£>ro COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E, Avec les développemens utiles aux Agriculteurs du Continent ; Par Charles PICTET, de Genève. TOME PREMIER. A GENEVE, Chez J. J. Paschoud , Imprimeur-Libraire. 1808. KlA o"' •X jUJ Ço 'Je J) tU/tf / €^f- 1 PREFACE. e S lecteurs de la Bibliothèque Britannique ont souvent témoigne' aux rédacteurs de ce Journal le désir de pouvoir acquérir seule la partie qui traite de l’agriculture. Y consentir eût été changer le plan dont un succès soutenu démontroit la convenance. Dans le courant de la onzième année de mon travail , j’eus l’idée de rassembler par ordre de matières, les sujets disséminés dans les dix volumes publiés. Ce projet fut accueilli, mais diverses circonstances en ont retardé l’exécution. Il est aisé de comprendre que dans un ouvrage périodique sur l’économie rurale , que l’on compose de tout ce qui paroît pouvoir être instructif, il doit se trouver, au bout de dix ans, une surabondance de matières sur certains objets , beaucoup de redites, des eontradictions réelles ou apparentes , et enfin a ij f R É P A c s: un desordre qui rebute le lecteur, et rend, l’instruction moins facile à saisir. Une grande partie de ces inconvéniens disparoît aujourd’hui. Si r on ne peut pas empêcher qu’il y ait opposition entre les assertions diverses, et quelquefois un peu d’embarras pour les concilier , on trouvera du moins, dans l’arrangement adopte, et dans les notes qui accompagnent l’ouvrage, toute la clarté que comporte le genre. On pourra distinguer ce qui tient au tems , aux lieux , aux saisons , à la nature du sol, au climat, et aux principales circonstances de la culture. Le lecteur verra quels sont les points de théorie et de pratique que la convergence du plus grand nombre des faits a mis en évidence , soit en Angleterre , soit sur le continent (car les méthodes des autres pays de l’Europe sont souvent présentées comparativement dans cet ouvrage). Il jugera quels sont les faits sur lesquels il est sage de conserver du doute, ceux qui méritent ou exigent de nouvelles recherches ; il discernera enfin tout ce qui est susceptible d’une imitation utile. P R i F À C E. il) Faute d’y avoir suffisamment réfléchi , il arrive souvent qu’on se tient en garde d’une manière indéfinie contre les proce'de's étrangers à l’économie rurale du pays où l’on cultive. Cependant comment espérer un perfectionnement sans imitation ? C’est en prenant tout ce que l’expérience a prouve' bon, et qu’un jugement éclairé' nous montre applicable, que chacun de nous peut ame’liorer ses méthodes , donner autour de lui de bons exemples , et augmenter ses revenus. Quel que soit le degre’ d’instruction des cultivateurs d’une province, ou d’un canton f l’on ne peut jamais dire qu’ils n’aient rien à apprendre en the'orie , que leurs méthodes soient toujours bien raisonnées, que leurs ins- trumens aratoires soient parfaits, et que l’exécution de détail ne laisse rien à désirer. Ceux qui ont réfléchi sur ces objets savent très-bien que l’agriculture d’un pays se compose d’un assemblage de pratiques sur lesquelles la nature des choses a sans doute eu quelque influence, mais dont le hasard surtout a décidé. Prétendre qu’il y a toujours quelque r K É P A C E, iv bonne raison de tel on tel usage agricole dans chaque canton , et partir de là pour proscrire toute ide'e nouvelle , est une manière de raisonner qui condamne ceux qui cultivent la terre à se mouvoir toujours dans le meme cercle d’erreurs. L’Angleterre est le pays de l’Europe où l’agriculture a fait les plus grands progrès ; c’est celui où elle ressemble le plus à une ve'ritable science. Les e'crivains agronomes ont une langue particulière pour les formules et la pratique. Outre les journaux expressément destine's à faire circuler les connois- sances , il se publie annuellement un grand nombre d’ouvrages dont le but est d’éclairer les fermiers. Ceux - ci ont plus d’instruction que cette classe n’en a dans le reste de l’Europe : ils lisent, ils comparent, ils réfléchissent ; ils travaillent avec des capitaux qui leur permettent de fortes avances , et ils sont aidés par les banques des provinces. Les grands propriétaires font souvent des sacrifices pour les réparations dont l’effet doit se prolonger plusieurs années. Ces grands proprié- ï> R )! F A G E. V taires ont des associations dont le but est d’avancer la science de l’agriculture , et d’en perfectionner les méthodes. Ces sociétés correspondent entre elles , et répandent l’émulation, par les concours, les prix, les éloges. Quelques seigneurs vont au même but par des fêtes agricoles qui reviennent chaque année; et enfin le gouvernement a créé un bureau ou departement, destiné à rassembler les faits et à répandre la lumière sur tous les objets de l’économie rurale. Cependant le lecteur verra que l’Angleterre offre encore , dans plusieurs de ses provinces, l’exemple d’une culture imparfaite ou barbare. De vastes communaux presque inutiles, des marais pestilentiels susceptibles de dessèchement , des instrumens aratoires d’une construction défectueuse et d’un emploi ruineux , des races de bestiaux dégénérées , une perte évidente de tems et de forces dans l’application des bras, ou des animaux de travail , une persévérance opiniâtre dans la triste méthode des jachères , enfin des as-< solemens qui ruinent le sol > le fermier et le PRÉFACE. •VJ proprietaire , et qui ne sont pas même surpassés en absurdité par ceux des départemens et des cantons de la France où la culture est la plus vicieuse (i). Faudra - t - il conclure de ces faits remarquables que les moyens employés en Angleterre pour la propagation des connoissances et l’imitation des bonnes pratiques , sont essentiellement mauvais? On peut bien prononcer qu’ils sont insuffîsans ; mais comme l’Angleterre est-eependant, à la considérer en masse, le pays de l’Europe où les bonnes théories et la pratique de l’agriculture sont le mieux entendues, les disparates ci-dessus prouvent surtout la difficulté qui y a à rendre l’exemple efficace , dans un art profond, exerce par des individus isolés les uns des autres, et qui appartiennent à la classe ignorante. Comment s’y prendre pour entraîner, par la conviction de leur propre intérêt, des hommes qui ne lisent point, qui ne réllé- (1) Voyez le Traité des Assolcmens, pag. 2If) et suiv. (chez J. J. Paschoud, imp.-lib. à Genève). P K É F A C E. vij chissent point, que l’on ne peut ni rassembler ni atteindre? Comment obtenir leur confiance en leur donnant des pre'ceptes nouveaux sur les choses qu’une habitude d’enfance leur a appris à ne considérer que sous une seule face ? Comment leur faire abandonner un résultat que l’expérience leur a montre’ certain , pour ce qui ne leur paroît qu’une possibilité vague? Comment vaincre l’obstination, à laquelle l’ignorance prête toujours tant de force? Voilà pour les gens de campagne tout- à-fait grossiers, les paysans petits proprietaires, ou les journaliers qui travaillent la terre de leurs mains. Quant aux fermiers et aux propriétaires-cultivateurs qui ont quelqu’aisance, et dont les idées se sont un peu étendues par l’éducation et la comparaison des objets , on trouve chez eux des obstacles d’un autre genre , mais qui ne sont peut-être pas plus faciles à surmonter. L’agriculture est une science vaste qui tient à toutes les autres; mais comme c’est aussi un art dont tout le monde se mêle, et croit pouvoir raisonner, il y a toujours un grand nombre PRÉFACE. VÎij d’exceptions et de distinctions à faire sur chaque fait et sur chaque détail. Pour discerner ce qui est essentiel à un fait agricole quelconque , il faut, non-seulementbeaucoup de connoissances, mais encore de la pratique et du jugement. Un peu de science, et beaucoup de pratique sans jugement, donnent mille chances d’erreur. jLa pratique et le jugement peuvent bien guider le fermier dans son train journalier; mais s’il i manque de connoissances générales, il est resserré dans une sphère étroite : il soignera sa culture, il en exécutera bien toutes les parties; mais il résistera aux innovations dont l’utilité ne lui a pas été matériellement démontrée ; il n’abandonnera point l’ensemble de sa pratique , pour en admettre un autre. S’il adopte des changemens, ils seront lents, graduels, incomplets ; et cependant les années se succéderont, et l’homme passera , sans laisser à ses enfans un système de culture bien combiné. Chacun peut juger par lui-mème du genre d’obstacles moraux que l’instruction rencontre, lorsqu’on cherche à la répandre. Si celui qui ï> II t. P A C E. IX est etranger à nos localités essaie de nous persuader des changemens dans nos méthodes, nous avons à lui opposer une foule d’objections que nous croyons solides. Si même il réussis- soit à nous convaincre, qu’abslraitement parlant , une agriculture dont nous n’avons point l’expérience nous seroit plus profitable que celle que nous suivons , nous serions effrayés de la masse des difficultés qu’il y auroit à surmonter dans l’inertie ou la mauvaise volonté des agens que nous serions forcés d’y employer. Mais si tous les moyens dont on a fait usage jusqu’ici, soit en Angleterre , soit en France , pour l’amélioration de l’agriculture, n’ont que des effets si lents, peut-on en espérer de plus prompts et de plus efficaces par l’emploi de dispositions et de mesures nouvelles? C’est ce qu’il est intéressant d’examiner. Les difficultés peuvent se ranger en trois classes : celles qui dépendent de l’ignorance des gens de la campagne, celles qui résultent de l’isolement des cultivateurs ou de leur dissémination sur toute l’étendue d’un pays, et X P K É F A C E. enfin celles qui tiennent à la brièveté’ de la vie de l’homme. Lorsqu’on re'ussit à aborder ceux qui cultivent la terre , et qu’on veut leur communiquer l’instruction, l’on ne s’en fait point entendre ; les écrits ont encore moins d’effet sur eux ; et si quelques individus , pris sur un grand nombre , sortent de la route battue pour faire mieux que les autres, l’exemple de leur culture pe’rit avee eux , et le point de départ dans les améliorations, demeure le même pour les générations qui se succèdent. Puisque ce n’est ni par des livres , ni par î des discours que l’on peut s’adresser aux gens de la campagne , il faut parler à leurs yeux par des objets matériels, qui réveillent leur activité en leur assurant des profits nouveaux. Puisque les habitudes d’enfance ont une force si déplorable dans la route de l’erreur, il faut viser à leur imprimer une direction salutaire- Puisque la durée ordinaire de la vie ne permet au même individu qu’une expérience très- bornée , relativement à l’étendue de l’agriculture considérée comme science et comme art* P R 13 P A C E. x i il faut tâcher de donner de la permanence aux exemples utiles , et de les rendre inde’pen- dans cle la fragilité' et de la brièveté' de la vie. J’ai essaye de faire sentir ces vérités dans les Considérations sur VAgriculture Françoise, éerites il y a dix ans, et qui se trouvent en tête du second volume de ce Cours. J’y suis revenu dans le Traité des Assolemens écrit en 1802. J’ai cherché à faire comprendre de quelle utilité il pourroit être d’établir dans le voisinage de la capitale, une vaste exploitation , non pas à?expériences, mais de modèle, dans laquelle tout ce qui est démontré bon fût exécuté de la manière la plus soignée : qui fût à la fois une institution pour élever des agriculteurs dans les meilleures pratiques de l’art j un dépôt des machines aratoires les plus perfectionnées ; un théâtre de ïèur application usuelle ; un lieu où l’on pût entretenir et employer les animaux utiles à l’agriculture, pris dans les races les plus parfaites; une exploitation, enfin, qui se distinguât parles constructions perfectionnées et économiques î n e r a c e. des bâlimens ruraux , par la re'gularite' da travail dans toutes ses parties , et surtout par des assolemens dont il résultât le plus grand profit que pussent comporter le sol et le climat. Je pensois que d’autres fermes d’application devroient être mises en rapport avec cette ferme centrale, et être subordonne'es à la même direction. J’insistois sur l’importance d’y e'viter les expériences négatives, parce que les igno- rans en argumentent contre les systèmes dont ils sont incapables de saisir l’ensemble. Je rap- pelois que l’état des connoissances nous permet- toil d’établir dans tous les terrains et sous tous les climats, des assolemens qui donneroient la certitude morale d’une bonne récolte chaque année, sauf les contrariétés des saisons dont l’effet est général sur tout un pays. Enfin, je faisois observer que ces foyers d’instruction- pratique devroient être distribués dans diverses parties de la France, non sur le principe de les espacer également, mais à portée des villes peuplées , parce que là où il y a le plus de lumières et d’aisance, il y a aussi plus de gens r K I F J1 C É xîq prêts à imiter ce qui est bon, et parce que des systèmes de culture dont les avantages seroient palpables, trouveroient promptement beau- coup d’imitateurs parmi les gens éclaires , puis successivement parmi le peuple des campagnes qui ne cède qu’à l’évidence de son intérêt. Ces idées générales, beaucoup d’autres les ont eues comme moi. Il y a peu de mérite à les avoir énoncées, et recommandées. Chacun peut rêver des projets de bien public ; et j’e'tois bien loin de penser alors que ce que j’indiquois comme d’une exécution possible, sous l’mtluence protectrice d’un gouvernement , fût de nature à être réalisé par la volonté énergique d’un seul individu. Honneur à celui qui a fondé les établissemens d’IIofwyl ! Il a conçu ses plans et travaillé dans le silence. Les obstacles matériels se sont accumulés, les difficultés morales se sont multipliées sur sa route : il les a renversés ou surmontées. L’opinion de ses compatriotes, de ses amis, de ses proches, étoit contraire à ses entreprises : il n’en a point été ébranle' ; XÎV PRÉFACE. et aujourd’hui qu’il publie ses beaux résultats, qu’il provoque sur tous les details de ses travaux le regard scrutateur de ses envieux mêmes, s’il etoit possible qu’il y en eût dans une telle carrière , il montre aux agriculteurs habiles ce que peut, pour les progrès de leur art, une volonté' perse've'rante , lorsque le ge'nie et l’amour du bien lui marquent un but digne d’elle (i). Si les e'tablissemens d’Hofwyl n’existoient pas, on pourroit encore soutenir que réaliser une exploitation de modèle dans ce point de perfection, seroit un espoir chimérique. L’expérience est consommée. Les assolemens établis • àHofwyl rendent de profit net, et par les seules ressources du domaine, sept fois davantage sur le même espace, que ne faisoient les anciens assolemens de la Suisse, avant l’introduction du trèfle, et près de trois fois plus que n’a fait jusqu’ici la culture la plus perfectionnée qu’on (1) Voyez la Biblioth. Britan. , et l’ouvrage intitulé Vues relatives à tAgriculture de la Suisse { qui se trouve chez J. J. Paschoud, ûnp.-libr. à Genève). i préface; XV ait vue clans ce pays-là (1). De tels faits, mis une fois en pleine évidence, il est impossible que les cultivateurs résistent à l’attrait de l’intérêt , et se refusent à imiter ce qu’on prend soin d’ailleurs de leur rendre facile. L’instruction des jeunes gens, pour la tlie'orie et la pratique des diverses parties de l’art, entre essentiellement dans le plan d’Hofwyl ; car son fondateur croiroit n’avoir rien fait, s’il n’eût assure' la diffusion des bonnes méthodes, par une e'cole qui formera sans cesse de nouveaux sujets pour l’application de la culture perfectionnée (a). Ilcroiroit encore n’avoir rien fait , s’il ne rêussissoit à e’tendre et à rendre permanens les effets de son zèle. Il s’occupe, (1) Le profit net moyen de toutes les terres arables d’Hofwyl est de 176 liv. 11 s. de France sur un espace de 32 , 5 oo pieds de France. Sur le même espace, l’ancienne agriculture de la Suisse rendoit 25 liv. de Fr., et dans les terrains de première qualité, soumis à la plus parfaite agriculture-pratique jusqu’ici, cet espace rend 62 liv. 16 s. 6 d. Les calculs qui mettent ces faits hors de doute ont été publiés, et vérifiés par l’exaiaen le plus sévère. SVJ PRÉFACE, en conséquence , de la cre'ation de nouveaux e’tablissemens , calques sur celui d’Hofwyl, pour les soumettre tous egalement à une direction conservatrice. Celte direction maintiendra les principes, régularisera le mouvement, et prolongera, au profit des générations suivantes, les résultats de l’instruction et de l’exemple (b). Ainsi se trouveront résolues les trois grandes difficultés qui existent dans la nature des choses, et qui sembloient s’opposer à une révolution complète en agriculture , savoir : l’ignorance des gens de campagne, leur dissémination , et la brièveté du tems que la nature accorde à chaque amèliorateur pour rendre son exemple utile. Les oeuvres du fondateur d’Hofwyl parlent aux yeux des paysans ; il les convertit à sa doctrine au nom de leur intérêt; il instruit leurs jeunes gens dans ses méthodes; il multiplie les points lumineux, pour qu’ils éclairent un plus grand nombre d’individus ; et il remédie enfin à la disproportion qui existe entre la courte durée de la vie humaine, et l’immense étendue de la science. On PREFACE. xvij On ne peut point argumenter de l’insuffisance , jusqu’ici reconnue en Angleterre et ailleurs , des bons exemples de culture per- fectionne'e, pour en conclure que l’effet de celui d’Hofwyl sera tout aussi limite. On a vu en Angleterre , et on y voit encore, des exploitations admirablement conduites , soit quant au plan de leur culture, soit quant aux details de l’execution. Ces exploitations sont d’un bon effet sur la masse de l’instruction, agricole, et'surtout dans le canton où elles existent. Les curieux viennent les visiter, et en emportent des notions utiles. Les voisins intelligens imitent ce qui leur est applicable. Dans ce genre, on cite encore la ferme de Petersham , où le célébré Ducket, surnommé le Prince clés fermiers , soutint pendant plus de vingt ans , sur le plus mauvais terrain , une exploitation qui l’enrichit, et qui faisoit l’admiration de tous les vrais connoisseurs (1). Qu’en est-il resté ? Ducket a passé : l’exemple de ses améliorations a passé avec lui. Il en (i) Voyez le a. 11 voluuae de ce Cours, p. ,4a3 et suiv. b XVÜj PRÉFACE. seroit de même d’Hofwyl , si son fondateur n’eût songe' à prévenir ce décourageant et triste résultat, qui ramène les hommes au point de départ de ceux qui les ont précédés. Dorénavant on peut espérer qu’aucune acquisition importante ne sera perdue pour la science. Les faits recueillis , classés avec soin, s’accumuleront pour l’instruction des générations successives. Les objets matériels demeureront exposés aux regards. Des principes uniformes seront invariablement suivis. Chacun pourra aller puiser à la source de l’instruction , pour y chercher, non pas des notions fugitives et des probabilités séduisantes, mais des règles constantes, et des formules certaines, qui ôteront aux hasards de l’agriculture tout ce que l’art peut leur ôter. Il n’est pas difficile de comprendre qu’il devra résulter de la réunion de ces diverses circonstances, un état de choses jusqu’ici inconnu , et que la fondation d’Hofwyl marquera une ère nouvelle dans les fastes de l’économie rurale. Seroil-il nécessaire de rappeler que l’agriculture est la seule base solide de la pros- PREFACE. xix périé des nations, et l’appui le plus efficace de leur force? qu’elle multiplie les hommes, assure l’indépendance, créé les manufactures, anime le commerce , qu’elle est enfin le principe de vie des états , et la conservatrice des mœurs ? Ces vérités, devenues triviales , ne sauroient être oubliées ; mais le problème à résoudre, c’est de trouver des moyens efficaces pour vivifier l’agriculture. L’insuffisance éprouvée de ceux qu’on a essayés, rebute de leur emploi. L’effet des encouragemens donnés a été d’une utilité très-bornée , et l’on en conclut qu’il faut abandonner à elle-même l’industrie des champs : heureux encore ceux qui l’exercent , s’ils ne sont point en butte aux vexations de détail qu’entraîne , dans certains pays , l’avidité fiscale ! O11 imaginera peut-être d’objecter contre l’imitation de l’établissement d’Hofwyl, que la culture qui convient à ce point de la Suisse, ne seroit pas applicable à la généralité du territoire de l’Empire François, et qu’un système quelconque de culture que l’on prétendroit faire adopter également aux départemens du XX PRÉFACE, nord, du centre et du midi, aux pays de plaines comme aux cantons montueux, sans égard pour le climat , les abris et la nature du sol, les besoins principaux du pays , et les débouchés les plus avantageux de ses denrées , qu’un tel système dis-je, seroit nécessairement incomplet ou vicieux, pour le plus grand nombre des cas. Ce seroit saisir bien imparfaitement l’idée des exploitations de modèle que de donner de l’importance à une telle objection. Il est évident que l’on ne peut pas proposer aux cultivateurs d’un pays de vignes ou de prairies, de suivre les méthodes de ceux d’un pays de grains , et qu’il y a nécessairement dans la nature du sol, du climat, et des circonstances locales, de bonnes raisons pour modifier l’application des principes généraux ; mais il n’en est pas moins utile d’établir ceux - ci d’une manière pratique , et invariable. La théorie des assolemens est aujourd’hui suffisamment éclairée par l’expérience, pour que l’on puisse déterminer avec sûreté quelles sont les rotations de récoltes qui, sous un climat, dans un sol, PRÉFACE. xxj et avec des localités données, doivent produire les meilleurs résultats. L’objet à remplir n’est pas d’introduire la même culture dans toute la France , mais de faire adopter sur tous les points de l’Empire François , l’agriculture la plus avantageuse à chaque pays, et de donner de la stabilité aux ameliorations introduites, soit en perpétuant les exploitations de modèle, soit en instruisant les cultivateurs à pratiquer ce qui est reconnu le plus utile. Il y a d’ailleurs une observation à faire. Le système de la culture perfectionne'e d’Hofwyl s’applique aux objets qui inte’ressent le plus essentiellement l’e'conomie rurale de tous les pays, et nommément de la France. La culture de la vigne est, sans doute, extrêmement importante dans les cantons oti le climat et l’exposition l’appellent; mais quoique cette culture soit encore susceptible d’améliorations , elle est généralement beaucoup mieux entendue que l’économie des terres arables et des bestiaux. Ces deux branches maîtresses réclament des connoissances nouvelles, des soins et des travaux miçux dirigés. S’il est vrai qu’il existe xxij r R k F A C E. dans quelques déparlemens et sur quelques points privilégies de la France , une culture véritablement bonne dans ses principes , et dans une grande partie de ses méthodes , il est encore plus vrai que la perfection de l’ensemble et des détails ne se voit nulle part , et que la plus déplorable ignorance préside aux pratiques agricoles de la très-grande majorité des départemens François. La circonstance de travailler avec de forts Capitaux, a principalement donné à l’agriculture des Anglois sa supériorité décidé sur celle des peuples du continent. Nous avons vu que la perfection de leur économie rurale n’est que relative : ils paroissent avancés parce que nous sommes encore fort ignorans ; mais il y a dans l’esprit de cette nation de très-grands obstacles à la propagation de toute idée nouvelle , et de tous perfectionnemens ultérieurs. Le trait caractéristique de l’esprit et des maximes nationales des Anglois, est un attachement tenace à leurs lois, à leurs coutumes et à leurs usages. Ils ont d’ailleurs un mépris superbe pour toutes les idées qui ne sont pas ■p II É F A G E. *xiij d’origine angloise. Ces traits sont renforcés par les circonstances ge'nérales qui ont, en quelque sorte, isolé cette nation du reste de l’Europe. Les lecteurs de la Bibl. Brit. , ouvrage dans lequel nous rassemblons depuis douze ans, tout ce cjue l’Angleterre produit de plus distingué dans les sciences, les arts mécaniques, la littérature et l’économie rurale, ont eu occasion de remarquer l’opiniâtre persévérance que les Anglois ont opposée à l’introduction des choses nouvelles, quoique l’utilité en parût évidente aux meilleurs esprits parmi eux. Trois exemples saillans de cette obstination s’offrent d’abord à la pensée : l.° Leur législation sur les pauvres, qui multiplie les indigens et grève les propriétaires, comme si c’eût été là le problème à résoudre. Celte législation , qui est une plaie rongeante pour l’Etat, subsiste encore dans toute sa force, quoique ses abus crians âppellent depuis long- tems la réforme. •2° Vingt et un millions d’acres en Angleterre et en Ecosse , sont encore aujourd’hui, ou à peu près inutiles , ou décidément nuisis xxiv P R ~É F A C Ti blés , faute de culture : un respect d’habitude pour les anciennes lois et les anciens usages, a oppose' le principal obstacle au défrichement des communaux, sollicite par les besoins crois- sans de cette nation , que son territoire ne suffit plus à nourrir. 3." Les François ont donne l’exemple d’une des plus importantes améliorations agricoles, en acclimatant les races de brebis à laine superfine. Les Anglois ont parlé d’abord de nos essais avec dérision , puis avec doute , et enfin avec étonnement; mais ils sont encore aujourd’hui à peine convaincus, et ils nous ont laissé prendre bien des années d’avance dans la carrière de cette riche industrie, que leurs premiers intérêts commerciaux les invitoient néanmoins à s’approprier ( 1 ). ( i ) L’opposition au rachat des dixmes , la longue lutte pour maintenir la traite des nègres, et le système d’intolérance suivi avec l’Irlande, sont aussi des traits de cette roideur de l’esprit national, et de celui du gouvernement, contre l’adoption des idées libérales qui viennent du dehors. V R ï F A C E. XXV En raisonnant par analogie, nous sommes donc conduits à penser que si la culture d’Hof- wyl trouve des admirateurs en Angleterre, le système ge'ne'ral d’amelioration de son fondateur sera me'connu par l’orgueilleuse indifférence du gouvernement, ou repousse par les préjuges de défiance qui tendent à exclure tout ce qui est d’origine étrangère et appartient au domaine de l’économie politique. Dans les sciences , dans les lettres, et dans toutes les classes des connoissances humaines, il existe une correspondance de pensées, üne communauté de vues et d’intérêts, qui lient les hommes occupés des mêmes choses, dans les diverses contrées , et établit entr’eux une confraternité indépendante de toutes les circonstances politiques ou locales. Lorsque les rivalités et les passions secondaires troublent l’harmonie des efforts, le but de ceux-ci demeure le même , c’est-à-dire , qu’ils tendent sans cesse vers la découverte de la vérité. Mais, s’il est une carrière dans laquelle l’ame doive conserver son calme, au milieu du mouvement animé qu’y trouvent les facultés de l’intelli- Xxvj PRÉFACE, gence , c’est assurément celle de l’agronomé. S’il est une occupation propre à nourrir là bienveillance entre tous ceux qui y sont adonnes ^ c’est celle dont chaque détail a pour but un résultat salutaire. Ici la priorité des découvertes acquiert surtout de l’importance par l’ac- tivité de l’imitation : celui qui applique avec jugement et avec zèle, fait autant de bien que celui qur in vente avec génie; et chacun de ceux qui travaillent voit en tous les autres des coopérateurs à la même tâche , des amis de la même cause. Le fondateur d’IIofwyl sera donc réclamé comme un collaborateur, et comme un ami , par tous les hommes qui ont porté leur attention sur l’économie rurele, ou qui étudient par goût et par état les objets d’économie politique. Son dévouement à sa patrie le fixe dans son pays ; c’est vers les améliorations dont l’agriculture de la Suisse est susceptible qu’il dirige avant tout ses regards, et ses efforts ; mais ses vues philantropiques s’étendent sur les intérêts de la grande famille sociale. La chaîne de ses établisseraens peut embrasser I P K É FACE. XXvij le continent de l’Europe. Il faut une main puissante pour donner la première impulsion, et pour faire circuler de contrée eu contre'e, autour d’un centre de lumière et d’attraction , les vérités les plus riches en résultats prospères. La volonté de celui qui imprime le mouvement dans une direction commune aux intérêts de tant de peuples, y suffira. La capitale de l’Empire François, devenue celle du monde civilisé, se présente à l’imagination comme le point central de ce bienfaisant et vaste système , dont les effets , plus sûrement encore que l’ascendant militaire, fixeront le rang des nations dans l’ordre que la nature avoit déterminé. C’est au peuple le plus susceptible d’enthousiasme à saisir avec force une idée simple et grande ; c’est au peuple le plus éclairé à en prévoir et à s’en approprier les résultats ; c’est enfin au peuple que le ciel appelle à toutes les prospérités, qu’il appartient de rendre la prééminence à cette science qui mérite tous les hommages , puisque sa pratique guide les hommes vers le bonheur par la route de la xxviij P R É P A c s. nature, et qu’en même tems qu’elle e’pure la morale d’une nation, elle développe en elle tous les germes de force, et garantit la durée de sa splendeur. Janvier 1808. PRÉFACE. XXIX NO TES . (a) ]VÎ r. Fellenberg emploie, pour l’instruction élémentaire, la méthode de son compatriote Pestalozzî, dont les résultats tiennent du prodige, et qui est surtout applicable à l’éducation des cultivateurs, parce que cette méthode exerce continuellement les facultés sur des objets matériels , dé\eloppe le jugement et fortifie la mémoire. M. r F. emploie encore, pour l’instruction des paysans, des chansons populaires, des ouvrages cour*- posés pour eux , et les fait circuler au moyen des almanachs qui sont entre les mains de tous les gens de campagne. ( &) M. r F. a aussi l’idée d’établir dans chaque institut une banque agricole destinée à faire des avances aux cultivateurs industrieux. Ces banques emploieront avantageusement pour les capitaines, et le mieux possible au profit du pays, des fonds , qui sans cela seroient envoyés au-dehors , faute d’application convenable et facile. Les lecteurs de la Biblioth. Britan. ont pu voir dans l’ouvrage de Thornton {Recherches sur la nature et les effets du crédit du papier. i8o3. Chez J. J. Paschoud, libraire, à Genève.) des développemens extrêmement intéressans sur ces banques des provinces. En 1800 , il existoit en Angleterre 38 q de ces établissemeus particuliers, destinés à XXX P K .13 F A C E. escompter les effets négociables, et à faire des avances aux individus qui offroienl une solvabilité suffisante , ou des sûretés. Ces banques ont beaucoup contribué à rendre l’agriculture plus productive, car elles permettent aux fermiers de prêter de plus grosses sommes à leurs terres; et, dans une culture raisonnable, la rente de celles-ci est toujours proportionnée aux capitaux que l’on applique aux avances. Les Etats-Unis d’Amérique éprouvent les mêmes bons effets de ces établissemens. Cependant on ne doit pas se dissimuler que ces institutions , dont les résultats sont admirables dans les tems tranquilles et dans les pays oit la confiance leur est acquise par une marche uniforme et une très-longue habitude, sont difficiles à introduire sans inconvéniens et sans danger, dans un pays où la # confiance ne porte pas sur les mêmes bases. Relativement à la France , il y a une observation importante a faire en faveur de l’introduction des banques agricoles, en supposant que l’on réussît à leur donner la stabilité de fait et d’opinion qu’elles peuvent comporter. Toute guerre, même heureuse, détruit les capitaux d’une nation, puisque ceux-ci ne se forment que par le travail, et que la guerre enlève au travail une grande partie des bras , en même tems qu’elle suspend le commerce. Si les capitaux ont, de tout tems, manqué à l’agriculture de la France, pour la porter à un haut point de vigueur, ils lui manqueront à plus * PRÉFACE. xxxj forte raison, lorsqu’après la longue guerre qui a désolé l’Europe, les capitaux encore disponibles se trouveront appelés par les entreprises des manufactures et du commerce, qui promettent des profits plus grands. Los capitalistes obtenant dans le commerce un intérêt plus élevé qu’ils ne peuvent l’avoir dans les entreprises agricoles, seront peu tentés de mettre leurs fonds dans ces dernières; mais si l’agriculture subit une révolution dans]ses principes et dans sa pratique; si elle donne des produits plus considérables qu’elle ne l’a fait jusqu’ici, plus réglés, plus susceptibles d’être calculés à l’avance, elle attirera sa portion des capitaux, et en créera d’autant plus promptement d’autres, que cette portion sera plus forte : or rien ne peut faciliter davantage l’application des capitaux à l’agriculture, que l’établissement des banques, avec une organisation convenable. M. r Felleuberg destine aussi ses instituts à préparer la confection d’un Code agricole , dônt les principes, soient fondés sur des faits bien constatés et bien observés. Le code d’agriculture manque encore partout, et cependant chacun reconnoît que l’agriculture est la base de l’édifice social et politique. COURS a~ un TABLE, N.° III, des degrés Correspondans des Thermomètres dits de Reaumur et de Fahrenheit. R. F. - 20 — 19 -18 -17 -l6 -i5 —13 ■jo , 7 ■ 8,5 — 6,2 ■ 4 — L7 -i4. -i3 -12 -11 -10 ' 9 - 8 ' 7 - 6 - 5 - 4 - 3 - 2 - 1 o + 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 o,5 • 2,7 . 5 • 7, 2 - 9,5 • n,7 . i4 . j 6,2 . i8,5 • 20,7 . 23,0 . 25,2 • 27,5 '• 29,7 . 32 . 34,2 . 36,5 • 38,7 . 41,0 . 43,2 . 45,5 • 4-7,7 . 5o,o . 52,2 . 54,5 • 56,7 • 59,0 R. F. R. F. ' ww i3 . 61,2 48 . i4o,o i4 . 63,5 49 • 142,2 i5 . 65,7 5o . i44,5 16 . 68,0 5i . i 46,7 17 • 70,2 52 . i 4 9 ,o 18 . 72,5 53 . l5l,2 *9 • 7 4 ,7 54 . i 53,5 20 . 77,° 55 . i 55,7 21 . 79, 2 56 . i58,o 22 . 8i,5 57 . 160,0 23 . 83,7 58 . 162,5 24 . 86,0 5 9 . 164,7 25 . 88,2 60 . 167,0 26 . 90,5 61 . 169,2 2 7 • 9 2 >7 62 . 171,5 28 . 9 5 ,o 63 . i7 3 >7 2 9 • .97, 2 64 . 176,0 3o . 99,5 65 . 178,2 3i . 101,7 66 . i8o,5 32 . io4,o 67 • 182,7 33 . 106,2 68 . i85,o 34 . io8,5 69 . 187,2 35 . 110,7 70 . 189,5 36 . 1 i3,o 71 • 19L7 3 7 . ll5,2 72 . 194,0 38 . 117,5 73 . 196,2 ?9 • H9,7 7 4 . 198,5 4o . 122,0 75 • 200,7 4i . 124,2 76 . 203,0 42 . 126,5 77 • 205,2 43 . 128,7 78 . 207,5 44 • i3i,o 79 • 209,7 45 . i 33,2 80 . 212,0 46 . i 35,5 r n • i3 7;7 TABLE, N.° I, des Rapports réciproques entre les Mesures Linéaires, Agraires, et Solides de France et d’Angleterre, ainsi qu’entre les Poids et les Monnoies de ces deux Pa}s. MESURES LINEAIRES. lois sont à la | Le Pied H loi Le Fathom ; Le pied Le pouce ^ t / e France sont au 1 La j ioise [La Toise Pied Pouce ^ Toise Toise Pied Pouce Yard Fathom 1 de France comme = Anglois comme = ( 100,000 ! f j ou= 107 \ est à < ( ou = i5 J ( ( 100,000 4 ( < ou = 114 > est à < ( ou = 16 j ' ( 106,575 Rapport exact. — 11 4 ex, jusqu’aux 1000 — 16 ex. jusqu’aux 1000 g383l exact jusq. 100,000 —107 exact jusq. 10,000 — l5 exact jusq. ïooo f Le Perch (de 16 pieds5 Anglois) est à la Perche (de 22 pieds de France) . (La Perche de 22 pieds de France) est au Perch (de 16 pieds | Anglois) . (Le Pied et le Pouce du Rhin sont au Pied et Pouce Anglois MESURES DE SUPERFICIE OU Le Pied Le Pouce Le FaLhom J quarré Anglois est < aU J ( àl (Le Pied I (P < Le Pouce > quarrés de France sont au < P (La Toise ) ( F /Pied •Pouce la Toise Pied Pouce athom } quarrés Anglois. . (L’Acre (de 435 60 pieds Anglois) est à l’arpent (de 484oo pieds de France) comme (L’Arpent (de 484oo pieds de France) est à l’Acre (de 4356o pieds Anglois) comme (Le Mile Anglois quarré est à la Lieue de France (de 25 au degré) qua (La Lieue de France (de 25 au degré) quarrée est au Mile Anglois quarré (Le Pied quarré du Rhin est au Pied quarré Anglois . comme 1000 est à io44 comme ÏOOO est à 9 58 comme 1000 est à 13oo comme 1000 est à 7 6 9 comme 1000 est à 2786 comme 1000 est à 359 comme 1000 est à l42l comme 1000 est à 704 comme 1000 est à 1094 comme 1000 est à 9 i4 comme ÏOOO est à 1029 comme 1000 est à . 972 A Cr R AIRE s. comme 100,000 est à fco 00 10 fco comme 45 est à 5i comme 100,000 est à 88o4i comme 5i est à 45 comme 3 000 est à 1262 comme 1000 est à 792 comme 1000 est à 7 634 comme 1000 est à i3i comme 1000 est à io5 9 comme 1000 est à 9 44 MESURES DE SOLIDITE OU DE CAPACITE. ( Le Pied I (Le ~ . ...e Pouce > cube Anglois est (Le Fathom) ( Le Pied 1 (lie Pouce; cube de France est au ( La Toise j ( /Pied I | au tPouce | ( à la Toise J cube de France. . . comme ou comme Pied Pouce Fathom cube Anglois.comme ou comme (LeBushel(^2178 P-c. Atigloi ( ( 55 Liv. lp.de M ois, environ! comme comme 1 , x, . fde 64op.c. de Fr.( , (est au Boisseaux V , , > Mc. deBle j (env. 2oltv. deBie Le Boisseau.est au Bushel. / Le Seam ou Quarter (de 8 Bushels) est au septier (de 12 boisseaux).comme ( Le Septier (de 12 boisseaux) est au Seam ou Quarter (de 8 Bushels) .... comme j Le Pint (de 28 f p. cub. Anglois) est à la Pinte (de 48 p. cub. de France). . comme ( La pinte (de 48 p. cub. de France) est au Pint (de 28 f p. cub. Anglois) . . comme Æ B. La Chopine ou le Septier (Mesure liquide de Paris) est la moitié de la Pinte, soit 24 Pouces cubes. ( LeHogsbead (de i4553p.c. An. ou5o4Pint)estau MuidliquidedeParis (288p.) comme (Le Muid liq. de de Paris (288 p.) est aullogshead (de i4553p.c. An. ou5oip.) comme ( LeTun (de 4 Hogs.) estais Tonne de Bayonne ou Bordeaux (de 4 bar. ou 3 M.) comme (LaTonne de Bayonne ou Bord, (de 4 bar. ou 3 M. ds ).estau Tunde4Uogsheads comme RAPPORT DES POIDS. j La Livre Avoirdupois (7004 grains Troy) est à la Livre de 16 onces p. de M. comme (La Livre de 16 onces p.de M.est à la Livre Avoirdupois (de 7004 grains Troy) comme ) La Livre Troy (de 12 onces, soit 5760 grains Troy) est à la Livre poids de Marc comme ) La Livre poids de Marc est à la Livre Troy (de 12011c., soit 57 60 grains Troy) comme f L’Once Troy (de 48o grains Troy) est à l’Once de 5j 6 grains poids de Marc comme j L’Once de 5j6 grains poids de Marc est à l’Once Troy (de 48o grains Troy) comme ( Le Tun (de 224o Avoirdupois) est au Tonneau (de 2000 1b. poids de Marc.) comme (Le Tonneau (de 2000lb.poids, de Mc.) est au Tun de 224o \h. (Avoirdupois) comme RAPPORT MOYEN DES MONNOI /Ta Livre Sterling (de 20 Schellings) est au Louis (de a i T, ivres de France) . . comme ( Le Louis (de 24 Livres de France) est à la Livre Sterling (de 20 Shellings). . comme 1 La Guinée (de 21 Scliel.) est au Louis de q 4 Liv. de Fr. (valeur intrinsèque) comme j LeLouis (de24Liv.deFr.)eslàlaGuinée(de2i Schel.) (valeurintrinsèque) comme Le Shelliug ( de 12 Pence) est à la pièce de 24 sous de France.comme Le Penny (de 12 au Shelliug) est au Sol de France (de 20 à la Livre). . . . comme 00,000 est à 121o5l 100 est à 121 00,000 est à 82610 1000 est u 826 1000 est à 356 1000 est h 2810 3 000 est h 534 1000 est à i 8 7 3 1000 est à 2012 1000 est à 4 97 soit 24 Pouces cubes. 3 000 est à li5q 1000 est h 863 3 000 est à 862 1000 est à 1160 10000 est î t 10874 10000 est h. 9i9 6 10000 est à 13222 10000 est a 7 563 1000 est à 1210 ÏOOO est à 826 3 000 est à 821 1000 est à 1218 E S. 3 000 est à 99 4 1000 est à 1006 1000 est H 9 4 7 1000 est à io56 1000 est à 99 4 1000 est à 1988 TABLE, N.° II, renfermant les Noms et les Subdivisions des Mesures, Poids et monnoies usités en Angleterre. Noms et Subdivisions des Mesures Linéaires Angloises. Jncli (pouce) “I 3 Palm Palme) 9 12 18 36 6o 72 198 792° 12 20 Sparv (empan) 3 Foot (pied) \ - Cubit (coudée) Mesures de Solidité ou de Capacité pour les Liquides, 1-5 Cl S'il 66 j 21 264o: 880 |6336o ! 2i i2o'7o4o i6i 660 5280 31 44o 35 20 Yard (verge) Pace (pas) Fathom (toise) 51 220 1760 3-i l32 io5o 880 Pôle (perche) Furloag 4o 3ao .utrmiw 8 Mile Mesures de Capacité pour les Grains et choses sèches. 281 Pint 34A Pint 0 231 8 Gallon 272! 8 Gallon 4i58 i44 18 Rundlet 544i 16 2 Peck 7276^ 252 if Barrel 2178 64 8 2 Btisliel 9702 336 42 1? Tierce 128 16 8 2 Strike i4553 5o4 63 •zi 2 Hogshead 265 32 l6 4 2 Carnock ou Cooru 1 9 a 7 9 672 84 ^3 2— 2 4 Punchcon 17424 5l2 64 32 8 4 2 Seam o n quart er 2gio6 1008 126 7 4 3 2 . Bntt ou pipe 3072 384 192 48 24 12 6 Weigîi [.58212 2016 2Ô2 i4 8 6 4 3 2 |tuii 5x20 64o 320 80 4o 20 ÎO if Last Mesures de Superficie ou Agraires ( quarrées). Inches (pouces quarrés) Noms et Subdivisions des Poids usités en Angleterre. Le poids appelé Avoirdupoids . J est au Poids appelé Troy comme C1000 est à 823, s’il s’a gît de Livres. i44 1296 36oo .89204 1568160 F6272640 ÏDrams (dragmes) qui se divisent comme suit : Fecl. (pieds) 16 Yards (verges) 25 2? Paces (pas) 2721 3oi 10,89 Pôles (pei 10890 1210 435,6 4o 43560 484o 1743,6 160 Rood Acre 256 7168 * 28672 53344o Ounce (once) iG Pound (îi Are) 448 28 Quarter 1792 112 4 3584o 2240 80 a Hundred (quintal) a Tun (Tonne) 20 Pour les grosses marchandises et les comestibles. Grains qui se divise comme suit : '\iooo est à 1097, s’il s’agit d’Onces. 24 Scrup ale Grains 60 2 Drain Ounce 24 Peimy-weight (denier) 20 ■ Ounce 24 o[ 12jpound 48o 24 8 4 80 6760 288 96 12 Pound 5760 Division usitée par les Pharmaciens. Division des Jouailliers. Pour les Métaux précieux et les liquides. Fartihngs Penny 48 24o MONNOIE DITE STERLING . 60 q6oji4o Shilling Crown (écu) 4 jPound (livre St.) La Guinée vaut 21 shellings ; et 44 Gui- nées et demi pèsent une liv. Troy,— Or à 22 karats. EXPLICATION DES TABLES. à La Table ci-derrière, N.° T, est destinée à faciliter la réduction exacte des Mesures, Poids et Monnoies d’Angleterre, aux Mesures, Poids et Monnoies de France; et réciproquement: à cet effet, les rapports de ces quantités y sont constamment et réciproquement exprimés par deux nombres, dont le premier est toujours l’unité suivie de zéros; en sorte cjue la règle de trois, qu’on a toujours à faire dans ces réductions, se borne à une Multiplication, du produit de laquelle on retranche , par une virgule, autant de chiffres tipliera par le nombre donné 3 j 2 , le nombre 93801, qui indique, dans la Table N.° I, le rapport de ces mesures linéaires Francoises des noms correspondans; on aura pour produit le nombre 34g,o5i3i , duquel retranchant cinq cbiflres à droite, (parce que le premier terme du rapport employé éloit 100000) on le convertit en 54g Pouces , Pieds, demi-Toises et Toises de France. On comprend que le meme rapport sert pour ces quantités de dénominations différentes, parce qu’elles sont subdivisées de la meme manière chez les deux Nations. S’il eût été question de réduire des Pouces ou Pieds François, en Pouces et Pieds etc. Anglois, on auroit procédé de même; mais en faisant usage du nombre 106575, qui exprime dans la Labié le rapport des Mesures ïrangoises aux Angloises de même dénomination, ou qui sont multiples des mêmes nombres. 8 9 g 9 Z » 9 Z » O 9 l Z 9 o © 9 S £ S © f £ i i s La Table ci-dessus, TSf.° TI, renferme les Noms et les Subdivisions des Mesures, Poids et Monnoies d’usage en Angleterre; les noms qui occupent chacune des cases, correspondent toujours aux deux noms qui commencent la colonne verticale et la colonne horizontale dont la rencontre forme la case en question; et ces nombres indiquent combien de fois la mesure désignée dans la colonne horizontale contient celle qui intitule la colonne verticale correspondante ; ainsi, dans les mesures linéaires, les colonnes intitulées Foot ( Pied ) et Mile , commencent une colonne verticale et une horizontale, qui se rencontrent à la case qui contient le nombre 5280; c’est-à-dire, que le Mile Anglois contient 5280 pieds Anglois, etc. Il en est de même des Noms et Subdivisions des Poids et des Monnoies. La Table ci-derrière , N.° III, offre la réduction des degrés du Thermomètre, divisé en 80 parties, entre la glace et l’eau bouillante, (improprement appelé de Reaumur) aux degrés du Thermomètre de la division de Fahrenheit, en usage en Angleterre et dans le Nord de l’Europe ; lorsqu’il se présentera des fractions de degré dans les réductions à faire, on se rappellera que chaque degré de la division dite de Reaumur, en vaut 2 | de celle de Fahrenheit.. COURS D’AGRICULTURE A N G L O I S E. INTRODUCTION. ’AïtT nourricier fies sociétés humaines , le fondement îe plus solide de l’indépendance des Etats, comme de leur richesse , a été long-teins abandonne, dansions les pajs de l’Europe, à la routine aveugle de la classe du peuple la plus ignorante et la plus pauvre : diverses causes concouroient à ce résultat. Les principes de la féodalité, les constitu- lions religieuses favorisoient le nombre des grandes possessions territoriales, et la culture de ces propriétés immenses e'toit, ou absolument négligées, ou confiées à des mains trop foibles. Les Rois , sans cesse occupés de projets de conquêtes ou de défense , rapportoient tout à la guerre; et ce fléau venait périodiquement Tome j . A. 2 INTRODUCTION. décourager le laboureur , soit en enlevant, à la terre les bras qu’elle réclamoit, soit en ajoutant par ses ravages à l’apathie naturelle de l’espèce d’hommes qu’occupoit la culture. L’e'conomie politique , ne'glîge’e ou mal en-, tendue , me'connoissoil la source de la vraie richesse , et surchargeoit d’impôts les productions de la terre. Le système des magasins, ne de la crainte des disettes , qu’il cause plus sûrement qu'il ne les prévient, de'sespe'roit le cultivateur, en le privant à vil prix d’un excédent qu’il destinoit à améliorer son sort. Les préjugés de la Noblesse , ceux même des Bourgeois des villes et des gens aisés, les e'ioignoient d’une profession dans laquelle la fortune et les lumières sont particulièrement miles aux progrès de l’art. Enfin l’exemple , les préceptes des peuples qui autrefois avoicnt soumis leurs procédés agricoles à des principes raisonnés, e’toient perdus pour les modernes; et l’on étoit si loin d’imaginer que l’agriculture fût une science dans laquelle il appartînt au génie seul d’employer utilement les matériaux de l’expérience, qu’on l’honoroit à peine du nom d’art, et qu’on la confondoit avec une pratique routinière , occupation exclusive d’une classe qu’on aifectoit de mépriser. A l’époque de la réformation, un esprit ! INTRODUCTION» 5 nouveau s’introduisit graduellement chez les nations qui l’adoptèrent. Celte disposition active , cette tendance generale au progrès des lumières dans tous les genres, qui résulta du premier pas vers la liberté , fut amortie, mais non éteinte , par les longues et cruelles guerres qui reconnurent la même cause. L’agriculture commença dès lors à occuper quelques bons esprits (l) dans la Grande-Bretagne et sur le continent ; etquoique la découverte de l’Amérique et les vues de commerce auxquelles elle donna lieu détournassent pendant long-tems l’intérêt que réclamoit cet objet sous le rapport de la prospérité nationale, il attira peu à peu, en Angleterre, l’attention de quelques hommes propres à en répandre l’utilité en faisant connoître son importance. Ainsi le grand Milton , lorsqu’il fut arrêté par la perte de la Vue, avoit projeté une école où les élèves au- roient puisé dans la lecture de Caton , de Var- rcin , de Columelle et de Virgile, le goût de la science et le désir de l’étendre. Ainsi Eve- lyn (a) dirigea l’attention de ses concitoyens vers l’utilité des plantations , dont la marine ( 1 ) Fitzberbert, le père delà culture angloise, comme Olivier de Serres de la culture de la France, publia en i534 le résultat de ses travaux. ( 2 ) Voyez son ouvrage, Intitulé: Silva . 4 INTRODUCTION. angloise a relire depuis de si grands avantages.' Ainsi Covvley forma le plan de l’adjonction d’un college d’agriculture à chacune des universités. Mais ces ide'es utiles ne pouvoient attirer qu’une attention fugitive sous le règne d’un Prince insouciant et léger, dont la nation angloise ne pardonnoit les folies que par le souvenir, encore récent, des longues et funestes agitations qui l’avoient précédé. Ce n’est guères qu’à la révolution qu’il se répandit dans la Grande-Bretagne une fermentation salutaire aux succès de la culture. La libre exportation des grains encouragea sinon la science , du moins le labourage ; et les Anglois apprirent à connoître une mine nouvelle , plus précieuse que celle du Potose , et dont la richesse, au lieu de s’épuiser, devoit s’accroître à mesure que l’exploitation en seroit soumise à des principes mieux raisonnés. Ce premier degré d’intérêt fut bientôt suivi d’un mouvement des esprits en faveur du perfectionnement des méthodes d’agriculture. Un homme de génie , le célèbre Tull , imagina et mit à exécution , avec une infatigable persévérance, le système repris dès lors en France par les Duhamel et lesChateauvieux(i); (1) M. cle Cbateauvieux , magistrat distingué dans Genève, sa patrie, est connu par divers ouvrages d'agriculture. INTRODUCTION. 5 son exemple excita l’émulation d’un ceïtain nombre de gentilshommes qui , dans diverses parties de l’Angleterre , s’appliquèrent à cultiver leurs proprie'le's selon ses principes. Il se forma à Londres, puis successivement dans diverses villes du royaume , des Sociétés cT Agriculture. Eli es s’efforcèrent d’encourager les cultivateurs à sortir de la route battue , pour se livrer à des essais utiles , dont les primes qu’elles accordoient dévoient couvrir les dépenses. Mais pendant un grand nombre d’années les progrès des connoissanccs acquises par ce moyen furent très-lents. Dans des provinces entières les fermiers ignorèrent long-lems jusqu’à l’existence de ces sociétés; et les registres de la distribution des primes prouvent l’indifférence que les cultivateurs de profession conservèrent pour ces institutions destinées à les éclairer. L’insouciance ou l’obstination de la masse des fermiers n’empêcha pas cependant que l’art ne fit des progrès. Le zèle des sociétés fut puissamment secondé par le dévouement de quelques individus , et par l’émulation des gentilshommes possesseurs de terres. C’est à la réunion de ces moyens qu’est du l’état actuel de la culture angloise , parce que l’exemple a 6‘ INTRODUCTION, enfin gagne un grand nombre de fermiers, parmi les plus e'claire's et les plus opulens. Cependant, quelque florissante que soit maintenant l’agriculture de certains comtes de l’Angleterre , quelqu’influence que semblent devoir acquérir de proche en proche des exemples soutenus, et qui parlent sans cesse à l’intérêt des cultivateurs , ceux-ci, à les considérer en masse, résistent encore à l’instruction, ou la dédaignent, sur un très-grand nombre d’objets essentiels à leur art 5 et les pratiques utiles , l’application raisonne'e de la saine doctrine de la culture , ne se communiquent qu’avec une extrême lenteur. Les hommes semblent condamnes à mécon- noître long-tems le vrai dans tous les genres. Tandis que l’erreur subjugue les esprits avec une rapidité' effrayante , la vente’ fait pénible- merit son chemin au travers des obstacles que lui opposent l’ignorance , la vanité’, la paresse, le préjuge et l’habitude. Cependant, il faut l’avouer , s’il est un ordre de connoissances qui, par sa nature même, doive se propager lentement, c’est celui qu’embrasse la science de l’agriculture. Les réflexions propres à nous en convaincre ne sont pas sans utilité; elles préviennent le découragement de celui qui cherche à instruire, en modérant ses INTRODUCTION. 7 espérances , et elles vengent la classe des cultivateurs du reproche , souvent peu raisonne', d’obstination et d’insouciance. La vie de l’homme est trop courte pour une science de faits , dont les plus iniportans ne sc constatent que par la révolution des anne’es. Les facultés du ge'nie suffisent à peine à une science d’observations sur lesquelles la multiplicité des objets , les variations infinies de tems , de lieu , de climat, de saisons, jettent des difficulte's innombrables. — Enfin , le jugement le plus droit, un instrument indispensable pour arranger avec méthode les matériaux fournis par la mémoire , pour donner à chaque chose la mesure précisé d’utilité , pour juger des exceptions , pour assigner l’effet des circonstances , pour établir avec justesse les distinctions nombreuses dont chaque règle generale est susceptible. L’agronome par excellence, l’homme éminemment utile aux progrès de la science , réu- niroit à une e'ducation liberale le talent d’observer et l’art de généraliser ses ide'es. S’aidant de tout ce qui est écrit sur l’agriculture , et l’appréciant à sa valeur, il auroit jugé par ses yeux, et comparé enir’ellcs les pratiques des pays réputés les mieux cultivés. Non -seulement il auroit examiné avec soin les diversités et les 8 i INTRODUCTION, nuances dans la construction des inslrumens de la culture , mais il seroit exerce' à les manier lui-même avec adresse , et à les employer avec jugement. Lorsqu’il se fixeroit pour se dévouer aux travaux de l’art, il prêcheroit sans cesse d’exemple, il surmonleroit avec une . patience opiniâtre les nombreuses re’sistances du préjugé. Toujours occupe d’e'tendre l’utilité de la science , il sacrifieroit les objets secondaires à la réussite des objets importans. 11 ^ accerderoit à l’habitude et à l’ignorance ce qu’il ne pourroit leur ôter; il sauroit , au besoin , adopter le simple langage des cultivateurs par état, pour acquérir ou communiquer l’instruction ; et s’il prenoit la plume pour la répandre , il guideroit ses lecteurs dans la route de la vérité, en les garantissant de tous les écueils de l’esprit de système , et en leur donnant l’exemple du doute modeste dans une science où il est si difficile d’isoler l’essence des faits de tout ce qui lui est accessoire. Il est aise de sentir que cette réunion d’avantages ne peut guères se réaliser. L’homme qui, par ses taîens naturels, son e'ducntion, sa santé , sa fortune , pourroit travailler ainsi à avancer la science, ne s’y destinera point. Il reviendra peut-être à l’agriculture , après s’être détrompé' du monde 3 mais à cette époque do » INTRODUCTION. 9 la vie, les forces ne suffisent pins, le lems de l’observation est trop court , le zèle ardent des choses utiles est alFoibli ou éteint. S’il y a peu à espérer pour l’encouragement de la science , du dévouement et des lumières de la classe la plus e'claire'e de la socie'te', combien moins doit-on attendre de ceux qui, dans la plupart des pays de l’Europe , cultivent la terre par état! Leur éducation , ou absolument négligée , ou réduite à quelques connoissances élémentaires, fait avorter les germes du talent, et les prive presque toujours de la faculté d A G R I G TJ I, T U R. E On pratique encore une espèce de labour qu’on nomme double ou labour/? <2 r tranches : il se fait avec deux charrues qui se suivent dans le même sillon. C’est une ope'ration difficile dans un sol qui n’a guère que cinq pouces de profondeur 5 mais que les laboureurs exe'cutent avec une grande exactitude : la première charrue ne prend que deux à trois pouces de terre, et la seconde prend une couche à peu près égale qui s’applique sur l’autre. Le prix du labourage ordinaire est de deux schillings et demi par acre. Ce fait suffiroit seul pour expliquer le haut prix des terres en Norfolk. Dans plusieurs parties du royaume, le prix commun du labourage est de dix scheî- - lings l’acre. Quelle prodigieuse épargne ne ré- sulteroit-il £as de l’introduction de la charrue de Norfolk dans les terres où cette culture suffiroit ! Dans le traitement des jachères il est d’usage de herser immédiatement avant chaque labour. Il y a , par rapport au hersage, une coutume qui est particulière au Comté, c’est de faire marcher les chevaux dans un sens et trotter dans l’autre. S’il y a de la pente , ils trottent en descendant : il en résulte un elfet qu’on ne peut pas bien faire comprendre, maisquifrappe observateur instruit. Les racines que les un DE NORFOXjK. 65 dents delà herse ramassent dans le mouvement lent du pas des chevaux , se de'gagènl de l’instrument dans l’allure du trot; les mottes se brisent mieux , et la surface s’égalise à merveille. — La journée d’une paire de chevaux qui travaillent à la herse, allant au pas dans un sens et trottant dans l’autre , est de sept acres. Par rapport à l’usage du rouleau , il faut observer que, maigre la légèreté du sol et la facilité avec laquelle les terres souffrent de la sécheresse , on n’emploie jamais cet instru- 1 - ment pour comprimer le terrain ; les seuls usages auxquels on le destine, sont d’égaliser le sol avant de semer, ou après avoir semé, pour que la faulx ne rencontre pas d’obstacles si la récolte doit être fauchée ; ou enfin à le passer sur le blé en automne pour briser les mottes, raffermir et garnir la plante. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que le rouleau qu’on emploie en Norfolk n’a pas plus de sept à huit pouces de diamètre (1). (i) On sent combien un diamètre plus considérable, à poids égal, devroit faciliter le travail; mais on ne sauroit être trop circonspect lorsqu’il s’agit de blâmer des cultivateurs aussi judicieux : il y a peut-être dans la pratique quelqu’avantags qui échappe à la théorie. 64 AGRICULTURE La terre que Ton préparé pour les semailles se nettoie d’herbe au moyen de la herse. Cet instrument sert d’abord à dégager de la terre et à amener sur la surface les racines desgra- men et autres mauvaises herbes, en même temps qu’à égaliser le sol. Ensuite le conducteur se plaçant derrière la herse, et guidant les chevaux aux pas avec des rênes, soulève l’instrument à des distances réglées, de manière que les racines qu’il entraînoit se trouvent déposées par raies parallèles , et facilement recueillies à la fourche, pour être disposées par tas et brûlées. Les terres destinées au blé se sillonnent par billons de quatre ou de six raies, ou traits de charrue ; mais, pour toutes les autres productions , l’on dispose les champs par planches d’environ dix pas de largeur : cette dernière méthode n’a point d’inconvénient dans ce sol léger, qui absorbe aisément les eaux pluviales. De Vamendement des terres. Il n’y a guère de ferme dans le district de l’est qui ne possède une marnière dans son enceinte. Le fermier, dans l’usage de la marne, fait encore plus d’attention à sa distance qu’à sa. qualité. La quantité à répandre sur les champs dépend DE NORFOLK. 65 dépend surtout d'une circonstance, savoir : si la terre a déjà reçu cet amendement ou non.—■ Lorsqu’on marne une terre qui a été marnée depuis peu, l’effet de cette opération est presque nul; mais au bout d’un certain nombre d’années on peut y revenir avec succès : il paroît seulement que , dans ce cas, il faut répandre une quantité de marne plus considérable que la première fois ; c’est là du moins l’opinion de la plupart des fermiers. Mais l’expérience a souvent prouvé qu’une quantité modérée, telle que vingt-cinq charretées par acre , re'ussissoit très-bien, quoique le sol eût été marné quinze ou vingt ans auparavant. — Il n’y a aucune règle pour la quantité absolue. Dans les arron- dissemens du Sud , où la marne est plus rare, on n’en répand quelquefois que six charretées par acre , et guère plus de douze. — Dans le reste du district on marne à raison de vingt ou trente charretées , et on en met quelquefois / jusqu’à quarante par acre. Dans les terrains marnés depuis peu d’années, et qui paroissent avoir besoin d’engrais, on emploie souvent avec succès la marne mélangée de fumier. — Les fermiers jugent que leurs terres ont besoin d’être marnées lorsqu’ils voient reparoître le chrysanthemum segetum, et le polygonum pensyIvanicum , dont la Tome i . E 66 AGRICULTURE marne arrêtoit la vëge'tatlon. Il paroît qu’elle contribue aussi à empêcher la multiplication de l’espèce de gramen la plus nuisible aux blés , le triticum repens. Quant à la récolte à laquelle la marne s’applique immédiatement, il n’y a point de règle fixe. On la met quelquefois pour lesturneps, quelquefois pour l’orge, et quelquefois aussi sur la seconde année des prés artificiels avant de les rompre pour le blé. La dépense du marnage dépend évidemment de la quantité répandue , de la distance et de l’état de la marnière; on juge cette dépense modérée lorsqu’à raison de vingt-cinq charretées , il n’en coûte que deux livres sterl. par acre. Nous verrons comment on ramasse et dispose les fumiers d’écuries ou d’étables, lorsque nous examinerons le ménagement des cours de la ferme : on les répand d’ordinaire pour la récolte des turneps , ou pour celle du blé. Le fumier destiné aux turneps se charie l’hiver , à mesure qu’il se fait. On en fait des tas réguliers auprès de la pièce qu’on veut fumer; mais on a soin de faire reposer le tas sur une base de marne ou de terre vierge , d’un pied d’épaisseur. Lorsqu’un fermier veut expédier la besogne, B E N O R F O B K. 67 et que la distance u’est pas trop grande, il emploie trois charrettes attele'es de deux chevaux, deux chargeurs , un conducteur et un déchar- geur. De cette manière une des charrettes est toujours dans la cour, l’autre en chemin, et la troisième auprès du tas que l’on forme. Les charrettes se déchargent avec des fourches de fer ; on a soin de bien émietter le fumier et de l’étendre légèrement couche par couche.— Le travail d’une journée de trois charrettes, ainsi employées, est de vingt-cinq charretées. — Les chargeurs sont toujours à tâche, et payés à un penny par charrette. — Cette méthode est très-bonne , parce que lorsqu’on charge les fumiers à la journée , les attelages perdent toujours du temps : ce qui est d’une grande conséquence dans une exploitation étendue. Les fumiers destinés au blé se disposent en tas, au printems, lorsqu’on met le bétail au pâturage , et on les retourne une fois dans le courant de l’été, en y mêlant de la terre qui « séjourné sous le tas ; quelquefois aussi , au lieu de retourner les tas , on conduit le fumier aux champs dans les jours de loisir, et on en forme des nouveaux qu’on mélange ordinairement de terre. La quantité de fumier qu’o« répand sur un 68 AGRICULTURE acre dépend de la disposition de la terre, de l’etendue relative des champs qu’on a à fumer, et de la quantité' de fumier qu’on possède, ainsi que de sa qualité'. —Pour les turneps, la quantité’ moyenne de fumier pur est de dix charretées; celle du compost est de quinze charretées (i). On en répand moins pour le blé, et il est ordinairement d’une qualité inférieure. Quelques fermiers fument leur trèfle , mais ce n’est point un usage ordinaire. — Quelquefois aussi on étend le fumier sur le blé en automne , mais cette méthode est rare. Lâ chaux n’est pas d’un usage général. Son prix moyen dans le district est de neuf schel- lings le chaldron de trente-deux bushels. On la répand sur les champs en culture à la quantité d’environ trois chaldrons par acre. La suie , qu’on emploie dans le voisinage des villes , se sème par-dessus le blé, au prin- (1) I.es fermiers destinent leur meilleur fumier, et le prodiguent, eu quelque sorte, à la récolte des tur- neps. Cette récolte est le fondement de toutes leurs espérances ; ils n’épargnent rien pour l’assurer. — Point de fumier, point de turneps, point de bœufs gras, point d’orge, point de trèfle, point de parc sur la seconde année du trèfle pour la récolte du blé qui doit suivre. DE NORFODK. 