablement du même tems que l’introduction des vesces, c’est-à-dire, long-tems avant Je trèfle 5 et en effet, je ne vois pas comment on auroit pu , sans cette ressource , entretenir les chevaux de travail dans un pays qui , avant d’être enclos , n’avoit presque point de prés. Le sol est une bonne terre végétale très- profonde. Pendant que les champs étoient communs, on a pris l’habitude, encore conservée dans bien des endroits, de relever les champs en grands sillons d’un demi-acre chacun. Le milieu de ce sillon a de deux à quatre pieds d’élévation comparativement aux deux bords. Cette grande hauteur rend la partie du centre extrêmement sèche et friable ; et il n’y a aucun engrais quelconque qui fasse un effet plus grand sur ces champs que le parc des MOUTONS. 24g chevaux dans les vesces. I/animal est attache par une chaîne fixée à un cuir cpii fait le tour du paturon d’un des pieds de devant. On coupe les vesces ou le trèfle chaque jour; et on les dispose en petits tas espaces de manière que l’animal soit oblige’ de passer successivement sur tout le terrain : la chaîne suffit pour que le cheval puisse atteindre les deux côtés du sillon. Pendant tout l’été, on coupe les vesces régulièrement le soir en commençant par un bout du sillon jusqu’à l’autre , et par bandés transversales successives. Cela dure jusqu’après les semailles. A cette époque on reprend les chevaux à l’écurie, et on les nourrit tout l’hiver de tiges de pois ou de fèves. Le foin est trop rare pour en nourrir les chevaux qui travaillent. Voici l’assolement de ces cantons : 1 . Blé fumé par le parc des chevaux. 2 . Jachère complète , et jugée nécessaire pour préparer la récolte d’orge. 5. Orge dont moitié avec du trèfle et l’autre moitié sans trèfle. 4. Le trèfle se mange par les chevaux sur place (il est très-rare qu’on le recueille en foin). Les parties semées en vesces sont également mangées sur place. On sème le reste en fèves' a5o MOUTONS. et pois ordinairement mélangés pour que les tiges en soient meilleures. Comme le terrain de ces cantons, ainsi que beaucoup d’autres terres, est fatigue” du trèfle, on met actuellement huit années d’intervalle entre les semailles de trèfle. Ceux qui ont des moutons les parquent ordinairement sur les chaumes de fèves et pois $ mais on convient que le parc des chevaux est beaucoup plus productif, et Je proverbe du pays, c’est que la terre ne l’oublie pas de huit ans. Lettre de Mr. Lullin , capitaine, a Mr- Ch. Pictet, Genève,, le 8 Mars /8os. JjLyant suivi sur diverses, races l’éducation, des mélisses, je suis certain, mon cher ami, que vous serez bien aise d’en connoîlre les divers résultats. L’amélioration des laines est d’autant plus frappante que les mères sont d’une race dont la toison est plus grossière. Celles des brebis de Thun nous a moins étonné , parce que les mères sont déjà extrêmement fines, j’en pourvois dire autant des métisses issues des Raiguca MOUTONS. a5i du Gapençois, dont la grande ressemblance avec les brebis Espagnoles laissoit plus d’espé- rance encore d’un prompt raffinement, ce n’est cependant pas ce que nous avons e'prouve' : 1. ° Parce que nos Ragaises etoient arrivées atteintes de la pourriture. 2 . ° Parce que leur laine e'toit bien loin de la finesse de celles de Thun, soit que le choix eût été mal fait, ou qu’en effet il n’y en ait pas d’aussi fines que celles de Suisse ; cependant, un agneau de deux générations que j’ai eu celle année de celte race éloit très-fin j il est péri par accident. Mais une amélioration bien plus étonnante est celle des petites races du Bugey et des montagnes de Savoie , qui sont les plus grossières que je connoisse, J’ai en parliculier une agnelle de seconde génération du Bugey que je vous invite à venir voir à Sacconex , vous serez étonné de son extrême finesse qui surpasse celle de beaucoup d’agneaux d’Espagne ; elle n’aura pas sans doute le même nerf, la même élasticité , ni la même quantité, mais elle est une preuve certaine que quelle que soit la grossièreté de la toison de la mere , si d’ailleurs elle est saine et bien conformée , et qu’elle soit couverte par un belier mérinos superfin , on aura à la seconde ou iroi- $iètne génération % des produits superbes cî MOUTONS. a 5a approchant de la finesse de leur père , et la cer J titude d’obtenir ce résultat à la quatrième géné* ration. Il est sans doute encore plus sûr de faire un bon choix parmi les brebis fines de Suisse pour former un troupeau de me’lisses ; mais il est constant que ceux qi*i ne pourroient pas s’en procurer sont également certains d’atteindre le même but, quoiqu’en commençant par ces races les plus grossières et en n’ayant de sacrifices d’argent à faire que pour avoir de beaux beliers de la race pure d’Espagne ; résultat bien important pour l’agriculture, et les manufactures de ce Département, où il n’existe que bien peu de laines fines, et où la culture des moutons est à peu près inconnue quoiqu’elle soit, avec des assolemens bien choisis, la base de toute bonne agriculture, et la richesse des pays où elle est en faveur. Vous m’avez demandé, mon cher ami, quelques notes sur la manière dont j’ai soigné mon belier, et quelques brebis atteintes de la pourriture ; je crois que vous rendriez un service important aux cultivateurs des bêles à laine, la plupart encore bien neufs dans ce pays sur la plupart des maladies, la manière de les con- noîlrc , les remèdes préservatifs et'curalifs, si vous leur donniez quelques renseigncmens à cet égard sur les principales. MOUTONS.’ 253 Certainement la pourriture est une des maladies les plus à craindre dans un canton où les terres fortes et humides sont les plus communes , et dans lequel l'éducation des bêtes à laine seroit infiniment restreinte, si on ne pou- voit faire usage que des terres décidément légères, sablonneuses ou graveleuses; il nous importe, pour le succès de cctle éducation, qu’on sache qu’avec des soins soutenus , mais nullement embarrassans, on peut egalement élever des brebis sur des terres fortes , avec la certitude qu’elles ne seront pas atteintes de cette maladie ; mais encore il est bien important de savoir qu’il y a des remèdes pour les en guérir: c’est aux directions de notre ami, le Dr. Dunant, que je dois les succès que j’ai obtenus l’année dernière. Vous vîtes le i5 d’août dernier dans quel état affreux étoit le superbe belier que j’avoîs reçu de Rambouillet il y a trois ans ; je le fis chercher en voiture le lendemain , et il m’arriva dans un état de foiblesse effrayant; la peau pâle, les veines de l’œil nullement apparentes, les gencives pâles, une maigreur extrême , et point d’appétit. 16 août. Je le mis au fourrage sec de la meilleure qualité , il en mangea fort peu ; je lui présentai de l’avoine , il n’en voulut point; Moutons. 254 du pain , il en mangea un peu , je le mis sur un gazon fort sec, il piqua mollement quelques pointes d’herbes et se coucha peu après j je le relevai , il chercha encore à manger l’herbe , mais ne tarda pas à se coucher et ne voulut plus rien manger 5 il fallut le soutenir pour le reconduire à la bergerie , il n’y avoit pas 60 pas à faire. 17. 11 fut atteint d’une diarrhée qui ne lui permit plus de se soutenir sur ses jambes. Il ne mangea rien de toute la journée qu’un très- petit morceau de pain. —- Le soir je lui donnai un lavement fait avec une très-petite poignée de feuilles de mauves et un peu de son de froment passé dans un linge. 18. De même ; a encore moins mangé de pain , sa foiblessc fut extrême. jg. De même ; il n’a pas même voulu de pain. Je commençai hier le traitement par la boisson N.° l. Demi-heure après, un bol N.° 2. A trois heures un second bol. Aujourd’hui de même j je crains qu’il ne meure cette nuit. 20. De même ; il a mangé quelques feuilles de dent de lion que je lui ai présenté, il paroî- troit moins mal pourtant que hier. Le traitement de même. 21. La diarrhée a un peu diminué, il a plus d’appétit, et de vie. M’OUTO'fTS.' • 2 55 22. La diarrhe'e a sensiblement diminue', il a passablement mange et il reprend des forces, à ce qu’il paroît. a 3 . La diarrhée a cesse’, les crottes ont leurs formes naturelles , il a assez d’appêtit. 24 . De même; a plus d’activité, de force, il a pâture' plus diligemment. 25 . De même, 26. Il commence à se remplir un peu ; les veines de l’œil sont un peu apparentes. Il a mange de l’avoine sans sel. 27. Il se remplit assez bien : les veines de l’œil de même ; il mange bien le foin et l’avoine. 28. De même. 29. De même; les veines de l’œil plus apparentes. 3 0. De même ; j’ai fait venir aujourd’hui trois brebis egalement malades mais moins dangereusement. Il a paru avoir grand plaisir à revoir ses compagnes: . 3 i. De même ; paroît gai. 1 septemb. De même ; les veines de l’œil plus apparentes. 2. De même ; a e'te au sep tout le jour ; il ne s’est pas bien rempli. 5 . Les veines toujours plus apparentes , de la vivacité' ; il ne s’est pas bien rempli le matin mais bien le soir. ' MOUTONS. 256 4. De même. ë. De même, ]a peau prend un beau rose, le traitement en bols et breuvages a été jusque» à ce jour le même que le premier jour. 6. J’ai diminue la dose du kina du breuvage ayant trouve un peu de relâchement dans sa fiente. Je l’ai remplace' par une plus grande quantité' de genièvre ; les veines de l’œil sont bonnes. 7. De même que hier, la fiente bonne. 8. De même; diminué le kina et augmenté le genièvre. g. De même. 10. De même ; se remplit fort bien et est Irès-gaî, 11. Fort gaî cherchant à combattre , et faisant sa cour aux brebis, avec ardeur. J’ai beau', coup de peine à le garder à la pâture. Dès ce jour je ne lui ai plus donné de kina que dans la boisson en petite quantité tous les trois jours , et dans les bols il a été totalement supprimé , il n’en a plus eu que de ceux N.° 5. Mais il a eu constamment de l’avoine deux fois par jour mêlée d’un peu de sel et bien des tamisures de graine de genièvre. Je suivis le même régime jusqu’au 5o septembre ; tous les beaux jours, on les conduisit tous quatre au pâturage, après midi. Je renvoyai MOUTONS. 25j voyai ce jour-là les brebis au troupeau avec un agneau que j’avois Fait venir pour le mettre en meilleur état. Je ne gardai qu’une seule brebis pleine pour lui tenir compagnie , ne voulant pas le laisser rentrer sitôt dans le troupeau oit il y avoit beaucoup de brebis en chaleur. Dès le 3o septembre je ne lui ai plus donne’ de breuvage seulement des bols N.° 3 le matin à jeun; deux fois par jour de l’avoine mêlée de sel et beaucoup de genièvre. Il est superbe à présent, dans le meilleur état, les marques les plus certaines d’une parfaite santé. Je vous joins ici la recette exacte des bols et du breuvage ; voyez, mon cher ami, le parti que vous croyez pouvoir tirer pour l’instruction des bergers et propriétaires de troupeaux de cette précieuse découverte ; j’ai donné indifféremment le matin le breuvage avant le bol ou le bol avant le breuvage , il est constant aussi, que suivant l’état de l’animal, il faut diminuer ou augmenter le kina, ou même le supprimer, car s-ion apercevois beaucoup d’eau dans le ventre , il vaudroit mieux augmenter considérablement la dose de gentiane et mêler des oignons dans l’avoine , eyen général multiplier les diuréthiques, en même tems qu« les fortifians. Tome 8. R MOUTONS»' Breuvage. Dans un bon gobelet de vieux vin rouge, qui ait du corps, ne soit pas acide, vous mettrez Un sixième d’once de kina tamisé. Une demi - once de graine de genièvre pilée et tamisée -, Une cuillerée à café de sel marin. On fait bouillir une onde , et donne à boire le lendemain, à froid , avec un£ corne, ou une théjère de fer-blanc. Bols. t Gentiane en poudre, une once. Kina en poudre, une once et demie. Graine de genièvre en poudre, et tamisée, trois poignées. Conserve de genièvre, ce qu’il faut pour lier le tout et en former des bols de la grosseur d’une noisette. Bols. Gentiane en poudre, deux onces et demie. Genièvre et conserve, de même que dans les précédens, et bols de même grosseur, Df.scription de la méthode de porter le raffinement des Laines au plus haut point de perfection possible, par le moyen d’un Troupeau d’élite. Par Mr. Octave Puovana Coleegno, de la Société d’Agriculture de Turin. «îî e rendis compte , il y a deux ans , dans un petit imprime en langue italienne , des expé- riences que j’avois faites jusqu’alors pour lâcher d’introduire dans le Piémont la race des bêles à laine d’Espagne de qualité' superfine , connue présentement sous le nom de mérinos , et des moyens dont je m’étois servi pour en obtenir la réussite ; les heureux résultats que j’obtins par les soins que je m’étois donnés, m’animèrent depuis toujours davantage à lâcher de perfectionner et assurer ce qui n’étoit jusqu’alors , pour ainsi dire , qu’ébauché, et incertain. Je pris heureusement le tems le plus favorable pour étudier sur un objet si essentiel, puisque ce fut dans le moment que la France ayant reconnu plus que jamais l’importance de cette branche d’agriculture , et d’économie publique , elle parvint à l’animer de l’enthousiasme 2 mes laines. Leur comparaison avec les » laines d’Espagne tendra à répandre du jour » sur la question des ameliorations par croise- » mens. Ces échantillons sont, i.° de la laine I) de Ryeland ; 2 .° de la laine | Ryeland, )> i espagnole; 3.° de la laine de Soutli-down; » 4.° de la laine g Soulh-dovvn, | espagnole. )> Ces échantillons ne sont pas choisis, ils sont » pris sur la finesse moyenne du troupeau, i) J’en excepte un des deux échantillons de 3 ) South-down , qui est d’une finesse remar- « quable pour la race (î). Les deux races de (î) Ces échantillons sont clés laines lavées à dos. Ils m’ont extrêmement surpris par leur finesse. J’ai des laines de South-Down et de Ryeland que le Duc de Bedfort'défunt a données lui-même à mon frère. L’échantillon de Ryeland de Lord Somerville est d’un degré plus fin que le Ryeland du Duc de B.; mais le South-Down de Lord S. est de trois ou quatre degrés plus fin q-ie celui du Duc de B. Il ressemble tout-à- fait à un Ryeland superfin ; et il y a beaucoup de laines espagnoles qui ne sont pas plus fines. Les échantillons des métis sont superbes. Celui de Ryeland surtout peut être comparé aux plus belles laines espagnoles: il a tout à-la-fois un nerf et un moelleux que je n’ai vu qu’aux primes léonoises du plus beau choix. Je TROUPEAU DE DANCT . 1 3o5 )) Ryeland et Soutb-down portent les laines )) courtes les plus fines que nous ayons dans )) nos races indigènes. Les toisons des métis » valent le double des toisons des mères. La » quantité est fort augmentée , et la construc- )) lion des animaux ne souffre point du me- )) lange avec le sang espagnol, comme beau- )> coup de gens le croyoient d’abord. )) J’ai loue' l’anne’e dernière onze beliers p espagnols à raison de 5o guidées par tête » l’un dans l’autre. Tout récemment, j’ai )) offert à la société de Bath quatre beliers )) d’Espagne , pour le prix d’une guinée par regrette que Lord S. ne nous dise rien du poids des toisons. Ces laines sont un peu colorées de rouge. Il suit peut-être la méthode des Espagnols de frotter les moutons avec de l’ocre pour adoucir la laine. Je ne sais si ce seroit à cette circonstance qu’il faudroit at- tribuer le moelleux et la douceur que je remarque dans ces échantillons. 11 paroît que les troupeaux de Lord S. sont composés d’individus bien choisis, et je ne suit pas étonné qu’il loue ses beliers à un haut prix. Je renvoie le lecteur aux divers articles de la Bibl. Brit. dans lesquels j’ai fait connoître les races de South-Dow n et Ryeland. Nota. J’ai su depuis que Lord Sommerville n’em- ployoit point l’ocre, et que cette teinte étoit due à la couleur des terres sur lesquelles les bêtes se couchent. (Novembre 1809.) 3 o 4 NOTICE SUR LE » chaque brebis à saillir. La souscription s’est » immédiatement remplie. Un nouveau trou- )> peau m’étant arrive d’Espagne en très-bon i) e'tat, j’ai offert quatre nouveaux beliers aux )) mêmes conditions ; et j’apprends que la » souscription va être pleine. J’ai aussi pro- » mis de louer pour une saison à un fermier ;» du Dewon-shire un belier espagnol pour le )> prix de 100 guine'es ; enfin , mes brebis de » reforme , au nombre de vingt-six , se sont )> vendues à six guine'es la pièce. » Pour avoir un troupeau extrêmement distingué , il faut sans cesse tendre au perfectionnement. Dans cette vue , j’ai adopté la méthode dont M. deColegno, de Turin , m’a donné l’exemple. J’ai choisi un bélier d’une finesse extraordinaire; je lui ai donné les dix- sept brebis les plus fines de mon troupeau ; et j’ai séparé ce troupeau d’élite jusqu’à ce que toutes les brebis qui le composent aient été pleines. Je dois espérer de trouver parmi les agneaux qui en proviendront , quelqu’in- dividu dont la toison sera encore plus distinguée en finesse que celle du père. Cet individu deviendra à son tour le belier du troupeau d’élite. Une manière sûre de marquer les brebis, pour les individualiser et teni^ registre de tout ce TROUPEAU DE EANCY. 5o5 ce qui les concerne , est une chose fort convenable dans un troupeau bien conduit. J’ai essaye diverses méthodes pratiquées ailleurs. Des chiffres de trois pouces de haut, trace’s sur le dos et le flanc avec de la craie rouge détrempée dans de l’huile de lin dégraissée , marquent assez bien les brebis pour les six mois qui suivent la tonte. La laine étant extrêmement tassée , et les extrémités des brins étant serrées comme de la mousse , la marque que l’on fait après la tonte se conserve sur la laine lorsqu’elle a recrû ; mais lorsque la bête a beaucoup de suint, cette marque disparoît peu à peu , et dans les mois qui précèdent la tonte, on ne la distingue presque plus. Elle existe cependant toujours, et lorsque la laine est lavée, on trouve des mèches tachéest de rouge, ce qui est une tarre pour la laine. J’ai essayé la méthode angloise , des numéros de métal en pendant d’oreille; mais ce qui réussit pour des troupeaux des race angloise qui ont l’oreille épaisseet qui n’approchent jamais des buissons , ne vaut rien pour la race d’Espagne , qui a l’oreille mince , et pour les troupeaux qui paissent quelquefois dans les broussailles : les numéros y restent accrochés et les oreilles se déchirent. J’ai enfin essayé des colliers de cuirs qui ont trois lignes de large, Tome 8. V 5o6 SUR LE TROUPEAU DE LANCY. que je fais coudre sur la bêle, et qui portent un numéro en métal, appliqué sur le cuir , et rivé. Celte méthode que j’emploie depuis la dernière tonte, ne me paroît jusqu’ici avoir d’inconvénient que celui d’obliger à prendre la bête pour regarder le numéro, et cet inconvénient est assez grand , parce qu’on effarouche les brebis , et que si on les effraie dans le tems de la gestation , elles se pressent quelquefois entr’elles si fortement, ou se heurtent d’une manière si rude , qu’elles avortent. Il faudroit peut-être réunir les deux méthodes, celle du collier et de la marque sur la laine. Celui qui trouveroit une manière de marquer qui fût exempte d’inconve’niens, rendroit un véritable service aux propriétaires de trou- jpeaux. 5o7 Poids de cinq moutons à l’engrais, de la race de Suisse croise'e avec un belier meriuo, par Ch. Pictet. SV ■ J’avois chez un ami, des moutons métis de première génération, âgés de deux ans. Les fourrages étant plus une Sëgovienne ; mais elle est plus fine que les » qualités inférieures de la Castille : elle l’est tout « autant qu’une Esparagosse (sorte de laine de l’Es- « tramadure), mais elle leur cède pour la force. Quoi- » qu’il en soit, c’est une belle laine : c’est un grand » pas vers l’amélioration que vous cherchez ; et nous » sommes fort curieux de voir ce qu’elle produira à la » fabrication. » Nota. L’auteur du jugement ci-dessus étoit M.Lom, créateur et Président de la Société pastorale des Dé- partemens réunis, amateur éclairé de l’agriculture et des arts, et dont les amis de leur pays et de l’humanité déplorent la perle. (Novembre i8oq.) 3i4 LETTRE SUR LA Lettre a Mr. Ch. Pic te t. Neuchâtel en Suisse, <3 février <8o3. Monsieur, J’ai fait, ainsi que je vous Pavois annonce', quelques expériences sur l'inoculation fie la clavelee aux moutons. Je me proposois d’essayer aussi la vaccine ; mais la maladie ayant cesse', mes expe’riences ont dû cesser aussi: voici à quoi elles se sont bornées. Conjointement avec M. Lichtenham , qui a bien voulu m’aider de ses avis ,, j’ai inocule le claveau à un mouton sain , sous les deux aisselles. Au bout de quatre jours , deux boutons avoient pousse' là où l’incision s’e'toit faite. On remar- quoit chez le mouton des signes de fièvre. Le sixième jour il avoit les yeux rouges ; quelques mucosités lui sortoient par le nez , et les boutons commençoient à s’applatir. Le huitième jour les boutons se’choient, mais la fièvre e'toit à son plus haut point ; les yeux e'toierit plus rouges , et l’animal s’approchoit des fentes de la porte pour respirer plus facilement. Le neuvième jour, tous ces signes avoient diminue' d’intensite ; et le onzième , l’animal e'toit par- CLAVELISATIOTST. 3l 5 faitement remis. Les moulons atteints de la clavelée naturelle ont eu à peu près les mêmes symptômes , mais accompngne's de beaucoup plus de malignité'. Leurs yeux e'toicnt entièrement fermes , du moins chez les plus malades; la tête e'toit enflée ; une grande quantité de boulons se montroient sous les aisselles , et dans la laine. Tout cela e'toit accompagné de beaucoup de foiblesse , et de mouvemens convulsifs souvent suivis de la mort, mais ceux qui ont pu survivre au douzième jour depuis le moment où l’on remarquoit des taches rouges et de l’abattement, se sont parfaitement guéris. Il paroît donc que, par sa marche , la clavelée inoculée est à la clavelée naturelle ce que la vaccine est à la petite vérole. Après avoir été inoculé de la clavelée , le mouton a été mis parmi les malades , dans le moment où les boutons de ceux-ci commen- çoient à sécher : il n’a pas repris la clavelée. Cependant comme la maladie du troupeau ten- doit à sa fin , il seroit à souhaiter qu’on eût pu répéter cette expérience. Il paroît que cette maladie ne se communique point aux autres bestiaux, car un veau que nous avons inoculé deux fois n’a pu la prendre ; et ttne vache qui habiioit la même écurie que les moutons malades, n’en a point ÏÆTTRE SUR EA 5i6 été incommodée, quoique la contagion ait duré plus de trois semaines dans le même lieu. Ceci contredit, à ce qu’il me paroît, le système sur l’identite' des germes, ou plutôt l’identite' d’origine des differentes maladies de ce genre. Agréez, Monsieur, l’assurance, etc. Auguste de Chambrier. Lettre du Dr. De Carro aux Rédacteurs de la Bibl. Brit. Vienne, ce 38 Janvier <8o3. Messieurs, ous avez mis du prix à connoître les détails des expériences faites en Hongrie, relativement à la clavelisation et à la vaccination des rrtou- tons. Je m’empresse en conséquence de vous communiquer celles que j’ai faites moi-même sur ce sujet ; elles me paroissent assez con- icluantes pour qu’on ne soit plus en doute sur les moyens de préserver ces utiles animaux de l’affreuse maladie qui en emporte un si grand nombre. La clavelée s’étant manifestée parmi les troupeaux de Joslowitz en Moravie , terre appar- CEAVELISATION. ’ 3l7 tenant à M. le Baron Pierre Braun, il me consulta sur les meilleurs moyens à prendre pour en arrêter les ravages. Son Intendant lui de- mandoit avec instance du vaccin , d’après ce qu’il avoit entendu dire , ou lu dans quelque gazette , que la vaccine pre'servoit aussi les moutons de la clavele'e. L’impossibilité d’en envoyer en quantité' suffisante, me fit proposer au proprietaire de conduire un enfant vaccine sur les lieux; et le de’sir de faire une,expérience exacte et de'cisive nous engagea à y aller nous-mêmes, nous partîmes le premier dé- cembre et arrivâmes le même jour. Nous vaccinâmes d’abord dix-sept enfans afin de mettre cette pratique en bon train dans l’arrondissement de la Seigneurie; tous les paysans, qui n’avoient pas êtê jusqu’alors bien disposes à se faire vacciner par le chirurgien de l’endroit, accoururent en foule quand ils surent que leur Sei gneur avoit amené un vaccinateur de la Capitale. Je donnai les instructions ne’cessaires pour qu’après notre départ la vaccination se continuât d’une manière régulière. La clavelée étoit extrêmement meurtrière, et la clavelisation étoit déjà commencée sous la direction de l’Intendant, et pratiquée par le maître berger. Il se sert pour cela d’un canif ordinaire, qu’il enfonce plus profondément IÆTTRE SUR LA 5l8 qu’il ne seroit, je crois, necessaire. Je lui fis présent de quelques lancettes fort propres, sur lesquelles il avoit jete' des yeux de convoitise, et nous remarquâmes, à l’extrême plaisir que lui fit ce cadeau , qu’il se croyoit tout au moins un aussi grand homme que le docteur Jenner. Le re'sultat des expériences faites avant notre arrive’e est pre'cise'ment semblable à celui qu’a obtenu le Professur Pessina ; les moutons cla- ■yelisés sont fort peu indispose's , et n’ont pas d’éruption generale. Les symptômes de cette maladie sont affreux. Les bergers la divisent eu bénigne et en maligne. La première se manifeste par des pustules rondes et discrètes, ressemblant assez à la petite ve'role ; et ce sont les seules où l’on peut trouver de la matière pour claveliser. La maligne, au contraire, forme une croûte irrégulière et confluente , où l’on ne distingue pas de pustules. Presque tout le corps, en est couvert, les yeux en souffrent particulièrement, souvent même ils les perdent ; la laine tombe et la peau se fend en zig-zags ; les narines sont remplies d’une matière excessivement fétide, qui en se coagulant les empêche de respirer , ce qui oblige les bergers à leur injecter continuellement une infusion de fleurs de sureau; cette seule opération est très- laborieuse parmi de nombreux troupeaux, et CLAVELISATTON. 3ig occupe beaucoup de gens. Si les moutons n’en crèvent pas, la laine ne recroît plus, ils perdent souvent l’usage de leurs jambes et deviennent paralytiques. En un mot, on ne peut pas imaginer une maladie plus cruelle, ni plus dégoûtante que celle de ces animaux. Les bergers ne se trompent guères sur le pronostic, et ils re- connoissent très-bien par les places où la laine ne recroît plus, ceux qui ont eu la clavelée, et même de quelle nature elle a été. Cette connoissance, que j’ai acquise moi-même dans l’espace de quelques heures , facilite beaucoup la distribution de ces nombreux troupeaux ; aussi dans les bergeries bien soignées , comme m’ont paru l’être celles de Joslovritz, ils sont divisés suivant leur état de santé ou de maladie, et suivant la bénignité ou la malignité. Les divisions où sont les malades s’appellent des hôpitaux. J’ai remarqué que les croûtes de la clavelée bénigne sont presque semblables à celles de la vaccine, elles sont noires, lisses, dures et rondes. Les bergers m’ont assuré que quelle que soit la malignité de la maladie, ils ne contractent aucun ulcère aux mains malgré le contact auquel ils sont surtout exposés en faisant les injections. Je voudrois bien pouvoir vous décrire exactement quel est le cours de l’accroissement de LETTRE SUR LA 320 la pustule de la clavele'e artificielle, mais le peu de tems que nous sommes restés à Joslo- witz, ne m’a pas permis de le suivre graduellement, d’ailleurs la rareté de la clavelée bénigne, fit que l’on clavelisa un fort petit nombre de moutons en notre présence. Je remarquai seulement que sur quelques-uns d’entre ceux qui l’avoient été depuis trois jours la tumeur étoit déjà grosse comme une noisette ; on peut aussi communiquer la maladie avec la matière prise des pustules artificielles. Comme l’intensité des symptômes de la clavelée accidentelle varie dans les diverses bergeries , je n’ai pas pu savoir au juste la proportion de la mortalité $ mais elle étoit très-considérable. Après avoir bien examiné l’état de ces troupeaux , et peu encouragés par le manque de succès de l’expérience faite en Hongrie , nous n’avons pris que six moutons pour faire l’essai de la vaccination. Us furent choisis dans un troupeau qui n’avoit jamais été atteint de la clavelée ; ils étoient très-sains et très-vifs. La vaccine de l’enfant amené deVienne étoit très- belle , et au huitième jour, je leur ai fait à chacun trois piqûres, moins superficielles que celles qu’on fait aux enfans, mais beaucoup moins profondes que celles que fait le berger quand il clavelise. J’ai choisi pour l’insertion la CLAVELTS ATION» 5:21 la partie intérieure de l’épaule ou la région inguinale , où la peau n’est pas couverte de laine. Ne pouvant pas nous absenter plus long-tems de Vienne, nous laissâmes ces six moutons dans une e'curie séparée , et très-propre, sous l’inspection de l’intendant, du cure de la paroisse, et du maître-berger, à qui j’enjoignis d’observer journellement les piqûres , de les comparer bien exactement avec celles des enfans vaccines, et d’envoyer ce rapport comparatif. D’après un journal tenu avec soin , la vaccine n’a produit d’autre effet sur eux que celui d’un fort petit ulcère , qui ne ressembloit point à la pustule ordinaire. Le berger attribuant le- tnanque de réussite à la légèreté des piqûres que j’avois faites , voulut les vacciner une seconde fois à sa façon , mais il ne put jamais, après notre de'part, obtenir des parens des enfans vaccines, du vaccin pour cette expérience. Ils considèroient comme une espèce d’affront qu’on se servît de leurs enfans pour vacciner des animaux. Voilà comme on est arrête dans les expériences qui paroissent les plus simples ; si l’on veut répéter celle-ci, il est de toute nécessité qu’elle se fasse sous les yeux et par les ordres des propriétaires. Je conclurai donc, que la vaccination ne réussit point sur les moutons, et que pour les Tome 8. X 522 LETTRE SUR. LA préserver du fléau de la clavelée , il faut leur inoculer cette maladie même, dont la bénignité est à la maladie accidentelle , comme la petite vérole inoculée est à la petite vérole naturelle. Je conseille, par consécpient, de faire de là clavelisation un usage régulier, et d’y soumettre les agneaux peu de tems après leur naissance ; j’engage cependant les personnes éclairées, qui sont à portée de faire des observations exactes, à déterminer par des expériences comparatives quel est l’âge où les moulons la subissent plus facilement. Il faudra , surtout , penser à des moyens de conserver la matière du claveau, car comment s’y prendre pour claveliser des moutons par pure précaution quand la maladie rie règne pas ? L’objet est bien assez intéres-, saut pour mériter toute l’attention des propriétaires et des médecins qui vivent à la campagne^ C’est eu quoi il auroil été bien à désirer que la vaccination fût un préservatif de la clavelée, vu la facilité qu’on aura toujours à se procurer du vaccin, que les hommes sont si intéressés à ne laisser pas éteindre (1). ■(î) Les expériences de notre correspondant sont extrêmement intéressantes dans leur résultat. Elles confirment celui des expériences faites il y a environ quinze ans, par notre compatriote M. G. J. M. Lullin: elles sont également d’acGord avec les résultats obtenus CLAVJiLISATION. Ô2A par M. Chambrier (le Neuchâtel et d’autres. Nous ne pensons pas que l’on doive renoncer encore à l’espérance de faire servir la vaccine de préservatif au claveau : si on y réussissoit, l’analogie conduit à espérer que la vaccine des moutons ne seroit pas contagieuse, au lieu que, très-probablement, la clavelée artificielle est contagieuse, tout comme la clavelée naturelle. L’exemple de la petite vérole inoculée porte à le croire. Cette.circonstance, d’être contagieuse, ou de ne l’être pas , fait une différence du tout au tout dans la convenance d’employer la vaccination pour les enfans, et la clavelisation pour les agneaux. L’objection la plus solide qu’on ait jamais pu faire contre l’inoculation de la petite vérole, c’est qu’elle multiplioit les foyers de contagion. Or, celte objection seroit beaucoup plus forte contre la clavelisation. 11 est probable que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des moutons meurent sans avoir été exposés à la contagion du claveau. Il se passe souvent i5 et 20 ans, dans un canton de bêtes à laines, sans que le claveau s’y manifeste; c’est-à-dire que quatre ou cinq générations de ces animaux se succèdent sans avojr été exposées à cette maladie. Nous ne pensons donc pas , avec notre correspondant, qu’il faille songer aux moyens de conserver la matière du claveau ; ni qu’il convienne de soumettre les agneaux à la clavelisation, en faisant un usage régulier de cette méthode. Ce qui nous paroît sage pour les propriétaires de troupeaux, surtout de ceux de la race précieuse des mérinos, c’est d’écarter, par tous les moyens possibles, de leurs bêtes à laine la contagion du claveau; mais , dans le cas où cette maladie se manifesteroit tout autour d’eux ( à plus forte raison si c’étoit dans leurs troupeaux) de se hâter de claveliser la totalité de leurs bêtes à laine. r 324 Observations sur les Moutons. (Annales d’ Arthur Young.) On ne sauroit donner trop d’attention à des animaux qui sont de la première importance pour les cultivateurs , et infiniment utiles à presque toutes les socie'tes de l’Univers. Il faut que les circonstances d’un domaine soient bien singulières pour que les bêtes à laine n’y soient pas un des moyens de produit les plus profitables. Un agriculteur qui entre dans la carrière ne peut etudier avec trop d’attention l’histoire de ces animaux, et les soins qui leur sont necessaires. Je rangerai sous huit chefs tout ce qui les concerne, savoir : i.° le sol ; a.° la race 5 5.° le genre d’exploitation ; 4.° la nourriture ; 5.° le parc ; 6 .° les maladies; fj.° le berger ; 8 .° les achats et ventes. Le sol. Les avantages que l’on peut attendre des bêtes à laine de’pendent beaucoup du sol sur lequel on les met. Il n’y a presque aucune situation dans laquelle on ne puisse entretenir des moutons, mais le profit est beaucoup plus grand dans de certaines situations que dans t V OBSERVATIONS SUR LES MOUTONS. 32 B d’autres. Les terrains qui leur conviennent le mieux , sont les plus secs. Il n’y a point de sol trop aride pour les moutons : ils trouvent à vivre là où l’on croiroit que les lapins mour- roient de faim. Les bêtes à laine sont d’un si grand avantage sur les terrains sablonneux, que l’on n’a point encore découvert de manière d’en tirer pleinement parti sans le secours des moutons. Les terres pénétrées d’eau leur sont extrêmement contraires et elles engendrent les maladies les plus fatales à ces animaux ; mais les montagnes , ou collines, où la bruyère abonde , lors même qu’il y a des parties marécageuses, comportent encore la culture des moutons, ainsi que je l’ai observé en Irlande et dans le pays de Galles. Sur les terres argileuses et humides ou peut entretenir des moutons avec profit, en renouvelant les troupeaux tous les ans ; mais si on vouloit y faire des élèves, on ne réussiroit pas. Les collines crayeuses , et en général les terres calcaires leur conviennent parfaitement Les bêtes à laines aiment encore les plaines élevées , exposées à tous les vents, sèches et arides : c’est dans de telles situations qu’on obtient les laines les plus fines (l). (1) G est une erreur j mille expériences ont nus $26 OBSERVATIONS SUR La race. Je me bornerai à parler des races adoptées en Angleterre; mais j’observerai, en passant» qu’aucun animal ne se trouve sous une si grande variété de formes que le mouton. En Perse , et dans quelques autres pays de l’Orient, les moutons ont une queue qui pèse jusqu’à 20 livres. Au Cap de Bonne-Espe'- rance, la queue du mouton vaut seule autant que l’animal lui-même. 11 porte aussi , dans quelques parties de l’Afrique , jusqu’à cinq et six cornes. A Madagascar , outre les cornes nombreuses, et la queue très-pesante, les moutons ont des oreilles pendantes et longues comme celles d’un chien courant. Dans l’Inde, entre Agra et le Bengale , les moulons de'- pourvus de cornes , sont si vigoureux , que , lorsqu’on leur met une selle et une bride , ils portent des enfans de douze ans. Le mouton du Chili se distingue par une bosse sur le dos comme le chameau. A la Chine, les moutons sont très-petits, et ont, au lieu maintenant hors de doute que la finesse des laines dépend uniquement des races. Quant au nerf et à l'élasticité, il paroît que les pâturages et le climat y influent. LES MOUTONS. 527 de queue , une masse de graisse. Dans les parties montueuses de ce pays-là leur viande a ~ une qualité' admirable. Tcrcen , dans son voyage à Surate , parle de moutons qui ont des oreilles pendantes, et du poil grossier, au lieu de laine. Dans les parties qui avoisinent les possessions du Cap de Bonne-Espe'rance , les moutons ne mangent jamais de gramine'es , mais se nourrissent d’arbustes et de plantes succulentes. Dans le Thibet, ils portent la plus belle laine du monde, et avec laquelle ori fait des scballes ( 1 ). Ils ont aussi une. grosse queue, caractère qui semble appartenir à toutes les races de moulons de l’Asie. On sait que dans la Natolie, ces queues se posent sur un petit chariot que le mouton traîne après lui. A Anspach , en Allemagne, on a une petite race de brebis, qui fait l’agneau deux fois l’anne'e, et que l’on tond aussi deux fois. Dans les ducbe's de Clèves et de Juliers, les brebis portent egalement deux fois l’an , et font deux ou trois agneaux par année : cinq brebis ont fait jusqu’à 25 agneaux dans un an. ( 1 ) L’auteur se trompe. Yovez le Voyage de Forster, ( llibl. Brit. LlUer. Vol XVI. p. 463.) L’animal qui potre la matière avec laquelle se fout les beaux scballes île Cachemire, est une petite chèvre. 52 8 OBSERVATIONS SUR Les brebis flamandes (dit l’abbé Mann'l, font communément trois, quatre et quelquefois jusqu’à cinq et six agneaux d’une portée. Homère nous dit que les brebis de la Lybie faisoient l’agneau trois fois par an. En general, les bêtes à laine réussissent le mieux possible dans les climats tempères Leur multiplication a été extraordinaire à Caïenne (Yoy . Prêfontaine). Il paroît, d’après certaines autorités , que la perfection de la laine en Espagne dépend essentiellement de la race (îj; car ou donne , dans ce pays-là, jusqu’à 5o!iv. sterl. d’un belier. Strabon nous dit qu’on a paye' une somme correspondante à l5o liv. sterl. de notre tems , pour un belier chez les Ccraxi , nation voisine de la mer IVoire , et qui possédoit les plus belles laines de l’Univers. Le fondateur de J’Empire des Turcs , Osman ï. cr , laissa, près de Prusa , de nombreux troupeaux à laine fine, dont les descendans appartiennent encore au Grand- Seigneur. Les moutons d’Espagne, si fameux pour leur laine , sont originaires d’Afrique : l’oncle de Columelle les en avoit tirés ; et le cardinal Ximenès a renouvelé les races , en les tirant du même pays- (i) 11 est bien prouvé que la finesse des laines eu dépend uniquement. IÆS MOUTONS. 5aa En Angleterre, les races ne méritent l’attention des cultivateurs que relativement aui qualités qui les rendent plus propres à certains sols , et qui sont en rapports avec certaines circonstances : voici donc les seules races qu’il importe de bien connoître, 1 .* la race de Lincoln, 2 ." celle de Dorsct, 5.° celle de Wilt-sbire, 4.° celle de Soutli-dotvn, 5.° celle de Norfolk, 6.° celle des montagnes (î). La race de Lincoln est très-grande , sans cornes ; et elle porte une laine très-grosse. Il paroît que c’est sur celte race que Baketvell a fonde' la sienne. Elle ne convient que dans les terres d’une extrême fertilité j et tous ceux qui ont essayé de l’introduire dans des fermes à pâturages médiocres, ont échoué. On prétend (pie la race de Bakcvrell ( New-Leicester ou Dishley) s’entretient bien dans les terres^ médiocrement fertiles ; et cela est surtout vrai de tous les croisemens qui proviennent des beliers de New-Leicester. (i) Le monopole que la loi étabit en Angleterre contre le culti\aieur, et pour le fabricant, empêche, comme je l’ai souvent remarqué, que l’amélioration des laines puisse être un objet de première importance pour le fermier. Aussi la race des mérinos qui réussit en Angleterre comme partout, n’csl-elle pas même mentionnée ici. 35 o OBSERVATIONS SUR Les Lincolii-shire sont trop lourds pour qu’on puisse les mener chercher Je parc à une grande distance ; mais la quantité de laine qu’ils donnent est un hou argument en leur faveur. La description d’un bœuf à longues cornes, d’une construction parfaite, leur est applicable : c’est-à-dirc, qu’ils ont l’épine du dos droite, les jambes courtes, la côte ronde, et les e’paules chargées. Ce sont là les caractères qui, dans toutes les races de moutons, indiquent la faculté de prendre aise'ment la graisse. Au reste, la race de Lincoln et toutes les races qui en proviennent donnent une viande fort inferieure en qualité aux autres; races d’Angleterre. Les Dorset-shire sont remarquables par des jambes très-courtes, une tête ronde, des cornes rondes. Leur laine est abondante et de bonne qualité. On croit la race délicate ; mais cela tient probablement à la manière dont on la traite : il vaudroit , du moins , la peine d’essayer un régime qui rendît les Dorset- shire plus robustes. L’usage , pour ceux qui spéculent sur les brebis de cette race , c’est de les acheter pleines en automne, dans l’espérance qu'elles feront l’agneau avant Noël, chose qui n’arrive à aucune autre race, et qui rend celle-là particulièrement propre à donner des I,F.S MOUTONS. tr ez , ÛOl agneaux gras île lait. On parque les Dorset sans inconvénient pendant l’été. Ils s’cngrais-^ sent très-bien sur les pâturages secs et abon- dans : il ne faut pas les mettre dans des pâturages de médiocre qualité'. .LesWdt-shire sont plus gros que les Dorset, et plus robustes ; on peut les parquer toute l’annee , et même au teins des agneaux , dans les cours des fermes. Ils ont les jambes longues, la face dégarnie de laine, et blanche , leurs cornes sont serre’es derrière les oreilles , et leur ventre est dépourvu de laine. Leur toison est courte , mais de bonne qualité’. Il ne seroit pas difficile , par des soins de croise- mens de raccourcir les jambes de celte race, et de la rapprocher de celle de Dorset, pour la construction. La race de South-do-vvn est très-distinguée. Elle est petite. Elle a la face et les jambes noires. Elle est basse sur jambes et sans cornes. Sa laine est très-courte, line et en petite quantité. On ne les trouve que sur les pâturages secs, nommé dnwns , enSussex(i). Ils soutiennent très-bien le parc. C’est une cxcel- (i) Cela signifie que c’est la province dont les South- Downssont indigènes; car ils sont maintenant répandus dans presque toutes les provinces d’Angleterre. 532 OBSERVATIONS SUR. lente race pour tous les terrains qui ne sont pas ou très-gras ou très-arides. Les Norfolk sont hauts sur jambes ; ils ont la face et les jambes noires; ils ont des cornes, une laine courte et en petite quantité’. Us sont robustes, supportent bien le parc, et réussis- serit sur les sables les plus stériles. Les moutons des montagnes se trouvent principalement en Galles et en Ecosse. Il y en a qui ont la face et les jambes noires, d'autres les ont blanches ou tachete'es. Leur laine est me'diocre et peu abondante. Us portent des cornes, et sont hauts sur jambes. Us sont très- robustes et supporleroient bien le parc. Leur chair est délicieuse. U n’est pas difficile de faire son choix sur ces diverses races ; cela dépend des localités et de la richesse du sol. Si l’on classe les pâturages en quatre espèces , il y a de quoi s’arranger convenablement en assortissant la race au terrain; 1 ." dans les marais salans et les pâturages extrêmement abondaUs, les Lincoln et New-Leicester donnent le plus de profit; 2 .° dans les pâturages de bonne qualité , mais cependant inférieurs aux autres, les New- Leicester sont très-avantageux ; 3.° dans les terres médiocres , les South-downs conviennent; 4.” dans les terres maigres et arides las rrs moutons. 533 Norfolk et les races de montagnes doivent être préférés. Je pense que les races des montagnes pourroient gagner beaucoup , sans les croiser, mais uniquement en augmentant la nourriture d’hiver. Les diverses races que j’ai e'nume're’es ont e'tê croisées dans differentes parties de l’Angleterre , de toutes les manières possibles. On. a affirme qu’il ne falloit jamais croiser les races qui portent des laines longues à peigner avec les races à laine courte, propre à la carde, mais ce fait n’est pas suffisamment fonde sur l’expérience. Choix de Vexploitation. Il y a diffe'rentes manières de tirer parti des moutons. On peut avoir, i.° des troupeaux d’élèves ; le profit est alors dans les toisons et les agneaux; 2. 0 des troupeaux de moutons achetés agneaux , et garde's jusqu’à trois ou quatre ans pour le bouclier; 5.° des moutons achetés chaque année maigres , pour les revendre gras ; 4.° de vieilles brebis achetées maigres , et qu’on revend engraissées; 5.° des agnelettes qu’on achète maigres et qu’on revend adultes, ou avec la graisse. 554 OBSERVATIONS SUR ! Troupeaux d’élèves. La plus grande partie des troupeaux nombreux que l’on trouve en diverses provinces sont des troupeaux d’élèves. Chaque année on vend un certain nombre de vieilles brebis ( entre 4 et 8 ans) qui ont perdu des dents. On remplace ce nombre reforme par un même nombre de jeunes femelles, les autres femelles et tous les agneaux mâles se vendent en Août ou Septembre. Les rentre'es, pour un tel troupeau, sont donc en vieilles brebis, en agneaux mâles, en agnelettes, en laine et eu parcage. Il n’y a pas de règle sûre pour déterminer îe nombre des vieilles brebis à réformer : cela dépend des années , de la nourriture et de diverses circonstances. Dans l’examen que fait le berger pour la reforme annuelle , il ôte les bêtes à qui il manque des dents, et qui ne peuvent ni manger les lurneps, ni soutenir le parc avec lés autres : le nombre de celles que l’on réforme varie entre un sixième et un hui-i lième. Lorsqu’on trouve un écoulement avantageux des brebis de réforme , on ôte annuellement jusqu’à un cinquième du troupeau. Deux circonstances particulièrement sont décisives pour préférer le mode de faire des I LES MOUTONS. 555 élèves ; l’une, que la forme soit assez grande pour que le troupeau puisse payer les gages d’un berger ; l’autre que la fertilité du sol ne suffise pas à engraisser aise'ment des moutons. Nous pouvons calculer de la manière suivante Je profil d’un troupeau d’e'lèves dans les provinces de l’est : on jugera d’après cela ce que la rente peut être dans un pays plus fertile ou plus ingrat. Je compte que 1000 brebis donnent ç) 5 o agneaux , dont 475 mâles etàj 5 femelles» Je suppose que , sur ces dernières , on en ré- servc 176 pour recruter le troupeau : il y a à vendre annuellement 470 moutons (en supposant qu’on garde cinq mâles pour 5 oo brebis).' Il y a à vendre 1000 toisons , et i 5 o vieilles brebis. Voyons donc la moyenne de la rente. 470 jeunes mâles à 10 shel.L. st. u 35 » 3 oo jeunes femelles à 7 shel. 6 den. 112 10 i 5 o brebis de réforme à 5 shel. 3 j 10 1000 toisons à x shel. 3 den.. 6 2 10 L. st. 447 10 C’est g sliellings par tête de brebis. Il n’y a pas assure'ment une différence de 7 shel. 6 d. à 10 shel. dans le prix des agneaux mâles et des agnelettes , mais comme je suppose 45 o destins, et 3 oo seulement des autres, cela revient à-peu-près au même. On compte que OBSERVATIONS SUR 556 le parc, bien conduit, peut ajouter i sli. 6d, par tête de brebis, à la rente annuelle; ce seroit 10 sh. 6 d, par tête : un troupeau d’é- lèves ne rend certainement pas davantage (1). Pans les années 1779, 1780 et 1781, un troupeau ne rendoit pas plus de 7 sh. 6 d. par tête de brebis, parce que les agneaux étoient à bas prix , ainsi que les laines, mais il y a dix ou douze ans que le profit pouvoit aller à 12 shellirigs, parce que le prix des agneaux avoil monte'. Troupeaux de moutons à garder deux ans. Lorsque le terrain n’est pas suffisamment fertile pour engraisser les moutons , et que les circonstances d’une ferme ne rendent pas convenable l’entreprise de faire des élèves, c’est une bonne spéculation que d’acheter au ( 1 ) Pour bien apprécier le calcul de l’auteur, il fau- droit savoir de quelle race il parle. Parmi celles qu’il recommande , il n’y en a aucune dont la toison ne vaille beaucoup plus d’un shelling 3 deniers. Voici la moyenne des prix des toisons des quatre races principales. (Voyez le tableau de quatorze races Angloise* dans la Bibl. Brit ., vol. III, Agriculture, p. 2 ?5 (La race de Lincoln porte des toisons qui valent 5 shel. 6 d. Les toisons de la race de New-Leicester valent 4 shel.; celles de Soulli-Down 4 shel. 3 den. ; et celle des IN or folk 4 shel. 10 den. mais ÏÆS MOUTONS. 557 mois d’Août des agneaux mâles de l’année pour les garder jusqu’à deux ans et demi ou trois ans , et les vendre maigres à ceux qui font la spéculation d’engraisser promptement. Dans ce cas , l’on parque toute l’année, et le produit du parc est une grande partie de la spéculation. Je suppose qu’on les achète à 10 shellings la pièce, et qu’au bout de deux ans, on les vende 20 shellings , le profit est de L.— 10 — Deux toisons..— 6—■ Le parc de deux années . . . — 3 —■ L. — sh. 19 — Par cette exploitation , on peut gagner annuellement de 8 à g shellings par tète de mouton. On gagne davantage en ne gardant que dix-huit mois les montons achetés agneaux au mois d’Août. Dans cette dernière spéculation , on tient les agueaux sur les chaumes , et les plus mauvais pâturages jusqu’à Noël, en les faisant constamment parquer. Lorsque Je froid devient très-rigoureux , on les met aux turneps, en les faisant suivre les moutons qui ont un an de plus, et que l’on engraisse. Après les turneps on les met sur les pâturages les plus hâtifs , et on les parque jusqu’au milieu de l’été ; après quoi on les pousse pour Tome 8. Y 338 OBSERVATIONS SUR les engraisser , et on les vend à mesure qu’ils prennent la graisse, depuis le mois d’Octobre et tout l’hiver, dans les momens où ils se vendent le mieux. Pour les achever on leur donne des carottes, des choux, des navels et du colza. C’est de tous les systèmes le plus favorable, lorsque les circonstances de la fermé s’y prêtent. On peut faire aisément 17 shellings par tête , de profit annuel, dans cette méthode. Je dois observer , relativement aux troupeaux d’agneaux mâles , ou de moulons ante- nois , que lorsque le pâturage est médiocre , ou stérile, ils affament les brebis. Si donc on dépend des communaux pour la nourriture de celles-ci, elles seront très-mal nourries s’il y a des voisins qui envoient des moutons sur le même pâturage. Une autre circonstance qu’il ne faut pas oublier, c’est que les bêtes qui sont en chair quand l’hiver commence , soutiennent le froid beaucoup mieux que celles qui sont maigres. Brebis de réforme. Les vieilles brebis , auxquelles il manque des dents , et qui ne peuvent pas manger les turneps , ou se nourrir sur des pâturages très- raz, s’engraissent bien lorsqu’on les met dans de i.ks MOUTONS. 539 beaux pâturages clos. On les achète en Septembre , à environ 6 shcl. la pièce. On leur donne le bélier immédiatement ; de manière à ce qu’on puisse sevrer les agneaux au commencement de Mars. Elles donnent ordinairement de très-beaux agneaux , car on remarque qu’une vieille brebis fait communément de plus beaux agneaux qu’une jeune. Il faut les nourrir très-abondamment. Les agneaux bien tenus peuvent être gras en Juillet ou en Août. Dès qu’on les a ôte's aux mères, celles-ci prennent aussi la graisse. En Septembre et Octobre elles doivent être toutes vendues. Ceux qui ont abondance de fourrage, et ne peuvent pas donner des soins minutieux à leur troupeau , trouvent cette exploitation profitable et commode : ils triplent ordinairement leur argent; après avoir acheté à 5 sliel. ils vendent à i5 shel. la mère et l’agneau. Mais il faut avoir un soin extrême dans le choix des vieilles brebis , de les prendre bien saines, parce qu’il arrive assez souvent que ces troupeaux-là souffrent de la pourriture. Une autre considération qui a de l’importance , c’est que la vente de cette qualité de moutons soit facile dans le voisinage du lieu de l’exploitation. Ordinairement ce sont les ouvriers ou petits propriétaires qui achètent la chair de brebis OBSERVATIONS SUR 34o à 2 den. ou 2 ^ den. la livre ; mais quand les fabriques ne vont pas, et ’qu’il y a de la gêne, les fermiers sont quelquefois embarrasses des vieilles brebis qu’ils ont engraisse’es. Or, rien n’est plus de’courageant pour un cultivateur que d’avoir une denrée prête à vendre, et de n’avoir point d’acheteur. Agneletles. Le dernier système d’exploitation dont j’ai à parler, est celui d’acheter des agneletles en automne , ou les garder jusqu’à ce qu’elles aient agnelé l’année suivante ; puis de les engraisser et vendre grasses avec leur agneau; Cela se fait beaucoup dans certaines provinces; mais cela rend moins de profit que les autres méthodes. Quelquefois on les achète pour les engraisser comme des moutons ; mais si, par accident, un belier aborde le troupeau, tout le système se trouve de'range'. Je ne connois aucune ferme sur laquelle l’un des systèmes d’exploitation que je viens d’énumérer ne puisse réussir. Nourriture. Quel que soit le plan d’exploitation qu’on adopte, l’attention la plus importante, c’est de se procurer de la nourriture saine et abondante, pour toutes les saisons de l’année. Dé- IÆS MOUTONS. 341 terminer l’espèce de nourriture qui convient le mieux dans chaque exploitation en particulier, seroit multiplier inutilement jes divisions du sujet. Je considérerai donc , en general, les besoins des bêtes à laine relativement à la nourriture; et j’indiquerai les principales précautions et difficultés de la chose. J’ai déjà remarqué que les terrains secs , sablonneux , calcaires ou crayeux, étoient singulièrement propres aux moutons. Ils leur procurent une nourriture douce, savoureuse et saine ; on ne sauroit appliquer ces terrains à un usage plus lucratif que l’entretien des bêtes à laine. Dans les terres glaises , et les bonnes terres végétales, il faut quelquefois des précautions. Si elles sont humides, le fermier n’y fera jamais rien , en fait de bêtes à laine , sans un dessèchement préalable. Cette opération , eu augmentant la valeur de la terre , la rendra parfaitement propre aux moutons. Si les terrains sont soumis au labourage, et que vous ayez à les mettre en pré, commencez par former de hauts et larges sillons de deux perches de largeur , et trois pieds de haut dans le milieu. Lorsque la coupe du sillon est celle d’un segment de cercle , c’est le moment de mettre en prés-gazons ; les moutons y serout bien en sûreté contre la pourriture. OBSERVATIONS SUR m / oi a Les plantes les plus convenables au pâturage de moutons, sont le trèfle blanc, le trèfle jaune, la pirnprenelle, le ray-grasset le trèfle à fleurs rouges. La luzerne est une excellente nourriture pour eux ; mais il ne faut jamais la leur faire pâturer. Ils gâtent le sainfoin en le rongeant de trop près. Le ray- grass mêle de trèfle est employé' à les nourrir dans la plupart des provinces du royaume. Sur une terre qui vaut 12 sbellings l'acre de ferme, un acre de trèfle bien réussi, nourrit six moutons pendant l’e’te', en les supposant de taille à peser environ quinze livres le quartier. Lorsque l’on a des terrains abandonne's au parcours des moutons et parseme's de bruyères , il est avantageux de conserver celles-ci, parce que, pendant l’hiver et le ptintems , ils mangent , faute d’autre nourriture , les pousses > de ces plantes. Il y a des situations dans lesquelles il pour- roit être fort avantageux de nourrir les moutons en vert à la bergerie , si l’on avoil la certitude qu’ils s’engraissassent de cette manière. M. Oliphant, d’Ecosse, en a nourri ainsi un grand nombre et avec un plèin succès. Il est certain que le trèfle profiteroit beaucoup davantage de cette manière. L’ide'e pourroit être appliquée avec profit à la luzerne. ÏÆS MOUTONS, 545 Dans les situations froides et fort exposées aux vents, il importe de conserver les buissons et les bruyères comme abri ; car ce point ne doit jamais être négligé. Des plantations de pinson sapins, sont avantageuses sous ce rapport. Ce n’est rien que d’entretenir les troupeaux pendant l’été ; c’est à la nourriture d’hiver qu’il est difficile de pourvoir. Il faut une provision suffisante pour les troupeaux d’e'Jèves, et la précaution est encore plus indispensable pour les troupeaux à engraisser. Sous ce rapport les productions qui offrent le plus de ressources sont les turneps , les choux , le colza , 3es carottes et le foin. Dans les parties les mieux cultivées de l’Angleterre les turneps sont la principale ressource d’hiver pour les troupeaux. Les moutons les aiment, les brebis qui en mangent ont beaucoup de lait ; et cette racine donne la graisse aux troupeaux qui s’en nourrissent. Pour les faire manger sur place, il faut que le terrain soit sec ; c’est alors une excellente méthode ; mais lorsque le terrain est humide, elle est pernicieuse; le mouton qui a toujours le pied dans l’humidité et qui couche dans la bouc, ue s’engraisse pas , et prend diverses maladies. Dans les bonnes terres végétales, un peu hu- 544 OBSERVATIONS SUR mides , if faut châtier les turneps et non les manger sur place. On répand ensuite ces racines sur des terrains secs. Cette manière de faire manger les turneps, les choux et les carottes, produit une admirable amelioration sur les terres arides. Pour celte operation , on renferme les moutons dans un parc , que l’on fait changer de place lorsqu’il est suffisamment fume. J’ai fait moi-même cette ope'ration avec le plus grand succès sur' des terres ingrates , durcies par le defaut de culture , et couvertes de mousse. La provision convenable pour un troupeau de mille têtes , est de soixante à cent acres, selon la beauté de la récolte ; mais il faudrait encore quelque chose pour le mois d’Avril. M. Car , de Massing-ham , a trouvé que quatre cents moutons de Norfolk man- geoieut par jour un acre de turneps. Si les moutons sont légèrement atteints de la pourriture , les turneps hâtent beaucoup les progrès de la maladie. Un acre de beaux turneps achève l’engrais de huit moutons qui pèsent de ] 5 à ao livres le quartier. Les choux sont à divers égards supérieurs aux turneps : ils ne sont pas sujets à autant d’accidens. Us sont assez élevés pour être toujours parfaitement propres, au lieu que les turneps sont souvent pleins de terre. Les j,r:s moutons. 545 choux engraissent encore plus les moutons que les turneps. Il est donc extrêmement convenable d’avoir en choux une partie du terrain qu’on destine à l’entretien d’hiver d’un troupeau. Sur les terres un peu humides , ou fraîches , aucune production n’est plus avantageuse ; mais alors il ne faut pas les faire consommer sur le lieu même on ils ont crû: il faut les répandre sur des champs ou pâturages secs, comme je l’ai dit des turneps. De soixante à quatre-vingts acres en choux hivernent mille moutons ; et un acre suffit à engraisser onze à douze bêtes à laine. M. Turner (.Voyez Six month’s tour ) a vendu à 45 shel. des moutons qu’il avoit engraissés avec des choux. M. Crow a éprouvé que toutes les races de moutons se trouvoient bien de cette nourriture. M. Scroop a comparé la faculté engraissante des choux avec celle des turneps, et a trouvé que les premiers donnoient plus efficacement la graisse. Le colza est une admirable nourriture pour les betes à laine ; mais comme on le fait toujours consommer sur place , il faut que ce soit sur une terre suffisamment sèche. Le colza peut être pâturé en Novembre et Décembre , puis de nouveau en Avril. U est plus durable , et sujet a moins d’accidens, que 546 OTCSETTV ATIONS SE R les turneps ou Jes choux. Il engraisse très- bien ; mais comme provision ou nourriture d’hiver , il ne vaut pas les deux autres productions. Il faut compter environ cent'quarante acres pour mille brebis; et que six moutons peuvent s’engraisser sur un acre. Les carottes sont si singulièrement propres à don ner la graisse , qu’elles procurent plus de profit dans cette application , qu’en les employant à nourrir un troupeau de brebis. Je n’en fais donc mention que pour engraisser. J’ai trouve' par expérience que si l’on suppose trois mois pour achever l’engrais commencé pendant l’été , vingt moutons de quinze livres le quartier, mangeront trois cent soixante bushels de carottes dans ces trois mois. Le foin est la seule ressource d’hiver sûre dans les parties du royaume les plus froides , et sujettes aux neiges durables. Pour les troupeaux de brebis portières , il faut absolument interdire le foin, à moins que ce ne soit dans les tems très-humides, au moment où les brebis agnèlent, ou quand les turneps sont gâtés par les gelées (1). On a fait quelques expé- (1) J’ai l’expérience de plusieurs années d’un plein succès en hivernant uniquement au foin des brebis espagnoles, dont les agneaux sont toujours très-avancés LES MOUTONS. 547 rien ces qui semblent montrer qu’il y a de l’avantage à donner aux moulons à l’engrais , un mélangé de foin , avec la nourriture succulente. Il v a des fermiers qui ne comptent jamais moins de vingt-cinq à trente chars de foin pour l’hivernage de sept à huit cents brebis. Si le foin est la principale ressource d’un troupeau, il faut compter environ soixante chars pour mille brebis. — Le trèfle séché, et les vesces en fourrage leur réussissent très bien. Le tems de l’amiée le plus difficile à passer pour les propriétaires des bestiaux de bêtes à laine, c’est depuis le 20 mars au ici de mai. Les turneps , les choux , et autres nourritures d’hiver sont consommés, se pourrissent, ou montent en graine. Le foin est fort cher, et est d’ailleurs une mauvaise nourriture pour les brebis , dont il diminue plutôt qu’il n’augmente le lait. Il est donc très-important de prendre et très-baux. II est vrai qu’avant qu’elles mettent bas, et tandis qu’elles nourrissent , on leur donne an peu d’avoine ; mais elles n’ont aucune nourriture verte quelconque. Nota. La note ci-dessus a été écrite il y a six ans. J ai toujours donné dès lors des pommes de terre crues a mes brebis portières et nourrices en remplacement de 1 avoine, et avec autant de succès que d’économie; (Novembre 1809.) 48 OBSERVATIONS SUR \ toutes les précautions nécessaires pour passer ce détroit entre la nourriture d’hiver et l’herbe du printems. Faute de prévoyance sur ce point, les propriétaires sont souvent obligés de mettre leurs brebis dans leurs prés à faucher ; en sorte que s’il succède une sécheresse , la récolte en souffre essentiellement. Le même dommage a lieu lorsqu’on fait pâturer les jeunes trèfles. Les récoltes que je rccommanderois pour ce moment-là sont : i.° Les choux-raves de Reynolds (1) que le froid le plusrigoureux du climat de l’Angleterre n’affecte point. Cette plante a une qualité du plus grand prix pour l’objet dont je parle ; c’est que sa racine retient son suc long-tems après que la plante a monté en graine. J’en ai coupé au commencement de juin , dans le moment où les fleurs avoienl commencé à paroître. Les tiges et les branches pesoient autant que les racines, et cependant celles-ci éloienl savoureuses et succulentes. La racine d’un turnep, dans les mêmes circonstances, ne vaudroit absolument rien. Au reste , il faut semer les choux-raves dans un terrain sec, ou les transporter dans des pâturages où les brebis puissent (1) Les rutabagas n’éloient pas connus lorsque ceci a été écrit. I IÆS MOUTONS. 54g les manger sans pe'irir la terre. Cette plante me paroît d’un prix inestimable pour l’usage dont « je parle : elle do nne jusqu’à quarante tonnes ou charretées par acre. Le colza ou la navette, donne aussi, au mois d’_avril, une ample récolté de jeunes pousses, qui sont très-nourrissantes. Le seigle est dans certains pays, la principale ressource des fermiers au printems. Ils sèment le seigle sur le terrain destiné à leurs turneps ; mais c’est une ressource chère ; car il faut deux bushels de seigle par acre ; et la quantité de nourriture qu’un acre donne est peu considérable. 'Les vesces d’hiver se sèment dans le même but ; mais l’ensemencement en est encore plus cher. Les prés arrosés, dans les cantons on l’on peut avoir celle ressource, sont inliuiment utiles ; car ils fournissent beaucoup d’herbe aux brebis dans le commencement d’avril j mais il en résulte une perte sensible dans la quantité de foin à couper ; en sorte que cette moins value égale , peut-être , la dépense d’une récolte de navette ou de choux-raves. Les carottes emmagasinées sont bonnes jusqu’en mai, et deviennent fort utiles pour nourrir les brebis au printems. I \ 55o OBSERVATIONS SUR Le ray-grass fournit dès le mois d’avril um bon pâturage. En Norfolk on en fait grand usage pour les troupeaux. Sur les terres sèches et sablonneuses , iljest très-utile d’en avoir beaucoup 5 mais malheureusement les fermiers le sèment souvent sur de bonnes terres ve'gètales et des glaises humides, sur lesquelles cette ré- colte est fort chère, parce qu’elle donne moins, et que c’est, par conse'quent, un grand luxe que de la faire pâturer en avril. Les feuilles d’arbres sont une ressource dont j’ai parle en traitant de la nourriture du gros bétail : on l’emploie également pour les bêtes à laine. Le lierre qui est souvent embarrassant, est une excellente nourriture pour les moutons, dans le lents où la subsistance est rare. _ Si le fermier manque de nourriture pour ses troupeaux au prinlems , il en résulte pour lui une perte considérable ; en sorte qu’il doit mettre une extrême importance à bien prendre ses précautions sur ce point. S’il a abondance de nourriture au printems , ses agneaux seront avancés, beaux , et se vendront bienj et ses moutons à l’engrais se trouveront gras pour le tems de l’année où ils se vendent le plus cher, LES MOUTONS.' 55i Du Parc. Ceux qui connoissenl l’e’conomie des moutons , en Angleterre , savent qu’un des grands articles de leur profil c’est le parc. En Norfolk et en Suffolk , un fermier n’imagineroit pas de pouvoir cultiver les terres sablonneuses , sans avoir un troupeau de moulons ; et le profit de ceux-ci suppose le parc. Je vais parler successivement , l.° des bêtes à laines qu’on doit parquer. 2 .° De la saison du parc. 5.° De l’espace qu’on doit parquer avec un nombre donné de moutons. 4.° Du parc couvert. 5.° De la distance à laquelle on peut conduire le troupeau au parc. 6.° De la valeur du parc. Les troupeaux de brebis et d’élèves soutiennent très-bien le parc ; mais il n’est pas aussi certain que le parc convienne aux troupeaux qu’on engraisse. En Norfolk, pendant les quatre ou cinq derniers mois destine's à l’engrais des moutons , on a soin de ne les pas parquer ; et dans aucune des provinces du Royaume que j’ai examine'es, il n’est d’usage de parquer pendant l’été les moutons gras ; quant au parc d’hiver , ou le donne en faisant manger les lurne.ps sur place , dans une vaste enceinte fermée par des claies. La question de savoir si on peut parquer des moulons gras en OBSERVATIONS SUR 5 5a êle , sans inconve'niens pour eux , n’est pas encore de'cidêe : cependant nous avons con- noissance d’une expérience qui est encourageante. M. Kircaldy a parque au parc domestique 120 brebis depuis le' mois d’avril jusqu’à la fin de décembre. Elles ont été venduésgrasses à cette époque ; et la méthode n’a paru avoir aucun inconve’nient. On le commence ordinairement auprintems, et on le finit en automne , un peu plus tôt ou un peu plus tard. Bien des gens croient qu’on pourvoit parquer aussi en hiver , mais ce n’est point une chose généralement pratiquée. Il est certain d’abord qu’il ne faudroit pas mettre les brebis sur des terres humides ; mais il faut se souvenir que quand mênje on les mettroit sur des près secs, le parc a peu d’effet lorsqu’il gèle 5 en sorte que pendant les gelées , il faut un parc fixe avec de la litière. De toutes les provinces de l’Angleterre le Wilt-shire est la seule où on n’arrête point le parc pendant tout l’hiver , même pendant que les brebis font les agneaux. La chose est donc praticable; il faut seulement prendre garde que le terrain soit bien sec , et que le berger soit un peu aide', le malin , lorsqu’il s’agit d’ouvrir le parc. II convient d’ôter en même tems des claies de deux côtes differens, afin que les brebis ne risquent IÆS MOUTONS. 555 risquent pas d’écraser les agneaux en sortant par un espace e'troit. La formule la plus approuve'e quant à l’é- tendue à parquer, c’est neuf pieds par bête, en laissant le parc deux nuits de suite à la même place (1). Cela e'quivaut à une fumure ordinaire de fumier d’êtable. En Flandre , et dans quelques autres parties de l’Europe , on a des parcs couverts , pour y mettre des brebis pendant l’iiiver. Dans le Wilt- shire , on fait quelquefois une espèce de parc domestique avec de la paille dans quelque coin de basse-cour, à l’abri, lorsque le tems est très-froid ou pluvieux. C’est un très-bon usage, qui devroit être imite partout.' On trouve que les agneaux réussissent beaucoup mieux que ceux qui sont continuellement exposés à l’intempérie de la saison. Je puis parler des deux méthodes par mon expérience. J’ai dans ma cour de ferme un espace qui est séparé par une (1) D’Aubenton donne une formule par laquelle on parque quatre fois plus de terrain. Il est vrai que l’elfet en a été à peu près nul sur nos terrains où j’ai suivi cette formule. En laissant le parc une nuit entière, j’ai obtenu un peu d’effet, mais point encore assez. Il paroît donc qu’il faut laisser le parc deux nuits, à 8 ou 9 pieds par brebis. Tome 8. Z 354 ' OBSERVATIONS SUR palissade , et qui est destine' au parc. Ce parc non couvert communique avec un hangar, de manière que les brebis peuvent être , à volonté' , soit à couvert, soit en plein air. Cela est préférable à une bergerie toute fermée, qui pourroit être trop chaude. Tout autour du hangar sont des râteliers et des crèches pouf donner du foin ou de la nourriture succulente. En automne., je fais étendre une couche de marne d’un pied d’épaisseur, et ensuite je mets de la litière en abondance. Mes brebis y passent l’hiver , y font leurs agneaux , et ceux-ci réussissent le mieux possible. Cinquante brebis avec leurs agneaux m’ont fait ainsi , depuis le mois de novembre au mois de mai, cinquante charretées d’excellent fumier (1). Mais tout partisan que je suis du parc couvert, ou des hangars pour loger les brebis , je me déclare formelle- (1) Cela est d’accord avec les résultats de mon expérience. En ayant soin de mettre du sable ou de la terre légère dessous la litière des brebis, pour l’enlever trois ou quatre fois l’année, on peut faire jusqu’à deux voitures de fumier (ou l’équivalent de cette quantité lorsqu’on parque ) par chaque brebis avec son agneau. Si l’on prend encore en considération la qualité supérieure de cet engrais, on verra que le gros bétail ne doune pas à beaucoup près autant de fumier, à consommation égale de fourrage. 1 T/ES MOT7TONS. 555 ment contre Ja me’thode généralement adoptée en France, de les renfermer dans des bergeries : méthode également fatale à la santé des brebis et à la qualité deslaines (x). Ou a éprouvé en Angleterre que de renfermer les brebis , en hiver, dans des granges aérées étoit une précaution qui sauvpit bien des agneaux. Lorsque l’on parque les moulons, il importe (1) L’auteur parle des bergeries closes, dans lesquelles l’air 11e se renouvelle point, et où la vapeur du fumier nuit essentiellement à la santé des bêtes à laine. On logeoit autrefois les moutons de cette manière en France, mais on est généralement revenu à la méthode des bergeries spacieuses et aérées, lesquelles, à tout prendre, ont de l’avantage sur le parc couvert ou les hangars. Dans les hivers rigoureux, les agneaux y réussissent mieux. Les mères n’y sont pas aussi sujettes aux obstructions des mamelles par l’effet des coups de froid; mais surtout il est plus facile d’y obtenir, de la part des bergers, cette surveillance active, indispensable pour la réussite des troupeaux, et plus nécessaire encore dans le teins où les agneaux naissent, qui est aussi le teins des grands froids. Dans le voisinage des montagnes, ou l’on est exposé à des changemens brusques de température , la bergerie close est extrêmement convenable. Quant à l’effet sur les laines , on ne s’en aperçoit nullement à Piambouillet ni à Croissy. Dans le premier de ces établissemens on parque très-peu, et dans le second, point du tout. Il est vrai que les bergeries sont extrêmement aérées. OBSERVATIONS SUR 556 de ne leur pas faire faire trop de chemin pour aller au pare, el pour en revenir. Si la route pour aller du pâturage jusqu’au parc où ils doivent passer la nuit, est trop longue , l’on perd plus en fatiguant le troupeau que l’on ne gagne par le parcage. En general il faut observer que les moutons à l’engrais ne doivent jamais faire beaucoup de chemin , même dans le commencement du tems de l’engrais. Un quart de mille ou un demi-mille est une grande distance pour eux. Quant aux brebis portières, ■si on leur fait faire plus d’un mille , elles souffrent , à moins qu’elles ne puissent manger chemin faisant, et que cette route ne soit une promenade qu’elles font à petits pas. Les routes gravele’es fatiguent beaucoup les moutons , et leur gâtent les pieds. Si le pâturage habituel est à un mille de distance et que le chemin qui y mène soit graveleux , je conseillerois d’y établir'un parc couvert, et garni de litière pour y faire de l’engrais , plutôt que de risquer le dommage qui résulte pour les moutons des 'allées et des venues à cette distance. Lorsqu’il est indispensable de leur faire faire journellement beaucoup de chemin , les soins d’un bon berger qui mène son troupeau lentement, sont d’autant plus nécessaires. On loue souvent les troupeaux pour le parc. XES MOUTONS. 357 Le prix commun est d’un shelling par semaine pour 20 moutons. En Norfolk et Suffolk , on compte le bénéfice du parc à 1 sliel. 6 deniers par tête , pour la saison. Je fais, dans six mois seulement, une voiture de fumier par tête de brebis, ce qui, frais déduits, fait bien plus d’argent. Quant à la valeur du fumier, elle est toujours en proportion de la qualité de la nourriture. Avant de faire sortir les bêtes du parc, il ne faut pas oublier de les faire changer de place dans le parc même , afin qu’elles donnent leur fumier, ce qu’elles font toujours au moment où elles se lèvent. Les brebis urinent beaucoup plus que les moutons, ce qui fait qu’on les préfère pour le parc 5 mais il faut remarquer que furine et la fiente des bêtes grasses sont bien plus efficaces que le fumier des bêtes maigres , en sorte que si l’on parquoit des moutons gras , ils feroient plus d’effet encore. Mais il y a une autre circonstance dont l’effet doit être sensible pour l’engrais de la terre par le parc, c’est l’influence de la sueur des animaux , soit les émanations qui sortent de leur eorps pendant qu’ils sont couchés sur la terre : or , cette influence doit être beaucoup plus sensible‘ lorsqu’on fait parquer des moutons gras qu’elle ne l’est avec des bêtes maigres. OBSERVATIONS SUR 358 On n’est pas dans l’usage de laisser sorlir les montons du parc avant que la rosée soit levée (1). • On croit conimnne'ment que le parcage diminue la quantité et amélioré la qualité de la laine. On compte que les agneaux perdent un douzième de leur valeur par le parc, ce qui est probablement du aux nuits orageuses et froides. Je n’ai jamais eu de plus beaux agneaux que (i) L’auteur ne dit point ici la raison de cette précaution : il paroîl même croire qu’elle n’est pas nécessaire dans les climats plus chauds que l’Angleterre, il cite même la maison rustique , qui recommande de mener pendant l’été les moutons à la rosée au point du jour. On est revenu en France de cetle erreur : on sait que la rosce est une des causes les plus ordinaires de la pourriture. Dans les bergeries bien réglées , jamais un troupeau d’élèves ne broute l’herbe à la rosée. Quant aux moutons à l’engrais , c’est autre chose : il paroît que la rosée favorise la graisse; mais c’est en donnant à l’animal une véritable maladie. Il paroît cependant, par l’exemple de certains cantons que la rosée n’a pas également partout cette influence funeste. J’ai connoissance de certains districts, où ou élève des moulons sans prendre aucune précaution contre la rosée, et où la pourriture est inconnue. Il paroît que, généralement parlant, la rosée n’est pas regardée en Angleterre comme une cause de pourriture. 1 XiES moutons. 35g, ceux qui sont ne’s dans un pave couvert. Je suis convaincu que cela fait une diffe'rence essentielle. Maladies des moulons. Plus un agriculteur a d’expe’rience sur les maladies des bestiaux , plus il se fait scrupule d’e’crire sur ce sujet. Pour que les directions des auteurs soient ve'ritablement utiles, il faut que tous les symptômes soient de'crits dans le plus grand detail, afin qu’il n’y ait pas de confusion dans la connoissance des differentes maladies. Comme je n’ai pas les conuoissances necessaires, et que d’ailleurs ce traite' est trop abrégé’ pour tout dire , je vais me borner à indiquer les traits generaux , et quelques precau? tions plutôt que des remèdes. Virgile a dit : Non tam creber agens hiemem ruit æquore turbo, Quam multæ pecudum pestes. Et il est vrai que les maladies des moutons sont beaucoup plus nombreuses et plus fatales que celles des autres bestiaux ; et c’est principalement des bêles à laine que l’auteur parle. Je commence par la maladie la plus dangereuse et la plus mystérieuse de toutes les maladies des bêtes à laine : savoir, la pourriture. Dans chaque canton, de la Grande-Bretagne* OBSERVATIONS SUR. 5 60 on assigne à celte maladie une cause differente. En general cependant, on s’accorde à attribuer la pourriture à une surabondance d’humi- dité dans les pâturages. Jamais une bêle à laine n’a pris la pourriture dans des pâturages eleve’s, secs, et gra- vel eux ; dans un pays où on peut faire plusieurs milles sans trouver une source ou une rivière, les moutons n’ont jamais la pourriture. Cependant ce n’est pas l’humidite’ seule qui donne celte maladie, car il y a en Irlande des marais où les moulons ne pourrissent point. En Ecosse, les moutons prennent la pourriture dans des marais d’une apparence toute semblable. Les marais salans loin de donner la maladie, la pre- viennent ou la gue’rissent. Dans ce dernier cas, c’est assure’ment le sel qui est Je préservatif. Les fermiers se persuadent que l’herbe qui a pousse par l’humidite , est pourrissante. Ils pensent surtout que certaines plantes qui se trouvent dans les endroits humides donnent la maladie. Mais il y a de fortes raisons pour croire que c’est une erreur. Si l’herbe tendre et aqueuse e'toit une cause de pourriture, cette maladie se manifesteroit plutôt au printems qu’en automne ; mais c’est un fait remarque par tous les proprietaires des pre’s arrose's, que leurs brebis n’y prennent jamais la pourriture au printems. LES MOUTONS-. 56 * Les près arroses sont la plus grande ressource de ceux qui élèvent des agneaux; et ces mêmes fermiers savent avec la plus parfaite certitude que les pre's où ils font pâturer sans scrupule au printems pourriroient toutes leurs brebis en automne, avant même qu’on y eût mis les eaux : circonstance décisive pour prouver que ce n’est pas l’herbe nouvelle et aqueuse du printems qui donne la pourriture. Rien n’est plus décisif que la pratique de Baketvell, qui, avant de vendre ses brebis de réforme au boucher , ne manquoit jamais de leur donner la pourriture , en les faisant pâturer en automne dans des prés arrosés. Cet habile fermier disoit que l’eau qui arrosoit les prés pendant l’hiver et jusqu’au commencement de mai, ne donnoit jamais la pourriture aux moutons ; mais que celle qui arrosoit depuis le milieu de mai donnoit à l’herbe une qualité dont résultoit infailliblement la pourriture des moutons en automne. M. While deDorset-sbire qui a beaucoup travaillé sur les moutons, et accumulé un grand nombre d’observations, affirmoit que les prés arrosés ne pourrissoient jamais les moutons aux printems , et les pourrissoient infailliblement en automne. Il y a des prés qui e'toient sujets à donner la pourriture, et qu’on a rendus sains en les arrosant. D’autres OBSERVATIONS SUR 362 ont prétendu que les près arrosés pourrissoient les troupeaux au primeras comme en automne, a moins que les troupeaux ne fussent composés de h rehis nourrices et d’agneaux. Mais les faits ci-dessus sont trop bien constatés pour pouvoir être invalidés par des assertions hasardées. On remarque que dans la Sologne, les agneaux qui tètent ne pourrissent jamais. Ces circonstances portent à croire , avec quelques naturalistes suédois , que cette maladie doit être uniquemeut attribuée à la présence des douves, ou limaces, qui se trouvent dans le foie et les conduits bilieux des animaux malades , et je pense que les moutons lèchent au pâturage , et avalent les œufs ou les germes de cet insecte, lesquels germes se trouvent probablement dans les pâturages humides. En confirmation de celte idée , on a remarqué que la douve , ou limace , se rcncontroit quelquefois adhérente aux plantes et aux pierres dans les endroits mouilleux. Linné appelle cétte limace fcisciola epatica. Il est possible que cet animal , dont l’histoire naturelle n’est pas assez connue , ne naisse jamais par l’humidité de l’hiver et du printems. Peut-être l’eau qui coule au printems est-elle nécessaire pour le dépôt des germes. Peut-être la chaleur de l’été est-elle nécessaire pour avancer le déve- LVS MOUTONS. 565 loppement des germes, et peut-être l’œuf, le germe ou l’animal, se trouve l-il au point convenable pour produire dans le corps du mouton les effets observe's. Il est possible enfin que les arrosemens de l’automne et de l’hiver lavent ou emportent ces germes et les fassent périr. Il n’y a rien là de prouve', mais je penche pour cette idée qui expliqueroit tous les phénomènes (i). S’il y a quelque fondement dans cette opinion , les auteurs anglois ont, je crois , l’honneur de la priorité sur les Suédois. Markhnm, dans l’ouvrage intitulé , Agriculture , bonne et économique, publié il y a près de deux (i) Celte supposition n’explique pas comment il se fait que la rosée donne la pourriture, c’est-à-dire, que les moulons qui n’ont encouru le danger de la maladie d’aucune autre manière que par le pâturage à la rosée, aient le foie et les canaux biliaires garnis de douves. Il se peut que lé'même effet puisse être produit par des causes différentes; mais si les moulons avalent tes ceufsou les germes des douves eu pâturant, il est bien difficile de comprendre comment ils les ava- leroient avec l’herbe chargée de rosée, tandis que celte même herbe, à une autre heure du jour, ne leur donne aucune maladie. Dans les exemples cités par l’auteur, a-t-on bien pu observer si les moutons qui périssoient de la pourriture en automne, n’en aygient point pris le germe au printems. 364 OBSERVATIONS SUR cents ans, dit que les moutons gagnent la pourriture en mangeant de petites limaces blanches. Comme Markham n’e'toit qu’un compilateur, il est à regretter qu’il n’ait pas cité son auteur. La nature de ce mal indique la première précaution à prendre. Il faut transporter immédiatement les brebis sur des pâturages secs et sains , et sur lesquels , s’il est possible , on trouve les plantes qui sont reconnues comme des antidotes de ce mal. Les anciens donnoient régulièrement du sel au brebis. Columclle en fait mention ; et ce préservatif est tres-ulile. Ellis dit , que les feuilles de lierre guérissent la pourriture; et j’ai observé chez moi , avec une parfaite évidence, que des brebis qui avoient les symptômes de la pourriture , ont sensiblement gagné par le pâturage de la pim- prenelle. Dans la liste de plantes ([lie Mark- liam donnoit , il y a deux cents ans , contre la pourriture, il comprenoit le melilot, la pimprenelle et le spartiurn scoparium. M. Beal, écrivant à M. Boile , cite l’usage du foin vieux et sec comme un préservatif certain contre la pourriture. U prétend que Gabriel Platte a une expérience de vingt années, et lui-même Beal, une expérience de quatorze ans , qui prouve que le foin donné Ï/TCS MOUTONS. 365 en Mai et Juin préservé les moutons avec certitude de cette maladie. La difficulté doit être de faire manger du foin à des moulons au mois de Juin, et d’ailleurs il n’est pas prouve’ que les moulons prennent jamais la pourriture au printems. M. Boile indique l’usage du sel comme ayant préservé le troupeau d’un cul- tivateur , dans une position très-liumide, et où les troupeaux pourrissoient. II y a dans l’ouvrage de M. Boile unelettre du Dr. Lower, qui est curieuse sur ce point : en voici un passage. « Ce que j’ai toujours observe à l’ouverture des moutons morts de la pourriture , c’est que le foie e'toit attaque, et seulement dans les vaisseaux du porus biliarius. Tous ces vaisseaux contenoient, en plus ou moins grande quantité , des vers plats et vivans, semblables a de petites limaces , et une espèce de sanie noirâtre. Dans quelques moulons , ces animaux e'toient si nombreux qu’ils distendoient les canaux biliaires, et y formoient des abcès. La ve'sicule^du fiel e'toit e’galement remplie de ces vers plats, et le canal epatique en e’toit souvent garni jusqu’au duodénum. Je les ai toujours trouyes dans ces vaisseaux-là et jamais ailleurs. Les vaisseaux de la veine-porte et de la veine-cave dans le foie , ne m’ont jamais olfert ni sanie ni limaces. OBSERVATIONS SUR! 566 J’ai essaye de plusieurs manières de tuer ces limaces. L’eau-de-vie et l’esprit de sel ammoniac , ne faisoient que leur donner un peu plus d’activité. L’esprit de sel marin les tuoit subitement, les faisoit blanchir à l’instant, et cliangeoit la sanie noire dans laquelle ils étoient , en une colle blanchâtre , en sorte que ces vers avoient l’air d’avoir été sale’s et se'che's. J’ai répété celte expérience sur beaucoup de moutons , et toujours avec le même re'sultat. Cela m’a fait penser à un singulier remède que j’ai »u employer dans mon pays , et avec un succès étonnant. Au priutems et en automne, qui sont les deux saisons où la rosée est la plus dangereuse , dès qu’on voit qu’une brebis devient malade de la pourriture on la fait jeûner la nuit, puis le matin on lui fait avaler de force six ou sept cuillerées d’eau fort salée, dans laquelle on a mis tremper de la suie. On continue cette médecine du matin pendant huit ou dix jours, jusqu’à ce qu’on voie ces bêtes reprendre l’appétit et les forces. Lorsque l’on fait le remède à tems , il est très-rare que les bêtes périssent. Une autre méthode curative , lorsqu’on est à portée des marais-salans , c’est d’y faire paître les brebis tous les jours après que la mer s’est retirée. IÆS MOUTONS. 56 7 En Espagne, en Pie'mont el en France , on donne du sel aux brebis régulièrement comme préservatif. On voit dans le Tour à VEst } vol. XI, p. 495, l’exemple d’une cure complète , ope're'e sur un troupeau dont quelques bêles étoient au dernier degré delà maladie, en donnant une cuillerée de térébenthine dans de l’eau, tous les trois jours. Le persil est, dit-on , un préservatif contre celte maladie, et même un remède , quand elle n’est pas trop avance'e. Cette plante se cultive aisément, les moutons l’aiment, et elle donne une grande abondance de graine , ce qui rend sa multiplication plus facile. L’idée du Col-Dixon de Belford , de mêler de la graine de persil parmi les graines de prés , en formant ceux-ci, paroît bonne. Il serait bien utile de multiplier les expériences et les faits sur les moyens curatifs de la pourriture des moutons : c’est un objet d’une très-grande importance pour Je public ( 1 ). (1) Je suis fondé, par mon expérience, à recommander la gentiane en bols comme le remède le plus actif contre la pourriture. J’ai consigné dans ce recueil la belle expérience de M. Lullin sur unbelier qui éloit parvenu au dernier période de la pourriture. Ce belier est encore aujourd’hui plein de santé et de vigueur. OBSERVATIONS SUR 568 La maladie rouge ( the red water ) est tin ■mal dont les symptômes sont la puanteur de l’haleine et le pissement de sang; quelquefois un regorgement d’eau par la bouche. Après la mort , on trouve beaucoup d’eau épanchée dans la panse , et la viande de l’animal se corrompt immédiatement. Si l’on saigne le mouton, il ne donne presque point de sang. Les bêtes à laine, à leur troisième année , y sont plus sujettes qu’à aucun autre âge; mais tous y sont exposés. C’est ordinairement à l’entrée de l’automne que la mortalité a lieu. On assigne diverses causes à cette maladie: la plus vraisemblable c’est un accroissement trop rapide de l’animal dans des pâturages très-abondans. Cependant, j’ai connoissance d’un fait qui semble prouver que ce n’est pas là la seule cause de la maladie. Un de mes voisins perdit beaucoup de bêtes à laine de la maladie rouge en 1783, l’une des années les plus sèches dont on se souvienne. Ces moutons avoient langui pendant la sécheresse sur des pâturages brûlés, puis s’étoient nourris abondamment lorsque les pluies avoient fait faire à l’herbe une pousse vigoureuse. Mais pourquoi tous les voisins qui cultivent les terres riches et fécondes , échappèrent-ils à la maladie ? son terrain à lui n’est qu’un sable aride. IÆS MOUTONS. 56g aride. Peut-être , au reste , est-ce précisément sur cette espèce de terre maigre qu’il y a du danger lorsque la végétation y est rapide. Lorsque la maladie est avancée , il n’y a point de remède ; mais si l’on s’y prend à teins, le sel produit de très-bons elleis. L’écorce de chêne , tirée des fosses de tan, a aussi été employée avec succès. Je conseillerois de donner ces deux remèdes en parties égales , dans de l’eau ferrée , à la dose d’une demi-once ou une once par semaine. Le red-water paroît être la même maladie que Tessier appelle maladie rouge. Le tournis ( staggers and poddery) est une maladie qui attaque les bêtes à laine de tout âge. Pour les bêtes faites , on le nomme stah- gers , et pour les agneaux ou antenois , poddery (x). C’est une espèce de vertige qui fait tourner l’animal, et qui le lue en peu de jours, lorsqu’il est adulte ; mais les agneaux languissent souvent jusqu’à deux mois de celte maladie. Un des premiers symptômes du tournis, c’est que la bête se sépare du troupeau , re- ( 1 ) 11 est très-rare, en France, que les bêtes faites soient attaquées du tournis: cependant cela arrive quelquefois. J’ai vu périr de cette maladie une brebis Suisse de quatre ans. Tome 8. Aa observations sur 370 garde autour d’elle d’un air étonné' et se frotte contre les arbres comme si elle avoil la galle. Quand la bêle a péri, si l’on enlève une corne, on trouve, à sa racine , de gros vers nichés entre la corne et le crâne. Quelques bergers prétendent qu’en saignant d’abord , on sauve quelquefois le mouton ; mais cette maladie passe pour incurable. Quelquefois la cause du mal est une hyda- tide dans le cerveau (1). Il y a des bergers qui assurent pouvoir reconnoîlre au tact, et par une certaine chaleur, le lieu qu’occupe l’hvdalide , et qui l’extirpent en ouvrant le crâne : on dit avoir réussi à guérir des moulons de cette manière. La galle du mouton est analogue à la galle de l’homme, et est due à la présence de certains insectes microscopiques. Elle vient ordinairement de mauvaise nourriture , d’échauf- fement, de courses forcées , ou d’avoir parqué trop serré. Prise à tems, elle n’a pas de danger. Le remède est de frotter l’animal avec (t) On trouve quelquefois un grand nombre de ces cloches d’eau, ou bydatides entre le crâne et la subs- * tance du cerveau de l’animal mort du tournis, ou que l’on soumet au trépan. I-ES MOUTONS. 571 une infusion de tabac, à laquelle on ajoute un peu d’huile de térébenthine (1). La pourriture des pieds ( foot-rot ) est une espèce de galle ou ulcère qui se manifeste à la réunion des ongles du pieds, et qui est dû à l’effet de l’herbe longue , foulée en tems humide. Les brebis que l’on tient sur une litière humectée, ou qui passent et repassent souvent sur le fumier, contractent cette maladie. L’onguent vert , de Bracken, guérit ce mal, ainsi que le beurre d’antimoine ; mais il Faut éloigner ensuite la cause, de peur de le voir re- paroître (2). Pendant les grandes chaleurs , il convient de visiter le troupeau très-souvent, pour panser toutes les petites blessures ou égratignures que les brebis peuvent avoir , de peur que les mouches ne s’y attachent, et n’y engendrent des vers. Il arrive quelquefois que ceux-ci pénètrent jusqu’aux entrailles de l’animal. Si l’on fi) La préparation mercurielle connue sous le nom d'onguent gris est le remède le plus sûr, et le plus facile à administrer. Il y a certaines galles rebelles qui résistent à tous les autres remèdes, mais elles cèdent promptement à celui-là. (2) Je parlerai ci-après de cette maladie, quelques fois très-embarrassante et dangereuse. 572 OBSERVATIONS SUR remarque que la laine soit humide, par places, 1 il faut examiner ces places; car c’est ordinairement un signe de la présence des vers. O11 coupe alors la laine , et on nettoie et panse la plaie avec un mélangé d’huile de térébenthine et de sublime corrosif. La diarrhée va souvent avec cet accident des vers ; alors il convient de donner à l’animal un mélange de chaux et de sel pulvérisé , à la dose qui peut tenir sur un petit écu, et délayé dans de l’eau ferrée. J’ai vu des moutons sains et bien portans , périr en trois jours, par les suites des vers que donnent les mouches : cela montre combien il importe que le berger soit attentif sur ce point. Je ne sache pas que l’on ait observé en Angleterre la maladie décrite par Tessier sous le nom de maladie du sang : ce que l’on appelle en Kent le coup de sang paroît y. avoir rapport. La manière de saigner à la veine angulaire de la joue , telle qu’elle est enseignée par d’Aubenton, est très-bonne et très-sûre. II y a dans le sud de l’Ecosse , et jusques dans le York-shire , un usage établi, qui est d’enduire le corps des môutans avec du beurre et du goudron. Il y avoit à Northumbetland V Ï/ES M0UT0N5V 5 7 5 un troupeau de quatre mille brebis , qui don- uoient du lait ; et j’ai ouï assurer qu’elles n’en fournissoienl que la quantité' ne’cessaire pour faire le beurre avec lequel on engraissoit leur laine. On prétend que celle-ci en devient plus abondante, et que l’animal s’en porte mieux ; ces motifs de'cèlent la profonde ignorance de ceux qui suivent cet usage. M. Wiglit nous a appris que la laine non goudronnée se vend il sliell. le lod, et la laine goudronne’e seulement 6 ; en sorte que tout indique l’absurdité de cette pratique. Lorsque l’on veut faire la tonte , il faut laver les brebis à dos, trois jours auparavant, dans une rivière ou étang dont le fond soit propre. On ne doit point ensuite les mettre dans des gue'rets , ni dans des endroits où elles puissent se salir. Lorsque , malgré les précautions du tondeur, il arrive que les moutons sont blessés par les ciseaux , il faut appliquer immédiatement sur la blessure un peu d’onguent vert. On vend la laine par tods de 28 livres. Le prix des lainès , en Angleterre , est presque toujours de moitié inférieur à ce qu’il est daus le reste de l’Europe ; et cela , grâces aux lois impolitiques qui mettent le cultivateur à la merci du fabricant. Il y a plusieurs provinces où il est d’usage OBSEE.VATIO'N'S SUR. 5y4 de tondre les agneaux. D’Aubenton recommande, d’après son expérience, l’usage contraire. Un bon bercer est si nécessaire à la con- duite d’un troupeau, cjue , sans lui, il est inutile d’espérer des bêtes à laine, le profit qu’elles doivent rendre. Ilya beaucoup de petits Fermiers qui n’ont point assez de bêtes pour pouvoir payer un berger : c’est souvent le même individu qui soigne difFérens animaux , en sorte qu’ils sont tous négligés. Il faut donc qu’un troupeau soit assez nombreux pour supporter la charge d’un berger. La besogne du parc occupe le berger régulièrement , et beaucoup. Dans le lems où les agneaux naissent, il faut avoir constamment l’œil sur le troupeau. Les gages et l’entretien d’un berger ne montent guères à moins de 5o liv. sterl. : il faut lui donner autant de bêles qu’on le peut, c’est-à-dire, pour un troupeau d’élèves , jusqu’à mille têtes. J’ai connu des bergers qui en soignoient j5oo; mais on leur donnoitun aide dans le tenis du part des brebis. Sur les South-downs, on compte huit cents bêtes pour un berger. En le comptant à mille, c’est à peu près 7 den. par tête ; et l’aide extraordinaire d’un jeune homme porte à 8 den. par tête de brebis les frais de berger. C’est ' XES MOUTONS. 575 bien peu de chose , comparativement aux avantages qui résultent de la présence d’un homme instruit et soigneux. Lorsqu’on ne donne que deux cents bêles à un berger , les profils se trouvent fort diminués par le gage et l’entretien de cet homme essentiel. 11 y a des provinces où l’on donne au berger, pour sa paie , un certain nombre de brebis dont les agneaux lui appartiennent. Le berger est chargé de tous les soins qui ont quelque rapport au troupeau. Il accompagne ses bêtes tout le jour , avec son chien. Il ne les fait sortir du parc que lorsque les brouillards et la rosée sont dissipés ; il transporte les claies pour un parc nouveau ; et dans le tems où les agneaux naissent , il veille quelquefois toute la nuit pour observer et aider les brebis qui ont de la peine à faire leur agneau. Un bon berger se relève la nuit, lorsqu’il pleut abondamment, pour faire sortir du parc son troupeau , si la terre est de nature à retenir l’eau sur sa surface. Enfin tous les jours et à toute heure, il faut qu’il veille sur ses animaux, pour prévenir les accidens , et les maintenir en pleine santé.. L’usage des bergers françois, de précéder leur troupeau, vaut mieux que celui des bergers anglois , qui est de le suivie» 576 OBSERVATIONS SUR On a coutume , dans les foires , lorsque l’on vend et qu’on achète , de renfermer les moutons fort resserre's, dans des enceintes de claies. J’ai souvent vu des connoisseurs trompés, dans ces cas-là , lorsqu’ils avoient à choisir un ou plusieurs individus dans un lot ainsi presse'. Il faut , lorsqu’on achète , exiger que les bêles soient dans un enclos un peu plus à l’aise , afin de pouvoir les juger. Lorsqu’on a à vendre des moutons passablement gras, il y a une règle sûre, pour 11'être pas à la merci des bouchers , ou des revendeurs; c’est de peser le mouton en vie, et de calculer la viande nelle à la moitié’ du poids brut, en y ajoutant d’une à cinq livres. Le vendeur peut donc compter qu’il vend , en poids profitable, !a moitié de ce qu’il vend en poids de l’animal vivant. II convient d’avoir une cage de bois, avec une porte aux deux bouts : on met là-dedans l’animal qu’on veut peser. Lord Kaimes a trouvé que les quatre quartiers faisoient une moitié du poids brut de l’animal en vie, la peau la onzième partie, le suif la dixième, et qu’il y avoit un peu moins d’un tiers de parties inutiles , ou de rebut. L’âge des brebis se connoît par les dents. Pans le courant de leur seconde année , elles I/F.S MOUTONS. 577 prennent deux larges incisives; dans le courant de l’année suivante , elles en prennent deux autres ; deux nouvelles à la quatrième , et enfin dans le courant de la cinquième annee elles ont liuit larges dents. Les vieilles brebis font les plus beaux agneaux. On est étonné de voir quels beaux agneaux peut faire une brebis qui n’a plus une seule dent. On préféré les béliers jeunes; ordinairement après trois montes , on les ré- fo rme, excepte' dans les provinces où l’on e’iève des races pre’cieuses, et où les beliers coûtent fort cher. M. Dudgeon , de Dryburnford, en Ecosse, a eu une brebis, qui, à l’âge de deux ans, fit son premier agneau; à trois ans, elle en fit deux, à quatre ans elle en fit deux autres, et dans les cinq ans qui suivirent elle en fit quinze, qu’elle a tous nourris. Les brebis peuvent gagner jusqu’à l’âge de sept ans; mais , après cetàge-là, elles ne sau- roient acque'rir ni en taille , ni en laine; et les moutons ne prennent point une viande plus savoureuse en vieillissant. Les agneaux dont on veut faire des moutons , doivent être coupes à l’âge de quinze, jours. Dès le tems des Romains , la laine espa~ OBSERVATIONS SUR 5 7 8 gnole étoit préférée à toutes les autres. La laine de Circassie passe pour être aussi fine que celle d’Espagne ; mais la plus belle de toutes les laines du monde est celle du Tibet, dont on fait les beaux schalles de Cachemire ( 1 ). Un de’taiî exact des vovages des troupeaux en Espagne , donné par un agriculteur, seroit fort curieux ; ce que nous en savons n’est point complet , ni satisfaisant ( 2 ). On nous dit que certains troupeaux partent de Lerida en Catalogne , pour passer l’hiver dans l’Andalousie , et voyager tout le reste de l’année , à raison de deux à quatre lieues par jour. On prétend que ce changement de climat et de pâturage leur fait éviter la pourriture. Ces moutons gras valent 6 sliell., et trois fournissent un arobe de laine (25 livres). Les brebis sont plus petites que les bêles angloises , et (1) J’ai déjà eu occasion de relever cette erreur: eette prétendue laine est portée par une petite espèce de chèvres, et n’est qu’une bourre, sous le long poil. (2) jNous avons des connoissances très-satisfaisantes là-dessus par l’ouvrage de I.asteyrie, et par le Mémoire inséré dans les Annales de VAgriculture Françoise, lequel accompagnoit le don fait à Louis XVI du beau troupeau de Rambouillet. ! I.ES MOUTONS. 079 leur laine n’est pas si longue , mais elle a le brillant de la soie ( 1 ). La laine angloise se vend en France jusqu’à 4 sliell. 2 den. la livre ; et cependant il paroît que dans leCottentin il y a des brebis angloises. Le professeur Bradley repète l’assertion des écrivains anglais , que les laines d’Angleterre sont les plus belles du monde. A Witlney , en Glocesler-sliire , la meilleure laine que l’on emploie est celle de Hereford, qui coûte 8 à io den. la livre, et la moins chère est celle de Lincoln, qui coûte 4 den. et demi la livre : sur les Wolds du York-shire les toisons pèsent trois livres , et la livre vaut 8 den. Dans les marais du Nor- thumberland la laine ne vaut que 6 à g den. Dans le Westmoreland, elle ne se vend que 5 à 4 den. la liv. ( 2 ). (1) Il paroît qus l’auteur n’avoit jamais vu de laine d’Espagne, lorsqu’il a écrit ceci, qu’il répète d’après Baretti (Voy. son voyage de Londres à Gênes, Vol. Il, p. 106). La laine d’Espagne lavée ressemble beaucoup plus à du coton qu’à de la soie; et sur l’animal elle est si sâle, qu’elle est d’un gris noirâtre à l’extérieur. (2) Ces détails sur la comparaison et les prix des laines angloises sont incomplets et erronés : les prix, d’aujourd’hui sont très-diflerens, et les lecteurs trouveront dans divers morceaux de cct ouvrage des renseî-. 580 OBSERVATIONS SUR On sait que les anciens habilloient leur brebis pour obtenir de la laine plus belle : ne devrions-nous pas on induire qu’un parc couvert ne nuiroit du moins pas à la laine? Mais on peut douter s’ils avoient , relativement aux laines , les mêmes idées que nous, sur la perfection. Nous trouvons que la laine à carder est la plus belle j peut-être les anciens esti- moienl-ils davantage la laine à peigner. Stra- bon parle de Modène pour les laines incomparables qu’elle produisoit ; c’êtoit apparemment des macris carnpis voisins de cette ville, que provenoient ces laines 5 car Columelle dit que ces cantons c'toient célébrés pour la race des brebis. Les terres riches ne peuvent guères donner des laines superfines. Ce pays-là devoit d’autant moins y être propre autrefois , que les parties basses de la Lombardie n’e'toient pas alors cultivées comme aujourd’hui. Stra- bon nous apprend que tout le beau pays situé entre Aquilée , Ravenne , Brescia, Côme et Mantoue, étoit marais. Virgile nous dit, en parlant de sa propre ferme : Qucunvis lapisomnia nudus Limosoque palus obducat pascua junco. goémons plus exacts et plus étendus sur les races et les laines anglaises. LES MOUTONS. 58l' L’Altique est un pays sec et pierreux ; les laines de ce pays-là étoient regarde’es comme les plus belles. On pourroit conclure d’un passage d’Horace que les laines des Gaules etoient les plus belles de toutes, car il en parle comme d’une rareté’ précieuse. Quanquam nec Calabræ mella ferunt opes Nec Læstrigonia Bacchus in Améliora Languescü mi/ii nec pinguia Gallicis Crescunt vellera pascuis. PI usieurs expériences concourent à prouver que la qualité de la laine dépend du sol sur lequel paissent les brebis. Le Currah de Kil- dare, en Irlande , est un des plus beaux pâturages de moutons qui existe. Les bêles à laine qui s’y nourrissent donnent des toisons de trois livres de laine fine. Les mêmes bêtes, transportées à Croghen-hill donnent douze livres de laine, nécessairement beaucoup plus grossière. Quelques personnes prétendent que la qualité des laines dépend presque entièrement de la nature des pâturages; d’autres assurent que cette qualité dépend uniquement de la race. Le contraire paroîtra évident si l’on réfléchit qu’aucun art quelconque ne peut faire obtenir de longues laines sur un sol maigre. Les moutons de Lincoln-sbire, transportés 582 OBSERVATIONS SUR dans des pâturages arides, n’ont donne' qu’une laiue moins longue. Les moutons de Norfolk et de South-down , mis dans des pâturages gras , donnent des toisons plus longues et moins fines. Je connois des fermes où il y a des enclos de terres riches, et des pâturages secs et maigres. Quand le marchand de laine vient examiner les toisons , il reconnoît celles qui appartiennent à des bêtes qui ont ete six mois dans les clos fertiles. Ce n’est pas très-promptement , au reste , que les pâturages produisent cet effet. L’influence de la race est très-long-lems sentie; et lorsque la nourriture n’est pas essentiellement differente , c’est la race qui caracte'rise les laines (1). (1) Cet effet du climat et des pâturages, sur la laine, ne sauroit être nié, pour certaines races; mais il est constaté par un très-grand nombre d’expériences, faites aujourd’hui dans tous les pays de l’Europe, que la finesse de la laine des mérinos d’Espagne n’est nullement altérée par le changement du climat et des pâturages. Cette finesse est même susceptible de se perfectionner dans quelques pâturages et quelque climat que ce soit, lorsque le choix des beliers de la plus haute finesse est soutenu d’année en année. La nourriture très-abondante, donnée à cette race d’Espagne, augmente le poids des toisons et la longueur des laines, sans que leur finesse diminue en lien. Quant au nerf de ces \ LES MOUTONS. 583 La laine gagne beaucoup en qualité', lorsqu’on nourrit abondamment les troupeaux pendant l’hiver. Dans les provinces à turneps, quand la re'colte manque, et que les troupeaux sont mal hivèrne's , la laine prend ce que les bergers appellent la teinte bleue : c’est une nuance légèrement bleuâtre , que les marchands de laine savent apercevoir, et qui montre que les bêtes ont été mal tenues pendant l’hiver. Il y a un ver, ou teigne, qui ronge la laine, et qui provient des œufs d’un petit papillon blanc. Cela mérite l’attention des marchands. En France , on calcule que le profit annuel, moyen, par tête de brebis, est de 6 francs. Les bruyères qui entourent Luxembourg, et qui sont sur des hauteurs , à dix-huit cents pieds au-dessus du canal de Bruxelles , nourrissent des moutons qui rendent le même profit annuel. mêmes laines, il paroît qu’il est, jusqu’à un certain point sous l'influence des pâturages, et du régime auquel on soumet les troupeaux: il paroît qu’à paturagcS égaux, la laine prend plus de nerf lorsque les moutons sont continuellement à l’air libre. '384 Faits et Observations concernant les Brebis, les Laines, les Charrues et les Bœufs : ouvrage dans lequel l’importance de l’amélioration des races de Brebis, par le mélange du sang espagnole est démontré par la pratique. Par John Lord Somerville, Londres i8o5. / J’AI cru de mon devoir d’attirer l’attention de mes compatriotes sur un objet que ceux-là même qui sont le plus disposes à douter des résultats , sont obligés de reconnoîlre comme d’une haute importance , relativement aux intérêts de l’agriculture et du commerèe. J’ai e'vite' les assertions dénuées de preuves : j’ai désiré que chacun pût conclure par lui-même, apres avoir examiné attentivement les effets du sol et du climat sur diverses races de brebis. Il ne s’agit point d’opinions spéculatives : chacun pourra se convaincre par ses propres yeux des résultats que j’annonce. Dans la dernière assemblée annuelle de la Société de Bath , j’ai reçu l’expression unanime de son approbation, soit sur les moyens que j’ai employés pour l’amélioration BREBIS, LAINES, CHARRUES ET BŒUFS. 585 méüoralion des laines fines de ce Royaume , soit sur la qualité des bêtes à laine de race Espagnole et de races Angloises. Je produirai au mois de décembre prochain, à l’assemblée générale, de nouvelles preuves de mes succès. J’ai présenté deux moutons anlenois , dont le père étoit merino elles mères de Souih-Dovvn. Deux moutons antenois , dont le père étoit merino, et les mères de Ryeland. Deux antenoises Espagnoles et Ryeland. (Celles -ci appartiennent au troupeau dont M. Joyce a employé les laines à faire des draps et des casimirs, qui ont obtenu, il y a deux jours, l’approbation du Comité chargé parla Société de la publication des prix.) Deux brebis Espagnoles. Deux brebis Mendip, et deux moutons antenois de la même race. ^ Un belier Espagnol. Il y .avoit quelque difficulté pour fixer exactement la valeur des laines de ces animaux. La laine de South-Down étant estimée à son prix courant, savoir : un shelling et dix pence la livre, et celle de Ryeland à deux shellings et deux pence, l’une et l’autre lavées à dos ; on a comparé avec Je plus grand soin la qualité de ces laines natives avec celles qui appartiennent aux bêtes croisées. La laine des métis de South- Tome 8 . Bb 586 BREBIS, LAINES , Down a été estimée à trois shillings , et celle des métis de Ryeland à trois shellings et deux pence , l’une et l’autre bien lavées à dos. Elles furent achetées par un gros marchand de laine de : South-work, et examinées avec soin , avant d’être mises en ballots. Le re’sultat de l’examen fut extrêmement satisfaisant, et le rapport que le Comité’ vient de faire assure à ces laines une valeur qui surpasse mes espe’rances. Je reçois de M. Joyce une lettre qui porte ce qui suit : « Je vous apprends avec plaisir que le drap D bleu et le Casimir blanc que j’ai fabriques avec » là laine des troupeaux de votre Seigneurie, w ont obtenu par le jugement de hier, du Co- « mite de la société' de Bath , les prix de la n cinquième classe. )> » Je vous envoie ci-joint un e'tat de votre )) laine, après le triage que j’en ai fait pour » la fabriquer. Il en résulte qu’elle a moins )> d’F et de T (1) qu’aucune laine qui ait été « manufacturée pour la Société : c’est-à-dire, » sept livres seulement sur trente toisons pesant (î) Ces deux lettres signifient fin a et terzera, c’est- à-dire, dans le langage des marchands de laine Espagnole, deuxième et troisième sortes. La première se nomme R, c’est-à-dire, Refma . CHAKBUES ET BŒUFS. 587 )) g6 livres : c’est beaucoup moins qu’il ne s’en » trouve ordinairement dans la laine Espagnole. » Je présenterai de nouveau le drap et le ca- i) simir dans l’assemblée annuelle de la Soit ciété. » J’ai l’honneur d’être, etc. Thomas Joyce. État des laines reçues le 10 septembre de Lord Somerkille. « Trente toisons pesant 96 livres, de la » race croisée Espagnole et Ryeland ; les- » quelles trente toisons ont été triées en R, F, » T, savoir: 8g liv. R. 6 8 onces F. 8 T. 9 6 « Quarante-sept liv. de la laine R étant » dégraissées à fond ont produit vingt-huit liv. » trois quarts de drap bleu superfin. Les seize » liv. 6 onces restantes de la laine R, ont pro- » duit vingt-cinq verges de Casimir blanc pour » uniforme. » Les beliers Espagnols dont proviennent les métis étoient d’une bonne taille. L’un d’en- 388 BREBI5, LAINES, tr’eux a été loue cent liv. sterl. oour l’antie’e. 1 t Sa laine ne paroît pas de la plus haute finesse : nous en avions plusieurs de plus beaux : mais lors même que la très-foible proportion de deuxième et troisième laines ne de'montreroit pas l’avantage de ces croisemens , la perfection' des draps et casimirs fabriqués avec la laine des métis de Ryeland metlroit la chose dans la plus grande évidence. Quatre-vingt-six antenoises métisses de Ryeland m’ont donné 235 liv. 5 onces de laine bien lavée à dos ; qui , à 3 shell. 2 den. la livre, font environ 57 liv. sterl. le pack. Après le jugement du Comité, on peut hardiment estimer cette laine à 3 shell. 6 den. la livre, c’est-à-dire, 4a livres le pack. Lés croisemens avec les South-Down réussissent tout aussi bien qu’avec les Ryeland , soit pour les formes, soit pour la laine. J’ai un troupeau de métis de chaque race , et je ne sais auquel donner la préférence ( 1 ). (1) On verra ci-après combien j’ai admiré les échantillons des métis de ces deux races, que Lord Sommer- ville m’a envoyés. Il est fort satisfaisant de trouver , dans les expériences d’un aussi bon observateur des résultats parfaitement semblables à ceux que nous obtenons en France sur çet objet intéressant de recherches économiques. CHARRUES ET EtEUFS. 38 9 Les Ryeland sont d’un tiers plus petits ; mais les mêmes pâturages peuvent en nourrir un tiers de plus. Les brebis de Ryeland sont excellentes nourrices, mais les South-Down sont robustes et tranquilles/ Les métis provenant de l’une et l’autre race conservent entr’eux la même proportion , quant à la quantité de bêtes qu’un acre peut nourrir. Les antenois métis de Ryeland sont plus gros que les bêles faites, soit de Ryeland , soit d’Espagne. J’en ignore la raison (1). Les métis de Ryeland tiennent des Espagnols une disposition très-docile. J’ai acheté cinquante brebis de Mendip, pour essayer quel seroit l’effet du croisement de cette race. La taille, la promptitude de la croissance, la disposition à s’engraisser, et l’excellente qualité de la chair recommandent ce croisement. Je puis remarquer également que la qualité de la chair des métis de Ryeland et de Soutli- Down est très-bonne. Je suis maintenant en état d’assurer que ces croisemens ont les effets les plus heureux, sous tous les rapports avantageux au public. Les moutons antenois n’ont (i.) J’ai remarqué, en général le même résultat, soit sur les races de Suisse, soit sur celles de Dauphiné. Il paroît que le croisement est favorable à la taille, comme à la laine. 5go BREBÎS, I, AINES, maintenant que dix-neuf mois ; et comme les breliis d’Espagne étoient arrivées plus tard que je ne les nltendois, et que par conséquent, les agneaux étoient venus plus tard dans la saison que de coutume, ces mêmes antcnois île dix- neuf mois ont e’té sevrés sur les hauteurs d’Ex- monr, où nos brebis ont passé l’été. Le climat étoit trop sévère pour eux ; et comme il fallut les laisser jusqu’en octobre, leur croissance en fut ri tardée. On peut dire qu’ils n’ont guères qu’une années de croissance (i). Il paroît donc que les métis de cette race prendroient la graisse aussi jeunes que le demande l’intérêt national, c’est-à-dire, entre vingt mois et deux ans. On a considéré comme la pierre de touche de la véritable utilité d’une race, l’avantage d’avoir une croissance rapide et de s’engraisser jeune; parce que cela donne beaucoup plus de facilité pour multiplier les individus, de cette même race. Si le mouton peut être tué à deux ans , sa laine est assez longue pour nos manufactures: si on tuoit les animaux beaucoup plus jeunes elle n’auroil pas sa maturité. L’accroissement (t) Ces individus retardés dans leur première année ne doivent pas avoir acquis le poids qu’ils auroient eu s’il n’y avoit eu aucun arrêt dans leur développement. L’expérience de l’auteur n’eu est que plus probante. CHARRUES ET BŒUFS. 5gi d’une race de bon entretien et susceptible de graisse est beaucoup plus considérable pendant la première et la seconde anne'e , que dans la troisième ; en sorte que le profit qu’on peut retirer d’une telle race , est plus grand dans ces deux premières années, si l’on considère la toison et la chair. Si l’on avoit essaye’ d’introduire en Angleterre une race de brebis dont les toisons eussent un grand prix , mais dont les animaux fussent incapables de prendre la graisse , ce seroit rendre d’une main ce qu’on recevroit de l’autre: il n’en re'sulteroit aucun bénéfice pour le public ; mais quand nous présentons une race qui porte des toisons très-lourdes , et d’une laine capable de faire des draps bleus teints en laine, et des casimirs qui obtiennent les prix de la Société : une race qui prend la graisse avec une facilité au moins égale aux races à courte laine les plus distinguées sous ce rapport, ces brebis ont évidemment une très-grande valeur. Je fournirai des preuves sans réplique que mes races croisées possèdent éminemment ces deux avantages. Ce n’est point par esprit de changement que j’ai été conduit à abandonner la race à longue laine , qu’on nomme de Brampton , et qui est celle de tous mes voisins. Le mélange du sang I 3g2 BREBIS, I/AINES , de New-Lcicester y avoit apporte' une amelioration sensible ; mais les boucliers de nos environs nvoient pris un préjugé' si affermi contre cette race, cpie nous étions obliges de chercher des acho|,eurs jusqu’à 5o milles de distance, au marché de Bristol. Cette race de Brampton croisée de Leicesler a été douze ans sur mes pâturages, et malgré tous les efforts et les soins possibles , mais cependant compatibles avec le profit, cette race a sensiblement baissé. Malgré l’introduction de nouveaux beliers de New-Leicesler , dans les douze ans , la perte des animaux , quant à la taille , peut être estimée à cinq livres par quartier. On demandera peut-être sur quelle espèce de terrains arides j’avois mis mes moutons. Je réponds que c’e'toit dans la vallée de Taunton , citée par son extrême fertilité, et que mes troupeaux ont souvent pâturé dans des prés dont la rente est estimée à deux livres quinze shellings l’acre. Il auroit fallu que je fusse aveugle pour me refuser à l’évidence portée jusqu’à ce point. La nature m’indiquoit qu’il falloit essayer un changement, puisque mon terrain n’étoit certainement pas propre à la race que je possédons. Plusieurs milliers d’acres de la Grande-Bretagne sont précisément dans le même cas. Je vendis donc les brebis de cette grosse race. Cent cinquante « CHARRUES ET BŒUFS. 3<)3 brebis portières de Ryeland remplacèrent quarante-cinq portières de l’autre race. Tous mes voisins annoncèrent que mon troupeau mourroit de faim sur l’étendue de pâturages que je lui destinois. L’hiver fut rigoureux ; et cependant les brebis se maintinrent, et les agneaux au moment du sevrage , étoient en très-bon e’tat. Les brebis passèrent l’été sur des pâturages , à raison de dix par acre , et revinrent de là' eu automne très-bien portantes (1). (1) Leurs agneaux passèrent l’été sur les mêmes pâturages élevés, à raison de douze par acre, et quoique cela parût une proportion un peu forte, vu la qualité des pâturages, cependant les agneaux revinrent de là en automne en assez bon état. Ils furent mal hivernés, parce que nos turneps étoient mauvais; mais ils ne parurent pas eu souffrir dans leur accroissement. Les moutons sont parvenus à une taille et à un point de graisse dont on ne croyoit pas la race de Ryeland susceptible. Un lot de ces moutons a été tué à Taunton, et chaque individu a donné des quartiers de 16 livres. Les boucliers se trompoient en moins d’environ 4 livres par quartier dans l’estimation qu’ils en faisoient sur l’animal en vie. Un individu plus petit que les autres fut rejeté du lot, il étoit d’ailleurs aussi bien fait et aussi gras qu’il soit possible : il étoit large sur les rognons, et avoit le rable de la meilleure qualité et très-épais; ses gigots étoient d’une belle forme, et ses os très-petits. Ce mouton portoil 12 livres de graisse ou suif, outre la graisse des rognons. Les toisons de ce 3 q 4 BREBIS, RAINES, Un lot d’anlenois métis fut acheté' par ua fermier de mes voisins et tous furent tues dans le cours de fe'vrier et de mars. Us donnèrent (à prendre la moyenne entre tous) plus de poids en suif ou graisse qu’en un de leurs quartiers. Les terres de la valle'e de Taunton auroient certainement pu entretenir la race ries grosses brehis à laine longue ; mais il auroit fallu les mettre dans des pre's extrêmement gras, ou dans des trèfles fort abondans , et c’auroit été acheter cet avantage trop cher : ce n’est point la taille d’un ou deux moutons extraordinairement engraisses qui importe au public et aux fermiers, c’est la quantité et la valeur, en chair et en laine , que l’on peut obtenir de chaque acre , qui sont véritablement d’un grand intérêt pour le cultivateur et la communauté. Il faut déplorer que nous soyons presqu’irrésis- lot étoient belles et abondantes. La laine se vendit en 1801 à 2 shel. 4 den. la livre, lavée. En 1802, à 2 shel. 2 den , non lavée. Nous avons conservé un lot de ces montons jusqu’à présent : ils seront tués à l’exibition de Barbikan; et j'aurai soin de faire connoître le poids qu’ils auront atteint. Je viens de donner des détails qui peuvent paroître fastidieux; mais l’importance du sujet me sert d’excuse. CHARRUES ET BŒUFS. 5ÿ5 tiblement entraînes par la beauté du corsage. La taille moyenne est ce qu’il y a de préférable; mais s’il falloit l’un ou l’antre extrême , il n’y a pas de doute que les petits moutons à chair savoureuse ne soient d’une vente plus facile. Les riches les recherchent parce que la qualité de leur viande est supérieure : les pauvres achètent plus facilement un quartier d’un petit mouton que d’un gros ; et plus la viande est chère, mieux cet argument est applicable, parce qu’on ne peut guères détailler un gigot ou une épaule de mouton. Il n’y a donc que les ouvriers des diverses professions qui puissent préférer les gros moutons à chair mollasse. C’est là le raisonnement que j’ai fait, lorsque j’ai envoyé ces métis de Ryeland au marché; et cependant c’est dans la classe même des ouvriers de ce pays de fabrique , que l’on a recherché la viande de ces moulons à un penny plus cher que l’autre. On nous dit, et cela est vrai, que les matelots , et surtout ceux qui font le service des navires qui portent le charbon , préfèrent la viande grasse des gros moutons à toute autre. Cela peut être. La viande fraîche a toujours un grand prix pour le marin qui a été long-tems à la mer; mais quand les matelots sont restés quelque tems dans le port , ils apprennent aussi à préférer la viande des petites 5g6 BREBIS, LAINES, races. On nous dit encore que la chair des gros moutons prend mieux le sel. Je réponds que le mouton n’est point fait pour être sale. Cette préparation ne convient qu’au bœuf et au porc ; lorsqu’il faut manger de la viande salée, à la bonne heure ; mais lorsqu’on peut manger du mouton , il faut qu’il soit de la meilleure qualité possible. Un des premiers bouchers de Lond res a souvent répété qu’il ne lui tournoit pas à profit d’acheter du mouton de grosses races excessivemênt engraissées. Parce que , sans compter la perte qu’il éprouvoit sur la graisse qu’il e'ioit obligé d’enlever aux morceaux destinés à être rôtis , il observoit qu’il n’y avoit point une assez grande quantité de viande pour supporter la quantité de graisse dont elle étoit pénétrée, en sorte que cette graisse se fondoit en rôtissant; qu’en conséquence, aussi long- tems que la viande se vendroit plus cher que le suif, il trouveroit son compte à préférer la race de South-Down , ou une autre race de médiocre ou petite taille. J’entre dans ce détail, parce qu’on a souvent fait de mauvais raison- nemens en faveur des moutons énormes, et chargés de graisse , afin de les faire adopter dans des cantons qui ne leur conviennent pas. Que cette race soit admise dans les terrains riches et profonds, c’est très-bien ; mais il ne CHARRUES et BŒUFS. 5j}7 faut pas vouloir la faire passer pour la plus profitable dans les terres médiocres : il en résulté une perte essentielle pour la communauté. Sans doute il faut des laines longues et grosses, pour alimenter nos fabriques qui emploient ce genre de laines , et- en conse'quence , il est avantageux au public que les terres fortes, riches, nourrissantes, soient destine'es aux grosses et lourde* races; mais faut-il pour cela , introduire ces races partout ? faut-il renoncer aux laines à draps parce que nous avons besoin de laines pour les tapis? Je préfère, je l’avoue, les draps qui sont nécessaires, aux tapis qui ne le sont pas. Si ces tapis e’toient pour l’exportation , je dirois c’est fort bien ; ce peut être un commerce tout aussi profitable que celui des étoffés de laine grossière que nous envoyons dans l’ Amérique méridionale et ailleurs; mais si ces tapis doivent être consommes en Angleterre , comme ils l’ont e’té depuis plusieurs années , il en résulte que le fabricant vit de ce qu’il gagne, mais que , quant au revenu national , il n’en est pas plus augmenté que si le fabricant demeuroit les bras croisés, et que le riche lui fît la charité. Il reçoit d’une main et » paie de l’autre : la nation n’y gagne rien.; et on peut en dire autant de tout objet de luxe consommé au-dedans. Cette doctrine n’est pas 3g8 BREBIS, LATNE3, à la mode, je le sais ; mais elle est vraie. En parlant de la race de Ryeland , il convient de remarquer qu’elle n’est point de montagne, comme beaucoup de gens le supposent, mais qu’elle appartient aux valle'es de Hereford et de Ross , et se nourrit dans les mêmes terrains que les gros bœufs du Hereford-sfiire. Combien de théories favorites se trouvent renversées par ce seul fait ! Le même terrain qui nourrit la plus petite et la plus Gne des races de l’Angleterre , nourrit e'galement les bœufs les plus lourds du Royaume. C’est un pays bien favorise que celui qui , sans qu’on y apporte de grands soins, voit prospe'rer deux races d’animaux de qualite’s si differentes , et pourtant si distinguées. Ce fait nous apprend que la race a plus d’influence sur la qualité' des laines que l’on ne le croit. Je ne fais aucun commentaire sur cette singulière opposition : je ne veux que citer le fait. Les de’tails publie's sur la race et le re’gime du troupeau des mérinos de Rambouillet, ferme nationale auprès de Paris, me'ritent l’attention de la société', car ils sont le résultat d’une observation persévérante. Cette race a conservé toute la qualité de ses laines en Saxe, en Suède et en Danemarc : il y a cinquante ans qu’elle est répandue en Suède. Un particulier a fait CH-AKRUES ET BŒUFS. 3 99 *enir l’année dernière , de la Suède , deux cents balles de ces laines des mérinos du pays, lave'es et assorties : le tout s’est vendu au plus haut prix des laines Espagnoles. Ou a présente, àla dernière assemblée de la société', un échantillon de ces laines de Suède. Un fabricant de draps, qui e'toit présent, dit qu’il en avoit employé dans sa fabrication , et qu’elle faisoil un aussi bon effet au travail qu’en échantillon. L’auteur de la partie agriculture dans la Bibliothèque Britannique fait sentir avec force ce qu’il y auroit à gagner pour nous à l’adoption de la race Espagnole. Dans une lettre particulière que j’ai reçue de lui récemment, voici comment il s’exprime fl) : « J’ai beaucoup admiré les échantillons de » lames que vous m’avez adressés. J’aime à voir » que votre persévérance l’emporte sur les pré- » jugés de vos voisins. La race Espagnole est » une véritable mine , que les Anglois , jus- » qu’ici n’ont pas su exploiter. Je ne sais si je » me trompe , mais je soupçonne que vous » avez sur cette race une opinion plus favorable » que celle que vous exprimez. Il semble que » ce soit pour ménager la prévention de vos (1) Ma lettre à Lord Sommerville étoit écrite en anglois, et je la traduis ici. 400 BREBIS, LAINES, » compatriotes contre les brebis Espagnoles , » que vous les leur présentez déguisées en Rye- » lands et en South Dovvns ; et comme la chair » et la graisse sont, dans votre pays, les passe- » ports des toisons fines , vous avez soin d’in- » sister sur ce que les me'tis ne perdent rien en 3> taille et en aptitude à prendre la graisse. — » Est-ce en effet votre opinion qu’il y ait plus 3) de profit pour vous dans les croisemens des » beliers mérinos avec les brebis de Ryeland R et de South-Down, qu’il n’y eu auroit à con- » server le sang Espagnol dans sa purele' ? 3> Avez-vous connoissance d’aucun fait qui 3) vous conduise à croire qu’il y auroit quelque 3) dégénération si vous multipliez les mérinos 3) sans les croiser ? Mais s’il n’y avoit pas de 3) de'ge'ne’ration (comme je suis porte’ à le croire 3) d’après l’expérience de beaucoup de gens et 3) la mienne propre) n’y auroit-il pas un profit 3) infiniment plus considérable dans l’éducation 3 ) des troupeaux purs, que dans les croisemens? 3 ) La réputation de cette race excellente ne 3 ) peut que s’étendre d’année en année. Si le 3 > monopole que la loi crée , en Angleterre , 3) en faveur du fabricant, e'toit une fois aboli, 3 ) les mérinos seroient certainement recher- 3 ) chés. Les avantages que je trouve dans l’en- j) tretien de cette race seroient plus grands encore CHARRUES ET BŒUFS. 4 oi t » core pour vous qui louez déjà vos beliers R cent guine'es , tandis que je ne les vends pas » au-dessus de vingt-cinq. \ ous pouvez voir » cependant, en consultant le cahier de sep- » tembre 1802 de la Bibliothèque Britan- j> nique > que le produit de mon troupeau est » prodigieux , eu e’gard au capital. J’apprendrai » avec plaisir que les mérinos se multiplient B chez vous. Je dis dans les termes de Was- » hington : (Voyez ses lettres à A. Young) la » multiplication des animaux utiles est un )> bienfait de, la nature qui appartient égale- » ment à toutes les nations. » » La jalousie des peuples sur ce point est r absurde. Le champ de l’industrie est im- » mense ; et si les nations rivales, au lieu de » se croiser réciproquement dans leurs vues R agricoles et commerciales , se donnoient » l’exemple des ameliorations utiles , et pre- i> noient l’émulation des bonnes choses , elles » serviroient la prospe'rite' de leurs voisins , )> sans nuire à leurs propres intérêts. II y au- » roit plus de bonheur pour chacun , et plus )> d’individus pour en jouir. En voilà assez pour » un rêve : je viens aux échantillons tire's de » votre troupeau. » » J’ai dans ma collection des e'chantillons r de toutes les laines Angloises. Votre Rye- Tome 8. Ce 4oa brebis , rAINES 5 ) land est comparable à la plupart des laines » Espagnoles du commerce ; mais le croise- u ment a produit une amelioration évidente: )> la laine moitié' Espagnole moitié' Ryeland a )) les qualités de la belle laine d’Espagne. Il y » a un caractère qui appartient surtout à la )> prime Léonoise, c’est l’extrême douceur )) re'unie au nerf, ou à l’élasticité. Tous vos n échantillons me paroissent avoir plus ou » moins de ce caractère, mais il est surtout » remarquable dans la laine métis de Rye— » land (1). Je soupçonne que cette qualité )) peut être due , eu partie , à l’usage de frotter » les toisons sur l’animal avec de l’ocre , selon » la coutume de certains bergers Espagnols. « Ce qui me le fait soupçonner c’est que je » remarque dans vos échantillons, qui sont » seulement lavés à dos, une teinte rougeâtre, « etje mesouviensque vousavezdonnéquelque » approbation à celle méthode (2). Veuillez (1) Dix jours après la réception de cette lettre , le Comité de la Société de Bath a adjugé le prix à cette même laine. (À) (2) Les toisons n’ont point été frottées avec de Locré : cette teinte vient de la couleur du sol sur lequel les troupeaux paissent. Il y a trois ans que je fis un essai sur quelques brebis de Ryeland pour savoir si l’ocre CHARRUES ET-BŒUFS. 4o5 )) me dire quel est votre usage sur cela. Je » prends la.liberté de vous envoyer ci-joint un » échantillon avec son suint, d’un de mes plus » beaux beliers. Je n’ai rien vu de plus fin , » parmi plusieurs centaines d’animaux de cette » race dont j’ai examiné les toisons , soit des » mérinos arrivés directement d’Espagne, soit » de ceux qui sont naturalisés en France depuis )) plusieurs années. Ce belier appartient à la sep- » lième ou huitième génération née en France » depuis l’importation du troupeau à Ram- )) bouillet, toujours dans la même race , et ». avec un accroissement remarquable dans le » poids des animaux et des toisons. Ces faits » méritent attention. Vous pouvez voir dans » le dernier Rapport de MM. Tessier et Ht zard » concernant le tTOupeau de Rambouillet, les » résultats de la comparaison entre les béliers » et brebis mérinos nouvellement arrivés d’Es- avoit eu réellement la propriété d’adoucir les laines. L’effet, à peine sensible, parut plutôt être contraire. Je n’ai rien pu apprendre concernant celle pratique en Espagne. Le Dr. Garnet, ainsi que je l’ai dit ailleurs, a analysé la matière attachée à quelques toisons venues d’Espagne en t8oo,et il n’y a point découvert d’ocre. M. Lasteyrie ne considère l’application de l’ocre que comme servant à empêcher la peau des brebis de souffrir du soleil immédiatement après la tonte. (A) 4o£ BREBIS, EA1NES, )) pagne, cl l’ancien troupeau de Rambouillet, )) issu d’individus tires d’Espagne il y a dix- )) huit ans. J’ai vu les deux troupeaux, cl j’au- )) rois juge' du re'sultat à peu près comme il est » établi dans le Rapport. Dans mon troupeau, » le poids moyen des toisons des brebis de la » race de Rambouillet a été de sept livres )> douze onzes poids de marc, en suint. Or, B le poids moyen des toisons des brebis arri- B vèes d’Espagne l’année dernière , chez trois )> de mes voisins , a été de cinq livres. Quant i) à la finesse comparative, on ne peut rien )) citer de plus probant en faveur de la race » acclimatée, que le prix fixe par les mar- » chauds de laine et les fabricans , à la vente )> publique de Rambouillet. On peut s’en fier » à eux : ils ne se conduisent point au hasard; )) et lorsqu’ils donnent de ces laines le même )) prix que des primes Le'onoise , c’est parce » qu’ils en commissent la valeur d’après des )) expe'riences répétées. » La couleur de la toison des mérinos ne ressemble point à celle des toisons des races An- gloises. Les animaux les plus fins ont une couleur brune noirâtre qui résulte de l’adhérence de la poussière àleurtoisou extrêmementgrasse. On est surpris en ouvrant cette couche noire, de trouver, en-dedans, une laine d’un blanc CHARRUES ET BŒUFS. 4 o 5 parfait, et une peau couleur de rose , qui dénote la facilité à s’entretenir et à prendre la graisse. Plus la toison résiste à la pression de la main en-dehors , plus la laine est serrée et fine. On trouve de tems en tems une belle toison non tassée , mais cela est rare. Il y a deux ans que je fis assortir de la laine de race Espagnole par R. F. et T. Les draps fins et les casimirs qui en furent fabriqués ont fait un excellent usage. Le reste de mes laines fut vendu à une guine'e la toison ; et je n’en ai pas encore vendu une seule à plus bas prix. En 1801, les toisons ont pesé l’une portant l’autre, heliers, brebis et antenoises , six livres et demie en suint (1). En 1802 , soixante-dix-neuf toisons ont été vendues soixante-dix-neuF gui- nées : le poids e'toit un peu moindre. On dit (i) Ce poids se rapporte à peu près à celui des toisons du troupeau du Roi à Oallands , et est sensiblement inférieur à celui des toisons de Rambouillet. Toutes les comparaisons que j’ai été conduit à faire entre les troupeaux de mérinos, soit d’Espagne, soit de Suède, soit de Saxe, soit de Danemarc, soit de Piémont, soit d’Angleterre, laissent en résultat un avantage marqué au troupeau de Rambouillet. Il est probable que ce troupeau, originairement très-bien choisi, et amélioré annuellement par les soins éclairés des Commissaires, est aujourd’hui le plus beau troupeau qui existe, ' 4o6 BREBIS, BALNI-S, qu’il en est de même dans tous les troupeaux du Royaume cette année ; et on l’attribue aux vents frais et secs d’avril et mai, qui ont empêche le suint de monter. Mais les marchands de laine ont trouvé la qualité améliorée. Lorsqu’on lit le rapport du Comité de la Société, et qu’on réfléchit à la foible proportion des basses sortes dans les laines des métis de Rye- land, on ne trouve pas que les toisons des mérinos soient chères à une gninée. O11 n’a jamais apporté aucun soin , en Espagne, à l’amélioration des formes de la race des mérinos ; et tous ceux qui se connoissent en régime de troupeaux sentent bien qu’un vovage annuel des montagnes du nord aux plaines du midi de l’Espagne , doit faire plus de tort à la constitution et aux formes de ces animaux , qu’il ne peut améliorer leurs toisons ; caria toison est nourrie par le sang , et dépend de la santé de l’animal. Seroit-il raisonnable de supposer qu’une course de quatre à cinq cents milles chaque prinlems, et chaque automne à raison de quatre- vingt à cent milles par semaine, pût être utile à des moutons ? Avons-nous en Angleterre une seule race capable de supporter une telle fatigue ? pas une qui pût y résister sans subir une altération essentielle dans ses formes. Je suis CHARRUES ET ïifflUFS. 4c>7 loin de penser que la chaleur du climat sôit necessaire à la finesse des laines : je sais , au contraire , que l’on trouve en Portugal et en Espagne des laines très-grosses : celles de Portugal qui ne sont point améliorées par le sang merino ne valent qu’un shel. deux deniers la livre. Je sais encore , qti’après la tonte , toutes les toisons paroissent grosses sur l’animal , et qu’à mesure que l’automne s’avance , la laine s’affine pour l’œil et le tact. Aucune race, même en Angleterre , ne craint plus la chaleur que les mérinos: ils en paroissent oppressés. En donnant au régime l’attention convenable ; en mettant les troupeaux à l’abri du froid et des mauvais tems pendant l’hiver , et en accordant enfin à ces animaux le degré de soin qui assure la sauté des bêtes à laine, nous ne resterons en-dessous d’aucune nation de l’Europe sur la production des laines , et des moutons comme aliment. Le dernier rapport du Comité de la Société insiste sur l’amélioration des toisons Espagnoles observée par le Dr. Parry, dans notre climat. Il y a une conséquence évidente à tirer des longs voyages et des toisons très- grasses des mérinos : c’est que cette race est probablement égale , sinon supérieure , à toute autre race Angloise, pour le parcage. Je dois ajouter que l’épaisseur de la laine des me- 4o8 BREBIS, liAïNRS , rinas sur le ventre et les jambes , jointe à l’avantage d’une toison extrêmement tasse'e sur le dos , doit les rendre propres à supporter les extrêmes du froid et de l’bumiditê, mieux qu’aucune de nos races : rien ne nous conduit à croire que la finesse des laines se fie à une constitution foible chez l’animal : tous les faits s’accordent à nous démontrer le contraire (t). J’ai eu occasion de remarquer que les mérinos portent un fanon , que nous appelons un goitre, lequel est fort estime en Espagne, comme annonçant le poids considérable des (1) Tl n’est point douteux que la race des mérinos ne soit très-robuste. Elle supporte bien le parc : j’en al l’expérience ; mais il ne faut pas conclure, de l’épaisseur et de la graisse des toisons, que ces animaux ne crai-, gnent pas le froid et la pluie. Leur peau est sensiblement plus minces que la peau des races communes; et si leur toison se pénètre plus difficilement d’eau, elle est aussi plus long-tems à sécher lorsqu’une fois elle en est pénétrée. Pendant le mois qui suit la tonie il est prudent de ne les pas parquer, parce que la différence qui résulte pour ces animaux, de l’absence de leur toison, est plus grande que po.ur toute autre race, et que si, quinze jours après la tonte il survient une matinée froide, tout le troupeau tremble comme si ces bêtes avoient la fièvre. En général, lorsqu’on nourrit une race aussi précieuse , le parc doit êlr® considéré comme un objet subalterne. \ CHARRUES ET BŒUFS. 4o§ toisons. Le fanon est ordinairement accompagné d’une dépression sur le col. Les deux circonstances sont également désagréables à l’œil d’un éleveur Anglois ; mais on peut y remédier peu à peu en réformant les brebis chez lesquelles ces défauts sont le plus saillans, et en faisant attention aux formes des beliers : il est probable qu’au bout de quelques années ces caractères auroient disparu.' 11 ne faut pas imaginer qu’une difformité de l’animal soit indispensable pour la production d’une belle laine. Les deux beliers desquels sont provenues les antenoises dont les toisons ont obtenu les prix delà Société, avoient été choisis sur douze arrivés d’Espagne ; et dans ce choix on avoit eu égard aux formes, selon les idées des éleveurs Anglois. Malgré ce que l’on appelle des défauts dans la ligure des mérinos , j’ai été fort encourage dans mon entreprise , par le prix auquel les beliers se sont loués : ceux qui n’ont pas été employés par la société de Batli ou par moi- n éme , ont été loués , en 1801 et 1802 , au prix moyen de cinquante guinées pour la saison. 1 ouïes les brebis de réforme se sont vendues avec beaucoup de facilité à six guinées. M. Tol- let, Membre de la Société, qui m’en a acheté vingt à ce prix , est fortement convaincu de 4lO BREBIS, EAINES, l’exceîlence de cette race. Il a fait des recherches sur l’origine des mérinos, et il pense qu’ils sont sortis de l’Asie mineuse, qu’ils ont passe' de là en Grèce , puis en Italie , et enfin en Espagne. Colurnelle , et d’autres autehrs, les nomment moutons de Tarente. II y a, au reste, plusieurs opinions sur leur origine : avant peu d’anne'es, il n’y en aura qu’une seule sur leur valeur. Pour qu’on n’imagine pas que les faits que j’indique portent sur des expériences faites en petit, je dois dire que j’ai 34 o brebis portières, que je vends pour l’engrais les animaux à leur seconde anne'e 1 , -en sorte que la totalité du troupeau est de 1000 à 1200: ce nombre est bien suffisant pour garantir les conséquences tirées des faits. Les brebis font leurs agneaux dans la vallée de Taunlon ; et ceux-ci y restent la première année. Les brebis passent l’été à peu de distance de là , sur la montagne que borde la forêt d’Exmoor. Comme il y a une distance d’un mois entre les saisons des moissons, sur cette montagne et dans la vallée ,, le climat doit être assez différent. Mes moutons destinés à l’engrais sont mis après l’été dans les marais de Bridge’water , depuis long-tems célèbres par leurs bœufs gras , ou bien on achève de les engraisser dans la vallée avec les vesees CHARRUES ET BtEUFS. 4il et les turneps. J’avois lieu de craindre que l’abondance de la nourriture, dans une supposition comme dans l’autre, rendît les toisons moins fines et moins lassées , en meme tems qu’elle ôteroit de la saveur à la chair -, mais l’événement a prouve le contraire ( 1 ). J’ai même hasarde, et avec succès, d’envoyer des agneaux métis châtrés, passer l’hiver dans les mêmes marais, avec la seule précaution de les faire rentrer la nuit dans une bergerie , pendant les plus grands froids. Cette nourriture a la réputation d’être trop pleine de sucs, et de donner la diarrhée aux agneaux ; mais les métis la supportent à merveille, et font des progrès sur- prenans sur ces pâturages. Ces métis ont une chair nourrissante et délicieuse , dès l’âge de dix-huit mois, c’cst-à- dire, à un âge où le mouton est ordinairement médiocre. Leur graisse est très-fermeret leur viande donne un jus abondant et d’un goût exquis. Le grain de la chair est délicat et serré. 1 ous ces avantages assurent l’empressement des (1) Ce fait est remarquable, relativement aux toisons : ils prouvent que les métis, même à la première génération (Lord S. ne parle que de ceux-là) tiennent du père l’avantage qu’ont les mérinos de conserver des toisons également fines dans des pâturages qui les rendent plus pesantes. ^12 BREBIS, EATNES bouchers pour se procurer de ces métis dans quelle province qu’on les élève (1). II faut considérer les vendeurs et les acheteurs. J’ai déjà remarque qu’une vente facile etoit un objet de la plus grande importance pour tout produit agricole ; et que cette circonstance avoit contribué à me faire désirer de changer de race. J’ai soumis mes troupeaux à des oppositions de sol et de climat qu’il seroit difficile de trouver (1) L’auteur m’écrit encore, en date du 16 avril l8o3 : « Les moutons métis espagnols de Ryeland ont » tous été tués très-gras. On a envoyé à Londres une )> certaine quantité de leur viande : les quartiers de )> derrière s’y sont vendus neuf pense et demi la livre » (à peu près 20 sais de France la livre, poids de marc) ; » ceux qui pesoient 12 liv. le quartier porloient 9 liv., » de suif brut, et avoient les rognons extrêmement )> garnis de graisse : si nous obtenons des moutons aussi » gras et aussi bons à tous égards dès l’âge de 18 mois î) ou deux ans, il ne reste qu’à perfectionner la forme » des animaux à loisir. » Le dos ou la selle des moutons n’est point concave, » comme dans nos races, mais convexe et immeuse, » relativement à la grosseur des autres parties. C’est » une beauté pour l'animal mort, maïs une difformité. « pour l’animal en vie , parce que cela diminue le » poids des quartiers de devant et des gigota, deux » points qui attirent beaucoup l’attention des connois- » seurs en Angleterre .......v CHARRUES ET BŒUFS.’ 4i3 dans des situations aussi rapprochées. Ces disparates dans le régime de mes bêtes à laine me permettent de parler avec quelque confiance $ car je puis dire qu’elles ont essaye des extrêmes que pre'sente la Grande-Bretagne pour la tenue des troupeaux. Le nombre des animaux nourris sur chaque acre de pâturage paroîtra considc'rable ; et je m’attends même qu’on pourra avoir des doutes sur le fait. Comme j’avois fort envie de ne pas me tromper moi-même, j’ai pris toutes les pré- .camions possibles pour bien m’assurer de la vé- rite', et donner une mpyehne fonde'e sur des faits constate’s. Ceux qui me cortnoissent ne soupçonneront pas que je cherche à tromper les autres. Les brebis de Ryeland ont passe’ l’été chez mon fermier, à raison de deux pence par semaine. Mon fermier a déclaré’ plusieurs fois que ce pris re'pondoit exactement au prix qu’il devoit retirer par acre , du pâturage des brebis. On auroit peine à croire quel nombre de ces animaux une étendue donne'e des marais (1) peut maintenir en bon état. Les moutons ante- (i) Ce sont sans cloute des marais desséchés, ou bien l’on n’y met que les moutons à l’engrais qui doivent être tués peu de mois après. 4 l 4 BREBIS, BAIN ES, nois destines au boucher , et les brebis de re'- forme egalement destinées à l’engrais, et qu’il convient de nourrir aussi fortement qu’il est possible , ont été au nombre de plus de quatre par acre pendant les six mois d’été. Il y avoit en outre des brebis portières de South-Dovvn de la forte race de M. Elman, à raison de deux par acre , soit en tout six bêtes par acre, sans compter les agneaux tardons. Il n’est pas possible de réussir mieux que ces animaux ont réussi: dans l’hiver de 1800, la ferme de la valle'e de Taunton a nourri depuis le premier septembre au commencement de juin, 700 bêtes, y compris 260 agneaux , sur cent acres de pâturages, dont soixante sont médiocres, et quarante de la meilleure qualité. Il est probable que la manière de faire pâturer a favorisé le nombre des animaux nourris sur cette étendue» Lorsqu’on fait parquer les moutons , on est obligé de faire pâturer par troupeaux très- nombreux ; et on peut soutenir quelque perte sur la quantité du pâturage , parce que le profit du parc est considérable ; mais là où les enclos sont petits , et où l’usage du parc est ignoré, il vaut mieux disséminer les bêles par petits lots, de manière que le pâturage soit large- mentsuffisant, etavoirsoin de changer souvent les lots d’un pâturage à l’autre. Le pâturage CHARRUES ET BŒUFS . 1 4i5 alors n’est jamais épuise , et les lots se suc- eèdent continuellement sur le même sol. Tous les connoisseurs sur l’article de l’entretien et de l’engrais des troupeaux, savent combien il est avantageux de changer de pâturage, même en faisant succéder le me’diocre au bon. Je suis convaincu que je puis nourrir entre six et sept moutons de Ryeland, ou métis de Ryeland sur chaque acre de pâturage , valant une guinée et demie de ferme annuelle , au moyen de quelque addition de turneps et de paille de pois pendant l’hiver. En employant un peu de jugement dans leur régime, je crois pouvoir les maintenir dans le meilleur état, avec ces ressources. Sur le même terrain , et avec les mêmes circonstances , je puis tenir au moins quatre bêtes de Soulb-Down , ou métis « de la race. Si mes vieilles brebis de Ryeland engraissées , prennent en poids jusqu’à 12 hv. le quartier, celles de Souih-Doyvn acquièrent jusqu’à près de 18 liv. (x), en sorte que la proportion des animaux nourris sur un terrain donné , est la même que celle des pois acquis (1) Les moulons gras pèsent quelques livres de plus. (A) — Nota. Les animaux dont il est question dans la note tirée de la lettre particulière de Lord S. sont des antenois, en sorte qu’ils n’ont pas tout le poids qu’au- roient les moutons de trois ou quatre ans. 4l6 BREBIS, EAINES , par l’engrais. La cjuantile' de bonne viande et de laine produite sur chaque acre de terrain, est la véritable pierre de touche d’une bonne économie des troupeaux ( 1 ). M. Coke de Norfolk met son ambition à nourrir un nombre extraordinaire de South-Down sur une étendue de terrain donnée. Le troupeau de South-Dovvn de la terre de Maulden, du Duc de Bedford, est plus consi- de'rable relativement aux ressources du pâturage que ne l’est mon troupeau. Il n’y a que peu d’années que toute cette terre e'toit couverte de bruyères , estime'es à 2 sh. 6 d. l’acre, ! Elle fut propose'e à un fermier de Norfolk , qui ne voulut la prendre à aucun prix. On en a rompu 4oo acres. La situation de ce lieu est telle , qu’il est impossible d’y charier des engrais achete's : il a fallu tout créer par le fumier du parc. Cette etendue de terrain porte aujourd’hui 1200 bêtes à laine , dont 4oo brebis portières de South-Dovrn ; et tous les moutons sont engraisses dans la ferme. 