69 tems : il importe de bien choisir son moment. Si on la sème trop tôt, et qu’il revienne du gel, elle perd une partie de sa force ; si elle se sème trop tard , et qu’il ne survienne pas de la pluie immédiatement après, il pnroît qu’elle nuit plutôt à la réèolte. — La manière de la répandre est très-simple. On choisit un jour où le vent, à peine sensible , souffle dans le sens de la longueur des sillons. Le char qui la contient sc guide dans le même sens, contre le vent ; un homme debout sur le char la jette alternativement d’un côte' et de l’autre, et elle s’égalise très-bien. — Le char revient ensuite prendre une autre largeur dans le même sens: on en répand quarante bushels par acre. Les gâteaux de colza (1) ne sont pas d’un usage commun dans le district; mais il y .a de bons agriculteurs qui les emploient avec succès, et qui trouvent leur compte à les faire charier de la distance de sept à huit milles. Une tonne de cet engrais coûte de deux à trois liv. sterl., et suffit à trois acres. On le réduit en petits morceaux qui se sèment à la main sur l’avant- dernier des labours qui précèdent la setnaille de blé. (1) C’est la partie qui reste sous les presses lorsqu’on a exprimé l’imile de la navette ou colza. 70 ( AGRICULTURE Semailles. On ne connoît point dans ce district l’usage du semoir : on sème le ble' à la volée , ou l’on le plante. Dans le premier cas , on recouvre presque toujours le grain par la charrue , c’est- à-dire qu’on sème sous raies ; c’est là l’usage general. Le plantage du ble’ s’exécute de deux manières. On se sert ou du plantoir ou du rouleau à pointes. Ce dernier instrument est entre les mains de peu de personnes : on ne s’en sert que pour le blé, et nous y reviendrons en traitant du blé en particulier. Malgré la légèreté du sol , les fermiers ne sèment point les grains du printems lorsque la terre est ce qu’ils appellent froide et pesante. Si la température de la saison les y oblige, ils enterrent le grain à la herse au lieu de l’enterrer à la charrue. Culture et soins pendant la végétation. On ne roule guère les récoltes que pour unir le sol dans les endroits qu’on destine à être fauchés. Le sarclage ne s’emploie que pour les turneps ; mais l’arrachement de l’herbe des blés au printems est une opération qu’on ne néglige jamais. — Elle se fait à tant par acre , selon la saleté des blés : le prix varie depuis six pences jusqu’à cinq schellings. DE NOREODK. 71 On fait egalement épierrcr les trèfles à tant par acre. Moissons. Toutes les moissons se font à un prix détermine pourlasaison. Charjue moissonneur gagne de trente-cinq à quarante schellings pour la moisson entière , soit qu’elle s’expédie promptement , soit qu’elle se prolonge ; et il est nourri tant qu’elle dure. Ce dernier usage est fort à charge au fermier , parce que la coutume générale est de nourrir très-abondamment les moissonneurs. — Mais il faut avouer qu’ils travaillent en conséquence. Chaque ouvrier pour ce qui a rapport à la moisson, met la main à ce qui presse le plus. Le fermier dispose à sa volonté de tout son monde, avantage qu’il ne peut avoir lorsqu’il fait moissonner à un prix déterminé par acre. Les ouvriers sont à l’ouvrage depuis quatre heures du matin jusqu’à la nuit, hormis les heures des repas ; et à les voir agir on croiroit qu’ils travaillent pour eux.— CJn homme moissonne entre un demi-acre et trois quarts d’acre par jour. — Sans cette extrême rapidité dans le travail , il seroit difficile de comprendre comment la moisson pourroit se faire en Norfolk. La province est bornée d’un côté par des pays à blé , et de l’autre par la mer; en sorte 73 AGRICULTURE que si l’on excepte quelques ouvriers qui viennent de Suffolk et Carabridge-Shire , Norfolk est réduit à ses propres ressources pour celle operation. Les ouvriers des fabriques , lorsque la moisson presse , fournissent des travailleurs. H y a parmi les moissonneurs un usage très- onéreux au fermier , c’est qu’ils ne s’occupent absolument que de la moisson , et refusent toute autre espèce de travail ; en sorte que lorsque le tems ne permet pas de moissonner, de lier,. ou de charier , ils demeurent oisifs, au grand détriment du fermier dont ils consomment les provisions, et dont souvent la récolte de turneps souffre faute de sarclages. Nous avons déjà observé que les chars vides cheminent toujours au trot : l’avantage de cette méthode est sensible pendant la moisson. Les fermiers ont coutume de conduire eux-mêmes, le plus qu’ils peuvent , leurs chars lorsqu’ils sont chargés. Les grains se disposent en las , ou gerbiers, dans les cours de la ferme : ces tas se font avec beaucoup de régularité à prix fixe, selon leur étendue , par des gens qui en font métier. — Nous reviendrons aux détails des semailles et de la moisson , en traitant de la culture du blé et de l’orge. Ballcige et emploi des pailles. Aucun grain no se bat à la journée ; c’est toujours à prix fait pour chaque coomb, ou mesure de quatre busliels. Maigre’ l’e'tendue des granges, les ouvriers battent ordinairement seuls dans chacune ; ou s’ils battent à deux, ils se tournent le dos, et chacun frappe de son côte, comme s’d étoit seul dans la grange , sans s’embarrasser de rester en mesure avec l’autre : on ne connoît point l’usage de battre ensemble , cl en s’accordant pour frapper lour-à-tour. Les pailles ne se lient point après le battage. On ne connoît point l’usage d’aucun instrument à vanner le grain : ou Je séparé toujours de la balle en le jetant avec des pôles d’un bout de la grange à l’autre. Dans celte operation , le meilleur grain , qui est le plus pesant, va le plus loin; les grains légers, les mauvaises graines ne vont qu’à moitié chemin , et la poussière avec les e’pis rompus restent tout auprès de celui qui jette. On tâche d’avoir un léger courant d’air dans le sens opposé à celui où l’on jette , pour faciliter la séparation. Les épis rompus se dégagent ensuite de la poussière au moyen du van , et sont rabattus. — Si l’on veut garder le grain très-pur, une 74 A O R I C U L T Ü R E opération ne suffit pas, et on le rejette à l’autre bout de la grange. La graine de seconde qualité se crible , comme ailleurs, pour en séparer les mauvaises graines. Cette méthode du jet est efficace et expédi- ' tive , mais elle demande un apprentissage. Il y a un certain coup à donner pour que le grain s’éparpille en l’air , et tienne toute la largeur de la grange (1) : on se sert pour cela d’une pèle de bois creuse. Les fermiers ne conservent pas leur blé en tas ; ils le laissent dans la paille aussi long- tems qu’ils peuvent, ou s’ils ont besoin de la paille , ils laissent le grain avec la balle , tel qu’il résulte de l’opération du battage , et l’enferment ainsi dans l’intérieur des tas de padle jusqu’à ce qu’ils aient l’occasion d’en disposer. Nous avons vu que les bestiaux de différentes qualités sont séparés dans les parcs domestiques. Les vaches occupent une division , les (1) Cette méthode doit faire obtenir du blé plus pur que l’usage du van et du crible ; car le van laisse parmi le blé toutes les mauvaises graines qui ne sont pas très-légères, etle crible ne débarrasse point des graines qui ont un diamètre égal à celui d’un grain de blé. Ici deux graines qui ne se trouvent pas égales, à la fois en masse et en volume, éprouvent en l’air des résistances inégales, et ne vont pas à la même distance. DE N O R F O E K. 75 veaux d’un an une seconde, les bêtes de deux ans une troisième , et lorsqu’on donne les tur- neps dans les cours, il y a une quatrième division pour les bestiaux qu’on engraisse. On donne la paille aux bestiaux soit par tas, soit dans des crèches, et ordinairement pour les bestiaux qu’on engraisse , on l’e'tend par tout l’enclos. En gênerai, les fermiers de Norfolk parois- sent prodiguer la paille , surtout à l’entrée de l’hiver, où ils la répandent souvent avec profusion dans les cours 5 mais c’est par système , et non par négligence : ils trouvent que les fumiers pailJeux sont meilleurs, surtout s’ils sont faits avec des bêles grasses , et ils regardent en quelque sorte comme perdu, quant au fumier, tout ce qu’on fait manger de paille aux bestiaux. Marchés. La province de Norfolk est singulièrement bien située pour les débouchés de ses denrées. Les manufactures de Norwich produisent une consommation intérieure , très-régulière , tandis que Yarmouth , Lynn et les petits ports enlèvent le surplus. Smithfield est le grand marché pour les bêtes à cornes et les moutons. L’orge se vend dans les ports de mer 5 la plus grande partie des blés 7^ AGRICÙLTEKE superflus s’achète parles meuniers, et la farine s’exporte principalement à Londres. Le marche de Norvrich , cpii pour l’abondance et la propreté est le premier du royaume, est entièrement fourni de viandes par les fermiers d’alentour jusqu’à i5 et ao milles de distance. Les bœufs seuls sont conduits en vie dans ce marche ; les autres viandes et les volailles s’y apportent toutes prépare'es. Le marche' des grains est très-conside'rable à Norvrich; mais l’appareil n’en est pas frappant, parce que les ventes se consomment dans les auberges. La Yare écoule vers Yarmouth tout ce qui est destiné à Londres ou à la Hollande. North-Waîsham est le principal marché du district qui nous occupe. Il y a une singularité assez remarquable dans la tenue des marchés de grains, c’est que les fermiers ne s’y rendent jamais qu’après-midi : ils trouvent divers avantages dans cette coutume. Ils ne quittent la maison qu’après avoir mis leurs gens à l’ouvrage de l’après-dîner, et avoir vu sortir leurs charrues, lis économisent le tems d’une demi - journée ; ils ont moins d’occasions de débauche de table dans un letns plus court, et plus de sang-froid pour les marchés à faire que s’ils éloienl hors de la maison dès le malin. DE NORFOLK. 77 Si l’on excepte la foire de St. Faith , les foires de Norfolk ne sont pas très-considérable. — Tout ce qui tient aux proee'dés des achats et ventes dans les foires et dans les marches, est ordinairement l’e’cueil dés agriculteurs qui n’ont pas été élevés aux travaux de la culture. Ils manquent ou d’affabilité', ou de connois- sance des manières de gens de campagn», pu d’un certain courage qu’il faut avoir pour se mettre à leur unisson. C’est cependant une partie très-importante, et dont nous nous occuperons ensuite. Le Blé. 3.° La variété’. Pour donner une idée bien nette de tout ce qui concerne la culture du blë en Norfolk, il convient d’examiner : 2 . ° La qualité du terrain qu’on lui destine de préférence. 3. ° La récolte à laquelle il succède. 4. ° La préparation de la terre. 5. ° La manière de fumer. 6 . ° Les semailles. 7 . " Les soins pendant la végétation. 8 . ° La moisson. g.°, L’engrangeage, battage, etc. 10 .° Les marchés du blé. r 78 agriculture La variété généralement préférée en Norfolk, c’est le blé rouge, ( red-wheat ). — Il passe pour plus pesant qu’aucun autre. II ne paroît cependant point tel à la vue; car son grain est long et étroit, et beaucoup plus semblable au seigle qu’à un blé bien n-ourri. Une autre variété s’est introduite, et prend maintenant assez de faveur, parce qu’elle passe pour rendre davantage , c’est le blé de Kent , à balle blanche. ( Kentish white cos/i ). — Le grain est gros et rouge , mais son enveloppe est blanche , et ressemble beaucoup à celle du blé de velours ( ve-lvet wheat) de Surrey et de Kent. — Les meûniers commencent à l’estimer à peu près autant que le blé rouge. Il y a une circonstance remarquable par % *1 rapport à la culture de ce blé : c’est qu’il éprouve des modifications successives qui le rapprochent du blé-rouge , auquel il devient enfin absolument semblable au bout d’un certain nombre d’années , malgré les soins qu’on apporte à le cultiver dans t^es champs séparés (1). (1) Si celte expérience a été bien faite , elle tendroit à prouver l’influence du sol et du climat pour établir les variétés ; mais n’est-il pas probable que ces chan- gemens successifs s’opèrent par l’influence de la poussière fécondante du blé-rouge, qui est eu beaucoup 1 *1. DE NORFOLK. 79 En Norfolk, comme ailleurs , quelques fermiers sèment leble' en toute espèce de terrain, mais lorsque la moisson arrive , ils trouvent souvent qu’il leur eût été plus profitable d’avoir une belle récolté d’orge qu’une demi- récolté de ble'. Les terrains très-lègers occupent principalement la partie Nord du District. Là, les plus, judicieux d’entre les fermiers destinent principalement leurs terres à l’orge : il s’y sème beaucoup moins de ble que dans la partie Sud- Est et Sud , où le terrain est plus pesant. La rotation régulière d’une bonne culture ramène invariablement le ble' après la seconde anne'e des prés artificiels , et l’on peut calculer qu’environ les neuf-dixièmes de tout le ble' qui se cultive en Norfolk, se sème sur les trèfles (1) rompus à la seconde anne'e. Nous avons déjà vu que quelquefois le cours plus grande quantité dans le pays , et qui peut-être a plus d’activité : on sait que le voisinage des lfomens barbus altère la qualité des blés-mottets ou raz ; et que si l’on ne sème pas ces deux variétés dans des champs suffisamment distans les uns des autres , les derniers deviennent barbus au bout d’un certain nombre d’années. (1) Le trèfle est presque toujours mêlé de rye-grass (Lolium perenne). iNous verrons ci-après les qualités du rye-grass. AGRICULTURE 8o se trouve dérangé par un accident impre'vu , ou que le Fermier , pour bien purger sa terre de mauvaises herbes, donne une jachère d’été avant le bîe’ : quelquefois aussi on sème le blé sur le trèfle rompu à la première année , ou sur le blé-sarrasin enterré à la charrue , ou aprèsles pois, le blé-noir recueilli, ou les turneps* La préparation de la terre varie selon la nature et l’état des champs, l’espèce de récolte qui a précédé , les circonstances de la ferme et le jugement du fermier. La méthode la plus générale est de faire une jachère tardive sur la seconde année du foin artificiel (1). Lorsque le foin çst rare , on sème quelquefois sur un seul labour : Lorsqu’on plante le blé c’est encore sur un seul labour; mais pour semer à la volée , c’est une méthode défectueuse dans le terrain de Norfolk , quoiqu’elle soit excellente dans d’autres parties du royaume. La jachère tardive (Backward Summerly ) se travaille de différentes manières. (i) Cela signifie qu'un trèfle mêlé de rye-grass, semé au printems de 1796, devroit, dans cette méthode, être rompu au milieu de l’été 1798 , pour qu’on eût le tems de donner deux ou trois façons à la terre avant les sema,illcs, comme cela est indiqué ci-après. Quelques DE NORFOLK. 8l Quelques fermiers ne labourent que deux fois. Us donnent la première façon très-superficielle. Lorsque le gazon est consume' , ils hersent en travers , et répandent le fumier j puis ils labourent à toute la profondeur que comporte la charrue ; en relevant le sol par billons ou planches, pour semer sur la superficie du terrain. Mais cette méthode n’est guère* que celle des fermiers ne'gligens. D’autres donnent trois labours : le premier superficiel, le second de toute la profondeur de la charrue , et le dernier de profondeur moyenne. Ce dernier labour enterre la semence re'pandue auparavant sur le guéret : c’est semer sous raies . Mais ce n’est pas encore la méthode de cçux qui excellent dans leur art, et qui aspirent à de très-belles récoltes. Voici les soins que le cultivateur habile donne à ses semailles. Après que ses foins artificiels de seconde année ont achevé d’engraisser ses bestiaux , et nourri ses chevaux et ses vaches pendant la première partie de l’été ; après que ses foins artificiels de première année ont été fauchés , et lorsque les pièces qu’ils occupent sont prêtes à recevoir son bétail (1), le fermier commence (i) Pour entendre ceci, il faut savoir crue les prés Tome i. P 82 AGRICULTURE à rompre ses vieux trèfles (1), le plus superficiellement qu’il peut , et prenant pour cela l’occasion d’une petite pluie , s’il est possible. La terre reste dans cet état jusqu’après moisson $ et lorsque les grains sont resserrés, et les attelages moins occupés, le fermier fait berser en travers , et laboure pour la seconde fois , également en travers , à toute la profondeur de la charrue. Il conduit ensuite ses fumiers. Après les avoir répandus, il herse ; puis immédiatement après il enterre l’engrais par un labour superficiel. — L’effet de ce troisième labour est admirable. Il mêle intimement le sol et le fumier ; il coupe et pulvérise la surface durcie du guéret; il enterre et étouffe les mauvaises herbes qui avoient résisté aux deux premières façons , et rend la terre aussi moelleuse qu’elle l’est après une jachère d’été. Le sol reste dans cet état jusqu’au tems des artificiels qui sont à leur seconde année, ne se fauchent presque jamais, et que ceux de la première année ne se fauchent qu’une fois, au plus. Les fermiers trouvent qu’il y a plus de profit à les faire pâturer, comme nous le verrons à l’articie des foins artificiels. (i) On peut à peine les appeler trèfles à la seconde année, parce que le r/t-gta&t a absolument pris le dessus. t DE NOKFODK. 83 semailles. Alors on herse , on roule, on sème et on dispose le champ en sillons su planches, de la largeur qui convient le mieux au sol ou au goût du fermier. Les sillons de six traits de charrue sont les plus ordinaires , mais il y a de "très-bons cultivateurs qui disposent leurs* champs pour le ble' en bdJons de quatre traits , et d’autres en planches de dix traits de charrue. La méthode des sillons de six raies de charrue est celle dans laquelle les laboureurs de Norfolk excellent particulièrement. Ces sillons se forment d’ordinaire avec trois charrues qui travaillent à la fois. La première entame le sillon, ou fait la première raie , la seconde charrue suit dans le même sens, et la troisième achève le sillon (1). — Quelquefois une partie du (1) Il faut ici quelqu’explication à ceux de nos lecteurs qui ne connoissent que les labours à plat, exécutés avec la charrue à tourrte-oreilles. On appelle labourer à sillons relevés, l’opération par laquelle on dispose la surface d’un champ en planches parallèles , bombées en dos d’àne, et dont la largeur varie selon la fantaisie du cultivateur ou la nature du champ. Ces espaces compris entre deux raies se nomment billons lorsqu’ils sont fort étroits, sillons ou planches lorsqu’ils sont plus Lu ges. Si ce travail se fait avec une charrue à une oreille mobile, on la met à droite et ou ne la change point; s’il se fait avec une charrue à 84 AGRICULTURE revers du premier trait , ( c’est-à-dire de la terre que le premier trait de charrue a reri- i ■ • - - -- - -- lourne-oreilles, on les dispose pour jeter toujours la terre à droite. Le laboureur entame son sillon par le centre. Parvenu au bout du champ il tourne à droite , et fait un second trait'de charrue qui recomble en partie le premier. Il tourne encore à droite pour faire le troisième trait, qui non-seulement achève de combler le premier, mais fait une accumulation de terre en forme d’arrête. Le.laboureur continue ainsi à tourner autour de son premier trait, jusqu’à ce que son sillon ait la largeur qu’il veut lui donner. Ce sillon étant achevé, et bordé de côté et d’autre par deux raies vides, le laboureur entame le sillon voisin de la même manière , par le centre. — On conçoit que cette manière de disposer les champs a ses avantages et ses inconvé- niens ; elle empêche le séjour des eaux de l’hiver, si nuisibles aux blés;, elle donne plus de fond aux terres qui en manquent ; et en augmentant la surface, elle augmente aussi les influences de l’atmosphère. Mais d’un autre côté, si les eaux séjournent dans les raies il n’y croît absolument rien ; si l’on suit la méthode de Norfolk on n’y sème rien, et dans les deux cas il y a du terrain de perdu, car l’augmentation de surface n’augmente pas le nombre des plantes, et il faut encore remarquer que le blé n’est pas vigoureux dans les parties qui bordent immédiatement les raies, parce que la terre , accumulée au centre du sillon, manque par conséquent dans les bords.— Dans les tçfres fortes, et les champs plats qui retiennent les eaux, on est, en quelque sorte, forcé de labourer à sillons relevés, et de sacrifier une partie des plantes que pofirroit pro- DE NOKFOEK. 85 versée ) retombe dans la raie : cela arrive lorsqu’on fait passer le cheval de droite dans la raie ouverte ; si l’on fait passer le cheval de droite un peu à gauche de la raie ouverte , celle-ci reste telle jusqu’à ce que la seconde charrue vienne la combler ; le sillon s’en trouve un peu plus large , et l’ouvrage va plus vite , mais la première méthode remue mieux le sol , et distribue la semence plu$ egalement (1). Les chevaux de la troisième charrue sont sépares par une pièce de bois qui les force à se tenir écartes , de manière que ni l’un ni l’autre ne marchç dans la même ligne que suit le soc , et que le laboureur voit devant lui, entr’eux deux , et juge très-bien de la direction qu’il doit suivre. C’est ordinairement le plus habile des trois laboureurs qui est chargé de celte troisième charrue , ,parce qu’il y a beaucoup d’art à achever proprement le sillon. — Lorsqu’on laboure à sillons de quatre traits , l’ouvrage se fait avec deux charrues , et de la même manière. du'ire le soi pour assurer le succès des. autres; mais dans lc4 to res légères , qui absorbent aisément les eaux, ou ne conçoit pas ce qu’on peut gagner à cette méthode : il fout cependant se garder de condamner légèrement des cultivateurs aussi éclairés que ceux dont, nous examinons ici la pratique. (i) Voyez ci-après la semaiile. 86 i 5 K I C Ü 1 T ü H E Dans ce travail les laboureurs prennent le trait de la charrue fort étroit ; car un sillon de six traits (fait en laissant repasser le cheval de droite dans la première raie ) n’a que 44 ou 45 pouces Ànglois de largeur : ce qui revient à sept pouces de France pour chaque trait. Lorsqu’on sème sur un trèfle rompu à la première année (î) , on ne donne ordinairement qu’un labour. Après les pois , on donne depuis un jusqu’à quatre labours, et on pre'pare le sol comme lorsqu’on sème après les foins de seconde anne'e. Après le blé-sarrasin recueilli, on est géné par le tems. On ne donne guères qu’un labour ou au plus deux. Si l’on n’en donne qu’un , on répand le fumier sur le chaume du blé-noir, on sème sur lé fumier, puis on enterre le tout à la charrue , en formant des sillons comme nous avons vu. — St l’on donne deux labours, on commence par mener le fumier , qu’on enterre par un labour superficiel ; on herse ensuite , on passe le rouleau (a), on sème et on relève la terre en sillons. (i) C’est-à-dire , lorsqu’on rompt au mois d’Octobrc ■an trèfle semé dix-huit mois auparavant. (a) Il pareil que l’opération du rouleau, entre cellg B E N O R F O B K. 87 On remarque un inconvénient sensible dans la me'thode de faire succéder le ble' au ble'-noir recueilli. Les grains de celui-ci qui se sont répandus en le moisonnant, et que la charrue a enterres , végètent au printems suivant , et nuisent au blé. D’ailleurs , si les corneilles s’arrêtent en nombre dans le pays , elleà viennent arracher les plantes du blé-noir , et en même tems celles du blé , de manière à laisser de grandes places vides. Les bons cultivateurs font grand cas de la méthode de semer le blé sur du blé-noir enterré ; et ils en exécutent Jes procédés d’une manière supérieure. —Ils fixent entre les roues de la charrue une espèce de vergelle de branchage , qui couche le blé-noir à mesure qvie la charrue avance. Si le blé-noir est très-haut et très-épais , et que les roues de la charrue se soulèvent, on la fait précéder d’un rouleau qui le couche à plat sur le sol, de manière qu’on voit à peine une fleur paroître sur toute l’étendue du champ quand la charrue y a passé.— Quelquefois on herse et roule après ce labour; mais la meilleure méthode est de laisser la sortie la herse et la scmaille, est surtout destinée à préparer un recouvrement très-uniforme du grain, en rendant la surface du champ parfaitement unie avant le dernier travail de la charrue. ■*4t" 88 AGRICULTURE face du champ dans l’e'tat où la charrue Ta mise. — Dans les deux cas on laisse le blé- noir se consumer jusqu’après la moisson. Alors ou recoupe en traders par un profond labour; et lorsque le moment de semer est arrive', l’on herse, roule, sème et forme les sillons comme cela est explique ci-dessus. Il est rare qu’on sème en Norfolk sur une jachère c’est ordinairement par les turneps qu’on la remplace. Cependant lorsqu’un champ, a été e'puise' par une mauvaise gestion., c’est- à-dire , par des récoltés de grains trop frë-r quentes , lorsque les mauvaises herbes y sont en très-grande quantité' les habiles fermiers estimentqu’une jachère complète estune bonne méthode pour remettre la terre en e'tat. —-Les procèdes qui précèdent la semaille sur une jachère sont les mêmes que nous avons vus pour l,a jachère tardive. Lorsqu’on sème le blé après les turneps on ne laboure guères qu’une fois, à une profondeur moyenne : on sème sur le guère t, et on recouvre la semence à fa herse. Cependant s’il y a beaucoup de mauvaises herbes (comme Cela arrive lorsque la récolte de turneps a été négligée ) on les enterre par un labour léger-,, puis on recouvre la semence pat; le dernier- labour qui forme les sillons,. DE NOHEODK. 89 Maigre l’habileté, les soins actifs, l’économie judicieuse d’un grand nombre de fermiers de Norfolk, relativement à la culture du Lie , si l’on considère en masse les fermiers du pays , ils le cèdent pour cette culture à ceux de quelques autres provinces., et particu- fièrement du Comte' de Kent. C’est surtout par rapport à la culture de l’orge que les fermiers de Norfolk sont re'pute's les plus habiles de l’Angleterre, n Les terrains qui ont e'te' récemment marnes ou couverts d’argille , ne demandent aucun engrais , non plus que ceux qui ont e'te' fumés par les turneps, à raison de l 5 ou 20 charrettes par acre. Les prés artificiels qui ont reçu le parc des bêtes à cornes en automne, et qui ont e’te' pâturés l’e’té suivant, sont dans le même cas. Dans les terres riches, où les blés sont sujets à ne donner que de la paille , quelques fermiers judicieux mettent le fumier sur le jeune trèfle , en sorte que son action a le tems de s’amortir avant le blé , qui, sans cette précaution, devient trop épais. Mais l’usage général c’est de répandre le fumier sur le guéret. Dans les cas où l’on sème après un seul labour, on met le fumier avant de labourer. Enfin on le répand quelquefois sur le guéret, et on le mêle % la herse, en même tems qu’on recouvre le ACRICÜLTÏÏIE 9 ° grain. — Voici la manière la plus judicieuse dé faire cette distribution du fumier , en suivant le dernière méthode. — On laboure les'quatre raies du milieu de chaque sillon ; puis les charrettes qui portent le fumier passent dans la longueur de ces bandes laboure'es , en les laissant entre les deux roues. On décharge le fumier par petits tas, sur les bandes labourées ; on achève les sillons, puis l’on étend le fumier. On conçoit que cette manière soulage les chevaux , et n’a pas l’incoinvénient de gâter le guéret. Dans les années pluvieuses , en particulier , il y a beaucoup d’avantage à employer ce moyen. On met ordinairement moins de fumier pour le blé que pour les turneps. Huit à dix charrettes, à trois chevaux par acre , est réputé une quantité suffisante. Les semailles de Norfolk se commencent très-tard. Un cultivateur bien orthodoxe ne songe jamais à commencer ses semailles avant la foire de St, Failh, qui se tient le 17 Octobre. Les neuf-dixièmes des fermiers commencent à cette époque, et les semailles durent jusqu’au mois de Décembre : quelquefois même jusqu’à Noël. Cependant le plantage fait exception. La seconde semaille d’Octobre est réputée le moment le plus avantageux pour planter le blé. DE N O R F O Tj S. 91 La raison que les fermiers donnent pour semer si tard, en comparaison d’autres Comtes à terres légères , c’est que leurs ble's semés de bonne heure sont sujets à taller avant l’hiver , et à donner plus de paille que de grain , tandis qu’ils observent le contraire dansles ble's semés tard, surtout pourles terres re'cemmentmarne'es. Cette dernière circonstance peut servir à expliquer la méthode de semer si tard. Cette méthode a été transmise de père en fils depuis deux ou trois cents ans. Tout le pays étoit marné alors , si l’on en juge par le nombre d’anciennes marnières que l’on voit encore. La marne a perdu aujourd’hui une partie de son efficacité , et il conviendra peut-être de modifier sur ce point le système de Norfolk. Quelques cultivateurs intelligens commencent à le sentir , et reviennent à un usage qui paroît plus raisonnable. La préparation de la semence consiste à tremper le grain dans l’eau salée, et à le saupoudrer ensuite de chaux. Celte préparation, destinée à prévenir la carie , ne réussit pas plus infailliblement en Norfolk qu’aillcurs ; on y voit aussi des laies cariés. Quelques cultivateurs se vantent de prévenir la carie avec certitude, en faisant dissoudre une grande quantité de sel dans très-peu d’eau, en hu~ AÇRICütTUllE 9 2 t nsectant le blë de semence avec cette dissolution très-chaude , et en le saupoudrant de chaux vive. —*■ Si l’on en croit ceux qui vantent ce procède’ , non-seulement il prévient la carie , mais si l’on sème du blé carié , ou infecté de la poussière de la carie , eu donnant cette préparation , on obtient du blé presque sain l’année suivante ; la répétition du procédé se donne plus pür encore l’année d’après $. et à la troisième récolte on n’y voit plus un seul grain de carié. L’efficacité de cette méthode n’est passuffisammentprouvéej et les cultivateurs-pratiques savent fort bien avec quelle défiance on doit recevoir les secrets de cette espèce. Le plantage du blé, tel que nous l’avons décrit ci-devant, gagne d’année en année dans ce Comté ; mais ce qu’il y a de remarquable , c’est, que le semoir y est à peine connu, quoique le sol soit merveilleusement propre à, son usage. Nous avons déjà vu que , pour tout ce qui se sème à la volée , la méthode d’enterrer le grain à la charrue est la plus estimée. Voici comment cela s’exécute. Lorsque le champ a été hersé et r.oulé , le premier laboureur marque les divisions pour le semeur : c’est-à-dire qu’ij divise tout le champ DE NORFODK. 9 5 par bandes d’environ seize pieds anglois de large. Il marque ces raies avec le talon de la charrue*, et sans laisser entrer le soc dans la terre. De celte manière le semeur ne peut pas se tromper , et mettre dans un endroit à double ce qui manque dans un autre , comme cela arrive quelquefois avec la méthode ordinaire des branches plantées, lorsque le semeur n’y porte pas la plus grande attention. Si l’on veut faire les sillons de six traits de charrue , le semeur sème d’abord les deux tiers du grain à la volée ; il en sème un peu moins des deux tiers lorsqu’on veut disposer lé champ en sillons de quatre traits. — Ensuite le premier laboureur entame le premier sillon, ( par le centre comme nous l’avons vu.) et dans le même sens que les bandes tracées , mais sans se régler du tout sur leur largeur , qui n’a aucun rapport qu’à la première opération du semeur. La seconde charrue suit, et après elle le semeur qui répand l’autre tiers du blé dans la raie qu’elle ouvre , et que la troisième charrue recomble en achevant le sillon. — Si ce sont des sillons de quatre raies, on sème le reste du blé dans les deux raies que fait la première charrue (]). (i) Cette opération paroît compliquée) elle est très- g4 agriculture Trois charrues répondent à un semeur, et font environ trois acres par jour. Il y a encore une modification de la semaille du sillon à quatre traits : c’est de semer la moitié’ de la semence après le rouleau 5 puis de faire le dos du sillon très-large} de manière que les revers des deux premiers traits se tou- difficile à comprendre pour ceux qui ne l’ont pas vu pratiquer; enfin, on a peine à concevoir, après en avoir saisi le mécanisme, comment elle remplit l’objet de bien égaliser la semence ; mais il faut considérer que le but de ce travail est de distribuer la semence convenablement plutôt qui également ; c’est-à-dire, de faire en sorte qu’il s’en trouve un peu moins dans la partie la plus haute du sillon, où le fumier et la terre rassemblés par la charrue donnent plus de moyens à une végétation forte, et favorisent le tallement des plantes ; car il est certain que la troisième charrue qui jette à droite , en même tems que la terre qu’elle soulève, toute la partie du blé déjà semée dans la direction de son trait, accumule ce blé sur le trait même ' dans lequel le semeur vient de répandre le reste de ce qu’il destinoit au sillon ; en sorte qu’il semble devoir lever plus épais sur le second trait de chaque sillon; mais comme cela s’égalise ensuite , par la raison ci- dessuS, la méthode n’est pas moins bonne. — Quant à la complication, il est probable qu’elle n’est qu’apparente, puisque ces cultivateurs, si éclairés, qui con- noissent toutes les autres manières de semer, trouvent eelle-là préférable. y DE NORFOLK. g5 client à peine , de répandre ensuite le reste de la semence dans les deux premières raies ouvertes , et de la recouvrir par une seconde charrue qui prend un trait fort étroit. De cette manière le ble' lève très-égal , et le sillon est presque aussi large que s’il étoit de six traits. Nous ne nous arrêterons pas ici sur la pratique du plantage du blé que nous avons décrite ailleurs. Nous observerons seulement qu’on y emploie quelquefois un rouleau à pointes, assez semblable à celui dont on fait usage pour pulvériser les mottes de terre sur les champs , mais qui en diffère en ce que les pointes sont recourbées de manière à laisser un trou net en ressortant de terre. — Lorsque le sol est sec , précisément au degré convenable, cet instrument remplit bien son objet j mais pour peu que la terre soit humide , elles s’attache entre les pointes et les rend inutile. C’est là un grand inconvénient, parce qu’il est rare que dans la saison des semailles la terre soit assez sèche pour qu’bn puisse l’employer commodément. On ne sème guères moins de trois bushels par acre (1), sans égard pour la saison où l’on (i) Cette quantité est fort supérieure à la moyenne, trouvée par Arthur Young [six manths tour), qui est t g6 AGRICULTURE sème. Cela explique jusqu’à un/Certain point le defaut de succès dans les blés semés de bonne heure ; car les deux bushels semés au milieu de Septembre , équivalent peut-être à trois bushels semés au milieu de Novembre. Or, si l’on en sème trois en Septembre, il n’est pas étonnant que le blé ait une très-belle apparence en hiver et au printems -, mais les plantes trop serrées ne peuvent acquérir toute leur iorce , èt les épis sont avortés. Les soins qu’on donne aux blés pendant le 'cours de la végétation se réduisent à arracher l’herbe au printems , et à y passer le rouleau pour raffermir les plantes que la gelée peut avoir soulevées. Quelquefois on emploie la houe pour sarcler les bords des sillons lorsque les plantes y ont souffert de l’hiver et des eaux ; mais ce procédé n’est pas général. Dans les années ou le fourrage est très-rare, on fait quelquefois pâturer les blés aux moutons dans les mois de Mars et d’Avril : quelquefois même on y fait paître le gros bétail , de deux bushels et un pech, c’est-à-dire une once de blé pour vingt pieds de France de surface. A raison de trois bushels par acre, un once de blé ne couvre qu’en- viron quinze pieds de France de surface. Nous traiterons à part, et avec détail, l’important article de la quantité de là semeuse plus «ouvenable au succès. aî mais CE ÿr O R F O X, K. §7 Riais celle méthode n’a pour but que de trouver un secours provisionnel,pour la nourriture des bestiaux , et non l’utilité dont elle pourroit être dans les cas où les blés sont trop épais. La moisson se fait tard en Norfolk , parce que le climat est plus tardif que dans les provinces plus au Sud ; d’ailleurs , avec le grand nombre de petits enclos bordés de haies et d’arbres, ilseroit difficile que le blé ne souffrît £>as s’il venoit à recevoir des pluies après qu’il est coupé, si l’on n’avoit pas attendu la parfaite maturité pour moissonner. Ce n’est donc que lorsque le blé est très-mûr qu’on commence la moisson. C’est rarement à tâche , ainsi que nous l’avons déjà observé , que la moisson se fait : chaque fermier se pourvoit du nombre d’ouvriers qui lui est nécessaire. On le scie , ou moissonne à la faucille , presque partout : cet instrument est souvent fait en façon de scie , quelquefois simplemènt aiguise. Dans les champs bidonnés à quatre traits de charrue, chaque homme prend son billon. Quelquefois chaque ouvrier lie le blé à mesure qu’il le moissonne ; mais ordinairement ils travaillent deu« à deux. Le premier Tome i . G * » AGRICULTURE 9 § moissonne et le second lie la gerbe (1). Lorsque les moissonneurs travaillent seuls, ils poussent devant eux avec les pieds le blé coupé, jusqu’à ce-qu’il y en ait de quoi faire une g;erbe ; ils s’arrêtent alors pour la lier. On ne s’attache pas à faire les gerbes très-égales; elles «ont liées assez lâche parle centre. On les rassemble ensuite en certain nombre sur le champ , eu les disposant debout et serrées , les épis en haut, et en les recouvrant d’une gerbe, comme pour empêcher l’air d’y pénétrer. — Lorsque le blé est haut ? ou laisse au chaume depuis dix-lmit pouces jusqu’à deux pieds de longueur. — Un ouvrier moissonneur coupe avec la faucille , entre un demi-acre et trois quarts d’acre par jour , selon l’épaisseur du blé. Si les tas reçoivent la pluie , on saisit le premier moment du soleil pour séparer les gerbes :■■■- - V J; ( 1 ) Ce sont de petites gerbes de quinze à vingt liv. — Ceux qui s’élonneroient de voir ainsi lier le- blé au moment où l’on le moissonne, doivent réfléchir i. Q qu’il est extrêmement-mur; a.° qu’il est eu‘général exempt Vie mauvaises herbes, dont la présence pparmi la paille, empêche surtout le blé de sécher; 3.^ qu’on laisse le xliaume très-long^ parce, qu’on l’enlève ensuite pour le réduire en fumier), ce qui contribue encore à maintenir la moisson exempte de'mauvaises graines. ! DE NORFOEE. et les laisser exposées debout à l’action de l’air. Ce ri’est point là une ope'ration lente et embarrassante; elle est d’autant plus convenable que les gerbes serrées les unes contre les autres, comme elles le sont dans le tas, ne peuvent recevoir le bénéfice de l’action de l’air. Chaque paroisse reserve ses champs à ses pauvres pour le glanage , ce qui met les fermiers à l’abri d’ètre vexes par des bandes de glaneurs, qui, dans d’autres comtes, voyagent de paroisse en paroisse : on ne permet guères de glaner que lorsque la moisson est enleve'e. Autrefois le blé étoit en entier réduit dans les granges qui , comme nous l’avons observé, sont très-spacieuses ; mais depuis quelques années on a introduit l’usage de conserver l@ blé en tas, dans les cours de la ferme. La manière la plus ordinaire de tirer parti des chaumes , c’est de répandre dessus des tur- neps en automne , et de les faire manger ainsi aux bestiaux qu’on engraisse. Lorsque le chaume a été suffisamment foulé et Itiêlé de fiente , par le séjour de oes animaux sur les champs, on le rassemble avec deux herses réunies, et on le conduit dans les cours de la ferme , où il est converti en fumier. Comme la paille de blé a un pri* moins haut en Norfolk, à cause de l’usage général I lOO AGRICULTURE des roseaux pour couvrir les toits, on ne se donne pas la peine de la soigner en battant le blé , ainsi que cela se fait dans quelques endroits ; mais on la mêle et l’amoncelle , à la fourche , après avoir battu. Nous avons de'jà examine l’article des marches dans les objets generaux ; il faut observer encore qu’il se convertit en farines une très- grande quantité de blé , dans le district , pour l’exportation. Les ruisseaux très-nombreux, multiplient les moulins à eau, et on fait en outre un grand usage des moulins à vent. U Orge. Nous diviserons ce sujet comme le précé- dent , et nous considérerons , i.° La variété ; а. ° La qualité du terrain qu’on destine à l’orge ; 3. ° La récolte à laquelle elle succède ; 4. " La préparation de la terre; 5. ° La manière de fumer ; б . ° Les semailles ; 7. 0 Les soins pendant la végétation ; 8 .® La moisson; g.° L’engrangeage , battage , etc. lo.° Le marché. La variété qui prévaut, et es quelque sorte DE NORFOIiK. loi Ja seule cultivée en Norfolk , est Forge commune à longues barbes ( hordeum vulgare ). Le sol de Norfolk est particulièrement propre à cette culture. Le terrain , même le plus léger, s’il est en bon e'tat, donne de l’orge assez belle; et les terres les plus fortes du district ne le sont pas trop pour ce grain, qu’aucune partie de l’Angleterre ne produit d’aussi bonne qualité' , et que tous les cultivateurs du royaume tirent de cette province pour renouveler leurs semences. Dans le cours de la routine ordinaire l’orge succède au ble' ou aux turneps ; et dans quelques fermes de terrains très-légers on la sème au lieu de blé après les foins artificiels de seconde année. Lorsqu’on la sème après le blé , la préparation du terrain se fait comme suit. — On fait manger des turneps aux bêles à l’engrais , sur le chaume qu’on veut enterrer. Lorsque ce chaume a été suffisamment foulé et mélangé de fiente d’animaux, c’est-à-dire vers le commencement de Décembre, on donne un labour léger en refendant les sillons. — Au commencement de Mars on passe la herse , puis on donne , en travers , un labour profond; ou si le terrain est pesant et le lems pluvieux , l’on forme de nouveau les sillons 102 AGRICÏÏITUUE t tels qu’ils l’étoient l’annëe precedente. En Avril on passe la herse; on laboure à toute profondeur, dans le sens des sillons , en formant des planches de cinq jusqu’à dix pas de large ; puis lorsque le moment de semer est venu, on herse, on passe le rouleau, on sème, , puis on enterre la semence par un labour léger en refendant les planches ou sillons. Lorsqu’on fait succéder l’orge aux turneps, on donne ordinairement un labour aussitôt qua ceux-ci sont enlevés. Si c’est dans l’arrière- automne, ou la première partie de l’hiver, on donne un demi-labour; si c’est à la fin de l’hiver on donne un labour plein ; mais dans ce dernier cas chaque fermier a sa méthode. Quelquefois on sème sur ce seul labour en enterrant la semence à la herse ; mais plus ordinairement on donne trois labours, et il arrive souvent que tous trois se donnent dans la même semaine. Ces labours donnés ainsi coup sur coup pa- roisseul peu raisonnés; car les mauvaises herbes enterrées n’ont point le tems de pourrir, les mauvaises racines ramenées sur la surface n’ont point le tems de sécher j les mauvaises graines n’ont pas le tems de germer, et enfin une partie de l’humidité du sol (humidité précieuse à conserver dans un terrain aussi léger) s’évat» io 5 B É N O R F O Z. K. pore par ces labours répétés. Mais comme c’est la pratique des plus habiles fermiers, et que le succès la justiGe , pn peut être bien sûr qu’ils ne perdent pas, de gaîte’ de cœur, lé travail de deux labours et de deux hersages. Les cultivateurs du pays entendent merveilleusement la culture de l’orge ; ils savent très- bien que les radicules délicates de cette planté ne peuvent pénétrer, et faire, dans les premiers tems, les progrès nécessaires si le sot est compacte et froid. Ils s’efforcent donc de rendre la terre aussi meuble qu’il est possible, et de la convertir en quelque sorte en poussière. Ils donnent quelquefois, dans ce but, un quatrième labour, surtout si la saison est pluvieuse (i). Le prinlems tardif de 1782 éprouva leur savoir faire ; plusieurs champs furent sillonnés deux fois par bilions étroits de deux traits seulement, exposant ainsi beaucoup de surface à l’action de l’air : en sorte que deux ou trois (1) Pour assurer ainsi ries récoltes considérables par des labours multipliés, il faut une charrue qui, comme celle de Norfolk , laboure au moins 80,000 pieds de France de surface par jour. Il est aisé de sentir de quel prodigieux avantage seroit l'adoption d’une telle charrue dans tous les terrains qui en comportent l’emploi. ■J 10-4 , A&RICÜLTURE jours de beau tems suffisoient pour qu’on put semer, et que le sol s’ameüblissoit comme des cendres au dernier labour. Ces précautions pour l’ameublissement du sol, s’appliquent de même à la préparation de - la terre lorsque l’orge succède au ble' ; mars elles n’y sont pas tout-à-fait aussi necessaires ‘dans ce cas, parce que le chaume et les racines, encore mélanges parmi la terre , la tiennent tin peu soulevée , et plus pénétrabie par les radicules de la jeune plante. — Ceci peut servir à expliquer le fait très-singulier de la supériorité presque constante de l’orge qui succède au blé , sur l’orge qui suit les turneps. Lorsque l’orge suit un foin artificiel on rompt en automne, et le so! est ensuite traité comme quand Forge suit le blé. On ne fume guères pour Forge , à moins qu’elle ne succède à un foin artificiel : on la traite alors quelquefois comme ou feroi-t le blé qui succède au trèfle.—Lorsque Forge su>t les turneps elle n’a pas besoin d’c-ngrais. Si le blé précède la récolte de Forge, et a été fumé, celle-ci n’en a pas besoin ; et lorsque le blé n’a pas été fumé , on hasarde îa recolle de Forge sans engrais, parce que les turneps qui la suivront remettront le terrain : quelquefois on saisit ce moment pour répandre de la maru® ■rendant l’hiver. / DE N O R F O Ii K. lo5 Les semailles de l’orge se font tard; elles ne commencent guères avantle milieu d’Avril, et durent jusqu’au milieu de Mai. Le moment de semer se règle sur la tempe-rature plus encore que sur le jour du mois. — Jusqu’à Linnæus qui imagina de faire correspondre le moment des semailles avec celui de la pousse des feuilles, l’almanach seul de'cidoit de l’instant de commencer les semailles, et c’est encore le guide de la plupart des cultivateurs du royaume. Un proverbe de Norfolk, qui est probablement aussi ancien que le système de culture du can- ton , montre que l’on y a assimile depuis longtemps ces deux époques. Ce proverbe dit que lorsque les bourgeons du chêne s’ouvrent pour laisser développer les feuilles , l’orge doit être achevé de semer. —En t 782 on sema de l’orge jusqu’en Juin avec succès. Toutes les semailles du district se font à la volée, et presque toutes sous raies; c’cst-à- dire , qu’après avoir uni la surface par la herse et le rouleau, on enterre Je grain semé sur cette surface par un labour léger. Cette méthode n’est pratiquée nulle part qu’en Norfolk , et elle paroît admirablement calculée pour un sol sec et léger, pourvu qu’on observe de ne pas enterrer la semence trop profondément. lo6 A G B. I C U Tj T TT R E. Lorsque le printems est pluvieux et le sol pesant, il y a de très-bons fermiers qui sèment J orge sur la surface pour l’enterrer à la herse : celte distinction parait raisonnable. — Cependant, en general, on donne de beaucoup la préférence à la méthode de semer sous raies , et il y a des cultivateurs judicieux qui donnent plutôt un labour extraordinaire que de semer* sur la surface. 1 Lorsque le printems est très-avancé, et que les dernières pièces de turneps ne sont débarrassées que très-tard , au lieu de donner coup sur coup trois labours, quelques habiles cultivateurs usent de la ressource du double labour } ou labour par tranches > décrit ci-devant, et sèment l’orge entre les deux tranches (1). On sème ordinairement trois bushels par acre. Soit que l’on sème , ou non , du trèfle avec (t) Celte opération, qu’on emploie aussi quelquefois à la semaille du blé, demande beaucoup d’adresse dans les deux laboureurs, et une grande exactitude dans le semeur qui répand le grain à la main, entre les deux charrues.— Lorsque la couche ou tranche inférieure se brise bien sous la herse,' c’est un très-bon ouvrage , et la semaille se lève très-également : elle u’est point alors disposée par lignes , niais très-uniformément répandue sur la surface du champ. I) JB N O R F O L K. IO7 l’orge , on herse toujours après le labour qui a enterre la semence, et lorsque le champ est levé on y passe un rouleau léger. On nettoie d’herbue les champs d’orge dans le courant du mois de Juin. On ne coupe l’orge que dans un état de parfaite maturité 5 on ne la moissonne jamais, on la fauche, en fixant un petit archet sur le talon de la faulx pour mieux ramasser les tiges : elles restent disposées en ondains comme le foin. S’il survient de la pluie pendant que l’orge est dans cet état, on ne retourne point ensuite l’ondain pour le sécher , mais on le soulève du côté des épis avec une fourche ou un râteau. Cette méthode remplit bien l’objet, et n’a pas comme le retournement des ondains l’inconvénient d’amollir la paille , de manière que s’il faut répéter l’opération plusieurs fois l’épi vient à toucher la terre, et le grain végète.— Lorsque les ondains* sont bien secs en dessus* on les retourne pour qu’ils sèchent également de l’autre côté , puis on les dispose en petits monceaux. Cette dernière opération ne se fait que lorsqu’on a en quelque sorte la certitude de pouvoir serrer le grain dans la journée ; car on regarde comme un acte de négligence de laisser les monceaux pendant la nuit. — Ces mon» lo3 AGRICULTURE ceaux se forment très-promptement avec des râteaux à longues dents, qui servent à rouler l’ondain jusqu’à ce qu’il y ait assez pour la charge d’un homme muni d’une fourche. Chaque monceau fait ainsi Une fourchée. Ce sont les femînes qui râlèlent, et cette méthode a l’avantage de donner à la fourche'e une consistance qui fait gagner du tems lorsqu’on charge ( 1 ). Quatre hommes sont employés à charger un char. Les meules d’orge se foulent souvent avec les pieds des chevaux. On laisse ordinairement dans le centre de la meule une cheminée , ou canal pour donner de l’air. Lorsque la saison est pluvieuse , et que la moisson n’est pas parfaitement sèche , l’on use de la même précaution dans les granges mêmes , pour la partie qu’on y place. Le principal marché des orges de Norfolk est Londres ; mais une grande partie de ce que produit le comté est converti en drèche pour l’exportation ou la consommation intérieure. (1) L’amoncellement des épis avec le râteau les réunit en un gros rouleau, assez solide pour tenir ensemble lorsqu’on le pique à la fourche. Les chargeurs ne sont pas obligés d’employer du tems à préparer les four- chées, et les râteleuses ont moins d’ouvrage pour ramasser après eux. U Avoine. La quantité d’avoine seme'e dans le district est peu considérable , si on la compare avec celle de l’orge. — La seule espèce qu’on cultive est blanche , croît très-promptement, et est probablement originaire de Hollande. Les terrains destinés ordinairement à l’avoine sont les terres froides et pesantes, o\t les défriche- mens de bruyères dans les sols arides. Le plus souvent l’avoine succède au blé ou à l’orge qui avoit suivi un pré artificiel. La terre se prépare comme pour l’orge. Les semailles se font de même, mais il arrive plus souvent que l’on sème l’avoine sur la surface du sol. En général , comme cette récolte a moins d’importance que celle de l’orge, on ne s’en occupe que dans les momens qui ne pa- roissent pas les plus convenables pour semer l’orge ; c’est-à-dire , avant et après la semaille de cette dernière graine. On sème quelquefois l’avoine en Juin : la quantité de semence varie depuis quatre à cinq bushels par acre. On connoît un singulier procédé en Norfolk, relativement à la semaille de l’avoine, mais il n’y est que rarement pratiqué malgré le succès qu’on lui attribue - } c’est de relabourer le champ 110 A 6 K I C U L T U 1U après que l’avoine a germé, mais avant que les feuilles séminales se soient montrées au-dehors. La manière de récolter et d’emmagasiner l’avoine est en tout semblable à celle qu’on suit pour l’orge. Les Pois. On recueille annuellement une assez grande quantité de pois blancs dans le district. Lorsqu’on les fait succéder à un pré artificiel on les plante sur un seul labour (i). Lorsqu’ils suivent le blé l’on traite et prépare la terre précisément comme si l’on vouloit semer de l’orge, et on sème les pois à la volée, sous raies. Le Blé Sarrasin. Le blé sarrasin est cultivé soit comme grain, soit comme engrais, mais toujours avec l’intention surtout de purifier de mauvaises herbes le terrain sur lequel on le sème. On met le blé noir indistinctement dans tous les terrains, mais on le destine surtout, et avec plus de raison , aux sols légers et stériles. » On fait peu d’attention à l’espèce de récolte qui a précédé ; c’est ordinairement l’état de la terre relativement à la présence ou à l’absence des mauvaises herbes , que l’on consulte. ' (i) 'Nous verrons ci-après les procédés du plantage. DE NORFODX. 1 I 1 La préparation du terrain dépend de l’intention qu’on a en semant. Si on sème le blé-noir pour l’enterrer , on ne donne ordinairement qu’un labour ; mais lorsqu’on veut assurer une récolte on traite la terre avec les mêmes précautions que pour l’orge. On sème le blé-noir sur la surface pour enterrer à la herse. Celui qu’on sème pour amender le terrain se sème dans le même tems que l’orge ; celui que l’on projette de récolter se sème lorsque les semailles de l’orge sont terminées. La quantité de semence varie depuis six pecks jusqu’à deux bushels par acre. On ne donne aucun soin à celte plante pene danl la végétation. Le blé noir s’élève et s’épaissit si rapidement qu’il dépasse et étouffe presque toutes les mauvaises herbes : avantage très-précieux et particulier à cette graine. Nous avons décrit dans l’article du blé la manière dont on s’y prend pour enterrer le blé-noir lorsqu’il est en fleurs. Celui qu’on recueille se coupe et se ramasse précisément comme l’orge. On le bat ordinairement aussitôt après la récolte. Quoiqu’on recueille probablement pfusde blé sarrasin dans le comté de Norfolk que dans tout le reste de l’Angleterre , il se consomme sur les lieux : c’est la nourriture ordinaire des / 112 A & R I G U 1 T UR'E cochons et de la volaille que cette graine engraisse très-bien. On le passe quelquefois à la otaeule pour les cochons, mais le plus souvent on le leur donne tout entier. Quelques fermiers r y mêlent un peu d’avoine ou de pois , ce qui oblige les cochons à mâcher le blê noir , et le leur rend plus profitable. Les Turneps. Comme la culture des turneps est la base du système de l’économie agricole de Norfolk, il convient de nous y arrêter, et de considérer en détail, 3 . ° Les variétés; 2 . q Le sol propre ; ' 5.° La rotation ; 4. ° La culture préparatoire ; 5. ° L’engrais; 6. 9 Lasemaille; y. 9 Les soins pendant la végétation ; 8. 9 L’usage des turneps. On connoît en Norfolk quatre variétés différentes de turneps. La première est le turnep blanc ( white tur- nep );-pain blanc {white loaf ) , blanc rond {white round) ; —pelure blanche {white rind ), ou turnep de Norfolk , copime on l’appelle aussi ailleurs. La DE NORFODK. Il3 La seconde variété est le turnep pourpré (purple stock ) ; il est semblable, pourlaforme, au préce'dent, mais il est plus petit; sa texture est plus compacte; il est d’un rouge sombre ; il soutient mieux les froids de l’hiver que le tur- nep blanc , mais il paroît que les bestiaux ne le mangent pas avec autant de plaisir ; et cette circonstance , jointe à sa petitesse, fait que la culture n’en est pas aussi générale. La troisième variété est le turnep verd (green stock) ; il ressemble plus encore, pour la forme et la taille, au turnep blanc, dont il ne diffère que par la couleur de sa peau : il n’est cultivé que par un petit nombre de fermiers, et ceux-ci prétendent qu’il est préférable. Enfin, le turnep de pudding (pudding stock), appelé aussi ailleurs tunkarcl turnep , forme la quatrième variété. — Il diffère si essentiellement des autres par sa forme, qu’il paroît faire une espèce à part. Au lieu de s’étendre sur le sol en forme de rave, partie en dedans, partie en dehors de la terre, le turnep de pudding s’élève comme un cylindre à huit, dix et douze pouces de hauteur. Sa surface est raboteuse , et il s’incline ordinairement un peu: sa chair est exactement semblable à celle du turnep blanc.'— Lorsque l’on projette de consommer les turneps en automne , cette espèce Tome i . M Il4 AGRICULTURE est la meilleure de toutes ; elle croît très-rapidement j elle acquiert un volume considérable; mais surtout elle a l’avantage de pouvoir être mange'e sur place avec une très-grande facilité, et sans perte , parce que les bêtes à *cornes ou les moutons profitent de la racine presqu’en- lière, et la mangent dans tya état de propreté' parfaite. Il n’en est pas de même des espèces plates; les bestiaux, lorsqu’on les leur laisse arracher à eux-mêmes, mangent nécessairement de la terre avec la racine, et laissent dans le sol une partie de celle-ci qui y pourrit. Mais cette même circonstance rend le pudding turnep incapable de àe conserver en terre pendant les gelées de l’hiver, comme le faille turnep blanc, qui, à tout prendre, est encore l’espèce qui réunit le plus d’avantages (t). (i) C’est l’avis d’Artliur Young, qui considère les lurneps, traités à la manière de Norfolk, comme la base du meilleur système agricole, et qui, par conséquent , a donné une grande attention à celle racine admirable. C’est sur sa recommandation expresse que le rédacteur de cet article a préféré la culture de cette espèce daus les essais qu’il a faits auprès de Genève. En appuyant très-fortement sur les avantages de cette culture en général, surtout dans les terres légères, le rédacteur croit utile de faire, d’après son expérience, quelques observations à l’usage de ceux qui vaudroient DE N O R F Ô L X. 115 On sème les turueps dans tous les terrains où l’on peut cultiver les grains , mais il faut observer cependant que les terres fortes et l’essayer. i.° Lorsqu’on cherche à se procurer de la graine d’une espèce déterminée, il est peu sûr de s’adresser aux marchands de graines de Londres ; ils vendent souvent des graines mélangées, et il est plus prudent de se la procurer de la première main, s’il est possible. a.° 11 faut s’astreindre à suivre exactement les procédés anglois pour la préparation du terrain, l’engrais, la semaille, les sarclages, etc., si l’on veut se faire une idée exacte des avantages de la culture de cette racine. 3. p Dans la plus grande partie de la France et de la Suisse , la végétation étant plus rapide qu’elle ne l’est en Angleterre, et surtout enNorfolk, le turnep doit acquérir plus promptement toute sa grosseur ; nous l’avons éprouvé dans notre climat. Des turneps semés le a4 Juin ont été recueillis le 24 Septembre, parce qu’ils commençoient à pourrir. La moyenne de leur poids étoit sept à huit livres de seize onces, y compris les feuilles, et il yen avoit plusieurs de dix livres. — 4.° On doit s’attendre que les turneps qui ont acquis un accroissement si prompt ne se conservent pas long- teras, même avec des précautions , lorsqu’ils sont arrachés ; et que si on les laissoit en terre ,, ils pourriroient en très-grande partie dans le courant de l’automne.— 5. Q II n’en faut pas conclure que dans nos climats les turneps ne puissent être cultivés avec le même avantage qu’en Angleterre. Ils peuvent servir de préparation excellente pour le blé, et si l’on veut les rendre utiles pour la nourriture de l’hiver ^ on y parvient en Il6 A G- K î C U L T U JR. JE froides n’admettent pas cette culture sans être marnées. Il paroît que la marne en divisant là terre , facilite l’introduction des foibles racines de la jeune plante : peut-être celle-ci trouve- les semant vers le milieu cl’Août, parce que dans cette saison-là la végétation étant moins active, les racines arrivent plus lentement à leur maturité, et se conservent fort avant dans l’hiver. — 6.° Le turnep fournit à l’homme une nourriture excellente., et d’une abondance prodigfeuse , en même tems qu’il engraisse promptement les bestiaux et donne beaucoup de lait aux vaches. — j.° Quels que soient les avantages ci- dessus , ils ne font point le mérite le plus essentiel des turneps ; ce n’est qu’au bout de quatre ou cinq ans qu’on peut connoître tout le prix de celte culture par ses effets sur un terrain donné. — 8.° Il ne faut pas imaginer qu’il y ait quelqu’influence occulte de cette racine sur le sol qui contribue à l’enrichir. Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à la théorie de 1 ’absorbtion des sucs nourriciers par les feuilles , à la division de la terre opérée par l’accroissement des racines, etc. — Il suffit d’observer que cette récolte est préparée par quatre ou cinq labours, et abondamment fumée ; que pendant la croissance on ôte l’herbe avec soin, et on expose encore le sol. à l’action de l’atmosphère par les sarclages; qu’enfin lorsqu’on fait manger les racines sur place, en tout ou en partie , la fiente, et surtout l’urine des animaux, abondamment produite par cette nourriture, se mêlent aux débris des racines et des feuilles pour fumer encore la terre. — y.° Il faut se souvenir que si les frais de* labours, engrais et sar- DE N O R F O Ii K.