11 ne reste plus que i5o acres de bruyères à défricher, après (1) La proposition seroit plus exactement exprimée, si l’auteur disoit, que la valeur, en argent, de la quan~ tité de viande et de laine produite sur un acre de terrain, est le point important . quoi CHARRUES ET BŒUFS. k.X'] quoi la ferme portera 1600 bêtes. Les South- Downs sont grosses , et de la première qualité'. Le terrain ne peut pas être estime' aujourd’hui à plus de 10 shellings de rente : le nombre des bêtes nourries est de trois par acre, e'te' et hiver. Je voudrois qu’on put me citer quelque amé- lioralion plus substantielle et plus utile que celle-là ; car il ne faut jamais perdre de vue qu’à mesure que les bêtes à laine se multiplient sur une ferme, les récoltes de grains y sont plus abondantes. M. Elman assure que ses pâturages de Glynde nourrissent quatre brebis de South-Down par acre. Comme ses brebis sont de la plus fortç taille , ce nombre se rapporte exactement au mien. M. Elman ne met assurément pas, sur un acre de. pâturage , plus de brebis que cel acre ne peut en bien nourrir , car sa race est trop précieuse pour rien épargner sur son entretien. Sir Lawrence Palk conduit l’industrie des troupeaux d’une manière infiniment profitable. Une partie de ses propriétés est du terrain riche, amélioré par des eaux qui, autrefois se perdoient : cette partie est dans la vallée d’Exeter. Le reste de ses terres est élevé sur Haldown. Au lieu de ne mettre sur sa ferme que des brebis de la grosse race du pays, qu’il auroit fallu réduire à un trop petit nombre pour; Tome 8 . . Dd 4l8 BREBIS, LAINES,' qu’il fût profitable , ou bien qui auroïent dépéri en peu de teins, Sir Lawrence a place dans les près gras 5200 brebis de New-Leicester, et dans les parties élevées 5oo brebis métissés de Ryeland qui ont un quart de sang merino. A mesure que l’hiver avance, et qu’on met les grosses brebis aux turneps, on fait descendre les mélisses-Ryeland pour achever de manger ce que les autres ont laisse dans les pre's. Cela suffit à leur hivernage. Au printems, elles remontent sur les hauteurs pour parquer. Si quelqu’un peut inventer une exploitation plus profitable , je serois très-curieux de la connoître. J’entends dire , « mais pourquoi donc y au- roit-il des hommes qui tireroient plus de parti qpe nous d’un terrain donne? qui feroient consommer leur fourrage avec plus d’avantages pour le public, que nous ne savons le faire? Parce que vous avez des préjugés contraires à vos intérêts : parce que les hommes dont il est question sont plus instruits, raisonnent mieux, embrassent des considérations qui vous échappent. La création de la richesse rurale^ l’abondance des subsistances et dès matières premières sur un pays d’une étendue donnée, dépendent essentiellement de la justesse des vues du cultivateur, du choix qu’il sait faire pour s’aider dans, ses travaux, d’animaux qui .y. w. CH (VRRXJKS ET BŒUFS. 4ig bp consomment pas nos subsistances , mais qui, au contraire , y ajoutent ; enfin de la préférence qu’il sait donner à certaines races pour faire manger ses fourrages au plus grand profit possible. On a beaucoup demande' en dernier lieu, combien il conyenoit de mêler de sang merino à la race de South-Down , pour conserver le •, caractère et les formes de la race Angloise : je l ( dis un quart. Mais comme les’brebis de Rye- larid ont la face blanche , elles peuvent supporter une moitié, et même davantage de sang merino , sans changer sensiblement de forme et d’apparence. On peut dire avec ve'rite' qu’il falloil l’attention soutenue de la Société de .Bail) , et les talens de plusieurs de ses Membres qui ont le plus d’influence sur l’opinion, pour dissiper les doutes et les préjugés dans l’esprit d’un très- grand nombre de cultivateurs et de fabricans. Tous étoient infiniment intéressés au résultat que nous avons obtenu ; mais ils en désespé- roient. La situation centrale de la ville de Bath, relativement aux manufactures du lainage superfin, désigna cette Société comme devant servir de bën entre les intérêts du commerce et ceux de l’agriculture : c’est ce qui m’a conduit à solliciter son secours. Notre président 4ao BREBIS , B A INES ,' justement regrette', le feu Duc de Bedford,' e’toit pre’cise'ment de la même opinion , et se conduisoit en conséquence. Ce qui peut contribuer à consoler les agriculteurs , c'est que son successeur est extrêmement dispose à soutenir les mesures utiles qui occupoient le Duc défunt. L’intimité qui règne entre nous me permet d’affirmer qu’il a les connoissances'et les talens nécessaires pour accomplir les vues > de son prédécesseur. f Il résulte des observations que j’ai rassemblées, l.° que la race des mérinos a, et peut- être exclusivement, la faculté de conserver la qualité de sa laine : une nourriture abondante fait allonger les brins de la toison , sans rendre celle-ci moins tassée ni moins fine , 2 .” que cette race a amélioré la qualité, et, ce qui est plus important, beaucoup ajouté à la quantité des toisons de nos races à laines courtes, tandis que la faculté de se maintenir et de s’engraisser a plutôt gagné que perdu, chez les métis. Supposons maintenant que nous ne puissions pas perfectionner les formes de ces métis , et les rapprocher de ce que nous sommes accoutumés à appeler beau, chacun se décidera entre ce qui plaît à l’œil, et ce qui est profitable. Celui qui voudra avoir de beaux moutons d’une stature énorme , pourra se passer cette fantaisie ; «HABITUES ET BŒUFS. '421 mais celai qui voudra du profit, sait oît le trouver. Le cultivateur qui le premier a introduit parmi nous une vache d’Alderney a sans doute éprouvé le même genre d’obstacles, mais l’événement l’a justifie'. Il en sera de même des mérinos : on finira par mettre la beauté' là où elle est re'ellement lorsqu’il s’agit d’animaux , utiles, c’est-à-dire, dans les formes qui com- f portent le plus grand profit. Mais d’autres races ont e'té perfectionnées, quant aux formes, pourquoi celle-là ne pourroit-elle pas l’être ? C’est travailler sur une bonne base que d’avoir de belles laines, des animaux de bon entretien, et qui s’engraissent jeunes. Lettre de M. Lullin de Châteairvieux contenant les details d’une operation du Trépan faite sur une Agnelle du troupeau de Sacconex, le i4 de'cembre 1802. M . Fine , chirurgien, plein de zèle pour le bien public, a bien voulu se transporter aujourd’hui chez moi, à St. Jean , pour m’apprendre à tre'paner, en faisant lui-même l’epé- ration sur une brebis agnelle , âgée de dix mois, que M. Pasteur m’avoit envoyée, atta- 422 OPÉRATION DU TRÉPAN qnee du tournis depuis un mois environ ; dans l’espérance que des sétons derrière les oreilles, ou à défaut, le trépan , pourroientla guérir, je ne pouvois avoir de confiance que dans la dernière opération , puisqu’il est bien connu que le siège du mal est dans le cerveau. Déterminé donc à tenter le trépan , j’ai su un gré infini à M. Fine de la complaisance avec laquelle il a bien voulu se prêter à mon désir, en venant m’expliquer tous les objets auxquels il faut fajre attention , et en me rendant témoin de sa dextérité. La bête malade étoit dans un assoupissement le'targique ; elle n’avoit presque pas pu se soutenir sur ses jambes de tout le jour , et elle étoit tombée dans le baquet d’abreuvoir le malin. Elle tournoit toujours à droite; quelquefois elle élevoit la tête en l’air, le col tendii, l’œil égaré; et après être restée dans ccl état deux ou trois minutes , elle ebaneeloit, tomboit , et resloit un quart-d’Iieure, demi- heure-, et souvent des heures entières, les jambes roides , les oreilles froides , la respiration très-accélérée , et l’apparence agonisante, à tel point qu’un jour je donnai l’ordre de la tondre le lendemain avant que de l’enterrer , si fort j’étois persuadé qu’elle seroit morte de cet accès; il y a de cela quatre jours. SITR UNE .AONEUUE. 4a5 Aujourd’hui i4 décembre , à quatre heures du soir, nous lui avons lie les quatre jambes ensemble, qui ont été encore tenues par un homme ; un autre tenoit la tète. Incertains^sur le siège du mal, on pouvoit croire e'galement que l’hydrocéphale la con- traignoit à tourner à droite , el que le dépôt e'toit de ce côté-là, ou que le siège du mal étant au côté gauche , elle lournoit à droite cherchant ainsi à fuir la cause de la douleur ; nous nous sommes arrêtés à cette dernière conjecture , et en conséquence nous l’avons couchée sur le côté droit, et fait, i.° une incision cruciale sur la partie latérale de la peau qui recouvre le cerveau à gauche. Après avoir ôté la pointe de l’instrument, parce que la partie osseuse éloit très-mince , d’une demi-ligne seulement, et appliqué la couronne du trépan , ce qui a été très-vîte fait , nous avons trouvé la dure-mère assez gonflée ; on y a fait deux légères incisions pour donner issue au dépôt, au cas qu’il y en eût un entre la dure-mère et le cerveau, mais il n’y pu ayoit aucun. 2 .° Même opération à la partie antérieure gauche au-dessus du sinus frontal de ce côté, et le résultat a été le même. 5.° On a fait une seule grande incision cru- OPERATION DIT TitÛl’AN 424 ciale du côté droit, qui pût permettre d’appliquer deux couronnes de trépan , si besoin étoit de ce côi e—! à , comme on les avoit faites au côté gauche inutilement. Nous avons commencé par en appliquer une à la partie antérieure du sinus frontal droit près du cerveau , d’après l’opinion des vétérinaires , que cet hydrocéphale est formé par l’introduction de certaines petites mouches qui déposent leurs vers au haut du sinus frontal : même opération, et même résultat qu’aux précédentes. 41 " Enfin , nous avons appliqué une quatrième couronne à la partie latérale droite du cerveau , un bon pouce au-dessus de l’oreille droite. Aussitôt que le trépan a été achevé , on a fait une incision à la dure-mère, et un instant après on a vu paroître entre la dure- mère et le cerveau une vessie qui, insensiblement a atteint un diamètre de près de six lignes. On l’a reçue dans une cuiller à café, et transvasé l’eau qui s’en étoit échappée dans une cuiller à soupe ; on l’a fait bouillir sur une chandelle , elle s’est évaporée en entier. J’ai gardé dans de l’eau la partie de l’enve- vcloppe à laquelle étoit attaché intérieurement un petit paquet en forme de houppe , de na- SUR UNE AGNELI/E'. 425 ture differente , qui ne ressemblent pas à une hydatide. Je l’ai regardée à la loupe et n’y ai observe aucun mouvement ( 1 ). i5 Décembret L’agnelle etoit très-foible à neuf heures. Quoique debout elle n’a voulu ( 1 ) En faisant l’incision cruciale sous la peau, nous trouvâmes beaucoup plus de sang du côté droit; peut- être cela tenoit-il à la position de l’animal, qui éloit couché sur le côté gauche pendant la première opération, et n’étoil autre chose que du sang extravasé du côté droit dans le gauche. Plus l’animal est jeune, plus il faut prêter d’attention en trépanant, car le crâne de notre bête malade, âgée de dix mois, n’avoit que d’un quart de ligne à demi- ligne d’épaisseur, tandis que celui d’un mouton de Loucher tué le matin, et sur la tète duquel nous enlevâmes une couronne avant que d’opérer l’agnelle vivante , avoit de deux à trois lignes d’épaisseur dans sa quatrième année. Par la même raison, lorsqu’on trépane une jeune bête, on doit être très - attentif à ôter la pointe au pivot qui est au centre de la couronne, dès que la trace circulaire est bien marquée, de crainte que la pointe n’attaque la dure-mère. 11 faut visiter souvent avec un cure-dent, pour s’assurer que la couronne est placée également. Ce jour-là la bête ne fut pansée qu’avec de l’eau ; on rapprocha les peaux sur les trois autres ouvertures, et sur celle-ci on plaça de la charpie et une compresse passée derrière les oreilles et sur le nez , mais qui étoit resserrée sur le nez pour laisser la vue libre à l’animal. 426 OPÉRATION DU TRÉPAN encore ni foin , ni son , ni avoine , elle n’est plus chancelante, ne tourne plus; mais est très-affaiblie. Je lui ai donné un bol de kina et genièvre à midi et demi, elle a mangé du foin; je lui ai donné avec le biberon du lait d’une brebis bien portante, dont l’agneau est crevé engobé ; il m’a paru qu’elle souffroit beaucoup en levant la tète , je lui ai mis son fourrage par terre. A trois heures elle a assez bien mangé (t). A six heures je l’ai pansée, et j’ai été on ne peut pas, plus surpris en trouvant au-dessus de l’ouverture du trépan gauche une vésicule sortie de la grosseur d’une grosse noisette de France, parfaitement pareille à celle sortie hier du côté droit, je l’ai recueillie dans une cuiller , puis j’ai mis la membrane dans une tasse d’eau pour l’examiner. Nos conjectures sur la cause du tournis, d’un côté ou de l’autre , e'toient donc également fausses ; et on ne pourra guère se dispenser de trépaner des deux côtés, puisque ( 1 ) J’ai lavé la membrane ce matin, et peu. de tems après j’ai distingué, sans le secours de la loupe, une réunion en forme de houpe, d’un grand nombre de polipes ; du moins Ce que j’ai vu ressemble plus à ces animaux qu’à des hydatides. SUR UNE AGNELLE. 42 7 «elle-ci ne tournoit décidément que du coté droit, et qu’elle a eu du dépôt au cerveau egalement des deux côtés. Je l’ai pansée avec de l’eau de Goulard, les lèvres de la plaie éloient assez enüées, elle a f été très-affaissé.e après le pansement; elle éloit couchée , je l’ai laissée dans la même attitude, après^ccla elle a fermé les yeux comme si elle étoit assoupie Le 16. Elle est morte dans la nuit , je n’ai pas pu l’ouvrir aujourd’hui , je le ferai demain pour découvrir s’il n’y auroit point d’autres dépôts aqueux dans le cerveau. Le 1J. Elle a contracté un tel degré de putréfaction que l’odeur m’a empêché de l’ouvrir. Je pense que l’opération a été faite trop (i) J’ai porté la membrane, qui conlenoit un grand nombre de petits animalcules chez Mr. le Ministre Vauché , qui a un très-bon microscope ; chacun des petits animaux se disiinguoit parfaitement ; il avoit la tête de la forme des têtards, et un anneau la séparoit du corps ; il paroissoit transparent, il avoit une couronne, tout autour de ce qu’on peut conjecturer être la bouche ; chacune des barbes qui la formaient étoit pointue et avoit une petite andouiller. Ce sont autant de petits teniæ que décrit Linnée avec une grande exactitude, comme apparlenans aux brebis et se trouvant dans le cerveau. 4 a 8 OPÉRATION DU TRÉPAN, tard, et qu’on a fait deux couronnes de tré- pan inutiles au-dessus des sinus frontaux, places où je n’ai jamais trouve d’hydatidcs ; mais je crois les deux au-dessus des oreilles, ne'cessaires ; non qu’on trouve chaque fois deux dépôts 5 niais pour être certain de la réussite s’ils y sont. En résultat, c’est une opération qu’on doit toujours tenter sur les bêtes précieuses , dont on pourra ainsi sauver quelques-unes, tandis qu’on est certain de perdre toutes celles atteintes du tournis. Quelques notions sur l’entretien des Bergeries du Comte Magnis dans le Comté de Glats. Ïje comte Magnis a trouvé sur ses terres trois mille moutons qui rendoient annuellement 1200 e'cus (1) , et les a augmentés dans l’espace de dix ans jusqu’à huit mille têtes ; il en tire actuellement 24,000 écus, ainsi que le prouvent scs comptes. Cela doit établir un préjugé favorable pour ses connoissances, son (1 L’écu, ou rixtlaller de Prusse, esta la livre de France dans le rapport de 77, 78, 79, 80 écus pour 3 oo francs, suivant le prix du change. BERGERIES DU COMTE MAGNlS. "429 activité et sa méthode d’anoblissement confirmée par nombre d’essais ; et cela d’autant plus que la localité ne lui est pas du tout favo- rable , attendu que dans la plupart des vallées étroites du comté de Glats, bornées et coupées par plusieurs montagnes , l’hiver commence déjà en Octobre , et ne se termine qu’en Avril ; qu’il manque surtout de prairies dans les terres du comte , et qu’enfin, il a en même tems considérablement amélioré et anobli son gros bétail, et introduit relativement à celui-ci la nourriture dans l’étable. Le comte Magnis n’a pas suivi la méthode ordinaire d’opérer l’anoblissement des moutons , seulement par des beliers espagnols et anoblis (1), au moyen de laquelle le premier débours est moindre, mais dont le résultat est plus lent et peu sûr. Il a commencé d’abord avec huit beliers espagnols et anoblis, et des brebis mères anoblies, il en obtint une race tout-à-fait anoblie, et s’est efforcé de l’anoblir toujours davantage par le changement et le mélange constant de beliers differens, et par l’achat simultané de beliers anoblis, et de brebis mères de Hongrie, de Bohème , de Mo ravie et de Saxe , partout où il en pouvoit (1) Dans tout cet article, le mot annobli signifie métis. BETIGKÏUES Dü 45 O trouver. Il a procédé dans Ja suite d’après les principes suivans. I. or On ne trait point les brebis, celle pratique rendant évidemment la laine plus grossière , et les agneaux plus foibles. II. L es moutons ne sont tondus qu’une fois, dans le milieu de Mai, d’où'il re'sulte que : III. Les moutons peuvent supporter l’hiver dans des étables aérées ; dans ces étables les côtés des pignons, qui ne sont fermés qu’avec des planches , ont dans toute leur longueur , de deux pieds en deux pieds, des ouvertures d’un pied et demi ou deux pieds qui , même au fort de l’hiver, restent ouvertes; mais au contraire, les ouvertures pratiquées tous les cinq pieds dans les murs de côté, sont munies de clapets pour les fermer. IY. Les moulons sont abondamment nour- r ris en été et en hiver , et les mesures sont prises pour que la nourriture ne leur manque jamais, et qu’on puisse toujours leur en fournir la même quantité , car : i.° La moitié des jachères est employée en trèfle et luzerne , et on en récolte une telle quantité que le gros bétail en est nourri l’été dans les étables, et qu’en outre on renferme une grande provision de trèfle pour les moutons. COMTE MAGNIS. 431 ,2." Le liers des jachères restantes est employé en pommes de terre , qui servent aussi de nourriture aux moutons , et afin qu’au moyen de l’emploi d’une telle quantité de jachères il ne manque pas de nourriture pour eux pendant l’ele. 3.° On a établi dans des lieux montagneux écartés, et par cela même peu convenables à la culture des grains, des pâturages propres aux brebis; et cela avec des semences mêle'es de trèfle blanc , luzerne , esparcetle , liouque laineuse , pimprenellc , etc. Chaque année on rompt quelques parties de ces pâturages pour les planter de pommes de terre , et après Cela elles sont de nouveau ressemées en herbes et conservées en pâturages pendant six ou sept ans. La provision de fourrages qu’on rassemble chaque année dans les granges, et qui s’y trouve en automne, sert à la nourriture des moutons en hiver. Et afin que cela se fasse avec ordre , le comte Magnis calcule chaque année ce qu’on peut donner par jour aux moutons dans la supposition d’un hiver long et humide ; d’après ce calcul se dressent les tables de fourrage, que j’ai encore trouvées accrochées au mur depuis l’hiver , dans quelques étables, et que ses bergers sont tenus BERGERIES DU 43 a d’observer avec la plus rigoureuse exactitude.' Par exemple , Pour i a 5 jeunes beliers. 1. " A six heures du matin , 2 scheffels (t) de foin de trèfle, et 2 scheffels de paille hachée pesant.liv. 8o 2. ° A dix heures autant. 8o 5.° A une heure 62 liv. de foin non haché 62 4. ° A quatre heures 5 scheffels de paille hachée.48 et 12 metzen de pommes de terre . 120 5. ° A six heures 02 liv. de balles de grains 92 liv. 48a Ce qui fait par jour pour chaque jeune mâle 5 \ livres. 187 jeunes brebis. l.° 2f liv. de foin , 4£ scheffels de paille hachée.. . . . .112> a." Idem .112 3. ° 90 livres de foin de trèfle, 11 scheffel de racines.270 4. ° 4 scheffels, 4 metzen de paille hachée 68 5. ° Balle de grains battu.i56 liv7~586 Pour chaque jeune brebis 3| liv. s (1) Le scheffel est une mesure de grains qui contient seize metzen. IOO t 1 COMTE MAGNIS. 453 100 brebis mères. 1.* 1 scheffel 9 motzen de trèfle a f schef- fels de paille hachée . . . . liv. 69 2. " Tdem .69 3 . ° Trèfle.100 4 . ° 2scheffels, 12 metzen de paille hachée et 10 metzru de pommes de terre . . i 44 5 . ° Balle de graius battus. ' liv. 457 Pour chaque brebis mère 4 | liv. Les beliers reçoivent jusqu’à 5 ^ liv. et le comte Magnis s’efforce d’augmenter encore les fourrages afin de pouvoir en donner davantage à ses moutons , parce qu’il trouve qu’une nourriture abondante est dans un rapport fort exact avec le produit en laine. V. On tient avec la plus grande, la plus minutieuse exactitude à croiser toujours les races ; les brebis bien faites , distinguées par l’abondance et la finesse de leurs laines sont exclusivement employées pour la propagation, et on empêche qu’une même famille , pères et enfans , ou l’inverse , ne s’accouplent ensemble. Dans ce but, dès qu’un agneau est séparé de sa mère, on lui attache un numéro , avec Tome 8. Ee BERGERIES DIT 454 lequel il est inséré dans un registre , les numéros des pères et mères y sont mentionnes, et l’on y insère chaque année combien sa laine a pesé, et pour le cas où les numéros se per- droient, on lui fait encore d’autres marques et des incisions dans les oreilles qui dénotent , sa race. ‘ Cet ordre exact paroît pédant, il est cependant essentiellement nécessaire , pour obtenir le but de croiser les races , de séparer les familles, et de s’instruire du produit de chaque mouton. Encore actuellement le comte Magnis s’efforce de se procurer des béliers et des brebis mères de races étrangères. Très-récemment il a acheté un troupeau entier de onze cents moutons anoblis, en Hongrie 5 et paie ■volontiers 100 ducats et plus un belier , particulièrement bien fait, d’une figure distinguée et d’une laine fine , et son compte, que cette dépense porte un très-bon intérêt, si le produit de chaque mouton est augmenté seulement d’une demi-once , son compte est assurément très-exact. Ce n’est que lorsque les beliers ont deux ans et demi qu’on leur permet de couvrir les brebis, on compte vingt-cinq ou trente brebis pour un belier. Dans le tems du rut ils sont renfermés ensemble la nuit seulement, pen- COMTE MAC NI S. 435 dant quatre semaines environ (le reste de l’année ils paissent séparément), le matin on les sépare, et on les paît séparément, quelquefois aussi on donne à cent brebis quatre beliers, en sorte que deux d’entr’eux sont enfermés huit nuits avec les brebis mères , sont relevés par deux autres, et ainsi de suite. Quinze jours après on laisse aux beliers la liberté de les couvrir encore une fois. Et pour pouvoir connoîire exactement la généalogie des agneaux, on marque les beliers et les brebis unis ensemble, de marques pareilles, d’une couleur solide et non nuisible , faite de résine délayée dans de l’huile d’olive. Les agneaux restent près de leur mère jusqu’à la mi-juin , et alors on sépare les deux sexes , on les enferme dans des étables différentes, et on les paît séparément : on les tond au mois d’Août. "VI. On observe dans les étables aérées la plus grande propreté. Chaque mouton reçoit journellement, à des heures réglées, ainsi qu’il a été dit, sa portion toujours e'gale de fourrage qui lui est destinée. II pend toujours dans les étables des morceaux de sel fossde , attachés à des cordes, l’on compte pour cent moutons deux quintaux (1) et demi annuelle- rpeul, qui coûtent là cinq e'eus. (1) Le quinial est de no livres. 456 BERGERIES DU Les e’curies des moutons sont arrangées chacune pour cinq ou six cents moutons, et la partie intérieure est se’pare’e , au moyen de murs , d'une demi-planche (t) de hauteur , en plusieurs divisions^ dans lesquelles cent cinquante à deux cents moulons sont ensemble. Les parois de planches hautes de dix pieds environ , sont éloignées des murs de quatre à six pieds, de manière qu'on puisse tourner autour. Des crèches avec des râteliers garnissent le côté intérieur, et sont admirablement entendus ; de manière que le mouton peut, avec la plus grande commodité , atteindre son fourrage , mais non en fouler aux pieds aucune partie , salir sa place , ni enlever à son voisin sa part. Les moulons sont lavés dans l’eau courante trois ou quatre fois l’an , mais seulement quand il est tombé une pluie assez forte pour abattre la poussière. Ils ne sont point parqués, parce que la laine en soulfriroit ; par la même raison , on ne les fait pas paître dans les bois , quoiqu’il n’y manque pas de pâturage , on les mène enfin rarement dans les prés, et seulement quand ils sont parfaitement secs. Des (1) Les planches entières ont environ vingt pieds de longueur. COMTE MAGNIS. 457 soins a\issi attentifs , ont éloigné des bergeries du comte Magnis , toutes les maladies. Auparavant on ne voyoit là que les bêtes galleuses. Depuis huit ans on ne se rappelle aucun exemple d c galle, de clavelée, d 'élhisie. Sur cent, il n’en pe’rit que deux ou trois en mettant bas. Les brebis qu’on envoie de ces bergeries font par jour trois milles ( 5 lieues ), sans peine, et de six cents moutons qui partirent l’an passe pour la Livonie, aucun n’a péri. L’intelligence et l’esprit d’invention du comte Magnis , ont réussi même à prévenir le tournis. Il lait appliquer aux agneaux, sur le front, lorsqu’ils sortent de l’écurie pour la première fois , un emplâtre composé de deux quartes de goudron , quinze livres de poix , et trois livres de thérébentine mêlés ensemble j cet emplâtre est étendu sur de la toile, et n’est ôté que lorsque les moutons ont deux ans. Si cependant il paroît un tournis , on fait saigner le mouton, et il est rapidement guéri, parce qu’il provient, dans ce cas , de surabondance de sang ; cela décide en même tems la question , long-lems débattue entre les médecins vétérinaires et les zéologues, en ce que cela indique que le tournis , dans la plupart des cas, provient de la piqûre d’un inseGte dans le crâne , foible encore. 438 BERGERIES DU" Actuellement , cent béliers donnent 21 sleins de laine (]); les brebis mères i4 à i5; les jeunes bêtes 8 et demi , quelques-uns cependant beaucoup davantage. Par exemple : Un élève de l’année a donné à la dernièrê tonte 8 liv. et demie, ce qui , dans la progression naturelle, doit au bout de quatre ans s’élever à 12 livres. Porter le produit des béliers et des brebis, l’un dans l’autre, à 10 livres (a), c’est le but qu’espère atteindre le comte Magnis. D’après ces observations le produit de la laine des moutons s’augmente annuellement jusqu’à la cinquième année , il reste quatre ou cinq ans stationnaire , et diminue ensuite annuellement. Un belier, puf espagnol, qu’il avoit reçu en présent du roij ( 1 ) 5 5 steins font le quintal de Silésie de i3q liv. (A) Il pàroît que le stein équivaut à 24 liv. poids-de mare: ce qui fait 5 livres de laine par belier et 3 f liv. par brebis. Si l’on considère que ces animaux sont lavés quatre foi l’an dont une probablement avant la tonte, ces toisons paroîtront abondantes. ( 2 ) Ce seroit 7 |, poids de marc , pour chaque toison lavée à dos. En restant au plus haut degré de finesse, ce poids paroît trop considérable pour qu’on puisse l’espérer. Au reste, la manière la plus sure de comparer le poids des toisons est de la prendre en suint : il y a trop de vague dans manière de laver à dos. COMTE MAGNIS. 43g de la bergerie de Stamsdorff, donnoit dans le commencement 9 liv. et trois quarts. Enfin , à sa quatorzième anne'e, il ne donnoit plus que 2 liv. et demie ; mais e'toit encore bon pour la propagation. Dans la foire de Breslaw , de celte anne'e , le comte Magnis a vendu un belier et deux brebis mères ensemble 5 o ducats , ils ont été tondus de suite 5 le premier avoit g liv. et un quart, les autres ensemble 11 liv. trois quarts de laine , qui fut vendue tout de suite 20 gros la liv. (l) , et payèrent ainsi d’avance à raison de 20 «eus , à l’acheteur , les intérêts de son débours. Les moutons de Magnis surpassent tous les moulons anoblis, non-seulement par la finesse de la laine , mais aussi en grosseur, en force, en beauté de corps ; quelques-uns ont de grandes cornes recourbées, mais cela n’a d’ailleurs aucune influence. Un belier de trois ans , n.° 270 , avoit deux pieds huit pouces de hauteur , et quatre pieds sept pouces de longueur (2). Un élève de l’an- ( 1 ) 24 gros font un écu : 5 éeus font un ducat. ( 2 ) Il est probable que celle mesure de longueur est prise depuis le bout du nez jusqu’à l’origine delà queue. Hos plus gros beliers mérinos ne passent pas 3 pieds 7 pouces depuis la racine des cornes jusqu’à l’origine de la queue. 44 o BERGERIES BV née , n." 4 y 3 , deux pieds cinq pouces de hauteur , et quatre pieds six pouces de longueur, le dernier pesoit déjà en février 120 liv. (1). Les agneaux de cette anne'e que j’ai vu là, au commencement de Judlet, avoient parfaitement la taille de nos moutons ordinaires de la Marche. Celte anne'e on a vendu mille steins de laine au Lagcr-lians (2) pour i 5 e'cus le stein. Toute la laine des beliers, et la laine la plus fine ont ete achetées par le fabricant Gust, à Gnadenfreis, 22 e'cus le stein, et on retire 6000 e’cus de la vente des beliers. Le prix d’un belier est de 6 ducats, on ne cède de brebis mères que par complaisance, au prix de 3 ducats. On s’adresse pour cela au comte Magnis , lui-même; on lui abandonne le choix des beliers qu’on de'sire, ou, si on le préfère , il laisse la liberté de les faire choisir par les bergers de l’acheteur parmi les beliers destinés à la vente. Le comte de Burghauf, à Laussen, près Strigau , grand faiseur d’expériences économiques , fait, cnlr’autres , actuellement des e'preuves pour savoir si sans anoblissement par (1) 91 li 'res, poids de marc. (•jj Manufacture royale de .Berlin de draps. t COMTE MA GNIS. 44i races étrangères , nos moutons ne pourroient pas s’améliorer au moyen d’une abondante nourriture seulement. Il y a trois ans qu’il sé- para douze béliers choisis du reste du troupeau , il leur donna , chaque jour , un melze d’avoine, et un metze de pois, autant d’herbe de pois et de foin qu’ils en vouloient manger, et ils sont devenus gros et forts d’une manière tellement remarquable , que lorsqu’on les excite , ils renversent les plus forts garçons de la bergerie. Il a continue’ ainsi d’anne’e en anne'e , et a obtenu déjà, cette année, la première génération des beliers séparés depuis trois ans. Ils sont tous placés , douze ensemble , dans des petits parcs, semés d’herbes, dans le milieu desquels il y a des huttes de jonc , qui sont ouvertes des deux côtés, et dans lesquelles ils se retirent , pendant l’hiver , ou les mauvais tems. Ils reçoivent aussi pendant l’e'té le fourrage ci-dessus indiqué , et le râtelier qui ~se trouve au milieu de la hutte , est rempli chaque jour de foin. Le résultat de cet essai sera certainement intéressant , il indiquera si la quantité du produit de la laine des moutons peut être considérablement augmentée en les nourrissant beaucoup mieux , et si la race se perfectionne au moyen de beliers, élevés de 442 BERGERIES DU COMTE MAGNIS. cette manière. Et aussi, si ces ameliorations sont en rapport des frais conside’rahles d’une pareille nourriture , ce dont à la vérité il est permis de douter. Aux Rédacteurs de la Bibliothèque Britannique. Loriol, juillet <8o5. Messieurs , I_VA lecture des détails de l’opération du trépan , sur une agnelle atteinte de la maladie du tournis , insérés dans le n.“ 182 de votre utile recueil , m’a rappelé celle que je fis laire en 1784 par M. Agrel , artiste vétérinaire , domicilié dans mon voisinage, sur un antenois atteint de la même maladie , qui e'toit né chez moi dans un petit parc absolument exposé au grand air, et sans autre abri qu’un simple mur au couchant et au nord , suivant la méthode de M. Daubenlon, que je cherchois à vérifier. On ignoroit alors que la vésicule remplie d’eau, l’hydatide qu’on trouvoit fréquemment dans le cerveau du mouton , et qui est la cause de la maladie du tournis , e'toit un corps organique , bien connu maintenant sous le nom de tænia globuleux. TOURNIS. 443 Quoiqu’il en soit, M. Agrel, après avoir détache la peau et mis l’os à découvert vis-à-vis les sinus frontaux , y appliqua deux couronnes de trépan ; l’opération très-adroitement et très-Ieslerncnt faite, mit à découvert l’intérieur des deux sinus , dans l’un desquels nous aperçûmes et filament glaireux et sanguinolent , de la grosseur d’un tuyau de plume , sur une longueur d’environ un pouce. M. Agrel l’extirpa , et il fut jeté sans autre examen. L’animal fut pansé tous les jours suivant l’art, jusqu’à la parfaite fermeture des ouvertures faites par le trépan 5 à chaque pansement on injectoit dans l’un et l’autre sinus une pleine petite seringue d’une décoction de feuilles de ronces, qui sortoit. par les naseaux. Quand nous aurions connu l’efficacité de l’huile em- pyreumalique pour détruire toutes les espèces de vers, nous n’aurions pas songé à l’employer, puisque nous ignorions alors, je crois, ainsi que je l’ai déjà observé , que le tournis eût pour cause la présence d’un ver. Enfin , l’animal guérit parfaitement de cette cruelle maladie, mais il lui resta l’indisposition très-grave de porter sans cesse la tète de côté', et un œil (je ne me rappelle pas lequel), toujours tourné vers le ciel , ce qui i’empê- choit de voir à se conduire et de suivre le trou- 444 TOURNIS. peau , surtout lorsqu’il falloit passer quelque fossé 5 ce qui me fit prendre le parti de le laisser toujours au parc, où il resta environ un an , pendant lequel ayant beaucoup grossi et engraissé , je me déterminai à l’envoyer à à la boucherie. Je désire beaucoup que cette notice, assez imparfaite , mais qui ne contient rien qui ne soit très-vrai, puisse avoir pour vous , Messieurs , quelqu’intérèt. J’ai l'honneur d’être , etc. Tournis. (Notices extraites de deux Lettres de M. de Gingins Clievilly. ) Orny , près de La-Sarras , 2 jp juillet i8o3. . ... Je crois , Monsieur, que je viens de faire une découverte intéressante sur la maladie des brebis, appelée le tournis. U y a deux mois et demi que , venant de Genève, je trouvai deux de mes brebis attaquées de ce mal ; une d’un an et demi, et l’autre d’un an, qui n’avoit jamais été tondue. Celte dernière surtout, avoil la maladie au plus haut degré, ne mangeoit plus rien et tomboit à chaque instant. J’avois chez moi , dans ce moment, un médecin vétérinaire très-habile, nommé TOURNIS. 445 Bnuden Bâcher, qui a e'tudié à Charenton. Il me proposa de tuer la plus jeune et de la disséquer : j’y consentis. Il lui ouvrit la tête , et il ne trouva rien du tout dans les sinus frontaux ; mais il trouva quatre petites vessies comme de grosses lentilles dans les deux cervelles , du côte' des sinus : il n’y avoit point d’inflammation. On n’observoit aucun mouvement dans ces vessies, et elles paroissoient remplies d’une eau blanche. Celte dissection ne nous donnoitpas de grandes lumières. Nous manquions d’un microscope pour examiner de plus près ces vessies; mais M. Bauden Bâcher, soupçonnant que ce pouvoit être une espèce de ver, me conseilla de faire boire une infusion d’absinthe à celle qui nous restoit. Nous finies cuire une poigne’e d’absinthe sèche avec un quart de pot d’eau, et je fis boire de cette de'coction deux fois le jour à la brebis, la valeur d’un petit verre à chaque fois. Je fis ce remède pendant huit jours; ma brebis parut parfaitement rétablie , et je la remis dans le troupeau. Il y a environ dix jours qu’elle reprit son mal avec une extrême violence , ne mangeant plus rien du tout, et se renversant à tout moment. Je recommençai mon remède, que je lui fis prendre trois fois le jour. Dès le troi- TOURNIS. 446 sième jour elle ne tourna plus. Elle mange bien ; elle est gaie , et elle a tous les symptômes d’une parfaite santé’. Cependant, je veux donner ce remède encore pendant une quinzaine de jours , en diminuant la dose ; et j’espère , par là , prévenir une rechute. Comme le tournis est une des maladies les plus meurtrières et les plus communes parmi les moutons, et que ce remède n’est point connu', il seroit intéressant de multiplier les ex- pe’riences et d’en faire connoître les résultats.... Du MÊME. Orny , le <6 Aodt. T -, , T J a brebis qui avoit le tournis, et à * laquelle j’ai fait avaler la décoction d’absinthe, paroît parfaitement guérie ; non-seulement elle n’a pas eu de rechute, mais elle est gaie, et a tous les caractères d’une parfaite santé. J’essaie dans ce moment le même remède sur une jeune mélisse d’un an, qui, sans tourner, chanceloit à chaque pas, étoit d’une foiblesse extrême , et tomboit souvent ; ce qui est , je crois, une espèce de tournis. Je lui donne le remède depuis une dixaine de jours , et elle est beaucoup mieux. Tout me porte donc à croire, jusqu’à pré- \ TOURNIS. 447 sent,- que M. Bauden Bâcher a eu une idée très-heureuse en me conseillant ces breuvages d’absinthe. Il est possible qu’en multipliant les expériences, ce premier pas conduise à trouver un spécifique contre cette maladie, et je serois bien charmé que vous voulussiez répandre, par votre Journal, la connoissance de ces premiers faits. Cette dernière brebis malade n’a jamais été tondue. Voilà le second exemple de brebis non tondues qui prennent le tournis : ce n’est donc pas un préservatif que de leur laisser leur première laine. Je soupçonnerois , au contraire , que la toison pouvant contribuer à enflammer le sang, peut aussi provoquer cette maladie. J’ai des exemples que les fortes toisons suffisent à rendre malade les brebis dans les grandes chaleurs. J’en avois une cet été qui nevouloit plus manger, et qui ne pouvoit plus se soutenir sur ses jambes. Je résolus de la faire tondre avant qu’elle pérît; mais, à mon grand étonnement, elle se mit à marcher et à brouter immédiatement après la tonte. Elle éloit fort maigre : elle s’engraissa promptement , et s’est toujours bien portée depuis. Fin du Tome huitième. •rll i -.7 :U > 4 °») v* pf TABLE DES MATIÈRES Contenues dans le Tome YIII. IVIoutons et laines. Par M. J. Collins, page 1 Détails sur les mérinos à laine superfine. Par G. Pictet. Août 1801, i 5 Lettre écrite d’Angleterre par un agriculteur, à Ch. Pictet, rédacteur de la partie Agriculture de la Bibliothèque Britannique, 117 Réponses aux questions proposées par Sir Jolm Sinclair, concernant les races de moutons de la haute Saxe et des provinces voisines ; par John Henri Fink de Cosilz, en haute Saxe, Memh. de diverses Acad., ta 5 Tonte chez le duc de Bedford. Juin 1801, i 45 Observations sur les moutons, et en particulier sur les races de Suède, d’après les communications du baron David Schulzde Schulzheim, membre honoraire du Département de l’Agriculture, 1G1 De la Toute des Moutons. Par M. Price , 195 Expériences sur la nourriture d’hiver et d’été des bêtes à laine. Par Arthur Young, 201 Notice sur la ferme nationale de Piambouillet. Par C. Pictet, 203 Lettre de M. Bens de Cavour à M. C. Pictet, l’un des rédac leurs de la Bibliothèque Britannique , 216 Moutons. (Annales d’Arthur Y~oung), a 3 (j Remarques sur la disposition des moutons à prendre la graisse, et sur la manière d’attacher les chevaux pour pâturer. Par M. T. Davis de Lougleat, 245 Tome 8. If I 45o TABLE DES MATIERES. Description de la méthode de porter le ralïinement des laines au plus haut point de perfection possible’ par le moyen d’un troupeau d’élite. Par 1V1. Octave Provana Collegno , de la société d’Agriculture de Turin, P a g e 25g Brebis espagnoles ( Annales d’Arthur Young ), 272 Lettre de G. Pictet h ses collaborateurs, 276 Notice sur le troupeau de race espagnole de Lancy, Par C. Pictet, 2 g 4 Poids de cinq moutons à l’engrais , delà race de Suisse croisée avec un belier merino, Par C. Pictet, .807 Lettre à M. C- Pictet, 3i4 Lettre du Dr. De Carro aux Rédacteurs de la Bibl. Brit., 3iG Observations sur les moulons ( Annales d’Artli. Young), 324 Faits et observations concernant les brebis, les laines, les charrues et les boeufs: ouvrage dans lequel l’importance de l’amélioration des races de brebis, par le mélange du sang espagnol est démontré par la pratique. Par JohuLord Somerville, Londres i8o3, 384 Lettre de M. Lullin de Châteauvieux contenant les détails d’une opération du trépan faite sur une agnelle du troupeau de Sacconex, le i4 décembre 1802 , 3 421 Quelques notions sur l’entretien des bergeries du comte Magnis dans le comté de Glats, 428 Aux rédacteurs de la Bibl. Brit ., 44a Tournis. ( Notices extraites de deux lettres de M. de Gingins Chevilly. ), 444 Fin de la Table des matières. J~Q _ 'anbuoîfnj ° g-'w 'V . !i <£<-3 £ V XJ 2 ûh *2 ^ g £ t S s ? u s ^ ^-ë <2 jj w« , 1 ■ — si O > a Pt o ^ cl, l oo ' *-> lË f*4 . • *H TO HT _2 — ^ V> *\ • *H r*i c 4G G eu XJ *V • 2 oo G c -2 « ^3 O -c U «O SJ -Ü .J MX i-l O 1 ^ g w CL,, C 'G , o o- î: U £ <4* 03 0J U U P O *H SJ $-1 rt Cl o XJ C bO rt 4J CL, vu > XJ tfr* *V _. . __, a Sh ü Oh^ c flï ’ ta S I ca A'e là • —H O £ G O U rt X *-• 3 2 rt « eu G G U ü -1 X ce oo G ,cti U «H -G >fl 3 i| 1 o ! I q i g MOHH Z HX3 ■% v: ' PV i.JFi ,iw V fr IL .V. ‘IA <* a.. * s-■{■':?' srw.; rnmm "r:. 1 « •aAi-x.4 V* V'.} <■ i ■*, : ?»i f. 7 - y- U~ .? « S * 00 > £ O < 00 > oo < CP >rs U JP .o» 1 | rj >—i r3 33 JO 3 G on Eu ^ ^ B -5 S -rt « VI P *TJ -g U KJ TP O u a U g 3 «E o u --'-a m 2 o °"' 3 „ Va "a ni a — c u-o a -a E o - ti 6 ^ S SI y Sa* §31 ■2 S 3 V5 3 3 O '3 u u» ri w G 3 • -g co y s E 1 *-• u* y ut rt ! i; ïï ü •« - -I ^jrjf C 1 3. G O ^G 0 g G J U w .2 cr *3 CT' e-> 0 ‘G U « .2 0 * .g U r*< G ri a- t G 00 ’g _W5 G b 0) 3 H 2 3 u ci ij r-, CU G rt Ul P. «L> g ci .2 g O 3 U O “G G •El rT 3 CU O *3 o> H "S ^ c 7g 3 > G G ,0 <3, JP -G O 5 3 S 3 cr o G > I "G 1 O S -G rt s o 3 c Jc ^ .b -* G t>G u< u> f'0 T - ) ^ C ^ ^ '3 G ""S #H *3 ri -y * —t i-> o x HE .b vS yj 13 >32 - w n es = 3- 1 a *o C c r H O o ° O S "p > i i o «i .2 s J> ^ ;ï s -5 23 ^ .E -a C g « a a § « ; 3 O •’— «-• rl E 3 0*3.1 P a o o ^ U * ■5 B "<§ O 13 1 G P . ut Oj ,ts CT* C ;-1 'U rp M/ ' _ r» — u> CM rt .ü «S ru O s ai , rt ^ ‘g; u M Qm rt • U G O 3 <>G T £ CU ' I c fcÛ o eu u o Cu G O O 1 O JP O JP 3 ■ *3 2 - - G 3 eu .£ . 5 s § ûû'~ U ^ — 3i 8 2 a « ^ f-'H* 1 ^ 8 h r ■ P a & cg » . D . 3 G M-O Op • G v s -3 CT* G y^ 3 3 O Cunÿ O rt 3 Ut G . 4> G Ou = M CT 3 G . O ËT 3 • 3 « 3 3-.3 s '3 'S -a 3 x 2 < 2 ë a apa 2 o o s c.= i SS2g|2S“41 SSg« P, m et -r i E CM * 'P d 3 o .E _5 I CM O ^ I ,8 - Sa*! 'P -a o 3s a a o « "3 _ rtü U(0 3 u 35 c-a c c « . « <5 ^ js = Z> ^ O > ^ rt ÿ Ssu.a-^s t^-3 a H 3 o « 3 .t; .2 - c ^ ° a u, a ^a 33 o G > Ou 3 _ O CT 1 a O G ü 5 S 2 G £ ‘rj „ * u* j CU ‘ O s Cu o • c 'G - o 2 uT rs_ u TT C 3 O . C G *w <-u a 3 S'giS 3 Ë S a, eu u- , 3 «—■ -o o ’ 3 3^-5* > u V) u U —■ •>-•»-< (y "G G -O u f * I ,1 I rj ut rj i O G U -rj •« o G O O^^tjC-û^'G J-jO CU* rt u u G «.o G u y rt bps a -a Va a — r ’ y - < a l ,r I »•* \o ^rî W •G tJD Cu O a> S «? «O Si o u ^ n 9 ^ Tr - a *>-(L>Qpnt/jOfU3^ ■ ■ " ^ - a a cr û ce mi s a - t> .G S 3 .G' G 3 C -h 3 3 “a O' u i “—« . ej et O LU Ou Ë.SSs'Sj^pN 3 "Ti ^ G ’ G G G CSi"!r\'-«r*3V- 4 Cj pT~* ü m .S^-o .a ca “7 ~ x ft -a i3 P 1 5* ë" s a u* g x ® *■'3 3 r3 • — _ 2 rt ne çp g u _a a a a *m a ’m g « £ *o 3 -a .■a oo a « ra a 2 o E g , 2 'ïï 2 'S* - ci *a c ^ v 3 Va oJ a 2 =P_o eo a Va '3 «T ’So 5 Va a « m "" 3 Ë m P ? Ë F E r VïË^oveae apu^at -a ~ 'U P -a -û «h o ’ü Ë 2 g a et 't! ^ x; u vP3 a a a •“ ü — o 8 3 P -Sol l'rt S Mvi.g 5^ 2,0 Cl. G ^ JD S ^ -u- c< t>& (ri '■O r- > S '5b=3 P CM CM g J ^ =a S* u ^| 3 ,5 cg 3 h v ■- 3 'o j- 2 •- pT ^ -5 cu'-ü 7j G-t d on y . < H O IO vî - c a a «r « o « u 'grsjp « ts ■a ^ «S E m" a* g -a p 3 O) r-, u; j- cE « a oc c P Ë 0> -j *T3 “G G .2 S 3 po CT'G .G CU . « a S" G *$-■-• - rs — g Ou^û 22 *-• _2 •G u ^ jj S O % 'G 5/5 ■3 S-s'S ^-a S*§ 5 a 1 p > çt 3 m as .2 ü > r a*û mi o -a C e 3 ,3" r^-o "a m. *û S g H a •"'^OP Po 3 oPP*P30 yMcU^cotrp; u 'p eJOvS* P P 2 o 3 u E P 3 3 o y 3 g O *“» ü • 0^3 •G ^ u G t> ^3 G o O > ^ 0 £ G ut ,(J G G ^ rt C n ^ g-cG o O Ut s s - u s ■l’I al ra g a ü CM P*âJ a u „ U Ü c u * O O’ 3 U — vj 3 ea-i>rt_rt — «■— _ _ § ,°o ac g « "Cj tS * /<-v ca -a CM Cl 1 P" 1 SU . “ 2 S §^£ 3 ,U O O 'V •a S G , 0» o bid i-t 3 2 CT H ^ G • u 75 lS* Su 3 c U - w -G 3 rt crt CT-»-* 3 0 £ -2 ^ B ta 3 CT- h'cE o 3 3 Ü rj . ü 3 CT 1 O^'G u n fdr S S3o; J D’À G A ] OURS RICULTURE [ G L O I S E. TOME NEUVIÈME. D’AGRICULTURE A N G L O I S E, Avec les de'veloppemens utiles aux Agriculteurs du continent ; Par Charges PIC T E T, de Genève. TOME NEUVIÈME. A PARIS, Chez J. J. Paschoud, Libraire, Rue des Petits-Augustins, n.° 3. A GENÈVE, Chez le même Libraire. 04 ~ 2 J. JiiLf wn COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E. N oT ice sur le troupeau de Race espagnole de Lancy, par Ch. Pictet. En i8o3. Voici la quatrième anne'e oii je publie, dans ee Journal, l’historique de mon troupeau de mérinos. Mon expérience a pu servir, et elle a servi en effet, à e'clairer les cultivateurs de nos départemens sur les avantages et les difficultés de cette branche d’économie rurale. L’exposé pur et simple des faits m’a paru le meilleur moyen pour encourager cette industrie utile. Pour prévenir une disposition très- naturelle à se mettre en garde contre des résultats trop brillaus , j’ai ouvert mes bergeries à tous les curieux , et dans tous les momens de l’année. L’école de bergers que j’ai chez moi y introduit des individus étrangers. Il y a parmi eux des mutations plus ou moins fré- Tome 9. A > 4 2 NOTICE SUR LE quenles , et ils se racontent successivement ce qui s’est passe pendant leur séjour dans mes bergeries. Il n’v a donc aucun des faits O %) que j’avance qui ne pût être contredit, s’il y avoil erreur ou exagération , et la plupart de Ces faits sont encore aujourd’hui susceptibles d’être vérifiés par tous ceux qui en auroient le désir. Dans l’automne de l’année dernière , n’ayant pas encore donné à mes bergeries toute rétendue que je projetois, je craignis de manquer de place quand tous mes agneaux seroîent venus, et je résolus de faire, à l’entrée de l’hiver , une réforme que j’aurois également faite au printems : je vendis vingt vieilles brebis pleines , et dix agnelles de onze mois. II me restoit soixante-six brebis mérinos portières. Une d’enlr’elles n’étoit pas pleine, deux ont avorté, et une quatrième a étouffé son agneau quelques heures après sa naissance-; Ce déficit a été comblé par quatre doubles* en sorte que j’ai eu soixante-six agneaux, dont vingt-neuf mâles et trente-sept femelles. J’ai perdu un seul agneau à l’âge de trois mois, d’un dépôt dans la poitrine , tous les autres ont réussi. Les observations que j’ai faites dans les éta- blissemens de Rambouillet et de Croissy, ainsi ti>.' TROUPEAU DE DANCY. O que ma propre expérience comparativement à celle (le quelques propriétaires de troupeaux, m’ont convaincu qu’il e'toit inutile d'espérer de beaux agneaux, une forte race et de lourdes toisons sans une nourriture trcs-abondante , et soutenue toute l’année. Si la brebis n’est pas en très-bon état lorsqu’elle prend lebeiier, la gestation la fatigue, ctl’agneau qu’elle porte ne naît pas si vigoureux. Il faut remarquer que , comme les agneaux naissent principalement en Décembre et Janvier, les pâturages s’alfoiblissent et deviennent nuis lorsque'le terme de la gestation approche, c’est-à-dire, au moment où il importe le plus que la brebis soit dans toute sa vigueur pour pouvoir fournir à son agneau un lait abondant et de bonne qualité. Mais, comme malgré tous les soins qu’on peut y donner , le changement de régime , du pâturage' à la nourriture sèche , éprouve toujours un peu les mères , il faut bien prendre garde qu’elles arrivent à Ce moment-là en très-bon état à tous égards. Pendant l’allaitement des agneaux, il est évident que l’abondante nourriture des mères est fort nécessaire à la pleine réussite de ceux-là. Lorsque l’agneau a atteint trois mois , et qu’il est très- vigoureux , il commence à fatiguer beaucoup la mère. Celle-ci est donc toujours, quoiqu’on 4 NOTICE SUR UE fasse, un peu amaigrie au moment du sevrage ; et il faut qu’elle soit fortement nourrie , pour se remettre lout-à-fait avant le moment où l’on donne le belier. Lorsqu’il s’agit de la race précieuse des mérinos , l’e’pargue du fourrage est la plus mauvaise économie qu’on puisse faire. J’avois remarque l'année dernière , en rendant compte de mon troupeau, que la consommation de quatre quintaux et demi par bête, du meilleur fourrage , outre l’avoine , le son et les fascines de feuilles , e'toit plus forte que je ne l’eusse encore vue chez moi : elle a e'te' tout aussi considérable celte année. A compter deux agneaux pour une brebis, le nombre moyen de mon troupeau , y compris dix beliers adultes, a e'té de cent trente bêles pendant l’annee. Ce nombre d’animaux a consomme vingt-neuf voilures de vingt quintaux de foin , luzerne , ou trèfle , cinq milliers de fascines de feuilles^ et à peu près vingt-cinq quintaux d’avoine. Les pâturages de l’anne'e dernière ont e'te' brûlés pendant trois ou quatre mois; la pousse du printems de cette année a été très-tardive: il a donc fallu nourrir davantage à la bergerie, et je crois cette consommation au-dessus de celle sur laquelle on peut compter , en nour- 5 TROUPEAU DE DANCY. rissant tresJnen, dans une année moyenne. Quoi qu’il en soit , nous allons voir , par les résultats , que malgré le prix excessif des fourrages , c’est toujours une bonne économie que de nourrir abondamment les mérinos. Je n’ai pas perdu dans l’année une seule bête, que l’agneau de trois mois dont j’ai parlé. Le développement de mes agneaux a été extrêmement rapide. Les antenois et les ante- noises ont acquis une taille et un poids qui surpassent les dimensions et le poids moyeu des bêtes de trois ans , ou plus âgées , que j’ai tirées de Rambouillet et de Croissy; et le poids des toisons de mon troupeau s’est prodigieusement augmenté, ainsi que nous le verrons tout à l’heure. J’ai vendu quatre-vingt-treize animaux de la race de Rambouillet et Croissy, savoir : 5a portières de réforme. 1 ao antenoises. 24 agueaux mâles. , 17 agnelettes. 10 beliers adultes. Total. q5 Ces quatre-vingt-treize animaux ont été vendus vingt mille neuf cent vingt-huit livres taurnois , c’est-à-dire au prix moyen de deux 6 NOTICE SUR JLK cent vingt-cinq livres par tête. Ce prix est de vingt-neuflivres plus élevé que l’année dernière, quoique les agneaux n)à!es et femelles se soient vendus au même taux ; mais c’est parce que la proportion des bêles adultes , et surtout des behers vendus, a été plus considérable. La tonte de mon troupeau a été d’une abondance extraordinaire , ce qui, sans doute , ne dépend pas uniquement de la forte taille, du tassé, et du bon entretien des animaux , mais tient aussi à quelques circonstances de la température de l’armée qui ont favorisé la croissance de la laine. J’ai fait ma tonte précisément à la même éporpie que l’année dernière , en sorte que la laine n’avoit qu’une année de végétation , du moins sur les animaux qui «voient déjà été tondus une fois. Liv. onc. Le poids moyen des toisons en suint, des beliers faits, a été de. 10 8 Dit des brebis portières. 8 2 Dit des beliers antenois (première tonte) . t3 » Dit des antenoises. it » Ln supposant un nombre égal d’animaux de chaque classe , la moyenne seroit donc dix livres dix onces pour le poids de chaque toison ; mais j’ai réellement recueilli neuf livres neuf onces , poids de marc, par chaque bêle TllOTJFKAtr DE LA NC Y. 7 de mon troupeau. Un de mes antenois m’a donne quatorze livres , et une antenoise quatorze livres neuf onces de laine. J’ai fait, delà finesse de la laine, la première condition du choix des animaux que je me suis procures jusqu’ici , et des beliers que je donne à mes brebis. J’ai e'carlè de mon troupeau tout ce qui n’etoit pas au premier degré de finesse. Si l’on ne se rendoit pas si difficile sur ce point-là , il seroil plus aise' d’obtenir de la race des mérinos, des toisons très-lourdes, car, ge'neralement parlant, dans cette race, les animaux qui donnent le plus de laine ne sont pas les plus fins. Le point important dans l’e'du- catiou des mérinos , c’est la qualité' de la laine. On peut obtenir finalement beaucoup de très- belle laine ; mais pour cela , lorsqu’on forme un troupeau, il ne faut pas choisir les animaux à la taille, sans egard au degré de fin des toisons : il faut, au contraire, faire grossir et graqdir à force de bonne nourriture, des animaux très-fins, et bien construits: c’est ainsi qu’on obtient une race excellente. Il arrive, pour de certaines races Anglaises et Françoises, que les laines perdent en finesse à mesure que les toisons augmentent en poids par l’efi’et de la nourriture très-abondante des animaux. On a fait de cela une règle ge'ne'rale, I I fi NOTICE SV K TE et on l’a appliquée à tort à la race des mérinos, dont les toisons ne dégénèrent jamais en finesse que par le nhauvais choix des beliers ou des portières dont on tire des extraits. On peut donc être certain qu’en faisant augmenter la force de la race et le poids des toisons par l’abondance de la nourriture, on n’obtiendra pas des laines moins fines cette finesse sera toujours dans la proportion des soins donnes au choix des beliers sous le même rapport. J’insiste là-dessus, dans ce moment, quoique j’aie souvent eu occasion de le dire , afin qu’en vovarifc l’augmentation marquée qu’il y a eu d’une anne'e à l’autre dans le poids de mes toisons , les lecteurs n’imaginent pas qu’il y ait quelque dégénération : s’il y a une différence avec les premières années , elle est plutôt en perfectionnement, parce que j’ai un plus grand nombre d’individus au premier degré de superfin. Comme je ne néglige rien pour porter mon troupeau au plus haut point de perfection , j’ai visité les principaux e’tablissemens pour me procurer, s’il étoil possible, des beliers plus beaux en finesse , en forme et en taille , que ceux que j’élevois moi-même. Il y a dix-huit mois que je remarquai à Croissy , entr’autres superbes animaux , un belier nommé Pierrot, qui avoit déjà fait trois montes , et que par une excep- TROUPEAU DE EANCY. 9 tion l’on re'servoit indéfiniment pour les montes des anne'cs suivantes , parce qu’il étoit encore le plus beau et le plus fort du troupeau des béliers, qui en general, m’avoient frappe par leur extrême beauté, quoique je les visse après ceux de Rambouillet, qui sont eux-mêmes des animaux superbes. Je fis inutilement et à plusieurs reprises des propositions pour acheter Pierrot. Son haut prix ne m’auroit point arrêté, si l’administration de Croissv, eût consenti à en fixer un ; mais il fut résolu que Pierrot scroit conservé à l’établissement, comme le type du parfait belier merino. Cette année , je suis revenu à la charge avec plus de succès. Je possède maintenant ce précieux animal , auquel j’ai réservé cinquante brebis. J’ai fait venir , en même tems, un lot de brebis très-distinguées de l’établissement de Croissy. Nos lecteurs ont vu dans le Vil.* volume de la partie Agriculture de ce Journal, avec quel soin M. de Collegno conduisoit son troupeau de mérinos. J’ai voulu essayer de la race de ses brebis. Je lui en ai acheté soixante , qu’il a bien voulu me laisser choisir sur cent vingt- cinq, et toutes entre dix-huit mois et cinq ans. Sur ces soixante , j’en ai réformé la moitié. Tout ce qui me reste est très-fin, très-vigoureux , et d’une belle construction. Quant à la ÎO NOTICE SUR LE taille, elles tiennent le milieu entre la race de Rambouillet, et la race des individus dernièrement tirés d’Espagne : c’est dire qu’elles sont (je parle de celles que j’ai conservées) à moitié’ chemin du point d’amèlioralion possible , et dont Rambouillet nous donne l’idée. On se représentera mieux le rapport de la taille des deux races par le tableau comparatif des poids. Le J . er juillet de cette année, j’ai fait peser quatre femelles de chaque race : voici les résultats : Poids de marc, livres. Une brebis portière, race de Rambouillet , N.° 4 o. Une dite, N.° 3 a 101 io 5 ^ (1) Une antenoise , même race , ]N. 0 58 . . 665 Une dite N.° 18 Total .... 338 L Poids rpoyen des femelles , race de Rambouillet Une brebis portière, race du troupeau de Collegno. Une dite.. . . . Une antenoise, même race Une dite .. Total. ... 266 Foids moyen des femelles , race du troupeau de Collegno. (1) Je choisis les portières parmi les plus fortes, et les antenoises parmi les plus légères. TROUPEAU DE LANCY. 11 Je pesai en même tems un des quatre an- tenois que j’ai réservés sur tous mes agneaux mâJes de l’année précédente, et un des agneaux de cette année que je réserve également poulie service de mon troupeau. Le premier, âgé de dix-huit mois, pesoil to8 liv., et le dernier, âgé de six mois, pesoil 65 j livres. Il faut observer que l’autenois e'toit tondu, et avoil eu douze livres de laine, en sorte qu’avant la tonte, il pesoil 120 liv. Ces quatre an- tenois de réserve, sensiblementégaux en finesse, en poids et en beauté de formes, seront maintenus éloignés des brebis jusqu’à leur troisième année. Us sont sensiblement plus gros que les beliers de trois et quatre ans, ot s’écartent très-peu de la taille et des dimensions du fameux Pierrot : il est probable que l’année prochaine , ils auront de l’avantage sur lui. Us sont déjà actuellement tous quatre plus gros que leur père , superbe belier de Rambouillet dont j’ai donné le portrait, les dimensions et le poids dans la Bibl. Brit. , et que j’ai vendu 600 francs après l’avoir employé trois ans (1). Ces faits prouvent combien il importe de nourrir abondamment les mères et les agneaux (2J. (1) Il a été revendu Cni livres après avoir servi un an à celui qui l’avoit acheté. (2) J’ai pesé de nouveau ces quatre anlenois, le 20 12 NOTICE SUR LE Sur les quatre agneaux de cette anne'e que je garde pour la remonte des béliers, il y en a deux qui sortent du troupeau d’élite dont j’ai dû l’idée à M. de Collegno, ainsi que nos lecteurs ont pu le voir l’année dernière. Comme j’avois deux étalons qui sont à peu près au pair pour la finesse , j’ai trouvé dans le nombre des agneaux qui n’étoienl pas du troupeau d’élite , deux individus également distingués pour la finesse et les formes. Au reste , on ne peut jamais pleinement juger dans les six premiers mois, du développement que prendra un be~ thermidor, avant de livrer ce rapport à l’impression, lis portoient comme suit : W.° I. . . . livres 100 f II .tx 7 i III .108 IV .107 Total . . . liv. 433 , poids moyen io8|, poids ds marc. Leur père pesoit n 3 livres avec sa laine à la veille de la tonte, il y a trois ans, et il étoit chargé de cornes, au lieu que les antenois ne le sont pas. Ils ont encore à augmenter en poids pendant dix-huit mois, au moins. L’année prochaine je comparerai leur poids et leurs dimensions avec les dimensions et le poids de Pierrot, qui ne saurait être bien apprécié dans ce moment parce que la route et la monte l’ont éprouvé. TROUPEAU UE EANCT. l3 lier, et du degre' de finesse auquel il parviendra. Si je n’avois pas eu beaucoup de marge pour le choix , parmi mes beliers faits, je n’aurois pas réduit à quatre seulement le nombre de mes agneaux de l’anne'e. J’en avois gardé dix l’année dernière , et c’est sur ces dix , que j’ai retenu, au printems, les quatre antenois si distingués dont j’ai parlé ci-dessus. Mon troupeau demeure composé de cent quarante-sept mérinos, dont cent quatorze brebis portières , et vingt agnelles du plus beau choix. Je n’ai pas une seule bête tarée ; et mon troupeau, soit pour la finesse, soit pour la taille , soit pour la santé parfaite, ne le cède, je pense, à aucun autre. i4 Rapport fait à la Société cTAgriculture du Département de la Drôme sur une expérience relative à la guérison de la maladie des bêtes à laine appelée pourriture , par M. Brancard de Loriol, membre de la Société d’Agri- culture du Départ, de la Drôme, et associé de celle de la Seine; tiré des Annales d’Agriculture françoise. Messieurs, «Je vous demande la permission de Vous entretenir un instant d’un objet dcrnt il est superflu de vous faire sentir l’importance que vous apprécierez bien certainement. 11 s’agit de la cachexie aqueuse , vulgairement appelée pourriture , maladie qui attaque si fréquemment les bêtes à laine , et dont je crois avoir gue'ri une de mes brebis venue d’Espagne , il y a deux ans. Cette bête a fait un agneau au commencement de l’hiver ; elle e’toit dégoûte'e et languis* santé depuis long-lents; elle e'toit très-maigre, et avoit si peu de lait, qu’il n’auroit pas suffi à la nourriture de l’agneau , si mon granger n’y POURRITURE. l 5 avoil pourvu autrement. Cependant, maigre' les plus grands soins, cetle fâcheuse circonstance aura certainement rapetisse sa taille , quoiqu’il ail toujours paru jouir d’une bonne saute'. Le 12 germinal , mon granger vint m’annoncer que la brebis eloit pourrie, et avoit la bouteille (1) sous la ganache. J’avois eu le plaisir de voir ce jour-là même M. Rigaud, qui m’avoit entretenu précisément de cette maladie ; de l’efficacité de la poussière de charbon, comme remède, et de la possibilité' de supple’er le quinquina par de fortes doses d’e'corce de ma- ronnier d’Inde. Je dois dire encore que quelque tems avant, parlant avec M. Lombard , du remède qui ît si bien réussi à M. Lullin de Châleauvieux , contre cetle même maladie, et regrettant que (1) On appelle ainsi celte tumeur qui se forme sous la mâchoire inférieure des bêtes à laine attaquées ou menacées de la pourriture. Elle est l’effet de l’infiltration qui se fait dans le tissu cellulaire qui est entre la peau et les muscles de la surface du corps. Cette tumeur sensible et quelquefois assez grosse le soir, parce que l’animal étant au pâturage a eu la tête baissée toute la journée, souvent ne paroît plus le matin, la position de la tête a^ant été horizontale pendant la nuit. Note de M. Tessier. Ï’OURB.ITÜ RE, 4 6 Ï’OURR.ITÜ RE, l’emploi du quinquina le rendît trop coûteux, et inutile , par cette raison , aux moutons de race commune , il me rapporta que Madame sa mère avoit réussi plusieurs fois à arrêter des aécès de lièvre opiniâtre avec la partie verte (le liber ) de l’écorce du maronnîer d’Inde administrée en place du quinquina, et que ce remède avoit l’approbation du célèbre M. Rou- veyre. Le lendemain i 5 , je m’occupai des moyens r de guérir ma brebis, et je relus, dans la Bibliothèque Britannique, la lettre de M. Lullin, du 8 mars 1802 , concernant cette maladie ; comme je 11’avois que fort peu de quinquina , point de gentiane ni de genièvre en grain ou en conserve , je cherchai à y suppléer, et je composai le remède suivant sous forme de breuvage et de bols. Breuvage. Dans une pinte de vieux vin rouge , mettez une forte poignée d’écorce de maronnier d’Inde,' une cuillerée à soupe de sel marin; après avoir lait bouillir pendant un quart d’heure et avoir décanté , on ajoute deux cuillers à soupe de poudre de charbon passée au tamis lin , et une cuillerée d’eau-de-yie. Bols. POURRITURE. 17 Bols. Quiriquina^n poudre, demi-once, poudre de charbon, une valeur double de celle du quinquina, miel, la quantité ne'cessaire pour amalgamer le tout en consistance de pâte ferme, dont je fis trente bols de la grosseur d’une noisette. Ce même jour, on donna un verre de la boisson , et deux bols; le premier demi-heure, et le second trois heures après. On a continue' ainsi les jours suivans : Le i 4 , la bouteille disparut. Le i 5 , l’appetit sembla revenir un peu. Le 16, augmentation de l’appetit, veines de l’œil un peu apparentes, mais la peau du corps toujours blanche et blafarde. Le 17 et le 18, idem. Le breuvage e'tant e'puise', j’en composai une autre bouteille; mais m’e'tant procure' dans l’intervalle , des sommite's de genièvre , j’eu fis bouillir une poigne'e garnie de beaucoup de graines vertes, avec l’e'corce de marronnier, et je supprimai le charbon que je n’ai plus employé' que dans les bols auxquels je n’ai rieR change. L’appe'tit a continue' d’augmenter chaque jour, et il est devenu très-friand ; la bête est Tome g. B POURRITURE. 18 plus remplie, et semble avoir pris un peu de chair ; les veines de l’œil, des lèvres , du palais sont toujours plus apparentes. Le 5o , la peau est de'cidèment colore'e , et les veines de la conjonctive sont aussi apparentes que possible. Le frein de la langue ne paroît pas engorge , ni la base de la membrane clignotante tuméfiée ; mais j’ignore s’il a existe’ une infiltration dans ces parties, n’ayant pas pense à les examiner avant ce jour-là. J’avoue, d’ailleurs, que j’ignore comment elles sont dans l’ètat de santé de l’animal. Voilà des faits sur l’exactitude desquels vous pouvez compter , mais ils ne me paroissent pas suffisans pour chanter encore victoire ; le tempérament de ma brebis, peut-être son état de nourrice peuvent avoir beaucoup aidé l’action du remède ; d’ailleurs , un exemple ou deux ne sont que des probabilités encourageantes , à la vérité ; mais il faut, pour entraîner la conviction, le sceau d’un plus grand nombre d’expériences. Je propose, en conséquence à la Société , d’en ordonner une bien solemnelle, qui soit faite à ses frais , et pour cela , de faire acheter six moulons ou brebis bien décidément atteints de la pourriture, et dans Un état de marasme bien constaté. Ces animaux seront remis à un des membres sur l’exactitude duquel POURRITURE. , 39 ' on puisse compter , et n’ayant aucune prétention eu faveur du iraiiemetu indique' ; il leur faudra administrer le remède de M. Lullin , en substituant au quinquina l’e'corce de marronnier d’Inde , en dose triple ou quadruple, et en ajoutant aux bols , de la poussière de charbon en volume égal à celui de marronnier. La Société ayant arrête' à l’unanimité' que l’expe’rience seroit faite à ses frais, en a confie' l’execution à M. Rigaud. Le 6 flore'al, M. Rigaud et moi nous avons examine ma brebis avec l’attention la plus scrupuleuse, en la comparant avec d’autres Espagnoles dont la bonté' n’est pas douteuse. Nous acquîmes ainsi la conviction que non-seulement la peau du corps n’e'toit pas aussi rose que celle des brebis saines, mais que l’œil dont les veines étoient très-apparentes, n’avoit pas toute la netteté qui annonce la santé parfaite, qu’il étoit encore un peu engorgé et ce que les bergers appellent gras. Nous conclûmes de cet examen , que la brebis étoit seulement en état de convalescence très-satisfaisante , et qui donnoit la certitude de voir succéder la guérison parfaite , en continuant encore quelque tems les mêmes remèdes. Celte maladie s’est manifestée cette année 20 POURRITURE. dans plusieurslots du troupeauÈspagnol, laisses l’an passe' dans le departement ; la saison , quelques de'fauts de soins de la part des propriétaires peuvent bien y avoir contribue’. Mais il est probable que ces animaux y éloient infiniment dispose's et qu’ils en avoient pris le germe en route (l), par la misère extrême et le manque de nourriture qu’ils avoient e’prouve' dans une saison extrêmement chaude et sèche , et dans un climat toujours brûlant. M. Rigaud qui s’en douta, à la vue de quelques bêtes dont la foiblesse e'toit extrême, et qui administra quelques remèdes préservatifs ; et M. Armand, qui les a fait nourrir avec les meilleurs foins, sont peut-être les seuls dont les lots soient parfaitement sains. Au reste , M. Rigaud n’a nourri les siennes qu’avec de la bonne mêle'e (2) et l’herbe qu’elles trouvoient aux champs ; mais un particulier de Crest, auquel il avoit cédé deux de ses brebis (1) Quelques personnes de ma connoissance ont acheté des animaux de celte importation; aucune d’elles n’a la pourriture dans son troupeau. C’est donc à la conduite des animaux que l’on doit attribuer ce qui a lieu dans la Drôme. (Note de M. Tessier .) (2) C’est vraisemblablement un mélange de grains ou de plantes fanées. L’auteur du mémoire auroit dû les indiquer. (Note de M. Tessier.) POURRITURE. âl et qui lejs a entretenues tout l’hiver avec du foin choisi à discre'tion , les lui ayant renvoye'es pour les faire remplir, il a vu avec un plaisir infini que leur laine étoit d’un grand travers de doigt plus longue que celle des siennes. J’observe que dans le premier envoi, on ne voyoit aucune de ces bêtes chétives, et qu’elles étoient toutes très-vigoureuses et dans le meilleur état. J’observe de plus, que j’en parle sans intérêt particulier, n’ayant rien acheté du dernier envoi. Lett4e de M. Blancarp à M. Tessier. Loriolj le y Floréal an XI. J’ai l’honneur , M. , de vous adresser le rapport que j’ai fait à la société d’Agriculturc de la Drôme, sur la cachexie aqueuse, dont j’ai traité une brebis Espagnole avec quelque succès : il importe beaucoup aux agriculteurs d’obtenir sur cet objet vos conseils. Il importe aussi qu’on s’occupe partout de la guérison de celte cruelle maladie par le traitement indiqué, ou tout autre meilleur et aussi peu coûteux. Si vous pensez que ce que j’ai fait, puisse être utile, et obtenir par-là une place dans vos Annales , j’en serois très-flatté. Tous les agriculteurs vous doivent, M., de la reconnois- 22 roumuTUR e. sance. Daignpz agréer l’assurance de la mienne, ainsi que de la plus grande conside'ration. Lettre du même au même. Loriol, le t Thermidor, an XI. Je viens d’aeque'rir, M. , une preuve bien évidente et bien fâcheuse, que ma brebis e'toit parfaitement guérie de la pourriture. Mon granger sort d’ici pour m’annoncer sa mort, arrivée hier, et occasionnel par quelque venin qu’elle a avalé ; j’ignore si cette assertion est fondée , mais ce qu’il y a de certain , c’est qu’à l’ouverture qu’il en a faite , il a trouvé le foie et tous les autres viscères parfaitement sains, ce qui est une preuve que la cachexie n’existoit plus. Vous êtes maintenant le maître, si vous le jugez utile, de publier tout ou partie, de ce que j’ai eu l’honneur de vous mander à ce sujet. Réflexions de M. Tessier , à cette occasion. Plusieurs motifs m’ont déterminé à publier le rapport et les lettres de M. Blancard. 1. “ Ces pièces contiennent une expérience faite avec quoique soin. 2. ° Les intentions et les vues de M. Blancard POURRITURE. 23 et de la Socie'te’ d’Agriculture du De'partement de la Drôme, sont bonnes , et peuvent conduire à des êclaircissemeus utiles. 5.° Un fait recueilli et publie sur la gue’rison ou le rétablissement d’une maladie funeste aux troupeaux, peut en rappeler.d’autres , ou engager les vétérinaires et les cultivateurs à faire tous leurs efforts pour prévenir des perles d’animaux dont la conservation interesse. Je me permettrai quelques reflexions à cette occasion. Le nom de pourriture donne à la maladie dont M. Blancard cherche le préservatif, vient de l’etat de destruction où est le foie dans les animaux qui en meurent ; quelquefois même les poumons sont aussi desorganises. Les animaux qui y succombent ont eu plus ou moins long-tems auparavant la gouîe'e (la bouteille), les veines des veux décolorées, les lèvres et les gencives pâles, la peau blafarde, etc. Mais on ne peut les regarder comme déterminément attaques de la pourriture, que quand à la suite de ces premiers symptômes, l’animal reste à la queue du troupeau, foiblit et tombe à terre lorsqu’on appuie la main sur ses reins, ou ne donne qu’une le'gère saccade, si on le prend par une jambe de derrière. M. Lullin de Chû- leauvieux , et M. Blancard, n’ont point encore 24 POUIVRITUHE. entrepris la guérison des animaux à cette époque (1) : ou sent bien (ju’alors , les viscères étant de'lruits, il seroit impossible de les rétablir. On ne guérit donc point la pourriture proprement dite. Quant aux dispositions à la pourriture ou cachexie aqueuse , si on s’y prend de bonne heure , il me semble qu’on peut les atténuer et en ralietriir l’effet. On a même vu des animaux résister iong-tems après la première apparition de la gnulée , saris qu’on leur fit aucun remède. Iv>t généra!, les bêtes à lame de la ci-devant Sologne , sont disposées à cette maladie, parce qu’elles paissent habituellement dans des terres humides. J’ut vu des troupeaux de ce pays se lorulier contre celte disposition , en passant (1) l.e belier dont M Lullin a entrepris et effectué la guérison, ne pouvoit guères être plus malade. IMon- seulement il tomhoil dès qu’on lui appuyoit la main sur le dos, mais il a été pendant plusieurs jours sans pouvoir se lever. Les veines de l’oeil étoient complètement effacées, les gencives blanches, l’infiltration de la ganache, du ventre et du scrotum étoit très-marquée, la maigreur extrême, et le dégoût si grand , qu’il refu- soit même Je pain. Ce belier est actuellement chez moi dans mon troupeau de mâles. Je viens de l’examiner avant d’écrire ceci : il a tous les signes de la plus parfaite santé et de la plus grande vigueur: i! a actuellement sept ans, {Note de Ch . J J icld, rédacteur.) POUB.BITÜRE. 25 plusieurs mois dans les champs secs de la ci- devant Beauce. Des faits particuliers viennent à l’appui de cette ve'rite', M. Bourgeois, économe de la ferme nationale de Rambouillet, a vu une brebis qui ayant déjà eu la goulée, a fait depuis ce tems-là deux agneaux , en deux ans. Je sais qu’un belier , de l’importation Gilbert, partit de Perpignan avec le symptôme de la goulee , qu’il fit près de deux cents lieues en cinquante-cinq jours. On s’attendoit qu’il pe’riroit en chemin. 11 résista et se remit en prenant de la bonne nourriture; et a fait deux montes dans un troupeau où il a été introduit. M. Allaire , un des administrateurs des forêts nationales , a vu disparoître entièrement la goulée dans deux brebis qu’il a eues de la dernière importation , ces brebis sont en très- bon état ; il nous a promis de nous donner les détails du traitement. Son troupeau est dans le Département de la Marne. On m’a assuré qu’en donnant seuîementjren- dant quelque terns du vin blanc , à une bête à laine , qui portoil la goulée, la cachexie a disparu, au moins pour quelque tems. Il eût été à désirer que M. Bhmcard se fui trouvé à l’ouverture du corps de sa brebis, pour 36 POURRITURE. constater lui-même l’état de ses Viscères (i). Nous espérons que la Société d’Agriculture du Département de la Drôme nous communiquera les résultats des expériences dont elle a chargé 3VL Rigaud, avec cette franchise qui caractérise les récits de M. Blanoard, et qui est toujours le langage des hommes qui n’ont en vue que le bien public. Elle ne se bornera pas à employer le remède tel qu’il est indiqué par M. Lullin et par M. Blan- card. Il sera bon qu’elle en retranche dans quelques essais, la poudre de charbon , pour constater si elle est indispensable , ce qu’il est difficile de croire. , (1) Souvent l’animal paroît très-sain, et en l’examinant avec attention, on découvre des traces de la maladie. (Voyez dans le compte rendu de l’Établissement rural de Rambouillet, Annales de l’Agriculture française , T. XVI, p. 200.) Un mouton qui paroissoit parfaitement sain, avoit néanmoins des hydatides, et ces hydatides sont quelquefois difficiles à reconnoitre. ( Note de M. Huzard. ) Lettre de M. Lullin de Chateau- vieux à M. C. Pxctet. Genève, le <5 septembre /8o3. OUS connoisscz, mon cher .ami , les utiles ouvrages de M. Lasleyrie sur les bêtes à laine, qu’on ne peut trop consulter, mais il me semble qu’il seroit bien important que vous fissiez remarquer dans votre prochain cahier de la Bib. B rit. une erreur qui s’est glissée dans son intéressante histoire de Y Introduction des moutons à laine fine d’Espagne, etc. Edition de Paris an il. Celte erreur ne peut être de M. Fink , dont la longue expérience et les pré- cieuses observations sur les laines, les croise- mens des races, les causes d’amélioration et de dégénération , sur l’éducation des moutons et la conduite des troupeaux , lui ont mérité la place de Directeur de l’école , fondée par le Roi de Prusse , à Pétersberg , dans la province de Magdebourg , pour l’éducation des bergers. Je ne puis donc douter que ce ne soit une erreur d’impression ou de traduction : voici comme il s’exprime , page ig5 dudit ouvrage. IÆTTBE DE 28 « Je ne dois pas passer sous silence une 33 autre opération pratiquée par les meilleurs 33 cultivateurs Allemands, et dont les heureu» 33 effets ont ete bien constates. Je veux parler 33 de l’inoculation de la maladie désignée sous 33 le nom de claveau ou pourriture : cette 33 inoculation produit sur les moutons le même 3) effet que l’inoculation de la petite verole sur 33 les hommes. . . . On a accouple des beliers 33 atteints de la pourriture avec des brebis ino- 3) cule'es ; les brebis ainsi que les agneaux qui 33 ont êtê le résultat de ces accouplemens n’ont 3) offert aucun symptôme de pourriture. 3) On fait quelques expe'riences en France pour 33 reconnoître si l’inoculation de la vaccine 33 pourroil pre'server les moutons de la pourri- 33 ture. Les résultats obtenus jusqu’à ce mo- 3> ment paroissent satisfaisans, etc. etc. 33 I! est e'vident que dans tout ces articles il faut substituer le mot claveau à celui de pourriture partout où ce dernier est employé'. Combien ne seroit-il pas dangereux que quelques cultivateurs manquant encore d’experience, confondissent deux maladies très - distinctes , par leur? symptômes , leurs marches , leurs suites ! Le claveau est une maladie eruptive , contagieuse , epidèmique dont les pustules sont M. LUI,LIN. « 29 absolument les mêmes que celles de la petite ve'role des hommes , et ses périodes parfaitement semblables suivant que le claveau esl régulier ou irrégulier. L’inoculation s’en fait aussi facilement et avec autant de succès que celle de Ja petite vérole : vérité bien constatée par ma propre expérience , et reconnue par MM. Tessier et Gilbert dans leurs savantes instructions sur les maladies des bestiaux. Les expériences de M. Godine, Professeur à Alfort, nous donnent la probabilité qu’on pourra préserver les moulons du claveau, tout comme les hommes de la petite vérole , par l’inoculation de la vaccine : on ne sauroit trop répéter ces expériences, et surtout sous les yeux d’un grand nombre de bergers et de cultivateurs. Mais la pourriture que Gilbert désigne souS le nom de cachexie aqueuse , n’est ni contagieuse , ni épidémique , ni éruptive ; et ne peut s J inoculer. Elle est la suite d’un mauvais régime , de la conduite du troupeau sur des pâturages humides , soit par la nature du sol, soit que les herbes soient humectées par la rosée, le serein, les brouillards ou la pluie. V’-' 5 o Rapport sur l’état du troupeau espagnol du Roi, pendant les années 1800 et 1801 , avec quelques détails sur l’introduction de cette race précieuse dans les parties de la Grande-Bretagne qui comportent l'éducation des moutons à laine fine. Par Sir Joseph Banks. (Annales d’A rthur Younu.) L. tE g juin 1800 , le troupeau Espagnol du Roi fut tondu. 11 consistoit alors en cent animaux, soit brebis, beliers, ou moutons. Le produit des laines fut comme suit : Laine lave'e à dos. 3g8 livres. Perte au lavage complet . . . io4 Laine lavée à fond. 2g4 ■Celte quantité étant assortie a rendu R (ou prime). . 204 L. à 5 sli. j F ( seconde ) . 34 — à 3 sh. > 65 L. st. 11 T (ou écouailles) 26 — à 1 sh. 6 J On vendit celte année-là huit beliers et neuf brebis. Deux des beliers sont allés dans le Dor- set-shire , et ont servi à des croisemens avec la race de Dorset. Les métis sont estimés oar RAPPORT SUR LES MERINOS. 1 3J les bons juges , et cette amélioration promet des résultats intéressans. M. Bridge , de TVinford Eagle , nous a communiqué les détails d’une expérience faite sur trois races de moutons , savoir, la race de Dorset, les métis Espagnols et Dorset, et les métis Espagnols et Mendip. Le sang Espagnol a, dans les deux cas, augmenté la quantité de laine considérablement. Cette laine du premier croisement a été estimée à plus de 2 shellings la livre , lavée à dos ; et dans les deux cas , l’amélioration de la race a été très-sensible. M. Ridgvvay, de Herefçrd-shire, m’a communiqué une expérience , dans laquelle il a nourri également deux moutons, l’un Ryeland, et l’autre demi-Ryeland demi-Espagnol. Le métis a rendu dans une année deux livres douze onces de plus de laine ,* et cinq livres de viande de plus que le Ryeland. Ce particulier avoit reçu , il y a quelques années , des beliers mérinos du troupeau du Roi. Il nous a démontré, par ses calculs, que son troupeau, composé de trois cents vingt brebis, lui rendoit le double, en valeur de laine, depuis qu’il y avoit introduit le sang Espagnol, comparativement à ce que la même quantité de brebis lui rendoit auparavant. -v y RAPPORT SUR 52 En juin 1801 le troupeau du Roi e'toit compose' de cent huit brebis, beliers et moutons. La tonte rendit, en laine lave'e à dos ... 3g7 livres. Perte dans le lavage à fond . . 112 Laine bien de'graisse'e. 286 Cette quantité étant assortie a produit : shel. den. Laine R. F T.— 17 — à 1 9 La laine des beliers et des moutons à l’engrais, avoit été mise à part: en voici le compte. Laine lavée à dos ....... 220 livres. 82 shel. den. \ ..—237 liv. à 5 61 a liv. I uv. s t. A. < 1 . .— 5 i — à 3 6 | 72 1 9 Perte dans le lavage à fond . Laine dégraissée i 58 Cette quantité étant assortie a produit: Laine R. — 96 liv. à 5 sh. 1 F. — 3 o — à 5 sh. 6 d. poL.st. 6sh. T. — 12 — à 1 sh. g ) Dans cette année-là, on a vendu douze béliers et vingt-deux brebis. La pourriture des pieds (foot-rot) gâta, malheureusement, plusieurs beliers : sans cela on en auroit vendu davantage. Il est remarquable que les beliers de Windsor soient attaqués de cette maladie, tandis que les brebis et les moutons qui paissent sur .n | 5 V Xi ES MERINOS. 53 surleshauteurssèchesd’Oatlandsne l’e'prouvent jamais. J’avois envoyé onze moutons de la race d’Espagne dans les plus gras pâturages , pour essayer l’eflet de cet engrais sur eux. Ils ont e'te tues gras par M. King de Neyvgate, avant l’assemblee de la Société de Smitlifield , qui se lient à Noël. On donna deux de ces moutons gras, à deux particuliers qui avoienl rendu des services pour l’introduction de la race Espagnole. Les neuf autres furent vendus à M.Giblet, ^ bouclier de Bond Street, connu pour choisir toujours les bêles les plus grasses et de la meilleure viande. Yoici la facture de celte vente: Moutons. Pouls. L.st. sh. d. N.° i. . . g4 liv. à 6 sli. le stone (i4 liv.) .a » 6 а. . . 98 de même.a a » 3. . . 84 de même.1 16 g 4. . 100 de même ..a 3 6 5. . . 76 de même.1 i4 6 б. . . 7a de même.1 11 6 7. . . 77 de même.1 i5 3 8. . . 74 de même.1 i3 » 9. . . 86 de même.1 17 6 Les 9 têtes et fressures à 1 slielling .... » 9 » i4o livres de suif à 3 shel. 10 den. le stone. a 3 » L.st. 19 3 g Quant à Ja qualité de la viande, on peut s’en informer chez M. Giblet, où elle resta Tome g. C 34 RAPPORT SUR exposée plusieurs jours, et chez ses pratiques qui la mangèrent. Mais on a déjà e'prouve’, soit à Windsor, soit à Weybridge, que la viande des moulons d’Espagne est de la meilleure qualité'. On enleva les pelades, c’est-à-dire, la laine adhe'rente aux peaux de ces neuf moutons, afin de s’assurer de sa valeur. Elle pesoit lavée vingt-huit livres, qui se vendirent à 4 shel. 6 d. la livre , et rendirent par conséquent 5 L. st. ig sh. Ce profit n’étoit point attendu; et c’est un point qui donne à cette race plus d’importance encore. De tous les individus qui ont concouru à seconder les vues bienfaisantes du Roi dans l’introduction de la race d’Espagne, le Dr. Parry, de Bath, est celui qui mérite le plus d’éloges. Au milieu des travaux très-assidus de sa profession , il a trouvé le lems de s’occuper avec succès du perfectionnement de plusieurs races An— gloises , au moyen des béliers Espagnols que le Roi avoil donnés au Marquis de Bath , et à la Société «l’Agriculture de l’Ouest. Le Docteur a obtenu, à plusieurs reprises, des prix de la Société, pour la supériorité des draps qu’il a fait fabriquer avec ses laines métisses, en concurrence avec un grand nombre de fabricans habiles. 11 résulte des faits, qu’il LES MERINOS. 55 a porte la qualité ries toisons de ses brebis croi sées à nu point de perfection qui approche beaucoup de celle de la race d’Espagne même. Cela ne doit pas étonner si l’on se rappelle que les croisemens de race opèrent une amelioration qui suit la progression suivante : A la première génération les agneaux métis tiennent du père Espagnol A la seconde . . A la troisième . A la quatrième. 5o pour cent. 95 HO- On affirme qu’à ce point-là, lorsque les brebis portières ont été convenablement choisies, il est presque impossible aux plus habiles connois- seurs de distinguer la laine des métis de belle des Espagnols purs. Je n’ai pas besoin de m’étendre ici sur le mérite du Dr. Parrv. Son ouvrage, qui doit (1) L’auteur suppose que l’influence du belier sur la qualité et quantité de la toison n’est que de 5 o pour 100 au premier croisement. L’expérience prouve qu’elle «st beaucoup plus forte. Par conséquent au quatrième croisement les bêtes tiennent plus de g 3 -j pour 100 de la finesse espagnole , quoiqu’elles n’aient que cette proportion du sang espagnol. La qualité des laines ne se distingue plus ; mais la forme de quelques individus dans le nombre , décèle encore le sang maternel. RAPPORT SUR 56 être le manuel de ceux qui travaillent à l’amelioration des laines , donne une plus juste idée de sa sagacité' et de sa persévérance , que je ne puis le faire dans un rapport comme celui-ci. Si le Dr. Parry mérite la reconnoissance de tous ceux qui honorent la toison comme source de prospérité, Lord Somerville n’a pas droit à moins de gratitude de la part de ses compatriotes. A l’imitation de l’exemple donné par son Souverain, Lord Somerville, habile con- noisseur en races de moutons , a fait un voyage en Portugal, dans le but unique de choisir sur les troupeaux Espagnols, les brebis dont les formes seroient les plus avantageuses relativement à la faculté de prendre la graisse, en même tems qu’elles seroient -les plus distinguées par la finesse des toisons. Il a réussi, et a amené , il y a plus de deux ans, un troupeau de la première beauté. Il est probable que Lord Somerville retrouvera bientôt les frais de cette importation , car il a déjà vendu quelques-uns de ses beliers au prix de cent guinées. Le troupeau du Roi a été soumis à dix tontes successives depuis qu’il est en Angleterre. On n’y a pas introduit une seule bête venant d’Espagne. La dixième tonte a fourni à peu près les cinq sixièmes de laine prime, et seulement un quatorzième d’écouailles ou loquet. On peut I/ES MERINOS. 5 7 espérer aujourd’hui que le préjugé' enraciné qui persuadoit aux Anglois que la race Espagnole dégénéroit en Angleterre , sera relégué dans le catalogue des erreurs populaires. On a prétendu aussi que la viande des moutons Espagnols étoitdure, coriace et sans goût: le témoignage de M. Giblet et de ses pratiques répondra victorieusement à celte assertion dénuée de preuve. S. M. ayant permis qu’il se fît une vente de l’accroissement du troupeau à Windsor , pour les beliers , et à Oalïands pour les brebis, ces animaux seront vendus à la fin d’août ; et comme le corsage des mérinos de ce troupeau a sensiblement gagné, et que les laines sont plutôt perfectionnées que dégénérées , le prix des beliers sera de dix guinées, et celui des brebis de deux. Le soin de ce troupeau continue à m’être confié : les lettres qui me seront adressées à ce sujet seront répondues ponctuellement , et je m’efforcerai de satisfaire les acheteurs (1). Joseph Banks. (1) J’ai déjà eu occasion de remarquer que les Àn- glois étoient demeurés fort en arrière des François sur la naturalisation des mérinos. Les préventions ont eu leur cours là comme en France; et , dans les deux pays, elles cèdent à regret à l’évidence des faits. Nous voyons qu’à la date de ce rapport on se croyoit encor® 3Ô Notice sur le troupeau de Race es-^ pagnole de Lancy , près de Genève, par Ch. Pictet. «Je publie pour la cinquième fois, dans ce Recueil , le rapport annuel concernant mon troupeau de race pure , dont le noyau a été forme par des brebis de Rambouillet. (Voyez les volumes précédens. ) Il est pleinement constate' aujourd’hui, par l’expérience d’un grand nombre d’agriculteurs, que les mérinos réussissent facilement et sans dégénération. Celte belle conquête de l'indus- obligé d’attirer les acheteurs en livrant les mérinos à un prix tout à-fait disproportionné à leur rente. On a suivi à Rambouillet une marche bien plus sûre, en livrant Jes prix à la libre concurrence. On les a vu s’élever, graduellement d’année en année, à mesure que la connoissance des avantages qu’on devoit atten- leudre de cette race, s’est répandue, et on a, en général, mieux soigné les animaux payés cher qu’on ne l’auroit fait si on les eût obtenus à bon marché. Nota Le prix moyen de 705 francs pour les mâles et 433 francs pour les femelles, auquel les mérinos ont été portés cette année (1809) à la vente publique de Rambouillet, confirme les faits et les raisonnemens ci- dessus. (Décembre 1809.) x SUR LE TROUPEAU DE LANCY. 3g trie que la France doit surtout aux commissaires inspecteurs de Rambouillet, est pleinement assurée. Les mérinos se soutiendront par la nature même des choses, qui fait que les cultivateurs emploient leurs fonds de la manière la plus profitable. Il devient beaucoup moins necessaire de publier des faits qui , a quelques légères différences près, sont la répétition de ce qui s’est passé dans les années précédentes. Cependant , comme les préjugés des agriculteurs sont extrêmement opiniâtres, il ne faut point se lasser de redire , en offrant aux incrédules tous les moyens de s’éclairer. Il y a d’ailleurs toujours quelques détails , et quelques points de vue nouveaux. Cent quatorze brebis portières de race pure m’ont donné cent onze agneaux réussis , dont cinquante-six mâles et ciuquante-cinq femelles. Il y eut dans les premiers jours du part, c’est- à-dire , dans la première quinzaine de décembre, dix avortemens. J’élois absent alors; et mes bergers n’ont su trouver d’autre cause probable de cet accident, ordinairement rare dans les troupeaux bien soignés et bien nourris, que l’habitude prise par les brebis de sauter un petit fossé de clôture dans une des pièces de leur parcours. Quoi qu’il en soit, le déficit s’est trouvé à peu près comblé ; car dix brebis ont NOTICE SUR EE 4o fait deux agneaux, et sur le nombre de vingt, dix-neuf de ces agneaux ont réussi (i). J’ai vendu soixante et quatorze bêtes de mon troupeau ; savoir : i 4 brebis portières de réforme , au prix moyen de.276 livres. 32 agnelles au prix moyen de.192 26 agneaux mâles, au prix moyen de . . 108 2 keliers adultes, au prix moyen de. . . 576 74 bêtes. Je n’avois pas des beliers adultes pour répondre aux demandes qui m’ont e'tê faites. Je n’en ai vendu que deux de quatre dents, qui n’avoient point encore servi à la monte, et qui e'toienl les moins beaux des quatre dont j’ai parle' dans mon rapport de l’anne'e dernière. Quoique Pierrot soit dans sa neuvième année , et qu’on m’en ait offert jusqu’à 960 livres, je n’ai point voulu le reformer. J’ai eu cinquante agneaux de lui, et j’en attends au moins soixante cette anuée. Il est celui de mes beliers (1) Les doubles réussissent aussi bien que les agneaux qui viennent seuls, lorsqu’on a des bergers soigneux , et qui leur donnent le biberon plusieurs fois le jour. Quand les mères sont jeunes et vigoureuses, elles nourrissent très-bien leurs deux agneaux sans être trop éprouvées : quand ce sont de vieilles brebis, il convient d’en ôter un. TROUPEAU DE EANCY. 4l que la monte a le moins éprouvé, quoiqu’il ait eu beaucoup plus de brebis que les autres. Le berger de Croissy m’a dit n’avoir jamais vu un belier d’une constitution plus vigoureuse : il etoit, disoit-il , le maître du troupeau des beliers , et ne ce'doil jamais sa place à aucun. C’est encore la même chose chez moi. Cet animal si fort est d’une extrême douceur. Il ne frappe jamais. Il n’attaque point les autres beliers ; et il ne combat que lorsque cela est devenu necessaire pour le re’tablissement de .f l’ordre. J’ai remarque que depuis qu’il est dans le troupeau , les combats sont devenus rares : il est craint de tous les autres, et ils n’osent point se battre devant lui, de peur qu’il ne s’en mêle. J’espère que les qualités très-remarquables de cet animal se communiqueront à sa race , et que les élèves lui ressembleront, non-seulement par la beauté des formes, mais par la vigueur de la constitution (l). s ' (1) La race de Croissy est, en général, plus élevée que celle de Rambouillet, mais moins renforcée. Pierrot a la perfection des formes de Rambouillet, c’est-à-dire, qu’il est bas sur jambes , extrêmement long, large et profond de corsage. Lorsqu’on viendra à engraisser des moutons de cette race précieuse pour la consommation des boucheries, on devra rechercher celte conformation comme la plus avantageuse à l’entretien, et la plus favorable pour prendre la graisse. Notice sur lu 4 ^ La quantité de Jaine n’a pas été aussi consi- de'rable celte année que l’année precedente , ' ce qui a dépendu, apparemment de la tempé- rature , ou de quelques dispositions particulières de l’almospljère et des pâturages, puisque la même chose a ete' observée dans d’autres troupeaux bien soignés, et que le mien a toujours été dans le meilleur état possible. Le poids moyen des toisons des brebis portières a été de 7 livres 1 once (poids de marc). Celui des toisons des beliers, 11 liv. 4 onc. Celui des toisons d’antenois et d’antenoises, (première tonte, laine de dix-huit mois,) .12 livres 10 onces. J’ai perdu dans le courant de l’année quatre bêles adultes, savoir, deux brebis du tournis, une d’un coup de sang , et une d’un abcès dans les reins. Une des brebis morte du tournis a été * traitée pendant deux mois avec l’absynlhe en injection dans le nez , et prise intérieurement. Ce remède , qui m’en a sauvé une, ainsi que je le dirai tout-à-I’beure , a paru retarder les progrès du mal, et a procuré à la bête des intervalles de deux ou trois jours [tendant lesquels elle marchoit et pâturoit comme les autres. La maladie de cette brebis a duré soixante-un jours. Elle fut trépanée trois jours avant sa mort ; et elle avoit des hydatides dans le cerveau. La TROUPEAU UE LANCY. 45 deuxième brebis morte du tournis n’a été malade que douze jours. La-maladie s’est annoncée d’abord avec beaucoup de violence , et le traitement de l’absynthe n’a paru avoir aucune influence. L’ouverture de la tête a montré un dépôt séreux qui comprimoit le cerveau. II n’y avoit pas d’hydatides ; mais nous trouvâmes dans les sinus frontaux cinq vers de même espèce , et de différentes grosseurs. Le plus gros étoit à peu près du volume d’une petite larve de hanneton , de couleur brune, façonnée en cône applati d’un côté. A la base du cône , qui paroisseht être la partie antérieure du ver, ou remarquoit deux petites ouvertures égales. Au sommet du cône, c’est-à-dire, à la partie postérieure du ver , on voyoit deux pointes noires en fourche , et immobiles. Le ver pa- roissoil mort. Les quatre autres vers étoient en différens degrés de développement. Le plus petit n’avoit pas la moitié du volume du plus gros, et il étoit blanc. Us donnèrent des signes de vie pendant plusieurs heures. Dix heures après la mort de la brebis, un de ces vers blancs se contractoit encore lorsqu’on le tou- choit, et il faisoit sortir et rentrer l’aiguillon fourchu placé à sa partie postérieure et inférieure. Il parent que la cause prochaine de la mort de la brebis fut une hydropisic de cerveau ; 44 NOTICE SCR ETC mais la présence des vers dans les sinus frontaux suffit peut-être pour donner le tournis; et dans ces cas-là , il est possible que les injections d’ab- syntlic opèrent la guérison. Je prc'sume que c’étoit le cas d’une troisième brebis attaque'e du tournis, et que nous avons guérie par des injections répétées trois fois le jour , avec une décoction d’absynthe , et trois verres par jour de cette même décoction (t) administrés intérieurement pendant cinq semaines. La maladie, qui e'toit parfaitement caractérisée, parut céder au traitement dès le treizième jour ; mais je le fis continuer pendant trente-six jours, pour assurer la guérison. Il y a huit mois de cela, et la brebis n’a plus eu aucun symptôme du tournis. Il paroît donc que ce remède , que nous devons à M. De Gingins Chevilly, (N.° d’août l8o3. Bibl. Brit.) peut guérir le tournis dans certains cas. C’est déjà beaucoup , pour une maladie réputée incurable , et qui dans certaines situations emporte de cinq à dix p. T ~ des jeunes bêtes. On ne sauroit trop répéter les expériences sur l’usage de l’absynthe, dans les cas de tournis ; et il importe d’en publier les résultats. ^ (1) Deux onces d’herbe sèche dans deux bouteilles d’eau réduites à une par l’ébullition, font la dose de trois jours. TROUPEAU DE UANCY. 45 J’ai déjà eu occasion de dire que l’emploi du parc pour fumer les terres, doit être subordonne à la santé des animaux , lorsqu’il s’agit d’une race aussi précieuse que celle des mérinos. Je parque toutes les années, mais seulement dans les nuits les plus chaudes , et quand la terre est parfaitement sèche : cela fait tout au plus deux mois dans notre climat. J’ai parqué dans les terres graveleuses et dans les terres argileuses. Dans les premières, le parc convient mieux aux moutons , mais leur engrais fait peu d’effet. Dans les dernières , l’effet du parc est très-marqué, mais dès que le sol est humide, les troupeaux en souffrent. J’ai éprouvé que pour que le parc fît, dans nos terrains , le même effet qu’une fumure ordinaire, il falloit laisser le parc deux nuits de suite à la même place , en donnant dix pieds carrés par bête : c’est quatre fois plus que la formule de Dau- benton. Il a fait apparemment ses expériences dans des terres plus fertiles que les nôtres. Le résultat que j’indique se rapproche de celui que donne Arthur Young, et à l’occasion duquel j’avois déjà remarqué la grande différence qui existoit entre les formules des deux auteurs. J’essayai, l’année dernière, de laisser le parc jusqu’à trois nuits sur le même terrain. Le sol étoitune argile d’une nature si ingrate que de 46 HOTICE St'K LE tcms immémorial la pièce e’toit en friche, et ne donnoit presque point de pâturage. Le blè semé sur le parc à trois nuits, a été trop beau : il a versé avant que d’être mûr. Je ne saurois trop recommander, d’après mon expérience, l’usage de faire passer beaucoup de terre légère , ou de sable sous les brebis, dans les bergeries. Il en résulte i.° que les brebis sont toujours couchées au sec ; 2. 0 qu’il n’y a jamais d’odeur dans les bergeries , 3.° que la quantité de l’engrais peut être plus que doublée , sans que la qualité en soit moins bonne. Voici comment je pense qu’on doit s’y prendre. Sur une aire pave'e, ou d’argile battue, qui forme le fond de la bergerie, il convient de répandre deux ou trois pouces de terre meuble et sèche , qu’on recouvre de paille. Dès qu’il commence à y avoir de l’odeur dans la bergerie, le matin en y entrant, on range la paille non pourrie le long des crèches ; on répand une nouvelle couche de terre d’environ un pouee, puis on remet de la paille fraîche par dessus. Celte opération fait absolument cesser l’odeur : il en résulte donc l’absorption de l’ammoniaque qui se dégageoit. Cet ammoniaque nuisoit aux brebis , et e'toit perdu pour l’engrais : il se trouve fixé dans le sable ou la terre qu’on vient de répandre. Cette simple TROUPEAU DE LANCY. 47 operation a donc rempli trois objets importans: il n’y a plus d’hnmidile' sous les brebis: il n’y a plus d’odeur nuisible , et il n’y a plus de de- perdition d’engrais par la volatilisation de l’ai— kali. Toutes les fois que l’odeur se manifeste , on repèle l’operation ; et lorsque le sol de la bergerie commence à s’élever trop, relativement aux crèches et aux râteliers, on enlève la totalité' de cette terre engraissée, et mélangée avec le fumier ou la paille pourrie. Lorsqu’on a formé le tas , il faut avoir soin de l’arroser. La fermentation s’y établit bientôt, et la masse entière se convertit en une substance noire, grasse et homogène, qui est le meilleur des engrais. Il a principalement sur les prés un effet extraordinaire , pour tuer la mousse , donner de la force aux bonnes plantes , et de l’activité à la végétation. J’ai hiverné cent quarante-cinq bêtes adultes. A compter deux agneaux pour une bête adulte, c’pst environ deux cents bêtes, pour moyenne de la force de mon troupeau depuis neuf mois; et à prendre Kannée entière (depuis le i5 septembre i8o5 au i5 septembre i8o4), ce n’est guères que cent quatre-vingt bêles. En évaluant le parc au plus bas, c’est-à-dire, à raison de quinze voitures de fumier par arpent, mon 48 NOTICE SUR LE troupeau m’a rendu dans l’année cjui vient de finir, deux cent soixante-cinq poitures de fumier, aussi fortes que deux bœufs de la plus grosse taille puissent les traîner. Ceux qui savent qu’en agriculture on ne fait rien sans les engrais, et qu’avec beaucoup d’engrais on peut faire réussir toutes les cultures, apprécieront l’avantage d’en créer une quantité aussi considérable, aux moindres frais possibles. Avant que j’eusse adopté l’usage de garnir mes bergeries de terre , il est souvent arrivé que le fumier de mes moutons prenoit dans le tas ce qu’on appelle le blanc , c’est-à-dire, qu’après une fermentation vive et rapide , il perdoit de sa qualité, s’il n’étoit pas immédiatement employé. Cela n’arrive plus maintenant : après trois mois de séjour en tas, ce n’est plus qu’un terreau noir et homogène. Il m’est arrivé aussi de le faire charrier frais, et sortant des bergeries : son effet a été également très-actif. Je l’ai éprouvé en particulier sur une pièce de luzerne semée il y a dix-huit mois, et que j’ai fait couvrir au printems dernier, de fumier de mouton frais. Aujourd’hui (18 septembre) la cinquième coupe de celte luzerne a environ huit pouces de hauteur moyenne. Les quatre coupes précédentes ont été de la plus grande abondance, et coupées pour sécher en foin. Si TROUPEAU DE DA NC Y. 4q «9 Si je compare la végétation de celte pièce avec celle de mes autres luzernes, et avec les luzernes les mieux soignées chez mes voisins, je trouve une différence sensible clans la promptitude de la croissance. Il est inutde de re'pe’ter ce que j’ai dit dans les années precedentes sur la consommation du fourrage. Il faut compter quatre quintaux et demi de foin par brebis, pour l’annep, y compris la nourriture de l’agneau pendant l’hiver cl le printems. Les luzernes et les trèfles de deuxième ou troisième coupe sont les meilleurs fourrages pour les brebis nourrices et les , agneaux. La feuillee et la paille peuvent servir à varier la nourriture des brebis, mais il rie faut pas compter dessus, en supplément du foin. La balle de blé fait un fort bon effet en ad li- tion à l’avoine et au son pour la provende. En général, on ne doit point cherchera épargner sur la nourriture des brebis mérinos. La quantité de fourrage qu’elles consomment est déterminée par leur instinct, lorsqu’on ne leur en laisse point manquer : elles s’arrêtent quand » leur ventrée est faite. Mais si on les laisse avoir faim, elles mangent ensuite jusqu’à se gonfler; leur appétit se dérange, leur corsage eu souffre, et l’on perd de toutes les manières à cette économie mal entendue. Tome g. D Détails sur un troupeau de mérinos a Corgémont , dans une vallée du Jura, Département du Haut-Rhin. a déjà beaucoup écrit sur les bêtes à laine d’Espagne appelées mérinos. D’iiabiles agriculteurs ont fait connoître leurs formes , les caractères qui leur sont propres , les soins qu’ils exigent et la rente qu’ils fournissent. — Je possède à Corgémont un petit troupeau de ces utiles animaux , et sans prétendre rien dire sur leur compte qui ne soitdéjà en partie connu, je crois pouvoir donner quelques détails qui ne seront pas sans intérêt pour ceux qui aiment cette branche de l’économie rurale. Porté par goût vers les spéculations et les travaux de l’agriculture, j’avois reconnu l’avantage que présente un troupeau de bêles à laine en général , j’avois établi par des calculs la rente considérable qu’un troupeau bien dirigé pouvoit fournir ; j’avois démontré en particulier la facilité qu’il y avoil pour nous d’améliorer la race des brebis de ce pays par nos propres beliers, et plus encore par des croisemens avec les beliers Espagnols, et je songeai à re'a- MEIUNOS DE CORGÉAIONT.. 5l îiscr celle amelioration sur un petit troupeau , lorsque j’eus l’occasion de faire l’acliat d’un certain nombre de brebis mérinos. Différons motifs pouvoient me détourner de CM achat : l’âpreté du climat, la difficulté' de faire paîlre mes brebis, en troupeau séparé, sur des terres e'parses, et enfin l’incertitude du succès. Je me décidai néanmoins à faire celte acquisition , et en la faisant, j’avois deux vues principales : l’une d’entreprendre des croisemens avec la race du pays ; l’autre d’entretenir un troupeau de bêles à laine superfine. Je vais rendre compte aujourd’hui de cette dernière entreprise. Je parlerai de l’état de mon troupeau , des soins qu’on lui donne et du produit qu’il fournit. Il y a un an que je possède, en société avec M. Lardy, un troupeau à Corgémont. Il avoil été acheté à Alfort de M. le Prof. Chabert, qui le tenoit de Rambouillet, et lorsqu’il passa dans mes mains, il étoit composé de vingt-cinq pièces seulement, savoir, de douze brebis portières ; de quatre moutons ; de trois beliers, dont deux antenois, et de six agneaux, dont quatre agnelles. Un seul belierauroit pu nous suffire, cependant nous trouvâmes convenable d’en ajouter un quatrième, que nous tirâmes de la bergerie de M. Pictet de Genève, et qui étoit d’une finesse très-grande. — Nous nous 52 DÉTAILS SUR TÆS décidâmes à cette nouvelle acquisition, dùibord parce que nous voulions employer une partie de nos l)ehers au service des brebis du pays, et en particulier de celles du troupeau commun, et ensuite parce que d’après la pratique et les avis des éleveurs de troupeaux , nous jugions utile au succès du nôtre, de renouveler le principal agent de sa reproduction. La plupart de nos brebis nourrissoient encore à l’époque où elles arrivèrent chez moi. Elles avoient un air défait; quelques-unes jetoient des mucosités par le nez. Je fis sevrer les agneaux , je donnai aux brebis de la fleur de soufre dans du son, et j’établis mon troupeau dans un pâturage sec et élevé, où j’avois fait construire un couvert pour le garantir de la chaleur et de la pluie. Il ne larda pas à donner les marques de la plus grande prospérité. Je pouvois craindre cependant qu’accoutumé à une température plus douce, il ne fût éprouvé par le retour du froid , de l’air humide et des pluies de l’automne. Je donnai ordre à mon berger , le même qui avoit eu précédemment la garde de ce troupeau, de ne point l’exposer à la rosée, à l’humidité et à des pluies trop froides. Mais comme dans ce pays les orages sont fréquens , et qu’en automne il pleut souvent long-tems, il étoit difficile que cet ordre MERINOS DE CORGUMONT. 55 fût exactement observe’. Mon troupeau a donc été expose à des pluies ballantes et à des teins brumeux ; il a passe les nuits jusqu’au commencement de décembre dans un bangar abrite' de deux côtes par de simples palissades, et cependant il n’a jamais paru éprouver la moindre incommodité. Je l’ai envoyé’ au pâturage tous les jours de l’automne, et dans la saison de l’hiver, aussi souvent que le mauvais tems et la neige n’y mettoient pas obstacle. Le mois de l’année ordinairement le plus rigoureux lui a ele celle année, favorable. 11 a pu pâturer pendant tout le courant de janvier , et quoiqu’il né fût par jour que quelques heures dehors , il ne laissoit pas que de gagner en partie sa vie, ce qui me faisoit une économie de fourrage , sans me dispenser neanmoins de lui donner une affoure'e s >ir et matin. Je l’ai renvoyé au pâturage , et toujours dans des endroits élevés et secs, aussitôt que la fonte des neiges a mis à découvert le gazon encore desséché des champs. Nous avons eu un printems très-humide, mais maigre cet inconvénient et les fréquens retours du froid, je puis dire que mon troupeau est dans le meilleur .état de prospérité. J’indique ces faits afin de mieux répondre aux objections de ceux qui craignoienl que la rigueur du climat ne pût convenir à des brebis qui avoient accoutumé de I 54 DETAILS SUR UES vivre sons un ciel toujours pur. Les exemples de la Suède, de la Saxe, du Danemark , où ces animaux réussissent , nuroient dû les rassurer complètement ; mais je pense qu’il ne doit plus rester de doutes dans l’esprit de ceux qui , habitant comme moi un pays de montagnes, voudroient se livrer à cette spéculation agricole. Ce que je dis ici par rapport à la santé’ des mérinos, je le dis aussi relativement à leurs toisons, où je n’ai remarque' aucune dégéné— ralion. J’avoue cjue mes agneaux, à peine âge’s de six mois, ne peuvent point encore me servir d’objets de comparaison. On sait que leur laine varie d’un jour à l’autre et qu’elle s’affine sensiblement jusqu’à la fui de leur croissance , et picme après la première tonte. Tous les individus de mon troupeau , âges au-delà d’un an, avoient e’te' tondus l’année dernière avant que d’arriver chez moi, et les brins de leur courte laine , différant alors de ce qu’elle est an terme de sa croissance, ne pouvoient pas me servir de type pour apprécier l’état de finesse des toisons de cette aunc'e. Mais j’avois reçu des échantillons des toisons précédentes, et je puis affirmer que je n’ai trouvé aucune différence entre ces échantillons et les toisons actuelles. J’ai lait faire la tonte au commencement de \ w MERINOS DE COR&ÊMONT. 55 juin. Cette operation doit être fuite pins tôt. Elle avoit été retardée par les pluies de mai, et il en est résulté que les mouches, alors méchantes , ont tourmente les brebis dont la peau étoitsans défense. Je n’ai eu que vingt-quatre toisons à couper, ayant précédemment vendu avec leurs laines un bélier de deux ans, et une brebis dont je me suis défait à cause du défaut qu’elle avoit de ne pas nourrir ses agneaux. Mes vingt-quatre toisons m’ont donné cent soixante livres en suint , poids de marc. Celle d’un de mes beliers anlenois a pesé seule treize livres et cinq onces, même poids. La moyenne de cette quantité est d’environ sept livres par tête. J’ai fait laver mes laines, d’après le procédé indiqué par M, Godine, dans son Mémoire sur le lavage et le désuintage des laines. Long- tems on a ignoré la mauière de faire ce lavage à fond, et cette opération n’est pas, en effet, si facile , puisqu’il s’agit d’enlever la grande quantité de suint dont ces laines abondent, et qui, par cette raison, prennent extérieurement une teinte grisâtre et noirâtre. Mais en suivant le procédé dont je parle , j’ai réussi à rendre ce lavage complet. Onze de mes brebis ont agnelé en décembre et janvier ; la douzième n’avoit pris le bélier 56 DETAILS SUR UES qu’en novembre et n’a agnele qu’ep mars. Le premier agneau qui m’est ne' a été pour moi un objet de curiosité. Je ne lui trouvai pas une grandeur bien supérieure à celle des agneaux ordinaires, mais sa peau éloil remarquable par sa blancheur tirant sur le jaune , et par le frisé de sa lame singulièrement douce au loucher. Ce frisé est un indice assez certain de la finesse de la laine. Plus il est grand, plus on peut espérer que l’animal aura une belle toison à l’époque de son développement. — Je renfermai mes brebis nourrices dans des loges particulières, tant pourleur donnerune nourriture plus abondante , que pour préserver mes agneaux du danger d’être foulés aux pieds des autres brebis; et quoique je fisse observer cette précaution avec soin , cela n’a pas empêché qu’un de mes jeunes agneaux renfermés, mais qui avoil trouvé moyen de sortir, ne fût froissé dans la bergerie , et trouvé mon le malin. On sait que les brebis mérinos ne prennent le bélier qu’une fois l’an, et cependant par une singularité remarquable, l’une des miennes, qui avoit agnele depuis un mois, Je prit encore, et m’a donné un second agneau en juin dernier. J’étois loin de m’attendre à celte augmentation de famille , et je ne fus pas peu surpris lorsque le berger vint m’en apprendre la uou- MERINOS DE COKG jLvONT. 57 velle. — Je m'attends, au reste, que celte mère si féconde laissera passer la monte sans demander le belier. Il vaut mieux qu'elle ne le prenne point. Quant à l’époque de la monte , je ne sais s’il convient qu’elle soit avancée ou retardée. — D'habiles économistes assurent qu’il y a beaucoup d’avantage à ce que les agneaux naissent en décembre et janvier: ils ont alors le tems de se développer, et les antenoises sont assez fortes pour prendre le belier à la seconde année dans le meme tems que les vieilles brebis. Celte considération est sans doute de grand poids. Mais si je consulte mon expérience , il me semble que les agneaux qui naissent au prin- tems et qui reçoivent de leurs mères un lait plus abondant et plus nourrissant, poussent plus promptement un jet vigoureux. J’ai mes deux agneaux tardifs qui, proportion gardée, ont une supériorité marquée sur leurs frères aînés. L’un d’eux , né le 00 avril, a pesé , aujourd’hui 5 o juillet, quarante-une livres , tandis qu’un autre du i. cr janvier n’a pesé à cette même date que cinquante-trois livres. Ainsi, la différence du poids est toute à l’avantage du premier et paroît prouver qu’il vaut mieux différer, si l’on peut, l’époque de la monte, afin d’avoir les agneaux au prinlems plutôt qu’en 58 DÉTAILS SUR LES liivcr. Non que je veuille nier qu’une nourriture choisie et abondaute donnée aux mères, ne puisse egalement procurer en hiver un prompt de’veloppemcnt aux agneaux ; mais ce choix de nourriture est, d’abord plus coûteux, et il me semble que, toutes choses d’ailleurs égalés , l’herbe fraîche et succulente du prin- tems doit l’emporter en qualité’ sur les provisions desse'che’es de l’hiver toutes les fois du, moins qu’une partie de ces provisions ne consiste pas en plantes légumineuses comme choux, raves et turneps, etc. — La difficulté' pour les agnelles retardées de prendre le belier à la seconde année ne doit pas arrêter, car, si on recule l’époque de la monte pour tout le troupeau , les agnelles se trouveront à celte époque toujours autant éloignées de celle de leur naissance que si, étant nées plus tôt, elles eussent pris le belier plus tôt aussi. Elles pourront donc être assez fortes pour recevoir le belier à la seconde année. Ainsi, à moins qu’il n’y ait des obstacles réels pour reculer celte époque , je crois que dans ce pays oô les printems sont retardés, il convient de le faire. Le froid m’a obligé de renfermer mon troupeau pendant l’iiiver dans une bergerie hien abritée. Cette précaution est nécessaire dans ce pays. Mais on sait que les bêtes à laine ont be-> MERINOS DE CORCÉMONT. 5() / soin d’un air toujours renouvelé , de sorte qu’il importe que la bergerie soit bien aérée. Je n’avois pas eu le lems l’anne’e dernière d’en pre'parer une qui re'uuît les conditions nécessaires ; mais j’en aurai une pour cel hiver où, non-seulement j’établirai des courans d’air dans la région supérieure , mais où je pratiquerai une allée tout autour de la bergerie , entre les parois et les râteliers, afin que le berger puisse aflourer son troupeau sans entrer dans l’intérieur de l’étable. Je ferai placer les râteliers verticalement, selon le conseil de M. Pictet. Celte position empêchera que les brins de foin ne tombent sur le col et sur le garot de la brebis, et ne gâtent la laine. On a dit souvent que la rosée du matin et que le serein du soir étoit mortel aux mérinos, et c’est d’après cet avis que j’évite d’y exposer les miens. Il a fallu néanmoins m’écarter de cette règle pour deux de mes behers , que je me suis engagé de fournir dans le troupeau de celte Commune. C’est l’usage ici, en été , de mener ce troupeau de très-bonne heure aux champs, et de le ramener fort tard au soir. Je répugnai de soumettre mes béliers à un usage que je croyois funeste; mais rassuré d’abord par l’état de prospérité des brebis de ce pays, parmi lesquelles, malgré celte pratique, il ua 6o DETAILS SUR LES règne jamais de maladie , et voyant que mes beliers retenus le soir fort tard dans le troupeau , et ensuite conduits le matin dans ce même troupeau , quelquefois de trop bonne heure , ne s’en portoient pas moins bien, j’ai juge' cette règle inutile pour eux, et je les ai abandonne's à la disposition du berger commun qui les prend le matin et les ramène le soir, quand il veut. Le cas de Ces deux beliers est-il une exception à la règle generale , ou bien a- t-on donne' trop d’importance à cette règle. Pour moi je crois qu’il est encore plus necessaire d’écarter les bêtes à laine , et surtout les mérinos, des lieux marécageux, que de leur faire éviter la rosée. L’un et l’autre est indispensable pour des bêles malsaines , et le premier l’est également pour celles qui se portent bien. Je liens donc rigoureusement à ce que mou berger évite les fonds humides, et pour ne faire aucun essai trop funeste, j’exige aussi qu’il ne sorte son troupeau que quand la rosée est levée. Je tiens en outre à ce qu’à son retour le troupeau soit bien traité à la bergerie. La litière est renouvelée souvent $ je lais mettre avant la paille une couche de paille de scie, ou de scieure qui absorbe l’humidité. • Les mérinos ne mangent pas davantage que les moutons du pays. Ceux de ces derniers que MERINOS BE CORGÉMONT. 6l je possède ont ète' tenus pendant l’Inver dans une bergerie séparée , et je n’ai pas remarqué qu’ils aient beaucoup moins mangé que les autres. *Voici à quoi s’est montée la consommation des mérinos: j’avois vingt-six bêles adultes, et les douze agneaux qui sont survenus successivement dans le courant de l’hiver , et qui, à raison de deux pour une bête adulte , forment le nombre de six qu’il faut ajouter à celui de vingt-six. Ce qui donne trente-deux bêtes à nourrir. Ces trente-deux bêtes m’ont mangé pendant environ cinq mois d’hiver , de dix à onze milliers de foin et regain , sans compter les fascines et la paille que je leur faisois donner entre les affourées du soir et du matin. Cette quantité , répartie entre les trente-deux individus fait un objet de consommation de 026 hv. pour chacun , ou de 2 j livres par tête, chaque jour. Cette ration n’est pas forte, surtout si l’ou consulte les calculs de consommation présentés dans de très-bons ouvrages , et qui fixent cette consommation journalière à 3 ou 4 liv. par tête. 3 ’avoue que celle ration n’est point assez abondante , et qu’elle n’a été telle qu’à cause de l’extrême rareté des fourrages, contre laquelle je n’avois pas pu me précautionner, quoique du reste, comme je l’ai dit, j’v aie fait suppléer par de la paille et par beaucoup de son. Ca DÉTAILS SUR DES L’on voudra connoître en detail l’etat de la dépense annuelle de mon petit troupeau , et celui de son revenu: je vais le donner. Frais de l’aimée. Fr. c. loo quint, de foin envir., le quint, à S fr. 60 c. 36 o » 3 o quint, de paille, le quintal à 2 fr. i 5 c. . 64 5 o 15 quintal d’avoine, le quintal à 8 fr. ... 12 n 2 quint, de son, le quintal à 5 fr.10 à laquelle nous l’avons comparée. . . . Quant » au nerf nous trouvons que celles d’Espagne » en ont davantage ; et c’est un grand objet » pour la fabrication des draps. La laine së beaux troupeaux mérinos qui existent. Il est un des coopérateurs de la Bibl. Brit. et rédacteur de la partie Agriculture du même journal, dans laquelle il donne des extraits des meilleurs ouvrages qui ont paru ou qui paroissent en Angleterre sur toutes les branches de l’économie rurale, et qu’il enrichit toujours de ses propres observations. On y trouve aussi des renseignent e ns précieux sur l’introduction de la race des mérinos en Suède, en Saxe et en Angleterre, et la manière dont elle s’est naturalisée dans ces différens pays. J’ai compulsé tout ce qui a été publié sur celte matière dans toutes les langues de l’Europe, et j’ose dire qu’aucun auteur n’a encore offert des instructions aussi précise», aussi claires et aussi sûres sur l’éducation des mérinos et des métis que M. Pictet. On trouve séparément ses Observations des deux premières années de l’établissement de son troupeau chez M. Lemarié, libraire, à Liège. Je crois devoir engager les amateurs des bêtes à laine à se procurer Cette excellente brochure. Ils liront aussi avec intérêt les Observations de M. Lullin ; les Instructions de Gilbert sur le même sujet, et le Guide du berger de d’Aubcnton , qui se vendent chez le même libraire. (A) i56 MEKXKOS )) ramassant mieux , ils en sont plus fins, plus )) corses et plus le'gers. — J’avois déjà eu ucca- » sion le printems dernier , de faire cette re- » marque avec M. Decrelot et son jeune neveu » (qui dirige aujourd’Imi sa manufacture de » Louviers) en examinant deux pièces de drap « Ideu qu’il avoit fait faire avec le plus grand )> soin avec de la laine, de Rambouillet, et dont » je pris même un habit. Nos fabricans ici en )) le voyant en portèrent le même jugement. Je » crois trouver la cause de cette différence dans » la nature des pâturages. Il est hors de doute » que dans les pays chauds la partie nutritive )> des végétaux l’emporte sur la partie aqueuse, » tandis que celle-ci est plus abondante que )) l’autre dans les contrées moins méridionales; » et celle disproportion s’accroîtà mesure qu’on y> avance vei’s le nord. J’en ai toujours remar- )) que l’effet progressif sur les laines de race » Espagnole en Saxe , en Danemarc et en » Suède. Sans doute l’on peut diminuer cet » inconvénient par des soins et le meilleur » choix de la nourriture ; mais j’ai de la peine » à imaginer qu’il soit possible de jamais l’ef— » facer entièrement. Vos laines même con- » firment cette opinion : nous leur trouvons » plus de nerf qu’à celles de Suède, de Dane- DE HODBEATTMONT. i57 » marc, de la Saxe (1), et même de Ram- )) bouillet ; et certainement cette différence ( 1 ) Des fabricans qui emploient de la laine merino- saxonne et meriuo-morave m’ont souvent témoigné leur étonnement de ce que se filant très-bien, mieux même que celles d’Espagne, ces laines ne reçoivent pas aussi bien les autres procédés de la fabrication ? — Je crois que c’est précisément parce qu’elles se filent mieux que celles d’Espagne qu’elles ne font pas d’aussi bons draps.— On comprendra cela en se rappelant que M. le sénateur Monge, a fait voir dans un Mémoire qui se trouve dans le VI. 0 volume des Annales de Chimie, p. 3oo, que tous les poils et laines des animaux sont composés ou de lamelles qui se recouvrent les unes les autres, comme des écailles de poissons, ou de zones superposées, comme on l’observe dans les cornes. « Les aspérités » dont les brins de laine sont hérissés à leur surface, » dit M. Monge, et la disposition que ces brins ont a à prendre un mouvement progressif dirigé vers la ]> racine, sont un obstacle à la filature de la laine et » à la confection des étoffes. On est obligé pour filer 31 la laine et la tisser ensuite, d’enduire tous les brins r) d’une couche d’huile, qui, remplissant les cavités, » rend les aspérités moins sensibles ; de même qu’on 3) met une couche d’huile sur une lime douce, quand 3> on veut la rendre plus douce encore. » Or, on conçoit que plus la laine a de nerf, plus ces lamelles ou aspérités ont d’énergie ou de ressort et moins elle est docile à la filature; mais elle est d’autant plus propire aux autres opérations de la fabrique, à bien draper en un mot ; tandis qu’au contraire le défaut de nerf ren- i58 MERINOS » tient ou à vos soins mieux entendus , ou à » Ja nature de vos pâturages qui se rapprochent )) plus de ceux de l’Espagne. — J’ajouterai » pour dernière preuve de l’influence sur la » fo rce des laines ,âJes pâturages plus ou moins » aqueux , que dans les anne'es pluvieuses en » Espagne, les laines en paroissent plus fines; » mais elles ont moins de nerf. Ce fait est » reconnu en Espagne, comme dans les fa- J> briques. » J’aurois dû ajouter à ce qui pre’cède une circonstance qui ne peut se retrouver qu’en Espagne et dont l’effet doit être remarquable sur la laine. C’est que les mérinos passant l’eiê sur les montagnes de la Castille et de Leon , et dant l’effet de ces aspérités presque nul, rapproche la laine de la nature du coton : elle se file par conséquent mieux; mais aussi elle se foule moins bien, etc. et au lieu de conserver l’apprêt, le drap se cotonne; il devient mol et spongieux. Au bout de cinq ou six mois de séjour dans le magasin , la pièce se gonfle et elle" acquiert le double de volume. — Le drap fabriqué avec la laine d’Espagne au contraire conserve toujours l’ap>- prèt et le même volume. — C’est là la véritable pierre de louche pour connoîlre la matière employée. Ceux qui ont observé aussi que les laines de Saxe ont besoin de moins d’huile que celles d’Espagrie, seront d’autant plus satisfaits de cette explication. (A) DE HODBEAUMONT. l3g l’hiver en Eslrnmadure et sur la lisière de l’Andalousie , ils jouissent constamment de l’air libre, d’une température égale , d’une nourriture succulente et fraîche , et sans jamais entrer dans des bergeries, ni être assujettis au régime de l’hiver des autres contrées. Quoi qu’il en soit, et en abandonnant à l’Espagne un avantage que son agriculture paie trop cher pour que d’autres pays puissent le lui envier, c’est une belle conquête que celle des mérinos pour tout état fondé, comme laFrance, sur un système d’agriculture et de manufacture. Et elle devient encore plus importante sous le rapport de l’amélioration des races communes de bêles à laine avec des beliers mérinos. C’est cette amélioration que j’ai eu principalement en vue de démontrer aux cultivateurs de ce Département, — mais quoique les résultats que j’ai déjà obtenus surpassent mes espérances et confirment tout ce qu’on a écrit sur ces croisemens ; comme je n’en suis encore qu’à la première génération et que je n’ai pas fait tondre mes agneaux métis (1), je renvoie à (1) On avoit cru, d’après quelques observations, qu’en différant la première tonte jusqu’à la deuxième année on prévenoit le tournis qui n’attaque ordinairement que les jeunes bêles, et j’ai suivi cette méthode. MERINOS i4o J’anitée prochaine les détails de cette spéculation agricole, qui est, sans contredit, la plus profitable que l’on puisse attendre de toutes les branches de l’économie rurale , dans des situations convenables aux bêtes à laine. — Je me bornerai à dire aujourd’hui que j’ai essayé Ces croisemens avec des brebis de tous les villages des environs de Hodbeaumont et une cinquantaine de brebis des Ardennes. Les agneaux qui en sont provenus tiennent telle- Mais il est malheureusement prouvé aujourd’hui qu’elle n’est point un préservatif contre cette maladie , et je viens d’en faire aussi la triste expérience sur une agnèle nierino de onze mois. Elle n’a été malade que pendant quinze jours, sans que les injections par le nez et le breuvage d’une décoction d’absynthe (qui ont réussi dans deux cas de tournis à M. Gingins-Chevilly et à M. Pictet) aient'opéré aucun soulagement. — A fou-” verlure de la tête il s’est trouvé dans le ventricule du cerveau du côté gauche une hjdalide contenant une quantité prodigieuse de petits vers hlancs. Le trépan auroil pu seul être tenté avec quelque espoir de succès dans cette occasion ; mais nous n’avons point d’artiste vétérinaire dans cet arrondissement, et c’est un malheur réel pour les propriétaires de bestiaux.— Nos cultivateurs n’apprendront peut-être pas, sans quelque intérêt, que j’ai envoyé, il y a déjà neuf mois, un jeune ) homme à l’école vétérinaire d’Alfort pour y étudier cet art utile. ,(A) DE IIODBE AUMONT. l4l' ment du père merino, qu’ils font l’admiration de tous les amateurs qui viennent les voir. Agés seulement de neuf et dix mois , quelques-uns sont déjà plus forts que leurs mères; leur toison est si tasse'e qu’elle promet au moins le double de poids de celles des brebis, et la laine en est si sensiblement affine'e que déjà M. Biolley offre de me la payer soixante centimes par livre au-dessus du prix de ceux du pays. , On a déjà souvent remarqué la longévité des mérinos et leur constitution robuste qui les rend moins sujets que toute autre race aux maladies qui attaquent les bêtes à laine; en même tems qu’elle leur donne la facilité de prospérer sous toutes les températures et sur les plus mauvais terrains. — Mais celte dernière qualité ne s’est peut-être jamais manifestée d’une manière plus sensible que dans mon troupeau à Hod- beaumont. Le pays est ce qu’on appelle pays de seigle et d’avoine. Ces céréales n’y viennent même qu’au moyen des engrais ou de l’éco- buage (en wallon, sartagey) et après la moisson les champs n’offrent qu’un chaume de deux ou trois pouces de hauteur, entremêlé de quelques méchantes herbes , telles que chardons, moutardes, bluets, coquelicots, soucis et. de la mousse, sans mélange de graminées d’aucune espèce, le chiendent excepté. — Les 142 ■MERINOS communes qui sont très-étendues , mais surchargées de troupeaux du pays, ne sont couvertes que d’une courte bruyère, que la rarete' de la paille engage les paysans voisins à couper, souvent même à arracher pour en faire de la litière. — Toutes les parties susceptibles de donner une che'tive re'colte au moyen de l’éco- buage ou sarclage , sont périodiquement soumises à ce proce'dé, d’autant plus barbare qu’il est mal exécuté, et qu’après une médiocre récolte de seigle et quelquefois une seconde plus misérable encore d’avoine, le sol reste dans une stérilité absolue pendant vingt ou vingt- cinq ans. —C’est cependant sur ces communes, que le voisinage des fngnes soumet encore aux plus bizarres variations de l’atmosphère, que mon troupeau vit pendant les trois quarts de l’année. Et, j’en atteste tous les voisins, les mérinos y font néanmoins leur ventrée plus complète (pie les bêtes communes du pays. Ils y vont, hiver et été, toutes les fois que le lems permet aux troupeaux des villages voisins de sortir, et leur santé cependant ne laisse rien à désirer. — Toutefois il est vrai de dire que lorsque par un effet de la grande chaleur ou de tout autre accident de l’atmosphère, ou de la rareté des pâturages , mon troupeau rentre dans la bergerie sans que la ventrée soit faite, DE IIODBEAUMONT. i45 on y suppléé par de la nourriture sèche. Mais ce même soin les bêtes communes l’exigent, et il n’est point de cultivateur intelligent et zélé pour ses intérêts qui le leur refuse. — J’en dis autant de la nourriture d’hiver. Celle de mon troupeau n’a consisté jusqu’ici qu’en foin et de la paille battue de grain et de vesce. II en a, sans doute, consommé plus que l’on n’en donne généralement aux bêtes du pays, mais on con- noît sur ce point l’économie mal entendue des paysans qui semblent ignorer que la prospérité des brebis, comme la quantité et la qualité relative de leur laine , sont en raison exacte de la nourriture qu’elles prennent. Je dois ajouter que durant le lems de la monte je fais donner matin et soir une provende d’une ou deux poignées d’avoine aux béliers, ainsi qu’aux mères, quinze jours ou un mois avant et après le part. Dès l’âge de trois mois les agneaux reçoivent aussi leur provende, savoir : deux poignées de son et une d’avoine par jour ; et on la leur continue un ou deux mois après le sevrage , qui a ordinairement lieu au cinquième mois. Mais c’est encore là un surcroît de dépense auquel se soumettent les cleveurs curieux des races com- munesj et celle des mérinos d’ailleurs paie V i44 MERINOS amplement, comme l’observe M. Pictet, tous les frais qu’on fait pour elle. On peut à cet egard consulter les ouvrages que j’ai déjà cite's , et dans lesquels on trouvera des comptes réels du produit de pareilles exploitations, soit sur les mérinos, soit sur les me'tis. — Je ne puis encore présenter qu’un compte fictif, parce que mon but e'tant d’augmenter mes troupeaux, je n’ai voulu en vendre aucun individu. J’ai seulement cède’, par complaisance, quatre jeunes beliers purs, de six à neuf mois, au prix moyen de 168 francs. — On m’a offert 24 et même 5 o francs pour des agneaux mâles me'tis ; mais j’ai refuse' de les vendre, de crainte que les acheteurs venant à les employer comme des mérinos , et leur influence ne pouvant être que très-peu sensible sur les croisemens , puisqu’ils ne sont que de la première génération , on n’en conclût contre l’amélioration que produisent les vrais mérinos. Je les ai donc fait tous moutonner. Je les mettrai à l’engrais à la troisième ou quatrième anne'e , et en attendant, leur laine paiera sûrement leur nourriture. Mais toutes ces jeunes bêtes destinées à grossir mon troupeau peuvent néanmoins en être considérées comme partie du revenu annuel ; * îPr DK HODBEAUMONT. l45 nue! ; et voyons dans cette Iivpntbèse quel ;m- roit etc le produit net de la première unne'e. Je commencerai par les frais de, l’e'lalilissenicnt qui forment le capital employé 5 Coût de la bergerie.Fr. 3 ooo Achats «le i3 brebis et 5 beliers mérinos (i) . 5q3o Achats de 66 brebis communes CgS Achats de 2 chiens de berger. 'ôo Total du capital de l’établissement . . 9676 ,, Frais annuels : I Gage et nourriture du berger et entretien des chiens.Fr. 370 290 quintaux de foin (2). 1000 l4o quintaux de paille. 570 10 quintaux d’avoine. 80 10 mesures de sou. 10 1 quintal de sel. 8 Tonte et faux frais.. 3o Total .... 2068 (1) On sent qu’il y a trop de cinq beliers, puisqu’un Seul, en le laissant tonte l’année avec le troupeau, comme c’est l’usage pour les bêtes communes, peut , aisément servir quatre-vingt à cent brebis pendant cinq ou six ans au moins. Mais mon projet étoit de porter beaucoup plus loin les croisemens dès la première année. Quelques circonstances m’en ont empêché. Jeréa- lise maintenant ce projet. (A) (2) On se rappellera que les fourrages manquèrent Toile 9 . K. x 4 6 MERINOS Rentrées de l’annee : Tonte de 66 brebis du pays, 122 liv. lavée à dos à 70 centimes.Fr. 2.32 Tonte de 18 mérinos, 128 en suint à 3 fr. . 384 100 chars de fumier à 6 fr. 600 Valeur de g agneaux mérinos à g6 fr. . . . 864 Valeur de 5 agnèles mérinos à i3o fr. 65o Valeur de 32 agnèles métisses de première génération avec leur toison à 24 fr. 7G8 Valeur de 25 agneaux métis idem à 12 fr. . . 3oo 3798 Frais annuels à déduire. 2068 Produit net . . . 1730 servant d’intérêt au capital de fr. 9670. — Soit près de 18 pour cent. On remarquera que je n’estime les agneaux mérinos que 96 fr., tandis que j’en ai vendu quatre à raison de 168 francs. — Les agnèles aussi valent plus de 1 5 o francs , puisqu’!» Rambouillet et à Croissy les antenoises se vendent de 3 oo à 4 oo francs , sans qu’il y en ait assez pour satisfaire tous les amateurs. — ai francs pour les agnèles métises, et la francs pour les agneaux est egalement une estimation au-des- cette année-là. Dans les années ordinaires les prix du foin et de la paille sont d’un quart ou d’un cinquièma au-dessous de ces taux. (A) JJE HODBEAUMONT. \k r ] sous de leur valeur : on a vu plus haut que j’ai refuse et 5o francs de ces derniers ; et les aguèles devant servir à la progression de Pâme- liorationi par les croisemcns, ont une plus grande valeur que les mâles. — Enfin , le fumier est aussi estime” trop bas et pour le prix et pour la quantité. Les cultivateurs en jugeront aise'- raent en conside'rant la qualité' du fumier da mouton , la quantité' de fourrage et de [vaille consommée , et surtout en apprenant que je fais toujours mettre sous la litière une couche de six pouces de sable ou de terre légère , qui est renouvelée quatre ou cinq fois par an ; ce qui augmente et bonifie considérablement la masse du fumier. On remarquera encore qu’il y a eu au moins deux beliers de trop dans mon troupeau , qui eu ont beaucoup augmente' le capital, sans donner (faute de brebis suffisantes) leur véritable rente , qui est celle des agneaux. Ajoutons, pour ce qui regarde les croise- mens, que l’expérience a prouvé dans tous les pays, que par cette voie on parvient à améliorer toutes les races, de manière qu’à la quatrième ou cinquième génération la laine égale en finesse celle des mérinos : on y arrive souvent même dès la troisième génération j cela dépend du degré de finesse de la race commune sur laquelle on travaille. MERINOS l48 Ces données doivent suffire pour que chacun puisse, selon sa position , calculer ce qu’il doit attendre de ce genre d’exploitation , qui, je le re'pète avec confiance, oH’re plus d’avantage que tout autre aux cultivateurs inlelligens, de ce departement surtout , dont les nombreuses fabriques de draps leur assurent un débouché prompt et facile de leurs laines. Qu’il me soit permis de dire , en finissant, que frappés de celte vérité , sous le double rapport du bien public et de l’intérêt particulier , quelques cultivateurs zélés et habiles se sont empressés de suivre l’exemple que j’ai, le premier , donné au département. Je nommerai , par rang de dates , ceux qui sont à ma connoissance. M. Surlet-Cliokier, à Ilingelons, département de la Meuse inférieure, a commencé en même tems que moi les croiseméns. Il a aussi maintenant quelques brebis pures , cl il se propose de continuer cette exploitation sur une plus grande échelle. C’est un amateur éclairé. \ I DE IIODBEAüMONT. i4g M. d’Arscot, à Yoordt, près St. 7'rond, M. Fr. Simonis, à Sèroule, près Yerviers, M. Lonliicnne, à la ferme du Temple , près Yisè ( 1 ), _ s'occupent aussi des croisemens. M. de Berlaimont, à Bormain- ville, Samlire et Meuse , J (i) Je viens d’apprendre que M. Lonliienne r\^a point obtenu de ses deux béliers les succès que mériloit son zèle. Ce ne fut d’abord qif’avec beaucoup de peine que son fermier consentit à les admettre dans son troupeau. — Infatué de la conformation des bêtes du pays, qui n’est pas la même que celle des mérinos, il prétendoit que ceux-ci gàleroient son troupeau, et que d’ailleurs le pays ne pouvoit pas leur convenir. Avec de. pareils préjugés il éloit difficile d’attendre de lui qu’il prît le moindre soin de ces beliers ni des croisemens auxquels les avoit destinés M. L. —En effet, il ne leur laissa prendre que douze brebis la première année, et on peut croire que c’éloit le rebut de son troupeau. Les agneaux en ont été négligés, les beliers de même, et l’année dernière il les a écartés du troupeau. Il prétend qu’ils se nourrissent mal, et il a eberebé à les décrier dans l’esprit de tout ses voisins.— Je tiens ces faits d’un honnête fermier des environs de Visé, à qui pour toute réponse, j’ai demandé d’aller voir le troupeau de Hodbeaumont. 11 m’a promis qu’il iroitj et sûrement cette visite détruira , dans son esprit au moins, l’impression de l’ignorance et des préjugés du fermier de M. L. * t MKRTNOS- lOO M. de ïlierset, à Tignesse , en Condroz, a fait l’annee dernière l’acquisition de onze brebis et deux beliers mérinos de Croissy. MM. Roly , jurisconsulte à Liège, et Scbiervel, à Àllembrouck, in’ont acheté chacun un jeune bélier. M. de Rosée , d’Aulbe'e , près Dînant, membre du Corps législatif, m’a aussi acheté deux beliers pour les employer de môme aux croisemens. D’aittres cultivateurs ne tarderont pas, sans doute , à s’approprier les avantages que leur offre cette race précieuse de bêles à laine, car l’industrie des hahitans de ce de'partement est telle qu’il suffit de leur montrer l’utilité d’une chose pour la leur faire adopter. Or , ici cette Utilité doit être d’autant plus évidente à leurs Yeux , qu’outre la preuve que leur en offre l’établissement de Hodbeaumont, ils savent que S. M. l’Impératrice ayant voulu donner au département de l’Ourte une marque de sa bienveillance, n’a pas cru pouvoir mieux faire que de lui envoyer dix beliers mérinos (1). (1) Ces beliers sont venus directement de l’Espagne, «m ils ont été choisis pour S. M. I. Ainsi l’espèce en est bien pure , et ils en ont aussi tous les caractères. Mais elle est plus petite que celle de Rambouillet et DE HOD'BEAUMO'NT. l5l On doit aussi attendre des propriétaires auxquels ces dix beliers ont e’te’ distribues, que, secondant l’intention bienfaisante de S. M. I. , ils mettront tous leurs soins à bien diriger l’amelioration des races du pays parles croisemens. J’aurai l’honneur, Monsieur , de vous com- de Croissy, au moins dans les deux individus que j’ai vus, et on m’a dit que ces dix beliers sont tous de la même taille, à très-peu de chose près. Nous avons mesuré celui de M. Simonis ; il a vingt-cinq pouces cinq lignes de hauteur sur le garot avec la laine; trois pieds cinq pouces et demi de circonférence dans sa plus grande épaisseur, et trois pieds deux pouces de lohg depuis le front (il n’a point de cornes) à l’origine de la queue : il a pesé soixante-seize livres. Le tout, mesure et poids de France.— L’un des deux beliers de Croissy, du même âge, que M. Simonis possède aussi à Séroule, a vingt-sept pouces huit lignes de hauteur, trois pieds dix pouces de circonférence, trois pieds trois pouces et demi de long, et il a pesé cent treize livres. On a vu plus haut que deux beliers de Hodbeaumont pesoient cent vingt - neuf et demi et cent vingt-deux livres. Ces deux espèces, parla différence de leurs proportions ne s’adapteront que mieux aux races communes de différentes tailles. Nous avons aussi comparé la laine; et celle des béliers de Croissy est plus fine. Mais il faut aussi dire que les beliers de M. Simonis , comme ceux de Hodheau- uront, sont des bête6 d’élite. (A.) ..r'. Mm INOS muniquer dans quoique lems les résultats de quelques expériences dont je m’occupe depuis deux ans, pour former des prairies artificielles et des pâturages sur les terrains médiocres , comme celui de Hodbeaumonl. \ Recevez , M. le Prefet , l’assurance de ma parfaite considération et de mon attachement. Ph. un Lom. Pommes t>e terre pour les Moutons. ( Annales â’Arthur Young. ) i Beaulieu, llampshirc, le 2 / janvier i8o5. J’ai suivi l’economie rurale depuis plusieurs années avec des vues d’amelioration generale , sans négliger le profit. Il y a long-tems que je crois donnant comme remède spécifique contre :» le claveau l’inoculation de la vaccine. i.°On 3 > commence à l’inoculer aux agneaux nouveaux )> nés. 2 .° Aux animaux sains que le claveau a » épargnés jusqu’à présent, et dans ce cas, ou » les sépare des infectés. 3.° Les animaux sains 3> qui n’ont point encore eu le claveau, et qu’on i> soumet à l’inoculation , doivent être établis 3) dans une bergerie très-aérée, sèche et ou— » verte de tous les côtés, qui ne sente pas sur- )) tout l’odeur du mouton. » (î) M. Chaumontel est propriétaire d’un troupeau de cinquante mérinos. LETTRE DE l6-6 » Ainsi établis, on les sortira tous les jours, » autant que le tems le permettra , en les con- » duisanl sur des pâtures sèches et saines. A )) leur entrée à la bergerie, ils doivent v trouver » des fourrages substantiels, comme foin, sain- » foin, trèfle, regain de luzerne, pois, vesces, » lentillon , etc. Environ deux livres de l’un » ou de l’autre de ces fourrages pour chaque » mouton ; plus, une poignée d’avoine et une « » poignée de son de froment mêlés ensemble, )) à chaque animal par jour , avçc l’addition » d’une poignée de sel de cuisine par dix bêtes. )) Celte dose une fois tous les deux jours, pour n le donner le malin avant de les mener aux. » champs , et autant le soir en les couchant. )) Si ce sont des brebis qui ont fait un agneau , )> il faut les nourrir plus fort , étant obligées )) de manger pour deux. » w Quant à l’inoculation de la vaccine, il n’y )> a rien de plus simple et de plus facile. Nous )> avons prouvé ici par des expériences re'pé- » lées avec le même succès, que le virus vaccin )) des ènfuns prend très-bien sur l’espèce mou- )> tonne, et vice versa. Sur les enfans nous » avons observé seulement, que la texture de » la peau des moutons étant différente que dans » l’espèce humaine, le bouton résultant de l’ino- )) culation a un caractère moins régulier et qui M. CJîANCEY. l65 )) ne ressemble point au bouton de vaccin des )) erfans. Mais la ressemblance des boutons nous » importe peu , il suffît de savoir que le vaccin )) préserve les moutons du claveau : voilà l’es- « sentie!. » i) Le vaccin, pour être bon, doit être pris )) de sujet à sujet. » » L’operation de l’inoculation consiste à )) prendre la peau des agneaux ou moutons avec )) le pouce et l’index de la main gauebe, de » manière à formerun petit pli, de prendre un )) bistouri ou canif bien tranchant, de la main » droite , de faire à l’e'piderme une petite s c- )) tion en forme de langue de serpent, de lever » cette petite langue faite à l’épiderme , afin )> de pouvoir déposer sur la peau vive le virus 5) qu’on aura recueilli avec la lancette sur un )) sujet présent. La lancette déchargée, l’on )> rabat la petite langue d’épiderme et on tient )) le sujet inoculé quelque lems pour que le )) virus ait le lems d’être absorbé. Dans l’es- )) pèce humaine, l’on fait l’inoculation par in- )) serlion , mais dans l’espèce animale , il faut » employer des moyens plus puissans. » » On inocule les agneaux et moulons à la )) fois , aux ars, aux plats des cuisses et partout )> où la peau est dépourvue de hune; quatre )) ou six sections à chaque animal suffisent pour l66 LETTRE DE M. CHANCF.Y. )) que le venin prenne, s’il est vrai et de bonne » qualité. Croyez que le claveau est la petite » vérole des moutons, et qu’on peut les en pré- )) server par la vaccine et les bons soins. » Je termine en faisant des vœux pour que les fautes que nous avons commises puissent être utiles à ceux qui s’occupent de cette riche branche d’agriculture. Je les invite, s’ils voient le claveau se déclarer dans leurs troupeaux, à ne pas s’effrayer. Si leurs troupeaux sont bien soignés, il ne peut commencer à paroître que sur un, ou deux individus. Alors séparer et toujours séparer, désinfecter continuellement, etc. etc. (1) J’ai l’honneur d’être, etc. C h A N c E Y. (1) Les espérances qu’on avoit conçues, de pouvoir préserver les troupeaux, du claveau, par l’inoculation de la vaccine, ne se sont pas confirmées. L’inoculation du claveau même, au moment oit le troupeau en est prochainement menacé , est la mesure la plus sage : on obtient ainsi un clavean très-benin dont les chances de mortalité ne passent pas 5 pour 100, tandis que le claveau naturel emporte quelquefois plus de la moitié d’un troupeau. (Janvier 1810.) Tonte de Woburn, tour i8o4. Adjudication des prix proposés l’année dernière. Crasse première. Nous soussignés, nommes juges pour l’adjudication des prix destinés à celui ou ceux qui présenteroient les plus beaux moutons gras de deux tontes, observons, que tous les moutons qui ont été présentés au concours font honneur à ceux qui les ont engraissés, et servent à démontrer les bons effets de ces rassemblemens annuels. Nous pensons que M. Moore mérite beaucoup d’éloges pour la toison qu’il a présentée , soit quant à là qualité, soit pour la quantité de la laine. Nous adjugeons un des prix pour le plus beau mouton gras du Bed- ford-shire à M. Bilhray, et l’autre prix à M. Earl. Signé Somervibre, Mirde, Astrev, Juges. Mouton de M. Moore. Poids de la toison. ... 8 liy. 8 onc. Tête et fressure. io i4 Peau.. . j3 8 \ TONTE DE WOBÜBN 368 Sang. 7 liv. » Viande nette. is5 » Graisse. 12 i4 Entrailles. 10 io Mouton de M. Ejtil. Toison .... Peau ..... Tête et fressure S '"‘S. Viande nette . Graisse .... Entrailles . . . 7 » i5 » 11 12 8 8 i5o i4 17 6 i3 8 Mouton de M. Benton. Toison. 6 3 2 Peau .. . . i5 32 Tête et fressure . . . 30 Sang. • • 7 2 "Viande nette .... . . i 55 J) Suif... . . 18 i3 Entrailles. 4 Mouton de M. Bithtlay. Toison. 5 11 Peau. 8 Tête et fressure . . . . . 22 )) Sang. 7 8 onc. « ♦ TOUR l8o4. 169 Viande nette Suif. Entrailles . . lig liv. » 011c. 1 6 12 i4 » Vendredi 20 juin t8o4. ' Prix pour la meilleure charrue. Une coupe de dix guiue’es à celui rjui pre’- sentera une charrue gui, avec la moindre lorce, fera le sillon le plus profond et le plus net. Candidats : 1. M. Lester,.avec la cliarrue double. 2. M. Ducket avec la cliarrue nonunee the skim-coultered. 5 . M. Moore , avec la charrue de Norfolk. 4 . Le Duc de Bedford, avec la swing-plough de Norliiurnberland. 5 . M. Cowley , avec la charrue double. 6. Lord Somervillc, avec la swing-plough du duc de Bedford perfeciionne’e. 7. M. Poli, avec la charrue de Norfolk. 8 . M. Whiib read, avec la charrue de Norfolk perfectionnée. Épreuve comparative. N.° 1. La charrue de M. Lester ne put pas cheminer. 170 TONTE DE WOBURN N.° 2 . La charrue de M. Duckct, à deux chevaux de file. Profondeur du sillon. 5 pouc. Largeur. 10 Force du irait. 55o liv. Cette charrue a,fait le meilleur ouvrage. N.° 5. La charrue de M. Moore , à deux chevaux de front. Profondeur du sillon. 4 pouc. Largeur.. 9 à 12 Force du trait.. 275 liv. Mauvais ouvrage. N.° 4. Charrue du Duc de Bedford, deux chevaux de front. Profondeur du sillon. 4 pouc. Largeur. 10 Force du trait. 3oo liv. Bon ouvrage. N.° 5. Charrue double de M. Covvley. Trois, chevaux de file et deux hommes. Profondeur du sillon. 4 pouc. Largeur . .. 9 Force du trait. 5oo liv. Le plus mauvais ouvrage. Les sillons etoient alternativement hauts et bas. 3S.° 6 . Charrue de Lord Somerville. Deux chevaux de front. pour i Soi. 171 Profondeur du sillon. 4 ^pouc. Largeur. il' Force du trait.. 35 o liv. L’ouvrage moins bon que celui du N.° 8 . N.° 7. Charrue de M. Pott. Deux chevaux de front. Profondeur du sillon. 4 5 pouc. Largeur .. 12 Force du trait. 276 liv. L’ouvrage moins bon que celui du N.° 8. N.°s. a arrue de M. Whilbread. Deux chevaux de front. Profondeur du sillon. 4 \ pouc t Largeur .'. 12 Force de trait. 5 oo liv. JBon ouvrage. Un segment de trois pieds de long, pris dans le vide du sillon de chaque charrue, contient la quantité' suivante de pouces cubes. Le N.° 2. 1800 p. cub. 5 . 1 5 12 4 . i 4 '±o 5 . .. i 2 9 ® 6 .. . 1782 7 . îgii 8 ..'.... 2052 Si l’on veut proportionner la quantité' de I72 TONTE DE WOBUIIN I'Ol'R l8o4. pouces cubes à la force exercée , on aura le résultat suivant, par chaque millier de pouces cubes. N.° 2 . Profondeur 5pouc. force ig4 liv. 7 onc. 3. 4 j 8 i 12 4. 4 243 - » 5. 4 11 5 9 6 . 4 s 196 6 7- 4 * Lu 6 8 . ‘t i46 3 Dans ce calcul , il faut avoir égard à deux circonstances immédiates , et à une autre qui est éloignée. i.° La profondeur est un point essentiel dans cet examen de la force employée ; car un demi pouce de profondeur de plus (surtout si c’est dans la couche de terrain que la charrue n’entame pas d’ordinaire) demande ■dus "de force pour être remue qu’un pouce à la surface. 2 .° Dans le cas du N." 2 , il y avoit un skim-coulter en action : ce qui ajoute à la difficulté du trait. La troisième circonstance à considérer , c’est la perfection de l’ouvrage. Ainsi calcule'e sur les mille pouces cubes de terre remuée , la moindre force employée est celle du N.“ 5 ; niais l’ouvrage étoil si mauvais, que celte circonstance ne mérite pas d’attention. Il est hors de doute que îe prix a clé mérité par M. Ducket. Exhibition de Bétail chez lord Somerville, le 5 mars i8o5. JLjks assistans firent l’inspection d’un mouton merino tue', que Lord Somerville présenta. Ce mouton , qui avoit vingt-deux mois, avoit été’ admire' en vie, la veille, soit relativement à la finesse de sa toison , soit pour la beauté de ses formes. La viande e'toit belle et grasse. Il pesoit 65 livres de viande nette et le suif 8 5 livres. On a présenté deux moutons lue's à l’âge de trois ans, race de South-dovvn, élevés par Sir Thomas Carr. Ils ont paru très-beaux. L’un pesoit 92 livres en viande et i 5 r; livres en suif; l’autre 76 livres et 10 5 de suif. M. Eilman présenta deux moutons de South- dovvn tués à trois arts. Ilspesoient, l’un n 51 iv.' en viande et ] 4 -j en suif; l’autre 117 liv. en viande avec 19 liv. de suif. M. Bill présenta deux moutons de South- down tués à trois ans. Le premier pesa io 5 liv. , viande nette, et i 4 -j liv. de suif; le second 106 liv. et 21 liv. de suif. Le Duc de Bedford présenta deux moutons de la même race, et du même âge. L’un pesa ! ) 174 EXHIBITION DE EÉTAID ia 4 livres , viande nette, et 16 livres en suif; l’autre 121 livres viande nette et 17 livres en suif. On pre'senla deux moutons métis Ryeland et Espagnol, tués à trois ans, après avoir etc nourris chez le Comte de Mansfield. L’un pe- soit 68 livres viande nette, et avoit 11 | livres de suif; l’autre 77 livres, et avoit i 3 livres de suif. Toutes ces viandes présentées étoient belles, et suffisamment grasses. A une heure , il fut présenté un belier me- rino de six ans , destine' à être loue au plus offrant, pour deux saisons successives. Ce bélier fut loue à M. Lawrence pour m guinêes. Un autre belier Espagnol fut loue pour deux ans à M. Grey , au prix de 100 guinêes. Un agneau mâle Espagnol fut vendu à M. Buckingham à 52 guinêes. Un autre agneau mâle fut vendu à M. Wild- man pouf 28 guinêes. Un autre agneau merino fut vendu à M. Blake, 3 i guinêes. Un belier métis , moitié Espagnol, moitié’ South-down , fut vendu au Comte de Bridge- water au prix de 55 guinêes. Un taureau de Devon- sbire fut vendu à M. Tyler pour 26 guine'es. CHEZ L. SOMERVILLE. 176 Un bison fui vendu à M. Sait, 26 guinées. Lord Somerville dit qu’on avoit offert trois shellings, six deniers de la livre, pour la laine en suint du mouton merino qui avoit été tue’ le matin. / Après le dîner, Lord Somerville fit apporter neuf coupes d’argent ; et après les avoir placées sur la table, il porta les santés suivantes: Le Roi : avec l’expression de notre recon- noissance , pour la protection qu’il accorde à l’agriculture. Les illustres étrangers, le Prince Bariatinsky, et ces Messieurs qui sont présens. A la charrue attelée de beaux bœufs , partout où le terrain le comporte. A M. Coke de Norfolk. A la toison recouvrant une grande masse de bonne viande, et une suffisante quantité de, graisse. A la Société Agricole d’Irlande, au Marquis Sligo, à M. Foster, et aux autres membres présens. Lord Somerville se leva ensuite , et fit un discours dans lequel il rappela les objets sur lesquels devoit principalement se porterd’at- tenlion des Juges, dans l’adjudication des prix. Sa Seigneurie témoigna une parfaite confiance au jugement et à l’impartialité des Juges dont il tcnoit en main les rapports cachetés. 176 EXHIBITION DE BÉTAIti Lorsqu’il eut fini de parler, il ouvrit les rapports, et lut ce qui suit : Premier prix, une coupe de trente guinées à M. Hudson, pour deux bœufs de Devon sbire. En présentant cette coupe, Lord Somcrville fit un compliment flatteur à M. Hudson. Second prix, deux coupes, chacune de vingt guinées à M. Weber, père et fils, pour deux bœufs de Devon-shire, qu’ils ont travailles et engraisses. Les Juges, dans leur rapport, firent l’èloge des bœufs que M. Westcar avoil présentes, et adjugèrent à M. Ellman la coupe de 5o guine’es pour les cinq antenoises de Soulh-down. M. Ellman , en acceptant le prix, déclara qu’il ne coucourroit plus à l’avenir pour celte classe de prix, parce (pie depuis quelques années il avoit vendu beaucoup de bêtes de cette race élevées par lui, et que les acheteurs pouvoient le lui disputer, et même l’emporter sur lui, quant à la beauté des animaux. Lord Somcrville porta alors la santé à M. Arthur Young , en ajoutant : «Puissions-nous profiler de sou admirable Traité des engrais ! » On but ensuite à l’agriculture et au commerce : « puissent-ils (ajouta Lord S.) être inséparables dans leurs intérêts ! » Le Président reprit ensuite la lecture du rapport i CHEZ T. SOMERVILLE. 177 port des Juges, lesquels assignoient le prix des moutons gras au Duc de Bedford, ainsi que le prix pour le plus beau cochon gras. Lorsque le President présenta la coupe au Duc de Bedford , celui-ci se leva. Il fit observer rjucM. lsted avoit élevé le cochon qui lui valoit le prix , et le lui avoit envoyé’ à lui, Duc de Bedford , comme un animal distingue ; que le mérité de l’éleveur devant toujours l’emporter sur le mérité de Pengraisseur , son intention etoit (si le noble Président l’approuvoit) d’offrir cette coupe à M. Isted. Celle résolution fut hautement approuvée de Lord Somerville et de l’assemblée. Le Président porta la santé des engraisseurs dans les cantons monlueux, et en particulier de M. Robson. 11 expliqua combien il y avoit de mérite dans la méthode et les soins de M. Robson pour l’engrais des moulons dont les Juges avoient vu la viande à l’exposition , et cela dans un canton si élevé et si froid que peu de particuliers avoient osé, jusques là , y hiverner des moutons. C’éloient aussi les premières bêles grasses qui avoient été présentées de ces provinces septentrionales, à la tonte de Lord Somerville : en conséquence, il déclara l’intention de présenter à M. Robson une des coupes d’argent, et Lord Minto fut prié de la lui porter. Tome g. M Ij8 EXHIBITION HE BETA IL Le Duc de Bedford se leva, et fit un dis~ cours dans lequel il donna beaucoup d’éloges à Lord Somerville relativement à l’esprit d’uti- lile' Pt de libéralité qu’il déployoit dans ces résiliions, et ces distributions de prix, depuis quatre ans. Il remarqua que l’intérêt de ces fêtes de la tonte, al 1 oit croissant d’anne'e en année , et que leurs avantages devenoient de plus en plus marques par l’ame'lioration des races de bestiaux. Le Duc conclut en portant la saute’ de Lord Somerville. On la but par trois fois trois, avec de grands applaudissemens. Le President se leva , et lut le rapport des Juges sur les prix proposes l’annëe dernière aux bergers. Il en résulta que Charles Pain , berger chez M. John Ellman, avoit soigne 58 q brebis de South-down , lesquelles avoient fait 701 agneaux, dont tq seulement avoient péri. John Holland, berger du Duc de Bedford, avoit soigné 4 oo brebis de Soulh-down , lesquelles avoient produit 472 agneaux , sur le nombre desquels onze seulement étoient morts. Charles Pain avoit droit au premier prix , et John Holland au second prix. Lord Somerville , en délivrant ces deux prix, fit à ces bergers urr compliment d’encouragement. Le Président lut encore la décision des Juges sur le mérite de cinq moutons de Soulh-down CHEZ H. SOMERVILLE. 3 79 de Sir Thomas Carr , comparativement à cinq moutons, même race , de M. Ilill. Les Juges pensoient que pour la taille, la symétrie et l’ensemble des formes, le lot de M. Ilill avoit l’avantage. Le Président expliqua que , posté- rieurement à la gageure faite entre les parties, l’un et l’autre e'toient lombe's d’accord de s’en rapporter au Pre'sident pour déterminer la somme du pari , et que lui, Lord Somerville , jugeant que 10 liv. sterl. faisoient, pour l’objet dout il s’agissoit, le même effet que 5 o, avoit * réduit le pari à la première somme , laquelle sc trouvoit acquise à M. Ilill. Le Président, après avoir fait remarquer que le voyage devoit avoir éprouvé les moutons de M. Ilill, et que cependant ils étoient de la plus grande beauté , trouva convenable de lui donner la coupe dont il pouvoit encore disposer. Le Président porta ensuite la santé de M. Tollet, dont les moutons avoierit été justement admirés. Puis la santé de Sir Joseph Banks, avec des remerciemens sur son excellent Traité relatif à la rouille des blés. Sir Joseph Banks se leva; et après avoir remercié la compagnie, il dit qu’il avoit fait imprimer et distribuer gratis cinq cents exemplaires de l’ouvrage et des planches qui avoieut fait l’objet de son travail. Il fut remercié et reçut les acclamations de l’assemblée. » EXHIBITION DE BliTAID l 8 o Le President se leva pour porter la santé’ des Juges qui avoient adjuge les prix. Il expliqua ensuite les cliangemens à faire dans les conditions des prix pour l’annc’e suivante , et particulièrement que les bœufs à engraisser après qu'ils ont travaille à la cbarrue , ne seroicnt que neuf mois à l’engrais. Il annonça un nouveau prix , savoir, une coupe de 10 guinées, pour celui qui auroit élevé le plus grand nombre d’agneaux purs mérinos , bien entendu que le nombre excéderoit cinquante. Il s’étendit sur le mérite de cette race précieuse , et sur les avantages nationaux qui dévoient résulter de sa naturalisation. Il établit, qu’à l’avenir, on ne feroit pas de différence, pour le concours, entre les animaux venant d’une distance plus grande que cent quatre-vingt milles, et ceux qui venoient d’une distance rnoindre.’II prévint aussi que , comme l’enclos de réception avoit été complètement rempli par les animaux amenés à l’exposition et au concours , aucun prétendant ne seroit admis à envoyer plus d’un animal pour chaque classe de prix. Le Président parla ensuite du grand avantage que M. Bilhngsley, et lui-même, avoient trouvé à employer les bœufs au travail de la cbarrue. M. Billingsley avoit labouré l’année dernière cinq cents trente acres de terre avec CHEZ Tj. SOHERYtEEE. 181 six bœufs ; et Lord Somerville avoit laboure mille acres avec douze bœufs, dans la même aimée. Ces bœufs éloient cuire quatre et cinq ans ; et deux de ces douze avoient été' présentés, dans leur étal de graisse, le jour même à l’Assemblée. Le Duc de Bedford .fit circuler dans l’Assemblée des avis imprimés pour annoncer la tonte de Wolmrn, au 17 juin. Le Comte de Bridgewaler proposa des concours de charmes à sa terre d’Ashridge pour le mois de juillet prochain. Des Brebis; de leur éducation, de leur amélioration, de leurs maladies, etc. Tire' du General Treatise of Caltl, etc. Traité des Bestiaux, par John Lavrence. Londres, i 8 o 5 . J /expérience a appris que les tprres sèches, l’air sec, des provendes sèches, et un pâturage dont les sucs rie soient pas trop abondans, sont ce qu’il y a de plus convenable à la santé des brebis. Les circonstances et le régime contraires amènent chez ces animaux un relâchement général qui se termine par la cachexie aqueuse, DLS BTtEB fS. 182 nommée pourriture. Les affections Catharales sont une des causes ordinaires de la pourri- tune (3). Ori a souvent dit que les moutons e’toient des animaux très-délicats, se fatiguant aisément, incapables de supporter les extrêmes du froid et de la chaleur, sujets à plusieurs maladies, dont la plupart sont contagieuses. Tout cela est vrai dans certaines limites ; mais on peut dire aussi que ces utiles animaux sont susceptibles de s’accommoder des climats les plus dif- férens , et des extrêmes opposés dans la température. Lorsque les moulons sont bien nourris , ils souffrent peu d’un froid sec, parce qu’ils sont chaudement vêtus, et qu’ils ont l’habitude de se presser les uns contre les autres, pour s’en garantir. Us souffrent davantage de la grande chaleur 5 mais on Jes préserve cependant de ses inconvéniens, au moyen d’un abri, précaution indispensable pour les troupeaux bien conduits. Presque toutes les maladies des (1) Les rhumes sont très-communs dans les troupeaux, surtout au printems. Il y a des momens où toutes les brebis toussent, et d’autres où elles jettent par les nazaux, et ces rhumes sont contagieux; mais ils n’ont aucun danger, et n’ont point de rapport avec l’affection du foie et l’appauvrissement du sang, qu’on désigne sous le nom de pourriture ou cachexie aqueuse. DES BREBTS. 183 brebis ont pour cause la ne'gligence des proprietaires ou des bergers , ou un mauvais choix de logement, de pâturage ou de régime. Une reforme bien entendue rendroitles maladies aussi rares qu’elles sont aujourd’hui communes dans les pays des moutons. Les anciens donnoient des abris à leurs troupeaux, surtout aux brebis dans le tems du part. Quoique les premiers auteurs Anglois , en économie agricole, aient,recommande' les mêmes soins, ce précepte n’a point été suivi : il n’y a que le Hereford-sbire où l’on soit dans l’usage de loger les brebis dans les bergeries : dans l’Angleterre, l’Ecosse, et l’Irlande , les brebis demeurent en plein air toute l’année. Sur le continent, où les hivers sont plus rigoureux , la pratique salutaire des bergeries a prévalu. On a perfectionné beaucoup l’économie des bêtes à laine ; et l’expérience a démontré que les frais extraordinaires, et le travail de surplus qu’exigent ces soins , sont magnifiquement payés par les résultats. Je trouve dans les Mémoires de la Société de Bath , les renscignemens nécessaires pour traiter le chapitre des laines. L’importance de la laine a beaucoup augmenté pour les fermiers depuis quelques années ; et il leur convient d’apprendre à bien connoîlre tout ce qui y a UES BREBTS. i84 rapport, afin de tirer parti des améliorations faites et à faire. Il suffira d’indiquer ici les deux grandes divisions des laines , quant à leur emploi dans les fabriques: savoir, la laine courte ou laine à carder, et la laine longue ou laine à peigner. La pre nière s’emploie au lainage fin , surtout à faire les draps larges, et la seconde s’emploie au lainage grossier (1). Les laines à carder des races Angloises , ne se trouvant pas assez fines pour faire de beaux draps larges, on est dans l’usage de les mélanger eu grande proportion de laines Espagnoles du commerce. Une fois qu’on a fixe son choix sur le genre de laines qu’on veut avoir, if importe de prendre des races qui portent des toisons d’un caractère bien tranché ; car celles qui ne sont ni longues ni courtes ue sont point avantageuses aux fa- bricans. La grande longueur pour les laines a peigner, et le tasse, la finesse, et l’èlasticile pour les laines à carder, sont les circonstances les plus sûres pour se diriger dans le choix des races. Soit que la laine soit longue ou courte , il (i) 11 faut y ajouter la bonnetterie qui est un objet considérable; et la chaîne des draps fins, à laquelle les Anglois emploient leurs belles laines à pciguer. DES BREBIS. l85 faut que le corps de l’animal soit abondamment et régulièrement couvert. C’est, pour une bête à laine , un grand défaut que d’avoir le ventre nttd, et un plus grand encore d’avoir une toison lâche, qui s’ouvre sur l’épine du dos: c’est par- là que l’humidité des pluies pénètre dans une partie sensible , et détrempe les flancs et les épaules. Je conseillerois toujours d’acheter les bcliers un peu avant l’époque de la tonte ; et de les voir chez le cultivateur, avant qu’on ait eu le tems de les préparer pour la vente, en coupant les parties jarreuses. Une toison épaisc, couvrant tout le corps aussi également qu’il est possible, et fort chargée de suint, doit avoir la préférence. Si l’on peut se procurer des brebis qui aient les mêmes avantages que le belier, la race y participera plus 'sûrement et plus promptement ; si l’on ne le peut pas , il faut plus de tems , mais l’influence du belier amène également l’amélioration désirée. Au moment de la tonte il faut examiner le fond des toisons, c’est-à-dire, la partie qui touche à la peau ; s’il s’v trouve du jarre , ou si les brebis ont ce qu’on appelle des culottes (1}, (i) Les culottes sont une portion de laine mêlée de jarre, ou seulement d’un brin plus grossier et plus i86 DES BREBIS. ou enfin, si elles ne sont pas bien fournies de laine partout, il faut les reformer: ce ne sont pas celles qui conviennent pour portières. La grande quantité' du suint est une bonne preuve de l’épaisseur ou du tasse de la toison. Celles qui sont fines, serrées, et abondantes, ont toujours la plus grande quantité' de suint (i). Celte matière onctueuse donne à la laine plus de souplesse et de force. La laine noire, ou brune, est, dit-on, plus sujette aux fausses teignes que la blanche , même après que le drap est lubrique (a). Mais long , qui prend depuis la queue et descend jusqu’au jarret, dans une largeur de quatre à cinq pouces sur les côtés. Ce défaut ( qui augmente beaucoup la proportion de la troisième sorte de laine dans les piles) est très-commun dans les troupeaux d’Espagne. 11 y a des beliers très-fins qui l’ont également : si on les emploie comme étalons, la culotte ne tarde pas à gagner tout le troupeau. ( 1 ) Pour la race Espagnole, généralement parlant, les toisons les plus fines sont les plus chargées de suint;.mais l’abondance du suint dépend encore plus de la santé de l’animal, de la qualité des pâturages, et du régime auquel on le soumet, que de la finesse de la laine. J’ai vu souvent des animaux complètement dépourvus de suint, en prendre ensuite beaucoup en changeant de régime. (q) Ün fabrique eu Suisse beaucoup de draps, en DES BREBIS. 18 - ? si l’on teint la laine de couleur, elle n’a plus cet inconvénient. La qualité dé laine qui caractérise une espèce, ne dépend que de celte espèce. Tous les climats comportent également des bêtes à laines grossières, des bêles à laines fines, des toisons à peigner, des toisons à carder, etc. Cependant la laine, sans être essentiellement affectée par les circonstances étrangères à l’espèce des animaux, éprouve certaines mo- / dificatious par l’effet des circonstances de climat cl de nourriture (2). Il est évident qu’il ne peut laine brune ou grisâtre qui porte son teint naturel. Il ne paroît point que ces draps soient plus sujets aux fausses leignes que les autres. On a essayé d’arriver, par les croisemens, à la finesse Espagnole avec les laines brunes. Ces laines ont été rebutées par tous les fabricans; parce qu’à la fabrication, ils les ont trouvées dépourvues de ce nerf, de cette élasticité , qui font la bonne qualité des tissus. Les draps bruns de Suisse sont assez doux au loucher, mais mois et spongieux. (1) Je ne prononce point sur le fait attesté par un très-graud nombre d’agriculteurs , savoir : que les moulons des races communes s’affinent ou s’abàt*-i!is- sent, quant à la laine, selon le pâturage, le régime, et le canton. Les observations de ce genre sont en général très-superficielles, ou ne portent que sur quelques faits isolés qui peuvent être eux-mêmes des exceptions. Mais quant à la race des mérinos, voici le résultat des observations suivies que j’ai faites pendant DES BREBIS. 3 88 pas exister un certain modèle invariable pour 1 1 qualité des laines d’une race quelconque. plusieurs années. La finesse <îu brin de laine dépend de la race et de l'individu : cette finesse demeure la même, quels que soient les changemens de pâturage et de régime. La toison est plus pesante quand l’animal a été bien nourri que lorsqu’il l’a été l’oiblement, et sur l’animal en pleine santé que sur celui qui est languissant. Ce plus grand poids de la toison dépend de l’allongement des brins de laine, et de l’abondance du suint. Le merino bien nourri, eu pleine santé, donne une laine plus souple et plus forte, laquelle fait moins de déchet et un meilleur effet à la -fabrication, que celle du merino mal nourri ou malade. Il paroît aussi que la nature du pâturage et l’exposition constante à l’air influent sur le nerf de la laine, indépendamment de la quantité. Les mérinos nourris sur les pâturages fins et substantiels des montagnes ont une laine plus nerveuse, et qui, pour la draperie, fait un meilleur effet; mais il faut que le pâturage ait été suffisant; car si les bêtes ont souffert de la faim , les laines sont sèches, le brin ne s’allonge pas, et est plus cassant. — Les toisons tassées ont le brin plus court, et les toisons ouvertes le brin plus long : il y a peu de règles générales qui souffrent moins d’exceptions que celle-là. Les individus de grosse taille ont (a-l-on dit souvent) le brin de laine moins (In que les bêtes de petite taille et de même race. Voici comment il faut expliquer cette assertion. Dans le troupeau de mérinos le plus égal, quant à la finesse des toisons, un habile connoisseur distinguera trois ou quatre degrés entre les individus DES BREBIS. l8<) Les hommes qui se connoissent en laines sentiront de quel usage la théorie ci-dessus doit être dans la pratique. Quant aux changemens accidentels qui peuvent survenir dans la qualité des laines, par les circonstances de climat et de régime, on peut, je pense, les estimer comme suit : L’excès «le la chaleur ou du froid peut diminuer la finesse et le poids des toisons (1). Une nourriture extraordinairement les plus fins et les moins fins. Pourquoi ces derniers ont-ils été conservés? à cause de leur beau corsage. Pourquoi les brebis d’un corsage mesquin se trouvent- elles conservées au même troupeau? parce qu’elles sont extra-fines. Une bête petite et de seconde finesse auroit été réformée : une bête de seconde finesse et de fort corsage est conservée. Mais ce n’est pas parce que l’une est restée petite que sa laine est fine, ce n’est pas parce que l’autre est de grande taille que sa laine est grossière : on trouve les deux extrêmes de finesse et de grossièreté que comporte l’espèce, indifféramment chez, les brebis de grosse, de moyenne, et de petite taille. La marche qu’on peut regarder comme uniquement efficace pour obtenir des toisons superfines, c’est d’employer des beliers superflus avec, des portières dont la qualité de laine soit aussi belle qu’il est possible. (i) Quant à la finesse, je pense que c’est une erreur, toujours en supposant qu’il s’agit de la race des mérinos. Quant au poids, il ne seroit diminué que dans le cas où l’excès de chaleur ou de lroid auroit altéré BES BREBIS. igo abondante peut augmenter la longueur des laines à peigner, et le poids des toisons de cette espèce ; mais dans les laines de cette sorte , la finesse du brin en souffre quelquefois. Quant aux laines courtes, l’élasticité peut diminuer par l’effet d’une nourriture forcée (1). "Voilà des effets que l’on a affirme's 5 et iis peuvent être re’els. Mais il est au moins aussi sûr que, dans un très-grand nombre de cas, la nourriture la plus abondante n’a eu aucune influence sur la qualité et le prix de la laine. Il y a un fait beaucoup plus certain, et qu’atteste l’expérience de l’Angleterre comme de tout le Continent, c’est qu’une nourriture insuffisante, et l’exposition constante des bêtes aux rigueurs du climat, diminue la quantité' de la laine, la rend grosse et jarreuse (2) et empêclie que l’animal n’en soit complètement couvert. Maiss’il n’y a pas de mélange de sang , et que la race demeure la même, la laine ne laissera pas de conserver son caractère primitif. Ce fut sur ce principe que le Dr. Anderson releva l’erreur dans laquelle on étoit tombé la santé de l’animal : il 11e s’agiroit ici que d’un effet indirect. (1) Je n’ai rien observé qui fustifie cette opinion. (2) Je ne crois point non plus à cet effet pour les laines de mérinos ou de métis du sang Espagnol. DÉS BltEBIS. ÎQI relativement aux modifications que l’on préten- doit qu’éprouvoient les moutons transporte's à la Jamaïque. On assuroit qu’ils devenoient jar- reux, et cliangeoient leur laine contre du poil, après quelques années de séjour dans cette île. Il ti’esl pas douteux que cet effet n’ait eu lieu par le mélange du sang de la race transportée, avec d’autres races jarreuses déjà établies dans le pays. Le Dr. Anderson pense que ces races jarreuses, si on les apporloit en Angleterre, perdroient également ce caractère de leur toison en s’alliant aux races à belles laines ; mais allé— reroient, en revanche, celles-ci par leur mélange. Je ne doute nullement qu’une race An- gloise transportée à la Jamaïque , et maintenue séparée de toute autre race de cette île , n’y conservât son caractère intact ; car l’analogie l’indique dans tous les pays où l’on élève des bêles à laine. Une colonie d’Européens transportée dans le cœur de l’Afrique, y habitergit pendant des siècles sans prendre des cheveux crépus, s’il n’y avoit pas de mélange de sang. Les erreurs qui ont si long-tems prévalu, et qui prévalent encore sur ce sujet, parmi nous, s’expliquent aisément. On suppose une influence occulte du climat, de la nourriture, de l’air, de l’pau, d’un certain canton. On dit souvent : « Tous avez beau introduire une race élran- DES EîtFBTS. 392 D gère, au bout de quelques anne'es elle de’gé- nère , et redevient semblable à la race du )> pays. » Mais avez-vous soigneusement évité' les alliances entre la race étrangère et la race indigène ? Si les importations de la race étrangère avoient e'té suffisantes, et la séparation toujours maintenue, la race nouvelle auroit complètement remplacé l’ancienne. On suppose gratuitement que la nature des pâturages peut produire un changement radical dans les caractères d’une race. On voit paître dans tout un canton des petits moulons , qui portent une toison grossière : on publie que les pâturages de ce canton rendent les toisons grossières', et rapetissent les races. Je crois qu’on ne réussiroil pas à rapetisser la grosse race de Teesvvater ou de Lincolu , à longue laine, en la plaçant sur des pâturages peu abon- daus. Je suppose que cette expérience pro- duiroit une race à laine rare, flout le ventre et les cuisses seroieut dépouillés , dont les jambes seroient plus longues, le corps charge’ d’os et de difficile engrais, mais le tems n’en feroit jamais une petite race à laine courte (t). (1) Aucune observation ne porte à croire que les brins île laine deviennent plus rares sur le corps d’un individu, ou d’une race , par l’insullisance de la nour- La l DES BREBIS. ig5 La même manière de raisonner a persuade' généralement que les riches et abondans pâturages changent une petite race à laine courte, en une grande race à laine longue (i). On a aussi prétendu, et un peu légèrement, que dans les terrains fertiles, les plus grosses races étoient les plus profitables. En conse'quence de cette dernière ide'e , on a introduit dans les exploitations de bêtes â laine, en terres riches, des béliers très-grands riture : seulement le brin s’allonge moins, et perd eu qualité. — Dans la supposition faite par l’auteur, je ne pense pas non plus que les jambes dussent s’allonger; mais comme le corsage diminueroit, les jambes pa- roîtroient relativement plus longues. (1) Cela est vrai dans de certaines limites. Un riche et abondant pâturage , et une forte nourriture d’hiver, Font grandir et grossir une race, et allongent sa laine. Mais si le brin de cette laine a le caractère qui le rend propre à la carde, c’est-à-dire, s’il est frisé, crépé, élastique, il a beau s’allonger, la laine n’en est pas moins une laine à draps, ou à carder. La race eu devenant plus grosse conserve également son type : or ce type se compose de la réunion du caractère des formes et du caractère de la laine. J’ai comparé quelquefois deux brebis mérinos adultes, également parfaites dans leurs formes, leurs proportions, et leurs toisons; et rigoureusement semblables entr’elles; mais l’une pesoit cent livres, et l’antre cinquante. Tojie g. N 3 g4 DES BREBIS, et à longue laine. Peu à peu la race a change'. Les laines courtes se sont allongeas , et les individus ont été plus forts. ÎVlais les écrivains théoristes, ne faisant point attention à cette introduction des beliers de forte race, publient que c’est l’abondance des pâturages qui a opéré le changement observe'. INous entendons tous les jours des plaintes sur ce que les laines de Ryeland et de Soutli- dovvn perdent en finesse depuis qu’on nourrit les moulons de ces races avec des gâteaux de colza , avec du trèfle , et des pâturages gras. On oublie complètement l’introduction des beliers de INew-Leicester parmi ces races, surtout celle de Ryeland. 11 est devenu difficile à pré- sent de former un troupeau de brebis de Ryeland , pures dans le Hereford-sbire. La fureur à la mode, qui est d’avoir une grosse race-, a gagne aussi les éleveurs de Soutb-dovvn : ils emploient des beliers de New-Leicester, pour obtenir promptement de gros agneaux destines à la boucherie. Si ce système pre'vaut encore pendant quelques années, nous verrons dis— paroître tout-à-fait l’excellente race de South- dovvn. Il y a des brebis qui vivent vingt ans : et je me souviens d’avoir entendu citer un mouton conducteur, en Kent, qui parvint à l’âge de DKS BTVEBIS. ig5 vingt-quatre ans; mais dont la laine diminuoit en qualité', et en quantité' à mesure qu’il avan- coit en âge. En general, lorsque les bêles à laine commencent à perdre les dents , c’est le moment de les reTormer. 'On voit cependant de vieilles brebis faire de fort beaux agneaux, et on peut les garder pour portières, jusqu’à dix ans (j); mais on ne peut pas compter sur les vieux beliers. Un agneau de trois mois a toutes ses dents. Entre un an et seize mois, les deux dents de devant tombent et sont remplace'es par deux dents plus larges. A î’anne'e suivante , deux autres dents d’agneaux tombent et sont de même remplace'es par deux dents plus larges; et ainsi de suite, d’année en année, jusqu’à cinq ans, âge auquel les huit dents sont revenues. À la seconde année , l’animal se nomme antenois ; à la troisième année, on le nomme bête de quatre dents; à la quatrième, bête de six dents; et à la cinquième , bouche ronde, bouche faite , ou bête au rond. (i) J’ai souvent eu occasion de remarquer que les brebis de la race mérinos conservent leurs dents plus long-tems que celles de toute autre race. Lors même qu’elles n’ont plus de dents, si on les nourrit avec soin, elles continuent à faire de beaux agneaux, quelquefois, jusqu’à vingt ans, et au-delà. 196 DES BREBIS. ‘ Les règles ci-dessus, relativement à l’âge des moutons , ne sont point rigoureusement exactes; car la dentition peut être accélérée, ou retardée, par l’efFet d’une nourriture abondante , ou insuffisante. Il arrive aussi que, quelquefois les dents des brebis se cassent par accident, ce qui est ensuite un grand obstacle à ce qu’elles se nourrissent bien (1). Les femelles sont en état de porter aussitôt qu’elles prennent les deux premières dents ; mais le meilleur moment pour la première portée, est la fin de la première année. La brebis porte depuis vingt semaines jusqu’à cent cinquante jours , et elle pourroit porter deux fois l’année au moyen d’une nourriture très- abondante, si l’on faisoit de la multiplication des bêtes le principal objet d’une exploitation. La brebis reçoit le mâle en toutes saisons , et ne tarde pas à le reprendre peu de tems après (1) Je n’ai jamais observé qu’une forte nourriture aux agneaux, hâtât la chute et le remplacement des deux premières dents. J’ai souvent des bêtes de seize mois, qui ont encore toutes leurs dents d’agneaux, quoique leur corsage soit aussi fort que celui des bêles adultes. Quant à l’accident des dents cassées, il dépend surtout des pâturages rocailleux, où l’herbe est courte et rare. 11 y a des cantons où l’on trouve peu de bouches faites dont les dents soient intègres. DES BREBIS. Tg7 le part. Lisle cite l’exemple (le trois de ses brebis qui avoient fait les agneaux à Noël ; ceux-ci furent engraisses pour la Chandeleur, et les mères agnelèrent de nouveau dans la première semaine de juin ; mais elles ne firent qu’un agneau, quoiqu’elles appartinssent à une race dont les brebis en font deux. La brebis fait ordinairement un seul agneau, quelquefois deux, et rarement trois, quatre, et cinq à la fois. Cette propriété de faire plus d’un agneau est quelquefois particulière à la race. "Les Dorset- sliire, et lesTeess-vrater en font ordinairement deux. Les brebis des autres races, dans Ja proportion d’une brebis sur trois. Oncroitquecela dépend essentiellement de l’abondance de la nourriture. 11 y a ordinairement dans les troupeaux quelques brebis qui ne font point d’agneaux. Cela dépend souvent de ce qu’elles sont trop grasses ou mal portantes , ou de ce que le belier n’est pas bon , ou de ce que le berger l’a écarté trop tôt du troupeau. Les brebis de la Gueldre agnellent deux foi§ l’année , et font de deux à cinq agneaux par portée. M. Culley donne l’exemple suivant de fécondité remarquable chez une brebis de Teess-water. A l’âge de deux ans, elle fit quatre agneaux : c’étoil en 1772. L’année suivante elle en fit cinq 5 en 1774, deux ; en 1775, cinq j îgS DES BTÎEBTS. en 1776, deux ; en 1777, deux. Les neuf premiers agneaux furent faits dans le cours de onze mois (j). M. Colley observe avec raison que cette grosse race de brebis ne convient qu’à un sol riclte, et demande un re'gime abondant pendant l’Inver. O11 leur fait passer la saison froide dans de petits enclos bien à l’abri, et à portée des meules de foin. On leur donne en outre de l’avoine un peu avant et après le part. Il y a quelques anne'es qu’on faisoit monter à six millions le nombre des moutons , et à dix millions celui des agneaux de l’Angleterre. Il est probable que ce nombre est considérablement augmente' aujourd’hui. On a calculé qu’un troupeau de dix brebis, au bout de douze ans, devoil donner (s’il 11’y avoit pas de mortalité' extraordinaire) 871} femelles portières, 45 g agnelles, et 44 o moutons. J’ai souvent observe' avec plaisir le troupeau d’un pauvre manou- vrier , croître ainsi d’année en année après avoir commencé par deux ou trois brebis. J’ai (1) J’ai appris de M. Thoron de Carcassone, qu’une de ses brebis mérinos lui a fait, cette année, d’une seule portée, quatre agneaux, dont deux mâles et deux femelles, lesquels ont tous bien réussi, et ne se distinguent point des autres agneaux. DES BREBIS. *99 vu un pauvre jeune homme qui avoit gagne une brebis par un pari, et qui au bout (Je quelques années eri avoit formé un joli troupeau. L’industrie de l’éducation des troupeaux, avec l’attention nécessaire pour améliorer la race ne peut manquer, si le canton est favorable, dè créer une véritable fortune dans le cours de quelques années. Les avantages du parc ont été contestés; mais il y a des circonstances qui peuvent rendre cette pratique décidément utile. Généralement on réemploie le parc que dans les cantons où l’on élève et dans les terres légères : les terres grasses et profondes , ainsi cpie les races à longues laines, ne se prêtent pas à la pratique du parc. On ne peut pas conclure des ouvrages des anciens sur l’agriculture, si l’usage du parc mobile leur éloit connu. 11 n’est pas facile de déterminer dans quel moment ou a commencé à faire usage du parc en Angleterre ni en Espagne : pays qui probablement en a donné l’exemple. Mascal et Markham ont parlé avec bon sens de la pratique du parcage, en indiquant les précautions nécessaires pour que les bêtes à laine n’en souffrissent pas. Mortimer en fait mention sans l’approuver tout-à-fait. Il pa- roît que c’est dans le siècle dernier que le parc i 200 IJËS BREBIS. est devenu d’un usage general, ainsi que la pratique d’exposer les troupeaux habituellement au grand air. A présent que nous nous éclairons par des expériences comparatives , nous allons peut-être mode'rer l’application du principe de l’exposition des troupeaux à tous les changemens de température. Bakewcl, dont le nom est respectable dans les annales des troupeaux, s’exprime de la manière suivaqle sur le mérite et le démérite du parc. « Les avantages qu’on croit en retirer sont illusoires. C’est priver une grande partie de la ferme de l’engrais qu’on met sur un petit espace. C’est une pratique barbare que de former des troupeaux de plus de cent bêtes. Dans des troupeaux trop nombreux , les forts dérobent aux foibles.lt’ur part de nourriture ; au lieuqu’d faudroit que les fourrages et pâturages de choix fussent réservés à ceux-ci. S’il est convenable de parquer sur une forme qui manque ■de, communaux , il faut avoir, dans les différentes parties de la ferme, diiférens parcs pour les divers âges ; de manière qu’on ne soit point obligé de chasser les troupeaux ^11 grande masse à des distances éloignées. Lorsque l’animal a fait sa ventrée , il est disposé à se coucher, et non à marcher pour reprendre de l’appétit. » — Bakeml n’admettoil l’utilité évidente du DES BREBIS. 201 parc que dans les cas où les troupeaux , pâturant sur des communaux , rapportent l’entrais le soir sur les champs. On peut alors regarder les moutons comme des machines à faire et à conduire les fumiers. En considérant les moutons uniquement sous ce point de vue , je suis convaincu qu'il y auroit de l’avantage à ramener les troupeaux le soir dans un parc domestique où ils trouve- roient une nourriture abondante, plutôt qu’à les transporter d’une commune peut-être dépouillée de pâturage , sur des champs où ils sont exposés à l’humidité , avec le ventre vide. Les bêtes se porteroient bien, feroient le double d’engrais, et de meilleure qualité. Quant à l’assertion de Bakewel, que le parcage prive une grande partie de la ferme du bénéfice de l’engrais pour enrichir une petite portion , je suis disposé à voir la chose différemment. Si les brebis sont bien nourries, elles peuvent parquer, au bénéfice des champs, sans grand inconvénient pour elles. 11 peut alors y avoir de l’avantage pour le fermier, surtout si les distances du charriage sont grandes, et que les ressources pour faire de l’engrais soient bornées. Quant au parcage des moutons aftamés que l’on fait parcourir de grands espaces 202 DES BREBIS. dans les tems les plus rudes et sur les terres détrempées par les eaux, je le considère comme une de ces nombreuses sottises que l’on fait parce qu’on les a vu faire, dont on ne sait donner aucune bonne raison , et contre lesquelles on ne veut, non plus, en écouter aucune. La pourriture, la galle, la pourriture des pieds, le dépérissement, et les mortalités sans cause apparente, résultent de cette méthode barbare, que rend très-bien celle phrase di gne d’être irlandoise , heeping sheep hard (traiter les moutons durement, ou maltraiter les troupeaux.) La séparation en troupeaux de cinquante bêtes ou moins encore , selon l’âge, le sexe, et la force , auroit beaucoup d’avantages qui compenseroient largement la dépense de surplus à faire en aide-bergers. Ces aides seroient d’ailleurs une pépinière de bergers. Il y a long-tems que des experts ont prouvé par l’expérience la plus heureuse, ce que j’indique ici. C’est un fait bien probant contre le parcage que l’abartdou de celte pratique par M. Coke de Norfolk, agriculteur habile , et qui long- tems avoit fait parquer ses troupeaux selon l’usage du pays. Je dois encore faire remarquer qu’Arllmr Young, qui d’abord avoit déclaré être aussi éloigné des idées de Bakewel que le pôle Nord l’est du pôle Sud , a complètement DES BREBIS. 203 change d’opinion, et 11e vante plus aujourd’hui la pratique du parc (1). Mais comme l’usage du parc est encore (1) Je renvoie les lecteurs à tout ce que j’ai dit du parcage d’après mon expérience. Lorsqu’il s’agit de la race précieuse des mérinos, il faut subordonner les avantages de l’engrais des terrains, et de l’économie des charriages, à la considération beaucoup plus importante de la santé et du parfait entretien des animaux. Je ne fais parquer les mérinos que dans les nuits les plus chaudes de l’année, et lorsqu’évidemment les brebis sont mieux en plein air que dans les bergeries, quelqu’aérées qu’on les suppose. Cette année-ci, (t 8 o 5 ) comme il n’y a point eu de chaleurs incommodes et que l’été a été pluvieux, je n’ai pas fait parquer les mérinos. En revanche, mes métis de troisième et quatrième génération, au nombre de plus de neuf cents bêtes , ont passé tout cet été pluvieux sur des montagnes dont la hauteur varie de six cents à sept cents toises au-dessus du niveau de la plaine. Les couverts ne suffisant pas pour le quart de ce nombre, ont été réservés aux agneaux. Tout le reste a été exposé jour et nuit aux pluies froides, aux brouillards et à toutes les intempéries. Cependant il n’y a eu d’autre mortalité que celle qui a résulté des accidens; et le 12 octobre, les troupeaux, chassés par la neige, sont descendus dans le meilleur état de santé. Ce fait, plus probant encore qu’aucun de ceux dont j’ai rendu compte, prouve que pourvu que le pâturage soit bon la race d’Espagne croisée supporte très - bien les plus rudes épreuves du mauvais lems. 204 DES BREIUS. extrêmement répandu , il faut indiquer les anciennes et les nouvelles méthodes, ainsi que le bénéfice auquel on les estime. Marcal conseille de séparer immédiatement après la tonte, les troupeaux , en lots diflerens , de manière à assortir les forces, afin qu’ils se nourrissent tous également. Il recommande de changer souvent de pâturage, afin que les troupeaux s’engraissent plus promptement. Ou place, dit-il, le parc de manière à faire divers compartimens pour les brebis , les agneaux , et les moutons ; et l’on attache les chiens aux quatre coins, pour faire la garde. Dans quelques endroits le berger a une cabane mobile, montée sur des roues, et qui se range toujours auprès du parc. Mortimer dit avoir connoissance d’améliorations considérables dans les champs, lesquels avoient été opérées au moyen du parcage. Mais il recommande de ne l’employer que dans les tems les plus secs, de peur qu’il n’en résulte la pourriture pour les troupeaux (l). Mortimer ajoute que beaucoup de fermiers regardent le parcage comme généralement malsain pour les (1) Il est bien reconnu aujourd’hui que le parcage même avec abus ne produit jamais la pourriture : celle- ci ne résulte que d’un pâturage humide, et du parcours à la rosée. DES BttEBIS. 205 bêtes à laine, mais que pour disposer celles-ci à do nner leur engrais sur telle ou telle partie des champs , il suffit de planter des piquets , contre lesquels les moutons viennent se frotter. Aujourd’hui le parcage est usité dans toutes les provinces d’Angleterre, surtout dans le Sud et l’Ouest. Les brebis et les agneaux font plus d’engrais que les moutons. On compte que huit cents brebis avec leurs agneaux, ou deux mille moutons couvrent suffisamment d’engrais l’e- tendue d’un acre, dans une nuit. On peut évaluer cet engrais environ une guinee. Il faut pourtant se souvenir que l’influence du parcage ne dure guères que deux ans. On a remarque que dans les hivers rudes, le ble parque pe'rissoit, tandis que le ble bien fume' re'sistoit au froid. On peut estimer la valeur du fumier d’un mouton au parc, jusqu’à sept shellings par anne'e, si les bêtes sont bien tenues. On donne environ neuf pieds par bêtes dans l’enceinte du parc. Pendant l’hiver, les fermiers soigneux donnent du foin aux brebis dans les parcs, où l’on arrange à cet eflejt des crèches et des râteliers. Quelques-uns même re'pandent de la paille dans le parc , pour augmenter l’engrais et empêcher les brebis de souffrir de l’hurniditê de la terre. Quelques fermiers ont adopte' pour l’hiver l’usage du parc fixe. Ils renferment eu palissades 2o6 DES BREBIS. ou en claies , un espace Lien sec , dans les champs à porte'e des turneps à consommer. On y renouvelle souvent la litière , et on y fait manger les turneps et le foin. On fait sortir les bêtes pendant trois ou quatre heures dans le milieu du jour, pour qu’elles prennent de l’exercice. Cent trente brebis, et trente agneaux ainsi parques pendant six semaines avec une litière de six voitures de paille, ont fait vingt-huit chariots de fumier , et consomme deux acres de turneps. M. Macro de Suffolk, cultivateur soigneux et intelligent, a beaucoup perfectionne' l’usage du parc fixe. Il a fait dans un hiver quatre cent quatre-vingt-treize voilures de fumier au parc, avec un troupeau qui se trouvoit au printems dans le meilleur état. La distance des champs à amender e'toit trop grande pour qu’on pùt y charrier les engrais. M. Macro observe qu’avant qu’il s’avisât de cette méthode, ses troupeaux, lorsque le tems étoit mauvais , se meltoient à l’abri dans une certaine pièce de fougère , où leur engrais se trouvoit perdu pour ses champs , sans profit pour l’endroit où le fumier étoit accumulé, parce qu’aucun animal ne vouloit en manger l’herbe. Il perdoit beaucoup d’agneaux dans les hivers rudes et pluvieux. Il évalue que son parc, DES BREBIS. 207 bien entoure, et de manière à garantir les animaux des vents froids, lui sauvoit au moins trente agneaux par an. Mordaunt, qui écrivoilil y a un demi-siècle, dit ce qui suit : En Essex les fermiers renferment communérlient leurs brebis dans des parcs cou* verts, et mêlent l’engrais avec de la terre, de manière à en augmenter beaucoup la quantité. Dans le Glocesler-shire , les fermiers retirent les brebis le soir dans les bergeries. Ils leur font la litière avec de la paille , qu’ils renouvellent de tcms en tems. Ils font ainsi une très-grande quantité de fumier pendant l’iiiver, et l’expérience a prouvé que la peine est bien payée, par la valeur du fumier. Au moyen du parc d’été, et de la litière d’hiver, la totalité du fumier des moutons est employée à améliorer les champs. Les parcs fixes doivent être placés dans quelque point pour éviter la longueur des charriages ; mais l’essentiel est que le terrain en soit bien sec. Il convient que Je parc soit divisé par compartimens de quarante bêtes, à peu près. Autrefois l’usage de retirer les brebis dans les bergeries, étoit beaucoup plus commun dansleGlocesler-sbire qu’il ne l’est aujourd’hui. Cette pratique est presque tout-à-fait abandonnée ; et là , comme dans tout le reste de l’Angleterre , les troupeaux sont exposés en DES BREBIS. ‘208 plein air , jour et nuit, et en hiver comme en été. L’herbe qui croît rapidement dans les pâturages marécageux , le grain en herbe qui repousse dans le chaume , l’orge surtout, les jachères mouilleuses , et les terrains inondés , donnent, dit-on, la pourriture aux brebis (1). Bakewell croyoit que les terres inondées , et leur herbe précoce, donnoient toujoursla pourriture , tandis que l’eau des pluies ou des sources ne la causoit jamais. Il paroît qu’il pouvoit donner, à son gré , la pourriture à ses brebis, en inodant ses prairies, et en y faisant paître les bêtes dont il ne vouloit pas que d’autres pussent avoir la race. Il inondoit pendant l’été, les pâturages où il envoyoit, en automne, les brebis qu’il vouloit pourrir. Il prélendoit que quelle que fût la qualité du terrain, si on l’inon- doit après le 1 5 de mai, le pâturage étoit pourrissant en automne. On dit que dans le Derby- (1) L’idée que l’orge, ou le blé en herbe, donne la pourriture aux brebis, paroît bien étrange. Comment se feroit-il qu’on n’eût jamais observé cet effet dans la consommation sur place des graines semées pour être mangées en vert. L’auteur devroit parler avant tout de ce qu’il y a de plus dangereux pour la pourriture, savoir de laisser pâturer les brebis à la rosée, dans les plaines. sbire 0 DES BREBTS. 2pg sbire on peut rendre un terrain malsain aux brebis en l’amendant avec de la chaux. On recommande, dans les cantons sujets à la pourriture , de renfermer les brebis dans les; parcs avant rjue la rose'e tombe, et de ne les laisser paître le matin , qu’après qu’elle est dissipée. Une brebis qui nourrit ne prend jamais la pourriture ; et l’on dit que les jeunes pousses du bois d’aulne guérissent celte maladie lorsqu’elle existe. Il y a une pourriture qui résulté du défaut de nourriture : on la nomme [langer- rut (pourriture de faim). Une autre espèce se nomme Midsununer^rot (pourriture du solstice d’été) parce que c’est dans ce moment-là que les moutons mangent le plus des herbes humides et malsaines. Une troisième espèce est la pourriture de la St. Michel ( Michcielnias-rut ) réputée egalement dangereuse. Les pluies considérables, la grêle et la chaleur humide produisent quelquefois dans le corps des moutons une disposition putride, qui se nomme Swift-rot (pourriture rapide). On dit que l’eau chargée des débris de nombreux insectes en putréfaction, a un semblable effet sur les moutons. On a dit encore que la grêle Tondue leur e'toit dangereuse; mais je pense que c’est d’une manière différente. Ellis a prétendu, et beaucoup d’autres l’ont Tome 9. O 210 DES BREBIS.' repelé après lui , qu’une seule nuit, pendant laquelle un troupeau parque dans une terre humide , suffît à donner la pourriture à uu troupeau. J’ai moi-même l’expérience de ce fait ; et j’ai lieu de croire que la race de Dorset y est plus exposée que les autres. Mais je diffère absolument d’opinion avec les auteurs , lesquels pensent que c’est en mangeant, ne fût- ce qu’une fois seulement , l’herbe des places marécageuses , que les brebis gagnent la pourriture , dans le cas cité. Je suis disposé à attribuer la maladie à l’effet des rhumes que les animaux prennent dans ces situations basses : je répète que les catarres amènent fréquemment la pourriture , et j’ai observé cet effet dans uu grand nombre de cas ( 1 ). Je trouve tout-à-fait improbable que Iepâtu» rage de quelques heures sur l’herbe d’un terrain marécageux puisse produire des effets aussi marqués. 11 n’est pas douteux qu’en pâturant habituellement clans ces terrains marécageux , les brebis ne prennent la pourriture , mais j’ai connoissance de plusieurs cas dans lesquels elles • (i) Je persiste à dire (voyez la note ci-dessus) que les affections catarrales n’ont aucun rapport avec la maladie dont le principal caractère est l’existence des limaces , ou douves , dans le foie. DES BREBIS. 2 11 ont pâture sur de tels terrains sans en être malades. Les moyens de prévenir cette maladie se présentent tout naturellement. Si le Fermier est oblige' de faire paître ses brebis dans des parties mouilleuses ou malsaines , il faut qu’il prenne deux précautions pour assurer la santé’ de son troupeau : la première, c’est de ne point permettre à ses brebis de pâturer sur les terres malsaines ; la seconde est de contrebalancer 1’elTet d’un pâturage trop aqueux, par une nourriture sèche donne'e à la bergerie, ou par des pâturages d’une nature très-saine, dans lesquels on mènera les brebis immédiatement après. Je ne me rappelle pas d’avoir vu de mauvais effets des pâturages malsains, lorsque cespre'cautions ont été observées, et je les indique comme également salutaires dans le courant de l’été , lorsque la saison est pluvieuse. Il y a une ancienne règle parmi les fermiers qui font manger le blé et le seigle en herbe à leurs troupeaux , c’est de ne pas laisser entrer dans le seigle après Je premier mars , ni dans le blé après le i5 , de peur que les bêles ne prennent la diarrhée,, par l’elfet d’une nourriture trop abondante. Au reste , il faut toujours s’attendre à cet inconvénient dans les premiers jours où l’on emploie la nourriture verte : il en 212 DES BREBIS. est de même pour le colza et les turneps : ces derniers sont très-sujets à augmenter la disposition à la pourriture, lorsqu’elle existe ; et la meilleure manière de les employer, est de modifier leurs effets par l’usage de la nourriture sèche. Il m’a toujours paru de'sirablc , si l’on pouvoit y parvenir , de faucher en vert des-recolles céréales, pendant l’hiver et le printems, pour les faire consommer à la bergerie, comme on le fait en été. Il v a des provinces, comme le Dorset-shire, où l’on laisse la queue aux brebis ; mais l’usage général , qui est de la couper, est beaucoup plus convenable , parce qu’elles ne sont pas sujettes alors , à se salir , comme cela arrive quand la queue est entière. Il y a des troupeaux dans lesquels on a le soin de tondre les brebis derrière à l’approche des chaleurs, pour empêcher réchauffement de la peau, qui résulte quelqucfoisdel’accumulation ducrotin, lorsque la laine est abondante. M. Ellmann est dans l’usage de couper ce qu’il y a de plus grossier aux cuisses et à la queue, un mois avant le lavage à dos , qui précède la tonte ; il vend ces loquets à un prix inférieur ; et il y en a environ quatre onces par brebis. Il faut avoir le soin de maintenir les mamelles des brebis portières toujours dégarnies de laine, afin de- ne DES BREBIS. 2l3 pas exposer les bêles à des dépôts resultans des coups de froid, lesquels arrivent lorsqu’on ne prend celte précaution qu'au moment où les 1 agneaux doivent naître. Dans tous les cas, il faut (pie celte operation se fasse, sans quoi les mamelles sont sujettes à s’excorier et à devenir si douloureuses que les brebis ne veulent pas souffrir leur agneau ( 1 ). Il vaut la peine de prendre les soins nécessaires pour que les brebis ne perdent pas leur laine dans les ronces et les épines. Cet objet a plus d’importance qu’on ne le croit, et j’ai connu des gens quifaisoient métier de ramasser la laine dans les bruyères où il y avoil beaucoup de ronces. Tl arrive quelquefois que les brebis sont mordues aux mamelles par les vipères. Je ne con- (i) Dans une longue pratique, sur un très - grand nombre de bêtes Espagnoles, lesquelles ont les mamelles plus garnies de laine qu’aucune autre race, je n’ai pas vu un accident de ce genre, quoique celle partie n’ait jamais été tondue à l’occasion de l’allaitement. Mais j’ai vu fréquemment des dépôts de lait; et j’ai toujours soupçonné qu’ils provenoient des vents froids dont les brebis ne peuvent pas se garantir comme elles le feroient si on leur laissoit la queue entière. 11 y a d’ailleurs de bonnes raisons pour la couper : je l’ai dit ailleurs. t 2x4 MES B REIMS. nois pas de remède pour cet accident ; mais il convient de faire soigneusement la chasse à ces reptiles dans les pâturages des troupeaux. Lorsqu’on engraisse pour le boucher, il y a un grand avantage à faire suivre le troupeau à l’engrais par un troupeau de garde, qui ramasse tout ce que le premier a refuse' : sans cela , on fait' repasser le troupeau à l’engrais sur les endroits où il a déjà été, et où il mange avec moins d’appélit, ce qui retarde son engrais. Je parle ici des prairies closes dans lesquelles un troupeau de garde trouve encore à se nouirir très-bien lorsqu’un troupeau à l’engrais n’y mange plus avec appe'tit. Je ne saurois trop répéter combien il seroil avantageux de nourrir en vert à la bergerie , partout où la chose est praticable (1). (1) Si l’auteur entend nourrir les brebis en vert dans la bergerie avec l’herbe des prés naturels, cela est praticable; mais on peut objecter la main-d’œuvre, les transports, et l’inconvénient de priver de mouvement des animaux auxquels il est fort nécessaire. Si l’auteur entend qu’on puisse donner du trcJle, de la luzerne , du sainfoin, ou des vesers, cela paroît avoir de graves inconvéniens. On sait combien les goriOemens sont à craindre avec les deux premières de ces plantes, et quant aux deux autres, les brebis les saisissent au râ- DES BREBIS. 21 5 La méthode de faire parquer les brebis sur un champ de turueps, en attaquant une portion après l’autre , est certainement préférable à celle de leur abandonner un champ entier, où elles entament successivement un grand nombre de turueps qu’elles laissent ensuite , et qu’elles foulent aux pieds en les souillant de leur fiente ; mais une partie de ces inconvéuiens se retrouve dans la méthode de parquer sur les turneps. Il y a toujours un grand nombre de plantes gâtées, sans compter l’embarras que donnent les brebis en cherchant à sauter les barrières. M. JBarlley a assurément raison lorsqu’il donne la préférence aux pommes de terre sur les turneps, comme nourriture pour les brebis en général : il est vrai qu’il y a cornre les pommes de terre la grande objection qu’on ne les obtient pas aussi facilement que les turneps (1). . . ' l telier avec tant d’avidité qu’elles sout en danger continuel cte .s’étrangler. JSata, j’ajoute à la note ci-dessus que j’ai réussi à nourrir un grand nombre de mérinos au râlelier avec de la luzerne en vert pendant 5 semaines (avril et mai) sans en avoir éprouvé d’accident. H ^faut donner les rations foibles en commençant, et y mêler du sec. (Janvier 1810. ) (t) J’ai eu occasion de recommander fortement, 2l6 DEü BREBIS. Les prix des marches pour la viande du mouton sont très-hauts au printcms : ce dcvroil être d’après la plus heureuse expérience sur de nombreux troupeaux, l’emploi des pommes de terre crues, lavées et coupées, pour les brebis nourrices qui sont d’ailleurs à la nourriture sèche. Toutes les fois que j’ai donné les pommes de terre en même teins que les brebis pâturoient l’herbe, le troupeau a pris la diarrhée, mais celte nourriture, alliée à la luzerne, au trèfle, et aux autres fourrages secs , a le grand avantage de transporter, pour ainsi dire, le pâturage dans la bergerie : celte substance, très-nourrissante, contient la quanlité^d’eau • nécessaire pour que les brebis ne s’aperçoivent pas, en quelque sorte, du passage, toujours dangereux, de la nourriture verte à la nourriture sèche, et le lait des nourrices se maintient très-abondant. L’auteur remarque qu’il est plus difficile d’obtenir les pommes de terre que les lurneps', et trouve dans celle observation une objection puissante contre l’adoption de cette culture, d’ailleurs si désirable relativement aux brebis. Cette difficulté me paroît illusoire. Dans la province d’Angleterre où l’on cultive le mieux les lurneps, on donne à celle plante toujours quatre, et souvent cinq labours préparatoires: un seul labour à la bêche, l'ait pendant l’hiver, est la meilleure préparation pour les pommes de terre. On est obligé de fumer très-abondamment les lurneps : on peut se dispenser de fumer les pommes de terre, dans les prés rompus, dans les défi i- çhemens, et dans les terrains en très-bon état. Ou donne le même nombre de cultures aux lurneps et aux pommes de terre en végétation ; mais la récolte de celles-ci est i DES BREBIS. 2i 7 un grand encouragement pour engraisser des moutons l’hiver, operation dont il résulté beaucoup de bon fumier. J’ai bonne opinion des pommes de terre bouillies pour moyen d’engraisser les moulons. Je voudrois pouvoir décrire ici un fourneau dont j’ai eu conuoissance en dernier lieu , et qui est e'conomique pour cet objet. La farine d’orge , avec des carottes ou autres racines , engraisse promptement et 4 dorme une viande excellente aux moutons. Le meilleur arrangement pour les nourrir à la bergerie , est la reunion d’un râtelier double , avec une crèche egalement double. Les bêles mangent des deux côle’s à la fois (t). tout autrement certaine que celle des lurneps, dont la levée est casuelle, que les pucerons dévorent souvent, que la grêle peut détruire, que les sécheresses contrarient, et que les froids hâtifs de l’automue et les neiges profondes font pourrir, ou rendent inutiles , au moment du besoin. La culture des pommes de terre ade nombreuxavaniagesqui ne sont pas encore suffisamment connus : j’aurai occasion de revenir sur ce sujet. (î) L’inconvénient des râtelier doubles, pour les bêtes à laine fine, c’est que les deux faces du râtelier sont plus ou moins inclinées, ce qui fait que la poussière et les semences de foin tombent sur le garot , et salissent la laine. Les meilleurs râteliers sont disposés verticalement, avec une planche inclinée derrière qui fait glisser le foin. Quant aux crèches il faut quelles 2x8 DES BREBIS. Les brebis consomment environ vingt livres de turneps dans les vingt-quatre heures. Un acre de turneps re'ussis peut nourrir cent brebis pendantsix semaines. Un gallon (environ quatre pintes de Paris) peut suffire, à une brebis pour vingt-quatre heures ; mais quelques bêtes en mangent beaucoup plus. Quatorze cents brebis détruisent dans une seule nuit un acre de beaux turneps. Un acre de bon pré suffit pour mille bêtes pendant un jour. St l’on nourrit les brebis au foin , je pense qu’il faut compter sur dix charretées , ou tons, au moins, pour cent bêles, pendant l’hiver (x). Je comtois un grand propriétaire de troupeaux, qui ne donne que dix charretées de foin pour l’hivernage de mille brebis ; mais ses turneps sont excellens , et il a beaucoup de pâturages. La consommation des moutons, comparativement à celle des bœufs, donne environ un neuvième (2). soient faites de manière que les agneaux ne puissent s’y tenir , parce que sans cela, ils y font leurs ordures, ce qui dégoûte les brebis. (1) En comptant cent cinquante jours d’hivernage ce seroit une livre et demie par bête, et ce 11’est point assez. (2) Cela dépend de la grandeur de la race des moutons : il paroit que l’auteur parle des races les plus DES BREBIS. 219 La grande objection qu’on a faite contre l’entretien des brebis avec des fourrages artificiels O en vert, à la bergerie , c’est qu’elles mangent les feuilles et laissent les tiges ; mais la même objection peut se faire contre la consommation des fourrages artificiels sur la plante. Cela prouve seulement que , dans l’unp et l’autre méthode , il faut avoir un troupeau de garde, qui succède au troupeau à l’engrais (]), La tonte se fait deux fois l'année , dans certains pays chauds 5 mais il est probable que la laine n’a jamais sa perfection , lorsqu’elle est tondue deux fois. On 11’a pas trouvé , non plus, fortes. J’ai souvent indiqué la quantité de fourrage que consomment les brebis Espagnoles. (1) Voyez la note ci-dessus relativement a l’usage des fourrages artificiels en vert dans la bergerie. Quant à leur consommation sur place, ce que dit fauteur ne peut avoir rapport qu’au sainfoin, lequel ne fait point gonfler les moutons, et dont ils laissent, en effet, les fortes tiges quand la plante se trouve en pleine fleur, et en graine. Mais un troupeau de garde qui succé- deroit au troupeau à l’engrais seroit bien mal nourri sur ces liges ligneuses. Le trèfle peu avancé peut être consommé sur place, mais avec de grandes précautions, dont l’auteur ne parle pas. La luzerne ne peut jamais être broutée , sans exposer tout un troupeau à périr. Il n’y a guères que les vesces auxquelles ou puisse appliquer ce que dit l’auteur des foins artificiels. ✓ 220 DES BREBIS. que l’usage de tondre les agneaux fût avantageux (1). On a fait , en France, l’expe'rience (1) Il y a des races qui ne peuvent pas porter leur laine une année entière sans la perdre : telle est la race de Suisse à laine fine. Les métis de première, et même de deuxième génération, de cette race croisée avec un belier nierino , ont la même disposition à perdre la laine en automne, mais cette disposition est moins marquée, parce que, de toutes les races connues, celle d’Espagne conserve sa lame le plus long-tems : elle la conserve même indéfiniment^ l’on veut. Quant à la tonte des agneaux à la première année, il y a du pour et du contre. En leur laissant leur laine, on ne les expose pas à souffrir des pluies froides, et ils en sont plus vigoureux pour soutenir l’hivernage ; mais si les agneaux ne vont pas à la montagne; s’ils sont du mois <ïè décembre, et qu’on ne les tonde qtfau mois de juillet, il n’y a point d’inconvénient pour leur santé; et on y trouve l’avantage de les débarrasser des tics et des poux, que , sans cela, ils rendent aux brebis quand la laine de celles-ci est recrue de deux ou trois mois, ce qui perpétue cette vermine dans le troupeau. Il y a quelque chose à perdre sur la toison, parce que l’agni’lin vaut un tiers de moins que la laine faite; et que quand l’orf ne tond qu’à dix-huit mois, on recueille de la laine faite, qui est recherchée pour le* chaînes, parce qu’elle a plus de longueur que la laine d’un an : elle est, au reste, toujours un peu moins fine qu’à la seconde tonte, et les bouts extérieurs ont un pou moins de force que n’en ont les mèches de la laine d’un an. Tout ceci a rapport à la race d’Espagne, et des métis Espagnols. DES BREBIS. 521' de laisser la laine trois ans sur les brebis. On a trouve , à la tonte , la même quantité' que les trois tontes auroient donnée, et la qualité tout aussi bonne. Les bêtes n’en ont point souffert. La considération de l’inlérêt de l’argent est au désavantage de celte pratique. Il faudroit savoir quelle seroit la demande des laines longues très- fines , et si cette demande compenseroit le désavantage dont je parle. On a dit qu’il oxistoit en Irlande , et dans les îles de Shetland, une race de brebis, laquelle portoit une laine fine qui n’avoit pas besoin d’être tondue, et qu’on arrachoit annuellement sans que l’animal en souffrît. Columelle dit la même chose de certaines brebis couvertes : il est probable que cette race de la.Grèce aura pénétré dans le Nord (1). (1) Cette probabilité ne paroît pas grande. Les brebis couvertes (oves tecta-) dont parle Columelle étoient, comme on le sait, des brebis à laine très-fine de la race de Grèce et de Tarente , qu’on habilloit pour maintenir leur laine à l’abri de la poussière et des impuretés, et peut-être aussi pour donner à cette laine plus de douceur et de moelleux en conservant son éclat. La toison s’arraeboit, comme l’indique le .mot vellus , probablement sans beaucoup d’effort , soit par une disposition de la race, comme je l’ai dit des brebis de Suisse, soit par l’influence du vêtement des brebis sur 5222 DES BREBIS. Le mois de juin est celui de la tonte en Angleterre. Dans les troupeaux où l’on ne prend pas beaucoup de précautions, il vaudroitmieux renvoyer la tonte au solstice d’e’te’ 5 parce qu’il est rare que la température soit assurée avant cette époque. La laine en seroit d’ailleurs plus parfaite, et les toisons plus chargées de suint. II est d’usage de tondre les moutons gras que l’adhérence des brins de laine ; mais la toison s’en- levoit tout ensemble En Islande, dans les isles Slxet- land, et dans les parties septentrionales de l’Europe et de l’Asie, la nature a donné aux brebis deux genres de laines très-différens : l’une est un jarre long et grossier, l’autre un duvet fin et court. Celui-ci tombe à l’approche de la chaleur, après avoir garanti du froid ces animaux , pendant le long hiver de ces contrées : c’est une véritable mue > qui ne ressemble point à la perte que quelques races des climats tempérés font de leur laine , lorsqu’elle est parvenue à un certain degré de croissance. Les chèvres, le pacfa, le glama, la vigogne, le chameau, etc. muent aussi au printems, d’une manière tout-à-fait analogue à la mue des brebis du nord, car quand le duvet de celles-ci tombe, la laine rude, ou plutôt le poil jarreux qui le recouvre, demeure adhérent. Les mérinos qu’on essaie aussi de 'faire descendre des brebis grecques et tarentines, ont la toison fortement adhérente en toute saison : ils ne perdent la laine qu’en cas de maladie. Peut-être que si l’on les habilloit, il en seroit autrement : cette expérience se fait actuellement. DES BREBIS. 223 l’on envoie à la boucherie , à la fin de l’hiver. M ais c’est une ve'ritable cruauté', pour obtenir un petit profit. Je suis fâché d’être obligé de reprocher aux Anglois que, lorsqu’il s’agit de profit, ils oublient toute justice et toute pitié envers les animaux. En voyant passer des troupeaux qui vont au marché, complètement dépouillés, et exposés à un vent glacial, j’ai souvent souhaité de voir conduire de même leurs maîtres inhumains. Je serai mieux entendu, si je trouve qu’il doit en résulter des pertes : il est certain que, quand le tems est défavorable, les bêtes perdent en poids et en qualité. Je l’ai observé avec évidence à Smilhfield, en comparant des lots tondus, avec des lots qui ne l’étoient pas. L’avis des bouchers que j’ai consultés e'toit le même : ils prétendoient ne pas pouvoir donner un aussi bon prix des bêles tondues , non-seulement pour la différence de la toison , mais parce que leur viande étoit moins bonne. Ils m’ont confirmé que l’opinion répandue, savoir, que les moutons ne peuvent pas voyager au ’printems avec leur laine, e'toit un préjugé. En Angleterre, on lave à dos très-généralement, avant de tondre. Cet usage est convenable pour les brebis à longue laine ; mais il ne l’est pas également pour les races qui portent 224 DES BREBIS. la laine à carder. En Espagne, on ne lave point à dos; et il en est de même dans le Devon-shire depuis plusieurs siècles. Mascal , qui rend comple de cette pratique de ne point laver à dos dans le Devon-shire , ajoute une règle très- bonne , pour le choix du moment de la tonte : « Prends, » dit-il , « le moment où tes mou- » tons auront trop froid si tu les tonds , et trop î) chaud si tu ne les tonds pas. » Les Espagnols , et ceux des propriétaires de moulons en France qui ignorent leurs vrais intérêts , sont dans l’usage barbare de faire suer leurs brebis, en les renfermant en grand nombre dans des étables ferme’es avant de les tondre , afin d’augmenter le poids des toisons par l’abon- bance du suint. Les pertes qu’ils éprouvent par mortalité à la suite de celte absurde pratique , et l’altération qui doit en résulter dans la santé des bêtes qui survivent, font, je crois, acheter bien cher l’avantage de l’augmentation du poids apparent des toisons. M. Collins nous apprend que, pour les laines angloises à carder, on peut compter que le suint fait la moitié du poids de la toison (1), et c’est (î) Plus une laine à carder est fine, et plus elle perd de suint au lavage. Si les laines de Soutfidown perdent 5o p. r g, celles de Ryeland, qui sont plus fines, ainsi DES BREBIS. 225 ainsi que cela s’estime entre les vendeurs et les acheteurs , pour les laines en suint. On est heureux d’avoir un beau tems sec pour le lavage à dos et la tonte. I! convient de faire cette operation sur un pâturage propre et sec. Si l’on est oblige' de faire rentrer les brebis après les avoir lavées, elles se salissent de nouveau. Il se passe ordinairement deux ou trois jours avant que la toison lave'e à dos soit parfaitement sèche. Cependant, lorsqu’il fait très- chaud, les bêtes lave'es le matin sont quelquefois tondues le soir. Un beau lavage , et un dessèchement prompt influent beaucoup sur la valeur de la laine. Ce ne seroit pas une chose tout- à-fait indifférente que de soigner la propreté' des toisons sur les animaux autant qu’il seroit possible , surtout dans les e'iablissemens où l’on ne parque pas. Les anciens lavoient leurs brebis fréquemment pour maintenir les toisons propres et les animaux en santé' (1). doivent perdre d’avantage. Les laines fines de Suisse perdent à peu près moitié, au lavage ; les métis de première génération 55 p. r 2; et les Espagnols de première qualité, jusqu’à 65 p. r g, ce qui varie un peu selon le régime auquel les bêtes ont été soumises. (i) Sans doute, il ne faut pas que les toisons se chargent de fumier, puisque cela ne pourvoit arriver que par une négligence sur la propreté des bergeries, qui Tome g. P y DES lîRTfBISi 226 La manière de laver à dos les brebis avant la tonte doit varier selon les convenances locales. Il y a des cantons de Kent, vers la Tamise , où l’on est dans l’usage de mettre tout un troupeau sur une barque , puis de jeter les brebis à l’eau : elles se lavent suffisamment en nageant jusqu’à terre. Cela est praticable lorsque les troupeaux sont tenus très-proprement ; mais lorsqu’on les fait parquer , et que la laine est salie par le fumier , il faut nécessairement la frotter à la main pour la nettoyer. Je n’ai jamais vu laver les brebis d’une manière commode et complète. Il faudroit toujours que les laveurs eussent un échafaudage pour se mouiller le moins possible (1). exposèrent la santé des bêtes; mais, à moins de laver toutes les semaines les bêtes Espagnoles, on ne peut pas empêcher que, si elles sont enfermées la nuit dans des bergeries, leur toison ne devienne noirâtre à l’extérieur. Cela n’a aucune influence sur la blancheur de la laine. Si le procédé du lavage est bon, cette laine devient également d’une blancheur parfaite. A quoi serviraient les ablutions de la toison sur l’animal? Elles seraient, en tout tems, dangereuses pour les catarres, et seroient impraticables dans la saison où la propreté semblerait surtout les exiger, c’est-à-dire en hiver. (1) Je renvoie le lecteur à ce que j’ai dit ailleurs sur la convenance de laver à dos, et celle de tondre sans lavage DES BREBIS. 2^7 Si l’on tondoit généralement mieux qu’on ne fait, il en résulteroit un grand avantage national ; car avec la méthode négligente de tondre les brehis, il reste souvent quatre onces de laine sur chaque bête. Je ne sais où l’on a invente' le procédé nouveau de la tonte circulaire, mais j’ai lieu de croire que c’est dans le Nord. C’est à la ferme de MM. Culley et Bailey, ainsi qu’à Woburn et à Holtham , qu’il faut voir, dans sa perfection , la méthode delà tonte circulaire. J’ai entendu observer qu’une tonte trop rase , avoit, pour les pays septentrionaux, l’inconvénient d’exposer davantage les brebis au froid. Il y auroit des observations beaucoup plus importantes à faire quant à la manière de traiter les bêtes pour l’opération même de la tonte. Je vais citer à ce sujet, les notes de M. Price : préalable. La race Espagnole supporte le lavage à ilos, puisqu’on traite de cette manière les brebis de cette race, en Angleterre, en Suède, et ailleurs. Mais comme il faut également laver la laine ensuite, et que le dégraissage complet ne s’obtient alors qu’avec des moyens qui altèrent plus ou moins la douceur de la laine, il vaut mieux laisser à la toison le suint qui doit servir lui-même de savon ou de lessive. Il y a économie de tems, un lavage qui laisse à la laine plus de douceur, et l’avantage de ne point faire courir de risques aux brebis pour leur santé. 228 DES BREBIS-. « Dans les marais de Romney l’on commence 1 la tonte avec le mois de juin, et on la termine 4 au milieu de juillet. Ceux qui tondent de bonne heure croient mettre les brebis plus à l’abri des mouches , et ceux qui tondent tard croient y gagner de la laine, à cause de la plus grande abondance de suint. Il est certain que si l’on tond trop tôt, la laine n’a pas la qualité' qu’elle acquiert ensuite, mais si l’on tond trop tard, les mouches tourmentent les bêtes. » On commence par remplir un grand parc des brebis destinées à la tonte. Le nombre des tondeurs est proportionne' à la force du troupeau, dont la tonte ne doit pas durer plus do quatre jours. On met trente à quarante brebis dans un petit parc, d’où l’on les lire peu à peu pour les tondre : on n’en laisse jamais moins de trois, parce qu’une ou deux se tourmenteroient pour sauter dehors. Un jeune homme se tient à la porte du parc, et compte les brebis tondues avec des numéros de plomb. Les tondeurs diffèrent entr’eux sur la manière de travailler, et sur le nombre de bêtes qu’ils tondent dans la journée. Ils ne commencent jamais de bonne heure , et ne travaillent que huit à dix heures par jour. Les habiles tondent dix bêtes par heure , et les plus lents en tondent sept. Ils ne visent qu’à expé- ÏTES TJTVTUTS. 229 dier l’ouvrage, et s’occupent peu de bien Faire. Ils travaillent les brebis d’une manière barbare, et leur font souvent, dans la peau, des entailles de trois ou quatre pouces de long. La laine demeure inégalé sur le corps de l’animal, tin jeune homme enduit les brebis de goudron ou d’autres drogues, pour les garantir des mouches. Le proprietaire se charge ordinairement lui- même de marquer les brebis. » La manière commune de prendre les brebis, est de les saisir par une jambe de derrière , puis de les faire cheminer à reculon et de force, jusqu’à l’endroit de la tonte. Là, on renverse la bête sur le dos, pour l’opération, IJ y a aussi une autre manière de transporter les brebis, c’est de placer la main sur le col, et une autre derrière la croupe, pour faire marcher la bête et la maintenir dans la direction qu’on veut lui donner. La première méthode est la plus sûre (1). Les moutons, qui sont bien en chair, (1) Si l’auteur entend la plus sûre pour que la bêle n’échappe pas a celui qui la mène, il a raison ; mais c’est une méthode barbare, et qui expose les bêles à boiter ensuite par l’extension forcée des muscles, et mène à la dislocation de la hanche. Il vaut mieux, quand on a saisi une jambe de derrière faire cheminer la bête devant soi comme une brouette, ce qui 200 DES BREBIS. sont susceptibles d’être meurtris plus aisément que les aulres ; et il en résulte des dépôts ou des plaies fâcheuses. n'offre jamais d’inconvénient. Quant à la manière de renverser la brebis sur le dos, elle fait distinguer le moutonnier adroit et soigneux, l’homme qui a vraiment l'habitude de manier les moutons de celui qui les traite en bouclier, ou qui manque de pratique. Toutes les fois qu’on veut examiner une bêle à fond , sans qu’elle, puisse se défendre ui se blesser, il faut la renverser sue le dos; et on s’y prend de la manière suivante. Après avoir arrêté la bête , en la saisissant par une jambe ' de derrière [et non pas par la laine, comme quelques bergers, et tous les bouchers le font] on place le pied gauche auprès de l’épaule gauche de l’animal. On se baisse, pour placer la main gauche sous le poitrail. Ou empoigue, de la droite, la peau qui est entre leilanc et la cuisse; puis soulevant premièrement l’avant-main de la bête, on lui fait perdre terre des quatre jambes , en tournant celles-ci en haut; mais avec la précaution de rompre la secousse que la bêle éprouveroit en tombant sur la croupe. Pour cela on avance la jambe droite, en levant un peu le pied de terre, de façon que le poids de l’animal, lorsqu’il retombe, soit principalement supporté par le pied de l’examinateur. S il s’agit de tonte, on couche la bête à plat sur le côté; mais s’il s’agit d’examiner quelque chose à la tète ou aux pieds de devant, il faut avoir soin de ne pas la tenir dans une position trop verticale, comme beaucoup de bergers le font; parce que cette position, surtout pour les brebis pleines, fatigue les reins de l'a- DES BREBIS. 2Ô1 Les tondeurs gagnent 18 pence pour vingt brebis, et ils sont nourris. Celui qui ploie les toisons est paye pour cent toisons au même prix que le tondeur pour vingt. Un bon ployeur lie quatre cents toisons par jour. M. Colley remarque ce qui suit : « L’observation de M. Price est juste, relativement à l’avantage d’une tonte tardive pour les toisons. C’est egalement l’opinion des êle- veurs et des engraisseurs du Lincoln-sbire qui ont le plus suivi cet objet; mais lorsque la tonte se fait tard, il faut que le berger soit extrêmement attentif à garantir les brebis des mouches et des vers. » » Rien de plus absurde que la pre’tention de tondre jusqu’à dix brebis par heure : il est impossible d’en bien tondre six ou sept. Autrefois, dit-on , il y avoil des tondeurs qui dépouilloient jusqu’à soixante-dixbêtes, de leur toison, dans nimal. I„a plus mauvaise et la plus usitée de toutes les manières de renverser une brebis, c’est de se placer à genoux à la gauche ou à la droite de la bête, puis de saisir les deux pieds du côté opposé, de la faire tomber on la poussant de l’épaule. Cette chute ne peut être que lourde , surtout pour les animaux d’un gros corsage, et il en résulte des contre-coups et des contusions dont les effets ne sont quelquefois aperçus que long-tems après, et quand la bête dépérit. 202 DTS BBBBTS. une journée. Il en résultait : i.° une perte de laine assez considérable, 2. 0 de grandes et nombreuses blessures à la peau des brebis , et le tourment des mouches pendant les chaleurs. » )) Autrefois, il arrivoit souvent que les bêtes mouroient pendant l’opération de. la tonte , parce qu’après leur avoir lié les jambes, on les manioit avec rudesse. 11 en périssoit environ une sur cent ; au lieu qu’à présent , nous n’en perdons pas une sur trois mille. Il est vrai que nous nous attachons à tondre très-bien et lentement. "Vingt-cinq bêtes par jour sont une bonne journée pour un ouvrier ( t ). Nous payons ceux-ci à la tournée, et non à la pièce. Chaque ouvrier fait sa marque d’une certaine couleur convenue, sur la bête après la tonte, pour pouvoir la reconnoître. C’est une chose bien entendue pour exciter l’émulation des tondeurs, et les faire payer selon leur mérite. » » Autrefois, dans le Norlhumberland , on s’y prenoit ainsi pour tondre les brebis. Le tondeur comniençoit par le ventre; ensuite il atta- choit ensemble les quatre jambes de l’animal. Il s’asseyoit sur uu sac de paille, en plaçant la (i) Dix bêtes Espagnoles sont une bonne journée de tondeur. Il seroil diilicile d’en bien tondre un plus grand nombre. DES BREBIS. 253 bête entre ses jambes. Il commencent par tondre le col, /et continuoit sur tout le côte' gauche de la brebis, qu’il retournoit ensuite pour tondre le côte droit. Au lieu de tondre circu- lairement, c’est-à-dire, à l’entour de la bête, comme on le fait aujourd'hui, on tondoit dans le sens de la longueur de l’animal. » )) Aujourd’hui, le tondeur commence derrière la tête , et descend jusqu’au poitrail * en coupant la laine de la partie droite du col. Le tondeur met le genou droit en terre , et appuie la tête de la brebis sur le genou gauche replie. Se baissant ensuite , il commence à tondre à la poitrine 5 il va en remontant, et dépouillant le fanon et la gorge jusqu’à la joue gauche. II enlève ensuite la lame de la partie postérieure du col, et tond l’épaule gauche en descendant. U attaque ensuite l’autre côté, et tond en descendant jusqu’au flanc droit. Il revient ensuite à la poitrine, et tond la laine du ventre. Il lui est indiffèrent après cela, de tondre la droite ou la gauche, parce qn’ifmanie également, bien les ciseaux des deux mains, et il arrive des deux côtés à l’épine du dos, toujours en gagnant du côté de la croupe. Lorsqu’il est arrivé aux cuisses, il couche la bête sur son flanc gauche, il place le pied droit sur le col de l’animal, et le gauche vers les jambes de derrière de la I DES BREBIS. 234 brebis, pour achever la cuisse et la jambe droite. Il retourne enfin la bêle pour faire la meme chose à la cuisse gauche (i). » (1) Il est difficile de se bien représenter, par cette description, les avantages de cette tonte circulaire., maintenant réputée en Angleterre la meilleure méthode. Si Ion tond avec des forces ( et il est difficile de Croire qu’une tonie aussi rapide puisse se faire avec des ciseaux) U surface du corps de la bête tondue doit être très-inégale, ou bien l’économie de la laine est une illusion. Les forces ayant, au moins, quatre pouces de lame, font à chaque coup une taille de trois à quatre pouces. Cette taille étant en ligne droite sur une surface convexe ne peut tondre très-près qu’en un seul point. — Donc, il semble que toutes choses d’ailleurs égales, on doit mieux réussir à tondre raz lorsqu’on donne le coup des^* rces dans le sens de la longueur de l’animal, qu’en tondant de manière à arriver des deux côtés à l’épine du dos. Pour la race d’Espagne, il y a beaucoup d’importance à tondre raz, sans cela il y a une perte notable de laine. Il faut se défier de la ruse des tondeurs qui, après avoir enlevé la toison à grands coups de forces, laissent le corps de la bête tout sillonué de bandes inégales, repassent ensuite partout pour égaliser la surface : on comprend que c’est autant de laine perdue. Il faut également se défier de la méthode par laquelle un tondeur qui emploie les forces, recoupe à chaque coup qu’il donne , une partie de la laine que le coup précédent avoit laissée trop longue, par l’elfet de la convexité du corps de l’a ni- i) rs Bmrrus. P” Tf 200 )) Le prix commun étoil d’un shelling par douzaine avec de la bière deux fois par jour. On paie à présent un shelling et demi ; mais la plupart de nos bergers tondent parfaitement. Nous avons obtenu d’eux de tondre également de la main droite et de la main gauche : cela donne une grande facilité au tondeur. » La' tonte des troupeaux en Espagne commence avec le mois de mai. IJ y a des bâtimens destinés à celle opération , et on en lire race aux individus qui en pro- )) viennent. La petitesse des os , une peau (1) Dishley éloit le nom de sa ferme. DES BREBIS. 2D9 )$ mince, et une forme semblable à celle d’un )> tonneau , indiquent la faculté' de prendre la » graisse promptement et avec une quantité » de nourriture comparativement peu considé- )) rable. )) Bakewell trouva ces principes , d’après sa propre expérience , et ses réflexions. Il n’y a pas de doute que sa théorie ne, soit bien fondée; car le succès de ceux qui l’ont mise en pratique, et la généralité de son adoption en Angleterre, ont mis hors de doute l’excellence de ses principes. Le but principal d’un engraisseur , est assurément de faire prendre la graisse aux animaux le plus promptement, et aux moindres frais qu’il soit possible , et c’est ce qui a donné cette prodigieuse valeur à la forme de Dishley, comparativement à la forme des autres animaux , soit qu’il s’agît de la race de Dishley pure, ou de l’emploi des individus pour croi- semens. Mais les hommes sont sujets à abuser des meilleures choses , et à tirer des conséquences exagérées de leurs théories favorites. C’est un fait que la forme des animaux de Dishley, en favorisant la disposition à prendre promptement la graisse, nous fait perdre une certaine quantité de viande , et en altère la qualité. Il est de fait aussi, que les animaux de Dishley sont moins longs que ceux de certaines st4o DES DREBIS. races estimées : ce dernier objet est important relativement an poids des animaux. II semble que ce soit une chose absurde, en effet, que de faire de la graisse, le seul objet de l’éducation des moutons , et de pousser cet engrais jusqu’au point où la chair devient pres- qu’immangeable. Si l’on interrompt à moitié cet engrais rapide, la chair est très-médiocre. D’ailleurs, cette graisse extérieure, trop promptement acquise , n’a jamais la même qualité que celle des animaux engraissés lentement. Il est bien vrai que cette viande extraordinairement grasse rassassie davantage, et est par conséquent plus économique que l’autre ; mais il ne faut pas oublier qu’il se perd une grande quantité de cette graisse. Je me souviens de m’être trouvé à un dîner, où l’on servit un gigot de dix-sepl livres : le fermier qui avoit engraissé ce mouton , avoit obtenu un prix. Je demandai que l’on mesurât la quantité de graisse qui avoit découlé du gigot à la broche. 11 y en avoit deux pintes et demie. Outre cela , la viande nageoil dans la graisse fondue. Ce qu’on appeloit des tranches de gigot, n’étoit que des plaques dégraissé molle. Certainement s’il y avoit eu dans ce gigot, sept ou huit livres de viande , au lieu de la même quantité de graisse, on l’auroit mangé avec plus de 1 plaisir, DES BREBIS. S»4l plaisir, et de profit. Nous avons vu dernièrement des rétractations authentiques dans la bouche des avocats les plus ardens, du nouveau système d’engrais. On a beaucoup re’pe'le' que la graisse étoil la meilleure nourriture pour les gens de peine ; mais c’est pourtant un fait, que les ouvriers refusent de manger la viande de mouton lorsqu’elle est d’une graisse excessive, à moins qu’ils n’aient point de choix. On a remarque' avec raison contre la race de Dishley , que la disposition à la graisse empêche les brebis d’être aussi fécondes et aussi bonnes nourrices qu’elles le sont dans d’autres races. On ne s’avise plus de soutenir à présent, Gomme cm l’a fait long-tems, que la race de Dishley peut subsister sur les communaux les plus maigres. Enfin, on connoît au vrai les avantages de cette race ; et quant aux croisemens , ces avantages demeurent très-grands. Les caractères extérieurs de la race de Dishley, sont, un corsage extrêmement plein ; une physionomie douce; une tête longue et étroite; un nez qui se prolonge en avant, de longues oreilles placées en arrière ; des épaules pleines et larges ; des jambes de longueur moyenne ; de très-petits os; une petite queue; une toison qui recouvre bjen tout le corps, qui a six à sept pouces de long, et qui est la plus fine d« Tome 9. ' Q DES BJIEBLS. toutes les laines à peigner de l’Angleterre. Le Jlanc de devant, c’est-à-dire, l’espèce de tablier de peau et de graisse qui est au bas du poitrail ^ est singulièrement grand dans celte race. Sa viande a le grain plus fin que celui des autres grosses races ; mais elle est assez insipide. On dit, ( et les caractères exte'rieurs semble- roient l’indiquer,) que Bakewell commença à former celle race, en croisant celle de Ryeland avec les Lincoln. L’ame'horalion , pour arriver au point où elle est parvenue quant à l'objet particulier qui e'toit la graisse , a dû prendre une longue suite d’armées , à moins que le hasard n’ait singulièrement bien servi Bakewell. Il n’y a aucun endroit de l’Angleterre où la race de Dishley n’ait pénétré. Avec quelques exceptions , les croisemens de cette race ont généralement réussi. Tout le monde a entendu parler des prix élevés auxquels on a vendu et on vend encore , 1 les beiiers de la race de Bakewell. On sait que cet habile fermier a loué pour une seule année son fameux Relier Two-pounders, à raison de huit cents guine'es, en se réservant le service de son propre troupeau, évalué à quatre cents guinées par les agneaux qui en provinrent, c’est- à-dire, pour un seul Relier, la rente de 1200 DES BBEBIS, 243 guidées. Celte branche d’industrie s’est extrêmement étendue depuis Bakeyvell. Il est prouvé que , dans les provinces du centre, il y a actuellement, dix mille fermiers qui donnent ou reçoivent à loyer, au moins un belier à 10 gui- nées pour la saison. Les beliers que l’on loue voyagent dans les mois de septembre et d’octobre sur des voitures couvertes et à ressort. On en met jusqu’à quatre dans la même voilure. Ils font de vingt à trente milles par jour, et on les transporte souvent à Cent lieues de distance. Ce loyer des beliers crée des profits considérables et est extrêmement avantageux aux provinces du centre. Depuis qu’on possède des races précieuses , on a perfectionné les soins de régime et de nourriture d’hiver (i\ Les exhibitions qui se font en octobre dans le voisinage de Leicesler sont intéressantes et instructives pour un véritable amateur. (i) C’est un grand moyen de perfectionner l’agriculture lorsqu’elle est déjà à un certain point , que d’introduire, dans un pays, les races précieuses. L’introduction des mérinos en France fera probablement plus pour étendre la culture des prairies artificielles, de laquelle dépend l’abondance des fourrages d’hiver, qne n’auroit pu faire un autre moyen quelconque d’en- couragetnent. 2 44 BES BREBIS. Celte race porte sa graisse en-dehors, et donne'' moins de suif que d’autres. Elle vit moins long-tems ; mais ces défauts ne se communiquent point aux métis qui en proviennent lorsqu’on ne donne qu’un seul croisement. Lettre de M. Ch. Ferd. Moree à M. Ch. Pictet. Corgémont, i8 septembre t8o5. Monsiear, Yods avez, l’année dernière, donné une place dans votre Journal à ma notice sur mon troupeau de mérinos. — J’ai l’honneur de vous en adresser une de cette année, que j’ai faite pour les comices agricoles de ce Département. — Elle pourra peut-être vous paroître digne de figurer à côté de tout ce que l’on a déjà dit des mérinos, et servir à confirmer l’utilité de leur entreprise. Je vous prie, Monsieur, de recevoir l’assurance de ma considération très-parfaite. Ch. Ferd. Moree. SUR LE TROUPEAU DE CORGÉMONT. <245 Compte rendu du troupeau de Mérinos de Corgémont dans une des vallées du Jura. i8o5. J’ai rendu compte, il y a un an, du succès de l’entretien de mon troupeau de mérinos à Corgémont. On e'toit tellement imbu de l’ide'e qu’une telle entreprise devoit être difficul tueuse dans un pays de montagnes comme le Jura, qu’il n’e'toil pas inutile de démontrer le contraire. Deux objets fixoient à-la-fois mon attention; l’amélioration des bêtes à laine du pays , et l’établissement d’un troupeau de race pure. J’ai fait'marcher ces deux objets de front. J’ai des brebis communes destinées au croisement, et j’ai des brebis d’Espagne. Je vais d’abord dire quelque chose de l’effet des croisemens ; je parlerai ensuite de mon tronpeau de race pure. Les produits que j’ai obtenus par le moyen des croisemens sont très - satisfaisans. Mes agneaux métis ont à peine huit mois, et déjà ils sont aussi grands que leurs mères. Mais ce qui les distingue surtout, c’est la finesse de leur laine ; et c’est sous ce rapport que l’entreprise des croisemens est en particulier recommandable. Il faut voir ccsagneaux, pour croire 246 NOTICE SUR LE TROUPEAU à leur beauté. Leur laine est au moins de la moitié' plus fine que celle de leurs mères. A la seconde génération elle le devient des trois quarts; dans cette proportion jusqu’à la quatrième ou cinquième génération, où elle atteint, à peu près, la finesse de celle des brebis de race pure. Le poids des toisons augmente avec la finesse de la laine. Mes métis de première génération m’ont donné cette année une moyenne de ml quatre livres et demie par tète, en suint; cette quantité doit nécessairement s’accroître à mesure que les toisons deviennent plus serrées et plus fines. LdÊ agneaux qui sont provenus du croisement de mes beliers avec les brebis du troupeau commun de Corgémont, sont également très- beaux. Cette commune est la seule du Département qui possède, en fait de bêtes à laine, des sujets améliorés. Ou ne voit point avec indifférence le grand nombre de métis qui se font remarquer dans son troupeau. — Et d semble que l’avantage de cette amélioration devroit porteries autres communes du Département à se procurer des beliers mérinos pour perfectionner leurs bêtes à laine. — Quel sujet d’intérêt n’offriroit pas le Département si toutes les Communes qui ont des terrains propres à l’en- DE GORGÉMONT. 247 tretien de ces animaux , se livroient à ce genre d’industrie ! 11 est à souhaiter du moins que les cultivateurs zélés profilent des moyens qui existent, pour exercer celte industrie, chacun en particulier. Ce qui ajoute du prix à l’entreprise des éroi- semens, c’est que les métis, qui en résultent reçoivent de leurs mères une constitution ap- proprie'e au climat. Quoique les mérinos prospèrent sous tontes les températures et dans toutes les positions, cependant les métis ont l’avantage d’être d’une acquisition moins coûteuse, et de pouvoir être mis, sans danger à l’épreuve de toutes sortes de tems, et de circonstances. Ils n’exigent d’autres soins que ceux que tout cultivateur attentif donne à ses brebis ordinaires. Plusieurs personnes m’ont demandé mon avis sur la meilleure manière d’entreprendre la spéculation des bêtes à laine : ou de commencer par des croisemens, ou de s’attacher d’abord à la race pure? Je leur ai toujours conseillé le premier parti, comme celui qui exige le moindre capital, qui expose à moins de risques, et qui est le plus facile. — Ce sera peut-être leur rendre service et exciter l’intérêt des Comices de ce Département, de mettre sous leurs yeux un étal exact des frais qu’entraîne dans ce pays 248 NOTICE SUR UE TROUPEAU l’établissement d’un troupeau de croisement ^ et du produit que l’on en tire. Je suppose que l’on achète cent brebis communes. Ces cent brebis à 12 fr. la pièce, l’une dans l’autre, coûteront.fr. 1200 Deux beliers mérinos pour le service de ce troupeau , à 45 o fr. le belier (1). 900 Ajoutons à ces prix d’achat les frais d’établissement de la bergerie.1200 Total du capital . fr. 33 oo Voici maintenant les frais d’entretien pour l’année. Foin , trois cent cinquante livres par tète, à 3 fr. le quintal.fr. 1071 Paille, deux cent cinquante quintaux, à 2 fr. le quintal. 5 oa Soixante mesures de son. 6* Un quintal de sel. g Frais de garde et de nourriture du berger. ... 372 Tonte et faux frais. 24 Total . fr. 2 o36 (1) Ce prix est celui d’un beau belier. Il faut même donner davantage pour un belier très-distingué. DE CCmOÉMÜÏST. Rentrées cle Vannée. Tonte de cent brebis du pays, trois cents livres, fr. 450 en suint, à 1 fr. 5o cent, la livre, Tonte de deux beliers mérinos, seize livres en suint, à 3 l’r. la livre, 'Valeur de cent agneaux métis de première gé- 24oo 3oo nération, 24 fr. pièce. . . . Valeur de cent chars de fumier Total.fr. 3ii)8 Frais à déduire . . 2036 1162 Reste qui font l’intérêt du capital de 33oo fr., soit un peu plus de 33 pour cent par au. Cet intérêt doit nécessairement augmenter au bout de la deuxième année, car alors les antenois ou antenoises donnant des toisons plus fines que celles de leurs mères, ces toisons vaudront au moins le tiers , ou près de la moitié plus que les dernières; en sorte que si celles-ci se vendent à raison de 1 fr. 5 o cent, la livre, en suint, celles-là se vendront au moins 2 fr. 10 cent, la livre (1). Je ne pense pas porter trop haut le prix d’un métis de première génération en le mettant à (1) On paie volontiers 60 cent, de plus la livre de laine des métis de première génération, v 25O NOTICE SUR UE TROUPEAU 24 fr. J’en ai vendu à 5 o fr. Et quand on considère que la toison de ces animaux pèse environ cinq livres en suint, et vaut par conséquent 10 Ir.'on demeurera convaincu qu’eu egard surtout à leur faculté reproductive et améliorante , ils ne sont pas chers à ce prix (1). Un troupeau de mérinos est un établissement plus cher et qui exige des soins plus considérables. Mais on est largement récupéré et des avances de fonds qu’il demande, et des peines qu’il exige. Je vais rendre compte de l’état du mien et de la rente qu’il m’a donnée cette année. Mes brebis avoieut pris le belier l’année dernière en juillet et août. Elles ont aguelé cet hiver en décembre et janvier. J’aurois désiré que l’époque du part se fût trouvée plus reculée , mais il auroit fallu retarder celle de la monte et je ne l’avois pas fait. J’estime que dans ce pays il est plus avantageux d’avoir les agneaux en février et en mars qu’en décembre et janvier. — En voici la raison. (1) Le métis mâle ne doit point avoir de faculté reproductive ; il n’est bon qu’à faire un mouton : Je garder ou le vendre pour étalon, c’est mettre dans la circulation une pièce de fausse monnoie, ce qui n’étoit sûrement pas l’intention de l’auteur de la lettre, mais il ne sentoit pas encore l’importance de la castration des. métis. (Janvier 1810. ) DE CORGÉMONT. 25l Le pernicieux usage de la jachère nous empoche de cultiver une quantité suffisante de légumes et de fourrages verts pour suppléer au foin pendant l'Iiiver. Nos brebis n’ont donc guères d’autre nourriture en hiver que du foin et du regain. Ces fourrages ne donnent pas cependant une nourriture aussi suhstancielle que ceux qui sont verts , il en résulte que les brebis ne sont pas de si bonnes nourrices , et que les agneaux ne se développentpassi promptement. On peut en partie obvier à cet inconvénient par de meilleures affourées et une provende plus forte. Mais ce supplément de nourriture coûte , et l’on trouveroit mieux son compte à retarder dans ce pays le part des brebis, de manière qu’il n’eût lieu qu’à l’approche du primeras. Les agneaux ont vite regagné par un jet vigoureux l’avantage que peuvent avoir sur eux , ceux qui sont plus pre'- coces. Je fais donner du son et du sel à mon troupeau toute l’année. J’y ajoute de l’avoine pour les mères lorsqu’elles allaitent, et pour les agneaux lorsqu’on les sèvre. L’hiver ayant été long , mon troupeau a été renfermé plusieurs mois de suite dans la bergerie , sans en sortir que pour aller à l’abreu- » voir. Je n’ai pas remarqué que cette réclusion NOTICE SUR UE TROUPEAU 252 ait nui à sa santé ; et il faut bien qu’elle ne soit pas funeste puis que dans plusieurs endroits on a pris le parti de garder ces animaux toute l’année dans la bergerie. Cette année est une des plus malsaines qu’il puisse y avoir, pour les bêtes à laine. Des pluies presque continuelles, une atmosphère toujours humide, une terre trempe'e d’eau, ne sont pas des choses qui leur conviennent beaucoup, et c’est ce que nous éprouvons dans nos môntagnes depuis long-tems. Mon troupeau n’en a ressenti aucun inconvénient. Il n’y a même aucun des individus qui ait éprouvé des incommodités aux pieds. Mes agneaux ont bien réussi. Je viens d’en peser deux. L’un pèse ^5 livres et l’autre 47. On a décrit les dimensions de quelques beliers. L’un de ceux de Croissy a 27 pouces 8 lignes de hauteur sur le garot , 3 pieds 10 pouces de circonférence , 3 pieds 3 ^ pouces de long, et a pesé n 3 livres. Un autre, arrivé récemment d’Espagne, avoil 25 pouces 5 lignes de hauteur, 3 pieds 5 pouces et demi de circonférence , 3 pieds 2 pouces de long et a pesé 73 livres. Le fameux Pierrot de M. Pictet a 26 pouces 6 lignes de hauteur, 5 pieds 10 pouces 6 lignes de longueur, 4 pieds 2 pouces y lignes de circonférence et pesoit i 42 livres. 3DE CORGÉMONT. l 255 J’en ai mesure' deux des miens. L’un a 2 pieds 5 pouces 9 lignes de hauteur sur le garot, 5 pieds 8 pouces de long, 5 pieds u pouces 6 lignes de circonférence et a pesé 112 livres. L’autre a 2 pieds 3 pouces de hauteur, 3 pieds 61 pouces de long , 3 pieds 10 pouces de circonférence. Ils ne cèdent donc, ni en hauteur, ni en pesanteur aux plus beaux beliers. J’ai fait tondre mon troupeau à la fin de mai. La quantité moyenne de laine que j’ai obtenue a été de 6 livres 2 onces par individu. C’est moins que je n’ai eu l’année dernière, et j’eu aurois été surpris , si je n’apprenois que partout, et même à Rambouillet, les troupeaux ont moins donné de laine cette année que les années précédentes. On en attribue la cause à la qualité trop aqueuse des pâturages. Du reste, mes toisons n’ont point dégénéré en finesse. Le fabricant à qui je les ai vendues les a trouvées si belles qu’il me les a payées à raison de 5 fr. 47 centimes la livre , poids de marc, en suint. C’est plus, comme l’on sait, qu’on ne les a jamais payées. Voici le compte des frais de mon troupeau pour cette année. » Trente-neuf bêtes pures, en comptant quatorze agneaux pour sept bêtes adultes, m’ont mangé pendant l’hiver fi 54 SUR LE TROUPEAU DE CORGÉMONT. cent trente-cinq quintaux de foin; c’est trois cent cinquante livres par tête. Le quintal à 3 fr. c’est.fr. 4 o 5 Soixante et dix quintaux de paille, à 2 fr. i 4 o Avoine, deux quintaux. 16 Son, trois quintaux et demi, à 5 fr. le quint. 17 5 o c. Sel, soixante livres. g 5 o c. Frais d’estivage, à 3 fr. par tête. 117 Gage et nourriture du berger. 3j2 Tonte et faux frais. 24 fr. 1102 Cent quatre-vingt-dix livres poids de marc en suint, à 5 fr. cent, la livre.fr. 66o Six autres livres plus sales. 18 "Valeur de quatorze agneaux, à 84 fr. la pièce. 117S "Vendu un belier. 3oo Fumier, trente chars. 90 Total .... 2244 Frais à déduire. 1102 Reste.11 42 qui font l’intérêt d’un capital de 6000 fr., 19 pour cent par an. J’ai évalue très-bas le prix de mes agneaux de cette année. J’en ai vendu plus cher, et les agnelles valent assurément davantage.— Pour peu que je les eusse appréciées plus haut, l’intérêt de mon argent se monteroit au 20 p. r C’est, je pense, tirer un bénéfice honnête de ce troupeau. Observations de Ch. Pictet sur la Maladie des Moutons appelée en .Angleterre Foot-rob ( pourriture des pieds ). [Octobre i8o5.J Je crois rendre service aux propriétaires de troupeaux en appelant leur attention sur une maladie qui, à ma connoissance, n’a été' décrite par les vétérinaires d’aucun pays, et qui jusqu’ici paroîl avoir été inconnue en France*. Voici à quelle occasion je l’ai observée. Au mois de mai i8o4, je reçus de Piémont un troupeau de deux cents brebis métisses de deuxième et troisième génération. Les bêtes arrivèrent en bon état; mais il y avoit quelques boiteuses. Le troupeau fut placé avec une centaine d’autres mélissesdansune montagnè basse, dont le pâturage étoit sain et de bonne qualité. On ne fit pas grande attention aux boiteuses, parce que les moutons, en voyageant, boitent souvent de fatigue, et que cette indisposition * L,e piélin , ou la piétine , ou le fourchel , dont Carlier et d’autres ont parlé, est une maladie légère, non contagieuse, et en tout très-différente de celle que je vais décrire. S&6 MALADIE DES PIEDS se dissipe par le repos. Je n’avois reçu aucun lot de bêtes Espagnoles qu’il n’y eût eu quelques boiteuses à leur arrivée, et jamais cet accident n’avoit eu de suites. Cependant les bêtes boiteuses e'toient de plus en plus incommode'es, et chaque jour d’autres brebis commencoient à boiter, sans qu’aucune des premières se gue'rît. Ne soupçonant pas de contagion, nous attribuâmes cette disposition à la nature rocailleuse du pâturage , au passage frequent que les brebis faisoient d’un ruisseau pour aller paître, et à ce que la litière de la bergerie n’étoit pas assez fréquemment renouvele’e. Nous pourvûmes à ces divers objets, et cependant la maladie fit des progrès dans le troupeau. Au bout de six semaines toutes les bêtes, sans en excepter une seule, e’toient boiteuses, au moins d’un pied et, quelques-unes étoient prises des quatre jambes. Elles se traînoient sur les genoux pour pâturer, et les plus malades maigrissoient à vue d’œil. Il devint indispensable de rapprocher ce troupeau de tous les secours que nous pouvions lui donner. Le transport qui étoit d’environ six lieues, se fit avec beaucoup de peine, beaucoup de tems, et avec l’aide de plusieurs chariots pour les bêtes les plus malades. Maigre' tous les soins possibles dans le voyage, il en périt DES MOUTONS. 257 périt plusieurs qui étoient tombées dans le marasme, et qui ne purent soutenir cette fatigue. Les divers individus qui compôsoient le troupeau présentoient à l’observation tous-les degrés de la maladie : ils peuvent se réduire à trois principaux. Les bêtes chez lesquelles le mal s’éloit manifeste récemment boitoient peu, paroissoient sans fièvre , et avoienl conserve' de l’appétit. L’inspection du pied n’offrait qu’un peu de rougeur à Ja reunion des doigts, ou un léger suintement autour du sabot , quelquefois même seulement de la chaleur au pied boiteux, sans aucune irritation apparente. Les brebis qui avoient la maladie au second degré boitoient tout bas, avoient de la fièvre , paroissoient tristes, mangoient mollement, et souvent à genoux lorsque les jambes de devant se trouvoient attaquées. L’inspection du pied offrait une ulcération plus ou moins apparente, soit à la fourchette ou réunion des doigts, soit à la sertissure de l’ongle en-dedans ou en-dehors du sabot, ainsi que l’écoulement d’une sanie blanchâtre et fétide. Les bêtes chez lesquelles la maladie avoit atteint le troisième degré, avoient une fièvre continue 5 elles étoient maigres, tristes, ne se levoient qu’avec effort, et perdoient leur laine. L’ulcération des pieds éloit envenimée, Tome g. ■ R MALÂDIE DES PIEDS 2 58 et ressemblent à une gangrène blanche. Des dépôts purulens formés sous le sabot, se fai— soient jour par la réunion des ongles à la peau. Chez quelques bêtes le sabot éloit détruit ou détaché en totalité, et la chair des deux doigts du pied, comme du talon et de la fourchette ne formoit qu’un seul ulcère. Chez d’autres le sabot avoit tenu, parce que l’écoulement de la matière purulente s’étoit fait jour par la sole et l’avoit rongée et complètement détruite. Dans ce cas , l’intérieur du pied, lorsqu’on le renversoit pour l’examiner, n’offroit qu’une masse putride remplie devers, et contenue dans la boîte du sabot. La chair et les ligatnens paroissoient sphacelés, et détruits, et la carie attaquoit les os du pied : la puanteur étoit cadavéreuse et insupportable. Nous nous attachâmes d’abord à classer et séparer les bêtes , selon le degré de la maladie. Les lotions antiseptiques de vin rouge, de vinaigre, de décoction de quinquina, et d’écorce de chêne, furent employées, ainsi que les fumigations d’acide nitrique, pour affoiblir la disposition putride, et seconder l’effet des remèdes curatifs. On m’avoit indiqué du Piémont le vitriol de cuivre en poudre, comme un des- sicatif caustique et très-utile au commencement de la maladie , pour en prévenir le progrès. DES MOUTONS, 25g Il fut employé, ainsi que le vitriol martial , sans un succès bien marqué, sur les bêtes qui n’étoient encore atteintes que foiblement : il est probable que l’iulluence contagieuse dont nous n’avions pas appris à nous défier assez, de'truisoit l’effet de ce remède. L’acétite de plomb, ou extrait de saturne, 1 fut employé avec plus d’avantage. Le beurre d’antimoine fut utile pour dessécher les plaies, et la pierre infernale pour brûler les mauvaises chairs , lesquelles se reproduisoient promptement après les incisions qui-accompagnoient le nettoiement complet des pieds. Le traitement d’un troupeau nombreux, réduit à cet état devient extrêmement embarrassant. Quatre bergers et plusieurs aides ont e'té employés à soigner les trois cents brebis boiteuses, et c’a été pour tous un travail extrêmement pénible. Chaque bête devoit passer tous les jours par les mains de l’un des bergers, ou de leurs aides. L’examen des pieds , le nettoiement complet, l’application des remèdes prenoient du tems , il falloit nourrir à la bergerie les bêtes qui e'toient dans l’impossibilité d’aller au pâturage. Il falloit répandre le fourrage dans la bergerie, parce que les bêtes malades n’avoient ni la force ni la volonté de s’approcher des râteliers, il falloit renouveler *• t / 200 MALADIE DES PIEDS souvent la litière, et parfumer les bergeries plusieurs fois le jour, précaution qui n’em- pèeboit pas que Ja puanteur ne fût insupportable à ceux qui ne s’y ctoicnt pas accoutume’s par le pansement journalier. Ce n’est pas tout. Les agneaux survinrent, avant que nous fussions maîtres du mal. Beaucoup de brebisavortèrentjou firent des agneaux foibies qui ne vécurent pas. D’autres agneaux périrent, parce que les mères manquoient de lait; et enfin , ceux qui survécurent prirent la malailie, ce qui compliqua singulièrement les difficultés. Celte maladie a duré environ trois mois dans toute sa force, et pendant un an entier, il y a eu des bêtes boiteuses dans le troupeau. Si l’on calcule la perte des bêtes mortes de marasme, la perte des agneaux, et les frais extraordinaires d’un traitement aussi long et aussi embarrassant, on se convaincra que le claveau lui-même , tout terrible qu’il est, est une maladie moins fâcheuse que la pourriture des pieds, lorsqu’elle est envenimée et générale dans un troupeau. Avant d’indiquer les moyens de prévenir et de guérir ce mal, je ferai connoître un fait qui montrera jusqu’à quel point il est contagieux, ctcombieu ilimporte d’exagérer les précautions DES MOUTONS. 201 pour s’en mettre à l’abri. Les beliers qui avoienl été à la montagne avec le troupeau malade prirent la pourriture des pieds. Ils furent soignes à pari; et au bout de quatre mois, après avoir passe’, à plusieurs reprises, par tdutcs les operations nécessaires, ils parurent guéris. Ils avoient encore cependant les pieds tendres , et ne marcboient qu’avec peine, mais comme le sabot avoit bien recru, et qu’il n’y a voit plus d’apparence d’ulcération, 011 les ramena à por- te’e d’un troupeau espagnol. On les établit sous un appentis sépare' par un mur de la bergerie des brebis. Quelques-uns de ces beliers con- lirmoient à manger au râtelier à genoux, ce qu’on atinbuoii à ce que la sole n’étoit pas encore consolidée; mais au bout de quinze jours, on s’aperçut que le suintement de la matière purulente recommençoit à la sertissure des ongles. Ils furent alors transportés dans line infirmerie , pour y subir de nouveau Je traitement des autres bêles. La paille sur laquelle ils avoient couché ne fut pas enlevée; et le troupeau Espagnol ayant passé ensuite sous cet appentis la pourriture des pieds s’y manifesta environ quinze jours après. Les soins les plus actifs, les séparations rigoureuses, et toutes les précautions que je vais recommander dans le traitement, empêchèrent que la ma- 262 MALADIE DES PIEDS ladie, dans ce troupeau-là, ne parvînt au second degré; mais je ne crois pas qu’une seule bêle y ait échappe’. Précautions et traitement. Toutes les fois qu’on reçoit un troupeau étranger, il convient de le tenir séparé jusqu’à ce qu’on soit sûr qu’il n’apporte point de contagion de claveau ou de galle. La précaution n’est pas moins bonne contre la pourriture des pieds; car lors même qu’il n’y a aucune bêle boiteuse dans un troupeau arrivant , il se peut qu’il y en ait quelqu’une qui ait été imparfaitement guérie pendant la route , et dont le mal ne tarde pas à se développer de nouveau. S’il y a des boiteuses, il faut les examiner avec soin. Quelquefois la bêle boite évidemment par une autre cause que celle de la pourriture des pieds. Dans les routes eu lems humide , la boue se fixe entre les doigts du pied, et se durcissant ensuite, blesse le talon ou la fourchette, ce qui fait boiter l’animal. L’inspection suffit pour reconnoître si c’est à celte cause qu’est dû l’accident. Quelquefois les brebis boitent par l’engorgement de la glande située entre les doigts du pied : c’est la maladie du piétin ou fourchet, qui se guérit souvent d’elle-même, ou par l’enlèvement de DES MOUTONS. 265 In glande : elle n’est pas contagieuse. D’autres fois, on ne découvre rien en examinant le pied , et la bête boite par l’effet seul de la fatigue, le repos suffit à la remettre. Mais lorsque le lieu d’où les bêtes viennent est suspect , quant à la maladie des pieds, il ne faut pas se tranquilliser trop aise'ment sur ce qu’il n’existe pas d’ulcération au pied boiteux. La chaleur du pied est un indice certain qu’il se forme sous le sabot un abcès auquel il faut donner un écoulement. La bête doit être rigoureusement séparée, et le pied doit subir l’opération que je décrirai loul-à-l’beure. Si l’ulcération est manifeste, soit à la fourchette, soit autour du sabot, en dedans ou en dehors, il faut nettoyer le suintement de la sanie avec un linge , puis passer sur la plaie une plume trempée dans l’eau de Goulard, ou y répandre de la poudre de vitriol bleu. Pour empêcher que la fiente, l’urine, et la terre n’enveniment la plaie, il convient de mettre le pied malade dans une bottine dont la semelle est de feutre ou de cuir, et dont la tige, en toile, s’attache autour du paturon de la brebis. Cette précaution n’est pas seulement favorable à l’animal malade : elle prévient la contagion , laquelle paroît surtout se communiquer par le pus ou la sanie qui découle des I s64 MALADIF. DF.S PIFDS ulcères sur la litière des bergeries. Mais dans les cas où le mal se trouve place' entre les doigts du pied, il importe que la semelle de la bottine qu’on met à la bête malade soit suffisamment grande, pour que les doigts aient leur écartement naturel quand le pied repose a terre: s’ils sont serrés l’un contre l’autre, le mal s’envenime au lieu de se guérir. Lorsque Je mal se trouve renfermé dans la boîte du sabot, le pied est extrêmement douloureux, sans qu’il en paroisse rien en dehors. La bêle ne sVppuie point sur la jambe, et cependant le pied a l’air d’être sain. En le tenant dans la main , on s’aperçoit que le sabot est chaud : on peut s’en assurer par comparaison avec les pieds dont l’animal ne souffre pas. Il faut s’attacher alors à découvrir de quel côté est l’abcès ou l’ulcère intérieur qui fait souffrir l’animal. Pour cela il faut presser avec le pouce, et légèrement, le pied de la brebis, tout autour de la sertissure de l’ongle : puis successivement la sole et le talon. Lorsqu’on presse sur l'abcès, la brebis fait un mouvement (pii indique le siège du mal. C’est là qu’il faut inciser avec un canif bien tranchant, de manière à faire sortir la matière accumulée, et mettre la chair à nu. Quand la plaie a saigné quelques tnomens, on y passe une plume avec de DES MOUTONS. 265 l’eau fie Goulard, ei on met la bottine, telle que je l’ai indique'e ci-dessus. 11 arrive quelquefois qu’en pressant du pouce les diverses parties du pied qui sont susceptibles de céder à l’effort, on ne découvre aucun endroit sensible qui décèle le loyer du mai : cela vient de ce que l’abcès se trouve sous une des laces du sabot dans la partie où la corne a le plus de dureté et d’épaisseur. On ne peut alors que tâtonner; et on est expose à inciser inutilement le sabot et à iatre de larges plaies avant de trouver le mal. 11 faut dans ce cas attendre un jour ou deux, en examinant souvent le pied malade. La matière de l’ulcère ronge en descendant, et la sole devient sensible dans l’endroit où il convient d’inciser. On met l’ulcère à découvert en entamant la lace du sabot dans la partie où cela est nécessaire: on nettoie l’ulcère avec des plumasseaux, et avant de mettre la hotline , on lave la plaie avec de l’eau de Goulard. En général, on ne doit pas craindre de tailler dans le vil, et de faire saigner les pieds malades. La corne du sabot se réüéncre avec une singulière promptitude. J’ai vu souvent des pieds dessolés, d’autres dont les laces du sabot avoient été enlevées, d’autres enlin dont le sabot entier avoit clé détaché, et qui cepen- 266 maladie des pieds dant étoient plus promptement guéris que dc& pieds dont l’ulcère e'ioit à peine visible. Il semble que, dans cette maladie, les sucs qui fo urnissent à la régénération de l’ongle, ou du sabot, se portent sur cette partie avec plus d’abondance que dans l’état de santé. J’ai observe que quand le mal est néglige, et que la sole étant rongée, l’ulcération tient tout l’intérieur du pied, les faces extérieures du sabot s’allongent tellement qu’elles se croisent de deux ou trois pouces par dessous le pied, faisant ainsi à l’animal une espèce de bottine sur laquelle il peut s’appuyer avec moins de douleur. Quelquefois les faces s’allongent en s’écartant, et le pied prend des formes monstrueuses. Le pansement doit être répété tous les jours avec la plus grande régularité. Il consiste à ôter la bottine, et à nettoyer la plaie avec de l’eau de Goulard. Il ne faut pas négliger d’examiner les autres pieds d’une bête malade, parce que souvent le ruai passe d’un pied à l’autre, et que l’irritation est déjà sensible à l’œil avant que la bête boite du pied nouvellement atteint. Quelques gouttes d’eau de Goulard préviennent alors le progrès du mal. Quand la maladie est prise à tems, 1! est rare que cinq à six jours ne suffisent pas pour DES MOUTONS. 267 la guérir. S'il a fallu enlever une grande partie du sabot, ou dessoler le pied, il faut plus de tems, parce qu’aprèsque la corne est régénérée, il faut encore qu’elle prenne assez de consistance pour que l’animal puisse marcher sans boiter. Tant qu’on observe un peu de suintement et que la plaie n’est pas cicatrise’c et sèche, lors même que la bête ne boiteroit plus , elle n’est pas guérie, et elle pourvoit porter la contagion dans le troupeau dont or» l’a séparée pendant la duree du traitement. On ne doit la remettre dans le troupeau que lorsque le pied est complètement guéri ; et alors il faut toujours, au préalable, laver avec du vinaigre les quatre pieds de la brebis. Malheureusement cette maladie est sujette à de frcquens retours. J’ai vu souvent des bêles qui paroissoient bien guéries, et qui'après avoir marché droit pendant huit ou quinze jours, reprenoient le mal. Celles qui l’ont eue, loin d’en être plus à l'abri, y sont, au contraire , plus exposées. Cela peut provenir de la nature du traitement. Les répercussifs dont j’ai fait usage ne font que comprimer le mal ; et jusqu’à ce qu’on ail trouvé un spécifique dépuratif, ou un remède qui étouffe le fermeqt développé par la contagion, l’on sera probablement ex- 268 MALADIE DES LIEES posé à voir le mal reparoîlre plusieurs fois chez la même bête. II importe de mettre une extrême vigilance pour placer les bêles dans l’infirmerie, et les en ôter à propros. Dans la saison où les brebis ne sortent pas de la bergerie, on ne découvre' les boiteuses qu’un peu difficilement , et quelquefois lorsque le mal est déjà ancien de quelques jours , en sorte que la tnaladie peut s’être communiquée à d’autres bêtes , avant que Ja malade ait été séparée. Lors donc que l’on soupçonne un levain de cette contagion dans un troupeau, il faut le faire sortir tous les jours, quel te ms qu’il fasse, nu moins dans, un enclos où l’on puisse voir marcher les bêtes. Une autre attention qu’il faut avoir, c’est d’ôler de l’infirmerie le plus promptement possible les bêtes dont les pieds n’offrent plus aucune ulcération ; parce qu’en y restant après avoir été guéries, elles peuvent reprendre la maladie de celles dont les pieds sont en suppuration. Les fumigations d’acide nitrique sont salutaires pour prévenir l’odeur, et peut-être aussi pour hâter la guérison des ulcères. La plus grande propreté dans les bergeries, le soin d’aérer l’infirmerie, et d’y changer fréquemment la litière j sont également utiles. Il faut DES MOUTONS. 26g veiller à ce que la paille enlevée de l’infirmerie ne soit pas placée dans un endroit où les bêtes saines soient exposées à passer; car, ainsi que je l’ai éprouvé, ce passage suffit pour donner la maladie. Lorsque les précautions sont prises et les soins suivis, ainsi que je viens de l’indiquer, il n’y a aucun danger que la maladie prenne les caractères sérieux dont j’ai la fâcheuse expérience. Ils ne sont devenus tels, que parce qu’on ne s’est point délié de la contagion, et que les soins ont été donnés trop tard. Il vaut la peine assurément de les prendre à tems, et avec toute l’activité possible pour éloigner un fléau , que les Anglois ont appelé the arrassing diseuse (la maladie harrassanle ), et qui est bien nommée, par rapport aux bergers surtout, car elle les excède de fatigue, et les condamne pour long tems, au travail le plus dégoûtant et le plus ingrat. Tout ce qui tient à la connoissance de cette maladie, absolument nouvelle en France, et que d’après les informations prises, j’ai lieu de croire inconnue en Espagne , est extrêmement important pour les propriétaires de troupeaux mérinos ou métis. J’espère que ceux qui auront* occasion de faire des observations sur la pourriture des pieds et son traitement, voudront 5?° , MAEADIIJ DES PIEDS bien les publier, car il y a encore beaucoup à apprendre sur les moyens de la guérir. J’ai obtenu de la complaisance d’un homme de l’art , en Piémont, un Mémoire succinct concernant cette maladie, et donc je vais donner la traduction. « Les brebis, et surtout celles à laine fine, » sont sujettes à un panaris contagieux qui les » empêche de pâturer, et qui, à cause de la » douleur et de la suppuration qu’il occa- » sionne, leur donne une fièvre continue , la- » quelle augmente le soir. Elles maigrissent, » et perdent la laine. Les beliers manquent w d’ardeur pour l’accouplement , les mères w perdent leur lait, les agneaux sont foibles et » meurent de consomption. » » Il y a trois espèces de panaris, lesquels se » succèdent. La première espèce a son siège w sous l’e'piderme, entre les deux doigts du )) pied. On voit la bêle boiter. Si on empoigne » son, pied, on le trouve plus chaud que de « coutume , et il a de l’odeur. En examinant » la bifurcation des doigts on y découvre un » suintement. )> m La seconde espèce de panaris a son siège )) sous l’ongle. Dans ce cas, le boitement, la » chaleur, l’odeur, et la fièvre ont plus d’in- » tensilé. » DES MOUTONS. 5271 )> La troisième espèce attaque les phalanges, » ou les os du pied. Elle n’a lieu que par la )) négligence à soigner les deux premières. » Tous les symptômes en sont plus fâcheux, et » la gue'rison en est très-difficile. » » Les causes de la maladie sont les voyages, j) les séjours dans les endroits marécageux, » le mélange des moutons avec les cochons, les O 7 » bergeries humides et dépourvues de litière. » » Soins préservatifs. i.° Eloigner les causes }) ci-dessus. 2. 0 Séparer immédiatement les )> bêtes malades des bêtes saines. » n Cure de lapremière espèce de panaris .— )> Dès que le berger s’apercevra du mal, il n essuyera exactement l’endroit affecté, avec )> un linge, et y répandra du vitriol de Chipre » en poudre. » » Dans la seconde espèce de panaris, il faut w couper toute la partie de l’ongle qui est dé- » tachée de la phalange. On commence par )> couper à la pointe de l’ongle, et en se rap- » prochant du talon. Cette opération doit se » faire en tranchant successivement des cou— » cites minces de la corne, et passant le canif » entre le doigt et l’ongle (lequel n’y est pas )t adhérent) sans blesser le doigt. Une fois » l’ongle enlevé, et la chair mise à nu, on voit )) le réceptacle du pus contagieux. Quelquefois 273 MALADIE DES FIEDS DES MOUTONS. » il a déjà ronge' profondément, et alors il i) faut nettoyer l’uleève jusqu’au fond, en con- * )) tinuant à tailler peu-à-peu, » « Pour nettoyer la plaie, mise ainsi à dé- )) couvert on plonge le pied dans une eau v assez chaude pour qu’on y puisse difficile— )) ment tenir la main. On le retire et le re- )) plonge plusieurs fois de suite, sans le laisser » plus de quelques iustans à chaque fois. On )> essuie avec un linge, et on passe sur la plaie w une plume trempée dans de l’acide muriati- )> que. On laisse la hôte dans une bergerie où « la paille soit abondante, pendant vingt- i) quatre heures. Le lendemain on ne la met » au pâturage que dans des endroits exempts >r de pierres et d’épines. Tous les soirs on )) visite les pieds de l’animal, et s’il s’est re- D forme' des ulcères, on renouvelle le traite- « ment. Il faut que celui-ci se fasse le soir, afin v que le repos de la nuit en confirme l’effet. » )) Le panaris de la troisième espèce est d’une D extrême difficulté' à guérir. Il faut, ainsi que )) pour la seconde espèce, tailler l’ongle, puis » mettre à nu et racler l’os carié, sur lequel » on applique un bouton de feu, ou fer rouge, » de grosseur et forme convenables (1). (1) Je n’ai reçu le mémoire ci-dessus que lorsque Lettre 27 j Lettre de M. Maunoir à M. Ch. Pictet. Genève, le ta décembre i8o5. Monsieur, Vote, le Mémoire sur le tournis ; je m’estimerai heureux si sa publication hâte le moment où rie nouvelles decouvertes rendront cette cruelle maladie moins fâcheuse à des animaux qui deviennent tous les jours plus pre'cieux. Il y a encore prodigieusement à faire, pour que toutes les circonstances qui accompagnent, et iious n’avions plus à soigner des bêtes bien malades. La manière d’opérer avec le bistouri pour mettre à découvert les plaies, y est très-bien décrite. L’analogie du traitement des panaris pour l’homme, indique comme « efficace l’immersion dans l’eau très-chaude, ainsi que la recommande l’auteur; et le nettoiement complet des ulcères sur lequel il insiste, est extrêmement important. Je regrette les détails instructifs qu’il auroit pu ajouter sur ce sujet, devenu singulièrement intéressant par la multiplication des nier!nos eu France. Je demande instamment aux propriétaires soigneux de me faire parvenir, ou de publier par une autre voie, leurs observations sur celte maladie, et les moyens de la..guérir. Tome g. S i 27-4 SUR UE TOURNIS surtout qui precedent le tournis soient parfaitement connues. Je crois que l’iiisloirc de la dernière opération faite sur une agnelle seroit une addition utile, puisqu’elle me paroîl confirmer l’importance des pre'cautions à prendre contre l’accès de l’air sur le cerveau. Je trépanai celte agnelle , le mardi 5 novembre , devant MM. Audéoud et Humbert fils. Aussitôt que la dure-mère fut coupée , l’hydalide souleva l’arachnoïde qu’on voyoit parsemée de belles ramifications de vaisseaux sanguins. Je fendis cette membrane d’un léger coup de bistouri, et la vésicule sortit et se développa promptement. Elle éloit d’un volume énorme , et laissa un vide formé dans une anfractuosité du lobe gauche du cerveau, qu’un œuf de poule auroit à peine rempli. Je touchai du bout du doigt cette surface nue, et l’animal eut des mouvemens convulsifs. Je le pansai de la manière ordinaire , et on le reporta mort en apparence dans la bergerie ; cependant il se leva au bout de quelques minutes et mangea ; le lendemain cette agnelle n’avoil plus l’air malade j le surlendemain et les jours suivans , elle accompagna les autres moulons au pâturage , et annonça une santé parfaite. On vint pluiseurs fois à la ville m’annoncer qu’on la croyoit tout- à-fait guérie. Je voulus la voir, et j’allai à Châ-; DES MOUTONS. 2y5 telaine le septième jour de l’ope'rntion. I! éloit tard et je devois rentrer à la ville. Je rencontrai le troupeau revenant du pâturage , et la brebis tre'pane'e cheminant gaîment parmi les autres. Son appareil n’avoit pas ètè touche depuis l’o- pe'ration. Je désirai voir l’état des parties opérées. J’essayai d’enlever la charpie el les étoupes, qui imprégnées de sang formoicnt une masse dure et solide sur le crâne. L’effort que je fis pour la soulever, parut causer beaucoup de douleur à l’animal , et j’aperçus que j’avois r’ouvert une plaie foiblement consolidée -, je ne continuai pas mes recherches 5 je rappliquai la bande sans avoir rien vu , et la brebis reprit tristement le chemin de la bergerie ; elle fut malade le soir même , et le lendemain elle resta dans un assoupissement qui dura jusqu’à sa mort, qui arriva le soir. On m’apporta sa tête le jour suivant, et je trouvai la lèvre citerne de l’incision à la peau déchirée et saignante. La cavité formée par la présence de l’hydatide, remplie par le cerveau revenu sur lui-même, et ce •viscère gangrené dans toute sa surface. Sa substance interne même paroissoit avoir participé à celle gangrène générale. Il me semble que les conclusions à tirer de cette histoire sont toutes naturelles : , Lorsque je voulus ôter l’appareil qui recou- SUR UE TOURNIA 276 vroit la tête de l’animal, sa santé' paroissoit pai* faite, je décollai par mes efforts une partie d’une cicatrice foible encore, je donnai accès à l’air dans l’intérieur du crâne, le cerveau s’enflamma , et se gangrena avec une promptitude remarquable. Ma curiosité m’a causé de vifs regrets ; mais j’espère qu’à l’avenir l’expérience que j’ai acquisse , et plus de prudence, me donneront les moyens de vous dédommager sur de nouveaux malades, de la perte des moutons chez lesquels le trépan n’a pas été suivi de succès. Agréez , Monsieur , etc. J. P. Maunoir. Mémoire sur le Tournis -des Moutons. Par J. P. Maunoir , D. C. Le degré de curiosité que nous inspirent les phénomènes qui se passent sous nos yeux , dépend moins de leur rareté que de ce que leur* cause nous est plus inconnue et est plus difficile à concevoir. Les lois qui régissent les corps organisés, sont sujettes à des exceptions apparentes , qui semblent-déranger l’harmonie générale , et nous donner l’idée du désordre } DES MOUTONS. 277 mais d^ns le fait, ces anomalies, ces exceptions ne doivent que nous rappeler les bornes de nos vues, la foiblesse de nos moyens poulies expliquer. Nous pouvons facilement imaginer que l’air, les alimens ou les boissons, apportent dans les poumons ou dans les intestins, des germes d’animaux diflerens, qui trouvent dans ces cavités, toutes les circonstances favorables à leur développement. La naissance de la lingualule dans les poumons du lièvre, des taenia, des lombrics, des ascarides, dans toute la longueur du tube intestinal , n’a donc rien qui doive nous surprendre ; mais que des animaux naissent et se développent dans des cavités inaccessibles à l’air et aux alimens, c’est un de ces phénomènes que nous admirons sans le comprendre, et qui présente à notre esprit étonné un problème qu’on est peut-être bien loin de pouvoir résoudre. Le tæniahydatigena capsulaire, qu’on trouve dans le parenchyme même du foie de la souris, les douves des vaisseaux biliaires du foie du mouton et les bydatides du cerveau du même animal, sont autant d’exemples de ces jeux de la nature. Des recherches sur le taenia du foie de la souris peuvent présenter un résultat extrêmement intéressant au naturaliste , mais les 278 SUR IX TOURNIS travaux que réclame l’art vétérinaire sur la douve et l’hydalide du mouton sont moins destinés à satisfaire la curiosité qu’à répondre à un motif d’intérêt, qui devient tous les jours plus puissant, surtout si ces travaux n’ont pas tant pour but l’histoire de la douve ou de l’hydalide que la recherche des moyens de délivrer le mouton de ces êtres malfaisans, en le guérissant de la maladie dont leur présence est la cause. C’est principalement de la maladie du mouton, appelée Tournis, qui est causée par la présence d’utie hydatide dans le cerveau , que je m’occuperai dans ce Mémoire. On a beaucoup dit, et peu fait, sur la cause de celle maladie ; j’avoue que plus j’ai médité sur ce sujet , et moins j’ai pu y rien concevoir. Il me semble très - difficile de comprendre, qu’un coup sur la tête , une nourriture particulière , l’action long-tems continuée des rayons du soleil , celle d’un air froid ou humide ou toute autre circonstance qu’on pourra imaginer, puisse favoriser la naissance et le développement d’une foule de petits animaux logés dans une capsule membraneuse, et flottant dans un liquide transparent. L’Iiisloirè de ces hyoatides nous ofl'riroit-elle la démonstration de la possibilité des naissances spontanées, ou bien les germes de ces tænia seroient-üs charriés et ap- DES MOUTONS. 27g portes par le sang? Ne pourrolent-ils se développer et vivre que quand le cerveau a été slïoibli 1 ... . J’attends pour me former sur ce sujet une théorie plausible , d’avoir uu plus grand nombre d’observations, ou peut-être qu’un hasard inattendu , mette quelque physiologiste heureux dans le cas du philosophe de Syracuse. Cependant j’ai cru que l’importance de ce sujet devoil m’engager à ne pas attendre plus long-tems à faire connoître ce que j’en ai appris, espérant que la publication de ce travail attirera quelque communication, qui pourra faire arriver plus promptement et plus sûrement au but propose. Venons à des faits ; c’est après les avoir exposes, qu’on pourra en de'duire quelques principes generaux. M. Boisier-Fahri avoit à Ruth un belier mérinos de dix-huit mois, attaqué du tournis depuis cinq. Tous ses contemporains éloient de beaux , grands , vigoureux animaux ; il étoit resté petit, maigre , languissant, il tournoit à droite , tomboit souvent, et avoit de la peine à se relever. On l’envoya à Châtelaine -, le lendemain de son arrivée je le vis tomber sur l’herbe et rester comme mort pendant plusieurs minutes, la tête renversée et le museau en l’air. Je le trépanai le xo juillet i8o5; j’ouvris le 280 SUll LT3 TOC UNIS crâne sur le pariétal gauche , précisément derrière la corne , et le fragment d’os emporté laissa voir une assez grande portion du lobe gauche , et du sinus longitudinal -, la dure-mère parfaitement intacte ne faisoit nulle saillie , et celte portion du cerveau couverte de sa membrane paroissoit fort saine. 11 sembloit .que j’avois manqué la place de l’hydatide. Cependant j’étanchois le sang, et en même lems je comprimois légèrement le cerveau, quand tout- à-coup on vit paroîlre vers la partie postérieure de l’ouverture , et entre le crâne et la dure- mère , une vésicule grande d’abord comme un petit pois et d’une apparence perlée. Cette vésicule s’agrandit insensiblement, se développa comme un ballon qu’on remplit d’un gaz, et apiès avoir recouvert toute la portion de la dure-mère qui étoit à nu , elle parvint enfin an volume d’un œuf de pigeon. Cependant elle n’éloit point encore libre , et comme elle ne grossissoit plus], j’exerçai sur elle de légers mou- vomens de traction. La vésicule se rompit, le fluide aqueux se répandit , et j’amenai le reste de l’hydatide après avoir éprouvé.pour cela une certaine résistance : cette portion adhérente étoit celle dans laquelle se trouvent les petits tænia. Je puisai l’animal et on le porta dans sa litière, où il resta couché une vingtaine de mi- DES MOUTONS. 28l nutes, mais où il mangea tout de suite avec avidité des feuilles de vigne qu’on lui donna a lit main. Au bout de ce tems, il se leva sur ses jambes et mangea au râtelier : le pouls qui , avant l’operation , e'toit à 70 se trouvoit au même nombre d’abord après, mais plus foiblc. Depuis ce moment, il n’a plus tourne, et a constamment mange de bon appe'lit au râtelier ; au troisième jour la cicatrice de la plaie faite par le tre’pan e’toit parfaitement guérie , et au septième il fut-au pâturage avec le troupeau. Le quinzième il parut moins gaî que de cou-» tume , ce jour-là le soleil e’toit brûlant, et il y fut sûrement trop expose' : il ne tourna cependant pas, mais il tomba et resta peut-être deux minutes dans une espèce d’évanouissement. Le berger le saigna à l’oreille , et il se remit fort vite. Le lendemain il n’a voit pas l’air d’avoir été malade. Dès lors il fut à peu près tous les jours, deux fois, à un pré distant de vingt minutes de la bergerie, marchant toujours à la tête du troupeau. Sa taille se développoit, ses cornes s’allongeoient, il prenoit de l’embon point, sa santé paroissoit parfaite, lorsqu’au trente-huitième jour de l’opération , il revint * gonflé du pâturage , et mourut très-prompte- incnt avant que j’eusse pu le voir -, il paroît, d’après le rapport du berger, qu’il avoit beau-' eoup souffert, avant même d’être gonflé. ( I 23'2 SUR IÆ TOURNIS J’ouvris son cadavre le lendemain malin , voici ce que j’observai ; La cicatrice du tre'pan tres-solide , la peau dans cel endroit intimement unie à la dure-mère ; l’ouverture faite au crâne irrégulièrement diminuée d’environ la moitié, par la régénération de l’os. La dure-mère ne présentant nulle part aucune espèce d’altération ou d’ouverture, par où l’iiydatide ait pu passer, de sorte qu’il paroît prouvé, que cette vessie e'toit placée entre le crâne et la dure-mère. Le cerveau dans un état naturel et sain et sans la plus légère marque qui annonçât qu’un corps étranger y eût jamais été logé. J’ai conservé les pièces. La poitrine e'toit saine. La panse ou grand estomac éloit prodigieusement météorisé, et lapins grande étendue des intestins vides d’air et d’alimens , resserrés, et dans un tel état d’inflammation, qu’ils étoient noirs dans quelques endroits. Cette ouverture prouva que ce mouton e'toit mort d’une inflammation d’entrailles ; que s’il eût été saigné et ponctionné à tems, il est probable qu’on l’auroil sauvé. Au reste , ce qui me paroît avoir favorisé celte maladie , c’est la grande quantité d’avoine qu’on lui donnoit tous les jours , pour le dédommager, en quelque sorte, des maux qu’il avoil soufferts. DUS MOUTONS. 283 Quelques jours après , M. Albert de Veines, apporta à Châtelaine une agnelle mérinos, âge'e de cinq à six mois, ayant depuis quelque tems lés symptômes du tournis au plus haut degré ; elle e'toit incapable de se tenir sur ses jambes. Je la trépanai le lendemain de son arrivée , précisément à la place où le belier l’avoit été $ le crâne e'toit singulièrement mince, aussitôt qu’un fragment en fut enlevé la dure-mère fit saillie, mais l’hydalide ne parut pas , j’incisai l’enveloppe du cerveau et l’hydatide se montra aussitôt, elle s’agrandit rapidement, mais ce ne fut qu’en la tiraillant avec une certaine force qu’elle sortit entièrement. — Je ne poussai pas plus loin mes recherches, je négligeai de renverser la tête de l’agnelle ; je pansai la plaie. Au bout d’une demi-heure , l’animal se leva et mangea ; mais bientôt il retomba, et au bout de vingt-quatre heures il môurut. A l’examen du cerveau , je trouvai la cavité où avoit été logée l’bydatidc remplie d’une sérosité sanguinolente, et dans les anfractuosités du cerveau , dans deux places différentes, deux autres hydatides, dont une éloit plus volumi- ■> rieuse que celle que j’avois extraite la veille. Cette agnelle auroit-elle vécu si on avoit sorti les trois hydatides ? Il me paroît difficile de comprendre comment le cerveau auroit pu 284 SUR LE TOURNIS revenir sur lui-même et remplir le vide considérable que leur sortie auroit laissé. Huit jours après, M. Pasteur-Fatio envoya à Châtelaine une agnelle métis fort malade du tournis. — Les circonstances de la maladie de l’agnelle de M. Albert m’avoient fait penser qu’une simple ouverture faite avec une couronne de trépan ne mettroil pas toujours une assez grande étendue du cerveau à découvert, pour que dans le cas où il y auroit plusieurs bydatides, on pût toutes les extraire. Je pensai aussi que si on pouvoit en découvrant une grande partie du cerveau, conserver toute la portion d’os soulevée, on abrégeroit la maladie cl on conserveroil au crâne toute sa force. En conséquence de celte idée , j’iucisai la peau sur le sommet du crâne de l’animal, en décrivant les trois quarts d’une cllypse, dont les deux cotés étoient bornés par les rudimens des cornes, je séparai dans la même direction cette peau du crâne et dans l’étendue de trois à quatre lignes, puis je sciai, avec une scie d’une forme particulière, le crâne dans une direction à peu près semblable à celle de l’incision de la peau, de sorte que les trois quarts de l’ellypse que formoit l’incision du crâne étoient inscrits dans celle de la peau. Je soulevai ensuite avec un levier cette partie sciée du crîyie, espérant que DES MOUTONS. 285 sa force d’élasticité re’sisleroit à cette action. Malheureusement il fallut inciser la dure-mère que l’hydatide soulevoit, et en conséquence, élever davantage encore le fragment du crâne, qui se cassa malgré toutes nos précautions : l’hydatide , qui étoit du volume d’un œuf de poule, sortit entière. Je réunis les lèvres de la plaie ; l’animal fut en apparence bien pendant les cinq ou six premières heures, très- ferme sur ses jambes; il mangea de bon appétit; mais au bout de ce tems, les accidens du tournis revinrent avec autant de force qu’avant l’opération, et il mourut dans la nuit. — J’examinai son cerveau le lendemain : il ne renfermoit pas d’autre hydatide , mais le sang des vaisseaux coupés pendant l’opération, ayant continué de couler, je trouvai un très-gros caillot remplissant la place qu’occupoit l’hydatide , et une couche de sang coagulé recouvrant presque toute la surface du cerveau sous la dure- que je dirai ici que la maladie des moutons qu’il a si bien décrite dans son dernier volume , que cette maladie appelée en Angleterre foot-rot , et qu’il croit inconnue en France, n’est, au contraire, que trop connue dans notre Vivarais , sous Je nom de pesogne. 11 y a maintenant un an qu’elle y fut très-commune. Le moyen curatif est à peu près le même que celui indiqué par Monsieur 302 MALADIE DES MEDS votre.parent. Je me suis rappelé' tout cela en gros , à la lecmre de son instruction -, et d’autant plus facilement que celte 'maladie a failli causer à mon frère aîné' une perte assez considérable. Mais afin de pbuvoir vous en parler plus sûrement, je viens d’interroger le maître valet du domaine sur lequel avoit e'tè mis à l’engrais le troupeau dont il s’agit. C’étoit vers la mi-novembre i8o4. L’achat de ce troupeau de plus de cent moutons, avoit été fait à une foire à dix lieues de là. En arrivant, quelques bêtes boitoient. On crut que c’e'toit de fatigue, et il y eut sans doute ensuite bien de la négligence , puisque nous ne fûmes avertis qu’en- viron un mois après , lorsque la maladie eut gagné la totalité des moulons, qui restoient couchés sur la litière, et ne vouloient presque plus manger. Ce fut alors que le maître valet vint en ville demander le linge, le vinaigre, et le verdet dont il avoit besoin pour remédier au mal. Il pouvoit paroître d’autant plus coupable d’avoir attendu silong-tems, qu’il connoît fort bien les conséquences d’un trop long retard en pareille circonstance : il m’a très-bien défini la maladie et ses progrès. Mais, m’a-l-il dit, je l’ai traitée au bon moment. Il m’a expliqué ensuite, qu’avec un canif il faisoit des incisions aux pieds attaqués, partout où la matière pu- DES MOUTONS. 5o3 rulente étoit apparente ou seulement sovtp- çoune'e ; il exprimoit celle matière jusqu’au sang; iavoit la plaie avec du bon vinaigre bien chaud ; la saupoudroil de verdet, et envolop- poit le pied avec un linge qui se raltnchoit sur la jambe. Eu peu de jours, les bêtes furent en état de marcher, elles reprirent l’appétit, et furent assez bien vendues à un approvisionneur de boucheries , vers le carnaval ; ce qui fut très-heureux , car à cette époque , quelques moutons boitoient de nouveau , et si fort que le marchand remit à la quinzaine à les venir prendre. Dans tout cela, il y avoit bien de quoi donner à conclure que la maladie Pst de nature contagieuse , et cependant on n’avoit pris aucune précaution à cet égard !... Nous serons mieux avisés nue autre fois, et nous profiterons des bonnes leçons de M. CharlesPiclet. J’avois son instruction dans ma poche , et sans en avoir parlé à notre valet, j’attendois pour lui en faire la lecture, qu’il eût achevé les détails que je voulois tirer de lui. Il a écoulé cette lecture fort attentivement, et quand elle a été terminée , il a déclaré en son patois : « que ce livre a raison , et qu’il a très-bien di,t. » J'ai l’honneur d’être , etc. Takdy de DA Brossy. MERINOS. r*f f oo4 Lettre de M. To l l e t. (Annales d’Arthur Young.) . Swinnerton-hall, Slajfordshire, io mai i8o5. IjOESQUE, l’année dernière, je publiai quelque chose sur les mérinos, vous me témoignâtes le désir de recevoir de moi de nouvelles observations sur ce sujet, afin de les insérer dans les annales. D’ap rès l’empressement qu’il y eut à la dernière vente publique des beliers et brebis mérinos du troupeau du Roi, et d’après les prix qu’on en donna, je dois croire que le public est aujourd’hui suffisamment averti des avantages de cette race fameuse, pour qu’on désire généralement de l’essayer. La dernière réunion qui a eu lieu chez Lord Somerville , a mis en évidence des faits nouveaux, qui ont pleinement éclairci la grande question sur les mérites et les démérites de cette race de brebis. L’objet que tous ceux qui, comme moi en ont bonne opinion, se proposoient, éloit que le procès fût instruit sans aucune prévention ni pour ni contre : nous cherchions MERINOS. 55o cherchions la'vërité. C’esl la seule manière de travailler pour être mile , dans les choses où il s’agit d’éclairer' l’opinion. Je vais vous donner, Monsieur, lesre’snhats de mes produits en laine, pour l’année dernière. Mon troupeau de race pure Fut tondu le 6 juin. Il consistoit en 16 beîiers, qui rendirent, laine en suint. l5o liv. 52 brebis. tgi | 8 antenoises.. 341 56 Total . . . 556 1 Cette laine assortie en trois divisions, donna 281 livres, supertine. 70 livres , fine et me'diocre. 5 5 livres , ëcouailles. Réduite à l’état dans lequel on trouve la laine d’Espagne dans le commerce , elle rendit R. — i48 livres, qui se vendit 6 sh. 4 d. la livre L. 46 17 4 F. — 34 dites à 5 sh. 3 d. . 8 18 6 T. — 2 dites à 2 sh. 6 d. . » 5 » 56 » 10 C’est-à-dire, plus d’une liv. sterl. par toison. Le jour suivant, je fis tondre mon troupeau Tome g. V 5 o 6 MERINOS. métis. Il consistoit en 18 brebis de quatre dents.' r m * 20 antenoises. Il béliers de quatre dents. 8 arHenois. Total 62 bêles. Les bêtes avoient e’tê lave’es à doS, selon l’usage ordinaire. Elles rendirent 219^ livres de laine, c’est-à-dire, environ 5 livres 8 onc. de laine lavée à dos, par bête. II y eut 16] | livres de superfine. . 55 dites fine et troisième. 3 écouailles. De'graisse’e à fond, celte laine rendit R. — 12g livres, qui se vendit à 4 sb. 9 d. . . L. st. 5 o 12 9 F. — 47 livres , qui se vendit à 3 sh. 9 d. 8 16 5 T. — 2 livres , qui se vendit à l sh. 6 d. 3 )> 9. Total . . 3 g 12 6 C’est-à-dire, 12 sh. 8 d. la toison (1). Sur l’article de la laine , le profit du cultivateur ne peut pas, je pense, offrir de doute ; ( 1 ) La race des mères non croisées donne des toison^ qui se vendent 4 sh. 6 den. (A) MERINOS. 507 Pt comme je suis un agriculteur pratique, je ne regarde qu’au profil ou à la perte pour la solution du problème des mérinos. Si un acre de terré, d’une qualité' quelconque, rend plus «l’argent au moyen d’une certaine race de brebis, cpie oe soit par la laine ou par la viande, ou par les doux choses réunies, cette certaine race doit être préférée. Si l’on peut tripler la rente de la laine et ne pas perdre proportionnellement sur la viande , on gagne : cela est évident. Mais si l’on peut augmenter ainsi la rente en laine, et avoir tout autant de viande avec une quantité' donnée de pâturages,>il est de l’intérêt des particuliers, comme de l’intérêt de l’e'tat, que la race qui présente de tels avantages soit préférée à toute autre. La race des mérinos a ses détracteurs. Considérons les objections qu’on a faites contre son adoption en Angleterre. On a dit : Les fabri- cans Anglois emploient la totalité des laines que l’Angleterre produit ; et, en outre , ils tirent d’Espagne tout ce qui est nécessaire à la fabrication des draps superfins. Mais si l’on adopte la race d’Espagne, on détruira proportionnellement les races indigènes qui produi- roient une quantité de laine égale à celle de l’importation d’Espagne. A présent, je demande s’il convient à l’Angleterre d’importer 5o,ooo I 3o8 MERTNOS* halles de laine à 6 sheli. 6 den. la livre, ou h l shell. 6 den. Je demande s’il ne seroit pas plus facile de se procurer cette quantité' de laine commune, qu’on trouve dans tous les pays , et même en Espagne où il y en a beaucoup, que de se procurer la laine superfirie que l’Espagne seule est en possession de produire. Mais supposons «pie la production de la laine- superfine fût si considérable , en Angleterre , que l’importation en devînt inutile (chose à dé- sirer plus qu’à espe'rer) il ne s’ensuivroil pas que les fabricans Anglois dussent tirer du dehors autant de laine cpi’ils en tirent aujourd’hui d’Espagne; car un des faits les mieux constatés, et qui recommande le plus fortement l’adoption, des mérinos, c’est l’augmentation de la quantité de laine produite par une étendue donnée de terrain. Un étalon merino, avec une brebis de RyeJand ou de South-dovvn, donne un agneau dont la toison pèse un tiers de plus que la toison de sa mère; et à mesure qu’il y a plus de sang merino dans les croisemens, le poids des toisons augmente. Ainsi, au lieu d’importer 3o,ooo balles de laine à 6 shel. 6 den. la livre, les fabricans Anglois n’auroient plus à importer que 20,000 balles à 1 shel. 6 den. ; et au lieu de ne pouvoir acheter qu’en Espagne, ils ache-, teroient dans tout l’uuivers. METITNOS. 5og On a prétendu ensuite , que la laine d’Espagne ne tardèrent pas à dégénérer. Cette opinion ne porte sur aucun fait quelconque , et n’est, je crois, qu’un préjugé. Une anne'e de plus d’expe'rience m’a confirme que notre climat e'toit parfaitement propre à la production de la laine superfine, peut-être l’est-il plus que le climat même de l’Espagne , parce que la température y est plus égale. Je crois d’ailleurs que la qualité de la laine dépend de la j'ace, beaucoup plus que des circonstances de climat, de régime, ou de nature du terrain (t). Tant qu’on maintient la race dans sa pureté, la laine ne dégénère point; mais si l’on emploie des étalons métis avec des brebis Angloises, ou fait rétrograder l’amélioration , ce qui donne occasion de dire , que la laine d’Espagne dégénère ( 2 ). J’ai tenu des brebis de race pure dans un lieu abrité de la vallée de la Severn. Je les ai tenues sur une partie moutueuse du Stafford-sbire ; et je n’ai vu aucun signe quel- (1) La finesse du brin de laine dépend uniquement de la race, c’est-à-dire, du choix soutenu des étalons et des portières; mais le cimat, le régime, et la nature du sol influent certainement sur la longueur, la force, l’élasticité et l’abondance de la laine. (2) Voyez les observations à la fin du morceau suc le choix des étalons. MERINOS. 5lO conque de dégénération dans la laine (1). l’ont au contraire, j’ai déjà élevé des béliers dont la laine est d’une qualité supérieure à celle de l’étalon que j’avois eu du troupeau du Roi, et dont la toison avoit été trouvée fort belle par les plus habiles, fabricans du Royaume. Je puis aussi affirmer que rues beliers de l’année dernière sont plus beaux que ceux de l’année précédente. Si l’on considère que je n’ai qu’un petit nombre de brebis, que par conséquent le choix pour les étalons est limité, ejt que, cependant, j’ai de très-belles toisons, l’on sera convaincu, (i) Si la laine tlevoit dégénérer, je pense qu’il se passcroit plusieurs siècles avar.l qu’elle arrivât à la qualité des laines angloises. Je suppose toujours que la race des mérinos seroit maintenue bien séparée. Je ne doute point que les brebis de Ryeland ne soient descendues des brebis deTarente, tout comme les mérinos. Elles ont comme ceux-ci un goëtre ou fanon, la tête et les jambes garnies de laine, et leurs tournures se ressemblent tout-à-lait. Je n’ai pas de preuves-, mais je raisonne par analogie. Est-il probable que les romains n’eussent établi la race de Tarenle qu’en Espagne, et dans aucune autre de leurs provinces. Apres / vingt siècles, s’il se trouve une différence entre les Roeland, et les outres races angioises, a l’avantage des premières, je l’attribue à leur origine. Si ces mêmes Bvelancl sont inférieures aux mérinos , c’est sans doute, parce qu’on n’a pas soigné le choix, des étalons. (A) MERINOS. 