‘ 117 t-elîe (les sucs nourriciers dans la marne même. Dans le cours de six ans , le plus ordinaire au district particulier qui nous occupe , les turneps suivent l’orge qui a succède au blè. clages sont considérables, les profits de.la récolte de l'année même le sont beaucoup davantage, et que cependant ces profits de l’année ne font point l’essentiel de cette culture. Faute de considérer l’ensemble de la culture des turneps, ou de lui donner tous les soins qu’elle exige, on peut aisément se prévenir contre l’usage de cette racine. Si on ne lui accorde pas tout le travail qu’elle demande, la récolte est médiocre,-l’herbe n’est pas extirpée , et le principal but est manqué ; car l’orge qui suivra réussira médiocrement; le trèfle qui succédera à l’orge sera moins beau, n’étouffera pas le chiendent dont on aura laissé les racines; et ce chiendent se retrouvera parmi le blé l’année suivante, au très-grand détriment delà récolte. — On pourra conclure ainsi d’une expérience mal faite , qu’il faut laisser cette culture aux Anglois. On doit cependant observer encore, à l’avantage de nos climats, que les turneps peuvent s’j' cultiver après la récolte du blé, qui est plushâtivë qu’en Angleterre. Il est vrai qu’alors on ne peut s’en promettre qu’une augmentation de nourriture pour les hommes et les bestiaux; mais non les autres avantages qui résultent de cette culture lorsqu’elle est conduite avec tous les soins qu’on lui donne en Angleterre. Voyez dans le voyage d’Arthur Young en France, en 1787, 1788, 178g et 1790, comment le préjugé rêsis- toit aux conseils qu’il donnoit relativentent à la culture des turneps. 1 l'S  Cr R 1 C t R T U R JE C’est ordinairement à la fin de Décembre que les fermiers commencent à rompre les chaumes d’orge qu’ils destinent aux turneps. Dans ce cas particulier ils s’éloignent de leur règle ordinaire , de commencer , dans les terrains qu’ils rompent, par un labour superficiel. Ils labourent à toute la profondeur du terrain pour faire prendre V hiver à la terre , comme ils disent proverbialement. Ils sont en quelque sorte obligés de se borner à un labour d’hiver, parce que le second labour qu’exigent les terres destinées à l’orge, succède à ce labour des champs destine's aux turneps, et que dès lors leurs charrues sout continuellement occupées des labours préparatoires des semailles de prime ms. Lorsque les semailles de Forge sont finies, on donne un second labour pour les turneps $ mais on s’écarte aussi de la règle ordinaire, qui est de donner le second labour croisé r celui-ci se donne dans le même sens que le premier. La raison en est que comme le premier labour a été profond , il n’y a point prise au-dessous pour le soc, comme quand on re- eroise après un labour léger. Lè guéret qui est demeuré au moins quatre mois sans être touché , est garni d’herbe j les revers des sillons, sont trop durs pour être coupés franc par le DE NORFOE.K. lig coultrc, en sorte que si on labouroil en travers , la charrue les pousserait en grasses mottes au lieu de les refendre. Ce second labour est ordinairement précédé d’un hersage , et quelquefois on disséminé des turneps sur la surface du champ pour les y faire manger aux bestiaux à l’engrais : on trouve que cela rend l’action de la charrue plus égalé , et que le sol s’arrange mieux apres ce pie'tinement. Les attelages sont continuellement occupes des champs destines aux turneps , depuis Je milieu de Mai jusqu’au commencement de Juillet. Dès que le second labour est donne’ , on herse , puis on relaboure pour la troisième fois. — Après ce troisième labour on rassemble à la herse toutes, les mauvaises racines que l’on brûle , puis on mène le fumier qu’on enterre par un quatrième labour peu profond et qu’on mêle intimement avec le sol par la herse. Souvent l’on omet le quatrième labour, faute de tems , quelquefois aussi par système , et l’on enterre alors le fumier avec le labour de semaille. Dans les deux cas , le labour de se- maille est de profondeur médiocre. — Dans les sols légers, et surtout dans les années humides, la méthode des cinq labours est préférable ; mais dans les terrains pesans, et sujets à se relier, il peut être plus convenable de n’en 120 A G 11 I C II 1 T ü U É donner que quatre , pourvu que le fumier soit menu , et bien distribue (i). L’engrais qu’on donne d’ordinaire aux turneps est un mélangé de fumier et de terre ou marne. La quantité' qu’on en re'pand est en raison de celle dont on peut disposer. Il y a peu de danger d’en re'pandre trop, et il y a d’habiles fermiers qui appliquent à la re'colte de turneps la totalité des fumiers de la ferme, ne fumant ensuite leurs blés qu’avec de la chaux , de la poussière de drèche, des gâteaux (1) M. Kent, auteur de l’ouvrage intitulé : Hints to gentlemen of Landedproperty, qui a beaucoup étudié la culture des turneps, recommande soigneusement d enterrer le fumier environ trois semaines avant que de semer la graine. Il a observé que l’action de l’en grais, ainsi mêlé d’avance à la terre, est beaucoup plus énergique, et que les progrès de la plante, dans les premières semaines, sont plus rapides que lorsque le fumier a été répandu en semant. Celle circonstance est de la plus grande importance, parce que les pucerons, qui sont le fléau des turneps, ne les attaquent que depuis le moment de la levée jusqu’à celui où les plantes prennent leurs feuilles rudes. Ilfaut donc abréger, le plus qu’il est possible, le tems pendant lequel la jeune plante n’a encore que ses feuilles séminales. Observons que la culture recommandée par M. r Kent est celle qu’on donne aux turneps dans les terres légères. O K N O K P O h K. 1 £ . de colza , de la suie ou quelqu’autre engrais loger. Dix à quinze charretées de trois chevaux de bon fumier, par acre, sont la quantité Ordinaire. Le tcms de la semaille dépend de la destination des lurncps. Lorsqu’ils doivent être consommés de bonne heure , on les sème dès le milieu de Juin ; lorsqu’ils doivent passer l’hiver dans la terre , on ne les sème que vers le milieu de Juillet. — En général il y auroit à gagner à les semer un peu tard , parce qu’ils se conservent mieux l’hiver, mais comme la levée est douteuse, et que les pucerons la dévorent souvent, on prend un peu d’avance pour pouvoir resemer en cas d’accident. Quelques personnes font tremper la graine avant de la semer, surtout si elle est de l’année précédente (i) ; d’autres prétendent garantir la plante des pucerons en enduisant la semence d’huile, de soufre, de suie , etc. ; mais l’avantage de ces pratiques n’est nullement démontré, et l’usage commun est de semer la graine sèche. Après le labour de semaille on donne un hersage , puis l’on sème à la volée, en passant (1) La graine qn’on sème ordinairement a été recueillie à la fin de Mai, ou au commencement de Juin. 122 agriculture deux fois : la quantité de semence est de deux pints par acre. On recouvre la semence par deux hersages , et on a la précaution de mettre en avant la partie postérieure de la herse , de peur que les dents qui sont un peu recourbées en avant ne remuent trop profondément le terrain, et ne ramènent dessus des mottes entières qui couvriroient la semence et empècheroient de lever. On mène les chevaux au pas dans un sens , et au trot dans l’autre : cela achève l’ouvrage avec une grande perfection, parce que le zig-za'g rapide de la herse produit par le mouvement du trot, égalise la surface (l) , et distribue la semence très-également. Les turneps sont toujours sarclés, soit cultivés à la houe ; et à moins qu’ils n’aient été semés très-tard, on leur donne deux cultures. Le moment du premier sarclage dépend uniquement de l’état de la plante , et il importe de le saisir avec précision. — Si l’on cultive (i) Il y a des cultivateurs qui préfèrent de ne pas égaliser la surface aussi exactement, parce qu’on a "remarqué que , dans les chaleurs de Juillet, lorsqu’il y a sécheresse, la jeune plante se soutient mieux lorsque les inégalités du terrain rompent les rayons du Soleil , et procuréht aux turneps un peu d’ombre le matin et le soir. DE NORFOLK. 120 trop tôt , on enterre les petites plantes , et on dérangé le développement des radicules avant qu’elles aient suffisamment affermi le turnep. Si l’on attend trop tard, les plantes qui s’efforcent de dépasser l’herbe qui les entoure, s’allongent trop , et conservent cette disposition à monter et à demeurer foibles, au lieu de s’épater vigoureusement en forme de rose sur le terrain , comme elles font lorsqu’elles sont libres dans leur développement. C’est lorsque la plupart des plantes occupent un espace de deux à deux pouces et demi de diamètre , que l’on doit commencer l’opération de la culture. L’action manuelle dans cette culture est difficile à de'crire , et elle demande une habitude qu’on ne prend guère que d’enfance j et quoique tous les individus qui habitent la campagne en Norfolk, soient élevés à sarcler les turneps, il n’y a qu’un petit nombre d’enlr’eux qui y deviennent très-habiles. — Le sarcleur adroit distingue , avec une très-grande promptitude, les plantes qui doiventêtre respectées, de celles qu’il faut détruire. Il donne un coup dans une direction demi-circulaire autour de chaque turnep à conserver, et ce coup suffit pour arracher l’herbe et les plantes surnuméraires. -—Lorsque les plantes sont encore assez foibles 124 -AG-RICULTURfi pour risquer d’être enterrées par la houe , ce coup demi-circulaire est le seul qui convienne; mais lorsqu’elles sont plus avancées, il y a de bons sarcleurs qui travaillent en donnant un coup en ligne droite, et expédient l’ouvrage beaucoup plus. — De quelque manière que le travail à la houe s’exécute , il importe que la terre soit remue'e, l’herbe arrache'e , et les plantes espacées à la distance convenable : cette distance doit varier selon le terrain et la saison. Dans un sol riche , et là où les turneps ont été’ semés de bonne heure, quatorze ou quinze polices en tout sens n’est pas un espace trop considérable pour le développement de chaque plante. — Dans des circonstances différentes, dix à douze pouces suffisent. Le plus souvent on n’a point égard à ces différences ; et en général les turneps sont trop éclaircis au premier sarclage : il y a deux vaisons pour celte pratique. La première, c’est • que l’usage du pays la recommande de père en fils parmi les cultivateurs ; la seconde, c’est que comme tous les sarclages se font à tant par .acre , les ouvriers trouvent leur compte à laisser subsister un moins grand nombre de plantes. Dans les premiers tems de la culture des turneps les terrains de Norfolk e'toient abondant- DE NORFODK. 125 ment marnés; la terre prodiguent ses sucs à celte plante, comme cela arrive dans toutes les cultures nouvelles; les racines acquéroient communément dis à douze pouces de diamètre ; leurs feuilles s’elendoient à proportion, et quatorze ou quinze pouces étoieut alors une distance convenable dans la plus grande partie des terrains. Aujourd'hui les terres de Norfolk commencent à se fatiguer des turneps, ou du moins cette racine n’acquiert plus communément des dimensions aussi grandes : il est rare que les turneps passent Huit pouces de diamètre ; un très-grand nombre n’en acquièrent que quatre à cinq, et la moyenne des distances de- vroit être maintenant de dix à douze pouces dans les terres soumises depuis long-tems au même système de culture. Les fermiers qui raisonnent leur art sentent la nécessité de ces distinctions. Us ont soin de surveiller les sarcleurs. Us exigent que dans le premier sarclage les plantes ne restent qu’à environ six pouces en tout sens , parce qu’alors, à la seconde opération, on a la facilité de choisir les plantes les plus foibles pour en débarrasser le terrain (1). — Plus tard on attend (1) La distance où les sarcleurs laissent les plantes, dépend beaucoup de la longueur de la boue. Cette longueur varie depuis Huit à dix pouces auglois. ia6 agriculture pour la seconde culture à la houe, et mieux on réussit à purger d’herbe le terrain 5 mais on ne doit pas cependant retarder tellement ce sarclage que les feuilles des turneps, trop développées , empêchent de l’exécuter proprement. —Il ne faut pas imaginer, au reste, que les plantes puissent être aussi régulièrement espaeées que semblent le prescrire les indications ci-dessus. Il est impossible que dans uy grand champ de turneps, il n’y ait pas quelques vides un peu trop considérables; mais l’on peut considérer le travail comme bien fait et la récolte comme ayant bien réussi, lorsque les feuilles s’élèvent ets’étendent en tous sens avec vigueur, et recouvrent absolument la terre de leur ombre (1). — S’il , se trouve quelques plantes un peu trop rapprochées, leurs racines, lorsqu’elles viennent à se toucher, s’appla- tissent l’une contre l’autre, mais grossissent également dans un autre sens, pourvu que les feuilles puissent s’étendre en liberté. Dans ce Cas les deux plantes s’inclinent un peu en s’éloignant l’une de l’autre (2). (1) Après le second sarclage la végétation de la plante est si rapide, qu’au bout de peu de jours l’ombre épaisse des feuilles qui recouvrent la terre, empêche absolument l’herbe de recroître. (s) La réussite et la grosseur des racines sont toujours DE NORFOLK. 127 Le prix des deux sarclages reunis est de dix schellings par acre. Lorsqu’on fait un prix sé- pare' pour chacun, le premier coûte trois schel* lings et demi à quatre schellings, le second de deux schellings à deux schellings et demi. —> Dans d’autres provinces on paie de huit jusqu’à douze schellings pour les deux sarclages. — Les raisons de celle différence sont la nature du sol, généralement plus léger, par conséquent plus maniable à la houe que dans les autres provinces, et l’habileté plus grande des gens de Norfolk pour cette opération à laquelle ils sont tous habitués d’enfance. Après avoir vu en détail les soins qu’exige la culture des turneps, considérons maintenant leur usage.—On les cultive pour la graine, pour les vendre , ou pour les faire consommer aux bestiaux. Les fermiers habiles et soigneux recueillent eux-mêmes leur graine , ou la font recueillir en rapport avec la vigueur des feuilles. Celles-ci varient en forme et en grandeur selon l’espèce des turneps. Elles sont plus ou moins découpées, elles s’élèvent ou s’étendent plus ou moins. Elles sont belles, nombreuses, d’un verd sombre, et dans les sécheresses les plus rigoureuses du moi^ d’Août elles conservent une apparence de fraîcheur parfaite , qui rend l’aspect des #bamps de turneps extrêiuemont agréable. 120 AGRICULTURE par un de leurs voisins, en fournissant les racines pour être bien sûrs de l’espèce.—L’art de se procurer de la bonne graine est extrêmement bien entendu par les fermiers ; et les soin§ qu’ils se donnent dans ce but sont raisonnes d’après l’expe'rience , comme le sont en general toutes les pratiques de ces cultivateurs habiles. Dans tout le reste du royaume on ne recueille guères la graine que des racines transplantées : il n’en est pas ainsi en Nprfolk. Une longue expérience a prouvé que si l’on recueille la graine pendant plusieurs années de suite de turneps transplantés , la racine s’altère dans sa forme et dans sa qualité. La même chose arrive si l’on recueille pendant plusieurs années de suite de la graine des turneps non-transplantés. — Dans la première supposition , le collet de la plante devient de plus en plus petit, les feuilles moins nombreuses, plus douces, la racine plus délicate, mais moins volumineuse. Dans le second cas, le collet devient très-gros, . lapeau en est rude; la partie supérieure de la rave est écailleuse ; la chair est dure, fibreuse, la racine pivotante se bifurque, et la partie inférieure de la rave est sujette à se pourrir ; enfin la plante paroîl tendre à reprendre le caractère sauvage que la culture et la transplantation DE NORFOLK. I29 talion lui ont fait perdre. —Si donc on suit obstinément la méthode de transplanter les racines pour se procurer de la graine, on a à la longue des turneps plus délicats, moins gros, qui donnent moins d’ombre par leurs feuilles, poussent moins d’herbe au printéms, et sont parconséquent moins profitables pour le bétail. Si l’on recueille la graine de plusieurs générations de la plante sur le terrain même où elle a cru, on obtient d’abord des turneps dont la rave est grosse à proportion du nombre et de l’étendue des feuilles et des racines pivotantes j puis d’année en année la rave devient plus coriace , diminue ensuite de volume , et prend une infériorité marquée , relativement aux espèces bien soignées. L’art du cultivateur consiste à éviter ces extrêmes. Il n’y a aucune règle fixe sur le nombre d’années où l’on doit transplanter , ou ne pas transplanter les turneps pour la graine. ^11 faut avoir égard aux symptômes d’altération dont nous venons de parler, et en prévenir les suites par le procédé nécessaire. Le sol et le climat font varier sur ce point les convenances j et elles se modifient encore par l’espèce de tur- nep sur laquelle on travaille. — En Norfolk , où l’on cultive principalement le white-round turnep , on transplante deux, trois ou quatre Toaie 1. I l3o AGRICULTURE ans de suite ; puis à la troisième, quatrième ou cinquième année , on laisse leé racines en place pour recueillir la graine sur le lieu même ; et recommencer ensuite la même série, en ayant soin cependant, comme nous l’avons indique', d’avoir égard à l’e'tatdes racines pour hâter ou retarder l’année de non transplantation. Le tems de la transplantation est Décembre et Janvier. — Ce n’est point la grosseur absolue des racines qui doit guider dans le choix des plantes qu’on destine à porter la graine; il faut choisir de préférence les plus saines, les plus vigoureuses, parmi celles qui ne sont pas encore parvenues à toute leur grosseur : on les met dans un bon terrain, et ordinairement à portée de la maison. On les dispose en lignes espacées de deux pieds, et dans lesquelles les racines sont placées sans intervalles eutr’elles ; quelquefois on met un demi-pied ou un pied d’intervalle entre chacun des turneps. — On a soin de les tenir propres lorsque l’herbe commence à pousser, au printems, entre les lignes; et lorsque la maturité approche , on a soin d’en écarter les oiseaux, qui sont extrêmement h’iands de la graine. Si l’espace est considérable, on y emploie un enfant qm les surveille constamment ; si l’espace est peu étendu et B 15 NORFOLK. l3t très-voisin de la maison , l’on a recours à un autre expédient , qui est d’établir une petite cloche dans le centre de la pièce de turneps, avec un fil de fer qui correspond à la cuisine. Chacun', en passant , a soin de tirer le fil d’ar- chal, et les oiseaux, effarouches d’un bruit qui se renouvelle à chaque instant, abandonnent l’entreprise. Il n’y a guères que les petits fermiers qui vendent leurs turneps, parce qu’ils manquent quelquefois de fonds necessaires pour les achats des bestiaux qui les consomtneroient au profit du terrain. Quelquefois aussi un fermier suffisamment riche pour se procurer les bestiaux , calcule qu’il y a plus de profit pour lui à vendre sa récolte au prix qu’il peut en trouver chez ceux qui sont plus entreprenans, ou qui sont trop chargés de bestiaux , relativement à l’étendue de leurs champs de turneps. Une des clauses de la vente est ordinairement de faire consommer tes turneps sur le fonds qui les a produits. Quelquefois c’est l’acheteur, quelquefois c’est le vendeur qui se charge de les arracher, de procurer la paille pour litière aux bestiaux, et de soigner ceux-ci. Les conditions des marchés doivent donc varier beaucoup; mais le prix moyen d’une récolte de turneps ordinaire est d’environ 5o scheüings l52 A G K T C U h T U R J2 t par acre (1). Ce prix, au reste, est sujet à des variations brusques et considérables. Dans les autres parties de l’Angleterre, les turneps étant principalement destines aux moutons, la me’thode de les faire manger sur place, et de laisser aux animaux qui les broutent le soin d’arracher eux-mêmes la racine , est la plus gc'ne'ralement adoptée ; mais dans le district de Norfolk , dont nous de'crivons la culture , on arrache , presque partout, les turneps avant de les faire consommer aux animaux qu’on engraisse , lesquels , comme nous l’avons vu , ne sont guères que du gros bétail. Il y a dans ce district trois manières de récolter les turneps : la première, c’est de Yoi- turerla totalité des racines hors du champ qui les a produites ; la seconde , c’est d’attaquer les racines , et de les laisser sur place pour y être consommésj la troisième, c’est d’en voi- turer la moitié et de laisser l’autre après l’avoir arrachée. Lorsque la récolte est très-mauvaise, on la fait quelquefois manger sur place par les moutons qui l’arrachent eux-mêmes, mais cela est trop rare pour que ce procédé puisse comp- (i) Cette somme est presque doublée pour le vendeur par l’avautage du fumier ; et elle ne représente que la graisse acquise par les bestiaux de l'acheteur. 35 E N O 1 F O I ï. l55 lcr parmi les manières usitées de tirer parti de cette production. La première méthode est la plus générale, parce que c’est celle qu’on emploie toujours lorsqu’on n’engraisse que des bêles à cornes .* les deux autres s’appliquent à l’engrais des moutons principalement. On peut estimer que les neuf dixièmes des champs de turneps du district se voiturent eu totalité. C’est ordinairement au 10 Octobre qu’on commence à arracher les turneps. Cette récolte se fait pendant tout l’hiver à mesure des besoins , et se continue jusqu’au moment où la plante monte en graine, c’est-à-dire jusqu’en Avi'il. Ce procédé de l’arrachement fait un ouvrage rude dans les lems très-froids : ce sont de jeunes garçons et de jeunes filles qui le font, et ils souffrent beaucoup du froid aux mains. Ils saisissent les feuilles par le collet de la plante avec les deux mains réunies ; et lorsque chaque main a sa charge , ils secouent la terre et jettent presqu’en même tems les turneps dans le char : cet ouvrage se fait fort vite. Lorsque les turneps sont plus enterrés , ce qui est le propre de certaines espèces , ou lorsque les gelées ont flétri les feuilles de manière qu’elles n’adhèrent plus assez fortement au collet pour soutenir l’elfori, on emploie un crochet double pour AG-niCUIiTURE a 34 les arracher. — Lorsque la neige est un peu profonde on se sert d’un instrument qui est une espèce de traîneau pour en debarrasser le sol. On procède avec méthode dans l’arrachement, en commençant par les parties voisines des haies , et en nettoyant le terrain de manière à ce que la charrue puisse travailler dans les parties arrachées , en attendant que tout le champ soit déblayé. Cependant il y a des cas où on laisse à terre toutes les petites racines, pour profiler des feuilles qu’elles repoussent au primeras avec autant de vigueur que les grosses $ mais cela ne se fait guères qu’au détriment de l’orge qui doit succéder, parce que cela retarde trop le moment où l’on met la charrue dans le champ. I! y a diverses manières de faire manger aux bestiaux qu’on engraisse les turneps arrachés. La première est de les répandre sur un chaume, sur une jachère, ou sur un pré. C’est la méthode la plus générale : il est probable que plus des trois quarts des turneps consommés dans le district le sont de cette manière. Dans les premières semaines , on les répand ordinairement sur les chaumes des blés , jusqu’à ce que ceux-ci soient rompus pour la jachère d’hiver. On répand ensuite les turneps sur les chaumes de l’orge avant de lès rompre, DE NORFOEK. l55 Dès le mois de Janvier ce n’est guères que sur les trèfles de seconde année qu’on les distribue pour être manges; et lorsque les pièces de trèfle commencent à pousser, on fait manger les dernières racines sur les jachères destinées à produire des turneps. On ne répand guères les turneps sur les trèfles de première année , parce que le piétinement les éprouve trop. Quelquefois le voisinage immédiat tente le fermier de le faire , mais si le terrain n’est pas très-sec le jeune trèfle en souffre au lieu d’en profiter. Quoique les terres de Norfolk soient légères, il arrive que dans les années pluvieuses les fermiers sont embarrassés pour avoir du terrain où répandre les turneps qu’ils font manger aux bestiaux ; et malgré le très-grand avantage du parc du gros bétail sur les terres , ils demandent quelquefois à leurs voisins de leur prêter territoire pour celte opération, parce que les bestiaux ne profitent pas lorsqu’ils sont constamment dans la boue. Dans la disposition des récoltes sur la totalité de leurs fermes , les fermiers ont donc l’attention d’avoir, autant que possible, des prés artificiels de seconde année à portée de leurs champs de turneps. Pour répandre ces racines sur le terrain , î 5.6 AORICDLT U R K on les jette depuis le char aussi egalement qu’il est possible, , et , au plus près, à trois pieds les unes des autres. On n’en remet jamais dans le meme endroit que la totalité' du champ n’en ait etc successivement couverte. Dans le mois d’Octobre , tandis qu’il y a encore du pâturage pour les bêtes maigres , on tient les bestiaux à l’engrais dans les mêmes champs de chaume où on leur renouvelle leur provision de turneps tous les jours, ou au moins tous les deux jours ; mais lorsque les pâturages ne donnent plus , les bestiaux gras ont leurs suivant; (followers) , c’est-à-dire, que les vaches , les veaux , les brebis passent après eux sur le même terrain pour manger ce qu’ils ont laisse’. On a donc toujours alors trois espaces distincts dans les champs où l’on fait manger ; l’un pour les bestiaux à l’engrais, l’autre pour les bêtes maigres , et un troisième vacant où l’on répand les racines. Quelquefois on séparé les bestiaux à l’engrais de leurs suivans par un rang de claies; quelquefois on emploie de petits garçons pour les tenir sépares. Lorsque ic terrain oit l’on fait manger des turneps n’est pas éloigné de la maison, l’ou fait rentrer le soir les bestiaux à l’engrais dans les cours ; mais dans le cas contraire on leur T) E N O R F O Tj K. 107 met un peu de pnille d’orge dans un coin de la pièce , et ils couchent là en plein champ. Ou leur renouvelle cette paille journellement, mais en petite quantité’. Ils n’en mangent , comme disent les fermiers, que pour se nettoyer la bouche, après les turneps qui la leur remplissent de terre. On peut à peine compter la paille qu’ils mangent ainsi comme faisant partie de leur nourriture; et c’est un fait très- frappant que sur dix boeufs gras fournis par le district de Norfolk, il n’y.en a pas un peut- être qui ait mange’ pour s’engraisser une seule poignée de foin, ni d’aucun autre fourage sec, qu’un peu de paille d’orge. — Ceux qui au prinloms ne se trouvent pas encore suffisamment gras quand les turneps finissent , sont achevés avec du rye-grass qu’ils pâturent, et qui a éminemment la qualité d’engraisser le bétail, comme nous le verrons en traitant de ce fourrage. — Les fermiers très - prc'voyans ont cependant l’attention de se réserver la ressource d’un peu de foin pour pouvoir donner à ceux de leurs bestiaux qui ne sont pas encore gras au moftient où les turneps cessent, et avant que le rye-grass soit assez haut pour être pâturé , parce qu’il arrive quelquefois que dans cet intervalle, quoique court, les bestiaux diminuent s’ils sont à la paille. i58 AG RICUIiTURE La seconde méthode pour engraisser les bestiaux avec ics turneps , c’est de les leur donner dans Jes cours de la ferme, où ils sont renfermes sans être attache's. On leur donne ces racines dans des crèches distribuées en diverses parties de la cour. La seule préparation que subissent les turneps quand on jes destine à être mangés dans la crèche , c’est qu’on coupe la racine pivotante sur le champ même, en les arrachant. — Lorsque les feuilles sont fraîches on les laisse adhérentes à la rave; si elles sont fanées on les coupe. — On donne quelquefois la paille dans des râteliers ; quelquefois on la dissémine par petits las dans la cour, deux ou trois fois le jour. Dans les deux cas, la quantité qu’ils en mangent est très-peu considérable : la seconde méthode épargne du lems, parce que la litière se fait d’elle-même. Il faut un peu plus de soins pour cette manière d’engraisser les bestiaux ; mais dans les endroits où le sol est gras, et dans les années pluvieuses , on la préfère avec raison. Les bestiaux s’engraissent plus promptement, surtout s’il y a dans l’enceinte de la cour un hangar pour les mettre à l’abri ; enfin la quantité de bon fumier qu’on fait de cette manière est très- considérable, sil’on a soin de répandre la paille nécessaire. — Cependant l’ayanlagc du parc DE N O 11 F O Jj K, l5g des bêtes à cornes ( teathing ) sur les sols légers est si grand, que partout où le terrain le comporte on engraisse les bestiaux en plein champ. La troisième méthode , c’est de donner les turneps à l’e'table, ou sous des hangars, aux bestiaux attache's. On les leur coupe alors ordinairement dans la crèehe , par tranches ou par quartiers : on a pour cela un grand couteau fixe par une extrémité et qui se meut dans le sens vertical; on lient le turnep par les feuilles; le premier coup enîèvela racine pivotante avec la peau de dessous qui sont mises au rebut. Les tranches de la rave se reçoivent dans une corbeille : et le collet et les feuilles se donnent aux bêles maigres. — Les bestiaux qu’on engraisse n’ont ainsi que la meilleure partie du. turnep , ce qui explique l’accroissement ordinairement plus rapide qu’ils éprouvent, surtout dans les tems froids; mais les soins minutieux que cette méthode exige la rendent peu convenable dans les grandes fermes. Les petits fermiers peuvent y trouver leur compte; etlos autres l’emploient quelquefois pour hâter l’engrais d’un petit nombre de bestiaux. De tems en tems on donne quelques poignées de paille d’orge , comme lorsqu’on suit les autres procédés. Quelquefois on empâte avec de la farine 2 40 A&RICtJLTVKÎ d’orge les bestiaux engraisse’s à l’étable; mais les boucliers considèrent cela comme une espèce de fraude. Les turnepsetle rye-grass sont les deux substances qui produisent la viande la plus savoureuse et la plus nourrissante (x). Nous avons vu que la seconde manière de récolter les turneps , c’est de les arracher pour les laisser manger sur place. On ne l’emploie guèrcs que pour nourrir de nombreux troupeaux de moutons qu’on fait parquer sur l’endroit arraché , et de proche en proche sur la totalité du champ; mais dans cette pratique les türneps arrachés sont trop près les uns des autres, et les moutons en salissent et rebutent une partie. Les fermiers qui nourrissent de nombreux troupeaux de moutons se trouvent donc mieux de la troisième méthode , qui est d’arracher la totalité des turneps pour en vol- turer la moitié, employée ensuite comme nous l’avons vu, et faire manger l’autre moitié sur place par les moutons. De celte manière les turneps sont convenablement espacés dans (î) Il est bien probable que cette grande supériorité de saveur et de suc que les étrangers remarquent dans le bœuf que l’on mange à Londres, est principalement due à l’emploi des turneps et du rye-grass dans l’engrais. DE NORFOEK. 14l l’enclos du parc , et il y a bien moins de perle que lorsqu’on suit l’autre usage. Soit que l’on préféré l’une ou l’autre de ces deux dernières pratiques pour les moutons , ils profitent bien plus que si on les faisoit parquer sur la pièce de lurneps , en leur laissant le soin d’arracher les racines eux-mêmes, comme cela se fait dans bien des endroits. Voici la principale raison de cet avantage. Au moment où l’on enferme les moutons dans l’espace qu’on leur destine, ils en parcourent l’enceinte avant de se mettre à manger ; si les turneps sont en terre, leur forme aplatie et leur position fixe font que la corne du pied des moutons les entame assez aise'ment ; et lorsqu’après avoir trépigné dans tout l’espace qui leur est destiné , ceux-ci commencent à manger , ils rebutent ordinairement les turneps ainsi endommagés et salis parla fiente attachée à leurs pieds. — Tandis qu’ils mangent ceux qui sont les plus propres, ils foulent , gâtent et salissent de plus en plus les autres. D’ailleurs , il y a une partie de la racine qui est toujours perdue et que le mouton ne peut arracher,—Mais lorsqu’on distribue les turneps arrachés dans l’enclos où l’on fait parquer les moutons , l’inconvénient dont nous venons de parler est beaucoup moindre, lors même que les turneps i4a A G K I C U L T Ü lt E y sont répandus trop épais. La rave, couchée sur Je sol, n’offre point de prise au pied du mouton ; elle roule ou glisse de côté , de façon que la corne du pied ne l’entame jamais , et l’animal n’a point la même raison pour la rebuter. Il est vrai que dans ce cas les feuilles sont en quelque sorte perdues pour les moutons , parce qu’ils les salissent très-promptement par le parcours qu’ils font d’abord dans l’enceinte. — Au reste , les observations ci- dessus ont surtout pour objet l’épargne des turneps , ou le meilleur emploi à en faire par rapport à F engrais des bestiaux y car pour les fermiers qui envisagent surtout l’amélioration de leurs terres, et l’effet prodigieux du parc des moutons sur les récoltes d’orge et de trèfle qui succèdent, il est douteux que la méthode plus abrégée de faire parquer les troupeaux sur les turneps , sans les arracher, ne soit aussi la plus avantageuse. Tous les turneps qui pourrissent en terre profitent singulièrement au soi, et l’on remarque que l’orge végète avec une force étonnante dans les endroits ou cette décomposition s’est opére'e ; et comme le mélange des substances végétales est nécessaire pour donner aux excrémens des animaux toute l’action dont ils sont susceptibles sur le sol, cette, circonstance tend à donner l’avan- DE HOREOLK. i43 tnge au parc des moutons sans arrachement préalable, parce que le mélangé se fait ici très-intimement : il faut considérer aussi la prodigieuse épargne de main-d’œuvre. Les moutons sont nourris et engraissés sans aucun transport de nourriture ; les champs sont fumés sans aucun charriage. Ainsi la circulation pénible, lente, coûteuse, qu’on retrouve dans toutes les cultures, et qui consiste à recueillir et emmagasiner la subsistance des animaux pour charier ensuite dans les champs les fumiers qui en proviennent, est réduite à une seule opération. Le champ, en donnant sa récolte à des troupeaux qui se nourrissent et s’engraissent sans frais , reçoit de ceux-ci , en même tems , de quoi fournir pendant trois années consécutives des productions abondantes; et dans ce système de culture qu’on ne sauroit trop admirer, la terre est toujours pleine des jsucs de la végétation ; elle ne produit point d’herbes nuisibles aux récoltes, et elle n’éprouve jamais cette lassilude , cet épuisement, ce dégoût de certaines productions , que nos méthodes imparfaites ne manquent jamais d’amener , et qui ont fait naître le triste système des jachères. Quel sujet de méditations pour les cultivateurs intelügens qui ont à cœur Je bien de leur pays ! i44 AGRICULTURE Les Prés artificiels. Considérons encore ici séparément : 1. ° Les espèces. 2. ° Le sol. 5.° La succession. 4. ° La sernaille. 5. " Les soins pendant la végétation. 6. ° Les prés de première année. 7. 0 Les prés de seconde année. Les plantes qu’on cultive pour l'oins artificiels dans le district de l’est sont : La darnel, rye-grass (lolium perenne), ivroie vivace (1). (1) Le rye-grass ou ray-grass est une des variétés de l’ivraie vivace dans le système de Linné. C’est une herbe robuste qui croît dans tous les terrains, même les plus ingrats; elle ne craint ni les gelées, ni les sécheresses : c’est la première herbe qui pousse au prin- tems. Elle a éminemment la qualité nutritive, ou plutôt engraissante ; et c’est ce qui la rend surtout précieuse aux fermiers de Norfolk. Plus elle est pâturée près de terre, plus elle repousse avec force. Dans les cantons où on la fauche elle donne un foin d’hiver qu’on regarde comme le meilleur de tous. En Norfolk le rye- grass ne demeure jamais plus de deux ans et demi dans la même terre ; mais il y a des cantons où on le laisse subsister sept ou huit ans, en ayant soin d’en resemer par-dessus,-puis de passer le rouleau lorsqu’il s’éclaircit. Le DE NORFOLK. l45 Le clouer (trifolium pratense), trèfle à fleurs rouges ou purpurines ; Cette plante n’en souffre aucune autre dans son voisinage ; elle fait une des meilleures nourritures possibles pour les moutons. — On la sème toujours avec le trèfle, parce que ce n’est qu’au bout de deux ans qu’elle donne abondamment. Il y a vingt-cinq ou trente ans qu’on parloit beaucoup du rye-grass en France. Des rapports incomplets et exagérés sur la valeur de cette production, firent tenter un grand nombre d’essais, qui en général ne rendirent pas ce qu’on en attendoit, parce qu’ils furent mal faits, ou qu’on en espéroit autre chose que ce qu’ils dévoient rendre. On cherchoit dans le rye-grass une herbe qui donnât avec la même abondance que nos fromentals, et qui, sans avoir les inconvéniens de ceux- ci , pût les remplacer dans les prés naturels. On vouloit isoler le rye-grass du système d’agriculture angloise, et l’introduire comme un supplément dans nos prairies, avec des circonstances très-différentes de celles qui lui donnent surtout un grand prix aux yeux des fermiers anglois. Le rye-grass est une herbe dont les qualités diffèrent essentiellement de celles de notre fromental. Elle donne moins abondamment peut-être, et du»e moins ; mais elle donne, au moment où il le faut, une nourriture extrêmement succulente -, et dans le système qui nous occupe on ne lui demande que son produit d’un printems et d’un été. — Pour connoître les avantages du rye-grass, il faudroit adopter le cours de récoltes dans lequel il entre , et bien saisir l’ensemble du système qui lui donne du prix : c’est ce à quoi l’on n’a Tome i. K l46 AGRICULTURE Le suckling (trifolium repens), trèfle à flaur blanche ; lueblac/i non such (trifolium agrarum), trèfle à fleurs jaunes ; Le suffolh-grass ( poa annua). Les deux premiers foins artificiels sont ceux qui sont admis dans la rotation régulière des re'coltes ; mais l’on y me’lange quelquefois la graine du troisième et du quatrième. On ne sème le dernier de ces foins que lorsqu’on veut établir un pré à demeure , chose que l’on n’entreprend guères en Norfolk. Les terres de Norfolk portent le trèfle depuis si long-tetns , que malgré le soin de ne le faire revenir que de six en six ans , ou au pas su, ou pas voulu s’appliquer. Ceux qui vantent une production quelconque sans indiquer en même temsles moyens d’en faire bien apprécier 1« valeur, font rétrograder la science au lieu d’en favoriser les progrès. Il est arrivé pour le rye-grass ce qui est arrivé île beaucoup d’autres bonnes choses trop vantées, et mal imitées. Après quelques épreuves imparfaites et beaucoup de discussions, on s’est écrié que ce rye-grass si fameux n’étoit qu’une misérable ivroie , et qu’il falloit laisser cette culture aux Anglois ! Ce mot d’ivroie, qui ne nous rappelle qu’une plante nuisible dans les blés, éloit très-propre en effet à décréditer la culture du rye- grass auprès de ceux qui se laissent frapper par le son d’un mot. DE N O R F O D K. l4y plus de quatre en quatre ans , elles paroissent s’en lasser , et sans l’addition du rye-grass on ne pourroit point faire durer deux ans les près artificiels. Au second printems le trèfle dis— paroît presque entièrement ; mais celte association des deux foins est admirablement calculée. Les prés de première année nourrissent les chevaux , puis les bêtes maigres ; et les prés' de seconde année complètent d’abord l’engrais des bœufs , et servent ensuite au pâturage des chevaux. Quant au sol , ou ne fait aucune distinction , et l’on sème le trèfle mêlé de rye-grass sur toutes les especes, de terrains. Dans la succession des récoltes , ils suivent l’orge , et se sèment en même tems. Quelquefois , mais très-rarement, ils se sèment sur le blé au printems. Le moment de semer est singulièrement choisi. Ce n’est ni le même jour que l’orge , ni après que Forge est levée , mais entre sa semaille et sa levée. — Il paroît difficile d’expliquer le choix de ce moment. Peutr-être y gagne-t-on de reprendre quelque avance sur les semences des mauvaises herbes que la herse avoit enterrées. Peut-être aussi cette pratique dont l’expérience a prouvé l’avantage, admet-elle une explication différente.—L’hu- l48 AGRICULTURE midité que le labour de la semaille de l’orge ramène à la surface , suffit à faire lever le trèfle et le rye-grass, et ne suffit pas peut-être à les faire ve'gëter pendant un certain tems, si la pluie se fait trop attendre. Mais lorsqu’on sème les graines de foin sur la superficie déjà sèche à un certain point, elles ne végètent qu’à la première pluie , et les plantes ont alors la force de se soutenir jusqu’à ce que la fanne de l’orge les protège de son ombre. Les graines ne subissent aucune préparation. On les mêle avant de les semer , et de tems en tems le semeur remue son sac pour empêcher que les graines plus pesantes ne se rassemblent dans le fond. La quantité varie selon la qualité de la graine et la fantaisie du fermier. Dix. à douze livres de trèfle mélangées d’un demi-peck de rye-grass par acre , sont la quantité moyenne. On diminue la quantité du trèfle rouge , lorsqu’on met dans le mélange trois ou quatre livres de graine de suckling ou de non-such. La graine se recouvre par deux coups de herse et l’instrument chemine à rebours du sens ordinaire , pour que la courbure des dents ne fasse pas revenir sur la surface les mottes de terre qui sont recouvertes. fendant la première automne on écarte les T) E NORFOLK. l4g moutons avec beaucoup de soin des jeunes trèfles ; mais lorsque la saison est sèche, et le sol ferme, on y fait pâturer les jeunes bêtes sans scrupule. Quelques fermiers , mais en petit nombre , y mettent du fumier ou du compost pendant le premier hiver. Au prin- tems on en ôte les pierres, mais ce qui est très-singulier c’est qu’on ne passe point Je rouleau , malgré la facilité qui en résulteroit pour faucher plus près (1). On clôt les prés artificiels de première année dans le courant du mois d’Avril $ et de ce moment on y attache les chevaux comme nous l’avons vu ci-devant, ou bien on laisse croître le trèfle pour le faucher. —- Ce fourrage se fauche et se fanne de la même manière et avec les mêmes instrumens que l’on emploie à couper et faire sécher l’orge. Mais ce qu’il y a de particulier au district de l’Est, par rapport à cette récolte , c’est que dès que le trèfle est assez sec pour pouvoir supporter d’être mis en tas sans se pourrir , on le met (1) On doit s’étonner aussi que des cultivateurs si judicieux et si actifs n’aient point adopté l’usage du gypse calciné, et répandu en poudre sur le trèfle au printems. On connoît la prodigieuse activité que cet engrais salin donne à la végétation des prés artificiels et des plantes légumineuses. l5o AGRICTTIiTURJE en monceaux , dont cinq ou six font la charge d’un char. Il reste ainsi dispose pendant huit ou quinze jours. Les pluies de peu de duree ne lui font aucun tort, mais les longues pluies, s’il en survient, l’allèrent souvent sensildement. Cependant les fermiers reconnoissent de l’avantage à cette méthode. Le trèfle sue dans le tas ; le foin se trouve assez sec , sans l’être trop , et lorsqu’on le met sur le char pour le resserrer, les feuilles et les fleurs ne se séparent pas de la tige comme cela arrive lorsqu’il a été séché à la manière ordinaire ; ils évitent ainsi la perte de la partie la plus savoureuse de la plante. 11 est rare qu’on coupe le trèfle doux fois , à moins que ce ne soit pour recueillir la graine. La seconde récolte est pâturée parles chevaux, puis par les bêtes maigres, à qui celte ressource devient nécessaire en automne , lorsque les rye-grass ont été rompus pour semer du blé. — On ne recueille qu’une très-petite quantité de graine; onia lire presque en totalité de Sufîblk, ou de la partie méridionale de la province. Les prés artificiels de seconde année sont toujours pâturés , à la réserve d’une petite partie oii l’on recueille la graine du rye-grass. La pousse du priutems est particulièrement destinée, ainsi que nous l’avons vu, à achever DE NORFOLK. l5l l’engrais des bestiaux. Dès le milieu de Juin , lorsque tous les bestiaux gras sont vendus , on met les bêtes maigres dans les pre's de rye- grnss, jusqu’au moment où on les rompt, ce qui varie depuis Juillet jusqu’en Octobre , selon la rareté ou l’abondance des fourrages , le jugement ou le caprice des fermiers. Les prés naturels. Ce n’est point en Norfolk qu’il faut chercher les soins bien entendus des prairies. Géné- rulement parlant , on peut dire qu’il n’y a en prés dans ce district , que ce qui ne peut absolument pas recevoir la charrue : c’est-à- dire les terrains froids , mouilleux , le fond des vallons , îc' voisinage des ruisseaux. On assimile à ces terrains , quant au pâturage , les terres basses qui bordent les lacs , et les étangs , qui sont plutôt marais que prairies , et fournissent une herbe de mauvaise qualité. —■ Dans les années pluvieuses une partie de ces marais est inabordable. Dans les années sèches, on peut estimer leur rente à dix shellings l’acre, parce qu’un pâturage quelconque est très- précieux dans les longues sécheresses, toujours plus redoutables aux terres légères. Les fermiers de Norfolk semblent considérer l’économie des prairies comme peu digne de AGRICULTURE IÔ2 leurs soins. Leurs terres sont en général beaucoup plus propres aux productions qui demandent la charrue , et l’admirable, système de leur agriculture donne un prix relativement plus haut à toutes les terres arables , que ces mêmes terres ne l’ont ailleurs, comparativement aux prairies. Sous ce rapport, on ne peut que les approuver de ne point forcer la nature pour convertir en prés naturels les terrains dont la situation et la qualité n’indiquent pas cette destination avec e'vidence ; mais on doit s’étonner de voir des cultivateurs aussi entendus , négliger les avantages qu’ils retire- roient de quelques améliorations faciles dans les terres qui ne peuvent être que des près. On n’y pratique ni les desse'chemens , ni le nivellement de la surface , ni les irrigations , ni aucune des améliorations dont les prairies sont susceptibles. Bétail. Nous allons considérer successivement : 1. ° La race. 2 . ° Les vaches et les soins de la laiterie. 5.° Les soins nécessaires pour élever les bestiaux. 4.° Les bestiaux à l’engrais. La race actuelle du district n’est pas moins DE N O R F O D K. i53 parliculière au pays que n’e’toit son ancienne race de chevaux, et elles ont des rapports dans leurs principaux traits et leurs qualités. —Les bêtes à cornes de la race du pays sont petites, robustes , et actives. Elles s’engraissent aussi facilement à trois ans que les autres races à quatre ou cinq ans. Elles ont les os petits, les jambes courtes, la côte ronde, les reins larges, la cuisse mince, la tête petite, les cornes lisses, de moyenne grandeur et recourbées en dessus. La couleur la plus recherchée est rouge foncé, avec la face blanche ou tigrée. Enfin la race de Norfolk est celle de Herefordshire en petit, mais il est vrai que celle de Norfolk pèche plus souvent par les reins et le quartier de derrière. Soit que la qualité de la chair de cette race de Norfolk soit principalement due à l’espèce, ou à la manière d’engraisser, les bouchers de Londres l’estiment plus qu’aucune autre; et cet avantage, joint à celui de prendre la graisse dès l’âge de deux ou trois ans , fait plus que compenser l’inconvénient de la petitesse de la race. Le poids ordinaire d’une bête de trois ans, bien grasse , est d’environ cinq cent soixante livres. On a introduit dans quelques endroits les taureaux de la race de Sulfolk pour perfectionner la taille et la forme des élèves de Norfolk ; mais çes expériences ont été faites par des Gentils- l54 AGltlcTJI. TURE îiomrnes qui ne connoissoient pas toutes les qualite's de la petite race du pays; les bêtes de races croisées qui proviennent des taureaux de SufFolk sont encore entre les mains de peu de personnes, et il est à craindre que si ces métis se répandent, il n’en arrive ce qui est arrivé de l’admission d’une race nouvelle de chevaux , c’est-à-dÎYe qu’on ne regrette l’ancienne, comme mieux appropriée au sol et au climat. Le perfectionnement de la race de Norfolk doit probablement dépendre davantage de l’attention avec laquelle on choisit les taureaux du pays même , que de l’admission des taureaux étrangers à la province. Ou n’obtiendra pas , à la vérité , un accroissement sensible dans les dimensions des individus, mais on corrigera les défauts de construction , sans courir le risque de perdre l’avantage , beaucoup plus précieux dans le système actuel d’économie rustique, d’engraisser les bestiaux dès l’âge de deux ans. C’est là du moins l’avis des fermiers du pays qui sont consommés dans leur art. Le principal but qu’on se propose en nourrissant des vaches en Norfolk c’est d’élever des veaux. Le produit de la laiterie n’a quelque importance que dans le voisinage des grandes villes.—Le nombre des vaches que nourrissent les fermiers , même ceux qui élèvent, est peu DE N O K E O D X. l55 considérable. Ou peut regarder le nombre de dis vaches comme un nombre ordinaire sur une ferme de moyenne grandeur. Dans la parlie de l’Ouest , et surtout près des marais du Cambridge sbire, on entretient beaucoup de vacbcs pour faire du beurre , qui s’envoie à Londres sous Je nom de beurre de Cambridge. ■—C’estlà une circonstance heureuse pour ceux qui font des élèves dans le district de l’Est , parce qu’ils tirent un grand nombre de veaux de la partie occidentale , où les fermiers trouvent également leur compte à ce commerce. Ii y a des revendeurs qui ne font pas d’autre métier que de transporter des veaux d’un côté à l’autre de la province. Au moyen de ce supplément , et des veaux achetés chez les Gentilshommes qui ne les nourrissent pas, les fermiers du district de l’Est en élèvent un plus grand nombre qu’ils n’en- treliennent de vaches. On peut compter que dans une ferme de 160 à 200 livres sterling , on élève communément dix à douze bêtes chaque année. Dans les environs de Norvvich et de Yar- moulh on nourrit souvent des vaches pour engraisser des veaux. Le beurre et le fromage sont aussi des objets d’industrie pour les fermiers , dans le voisinage de ces deux villes. *56 A GRICUlItlRIl Le fromage se vend frais, et est consomme' par les ouvriers des manufactures qui, pendant le printemset la première partie de l’été, en font leur principal aliment. On ne connoîl point, dans le district de l’Est, les soins minutieux qui sont ne'cessaires à la parfaite re’ussite du beurre. Des pâturages aigres , des trèfles de première anne’e en e'te’, et des turneps en hiver , sont une nourriture peu propre à produire du beurre excellent, et là où l’on ne peut espe'rer d’atteindre à la perfection, l’e'mulation cesse. Le troisième objet de la division de ce chapitre , est un des plus importans de la culture de Norfolk, et les soins qu’on met à élever les bestiaux e'tant, à bien des égards, particuliers au pays , demandent ici plus de détail. Les fermiers préfèrent en général d’élever' des veaux de leurs propres vaches. II y en a qui élèvent tous ceux qui naissent dans leurs fermes dans quelle saison que ce soit, et les genisses tout comme les taureaux. Toutes celles d’entre les genisses qui doivent s’engraisser à trois ans sont soumises comme les mâles à l’opération de la castration. — Les soins qu’on donne aux veaux qu’on élève dépendent beaucoup de la saison où ils naissent. Les veaux düiivcr demandent plus de lait que ceux qui » E NORFOLr. 167 naissent plus tard : voici à peu près comment l’on traite les veaux du mois de Décembre. Pendant les quinze premiers jours, ils tetter.t deux fois 5 pendant le mois suivant ils ont à boire au seau deux fois le jour , puis une fois seulement pendant les six semaines suivantes. On met devant eux du foin au râtelier, et des turneps dans une crèche. Ceux-ci leur servent de boisson lorsqu’une fois ils s’y sont bien ac- coutume's : on y mêle quelquefois de l’avoine et du son. C’est dans l’usage des turneps que gît la principale différence, entre la méthode d’élever en Norfolk et dans le reste du royaume. On peut dire que tous les veaux s’élèvent avec du lait et des turneps (1). Dès que le tems est suffisamment chaud , on les fait pâturer sur un blé , sur des turneps, ou sur un pré avancé, puis on les fait rentrer le soir. Lorsque le ray-grass a fait sa pousse du printems , on les y met à la pâture avec les bestiaux à l’engrais , et on continue pendant tout l’été à leur donner les meilleurs pâturages. Dès le mois d’Octobre ou Novembre les (1) La meilleure manière d’eagager les veaux à manger les turneps, c’est de les leur écraser avee un maillet. 158 AGRICULTURE yearlings ( veaux d’un an ) sont mis aux turneps, ordinairement dans le nombre des falioivers, c’est-à-dire en suivant les bestiaux à l'engrais. Us ont communément un enclos à part dans le parc domestique , mais quelquefois on les met avec les bêtes de deux ans. On leur donne dans l’enclos la poussière des granges avec un peu de foin, et en gênerai on en a grand soin dans ce premier hiver : les fermiers sont convaincus que la re'ussite des bestiaux en dépend. Dans le printems et l’e'lé suivant les jeunes bêles succèdent aux bestiaux à l’engrais et paissent dans les pâturages. Si ceux-ci manquent, on les envoie quelquefois passer l’été dans les marais, pour un prix convenu avec le propriétaire de ces terrains. Les bêtes de deux ans suivent les bestiaux à l’engrais dans les champs où on leur répand des turneps. La nuit on les parque dans les cours , quelquefois avec les veaux d’un an , quelquefois avec les vaches ; mais les meilleurs fermiers les mettent à part, parce que dans le premier cas ils dérobent aux veaux d’un an la nourriture qui leur est destinée, et dans le second, les vaches ne les laissent tranquilles que lorsqu’elles sont occupées à manger le meilleur duffourrage. Quelques fermiers , lorsqu’ils ont des tur- DE N O R. F O E K. l5g neps en abondance, engraissent leurs bêtes de deux ans. L’usage d’engraisser les bêtes à cornes avec les turneps commence à se répandre dans les diverses provinces, mais les fermiers de Norfolk en ont long-tems donne' seuls l’exemple ; ils entendent encore cet art mieux que les autres cultivateurs du royaume, et tout le reste de leur système de culture s’accorde avec celte industrie. Les gens de Norfolk nomment bullocks les bestiaux à l’engrais, quel que soit leur sexe et leur âge. — Les deux races qui re'ussissent le mieux sont celle du pays , et celle d’Ecosse. Dans la partie de l’Ouest on engraisse aussi des bœufs de la race du Yorkshire et du Lincoln- shire , mais dans celle de l’Est on trouve de l’avantage à pre'férer les premiers. La race du pays fournit à l’engrais des bœufs, des genisses coupe'es, desgeuisses, des vaches , et des gros veaux nommes running calves. Cette dernière classe est peut-être particulière à Norfolk. Ce sont des veaux qu’on laisse accompagner leur mère partout, jusqu’à ce qu’ils aient un an, cl quelquefois davantage. La mère est toujours extrêmement soignée. On la traite pendant tout le tems qu’elle nourrit , comme les bêtes qu’on engraisse ; et il n’est 160 a g a r c u r t u r e pas rare qu’elle s’engraisse en effet assez pour êtfe envoyée au marche de Smilhfield avec kon veau, qui quelquefois pèse autant qu’elle. Dans les bestiaux d’Ecosse on distingue ceux du Comte de Galloway , ceux du pavs plat, ceux des montagnes , ceux de l'Isle de Shys. La race de Galloway est grosse , forte , basse sur jambes, le plus souvent sans cornes, large de reins , à côte ronde, à gros ventre , à petite tête , et d’une charpente solide. C’est une des plus belles races connues. Elle s’est propagée depuis peu dans diverses parties de l’Ecosse , et surtout dans le voisinage d’Edimbourg. Il n’est pas rare que les individus de cette race pèsent, lorsqu’ils sont gras, 80 stone , c’est-à- dire 1120 livres, et on en a vu de ICO stone ( i 4 oo livres ). Les bêtes du pays plat (Lowland Scots) sont inférieures pour la taille à celles de Galloway, avec lesquelles cependant elles ont des rapports de construction. Quelques-unes sont cornées , et d’autres sans cornes. Elles sont noires ou brunes. Le poids d’une bête grasse est d’environ 60 stone ( 84 o livres ). Les bestiaux des montagnes paroissent être une race à part. Elle est sensiblement plus petite que les deux autres $ 4o à 5 o stone (56o à 700 livres) est à peu près le poids moyen de cette 1 DD NORFOLK. l6l cette race qui a des rapports , pour la forme et la qualité de la viande , avec les Galloways , mais dont presque tous les individus ont des cornes, en général petites, recourbées en dessus, dans le genre des bestiaux du pays de Galles. La race de l’isle de Skys paroît une variété de la race des montagnes que le climat et le sol ont beaucoup réduite pour la taille. Les bêtes grasses de quatre ans , de la race de Skys , varient en poids depuis 20 jusqu’à 4 o stone ( depuis 280 à 5 Go livres ). Ces quatre races que les marchands amènent aux foires où les fermiers de .Norfolk se pourvoient , ont presque au même degré l’avantage d’une chair savoureuse, et de prendre faci-'- lement la graisse. Les fermiers de Norfolk qui ont l’esprit mercantille , et qui ont des fonds suffisans pour faire toujours leurs emplettes dans les momens favorables , trouvent beaucoup plus de profit à acheter pour engraisser qu’à élever dans ce but ; mais ceux qui sont plus cultivateurs que marchands , et qui surtout n’ont pas des fonds suffisans à leur disposition , se trouvent mieux d’élever , car les risques sont moins grands. Les principaux achats des bestiaux d’Ecosse se font pour le district à la foire de Si. Faith Tome 1. L 162 AGRICULTURE près de Norvvich , oit les marchands d’Ecosse les amènent chaque anne'e en grand nombre. Cette foire est pre'cëde'e de celle d’Harleston , en South-Norfolk , qui commence le 9 Septembre , de celle de Wolfpit en Sulfolk , et de celle de Secking près de Lynn en Norfolk. Celle de St. Faiih commence le 17 Octobre et dure autant que la demande. —Puis viennent celles de Halesworth, de Hamptongreen , et deHoxone. Pendant cette succession de foires, les bestiaux sortent continuellement d’Ecosse pour y pourvoir , et au moyen de cette répartition des points de ventes sur une grande étendue de pays, tous les cultivateurs se pourvoient avec plus d’aisance. L’âge le plus ordinaire des bêtes d’Ecosse qui se vendent dans les diverses foires est quatre ans, mais il y a des bœufs beaucoup plus vieux. Il y en a qui ont travaillé, mais c’est le plus petit nombre. L’âge le plus recherché lorsqu’il s’agit d’engraisser immédiatement, c’est trois ans pour les bêles du pays, et quatre ans pour celles d’Ecosse. Nous avons vu, en parlant deslurneps , les détails de la manière d’engraisser. Quant à la proportion du nombre de bestiaux avec l’étendue des champs semés de ces racines , c’est ordinairement celle d’un acre de turneps B E NOB.FOLK. l65 bien réussis, pour un bullok et un follower. — C’est aux environs du 10 Octobre qu’on met aux turnepsles bestiaux du pays; ceux d’Ecosse s’j mettent dès qu’on les a achetés. Il est assez remarquable que quoique ceux-ci n’aient jamais vu de turneps, il suffit en général de les mettre à cette nourriture avec des bestiaux du pays qui leur montrent l’exemple , pour qu’ils s’y accoutument d’abord. Il y a cependant quelques bêtes qui maigrissent un peu avant de s’y faire. Les trois manières d’engraisser , savoir , en plàin champ , au parc domestique, ou sous un hangar , ont chacune leurs avantages et leurs inconvéniens. La première demande moins de soins et est très-utile aux terres légères , la seconde consomme beaucoup de paille , mais fait une très-grande quantité de fumier , la troisième demande moins de litière , mais plus de travail. Par ün beau tems sec les bullochs s’engraissent plus promptement dehors; par un tems humide et froid ils prospèrent davantage à couvert. Le mieux est donc , lorsqu’on le peut, de les tenir en plain champ pendant que le tems est beau , pour les achever sous les hangars lorsque le froid devient rigoureux. —* Au reste, les circonstances et les localités commandent souvent. Il faut aussi avoir égard à la l64 AGRICULTURE manière dont les bestiaux ont été tenus avant d’être mis à l’engrais. Ceux qui ont e’te' e’ieve's à rester toujours en plain air dans un climat rude, supportent l’hiver en plain champ beaucoup mieux que ceux qui ont e'te' accoutume's à un abri dans un climat plus doux. Il faut que ces diverses particularités aident à de'terminer la manière que le fermier doit pre’fe'rer. On peut estimer que les deux tiers ou les trois quarts des bestiaux erigraisse's en Norfolk vont à Londres : le reste se consomme dans le Comte'. Le grand marche' pour les bêtes grasses est Smithfield. Pendant toute la saison de la vente il part chaque semaine un ou deux convois, et le tout est admirablement règle. Ceux qui se chargent delà conduite des bœufs^ gras, et qu’on nomme Dropers , commencent leur tournée dans les premiers jours de Février $ ils la renouvellent quinze jours après. Au mois de Mars ils viennent chaque semaine : dans les mois d’Avril , Mai et Juin , deux fois par semaine, et enfin en Août et Septembre, ils font une dernière visite pour rassembler les bœufs engraissés pendant l’été dans les marais. C’est à St. Failli que les fermiers amènent leurs lots , ou bandes de bœufs gras, au Drover : c’est le rendez-vous général. Les convois partent le dimanche pour arri- B E NORFOLK. l 65 ver le dimanche suivant à Londres , distant de 112 milles.— K Mile-end les salesmen viennent numéroter les bestiaux , et se charger des lots pour les conduire au marché , et en rendre compte au Drover le lendemain. Ces salesmen sont des agens de toute confiance qui ne manquent point de tirer le plus grand parti possible des lots qui leur sont confiés ; et le lendemain ils présentent le compte de vente à leur commettant sous la forme suivante : Smithfield, le i. er juin 1796. Sept Bêtes vendues pour M. A. x à B. 1 4 st. Provision (à 1 s. 6 d.), 10 1 à C. i 3 Péage et frais. . . . . » 21 1 à D. 12 îO'f Aides nécessaires ...» 19 1 à 13 . X2 CommissionduDrover 1 i 5 » 1 à F. 13 Payé comptant. ... 