5ll que lorsque les troupeaux purs seront suffisamment nombreux pour qu’on puisse avoir le choix des étalons sur un plus grand nombre d’individus, nos laines, bien loin de dégeue’rer, deviendront plus belles encore. La forme des mérinos a été’ une grande objection conlr’eux. 11 est vrai que leur construction est tout-à-fait diflerente de celle que nous sommes accoutumes à considérer comme la plus parfaite. Doit-on s’étonner que dans un pays tel que l’Espagne, c’est-à-dire, foiblcment peuple', et où il se consomme peu de viande, le mouton ait peu de valeur (t)? La laine est le principal objet des proprietaires de troupeaux ; et l’on y négligé complètement les moulons sous le rapport de la viande. 11 ne faudroit pas, je pense, être surpris de ce que les mérinos arrivant d’Espagne, sont si mal construits: on pourroit, au contraire , s’étonner de ce qu’ou en trouve, sur le nombre, qui ont une construction assez avantageuse. Il y a quelques individus qui ont à peu près les formes que nous avons coutume d’approuver ( 2 ). Chaque (1) Dans quelques provinces d’Espagne ( dit Adam Smith ), on tué les moutons pour la laine et le suif : on abandonne la chair aux animaux carnassiers. (A) (2) Le belier de Lord bomcrville N.° 22 est de ce nombre. (A) MERINOS. 5l 2 année , nous éprouverons le progrès vers la perfection des formes , par le choix soigne' des animaux destinés à en tirer race ; et d’après ce que j’ai déjà vu, j’ose prédire que nous arriverons à une belle forme, plus promptement que cela ne paroissoit probable, vu le petit nombre d’individus sur lequel nous travaillons. La construction étrangère des mérinos a donné lieu à une autre objection (1). On a prétendu que nous perdrions autant sur la viande que nous pourrions gagner sur la laine. Si cela ctoit, si des expériences suivies avoient de-* montré que cette objection est fondée , elle seroil insoluble. Le profit est le premier objet de l’agriculteur $ et à moins de rapporter tout ( 1 ) La grandeur démesurée des cornes des beliers dé-* plaît à ceux qui sont accoutumés aux races sans cornes. C’est la seule race que je connoisse, chez laquelle les mâles aient des cornes, et non pas les brebis. Mais si l’ou veut les mâles sans cornes, on les aura bientôt, parce qu’il en naît fréquemment. Sir Joseph batiks m’a appris qu’il en élevoit de ceux qui n’ont pas de cornes. Avant d’être autorisé de son exemple, je douiois qu’il fût convenable d’ôter ce caractère aux étalons. Mais je suis persuadé qu’il a raison. Ceux»qui ont des armes sont déposés à en faire usage. J’ai eu quelques accidcns par des batailles de beliers. Les mâles sans cornes sont plus pacifiques. En i8o3', j’en élevai un; en t8o4, deux, et cette année, j’ai plusieurs agneaux qui sein filent devoir être sans carnes, (A) MERINOS. 010 à cetle mesure , on ne peut que s’e'garer dans ses calculs. Le nombre des mérinos actuellement en Angleterre est encore si polit, qu’on n’a que bien peu d’expérience sur leur valeur comme viande. Cependant, Lord Somerville a présenté à son exhibition , en mars dernier , un mouton merino de vingt-deux mois , qui a e'te’ egalement admire' pour sa laine et pour sa construction. Il pesoil seize livres le quartier ; et à cet âge c’est beaucoup. . J’ai l’expérience de l’engrais des moutons métis, et le résultat en est très-satisFaisant. J’ai tenu des moutons demi-mennos, demi- Soulh-down, avec des moutons de même âge de la race de South-dovvn. Mes plus beaux moutons me'tis pesoient 24 livres le quartier , et avoient de suif brut. Mes meilleurs South-do'vvn pesoient 22^ le quartier, et avoient 18 de suif brut. Un autre me'tis Ryeland a pese' 27 livres le quartier , et a eu 23 livres de suif. Je n’ai aucun doute, d’après ces premières ex- pe'riences, que nous ne venions à obtenir autant de viande par acre , soit des mérinos , soit de leurs divers croisemens , que nous pouvons le faire de nos races natives. On a encore prétendu que le climat de l’Angleterre ne conviendroit pas à celte race. Je les ai essayés dans des situations extrêmement dif- MERINOS.' 3i4 férentes les unes des autres. Je ne prétends pas les avoir exposes à tout ce que je crois qu’ils peuvent supporter. Je les fais parquer la nuit depuis la fin de novembre jusqu’en mai dans ua parc domestique , où il y a un couvert , sous lequel ils peuvent se retirer s’ils le veulent. Ce couvert est accessible au vent du nord. Je re'pugne à les enfermer dans des étables chaudes; mais j’ai remarque' que lorsqu’ils ont le choix, ils pre'fèrent, d’être abrites à être exposes en plein air. Lathe'orie m’indiquoii déjà que cette race devoit très-bien supporter le climat de l’Angleterre, puisque la toison tassée des mérinos garantit mieux du froid et de l’humidite' que ne peut faire la laine des races du pays. D’après mon expérience, je puis affirmer qu’on est bien payé des soins qu’on leur donne, parce que les pertes sont très-peu considérables. Si j’avois eu suffisamment de place, il eût été de mon intérêt d’appliquer le même traitement à tous mes mérinos. Mes métis de divers croise- mens sont soumis exactement au même régime que niw brebis du pays. Mes étalons mérinos sont, pendant l’hiver, tout le jour dehors, et rentrent le soir dans une cour fermée. Un de ines amis, à qui j’ai vendu quatre beliers mérinos, m’apprend qu’ils ont passé l’hiver entier en plein air, et ont soutenu cette épreuve aussi bien que les moulons de South-down. MISUINOS. 5x5 Quel est l’objet de cette innovation dans Doive agriculture? demandera-t-on. Il y a long- tems que les fabricans sont convenus qu’il leur est impossible de faire du drap superfin qui ne soit de laine d’Espagne pure ; et que tout mélange quelconque, de laine Angloise avec la laine d’Espagne fait perdre au drap de sa qualité. Il Vaut assurément la peine de faire une tentative pour racheter notre fabrication des draps super- fins, de la dépendance où elle se trouve d’une nation étrangère, et même ennemie, pour les matières premières. Réussirons - nous pleinement? c’est ce qu’il faudra quelque teras pour déterminer; mais en attendant, nos efforts seront bien payés par les avantages qui résulteront des croisemeus avec les races indigènes. Le Dr. Parri a éprouvé que cinq croisemeus successifs amenoient la race de Ryeland à tous les caractères des mérinos. Sera-t-il convenable de convertir en celte race la plus grande partie de nos races indigènes? nos expériences ont été faites trop en peut pour qu’on puisse répondre précisément à cette question ; mais les divers degrés d’amélioration produiront dos laines, qui trouveront toujours leur emploi dans nos fabriques. Les étalons mérinos donnent au cultivateur la facilité d’obtenir précisément les qualités de laiuc que les labricans pourront de- 3i6 MERINOS. mander. Il en résultera que les troupeaux de l'Angleterre s’accommoderont exactement , quant à la finesse et qualité' des laines, aux besoins de nos fabriques ; et que , par conséquent, il re'sultera de l’adoption des mérinos, la position la plus avantageuse possible pour l’industrie des troupeaux, et le bien de la communauté ; car l’Angleterre possédera toutes les gradations, depuis la plus belle laine Angloise, jusqu’à la prime Le'onèse (1). Ceux qui réfléchissent pourront juger que, sous le point de vue politique, ce n’est point un objet de petite importance. Les succès des François, dans leur troupeau de Rambouillet, et l’importance qu’ils mettent aujourd’hui, d’après l’expérience de plusieurs années, à encourager les croisemens, dans toutes les parties de leur vaste territoire ; enfin l’influence illimitée qu’ds ont sur l’Espagne, doivent exciter toute notre attention. La Suède, dont le climat paroissoit peu favorable, a réussi depuis près d’un siècle, à naturaliser la race des me- (1) Dans ce moment-ci, toutes les fois qu’il se fait une demande d’une qualité d’uu degré plus fine que la laine de Rjeland, on est obligé d’acheter de la laine d’Espagne de seconde, ou troisième qualité, telles quja les Segovic ei les Sorrie. (A) MERINOS. 5l7 Tinos. LaPrusse, la'Saxe, l’Autriche, et même la Hollande cherchent à établir ces animaux days leur territoire. L’Angleterre , qui, ordinairement, s’empresse d’accueillir tout ce qui a l’apparence de l’utilité’, restera-t-eîîe seule en arrière, au milieu de ce mouvement general de l’Europe ? restera-t-elle indifférente à un objet dont la prospérité’ de son principal commerce , peut finalement dépendre ? Le Roi nous a donne depuis long-tems, l’exemple, et nous a fourni les moyens de suivre à cette belle expe’rience. Je crois qu’on peut tout espérer du zèle persévérant des Anglois. En travaillant dans cette direction , nous aurons le sentiment très-doux de faire une chose évidemment utile à notre pays. G. Toilet. Observations du Rédacteur sur le morceau précèdent, et en particulier sur le choix des étalons. C’est un fait curieux à observer , que la lenteur avec laquelle une innovation d’une utilité évidente et générale se propage dans le pays même où l’on doit avoirle plus de connoissances relatives à l’objet, et lorsque les intérêts des agriculteurs, des fabricans, et de la nation sc trouvent réunis pour faire désirer l’améliora- 5i8 MF-IUNOS, lion. Depuis 1792, il existe un troupeau de mérinos que le Roi d’Angleterre avoit tire d’Espagne, et qui fut mis en expérience à Oallands, sous la direction du Chevalier Banks. D’année en année , la tonte de ce troupeau a pu éclairer les fabricans sur le maintien de la qualité des laines Espagnoles, et les cultivateurs sur l’avantage qu’il y auroit pour eux à adopter celte race. Les uns et les autres se sont refusés à l’évidence aussi long-tems qu’ils l’ont pu. Là, comme en France, les fabricans ont décrié les laines Espagnoles naturalisées; jusqu’à ce qu’enfin leur empressement à les acheter sous main tandis qu’ils faisoient profession de les mépriser , a éclairé le public sur la valeur de ces laines, mieux encore (pie les résultats des expériences authentiques faites par ordre du Gouvernement, et sous les auspices des Sociétés. On voit, par la lettre de M. Tollet, comment, au bout de quatorze ans, les préjugés ont encore besoin d’être ménagés, et à combien de mesures l’auteur se croit obligé pour vanter les mérinos. Quand Lord Somer- ville a publié les rapports de son travail sur cette race , il a aussi cru devoir la vanter principalement sous le rapport des croisemens, c’est-à-dire, comme devant ajouter le mérite de la laine à celui que certaines races indigènes MKRTNOS. 31 9 ont relativement à la facilite fie prendre promptement la chair et la graisse. L’émulation commence ne'atnnoins à s'introduire parnn les grande proprietaires Angîois pour l’achat, et le lojer à haut pris , des étalons Espagnols. Mais jus- cju’ici leur principal luit pareil cire le perfectionnement des toisons, sans rien faire perdre à leurs races indigènes des qualités qui les distinguent, et surtout à la prompte croissance et à la facilité de l’engrais. Ils projettent de donner ce qu’ils appellent un ou deux croisemens (one or two crosses) ou un plus grand nombre , s’il est nécessaire, pour le perfectionnement de la toison, mais de s’arrêter avant que le caractère de la constitution et des formes des mérinos altère essentiellement celui de la constitution et des formes des races indigènes estimées. Cela signifie , qu’après avoir donné les étalons purs jusqu’à la seconde ou troisième génération , l’on donnera les étalons métis de la génération où l’on voudra s’arrêter. Mais, d’après l’expérience de plusieurs parties de l’Allemagne où l’introduction du sang Espagnol est plus ancienne qu’en France , il paroît qu’au moment où l’on cesse de donner des étalons purs, l’amélioration, au lieu de demeurer stationnaire, rétrograde : c’est-à-dire , que le caractère de la race des individus femelles, qui ont servi de 520 MERINOS. souche, ne larde pas à reprendre le dessus. Le principe de ne donner jamais que des e’ialons purs ne paroît avoir été entendu qu’en France : et nous le devons aux instructions, aux soins éclairés et perse've'rans des commissaires de Rambouillet. Il falloit qu’il existât, dans le voisinage de la capitale, le plus beau troupeau Espagnol qui eût jamais été rassemblé : il falloit que ce précieux dépôt fût confié à des hommes éclairés, courageux, désintéressés, perscvérans, qui eussent tous les movens de répandre et d’accréditer les instructions utiles, pour que les beaux résultats auxquels nous sommes parvenus en France, pussents’obtenîren un si petit nombre d’années. Si l’amélioration eût été abandonnée à l’intérêt des cultivateurs, sans les directions convenables , cet intérêt eût été souvent mal entendu , et nous serions encore aujourd’hui peu avancés. Nous aurions fait comme la plupart des propriétaires de troupeaux en Hongrie, en Moravie, en Silésie, en Saxe, et dans presque tout le reste de l’Allemagne : nous aurions cru hâter l’amélioration ou l’étendre plus rapidement, en employant les beaux étalons métis, et nos races ne seroient jamais sorties d’une certaine médiocrité. C’est un fait que nos métis de troisième génération MERINOS. 321 génération provenans de la race de Suisse, ou de Languedoc , portent des toisons plus fines et au moins aussi abondantes, que ce qu’on appelle et vend pour mérinos dans les environs de Stutgard. On appelle nobles, en Allemagne , les animaux qui ont du sang Espagnol, et ignobles, ou roturiers, ceux qui n’en ont pas. Après cette distinction ge'né- rale, on n’en fait guères que d’individuelles, e’est-à-dire, qu’on préféré les animaux bien construits, fins, et bien tasse's, mais sans égard à leur puretéi Il n’existe même de dépôts d’étalons purs, que dans les bergeries des Souverains. On distribue annuellement l’excédent de ce qui est nécessaire aux brebis pures des bergeries du Prince 5 mais celui-ci fait souvent aussi des ventes de beliers métis (1). Cela tient à l’ignorance d’un principe salutaire; car ce ne peut être ni le but ni l’intérêt du Prince d’induire en erreur les propriétaires séduits par la taille ou la toison des étalons qu’on leur propose. Il est de la plus grande importance de continuer à nous tenir en garde contre l’emploi ( 1 ) A la vente publique de Gottesau, en juillet t8o5, on vendit trente beliers métis, à l’enchère, en les donnant pour métis. Tome 9. X MERINOS. 522 des étalons métis, quelle que puisse être la beauté des individus. Aujourd’hui que* par les croisemens, on est arrive' ( surtout dans les environs de la capitale où l’amélioration a commence ) à la cinquième ou sixième génération, il existe en France un grand nombre d’animaux que les yeux les plus connoisseurs ne distingueroient pas des mérinos purs. Cette industrie , qui d’abord e'toit entre les mains des grands propriétaires seulement, des gens qui , par leur éducation, par la considération \ dont ils jouissoient, inspiroient de la confiance, est aujourd’hui entre les mains de tout le monde. Elle devient une affaire de commerce; et c’est aux acheteurs à se précau- lionner contre des fraudes malheureusement très-faciles. Dans tout établissement bien réglé, les mâles métis , quel que soit le degré de l’amélioration, doivent être coupés dans les quatre premiers mois de leur vie. Un étalon métis, quel que soit sa beauté, est une pièce de fausse monnoie destinée à faire des dupes. Cet animal ne communique que faiblement à ses produits le caractère mérinos. On peut en avoir de beaux agneaux, mais l’ensemble de ce qu’il produira sera médiocre, et le troupeau de brebis pures où on l’aura employé sera MERINOS. 5a3 entache de bâtardise, si les femelles provenues de cet étalon sont confondues avec les mcres. Le belier métis n’eût-il e'te' employé qu’une seule année, on verra rcparoîlre, dans la suite, chez quelques individus, le caractère ignoble de la souche femelle dont cet étalon e'toit descendu. Cette observation m’a été confirmée par l’expérience d’un homme, qui conduit des établissemens où l’on cornptoit l’année dernière cent cinquante mille bêtes à laine améliorées par le sang Espagnol ; et qui, par conséquent, a eu sous les yeux un très- grand nombre de faits. L’expérience négative qui a été faite dans presque toute l’Allemagne ne peut laisser aucun doute. Si les étalons purs y avoient toujours été exclusivement employés, les races du pays seraient converties par douze ou quinze croisemens suc*- cessifs en une race qui aurait tous les caractères extérieurs de la race pure, et qui n’en différerait que parle peu de sûreté des beliers Comme étalons. Au lieu de cela, les animaux qu’on y appelle mérinos, portent des toisons dont la finesse répond à peu près à celle des premiers ou deuxièmes croisemens avec la race de Suisse et de Languedoc, ou du troisième croisement avec les races du ci-devant Berry et Dauphiné. Il n’y a en France aucune race 24 MERINOS. indigène donlle quatrième: croisement ne donne des laines plus fine que les prétendus mérinos de plusieurs cantons de l’Allemagne. Cela ne veut pas dire qu’il y ait de mauvaise foi chez les vendeurs; mais ils ignorent que l’emploi des métis comme étalons condamne une race à n’être jamais améliorée qu’imparfailement; et ils manquent d’objets de comparaison pour s’éclairer. On a abusé d’une assertion de MM. Tessier et Huzard pour en conclure que les mâles de la quatrième génération étoient propres à servir d’étalons. Voici cette phrase qui fuit partie de l’article mérinos du dictionaire d’His- toire naturelle imprimé chez Délerville : « Avec » les brebis les plus grossières, alliées de » génération en génération à des beliers Es- » pagnols purs, on arrive à la perfection, )> au plus tard à la quatrième génération. » — M. Tessier a expliqué ( Voyez le cahier de février 1806 des Annales, p. 282 ) comment ce passage devoit être entendu. Ni lui ni M. Iluzard n’ont jamais prétendus que les croi- semens pussent opérer le changement des races communes en race pure, mais le changement de laine grossière en laine aussi fine que celle de la race pure, ce qui n’est pas la même chose. MERINOS. 5-25 Aucun fait probant, aucune expérience suivie, rie terni à établir que les mâles métis, puissent produire la race pure. Non-seulement . cela est oppose à l’analogie et à la vraisemblance ; mais un grand nombre de faits se réunissent pour prouver le contraire; et enfin c’est l’avis des hommes les plus éclairés sur cette partie intéressante de l’économie rurale (i). On ne prétendra pas que les étalons purs puissent manquer en France au service des troupeaux mérinos et métis : il est facile de prouver qu’il n’y a aucun prétexte pour avoir recours à la dangereuse ressource des étalons métis. Dans la notice de M. Tessier relative à l’établissement d’économie rurale de Rambouillet , lue il y a un an à la séance publique de la Société d’Agriculture de la Seine, l’auteur établit qu’il y avoit alors en France 66,oqo bêtes pures et trois millions de métis, provenant de l’établissement de Rambouillet. Il estime que cette quantité peut faire à peu près la moitié de tout ce qui en existe en France : le reste provenant de cinq autres importations. (1) J’ai ouï dire au célèbre M. Cliabert, prof, à l’école d’Alfort, qu’employer un métis comme étalon, c’étoit devider la pelote après l’avoir faite. 5a6 MERINOS. On sait qu’il naît à pou près autant de mâles que de femelles. Ou ne tue tii ne coupe les mâles mérinos : par conséquent il devoir exister, lors du rapport, environ 66,000 mâles mérinos entiers. Des 66,000 femelles pures, supposons qu’il y en eût 4o,OCO en âge de porter. A raison d’un bélier pour 4o brebis, il y a de quoi employer iooo étalons mérinos. Supposons maintenant que, sur les 6,000,000 de métis, c’est-à-dire, sur les 5 ,000,000 de femelles, il y en eût les deux tiers en âge de porter : elles emploieroient 5 o,ooo étalons purs. Il resteroit encore t 5 ,000 béliers purs non ern- ploye's. Cet excédent d’étalons purs augmentera d’année en année, si on ne les emploie pas à commencer de nouveaux croisemens sur les races indigènes : or ces entreprises deviendront graduellement plus rares, parce que la multiplication rapide des purs et des métis , rendra ce moyen moins nécessaire , et la spéculation moi ns séduisante pour les agriculteurs. D’ailleurs chaque étalon fournissant au moins à deux ou trois montes, et le nombre des mâles qu| naissent annuellement étant toujours égal à celui des femelles, l’excédent sera toujours plus fort (1). 11 u’y a donc aucune bonne (1) O a a prohibé la sortie des mérinos mâles, comme ivrrRiNas. 527 raison pour les agriculteurs françois d’employer les belîers métis comme étalons. La prétendue économie qu’ils voudraient faire sur ce point est le plus faux de tous les calculs, et entraîne inévitablement de grandes pertes. Ceux qui seraient disposés à croire de bonne foi que leurs étalons métis peuvent avancer l’amélioration , et qui en vendent en effet dans ce but, doivent s’en rapporter aux opinions réunies de tous les gens instruits sur cette matière, et renoncer à une spéculation mesquine pour eux-mêmes, et très-nuisible au public. Quant à ceux qui vendent pour purs des beliers qu’ils savent métis, ils commettent une frauJe du genre le plus dangereux et le plus condamnable : c’est pis que faire de la fausse monnoie. des femelles. Ce seroit une question à examiner, s’il 11e ■vaudrait pas mieux vendre à haut prix aux élrangers, des mâles qui nous sont inutiles, même comme viande, puisqu’on les conserve entiers, tandis qu’ils tiennent la place des femelles quc’fon pourrait nourrir de plus. O11 n’anroil pas à craindre que les étalons de première dislinction sortissent de l'rance : nous commençons à les apprécier trop bien. •Nota. Je provoque de nouveau l’attention de ceux dont l’avis peul être écouté sur cette question d’intérêt national qui paraît à peine susceptible de doute. [ Janvier 1810, J MERINOS. 5a8 Lorsque l’on compare un belier pur tic construction vicieuse, couvert d’une laine peu tassée , et médiocrement fine, avec un bélier métis très-tasse’, très-fin et d’un beau corsage, on a peine à se persuader que les extraits de celui-ci ne doivent pas être plus beaux que ceux du premier. L’influence du sang des ascendans se manifeste toujours sur un grand nombre de produits; et ceux dubelierpur, maigre'tous les défauts que je lui suppose, auront, tout compense, bien plus de valeur que les autres, ne fût-ce que par la faculté de se reproduire sans dégénération dans la race : chose qu’il faut bien distinguer de l’infériorité accidentelle qui se présente fréquemment chez les individus. Le secret de la formation et du maintien des beaux troupeaux, gît principalement dans le choix des étalons. L’influence de ceux-ci est si grande qu’on n’y regarde jamais de trop près pour faire ce choix. Mais le problème à résoudre dans le choix d’un étalon, est plus compliqué qu’on ne pense. La finesse de la laine, qui est le trait caractéristique des toisons mérinos, est sans doute le premier objet qu’on doit avoir en vue. Mais jusqu’à quel point doit-on lui sacrifier les autres avantages ? — Lu bélier dont la laine est rare et lâche, dont la construction est à plusieurs égards vicieuse , MT'.RINOS. 029 doit-il être préféré pour étalon , parce qu’il est le plus fin de ceux dont on peut disposer? — Un belier bien construit à tous égards, mais dont la laine est fine ^u second degré, seulement, pourra être préféré, si sa laine est tasse'e et nerveuse ; mais devra-t-il l’être e'ga- lement si sa toison est lâche et légère? — Combien doit-on accorder à la finesse? Combien à l’abondance? Combien à la taille? combien au poids? Combien à la vigueur et à la bonne construction? I! y a un autre élément dont on a peu parlé , et qui me paroît avoir une grande importance dans le choix des étalons : c’est l’égalité de la toison dans les diverses parties du cùrps. Lorsqu’on veut juger de la finesse d’un belier, on prend d’ordinaire une mèche de laine sur l’épaule. Mais il arrive souvent qu’un belier fin à l’épaule, est grossier sur le col; et plus grossier encore à la cuisse, et n’a que du jarre entre les cornes. S’il est employé comme étalon pendant deux ou trois années dans le même troupeau , la laine de tous les animaux qui en proviendront prendra le même caractère : c’est-à-dire , que la laine R ou prime , sera très-fine; mais la proportion des F et des T (seconde et tierce) sera considérable, et le produit net, l en ar- MERINOS. 530 gent , des toisons du troupeau , sera en tota-r lite moindre , que si les R etoient d’une nuance moins (inc , et les F et T moins abondantes. II est donc absolument necessaire d’examiner la laine de tout le corps d’un animal auquel on pense pour en faire un étalon j et de bien juger de la proportion des trois qualités de laine qu’il porte. Le tasse de la laine fait une grande différence sur le poids des toisons ; et ce caractère se communique par le bélier , comme tous les autres. Il en est de même de la force, de l’êlasticite’, de la douceur, et de la longueur de la laine. Ces divers points mëritenÇ de l’attention (t). r*-----— (i) Les différences et les nuances dans les laines mérinos sont beaucoup plus nombreuses que l’on ne croit communément, et que ne l’indique la division en trois sortes, comme on rétablit dans le commerce. i.° Il y a des animaux qui ont le suint blanc, et d’autres le suint jaune. A qualités d’ailleurs égales, on préfère les premiers parce que la laine ayant plus d’apparence sur l’animal lorsqu’on entr’ouvre l;t toison pour l’examiner, les bêtes à suint blanc sont d’une vente plus facile; mais les laines à suint jaune acquièrent le même blanc au lavage, et je n’ai jamais remarqué la moindre dif-r férence dans les résultats. 2." Le degré de fin ne se juge bien que par le rapprochement immédiat des me- MERINOS. 55i La construction des étalons demande d’être examinée attentivement; car le troupeau entier ches prises dans des parties correspondantes des animaux que l’on veut comparer. Le genre du frisé de la laine fait quelquefois illusion sur la finesse du brin. Il y a un frisé serré qui affecte uniformément toute la longueur du brin; mais souvent la laine n’est que crêpée sans uniformité. Quelquefois elle s’ouvre en feuillets réguliers lorsqu’on la sépare avec la main sur la bête; ' chez d’autres animaux elle forme l’étoile. Elle est soyeuse ou cotonneuse, douce ou rude, forte ou foible. Lors-, qu’on arrache une mèche, celle-ci reste quelquefois toute ensemble et les brins demeurent disposés comme ils l’étoient sur l’animal : d’autres fois, elle s’épanouit en éventail ou en mouchet ; d’autres fois enGn, les brins qui ont eu le plus de peine à s’arracher perdent leur frisé et dépassent l’échantillon, comme de longs poils lisses. Ils paroissent alors moins lins, et l’observateur superficiel peut les prendre pour du jarre. 3.° La force et l’élasticité du brin de laine sont deux choses différentes. On juge assez bien de la première en essayant de casser , sans secousse, les brins que l’on veut Comparer. Quand la laine est lavée , on connoît sa force en tordant une poignée de laine dans les deux mains, et l’approchant de l’o.reille : si les brins font, en se rompant, un bruit sec, on juge la laine forte. Pour juger de l’élasticité de la laine en suint, on prend une mèche par le bout extérieur, entre le pouce et l’index: pilla tord de l’autre main, et on examine si, au moment où on la lâche, elle reprend avec promptitude sa première position. Quand la laine est la.vée et qu’on 332 MERINOS. prend en peu d’années le même caractère de figure (jue les étalons employés. La grandeur veut savoir si elle est élastique, on en presse une poignée dans la main que l’on ouvre ensuite tout-à-coup : il faut que la laine reprenne Son volume comme à ressort , et non par degrés, comme cela arrive aux laines molles. 4.° La longueur des laines mérinos d’un an de croissance varie depuis un pouce jusqu’à trois pouces et demi. A poids égal des toisons, la laine longue a plus de prix, parce.qu’elle peut faire un fil plus fort à finesse égale. Généralement les laines longues sont moins tassées sur l’animal ; mais il J a des exceptions. En suint, et lorsqu’on les soumet à l’épreuve indiquée ci-dessus, elles paroissent avoir moins d’élasticité; mais c’est une illusion qui dépend de la longueur de la mèche : on les retrouve tout aussi élastiques après le lavage. 5.° Les différentes parties de l’auimal offrent souvent de grandes variétés de laine. Telle bête a la laine fine, cotonneuse et élastique sur l’épaule et les lianes, soyeuse, plus longue, et moins fine sur le garot, grossière mais uniformément frisée sur le cou, plus grossière et mêlée de jarre long à la culotte , en loquets détachés, sous l’encolure, en petite mèches crépues mêlées de jarre court sous le ventre et aux jambes. Selon que l’une ou l’autre qualité domine, la toison a plus ou moins de prix, et quand toutes les toisons d’un troupeau nombreux sont lavées ensemble, on pourroit distinguer, non pas trois sortes seulement, mais sept à huit nuances Jjicn marquées, par la finesse, le blanc, la longueur, le soyeux, le crépu, l’élasticité, etc. etc. Et chacuuc de ces nuaces pourroit s’appliquer ave/; MKTUNOS. 553 Pt la corpulence des brebis mérinos varient tellement selon les soins donnes aux troupeaux, et aux individus, que l’on trouve des portières mérinos depuis le poids de 45 livres, jusqu’à celui d’un quintal, et au-delà; et des beliers adultes depuis 5o à i4o livres, et davantage. La forme caractéristique de la race est peu agréable à l’oeil, et n’est point favorable à l’engrais. Avec des soins soutenus, on peut tout à la fois augmenter la corpulence et perfectionner les formes. Pourvu qu’on ne sacrifie point à ces deux objets, l’article plus essentiel encore de la finesse des toisons, l’on, doit attacher de l’importance à tous deux ( 1 ). avantage à telle ou telle fabrication , de préférence. 6.° Enfin il y a des bêtes qui ont sur tout le corps un mélange de laine fine, de laine moins fine ou grossière, et de jarre. Le jarre, proprement dit, ne se trouve ordinairement pas partout, même sur les bêtes que je désigne-, mais il est abondant sur la tête, sous le ventre, aux cuisses, sur la croupe et sous le cou. (î) Il est fort difficile de ne pas se laisser tenter d’employer comme étalon un merino d’un superbe corsage, et dont la laine n’est pas très-fine. Cela s’est fait souvent, et il en a résulté le préjugé que les mérinos de grosse taille ne sont pas si fins que ceux de petite taille. Si l’on trouve plus d’individus, de finesse médiocre dans un troupeau de forte taille, que dans un troupeau de petite race, également mérinos, c’est 534 mérinos. Les defauts de construction ordinaires aux individus de cette race, sont d’avoir les os gros, la croupe cornue, les jarrets serrés , l’épine du dos saillante et voûtée, les e’paules e’troites, le gigot peu fourni, la côte plate, l’encolure abattue, et la tête grosse. Quelques individus joignent à ces defauts, celui d’être hauts sur jambes, duquel il résulte presque toujours que l’animal est de difficile entretien. Si les objets essentiels étoient la beauté' des formes, la force de la race, la facilité d’entretien, et la disposition à prendre la graisse, il faudroit choisir des e'talons qui eussent les os petits, la tête légtu-e, les jambes courtes et bien d’aplomb, le corps long, large et profond, le dos droit et large, ainsi que la poitrine et la croupe : le gigot charnu, et la côte ronde. Il faudroit, s’il étoit possible, que ces étalons eussent la plus forte taille que comporte la race pure, et fussent d’ailleurs distingués par les accessoires caractéristiques des beaux mérinos, tels que le fanon, le uniquement parce que les étalons du premier troupeau ont été choisis à la taille, plutôt qu’à la laine: c’est- à-dire, qu’on a perdu de vue le principal objet de l’éducation des mérinos, qui est la création abondante des plus belles laines qui existent. MERINOS. 335 toupet, les cornes bien contournées, etc. M;ns tous ces avantages , que l’on peut trouver réunis dans quelques individus pris sur le grand nombre , ne sont que des pièges , si la toison est médiocre ou grossière ; parce que s’d est vrai que l’étalon influe à la longue , sensiblement sur les formes, il est encore plus vrai qu’il influe immédiatement et fortement sur la laine. Le choix demeure toujours une chose compliquée : on ne peut le faire qu’en comparant l’ensemble des avantages, et l’ensemble des inconvéniens. Ceux qui ont de l’expérience savent que les plus beaux beliers sont les moins imparfaits. Comme il importe à l’amélioration que la question du choix des étalons soit bien éclaircie , je vais donner au lecteur, non pas comme modèle à suivre , mais comme exemple de la difficulté de la chose, la copie de mes notes vie cette année relatives à l’examen de dix beliers de trente mois , déjà choisis sur quatre-vingt-cinq. Je dois dire que mes troupeaux sont du type de Rambouillet, c’est- à-dire, de la plus grosse taille que comporte la race pure, et que les animaux qui les composent sont d’une construction beaucoup plus parfaite que celle des bêles qui arrivent d’Espagne. Je dois dire eneore que 356 MERINOS. cet examen, fait le premier avril, n’a précédé la tonte que de quelques jours, parce que ces béliers étant destines à la montagne, dévoient être tondus deux mois avant d’y monter : il en a résulte que leur laine n’avoit que dix mois et demi de croissance, et que leur toison étoit au moins d’un huitième plus légère qu’elle n’auroit été à un an : je dis au moins, parce que le suint ne monte fortement qu’aux premières chaleurs. ( i. er avril 1806. ) Examen de dix beaux beliers de trente mois, dont quatre feront la monte prochaine. ( Nota. Leur laine a dix mois et demi de croissance.) N." 67. « Beau de corsage, sans avoir rien de très-remarquable , cornes larges et belles, assez fin. Laine très-égale et longue de trois pouces àl’épaide, de deux pouces et demi à la cuisse. Celle-ci est presque aussi fine que l’épaule. La mèche de tête ( prise entre les cornes , ) est grossière , mais absolument exemple de jarre. Le caractère de la laine est d’être douce et moelleuse. La toison de dix mois et demi a pesé neuf livres cinq onces. L’animal tondu est un peu mince , mais bien pris, bien d’aplomb sur ses jambes, et sans aucun défaut de construction. » 4 N.° 24 . « Le plus beau de tous pour le corsage. s. I MERINOS. 557 sage. Il a les cornes épaisses et fortes comme un belier de cinq ans. Il a déjà fallu les limer en-dedans, et il faudra y revenir, peut-être les couper pies de la tête ( tare ). Fin à l’e'~ paule , laine de 27 lignes; grossier à la cuisse, lame de 3 o lignes. Très-grossier entre les cornes, avec jarre. Laine douce, moelleuse, cotonneuse. Poids de la toison, dix livres sept onces. . 4 près la tonte l’animal est encore le plus beau de tous. » ]N.° t 4 « Très-bien fait, mais un peu moins gros que les autres; belles cornes, qu’il ne faudra jamais couper ni limer. Fin à l’épaule, mèche de 62 lignes. Presqu’aussi fin à la cuisse, mèche de 3 pouces , assez fin entre les cornes, et sans jarre. Beau caractère de laine. Médiocrement tasse'. Toison de 8 livres et un quart. L’animal tondu n’a pas un de'faut de construction. » N.° 16 « De très-beau corsage. Cornes bien faites. Mèche de l’épaule assez fine, longue de 3 o lignes. Mèche de la cuisse , même longueur et grossière. Très-grossier entre les cornes, mais sans jarre. Une tache noire au bout du nez , de trois lignes de diamètre (1). (1) Les taches peuvent se reproduire dans les agneaux Tome g. Y 338 MERINOS. Toison de neuf livres et demie. L’animal est fort beau tondu. » N." 6. « Bien fait, mais un peu mince ; et il manque de profondeur. Laine de l'épaule de haute finesse, mèche de 28 lignes. Sa culotte est aussi fine que l’epaule du n.° 16: longueur de la mèche , 52 lignes. La laine entre les cornes est fine comme une belle laine mélisse , et n’a pas un poil de jarre. L’animal tondu patoît haut sur jambes. Les cornes le serreront bientôt : il faudra les couper avant un an ( tare ). La toison a pesé sept livres et demie. Je n’en ai jamais vu do plus également fine , ni de plus belle laine. Elle est d’un frisé égal ; douce, souple et nerveuse. Mais l’üuimal paroît de médiocre entretien , et ne se nourrit pas fortement. » N." 37. « Bien fait, mais un peu court. Cornes serrées, déjà limées, et à couper avant un Sri. Laine ,de l’épaule de 33 lignes; fine et frisée. Cuisse assez grossière ; mèches de 5 o pouces. Tête aussi fine que la cuisse, et sans jarre. (Nota. Les bergers ont égaré le numéro de la toison, et on n’a pas pu la peser à part.) Rien de remarquable à l’animal tondu. » -,'S. et sont une raison d’exclusion , à moins d’une prodigieuse réunion d’avantages d’ailleurs. MERINOS. 53 g N." 7. « Le plus grand de tous, et superbe animal dans legenre élancé. Cornes trop petites mais bien placées. Il a, sur tous les points, la forme la plus élégante, excepté qu’il est un peu droit sur ses genoux. Mèche assez fine, de 5 i lignes, à l’épaule. Presque aussi fin à la cuisse : mèche de 127 lignes. Assez fin entre les cornes, et sans jarre. Poids de la toison , huit livres et demie. ^ N.° 8. » Bel animal sur tous les points. Cornes larges, bien placées, et rognées au bout. Ha utc finesse à l’épaule : mèche de 2g lignes. Très-fin à la cuisse : mèche de 3 o lignes. D’une finesse extraordinaire entre les cornes, ou la laine a 52 lignes de long, sans un poil de jarre. Beaucoup de mérinos sont moins fins à l'épaule qu’il ne l’est sur la tête. Toison tassée, douce, élastique, et pesaut neuf livres et demie : poids considérable vu la haute finesse , et qu’il manque six semaines à la croissance. )> N.° 4 g. » Beau, mais rien de très-remarquable. Belles cornes, un nuage brun au bo.ut du nez. Mèche de l’épaule 3 o lignes, assez fine. Mèche de la cuisse, 28 lignes, assez grossière. Mèche de tête grossière, mais non jar- reuse. Poids de la toison , sept livres quatorze onces. » 54o MERINOS. N.° 26. » Très-bien fait, et bien corne’. Laine fine à l’épaule : mèche de 54 lignes. Tout aussi fin à la cuisse : laine de deux pouces ( singulièrement courte pour la cidotte ), extrêmement grossière entre les cornes, et avec quelques brins de jarre. Poids de la toison, huit livres et demie. » Dans la graduation de ces animaux comme e’talons, il n’est pas difficile d’assigner la première place au n.° 8. Mais il n’est point facile de déterminer si le n.° 6 doit le suivre immédiatement. Cependant à l’épaule le n.° 6 est le plus fin ; mais à la cuisse le n.° 8 a l’avantage, ainsi qu’au toupet; et sa toison pèse deux livres de plus. La construction du n.“ 6, quoique régulière et élégante, est un peu légère. Sa constitution ne paroît pas très-vigoureuse. Cet exemple montre combien l’on juge mal des étalons sur des échantillons pris à l’épaule, et envoyés au loin : cependant la toison pourroit être inégale, et ce n’est pas le cas du n.° 6.— II faudra lui faire subir l’opération des cornes. Ses agneaux auront une construction légère, et les cornes serrées. Il faut sa haute finesse , et la précieuse égalité de sa toison pour le faire admettre à la monte d’un trouprau pur de beau choix. Il est possible que la chute et la mise des quatre dents l’aient éprouvé, et MERINOS. 54 i qu’avant la monte, il prenne plus de corsage. Dans trois mois, on le classera avec plus de connoissance de cause. Les n.“ i 4 et 26 se disputent le pas. Memes avantages de figure et de laine. Un quart de livre seulement de différence dans le poids des toisons; et cette différence ne décidé pas la question, parce que le 26 a quelques brins de jarre entre les cornes, et a dans cet endroit- là une laine grossière. Il a un peu plus de taille que son rival, en faveur duquel je me déci- derois cependant, à cause de l'égalité de sa finesse. Il est difficile de se déterminer entre les n.° 67, 24 et 7. L’avantage du très-beau corsage et d’une très-lourde toison est pour le n. w 2‘±; mais'il 11’est fin qu’à l'épaule : ses extraits auront beaucoup de laine F. et T. ( seconde et tierce. ) Ils auront des cornes énormes, et qu’il faudra couper. Le n.° 67 est d’une finesse très- e'gale par tout le corps, excepte' au toupet, qui est pourtant exempt de jarre; sa laine est la plus longue de toutes. Le n.° 7 est de la plus grande taille et de la plus belle tournure possible. Sa laine est longue et très-e’gale; mais un peu moins fine que le n.° 24 à l’ëpaule. Il a treize onces de laine de moins «pie le n.° 67, et 5 i onces de moins que le 11. 0 24 .— l 54a MERINOS. L’un a le corsage, le poids de la toison et la finesse à l’épaule : le second un peu moins fin à l’épaule, a une laine très égale, mais est un peu léger de corps; le troisième, magnifique de corsage, et ayant une toison égale, pèche par le poids de la laine. Il est inutile de discuter les suivans. Mais les détails dans lesquels je viens d’entrer suffiront à montrer que le choix des étalons est une chose difficile et délicate. Un bélier parfait est une chimère; et les étalons de première distinction seront doujours extrêmement rares. On voit ici que, sur 85 animaux pro- venans d’un des troupeaux de brebis pures les mieux choisies qui existe , et d’étalons de la plus grande distinction , dont le choix s’est fait d’année en année, de la même manière, nous arrivons, d’exclusion en exclusion, à un seul animal irréprochable (le n.° 8). El que celui-là même n’est pas si fin , d’une nuance, qu’un de ses concurrens, si l’on les compare par la laine de l’épaule. Ce réshltal est propre à donner beaucoup do défiance sur les assertions de ceux qui vantent l’étalon de leur troupeau comme un animal unique en beauté. lisse trompent de très-bonne foi, parce qu’il manquent d’objets de comparaison : ce n’est qu’à force de multiplier MERINOS. 543 ceux-ci, avec tous les moyens de le\ avoir beaux ; ce n’est qu’eu se formant l’oeil p:W une longue suite d’observations , que l’on peut espérer d’approclier de ce qui est parfait. Tout ce que je viens de dire démontré, je prois, que c’est une fausse route dans la direction des troupeaux mérinos que de s’attacher de préférence à une qualité quelconque qui ne soit pas celle de donner beaucoup de laine superfine. Mr. Tollet nous fournil l’exemple d’une faute semblable, lorsqu’il conseille d’ér- lever des béliers sans cornes, pour étalons. Sans doute il serait avantageux que tous les étalons fussent sans cornes. M ais si sur cent tnAles qui naissent, il y en a deux sans cornes (et c’est je crois tout au plus) comment espérer que ces deux individus auront tout ce qu’on doit demander à un étalon dans un troupeau soigné ? Si par le plus grand hasard, un bélier «sans cornes se trouvoit d’ailleurs un animal très-distingué, comment croire qu’un second, un troisième, un quatrième., que tous les étalons, enfin, nécessaires à un troupeau nombreux, seraient aussi des animaux de première finesse et beauté. Et cependant on ne peut pas lâcher dans le troupeau, pour la monte, des étalons sans cornes avec ceux qui en ont : les forces sont trop inégales. Voilà des raisons 544 MERINOS. 1 d’exclusion suffisantes, dans le cas même où les étalons non cornés produiroient des mâles sans oornes, mais c’est ce qui n’arrive pa£ Lors même que les étalons sont sans cornes, il naît toujours un plus grand nombre de mâles cornés que d’autres : l’expérience en a été laite sur les mérinos. Toute recherche accessoire de figure, pour cette race , ne peut qu’égarer le propriétaire de troupeaux , en lui faisant perdre de vue le principal objet. Ainsi, lorsqu’on s’attache à ce que tous les étalons soient cornés de la même manière, à ce qu’ils aient le toupet également garni, à ce qu’ils aient la physionomie bien encadrée , un vaste fanon , les jambes couvertes de laine jusqu’aux ongles, l’oreille très-petite , ou très-grande , ou marquée de brun aux deux bouts , ou se laisse détourner d’un objet très-important, pour une bagatelle. L’avanlage d’avoir des bêtes fortes, larges, trapues, à vaste corsage^ et à lourdes toisons, n’est pas une bagatelle assurément, mais c’est un avantage subalterne. J’en dis autant de la construction , qui facilite l’entretien et la graisse. Profilons des fautes des Àuglois, qui sont grands amateurs de viande; et visons, avant tout, à maintenir pure et à perfectionner cette race destinée à donner beaucoup de laine MERINOS. '545 superfine. Nous sommes déjà plus avanee’s que dans aucun autre payjs de l’Europe. Garantissons-nous des erreurs qui nous feroient rétrograder j et nous pourrons espérer de l’intelligence, de l’activité et de l’émulation des propriétaires de troupeaux, que la France sera, avant vingt ans, la pépinière des plus belles bêtes à laine qui aient jamais existé dans aucune contrée. DES MOUTON S. Tiré du Complété Grazier, ou Parfait Engraisseur. I armi les animaux que la Providence a destinés aux besoins de l’homme , aucun n’est, peut-être, d’une utilité plus grande que le mouton ; car il nous nourrit, et nous babille, en même teins qu’il fournit une occupation constante aux lamilles, au moyen de la fabrication des laines dans toutes ses branches. Ces animaux encouragent puissamment l’industrie, et donnent à un peuple l’habitude d’un travail qui devient extrêmement productif : la prospérité commerciale de l’Angleterre tient essentiellement à celte cause. Dans l’état de nature, le mouton est un animal vigoureux et capable de supporter la DES MOUTONS. 546 fatigue et l’intempérie des saisons. Il perd une partie de ces avantages parla domesticité, mais il en conserve et en acquiert beaucoup d’autres. Les brebis constituent une partie importante des troupeaux d’un fermier. On a donne' depuis quelques anne'es beaucoup d’attention à l’amelioration des races en Angleterre, et je renvoie le lecteur au tableau ci-après, pour prendre une idée exacte des diffe'rentes varie'te's ainsi que de leurs caractères distinctifs, et des avantages comme des inoonvéniens qui leur sont propres. Quant au choix des individus pour en tirer race , et pour les engraisser avec prolit, les règles générales que nous avons établies relativement aux bêtes à cornes sont également applicables. L’éleveur ou engraisseur doit examiner soigneusement la nature de sa terre , et ses moyens d’entretien et d’engrais. Ce n’est qu’apres cet examen scrupuleux qu’il peut acheter avec connoissance de cause la race qui convient le mieux aux localités de son exploitation. Le tableau des diverses races et variétés connues en Angleterre , lequel se trouve joint ici, lui fournira vraisemblablement des lumières pour se décider; mais il v a encore des indications qui lui seront utiles. Il doit, d’abord, se tenir en garde contre la DÉS MOUTONS. 54 7 manie des races à la mode ; parce qne le premier déboursé se trouvant considérable , il peut en résulter du dérangement dans ses affaires, et l’impossibilité' d’appliquer des fonds là où ils seroient le plus utiles. Il doit ensuite bien con- rioître la qualité' des terres où ont e'te' élevées les brebis qu’il achète. Il en est de ces animaux comme de tout autre bétail : ils dépérissent s’ils passent d’un sol ferlile dans un terrain qui l’est moins, En général il faut les acheter dans une terre moins abondante en pâturages, ou sur des pâturages moins succulens que ceux qu’on leur destine. Comme dans tous les bestiaux le mâle a plus d’influence que la femelle sur la qualité des produits , je vais indiquer les caractères que l’on doit rechercher dans le choix d’un étalon. Il doit avoir la tête petite et sèche , les naseaux larges, les yeux saillans, le regard hardi, les oreilles minces, le cou large vers les épaules, puis s’amincissant régulièrement jusqu’à la tète. Il ne doit point avoir de peau de trop ou de fanon. Les épaules doivent être larges et pleines ; et leur jonction avec l’encolure et la poitrine ne doit pas laisser le moindre vide en avant ni en arrière. Les muscles doivent être gaillans sur le bras jusqu’au genou ; les jambes bien d’aplomb, minces, et dégarnies de laine 348 7)ES MOUTONS. et de jarre depuis le genou. Le poitrail doit eire saillant. Lu arrière des épaulés, l’endroit qu’on appelle le flanc de devant (foreflanc ) doit être très-renipli. Le dos et les reins doivent suivre une ligne droite. L’êpine doit présenter un replat large, d’où les côtes sortent dans line direction circulaire. Le ventre doit être droit(t ), chaque quartier plein cl long, de manière que la viande garnisse le gigot jusqu’au pli du jarret. Celui-ci doit être Lieu droit , et l’animal doit etre large devant et demère sur ses quatre membres. Enfin sa peau doit être mince, et sa laine fine , brillante et douce. Culley, qui a donne’ celte description du belier parfait , observe que plus l’étalon approchera de la réunion de ces qualités et plus il aura de prix. Il est bien probable que si l’on donnoit à une race quelconque l’attention intelligente et suivie que M. JBakeweJl a donnée à la race de Dishley, on parviendroit à la perfectionner comme il a fait celle qui porte son nom. (1) L’auteur dit the belly straigt, ce qui apparemment signifie cylindrique, et non pas de la forme d’un tonneau : cependant cette dernière forme est la pW estimée dans la race de Dishley, qui est cellç par excellence pour l’engrais; et toutes les formes indiquées ici sont relatives 'à l’engrais. / DES MOUTONS. 04g Le jeune fermier fera bien de consulter , relativement à l’article de la laine , un fabricant * expérimente , rjni puisse lui indiquer précisément la qualité de laine qui lui promet le plus de profit. Quelle que soit celte qualité, il importe qu’elle soit bien exempte de jarre : la moindre négligence sur ce point, peut nuire pour plusieurs années à un troupeau. Quant au moment d'acheter les brebis , le plus convenable est celui qui précède la tonte; et il faut les aller choisir chez le fermier ou l’éleveur; on les y juge beaucoup mieux que sur les marchés , lorsqu’elles ont été tondues, ou préparées pour la vente par certaines opérations qui déguisent les défauts. On juge surtout mieux de la longueur, de l’épaisseur et de la finesse de la laine. Les brebis prennent le beüer à l’âge de dix- huilmois; mais bien des éleveurs expérimentés ne le donnent qu’à deux ans. La précocité des brebis varie beaucoup selon la race et l’entretien, et, vu le grand profit que ces animaux donnent au fermier, il nesauroit leur accorder trop de soins. Le choix des brebis doit donc être fait avec une attention scrupuleuse, soit quant à la race, soit quant aux qualités individuelles, qui doivent être les mêmes que celles que nous avons indi- 55o des Moutons. que'cs pour le belier. Il en est des moutons comme des autres bestiaux : on ne sauroit atteindre la perfection d’une race , si les femelles qui servent à la reproduction n’ont pas les mômes qualités que les mâles. L’acheteur doit faire une grande attention à la parfaite saute' des brebis; et, pour cela , il faut examiner si les dents sont blanches, les gencives couleur de rose, les yeux vifs, si la laine est adhérente, et si les pieds sont froids ( 1 ). Une chose qui me'rite beaucoup de soins c’est le choix des béliers qui conviennent à telle ou telle brebis, selon la construction, et les qualités respectives des animaux. Le Duc de Bedford avoit une pratique qui devroit être irnite'e de tous les e'ieveurs soigneux. Avant de faire le choix du belier, il examinoit comparativement tous les mâles qui provenoient du même étalon, et il les jugeoit relativement à celui-ci. Les brebis portent cinq mois , et font de un jusqu’à trois agneaux. C’est au fermier à faire naîlre ceux-ci, dans le tems où il a le plus de (1) L’auteur oublie l’examen de la veine de l’œil ou conjonctive , lequel en apprend plus sur la santé de ranimai, que tous les autres moyens d’inspection ensemble. DES MOUTONS. 3 5ï moyens pour bien nourrir les mères. Ordinairement, on donne le belier au commencement d’octobre. Dans la province de Dorset, où, par des circonstances particulières, les brebis peuvent porter deux fois l’anne'e, on fait 1 naître les agneaux plus tôt. Il convient, pour disposer les brebis à prendre le belier, de les mettre dans un pâturage plus abondant. Pendant la gestation , les brebis demandent des me'nage- mens, sans quoi, elles sont exposées à avorter. 11 faudrait qu’elles fussent dans un bon pâturage, exemptes de fatigues, et loin des objets qui peuvent les épouvanter. Il importe de ne point les engraisser pendant le cours de la gestation. Une brebis grasse fait l’agneau plus difficilement, et a moins de lait qu’une bête qui est seulement en bon e'tat. Pendant tout le tems où les agneaux naissent, Je berger doit être extrêmement assidu, et attentif. II doit coucher auprès de ses bêtes, pour être prêt à aider celles dont l’accouchement serait difficile. Il doit aussi veiller à ce que les corbeaux et les oiseaux de proie ne viennent pas attaquer les agneaux nouveaux nés, comme cela arrive quelquefois. Pour peu que l’agneau soit foible , il faut le laisser dans une bergerie avec la* mère. Si celle-ci n’a pas de lait, il faut nourrir l’agneau au biberon , ou lui donner une autre mère. 552 DES MOUTONS. Les türneps sont extrêmement utiles, pour donner aux brebis du lait en abondance; et il importe de s’arranger pour avoir suffisamment de ces racines au lerns où les agneaux naissent. Mais, depuis le mois de mars et d’avril, il faut avoir recours au seigle que l’on fait pâturer en vert. On est aussi dans l’usage de faire manger les trèfles et les pre's, dans le mois d’avril; mais les récoltes en souffrent très-sensiblement. Les pousses des turnepsqui montent en «raine servent aussi à la nourriture des brebis O et des agneaux. Le ray-grass est encore une grande ressource, parce qu’il est extrêmement précoce, enfin les rutabagas, qui ne souffrent nullement des gelées , certains choux qui végètent pendant tout l’hiver, et la pimprenelle, qui a la même propriété, sont des ressources extrêmement précieuses pour le printems. Aucun de ces moyens de nourriture n’égale encore, en utilité le rouen , ou regain que l’on laisse sur pied. Lorsqu’on voit au printems une pièce de rouen , on ne se persuade pas que ce puisse être une récolte précieuse. Elle a l’air de mauvais foin moitié pourri; mais l’herbe qui pousse par dessous fait que les brebis mangent le tout ensemble avec avidité et profit. Arthur Young estime que le rouen est la nourriture la moins chère pour un troupeau, en avril. Pour DES MOUTOKS. 353 peu qu’il soit abondant, M. Young calcule qu’un acre nourrit douze brebis et leurs agneaux, pendant tout le mois d’avril. Il estime encore , que le même acre de rouen , qui vaut dix à douze sbellings en automne , en vaut trente à quarante, au prinlems des années ordinaires ; mais, si la saison est retardqe, le rouen vaut beaucoup plus. Oui ,-tisse wiffcr les agneaux, pendant trois ou quatre mois. Il faut que les brebis aient le tems de se remettre avant de reprendre le belier. Il faut avoir soin de traire les brebis deux ou trois fois, si le lait les incommode , et de mettre les agneaux sevrés dans un pâturage séparé et très- abondant , pour qu’ils continuent de prospérer. La tonte des brebis est une opération très- importante ; puisque c’est el*e qui donne le véritable profit aux fermiers. Elle se fait depuis le commencement de juin , jusqu’au milieu de juillet. L’addition de poids que les toisons acquièrent par la transpiration forcée de l’animal, n’est qu’une illusion , puisque le suint s’enva au lavage : c’est cependant pour obtenir cette augmentation illusoire que bien des fermiers retardent la tonte jusqu’aux grandes chaleurs. Il en résulte que les brebis sont exposées absolument nues à la persécution des mouches, lesquelles s’attachent à toutes les coupures faites Tome g. Z 354 DES MOUTONS. par la maladresse du tondeur, et y engendrent des vers. Il convient mieux à tous égards de tondre assez tôt pour que la laine ail le lems de recroître avant la saison où les mouches sont ‘ le plus inquiétantes. Avant de tondre les moutons , on lave la laine à dos, et cette operation se fait ordinairement dans un ruisseau , une rivière , ou un étang , dans lequel les laveurs s’établissent pour toute une journée. Arthur Young a proposé de former un petit enclos en palissades, dans l’eau dont on peut disposer. Il faut arranger ce local de manière que les moulons puissent y entrer peu à peu par un côté, et en ressortir par l’autre après avoir nagé. Deux tonneaux placés à quelque distapce l’un de l’autre, et défoncés par le haut, sont disposés verticalement pour recevoir les deux ouvriers laveurs, dans l’endroit le plus profond , où ils restent ainsi debout sans se mouiller. Quand le mouton passe eotr’eux deux , ils le saisissent et le frottent sur le dos avec des brosses pour bien laver la laine ; après quoi, ils le poussent en avant , pour faire la même opération sur l’animal qui le suit. Chaque bête arrive sur un pâturage bien net, où il se sèche sans se salir. La tonte se fait de deux manières. L’ancienne méthode e'toit de tondre dans le sens de la Ion- DES MOUTONS. 555 gueur de l’animal. L’opéralion s’exécute rarement bien, de cette manière, et l’on perd de la laine qui reste sur la bête, et nuit à la repousse de la toison. L’autre méthode consiste à tondre l’animal, dans le sens circulaire. Ou coupe alors la laine beaucoup plus ras : celte méthode a été introduite dans le Bedford-sbire par le feu Duc de Bedford, d’après la méthode du Lincoln-sbire. M. Coke l’a introduite eu Norfolk , et le comte d’Egrcmond en Sussex : il est probable que cet usage se propagera main* tenant dans toutes les provinces. Il convient au fermier de surveiller les opérations du lavage et de la tonte , de recommander aux tondeurs les plus grands ménage- mens, pour qu’ils ne blessent pas les animaux, parce que les mouches ^urmentent beaucoup les moutons blessés par les ciseaux’. On a essayé de tondre deux et jusqu’à trois fois par année, les moutons à laine longue. M. Ellman de Sussex, a soin de couper la laine grossière de la culotte à ses moutons de South* down, un mois avant le tems de la tonte. Il dit que ses bêtes s’en trouvent bien , pendant les premières chaleurs. Chaque individu donne à peu près quatre onces de cette laine grossière. Après la tonte , on marque communément les brebis en ocre , en goudron , ou ave* » ^ 556 DES MOUTONS. quelque aulre matière colorante. Le Dr. Lewis ayant remarque qu’il ètoit difficile de nettoyer la laine qui avoit été souillée de ces matières destinées à la marque des brebis , imagina un me'Jange de noir de fumée et de suif, que l’on lait cuire sur un feu doux , jusqu’à ce que la consistance soit suffisante. Lue sixième partie de goudron avec cette composition, la rend plus durable sur l’animaj ; et la laine qui s’en trouve tachée se blanchit complètement au savon. Il faut avoir soin d’écarter annuellement les vieilles brebis pour les remplacer par des agnelles de la meilleure forme et constitution : de cette manière , le troupeau conserve toute sa valeur. Il n’est pas seulement nécessaire d’avoir un berger instruit , expérimenté et fidèle , qui soigne le troupeau avec sollicitude , pour prévenir ou guérir les diverses maladies; mais il faut encore que le propriétaire y fasse de fréquentes visites pour pourvoir à ce qui seroit défectueux, donner les ordres et faire les rem- placemens nécessaires. Jusqu’ici, je n’ai parlé que des troupeaux dans lesquels on élève les agneaux ; mais il y a dans le voisinage de Londres, et des autres grandes villes, une industrie très-profitable aux engvaisseurs : c’est de nourrir des agneaux DES COUTONS. 357 pour la bouchciie en hiver , et dans le moment où la viande de ces jeunes animaux, si elle est grasse, est extrêmement recherchée. On les nomme agneaux de maison (house-lamb). La première chose à laquelle on doit faire attention, pour se procurer de ces agneaux , c’est de donner le belier dans le moment necessaire, chose facile pour tous les bergers expérimentes. Il faut, secondement, se procurer un local convenable pour nourrir ces agneaux. Dans un bâtiment suffisamment vaste, on pratique un certain nombre de séparations, ou niches obscures , dans chacune desquelles on enferme un agneau. Chaque jour trois ou quatre fois, on les fait téter la mère. O11 choisit de préférence la race de Dorset, parce qu’elle est précoce pour la saison de prendre le belier, et que les agneaux ont une chair blanche et délicate. Les mères sont nourries de foin, de gâteaux d’huile, d’avoine, et de choux, ou tur- neps. Le berger a soin de marquer les agneaux qui tètent les nourrices d’emprunt, (c’est à-dire, les mères qui avant perdu leur agneau nourrissent les doubles) afin que ces agneaux puissent téter suffisamment, pendant que l’on tient les brebis, si cela est nécessaire. O11 a soin, de donner aux .agneaux des pois blancs ou du grain dans deg crèches , avec un Ï51SS COÛTONS. 358 bloc de Craie qu’ils Icfslient.; tnais l’essenrieî es*, que les mères soient très-abondamment et régulièrement nourries, surtout en turneps, qui sont la nourriture la plus propre à donner du lait. Enfin, il faut que les agneaux soient maintenus parfaitement propres , et qu’on les laisse tranquilles dans leur niclie pendant les intervalles qui séparent les momens de l’allaitement. Au moyen de ce régime, on se procure des' agneaux qui se vendent à Londres, pendant l’hiver , de deux à quatre guiuées la pièce: chaque quartier varie de dix à vingt shellings , selon le point de graisse et l’abondance, ainsi que la saison, parce que les prix déclinent lorsque le printems ramène l’abondance des viandes. On a généralement remarqué que les plus grosses raCes demandoient des terrains fertiles, et que les petites races s’accommodoierit des terres stériles, où l’herbe est courte et rare. On peut consulter le tableau ci-joint, pour savoir quelles sont, les races qui donnent le plus de profil dans telle ou telle situation. Je remarquerai seulement que les races de Disbley, et de South-dowu sont très-bien dans les terrains médiocrement fertiles. Il y a déférentes manières de s’v prendre pour avoir des troupeaux à l’engrais. Quelques * DES TvIOETONS. 3 55g fermiers achètent en mai, des montons de deux à trois ans. Pendant l’été, ils les nourrissent ine'diocrement, pour les mettre en automne dans des près de rouen, et les forcer de nourriture pour les vendre gras au commencement de mars, qui est le moment de Pannèe où le mouton est le plus cher. Une autre méthode excellente quant au profit, c’est d’acheter des brebis pleines à la fin de l’été , pour les nourrir sur des terres médiocres, jusqu’au part, tems auquel on les nourrit mieux , et après avoir vendu les agneaux, on engraisse des mères pour l’automne suivante. Une autre marche profitable , c’est d’acheter des agneaux à la fin d’août, de les nourrir médiocrement pendant l’hiver, puis de commencer leur engrais en avril , pour les vendre en août et septembre. Je dois remarquer pour l'engrais, que le meilleur de tous les pâturages , c’est l’herbe fine des coteaux élevés ; cependant, on peut engraisser les moutons avec du bon foin seulement, ou avec le mélange du foin et de l’herbe. Il faut faire beaucoup d’attention cependant, à ce que les moutons ne pâturent pas dans les endroits qui ont été inondés , ou qui sont marécageux. Bakewell attribuoit la pourriture uniquement à cette cause , et, lorsqu’il vendoit I;ES MOUTONS. 36a des brebis aux bouchers, il avoit soin de leur donner la pourriture par ce moyen , afin que l’acheteur n’en tirât pas de la race. On a remarqué aussi que, si les chevaux pâturent dans les mêmes endroits que les brebis, celles-ci prennent la pourriture en mangeant de longues herbes qui poussent sous la fiente des chevaux j à moins que la gele'e n’ait amorti cette herbe. 11 est encore dangereux pour la pourriture de laisser brouter les moutons sur les jeunes pousses de l’orge , dans les champs où ce grain s’est égrené à la moisson. II arrive souvent que le mouton arrache la racine , et mange la terre avec, ce qjui lui donne la pourriture. Certaines plantes, telles que la rcinun - culus Jlamula, Lin. , Fhydrocotyle vulgaris Lin., donnent encore la pourriture aux moutons il). Dans les pâturages suspects, il est utile de laisser les agneaux long-lems avee les mères, parce q.u’on a remarqué que l’allaitement est pour ceux-ci un préservatif contre la pourriture. ( 1 ) L’auteur ne parle point de la rosée, dont l’effet pour produire la pourriture n’est nullement douteux sur les moutons qui y pâturent. En revanche plusieurs des causes qu’il indique à cette maladie ne paroissent point démontrées. irrs moutons. 56 x Lorsqu’on fait pâturer les brebis dans des près qui ont été arrosés , on dans d’autres pâturages suspects , c’est une bonne précaution que de leur faire manger préalablement du foin sec, ou de la paille , pour amortir leur faim. Toutes les fois qu’on donne du toin sec aux moutons , il faut leur donner de l’eau. Cela est surtout nécessaire pendant les grandes chaleurs, ou l’herbe est quelquefois tout-à-fait sèche. On a enfin recommande' de ramener les animaux dans le parc , avant que la rosée tombe , et de ne les en laisser sortir qu’après qu’elle est dissipée. Le meilleur tems pour mettre les brebis dans les pâturages d’été, c’est le mois do mai. Il faut alors proportionner soigneusement le nombre des bêtes à l’abondance de l’herbe ; et comme il est très—difficile de rétablir les bêles , lors- qu’une fois elles ont soulFert faute de nourriture , il vaut toujours mieux rester un peu en- dessous du nombre que les pâturages peuvent nourrir. Ou doit compter à peu près six bêtes à laine, pour un acre de trèfle (l). I / (i) L’auteur aurait dû dire s’il entend des bêles de grosse ou de petite race : il est probable qu’il parle de bêtes à laine de forte taille ; mais il ne précaulionnç point les fermiers, contre le danger du trèlle pâturé. 36* DES MOUTONS* Il y a une autre circonstance qui mérite l’attention , lorsque l’on distribue les bêtes à* laine sur les pâturages, c’est qu’il convient que ceux-ci soient broutes ras. Avec cette précaution , les graminées ne montent point en graine, et donnent beaucoup plus de feuilles , et par conséquent plus de nourriture. Les plantes qui sont naturellement dures et grossières, deviennent tendres et de bonne qualité, lorsqu’on les empêche de s’élever. Quant au parcage des moutons, il y a diversité d’opinions, parmi les éleveurs, et les en- graisseurs. C’est au mois de mai qu’on commence à parquer. Il y a des fermiers qui n’emploient cette ressource que, d’une manière légère, c’est-à-dire, en faisant parquer une seule nuit à raison de trois yards de superficie , pour une seule bête (i). II faudroit parquer deux nuits , en laissant seulement un yard carré ou deux pour chaque mouton (2). Lorsqu’on Voyez ce que j’en ai dit dans plusieurs volumes de la Bibl. Rrit. (1) Un carré de neuf pieds anglois de côté, c’est-à- dire 81 pieds carrés de surface. (2) Un yard, carré est neuf pieds anglois carrés ; deux yards carrés font 3G pieds de surface, et trois yards carrés font 81 pieds de surface; et comme il s’agit d’un séjour du double plus long dans un cas que dans t des moutons. parque sur les Verres ambles , il faut que la Verre soit toute noire; et si c’est sur des près , il faut que l’herbe soit bien couverte de fumier partout. Le parera un très-bon effet, pourpré- paration aux. turneps, ou aux choux; comme ils se sèment, ou se plantent en juin, l’influence du fumier est conservée intacte. Il ne faut pas se dissimuler que le parcage a plusieurs inconvéniens. Dans les terres argileuses, le piétinement durcit et pe'trit la terre. Les troupeaux qu’il faut chasser en grandes masses dans le parc, s’échauffent, les brebis peuvent avorter par l’effet des coups et des pressions ; les agneaux sont souvent écrasés , enfin, les animaux les plus foibles n’ont pas toujours le tems de manger. Le célèbre Baltewell n’éloit point partisan du parcage. Il ne considéroit cette pratique que comme une manière de priver d’engrais une partie delà ferme, pour enrichir l’autre. Il trou- voit que e’e'toit une coutume barbare que de réunir au-delà de cent moutons ensemble dans un même troupeau, pour le pâturage ; parce l’autre, la différence dans les extrêmes, seroit de dix- sept dix-huitième. Toul cela est un peu compilé au hasard. Voyez ce que j’ai dit du parcage dans plusieurs endroits de ce cours. 564 DES MOUTONS. que les plus forts affament les plus foibles. Il observoit que, si, dans certaines situations, le parcage pouvoil être convenable, il falloitalors assortir les âges et les Forces dans chaque parc, en en faisant un plus grand nombre. Il avoit remarque' que le repos des moutons favorisoit la graisse ; et que, quand ces ^nimaux ont mange’, ils sont plus disposes à se coucher qu’à marcher. Ses diverses observations dans tonte \ l’Angleterre lui avoient démontré l’inutilité' de la pratique du parc. MM. Young et Coke y ont renonce à son exemple (1). M. Boys de Kent a adopte l’usage de partager son troupeau en quatre sections, dont chacune a son berger ; et il se confirme de plus en plus dans l’opinion des avantages de cette disposition. Le parc domestique a une partie des bons côtes du parc mobile. On le place dans un endroit sec et bien aère'. On y pratique un couvert à l’abri du nord, avec les séparations con- (i) J’ai déjà observé que les anglois laissant leurs troupeaux nuit et jour eu liberté, sous la sauve-garde d’une bonne police rurale, n’ont, en quelque sorte, pas besoin du parc ; mais les raisonnetnens de bakewell et d’Arthur Young, ne sont pas appliquables en France, où il y a des loups et des voleurs de moulons. DES MOUTONS. 565 venables, et les portes necessaires, pour faire entrer et sortir les troupeaux sans confusion et sans mélange. Comme la propreté est extrême- ment importante à la prospérité des troupeaux, il faut que l’aire sur laquelle on place la litière, soit formée avec de la craie bien battue , et disposée en pente , pour l’écoulement des urines (l). Il est vrai que, dans ce système, il laut beaucoup de litière ; mais cette dépense est bien payée par la quantité d’engrais que l’on fait ; voici une expérience qui le prouve : M. Arbuthnot mit dans un parc domestique, cent trente-quatre agneaux pendant six semaines. Il employa cinq charretées de paille à leur litière , et en retira vingt-huit charretées de fumier. Il les nourrit le malin et le soir, dans le parc, avec des turneps, et ils mangèrent le produit de deux acres pendant les six semaines. Depuis quelques années, beaucoup de propriétaires se sont mis à la méthode de nourrir les moutons pendant l’été à la bergerie, avec des plantes de prés artificiels, de la chicorée , (i) Il vaut bien mieux, comme je l’ai souvent dit, maintenir les bergeries sèches, en absorbant l’urine par Une couche de sable, ou de terre légère qui devient elle-même un excellent engrais. DES MOUTONS. des pois, des vesces, et des fèves. Pendant l’hiver on leur donne de l’avoine , en addition aux lurneps. Lorsque la farine d’orge est abondante et à bas prix , on peut la joindre avantageusement à la nourriture verte pour engraisser promptement les moutons. On donne aussi des gâteaux d’huile; mais ils ont l’inconve'nient de communiquer à la viande un goût de'sagrèable. Il n’y a, au reste, aucune nourriture d’hiver qui contribue plus promptement à engraisser les moutons que les turneps. Lorsqu’on les donne à la bergerie, ou au parc, il convient de les couper par tranches pour pre'venir les uccidens. J’en dis de même des pommes de terre, à moins qu’on ne les fasse cuire à la vapeur, préparation au moyen de laquelle ces racines engraissent promptement le bétail. Il y a, au reste, diverses manières de faire consommer les turneps par les moutons. Quelques fermiers mettent les bêles à laine dans le champ où les racines ont végété , et les laissent manger à volonté ; mais cette méthode n’est nullement économique, parce que les bêtes souillent et gâtent beaucoup de turneps. D’autres divisent leur champ de lurneps en un certain nombre de parties proportionnées à l’étendue de la pièce et à la force du troupeau: ils renferment ces divisions dans des claies ; et I DES MOUTONS. '* 56*7 y font successivement passer les moutons jusqu’à ce que tout soit consommé. Une autre méthode consiste à arracher une portion de turneps pour la consommation de chaque jour, et à les donner au troupeau dans des pièces closes que l’on veut améliorer. Ce procédé pa- roît le plus avantageux de tous, parce qu’une pièce voisine du champ de turneps peut être ainsi fumée sans frais et sans charriages (1). La méthode la plus avantageuse est peut-être encore de faire cuire les raciner pour les donner aux moulons dans des crèches. Avec du bon foin , et une petite addition de pois., on engraisse ainsi très-hien ces animaux. Mais quelle que soit la nourriture employée à engraisser les moutons , elle ne remplira pas cet objet si elle n’est appliquée avec beaucoup de régularité; et cette exploitation ne sera pas avantageuse, si l’économie n’y est pas observée. ( 1 ) 11 J a bien moins de frais encore lorsqu’on fait consommer les turneps sur place. Le champ qui les a produits a ordinairement besoin de cette améliora* tion, car les turneps charriés laissent la terre dans un état médiocre, lors même qu’elle avoit été bien pré-» parée pour cette récolte. Tout au plus peut-on enlever la moitié des racines pour améliorer un champ voisin ; mais il convient de faire consommer le reste sur la place, à moins que ce ne soit une terre glaise. / 368 ^ DES MOUTONS. Il convient d’avoir des crèches et des râteliers pour distribuer , sans perte , le fourrage , les racines, et la graine aux moutons. L’on emploie , dans la province de Lincoln, une espèce de tambour ou cloche en osier , aussi dans le but d’empêchea' le dégât du fourrage , et de distribuer bien e'galement la nourriture aux bêtes. Cette cloche circulaire dont la figure est ci-jointe , peut être construite avec des branchages de saule. Posée sur le sol, elle est suffisamment solide pour que les moutons ne la renversent pas. Les intervalles faits pour passer la tête , ne suffisent point à passer le corps. DES MOUTONS. 56 9 Les bétes place'es tout autour mangent par les intervalles , le fourrage vert ou sec que l’otv met dansla cloche, et ne peuvent pas le souiller avec leurs pieds ou leur fiente. Les bêtes foibles mangent comme les autres , et il en résulte économie et meilleur emploi du fourrage. C’est un instrument d’une construction facile, et peu coûteux, extrêmement léger, et qui peut durer dix ans. Dans tous les cas, il convient de donner du sel aux moulons qu’on engraisse. Il contribue à conserver l’animal en parfaite santé, et influe, dit-on , avantageusement sur la quantité et qualité de la laine (1). Les soins suivis et l’inspection constante du berger sont extrêmement nécessaires à la prospérité d’un troupeau à l’engrais. (i) Indirectement, et en contribuant jusqu’à un certain point à la santé de la bête, le sel peut aussi contribuer à rendre la laine de meilleure qualité , parce que les animaux en bon état portent des toisons plus fortes et mieux nourries, mais le sel n’a aucune influence directe sur la qualité des laines. Tome 9. Aa MES MOUTONS. 5yo ! TABLEAU Des diverses races et variétés de brebis de la Grande-Bretagne. Première C e a s s e. Races sans cornes. I. Dishley, New-Leicester, ou Bakevvell. Caractère spécifique. Petite tête, droite et large, corps rond en forme de tonneau, yeux beaux et vils, petits os, peau mince. Avantages et désavantages. Laine longue et fine , à peigner, pesant huit livres, quand l’animal a deux ans. Ils s’engraissent jeunes et facilement, prospèrent sur des pâturages qui nourriroient à peine d’autres races 5 mangent moins que d’autres moutons. Assez robustes et vigoureux. Provinces où elles habitent. Principalement dans le Leicester-shire , d’où elle s’est répandue dans les provinces environnantes et gagne de proche en proche dans tout le Royaume. II. Lincoln-shire. Car. spèc. La face blanche, les os gros, les jambes grosses, blanches et raboteuses, le corps long , mince et foible. DES MOUTONS. 571 Avant, et dés. Laine longue* de dix à dix- liuit pouces, toison de onze livres à trois ans. Viande grossière. Se nourrissent lentement ; ne réussissent que dans les meilleurs pâturages. Tempérament délicat. Prov. où elles habit. Dans la province de Lincoln, et dans les endroits où les pâturages sont gras et abondans. i. cre Variété. Teeswater. Car. spéc. Les os minces, les jambes plus longues, le corps plus pesaut et les flancs plus larges que les Lincoln. Avant, et dès. Laine moins longue. Toison neuf livres. Viande plus fine et plus grasse, Les brebis font deux ou trois agneaux à-la- fois. Tempérament délicat. Mangent lentement. Ne sont propres qu’aux pâturages abondans. Se perfectionnent beaucoup par le croisement avec les Dishley. Prov. où elles habit. Dans les pâturages clos, gras et fertiles qu’arrose la rivière Tees en Lincoln. a. de Variété. Cotleswold, ou Glocester perfectionnés. Car. spéc. Semblables à la race originale mais plus parfaits. DES MOUTONS. 1 572 vivant, et dés. Laine moins longue. Bons moutons, et de beau poids. Susceptibles de se perfectionner par les croisemens. Prop. où elles habit. Dans le Glocestershire. III. Dartmoor. Car. spéc. Face et jambes blanches, col épais, gros os , reins étroits, l’e'pine saillante, côte belle. Avant. et dès. Longue laine de neuf livres à trente mois. Gagnent beaucoup par le croisement avec les Dishley. Prov. où elles habit. Dans les'marais tourbeux du Devonshire. IV. Hereford. Car. spéc. Face et jambes blanches, taille petite et bien prise. Avant, et dès. Laine très-fine et courte. Garnis jusqu’aux yeux ; toison de deux livres à quatre ans. Souffrant la faim au besoin. / Viande fine. Tempérament délicat, et demandent un abri en hiver. Entretien profitable. Aucune race ne se contente dlun pâturage plus médiocre. Prov. où elles habit. Dans le Hereford-shire où l’on distingue sous le nom de Ryeland la race de Trul , ou d ’Archenfield. DES MOUTONS. 375 Y. Southdown. Car. spéc. Face et jambes grises, os petits, col long et étroit; bas du devant; les e'paules hautes; les quartiers de devant légers, le flanc beau ; les rognons assez larges , l’épine un peu haute; le gigot plein. ' Avant, et dés. Laine très-fine, et courte, ( Elle a deux ou trois pouces de long ) poids des toisons à deux ans, deux livres et demie; belle viande, et d’excellent goût; mangeurs rapides, tempérament vigoureux et s’améliorent beaucoup par croisement. Prov. où elles habit. Surlesliauteurscrayeuses de Snssex, d’où cette race précieuse a été graduellement adoptée dans plusieurs provinces. l. er * Variété. Cannock beatli. Car. spéc. Ressemblant beaucoup à la race originale de Southdo'wn. Avant, et dés. Laine fine et courte; viande belle et bonne. Race susceptible cle perfectionnement par les beliers de Hereford. Prov. où elies habit. Sur les bruyères de la province Stafford. VI. Romney mardi. Car. spéc. Face blanche, jambes blanches DES MOUTONS, 374 et longues; les os gros; le corps gros, et en forme de tonneau, d’une bonne taille. Avant, et dès. Laine fine, longue et blanche ; la toison pèse à trente mois, environ huitlivres. \ iande belle et bonne. S’engraissent facilement sur les terrains marécageux, et les autres pâturages. /Von. où elles habit. Sur les marais de Rornney qui ont donné leur nom à cette race précieuse ; et sur les terrains marécageux de Sussex. YII. Ilerdwick. Car. spèc. Face tachetée de noir et de blanc; jambes de même couleur, petites, minces, et propres. Avant, et dès. Laine courte et tassée , chaque toison pesant'deux livres à quatre ans et demi. Constitution vigoureuse, et se nourrissant pendant un hiver rude d’une petite quantité de foin. Prov. où elles habit. Dans des endroits mon- Ineux , à l’embouchure de l’Esk et du Dud- den, dans Je Cumberland, où on les loue par grands troupeaux. VIH. Cheviot. Car. spèc. Face et jambes blanches pour l’ordi itaire, corps long, yeux vifs et saillans; DES MOUTONS,' 5 jb le quartier de devant peu profond, poitrine et menton étroits , peau mince , les os petits et légers, 1 Avant, et dès. Laine belle dans de certains endroits et grossière dans d’autres, chaque toison pèse environ trois livres, lorsque la bêle a quatre ans et demi. Race qui profite bien sur les montagnes, et s’engraisse aisément. Prou, où elles habit. Dans les montagnes de Cheviot, d’où elle s’est répandue daqs les provinces du Nord, IX. Dunfaced, Car. spéc. Face brune, petite taille , queue courte. Avant, et dès. Laine de différentes couleurs, noire, rouge, ou brune, et divisée en bandes. La toison à l’âge de quatre ans et demi, pèse environ une livre et demie. La viande belle et de bon goût, plus tendre que la, race précédente, Prov. où elles habit. Dans les parties qui sont au Nord. X. Shetland. Car. spéc. Petite taille , et de différentes couleurs. Avant, et dès. Bourre fine et douce , pro- s pre aux plus belles manufactures. La toison SyG DES MOUTONS. pèse d’une à trois livres. Race robuste; mais trop sauvages pour être renfermés. Prov. où elles habit. Dans les isles Shetland. l.' r ” Variété. Car. spéc. Laine grossière dans les parties supérieures, et grossière dans les inférieures; fournis de longs poils qui les garantissent du froid en hiver. 2/' Variétê. Car. spéc. Laine douce et cotonneuse , plus molle que la variété précédente; elle est courte et peu tassée. Seconde classe. Race sans cornes. XI. Exmoor. Car. spéc. Face et jambes blanches , les os , le col , et la tète minces. Avant, et dès. Laine belle et longue , pesant environ quatre livres par toison. Très-robuste. Prov. où elles habit. Principalement dans les environs d’Exmoor, dans le nord du Comté de Devon. XII. Dorsetshire. Car. spéc. Face blanche, jambes longues, DES MOUTONS. O r /7 minces et blanches. Très-fe'cond'es, et portant deux fois l’année, dans quelque saison que ce soit. Avant, et dés. Laine fine et courte. Toison de trois livres et demie à trois ans et demi. Prov. où elles habit. Dans le Dorsetshire. XIII. Norfolk. Car. spèc. Grandes cornes en spirale, face noire , corps long et mince , cou long, jambes noires et longues. Avant, et dés. Laine fine et courte, de deux livres à trois ans et demi. Viande excellente. Race propre au parc. Prov. où elles habit. En Norfolk et Suffolk, où elle cède peu-à-peu aux Soutlidotvn. XIV. Ileatb. Car. spèc. Cornes comme les Norfolk, face et jambes noires, corps court et ramasse, yeux vifs. Avant, et dès. Laine longue et lâche, de trois livres et demie. Race robuste, re'sistant à tout, et facile à nourrir. Prov. où elles habit. Dans les provinces du Nord-ouest, où on l’appelle aussi Porest et Linton. 1 36a des moutons. XY, Mérinos d’Espagne. Car . spèc. Cornes médiocres. Les femelles en sont quelquefois privées (1). Face blanche, jamhes blanches aussi, et longues ; mal construits 5 ils ont de la peau de trop sous le col, les os minces, peau fine. Avant, et dés. Laine très-fine , la toison pèse environ trois livres et demie , d’une constitution robuste , et facile à engraisser. Prov. où elles habit. En Espagne , d’où on a fait venir deux troupeaux en Angleterre , l’un pour le Roi , l’autre pour Lord Sommer- ville. Leur croisement avec lés meilleurs races angloises est très-avantageux. ---— (1) Il est rare, au contraire, que les brebis mérinos aient des cornes. Si les caractères des races angloises ne sont pas mieux décrits que ceux de la race espagnole, ce tableau est propre à donner de fausses notions, plutôt qu’à instruire le lecteur. Organisation et Statuts de la Société Pastorale, pour le perfectionnement des Laines, par la propagation des Mérinos et leur croisement avec les brebis communes, dans les départemens de l’Ourte, de Sambre-et-Meuse, de la Meuse- Inférieure, de la Iloër et du Rhin-et- 1 Mozelle. Omnia prœstat ovis. r 1 -V_yoNVAiNCtJS par l’expérience de tous les tems et de tous les lieux des difficultés qu’opposent les préjugés de la routine à l’introduction de tout objet nouveau dans l’économie rurale et à la diffusion des meilleurs pratiques, quelque bien constatée que soit d’ailleurs leur utilité : Con vaincus des avantages infinis qui doivent résulter de la multiplication de l’espèce de bêles à laine fine en France : i Les soussignés ont résolu de réunir leurs lumières et leurs efforts pour accélérer cette heureuse multiplication sur les bases suivantes: Art. I. La Société est libre , purement libérale; son intention et son but unique sont les progrès de l’économie rurale, et spécia- 33o PERFECTIONNEMENT lement l’amelioration des espèces de bêtes à laine commune, soit en élevant la race Espagnole pure dite merina, soit en croisant des brebis indigènes avec des béliers mérinos. II. La société porte le titre de Société Pastorale. / III. Elle se compose des membres inscrits ci- apres, dont l’un remplira provisoirement les fonctions de président, un autre celles de vice- président, et un troisième celles de secrétaire chargé de la correspondance et du dépôt des archives. IV. Essentiellement de bienfaisance, la Société ne forme aucuns fonds, ni aucune caisse, son administration est gratuite , commune entre tous les membres. Tous objets qui la concernent doivent être remis, francs de port, à l’adresse du secrétaire. V. Ses réunions ne sont point périodiques ; elles sont volontaires pour tous les associés. — Elles ont lieu aux époques et dans le local indiqués par le président, ou vice-président, ou par le secrétaire au nom de l’un des deux. VI. Ces réunions libres auront pour objet exclusif la prospérité publique par les communications réciproques, discussions et recherches entre les associés, sur tout ce qui est relatif à l’amélioration et à la multiplication des bêles à laine dans l’empire frauçois. DES DAINES . 1 58 i VII. Nul ne pourra être admis comme membre de la Société s’il n’est cultivateur par lui-même ou par ses fermiers, et s’il n’est proprietaire au moins d’un bélier espagnol à laine superfine. VIII. L’admission d’un membre aura lieu à la majorité des voix des sociétaires présens à la réunion. IX. Le noyau de la Société et les lieux de ses réunions se constituent provisoirement dans les départemens de l’Ourle, de Sambre-et- Meuse , de la Meuse-Inférieure , de la Roër et du Rhin-et-Moselle. X. Tous les François possédant les qualités requises par l’article VII, peuvent aspirer à être membres de la Société. XL Tout étranger avantageusement connu pourra y être affilié comme membre honoraire. La Société adopte les articles ci-dessus. — Elle invite M. Philippe de Lom, propriétaire cultivateur à Hodbeaumont et à Crapoel, près Vervier, département de l’Ourte, à remplir provisoirement les fonctions de président. Elle invite M. Erasme-Louis de Surlet-Cho- kier, cultivateur propriétaire à Gingelom, près St.'Trond, membre du collège électoral et du conseil général du département de la Meuse- Inférieure , à remplir provisoirement les fonctions de vice»-présideut. PEfUTECTIONNEMENf 58* Elle invite M. Léonard Schiervel, cultivateur proprietaire à Altembrouck, près Fouron- Je-Comte, membre du collège électoral du département de l’Ourte, à remplit provisoirement les fonctions de secrétaire.— [Nota. Tous objets concernant la Société pourront être remis à son adresse au N.° 537 » près ^ Severin à Liège.) Liste des membres composant la Société ' Pastorale, le 1 5 août i8o5. D É I> A R T E M E N S. Meuse-Inférieure. MM. De Surlet-Chokier. De Belderbuche , Préfet de POise, propriétaire à Tervvorm. Philippe d’Arschot, cultivateur propriétaire à Yoorst. François de Borchgrave , cultivateur propriétaire à Bovelingen. Vander-Renne, propriét. à Ruremonde. II. J. Michiels, cultivateur propriétaire à Ruremonde. Ourle. MM. De Mercy-Argenteau, chambellan dé S. M. I. et R. propriét. à Aïgenteau. Léonard Schiervel. Ï)ES LAINES* 585 MM. De Goër-Bierset , propriétaire cultivateur à Tillesse. F. X. Simonis, idem à Seroule. De Lom ( Philippe ). A. J. Ansiaux , idem à Sambre-et-Meuse. MM. Berlaymont de Bormenville , idem à Bormenville. Jaquier de Rosée, législateur, idem à Anthee. Roër. MM. De Sternbach, proprietaire cultivateur à Vaals. Extrait du Procès-verbal de la première Session de la Société' pastorale commencée chez M. Surlet-Chokier, à Gingelom, le 3 août i8o5 ( i5 thermidor an i3) , sous la présidence de M. de Lom. Le President ouvre la séance; il re’sume les articles organiques dfe la Société, en développe l’esprit et fixe l’attention de ses collègues sur l’importance des services qu’ils peuvent rendre à l’industrie et à l’agriculture des départemens qu’ils habitent, s’ils se pénètrent de l’objet qui les rassemble. — En effet, quoique la multiplication et le perfectionnement des races PEUFECTIOMNEMKNT 584 de bêtes à laine soient le but principal de la Société' Pastorale, comme leur éducation bien entendue comprend essentiellement l’art de leur procurer la nourriture à la fois la plus variée, la plus abondante et la plus économique, et qu’on ne peut y parvenir qu’au moyen des assolemens dans lesquels entre la culture des racines et des prairies artificielles, il en re'sulle que les travaux et les soins des membres de la Société devront nécessairement embrasser un système complet d’agriculture. Cet expose de l’objet de l’institution 'rappelle naturellement l’idée des sociétés d’agriculture qui existent en différons pays. Mais en adoptant ce qu’elles offrent d’utile , le Président désirerois que la Société Pastorale évitât les inconvéniens qui résultent de l’organisation de presque toutes ces associations. Il demande en conséquence qu’elle s’interdise toute publication qui n’auroit point pour objet des faits ou des procédés d’uue certitude et d’une utilité bien constatée pour nos départemens; — que même dans ce cas elle y mette infiniment de circonspection , et que ses membres s’attachent de préférence à introduire sur leurs propriétés respectives les pratiques et les objets nouveaux et utiles; au moyen de quoi ils donneront à leurs voisins des instrdctions plus profitables que DES LAINES. 585 que ne le seroient les plus vives exhortations, parce que la route de l’exemple est toujours plus courte et plus sûre que celle du précepte. Sur sa proposition, la Société arrête ensuite : 1. ° Que chaque sociétaire qui voudra bien se livrer à l’importation ultérieure de bêles de race pure dans les départemens que l’etablissement de la Société embrasse, continuera à acquérir des droits à la reconnoissance publique 5 2 . ° Que chaque sociétaire continuera d’être libre de disposer de ses troupeaux, soit de race pure, soit de métis, de telle manière qu’il trouvera convenable à ses intentions et à ses intérêts ; 5.° Qu’il sera adressé à chacun de messieurs les Préfets des départemens sur lesquels la Société Pastorale doit étendre son influence, un exemplaire de ses statuts; 4.° Qu’il en sera pareillement adressé un à M. Ch. Pictel, propriétaire cultivateur à Lancy, près Genève. — La société ajoute , par acclamation, qu’il y sera joint une copie du présent proces-verbal, et que ce savant agronome sera prié de vouloir bien lui faire connoître son opinion sur l’établissement et les travaux de la Société Pastorale. Tome g. Bb 586 PERFECTIONNEMENT 5.° Sur l’information que le President â donnée à la Société, queM. le sénateur Monge lui ayant fait l’honneur de visiter son etablissement des Mérinos à Hodbeaumont, il avoit cru devoir saisir celte occasion de lui présenter une copie des statuts de la Société ; celle-ci applaudit à cet hommage , et arrête encore , qu’une nouvelle copie imprimée desdils statuts, avec l’extrait du présent verbal sera adressée à M. le Sénateur Monge, et que, voulant lui donner une preuye particulière de sa considération pour sa personne, la Société prendra à l’avenir le titre de Société Pastorale de la Sénatorerie de LAège. — M. de Surlet-Choluer, vice-président, a la parole. Il a exposé d’avance, et pendant toute la matinée, dans le plus grand détail aux membres réunis, les bêtes pures qu’il possédoit déjà et celles de sa dernière importation , ses agneaux de race pure, ses métis et la manière dont il les nourrit. Yu leur état de prospérité, leur taille de grandeur surprenante et les qualités qu’ils annoncent, son économe, Mr. l’abbé Goïens, a été entendu, et il a été tenu note des procédés qu’il a indiqué avoir employés pour amener pes élèves à l’état éminent de prospérité dans lequel les sociétaires les ont vus. DES DAINES. 38 7 — Le secrétaire exprime son opinion sur les avantages publics et particuliers qui doivent résulter de l’etablissement de la Société'. Pour assurer d’une manière constante ces avantages, il met en délibération: i.° Que chaque sociétaire sera invité d’adresser annuellement, pendant le mois d’août, au secrétaire de la Société, un tableau ou état de son troupeau, selon le modèle qui restera annexé au présent; 2. 0 Que lorsque ces états particuliers seront réunis, le secrétaire en formera un état général pour faire partie des archives et être communiqué aux membres à chaque réunion suivante, afin que la Société puisse connoître d’un coup- d’œil la masse des bêtes pures, métisses et indigènes qu’elle possède , et apprécier ainsi ses progrès annuels ; 3.° Que chaque sociétaire sera libre et prie' même de joindre à ce tableau l’exposé des nourritures et des soins qu’il fait donner à ses troupeaux, les succès ou les malheurs qu’il aura éprouvés pendant l’année , et généralement toutes les observations qu’il croira utiles pour lui-même ou pour ses collègues, afin que la Société s’instruise par ses expériences , ou qu’elle l’aide de ses conseils, s’il y a lieu. Ces propositions sont adoptées et le secré- V 388 PERFECTIONNEMENT taire est charge d’en donner connoissance aux membres absens. — Le lendemain , 4 août, dès huit heures du matin , la séance est reprise. Diflerens ins- trumens et objets d’économie rurale en font la matière. Les machines propres à broyer ou à couper les racines sont mises en comparaison. Plusieurs membres émettent leur opinion sur les constructions des bergeries les plus économiques et les plus salubres. Diflerens plans de ces constructions sont soumis à la Société. Elle porte son attention sur les engrais tirés des trois règnes ; quelques membres rapportent les procédés qu’ils emploient pour former des composts, où et comment ils en font usage. L’utilité du gyps ou plâtre calciné , pour les trèfles surtout, est particulièrement reconnue. L’utilité relative et l’emploi de semoirs et de scarificateurs de diverses constructions sont discutés et éprouvés. On se transporte en plain champ, les charrues à pied et à versoir fixe sont examinées et mises en travail par quelques membres qui tracent eux-mêmes des planches de labour. La préférence due à ces charrues sur celles à roues dont on se sert communément, est reconnue pour la plupart des terres ; et parmi ces charrues à pied, celle des environs BES RAINES. 58g d’Anvers est trouvée la meilleure et pour la quantité et pour la perfection de l’ouvrage. Ou passe de là dans les champs sentes et plantes de carottes, de betteraves de differentes espèces, de pommes de terre et de topinambours. Les causes de réussite et les défauts de ces diverses cultures sont recherchées et discutées sur le terrain. — Les journées du lendemain et du surlendemain , 5 et 6 août, sont employées à visiter les troupeaux des sociétaires à portée de Gin— gelom. Tout ce qui a rapport à leur agrandissement et à leur prospérité est pris en considération. L’influence du terroir , de la nourriture et de l’air sur chacun de ces troupeaux ; celle des laines plus ou moins fines des races indigènes dans les croisemens, les qualités de tous les beliers mérinos qu’on a vus, d’après les idées reçues du vrai beau de la race Espagnole, font la matière de l’entretien des sociétaires. — Us se séparent le 7 août au malin ; quelques-uns se transportent au loin pour visiter les troupeaux d’autres sociétaires , et tous se proposent de répandre chez eux les procédés et les lumières qu’ils ont mutuellement acquises pendant la session. Le. présent clos et arrêté chez M. b’Arschot, à Voort, le 7 août i8o5. St’HiERVEli, secrétaire. MOUTONS Lettre de M. James P o w e l à Arthur Yo u n g. Londres , le a3 décembre tSo5. Monsieur, «J Fi vous envoyai dans le courant du printems dernier, la notice des remerciemens que j’avois reçus de la Société' de Balh , pour avoir présente une toison de belier de Ryeland. Vous me demandâtes de vous communiquer mon opinion plus en détail , sur ce sujet-là. Je vous envoie la copie d’une lettre que j’écrivis, il y a cinq ans, à M. Wandsey, à Balh. Je joins aussi la copie d’un exirait des registres de la Société que j’ai reçu de Batli, la semaine dernière. Extrait des Registres de la Société d*Agriculture de Bath , du ÿ décembre i8o5. Le Comité, chargé d’examiner les droits de chaque prétendant aux prix proposés pour les laines, rapporte ce qui suit: « Le Révérend B. Richardson , a droit au » cinquième prix de la sixième classe , de huit » liv. sterl. huit shellings, pour avoir présenté D le plus beau drap bleu teint en laine, et DE RTEUm 5gx )) fabriqué avec de la laine me'tisse Anglo- » Espagnole, conformément aux conditions exprimées dans le Prospectus. » » Le Comité' recommande M. James Povvell / )> comme ayant droit à une prime de cinq gui- » ne'es , pour avoir produit une pièce d’excel- )> lent drap teint en laine, et fabrique' avec de )) la laine deRyeland, sans mélange, prove- )> nant d’une race qu’il a lui-même perfec- » tionnée , laquelle laine est plus fine qu’au— » cune de cette espèce dont nous ayons jamais )) eu conuoissance. » Signé John Biegingseey. W. Whitaker. H. Wansey. Séante du w décembre i8o5 « M. W ansey propose que M. Powell soit admis au nombre des membres honoraires ); de la Société’ ; ce qui est unanimement ap- » prouvé. » Le Dr. Parrey témoigna son admiration de la beauté de la pièce de drap présentée par M. Powell, et observa qu’il n’auroit jamais imaginé que de la laine Angloise pût faire un drap aussi parfait. Cependant, la laine de Ryelaud employée pour cette pièce , n’étoit que de la laine F : la laine R avoit été séparée pour une pièce de Casimir , laquelle n’a pas encore été produite. Og2 MOUTONS Lettre ve 31 . Poivee à 31 . TFaxsey. Londres /So/. .... J’ai transmis dès le mois de février 379g, une partie des remarcpies suivantes, au Département d’Agriculture. Je ne cherche que la vérité, et je m’y tiens fortement quand je la trouve , sans m’occuper de ce que mes idées peuvent être discordantes avec celles des hommes qui dirigent l’opinion. Etranger que je suis à toutes les associations et à toutes les cot- teries , je ne puis avoir en vue que le bien et le vrai. Je ne veux ni flatter, ni blesser; mais j’ai vu naître tant d’erreurs agricoles, des préjugés et de la modo, que je tâche de me tenir en garde contre leurs impressions autant qu’il est possible. Les échantillons de laine que je soumets à votre examen sont purement An- gloises. Ils proviennent d’une race qu’on a laissé dégénérer par degrés , peut-être depuis l’exportation irnpolitique qu’on en a permise autrefois pour l’Espagne (i), mais celte dége'néra- (1) On a prétendu que la race de Ryeland (ou Hc- reford-shire ) avoit été autrefois transportée d’Angleterre en Espagne, et avoit fondé la race des mérinos. Cette opinion, qui ne porte que sur de vagues conjectures, a peu de partisans: il est probable, au contraire, que la race de Ryeland est celle de mérinos dégénérée. DR ■RYFXA'ND. 3g5 tion a été. pins rapide depuis mi demi-siècle ; et la prévention et la sottise des cultivateurs laissèrent perdre celte race tout-à-fait. Quant à moi,» je la trouve si précieuse, que j’ai fait mes efforts pour la conserver et la régénérer. On prétend que la race de Ryeland a beaucoup moins d’importance depuis que l’on a en Angleterre celle tles mérinos. Cela meparoît douteux. Je veux du moins tâcher de prouver que c’est à cette excellente petite race que nous devons tous les avantages que nous retirons maintenant en Angleterre des individus qui en descendent, et qu’on nomme mérinos. D’abord, il me paroîl constant que les Rvc- Jand surpassent en mérite la plupart des autres races, surtout dans certaines situations. Jç suis convaincu par expérience , que six bêtes de cette race prospèrent là où quatre bêles d’une autre race quelconque meurent de faim. Elles vivent très-bien sur les jachères en été, et sur de la paille d’orge , ou des tiges de pois, en hiver; au lieu que les grosses races demandent des pâturages gras en été , et du foin en hiver, ce qui prive le fermier de l’avantage d’entretenir autant de gros bétail qu’il le pourroit. Il n’est pas rare aujourd’hui dans plusieurs provinces de voir les moutons et les vaches paître ensemble ; et même souvent les moulons ont la 5g4 moutons priorité du pâturage. On croit donc que les grosses races de moutons rendent plus que les vaches. Les gens qui recherchent les grosses races à la mode , vantent beaucoup le haut prix de la viande de ces moutous-là dans les marches ; mai» je réponds à cela que les bouchers ne paient jamais qu’en raison du poids présumé. En conséquence, les moutons de Ryeland suffisamment gras (et ils s’engraissent aussi aisément qu’aucune autre race) ont un prix proportionné à leur taille ; et leur viande est généralement plus recherchée. M. Davis, qui a dirigé les expériences de moulons à l’engrais , choisis sur diverses races , dit ce qui suit : « J’aurois pu multiplier les raisonnemens en faveur des petites races; mais mon expérience a mis hors de doute qu’il y a une race dont le profit à l’engrais a été plus grand même que des moulons de South-down, et cette race est celle de Ryeland ; mais comme elle n’étoit pas du nombre de celles sur lesquelles la Société m’avoit prescrit les expériences, je n’en ai point parlé dans le rapport. » L’introduction des grosses races a, non-seulement détruit presque tout-à-fait une race excellente et du plus grand rapport pour le pays qui la nourrit, mais celte introduction doit finalement changer l’agriculture de la province / DE KYÉLAND. 3y5 de Hereford, et nuire essentiellement aux deux autres objets importans de celte agriculture , qui sont les bœufs et les grains. D’autres décideront si l’augmentation de la masse des grosses laines compensera une telle perte. Il y a une chose certaine, c’est qu’un fermier tire plus de profit de la plus vilaine race de moutons, si elle est propre à son terrain, que de la plus belle si elle n’y est pas propre. Aucune race de brebis n’e'galcles Rye- land pour la sûreté du part : je puis affirmer que pendant dix ans , et avec toutes sortes de desavantages, je n’ai pas perdu une seule brebis, ni un seul agneau dans l’agnélement. Elles sont d’ailleurs excellentes nourrices. On a prétendu que cette race étoit trop petite pour voyager. J’ai une expérience qui prouve bien évidemment le contraire. J’en ai fait voyager un troupeau, au milieu de l’hiver, à une distance de deux cents milles, à raison de trois à cinq lieues par jour; presque constamment dans la neige ; quelques agneaux n’avant que huit jours au moment du départ ; tous les agneaux suivant leurs mères , et plusieurs de celles-ci ayant huit à neuf ans; et je n’ai pas perdu une bête. Autrefois dans le Ilereford- sîiire, les fermiers s’applaudissoient de ne point perdre d’agneaux ni de mères. Aujourd'hui MOUTONS 5g6 qu’ils ont adopte les grosses races, la plainte opposée est très-répandue. Lps Commissaires envoyés par la Société d’Edimbourg en 179a, dans les comtés de l’Ouest pour examiner les races de moutons, rapportent que la race de Dishley est incapable de supporter la moindre disette. On peut en dire autant de tomes les grosses races. Je ne prétends pas assurément que les Leicester, les Lincoln-sbire , les Cottsvvold , et les South- duwn , n’aient beaucoup de mérite, chaque race dans les cantons qui lui sont propres ; mais je ne suis pas pour les croisemens de race. C’est une affaire de mode presque uniquement. Une raison cependant a déterminé beaucoup de fermiers à acquérir les grosses races , c’est d’avoir une grande masse de laine à vendre, à un prix qui n’est pas beaucoup au-dessous de celui de la laine fine des Ryeland. Ce rapprochement de prix s’explique de la manière sui- vante : les petits fermiers sont les seuls maintenant qui aient conservé la race de Ryeland, par petits lots. Ces quantités peu considérables de laines fines sont méprisées parles acheteurs, qui obtiennent ainsi à des prix fort bas les toisons que les fermiers pauvres sont toujours pressés de vendre. J’essayerai de faire l’histoire des laines fines DE IlYELAND. 5g7 de Ryeland. Dès que j’eus reconnu leur qualité', et que je m’aperçus que les toisons de Rye- laud dégénéroient par le mélange , et alloient bientôt être me'connoissables, je m’attachai à sauver le type d’une race prêle à se perdre. Il n’y avoit pas 1 de profit immédiat dans cette entreprise ; et on chercha à m’en détourner. Je ne trouvai la race originale de Ryeland , avec les caractères qui lui conviennent, que dans de très-petites fermes des environs de Ross. Je visitai tous les lots que l’on disoit fameux pour la finesse des toisons ; et sans égard à l’âge et à la conformation , j’achetai tout ce que j’eus lieu de croire des bêtes Ryeland pures. Après dix années de recherches suivies, et après avoir acheté une centaine de brebis, dans vingt maisons au moins, je n’avois pas plus de vingt brebis qui se ressemblassent parfaitement. Il n’y a que trois ans que j’ai réussi à me procurer un belier Ryeland qui répondît exactement aux brebis. Je n’ai donc pas l’avantage de pouvoir présenter mes échantillons de laine sur un grand choix , comme on le fait pour les laines Espagnoles, ou les laines des races à la mode. Ce seroit une folie d’espérer que la laine Ryeland, fût-elle de même origine que l’Espagnole, fut aujourd’hui égale à celle-ci. La laine d’Espagne a eu pendant des siècles l’avantage du 5g8 moutons climat pour se perfectionner (i). D’ailleurs, on a donné de grands soins à la race des mérinos,, tandis cju’on a complètement négligé celle de R velnnd. On objectecontrela laine deRyeland qu’elle ne foule pas si bien que la laine d’Espagne ; mais je demande s’il y a un fabricant qui, depuis trente ans, ait pu se procurer suffisamment de belle laine de Ryeland pour faire l’expérience d’une manière convenable. Depuis dix ans , à la foire des laines, à Ross , on ne voit que de petits lots de laine de Rveland. Ces lots sont achetés par divers marchands, et par conséquent mêlés avec d’autres laines fines d’une qualité approchante. 11 v a une chose Certaine, c’est que la laine de Ryeland ne dégénère pas par le climat. Je ne décide pas si celle d’Espagne dégénère ou non. L’expérience que nous avons en Angleterre, de la race d’Espagne , n’est pas assez longue pour faire preuve. On dit que cette laine se retrouve sans altéra- ( 1 ) L’auteur part toujours île la supposition que les mérinos d’Espagne proviennent de la race de Ryeland transportée en Espagne; et on voit qu’il est dans l’erreur ancienne relativement à l’influence du climat pour rendre la laine plus fine; mais ceci est écrit il y a cinq ans; et la connoissance des races et des laines a fait bien des pas depuis ce lems-là. DE RYEEAND. 3gg tion sur les troupeaux mérinos , en Suède, en Hollande, etc. J’observerai cependant une chose bien connue des laiuistes, c’est que dans les printems pluvieux et froids, cette laine mérinos n’est pas si douce au toucher : elle n’a pas ce moelleux , cette e’iaslicite’ qu’on lui trouve après les printems chauds(t). Le savant et ingénieux Dr. Parry convient que ses brebis Anglo-Espagnoles eurent dans une certaine année, moins de laine, et d’une laine un peu moins fine qu’elles n’en avoient eu l’année précédente , quoique le lems de la croissance fût le même 5 et il croit, avec Lord Somerville, que cette race porte une laine plus fine dans la première et la seconde année que dans les années suivantes (2). Le Dr. Parry convient d’ail— (1) Quand le prinlenis est froid et pluvieux, et que les mérinos demeurent exposés constamment au grand air et à la pluie, leur laine a peu de suint, et si la santé des animaux souffre, la laine s’altère dans une da ses qualités essentielles qui est l’élasticité. Mais si les animaux ne souffrent point dans leur santé, la laine conserve les mêmes qualités, quoiqu’elle ait moins de suint. Elle perd moins au lavage : c’est là toute la différence. (2) C’est une erreur dont le Dr. Parry, et Lord Somerville, bons observateurs l’un et l’autre, sont sans doute revenus à présent. Dans la première année, la laine est, au contraire, moins fine. ) 4oo MOUTONS leurs, avec le Dr. Anderson, que, dans de certaines limites, le climat influe sur la finesse de la laine. J’avoue que je ne sais comment concilier ces opinions, avec ce qu’on nous dit de la conservation de la finesse des mérinos, dans des climats aussi oppose's enlr’eux que ceux de Suède , de Hollande et du Cap de Bonne-Espérance. Qui décidera la question puisque les Docteurs diffèrent entr’eux (a)? D’une part, Sir Joseph Banks , le Dr. Parry, et d’autres bons observateurs, assurent qu’une forte nourriture n’altère point la qualité' des laines; d’autre part, presque tous les fabricans, et, particulièrement M. Ainstie , prétendent , que les turneps rendent la laine dure au toucher. Votre jugement sur mes échantillons de laine me confirme dans l’opinion que la laine de Rveland s’améliore à mesure que les bêtes avancent en âge, du moins dans de certaines limites. L’échantillon N.° 6, que vous préférez à tous, provient d’une bêle de sept ans; et le JN.° 9, d’une bêle de quatre ans, fille de la première, et que vous croyez qui la surpassera dans la suite. (1) La question est aujourd’hui bien décidée, quant à la race des mérinos : elle paroît encore indécise relativement à d’autres races. Les DE RYELAND. 4oi Les échantillons que je présente appartiennent à douze differentes brebis achetées dans un pareil nombre de maisons, egalement réputées pour la finesse des laines. Cependant le degré de cette finesse n’est point le même pour toutes. Beaucoup de gens croient avoir des brebis de Ryeland, et ont des bêtes d’une race mélangée. J’étois, il y a six ans, en Hereford-sbire , au moment oit l’on envoyoit à Bath un petit lot de brebis , destine'es à un belier Espagnol. Je demandai à celui qui les envoyoit, s’il les croyoit pures Byeland. Il me répondit qu’il ne pouvoit pas le garantir ; mais qu’elles seroient mieux accueillies , à cause de leur corsage , que des brebis plus fines , et de mesquine apparence. J’avois connoissance d’un autre lot acheté’ dans le Hcreford-shire pour race de Ryeland, dans une maison où l’on avoit réforme', ou croisé depuis plusieurs années les brebis de celte race. Je dis cela pour faire comprendre que ce n’est pas une chose facile de se procurer le sang de Ryeland pur, et, par conséquent déjuger équitablement des avantages et des inconve'niens de cette race. Depuis que j’élève des Ryeland , il est souvent né dans mes bergeries des mâles cornés, mais des femelles jamais. J’ai imaginé que cela provenoit de quelque mélange antérieur : et je me souviens d’avoir vu un éleveur Tome g. Ce MOUTONS 402 du Ryeland trcs-iritelligent, qui se délit d\m superbe belier de cette race uniquement parce qu’il avoit des cornes. C’éloil l’animal le plus fin qu’il eût jamais eu. J’ai encore tous les ans beaucoup d’agneaux mâles qui naissent avec des cornes. Jusqu’à l’année dernière, je n’avois jamais vu de bêtes de race Espagnole. Je demandai à Sir Joseph Banks , la permission de voir chez lui six beliers Espagnols, qu’il possé- doit. Sir Joseph voulut me les montrer lui- même. Je fus extrêmement frappé, en voyant ces animaux, de leur ressemblance parfaite avec mes étalons. Cette surprise me fut très-agréable. Sir Joseph me dit que les caractères distinctifs' de la race des mérinos e’toient que les mâles avoient des cornes , et non pas les femelles ; que presque tous portoient une fraise sous Je col, et de la lame jusqu’aux yeux, et aux ongles; et qu’en fin , ils ont un iris marqué autour de la prunelle. Plusieurs de mes bêtes avoient la Fraise, et l’iris; et, quant à la quantité de laine, j’en ai qui ressemblent à des pigeons pattus, tant ils sont garnis jusqu’au nez et aux ongles. J’en conclus , ou que les caractères ci-dessus ne sont pas particuliers à la race d’Espagne , ou que c’est à la race originale de Ryeland, que celle des mérinos d’Espagne doit la naissance (1). (i) Il paroît plus raisonnable d’en conclure que la DE RYEE.AND. 4o3 Il paroît que celte race s’est propage' d’une province à l’autre, si l’on en juge par les prix que le Parlement fixoit pour la laine. En l357, c’etoient les toisons du Stafford-shire, qui e'toient les plus estime’es. Peu après, ce fut la race de Cottswold, puis celle de Leominster, en Hereford-shire , que l’on appela deRyeland à cause de la quantité de seigle (i) qu’on re- cueilloit alors dans celte province. Je remarquerai ici, en passant, que c’est une circonstance qui fait beaucoup d’honneur au bon sens des cultivateurs de ce pays-là , que l’abondance des ble's qu’on y recueillie aujourd’hui dans les mêmes terres autrefois juge'es propres au seigle seulement. Beaucoup de gens ont dit que les herbes fines et savoureuses des pâturages de montagnes, faisoient croître de la laine fine. Si cela e'toit, il n’y auroit pas tant de toisons grossières dans le pays de Galles, où tous les avantages de la meilleure pâture %e trouvent réunis !. race de Ryeland provient d’une importation de la race d’Espagne, faite anciennement, et que l’on a négligé de maintenir cette race dans sa pureté. (1) Rye signifie seigle. 4o4 CLAVEAU. Lettre de M. Charles-Louis Lullin, à M. Ch. Pictet. \ jlïchamp, s6 novembre 1806. Monsieur, V ous possédez un si grand nombre de moutons précieux que vous recevrez sans doute avec interet quelques details sur la maladie contagieuse qui vient d’attaquer notre troupeau , et sur le succès des moyens employés pour la combattre. Le 17 septembre nous reçûmes d’Espagne un troupeau de 108 brebis, âge'es de deux, trois et quatre ans. Au bout de huit jours de repos toutes les bêtes furent en très-bonne santé. Quinze jours après leur arrivée , deux d’en- tr’elles commencèrent à boiter; en les examinant nous remarquâmes des boutons rouges 'de la grosseur d’une lentille, autour du sabot , sous les cuisses et sous le museau; nous séparâmes ces deux bêtes du troupeau, elles furent quelques jours un peu dégoûtées et foibles , puis reprirent les forces et l’appétit. Dix jours après celte séparation deux bêles métisses qui avoieut été réunies au troupeau CLAVEAU. 4o5 espagnol parurent dégoûtées et languissantes, nous leur trouvâmes le dessous du ventre et le museau couverts de boutons rouges semblables à ceux des deux premières malades, et nous acquîmes la certitude que cette éruption étoit celle du claveau. La maladie se déclara en même tems chez cinq bêtes du troupeau métis que nous possédions avant l’arrivée du troupeau espagnol; ces cinq bêtes furent réunies au quatre précédentes, et placées dans une écurie éloignée. Trois bêtes espagnoles furent successivement conduites à cette infirmerie. La maladie fut très-bénigne chez neuf des bêtes , mais elle prit ,des caractères plus graves chez les deux brebis espagnoles qui avoient été séparées les dernières; celles-ci eurent bientôt la respiration pénible, les yeux enflammés, de l’enflure à la tête, une fièvre violente, l’haleine infecte et du dégoût. Nous leur administrâmes le traitement prescrit par l’abbé Rozier, qui parut les soutenir dans les différentes crises de la maladie. Craignant que la contagion ne fît des progrès encore plus rapides, nous consultâmes M. Lu)liu-JoIy. Le 'premier, dans ce pays, il s’étoit occupé de l’industrie des bêtes à laine. Dans une épidémié de claveau il avoit 4o6 CLATEAlf. eu recours à l’inoculation comme préservatif, et en avoit obtenu un succès complet, il n’hésita pas à nous la conseiller ( 1 ). Le 23 octobre , sous les yeux et avec l’aide de M. LuJhn , nous inoculâmes notre troupeau espagnol, au nombre de io3 bêtes, entre lesquelles trois ou quatre nous parurent avoir des traces d’un claveau très-récent, qui sans doute à cause de sa bénignité avoit échappé à notre surveillance. Nous procédâmes de la manière suivante. Avec une lancette à saigner, nous faisions à chaque bête, sous la cuisse gauche de devant, deux incisions parab- lèles, en ayant soin de ne pas ouvrir les vaisseaux sanguins de la peau , puis nous passions sur ces incisions le dos d’une lancette trempée dans le pus d’un bouton de claveau. Dès le jour de l’inoculation, toutes les bêtes eurent une forte provende d’avoine. Le troisième jour il se manifesta aux incisions de la rougeur et de l’engorgement, ces symptômes allèrent en augmentant le quatrième et cinquième jour. Le sixième jour, quelques bêles commen- (t) "Voy. j Bibl. Bril. . e vol. Agriculture, p. 2i3, la note qui concerne M. Lnllin, et Observations sur Les Betes à laine, par M. Luüin, impr. cirez J. J. Paschoud. CI/ATT. ATT. ^07 cèrent à boiter par suite de l’enflure survenue aux incisions. Le septième jour j’examinai tout le troupeau. L’inoculation avoit manquésursepthêles, entre lesquelles se trouvoient celles que nous avions jugées avoir eu le claveau naturel. Toutes les autres avoient à la place des incisions, ou un bouton unique gros comme une noix, ou un gros bouton entouré de quatre ou cinq boutons plus petits; ou enfin, une réunion de deux ou trois gros boutons,' formant une tumeur aplatie de figure irrégulière de un pouce ^ à deux pouces ^ de diamètre ; tous ces boutons étoient rouges et entourés d’une aréole plus ou moins étendue. Aucune bête n’avoit cessé de manger avec appétit et de ruminer. Le huitième jour, les boutons survenus aux incisions avoient continué à grossir, et j’observai chez quelques bêtes, sur les parties dégarnies de poil, une éruption de très-petits limitons rouges ; huit ou dix bêtes mangèrent le matin avec moins d’appétit. Le neuvième jour, quelques boutons avoient pris une couleur blanche qui annonçoit la présence du pus , et toutes les bêtes mangèrent avec avidité. Le dixième jour, tous les boutons avoient pris celte couleur blanche. L’éruption que j’a- Ch A VF, A U. 4o8 vois observée chez quelques bêles etoit dissipée-. Toutes les bêtes mangeoietit, Le onzième jour, quelques boulons commencèrent à donner un pus limpide , les jours suivans tous les boutons arrivèrent successivement à cet état, puis entrèrent en dessication, Le seizième jour , huit bêtes que j’avois inoculées trop haut, boitent encore, parce que la suppuration s’e’lant établie sur des places de la cuisse , dont les peaux éloient fort tiraillées dans le mouvement de la marche, il s’y etoit ouvert des plaies. D’ailleurs tout le troupeau pavoissoit dans la meilleure santé. Dès lors toutes les plaies se sont successivement cicatrisées. Frappés de la bénignité de la maladie inoculée, et de la régularité de son cours, déjà Je huitième jour, nous nous étions décidés à inoculer notre troupeau métis, composé de soixante-dix mères ou antenoises, et de quarante agneaux, âgés d’un à trois mois, troupeau, dont une partie avoit été pendant quelques jours mêlée avec les bêtes venues d’Espagne. Lors delà première inoculation, en cherchant une place dégarnie de poil, pour faire les incisions, j’avois inoculé quelques bêtes er.AVT’Air. 4°g trop haut, trop près du pli entre la cuisse et la poitrine; celte*fois je ne fis qu’une incision, et plus bas, à trois pouces environ au-dessus de l’articulation du genou, sous la cuisse gauche de devant. Je profitai de cette occasion pour réinoculer les sept brebis sur lesquelles l’inoculation n’a- voil pas pris, cette seconde operation n’a pas eu plus d’effet que la première. Le claveau a eu le même cours chez nos bêles espagnoles et inc'tis, deux de ces dernières exceptées. Le neuvième jour ces deux bêtes, dont l’une alloit mettre bas, parurent abattues et dègoûte'es; en les examinant je leur trouvai les incisions peu enflées, et le corps couvert de petits boulons qui sembloient ne pouvoir percer la peau. On leur donna une boisson destinée à favoriser l’éruption. Le dixième jour la première mit bas un agneau très-bien portant, et mourut le lendemain. J’inoculai cet agneau tout de suite, il fut nourri en surnuméraire par des mères dontles agneaux étoient prêts d’être sevrés, il paroissoit très- bien portant, le sixième jour les incisions s’enflammèrent, la fièvre survint et il mourut dans ja nuit. La seconde brebis ayant la tête enflée, je lui fis un séton au fanon, le douzième jour CLAVEAU. 4lO l’éruption étoit rentrée , la cuisse inoculée en- flee jusqu’au dessous du genou, et en suppuration, la bête mourut le surlendemain. Voilà, Mo nsieur, l’extrait peut-être trop peu succinct de mon journal , cependant j’ajoute encore deux ou trois remarques plus ge’nêrales. Nous n’avons point observe’ que l’âge des bêtes influât sur l’intonsite' du claveau soit naturel , soit inocule. Un belier de chez vous qui a cinq ans, un manso espagnol dont les dents sont déjà ébre'che’es, l’ont eu très-benin , trois ou quatre agneaux de cinq semaines ou deux mois l’ont eu plus grave. Le claveau naturel a commence’ chez nous si bénignement, que trois ou quatre bêles et peut être six ou sept l’ont eu, sans que nous l’ayons aperçu, il paroissoit s’agraver en s’étendant, les deux dernières brebis espagnoles qui l’ont pris ont été très-malades, l’une l’a été pendant vingt jours, et quoique guérie elle a encore au museau des dépcUs purulens qui la défigureront, et elle nous a donné plus de souci et de fatigue que toutes nos inoculées ensemble. Enfin , Monsieur , quoique nous ayons perdu deux de ces dernières, car je ne compte pas cet agneau inoculé au moment oit il nais- I ci. avf.au. .4 il soit d’une mère mourante , nous nous estimons fort heureux d’avoir à ce prix , fait subir à deux cent vingt bêtes une chance grave dont elles sont désormais à l’abri, et d’avoir circonscrit, dans une période de trois semaines, une maladie qui se seroit promenée sur nos deux troupeaux pendant des mois, et auroit barrasse notre berger et ses aides. J’ajouterai encore un fait accessoire. Il n’y avoit aucune petite vérole ni dans notre village, ni dans ses alentours; un entant de deux ans, le seul de son hameau que ses parens eussent refusé de vacciner, entra plusieurs fois dans notre infirmerie pendant que le claveau naturel y étoit dans sa force , bientôt après il prit la petite vérole et l’a eue très- heureuse quoique passablement abondante. Ce fait m’a peu surpris, parce qu’eu examinant nos bêtes malades , j’avois été vivement frappé de la ressemblance complète du claveau avec la petite vérole naturelle , dont j’avois vu il y a quelques années une épidémie très-meurtrière , qui emporta plusieurs enfans de notre village , et un de nos domestiques, qui fut soigné dans notre maison et sous mes yeux. Veuillez, Monsieur, agéer l’assurance de «ton, respectueux dévouement. C. L. Lu LUN. 4ia Fehme de M. Chaplin, à Nedgiug, en Suffolk; par M. W. Gooch. {Annales d’Arthur Y ou ne.) Xlj y a soixante acres de prairies et quatre cerit quarante acres de terres arables, argileuses , mouilleuses et montueuses. Yoici les assolemens, i. er cours. Gesses mange'es sur place parles brebis, orge, trèfle, ble. s/ cours. Vesces mange'es sur place, orge, trèfle jaune, hle‘. 5.° cours. Vesces mange'es sur place, orge, trèfle, ble', et pois ou fèves. Il n’a jamais de jachères ; et lorsqu’il recueille de l’avoine c’est en place d’orge. Il sème tout au semoir, aux distances et dans les quantités suivantes. Orge. 6 pouc. d’une ligne à l’autre t6 pecks par acre. Blé . 10 pouc. d’une ligne à l’autre 6 pecks. Fèves. pouc.5 pecks. pois . 12 à i5 pouc.9 à n pecks. Avoine Gag pouc.12 pecks. Tout se cultive à la houe à cheval , et se sarcle à la main jusqu’à ce que la terre soit suffisamment nette. Il en coûte cinq sbellmgs par |. V .•y. FERME DE M. CHARDIN. àl5 acre pour le sarclage des fèves, et sept pour celui des pois. Il sème au semoir douze acres par jour, de quelque graine que ce soit, avec un homme, un jeune garçon, et deux chevaux. 11 houe dix acres par jour, avec le même nombre d’individus. Le blê, l’orge, l’avoine lui emploient le même tcms pour la houe. Quant aux fèves et aux pois, il n’emploie qu’un cheval, et ne prend que moitié' moins large : il en fait quatre à cinq acres par jour, avec un cheval , un homme et un aide. Il a quatre cent soixante brebis portières de Norfolk, avec des béliers de South-dovvn. Il les nourrit de paille hachée, de trèfle, et elles pâturent dans les prairies naturelles et artificielles. Pendant l’hiver , il les retire tous les soirs dans des cours fermées , et leur donne de la paille hachee, autant qu’elles en veulent. Il calcule qu’elles en mangent dans Tannée pendant quatre-vingts jours pleins, et consomment chaque jour cent dix bushels de cette paille hachée, ce qui fait huit mille bushels, ou vingt-cinq tuns ou charretées ; car j’ai trouvé par plusieurs épreuves, que trois cents vingt bushels de paille hachée font une tonne. M. Chaplin croit que les terres produisent en paille de blé, d’orge ou d’avoine, un tua et ferme de 4i 4 demi par acre : les vingt-cinq tuns seroîent donc le produit de seize acres et demi. Il seroit curieux d’estimer comparativement la valeur de la paille réduite en fumier , et consommée par le bétail. Je ne crois pas que l’on trouvât beaucoup de différence dans le résultat , et je n’imagine point que vous soyez curieux de savoir ce que vaudroit la paille si elle étoit vendue. Il y a quarante acres en près artificiels, seize acres de mauvais pâturages de moutons, douze à vingt acres de vesces, qui se mangent en vert, et vingt acres de bons pies arroses, qui se pâturent depuis l’automne jusqu’à la fin d’avril. Depuis Nocl jusqu’en avril, on donne journellement cinq quintaux de trèfle qu’on ëparpill® sur le pâturage. M. Chaplin croit qu’il y a plus de profit qu’à le hacher. Ce troupeau fume soixante acres par année, soit par le parc , soit par le fumier fait dans les enclos de la ferme , M. Chaplin estime l’engrais du parc égal à une fumure de vingt charretées par acre. Ses brebis ne perdent les dents qu’à douze ans. Il lui périt moins de bêtes et il a plus de laine, que ceux qui nourrissent aux turneps. II a communément autant d’agneaux que de portières: il les a vendus vingt-un shellings celte année. Lorsqu’il fait manger les M. CHAPLIN. 4l5 vesces sur place, il a soin que les agneaux precedent les brebis : on les fait passer dans des petits parcs dont les claies sont suffisamment sevre'es pour qu’ils ne puissent pas en sortir. Jamais ses brebis ne gonflent par le trèfle : il assure qu’elles n’y touchent pas lorsqu’il est mouille. Les brebis ont à pâturer environ deux cents acres de chaumes, que M. Chaplin estime seulement à un shelling six deniers par acre pour la saison , parce que ses chaumes sont très- propres. Ses troupeaux n’ont rien autre que ce que j’ai dit. Pour faire pâturer les vesces, il en enferme de claies un espace de demi-acre environ, pour la consommation d’un jour. Il compte donner l’année prochaine à ses brebis du son de bière et du son de blé, pendant quinze jours avant l’agnèlement. Les brebis sont en bon état. M. Chaplin dit que son terrain a beaucoup moins de mauvaises herbes depuis qu’il a un troupeau. 11 engraisse les bœufs et les vaches, et il préfère à tous les grains , et aux gâteaux d’huile , l’usage de la farine de fèves. Il peut engraisser un gros bœuf en seize semaines , avec quarante-huit bushels de (arine de fèves; niais il préfère donner la même quantité dans vingt semaines. Il trouve que la quantité additionnel!* FERME de 4i6 de fumier paie la dépense que l’on fait de plus en fourrage , mais il reconnoît que l’animal gagne peu en poids. M. Chaplin nourrit, en été , ses chevaux avec des vesces, et en hiver avec du foin et de l’avoine. II fume ses jeunes trèfles , et il parque ses vieux près; ceux-ci ne souffrent point de ce que les moulons les pâturent fort raz : il recueille plus de foin , et de meilleure qualité' que ses voisins. Ses prairies sont souvent inondées par une rivière voisine. 11 dit que les bons près, quoique humides ne donnent point la pourriture aux moutons, tandis que les mauvais prés humides pourrissent ces animaux. Les vesces semées au semoir , à i3 pouces de distance d’une ligue à l’antre, donnent plus de fourrage vert que celles qui sont semées en lignes espacées de six pouces : en quantité de graine, l’avantage est de six bushcls par acre pour les premières, à quantitéégale de semence. M. Chaplin préfère semer les vesces au semoir, à les semer à la volée, lors même que c’est pour faire manger sur place aux brebis. Les vesces reviennent tous les quatre ans sur le même terrain depuis long-tems, et sont toujours également belles. Il compte plus sur celles $le primeras que sur celles d’hiver. Ces dernières sont M. CIIAPIilN. 4x7 &ont sujettes à être mangées des vers , lorsqu’elles succèdent au blé qui a remplacé le trèfle. II trouve que le trèfle rouge produit plus de nourriture que les vesces , et que le trèfle jaune ou le trèfle blanc ; mais les brebis préfèrent les deux derniers , et s’en trouvent le mieux possible. Il a beaucoup de bons instrumens d’agriculture. Sa boue à cheval, qu’il emploie pour les fèves et les pois, fait un très-bon ouvrage, niais demande un conducteur habile. La machine à battre le blé , par M. Wright d’Ipswich paroît à M. Chaplin , la meilleure qu’on ait encore exécutée : elle fait plus d’ouvrage , Je fait meilleur, et à meilleur marché qu’aucune autre. Elle sépare le grain , la paille et la balle , en même tems cjue le froment se bat. Elle met en mouvement deux meules, trois machines à vanner, un hache-paille, et un crible de paille hachée. Elle est mise en mouvement par trois chevaux et elle emploie deux hommes, deux femmes et deux jeunes garçons. Il résulte de leur travail, que la paille est arrangée dans la cour. Il a battu, et vanné cinq cent huit bushels de blé dans quatre jours , avec une paire de chevaux. Il fait autant d’ouvrage dans un tems donné sur une graine que sur une autre. Toutes les roues sont en bois. Tome 9. Dd 4 i 8 ferme de Cette machine avec tout son appareil coûte 4oo liv. sterl. M. Chaplin gagne annuellement îooliv. sterl. avec cette machine en l’employant pour les autres. Outre tout ce travail, il bat et vanne toutes ses propres récoltés, et n’emploie pas plus de bras qu’il n’en employoit auparavant dans sa ferme, sans y comprendre le battage des ble's. La machine mont toutes les farines pour les bestiaux de la ferme. Observations de 31. IF. Gooch. La circonstance la plus remarquable de cette ferme , c’est un troupeau de brebis portières entretenu avec profil sans turneps. Le calcul suivant peut servir à montrer ce que c’est que .. le profit. Compte annuel du troupeau de brebis. /■ Le troupeau doit : à 4 o acres de prés, à 5 o sli.L.st. 100 à 16 de mauvais pâturages, à 25 sh. . 20 à 20 de vesces, à 60 sh,.60 à 20 de pré pour pâturage depuis nov. à fév.10 à 20 pour pâturage de 1 4 jours en avril, à 5 sh. 5 à 5 quintaux de trèfle'par jour, depuisHoël A reporter. L.st. ig 5 M. CHAPLIN. 4lQ Report. L. st. ig5 au 12 avril, 28 tonries ou charretées 84 atix bergers.45 aux claies du parc. ............. . 5 à frais de tome. 5 à 'faux frais. 3 à parcours des chaumes.i5 à 25 tonnes ou charretées de paille . . L. Avoir du troupeau: Parcage et fumure de 60 acres, à 4 L. st.. . a4o Vente de 46o agneaux, à une L. st. . Laine 33 todg, a 5o shel. .......... 82 10 Profit. . . 3g3 M. Chaplin a résolu de remplacer ses Nor- Folks par des South-dorvns, et croit pouvoir en nourrir un douzième de plus aux mêmes frais. C’est un agriculteur zélé, habile et fort instruit des pratiques modernes. Il a fait plus d’expériences utiles qu’aucun des agriculteurs delà province qui travaillent uniquement pour le profit. Observations d* Arthur Young. Le rapport de cette ferme, en ce qui concerne le troupeau de brebis , est le plus extraordinaire , et le plus intéressant que j’aie . 3 7 ÎO 38g ÎO a4o 46o 82 IO 782 ÎO 38g IO I 420 FERME DE jamais vu. J’ai visite moi-même cette ferme avec M. Gooch , mon correspondant : malheureusement M. Chaplin eloit absent ; mais tout ce que j’y ai observe' m’a donne l’idée d’une extrême activité dans le 1 fermier. 11 y a en prés artificiels.« 4 o acres. I,n pâturages.16 Yesces...20 Prairies pour pâlurer. 8 Prairies à faucher. 18 Ces 102 acres rendent . . L. st. su ’on en déduit pour pailles et diverses dépenses.. Il reste . . . 672 » C’est-à-dire, 6 liv. st. 11 shel. g den. par acre, sur 102; et cela est produit par des prés artificiels , des vesces , et Its plus mauvais pâturages delà ferme. 460 brebis portières donnant annuellement un profit de liv. sterl. 672, font 1 liv. g shel. 2 den. par brebis : c’est un bénéfice qu’aucun autre bétail ne peut donner, à beaucoup près. Mais la circonstance vraiment remarquable, c’est qu’il n’y a ni turneps, ni choux, ni colza, ni aucun autre nourriture verte pour l’hiver. Nous considérons les brebis et les turneps 102 782 10 110 10 4 M. CHATIAIT. 421 comme inséparables. Quelque avantage qu’il puisse y avoir dans la culture, cet exemple nous prouve qu’elle n’est pas indispensable pour l’entretien d’un iroupeau. La dépense des turneps est très-grande : elle est si grande que c’est peut-être la nourriture la plus obère qu’on puisse donner aux moutons. Dans la méthode commune , il faudroit pour un iroupeau semblable, trente à quarante acres de ces racines. La culture comprise, le fumier coûteroit 7 liv. stcrl. par acre, soit 280 liv. sterl. pour les 40 acres. Or, la récolte manque une annee sur sept, et lorsque cela arrive les propriétaires de troupeaux se trouvent dans une détresse, qui ne peut jamais se réaliser pour celui qui suivroit le système de M. Chaplin. Je racontois celte culture à un de mes voisins. Son agent, qui se trouvoit là , me dit que, quoique M. Chaplin ne cultivât point de turneps , il en achetoit beaucoup. L’observation que les brebis ne perdoient leurs dents qu’à douze ans, me fit douter que le fait avancé par cet agent fût vrai. .Te m’en suis informé encore auprès de M. Gooch, lequel m’a confirmé l’exactitude de son rapport. Il est arrivé seulement une fois ou deux que des fermiers voisins sont venus prier M. Chaplin de leur consommer des turneps qui les embarrassoienl pour semer leur FERME DE M. CHAPLIN. 422 orge. U y a mis un lot de moutons à l’engrais, mais point ses brebis. En general, les rapports vagues sur tels ou tels procèdes d’un agriculteur ne me’ritent pas plus de confiance que le babil de société. M. Chaplin compte beaucoup sur le rouan qui est, en effet, de toutes les ressources la plus certaine. Extrait d’un Mémoire sur le moyen de prévenir le tournis confirmé ; lu à la Société d’Agriculture de Seine-et- Oise, le 20 juillet 1807, par M. Voisin, l’un de ses membres, » Tiré des Annales de VAgriculture françoise , Juillet 1807. Dans le précis de ce Mémoire, M. Yoisin établit que la maladie des bêtes à laine, connue sous le nom de tournis, présente des différences dans son caractère et dans son siège , qui n’ont point ençore été bien décrites; qu’il en résulte que les moyens curatifs ou préservatifs, employés jusqu’à présent, laissent des doutes sur leur utilité ; qu’il pavoît exister plus d’analogie qu’on ne le pense entre les diffé- MOYEN DE PRÉVENIR. RE TOURNIS. 423 rentes espèces d’hydropisics du cerveau, particulières au premier âge de l’espèce humaine , et les differentes espèces de tournis, maladies également particulières aux agneaux et aux an- tenois dans l’espèce ovilc. Qu’il est constant que le tournis est une maladie, qui a son siège dans le cerveau ou ses de’pendances ; que s’il paroît souvent symptomatique , on peut en admettre aussi d’une nature essentielle. Que le cerveau en ge’ne’ral, dans le premier âge de la vie des animaux , est un viscère mou, abreuvé de sucs lymphatiques; que, comme organe de la sensibilité , il joue un grand rôle dans l’économie animale, surtou t à cette époque. Cette circonstance doit donc être considérée comme cause prédisposante des collections séreuses qui se forment dans la tète des jeunes animaux. On sent, d’après cet exposé, que, pour peu qu’une irritation s’établisse dans la masse cérébrale, les sucs lymphatiques v affluent, et ne tardent point à y former des stases, des collections, etc. C’est donc contre le dangereux effet de l’ir- ritation cérébrale , et contre ces dispositions morbifiques qu’il faut se mettre en garde pour en prévenir les suites funestes. Ainsi le tournis provoqué, soit par le ver- 424 MOYEN DE PREVENIR tige , ou par la mouche, connue des naturalistes sous le nom (Yœstrus ovis ou par le développement du tæuia globuleux, ou par un épanchement séreux dans les sinus du cerveau, dans un kiste particulier, sous la tente du cervelet, ou enfin dans le canal spinal, ne doit être considéré comme difficile à guérir, pour ne point dire incurable, que quand il est confirme’, c’est-à-dire, quand la compression qui resuite d’une collection aqueuse considérable a porte le désordre dans'l’organisation cérébrale. Quand le tournis commence d’une manière aiguë, avec de la fièvre, augmentation dans la chaleur, on peut le considérer comme ayant beaucoup d’analogie avec la fièvre connue en médecine sous le nom de fièvre cérébrale , et à laquelle les enfans sont fort sujets. Quand le tournis commence lentement, qu’il n’est accompagné ni de fièvre ni d’augmentation dans la chaleur, on paroît fondé alors à le considérer comme essentiellement dépendant du développement du tæuia globuleux ou d’un épanchement séreux qui se fait dans la tête. Dois h* premier cas, l'épanchement séreux esl la suite et le terme lai d d’une maladie prin-r çipale , qui < si la fièvre cérébrale. Dans le second, la collection aqueuse est IÆ TÇmïi-NÎS. 4a 5 la maladie principale , et a beaucoup d’analogie avec les bydropisies essentielles do cerveau humain,, Dans le premier cas, la saigne’e, les boissons acidulés et nitrées , les lotions d’eau fraîche acidulée’ sur la tête , le repos , Pair frais , peuvent être considères comme préservatifs de l'épanchement ; dans le second cas , ces Uioyens sont plus nuisibles qu’utiles. D’après cette théorie , n’est-il pas raisonnable de penser qu’il est possible de prévenir un épanchement ou une collection considérable dans le cerveau , tandis qu’il est très- difficile d’en obtenir la destruction quand cet amas est formé? S’il est vrai que le tournis dépende plus particulièrement chez les agneaux, du développement du taenia globuleux, et si la collection lymphatique qu’il y excite et y attire est nécessaire à la nourriture de cet insecte, ilfautlâcher de le priver de ses moyens de subsistance, afin de s’opposer a son développement, et d’obtenir peut-être sa destruction. Pour parvenir a ce but désirable , il est nécessaire d’éloigner le plus possible les humeurs lymphatiques du cerveau, et de les diriger vers des organes sécréteurs, éloignés du stége du mal. Du donnant du ton aux voies digestives et 4a6 MOYEN DE PRÉVENIR aux substances du cerveau, on peut ranimer les fo rces vitales, et reveiller l’action languissante des pores absorbans qui se trouvent dans toutes les Capacite’s vjscérales. M. Voisin a cru trouver dans la racine de la garance (rubia tinctoria des botanistes) les propriétés necessaires pour satisfaire peut-être à ces indications. On sait, d’après les expériences du célèbre Duhamel, que la garance est une substance qui s’assimile parfaitement avec les alimens , les humeurs , et même les parties les plus solides des animaux. Elle est ape'ritive, tonique , fortifiante ; ce remède est facile à trouver , à préparer et à administrer. On en fait bouillir une demi-once dans une bouteille d’eau pendant une demi-heure; on passe quand la liqueur est refroidie ; on la divise en quatre parties égales, que l’on entonne à l’animal, de trois heures en trois heures, pendant huit à dix jours de suile. Le remède ne pouvant agir que comme préservatif, il est bien important de saisir les premiers symptômes du tournis pour l’administrer. MM. Jouvencel et Morel de Vinde, mem- bres^associés de la Société, et propriétaires de troupeaux de bêtes Espagnoles , viennent de I/E TUUHNIS. 4'27 faire l’essai de ce préservatif sur deux bêtes à laine avec un succès frappant. Us ont pris la peine de tenir un journal exact de tout ce qui s’est passe' avant, pendant cl après l’usage du remède, qui a agi par les voies ûrinaires. Ces journaux, signe's des deux observateurs, ont été communiques à la Société, et lus dans la séance. M. Yoisin termine ainsi sa notice : d’après le succès des tentatives qui viennent d’être faites par des membres recommandables de la Société , et l’exposé de la doctrine sur laquelle est fondée la prescription de la garance contre le tournis, la Société ne jugera-t-elle pas convenable d’indiquer ce moyen présumé préservatif de l’épanchement séreux et du développement du tænia globuleux , à ses associés et correspondans, avec invitation d’en suivre les effets et de lui laire part des résultats? La médecine en général étant une science de faits et de calculs de probabilités, ce n’est qu’en recueillant beaucoup de faits sur un point de doctrine quelconque, que l’on peut s’en former une opinion juste. 428 MOYEN DE PRÉVENIR P rentière observation sur une brebis antenoise regardée comme attaquée du tournis , et appartenant à M. Jouvencf.l , de la Société d’Agriculture de Seine-et-Oise. Le 5i janvier (c’est M. Jouvencel qui parle), mon berger s’aperçut qu’une brebis antenoise étoit malade ; jeja vis le lendemain , cette bête éloit errante dans la bergerie, ayant la tête lourde , la tournant souvent à gauche et la pem chant même de ce côte-là. L’œil etoit terne, et les gencives pâles ; elle paroissoit sans ap- pe’tit, se laissant approcher et manier au lieu de fuir, comme elle auroit fait si elle eût été bien portante. Le 2 février, je la fis apporter à Versailles dans un panier , les pattes liées. Le voyage l’avoit uu peu fatiguée ; elle ruminoit encore, et ses oreilles u’étoient pas froides , mais elle avoit l’air effaré, Le 5 , M. Voisin l’examina avec attention ; en rassemblant tous les signes, il pensa que la maladie venoit d’un embarras dans le cerveau, et que ce pouvoit être un tournis commençant; il jugea qu’on pouvoit le combattre par des for- lifians, et m’indiqua la décoction de deux gros clé racine de garance pendant un quarl-d’heure <£ans une pinte d’eau, à faire prendre deux lois I/E TOURNIS. 429 par jour, un demi-verre à chaque fois. Ce jour- là , j’en fis donner deux demi-verres. Le 4 , même dose; l’animal eloit sensiblement mieux ; il avoit de l’appétit et mangea bien. Le 5 et le 6, même dose ; on s’aperçut que les urines êtoient très-abondantes ; le mieux augmentoit : le (y, M. Valois, ve'ie'rinaire , vint voir l’animal et conseilla de continuer. Le 7 et le 8 , même remède , et jusqu’au 27 février , jour où la brebis fut renvoye'e au troupeau. Au mois de mars, elle a fait un bel agneau qu’elle a nourri , ce qui prouve qu’elle étoit pleine lorsqu’elle fut malade. Depuis ce lems, elle n’a cesse' d’être bien portante. J’ai fait l’essai de la de'coction de garance sur une autre bêle, qui va de mieux en mieux; on lui en donne depuis quinze jours ; mais comme mon berger l’a saigne'e et lui a insinue' dans les narines et les oreilles quelques drogues , je ne puis attribuer son rétablissement à la garance. Dans l’observation qui précède, il est bien certain qu’il n’y a eu d’employé que la décoction de cette racine, et j’ai moi-même suivi le traitement. 43o MOYEN DE PRÉVENIR Seconde observation sur un agneau mâle attaqué du tournis, appartenant à M. Tessier, et confié aux soins de M. Morel de Vin dé, dans son troupeau à la Selle-Saint-Cloud » L’agneau a toujours etc (bible et clie'tif ; il est ne tard et avoit peu profite. Le i 5 juillet 1807, il a été conduit aux champs avec la troupe à six heures du malin ; il est reste' triste et sans manger jusqu’à neuf heures et demie. A Cette heure, il a incline la tête constamment du côte gauche, le museau contre terre ; à midi, il a tourne' deux tours et demi à gauche, et il est tombé sur le flanc de ce côté; il s’est relevé aussitôt. Rentré à la bergerie , il ne s’est point couché; lé berger ne l’a point observé de midi à quatre heures ; à quatre heures et demie , il avoit la même attitude que le malin , et il est tombé trois fois dans la soirée. Le 1 4 , il est tombé deux fois dans la matinée, la dernière sur les dix heures. A midi, on lui a fait avaler le premier demi-setier de la décoction de racine de garance ; il s’est couche’ et a ruminé. A quatre heures , avant de sortir de la bergerie, on lui a donné un second demi- setier de la décoction; il a assez bien brouté aux champs mais lentement, et sans choix des LE TOUTtNIS. i i I 43*i plantes et des places 5 l’habitude de la tête e'tant toujours fortement penche'e à gauche, et la vue paroissant trouble et incertaine. Il n’est cependant point tombe' de la soire’e. A huit heures en rentrant, on lui a administré un troisième demi-setier, et à minuit un quatrièmej on n’a pas remarqué que les urines fussent plus abondantes ; il s’est couché et a ruminé» Le i5, M. de Vindé a été à la bergerie à *sii heures du malin ; le jeune belier a pris un cinquième demi-setier , qui complétoit la première dose , M. de Vindé l’a suivi jusqu’à la pâture ; les symptômes étoient les mêmes que le i4 au soir, excepté qu’il a paru avoir la tête un peu moins à gauche, mais cette différence n’e'toit presque pas sensible. La marche étoit peu sûre et la tête toujours près de terre. A midi, il est rentré des champs où il n’avoit pas tourné et n’étoit pas tombé; on lui a donné le premier demi-setier de la deuxième dose. II a ruminé et s’est couché. A quatre heures, le deuxième demi-setier; il a été mené avec les autres aux champs ; on s’est aperçu qu’il tenoit la tête moins à gauche, il n’a point tourné, il n’est point tombé de la soirée, son allure a été moins triste; on n’a pas remarqué, malgré l’examen qu’on en a fait, qu’il ait uriné plus que de coutume. *• V r 452 MOYEN DE PREVENIR A minuit, on lui a donne le troisième demi- sel ier. Le 16, les doses lui ont été administrées aux mêmes heures que la veille. M. Voisin a supprimé le demi-seiier de la nuit, et a borné le traitement aux quatre autres, de sept heures du matin , midi, quatre et huit heures du soir. L’agneau a continué à ruminer, il a bien brouté, et s’est couché à la bergerie 5 l’habitude de la tête a été toujours un peu à gauche, mais l’œil sensiblement plus net, la marche assez ferme , les urines abondantes et très-colorées en rouge. Jusqu’à deux heures après-midi il 11’a point tourné, il n’est point tombé, ce qui donne déjà cinquante-deux heures depuis le dernier accident de ce genre arrivé le i 4 à dix heures du matin. Il est rentré des champs à huit heures du soir ; les urines ont été très- abondantes , il 11’a eu aucun symptôme de tournis, la tête presque dans l’état ordinaire ; il a bien brouté et ruminé. Le 17 , le remède a été continué de la même manière et aux mêmes heures. Les urines ont continué de couler et d’être très-colorées. Toute la matinée s’est passée saris accident, l’animal n’indique plus, ni par l’œil, ni parla tête, ni par la marche, aucun symptôme de maladie ; il paroît absolument dans son état ordinaire. H XiE TOURNIS. 435 Il est deux heures; ainsi voilà soixante-seize heures sans aucun accident, et l’animal paroît avoir repris son e'tat de sanie'. On a donne' encore Je remède quatre jours; l’effet en est si remarquable, que le berger, qui jusqu’à ce moment n’avoit fait qu’obéir aux ordres de M. de Yindé, a pris confiance, et a demandé de lui-même avec instance qu’on le continuai ; cependant on l’a cesse' le 22, c’est- à-dire , dix jours après le commencement du traitement. S’il ne survient point de rechute , cette expérience sera de quelque importance. Depuis ce tenus, l’animal étant bien portant, se trouve réuni aux autres animaux du troupeau des mâles , et parque comme eux. Réflexions de M. Tessier , à F occasion de l’Extrait précèdent et des deux Observations qui le suivent. On ne peut trop faire de recherches pour trouver le moyen de prévenir le tournis confirmé , quoiqu’on soit parvenu à le guérir par une opération (1) à l’époque de la maladie où (1) Elle consiste à extraire , après avoir découvert le crâne au-dessus du. siège du taenia, le fluide dans lequel il nage, et cela par le moyen d’une pompe ou petite seringue. Tome g. Ee 434 MOYEN T)E PB.i5VENIR l’animal a été long-tems regarde comme incurable. Car on doit remarquer qu’on ne réussit^ pas toujours ; que l’operation, toute simple qu’elle est, exige encore quelque adresse, et qu’il n’est pas prouve’ que l’animal'qui l’a subie, n’en ressente pas tôt ou tard de mauvais effets, ou ri’ëprouve pas de récidives. Au reste, l’art vétérinaire ne pourroil que gagner, s’il ajoutoit à soti recueil de remèdes, et le préservatif et le curatif du tournis confirme. Jusqu’ici on a cru que le tournis éloit uniquement dû à la présence du tæuia globuleux, cantonné dans quelque partie de l’intérieur de la tète, ou de ces vers qui se logent dans les sinus ëllmioïdaux et frontaux. Je n’ai jamais douté qu’il ne pût aussi reconnoîlre une autre cause. Par exemple , l’épanchement local d’un fluide, et surtout de la lymphe dans la cavité du crâne , ne pourroit-il pas être capable de troubler la marche d’un animal, de la rendre chancelante , et de le faire tourner momentanément et'de terns en tems, soit à gauche, soit à droite, comme il arrive alors de l’existence du tænia globuleux? Cette possibilité, sans doute ,, est loin de la démonstration , et n’est pas une garantie suffisante de-la théorie de M. Voisin, qui, d’ailleurs, n’y compte qu’au- tant que les moyens qu’il emploie pour pré- I,E TOURNIS. 