86 » 8 1 à G. i 3 7 88«-îo-f 88W-io^»^- Signè H. I., Salesman de bestiaux. Les frais de transport sont toujours les mêmes depuis un grand nombre d’années , savoir : sept shellings et un pence et demi par tête de bétail. — Si le fermier a accompagné ses bêtes à Londres, ce qui arrive quelquefois , il est payé immédiatement chez le banquier du Salesman , à moins qu’il ne préfère une lettre de 166 AGRICULTURE change à vue sur un banquier de Norwtch.— L’usage ordinaire pour Jes fermiers de Norfolk c’est de se rendre dans certains lieux convenus, au jour de marche qui suit la vente , et ils y reçoivent du Drover, en argent comptant, le prix de leurs bestiaux. Le profit commun des fermiers sur les bul- locks ne paroît pas considérable. On peut estimer , en général, que chaque tête de bétail augmente en valeur de deux shellings et demi par semaine pendant cinq ou six mois. Si l’on ôte de la somme produite par cet accroissement environ i 5 scfiellings qu’on estime la paille et les soins employe's à engraisser un bullock, il reste la somme modique de 2 liv. sterl. 10 shellings par tête , qui représente à peu près un acre de turneps. Les fermiers très- habiles dans l’art d’acheter et d’engraisser tirent de 5 liv. à 5 liv. 10 sliel. sterl. d’un acre de turneps par celte industrie. Mais Je véritable profit gît dans l’amélioration qui résulte pour les terres, soit d’une augmentation considérable d’un fumier de première qualité , parce qu’il provient de bêtes grasses , soit de l’influence du parc , et du parcours du gros bétail. 1 DE N O R T O I- K. 1 - 6*7 Montons. Nous avons déjà observe , en parlant des objets généraux de la culture de Norfolk, que dans le district de l’Est on ne connoît guère par pratique la gestion économique des moutons , parce que les soins que cette gestion exige ne peuvent se concilier aisément avec ceux qu’on donne à l’engrais des bêtes à cornes. La race des brebis de Norfolk est une des plus estimées de l’Angleterre : elle a des caractères aussi marqués que la race des chevaux ou des bestiaux; mais on y reconnoît deux variétés qui ne diflèrent que pour la taille. — Las moutons de la grande race pèsent d’ordinaire de i4 à 25 livres le quartier préparé par le boucher ; ceux de la petite race pèsent de 10 à i5 livres le quartier. Ceux-ci se nomment moutons de bruyères : on ne les voit guère que dans la partie Sud-Ouest du Comté, et la laine en est plus line. Voici les caractères de la race de Norfolk. Le corps long et mince; la toison courte et belle ; les jambes longues , noires ou tigrées ; la face noire ou tigrée ; les cornes des brebis, de moyenne longueur et un peu droites; celles des beliers très-grosses, longues et en spirale , s \ îG8 AGRICULTURE comme la race de Wiltsbire ; le rable large et le quartier de derrière bien fourni, mais les épaules basses, l’épine du dos relevé et tranchante. Cette race réussit et prospéré sur les bruyères ou sur les pâturages secs , ou les neuf dixièmes des autres races du Royaume mour- roient de faim ; elle supporte le parc à merveille , s’engraisse très-bien à deux ans, se transporte grasse sans inconvénient à une grande distance, et la viande en est d’une saveur excellente. , Les cultivateurs de Norfolk auroient donc beaucoup à perdre en altérant leur race, et le seul rapport sous lequel ils puissent l’améliorer c’est la forme de l’épine du dos et des épaules, tes plus habiles fermiers pensent que ces défauts ne doivent se corriger que par l’attention aux formes des individus pris dans la race même du pays, et non par l’introduction d’une race étrangère qui , quoique plus régulièrement belle, n’auroit pas au même degré les qualités analogues au sol de Norfolk. Nous aurons occasion de revenir souvent sur la race des brebis de Norfolk, mais comme ce sujet ne tient pas directement à la description de la culture du district de l’Est qui nous occupe , nous ne nous étendrons pas maintenant sur la culture des moutons. DE N O B. F O E E. 1G9 Cochons et volailles. Le nombre des cochons nourris dans le district de l’Est est très-considérable. La laiterie en été , les chaumes en automne, les granges en hiver, fournissent constamment à leur entretien, et le blé noir qu’on recueille en abondance , sert à les engraisser. Les fermiers trouvent en ge'ne’ral plus de prolit à n’en pas surcharger leur ferme, parce que ces animaux grossissent plus tôt et s’engraissent mieux. La race des cochons du pays est , comme celle des moulons, haute sur jambes, et mince de corpsj mais elle a, comme Ips moutons et les bêtes à cornes, le très-grand avantage de s’engraisser à un âge où les cochons des autres races ont à peine la moitié de leur crû. Dès l’âge de six mois les cochons de Norfolk ont les trois quarts de leur taille , et prennent la graisse comme des bêles d’un au. Ils ne deviennent jamais très - gros : quinze à vingt sione ( 210 à 280 livres ) sont considérées comme un poids bien suffisant pour un cochon gras. — On coonoît aussi en Norfolk la race de Berkshire et celle des tonkins ou de Chine. Les fermiers élèvent eux-mêmes leurs cochons* On les engraisse quelquefois avec des 370 A G- K I C U Ij T U R ü pois ou avec de i’orge , niais le plus souvent avec du blé-noir que l’on fait moudre ou qu’on leur donne en grain. Les dindons et les autres volailles de Norfolk ont une grande réputation. Dans le voisinage des villes on en nourrit un nombre considérable qu’on engraisse avec du blé sarrasin , et qu’on apporte au marché tout prêts à mettre à la broche. Prix du travail. Le prix du travail est un objet si important lorsqu’on cherche à se faire une juste idée de l’agriculture d’un canton déterminé , que nos lecteurs nous sauront gré de ne point quitter le chapitre de la culture du district de l’Est sans leur faire connoîlre le taux des gages ordinaires des domestiques et des ouvriers de la campagne , le lover des chevaux , chars , charrues , etc. et le prix de dilFérens ouvrages faits à tâche. Domestiques. Un labôureur à gages gagne annuellement 8 à 10 liv. sterl. Un second valet , 4 à 6 liv. sterl. Un jeune homme pour la herse, 2 liv, sterl. Une servante de campagne, 5 à 5 liv. 5 shel. Une jeune hile, 1 liv. îo shel. à 2 liv. sterl. 1) E :n O 11 P U I, K. 17] Journaliers. fin ouvrier ordinaire gagne par jour en hiver l sliel. oulre la bière. Le même ouvrier gagne en été 1 shel. et un penny oulre la bière ( 1 ). Pendant la moisson un ouvrier gagne 55 à 4o sliel. et sa nourriture, soit que la moisson dure peu ou se prolonge. La journée des fetpmes est de six pence avec la bière, etpendantla moisson elles sont nourries. Pour les charriages sur les routes on paie dix shellings par jour pdbr cinq chevaux, une charrette et le conducteur. Pour faire labourer un acre, soit en rompant , soit en donnant un second ou troisième labour , on paie deux shellings six pence. Pour faire tirer la charge de trois chevaux de marne , on paie de trois à six pence, selon la profondeur de la marnière ; pour charger la charrette deux pence ; pour la répandre de neuf pence à un shelling. Pour recurer les fossés de un penny à deux pence le rod de sept yards. Pour retourner les bordures , ( c’est-à-diro (1) On donne au Teamer-man un schelling d’extra qu’on nomme l’argent des chevaux. 172 AGRICULTURE \ pour enlever le gazon et le retourner en lit de trois pieds de large ) un penny le rod. Pour retourner des monceaux de fumier , un penny fa charge de trois chevaux ; pour 'le charger , un penny la charrette , pour le re'- ■pandre , huit à dix pence l’acre. Pour semer l’orge , on paie deux pence l’acre; pour semer les turneps de même; pour semer le trèfle , mêle de ray-grass, de même. Pour houer les turneps la première fois trois shel. six pence à quatre shel. l’acre; la seconde fois deux shel. à deux shel. six pence , outre la bière. Pour faucher le trèfle , mêle de ray-grass, un shel. à dix-huit pence l’acre , outre la bière. Pour faucher un pre', dix-huit à vingt- un pence, outre la bière. Pour moissonner et resserrer le ble’ , cinq , six à sept shel. l’acre. Pour faucher l’orge un shel. l’acre Pour battre le ble', un shelling le coomb , outre la bière. Pour battre l’avoine , l’orge ou le ble'-noir, six à huit pence le coomb , outre la bière. Pour battre les pois , neuf pence le coomb, outre la bière. Pour battre le trèfle en grain , six shellings le bushel. DE NORFOEK. X70 Le prix de Yagistement (nourriture du bétail ) dans les pâtures et marais, depuis le i.* r Mai au 10 Octobre, est pour les bêtes de deux ans, et les bestiaux d’Ecosse trente à trente cinq sliel. ; pour des bêtes d’un an dix-huit à ving-un shel. Le prix de l’agistement pour le même tems dans les près , ou au regain, est pour les bêtes de deux ans dix-huit à vingt shel. , et pour les bêtes d’un an dix à douze shellings. Le prix de l’agistement, par semaine, en e’te', est pour les bullochs au ray-grass, deux shel., et pour les brebis trois pence. Le prix de l’agistement, après le 10 Octobre, est pour les bêtes à l’engrais, un shel. 6 pence. Pour 1 es bêtes de deux ans, vaches etc. au regain, un shel. 5 pour les bêtes d’un an, au regain, huit pence ; pour les moutons deux pence. Pour couper des fosses dans les près humides, à trois pieds de large, deux à quatre pence le 'rod , ( selon la profondeur ) outre la bière. Pournettoyerannueliement ces mêmesfosse's demi penny le rod. Pour récurer annuellement les grands fosses de pre's ( cinq à six pieds de large ) un penny le rod. Pour recurer ces mêmes fosses, de deux en deux ans , deux pence le rod. Pour les recurer de trois en trois ans, 'trois pence le rod. 174 CONCLUSION DE l’aCRICU LTURE DE NOBJ’OEK. Maintenant que nous avons fait connoître avec quelque détail, la culture de la province d’Angleterre qui ale plus de réputation sous ce rapport, il pourra être utile de revenir sur les principaux objets, et de présenter quelques réflexions à nos lecteurs. Il faudroit assurément être fort prévenu contre tout ce qui est étranger , pour ne pas reconnoîlre dans l’agriculture de Norfolk un ensemble bien calculé, une marché ferme, des moyens d’exécution simples , et de riches résultats. Une couche de quelques pouces d’une terre naturellement aride, nourrit une grande population , fournit à une exportation considérable de grains, engraisse un nombre prodigieux de bestiaux ; et enrichit les cultivateurs : voilà des faits qu’on ne sauroit nier , et qui sont de nature à captiver l’attention. Il ne suffit pas toujours de bien connoître une méthode étrangère de culture pour pouvoir l’adopter à son gré. On rencontre des obstacles sans nombre dansles volontésetlesrépugnances des agens ; si l’on surmonte ces obstacles, RÉSUMÉ DS l’aGR, DE NORFOLK. 176 les difficultés se retrouvent dans les choses, et il faut l’avouer , c’est quelquefois un bonheur : car dans un art si complique , le jugement qui imite avec sagesse est aussi rare que le génie qui invente ; et il est quelquefois heureux pour la science que les difficultés rebutent l’imitateur maladroit qui l’eût fait re'trograder. — Récapitulons sommairement la culture de Norfolk par ses traits saiîlans, et tâchons de fixer nos ide'es, d’abord sur les objets à imiter , puis sur la manière de réussir. Dans le district de l’Est de la province de Norfolk, le pays est pi a t , et la terre vège'tale, généralement sablonneuse , n’a que cinq à six pouces de profondeur. Elle recouvre la glaise ou le gravier en quelques endroits , mais plus souvent un sable profond, mélangé de marnes diverses qu’on y trouve par grosses masses plutôt que par couches. Les possessions sont encloses et entremèle'esj les chemins, les haies, les arbres qui les bordent sont extrêmement multipliés. Les fermes sont de grandeur médiocre. Les pre's y sont rares , et les bois plus rares encore. Les engrais principalement employés sont les marnes , les glaises , les composts , les fumiers d’écurie et du parc domestique, le parc des bêtes à cornes et la suie. RÉSUMÉ DE I76 Les fermiers vivent dans l’aisance , et quelques-uns sont opulens. Les domestiques sont bien nourris, mais leurs gages, ainsi que ceux des journaliers , sont modiques et leur travail est très-fort. Tous les ouvrages ont un prix règle , et il en est peu qu’on ne puisse faire exécuter à tâche. Tout se laboure avec deux chevaux et un seul homme. La journée est de dix heures de travail pour labourer deux acres. — Tous les ouvrages se font avec une célérité proportionnée, et lés chars vides cheminent toujours au trot. En été les chevaux pâturent dans les trèfles; en hiver ils mangent de la paille d’orge ; et dans le tems des forts travaux ils consomment un bushel d’avoine par semaine. Les outils d’agriculture sont d’une grande simplicité , et construits avec jugement. Le plus important; de tous, la charrue , réunit les qualités les plus désirables danscet instrument: elle est simple, légère, solide , n’emploie qu’un seul homme , Êt fait une prodigieuse quantité d’ouvrage. Les baux sont de sept à vingt-un ans , et les clauses en sont déterminées avec une précision rigoureuse. La rente des terres varie de douze à vipgt shellings par acre. Les l/AGRICULTURE DE NORFOLK. I77 Les bâtimens de ferme sont grands , les granges vastes et multipliées ; mais on réduit en tas dans les cours une partie des recolles, et les bestiaux sont presque toujours en plein air. Les principaux objets de l’industrie des fermiers sont le blé , l’orge et les bestiaux. L’assolement des terres les plus légères est généralement celui qui suit : 1 Ble'. 2 Orge. 5 Turneps. 4 Orge. 5 Trèfle. 6 Ray-grass. L’assolement des terres un peu plus fortes est plus ordinairement encore : 1 Blé. 2 Turneps. 3 Orge. 4 Trèfle. Le fermier divise et distribue ses récoltes de manière à ce que ses champs de turneps se trouvent disséminés dans diverses parties de sa ferme. — Il fait grande attention à l’état de la terre, relativement à l’humidité ou la sécheresse, avant d’y mettre la charrue. Les labours sont alternativement superficiels et profonds 3 et Tome i. M RÉSUMÉ DR .178 toujours croises lorsque cela est possible. La herse précédé presque toujours, et suit souvent la charrue. Les près artificiels de seconde année se rompent vers la fin de Juin , se fument, et se rela- «■bourent encore trois fois avant les semailles élu bie', qui : se font vers la fin d’Oclobre. Le ble' se sème sousraies à sillons relevés, et par une me’lhode particulière. —Lorsque le ble se plante, c’est sur un seul labour. — O11 uettoye d’herbes et roule les blés au printems. On les moissonne très-murs: on les lie en moissonnant, et on ne les bat que très-tard. Les chaumes des blés s’enlèvent pour être convertis eu fumier, ou se foulent par les bestiaux à L’engrais. On les rompt en Novembre ; on les herse et recroise en Mars, puis en Avril, et on sème l’orge sous raies , avec un quatrième labour. On la nettoie d’herbe à la main ; on la fauche, et on la charge sans la lier. La culture des turneps est la base du système - d’agriculture'de la province. On cultive quatre variétés de cette grosse rave. On n’épargne ni soins, ni engrais, ni culture, pour assurer • celte réColte qu’on emploie à engraisser des bêtes à cornes, ou les moulons, sur les champs mêmes qu’on veut fumer. —■ L’orga succède après trois labours-j le trèfle mêlé de ray- lAgiUCÜLTUKL D£ -NORFOLK. 1 79 grass se sème en même tunis ; les raciues des jeunes plantes de ces foins artificiels pénètrent aisément dans une terre très-meuble et très- bien amendée. La fanne de l’orge protège ces plantes contre les chaleurs. Le soin d’arracher encore les mauvaises herbes qui peuvent pa- roître , assure au trèfle la pleine possession du terrain dès que l’orge est coupé. L’année suivante les chevaux pâturent le trèfle dès le mois d’Avril jusqu’en Juin ; la seconde coupe se recueille en foin ou en graine. Le ray-grass qui a succédé au trèfle achève au printems l’engrais des bestiaux, et se pâture jusqu’au moment où l’on le rompt pour préparer la terre à recevoir le blé , et recommencer la même rotation de récoltes. Les bestiaux du pays qu’on élève pôur l’engrais sont d’une race de moyenne taille , remarquable par sa disposition à prendre la graisse dès la seconde , et surtout la troisième année. Les bestiaux que l’Ecosse fournit annuellement pour l’engrais sont de diverses races, en général pesantes , et dont la chair est aussi estimée que celle des besliâux de Norfolk.—Enfin la race des brebis de la province est une des premières du royaume pour la taille , pour la force , pour la laine, et surtout pour la chair. XtÉSUMÉ DE l&O La première observation ou le premier doute qui se présente , lorsqu’on considère celte agriculture dans des vues d’imitation , c’est que le climat et la nature du sol sont peut- être tellement particuliers au pays , que les méthodes qui y réussissent pourroient ailleurs être sans succès. — Quoique moins froide que sa latitude ne semble l’indiquer , celle province est plus tardive de huit à dix jours dans ses récoltés que les environs de Londres ; et les progrès de la végétation n’y ont pas , en général, une activité aussi grande que dans les pays plus méridionaux ; mais la température de l’hiver , adoucie par la distance des montagnes et le voisinage de la mer , permet aux bestiaux de tenir en plein air , et même d’y prospérer à l’engrais : les neiges sont rarement profondes. Il paroît donc que , sous les rapports du climat, les pays d’une latitude moins élevée ne peuvent qu’avoir de l’avantage dans la culture des mêmes productions ; mais que dans les pays voisins des montagnes, dans les cantons oit l’automne est pluvieux et l’hiver âpre, on ne sauroit imiter en tout l’économie relative aux bestiaux. Quant au sol , ce sont assurément les cultivateurs des terres légères qui trouveront le plus à prendre dans le système que nous avons i/ACRTCULTURE DE NORFOLK. l8l fait connoître : c’est, surtout dans les terrains, condamnes au seigle , et qui n’en donnent qu’une re'colte chétive en deux années, que les méthodes de Norfolk produiroient une révolution complète ; mais les propriétaires de toutes les espèces de terres soumises à une culture vicieuse y trouveront des ide’es utiles , et de quoi imiter avec profit, s’ils le font avec jugement. Et d’abord , sur l’article des engrais , les fermiers de Norfolk donnent à tous les cultivateurs des exemples précieux. Les dépenses '-qu’ils font pour marner les terres, pour charier des glaises ; les soins qu’ils prennent pour augmenter les fumiers des étables et des cours; et surtout les mélanges de terres et de fumier qu’ils placent auprès des champs auxquels ils sont destinés, sont autant d’objets de la plus grande importance. L’article de la charrue de Norfolk mérite beaucoup d’attention , quelle que soit la terre qu’on est appelé à cultiver. Ceux de nos lecteurs qui ont la pratique de l’art, qui ont réfléchi sur la perte de tems et de forces, résultante des charrues massives, et mal construites ; qui sont accoutumés à voir quatre bœufs et deux hommes labourer , avec peine, vingt à vingt-cinq mille pieds de surface Kt'.'S U3I il CE J server que le fermier Ânglois retire autant )) de son cours de récoltes, dans lequel le blé i) et le seigle ne reviennent pas souvent, que » le François du sien , quoiqu’ils reviennent )) souvent. » L’AGRICULTURE DE NORFOLK. Cours ajiglois. Cours français. j. Turneps. 2. Orge. 3 . Trèfle. 1. Jachère.... 2. Bïé. 18 bushels. 3 . Orge ou avoine. 4 . Blé. par acre, 25 par acre, 25 bushals. 4 . Jachère. 5 . Turneps. 6 . Orge. 7. Trèfle. 5 . Blé 6. Orge ou avoine. 7. Jachère. 8. Blé. 8. Blé. 9. Rye-grass ou fèves. 9. Orge ou avoine. 10. Jachère. 11. Blé. 10. Blé. 11 Turneps 2.5 7Ô bushels. 72 bushels. « L’Anglois , dans l’espace de onze ans, V recueille trois bushels de blé de plus que le » François. Il a trois recolles d’orge ou de » fèves qui rendent deux fois autant par acre » que ce que rendeutles trois récoltes françoises » de grains de primeras ; et il fait outre cela » trois re'coltes de turneps et deux de trèfle. )) Les turneps valent 48 liv. l’acre, le trèfle 72 : )> ce qui fait pour les cinq re'coltes 288 livres. » Quelle immense supériorité ! Plus de blé ; » presque le double de graines de primeras ; » et plus de 24 livres par acre, annuellement, n de turneps et de trèfle : mais outre cela, la » terre de ■ l’Anglois, parle moyen de l’engrais » provenant de la consommation des turneps iq 2 résumé de » et du trèfle, est dans un étal continu d’amé- )> lioration , taudis que la ferme du François )> reste dans le même e'tat. » (Arthur Young, Voyages en France , T. II, pag. 556 et suiv., e'dit. de 1794. ) Si donc les terres sablonneuses de Norfolk fournissent annuellement à l’exportation une étonnante quantité’ de grains , c’est qu’on m’en cultive pas trop 5 c’est que pour recueillir du blé , on sème du trèfle et des turneps. Dans une bonne agriculture on ne sauroit séparer l’industrie qui produit les grains en abondance, de celle qui multiplie les bestiaux. Or il est difficile d’imaginer un système daus lequel on puisse réussir .à produire plus da grâins et à nourrir plus de bestiaux sur une terre plus médiocre. Aucune partie de l’économie rustique ne demande plus de connoissance des vrais principes d’agriculture , aucune ne demande plus de jugement dans l’application, que la suc*- cession des récoltes. Nous avons vu comment se succèdent les productions qui font la nourriture de l’homme, et celles qui sont destinées aux animaux. C’est là une circonstance importante à considérer dans le choix des plantes qui doivent se remplacer L’AGRICULTURE DE ^NORFOLK 1Ç)3 placer. Une autre attention qui ne l’est pas moins , c’est de faire succe’der des plantes de genres différens ; car , soit que la terre ait divers sucs à fournir aux plantes diverses, soit que les unes cherchent leur substance à une profondeur plus grande , soit enfin que certaines plantes se nourrissent par leurs feuilles autant, et plus peut-être , que par leurs racines , les récoltes ne se succèdent avec une vigueur soutenue cjue lorsque, dans la rotation e’tablie, le fermier a eu égard à ces propriétés diverses des plantes. Mais , comme nous l’avons déjà observé et comme on ne peut trop le redire , il faut que les sarclages secondent les bons effets de la variété ( 1 ) ; et il y a certaines productions qui doivent principalement à cette cause la faculté de préparer la terre à porter des grains. Ainsi, par exemple , une récolte de fèves ou de pois qui sépare deux récoltes de grains est amêliorhnte si elle est sarclée , épuisante si elle ne l’est pas. Il semble qu’il y ait là un (1) Combien de travail ! s’écrieront les partisans des jachères ; oui, mais ce travail est largement payé dès la même année et profite aux trois suivantes, au lieu que l’année de jachère est toute en frais, et n’influe que «ur la récolte qui suecède- T cri e 1. N 19^ RÉSUMÉ DK combat entre deux forces, et que la terre ne consente à porter trois années de suite des plantes dont la graine fournit des substances aussi analogues, qu’à condition de recevoir par les sarclages le comple'ment des moyens de végétation que les feuilles pompent de l’at- mospbère. — Les sarclages, ou les cultures à la boue , sont donc indispensables pour assurer la réussite d’une succession non interrompue < récoltes , et pour que la terre se maintienne en bon état et exempte de mauvaises herbes. On observera peut-être que l’un des cours de Norfolk que nous avons donné comme le plus généralement adopté, n’est pas rigoureusement conforme aux principes ci-dessus, et que l’une des deux fois que l’orge revient sur les six années , c’est au blé que cette récolte succède. C’est là, il faut l’avouer, une exception à la règle fondamentale. Mais si l’on considère, non-seulement que le blé a été fumé, mais que la terre avoit profité des racines et des feuilles d’un pré artificiel de deux ans; qu’après le blé, les bestiaux à l’engrais sur le chaume qu’ils pourrissent avec les débris des turneps qu’ils y mangent, fument de nouveau la terre ; que quatre labours , dont un précède l’hiver, la préparent à recevoir l’orge; qu’enfin les racines / Lh\&RICULTURE DJS NORFOLK. IC)5 de cette plante se plaisent dans un terrain très- divise' et soulevé par le cliaume enterre', on comprendra que cette irrégularité ne peut avoir un effet fâcheux sur la récolte , à laquelle succède d’ailleurs la culture améliorante par excellence, celle des turneps. •—Dans ce cours de six ans ou le blé ne revient qu’une fois , c’eût été trop peu de grains de n’y faire entrer qu’une récolte d’orge, et comme le rye-grass , si utile à l’engrais des bestiaux , occupe nécessairement la terre deux ans de suite , cette irrégularité , d’ailleurs si bien rachetée , étoit inévitable. Mais les assolemens de Norfolk , si utiles à étudier , ne seroient pas partout les plus convenables à suivre 5 et peut - être même ne seroient-ils pas les meilleurs possibles dans les terres analogues. Ces assolemens ont été maintenus de père en fils, depuis un grand nombre d’années. Leur adoption a précédé la connois- sance de la culture des pommes de terre en Europe, et cette admirable racine n’est point admise encore dans la succession de leurs récoltes. Le maïs qui pourroit entrer avec tant d’avantage dans les cours des productions de presque toutes les terres , dans plus de la moitié de la France n’y est point cultivé ; et l’on n’y fait aucun usage du sain-foin qui, donne 1 ig6 résumé une étonnante valeur aux terrains les plus médiocres. Lors donc qu’il s’agit d’adopter un cours de récoltés, on doit avoir e'gard aux convenances de sol et de climat; on doit mettre à profit les connoissances acquises sur la valeur des productions du pays même , mais sans s’écarter des principes invariables que les pratiques de Norfolk nous ont donné occasion de développer. Vouloir imiter celles-ci en tout , là où les données fondamentales diffèrent, seroit une erreur puérile : prétendre ne rien devoir à de pareils exemples seroit l’obstination de l’orgueil ou l’aveuglement de la sottise. — Nous reviendrons souvent, en examinant la culture des autres provinces , à l’importante matière des assolemens. Terminons sur ce sujet par une observation. Dans quelques parties du continent , qui sont privilégiées pour la qualité des terres et le climat, on pratique une excellente agriculture.. Les récoltes s’y succèdent sans intervalles , et souvent on recueille deux fois dans la même année. Mais cesexemplesn’apprennent rien aux possesseurs des terres médiocres ou mauvaises. Ils ne sauroient, comme les Flamands, faire succéder au blé le lin, le chanvre, les choux, le colza ; et lorsqu’on leur cite en ^AGRICULTURE DE NORFOLK. 197 exemple l’industrie de ceux-ci , ils se retranchent sur l’extrême différence dans la fécondité des terrains, et persévèrent dans le système ruineux des jachères , parce que leurs terres, disent-ils , ont besoin de repos. — C’est sous ce rapport que l’exemple que nous avons choisi doit paroître particulièrement précieux à ceux qui ont à cœur le progrès des pratiques utiles. Le succès des assolemens de Norfolk garantit une réussite au moins égale dans la plupart des terres, et sous une latitude moins élevée. La préférence à donner aux chevaux sur les bœufs , pour le travail de la charrue , est une question qui, quoique souvenl traitée, 11’est point résolue , parce que sa solution dépend des circonstances accessoires et locales. Dans un pays où le sol est léger , les pluies fréquentes , et où l’on peut se procurer une excellente racede chevaux, la plus grande quantité d’ouvrage , fait à propos, compense largement les frais plus considérables qu’ils occasionnent ; il n’y a pas à hésiter alors à les préférer : c’est le cas de Norfolk. —Des données contraires déterminent la convenance opposée. Lorsque les circonstances se balancent, on peut plau- siblement soutenir les deux méthodes ; et la question est indéterminable entre gens qui la tranchent d’après des aecidens de localité , et ItÛSUMÉ DE 198 chez qui l’habitude établit la prévention. —r- L’exaruen de ce problème est extrêmement intéressant, parce qu’à le considérer dans ses conséquences, il tient à des objets d’économie politique. Nous aurons occasion d’y revenir ; et nous observerons seulement ici que le système que nous avons analysé fait disparoître une partie des objections que l’on propose contre l’usage des chevaux , parce qu’il simplifie leur entretien , et les réduit au plus petit nombre possible. — A en juger par la quantité de bestiaux qui s’élèvent ets’engraissent dans le district , on ne sauroit reprocher aux chevaux de se nourrir aux dépens de ceux-là qui font, en quelque sorte , l’objet capital de l’industrie du pays. Considérons combien l’imitation de celte industrie seroit utile ailleurs. On croit communément que la richesse du sol, et certaines dispositions locales , sont des circonstances indispensables à la multiplication des bestiaux ; et une telle opinion , qui exclut les soins dont résulteroit cette multiplication dans les terres médiocres , condamne par là même celles-ci à la stérilité. — Pour élever de nombreux troupeaux dans des pays de gras pâturages il ne faut pas de grands efforts d’industrie j mais observons que les avantages qui l’/VGR.ICCXTUTUE DE NORFOLK. 3 QÇ) résultent de la multiplication des bestiaux dans un sol exclusivement destine’ à les nourrir, ne sont point comparables aux avantages qui naissent de cette multiplication dans les cantons qui comportent le labourage. La fiente des animaux a besoin du mélangé des pailles, ou d’autres substances végétales, pour acquérir la faculté d’amender le terrain. Or, les pailles manquant toujours dans les pays de pre's et de pâturages , la quantité’ relative des engrais produits y est peu conside'ralde , et la terre n’y reçoit guères que les amende— mens du parc et des arrosemcns, — Comme de tels cantons ne fournissent point la principale nourriture de l’homme, les profits de l’exportation des bestiaux, ainsi que ceux des produits de la laiterie , y sont considérablement réduits par l’importation des ble'sj et en temsde disette de grains, on y souffre de l’impossibilité d’en recueillir. Mais dans les pays de grains où l’agriculture est montée de manière à nourrir beaucoup de bestiaux , tous les fumiers qui en proviennent profitent à la terre , et les produits de l’exportation sont en pur gain. Dans le premier cas , la terre est en stagnation , et le proprietaire ne s’enrichit pas : dans la seconde supposition , la terre augmente eu valeur , et le cultivateur s’enrichit. 200 RÉSUMÉ DE Ce n’est pas ici lé lieu de considérer cet objet sdüs le rapport de la population ; mais il est aise de sentir combien elle est plus favorisée nar le système qui multiplie les bestiaux sur le même sol qui fuit croître les grains. Ceux-là , loin de consommer aux dépens des hommes , comme on l’a dit quelquefois , font sortir de la même terre sur laquelle ils consomment , des subsistances à notre usage , en quantité' proportionnel à leur propre nombre. ' N’en concluons point cependant qu’on doive forcer la nature , et porter la cbarrue , avec le système de la succession des récoltes, dans des lieux évidemment destinés , par la qualité de leur sol et par leur position, à ne nourrir que des troupeaux. Mais dans une bonne économie rurale , et principalement lorsqu’on la considère dans ses relations avec l’économie politique , on doit destiner aux troupeaux les terrains seulement qui ne peuvent admettre la cbarrue. Le haut prix relatif des prés naturels , dans un canton , est une indication presque certaine de la médiocrité de son agriculture. Là où l’on connoît tout le parti à tirer des foins artificiels , et d’une succession de récoltes bien calculée , on ne laisse en prés naturels, ou l’on ne destine à en former j que les terrains propres à ce seul 201 l’agriculture de norvolk. usage , et qui, en particulier , peuvent être arrosés. Cela est tellement senti dans le district de Norfolk , qu’on y outre le mépris qu’une bonne culture doit donner pourlesprésnatnrels. Les fermiers voient une si grande disproportion entre Je produit d’un acre de terre que la charrue travaille, et celui où l’herbe croît d’elle- meme, qu’ils ne se donnent pas la peine de soigner les portions de terrain qu’ils sont forces de laisser en près. Us sont sages, sans doute, de n’y pas destiner leurs engrais; mais on ne sauroit les approuver de ne tirer aucun parti des des- séchemens et des arrosemens , pour améliorer la qualité’, et augmenter la quantité d’une production qui a toujours un grand prix dans l’économie agricole. C’est un côté foible de l’agriculture de Norfolk, mais cette circonstance n’influe pas sensiblement sur la prospérité du district , parce que les terrains en prairies n’ont que peu d’étendue. Si c’e’toit ici le lien d’examiner quelle in- fluencela multiplication des bestiaux a d’ailleurs sur la richesse nationale , en fournissant à l’exportation les suifs, les peaux , les cuirs , avec l’accroissement de valeur qu’ils ont reçu de la main-d’œuvre dans les fabriques , l’ingénieux ensemble des pratiques rurales que nous avons examinées en deyiendroit plus digne de l’at- 202 RÉSUMÉ DE e’aGR. DE NORFODK. tention du commercant et de l’homme d’état; Mais c’est aux agriculteurs que ces feuilles sont particulièrement destinées. Puissent les faits qu’elles renferment attirer quelque intérêt, exciter quelque émulation ! L’espoir d’opérer le bien est le mobile le plus puissant du travail pour l’ami de l’humanité : souvent, hélas ! sora illusion la plus douce. 203 Extrait du Discours de Sir John Sinclair au Département d’Agriculture, lors de sa première séance. ' ' J e félicité les Membres prësens sur les inestimables avantages de l’institution d’un Departement d’agriculture. On a fait dans d’autres pays quelques tentatives d’établisse- mens semblables sur une e'cbelle moins étendue , mais l’Angleterre seule a réussi à donner à une institution de ce genre toute la force d’un établissement public. C’est uniquement à la circonstance d’avoir fait en Parlement la motion de l’institution du De’partement d’agriculture que je dois la faveur que j’ai obtenue du Roi d’en être le President , maigre’ la supériorité’ de talens et de connoissancesd’un grand nombre des Membres de ce Departement ■ mais je m’attacherai à supple'er la foiblesse de mes moyens par le zèle le plus soutenu pour les succès de l’etablissement. Il est naturel d’imaginer qu’avant de faire la motion en Parlement je m’étois forme’ l’idée du système à suivre dans le cas où le Département seroit institué, et je vais 204 DISCOU 11 s de sir présenter sur ce sujet le résultat de mes méditations. Ayant été occupé depuis quelques années d’une correspondance avec plus de quinze cents Individus, sur des objets d’un intérêt public ; savoir , le perfectionnement des laines d’Angleterre et l’examen réfléchi de l’état politique de l’Ecosse, j’ai acquis des con- noissanees d’après lesquelles je puis poser, avec quelque certitude , les principes généraux qui doivent servir de base au grand plan des travaux du Département. Premièrement, j’ai la satisfaction de pouvoir affirmer qu’il existe dans la Grande-Bretagne un fonds plus considérable d’instruction solide et de pratiques utiles , et un plus grand capital en activité que dans aucun autre pays de même étendue et de même population ; et il ne seroit pas difficile de rassembler cette instruction, de mettre à profil ces pratiques utiles, et de donner au capital en activité la direction nécessaire pour faire fleurir la culture , augmenter la richesse intérieure, et faire de l’Angleterre le jardin de l’Europe. Secondement, il est certain cju’il existe une masse plus considérable d’esprit public dans la nation anglaise ( principalement dans la classe avec laquelle le Département sera en relation plus directe ) qu’on ne le pense cora- JOHN SINCLAIR. 205 mune’ment ; et je suis convaincu que le Departement ne trouvera pas de difficultés à faire adopter aux cultivateurs actifs et intelligens un tel système , ou à leur faire faire telles expériences qui ne contrarieront pas trop directement leur intérêt pressent; et qu’on éprouvera une très-grande différence entre l’effet des recommandations d’un corps public respectable, et l’effet de celles qui proviennent de simples particuliers. Troisièmement, il importe de ne pas perdre de vue que dans les choses dont le. but est louable, rien ne résiste au travail et à la persévérance. Dans les premiers tems on pourra concevoir quelques doutes sur la réussite de l’institution , ou quelque jalousie contre l’établissement même ; mais bientôt ces nuages se dissiperont. Quant à moi, je ne doute nullement que si le Parlement continue pendant quelques années les secours pécuniaires, en y ajoutant des règlemens sages pour un système général d’amélioration , et que le Département suive avec constance l’objet de son institution, on ne voie dans peu d’années le produit de plusieurs millions d’acres, maintenant incultes, considérablement accru ; plusieurs autres millions d’acres , maintenant incultes, soumis à 30 6 DISCOURS DE SIR une bonne culture ; et la valeur des bestiaux du royaume augmentée au moins du double. Quant au plan à suivre , j’invite le Departement à examiner si le premier objet ne doit pas être d’établir les faits , préalable sans lequel on ne peut prendre confiance en aucune théorie ou système de raisonnement. Dans ce but, il seroit necessaire d’examiner l’état actuel de l’agriculture dans tous les comtes du royaume, et de s’informer des moyens qui, d’après l’opinion des hommes intelligens, se- roient les plus efficaces pour introduire un système general d’amelioration, ou pour procurer l’avantage des districts particuliers. En employant à ces recherches les hommes les plus capables, en communiquant leurs rapports aux hommes les plus propres à y faire des additions précieuses , il seroit probable que tous les faits importans et même toutes les les ide'es utiles parviendroient à la connois- sance du Département. La masse prodigieuse des informations ainsi rassemblées rempliroit deux objets : le premier , d’indiquer les mesures à prendre pour parvenir aux améliorations agricoles} le second, d’instruire les individus par la pratique et l’expérience des autres. Pour atteindre le premier but, savoir les JOHN SINCLAIR. SO7 secours de l’autorité législative , il convien- droit de rédiger la substance des informations, et d’en former un rapport qui seroit soumis à l’es amen du Roi et des deux chambres du Parlement, et qui contiendroit des indica*- tions sur les mesures qui paroîtroient salutaires j et à en juger par l’activité avec laquelle on a déjà entamé le travail des recherches agricoles, je pense que le rapport pourroit être fait à tems pour que le Parlement pût prendre, dans le cours de la session prochaine , des mesures efficaces relativement à l’agriculture. Le Parlement pourroit rendre à l’agriculture des services utiles de deux manières $ savoir , en écartant les obstacles qui découragent les cultivateurs , et en leur accordant des encouragemens : le second objet est extrêmement délicat, et demande un examen réfléchi. Il est certain , cependant , que c’est en encourageant l’agriculture que le Grand Frédéric a réussi à doubler la valeur de son royaume , et à amasser un trésor de plusieurs millions sterling. Des encouragemens de cette nature ont le même effet que les engrais sur la terre, et ils tendent surtout à répandre cette vérité, «c’est que la bonne culture est un h objet de si grande importance peur l’en- 208 discours de sir )> semble de la communauté' , que ceux qui » s’occupent de cet objet avec le plus d’assi- » duilé sont peut-être les citoyens les plus 4) utiles à leur patrie. » Les cultivateurs du moins ont plus de droit à l’intérêt du public sous un rapport particulier, c’est que parleurs inclinations, leurs habitudes et leur profession, ils sont plus attaches au sol que les autres citoyens. Relativement à l’instruction des particuliers, il n’y a aucun doute que la grande masse d’informations , obtenue par la correspondance du Departement, soit dans le royaume, soit au dehors, ne fasse connoître la meilleure manière d’exploiter les propriétés territoriales, ou en d’autres termes, le meilleur système de relations entre le propriétaire et le cultivateur; et que les principes d’une culture raisonnée ne soient bientôt établis avec beaucoup de simplicité et de perfection. Je ne veux pas anticiper avec trop de confiance sur les résultats d’une pareille institution , mais je .crois cependant qu’il n’y en a aucune dont la nation ait à attendre des avantages plus réels. Le Département est déjà considéré, même au dehors, comme devant pro^ bablement devenir le magasin général des con- noissanCes agricoles. On regarde ce Département, JOHN SINCLAIR. 20g ment, dans l’etranger , comme la source d’où l’on pourra tirer les informations les plus importantes et les résultats les plus solides. —■ Sous ces divers rapports , l’agriculture a du moins un avantage sur les autres arts , c’est qu’il n’y a lieu à aucune jalousie entre ceux qui s’en occupent, et que chaque decouverte tendante à des ameliorations contribue au bien general de l’espèce humaine plus efficacement qu’aucune autre. Ex trait du discours de sir John Sinclair au Département d’agriculture , le 2 j} Juillet ijp4. Je considère comme très-necessaire , en ma qualité de pre’sident, et avant que l’on fixe l’ajournement annuel du Département , de donner la substance de ce qui a été fait pendant le cours de la session , et une idée du progrès des travaux vers le grand but de l’institution. Dans le commencement de cette première session , le Département a été nécessairement occupé de la confection des règlemens qui doivent fixer sa marche, et dont le plan est dû aux talens de mylord Hawke, qui, sur ce Tome i. O 230 DISCOURS DE SI H. point comme sur d’autres objets de ses travaux, a mente la reconnoissance du Departement par son zèle et son assiduité. Une grande variété de communications importantes est parvenue au Département soit du dedans , sou du dehors , sur tous les objets qui ont quelque rapport avec l’agriculture , et dans le nombre il y a beaucoup d’idées qui seront utiles pour les améliorations projetées.— Ces idées pourront être publiées séparément, ou réunies aux rapports du Département. —• Le Comité chargé de dresser l’état des terres incultes et des champs communs ( 1 ) de tout le royaume, et d’indiquer les moyens d’amélioration probable , a déjà beaucoup avancé ses recherches , et aura vraisemblablement un rapport à présenter lors de la rentrée du Département. Le succès des reconnaissances agricoles > entreprises dans tous les comtés , sans le résultat desquelles on ne pourroit asseoir aucune mesure , a déjà surpassé toutes les espérances. Le royaume entier a été divisé en districts et assigné à divers commissaires qui doivent faire des rapports séparés. Un tel travail n’avot jamais (1) Les plaines de champs dans lesquelles un grand »ombre de particuliers ont des possessions non encloses. J O H K S I S 0 I À I K. 21Ï elé entrepris dans aucun pays; beaucoup de gens doutoient qu’il pût s’exécuter, même en Angleterre; et cependant j’ai la satisfaction d’informer le Departement que déjà soixante et quatorze rapports sont rentres , et que les autres sont tellement avance's , que probablement dans l’espace d’un an, à compter de l’etablissement du Département, cette grande tâche sera remplie. Je dois dire , à la louange des commissaires qui ont entrepris ce grand travail , qu’un très-grand nombre d’entr’eux n’ont voulu accepter aucun émolument, et xjue les autres se sont contentés d’honoraires qui couvrent à peine leurs dépenses. — Leâ rapports de ces commissaires ne doivent pas être ooqsidére’s comme des systèmes complets de culture , mais comme des chapitres d’un grand ouvrage , distribués dès à présent pour pouvoir y ajouter des informations ultérieures. La circulation de quatre-vingt mille exemplaire* de ces rapports , sur un sujet qui a autant do faveur qu’en a maintenant l’agriculture , doit réveiller fortement l’attention du public sur ces matières, et cet intérêt se montre déjà par l’impatience de voir ces rapports publiés , et par un empressement plus grand que jamais à lire les ouvrages d’agriculture. Environ cent rapports , qui ont déjà circulé, ont été enri- 212 DISCOURS DE S. J. SINCEA.IR. chis d’annotations et d’observations très-utiles ; probablement un grand nombre des autres rapports le seront de même , et le Departement aura ainsi sons les yeux , non-seulement un état exact de la situation actuelle de l’agriculture du royaume , connue des connaissances- acquises ou de la pratique suivie jusqu’à ce jour, mais probablement aussi toutes les indications qui pourront conduire à des ameliorations ; ce qui formera une masse de faits, et d’instruction telle qu’aucun pays ne l’a possédée jusqu’ici. Par rapport à l’usage à faire de cette masse de eonnoissances ainsi accumulées par les travaux d’un si grand nombre d’hommes capables, il y a deux observations à faire que je soumets à l’attention du Departement; la première, c’est qu’il convient de ne pas laisser amortir la Curiosité et l’iutérèt de la nation; la seconde, c’est qu’au lieu de livrer au public, par pièces détachées 3 le trésor ainsi acquis par le Département , il seroit à désirer qu’on dirigeât préalablement toutes les eonnoissances acquises pour en former un système complet. Dans le but de mieux développer mon idée sur un rapport général, j’en ai fait un projet, lequel, je pense, seroit susceptible de recevoir son exécution dans le cours de la session prochaine. Projet d’un rapport général sur Vétat actuel de Vagriculture de la Grande-Bretagne, et sur les moyens de la perfectionner , pour être soumis à S. M. et aux deux chambres du Parlement., par le Département d’agriculture. Introduction et plan du rapport. Cil AP. I . 01 Vue generale des avantages naturels de la Grande-Bretagne pour les ameliorations en agriculture. ChAP. II. Etat des proprie'te’s territoriales dans le royaume. — Terres possédées séparé- ment ou en commun. — Etendue des possessions particulières. — Avantages re'sultant de la diversité' d’étendue des possessions. ChAP. III. Manière cF occupations en bois, plantations , pâturages., près naturels et artificiels, terres labourables, jardins et vergers. — Culture anglaise , ou le bétail amélioré , et l’agriculture bien entendue. Chap. IV. Méthode d’exploitation.—Terres cultivées par le propriétaire. — Terres affermées.— Etendue convenable des fermes. Chap. V. Système de relations entre le propriétaire et le fermier. — Baux et clauses des conventions^ 2l4 rapport sur Chat. VI. Rente payable en argent , en nature , ou en service personnel. — Impôts par le fermier ou autrement. — Amendes. Chat. VII. Bâtimens de fermes et leurs réparations; observations sur les dispositions et dépendances necessaires à un fermier. Chap. VIII. Gages des domestiques ; prix du travail , soit par journe’es , soit à prix fait. — Chaumières. Chap. IX. Clôtures. Leur nature et leurs avantages. Chap. X. Desse'chemens , soit superficiels ^ soit souterrains. Chap. XI. Bestiaux. — Moutons , bêtes à cornes , chevaux, cochons } etc. avec des gravures des différentes races. Chap. XII. Laiterie et ses produits. Chap. XIII. Instrumens d’agriculture, et gravures des plus estimes. Chap. XIV. Bœufs, et leur uslage dans l’agriculture. Chap. XV. Engrais minéraux , ve'ge'taux et animaux. Chap. XVI. Succession des récoltes adaptées aux divers sols. Chap. XVII. Comparaison entre l’agriculture du semoir et la méthode de semer à la volée. Plantation du blé. Xi’AG-RICUIiTURE. 2l5 Chap. XVIII. Jachères et destruction des mauvaises herbes. Chap. XIX. Culture des diverses espèces de grains et des terrains auxquels ils conviennent respectivement. Chap. XX. Récolte , et meilleurs moyens de préserver les grains et les racines de tous les genres d’altération. Chap. XXI. Culture des récoltes en vert. Chap. XXII. Culture des foins artificiels , soit pour pâturages, soit pour couper en vert, soit pour convertir, en foin sec. Meilleure méthode de conserver le foin. Chap. XXIII. Productions qui ne sont pas généralement cultivées, telles que le houblon, le chanvre, etc. Culture des plantes médicinales, des plantes qui servent à la teinture, etc. Chap. XXIV. Culture des marais. Ecobuagc. Chap. XXV. Prés naturels et pâturages; la meilleure méthode de les conduire. Chap. XXVI. Digues et encaissemens. Chap. XXVII. Arrosemens , ou prés artificiels ; et comparaison de ceux-ci et des pâturages par rapport à la quantité et la qualité du produit. Chap. XXVIII. Jardins et vergers , et maladies des plantes. Chap. XXIX. Dois et plantations. 216 rapport sur ChAP. XXX. Terres incultes, et moyens de les mettre en valeur , soit en les convertissant en terres labourables, soit en les changeant en prairies , pâturages ou plantations. ChAP. XXXI. Meilleur système de défri- chemens, soit par les particuliers, soit par des compagnies, avec le but d’accroître la population en meme tems que le produit des terres. Chap. XXXII. Routes et chemins de traverse. Navigation dans son rapport à l’agriculture. Chap. XXXIII. Marches inte'rieurs et extérieurs. Avantages de l’uniformité' des poids et mesures. Chap. XXXIV. Effets du commerce, des manufactures et des pêcheries , sur l’agriculture. Avantage de leur re'union. Chap. XXXV. Résidence dans la campagne ues ouvriers employés aux manufactures ; et travaux occasionnels de ceux-ci aux ouvrages de la culture. Chap. XXXVI. Pauvres , moyens de les employer à la culture. Chap. XXXVII. Lois relatives aux grains ; et police propre à encoürager la production d’un excédent pour l’exportation , après avoir fourni la nation. L* AGRICULTURE. 21? Ch AP. XXXVIII. Législation et police agricoles. Chap. XXXIX. Prix des comestibles , et lois pour encourager la vente de produits bruts du pays, ou leur fabrication. Chap. XL. Observations diverses. Conclusion. Chap. 1." Obstacles aux ameliorations , et moyens de les écarter. Chap. IL Ide'es sur les moyens d’amelioration , imite’s des pays étrangers. Chap. III. Moyens d’exciter un esprit d’industrie et de perfectionnement chez les ouvriers , les fermiers et les proprietaires. Examen de la nécessité des encouragemens publics dans ce but. Chap. IV. Vue ge’ne’rale du produit de la culture dans le royaume. Chap. V. Ressources de La nation dans les ameliorations futures , relativement aux bestiaux et à la culture de la terre. Dans le but d’empêcher que ce rapport, en sa. totalité', ne soit d’une longueur trop considérable , je propose d’annexer à chaque chapitre un appendix destiné à contenir des faits et des observations qui, quoique propres à éclaircir ou développer le sujet, pourroien » 1 ai8 RAPPORT SUR être considérés comme moins inte'ressans par leur nature. Outre le rapport general, il seroit expédient de réimprimer et de publier tous les rapports particuliers, actuellement en circulation, avec toutes les corrections dont ils sont susceptibles, et sous une forme telle que chacun pût avoir la facilité de se procurer à bas prix , soit le rapport qui concerne la province en particulier , soit les dilférens rapports de tous les comtés, soit le rapport général sur l’état du royaume , à son choix. Je ne puis conclure sans essayer de donner, dès à présent, une idée générale des avantages à obtenir de l’amélioration de l’agriculture dans le royaume. II n’est pas difficile, meme sur les données déjà acquises, d’établir des calculs suffisamment exacts pour tous les objets d’utilité relativement aux avantages à attendre des améliorations dans le royaume, par rapport aux revenus, au capital et à la population; et peut- être un aperçu de ces avantages réveillera plus fortement l’attention, et sera plus satisfaisant pour la généralité de la nation que de longues recherches. En conséquence j’ai saisi celte première occasion de réunir quelques idées sur l’objet, soit pour ma propre satisfac- L 5 AGRICULTURE. 21 $ tion , soit pour fournir matière à la réflexion du Département et du public. De tous les rapports soumis au Département, jusqu’ici celui du comté de Cambridge est le plus détaillé , parce que le commissaire a examiné chaque paroisse avec le plus grand soin , et a recueilli eu général des informations suffisantes relativement au bétail, au produit et à la population. A la fin de son rapport, le commissaire recapitule l’accroissement de la rente qu’on peut attendre des améliorations dans la culture de 5ig,5oo acres de ce Comté, dont le tableau suit : NOMBRE d’acres. TERRAINS. ACCROISSEMENT présumé de la renie par acre. ACCROISSEMENT TOTAL. •H s a -H «T i 5 o,ooo Marais incultes. O 10 0 75,000 0 132,000 . Plaines de champs divisées entre un grand nomhrede particuliers. • 8 0 72,800 0 \o 00 c c Mauvais pâturages. 0 9 7 9/187 10 O O LO Pâturages communs 0 1 I 0 4 , ia 5 0 8,ooo Marais communs. 0 10 0 4,000 0 2,000 Mauvais prés. 0 8 6 85 o 0 3 19,500 L’un portant. Vaut re, environ 9 schel. Liv. st. l46,2f)2 10 par acre. 220 RAPPORT S U Jl II me paroît impossible de soutenir que le taux de cette augmentation présumée soit exorbitant , ou supérieur à ce que tout fermier seroit disposé à payer pour le dessèchement , la clôture ou la bonification de ses terres; et cette approximation est par conséquent une base sur laquelle on peut raisonnablement établir les calculs suivans. L’accroissement de la rente , indiqué ci- dessus , ne peut évidemment procéder que de l’augmentation du produit ou de la-diminution des frais, mais surtout de la première de ces causes; et il n’est pas déraisonnable de dire que les fermiers devroient avoir en augmentation de produit trois fois la valeur de l’accroissement de la rente, ce qui, dans le comté de Cambridge, monteroit à peu près à liv. sterl. 458,ooo par an ; et pour .concevoir que ce u’est pas là une estimation exagérée , il suffit d’observer qu’elle ne porte 1 e produit additionnel qu’à une liv. sterl. et 7 schellings par acre. Pour juger quel accroissement il eri résul- teroit pour le capital de la nation , il faut multiplier le produit additionnel par le nombre 5o ; en sorte que la valeur totale de cette addition à la valeur du capital seroit (à raison de 5o ans de produit) de a3,i4o,ooo liv. sterl. Sous le point de vue de l'accroissement de 221 tJ agriculture. la population , le résultat est également satisfaisant; et comme, l’un portant l’autre, îoliv. slerl. de produit annuel suffisent à un individu, en v comprenant les femmes et les enfans , 458,000 liv. slerl. de produit additionnel four- niroient à la subsistance de 43 ,800 habitans de plus ; le résultat général pour le comté de Cambridge seroit donc comme suit : 5 ig, 5 oo acres à améliorer; Un accroissement de 146,262 1 . st. de la rente , à g schellirigs l’acre ; Un produit additionnel de 458,000 1 . st., à 1 liv. 7 scliellings l’acre; Une augmentation du capital de i 5 ,i 4 o,ooo livres sterling, à raison de oo ans du produit; Enfin un accroissement probable de population de 43 , 8 oo habitans. Pour se former une idée de l’étendue des améliorations possibles dans tout le royaume, il faut se rappeler que , selon les calculs du docteur Hcilley, le comté de Cambridge forme la soixante et dixième partie de l’Angleterre, en y comprenant le pays de Galles ; et conséquemment les résultats ci-dessus doivent se multiplier par 70 pour obtenir la valeur des améliorations , et de l’accroissement de popitr lation possibles dans la partie méridionale de la Grande-Bretagne , ce cpti donnèrent les résultats suivans : 222 RAPPORT SUR 22 ,35 1,000 acres à améliorer ; Un accroissement de io,o5y,g5o ]. st. de la rente, à g schellings l’acre; Un produit additionnel de 5 o,173,85o 1. st., à l liy. 7 shellirjgs; Une a ugmentation de go5,5i5,5oo 1. st. du capital, à raison de 3o années du produit ; Enfin un accroissement probable de population de 3 , 017,385 habitans. Sur le nombre d’acres à améliorer, la moitié' consiste probablement en terrains incultes, et l’autre moitié en champs communs, ou terres soumises à une culture défectueuse; et quelque grand que soit le bénéfice à obtenir des défri- cliemens , c’est surtout des améliorations dont la seconde moitié est susceptible qu’on doit attendre les plus solides avantages. Sans doute les personnes peu accoutumées à de pareils calculs, ou disposées à s’exagérer les difficultés , pourront mettre en doute les résultats ci-dessus, objecter qu’un seul district ne présente pas une base assez étendue pour asseoir les calculs, que le comté de Cambridge renferme des terrains incultes et des champs communs dans une proportion plus considérable que le reste du royaume , et que par conséquent les données de ce comté ne sont pas applicables, etc. Aquoi il suffit de répondre id AGRICULTURE. 323 que dans ces matières l’exactitude rigoureuse n’est point nécessaire , et cjue c’est déjà un grand pas de fait que d’être parvenu à se former, par approximation, une idée géne’rale de la nature et de l’étendue des améliorations possibles. D’après tous les reuseignemens que le Département a pu rassembler jusqu’ici, il y a en Angleterre au moins vingt-deux millions d’acres, ou incultes ou mal cultivés, qui pour- roient donner une augmentation de produit de 1 liv. sterl. 7 scliell. par acre. Les calculs pre'cédens n’ont rapport qu’à l’Angleterre proprement dite 5 et comme une grande partie de ce produit additionnel ( consistant en laines, peaux ou cuirs, et autres matières premières des manufactures angloises ) augmenteroil par la fabrication au moins du triple en valeur, il est impossible que les calculs présentés donnent une idée suffisante de l’augmentation de richesse et de population qui résulteroit pour le pays, des améliorations générales du sol, surtout en considérant les perfeclionnemens des races de bestiaux , et tous les avantages additionnels qui en seroient la suite. On pourra encore objecter que dans les calculs on ne déduit rien pour les dépenses de ces améliorations. Sans doute , sous le rapoort v 5224 RAPPORT SUR des individus qui possèdent des terres à améliorer par leurs propres moyens , celte objection doit se prendre en considération , mais elle n’est d’aucun poids sous le point de vue national. Le public ne paie rien pour ses ameliorations , et lorsqu’un particulier en emploie d’autres à défricher des de'serts, à enclore des champs , à bâtir des maisons de ferme, le public , bien loin d’y perdre , gagne considéra- blement à de pareilles dépenses. L’argent, ainsi employé , auroit pu chômer long-tems dans les coffres d’un banquier , être appliqué à des objets de luxe manufacturés par d’autres nations , à la fabrication de marchandises destinées à des marchés étrangers, et dont le paiement auroit pu ne jamais rentrer , ou enfin à l’exploitation de possessions coloniales soumises au danger de passer dans les mains de l’ennemi, ou d’échapper d’une autre manière à la domination Angloise. La différence des résultats dans l’emploi des capitaux aux objets d’améliorations agricoles est prodigieuse. Ces capitaux ne peuvent être enlevés à la nation , et ils n’exigent ni augmentation de troupes, ni forteresses nouvelles pour les protéger. Si l’on est disposé à considérer l’argent ainsi dépensé comme une perte cpie fait la nation, j’observerai qu’en fixant, même. 1 j ’ A G R I c U I. T U R E. 1 225 même à 4 liv. sterl. par acre, la dépense des améliorations ( taux assurément bien suffisamment e’ieve', vu que les premières récoltes qui suivent les réparations en paient d’ordinaire les dépenses), il y auroit encore dans les avantages des améliorations, de grands encoura- gernens à les entreprendre. La dépense des défrhshemens ou améliorations de 22,301,000 acres , à 4 liv. sterl. par acre , monteroit à 89,4o4,ooo 1. st. — Intérêt de cette somme à 5 pourcent, 4,470,200 1. st„ Il faut déduire ces deux sommes de celle de 9o5,2i5,5oo liv. st. qui représente l’augmentation du capital de la nation, et de la somme de 5o,173,85 o liv. st. qui représente le produit additionnel pour chaque année. Ici on ne peut qu’être fortement frappé en considérant la prodigieuse différence entre les résultats de l’emploi de 89,000,000 sterling en améliorations agricoles , et les résultats de l’application de la même.somme en conquêtes lointaines. — Après une pareille dépense par la guerre, on considéreroit comme une com- pensation avantageuse la possession d’un territoire dans les relations commerciales duquel on pu gagner annuellement 5,000,000 sterl. , et en même tems les impôts annuels seroient augmentés d’une pareille somme. Mais si les Tome 1. f RAPPORT SUR 226 89,000,000 ëtoient dépenses dans l’intérieur, ou plutôt si les particuliers étoient encouragés à appliquer ainsi leurs capitaux, bien loin qu’il devînt alors nécessaire d’imposer de nouvelles taxes , les anciens impôts diminueroient et se paieroient avec plus de facilité ; et au lieu de tirer avec des risques infinis d’une distance énorme une somme annuelle de 5 ,000,000 1 . st. l’Angleterre disposeroit annuellement , dans son intérieur, d’une somme de 5 o,000,000 1 . st. Ces vérités ont été souvent entrevues et vaguement indiquées, en sorte qu’elles n’ont produit jusqu’ici qu’une impression légère ; mais elles vont désormais être mises dans le plus grand jour, et ne laisseront plus lieu à aucun doute. Je concluerai en avouant qu’avec la perspective d’une telle prospérité nationale, fondée sur les travaux du Département, je suis convaincu que chacun des membres de ce corps persévérera avec le zèle le plus soutenu dans Ja grande entreprise où il se trouve engagé ; entreprise dont les effets subsisteront tant que l’Europe présentera quelques vestiges de civilisation , d’industrie utile •, et de bonheur politique. I Premier rapport du Comité choisi dans la Chambre des Communes pour prendre en considération les moyens de propager la culture y et Vamélioration des terrains vagues , non enclos , et incultes du Royaume. 1796 . Ï-^E comité choisi pour prendre en conside'-r tation les moyens de propager la culture et l’amelioration des terrains vagues , non enclos et incultes du royaume, et pour faire de tems en tems des rapports sur cet objet, ainsi que pour faire connoîlre son opinion à la chambre » ayant proce'de' aux importantes recherches dont il e'toit charge', prit d’abord en conside'- ration des résolutions du departement d’agrir culture concernantla culture des terrains vagues et des communes du royaume (Voyez l’ap- pendix A) ; puis il examina plusieurs commur nications du même departement, et entr’autres une adresse de son président qui avoit fonde les resolutions ci-dessus menlionne'es ( Voyez l’appendix B ) ; enfin le comité a pris con-r noissance de divers extraits des rapports fait» par les commissaires du departement charge’? de reconnoître l’etat actuel de l’agriculture du 228 RAPPORT SUR royaume , et d’aviser aux moyens de l’améliorer (Voyez l’appendix C ).