435 server du tournis confirme, ou pour guérir le tournis commençant, auroient un succès mar- que’, suivi et rèpe'le' un grand nombre de fois. Ce qu’il y a de certain et de bien connu , c’est que ce n’est que dans la première et la seconde année de la vie de la bête à laine , qu’elle est sujette à cette maladie , qui souvent fait de grands ravages dans des troupeaux 5 or c’est l’âge de l’irritation et de la foiblesse. Je n’in- l’ererois pas de là que le mal commence toujours par l’irritation , c’est-à-dire, par l’inflammation d’une partie des membranes du cerveau, et qu’il fuit des progrès dans la foiblesse qui en est la suite , parce que je ne le sais pas. S’il commençoit par l’irritation , cela expliqueroit quelques guérisons qu’on assure avoir été ope'- rées par le moyen de la saignée. Je dirai encore moins comment se forme le tænia globuleux, à quel teins de la maladie, et si c’est bien sa présence, ou l’abondance du fluide qui l’accompagne , qui fait tourner l’animal. Quand on a enleve ce ver et le kiste dans lequel il réside, le cerveau est soulagé, peut-être moins parce qu’il n’y séjourne plus, que parce qu’on ne peut l’ôler sans diminuer en même terns l’épanebement. Ce raisonnement n’est pas contraire à l’avantage de l’opération qui, dans l’une ou l’autre hypothèse, produit un bon effet, MOYEN Ï)E PRÉVENIR 436 mais ne détruit pas l’opinion de M. Voisin.' Il est bien moins difficile de connoître le tournis confirmé que le tournis commençant. L’un ne suppose aucune attention , et l’autre en suppose beaucoup. Les premiers symptômes sont foibles , ils se confondent aisément avec ceux de quelques autres maladies; il faut un grand intérêt et une habitude d’obserVer, pour s’assurer que l’animal a un principe de tournis. Cependant les hommes qui conduisent les troupeaux sont si accoutumés à s’apercevoir des moindres changemens qui arrivent à un animal, qu’ils pourront parvenir à distinguer les premiers symptômes du tournis. Celte découverte faite ,' il faudra encore essayer de reconnoître quand le ver commence à se former ou à prendre de l’accroissement. Quoiqu’il en soit, les deux faits que j’ai rapportés sont très-bons à conserver, soit pour être réunis dans la suite à d’autres qui leur seroient analogues et faire une masse imposante, soit pour faire voir, si la suite ne répon- doit pas à l’attente, qu’on s’est trompé dans l’idée qu’on avoit du succès des fortifians et des apéritifs, pour prévenir le tournis confirmé. D’autres remèdes que la garance sans doute , produiroient le même effet , mais ne le pro- duiroient peut-être pas mieux; ainsi on s’en 1 UE TOURNIS. 4^7 tiendroit à celte plante qu’on se procure facilement. Je termine ces reflexions en disant que les expressions de l’extrait du mémoire de M. Voisin, qui vraisemblablement sont les siennes, ont le ton de la sagesse et de la reserve qui conviennent aux hommes qui cherchent des vérités j il ne décidé rien, il appelle des expériences, comme il les a appelées lorsqu’il travailloil à l’examen des effets de la vaccine applique'e aux bêtes à laine. C’est la seule manière d’arriver à un but utile. Nous attendons avec impatience un bon travail sur le tournis. Nous espe'rons que la personne qui s’en occupe ne nous fera pas languir long-lems. 11 en résultera, sur celte maladie, des connoissances aprofondies, qui ne peuvent manquer de tourner au prolil des propriétaires de troupeaux. DES MOUTONS T) A NS UES De l’introduction des Moutons dans la. culture des Montagnes d’Écosse, et du plan de culture convenable au sol, au climat et aux intérêts du pays, par M. Singers, Pasteur de Kirkpatiick. (Transactions de la Société des Montagnes d’Ecosse .) n’a pas examiné quelles étoient les conséquences de l’introduction des moutons dans les montagnes d’Ecosse, et à quel point il étoit convenable de pousser celte culture. On n’a point déterminé non plus quelles races étoient les plus avantageuses selon les pâturages et les expositions. Enfin l’on u’a point discuté la question de l’avantage comparatif des moutons et du gros bétail, la convenance de les réunir sur une même ferme , d’en faire des troupeaux séparés, et dans quelle proportion ces troupeaux doivent être çntr’eux pour le plus grand profit du fermier. On a encore des doutes sur l’avantage des forêts dans les cantons où l’on peut employer le sol en pâturages des moutons, ainsi que sur le profit qu’il peut y avoir à cultiver en céréales, ou autres productions de la charrue, les terraius MONTAGNES d’ÉCOSSE. 43g qui font partie des fermes à moutons, et qui ont le desavantage d’un climat humide. Il est sage assurément de regarder les bêtes à laine comme l’industrie agricole qui convient principalement aux montagnes de l’Ecosse ; mais borner à la laine et à la viande de mouton tous les produits de la terre, c’est une erreur fâcheuse. On a dû s’attendre que lorsqu’on auroit de- couvert que les bêtes à laine étoient d’une exploitation profitable , l’influence de l’exemple etdusuccèsentraîneroit troploin danscegeure : il est, je crois, possible de démontrer que les bois, le gros bétail, et la culture des céréales, peuvent s’allier à l’exploitation desbêtes à laine, avec grand profil pour l’agriculteur et la société. Un des premiers effets de l’introduction des bêtes à laine dans l’exploitation des montagnes d’Ecosse a été la hausse des prix de ferme. Cette introduction, au reste, a agi concurem- ment avec d’autres causes, telles que l’augmentation du numéraire , l’usage du papier de crédit , et les succès du commerce. Un fermier peut payer un plus haut prix d’une ferme des montagnes, lorsqu’il y exploite des moutons , parce (pie la totalité des pâturages est aisément accessible aux bêtes à laine, et ne l’est pas au gros bétail ; parce qu’il ■ J •7 44o DES MOUTONS DANS DES peut maintenir un troupeau de moutons en hiver et au printems, avec moins de danger par les pertes que la disette de fourrage occasionne ; et enfin parce qu’un troupeau de moutons se conduit et s’exploite avec moins de frais qu’un autre troupeau qui représenteroil le même capital. II est vrai que les chèvres tirent parti des pâturages les plus escarpes et les plus difficiles ; mais la chair et le poil des chèvres ne peuvent entrer en aucune comparaison avec la viande de mouton et la laine. Les moutons permettent aussi à un fermier d’occuper une beaucoup plus grande e'tendue de terrain que l’exploitation du gros bétail, et fournissent plus facilement une denre’e pour un débouché prompt. Les moutons des montagnes d’Ecosse don nent aux fabriques une quantité importante de laines. Quoique ces laines soient grossières* elles n’ont point baissé de prix , et la quantité en a considérablement augmenté. Les fabricans ont besoin de laines grosses ; et lorsqu’ils demanderont des laines fines , les montagnes d’Ecosse sont excellentes pour les produire. La réduction du nombre des têtes de gros bétail doit suivre l’introduction des troupeaux * de bêtes à laine : il doit en être de même de l’étendue des terrains cultivés 5 mais il ne faut \ MONTAGNES Ij’ÛCOSSE. 44 1 pas en conclure que la culture et le gros bétail doivent être abandonnes toul-à-fait. Pour ceux qui n’ont pas réfléchi suffisamment à un système e'conomique de culture, laisser en pâturage ou en friches la totalité d’une ferme, poury faire paître des moulons , paroît la chose la plus avantageuse comme la plus simple ; mais la vérité est d’ordinaire dans les milieux, et les agriculteurs judicieux savent que l’on rend l’exploitation des bêtes à laine plus sûre et plus profitable, en y joignant les ressources de la culture : l’abandon de celle-ci n’est donc point une suite inévitable de l’adoption des bêles à laine, mais un résultat d’un système exclusifet extrême. Il y a un fait qu’on ne sauroit nier, c’est que l’introduction de la culture des bêtes à lame dans les montagnes d’Ecosse y a nui à la population ; mais cet effet dépendoit-il nécessairement de la culture des moutons ? l’on peut le contester: je pense qu’il a été dû à l’abandon de Ja culture des céréales, et à la négligence concernant le gros bétail. Si l’on avoit conservé une juste proportion entre les troupeaux de bêtes à laine, et hs autres objets imporlans de l’agriculture , tels que le gros bétail, les grains, les récoltes vertes 3 les plantations, il y auroit de l’ou- 442 DES MOUTONS DANS LES vrage pour tous les babitans, comme il y en avoit dans le tems où le gros be'tail étoit leur principale affaire. Quelques circonstances malheureuses se sont reunies pour influer sur la dépopulation des montagnes d’Ecosse, dans le tems où les moutons y furent introduits. La principale de ces circonstances, fut la facilite' que l’Amérique pre'sentoit aux montagnards, pour acquérir des terres à bas prix. Celte dépopulation même e’toit un encouragement à l’industrie des troupeaux : les proprietaires et les fermiers, ont été force’s par les circonstances, à préférer l’industrie agricole qui s’accorde le % mieux avec une population foible. Ce système d’exploitation a été poussé à l’excès : le mal dont on se plaint, est dû à cet excès, et non point à la nature même de cette industrie agrL cole. L’économie des troupeaux ouvre de noth velies roules aux manufacturiers et aux négo- cians; mais il seroil fâcheux que cela fît négliger les autres ressources que le sol et le climat de l’Ecosse nous présentent pour rétablir le population. Le point important, est de faire ret dre à la terre la variété de productions dont elle est susceptible: tout plan qui s’éloigneroit de cette idée fondamentale , seroit vicieux. Dans presque toutes les fermes de la partie montueuse de l’Ecosse , il y a des pâturages / MONTAGNES o’ÉCOSSE. ' ' 445 propres aux moutons , et comme ceux-ci sont les animaux qui offrent le moins de risques; dont l’exploitation est la plus.economique et la plus facile ; les animaux qui atteignent le plus sûrement à toutes les parties des pâturages escarpes, on doit les regarder comme le principal bétail des fermes des montagnes d’Ecosse. Mais d’autres articles de culture réussissent tout aussi bien dans ce pays-là que les moutons. Quelques-uns de ces articles sont nécessaires à la subsistance de ses babitans, et donnent tout autant de profit que les bêles à laine. L’expérience a prouvé que les troupeaux de celles-ci se trouvent très-bien eux-mêmes de n’êtrc pas exclusivement l’objet de l’exploitation des fermiers. Les bêtes à cornes réussissent en général aussi bien que les bêles à laine dans les fermes (fes montagnes d’Ecosse. Leur bût est d’un grand secours , et leurs peaux d’une grande utilité pour les tanneries du pays ; leur viande fait une partie nécessaire des provisions des babitans, et ceux-ci sont plus indépendans par cette augmentation de ressources. Il est évident qu’un peuple qui n’a qu’un article pour le marché, peut être dans la détresse, si la demande diminue , ou cesse tout-à-fait. On sait d’ailleurs , (ju’il y a dans les pâturages , des 444 Ï>ES MOUTONS DANS TUS herbes moins fines, que les montons ne mangent pas, et que les vaches consomment. On remarque que les mouton!) qui paissent avec les vaches sont ceux qui profitent le plus. La plupart des fermes à moutons ont des pâturages qu’on peut destiner exclusivement aux vaches pendant l’été : quant à l’hivernage, une économie plus convenable procure un excédent sur le produit naturel, très-suffisant pour hiverner le gros bétail , sans faire tort aux moutons, et en ayant meme pour ceux-ci une provision de foin qui ne laisse aucune inquiétude pour le tems où la neige couvre la terre. Les moulons gagnent ainsi plus par le perfectionnement delà culture, qu’ils ne perdent par le pâturage ; tandis que le public et le fermier tirent un grand avantage de la multiplication du gros bétail. La masse des denrées à faire consommer au gros bétail dépend essentiellement de la science et de l’industrie du fermier, en même tems que de l’étendue et de la nature des enclos. Si ceux-ci sont judicieusement distribués et cultivés, le fermier intelligent peut avoir dos grains, du foin , des récoltes vertes, et du bétail, sans réduire sensiblement le nombre de ses moutons, lesquels seront d’ailleurs beaucoup mieux nourris. Si l’on n’a pas des enclos, il est impossible de rien faire de bien. 445 MONTAGNES ü’ÉCOSSE. Puisque le gros hélai! réussit aussi bien que les moutons dans les montagnes d’Ecosse, et que sans nuire à ceux-ci on peut en nourrir une quantité notable dans chaque ferme , ne seroit-ce pas un grand dommage pour l’agriculture de l’Angleterre , que les belles races de Kyloes et du comté d’Argyle disparussent des marchés. Ces deux races, cl celles deGallo- way, fournissent le meilleur bœuf, s’engraissent aisément, et sont sous ces rapports les meilleures races connues. Elles sont assurément beaucoup plus parfaites , dans leur genre , que les brebis à face noire , qui portent les toisons les plus grossières que l’on connoisse , et sont bien loin de s’engraisser aisément. Chaque fermier d’Ecosse devroit avoir une quantité suffisante de gros bétail de bonne race, pour pouvoir le maintenir en bon état toute l’année sans faire tort aux moutons. Quant au choix des céréales et des récoltes vertes , on doit remarquer , en général, que dans un climat humide les récoltes hâtives sont préférables aux récoltes tardives. L’orge a été cultivée dans les montagnes d’Ecosse de tems immémorial, avec assez de succès $ et quelquefois elle donne des récoltes très-abondantes, c’est-à-dire, au moins sept et jusqu’à seize pour un. L’avoine hâtive, surloat la variété qui est DES MOUTONS DANS LES 446 rougeâtre, mûrit aussitôt que l’orge, si elle, a été semée en mars : le même climat lui convient, et elle s’accommode d’un sol moins bien préparé. Les pommes de terre re’ussissent aussi bien, et donnent autant de tubercules de bonne qualité, dans les montagnes de l’Ecosse, que dans aucune autre partie de la Grande-Bretagne. Cette plante court des dangers dans les vallées du midi , et sur les plus grandes hauteurs, par l’effet des blanches gelées tardives 5 mais il y a des variétés qui sont moins délicates, et qui réussissent dans les parties les plus élevées. Les lurneps viennent très-bien dans le climat humide et chaud des montagnes d’Ecosse: l’expérience des rutabagas est encourageante : ils réussissent si on les sème dans des terrains bien exposés et bien fumés. Celte excellente racine acquiert dans les montagnes d’Ecosse une grosseur plus considérable qu’en Norfolk , où la terre est fatiguée des lurneps. Lorsque ceux-ci réussissent bien, l’orge réussit également, puis les prés artificiels, et enfin l’avoine: ainsi, nous devons considérer les turneps comme les avant- coureurs de l’abondance du bétail et de l’aisance du peuple. J’ai vu des prés dans le voisinage du fort William qui avoient été semés, et qui don- / MONTAGNES D’i'.COSSE. kkq noient au milieu de juin une fort belle re’colte à faucher. L’île de Lismore offre la preuve du grand profil que l’on doit attendre du climat d’Ecosse, lorsque le sol est convenablement amende' et cultive. Dans les Orcades, on recueille du grain à peu près ce qu’il en faut pour la consommation des habitans. Diverses variétés de choux réussissent très-bien dans les montagnes. On peut en dire autant des fèves, si on les sème de bonne heure, et qu’on les pince pour hâter leur maturité. Les pois hâtifs réussissent ordinairement, et il y a des années où les pois tardifs réussissent aussi. On a vu réussir le froment dans des années favorables. Avec les diverses variétés de turneps , trois variétés d’orge, deux d’avoine, les pommes de terre, les trèfles, le ray-grass, un fermier peut élever beaucoup de bétail , bien nourrir ses moutons, avoir amplement pour l’entretien de sa famille , en grains, pommes de terre, lait et viande ; et il peut avoir enfin de quoi pourvoir à la rigueur de l’hiver pour nourrir ses moutons. Les plantations que l’on a regardées comme incompatibles avec l’industrie des troupeaux , s’allient, au contraire, fort bien avec ceux-ci. 448 DES MOUTONS DANS DES Les arbres donnent un abri précieux aux moutons. La difficulté d’enclore les plantations n’est pas grande, parce qu’on trouve partout, dans les montagnes d’Ecosse, les matériaux des murailles sèches^ Les plantations ne donnent pas seulement plus de valeur à une ferme, mais elles sont très-importantes pour le pays. Si l’on continue à détruire les bois sans jamais replanter , le climat en souffrira ; on manquera de bois pour la construction des bâtimens de fermes et des navires. Le sapin d’Ecosse, qui n’a point d’égal en durée, ne doit assurément pas être abandonné: j’en dis autant du chêne, qui est indispensable pour la construction des embarcations de pêcheurs, et pour les instrumens d’agriculture. Un pays dépourvu de bois, l’est aussi de tous les moyens d’embellissement, et de beaucoup d’améliorations. Cependant les forêts d’Ecosse disparoissent devant les moutons. Je ne comprends pas parmi les objets qui doivent limiter l’industrie des moutons, les pêcheries, les manufactures, lecommerce, parce que ces différentes occupations ne sont pas proprement celles qui conviennent aux montagnards de l’Ecosse; si ceux-ci consultent leurs vrais intérêts , ils s’occuperont de bestiaux , de plantations, d’assolemens convenables, MONTAGNES D’ÉCOSSE. 44g W es, et de moutons. Le fermier ne doit pas regretter de voir peut-être diminuer un peu le nombre de ses troupeaux par la division de ses moyens, carie reste de son troupeau en vaudra un capital d’autant plus fort , et un même nombre de moutons lui rendra plus d’argent qu’,auparavant. Il est difficile de déterminer au juste les avantages qui rêsulteroient de celte e'conomie rurale. Les principales dépenses consisteroient dans les travaux de défrichement, les clôtures, les dessécbemens , .es plantations , la fabrication de la cbaux par le charbon de pierre ou la tourbe. Tout cela est fait pour donner de l’occupation aux babitans les plus industrieux. Les fermiers posse'deroient alors tous les articles de consommation , pour eux et leur famille , et ils auroient à vendre du lait, de la viande, des grains, des pommes de terre, etc. L’aspect du pays, gagneroit de toutes les manières, et sa salubrité en seroitplus grande pour les hommes, et pour les animaux. De Véconomie des troupeaux de bêtes à laine. Il importe d’adopter un plan qui soit ana- lo gue à l’état de la ferme , et aux débouchés que l’on peut espérer. Dans les situations hautes et froides , les moutons pour la boucherie , Tome g. Tf 45o ÉCONOMIE DES TROUPEAUX doivent être le principal objet; mais dans touté% les situations qui le comportent, élever est l’industrie la plus profitable. Les riches pâturages, les enclos, la culture des recolles vertes et des grains, invitent le fermier à engraisser les moutons , surtout si le marche' où il peut espe'rer de vendre n’est pas à plus de cinquante ou soixante milles de distance. Le choix de la race des brebis me'rite beaucoup d’attention ; on en élève plusieurs differentes en Écosse. Celles qu’on appelle brebis de bruyères, ou à face noire, sont une race robuste , qui trouve sa nourriture dans les neiges profondes : elle convient aux fermes très-élevées, et dont les pâturages sont des bruyères. La race de Cheviot est préférable dans les fermes à bons pâturages, et où les brebis peuvent trouver des abris dans le tems où elles mettent lias. Les agneaux de celle race viennent au momie presque sans laine : mais s’ils peuvent teter la mère tout de suite , il y a peu de danger qu’ils périssent. Ils sont ensuite aussi robustes qu’aucune autre race, contre les atteintes du froid. Les cheviots mangent plus d’herbe platte et rude qu’aucune autre race. Ils rendent en laine le double des faces noires, et les agneaux se vendent plus cher. On estime encore que la viande est également bonne, et 45i DF. BÊTES A FAINE, qu’une même étendue de terrain nourrit le même nombre d’animaux. Leséleveurs trouvent que les Cheviots sont moins sujets aux maladies que les moutons de bruyère, ou à face noire; mais ces derniers passent pour profiter davantage sur les pâturages qui engraissent. Ces deux races de moutons paroissent être les meilleures sur les pâturage.s des montagnes d’Ecosse. La race de Shetland re'ussit le mieux possible dans les îles de ce nom. Ceux qui ont des terrains riches et enclos, peuvent élever desBakewells, les moutons les mieux faits qui existent, qui prennent le plus tôt la graisse, et acquièrent le plus grand poids connu. Us peuvent encore avoir des Ryeland du ITereford-shire, des Soulh-dotvns de Sussex, des brebis Espagnoles, des muggs de INorthumberland, ou des Lincoln, qui sont les plus grosses brebis de l’Angleterre ; mais pour toutes ces races, il faut de la bonne herbe en abondance, et des provisions et logemeris d’hiver. Lorsqu’on peut prendre ces précautions-là , ces diverses races rendent plus cpie les Cheviots et les faces noires; sans cela il ne faut pas les essayer, et les deux dernières variétés sont les seules qui conviennent. Il faut cependant reconnoître que l’ancienne petite race à face et jambes jaunes, et ù laine fine, peut être profitable sur les mauvais 45a ÉCONOMIE DES TROUPEAUX pâturages des comtes de Murray et d’Aberdeen, où il est impossible de nourrir une race plus forte pendant l’été, et qui pendant l’hiver, n’ont que des chaumes à donner à leurs moutons. L’économie d’un troupeau demande de grands soins, et particulièrement aux époques suivantes; i.° à celle de J’agnèlement, qui demande une surveillance attentive , et un abri tranquille ; 2 .° à la castration des agneaux, qui doit avoir lieu par une température douce ; 5.° le sevrage, pendant lequel il faut mettre les agneaux dans des pâturages riches et nourris- sans ; 4.° le lavage à dos, qui demande un soleil chaud ; 5.° l’opération d’oindre les bêtes avec du beurre et du goudron : on remplace quelquefois le beurre par l’huile , et la friction doit avoir lieu par un tems sec. On a essayé d’oindre avec du suc de tabac , au lieu d’huile et de goudron ; mais quoique ce suc tue les poux très-promptement, il ne conserve pas la laine aussi bien que l’huile , et ne la préserve pas autant du froid de l’hiver et des éruptions à la peau, que le goudron. Le choix du moment où les beliers doivent être admis dans le troupeau, est important. Si on les donne trop tôt, les agneaux viennent pendant le froid ; di on les donne trop tard, les 453 DE BÊTES A DAINE, agneaux sont trop petits à l’époque des foires destinées à les vendre. L’usage de traire les brebis ne sauroit convenir dans les mauvais pâturages 5 mais si ceux-ci sont abondans, si les brebis ont beaucoup de lait, surtout dans les lents qui peuvent causer des inflammations, il peut être convenable de les soulager, en même tems qu’on profite du lait pour faire des fromages. Les fermiers qui ne traient pas leurs brebis doivent avoir soin de les préparer au sevrage en les faisant pâturer dans des endroits peu abondans. Les parcs pour renfermer les bêtes à laine en diverses divisions, et faciliter ainsi toutes les opérations ci-dessus, sont d’un avantage inestimable : une ferme ne doit jamais être sans un parc enclos de murailles sèches, et traversé par un ruisseau. Le choix des agneaux qu’on destine à conserver le fond du troupeau demande des yeux exercés. Quant aux maladies, tous les moutons sont sujets à la pourriture , s’ils mangent en automne des herbes mouillées : les mêmes herbes 1 sont moins dangereuses au printems. Les jeunes bêles sont sujettes aux coliques inflammatoires dans la saison des blanches gelées, si elles mangent de l’herbe qui en soit couverte. Les vieilles brebis sont moins sujettes à ce genre de maladies, et moins délicates sur leur nourriture. 454 ÉCONOMIE UES TROUPEAUX Le tournis est souvent gue'ri par la perforation du crâne que le berger opère avec son couteau ou un fil de fer : un berger ne doit jamais ignorer la manière de s’y prendre pour cette operation, qui donne la chance de sauver l’animal. Il est probable que le froid contribue aussi à cette maladie (l). Ou voit par toutes les operations ci-dessvis indiquées , de quel avantage sont les plantations judicieusement disposées pour donner dos abris aux moutons. Les fermiers impré- voyans se souviendront long-teuis de l'hiver de 1794, qui fit périr un grand nombre de bêles à laine abandonnées sans abri à la rigueur de la saison. Quelques fermiers construisent des enclos circulaires en murailles sèches , pour servir d’abri au troupeau, mais le sapin d’Ecosse est le plus efficace de tons les movens d’abri pour les moutons ; et si le fermier a du foin en réserve, avec une plantation de sapins d’Ecosse, il peut être tranquille sur les effets du froid et de la faim. Une ferme gagne beaucoup on valeur, lorsqu’elle a des enclos convenables pour la séparation et la sûreté des troupeaux. (1) Je renvoie les lecteurs aux divers articles où il est traité ait long des maladies des bêtes à laine : ce que dit ici l’auteur est incomplet, fautif ou hasardé. 455 DF. BÉTES A DAINE. Si le fermier projette de n’engraisser qu’une partie de son troupeau, il doit s’occuper du marche où il conduira ses bêtes grasses. Celles- ci peuvent marcher jusqu’à cinquante milles , sans perdre leur graisse, si elles sont ménagées. Les villes et les villages fourniroient des marches pour un beaucoup plus grand nombre de moulons gras qu’il n’y en a annuellement à vendre dans les montagnes d’Ecosse. Dans les Campagnes, l’on préféreroit la viande fraîche, à la viande salée si l’on pouvoit en avoir rc'gu- lièrement : les fermiers peuvent s’occuper d’engraisser des moutons, sans crainte que les marchés manquent pour la vente. À présent, on considère comme un inconvénient particulier aux villages et aux fermes des montagnes d’Ecosse, de ne pouvoir se procurer de la viande fraîche que dans une saison de l’année. Lorsqu’on s’est assuré d’un débouché , il importe d’aviser au moyen le plus économique pour engraisser les bêtes. Ces moyens sont, les bons pâturages, les trèfles, et les turneps avec un peu dè foin pendant l’hiver.. Ou compte que six acres de trèfle de seconde coupe, et six acres de turneps bien réussis, suffisent à engraisser cent brebis de la race de Cheviot. On les laisse brouter dans le trèfle en liberté ; mais il est mieux de les parquer sur les turneps, puis « 456 ÉCONOMIE DES TJtOL'PIiAUX de les mettre coucher sue une pâture avec l'abri des arbres, et un peu de foin en meule (1). Avec ces pre’cautions , les turneps se consomment sans perle , et les moutons sont d’un goût excellent. Les agneaux de la même race, engraisses de cette manière peuvent acquérir un poids de douze livres par quartier pour la Chandeleur. II y a un moyen excellent d’améliorer les marais secs, en même tems que d’engraisser les moutons. Il faut rompre en hiver, et laisser pourrir le gazon jusqu’après la moisson suivante. Il faut ensuite herser, et charnier, en enterrant la chaux avec la herse. Au mois de juin de l’anrie’e suivante , on sème des turneps fort épais, c’est-à-dire, à raison de cinq livres par «icre. On herse, et on roule. Les turneps lèvent fort épais, et il n’est pas nécessaire de les sarcler. (r) L’auteur ne parle point du danger du gonflement pour les moutons qui paissent dans le trèfle en liberté : on sait combien ce danger est grand, lorsqu’on ne prend pas la précaution de faire manger un peu de foin see auparavant, puis d’interrompre de tems en tems le repas des animaux dans le trèfle, La race de Cbeviot seroit-elle moins sujette à l’accident dont il est question, ou le trèfle devroil-il au climat ou au sol, quelque propriété particulière? enfin railleur ne parle-t-il point (ln trèfle blanc, qui n’a pas le même danger? DE BÊTES A DAINE. 457 Après moisson , on les fait consommer sur place par les agneaux. Rien n’est plus favorable au développement des jeunes beliers, et le terrain donne une belle recolle d’avoine l’année suivante. Les fermiers des montagnes d’Ecosse conduisent fort mal la vente de leurs bêles à laine. Quelques marchands accaparent ce négoce, et il n’est point d’usage d’aller sur le marché de ceux qui ont coutume d’acheter les bêles d’un certain troupeau : il n’est donc pas facile pour les fermiers de faire de nouvelles connoissances pour trouver la vente de leurs bêles, et lorsque leur marchand ordinaire vient à leur manquer, ils sont dans l’embarras. Ils trouveroient bien leur compte à vendre leurs moutons , leurs laines , et leurs brebis de réforme , daus des foi res centrales ; cela romproit toutes les combinaisons, et feroit trouver des acheteurs, qui, dans l’état actuel des choses , ne se soucient point de ce commerce. Pour qu’une ferme à moulons soit le plus avantageuse qu’il se peut, il convient qu’elle présente des aspects et des pâturages de différente nature , ainsi que des abris du nord , de l’est , et de l’ouest. Les bornes de la ferme doivent être indiquées par quelque ruisseau , ravins, ou bancs de rochers ; et il ne doit pas 458 ÉCONOMIE DES TROUPEAUX y avoir pour moins de six cenls bêtes: sans cela, les avantages ne sont pas proportionnés aux dépenses. Il faut desse'cher avec soin tout ce qui est mouilleux, enlever les épines, et faire la guerre aux animaux carnassiers comme aux oiseaux de proie. Une ferme ne peut pas se passer d’un parc pour les béliers, et pour les bêles malades. L’avantage de débarrasser le terrain des pierres qui nuisent au pâturage est un grand encouragement pour construire des murailles sèches , qui ont toutes sortes d’avantages dans les fermes à moutons , puisqu’elles servent i-Ia-fois d’enclos et d’abri. Le système actuel dans les montagnes d’E- cosse , pour l’entretien du gros bétail, est très- vicieux. Voici ce qui seroit necessaire d’y introduire pour perfectionner celte exploitation. 1. ° Il faut construire des hangars dans lesquels les vaches puissent être à l’abri des extrêmes du chaud et du froid. Faire parquer les vaches à lait est une détestable économie: c’est ii celte méthode qu’est dû l’usage de donner au même veau le lait de deux vaches, chose qui n’est jamais nécessaire dans les endroits où les vaches sont maintenues à couvert. 2. " Il faut pourvoir à ce que les élèves soient à couvert des injures du teins pendant la nuit., et avec une bonne litière : c’est un préjugé de DF. BÊTES A DAINE. 45g croire que la constitution (les animaux s’en trouve alToiblie. Il faut que le fermier calcule la perte qui re’sulte pour lui de l’état de souffrance où ses animaux sont pendant une partie de l’anne'e. Il faut qu’il calcule le surplus de nourriture qu’il est oblige de leur donner ensuite pour les remettre , et pour les engraisser au point de les envoyer à la foire. Il devroit considérer que, dans l'économie actuelle, le. fumier est presque perdu , et que ses avances restent une année de plus avant de rentrer, que s’il avoitune autre méthode. Enfin, après toutes ses avances et ses soins, il ne relire que la moitié de ce qu’obtient un éleveur soigneux. L’expérience a mis hors de doute que les abris, le foin, et un peu de nourriture en hiver, font d’un animal de deux ans une bête plus forte, plus belle, et d’un plus haut prix qu’on ne les obtient à l’âge de trois ans, par la méthode ordinaire. Les profits, lorsqu’on élève les bestiaux sur un bon plan, sont, année commune, au moins doubles de ce qu’on ne les obtient par la méthode suivie dans les montagnes d’Ecosse. 5.° Les provisions que l’on fait pour le bétail qu’on veut hiverner, demandent une plus sérieuse attention qu’on n’en accorde d’ordinaire. En été, le pâturage abonde, et les brebis sont 46o ÉCONOMIE DES TROUPEAUX alors sur les sommités. Le travail et l’art fournissent au fermier des trèfles, et des prés-gazons , ainsi que des turneps pour l’hiver et le printems. L’économie peut étendre l’usage des turneps ; et en n’en donnant que peu aux vaches à lait et aux hèles à laine, on prolonge leur emploi jusqu’à la fin de mars. On sait que lorsque le bétail a des turneps, il mange la paille la plus grosse. Sous ce régime, il se maintient en bon état, au lieu que si on ôte aux hèles la nourriture verte toul-à-fait, elles maigrissent sensiblement. Cela arrive de même, lorsqu’après leur avoir donné beaucoup deturneps, on les leur ôte tout-à-fail. Les choux et les pommes de terre sontégalenienttrès-utiles pour hiverner le bétail. On commence par les turneps blancs; viennent ensuite les verts, puis les rouges , et enfin les rutabagas. On se sert avec succès d’un maillet de bois pour briser les turneps : il est préférable au couteau, en ce qu’il fait éviter le danger de l’étranglement. Lorsque le tems est doux, on arrache quelques charretées de turneps ; on coupe les racines et feuilles , et on les met en tas dans les granges : les las n’ont pas plus de trois pieds de haut ; s’ils sont au sec, et à l’abri de la gelée, ils peuvent se conserver pendant des mois entiers sans s’altérer. J’ai vu serrer ainsi des turneps à la St. DE BÊTES A DAINE. 46 1 Martin , et les retrouver encore sains au milieu de mars. On place des râteliers sous les hangars, et on les maintient pleins de paille pendant l’hiver , et de foin pendant le printems. On forme la litière avec des fougères , du chaume de rebut, des joncs, et toute espèce de paille. Il n’y a pas de substance plus avantageuse pour litière que de la poussière de tourbe : elle absorbe l’urine, et devient un engrais excellent. On fait du fourrage de très-bonne qualité' en mêlant, pendant l’été, dans les tas , la paille d’orge avec le trèfle vert : les chevaux et tous les autres bestiaux, mangent ce mélange avec plaisir: il a un goût douceâtre, qui ressemble à celui du moût de bière. 4.° L’espèce et le nombre des bestiaux à hiverner doivent se régler sur les ressources que l’on possède en fourrages. C'est un mauvais système que de vouloir plus de bêtes que l’on n’en peut facilement nourrir. C’est également un plan vicieux que de mettre du beau bétail sur des paturagesfoibles etmaigres ; mais lorsque la prévoyance du fermier a pourvu à la nourriture verte et à la paille, en même tems qu’aux abris, il peut nourrir avec avantage les plus belles races de l’Écosse. Il lui convient de préférer la race des montagnes, en choisissant bien les individus dont il veut conserver l’espèce. 462 ÉCONOMIE DES TROUPEAUX Une charrue suffit aisément à procurer de la paille, du trèfle et du foin pour vingt vaches de grosse race, et leurs veaux, en même tems que pour les brebis, en supposant huit acres en récoltés vertes , huit en orge , huit en avoine, et huit en près artificiels. Si le fermier jouit, en outre, de vastes près naturels, il peuten nourrir une plus grande quantité. Les facilités d’hivernage dépendent encore de la situation et de l’exposition des fermes : celles qui ont des abri du nord et le voisinage de la mer peuvent hiverner une plus grande quantité de bétail, à avantages égaux. 5.° On peut élever les veaux soit en les faisant teler leur mère, soit en leur donnant le lait à boire. La première méthode est la meilleure , à moins qu’on n’ait soin de leur donner le lait très-chaud : il convient aussi de donner à chaque veau le lait de sa mère. Quelque méthode qu’on adopte, un parc, ou enclos d’un acre , contigu aux hangars , est extrêmement commode pour les veaux. On les loge renfermés dans une étable communiquant à volonté' aux hangars, et pourvue de râteliers pour le foin et autre nourriture. Cette étable doit également communiquer avec leur parc, afin qu’ils puissent sortir et se promener toutes les fois qu’ils le veulent. Avec ces dispositions , les DE BÊTES A DAINE. 465 veaux, quoique toujours sous la main du fermier, deviennent aussi robustes que s’ils éloient élevés en pleine liberté. Ceux que l’on destine à être engraisses, doivent être mis à part avec voie bonne litière , dans un enclos obscur. Lorsque les veaux sont sevre's, ils demandent un riche pâturage , ou des trèfles. Ces circonstances rendent ne'cessaire de faire le sevrage des veaux dans la saison où les près et les trèfles sont encore abondans, c’est-à-dire, ordinairement avant la fin de septembre. 6.“ Les pâturages doivent être dispose's et distribues de manière que les vaches à lait paissent dans le voisinage de la ferme, et sur des pentes douces, s’il est possible. Les vaches ne nuisent pas essentiellement au pâturage des moulons; mais ceux-ci nuisent aux vaches en broutant trop ras. Si le bétail n’est pas plus nombreux que le pâturage ne le comporte , la distribution est facile à faire. Il convient qu’il y ait de l’eau dans l’enclos destiné au gros bé- tad : on peut y faire entrer les moutons occasionnellement , en ayant soin de ne pas les laisser trop long-tems. Un bon économe ne permet pas que ses chevaux soient habituellement au pâturage : ils sont mieux nourris à la maison; et d’ailleurs ou en a besoin tous les jours et à toute heure ; 464 ÉCONOMIE DES TROUPEAUX il faut par conséquent qu’ils soient sous la main du fermier. Tout fermier prévoyant est pourvu de nourriture suffisante pour ses chevaux pendant toute l’année , savoir du foin , du trèfle , de la paille, des rutabagas, des pommes de terre , et les rebuts de l’avoine et de l’orge. Le mélange des pois, de l’avoine, et de l’orge font une excellente nourriture pour les chevaux lorsqu’ils travaillent. On peut affirmer que dans une culture bien entendue , le pâturage nécessaire aux chevaux et aux vaches est fort peu de chose, et ne diminue pas sensiblement les ressources de celui des moutons. On peut laisser pâturer dans toutes les saisons de l’année les élèves du gros bétail, sur les pâturages secs des moutons. En été, il v a toujours de l’herbe de trop sur les fermes à bêtes à laine. En hiver, le^ chevaux ne sortent guère pour pâturer, et le gros bétail doit être si bien nourri à la maison qu’il ait besoin de peu de supplément par le parcours. Les divers bestiaux peuvent se mêler, ou se succéder dans les pâturages pour consommer les herbes excédantes qu’une espèce de bétail' laisse, et qu’une autre mange. 7. 0 Les prés naturels abondent dans les montagnes d’Ecosse, et y sont extrêmement négligés. Si l’on laisse séjourner les eaux dans les pâturages, elles altèrent essentiellement la qualité DE BÊTES A DAINE. 465 Iité de l’herbe. Des fosses et des coulisses de dessèchement , doivent debarrasser des eaux , et ensuite la chaux et la tourbe sont les. matières les plus avantageuses pour les composts destine's à augmenter et améliorer l’herbe. Le fumier, la marne, le sable coquillier, et tout autre engrais peuvent remplir le même objet. S’il y a beaucoup de joncs, ou d’herbe platte marécageuse, il faut les faucher de bonne heure avant qu’ils montent en graine. Tous K's prés doivent être fumés une fois tous les trois ans, et fauchés au milieu de juillet, afin que le foin soit meilleur, et que le pâturage qui succède ait plus de prix. Si l’on peut avoir un ruisseau pour arroser trois semaines en octobre, huit jours à la Chandeleur, et trois jours au milieu de mars , en supposant que cette eau soit de bonne qualité , et que le pré est maintenu sec le reste de l’année, le produit en foin et en pâturage est très-considérable. Il n’y a rien à craindre de la pourriture pour les moutons , si l’on n’arrose pas de nouveau, après qu’on a enlevé le foin. Dans les situations où l’arrosement n’est pas possible , il vaut mieux avoir des foins artificiels. G g Tome 9. t 466 VALEUR COMPARATIVE Comparaison de la valeur des vaches et des brebis. Il est difficile d’estimer avec justesse la valeur comparative de choses qui varient à l’infini selon les races, les situations , la nature des terres , les ressources de fourrage, etc. On peut dire en général que dans les montagnes d’Ecosse les moulons sont un bétail plus profitable que les vaches, parce qu’ils sont plus faciles à hiverner, et mangent les pâturages d’une manière plus complète sans exiger pour leur garde des soins aussi coûteux. Dans les vallées humides, les vaches rendent autant que les brebis. De tout lems on a compté dix brebis pour une vache , dans les parties montueusès de l’Ecosse , et en comparant l’étendue de pâturages qu’il faut aux unes et aux autres. On suppose qu’il s’agit pour les parties élevées, de la petite race de brebis à face jaune, comparée avec la race légère des vaches des mêmes endroits. Les brebis à face noire peuvent de même être comparées dans la même proportion aux grosses vaches des vallées, et sept à huit de ces brebis peuvent consommer autant qu’une vache de petite race. Cependant chez M. M. c Donald d’Achlrichtan , le produit de douze vaches étoit loué à un homme entendu, DÉS VACHES ET DES BREBIS. 467 à raison fie cinq livres sterl. par an, par vache. Or, aucun homme de bon sens n’auroil donne cinquante livres sterl. du produit de cent brebis i» face noire. Il est vrai que depuis quelques années la rente des brebis a beaucoup augmente' ; mais, dans les valides l’on compte qu’une grosse vache rend autant en lait, veaux, cuir et viande que dix brebis à face noire peuvent rendre dans le même tems en laine, en agneaux, en peau et en viande. Il y a beaucoup d’autres conside’rations auxquelles on doit avoir egard , à côte de la rente en argent. Les vaches rendent dulait, du beurre, et du fromage ; et elles donnent une quantité de fumier dont il est facile de disposer pour la culture , au lieu qu’une grande partie de celui des moutons est perdu dans la supposition des grandes fermes de montagnes. Les vaches mangent de la paille, et du gros fourrage que les brebis ne mangent pas : on les nourrit ainsi avec les substances qui se convertissent en rente pour le fermier, et qui sont en surplus du revenu que donnent les brebis. Ces circonstances sont décisives en faveur du gros bétail, toutes les lois que l’on cultive une partie de la ferme à la charrue , et que l’on a égard à l’avantage du pays en général. Voici donc quel est le résultat de la compa- 1 468 VALEUR COMPARATIVE raison. Les moutons sont le bétail qui doit faire le fonds de l’exploitation des fermes de montagnes ; mais dans la plupart de ces fermes , il convient d’entretenir la quantité de gros bétail que l’on peut hiverner aisément. Enfin, lorsque l’on veut cultiver une portion du sol, et faire ce qui est le plus utile à la communauté , les vaches sont, non-seulement convenables, mais indispensables à une bonne exploitation. Il y a douze ans, que dans une Cour de Session , la valeur comparative d’une vache avec seize brebis à face noire, fut affirmée par serment être la même. Aujourd’hui, la valeur comparative des brebis est plus élevée. Il n’est point douteux (pie les vaches demandent plus de frais d’entretien que les brebis: cependant les drogues dont on se sert pour oindre celles-ci annuellement après la tonte font que les frais des moutons se rapprochent assez de ceux des vaches. Si les brebis ont une grande importance relativement aux fabriques de laine, le gros bétail en a beaucoup relativement aux tanneries. Une brebis à face noire donne dans sept ans et demi, cinq agneaux et six toisons. Apres cela elle est engraissée, elle rend quarante-huit livres de mouton , plus le suif et la peau. Une vache d’une grosseur proportionnée donne dans sept ans et demi quatre DES VACITES ET DES IVREETS. 46g veaux, puis elle prend la graisse, et donne quatre cents vingt livres de viande , la peau et le suif', outre l’entretien des veaux pendant cinq mois chacun, elle fournit du lait à l’usage de la famille. Ces produits se balancent à peu près, et il seroit difficile de décider de quel côte’ est l’avantage : si la vache demande plus de soins, elle rend plus pour les besoins journaliers de la maison. Il seroit difficile d’établir avec certitude de quel côté est le plus grand profit ; mais si l’on considère que le lumier des vaches est toujours à la disposition du fermier (1), et devient le moyen de laire croître des récoltes, comme aussi d’avoir du foin pour les moutons eux-mêmes pendant l’hiver, et des récoltes vertes au meme usage, alors dis je, on se persuade qu’il y a rai.->un et nécessité en laveur d’un certain notnbie de vaches dans (1) Il est sûrement avantageux pour le pays, et probablement pour les- cultivateurs aussi, d’avoir un certain nombre de bêtes'à cornes dans les fermes à, moutons; mais la raison du fumier que fournissent les vaches ne paroît pas bonne. Si l’on prend en considération la qualité en même tems que la quantité de l’engrais, aucun bétail ne fournit, à consommation égale, autant de moyens d’amendement que les moutons. Pour profiter de cet avantage, dans les fermes dont il s’agit, il faudroil les faire parquer. 470 EXPLOITATION POU'R LES chaque ferme, tout en reconnoissant neanmoins que les bêtes à laine doivent avoir la préférence comme principal bétail de la ferme. Plan d’exploitation pour les montagnes d’Ecosse . 1. ° Les bêtes à laine comme objet principal. 2 . ° Enclos pour prairies et pour récoltes céréales, etc. 3. ° Une certaine quantité de gros bétail. , i.° Les plantations d’arbres de forêt. Ces quatre objets sont suivis et bien entendus dans les comtés d’Ayr, Renfrevv, Lanark, Cumberland, Galloyvay, Dumfries, et le Lancasbire. P ans ces divers comtés , les pluies froides sont fréquentes. Les bêtes à laine y font la principale industrie agricole, mais on y a des clôtures pour des prairies et des cultures en céréales d’été, et plantes vertes; on y entretient une certaine quantité de gros bétail, et les fermiers intelligens n’y ont aucun doute sur l’importance de ces divers objets, soit pour eux-mêmes soit pour le public. Dans le choix des récoltes il importe de bien considérer le climat. Les parties de la Haute Ecosse, qui sont à l’abri des vents du nord par les montagnes, ne sont pas plus froides que les portions de l’Ecosse méridionale qui sont à la '' MONTAGNES b’ÉCOSSE. 471 même hauteur. Il y a d’immenses étendues de pâturages de moutons, qui vont jusqu’à la mer le long des baies nombreuses qui entrent dans les terres : le climat y est plus doux que dans le nord de l’Angleterre, où les pâturages sont souvent de mille pieds au-dessus du niveau de la mer. L’exemple de la Pologup , de la Russie, et de la Suède, prouve que les latitudes septentrionales ne sont pas contraires aux récoltes, et à la prospérité du bétail. Il faut se souvenir que les jours d’été sont longs, dans les hautes latitudes. On entend souvent répéter des plaintes, dans diverses fermes d’Ecosse, sur ce que certaines graines n’y réussissent pas. Mais l’expé- îieiice a prouvé que, presque toujours cette non réussite tenoit au mauvais choix des semences, ou au défaut de culture ou d’engrais. Les moyens d’amendement existent dans le pays. Les rochers de pierre calcaire et la tourbe se trouvent en abondance , pour fabriquer de la chaux. Les fumiers peuvent être fournis par le gros bétail. Les eaux donnent des moyens d’irrigation pour détruire les mauvaises plantes, et favoriser la végétation des bonnes prairies. On a de la marne, du sable coquitlier, des plantes marines, ou varecs, en abondance. On sait combien le mélange de la tourbe avec le 472 DES MOUTONS DANS UES fumier et la chaux , fait d’admirables composts pour les terrains graveleux et sablonneux de la Haute Ecosse. La glaise y est encore d’un grand secours pour amender les sols légers. 11 y a des pierres partout pour les enclos de murailles sèches 5 il est facile de se procurer des graines de divers arbres , et les ouvriers ne manquent pas. De Vintroduction des moutons dans la culture des montagnes d'Ecosse. Lorsqu’on dispose une ferme pour les brebis, on doit avoir egard à la variété' des pâturages, des aspects, et des abris. Tout ce qui peut nuire à ces animaux, doit être écarté; et en particulier, il faut dessécher tous les pâturages malsains , ou douteux, il faut faire des dispositions convenables pour réunir ou séparer à volonté les âges et les sexes, et avoir un parc en murailles sèches, soit pour les beliers, soit pour hôpital. Enfin il faut dans la distribution générale de la ferme, et dans son exploitation, tout subordonner à l’avantage du troupeau de brebis, comme la chose principale. Les clôtures doivent ensuite attirer l’attention. Outre celles qui sont nécessaires aux moutons et aux veaux, on doit faire trois subit MONTAGNES ü’ÉCOSSE, 475 divisions dans la partie la pins riche en herbages, et qui n’est pas propre aux operations de la charrue. Deux de ses subdivisions sont destinées aux pâturages ; la troisième à faire du foin, que l’on amende avec de la chaux et des composts. Les avantages de tels enclos sont si évidens, que je n’ai pas besoin de m’y arrêter. S’il y a des parties marécageuses, on peut en tirer le plus grand profit en les desséchant, puis en les amendant à la chaux. Il faut couper le premier foin, et pâturer le second. La quantité de l’herbe s’améliore sous ce régime. Les joncs disparoissent tout-à-fait, et le pâturage d’automne est d’un grand secours. Lue fois les clôtures faites, il faut considérer s’il n’est point possible de profiter de l’eau pour arroser. Les eaux qui coulent des bancs calcaires ou marneux sont admirables. Les eaux tourbeuses sont nuisibles. Les fermes des montagnes sont, en général, couvertes de pierres. Il faut rassembler ces pierres, et en former des murailles sèches pour faire le plus grand nombre d’enclos que l’on pourra. On ne sauroit en avoir un trop grand nombre pour séparer à volonté les divers bestiaux, et faire des sections du même bétail, ou enfin pour faire succéder les bestiaux de différentes espèces, de mauière que les herbes 4y4 DES MOUTONS DANS UES refusées par les uns soient mange'es par les autres. Les enclos des terres arables doivent être ensuite formes. Il ne doit pas y en avoir moins de quatre, car la rotation la moins compliquée parmi celles qui sont réellement bonnes, est avoine, récolte sarclée , orge, et trèfle. Si l’on a un plus grand nombre d’enclos, 1’ex.cé- dent est destiné au pâturage. Un des assole- mens les plus avantageux dans un sol sec et un climat humide, est le suivant, qui dure dix ans. Avoine. y Récolte sarclée. Orge. Pré-gazon mêlé de trèfle. Pâturage. Pâturage. De même. De même. De même. Avoine. Le sol s’enrichit dpns une succession de einq ans de pâturage, et le fermier a ensuite deux belles récoltes d’avoine. Les turneps et le trèfle n’y reviennent pas trop souvent, ce qui a heu dans le fameux assolement de Norr folk, où l’on observe que le sol s’en lasse. 1. 2. 3 . 4 . 5 . 6 . 7 - 8 . 9 - 10. MONTAGNES d’ÉCOSSE. Tous les mauvais fermiers de l’Ecosse ont la manie de multiplier les récoltes d’avoine , quoiqu’en général une récolte de turneps soit plus avantageuse qu’une d’avoine. Eu fût-il autrement, multiplier les récoltes de grains blancs, c’est e'ventrer la poule pour avoir les oeufs. Tout homme qui prend deux récoltes d’avoine de suite sur une terre qui n’est pas un vieux pâturage, est un mauvais fermier. L’étendue totale des enclos destinés aux opérations aratoires doit être suffisante pour bien occuper une charrue de deux chevaux, et un troisième cheval pour herser, et servir, au besoin, de monture au fermier. D’après ce principe, l’étendue de chaque enclos devroit être de huit acres. De cette manière il y auroit trois enclos, ou quatre à-la-fois, soumis à la culture , savoir , un en orge , un en turneps ou pommes de terre, un ou deux en avoine, c’est- à-dire, de vingt-quatre à trente-deux acres arables. Par ce plan, il doit y avoir de la nourriture verte et sèche pour vingt vaches et les cochons qui en dépendent, sans rien prendre sur la nourriture d’hiver des moutons. Le fumier de cette quantité d’animaux et des chevaux, doit fournir à fumer chaque année un des quatre enclos. La présence de la bruyère ne doit pas être 476 DES MOUTONS DANS DES une occasion île découragement pour former des endos, non plus que la multitude des pierres sur la surlace du terrain : les pierres sont, ainsi que je l’ai dit, utiles pour les mu-* railles sèches; et la chaux et la culture anéantissent bientôt les bruyères, et font refleurir à leur place les plus riches récoltes. Il n’y a aucun terrain qu’il vaille mieux la peine de défricher, que ceux qui se couvrent de bruyères, ou qui sont garnis de tourbe : ils sont inutiles dans l’étal de nature. Si l’on n’a que vingt acres à cultiver à la charrue , il faut également en faire quatre pièces; mais s’il y a moins de vingt acres, il est douteux qu’il puisse être avantageux d’avoir des domestiques cl des chevaux pour cultiver un si petit terrain. Si l’on a d’ailleurs besoin de chevaux , 011 doit toujours diviser la partie arable en quatre , quelle que soit sou étendue : cette etendue peut avoir quatre-vingts, acres, dans une ferme des montagnes d’Ecosse, et le tout doit être partagé entre les graines, les récoltes vertes, le foin , et le pâturage artificiel. On met la chaux sur les vieux pâturages au moins un an avant de les rompre pour semer de l’avoine, ou bien on applique cet engrais aux jachères préparatoires des lui neps, en l’en* MONTAGNES d’ÉCOSSE. 477 terrant à la lierse. Dans tous les cas, la chaux se sème lorsqu’elle est bien en poussière. Tout le fumier doit se mettre sur les lignes de.pommes de terre et de turneps : ces composts s’emploient de même, sur les près mare'cageux destines à être fauches. La marne et le sable coquillier font sur-tout leur effet sur les pre’s à pâturer, et le be'ne'fice s’en retrouve sur les récoltes cé- re'ales qui succèdent. O11 doit pre’férer, dans toutes les fermes des montagnes d’Ecosse, l’avoine hâtive à l’avoine qui mûrit tard. La variété' nommée rouge hâtive (early réel oats) ne s’égrennfc pas, et mûrit de très-bonne heure : on doit la semer sur les parties sèches et élevées. L’avoine de Blais- lie , et la variété blanche de Norlhumberland, à gros grains, réussissent généralement. Dans les enclos entourés d’arbres, l’avoine de Hollande et l’avoine de pommes de terre (patcitoe oats) doivent être préférées. Toutes les variétés d’avoine hâtive , donnent plus de grain que les variétés tardives. Les fermiers ignorans se plaignent que les premières épuisent le terrain ; et ils ne considèrent pas que lorsque la récolte paroît égale, le produit est supérieur. Toute variété hâtive demande un terrain bien préparé. Il faut semer dans les premiers jours de mars. En général, les avoines semées plus DES MOUTONS DANS DES 478 tard donnent plus de paille, mais les autres rendent plus de grain, et d’un grain plus pesant. L’orge à six rangs re'ussit bien dans les fermes élevées, et les bonnes terres; l’orge à quatre rangs de même. L’orge à deux rangs est préférable dans les sols gras et chauds. On se trompe souvent en préférant les autres variétés à celle-là, qui rend ordinairement davantage. On peut semer des turneps à trois époques différentes, savoir, les rutabagas, depuis Je 20 mai au 3 o; les turneps blancs, depuis le 1 au 10 juin; les rouges et les verts, dès le 10 au 20. Il convient de semer ces diverses variétés avec le semoir et sur fumier, après la herse, et en faisant suivre le rouleau. Les blancs doivent être consommés les premiers, comme les plus hâtifs et les plus difficiles à conserver : les verts viennent ensuite, puis les rouges, et enfin les rutabagas : ceux-ci résistent aux gelées, et sont recherchés par les moutons , les vaches et les chevaux. On sème de dix à douze livres de graine de trèfle par acre, avec un demi-boll de ray- grass. L’abondance du trèfle enrichit la terre, et fait que les secondes coupes sont très-fortes. Le ray-grass augmente Je poids et la qualité de la première coupe. Lorsqu’on veut qu’un f % MONTAGNES d’ÉCOSSE. À'JQ pâturage succède aux re'coltes de foin, on y mêle quatre livres de trèlle blanc, et six de plantain lancéolé : ce sont deux plantes excellentes pour pâturage, et qui garnissent le terrain lorsque le trèfle rouge et le ray-grass sont perdus. 11 n’y a pas d’erreur plus inexcusable, chez le fermier, que d’épargner la quantité de graine lorsqu’on sème des prés ou pâturages. Celui qui sème du ray-grass pour une seule coupe, et qui veut rompre son terrain immédiatement après, peut préférer le ray-grass annuel, qui^ donne une lionne coupe sans plus. Mais si l’on veut former un pâturage, il faut semer le ray- grass perenne. On peut mêler le plantain et les trèfles avant que de semer : quant au ray-grass, il faut le semer à part. On doit toujours faucher en juin. Le foin en est meilleur et plus abondant, que lorsque les plantes sont montées en graine. La méthode de faucher de bonne heure est également avantageuse à la seconde coupe , et au pâturage subséquent. On peut dire avec certitude que le fermier des montagnes d’Ecosse dont les trèfles ne sont pas coupés au 1 juillet, est un mauvais cultivateur ( 1 ). (1) Quoiqu’il y ait beaucoup de choses à dire en 4Sq des moutons dans des H convient, de planter en variétés hâtives la moitié' ou le tiers de la totalité’ des pommes de terre que l’on cultive. Elles ont l’avantage dVchapper aux gelées de septembre qui arrêtent la croissance de celles qui sont tardives. faveur des bons prés naturels, il faut avouer que l’avantage des trèfles mélangés de ray-grass est plus grand encore. La première coupe est abondante; la seconde, qui est de trèfle pur , est une admirable nourrrilure pour tous les bestiaux; et il y a ensuite ordinairement un bon pâturage, indépendamment de la fertilité que le trèfle. ( justement nommé le père des grains) communique à la terre. Chaque livre de graine de trèfle rouge que l’on ajoute à la quantité de huit livres par acre, qui sont le minimum de semence, donne un chariot de fumier , en supposant que le terrain ne soit pas las du trèfle. Bans les terres humides, ou qui ne sont pas complètement desséchées, le trèfle et le ray-grass ne prospèrent pas; mais la hotilque laineuse réussit à merveille soit pour foin soit pour pâturage. Le phleau des prés, ou herbe à Timothée, prospère le long des eaux. Le grand fromental donne beaucoup dans les terres sèches, mais il a peu de saveur pour le bétail, et nuit aux graines. 11 n’y a que la houlque qui puisse être recommandée pour les montagnes d’Ecosse. Mais dans tous les terrains secs et bien amendés, aucune herbe ne peut rendre autant que le trèfle mêlé de ray-grass. Les pâturinset les flouves se trouvent dans les prés naturels, avec le trèfle rouge perenne, plante excellente. (A) Yoîci MONTAGNES d’ÉCOSSE. 48 X Voici un moyen facile de cultiver les pommes de terre de graine. Mêlez dans une boîte, au mois d’octobre, avec de la terre de jardin , les baies de pommes de terre. Maintenez cette terre humide, et à l’abri de la gelée. Pendant l’hiver, les baies se fondent dans la terre. On sème cette terre sur une couche en mars. Les plantes lèvent fort e'pais, on le transplante à un pied de distance, on les butte, et on obtient des tubercules qui ont déjà une certaine grosseur: à l’année suivante les plantes acquièrent tout leur de'veloppement. Lorsqu’on donne aux bestiaux des petites raves ou des petites pommes de terre à manger entières, il convient de mettre une traverse au-dessus du cou des animaux pour qu’ils ne puissent pas élever la tête plus haut que dans la ligne horizontale. Il vaut mieux employer pour pre'parer les turneps au bétail un maillet qu’un couteau : un seul coup de maillet suffit pour ramollir le turnep au point où il faut pour que le bétail puisse le mâcher et l’avaler sans danger. On doit écarter le bétail pendant l’hiver de tous les prés semés dans l’année. Si l’on s’aperçoit que la terre se soulève par les gelées, il faut les rouler. Le produit brut des terres arables, encloses Tome 9. H h 482 DES MOUTONS DANS UES et cullive’es avec les soins que je viens d’indiquer, peut être estime à dix fois ce qu’il est dans l’e'tat de nature, et quand le pâturage est commun. Si nous considérons les effets de cette culture pour augmenter l’aisance et les moyens de subsistance des familles, ainsi que pour favoriser la beauté et la santé des races de bestiaux, les avantages sont incalculables. Si je pars de ma propre expérience dans un sol un peu tourbeux , qui donne naturellement de l’herbe grossière , et qui est situé à cinq cents pieds au-dessus de la mer, exposé d’ailleurs aux pluies atlantiques, je trouve les produits plus considérables. J’obtiens de mes avoines sept à huit boîls par acre, de mes orges cinq à sept bolls, de mes trèfles et ray-grass deux cent vingt à deux cent cinquante stones de quatorze livres, de la première coupe, de mes prés fumés cent quatre- vingts à deux cents stones; de mes prés arrosés, deux cent cinquante à deux cent quatre- vingts stones ; de mes pommes de terre , huit tuns de vingt quintaux, de mes turneps de quoi engraisser deux vaches, ou vingt moutons, ou bien de quoi nourrir cinq vaches à lait depuis le vingt octobre jusqu’en avril. On sait qu’une vache bien nourrie rend plus que deux qui le sont mal. Le capital mis en MONTAGNES d’ÉCOSSE. 483 bestiaux est moindre, et l’intérêt en est plus fort proportionnellement. Quand l’entretien est bon , les bestiaux sont sujets à moins de maladies, et le proprietaire est expose' à moins de pertes , et de non valeurs. Les genisses deviennent pleines un an plus tôt, et sans aucun inconve'nient ; car c’est un fait bien connu que quand la nourriture est abondante, les genisses font le veau à l’âge de deux ans, continuent à grossir et à prospérer de manière à devenir de très-grosses vaches. Chaque pièce de gros bétail, doit avoir à manger son saoul ; c’est-à-dire, autant qu’elle le demande; car un bœuf ou une vache ne mange pas plus que la nature ne l’exige, et prospère à raison de ce qu’il consomme. Un animal qu’on laisse souffrir de la faim, dévore ensuite, et digère mal. Il y a une véritable économie à bien nourrir le bétail. La bonne litière et une habitation suffisamment chaude , font partie du régime convenable, pour les vaches à lait surtout. L’usage de parquer le gros bétail doit être abandonné. Les bêtes sont exposées penda'nt le jour à une chaleur excessive , et aux mouches , tandis qu’elles ont à souffrir du froid pendant la nuit; enfin la moitié ou les trois quarts du fumier se trouvent perdus par cette méthode. L’usage d affourer le bétail en plain champ est aussi r 484 DES MOUTONS DANS UES fort peu economique. Une grande partie delà nourriture est foulëe aux pieds, salie ou emportée par les vents. A tous égards il est préférable de nourrir le bétail à couvert, de manière que quelque tems qu’il fasse, il puisse manger tranquille et sans perte , comme se coucher au sec, et à l’abri de la rigueur de la saison. Le foin naturel des près humides est préfé- rable au foin artificiel pour le gros bétail ; mais en revanche, le foin artificiel convient mieux aux moutons, et aux chevaux. Lorsque la provision de fourrage est suffisante, chaque vache doit nourrir son veau, et avoir encore du lait à l’usage de la maison. Le foin coupé se donne aux vaches, ainsi que les secondes coupes de trèfle, jusqu’à ce que les turneps, les pommes de terre ou les choux succèdent. Les vaux apprennent à pâturer dans leur parc, et à manger dans la crèche. De cette manière, ils se sè- vrent peu à peu et sans danger. Avec ce régime les vaches rendent beaucoup , soit en veaux , soit en lait. Vingt vaches à lait rendent davantage de cette manière, que quarante ou cinquante avec la méthode ordinaire. On prévient d’ailleurs diverses causes de mortalité, et les avances rentrent plus promptement. Pour se préserver du danger qui résulte de 485 MONTAGNES b’eCOSSE. l’usage du trèfle quant aux gonflemens , il faut accoutumer peu-à-peu les bêtes à l’usage de cette plante, et le faire toujours dans le tems le plus sec. Il arrive aussi quelquefois dans les commencemens des accidens avee les turneps. Pour les éviter, il faut ne donner aux boeufs et aux vaches que les plus grosses racines, en réservant les autres pour les moutons. On ajoute a cette précaution, celle dont j’ai parlé, d’une traverse au-dessus de la tête des bêtes, laquelle empêche qu’elles ne puissent élever leur col au-dessus de la ligne horizontale. Il arrive souvent qu’on a, au printems, des turneps gelés : il n’y a aucun inconvénient à les faire manger aux bêtes, après les avoir fait dégeler dans l’eau. Le lait des vaches ne se ressent presque pas du goût des turneps lorsqu’on a soin, avant de les leur donner, d’en ôter les feuilles pourries, et lorsqu’ils ne font pas une trop grande partie de leur nourriture habituelle. Si le goût du lait en étoit trop affecté, voici la précaution qu’il faut prendre : une demi- heure avant de traire les vaches, il faut les maintenir aussi tranquilles qu’il est possible ; ensuite, lorsqu’on a tiré le premier trait de chaque pis, qui est séreux, on le sépare, comme étant le seul qui soit affecté du goût des turneps. Si le lait conservoit encore un mau- DES MOUTONS DANS LES 486 vais goût, il sufîiroit pour le corriger , de laver les vases destinés à le contenir, dans de l’eau, légèrement nitrèe : celte préparation fait que le lait de mauvais goût reste au fond. On obtient le même résultat en mettant dans le lait chaud une dixième partie d’eau bouillante. De toutes les précautions, au reste , les meilleures sont de ne pas outrer la quantité de turneps qu’on donne aux vaches à lait, et de maintenir les ustensiles de la laiterie rigoureusement propres. Les rutabagas, s’ils n’ont point de feuilles pourries, et qu’on les donne avec le foin, produisent un beurre d’une couleur jaurie, et aussi gras que celui qui résulte de l’usage du trèfle. Les pommes de terre ne donnent aucun mauvais g >ùt au lait, et les choux en donnent très- peu. Si le fermier a beaucoup de pâturages, il peut conserver ses élèves Iong-tems, et jusqu’à ce qu’ils lui fassent rentrer une somme plus considérable. A l’âge de deux ans, les femelles sont pleines, et les mâles ont acquis ce beau développement de formes , qui est ordinaire chez les animaux abondamment nourris. La vente annuelle de quatorze belles bêtes de deux ans, en en supposant six^pour renouveler le troupeau et pour les accidens , font un objet considérable j et il faut y ajouter la vente MONTAGNES d’ÉCOSSE. 48 7 de deux ou trois belles vaches engraissées. Or tout cela est par-dessus la rente du lait et du fumier. Si le fermier ne peut pas garder ses jeunes bêtes jusqu’à cet âge, faute de pâturages sufii- sans et de nourriture d’hiver, il peut les vendre au bout d’une année, et ils vaudront toujours, s’ils ont été bien nourris, le double de ce que valent les bêtes de même âge, élevées chez des fermiers qui manquent d’industrie et de moyens. Ces calculs approximatifs sont faits sur la supposition que le fermier puisse nourrir vingt vaches : or, tout fermier des montagnes d’Ecosse qui occupe une charrue, peut en nourrir ce nombre-là en toute sûreté. Si les pâturages sont proportionnellement plus étendus, on peut tenir un plus grand nombre de vaches* même en n’ayant qu’une charrue. L’argent qui rentre, par les vaches, n’est qu’une partie du bénéfice que le fermier peut attendre de cette exploitation. Le fumier fait croître des récoltes de grains, pour la famille et les domestiques. Il a du fourrage à vendre, et peut prendre des bestiaux, pour le consommer pendant l’hiver; enfin, il fournit le marché de beurre , de fromage , de lait, et il peut élever de la volaille sur les mauvais grains, et le rebut des pommes de terre. 488 DES MOUTONS DANS DES Quant au proprietaire, les dépenses qui le concernent sont les clôtures, et les bâtimens destine's aux animaux et aux récoltes. Ces dépenses peuvent être considérables, mais l’intérêt en est assure par l’augmentation du prix de la ferme, et les profits, à la longue, les couvrent largement. Dans les plantations des arbres de forêt, le fermier et le proprietaire doivent s’entendre. Le premier désignée les situations convenables pour les abris, et le dernier consulte la nature de la terre, la facilite de l’accès à la plantation, la convenance d’avoir les pierres à portée pour former les murailles sèches. Enfin, les experts doivent être consulte's sur la nature et le choix des arbres selon l’exposition et le terrain, en ayant toujours en vue les abris destine's aux troupeaux , et le profit que donneront les arbres dans la suite. On commence par entourer de murailles sèches l’espace où doit être la plantation. On destine un endroit de bon terrain défonce' à une pépinière. Si la partie à planter est couverte d’une herbe forte, on a soin que les plants soient assez hauts pour n’être point étouffés par cette herbe. S’il y a déjà de vieux arbres, on dispose la nouvelle plantation en harmonie avec eux. Il importe que la plantation soit assez épaisse pour que le» arbres s’ap- MONT AO N'ES d’écosse. 48g puient les uns les autres par leurs branches contre les vents, el se lèvent comme une masse solide. Dans une vaste ferme à moutons, qui manque d’abris naturels, il faut distribuer les plantations sur divers points; mais il importe surtout d’avoir un bois dans les parties basses pour protéger les brebis lorsqu’elles font les agneaux, et un autre dans les parties élevées pour servir de retraite et d’abri aux troupeaux, lorsqu’il fait de la neige avec de grands vents. Les plantations basses peuvent être composées d’un tiers de sapins d’Ecosse, et de deux tiers dé chêne, de frêne, d’ormeaux, platanes, boideaux, peupliers, et saules rouges. Les plantations élevées peuvent être composées pour les deux tiers de sapins d’Ecosse , et pour un tiers de mélèzes, et de frênes de montagne. Il vaut mieux, en général, ne planter les mé- lèses qu’en masses, parce que lorsqu’ils sont mêlés à d’autres arbres, ils dépassent les autres, et se courbent. Ainsi que nous venons de le voir, les quatre principales branches de l’industrie d’un fermier des montagnes d’Ecosse, sont tellement liées entr’elles, que la prospérité de chacune dépend des trois autres, et c’est de la vigueur de cet ensemble de culture que dépend la 4g O DES MOUTONS etc. prospérité’ du peuple des campagnes, et la somme des avantages que le publie peut tirer de l’agriculture. Le gros bétail ne saüfoit être profitable s’il est seul. Les brebis, si elles sont seules égale- ment, font de la ferme un de'sert. Mais si l’on laisse multiplier indéfiniment les arbres, les montagnes se couvrent de forêts. C’est en donnant à chaque chose le juste degré d’extension convenable, que l’on tire le meilleur parti de tout, et qu’on sert tout à la fois les intérêts du propriétaire , et ceux de tous les individus d’une population croissante. Lettre de M. Chancey aux Rédacteurs de la j Bibliothèque Britannique. Belleville, le su septembre / 808 Monsieur, N j ous avons employé l’hiver dernier, avec économie et profit, le gland de chêne à faire partie delà nourriture du troupeau de Lécluse, composé de deux cent cinquante-sept bêtes, tant brebis, moulons que beliers 5 plus, cent quinze agneaux nés en décembre. Ces bêtes ont mangé pendant l’hiver cent cinquante quintaux , poids de marc, de glands. N GTjANDS DONNÉS AUX MOUTONS. 4<)1 On les donnoit aux agneaux dès que leurs dénis leur permeiloienl de les manger, mêles avec de l’avoine el un peu de son. Dans les commeucemcns ori les écrasoit pour que leurs dents ne fussent pas endommagées. Celte nourriture est excellente aux mères nourrices dont elle rend le lait plus substan- ciel : elle favorise aussi d’une manière sensible l’accroissement des agneaux. Ce fut le berger de Lécluse qui nous donna le conseil de faire ramasser des glands, en nous assurant que lorsqu’il étoit en Dauphine , le tcms de l’année où son troupeau se porloil le mieux, étoit celui où dans les bois il rnangeoit des glands. L’on nous fit beaucoup d’objections contre l’emploi de ce fruit , destiné principalement à engraisser les porcs , etc. etc. Nous consultâmes MM. les directeurs et professeurs de l’école vétérinaire de Lyon. Leur réponse fut : de donner des glands au troupeau. Que ce fruit, bien loin de pouvoir leur donner la pourriture, en guériroil un troupeau, atteint de cette maladie au premier degré. Nous avons suivi leur bon conseil, et nous nous en sommes bien trouvés, tant sur le rapport de la santé du troupeau, que sur celui de l’économie. Le quintal de gland ne nous coule, rendu à la bergerie , que 5o sous. J 4g2 GLANDS DONNÉS Les hivers précëdens nous avions employé la pomme de terre, et nous avions observé qu’elle rendoit l’excrément des moutons un peu liquide, la litière constamment humide, exhalant une odeur très-acrimonieuse. Ce sont ces motifs qui ont fait proscrire l’emploi de la pomme de terre pour les moutons , à divers agronomes. Quelques-uns l’dnt remplacée par le topinambou, dont les racines sucrées ne contiennent pas une eau de végétation insalubre comme la pomme de terre crue. Sa cuisson combine celte eau et en fait disparoîtrc le principe délétère. Mais la cuisson est une dépense. De plus , la pomme de terre donnée cuite en trop grande quantité engraisse les moutons. Le gland, la carotte, le topinambou sont d’excellentes nourritures pour les moutons. L’oq. peut y ajouter la rave , la betterave , données avec précaution , même un peu de pommes de terre données par une main avare (1), (1) Selon les terrains et les années, les pommes de terre ont peut-être les inconvéniens remarqués par M. Chancey. Un agriculteur très-intelligent nous a communiqué des observations semblables. Mais nous faisons depuis quatre ans, et sans le moindre inconvénient, le plus grand usage des pommes de terre crues pour l’bi- AUX mnutons. 4g3 Toutes ces racinesfruits, ainsi que l’avoine, orge , fèves , lupins ne doivent être donne's aux troupeaux que comme nourriture supplé- mentaire, des fourrages qui leur sont destines; et jamais pour être leur unique nourriture. St vous avez , monsieur , des glands dans votre voisinage, je vous invite à en donner à votre beau troupeau mérinos , comme vous lui donnez des marons d’Inde. J’ai l’honneur d’être, etc. Chàncey. Lettre du Même à M. Ch. Pictet. Belleville, ce 6 novembre 1808. Monsieur, J^Vyant eu l’honneur de vous faire part, le 16 février dernier, du succès obtenu à Lécluse pour guérir les moutons attaqués du tournis , à l’aide de l’opération pratiquée en Turquie, vernage des brebis-merinos. Ce que nous avons remarqué seulement, c’est qu’il convientjque les bêtes soient tout-à-fait à la nourriture sèche d’ailleurs : si on leur donne des pommes de terre pendant qu’elles vont encore au pâturage, il en résulte que leur fiente devient trop molle, et que les bêtes ne profitent pas. SUR LE TOURNIS. 4 g 4 j’ai contracte l’obligation de vous communiquer les résultats des essais que nous avons faits depuis , ainsi que les suites de l'état de sanie des trois bêtes opérées , dont e’toit le sujet de ma lettre du 16 février. Le 10 mars, une antenoise Espagnole fut ope'rêe. D’abord à la face gauche sans succès, ensuite au derrière de la tête aussi inutilement. Et pour la troisième fois à la face droite avec succès. L’hydatide sortit de suite ; mais l’animal , fatigué de ces trois opérations, périt. Le i. er avril, un mouton fut opéré d’abord à la face sans succès, ensuite au crâne derrière sa tête avec plein succès. L’hydalide sortit de suite avec beaucoup d’eau. L’animal périt deux jours après. Sa tête ouverte, la cervelle fut trouvée pleine de sang extravasé , effet de la première opération faite dans la partie où n’é- toit pas l’hydatide. Le 5 avril, un antenois Espagnol fut opéré. Seulement quelques gouttes d’eau sortirent : point d’hydalide. L’animal est mort le 10 courant. Le 2 mai a été opéré un mouton avec un succès complet. L’hydatide est sortie de suite. Le surlendemain l’animal suivoil le troupeau. Il continue à se bien porter. Le même jour un antenois Espagnol a été opéré. L’hydatide est SUR LE TOURNIS. 4g 5 sortie de suite (ayant une longueur double de celle qu’elles ont ordinairement) avec beaucoup d’eau. L’animal ne se rétablissant pas, il a été tue : le 8 mai. Le 4 mai, un mouton a été opéré sans succès et tue de suite. Le 11 mai, un antenois Espagnol a e'te’ ope're. L’hydatide est sortie sur-le-champ; il a e’te tire' de son cerveau trois petites pompes pleines d’eau. L’animal se porte à merveille ; s’il eût été d’un lainage supérieur, il eût pu être employé comme étalon pour la monte de cette année. Sur sept bêtes opérées , deux seulement ont été sauvées. Il me reste, Monsieur, à vous rendre compte des trois bêtes dont je vous avois communique', par ma lettre du 16 février, le succès de l’opération du tournis. L’anlenois opéré le 11 janvier dernier tourna de nouveau au commencement de mars. Sa maladie empira. Nous le limes opérer presque mourant le 6 avril. L’hydatide sortit de suite. Mais c’étoit trop tard ; l’animal périt le lendemain. Sa tête ouverte, les cervelles furent trouvées dans un état de putridité, pleines d’eau, exhalant l’odeur la plus fétide. L’antenoise opérée le i5 février tomba malade le 17 d’une enflure considérable à la tête. 9 4g6 SUR UE TOURNIS. Elle mourut le 6 mai. Sa tête ouverte, conte- noit un second dépôt plein d’eau qui n’avoit pas été' percé. Le i4 mai, le mouton opéré le îg janvier, qui jusqu’alors s’étoil porté à merveille, donna des marques, le soir en rentrant à la bergerie, qu’il avoit la vue égarée. Nous nous décidâmes à le faire opérer, présumant qu’il étoit de nouveau atteint du tournis. L’opérateur ayant enfoncé son alêne comme à l’ordinaire pour percer l’bydalide, rencontra une difficulté à enfoncer son instrument qu’il n’avoit point encore éprouvée. L’opération ayant été infructueuse, l’animal fut tué. Sa tête ouverte, les cervelles furent trouvées dans le meilleur état, parfaitement rétablies de l’opération qui avoit eu lieu le ig janvier précédent. Mais au sinus de l’œil droit, fut trouvé une coque coriace de la grosseur de celle du vers à soie, contenant une larve d’æstre longue de douze lignes , et de deux et demi de diamètre, cause présumée de l’égarement de sa vue. Sur treize moutons attaqués du tournis à Lécluse et opérés, deux seulement sont en ce moment bien portans et en vie, un troisième le seroit peut-être aussi, si nous ne l’eussions pas fait tuer. Nous ne regrettons point de l’avoir fait : SUR UE TOURNIS. 4g7 fait : l’ouverture de sa tête nous ayant appris que les cervelles du mouton se rétablissent parfaitement de l’opération d’enfoncer une alêne au milieu, ainsi que du vide que laisse l’hyda- lide à sa sortie. L’operateur, M. Rey, artiste vétérinaire plein de mérite , pense que le moment d’opérer les moutons est au premier signe qu’ils donnent du tournis , celte maladie ayant déjà fait des progrès considérables au moment qu’elle devient apparente. Il présume, que si nous eussions fait opérer à cette époque, nous eussions perdu moins de bêles. Nous partageons son opinion. La guérison complète par le trépan est très- rare. Cependant il existoit en l’an VII à Rambouillet deux moutons qui y avoient été opérés en l’an II avec un succès complet. Mais depuis, aucune opération n’avoit réussi, quoiqu’on en ait beaucoup fait. Je tire ce fait d’une lettre écrite à M. Cha— norier en l’an Vil par un de MM. les administrateurs de Rambouillet : la personne qui a les papiers de M. Chanorier, relatifs à ses moutons, ayant bien voulu me les communiquer. J’ai l’honneur d’être, etc. Chance y. Tome 9. Ii V 4g8 TONTE DES TROUPEAUX Tonte des Troupeaux de Woburn En 1808. I_*e i5 juin, au matin, une nombreuse société' d’agriculteurs distingues se rassembla à la ferme du Parc à Woburn. La matine'e fut em- ploye’e à voir les moutons de Soulh-down et de Leicestrr appartenans au Duc de Bedford, et qui furent vendus dans la souee. À trois heures, on se réunit à l’abbaye pour dîner. Il Y avoit, entr’autres agriculteurs, le comte de Winchilsea , Lord Russe!, Lord So- merville, MM. Dundas et Ludlow, Sir Joseph Banks , MM. Wynne , Biddolph , Savage et Sebriglit. A six heures on retourna à la ferme du parc , où les lots suivans furent vendus par M. Clayton : l." lot xo brebis de South-down de 2 ans.à 42 sh. 2 . * . . 10 dites. 42 3. c . . 10 dites de 3 ans. 46 4 . e . . 10 dites ..4a 5. * . . 10 dites. 44 6 . ' . . 10 dites bouches rondes . . 4o 7 . * . . 10 antenoises dites. 53 * s» de woburn en 1808. * 4 gg 8.* lot 5 antenoises Leicester. . à 34 sh. g. e . . 5 dites. 33 10. e . . 5 dites. 4a 11. *.. 5 dites. 45 12 . '.. 5 dites 8o i5.' . . 5 dites. 75 Le mardi matin , une nombreuse socie'te d’agriculteurs se réunit à Crawley-heath , pour assister à un défi de charrue, dont le prix éioit une coupe de cinq guine'es pour le proprietaire de la charrue gagnante, et deux guiuées poulie conducteur de la même charrue. A midi, cinq charrues se mirent en mouvement , savoir : Le N.° 1 , appartenant au Duc de Bedford, charrue de Norlhumberland. N.° 2 , charrue de Leicester-shire, appartenant à M. Forster. # N.° 3, cha rrue de Norfolk, appartenant au Duc de Bedfordi N.° 4, charrue de Bedford-shire perfectionne'e, appartenant à M. William Barlotv. N.° 5, charrue de Leicester-shire. La compagnie retourna à la ferme du parc, et assista à l’examen des juges sur le mérite comparatif des antenoises à longue et à courte laine. Cette ope'ration les occupa jusqu’à trois heures ) après quoi on alla dîner. ^ 500 TONTE UES TKOUTEAUX Outre les seigneurs et les gentilshommes , qui ëtoient prësens la veille, ou remarquoit Lord Dunstanville, et Lord Kinnard, le marquis de H u ntl y , et Sir Hugh Inglis. Lord Somerville se leva, et au nom des agriculteurs de l’Angleterre, il pre'senta au Duc de Bedford une grande aiguière. Cette pièce de vaisselle pesoit quatre cents onces, et avoit deux pieds de long sur dix huit pouces de large. Ses bords ëtoient releve's en bosse, avec des figures emblématiques sur l’agriculture. Dans le centre, ëtoient gravëes les armes du Duc de Bedford, avec cette inscription : « A sa grâce le Duc Jean de Bedford , les » agriculteurs de la Grande-Bretagne. L’an du )) Seigneur 1807. 3 Le Duc remercia. Le mercredi matin fut employë à examiner le bétail destine’ à être vendu le soir, et à voir les inslrumens d’agriculture, qui ëtoient ëtalës dans une cour fermëe, savoir: Ub moulin à battre le blë et hache-paille. Un autre moulin à battre le blë, lequel est transportable, et se meut par deux chevaux: on peut le placer dans les champs, s’il est ne-; cessai re. Ün hache-paille mis en mouvement par les chevaux : ces deux dernières machines sont de l’invention de M. Salmon. 1)73 WOBURN EN 1808. 5ot Une machine à battre le trèfle, de M. "VV ain- veright : un hache-paille, et une machine à écraser l’avoine , par M. Palmore. 3VI. Batchelor montra un semoir pour le blé et d’autres graines. M. Salmon montra une machine pour moissonner le blé, construite sur un principe nouveau. M. Evans montra une pompe à incendie destinée à l’arrosement des jardins ; il montra de même une trape pour prendre les voleurs, au moyen de laquelle une chaîne retient et saisit celui qui est en faute , sans lui faire aucun mal. Après le dîner, qui eut lieu à l’heure accoutumée, le Duc procéda à la distribution des prix , savoir : 1. ° Pour les deux moutons gras de deux tontes à longue laine , une coupe d’argent de dix guinées à M. Barton. 2 . “ Un autre prix semblable , mais borné au J>edford-shire , une coupe de cinq guinées à M. Pie U. 0.° Pour le plus beau mouton gras de deux tontes et à courte laine , une coupe de dix gui- nées à M. Frevor. 4. ° Un prix semblable pour le même objet à Al. Runciman. 5. “ Pour le plus beau lot de trois anlenoises 5o2 tonte des troupeaux à longue laine , une coupe de dix guine'cs à M. Bullfield. 6 .” Au plus beau lot après celui-là , une coupe de cinq guine'cs à M. John Crowley. 7. 0 Au plus beau lot de trois antenois à courte laine, une coupe de dix guine'es à M. Frevor. &° Au lot qui suit celui-là en beauté , une coupe de cinq guinees à M. Runciman. g.° Pour le plus-beau porc, une Coupe de cinq guine'es à Lord Ossory. iô.° Au meilleur tondeur, une coupe de cinq guinees à Job Arnauld. ai.° Au plus habile après lui, une coupe de quatre guine'es à Thomas Lumel. 12. 0 Au troisième en habileté, trois guine'es à John Bollard. i5.° Au quatrième en habileté', deux guine'es à John Swannel. 14. ° Au cinquième en habileté', une guinée à John Collins. 15. ° Le quinzième prix devoit être donne à l’inventeur de l’instrument le plus utile. Les juges décidèrent qu’aucun instrument n’offroit un caractère suffisant d’utilité pour mériter la distinction d’un prix. La machine à moissonner, et la machine à battre le trèfle parurent ingénieuses, mais n’ayant pas été éprouvées, on ne 5 o 3 DE WOBUTtN EN 1808. pouvoit pas juger pleinement (le leur mérite. Cependant, pour encourager les recherches des mécaniciens , le prix de vingt guinees lut divisé entre les quatre personnes qui avoient produit les machines les plus ingénieuses. 16.° Une coupe de dix guinees pour la meilleure charrue. Ce prix fut donné à M. André Wilson, l’intendant du Duc de Bedford, et le conducteur de la charrue , John Green , obtint deux guinees. 17. 0 Ce prix est destiné aux expériences comparatives de la culture au semoir et de la culture ordinaire : ce prix ne peut être adjugé qu’après la moisson , et les deux candidats sont M. R unciman et M. Cowley. 18. 0 Ce prix de cinq guinees étoit destiné au meilleur bçrger : il fut adjugé à John Clarke, berger de M. Withread, pour avoir élevé deux cent soixante-cinq agneaux de deux cent vingt brebis. 19. “ John Holland , le berger du Duc de Bedford , obtint quatre guinees pour avoir élevé six cent quatre-vingt-quatorze agneaux de six cents brebis. 20. ° William Sharman, berger de M. Run- ciman , eut un prix de trois guinees pour avoir élevé deux cent vingt-huit agneaux de deux cent dix-huit brebis. 5o4 TONTE DES TROUPEAUX Le dernier prix e'toît destine aux irrigations: « il n’y eut pas de prétendans, et le Duc en témoigna ses regrets. II termina la séance en adressant des remerciemens à tous les agriculteurs présens, et en leur témoignant l’espoir de les réunir l’année suivante. Lord Dundas se leva et proposa le toast suivant : « Au Duc de Bedford. Puisse son exemple et celui de son illustre prédécesseur, encourager les efforts de tous les agriculteurs desRoyaumes- L’nis ! » Le Duc répondit en peu de mots et d’une manière touchante. Les bdiers de South-down sèlouèrent par loterie. Les vaches de Devou et de Hereford sc vendirent fort cher. Tonte de Ilolkkam , En 1808. Beliers mérinos loués. N.° l. Dont la toison pesoit huit livres huit onces, antenois, loué 10 guinées à M. Styleman. N.° 2. Toison dix livres. Loué 21 guinées au même. PL” 1 (bis). Toison sept livres huit onces, Belier de cinq aus, loué 45 guinées à M. Molteux. DE WOBURN EN l8o8, 6o5 N.° 3. Toison six livres six onces. Belier de trois ans, loue' 3o guine’es à M. Allen. N.° 4. Toison douze livres liuit onces. Belier de trois ans, loue 20 guine'es à M. Eyrcs, Antenoises de South-down vendues. N.° t. Lot de dix antenoises, 28 guine'es à M. Butcher. 2 . De même 5o guine'es à M. Rodtvell. 5. De même 5o guine'es à M. Slyleman, ’ 1 . Dix vieilles Brebis 26 guinees à M. Hill, 2 . De même 3i guine'es à M. Motteux. 3. De même 35 guine’es à M. llill. N 4. De même 3i guine’es au même. 5. De même 53 guine'es au même. 6 . De même 54 guine'es à M. Mastera. Brebis de South-down vendues par lots de dix , 1 . " lot 3o guine'es à M. Butclier. e 2 . 5 . e 4. c b: 6. c e 7- 8 .' e 9 - *Q. e 27 guinees au meme. 36 guine'es à M. Dusgate. 52 guine’es à M. Hill. 26 guine'es au même. 34 guinees à M. Beck. 58 guinees à M. Harrison, 55 guinees à M. Hill. 56 guine'es à M. Dusgate. 55 guine'es à M. Hill. 5 o 6 TONTE DES TROUPEAUX Vieilles brebis de South-down. 1. er lot de dix 2g guine'es au major Layton. 2. ”.28 guine'es à M. Motteux. 3 . *.28 guinees au même. 4 . '. 5 i guinees au même. Beliers antenois de South-down loués, savoir : N.° 8. Dont la toison pesoit 5 livres 8 onc., loue’ pour 20 guinees à M. Beck. 10. Toison 6 livres 2 onces, 12 guine'es à M. Buicher. 1 5 . Toison 5 livres 8 onces, 16 guinees à M. De\ving. 16. Toison 6 livres, ] 2 guine'es à M. Kemp. 18. Toison 4 livres i 4 onces, 10 guine'es à M. Moore. 19. Toison 6 livres 2 onces, i 5 guine'es au même. 21. Toison 6 livres 4 onces, l 4 guinees à M. Blytlu Vieux beliers de South-down loués, savoir: N.° 1. Toison 4 livres 8 onces , loue' pour 4 o guine'es à M. Wilbraham. 4 . Toison 7 livres 8 onces, 20 guine'es à M. Bell. DE WOBÜRN EN ]8o8. 5oj !N.° 7 . Toison 5 livres 6 onces, i5 guinees à . M. Thurlow. 12 . Toison 5 livres 8 onces, 4o guinees à M. Beck. l8. Toison 5 livres 8 onces, 4o guine'es à M. Wilbrahaïu. Instrumens nouveaux. On montra une machine destinée à broyer les gâteaux d'huile, et qui se meut à la main ou avec un cheval. Elle est susceptible d’être mise à la place du hache-paille. Elle coûte dix suine'es, et est de l’invention de M. Coke. Un semoir destine! à semer la poussière des gâteaux en même tems que la graine de tur- nops, ne re'ussit pas. On montra le modèle d’une machine à battre les blés de l’invention de M. Cardwell. Le propriétaire en a un qui bat, dit-il, trente coombs ( 24 o bushcls) de blê en dix heures avec un cheval, aide’ de deux hommes et deux femmes. Cette machine paroît avoir beaucoup de mérite. Son prix, en y comprenant la dépense nécessaire pour la monter cl l’entretenir pendant six mois, est de soixante guinees. On montra des plantoirs d’invention nouvelle pour le blc,’ par M. Barker. Ils furent fort admirés pour leur simplicité et leur effet. 5o8 TONTE DES TROUPEAUX Us sont faits <3e manière à déposer Je grain , en même tems qu’ils font Je trou , et cela à une profondeur régulière , ce qui fait l’économie considérable de la main-d’oeuvre des enfans qu’on y employeroil. M. Coke dit qu’il y avoit un sujet sur lequel il de'siroit beaucoup avoir l’avis des agriculteurs prescris; c’étoit la manière de fumer la terre destinée aux turneps. Il étoit d’usage, dit-il, de retourner les fumiers avant de les conduire aux champs; mais un de ses amis présent, le Prof. Davy, auquel il avoit beaucoup de confiance, comme habile chimiste, étoit d’avis que si l’on charioit le fumier sur les champs sans le retourner, il retiendroit ses qualités alkalines, et animeroit plus fortement la végétation des turneps : d’ailleurs le fumier n’éprouveroit pas la diminution de volume qui est ordinaire , et qui va à peu près au tiers. M. Coke ajouta qu’il en avoit causé avec plusieurs agriculteurs pratique , et que ceux qui n’étoient point de l’avis du Prof. Davy observoient que quoique la végétation pût en être accélérée, la force du fumier étoit plus tôt évaporée , que la récolte étoit plus sujette à se rouiller, et que les pucerons, (pu sont le fléau des turneps, étoient engendrés en plus grand nombre. M. Coke ajouta qu’il étoit occupé à préparer soixante à DE WOBURN EN l8o8» 5og Soixante et dix acres de turneps. Il se proposoit de les semer au semoir avec de la poudre de gâteaux d’huile , mais en plus petite quantité' que de coutume. Il avoit ce projet, dit-il, parce que si son terrain etoit prive d’une certaine quantité de fumier, le produit scroit moindre; ou que si les turneps étoient moins beaux , la nourriture des moulons parque's seroit moins considérable, il y auroit moins d’orge, le trèfle en souffriroit, et par conséquent le blé aussi. Si le Prof. Davy avoit raison , il résulteroit de cet usage, une augmentation considérable de fumiers, et l’emploi de la poudre de gâteaux d’huile, substitut fort cher aux engrais animaux, seroit moins considérable; l’abondance des turneps en seroit plus grande , et la communauté' y gagneroit beaucoup. MM. Money, Hill et Harvey dirent que depuis quatre ou cinq ans , ils avoient adopté l’usage recommandé par le Prof. Davv, et qu’ils étoient convaincus de son avantage. Sir John Sebright observa que dans quelques comtés on en usoit généralement ainsi, et qu’on mettoit le fumier au second labour pour les turneps ; que dans ses prés à lin , il avoit toujours trouvé le fumier frais plus actif, que le fumier fermenté. M. Cabe dit qu’il avoit fumé des chaumes de blé en fumier frais , et l’avoit enterré d’un coup de charrue , pour TONTE DES TROUPEAUX 4lO mettre des turneps , qui réussirent; tandis que d’autres champs cultives selon la méthode ordinaire manquèrent. Les prix furent distribues de la manière suivante : Au colonel Titzroy pour le mouton de Lei- cester de quatre dents, le plus gras, une coupe d’argent. Pour les plus belles antenoises de Leicester, une coupe d’argent à M. John Beeves. Pour les plus belles antenoises de South- down, un pot à thé d’argent, au même. Les brebis de M. Hill furent jugées les plus belles'qui eussent jamais été présentées à Holkham. M. Coke avoua que c’étoient les plus beaux animaux qu’il eût vu , mais les juges décidèrent en faveur de M. Beeves à cause de la supériorité de la laine. Pour le plus beau belier anlenois de Soulh- down, une coupe d’argent, à M. Waller. Pour le plus beau mouton de Soulh-down, une coupe d’argent, à M. Moor. Pour le plus beau belier mérinos antenois, une coupe d’argent, à M. Moseley. Pour le plus beau cochon, une coupe d’argent, à M. Edouard Beck. Pour avoir converti en prés arrosés le plus grand espace de terrain, une coupe d’argent dçré, à M. Eyres. ' de woburn en 1808. 4 n M. Coke dit qu’il porteroil à 5 o guinées , les prix destines à encourager les arrosemens. Le Révérend M. Barker obtint l’approbation des juges pour les plantoirs ingénieux qui déposent le ble' à la profondeur convenable, et sans perle de tems : il reçut le prix destiné à celui qui présenteroit à la tonte de Holkham, l’instrument le plus utile. M. Tollet s’adressa ensuite à M. Coke pour reconnoître que lui et beaucoup de fabricant avoient une obligation infinie à cet agriculteur pour l’encouragement qu’il avoit donné au perfectionnement des laines , en améliorant les races de brebis: M. Tollet rappela les avantages qui résulloient de l’institution de la tonte de Holkham, et ensuite sur la conduite noble et libérale de M. Coke. Le Duc de Bedford fit quelques observations dans le même sens que M. Tollet, et exprima le désir de suivre un exemple si digne d’imitation. Il pria les fermiers présens , de vouloir bien assister à la tonte de Woburn l’année suivante. CHOIX DES 5l2 Mémoire sur le choix des Étalons M ERINOS, PAR M. Ch. Pictet (i). I./orhî-ine de la race sur laquelle on fonde une exploitation de mérinos, est d’une extrême imnortance. Il y avoit en Espagne avant la guerre environ treize millions de bêles à laine, dont cinq millions seulement de mérinos, et huit millions de ùhurros , ou bêles à laine communes, ou améliorées. Tous les mérinos ne sont pas d’une égale beauté, et ne portent pas une laine fine au même degré : il y a parmi eux des gradations tranchées, et ensuite des nuances infinies. Ils sont presque tous transhumans ou voyageurs: le petit nombre qu’on nomme estantes ou sédentaires, ne sont pas les plus estimés. C’est parmi les voyageurs qu’on trouve les animaux (i) Ceci avoit été écrit en 1807 pour un riche propriétaire qui vouloit entreprendre une grande exploitation de bêtes à laine d’Espagne : le mémoire fut traduit en allemand, imprimé à Vienne la même année, et a été réimprimé à Leipsic. J’en ai supprimé ce qui éloit particulier à celui auquel je Padressois, et je le joins à ce recueil. I ÉTALONS MERINOS. 5l5 les plus fins et les plus robustes : ce sont les troupeaux les mieux soigne's, et parmi lesquels on apporte le plus d’attention au choix des étalons. Quinze cavagnes (i) principales, et composant entr’elles environ cinq cent mille bêtes, sont surtout -renommées pour la finesse des individus. Ces cavagnes sont celles de iNegretli et Luco. i’Ëscurial rinfantado* Béjar. Paular. Peralës et Velasco. Mura. Alcolea. • Lasliri. ; San-Juan. Portago. > , ;. , Iturbieta. Yranda. Perella. Salazar. t : La plus forte cavagne (celle de Negretti) contient 80,000 bêtes. La plus foible (celle d’Yranda) n’en a que 16,000. ( 1 ) On nomme ainsi la totalité des troupeaux qui appartiennent à un même individu. Tome 9. Kk CHOIX DES 5l4 Les 5oo,ooo toisons, fournies annuellement par ces : 5 cavagnes, sont la fleur des laines d’Espagne, c’est-à-dire, les plus belles laines du commerce , où elles sont connues sous le nom de piles Léonoises (1). Viennent ensuite les Ségoviennes , puis les So viennes , les Mo- lines , les Cuenza, etc. On voit déjà qu’il n’y a qu’un dixième de la totalité des toisons de mérinos, que l’on classe dans le commerce parmi les plus distinguées. Sur les quinze cavagnes ci-dessus , et qui fournissent ce dixième de première beaule’, le Roi d’Espagne en choisit onze, lorsqu’il voulut faire, çn 1785, un présent à Louis XVI, composé des plus beaux animaux, et portant les toisons les plus fines que l’Espagne put fournir. Les trois cavagnes de Negretti, de l’Escurial et de Paular furent celles qui contribuèrent, pour le plus grand nombre d’animaux, à la formation de ce troupeau, composé de 534 brebis et 4 a beliers. Comme chaque cavagne a un certain caractère distinctif de formes, les individus de ce troupeau ne se ressembloient point entr’eux : on y voyoit des bétes hautes sur jambes et de gros corsage j d’autres petites et trapues. Les unes étoient garnies de laine sur le toupet, au- ( 1) Le nom de pile remplace dans le commerce le mot laine . ÉTALONS MERINOS. 515 tour de la face, et jusqu’aux ongles; d’autres avoient la tète découverte et les jambes nues. On y vovoit des chanfreins droits et des chanfreins husque's, des fronts larges et des fronts étroits, des oreilles plus grandes ou plus petites , des animaux à grand fanon, et d’autres à col arrondi ; des côtes rondes et des côtes plates ; de larges reins et des dos tranchans ; des épines voûtées et des épines plates; des jarrets d’aplomb et des jarrets serrés. Mais ce que ces animaux avoient en commun , c’étoit une parfaite beauté' de toison , car ils avoient été choisis dans ce but, le^plus important de tous , ou plutôt le seul vraiment important. Ce troupeau fut établi à la ferme de Rambouillet, près de Paris, et remis aux soins de quatre .commissaires habiles, qui y ont donné l’attention la plus suivie. D’année en année, les étalons ont été'choisis avec beaucoup plus de scrupule qu’on ne le fasse dans aucune cavagne d’Espagne. Dans ce pays-là, la grande force des troupeaux, et les changemens de place continuels , rendent comme impossible d’écarter toujours des brebis portières, les mâles médiocres; et les grands propriétaires n’y mettent pas beaucoup d’intérêt, parce que leurs laines se vendent plus d’après la réputation des piles, que sur leur finesse réelle. I 516 CHOIX DE3 De tels soins soutenus sans interruption pendant vingt-trois ans, et une nourriture constamment abondante, ont porte ce troupeau au plus haut point de perfection pour la finesse et pour la taille. Le caractère des formes de Rambouillet ne ressemble exactement à aucun de ceux des divers troupeaux qui ont concouru à le former; mais il se compose de tous; et les diverses formes se trouvent fondues dans celle de Rambouillet. Ce n’est pas, cependant, que l’on n’y trouve encore des différences sensibles d’individu à individu, soit pour la corpulence , soit pour les formes, parce que le caractère des ascendans reparoît de tems en tems ; mais la haute supériorité de la laine de ce troupeau-là sur toutes les laines, soit d’Espagne, soit des troupeaux de France provenans de troupeaux Espagnols, est si bien démontrée à tous les fabricans, que dans la vente publique de cette année, les laines de Rambouillet se sont vepdues en suint soixante-cinq sols la livre poids de marc, tandis que le prix courant des laines pures de belle qualité a été de quarante sous. Comme les belles laines perdent les deux tiers au lavage, et qu’il n’y a qu’en- viron 8o p r cent d’R (i), ces R de Rambouillet (i) Yoyez ci-après l’explication des lettres. ÉTALONS MERINOS. ’5l7 reviennent avec les frais de lavage , d'assortis-*" sage et de déchet, plus de douze francs comptant , tandis qu’on a dans le commerce les R des plus belles piles Léonoises pour dix francs, à quinze mois, de terme. J’ai donné dans la Bibliothèque Britannique tous les détails qui concernent le troupeau Espagnol du Roi d’Angleterre, et j’ai montré par la comparaison des rapports officiels, que le troupeau de Rambouillet avoil un avantage décidé, soit parla corpulence des bêtes, soit parle poids des toisons. Cependant ce troupeau confié depuis quinze ans aux soins de Sir Joseph Banks, a été conduit avec les soins tout aussi éclairés que ceux de Rambouillet ; mais le premier noyau n’avoit pas été formé de la même manière. Il m’est donc parfaitement démontré qu’aucun troupeau en Europe ne peut avoir l’avantage sur celui de Rambouillet, en considérant l’ensemble des qualités qu’il réunit, mais surtout en ayant égard à la principale, qui est de donner beaucoup de laine superfine. C’est dans cette conviction que j’ai formé le noyau de mes troupeaux par quarante-deux .brebis , et trois béliers tirés en trois fois de cet établissement national. J’ai travaillé depuis huit ans à maintenir et affiner encore, s’il étoit 5i8 choix m:s possible , les laines do Rambouillet, au moyen d’un troupeau d’élile (voyez la Bild. Brit.) et en visant à augmenter la masse des R sur chaque toison, comparativement aux basses sottes. Lorsqu’on a une véritable connoissance de toutes les difficultés que l’on éprouvé à trouver, même dans les troupeaux les mieux conduits et les plus distingues, des étalons qui aient toutes les qualités relatives à la laine, on demeure convaincu que si, dans le choix des beliers, on accorde trop d’importance aux formes, on s’éloigne nécessairement du but principal. La seule chose à laquelle il soit raisonnable de s’attacher, c’est la capacité du coffre de l’animal, c’est-à-dire, qu’on peut désirer qu’il ait la poitrine large , le corps long, ample et profond. Lorsque l'animal a les jambes courtes, il y a souvent un peu d’illusion , et il paroîl avoir le corps plus épais et plus long rpie les animaux de même corpulence et qui ont les jambes plus longues. A mérite égal, on doit préférer les animaux bas sur jambes , parce qu’en général ils se nourrissent mieux au pâturage; mais celte qualité, très-réelle, doit céder à des considérations plus importantes. Le choix du belier influe plus sur la toison que le choix des mères; et celles-ci influent plus sur la forme et la constitution des agneaux ÉTALONS MERINOS. 5ig que ne fait le belier: cela est connu de tous ceux qui ont porte une attention éclairée sur l’éducation des .troupeaux. Mais ce qui complique le choix d’un étalon, c’est qu’il ne suffit pas qu’il soit beau de laine et de formes pour promettre de beaux agneaux : il faut aussi que ses ascendans paternels, et maternels aient été d’un sang merino pur, et de beau choix. II faudroit, si la chose éloit possible, pouvoir individualiser les ascendans d’un belier, et avoir sa généalogie exacte, en remontant à plusieurs générations, comme on les fait pour les chevaux dont on veut pouvoir espérer une progéniture sans reproches. C’est un fait constaté par tous les éleveurs attentifs que le caractère des ascendans maternels reparoît dans quelques individus, lors même que pendant plusieurs générations on a employé exclusivement le belier pur avec des brebis provenues des croisemens. Nous voyons des individus métis entes sur la race Suisse, et de la quatrième génération, lesquels, par conséquent, n’ont qu’un seizième de sang Suisse, reparoître avec le caractère de la première portière Suisse, dont ils descendent, et la rappeler d’une manière frappante, soit pour les formes, soit pour la laine. Cette reparution du caractère des ascendans 5 20 CHOIX I>ES est plus Frequente, et plus marquée , lorsque l’étalon n’est pas de sang pur , lors même que la brebis portière est de race pure ; si l’on continue à employer un belier me’iis avec des brebis qui ont déjà subi ce premier degré de dégé- nération , celle -ci s’accélère rapidement, et l’on revient enfin à la race ignoble des ascen- dans maternels de l’étalon employé. C’est par la connoissanee et l’application de ce principe que les commissaires de Rambouillet ont maintenu et perfectionné leur superbe troupeau. C’est pour avoir méconnu ce même principe , que plusieurs établissemens de l’Italie, et de l’Allemagne qui avoienl le germe de la race pure, ont perpétué la bâtardise dans leurs troupeaux, et sont restés de quarante à cinquante pour cent au-dessous de la race de Rambouillet quant aux laines. Dans la Prusse, la Silcsie, la Saxe , le Wirtemberg , la Moravie la Hongrie, et le grand duebé de Bade , on appelle noble tout ce qui a plus de sang Espagnol que de sang ignoble, et l’on ne se fait point scrupule d’employer pour étalons de bea ux métis. Toutcelas’appelle race espagnole. Ce fait suffiroil seul à expliquer la médiocrité comparative des laines Ibero-Germaniques / mais une autre circonstance a contribué à maintenir cette mendicité j c’est que, perdant de ÉTAÏ.OTSTS MERTNOS. 521 vue la chose importante , qui est la toison * les éleveurs se sont laissé tenter par certaines fantaisies de formes, ou autres accessoires indif- férens par eux-mêmes. C’est ainsi, parexemple, que dans le Wirtembcrg on préfère pour la monte un belier métis qui a un grand fanon, à un belier pur qui en est dépourvu. On y regarde comme un caractère essentiel dans un étalon d’avoir un gros toupet, fut-il mêlé de jarre, et les jambes garnies de laine jusqu’aux ongles. On conçoit aisément que ces prétendus avantages ne se trouvent pas toujours associés à la supériorité de la laine ; et que si l’on y attache trop d’importance, on est forcé d’être moins difficile sur la qualité des toisons. Cela est rigoureusement vrai, sans sortir de la race pure , dans laquelle les nuances sont infinies d’individu à individu; mais que sera-ce si l’on se permet de prendre les étalons parmi les béliers entachés de bâtardise ? On auroit beau les choisir au plus haut degré de fin , on seroit toujours sûr de la dégénération ; mais si l’on veut absolument un toupet lourni, un Iront large, un nez plissé, un gros fanon , et des jambes garnies , il sera même impossible de choisir l’étalon métis parmi les plus fins : ce qui, au reste, devient assez indifférent, parce qu’une fois qu’on se permet d’employer des 522 CHOIX DES bâtards pour étalons, la médiocrité deslaines est inévitable : elles dégénéreront, si elles étoient superflues, elles perdront plutôt que de gagner, si les toisons de la race étoient déjà médiocres. Un de mes voisins fut tenté, il y a trois ans, d’acheter à Stutgard un troupeau de cinquante brebis, prétendues Espagnoles, dont on van- toit beaucoup les formes et les toisons abondantes. Le vendeur donnoit sa parole d’honneur que tous les individus composant ce troupeau étoient issus de pères et de mères nobles (comme on les appelle dans le pays). Sur cette assurance, il envoya chercher les bêtes, et le nombre de cinquante fut choisi sur sept cents par un habile connoisseur en toisons, (l) Les brebis étoient bien construites, de tournure parfaitement Espagnole , et portoient de fortes toisons ; mais ces toisons étoient si médiocres en finesse, que l’acheteur ne laissa pas approcher ce lot de ses bergeries Espagnoles. Il le fondit dans ses troupeaux de métis, et les individus qui le composoicnt s’y trouvoient en général inférieurs en finesse ; car avec les soins que l’on donne en Erance aux croisemens, on est plus près de la haute finesse à la quatrième (i) Un élève du célèbre professeur Gilbert, et qui a fait beaucoup d’achats en Espagne. ÉTALONS MERINOS. 5â3 génération, qu’on ne l’est en Allemagne dans les troupeaux appelés Espagnols , et pour lesquels on emploie comme étalons de beaux métis. Ce fait paroîtra hors de doute si l’on compare le prix’ des laines de la Saxe et du Wir- temberg avec celui des primes Leonoises, dans les marches tl’Aix la chapelle, de "Verviers, Sedan , etc. Les R de Saxe s’y vendent 6 liv. à 6 liv. 10 s. à i 5 mois de terme, ou sous escompte d’un pour cent par mois ; les R du Winemberg de 22 à a 4 louis le quintal de marc, soit de 5 liv. 6 s. à 5 liv. i 5 s. à six mois de terme ; tandis que les R Leonoises valent de q liv. 10 s. à 10 liv. la livre de marc, à un an ou quinze mois de terme. Les R des beaux troupeaux de France se vendent tout autant. Cependant la Saxe avoit la race pure des mérinos vingt-cinq ans avant la France. D’où vient cette prodigieuse différence? C’est assurément de ce, qu’en Allemagne, on ne s’est pas attaché aux principes qui conservent et perfectionnent les toisons superfines (1). Le chapitre des laines a une si grande impor- (1) Nota. .T'ai reçu d’Àutricbe (les échantillons cle laines lavées dites espagnoles, et estimées de, première beaulé pour le pays. Elles sont absolument semblables aux laines de Saxe, et ont le même prix da nsle commerce. 5a4 cnorx dus i tance pour quelqu’un qui entreprend une. vaste exploitation de mérinos , et cette matière est tellement liée à ce qui concerne le choix des animaux dont on veut tirer race , surtout des étalons , que je vais donner ici quelques déve- loppetnens sur ce sujet. Je puis en parler avec quelque connoissance de cause, parce que j’ai beaucoup acheté et vendu de laine d’Espagne;, parce que j’en fais laver annuellement trois à quatre cents quintaux , et que j’ai beaucoup multiplié les observations comparatives sur les 4 diverses piles du commerce, et sur les laines que donnent, soit les troupeaux tirés directement d’Espagne, soit ceux de race pure, naturalisés en France depuis long*tems, soit enfin des métis de divers degrés de fin. La figure ci-joint représente un belier Espagnol avant la tonte. Les lignes ponctuées et les chiffres indiquent les quatre sortes de laine' que les Espagnols distinguent et séparent lors de la tonte et du lavage , ce qui s’appelle assortissage (1). (1) La prime ou n.° 1. R ( refîna ) comprend toute la selle depuis le garol jusqu’à la queue, les parties latérales du col, lesépaules, les côtes, etla croupe jusqu’aux lianches. La seconde 11. 0 2. F (Jlna) comprend le ventre, le haut des cuisses, et le dessus du col. La troisième / (T: 8**7 ÉTALONS MERINOS. 5 a 5 En Espagne, la laine R, ou Refîna, compose' de 70 à 76 p. r cent de la totalité d’une toison j la laine F, ou Fina , 12 à i 5 p. r cent, la laine S, ou Seconda, 8 à 10 p. r cent, et la laine K, ou Kayda, 4 à 5 p. r cent, le tout, suppose lave, comme on.le fait dans les lavct- deros, c’est-à-dire, à perdre encore 12 à i 5 p. r cent au dégraissage de fabrique , qui est complet. On comprend par cet exposé qu’il y a trois élémens dans la finesse d’une toison : le premier la ténuité du brin de laine, le second la grande quantité relative de J’R dans ladite toison , et enfin l’absence ou la petite quantité du jarre dans les basses sortes. Le prix des F est de 12 à i 5 p. r cent inférieur à celui des R. Le prix des S 25 à 3 o p. r cent, et celui des R 60 à 60 p. r cent au-dessous de celui des R. Pour qu’une toison’rende le plus haut prix possible, il importe, par conséquent, qu’elle donne beaucoup d’R, et fort peu des dernières sortes. Les quantités relatives des quatre sortes varient selon les individus, et n.° 3, S ou T ( seconda ou lercera ) comprend le dessous du col, le poitrail, les bras et les jarrets. La quatrième n.° 4, ou K (hayda ou écouailles) comprend le toupet, la queue, le jarre sali par la fiente, et les jambes, depuis le genou ou la pointe du jarret jusqu’aux, ongles. CHOIX DES 5a6 ce n’est que pour donner une ide'e ge’ne'raîe des divisions que j’ai trace les ligues qui les séparent sur l’animal. Ou ne doit pas se repre'senter que les différences soient tranchées ; ce sont des nuances qui se fondent les unes dans les autres; mais comme il faut pourtant que les sortes se séparent, j’indique les diverses parties du corps qui les donnent, et la ligne qui les divise, chez la plupart des individus. Avec de l’attention dans le choix des animaux dont on tire race, on peut parvenir à augmenter considérablement la quantité' relative de l’R sur chaque toison, donner à l’F et à l’S une qualité' plus belle, et réduire les K presqu’à rien. Il est aisé de comprendre que de deux mérinos que l’on compare , dont le premier a l’R extrêmement fine, mais peu étendue, l’F médiocre, l’S grossière, et le K jarreux ; dont le second a l’R belle, sans l’avoir de haute finesse, mais si étendue qu’il reste peu des basses sortes, les* quelles d’ailleurs sont exemptes de jarre : il est aisé, dis-je, de comprendre qu’à poids égal des toisons lavées, la dernière vaudra plus d’argent que la première. Ce principe est extrêmement important dans la formation des troupeaux, et dans le choix des beliers ; et ce que je viens d’en dire doit faire compendre qu’il est impossible de juger du mérite d’une ÉTALONS MERINOS. 627 toison par de petits échantillons , pris sur l’é- paule ou les flancs: il faut voir l’animal lui- même pour juger de la quantité d’R qu’il promet, et s’assurer qu’ori ne reperdra pas en laine grossière et en jarre dans les basses sortes^ plus qu’on ne gagneroit par la haute finesse de la première sorte. En général, les métis ont moins d’R et plus de basses sortes que les purs, lors même que les premiers sont parvenus au plus haut degré de finesse; ils ont aussi plus de jarre; et enfin, dans les nombreuses comparaisons que j’ai faites des R mélisses aux R pures, à finesse égale, j’ai invariablement trouvé la métisse moins douce ou moins moelleuse au toucher. Pour distinguer cette dernière qualité, autant que cela importe à un fabricant, il faut que les laines soient lavées : ce qui complique encore la difficulté quand il s’agit de choisir entre des animaux vivaus, dont on ignore l’origine. Les soins constatas que j’ai donnés à l’augmentation de l’étendue des R sur les bêtes de mes troupeaux, m’ont fait obtenir des proportions beaucoup plus avantageuses, en dernier résultat, que ne le sont les proportions reçues dans les piles d’Espagne. Mes troupeaux, race de Rambouillet, donnent de 80 à 85 p. r cent d’R ou laine prime, 8 à 10 p. r cent d’F, 5 à 6 p. r cent d’S, et environ 2 p. r cent de K. 5*8 ■CHOIX DES J’ai eu occasion de comparer ces quantités relatives avec celles des toisons des troupeaux, tires directement des plus belles cavagnes d’Espagne. Par la seule différence de la proportion des sortes entr’elles, les troupeaux de ma race ont environ 10 p„ r cent d’avantage. Sans sortir des considérations relatives à la laine, il y a divers autres points à examiner, lorsqu’on compare les toisons de deux ou plusieurs béliers entre lesquels il s’agit de choisir. La longueur du brin est importante, caries laines qui, à qualité égale, ont le brin le plus long, soutiennent une filature plus fine , et font un fil plus fort, à calibre égal ; en sorte que dans les laines de même genre, de même sortes y et de même teins de croissance , les fabricans donnent un prix plus haut de celles qui ont le plus de longueur. Le tassé, soit l’épaisseur ou fourré de la toison , doit être pris eu sérieuse considération ; car selon que la toison est plus ou moins tassée, son poids est extrêmement différent. Ordinairement les laines très-tassées sont courtes, et les longues sont moins fournies; mais il y a des exceptions, et on voit chez quelques individus les deux qualités réunies. Indépendamment de la résistance plus ou moins forte qui résulte du degré de lassé, lorsqu’on ÉTALONS MEU 1 NOS. 629 qn’on presse la toison , la force de la laine, et son élasticité' se font sentir sous la main à celui qui a l’habitude de comparer les qualités des étalons. L’aspect de la surface de la toison n’est point une chose indifférente. Chez la plupart des belles cavagnes Le'onoîses (mais non pas chez toutes) la laine a extérieurement l’apparence de la mousse , c’est-à-dire, que les bouts des brins de laine sont serres, égaux et ordinairement lies eulr’cuxjsurtoutsur les épaules et les flancs, par un enduit de suint. Dans les mouvemens de l’animal , la toison s’enlr’ouvrc très-peu. Elle se divise en petites masses , dont la partie extérieure présente des lozanges , ou des hexagones irre'guliers. Lorsque la laine s’alonge, et ordinairement au o. ou 9. mois de crois- sance , les bouts se lient entr’eux par petites mèches, et la surface n’est plus si unie. Tout cela, au veste, n’a rapport qu’aux animaux qui ont déjà été tondus une fois: les agneaux et antenois des mêmes races jusqu’à 18 mois ( époque ordinaire de leur première tonte ) portent une laine dont la surface n’est point si égale. Une partie des cavngnes Léonoises et les troupeaux qui fournissent aux piles Ségoviennes, Soriennes, etc. p’ont pas la surface des toisons Tome 9. L1 55o CHOIX DES si unie et si égalé que les animaux dont je viens de parler. Leur toison s’enlr’ouvre aussi en lo- zanges ou en hexagones; mais les bouts sont re'unis en très-petites mèches tordues en spirale. L’abondance du suint est, on general, un signe favorable à la qualité' de la laine, mais il n’est pas un signe certain de linesse ; et on ne doit jamais comparer , relativement à l’abou- dance du suint, deux animaux qui ont été soumis à des régimes différées. La meme bêle est garnie de suint, ou en est dépourvue, selon qu’elle a e'te' tenue à la bergerie, ou exposée à la pluie, parquée ou non parquée, nourpie d’avoine ou maintenue à l’herbe. Mais relativement à la valeur de la toison , objet dont je traite ici principalement , le suint guide très- bien l’œil du connoisseur, en lui faisant distinguer d’abord s’il y a beaucoup de - 2 . d °et 5.*“*’ sorte (F et S) sur l’animal. Lorsque celui-ci a ce qu’on appelle des culottes, c’est-à-dire, s’il est jarreux aux cuisses, on voit dépasser le jarre par derrière ; mais lors même qu’il n’est pas jarreux, s’il a l’S de la cuisse très-grossière, cette portion se dessine par une couleur différente : le suint y est roux ; et plus la teinte s’éloigne de la couleur noirâtre du suint des flancs , plus la laine est grossière. J’ai des étalons dont l’R est si étendue , qu’il n’y a point ÉTALONS MERINOS. 53l d’F sur la cuisse , et que l’S qui se trouve près du jarret, a la qualité de l’F. La teinte extérieure de leur toison est à peu près la même dans cette partie que sur leurs flancs. Un ne doit point s’attendre à trouver réunies toutes les circonstances qui constituent la parfaite beauté d’une toison : il faut se décider pour ce qui en approche le plus, et avoir en général, plus égard à l’abondance de la laine prime, et à ses qualités, qu’à sa très-haute finesse. Car il y a des laines R. très-fines qui sont en petite quantité, ou molles, ou qui manquent de moelleux, ou de force , ou de longueur, ou qui sont accompagnées de basses sortes abondantes et jarreuses. On complique beaucoup le choix des étalons, si, à toutes les difficultés que je viens d’énumérer, on ajoute des préférences ou des fantaisies de formes: on a alors mille chances contre une, pour rester dans le médiocre. J’ai déjà dit sur quel point, il étoit permis, convenable même, de se montrer difficile , savoir la bonne construction qui assure la santé de l’animal , la vigueur d’une race , et la facilité de l’entretien. Une ancienne opinion parmi les Espagnols proscrit les étalons qui ont des petites taches à la face , et même à la langue. Je n’ai jamais employé d’étalons qui eussent des taches noires, 53a CHOIX DES mais bien de petites taches brunes, et je n’ai pas e'prouve' qu’il en résultât des agneaux de mauvaise couleur. Dans les troupeaux arrivans d’Espagne j’ai toujours vu un aussi grand nombre, au moins, de bêtes tachées, que dans les troupeaux Gallo-Espagnols , où l’on n’y regarde pas de si près pour l’absence des taches sur l’e'talon. 11 y a en Espagne des cavagnes entières qui fournissent aux piles Lèonoises, et où l’on emploie des étalons qui ont les oreilles brunes au bout, afin de perpétuer cette distinction, adoptée comme un des caractères de ces troupeaux-là ( 1 ). Il ne paroît pas qu’il y naisse plus souvent qu’ailleurs des agneaux bruns ou de mauvaise couleur. Lorsqu’on a donné une importance suffisante à l’objet de la toison sous tous les rapports que je viens d’indiquer, il est permis, il est même convenable, de s’occuper des formes. J’ai déjà dit que l’essentiel, quant aux formes des animaux dont on veut tirer race , et en particulier des étalons, c’étoit un vaste coffre, c’est-à- dire , une large poitrine ( 2 ), des reins carrés , (1) Voyez la notice de M. Sciiultz de Schultzheim, dans le VIII.® volume de ce Cours. (2) Une observation du Docteur Jenner, et qui est rapportée par Sir John Sebrioht, dans une lettre à Sir ÉTALONS METtINOS. 553 une côte ronde , un corsage long et ample. Plus le dos est droit et mieux c’est. Il convient egalement (pie les hanches soient larges, le gigot épais , les jarrets d’aplomb, et que l’animal soit bien campe sur scs quatre jambes. La grosseur du cou va ordinairement chez les étalons, avec les formes que je viens de décrire. Il y en a cependant qui sont de lourd corsage , et qui ont le cou mince et la tète petite. On estime les fronts larges, les cornes fortes et bien placées , le nez court et large. Quant an chanfrein , il est droit ou busqué, selon la cavugue dont l’étalon est originaire. La présence ou l’absence du fanon dépend de lu même cause : quelques proprietaires Espagnols en sont curieux , d’autres n’en veulent point. Si cet appendice étoit un caractère certain de la supériorité' de la race, ou de la haute noblesse, le prix qu’on lui donne dans quelques endroits scroit justifie', mais il en est tout autrement ; et je n’ai jamais vu de plus gros fanons que ceux que portoient des" béliers métis vendus en fraude pour des béliers purs. Dans tous les J. Banks, c’est que les animaux qui ont la poitrine étroite ne s’engraissent qu’avec difficulté. ( Art of in~ proving the Ireeds. Londres, 180g.) V 534 choix, des cas, le fanon a l’inconvc'nient de ne donner que de la laine S ou troisième, laquelle meme est souvent jarreuse. Le toupet et la grande quantité de laine amour de la physionomie sont encore une affaire de fantaisie uniquement. Cette laine toujours très-courte , mêlée pour l’ordinaire d’un petit jarre brillant, et classe'e parmi les K, a fort peu de prix. Elle a aussi l’inconvénient de couvrir tellement les yeux des brebis, lorsque la tonte approche , qu’elles ne voient pas à se conduire , et qu’on est oblige’ de la couper. C’est une des fantaisies à laquelle les acheteurs non connoisseurs mettent le plus de prix. J’en dis autant des jambes garnies de laine jusqu’aux ongles. Cette laine est aussi des K, presque sans valeur. Pour peu qu’on réfléchisse à tout ce qu’un vrai connoisseur demande d’une toison pour la classer parmi celles de première beauté, on doit sentir que les étalons de haute distinction sont extrêmement rares. Il m’est souvent arrivé, dans la saison où je choisis mes étalons, sur un troupeau auquel je donne les soii>S| les plus suivis depuis dix ans, et qui a été composé, avec une attention scrupuleuse, il m’est souvent arrivé, dis-je, d’en écarter plus de cent avant d’en trouver un qui me satisfît. Cependant j’ai ÉTALONS MT3TUNOS. 535 la conviction que le moindre des animaux ainsi rebutes seroit supérieur, pour en tirer race, au plus beau belier choisi pour ses formes on pour des accessoires de fantaisie , mais entache de bâtardise, ou seulement d’une origine suspecte; car, comme je l’ai dit ci-dessus, les qualités et lesdefauts desascendans reparoissent dans la progéniture ; et un. belier médiocre , mais de haute noblesse , non-seulement a l’avantage de conserver la race dans toute sa distinction ; mais il procréé des individus plus beaux que le belier moius noble dont les formes sont supérieures aux siennes. Je dois dire quelques mots d’une opinion qui a cle' soutenue et attaquée souvent, soit par rapport aux bêles à laine, soit pour les autres animaux pre’cieux que l’on cherche à propager dans toute leur beauté primitive , savoir la convenance d'éviter la consanguinité parmi les individus qui produisent ensemble. On a souvent affirme'sur de prétendues observations, que la dégénétalion résultoil de ces alliances. Ou l’a dit [tour les chevaux, pour les vaches, pour les chiens. L’opinion contraire prévaut depuis Bakevrell parmi les élevpurs de bêtes à laine eu Angleterre. Les plus habiles suivent le système de choisir les étalons et les portières in and in (toujours dans le même sang), mais ils 536 choix ms étalons mérinos. ne refusent pas d’employer un étalon plus beau que ceux dont ils peuvent disposer : ils ne le rejettent point par la raison qu’d est d’une fa- nnlie étrangère, pourvu que sa race soit sans reproche. Si les troupeaux dégénéroienl par la consanguinité des étalons avec les portières, Rambouillet, où l’on 11’a jamais admis un étalon étranger, ne seroil pas aujourd’hui le plus beau troupeau du monde. Beaucoup d’autres exemples que je pourrois citer viennent à l’appui de celui-là. Mais si l’on ne doit pas se faire scrupule de choisir dans la même famille les étalons et les portières, il n’en faut pas moins être très-vigilant sur les occasions de se procurer, dans la race pure, des animaux plus parfaits relativement au point de tous le plus important , savoir : la grande abondance de laine de haut prix. Extrait d’un Mémoire du Docteur Parry, inséré dans le XI.' volume des Mémoires de la Société de Bath , ü moment où le Mémoire ci-dessus , concernant le choix des étalons , venoit d’être livré à l’impression (février 1810), j’ai reçu d’Angleterre le volume XI des Transactions de la société de Bath, dans lequel se trouve un morceau du Dr. Parry, intitulé : Inquiry, etc., c’est-à-dire, Examen de la question si la race pure des mérinos est nécessaire à la conservation des laines superfines en Angleterre, Ce Mémoire est écrit dans un but opposé à celui que l’on vient de lire. L’auteur se fonde sur des faits qui paroissent bien observés. Il a la réputation d’un esprit sage et méthodique ; il a beaucoup d’expérience ; et je me fais un devoir de rendre compte de ses observations. S’il est arrivé à un résultat tout contraire à celui auquel les faits m’ont conduit, c’est une raison de plus pour ne rien omettre de ce qui peut éclaircir celle question très-intéressante. « On a répandu depuis quelque tems , dit le docteur, l’opinion qu’aucune race provenant de brebis Anglaises et de beliers mérinos , .538 MKMOrllK DU ne pouvoit conserver Ja haute finesse des toi- sons , si on la multiplioit par elle-même , et sans avoir recours de lems en teins à la race pure. Je demande la permission de soumettre sur ce point à la Société' quelques idées qui m’ont été suggérées par l’analogie et par une expérience directe. m Je puis observer d’abord que ce n’est là qu’un nouveau pas dans une carrière de préju- ge's et d’erreurs. On disoit premièrement que la laine fine ne pouvoit pas être produite en Angleterre ; maintenant que l’expérience a démontré la fausseté de cette assertion , l’on assure que la laine fine peut difficilement se conserver en Angleterre. i) Les conséquences de cette proposition sont très-graves. Il est presqu’impossible de se procurer à aucun prix la race merine pure (t). Cette race , si l’on en excepte quelques individus, pèche évidemment par les formes et les qualités de croissance et de constitution qui la rendroient propre à la boucherie; et les Avantages que semble promettre son introduction dans la Grande-Bretagne , dépendent moins de la multiplication des individus de cette race elle-même , que de la possibilité (b) Ceci a été écrit en 1807. IJQCTF.UH PAflKY. 55 liorée en force et en taille, manquoit encore absolument d’activité' et de vitesse. Après le milieu du XVII e siècle les communications commerciales des Anglois avec l’Afrique et l’Asie, leur firent connoîlre les qualités des chevaux Turcs et Sarasins. Pour obtenir la vitesse, l’ha- leine et la force de ces animaux , on employa les étalons de ces deux races avec les meilleures jumens Angîoises. On croisa long-tenis les femelles métisses avec les étalons réputés purs, et aussi avec des étalons métis, jusqu’à ce qu’enfin l’acquisition de toutes les qualités qu’on de'siroit, rendît inutile la recherche des étalons purs. Il y a maintenant cinquante-cinq ans que l’on a abandonné le sang Arabe ou Barbe, et les chevaux de courses (race-horses) loin d’avoir dégénéré dans cette race mélisse, sont plus rapides et plus robustes que les Arabes ouïes Barbes. Dix milles au petit galop fatiguent un Arabe, au lieu qu’un cheval de race Angloise fait vingt milles dans une heure au galop aban- i DOCTEUR PARRY. 543 donne, et peut faire , à un galop modéré, jusqu’à cinquante milles sans se reposer. Les cliassenrs savent que les chevaux valent mieux aujourd’hui qu’aulrefois, et là race paroît s’améliorer tous les jours. On appelle e'talons purs le SancliO , le Gohanna et d’autres , qui sont des métis , mais que l’on considère comme ayant toutes les perfections que l’on peut désirer , et comme pouvant les transmettre à leur postérité. On paroîtroit fort ridicule, parmi les chasseurs et les éleveurs de chevaux , si l’on proposoit un étalon Arabe, de préférence aux étalons métis désignés ci-dessus, et cela par la seule raison qu’il seroit Arabe. L’expérience, observe l’auteur, a prouvé la même chose par rapport aux races de brebis. Bakewel, le plus célèbre des améliorateurs , se seroit moqué de celui qui lui auroit conseillé de rc prendre pour étalons des animaux moins distingués que ceux qu’il avoit, et cela dans le but de conserver certains avantages de formes et de constitution que son troupeau possédoit à un haut degré. L’auteur affirme que les principes de Bake- wel sont applicables à la conservation des toisons parfaites, comme à celle des formes parfaites. Il cite sa propre expérience. Il a commencé en 1791 à croiser les brebis de Ryeland „ M'fiMOIttE I)Ü 544 avec des étalons mérinos. En 1799 11 obtint d’un étalon merino de la cavagne de Negrelti , un agneau mâle de quatrième croisement , qui « fut marque N.° 1. De ce N.° 1, qu’il donna pour étalon , en 1801 , à ses brebis métisses de quatrième génération , il obtint plusieurs mâles , parmi lesquels un marqué N.° l bis. En i 8 o 4 , il donna à ce N.° 1 bis , ayant alors six dents , plusieurs brebis de même génération que lui ; il en obtint le belier N.° 8g. Cet étalon, employé en ]8o6, a donné plusieurs agneaux mâles. Le docteur, en comparant les toisons des différens béliers , trouve que le N.° l est plus fin que le merino-negrelti, son père ; que leN.° l bis. est plus fin que le N. 4 x , son père, et que le N. Q 8g est le plus fin de tous. L’auteur renvoie au compte qu’il doit rendre au Département d’agriculture, des ob* servalions microscopiques faites sur ces diverses laines. Il s’est assuré, par ces observations, que le N.° 89 est l’animal le plus fin de tous ceux qu’il a eu occasion d’examiner, à l’exception d’une seule brebis Espagnole. Il rappelle un fait dont il a déjà rendu compte à la société, savoir, qu’en 1802, espérant affiner encore ses toisons métisses me- rinos-ryeland , il avoit donné trois étalons, purs mérinos, à Ja plus grande partie de ses brebis. DOCTEUR PARRY. 545 brebis. II en avoit résulté un pas sensiblement rétrogradé dans la finesse des toisons, tellement qu’il n’avoit pu faire concourir les laines de cette génération aux prix propose's pour les beaux draps , et n’avoit pas trouve’ dans cette génération un seul étalon à employer. Il a vendu beaucoup de ses étalons meus merino-ryeland pour croiser avec diverses brebis Angloises; et il rapporte que l’effet de ces croisemens a été admirable. Il rend encore compte de quelques faits qui tendent à prouver qu’il obtient des toisons plus belles de ses beaux étalons merino-ryeland que des étalons mérinos qu’il a pu se procurer. Il observe que, comme cette race croisée a des formes infiniment plus avantageuses, au bon entretien et à la graisse , que la race pure , elle est préférable à celle-ci. Il reconnoît cependant que les toisons de cette race croisée seront toujours un peu moins pesantes que celles des bêtes de race pure , parce que la forme des animaux étant plus parfaite , la surface est moindre à volume égal : le poids moyen de 445 toisons de sa dernière tonte , éloit de cinq livres quatre onces en suint, c’est-à-dire un peu moins de cinq livres, poids de marc. Il a remarqué , dit-il, qu’en général plus la bête a d’embon- # Tome 9 . Mm 546 MÉMOIRE EU point, moins la laine est fine, et le contraire (1). Le Dr. Parry termine son Mémoire en donnant , comme le résultat de son expérience , les deux règles suivantes pour la pratique : l.° Une race d*Unimaux qui, dans quelque pays que ce soit, a conserve' pendant (rois ou quatre générations, qerlaines qualités précieuses , conservera indéfiniment ces qualités dans les générations suivantes, pourvu qu’on donne les soins nécessaires à la nourriture et au choix d'es animaux dont on tire race ; 2.° les meilleurs individus pour en tirer race, sont ceux qui possèdent au plus haut degré les qualités qu’on recherche , quel que soit le nom qu’on donne à ces animaux , et de quel pays qu’ils viennent. Observations. ' Le Dr. Parry a fait fabriquer, en 1806, avec les laines de son troupeau amélioré , des draps et des casimirs , qui ont obtenu le prix proposé par la société de Balh pour les plus beaux draps manufactures avec des laines du cru A.nglois. Il a donc ce titre de plus à la confiance que lui méritent déjà ses longs tra- (1) Cela a été dit plusieurs fois, et je n’ai jamais trouvé que l’expérience vérifiât celte assertion. \ DOCTEUR PARUY. li La dénomination de race,pure , lorsqu’il est question^P^POltm^ > ne,m’applique pas exclusivement aux meripps : on dit la racé pure de Souih-dowp,.:I*îraqe fmre de Norfolk , et on dik-missi lm racejpure de Dishley.ou, Bake/well, quoiqu’il soit pqtoire que Bakexurel a formé sa ç^ce, de l’union successive,d’un grand nombre d’individus appartenant à des races et variétés différentes. . La race pure merine s’est sans doute formée dans des leras anciens, par les alliances fortuites ou préméditées d’animaux qui apparie- DOCTF.UR PARRY. 54g noient à dos races différentes. Il n’est pas impossible que cette race , lorscju’elle habitoit l’Apulie, fût plus parfaite qu’elle ne l’est ait jourd’hui, et que les oves teclœ de Tarente eussent des toisons plus fines encore que les mérinos de nos jours : les soins qu’on leur prodiguoit pour adoucir et blanchir leurs toisons , font présumer qu’on ne meltoit pas moins de soin dans le choix des animaux dont on tiroit race. Il paroît que la perfection des mérinos a été stationnaire en Espagne depuis long-lems. Telle qu’elle est aujourd’hui, en prenant son type dans les plus belles cavagnes de.-j troupeaux voyageurs , elle fournit les toisons qui font les meilleurs et les plus beaux draps connus : c’est sous le rapport de cette faculté, qu’elle est qualifiée de race pure 3 le reste n’est qu’une dispute de mots. Mais , dira-t-on , puisque les races pures ne se sont lormées que par des mélanges , ne pourroit-on pas perfectionner encore la race merine , et lui donner les qualités qui lui manquent? Il ne paroît pas qu’il y ait contradiction ni absurdité dans celle proposition, et les expériences du Dr. Parry semblent promettre , en effet , un perfectionnement sous le rapport des formes de la graissé, de la chair, et même sous le rapport des toisons, II n’est pas difficile B5o MEMOIRE DU de perfectionner les mérinos comme animaux de boucherie : il est plus douteux; qu’on le puisse sous le rappqrt de la laine. J’ai cherche à montrer , en rassemblant les faits , que toutes les fois qu’on s’étoit écarté du principe d’employer les étalons purs , on avoit perdu pour la qualité ^les toisons. L’expérience du Dr. Parry ne me semble point devoir faire abandonner le principe pratique qui résulte des faits. Cet amélioraleur a travaillé sur la race de brebis qui, de toutes les races connues , a le plus de rapports à celle des mérinos : je renvoie le lecteur à ce ^jue j’en ai dit dans plusieurs endroits de cet ouvrage. Ces rapports sont tels, que divers auteurs Anglois ont prétendu que les ryeland éloient les restes d’une importation de mérinos d’Espagne, et que d’autres les ont regardés comme la race originale qui , transportée en Espagne , y a pris le nom de mérinos. Leur laine est du même genre que la laine d’Espagne , et l’a souvent remplacée dans la fabrication des draps anglois (l). La taille de ces animaux se rapproche beaucoup de celle des mérinos ; (i) Voyez p. 4oi et suivantes du VIII. 6 volume de ce Cours, quelques détails sur une laine de Ryeland, et une croisée merino-ryeland, que Lord Soxnerville în’aYoit envoyées en i8o3. ■DOCTEUR PARRY. 551 mais ils sont mieux construits, parce que le premier interet de leurs éleveurs a toujours été la chair et la graisse. Lors donc qu’un amélio- rateur judicieux , comme le Dr. Parrv, choisit avec soin, pour eu tirer race, des brebis de Ryeland, et leur donne un étalon merino, il ne fait peut-être point un croisement. Si les ryeland ne sont qu’un démembrement de la race , il multiplie la race pure par des individus bien choisis} si, au contraire , les ryeland sont une race à part , mais que les brebis choisies pour portières soient tout aussi fines, en résultat môyen , que le seroient des brebis merities , on ne voit pas pourquoi les laines ne seroient pas, dès la première génération, aussi belles que des laines merines : à plus forte raison au quatrième croisement. Mais il naît un mâle plus fin que l’étalon-negretti; ce mâle en produit i.in autre plus fin que lui ; et ce dernier produit un troisième étalon ( N° 8g) plus fiu que tous les autres. Cela semble prou» ver que l’élalon-negrelli étoit, comme beaucoup d’étalons mérinos pris même dans les plus bellescavagnes, assez médiocre en finesse} mais cet étalon médiocre en finesse, produit des animaux plus fins que lui , et l’affinement continue par l’emploi, comme étalons , de ses descendans mâles , choisis avec soin î I MÉMOIRE MJ 552 Si la théorie que les faits m’ont indiquée jusqu’ici , comme pouvant servir de règle à la pratique , est bien fondée , et si les ryeland ne sont pas de vrais mérinos , le pis qui puisse arriver au Dr. Parry , dans la marche qu’il suit, c’est de revenir peu à peu à la souche originale des brebis employées dès le début ; mais comme ces brebis éloient très-fines , comme leur laine avoit beaucoup de rapports à celle des mérinos , cette dégradation ne peut être qu’insensible; elle ne peut d’ailleurs se réaliser que dans un grand nombre d’années ; elle est par conséquent très-difficile à observer et à constater : avant que le fait puisse être éclairci par l’expérience , on aura le tems de faire et de détruire bien des systèmes. Le Dr. Parry ne parle jamais que d’un des élémens d’une toison distinguée , savoir, la finesse : nous avons vu qu’il y en a beaucoup d’autres. On possède en France et en Suisse des bêles à laine qui portent une R aussi line que les mérinos. J’ai vu des bêtes de la race de Fribourg, des brebis du Berry et du Roussillon qui ne le cédoient en rien aux mérinos pour la finesse deleur primelaine ; mais i.° celte laine R étoit peu abondante relativement aux basses sortes ; 2 ." elle étoit peu tassée sur l’animal comparativement aux toisons mérinos ; DOCTEUR PAKRY. 555 5 .” elle n’avoit pas à beaucoup près .autant de force et d’élasticité' ni de moelleux que la laine d’Espagne. Cette dernière qualité, c’est-à-dire le nerf uni à la douceur, est l’attribut distinctif des belles piles d’Espagne , plus encore que la finesse. 11 ne suffit donc pas de dire que la finesse est conservée ou perfectionnée dans un croisement, il faut faire mention du nerf, comme de premier mérite que recherchent les fabricans, comme d’une qualité sans laquelle il est impossible de faire un drap qui foule bien, qui ait du corps, de la force, de la souplesse, de la douceur et de la durée. II faut encore faire mention des quantités relatives de l’R et des basses sortes dans la race obtenue ; car , ainsi que je l’ai dit plus haut, c’est un élément très-important pour estimer la valeur des bêles. Enfin , le poids des toisons est foible dans le troupeau amélioré du Dr. Parry, La raison qu’il en donne ne paroît pas suffisante. A volume égal, une sphère, un cylindre, ou un ellipsoïde régulier , a moins de surface qu’un corps irrégulier 5 mais ce qui est mathématique- .ment vrai, ne paroît pas pouvoir donner un résultat appréciable , si on l’applique à la comparaison de deux moulons dont les formes sont très-rapproche'es. L’explication la plus naturelle de la 1 égereté des toisons est le défaut de tassé. MÉMOIRE mr 55 * I! est probable cependant que les laines du Dr. Parry ne pèchent point par le nerf et la douceur; carrions voyons que les draps qu’il en fait fabriquer gagnent les prix aux concours, et c’est la meilleure pierre de louche de cette qualité de la laine. Les échantillons que j’ai des rye- land du duc de Bedford et de lord Somerville, sont singulièrement nerveux : aucune laine , non meririe, ne tn’a paru avoir autant de nerf, et ce seroit une présomption en faveur de l’hypothèse que les ryeland sont un démembrement de la famille des mérinos. Le défaut de nerf et de douceur décèle, au moins autant que le défaut de finesse, la dégénération de la race merine ou améliorée, partout où l’on emploie les étalons métis. C’est, au dire de tous les fabricans de la Belgique, le vice essentiel des laines de Saxe ; elles sont fines, mais molles et foiblcs, et ne rendent point à la fabrication , à beaucoup près, aussi bien que les laines d’Espagne. Il en est de même, mais dans des nuances difiérentes, des laines des divers pays de l’Allemagne , où l’on emploie les étalons métis : toutes reviennent au caractère original des portières qui ont fait souche, et y reviennent d’autant plus promptement qu’on persévère dans l’emploi des étalons croisés. Le Dr. Parry a raison de citer la Suède et DOCTEUR PA RR Y. 555 la Saxe comme des exemples de la non-dégc- ralion de la race des mérinos, dans les troupeaux où cette race est conservée pure (t) ; mais il a tort, s’il parle de la masse des troupeaux améliorés dans ces deux pays. Je me résume. Je crois à l’exactitude des observations et des expériences du Dr. Parry. Je crois qu’il résultera de la marche qu’il suit une amélioration sensible dans les individus de ses troupeaux, pour les qualités de la boucherie. Leurs toisons pourront ne pas perdre en finesse et en nerf, mais elles perdront en poids ; et le résultat définitif pourra être avantageux dans un pays où la bonne viande est bien payée. Mais je pense que l’application de celte marche à toute autre race que celle de Ryeland seroit dangereuse et fausse. Si l’on veut faire, de la forme des animaux et de leur faculté de se nourrir et prendre la graisse , un objet de recherches et d’émulation, on le peut, sans sortir de la race pure. J’ai déjà dit ce qu’il convient d’accorder à la forme des mérinos. J’ai remarqué qu’il éloit dangereux de s’écarter de l’objet principal , et à peu près impossible de tout concilier. Je rappelle que c’est déjà un problème d’une solution très-difficile que de choisir, relntive- (i) Voyez les observations de M. Schultz deSchultz- hein», dans le VU 1 ,° volume de ce Cours, p. 161, 656 MÉMOIRE EU DOCTEUR PARRY. ment aux toisons , les mérinos purs qu’on destine à la reproduction. Que seroit-ce si l’on compliquoit la question par des considérations relatives à la prompte croissance , à la constitution qui. indique l’entretien le plus facile , à la forme qui annonce la disposition à la graisse, et qui promet les spéculations de boucherie les plus avantageuses à l’engraisseur ! Ces combinaisons relatives à la chair et à la graisse, forment à elles seules une véritable science en Angleterre. II peut être utile de les étudier dans un pays où la bonne viande se débite facilement et fort cher , où les lois sur les laines tendent à déprécier celle que les fermiers créent dans leurs exploitations, et où les étalons mérinos distinguésparoissent rares encore. Mais sur le continent , où la dissémination de la race pure permet aujourd’hui*un choix suffisant dans les étalons, où le prix des laines est proportionné à leur beauté , et où le marché de la belle viande n’est guères plus avantageux que celui de la viande médiocre, il conviendra toujours de s’attacher , en créant un troupeau, à obtenir sur un nombre donné, d’animaux, la plus grande quantité possible de laine R , avant toutes les qualités qui distinguent les piles d'Espagne lesplusparfaites, Fin du Tome neuvième. TABLE DES MATIÈRES Contenues dans le IX.' volume. ISioïiCE sur le troupeau de race espagnole de Lancy, par Ch. fictet. En i8o3, page l Rapport fait à la Société d’Agriculture du département de la Drôme sur une expérience relative à la guérison de la maladie des bêtes à laine appelée pourriture, par M. Blancard de Lorîol, membre de la Société d’Agriculture du département de la Drôme, et associé de celle de la Seine, tiré de* Annales d ! Agriculture française. 14 Lettre de M. Lullin de Chateauvieux à M. Ch. Pictet, 27 Rapport sur l’état du troupeau espagnol du Roi, pendant les années 1800 et 1801, avec quelques détails sur l’introduction de cette race précieuse dans les parties de la Grande-Bretagne qui comportent l’éducation des moutons à laine fine. Par sir Joseph Banks. (Annales d’Arthur Young.) 3o Notice sur le troupeau de Race espagnole de Lancy, près de Genève, par Ch. Pictet, 38 Détails sur un troupeau de mérinos à Corgémont, dans une vallée du Jura, département du Haut-Rhin, 5 o Description des brebis de la race de Southdown, par G. Alfrey. (Annales d’Arthur Young.) 63 Lettre de M. Lullin Fabri à M. Ch. Pictet, l’un des rédacteurs de la Bibl. Brit., jZ ^Rapport à la Société d’Agriculture de Balh, dans sa séance du 11 septembre i8o4, par le Comité nommé à reflet d’examiner le droit de Milord Somervdle TABLE 558 à un pris pour avoir nourri le plus grand nombre ^ des moutons dont la race est lapins profitable , p. 86 De l'application des pommes de terre à la nourriture des Brebis, par Jonh Forster. ( Annales d’Arthur »Young.), 9 o J. B. Huzard, Vétérinaire, membre de l’Institut de France, etc. à M. Ch. Pictet, à Genève, 9 5 Rapport sur l’état du troupeau espagnol du Roi, pour l’année finie en octobre i8o3. Par Sir Joseph Banks. (Annales d’Arthur Young.), to4 Lettre de M. Olivier Gros-Jean à M. Ch. Pictet, n5 Bêtes à laine fine dans la Nouvelle-Galles. Par le capitaine Mc Arthur. ( Annales d’Arthur Young. ), 119 Lettre de M. Fabri à M. Ch. Pictet, 123 Notice sur le troupeau de Mérinos établi à Ilodbeau- monl, commune de Theux, département de l’Ourte, 127 - Pommes de terre pour les moutons. (Annales d’Arthur Yqung.) IÔ 2 Lettre de M. Chancey à M. C. Pictet, i56 Tonte de Wohurn, pour i8o4. — Ajudication des prix proposés l’année dernière, 167 Fxhihition de Bétail chez lord Somerville, le 5 mars i8o5, 173 Les brebis; de leur éducation, de leur amélioration, de leurs maladies, etc., ' 181 Lettre de M. Ch. Ferd. Morel à M. Ch. Pictet, 244 Observations de M. Ch. Pictet sur la maladie des moutons appelée en Angleterre Foot-rot (pourriture des pieds.) Octobre i8o5, 255 Lettre de M. Mütinoir à M. Ch. Pictet, 273 Mémoire sur le tournis des Moutons. Par M. Mattnoir, D. C., 276 DES MATIERES. 55g Fragment d’une lettre de M. Tardy de la Brossy an Prof. M. A. Pictet, page 3oi Mérinos. Lettre de M. Tollet. (Annales d’Arlh ur Young), 3o4 Des moutons. (Tiré du Complété Grazier, ou parfait Engraisseur. ), 345 Organisation et Statuts de la Société Pastorale, pour le perfectionnement des Laines, par la propagation des mérinos et leur croisement avec les brebis communes, dans les départemens de l’Ourte, de Sambre-et-Meuse, de la Meuse-Inférieure, de la Roër et du Rbin-et-Mozelle. 379 Lettre de M. James Povvel à Arthur Young, 3po Lettre de M. Charles-Louis Lullin à M. Ch. Pictet, 4o4 Ferme de M. Chaplin, à Nedging, en Suffolk; par M. W. Goocli. (Annales d’Arthur Young.) 4 12 Extrait d’un mémoire sur le moyen de prévenir le tournis confirmé; lu à la Société d’Agriculture de Seine-et-Oise, le a5 juillet 1807 , par M. Yoisin, l’un de ses membres, 422 De l’introduction des Moulons dans la culture des Montagnes d’Ecosse, et du plan de culture convenable au sol, au climat et aux intérêts du pays, par M. Sin- gers, Pasteur de Kirkpalrick, 438 Lettre de M. Chancey aux rédacteurs de la Bill. Brit., 4go Lettre du même à M. Ch. Pictet, 4g3 Tonte des troupeaux de Woburn en 1808 , 4y8 Mémoire sur le choix des étalons mérinos. Par Ch. Pictet, 5 12 Extrait d’un mémoire du Docteur Parry, inséré dans le n.° volume des Mémoires de la.Société de Bath, 53y Fin de la Table des Matières. fWIEÎ K'.'SV^. .fe' I 3 nMrtfr ’* l! NK» »K ^ î*o f^iT 1 t-t & ! 2. -» > > .W R l*-i *■• v>, .vr^*: -, C P 3 P- c P n; < 3 Cu n n > o o C n’ n> Cu-Û O CT £- P- E 3 $- T3 p o n c n O c n <-* ; en 3 o c n D . p c C tr> F n> 5 S 3 o ?« o- n & O sr' 3 o h n n ; ^ n- I 3 l O- CU n r> O P ,. ^ O 55 D ni o c >_ r~ ^ o o eu x n o O X c cr 0"_0 r> O 3 n r-. C wQ 3 n Cl3*i D O. cr c o o « 3 “ C C CU $03 g- fÿ O P O r» -» — •"» C d • C » *1 H O O ' O n ^ ^ a ^ 3 ._ - 1_'_ t-i _ W M 2 e- n o c o O CU cri cr c £T o C ►-7 3 « * «-t-< w ro o O w fv, rç »n x n t> c o n . • u- 3 >» r 11 oy.'-f e-5-? 3 ? a i v> i *•• i 'i:*- «as-:** > ■ ~ ■ «s:-* ■ K> g*»* KV - ~ « .ViP l i t SS»** IfelÏÉW *Ëfe$tâS .VjîFHv’ *’***£■ :‘ïù?i- Rr-'T^-'. ï**ï- *» >* i - 'y ï < - ^f'HI « S 'O 3 *-» ~ I-H u U 3 Eë55 ü D Ûü H'Ü O CL» •“O P x ^ E .S 3 ■< a •: c *-* -is c > r? CT* CL» ^ c a *- O c » = C 2 » O i t~< 'g 2 ^5 u cu p O Suc W M r .2 0-3 S w rr n* C) t 4> L ** U . ç s *-• ° 3 O 3 F « Ph U C U C rt oo 3 U CL «> 3 u u o C 5 c « 3 o ü S u C 3 n*j «d c q C 1$ *3 H « 3 td “> *r , . ri >-j «—* U cj d,g g c C U U U U c S *** .: g ^ ci 3 _ >•« »£ u OJ H a U O COURS D’AGRICULTURE angloise. T O M E D I x I E M E. g ’u O t/i 2 5 c/> rt £J \ O» P 2 e e O 1/5 U C *-r- U « y* \ : im. rw-".' S -V-V -• i--. : -, ■%:$&(:' •■ •- •. w .-sr. viÉ»!^ -.■ ,.* ” •' &§££%? ^ . • '•-• ’ iî' : ■ ■ ' , . y > ■■■•;• ?fei 3 V,- ; '... ' :: v.