— Après ces divers examens, votre comité' est fortement pénétré de l’idée qu’un système général de division des terrains incultes des communes, est non-seulement une chose très- de’sirable comme un moyen d’e'carler le grand obstacle aux ameliorations, mais surtout comme la mesure la plus utile pour prévenir à jamais tout risque de rarete' de grains. Cependant votre comité' auroit tarde' à vous faire son rapport jusqu’au moment où il auroit pu s’assurer , autant que ses moyens le lui permettent, de l’étendue totale de ces terrains incultes , des avantages qui résulteront probablement de leur culture, et de divers détails liés à tout plâtt général sur cet objet ; mais il a considéré qu’en prenant des mesures promptes , ces terrains pourroient être mis très-rapidement en état de culture, et eela de manière à fournir , dans le Cours de l’année prochaine et de l’année suivante , une addition considérable à la somme des provisions du peuple : surtout en pommes de terre , et dans un moment où le secours sera le plus précieux, c’est-à-dire , avant que la récolte des blés soit prête pour la consommation. Votre comité a donc pensé qu’il e'toit convenable de ne point I,’ A 6 B. I C ïï t T ü R.I, 522gi perdre de tems , et de soumettre à l’examen de ïa chambre les pièces ci-dessus designées r ainsi que l’opinion qu’il a formée en conséquence* En réfléchissant sur le sujet important qui étoit souriais à votre comité, il a cru qu’il con- venoit que la chambre décidât le plutôt qu’il se pourroit si , dans une époque de rareté comme celle-ci , il ne seroit pas utile de proposer des encouragernens extraordinaires pouF la culture des pommes de terre , et particulièrement pour celles qui seroient produites par les terrains jusqu’ici incultes , soit que ces terrains fussent divisés ou non. Il paroît par l’ap- pendix D que ces terrains sont singulièrement propres à cette production , et il est évident qu’un tel encouragement ne croiseroit en rien ïa culture ordinaire , et ne nuiroit point au produit commun du royaume. — Si la chambre jugeoit convenable de statuer provisoirement sur ce point , les arrangemens préparatoires pour se procurer les variétés les plus propres, et les informations nécessaires sur la meilleure manière de les cultiver , pourroient être prises à tems par ceux, qui désirent s’engager dans ce genre d’entreprise. Une somme de 60,000 livres sterl. suffiroit largement à fournir des primes d’encouragement ; et l’application de cette somme à cet objet auroit à la fois l’avantage 23o rapport sur de cre'er une subsistance abondante avant que l’été fût bien avance , et d’opérer le défrichement de terrains e'tendus, qui maintenant ne produisent rien. Votre comité a été conduit à recommander cet encouragement des primes par la considération de la cherté des vivres, et par celle du peu de tems qui reste aux cultivateurs pour se préparer à de tels travaux, ce qui rendra nécessairement ceux-ci beaucoup plus coûteux 5 mais au moyen de ces primes , ôn peut espérer que les propriétaires et les fermiers feront des défrichemens très-étendus, que les manouvriers , dans chaque commune , travailleront avec ardeur les portions qui leur seront allouées , et que la rareté actuelle ne se renouvellera point à l’avenir. Cependant tous les encourageifiens qu’on pourra donner pour cultiver des terrains qui resteroient en communauté, ne rempliront pas le but, à moins qu’on n’avise en même tems aux moyens à prendre pour opérer la division. Mais un système général ne sauroit être adopté sans qu’on ait examiné préalablement une grande partie des actes privés qui ont déjà été passés. Votre comité pense que c’est en rapprochant les diverses clauses contenues dans ces difïerens actes qu’on parviendra à dresser un projet général qui soit juste et convenable, jJ A © R I c U L T U a B. 2%ï il a déjà entame ce travail. Son étendue et l’importance de l’objet exigent les plus grands soins et les plus exactes recherches. Le comité estime qu’il faudra un tenjs conside’rable avant qu’un bill de cette nature soit préparé' et rédigé de manière à recevoir probablement l’approbation de la chambre. Mais votre comité' croit en même tems qu’un bill qui tendroit seulement à faciliter la division des communaux en écartant les illégalités qui l’entravent maintenant , opéreroit un bien très-sensible, sans qu’on pût rien objecter à son principe. Un tel bill ne demanderoit point de la part du parlement un examen aussi long qu’un projet de loi qui embrasseroit l’objet dans son ensemble, et que le comité se propose de soumettre ensuite à la chambre. Ert conséquence , votre comité a résolu ce qui suit : 1. ° C’est l’opinion du comité que la culture et l’amélioration des terrains vagues et des communes du royaume sont parmi les objets les plus importans vers lesquels le parlement puisse diriger son attention. 2. " C’est l’opinion du comité que les primes d’encouragement pour la culture des pommes de terre dans les terrains vagues , non cultivés, et sans rapport, seroient un moyen, non^ 5 A F P O E ï SUH 25a seulement d’augmenter beaucoup cette pre’- cieuse nourriture , mais de procurer le defri- chement de terrains étendus dont la valeur est actuellement très-pçtite. 5 . C’est l’opinion de ce comité' que l’orateur fasse une motion à la chambre pour demander de présenter un bill tendant à faciliterla division, et la clôture des terrains vagues et communs, par voie amiable entre les parties inte'resse'es, ou un certain nombre d’entr’ellcs , ainsi qu’à e’carter certaines illégalités qui sans cela em- pècheroient ces conventions amiables. Apfïndiï A. Résolutions du departement d’agriculture relativement aux terrains incultes et aux communes de la Grande-Bretagne le 20 Novembre 1795. Résolu : l.° Il paroît par les rapports des membres du departement, concernant l’e'tat de l’agriculture dans divers comtes, qu’une grande portion du territoire des royaumes unis est encore inculte et sans produit , quoique susceptible d’ameliorations considérables 5 et c’est l’opinion du departement que la clierte actuelle des yivres sollicite avec la plus grande force tous L* A&KICUITÜEE. 5233 les encouragemens possibles pour amener à l’état de culture une étendue aussi considé- rable de bons terrains. 52. 9 L’ame'lioration de ces terrains seroit ex.- trêmement facilite'e par une loi generale qui en rendroit la division et le dessèchement moins coûteux et moins embarrassans; car la ne'cessité de solliciter du parlement des actes particuliers est le grand obstacle à ces entreprises , et dans certains cas , elle équivaut à la prohibition d’une amélioration si essentielle. 3. ° Il est donc convenable de s’adresser au parlement pour qu’il prenne en considération la meilleure manière d’encourager les améliorations de ces terrains, comme étant le moyen le plus efficace de pourvoir à l’accroissement de la population ; de donner du travail aux pauvres industrieux , et de prévenir la rareté des subsistances à l’avenir. 4. ° Le département estime que celte ntesure est devenue particulièrement nécessaire dans cette époque , parce que les terres actuellement en culture , d’après la moyenne des récoltes depuis quelques années , paroissent insuffisantes pour fournir à la consommation du royaume ; et il estime encore que l’encouragement à l’agriculture, qui est ici proposé est à la fois le plus sûr moyen de faire produire s 34 RAPPORT SUR aux terres du royaume une suffisante quantité de ble’s pour la conservation intérieure , un surplus pour l’exportation , et d’empêcher que le royaume ne soit dans la situation précaire de dépendre des pays étrangers pour la subsistance nationale. 5 ." Le président sera requis de ‘faire une motion dans la chambre des communes pour qufil soit nommé un comité , lequel prendra l’objet ci-dessus en sérieuse considération ; et le département soumettra au comité nommé dans ce but, toutes les informations qu’il a pu rassembler relativement aux t terres ^vagues et incultes du royaume. John Sinclair , Président. Note concernant la troisième résolution . L’accroissement de population indiqué dans la troisième résolution ci-dessus, parôît évident par rapport à la capitale, d’après la liste ci- jointe du nombre des bestiaux et des moutons qui ont été amenés annuellement au marche de Smithlied depuis 1732 jusqu’à 1794 inclusivement. U A p’ A G R r C U ANNÉES. BESTIAUX. 1732 76,210 1733 80,169 1734 78,810 1735 83,894 17 36 87,606 1737 89,762 1738 87,010 1739 86,787 1740 84,810 1741 77,714 1742 79,601 1743 76/175 1744 76,648 1745 74,188 1746 71,582 1747 7i,i5o 67,681 1748 1749 72,706 1750 70,765 1751 69,589 1752 7.3,708 1753 75,252 1754 70,437 1755 74,290 1756 77,257 1757 82,612 1758 84,252 1759 86,43g 1760 88,594 1761 82,5i4 1762 102,831 1763 88,851. 1764 75,168 1765 8i,63o 1766 75,534 1767 77,324 1768 79,660 1.769 82 ,i 3 i 1770 86,890 T U R £. 235 MOUTONS* 514,700 555,o5o 566,910 690,970 587,420 607,330 589/170 568,980 5o 1,020 536,180 503.260 468,120 490,620 563,990 620,790 621,780 610,060 624,220 656,34o 63i,8go 642.100 648,44o 63i,35o 647.100 624,710 574,960 55o,g3o 582.260 622,210 666,010 772,160 653, no 556,36o 537,000 574,79° 574,o5o 626,170 642,g 10 649,090 .■e 236 RAPPORT S - V R ANNEES. BESTIAUX. MOUTONS. 3771 g3,5 7 3 631,860 1772 8g,5o3 609,540' *77 3 90,135 9°> 4i 9 609,740 1774 585,290 1775 9 3,58 i 623,950 1776 98,372 671,700 s 777 9 3 >7 l4 714,870 1778 97,360 658,54o *779 97,35a 676,540 1780 102,383 706,850. 1781 102,543 7 43,33 o 1782 101,176 728,970 178? ioi,84o 701,610 1784 98 ,i 43 616,110 1785 99,057 741,470 1786 92,270 665,910 1787 94,946 668,570. 1788 92,829 679,100 *7&9 93,269. 693,700 1790 103,708 729,660 *791 99,838 729,800 1792 107,263 752,569 !79 3 116/188 729.810 1794 109,064 7*7>99° If faut aussi observer que la grosseur et le poids des bestiaux et des moutons se sont accrus au moins d’un quart depuis 17325 en sorte que l’augmentation réelle de consommation est d’un quart plus considérable qu’elle ne le paroît par ce tableau. L’accroissement de. dix en dix années depuis 1732 est comme suit: Bestiaux. Moutons. ‘Consommation en 1794. 109,064 Accroissement comparé à la con- sommation en 1784 (io ans). . 10,921 101,880 en 1774 (20 ans). . i 8 , 6'45 132,700 en 1764 ( 3 o ans). . 33,896 161, 63 o en 1754 ( 4 o ans). . 34,774 86 , 64 o en 1744 ( 5 o ans). . 32 , 4 i 6 -22.7,370 en 1732 (62 ans). . 32,854 203,290 ï!n conséquence l’accroissement total en 62 ans monte à la somme énorme de 5 a ,854 bestiaux , et de 293,290 moulons pour la capitale seule (1). A P P E N D I x B. Adresse aux membres du departement d’agriculture, concernantla culture et l’amélioration des terrains vagues de la Grande- Bretagne : par le président. ÏNl'B.QDUCl'ÏON. A la fin de la session précédente j’ai eu l’iionneur d’annoncer au département mon (1) Il est encore plus étonnant que cet accroissement de consommation annuelle, dans le cours de trente ans seulement, ait été de 33 ,896 bestiaux, et de 161, 63 o moutons. 258 |1AP PORT SUR intention de lui soutnetlre quelques observations sur la culture et l’amelioration des terrains vagues du royaume : sujet de la plus grande importance dans tous les lems , mais plus particulièrement dans l’e'poque actuelle , où la nation est obligée de tirer du dehors une partie de ses subsistances. Heureusement, cependant , nous avons en notre pouvoir des ressources plus que suffisantes , si elles sont mises convenablement en usage, pour prévenir la nécessité de dépendre à l’avenir des pays étrangers pour les choses aécessaires à la vie. L’objet de celte adresse est d’indiquer les moyens de mettre en action ces ressources , et de détailler les avantages qu’on en retireroit. Pour mettre plus d’ordre dans la discussion du sujet, je considérerai: 1. ° Les circonstances qui ont donné lieu anciennement à l’existence des terrains vagues, et des communaux si étendus dans le royaume; ainsi que ceux qui ont retardé jusqu’ici les améliorations. 2. ° L’étendue, par approximation, de ces terrains incultes, autant qu’on peut la déterminer ; ainsi que les ressources probables qui résulteront de leur culture , et des améliorations. 5.° Les diflérens droits de commune qui existent dans le royaume , et sont reconnus par la loi. i/ agriculture. 25g 4. * La loi, telle qu’elle est aujourd’hui , pour la division des terres incultes et des communaux ; et les changemens qui ont été suggères pour faciliter cette division. 5. ° La loi et la pratique de l’Ecosse où il existe depuis long-tems un acte general de clôture ; ainsi que les modifications utiles dont celte loi et cette pratique seroient susceptibles. 6. ° Je ferai quelques observations generales sur les nombreux avantages publics et les bénéfices particuliers qui re'sulteroient de la division «t de l’amélioration de ces terrains. Section première. Sur les circonstances qui ont donné lieu à Vexistence des terrains vagues et des communes si étendues dans le royaume ; ainsi que sur celles qui ont retardé , jusqu’ici, les améliorations. En recherchant les circonstances qur dans les anciens t.ems ont donné lieu à l’existence de tant de terrains incultes et de communes dans le royaume , j’ai trouvé de grands secours dans les documens qui contiennent les rapports remis au département, concernant l’état de l’agriculture du royaume, et dans les ouvrages de 24o - R' A P P O R T SUR divers auteurs* intelligens qui ont incidemment traite' cette matière (1). II paroît par ces divers documens que l’Angleterre étoit autrefois divise’ en districts, dont l’étendue et la valeur e'toient extrêmement différentes. Certaines portions de ees districts, sous le nom de terres de domaines , e'toient re'servc'es aux seigneurs et barons de chaque division, et cultivées pour leur compte par leurs serviteurs et leurs vassaux. Ces derniers obte- noient souvent l’octroi de certains terrains en particulier , moyennant la servitude indiquée ci-dessus , et d’autres observances féodales. Dans la suite , lorsque la population s’accrut, les seigneurs accordèrent d’autres portions de terres, que les tenanciers du manoir (tenants of the manor) occupoient en les laissant en champs communs et en prairies. Une partie étoit destinée aux pâturages, une autre aux foins de provisions pour l’hiver, et le reste étoit cultivé pour les grains. Ce qui n’étoit point ainsi ( 1 ) Blahston’s Commentaries, vol. II, p. 90 , Marsall’s rural œconomy of Yorkshire , vol. I, p. 48. — Itemarks upon the history of te landecl and commercial policy of En gland, vol. I, p. 1 33. — Eléments of commerce and theory of taxes, par Dean Tacher. Ce dernier ouvrage, production excellente , n’a jamais été publié, mais seulement distribué par l’auteur à ses amis. confié I,’ AGRICULTURE. 2-ll confie aux soins des tenanciers restoit inculte et sc nommoit les terres vagues (t vante) du seigneur. Ces terres vagues étant considérées comme de peu de valeur , les tenanciers du manoir étoient autorisés à y prendre de la tourbe pour leur chauffage , et du bois pour la construction de leurs habitations et de leurs instrumens de labourage. Les bestiaux , les chevaux, et les moutons du Seigneur et des tenanciers pâturoient également sur ces terrains. — La première portion de ces terres qui étoit possédée en particulier par les tenanciers, fut enclose très-anciennement, pour prévenir les empiélemens des fermiers du voisinage. La seconde , tant que la récolte étoit sur pied , soit herbages ou grains , appartenoit exclusivement à la personne qui l’avoit reçue du seigneur ; mais dès que la récolte étoit resserrée , cette partie reutroit en communauté entre les personnes qui possédoient dans la même plaine des champs communs. La troisième portion demeuroit toujours en commun ; et elle étoitsujette à un grand nombre de règlemens divers , selon les coutumes établies dans les diffe'rens lieux , selon que les communaux étoient limités , et qu’un seul ou plusieurs districts ou arrondissemens avoient droit d’y pâturer.—Ç’est à ces circonstances, en même Tome 1. ‘ Q RA P PORT SUR tems qu’à la foible population du pays , et à la mauvaise culture , qu’on doit attribuer l’étendue considérable des terres vaines et vagues dans le royaume. Il faut observer encore que dans diverses provinces on avoit réserve' de grands espaces , pour l’usage du souverain, sous la dénomination générale de chasses ou forêts , afin qu’il pût jouir des exercices qui étoient alors la principale source d’amusement pour les grands, la fauconnerie et la chasse, sans qu’il en résultât de dommage pour la campagne. L’idée d’avoir des terres en commun a donç pris naissance dans cette époque barbare ( 1 ) où les hommes, étrangers à des occupations plus relevées que celles de chasseurs ou de bergers , n’avoient encore qu’une foible idée des avantages qui dérivent de la culture de la terre. Mais lorsqu’un long usage a consacré un tel état de choses , quelque désavantageux qu’il soit , il est bien difficile de le changer, surtout si les circonstances sont telles qu’elles persuadent à grand nombre d’individus qu’il (1) On peut remarquer par les rapports des divers comtés, que ceux qui vivent dans le voisinage des grandes étendues de terres incultes sont ordinairement paresseux, indisciplinés et voleurs. (A) X,’ A G B. X C U L T Ü R E. ü45 est de leur intérêt de le maintenir , ou s’il exista des obstacles qui rendent les changemens difficiles et coûteux. Ceci me conduit à indiquer rapidement les objections qu’on a faites contre l’amélioration des terres vagues, et les obstacles qui jusqu’ici se sont opposés à leur culture. On a allégué d’abord que le défrichement des terres incultes tendoit à la dépopulation du pays, en diminuant le nombre des rnanou- vriers qui habitent leur voisinage , et qui existent dit-on , par les misérables profits qu’ils en retirent. — Cette idée est également combattue par l’expérience , la raison et le sens commun. Il est impossible de supposer que les pauvres puissent souffrir d’une circonstance qui leur assure un marché pour les fruits de leur peine, et un travail constant (véritable richesse du journalier ) payé à un prix plus haut par le fermier devenu en état de donner de plus forts gages. —Si l’on passoit un bill général pour l’amélioration des terres incultes, on auroit nécessairement les plus grands égards pour les droits des communiers ; et comme on peut espérer qu’à l’avenir les défrichemens se feront d’une manière moins coûteuse que par le passé , les pauvres ont meilleure chance de conserver intacte la portion qui leur seroit at- 244 RAPPORT SUR tribuée. Le bill pourroit aussi contenir certaines clauses relatives aux avantages particuliers que les tnanouvriers pourroient désirer, telles que l’augmentation des jardins attenant à leurs habitations , lorsque cela seroit possible , la priorité' du choix des terrains sur ceux qui auroient des portions plus étendues; le soin de rejeter les frais des fossés ou haies d’enclos sur les plus riches ; et l’abandon d’une certaine portion de la commune pour fournir à leur affilage. Sous ce dernier rapport ils y gagne- roient évidemment, car une portion de terrain plantée en genet épineux, ou en bois de prompte venue, et soumise à des réglemens stricts , donnera autant de bois qu’un terrain dix fois plus grand qui n’est soumis à aucune - régie. Si les intérêts des pauvres sont ainsi ménagés , si leurs droits sont respectés comme ils doivent l’être, ou amplement compensés, si leur situation est à tous égards améliorée , on doit espérer que la législature adoptera les moyens les plus efficaces pour mettre en culture une portion si considérable du territoire, sans égard aux préjugés de certaines classes de personnes, dont les objections naissent delà crainte et non de la certitude de l’injustice, et qui considéreront cette mesure , une fois bien X, ’ A G- R X C U I- T U R 13. 245 entendue , comme le plus grand bienfait qu’on pût leur accorder (i). (i) Les avantages qui naissent pour le publie et pour les pauvres, de l’exécution d’un bon système de défrichement sont prouvés par l’expérience, ainsi que cela constc d’un des rapports qui donne les détails suivans. « Il y a environ vingt-deux ans que les communaux >■> d’une paroisse du Worcester - Sbire, située près de » Tewksbury , en Gloccster-Shire , furent défrichés; et » on laissa une portion de vingt-cinq acres en commun n entre les individus de la paroisse qui avoient moins 3 ) de dix livres sterling de rente. Il y avoit dans ce n lems-là seize personnes à la charge de la paroisse, » et quelques-unes avoient des enlans. Avant les défri- » chemens, il y avoit quelques cabanes qui se louoient « avec une portion de terrain de six ou sept livres 3 > sterling de ferme. Ceux qui avoient ainsi un petit » terrain annexé à leur habitation élevoieut et entre- 3 > tenoient leur famille beaucoup mieux que ceux qui 3 > n’en avoient pas. Cette circonstance engagea le » Seigneur de l’endroit, auquel presque tonte la pa- )> roisse appartenoit en propre, a destiner une certaine » étendue de terrain (outre les vingt-cinq acres ci- 3 > dessus) à être annexée par petites portions aux autres 3 ) cabanes. 11 y bâtit aussi des petites habitations, suf- « fisantes pour contenir un cheval ou une vache, » outre la famille; il distribua des plants pour créer » des vergers ; et il prêta à quelques individus de quoi 3 > acheter une vache, une jument ou un cochon. » 3 > Yoici les conséquences heureuses de ces soins. — ;> Tl n’y a aucun exemple qu’ils aient manqué de donner 246 RAPPORT S T? R On dit en second lieu , que les communaux sont très-utiles pour élever beaucoup de bestiaux , et qu’il faut les conserver dans ce but. » le goùtdu travail, même à ceux qui étoient débauchés » et paresseux. L’altenlion qu’ils ont mise à la }> culture des arbres a tellement surpassé celle que les » grands fermiers peuvent ou veulent donner à cct » objet , que les vergers valent actuellement deux » livres sterling par acre , de rente , dans des terres » qui valoient auparavant moins de la moitié. La taxe » des pauvres est maintenant réduite à quatre pence » par livre sterling, n’y ayant plus que deux individus, » très-vieux, à la charge de la paroisse, tandis que )> dans les paroisses voisines la taxe varie de deux » sbellings et demi à cinq sbellings par livre sterling, r Ces individus travaillent à la journée comme ma- v nouvriers, et sont bons ouvriers. Leurs femmes et 5) leurs enfans soignent leurs petits intérêts, et ils s’y » emploient eux-mêmes après leur journée de travail. « Leur bétail consiste eu une vache, une brebis ou une » jument poulinière , (dont le poulin se vend de trois à » cinq livres sterling à six mois) une truie et trente ou » quarante oies. Ainsi, il a résulté de ces mesures une 3) augmentation de fruits et de volailles pour le marché, » un accroissement de population et une rente des terres « double de celle qu’un fermier peut donuei. (Davia’s Oxford Report. ) Qui ne désireroit de voir toutes les terres incultes du Royaume mises en valeur d’après de tels principes ! et combien la situation des pauvres ne seroit-elle pas améliorée si l’on acloptoit un tel système ! (A) l’ A c, I’l I e U Ii T U K E. 247 On ne sauroit meure en avant une idëe plus absurde. Si l’on veut prendre la peine de comparer les bestiaux élevës au moyen des pâturages communs avec ceux d’un canton enclos , dans 1e voisinage, on sera bientôt convaincu du contraire. Ceux qui en ont l’expe’rience savent très-bien que les communaux ont l’eftel d’abâtardir toutes les races de bestiaux, ou plutôt de faire souffrir ceux-ci de la faim. Là où le droit de commune est illimité', les communaux (ainsi que l’observe le doyen Tucker ) sont tellement surcharges de bestiaux , qu’il est impossible qu’il y ait un seul animal distingue pour la lorce et la taille. Dans les lieux où le droit est limite , il se commet des fraudes j et en general les limites sont si étendues , que dans les anne'es sèches les communaux sont très-peu utiles. Quant à la nourriture des agneaux , des poulains ou des veaux , il est bien certain que des cantons sains , enclos , arrose's, et munis des abris convenables, fournissent plus et de meilleure herbe, et offrent de plus grands avantages pour l’e'ducation de ces animaux, que des communaux arides, ou recouverts de fougères, de landes et de bruyères ( 1 ). \ (1) La différence dans le poids des bestiaux et des moutons, sous le règne de la Reine Anne, et de nos RAPPORT SU II 2iS La seule objection qui mérité encore qu’on s’y arrête, ce sont les dépenses considérables , et les autres difficultés qui accompagnent la division des communes ; puis après leur division, les frais qu’exige leur culture, laquelle ne compense pas toujours les débours du propriétaire. Ce sont là , dans le fait , les seuls obstacles réels qui empêchent que le public ne jouisse promptement des bénéfices considérables et variés que l’on peut attendre de la culture de nos terrains vagues j et heureusement on doit espérer que les obstacles seront bientôt écartés par les travaux du département d’agriculture. Quant à la dépense et aux difficultés qui accompagnent la division des communes , elles sont en effet si grandes que là où les communes ont jours, est à peine croyable. Dans ce temps-là la moitié des-troupeaux du Royaume se nourrissoit sur les communaux. En 1710, le poids moven des bestiaux vendus au marché de Smilhtield étoit comme suit : les bœufs 370 livres, les veaux 5o livres, les moutons 28 livres , les agneaux 18 livres. —Aujourd'hui la moraine du poids des bêtes qui sc vendent à ce marché peut être estimée comme suit: les bœufs 8 00 livres, les veaux i48 livres, les moutons 80 livres, 1rs agneaux Solivres. Cette augmentation doit être principalement, sinon uniquement, attribuée à l’usage introduit depuis environ 60 ans, de nourrir les jeunes bêtes dans de bons pâturages clos, au lieu des communaux. (A) T.’ j\ a B i C TJ T. T TJ îî .K. ait) peu cî’étendue, les fi nis necessaires pour obtenir un acte , surtout s’il est conteste , sont plus considérables que les sommes qu’il en couteroit pour mettre les terres en valeur ; mais on ne peut pas douter que la législature ne lève tous le? obstacles de ce genre , lorsqu’une fois on aura bien prouve les divers avantages qui dé- pendent d’une division facile des communaux. Pour ce qui concerne les de'penses de la culture, il faut observer que , comme les particuliers recevront le left qui leur e'choira , presque sans aucuns frais , les sommes qu’ils sont en e'tat d’avancer , au lieu de s’épuiser pour obtenir la division , seront appliquées à mettre les terres en valeur. II y aura peu de danger alors pour le propriétaire de ne pas être remboursé de ses avances. D’ailleurs , lorsque le département aura rassemblé en un fo ver les résultat de l’expérience de tout le royaume sur la * meilleure manière de mettre en valeur des terres incultes , il n’v aura plus lieu à aucun doute sur cette madère, et les moyens d’opérer ne seront plus incertains. Les propriétaires de ces terrains ne seront pins obligés de tâtonner et de faire des expériences coûteuses pour découvrir la manière la plus avantageuse d_e faire valoir leur lot ; i^s sauront dès le début comment ils doivent s’y prendre , et ce qu’ils peuvent espérer. R A T P O R T SUR 2 DO Aujourd’hui le droit de commune est ra- rement d’aucun avantagea ceux qui en jouissent. Nous voyons dans le rapport de West-Moreland, d’après les autorités les plus sures , que le droit de tenir dix moutons toute l’anne'e peut s’acheter pour si \ pence, et l’on compte qu’il faut six acres pour entretenir ces dix moutons, en sorte que la rente d’un acre est d’un penny, et sa valeur foncière , à vingt-quatre ans de la rente , deux shellings (1). Dans le pays de Galles, où les communaux sont probablement meilleurs , quatre pence par tète de brebis pour l’anne'e est le prix courant , et le gros be'tail à proportion. Cependant il paroît , en rapprochant les divers rapports , que dans plusieurs parties du royaume les particuliers refusent d’user du privile'ge de pâturage commun, parce qu’ils ne trouvent pas même un inte'rèt ordinaire du (l) Voyez les observations préliminaires du rapport de l’Evêque de LiaudafT sur West-Morcland. Ce savant et respectable Prélat ajoute , avec beaucoup de raison : « Tandis qu’il y a en Angleterre un seul acre » de tels terrains susceptibles de culture , on peut es- » pérer qu’a près que la Législature aura porté son » attention sur cet objet, aucun - habitant de cette île !> ne sera contraint par la misère d’aller chercher sa ') subsistance en Afrique ou en Amérique, » (A) I/’ A 6 H I C D Tj T U R E. a51 ëapital qu’ils emploient en bestiaux (1). La supposition suivante fera sentir comment le droit de commune peut même tourner à perle. Si un homme qui a ce droit met une vache , d’une valeur quelconque, au pâturage commun, dès le printems , et qu’un autre paie à un fermier pour nourrir la sienne en pâturage clos, un shelling cl demi par semaine, si lt s deux vaches , de même valeur au commencement de la saison, sont envoyées au marché en automne , la différence du prix fera plus que payer ce qu’il en a coûté pour nourrir la. seconde , et il faudroit mettre en ligne de compte la plus grande quantité de lait fournie par la vache tenue en pâturage clos (2). (1) Voyez les rapports de Devonshire, Lincolu- Sliire, Middlesex, Radnor et Wilts. (2) On a affirmé que si un individu achète une vache au printems, la tient sur la commune pendant les mois de pâture , et la vend au mois d’Octobre, la différence du prix emporte tout le profit que le lait a donné pendant l’été. Même dans les communes limitées, cesl- à-dirc , dans celles qui sont probablement les plus profitables, l’avantage est très-petit si on le compare a ce que les mêmes terrains pourroient donner avec un bon système de culture. Une vache en pâturage commun peut trouver sa vie pendant trois mois, et c’est tout ce qu’elle peut faire sans le secours du jardin, du son, etc. Mais cet.e vache, qui est sur pied 252 RAPPORT SUR Quant aux moutons , s’ils sont d’une race distinguée , le profit sera plus grand de louer un terrain pour les faire pâturer que de les mettre pour rien sur la commune, et les pertes énormes qui résultent, soit de la pourriture , soit des maladies contagieuses, dans les troupeaux de belle race lorsqu’ils sont négligés , peuvent à peiné se calculer. Peut-on présenter des argumens plus convaincans pour engager à accorder toutes les facilités et tous les secours possibles aux entreprises des défrichemens ? Les terrains incultes sont dans l’état présent des choses , une perte réelle pour la communauté, et un désavantage pour ceux qui sont supposés en retirer Je profit; enfin leur culture ajoutera des millions à la richesse nationale, et fournira la subsistance à des millions de nouveaux citoyens (1). tout le jour, et peut-être la nuit, donne une bien petite renie en lait. (Middlcsex de Foot.) (1) L’auteur ne fait qu’indiquer l’influence morale des communes sur Ceux qui sont à- portée d’user des droits qu’elles donnent : arrêtons-nous un moment à la considérer, comme un sujet d’un intérêt général pour les parties de l’Europe oit ce reste du régime féodal se retrouve encore. Les grandes plaines incultes, les bois, les marais , les broussailles, à perlée des villages ou hameaux^ sont r X,’ AGRICULTURE. 2 55 Section deuxième. De l’étendue et de la valeur des terres incultes du royaume. Il eût ëtë fort à de’sirer de pouvoir constater avec exactitude l’ëtendue des terres indes repaires de gibier qui tentent les habitans de braconner furtivement, ou de s’adonner à la cbasse si ■ elle est permise. Dans le premier cas, l’habitude de cacher ses actions, et l’attrait de cette espèce de jeu dans lequel le paysan se croit en faute , développent chez lui plusieurs vices, et aggravent les inconvé- niens de la perte du tems. Dans la seconde supposition, le chasseur abandonne bientôt les travaux du labourage et le soin de sa famille. Le déréglement , et souvent la férocité des mœurs acompagnent cette occupation qui séduit surtout par la grossière image de liberté qu’elle présente, et la licence qu’elle autorise. Dans les villages dont les habitans comptent essen- tièllement sur la ressource des communes, l’industrie languit; car l’espérance vague d’un profit sans peine agit comme une force morte qui favorise l’indolence ; et bientôt l’incapacité du travail suit l’habitude de ns rien faire. Quelle que soit l’étendue des communaux, leurs ressources ( nous venons d’en voir la raison ) sont toujours insuffisantes. La misère accroît la disposition à l’envie; et parmi des hommes grossiers qui prétendent aux mêmes droits, les fréquens débats laissent l’avantage à ceux qui réussissent à se faire redouter. 254 E A H 1 O R T S Ü îl cultes du royaume , mais cela ne pouvoit s’exécuter qu’avec des dépenses fort au-dessus des moyens du Departement 5 c’est cependant un sujet qui mériteroil bien l’attention du parlement. Il pourroit être utile qu’il examinât s’il ne conviendroit pas de faire une reconnois- sance generale de ces terrains , soit aux dépens du- public , soit aux frais de ceux à qui ils appartiennent principalement. En attendant , les estimations suivantes serviront à donner une idée de l’e’tendue du royaume , et de la proportion entre ce qui est cultivé et ce qui ne l’est pas. Ces estimations sont fondées , en partie sur les rapports transmis au Département par ses commissaires , en partie sur des calculs faits d’après les cartes oit les terrains incultes sont indiqués, et enfin d’après les document qu’on a pu se procurer, lorsque ces moyens d’informations ont manqué. d’agriculture. a 55 Aperçu de V étendue de Vile de la Grande- Bretagne , et de la proportion entre la partie inculte , et celle qui est soumise à la culture. ACRES. Angleterre et Pays de Galles Incultes. Cultivés. Étendue ' totale. 7,888,777 i 4 ,218 ,224 39,027,156 12,151,471 46 , 915,933 26,369,695 Total . . 22,107,001 51,178,627 73,285,628 « L’estimation ci-dessus peut donner quel- qu’idëe de cette source de richesses nationales. Cette estimation ne rend que trop probable que vingt-deux millions d’acres sont encore sans culture. Quelle différence pour la pros- pe'rite' de cette île , si la moitié’ seulement de cette étendue etoit ( comme le dit un des rapports [t] ) « couverte de moissons ondoyantes, )) d’innombrables troupeaux , ou de majes- » tueyses forêts (2) ! » [1] Celui de West-Moreland. (2} Il y a encore une circonstance qu’il peut être convenable de faire observer ici. —K on-seulement les terrains incultes sont inutiles , mais ils empêchent qu’on ne soigne convenablement la culture des autre? Üb6 RAPPORT SUR II est difficile de se faire une idée exacte de la valeur que prendroient ces terrains s’ils e'toient cultivés eorurne ils peuvent l’être. Mais il peut être utile cependant d’exposer quelques données comme base des calculs qu’on pourra établir ensuite j or, dans la supposition qu’il y ait vingt-deux millions d’acres incultes dans le royaume, on peut diviser le tout, selon l’étendue et la qualité du sol, de la manière suivante : terrains. Le fumier du bétail tenu sur les communaux est évidemment perdu, à moins qu'on ne fasse usag» du parc. Lorsque les cultivateurs ont commencé à être négligens sur un point, cette disposition s’étend souvent à d’autres objets plus importuns, et le terrain le plus mal cultivé, si l’on le compare aux communaux voisins, paroît encore si supérieur, qu’il y a peu de stimulant pour l’industrie, parce que le laboureur, content du progrès qu’il a fait, s’arrête souvent au premier degré de perfectionnement. D’ailleurs tout encourage la paresse dansle voisinage des communaux. Le fermier compte sur les profits imaginaires du pâturage dont il jouit gratis ; il se flatte de pouvoir subsister sans se donner toute la peine qu’exige le travail régulier d’une ferme. Ces motifs, qui influent plus ou moins sur la culture, dans les cantons voisins des grandes plaines incultes , doivent produire une perte nationale très-considérable. (A) Terres X,’ AGRICULTURE. 25 7 Terres qui ne sont pas susceptibles d’une bonne culture.1,000,000 acres. Terres à convertir en bois .... 3 ,000,000 Terres propres à former des pâturages 1 4 ,000,000 Terres à cultiver à la charrue . . 3 ,000,000 Terres qu’on peut convertir en prés secs ou arrosés.I,o 0 o,ooo T o t a x. . . 22,000,000 acres. » La rente annuelle du premier million d’acres doit être considc'rêe comme nulle. « Les trois millions d’acres à convertir en bois peuvent, selon les calculs ingénieux de l’e’vêque de Llandaff, rendre 8 schellings par acre, c’est-à-dire 1,200,000 lîv. sterl. annuellement (1) ; mais c’est là la valeur du produit annuel, et non de la rente. (t) Voyez les observations préliminaires du rapport sur West-Moreland. L’Evêque calcule qu’une possession inculte de 1,000 acres, placée dans une situation élevée et froide, peut être améliorée par des plantations, depuis 4 livres sterl. 3 shel. 4 den. Jusqu’à 4 oo livres sterl. par au, soit 8 shel. par acre; en comptant l’intérêt de l’argent à 4 pour cent. — Dans d’autres lieux plus favorables aux plantations, le profit est estimé beaucoup plus haut. Dans le rapport du Hampshire, en particulier, on voit qu’il est constaté par deux planteurs ( nurserymen ) expérimentés, que le mauvais terrain même, convenablement planté , donne au bout da vingt - cinq ans, au moins pour Tome i. R 258 RAPPORT SUR: )) Les quatorze millions d’acres de pâturages , mis convenablement en valeur, ne peuvent être estimes moins de 5 scbeJlings par acre de rente , c’est-à-dire 3,5oo,ooo liv. sterl. annuellement. » Les trois millions d’acres susceptibles d’être convertis en terres labourables , et enclos , vaudraient certainement 10 scbellings par acre, c’est-à-dire i,5oo,ooo liv. sterl. par an. v Le million d’acres dont on peut faire des pre’s arrose's ou non , ne doit pas être calcule' au-dessous de i liv. 10 schel. par acre , c’est- à-dire i,5oo,ooo sterl. —Récapitulons : Renie des pâturages. 3 , 5 oo,ooott'st. Renie des terres labourables . . . i,5oo,ooo Rente des prés.i,5oo,ooo 6,5oo,ooo st. Getle somme multipliée par trois donne pour produit annuel brut. . . . ig,5oo,ooott" st. Ajoutons-y le produit annuel des trois millions d’acres supposés plantés . 1,200,000 Total . . 20,700,000 st. 100 livres sterl. de valeur, en bois de service, ou en bois à brûler. En Ecosse le Dr. Robertson établit le profit à raison de 6 sbel. par acre. (Perth report) —L’Evêque paroît avoir rencontré ce qu’on peut estimer comme la moyenne pour la totalité du Royaume. (A) X,’ AGRICULTURE. 25g 5) II a déjà été établi que les communes et terres incultes se louent quelquefois un denier l’acre 5 que dans beaucoup de cas, les particuliers ne trouvent pas même qu’il vaille la peine d’user du droit d’y envoyer pâturer leurs bestiaux ; et que c’est un privilège souvent accompagne de perte au lieu de profil. — Cependant il faut compter que ces terrains rendent quelque chose. Nous avons estime à 20 schellings par acre le produit des terres améliorées ; on ne peut pas estimer le produit des autres dans l’e'lat actuel , à plus de la dixième partie de cette somme ; 2,3 00,000 pour vingt- un millions d’acres , c’est probablement tout ce que ce produit vaut , ainsi recueilli avec toutes sortes de desavantages , sur d’immenses e’tendues de terrain. 33 Ces calculs , tout imparfaits qu’ils sont , suffiront je pense à convaincre le Département de l’étendue de cet objet sous les rapports de l’intérêt national -, et si l’on y ajoute les grands avantages qui résulteront d’une amélioration générale des terres maintenant soumises à un système de culture défectueux , on n’ose plus indiquer aucune somme pour représenter l’augmentation du revenu national, de peur d’être taxé d’exagération. On devroit surtout s’attendre à ce reproche de la part de ceux qui z6o RAPPORT SUR n’ont pas l’habitude de considérer en grand les effets de l’industrie et n’entrent pas aise’ment dans l’esprit des calculs qui supposent toutes les ameliorations dont un grand royaume est susceptible. )> Il seroit néanmoins très-imprudent d’agir comme si ces ressources nouvelles e'toient immédiatement à notre portée. Un tel accroissement dans les revenus annuels de la nation , résultans de nos terres incultes seules, ne peut nous être assuré que par beaucoup d’industrie et de travaux , un peu de tems et de grandes dépenses (1). Mais il est consolant d’avoir en perspective une telle augmentation dans le capital et les revenus de la nation , puisqu’elle doit tendre à alléger les charges actuelles et futures des dettes et des impôts. » (i) La dépense des travaux nécessaires pour mettre les communes en valeur, doit sans doute être considérable, mais c.e n’est pas ici le moment de la mettre en ligne de compte, parce que cette dépense n’est point défrayée par le Public, mais par des individus qui y destinent leurs capitaux et leur travail. Ce seroit à peu près comme si pour estimer la valeur du commerce étranger, on déduisoit les frais des vaisseaux , des vivres, etc. et même les dépenses des flottes qui le protègent. (A) r* agriculture. 261 Section III. Des divers droits de communes reconnus par les lois cl’Angleterre. » II ne me paroît pas necessaire d’exposer en grand de’lail les diffe'rens droits de communes reconnus par les lois , parce que j’espère que la division de tous les communaux e’teindra tous ces droits. Cependant il pourra être convenable de dire en peu de mots ce que c’est que ces droits , en general, et de quelles distinctions ils sont susceptibles. w Le droit de commune signifie en general « un profit sur le bien d’autrui, sans aucun J) droit de propriété sur le sol. » C’est un droit qui prend son origine dans quelque pacte réel ou supposé , entre le seigneur et le tenancier, droit incident au vasselage pour quelque but profitable, ou fondé sur une longue possession. Ces droits de commune , selon leur objet, se divisent comme suit. i.° Le droit de pâturage ; c’est-à-dire le droit de prendre le produit de la terre par la bouche des bestiaux. , 2. 0 Le droit de tourbière ( turbary ) ; c'est- à-dire le droit de couper de la tourbe pour l’afïuage. RAPPORT 5 U R 262 5.° Le droit de focnge (estovers), ou le droit de couper du bois pour le chauffage, pour les réparations des maisons, les instrumens de labourage et les barrières. 4.°Le droit de pêche {piscary), oulaliberlé de pêcher dans les eaux d’un autre; mais ce dernier droit paroît etranger à l’objet actuel de notre recherche ( 1 ). Les différences essentielles entre ces divers droits dépendent de leur objet. Le droit de pâturage est celui de faire brouter l’herbe en vert sur le sol ; mais le droit de tourbière est celui d’emporter le sol lui-même ou son produit. A tous les autres égards , ces droits sont analogues entr’eux , et il suffira donc de développer avec quelque détail la nature du droit de pâturage. » On le divise comme suit, en termes de l’art. i.° Droit de commune appendant ( appen- dant ). 2. 0 Droit de commune appartenant {appartenant). ( 1 ) Il y a dans quelques parties de l’Angleterre un droit de commune, qu’on nomme common of fowling; (droit commun de chasse) et un autre encore qui se nomme droit de fauchage; c’est-à-dire, de couper du foin dans des prés communs, selon la coutume du canton. (A) i/agiiicuetuhe. 260 3. 0 Droit de commune en gros ( in gross ). 4.° Droit de commune pour cause de voisinage ( because of vicinage ). » Le droit appendanl est attache’ Telle est l’esquisse du projet que je demande la permission de soumettre à l’attention du Département. En m’en occupant j’ai toujours eu en vue deux principes j le premier , que toutes les mesures relatives à la division se Tomb i. S Il A P P Q R T SUR 274 prennent dans la proximité du lieu où sont les communaux , excepte' dans les cas où les communes se trouvent dans deux difierens comtés, l’intervention de la cour de chancellerie devient ne'cessaire. Le second principe, c’est que la forme soit sujette à aussi peu de peine et de dépense qu’il est possible. « J’avoue que dans un objet si vaste et si complique l’on ne sauroit former du premier jet un plan contre lequel on ne puisse proposer des objections ; mais il s’agit de mettre en valeur une portion considérable de la propriété publique, et il faut espérer que les mesures proposées dans un tel but , après avoir été convenablement examinées et modifiées , ne rencontreront plus dans leur exécution d’obstacles insurmontables. On remédiera par des re'glcmens aux inconvéniens que la pratique fera découvrir j et enfin le principal objet sera atteint, savoir de faire concourir les lois aux désirs de ceux qui veulent consacrer leur industrie et leur travail pour augmenter les pro*- duits de la culture de leur pays. 1,’AG-RICULTURE. 275 Section Y. Lois et pratique de l’Ecosse relativement à la division des communes , et changemens dont ces lois et cette pratique sont susceptibles. « Si l’on ëtoit tente de croire qu’un acte général de clôture est une chose impraticable , l’exemple de l’Ecosse dissiperoit les doutes. Il y a un siècle qu’un acte semblable y a e'te' passe', et il remplit le but qu’on s’ëtoit propose. Comme cet acte est remarquable par sa simplicité et sa concision, nous croyons devoir l’inse'rer ici. Acte concernant la division des communaux , passé dans le parlement d’Ecosse le fj Juillet i6p5. « Notre Souverain , de l’avis et du consentement des Etats du parlement, dans le but de prévenir les dissentimens qui naissent à l’oc- sion des communes , et pour les décider plus facilement et plus promptement, statue et ordonne : que tous les communaux, à l’exception de ceux qui appartiennent au Roi ou dépendent des bourgs royaux , puissent être partagés à l’instance d’un des intéressés quel- 27C RAPPORT SUR conque , à la charge par lui de citer tous les autres intéresses pardevant les lords de la session , qui sont autorises par la présente loi à connoître du cas, à dire droit entre les parties, à estimer et diviser les communes entre les interesse’s selon leurs litres réciproques ; à commettre les sberiiFs , les intendans, les baillis royaux et leurs subdélégués, les juges de paix et autres , pour reconnoître le local et faire fournir les preuves nécessaires. Les- dites commissions rapporteront auxdits lords de la session , lesquels jugeront les procès en dernier ressort. — S’il se trouve des marais dans lesdits communaux , les lords de la session pourront également les diviser entre les intéressés de la manière susdite ; et dans le cas où lesdits lords seroient instruits que ces marais ne peuvent être convenablement partagés, Sa Majesté, avec le consentement ci-dessus , statue et déclaré que lesdits marais demeureront en commun, avec libre entrée et sorbe en iceux , soit qu’ils soient divisés ou non ; déclarant de même que l’intérêt des héritiers, ayant droit auxdits communaux, sera estimé en raison de la valeur de leurs propriétés respectives ; et que les divisions seront faites de manière que les portions de communaux à allouer soient prises sur les parties les plus voisines de la propriété de chaque héritier. » )> I,’ A ® I C V 1 T lî K ï, 277 On voit par cet acte de quelle simplicité sont les dispositions qui furent jugées suffisantes il y a un siècle dans une partie du royaume où les communaux étoient en très- grand nombre. A forme des clauses de cet acte on a partagé et cultivé de grandes étendues de terres vagues incultes, de manière à satisfaire les parties. II est bon d’observer que par cette loi, le partage peut s’obtenir à l’instance d’un seul intéressé , mais que les frais nécessaires pour obtenir cette division , faite à l’instance d’un seul, se répartissent sur tous, en proportion de leur intérêt. 1 ) Quelques louanges que mérite cette loi, et quelle que soit l’utilité dont elle a été jusqu’ici , deux simples changement la rendroient encore plus efficaces 5 l’un seroit la suppression de la clause qui excepte les communaux de la couronne, et les bourgs royaux : on ne sau- roit assigner aucun motif raisonnable à cette exception ; elle fut due probablement à la jalousie qu’excitoit un système nouveau 5 mais l’expérience d’un siècle devroit lui avoir imposé silence. Le second changement seroit très-analogue à la pratique de l’Angleterre, et son adoption olfriroit de grands avantages. — Par l’acte Ecossois, la cour de session est autorisée à nommer des commissions de sheriffs , 278 RAPPORT S U & des juges de paix et d’autres , pour se transporter sur les lieux , et recueillir toutes les preuves ne’cessaires ; ou en d’autres termes , pour vérifier 1’e'tendue des communaux , puis pour rapporter les informations à la cour de session qui en juge sans appel. Cependant , les questions qui tiennent aux droits des parties sont débattues devant la cour uniquement. Lorsque la commune est très-étendue , l’examen de ces questions entraîne de grands frais et de grands delaià. Ces questions peuvent se multiplier et se compliquer tellement, qu’il devienne impossible à un tribunal , charge’ d’un grand nombre d’affaires importantes , de les examiner convenablement. Il seroit donc beaucoup plus à propos que la cour de session, ou le sheriff, nommât des commissions corn- pose’es au moins de trois , mais pas plus de cinq membres , qui seroient investis de pouvoirs aussi étendus que les commissaires en ont en Angleterre , lorsqu’ils sont nommes par un acte spe'cial du parlement. Us devroient être autorises , non-seulement à nommer des arpenteurs, àfaire faire les reconnoissances,etc.j mais à décider en première instance toutes les questions qui pourroient s’élever ; et le sheriff ou la cour de session en connoîtroit définitivement en appel. Devant celte cour, chacun de l’ARRICÏÏLTVKE. 279 cpus qui se croiroient lésés, veprésenleroit son droit , et surtout dans les cas où il y adroit lieu de soupçonner de la mauvaise foi chez les commissaires. On sait combien il est plus facile de juger les questions qui ont été soumises à l’examen d’un premier tribunal , que de former un jugement lorsqu’elles n’ont jamais été débattues. Les parties s’en tieudroient le plus souvent à la sentence des commissaires; et le grand objet seroit atteint, savoir; la prompte division des communaux ; car tous les delais sont accompagnes d’une perte considérable, soit pour les interesses, soit pour la nation. » On ne peut s’empêcher de remarquer , à celte occasion , l’avantage qu’il pourroit y avoir à comparer les codes d’Angleterre et d’Ecosse , et à faire valoir les avantages d» chacun des deux. La combinaison des principes des deux codes pourroit devenir aussi utile à la législation que l’union des deux par- Jemens a ete avantageuse à la force, à la sûreté et au bonheur des deux royaumes; et on ne sauroit douter qu’il ne fût au moins de'si- rable de voir établir le même système de législation et la même police sur l’agriculture, dans toute l’étendue de l’île. RAPPORT SUR 2 jO Conclusion. Des avantages qui résulteraient pour les individus et pour le public, du partage et des défrichemens des terres vagues et des communaux du royaume. )> Ceux qui auront porte leur attention sur les objets que nous venons d’examiner , ne seront pas surpris d’apprendre que dans tous les rapports transmis au Departement par ses Commissaires, un acte general de clôture est considéré' comme le premier et le plus efficace de tous les moyens pour parvenir aux ameliorations désirées ; et l’importance de cette mesure n’a peut-être pas encore été mise dans le degre d’evidence qu’elle mérité. En general , ceux qui font des observations sur les defriche- niens ne considèrent que l’accroissement de la rente pour le proprietaire, au lieu que sous Je point de vue national ee n’est pas l’augmentation de la rente, mais l’accroissement ries productions du pays qui importe. C’est faute de conside'rer cette distinction essentielle, que tant de gens paroissent insensibles à bétonnante prospérité qui sera le résultat certain des améliorations delà culture: ils ne songent qu’à la rente \ et celle-ci est comme la peau de l’a- I,’ A G R I C XJ I, T U R E. %8l nimnl, elle est de peu de valeur si on la compare à la chair; mais d’ailleurs ce n’est pas le produit seul qu’il faut considérer; la valeur de ce produit peut être infiniment augmentée par l’industrie des fabriques. Ainsi, par exemple, si l’Angleterre , en améliorant ses laines et en augmentant leur quantité, pouvoit ajouter un million sterling au revenu des propriétaires des terres, ce seroit là, d’après l’opinion commune , tout l’avantage qui en résulteroit. Mais l’accroissement de la rente du propriétaire ne peut avoir lieu sans un accroissement au moins double dans les productions du fermier ; ainsi la valeur totale de la laine doit être estimée à deux millions. Enfin les manufactures triple— voient la valeur de cette laine , et l’avantage additionnel oui en résulteroit annuellement l pour le royaume seroit de six millions sterl. Les améliorations intérieures procurent donc des avantages infiniment plus solides que le commerce extérieur. L’énumération des nombreux vaisseaux qui nous apportent les marchandises étrangères, les rapports magnifiques des profits des douanes étonnent et éblouissent , au lieu que les operations de l’agriculture et des fabriques cheminent avec lenteur et sûreté. La nation devient, riche et prospère; et l’on attribue souvent cette richesse et cette RAPPORT SUR £82 prospérité au commerce etranger et aux pos - 1 sessions lointaines , tandis qu’on la doit prin-r cipalement à l’industrie intérieure. — Je ne prétends pas cependant pousser les conséquences de ces observations aussi loin que le font quelques personnes; je ne prétends pas attaquer le commerce etranger, dont il résulté de si grands avantages pour la nation; mais on doit souhaiter que les ameliorations intérieures soient toujours considérées comme un objet d’intérêt au moins aussi important que les spé- culations lointaines, et qui doit évidemment obtenir la préférence dans les cas où il faut sacrifier l’im ou l’autre. i) Il y a bien des gens qui, en avouant que l’agriculture est la véiitable source de la richesse nationale ,, sont persuadés qu’une très- petite partie seulement des terres incultes de l’île vaut la peine d’èlre cultivée ; que le climat dans plusieurs endroits, et la qualité du sol presque dans toutes ces terres , sont des bf tacles insurmontables à leur culture. Quant au climat de ces lieux incultes, il est sans doute moins sain , parle défaut même de la culture; mais le voisinage de la mer rend le climat plus tempéré qu’il ne l’est sous les mêmes latitudes dans l'intérieur du continent. Il est constaté dans l’uu des rapports , d’après a85 lï’ A (j K I C U r- T U R £. les autorités les plus sfires (1), que l’orge et l’avoine mûrissent très-bien dans leur saison sur le sommet d’un coteau en Forfarslnre, à sept cents pieds au-dessus du niveau de la mer; et qu’en Iuverneshire on recueille de très-bon blè à neuf cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Ou peut inférer de là que les grains re'üssiroient sur les pentes et les sommets des montagnes à des hauteurs semblables. Quant aux foins, il est bien connu qu’on en fait des récoltes abondantes sur les Lead Hills , eu Lanarkshire, à mille cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer. On ne peut donc pas opposer le climat de notre île au projet de défricher la plus grande partie de nos communaux , soit pour obtenir des grains , soit pour cultiver les foins. Quant aux arbres, on ne sauroit mettre en doute que les melèzes ne croissent en Italie sur des montagnes plus éleve'es que nous n’en avons dans notre île (2). » Quant à la qualité du sol , quoique ces terrains qui n’ont jamais reçu aucune amélioration des travaux de l’homme , soient maintenant de peu de valeur, cependant la partie (1) Voyez les observations préliminaires au rapport t!e FoiTarsliire. (A) (2) Voyez les observations préliminaires au rapport de West-Moreland. (A) 284 S A ï r O U T SUR qu’on peut regarder comme absolument stérile et incapable de donner aucune production, est peu considérable, un vingt-deuxième du tout est certainement une estimation assez haute. )) Ceci me conduit à indiquer brièvement divers objets auxquels ces terrains vagues peuvent être appropries. » Les parties les plus élevées et les plus stériles doivent évidemment être destinées aux plantations. Il n’y a presqu’aucun terrain, 1 quelque rocailleux, quelqu’ingrat qu’il soit, qui ne puisse produire des bois de construction ; objet important, et que nous sommes maintenant obligés de tirer à grands frais de l’étranger. Il peut paroître singulier au premier coup-d’oeil, que le même terrain qui ne pour- roit produire un seul épi de blé, ou une plante de gramen , puisse fournir à la végétation des sapins et des chênes ; mais les arbres tirent leur substance d’une profondeur que les racines des autres ne peuvent atteindre, et pompent peut-être aussi par leurs feuilles, leur nourriture et l’humidité qui leur est nécessaire ; d’ailleurs les plantations fertilisent les terrains qu’on leur destine. Les terrains les plus maigres profitent de la chute de la feuille, et de l’abri que les arbres donnent; ils acquièrent d’année en année quelque fertilité, et I,’ AGRICULTURE. 205 lorsque les bois sont prêts à être coupés, la terre l’est egalement à recevoir la culture. w 2. 9 La plus grande partie des communaux élevés peut être améliorée par des desséche- niens faciles, et être convertie en excellens pâturages. Ceux-ci produiroient des laines pour les draps , qui seroient d’autant plus belles que les situations seroient plus élevées et l’herbe plus courte. Le prix de celte marchandise, joint à celui de la viande des moutons, paie- roit largement les dépenses qui auroient été nécessaires pour former ces pâturages. w 5.* La partie de nos terrains vagues qui est susceptible de recevoir la charrue , a beaucoup plus d’étendue qu’orç ne le croit. — La surface peut paroître stérile , mais en creusant la terre on trouve souvent des substances qui la rendroient fertile par leur mélange : c’est là un moyen d’amélioration dont on ne tire point encore tout le parti dont il est susceptible. Cet art est encore, en quelque sorte, dans l’enfance j lorsqu’il sera perfectionné il produira les plus heureux effets, et sous ce rapport, les principes sur lesquels il doit être conduit méritent l’attention particulière du Département d’agriculture (î). (i) Mr. Kirwan dans son traité des Engrais, a jeté un grand jour sur ce sujet fbaportant. (A) s86 R A t P O r» T SUR » Uneqportion considérable des lcrres vagues delà Grande-Bretagne, consiste en marais, ou terrains marécageux, qu’on a supposés jus-- qu’ici très-difficiles à mettre en valeur; mais Heureusement M. Eîkinglon, fermier do W:\r~ •vrick , a trouve' une manière economique et facile de dessécher de tels terrains, .rajouterai seulement ici, que ce particulier a communi- ué sa méthode aux commissaires du Départe- ■ut, nommes pour en faire l’examen, et qu’il est probable que dès l’année prochaine le moyen qu’il emploie sera mis en pratique dans toutes les parties de l’Angleterre où il est applicable. Les marais desséchés selon Ja méthode deM. Elkington acquièrent d’abord une grande valeur comme prairies, et dans bien des cas peuvent ensuite être convertis en champs labourables. » 5.° Enfin un million d’acres, au moins, des terres vagues du royaume pourroit acquérir une étonnante fertilité par les irrigations. Ce grand moyen d’amélioration , établi depuis long terris dans quelques parties du royaume , a été jpcroyablement négligé dans d’autres; mais il est difficile de calculer les effets utiles de cet art, si une fois il étoit convenablement entendu et pratiqué ; car il communique la fertilité sans le secours des engrais, et les id A G R I C U L T U R E. ï8j abondantes récoltés qu’il produit «re'ent. des engrais pour les autres terres : c’est là une source nouvelle de richesse nationale, à laquelle on ne peut prétendre sans ce moyen. » Ainsi, l’on ne sauroit douter que les terres incultes du royaume , si elles etoient plantées, ou converties en pâturages , ou cultivées pour les grains , ou change'es en prairies , ou enfin améliorées par les arrosemens, ne produisissent des richesses immenses, et un bénéfice incalculable pour notre pays. }> Or , si lès defrichemens et les ameliorations de nos terres incultes sont possibles , aucune nation , peut être , n’a pour l’execution de cette entreprise des moyens plus grands que les nôtres. Sans entrer dans des details qui me meneroient trop loin , il suffira de remarquer ici qu’aucune nation ne peut destiner un capital aussi considérable à un objet si utile; qu’aucune nation n’a un esprit d’industrie aussi actif; qu’aucune ne possède une masse d’instruction si grande sur la science de l’agriculture; qu’aucun pays ne fournit, en aussi grande quantité, les engrais fossiles sans lesquels une étendue aussi considérable de terrains ne pour- roit être mise en culture toute à la fois, et qu’enfin aucun pays ne possède autant de roules et de canaux pour faciliter Je transport &Af fOJf S U II 288 des engrais sur les lieux qu’ils sont destines à fertiliser. — Tels sont les avantages que nous possédons, relativement à la cullurp des communaux, dans un degré plus éminent qu’aucun autre pays; et ces avantages donneroicnt une très-grande activité' aux travaux si tous les obstacles qui s’y opposent maintenant étoient écartés , et que l’industrie nationale pût se développer en liberté. Ce ne sont pas'seulement les richesses qui naîtroicntde ces travaux qu’il faut considérer ; l’accroissement de la population , surtout de celle espèce d’hommes justement reconnue pour la plus utile , mérite une attention particulière. Certes celui-là doit être doué d’une insensibilité bien grande, qui ne prend aucun intérêt à de tels objets, qui verroit avec indifférence ces mesures salutaires qui doivent changer des déserts stériles en plaines fécondes , et accroître cette race laborieuse et respectable qui fait la véritable force d’une nation, puisqu’en même tems qu’elle fournit à l’agriculture , elle recrute la marine, l’armée et les fabriques. Il n’est pas facile de dire jusqu’à quel point le nombre des habitans du royaume pourroit ainsi être augmenté ; mais on peut conjecturer que si la population actuelle de la Grande-Bretagne s’élève à dix millions , la culture des communaux pourroit l’accroître X,’ AGRICULTURE. 289 l’accroîire de deux ou trois millions d’hommes j c’est-à-dire d’un nombre égal , observons-le en passant, à celui des Etats-Unis d’Amérique, au moment où ils levèrent l’e'lendard de l’indé- pendance contre la mère patrie. Nous éprouvâmes alors les inconvéniens d’une telle population créée hors du sein du royaume ; mais une telle augmentation au-dedans, loin de nous menacer de pareilles conséquences, nous assureroit dans l’avenir une force et une prospérité nouvelles. )) Il y a encore un point de vue sous lequel cet objet doit être considéré; les de'frichemens des terres incultes , non-seulement ajoutent à la richesse et à la population d’un pays, mais ils le rendent plus susceptible d’étre défendu. Les pays enclos sont les plus difficiles à attaquer ; chaque haie , chaque fossé est un obstacle et un moyen de défense ; et si le pays étoit complètement enclos, si l’on e’vitoit une bataille rangée (la seule chose à craindre en cas d’invasion) nous n’aurions jamais rien à redouter d’une descente , lors même qu’elle seroit exécutée par une armée nombreuse et bien disciplinée : cette armée pourroit commettre quelques dégâtssurlescôtes, mais ellene sauroit pénétrerdans l’intérieur d’un pays enclos. La meilleure défense pour la capitale, c’est de Tome i. T, 2t}0 RAPPORT SUR cultiver et d’enclorre avec soin tout le pays qui la sépare de la mer. )) Avant de terminer cette adresse, il faut indiquer encore une circonstance essentielle. Depuis quelques années l’Angleterre a importé des grains , et celte importation paraissant plutôt s’accroître que diminuer, on a conçu la crainte que notre culture ne pût pas suffire à la consommation des habitans du royaume. — La rareté des grains doit être attribuée à plusieurs causes : d’abord , il est certain que depuis 1754 les saisons ont été, en général, contraires aux grains; nous n’avons presque jamais eu deux bonnes récoltes de suite , et souvent deux mauvaises. A ces causes naturelles il faut ajouter une population et une consommation plus considérables, le luxe parmi les consommateurs, l’attention plus grande qu’on a donnée aux troupeaux , et les terres arables qu’on a destinées aux pâturages. Cette dernière disposition , loin d’occasionner une perte nationale, a produit,, je le sais, un bénéfice pour le public , car les terres fatiguées des grains et qui n’en donnoient plus que de chétives récoltes , avoient besoin d’être converties en pâturages , pour redevenir fertiles ; mais pour que le système fût bien entendu dans toutes ses parties, il eût fallu , en même tems, con- X,’AGRICUIiTURE. âgl' verlir en terres arables les anciens pâturages, et ces terrains qui, depuis la création peut- être , n’ont jamais subi la culture, auroient bientôt paye' les travaux du laboureur. « L’e'tendue necessaire à cultiver addilion- nellement pour nous mettre à l’abri de l’obligation d’importer des grains, n’est pas si con- side'rable qu’on l’imagine. L’importation dans les dix-huit ans termines le 5 Janvier 178g , a monte' à 767,841 quarters de ble, et à 5,097,166quartersd’avoine,seigle , fèves, etc. ce qui fait 42,657 quarters de ble' et 283,175 quarters d’avoine, etc. — L’e'tendue de terrain necessaire pour une telle quantité' de grains ne peut pas être e'value'e au-delà de 100,000 acres (1). Convertissons donc en terres arables (1) On peut calculer de la manière suivante le terrain nécessaire pour celle quantité de grain : 42,657 quarters de blé , à raison de 3 quarters par acre, demanderoient.14,219 acres - 283,175 quarters d’avoine, seigle, fèves, pois, etc. à 4 quarters par acre, demanderaient ..70,793 Total .85,012 acres. On peut prétendre qu’on n’alloue rien pour la semence et les jachères. En supposant qu’il fallût i5,ooo acres de plus pour ces deux objets, ce serait 100,000 àcrei. (A) 292 RAPPORT SUR une étendue de pâturages, c’est-à-dire, destinons à cette culture un cent quatre-vingtième de nos communaux , et sur ce point-là nous aurons rempli l’objet, relativement à la population actuelle du royaume. ))Si l’on considère à quel haut prix les grains et les autres comestibles sont montes depuis quelques anne'es, et les conse'quences qui pourroient résulter d’un surhaussement plus conside'rable encore dans ces objets de première nécessité , on estimera sans doute qu’il est inutile d’employer de nouveaux argumens qui démontrent la nécessité de ne pas perdre un moment pour acheminer le résultat si désirable de trouver dans le sein même de notre pays des moyens certains de subsistance et de prospérité. » Appendix C. Extrait des rapports imprimés par ordre du Departement d’Agriculture, qui servent à indiquer les avantages d’un bill général de clôture. Comté jde Norfoek. Les argumens qu’on emploie pour prouver que les communes doivent être conservées , sont en général spécieux , mais ils sont fondés sur des notions erronées d’humanité. Les avantages qui ré- I,’ A G B. I C U Jj T Ü R E. ag5 sulteroient pour la société, de leur culture * seroient très-considérables ; et l’attention du nouveau de'partement sera, je l’espère, bientôt dirigée vers cet objet important, de manière à réussir à écarter les obstacles qui s’opposent à la clôture des communaux. J’aurai des observations à faire sur ce sujet dans le chapitre des champs communs. (Ibid. p. a'5). Lorsqu’on considère attentivement les avantages qui résultent des enclos pour la population, on est frappé d’étonnement; et cependant on a quelquefois mis en doute l’avantage qu’il y auroit à enclorre les communaux. Si l’on compare la population actuelle de l’Angleterre avec ce qu’elle étoit il y a cinquante ans , on la trouvera probablement augmentée d’un tiers. Si je devois assigner une cause à cette augmentation , je l’attribue rois principalement aux clôtures , par la raison que partout où j’ai eu occasion d’observer les faits , ils confirment cette hypothèse. J’ai remarqué plusieurs fois cet effet dans diverses provinces d’Angleterre ; mais j’en indiquerai un exemple frappant dans ce comté. La paroisse de Felbrigg , qui appartient à Mr. Windliam, contient environ i , 5 oo acres. En 1771 cette étendue de terrain étoit divisée, ainsi qu’elle l’avoit été de mémoire d’homme, 2 g 4 RAPPORT SUR de la manière suivante : 4 oo acres enclos y 100 acres de bois , 4 oo acres de champs communs , et 4 oo acres de communaux ou bruyères. — Il paroissoit par des registres de la paroisse que le nombre des habitans n’avoit jamais passe’ J 24 . C’e'toit là leur nombre en 17l5 ; en 1777 il n’y avoit que 121 habitans, et aujourd’hui il y en a 174. J’attribue cet accroissement rapide aux ameliorations faites dans la paroisse , savoir : la clôture de tous les champs communs , et la conversion de la plus grande partie des communaux en terres arables, et en plantations. Cette paroisse n’a aucune relation avec les paroisses voisines, et ces ameliorations doivent être au moins la principale cause d’un changement si frappant. La paroisse de Wyburn qui n’est point enclose est dans le voisinage. Elle appartient à milord Walpole, qui possède à un haut degre’ les trois premières qualités du gentilhomme de campagne , car il est bon magistrat, bon voisin, et bon maître ; cette paroisse a à peu près la même e’tendue que la pre'cédente , mais la population ne s’y est point accrue récemment, et c’est une présomption de plus en faveur de l’idée que les clôtures sont favorables à la population. Si donc les clôtures sont si avantageuses , X,’ A G R I C U Ii T TJ R. E. 29$ il faut écarter les obstacles qui empêchent d’enclorre. Si le parlement passoit un acte général dont chaque paroisse pourroit s’appuyer dans le projet d’enclorre ses communaux, ou seulement si deux ou plusieurs personnes qui s’enlendroicnt pour des échanges et pour des enclos pouvoierit obtenir la sanction d’une loi pour corroborer leur arrangement, on verroit s’ouvrir peu-à-peu un vaste champ aux améliorations. ( Süffoxk p. 18). Tous ceux qui ont réfléchi sur l’état des terres dans la Grande- Bretagne , sont convaincus que les défrichemens n’auroient besoin d’aucun autre arrangement que la liberté de les faire sans s’adresser fui parlement, comme on y est maintenant obligé pour les plus petits objets. Si le departement d’Àgriculture pouvoit obtenir un résultat si désirable , il y auroit un grand mérite dans ses travaux , et les intérêts de la nation se trouveroient plus favorisés par celte mesure que par aucune autre qu’il soit possible d’cflectuer. ( Middi/esex p. 43 ). Il semble qu’011 ne peut plus rien ajouter d’important aux observations déjà faites sur l’objet de la culture des communaux. L’attention du département d’agriculture s’y arrêtera naturellement ; et Cf sera une circonstance bien heureuse pour notre Sg6 RAPPORT S TT R pays, si grâces à ses soins, nous voyons toutes les terres de ce comte et de toutes les provinces d’Angleterre , occupées d’une manière utile ; et à cet e'gard je ne saurois négliger de rappeler l’observation importante du docteur Wilkinson. Il pense [qu’un acte général de clôture est absolument nécessaire. ( Mjtddeesex par foote p. 5 i ). II paroît que c’est maintenant l’opinion presque unanime de tous ceux qui ont réfléchi sur ce sujet, qu’un acte général du parlement pour autoriser la division, et la clôture de tous les communaux du royaume , seroit reçu avec reconnoissance par tous les individus , et seroit également utile à eux et au public. { Huntington p. 19 ). Un bill général, et bien digéré , pour la clôture des communaux , des champs communs , des terres vagues, fa- voriseroit singulièrement le succès des défri- chemens parce qu’il feroit faire , dès le début de ces travaux , l’épargne d’une dépense considérable. ( Dorset p. 2 5 ) Dans ces cas là , s’il se faisoit des échanges , que chaque individu obtînt un terrain d’une étendue proportionnée à son droit de commune, et autant qu’il seroit possible , en une seule pièce ; que les communaux fussent enclos et divisés } chacun Z,’ AGRICULTURE. 297 fireroit alors le plus grand parti de sa propriété ; et le nombre des petits proprietaires ne seroit point diminue, ce qui seroit un grand avantage pour la population, et pour le public. Pour réaliser cette division et cette clôture des communaux, il faut des mesures moins coûteuses que ne le sont des actes particuliers du parlement , actes qui souvent rendent les ameliorations impossibles par les frais qu’ils occasionnent , puisqu’ils coûtent jusqu’à 5oo et 4oo liv. sterl. , sans parler du danger que l’on court de ne point réussir. Dans les paroisses où les parties inte'ressëes sont d’accord , si ce travail ëtoit mis entre les mains d’une commission composée de fermiers intelligens , ou d’intendans de terres , avec des re'glemens convenables, il se feroit diverses améliorations dans des endroits où l’objet ne [vaut point la peine de s’adresser au parlement pour obtenir un acte. ( Essex p. g. ) Nos terrains vagues , en y comprenant les forêts, peuvent bien être estimés à quinze mille acres. La plus grande partie de ces terrains peut produire des grains au bout d’un peu de tems employé à les y préparer , et ils deviendroient profitables à la communauté si l’on pouvoit adopter quelque mesure générale telle qu’un acte du parlement. On constateroit 298 RAPPORT SUR les droits des seigneurs , des propriétaires des dixmes, et des fermiers : ce que l’on pourroit faire, je pense, par rapport à ces derniers, en proportionnantleur droit à l’étendue des terrains qu’ils afferment du Seigneur auquel les communaux appartiennent $ ensuite on autoriseroit ce proprietaire , qui est ordinairement plus éclairé et plus en état de faire les avances, à acheter, à dire d’experts, ces diverses portions. II vaudroit alors la peine de bâtir des maisons de ferme et d’autres de'pendances. Mais sans un droit pareil d’acheter , les communaux seroient en bien des endroits trop peu e’tendus pour qu’on pût faire des divisions aussi multipliées que le seroient les prétendans, ou bien l’on alloueroit des portions de terrains à des individus qui seroient incapables de les faire valoir d’une manière utile pour eux et pour le public. ( Surrt p. 25. ) Et cela nous conduit » examiner les obstacles qui s’opposent aux clôtures des champs communs , et qui existent de même pour toutes les clôtures en ge’nêral. On sait qu’aucun champ commun, ou pâturage de ceux qu’on appelle communaux , ne peut être enclos sans un acte exprès du parlement, à moins du consentement unanime des intéresses j mais d’après les dispositions naturelles l’ACRICULTUR]!. 29g de l’homme , un tel consentement est difficile à obtenir 5 il l’est surtout dans les cas où quelques-unes des parties se trouvent absentes , en état de minorité etc. Dans ces cas-là il est en quelque sorte impossible d’obtenir ce consentement de tous. Le parlement est donc la seule ressource pour mettre d’accord desintérêts si divers , et surmonter des difficultés si multi- plie'es. Mais les dépenses nécessaires pour faire passer un bill dans les deux chambres , ( ce qui autant que nous en pouvons juger est cependant convenable ) ainsi que les frais bien plus grands de faire transporter les parties à Londres pour y attendre que le parlement puisse s’occuper de cet objet particulier au milieu de tant d’affaires publiques plus importantes, sont souvent des obstacles tres-decou- rageans , quelquefois même insurmontables. En me soumettant à des lumières supérieures, j’indiquerai ici ce qui me paroîlroit pouvoir être adopté, ou quelque chose de semblable. Un acte du parlement autoriseroit les clôtures en général ; il donneroit aux magistrats , dans les sessions de quartier, le pouvoir de nommer des commissaires à la réquisition des parties intéressées , lesquels commissaires joints à des arpenteurs assermentés leveroient le plan de la partie à enclorre , et séroient chargés de OOO RAPPORT SUR régler tous les différens qui pourroient s’enlever , comme encore d’autoriser les e'changes convenables. Ces commissaires , qui auroient la connoissance du local, et qui travailleroient sous les yeux des magistrats , proce’deroient avec la circonspection et les précautions si ne'cessaires dans l’administration de la justice , et leurs de'cisions ou leur sentences pourroient être sanctionnées , ou par le de'partement d’agriculture , ou par des magistrats dans la session suivante, selon que le parlement, dans sa sagesse en ordonneroit. Il est probable qu’il resulteroit d’un plan de cette nature des avantages très-considérables pour la nation. Il reveilleroit une émulation louable entre les gentilshommes et les fermiers , en établissant la sécurité des propriétés , au lieu que maintenant elles ne sont point assurées; et une fois que cette émulation seroit excitée , qui peut en calculer les résultats ? ( Berxs p. 4g ) L’avantage qui resulteroit de la clôture , t ou du moins de la séparation des propriétés dans les plaines de champs communs , est si évident ; les bons effets en ont été tellement prouvés par l’expérience en dernier lieu , qu’il est inutile que je m’arrête à les rappeler. La nation auroit besoin de certaines mesures sages et bien calculées pouj; l’ agriculture. 3oi obtenir ce grand avantage. Les difficultés et les frais de ces améliorations dans l’état actuel des choses , s’opposent fortement à ce qu’elles se propagent. ( Lincolin p. 20). S’adresser au parlement pour obtenir des actes de division et de propriété de quarante-sept paroisses , et diviser ensuite les portions entre leurs paroisses seroit probablement s’exposer aux frais énormes de 47 actes du parlement. C’est une raison bien suffisante pour les propriétaires de redouter les formalités nécessaires à la clôture des marais , et ce n’est pas une preuve indifférente de la nécessité d’un acte général pour la clôture des communaux, des champs communs, des prés communs , et des terres vagues dans tout le royaume , sous les réglemens et les restrictions que le parlement fixeroit dans sa sagesse. NB. Un acte du parlement pour la division de 47 communes, d’après l’usage de la chambre, coûteroit autant que 47 actes différens. ( Somerset p. 43 ). Lorsqu’on aprécie bien la tendance du système des clôtures à accroître les productions de la terre , et la demande du travail , à faire hausser le prix de la main- d’œuvre du laboureur , et à diminuer la taxe des pauvres , on regrette et l’on s’étonne que la législature se soit si peu occupée jusqu’ici 502 rapport sur de faciliter et d’étendre l’usage de ce moyen: Un acte ge'ne'ral de clôture qui e’carteroit toutes les lenteurs et les dépenses , demontreroit bientôt tout ce qu’on peut faire dans ce genre. — D’après tous les actes prive's qui ont èle' passes en si grand nombre depuis vingt ans , on pourroit établir les principes généraux d’un tel acte de manière à comprendre et à respecter tous les intérêts et toutes les prétentions. L’exécution d’un acte combiné de cette manière pourroit être confiée sans injustice et sans danger , à un nombre de juges déterminé dans les sessions de quartiers. Ces juges pourvoient être , je pense , très-compétens pour décider de la convenance de toutes clôtures proposées. Ainsi la suppression des frais parlementaires encourageroit les clôtures , même sur l’échelle la plus resserrée , et facilileroit les défri- cliemens les plus étendus par des avantages qui ne seroient pas à négliger. — Mais cette mesure , quoique parfaitement bien d’accord avec les principes de l’intérêt particulier et de la politique nationale, ne manqueroit pas d’être combattue par un très-grand nombre de gens. (Carmarthen p. 22 ). L’opinion des propriétaires, dans ce comté , paroît être unanime sur l’obstacle qu’apporte aux améliorations des l’ agriculture. 3o5 terres incultes la manière coûteuse d’obtenir l’autorisation du parlement pour diviser et enclorre les communes: savoir, de s’adresser à la législature chaque fois qu’il s’agit d’entreprendre une telle division. Les particuliers d’une fortune borne'e préfèrent de perdre ■l’intérêt du capital qui représente la valeur des terres incultes , plutôt que de s’exposer à des frais qu’ils ne sont pas sûrs d’être en état de supporter. Faire disparoître cette difficulté seroit peut- être l’acte le plus utile et le plus populaire que le département d’agriculture pût entreprendre. Les personnes les plus intelligentes avec lesquels je me suis entretenu sur ce sujet , pensent qu’il conviendrait de faire une loi qui autorisât les magistrats assemblés à la session de Noël , à nommer des commissaires ' pour diviser et enclorre les communes , à la demande de la majorité des intéressés , quant à la valeur de leur propriété dans chacune d’elles. Ces commissaires ne devroient avoir f aucun intérêt quelconque dans les qlôtures proposées, et devroient avoir été préalablement désignés par la majorité des voles d’une assemblée publique de proprietaires dans l’enceinte de la paroisse où se trouvent les terres incultes , laquelle assemblée aurait été con- 5o4 ^RAPPORT S TJ R voquée par trois annonces successives faites dans les e'glises , les trois dimanches qui la précéderoient innne'diatement. L’acte du parlement communiqueroit aux commissaires tous les pouvoirs necessaires ; il contiendroit les principes , et les instructions cônyenables pour re'gler les divisions et les dépenses, de manière à remplir l’objet avec tout autant d’avantage que les actes particuliers. On croit ge’ne’ralement dans ce pays qu’un acte de ce genre feroit enclorre en peu d’années toutes les terres vagues susceptibles de culture dans la partie Méridionale de la province de Galles. ( York , arrondissement de l’Ouest, p. 55 ). Les champs communs de cet arrondissement sollicitent plus qu’aucune partie de l’e'conomie rurale, des changemens dans la culture : ils sont, en général, misérablement conduits. Les propriétaires le sentent assurément, mais les dépenses d’un acte spécial de division, effraient le plus grand nombre d’enlr’eux , et les empêchent de s’adresser au parlement. Il seroit donc extrêmement utile qu’on passât un acte général, comme on l’a fait en Ecosse, en commettant, pour l’exécution , les juges ordinaires des lieux lorsque les intéressés le demandent. (York, arrondissement du Nord. p. 107 ). Le tyi- I,’ AGRICULTURE. 5 o 5 Le principal obstacle à la culture des marais [ moors (1) ] c’est les frais necessaires pour obtenir des actes du parlement pour les clôtures , et la difficulté' de s’entendre avec les propriétaires des dixmes et les seigneurs. — Il s’en présente un exemple dans un district situe' auprès des moorlands de l’Est. Les deux tiers des particuliers , dont les propriétés réunies font beaucoup plus des deux tiers de la valeur de leur commune , de'siroient faire le partage des communaux. Us consistoient en 800 acres de belle pelouse , et 12,000 acres de moors (1) Les moors sont proprement des plaines tourbeuses, mais ce terme s’applique, par extension, aux terrains marécageux ou secs qui ne produisent que peu d’herbe, ou des bruyères, et où l’on ne voit pas un seul arbre, Cette partie du Yorkshire est remarquable par d’immenses étendues de terrains tourbeux : on fait, en quelques endroits, plusieurs milles dans la tourbe; elle recouvre les sommets et les pentes des collines, tout comme les plaines basses. On a pratiqué les routes dans certaines parties, en coupant la tourbe, qui est parfaitement sèche ; et qui fait muraille de part et d’autre ù quelques pieds de hauteur. Nous avons vu de grands arbres dont le bois étoit parfaitement conservé dans cette tourbe , ainsi que des noix qu’on y trouve quelquefois, quoiqu’il n’y ait maintenant aucun noyer dans le pays, ni même aucun arbre en végétation à une grande distance. Tome 1. V RAPPORT SUR 5 o 6 élevés , dont le tiers e'toit susceptible de grandes ameliorations. Ces particuliers, d’accord avec le proprietaire des dixmes, avoient signe' une pétition au parlement, mais le seigneur , qui possède d’ailleurs fort peu de chose dans ce canton-là, résolut de s’y opposer; et la crainte des difficultés et des dépenses qu’enlraîneroit cette opposition a fait abandonner le projet. Il y a quelques années qu’on a enclos 25 o acres seulement , dans un district voisin de celui-là ; et les frais de l’acte seul , sans aucune opposition , ont monté à 370 liv. sterl. aux propriétaires. ( p. 120). Quoiqu’il y ait encore dans cet arrondissement <^es champs ouverts, cependant leur étendue n’^st pas considérable , et elle diminue d’année 'en année par les clôtures autorisées par les actes- du parlement. Ces clôtures se multiplieroient bien davantage sans les grandes dépenses qu’occasionne cette marche. ( Brdford p. 61 ). Un loill général , bien combiné pour la clôture des communaux , des champs communs, et des terres vagues, auroit un admirable effet pour le succès des de’fri- chemens et des améliorations , parce qu’il en résulteroit une grande épargne dans le début des entreprises. 1* A G R I C U Ti T U B. E. Zoj ( Hants p. 29). Nous ne pouvons considérer cet objet sans nous étonner que les siècles se succèdent, et qu’on ne prenne aucune mesure efficace pour mettre en culture les terres inutiles de ce royaume, surtout celles qui appartiennent à la couronne ; tandis qu’il est évident que sous une bonne administration ces terrains seuls suffiroient à payer une grande partie de la dette nationale. —Un acte général du parlement qui autoriseroit des commissaires à décider les questions entre les particuliers , et à faire les divisions selon les droits de chacun, comme dans les bills ordinaires de clôture , produiroit un immense revenu à la nation , car il y a à peine un acre de ces terres de la couronne qui ne pût donner des productions de quelque valeur. Les commissaires du revenu des terres pourroient être compétens pour ce travail, parce qu’ils ont déjà des rapports et des connoissances de détail sur la très-grande partie des terres de la couronne. Dès que les droits des particuliers seroient liquidés , le reste seroit naturellement dévolu au gouvernement. ( Staffort p. 74 ). Une clôture générale , et les défrichemens de toutes les terres incultes du royaume, en augmentant considérablement le capital de la nation, accroîtroit dans le même rapport ses revenus j et c’est une chose étrange t RAPPORT SUR 5 o 8 que les colonies dans des pays lointains aient été si long-tems encouragées , tandis que la culture de notre propre pays est encore si imparfaite. ( Worcester p. f>o ). On a fait en dernier lieu des clôtures conside'rables ; quelques-unes sous l’autorité' du parlement, d’autres par le consentement unanime des intéressés. Il s’en feroit un plus grand nombre sans les frais qui accompagnent les formalites. On s’occupe maintenant de la division de quelques champs et pre's communs. ( Hertfortd p. 55 ). Comme il est indifferent au departement et au public que ces communaux soient cultives par A ou par B , pourvu qu’ils le soient, on pourvoit concentrer tous les interets particuliers en un acte general qui autoriseroit la clôture de ces terrains moyennant l’accord des trois quarts des in- te’resse’s, y compris le seigneur, le recteur ou vicaire , et l’inspecteur. On affermeroit les communaux pour 21 ans, aux plus offYans, en donnant la préférence aux pauvres journaliers charges de famille ; et l’on appliqueroit la rente, d’abord à l’acquit des frais de clôture , puis un vingtième au seigneur, un dixième au pasteur (pourvu que la paye fût au-dessous de 100 1 . ster. ) , et le reste à la décharge de la taxe i/AGRICULTURE, 609 des pauvres, et de la taxe des terres. Les baux seroient ensuite passes par les proprietaires ou leurs successeurs, l’inspecteur rendroit compte du surplus de la .rente. Les juges des sessions de quartier connoîtroient des diffe’rens en dernier ressort ; leurs jugemens , ainsi que les consentemens des parties , certifiés par eux , seroient enregistres en chancellerie in per- petuum rei testimonium. ( Northampton. 61. ) Un des grands obstacles aux clôtures des communaux paroît être les dépenses considérables auxquelles les propriétaires sont sujets en sollicitant les actes du parlement, et en les faisant exécuter. Comme celte plainte est générale dans tout le royaume, il faut espérer que la législature s’occupera de quelque plan qui écarte celte difficulté , et qui mette les propriétaires à portée de faire ces améliorations importantes avec moins de peines et de dépenses. Il n’y a aucune circonstance peut-être dans l’agriculture de notre pays qui mérite de la part du département une attention plus sérieuse. Il y a des communaux de grande étendue qui servent maintenant de pâturage aux troupeaux des fermiers voisins. Je n’ai pas besoin de dire qu’ils sont surchargés de bestiaux. D’après les meilleures autorités, et mes propres. 5lO RAPPORT SUR observations , je puis affirmer que si l’on divisoit ces communaux , une grande partie pourroit être convertie en terres arables, et dans les endroits qui peuvent être arroses on feroit d’excellens prés. L’état actuel des communes ne procure aucun avantage à ceux qui y ont part ; au contraire , il en résulte souvent du dommage pour les communiers. Àppendix D. De la culture des pommes de terre dans les terrains vagues et marécageux , d’après les instructions publiées par le département d’agriculture , et d’autres autorités. Les anciens pâturages ont toujours été considérés comme extrêmement favorables à la culture des pommes de terre. On a employé la méthode suivante avec succès dans des terrons marécageux , desséchés en partie , ou complètement; et dans des terres inégales, et difficiles à labourer. Ecobuez la surface. Ajoutez de la chaux aux cendres. Disposez le terrain en couches de six pieds de large et distantes de deux pieds ou deux pieds et demi. Posez les pommes de terre sur les couches à un pied de distance en tout sens. Couvrez-les de deux ou trois pouces de terre prise dans les intervalles. Lorsque les plantes se montrent, couvrez-les 1 ! A&RICUITVEE. 3ll de nouveau d’un pouce ou deux et de la même manière ; mainlenez-les nettes avec la houe , et en arrachant les mauvaises herbes. On peut recueillir les pommes de terre avec la charrue en refendant les couches, et jetant la terre dans les intervalles. Le centre des couches peut être converti en un fosse suffisamment profond pour maintenir le terrain sec pendant l’hiver. » En Dunbartonshire la culture des pommes de terre est reconnue comme la plus avantageuse de toutes pour améliorer les terres maigres ou les sols humides. La seule préparation qui précède la plantation de cette racine, c’est de brûler la broussaille et d’ôter les grosses pierres. )> En West-Lothian on observe que les parties les plus élevées produisent des récoltes plus abondantes que les parties basses et plus cultivées. w Sir W. Stirling , en Pertshire , a souvent recueilli quarante bolls de patates sur un acre de moor léger qui ne rendoit pas un schelling de rente ; à cinq schellings seulement le boll, c’est deux cents fois la rente. » En Roxburghshire le baron de Rutherford a éprouvé que les pommes de terre e'toient le meilleur moyen, de défricher les terres incultes. 5l2 rapport sur )) En Dumbartonshire sir James Colquhoun a deTriché un marais tourbeux en plantant des patates par couches , il a seme ensuite avec de l’avoine de la meadow-sofb grass (1) qui réussit admirablement sur les sols mousseux parce qu’elle s’étend promptement. On fauche } ce pré tous les ans : le bétail ne peut pas y pâturer parce que la tourbe a dix ou douze pieds de profondeur. » Dans les parties élevées de l’Ecosse , les plus belles et les plus grosses pommes de terre croissent dans des terres tourbeuses : on les cultive par couches. n En Perthshire on trouve que les marais, lorsqu’ils sont desséchés, sont très-convenables pour la culture des pommes de terre. Autres autorités. » Trois acres de genets défrichés ont produit neuf cents busliels de pommes de terre sans fumier. (1) Le Dr. Anderson décrit le creeping soft grass (Holcus lanatus)le great meadowgrass, et le creeping meadow grass, deux espèces du genre des poa ou paturins, dont on compte au moins vingt espèces : apparemment que le meadow soft grass en est une , ruais nous ignorons quel est son nom françois ou latin. 3i 5 i/ A. G- B. ICXTIiTURE. )) Les marais desse’clie's rendent prodigieusement ; aucun sol ne rend davantage que la tourbe noire, mélangée de terre. )) A Charleville on éprouvé que les pommes de terre dans les marais échappent aux_gelées, tandis que celles-ci les tuent dans les situations élevées. )) M. Leslie , en Irlande , a desséché un marais , puis fumé pour les pommes de terre, et recueilli trois cent vingt bushels par acre. Il a eu ensuite un excellent pré. » A Mécra, en Irlande , les récoltes les plus abondantes de pommes de terre ont lieu dans les marais; on les compte de cinquante bushels par acre plus considérables que dans les prés rompus. C’est de beaucoup la meilleure manière de mettre les marais en valeur, mais il faut y employer un peu de fumier. » M. Irwin, en Irlande, a essayé s’il pour- roit faire valoir une montagne tourbeuse par l’écobuage. Il a admirablement réussi, et a recueilli les meilleures pommes de terre du pays. )) M. Brown , en Irlande , a mis en culture vingt acres de bruyères sur un terrain tourbeux et sec, qui ne rendoit rien, et qui rend maintenant quinze schellings l’acre. Il a marné avec de la marne blanche, prise dessous le 5i4 rapport st; r marais , à raison de cent cinquante barils par acre. II Fa laissée un an à l’air après l’avoir e'tendue ; elle a tue la bruyère ; il a laboure deux fois, fait deux récoltes consécutives de pommes de terre, la première très-abondante, la seconde assez bonnes puis recueilli trois ré- coites de grains, et afferme'. » Milord Altamont, en Irlande , a lait répandre du gravier de pierres à chaux sur une montagne tourbeuse , à raison de 4o schel- lings par acre ; il Fa laisse' deux ans, et a ensuite affermé le terrain à 4o schellings aux pauvres pour y planter des pommes de terre. Après trois fortes récoltes d’avoine et de foin, il a affermé sa possession à raison de 16 schellings l’acre. — Il a amendé avec du gravier calcaire et un sable coquiller, à raison de 1 liv. 2 sehel. 9 den. par acre , une grande étendue de terrain tourbeux et aride ; il Fa labouré et brûlé, puis semé en turneps , et a eu une très- belle récolte ; ensuite il y a mis des pommes de terre sans aucun engrais, et a obtenu un produit de beaucoup plus considérable qu’il en ait jamais vu; il a eu cent quarante-trois pommes de terre à la même plante. — Il a fait ensuite trois bonnes récoltes d’avoine, semé du trèfle blanc, et affermé 20 schellings l’acre. — Dans une autre pièce qui rendoit 5 schellings l’acre 5i5 L* AGRICULTURE. il a fait charier du gravier calcaire à raison de l liv. sterl. 2 schel. g den. par acre. Il l’a laisse' reposer trois ans, puis afferme' aux pauvres 5 liv. sterl. îo schel. pour y mettre des pommes de terre ; ensuite il y a fait trois re'coltes d’avoine , l’a mise en pre et affermée 5 o schel- lings l’acre. » A Moniva, en Irlande, on plante les pommes de terre dans les marais , et on fait de belles récoltés en desséchant, et en mettant un peu de gravier calcaire ou de fumier. « M. French , à Woodlawn en Irlande , a e’prouve' de grands succès dans diverses expériences inte'rcssantes , faites en grand, pour la culture des marais , en plantant des pommes de terre après avoir desse'ché et fume'. Ses re'coltes ont valu 12 liv. sterl. par acre. » M. Bland, en Irlande, a mis en valeur beaucoup de terrains mare'cageux en répandant de la chaux , du fumier , et plantant des pommes de terre : il en a eu deux fortes récoltés consecutives. » M. Shanley, en Irlande , a recueilli 1200 stone ( 168 quintaux ) de pommes de terre par acre, dans un mauvais marais rougeâtre, de quatre pieds de profondeur de tourbe, après avoir desse'che' , amende avec du gravier calcaire à raison de 3 liv. sterl. par acre, puis 5l6 RAPPORT SUR fume. Il y a ensuite fait deux récoltés d’orge et afferme 4o schellings l’acre. » A Swinton , en Yorksliire , sur un sol tourbeux et noir , qui rendoit 4 schel. 6 den. l’acre , on a recueilli de cent vingt à cent cinquante-huit bushels de pommes de terre. » M. Sturt, à Brownsea , dans une tourbe noire qui rendoit 4 den. et demi l’acre , a recueilli six cents bushels par acre. Observation. n Les autorite’s qui tendent à e’claircir cette partie de l’objet sont très-satisfaisantes et très- importantes j elles ne laissent aucune raison de douter que la culture des pommes de terre ne puisse être suivie dans de tels terrains avec l’espérance raisonnable de re’ussir. Pommes de terre dans les bois arrachés. » M. Abdy d’Essex , un des membres honoraires du Departement a fait arracher un bois, puis fumer , à raison de vingt charretées par acre , et planté en pommes de terre : il a recueilli cinq cent soixante-trois bushels par acre, et ses frais ont monté à 16 livres i5 schellings 6 deniers. i,’ a o ai c u i t ü u e. 5x7, Observation. )> Cette expérience peut être utile à ceux qui arrachent des bois, et on trouvera probablement qu’il n’v a aucune récolte plus profitable que celle-là pour la première année. Il vaut la peine d’essayer si le fumier est nécessaire dans ces cas-là. Dans les jeunes plantations . ‘ )) Dans le Shropshire , lord Clive se trouve très-bien de permettre de planter des pommes de terre dans ses jeunes plantations, l’année qui suit celle où les jeunes plans ont été mis en terre. Les manouvriers du voisinage ont la liberté de planter ces pommes de terre pour leur compte ; et dans la terre neuve, ou vierge, ils ne mettent point de fumier les deux premières années. Cette culture se fait trois ans de suite, au très-grand profit des jeunes arbres. M. Coke de Holkham, en Norfolk, permet aux pauvres de planter des pommes de terre dans ses jeunes plantations, et trouve cet usage avantageux aux arbres. Observation. )) Dans tous les cas où l’avantage des pauvres se trouve réuni à celui du propriétaire, 3i8 RAPPORT SUR comme dans ce cas-ci , on doit fort désirer de voir adopter le même système. Cette idée seule , communiquée au public, ne peut qu’avoir un effet utile. Comme la culture des pommes de terre prépare admirablement le terrain pour planter des bois , pourquoi ceux qui projettent des plantations n’enclôsent-ils pas leur sol, aux termes de l’acte 29 Geo. 11 cap. 56, et ne font- ils pas cheminer ensemble la culture des pommes de terre et la plantation des bois ? Dèfrichemens des terres incultes par les turneps et les pommes de terre. » La pratique suivante paroît mériter beaucoup d’attention comme une excellente manière de mettre en valeur les terres inutiles. — Brûlez la surface des terrains grossiers, inégaux , les bordures des marais et les portions recouvertes de fougère , de genets et de bruyère, en Mars, Avril ou Mai, etrépandez les cendres au commencement de Juillet. Labourez alors et hersez, puis semez des turneps ; la récolte paiera probablement la rente du terrain et les frais. — Au printems suivant, labourez et hersez; et sans mettre aucun engrais , plantez des pommes de terre avec une petite charrue. La récolte d’un terrain neuf, et traité de cette manière, est très-considérable. Quelque- fois on fait une seconde récolté de pommes de terre ; mais en general, il faut mettre le plus tôt possible un terrain nouveau en prairie jusqu’à ce qu’il ait acquis assez de force (l) (i) L’expression assez de force (sufficient strength) se rapporte à ce principe important dans la théorie des agriculteurs anglois, c’est que les prés artificiels améliorent la terre, ou, autrement dit, préparent de belles récoltes de grains. Ils sont convaincus que, pour s’assurer une longue succession de belles récoltes, il laut reculer le moment de semer du blé dans un terrain nouvellement défriché. — Nous avons un système tout contraire, ou plutôt nous agissons sans système et sans prévoyance. Faisons-nous un défrichement par l’éco- buage ? c’est uniquement en vue d’y recueillir du froment : l'impatience où nous sommes de jouir des récoltes de grains gâte tout. C’est ordinairement dès l’année même du brûlement de la terre que nous y mettons du blé; et nous en faisons souvent deux et trois récoltes consécutives. Il faut observer que rarement la première récolte est bonne : elle est ordinairement trop forte ; elle verse, et ne donne qu’en paille de mauvaise qualité. La seconde est ordinairement meilleure; la troisième commence à baisser ; une quatrième seroit chétive. Que fait-on alors? on laisse reposer le terrain, et l’on enfile la routine des jachères. Lorsqu’on veut resemer, il faut des engrais ; mais cette terre n’ayant point encore fourni d’engrais, est fumée aux dépens des autres parties du domaine, au lieu que, dans le système anglois , chaque pièce fournit sa part des engrais en nourriture 320 RAPPORT SUR pour donner des récoltés de grains dans une succession re'gulière. Si le terrain est loger on aux bestiaux. — Cependant si l’on y épargne le fumier, ou si l’on n’y en répand point du. tout, la récolte est médiocre ou mauvaise. Alors on dit que l’écobuage ruine les terres; et comme l’on veut toujours trouver des explications à ce qu’on donne pour des faits , on remarque que le brûlement fait diminuer la couche de terre, en en convertissant une partie en cendre ; qu’il évapore les parties grasses du terreau, et qu’il n’est pas étonnant que ces terres, après deux ou trois récoltes forcées , soient condamnées à la stérilité.— Mais pourquoi donc l’écobuage, entre les mains des bons agriculteurs , est-il un admirable moyen de mettre en valeur d’une manière permanente les terrains inutiles, et de les changer en des terres très-riches et très-productives? C’est que les bons agriculteurs savent que la terre répugne à donner des grains deux ou trois ans de suite; ils savent que les prés artificiels, ou les racines, lui rendent la force de faire végéter le froment, et que ces productions sont indispensables pour nourrir des bestiaux, sans lesquels on ne fait point d’engrais. Ils profitent du moment où les cendres ont encore toute leur influence sur la végétation, et ils assurent ainsi la réussite de ces plantes qui engraissent la terre au lieu de l’épuiser. En un mot, ils savent renvoyer le moment de la jouissance pour la rendre sûre et durable. Nous ne négligerons aucune occasion de mettre dans le plus grand jour ces vérités, qu’on peut appeler fondamentales en agriculture. Lorsqu’on réfléchit aux in- peut d>2i i’aGRICUIÏ. ÏÏKï, peut semer de l’orge avec la semence du pré artificiel ; si le terrain est froid et pesant, on sème de l’avoine. )) calculables ressources, à tous les moyens de richesse et de bonheur qui, dans une époque prochaine, peuvent être mis en activité par le défrichement des communaux en France, on sent vivement combien il importe de faire germer des idées saines sur ces objets intéressons. C’est aussi là notre excuse pour avoir donné dans un si grand détail ce qui concerne cette belle entreprise en Augle ; terre : nous continuerons à instruire nos lecteurs de tous les faits qui y auront rapport. Tome t. X 522 AGRICULTURE DU COMTÉ DE W I L T S. Xje comté de Wilts a une forme à-peu-près ovale, et son grand diamètre est presque Nord et Sud. Le comté a environ cinquante-quatre milles de long, et trente-quatre de largeur moyenne , c’est-à-dire qu’il contient environ treize cent soixante-douze mille carrés , on huit cent soixante dix-huit milles acres. Il y a une différence extrêmement marquée entre la borne Sud-Est et la borne Nord- Ouest de cette province ; la première est coupée par des collines de craie qui viennent du Berkshire, du Hamsphire et du Dorsetshire , et qui se terminent en une ligne d’escarpemens du Nqrd-Est au Sud-Ouest. La borne du comté au Nord-Ouest est formée par une succession de riches vallées qui s’élèvent peu à peu et joignent ensuite les montagnes du Glocestershirç. Sousîes rapports de l’agriculture, il convient de diviser le comté en Soult-TViltshire et Norlh-FF iltshire. La première partie on celle AGRICULTURE DE WILTS. 223 du Sud, comprend les collines crayeuses, communément appelées Downs , et destinées aux grains et aux moutons. La partie du Nord est remarquable par ses gras pâturages sur les bords de l’Avon et de la Tamise , où l’on engraisse beaucoup de bestiaux , et où l’on fait un desfromages les plus estimés de l’Angleterre. Les champs communs font une très-grande portion de la partie arable de cette province, Voici comment les habitans d’une paroisse s’entendent, en général, pour leur exploitation. Les pâturages secs pour les moutons (Sheep Downs) sont ouverts aux troupeaux de la commune pendant tout l’été et l’automne. Les chaumes de l’année précédente et les jachères sont également ouvertes jusqu’à ce que tout soit labouré pour semer les blés. Alors les moutons sont bornés aux downs ou bruyères jusqu’à ce que la moisson soit faite. Ils ont ensuite les chaumes et les downs jusqu’à-ce quo la saison oblige de les mettre au foin. Chaque propriétaire fournit alors les claies et le foin , à proportion du nombre de moutons qu’il a , et le berger commun donne ses soins au troupeau. Lorsque les brebis sont prêtes à mettre bas , les propriétaires les renferment dans des prés clos; et lorsque tous les agneaux sont faits, les prés arrosés fournissent de l’herbe fraîche aux brebis. 5a4 AGRICULTURE Pendant que les brebis pâturent dans les près arroses, on les parque sur les terres des- tine'es à l'orge-, Lorsque les orges sont seme'es, les ray-grass, ou les jachères, reçoivent les troupeaux jusqu’à la tonte : on donne le belier aux brebis à la nu septembre. Les frais des béliers se font en commun, ainsi que ceux du berger. Dans cet e'tat de communage et de culture il y a nécessairement disette de fourrage d’hiver; en conse'quence , il est d’usage de vendre au commencement d’Ootobre les vieilles brebis et les agneaux mâles , et d’envoyer hiverner les agnelles dans des cantons à turneps , quelquefois même hors de la province. Il en coûte de cinq à huit schellings par tête , pour six mois de la nourriture de ces jeunes bêtes; et malgré la réduction des troupeaux par les dispositions ci-dessus , il arrive souvent aux communiers de ces paroisses d’être obligés d’acheter du foin pour passer l’hiver , et de l’aller chercher à dix ou quinze milles de distance. Il n’y a peut être aucune partie du royaume où l’on entende mieux les arrosemens que dans celte province ; ce n’esi que du commencement de ce siècle qu’on s’estattaché à cette industrie. Les prés , dont les arrosemens sont le mieux; disposés ont été arrangés sous les directions » J3 W I Xi T S. 5-25 d'un nomme Raverstock entre 1700 et l'joB; et maintenant il y a à peine un ruisseau dans le comte dont on ne tire quelque parti. Tout l’art des arrosemens consiste en dernière analyse à mettre et à ôter à propos, dans les prés, une eau dont on dispose à volonté ; mais le tems où l’eau doit rester sur le prë , pour le plus grand effet possible, dépend des terres et des saisons; ce n’est donc que parle tâtonnement qu’on est parvenu à e’tabhr cette suite d’opérations dont dépend l’abondance des foins, et dans laquelle les fossés apportent et emmènent les eaux avec autant de régula—, rité que les artères et les veines conduisent le sang dans toutes les parties du corps. Il y a deux sortes de prairies dans lesquelles on se sert des eaux pour donner de l’activité à la végétation : les prés en pente dans lesquels on fait parvenir les eaux par irrigation, elles prés plats qui sont situés dans le voisinage d’une rivière ou d’un ruisseau, et que l’on arrose par inondation : ces derniers sont les plus communs dans la province. Dans les irrigations ( catch-work) on coupe ordinairement une tranchée qui sort du principal cours d’eau dont on veut profiter. On met cette tranchée de niveau , et en la bouchant à son extrémité, on. force l’eau à s’é- AGRICULTURE 526 chapper sur toute la longueur de la tranclie'e ; mais dans cette méthode , il y a l'inconvénient que l'eau cesse bientôt de verser également partout, et qu’il se fait des petits courans qui s’élargissent et s’approfondissent en rongeant la terre. On trouve donc plus convenable de faire sortir du cours d’eau des rigoles parallèles de vingt pieds en vingt pieds. On bouche ces rigoles à leur extrémité , l’eau s’extravase et est reçue par la rigole inférieure après avoir arrosé l’intervalle qui la sépare delà supérieure. Cette opération se répète jusqu’à la partie la plus basse du pré, où l’eau est reçue par un canal pour être employée àurt pré situé plus bas. Lorsqu’on veut donner l’eau au pré, l’on coupe à la bêche des gazons que l’on place dans le principal cours , vis-à-vis de l’origine de la rigole supérieure , jusqu’à ce que toute la partie à arroser soit bien couverte d’eau : lorsque l’on veiit ensuite ôter l’eau on déplace lés gazons. La dépensé d’établissement et d’entretien de ces irrigations est comparativement peu considérable , et l’effet en est prodigieux. (1) (1) L’auteur paroît croire que toutes les eaux, bien ménagées , ont un effet salutaire sur les prés. Cela peut être pour les eaux du Willslure ; mais il est T) J3 XV I Xi T S. 52 7 La conduite des arrosemens dans les pre's bas et plats est beaucoup plus difficile et plus dispendieuse. La première chose à conside’rer dans ces pre's-Ià , c’est le moyen de se debarrasser de l’eau après qu’on aura inonde; or, pour y réussir , on est souvent oblige' de disposer le terrain en planches séparées par des fossés profonds. On détourne ensuite un canal de la rivière ou du ruisseau principal , dans une partie assez élevée pour que le niveau de ce canal soit supérièur à la crête des planches; puis on tire l’eau de ce canal par des petites rigoles qui suivent la crête de chaque planche et dans lesquelles on l’arrête à volonté par des obstacles pour la faire refluer des deux côtés. Rassemblée ensuite à l’extrémité des fossés de séparation par un autre canal, elle est employée delà même manière dans un pré plusbas. La dépense d’établissement de ces arrosemens à plat est très-considérable , mais l’effet en est étonnant ; on calcule qu’il y a dans la province de quinze à vingt mille acres de prairies arrosées de cette manière. On trouve un très-certain qu’il y a des eaux froides ou crues, qui 11’engendrent qu’un foin aigre ou marécageux , lors même que les irrigations sont faites avec intelligence. La seule ressource pour profiter de ces eCux-la c’est de les récliaulfer ai ec du fumier. 5^8 A G R. I C U I* T U II E si prodigieux bénéfice à celte méthode d’arrosement , que tous les terrains bas et plats, siloe's dans le voisinage des rivières ou des ruisseaux sont convertis en prairies à inondation , à moins qu’il ne se trouve quelque moulin qui s’y oppose. On a pense' quelquefois que ce genre de prairie pouvoit rendre un pays malsain ; mais l’expérience prouve le contraire ; et en effet, avec cette méthode d’arrosement la putréfaction qui, dans les terrains marécageux, répand des miasmes nuisibles, n’a jamais lieu, parce que le fermier a soin d’ôler l’eau dès l’instant où une certaine écume se montre sur le pré ; celte écume annonce le commencement de la putréfaction des racines , et si l’on n’ôtoit pas l’eau immédiatement, le pré seroit gale’ pour l’année. Le principe même de cette économie des prairies exclut la stagnation des eaux, si nuisible à la salubrité de l’air ; d’ailleurs les prés à inondation étoient tous originairement des terrains marécageux et malsains. On a souvent demandé comment il se fai— soit que ces prairies à inondation, dont les fermiers de Wiltshire ne pourroient point se passer , ne parussent pas nécessaires ailleurs, de réponds à cela qu’il ne s’agit pas de savoir comment on se passe de ces prés dans d’autres DE W X L T 3. Sag pays , mais comment les fermiers de Wiltshire qui ont ces prairies pourroicnt élever les moutons , ainsi qu’ils le font, s’ils étoient privés de cet avantage. — Or celte économie des moutons est, je crois , la plus profitable pour eux et pour les propriétaires, qu’il soit possible d’établir 5 il suffit, pour être frappé de cet avantage , d’observer le contraste entre les fermiers du pays qui ont des prés à inondation et ceux qui n’en ont point. Tous ceux qui tiennent un troupeau debétes à laine pour élever, dans un pays aussi tardif que la province de Wilts , sont souvent très- embarrassés au mois d’Avril, dans ce mois qui est entre le foin et l’herbe , s’ils n’ont une prairie à inondation pour y mettre les brebis et les agneaux. Les brebis pleines peuvent fort bien ne manger que du foin ; on leur conserve quelques turneps , qui, dans les années favorables , suffisent pour le mois de Mars; mais s’il faut ensuite revenir au foin , le lait de la mère diminue , l’agneau dépérit , et l’été le plus favorable ne le remet point. Pour prévenir cet inconvénient, on met les brebis dans les jeunes trèfles, dans les prés secs qu’on destine au foin , dans les blés; en un mot, on leur donne du vert à tout prix. Comment estimer la perte qui en résulte pour le fermier? 4 55© AGRICULTURE Il convient d’entrer ici dans quelques de'tails sur la manière de ménager les eaux dans ces prés bas dont la possession est si précieuse. Lorsqu’après les regains le pré a été pâturé aussi ras qu’il est possible, le noyeur (the drow- ner) commence ses opérations en nettoyant le principal cours d’eau , et toutes les tranchées ou rigoles qui en dérivent, et en réparant ce que les pieds des bêtes ont gâté. Si les eaux sont abondantes, il inonde alors toute la partie préparée , et s’occupe ensuite d’en préparer une autre. Il faut que cet ouvrage soit fait à tems pour profiter, s’il est possible , des premières grandes eaux après la St. Michel ( le 10 octobre ) , parce que c’est l’époque du premier lavage général des champs, des collines crayeuses et des chemins. La durée de cette inondation d’automne ne sauroit être déterminée ; elle dépend de la situation et des circonstances ; mais si l’on dispose de l’eau à volonté, la règle est de donner d’abord une inondation complète de quinze jours , trois semaines, ou un mois , mais avec un intervalle de sécheresse qui varie depuis un jour jusqu’à une semaine; ensuite on ôte l’eau. On trouve que cette inondation d’automne est de la plus grande importance pour la quantité et la qualité de l’herbe, et surtout pour favo- DE W ï L T S . 55l riscr la végétation des nouvelles plantes au printems suivant. Lorsqu’au mois de Mars l’herbe paroît pousser avec vigueur , on ne redonne point d’eau ; mais à l’instant où la végétation semble languir, on inonde pour un jour ou deux , en ayant toujours pour règle fondamentale de dessécher le pré autant qu’il est possible entre chaque inondation , et d’ôter l’eau dès qu’il se manifeste de l’écume sur le pré. Les mêmes prairies qui supportent trois semaines d’inondation en Octobre , Novembre ou Décembre , n’en supportent pas une semaine en Février ou Mars, et peut-être pas deux jours en Avril ou Mai. Dans les prés à irrigations , l’attention principale à avoir c’est de les tenir aussi secs qu’il est possible dans les intervalles des arrosemens. Comme l’eau y est ordinairement rare , et que les inondations ne les affectent pas , on a soin de ménager l’eau de manière à l’employer plusieurs fois de suite , s’il est possible ; et on la fait séjourner plus iong-tems dans les parties inférieures , qui ordinairement n’ont de l’eau qu’en moindre quantité, afin d’en égaliser l’effet. Le grand objet des prés inondés , pour les fermiers du pays, c’est de leur procurer le 53â AGRICULTURE moyen d’élever des agneaux. C’est ordinairement au milieu de Mars que les agneaux sont en état de suivre la mère , et qu’on les met dans ces près, après avoir eu soin de les dessécher pendant quelques jours. On renferme les brebis par des claies, qu’on change d’un jour à l’autre , afin que les bêtes ne foulent pas l’herbe inutilement. On laisse aux claies quelques ouvertures pour les agneaux, qui vont ainsi paître l’herbe fraîche en dehoqs du parc. Un acre de pré suffit à mille bêtes pour un jour. On ne laisse point pâturer les brebis à la rosée , ni à ventre vide, dans ces prés. Les heures de pâturages sont ordinairement de dix à onze dans la matinée , et le soir de quatre à cinq. Dans les intervalles on met les bêtes au parc sur les terres destinées à l’orge ; et pour bien faire, il faut avoir du pâturage pour les mères et les agneaux, jusqu’à-ce que les orges soient toutes semées. Dès que les bêtes à laine ont passé sur la totalité de la partie qu’on, leur destinoit, on met l’eau dans le pré ; trois jours suffisent alors, et de ce moment là on tient Je pré sec pour obtenir une coupe de foin. Six semaines font ordinairement parvenir l’herbe à sa maturité : il est rare qu’il faille deux mois pour « SS W I L T s. 535 mûrir le foin , et quelquefois cinq semaines produisent une coupe abondante. Comme le foin de ces prairies est naturellement grossier, il importe de ne pas trop tarder à le couper; mais lorsqu’il est pris à tems , il est d’une qualité' nourrissante , et produit beaucoup de lait, soit aux brebis soit aux vaches. Quelquefois l’on demande encore à ces pre's une seconde coupe de foin; mais ce n’est guère que dans les années où le fourrage est rare : non que l’on croie nuire à la terre en coupant le regain au lieu de le faire pâturer, mais parce qu’il est rare que cette seconde coupe puisse sécher convenablement et être resserrée à propos. On trouve beaucoup mieux son compte à la faire pâturer par les vaches à lait : celles- ci restent dans les prés jusqu’au moment où le noyeur dispose ces terrains à recevoir l’inondation d’automne. Les prés que nous venons de décrire sont très-salubres pour les brebis au printems ; mais en automne elles ne sauraient y pâturer sans risquer la pourriture. Ce fait singulier pourrait conduire peut-être à la eonnoissance des causes de cette maladie. Ce n’est point, au reste, une circonstance défavorable aux fermiers ; elle les conduit à entretenir quelques vaches à lait qui leur sont très-profitables. 554 A G R I C U L T 0 B. Il En observant combien nous appuyons sur la ne'cessite’ de maintenir les près secs après les avoir inondes , le lecteur doit naturellement conclure qu’il y a beaucoup d’avantage à ee que le sol inferieur absorbe l’eau ; et en effet, cette circonstance influe davantage sur le succès du pre' que la qualité' ou l’épaisseur de la couclie vége'lale supérieure. Ce n’est pas cependant que des terrains tourbeux , ou qui reposent sur la glaise , ne soient susceptibles d’une très-grande amélioration par cette économie des eaux ; mais les prés de cette nature ont moins de valeur , à cause de la difficulté de les rendre assez fermes pour supporter le piétinement des bestiaux. Un gravier pur , ou des détritus de cailloux sous la couche végétale, assurent les plus belles récoltes, lors même que cette couche n’a que six pouces d’épaisseur : c’est dans les prés de cette espèce que la végétation est la plus hâtive au printems. On ne doit pas s’inquiéter de la qualité des plantes qui composent L’herbe du pré ; les plantes qui s’accordent le mieux avec le genre de la terre dominent bientôt tout le reste, lorsqu’on arrose dans les principes indiqués ci-dessus; et les plantes cjui, par elles- mêmes sont les moins bonnes , acquièrent une excellente qualité lorsqu’elles ont de l’eau ce qu’il leur en faut. DE W I E T S. 335 Je ne prétends pas, en parlant des terres arables , entreprendre de décider une question qui a long-tems divisé les plus habiles agronomes : savoir, si la culture au semoir doit avoir la préférence sur le système ordinaire. Si l’une et l’autre méthode n’avoient pas leur mérite propre , elles n’auroieut pas été si bien ni si long-tems défendues. Différentes terres , et différentes situations, exigent des moyens différens. Les charrues de Wiltshire ( drag- ploughs) ne sont autre chose que des charrues à semer ( drill ploughs) mais dans un état d’imperfection. Si ces charrues assurent depuis Ion g-tems dans les clowns c!e cette province de fortes récoltes de blé, pourquoi l’addition d’une boîte à semer , qui détermineroit une profondeur uniforme de la semence, ne seroit- elle pas un perfectionnement ? Quant aux terres sablonneuses, tout le monde convient que le semoir y réussit, parce que les mauvaises herbes poussent avec une telle abondance dans ces terres, que la houe y est indispensable pour les empêcher d’étouffer la récolte. Ceux qui en doutent peuvent s’en assurer en venant visiter les terres sablonneuses de \Vihshire; mais je leur conseille de se hâter, car si l’on peut obtenir que les champs communs soient enclos, on ne trouvera peut-être 536 -AGRICULTURE pas, dans sept ou huit ans , un seul fermier qui ne fasse usage du semoir. Les terres argileuses fournissent de fortes objections contre le semoir, du moins pour le ble'. Il est très-vrai aussi que ces terres n’ont pas besoin de la houe , parce qu’elles ne produisent pas d’herbe. Les mottes de terre qui restent aux semailles, et qui se fondent pendant l’hiver ou au printems , garnissent la plante , et font l’effet d’une culture pour la production favorite de ces terres, qui est le ble'. Il est difficile que l’expérience de'cide jamais complètement la grande question du semoir. L’influence de la température d’une saison sur une expérience établit des préjugés qu’on ne peut vaincre : ce qui est bon une année, et plusieurs années de suite, peut être mauvais dans une autre. Le fermier qui a beaucoup souffert en suivant un bon système dans une mauvaise année, en est dégoûté pour long-tems, surtout s’il s’e'toit écarté de la routine du canton , parce qu’alors, non-seulement il éprouve une perte , mais il ne manque jamais d’être moqué par ses voisins et par ses propres domestiques : c’est-là un très-grand obstacle à ce que l’agriculture puisse jamais se réduire à un système invariable. Dans les terres légères , où les labours ne servent DE W I D T S. 357 servent guère cju’à détruire les mauvaises herbes , l’instrument de M. Cook , nomme' le seuffler , qui nettoie cinq à six acres par jour, est fort estimé ; mais cet instrument n’est point assez généralement connu. Les fermiers de "Willshire ont très-grand soin de ne pas labourer plus bas que la couche végétale. Lorsqu’il arrive que l’on ramène dessus soit la craie, soit les cailloux, la qualité du terrain est souvent altérée pour plus de vingt-ans : c’est un véritable poison pour la terre. Les cultivateurs ne permettent pas que l’on ôte les pierres dans leurs champs, de peur de diminuer la couche sur laquelle la charrue travaille. Dans le voisinage de Lavington , oit les terres sont sablonneuses , on laboure très- profond , et souvent on fait passer une seconde charrue dans le même sillon , pour ramener à la surface une terre neuve, et mettre dessous celle que l’on suppose épuisée (1). On ne laboure guère avec les bœufs dans ( 1 ) Quand on se rappelle y, qu’en Norfolk , une couche de cinq pouces d’épaisseur d’une terre sablonneuse suffit à produire chaque année une bell e récolte sans qu’on puisse observer aucune diminution clans la force végétative, on est disposé à croire que la supposition de l’épuisement est bien fausse. Tome t. Y 358 AGKICI/I/TURE celte province : depuis qu’il y a moins de pâturages communs pour les vaches , l’usage des bœufs pour la charrue est devenu plus rare. Il est probable que la division des communes diminuera encore le nombre des attelages de bœufs, surtout dans les partiesmontueuses du comte'. Ce n’est pas cependant qu’on ne re~ connoisse en ’Wiltshire la supe'riorite’ des argu- mens en faveur de la culture des bœufs 5 mais il y a des motifs de localite's qui s’opposent à son adoption. Le principal est la rareté des pâturages clos et la difficulté d’en avoir beaucoup de tels. Une autre circonstance s’oppose à l’usage des bœufs, c’est la distance des marches où l’on ne parvient que par des routes pierreuses , au travers d’un pays inégal. Tous les fermiers qui mènent du blé au marché sont obligés d’entretenir au moins six chevaux. Ils mettent un grand amour-propre , ainsi que leurs gens, à avoir de beaux attelages, et ils renonceroient difficilement à celte petite gloire, pour revenir à l’usage plus modeste des bœufs. Cependant, il y a encore des fermiers qui ont le bon sens de tenir à ceux-ci, et qui s’en applaudissent, surtout depuis qu’ils ont échangé le joug contre le collier. Us trouvent aux bœufs cet avantage particulier de pouvoir être achetés et vendus plus promptement et plus facile- 1 DE W I E T 3. 