^r ^ .. ... ,. f *-£re l>» r {c travail, cl les mures vivent de ce qu’ils tirent des hommes parla ruse. L’a- .rricultcur subsiste des dons de sa mère • le O marchand vit aux dépens de ses frères: l’un cs t nourri comme les animaux paisibles qui pâturent dans les champs, l’autre comme les animaux carnassiers qui surprennent et ravissent leur proie. Les travaux habituels du cultivateur ] 0 portent à la paix : il est toujours Je dernier à prendre parti dans les querelles politiques. C’est une chose remarquable que pendant les vingt années de révolutions et de guerre civile cpii ont désolé l’Angleterre, on ait vu sortir des chefs de parti de toutes les professions , excepté de I agriculture. S il est vrai que cet art don ne en effet, tant de jouissances innocentes et faciles, pourquoi ne les pas rechercher, au lieu d’unilntiorincr celles des Cours et du grand monde, qui sont difficiles et dangereuses. ; i de i/aoricuetehe. g Ici nous sommes au milieu des grandes scènes de la nature : là nous marchons dans les sentiers tortueux de la politique. Nous parcourons, dans la vie des champs, les voies larges et éclairées de la Providence : nous tâtonnons dans la vie des villes, une route obscure et périlleuse, au milieu du labyrinthe de la malice des hommes. Tous nos sens reçoivent des impressions pures, et (pii sont des sources de jouissances, quand nous vivons à la campagne : dans la société des villes, tout est imitation et apprêt. La vie rurale est comme une femme tout à la fois belle, constante et modeste : la vie des Cours ressemble a une courtisanne parée d’ornemens d’emprunt. Enfin , l’on trouve à la campagne l’abondance des choses nécessaires achetées par le travail : dans les villes, il faut du luxe , et c’est souvent par des crimes qu’on achète les moyens de le soutenir. j Je dois rappeler encore un sentiment qui devient habituel pour l’agriculteur, cl qui accompagne toutes ses pensées : c’est celui d’avoir créé, embelli, perfectionné les productions naturelles dans la sphère de son activité. Tl se sent utile. Il voit les germes se développer, les fruits croître et mûrir par l’effet de ses soins. J oui ce qui résulte de sou travail est avantageux à lui-meme et aux autres ; en regardant 10 DE i/AGRICUXTUIIE. autoüp de lui, il peut se dire : mes œuvres sont bonnes. Les trois premiers hommes de la terre furent Un jardinier, un laboureur et un berger. Quand le laboureur se fui rendu coupable de meurtre il quitta sa profession pour en prendre une autre. Nous sommes tous nés pour être agriculteurs : la Nature elle-même nous invite à nourrir nos corps de cette terre qui les forma et qui les attend. Quand on re'fle'chit à l’anciennete' de lVoi- cubure, et à l’origine des familles aujourd’hui si vaines de leurs distinctions, on éprouvé un sentiment de pitié pour la foiblesse humaine. S’il y avoit un peu de raison dans le choix des emblèmes de la noblesse, on prendroit pour scs armes une charrue dans un champ fertile, au beu d’adopter des aigles, des lions ou des léopards, dans des champs d’or ou d’argent. Columelle s etoit plaint que Renseignement se portât de son tems sur toutes sortes d’objets frivoles, et que personne n’enseignât l'agriculture. Je repète que c’est assurément u n objet d’e'tonnoment de voir qu’on donne des maîtres de métaphysique, de philosophie, de morale de mathématiques, de logique, etc., qu’on fait apprendre à danser, à tirer des armes, â saluer, à se meure avec goût, à faire la oui* I DE I,’A O TU C U ITERE. j j sine , à découper des volailles ; et que 1 art si agréable, si honorable, si necessaire de l’agriculture, soit abandonne à la seule routine. Un observateur sévère pourroit penser que c’est une chose extrêmement ridicule de se réunir en grand nombre dans un sallon magnifique, pour faire toutes sortes de sauts et d’alti* tildes bizarres, sans aucun but bien détermine’. Il se rappelleroit que la danse a été inventée par les peuples Païens, parce qu’elle entroit dans leurs rites religieux, et que les contorsions extravagantes étoient le signe d’une dévotion parfaite. Je dis qu’un observateur sévère feroit ces réflexions-là; mais quant à moi, je n’ose- rois pas les faire : la danse est devenue une partie trop importante de l’éducation des gens comme il faut. Il n’y a pas un de nos gentilshommes qui ne veuille donner un maître de danse à ses entans, dès qu’ils sont en état do marcher. Mais comment n’v a-t-il pas un père qui ail l’idée de donner à son fils un instituteur qui lui apprenne à gouverner les propriétés dont d doit hériter? ^ ai peu d’espérance que mon vœu soit écoute ; mais ce voeu seroit que l’on établît dans chacune de nos Université», un collège d’agriculture, comme il y en a un de médecine, et un de droit civil. U ne seroit pas né- 12 DE L’AGRICULTURE. cessaîre de créer une corporation pour ce coï- , comme il y en a dans les autres; mais je pense qu’il conviendroit qu’il y eût quatre chaires dans lesquelles on enseigncroit les quatre divisions de l'agriculture, savoir: le labourage et tout ce qui concerne cette partie; Je pâturage, et tout ce qui en dépend; les jardins, les vergers, les vignes et les bois ; et enfin les details de l’économie rurale, tels que le soin des abeilles, delà basse-cour, des étangs, etc. Les professeurs n’auroiem pas poiI r ’ tich<3 de lire les discours d’après les auteurs anciens, mais d’entrer dans les détails pratiques de l’art* ct de faire des cours complets dans chaque branche : ces cours pourraient durer un an ou deux. Ces professeurs ne seraient point choisis parmi les savans, parmi les gens à théorie; mais ce seraient des praticiens parfaitement capables de joindre, au besoin, l’exemple au précepte. Je voudrais qu’ils fussent payés par leurs écoliers , et je ne doute pas que leur position ne fût bonne. Je me représente un professeur d’agriculture à peu près comme Harllib s’il étoit encore vivant. A quoi sert, au reste’ de s’étendre en détail sur une pareille idée : l’esprit du tems s’oppose tout-à-lait à son exécution (i). (i) II y a plus d’un siècle et dem i que ce morceau /• ) - I ! i de d’aciucudture. a 3 remarquable à été écrit par le poète Covvley. On se plaignait alors en Angleterre, comme on peut se plaindre aujourd'hui en France, de ce que la vie des villes attire les hommes plus que les jouissances et les occupations rustiques. L’idée d’une institution destinée à répandre les bons principes et les pratiques utiles en Agriculture, a eu depuis son exécution en Angleterre, et en Allemagne. Aujourd’hui que l’attention se tourne vers l’enseignement, on aura peut-être en France, l’idée d’une institution pareille, établie sur une hase proportionnée à l’étendue du territoire François, à la variété de ses productions, à l’immensité des ressources que son climat et le génie de ses liabitans lui assureroient, si les principes et la pratique de l’agriculture étoienjt généralement mieux entendus qu’ils ne le sont. Je puis recommander aux lecteurs, relativement à cette -idée, la lecture de Y Essai sur les Arts économiques, par M- Silvcslre. Nota. La note ci-dessus a été écrite il y a huit ans. Dès lors, une chaire d’agriculture a été érigée à Paris. Deux autres chaires d’agriculture, ont été établies en Italie; ^institut d’Iloluil a été mis en activité; celui de Mogelin en Prusse a été formé, et de tous côtés le mouvement des esprits fait espérer de grands dévelop- pernens clans la science agronomique. 4i CONDUIT!! QUE DOIT TENIR Dr la conduite que doit tenir une Société d’agriculture. Adressé à l’auteur des Annales. (Annales d’A rthur Young. ) de l'établissement d’une ferme expérimentale dans le Comté de Durliam a si bien pris qu’on a souscrit d’abord environ mille Jiv. sterl. de fonds, et quatre cents liv. sterl. de rente annuelle. Dans une assemblée des promoteurs de cette idee , il a été’ convenu d’é- tendre le projet et de se procurer pour cela des fonds plus considérables; mais on désire savoir de l’auteur des Annales quelle est son opinion sll r la meilleure manière d’employer un revenu annuel considérable à l’avantage de l’agriculture. S’il veut bien donner à cet égard son avis, on le prie de considérer les trois méthodes d’encouragemens : l.° La publication des mémoires. 2. 0 Les primes ou prix. 3.° Une ferme expérimentale; ou enfin tout autre moyen dont il peut avoir l’idée. En conséquence de l’invitation ci-dessus, je prends la liberté de faire quelques remarques que je soumets à des gens plus habiles. J’entre- ^ UNE SOCIÉTÉ Il’-AG RrCCXTURE. l5 prends moins de dire le bien qu une Société d’AgricuIlure peut faire , que d’indiquer les difficultés qu’elle a à vaincre. [Jn grand nombre de Sociétés d’Agriculture, dans les provinces, sont tombées, et ont décidément manqué leur objet. La Société des arts de Londres subsiste depuis long-tems. Un Département d’Agriculture a été institué sur les principes les plus patriotiques; nous avons donc une masse considérable d’expériences pour nous aider dans l’examen de la question que l’on propose. Considérons les trois méthodes, des mémoires, des prix, et des expériences d’une ferme. L’inutilité de la première méthode est évidente, à / moins qu’il ne s’agisse de faire con- noître des faits nouveaux et importans obtenus, soit par l’encouragement des prix, soit par les voyages, soit par une ferme expérimentale, ou de toute autre manière. Les publications qui n’ont point le but de faire connoître des faits, doivent faire baisser ou tomber même Ja réputation de la Société. Si une fois elle a perdu jusqu’à un certain point, dans l’opiniop, en publî afl t des ouvrages inutiles ou foibles, jl lui sera très-difficile ensuite de répandre l’instruction en suivant une meilleure route. Les lecteurs qui connoissent l’agriculture des livres sentiront que ce que je dis a rapport aux nom- 36 CONDUITE QUE DOIT TENIR, brcuses Sociales agronomiques établies a diverses époques et en divers pays du continent, et qui semblent avoir eu pour principal but d’encourager l’imprimerie, tant elles ont accumulé les volumes de mémoires sur des théories de toutes les sortes. Elles n’oui cessé d’imprimer que lorsque personne n’a plus voulu acheter leurs transactions. Alors elles ont été oubliées avec les collections de leurs œuvres. U y a une autre objection contre l’usage d’imprimer beaucoup de mémoires : c’est que ces publications semblent donner la juste mesure de l’estime que mérite la Société. Le nombre des volumes imprimés paroît au public le résultat final des eflbrts de la Société et de ses succès. Si elle ne s’est pas distinguée par quelque chose de plus utile que de compiler des mémoires, on compare les publications de la Société, aidée d’une masse considérable de souscriptions avec les publications de quelques individus isolés et pour ainsi dire sans moyens: on ne trouve pas que l’avantage soit pour elle, et elle se décrédile dans l’opinion , ce qui est toujours Irès-lacheux pour un corps. Tant que. le public sait qu’une Société s’occupe de recherches et d’expériences, et rassemble une masse de faits, prêts à être employés aux lieux et aux tems propres, elle conserve g. s O Y**'l \î.*ï \o f> r rr>a^ c ! 0 « 0 ! k"* O i" |g J g I \a Z i \2 Q?t* , ' P- f) J^a g IÆ g s “• f [P , * - <» & ISfS g o'S lïT?* » »—• f\ l(? ? ^ 3 1*1 -< s s » §' 3 * % pi ». 3 ‘sh » S § Q § S 3 "J'-W » .5 5 ~. UNE SOCIÉTÉ d’aGBICUETITHE. 17 Serve du crédit, plus quelquefois qu’elle n’en Hu'ïile; mais c’est ce qu’il lui faut, sans quoi elle ne peut jamais atteindre son luit. On regarde une telle Société comme le depot des in (0 rotations utiles qu’011 ne peut point trouver ailleurs. Les effets d’une conduite sage, à cet egard , sont sensibles dans la Société royale. Toutes les fois que le Gouvernement a besoin d’une information sur un objet scientifique quelconque, il s’adresse à celle Société, et scs decisions font règle. Pendant l’existence du bureau du commerce , on ne pièsentoit gnères en parlement de projets de commerce ou de colonisation sans le préavis du bureau. L’existence d’un corps destiné à rechercher , examiner, et rapporter, sur un objet d’économie politique quelconque , est. infiniment précieuse pour le public, non pas par son activité réelle, mais à cause de sa capacité d’action, avec de grands moyens, lorsque cela est nécessaire. Si un tel corps sc conduit avec sagesse, il doit s’attirer toute la considération dont une Société est susceptible. Le principal objet de l’association, si elle se forme, doit donc être de soigner sa réputation, elle doit considérer la faculté d’imprimer, tout au moins comme aussi dangereuse qu’elle peut être utile, et ne jamais penser à publier ce qui Tome 10. B CONDUITE QUE DOIT TENIR 18 n’cst pas décidément nouveau, et important. Quand une Société' publie, ce doit être des registres d’cxpérionccs. Les raisonnotnens en matière d’agriculture , peuvent être très-inge- riieux et montrer du talent citez leurs auteurs: ce n’est point ce dont on a besoin : le génie et les talens ont été prodtgue’s sur ces matières, sans produire aucun effet utile. Mais les expériences bien faites sont extrêmement rares , et demandent des matériaux tout autrement im- portans que du papier, de l’encre et de l'invention. Le Département d’Agriculture a prouve', dans trois occasions, que l’on peut faire beaucoup sans publier de longs mémoires. Relativement aux essais sur le pain , à la culture des pommes de terre, et à l’attention que mérite la méthode des desséchemens par M. Eikington, le Département a eu des succès très-étendus , Cl cependant il n’a publié que deux petites brochures : la correspondance à laquelle ces Lrochures ont donné lieu, a été trcs-corisidé- rable (1). (i) Ceci a été écrit il y a ta ans. Le département ou bureau d’agriculture a publié depuis, un très-grand nombre de rapports sur l’état de l’agriculture dans les diverses provinces. Cette masse de laits est sans con- 19 UNE SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE. Passons à la question des.prix. U n’y a d’autre objection à faire contre les prix, que l’inconvenienl de nuire à la réputa- tion de iVtal>!issement, lorsqu’il les multiplie trop, cl les applique à de petits objets. Il y a des Sociétés qui proposent des prix pendant plusieurs années , sans que personne y fasse aucune attention. Si les fonds de ces divers prix cloieni appliques à un ou deux objets d’une grande importance , choisis parmi ceux qui occupent de préférence les agriculteurs dans le moment où les prix se proposent, ou les reclicrclicroil avec empressement. Tandis que tout le monde s’occupe d’ame-f liorer les races des bêles à cornes et des brebis, à quoi sert, par exemple, de proposer des prix sur la culture au semoir? 11 faut offrir peu de prix, mais qu’ils soient considérables et appliqués aux objets qui unirent l’attention dans le moment où on les propose. Une Société’ qui aura egard a ces considérations ne pourra man* quep d’ av oir des succès, et de sc faire une réputation. La question d’une ferme expérimentale est trcdit la plus considérable qui ait jamais été rassemblée clans aucun pays cl en aucun teins, sur les notions d’économie rurale, (février 1810.) 20 CONDUITE QUE DOIT TENIIV plus difficile à résoudre , parce qu’il y a de (nombreux obstacles à la réussite. On n’a jamais fait cet essai qu’une fois, et il a complètement manque. M. YVhyn Baker établit dans le voisinage de Dublin , et sous la protection de la Société de cette capitale, une ferme d’expe'riences. La somme annuelle destinée aux essais étoit de 300 liv. stcrl. , c’est-à-dire, très-inférieure à ce qu’elle auroit dû être. Malheureusement le grand objet de ses recherches fut la comparaison de la culture au semoir cl de la méthode commune. Il travailla pendant plusieurs années, toujours donnant la préférence au semoir , jusqu’à ce qu’il eût essayé le trèfle. II trouva alors un si grand profil à semer le blé à la volée sur les trèfles rompus, qu’il mit de côté tout son attirail de semoirs et de boues. S’il eût vécu , il auroit pu faire quelque chose d’utile. Ses autres expériences furent faites sur une très-petite échelle. Il fut loujours (dus occupé de s’instruire lui-même, que de répandre l’instruction dans le Royaume. Cette ferme ne fut guères qu’un objet d’amusement. II y aura toujours le même danger (l). Le directeur de (i) On ne ponrroit pas faire celte objection contre une exploitation de modèle, destiné à donner l’exemple une sociiïitÆ d'agriculture. 2-t 1 etablissement fera avec les fonds de l’institu- bon les mêmes expériences qu’il auroit faites. a vee ses propres fonds; c’est-à-dire, qu’il cherchera à s’instruire, en s’amusant : ce n’est pas Jà le but. On ne peut donc pas s’en lier a- lui; mais à rjui pourra-t-on se fier ? Si la ferme est dirigée par un Comité' nombreux , chacun aura ses idées à lui, et ses objets favoris d’expériences. Le Comité directeur ne devroit pas être de plus de trois membres, ou tout au plus de cinq, avec des adjoints ou suppléans , et» cas d’absence. L’objet principal des recherches seroit déterminé dans une assemblée de la Société. Il y auroit sans doute des difficultés à vaincre ; mais je crois qu’avec une pareille organisation , elles ne serment pas insurmontables. Il faudroit, tout comme pour les prix, s’interdire la multiplicité des objets de recherches, de peur d’affoiblir les moyens et l’atlen- bon, en les divisant. Je ne voudrois point de laboratoire, point de jardin de plantes, point de travaux scienliliques : il faudroit se borner a éclaircir quelques questions de pratique. des pratiques les j,]qs parfaites , et dont les résultats sont éprouves. Vojez la préface du i. er vol. de co Cours; les considérations sur l’Agriculture Françoise, "vol. H, et le Iraité des Àssolemeus. (A Genève, clier 3- J. Paschoud.) 22 CONDUITE QUE DOIT TENTE Une telle ferme ne devroit pas contenir moins de 4 oo acres de terrain de qualité médiocre, ou de bonne terre. Le fonds de bestiaux et d’inslrumcns peut être estime à 6 bv. sterl. pae acre. Les cmolumensdu directeur ne devroienl pas être au-dessous de 2 à 5 oo bv. sterl. payées de trois en trois mois d’avance. Il ne faudroil point y mettre un liommc qui eût des dettes, ou qui fût embarrasse dans sa fortune. Le travail d’extra, cause’ par les expériences peut s’évaluer a îoo bv. sterl. On pourroit assigner 5 o liv. sterl. annuellement pour les instrumens cl leur entretien ; 100 liv. sterl. pendant quelques années pour ajouter aux bâti- mens ce qui pourroit y manquer pour les bêtes à cornes et les moulons ; cl 10© liv. sterl. pour se procurer les especes de bestiaux convenables. L’établissement coùtevoit ainsi 600 liv. sterl. par an/mais tout 11e seroit pas pure dépense. Certains objets seroient susceptibles de rendre beaucoup ; et il se pourroit qu’au bout de l’an il n’y eût pas un déficit très-considérable. Tous les payemens devroient être ordonne’s et contrôles par un Comité des dépenses. Les premiers débours seroient donc de a 4 oo liv. sterl. , et la somme de la première année de 600 liv. sterl. Cela sufliroit pour mettre la ferme en train. Si les expériences n’étoienl pas UNE SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE. 2J nombreuses, et si la ferme e'toit bien conduite, le vide annuel scroil peu de chose, et par conséquent se roi l aisément rempli par les fonds d’une Société suffisamment soutenue. En y allant avec mesure , il est probable que 1000 liv. sterl. par an nourriroient une telle institution, en supposant le terrain ,hon. Les avantages d’une telle entreprise, pour le public , dependroient du bon sens, des connoissances et de la prudence des personnes qui la dirige— voient. Si l’on ne s’atlacboit pas à des bagatelles et qu’on visât uniquement aux objets essentiels, il n’est point douteux qu’on ne parvînt, avec le tems, à décider un grand nombre de questions importantes, et à rendre par conséquent, un service très-reel à l’agriculture. On pourvoit être certain qu’une Société qui donneroit annuellement îoooliv. sterl. en prix, et 1000 liv. sterl. pour une ferme d’expe'riences, scroit plus utile à l’agriculture qu’aucune So- cie'te'ne l’a ele’jusqu’ici. Pour une telle Société’, les publications seroient un objet de profit et non de perte. Elle n’auroit à répandre que les mémoires du bien qu’elle auroit fait, et non des questions douteuses, inutiles, et des rai- sonnemeus de théorie. Elle auroit la certitude de l’avantage de scs publications, par l’empressement avec lequel on les rccherchcroit. CONDUITE QUE DOIT TENIR 24 Si une Société' préféroit une autre manière d'acquérir des connoi.ssnnoes, ou si ses fonds et oient assez considérables pour embrasser d’autres objets, elle pourroil les employer à faire voyager quelqu’un pour rassembler des faits et des observations. La de'pense ne seroit pas si considérable qu'elle paroîtroit d’abord devoir l’être. Une guinée par jour, ne feroit pas au bout de l’an une somme bien forte. Mais s’il s’agissoit de voyager en Angleterre , il fuudroit certains objets déterminés : l’attention du voyageur ne sauroit s’appliquer à tout. Si l’on cherche des rcuscignemcns précis sur la culture d’une plante particulière, sur une certaine race de bêtes à cornes ou de brebis, sur des instrumens d’agriculture adaptés à certains objets déterminés, sur les effets du nouveau système des desséchemens , etc., il n’y a aucun meilleur moyen pour s’instruire que de faire voyager une personne chargée spécialement des informations sur l’objet. Le journal du voyageur pourra bien u’être pas intéressant à publier; mais les faits recueillis seront impor- tans à conserver, cl payeront amplement les frais par l’ulihlé de leur application. U y a un autre point qui mérite l’attention des individus qui se réunissent dans une entreprise de ce genre; c’est qu’il convient de laisser 525 UNE SOCIÉTÉ D’AGTUCUM’URErf entrer les souscriptions pendant un an , sans rien résoudre, afin de se donner bien le lems de considérer l’objet qui doit occuper. Ils acquerront ainsi un fonds qui pourra ensuite leur être d’une grande utilité'. Le defaut de fonds met souvent un obstacle insurmontable au succès dans les entreprises des individus : il en est de même des Sociétés ; et celle simple précaution écartera tout inconvénient de ce genre. Voilà les remarques que je prends la liberté tVoflYir a nies corrcspomlans anonymes , qui paroissent engagés dans une des entreprises les plus louables que l’on puisse se proposer. Je suis fâché d’etre obligé d’observer que 1000 liv. stcrl. est un capital trop peu considérable pour une ferme expérimentale , à moins que tout ne se fit sur une échelle si resserrée que les dépenses seroient considérables , et les profits nuis. Cette somme ne fourniroit pas aux bestiaux et aux mslrumens nécessaires pour une ferme de 200 acres de bon terrain ; et cette ferme seroit proportionnellement beaucoup plus coûteuse à entretenir qu’une ferme de 4 oo acres. Si l es souscriptions n’augmentoient pas la Société devroit donc plutôt chercher quelque autre moyen (remployer ses fonds ; à moins qu’elle ne visât à quelques essais d’un genre très-simple et peu coûteux , et qu’elle ne se 26 CONDUITE Il’cTNE SOCIÉTÉ. rtc. contentât d’une ferme conduite d’une manière Irès-commuric. Arthur Young. ÉPINE-VINETTE. ( Minutes de Marshall. Rural economy of Norfoll. Vol. II.) Jl, y a Jong-lcms que l’on considère comme une des erreurs populaires des paysans, l’idée où il* sont que l’epuie-vinette a une qualité pernicieuse, ou plutôt, un pouvoir mystérieux pour altérer le blé qui croît dans son voisinage, c t en rendre le grain retrait. Cette nier, vraie ou fausse n’est nidl e part plus généralement répandue que parmi l es rmers de Norfolk. L’un d’eux me racontoit très- géricusetnenl le mal que lui avoit fait cette plante: je lui ris au nez. Il ne s’eri déconcerta point, et persista a soutenir que rien n’étoit plus vrai. Je vis qu’il n’avoit point été conduit de la Cause à l’effet, mais au contraire, qu’il avoit remonte de l’eflet a la cause. U avoit remarqué dans une pièce close une bande de blé dont la paille étoil noirâtre. Il avoit cherché dans la baie où celle bande aboutissoit, comptant trouver la l’ennemi, mais ne trouvant rien il avoit traversé le chemin, et avoit reconnu lil'lNE-VINIÎTTE. 27 que dans la liaie d’un jardin de l’autre côte , il y avoit un buisson d'épine-vinette, précisé- înenl sur la ligne où il le chcrchoit. Il me décrivit l’aire , ou l’espace occupe dans le champ par ce Me altéré', connue la queue d’une comète, qui s’élargissoil en s’éloignant du buisson d’épine-vinette. L’elïct sYlendoil à une plus grande distance qu’il ne l’eût jamais observé ailleurs, et il expliquoil cela en nie représentant qu’il y avoit un trou à la haie du champ vis-à-vis de cet endroit, et que le vent avoit porte l’influence par ce passage. Quand je le vis si allenui, et si exact dans ses descriptions, je lut demandai comment il expüquoit la chose. Il me répondit que le froment, et répino-vinctle flenrissoient en même tems, et que la poussière fécondante de celle- ci étoit un poison pour les fleurs de blé. Je sentis que mon incrédulité s’cbranloit. Je réfléchis que si les poussières fécondantes sont portées par les vents à des distances considérables, et fructifient les plantes de même espece ; q U g s î certaines plantes sont un poison pour les animaux, il n’étoil pas impossible que les poussières de certains végétaux fussent un poison pour fies plantes de genre différons ( 1). (1) Ce ne peut pas tire l'explication iln fait, parce 28 -ÉPINE-VINETTE. Quoiqu’il pu foi ? je resoIits.de tâcher d’e'-' CÎaircir Je fait, s’il étoit possible. J’en parlai à plusieurs fermiers habiles : je n’en trouvai pas un seul qui mît en doute la vérité de la chose. Cette opinion si généralement établie rend oit l’observation fort difficile, parce que, depuis quelques anne'es en particulier, on a arraché si soigneusement l’e’pinc-vinctte de toutes les haiçs, qu’elle est devenue très-rare, cependant on me raconta un exemple tout récent de l’elTot de celte plante , et je fus moi-» même témoin d’un autre fait relatif au même objet. M. William Bernard de Bradlield me dit qu’ayant vu un espace dans un de ses champs Je blé dont la paille étoit noirâtre, il avoit cherché, dans la liaie voisine, s’il n’y avoit point d'épine-vinette. La haie étoit épaisse. H ne découvroit rien d’abord •, mais à force de chercher, il trouva une plante d’épine-vinette qui lui expliqua cet effet. M. William Gibbs de Bou ton , m’ayant dit qu’il avoit dans un de ses champs un espace dont la paille étoit noire, et qu’il l’attribuoit à quelques rejetons d’épine-vinette, dans une haie où il l’avoit a r " radiée, j’allai avec lui sur le lieu. Nous trou- que l’épine-vinette fleurit quelques semaines que le blé soit en épis. ÉrtNE-VINETTE. 29 vâmes en effet trois rejetons de cette plante, dans la haie, auprès de la place affectée. Un de ces rejetons e'toit garni de fruit. La paille du blé étoit noire, et le grain, si l’on peut l’appeler ainsi, e'toit absolument retrait et sans farine.' Le reste du champ étoit d’une qualité beaucoup supérieure. Ce sont là des présomptions fortes, mais assurément ce ne sont pas des preuves. J’avois résolu de tâcher de constater le fait, four cela, je plantai, au mois de mars, au milieu d’un grand champ de froment, un buisson d’épine-vinette. Je négligeai de faire aucune observation là- dessus, jusqu’aux approches de la moisson, que M. John Baker de South-Reps, vient m’a- Verlir de l’effet produit. C’étoit le moment où le blé prenoit sa couleur de maturité; c’étoit du froment blanc, et le champ avoit déjà très-sensiblement blanchi. M- a is dans le voisinage du buisson d’épine-vi- nelte, 0 n rcmarquoit un espace en ovale très- ail on gé, ori le blé avoit une couleur sombre et livide, q u i étoit fort sensible pour un homme à cheval, sur l a route, à une distance considérable. Cet espace noirâtre ressembloit à l’atmosphère d’une comète, et le buisson représentoit I 5o ÉPINE-VINETTR. ]a comète elle-même. D’un côte, l'elfel s’éten- doit jusqu’à trente-six pieds : de l’autre il n’é- loit sensible que jusqu’à six pieds de distance seulement; la plus longue queue s’étendoil vers le sud-ouest, en sorte que, probablement, l’clFel avoit eu lieu par un vent de Nord-Est. Quand le ldé fut mûr, les épis qui dtoient près du buisson se lenoient parfaitement droits; ils ètoient doux au loucher, comme de la paille battue : les grains étoienl minces , rides , et légers. A mesure que la distance du buisson augmentoit, l’elfct éloit plus difficile à observer. Le reste du champ donna une assez bonne récolte; et la paille éloit généralement belle. Il y avoit cependant un autre endroit dans le champ où le blé étoit retrait, et où la paille resscmbloit assez à celle du voisinage du buisson d’e’pine-viuette; mais ce grain retrait éloit encore beaucoup plus pesant que celui de l’atmosphère du buisson. Eu général, le blé de ce champ fut mince; mais cependant, dix grains pris au hasard, étoicnt de même poids que vingt-quatre grains également pris au hasard parmi le blé alfeclé par l’épine-vinctte. ÉPINE-VINETTE, 3i Dommage causé par l’Épine-vinette. ( Annales d’Arthur Young. ) Pitton près de Barastaplc, 18 octobre 1796. Monsieur, ïiN conséquence de la conversation que nous avions eue ensemble à Upcatt, concernant le dommage qui resuite pour le froment du voisinage de l’epinc-vinette , j’ai saisi, comme je Vous l’avois promis, toutes les occasions d’ob- servor les faits relatifs à cet objet curieux. Les effets sont parfaitement semblables, celte année, à ceux de l’année dernière, et je vais vous rendre compte, aussi exactement que je pourrai, de mes observations sur mon blè et sur celui de M. Harding. Au mois de juillet 1795, un peu après la fl° r aison des ble's , je me promenois à cheval au P*ès de deux de mes champs de blè, qui eloient se'parès par une haie. Ma position élevée me perrnettoii de voir toute la superficie des deux champs. Je découvris une place dans le voisinage de ] a haie, où le blé paroissoit d’une couleur plus sombre q llc tout le peste. Un j curie homme qui étoit avec moi , le remarqua de même, et tnc lit observer, en explication du 52 lÜFINE-TINETTE, fait, que c’étoit vers l’endroit de la haie ou les enfans avoient fait souvent du feu , au mois de novembre precedent. Celte couleur brune e'toil très-marquée , mais ne s’étendoit qu’à la distance de quelques pas de la haie. Trois jours après, l’espace s’eioit sensiblement étendu, et la couleur étoit plus sombre. Le blé étoit noirâtre dans les deux champs, et des deux côtés de la haie jusqu’à la même distance. C’étoit un cercle dont la couleur alloit en dégradant, à mesure qu’on se rapprochoil de la circonférence, et dont le centre étoit dans la haie.' Je me rappelai que, onze ou douze ans auparavant, faisant labourer un de ces champs pour y semer du blé , mou laboureur me conseilla d’y mettre plutôt des turneps ou de l’orge, parce que le blé de ce champ étoit toujours retrait. Il m’indiqua pour cause de cet elfct, les buissons d’épine-vincltequie'loient dans la haie, et je les lis arracher. J’eus l’année suivante, une très-bonne récolte de froment dans ce champ. En me rappelant ces circonstances, je conjec-' turai qu’il restoil quelques plantes d’e'pine-vi- neite dans la baie : je l’examinai, et j’en trouvai, en effet, un buisson très-vigoureux, place précisément dans le centre du cercle dont j’ai parlé*. Je le fis immédiatement arracher, mais c’étoit trop lard : le mauvais effet étoit produit. ÉPINE-VINETTE. 55 Les épis devinrent plus bruns de jour en J 0 ,j r, jusqu’à ce qu’ils eussent la couleur du Ca fe au lait. Cela etoit visible jusqu’à la distance de 16 rods de part et d’autre. Les grains des épis voisins du buisson ne se formèrent qu’imparfuitement : ils ressembloient à du seigle très-élranglé, et ne contenoient point de farine. Les e'pis e'toient dans une direction verticale, etetoient doux au toucher, comme de la paille battue. r -es tiges e'toient couvertes d’une espèce de rouille. Celle roujlle diminuoit et les e'pis devenoient plus pleins à mesure qu’on s’e'loi- gnoit du buisson. Enfin le ble' des deux champs qui etoit hors de l’influence de l’épine-vinelte «toit parfaitement beau, et le grain très-plein. Il y a une circonstance que je ne dois pas oublier, c’est que dans l’un des deux champs, il y avoit une grange et deux grands tas de foin qui faisoient saillie dans le cercle d’influence de l’e'pine-vinette $ et que tout le ble' qui se trouvoit garanti de la vue du buisson par ces obstacles, fut préservé de l’effet nuisible. Il sembleroit donc que l’influence se propage en ligne directe comme les rayons d’un corps lumineux ; et que tout obstacle qui rompt ces rayons, dimi nuc ou détruit l’influence. L’inspection du champ de M. Harding me conduit aux mêmes conclusions. L’elfe t le plus Tome io. C 34 ^PINE-VINETT-E. sensible y a été produit par les buissons qui sont le plus isole's. Ceux qui sont garantis par des baies épaisses, n’ont que peu de mal. Son cbamp est carré: il contient environ neuf acres. Il est incliné vers le Sud. Il éioit semé en blés de diverses espèces, rouges et blanches. Une plantation qui fait partie d’un parc, le borne de trois cotés : celui de l’Est est ouvert. Une haie d’aubépine sépare la plantation du champ» et entoure celui-ci. Dans toute l’étendue de cette haie, excepté un certain espace delà face Sud, il y a de l'épine-vinette ; mais les plantes sont basses, et mêlées au fourré de la haie. Cependant à l’angle Sud-Ouest, il y en a un fort gros buisson qui domine le reste; et à l’angle sud est, près de l’entrée du champ, il y en a aussi quelques-uns qui sont isolés. Le blé a souflert beaucoup dans le voisinage du gros buisson. Il a été moins affecté , mais cependant très-sensiblement, dans la partie qui avoisine l’entrée du champ. Et, ce qu’il y a de bien remarquable, c’est que sur la totalité de la pièce, il n’y avoit pas une seule plante dont la paille fût d’une belle couleur, que sur la partie de la face Sud, où il n’y a point d’épine-vinette. Quoique la totalité du cbamp eût une triste apparence, cependant la partie du Word n’éloit pas, à beaucoup près si mauvaise lî PIN U—VIN ETT.I3. 55 ffl'c celle du Sud-Est et du Sud Ouest. J’expli- ( l Ue cela, soit par la position plus élevée et plus aerée des buissons d’épine-vinette sur ces deux dernières faces, soit par les vents qui ont régné. Le vent de Sud, et de Sud-Est ? ont soufflé presque constamment pendant plusieurs mois, et ont transporté les miasmes de l’épine-vi- nette. M. Macro vous a envoyé là-dessus une observation qui est consignée dans le 7/ volume de vos annales. M. Marshall en parle aussi dans ses minutes sur l’agriculture de Norfolk. Il avoua qu’il a voit, non-seulement douté du fait, mais qu’il s’étoil moqué de celui qui l’affirmoit; et qu’ensuite il avoil vérifié la justesse de l’observation , en plantant des buissons d’épine- vinette dans ses champs de blé. L’effet de celte plante, quoique bien connu des botanistes, et de quelques savans, ne l’est point généralement des fermiers, je pense. Cela me paroît un objet de grande importance pour le public ; si vous croyez que le détail que je vous envoyé soit satisfaisant, vous pouvez l’insérer dans vos annales. Je crois que le fait vaut la peine d’être conservé. Beaucoup de gens ignorent encore la chose. Peut être les botanistes pourront-il s faire des recherches utiles sur la nature elles effets de cette influence j et 36 ^PINE-VINETTE. il importe de mette les proprietaires en garde contre la plantation de cette plante dans leurs haies (1). Je suis, etc. John Extjîil (i) Cette notion sur l’effet de l’épine-vinette est établie depuis très-long-tems parmi nos cultivateurs. Elle a toujours été mise, par les gens soi-disant instruits, au nombre des préjugés populaires. J’ai eu souvent l’occasion de faire des observations sur ce sujet, dans un canton où l’épine - viuette se trouve dans presque toutes les baies, et où l’accident du blé retrait à paille-noire, est extrêmement fréquent. Les paysans appellent cette maladie la ventaison, et le blé qui en a souffert, blé venté. "Voici le résumé. On peut consulter l’article Froment de l’Abbé Rozier, et le Traité des maladies des Grains, par Mr. Tessier, pour la description et les causes générales des maladies des blés dont il résulte l’étranglement du grain. On ne doit pas attribuer exclusivement la ventaison à l’épine - vinette ; diverses causes peuvent la produire , et l’épine-vinette ne la produit pas toujours. J’ai vu des champs, ou des portions de champs, attaqués de la ventaison à de grandes distances de toutes haies ; et j’ai observé de très-beaux blés, à grains pesans et à paille dorée, à quelques pas de distance de l’épine- vinette. Mais cependant ces derniers cas me paroissent plutôt des exceptions, dues peut-être à ce que, dans le moment de l'influence, les vents l’ont détournée. Le plus souvent, dans le voisinage des haies, où l’on voit cette plante, le blé est venté ; et il m’est arrivé plus d’une Essai sur la nourriture des plantes et le renouvellement (les terrains, par J. Ingenhousz; Membre honoraire étranger du Départ. d’Àgr,, etc. etc. ( 1 797 - ) Jj A chimie s’associe lies-bien avec l’élude des fonctions organiques des végétaux, et fournit sous ce rapport, des données très-utiles dans la science de l’agriculture. Les ouvrages du Dr. Ingenlipusz sur la physiologie végétale sont connus du monde savant. On regrette qu’une teinte polémique en ternisse le style, mais les faits et les découvertes n’en fois, en remarquant un espace brun dans le boni d’un champ, à l’approebe de la moisson, de trouver l’explication du phénomène dans un buisson d’épine-vinette que je chcrchois dans la haie voisine. Je croîs à l’in— ilueuce, d’après mes propres observations, et indépendamment <1,.,, f a i[ S rapportés par les auteurs Anglois. C’est un sujet curieux d’expériences. En attendant qu’elles aient été faites par de bons Oltservateurs, et que les laits soient généralement connus, j’exhorte les propriétaires et les fermiers à ne pas imiter l’insouciance de la plupart de nos cultivateurs, qui tout en •voyant à l’influence ne font rien pour l’éviter. 33 ESSAt SUR LA sont pas moins d’un pris réel pour la science. Son Mémoire oiïre une sorte de résumé de sa théorie , et des preuves de Tait dont il l’appuie ; tuais il s’unit surtout de faire connoître ici quelques idées qu’elle lui suggère , et dont l’expérience pourroit démontrer la justesse et l’utilité. Les plantes, privées comme elles le sont de la faculté de se mouvoir d’un lieu à l’antre, doivent trouver dans l’endroit même qu’elles occupent, tout ce qui est nécessaire à leur subsistance. Elles sont en contact avec la terre et avec l’air, c’est donc de l’un ou l’autre de ces élémens, et peut-être de l’un et l’autre qu’elles tirent leur aliment. Mais il y en a qui se passent fort bien de terre même d’eau (entant que liquide), tandis qu’il n’y en a point qui puisse vivre non-seulement sans air, c’est-à-dire, dans le vide, mais même, selon le Dr. In genhousz, dans de l’air qui ne soit pas respirable. Cette dernière assertion, quoique contraire à la doctrine de Priestley et deScbeele, paroît prouvée par certaines expériences de l’auteur qui a aussi découvert la cause des irrégularités qu’on observoit dans l’influence des plantes sur l’air qm les environne, influence tantôt améliorante tantôt délétère. Il découvrit en 1779, que les végétaux sont NouttUTTunr. t>t:s plantas. 5g constamment occupes à décomposer l’air eu contact avec eux, et qu’ils en changent une partie en acide carbonique, qui, spécifiquement plus pesant que l’air atmosphérique, tonifie d’abord, et se comfiine à terre avec l’bumidite' et les sels qui s’y trouvent. La portion de l’air atmosplierique que la plante s’est assimilée , suint divers cliangemeris dans son intérieur et se convertit en sève, en sucs divers, en. mucilage , etc. Comme l’acide carbonique est compose’ de deux principes, savoir l’oxigène, ou le principe acidifiant, et le carbone qui est une base aci- difiable, les plantes peuvent déjà trouver dans ces deux principes, les ingrédiens des substances distinctes que nous remarquons en elles; et si l’on y joint l’azote toujours présent dans c es opérations, ces élémens diversement combinés dans les organes des ve'ge'taux peuvent fournir tout ce que l’analyse y fait reconnoître. M. Ifassenfra tz qui s’est occupé avec succès de la théorie de la végétation considère le carbone connue étant la nourriture principale de la plante, M. Kii-wan adopte cette opinion dans son excellent Mémoire sur les engrais, publié dans les transactions de l’Académie Royale d’Irlande. 11 trouve le carbone d’abord dans la semence, ensuite dans le sol, d’où U est extrait ESSAI SUR. LA 4o par les racines. Il croit voir le carbone pur dans la liqueur noire qui résulté de l’infusion des fumiers. II ne présumé pas qu’une troisième source soit le résultat de la décomposition de l’acide carbonique opérée par l’action végétale , quoique ce soit l’opinion de M. Kirvvan et que M. Senebier ait; établi ce fait par des expériences qui paroissent sans réplique. Le Dr. Ingenhousz croit aussi que la présence de la lumière a une influence très-marquée sur l’action végétale sous le rapport chimique; c’est-à-dire que les plantes absorbent de nuit l’oxigène et de joqr le carbone, en même tems qu’elles exhalent l’oxigène lorsqu’elles sont frappées des rayons solaires. Plusieurs faits confirment celte doctrine; enlr’aulres l’accroissement plus rapide des plantes, à l’obscurité qu’à la lumière du jour, ainsi que l’ont observé Duhamel et Bonnet, en étudiant les phénomènes de l’étiolement. L’auteur doute que les plantes absorbent par leurs racines le carbone immédiatement ou en nature. Il est beaucoup plus disposé à croire qu’elles le retirent de la décomposition de l’acide carbonique. Il appuie son doute sur ce q» e le résidu des fumiers est plutôt un extrait f qu’il n’est le carbone pur. Il est soluble, le carbone ne l’est point; et Arthur Young, ayant NOURRITURE DUS TUANTES. 4l essaye le charbon pulvérisé comme engrais, ne lui reconnut aucun effet sur la végétation. Les fueilles sont, selon M. Ingenhousz , l’organe destiné à l’élaboration de l’air, et M. Se- nebiev a bien démontré leur action par ses nombreuses expériences. L’auteur croit que la présence du gaz oxigèuc et de la chaleur, est essentielle à la végétation et que la lumière ne l’est pas; il montre même, qu’une lumière trop forte nuit à Ja végétation , il attribue à cette cause la mort des germes qui se trouvent à la surlace du sol lorsque les semences ont été mal enterrées : il pourroit y avoir d’autres causes de cet effet. La lumière devient seulement nécessaire après la germination, pour donner de la couleur et de lq vigueur à la plante, mais elle ne lui est pas essentielle. D’autre part, la chaleur atmosphérique est, selon l’auteur, la seule cause qui met en action la force végétative , et la température du sol n’y contribue pas. 11 ne nous paroît pas expli- quer nettement Ja manière dont la chaleur opère pour produire l’ascension des sucs, mais en admettant comme il le fait avec M. Yan Maruin, l’irritabilité pour cause seconde de cet eflet, il devient plus explicable. Les plantes possèdent jusqu’à un certain point cette iaculté si remarquable dans les animaux essai sur la 42 respirant», de produire de la chaleur dans un milieu plus froid qu’elles, et de se maintenir fr aîches au contraire dans un milieu très-chaud. Cette dernière propriété fauqu’elles condensent à la surface de leurs feuilles la vapeur aqueuse qui flotte dans l’air et qui leur fournit aussi de la nourriture. Mais l’influence énergique des fumiers montre cependant qu’une bonne partie de l’aliment des plantes, que ce soit du carbone, ou de l’azote , ou de l’acide carbonique, est retiré du sol. L’auteur remarque à cette occasion qu® les fumiers des herbivores ont l’inconvénient de donner lieu à la production de beaucoup de mauvaises herbes, à raison des semences qui s’y rencontrent intactes; cet inconvénient n’arrive point avec les fumiers des carnivores. On sait que les Chinois et les Japonois font de ceux- ci un cas très-particulier ; et un botaniste, qui accompagnoit au Japon l’ambassade hollan- doise , passant auprès d’un champ de blé , remarqua qu’il n’apercevoil presqu’aucune autre plante que le blé pur. Ou croit communément que les jachères et les labours pendant ce repos, n’ont d’autre effet utile que de laisser, comme on dit, reposer la terre, et de détruire les mauvaises herbes. Il semble qu’il y ait de plus une action parti- NOURRITURE DES PUANTES. 45 Gnlière de l'atmosphère sur celte terre, action qui n’a pas encore été convenablement examinée, on a vainement cherché par l’analyse chimique ce que le sol gagnait à cette influence de l’air, il falloit examiner, chose plus facile, ce que perdoit l’air par l’effet de son contact avec le sol. L’auteur entreprit cette recherche. 11 exposa huit pouces cubes de bonne terre végétale entassée dans une soucoupe , au contact de dix- huit ponces cubes d’air atmosphérique renfermé sous un récipient pendant trois jours et trois nuits d’été, par une température douce, mais à l’abri du soleil et même de la lumière ; l’air y fut si gâté que la chandelle n’y brûloit pas facilement, et qu’à l’épreuve eudiomélrique au gaz nitreux, il y eut entre cet air et l’air atmosphérique pur, une différence d’absorption égale à de mesure. L’air se trouva encore plus décomposé dans un appareil semblable qui fut exposé pendant le môme tems à 1 actio n des rayons solaires; la plus grande partie de l’oxigène fut absorbée. L’expérience f ,lt rG ’pétée avec le même volume de bon terreau bien fumé, et l’influencé attractive de ce sol pour 1 oxigène de l’air ambiant fut encore plus marquée, surtout dans le récipient exposé au soleil. L oxigène y avoit disparu presqu’eu ESSAI SUR liA 44 entier, il ne restent que I azote et une certaine quantité d’acide carbonique, qu’on reconnut par l’eau de chaux. L’auteur conclut de ces expériences que le sol fixe continuellement quelque partie de l’oxi- gfene contenu dans l’atmosphère, et qu’un terrain qui ,, dans le cours d’une année , a été' en jachère et fréquemment retourné, doit avoir attiré une proportion assez considérable d’oxi- gène ou du principe acidifiant , surtout dans les terres végétales fortes, dans lesquelles il existe des débris de substances animales ou végétales susceptibles d’être ultérieurement décomposées. Le sable siliceux , sec ou humide , n’a presqu’aucune action sur l’air ambiant, non plus que l’eau pure. A mesure que le sol acquiert airîsi l’oxigène ou pur, ou déjà combiné sous la forme d’acide carbonique, les pluies en font pénétrer une bonne partie dans les couches inférieures, elles racines en profitent. Les couches supérieures, à mesure qu’elles en sont ainsi dépouillées , acquièrent par la présence de l’humidité, (circonstance nécessaire à ces combinaisons) la faculté de reprendre de l’oxigène dans l’atmosphère, et celte circulation continue pendant toute la saison où la température la favorise. L’auteur est persuade qu’elle est beaucoup plus NOURRITURE DES PLANTES. 45 active dans un sol expose à nu , ou dans une Jachère, que dans un terrain couvert déplantés. Si ccs conjectures, déjà justifiées par plusieurs faits, sont entièrement fondées, ne pour- roit-ori pas, ajoute-t-il, fournir promptement et en une seule opération, à un sol épuise et avide d’oxigène, tout celui qu’il ne soutire de l’air que lentement pendant une année de jachère? Il suffiroit de l’arroser un peu avant les semailles, de quclqu’acide, étendu d’eau, ou préalablement répandu sur un monceau de terre qu’on semeroit ensuite sur le sol. L’acide sulfurique , par exemple, qui n’est que le soulre uni à l’oxigène, et qu’on peut se procurer à bon marche', scroit propre à l’expérience. L’auteur a fait, d’après celle idée, quelques essais en petit qui ont paru l’eucourager : il a versé dans une raie de terre, de trois pieds de long et de deux pouces de profondeur, choisie dans le jardin du Baron Dimsdale, un gros d’acide sulfurique (huile de vitriol du commerce) délaye dans une pinte d’eau. Il parut d’abord une vl ve effervescence, à raison de la nature calcaire du sol. La terre calcaire touchée par 1 acj de, se convertit en sulfate de chaux (gypse) à 1 état d’une poudre blanche; il sema vingt grains de froment dans cette raie et les couvrit de terre. Il répéta de la même manière l’essai, 46 JîSSAI SUR LA eo d’autres endroits du jardin, où il sema de l’avoine , du seigle et de l’orge. Il arrosa de même la terre de quelques vases de Heurs. Quoique cette proportion d’acide fût beaucoup plus considérable que ce qu’on en auroit employé dans l’experiencc faite en grand, le ré- sultat fut que la végétation des semences, loin de souflnr de l’action de l’acide, parut au contraire plus vigoureuse et plus hâtive que dans les endroits nou-arrosés. On obtint le même effet avec l’acide nitreux , et l’acide marin ou muriatique. S’il s’agissoit d’une expérience en grand , l’auteur proposeroit l’essai de trois proportions d’acide; savoir douze livres, neuf livres et six livres par acre. Celte dernière proportion, sur le pied de quatre pence la livre d’acide, feroit une dépense de deux shellings seulement, par acre; l’acide devroit être fort délayé, ou préalablement versé sur un monceau de sable qu’on semeroit ensuite. Bien entendu que le terrain auroit été travaillé auparavant pour y détruire les mauvaises plantes, et qu’on semeroit le grain peu après avoir répandu l’acide. C’est avec des graines printannières qu’il faudroit faire les premiers essais , pour éviter l’effet des pluies de l’hiver. Si l’on n’essayoit pas cette expérience sur NOURRITURE DES PLANTES. 47 toutes sortes de terrains, du moins seroit-elle intéressante tenter après une récolté de nature très - épuisante , telle que le lin, par exemple. La perte résultante du non succès ne scroit pas grande , et l’avantage seroit considérable si l’expérience veuoil à réussir. L’auteur propose de diviser le sol, supposé d’un acre , en cinq parts , dont quatre seroient fumées à l’ordinaire et oxigénées ensuite, ainsi qu’on l’a indiqué. La cinquième n’auroit ni engrais ni acide. On semeroit des quantités égales de froment sur chacune. On varieroit les proportions de l’acide sur les quatre portions , depuis deux livres graduellement jusqu’à cinq. On observeroil exactement toutes les circonstances de la végétation qui s’ensui- Vroit et les produits. On évileroit l’emploi des vases de fer pour contenir l’acide, parce que Ce métal en est violemment attaqué ; des vases de plomb où de bois n’auroient pas cet inconvénient. L’auteur cite à l’appui de ces conjectures l’expérience qu’il fil en I7g5 à Hartford , de tremper 48 NOURRITURE DES PI, ANTES, Des expériences tres-curieuses sur le meme objet ont été faites par le Baron de llumboldt $ elles démontrent la grande influence de J’oxi- gene pour accéleiei la germination. On voyoït la plurielle des semences trempées dans l’acide sortir au bout de peu d’heures, taudis que celles trempees dans l’eau se developpoient au bout d’un lerns trois ou quatre fois plus long. L’auteur a tente' aussi dans un jardin l’effet de plusieurs sels comme engrais. Les alkalis lui ont bien réussi, et de tous les sels neutres, le sel de Glauber (sullate de soude) lui a paru l’un des plus efficaces, sous ce rapport. Quelques observations sur l’Extrait de la Flore des champs, inséré au N.° 68 de la Bibl. Brit. (t). (3omme l’auteur me paroît avoir passe' sous silence quelques plantes de près que je crois intéressantes, je les indiquerai ici et dirai en même tems un mot de quelques essais que j’ai faits et de ceux que je recommande aux culti- cateurs, Arthur Young se plaint et avec raison (i) Ces observations sont d’un habile botaniste de mon voisinage. que ons. SUR X.A FI.ORE DUS CHAMPS. 4f) *Ï ,3R les expériences dans cette partie de l’agri- C| dture soient si rares: il en fait lui-même plusieurs dont nous ne connoissons encore Qu’une partie des résultats. J’iimterois les amis de cet art pre'cieux à suivre son exemple; leurs e »sais, même en petit, s’ils sont suivis avec persévérance ne pourront manquer de contribuer à son perfectionnement : Y'oung dans ses expériences sur les plantes des près avoit pour but de former des pâturages permanens pour les moulons. Aussi fit-il un choix relatif à cet °bjet. Ceux qui, tout en s’occupant de l’avancement de la culture des près, seront animes par l’espoir de jouir eux-mêmes du fruit de leurs essais, devront les diriger vers les objets qu’ils croiront les pluspropresàles dédommager de leurs peines et de leurs dépenses. Mais pour pouvoir faire des essais sur des plantes dont on ne peut acheter la graine , ou se trouve souvent embarrassé sur le moyen de s’en procurer; il faut alors la faire recueillir, maisil e s t nécessaire de savoir distinguer d’autres plantes avec lesquelles il est facile de la confondre. Pour cet effet je crois qu’un héritier economique seroit fort utile au cultivateur qui a quelque instruction sur cette partie ou quelque désir d en acquérir sans avoir le loisir et les moyens de se vouer à l’étude de la bota- Tome xo. D OBSERVATIONS SUR 5o nique. Ce moyen de connoître les plantes qui appartiennent à l'économie rurale seroit bien moins dispendieux et d’une plus grande utilité que les livres ornes de. figures, tels que la Flore des champs, qui, si elles sont bien exécutées et surtout coloriées rendent le livre fort cher, et qui, si elles sont grossières et d’un petit format, sont absolument inutiles. Un autre avantage que procureroient les herbiers economiques, c’est de prévenir les équivoques qui résultent trop fréquemment des fausses dénominations. C’est ainsi qu’on a cru une fois (pie le ray-grass étoit Yavena elnfior. Quant à la difficulté de se procurer des herbiers économiques, elle me paroîl facile à lever si les Sociétés d’Agricullure chargent les botanistes d’en former, et si les cultivateurs en forment eux- mêmes, puis s’adressent aux botanistes pour en dénommer les plantes. L’auteur de la Flore des champs commence parla famille des graminées qui a toujours paru la plus riche et la plus intéressante pour l’économie rurale en général et pour les prés en particulier. Il est très-probable qu’il y auroit d’utiles essais a faire sur plusieurs plantes de cette classe; les Poa pratensis, angustifolia, qui dominent dans les bons prés de la Suisse donneroieut un bien meilleur fourrage que le LA F LOB B OES CHAMPS. 5l F<‘s1uca elatior <]iie Marlyn appelle je ne sais pourquoi Pe&tuca pratensis. L ’'Aira cœspi- to.ia re'ussiroit fort bien dans les près froids situes entre et à côte des bois ; le 3I^ lca ci— liatci dans les sols caillouteux et exposes a la scclieresse. Je cultive depuis deux ans le Me- Hca aliissima dont il parovt qu’on pourroit tirer f|uelip»e parti , mais je ne peux encore parler de cette plante, ayant été contrarie dans Cessai (pie j’en fis, par le dégel du printems qui soideva la terre du pre où je Pavois semee. Ce que je pouri ois dire de cette licrbe-qui multiplie beaucoup dans mon jardin ne prouveroit rien en sa faveur pour la culture en grand. Ceux qui se sont occupe's d’expe'rienccs de ce genre se sont principalement attachés aux plantes vivaces, comme plus propres à dédommager par leur duree des frais qu’entraînent la préparation de la terre et l’achat des graines. Mais °-t-on eu raison de rejeter plusieurs gramen annuels qui par la promptitude et la vigueur de leur végétation , et par leur saveur sucre'e , semblent propres en bien des cas à devenir 1 objet d une culture avantageuse, par exemple les panicurn viride, glaucum et vei'ticillatum ne sont connus que comme le fléau des jardins, cependant le bétail les broute avidement dans les guerets. Ayant seme chus mon jardin de la OBSERVATIONS SUR 5a graine de panicum altissimum, lierbe de gui- née , je fus surpris quand les épis furent formes de ne trouvée qu’un mélangé de 3 espèces dont je viens de parler, que j’aurois sûrement arraclie'es en sarclant si je n’eusse craint d’ar- raclier en meme teins la plante sernëe. Ce mélangé formoit une petite prairie artificielle de si belle apparence qu’un de nos meilleurs cultivateurs ne douta point que ce ne fût un gramen e'tranger et très-utile et rn’en demanda de la graine pour la multiplier. Un nouvel examen me confirma neanmoins qu’il n’y avoit que les 5 espèces si méprisées , qui trois mois après avoir ele semées me donnèrent une quantité surprenante d’herbe et de graine. Je ne conclus pourtant pas de cet essai, qui n’est dû qu’au hasard , que la culture de ces espèces de gra- men soit avantageuse ; parce que je regarde tous les essais de ce genre faits en petits et dans des jardins comme à peu près insignifians : mais celui-ci prouve seulement qu’il vaudroit la peine de le répéter ; et que telle plante regardée jusqu’ici comme inutile pourroit avoir quelque utilité économique si on vouloil la mettre a 1 épreuve. Une autre herbe annuelle du même genre qui mériteroit d’être essayée c’est le panicum crus galli, qui se plaît surtout dans les sols humides et dans le limon. LA FLORE DES CHAMPS. 53 Bien des cultivateurs ne goûteront pas l’idée de semer des graines de gramen annuels et penseront que l’avoine et l’orge coupe avant la maturité leur sont préférables. Mais sans rien ôter au mérité de ces deux plantes, qui ne réussissent pas dans tous les sols et dans toutes les circonstances, je ferai remarquer que la terre se lasse de produire o>u plutôt de nourrir la même espèce de [liante, et que j’ai déjà prévenu qu’il imporloit extrêmement à un cultivateur d’appliquer au sol les productions qui lui conviennent le mieux. Et c’est surtout à Ceux qui ont renonce' ou qui désirent de renoncer, ce qm n’est pas toujours facile, au pernicieux système des jachères, que l’introduction de nouvelles espèces d’iicrbcs même annuelles , paroîtra recommandable , et elle le paroîtra surtout dans les pays exposés comme celui-ci à de frequentes disettes de fourrage. Ea spergule qu’on cultive en quelques endroits pour cet objet ne sauroit réussir généralement dans nos terres, beaucoup trop compactes pour celle plante , qui d’ailleurs ne s’élève gueres au-dessus de 6 pouces. csl lc cas de rendre ici raison d’un essai epu in a parfaiipoaeut réussi en grand. Parmi les graminées de „ 1011 j an |j„ ^ j’avois une variété du panicuiu ituli cum tès, les seigles, les vesces, le trèfle , etc. en ayant egard au sol, au tems des semailles, à l’exposition, aux engrais? i5. Comment a-t-on réussi à travailler les terres pour les graines de priutems, et à semer celles-ci ? 14. Quelle bâtisse avez-vous éprouvée dans les prix du foin, de la pu il le, des turneps , des pommes de terre , par l'effet de la rigueur de l’hiver ? 15. Quels ont été les effets du froid sur le poisson des étangs? quelle éloil la profondeur de l’eau? a-t-on lait des trous dans la glacé? 16 . Quelle est la meilleure manière d’employer l cs p auvr e S que la rigueur du froid a privé d’ouvrage ? *7- ^ a i-il de la détresse parmi les pauvres? et quels soru l cs nieilleurs moyens d’y remédier ? ld. Quel étoitle prix des combustibles avant 6i questions heiyatives los froids? quel a été leur prix pendanlles fortes gelées ? 19. Quel a été l’effet de la rigueur de l’hiver sur le prix «les comestibles ? 20. Quelles soûl les plantes de jardin qui ont le plus souffert ? R;';roNSE f. Par George Ashby de Ilaselbeech Northampton-shire 25 mai 1799. 1. Le thermomètre n’a pas été observe plus bas que i 4 degrés de Fahrenheit au-dessous de glace (— 21 degrés de Réaumur). 2. Je n’ai point eu de pommes de terre celées. Les caves sont les meilleurs endroits pour les conserver. Mes carottes n’ont point gelé non plus: je les avois couvertes de poussière de charbon. 8. Comme ce canton-ci est un pays de pâturages, il n’y a point de méthode particulière pour hiverner les moutons. Nous en avons fait une perte considérable, surtout en agneaux. Les brebis qui ont résisté sont dans le plus mauvais état. J’ai aujourd’hui, 25 mai, encore 20 bêles à cornes que je nourris au foin à l’étable. 12. Le ble’ et seigle n’ont guères souffert. l5. On a fort mal semé ce printems. i4. AU FROID RIGOUREUX. 65 ] 4 . Ou avoit de très-lion Foin en novembre 1798 à 2 shclhugs le quintal : à présent il coûte 7 sliell. L’avoine eL la paille sont très-rares. 1 5 . J’ai conserve' le poisson dans les étangs , en faisant des trous dans la glace , et en mettant dans ces trous de la paille de fèves. La profondeur de l’eau est de six pieds. 16. Tous les pauvres ont eu deT’ouvrage. 19. La belle viande a été très-chère, pour le pays. Le bœuf 7 pence, et le mouton 6^. 20. J’avois planté 45 o choux brocolis : ils ont tous péri. Les choux étoieut gelés. Les bestiaux les ont mangé en février, sans profit. Les pommes de terre se vendoient en novembre Un shelling le bushell : elles se vendent aujourd’hui trois et quatre shellings. Réponse IL De JohnExter de îf^estciway. Devonshire le 7 mai 1799. Mon berger s’étant trouvé malade pen- < l anl les grands froids, j’ai été extrêmement occupe ,] e mon lr0U peau, et je n’ai pas pu faire les observations du thermomètre ; mais le froid du mots de janvier m’a paru plus rigoureux que 1 e n en ei, sse éprouvé de ma vie. 2. Le dégai d e \ a g e lée a été affreux parmi les turneps semés en j u j, n et j u ill c t. J’ai observé Tome 10. £ 66 QUESTIONS RELATIVES que ceux semés en août , dans les mêmes ■champs, quoique tout aussi gros, avoicnt beaucoup mieux résisté à la gelée. Je crois que cela arrivera toujours : plus les turnrps sont mûrs, et plus aisément la gelée les gâte. Ceux qui n’ont pas acquis tout leur accroissement sont plus vigoureux : le principe vital y étant plus actif, contrebalance plus efficacement les effets du froid sur leurs libres. Un champ de quatre acres, semé en août de l’espèce appelée green iopped, n’a presque pas souffert des gelées. Mes pommes de terre ont été mises dans des niches , et n’ont point souffert du tout. 3. Nous laissons tous nos turneps et autres racines sur place dans les champs. Quant aux pommes de terre, nous les conservons en faisant des niches en terre, et les recouvrant de paille et de terre à l’épaisseur d’un pied , et formant un double toit par-dessus. 4. Les bêtes à laine et le gros bétail ont souffert, en plein air: surtout les bêles à laine. Les bestiaux à l’engrais dans les étables, et qui om mangé du foin et des turneps , ont bien profilé. Les bestiaux de travail que j’ai nourris au foin , en ont consommé plus qu’à l’ordinaire, et se sont assez mal soutenus. J’ai éprouvé la même chose pour ceux qui ont été hivernés a la paille : ils ont maigri davantage que dans les AU FROID RICrOURBUX. 67 divers Ordinaires, et j’ai en plusieurs vaches qui ont-faii leur veau avant le terme. Un fermier de nies voisins a perdu sept veaux de celle manière, c’est-à-dire, plus de la moitié du nombre rçn’il en a eu. La paille a profilé beaucoup moins qu’à l’ordinaire. Elle s’en alloit fort vite, pour dire comme les fermiers. 5. J’ai nourri toutes nies bêtes à laine au foin ; je n’ai eu pour supplément que quelques feuilles , de lierre destinées aux brebis qui se trouvoient foi files apres avoir mis bas. 6. Mon troupeau consistait en une centaine de brebis d’Exmoor, une centaine de brebis métis de Lticesler; deux cent soixante ante- nois ; cent vingt montons, vingt beliers, et ■vingt brebis stériles à l’engrais. Tous mes éleves et mes moutons , quoiqu’au'moins autant exposés que nies brebis, se sont tiré d’affaire aussi bien que je puisse me le rappeler dans a '»cun autre hiver rigoureux. Mais j’ai perdu VU) gt brebis, et quatre fois plus d’agneaux que I e n ’«n ai jamais perdu dans d’autres -hivers. Ls sont nés singulièrement petits et foiblcs, et les brebis avoienl peu ou point de lait, dans les premiers moniens. Mes plus grandes perles ont été en février et mars. Je n’ai observé aucune différence entre les diverses races, quant à la mortalité. Les brebis de deux ans, et leurs 68 QUESTIONS R ET, A.TÏVJGS agneaux, ont le plus souffert ; et autant que j’ai pu m’en informer j il eu a été de même chez mes voisins. 8 . Les bêtes à laine qui ont été hiverne'es dans des pièces resserrées, et encloses de bancs de terre ou de murailles sèches , ont mieux soutenu l’hiver j mais, en ge'néral, les bêtes à laine, dans ce canton-ci, ont plus souffert de la disette de nourriture que du froid. La terre étoil gelée partout. Les bêtes qui man- geoient bien le foin se sont hivernées sans O peine, mais les brebis qui le retusoienl ont péri. g. On a donne le foin, a la hâte, et sans en tenir registre. On le repandoit a la main dans les champs où étoient les moutons. On le pre- noit aux meules qui se trouvoient le plus à portée. Nous nous sommes bien trouves de mettre les troupeaux dans les pièces qui avoient des meules de foin , et de les laisser manger à volonté, tout autour. Ils en perdoient fort peu , et ils trouvoient un abri auprès de ces meules. 10. Les turneps dans les terres légères et sèches ont bien résisté à l’hiver : je ne me suis pas aperçu qu ils aient plus souffert pour avoir été plus exposés aux vents de Nord-Est. Le champ de quatre acres dont il est question dans la réponse 2 est au sommet d’une colline très- .Au» Fiioin rigoureux. Cg clevee, etsc trouve expose sans abri aux vents Nord, de Nord-Est, et de Nord-Ouest. 11. Nous faisons plus d’usage des près naturels que des près artificiels. Je compte essentiellement , pour mes bêtes à laine , au commencement du printems, sur mes près arroses. Les près artificiels ont été fort tardifs. Aujourd’hui, 6 mai, les brebis trouveroient à peine a brouter dans les trèfles. 12 . Mes ble's ont e'iê retardes, mais non pas détruits : ils lallent bien maintenant. J’ai cependant environ un acre et demi de blé de Sibérie, semé pour expérience, et qui a été détruit en grande partie. Mes voisins se plaignent, en général, de leurs récoltes, et il J en a quelques-uns qui ont ressemé en orge ou blé de printems. Les trèfles n’ont pas souffert, mais ils sont très-petits : ils commencent seulement à présent à couvrir la terre. 15. Les champs semés en orge dans le cou- rant d’avril , sont bien levés , et les plantes ont V. * . 1 1 dlr vigoureuses. Le foin coûte à présent 5 sbellings le quintal : avant rioël , il coûtoit 2 shel. Les pommes de terre coûtoient alors l shel. 8 d. le sac de deux bushels et demi : aujourd’hui elles coûtent 5 sbellings. 16. Les denrées de première ne'cessité n’e'- 70 QUESTIONS -RELATIVES tarit pas ordinairement à un prix élevé, dans celte province pendant l'hiver, et le commerce des laines étant assez actif, il n’y a pas eu de la misère parmi les pauvres. 19. Le mouton et le bœuf coûtoient au mois de septembre pence ou quatre pence la livre : ils coûtent maintenant 6 à 7 pence la livre. Le Lie coûloit pi ors 8 slielltngs le bushel : il coûte aujourd’hui 10 sh. 6 d. ■ / 20. Les têtes et les feuilles des choux de toute espèce ont été de’truites par la gelée. Les liges ont résisté, et ont repoussé au printems. Réeonse IIT. Par William Pitt de Pendeford, en Slaÿ'ordshire, du 20 mai 179g. 1. Nous n’avons point fait d’observations météorologiques. 2. Celte année-ci, les turneps ont été détruits par les gelées, dans quelques endroits, en totalité, dans d’autres à peu près à moitié. Les choux ont souffert, mais moins que les turneps. Les turneps de Suède , ou Rutabaga, ont parfaitement résisté aux gelées, et ont par conséquent été une grande ressource pour ceux qui en avoient. Comme ils sont moins gros que les autres, il faut les laisser plus épais en sarclant. On ne cultive guères de colza ici, et il 1 AU FROID RIGOUTUîUX. 7I' y 3 peu de pommes. Les pommes de terre et ïes carottes se conservent aisément quel froid <]u’il fasse : il y a pourtant eu quelques pertes éprouvées sur ces deux articles. 5. La méthode universellement admise pour Conserver les pommes de terre dans celte province , c’est de les ranger en tas sur un terrain sec, eu les couvrant d’abord de padle, puis de te *re , à environ un pied d’epaisscur , puis eu Unissant la surface avec une bêche, et entourant le tout d’une rigole pour l’égout de l’eau. Lorsque les gelées commencent, on couvre le tuonticule de fumier d’étable, qui assure le bon état des pommes de terre ; et ce fumier u’est nullement altéré. Si l’on omet la précaution du fumier, le froid pénètre quelquefois dans le tas et gâte les tubercules. Les carottes Sc conservent extrêmement bien de la même tuanière: on ajoute seulement à ces précautions Un peu de paille par lits alternatifs avec les carottes. Celles que j’ai conservées de celte niaiue re p en d an t Je long hiver que nous avons eu ) sont encore aujourd’hui aussi fraîches et aussi bonnes qu’il est possible. 4- En addition aux turneps, on a donné aux beles à lair le g rasscs } beaucoup d’avoine, de paille hachée , el de son. 5. On a donné aussi beaucoup de foin aux moutons. 72 questions relatives 6. Les troupeaux d’élèves, dans notre province, sont généralement delà race de Lei- Ccster ou des métis de cette race. Ils soutiennent parfaitement bien la rigueur des hivers , parce qu’ils sont ires-bien vêtus. Je, ne crois pas qu’il ait péri plus d’agneaux ou de brebis que dans les hivers ordinaires. Je n’ai point pu observer par moi-même les effets de l’hiver sur les autres races, mais je n’ai pas ouï dire que Les troupeaux de Cunnock Tlealli ou de Shrop-shire aient souffert plus que de coutume. 8. Beaucoup de fermiers ont mis leurs troupeaux dans les cours des fermes, autour des meules de foin , où ils mangeoient à volonté, et e'prouvoient le bénéfice de l’abri de ces meules. g. Un de mes voisins qui avoit nourri abondamment ses brebis jusqu’au moment du part, avec du ray-grass en foin, en a perdu plusieurs: il a attribué cet effet à la qualité astringente de ce fourrage. ÎO. Les turneps semés les derniers, n’étant pas en pleine maturité', se sont le mieux soutenus coutre le froid. On a trouvé également de l’avantage à les avoir laissés épais. il. Mes supple'mens aux turneps ont été l.° U U pâturage élevé que j’avois conservé depuis le milieu de l’été. 2.° Mes prés arrosés. AU FROTI) RIGOUREUX. ^ S- Les rny-grass semés avec le trèfle au prin- tems dernier. Vingt acres de celte espèce ont oie une grande ressource pour moi: ils m’ont donné un pâturage d’un mois plus hâtif que la reiicllc, et les trèfles semés seuls. 12. Les plantes du blé n’ont point été détruites, mais retardées. Je crois rpie le blé a plus souffert du priutems humide que de l’hiver froid. 1 5 . On a eu de la peine à faire les terres, et on a mal semé ce printems. i4. Le foin a monté de 5 à 5 liv. stcrl. par tun : la paille dans la même proportion. Les pommes de terre ont monté depuis i shel. 6 d. à 2 shellings le busliel de 3 o livres. Le blé a monté de 7 shel. à q shel. par bushel de 72 liv. L’avoine, de 2 shel. 8 d. à 4 shel. 16. 17. Les pauvres ont trouvé de l’ouvrage comme à l’ordinaire. 18. Le prix du combustible est ici le même dans toutes les saisons. 1 9- La viande de boucherie a monté depuis 4 pence à 7 pence la livre. Rufonsr ly ParM. Taylor. Ogwell-house, Devonshire 6 mai 1799. l. On convient généralement que le froid a I 74 QUESTIONS RELATIVES f été plus violent pendant deux nuits, que jamais on ne l’eût éprouvé ici. Mon thermomètre étoit cassé, et je n’ai aucun voisin qui fasse des observations suivies. Les lurneps qui avoient été sarclés comme à l’ordinaire, et qui avoient une certaine grosseur , ont été détruits par la gelée. Les récoltes tardives et foibles se sont mieux soutenues. Les choux ont gelé. Le bétail ne vouloit pas y loucher, et quand le dégel est venu, ils ont pourri. Mes rutabaga ont parfaitement résisté aux gelées; et au printems, ils ont fourni une nourriture aux bestiaux et une ressourcé pour la table. J’en avois semé un acre par essai. A noël, j’y fis entrer dix-sept bœufs à l’engrais. Us mangèrent plus de la moitié de la récolte, et enlevèrent des morceaux à plusieurs de celles des plantes qu’ils ne mangèrent pas. Les racines ainsi blessées ne pourrirent point; et j’en ai observé beaucoup dont la moitié supérieure avoit été enlevée, et qui, depuis le dégel, ont repoussé des feuilles, comme si elles fussent demeurées intactes. Les parties blessées se recouvrent de la peau, et se guérissent. Les pommes de terre dans les caves n’ont point souffert, mais celles qu’on a mis dans les celliers et les dépendances, sans les enterrer, ont gelé, en tout ou en partie. 1 *>'0 ^ • AU FROID RIGOUREUX. 75 4. Les bestiaux oui prospéré sur les turnops, tant qu’on a lire ceux-ci de dessous la neige, niais lorsque les racines ont été exposées à l’air elles ont gelé, et les bestiaux n’en ont plus voulu. 11. Aujourd'hui 6 mai, l'herbe est encore aussi rare f|u’elle l’est ordinairement le 6 avril. Je crois avoir vu autant d’herbe que cola, à la fin de lévrier. 12 . Le blé promet peu, en général. Là où il est suffisamment épais, il ne talle pas. Les Vosces d’hiver , dont ou sème peu dans ce canton-ci, sont retardées, mais elles promettent. Les trèfles de meme. i5. Les terres se sont assez bien préparées ce printems, mais il y a encore beaucoup à faire, dans les terres humides. i4. On ne sait où prendre du foin , et il y a beaucoup de détresse pour le bétail à moitié gras. Les pâturages 11 e peuvent pas recevoir les bestiaux avant trois semaines, quelque favorable q Ue so it le teins. Les lurneps et la paille sont entièrement consommés. 1 7- Le prix des denrées a été modéré, pendant la rigueur de l’hiver. La rareté du combustible a principalement fait soufirir le pauvre. Je ne réponds que sur les articles relalive- / 76 QUESTIONS RELATIVES V menl auxquels j’ai eu désinformations directes. Notre société du sud du Devoushire a offert des primes pour l’encouragement des rutabagas: soyez certain que l’utilité évidente de celte racine en rendra bientôt la culture generale. Rkponse Y. Par James Green de Lansan- fraed. ff 'ales. 2 mai 1799. 2. Je n’avois ni choux, ni rutabagas, ni colza. Le froid a complètement détruit mes turneps. J’en avois de trois sortes; des tankards, des verts , et des rouges ronds. 5 . J’ai éprouvé que la méthode connue de conserver les pommes de terre dans des creux e'toit très-bonne: les miennes sont parfaitement conservées. 5 . Le foin a été le seul supplément dont j’aie pu me servir. 6. Mes troupeaux sont composés de races de New-Leieester, de Leicrster, de Ryeland, et de South-dotvn. Ces derniers se sont le mieux soutenus. Mes pertes ont, au reste, été si foibles, que je ne regarde point ce petit avantage des South-downs comme décisif en leur faveur. J’ai maintenant plus d’agneaux que tic brebis. Au froid ricourfux\ 77 7- J avois 169 brebis plaines ou nourrices, l2 P moulons, 6 béliers, 80 antenois , et 60 antcnoiscs. En tout, 43‘5 bêles à laine. Depuis le a 3 novembre au 4 mai, elles ont consommé cinquante luns de foin , que je pourrois.vendre a présent 4 liv. stcrl. 4 sliel. le ton. Je n’ai perdu (pie trois brebis et cinq agneaux ; niais j’ai ouï dire que sur les montagnes on a perdu beaucoup de bêles à laine. 8. Je n’avois point de parc domestique. Lorsque mes brebis étoient prêtes à mettre bas, je les faisois passer la nuit sous un hangar. Ma position n’est pas très-exposée aux vents du nord. 12. Dans les terres en très-bon état, les blés ont bonne apparence. On ne cultive guères de seigle ici. Les vesces d’biver sont fort médiocres. On sème rarement le blé dans ce canton, avant la fin d’octobre: quant à moi, au dix octobre, mes semailles sont ordinairement achevées ; et mes blés ont actuellement l’air vigoureux. iS. On n’a semc que très-peu de grains de printems avant la fin d’avril 5 mais je n’ai pas vu comment les terres se travailloient, parce que j’élois absent. l 4 . Le foin est ccri j. pour cent plus cher qu’il n’étoit en sepv eu ,i )rc> On ne vend guères 78 QUESTIONS RELATIVES de paille. Les pommes de terre coûtent ordinairement 4 shelhngs le sac : elles coûtent à pre’sent 7 à 8 sliellings. 16. Les particuliers aises qui font valoir leurs terres ne renvoient pas leurs ouvriers dans les tems rigoureux : ' lorsque ceux-ci se trouvent congédiés par les fermiers, ils ne manquent pas d’ouvrage dans les forges. 17. Ou a donne' dans plusieurs maisons de la soupe gratis; et à Abergavenny on a établi des de'pôts de soupe où ou la vendoit à très- bas prix. ig. Le bœuf et le mouton ont monte depuis 4 pence à 6 pence la livre. Réponse VI, par R.Kedington , de Roughani près de Bury St. Edmond, g mai 1799. Ma provision de six mois d’hiver, pour mes bêtes à laines , consistoit en quatre-vingts acres de très-beaux lurneps ; mais avant que j’en eusse fait consommer vingt acres, les gele'es vinrent les endommager beaucoup; et le i. cr fe'vrier il n’y en avoit pas un sur cinquante qui fût en bon état. Un quart, au moins, du champ e'toit complètement pourri , et sur le reste, >1 y avoit très-peu de racines qui ne fussent a moitié pourries. Voyant que mes turneps ne AU FROID RIGOUREUX. 17g pourroieut jamais nourrir mon troupeau jus- < 3 U aux pâturages de ray-grass et de trèfle, et c jRe cette nourriture seroit malsaine, j’ordonnai à mon berner de faire manger à mes brebis, en supplément, autant de foin qu’elles le vou- droient, sans cependant le gaspiller. Je crois flRe la santé de mon troupeau a principalement tenu à cette circonstance. Mes turneps finirent absolument trois semaines avant que les pâturages pussent rien donner, et la conservation de mon troupeau fut due à quarante acres de r °uen. J’ai eu le même nombre d’agneaux qu’à ^ordinaire, mais ils ne sont pas tont-/i-fait- aussi forts. Mes blés , quoiqu’éprouvcs par les fortesgelées, sont passablement beaux. Comme «tes terres sont légères , j’ai semé mes orges el nies avoines dès le commencement d’avril ; et elles ont lait de rapides progrès depuis que le tenis est plus doux. On trouvoit que je se- mois i r0 p |£t j mais à présent je m’applaudis de ce rjue j’ai fait. J oubliois d’observer que ma race de bêtes a * a “ le est uniquement des Soulh-downs. Je la ci ois supérieure eu force et en vigueur de constitution a b, race Norfolk. Mais il faut ob - sevvei que comme les agneaux naissent avec une laine tres-coiirtc' il est absolument necessaire que les mères aient de la litière au parc, 8o questions relatives sans quoi il périroit beaucoup d’agneaux dans les froids rigoureux. .Te vous remercie infiniment de m’avoir autant recommande de garder des rouens pour mon troupeau. Réponse VIII, par Charles Mordaunt de liais ail, Lancashire , le 7 juin 1799. 1. J’ai observe’, sans en tenir registre, les variations du thermomètre. 2. Il est arrive' ce qui arrive ordinairement; c’est-à-dire que les turneps ont été détruits en fe'vrier; que les choux ont commencé à perdre leurs feuilles en décembre; que leurs têtes se sont soutenues à moitié pourries jusqu’en avril, et que les bestiaux se sont à moitié empoisonnés en les mangeant. Je n’ai point eu celte année de carottes ni de colza. Le rutabaga, ou turnep de Suède , est une plante admirable. La gelée ne lui fait aucun mal; mais Tes lièvres me l’ont tellement dévorée, que mon expérience a été imparfaite : il n’y avoit, en quelque sorte, pas une racine qui n’eût été entamée. Le rutabaga doit naturellement succéder aux turneps et aux choux , et c’est une excellente ressource pour les brebis et AU FROID RIGOUREUX. 8l e * les agneaux dans les derniers mois d’hiver , surtout quand le printcnis est aussi tardif qu’il ]> 1 est celte année» Les pommes de terre ayant été , selon la méthode commune, déposées par tas recou- 'erts de terre, se sont bien conservées; mais leur prix C st exorbitant : elles se vendent à Li- v erpool environ 4 sheli. le bushcl , et leur prix ordinaire est d’environ 1 sheli. 5 pence. Il n’y a pas eu de misère dans le peuple pen- dant l’hiver , mais le singulier retard de la saison lait souffrir maintenant beaucoup d’individus. Le prix du fourrage a prodigieusement Monté. On ne se rappelle pas d’avoir vu un tel prix. Le foin coûte deux shellings le stone (i 41 iv.) et il est très-difficile de s’en procurer a ce prix. Il y a huit jours qu’on craignoit une famine. Il n’y avoit pas encore un brin d’herbe dans les meilleurs prés. La viande de boucherie avoit monté à 1 sheli. 2 pence la livre à Li- verpool ; mais des pluies chaudes sont venues rendre 1 espérance aux cultivateurs. Il y a un article qui inquiète encore beaucoup. On compte ici essentiellement sur les pommes de terre pour la consommation de l’hiver; et aujourd’hui 7 juin , les plantes com* Tome 10. F 8a questions relatives mencent seulement a pointer çà et là. Il paroît difficile de comprendre comment elles auront, le tems de mûrir pour se conserver pendant l’hiver. Je n’entends pas dire que l’on se plaigne des grains. Les trèfles n’ont pas beaucoup souffert; mais ils sont moins avances que les autres années dans cette saison. Nous n’avions pas des vesces d’hiver cette année. C’est une excellente plante pour consommer eu vert et donner du lait aux vaches. Elle est également précieuse pour les brebis et les agneaux : nous le savons par expérience. Réponse IX, par T. Jointes de Ilafod. TFales 3 "hjuin 1799. 2. Les gelées de l’hiver ne m’ont pas fait grand mal; mais les gelées du printems ont détruit mes turneps , deux champs de seigle et un de vesces d’hiver, quiétoient très-beaux. Mes pommes de terre éloient dans la maison , et n’ont pas souffert. Je n’avois ni choux, ni colza , ni carottes. Ma graine de rutabaga n’a- voit pas levé. 4. Le bétail a prospéré sur les turneps, aussi long-tems qu’on a A pu lui en donner. 5 . J’ai donné à mes troupeaux du foin, de AU FttOIU RIGOUREUX. 83 ^ avoine , des pommes de lerre et de la paille hacliee. 6. J’ai perdu beaucoup de brebis et d’a- fp'eaux : j’iniagine qu’il m’en est mort, en tout, Un millier, peut-être. Mes bêtes à lame de Cheviot ont particulièrement souffert. Elles Soient déjà été fort éprouvées par une longue sécheresse de l’été dernier , et ne s’en étoient pas bien remises. 7- J’ai soutenu mes troupeaux en les faisant pâturer dans les prés arrosés , et en leur douant tout ce qu’on a pu épargner dans la nourriture du gros bétail. Je n’y serai plus attrapé «ne autre lois} mais, dans ce pays-ci, il n’est pas d’usage de faire aucune provision d’hiver pour les bêtes à laine , elles vivent comme la fleur de Sterne , c’est-à-dire , comme il plaît a Dieu. 9- Le foin a coûté 5 à 6 liv. sterl. le lun, sans le charriage. On ne pouvoit pas s’en procurer , et les fermiers ont perdu beaucoup de bêtes. îo. Les lurneps ont été totalement détruits : ils avoient été semés au commencement de juin. J’ai employé tous les pauvres qui man- quoient d ouvrage à faire des murailles sèches, et à retirer de la neige les moutons qui s ’ÿ perdoient. 84 questions relatives 18. Nous ne brûlons ici ni bois ni charbon : notre combustible ordinaire est la tourbe. Réponse X, par I e Dr. Campbell, de Lancaster, le 4 juin 1799. l. Le printems de 1798 a été singulièrement pre'coce. Le 10 avril, le thermomètre de Fahrenheit ètoil à . 66°. l 5 ,2 La température moyenne de ce mois, prise à midi, fut. 56 °. 10 ,5 et à dix heures du soir .... 46 °. b ,3 11 tomba 3 pouces 2 lig. d’eau. Mai fut chaud et sec. La température moyenne à midi .... 60°. 12,5 et à dix heures du soir .... 5 a 0 . 8,9 La moyenne de la quantité d’eau qui tombe dans ce mois , prise sur 17 ans , est de 2 pouces et demi. Juin , chaud et ses. Température moyenne à midi. 67 °. i5,6 de même à dix heures du soir . . 59°. 12,0 La quantité d’eau i 3 lig. et demie. La moyenne, prise sur 17 ans, est 3 pouces. Juillet, très-lmmide. Il n’y a eu que .six beaux jours. Température moyenne à midi , . . . . . 62°. i 5,4 ■AU FROID RTSOURFUX. 85 même à dix heures du soir . • 55 . lo,a Il est tombe' 6 pouces 41 ig. et demie d’eau. Août, beau. Température moyenne à midi. 67 °. 1 5,6 de même à io heures du soir . . 53 . 9 >^ Il est tombé 5 pouces 6 lig. d’eau. Septembre, plus humide qu’a l’ordinaire. La moisson a fini au milieu du mois. Température moyenne à midi. 65°. 13,8 de même à xo heures du soir . . 5x". 8,3 Il est tombé 6 pouces J lig. d'eau. Octobre, froid, orageux et humide. Il n’y a pas eu un beau jour depuis le tg jusqu’au 6 novembre. Température moyenne à midi ...» 58 .11,13 de même à to heures du soir . . 5 o°. 8 ,a Il est tombé 6 pouces 6 lig. d’eau. Novembre, très-froid. Forte gelée dès le n. Le x<3, les roules étoient gelées très-dur. Le 17 , le thermomètre étoit à 27 " à huit heures du matin, le iq ? j PS montagnes de West- more land et de Lanca-shire se couvrirent de ne.ige; Le 21 , le vent devint très-fioul, et Plùvor commença avec une extrome rigueur. 11 vint beaucoup de pluies et de gelées. • Température 86 QUESTIONS RELATIVES moyenne à midi. 46 *. 6,5 de même à dix heures du soir . . 4 o°. 5,6 Il est tombé 5 pouces 10 lig. d’eau. Décembre. Changemens brusques de température. Grands vents, pluies, gelées et dégels. Le 12 , coup de vent terrible du nord-est, qui déracina des arbres et découvrit des maisons. Le vent continue le t 5 , mais moins violent. Les gelées commencent le ig très-rigoureuses. Le 27 au soir le thermomètre étoit à 12° (-8,8R), et le- lendemain , a huit heures du malin , à ir° (-g, 3 Rj. Je ne l’ai jamais vu plus bas ici. Il a été presque constamment au-dessous de glace jusqu’au 1 ] janvier. Température moyenne à midi jusqu’au 19. 45 °. 4 ,g de même à dix heures du soir . . 5 g°. 5,1 Depuis le 20 décembre au 10 janvier, température moyenne ù midi . 34 °. o,g de même à dix heures du soir . . 5o°.-o,g Il est tombé en décembre 2 pouces 2 hg. et demie d’eau. Janvier j 7gg. Du 10 au 28 , beau tems. 1 empératurc moyenne à midi, pendant ces dix-huit jours . . . 44 °. 5,5 de même à dix heures du soir . . 4 o°. ' 5,6 8 7 AU FROID RICOURF.UX. l'Ps gelées recommencent jusqu’au 9 février, et la température moyenne a roidî, de ces onze jours est . . 28 .-1,8 même à dix heures du soir . . 25 .-0,1 Il est tombé en janvier 5 pouces 2 %• d’eau. Février. Température moyenne à ttddi pour le reste du mois . . . 42*. 4,9 de même à dix heures du soir . . 59°. 5,1 L est tombé en février 5 pouces 9 lig. et demie d’eau. Le 2 du mois il tomba beaucoup de neige entre Londres et nous. Les foutes furent fermées ; mais il n’en tomba point ici. J’ai remarqué que les grandes chutes de neige ne s’étendent Tas plus au nord que le Derhy-shire. Le 8 , il y eut un orage violent de vent et de neige. Mars , très-froid. Les vents très- viol en s et très-âpres. Le i4, le froid croit plus sensible que dans le fort de l’hiver. Le 19, de même; le 25, il tomba beaucoup de neige; le 28 et le 29, pluie et neige , ctlc5o gelée vigoureuse ; c’cst-à-dirc , un tems qu on ne se rappelle pas d’avoir jamais vu dans cette saison. Le lbcr> 88 QUESTIONS IÎFXATfVES momètre à 27°(-2,2R), les deux derniers jours du mois. Température moyenne à midi.. 45 °. 4 ,9 de même à 10 heures du soir . , 35 °. 1,3 11 est tombé 2 pouces et l lig. d’eau. Avril- Froid rigoureux pendantlç& premiers jours du mois. Les charrues arretées par la gelée. Le 4 et le 5 chute de neige très-considérable avec un vent d’orage. Les roules fermées pendant vingt-quatre heures. Le 22 du mois, il y avoit encore de fa neige dans quelques endroits des chemins, près de Lancaslre. Température moyenne à midi . . . . . , 46 °. 6,2 de même à dix heures du soir . , 3 ^°. 3,1 Mai, froid et humide. Les arbres et les prés , retardés d’un mois au moins. f Le 26 mai de l’année dernière, on a cueilli des cerises à un arbre qui, au meme jour de cette armée, est en pleine {leur. Température moyenne à midi , , . 52 °. 8,9 de même à dix heures du soir , . 46 °. 6,2 Il est tombée pouces 11 lig. d’eau. Quoiqu’on Vle puisse guère espérer de pouvoir présager avec quelque certitude la sévérité des hivers , il peut devenir utile de rc- AU FROID RIGOUREUX. 89 marquer les rapports qu’il y a eu entre la terri' pérature de l’année dernière , et la tempéra- 111 te des trois années qui ont précédé trois autres hivers rigoureux. Dans ces trois années, les mois de mai et juin , pris ensemble* ont été singulièrement secs, et par conséquent plus chauds que s’il étoit tombé de la plme. Ces trois années sont 1789, 1791 et 179-i. Dé nouvelles observations pourront déterminer si c> est là un effet du hasard, ou le résultat d’une lui générale, 2. J’avois environ huit acres de turneps de diverses sortes , semés au semoir , et . sarclés avec soin. Ils étoient beaux, et leur poids moyen pouvoit être de dix livres par turnep- La gelée leur a fait beaucoup de mal, mais plus ou moins cependant, selon la qualité. Les jaunes de Hollande ont été presque complètement détruits : environ la moitié des turneps à tête rouge a péri; les blancs ont mieux soutenu les gelées. J’estime que les deux tiers de la substance nutritive de mes turneps ont été réduits à rien par le froid. r 1 ) * 11 11 en a p as été de même de mes rutabaga; ils se sont conservés sains jusqu’au bout. Us ont soutenu, dnus les champs, les diverses vicissitudes des g^es et des dégels , cl il y en a eu un si petit nombre de gâtés qu’on peut '■j? go QUESTIONS RELATIVES regarder cette plante comme tout-à-fait à l’abri des casualile's de l’hiver auxquelles les autres turneps sont exposes. Le bétail les a mange's avec beaucoup d’avidité jusqu’à la fin d’avril : ma provision s’est trouvée épuisée à celte e'poque. Pendant le même tems , mes bestiaux rejeloient les turneps ordinaires, à cause de l’altération qu’ils avoient subie. Les rutabaga ont été également de ressource pour la taille, et ils se sont soutenus très-bons. En considérant la certitude de subsistance qu’offre cette racine , et la longueur du tems que dure cette ressource dans toute sa perfection , je pense qu’on ne sauroit recommander trop fortement la culture du turriep de Suède. La principale objection qu’on ait faite contre la culture des turneps , c’est que les hivers rigoureux tuent ou altèrent cette plante : et quoiqu’on ait souvent recommandé et essaye’ des procédés pour les conserver , ces procédés se sont trouvés d’une exécution difficile et d’un succès douteux. On a objecté , contre le rutabaga , qu’il ne devenoit pas si gros que les autres turneps ; cela peut être vrai , mais il en est d’autant plus dense, et je suis persuadé que, si l’on semoit et cultivoit avec les mêmes soins , deux portions égales de terrain , l’une en turneps ordinaires et l’autre en rutabaga , AU FROID RIGOUREUX: gi Ja recolle de ceux-ci peseroit autant que l’autre. J’avois quelques carottes , par voie d’essai; mais j’ai trouvé que mes bestiaux en étoient si avides que j’eu ai semé une grande quantité c ette année. J’ai fait l’épreuve de mettre dans la crèche de mon cheval des carottes d’un côte' et de l’avoine de l’autre ; et j’ai vu qu’il ne touclioit à l’avoine qu’a près avoir mangé les carottes. Ma provision étoit presque consommée quand les gelées ont commencé ; mais ce printems, en labourant le terrain dans lequel elles avoient été cultivées , j’en ai trouvé quelques-unes qui avoient été oubliées, et qui n ’avoient point du tout souffert. Cela indiquent la manière de les préserver. 5. Voici comment on s’y prend pour con- server les pommes de terre. On choisit dans Un champ un endroit sec*; on y répand une certaine quantité de paille sèche ou de fou- gere. On en t ass c les pommes de terre sur cette paille, p u ; s on recouvre le tas d’un pied de P 3 ‘He et J e g ;iZ0 n au moins. II est arrivé quelquefois , niais rarement, que la gelée a pénétre cette enveloppe. La seule objection qu’on puisse faire contre celte méthode , c’est que , pendant les gra I1( l s froids il est difficile de pénétrer jusqu aux tubercules , et que lorsqu’on a 9a questions relatives une fois dérangé J’enveloppe il est difficile de la rétablir sans que les pommes de terre souffrent. J’avois semé environ six acres de pommes de terre. La recolle a été conservée dans toute y son intégrité , pendant l’biver , de la manière suivante. Je fis tresser de la paille à la grosseur d’un gros cable , et je la fis disposer cir- culairenienl dans le fond d’une grange jusqu’à trois pieds de hauteur, de manière à former un grand corbillon , au fond duquel je fis mettre environ un pied de paille, et sur cette paille des pommes de terre jusqu’à la hauteur du cable. Je fis faire alors quelques tours de plus au cable de paille. On mit un lit de paille sur le las, puis d’autres pommes de terre par dessus, et ainsi de suite. J^e tas achevé, je le fis couvrir de gerbes de paille ; et lorsque les fortes gelées commencèrent, je fis appliquer d’autres gerbes de paille en dehors du cahle. Lorsque les pommes de terre sont arrangées de cette manière, on peut y parvenir sans peine pendant l’hiver pour les consommer. La meilleure manière de conserver les tur- neps pendant les gelées dont j’aie ouï parler , comme pratiquée dans ce pays-ci , est de les arracher av-ant les grands froids ; de couper les fouilles et le pivot , de les placer par ^‘ ts / AU FROID RIGOURFCX. g5 losqu’à trois pieds de haut, et de les couvrir ^ une épaisseur de paille pour empêcher la 89 5o 18 27 « 20 4i J 9 % 21 47 20 22 45 21 % 2.3 42 22 gelée. 24 4 7 2.3 4o 2.5 36 24 gelée. 26 4o 25 gel ée. 27 48 26 35 28 43 27 34 Le 1 Mai s, à 47 degrés. 28 24 2 38 =9 22 3 28 3o 22 4 3i 3 1 16 5 34 r Févi à 26 degrés. 6 32 2 28 7 3o 3 20 8 32 4 17 9 S 2 5 27 10 28 6 23 11 34 7 ' 22 12 3i 8 20 i3 3i 9 26 i4 32 10 32 i5 gelée. 11 37 16 28 12 28 17 33 i3 2 9 18 -, 33 i4 32 !9 2 9 i5 ,42 20 38 Nota. Dans les jours marqués gelée, le thermomètre étoit plus haut que le point décongélation, et néanmoins il geloit. AU FROID RICOUREUX. 109 Réponse XYII , par Sylvanus Bevan. De Ruîellesuorlh-Jlail, le 4 juin 1799 - 2 et 5. Les effets du froid sur tous les végétaux ont été plus grands que l’on se rappelle de les avoir vus; cependant les patates, les carottes et les pommes , n’ont pas souffert dans la paille et dans les maisons. 4. Mes bœufs à l’engrais, dans les cours de ma ferme , se sont beaucoup mieux soutenus avec les turneps gele’s que je ne m’y attendois: mes moutons moins bien. 5. J’ai eu abondance de foin à donner à toutes mes lictes, et je m’en suis bien trouve. 6. Mon troupeau est de race deSoulh-down : 11 a parfaitement résisté au froid. Sur cinq cent quarante brebis j’en ai perdu une vingtaine , presque toutes vieilles. J’en ai eu trente stériles , et cependant j’ai élevé cinq cent vingt a gueaux. Je suis sûr qu’il n’y a pas un troupeau de la race de Norfolk qui puisse presen- ter un semblable résultat pour celte .année. Les brebis de notre province ont beaucoup souffert de Pb iv er. 7‘ 9- Ou a jete des turneps à mes brebis dans les cours et sous J es hangars; elles ont eu du foin en abondance. .Te n’ai pas tenu le no QUESTIONS RELATIVES compte delà dépensé du troupeau ; mais j’estime que la totalité' de mes bêles à laine ( environ huit cents j m’ont consomme' quarante à cinquante voitures de foin. Dans les plus mauvais lems, on les mettoit la nuit dans les cours, avec un libre accès aux meules de foin. C’est, à mou avis, la manière la plus économique de leur donner le foin ; elle n’a que l’inconvénient de rendre l’aspect des tas désagréable , parce qu’ils ont l’air peu en ordre. 10. Nous ne connoissons point de méthode pour conserver les turneps. 11. La pimprenelle et le ray-grass ont poussé avant les autres plantes de pré. 12. Les seigles sont beaux , les blés clairs , les irèlles très-beaux. 14 . Le foin a monté de 3 liv. 5 sliel. le tun à 7 liv. sterl.; la paille , depuis 1 liv. lo shel. à 3 liv. 5 sliel. ; les pommes de terre , depuis 3 sliel. à 7 shel. le sac de quatre bushels. Réponse XVI II, par sir Edward Littleton. De Teddesley-Park Dilcftjield. Stafford-* shire , le îo juin 1799. 2. Les turneps de Suède, ou rutabaga, n’ont point souffert du tout de l’hiver, pas même ceux qui avoienl été entamés avant les AU FROID RIGOUREUX. 13,1 g p lees. Les chevaux les aiment autant que les •nouions et les bêtes à cornes. Ils ne sont pas sujets à être détruits par les pucerons. 11 fau- droit toujours avoir de ces turneps pour après Noël. 6. Les pertes , en brebis et agneaux , ont e ’tè très-considérables. II faudroit faire des hangars dans les grands pâturages. La laine seroil plus belle et meilleure, et les bêles plus fortes. Ces hangars serviroient l’été aux bêtes à cornes et aux chevaux. lo. Le prix du loin est monté depuis 5 liv. a lo liv. le ton , dans les provinces du centre. Remarques sur la rigueur de l'hiver dernier, et sur le printems tardif (1799)- Par Arth. Young. I l y a ],ien des années que nous n’avions eu un hiver et un printemps pareils. Les faits consignés dans les diverses lettres de mes correspondais q ue p a i déjà insérées dans les annales, prouvent q ue j a disette de fourrages et la détresse des troupeaux ont été générales. Le prix inouï oà j eg p 0 ' ins et les pailles ont été portés, démoni re que les fermiers ëtoient très- mal préparés à un pareil hiver. J’espère que le 113 hiver résultat de cette leçon sera heureux ; et il faut avouer que si les pertes énormes que les cultivateurs ont éprouvées , en bestiaux , ne les rendoient pas, à l’avenir, plus prévoyans, ils mériteroient de devenir encore victimes de leur insouciance. Dans presque tout le royaume, il a fallu avoir recours au foin pour nourrir les troupeaux ; et c’e'toit faire dépérir à grands frais les mères et les agneaux. 11 n’y a aucun prix des agneaux ni de la laine qui puisse compenser des frais cl des pertes aussi considérables. Le fermier perd dans l’hiver beaucoup plus que ne peut monter le profit annuel du troupeau ; et dans les endroits où il a fallu acheter du foin à tout prix pour nourrir les moutons , les frais ont égalé à peu près la valeur du troupeau. Si l’hiver que nous avons eu ne corrige pas nos fermiers , ils sont încorri- bles. Je n’ai cessé dans les Annales d’agriculture , d’appeler l’attention des cultivateurs sur l’important objet des ressources d’hiver pour les troupeaux : la généralité des plaintes sur la pénurie de l’hiver dernier , montre que bien peu de gens ont profilé de mes avis ; la masse des cultivateurs continue à suivre les méthodes de leurs grands-pères; ils sont trop avisés vraiment pour suivre l’agriculture des livres. Les ressources dont j’ai parlé et reparlé, les ressources DE 1799. 11 5 ressources qui donnent aux fermiers la possibilité d’Inverner des troupeaux nombreux , Quelle que soit la rigueur de la saison , se réduisent aux suivantes : je vais les rappeler encore. i.° Le rouen, ou regain laisse'sur pied, pour l’Inver et le prinlems. Cette précaution est peut-être la plus sure de toutes. Le rouen donne beaucoup de lait, et on peut le garder jusques très-tard , car la pousse du printems, qui se lait par-dessous , est extrêmement vigoureuse ; et lorsque la surface paroît tout-à-fait desse'che'e et inutile, °n trouve dessous un véritable trésor. Le rouen ne demande d’autre attention que de régler l’époque de la coupe du foin , d’après la qualité du terrain. Dans les prés secs, élevés et maigres, il ne faut pas que la faux passe plus tar d que le milieu de juillet. Dans les prés plus 8 ras , on ne doit pas couper depuis la fin d’août, dans les meilleurs prés , plus tard que septembre. Lorsque l’herbe prend trop de longueur avant l’hiver , les neiges épaisses la gâtent fluelquefojg • ce ] a n’arrive jamais si l’on prend \ A précaution dont je parle. Je regarde un acre de rouen , dans un pré dont la coupe a donné un vun de foin , comme équivalent Tome 10. II 11 4 TIIVITR. à un acre de turneps, pour l’entretien des moutons. 2 ." Les rutabaga, ou turneps de Suède. Très-lirureusement pour l’agriculture de notre pavs, lord llomney fit présent l’fiiver dernier au département d’agriculture , de. quatre sacs de graine de cette racine admirable ; cette graine a été distribuée à un grand nombre d’agriculteurs, en petites quantités. Comme Cela arrive après une saison désastreuse , j’espère que la culture do cette racine se répandra rapidement, et nous donnera pour l’avenir une grande sécurité’ pour nos ressources d’Iiiver. Il n’y a aucune gelée, quelque forte qu’elle soit, tpii nuise à cette racine , cl elle continue à être succulente et nourrissante, même lorsqu’elle a repoussé au prmleins pour donner sa graine. Il faut observer, cependant, que celte plante demande un bon terrain et beaucoup de fumier : il n’en est aucune qui paie plus libéralement pour i’iiri et l’autre. Les rutabaga se sèment depuis le commencement de tuai jusqu’au milieu de juin , et on les espace à la boue , eu les cultivant, comme on fait les lur- neps , en ayant égard à la fertilité du sol. 5.° Les turneps qui succèdent au blé, sont une troisième ressource essentielle cl trop négligée. U y a trente ans que j’ai observé cette DE 1799. Il 5 relique dans la valide de Taiinton , et c’est ^'endroit de l'Angleterre où elle est le mieux eiJ iendup. Dès l’instaru que les gerl>os sont ^ees et avant qu’on enlève du champ, on la- ^oure , on sème les turneps et l’on herse. Pour P 1 ' 11 que le teins soit favorable , les turneps § r;i, nlisseut assez pour cto cultives à la hotte j Otais lor S même qu’on ne les cultive point à la houe, ils deviennent une précieuse ressource de pnnteois pour les moulons. J’ai pratiqué moi- ti'ètnp optte agriculture en SuflVlk , et je l’ai trouvée digne de la réputation qu’elle a en Suimnerset-shire. Les gelées ne font aucun tort aux turneps ainsi semés apres le blé (i)‘ (’) Cette culture îles turneps ou des raves après la récolte du blé, dans les terres légères et fumées est celle qui me paroit convenir le mieux dans les climats tels que le nôtre, où la récolte des blés se fait beaucoup jd us i^i qu’en Angleterre. Lorsque nous semons les lurnpps du i5 juin au i5 juillet, leur végétation est si prompte, qu’ils ont acquis toute leur grosseur avant la l! n ( i e se j )len ,b r e. Ils donnent alors beaucoup de nourniu rc à consommer, dans un moment où les pâturages abondent, et si on ne les consomme pas, ils pourrissent avant l’hiver. Mais si on les sème deux mois plus tard, l eur cro i ssa nee est très-lente. Us n ae- qulèient point toute leur grosseur avant les gelées, et résistent lrès-bi m au froid. O 11 peut voir dans le compte que j’ai rendu des réponses des fermiers à la HIVER 116 Ces trois ressources, en y joignant celle du foin donnée en quantité moderee , garantiront circulaire d’Arthur Young, concernant les effets du froid de l’hiver 1798—99, que les lurneps semés tard ont résisté aux gelées, tandis que tous ceux qui éloient mûrs ont pourri pendant les froids rigoureux. A moins donc d’ètrc'placé de manière à engraisser des bœufs ou des moutons sur un terrain léger, en faisant consommer sur place pendant l’automne les lurneps semés dans ce but, il me paroît plus profitable, pour la plus grande partie de la France, de semer les lurneps après la récolte du blé. D’ailleurs le prodigieux avantage d’occuper la terre qui seroit vacante ; de tuer les gramen, par la culture à la boue, et de créer une récolte en améliorant son terrain, doit décider tout cultivateur qui réfléchit. Il y a pourtant quelques observations à l’aire: je les dois à ma propre expérience, et je vais les indiquer. i.° Si l’on sème dans le mois de juillet ( quoiqu’a- près moisson) et que le lems soit favorable, c’est-à-dire, qu'il pleuve ■ )uvcnt avec un lems chaud dans les intervalles, les lurneps acquerront toute la grosseur que le sol est susceptible de leur donner , avant que les fortes gelées surviennent , et l’inconvénient d’être obligé de les consommer promptement se, représentera. 2. 0 Si l’on habite un canton où les hivers 11e soient pas rudes, c’est-à-dire, pas plus rigoureux qu’ils 11e le sont ordinairement en Angleterre, on ne doit pas craindre que les lurneps, quoique parvenus à leur maturité, pourrissent sur pied : l’hiver de 179;) ( l u "' fut très-rigoureux, fait exception. H7 DE 1 799. tous les fermiers de ces pertes énormes Ont presque ruiné un grand nombre dernier. qui en l’hiver 3 -° Si l’on habile un pays où la police rurale soit Mauvaise, où les propriétés ne soient pas respectées, ou îa culture des lurueps ne soit pas généralement établie (et elle ne l’est nulle part en France) il ne faut P as peuser à laisser en plein champ, une récolte de c es racines destinées aux bestiaux au priniems. Ces belles raves tentent trop ceux qui n’onl qu’une snbsis- lanee insuffisante et précaire, pour qu’ils les laissent passer toute la mauvaise saison dans les champs, en étendant que les moutons viennent les consommer. C’est une espèce de contre-sens pour le paysan accou" tuiné à resserrer scs raves, en petite quantité, à l’ahrt des gelées, que cette culture où on les laisse, par ar- pens entiers exposés à pourrir inutilement. Mais lors même que l’on destine les turneps, ou raves, à être consommés en totalité dans l’arrière-au- lontne, on trouvera beaucoup d’avantage dans cette culture qui l ( . s ffiit succéder au blé, surtout si Ion est à portée d’une grande ville qui leur serve de débouché. .l f! . ,,; s CO j)ier des notes sur une expérience de 1 année dernière, concernant celte culture. tS JiiiUui, Senié au champ dos Crêtes (terre légère) deux essa'ms (^ u j,; ct | s { \ e large) de raves d’Aïre (grosses raves du pays) immédiatement après le labour, terre fraîche, tems chaud. Hersé, à pleine herse. La lcl,e s est bien arrangée. JVota. Ce blé n’avoil pas été fumé, et je nai point fumé pour les raves. 19 Juillet. Semé au champ des Crêtes à côté des raves / HIVER X \?> Mais je crains beaucoup que nous ne revoyons une partie de ces pertes l’iiiver pro- d’Aïre trois essai ns et demi (70 pieds de large) de tur- neps, graine angloisc de 1798. Environ 2 pauses en tout (5o,uoo pieds de superficie). 19 Août? Commencé à sarcler les raves d’Aïre et les turneps. Achevé le 2 G. Les raves semblent plus avancées que les turneps. Elles som d’un vert plus foncé. 3 Septembre. Visité les raves d’Aire et les turneps. J’ai yu plusieurs de celles-là déjà pommées comme des noix. Il n’y a pas encore un seul turnep pommé, 11 Septembre. Mesuré une rave d’Aïre de a(> lignes de diamètre. Le plus gros turnep que j’ai su trouver a 11 ligues de diamètre. 20 Septembre. Arraché une douzaine de raves d’Aïre très- hdles pour manger. J’en ai mesuré une de 11 pou’ ces 8 lignes de circonférence: elle pesoit 10 onces 5- sans l’herbe et le pivot. 5 Octobre , Envoyé à la ville deux tombereaux 'de raves d’Aïre, parce que nous ne pouvons suffire à leur consommation , et qu’on les vole beaucoup. J’en ai mesuré une de 17 ~ pouces de tour, pesant 29 onces (A ota. elles sont très^appiaties, et rouges par dessus). Ce ne fut que depuis le i5 ootobre que les turneps furent assez gros pour être consommés, ou vendus à la ville. Toutes les semaines trois fois, j’ai envoyé des tombereaux chargés soit de raves soit de turneps, jusqu à l’arriere-automne, que le résidu a été consommé sur place par les moutons. Connue la «onsoruination, DE 1798. HQ c ^ain, du moins la disette des fourrages s’an- n °nce très-grande. Par tous Içs avis ( ] ue i a * vécus des diverses parties du royaume , la récolté des foins est généralement lüiblc ; et les pluies continuelles en ont tellement altéré la qualité, qu’il devra y avoir un déficit embarrassant dans la nourriture du gros bétail et des moutons. Le foin coûte maintenant > on Leicester-sbire , 8 liv. slerl. le ton ; prix sans exemple pour la saison de l’automne. Si l’Iiivcr est rigoureux , il faut s’attendre à voir dans la détresse tous ceux qui n’auront pas eil réserve des provisions de roueti ou d’autres Nourritures. P°ur les domestiques et ouvriers de campagne a été extrêmement considérable; comme on a pris beaucoup de raves ou turneps dans le champ, il est très-difficile de calculer le produit, même par approximation ; mais d a été évidemment très-grand. C’est la seconde fois que je trouve aux raves d’Aïrc l'avantage sur les lui— n, ‘P s ; quant à la promptitude de la végétation, quand on sème tard. Elles sont aussi meilleures à manger. Si Ion sème de bonne heure, les turneps sont susceptibles d acquérir un beaucoup plus gros volume, et de donner une récolte au moins double en quantité de celle des raves. A 'otu. ,li x a, 'nées d’expérience m’ont confirmé dans .o .«entas les conclusion» ci-dessus. Je conserve les rav-^ coniques couverts de demi-pied de terre, et tiennent tres-bien L’hiver avec celte ptoc " ) 18 120 EXPÉRIENCES SUC. LA Expériences et observations sur la VÉGÉTATION DES GRAINES, JEU' M. John Gough. ' ( Tiré des Mémoires de la Sociélé (îe Manchester. T. IV. Part. II.) ( 1799.) Ijrs expériences sur les végétaux, inde'pen- darnment de leur utilité pour le perfectionnement de l’agriculture, offrent aux Physiologistes un attrait particulier. Ils éludent ainsi la force Vitale, ils jouent en quelque sorte avec elle, sans que le sentiment d’une douleur volontairement infligée à un être sensdde vienne troubler les jouissances que leur procure une curiosité toujours renaissante et dont les objets sont inépuisables. Ces expériences sont d’ailleurs faciles, susceptibles d’une variété infinie; elles n’exigent que des appareils très-simples ; des graines, un peu de terre, et pour instrumens de laboratoire, quelques ustensiles de ménage. — Demandez ensuite aux Malpighi, aux Halos, aux Bonnet, auxSenebior, aux Desaussurc, quel intérêt vil se répand sur tous ces résultats à mesure qu ils se développent et se succèdent; quel plaisir on éprouve à varier de mille manières les essais auxquels on soumet, et la force 121 VÉGÉTATION DES PLANTES. Végétative et cet instinct qui semble l'accompagner ; à opposer à ces principes d’action , divers obstacles contre lesquels on les oblige a déployer des ressources inattendues ; etdiu à dtudier leurs rapports avec les forces aveugles de la nature, car ou peut ainsi designer les Amples affinités, par opposition avec celte persévérante énergie attachée à l’organisation, et ffid, depuis le premier déployemeut du germe l u Sf[u’à l’entier achèvement de la plante, dans Ut * intervalle de quelques mois , comme pendant un et deux siècles, produit une série d’effets qui, tous tendent au perfectionnement» ® la conservation, et à la reproduction d’un même individu ! Les progrès rapides de la chimie moderne, offriroient déjà un champ vaste'et nouveau aux observateurs qui so coutenteroieut de répéter les expériences de leurs devanciers, dans le but de reconnoîtrc sur la végétation, l’iiilluence de certains agens, pour la plupart aériformes, t l° nt , jusqu’à une époque assez rapprochée de nous, l’existence n’étoit pas même soupçonnée du plus grand nombre des Physiciens; mais la conuoissarice de ces mêmes agens, maintenant acquise, sugggvc des idées et des combinions nouvelles: et les essais suivons ont [>*< l t"- renient pour objet, l’application de ccs dccou vertes à l’histoire de la végétation. 122 EXPÉRIENCES SUR UA Voici comment l’auleur a été achemine à ces recherches. « Tous ceux, dit-il, qui ont quelques con- noissances d’IIinloire naturelle, savent cjiie les graines d’un très-grand nombre de plantes, après avoir demeure pendant plusieurs années en terre, dans un état d’inactivité parfaite, germent lorsqu’on laboure le sol, avec une vigueur et une profusion qui montrent que la terre les renfermoit en grande quantité. En réfléchissant à ce phénomène singulier, je fus acheminé, en juillet 1787, à faire l’expérience suivante, dans le luit de découvrir quelles sont les circonstances extérieures qui donnent la vie et l’énergie aux embryons des plantes. » Première expérience. «Je pris deux pbioles, que je remplis à peu près, d’orge que j’avois fait tremper dans l’eau pendant 48 heures : je bouchai bien exactement l’une d’elles, avec du liège , et je la plaçai dans l’obscurité. L’autre fut enterrée à la même époque dans une boîte pleine de terreau sec, après qu’ou eut préalablement couvert le goulot d’uu morceau d'étoffe line pour empêcher le sable et les autres saletés d’y tomber. O11 trouva au bout de trois jours les grains de cette dernière bouteille, dans un élut de végétation parfaite et vigoureuse j chaque grain avoit une ou plusieurs 123 VÉGÉTATION DES PLANTES, pousses d’une longueur considérable- Le grain daus la bouteille bouchée avec du liege, conserva son apparence primitive, et contracta 'tue odeur désagréable et'très- differente de Celle qu’il avoil à sa sortie de l’eau dans laquelle d avoil trempe. » » La seule conclusion qu'on puisse tirer de Cette première expérience est, qu’une quantité donner de grain trempe , exige une certaine c l Ua mité d’air pour pouvoir végéter, ou bien rçue ces grains doivent être en communication a vec l’atmosplière elle-même. Les physiciens du siècle dernier savoienl que la présence de 1 a ir est nécessaire à la végétation des semences, parce qu’elles ne germent point dans le vide ( 1 ); (t) On trouve dans les Mémoires de l’Académie des Sciences pour i6ç)3, P- tfîi (/ra-8) des expériences assez curieuses du célèbre chimiste Uomberg, sur la gerini- naiion comparée, dans l’air et dans le vide; cel auteur en récapû u \e ainsi le résultat. " De ces CX périences, dit-il, on peut tirer deux » C0,ls cquences. » » La première, que ni le ressort de l’air ni sa pesan- » teui ne Sotn ^ 0 ' inl | a cauS e principale de la gernii- ” naLlon des plantes, puisque les graines germent dans » le vide. » ” La se con,l e; que cependant il faut que l’air soit * su moins mie Qauge acc iJenteUe de celle germina- 124 EXPERIENCES SUR LA mais, si ma mémoire ne me trompe pas, ils ignoroienl le l’ait que je viens d'établir. Je lui ai donné place dans cet essai, en partie pour sa nouveauté présumée , et en partie parce qu’il a été l’occasion des expériences que j’ai faites ensuite et qui sont d’un genre plus décisif. Mais avant d’entrer dans les détails il peut être convenable de dire quelque chose sur la structure et les principes consliluans des végétaux. » )) Une pilante est nu corps composé de libres, de vaisseaux et de divers organes destinés à produire certaines sécrétions, par des modes d’action propres a ces organes : on peut citer parmi ces sécrétions la matière gommeuse des stigmates, la poussière des étamines, le miel du nectaire , et les divers acides végétaux que renferme ordinairement le péricarpe. )> » Ces substances, quoique très-dissemblables dans leurs propriétés, sont formées d’un petit nombre d’élémeus primitifs qui sont combinés dans diverses proportions dans les composés divers que nous venons de désigner. » » Ces él émeris sont : t.° FOxigène x ou la » lion ; puisque d’une même quantité de graines de » la même espèce, dont les unes ont été enfermées » dans le vide, et les autres ont été laissées à l’air, il a en a germé un bien plus grand nombre dans l’air » que dans le vide. » \ VÉGÉTATION DES PLANTES. 125 base (1) Je l’air respirahle. 2.° // Hydrogène, fn la hase du gaz inflammable. 5 .° Le Carbone/ fl'ti, séparé des deux autres principes, lorme le charbon ordinaire. L’eau qui est elle-même un compose, entre dans les vaisseaux absorbaris de tous les végétaux , et elle y sert de véhiculé pour toutes les matières non encore assimilées; elle s’échappe ensuite, en tout ou en partie, par la transpiration. » » On trouve dans la composition de tous les végétaux les élémens que nous venons d’indiquer : on en découvre un quatrième, l'Azote 0,1 la base du gaz de ce nom, dans l’analyse d’une classe particulière de plantes, savoir Celles qui appartiennent à la Tetradynamie , ou les crucifères. Cette substance, en s’unissant av ec l’hydrogène dans l’acte de la putréfaction, Compose l’alkab volatil ( ammoniaque ). )) )> Les parties principales d’une graine, sont le germe, et les lobes ou cotylédons. Le pre- nuei ' est une petite saillie ou bouton, qui paroît clre le siège du principe végétatif, et dans lequel ceii e force demeure inactive jusqu’à ce .(') nomme la base d’un gaz ou d’une substance acnlorine l 0l , gc : es dans l’eau à 46,5 (6,5 R.) il les boucha soigneusement toutes en même tems , et les mit dans une chambré dont la température ne descendit jamais au-dessous de l5a EXPERIENCES SUR LA 55 * ("9,4 R.) Apres les y avoir laissées de 4 à 6 jours, on les remit dans l’eau à la même température qu’à l’époque où elles avoient été fermées, le baromètre étant aussi -à peu près à la même hauteur ; alors on les ouvrit renversées sous l’eau, et l’eau monta rapidement, de manière a remplir plus que le col de chaque pliiole. On mesura exactement l’absorption sur l’une d’elles, et l’air qu’elle contenoit parut avoir perdu d de son volume primitif pendant 5 jours. L’air résidu éteignoil la bougie, et blanchissoit l’eau de chaux. L’auteur conclut de ces expériences que les semences, dans L’acte de la germination, attirent l’oxigène de l’atmosphère j qu’elles en gardent une partie , et qu’elles rejettent le reste, chargé de carbone, et sous la combinaison d’acide carbonique (1). La substance (1) Cette influence de l’oxigène sur la germination a été démontrée d’une manière bien frappante par le savant et ingénieux Humboldt. Il avoit déjà remarqué en 17g3 que tandis que les substances métalliques étoient contraires à la germination des plantes , les oxides métalliques, c’est-à-dire ces mêmes substances unies à l’oxigène, la favorisoient. Il imagina d’essayer Peflèt de l’acide muriatique oxigéné, étendu d’eau; et trouva effectivement que des graines, celles de cresson, par exemple > fl u ‘ nB germaient dans l'eau qu’au byut de i35 VÉGÉTATION DES PDANTDS. ^ es lobes subit aussi une altération, a raison 1 Oxigèng surabondant qu’elle acquiert, et ^ ll carbone qu’elle perd. Ce changement dans l a proportion relative des principes constituans produit le sucre, ainsi qu’on l’observe dans la §‘“rmiuation de la drêche. Mais le sucre et l’aide carbonique sont plus solubles dans l’eau que IJC p est J’oxide farineux ; ils s’unissent donc au liquide qui remplit les tubes capillaires de l a graine, et arrivent ainsi au germe, dont ils Mettent en action le principe végétant, par un stimulus assorti à sa nature. Une liqueur nutritive se prépare ainsi par la décomposition dos lobesj elle sc distribue dans l’embryon; heures, germaient dans 6 h. sous cet acide délayé, lorsqu’on joignit ensuite le stimulant du calorique ^ celui de l’ojôgcnc, le cresson montra, des germes dans 3 heures clans l’acide muriatique oxigené, et au hom de 2 g heures seulement, dans l’eau. Le Prof. Pohl à Dresde , a fait germer dans ce même acide la graine d'uii e espèce d’eup/torbia tirée d ue herbier de ïtoccooi et Agée de l io à t 2 o aus Les Prof Jacquiu et Van des Schou à Vienne ont fait germer ainsi de vieilles graines qu’on avoit inutilement semées au jardin Ivota- mque; et on y montre des plantes précieuses dont on a dû I existence à ce moyen de procurer la germination. L'excellent botaniste, Uecandolle, notre compatriote, 0 , observé que l’acide nitrique étendu, de beaucoup d eau, avoit la même propriété* 3 34 F / X rÜIUENCFS SUR. LA. les organes de celui-ci commencent à agir à leur manière, et sl „è c( , ssa ire à la végétation , au soleil. 4- Que U lumière favorise la végétation, entant qn elle contribue à ] a décomposition de l’acide carbonique. 5.® Que la plus fg r te dose d’acide carbonique, qui; a 38 EXPÉRIENCES SUR EA » 2.* Il est |)i'ol);il>le qu’il s’échappe des graines eu végétation un peu d’hydrogène combine avec Je carbone. Car les vases employés couservoieut, même après avoir été lavés, une odeur particulière. Cette odeur se dissipoit ensuite au bout de quelques heures à l’air libre. » « 5 .” J’ai trouvé que les grains d’orge trempés, et confinés pendant quelques jours dans de petites quantités d’air commun , végètent quelquefois, et que d’autr.cfois ils ne germent point; sans qu’on voye clairement la cause de cette difieience. Ule est peut-être due a la diversité des températures. Car lorsque le thermomètre est au-dessus de 56 (10,7 U..) H favorise la végétation au soleil, lui nuit à l'obscurité. Le même ingénieux Naturaliste a varié ses expériences, en substituant séparément à l’air commun, le gaz, azote et le gaz oxigène. Il a trouvé i.° Que les plantes sont mortes plus promptement au soleil dans le gaz azote , cpie clans 1 air commun , lorsqu’on a absorbé l acide carbonique au moyen de la cltaux éteinte a I eau, absorption qui leur nuit toujours essentiellement; 2. 0 Qu’elles souffrent dans le gaz oxigène, par rinllucnce de cette même choux, mais qu’elles n’y meurent pas comme dans l’air commun ; parce que les plantes qui végètent tlans le gaz oxigène pur, produisent une lmp grande quantité de gaz acide carbonique pour qu’il puisse être absorbé par la chaux à mesure qu’il est formé. 1 VÉGÉTATION DES TLANTES. l3g probablequelafermeritalioijpulrirle commence plus tôt que lorsqu’il est au-dessous de ce terme. » » 4.° Enfin les observations precedentes expliquent pourquoi il faut que le sol soit suffisamment amenuise pour qu’une récolté de grains puisse y réussir ; c’est parce que, dans ce cas, l’air trouve un libre accès jusqu’aux semences, qui, d’ailleurs placées dans une région dont la température est à peu près uniforme, et assez abreuvées par Tbumidiié du terreau qui les environne, se trouvent dans la situation la plus favorable pour que ces deux causes puissent concourir à l’accomplissement du voeu de fi* nature. » L’auteur avoit remarque’ dans le dernier paragraphe du Mémoire ci-dessus, que les graines trempées dans l’eau et confinées ensuite dans de petites quantités d’air, ne perdent pas toujours la faculté de végéter. Il avoit soupçonné alors que les différences observées à cet égard pouvoienl provenir des cliangemeris continuels c l' u ont lieu dans la température de l’atmos- 7 et 7,2 R.), et le plus ordinairement à 43 (H- 4,9 R.), La phiole demeuVa pleine d’eau jusqu’au 6 ; mais le tems s’e'tant réchauffé a celte époque (le thermomètre étoit à 46 ou 48 ), on vit paroîlre le 8 deux grosses bulles d’air au haut du liquide ; et le 12 , l’air ainsi dégagé occupoil la place d’environ deux drachmes d’eau. L ;l quantité de deux drachmes de pois, mis dans une phiole sans eau, le 10 au soir, raon- troit a peine le i 3 quelques signes de végétation (le 7h. éiam de 4 G à 48° (6,3 à 7,2 R.)» Mais» le 15, s ; x p 0 ; s sur dix-septcommenç.oient à pousser. Le 12 , on traita de la même manière une quantité égalé de pois pris parmi ceux qui étoient alors encore dans l’eau; mais le 17 , ils ne montroient aucun signe de végétation. Ceci indique que les pois restés daos l’eau J'42 KXI’rcniRNCES SUR LA avoient été gâtes par la putréfaction ; et J e f a ; t de l’air qui s’éloil dégagé de ceux qu’on avoit places dans la pliiole renversée sur l’eau, auto- risoil la même conclusion. Ce gaz, recueilli pendant la duree de l’expérience, êioit principalement de l’hydrogène carhonè, mêle d’un quarl environ de son volume de gaz acide carbonique. Il y cul une circonstance qui mérite d’être remarquée, quoiqu’elle ne soit pas strictement applicable à l’objet de la recherche actuelle. Les pois parurent être sa Un - e ' s d ’eau au bout de deux jours : an moins l’auteur ] e présuma d’après les nnhccs suivans. t»i x . SPpt tle ces pois pesoiont deux drachmes le a . d de lévrier j et le même nombre se trouva, J pcu dc gra ; ns pr g s> faire le même poids à la fin de l’expérience. Il est donc indifférent que les graines trempées soient garanties du contact rie ]’ a | r par l’intermède de Veau, ou par celui <\üY az ote; attendu qu’il est presque certain, d’ apr ès la remarque précédente, que le premier ,l e ces fluides n’a aucun pouvoir pour les dénaturer lorsqu’elles en sont pleinement imprègnes. Il résulte évidemment de cette expérience que la fermentation putride, caractérisée par l’émission d’un gaz qui sort de la substance des pois, détruit en eux la faculté de végéter ; et .l’on peut en VÉGÉTATION DES PLANTES. i43 conclure par induction , à toutes les autres g'tunes, exposées de celte manière à son influence. L’expérience ayant cte faite par un tems fr°*d, le procédé destructif de la force végéta- tlv e lut lent, elles pois demeurèrent long-tems a perdre la faculté' de produire. Pour deler- O’uier jusqu'à quel degré une température plus élevée accéléreroit le commencement de la putréfaction , l’auteur répéta deux lois cette même expérience dans la saison chaude : l’air de la chambre se tenoit alors entre 6o° ( 12 , 5 R.) 01 66° (] 5,2 R). Dans le premier de ces essais, One fermentation considérable commença à se otanileslcr avant que 48 heures se fussent écou- lées; et lorsqu’une partie des pois ainsi traités fut ensuite exposée à l’air, au bout de deux jours aucun des grains ne poussa de germes. Dans la seconde expérience ils ne furent pas gâtés si promptement, car quelques-uns do ceux qu’on essaya le troisième jour végétèrent. Il paroîi donc qu’une élévation dans la température esl mi j s j[j] e all x graines exclues du contact de 1 a i r . p arce qu’il bâte leur putréfaction, et déliuit ainsi leur faculté végétative. hxj>. J Kl. L PS graines préalablement humectées lourmsscu. ( i e l’hydrogène carboné mêlé d acide Car boniq ue ^ lorsqu’on les tient pion- 144 EXJ’ÉniRNCES SUR LA. gées dans l’azote, precisenient s comme elles le fout lorsqu’on les dent plongées dans l’eau. Car si l’on met des pois ou de l’orge humides, dans une quantité connue d’azote, (comme dans la neuvième expérience,) le volume du gaz demeure sans alteration durant quelques jours, mais s augmente, avec plus ou moins de rapidité a la fin d un tems indéterminé. Ce, terns est d autant plus long que la température est plus liasse, et vice versa. Il est donc evt~ dent que cette augmentation provient de l’ad*- dition d un gaz nouveau qui se joint à celui déjà renfermé dans la phiole. Bien plus 5 si l’on lerme luen exactement une bouteille chargée comme celle de la 8." mc expérience, et qu’on la tienne douze ou qujnze jours dans une température modérée , l’air commun commence par se raréfier ou s’absoibcr, ainsi qu’on J’a montré précédemment, mais Bientôt sa densité s’augmente au contraire, par l’effet du gaz qui s’échappe du grain humecté, ainsi qu’on peut s’en assurer en ouvrant sur 1 eau la phiole renversée : car dès qu’on enlève le bouchon , une quantité d un fluide élastique inflammable sort par le goulot, en bulles au travers de l’eau. On peut donc inférer de ces faits que la putréfaction attaque également la force végétative des graines, soit qu’elles soient environnées d’azote Vi'GKTATTON DES PLANTES. ï45 cJJ. •'zotc, ou plongées dans l’eau. La présence y ^ 0x, gène est donc necessaire pour prévenir Ce procédé destructeur, et elle ne le prévient r i u niellant en jeu un autre procédé, qu’on pourroii appeler la fermentation végétative. La raison pour laquelle l’une ou l’autre de C(?s deux sortes de fermentation a toujours lieu dans les graines préalablement humectées, pa- r ° 11 à l’auteur être la suivante : l’eau , ainsi ■■‘ilroduue dans leur tissu change cette propor- tl0ri dans leurs parties intégrantes rpii est nécessaire pour les maintenir saines. Si on les Cx POsc alors à l’atmosphère , l’action de l’oxi- Scne qu’il renferme réveille dans ces graines L faculté végétative. Au contraire, lorsqu’elles s °nt environnées d’eau ou d’azote, qui ne paissent pas avoir sur elles la vertu stimulante de l’oxigène, les parties constituantes de leur llss >J sont abandonnées à l’effet des affinités qui ,f mdefit à produire de nouvelles combinaisons dont quelques produits paroissentsousla forme gaz. L’apparition de ces fluides aeriformes indique ] e commencement de ce degré, dans la pulvéf aci ; on ^ p ar lequel la faculté de végéter dans 1 atmosphère est détruite. Oi J 11 P eul maintenant expliquer d’une manière plausible une circonstance curieuse mentionnée dans le pvemi er M g molre de l’ au tcur. C’est h Tome 10. £ / i 46 expériences sur ea propriété que possèdent les graines de certaines plantes de se conserver sans alteration en terre pendant plusieurs années, pourvu que celte terre demeure en biche; et de vegèter ensuite avec vigueur des que le sol est amenuise par la charrue. Car on a fait voir qu une augmentation de chaleur accélère la putréfaction des graines imbibées d’eau et privées d’air ; d’où l’on peut conclure assez naturellement, que l’on consevvcroil indéfiniment ces graines en les séparant de 1 atmosphère, et en les maintenant dans une température qui ne dépassât jamais un certain terme, lequel n’est pas le même pour toutes les graines, mais qui dépend de leurs propriétés respectives. Ainsi , par exemple, quoique les pois plongés dans l’eau perdent au bout de dix à douze jours la faculté de végéter, lorsque le thermomètre est entre 4o et 5o (5,4 et 7,8 R.), et beaucoup pl us promptement, dans une température plus éle- vée, nous ne devons pas en conclure que toutes les autres graines serment aussi détruites, dans les memes circonstances. L’auteur répéta sa dixième expérience, au mois de juillet, dans une chambre dans laquelle le thermomètre étoit habituellement au-dessus de 62 (i5,a R.). Il lui parut que l’orge commençoit le quatrième jour à entrer en putréfaction. Le blé, le sixième VrCl'iTÀTTON DES PLANTES. liy ,nilr î G graine de moutarde blanche, Je nn- ï,( s J e résultat des deux dernières expériences, q un ce qu’on a observé précédemment a l’egard d c ] a végétation des graines est applicable aux bulbes des plantes qui se produisent par ce moyen ; avec cette différence, l5o EXI’ÉIUKNCICS SUR h A savoir, que les graines doivent, pour être en étal de germer, recevoir de quelque cause extérieure une augmentation d’Iniuiidilé, tandis que les bulbes tien ont pas besoin; parce qu’elles contiennent naturellement dans leur tissu une quantité d’eau suffisante à la germination. De là vient que les graines, et celles-là surtout qui proviennent des climats tempérés, peuvent être transportées fort loin, en prenant seulement la précaution de les garantir de l’Iiu— niidite; tandis qu’on ne peut point transporter ainsi les oignons ; car ils végètent bientôt dans la tempera!ure qui leur est propre, si on ne les prive pas de l’oxigène, sans lequel ils ne tardent point à se putréfier. Les expériences précédentes se rapportent presqu’entièrerncnl au premier période de la végétation , pendant lequel le rudiment de la racine future se montre entre les lobes de la graine. Et comme c’est là le commencement du procédé il ne paroît pas improbable que le stimulus extraordinaire qui est requis pour exciter l’énergie latente du germe, cesse d’être necessaire dès que cet elfel est accompli. Car nombre d’expériences, faites par l’industrieux Priestley, prouvent que les plantes peuvent vivre et croître dans l’azote. D’où il paroîtroit qu’il se fait un changement dans leur nature, V KG station des PLA NTES» l5î ^ quelque époque subséquente au commencement de la végétation. Cette supposition peut seule concilier les faits renfermes dans deux Mémoires de l’auteur, avec la doctrine de l’illustre physicien qu’on vient de nomn^er. On Va voir cependant que la jeune plante n’eprouve pas le changement suppose, pendant qu’elle est encore nourrie par les lobes de la graine. Ëxp, XIV. On mu le 8 avril douze pois dans de l’azote qui remphssoit un récipient renversé sur l’eau. Ou les avoit fait germer préalablement dans du sable humide, recouvert de manière que la lumière ne pouvoit y pénétrer; les radicules, organe qui se développe le premier, étoient alors longues d’un pouce à un pouce et demi, sans ramifications, et de forme conique. Elles ne changèrent point d’apparence jusqu’au iù, et ne firent aucune espèce de progrès. Elles étoient exposées sur une fenêtre dormant à l’Est. On les tira du récipient ; et en comparant la plus longue radicule avec une mesure à laquelle elle correspondoit exactement ] e g » on n’observa nas la plusléuère d dï‘ér encCi mit un nombre égal de pois, pris dans le niciiiç pi ^ i i •• i < • . la t rie germination, sous un récipient rempli d air commun, sur la même fenêtre où s éloil faite l’expenence précédente. Ici la vé- l52 EXPERIENCES SUR IjA gélation des radicules éprouva un progrès sensible ; .car la plumule , ou 1<» j,i supérieur, se développa dans la plupart dos plantes dès le 12 , et elle prit bientôt une couleur verte par Faction de la lumière; mais+pioique Pexpé- rience fût prolongée jusqu’au 22 , époque à laquelle les radicules, parvenues à la longueur de quatre pouces au moins, commencèrent à devenir branelnics, elles conservèrent leur blancheur primitive. Celte expérience fut répétée deux fois, outre le 22 et le 28 du même mois , avec deux doses de lèves germees ; et le résultat répondit, exactement à ceux qu’on avoit précédemment obtenu. Exp. Xf \ On mit au fond d’une pliiole de la terre humide et on y sema six grains de moutarde blanche, vers le milieu de mars. Le reste de la phiole étoil occupé par de l’air commun. O11 boucha bien la phiole et on assura le bouchon avec du ciment, tes jeuues plantes parurent au bout de peu de jours, et sembloient être très-bien portantes; mais elles déchurent en moins de huit jours, et périrent peu après. L’air résidu ne pcrmciioit plus la combustion. Il est probable que le terreau humide que ren- fermoil la phiole, ne contribua paspeu à priver l’air de son oxigène ; car on sait que la vase des rivières et des étangs possède cette propriété, dans un haut degré. Vî'.GÛTATION DF.S TTjANTES. l£>5 Les faits c|u’oi) vient de citer tout-a-1 heure prouvent clairement que les graines qu ou a Lissé croître pour un lems dans l'atmosphère, cessent de végéter lorsqu’elles sont environnées d’azote pur; d’où l’on .peut conclure, avec grande probabilité, que le germe, dans l’acte de la végétation, a besoin d’être constamment es ‘CÎt,e par le stimulus de l’oxigène. 3Vl.»is des f ffie les lobes de la graine sont épuisés, la jeune plante es t en état de tirer sa nourriture (lu sol; et alors (et non auparavant) elle se trouva 1 eu situation de continuer à végéter sans avoir besoin île la présence de l’air respiiable, con- sidéré comme stimulant. La jeune pousse éprouve seulement d’abord l,n n simple suspension dans sou énergie vitale Par l’absence de l’oxigène de l’air; mais si on la prive irop long-tems de ect ingrédient necessaire elle périt par la fermentation putride. Car si l’on tire les graines, traitées comme dans 1 Lxp, XIV, de l’azote dans lequel elles sont renfermées, au ), ou t Je deux à trois jours, elles commencent -, végéter de nouveau , avec une vigueur qui ne paroîl point avoir souffert de diminution ; niais si l’on prolonge de trois * quatie jours leur séjour dans le gaz délétère, lorsque la température est un peu chaude, elles perdent leur couleur naturelle, et se putréfient. ' i5i expériences sur la Exp. JÏP T. L’auteur désirant reconnoître si l’apparition de la couleur verte tenoit à la présence seule de la lumière, ou si elle exigcoit quclcju’aiitre circonstance concomitante , procéda de la manière suivante. Après avoir l'ait germer dans du sable bumide un cei tain nombre de pois a l’abri de la lumière, jusqu’à ce que la plumule et la radicule fussent bien développées, on mit, le 29 d’avril, 5 de ces plantes sous un récipient rempli d’azote cl reposant sur l’eau. Ou en plaça trois autres, pour servir de terme de comparaison, dans .un récipient plein d air commun , et reposant de même sur l’eau. Le 5 o avril les sommités de ces dernières parurent vertes ; et, quoiqu’on prolongeât l’expérience jusqu’au 2 mai, les pousses environnées d’azote n’éprouvèrent aucune altération sensible ni en volume, ni en couleur. Ou plaça alors deux de ces dernières plantes dans un récipient rempli d’air atmosphérique ; le 5 les pousses s’e’ioient notablement «longées ; la partie inférieure de la plu- rnule étoit encore blanche , mais les extrémités avoieul pris la couleur verte qui leur est naturelle. On peut faire ici une observation qui n’est pas tout-à-fail déplacée, quoiqu’elle n’ait pas de rapport immédiat avec l’objet de ces expé- VÉGÉTATION DES PLANTES. ï55 ri °nces; c’cstque celte blancheur, que tondent Constamment à conserver les punies inferieures ^ ll gt'vtnc développé, dans les pois et les fèves, esl un caractère essentiel de différence cuire ks racines des piaules annuelles, et celles des plantes vivaces cl ligneuses, telles que les arbrisseaux el les arî>res ; car les Naturalistes ont Cl Ic plusieurs exemples (i) de végétaux ligneux r J Ul prenneni racine lorsqu’on les piaule dans ,J ne position renversée , et qui deviennent peu a peu des plantes parfaites: cela lait présumer t exposés à un degré de lumière modère', ils fournissent (} e l’oxigène avec abondance} cette émission cesse dès qu’on les met à l’ombre. On voit be auc0U p de plantes rapprocher leur feuilles et fermer leurs Heurs au soleil couchant, et éprouver durant la nuit une sorte de stupeur pendant laquel[ c ce ,taines fonctions de leur organisation paroissent être suspendues} état 1 58 EXPERIENCES SUR UA fort analogue au sommeil des animaux. La lumière est donc le stimulant principal, qui, dans les végétaux adultes, donne de l'activité’ à tous les organes; et la couleur verte, qui est un indice de saute’ dans les plantes, provient d’une assimilation parfaite dans leurs fluides; cl c’est probablement en donnant aux vaisseaux le ton qui leur est nécessaire, rpie les rayons solaires contribuent à produire cet effet. Ainsi, les différentes sécrétions requises dans l’économie de la plante sont élaborées ; ses fibres acquièrent les proportions qui^leur conviennent respectivement ; et cette riclie teinte que la nature a répandue si universellement sur cette partie de la Création , annonce son état de vigueur et de prospérité. Mais l’oxigene exerce , relativement aux graines, la même fonction qui est attribuée à ia lumière à l’égard des plantes adultes; et cette différence temporaire dans la nature d’un corps organisé , d’ailleurs identique, est une admirable précaution de la Providence ; car puisque le germe e’toit destiné à se développer dans l’intérieur de la terre, l’Auteur de la nature a dû rendre cet embryon susceptible d’être influencé par une cause qui pût avoir accès jusqu’à lui dans sa retraite obscure. A l’aide de cet agent, le germe commence une sorte végétation imparfaite, qui continue y te kt attoît des plantes. 1Ü9 i ns T' a ce que le rudiment de la plante perce sol et paroisse au jour, où il éprouve immoralement l’inüitencc de la lumière; sa couleur change, et il prend l’apparence cl le port d une plante. Toutes les conclusions tirées de ce qui précède, ne sont applicables qu’aux plantes qui croissent sur terre. Il est évident, pour peu. cjo’on y réfléchisse , que l’économie des plantes ar l'tatiques est essentiellement différente; elle offre un nouveau champ de recherches ; et l’auteur ne paroît pas s’en être occupé (j). (') Mr. Senebier «voit déjà annoncé dans ses Ms- *noire s physico-chimiques , que la germination éloit l’effet d’une sorte de fermentation que la graine éprouve, ct * *1 l’a confirmé dans sa Physiologie végétale (cet ouvrage se trouve chez J. J. Paschond, lib. à Genève et a l'aria. La formation de l’acide carbonique dans ce procédé naturel étoit le résultat prévu de cette fermentation. T.e même Physicien engagea il y a trois ans Mr- IJuber, cet observateur ingénieux et original des abeill es , ^ su j vre les phénomènes de la germination des graine s( p 0ur pn étudier quelques points inconnus. Ils travaiU;. vein ensern ],le sur ce sujet intéressant, et Mr. Hulier f, t toules j cs expériences, qui furent très- nombreuses, av ec une sagacité, une adresse, et une exactitude qui peuvent servir de modèles; on ne pourra lire sans étonnement les mémoires qui les (-enferment. On y verra que les graines ayant été exposées séparément dans les deux élémens qui forment l’air commua, l6o lîXWiRlENCKS SUR LA ne parent germer dans le gaz azote, germèrent très- bien dans le gaz- oxigène; que. celui-ci éloit toujo. rs considérablement diminué, et que la cause de celte diminution sc trouvoit dans la production de l'acide carbonique; enfin, qu’en composant un air atmosphérique avec scs deux fiables intégrans, ou bien en employant l’air commun, la germination cesse de s’y opérer quand la production de l’acide carbonique qu’ont fourni quelques germinations successives,'a presque totalement épuisé le gaz oxigène qui faisoit partie du mélange, Ou y remarquera encore les variétés qr.’in- troduisoit dans la germination fa différence dans Jes proportions des gaz oxigene et azote; la détermination dtfca quantité de gaz oxigène nécessaire pour la germination-, 1 influence du carbone sur l’azote dans cette operation tle la nature; 1 effet du gaz hydrogène métallique remplaçant l’azote dans l’atmosphère ariificielfe fournie aux graines, comparé aux résultats observés dans l’air commun, et dans l’azote; enfin, ou y trouvera des observations sur la germination dans des atmosphères imprégnées d’émanations de différentes substances. D’autre part Mr. Desaussure fds a recherché dans un travail particulier quelles sont les proportions et quel est l’emploi du gaz oxigène qui disparoît dans l’acte de la germination; et quelle est la quantité relative, et le mode de formation, de l’acide carbonique produit dans ce même acte. Il a employé dans ses expériences, des pois, des fèves et de l°rge, et il les plaçoil ou sur une éponge mouillée, ou sur du gros sable siliceux, ou enfin dans de l’eau, et toujours dans un récipient de capacité connue et reposant tantôt sur de l’eau et tantôt sur le mercure. v£gStation des plaITtes. 161 * nen> Bre. Il mcsurok l’absorption de l’air pentlant la ë l ' l ' r ninauon , par l’ascension de l eau ou du nier dans le récipient, et exawiuoit la natuie et les p Partions de l’air résidu , soit par l’cudwiuètre a air ®ili'eux, soit nar celui à phosphore» r. 1 , -u ,1» ces intéressantes Sans entrer ici dons les details cx périences, publiées ailleurs, observons seulement, ^ u ‘l paroît en résulter deux conséquences, savoir, i.° Qnele gaz oxigène de l’almosplière n’est point absorbé pai la graine dans l’acte de la germination, comme on fi toit disposé à l’admettre, mais qu’il est employé à k’t'tner du gaz acide carbonique avec le carbone de la 8 ra ine. a. 0 Que la graine mise en germination par le c °ntact de l’air atmosphérique, ne forme point de gaz ac >de carbonique de sa propre substance; mais qu’elle COt Uril)ue seulement à cette formation, en fournissant Une des parties constituantes de ce gaz, savoir Le carbone; et que si la graine germe en contact avec l’eau, et le gaz azote pur, elle produit également du gaz a eide carbonique; mais qu’elle fournit alors, de sa P r °pre substance, les deux élémens de ce gaz, savoir l oxigène et le carbone. Tome 10 . h CHXMIÈ ATT'LTQUKE lf>2 Traité sur ]a connexion intime qui existe entre l'Agriculture et la Chimie, par le lord comte de Dundonald. a Jl existe en Angleterre , dit l’auteur dans son iulroduclion , divers obstacles à l’avance- menl de l’agriculture , soit à la production de Ja plus grande quantité de nourriture lire'e du sol. Parmi ces obstacles , les uns ne peuvent être écartés que par la main du gouvernement; les autres peuvent céder aux efforts, sagement dirigés, des individus. 5) On doit attribuer la lenteur des progrès de l’agriculture considérée comme science, au défaut d’éducation chez les cultivateurs, et à l’ignorance des écrivains agronomes sur les rapports intimes qui lient cette science avec la chimie. O11 peut dire cependant qu’il n’existe aucun procédé, à l’exception de ceux qui sont purement mécaniques, qui ne-repose sur la chimie ; qu’on peut définir la connoissance des propriétés des corps et des effets qui résultent de leurs diverses combinaisons (l). (1) Le savant chimiste Ecossois Black définit la chimie : « La connoissance des effets du feu et des mélanges. Cette définition paroîl juste et heureuse. a l’agricultüRti. i£>3 ? ); 0n essaiera, dans le cours de cet ouvrage, Expliquer, d’après les principes établis, les Procédés employés dans la culture et l’amélio- ral ion du sol. Cette discussion recevra un de- £ re ' particulier d’intérêt des circonstances ac- ^elles ; l a cherté des denrées est extrême , et les individus qui ne revoient naguère que manufactures et commerce , voient ces brillantes ^usions se dissiper , et ils apprennent par ex- Pericnce que la prospérité d’une nation ne Peut se soutenir, et que les habilans d un pays ne sont point tranquilles et satisfaits chacun dans leur état, là où l’agriculture est négligée, et où l’on donne mal-à-propos, la préférence à l’industrie des manufactures et aux s pécu(ations commerciales. Ce dernier genre ^occupations a sur le physique et le moral des individus , des effets très-différens de ceux que Produisent les calmes e; salubres travaux des habitans des campagnes. >1 En adoptant dans les recherches qui ont I agricult Ure p 0ur objet, une marche nouvelle, dont le traité qu’on va lire offre un exemple, non-seulement on voU s’éclaircir le mode d’action et les effets des engrais actuellement en usage , niais on en découvre de nouveaux > et plusieurs combinaisons auxquelles on n’avoit point songé se présentent à l’esprit. Cn peut l64 CHIMIE APPLIQUEE en augurer raisonnablement que la science y gagnera d’une manière notable. )) On verra que les substances salines et autres , capables de servir d’rrigrais , sont en très-grand nombre. La plus grande partie de ces substances a échappe aux écrivains qui se sont occupés d’agriculture $ et on n’a point essayé d’expliquer , par les principes chimiques, l’action des engrais maintenant en usage. Si l’on se fût occupé de ce genre de recherches, elles auroient fait découvrir d’autres substances qu’on pouvoit employer au même*objet, avec un avantage égal, et peut-être supérieur. » Mais ce n’est pas seulement sous le point de vue d’une plus grande production tirée du sol, qu’on doit mettre de l’importance à l’encouragement de l’agriculture ; la morale et la politique n’y sont pas moins intéressées , car on contribue directement au plus grand bonheur de l’humanité , en cherchant à ramener les individus vers le genre de travaux dont s’occupoieni les premiers habitans du globe. Là se trouvent la santé, l’ordre social, l’obéissance à l’autorité légitime. Ces effets sont bien dillerens de ceux que produit le système exagéré de l’industrie manufacturière, qui met l’ouvrier à la merci des fluctuations de la mode et l’expose même à un chômage total dans a l’agriculture. lt>t> Ies cas de guerre et dans d’autres circonstances. Quand des maux de ce genre, maux que l’ouvrier n’a point le pouvoir de pre’venir, tombent SUr lui avec une certaine rigueur , il est dis- P 0&e à contribuer à tout changement politique lui semblera devoir améliorer sa situation. Il devient inquiet, impatient , il est pour la société un membre bien moins utile que l’agriculteur , dont le genre de travail ne l’expose ni a la détresse ni aux tentations qu’elle suggère.» d’auteur conclut de ces considérations : le (1). La glaise est entre les terres la plus susceptible, de conserver l’iuimidué; c’est ce qui la rend ductile et tenace : l’action du feu lui ôte Cette propriété. Matière siliceuse. II y a aussi sur la surface du globe de vastes régions dont le sol est de cette nature , et on trouve sous la première écorce du sol, des masses considérables du genre siliceux. Dans le premier cas la matière siliceuse est à l’état de sable ; dans le second elle est durcie ou solide à l’état de grès. C’est entre toutes les terres celle qui possède au moindre degré la faculté de retenir l’humidité. Terre magnésienne. On ne la trouve nulle part en quantité suffisante pour constituer un sol a elle seule 3 mais on la rencontre a diverses proportions avec (i) Comme dans le nombre des sables il y en a qui ne sont point de nature siliceuse, mais purement calcaire, et que d’autres sont fort mélangés, ce n’est pas avec justesse que l’auteur dit « matière siliceuse eu sable. » / A .l’aoricultur-e. 169 0 a uires terres , et elle forme un ingrédient des • Réalités ou pierres savoneuses du genre de la Cra ie de. Briançon.' Elle retient jusqu’à un cer- * a in point l'humidité. Terre du fer (1). Qn la trouve dans le sol à l’état métallique, a 1 e'tat de terre, et enfin sous la forme d’un Se * à base métallique (2). C’est la seule subside de la classe des métaux dont il soit question dans ce Traité d’agriculture. On essaiera Expliquer ci-après comment elle favorise la ^dgétation. » (1) Celte expression seni un peu l’ancienne chimie j e t comme l’auteur paroît avoir adopté la nouvelle Nomenclature, il auroit pu se rappeler que les ci-devant terres métalliques sont devenues des oxides , c’est-à-dire le métal lui-même, combiné avec l’oxigène, en quantité plus ou moins grande. ( a ) On a maintenant restreint la dénomination de sel »ux suh S i ances formées d’un acide uni à une base. Celle base peut êt re un alkali, une terre, ou un métal. Le sel reçoit toujours un nom dans lequel on retrouve les deux * n S r édic nS; ce q U j aide infiniment la mémoire. Ainsi, par exemple, le composé qu’on noinmoit gypse, ou selénité ( noms qui n’indiquent rien sur l a nature du composé) s’app c i aill ml f a ie de chaux, on ne peut méconnoître qu’il ust j ç r £ sl ,Uat l’acide sulfurique uni à la chaux, etc. CHIMIE APPHIQUÉi; 170 L } Air. « On entend d’ordinaire par ce mot, le milieu darçs lequel les animaux terrestres se meuvent et respirent : il est pesant, et susceptible de compression. Sans lui les animaux ne peuvent vivre; la'COmbuslion ne peut s’entretenir, et la chaleur ne peut se produire (1). » I! n’y a qu’une partie de l’air atmosphérique qui serve à entretenir la vie et la combustion ; on l’appelle air \ital , air pur, ou oxi- gèue. L’autre portion , appelée air pldogiaiique ou azote , empoche la combustion;- quoique son mélangé , en certaine proportion avec le gaz oxigène, soitMie'cessaire pour modifier l’action trop énergique de celui-ci dans l’acte de la respiration. Le gaz oxigène , en se combinant avec les matières inflammables à l’état d’mcandescence, produit de certains gaz et des composés nouveaux. » L’air atmosphérique contient aussi une proportion d’air fixe ou de gaz acide carbonique, connue l’appellent les chimistes fran- çois , à raison de la matière charbonneuse ou ■(1) Le frôlement produit de la chaleur dans le vide aussi bien que dans l’air. A I,'agriculture. 17 1 charbon (1) qui forme une de ses parties institua rites. )J L’air atmosphérique peut aussi contenir Vautres gnz ou airs. La plus grande partie de Ces fluides aériformes ont été découverts par le Dr. Priestley. » Ou entend par le mot gnz un fluide elas- Uque permanent et invisible : quelques-uns de Ces fluides peuvent être considères comme simples , d’autres sont composes. » Ici Pênumêraliou des principaux gaz que la c bimic sait distinguer et analyser. — L’auteur c °tuinue. Ç( L’air atmosphérique est aussi nécessaire a la végétation et à ^accroissement des plantes flu’il l’est à la vie des animaux. Par une magnifique combinaison qui a lieu dans l’écono- Rue de la nature , les divers procédés de la respiration animale et végétale se favorisent réciproquement : lesgaz rejetéspar certaines classes d individ us contribuent à en faire vivre ou végéter d aut res _ )> (i) On «V, 8linglie i e «,i4o»w du barbon. Le prenuei est l’élément ^ enl rc dans la composition ^ eide carbonique-,1c aianiant paroît en elre ® anl plus parlait, d'ap T j>s | es elles expériences U et de Giyylon Mon, îau . Le charbon oiJi« aii e es teja un oxide de carbone. aya cnisrir. .appliquée Ici se trouve l’indication de l’eau , du feu et des substances salinesj l’auteur passe ensuite aux végétaux. « Ce sont des corps organisés, capables de croître par intususception et de se propager. Ils sont formes et entretenus par l’air , l’eau , la terre, le feu , la lumière et certaines substances salines. lisse nourrissent encore de leurs propres dépouilles ou détritus , lorsque ces restes sont réduits à un état convenable. » Les végétaux sont composés de mucilage (i), de matière résineuse (ah d’une substance analogue à ci lle dont sont formés les animaux (5) ; enfin , on trouve dans quelques-uns, une certaine proportion d’huile. Tous ces ingrédiens divers jouent leur rôle particulier , ci plus ou moins important dans l’économie des plantes, La matière résineuse et la substance demi-animale, sont ordinairement plus voisines de l’enveloppe de la plante pour la mieux défendre contre l’action des pluies. » Le mucilage donne la flexibilité ; il est le suc principal et le premier préparé dans les ( 1 ) Matière soluble à l’eau. (a) Insoluble dans l’eau, mais soluble dans l’esprit- de-vin. (3) Iusoluble dans les deux dissolvans ci-dessus. a l’agriculture. 1 7 3 plantes ; et par des degre's ultérieurs de corn lunaison et de maturité , la re'sine et 1 huile se forment. Celte huile contribue aussi à la flexi- 3 ’lite des végétaux. 5) f >ar un mélange convenable de mucilage av cc ces autres substances, les végétaux sont re ndus susceptibles de se dissoudre jusqu’à un C( Ttain point dans l’eau ; propriété que , ni la re s>ine, ni l’huile, ni la matière animale ne Possèdent. » Ainsi , quoique les végétaux vivans soient effica cernent garantis des effets de l’huinidite par lmp enveloppe extérieure de résine et de Sl) hstance anirnaliséej cependant, d’après l’ensemble de leurs parties constituantes , ils possèdent un certain degré de solubilité qui contribue ensuite à les convertir en matière ali— n >entaire , soit pour les animaux , soit pour les végétaux eux-mêmes. » Indépendamment de ces principes constt- tuansj ] es végétaux contiennent aussi des matières terreuses qui étoienl précédemment dissoutes dans les sucs récens du végétal durant son accroi Ssementi „ Matière animalisée contenue dans les vègè taux. U Ce sont les graines des plantes gt aminées I jk CHIMIE APPLIQUÉE qui contiennent la plus grande proportion de matière animaliséc. Ces graines sont en partie formées de mucilage, ou d’amidon , el en partie de la substance que les chimistes François ont caractérisée sous le nom de matière ve'géto- animale. Ces deux substances constituent ce qu’on appelle la fleur de la Farine. Elles peuvent être facilement séparées, ce qui montre qu’elles existent dans le grain , dans un état de mélange mécanique, et non point d’union chimique. C’est le procédé de la germination, ou celui duquel résulte la drèche, qui opère cette union , et son résultat est la matière sucrée. La fermentation atténue encore celle-ci et la réduit en vin ; et finalement, par l’exposition à l’air et l’absorption de l’oxigène, ccltc substance passe à l’état d’acide acéleux ou de vinaigre. On obtient l’esprit ardent ( alcohol) par la distillation du liquide à l’état vineux. Les quantités respectives de matière sucrée , d’esprit ardent et de vinaigre qu’on peut retirer d’une quantité donnée de grain , dépendent de ce qu’il contient plus ou moins d’amidon et de matière animalisée. Ni l’une ni l’autre de ces deux substances, prises à part, ne peut cependant fournir de la matière sucrée. Divers grains contiennent ces deux substances , dans des proportions différentes , et la 'A l’agriculture. 175 rv i ' enie sorte de grain en contient plus ou moins selon le climat, la saison et le sol dans lequel € lle a végété. “ La faculté fermentescible de la pâte, et la ^OtHe'du pain, dépendent des proportions con- v enablcs dans ces deux ingrediens. Ainsi, on t"* 1 " quelquefois sc procurer du pain meilleur, ® n mêlant la farine de diverses qualités de ble', que si l’on 11’en employoit qu’une seule variété, ■^procédés du brasseur, du distillateur d’eau- , ^e-vie et du vinaigrier, peuvent aussi gagner ® de pareils mélangés. Le distillateur lireroit enco re de l’avantage de l’introduction de certaines racines dans son grain ; par exemple, les pommes de terre, les carottes jaunes et r °uges, etc. lorsqu’il les auroil préparées d’une "lanière convenable. 11 Le froment de bouue qualité contient ordinairement deux cinquièmes de matière ani- uiaUsée , et trois cinquièmes d’amidon. On peut introduire des pcrfectionnemens considérables dans la fal, r ; ca tioB de ce dernier objet de consommation, >, ■dnaly se f ] es v ègètaux par 1e feu. Les végétaux , par l’application de la chaleur et la distiliaô on envases clos, se résolvent en divers gaz, en matière liquide, et. matière solide insoluble. I76 CHIMIE APPLIQUÉE Les gaz sont, l’acide carbonique et le gaz hyd rogene. Les liquides sont de l’eau , des acides végétaux et de l’huile ; la matière insoluble est du charbon. Ce charbon , par la combustion à l’air libre, se convertit en acide carbonique par son union avec l’oxigène de l’air, il laisse un résidu en partie salin et en partie terreux. La partie soluble ou saline de ce résidu, est un mélange d’alkalis et de sels neutres. La partie insoluble est principalement composée de chaux combinée avec l’acide phos- phorique, formant le phosphate de chaux. Par l’action d’un feu plus violent toutes les parties constituantes des végétaux , excepté les résidus terreux , peuvent passer à l’état de gaz et se résoudre en leurs élémens simples. Par la combustion à l’air libre , les graines , les carottes, les pommes de terre, etc. etc. donnent beaucoup plus d’alkali que la paille, le foin ou le bois. ]Si l’amidon , ni la matière animalisée du grain ne donnent des alkalis fixes lorsqu’on les brûle séparément. De là il paroît que l’union de ces substances est aussi nécessaire pour la formation des alkalis fixes qu’elle l’est pour produire la matière sucrée. L’agriculteur praticien peut conclure de l’ABC À l’acTUCUETURE. 177 1 ABC clr tique que l’auteur lui a trace dans Ce f l l| i précédé , t]ue les végétaux sont com- P°$é$ eu grande partie de substances susceptibles de passer à l’étal aériforme; et qu’il ne ^°it plus s’étonner que ces végétaux puissent Sc nourrir et s’accroître de matières qu’ils pompent sous forme aérienne. Analyse par la putréfaction. Ce genre d’analyse , par la décomposition naturelle , doit être beaucoup mieux adapté aux vues de l’agriculteur chimiste que ne l’est I ana]j se par le feu. ^ faut pour cette décomposition trois cir- c Onstances réunies. La présence de l’air, celle l’humidité , et une température convenable ; alors l’eau se décompose, l’oxigène s’absorbe , il se dégage de la chaleur, et il se forme de nouvelles combinaisons. Ce sont aussi des gaz et des résidus insolu- II ° ’ cs f l*û se produisent. Les gaz , sont le,gaz hydrngp nc l’azote, formant l’alkali volatil p • ' el air hxe (acide carbonique) (l). (.) On ne comprend pas comment les gaz hydrogène et azote peuvent f orm er l’acide carbonique- Ce gaz résulte évidemment ée la combinaison du carbone t u végétal avec l’oxigéne , déjà combiné dans la plante, a Tome 10. ^ ! 178 CHIMIE AIHilQTJl'IE Les matières soIu!>7es salines sont l’acide phospliorique , cl l’acide oxalique , combines avec l’un des trois alkalis, végétal ( potasse), minéral (soude), et volatil (ammoniaque). Les matières insolubles salines sont le résultat de la combinaison de ces mêmes acides avec une base calcaire. Oxigènation. Par la combinaison du gaz oxigène avec les substances inflammables, il se forme des acides particuliers, a raison des diverses bases acidi- ti.ib’es contenues dans ces substances. Ces acides se combinent ensuite ou avec la maiière calcaire des végétaux , ou avec cille du sol , et forment des sels, pour la plupart presqu’iu- solublcs. Le procédé de la putréfaction est toujours accompagné d’oxigériation; mais cette dernière opération peut avoir lieu, et s’exécute souvent, indépendamment de la putréfaction. C’est surtout à l’oxigénation qu’on doit attribuer la perpétuité de la végétation à la surface du sol; ou l’observe dans les terrains ma/ l’état d’oxide, ou tiré de l’air ambiant dans le procédé meme de la fermentation. A l’agriculture. 1 79 fêcngpux clics tourbières, ctdaiis divers autres j et surtout dans ceux qui ont etc long- sols a erns cultives. La succession perpétuée îles ve- k tlJUx ^ons ces circonstances , cl leur accvois- Senienl constant, peuvent être attribues aux composes insolubles produits par Faction de aiJ pur sur ces matières inflammables. Je 1 auteür ajoute d’ingénieuses remarques Sl *' la cause finale de l’insolubiiilé des composes résultait des aflînite's qui travaillent dans le ■ 3 sll ‘me végétal. Si ces composes eussent e'te' solubles, les pluies les auroieut constamment * * ,1V °S et dissous ; et les rivières , souillées de 1,ll ières mélangées à l’infini, auvoient charié a ^ °cean tous les produits de la vêge'lalion , et laisse' le sol dans un état de dépouillement et stérilité complète. 11 ajoute , que l’exposi- tion irécpiente de surfaces nouvelles à l’action ‘I e l’air, résultat immédiat de l’opération des labours, doit, en facilitant l’oxigénalion, augmenter l’insolubilité des matières végétales disséminées sur j es0 ). Matti ‘ère végétal* inerte, ou tourbe. O h C’est le résultat de l’accumulation de aquatiques ; ell es se sont nourries de 1 J,r mospbénqne , ct sa l J l c esl P* us P €sant que la i88 chimie AprT,TQu ka dant la chaux ou la craie , en entrant clans certaines combinaisons , ont forme' et accumulé une portion considérable de matière insoluble, capable d’être remise en action par la combinaison avec certaines substances salines , cl de contribuer ensuite à la végétation. » Après avoir indiqué les propriétés chimiques de la chaux, et ses effets comme engrais, Milord Dundonald passe à cette classe de substances qui ont avec la cliaux des rapports assez marqués (cntr’aiiires celui de donner la couleur verte aux teintures bleues végétales), et qu’on nomme des alkalis. hes Alkalis. « Il y a deux alkalis fixes ; et un appelé’ volatil (l’ammoniaque). On obtient les alkalis fixes, de la combustion des plantes soit marines soit terrestres. L’alkali minéral (la soude), se relire aussi du muriate de soude ou sel marin. On obtient l’alkali volatil, de l’urinfe; des matières animales; du charbon fossile; delà suie; et d’autres substances. Les alkalis, en se combinant avec les acides forment des sels neutres; et avec les graisses animales, et les huiles végétales , ils composent des savons , qui rendent les huiles susceptibles d’être délayées dans l’eau. » À l’ac-rtculttjke. 3 8g ^ -tes alkalis attaquent les matières animales et végétales, et détruisent leur cohésion. Ils fissent puissamment sur ces dernières lors— f l u> elles sont oxigénées, et forment avec elles, ° es composés salins extrêmement favorables à * a végétation ( 1 ). » Ca matière végétale oxige'née, et la tourbe ° Xl génée , décomposées et rendues solubles par ^ Cs sels alkalis , prennent une couleur brun- ro,J geàtrc, et sont sans saveur. Il paroît donc 9 M c dans ce cas l’alkali se combine , et est neu- ^V'alise par un acide ou par des acides. Ces f 1 ) Pour rendre plus complelles et plus utiles les Volions abrégées que l’auteur donne ici sur les propretés des alkalis, il auroit dû indiquer que ces subs- tai) ces sont susceptibles de se montrer dans deux états asseî dilTérens. Dans l’un, elles sont plus ou moins saturées d’acide carbonique, qui, ayant avec elles une assez grande affinité, et se trouvant produit simultané- niet, t dans l’acte de la Combustion, s’unit à l’alkali, Ct d' * ,vtl,n ue, par cette union, l’affinité générale de ces subst anr „ , , , , , Dan > P our * es malier es animales ou végétales. a utre état des alkal is, ils sont privés d’acide carbonifi u ‘ c ' ile > En parlant de la magnésie, que l’auteur au- roit dû naturellement, comme terre, placer d’abord apiès la chaux, il la désigne comme engrais utile dans les terrains dits aigres, qui contiennent du sulfate de fer provenant de la décomposition des pyrites. Ici la théorie pour- roit être fort juste, sans que la pratique y gagnât, à cause de la rareté de la terre magnésienne dans la tres-grande pluralité des terrains en culture. Mais ce qu’il dit du fer est plus susceptible d’application. a l’agriculture. * 9 * Le fer. f( C’est la substance me'lalliquc dont la plu- P :irl des terrains renferment la quantité la plus c °nsii.lera[)le. On l’y trouve à IVtal métallique; t V) , " 4 'état d’ocre jaune, • ou combine avec l’acide Cai 'bonique ; à 'l’état d’ocre rouge , ou cotn- ^i*'d avec l’oxigènr; enfin à l’étal de pyrite (sulfure de fer), c’est-à-dire minéralisé par le soufre. » 51 On ne trouve des pyrites que dans les ter- r ‘"ns qui n’ont pas été long-tems cultives et n °ut pas assez éprouve l’action de l’air pour le soufre de la pyrite pût s’oxige’ncr au c °ntaci de l’air atmosphérique , et devenir de ^ a cide sulfurique. Cet acide, en s’unissant en- su Re au fer de la pyrite , forme le vitriol vert (sulfate de fer). Ce sel, dans les terrains qui Enferment peu de matière calcaire, est cxces- Uv enient nuisible à la végétation. On peut en • ^° r, iger l’iuflueuce par le fumier, ou l’urine es besr\ a , u . p ar ]a chaux, la craie, la magnésie ei j es L’acide du vitriol s’unis- S . rt a chaux, forme le gypse (sulfate de chaux), ... "y. , , ’ se * tres-insoluhlc. Mais avec la ma- » et le s alhî ( ]‘ is ? J] fonne des classes de sul- \ ° nt ^ Cs bons effets sur la végétation Ont etc démontrés n ->- n . • „ par 1 expérience, » iga CHIMIE APPLIQUÉE » Le fer se trouve en si grande proportion dans la plupart des terres, qu’on ne peut douter que le Créateur, ne l’y ail place dans quelque but utile. Et quoique ce métal n’entre qu’en petite quantité’ dans les substances végétales et animales, son influence sur l’acte même de la ve'ge'tation, considéré sous le point de vue chimique , peut être beaucoup plus active qu’on ne le presumeroit d’après la petite quantité de fer qu’on trouve dans les corps organises. » » Voici comment on peut essayer d’expliquer ses effets sur la végétation. » )) Le fer, ainsi qu’on l’a observé, se rencontre dans divers terrains , sous des modifications différentes , qui le font passer d’un état à un autre étal. S’il paroît d’abord sous la forme de pyrite, il ne tarde pas à devenir sel métallique, par l’absorption de l’oxigène. Si l’on ajoute aux terrains, qui sont ainsi imprégnés de vitriol, des alkalis, des matières calcaires , ou de la magnésie , ce sel se décompose par l’affinité supérieure de son acide avec ces dernières substances. La terre du fer se sépare alors à l’état d’ocre (oxide jaune, ou rouge, de fer) dans lequel ce métal est combine' avec l’acide carbonique. » » Par l’addition des substances animales , ou végétales, ou du carbone, aux terres qui contiennent ■A l’agriculture. ' ig3 niiennent le fer dans cet état, il passe à ^ a *- Métallique, et l’acide carbonique l’aban- , * nrie (0- Le sol qui comicnt beaucoup de fer a ^e'iat d’ocrc, est d’une teinte jaunâtre; ° la,s a mesure qu’il reçoit du fumier ou des ma- * 1(?r es inflammables, ce même terrain prend Unc '■einte de plus en plus foncée par la dé- Sox igénation du fer. » Ce métal est ensuite capable de se combiner de nouveau avec l’oxigène , et, dans ce Cas > b doit se former de l’acide carbonique par la combinaison de l’oxigène avec le carbone du fer. Cet acide, ainsi produit, peut être de nouveau dégage' de la terre du fer par une nouvelle application, de matières inflammables. — Rien 11 esl en repos dans la nature, tout change, et change continuellement.» L auteur donne un exemple encore plus frap- P an *, de ces transformations successives dans o. J *> selon l’auteur, l’ocre au lieu d’être un oxide ue fer, est , Uu vrai sel métallique formé d’acide carbonique et (U p . . ,, .... ^ *er, on ne comprendroit pas comment 1 addition du , ,, . . ,. . . La rbone le decomposeroit. Au lieu uu en ne taisant de 1 > , . , ., . . , * ocre nu un simple oxide , ois conçoit aisément qu e j p L ... , . , ca rbone peut jouer ici lentement et a la température ai . ■ . , „ lui °sphériuiie, le même rôle qu’iï joue dans les fourneau* > , , . . eest-a-dire, convertir loxule en métal, en lui enlevam v - , „„ A oxigene. Tome 10, N iy4 CHIMIE APPLIQUÉE l’histoirè de l’acide sulfurique. —* Eu voici l’abrège’. yicicle vitriolique « Les chimistes François l’ont nomme’ acide sulfurique ; nom qui indique bien mieux que l’ancien , l’origine de cette substance. » » Tons les acides reçoivent, dans la nouvelle nomenclature, leur dénomination, des bases ou substances distinctes qui unies à l’oxigènr, (toujours necessaire pour l’acidification), forment chacun de. ces acides. Cette espece particulière d’oxige'nation qui produit les acides, et l’union subséquente de ccs acides avec diverses bases calcaires ou autres , avec lesquels ils forment des sols, plus ou moins solubles, ces opérations , disons-nous , forment le trait le plus essentiel de l’ouvrage qui nous occupe ; on peut en déduire les conséquences les plus profitables pour l’agriculture ; et aucun des auteurs agronomiques ne les a conside're'es sous ce point de vue. » « L’acide sulfurique est le plus puissant de tous les acides. 11 dégage tous les autres lorsqu’ils sont en état de combinaison avec les substances alkalines, terreuses ou métalliques ( 1 ). (i) Les sels métalliques formés par l’union de l’acide a l’aciucültuiie. 195 lorsqu’il est concentre, il agit d’une manière analogue à celle des sels alkalis pour détruire Ps substances animales ou végétales , en en 1 1 O ’ at -*gageant certains gaz, et formant avec elles (, e$ composés savonneux et 'quelquefois salins. Cp s composés sont d’un brun rougeâtre, semblable à la couleur qui résulte de l’action des a lbalis sur la tourbe oxigénée. » 5) On peut, d’après les principes exposés , employer avfec avantage l’acide sulfurique, pour Recomposer et mettre en action les sels inso- lobles accumulés dans certains sols par la combinaison des acides phospborique et oxalique avec des bases calcaires. L’acide sulfurique SetT >parantde ces bases, forme le gypse, tandis les acides en question, libérés momenta- ^ement, se combinent bientôt avec d’autres démens, et en particulier avec la magnésie, et forment des sels très-solubles et très-capables R e contribuer à la végétation. » »Et la série des procédés de cette chimie nalUr dle, ne se termine point ici ; car eu sup posant q Ue ces ac ‘ 1( ] es dégagés des matières cal- Caires, 0tu p ass ^ ^ p e ’ la t J e phosphates ou d’o- lc 1 'T" 6 ° U tnar * n avec ^ cs ra étaux blancs (l’argent, etc ), font exception à cette règle, q«e l’auteur donne com^ , , , generale. 196 CHIMIE APPLIQUÉE xalates rie potasse , rie soude, d’ammoniaque , ou de magnésie; et qu’ils sont devenus, parties intégrantes des plantes dans l’acte de la végétation ; le gvpse, ou sulfate de cliaivu demeurant dans le sol, est susceptible de former par l’addition du fumier , ou des engrais animaux et végétaux, une sorte de sulfure de chaux qui devient beaucoup plus soluble que le gypse; et comme on trouve ce sel dans les plantes, il est probable qu’il ne s’y est pas forme’ mais qu’il a été pompe' par leurs racines. C’est ainsi qu’on pourroit expliquer les bons effets du gypse en Amérique (i). U faut se rappeler que la combinaison du gypse avec les matières inflammables forme aussi une espèce de foie de soufre (sulfure) et que le gaz hépatique, qui s’en dégage lorsque par le procède' de l’oxigénation il repasse à l’état de sel neutre, peut fournir à la nourriture des trèfles et d’autres plantes dont l’organisation prête à ce genre d’influence. » i) C’est ainsi que par la connoissancc des effets chimiques, et leur application à l’agriculture, (t) Dans le lems où ceci a été écrit, on avoit à peine fait quelques essais en Angleterre de l’eraploi du plâtre sur les récoltes en végétation: on a appris à le connoître depuis. (Mars 1810.) A l’agriculture. 197 ° n P e,lt soumettre les diverses substances que renferme un sol donne' à des cbangcinens très- Yaries et à des combinaisons nouvelles qui toutes Se dirigent vers un objet de première impor- latlCe j savoir, la production d’une plus grande ^uuntité de substances alimentaires sortant de Cc roême sol. » L auteur ne s’étend point sur les acides ni- tri que, et muriatique ou marin; il dit scule- niCnt a l’occasion de ce dernier, qu’on peut le décomposer, ou séparer l’acide muriatique de la souJ e sa base, par divers procédés ; mais *î u d n’y en a qu’un qui soit assez économique P°Ur se prêter aux travaux en grand. Les arts et 1 agriculture réclament également de la ebi- ^te le perfectionnement de cette découverte. ^es acides, l’auteur passe aux principaux Se l s a base terreuse, dont il donne l’e'numé- ^ ll °n sous forme de tableau ; puis aux sels à asc alpine qu’il présente de la mème'ma- *| lere 5 il traite , en outre, chacun de ces sels d V ] Un artic l e à P art > f l u * ne renferme pas des dl s importans. Ses principaux résultats ^ploi des sels comme engrais sont tirés ex P ( ’ r >cnces du Dr. Home d’Edimbourg. excell eril cliiruiste a trouvé, que le sulfate , 6 ma t5 ue ’sie, ou sc j J’Epsom, parmi les sels a base terreuse, c t i e sulfate de potasse, parmi \ i 198 CHIMIE ArrEIQUl'lE ceux à base alkaline, tenoient Je premier rang pour l’influence végétative ; et faisoient l’un et l’autre produire un quart en sus 4 e grain aux terres qui en étoient ai rosées, que 11’en donnoicut celles qui n’avoienl pas eu celle pré- paration. Quant au sel marin, considéré comme engrais, l’auteur croit qu’il peut être efficace, répandu en petite quantité’ ; mais qu’il est nuisible lorsqu’on l’emploie avec excès. Il nuit surtout aux terrains maigres et peu fertiles. Dans un assez long chapitre sur les fumiers d’étable, de cours, et sur les composts } l’auteur discute les procédés divers des fermiers Ecossois et Anglois , et donne la pre'fe'rence à ces derniers, qui, loin de rien laisser perdre, garnissent de paille et de divers débris putrescibles les avenues même de la ferme. Il examine la question de la convenance d’employer une quantité donnée de paille ou d’autre substance, que les bestiaux peuvent manger, sous la forme d’aliment, ou comme litière ; et il se décide pour le premier de ces deux emplois, en conseillant la tourbe comme litière excellente dans les pays où on peut se la procurer. Voici sa théorie chimique sur la formation des fumiers. « Lorsqu’on mgle ensemble, dil-il, du fumier animal et des substances végétales, il se A i/agriculture. 199 ^gage une certaine quantité de chaleur par ahsorption du gaz oxigène ; et l’eau sc décompose, _4. mesure que le procédé de la putréfaction avance, l’ammoniaque ou alkali volatil (composé de gaz hydrogène et d’azote) se forme, ct dans son étal naissant se combine avec tels démens des matières végétales et animales qui se sont oxigénés ; il produit avec eux cette Matière savonneuse et saline dont on a souvent P ai 'fo dans ce Traité. On la provoque, cette formation , en mêlant et couvrant le fumier av ec unet quantité convenable de terre vege- hde j et fc'est ainsi que celui des couches, par exemple , est le plus complètement pourri et a ssimilé à cette matière sapouaceo-salinc dont ° D a parlé ; état le plus avantageux possible P°ur la végétation. » » On dispute sur les avantages comparatifs des fumiers vieux ou nouveaux. II faut seulement s’entendre. Si le fermier n’a en vue que la recol le prochaine, il doit employer du fumier complètement pourri 5 mais si l’on veut inlluer 6tir une suit e récoltes, et si l’on a affaire a un sol qui p u ; sse gagner par la fermentation de la chaleur q„ e {)rocure l’application du furmer frais , il Tant le préférer, mais l’enterrer immédiatement, et Lien à fond, ce qui n’est pas facile lorsque ta p a iu e esl i ongue . Ce genre de 200 CniMIE APrT.TQUÜE fumier est le meilleur pour les pommes de terre, qui sont souvent aqueuses ou attaquées par les vers lorsqu’on l’emploie trop vieux. )) L’auteur croit que la présence de la paille, en divisant mécaniquement le sol, procure à l’air atmosphérique [dus d’accès et plus de surfaces de contact dans son intérieur ; etqu’ainsi l’oxigène de l’atmosphère s’y combine plus aisément avec les débris végétaux, tandis que l’azote est absorbé par la végétation nouvelle. On peut hâter la putrescence des fumiers par un degré de chaleur et d’humidité convenables, et par le mélange de quelques matières salines en petite quantité : les sulfates de potasse, de soude, de magnésie, et de chaux, ont cette influence, et passent à l’état de sulfures. De là vient l’odeur très-désagréable des fumiers ainsi mélangés. Le muriate de soude (sel commun) ne produit pas cet effet. L’auteur s’étend avec beaucoup de détail sur les avantages comparatifs de l’usage de fumer les prairies (top -dressing) ou de les rompre pour les renouveler de tems en tems. Il penche pour le premier de ces deux procédés, et indique pour engrais les plus convenables dans ce cas , la chaux mêlée avec le terreau noir, —■ ou avec la tourbe —les cendres de tourbe — celles de houille — el la suie. Il N A L’aGRICULTURJÎ. 201 e 8 ar de comme la meilleure préparation de la 0u, l>e pour cet objet, celle dans laquelle on ^ em ploicroit des sels à base alkalin e, ou bien a chaux, (j U j es t à meilleur marche ; et il prescrit le procédé qui peut rendre celte préparation uniforme, et toujours efficace. (t U faut, dit-il, mêler de la chaux reccm- Inei H laite, et éteinte , avec cinq à six fois son P 0l ds de tourbe modérément humide. La cha- eU| qui se produit dans ce me'lange n’est ja— niai ® »sscz forte pour réduire la tourbe à l’état charbonneux , ni pour en chasser les acides. ^ s ’y dégage les gaz hydrogène et azote qui ^ 0rr nent l'ammoniaque, lequel s’unit à la partie 0ïl génée de la tourbe et produit une matière Sa line soluble, composée de phosphate et d’o- Xa Iate d’ammoniaque, dont les bons effets sur a Ve gétation ont été déjà indiqués. Le mélange e la chaux et de la tourbe, doit se faire à c °uvcrt pour qu’une pluie accidentelle n’en c hanun „ , • ç, ® Pas les circonstances. » . n 6 P r ®paration est surtout efficace sur les trelles et es prairies d herbe courte; et le soi g ne Un e disposition qui tend à anéantir les ‘ ses Plantes. De tous les emplois possibles de la tourbe r , - , , ,, . 1 , „ ,, . c clui de la réduire en cendres pour eu (aire u n „ , . i t . „ 1 e ugrais est le moins productu, et consequemment 1 • • v ■ • cul le moins economique. V oict 202 CHIMIE APPLIQUEE l’ordre dans lequel l’auteur place ces divers mélanges. Tourbe avec le fumier et l’urine des bestiaux. '-avec les sels à base alkaline. -a\ec les sulfures alkalins. -avec le sullate de soude et la chaux. - avec la chaux. Dans les cas où le sol ne contient pas une proportion convenable de matière calcaire, la dernière, ou les deux dernières de ces préparations doivent être préférées; et en général l’application d’une quantité modérée de chaux de tems en tems, mêlée ou non avec la tourbe, a beaucoup d’avantages sur la pratique de mettre la chaux à la fuis et en abondance. L’auteur en développe les raisons , trop évidentes pour qu’il soit nécessaire de les indiquer. \ 01C1 seulement quelques réflexions qu’il fait sur l’usage de la chaux. « Les effets produits par la chaux, sur les corps organiques, indiquent clairement qu’il ne faut jamais la mêler avec le fumier ou avec aucune des substances qui, d’elles-mêmes, ou par l’application des matières salines pas- seroient à la fermentation putride. Non-seulement la chaux suspend cette fermentation , mais elle dégage, à l’état gazeux , une portion des ingrédieus constitutifs de ces substances; a l’agriculture. 203 ct avec celles qui restent, elle forme des composes insolubles, inutiles à la végétation jusqu’à ce qu’ils aient été'de nouveau décomposés 01 mis en action par d’autres substances. Dans la formation des composts, le riche terreau de la surface du sol est de toutes les substances la plus convenable, en proportion modérée, pour provoquer la dissolution et la putréfaction c °mplèle du fumier. L’addition de quelques sulfatos accelereroit beaucoup le procède'. fauteur lire de la facilite avec laquelle l’eau de nier se corrompt dans la cale des vaisseaux ou elle est mêlée avec la matière extractive du l’ois, cl dans les marais salans même, lorsqu’elle y croupit trop long-tems, des induc- tl °us sur l’avantage qu’il y auroit à arroser d’eau de mer lorsqu’on est à portée de le faire, les fumiers et les composts. Il croit même que uet avantage est tel, qu’il vaudroit la peine de COns truire une machine à feu qui pût, en éle- vant 1o oo tons d’eau par jour à la hauteur de verges , fournir cette eau à 292 fermes ; et il calcu] e C j Ue ce moyen procureroit, pour ^ l^ v ‘ 10 s lu st. } 33 tuns de sel , qui auroient Ae^ eniploy e 'ç s nature, 379 hv. îosh.st. A l’occasion du choix des plantes qui peuvent servir de pâture aux divers bestiaux, l’auteur insiste sur la convenance de donner aux chevaux 2o4 CHIMIE APPLIQUEE de travail une sorte de nourriture qui leur permette de satisfaire promptement leur faini, afin qu’ils aient plus de teins pour se reposer dans les intervalles qui leur sout accordes. Le trèfle vert, le sainfoin , la luzerne , peuvent remplacer l’avoine; mais lorsque les chevaux sont nourris a l’ordinaire de foin sec ou de paille, il faut nécessairement leur donner du grain dans lcslemsdc travail. L’orgeseroit préférable à l’avoine; en Espagne et en Portugal où l’on en fait usage, les chevaux la mangent plus volontiers qu aucun autre grain. Et ce ne sont pas seulement, ajoute 1 auteur, les chevaux étrangers, qui témoignent cette préférence; car c’est un fait bien connu que, lorsqu'on 1761 on envoya en Portugal le régiment de cavalerie légère de Burgoyne, on crut devoir réserver soigneusement, pour l’ouverture de la campagne , l’avoine envoyée d’Angleterre, et on nourrit, dans l’intervalle, les chevaux avec de l’orge ; ils s’y accoutumèrent si bien que, lorsqu’on en revint à l’avoine, ils n’en voulurent pas. On ne peut cependant parvenir à convaincre les pallreniers Anglois que l’orge mérite la préférence sur l’avoine. » La différence des prix est encore un argument en faveur du premier des deux comestibles, déduction faite du son qui se produit lorsqu’on convertit l’ UQ a l’agriculture. 205 ^ I aulre en farine ; opération’ que l’auteur ^commande avec beaucoup d’instance et de Raison : ou , ce qui seroit encore mieux, il faudroit donner ces grains apres leur avoir fait subir le genre de fermentation qui les convertit e c dréelle. Parmi les produits de certains arts, et des travaux domestiques, qui peuvent servir d’en- g r ais, l’auteur distingue essentiellement la suiCj *l u 'il considère comme très-propre à de'truire Un assez grand nombre d’insectes nuisibles aux récoltes, et comme pouvant, par l’union de Sa partie résineuse et bitumineuse avec les engrais salins, former un savon très-végétatif. Pà où la suie est rare ( et elle l’est un peu par- tout) on peut lui substituer, poids pour poids, I e goudron tiré de la bouille. Il n’y a rien de bien nouveau dans les articles de l’auteur sur le dessèchement, sur les labours des jachères, et sur l’écobuage ; il n ’ a pprouve qu’avec beaucoup de restrictions ces deux dernières pratiques, et croit en particulier, C j Ue p em p]oi raisonné de la chaux, , des alkalis, en général de matières salines peut être sut> s ^ lue » avec avantage à la combustion du sol. Après avoir ; n j k{Ue ' ] cs divers ingrédiens qui peuvent sc reu Con j rcr dans un S °1 donné, 2o6 CHIMIE APPLIQUÉE et avoir fait connoîlre les propriétés chimiques de chacun de ces ingrediens en particulier , l’auteur propose aux cultivateurs un mode d’analyse propre à leur (aire reconnoître la proportion relative de ces ingrediens dans une terre arable quelconque ; voici ses procédés. « L’agriculteur, dit-il, doit être en état de distinguer par le moyen des épreuves chimiques, les proportions relatives des substances suivantes , dans divers terrains. » Argile ou glaise. Craie. Sable. Magnésie. Terre de fer (oxide de fer). Matière végétale. Son laboratoire consistera en deux assor- timens de balances avec leurs poids ; l’un pour peser quelques livres à la fois, et l’autre pour les onces et les grains. Quelques vases de porcelaine, ou de grès sans couverte. Un peu d’acide muriatique et un peu de soude. Il s’y prendra ensuite de la manière qu’on va lui indiquer. » )> Pour reconnoître la terre calcaire , il versera sur une portion du terreau dans lequel il la soupçonne, un peu d’acide muriatique étendu d’eau. S’il y a en effet de la terre cal- a l’agiiiculture. 207 c; " re ) il y aura effervescence et production du Curiale de chaux. On enlèvera ce sel par le lavage du résidu, et on le fera évaporer à un Certain degré. On précipitera la matière cal- C;,lr e, parle carbonate de soude; on la recueil- l e, a, ft on | a pèsera après l’avoir bien lavée Cl desséchée. Le rapport de son poids à celui du terreau sec d’où elle procède , indiquera la Proportion de celte substance. » ® Le même procédé, et le meme acide, serviront à découvrir la magnésie, et a en établir la quantité relative dans le terrain qu’on examine. Elle n’y est jamais en bien grande proportion, mais plus abondante cependant, cj't’on ne le croit d’ordinaire. Lorsqu’elle s y trouve unie à la terre calcaire, et c’est le cas I e plus fréquent, elle est dissoute avec elle par l’acide marin, on les sépare par le procédé suivant. » On les précipite l’une et l’autre par l’alkali minévat aéré (carbonate de soude). O11 lave le précipi^ j e dissout avec une quantité suffisante d’acide sulfurique étendu d’eau. Cet acide form e a Vec ] a matière calcaire , le gypse, sel ties-peu soluble ; et avec la magnésie, le s* 1 d Epsom , se dissout très-facilement. On séparé ce s deux sels par l’effet de h priorité dans la cristnlli Sal i 0n . ct après avoir enlevé à i 2 o 8 CHIMIE appliquée chacun son eau de cristallisation, et les avoir amenés à un degré uniforme de sécheresse, on détermine leurs pouls respectifs y et 1 on peut établir la quantité de magnésie ou de chaux dans chacun , par les tables de Bergman , ou celles de Kirvvan , qui donnent les proportions d’acide, d’alkali, de terre, et d’eau, contenus dans divers sels neutres : par exemple. » 100 parties de gvpse (sulfate Acide. Cliaux. Eau; de chaux) contiennent . . 48 34 18 100 parties de sel d’epsom Acide. Magnésie. Eau. (sulfate de magnésie) ... 33 19 48 •» Comme la glaise, et le sable qui se trouvent à diverses proportions dans les terres argileuses, ou dans les sablonneuses, se reconnoissenl à l’inspection et au tact, on n’a pas besoin de moyens chimiques pour les découvrir. On peut déterminer par le lavage la proportion des parties plus grossières , des matières siliceuses ou de sable, qui se trouvent dans le sol qu’on examine. » 5 ) On reconnoîl la présence du carbone lorsqu’il est en proportion un peu marquée dans le terreau, soit à sa couleur noire, soit aux débris de végétaux qui abondent dans cette variété de sol. Dans les terres argileuses ou autres, dans lesquelles le carbone ne s’annonce pas a i/AGincrTTtnvn. ' 209 pas à l’œil, on peut le découvrir par 1 une des deux méthodes suivantes. » )) On dessèche une certaine quantité de cette terre, cl ou la pèse exactement; on lui donne ensuite un degré de chaleur suffisant pour réduire en cendres tout ce qu’elle peut con- tenir de végétal, mais pas assez fort pour < le " gager l’acide carbonique , qui pourvoit etre contenu dans cette même terre. La perte de poids qu’on observera après la combustion don' pera la proportion du carbone. )) )) On peut la découvrir de même, en faisant fondre et rougir du salpêtre dans une cuiller de fer, et en profilant peu à peu sut-le sel, à cette haute température, la matière terreuse à éprouver, après l’avoir préalablement bien desséchée» Ou ne cesse que quand la déflagration de tout le salpêtre est terminée. Moins il faudra de terre pour produire cet effet, et plus la terre contiendra de carbone. Le degré de noirceur fl Ue prend dans son intérieur une masse de terre WsepPon la chauffe fortement, est encore un indice de la présence du carbone. » » Quant au x matières salines solubles qui peuvent se trouver dans les terres, on les e x ~ trait par la lixiviation à l’eau bouillante; on fait ensuite evaporer une partie de celte eau et onlaisse cristalliser les sels dans le résidu. » 10. O 210 CHTMTTî APPLTQUIÆ i) On reconnoîl la présence du gypse (sulfate de chaux) en faisant bouillir la terre avec addition de soude. Le sulfate de chaux se décompose , et il so forme du sulfate de soude, tics soluble , et qu on se'pare par lixiviation. On détermine la quantité primitive de sulfate de chaux, en pesant, après l’avoir desséchée, la matière calcaire qui a été précipitée par l’ai- kali, et en lui ajoutant, par le calcul, la proportion d’acide sulfurique qui lui étoit unie, dans l’état de sulfate de chaux, déduction faite de l’acide carbonique qui se trouve uni à la chaux précipitée. Voici les proportions des acides carbonique et sulfurique , dans le carbonate et le sulfate de chaux. » . ,1.1, , carbonique. Chaux. Craie (carbonate de chaux). 43 53 Acide sulfurique. Chaux. Gypse (sulfate de chaux) . 48 34 «Voici un exemple du calcul de la quantité totale du sulfate de chaux. )> Résidu on précipité de carbonate de chaux par la soude. 48o Proportion d’acide carbonique, à déduire. . 212 Chaux pure. 268 Proportion d’acide sulfurique pour en faire du gypse..• • 354 Poids total du gypse avant sa décomposition. 622 Ces details précédons sont suivis de trois 211 A i/aciucui/ture. chapitres dans lesquels l’auteur donne des di- renions generales sur la manière de traiter trois Varioles qu’il distingue dans les terres arables j savoir, les sols argileux , crayeux OU calcaires, et sablonneux- Avis à l’usage des cultivateurs. L’ameur distingue deux classes de sols argileux. Les uns renferment dos dépouilles végétales a un liant degré d'atténuation , ou bien sont imprégnés d’huile minérale. Ces terrains ont une (milité permanente et produisent d’ex* celions grains. Ils contiennent pour l’ordinaire, une proportion suffisante de matière calcaire, el 1 addition de la chaux leur seroil plutôt nuisible qu’avantageuse. Mais il y a des terres argileuses composées glaise pure , de sable , et d’oxidc de fer. « Ceseroit, dit l’auteur, une tâche herculéenne, que de rendre fertile un sol de ce genre. » — La chaux seule y seroit inutile, niais un mélange de choux et de tourbe') à !•* proportion de huit tuns de chaux et de qua- raiite-i,^ ( j e loul .| )e pjy. acre ^ p 0 ur le moins, ssiroit probablement à rendre ce terrain piopre a devenir pâturage, et ensuite terre à gi ain. L écobuage peut quelquefois réussir à dénaturer iusrn, J ' • ■ , ' * 1 a un certain point des terrains de cette espèce, et J es ameilb I ir au venable a Ja culture. axa chimie appliquée La craie pure est stérile; mais son mélangé avec l’argile et les débris organiques, peut former un sol très-fertile, particulièrement pour la culture des feves et du ble. Les terrains crayeux produisent une herbe douce et courte, et sont plus propres au pâturage des moutons qu à la culture des grains. Il n’y en a point qui gagnent autant à être arroses. Il ne laulpas chercher trop légèrement à les rompre pour le labourage. L’addition de la glaise leur est très-profitable, et la tourbe y réussit aussi fort bien. Mais malheureusement ces deux substances sont très-rares dans les tractas crayeux. Le sainfoin réussit, particulièrement dans les terrains de ce genre; surtout quand on pont les amender avec de la cendre de houille. Quelques quintaux d’un sel vilriohque, ou sulfate, par acre, produiroient le même effet; et on pourroit, dit l’auteur, se procurer ces sels à bon marché si l’impôt énorme qui porte actuellement sur le sel marin et les eaux-mères des salines, prrmclloit d’employer ces substances dans la pratique de l’agriculture. « Mais, ajoute-t-il, si l’on ne prend des mesures efficaces à cet égard , ne nous étonnons point lorsque nous verrons la France prendre l’avantage sur nous, dans la culture, comme elle l’a A i/agiucui/ture. 215 fait dernièrement sur d’autres perfectionne- tRens miles, qui donneront, avec le tems à son agriculture beaucoup d’avantage sur celle des autres nations. » — » Quant aux terrains sablonneux, dit l’auteur, il non est aucun que l’industrie de l’Iiommo ne pui sse rendre fertile. Témoins les sables du Comté de Norfolk. On en a consolidé la surface par un mélange convenable de glaise ou de marne argileuse qu’on trouve, au dessous, à une certaine profondeur. El dans ce genre de composition d’un sol végétal il V “ moins de dépense à faire, et plus de succès » attendre de l’addition de la glaise à un terrain sablonneux, que du mélange du sable sur " n fond glaiseux. — H y a wrr;,inS lorme9 presque exclusivement de sable et de petits coquillages, et qui sont singulièrement ferule^ on peut donc substituer ces coquilles à la g aise quand on en trouve ; mais il est rare qu on ne rencontre pas de la glaise, à une certaine profondeur sous le sable. )> Les chapUres suivans, sur les terrains a culture permanente; et alternée par des jachères, sur la culture des marais et terrains tourbeux, et celui sur le genre de culture , prop rC aux lies d’Amérique, roulent sur des objet* trop particuliers po,ur être mentionnés ici*. 214 CHIMIE APPLIQUEE « Plusieurs ooriv.-tins agronomes affirment , dit l’auteur, qu<’ le luraiii contient do l'huile; et ils recommandent l'application de la chaux à celle huile , pour la rendre soluble dans l’eau. i) « Il y a peu d’expressions qui aient eu? employées plus mal-à-propos en chimie ou en agriculture que ne l’ont été' les mots huile, et soufre . Le soufre ne ressemble à aucune attire substance; et le mot huile ri’cst applicable qu’à ces matières onctueuses, inflammables, qui se produisent dans 1rs animaux et les végétaux, en conséquence d’une organisation particulière. On peut y joindre les huiles bitumineuses, et cmpyrcmm't'ques, retirées par la distillation J,, s substances qui sont d’origine animale ou végétale. Mais l’eau des fumiers n’a aucun rapport avec ces substances. C’est une liqueur extractive, mucilagineuse, et saline, dont on ne peut nen extraire d’huileux, non plus que le fumier lui-meme, que par l’acte de la distillation ; acte dans lequel l’huile se forme par une combinaison nouvelle, qui n’existoit pas dans la sub.'iance ainsi traitée. » Non-seulement, l’auteur nie que le fumier contienne nue huile proprement dite, mais il nie également que hi chaux fasse avec les huiles véritables, un savon permanent. L’union pas- A l’ao IUCUXTURK. 215 sagere qu’elle contracte avec cette classe de substances est bientôt détruite, quand la chaux s’est saturée d’air fixe ; et à cette époque l’huile s’en sépare et surnage. Le seul effet que produise la chaux, sur l’huile végétale, est de la rendre plus fluide et plus ressemblante aux huiles animales ou autres, atténuées par de fréquentes distillations. « Loin donc, ajoute-t-il, que la chaux rende le funner plus soluble., elle forme avec lui des sels insolubles; et elle le détériore, sous un autre point de vue, en en dégageant l’amrno- niaqne, q u J 8e dissipe dans l’air sans bénéfice pour la végétation; tandis qu’il auroit pu avec les acides phosphorique, et oxalique , former des sels neutres, très-végétatifs. C’est donc une pratique, bien erronée, que celle qui conduit a mélanger la chaux et le fumier. » 3t6 DtiS engrais les plus avantageux aux divers sols, et des causes de leur influence dans chaque cas particulier; par Richaud Kikwan, Esq. Membre de la Société Royale et de l’Académie Royale d’Irlande, auteur des Élémens de Minéralogie, etc. iu-8. 2 s. Vernor et Ilood 1796. T v structure des végétaux , leur accroissement , leurs fonctions , leurs maladies , leurs particularités , leurs rapports éntr’eux et avec les variéte's de sol et dVngrais qui leur conviennent , tous ces points de vue divers contribuent à faire de l'agriculture considérée comme science , une élude profonde , et dont les progrès sont nécessairement lents. « On a souvent remarque , dit l’auteur , qu’entre les différons perfectionnernens que la plupart des arts ont puises dans les découvertes re'centes faites en physique et en chimie , la part de l’agriculture a été presque nulle, et qu’elle existe maintenant à peu près dans le même e'tal oit elle étoitil y a deux mille ans. » -M.K. combat cette opinion, et soutient que l’agri- DES ENCRAIS. 21 rj culture a fait de grands progrès dans noire siècle ; il le prouve en renvoyant aux écrits de Caton , de Coliunelle, de Pline, qui, dit d , sont fort inferieurs aux ouvrages de nos contemporains. 11 admet aussi que l’expérience vague et fortuite a plus contribue à rendre 1 agriculture florissante qu’aucun des principes generaux qu on auroil pu déduire des comtois* sauces nouvelles, soit sur le procédé de la végétation . so j t sur ]., nalm , e t ] es terrains j ni.u» d ajouta , que les lumières qu’on acquiert ainsi par iiasard sont nécessairement partielles, et ordinairement locales; les termes même fpt emploient les agriculteurs de profession pour les désigner, ont presque toujours une signification vague et incertaine : c’est surtout sous ce rapport que la science peut et doit venir a leur aide. C’est une question proposée par l’Académie royal c d’Irlande , qui a fait prendre la plume a M. Kirw an> Le titre de son ouvrage est J e— nonce meme, de cette question. 11 commence par exposer celles d’entre les décotrn.it cs modernes qui peuvent jeter plus ou moins de jour sur les procédés , encore si cachés de la vege lat j on _ j| (j cr j t d'une manière claire et populaire et cherche à moin e à portée de tous les lecteurs les principes de chimie 218 Tir:s engrais. el de minéralogie qu il est appelé à introduire. Voici les notions précises rju’il donne , et les ingénieux rapprocliemcns dont il les fait suivre. 1." Lu Soi- La couche de terre dans laquelle végètent les plantes est un compose ordinairement double ou triple, de quelques-unes des terres appelées primitives par les chimistes (î). (t) Le nombre de ces terres, dites primitives, n’est pas encore finalement détermine. A mesure que l’analyse chimique se perfectionne, on découvre de nouvelles substances qui, avec le caractère générique de terres, ont des propriétés particulières qui les distinguent enlr elles; mais celles-ci appartietun ut à des minéraux si rares qu’elles peuvent, sans inconvénient, être laissées encore quelque tems dans le laboratoire du chimiste- l't sorts le rapport surtout de l’agriculture, on ijfut s’en tenir aux cinq terres primitives déjà reconnues depuis vingt ans; savoir, la terre cal- cairP, ou la chaux j la terre pesante, ou baryte ; la magnésie, ou terre muriatique ; l’argile otf Calamine • et la terre siliceuse ou la silice. Los quatre premières sont plus ou moins solubles dans les divers acides, avec certaines circonstances et certains effets, qui servent aux chimistes à établir les propriétés distinctives de ces terres; la cinquième se reconnoît facilement à son insolubilité dans ces mêmes acides (à lYxcepti 011 d’un seul). Elle est, en revanche, parfaitement soluble aux substances appelées alkalis, à l’aide du leu; et elle compose avec eux le verre ordinaire. DES TîNCRATS. 2ig Ija terre pesante, ou baryte, ne s’y rencontre pas, pi la magnésie y entre rarement cl en petite quantité. Ce sont donc les trois terres appelées chaux ou calce , argile oit alumine , et terre siliceuse ou silice, cpti forment par leurs mélanges divers ce rpi’on appelle la terre végétale. On trouve en outre , dans les terrains les plus fertiles, une petite portion de substance charbonneuse provenant de la décomposition des plantes qui y ont précédemment végété; et nî_.» , , , r . , dans le N o° 1nt etonne “ tt i*Uque vous avez rapporte i>. . , ' 5 votre Journal, à la page 168 de mise de père en n methode > d«tes-VOU S , « été transitait marné alors ? depUi * 2 à 3ü0 ans ' T ° nt ^ P ° yS partie de son, e/r’ ^ ’ narne a P erdu aujourd'hui une marne est parCnT' ^ ^ * WB ~ h f * Bergman. Ce saV ani > CC ° rd avcc IeS * t ebimiste mare qu'en analysant DES ENGRAIS, 230 ^ Celle llieorie comporte meme pins de précision qu’un ne l’avoil ngine jusqu'ici, cl pourvoit les meilleurs terrains, indépendamment des débris de végétaux et d’animaux qu’y «voient porté les engrais, il y avoit toujours trouvé un mélange de différentes terres à peu près dans les mêmes proportions, savoir sur dix parties de terrain, 4 Argile 3 Sable 2 Terre calcaire i Magnésie. Il suit évidemment de ce principe, que, si pendant une longue suite d’années on porte toujours sur le même terrain une certaine quantité de la même marne, ou atteindra et on surpassera même enfin la juste proportion des terres qui doivent entrer dans sa composition, et on y fera dominer outre mesure celles qui evirent dans celte marne. Il conviendroil alors de chercher une autre marrie dont les terres élémentaires eussent entr elles d’autres proportions. Si, par exemple, on avoit rassassiq ries terres d une marne o-u la partie calcaire domine, il faudroit en employer une autre ou dominé* la partie argileuse; et en général tendre ■toujours à établir la proportion déterminée par Bergman, ou quelque meilleure si on la trouve. Ces ex^ péricnces sont U'.ès-façiles : on peut avec du vinaigre, séparer le saule et les parties argileuses, des parties calcaires et magnésiennes. On sépare ensuite par la lotion le sable de l’argile; à la vérité les parties magnésiennes demeurent unies aux calcaires et en dissolution daus le \i..aigre doit il est un peu plus difficile de les 231 des engrais. A. C r e soumise au calcul. La quantité relative Jes terres élémentaires dans im sol donne étant établie, ainsi que ce ]) e qu^^o,-],*»,,! les plantes diverses qu’on y recueille , on determincroit, 60 co »nparant l’une à l’autre , l'époque à la- tl'ielle le sol sera épuisé, à moins qu’on ne le renouvelle par des engrais ou des marnes. On pourroit même trouver ainsi a priori l'espèce et ] mnrnC ^ ^ US Conv<>na ide h un sol donné, ejuantité nécessaire à son renouvellement. a faculté qu’ont les diverses terres d’imbi- séparer; mais comme elles se trouvent commum , " iea réunies dans les marnes, ce n’est guèves que l> r0 portions de sable et des parties argileuses, a vcC terres absorbantes, que l’on peut et que Ion doit chercher. En général, nous sommes encore s, saU _ les principes chimique de lagricu tioc, q wC . ct rou trop recommander les recherches < ^ aux votre. Journal en indiquant, à toute perfec- A «gluis même, ce qu’il faudroit hure P ^ ^ 0TU , cr Uonner ce t art , d ’ une si grande utilité, l . ^ au genre hu malll c trs leçons de Va plus hau ■ ^ lance. Agréer mes va! „ x pour le succès tC c ^ ireprise. Signé De Saussure, 1 Conche, ce 10 Mai i 7 yG. Presser vos P. S. Si vous jugez cefte lettre digne tl,n s un j e lecteurs, nous êtes les martres de l'iiisérer vos Kuuiéros. 202 DES ENGRATS. ber et de retenir IVau , est encorejine circonstance très-importante dans la végétation. Elles ont c< ne propriété dans l’ordre suivant. — Argile, magnésie, chaux, silex. 5 ° Les Sf.es. — A l’exception des sels formés de chaux et des acides sulfurique et phos- phorique , les matières salines entrent en très- petite quantité dans la composition des substances végétales. Elles semblent plutôt y faire des fonctions analogues à leurs efTels dans les viscères animaux; c’est-à-dire, qu’elles sont plutôt des assaisonnemens, des digestifs, qu’elles ne sont de vrais alimens. Voici les quantités de matière saline contenues dans un poids de mille livres de chacun des végétaux suivans : e livres de chêne donnent en liv. cent • matière saline .... i ,5 o d'Ormeau ..... 5 , 9 ° de Tilleul. 1,27 de Sapin. o ,45 de bois de Vigne 5 , 5 o de Fougère. 4,25 de tiges de Maïs . . . i 7 , 5 o de Buis. 70,00 de Fume terre .... 79>8o de Trèfle de prés 0,78 deVesces. 27,00 de feves avec leurs tiges . 20,00 des enorats. 253 Quant a la proportion entre les matières salines et terreuses , il paroît résulter des expériences faites jusqu’à présent, qu’elle est I a moindre dans les substances ligneuses. Dans les autres plantes la substance saline est a la substance terreuse comme 1 à 1-; 1 j ou 2. M. Ruckert, à qui l’on doit ces recherches, donne cependant les exceptions suivantes. Proportions des matières salines ou terreuses. U* lï. 100 Dans le chanvre comme 1 à 8 Mm.> ; 'k'Y»*"- les carottes jaunes. 1 Tu 1 les pommes de terres. 1,1 les turneps. • • 1 • le blé. 1 ’ ^ , ■ 1.8 le riz. o l’avoine. ... 1 - . . ■. 4 .° Les engrais. — Ceux qu’on etnp plus ordinairement sont la chaux , l eS ma * I e gypse , les cendres , les résidus des savon neries , le f um ier des écuries, celui des cou des fermes, l es os pulvérisés, les cendres <>s > les plantes marines , et les récurages o *" , fossés. Les diverses sortes de fumier 5 af, ‘ donnent une grande variété de produits, près les principes exposés ci-dessus» on ex J)GS ENGRAIS. 5234 plique l’efficacité de certaines operations qu’on ne peut guères nommer engrais , mais qui ont des effets analogues. C’est ainsi qu’on amélioré un sol glaiseux en y mettant l’ingrédieut calcaire et du sable, grossier ; là , les marnes et surtout le gravier de pierre à cbaux, sont d’un très-bon effet. Un sol crayeux a besoin d’argile et de gravier. Un sol sablonneux se corrige avec la marne Calcaire ou avec un mélange de glaise et de chaux. Les terrains inlerme'diaires demandent un traitement d’après ces données. On détruit les bruyères avec la chaux ou le gravier de pierre à chaux. Les marécages , après une dessication et une combustion préalables , doivent être couverts de gravier < t de chaux ou de marne calcaire ; enfin , le fumier entant qu’il fournit le principe charbonneux , est un ingrédient très-essentiel dans toutes ces compositions de terrains (1). Les effets singuliers du gypse , comme engrais, furent découverts en 1768 parM. Mayer, (1) Il semble que l’efficacité des fumiers ne dépend pas seulement du principe charbonneux qu’ils contiennent, car on remarque que les fumiers qui ont trop vieilli, se réduisent à une sorte de caput mortuum, dont l’effet est beaucoup moindre; cependant le carbone y réside encore. I DES ENGKAI3. 200 ecclésiastique allemand. Ou l’a employé d< P u ' s avec un succès remarquable , non-seulement on Allemagne, mais eu Fiance, en Suisse et en Amérique. Son effet en Angleteiie ne pa roîi point aussi avantageux, peuleltc paice que le principe calcaire est en excès dans nos terrains. C’est aux terres glaiseuses que ce pro cède paroît convenir le mieux (l). 11 faut répandre le gypse pulvérise dans les mois de février ou mars, à la quantité de six bushels par acre. Celle matière paroît fertiliser en accélérant dans un degré éminent la fermentation , et en contribuant aussi à la nourriture des plantes. Voici comment se termine le Mémoite c l’auteur. « Pour revenir , dit-il , a la question piop° see , les grands desiderata paroissenl eti > 1. ° les moyens de rendre le charbon solu l’eau , pour l’introduire dans la végétation ; 2. " de découvrir quelle est la composition ou le mélange, d cs diverses terres propres a retenir ou exhaler convenablement la proportion d eau t avec 1c (■i ) 11 est diflicile de concilier cette l H '° ? ^ plâtre* fait connu de vous nos cultivateurs, savoir ^ ca ^_ fait beaucoup plus d'eltci dans les terres b'o' * caives que dans les terres argileuses. DES ENGRAIS. 256 relative à la quantité' moyenne qui tombe dans un climat donne'. Nous avons vu que c’e’loil de ce rapport que dependoit surtout la fertilité de chaque pays. On a pu aussi s’apercevoir que pour perfectionner un iprrnin , d’une manière régulière et systématique , il faut connoître ses défauts et le degré précis de chacun de ces défauts. L’analyse chimique seule peut donner là-dessus des lumières. Aussi long-tems que' l’éducation des fermiers sera négligée comme elle f est actuellement, on ne peut leur supposer les connoissances nécessaires pour réaliser ces divers procédés ; mais tous les pharmaciens des campagnes sont en état de le faire. Si le public encourageoit ces expériences , le prolit qui en re'sulleroit pour eux , les engagerait à acquérir une branche de connoissance si voisine de celle qu’ils ont étudiée par état. Les gentilshommes qui cultivent leurs terres, pourroient aussi en envoyer des échantillons aux chimistes de la capitale , et lorsqu’ils au- roient apprécié les avantages de ces recherches, ils instruiroient, par leur exemple , leurs voisins, toujours défians. Plusieurs, peut-être , d’entre ces gentilshommes, prendroient goût à ce genre d’occupations , bien propres à remplir tant d’iicurcs et de jours vides que laisse souvent la solitude des.champs} occupations DES ENGRAIS. 237 surtout embellies par la persuasion qu’elles sont peut-être celles qui contribuent le plus directement au bonheur du genre humain. Sujets divers d’Agriculture , par J. Franklen de Lanmiiiangle. ( Correspondance de la Société de Balh. ) Je communique a J a Société' tout ce que j’ai occasion d’observer dans ma ferme, en espérant quil se trouvera des choses utiles au public* dans le nombre de nies observations. Je vous ai informe' que j’avois éprouve' le meme avantage pour la nourriture des porcs, en employant des pommes de terre crues, qu’en les leur faisant cuire. S’il falloit faire cuire celte racine pour un très-grand nombre d’animaux, cela scroit embarrassant, et coûteux. L’incer- ■atude de la récolte des turneps m’a engagé à planter, l’année dernière à la charrue , huit acres de pommes de terre. En octobre , j’arra- c îai mes pommes de terre, aussi avec la charrue. Comme j étois pressé de semer du blé, et q ue je n avois pas 1 espérance du beau tems , j e me hâtai d entasser mes pommes de terre, encore humides dans une grange. J’ en eus, je pense, de 60 a 70 tnns, q ue j’aurois pu faire conduire 3 58 SUJETS DIVERS à Bristol pour i5 shellings par tun , et qui ni’uuroicut rendu , net défiais, environ une livre sterling par tonne ; mais je préférai essayer d’en nourrir mes bestiaux. Je les fis remuer une fois avant le mois de janvier; et de ce momenl-la, je les fis donner, avec du foin, à mes bœufs de travail, à mes bœufs à l'engrais; à mes vaches, à mes chevaux de selle et de irait, à mes poulains, et à mes cochons. Tous ces bestiaux s’en accommodèrent très- bien , et profilèrent admirablement de celte nourriture. Je pense que ces pommes de terre ainsi employées, me rendirent bien une liv. sterl. par ton , en économie de fourrage et augmentation de fumier;,et je compte, à l’avenir, sur cette ressource dans les années sèches où les foins manquent, et où les lurneps ne réussissent pas. Mais, dans le voisinage des grandes villes, où l’on peut trouver jusqu’à ü liv. sterl. de la tun de pommes de terre, et ramener en retour des voilures de fumier, l’avantage de ma pratique ne seroil pas si grand. Je dois avouer que j’ai éprouvé du mécompte sur l’article de mes brebis relativement à mes pommes de terre. Elles n’ont pas voulu en manger autant que je l’espérois. Voici comment je m’y étoispris, en comptant les y forcer. J’avois parqué des brebis avec leurs agneaux D’AGRICULTURE. 25g dans un vieux jardin , où il y avoit quelques lauriers, des ifs , du buis, et très-peu d’bcrbe parmi beaucoup de mousse. Je les y laissai quelques semaines, en leur donnant des racines de disette , des rutabaga , des choux , des carottes, des panais, des pommes de terre, des feuilles de lierre, et un peu de foin. Elles piéléroient toutes ces diverses nourritures aux pommes de terre. Elles tnangeoient les arbustes verts, excepte le buis, dont l’amertume les rebute. Ellesmangeoicnl bien quelquespommes de terie, niais très-peu : elles en mangcroient probablement davantage si on les laissoit sans nourriture pendant un jour entier. U faut que le, Dr. Anderson, ail eu de tnau Vaise graine de racines de disette , puisqu d n a pas été content du produit de celte racine, q ul rend 3o tons par acre, sanslcs feuilles, dune excellente nourriture , et à laquelle on p eut faire succéder le ble des la meme année, c0 aux pmnmes de terre: avantage tvès-gtan , puisqu’il (t v i le une jachère coûteuse et inutile. J’ai eu V aune ' e dernière environ 00 tons par acre des choux nommés drum-headed (à tète de tambour). H s J orme ntuue abondante n» ur * nlinc en décembre et février. Ou , janvier , peut mettre eus.,;, , , , . , ^ Ue ues pommes de terre, ou uçs racines de ,, . . ‘usetie, et après celles-ci des SUJETS DIVERS 240 rutabaga et des choux-raves, qui supportent les gelées beaucoup mieux que les lurneps. Les moutons se font presser pour manger ce à quoi ils ne sont point habitués; mais la faim les détermine pourtant à manger tout ce qui ne leur est pas nuisible. Ils aiment singulièrement les rutabaga , qui sont plus substantiels, et plus doux que les lurneps, au mois d’avril. Je les ai conservées Cette année, dans le champ même, et sur la plante, jusqu’au moment où mes moutons ont pu pâturer les trèfles, les vesces d’hiver, et le ray-grass. La feuille du rutabaga , qui est lisse comme celle des choux, est fort agréable aux moutons. J’ai vu dans une lettre de M. Wimpey à la société, qu’il recommande de tenir les brebis et les agneaux dans les bergeries l’hiver, pour éviter une certaine colique qui emporte les agneaux les plus gras , lorsque les nuits commencent à être froides. Depuis plusieurs années , je réussis beaucoup mieux que mes voisins à sauver mes agneaux, en les tenant à la bergerie et ayant soin de les frotter avec du goudron, du beurre et de l’ail, avant de les mettre au foin. Cette opération les purge pour un jour ou deux. On a dans le Lanca-shire, une méthode inconnue dans les provinces du Sud, et qu’on nomme Salving, c’est de frotter les e’acriculture. a4i Jes montons avec du goudron et du beurre : on dit c/ue cela épaissit leur laine et les garantit de la galle. J aime à essayer tout ce qui est nouveau, et je serois bien aise d’avoir quelques de'lails sur les choux à faucher, dont il est question dans votre dernier volume. L’herbe de Caiohn , que j’ai essayée, a complètement péri: je ctatns que cette plante n’ait aucun mente. Les amateurs d’agriculture , dans le pays de Galles, sont disséminés sur un grand espace, et vu la nature montueusc du pays, les thveis Comtés n’ont que peu de communications ensemble. Le sol varie tellement d’une partie a l’autre, qu’il seroit extrêmement utile au pays» qu’il y eût, dans chaque Comté , une société d’agriculture occupée de faire connoitre et en courager tout ce qui seroit bon. Il y a pins d 3o ans qu’il en existe une dans le Brecon-slure. Nous avons imité cet exemple ; et je suis surpris qu’il y ait une seule province dans e Royaume où l’on ne trouve une association de gens aisés p Qur exe 'cuter tout ce qui paroîtroit utile. L’esprit p U blic manque encore; quoi- qu’assurément \ es améliorations, et tous l eS perfeclionnemens de l’agriculture aillent an-, jourd’hui bien tnie Ux qu’aulrefois. La vallée de notre Comté qui borde le canal ^ Q Tome 10. SUJETS DIVERS 242 de Bristol, l’emporte sur toutes les valle'es du- pays de Galles, en étendue et fertilité’. Nous avons de bonnes races de chevaux, celle des vaches et des brebis gagne sensiblement; mais dans le Nord de notre province, il y a des milliers d’acres de bruyères sur des hauteurs, où les bestiaux sont à peu près dans l’ètat de nature. Les habitans vivent dans les vallons étroits, et ne font guères autre chose que de garder leurs petits chevaux, leurs petites vaches, et leurs petits moutons, sur les coteaux ; ne faisant aucune attention ni à leurs races, ni à leurs pâturages. La grande difficulté' pour eux, c’est d’hiverner leur bétail. Ils retirent leurs vaches sous des abris; mais leurs moutons sont souvent ensevelis sous les neiges, pendant plusieurs jours ; et j’ai connu un fermier qui a perdu 5oo agneaux dans un hiver. Il fut occupé plusieurs années à rétablir son troupeau, parce que les races étrangères ne réussissoient point sur ces collines ingrates, et que tous ses voisins avoient plus ou moins souffert par la même cause que lui. .Les moulons de ce canton donnent à peu près une livre de laine ; et cette laine est plus jarreuse qu’elle ne le seroit si les ,moulons n’etoient pas exposés aux pluies et aux neiges (l). (ij Les expériences de Daubenton donnent un ré- è d’agriculture. s 2 ^3 Je crois que pour obtenir de belles lames, il faut une petite race , un pâturage court et sain , et un abri contre la pluie et b' neige ; niais pour trouver son profit dans une race, il faut que la taille en soit proportionnée à la fertilité de la terre : c’est une condition iudis pensable. Les dîmes, et le peu de fidélité des domestiques, ainsi que leur paresse , sont de grands obstacles à ce que les gens aisés, qui ne sont pas agriculteurs de profession , fassent valoir leurs domaines ; cependant il n’y a jamais tant eu de cultivateurs de celte espèce qu’il y en a aujourd’hui, et on leur doit la plupart des améliorations nouvelles. II faudroit que la Î01 injuste des dîmes fût abolie. Il faudroit que * * es propriétaires pussent faire des baux de 21 ans, ou de l4 au moins. Il faudroit une loi générale pour favoriser les clôtures, et la construction sut ta t directement contraire à cette assertion, reconnu aujourd'hui que plus les moutous son exposes à l’air, pourvu qu’ils soient bien nourris, et plus la aine acquiert de qualités. Les moutons dont parle 1 aule donnent peu de laine parce qu’ils sont dune r ‘ * ' .1 i . .1,1 tarre dégénérée, ét mal nourris; et ils donnent 0 1 oc prend parce que la race est jarreuse, et quon aucun soin de choisir le» béliers fins, p oU1 ’ rc P l ° duction. 2 44 SUJETS DIVERS des routes ; et on verroit les perfectîonnemens de l’agriculture marcher à grands pas. Il fau- droil encore que le Gouvernement, au lieu d’encourager le jeu et les gageures par la distribution des prix pour l’amelioratibn des races de chevaux , accordât, dans chaque province, une certaine somme aux perfectionnemens agricoles, sous la condition que le double ou le triple de cette somme seroit fourni, dans le meme but, par les souscriptions delà province. Celle distribution du Gouvernement seroit un stimulant très-efficace : parce que les particuliers aises ne voudroient pas perdre l’avantage et l’honneur qui en résulteroit pour eux , et pour leur pays •’ ils contribueroient de leur côte par des dons gratuits, pour complelter les sommes exigées. On verroit alors enclore et défricher ces terrains inutiles qm ne servent qu’aux courses de chevaux. Il y auroit toujours assez de terres en friche et de pâturages dans les pentes et sur les collines. Les moutons seront toujours des animaux trop précieux pour être négligés. L’objection qu’on fait aux clôtures , à l’occasion des troupeaux, n’est pas plus fondée que celle qu’on fait contre les dé- frichemens des communaux , en prétendant que les pauvres en souflrent : c’est un fait constant que les paysans sont beaucoup plus mise'- d’agriculture. * 245 râbles dans le voisinage des grands communaux, parce que les manœuvres manquent d’ouvrage. Le laboureur, ou pour mieux dire le cultivateur d’une ferme arable, est un membre très- utile de la société. Il emploie vingt fois plus de bras que 1 erigraisseur, et dix fois plus que celui qui n’entretient que des vacheries. Il fournit a la Communauté beaucoup plus des choses nécessaires à la vie. Il met souvent de 5 à 8 liv. sterl. par acre, soit en labour, soit en chaudages ou marnages, soit en grains pour ensemencer ses champs ; et dès que son grain est coupé, le recteur arrive qui lui enlève la dixième partie de sa récolte: ce qui lui reste ne suffit pas pour payer ses dépenses. Y a-t-il l’ombre de justice dans celte. loi des dîmes ? pourquoi faut-il que cet homme laborieux paie dix fois plus que son voisin pour entendre prêcher une fois la semaine (x) ? (i) Le raisonnement de l’auteur ne paroît pas bon. Le cultivai ftUr t p une ferme arable ne feroit pas tous les fiais qu il faii ; s ’j[ n ’y trouvoit pas son profit, tout comme lcngiai sseur , ou ] e propriétaire d’une vacherie. Si ses avances sont pl us considérables, ses rentrées sont plus foi tes. Si sa ferme rend moins, à étendue égale, que la ferme de l’eng raisseur ou (|u vacher> il la paie aussi moins cher au propriétaire, lequel, à son tour a acheté le domaine moins cher. La charge de la dîme 2 46 RÉSULTAT DE PiÉSULTAT DE L’tNSPECTION d’üNE FERME. ( Annales d’Arthur Young. ) X.L n’est pas rare de voir des gens qui ne sont point ignorans en agriculture, mais qui prennent une idée très-fausse du mérite ou des erreurs d’un fermier , en jetant un coup-d’oeil rapide sur les résultats de son agriculture. Çela est excellent : cela est détestable , sont des jugemens que l’on entend prononcer à tort et à travers, sur la culture d’un domaine. Il se trouvant déduite d’avance, le profit reste le même, que si l'exploitation étoit différente. Dans un pays où le despotisme seroit tel que les agriculteurs scroient forcés de se livrer à une culture plutôt qu’à une autre, ceux qui auroieut le monopole de la culture la plus profitable s’enrichiroient seuls ; mais là où chacun peut se livrer à l'industrie agricole qu’il choisit, c’est le plus habile cultivateur qui se tire le mieux d’affaire, soit qu’il laboure des champs, ou qu’il engraisse des troupeaux. L’équilibre se maintient toujours là où l’industrie est libre; et ce n’est pas plus le laboureur que l’engraisscur de troupeau qui paie les sermons du curé. Si l’on n’avoit jamais fait d’objections plus solides contre les dîmes, elles auroieut couservé plus de faveur dans 1’opiuion. li’lNSriïCTION d’une FERME. 247 pourra donc n’êlre pas înuiile de,poser quel- principes d’après lesrjuels ii seroil convertible que l’on s’accoutumâl à juger dans ces cas-là. 11 ne s’agit pas seulement de curiosité, riais d’uiilitë immédiate. On voit des sociétés, des particuliers même , offrir des prix d’encouragement au fermier qui, dans un district donné , cultive le mieux ses terres : il faut que 1 on sache comment s’y prendre pour estimer le mérite du meilleur cultivateur. En examinant une production de l’art, dans le but de juger l’artiste, il faut commencer par von- son intention. CJu agriculteur qui cherche à s’instruire ou à s’amuser par des expériences, ne doit pas plus être blâmé, si son résultat n’est pas le profit , que l’on ne blâmerait un peintre d’avoir fait une Vénus au beu d’un Hercule. Mais, ainsi que les propriétaires conduisent leurs domaines dans des vues différentes d’utilité générale, de plaisir ou de profit, de même les simples fermiers peuvent avoir un certain h U t p art j cu ]i er f ] ans ] a manière dont ils cultivent une ou plusieurs pièces de leur ferme. L un l„it va ] 0 ; r ses i erres uniquement pour leur leveuu ; un autre réunit à l’idée du piofit,^ celle du plaisir, et met une sorte de gloire â avoir des récoltes nettes et abondantes; un troisième s amuse de sa culture, prodigue 2 48 RESULTAT De les ornemens à sa propriété , et vent briller par un luxe ruineux; d’autres enfin, ont des vues plus nobles ; ils cherchent surtout l’instruction , l’avancement de la science ; ils vou- droient découvrir les véritables principes de l’art , non pour leur profit individuel , mais pour le bien de l’humanité'. Il est e'vident que si l’on veut comparer avec justice l’agriculture de ces differens individus, i) faut distinguer le but qu’ils se proposent. On ridiculise la culture d’un homme qui ne cherche que le profit , parce cpie cette culture n’a rien qui fasse expérience , rien qui tende à l’avancement de I art : on a tort , ce cultivateur a un certain but particulier, et ses circonstances exigent qu’il sacrifie à ce but tous les objets qui y seroient etrangers. D’un autre côte , il n’est ni moins commun , ni moins injuste de blâmer la culture d’un faiseur d’expe- nences, parce que ses recolles ne sont pas toujours aussi belles , et parce que sa ferme ne pre'sente pas le spectacle d’abondance que l’on trouve dans certaines fermes bien cultive’es, en vue du profit. Lorsqu’on veut juger l’agriculture d’une ferme , il font donc commencer par voir l’intention du fermier en ge'neral. Supposons qu’il soit question d’un homme oblige , non-seule- I-’lNSPECTTON d’une FERME. 24g toPnt de payer sa ferme , mais encore de vivre Sur ie revenu de cette ferme. On ne doit pas condamner un tel agriculteur, si l’on ne voit pas dans ses champs, les récoltés d’expériences cpie l’on trouve chez les grands proprietaires Curieux de nouveautés. Le fermier, oblige'de compter de près , ne peut rien hasarder ; c’est aux proprietaires riches à faire les essais coûteux , et dont l’issue est problèmatique. Si le capital du fermier est de 3 liv. sterl. par acre, il seroit absurde d’attendre de lui des expériences qui supposent un capital-de 5 à 6 liv. steil. • ü f)e j aut compter que sur les procédés de culture que comporte l’intérêt de la ferme, a *' a ison du capital d’exploitation que le fermier y met. Tout ce qui n’est que de recherche et d’ornement ne sauroit y trouver place ; tout ce qui peut faire craindre des chances défavorables doit en être exclus. ^oici donc à quoi il faut regarder en inspectant ] a f errne d’un tel cultivateur : i. # La netteté des récoltes, point plus essentiel que leur grande abondance; 2 .° la beauté des récoltes, jusqu au ternie où le comporte la nature du tenait! ; 3. la bonté de l’assolement, car il ne Sauroit y avoir aucun mérite de culture là où l’assolement n’est pas correct. Il faut au moins que deux îécollcs de grains blancs ne se succè- RÉSULTAT de z5o déni jamais ; el que l’emploi des récoltés araé- liorautes soit tel que la ressource des jachères devienne inutile. Mais si, cependant, l’usage des jachères est si general dans la province ou le canton , que leur exclusion ne puisse pas raisonnablement être attendue d’un simple fermier, il faut que la jachère précédé le grain de primeras, afin que le trèfle, les vesces, ou les fèves suivent le grain de primems et soient suivis de froment. 4. “ Il faut que toutes les re'coltes susceptibles de sarclages reçoivent une culture soignée. 5. " Que l’attention soit porte'e toute entière sur les engrais, et que sous aucun prétexte le foin , la paille, le chaume , les racines, enfin rien de ce qui peut être converti en fumier ne soit vendu, mais employé à garnir la cour de la ferme pendant l’hiver, pour les bestiaux qu’on y tiendra. 6. ° Que les haies, barrières, portes , ponts et chemins de dépouille soient en état ; et si ce n’est pas des meilleurs matériaux possibles , du moins aussi bien entreicnus qu’il le faut. Il y a sans doute d’autres détails encore qui ont leur importance, mais ils sont d’un ordre secondaire , et ils se présentent d’eux-mêmes à la réflexion. d’inspectton d’une rr . miE . ^ 5 i Cou sidérons maintenant ce qu’il est bon d’examiner, en outre , clans le domaine d’un liomme qui veut perfectionner la culture, non- seulement par goût pour cet art , mais sous le rapport de l’avantage qui doit en résulter pour lui. La première chose à savoir, c’est si l’agri- euheur dont il est question a des idées generales d amelioration par de là ce qu’on appelle Je point de perfection dans le canton où il est.' Si son terrain est propre à des rceoltes plus avantageuses , quant aux getires des plantes , que ce qu’on a coutume d’v recueillir, il faut que cet agriculteur étudié ces nouvelles cultures, dût-il voyager d’uu bout du royaume à l’autre pour y réussir; et celte observation ne s’applique pas seulement aux recolles , mais à tous les objets de l’agriculture. Je compte parmi ces objets l’introduction de la luzerne, du sainfoin , de la pimprenelle, des carottes, des choux , des pommes de terre , du plantage et sa rc l ;i ge du Idé , de l’usage de nourrir a 1 étable toute l’année en vert, de boucler le foin, enfin le choix des meilleures races d’animaux, ■ ),, .,i • n j Ui.8 meilleurs instrumens d agriculture , et I-, • , . . i ’ , J Pratique de labourer avec des kku s. Ainsi, dans une telle ferme les aui- m aux , les msn unions cl les pratiques de la cul- s 52 RÉSULTAT DE ture doivent cire les meilleurs connus dans le royaume; mais toujours cependant, d’une manière subordonnée au profit ; car ce qui n’est que pour la parade n’est bon qu’à éblouir l’ignorant , et doit être rangé parmi les folies. Quant à l’agiiculteur qui se voue aux expe'- riences , il faut regarder son domaine sous un autre point de vue. Le but et les moyens de chaque expérience doivent être soigneusement comparés , pour juger si ceux-ci sont choisis avec jugement. Il faut voir , par exemple, dans les 1 expériences comparatives , si les données et les circonstances sont parfaitement semblables dans les unes et les autres. Si le sol et l’exposition , si les engrais et le labourage sont précisément les mêmes. Il faut voir , ensuite , si la culture des plantes nouvelles est faite assez en grand pour pouvoir entraîner la conviction , eu cas de réussite; si l’application des plantes est bien convenable à la qualité du sol, et montre une parfaite connoissance des principes ; enfin , si l’ensemble des expériences est tel qu’on puisse en espérer l’avancement de l’art en général. Je pourrois multiplier beaucoup ces observations ; mais ce que je viens de dire suffira à montrer que le même genre d’examen ne sau- roil convenir à différentes fermes. Si l’on ne l’inspection d’une ferme. a55 considère pas , avant tout, la situation et les Vues de l’agriculteur, on ne sauroit juger des choses avec justesse. Dans tous les cas, il ne faut jamais s’arrêter à regarder si les recolles sont très-abondantes: la grande force des recolles ne prouve rien du tout; il est possible qu’elles soient telles, a force de jachères et de fumier , c’est-à-dire , par des de'penses que les récoltes ne peuvent pas payer. Il est possible encore que de telles récoltés soient obtenues dans des près rompus, ou enfin par des procédés qui doivent être condamnes; d’ailleurs, la grande fertilité' du sol, les faveurs de la saison , peuvent donner des récoltés abondantes, lors même que l’agriculture est mauvaise. Quant au degré d’attention que méritent les divers agriculteurs dont j’ai parlé , il n’est pas difficile d’en décider. Celui qui cultive uniquement en vue du profit, mérite à peu près autant d’admiration que l’épicier ou le faiseur de chandelles qui est bien assidu à son travail. Le particulier q U i fait valoir lui-même son domaine , et qui cherche à réunir la rente du propriétaire avec le profit du fermier , est excusable , si sa fortune est étroite , parce qu’il ne pouiroit gueres vivre sans celte ressource; mais il n’y a point de mérite dans son agricul- V 2 54 INSPECTION D’UNE FERME, ture ; son motif est évidemment étranger aux progrès de l’art. Mais celui qui établit une suite; d’expériences pour décider des questions douteuses, non pas sur des objets spéculatifs ou des détails minutieux , mais sur les points de pratique les plus importans dans l’agriculture nationale; celui-là, dis-je, emploie ses moyens en vrai philosophe occupé du bien de l’humanité. Les cultivateurs se moqueront de lui; rien de si naturel : ils ne jugent ni ses motifs , ni son but, ni ses moyens. Mais si un tel homme est sensible à la modeste et véritable gloire qui suit les actions utiles , qu’il ne se laisse point détourner dans sa marche ; qu’il tienne un registre exact de ses procédés et de leurs résultats ; qu’il montre à ses contemporains et à la postérité' qu’il avoit un but plus noble que son propre intérêt, ses travaux ne seront point perdus, et sa mémoire respectée vivra parmi les appréciateurs du vrai mérite ; tandis que les riches personnels et paresseux , les hommes qui vivent pour manger, boire, dormir et décourager , à force de sarcasmes , le dévouement généreux des amis du t bien , seront oubliés aussitôt que mis en terre. agriculture DE KIMBOLTON. 255 Quelques notes a Kimbolton. ( Annales d’Arthur Young . ) La ferme du duc de Manchester est de six Cents acres et d’une terre à bricoles , ou argile marneuse, très-roide et tenace. Elle se pétrit parla pluie, et devient dure comme la pierre par le soleil. En hiver elle colle comme de la poix , et des qu’il fait sec , elle se fend de tous cotes; en conséquence, on ne peut en tirer parti qu en combattant toutes sortes de difficultés. Le duc entretient un nombre considérable de bestiaux : il a voulu cultiver les turneps; et sur un tel sol ce n’e'toit point une chose facile : la méthode ordinaire de Norfolk , qui est de semer à la volee , n’etoit pas applicable ; et l’on ne pouvoit employer le semoir qu’en travaillant à sillons relevés. On conseilla au duc de prendre un agent de Norlhumberland. Il engagea M. Smith , qui avoit e'te forme à l’e- cole de Tweed-Side , et connoissoit fort bien les meilleures me'thodes.' J’ai décrit dans cet ouvrage la culture de Tweed-Side, pour les l,lr neps en billons. Les billons de la culture du duc ont vingt-sept pouces de large. Les recolles so nt belles, et la réussite est excellente à tous e'ganls. DE KIMBOLTON. I a56 La récolté que j’ai vue sur pied avoit très- bonne apparence. Tout etoit fait avec propreté et régularité ; et cette culture annonçoit une exécution de main de maître. Le plus difficile étoit de charier les turneps ; M. Smith y a employé des chevaux avec deux paniers, qui portent les racines le long des hillons jusqu’au bout du champ , d’où on les charie à la maison. La dépense n’est pas si considérable qu’on le croiroit. Un cheval et un jeune garçon transportent dans trois heures de travail de quoi nourrir journellement cent brebis et sept bœufs : cela n’ajoute pas assez aux frais de culture pour que l’objection puisse être forte. Le cours de récoltes qu’il projette est celui-ci : 3. Turneps au semoir. 2. Avoine ou orge. 5 . 4. Trèfle, ray-grass, trèfle blanc et graminées. 6. Avoine. De cette manière il n’y a point de jachère, ce qui est l’essentiel ; mais comme les assole- mens sur ce genre de terrains sont un des objets les plus importans à obtenir dans la science pratique de l’agriculture, il faut considérer si l’on ne pourroit pas étendre à une plus DE KIMBOLTON. 267 plus grande variété de productions les res- sources de l’assolement du duc. En supposant que les lurneps soient necessaires pour l’entretien d’hiver des bestiaux , je proposerois le Cours suivant : l. Turneps au semoir. 52. Cboux semés sur des billons , et non transplantés. 5 . Avoine. (Je ne voudrois point d’orge sur de tels terrains. ) 4. Trèfle pur, et seulement une année. 5 . Fèves plantées au plantoir. 6. Blé. 11 y auroit, tout comme dans l’autre assolement , une année de grains blancs sur trois, et la moitié des productions demandant les sarclages, le terrain seroit net comme un jardin- Le trèfle ne subsistant qu’un an , la terre» qui seroit déjà propre , se mainliendroit telle. On auroit une récolte de fèves et une de choux, au lieu de deux ans de ray-grass. La récolte du blé seroit assurée parla meilleure de toutes les préparaii onSi Les choux , dans un terrain déjà net, le rendrpient plus net encore ; l’on auroit plus de nourriture verte pour l’hiver » objet capital en bonne agriculture, et enfin I e produit des six ans seroit plus considérable. Si l’on jugeoit qu’un tiers du tout en choux Tome 10, R 2 58 AGIUCUIjTUB.B et turneps rie fût pas necessaire , et que deux septièmes fussent assez, on pourvoit mettre des gesses après le blè, et faire ainsi un assolement de sept ans au lieu de six. Les choux vont mieux dans ce terrain-là que les turneps ; mais quand il faut les transplanter , c’est une récolté embar rassante , et qui demande beaucoup de main-d’œuvre et de soins : si on les sème au semoir , la difficulté' est levée. On prépare ordinairement le terrain jiour les choux par une jachère complète : les turneps en liendroient lieu. D’après ce que j’ai appris du sol de Tweede-Side , c’est un des meilleurs du royaume ; ce qui y réussit pourvoit bien ne pas donner les mêmes résultats sur les glaises de Huntingdon-slure. M. Smith est un homme instruit , intelligent et sans préjugés ; il saura fort bien prendre la culture qui, tout considéré, sera le mieux adaptée a sc>n terrain et à son chmat. J’ai vu dans cette ferme du duc de Manchester deux récoltes très-intéressantes : l’une étoit de l’avoine d’Ecosse , nommée church-oats , et l’autre étoit la variété de blé de printems , nommé hedge-wheat, blé de haie. L’un et l’autre avoient été semés le 5 mars ; l’avoine étoit en épis Je. i.* r juillet. Je venois de parcourir ccni quarante milles dans un pays très- DE KIMBOLTON. 2Î)c préèoce, el je n’avois pas vu un seul champ d’avoine en épis. M. Smith s étoit procuré douze bushels qui pesoient cinq cent trente deux livres (1); le grain en est court , gros, et rend plus de farine que l’avoine oïdinaire. on en met sept lmslrels par acre. Cette graine ne talle pas ; chaque grain ne donne q n une tige : cela explique comment elle est si précoce ; pendant que les autres espèces poussent des tiges, elle monte en graine. Ces deuxpioduc tions faisoient honneur, par leur netteté par faite , à la pre'paration du sol au moyen <■ es turneps. Le duc s’est particulièrement occupé de desséchemens : il a employé pour cela la char rue nommée mole-plough , et avec beaucoup de succès ; mais sur une grande partie de se terres , il trouve que les fosses ouveits son indispensables. , Il a essay é l’écobuage avec un plein succès sur deux de ses champs. ( 1 ) À calcvd er ] e p 0 ;,j s moyen du bushel de blé à 56 livres angl 0 i w el ce l u i de l’avoine ordinaire à 3o- on trouve que l’av 0 i ne , dont il est ici question, est snt- gulièrement lourde, car le bushel peseroil 44 b v, eb ' s’agit de savoir ce quelle rend à la mesure, relativement à la quantité semée. agriculture 260 Deux chevaux de front avec la charrue de Bailey, font la totalité' des ouvrages de la ferme. L’usage du pays est d’atteler trois ou quatre chevaux à la file. On est si bien accoutume' à celte méthode , que M. Smith n’a pu trouver aucun laboureur qui voulût labourer avec deux chevaux de front : il a fallu qu’il y dressât des jeunes gens, qui à présent labourent très-bien , et font leur acte dans la journe'c (l). (v) Toutes les fois que l’occasion s’en est présentée j’ai insisté sur le prodigieux avantage de charrues bien construites. Voici un exemple extrêmement frappant, car il s’agit des terres argileuses les plus intritahles : le détail dans lequel fauteur vient d’entrer les caractérise suffisamment. Cependant, dans ces terres si difficiles à travailler, deux chevaux et un jeune homme suffisent à labourer dans un jour un espace de terrain au moins double de celui que quatre bêles de charrue, un homme et un jeune garçon peuvent labourer dans la plupart des Départemens de la France. Pour se faire une idée nette de l’avantage que donne un instrument aussi parfait, il faut prendre en considération. i.° L’épargne du teins. 2. 0 La suppression de la moitié des apimaux de labour, que l’on peut remplacer par des vaches ou des bêtes à laine. 3.° L’épargne d’un domestique pour chaque charrue. 4.° La diminution du nombre des charrues sur une ferme. 5.° L’avantage de faire plus probablement les labours en bon tems. 6." Enfin il faut compter pour beaucoup dans la réforme du nombre des chevaux, la réduction de la culture de DE KIMHOLTON. ‘i6i Voil a u ne belle épargné, et assurément cet °M et est d’un l)ien grand intérêt pour le pu- ^ ,c : dans un moment où les chevaux inutiles affament le peuple, on sent tout l’avantage qu’il y auroit à en réduire le nombre. La récolte que j’ a i V ue sur pied indique fortement la supériorité de l’avoine sur l’orge, dans un tel terrain, à soins égaux. e duc a des brebis de iNevs r -Leiceslcr, dont i est fou Content. Les vaches sans cornes de u 0 ' lui réussissent pour la laiterie , comme d,es Assissent partout. T i i e uuc aime l’agriculture : il a des idées justes ; il esl exempt de l’esprit de systèmes : ^ e st probable que l’agriculture deviendra pour V avoine sur chaque ferme: dans les pays appelés de ét amie culture, c’est un objet capital, car la nécessité recueillir beaucoup d’avoine, est une des circons- g. *1 UI soutiennent le système ruineux des jachères. COnsi dérations ont de l’imporLance relativement aux îndivia, r _ , Us > combien n en ont-elles pas davantage SOUS le T3nr> 1 t port de l’économie politique. Il est bien à uesirer que ] e i . 1 1 „• , , ,J ur eau ^'agriculture, et la Société d’agriculture du Iy- b . , „ . , opartement de la Seine tournent leur attention vers l e ment des charrue * n ° } ' e “ S d ’ encoura 8 er le perfeclion- Nota. L a no , . et je forme enco C ‘ de f sus a élé écrite d 7 a ncuf ans » 1810.) re au î° u rd’hui le même voeu- (Mars 262 agiuoui-ture I lui un amusement profitable , un moyen de faire du bien aux autres et à lui-même. Si un agriculteur voyageur vient à Kimbol- ton , et peut ensuite oublier jamais la maîtresse de la maison , puisse la grêle détruire ses récoltes, et la pourriture attaquer ses brebis ! Une jeune duchesse qui vit toute l’année à la campagne , qui l’aime , qui n’a pas un regret pour Londres, est à mes yeux un objet si intéressant, que si je laissois aller ma plume je ne saurois plus borner mes éloges. Je souhaite que cet exemple puisse être imité ; je souhaite que les grands viennent à placer leurs jouissances dans les occupation^ qui les rapprochent du peuple; nous aurions dans une telle conduite de nouveaux garans de la prospérité nationale comme de la tranquillité publique. 11 faudroit que les rentes des fermes se dépensassent toujours là où elles sont payées; les fermiers scroient riches et les pauvres se- roient soulages. On peut observer très-généralement aujourd’hui combien les jeunes gens de la première noblesse craignent de se marier. Les femmes ont un luxe si ruineux qu’ils redoutent de ne pouvoir y suffire, même avec de grandes fortunes : aussi voyons-nous les jeunes gens, lorsqu’ils sont à la campagne , passer leur vie à DE KOIBOI.TON'. a()5 chasser , el lorsqu’ils sont à Londres , partager leur tems entre la labié el le jeu. C esl une triste chose pour l’agriculture ; les habitations des maîtres dans les campagnes demeurent dé- serles , et la culture des domaines languit- De quel intérêt n’est pas , dans notre tems, uïl exemple comme celui dont je parle! Voir une jeune femme de la première noblesse, belle f aimable, remplie des talens les plus brillans et qui est parfaitement contente de passer 1 année entière à la campagne, est un encouragement puissant pour celles que le monde n a pas perverties. Elles seront bien payées, j ose le leur promettre , du sacrifice des assemblées de Londres, parla santé, le calme , les )<- u sances domestiques et le sentiment du devoir rempli. Je ne puis pas séparer l’idée des fêtes de la capitale de celle des plaines incultes qui font la honte de notre pays. Lorsque je l ,s dans le Morning-post la longue hstc es assemblées , des redoutes, des fûtes des ( u-- chesses telles et telles, je me dis : tant que nos mœurs iront de ce train-là j nos l> ru y creS subsisteront ; nos marais et nos déserts nourriront des am niaux sauvages , au lieu d’abmen- ter 1 homme et les animaux utiles. a64 OBSERVATIONS etc. Observations enregistrées à Croom en Worcestershire, par Arthur Young. (Annales d’A rthur Young.) J_iF fait 4o hnshels par acre dans un champ de 7 acres. Cette automne il a fait enterrer tout son blé au râteau. L’usage est, à présent, de sa cler tous les blés à la main deux fois dans e cours du printems. Le gazon du trèfle bien enterre, un^ avant de semer le ble, produit avec en de hell cs recolles de froment : elles son P digieuscs aprfes le parC J es chevaux: elles von quelquefois i„ squ » à cinquante bushels par acre. On a essayé plusieurs fois de faire succéder le blé à la jacUi. re ; et M- D. m’a dit q“ ° n n’avoit point réussi.’ Le blé est tout en pad> e » la paille est Foible et sc verse , et les mauvaises herbes abondent. Cependant, de l’au‘ re côlé Tome 10, OBSEJIVATIOES GtC. 274 de la Severn, un fermier qui ne feroit pas suc* céder son froment à la jachère se ruineroit. Lorsque le blé suit l’orge, il ne vaut absolument rien. Il V a dans les de’lails de cette agriculture de la vallée , certaines choses qui demandent attention. Les jachères y sont si détestablement conduites qu’elles empoisonnent la terre au lieu de la nettoyer. On perd le fumier en l’étendant au fort des chaleurs. On ne commît nullement l’opération des dessécliemenssouterrains : quant aux dessécliemens par les rigoles d’écoulement, ils sont souvent impossibles, à cause du mélange des propriétés : un fermier négligent inonde ses voisins s’il ne donne pas l’écoule-r ment aux eaux dont il peut déterminer le débouché. Cette négligence sur le dessèchement des terrains est extrêmement fatale aux moutons. Sur mille brebis que M. Dtuke fait paître dans les champs communs, il n’y a pas annuellement plus de 4o moutons employés à la boucherie. La pourriture fait des ravages considérables dans les troupeaux. 1 Le.sol inférieur de toute cette vallée est une argile pure. Chaque intervalle d’un sillon à l’autre dans les champs, est un réservoir d’eau pendant l’automne, l’iiiver, et le printems. Cela tient en partie à la profondeur des inter- OBSERVATIONS etc. 2 75 Vâlf > fs et a la largeur des grands sillons, qui est . environ 4o pieds. La hauteur du sillon dans ^ centre, est souvent si considérable que deux mines debout jd«r»is deux raies voisines ne se °ient pas 1 un fauinn Dans les endroits où les c ïamps sont elevo’s aux extremiics, l’eau se - I urne comme dan» un étang. 11 n’y a aucune maniéré de desw.V) • . • , . ‘■■ner qui puisse pievcmr cet ^couut. Malheureusement encore, les P P les sont tellement entremêlées qu’il est r3l G (Jç V(iîr 11 Puis de deux ou trois sillons de. suite qui #» n . , • '( particnneut au même proprietaire î en sorte mi f . 1 * des d ' VeÙl 1111 c ( i cs réparations ou etn î s ®clieniens a ce qu’il possède, il en est le par la situation de son champ, ou la 'Agence de ses voisins. c donc les recolles sont irès-miserables sur s , eU<î lerpe extrêmement fertile, il ne faut pas Vaj . el0nner> Le produit ordinaire des hle’s de uo nire ^ el 20 * JUS l |e l s : celui de l’orge est t U r nÇ p s Lushels. Cependant on sème des d,. t„ r ’ 61 0,1 les emmagasine dans les cours ue ia terme , ° S11 „ i ’ ° u même ou les fait consommer surplace, Ce mal de prep, ^ ’ da ° S "" tel terraio > sPrl Prétend cepe^]!' 0 " “ ,a ,pcoIte il y a dans son voisinage beaucoup de clôture • ° plies ont qui ne sont pas anciennes: partout ou eu ■ ^ vingt ou vingt-cinq ans d’ancienneté, la va des terres a triplé tout au moins. Les *et' al ont été desséchés; et partout où l’on r» a fait des pvés , on a infiniment augmenté le Pj^ duit des grains. Le nombre des bestiaux aussi prodigieusement accru. Dans les en _ où il y avoit de grands communaux a en et à défricher , il en a résulté un accroiss j uC _ très-considérable de population et de P r ° bons. L’espèce desliabitans est égaleme nl 1 changée : q y avoil autrefois un nombre m de vauriens et de braconniers, a« Ucn ^ uaU ' jourd’hui l’h a bit u de du travail est généralement répandue. Bois. M. Jehb d’Egham } a se mé des gl ands > y a 45 ans. Aujourd’hui il a un chêne de cinq OBSERVATIONS cIC. 278 pieds trois pouces de circonférence, et un autre de cinq pieds un pouce , à une hauteur de cinq pieds du sol. Eu 55 ans, il a eu des mélèzes de 4 pieds un pouce; mais comme le fond est d’argile, il est rare qu’ils vivent plus de 4 o ans dans ce terrain. Les châlaigners de semence ont acquis 5 pieds de circonférence dans 4o ans. Un cèdre du Liban, seme en 1747, et transplante' par John Couyers en 1760, a aujourd’hui onze pieds huit pouces de circonférence à dix-huit pouces du so] ; et dix pieds deux pouces a sept pieds et demi de la terre. Le meme particulier possède environ 4 oo acres de la forêt d’Epping, sujette par l’usage à un droit de focage des pauvres de la Paroisse ; en sorte que l’on coupoit continuellement les jeune plantes avec la broussaille. M. Couyers a imagine d’offrir aux pauvres tout le bois dont . ils auroient besoin, moyennant une inscription régulière. Il le fait conduire jusques chez eux, mais il ne souffre plus qu’ils viennent le couper eux-mêmes , et il y gagne beaucoup. Il observe que la seule manière d’élever des chênes, c’est , , de ménager la broussaille qui leur sert d’abri et d’appui pendant les premières années. 11 est parvenu, de cette façon, à avoir beaucoup île jeuues plauls très-vigoureux, qui donnent déjà / OBSERVATIONS CIO. 279 des glands, et fourniront à d’immenses plantations par la suite. Les bois Croissent rapidement dans ce Canton. Un espace de too acres de mauvais terrain abandonne aux lapins, fut offert, il y a 5o ans, par le père de M. Conyers, pour 2 sh. G d. l’acre, avec un bail de 4o ans : on le refusa. Il prit alors le parti de le planter de toutes soi tes d ai lires. C’est à prescrit un fort beau jois, qui tend annuellement 20 sbellings l’acrc on coupes réglées. Il y a des arbres d’une beauté trappanie. Charbons. M P. • vrowe a trouve' le moyen de détruire Presque absolument le cardans arvensis du oc t. Smith (Flora britannica). Ses champs SOn t dèbarrasse's j mais des près qu’il a eta- e n ont des millions. Il a eu soin de les iaire tm * en p. u l° urs couper lorsqu’ils sont en fleurs, puis de” 111 Une de ff uatre P ouceS d° haut, jusqu’à ,f a&Ser et repasser un pesant rouleau, Pn la plante pe'risse. Cette méthode en lue 49 Sür 5q 1 1 P -1 s ARROSÉS, Rovvley t ) e s t kt , arroses p ar deu iNcot ’ 3 20 acres de pres x Cai »aux places dans les côtes, 280 observations etc. el avec un fosse de dessèchement au centre. Il y a tro|> d’espace entre les deux canaux, en sorie que l’eau ne s’e'tend pas suffisamment partout; cependant l’avantage est, dit-on, prodigieux. Cet arrosement a été fait en 1796. En 1791)1 ces P ros furent estimes à 5 livres de ferme par acre. Les près voisins, qui n’ont pas l’eau, valent précisément la moitié. On fait pâturer ces prés arrosés, au printems. En 1798, ils ont nourri 120 Cretois avec leurs agneaux, el 60 anleuoises pendant 5 semaines. A 6 den. par semaine, (cela commence en avril) c’est 22 L. 10 sli. En 1799, ces prés ont nourri 110 brebis avec leurs agneaux. En ] 800, i 3 o; mais une inondation qui survint, les en chassa. Le produit du foin a été deux tons ou charretées par acre. Immédiatement après la récolte, on donne l’eau; puis quand l’herbe a repoussé on la fait pâturer par le gros bétail. M. Rowley fait construire une machine qui lui coulera i 5 o livres st., et qui arrosera 71 acres, qui aujourd’hui ne le sont pas. Milord llardwicke a fait creuser plusieurs puits, qui ont 144 pieds de profondeur. On atteint l’argile bleue ; et lorsqu’on a percé cette couche , on trouve le gravier et l’eau. Celle ci s’élève «lors avec force. Elle est montée dans un de ces puits jusqu’au haut, a verse' en de- OBSERVATIONS etc. 281 hors, et depuis deux ans continue à couler. Cette eau est un peu ferrugineuse. M. Bramston, d’Oaklry, est grand partisan des brebis du Wilt-shire : il les préféré à la race de South-down, amende dans le Hamp- slnre. Il acheté des brebis rjui nourrissent leurs agneaux assez bien pour que ceux-ci vaillent 5 o shellings a la fin de juin. Ces mêmes brebis nt grasses a Noël, et se vendent alors 45 ou .. & • rjeurs toisons, qui sont de O a 4 ivres, valent 56 shellings. Quelques-uns des '•ns de M. Bramston, quiontdesSouth-down, ne vendent leurs agneaux que 25 shellings. Ce < ï^ 1 reste à éclaircir, c’est l’étendue de terrain necessaire pour nourrir un troupeau de chacune des deux races. M. Coke de Holkliam a amené du Somer- Se l-shire un homme auquel il paie de très-gros b n b es ) pour établir des irrigations. Il a fait ses prenn ers essais c j lcz un seg f ernl Jers, à cette° D ' ^ I ves > fermier voisin, ayant vu chose °^ erat '° n * ma b* na de tenter la même Jr Une pièce à lui, d’une étendue de sept acres. î. *. . . , fut fait 11:111 SeS ouvners a ce travail, qui ment " PeU i° ur s- M. Coke fut extrême- n *ent surpris r i arrose • C v ° lr dans son voisinage un pre marqua qu’^!? 0 ™™ 6 P our Ic .P ays * 11 ,e ~ " el la situation de ce pré invi- 282 OBSERVATIONS etc. toit à cette amelioration, et demanda à M. Ives par quelle raison il ne l’avoit pas faite plus tôt. « Mais, Monsieur, » répondit celui-ci, » je )) 11’aurois jamais pense à pareille chose, si je » n’en avois pas vu un exemple. » Il en est ainsi d’un grand nombre de différons objets. Il faut apprendre aux cultivateurs à regarder, et à penser; et les hommes qui introduisent dans un canton des pratiques utiles en agriculture , sont des êtres bien précieux pour la Communauté. J’ai observe' un fait qui recommande singulièrement le saule rouge pour les terrains ingrats. Le canal de Basingstokc passe par la ferme de M. Mildmay, en Hamp-shire. La terre qui a été tirée du canal quand on l’a creusé, est un argile si stérile, que dans le cours de huit années, elle n’a pas donné le moindre indice de faculté végétative : on n’y remarque pas un seul brin d’herbe. Cependant des branches de saule rouge qu’on y a plantées ont végété avec autant de force que dans le terrain environnant, ou il n y a point de cette glaise. On peut, je pense, tirer un parti très-avantageux de ce fait dans certaines situations. M. Earl de Smithfield a vendu le 17 mars 1800 à M. John YV ing, une vache à petites Cornes , pour 100 iiv. st., à l’àge de six ans. ■ \ OBSERVATIONS etc. 285 Le due de Bedford a des vaches de SulTolk, ei paroit content de leur rente en lait. M. Stanley-trouve celle même race très- avantageuse pour la laiterie. La duchesse de Manchester estime egalement f]uc les vaches de SulTolk sont les meilleures de son troupeau. Lord Ilardwickc de Wimpole se trouve extrêmement bien, quant aux vaches, d’avoir croise la i ace d Ilolderness avec celle de Jersey. Labours profonds. Luzerne fumier d’étable. — Lettre de I1en ry Robinson a Arthur Aoung. uomi e ( Annales d’Arthur Young. ) ' Intl iS 0 *' Steeple *««,*"* **** ' J t vous approuvez les piocêdés d • * flont ic vous ai donne rustique, dont ! commu- noissance l e mois dernier, je dë _ piquerai d’autant plus volontiers laiU de mon «gricoliote ■)»> »' J voWl0S , de l’avantage 5ur J a pratique de iudus . lesquels sont cependant, P n § enera ’ lus trieuxet dans l’aisance. Nous serions tou^ si riches, nous autres agriculteurs du Uon , P os ch anips ne f 8 aisoieni pas presque tous parité 284 LABOURS TROrONUS. des plaines de champs communs, et si nous pouvions les cultiver selon de bons principes et inde'pendamment de la routine de nos voisins. Je dois prévenir que je vais parler de choses qui sont passées à différentes e’poques e’loigne!es les unes des autres , et que comme je n’avois pas alors l’idee de rien publier là-dessus, je n’ai garde’ aucune note; mais j’ai, en gros, la parfaite certitude d’avoir réussi. Auprès de mon e'table est une pièce de six acres, en pâturage. Il y a à présent sept ans que cette pièce etoit devenue si mousseuse et si peu productive , que je la rompis au mois de novembre par un labour peu profond. Une jachère d’ete, l’annee suivante, de'truisit complètement les mauvaises plantes $ et à la fin de septembre, après une se'cheresse, je donnai avec une forte charrue et six bons chevaux, un labour à dix pouces de profond, et laissai mûrir la terre tout l’biver. Los gele’es endettèrent les mottes dures ; et au mois de mars suivant, un hersage amenuisa le terrain comme dans un jardin. Je trouvai qu’il etoit inutile d’y remettre la charrue j et vers le milieu d’avril, j’y semai au semoir de Cook, six pecks d’orge par acre, en lignes distantes de onze pouces les unes des autres. Dans la première semaine de mai, j’y semai en lignes au milieu des lignes d’orge luzerne et FUMIER. 285 trois livres de luzerne, et deux livres de houblon par acre. Les graines levèrent bien ; et on parle encore aujourd’hui de l’orge que je récoltai comme de la plus belle moisson que l’on ait faite dans la paroisse. Lorsque cette récolte fut faite, la luzerne parut beaucoup trop épaisse. J’eus la sottise de craindre de la faire herser, et je la fis éclaircir à la main : on en ôta à peu près la moitié. J avois préparé un tas de compost suffisamment pourri 5 et dès que les gelées tne le permirent, jy mener charretées à trois chevaux de cet engrais, par acre. Cette luzerne réussit a merveille. Je la fauchai trois fois l’an* nee suivante pour faire manger en vert ^ chevaux ; et observant que plus les p avoient d’espace autour d elles et p us xeusement elles poussoient, je a éclaircir à la main , en tâchant, ^ ces etoit possible, de laisser sept a d’intervalle d’une plante à l’autre. ^ Uaus le cours de l’hiver suivant, 1 .Y s pandre deux charretées de cendres de char 10 de terre par ac re ; et les magnifiques réco^ tes que j’ai faites pendant cinq ans de suite m on payé et repayé avec usure toutes mes dépenses. Cette pièce nourrit, complètement pendant t u l’été neuf chevaux, dont huit de travail, en 286 LABOURS PROFONDS. ajoutant à cette nourriture un bushel d’avoine par semaine pour chaque bête. Je dônne en outre de la luzerne à tous les autres animaux de ma ferme selon la convenance ou le besoin. Mes brebis en consomment une bonne partie : on la leur donne au râtelier, et quand elles ont mange les feuilles et les petites branches les plus délicates, je fais jeter les liges aux cochons, qui les dévorent. De cette manière, non-seulement rien n’est perdu, mais je fais dans le courant de l’été, une e’norme quantité de fumier. En automne, je herse ma luzerne vigoureusement, et sans craindre de la gâter. De deux en deux ans, je la couvre de quelques engrais; et elle a pris aujourd’hui si complètement possession du terrain, qu’on n’y découvre aucune mauvaise plante. Mon terrain est une bonne terre végétale qui repose sur de la craie. J’étois depuis long-lents dans l’usage de faire transporter mon fumier d’étable à mesure qu’il se faisoit, pour en former un monceau, et le laisser pourrir avant de le charrier sur mon terrain. Eu réfléchissant sur cette pratique, je soupçonnai que je ne gagnois pas sur la qualité du fumier. Je perdois évidemment sur la quantité, et j’augmenlois mes frais. Pour éclaircir mes doutes, j’essayai de charrier directement LUZERNE ET FUMIER. 287 Je fumier de la cour de ma ferme, tel qu’il etoit, c’est-à-dire tout frais. Je fumai ainsi une pièce ou je voulois mettre des pois. Au moyen d’un shirn qui précédoit le contre de la cliarrue, je réussis assez bien à enterrer ce fumier long. Je semai les pois ausenîotr, à vingt-deux pouces d intervalle. J eus une récolte inagniliqtie et jamais ma terre n;e s’est mieux préparée pour le ble' qu elle ne le fit après cette recolle. ® c f >u " IS celte expérience, qui rn’avoit réussi, j’ai toujours fait conduire mes fumiers tout frais sur les champs, sans les laisser fermenter en tas. Mes voisins, voyant mon succès, ont fait comme moi, malgré la répugnance qu’ont généralement les cultivateurs à sortir du sentier l^'Uu : ils épargnent la main-d’œuvre et ont de plus belles récoltes (1). j, n ’y a pas d’exagération dans ces faits, si confirme l’avantage de cette pratique pour bquep CaS> ^ UC d ev ' cnc l ra 1® théorie des engrais dans dispensa/* ^ lmcntal ion préliminaire est supposée in- lliéorio ne ser0 ‘ l P as 1 ® première fois qu’une donner tr >C ' Gusc au roit été erronée. Sans prétendre dire que da COt, sislance aux faits ci-dessus, je dois un efl'ct prodi anni -' cs consécutives j’ai remarqué et tiré de la t Cl ' X '^ u * um ’ er de moutons très-paîlleux, pour l’étendre ^ fermentation préliminaire, «*2 r\. ,, ., s u exp eneiice j e plus m ont con- labours profonds. 388 Si cette méthode n’est pas correcte, elle est avantageuse. Je me suis confirme dans cette pratique, en observant celle d’un excellent agriculteur auprès de Cbippenhatn. 11 a des pre'ssecs, des champs et des pâturages de moutons. 11 fume ses champs uniquement avec le parc , ou avec les balayures des rues : tous ses fumiers longs et pailleux, s’épanchent sur ses pre's, et sont conduit* directement depuis l’é- table ou la cour de sa ferme. Plus le fumier est frais, meilleur il le croit, et il ne râtelle même la paille qui reste sur le pre', que dans les cas où le fumier a été re'pandu très-tard, c’est-à- dire, au printems : il prétend que les vers et les larves attirent toute cette paille dansla terre. Il m’a assuré que depuis qu’il suivoit ce procédé, ses récoltes étoient doublées; et que dans les pâturages où autrefois on n’auroit jamais essayé d’engraisser des bestiaux, il réus- sissoit aujourd’hui à engraisser des bœufs de seize quintaux. M. Sone, le principal boucher de Chippenham , m’a dit, qu’il n’avoit jamais tué de bceuls plus gras que ceux-là. Je désire- rois que ce cultivateur dont je parle voulût vous envoyer un détail de son agriculture. Il firmé dans l’opinion qu’il y a beaucoup à gagner à charier le fumier tout frais. (Mars i8to.) s’écarte^ LUZERNE et fumier. 289 secarip, on beaucoup de points, de la pra~ ticjue commune, ci quelques-unes de ses méthodes m’ont paru bizarres j mais comme il est devenu riche, sur une ferme qui est à un prix très-haut, il faut bien que son agriculture lui réussisse. Depuis long-tems la galle lourmentoit mou troupeau, en tlépit des recettes infaillibles de mon berger. Je savois que l’onguent de Troo- per, quel on vend dans les boutiques, étoit un excellent rcmede contre la galle des boiiin ies et la teigne des enfans : je résolus d’en faire l’essai sur quelques brebis fort galleuses. ^ mis quarante à part, dans un pâturage ^ et j’appliquai un peu de cet onguent < parties'rnalades. Je «n’aperçu, bientôt q«' démangeaisons diminuoient. Au bout ff on û- jours, la plupart étoient guéries ; et en c nuant le traitement avlx aulr f s ’ I e CS : e toutes en peu de tems. Depuis ce ten ^ ^ ™ sms jamais servi j 10 "’,,,, soil toujours réussi. Il est possible q' 1 ^ 3 * iviétis cclci ne connu dans (Pauses provinces , l’étoit point cl^z nous ; j’ai fait adopter ce p r0 ^ cédé à tous me s voisins -, et je souhaite q» 1 ^ apprenne à le conuovtre partout : il est su»p » peu coûteux, et d’ un effet sûr. 11 y a a présent sept ans , qu’on «e v °y oU Tome 10. A LABOURS PROFONDS. 2go pas une charrue attelée de moins de six chevaux, si ce n’est peut-être au moment des semailles de l’orge. M. Bradford, de Norfolk, prit uqe grande ferme dans la paroisse de Wiligh , et se mit à travadler a la maniéré de son pays , avec une charrue sans roues (swing-ploiifdi) (1), traînée par deux chevaux , et conduite par lui seul. C’étoit un phénomène dans le pays. Tout le monde en parloit et s’en moquoit. Il ne s’inquiéta point de ce qu’on disoit de lui : il continua à labourer à sa manière , et faisoit avec huit chevaux tous les travaux auxquels son prédécesseur en employoit douze. Cependant on observa que ses champs étoienitnut aussi nets, ses récoltes tout aussi belles que l’étoient celles de son prédécesseur, qui avoit tenu la ferme pendant trente ans , et y étoit mort avec la réputation d’un habile agriculteur. Quand j’entendis parler de cette charrue, j’allai la voir travailler. J’y retournai à plusieurs reprises ; et après m’être convaincu que la méthode étoit bonne, je résolus de l’imiter aussitôt que je le pourrois. Je me procurai en effet, la même charrue et le même attelage $ mais (1) La charrue de Norfolk, qui se mène aussi à deux chevaux, a des roues ("Voy. sa description dans le i.' r yol. de ce Cours), LUZERNE ET FUMIER- . ^9 l vînt ensuite la grande difficulté , 9 d’avoir un laboureur pour la conduire. P i , a> un cl6 dant, avec de bonnes parole», • u,\ut: auiour- séduclion honnête, j en vins al . 1 d’hui j’économise sur ma ferme 1 euUC ^ liois chevaux, et mes terres rendent t ^ tant qu’auparavant. Beaucoup d autres on l’exemple deM. Bradford ; et je suis conVal0 ^ % qu’à présent, dans un arrondissement e ^ milles autour de sa ferme, il y a un ^ ^ moins de chevaux qu’il n’y avoit il y » sc P l J’ai dans ce moment, plusieurs porcs a ^ grais sur des pommes de terre préparees^^ la manière que je vous ai décrite. Je eV ^ vous avoir dit qu’il y a de petits trous a ^ fond des auges, afin que les pommes soient bien sèches , car plus sèches elles so ^ et mieux c’est. J’éprouve que cette nourriiur • i mise de la est extrêmement engraissante, a ltnaU x quantité d’eau qu’elle fait boire aux anim ^ qui mangent. Je n’ai encore tué aucun ces cochons à l’engrais; mais je vous instruit ai de la quantité é e labels que chacun aura consommée, car j’en n ens une note exacte. 11 vaut aussi la peine de vous dire que ma femme cograisse toujours l a volaille avec les pommes e terre, et y réussit parfaitement ; “ U . bien observer qu’autaut elles sont saineS Ct 392 LABOURS PROFONDS, nourrissantes lorsqu’elles sont hien sèches, autant elles sont malsaines et peu profitables si on ne commence pas par en extraire complètement l’eau dans laquelle elles ont cuit. Questions sur l’économie rurale. ( Annales d’Arthur Young .) est-ce que vaut une voiture de foin pesant vingt quintaux ? Elle vaut pour le cultivateur ce qu’il en tire au marche, après avoir déduit les frais de récolte et de charriage $ mais ce n’est pas ainsi que l’on dispose ordinairement du foin dans les campagnes. Les questions les plus simples deviennent complexes, lorsqu’on exige des réponses exactes. Dix quintaux de foin nourrissent pendant une semaine cent moutons qui pèsent 16 liv. le quartier. Pour calculer ce que rend le foin appliqué de cette manière, il faut savoir ce que 1 es moutons rendent au fermier par semaine. Cela dépend du prix de la viande (i). (t) Toujours Ja viande pour premier objet des calculs sur les montons, dans un Etat oîi le lainage est d’une si prodigieuse importance qu’aucune autre bran- questions sur. l’économie rurale. 2g5 6 pence la livre , et en supposant de la laine ^ peigner de 4 o sliellings le tod, les moutons rendent environ i 5 shel. par an , ou 5 deniers P a r semaine chacun , après qu’on a déduit les Repenses du berger et les pertes par mortalité. Il résulte de là que m quintaux de foin manges dans une semaine rendent a5 shel. ; ce qui fait 2 hv. ,io si., si. par ton ou voilure de foin. Si 1 on donne le foin à des vaches de moyenne tadle, et qu’on ne Jeur donne aucune "autre nourriture, elles en mangent à peu près 5o liv. par jour ou o 5 o par semaine. Su osons que la Vache rende 5 hv. de beurre par semaine pendant 8 mois , soit 160 pour l’année, à g pence, c’est 6 liv. st. Si l’on compte le veau shel., et les cochons élevés avec le petit- lait ou le lait de beurre a 5 shel. c’est 8 liv. st. ^ est a peu près la moyenne de ce que rendent nos vaches dans nos laiteries : c’est 5 sh. par semaine , ce qui ne fait pas 20 sh. pour la voi- tUre de fom. che <1 industrie P1 i . ~ n-i , et « e commerce ne peut être mise en parallèle! On a „ • . • . . , . . Peine a concevoir que dans un pajs aussi éclairé qu e p* , , ... tellement pour n ^ eterre > 0U û Se fabrlc i ue “ n “ de lamoRe fenvi. U8 , de b ‘*' NEÜF MIELl0NS * lcrhr, 8 serve « ■» ( ‘ 5 “ r™ b.tam po„ v un chariot de fumier de 2 H parce que l* v ; gT , c> à laquelle on \’apphq ue > ^ proportion. D am les pays de vignes, il faut tur sommer le foin aux animaux qui font le plus 1 e u» ^ à consommation égale : or il n’y a P as d e doute q ^ 11e soient les moulons. Lorsqu’on peut pindie ^ avantage, celui d’élever une race à laine fi nc ' c " surément la manière de consommer le fo ul ' ra » e le plus grand profil, dans un pays de V)S ne8, 2g6 questions sur culer ce qu’ils rendent en fumier, et comment cette imputation de la paille doit-elle se faire ? Faut-il qu’il l’estime au prix du marche voisin en déduisant ce qu auroit conte la voilure ? Dans plusieurs localités, cette manière de faire le calcul seroit tres-avantageuse au compte des champs , mais ce seroit aux dépens du compte des bestiaux: on ne) peut pas donner pour règle , des circonstances accessoires ou purement locales. Au milieu des difficulte’s qui s’olfrent de toutes parts, comment doit s’y prendre l’agriculteur qui veut se rendre un compte exact de cc que chaque chose coûte et rapporte. La méthode que j ai suivie n est pas exempte d’incon- véniens , et je voudrois que quelque agronome soigneux m’en indiquât une meilleure. Je débité le compte des fumiers de toute la paille qui s’y consomme, au prix où cette paille se vendroit à l’enchère sur le lieu même; et je cre’dite le meme compte de ce que me rendraient des bestiaux que je loueroispour manger ma paille a tant le quintal. Les chevaux, les cochons, les moutons consomment beaucoup de litière ; mais on n’en tient pas compte , parce qu’on suppose que la valeur du fumier qu’ils font équivaut à la paille: il faudrait n’adnaultre aucune supposition dans i/KCONOMIE ÏVUPiALE. 297 de tels calculs. Cette recherche seroit extrême- nient importante , car dans tontes les épreuves comparatives, quel qu’en soit l'objet, le résultat peut tourner pour ou contre l’objet de comparaison, par cette seule incertitude sur ce que fumier coûte au fermier. Combien de Hures de viande, soit bœuf, soit mouton, mille livres pesant de gâteaux d huile peuvent-ell es donner ? Cela ne peut être déterminé que par un très- f‘" J ” 0ml,re éri<-ncc s , à cause des derab(e s qu’il y a dans les degrés P ros peViie des bœufs et des moutons à l’engrais. Ij seroit tems qu’il se fît là-dessus des ex peïiences exactes, llfaudroit essayer la même nourriture sur des boeufs de grande race et sur des bœufs de petite race, sur ceux qui oui tra- vaillé deux ans, et qui n’ont point travaillé du to 'H. 11 y a un grand nombre d’expériences de genre qui sont toutes faites et enregîtrées c lez des particuliers ; mais faute de communi- 10 ” ’ les faits restent ignorés et sont perdus pour a scie nce j e l’ e ' C0n0m j e rurale (l). ou d ( . Mœtepl’ SSenienSSUrlc P rinc 'P ede ceuxd’Hofwyl tr’eux rempliroiem ^ SeroieDl en ronummication en- eet objet important. (Mars 1810 ) LETTRE DU a 9 8 Extrait d’une Lettre du Général Wasington a Arthur Young. (Annules d Arthur Y o u n g.) Avant de vous donner les details que vous demandez sur l’écoriomie des fermes dans nos Cantons , je dois vous prévenir qu’il n’y a peut- être pas d’Etat dans la Confédération Américaine, où l’agriculture ait e’te' plus négligée que celui-ci (i). La culture du tabac est presque la seule jusqu ici qui ait été suivie régulièrement par les grands propriétaires. Voici l’agriculture d’usage : Ou commence par une récolte de maïs, à laquelle succède une récolte de blé; après quoi on abandonne la terre aux mauvaises herbes pendant dix-huit mois. Ou ressème ensuite du maïs sans fumier, et ainst de suite jusqu’à ce que la terre soit epuisee. Jamais on n’essaie de mettre le sol en pré pour le reposer, ni de lui rendre, d’aucune autre manière, des sucs productifs* On n’élcve des bestiaux que ce qu’on en peut entretenir avec les prés humides , les (1) La Virginie. G. WASHINGTON. 299 marais , cl l’effcuillement du maïs : on n’a point essaye de lier l'éducation des bestiaux avec la culture des terres, et de s’assurer des four- rages pour nourrir ceux-là. Le maïs est la principale nourriture des hommes et des chevaux. Nos terrains e'toient, ainsi que je vous l’ai dit dans ma precedente lettre, très-bons; mais on a tant abuse de leurs ressources qu’ils sont épuisés. La culture que je viens de décrire a été jusqu ici généralement suivie dans l’État de Virginie. Cependant on fait aujourd’hui quelques efforts pour sortir de cette routine ; et le système de culture que rc'pandent vos excellentes ■Annales, commence à gagner dans ce pays-ci. Je suis du nombre de ceux qui font ce qu’ils peuvent pour établir des cours réguliers de récoltes: j’espère que, dans quelques années , notre système d’agriculture aura pris une certaine régularité, 1 lus je m’occupe d’économie rurale, et plus J® m attache à ce genre d’occupation : je ne me trouve jamais plus heureux que quand je aïs de 1 a gricult ure : ce travail innocent et utile me donne un extrême plaisir. Je sens tous les s combien, p 0ur utie an ,e dontles penchans sont droits , . .. ’ 1 tac *>e de cultiver la terre et de mu np iei ses produits, est plus douce et plus 300 LETTRE DU satisfaisante que la vaine gloire de la ravager, dans une suite non interrompue de conquêtes. Inobservation que î e f ;, ’ s l a est surtout destinée à vous faire comprendre combien je me sens obligé, comme membre de la société humaine, à rendre de plus en plus respectable , une profession qui est, mieux qu’aucune autre, en rapports avec les dispositions naturelles de l’homme. J’aurois bien désiré de joindre ici un échantillon de mes laines, comme vous me le demandiez; mais elles sont actuellement toutes fabriquées en drap ; ci je suis obligé de renvoyer jusqu’après la tonte prochaine ; vous pouvez compter sur cet envoi. Un fabricant d e Lceds, qui a été ici dernièrement, a jugé nos laines à peu près de même qualité que la généralité des laines angloises; mais il y a toujours une grande différence de finesse dans les diverses parties de la toison du même animal. Je suis convaincu que l’amélioration de nos races de brebis seroit une des spéculations les plus profitables qu’il fût possible de faire ; surtout dans cette partie de l’Amérique , où l’hiver est si doux que nous n’avons presque pas besoin de fourrage sec, et où nous n’avons pas des loups. Nous manquerions de la ressource des feuilles, dont vous dites que l’on se sert en France, mais nous aurions des pâturages en abondance. G. WASHINGTON. 3oi' Je ne sais comment expliquer la différence des fit ï entre les brebis et le gros bétail ; et je ne conçois pas que l’on ne vise point à augmenter considérablement les troupeaux de fceles a laine. Quant à moi, je suis si convaincu de 1 avantage qu’il y auroit, que j’ai élevé cette annee aoo agneaux sur ma ferme. Je vois avec grand plaisir que vous réussirez probablement à acclimater en Angleterre la race des brebis d’Espagne, et que leur laine n’y dégénéré point : l a multiplication des animaux utiles est un bienfait de la Providence envers toutes les nations de la terre. J ai aussi le projet d’introduire ici des ani- manx précieux que nous devrons à la libéralité' du Roi d’Espagne. Il m’avoit fait prescrit de deux ânes superbes. L’un des deux a péri dans la traversée : l’autre est bien portant. Il est de la plus grande taille. Il a beaucoup de corps, et les membres très-beaux. Les mulets qui en SOnt P r °venus paroissent excellens. J’ai aussi reçu un âne, et deux ânesses de Corse, que que le Mar ( | U ; s j e Lafayette m’a envoyés. J’es- pere en tirer une | >nnne race, qui se propagera ans notre pays. L’âne d’Espagne paroît propre ^ es Mulets renforcés, pour le trait : 1 II C ^° lSe P r °duira des mulets destinés à e j °u aux voit Ures légères. La longévité IÆTTBE DU 502 de ces animaux, et la facilite avec laquelle on les nourrit, sont des circonstances extrêmement avantageuses. D’après l’expérience que j’ai du service des mulets, je trouve qu’ils font autant de travail que les chevaux , et mangent beaucoup moins. Les mulets de la première qualité seront, je le crois, les animaux que nous pourrons employer avec le plus d’avantage pour le trait. J’ai destiné vingt de mes plus belles jumens poulinières uniquement à faire des mulets. Depuis la lettre dans laquelle je vous rendois compte des objections de mes laboureurs relativement au poids des charrues, nous avons acquis plus d’expérience, et le préjugé a disparu. Ces charrues remplissent parfaitement leur objet. J’ai partagé tous mes champs en diverses pièces d’égale grandeur, ou à peu près, et j’ai fixe les récoltes de chaque pièce jusqu’en J 79 5 - . La construction d une grange m’a beaucoup occupé cct été. Je l’ai bâtie sur le plan que vous avez eu la bonté de m’envoyer, mais avec quelques additions. Je crois que c’est la plus vaste et la plus commode qui existe aujourd’hui dans ce pays-ci. Nous avons eu successivement un tems si sec, et si pluvieux depuis deux mois, que mes expériences n’ont point réussi. Je me G. WASHINGTON. 5o5 proposois de vous en faire passer le détail. Pendant la première partie de l’été, il y a eu des pluies si opiniâtres , tpi’on ne se rappelle pas d avoir jamais rien vu de semldnLde. Les récoltés sont cependant généralement bonnes dans les Etats-Unis. Dans mes propriétés, les parties argileuses ont souffert. J’ai planté beaucoup de pommes de terre : il n ’y a que celle» qui ont été mises en terre à la fin de juin qui aient produit une bonne récolte. Maigre' ce mécompte, je suis de plus en plus partisan de cette utile racine , et je crois qu’elle épuise fort peu. J ai aussi très-bonne opinion des carottes. La meme contrariété de la saison a rendu mes ex périences sur le lin assez inutiles: j’en avois semé 20 busliels. Dans quelques endroits, il a fait assez bien , dans d’autres, médiocrement ou mal: les mauvaises herbes lui ont fait grand tort. Je désire vous donner une idée générale des ressources agricoles des États-Unis. J’ai visité tous les États, depuis le Newliamp-shire, jusqu a la^ Ueorgîe, et d’après les connoissanccs- que j ai aujourd’hui, si j’avois un nouvel établissement à faire, j e n’liésiterois qu’entre les rois tats dont von s avez déjà des descriptions etai lées. New-York et New-Jersey diffèrent peu pour le climat et l e so J, des parties sep- IÆTTR.E BU 5o4 tentrionales de la Pensilvanie. Ces deux pays sont agréables à habiter, et les terres y sont déjà bien cultivées, surtout en New-York. Mais dans les pays qui remontent vers l’Est depuis New-York, la terre et le climat ne sont point propres au blé : il y est sujet à verser sans donner de grain ; et depuis quelques années, il y a un nouveau fléau, une mouche destructive des récoltes, et qui découragé tout- à-fait les fermiers : cependant les terres de la Nouvelle Angleterre sont riches, et fécondes pour les autres récoltes : la population y est déjà considérable. Ce pays-là est aussi agréable à habiter que puisse le permettre la quantité de neige dont il est couvert une grande partie de l’année. Au midi de la Virginie, le climat est peu favorable au blé, et plus on avance vers le Sud, plus cette remarque est applicable : le pays n’est pas non plus aussi peuplé ni aussi bien cultivé. Si j’avois à recommencer à vivre, je ne fixerois ma résidence ni au nord de la Pensylvanie , ni au Sud de la Virginie , ni même à plus de 25 milles des bords de la Pa- towmac. Quant à celte dernière condition , (vous pouvez vous en défier, parce qu’il se pourroit bien que , sans m’en douter, j’eusse un certain foible pour cette rivière, sur les bords G. WASHINGTON. 5o5 bords de laquelle j’ai fixe mon séjour. La Pen- sylvanic , le Muyland , ou la Virginie rn’ofFri- rojetii des eniplacemens à choisir dans le voisinage de la Palowmac. Vous avez droit de me demander compte de le prelerence que je donne au pays voisin de Celte rivière. La Palowmac est au centre des Étàts-Unis. E e ri est pas assez au midi pour que les prai- nCS ne Assissent pas très-bien dans son voi- sionge : elle n’est pas assez au Nord pour que ■•ver consomme l a totalité des rL : c0 ] t es faites peru ant cte et l’automne. Celle rivière arrose e pays et coule so Us | e c ] itnal Ie p]us favorable dU î P ;° ductl0ns de l’Angleterre atowniac doit, j e pense , par la marche "aiurc c des choses , devenir le principal moyen de communication erilr0 ('Atlantique et ts de 1 ouest dans lesquels la population augmente avec u„ e illconcevab , e idi ,e. La esmT'T praticable dans un Z p b de 1 Empire est marque sur la Patowtnac , et il r . , v i n , . . ai, t observer que le district de Colombia (i) „ , 1 r . •„ ' ' Psl eleve, sec e.t fort sain. (i) C’est celui dans de Washington. Tome io. lequel se trouve la nouvelle vijle V DETTRE DU 3o6 Les Comtes fie Berkeley en Virginie, de Washington en Maryland , et de Franklin en Pen- sylvanie qui sont contigus, et dans une distance de 60 à 100 milles du district de Colombia , sont «''gaiement fertiles, et ne le cèdent, quant à la valeur des terres, à aucune partie des États- Unis. je vous envoie la grande carte des États- Unis, par Evan. Vous y verrez la position des districts que je vous désigne. J’y ai marqué d’une ligne double , en encre rouge , le district de Colombia , et d’une ligne simple les districts dont je viens de parler. Vous observerez combien la Patowmac se rapproche des rivières qui coulent vers l’Occident. Cette carte a été faite d’après des travaux re’cens. LaShenandoa peut être rendue navigable dans un espace de j5o milles depuis son confluent avec la Patowmac, pour une somme de deux mille livres sterl. La branche méridionale de la Patowrnac, à 100 milles plus haut, peut également être rendue navigable pour une somme beaucoup moindre. Du côté du Maryland, les rivières de Monocary, et de Conogecheap sont susceptibles d’être aisément rendues plus navigables qu’elles ne le sont aujourd’hui : ce seroit un grand avantage pour les deux États, et pour une partie de la Pensylvanie. , G. "WASHINGTON. Zoj Un cultivateur Anglois doit prendre de notre agriculture , ou de nos terres, une bien triste ; 3 .--- 7 . idee lorsfjn on lui dit que nous ne recueillons T'C huit a dix busliels de blé par acre (i)- Wa,s Ce ^ an doit être explique par une circonstance a laquelle on n’a pas fait assez d’atten- n, savoir, que n OS cultivateurs visent, non point a tuer ie pl us grand parti d’une étendue terrain donnée , mais llne q Uant ité déterminée de trnv,;i 1 r . '*> parce que le travail est cher, es toi res a bas prix. J] résulte de là que l’on ' qn égratig ner } a i erre ail ]j eu d e J a bien iabourer TT n agriculteur Ànglois, dont les ^rres sont chères, et le travail relativement à P r >x, cherche au contraire à cultiver Irès- ,en f 0Ur avoir de fortes récoltes dans peu espace. J’avoue que le raisonnement de celui- C| est beaucoup meilleur que la politique de ” OS fermiers,» mais il faut du tems pour chasser P re )ngés et dissiper les erreurs. Ordinaire— et j e ^ . est nécessité qui produit cet effet > Amérique ^ Ce * a ” e tarc * cra P as a arr ’ ver en (1) Cest quatre à cinq pour un. 3q8 agriculture Quelques observations sur l’Agriculture ou territoire d’Azigli- ano. Par Ch. Pictet. (Août 1802.) L’agriculture du Piémont vaut la peine d’être observée ; non que les assoleinens qui sont la véritable pierre de touche d’une bonne agriculture y soient réglés aussi avantageusement qu’ils pourroient l’être , mais parce que la cbarrue y est excellente et bien conduite, parce que les labours sont très-multipliés , les cultures à la main nombreuses et soignées, et que les produits des prairies , même sur les terres médiocres , montrent de quel avantage sont les canaux d’arrosement bien distribués , et les irrigations bien faites. Je désirois depuis long-tems voir travailler cette charrue dont M. Coste dit des merveilles (Voyez son ouvrage sur la culture des pays montueux ), q’u , à quelques modifications près, est la charrue de toute l’Italie ; mais qui n’est nulle part mieux conduite qu’en Piémont. Jevoulois m’ossurer par moi-même s’il se ven- controit dans la manière de guider cette charrue , des difficultés telles qu’il fallût renoncer à l’idée de l’appliquer au travail de nos terres j d’AZIGLIANO. 3og ou si le terrain du Piémont etoit, enge'ne'ral, une nature si differente du nôtre , que l’on ne pût rien conclure pour notre culture de son succès dans le pays où on l’emploie. Pour remplir mon objet il falloit du temsj ï falloit me fixer dans un canton où la culture ut particulièrement bien soignée : mettre moi- r: a ni ' ,n à rœ,,vre et faire un a pr ren ‘ suis b f "' , {>res . *l* ,cl »iues informations, je me 0UPSt J* \ • P 81 ' 0 " 0 » à dpux lieues au sud ~ ^ tout ,0hC VU,e de Verceil sur la Sesia , Pie' au P res de ] a nouvelle frontière du ■riernont. *b^ a( lo rt’est qu’un village, mais on y Pfopte deux mille et trois cents habitans. Sept e journaux de prairies ou terres arables 01 ment son territoire ( 1 ). I] y a p eu de non- Pt'Oprtetaires, et J’aisance est généralement répandue. Le village occupe une grande éten- •».* . P a y s > parce que les maisons , toutes • üat ies sur ]„ « , , des dépendances assez conside- Utl jardin potager. Deux canaux d’arvitt < , viennent de la Dora ceignent le viiJdge a (Jge . r ü , __ _ ^ ”rv eauy "différens , et fournissent i 1 ) Le journal perficie. est 36ioo pieds de France de su- --JM*! agriculture 3io à l’irrigation des prairies et des jardins. Les diverses brandies de ces canaux qui traversent les prés sont bordées de peupliers e'ieve's et nombreux, en sorte qu’a une certaine distance ces prairies ont 1 air d un bois. Tout le reste du pays est ouvert et plat; on ne voit pas une haie : la vue n’est borne'e que par les noyers , les mûriers et les maïs dans la saison où ils sont sur pied. L’alignement parfait de toutes les recolles de grain , et de toutes les plantes potagères, dans la culture en sillons relevés, ou en à-dos, donne aux champs un air d’arrangement qui plaît à l’œil ; et le soin que l’on a de Louer les terres à la main pour enlever la mauvaise herbe, fait de la campagne un véritable jardin. Celte apparence doit être plus frappante encore dans les années où il pleut de teins eu tems : j’ai vu ce pays-ci apt es trois mois de sécheresse. Sur les sept mille journaux qui composent le territoire d’Azigliano, il y en a environ deux mille en prés arrosés, qui se coupent trois fois et quelques-uns quatre fois. Ou les fume toutes les années au printems, à raison de huit charretées de fumier d’élable, par journal. Les plus productifs de ces prés rendent deux charretées de go rups par journal, à chacune des deux premières récoltes, et une charretée à ü’azigmano. 311 ! ... T „ esl de 25 liv. dç la troisième coupe. bo "M* , c est la rotation des re'coltes , en ayant égard aux pratiques q Ue JYxpérierice a fait admettre pour corriger les mauvais effets d’un assolement 518 AGRICULTURE vicieux , lorsque celle expérience n’a pas produit la reforme de l’assolement lui-même : il y a sur cela beaucoup à voir et à réfléchir dans l’agriculture du canton d’Axigliano. Le principe des assolemens n’est pas correct; mais les labours sont si répétés , les entrais si abon- dans, la culture à la main est si soignée, que ]’itdlucnce du vice de l’assolement est fort affaiblie. Pourquoi faut-il qu’il manque toujours quelque chose à la perfection d’un système agricole ou à son application? Là où les assolemens sont bons, les cultures à la main sont négligées , ou la charrue est mauvaise et les labours sont coûteux , ou bien quelque autre circonstance de localité empêche que la terre ne rende tout ce qu’elle devroit produire : ici toutes les circonstances sont favorables à l’agriculture; mais c’est plutôt la routineque le raisonnement qui règle la succession des récoltes. Avant de considérer les assolemens de ce canton , j e dois faire une observation. On a beaucoup exagéré , ce me semble , la fertilité des terres du Piémont : on a coutume de les assimiler à l’ancienne Flandres, et la différence me paroît très-grande. Si le Piémont rend beaucoup, c’est à force de travail et d’irrigations } c’est parce que le climat permet la cul- d’azIGLIANO. 3ig ture du riz, et celle des vers à soie, qui créent annuellement un capital très-considérable pour le commerce. Le canton d’Azigliano étant un des plus fertiles et des mieux cultives, on pourra juger, par le rapport des grains, du deg ré de fécondité' des terres du Piémont en général. L’assolement le plus communément suivi est de quatre ans, savoir : 1 . Maïs fume ( meliga). a. Seigle, puis quaramine (quarantina) , variété du maïs. 3. Blé fume. 4. Seigle. i Quelquefois la récolté dérobée de quarante e se répète à la quatrième année. Quelquefois au lien de seigle, à la quatrième année , on met du blé une seconde fois , mats toujours en fumant. Détaillons les procédés de cette culture, et donnons une idée de ses produits. Dn ne sème jamais le maïs sans fumer la terre. Dans l e courant de mars, on mène sur le chaume du seigle de l’année précédente, ou sur le terrain q u i a en quararitine , boit charretées de fumier par journal (l). (î) Ce qu’on appelle précisément /ma carra est la Û20 AGIUCUI/TTTRE On laboure en à-dos , ou billons de quatre traits de charrue, pour toutes les récoltes, le chanvre seul excepte : c’est sur ces billons que se répand le fumier. Le charriage en est très- comniodc, parce que la distance des sillons ouverts répond précisément à la largeur de-la voie des voitures; elles y cheminent sans peine, même après les pluies du printems. La règle invariable du labourage, ainsi que je le dirai en traitant au long de la charrue , c’est de combler le sillon qui e'toil ouvert, et de former ]’à-dos à l’endroit où êtoit la raie. Dans cette operation , le fumier se trouve mieux enterre' qu’il ne l’est dans nos labours à plat ; et comme un des avantages de la charrue du Pie'mont est de nettoyer parfaitement la raie qui demeure ouverte; il ne reste dans celte raie pas un charge d’un char à 4 roues, que deux bœufs traînent avec peine; mais quoique les paysans disent toujours carra, c’est le plus souvent una baros/ta; c’est-à-dire, la charge d’une espèce de large tombereau à deux roues, et q ue deux bœufs mènent aisément. En général, on fume tres-pen, mais souvent : dans les endroits arrosés, c’est plus avantageux, parce que l’eau, tout en favorisant la végétation, dégraisse la terre. C’est probablement la cause de la prptique de fumer peu, et elle s’applique aujourd’hui à ce qui n’est point arrosé comme à ce qui l’est. atome 521 d’aztgliano. atome de fumier. Je ferai remarq«e r CT1 P as “ sant que, comme il y a un c t e de la surface du champ en raies ouvertes, q ul Ie se sèment ni ne se fument, la quantité Je huit ' 1 charretées de, fumier pur journal se trouve réellement d'un cinquième plus forte. La nienie observation s’appliquera à la quantité de semence que l’on met sur un terrain donne. Le labour fini, l’on herse pour bien meler le fumier et la terre. Le hersage, qui se fait toujours en long des sillons , diminue la hauteur de l’à-dos; mais les raies demeurent encore bien marquées. Le semeur chemine dans la rate et sème grain à grain de la main droite, sur l’à-dos ou prosale. Il répand les grains du maïs sur une largeur d’environ trente pouces , et à peu près à un pied les uns des autres. C’est le double plus serré que ne doivent rester les plantes, mais on prend de la marge : d va environ une émine de maïs par journal (1). Quand le champ est semé, on herse à pleine herse , c’est-à-dire aller et venir sur le même terrain. Si au moment des semailles la terre se trouve (1) L émine esi u • , T , . M la sixième partie du sac. Lém de bon ble nèsp p , _ , l o livres de Piémont, ou j p c de marc. Tome 10. X Û22 ACB.ICtrLTX.TlE extrêmement sèche , on sème alors le mais it la vole'e sur le fumier , puis on l’enterre par le labour, et on termine par un hersage. On sème alors près rie deux émines, parce que les grains qui se trouvent enierre's trop bas ne lèvent pas tous. Lorsque le maïs a un demi-pied de haut, on le déchausse (si scalza) , c’est-à-dire, que l’on tire la terre qui entoure les plantes, pour l’accumuler dans la raie ouverte, et en former une arête qui servira à garnir les plantes quand elles seront plus développées. Cette opération , ainsi que les suivantes , se font par des femmes , et avec une houe à long manche , dont le fer large se termine en langue ou pointe arrondie : on ôte les plantes surabondantes. Lorsque le maïs a un pied de haut , les femmes le rechaussent, plante par plante, en reprenant la terre qu’elles avoient écartée : cette opération se nomme ricalzare. Quand l’herbe commence à se montrer dans les intervalles des plantes de maïs, on fait la troisième culture, qui consiste à arracher l’herbe , et à butter encore à une plus grande hauteur les plantes du maïs. Quand les deux dernières opérations ont été bien faites, les bancs ont, dans le milieu , jusqu’à vingt pouces , 3ü3 ü’azigliano. 023 -de haut; chaque nœud de la pl ante f l UR ^ on * i * „» la récolte CSt a enterre pousse des racines , et ld 1 ordinairement en proportion du soin q u on a mis à butter les plantes. Dans les endroits où l’on peut disposer ^ e l’eau on arrose le maïs; c’est-à-dire, qu on inonde le champ de tems en tems, de manière qu’il ne reste hors de l’eau qile le sommet des sillons. Les re’coltes sont plus fortes, mais» comme je l’ai dit, on remarque que la terre s’amaigrit par celle operation. On se demande comment il est possible que la recolle du maïs supporte des frais aussi considérables que ceux que suppose une telle jnain-d’œuvre. Le secret de cette activité est dans l’espérance que nourrit l’intérêt chez les domestiques. Chaque domestique a 1 ont prise d’une certaine e’tendue de maïs ; il a cultive , ou la fait cultiver à ses frais; il la recueille, bat la récolte , et a le tiers du produit pour sa peine et ses avances. Ces entreprises des domestiques sont en outre de leurs occupations oblige es , et leurs gages courent d’ailleurs. Ces gagç S , au reste, soutires modiques, ainsi que je ] e