55g ment, lorsqu’il faut augmenter ou réduire la force des attelages , selon la saison. Je suis convaincu que le piétinement des boeufs dans les pâturages des moutons augmente beaucoup plus l’herbe à l’usage de ceux-ci, que les bœufs ne la diminuent par la consommation qu’ils en font. J’ai vu un très-grand nombre d’exemples de pâturages secs, destinés aux moutons, qui perdoient sensiblement de leur qualité , parce qu’on avoit ôté les vaches qui auparavant y paissoient d’habitude. Le plus grand nombre des paroisses de la province conserve l’usage des champs communs , malgré les propositions et les démarches répétées pour obtenir les clôtures. Les désavantages principaux de cette disposition des champs sont la nécessité de suivre la même agriculture sur toutes les terres; la difficulté de perfectionner la race des brebis avec un troupeau commun , et la perte de tems et de travail qui résulte de la dispersion des pièces. Il faut convenir néanmoins que les petits fermiers pourroient perdre à la division et à la clôture des terres , et la principale raison de cette différence entre leur intérêt et celui des gros fermiers, sur ce point, c’est que dans des possessions très-resserrées ils ne pourroient point suivre la culture des moutons , prinçi* 540 AGRICULTURE pale ressource des cultivateurs de la province, et qui est assurée aux petits fermiers comme aux grands, par l’etablissement des bergers communs. L’e'cobuage ne s’emploie guère en Wiltshire pour la culture des terrains en activité de la-* bourage; mais c’est la manière tisitée pour mettre en valeur les terres en friche. Il seroit intéressant de déterminer ce qu’il y a de vrai dans les deux assertions contradictoires dçs fermiers à l’égard de cette méthode. Les uns la regardent comme de beaucoup la plus économique et la meilleure pour mettre en valeur des terres incultes; les autres affirment que si ce procédé enrichit les pères il ruine les en- fans. — L’écobuage , ainsi que d’autres procédés d’agriculture Iongtems controversés, est bon ou mauvais selon les circonstances. Quant à la province de Wilts en particulier, il me paroît que celte méthode ne devroit jamais être employée dans les terres cultivées depuis Iong tems , parce qu’en général les terrains de ce district sont légers et peu profonds , et que le parc est la meilleure manière de leur donner de la solidité en augmentant les sucs de la végétation. On peut employer l’écobuage dans les terres qui supportent les grains après que le stimulus accidentel de la cendre a perdu D fi •W I I. T S. 541 son effet. Parmi les terrains incultes de la province , aucune qualité' de sol ne supporleroit des grains à la longue sans addition d’un engrais altérant; or il n’y a point de marne, et le seul engrais propre à changer la qualité du sol, qu’on'puisse s’y procurer , est la chaux. La chaux agit d’une manière favorable srtr j?s terres rouges, mais elle est à-peu-près sans effet sur les terres noires ; celles-ci, toujours peu profondes, toujours trop peu substantielles pour supporter la charrue , devroient rester en pâturages. Quant aux terres rouges suffisamment profondes, et surtout lorsqu’elles sont embarrassées de buissons , de racines, ou d’autres obstacles, l’écobuage est assurément le meilleur et le plus économique des moyens de les mettre en valeur (1). C’est un fait que les collines de Wiltsbire donnent une rente beaucoup plus forte que les terrains situés de même dans le Hampshire, le Dorselshire et le Glocestershire. Ces comtés avoient autrefois précisément l’économie rurale (i) Voyez l’avis d’Arthur You ng sur l’écobuage, et les rapports fait sur ce sujet au Département d’Àgriculture. La question paroît bien résolue en faveur del’écobuage, par des faits nombreux et des résultats incontestables, ainsi qu’on le verra dans le cours de cet ouvrage (octobre 1807). 54a AG-RICULTUHE de Wilts relativement au parc ; et il y a dans plusieurs parties du Hampshire et du Dorset- shire des prairies à inondations tout aussi bonnes que celles de Wilts. Quelle est la raison qui a fait abandonner dans ces comtes le système de la province qui nous occupe? II paroît que la manie des belles races de brebis est la cause de ce changement. On a perdu de vue* dans ces comtes , les incomparables avantages du parc, pour s’occuper d’avoir des races distingue'es : on a moins de bêtes à laine, et on laboure davantage ; le terrain s’épuise ,par le concours de ces deux causes. On avoit bien commence' à prendre la manie des belles races en Wiltshire, et sacrifier par conséquent une partie des effets du parc ; mais l’introduction des brebis de Soulh-Down a arrêté la mode qui gagnoit au détriment des terres. On ne sauroit parler avec trop d’éloges de l’usage des prairies inondées, ni assez en recommander l’imitation ; on ne peut nier qu’il n’y ait dans le royaume un très-grand nombre d’endroits où celte industrie pourroit être imitée. Quant à ceux qui doutent de l’avantage de ces prés, je les invite à venir visiter la province de Wilts dans le mois d’Avril, et à indiquer ensuite une autre ressourcé sur laquelle DE W I X, T S. 545 ]e fermier pût compter avec une certitude c'gaîe pour nourrir ses troupeaux dans ce mois de de'tresse. Les pre's inonde's ont trois ou quatre semaines d’avance sur les ray-grass et sur tous les pre's naturels. Quels que soient les avantages que l’Angleterre retire des racines et fourrages verts pendant la saison froide ( et assure'ment ces avantages sont inestimables), cependant on peut poser en fait que , soit que l’hiver soit rude ou qu’il soit doux ; que le printems soit hâtif ou tardif, il y a toujours , pour nous , un intervalle critique entre la fin des fourrages d’une année , et le commencement des fourrages de l’anne'e suivante. La même température qui fait pousser l’herbe au printems, fait monter en graine les turneps, le colza, les choux,etc. en sorte que non-seulement ils perdent leur qualité nourrissante , mais ils épuisent le terrain dans lequel ils végètent. Un moment de réflexion suffit pour faire comprendre qu’il doit en effet y avoir un intervalle dans la nourriture verte des bestiaux. Il faut l’art du jardinier pour amortir les effets de l’hiver et avancer ceux du printems. Il y réussit par les serres chaudes et les couches : les prés inondés sont de véritables couches pour le fermier, et il en obtient des primeurs pour ses 0 1 1 A G P, I C U b T U il S troupeaux. Quelle n’est doue pas l’importance de 1 imitation de cette industrie dans tous les lieux qui en sont susceptibles ! Ajoutons encore une considération de la plus grande importance en faveur de cette amélioration; c’est que c’est la plus durable qu’on puisse faire. Le tems la rend de plus en plus efficace , et un fermier né"li«ent ne sauroit en altérer sensi- O O blement les bons effets. Avant de parler de l’agriculture du district du Nord , indiquons quelques-unes des fautes que l’on commet dans la pratique du canton dont nous venons de nous occuper : il peut n’être pas inutile de les rappeler pour l’instruction de ceux dont les circonstances locales ont quelque. rapport avec celles des fermiers de Wiltsbire. Relativement aux animaux , et surtout aux moutons , le tort de quelques cultivateurs , c’est de s’attacher à se procurer de belles races, sans consulter assez les convenances de sol et de climat. L’abri, les soins, la chaleur, sont absolument nécessaires pour le développement complet des belles formes des animaux. On peut sans'doute obtenir ces conditions en dépit du climat ; mais alors il faut abandonner la ressource fondamentale du parc , et principalement sur les terres qu’on prépare pour forge, DE W I h T S. comme nous l’avons vu. Aussi long-tems que la province de Wilts sera un pays de grains , il importera essentiellement aux fermiers de s’attacher au parc comme au proce'de' le plus utile de l’e'conomie rustique. La fantaisie des chevaux massifs et de grande taille a presque chasse du pays la petite race active et vigoureuse qui appartenoit à la province. Ces grands et beaux chevaux emploient un capital conside'rable ; les accidens sont ruineux, et l’entretien en est très-cher; car les domestiques ont ordinairement, pour les maintenir gras , la même ambition que les fermiers pour les avoir beaux. On ne calcule pas ce que ces chevaux coûtent, parce que les valets prennent l’orge (la principale nourriture de ces chevaux) dans le tas, sans la mesurer; mais il arrive quelquefois que l’entretien d’un bel attelage e'quivaùt à la rente de la ferme. Le pre'texte de préférence pour ces chevaux étoit autrefois de gagner dessus en les revendant faits pour les chars de Londres , après les avoir achetés poulains ; mais c’est un mauvais calculs que celui-là. On achète cent poulains à trente guinées la pièce, et l’on en revend un ou deux peut-être à quarantercinq guinées, deux ou trois ans après , en comptant comme pur gain le travail fait dans l’intervalle ; mais 346 t aguicuij’ï'uke un cheval de grande taille n’est fait qu’à six ans. Jusqu’à ce moment-là il faut le ménager et le bien nourrir, sans quoi il n’obtient jamais tout son de’veloppement. La nourriture d’extra est aux dépens du fermier, et les me’nagemens dans le travail sont aux de’pens des autres chevaux 5 en sorte que les poulains ne gagnent pas ce qu’ils mangent. L’argument auroit moins de force si les fermiers pouvoient entretenir des jumens poulinières de cette race , et élever eux-mêmes ; mais le pays ne le comporte pas. Remarquons encore que cette race lourde est trop lente dans son allure , pour les principaux objets de l’économie agricole en Wiltshire , et peut-être dans tous les pays. La force de ces énormes j chevaux est surabondante dans les terres légères , et leur poids nuit essentiellement aux terres argileuses : il faut laisser cette race aux charretiers, elle n’est d’usage profitable que sur les grandes routes. Le fermier a besoin de chevaux plus actifs, plus légers, d’un entretien moins coûteux et moins difficile. On peut encore reprocher aux cultivateurs de Wiltshire d’avoir diminué le nombre de leurs vaches pour les avoir plus belles -, au lieu . de se tenir à une petite race, abondante en lait, facile à nourrir, et qui soutenoit l’hiver DE AV I E T S. 34 7 fions les enclos en 11e mangeant que de la paillej ils ont des grosses vaches qui ne rendent pas plus, et qu’il faut hiverner an foin dans l’écurie pour qu’elles ne perdent pas leur chair. Enfin il ne faut pas oublier une erreur des fermiers qui est d’une conséquence bien plus grave , et qui est aussi infiniment plus commune ailleurs ; c’est de semer annuellement plus de grains , et surtout plus de blé qu’il 11e faudroit. Les deux principales causes de cet abus sont la non clôture, des champs, et le peu de soin que l’on met à obliger les fermiers, par les conditions de leur bail, à ménager les terres. Il en résulte que n’ayant point assez de fourrages secs, ils sont obligés de diminuer beaucoup leurs troupeaux l’hiver ; que leurs terres arables sont dans un état de rapport forcé, et qu’ils font moins de fumier qu’ils n’en fe- roient en semant moins. 548 AGRICULTURE DE WILTSHIRE, DISTRICT DU MORD, J. JE sol inferieur , dans la plus grande partie de ce district , est compose' d’une sorte de schistes , qu’on nomme dans le pays corn~ grate , et dont on se sert dans quelques endroits pour couvrir les maisons. La couche végétale qui repose sur ccte masse de schistes est une terre calcaire , rougeâtre , mélangée de pierres irre'gulières. Cette terre ve'getale est coupée par des veines de glaise bleuâtre, assez semblable à de la marne , mais qui n’est point suffisamment calcaire pour avoir un effet sensible comme engrais. Celte terre produit naturellement le chêne , et la terre rougeâtre , l’orme. Celle-ci varie en fertilité, selon sa profondeur. Dans quelques endroits la terre est très-légère , dans d’autres elle a plus de consistance. Il y a aussi une partie du district dont le sol inférieur est un gravier mélangé de coquilles : c’est la portion la plus productive du pays. Ce gravier réchauffe et dessèche la couche végétale, AGRICULTURE DE WILTSHIRE 54g et donne de l’activité à la croissance des plantes. On trouve aussi quelques veines de sable. Le canton est en general froid, et peu propre aux productions hâtives du printems. Les possessions sont plus divisées que dans la partie du Sud ; et cela est particulièrement vrai dans le voisinage des villes de fabriques. Le district est presque tout enclos. Il n’y a plus qu’un petit nombre de champs communs , «l quelques communaux. La partie la plus le'gère est destinée au labourage , mais tout ce qui est un peu argileux est en prairies closes. Parmi celles-ci , les pâturages du bord de l’Avon tiennent le premier rang. Les fromages de cette partie sont connus. Autrefois ils passoient pour des fromages de Gloceslershire , mais aujourd’hui , ils ont plutôt une qualité’ supérieure. Il y a une e'mulation admirable dans leur fabrication j et la re'ussite presque e'gale , dans des terrains absolument dilférens, indique que les soins bien entendus ont encore plus d’influence syr la qualité' des fromages que la nature de l’herbe dont les vaches se nourrissent. Les neuf-dixièmes des fermes à laiterie sont pourvus de vaches à longues cornes , d’une grosse espèce , qui donne , dit-on, une plus grande quantité' de fromage qu’aucune autre race , et qui a l’avantage de s’engraisser très- 35o AGRICULTURE bien pour le boucher. La quantité' moyenne de fromage produite dans l’anne'e, par une vache qui fait son veau en bonne saison , est de trois quintaux et demi • et il y a des vaches qui en donnent jusqu’à cinq quintaux. Les partisans des petites races objectent que trois de ces grosses vaches mangent autant qu« quatre petites, sans rendre plus , et qu’en con- se’quence l’avantage est pour les petites : i.° parce que les chances de mortalité ne sont pas si graves 5 a.° parce que le poids des grosses vaches est nuisible aux terres humides et froides ; 3.° parce qu’il leur faut deux ans de plus pour arriver à leur perfection. Enfin , on objecte encore contre celte race à longues cornes, que les bœufs sont mal faits , et de peu de valeur. L’objection de la lenteur de l’accroissement a bien de la force , parce qu’elle détourné le fermier d’élever dans ses propres pâturages les bêtes qu’il destine à sa laiterie ; et cependant c’est une chose reconnue, que les bêtes e'ieve’es dans le pâturage où elles doivent rester , y réussissent mieux. On a fait dernièrement plusieurs tentatives pour introduire dans le canton la race de De- vonshire qui est plus petite , et qui, outre les avantages propres aux petites espèces , a celui DE WILTSHIRE. 55l de s’engraisser aisément, et d’avoir une viande excellente. Le grand objet, dans un canton où l’industrie des fromages est si profitable , c’estla quantité de lait que donnent les vaches. Les partisans de celles de Devonshire affirment, que trois de ces petites vaches donnant chacune autant de lait qu’une grosse , ne coûtent pas plus à nourrir que deux vaches à longues «ornes : si cela etoit prouve, la question seroit résolue. Les cochons sont regardes comme une dé- pendance necessaire d’une laiterie. On élève et on engraisse un grand nombre de ces animaux avec le petit-lait mêlé de farine d’orge. Les pois ne sont plus autant employés à cet usage qu’ils l’étoient autrefois. La race que l’on préfère est croisée des blancs à longues oreilles ; avec les cochons d’Afrique ou cochons nègres. On engraisse beaucoup de bêtes à cornes et de moulons dans ce district. Le gros bétail que l’on met à l’engrais n’est guères que de vieilles vaches à longues cornes, et des bœufs du Devonshire. On les commence de bonne heure au printems pour pouvoir , s’il est possible , les achever à l’herbe ; mais les plus grosses bêtes s’achèvent ordinairement dans l’étable avec du foin. On ne leur donne guères du son de bière. On a introduit dernièrement 35a AGRICULTURE pour l’engrais , l’usage des pommes de terre cuites à la vapeur , et mêlees avec de la paille hache'e. Bath consomme une partie des bestiaux gras du canton ; mais le plus grand nombre va à Smilhfield. Les moutons qu’on engraisse s’achètent aux foires d’Octobre , et on les met sur des terres qui ne peuvent pas porter du gros bétail. Quelquefois on achète les brebis et les agneaux pour les engraisser ensemble l’ete suivant. Les fermiers à laiteries qui engraissent des moutons s’en trouvent mal quelquefois; parce que si au '■printems les moutons ne sont pas gras , on les met à l’herbe au détriment des vaches ou de la récolté de foin. On tient des brebis pour le parc , et pour elever. Le nombre des troupeaux dcstine's au parc est moins conside'rable qu’il ne l’e'toit autrefois avant l’industrie des fromages. Il y a beaucoup d’autres endroits dans le royaume où le nombre des troupeaux a diminue, et cependant c’est un fait que la consommation du mouton a beaucoup augmente en Angleterre. On ne peut guères expliquer ce fait qu’en admettant qu’on tue les moutons beaucoup plus jeunes qu’on ne faisoit autrefois , et cela est indubitable. Ce n’etoit qu’à quatre , cinq, et même six aus qu’on veijdoit les moutons au DE W X E T S. 353 an boucher : aujourd’hui l’on tue les trois quarts des moutons à deux ans. Les races qu’on avoit autrefois n’arrivoient pas assez promptement à leur grosseur pour qu’on pût tuer à cet âge 5 mais le perfectionnement des races a été depuis quelque tems un objet particulier d’émulation, surtout en Leicestershire, et les succès qu’on a obtenus ont fourni de nouveaux moyens de subsistance au royaume (1). Deux races de brebis très-dilfe'rentes conviennent selon l’objet qu’on se propose. II faut, pour pâturer et parquer , une race légère et qui aime à marcher ; pour engraisser il faut une race tranquille. Dans le district du Nord de Wiltshire on commence à adopter la race de Leicestershire, qui est particulièrement propre à prendre la graisse de bonne heure. Il n’y a guères de grands communaux dans le district , mais on y trouve beaucoup de petits pâturages communs qui sont dans un état d’abandon absolu. L’agricùlture des champs communs est très-défectueuse , comme elle l’est partout ailleurs ; et il arrive souvent que (1) L’auteur ne dit rien de l’augmentation du poids des individus, augmentation qui est jugée d’un quar t depuis 173a, et qui sert aussi à expliquer le fait dont il s’occupe. Tome 1. Z 554 AGRICULTURE des terrains qui font-partie des plaines de champs communs s’afferment à un prix de moitié moindre que les champs enclos du voisinage. Le droit de parcours dans les communaux se compte en général pour rien dans l’estimation des propriétés territoriales. Le district a éprouvé long-tcms le très- grand inconvénient des mauvaises routes. Les chemins publics étoient impraticables; les traverses plus mauvaises encore , et les frais des chemins à faire pour la dépouille des champs décourageoient d’entreprendre des clôtures ; mais depuis quelques années il s’est fait plusieurs routes à turnpikes (l), qui coupent le district, et l’on s’est piqué d’émulation , pour améliorer les chemins qui tendent des villages à ces routes nouvelles ; on doit s’attendre maintenant à voir les clôtures se multiplier , car on sent généralement la nécessité de celte amélioration. ; tnp Celle des desséchemens est fort pratiquée dans le district. Les aqueducs couverts se font en pierre ou en gravier. Les schistes qu’on trouve (1) Les turn pihe-roads sont des routes entreprises sous l’autorisation du parlement, par des particuliers qui ont, en dédommagement de leurs frais, le droit de percevoir un impôt sur les voyageurs. DE 'VV I Ii T S, 555 en abondance , sont extrêmement commodes pour les aqueducs. On fait ceux-ci ordinairement de dix pouces de large ; quelquefois en prismes , quelquefois en parallêlipipèdes : ceux-ci valent mieux. Il y a une sorte de desse’eliemens peu coûteux , et qui remplissent dit-on j très-bien leur objet : voici comment ils se font. On enlève un gazon. On perce ensuite verticalement avec une tanière de trois pouces de diamètre , à la profondeur requise. Si le sol est léger, ou que la terre s’éboule, on met des petites branches dans le trou pour empêcher qu’il ne se remplisse j puis on remet le gazon enlevé, mais en retournant l’herbe en-dessous. On multiplie ces trous autant que cela est nécessaire. — On les fait aussi quelquefois en cônes renversés, de trois pieds de profondeur et de neuf pouces d’ouverture , que l’on remplit de petites pierres. Dans un terrain mouilleux et froid , la première de toutes les réparations doit être de dessécher. Les eaux stagnantes sont un poison pour la végétation ; et pour que le fumier puisse faire son effet, il faut commencer par débarrasser des eaux qui refroidissent le sol : les méthodes qui facilitent les desséchemens sont donc de la plus grande importance en agriculture. 556 AGRICULTURE II y a deux grands obstacles aux améliora-^- tions de ce district. Le premier est la difficulté «t les frais qu’entraînent les actes de clôture. Cet obstacle sera probablement bientôt levé pour tout le royaume. Le second obstacle aux améliorations, c’est le grand nombre des moulins qui empêchent de disposer des eaux pour arroser les prés. Autrefois chaque manoir -avoit son moulin pour la commodité des tenanciers d’alentour ; et on les a maintenus quoiqu’ils soient peu occupés , et qu’avec les perfectionnemens modernes un tiers des moulins existans pût suffire au canton. AGRICULTURE DU COMTÉ D E YORK. Ï_JA diversité des sites demande un art varie pour la disposition des eaux. Sur les hauteurs , il faut les retenir à la surface : dans les vallées il faut se hâter de lès faire arriver à leur issue. La plupart des valle'es de ce comté sont sujettes à être inondées partiellement dans les grandes eaux ; mais elles sont , je pense, susceptibles d’être suffisamment desséchées dans les basses eaux. La seule chose nécessaire pour » obtenir ce dessèchement , c’est de couper un assez grand nombre de canaux entre les parties à dessécher et les rivières; un nombre suffisant de fossés qui dégorgent ces canaux et un nombre suffisant de rigoles qui communiquent à ces fossés. On a fait avec succès plusieurs essais dans ce but. Les marais de l’ouest , en particulier, en sont un exemple frappant , car quoiqu’ils n’aient absolument aucune pente , et qu’ils se trouvent immédiatement au-dessus du niveau 553 agriculture. de la Derwent , ils sont maintenant soumis a l’action de la charrue , et on n’y dispose pas même la terre en sillons releve’s ou en à-dos. Au moyen des rigoles , des fosses , et des canaux , le pays est aussi à l’abri des eaux surabondantes que s’il se trouvcit d’un mille au- dessus du niveau de la Derwent. Cependant les marais de l’est, et quelques autres portions de là valle'e , à la honte des habitans, demeurent encore inondées, ou du moins dans un e'tat mare'cageux , et ne donnent qu’un pâturage grossier aux jeunes bêtes pendant les mois d’été. Le remède à ce mal, remède applicable à toutes les situations du même genre qui se.trouvent dans tant de districts du royaume, c’est deresserrerla rivière entre deux chaussées, et de creuser un canal de chaque côté , en dehors de ces chaussées. Si, dans le tems des basses eaux , la rivière peut dégorger le canal dans sa partie la plus basse , de manière que le marais soit débarrassé des eaux stagnantes , l’ouvrage peut se faire sans de grands frais , du moins si on les compare aux avantages qui en résultent. Des écluses placées au point le plus bas , pour donner issue aux eaux superflues , et pour les empêcher de rétrograder, compléteront le travail. I)’ YORISHIRa. Sôg Si le niveau de la rivière dans les basses eaux , se trouvoit trop èleve’ pour la pro- fondeur necessaire du canal , il faut avoir recours à des moulins ( màrsh-mills ) places dans la partie la plus basse , et qui dans tous les cas ordinaires , rempliront très-bien l’objet dé suppléer la pente. La dépense de l’établissement d’un moulin est considérable, et son entretien est également coûteux ; mais en supposant que les premiers frais s’élevassent à 200 guinées , et qu’il en coûtât annuellement vingt pour l’entretien et les soins, cette dépense ne seroit encore qu’une bagatelle , si on la compare à l’avantage de transformer quelques milliers d’acres de marais presque inutiles , en terres labourables ou en prés d’une valeur dix fois peut - être plus considérable. Dans le cas dont il s’agit, les moulins de décharge , s’ils étoient nécessaires , ne pourvoient être appliqués que du côté de la rivière. Les ruisseaux sont trop nombreux sur la rive du Nord de la Derwent , pour qu’un moulin pût les décharger; mais en resserrant ces ruisseaux entre des levées de terre, et en appliquant un moulin à chaque compartiment du. marais , ou auroit la certitude de réussir. Au Sud et à l’Est de la rivière , on pourroit faire 56o AGRICULTURE plus de bien à moindres frais : il s’agiroit seulement après avoir resserre' la rivière entre des chaussées , de faire la même operation sur un des ruisseaux. Il est presque inutile de dire que la terre tirée en faisant les canaux , doit servir à faire les chaussées , de manière qu’un même travail remplit deux parties de l’objet. On sent aussi que les principaux fosses doivent communiquer depuis les canaux jusqu’à la partie à desse'cher. Mais il y a une chose qui ne paroîtra pas si évidente, c’est la manière de placer les chaussées relativement à la rivière. Si on les place immédiatement au bord, comme c’est l’usage, la moindre déviation dans le cours de la rivière peut les détériorer. D’ailleurs , s’il y a une chaussée de chaque côté , il faut, pour que les grandes eaux soient contenues , élever les chaussées à une grande hauteur. Si, au contraire , les chaussées sont placées-à dix ou quinze toises de la rivière , elles sont à l’abri des dégradations opérées par le courant ; et comme l’espace dans lequel les eaux s’étendent lors des crues est plus considérable , elles ne montent pas si haut, et il n’est point nécessaire de donner aux chaussées autant d’élévation, i On pourroit imaginer que, dans ce cas, il y a du terrain perdu 5 mais l’expérience prouve d’ Y 0 R K S H I R E. 56l que les levées de terre sont aussi utiles au terrain qu’elles circonscrivent qu’à celui qu’elles laissent en dehors. Les eaux d’une rivière enrichie par les inondations , déposent, en se retirant, les principes fertilisans qu’elles charrient , et ces dépôts, resserrés sur un petit espace , ont un effet qui n’e'toit point sensible sur un vaste terrain. On voit aussi dans l’espace compris en dedans des chaussées les inégalités de la surface disparoître peu-à-peu , et le terrain s’élever d’année en année. J’ai eu occasion d’observer un effet de ce genre, extrêmement marqué : le bord de la rivière, du côté où il y avoit une chaussée , s’étoit élevé d’énviron un pied au-dessus du niveau du rivage opposé. Cette élévation de surface est une addition de richesse pour le sol. Ces bandes de terrain comprises en dedans des chaussées sont singulièrement propres à former des ose- raies , et à servir de pâturages. Dans les cas ordinaires , la dépense de l’encaissement , n’est pas très-considérable. On voit dans la vallée de la Derwent plusieurs exemples de cette opération. Les marais de Brawby, contenant environ trois cents acres d’un sol tourbeux couvert de joncs , e'toient fréquemment inondés par la rivière de Seven qui en cotoie la partie supérieure $ et la Rye qui forme leur 56a a & k i eu i t u r e borne de l’autre côté leur servoit d’écoulement. Ces trois cents acres appartiennent au comte de Salisbury , et lui rendoient cinquante livres sterling par an pour le pâturage qu’il louoit. L’encaissement lui a coûté environ soixante livres sterling , c’est-à-dire , un shelling par yard , sur une longueur de trois quarts de mille : il est vrai que les restes d’une ancienne chaussée contribuèrent à diminuer les frais. Lorsque la chaussée fut finie , elle étoit haute d’environ sept pieds ; elle avoit à son sommet un replat assez large pour que les bestiaux pussent y marcher. Le talus étoit suffisant pour empêcher l’éboulement, ou la dégradation par les animaux , et il étoit revêtu de gazon du côté de la rivière. Outre la chaussée qui auroit pu coûter environ cent livres sterling , si l’on ne s’e'toit pas aidé d’une ancienne levée de terre, il étoit nécessaire de couper une route au travers de l’espace racheté sur les eaux; d’y faire quelques bâlimens, et d’enclorre le tout. En supposant que le chemin , les bâlimens , et la clôture eussent coûté trois cents livres , la totalité des frais auroit été de quatre cents livres sterling , c’est-à-dire de l5 à 20 livres sterling annuellement. Après l’amélioration , la rente de ce terrain b’ Y O R I S H IK E, 563 a e'te de huit shellings par acre ; c’est-à-dire que les 5oo acres rendent cent vingt livres stexling. Il y a donc d’abord un profit de 5o livres sterl. annuellement. Dans une douzaine d’années la rente pourra être doublée , parce que le sol est profond , et que sans être riche , il est propre au blé et à l’herbe. Lorsque les travaux stipulés avec les fermiers actuels auront été faits, les trois cents acres rendront au moins deux cents livres sterling , c’est-à-dire quatre fois leur ancienne rente. Il y a encore dans le même arrondissement , un autre exemple d’un encaissement , qui a fort bien réussi. Les commissaires chargés d’exécuter un acte de clôture, ont sagement mis à l’abri des inondations un terrain bas qui y étoit sujet. Le remède se trouvoit facile ; il ne s’agissoit que d’une chaussée peu étendue , et presque partout moins élevée de trois pieds. Cependant l’amélioration a été très-considérable : ce terrain ne rendoit à peu près rien , il est devenu une terre arable , susceptible d’augmenter beaucoup de valeur. Il faut convenir que le premier talent d’un propriétaire cultivateur , c’est de découvrir et d’exécuter des améliorations qui donnent un accroissement durable dans la rente, sans rien coûter au bonheur ni à la conscience de celui qui en jouit. 'agriculture 564 Il y a beaucoup de bois dans les vallées dd pays. Celles qui se'parent les hauteurs de pierre à chaux au Nord de la vallée de Pickering , et qui donnent passage aux rivières et aux ruisseaux qui découlent des terrains tourbeux , sont garnies de bois. II est probable qu’autre- fois il y avoit au pied des collines, des espaces considérables en bois : il n’en reste que peu aujourd’hui. Dans la partie méridionale de la vallée de Pickering, ily a, de place en place , des bois qui ont quelqu’importance. Le chêne y est en abondance , et on y voit quelques frênes. Le hêtre, quoique parfaitement adapté aux pentes rocailleuses, ne se trouve jamais dans les forêts naturelles, ce qui semble prouver que le chêne et Je frêne sont naturalisés depuis un grand nombre d’années , et descendent des forêts qui autrefois couvroient le pays ; tandis que le hêtre y a été transporté plus récemment. Celui- ci se trouve sur les hauteurs de roche calcaire dans le Glocestershire , le Herefordsbire, et la partie méridionale du pays de Galles , où , selon toutes les apparences , il est dans son état naturel. Les informations que j’ai ras-^ semblées concernant les bois, dans ce pays-ci 5 peuvent se rapporter aux chefs suivans. «**“■*'■ -j*"- d’ yorkshire. 565 j.° Les plantations. 2 . ° Les ventes. 3. ° L’exploitation. 4. ° Les bois de construction. 5. ° Les e'corces. €.° Les transports. On ne voit guères dans ce comte des exemples de plantations de glands. Ce qu’il reste des anciennes Forêts avoit évidemment été produit fortuitement par des rejetons des racines des arbres coupes, ou par des glands semés d’eux- mêmes. Un chêne qui vient de gland , dans une plaine ouverte, jette des brandies de tous cotes 5 et comme le be'tail les ronge , il prend la forme d’un arbuste. Mais lorsqu’un plant de chêne s’élève parmi les épines et dans les buissons épais, à l’abri de la dent des bestiaux, la nature le pousse dans une direction verticale, en un seul jet, pour lui faire prendre promptement l’avantage sur les plantes environnantes. Cette habitude précoce de s’élever verticalement favorise peut-être pour la suite cette même tendance à s’élever. On peut conjecturer aussi que les plants naturellement foibles ne peuvent jamais gagner l’avantage sur les buissons environnans, et que, par conséquent, ceux qui y parviennent sont d’une constitution vigoureuse. Quoiqu’il e,n soit de la cause , on ob- 5 66 AGRICULTURE serve que les arbres qui croissent dans les broussailles épaisses deviennent plus grands et plus beaux. La plupart des bois qui subsistent aujourd’hui , au Sud de la rivière de Derwent, ont repoussé sur de vieux troncs coupés. C/est l’usage dominant dans le pays , où les bois taillis n’ont pas une valeur aussi considérable qu’ailleurs. Les fagots , les plantes de haies, et les petits cercles sont les seuls articles de vente qu’on lire des taillis. Lorsqu’on veut couper un bois pour qu’il repousse , on a soin , en abattant les arbres, de laisser l’écorce intacte , autour du tronc , que l’on coupe à quelques pouces au-dessus de la terre. Avant que les rejetons paroissent on rase absolument le bois tout autour, et l’on renouvelle les fossés ou les haies. Si on laisse subsister quelques arbres dans les intervalles des troncs coupés, jusqu’à-ce que les rejetons aient paru , on fera ensuite beaucoup de mal en les abattant; et si l’on n’a pas soin de mettre les rejetons à l’abri de la dent des bestiaux jusqu’à-ce qu’ils soient un peu élevés, il en résultera une perte difficile à compenser (1). ( 1 ) Le cultivateur qui réfléchit ne peut voir de sang- froid l’incalculable dégât que les bestiaux font dans les b’ y O R K S Iî I R E. 367 Autrefois la seule précaution que l’on prît pour les jeunes plants e'toit de les défendre des bestiaux. Aujourd’hui l’on y ajoute le soin d’éclaircir le bois de tems en teins , c’est-à- dire de couper la broussaille et les plapts tortus, ou qui ne promettent pas , pour donner plus d’air et de soleil à ceux qui sont de belle venue. Cette ope'ration ne se fait guères que lorsque les arbres que l’on ôte peuvent déjà être utiles, ce qui double le profit de ce procédé. La première coupe qui se fait dans le but d’éclaircir, se fait ordinairement au bout de dix ans , et la seconde au bout de vingt ans. De dix én dix ans , pendant cinquante ans au moins , l’on peut couper des arbres avec double profit, et en ayant principalement pour but de favoriser la crue des bois de construction. Les arbres destinés à cet usage, s’ils se trouvent en terre passable , et dans une situation bois soumis à une administration vicieuse, et dans les cantons où la police est sans vigueur. Un bon fossé d’enclos change une broussaille inutile en un bois de grand prix, dans le cours de ving-cinq ou trente années. Le mal que font les bestiaux est à pure perte. Ils sont mal nourris en dévastant de grandes étendues de terrain, qui, sous une bonne administration, donneroient cent fois peut-être ce que leur arrache des animaux languis- sans et chétifs. 568 AGRICULTURE favorable, atteignent au bout de quarante ans, une hauteur de trente à quarante pieds, et une circonférence de vingt à trente pouces. Il faut observer que lorsqu’on coupe un bois pour le faire repousser , il importe de raser tout, arbres et broussailles. Les arbres isolés que l’on laisse quelquefois de place en place quand l’on coupe les bois, parce qu’on les trouve trop petits et d’une trop belle venue pour être abattus , ne profitent pas lorsqu’une fois les arbres voisins sont coupés, et cependant leur ombre , et l’eau qui en dégoûte nuisent beaucoup aux jeunes plants qui se trouvent dessous. On peut observer aussi qu’il y a de grandes inégalités dans cette manière d’élever les plants pour bois de construction. Il y a dans quelques endroits dix fois plus de plants qu’il n’en faut pour qu’ils se trouvent à une distance convenable , et dans d’autres il y a de grands vides qu’on ne sauroit éviter. On peut élever des bois pour construction , avec une sorte de sûreté lorsqu’on s’y prend comme je l’ai dit ci-dessus ; mais , avec la dernière méthode , on court risque de ne pas réussir. Je ne connois plus qu’une seule terre en Yorkshire où il y ait de très-beaux arbres pour bois de construction, et cette possession n’est pas D’ y O ït K S H I K E. 36ÿ pas très-considërable. Les bois que l’on vend pour construction sont donc plus jeunes en Yorkshire qu’aitleurs 5 on en a vendu quelquefois de quarante ou cinquante ans 5 et l’on estime qu’on en tire meilleur parti à cet âge qu’on ne feroit en attendant plus tard , surtout lorsque les fosses de clôtures sont faits i neuf. J’ai vu un bois de quarante ans vendu à raison de vingt livres sterling l’acre , les frais à la charge de l’acheteur. Le sol étoit une glaise mouilleuse qui, dans l’e'tat arable, ne vaut guères que sept à huit shellings l’acre annuellement, mais qu’on ne pourroit convertir à l’e'tat arable qu’en sacrifiant une partie de la valeur du terrain. En considérant donc ce qu’il en auroit coûte' pour le mettre en culture , et l’avantage qu’on retire des bois en les laissant repousser, il convenoit de laisser la pièce en bois, quoiqu’il y eût plusieurs vides à remplir. Ordinairement les ventes se font en gros , et au plus offrant, les bois étant sur pied : cette manière de vendre à l’enchère est la plus avantageuse au proprietaire. Les acheteurs de bois sont des gens qui entendent très-bien ce genre d’affaires ; ils estiment la valeur des bois avec une sorte de certitude , tandis que le vendeur est oblige' de s’en rapporter à la capacité' et à Tome 1. Aa 370 A & R I C U li T U P. E l'intégrité d’un tiers, qui n’ayant point d’intérêt dans la vente, manque du grand stimulant pour l’exactitude rigoureuse. Mais lorsque l’on dispose des bois à l’enchère , avec un nombre suffisant d’enche'risseurs, ce n’est plus entre le vendeur et l’acheteur qu’est le débat , c’est entre les miseurs. Tous e'tant bons juges de la valeur des bois en vente , ils donnent au vendeur une bonne chance pour les prix. On estime les bois sur pied en calculant ce que chaque arbre peut valoir ; non pas cependant en les mesurant tous , mais quelques- uns seulement , avec une exactitude suffisante. Lorsqu’on s’est formé le coup-d’ceil, on calcule par approximation , en vérifiant de tems en tems l’estime par la mesure exacte. Lorsque les arbres ne sont pas très-gros , on se dispense de mesurer, et les experts jugent très-bien de la grosseur et de la longueur du fût. On n’arrache jamais les arbres; on les coupe à quelques pouces de terre. Cet ouvrage se fait presque toujours à la journée. Les ouvriers sont au compte du marchand de bois, et non du tanneur. lien résulte une grande économie d’écorces. Des ouvriers qui font les écorces à. entreprise , à tant le quintal, laissent perdre beaucoup de branches : il n’est pas de leur intérêt d’e'corcer tout. 11 en est de même quand TJ ’ Y O II K S II I R E. 571 le tanneur e'corce à ses frais. 1V1 ais quand celui- ci achète l’ëcorce d’une certaine quantité de bois convenu au poids , ou que le marchand de bois fait faire les écorces pour les vendre , il est de leur intérêt dans les deux cas d’écorcer tout ce qui peut supporter les frais. Cela explique comment les écorces de ce pays-tri sont souvent d’un très-petit calibre. Lorsque la sève est bonne ( 1 ), on écorce quelquefois des rameaux qui ne sontguères plus gros que le doigt. On sèche ordinairement des écorces , en les inclinant contre des perches, soutenues horizontalement sur des fourches ; mais quand la s,aison est humide , et la terre mouillée , on fait un lit de branches sur lesquelles on met (1) C’est une chose très-singulière que les variations que l’on observe clans la facilité avec laquelle les écorces s’enlèvent. On sait que cette opération np peut se faire qu’au mois de mai, dans le moment où la sève est en pleine activité : ç’est le seul instant de l’année où l’écorce se détache aisément de l’aubier. Il y a des cantons où le travail des écorces se fait avec plus d’aisance que dans d’autres. Cette aisance varie dans l’enceinte du même bois, et fréquemment d’un arbre à l’autre. 1 plie varie encore selon le vent qui souffle, et le teins qui se prépaie. Pour les ouvriers experts, c’est une espèce de baromètre; et en particulier, lorsque l’air est fort électrique, l’écorce se détache avec une étonnante facilité. J’ai fait et répété cette observation moi-même. 572 AGRICULTURE les écorces, qui sont ainsi soutenues à environ un pied de terre : c’est peut-être la meilleure me'thode , dans tous les cas. Les principaux dëbouche's pour les bois de construction ont e'të jusqu’ici les ports de Whitby et Scarborough. Mais aujourd’hui il ne reste que bien peu de bois de construction dans le comte. Les bois semés sont en petit nombre, et jeunes encore; les bois recrus sont en général trop épais , et ont souvent trois ou quatre chênes sur la même racine : ils sont d’ailleurs trop droits pour la construction des vaisseaux. Le prix moyen des bois de construction est de 3 livres sterling à trois guinées le tun , k 4o pieds de long , rendue dans les ports. Ce prix ; au reste, varie avec les tems, et encore plus avec la qualité des bois : les plus courbes ont le plus de prix. Le chêne pour bois de charpente coûte maintenant quatorze peece le pied. Le frêne s’emploie presque tout par les charrons et les tonneliers : ceux-ci en font des ustensiles pour la laiterie. Son prix varie entre un shelling et dix-huit pence le pied du tronc , selon la grosseur. On peut s’étonner de voir le prix du frêne aussi haut que celui du chêne; mais le premier d’yORKSHIRE, 573 est plus rare , et s’emploie dans le pays même , au lieu qu’il faut charier le chêne à une distance de vingt milles , pour en avoir une demande égale. Les écorces se vendent toutes préparées au tanneur. Le marchand de bois les fait sécher dans la forêt, et en forme des magasins. Il les fait ensuite piler , et les vend à tant le quarler, prêtes à être mises dans les fosses. Cette méthode paroît vicieuse , en ce que le tanneur étant le meilleur juge de la préparation que les écorces doivent subir , devroit aussi la surveiller. L’usage de moudre les écorces n’a pas encore pris pied dans ce comté : leur prix moyen , lorsqu’elles sont préparées, est de 10 shelliug 6 d. le quarter. Le charriage des bois a été long-tems un métier à part dans la vallée de Pickering. Le prix pour vingt milles , qui est la distance la plus proche , est d’environ i5 shellings le tun de quarante pieds. On donne 3o shellings pour quarante milles : ce qui revient également à neuf pence le tun par mille. En supposant que le prix des bois de construction soit de trois livres sterling le tun , dans les ports , et que le bois vienne de l’extrémité de la vallée, le transport réduit le prix AGRICULTURE 074 de vente à 3 o shellings, c’est-à-dire à la moitié. Les bois qui croissent à 20 milles du port perdent un quart, et ceux qui croissent à 10 milles du port, un huitième de leur valeur. On peut calculer , d’après cela , combien il est avantageux d’élever des bois dans le voisinage des ports, et combien cet avantage est moindre à de grandes distances. On s’occupe beaucoup plus de détruire les bois que de faire des plantations, en Yorkshire. Il Y a des parties où les forêts naturelles sont assez abondantes pour rendre les plantations peu necessaires,- mais sur les hauteurs qui environnent la vallée , les plantations scroicnt extrêmement utiles , et il est re'ellement e'ton- nant qu’on ne s’en-soit pas plus occupe'. Le hêtre seroit, je pense ,, l’arbre le plus utile à propager sur les hauteurs. Il aime de préférence les sols calcaires , et prospère dans les situations fort exposées au vent. C’est le bois de construction le plus commun sur les hauteurs de Surrey et de Kent. Il réussit aussi très-bien sur les hauteurs crayeuses d’Amersham en Buckingliamshire , et on commence à bien sentir les avantages de ce bois. La manière la plus profitable d’élaÜîir les bois de hêtre sur de tels terrains seroit de semer la faine en lignes , et de cultiver les intervalles. E* Y O H K S H I R I, 575 Dans la vallée , on n’a guères planté avec des vues d’utilité que quelques bouquets de sapins d’Ecosse , destinés à servir d’abri aux bestiaux à la pâture. Il y a pourtant un exemple d’amélioration très-bien entendue , quia été suivie avec jugement et persévérance par un homme dont j’ai reçu plus d’idées utiles sur les plantations que de tout autre. Cet exemple vaut la peine d’étre cité. Le sol qu’il s’agissoit d’améliorer étoit un marais tourbeux qui se trouvoit presque an niveau d’un ruisseau voisin. Le sol inférieur étoit une glaise bleue. La couche supérieure étoit une terre tourbeuse , noire , et dont l’épaisseur varioit depuis un pied jusqu’à trois ou quatre pieds. Le gazon étoit un tissu de roseaux, de joncs, d’herbes marécageuses qui ne rendoit presque aucun pâturage. Il y avoit des endroits où les bestiaux couroient risque de se perdre dans la vase. Ce marais formoit un triangle de neuf à dix acres qui avoit une pente à peine sensible du côté de l’angle lé plus aigu. La situation étoit très-froide , parce que cette pièce, placée au centre d’une plaine rnouilleuse , n’éloit garantie d’aucun côté. Il s’agissoit évidemment de donner de la chai cur, et de dessécher jusqu’au point convenable. Pour y parvenir , on commença par \ 076 AGRICULTURE approfondir îe lit du ruisseau et les fosse's en- vironnans. On ouvrit en même tems un large fosse' d’écoulement en dedans de la limite de la pièce, en laissant entre ce fosse’ et la borne de- la possession , une bande irrégulière de cinq à dix yards de large. Ces opérations suffirent pour ôter l’eau surabondante dans la pièce, excepté à l’extrémité la plus basse, près de l’endroit où le principal fossé se de'gorgeoit dans le ruisseau. La bande extérieure fut aussi suffisamment desséchée pour y faire une plantation. Les parties les plus humides furent plantées en arbres aquatiques ; les parties les plus sèches en arbre de forêts de diverses espèces. II y a quinze ans que cela a été fait. La bordure , à une certaine distance , a déjà l’air d’un bois. L’intérieur de la pièce profite de l’abri que lui donne la bordure , contre les vents. Je reviendrai aux améliorations opérées dans ce terrain5 mais je dirai ici quelque chose du succès dès différens arbres dans ce terrain tourbeux desséché. Le propriétaire qui a fait cette opération , pense que la tourbe deséchée est le plus sec de tous les terrains , et il en a l’expérience. Dans les étés 1786 et 1786, qui furent très- secs , la plantation fit peu de progrès et la D’ YOÏIKSHIRE. 377 pièce rendit très - peu. L’année suivante fut humide, et la végétation fut très-vigoureuse. Les sols tourbeux parfaitement secs repoussent l’eau comme une éponge bien sèche; mais lorsqu’ils en sont saturés , et qu’ils sont dans une situation basse ils la retiennent plus long- tems que d’autres terrains. Cependant si la tourbe se trouve fort au-dessus du niveau de l’eau, les eaux pluviales la traversent aisément. Cela explique comment le bouleau et le sapin d’Ecosse qui, l’un et l’autre sont des arbres de montagne , ont fait des progrès rapides dans cette plantation. Au bout de quinze ans , ils se sont trouvés avoir vingt pieds de haut; et dépasser toutes les autres espèces, si l’on en excepte le sapin de Norvège. Celui- ci, pendant les dix ou douze premières années, a fait des progrès étonnans; ensuite il a langui : sont-ce les hivers rigoureux qui ont nui à cet arbre, ou les racines sont-elles parvenues à la glaise froide qui arrête leurs progrès ? Je l’ignore. Le sapin d’Amérique, le pinaster, le melèze, le cèdre de Virginie , prospèrent dans cette même pièce; mais aucune de ces espèces n’y a encore végété jjdus de sept ou huit ans. Le frêne et l’orme à larges feuilles ont l’air vi- AG-ïlICUl/TUliE 5 7 8 goureux , mais quoique le chêne ne paroisse pas y languir, il ne s’élève pas (1). Dans les parties les plus humides, c’est l’aûne qui a l’avantage sur tous les autres arbres. Mais le frêne, le tremble, Je peuplier, et l’osier y viennent très-bien , et il est e'vident, que le sol et la situation leur conviennent. On a essayé d’y former une oseraie. La vé„ gélation en a été très-forte, et le profit depuis la seconde à la cinquième année a été considérable; c’est-à-dire au moins cinq guinées par acre annuellement ; mais comme les plants cemmençoient à décliner , que l’oseraie ne donnoit pas l’abri dont le sol avoit besoin et qu’on avoit eu en vue dans la plantation , l’expérience n’a pas été suivie. Les osiers qu’on a laissé pousser, ont déjà été coupés depuis f pour des ridelles de chariot. Il me paroît résulter de cette expérience que l’osier, le frêne, et le bouleau sont les arbres les plüs profitables sur la tourbe desséchée. Il (i) J’attribue cela plutôt aux gelées tardives du prin- tems qu’à la nature du sol. Les sapins argentés y souffrent encore plus que les chênes : on a observé des jets de plusieurs pouces, que les blanches-gelées avoient desséchés. Les blanches-gelées d’été sont plus communes et plus fortes dans les situations basses , où les rosées sont aussi toujours plus abondantes. (A) i. D ’ T O R X S II r R E. 379 convient de les tenir en taillis , en confiant alternativement la bordure intérieure et exté* rirure. De cette manière on s’assure un abri perpétuel. Quelques sapins d’Ecosse plantés çà et là sur la limite , et qu’on tiendroit émondés du côté de l’intérieur , njouieroient à l’agrément sans nuire à l’utilité. Ferm&s. L’étendue des fermes varie beaucoup scion les lieux. Dans les parties élevées elles sont , en général , grandes ; et dans les vallées ou les terrains tourbeux , elles sont extrêmement petites. Plus de la moitié des fermes de la vallée de Pickeriug sont au-dessous de 20 liv. slcrl. ; et peut-être les trois quarts des terres de la vallée appartiennent à des fermes au-dessous de 5 o livres sterling. Dans les marais de l’ouest, les situations basses , et les parties les plus riches quant au sol , les habilans sont plus rares j et les fermes plus grandes; mais si l’on considère l’ensemble de cette vallée , il n’y a peut-être pas en Angleterre un canton d’une égale étendue , et dont ^agriculture soit le premier objet, qui se trouve morcelée en un aussi grand nombre de possessions distinctes. Plusieurs sont occupées par les propriétaires , et non par des fermiers. 58o ifîJICüLïtini; Les partisans des petites fermes chercheront ici l’agriculture dans sa perfection ; et l’on imaginera y trouver l’exactitude elles soins en proportion du peu d’étendue des propriétés. C’est tout le contraire. 11 y a du bon et du mauvais dans les proce'de's agricoles de tous les cultivateurs du pays , mais ce n’est que dans les grandes fermes que l’on peut observer l’esprit d’amélioration qui conduit à une bonne culture. La pauvreté et l’ignorance habitent les petites fermes , et les petits propriétaires sont remarquables par leur mauvaise culture. Quiconque veut étudier les bonnes pratiques du pays doit les chercher dans les grands domaines, et dans les grandes fermes. > Il ne faut pas croire néanmoins que ce rapport de la grandeur des fermes avec la perfection de la culture ne soit sujet à aucune exception. Il ne resuite pas non plus de l’exemple de ce canton , que les très-grandes fermes soient favorables à l’agriculture. Celui qui tient une ferme de huit cent à mille livres sterling , est trop occupé des grands objets pour donner aux détails une attention suffisante, moins encore pour inventer et exécuter des améliorations utiles. Ce qu’il fait d’ordinaire , c’est de suivre d’yorkshire. 58i le sentier battu , et les usages du canton où il se trouve, en comptant sur l’étendue de son exploitation pour compenser les non-valeurs qui résultent de la ne'gligence sur les details. Les près font la grande partie des fermes de la vallée, et les terres arables sont subordonnées à l’exploitation des pâturages. Parmi les petits fermiers , on trouve peu d’instruction. L’on en trouve encore moins dans la classe des petits proprietaires. Mais chez les grands fermiers ou les grands proprietaires , qui se sont instruits par la conversation et par la lecture , on trouve en general moins de préjugés , des principes d’exploitation plus sains , et les dispositions necessaires pour perfectionner la culture. On a souvent observe’, en e'conomie politique , que la liberté fait fleurir le commerce et les arts 5 on peut observer de même , en économie rurale, que l’indépendance des individus fait fleurir l’agriculture. Celui qui cultive sa propre terre est le plus indépendant des agriculteurs -, le fermier à bail vient ensuite ; et le fermier d bien plaire est le moins libre de tous. Les baux ne sont point en usage dans le pays ; les fermiers dépendent presque tous de la volonté du propriétaire. Us n’ont donc au- 382 A (r R I C XJ Ij T U R E cune sécurité sur l’avenir. Ils n’osent faire des améliorations dont on pourroit prendre avantage. Ce n’est que parmi les propriétaires de moyenne force et au-dessus, qu’il faut cherclier ce degré d’indépendance sans lequel il ne peut y avoir de succès en agriculture , et il faut avouer qu’il n’y a aucune partie de l’Angleterre où les propriétaires aisés soient plus nombreux que dans la vallée qui nous occupe, et où l’on trouve le sentiment de l’indépendance plus généralement répandu. Les domestiques de campagne gagnent de tr'es-gros gages, vivent de peu, et travaillent beaucoup. Un domestique mâle gagne communément de douze à quinze liv. sterl. de gage annuel ; en tems de guerre les gages montent quelquefois jusqu’à dix-huit liv. sterling. Mais la simplicité de la nourriture compense ce haut prix. Le lait en fait un article essentiel. Au lieu de donner de la viande trois, fois le jour , comme cela est d’usage dans quelques endroits , on n’en donne qu’à un seul repas, excepté peut- être pendant les foins et les moissons. Les domestiques sont également sobres dans l’usage de la bière. Cependant, si l’on en juge parleur air de santé, et la quantité d’ouvrage qu’ils font , ce régime ne nuit point à leur» forces. d’ Y O R K S H I E. E. 385 La question tant agitée de la supériorité des ehevaux ou des bœufs, comme animaux de yait à l’usage des cultivateurs , peut être examinée avec avantage dans ce pays-ci, mais je ne pense pas que les résultats de l’examen puissent être assez évidens pour résoudre le problème. Autrefois , et de tems immémorial on employoit en Yorkshire six bœufs attelés avec des jougs, et précédés de deux chevaux. C’étoit là l’attelage constant , non-seulement pour charier sur les routes , mais pour labourer. Lors même qu’il ne s’agissoit que d’un second ou d’un troisième labour, on regardoit les huit bêtes comme indispensables, et lorsque l’on rompoit les terres , ce pesant et dispendieux attelage étoit accompagné de deux hommes , et d’un jeune conducteur. Aujourd’hui l’on ne voit pas dans toute la vallée de Pickering une seule paire de bœufs au labourage. Tout se laboure avec la petite charrue sans roues , attelée de deux chevaux , sans conducteurs (l). Pour les charriages des fermes , cependant (x) Quel exemple à citer à ceux qui s’obstinent à justifier les pratiques établies par les convenances île localités, et qui prétendent qu’il y a toujours, dans chaque canton de bonnes raisons des usages que le tems a consacrés ! 384 A6kicuxjïur.s on se sert encore des bœufs ; mais on n’en attèle guère qu’une paire à la fois , et on met ordinairement deux ou trois chevaux devant eux. On voit aussi sur les routes beaucoup d’attelages de chevaux seuls, ce qui e'toit inouï autrefois. Les gens âges estiment qu’il ne s’emploie pas à pre'sent un quart du nombre des bœufs qui s’employoit ci-devant. Doit-on conclure, de ce qu’on a abandonne les bœufs pour le travail, qu’ils ne soient pas si propres que les chevaux ? Ce seroit mal raisonner. Deux motifs ont du faire renoncer aux bœufs ou en diminuer l’usage. Autrefois il y avoit plus de terres arables, et la charrue etoit un instrument très-lourd et mal construit, qui exigeoit, par son poids seul, une paire de bœufs de plus; cependant, l’étendue du terrain soumis au labourage obligeoit à faire travailler cette charrue en toute saison. Aujourd’hui on emploie une charrue admirablement construite , légère, et très-bien calculée pour diviser aisément le sol. Avec cet instrument , et avec le soin de prendre les momens favorables pour mettre la charrue dans les champs, on trouve que deux chevaux suffisent très-bien. Dans un pays où l’éducation des chevaux a été de tout teins un objet d’industrie , cela suffisoit bien pour faire renoncer aux bœufs quant à la charrue. Quant y • k i s h i r ej 585 Quant aux ehariages, il est aisé de comprendre que, deux attelages de charrue faisant un attelage de charriot, on doit avoir beaucoup plus de chevaux sur les routes depuis qu’on les emploie exclusivement à la charrue ; mais il y a une autre raison encore qui en a multiplie’ l’usage pour les transports. Dans le tems où l’on se servoit des bœufs , les routes n’étoient point chargées 5 elles étoient boueuses en hiver, mais jamais fatiguantes pour les pieds de ces animaux. Aujourd'hui ce sont des chaussées raboteuses qui, en tout tems, sont ennemies des pieds des boeufs. Les fers mêmes ne les garantissent pas suffisamment, lorsqu’ils sont continuellement sur les routes. Il n’est donc pas surprenant que , dans de telles circonstances, l’usage des bœufs ait diminué ; il doit plutôt paroître étonnant qu’il s’en emploie encore un si grand nombre , et c’est à mes yeux, une preuve de l’utilité de ces animaux pour le trait. Les charretiers des bois, f gens industrieux et intelligens, continuent eux- mêmes à employer les bœufs sur les routes. Ils trouvent que , pourvu que les pieds ne leur manquent pas , les bœufs supportent mieux que les chevaux un fort travail journalier ; et ils leur trouvent encore l’avantage de se nourrir mieux dans le même tems, au même pâturage. Tomes i. Bb 386 AGRICULTURE Un bœuf qui est en pâture dans un bon pre' a bientôt appaisé sa faim, et se couche alors pour se reposer ; mais les courtes nuits d’été suffisent à peine à un cheval pour se rassasier. Les charretiers trouvent aux bœufs un autre avantage. Dans les endroits où il v a beaucoup à tirer , et particulièrement dans les montées rapides , ils considèrent une paire de bœufs comme un ancre de secours. Les chevaux sont craintifs ; et dans une route glissante , en pente roide, ils perdent courage. Les bœufs, au contraire , lorsqu’ils ne peuvent avancer, tiennent bon jusqu’à-ce qu’on leur aide : enfin , l’on regarde les bœufs comme indispensables dans les attelages des charretiers, quand il y a beaucoup à monter et à descendre. Cette opinion peut être fondée dans un pays où l’on se sert de chevaux qui ont peu de corps , et qui ne sont qu’une race croisée de chevaux de chasse -, mais dans les endroits où l’on emploie les vrais chevaux de charrette , elle peut être mal fondée. Un cheval de charrette de la vraie race est un pesant animal , uniquement propre au trait, et que d’après nos lois, on ne peut employer à aucun autre usage , sans une dépense cpie personne ne fait. Ces chevaux à l’âge de quatre ans coûtent de vingt à trente guinées. Avec d’yorkshire. 587 des soins extraordinaires , un entretien très- coûteux et beaucoup de bonheur , on peut espérer d’eux un service de huit à dix ans; après quoi il est rare d’en trouver plus de 5 shellings. Si nous n’avions dans notre isle , ou que nous 11e puissions y naturaliser aucune autre espèce d’animaux de trait que celte lourde race de chevaux , sans doute elle auroit un grand prix , et elle a de beaucoup l’avantage sur les chevaux de race ou de selle , pour le trait. Mais ce qui me paroît e'vident, d’après ma propre expérience et mes observations , c’est que si l’on donnoit à la propagation des bœufs de trait seulement une partie des soins que l’on accorde à la propagation de la race des chevaux de charrette , on obtiendroit des animaux aussi forts, plus actifs, moins coûteux, également propres aux ouvrages de la campagne , d’un entretien beaucoup moindre , beaucoup plus durables et d’une valeur infiniment plus grande lorsqu’ils seroient hors d’âge (1), (1) Je ne prétends pas qu’aucune race de bœufs pût être aussi propre que les chevaux pour les chariages seuls. Je n’ai pas assei d’expérience sur ce point, qui est étranger à mon sujet : c’est aux charretiers à en décider. Ce que je soutiens, c’est qu’avec des soins on obtiendroit une race de boeufs qui seroit aussi propre 388 'AGRICULTURE Les boeufs travaillent avec des jougs, et sont toujours conduits par un cheval, au moins. On commence à les atteler à deux ou trois ans, et ils travaillent jusqu’à six. On les vend alors aux engraisseurs des provinces du centre ou du midi. Si l’on considère les bœufs' comme du bétail qu’on élève pour engraisser, et qu’on fait travailler occasionnellement , cette méthode ne paroît pas mauvaise ; mais si l’on regarde les bœufs comme des animaux de trait seulement, cet usage est essentiellement vicieux : car on les travaille avant qu’ils aient toute leur force , tandis qu’ils sont encore gauches, et embarrassés faute d’expérience , et on s’en défait dès qu’ils deviennent capables de faire leur devoir et de supporter les travaux. Un jeune bœuf doit être accoutumé aux bar* nois dès l’âge de deux ou trois ans, comme un poulain ; mais on ne doit le soumettre à un travail rude que depuis l’âge de cinq ans. Avec ces précautions on conserve les bœufs dans toute leur force jusqu’à quinze et vingt ans. J’avois un bœuf, en Surrey , qui m’avoit servi qu’aucune race de chevaux au labourage, et à tous les chariages de fumiers et autres , qui sont nécessaires dans l’exploitation d’une ferme. (A) b’ Y O R K S H I B. E. 58g plusieurs -années , et qui à l’âge de dix-huit ans auroit tenu tête au meilleur cheval de charrette du royaume pour la légèreté, la force, et la sagacité. Je considérerai la race des bœufs de celte vallée , en traitant du bétail. Les instrumens du district dont je dois faire quelque mention sont: les chars, les charrues, les traîneaux ordinaires , les traîneaux, à unir ( moulding-sledges) et les machines à vanner. Les chars, et toutes les voitures à.roues du district, sont fort au-dessus du pair , pour la grandeur. Les plus grands chars ne contiennent que quarante pieds cubes. Les chars des bœufe ne portent que 24 pieds. Je ne parle pas de leur construction , parce que , quoique singulière à quelques égards , elle n’a rien de recommandable j mais ils ont un défaut qui demande d’être remarqué parce qu’il n’est pas particulier aux chars du pays. L’acte de la treizième année du présent règne, concernant les grandes routes , ordonne que , dans les routes à Turnpikes, à plus de vingt milles de Londres, aucune voiture portant des roues de trois, pouces d’épaisseur, n’aura une voie plus large de quatre pieds et demi, mesuré© sur le sol, de l’intérieur à l’intérieur, sous peine de cinq livres sterling d’amende. 