sc coupç par tranches, et s apprête de diverses manières. e tte énorme consommation du maïs en Pié- m°rn en assure l’écoulement ; et les gros pre- pnetaires paient d’ailleurs leurs domestiques Cn r °ba, ainsi que je le dirai en parlant des gages. ^ Ue ^ es mais SODt en ^ evees > volée ° Ure ’ on ^ erse j on sème le seigle à la * P u is on l’enterre à la charrue. (l) .Ro£>asig n ;p 13 16 précisément marchandise: mais en * ictnont ou se ... désigner des cho 1 conlltiu edemenl de ce mot pour «e présente p as dM d ° nt la dénon,iuali on propre ne à la meliga •' 1 ab ° rd : 011 l’affecte particulièrement ’ a ^ Uara iuine et au seigle. AGRICULTURE 5a8 Dans la semaille du seigle, comme dans celle du froment, le semeur prend ordinairement quatre bidons pour l’étendue de son jet. Les billons , qui sont toujours de quatre traits de charrue , ont invariablement quatre pieds de France de large, à prendre du fond d’une raie ouverte au fond de la raie voisine, c’est donc 16 pieds que le semeur embrasse dans le jet de sa poignée (a). A mesure qu’il sème, les charrues, ordinairement au nombre de deux, enterrent la semence. 11 semble d’abord que le grain tombant de la main du semeur sur un terrain dispose’ en tuyaux d’orgues , doivent s’accumuler dans le fond des raies, et lever fort inégalement. Mais l’action delà herse, qui précède toujours la semaille , abat les billons , et empêche que le grain ne s’accumule dans les raies. D’ailleurs, le terrain qui vient d’être labouré et hersé, est mol et légèrement raboteux : le grain reste là où il tombe, et ne rebondit pas dans la raie, comme cela arrive au maïs dans le cas que j’ai indiqué ci-dessus. Cette méthode de semer sous raies, ou d’en- (1) Il va et revient en semant sur cette largeur de 16 pieds. Eu allant, U marche sur le deuxième billon à compler de sa droite; et en revenant, il marche sur le billon qu’il avoit laissé à sa gauche. D’AZIGLIANO. 32g terrer la semence à la cliarrue, a le grand avantage de ne pas perdre un seul grain dans la raie qui reste ouverte. La cliarrue relève la terre d la semence qui s’y trouve mêlée, de manière que les plantes qui lèvent le plus lias sont encore à un demi-pied au moins du Tond de la raie. U semlile au premier coup-d’œil que ce soit un cinquième du champ perdu que ces raies d un pied de large qui restent ouvertes entre 71 liions, ei ne portent pas une seule plante; mais c est une erreur. La couche de terre végétale améliorée , celte couche de terre qui p oduit et nourrit Je grain , est employée toute entière. La surface, quoique plus considérable, ne P eul P a s sc couvrir d’un plus grand nombre e pis que ne le pourroii la base des billons, niais ces épis sont plus longs et plus garnis de grain, parce que la terre amendée et remuée, qui fournit à leur subsistance, est en quantité plus considérable pour chacun d’eux qu’elle ne SCT q 1 S1 diamp éloit semé à plat. n S!iU d’ailleurs que les rigoles d’écoule- nt sont indispensables au succès des plantes céréales, r )a ,.„ , . , ’ t d, ce que les eaux stagnantes ue J hiver les tuem n r 1 , . u- 11 laut donc nécessairement sacrifier une pa n ; , . que le reste > ■ dU C ,am P a ccs n g oles P 0Ur j„ , P u *sse réussir. Dans notre méthode de semer a plat p u : s ■ , .. t de rigoler ensuite, u reste AGRICULTURE 35o beaucoup de grains qui lèvent dans les raies, et sont perdus parce que les plantes périssent: dans la méthode dont je parle, rien ne se perd, et si le sons de b* longueur du champ , qui est celui de la direction des billons, ne se trouve pas le plus favorable à l'écoulement des eaux, une rigole transversale les réunit, et en débarrasse le champ, d’une manière plus sûre et plus complète qu’on ne peut l’obtenir avec notre méthode. Lorsque le champ est semé, la crête des billons est d’un pied , mesure de France , plus élevée que le fond des raies. Cette hauteur, la courbure du billon , sa largeur, l’alligncment et le parallélisme des sillons ouverts, la propreté de la raie, tout cela est d’une régularité qui charme ; et un champ de trente ou quarante journaux, fraîchement semé, semble soigné comme une plate-bande de jardin qu’on vient d’alligner au cordeau , et de râteler à la main. Les seigles, ainsi que les blés, se nettoient d’herbe au printems: c’est un travail de femmes; et personne ne se dispense de faire ainsi parcourir ses champs, pour obtenir une récolte plus abondante et plus nette. Les seigles se coupent au mois de juin, et leur produit moyen est de huit à neuf pour un: d’azigliano. 551 c es t-a-dire, que comme la quantité’ de semence est ^ environ trois érnincs par journal, le pro- duit s’élève à quatre sacs ou quatre sacs et demi. On laisse le chaume à une hauteur d’environ dix-huit pouces en moissonnant, pour n’avoir, dit-on, pas autant de peine à battre le grain que si la paiJe e’toit de toute sa longueur. Ce chaume se fauche ensuite, et on Je fait manger aux ctes 1 hiver, ou bien on s’en sert pour liUere. On sait qu e dans le Piémont, où il ne pleut presque jamais au mois d’août, les grains se patient sur la terre. Les hommes cl le s femmes ■udistinciemcnt font cet ouvrage avec des fléaux plus légers que les nôtres, et dont la verge est fdus longue et plus mince. Chaque cour de lerme, ou de maison dans Je village, a son aire, 0u esplanade en terre glaise, pour cette opé- ration du battage. Elle se fait en partie pen- arn la nuû , à cause de l’excessive chaleur des journées. Le froment, cependant, se bat mieux au soleil. Tou \ es * es moissons et tous les battages se font a tâche, rv 1 donne aux ouvriers ou aux domestiques , . . . . en treprise de couper les seigles et de les battre r r , > moyennant un dixième du grain en nature. T, . r . , , • maure (ait les charriages. àg-iu culture i 33a Cette méthode a une partie des avantages que j’ai remarques à l’occasion de la culture du maïs. Le proprietaire est certain que son grain sera bien battu, et il n’a pas le désagrément d’être oblige' de presser ses gens de travailler au battage dans une saison et sous un climat pii cet exercice violent est très-pénible. Le prix moyen du seigle est un peu plus élevé que celui du maïs , e-t sa principale consommation est pour le pain des ouvriers. Les petites miches qu’on fait avec de la farine de seigle, se conservent plusieurs mois comme du biscuit : on le mélange aussi en diverses proportions avec la farine de maïs ou de qua- ranlinc, pour en former des petits pains de sept à huit onces qu’on fait toutes les semaines, parce qu’il tic se garde pas comme le pain de seigle pur. Aussitôt que le chaume est coupé', on met la charrue dans le champ j puis on sème la qua- rantine exactement de la meme manière que le maïs. C’est une variété du maïs, dont le grain est phi* petit et plus rond. La plante a le même port, fleurit de même, mais ne s’élève guères qu’à quatre pieds du sol : les épis moins nombreux et moins gros , sont formés comme ceux du maïs. L’origine de son nom, c’est que quarante jours peuvent suffire, dit-on, à la faire d’azigliàno. 353 parvenir à sa maturité. Cela est exagete. cette récolte dérobée est toujours plus de deux mois en terre. Elle reçoit précisément les memes Cultures que le m.iïs ; et les domestiqoes ou les ouvriers en font également l’entreprise, moyennant le tiers du produit. Ce grain s emploie aux mêmes usages que la meliga , mais il n’est pas tout-à-fail aussi savoureux ,* et la polenta de quarantine n’est pas aussi estimée que l’autre. Son produit moyen est à peu près la moitié de celui du maïs, et son prix dans les marches est toujours un peu inférieur. Lorsque les tiges de la quarantine sont coupées , et charriées pour les memes usages que celles du maïs, on mène le fumier, toujours à la même quantité de huit charretées par jour nal, on l’enterre, on herse $ puis on seme le blé, que l’on enterre à la charrue, précisément de la même manière que je l’ai expliqué pour le seigle. La qualité de blé que l’on sème généralement est un froment barbu , blanc , à paille creuse, q ue p eS périence a fait rccounoure plus avantag eux q ue J e blé sans barbes. La principale raison que l’on donne pour préférer la qualité admise , c’est que son grain est plus recherché par ceux qui font les pâtes de ver- miceiîi macaroni et autres, dont la consommation est considérable en Italie. agtiiculturk. 334 La quantité de la semence que l’on re'pand sur un journal varie selon la saison où l’on sème , la nature du terrain, et selon que la qnarantine , qui a précédé, a été arrosée ou non. Cette quantité n’est guères au-dessous de trois émines, ni au-dessus de quatre. On peut regarder la moyenne de la quantité de froment semé, comme étant i5i livres poids de marc, sur 56ioo pieds carres de France ( 1 ). Le blé en terre a principalement tleux insectes à craindre : les limaçons et les taupes- grillons. 11 y a des années où les ravages des premiers sont considérables, et s’étendent indistinctement sur tous les blés en automne. Les taupes-grillons sont surtout redoutables dans les champs qui ont été arrose's pour la ré- colte précédente, et qui se trouvent dans le voisinage des prés. Lorsque le blé succède à une récolte arrosée, on met un tiers ou moitié de semence de plus, pour faire la part aux taupes-grillons. Ils coupent les plantes sous terre, et minent le champ dans toutes les directions. On connoît les dégâts de cet insecte dans les jardins et dans les prés. (1) Cela revient à la quantité de deux bushels et demi pour l’acre anglois, qui est d’un -pj plus fort que la giornata de Piémont. d’azigluno. 535 Comme la charrue demande de grands details, et que je ne puis entreprendre de faire bien connoître ses avantages et ses inconvé- niens, avant d’avoir donne une idée générale de la culture du pays, je ne puis pas faire comprendre ici tout l’effet d’tfne amélioration récemment introduite dans ce Canton. Je dirai seulement, qu’il s’agissoit d’éviter que les bœufs, dans 1 opération d enterrer la semence , ne marchassent sur le prosale (le billon) parce que les grains enfouis sous leurs pieds ne levoient pas. Pour cela , on a imaginé une charrue à double oreille et à soc large, laquelle donne a chaque prosale le dernier trait qui doit rester ouvert, et fait en allant ou en revenant, ce qu^vec la charrue simple , il auroit fallu faire en une allée et une venue ( 1 ). Outre l’avantage de ne pas enterrer le grain trop profond , et pétrir le terrain sous les pieds des bœufs, on trouve dans cette charrue l’économie d’un quart du travail, et l’épargne du tems, chose bien importante pendant les semailles. S il convient de faire des rigoles d’ccoule- noent en travers des sillons, ou obliquement à leur direction, 0 n a soin de les faire, afin de {') L’inventeur Ae cette charrue est Mr- Ferrari { dit Miggiot) d’Azigliano. 536 AcixictTi/ruRE debarrasser complètement le champ des eaux pluviales. On ne rc’ussit pas toujours, dans le canton d’Azigliano, à prévenir par ces précautions, l’inondation des champs. Le pays est très-plat. Les canaux ont peu de courant, et lorsque les pluies sont opiniâtres , ils débordent sur les prés, et de ceux-ci sur les champs. Comme tout Je pays repose sur la glaise , une fois les champs inondés par cette cause, l’eau y séjourné long-tems : l’automne dernière, et pendant I’iiiver, les eaux ont fait ici, comme dans toute la France, un tort très-considérable à la récolte des blés. On nettoie les blés au mois de mars, ainsi que je l’ai dit des seigles. La récolte s’en fait à la fm de juin , et de la même manière que celle des seigles, c’est-à-dire, moyennant un dixième en nature au domestique qui rend le blé prêt à vendre : les charriages à la charge du propriétaire. » Le produit du froment, année commune, lorsqu’il succède au seigle, est de six pour un. Le sac de six étnines, et pesant environ 220 livres poids de marc, se vend dans ce moment, 4a livres de France : son prix ordinaire est de 3o à 35 livres de France. Le chaume se coupe long avec la faucille puis n’AZIGLTANO. 5^7 puis on le fauche pour Je faire manger au bétail l’hiver, comme le seigle. Aussitôt que le terrain est debarrasse, on y met la charrue, et on laisse la terre soumise à l’action du soleil pendant deux mois , avant de semer le seigle, qui fait la quatrième re'colte de l’assolement. Cette récolte de seigle n’est pas sensiblement differente en produit, de celle qui a suivi ] e maïs. Quelquefois on lui fait encore succéder la quarantaine, mais cela passe pour une mauvaise pratique. L ordre de ce cours de récoltes se change quelquefois } en s’éloignant davantage encore des bons principes , c’est-à-dire , en prenant deux récoltes de blé de suite, l’une et l’autre fumées j car c’est une chose reçue que jamais on ne met du froment sans fumer, à moins qu’il n c succède aux haricots fumés ou à la vesce de printems fumée. Lorsqu’on s’aperçoit qu/3 la terre se charge de mauvaises herbes, et que l’on craint que les cultu res de la meliga ne suffisent pas à la nettoyer, 0n donne ce qu’on appelle unacol- tura bicmca ( Une jachère complète) à laquelle succède du ble' f U mé, dont le produit est de huit à neuf pour un. Dans celte année de jachère, on laboure au moins trois, et au plus cinq fois : le premier labour se donne avant Tome 10 . Y AGRICULTURE 558 l’hiver. On peut compter qu’il y a environ un dixième des terres en jachère. Le trèfle n’est point inconnu dans le territoire d’Azigl‘ ali °i m; ûs son usage n’est pas suffisamment e'icndu. On le seme, ou immédiatement après le blè et avant que celui-ci lève, ou sur le blè levé, en automne , ou enfin sur le blé au prinlems. Lorsqu’à l’année suivante, on veut le rompre pour semer du blé encore, on fume sur Je trèfle , avant d’y mettre la charrue. Soit.que l’abondance dps fourrages par les prés arrosés rende trop indifférent sur le produit du trèfle , soit que fumant également le terrain après le trèfle , le cultivateur n’en tire pas tout l’avantage qu’il pourroit donner, soit enfin que cette plante ait besoin du plâtre, dont l’usage est ici ignoré, pour donner des produits très-considérables, il est certain que le trèfle n’est pas estimé ce qu’il vaut, dans l’agriculture d’AzigÜano. La disposition des billons étroits et élevés est aussi un obstacle à sa culture. En le semant, un cinquième au moins de la graine tombe dans les raies , et y périt faute de terre remuée. Lorsqu’on le fauche, il est très-difficile de n’en pas perdre une partie, et le faucheur fait un travail fatigant et long. Le trèfle se bat toujours dans le milieu du jour, et en plein soleil, pour en retirer la graine ; parce d’azigmano. 33y qu’il faut que les capsules soient extrêmement seches pour s’ouvrir : cette circonstance ri’cst pas encourageante pour la culture de cette plante. Je ne crois pas qu’il y ait un journal semé en trèfle sur cent journaux de terres arables : il ne peut pas produire un eflet sensible sur les assolemens du pays. La vcsce noire, et la vesce blanche, qui se sèment au printoms sur un terrain bien fume, passent pour préparer admirablement la terre an lroment. On les laisse toujours mûrir : la notre est la plus commune 5 mais leur usage est extrêmement restreint à cause de la difficulté de trouver à vendre la graine. Les haricots a longues siltques, et à ires- petits grains blancs ( fagicole) sont une récolte précieuse pour le p a y s . I| s entrent dans l’assolement au lieu du niais. Us se sèment et se cultivent exactement de même. Ils s’ai rosent quand on le peut, et donnent un produit extrêmement considérable ; cinq sacs par journal n est pas une récolte rare. Ils se vendent cette année 36 francs le sac. I] s se cultivent et se battent à entreprise , et aux mêmes conditions que le mais et la quarani'me. On en fait la soupe , °n les apprête comme légumes. La vcsce et les havicots sont les seules productions après lesquelles on sème le blé sans I 34o AGRICULTURE fumer ; et on assure que son produit est aussi considérable qu’après une jachère à cinq labours et fumée. Ce qu’il y a de singulier dans la pratique du canton , c’est le soin que l’on a d’éviter de mettre du froment apres le maïs; tandis que, dans d’autres parties du Piémont, on regarde le maïs comme la jachère par excellence, et on se tient pour assuré d’avoir du beau froment après. A deux lieues d’ici, dans le territoire de Pesnna, c’est la pratique invariable (i). Le chanvre est une récolte que chacun fait pour son usage. Ceux qui n’ont pas de terrain se chargent de semer, sarcler, recueillir, et rouir le chanvre , et en ont le tiers. Le propriétaire du terrain fait liller ses deux tiers. On laboure à plat pour le chanvre, c’est-à-dire, en planches depuis 16 jusqu’à 36 raies de large. On lui donne un sarclage, avec une petite houe étroite, lorsqu’il a 4 pouces de haut. Comme on lui destine les terrains les plus frais , et qu’on le fume Lien , il devient extrêmement haut, et fort. La quantité qu’ori en sème n’est pas assez considérable pour marquer dans les assolemens du pays : on destine toujours la (i) ïl n’y a pas de différence sensible dans la nature de la terre. d’azigmano. 34i Dieme terre au chanvre, et on la fume toutes J es années On sème quelquefois du colza pour l’huile, ( Ravizzone ) mais on ne le cultive pas avec les soins qu’il oxigeroit pour donner de beaux Produits. On le sème, ou au mois d’août pour le recueillir en mai, ou au mois d’avril pour le recueillir en septembre. On le fume toujours, mais il est rare qu’on lui donne, même une seule cultu re à la houe. Le seul soin qu’on ait, c est d en e’earter les bêtes. La récolte s’arrache. Elle donne jusqu’à cinq sacs par journal, et se^vend jusqu’à trente livres de France le sac. On s étonne qu’une plante qui donne dans ce pays-ci des produits aussi considérables, n’y soit pas plus généralement cultivée. Mais la demande de l a g ra j ne n ’est p as assrz sl A jre pour encourager cette culture. Les noyers sont tellement abondan s que l’huile de noix ne se vend que j 2 a 165. la livré (l). L’huile de colfca sert (1) L art de faire ( l° n1 ^ résulte que la masse de productions est nu b men tée , que le pauvre qui veut travailler n<> s ^ 1 ' roit être desœuvre, qu d s occupe avec plaisir «profit, qu’il est, en un mot, meilleur par le travail et plus heureux par l’esperance, est une disposition qui me semble mériter l’attention des hommes d’état et des amis de l'humanité (i)- Un autre avantage plus grand peut-etre, relativement à l’économie avec laquelle les propriétaires exploitent leurs terrains, c’est la perfection de la charrue, elle peu de forces qu’elle 0) Ne pourroit-on point encourager par des primes limitation de cette pratique en France et en Angleterre? On rendroit, je pense, un ser\ice bien important aux cantons où l’on réussiroit à l’introduire. II faut compter pour beaucoup la simplicité de l’exploitation des grands domaines avec cette ressource de l’entreprise des récoltes. On supprime ainsi tout-à-coup les abus ruineux de l’entretien des domestiques de campagne, abus du genre le plus rebutant, pour l habitant de la ville qui se fait agriculteur. J’ai pour voisin à AidgliaOO un propriétaire d e cent dix journaux, qu’il fait cultiver lui-même. 11 a p 0ui . ce j a ; en tout, trois domestiques, qui se nourrissent, eux et leur famille, avec la graine qui! leur donne p 0ur complément de leurs gages, ou qu jls gagnent par les entreprises des récoltes, et le soin des vaches. Ils ont U u demi-sac de roba par vache. 552 AGiticcLTunE d’aztceiano. exige. Comme l’étude de la charrue est le principal objet de mon séjour, et que ce chapitre doit être traite fort au long, je ne l’entreprendrai pas ici. Je dirai seulement, i.° qu’on n’at- tclie jamais que deux bœufs ; 2. 0 que le laboureur ne se fait aider de personne ; 3 .° que le prix de la charrue prête à travailler varie de l 5 à 25 liv. de France ; 4 .° qu’un laboureur a 100 francs de gages , et six sacs de maïs et seigle , sans autre nourriture ; 5 .° que l’entretien de deux bœufs revient année commune à 216 liv. 3 6." que l’entretien annuel d’une charrue , y compris l’intêrel a to p. r ^ du prix des bœufs ne s’élève pas à 600 francs. 7. 0 Enfin, que le taux du travail d’une charrue attelée de deux bons bœufs est d’un journal dans la matinée, et d’un demi-journal le soir, même en rompant, pourvu que la terre ne soit pas trop sèche ou trop humide ; que pour les second et troisième labours une charrue fait souvent deux journaux dans le jour 3 et que même une paire de vaches ne font pas moins de leur journal dans les deux reprises. Le secret de la promptitude de ce travail est-il dans son imperfection, dans la construction de la charrue , ou dans la nature de la terre? c’est ce que nous examinerons. De De la Charrue nu Piémont, et de la Culture d’Azigliano, par Ch. Pictet. Explication des Figures. Fig. i. Charrue du Piémont, nommée slerio- (l). Fig. a. et. La burra ou J’age, en bois de chêne- b. Le coulirc , dont la pointe vient reposer sur le soc, à trois pouces de sa pointe et près du tranchant de gauche. ce. L ’uggeito ou gorge : bâton qui lie L'ge au sep. ddd. La steiva ou le manche , qui a huit (i) Je dois observer que la construction de la charrue varie, dans des nuances, d’un Déparlement à 1 autre, et même d’un canton à l’autre, clans le Piémont. Laraho du Mont-Ferrat et de quelques parties du Piémont n est pas un instrument aussi léger que la Sleria j mais il est fait sur tes mêmes principes. J’ai étudie les opérations de la charrue dans un canton où la slerUi est en usage, et d’après les informations que ) ai recueillies, elle est employée plus généralement que ïaratro, et fait un ouvrage plus propre. Tome 10. 2 DE LA CHARRUE 354 pieds de France de longueur jusqu’à» l’age qu’il traverse par une mortaise et vient reposer sur le sep, à quatre ou cinq pouces derrière la pointe du coultre. Elle est en noyer et plate. Dans quelques endroits, clic est ronde , et en sapin. e. Le coin nomme’ -turlacol ^destinés à assu- f. Le coin nomme scagnet ( rer la s te i va. g. Le sep en chêne, dont la queue traverse la burra. h. La brille de fer qui passe dessous la burra. NB. La burra a quatre pieds de France de long, depuis son extrémité jusqu’au coultre, et un pied et demi depuis le coultre jusqu’au talon. Le coultre a 26 pouces de long. L’àn- neau qui reçoit le crochet de la chaîne des bœufs pend toujours à droite de la burra. Fig. 3. A. L ’ourséf ou planche de noyer de trois pieds de long et de 9 pouces de haut. Elle est légèrement voilée en dehors , de manière que le haut c est de deux pouces plus en avant que le bas. Elle est aussi un peu évidée par dessous, de façon à ne toucher qu’en b et d, quand on la pose de tranchant sur un plan. La partie antérieure et inférieure d se mortaise dans le sep , ainsi qu’ôn le voit dans la fig. 4. DU PIÉMONT. 555 La partie anlërieure et supérieure e est tranchante. FFF. Chevilles de bois (pii firent l'oursé dans le sep. T ^ F ' 8 ' 4 ' °‘ 0 d en tale ou sep , vu par dessus. II est en chêne. 1 ourse clienaiJJee dans Je sep. j f ^ ,ev dles de I>ois qui fixent l’oursé aans I e sep. r P „ . 1 de part en napt P reraièrM ,e « raversent vrn n ’ el fixent aussi l’oreille. rière i T 1 ”* ^ ll8ne 15 le S( ‘P se rc, ‘ ;ve dcr “ nere jusqu’en h n ■ i d e I oreille i CSl “ " n P ouce au 'd pssus t ement e ou fsé, pour diminuer le froide JoncT SCP ’ qU ' 3 SÎX p0UCeS *! demi n b üe,,x pouces et demi d’ëpaisseur. fl Çf] \| «il * r l^fidc df’ * GSl e,11 ^ rasse P a r la burra. La e 1 r qui passe sous le talon de la burra la tTrre 8550 ^ 9,16116 dusep, ne touche point Le sep a 55 ^ queue. U a 6 n P ° UCes de long, y compris la en h, et 4 pouc^* t ^ C " J ’ 5 pouces d’ëp a isseur p 5 ’ e, ! enie,U f ’ *' "Z™* jusqu’à sa pointe ,? h> et va en s’amincissant lignes d’epais IJ * ° Ù d n ’ a P ,us ^ tr ° ,S en dessus à 1, r^ 1 C ° U P e ' en ta,us de dessous ’ •* lace Q, DE LA CHARRUE 556 La ligne pointée qui entoure la partie anterieure du sep indique le soc. Il a 9 pouces de large en KK. Il s’emboîte sur le sep, et l’embrasse de quelques ligues par dessous, sur ses deux faces, qui sont tranchantes, et vont un peu en baissant, de manière que le dessous du sep touche à peine la terre dans l’aciiou du labour. Fig. 5. O rechia ou oreille, vue par devant. NJ3. Quand la charrue est posée à plan, le point a est de quatre pouces plus haut que le point b. L’oreille est en noyer. Fig. 6. Oreille vue par derrière. NB. Le point a est à 4 pouces au-dessus du point b, quand la charrue est pose'e à plan. La ligne a b a i5 pouces de long. La ligne a a, b b , de même. Depuis aa eu b } il y a 24 pouces. Fig. 7 . AA. Raie demeurée ouverte dans le labour précédent, et qu’il s’agit de combler pour y placer l’à-dos du nouveau prosale ou billon. B B. R rentier trait du prosale. ce. D dixième trait du prosale. DD. T roisiè-me trait du prosale et qui achève le prosale précédent. nu rifeMONT. 067 E E. Quatrième trait du prosalf- FF. Troisième trait du \>\\\on suivant, et qui achève le prosale de 4 pieds de l Jï h e iir r ■ _.„i P trois traits, et Il laul pour taire un piosaie , deux demi-traits. . . ^ Un prosale reste toujours impôt fait ^. u i_ ce que les deux premiers traits du ptosa vaut soicjnt trace's. „ La distance de la li«nc B B à la l’S ne ’ 10 ^ » ' notices est de 10 pouces. Or, comme le soc a y 1 * dans sa plus grande largeur , la terre q*" hC l 1,n * O " mute le premier trait du deuxième trait, est, tranchée et remuée : c ’est la terre q"‘ s aCCV j mule pour former l’à-dos à l’endroit où e l ° l1 raie demeurée ouverte. ^ La distance entre l a li^ne DD etla^S ne 15 * miCCS est de douze pouces : il y a donc trois p° ^ qui ne sont pas tranchés par le soc, loi' 5 '! 11 trace le troisième trait. çç La distance entre l a li gne E E et D g (le quatrième trait et ^deuxième) csl 6 pouces : il y a donc , dans cct in lcrva ’ pouces qui ne sont p as tranchés par le S ° C ' La distance entre | a lm nc FF ( troisie» 10 lrfn du prosale suivant) et j a flE , est UC pouces qui ne sont point tranchés par ]e S ’° C ‘ Sur les 48 pouces qui forment la largeur to laie du nouveau prosale (à comp ter c ^ u ou 1 358 DE EA CHARRUE d’une raie ouverte au fond de l’autre raie ouverte ) il y a donc un quart du terrain au moins qui n’est pas tranche par le soc. Je dis au moins, parce que le soc ne chemine pas en demeurant dans une position horizontale quant à sa largeur : il lève plus ou moins a droite dans les deuxième , troisième et quatrième traits : nous allons en voir la raison tout-à-l’heurc. L’à-dos du nouveau prosale est toujours exactement au-dessus du fond de l’ancienne raie ouverte ; mais cet à-dos ne se trouve pas exactement au milieu du nouveau prosale : l’arète est six pouces plus près de la raie ouverte du côte’ où le billon a etc commence : c’est-à-dire, a 21 pouces du fond de celte raie, et à 27 pouces du fond de la raie suivante. Lorsque la charrue est pose'csur le sep, c’est- à-dire, à plan et en repos, elle porte sur trois points, savoir : la pointe du soc, la partie inférieure et postérieure de Yoursè, et la partie intérieure, postérieure et inférieure de l’oreille. Da ns cette position , la partie inférieure, postérieure , et extérieure de l’oreille ne touche pas la terre , à quatre pouces près. Suivons maintenant l’opération du labourage , en supposant qu’il soit question de rompre un chaume. Le laboureur, toujours seul, avec sa charrue attelée de deux bœufs, et tenant de la main V lw riKMONT. 55^ "te un toscan de quatorze pieds de loua ninte la cana, lequel porte à un bout un ai- ° u j et a J autre une polile pèle pour de- C ^ cr ’ au besoin, la terre de l’oreille, se P ,,c e au coin du champ, de manière qu’eu tamant son travail, tout le champ soit à sa > excrpte Je pro.sale dans lequel le soc ,:r ,e U Pr ° lQicr trait - Lp bœuf de droite Le bœuf de ' marc{ie dans l’ancienne raie, sur le vi«..x- b UC * e se nomme eï'-fi marche '*X p r0s I première fois, 6 ’ Ce < l ,,i r, ’ a ,ie " f l ue Celle trait de ch / ^ e, ' SUllc en traçant le premier marche dansJ a < b r °sal e , b» j )CCU f de gauche cèdent. <|u atriè me ,aie du prosale prè- Le laboureur d,,. , , gauche, le bras eum.i' 1 3 d ® ** ^ ®!Tort. U marche d ' SanS ^” e ’ rt sans aucun qui s’appelle r7n W J' 1S ,a raie V™ °“ vre b et sensiblement à pl a ^ La charrue chemine une raie à rempl’ 30 ’ P arCe ( l ue comme tl y a bien fort , et L* ’ J ’oreiil e n’a point d’appui accumulée’, c 0 p 6 ^ mome P as kUr h * erre sième trait. Les T 6 ^ arrive surt0Ut tr °*' La direction c st , marchenl fort à l’aise. celui de droite °° n ce avec exactitude pa r tue ; e’eei .. ’ su * 1 une raie ferme et bat- ^ Un r bout du sillon ] aC,Ie à fairc - pa, ; venus au > *cs bœufs s’arrêtent à la voix, > DE DA CHARRUE 36o en fléchissant un peu à droite. Pour dégager la charrue du sillon , le laboureur appuie un peu sur la steiva (le manche) en poussant vers la droite. La charrue se met ainsi suffisamment de cote pour que le soc sorte de terre, et au moment où les bœufs s’arrêtent, la charrue se trouve sur le plat du sep. Comme les bœufs tournent invariablement à droite, ils en ont si bien l’habitude, qu’en arrivant au bout du sillon , ils se placent à angle droit avec la direction de celui-ci : c’est dans cette position qu’ils s’arrêtent. Il s’agit de raccorder la direction de la charrue avec la leur, pour que celle-ci puisse tourner après eux sans les embarrasser lorsqu’ils rentrent dans lesillon. Pour cela, le laboureur, ayant la steiva sous son bras gauche, fait deux pas sur sa gauche en regardant les bœufs, etlordani ainsi la charrue sur le derrière. Puis il prend la steiva par dessous avec la main droite, en se baissant, et fait un effort pour soulever en tirant à lui. Les jougs des bœufs servant de point d’appui, le laboureur fait ainsi perdre terre à la charrue , qui fait un saut de deux ou trois pieds sur la gauche. Cette petite secousse est pour les bœufs le signal qui les fait tourner, et rentrer dans le sillon (l). S’ils ne sont pas encore assez bien (1) Pour soulever la charrue par cette petite secousse, nu PIKMONT. 36l icssos pour le faire d'eux-mêmes, ou à la voix, 6 ^koureur qniite sa charrue pour faire trois Pas sur la droite, et frapper doucement sur le ■ont de gid tandis qu’il fait sentir son aiguillon * I épaule d’eïsf. La charrue quoiqu’abaridonnée i") C ^ e-n)t:,ne s oe se renverse point, parce que oreille lui sert, au besoin, de point d’appui, n rentrant dans | e si |J on ? Jc Jabourcur lève "‘7’™, S !f IV “ P»“r IWc pi q „ er le S oc. Le ,, s . ||on cc xcmrlo) ne se lait pas aussi r -, La direction de ^ H ue ,e P'' 6 " 11 "* * première raie < 1 . aeicrmincL j il se ironvn * , P* est tenté de s avancer pour soulever i a ^ moins de peine. Il y a une autre manière qui est aussi employée par quelques labourcu^ lorsqu’il y a une liaife à l’extrémité du trait) nécessaire *. elle consiste à relever lu ; * * * „ |e est représentée faisant le terzo du prosaI e suivant, et achevant par conséquent notre pro~ ïfde par Je trait FF, on voit que les trois pouces de terre intacte qui restent à la gauche du soc, oivent etre écrasés par l’oursè contre le prosale qu’on achève, parcc q ue ra ie EE du quarto est ouverte, et que la grande pression qui résulte de 1 inclinaison de la charrue, pousse citle aiete dans I a ra i e du quarto. Cette pres- sion que oursé exerce sur une terre non remuée suliu à » n . ,, abattre la crête, mais elle marque en même 015 Une moulure nette , et comme un cran, r „,> , , I u On nomme Vourselat, qui a environ un pouor. , » , e demi de large, et qui, lorsque le laboureur & , . i ' ,u est habile, et la terre en «on point, est. d’un* • , j ■ e si parfaite régularité que cela a 1 air (I un oi’r l( . n h , o • , ... , 0)£> nt pour le sillon. Pour juger de l’habileté du / i u A la netteté de l’ours i ab ° ,lreur » orl re ë arde rectitude du S j] Jon * . 8t ’ Comme à h P"** 11 ® Dans le 4 cn “= . resle ouvert. un peu plu, Je J"' {U »««*>> '* d “ m,e 9 est oIJigé Je j' v et le Coureur i Cr Un peu le manche- Gid marche comniodém P Eut est sur l a ^ dans ,e secondo ’ ma,S bien dressé, j] ^ du P™ale. S’il n’est pas sillon ouvert 4 ^ ' G à niarc,irr dans Je vieux ce qui fait faire 7 '7"'° ^ lr ° P 4 dcs Jactfes au laboureur. Sur 1 + DE LA. CHARRUE 364 l’intervalle de EE à CC, qui est de i5 pouces, le soc n’en tranche pas même g, parce qu’il se soulève à droite, et fait avec l’horizon un angle de i5 à 20 degrés. Pour se faire une idée nette du résultat de ce travail, il faut se représenter la coupe d’un prosale, et examiner ce qu’il y a de terre remuée, et de terre restée intacte. La figure 8 montre la coupe du prosale qu’on vient d’achever K. L M. La ligne K M est le niveau du fond des raies pour tout le champ. Les lignes pointées IIG et G J représentent la coupe des anciens prosali jusqu’à leur sommet. La terre qui, dans le nouveau prosale, a été tranchée par le soc et remuée PTT , est pointillée. Les parties intactes sont ombrées P Q R S. Elles forment ensemble environ un quart delà masse totale du prosalc. On voit que c’est le terzo qui laisse le prisme le plus considérable P. — C’est probablement pour obvier à cet inconvénient, qu’à chaque labour, on change de côté pour commencer le travail du champ : de cette manière, tous les prismes P sont complètement tranchés et renversés par le primo_, le seul des traits de charrue dans lequel le soc ue se soulève, point. Je dis qu’il est probable que c’est là la raison qui a établi l’usage, mais personne n’a su m’en DU PIÉMONT. 3 65 fendre compte ; et tous les laboureurs à qui j’ a i essaye’ de faire observer que , le soc s’inclinant Vers la gauche, il lestoit dessous une portion de terre non labourer , m’ont nie la couse'- queuce , sans pouvoir me nier le lait de l’inclinaison du soc. Us m’ont toujours répété la *nême chose , savoir , q ue J a totalité de la terre du prosale etoit remue'e (il. Ai reste , 1 inconvénient du non-remuement e c. prisnicP, I OPS Jemai j| e ( csl moins ?" d’abord. J’.,i fait observer, en parlant de la •> j i i niere d’enterrer la semence a la charrue, que ,i. , , nrosale I-, dns terzo qui achevé le prosaie, la semence . . 1 7 e ^elee à la terre, et soulevée par l’oreille • . ‘' d,die,re > n n > eto,t pousse'e sur l’a-dos, et qu il n en restoit ,, r> : , , I °tut dans la raie ni sur la Ç (x) Le lecteur observera «, u ’ a u dessus do P risme il y a une petite portion de terre remuée : c es e lle- qui (par la construction de l’oreille, et le vide q» e ° e ci laisse en dessous dans sa partie posteriez) se "„.„ celle même m.-:n sous cette meme oreil] e > en s’émiettant à mesure que dans ce » ’"lr ' ant éi ieure de l’oreille, et la , -*« a ta charrue chemine. La charge que supP°’ tC troisième trait, la partie _ moy en force de pression que l e laboureur exerce »» u _ de son long levier, font que cette terre est reusement serrée et a pplicq u ée sur la pente net . et que le fond de la raie demeure parf a, *- e111 il n’y retombe rien. DE LA CHARRUE 566 pente jusqu’à six pouces au moins du fond. Quand on considère la coupe duprosale, cela paroît évident. Il n’y a donc qu’environ trois pouces du haut du prisme où l’inconvénient de ce que la terre n’est pas remuée puisse être sensible pour les graines qui s’y trouvent. Mais il faut se rappeler que le labour de spmaille a toujours été précédé, quinze jours ou trois semaines auparavant, du labour qui enterre le fumier, lequel est suivi lui-même d’un hersage, en sorte que la terre n’a pas ou le tems de se durcir au point que les racines du froment ne puissent y pénétrer. Ce qu’il y a de plus remarquable dans le labourage de ce pays-ci, pour ceux qui sont accoutumés à voir aller nos charrues à grand bruit, et à grande peine, c’est la facilite' du travail. Les bœufs vont «t’eux-memes, lorsqu’ils sont bien dressés. Quand le laboureur leur parle, c’est toujours à voix basse. Six mots que les bœufs commissent très-bien , et auxquels ils répondent toujours, forment tout le vocabulaire du labourage. Ali-doï. — Allez en avant tous deux, Sli-ferma — arrêtez tous deux. Sti-Eist s’adresse au bœuf de gauche lorsqu’il gagne l’autre. Ah-già s’adresse également au bœuf de droite lorsqu’il se laisse gagner. Sli- gid, et Ali-Eïst , se disent dans le cas con- I DU PIÉMONT. 567 traire. Le laboureur emploip rarement I’ai~ feuillon. Il tient son roseau {la cana) de la n] ain droite, par l’extremite où est fhee la ra- cloite, et il (ait reposer l’autre bout sur l’âge, e n croisant un peu. La vitesse du pas dos bœufs m’a paru pou- 1 être estimée pour moyenne entre les labours à rompre < t 1 1 1 > ‘ 1 les labours suivons, a J aoo toises par heure. I| „ f . , seconde* ains t) f e fa " 1 M» environ douze et rentrer dans \e (lresses ’ P our touruer parvenue à IVxtreV ^ * 0rsr l ue * a c * iarrue est précisément d’arrêt^ ^ C ^ lam P - ^ n y 3 ^ as donne le coup q u ; U ^ enr,ant ( l np ,e lal ,0,,reUr rue, les bœufs toui S ° U * eVR 0t redrcsSP ,a c * iar ~ réter. eii *r et rentrent saris s’ar- Les bœufs n’ont p 0 ; „ . . n- considérable, et le H 1 air de faire eff ° r * 11 chante; il siffle • j/f ° ÜP, ‘ ,,r r, ’ a P as de P einC ' tion avec ses boeufs 9,1 tOUl ,)as ,a conversa ~ pas un métier fût: * ° n voit qu'il ae ^ a,t ll gant. _ La régularité des sil[ 0m est une chose merveilleuse. Il y a des Dé parleme ns en France; surtout ceux de Sei ne ^ el St . ilie . c t-Oise, où le laboureur, menant lui-même ses chevaux, trace des sillons tri,«-droits • mais je ne croîs pas que celte rectitude soit aussi rigoureuse qu'elle l’est ici. Il souvent arrivé d’ob- A DE LA CHARRUE 568 server dessillons de cenl à cent cinquante toises, ^*aussi parfaitement alignes et espace's que s’ils eussent été faits à la règle et au cordeau. En se baissant à un bout on voyoit la coupe de la raie ouverte dans toute la longueur, comme on l’auroit vue dans une seule tranche. Il ne reste jamais une motte de terre dans la raie ouverte. Soit que la terre soit pulve'rulenle, ou qu’elle se pe'trisse , ou qu’elle se détache par grosses mottes, jamais il n’en retombe rien dans le sillon : il reste net comme une moulura de plâtre (1). L’inspection attentive de cette charrue montre qu’elle doit éprouver peu de frottement pour un effort et un effet donnés. Elle est essentiellement pénétrante ; elle est faite comme une flèche. Le soc est pointu et tranchant, le sep est évidé par dessous, de manière à ne pas toucher au fond de la raie ; l’oreille fait, dans sa partie antérieure, l’office d’un coin. Sa partie (1) J’ai vu labourer, et j’ai labouré moi-même après une sécheresse de trois mois : c’étoient des seconds et troisièmes labours. Les champs avoient été rompus par le sec, et dans quelques endroits il y avoit des masses de terre qu’un homme auroit à peine soulevées. Tout cela se poussoit, se déplaçoil, parla charrue, et le labour étoit mauvais, mais jamais il ne retomboit rie» dans la raie. postérieure DU PIÉMONT. 5gg posterieuie, inferieure et extérieure est tou- > Urs ^quatre pouces plus haut que le fond a taie, en sorte que cette oreille n’a à pousser que de la terre déjà tranchée par le c. ourse est évide'e en dehors, et dessous, e manière à ne frotter que par le talon- La P nce est apphq ue ’ e r r é s _p r ès de la re'sis- » car la chaîne des bœufs n’a que la longueur des animaux v c est d a „ s la mai T' Enfin » ,e Ion S leV,er qUl faite uniformité •' 'f lab ° Ureur donne U " 6 paF ~ tend par co . d la mar che de la charrue, et Il faut oh e<ÏUe,U a soulager les bœufs. toujours à J * Ue Cetle charrue chemine c’est-à-dire^ ^ dans sens de sa l° n S ueur » jours sur ]! ’ ^ ^ taJ ° n de l>oursé eS * l ° U ~ Lorsque la , , mVeau que h P oîflte d “ ?° C * du soc I 61 re res * sle fortement sur la pointe conque’ teld 3 - 00 dU SGp d ’ Une charrUe qUeI ~ *efiet ] 0 8 Se SOu l evcr i et se soulève en du lahr. ^ ^ ^ ev l er qui est entre l ps ma,ns l’homme pu j 0681 pas ass « fort pour que la position j e e ! Csistera ce mouvement. Alors chemine d’u„e m C . h , arrile est vicieUSe ’* dIe une résistance di > elle e.n-ouve l’effet ; 1» „: e ne P r “P°euo„„de au bu. et a ' «me ne peut nan r? a ‘ K ^ “ C “° ’ ,T est destinee. Cela J “ fon «>°» à laquelle elle Tome io " ° arrive a Ia charrue A* 370 DE LA CHARRUE du Piémont. Le laboureur a un levier tellement long , qu’il n’est jamais force à lever la main maigre’ lui ; et on lui voit faire des sillons entiers sans que sa main lève ou baissa sensiblement. Puisque tous les champs sont bien labourés, on se demande où est la pe’pimère des bons laboureurs, et comment il se fait qu’il n’y en ait point de mauvais. La vraie solution de ce problème, c’est que la charrue du Piémont n’est pas difficile à mener. Les apprentifs s’exercent lorsqu’il s’agit de labourer après la meliga ou les haricots ; et les maîtres laboureurs achèvent le travail en semant le seigle ou le blé, en sorte que les prosali, qui subsistent neuf mois de l’année, sont ordinairement l’ouvrage des laboureurs les plus expérimentés. L’apprentissage des boeufs paroît devoir être aussi difficile, au moins, que celui des laboureurs, et cependant ils sont très-promptement instruits. On commence par les atteler au chariot, derrière une paire d’autres bœufs bien dressés. Lorsqu’ils ont appris à connoître la voix et l’aiguillon , on les met seuls au chariot, puis à la herse, puis à la charrue, avec un conducteur devant. Deux, ou trois séances de cette dernière leçon suffisent d’ordinaire pour mettre les bœufs en état d’aller seuls, avec un bon laboureur. B XJ PIÉMONT. 5 7! J’ai déjà remarqué que les bceu.s mont, tous grisâtres , on d’un blanc sa , t généralement le même défaut de ««•'« . savoir, d’être étroits du deva oombre et d’avoir la côte platte. Le p » ^ :, robe8 . d’enlr’eux sont également ^ int Mais il est remarquable qu on » ^ lQUS de décidément laids ou chétifs : 1 s ^ au moins passables, dans les prop° rl, ° appartiennent à la lace , et il y en a ^ ^ de très-beaux. Ils sont bons marcheurs > pas libre , allongé , et résistent bien au tr^ 1 „ pxtreme Le joug que l’on emploie est d une e • j* • / •« • (YanCS j simplicité, car il ne coûte que six l * , , '1 -t le (Jclflut peut durer cinq ou svx atls . ma is » •* . , t 7 r »ipc tout de ne pas prendre les cornes : le b # 111 ^ des épaules, ou plutôt du «arrot; ptl s ° rte . n i, raison y a certainement une perte de force. de ce que le joug ne prend pas les c 0 rn£ j* a ’ r - lOts probablement dans la construction l ' cs ° f jin0 et tombereaux du pays ; } es timons p orient une avant, proue , qui se relève de trois pi elJs C ° à l’extrémité de laquelle s'attache^ l cS c . « ' • . «t gcrvcnt roies de cuir qui tiennent aux cornes , 1 ^ j e pour retenir à la descente , ou fc»h’ e lCC p oVa n- chariot. Ce joug défectueux a cepcn ^ atl1 tage de permettre aux bœufs de se ra PP r ^ • et de s’écarter un p eu l’un de l’ aUlte y ' DE LA. CHARRUE 373 est Commode pour le labourage, parce qu’a chaque trait la distance des raies dans lesquelles ils peuvent commodément marcher, est differente que dans le trait pre'cédent. Ils sont aussi moins tourmentes des mouches , en ayant la tête libre, et ne risquent pas les atteintes des cornes , parce qu’elles sont coupe’es. Les bœufs soutiennent pendant toute la saison du labourage un travail de huit à dix heures par jour (1). Quand la reprise du matin est de cinq heures, celle du soir est de trois; et quand la reprise du matin est de six heures, celle du soir est de quatre. Étant donne’es la vitesse des bœufs, et la largeur de chaque billon qui 9 C fait dans quatre traits de charrue, il est aise’ de calculer ce qui doit se labourer en surface dans une reprise de six heures, en de'duisant la douzième partie du tems pour tourner et ramener au bout du sillon, ce qui est prendre bien de la marge ; mais il faut avoir e'gard aux petits accidens qui peuvent arrêter la charrue. J’ai dit que la vitesse moyenne, d’après plusieurs observations que j’ai faites, étoitde 11200 (1) Dans le tems des semailles, les bœufs restent aux champs depuis 5 heures du matin jusqu’il 7 du soir;. ils mangent pendant que le semeur sème. DU PIEMONT. toises par heure. Supposons 1 ue ' r c ’V .50 .o ses Je long : le» boeuf» 1 '“"°“"’".' *°° „ . i g et ils en ieront lû.ses pour faire un prosale, t> deux dans une heure : onze p ^ dans les six heures, en rabaltan . deux bouts, a » nsi pour tourner et ramener aux ue > r . , Un prosaie a que pour les arrêts d accident. ^ i 900 pieds de long sur 4 de large , c esl 36 oo pieds de surlace. Onze fois cett° son ^ fait 39600 pieds, c’est-à-dire, un un dixième environ. La reprise de cinq peut donc, a rigueur, suffire a l» ,î0 ^ journal ; et, d’après ce calcul, H est comprendre comment ce n’est noint une 1 . 1 ce n t si 1 .labourer rare que de voir une paire de bceuis ^ deux journaux dans une journée de traV3 ^ c j a Les raies ouvertes forment un q liatl surface du cbamp ; et ce fait aide à f aire • • «t pn ltlbOU cevoir cette promptitude de travail. e " Tant a plat, il laudroitpour un cban'P étendue, un quart de tems et de lraV31 plus (t). de On remarquera «ans doute que 1 «* ierrPS -- ^—72 (1) J’ai déjà fan remarquer qu’en laboura» Ions relevés, on ne perdoit point de te ,ralfl ’ ^ ne vînt point de blé dans les raies : je f j e f a j re encore un avantage marqué de celte ‘V bourag e, gagner un'quarl du tems et du travail po« r Je 0~}k UE LA charrue la plaine du Piémont sont un lut gras et sans pierres, que la charrue ouvre aisément, et que cette même charrue perdrait son prix ailleurs. Il est vrai que, dans le canton où j’ai fait mes observations, 1 on ne voit pas une pierre. Il est vrai encore que la terre est un lut sablonneux et gras ; mais il ne faut pas cependant en conclure que celte terre soit, dans tous les teins, facile à labourer. J’ai déjà fait observer que l’argile entre pour beaucoup dans le mélangé qui compose ce lut sablonneux : ce n’est, en quelque sorte, que de la glaise et un sable quarlzeux et micace’e ( 1 ). Ce sol, susceptible de se réduire en poussière, lorsqu’il est pris au bon moment, se durcit excessivement dans les sécheresses , et se soulève par masses énormes, lorsqu’on le rompt à la charrue dans ces momens-là. La saison a été, à cet égard , très-éprouvante cette année pour les charrues. Pendant le mois de juillet, et les i5 premiers jours d’août, on espérait la pluie , et on retar- doit d’un jour a l’autre pour rompre les chaumes du seigle, et préparer les champs pour le froment fumé. Lorsqu’on a vu que la pluie ne Venoit point, on a préféré de faire de l’ouvrage (t) Ce sable granitique use extrêmement vite 1rs tocs. DU PIÉMONT. ^ 1 - ne pouvoir être nédiocre , dans la crainte t ^ ^ c l, a umes. à le ms pour semer, et on a ron ^ ^ m0 ttes de Je puis affirmer n’avoir jamais g de lerres terre aussi énormes , dans nos c h a mps argiltMises , que j’en ai vu dans c ^ on _ seU } e _ ainsi rompus. J’ai essayé en vau , de ' , i„ f,,; re changé' ment de soulever, mais ue i*» * 1 * * * ... • • < i res masses l » position a quelques-unes ne oca aS pect, et le champ entier , vu sous un certain^ ^ , avoit l’air d’un lac fortement agit® c l uC auroit. surpris. ^ . En voyant faire ce travail aux laboureu^l^ leur ai demandé s’ils ne cassoient P aS ^ acc j_ le sep des charrues. Ils m’ont dit q ue ^ cfai _ dent étoit très-rare , et que leur S °P *i . i ntû rlprS ‘ 1 * gnoit que les grosses racines des en a dans la plupart des champs* j, ar rue *1 J’ai été très-surpris de voir ,in ® ^ uJJ lra _ légère (a) attelée de deux bœuf» ? * a e tuilière oh (i) I\ y avoli au bom du champ utl de pr0 fon- l’on prenoit la terre à briques à 9 P 01 ^ d » e ndroits, deur. U y a des briqueteries dans beaucoup où la terre glaise est presque à la surfa** 1 ^. gl ; an0> (a) La charrue, telle qu’on la constr»» 1 ^ '^ eil0j ou a Vair d’un instrument a demi achevé- L qu ' un la gorge, qui joint l’age au dentale o» " eP ^ >sar d, ainsi bâton mal dressé. Le , oc semble forgé ^ ÏBge > que le coullre. La stei va qui traverse le tal ° 376 DE DA CHARRUE vail que nous jugerions impossible avec nos lourdes charrues et deux paires de bœufs au moins aussi forts que ceux-ci. Ce fait est, je pense, la meilleure preuve que l a charrue du Pie'mont n’est pas , comme on l’ a dit, destine’e à travailler dans le sable seulement. Je répéterai ce que j’ai dit ci-dessus, c’est une charrue essentiellement pénétrante , et qui offre singulièrement peu de résistance pour l’effet qu’on en obtient. Les pierres (surtout si ce sont de gros cailloux roule'set fixes dans la glaise) ne rendroient-elles pas inutile cet instrument qui remplit si bien sa destination dans les sols non pierreux ? Je le Crains. II me semble que la forme du soc ne peut pas convenir à un terrain pierreux ; et s i l’on modifie la forme du soc, on doit perdre une partie des avantages de cette charrue. II arrive en pointe sur le soc, qu’elle touche, et où elle s’use par le frottement de la terre. Elle lient dans le talon de Page P ar deux coins auxquels on en ajoute souvent un troisième et un quatrième, pour la faire hausser ou baisser, ou la fixer plus ferme. Une petite hache qui se niche entre l’oursê et la burra est un accompagnement ordinaire de la charrue. De loms en tems, le laboureur assure le soc ou ajuste ses coins, à coups de hache ; tout cela a l’air mal fini, et peu solide \ et cependant le résultat est bon. DU TIÊMONT. ^77 vaut la peine cependant de l’essayer; car l’ac- quisition d un instrument de labourage aussi économique pourroit changer l’agriculture de tout un pays (i). On peut labourer à plat avec cette charrue, 1 con,m e en billons : on peut du moins la- .. , Gn P^ anc hes si larges, que Je gueret est sensiblement plat t> • , , , , *r» tr -: lc , , * • J ai vu des planches de 36 traits de charrue I», , . • ment régulier J *' P aro,ssolt extrerne- miîc 1’... ’ Ja lerre a «cz bien tournée, ce qu’elle , du güe ' ret e ' toit àMrentc de de «os clia rru “T* ^ charrues * lorsqu’une ou tcoisièmo U ^ C “ ,>£>n tems ’ ° n SCC ° nd rise bien 1 3 >0Ur » et ‘/“e la terre se pulve- Prism * ° ^ neret re P re ’sente une suite de de ce CS> ,Ct ICS de " X faCPS fl PP a 'cntes de chacun ]pm CCS ^" Smes son t sensiblement égalés et égalaient uicliue'es i„- i 0 es - ici, les prismes sont tout aussi (*) J’ai résolu ct P r • , . , charrue. Je me ■ a,re c iez nous un essai de celle fait venir une. îfl ,S e * erc ® * la conduire, et jen ai laboureur habile ,^ U( léoud, agriculieur éclairé, et f>-Tv;endron s -’ n ^‘ de, ' a * ]a faire réussir. Peui-ètre «lu Piémont avec des f** * ans fa ‘ re ven ‘ r ““ l a ^ oureur Nota. J’ai fait ver,^] bien dressés, qui abondent dans la aCharrue duPiémontdespierres tout la mauvaise v I ^| U l )art de nos terrains, et surdue inutile. (Mars i^ nos ^ a ^ ourc,,rs ' * 01,1 rcn ~ DE LA CHARHCE 5 7 8 réguliers, mais l’une des faces est beaucoup plus inclinée et plus large que l’autre. C’est en regardant a la direction de ces faces que l’on distingue le centre delà planche, encore mieux qu’à l’accumulation de la terre , qui est à peine sensible. Ces bandes retournées avoient dix pouces de large dans les guerels plats que j’ai examines. Cela suppose entre tous les traits de charrue , un petit intervalle non entame' par le soc; et à en juger par les raies ouvertes , l’inclinaison de la charrue devoit augmenter l’in— couve'nient de la non culture de ces intervalles, en laissant sous la terre remue'e une suite de petits prismes intacts. C’est certainement un inconvénient de la construction de cette charrue, de ne pouvoir cheminer à plan , dans le sens de la largeur du soc. J’ai dit que, dans ce qu’on appelle il primo, elle ne s’inclinoit pas sensiblement, mais c’est parce qu’il y a une raie profonde dans laquelle tombe la terre que le soc tranche : dans toute autre supposition , l’oreille, en montant sur la terre remue’e, doit faire incliner la charrue. Les figures l, 5 et 6 de la planche I, montrent comment l’oreille est evide'c par dessous. Son aile est, dans la partie postérieure et inferieure , de quatre pouces plus haute que le plan du sep ; et de ce point-là , la face T)U PIKJVIONT. 57g inferieure de l’oreille va baissant jusqu au soc. À mesure que la charrue chemine, et que le soc remue la terre, celle-ci s engage en partie sous l’oreille. Comme le long levier qui dans la main du laboureur, ne permet pas talon de 1 ourse’ de se soulever, c’est l’oreille 9 . squIcvo , autant que le lui permet le poids dont sa nanin > ■ • chargée. C eUe ; , anle, ‘ lfiUre esl l0U,0UrS excepté dan J ° C ' na,son P roduit CP,,e du S0C > grand vidé i ° P , remicr , où il y a un 'e a re mpllr _ C est à cetip f..;,,, ^ construction qu’est due la par-, xaue propreté ,1 1 1 . , peu de ’ • e a raie > et en partie aussi , le On eff re . MSlance f l lIe 1» charrue éprouve pour fenve • ’ ma,s J e n, ai pas trouvé qu’elle dit ^ rS 00 pieds dans les deux reprises. En comptant vingt mille pieds de surface pour une aide n(!ed0r!UalrebœurS > Coureur et d’un favorabh> C ' 0,S fairC U " e su PP osîlion moyenne diocre C «—e. Une journée mé- bœufs est d’ a - rrUC de P, ® mor,t aveC deUX 54,i5o pieds d e n Cr na,et demi ’ CVSI T^ mqnt, employant^* 00 -, 1 * 1 ' 11 * cl,arrUeS ^ ^ font donc ceL ‘^^œufs et deux hommes, de surface dans l es d ^ " irois CmlS pie f* cVst-à-dire, a u -d e | "? l ' e P r ‘ 5ps T ... u, ieie a suivre. Les etables sont gener-n i b Jer 'dement mal naties t et beaucoup trop liasses fl , f 1 s - "u croit ici, comme cliez nous, que les vaches . , • les lenues chaudement i niver , mangent nioiiw ’ o ,ül »s , et en cor , s equence on leur donne le moins A> ■ , , . . U1,ls d air qu’il se peut peu- danl la saison nj; 0llt ,. M * ,, ... o OUr euse. JL es etables d ailleurs, servent de demeure i . i , d l °nte la famille du paysan , pendant ] es f\. n :,i , , . , ,, Il °uls de 1 Inver. Dans les chaleurs, elles sont 1 ,,.ai , . , 1)1 tuantes, et avois peine a y tenir quelques min. . , , , _ ^ lll) utes pendant le gros du jour. Les volailles oi.; v > . , i i . * » s y relugient pour éviter le soleil, tiennent 1« K i r , . , ' e «ce ouvert, et halètent de chaleur. I DE EA CHARRUE 534 Comme on n’a pas soin «l’enlever le fumier tous les jours, la fermentation lui donne une odeur «pii me scmbloit insupportable , et qui est tout-à-fait differente de l’odeur des fumiers dans notre climat. Les gens du pays y sont faits, et ne s’en aperçoivent pas ; mais cette odeur se répand dans les rues et tout autour des villages. Elle se communique au lait, à la crème, et au beurre, qui m’ont paru de la plus mauvaise qualité', non-seulement par cette raison, mais à cause d’un goût d’herbage qui répugné. Il y a cependant quelques étables bâties depuis peu, sur un meilleur plan. Elles sont voûtées, beaucoup plus hautes , et l’urine des bestiaux s’y rassemble dans un depot qui tient l’ëtable constamment sèche. Les fumierssont mal conduits dans ce pays*ci. On les entasse sans soins dans la cour, où ils sont exposes à l’ardent soleil, et au grattement des poules. On ne sait ce que c’est que de mêler de la terre au fumier, de mettre les tas à l’ômbre, de les arroser, de les mélanger, et «l’empêcher l’évaporation inutile des sucs. Les fumiers que l’on mène sur les champs au mois d’août n’ont point,subi une fermentation complète, c’est de la paille sèche et noircie. On en met seulement huit charretées par journal ; on le laisse souvent seicher plusieurs jours enco fe avant du rnÔMONT. 535 de ) enterrer. Lorsqu’on passe la herse, P°'jr le mélanger à la terre, la lierse l'accu- ni, ile en tramant la paille , au lieu de le diviser j el enfin lorsqu’on a labouré pour l’enterrer, °° ^ vo ’ 1 re ssortir eà et là sur le gue'ret en gros Douchons de paille noire. th 1 a pour système de fumer souvent j et unie on ne sait p as augmenter les engrais par e me ange des terres, on est oblige de fumer vesces 6 r ° nient} maïs, les haricots, les . , ^"ment toujours. On fume les près tous les ans • < , , ’ oepeudant il se vend une ires- ^ ’ T tantiiè de foin : il faut nécessairement rt pandre l e fim,- Le I ' 1 ni,or avec parcimonie. dan IICl *le presque constamment employé ns Ce Canton pour charicr les récoltes et les ç,® ’ Cest ce qu’on nomme In barossa. u,lc es pèce de tombereau à deux roues, ni UU 1>lr ( * eux ^œufs. La voie a quatre sVt 1° ^ ar ^°’ Au moyen de deuxaü cs > T 1 * 8 cternJeut de rn ‘ J . volonté j „ n 14UlZe pouces de chaque cote, a ;° u “- ''“S” :, ;''“ sus <»u S ctJe„n,,oi,l de'„ ' ' U, " ; ] ar , * iae ««arc.) La charge est au*! r: t ' n " ! '-"s-- P»"- Succès du.CM.ons ne 5oie „ mUrr ,, samc5 . J OMJG a O. jj| } DK KA CHARRUE 386 Deux vaches conduisent fort bien une charge pareille jusqu’au marche de Verceil, à deux lieues. En avant du timon, qui porte en pompe sur le joug, est une allonge recourbée en dessus , de trois pieds de long , et à l’extrémité de laquelle s’attachent les courroies de reculement qui sont fixées aux cornes; mais lorsque les animaux tirent, ces courroies sont lâches , et permettent aux bœufs de mouvoir la tête en divers sens pour chasser les mouches. Quoiqu’en parlant de la charrue, j’aie remarqué comme une défectuosité du joug, qu’il ne prît pas les cornes, parce que les bœufs, ne tirant que du haut du garot, n’emploient pas toute leur force, cependant je suis tenté de croire que cette liberté qu’ils conservent de la tête pour se débarrasser des mouches, leur fait soutenir le travail plus long-tems qu’ils ne le feroient avec notre joug. Il est certain que les reprises de la charrue sont plus longues, et le travail des bœufs sensiblement plus fort ici que chez nous Les bœufs sont-ils meilleurs ? cela est possible; mais cette liberté de la tête (qui au reste suppose des cornes raccourcies et émoussées) met le bœuf à l’aise ; et lorsqu’on a la précaution de lui attacher des chasse- mouches sur le front, comme c’est encore l’usage ici, il est beaucoup moins tourmenté et JDU PIÉMONT. 58 y s ccliauûer moins. On reuniroit les deux * . otages avec des colliers, comme on les cm- le ^ ans ( ï ue l({ues parties de l’Angleterre. n imal tire alors par un grand nombre de P ms 5 toute sa masse est employée ; et il con- P ar ^ a * le liberté' de ses muscles (1). 11 nom bre des vaches d’Àzigliano est > ucoup tiop considérable, ou l’on vend trop de lourratje, fl n „ p . pu enhn la race est mauvaise, ■dies sont petitec • , 1, m •• , ! , ’ ni »serables , ne donnent pas cela dans un à ™™'™ 1 ™ dr ® 5 ?* n ,.„ •' c l Ul abonde en prairies de la pi ennere qualité r ■ , fJ fr„.. . ' Je crois la race mauvaise en reroii 01318 f ' U ' eI,e excellente, elle degenc- 1 ^ P l enient avec le régime auquel on ia soumpr î « b T uiirl * S Vac ies c ^ e Puisse, qui sont a d- ( j a ^" S f l ,lan d on a soin de les nourrir abon- naent, deviennent médiocres ou mauvaises rage" de" ^ n ° Ürrit maI 5 mais les fi raS p; ' tU_ a cesvaeberT Ua8tleS SOnt P° ifU « eCeSSa ! reS Avec des y soient accoutumées. nos plaines des IL “ re ’ usslsscnI "cs-luoe d “ M «* peu fertile : J™”* arroses la première terrains P !° C Un ’ 0le,lt abondamment dans les i IM,.- j , e Ja profondeur, et qui sont ver - enfin ^ Sta8nal * OH des eaux pendant l’bi- rour. i * °° P 0urr °it tirer du colza un beau, coup plus grand p , ni 1]c , 0 fajL n se plaint ici de n’avoir nas suffisamment u eau pour I ne ' J(s arrosemens ; et on estime que vie 8 ni8SSC Pe,-Îti fournie par le canal qui Dorâ etou doublée, les récoltés anne / e< ï u araMine, et de haricots seroient, rente^es 01 ™ 1100 ’ ^ Un c l uart plus fortes, et la l’eau que P j eS SCr ° il au 8 mente ’ e - Ceux-ci n’ont Vingt-quatre 6 J" 16 * *" i0UrS ’ P ™ C,a ' Jt ce n’ Dt i Ur es: dans les années secbes, ce n est p as assez n . . , , , , u’nvoir p„ 0 " “j'""' «f "*'” 1 de n7er| s à Desana à T* d eaU P ° Ur CS arr ° SC ~ Stropi ana > ^ p g ^^nnzana , à Saletta, à seco } et dans à Lignarw, h Ron- ute cette partie de la plaine DE DA CHA11RUE 3go ,qui est en vue (lu Mont-Ferrat, depuis Tri-no, jusqu’à la Sesia, à une lieue ou deux du Pô. L’embranchement qui tire du naviglio, auprès de Santhia, les eaux Fournies à celte partie de la plaine, pourroit dit-on, être augmente, sans de grands frais, et les hnbitans de ces cantons espèrent que le Gouvernement prendra cet objet en considération, quand les soins réparateurs pourront l’occuper. Il faut dire, au reste , que ce canton , en particulier , a peu souffert de la guerre , si ce n’est par les réquisitions. AzigI tano étant hors de la route des armées, n’a presque pas vu de troupes : il n’a eu que quelques escadrons de cavalerie Françoise en cantonnement, et n’a jamais eu à s’en plaindre (i). J’ai déjà remarqué que les habilans de ce pays-ci sont laborieux , et n’ont qu’un petit nombre de besoins. 11 faut ajouter qu’ils sont (1) Voici un trait qui pourra faire juger de l’esprit politique et religieux des babitans de ce canton. L’arbre de la liberté avoit été planté à Azigliano, et étoit protégé par la présence des troupes. Le jour même de leur départ, cet arbre fut renversé, et trois prétendus Jacobins de l’endroit furent contraints par la foule, de baiser publiquement la croix , devant l’église, en réparation de leurs torts. Voilà toutes les voies de fait qui se sont commises à l’occasion de la politique. r>U PIÉMONT. 5g i survaleurs exacts (le leurs devoirs religieux, t rts-généralornent liospitaliers, obligeons et ^intéressés. Des Jahon reurs que je ne cori- noissois point, et dont je m’approchois pour Jes voir travailler, m’offroient eux-mêmes de manier leur charrue. Ils me montroient à la Conduire, m exp]iq U0 ; ent toul ce j 0 vol iIois voir, et lorsque je Voulois payer leur teins P i, et quelquefois leur ouvrage gâte, ils relusoient de r;« n r • rc " r 1( n accepter. Je puis affirmer q ce a m est arrive' très-souvent, et que j’ai toujours rencontre la même bonhommie. J’ai trouve égal»™ i 6 «ment les paysans très-communi- S SUr ^ es details de la culture; et jamais mes questions répétées n’ont lasse' leur complaisance. On dit qu’ils sont moins doux dans G Vln , et que leur querelles sont souvent San- § antes . je n ai point eu l’occasion d’en juger; * I e Pni* dire que l’ivresse n’est pas fréquente parmi eu s ; car j e j,’ai p as vu un sCU ] homme fait à n ^ ant P r ès d’un mois de séjour que j’ai z, fiu*rio. £ n tout, si les paysans Pié- montois ressent i , , y , • , » nient généralement a ceux que ] ai vus de près , , , , *r.uu et leurs 1°" * he “' ,0lH, P OUaliif’o CS ’ sans ren dre justice a leurs opération du trépan 392 Détails sur l’Opératton du Trépan faite sur une agnelle du troupeau de Sacconex, le i 4 décembre 1802. M • Fine , chirurgien , plein de zèle pour le bien public, a bien voulu se transporter aujourd’hui chez moi, à St. Jean, pour m’apprendre à trépaner , en faisant lui-même l’operation sur une brebis agnelle, âgée de dix mois, que M. Pasteur m’avoit envoyée, attaquée du tournis depuis un mois environ , dans l’espérance , que des sétons derrière les oreilles , ou à défaut, le trépan, pourroient la guérir, jenepou- vois avoir de confiance, que dans la dernière opération, puisqu’il est bien connu que le siège du mal est dans le cerveau. Déterminé donc à tenter le trépan , j’ai su un gré infini à M. Fine de la complaisance avec laquelle il a bien voulu se prêter à mon désir, en venant m’expliquer tous les objets auxquels il faut faire attention, et en me rendant témoin de sa dextérité. La malade e'toit dans un assoupissement léthargique ; ellen’avoil presque pas pu se soutenir sur ses jambes de tout le jour, et elle e'toit SUR UNE A G NUI- j,. ^ Jt e.dans Je baquet d’abreuvoir le matin, e lo »i'uoit toujo urs à droite; quelquefois die Vo *t 1«< tete en l’air, le col tendu, J’oeil b r( d et apres être restée dans cet état deux trois minme s} c |le dianccloit c t tomboit, estoit un quart-d’Jjpure demi-heure, et souvent des heuro* „ , - , - , r . , cs enueres , les jambes roules «t b-oules, les n^'ti ■ „ . . très-accéta'roV cU ^ frÜ,JeS ’ ,a point j ’ • ‘'i ,p<,rcnce •■'S on,santC » a , teI le Iendor • ,C ( 0nnai l’ordre de la tondre j’etois perso-, f, " e tlc ,,cntcrrer » 61 r ° rt accès; il y , \ G cde scRoit morte de cet A ^t I i;;r! aq,, r eiours ' ! du soir „ 14 ^cembre, à quatre heures ensemble r* a y° ns ,id lcs ( l uaU ' C iambes i l ln °nt été encore tenues par un '«am™ Ia ,i,,. «ains sur ] c s ; e - j u j on pouvoit 0lre ia ,e la con- Croir « 4’alemem crn^Vl 'j ' ' trai g»ou à tourne ,], y d,oce P , A etoit de m « ‘ droite, et que le depot c ce cotê.jÀ . , i i étant au cêtê „ d ’ 0u f l ue s,e » c du ma cherchant ai nsi ’ edc tournoit à droite nous nous sommes Uir , la Cause de h douhm ’ jeeture. et •>,, „ à cette dernière con- chêe sur le côte d . Uence nous l’avons cou- Cruciale sur l f0) t, et fait, i,° une incision recouvre ta rta * e ‘«‘tcrale de la peau qui **■' ^crvoaii ' 9U u gauche. y 5g4 opération du mûr an Après avoir ôlé la pointe de l’instrument, parce que la partie osseuse etoit très-mince , d’une demi-Jigneseulement, et applique la couronne du trépan, CC qui a etc très-vite Tait, nous avons trouve' la dure-mère assez confiée ; ou y a fait fieux légères incisions pour donner issue au depot, au cas qu’il y en eût un entre la dure-mère et le cerveau, mais il n’y en avoit aucun. 2 ." Même ope'ralion à 1 la partie ante’rienre gauche au-dessus du sinus frontal de ce côté, et le résultat a été le même. 5.° On a fait une seule grande incision cruciale du côté droit, qui pût permettre d’appliquer fieux couronnes de trépan , si besoin ctoit de ce côté-là, comme ou les avoit faites au côté gauche inutilement. Nous avons commencé par en appliquer une à la partie antérieure du sinus frontal droit près du cerveau, d’après l’opinion des vétérinaires que cet hydrocéphale est formé par l’introduction de certaines petites mouches qui déposent leurs vers au haut du sinus frontal : même opération, et meme résultat qu’aux précédentes. 4.° tmlin , nous avons appliqué une quatrième couronne à la partie latérale droite du cerveau , un bon pouce au-dessus de l’oreille droite. Aussitôt que le trépan a été achevé, on SUR UNE AGNELLE. 5 g q a fait une incision à la dure-mère, et un ii )s _ ar) l api es on a vu paroîlrc entre la dure-mère le cerveau une vessie vjui, insensiblement a atteint un diamètre de près de six lignes. ^n 1 a rerue dans une cuiller à café, et transvase 1 eau tjui s’en etoit e'chappe'e dans une «“«lier à soupe 5 on l’ a fait bouillir sur une chandelle elle s’est evaporee en entier. 1 f a , r< ® dans l’eau la partie de l’enve- un npt*» aqud,e el0 ‘t attache intérieurement ture diffèrent^ ""Z 0 ™ 6 (le ,10l W )C > dc ' Ja ~ hvdaiide T .^ ll ne rcs seml»lo.t pas a une n i._„ * e J 31 le b a rdec à la loupe .et » y ai obse ™»"c Unm „ llVMlcnl{l) . nous (0 En . . Couvâmes L ll>c,slon cruciale sous la peau, être cela teuo'T?” 1 ' ^ *** Sa ” 8 du cùlé <1roil ’ E cul ' c °ucljé sur , a ,a P° sit plus il faut prêter d'attention dix mois, n’avoû q * Crâne de nolrC nialatle ' â S é de hgne d’épaisseur, J* , d ’ Un ( l uai 't de ligne à une demi- cher tué le matin, e t 1 Ue celui d’un mouton de W “ne couronne avant SUr * a *^ le duquel nous enlevâmes av °U de deux à trois Opérer l’agnelle vivante, 'S«cs d’épaisseur dans sa quatrième année. Par la même raison, lorsqu’on U'ép ar * e une jeune _L. 5y6 opération du tri':pan . l5 décembre. L’agnelle étoil très-foible à neuf heures. Quoique debout elle n’a voulu encore ni foin, ni son , ni avoine, elle n’est plus chancelante j n e tourne plus; mais est très-afloiblie. Je lui ai donne un bol de kina et genièvre à midi et demi, elle a mange du foin; je lui ai donné avec le biberon du lait d’une brebis bien portante, dont l’agneau est Crevé engobe ; il m’a paru qu’elle soullroit beaucoup en levant la tête, je lui ai mis son fourrage par terre. A trois heures elle a assez bien mangé (t). A six heures je l’ai panse'e, et j’ai été on ne hèle, on doit cire très-attentif à ôter la pointe au pivot qui est au centre de la couronne, dès que la trace circulaire est l>ien marquée, de crainte que la pointe n’allaque la dure-mère. Il faut visiter souvent avec un cnrre-dent, pour s assurer que la couronne est placée également. Ce jour-là elle ne fut pansée qu’avec de l’eau, on rapprocha les peaux sur les trois autres ouvertures, et sur celle-ci on plaça de la charpie et une compresse passée derrière les oreilles et sur le nez, mais qui étoit resserrée sur le nez pour laisser la vue libre à l’animal. (t) J ai lavé la membrane ce malin, et peu de tems après j’ai distingué, sans le secours de la loupe, une réunion en forme de houpe, d’un grand nombre de polipes : du moins ce que j’ai vu ressemble plus à ces animaux qu à des hydatides. SUR UNE AGNEIXE. 697 P eul P"* 5 plus surpris en tronvanl au-dessus de 1 ouverture du trépan gauche une vésicule sortie de la grosseur d’une grosse noisette de France, parfaitement pareille à celle sortie hier du côte’ droit, je l’ai recueillie dans une cuiller, puis J ai nus la membrane dans une lasse d’eau pour P 1 examiner. Nos conjectures sur Ja cause du tournis d’un côte' ou de l’autre etoient donc egalement fausses ; et on ne pourra guère se dispenser de trépaner des deux côtes, puisque celle-ci ne tournoit décidément que du côte' droit , et J il 1 qu eue a eu d u ( ] t : pôl au cerveau egalement des deux côtes. Je l’ai pansée avec de l’eau de Goulard, les levres de la plaie etoient assez enflées, eU e a ete tres-affaissée apres le pansement ; elle e’toit couchée, je l’ai laissée dans la même attitude, a pres cela elle a fermé les yeux comme si elle e ’toit assoupie ft). (*) ai p 0rlé (a mcm ( )I , ane> contcnolt un grand nom re c e petits animalcules, chez Mr. le professeur Vauché, qui a un i r ^ s _g 0Il microscope; chacun des petits animaux se di slinguoit parfai(enien[ . ;] av oit la «te de la forme des têtard» et un anneau la separoit du corp S; il paroissoit transparu ? p ayoit u „e cou, ronne, tout-au-tour de ce qu’on peut conjecturer être 8 ^° ucl * e i chacune des haïtes qui la foriuoit étoit 3g8 ODORATION -DU TIUOI'AN. 16. Elle est morte dans la nuit, je n’ai pas pu l’ouvrir aujourd’hui, je le ferai demain pour découvrir s’il n’y auroit point d’autres dépôts aqueux dans le cerveau. l y. Elle a contracte' un tel degré de pulré- faction que l’odeur ni a empoche de l’ouvrir. Je pense que l’opération a etc faite trop tard, cl qu’on a fait deux couronnes de trépan inutiles au-dessus des sinus frontaux , places où je n’ai jamais trouvé d’hydatidos ; mais je crois > les deux au-dessus des oreilles nécessaires; non qu’on trouve chaque fois deux depots , mais pour être certain de la réussite s’ils y sont. En résultat, c’est une operation qu’on doit toujours tenter sur les hôtes précieuses, dont on pourra ainsi sauver quelques-unes, tandis qu’on est certain de perdre toutes celles atteintes du tournis. pointue, et avoit un petit andouiller. Ce sont autant de petits teni* que décrit Linnée avec une grande exactitude comme appartenant aux brebis, et se trouvant dans le cerveau. Quelques idées sur l’Agriculture Françoise. Tirdes de 1 ouvrage de Hughes intitulé A Tour ihtough seoeral Départements of France. -L/agiucultuhe de J a France paroh être au , que Cc He de l’Angleterre, pour aussi m ^ e ^ e,llen t situés, c’esi-à-dire, tout seul nUVd,sc - Ni l’une ni l’autre ri’ont fait un seul pas dan* P. •»• r,,.: • 1 amelioration. Les agriculteurs M ul raisonnent „ , ° , , et ii, nl cu ,c succès en-deça prêché? ,a mer ’ c ' csl - à - ,Jirc » ont n’es U deSCrt ' Cll b>vateur de profession 1 P a s un animal ruminant. II semble que la nature ]’• ’ au condamné à se traîner sur les traces Com C [ eS ’ Cl Iui ail ôle la faculté de rien satictionn ^ r, * en adopter qui u’ait etc dans sa T- Un usa 8° d’un millier d’annecs T\,r -, f • 1 combinaisons ‘ aAais 51 > par une réunion de croisement des^''"™ ’ fP eul " £,rc par le Veuille sortir du s ’ e ’ , ‘ îve un Il0mme sonner ce (ju J ü ,JaUu ’ f J ui veuilIe ral ~ mieux ailleurs ' ■ • CXa0l 'ner si l’on ne fait pas îéformercc uu’il ° Q < l u 'd 'rouve de bon , sll( Ue défectueux, alors toute 400 QUELQUES IDÉES SUR la clique des cultivateurs scs voisins se reunit avec une sorte de fanatisme pour jeter du ridicule sur ses essais, et se rejouir de ses mécomptes et de ses pertes. Que si quelque habitant des villes qui n’a jamais vécu parmi les bonnes gens des campagnes, et qui ne cormoil les simples enfans de la terre que par les pastorales, trouve ma censure trop rigoureuse , je l’invite à aller faire un apprentissage parmi eux ; après quoi il jugera si j’en dis trop. J’ai vu souvent un honnête proprietaire, ayant de l’instruction et de la fortune , désireux de faire servir l’une et l’autre au bien de ses concitoyens et à l’avancement de l’art, entreprendre des essais dans ce but , et se jeter dans cette carrière avec la confiance d’être seconde par les vœux et les efforts de tous scs voisins. U calculoit l’avantage de leur bienveillance , cl comptoit sur leur gratitude et leur imitation. Au lieu de cela, il a vu se former une ligue d’envie et de haine , parmi les témoins de ses travaux. Il a été' traite en intrus dans le métier dont les paysans veulent avoir exclusivement la pratique et les profits. En vain on a cherché à leur persuader qu’un autre individu peut avoir pour mobile le désir du bien , et des sentimens de générosité qu’ils ne connoissent pas, et auxquels L AGRICULTURE FRANÇOISE. 4 or ^ ne veulent point croire. L’avantage pecu- tra C ^ CUr ^ a,01t devoir être le seul Lut des j Va,,x du cultivateur. On peut lutter contre U ' h P re ‘J u ges ; mais il est difficile de le faire °' s » franchi de celle J a carr'’ , r>0Urr0lt ^' en Une ^ ois dépasser, dans jj le,e > se s rivaux Bretons (1). Nat XISte P eu de conlre'es pour lesquelles la r r e * e Plus liberale que pour la France, climat i a ' “ne «abili,P?y*- Ci ’ gencrolement, n’y voit < I U n n a point en Angleterre. Ou de soleil ^ et^ S a ^ ternal ‘ves re'pete'es de pluie , Angleterre et V . ents furieux , si ordinaires en et recueillir à *J Ul figent à labourer, semer, guère, interrompu!! 10 - Les moIss0,)S r ‘ C S ° nt lorsque le b le est P Par . d . es mauV31S ,emS 5 e Cuei]J 11 on peut le battre (1) Ceci a été Tome ecnt e » i 8 oi. io. Ce 4oa QUELQUES IDÉES SUl€ en plein air, ci à moindres frais, sur des aires, pour le resserrer aussitôt. Il est à remarquer que depuis quelques années on a accorde' trois brevets d’invention, en Angleterre, pour des machines à vanner: or des machines pre'cise'meut construites sur le, même principe, existoient dans toutes les fermes de ces de'partemens avant la naissance des pères de nos inventeurs Anglois. Le sol de la France est, ge’ne'ralement, aussi favorable à l’agriculture que son climat. U y a peu d’exceptions au caractère suivant, savoir, un lut léger et quelquefois sablonneux, reposant sur la craie ou sur une couche calcaire , lrcs*favorahIe à la végétation, et surtout au blé ( 1 ). Ce sol devroit être extrêmement productif, mais il est presque partout épuise’ par une culture mal entendue : les plus grandes difficultés que le cultivateur ait à éprouver naissent de sa propre ignorance et du genre de vie national. L T n F rançois n’a qu’un petit nombre d’ide'cs (i) Voilà une description singulièrement abrégée du sol de la France. Le voyageur n’a pas eu le te ru» d’étudier à fond cct objet, mais il auroit pit donner scs observations comme des aperçus rapides et très' partiels. > Ij agricultuhe fiiançoise. 4 0 5 l,r la manière dont on doit s’y prendre pour parei une terre épuisée. Il parle beaucoup terres lroides et de terres chaudes, d’en- ë‘ais froids et d’engrais chauds; mais je n’ai J mais observé qu’il sût tirer quelque parti de i aisonncnient dans la pratique. Àu printems, automne il ramasse le fumier qui s’est fait ut autour de sou liabîtalion , et il le met sur amps, sans distinction et sans choix: ™'” “ Ul « 1“ïl »i. faire. quelquefois ~ j . • , 1 '*) a la vente, d parque ses moutons sur ses .... *. . . , bUerets ; mais ordinairement cette operation pp p • , . T ^ c Se lait qu en peut. Les troupeaux moutons sont peu nombreux, et les loups ^ communs : en sorte qu’il y a toujours du ^anger au parcage. Hors de là, le cultivateur a,, Çois n a pas l’idée des moyens d’augmenter c j ei) 8 ra ts. J’ai vu cependant mettre de la de |- X S< " ei) fait en Angleterre avec un nombre double de bestiau» 4o6 IDÉES sur d’agriculture. gras. L’importation de quelques habitudes An- gloises produiroit des avantages inappréciables dans Puériculture de la I rance. O On ne pense point dans cc pays-ci, aux provisions d’hiver. Tant que les prés artificiels donnent, l’on n’éprouve aucun besoin ; mais c’est quand l’hiver vient , que les bestiaux souffrent. J’ai vu dans l’Anjou , des plantations d’une certaine étendue en pommes de terre ; mais c’est tout : pour des turneps , on n’en voit pas un seul champ dans tout l’Ouest de la France. Le foin est en petite quantité, et on le fait d’une manière détestable, c’est-à-dire , qu’on le laisse sécher jusqu’à ce que les tiges soient tout-à-fait effeuillées, après quoi on le met pai\ bottes sur le pré. Il en résulte que le fourrage n’étant pas suffisamment comprimé sur le fenil, le parfum qu’il a apporté du pré s’évapore , et qu’il ne reste qu’un caput-morluum : il faut que les animaux soient affamés pour manger du foin pareil; et il ne leur fait aucun profit (l). (1) Tout cela est très-légèrement observé. Il y auroit bien des exceptions et des limitations à faire à cc que dit l’auteur, sur quelques pratiques partielles, qu’il appelle l’Agriculture de la France. Les observations sur l’économie rurale d'un vaste pays ne peuvent pas sC faire en courant la poste. Mémoire sur la manière carpes et des Lrocliets, du l>lé et de l’ or & e ‘ 4o8 ÉTANGS, cinq ans des carpes de dix-huit pouces de long? d’autres eaux ne les feroient pas arriver à cette grosseur dans dix ans. En general, les eaux trop stagnantes et sujettes aux gelées, sont moins favorables que celles qui ont du mouvement. Il faudroit pouvoir faire servir les très-petits e'tangs de pépinières ou d’entrepôts, pour faire passer ensuite le poisson à des e'tangs plus vastes : on feroil entrer les carpes dans ceux-ci lorsqu’elles auraient cinq à six pouces de long. On pourrait en meure à peu près cent dans chaque espace d’un rod en carré. Mais il faut avoir soin de déplacer ensuite ce poisson, avant le terme de deux ans. On voit souvent les propriétaires des étangs, à l’époque où l’on vide ceux-ci , jeter comme inutile, tout le petit poisson. Dans la méthode que je recommande rien ne se perd. On transporte le petit poisson dans les mares, ouïes e'tangs les plus resserrés. On les y nourrit pour les employer au moment nécessaire. Un étang de quatre acres seulement, nourrira seize cents carpes qui, peut-être dans une seule année, acquerront jusqu’à dix-huit pouces de longueur. Quant à vos grands étangs, il est difficile de déterminer la quantité de poisson qu’ils peuvent nourrir j mais l’expérience ne tarder» KTANOS. 4og pas a vous instruire; c;ir vous viJerez vos étangs l0u s les ans, vous verrez si le poisson est gras ou maigre, el vous jugerez jusqu’à quel point d faut augmenter la quantité. C’est ainsi que par le bon ou le mauvais étal de vos bestiaux, ■vous jugez si vos pâturages sont surchargés ou non. U est d autant plus ne'cessaire de se conduire par cxpe'iience sur cet objet, que la qualité' influe essentiellement sur la prospérité du poisson. Si l’étang reçoit par les pluies une grande abondance d’eau grasse et trouble, on P eut y mettre environ trois cents carpes par aC,€ ■ l’on n’a pas cet avantage , l’eau ne p eUl fl • 1 • i i ,, ti convient d es- nourrir un si grand nomlnt. il sayer si les tanches prospéreront dans un « ce qui n’arrive pas toujours. On peut en ^ quarante ou cinquante pour trois cents ‘ P lorsqu’ellesréussissent, c’est un fortbonp On peut egalement ajouter des pert- ^ > en beaucoup plus grand,nombre } sans tort aux carpes. Je pense qu’on peut en mettre six cents, et ne porter aucun préjudice aux trois cents carp es p ar acre. La perche est un poisson de proie ; „, a is elle dévore sa propre espèce , plus qu’aucune autre. J’ai trouve dix percliettes dans le ventre d’uue perche de dix pouces de long. ÉTANGS. 4lO Les brochets sont un excellent poisson ; mais ils sont fort dangereux clans les grands étangs. Une fois gros, ils dévorent et détruisent le meilleur poisson, jusqu’à dépeupler les eaux qu’ds habitent. Mais voici ce qu’on doit faire pour en tirer parti. Lorsqidon peut se procurer des brochets de neuf pouces de long , il faut les mettre dans les grandes eaux avec les carpes, pourvu qu e celles -ci aient la même longueur à peu près. Mais prenez garde qu’ils n’y passent jamais plus de deux ans : au bout de ce terme, il faut les transporter dans des étangs particuliers destinés pour eux, et où ou les nourrit, ainsi que je le dirai ci-après : ils y grossissent alors jusqu’à des dimensions très-considérables. Je ne conseille pas de mettre des anguilles dans les grands étangs où les eaux n’ont point de mouvement : elles y demeurent maigres et d’un goût médiocre ; mais dans les eaux bourbeuses , surtout dans celles qui ont les égouts et les matières animales qui proviennent des maisons habitées, elles réussissent parfaile- , nient : c’est un poisson qui aime beaucoup les eaux de sources. Ce que je viens de dire de la proportion dans laquelle on doit peupler les étangs , regarde ceux que l’on vient de former, lis sont beaucoup moins nourrissans pour le poisson que 1 e3 i';TANGS. 4l1 étangs déjà anciens. À mesure q u ^ .. , , , „ .i an c Je ion ci de dépôt de matières végétales l’étang, ou nue les grandes P‘ j . du limon, 1 eau en devient p pour le poisson. Si. les sécheresses en me sent une partie à sec, l’herhe y pousse , herbe lorsqu’elle est ensuite recouverte^ ^ l’eau, aide aussi beaucoup à la noum lul poisson : j’en ai l’expérience. Ln étang ne doit jamais durer q UL au plus. Toutes les fois qu’on le renouve e, on doit donc y mettre trois cents ca, P ps ’ huit cents tanches par acre. Ceux qu» " otU ^ S l’expérience de la chose , ne peuvent p aS • ? lois** gmer à rp.,1 point les carpes p«j ^ d(M|x '1“’°" les fait ainsi changer tic P ; ^ ^ en deux ans, ou au plus tard au ^ ans. J’afTu'me que des carpes de s’* P ' 1 , „ . et quatre üe auront douze au bout de 1 annee, i s „„,ic urosseui , plus au bout de deux ans. A ce b ^ elles sont au point le plus ava«t a 8 eU * P° table. Il faut faire attention que si I e p 018 ®^^ l’on emploie à g . arrjir un étang, sort d un e- pùt dans lequel U y en avo’it en trop g ran nombre, et que p aT conséquent ce p° ,ssün so,t ■ maigre et foiblc , il convient de commencer par doubler la quamiié, ulin que 1» noumture 413 ÉTANGS, ne soit pas trop abondante pour chaque individu : faute de cette précaution , l’on perd beaucoup de poisson , que la trop grande abondance do nourriture surprend après la disette. On peut nourrir des carpes dans un re'servoir depuis octobre en avril , sans leur donner à manger; mais on ne sauroit conserver ce poisson dans les autres six mois sans le nourrir. Le poisson, on general, mange peu pendant l’hiver et se donne peu de mouvement : son activité et son appétit se développent pendant l’été. Lorsqu’on veut augmenter beaucoup le nombre des poissons dans un réservoir, il faut leur donner à manger dans la proportion du nombre qu’on ajoute. Mais il y a une borne à cela; et lorsque l’enceinte est trop petite, pour peu que la nourriture qu’on donue ne soit pas suffisante, le poisson dépérit en peu de tems. L’exactitude pour les heures où l’on donne la nourriture, est aussi essentielle qu’elle l’est pour les chevaux et le bétail; Lorsqu’un animal attend sa nourriture à une heure fixe, et ne la reçoit pas, son appétit diminue, et il ne profile pas autant de la nourriture qu’il reçoit ensuite. Tous les grains étuves sont une bonne nourriture pour le poisson. Les pois bouillis sont également nourrissans. Le son de bière est encore une bonne chose pour eux. On / ÉTANGS. fî A J onne avec succès aux carpes, des miettes de P f i trempées dans la bière. do ‘ l J*’ 101 ’ la notu'riiure aux poissons dans !" enf l r oit de l’étang qui n’ait qu’environ u n P ed de profondeur; afm que les endroits pro- 1 s lem demeurent réservés pour retraite, . , ^ eS momcns ouïe poisson se repose. Quant a manière de donner J a nourriture, on peut simplement ] a j olpr ,, „ .. , gur * ier tlans I eau, ou I>ien la poser Huatre cof 3nC ^ e Carre ' e » suspendue par les ’ et fl'i’on fait descendre dans l’eau hZT’ iVlm baIancier - § r ands ’ U 00 en,re P ren( ^ de nourrir dans les lo 5 elan a s > cela devient fort coûteux; mais . ensi| He on prend le poisson, et qu’on s ° U ^ Ue ^ e différence la nourriture a faite dans accr °issement, on trouve cette dépense n a Ppliquéc. La matière la plus économique coiT n ? Ürnr dans l es grands étangs, est sans re u ,e son de bière ; et il engraisse les ^ CW»».. u ne excell Ues aeslla,lx fournit aux carpes très-bien d e u ri vo- , - OU, ' rUu, ’ e - ElleS ** lr ° UVent lorsque l e grosT'" 86 ^ P âlUra 8 es ’ COmme l °» chaleurs, e ,u '^ 5 P OUr SC soula o er dans pand sa fiente. Lc7 dans Jes cli,n o s ’ et ? re ’~ des pâturaaes / aVag0 P ar ,es S randes P Iui « & e uioutons qui bordent le S 4l4 BT ANC S. étangs, est egalement avantageux aux carpes. Quant aux brochets, le meilleur moyen pour les faire croître et engraisser rapidement, c’cst de mettre des anguilles dans le même étang. On a prétendu fjuc les brochets ne mangeoient pas les pet ches : j’ai l’expérience du contraire. Les brochets sont, comme les carpes, susceptibles de s’apprivoiser singulièrement; et c’cst une chose amusante, que de voir les gros brochets venir prendre à la main une nourriture qu’on les accoutume à recevoir à une heure lixe. Lorsque le moment est venu de vider vos grands étangs, si vous n’avez pas pris vos précautions d’avance pour trouver le débouché de votre poisson, vous éprouverez de l’embarras et des pertes. Quant aux carpes cl aux perches pour le service de votre maison, i] convient de les mettre dans des réservoirs : les tanches pour la consommation de l’été ; le reste de votre poisson doit etre transporte dans d’autres grands étangs, où vous pouvez le repêcher au filet dans le prmlems suivant, pour remplacer dans vos réservoirs ce qui aura fourni à votre consommation. On peut distribuer aux brochets une partie du frai, et transporter le reste dans les pelù s elangs pour refaire la provision , et si, lorsque ces opérations sont faites, vous trouvez que vos étangs sont surchargés de poisson, vous pouvez les nourrir comme je l’ai dit. •ETANGS, Al.1/ , . • crenliMiommos, C’est »n pteiege prm. » ^ n „, (et ou le doit a ccus <1- " J y petits étangs) c est un . , ail de la mesquinerie à vendre son conseille aux gentilshommes q 111 011 nion , de remplir Qdèlement lenrs ûe payer ceux qui les servent, de P' 0 P 0 ' leurs dépenses à leurs revenus J et je « lC ^ d’assurer leur réputation et leur bonne 1 i même qu’ils vendront du poisson- La bonne manière de vendre le poisson, certaine c’est de faire son marché pour une * .. » »• 2 ‘ 1 * ^ quantité, soit pour manger soit P allon d’autres étangs. Si c’est pour la cou ^ ^ immédiate , il faut faire son P’ I% ’ “ ont un chaque pouce dont les passons ex SzMXK% pied de long. Si c’est pour P« Ü P ccnlaine étangs, il faut faire le prix « «« cs dc ou par douzaine , entre sept et » ^ un l°ng, par exemple , a rendre en endroit déterminé. « m v lf | s e trouve Tout cela est facile , lo«T l 0tl ... , . une distance moindre Je quarante nn les de a capitale ; mais lorsqu’on en est pins é °'n ne ’ est souvent ircs-diirteile de trouver u- . , ■ Quant leurs pour la consommation înimcdiaic. v- au poisson pour peup] er les étangs, d rare qu’on ne le place pas aisément • beaucoup de ÉTANGS. 4l6 gens entreprennent de peupler des e'tangs ; mais celte industrie est, en general, si mal suivie, qu’il n’y a pas de danger d’une concurrence qui écrasé ceux qui s’y appliquent convenablement. ' Les re’servoirs sont d’un grand secours , lorsqu’on se préparé à faire le transport du poisson vendu. On y renferme à l’avance le poisson dont on veut disposer ; et pourvu qu’on ait soin de le nourrir, il n’y éprouvé aucun dommage , même lorsqu’il est gêne. Il faut avoir soin de faire les transports dit poisson entre le 1." d’octobre et le dernier de mars: plus il fait froid pour cela, et mieux c’est. Il importe de ne pas le froisser et le secouer trop pendanile transport; carlorsmême qu’il arrive en vie , le poisson qui a souffert ainsi ne prospéré pas. Pour éviter cet inconvénient, il faut pecher le poisson , dans le réservoir, avec des cerceaux qui n’en enlèvent que dix ou douze à la fois, en les supposant d’un pied de long, et ne les laisser que lo moins long-tems possible hors de l’eau. Si l’oo- est oblige de les laisser quelques instans dehors, il faut que ce soit sur l’herbe et à Fombre; car le soleil tue très-promptement les poissons lors* qu’ils sont encore petits. Lorsqu’il s’agit de transporter le poisson a vingt ÉTANGS. ^7 vingt milles ou au-delà , les meilleurs vaisseaux *» employer sont de grands tonneaux de cinq niuids. Pour de moindres distances de plus petits tonneaux suffisent. 3’ai éprouie’ qu ou peut transporter trois cents carpes de six a sept pouces dans un tonneau d’un tnuuls . si e es Ont un pied de long il ne faut en mettre que soixante-dix à quatre-vingt. II convient de renouveler partiellement l’eau de sept en sept milles, si cela est possible, pendant le voyage, en évitant l’eau de puits. Arrive au lieu ou la distribution du poisson doit sc faire, il f aut faire passer du tonneau dans des cerceaux, et par petits lots à la fois, jusque dans l’eau ou 1 ^ doit séjourner. Avec ces soins, on peidia a peine un poisson sur le nombre. On transporte aussi les carpes en vie, ans des paniers avec de l’herbe ; mais le mouvement de la voiture on du cheval fait détacher les écailles, et alors il est très-rare qu’une carpe reprenne jamais sa vigeur parfaite. Généralement parlant, pl« s le» cl * u 5 s ,on battus des vents, et exposés au solei , nneu le poisson y prospère. Le voisinage ^ es lui est toujours nuisible, à cause de la c des fe U il| es et du bois mort qui pourrit dans 1 eau. Cependant les saules et les osiers ont moins d’inconvéniens. Le chanvre, lorsqu’on Tome io. Dd KTANGS. 418 en déposé dans les étangs pour le faire rouir, a l’influence la plus fâcheuse sur le poisson. Il en est de même des planches de chêne, ou des bois de construction que l’on de'pose dans les eaux stagnâmes : le poisson en périt presque avec certitude. Quoique le lavage des pâturages de moutons, ou les eaux grasses soient favorables à l’accroissement du poisson lorsqu’il y a un peu de courant, rien ne lui est plus contraire que l’égout des étables ou des e'euries, lorsque l’êtang n’a point d’issue ni de mouvement. Les fortes gele'es font beaucoup de mal au poisson dans les étangs resserres et les re’ser- voirs. Je me suis avise' de toutes sortes de moyens pour soulager mes poissons dans ces cas-là ; et depuis dix ans, j’estime que j’ai perdu trois à quatre nulle carpes parles gele'es. Cependant j’ai réussi à en sauver, quand mes voisins les perdoient toutes. Les tanches résistent singulièrement bien aux gelées, mats les carpes, les brochets, les perches et les anguilles en souffrent beaucoup. Plus une eau est basse, et plus un étang est petit, et plus les gelées sont dangereuses pour le poisson : lorsqu’il y a un peu de courant, et que l’eau se renouvelle, le poisson ne meurt point. Lorsqu’un hiver rude succède ÉTANGS. ^9 à un élé brûlant, les poissons sont sujets à souffrir beaucoup. Il fat\droit toujours avoir tics étangs vastes et profonu5~pour servir de ressource t ans fortes gelées. On fait alors un trou à a g poiîr y faire passer tout ce que 1 on peut sa ^ en vie , des entrepôts plus resserrés. Lorsqu un étang ne tient pas bien l’eau, le poisson y résisté mieux aux gelées, ce qui vient probablement de ce que l’air pénètre dans l'intérieur de l’étang en remplacement de l’eau qui s e- cbappe. Peut-être aussi qu’il en résulté un léger mouvement dans l’eau, lequel est salutaire au poisson. Si celte dernière raison etort la bonne, on pourroit conjecturer qu un mouvement donné à l’eau artificiellement produi- roit un bon effet. On s’aperçoit quand la mortalité gagne es poissons sous la glace , lorsqu’ils commencent à se montrer au lieu de se tenir cachés dans le fond de l’eau, comme ils doivent être disposes à le faire pendant les froids rigoureux. Si ny 9 point de trous à la glace, le poisson monte jusqu’à celle-ci où il ne tarde point à geler lui-même. S’il y a des trous, les poissons se rassemblent à l’entour pour chercher 1 air. Lorsque la g e \e e a duré quelques jours, il convient de faire des trous dans la glace pour 420 KTANGS. voir si les poissons s’y rassemblent. Si on les voit, c’est un signe de détresse ; et alors il faut employer tous les bras dont on peut disposer, pour enlever le poisson de l’étang, parce qu’il est probable que tout ce qu’on laisse sera perdu. Quelques personnes sc sont avisé, après avoir fait d es trous clans la glace, d’y (aire pénétrer une certaine quantité de fumier pour réchauffer l’eau , et empêcher que le trou ne se referme par la gelée ; mais je puis dire que ces moyens, et tous ceux dont j’ai eu connoissance , sont d’un effet nul j il n’v a d’efficace que la mesure que je propose, d’enlever tout le poisson pour le mettre dans des étangs plus profonds. J’ai souvent fait faire des trous à la glace, et paye des hommes pour les maintenir ouverts, et cependant mes poissons ont péri. J observai un lait assez singulier, pendant de fortes gelées. Une partie d un de mes étangs se trouvoit à l’abri du vent du Nord, par l’élévation d’un de ses bords, et 1 eau étant liasse à cet endroil-là, l’impression du soleil y étoit plus forte. Tous les poissons de l’étang s’y étoient rassemblés. Les brochets, les carpes, les perches, les anguilles et le petit poisson s’y trouvoient pêle- mêle , et si serrés qu’ils empêchèrent l’eau de .geler , par le mouvement qu’ils produisoient : ils paroissoient occupés de tenir conseil sur ce qu’il y avoit à faire dans celte extrémité. ÉTANGS. 421 J en viens au seul expédient qui m’ait réussi P°nr sauver mes poissons, c’est de placer des tonneaux pleins d’eau à quelque distance d’un fcu allumé dans ce dessein , et de jeter dans ccs l °nneaux les poissons , à mesure qu’ils se montrent auprès des trous pratiques à la glace. De ces tonneaux , on les transporte dans des paniers, jusqu aux étangs plus vastes et plus profonds , ou ils trouvent des abris contre la gelec, ou bien on les laisse dans les tonneaux, en j tenouvelant lenu, de teins en teins, jusqu à ce que la ténipérature s’adoucisse. On voit les poissons malades et engourdis se remettre par degrés, et recouvrer eu lin toutes leurs forces. J ai pousse l'expérience plus loin : j’ai rétabli Cn pleine santé des poissons gelés, et pris dans J en sorte qu’ils paroissoierit morts. Je ^ es lra nsportois dans le tonneau dont je réchauf- l’eau par degrés, jusqu’à la température j u elle a en ^ Les p 01ss0ns q ue j’y vois mis "] ns Celle eau , avec une épaisse cuirasse gla- Ce< , re venoicnt à la vie, au bout de six ou Sc pt heures , et paroissoieru aussi bien portans qu n s ’;i , 1 . * ' ‘ n ( c mur etoit rien arrive’. . r,r l u on n’y nue de petits étangs ou des réservoirs m, . .. V - , , j, '-sserres, d ne tant jamais hasarder nseiver J u poisson l’hiver : il faut alors 422 ÉTANGS. l'y mettre au mois de mars , et l’en retirer au mois d’octobre ou novembre^ Lettre au Redact. de la pavtie Agriculture de la Bibl. Brit. Monsieur, J’AI lu avec une vraie satisfaction dans votre N.° 18 g et igo de la Bibliothèque Britannique pour novembre i8o3, partie Agriculture, une note à la page 4n de l’article Essai sur la culture du blé sur les terres fortes, mais dont la fin est relative à l’e'tablissement des pre's-gazons. Dans cette note vous rendez compte du succès que vous avez eu, en faisant brouter par des moutons un jeune prè seine en avril, sur une terre defonce'e , sans fumier, et sans mélangé de graines ce're'ales : certes , si jamais expérience a pu constater la bonté' d’une méthode , c’est celle dont vous venez de rendre compte. La se'cheresse extraordinaire del’ète dernier suffisoit pour brûler>absolument votre jeune semis qui n’e’toil garanti par aucune plante, et dont le pâturage des moulons expo- soit encore plus à l’ardeur du soleil Je cœur des jeunes plantes de fromental et de trèfle. correspondance. 4 a3 ^ y 3 deux ans que je vis dans un de vos meros, les deux méthodes d’elablirles p rc ; s n gleterre. L’une, de semer des graines kj ^ re avec I e ^le en automne, après avoir sein ^ UmC et l ,re P ar d le terrain : l’autre, de i . r P’’ ntRr «s les graines de pre' sur un le rram fume, et de 1 r • * i >»ou,„„, et S l ,alu,er l“ r dM Je domois 11 convenir a CcUc seconde méthode pût dance des ro$ c ; I ^ ,t? fîens0is quC aboïK gîcterre en ^ * rerK *°‘ t praticable en An- jeunes plantes aïlUc f ant l a Marcheur autour des de juillet • ’ , D3a * s f l Ue IJ0S mois ^ i u * u des pluie/ T 0 001 d ® r0St?e qu ' à Va W r0ch& “’etoient ’ et . ru,roie “t nos jeunes semis, s’ils faucheVs 8aia,ÎÜS P ar qnelques planésce'reales, j’ai suiv j , en Vcrt deux ou trois reprises, et ïeneci CeUe Méthode, qui m'a assez bien j’ai des touffes ? a3rC P âtur<>r ’ d<3 *° qÜe mon nre «, P ,aD tes de fromentaî ; mai» J’ai seme ' ,, an f nc ore d’être gatorme. méthode àiiglri^* ^ er,J ière, selon la première ^rraiu ( defonc^’i enVîron une de nos poses de culture de nia 6 de ^ Uls quatre ans et tenu en graines de prê * Ce ’ rea l es ) bien fume de ment dit e l*'oniet}t de Sibérie, autre- u ct »ez nou s . T , , , . semence et ] es ^ nson - > c 0 moitié 8rai «es de pré bien épaisses : 424 COIUIESI'ON DANCE. mon semis est superbe pour toutes les espèces rie graines, et si vous le permettez, j’aurai l’bonneur de vous rendre compte de l’état de mon pre’, après la moisson, ou mieux en sep - 1 tembre ou octobre. Je comptois semer l’autre partie de mon terrain , trop mouillcux pour l’être en automne, le prinlems en graines de pre et en quelque .graine céréale. Mais votre expérience me dé- cide, non-seulement à semer mes graines de pre sans mélangé , mais encore à les faire pâturer dès qu’elles seront susceptibles de l’être. Je ferai pâturer aussi après moisson le pre seine en automne. Je ne saurois vous dire combien votre expérience m’a fait plaisir ; je n’osois pas semer au prinlems mes graines de pre sans mélange; et je voyais cependant ce mélange de graines céréales nuire à mon pré, surtout quand il é toi P bien fumé, en tullant et occupant de grandes places, qui manquoienl par-là même de plantes de pré , et qui étouffoient celles qui les envi- ronnoient. Je craignois encore plus de faire brouter, pour ne pas exposer mon semis à l’ardeur du soleil , en sorte que je n’ai pu encore réussir parfaitement à établir des prés-gazons, quoique mon terrain soit léger , facile à cultiver, et bien engraisse'. COR RESPONO A NCE. , • 425 ais ’ aVant de me mettre à l’ouvrage, p er _ ellez ni0 ' > Monsieur, de vous demander Onseil. Vous savez que lorsqu’on sème avec j fumier répandu sur la terre et enterre avec j c f ,arruc > on ne peut pas labourer aussi e'ga- m ni «galiscr et herser le terrain, aussi >en que lorsqu’on ] e p re>are sans fun)icr . et attendri M, PUÎ " e ^ ^ T sur mon nr é " d 1 aul0m »® a le répandre moutons. Corn, U den,ier P â,uraS ° uI W'* 7 . S en <*, on plutôt ni,Y accue,I,,r aVC ° ,ndu, “ ces questions C es U>nnez cespbservnlion.s, ’ e3 Posés d’une plume peu COB RESPON DANCE. 4a6 ou point exercée dans ce genre. C’est votre précieuse note qui m’a engage à vous écrire cette lettre. Vous savez, qu’en agriculture, il faut tout savoir, et que des détails, qui en d’autres arts pourroienl être négligés, sont de première nécessité pour un succès complet. C’est ce que je desire et pour moi et pour mes voisins, auxquels je fais pan de votre expérience. Plusieurs m’ont demandé conseil sur la manière d’établir les prés-gazons : votre réponse sera classique pour nous. J’aime beaucoup la théorie de l’agriculture angloise ; mais elle acquiert bien de la confiance quand il s’y joint la pratique d’un agriculteur comme vous, Monsieur; agréez, etc. Guex de Beausobue, Pajs- c . . 6 Cu lover, et par J’intcUigeiiC:; et les sujets T ^ es 'l ue ^ es Ü s’exprime sur tous de nî * ■ \ e eC0n ° m ie rurale. J’ai eu beaucoup <™ pZ: ,ui ’ ets "- même m,» 016 suis convaincu par mm- tion ou’il n a> mps confirmoient la réputa- ^ 11 a d e*cel| enl agriculteur. S 0 ^ e S °Z- fond d«> ra *” eSt Une terre sablonneuse sur un Ue gravier. jj Culture au semoir. ^ 0tîZe ans qu’il emploie le semoir, JJ TJNR lOUTtNÛE 4a8 scme son !>îe' en laissant neuf et douze pouces d’intervalle entre les rangee’s. Pour l’orge et l’avoine il laisse neuf pouces ; pour les pois dix- huit, quand ce sont les variétés ordinaires, mais pour le petit pois nommé frame pea, il ne laisse que douze pouces. S'il sème les tur— neps pour les faire consommer sur place par ses moutons, c’est aussi à douze pouces; mais s’il destine sa récolte à l’engrais des bœufs il laisse dix-huit pouces. 11 cultive à la lioue à cheval toutes ces diverses récoltes; il donne trois ou quatre cultures successives aux pois. Il sème, entre un busliel et un bushel et demi , de blé par acre. Pois de forme ( frame peas ) 5 bushels Pois ordinaires. 1 £ Vesces pour faucher £ pour pâturer . a Son principe, pour la quantité de semence, c’est que toutes les récoltes destinées à être pâturées doivent être semées épais, et que les récoltes destinées à porter leur graine doivent être semées clair. Cette distinction mérite beaucoup d’attention, soit pour la quantité de graine soit pour les distances entre les rangées. La moyenne de scs récoltes de blé est de vingt-huit husluds par acre , et celle de s(rS récoltes d’orge , de quarante bushels. A ARDLFJGïI. T « orsqu il commença à cultiver ses Mes avec 3 IO ” e a C ^cval , ses voisins sc prononcèrent ntr e cette ope'ration, qu’ils jiigeoienl dan- £ euse. Cependant, il faut remarquer qu’ils , 0lent accoutumes à l’usage de sarcler les blés av a * ,na .* n disoit ensuite que M, Rogers 1 gâte ses Mes en ] es déracinant, et que les à^VI *i ,11 ^ 0,cn1, particulier ayant rapporte' ce«e n ■■ RC qU ’ 0tl «conloii du résultat de cette operation d« ) i réponse , cet • * ‘° Ue à chevaI ’ P ° lU ' l ° Ule vement dans 38nC,,Iteur ,e conduisit successt- avoit ete cul.- 1 , 1 -^ ^ SCS c,,a,n P s de hlé : Fun avoit clé s -'p ? ,a hOUe * C,1CVaI ’ U ° aUlrC derniers il > *. ,a main ’ et dans ,CS deux rieux J ' ” ^ aV °* 1 eu aucurie culture. Le cu- nln, ' n e , taiit pas P rev enu des méthodes cm - Ou t • ns C laf f ue champ, remarqua deux les d° 1S p,aCGS ° d Jes épis etoient tombes , et Valifl °" na Cn P reu ve de la justesse de l’oi.ser- qui maiS C etOU P rec isement dans les champs soin tfchiro T aUCutle culture. M. Rogers a Ides, de iroS*^ $Qs 1,0ues a cl,evaI danS Ses s »l‘d quelque, Tncon 0 -* 5 ^ n „>i, avoit cul . ««> ““'«r U le pense «i„ si S ' s Um ,r “I’ ' ar<1 : du (1) Yoy. l’agriculture d’Esscs. 45o UNE JOURNÉE Les pois nommés frame peas ont une croissance singulièrement rapide. M. Rogers sema du seigle sur un chaume de Lie. Il le fit manger par ses brebis au printems. A la fin d’avril, un marchand grainetier de Londres, qui se trou- voit chez lui, lui conseilla de semer des pois de cette espèce sur ce seigle rompu, et s’engagea à prendre toute la récolté, à raison de quatre-vingt-dix shellings le quarter (huit bushels). La graine arriva au milieu de mai. M. Rogers fuma son champ, le laboura, puis sema ses pois au semoir , après avoir roulé la surface. Il avoit pris la précaution de faire germer les pois pour accéle'rer la végétation. Six semaines après la scmaille , les pois étoient en fleurs; et cinq semaines plus tard, la récolte en étoit faite. Leur produit fut de trente-deux bushels par acre , c’est-à-dire, de 18 Iiv. sterl. sans compter les tiges. La terre débarrassée, M. Rogers sema des turneps qui donnèrent une belle récolte. Voici les assolemens de M. Rogers : 1, Turneps ou pommes de terre. 2. Orge. 5. Trèfle. 4. Pois ou pommes de terre. 5. Blé. 6. Trèfle blanc. 7. Avoine. A ARDLEIGH. *or Quelquefois il met du ble après le trèfle blanc , et a d’aussi bonnes récoltés qu’après le trèfle ordinaire. Labourage. On sait qu e l’usage ge'ne'ralement admis dans Culture Angloise , est de labourer deux ou trois fois après les turneps lorsqu’on veut semer e orge . il est rare q u ’on ne laboure qu’une seule lois. M r> J„ at „ ° 8Crs P'" se les Iiibours, Ti ’ ° nl ‘outiles, et souvent nuisibles. rain ^ Ues dont il peut avoir extrêmement soignée. ”* l ° U/ ° UrS 11 a Perfectionné la pratique des scarifica- UNE JOURNÉE 45a leurs , de manière qu’il se passe souvent de labours là où on les croit d’ordinaire indispensables. Par exemple, il a scarifie’ un pre' de cinq ans pour y semer des pommes de terre J et il a eu une bonne récolte, sans labourer. Après du hlé il donna un labour pour semer du seigle au semoir. 11 cultiva ce seigle au scarificateur à deux pouces et demi de profond. Il lit pâturer ce seigle par les moulons au prin- terns , scarifia une seconde fois un peu plus profond , fuma , enterra le fumier pour des turneps avec la charrue. Après la récolte des turneps, il sema de l’orge au semoir sans labourer. Aujourd’hui ce terrain en pré artificiel a très-bien réussi. M. Rogers a introduit l’usage de la charrue de Norfolk ; et dans un défi de charrues qui eut lieu à la tonte de Burnhym, Cet instrument l’emporta sur les charrues d’Esscx. Il préfère la charrue de Norfolk, sous deux rapports , à celle du pays, qui est aussi à roues. i.° La pointe du soc se trouve plus près des deux points où les roues portent sur la terre : il croit qu’il en résulte du soulagement pour les animaux , 2. 0 l’oreille en fer tourne la terre plus complètement. / Engrais. M. Rogers a essayé pour les turneps ct * pommes A ARDM’IGH. 433 pommes de terre le fumier pailleux et le fumier pourri : JJ a trouve que le fumier pailleux fai- 8011 un meilleur effet. En conséquence , il a mis beaucoup moins d’importance qu’il n’en ni ctloit auparavant, à la préparation des composts. H fait cliarrier directement ses fumiers depuis les étables , ou les cours , dans ses champs. II a soin de transporter dans les champs es boi dures où la terre est accumulée par la c arrue, de manière à former une pente du cote es fosses, et à renouveler la terre dans . S P’ 6068, P 11 approuve pas le mélange de la ■ et du fumier avec cette terre des bor- ures, pour en former des bancs, comme c’est «sage. IJ du qu’en labourant ces bordures en automne, et en les charriant au printems, cette terre se trouve améliorée par l’influence de l’hiver, et que l’operation se fait à peu de frais. Il a essayé de tirer de Colchester jusqu’à deux cents voitures de fumier dans une année mais il n’a pas retrouvé ses frais. Il convertit sa paille en fumier en nourrissant des vaches a petites cornes avec des gâteaux d huile. Il entretient aussi beaucoup de cochons. Pendant tout l’hiver dernier, il en a eu cinquante dans sa cour, SUr une bonne et j s lui ont fait une grande quantité' de fumier. Tome io. £ e 434 UNE JOURNÉE Nourriture à l’étable. II a pour principe de ne jamais laisser pâturer son gros bétail. Il lui fait manger premièrement du seigle et des vesces d’hiver, ensuite du rny-grass et du trèfle , ou du trèfle pur, le tout en vert. Un donne apres cela aux bestiaux , du trèfle dont ou a retarde la croissance en le faisant pâturer au primeras par les moutons ; ou des vesces de primeras. Cette agriculture ne sanroil être trop recommandée. Il se propose d’établir des luzernières pour le même emploi. M. Rogers a eu jusqu’à six cents moutons de la grosse race de Wdl-shire nourris en fèves. Il trouve qu’en les croisant avec les Berkshire Knots , savoir un quart seulement du sang de ceux-ci et trois quarts des autres, il obtient une race qui s’engraisse très-bien. Les bêtes dont la laine est un peu grise, la toison lâche à la racine , et lassée en apparence à l’extrémité des mèches sont les meilleures pour l’engrais. Les beliers dont la laine a ce caractère , sont écartes comme moins propres à donner une race à belles toisons, mais ils devraient être recherchés sous le rapport des qualités de l’engrais. jVL Rogers achète des moulons de trois ans en novembre , et les vend depuis mars en a auow.ïoiï. 435 juin. Il trouve beaucoup plus de piofit cette marche qu’à l’usage ordinaire , qui est d acheter, en août, des agneaux de Norfolk, a la foire d’Ipswick, pour les nourrir de nette pendant Pété, et les vendre en mars de 1 année suivante. Ces agneaux devenus antenois > se vendent cependant 5 livres sterl. tres-commu- nément, tandis que les Wilt-shire ne se vendent que 58 shel. après six mois d’engrais. Il a acheté, à raison de 7 üv. sterl. le millier pesant des gâteaux d’huile (ils coûtent maintenant i4 liv. st.) pour engraisser scs cochons. 11 y a bien réussi; mais la viande répand une certaine odeur d’huile, lorsqu’on la *'ôdt. On s’en aperçoit, lors même qu’on a clian 8® nourriture du cochon assez long- lems aYalU de le tuer. M. Rogers pense qu’il y 3 c ^ u P 10 ^ 1 ^ a ^ en graisser les cochons avec des fèves, lors meme qu’elles coûtent 5o shel. le quat'ter (huit bus- hels) pourvu que le porc sc vende six pence la livre. Pommes de terre. M. Rogers a ordinairement dix a douze acres en pommes de terre. Lorsqu’elles ne se vendent qu’un shelling le bushel, il préfère de les faire consommer à ses bestiaux. U les plante 3 dix-huit pouces de distance d’une ligne à f 456 UNE JOURNÉE A ARDIÆIGH. l’autre. Il obtient de beau ble', mais encore de plps belle orge après. Carottes. Il les a cultive'es avec succès pour les faire manger aux chevaux. Maximes. M. Rogers a trois maximes dont il regarde l’application comme indispensable à une bonne culture. 1. ” De ne jamais vendre de fourrage. 2 . ” De n’avoir jamais de jachères. 5.° De ne jamais prendre deux re'coltes successives de grains blancs. — Approuvé ! C’est un agriculteur si intelligent et si e'elaire', qu’il y a beaucoup a attendre de son expe’- rience. L’esquisse que je viens de donner de sa culture est nécessairement très-imparfaite. Il seroit bien intéressant'd’étudier à loisir ses méthodes. Mais les notes que j’ai prises à la hâte , pouvant être utiles , je les insère dans les Aunales pour l’instruction de ceux qui les lisent. / Notes sur la Ferme de Sir Charles Middleton , à Teston en Kent. (Annales d’JnTHUR Young.) ferme , aussi bien cultivée q e i e est dans une terre graveleuse, mais fertile, sur un fond semblable. La sur ace en est montueuse, et elle contient une vallée en prairies. Son étendue est de deux cent sois ante acres, ' * i t • p l des recolles» et voici quel etoit en 1B00, l etllt 45 acres en houblons. 5 o . . . en plantations. 3 a ... en blé. 12 ... en orge. 17 ... en avoine. , a . . . en fèves. 18 . • . en turneps., 6 ... en vesces. 17 ... en trèfle, g . . . en sainfoin. 22 . . • prés en rouen (herbe de seconde coupe) ou regain sur pied. 2Üg . 21 ... . p&turages. 260 acres. C ETTlî est belle. 43y NOTES suit LA TERME Le problème à rcsoudredansl’exploitation de cette ferme, est de concilier la culture du houblon avec les autres cultures ordinaires, et par conséquent de faire l’application des récoltes les plus profitables qu il se puisse , à la fertilité’ du sol, et de créer , en nietne tems , la plus grande quantité possible d’engrais. On sait très-bien, en Kent, que le système ordinaire des bois taillis ne donne qu’un misé- rable profit, si l’on le compare aux plantations qui ont pour objet de produire des tuteurs pour le houblon. Ces tuteurs sont de fresnc, de châtaignier , et de saule. Le fresne réussit principalement dans les terres basses, argileuses et humides; le châtaignier, sur les terrains légers et secs. Chacun de ces arbres est planté sur le sol qui lui est propre , dans la ferme de Sir Charles. Les tuteurs que l’on préfère sont ceux de fresne. On les coupe à huit, neuf ou dix ans de croissance. Ceux de châtaignier ne se coupent qu’à quatorze ou quinze ans, et ne durent pas autant que les premiers. Un acre en fresne donne d’ailleurs une plus grande quantité' de perches. Un autre avantage du fresne, enfin , c’est de pouvoir être planté avec succès dans les vides des plantations de châtaigniers, nu lieu que si l’on plante des châtaigniers nouveaux ï / DE Cil. Min^DETOH. parmiles vieux, .ceux-ci les tuent parlcui o ne. T • lf . rP s de houblon exigent Les quarante-cinq aci es uo annuellement environ quinze 011 e p Les plantations Fournissent laigcmen > ,0i»i e. à comiilcr li'S porches à 5G sliell'^gs le cent, ce seul article est un pioduvl liv. sterl,, soit B liv. sterl. par acre, sans c p ter le bois que l’on emploie en fagots j el en clôtures. La longueur des perches vatie o douze à dix-huit pieds. Lorsque les plantations arrivent à un certain point de croissance , leur entretien n’est rien. Elles ne coûtent rp> e ' *u- térêt du capital du terrain et des prein lClS ^ ia ts. 11 n’est pas difficile de voir que I e P r ^ 1 cette exploitation doit être e'norntc. 1 oui le houblon, la chose ne se présenté pas manière si claire. Voici l’,p P ro««uai»on des dépenses. Ferme du terrain d’un acre. . . L- St. a Dixme.» 10 Taxe des pauvres.« r4 600 perches à 56 sh. le cent. l6 iG Travail pour labourer à la bêche. ... 1 i3 Idem pour cultiver et butter. 1 x •-pour planter les perches et attacher . x xo —— pour recueillir.5 » • pour trier, etc.» xo pour sécher..» 5 Droit à pajçj. ... M , , . 3 10 44 o NOTES SUR LA FERME Sacs nécessaires.Liv. st. 1 â Engrais (alternativement du fumier et des chiffons de lainage.7 » Houe à cheval..» 6 Charriage.1 10 L. st. . . 47 10 Huit quintaux de houblon , produit moyen, à 7 liv. sterl., font 56 liv. sterl. ; ce qui porte le profit à 8 liv. 10 sh. Tout cela, au reste, est approximatif: l’absence de Sir Charles de sa ferme, n’a pas permis de s’en assurer plus positivement. La production de l’engrais est une partie admirablement entendue dans le système de Sir Charles. Il achète une très-grande masse de coupons de laine et vieux chiffons, pour fumer ses houblons en alternant avec du fumier ; et pour multiplier ses engrais , il consomme une immense quantité de gâteaux d’huile qu’il fait manger à ses bêtes à cornes, et à ses moutons, au très-grand avantage de la terre. S’il diri— geoit ses efforts exclusivement sur la culture du houblon , le reste de la ferme souffriroit j mais il n’oublie et ne négligé rien. Je trouvai les moutons parques sur le chaume et le jeune trèfle de l’année , et on leur donnoit des gâteaux d’huilê j à raison d’un demi-gâteau par 44i CH. MIDDLETON. J 0u >' ( 1 ). On en fait autant quand les moutons parquent sur les turneps , ou pâturent le rouen. seul proce'dë suffiroit pour maintenir la ferme en bon e'tat ; mais Sir Charles ne se horne pas là. J’ai trouve tous les trèfles rompus , ou que l’on rompoit pour semer du blé , amendes avec des chiffons de laine à raison de , ‘ ïuintaux * ^t-à-dire, de 3 bv. i5 sh. pour chaque acre. Slr Cl ’ a,les ne tient des moutons que relativement à l’engrais T) , \ • i , G • a eu peudant long-lcms pour meno e d acheter en automne des ante- r SoUlh - down » ‘le les parquer sur le uen avec des galeaux d’huile -, de les mettre aux tu ru eps l’automne , egalement avec les gâteaux d huile, pui s d e l es vendre gras au prin- tems. A présent, il n’achète que des moutons e quatre dents. 11 les hiverne sur le rouen, . en les parquant avec des gâteaux d’huile, puis Il les vend au primeras. Il trouve plus de profit à ne les garder que six mois. Je trouvai aussi (i) J’ai recommandé, d’après mon expérience, de faire manger aux moutons les jeunes trèfles de l’année, soit en automne, soit au mois de mars. On ne doit pas craindre que la jeune plante en souffre. L’épreuve de faire parquer les moulons dessus, est beaucoup plus forte, et cependant les trèfles s’en trouvent bien. NOTES SUR LA FERME 4 ia chez lui cent trente brebis de Dorset qu’on venoit d’acheter. Elles parquoient sur un jeune trèfleet chaume d’avoine. On leur donnoit des gâteaux d’huile. On les destine à être vendues grasses avec leurs agneaux an printems. En 1799, il vendit 3 liv. sterl. chaque mère de Souih-dovvn avec son agneau, après avoir acheté' ces portières -27 shellings. Il avoit quatre cent sotxaute-cinq moutons, onze chevaux, cinq vaches, et cinquante cochons, lorsque je visitai la ferme. 11 nourrit beaucoup de bestiaux aux gâteaux d’huile, uniquement pour le fumier ; mais celui-ci revient à 8 shcllings la charretée. Afin que, dans le système de cette exploitation , tout se trouve en rapports exaets, Sir Charles a fait bâtir deux moulins à huile , l’iin a vent, 1 autre a eau, de manière qu’il n’y a jamais de chômage. À côte de ces moulins est un vaste magasin qui peut contenir la cargaison de trois vaisseaux en graine de lin. Ces moulins font mouvoir huit paires de meules. Il a aussi toujours, pour lui et ses fermiers, une grande abondance de gâteaux d’huile. Il s’en est consomme l’annee dernière , sur sa ferme, pour 70° liv. sterl. On peut juger par ce fait seul , q 1|C les choses sont menées en grand dans cette exploitation. 445 DJ3 CH. MIDDLKTON. Son assolement ordinaire est celui-ci. 1- Turneps manges sur place, avec addition de gâteaux d’huile. 2 - Orge. (U recueille de quarante-huit à soixante-quatre bushels par acre.) Trèfle, dont la première coupe est cou- pee en vert pour manger à l'étable, et la seconde mangée sur p ] ace , avcc addition de gâteaux d’huile. 4. Blé fumé avec des ehilïbus de laine, à raison de dix quintaux par acre. (Il recueille de trente-deux â q„arante-huil bushels.) Quelquefois, d met après le l>le des fèves au semon- et fumées. Elles rendent environ quarante bushels. Après les fèves il met ordinairement de l’a- , qui rend de quarante-huit a quatre— VIn gt bushels. L orge et l'avoine se sèment toujours à la volée. Le blé de même, pour l’ordinaire. Quel- quefois on le sème au plantoir. À la volée, On met trois bushels, et au plantoir deux seulement. j ^ cs ass °lemens varient un peu ; mais jamais x récoltés de grains blancs ne se suivent. terr ^ U< ^° ls Charles met des vesccs sur le , ^ csl,,J é aux lumcps; et quand celles-ci mangées sur place avec des gâteaux , 444 notes sun ea ferme on sème des turneps qu’on fait consommer d® la même manière. S’ils sont mangés assez lot » on sème du blé après; sinon c’est de l’orge qu’on sème. On ne peut rien imaginer de plus parlait que cette culture. Sir Charles a semé deux fois du sainfoin en automne avec le blé, et a bien réussi les deu* fois. Il a eu de la luzerne au semoir, en lignes espacées de neuf pouces. Il la faisoit couper trois fois dans l’été pour donner eu vert à ses chevaux , avec plein succès. Je trouvai un attelage de quatre forts chevaux qui rompoienl un trèfle, à sept pouces de profondeur. L’ouvrage étoit parfait. On se servoit d’un scarificateur pour donner une culture aux chaumes, sans labourer. Cela me parut très- bon. Les palissades de clôtures, les haies parfaitement ébarbées, et les bandes de houblon- nières, donnent à cette ferme une apparence de propreté et d’arrangement qu’on ne voit nuile part ailleurs. Il n’y a point de fossés. Les haies sont d’aubépine. Il n’y a que celle 9 qui bordent les roules qui soient pour clôture • les autres ne sont que pour garantir des vents? car il n’y a jamais une pièce de gros bétail en liberté dans toute la ferme. C’est en p a,uc a 445 DE Cil. MIDDLETON. Ce so ' n H 06 ^on don l'abondance des engrais. Chaque champ est entoure' d’un bande gazon- j* 66 ’ I 11 * s e coupe eu vert, ou pour foin. Ces ^andes sont maintenues parfaitement rieltesj a charrue ne les entame jamais, et on n’y ^ofïre pas une motte de terre, ni une pierre. e a fait des promenades charmantes autour des pièces ensemencées, et le coup-d’œil en est très-agréable. Les houblonnières sont bor- ela meme manière, en sorte que la ferme ressemble à un grand jardin. On trouve dans le second vo î umc J cs Commentaires au Département d'Agriculture, le compte des profits an„ Ue l s que donne celte ferme célébré. Depuis x 77l à 1796, Sir Charles 3 ™ un P rofit de 14,096 Hv. sterl. outes les parties de cette grande exploita- t,Qn P 0r *ent l’empreinte d’un talent supe'rieur, €t d une exactitude rigoureuse. Notes sur. divers objets (lires des Annales d f Arthur *Young.) Çhoux. M • Ruggles, en Essex, a labouré , en ^ torane 1799, un acre de chaume d’avoine, un bon terrain reposant sur argile. En mars NOTES SUR 44(5 1800, il a fumé en compost, à raison de douze charretées, et enterre le fumier à la charrue; et comme le terrain avoit etc' auparavant laboure’ en billons de trois pieds, le fumier place' dans les raies, se trouva renfermé dans l’endroit où l’on vouloit semer des choux. La graine fut semée sur l’à-dos des billons. Les plantes furent cultivées deux fois à la charrue, et deux fois à la main. La pluie ne vint qu’au ig août. Les choux furent éclaircis de manière a les laisser à un pied de distance les uns des autres. Les plants arrachés furent transplantés dans d’autres lignes préparées à les recevoir. Je les vis à la fm de septembre. Ceux qui avoient été semés au semoir , ne faisoient pas une forte récolte, mais elle étoit assez bonne, et fort supérieure aux choux transplantés. Dans une année si seche, une recolle qui auroit été trans* plantée au prinlems, auroit manqué. Cela suffit à prouver qu’il y a de l’avantage à semer les choux au semoir. Rutabagas. Sir IL Mddmay a semé un champ de rutabagas en mai 1800. Malgré l’extrême sécheresse de l’année, qui fit périr les turneps, ccs ruta' bagas se trouvèrent très-gros en octobre, et furent d’un grand secours. DIVEUS OBJETS. 447 M. Tompson, de Wavcrlcy, a scme' l’an °> T l, itize acres de rutabagas, qui, maigre I e scclievesse , furent très-beaux. Il en avoit SC| ze acres en 1 jpp ; e t il s’cn trouve si bien , < J U) I continue à cultiver cette plante en grand. Loid Romney a beaucoup contribue à iutro* •lire la culture des rutabagas en Angleterre, i a huit sacs de la graine de celle plante ; et d en a fai. 1 • , 1 -*< «»e recoin £ r'" "' ,0 "'“ Mm garni. quelle que fût sa rigueur (1). (1) On doit déplorer que le défaut île police rurale soit un obstacle au parti qu’on pourvoit tirer en France de celle ressource d’hiver pour les bestiaux. Tout ce qui reste dans les champs en automne est volé. Il est vrai qu’on peut récolter les rutabagas, et les conserver pour provision «l’hiver, mais il y a beaucoup plus de Irais, et moins de prolu, qu’à les faire consommer sur place. Ils sont très-avantageux pour nourrir les moutons à l’engrais, mais comme ils sont fort durs, ils ont l’inconvénient d’ébranler les dénis des brebis NOTES SUR 448 Un autre cultivateur emploie les rutabagas pour les moutons, en les coupant. Il s’en est admirablement bien trouve' pendant quatre années consécutives. Il sème dans le milieu de mai. En 1797 , il en sema sept acres, en 1798, treize acres, en 1799» huit acres , en 1800, treize acres. Par ce moyen, il s’est procuré du foiirrage d’inver dans le tems où personne n’en avoit autour de lui. Au printems de 1800, il avoit deux cent quatre-vingt moulons qui éloient dans l’abondance des rutabagas, tandis que tout autour de lui les turneps étoient gelés et pourris depuis six semaines. Pourles agneaux, il coupe les rutabagas, parce que ces racines sont trop dures. Il avoit un champ moitié' turneps et moitié rutabagas .' les turneps périrent complète-* ment par le froid ;^et les rutabagas ne furent point endommagés. portières qui ont passé cinq ou six ans. Au reste, cet inconvénient n’exisle que pour la consommation sur place : à la bergerie, on coupe ces racines. Nota. Le célèbre Schwery a consigné flans son u a- vrage sur l’agriculture Belge (voyez le t4. cnl ° v °h agric. de la Bibl. Brit.) une expérience dont il résulte que le rutabaga donne plus d’buie que le colza. Un essai fait près de Genève a eu le même résultat. CcU° huile paroît de bonne qualité, et c’est un objet inter® 5 " sant à suivre. (Avril 1810 .) Pucerons DIVERS OBJETS. 44ç) Pucerons des turneps. II vaut la peine de parler d’une expérience Lord Ilardwicke. Dans une parlie d’un cliamp de turneps, on enterra le fumier en mars. Dans le reste de la pièce , on l’enterra avant le dernier labour, seulement. Dans la première partie , les pucerons firent beaucoup moins de mal que dans le reste du cliamp. Cela ma rappelé que M. Woodbine de Norfolk, etoit depuis plusieurs années dans l’usage de fumer en novembre , e t d’enterrer à la même époque le fumier dans les champs qu’il desti— non aux turneps l’année suivante. Non-seulement il échappoit aux ravages des pucerons, mais il avoil toujours de belles récoltes. L’expérience de Lord Ilardwicke a été répétée avec le même succès deux années consécutives. Fèves. M, Stanley de Durits en Cambridge-sbire , m’apprend que les fermiers ses voisins, ont toujours eu de plus belles récoltes en semant leurs fèves à la volée, qu’en les semant en lignes après la charrue. On a eu soin de maintenir la terre également propre dans les deux cultures. Je dois observer que de semer I es levés dans le sillon après la charrue, n’est pas Lomé 10. pp NOTES SUR 4 bo une bonne méthode, parce que les plantes ne sont pas suffisamment allignees pour pouvoir être bien cultivées avec la houe à cheval. Fèves au semoir. M. Mosscrop , agent du Dr. Tompson du Cambridge-sbire, a seine au plantoir une étendue de quatre acres de fèves en 1800. Il avoit ordonne' qu’on mît trois fèves dans chaque trou du plantoir. Pendant toute la sécheresse de l’année, les [liantes où l’on n’avoil semé qu’une fève , demeurèrent extrêmement foibles : les plantes qui étoient semées par trois, furent beaucoup plus fortes. Ce 11’étoit pas la première fois qu’il faisoit celle remarque. Les plantes qui croissent par groupes , atiirent plus fortement l’humidité et se maintiennent fraîches les unes les autres. Changement du blé pour semences. M. Ground de "Whiulesex, et son père, n’ont jamais changé les semences de leur blé, autrement qu’en destinant aux terrains marc'- çpgeux , les grains provenus des terres élevées, et réciproquement. Les produits et les qualités des récoltes fout l’éloge de celte méthode. divers objets. 45i Corbeaux. Pour éloigner les corbeaux des champs de blé qu’ils sont sujets à gâter, la malH * rc la plus sûre , c’est de tremper dans de 1 huile , une bande de toile, et de la frotter avec de la P ou ^ re à canon , pour l’attacber ensuite au bout c un pieu, afin que le vent l’agite. M. Bcvan a ttouvé ce moyen infaillible. Observations diverses, par Edward Powis. (Rapport du Salop-shire, par M. Plymley. ) pense que le principal objet de 1 agriculture de l'Angleterre, est de créer la plus grande quantité possible des choses nécessaires à la vie, c’est-à-dire , de faire rendre le plus S rar *d produit à une étendue donnée de terrain, Da ns ce but, je crois qu’il convient de fournir toutes sortes d’encouragemens à la culture des graines et des turneps; car j’estime qu’un acre de grains, comparé à un acre de prés, donne de Ja nourri’lure à l’homme dans le rapport de i5 à 2 , en supposant que le grain soit employé en pain , et l’herbe appliquée à engraisser des bestiaux. OBSERVATIONS 45a Un grand moyen d’encourager la production des grains et des lurneps, seroit d’augmenter la quantité des fumiers ; et pour cela, il fau- droit que les propriétaires nourrissent leurs chevaux en vert à l’étable, et que lorsqu’ils permettent à leurs fermiers de vendre la paille, ils exigeassent que ceux-ci couvrissent de fumier les pièces dont cette paille provient. Depuis cinq ans, j’entretiens huit à dix chevaux de charrette , avec du trèfle coupé en vert, et que l’on charrie tous les jours. Ce qui tombe des crèches sc donne aux cochons que j’élève , au nombre de vingt-cinq jusqu’à quarante. Mes chevaux et mes cochons, ainsi nourris , consomment le produit d’une étendue de trèfle, qui varie de 25 à acres, selon l’abondance du trèfle. Mes chevaux ont ainsi été beaucoup mieux entretenus que si je les avois mis à la pâture ; j’ai épargné huit à dix acres de trèfle pour d’autres bestiaux ; et j’ai fait une grande quantité d’un engrais infiniment meilleur qu on ne le feroit dans une autre saison. Je trouve un profit net de 24 liv. sterl. sur cette expérience, en ne comptant la quantité de fumier faite qu’à 10 liv. sterl. Or, cette quantité a été estimée 20 liv. sterl. par un con- noisseur. J’ai toujours éprouvé que la terre s’épuise DIVERSES. 455 infiniment davantage par les récoltés qui donnent ■1* ur graine que par celles qu’on coupe en vert, L avantage que j’ai retire’ de celle expérience m a engage*à appliquer celte méthode à la nourriture des bêles à cornes. Je commençai i’ête’ dernier par dix-neuf bêtes. J’augmentai ce nombre, graduellement; et en y compienant J es chevaux , j’avois jusqu’à cinquante botes a nourrir en vert. Les chevaux s en trouvèrent fort bien. Les élèves parmi les eles a coi ncs firent un grand profil. Les vaches enrent beaucoup de lait. Les poulains augmentèrent rapidement; et j e nourris encore des jeunes cochons. Voici quelle éloil l a qualilé du terrain , et ba nature des récoltes vertes, pour fournir à tout cela. Quatorze acres de trèfle, assez médiocres, parce que la racine d’une partie des plantes avoit péri pendant l’hiver. Leux acres de vesces d’hiver, egalement assez médiocres, à cause des fortes gelées. Cinq acres de très-bons prés. Ou faisoit sortir les bêtes de l’étable tous les soirs, pendant six ou sept heures. Le trèfle donna un peu de peine à cause gonflement qui revint à quelques reprises: c< pendant, il n’arriva pas d’accidens. Le bétail OBSERVATIONS 464 prospéra davantage avec les vesccs d’hiver et le foin de prairie naturelle. Deux domestiques furent constamment employés à ce travail : l’un eloit un homme de plus de soixante-dix ans, et l’autre un jeune homme. Le premier dislri- buoil le fourrage dans les écuries et les (stables : le second eloit charge de faucher et charrier. On ne se servoit que d’un chariot à un seul cheval. Si j ’avois fait pâturer en liberté ce même nombre de bêtes, j’estime qu’il auroit fallu un espace d’environ soixante acres de près bien réussis, pour les nourrir. Donc, en déduisant de l’économie faite sur les récoltes, les frais des deux domestiques employés , je trouve le profit d’environ 84 liv. sterl. Ceux qui veulent suivre celte méthode avec avantage , doivent avoir soin de commencer à couper les récoltes vertes assez tôt pour pouvoir couper une seconde fois avant la moisson. J’ai dit que je n’avois jamais vu de bestiaux faire un progrès si rapide, ou s’entretenir mieux. Je n’en juge pas par moi seul , mais c’est l’avis de plusieurs fermiers, ou bouchers, qui ont vu mes bestiaux pendant que je les entretenois ainsi. Ce que j’ai eu de plus nourrissant, étoit les vesces d’hiver j et je crois que ce qu’il y a d e diverses. 455 plus avantageux est de les mettre api es du blé, en fumant, et en semant de bonne heure en automne. Si les vesces sont toutes fauchées en jnifj, on peut semer dans le meme teirain des turneps pour consommer en Inver. Depuis la moisson jusqu’au 22 septenibte, mes bestiaux furent à la pâture dans les pies. J’cn fis rentrer alors trente dans les diables pour consommer les turneps sonies en mai. Mes premiers champs de turneps étant débarrassés, je les fis semer en blé. Il a maintenant apparence. Il y 3 trois ans cjuc je seme des mai, pour les arracher avant la fin de novembre et semer en blé. J’ai trouvé que 1° ren( ' olt plus qu’après une jachère, ou une autre récolte sarclée quelconque. Je parle d’n» terrain sec. Une année, j’essayai de conserver mes tur- „ neps après les avoir arrachés. J e ^ lâ cou P Pr l° s feuilles et le pivot pour les faire immédiatement consommer sur un chaume. Je disposai ensuite mes turneps par tas, recouverts de paille. Là où je n’avois pas mis des lits de paille dans l’intérieur, les turneps se conservèrent deux ou trois mois ; mais la ou il y avoil des lits de paille, les racines, au bout de quelques jours , commencèrent à échauffer la paille par leur humidité } et bientôt la masse entière se gala- OBSERVATIONS 456 D’après l’obscrvalion que j’ai faite que rues terrains légers, en produisant tous les ans des récoltes de turneps et de grains avec un retour de trèfle tous les cinq ans , ne perdoienl rien de leur faculté’ productive, je pense que dans les domaines bien cultivés, ou pourroil recueillir beaucoup plus de grains qu’on ne le fait communément. Les terrains humides, convenablement cultivés , pourroienl donner successivement, et sans interruption, des turneps, du blé, et de l’avoine ou de l’orge. Les terrains secs pourroienl comporter le même assolement , si l’on avoit besoin d’une récolte hâtive de turneps; et si l’on vouloit que la récolte des turneps passât l’hiver en terre, on pourvoit avoir ensuite de l’orge, puis du Lie' (t). Je crois plus avantageux d’arracher les turneps, pour les faire consommer à l’étable, que de les faire manger sur place , à moins que ce ne soit par les moutons : ces racines fournissent ainsi beaucoup plus de nourriture et (i) A force d’engrais, on peut, sans doute, recueillir ainsi (leux récoltes successives de grains blancs, sans que la fécondité du terrain éprouve une altération sensible; mais c’est un système essentiellement vicieux et qu’oa ne doit pas recommander généralement, DIVERSES. 45y d’engrais (l). Je m’attends qu*on fera des objections contre ces labours répétés ; mais je dirai en réponse, que dans une lerme de deux cent quarante acres, dont qnalre-vio^t dix sont en près, j’ai eu pour principe de ne conserver eu prairies que celles qui valoient au moins deux livres sterl. de ferme par acte. J ai toujours environ cent vingt acres en grains ou turricps : le reste est ordinairement en tièfle . les pièces de terrains humides subissent quelquefois une jachère. Je répète encore que les intérêts du propriétaire cl ceux du fermier (toujours réunis dans les baux à long terme) demandent q l,c torre fournisse la [dus grande masse possible des choses nécessaires à la vie. s * ^ es terres labourables sont maintenues nettes et bien fumées , la répétition des grains ne leut nuit pas. L’augmentation du produit des fermes est trop évidemment avantageuse au public, pour qu il 1 (1) Je pense que l’économie des charriages des tur- neps, puis de l’engrais, indépendamment de tous les soins à donner à l'étable, assure la préférence à la méthode de faire consommer sur place par les bœufs à l’engrais, les lurneps qui précèdent l’orge. Le lecteur peut consulter là-dessus, au premier volume de cc Cours, L pratique de Norfolk. 458 OBSERVATIONS soit necessaire de m’arrêter sur ce point-là. Je recommande de revenir aux turneps tous les trois ans , parce que je pense qu’il faut nettoyer les terres aussi souvent que cela , et parce qu’en les nettoyant de cette manière, on ne perd point de recolle (1). On a beaucoup vante, en dernier lieu, les bœufs pour les attelages, comparativement aux chevaux. Je pense qu’il faudroit toujours qu’au fermier eût les chevaux necessaires pour mener son grain au marche, et pour de certains charriages indispensables, tels que le combustible et la chaux ; dans les fermes qui sont assez voisines d’une ville pour que les chevaux puissent conduire nue voilure de fumier depuis la ville deux fois le jour, il convient aussi d’en avoir pour ces charrois. Tous les autres travaux peuvent etre faits par les bêtes à cornes; mais (1) On remarque en Norfolk, que les turneps ne viennent plus si gros ni si ahondans qu’autrefois, ce qu’on attribue à leur retour trop fréquent, c’est-à-dire, tous les quatre ans. A plus forte raison, devroit-on éprouver cet inconvénient dans uu retour plus fréquent de celte récolte. Cependant il faut quelle soit pleine et très-abondante, pour pouvoir espérer les bons effets de la culture des turneps dans les assolemens dont elle est la base. Voyez le Traité des Assoj.f.mens, chez J. J. Pasehoud, Libraire à Paris et à Genève. DIA r ERSKS. 45 9 je crois qu’il faudroit avoir plus de vaches, et moins de bœufs. J’ai vu des vaches ste'iiles qui travailloicnt toutes coumie des bœufs. Elles mangent moins, et marchent plus vite. Lorsqu’il s’agit de les,engraisser, elles prennent la graisse plus promptement que les bœufs. J ai l’expérience de l’engrais des bœufs, et de celui des vaches : il n’y a pas de comparaison combien il y a plus d’avantage à engraisser celles-ci. Prairies. ' C’est un objet très-important dans toutes les fermes que d’avoir des prés arrosés. H ne faut rien négliger de ço qui est possible P° ur se P r0 ‘ curer cet avautage. Les près ordinaires , non arrosés, doivent être fumés tous les trois ans, pour donner une charretée et demie de foin par acre, puis un pâturage depuis le milieu de septembre jusqu’à Noël. Les bons prés arrosés peuvent être pâturés depuis le milieu d août jusqu’en mai, et produire cependant encore un quart plus de foin que les bons prés non arrosés. Outre le profit qui (résulte de l’excédant de récolte , il faut compter pour beaucoup l’avantage d’épargner le fumier pour les champs , et celui de décharger de bétail les pâturages maigres pendant le printems. t 46 o OBSERVATIONS Si l’on dispose de pins d’eau qu’on n’en peut employer aux prairies, il y a de l’avantage à arroser les champs pendant la saison chaude. M. Bakeivell de Disldey, le faisoit avec beaucoup d'intelligence et de profit. litendue des fermes. On a beaucoup e'erit sur l’étendue la plus convenable des fermes. On a suppose' que l’opulence des grands fermiers leur donnant la possibilité d’attendre long-tems les acheteurs pour leur grain , en faisoit hausser les prix. Je pourrois combattre celle assertion par le fait suivant, savoir, que la recolle de 1794 ne fournit pas à plus de quinze jours de consommation pour tout le Royaume et cependant le prix du blé fut modéré. Je pourrois observer encore que, depuis deux ans, la quantité de blé apporté au marché avant Noël, a été extrêmement considérable, et cependant, les prix ont été très hauts. Les gens qui réfléchissent attribuent la hausse du prix du blé à d’autres causes. Je pense que les fermes de deux cents à huit cents livres sterl, , sont infiniment plus utiles au publie, plus profitables aux propriétaires et aux fermiers, que les fermes de dix livres à cinquante livres sterl. Il y a moins de chevaux DIVERSES. 461 employés sur une firme de trois cents livres stcrl. que sur six fermes de cinquante livres storl. chaque 5 elle public gagne la différence, puisqu’il reste une plus grande masse de subsistances à consommer. Les proprietaires ont des fermiers plus opu- lens, et par conséquent meilleurs. Il n’y a pas d’ailleurs autant de réparations, et d’entretien de bâtimens à supporter. Je n’ai pas besoin d’insister sur les avantages d’une grande ferme relativement aux fermiers. Celui qui a une ferme au-dessous de cinquante livres sterl. , est ordinairement un fermier misérable. Il n a pas de quoi s’occuper sur sa ferme toute l’annee. Il se croit supérieur au travail d’un manœuvre , et il déplore que son capital ne soit pas assez considérable pour entreprendre une plus grande exploitation. Fin du dixième et dernier voi.ume. table des matières Contenues dans le X.° volume. D E l'Agriculture, par Abraham Covvltv, pag. l De la conduite que doit tenir une Société (l'Agriculture. Adressé à l’auteur des Annales. ( Annales d’Arthur Young.), i/j t t , Epine-vinette, 25 Dommage causé par l’épine-vinette, 3i Essai sur la nourriture des plantes et le renouvellement des terrains, pai J. Ingeidiousz, membre honoraire étranger du Départ. dAgr., etc. etc. (1797), 37 Quelques observations sur l’Extrait de la Flore des champs, inséré au K. 0 CH delà liibl. Jbil., 48 Questions relatives aux effets du froid rigoureux et prolongé de 1 hiver , g| Remarques sur la ligueur de 1 hiver dernier, et sur le printems tardif (1799) > par Arlh. Young, ' u t Expériences et observationssur la végétation des graines, par M- Jobn Gough , 120 Traité sur la conm .ion intime qui existe entre l’agriculture et la chimie, par le lord comte Dundonald, 162 Des engrais les plus avantageux aux divers sols, cl des causes de leur influence dans chaque cas particulier; par Richard Kirwau, Esq. Memb. de la Soc. Roy. et de l’Acad. Roy. d’Irlande, auteur des Elémens de Minéralogie, etc. in-8. a s Vernor et Tlood 1796, ai? TABLE DES MATIÈRES. Sujets divers (l’Agriculture, par J. Frauklcn de Lan- mihangle, page 2 ^7 Résultat de l’inspection d’une ferme, 246 Quelques notes à Kiinbolton, 255 Observations enregistrées à Crooin en Worcestershirc , par Arthur Young, 264 Labours profonds. Luzerne et famier d’étable. Lettre de Henry Robinson à Arthur Young, 283 Questions sur l’économie rurale, 292 Extrait d’une lettre du Général Washington à Arthur Young, 298 Quelques observations sur l’agriculture du territoire d’Azigliano. Par Ch. Pictet (Août 1802.), 3o8 De la charrue du Piémont, et de la culture d’Azigliano, par Ch. Pictet, 353 Détails sur l’opération du Trépan faite sur une agnelle du troupeau de Sacconex, le i4 décembre 1802, 3g2 Quelques idées sur l’Agriculture Françoise, 3gg Mémoire sur la manière de peupler un étang, par Roger North , 4c>7 Lettre au rédacteur de la partie agriculture de la Bibliothèque Britannique, 422 Une journée à Ardleigh , par Artli. Young, 427 Notes sur la Ferme de Sir Charles Middletou, àTeston en Kent, 437 Notes sur divers objets (tirés des Annales d’art. Young.) 445 Observations diverses, par Edward Powis. (Rapport du Salop-shire, par Mr. Plymley.) 45a Fin de la Table dus Matières. 'wnijiitur Bsssmeœs; Mnii[nnnianiiiniiiiiiiiiij ;jiii;;i! ; t!!;niiii;L'fn TrTïïi]^L- wmrni ^8 pouces de France uZuïÀ 'QtlùÆï wmm mm in a- itr O , ;Ü. & t- Bîg-i § l£> a-i 5 te s-§ n 3 t$ r> 3 »> Üg-& -• O* § £— O 's sT a • a •“ s»* O- K S » < 1 8 S s g C ?si Ils I £t S- a & *** N«, C ** 5 ^ a> r> ? c - • n !■! *ü H £ |- 3 t h, < tk !} \ fe' S i'K 5 5 , ? k § ^ ; A 3 ï>* Ai 1810. LIVRES NOUVEAUX ET AUTRES Chez J. J. Pas c h oui), Libraire a Pap.is, Rue des Petits-Augustins, n.° 5. •Et à Genève, même Maison de Commerce. "Vic d'Ulrich Zvvinglf., réformateur de la Suisse, par M. J. O. Hess, i vol. d’environ 4oo pages , 4fr. 5oc. Cel ouvrage est ;\ la fois une. biographie et l’histoire abrégée île la refonnation de la Suisse. Les opinions et la conduite de Zwiugle y sont présentée» de manière l\ mettre au jour son caractère indulgent, simple et doux, ses principes sages cl modérés, sa soumission aux lois clan gouvernement de sa patrie» et ses sentimens de bienveillance envers tous les hommes. Le développement des qualités qu’il montra dans Pcxercioe des sévères fonctions qu’il s’etoilimposées . font, de la vie du réformateur delà Suisse, une lecture pleine d’intérêt. Cours d’àgiîiculture Ànoloise , avec les développomens utiles aux agriculteurs du Continent, par Ch. Pictet , de Genève, 10 vol. in-8 , 5o f. Les Rédacteurs de la Bibliothèque Britannique ont été sollicités pendant long-tcms de séparer la partie de l'Agriculture pour la vendre à part ; mais ils n’ainoient pu le faire sans dépareiller leurs collections. Aujourd hui que leur travail comprend dix années , ils sc déterminent à réimprimer les io volumes de VAgriculture , en divisant le travail par ordre de matières. On sait combien l’avantage de travailler avec de forts capitaux Vémulation des sociétés , et l encouragement des primes ont distingué l’agriculture en Angleterre : la connoissance des faits et la communication des idées sur cet intérêt de première importance, ont séiieusement occupé les Rédacteurs. Celui qui est particulièrement chargé de celte partie a recueilli dans le dépôt des ouvrages nnglois tout ce qui pouvoit être utile aux ner - culteurs du Continent. U y a ajouté les résultats de sa propre expérience, en ls.ï comparant à ceux des Auteurs ang] 0 U. il a surtout donné, sur l'amélioration des races des brebis, et 81ir Vassoleroeut des terres , des faits pins nombreux et des observations plu.s/completes qu’on en eût encore présenté dans aucun ouvrage. Enfin l’ensemble des îo vol. d’environ . r )oo pages chacun donne à l’agriculteur pratique toutes les directions les plus importantes pour exploiter les terres avec avantage. Voici comment le Journal de 1 Empire s’exprime sur ect ouvmge dans le numéro du 21 octobre 1809. On ne peut nier qu il n > y ait beaucoup d'instruction à tirer de Fourrage de hT- Bidet. Jl a observé lui-même la culture en Angleterre et dans plusieurs parties du Continent ; il Fa pratiquée long-terns. Il est facile de découvrir, dans les observations critiques, les redressemens, les notes raisonnées et tous les morceaux qui sont de lui , cette connoissance intime et pratique du sujet, qui fait que le lecteur se confie à Fensci- Il faut avoir soin d’affranchir la lettre de demande et l’argent. Uu port Je lettre est peu Je chose pour une personne, mais la maison qui en reçoit plusieurs chaque jour, doit se tesoudi e à refuser toutes celles qui ne seroient point affranchies. ( » ) gnrment. L‘auteur s’attache surtout à prévenir les fausses applications et les espérances exagérées qui ont ruiné tant d'agronomes. Il ne perd pas une occasion de montrer quun succès constaté ne promet point ailleurs, avec certitude, un succès semblable- Le Cours d’agriculture de M. Pictet est fait pour les agronomes qui ont des idées générales. Il présente l’histoire des procédés, des travaux, de toutes leurs circonstances et de leurs résultats. On y trouve les observations qui peuvent éclairer, encourager ou retenir, et il prémunit contre le danger des fausses applications, comme il montre les profits non douteux d’une imitation que le jugement dirige . Dévotions à l’usage des Familles, ou Réflexions sur une suite de chapitres du "Vieux et du Nouveau Testament, qui offrent la suite de l’Histoire Sainte, les principaux dogmes de l’F.vangilc , et les principaux devoirs de la morale Chrétie n ” e ; par Jean-Ami Martin, Pasteur de l'Église de Genève, Président de son Consistoire , et Bibliothécaire> 2 v °l- ‘n-8, faisant ensemble 874 pages, imprimé en gros caractère, 7 fr. 5o c. Cet ouvrage est propre à peifectionnor celui du célèbre Ostervald; il comprend des uote» critiques et des réflexions très-intéressantes; les premières sont courtes et consacrées à lever les difficultés que l’on croiroit trouver dans la lecture de l’Écriture Sainte; les secondes sont plus étendues, et sont plus particulièrement des exercices de piété. 11 n’est pas besoin de s étendre ici sur l’ira- ■pnvtance d’un si bon ouvrage. Tous les chefs des familles Chrétiennes le désiraient depuis long-tcms. Il est compose' avec cette sscesse et cette onction qui distiuguoient éminemment son auteur* Il fut la principale occupation des dernières années de la vie de M. 'Martin, qui a été surpris par la mort au moment où il alloit le "terminer , ce qm a été tves-bien exécuté par M. le Pasteur Senebier. 11 n'y a allcun doute que cet ouvrage ne soit reçu par le public avec le même empressement que le Hecueil de Prières et dfInstructions religieuses du même auteur, qui se trouve chez le même Libraire. L’Église renouvelant ses promesses. Sermon sur Josué XXIV. i5 et suiv. Par M. T J. J. S. Cellérier, Pasteur de Genève, ln-8, 60 cent. Walistun, tragédie en 5 actes et en vers, précédée de quelques réflexions sur le théâtre allemand , et suivie de notes historiques sur la guerre de 3o ans, par M. Benj- Constant dk Rebecque , i vol. in-8 , 3f. Recueil de naots extraits du Vocabulaire de la langue françoise , à. usag« des jeunes gens qui apprennent l’orthographe, »»-8 ‘le 76 pages, 60 e. Premiers éléments de la grammaire françoise, à l’usage des jeunes gensqui apprennent l’orthographe, parF.'Gaillard, i vol. in-ia, xfr.a5c. ( 3 ) Météorologie pratique , à l’usage de tous les hommes, et surtout des cultivateurs, par J. Senebier, membre d e diverses académies, corresp. de Finit. Nat., i vol. iti-tg papier (in, 2 ir. 5o c! Ccl ouvrages déjà eu trois éditions, que le Public a favorablement accueillies ; Pauleur a profité , pour la 4. c édition qui vient de paioîlrc, des travaux des physiciens et-de ses prolires expériences et observations pendant plusieurs années ; de manière que ce petit traité de Météorologie pratique doit être regardé connue un ouvrage nouveau: il renferme, dans un volume de peu d’étendue, un grand nombre de choses curieuses et utiles qui 11 e peuvent qu’intéresser toutes les classes, de lecteurs. L’Auteur traite d’abord des instruirions météorologiques, et détermine la confiance qu’on doit leur accorder; il prouve qu’on ne peut rien conclure de l’observation d’un seul instrument; q uo le baromètre, en particulier, ne trompe si souvent que parce que l’on tire de fausses conséquences de ses variations. L’Auteur fait voir que la réunion des indices de plusieurs instrumens de dillérens genres petit srule annoncer, avec quelque probabilité, les changcmens dans l’atmosphère. Il enseigne ensuite la manière de mesurer les hauteurs par le baromètre , et il donne des tables calculées par M. r le professeur Piolet, très-commodes pour trouver les bailleurs promptement, lorsqu’on n’a pas besoin d’ une grande exactitude. Les articles suivans contiennent les principes généraux pour pronostiquer le teins sans instrument, et ce que nous apprennent a cet égard 1 .° les images, les brouillards, la pluie, la rosée la grêle ; 2 :° les apparences du soleil, de la lune et des étoiles - 3." les vents ; 4.° quelques corps du règne végétal ; 5." quelques phénomènes particuliers fournis par l’air et le feu en diverse, Circonstances; 6.” quelques pheuomenes observés dans certain» lieux et dans certains teins. L'Auteur a rassemble, dans cette partie de son ouvrage un grand nombre d’observations et de connqissances importantes, nécessaires surtout aux agriculteurs, et très-utiles à ceux qui sont appelés par leurs affaires ou par leurs plaisirs à faire des courses sur l’eau ou dans la campagne. Cet ouvrage est terminé par des considérations sur les moyens de perfectionner la météorologie, et par des recherches sur la nature et les causes des phénomènes météorologiques qne l'Auteur divise en ignés, aqueux et aériens. Les physiciens trouveront ici des vues ingénieuses et des conseils tres-sages sur I' art d'interroger la nature avec fruit, et sur les moyens d’éviter les erreurs et de parvenir à des théories exactes. On peut regarder ce petit traite’ comme un complément très-bien fait de l 'Essai sur l’Art thématiques à Gcncve, et Membre de plusieurs Sociétés savantes, 2 vol. in-S , an 12 (i 8 o 4 ), 12 fr. Essais de Philosophie, ou étude de l’esprit humain. I. er Essai: Analyse des facultés de l’esprit humain. II.® Essai : Logique. Par Pierre Prévost, Correspondant de l’Institut national, Professeur de philosophie à l’Académie de Genève ; de l’Académie de Berlin ; de la Soc. roy. d’Edimbourg , et de quelques autres Sociétés savantes : suivi de quelques opuscules de G. L. Le Sage , Correspondant de l’Académie des Sciences et de l'Institut national, etc., 2 vol. in-8, Genève, an i 3 (t 8 o 5 ), 7 fr. 5 o c. Essai sur l’Ai't d’Obsr.rvcr et de faire des expériences, par M. Scnebier ,3 vol. in-8, 1802 , 10 fr. Excerpta ex Tito JJrio. ad nsum scholarum, in-12, 1 f. 5 oc. / Exposition tje' la foi chrétienne, par G. Mallet, Ministre du Saint Evangile, 5 vol. in-8, 6 fr. Echoie et Florestine , par l’auteur des Mémoires d’une famille cmigrée, 3 vol. 41-12, an 12, 6 fr. ( n î Faits cl Observations sur la race des Mérinos o c. Mémoires sur l’influence de l’Air et de diverses substances gazeuses dans la germination de différentes graines, par MM. lluber et Senebier, in-8, 1801, 2 fr. 5oc. Notice sur la vie et les écrits de George-Louis Le Sage de Genève , membre de diverses académies, de la Société royale de Londres, et ci-devant de celle de Montpellier; correspondant de l’académie royale des sciences de Paris, et depuis correspondant de l’institut national de France, rédigée d’après ses notes par P. Prévost, suivie d’un opuscule de Le Sage sur les Causes jinales , du Lucrèce ueutonien, d’extraits de sa correspondance avec divers savans et personnes illustres , telles que le duc de la Rochefoucauld, madame la duchesse d’Enville , madame JNcckor , d’Alembert , Bailly, Clairaut , L.a Condantine, Slanbope , Euler, Lambert, Ch. lîonnet, Boscovvich , et d’un extrait tic la correspondance de Bacltel de Méziriac avec Nathan d'Aubigué, trisaïeul de Le Sage, vol. in-8 de Goo pages, i8o5, 6 fr. Observations sur les Bêtes à laine dans les environs de Genève , pendant 20 ans, par C. L. M. Lullin, Capitaine, Membre de la Société des Arts île Genève, et du Comité (l’Agriculture de ladite ville, vol. in-8, 1807, 2 fr. 5o c. Physiologie végétale, contenant une description anatomique des organes des plantes, par Senebier, 5 v. in-8, 1800, 2if. Polygonoinétrie, ou de la mesure des figures rectilignes, et abrégé d’J.sopérimélrie élémentaire ou de la dépendance mutuelle des grandeurs et des limites des ligures, par Simon Lhuilier , 1 vol. in-4, Genève 1289, G fr. Prédication du Christianisme, ou vérités de la religion chrétienne exposées dans une suite de sermons et de prières, par P. De doux, Pasteur de l’Eglise de Genève, 4 vol. in-8. an XII , i8o3 , ta fr. Principes de la langue Françoise, avec des remarques et ( i5 ) tics observations sur les mots, sur la grammaire; en général, sur toutes les parties du discours, parJacot, in-8. 75 c. Principes philosophiques , politiques cl moraux, par le colonel Weiss, ancien haillif de Moudon, cl membre tic diverses académies: 7-' édition, revue, corrigée et augmentée par l’auteur, 2 vol. in-8, 180G, 7 fr. 5 o c. Tout cc qu’on pniirroit dire de rct ouvrage n'ajnnlrroit rien à son mérite: annoncer que c est ta 7- c vdilinn que nous ollrons au public, est tout ce que le liluaire éditeur doit se permettre. Les Promenades champêtres, dialogues à l’usage des jeunes personnes, irail. de l’ang. de Charlotte Smith, 3 v. iu-12, lig., 5 fr. Rapport de l’air avec les êtres organisés, ou Traité de l’action du poumon , et de la peau des animaux sur l’air, comme aussi de celle des plantes sur ce fluide, tirés des Journaux d’observations de L. Spallanzani, avec quelques mémoires de l’éditeur sur ces matières, par J. Scnebicr,de diverses Académies, clcorrcsp. de I’inst. liât., 3 vol. in-8, 12 f. Recherches sur la nature et les effets du crédit du papier dam la Grande-Bretagne, par II. Tornton, traduit: de Langlois par Ch. Pictet , vol. in-8, 3 fr. Recherches sur la nature et les lois de l’imagination, par M. de Bonsteltcn, in-8, Genève, 1807, 5 f. Recueil de Contes , par Madame Isabelle de Montolieu , auteur de Caroline de Licbtfteld, traducteur des Tableaux de Famille, etc., 3 vol. in-12, fig., Genève, an 12(1804), 6 fr. Remèdes curatifs et préservatifs pour les maladies du bétail , vol. in-12, deuxième édition, i 8 o 3 , 1 fr. 5 o c. Renouvellemens périodiques des coiilinetis terrestres, par L. Bertrand , professeur émérite de l’Académ ie de Genève, 2.® éd., corrigée et augmentée, 10I. in-8, an XI, 5 fr. Richesse commerciale^ ( de la) , ou principes d’économie politique appliqués à la législation du commerce , par J.C. L. Simonde, membre du Conseil de Commerce, Arts et Agriculture du Léman, etc., 2 vol. in-8, an 12, 9 fr. Le nouveau Robinson , pourservir h l’instruction et à l’amusement de la jeunesse, traduit de l’allemand de Campe, nouvelle édition, revue et cor., 2 vol. in-12 , (ig., 3 f. Sermons de M. r le Pasteur Juventin, vol. in-8 , 1802, 3 fr. Sermon sur le danger de la lecture des mauvais livres, par le Pasteur Célerier, in-8, 7,5 c _ Sir Walter Finch et son fils William, par M. mc Cliarrière , auteur des Lettres lausanoiscs et de plusieurs autrrs ouvrages, voL in-12, 1806, I fr. 5o c. ( i4 ) Soirées de l'hermitage, contes trad. de l’anglois, pour la jeunesse , 2 vol. in-12 , 3 1. Nouveaux Tableaux de Famille , ou Vie d’un pauvre Ministre de village allemand et de ses enfans, traduit de l’alleniand d’Auguste Lafontaine, parMad. de Montolieu, a. 0 édition, revue et corrigée, 5 vol. in-12, i8o4, 9 fr. Tableau de l’agriculture toscane, par Siniotule, vol. in-8, fig.,1801, ; 3 fr. Tableau des Etats-Unis de l’Amérique, d’après Morse, par Ch. Pictet, 2 vol in-8 , _ 6 fr. Traité des Assolemens, ou l’art d’établir les rotations de récoltes par Ch- Pictet in-8 , 1801, 3 fr. Traité des engrais, tiré des dilférens rapports faits au Département d’Agriculturc d’Angleterre, avec des notes, suivi de la traduction du Mémoire de Kinvan sur les engrais, et de VExposition desprincipaux termes chimiques employés dans cet ouvrage; par M. Maurice, Maire de la ville de Genève, Secrétaire de la Soc. des Arts de la même ville, Associé et Corresp. de diverses Sociétés, 1 vol. in-8 de5oo pages environ, 2." éd., rev., cor. et augment., 5 fr. DcpuU long-temps les agriculteurs désiroient un ouvrage complet sur le» engrais : nous avons la satisfaction (le leur en présenter un qui ne laisse rien à désirer, ni aux simples cultivateurs, ni aux agriculteurs instruits : les uns y trouveront les méthodes les plus faciles et les plus sures de tirer parti d’un grand nombre de substances pour améliorer leurs domaines. Ces méthodes sont le résultat de l'expérience d’une grande niasse d’individus J chez un peuple connu par son habileté à retirer les plus belles productions d’un sol assez ingrat, et dans un climat peu favorisé. Les autres applaudiront au but que s’est proposé le rédacteur, celui de faire sentir combien il est important de réunir à la théorie et à la pratique de l’agriculture certaines connoissances et certains procédés chimiques sans lesquels l’art de cultiver la terre n’est guère qu’une routine plus ou moins aveugle. Le Rédacteur, éclairé par une longue expérience, a joint au mérite d’un style simple et clair , celui de n’admettre que les faits les mieux constatés. Le succès de cet ouvrage , dont la première édition est entièrement épuisée, a bien confirmé le jugement que nous en avion* porté en l’annonçant pour la première fois. Les additions et le» corrections faites par l’auteur a cette nouvelle édition la rendront encore plus recommandable aux agriculteurs, qui regardent déjà le Traité des Engrais comme un livre essentiel dans toute bibliothèque de campagne. Le Village de Lobenstein, ou le nouvel enfant trouvé, trad. de l’Aï. d’Auguste Lafontaine par Mad. de Montolieu, 5 vol. in-12, 1802- 9 fr- Voix (la) de la religion au dix-neuvième siècle, ou Examen des écrits religieux qui paroissent de nos jours, 3 vol. ( i 5 ) Voyage dans mes poches, avec cette épigraphe: Da-placidam fesso , lectore amice, manum. vol. in-12, 1 fr. 20 c. Voyage sur la scène des six derniers livres de l’Enéide, suivi de quelques observations sur l’état présent du Latium, par M. de Bonstetten, de l’ac. roy. de Copenhague, t#o 5 , 4 f. 5 o c. Le Voyageur sentimental en Franee sous Robespierre, par Vernes de Genève, auteur du Voyageur sentimental à Yverdun etc., 2 vol in-12, ayèc ftg., 4 fr. Sous Prusse chez le même. Principes raisonné D’ArxiiicuLTURE, traduits de l’Allemand d’A. Tüaer, par E. V. B. Caun, 4 vol. in-4. La réunion de connoissances profondes a la clarté d’idées nécessaire pour les communiquer ^ celle du goût le plus décidé pour l’Agriculture à uue persévérance a toute épreuve, enfin la pra-* tique la plus longue et la plus heureuse, ont acquis à M. Thacr une juste prééminence sur presque tous les agronomes de notre continent. Kn Allemagne, ses ouvrages, devenus classiques, sont admis assez généralement comme .buse de la science agricole et de son enseignement, taudis que, par une fatalité assez extraordinaire, ils n’ont poiut encore été traduits dans notre langue. . . Les Principe* raisonnes a agriculture sont un cours scientifique cl pratiqué D’Agronomie; ils contiennent l’ensemble des connoissances relatives a cet art, que doivent réunir les personnes éclairées, les personnes qui , appartenant aux classes les plus relevées de la Société , veulent faire de l’Agriculture une occupation intéressante, utile et profitable, et non une sorte d’art mécanique* On y trouve non-seulement la science agricole proprement dite , mais encore toule la partie des sciences accessoires qm s’y rapportent directement. On y trouve classées avec méthode toutes les directions qui peuvent guider dans de grandes entreprises, y prévenir les mécomptes et assurer des bénéfices; tout ce qui peut éclairer le possesseur, le fermier et le simple cultivateur sur leurs plus véritables intérêts. L’Allemagne offre depuis long-iems de grands exemples agricoles ; on y voit un nombre d etahlissemens ruraux dont chacun pourroitservir de modèle ; et de grauds propriétaires, les personnes même les plus favorisées par la lortune s’y empressent d’aller étudier et apprendre l’Agriculture sous les agronomes les plus distingués. L’ouvrage dont nous présentons la traduction a été composé pour servir de base aux cours d’Agriculture théorique et pratique que Thaer donne à Moegelin, au centre même de sou économie rurale. C’est à la Cois le résultat d’une longue pratique, d'une grande expérience, réunies à ce que la science peut y ajouter pour perfectionner l’art et assurer sa marche. C’est bien avec défiance de lui-même que le traducteur ose associer quelquefois ses idées à celles de TUaer, en donnant dans des noies les résultats de ses propres essais; mais il a cru que quelques difiérences dam le climat pourroient rendre ces notes utiles eL les faire accueillir des lerteurs. Les Principes raisonnés d!Agriculture paroîtronl en quatre livraisons d’un volume chacune, à mesure que l’édition allemande, sortant de la presse, permettra l’émission de l’édition francoise, pour laquelle on souscrit chez J. J. Paschoud, imprimeur-libraire, à Genève, et à Paris, rue des Petits-Augus- tins , n.° 3. Le prix des 4 volumes n’a pu, à cause du grand nombre de tableaux et de calculs qui s’y trouvent, être porté pour les souscripteurs au-dessous de 4o francs de Pr., faisant 10 francs par volume, broché, lesquels seront payables en recevant chaque livraison. Les personnes qui n’auront pas souscrit payeront l’ouvrage entier 48 francs. ? *5 î; ô S 4? & "'O « > « 5 U P3 c c ~0 -2 -5 c .g R « .'S 3 g ,Q ■= ^ ^ 3 O 'O j § .g ^ 's C Ü ^•R -S g | > 8 « Ü U g ~ .g "R 2 o ta- i 'g <§ cL'g s â, 2 ^ .a -• S,-2 4j .5 u -a R "jçi.Cn ^ c -9 i w u .ï 2 s /*" »,'£> .. 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