5gO AGRICULTURE Les chars des provinces du centre, qui sont très-grands, ont une voie de cinq pieds deux pouces ; ceux de Glocestershire , qui sont de moyenne dimension , ont une voie de quatre pieds neuf pouces ; et ceux de la vallée de Pickering, quatre pieds trois pouces seulement. Or, toutes ces voies sont beaucoup trop étroites pour les dimensions des chariots cités , et on a peine à concevoir sur quel principe le bil dont je viens de parler a été’ calculé. Le dommage causé à une route par une charrette est toujours en raison composée de l’inclinaison de la route , de la hauteur de la charge, et du peu de largeur de la voie. Le centre de gravité de la charge , y compris la charrette elle-même , et les deux points de la circonférence des roues qui, dans une charrette à deux roues , se trouvent en contact avec le sol, forment un triangle. Le cas où le dommage est le plus considérable est celui où la charrette est prête à renverser, parce que le centre de gravité se trouve reposer presqu’en entier sur une des roues. Le mal qui en résulte pour la route est précisément le même que s’il passoit sur ce lieu-là une charrette d’un poids double. Toutes les fois qu’un des côtés du triangle se trouve dans une direction verticale , c’est le cas de cette position dommageable pour la route. I Cela posé , il est évident qu’il y a trois moyens d’éloigner la verticalité des côtés du triangle , et d’empêcher, par conséquent, que les charrettes ne prennent une position qui use la route. Le premier moyen est d’élever l’angle le plus bas du triangle, c’est-à-dire de rendre la route de niveau, ou à peu près. Le second est de réduire la longueur des côtés du triangle, c’est-à-dire d’abaisser le centre de gravité du chariot chargé. Le troisième moyen est d’allonger la base du triangle, c’est-à-dire de faire la voie plus large. Cela est susceptible d’être démontré mathématiquement, et il est inutile de s’arrêter ici à des propositions si évidentes. Mais le mal qui en résulte pour les routes n’est qu’une partie des inconvéniens qui dépendent des voies étroites. Les chevaux tirent davantage , les chariots s’usent plus tôt , et sont plus sujets à verser. Ces objets sont impor- tans pour les fermiers. Il seroit peut-être impossible de conjecturer ce qui a déterminé pour chaque canton la voie qui y est adoptée pour les chariots. Il me semble que la largeur des portails et des barrières devroit fixer cçlle des chariots. Cette largeur est de huit à dix pieds ; et elle comporteroit des chariots dont la voie seroit de cinq et même de six pieds. Celte largeuç ïftEicuiiüKB dans la voie auroit divers avantages. Les routes se gâteroient moins ; le travail des animaux de trait seroit plus facile, les chariots dureraient plus long-tems, et il y auroit moins d’accidens. Enfin la largeur plus grande de la voie admettrait e'galementune plus grande largeur dans le corps des chariots, et l’on ne seroit pas oblige' de changer si haut. La charrue qui est maintenant adopte'e et estime’e universellement dans la valle'e de Pic- kering, est la petite charrue courte sans roues , à oreille contourne'e , et qu’on appelle dans d’autres parties du royaume charrue hollan- doise , ou charrue de Yorkshire. On a écrit des volumes sur la construction des vaisseaux; et cependant on n’est point parvenu à établir des principes universellement adoptes. Les habitans des Bermudes qui construisent leurs vaisseaux à l’œil , seulement , et sans aucune mesure ni desseins exacts , surpassent toutes les autres nations dans l’art de construire des petits bâtimens qui sont excellons voiliers , et qui pincent le vent plus près qu’aucun autre. Quelque diffe'rens que paraissent au premier coup-d’œil un vaisseau et une charrue , il y a de certains rapports dans les principes de leur construction, et la difficulté' de fixer ces prin- V cipes , de les re'duire à une the'orie régulière , est à peu près aussi grande pour l’une de ces productions de l’art humain que pour l’autre. C’est à la pratique qu’il appartient d’approcher de plus près de la perfection. La petite charrue simple est mieux construite dans ce pays-ci qu’elle ne l’est peut-être nulle part ailleurs. Mais cependant on remarque des différences dans la facilite' avec laquelle les charrues des divers ouvriers divisent la terre. Quoique je me sois appliqué à observer les nuances dans les diverses constructions de la charrue, je me sens incapable d’établir aucune règle propre à diriger les ouvriers, et qui puisse être utile dans la pratique. Je ne parlerai même qu’avec défiance des principes généraux. La grande difficulté dans la construction d’une charrue, c’est de la rendre applicable à toutes les terres , à toutes les saisons, et à toutes les profondeurs. Si le sol est de nature à ce que le sillon se lève tout entier sans se rompre , chaque pouce de différence dans la profondeur , exigeroit strictement une autre charrue , ou une autre disposition. Voilà le fondement de la principale objection contre l’oreille contournée , parce qu’elle ne se prête pas aux variations dans les degrés de profondeur. Si la courbe de la partie 5g4 A G U I C l' t T U R E postérieure de l’oreille est faite pour retourner complètement une bande épaisse de gazon, elle est inutile pour retourner une bande mince ; et en revanche, si elle est telle qu’il la faut pour retourner une bande mince , il est impossible que l’oreille retourne proprement une bande épaisse : il n’y a pas place pour que la masse soulevée soit embrassée par la courbe comme il le faudrait. L’effet inévitable de cela , c’est de deux choses l’une : ou la bande de gazon écartée uniquement parla partie supérieure de l’oreille est placée de côté et dans une direction verticale ; ou l’oreille glisse et appuie dessus la Lande retournée , en faisant [lever le talon de la charrue , d’où il résulte des inconvéniens évidens. Une oreille plate avec un enterre-gazon mobile, (Iieel plate ou Bury sod) (1) est beaucoup préférable sous ce rapport à une oreille concave ; et si l’on ajoute à l’avantage de cette protubérance, qu’elle forme un petit parapet de terre sur le sillon retourné , lequel sert ensuite à recouvrir la semence , on devra (1) Le bury sod est une loupe, d’une certaine courbure , qui s’adapte à volonté , plus haut ou plus bas, à la partie postérieure d’une oreille plate, pour achevé de retourner et enterrer le gazon. »’ Y O R K S H I R ï. 5g5 feconnoître son utilité évidente ; et je ne vois aucune raison pour ne pas perfectionner la charrue de Yorkshire par cette addition. La partie ante’rieure d’une charrue de Yorkshire bien construite est admirablement calculée pour pénétrer dans la terre, et pour soulever le gazon : on ne peut rien désirer, peut-être , de plus parfait. Mais les charrues de ce district sont fort éloignées d’être toutes bien construites à cet egard. On en voit beaucoup dont le col (1) est trop e'pais et la gorge (2) trop creuse'e. Le premier defaut augmente le frottement; le second fait que la terre s’attache sur le devant. On peut faire Ja gorge trop pleine ; mais il n’est guères possible de faire le col trop tranchant. Le côte droit de la partie ante’rieure du soc doit se terminer en lame tranchante. La partie inferieure doit être plate , et parfaitement sur le même plan que le dessous du sep. La douille ( 1 ) Le col est la partie antérieure de la scie, a laquelle s’adapte l’oreille, immédiatement au-dessous de l 'âge, La scie est la pièce de fer ou de bois qvd réunit l’âge au sep dans la partie antérieure de celui-ci. ( 2 ) La gorge est la partie antérieure et inférieure de l’oreille, en avant de la scie. La gorge doit être concave , et la courbe qu’elle décrit importe à la marche de la charrue. . t 3g6 AGRICULTURE du soc , ou la partie ■postérieure qui embrasse Je sep , fait souvent sur celui-ci une protubérance qui rend la charrue moins sure, augmente le frottement , et soulève le soc , c’est-à-dire l’empêche de bien remplir ses fonctions. La charrue de Yorkshire n’est pas seulement remarquable par sa forme excellente , elle est encore recommandable par son bas prix. L’ouvrage complet du charron coûte ordinairement sept shelîings et demi, l’ouvrage du maréchal revient à 20 shelîings. On commence à employer des oreilles en fer coulé, assez semblables à celles de Norfolk : cet usage réduira encore les frais de cette charrue. Le traîneau ordinaire ne paroît pas un instrument qu’il vaille la peine de mentionner ; cependant ceux qui cormoissent son utilité eu font grand cas , et il est généralement employé dans le pays. Il sert à transporter les herses et d’autres outils , les fagots , les épines , les turneps quand la terre est humide, etc. il est préférable à un chariot pour tous ces objets. On en a de grands pour un attelage complet et de petits qui vont avec un seul cheval. La seule chose à remarquer dans la construction de ces traîneaux c’est que leur largeur est augmentée par des pièces de bois qui portent des ridelles de chaque côté. D ’ Y O R K S H I R E. 5g7 Les traînaux à unir la terre sont particuliers à la province. Leur usage est d’aplanir la surface des près et d’e'tendre les taupinières , en même tems qu’ils égalisent le fumier. Ce traîneau s’emploie en le faisant cheminer en travers. La barre qui racle le terrain pousse en avant les taupinières, les fourmillières commencées, les fientes d’animaux , ou le fumier qu’on a répandu. Ces matières brisées et mêlées par le frottement qu’elles subissent , se divisent extrêmement , et se logent peu-à-peu dans les crevasses et les petites cavités du terrain. II en résulte un double effet pour unir et aplanir la surface. La pièce de bois qui est en avant, et qui éprouve le frottement le plus considérable , s’arronditbientôt si l’on n’a pas soin de la garnir d’une bande de fer. L’autre côté du traîneau, qui dans l’action sur le pré se trouve le côté postérieur, agit précisément de la même manière, et aplanit les inégalités que la première barre peut avoir laissées. Ce traîneau a ordinairement quatre pieds et demi sur sept. On charge quelquefois le traîneau pour que l’ouvrage se fasse mieux , et le conducteur se met occasionnellement dessus , lorsqu’il s’agit d’emporter quelque protubérance plus marquée, et par dessus laquelle l’instrument pour- roit passer. AGRICULTURE 098 L’excellente machine qui sert à vanner est trop connue pour demander une description ; mais ce n’est que dans le comte' de York que l’usage en est ge'ne'ralement adopte'. C’est probablement aux Chinois ou à quel- qu’autre nation de l’Es.t , que nous devons l’invention de cette machine. Je l’ai vue dessine'e dans un ouvrage Indien avec une régularité qui montroit que le dessinateur en connoissoit très-bien l’usage. Les Hollandois à qui cette invention a été attribuée , l’ont probablement tirée des Indes. 11 y a à présent trente-cinq ans que la première machine de ce genre fut apportée dans le pays par un gentilhomme qui y étoit établi j mais cet instrument compliqué demeura sans usage entre les mains des domestiques , et fut bientôt relégué au galetas. Quelque tems après, cette même machine fut découverte et examinée par un paysan intelligent qui, aidé d’un voisin, réussit à reconnoître son application , et à la mettre en état d’agir. Mon père , après en avoir bien étudié le mécanisme , en fit une semblable , et même un peu perfectionnée. Ce fut probablement la première qui eût été faite en Angleterre. Quelques personnes intelligentes ayant eu oceasion d’étudier les effets de ces machines, d’yorkshire. 3gg en firent faire d’autres sous les directions de mon père. Mais malgré le soin qu’on eut de les appliquer à l’usage de tous ceux qui vouloient s’en servir, et malgré la curiosité et l’admiration qu’elles excitèrent, il se passa quinze ou vingt ans avant que l’usage en fût généralement adopté. Depuis dix ou douze ans la construction de ces machines est un principal objet d’occupation pour les charrons et les charpentiers du canton. Aujourd’hui il n’y a pas un propriétaire ou un fermier un peu considérable qui n’ait une machine à vanner. La construction de cet instrument a subi quelques variations, mais aucun changement essentiel. Sa complication est le seul obstacle à son adoption universelle ; si l’on pouvoit découvrir quelque heureux moyen de simplification , il n’y adroit personne qui n’en adoptât l’usage. Elle coûte environ cinq guinées. Nous verrons ses avantages en parlant des ouvrages de la grange. L’économie agricole du district, comme celle de beaucoup d’autres lieux, a subi un changement total par les clôtures. Autrefois toute la lisière et une grande partie du fond de la vallée de Pickering étoient en champs ouverts et communs 5 et de temps immémorial on y suivoit l’assolement suivant : 4oo -agriculture 1. " b Annëe. Blé, ou orge. 2 . emc Avoine, fèves, ou pois. 5.'““ Jachère. Au-dessus des champs , il y avoit de grands pâturages communs pour les moutons ; au- dessous des champs , des communes pour le pâturage des bêtes à cornes et des chevaux j puis des prés communs dont on coupoit l’herbe. Sous ce système, le produit du district étoit peu considérable. Les champs, à force de porter du grain , ne readoient presque plus rien. Les prés , fauchés d’année en année , de toute ancienneté , et ne recevant jamais d’engrais que ce que les hasards des eaux y apportoient , ëtoient amaigris et épuisés ; enfin les pâturages ëtoient couverts de broussailles et de mauvaises plantes ( 1 ). La plus grande partie des produits (i) On ne sauroit retracer trop souvent de tels exemples à ceux qui sont placés pour influer sur les améliorations delà culture, dans les pays soumis à la désastreuse routine des jachères. Dans cette routine, on a beau perdre une année sur trois pour donner au sol un prétendu repos, la terre fatiguée , non pas de produire , mais de produire des grains, ne rend que de chétives récoltes. On manque de paille pour faire des fumiers. Les prés s’apauvrissent faute d’engrais. Les bestiaux sont maigres, foibles, en petit nombre. Le cultivateur n’a point d’avances, la culture est imparfaite,languissante; dç 4oi d’ Y. O R K S H I R E. de chaque 1er nie alloua l’entretien des chevaux et des bœufs employés à l’exploitation ; et les paysans propriétaires , même ceux qui àvoicnt des possessions e'tendues , mouroient de faim sur leurs domaines. •’ Les clôtures qui se sont faites dans ce siècle ont absolument changé le système de culture. Elles ont augmenté , au triple peut-être, les produits nets du district, et ont singulièrement changé la valeur comparative des terres. Autrefois les près étoient regardés comme la partie la plus précieuse d’un canton. Où a vu échanger des prés froids , humides , éloignés des habitations, contre des portions de champs communs, qui aujourd’hui se trouvant à portée d’une ville, encloses et mises en prés, valent cinq fois ce que vaut la même étendue en prés naturels , parce que ceux-ci sont demeurés ouverts et communs , et par conséquent ont la ruine amène la ruine. Supposons l’introducLion des tréèes, des sainfoins , des racines qu’il faut cultiver à la main : les fourrages sont doublés ou triplés, les bestiaux se multiplient, les récoltes sont plus que doublées en paille et en grains , les fumiers sont abondans ; les terres augmentent de rente d’année en année ; et l’aisance est généralement répandue chez les cultivateurs. Quels miraculeux changemens ! quel beau secret ! et qu’il est simple ! Tome i. Ce 402 A G R I C U Xj T U R K été peu améliores. Ce fait est le plus marquant dont j’aie eu counoissance pour prouver qu’un changement dans les circonstances générales d’un canton , peut en produire de très-considérables dans l’agriculture des individus. Ces améliorations .extraordinaires n’ont pas été l’effet des enclos seuls ; elles ont encore résulté de la conversion des vieux prés en champs , et des champs en prés : conversion qui, lorsqu’elle est faite avec intelligence , ne peut être qu’avantageuse au fermier, et qui, dans ce cas , a été singulièrement profitable aux propriétaires fonciers. Les principaux objets de l’industrie des cultivateurs sont : Le beurre, dont le meilleur va à Londres , et les qualités inférieures s’écoulent dans les villes du Yorkshire. Les vaches. Les bœufs pour le. travail. Les chevaux , surtout les chevaux de selle, dont il sort chaque année une très-grande quantité qui va dans les provinces du Midi. Les bœufs gras et les moutons gras qu’on transporte dans les ports de "Whitby et Scarborough. Le lard. On en a exporté dans les dernières années d’assez grandes quantités pour l’ouest de Yorkshire. d’ T- O R K S H ï R. E. 4o5 Quant aux végétaux : Le colza est ce qui fait entrer le plus d’argent dans le pays. TJ avoine s’exporte en grande quantité. Il sort aussi un peu d’orge et de pois. Mais si l’on considère la bonté du sol , on doit s’étonner qu’il s’exporte si peu de blé. Depuis quelques années, néanmoins , l’exportation de ce grain a augmenté , et le port de Wlntby s’est pourvu dans la vallée. Outre ces objets de vente , l’agriculture du pays embrasse diverses productions, telles que les foins naturels et artificiels , les turneps , les pommes de terre , le lin , et le tabac. M ais avant de considérer ces articles en détail, il importe de nous occuper séparément de plusieurs objets généraux, tels que les asso- lcmens , la nature des terres et la manière de cultiver ; les engrais et la manière de les appliquer ; les semences et la manière de semer ; les herbes et animaux nuisibles; les récoltes de grains ; l’économie des bestiaux dans les cours des fermes ; et enfin les marchés. Il ne faut point chercher , dans ce canton , de cours régulier de récoltes établi par l’usage. Chacun suit son jugement dans l’application de son terrain à telle ou telle culture d’année eu année. Cette méthode est, en général , celle SJ * 4o4 AGRICULTURE des pays de pre's, où la charrue est un objet secondaire. Lorsqu’un pre’ commence à s’affoiblir, on le rompt, et on le cultive à la charrue jusqu’à ce que quelqu’autre morceau de pre' demande la même operation : alors le premier est remis en pre'. Dans les provinces du centre , où cette alternance des pre's aux champs a e'tê prati- que'e de tems immémorial, cela est devenu un assolement re'gle' $ mais dans cette valle’e , où la diversité' des terrains est infime , et où l’on n’a pas encore une longue pratique sur la succession des récoltés , l’usage n’a rien fixe , à cet e'gard , qui soit universellement adopte'. Les terres qui ont été labourées pendant des siècles font des prés qui se soutiennent beaucoup plus long-tems que ceux qui s’établissent dans des terres qui n’ont été travaillées que peu d’années par la charrue. Une terre riche, dans une stiuation fraîche , retient aussi beaucoup plus long-tems un gazon vigoureux et bien fourni, qu’une terre de peu de fond dans une situation sèche. Il y a plusieurs parties des terrains frais, parmi celles qui ont été encloses le plus anciennement , qui sont en pré depuis plus de cinquante ans, et qui quoique fauchées tous les B’ Y O R ï S H IKK. 4o5 ans, sont encore bien gnzonne'es, d’un grand produit , et d’uu bon foin. Rompre de tels près , qui forment une grande portion de la vallëe , pour soumettre les terres à une succession quelconque de re'coltes, seroit évidemment une économie vicieuse. La nature des terres , et la manière de les cultiver , est un sujet complexe qui exige des subdivisions. Il convient de considérer successivement : l’espèce de terrain que l’on cultive ; la couche inférieure, et les desséchemens souterrains ; les défrichcmens, et le labourage. Il y a une grande diversité de terres dans la vallée : c’est une sorte de curiosité, que ce canton sous ce rapport. Dans une enceinte de quelques milles on trouve des bruyères sèches, et des riches marais ; des terres ingrates parsemées de grès; des terres à chaux très-rninces; des terres à pierres rouges ; des luts riches mêlés de petites pierres rouges ; et enfin de la glaise bleue. Ce qu’il y a de plus remarquable c’est que toutes ees diverses terres se trouvent quelquefois dans l’enceinte de la même ferme. Cette variété est un aiguillon pour l’industrie.' elle oblige le fermier à mépriser ces routines et ces préjugés qui prennent possession des esprits dans les endroits où il y a uniformité de 4o6 A G R I C ¥ X, T U U JB terrains et de pratiques. CeJa peut servir à expliquer le zèle pour les améliorations qui est si remarquable parmi les cultivateurs du district. Les pentes , et surtout le pied des coteaux, abondent en sources, et en terres mouilleuses et froides ; mais dans la plaine il y a presque partout une couche inférieure de gravier qui e'vite la peine des desse'chemens souterrains , et donne au sol assez de consistance pour recevoir le bétail en hiver. L’exemple de dessèchement qui m’a le plus occupé est celui de trente acres d’un terrain froid et stérile situés auprès d’un coteau , et qui gagna par celte opération, une valeur plus que double. C’etoit une pâture maigre et grossière : le dessèchement en fit une bonne terre à 1)1 é ; et aujourd’hui c’est un pré bien gazonné et productif. Les clôtures des communaux et terrains va- gués qui ont été exécutées depuis quelques années, ont tourné l’attention des cultivateurs vers les meilleurs moyens d’opérer les défrichemens. L’éeobuage est extrêmement estimé et pratiqué dans le canton. C’est un procédé qui est généralement peu connu en Angleterre , et qu’il importeroit néanmoins que chaque cultivateur entendît, bien. Lorsqu’on a débarrasse'le terrain desbuissons et autres obstacles qui s’opposent au travail de I)’ Y O R R s II I R E. 4o7 la bêche, ou enlève le gazon , avec un instrument fait exprès , par pièce d’environ un pied de large et trois pieds de long. C’est au jugement de l’ouvrier à déterminer l’épaisseur des gazons. S’ils sont trop épais , ils brûlent difficilement; s’ils sont trop minces, les racines ne sont pas complètement détruites , et le produit des cendres n’est pas assez considérable. Un gazon spongieux dont les racines sont entrelacées à une grande épaisseur , exige d’être enlevé plus épais qu’une croûte sèche et peu gazonnée. L’épaisseur moyenne peut être d’un pouce, environ. II faut surveiller les ouvriers, pour s’assurer qu’ils font les pièces de gazon de la grandeur convenable , et les enlèvent proprement. Le prix est de dix à douze shellings l’acre. Les racines sont un obstacle à cette opération; mais ee qu’on redoute principalement , comme endommageant les instrumens, ce sont les pierres. Si les gazons sont humides, et le tems pluvieux , on les dispose sur le côté pour les faire sécher. Si les gazons sont spongieux et secs , et le tems beau , on épargne ce travail. On brûle toujours en petit tas rapproché , et il n’y a pas de méthode fixe pour la formation de ces tas. Ordinairement, on dispose les gazons en cercle de trois pieds dé diamètre , • en les 4o8 aseijcüIiTuee mettant sur le côte', et on forme un dôme en les mettant successivement de manière que la voûte se soutienne par elle-même. Les uns , en construisant les tas, mettent de la fougère ou cpielque matière bien sèche du côte du veut , en la faisant pénétrer sous la voûte, et l’en- tourrant des gazons les plus secs , et allument ensuite successivement chaque tas avec des e’toupes goudronne'es. D’autres, dans la construction des tas , ménagent une cheminée au milieu, et mettent le feu en jetant des cendres chaudes par cette ouverture. Lorsqu’on manque de matières bien sèches pour meure le feu, cette méthode peut être préférable. Lorsque les gazons ne sont pas très-secs, les tas sont plus difficiles à faire. Il importe surtout de les maintenir légers , et vides en dedans , en ayant toujours égard au côté d’où souffle le vent. Un peu de pratique et d’attention apprend bientôt ce qu’il y a à faire. Si les tas sont trop gros, ils s’écroulent , et le vide nécessaire de l’intérieur se détruit -, s’ils sont trop petits, le feu perd sa force en se répandant au dehors. Lorsque le feu est en train, on ajoute de terris, en tems de nouveaux gazons sur les tas , dont la formation devoil n’avoir employé qu’environ la moitié de la totalité du D ’ Y O R K S H I R E. 4o{) gazon enlevé. Mais cette addition des gazons par-dessus le tas ne doit se faire que quand le feu a commence' à se montrer au-deliors; et d faut toujours les appliquer du côte où le feu est le plus vif. Les gazons non-brûlés glissent quelquefois sur les côtes du tas , et demeurent déposés à l’entour ; on les relève alors pour les replacer dans le centre jusqu’à ce que le tout soit réduit en cendres. f Le brûlement se fait ordinairement par des femmes , à la journée ; quand c’est par acre , cette opération coûte de cinq à six sliellings : quelquefois l’e'cobuage entier se fait à tant par acre. Généralement on répand les cendres aussitôt qu’elles sont froides, et même avant, etl’oa laboure immédiatement pour la récolte à une petite profondeur. Moisson (1). Il n’y a aucun département de l’économie rurale dans lequel les procédés des provinces du nord soient aussi différons des méthodes (1) Nous omettons le procédé dés semailles qui n’offre rien de neuf, et le chapitre des herbes nuisibles qui n’a guère d’intérêt pour d’autres pays. 4;0 AGRICULTURE des provinces du centre et du midi, que dans les operations de la moisson; et le Yorksliire se distingue encore par certaines particularités de detail. On coupe le blé à la faucille ou à la faux. Il est probable que les neuf dixièmes du ble' qui se coupe à la faucille dans le royaume , est moissonne' par des hommes. En Surrey et en Kent on voit quelquefois des femmes la faucille à la main ; en Norfolk presque jamais. En Yorksliire, au contraire , il est très-rare de voir un homme se servir de la faucille; c’est, presque partout, les femmes qui moissonnent. Un assortiment (a set) est compose' de trois femmes et d’un homme. Ces quatre personnes moissonnent un acre par jour d’un ble médiocre. Si le blé est clair, un homme suffit pour lier ce que quatre femmes peuvent couper; si le blé est très-épais, il faut un petit garçon qui fasse les liens. Quelquefois on pose à terre les liens prêts à recevoir la poignée de blé que les femmes coupent; mais ordinairement elles déposent le blé en javelles , dont deux font la petite gerbe. Le lieur ramasse soigneusement les épis avec les jambes comme l’on ramasse la paille à la grange pour la lier. Cette manière est un peu plus longue, mais beaucoup meilleure, parce d’yORKSHIKE. 4 l I- jqne îes gerbes sont plus égalés, et les épis mieux rangés. Les journées de femmes , pendant les moissons, sont de 10 pences, et celles des hommes de 2 shellings. Le blé se coupe donc pour 4 sliel. 6 d. l’acre , tandis qu’en Surrey la même opération coûte io à 12 shel., et dans aucun des pays que j’ai eu occasion d’observer , ne coule pas moins de 7 à 8 shellings. Mais l’économie que l’on fait sur les journées est bien loin d’être le seul avantage que l’on trouve à employer des femmes pour moissonner. On occupe un plus grand nombre de bras ; le revenu de l’indigent s’en accroît, la taxe des pauvres , par conséquent, est moins forte; et la communauté, considérée dans son ensemble, y gagne par la diffusion de l’industrie et d’une occupation qui favorise la santé. Quelle différence , sous ce dernier rapport, entre les occupations de l’agriculture et celles des fabriques ! Les travaux de la moisson, ïoiu d’être considérés par les femmes cofrime trop pénibles, sont regardés par celles qui y ont été élevées, comme une véritable fête, comme une diversion très-agréable aux travaux sédentaires qui les occupent le reste de l’année. Le blé et le seigle se disposent en las de dix à douze gerbes chacun ; deux de ces petites 41 2 AG-niCUI/TURE gerbes sont employées à couvrir les autres, dans le liant, et se placent par dessus en forme de bonnet. Dans le Sud de l’Angleterre on ne couvre jamais le blé ; dans le Yorkshire on ne le laisse jamais découvert ; les deux me'lhodes sont mauvaises: dans le beau tems, les e'pis ne sau- roienl être trop exposes au soleil et à la rose'e. Si le grain est retrait, un peu de pluie même lui fait du bien. Lorsque l’année est pluvieuse, les ble's ne peuvent être trop soigneusement couverts. Il faut donc, sur cet objet-là comme sur beaucoup d’autres, que le fermier consulte la saison plus que l’usage du pays. Dans les provinces du Midi, le ble que l’on coupe à la faux se coupe en dehors (1) et se sèche en ondins. En Yorkshire tout le ble que l’on fauche se coupe en dedans, contre le grain qui est debout. La manière de lier varie selon les lieux. Dans certains districts l’on lie les épis au milieu de la paille , et cet usage commence à gagner dans la vallée de Pickering , mais autrefois la s ■ (i) Ce qu’on appelle couper en dehors, c’est faucher en laissant à sa droite le blé encore debout, sur lequel on prend un coup de faux. Couper en dedans c’est laisser le blé qui est debout à gauche, en appuyant contre les épis debout le blé que l’on fauche. y 4 } 5 d’yorksiiire. pratique invariable , et encore aujourd’hui la méthode dominante, dans la valle'e, c’est de lier la paille tout auprès de l’e'pi, par javelles , et de mettre la javelle debout : cet usage est admirable quand le blé a de la mauvaise herbe, ou se trouve mêle de foin artificiel. Lorsqu’on fauche pour lier, on attache ordinairement au manche de la faux un triple pliant, dans le même genre que le double pliant qu’on emploie au Kent pour faucher en oudins. Cet instrument est commode pour ranger le ble' scie par le coup de faux. Lorsque le ble' n’est point versé , un homme qui sait arranger son pliant , et donner convenablement le coup de faux, dispose le blé, à mesure qu’il le coupe , avec une parfaite régularité. Si le blé est un peu versé , mais cependant fau- chable , on adapte à la faux un pliant simple, semblable à celui dont on se sert en quelques endroits pour faucher en dehors (1). (1) On a beaucoup discuté la convenance comparative des deux méthodes, c’est-à-dire de moissonner le blé, ou de le scier ou faucher. Je vais rendre compte de ce que j’ai moi-même éprouvé et observé à cet égard. En 1794 , le haut prix des journées de moissons et la rareté des bras me conduisirent à essayer la faui sur les blés : j’avois un ouvrier habitué à cette méthode. Il adaptait un pliaut simple à la manille où s’applique « iy a» 4i4 A G R I C U L T U P. K Le faucheur est suivi d’uue letmne qui relève et lie le ble' par javelles : elle se &erl pour cela d’un râteau à longues dents qui lui évite de se baisser. Lorsque le blé est épais , il y a ordinairement un petit garçon qui fait les liens pour la’femme. la main droite, lequel faisoit ressort, et étoit retenu à l’autre bout par une ficelle fixée à la douille de la faux, et fortement tendue. Avec cet appareil simple il ran- geoit très-proprement les épis, en fauchant en dedans. J’ai calculé que cet ouvrier faisoit à lui seul l’ouvrage de trois moissonneuses; il préiéroit n’èlre pas suivi par une releveuse, parce que lorsqu’il avoit fauché un certain tems, il se délassoit à relever ce qu’il avoit coupé, et à le disposer en javelles, en s’aidant d’une faucille. S’il faisoit du vent, il avoit soin de le prendre à sa droite. Lorsque les blés étoieut bien droits et assez épais, son ouvrage étoit très-propre, et évidemment économique. Lorsque le blé étoit clair, il se rangeoit mal, et les épis se plioient quelquefois devant la faux, qui glissoit par-dessus. Lorsque le blé étoit versé, l’ouvrage étoit difficile et lent. Enfin lorsque le blé étoit couché en désordre , l’ouvrage étoit lent et mauvais. Dans les terres dont la surface est semée de grosses pierres, cette méthode ne paroît pas admissible. L’apprentissage n’est point difficile, un jour ou deux suffisent à un homme qui sait manier la faux. La différence essentielle entre l’opération du fauchage de l’herbe et v du fauchage du blé, c’est que, dans celle-ci, l’effort croit à mesure que le coup ^e prolonge ; et le moment D ’ Y O R K S H I K K. 4 1 5 La manière de placer les javelles debout sur le champ demande de la pratique pour faire un ouvrage propre et rapide. Le mouvement le plus expeditif, c’est de saisir le collet de la javelle au lien ; d’elever le bras de toute sa hauteur , et de le ramener brusquement en où la plus grande force est necessaire, est celui où l’on porte sur la faux tout ce qu’elle a ramassé, et où l’on l’appuye contre le blé debout. Il en résulte la convenance de prendre, en fauchant le blé, une attitude différente. Dans le fauchage des prés, on marche les pieds écartés, tous deux à même hauteur, et marquant deux voies sur le sol. En fauchant le blé il faut que le pied droit précède le gauche, qui suit dans la même voie, à-peu-près comme dans l’exercice de l’escrime. Alors le faucheur se trouve faire face au blé debout dans le moment où le plus grand effort est nécessaire, et cette position le lui rend moins pénible. Les batteurs en grange prétendent que le blé fauché est beaucoup plus difficile à battre, parce que les épis ne sont pas aussi également rangés que dans les gerbes du blé moissonné ; il m’a paru qu’il j avoit en effet quelque différence, mais moindre que ne vouloient le faire croire des ouvriers prévenus contre la méthode. Il faut néanmoins faire entrer cette difficulté dans le calcul des inconvéniens, parce qu’on l’éprouvera dans tous lesendroits où la méthode n’est pas celle du pavs. Pour me résumer je pense que, daus certaines années, et certaines circonstances dont le cultivateur doit savoir juger , la méthode peut être bonne, 4l 2 ABEICUITI'RÏ Las, en donnant une impulsion circulaire, qui fait écarter la paille et élargir la base du cône. Cette manière n'est pas réputée la meilleure, parce qu’elle ne donne pas à la javelle une solidité qui la fasse résister aux orages. Voici comment on s’y prend pour donner à ces petites tentes toute la solidité désirable. Le lieur empoigne la javelle des deux mains immédiatement au-dessus du lien ; puis la tenant dans une situation verticale, il égalise la base en frappant quelques coups sur le terrain. Il passe ensuite la main droite de côté dans la paille , au-dessous du lien, et écarte circu- lairement cette paille par un mouvement du bras, de gauche à droite. Il prend alors les épis de la main droite , et fait la même chose de la droite à la gauche, par un mouvement circulaire de la main gauche. Celte opération se fait en regardant le Nord; il en résulte un cône vide très-régulier , et qui a une ouverture du c-ôté du Midi pour seconder l’action du soleil et du vent du Sud. Tout cela paroît long et embarrassant, sur le papier, mais c’est l’affaire de quelques secondes pour des mains exercées. Lorsque l’orge et l’avoine sont suffisamment élevées pour subir la même opération , on la leur applique également : o.\^ y trouve divers avantages ; * B* Y O R K 3 H I R E, 4l7, avantages ; le grain est plus beau , le battage est plus prompt, et la paille beaucoup meilleure pour fourrage. L’objection la plus apparente contre celte méthode comparée à celle de faucher en ondins, c’est la perte de tems ; mais comme on emploie à lier, des hommes qui ne savent pas faucher , des femmes ou des jeunes gens, l’ouvrage de la moisson va aussi vite que dans les endroits où l’on fauche le ble' en dehors. Avee ce dernier usage , il faut retourner les ondins , souvent plusieurs fois. On met plus de tems à charger et à resserrer la moisson ; on court de plus grands risques par les pluies ; il faut plus de place pour loger les grains, plus de tems pour les battre , et leur qualité est inférieure. Comme j’avois pratiqué l’agriculture dans un district où l’usage est de faucher en ondins, j’imaginois qu’on ne pouvoit lier en javelles que dans les cantons où l’on recueille peu de grains ; je me trompois. Les parties élevées du Yorkshire {wolds) sont un pays de grain proprement dit. Cependant on y lie toujours l’avoine et l’orge même en javelles. Un fermier de ce canton-là recueillit , il y a quelques années, de trois à quatre mille quarters d’avoine et d’orge , et la totalité de sa récolte fut liée en javelles. Tome i. Bd 4l3 AGRICULTURE Je connois trop bien les difficultés qu’on éprouvé lorsqu’on essaie de s’e'carler de l’usage du canton, pour recommander aux fermiers des provinces du Sud de lier en javelles dans tous les cas; mais je n’hésite pas à recommander à tous ceux qui ont des avoines ou des orges à couper en tems pluvieux, et dans une saison tardive, d’adopter cette méthode. En Surrey, en Kent, et dans les autres endroits où le ble' sc fauche en ondins, il ne se- roit point difficile de lier les javelles, sans cesser de faucher le ble en dehors . Soit que l’on fauche le ble en dehors ou en dedans, il faut que le faucheur soit toujours un peu tourne du côte du grain qui est debout. Ainsi, en fauchant en dehors, le pied gauche etlamaiu gauche doivent être un peu en avant, et en fauchant en dedans , le pied droit et la main droite doivent au contraire précéder. La manière d’arranger le pliant au manche de la faux influe beaucoup sur le travail ; il faut que cet instrument embrasse tout ce que la faux coupe, et ne prenne point sur le blé qui reste debout. Eu donnant le coup de faux il faut avoir soin de le prolonger comme si l’on vouloit jeter derrière soi Je blé coupé (1). Afin ( 1 ) Ceci est pour ceux qui fauchent en dehors, parce d’yorkshire. 4ig de pouvoir faire ce mouvement bien complet il ne faut pas prendre une bande trop large , ni se servir d’une faux trop longue. Les jeunes gens qui savent manier la faux et qui ont de la disposition à se prêter aux choses utiles, peuvent être dresses en très-peu de tems à faucher proprement des deux manières. On n’éprouveroit pas plus de difficulté à former des ouvriers à lier, et des jeunes garçons à placer debout les javelles liées. On pourvoit prendre pour cela un tems où l’ouvrage ne presseroit pas ; on en feroit d’abord une sorte d’amusement, et l’exemple de quelques acres recueillis de cette manière, une année, pour- roit engager à répéter l’opération l’année suivante sur une plus grande étendue. Dans les opérations de la grange, ce qu’on peut remarquer de particulier au district, c’est que la paille se lie après le battage, et que le grain se vanne avec la machine à vanner, ainsi que nous l’avons déjà dit. Toutes les pailles se lient à la grange ; cette qu’en jetant le blé en quelque sorte derrière eux, il se trouve rangé sur leur gauche, attendu la direction oblique à droite qu’ils doivent maintenir en fauchant. Lorsqu’on fauche en dedans, le eoup de faux est beaucoup moins étendu. AGRICULTURE 420 méthode est excellente partout où l’on ne consomme pas la paille à mesure que l’on bat. La paille en gerbes tient moins de place, se transporte plus aisément et conserve mieux sa saveur que la paille en tas. Dans tous les pays où les bestiaux s’hivernent à l’étable , le bernent de la paille est un article essentiel de l’e- conomie rustique. Une gerbe contient ce qu’un homme peut embrasser de ses deux bras : c’est le repas ordinaire de deux bêtes à cornes ; en sorte que les soins de nourriture à l’étable sont plus faciles , et l’on évite la dispersion de la paille (i). Les opérations des cours de la ferme comprennent l’emploi de la paille, et la formation des fumiers. Dans la vallée de Picltering et dans les fermes des terrains tourbeux, 01^ lient les bestiaux sous des hangars, où ils sont attachés. Lorsque ces hangars sont bien exposés et fermés aux extrémités, ils sont préférables à des étables (1) Je supprime ici les détails sur la machine à vanner: ils seroicnt inutiles si l’on n’avoit pas sous les yeux le modèle de la machine. Il suffit de dire, pour faire comprendre les avantages de cet instrument, que deux personnes qui savent s’en servir, vannent environ quinze quarterons de blé par jour : c’est-à-dire, à peu près soixante-sept quintaux. d’ y O K K S H X B. E. 421 closes. La chaleur et la sécheresse sont sans doute d’un grand avantage aux bestiaux l’hiver, surtout à ceux qui sont maigres et nourris à la paille ; car les bestiaux gras et bien nourris supportent mieux le froid : mais , sur ce point comme sur beaucoup d’autres , il y a un milieu à garder. Les bêtes tenues dans des étables chaudes muent trop tôt au printems ; en sorte que lorsqu’on les met à l’herbe elles ont souvent plus à souffrir du froid qu’elles n’auroient souffert sous un hangar dans les mois d’hiver. Mais la chaleur du bétail n’est ici qu’un objet Secondaire ; ce qu’on a surtout en vue en attachant les bestiaux sous des hangars , c’est d’épargner le fourrage. On leur fait manger souvent la totalité de la paille , et ils couchent sur la terre sans litière. On hiverne vingt à trente têtes de bétail avec la même quantité de paillé qu’on emploie dans les provinces à blé pour hiverner huit ou dix bêtes. La fiente des bestiaux tombe dans une rigole profonde que l’on vide lorsque les bêtes sortent pour boire , ou pour pâturer. Les bestiaux attachés reçoivent à manger quatre fois dans la journée. La meilleure paille se donne aux jeunes bêtes, et la plus mauvaise aux bœufs. Les vaches ne se nourrissent guère qu’au foin, même lorsqu’elles ne donnent point 422 AGRICULTURE de lait. Celte pratique est évidemment vicieuse, surtoutpour la race des vaches à courtes cornes, qui ont souvent de la difficulté à faireleurveau. On voit que la manière d’employer là paille dans ce district est calculée sur le genre de culture du pays. Lorsque les pâturages sont abon- dans , les bestiaux sont en grand nombre, et la paille est rare. Dans un pays de grain, au contraire , la paille est plus abondante que le bétail, et l’ambition des fermiers est de faire fouler la plus grande quantité de paille qu’il est possible pour la convertir eu fumier. Il est étranger à l’objet qui m’occupe d’examiner à fond la convenance de faire fouler la paille pour la convertir en fumier. 11 y a assez de bestiaux dans ce pays-ci pour manger la totalité de la paille qu’il produit; en sorte que fouler la paille en fumier , ou perdre la paille, paroissent une seule et même chose ; on en a besoin pour fourrage, il seroit évidemment absurde de la faire pourrir. Tout ce que je me propose dans ce moment, c’est de recommander une méthode plus économique de faire les fumiers, quelle que soit leur qualité et leur quantité. L’usage général est de placer le tas dans la partie la plus élevée de la cour, ou encore de le disperser sur la pente, comme pour affaiblir à dessein ses sels fertilisans.- 4^5 D ’ Y O R X S H I R E. On se debarrasse , parle chemin le plus court, de la partie de l’urine qui ne se mêle pas avec le fumier, comme si l’on imaginoit qu’elle doit nuire aux terres. Les fumiers , dont les neuf-dixièmes sont de la paille, perdent, même eh tems sec , une partie de leur humidité'. Pendant les pluies ils perdent de leurs principes fécondans, maigre la quantité de paille aveclaquelle ils sont mêlés. Mais combien plus considérable n’est pas la déperdition des sels lorsque le fumier est composé de fiente et d’urine, avec assez de paille, seulement , pour tenir le tout en une masse ! En tems sec il en découle Une humidité considérable , et en tems de pluie le las se délaie complètement. Il est douteux, du moins, que dans certains cas la moitié de la vertu fertilisante ne soit dissipée à pure perle. Il est certain que ce qui se perd est toujours trop; et c’est un point important pour tous les cultivateurs dans les pays où l’on hiverne les bestiaux à l’étable, que de soigner la fabrication des fumiers. La méthode de Norfolk , de garnir le fond de la cour avec de la terre , est indispensablement nécessaire dans ce district, si l’on veut tirer bon parti des fumiers. Il n’y a point de meilleur engrais pour les prés, que la terre 4a4> A&sicuifüKE saturée du suc des fumiers : elle s’insinue plus promptement dans l’herbe , et son effet est ordinairement plus marque' que celui du fumier même'. Négliger une telle source d’engrais , c’est ne'gliger une mine d’or ou d’argent qui peut être exploitée avec la plus grande facilite'. L’attention sur ce point laisse aux champs la même quantité' d’engrais, et donne annuellement aux pre's une substance riche qui, sans cela, se seroit écoulée à pure perte dans les fosses , ou auroit pénétré dans la terre sans profit (i). Mais avant de pouvoir garnir avec avantage le fond de la cour, de terre , il faut avoir prépare' ce fond convenablement; c’est-à-dire, l’avoir foulé, ou pavé comme le fond d’un abreuvoir, en choisissant, pour placer le tas, l’endroit où les chariots peuvent facilement approcher , et où les égouts des étables se rassemblent. Au-dessous du fumier il faut pratiquer des rigoles , que l’on remplit, dans les tems de loisir, avec de la terre tirée des fossés, ou raclée des chemins, ou encore avec des retailles de grès. On établit le tas de fumier là-dessus, ( 1 ) Voyez sur l’important sujet des engrais, l’extrait du i5 . 6 chapitre du projet de rapport du département d’Agcicuîtnre. è’yorkshire. 4^5 en ayant soin de le border tout autour d’un petit parapet de terre , soit pour empêcher que les eaux de pluie ne viennent affoiblir ses sucs , soit pour prévenir l’extravasion de l’humidité que le fumier fournit ou reçoit des étables. Blè. J’ai e'tudie' et détaillé tous les proce'de's relatifs aux terres arables dans le comté de Norfolk , qui peut servir de modèle pour la culture des grains en terres légères. Ce n’est pas le cas d’entrer ici dans les mêmes détails sur les grains, parce qu’ils ne sont qu’un objet secondaire , et que la diversité des terrains s’oppose à une parfaite régularité dans les assolemens. Cependant , comme il y a dans ce district un esprit d’amélioration très-actif, et que chacun s’empresse de mettre en pratique ce qu’il juge utile, il y a de bonnes choses à prendre dans certaines particularités delà culture des champs. Les détails qui, relativement au blé, me paroissent mériter quelqu’altention, sont : 1. ° L’espèce communément cultivée. 2 . ° La culture des variétés. 3. ° La préparation de la semence pour prévenir la nielle. 4. ° Une opinion établie concernant la rouille des blés. 426 AGRICULTURE Les variétés du blé d’hiver que l’on cultive dans le district, sont : i.° Le blé de Zélande ( Zeelancl wheat ). It a la balle blanche, il est sans barbe (i), ses^ épis sont assez gros; le grain est plein et blanc j la paille est longue et forte. Il convient aux terres foibles ou médiocres. En terre riche il donne trop en paille. a.° Le blé cotonneux de Kent ( Tdowny Kent). Sa balle est blanche , cotonneuse et sans barbe. Ses épis sont de grosseur médiocre ; son grain est blanc et petit, sa paille courte. Cette variété convient aux bonnes terres : il y rend communément beaucoup , malgré la petitesse du grain. 3. ° Le blé blanc ordinaire ( common whiie wheat). C’est celui qu’ailleurs on nomme white lammas : il n’est presque plus d’usage depuis que les deux variétés précédentes ont été adoptées. 4. ° Le blé brun d’Hertfordshire (Herdford- shire brown). Il a la balle blanche, le grain rouge, la paille de longueur moyenne; et il (i) Toutes les variétés du blé d’hiver que j’ai été dans le cas d’observer jusqu’ici, ont quelques barbes à la pointe de l’épi, ces barbes sont quelquefois très-courtes. V d’yORKSIIIKE. 427 ressemble assez à une variété de Norfolk, nommée Kentish white cosh. 5. * Blé rouge de Kent (yellow Kent). II a la balle rougeâtre , le grain blanc, les épis gros et la paille forte. 6 . ° Le blé rouge ordinaire (common red teheat ). II e'toit autrefois aussi commun que le blé blanc, et l’usage en passe , comme de celui-ci. Le blé de printems se cultive dans les environs de Whilby. Il y a quelques années qu’on l’a apporté dans la vallée , mais son usage ne s’est pas répandu : il paroît que pour qu’il réussisse il ne faut le semer qu’en Avril. n II est probable que le tems a la même influence sur les grains que sur leé pommes de terre, les fruits cultivés et d’autres productions végétales; c’est-à-dire, qu’il produit des variétés. Dans tous les pays j’ai observé qu’il y avoit certaines variétés de grains qui devenoient à la mode parmi les cultivateurs , tandis que d’autres perdoient faveur. La mode peut en effet y faire quelque chose , mais il n’est pas vraisemblable que la mode seule engageât tous les cultivateurs d’un canton à abandonner un grain éprouvé. Dans les jardins, les variétés sont sans nombre 3 chaque année on en voit paroître de 438 AGRICULTURE nouvelles, et l’industrie y contribue autant que le hasard. Ainsi, pour avoir des pois précoces, le jardinier marque la plante qui fleurit la première parmi les espèces les plus printan- nières. L’année suivante il sème les pois recueillis , et marque de même la plante la plus pré- coce. C’est ainsi que l’on se procure des va- riéte’s de pomme, en choisissant sur une couche de plants de pommiers qui lèvent de pépins, ceux qui ont les feuilles les plus larges pour les transplanter. On obtient de même avec de l’industrie, des nouvelles variétés de grains; et il est bien probable que les variétés sans nombre du blé d’hiver ne sont pas toutes l’effet du climat ou du sol. La nature se plaît quelquefois à certains jeux sur les qualités caractéristiques des individus , mais l’industrie de l’homme est nécessaire pour établir les variétés d’une manière permanente. On s’occupe peu aujourd’hui d’établir des variétés , parce que le nombre en est déjà si considérable qu’on se contente de les transporter d’un canton à l’autre. Je n’ai eu qu’une seule occasion de voir créer une variété avec un individu , et c’est ce district qui m’a fourni cet exemple. Un homme qui est excellent observateur, ayant remarqué dans un champ de blé une i plante d’une beauté et d’une vigueur extraordinaires , qui avoit tallé mieux que les autres, et prenoit l’avantage sur tous les épis environ- nans , la marqua pour en recueillir le grain séparément. La plante donna quinze épis et six cent quatre grains d’un blé plein et brun foncé , différent pour l’aspect de toutes les variétés que je connois. La balle étoitlisse, sans barbe, de la couleur du grain , la paille forte et un peu semblable à des roseaux. Les six cents grains furent plantés un à un, à neuf pouces de distance en tout sens, et oc- cupoient un espace de quarante yards quarrés, non dans un jardin ou une pièce isolée , mais après un trèfle , dans un champ dont le reste étoit semé en blé ordinaire à la manière commune. Par ce moyen, on évita les soins trop assujetlissans , et en même tems la destruction que causent les oiseaux dans les pièces d’expériences. Les six cents grains donnèrent vingt livres et demie de blé de semence de première qualité , et quelques livres de blé de seconde qualité. Un des grains avoit produit trente-cinq épis et douze cent trente-cinq grains. Le produit de la seconde année étant suffisant pour planter un acre , la variété se trouva établie. A la cinquième année, je l’ai vue semée 43o AGRICULTURE en quantité considérable ; mais la saison se trouvant pluvieuse , et la terre riche, le grain fut retrait, pour la plus grande partie. Il gerba beaucoup ; mais le produit du blc de Zélande, dans les mêmes terres , fut tout aussi grand : je pense même que le grain de ce dernier blé est d’une qualité supérieure ; la peau en est plus mince. Cela n’empêche pas que la variété dont je parle ne soit une des plus estimées du pays ; c’est même peut-être celle qui convient le mieux aux terres médiocres ou mauvaises (i). La supériorité de ce blé n’est pas néanmoins assez marquée pour justifier le détail dans lequel je viens d’entrer, s’il ne servoit a montrer combien il est facile de créer des variétés, ou de perfectionner celles qui existent. Ce qui détourne les fermiers de ces expériences, c’est Je dégât que font les oiseaux ; car il est à peu près impossible d’en garantir les petits espaces semés en grain , quand la maturité approche, surtout dans les jardins et le voisinage des habitations ÿ mais si l’on fait les expériences dans un champ semé en grains de la même nature, on évite cet inconvénient. (t) Il est intéressant de remarquer que cette variété gagne en qualité. Sa couleur et sa peau sont plus belles cette année que les autres, quoique la saison ait été défavorable. (A.) b’yorkshire. 45i Le botaniste pourra craindre l’influence des poussières fécondantes sur les plantes voisines} mais d’après ce que j’ai observé , je ne pense pas que cette crainte soit fondée. On ne s’ap- perçut d’aucun effet semblable dans l’épreuve que je viens de détailler , quoique le blé qui faisoit le sujet de) 1 l’expérience fût entouré de froment blanc. Je ne prétends pas faire une preuve de cette circonstance } mais c’est une chose très-ordinaire que de voir semer ici du blé rouge parmi du blé blanc, et l’on assure que chacun des deux conserve ses caractères et même sa couleur. On peut user de la même industrie pour perfectionner les variétés; cela seroit peut-être plus profitable au cultivateur que d’en créer de nouvelles , et le travail seroit moins long. Autrefois il étoit d’usage pour perfectionner les races de bestiaux , de les croiser; mais aujourd’hui les éleveurs de bestiaux, qui ont porté leur art très-loin , suivent une méthode différente ; ils emploient les plus beaux individus de la race ou de la variété qu’ils veulent perfectionner. Or, quelque pure que soit une variété de blé, on trouve toujours, en y regardant de près, des différences aussi marquées entre les individus que dans les troupeaux de bétail, et un fermier attentif doit s’occuper de 432 AGRICULTURE choisir les plantes supe'rieures en beauté et en fécondité , pour en tirer de la graine, parce qu’il est extrêmement probable que ces individus sont particulièrement adaptés au sol qu’il cultive , et à la situation de ses champs. On fait usage dans ce district d’une singulière préparation des semences, pour prévenir la carie dans les blés ; on y emploie l’arsenic. Autrefois la chaux et le sel marin y étoient en usage , comme ils le sont encore dans presque toutes les parties du royaume. Je ne sais point comment l’usage de l’arsenic a été introduit en Yorkshire , ni si cette pratique est do très- ancienne date. Je connois un cultivateur, à l’exactitude duquel je puis me fier , qui l’emploie depuis vingt ans avec un succès constant. II ne prétend pas n’avoir jamais eu un épi carié dans ses champs , mais il affirme n’avoir jamais éprouvé le moindre dommage par cette cause. On pourroit obtenir probablement des témoignages tout aussi positifs en faveur de cette méthode , de plus de cent individus dans le même arrondissement. Personne je crois, parmi ceux qui ont été à portée d’observer les effets de cette préparation , ne met en doute son efficacité ; mais il y a des cultivateurs qui en redoutent l’usage, à cause du danger des distractions , de la négligence , d’yob.kshire. 453 gligence , et à cause du mal qui peut en re'suj- ter pour le semeur : on a beaucoup discute' ce dernier objet en particulier. La personne que j’ai déjà citée n’en a jamais éprouvé le plus léger inconvénient, ni par lui-même, ni par ses gens, ni par son semeur ; son bétail, ses poules même, n’en ont jamais été victimes , et je n’ai pas ouï citer l’exemple d’un seul accident arrivé dans ce district depuis que cette pratique est répandue. Je ne prétends ni l’approuver, ni la blâmer; je tiens registre des faits ; c’est au lecteur à former son opinion sur la convenance d’adopter cet usage. On pile l’arsenic très-fin , et on en fait une décoction dans laquelle on plonge le blé de semence : une once d’arsenic blanc demande un gallon d’eau. On la laisse bouillir deux heures , puis on ajoute de l’urine d’étable de quoi faire la quantité de deux gallons. On plonge la semence dans cette liqueur, jusqu’à-ce que le bout cotonneux de chaque grain soit saturé de la préparation. On laisse ensuite sécher , et le grain est prêt à semer. Si cependant il existe quelque danger pour le semeur, il vient probablement de l’humidité superflue qui se trouve sur le grain, et qui pénètre dans les pores de sa main. En saupou- Tome i. Ee 454 AGRICULTURE tirant le grain de chaux , on le rcndroit plus sec , plus agréable à manier , et plus visible sur le sol quand on le répand (1). Un busbel de blé emploie un gallon de liquide. L’arsenic coûte six pence la livre ; en supposant qu’une livre ne fit que pour trois quarters , ce seroit environ un farlhing par bushel, à quoi il faut ajouter la main-d’œuvre et le combustible. C’est de beaucoup la préparation la moins chère qui soit employée dans le but de prévenir la carie , et c’est peut-être , à tout prendre , la meilleure que l’on connoisse. Lorsque je dis la meilleure que l’on connoisse , je parle le langage des cultivateurs de profession dans tous les districts de l’Angleterre ; car ma propre pratique ne m’a point démontré qu’aucune préparation fût nécessaire. (l) Il semble inutile de chercher un préservatif si l’expérience démontre qu’il n’y a pas de dauger. Il y a certainement quelque avantage à ce que le grain que l’on sème ait une couleur blanche, parce qu’on est moins sujet à se tromper en semant ; mais quant à l’agrément de manier du blé chaulé, ceux qui en ont semé n’y croiront pas. Le désagrément de respirer la poussière de la chaux qui s’échappe lorsqu’on lâche la poignée, est aussi très-grand ; mais la chaux a un avantage que l’auteur auroit pu citer ici: elle préserve le grain de la dévastation dos oiseaux et des insectes. b’ T O S K S a I 5 E. 455 Je suspends donc mon jugement, quant à pré- sent, sur ce sujet curieux mais obscur. Je veux pourtant que l’on comprenne que , dans le moment où j’écris ceci, je ne me déclare pas contre les préparations des semences. IJ y a, dans le canton, une opinion e'tablie concernant la rouille des blés ; c’est qu’en mêlant un peu de seigle avec le froment, on a la certitude de préserver celui-ci de la rouille. Si le lait est vrai, il est intéressant, non-seulement sous le rapport de l’agriculture, mais aussi de l’histoire naturelle. Seigle. La seule espèce de seigle connue en Angleterre est celle que Linneïis appelle scalecereale. Ou en cultive deux variétés en Yorksbire ; le seigle noir , qui autrefois étoit le seul connu dans le district, et le seigle blanc, ou seigle de Dantzick, qui y a été introduit depuis un demi- siècle , est presqu’aujourd’liui le seul qu’on y sème. Avant que l’usage de la chaux fût généralement adopté, on cultivoit beaucoup de seigles dans les terres légères qui bordent la vallée ; et dans les terrains tourbeux , on n’imaginoit pas d’essayer d’autres graines que du seigle et de 1 orge. Mais aujourd’hui le seigle est presque 436 AGRICULTURE confine dans les fonds tourbeux, et le changement de nature que la chaux a opéré' sur les terres, les rend propres au blé, qui est à pré- sent le grain dont la culture est le plus généralement adopte'e. Dans les terres qui sont à la fois tourbeuses et sablonneuses, le seigle est cependant le grain le plus profitable ; et le pain mêle de seigle et froment est réputé' plus sain que le pain de blé pur. Orge. On cultive quatre sortes d’orges dans le Yorkshire. a.° L’orge commun (hordeum zeocriton ), à longs épis. 2. 0 Hordeum distichon. Battledor harley ou sprat-barley. 5.° Big-barley, furrowed barley, spring- barley. 4.° Hordeum hexastichon . Sixrowed barley, winter-barley. La première et la quatrième sorte sont presque les seules que l’on cultive aujourd’hui. Autrefois chaque particulier convertissoit son orge en drèche ; chacun avoit un four destiné à cette opération , et l’orge ne se vendoit qu’en drèche : aujourd’hui c’est une industrie à part , et les cultivateurs rachètent , pour D ’ Y O R K S H I R E. 457 leur consommation , la drèclie dont ils ont besoin. Avoine. Linneus comprend toutes les varie'te's d’avoines cultivées sous la dénomination d’avena saliva. Autrefois on ne cultivoit dans le district que l’avoine printannièrc et l’avoine tardive; a présent les variétés cultive'es sont : i.° L’avoine de Pologne : son grain est court et nourri, mais l’e'paisseur de sa peau lui fait tort dans l’esprit des fermiers attentifs. Elle est sans barbes, ne porte guères qu’un e'pi, et a la paille courte. 2. 0 L’avoine de Frise : c’est aujourd’hui la sorte qu’on préféré généralement, et avec raison ; elle donne plus de paille, et le grain a la peau plus mince que celui de l’avoine de Pologne. Elle est en general à double e'pi, et le plus grand a ordinairement des barbes. 3.° L’avoine de Sibérie , mieux connue sous le nom d’avoine de Tartarie, est évidemment une espèce distincte qui a e’chappe' à Linneus. Chaque balle contient souvent trois fleurs , jamais moins de deux , et un rudiment de fleur, quelquefois elle donne trois grains parfaits et un germe. Le panicule diffère aussi essentiellement de celui de toutes les variétés de Vavena 438 AGRICULTURE scitiva. La dénomination d’aven a arundina- cea lui conviendroit : les grains sont petits et minces ; les plus gros portent une barbe , et les plus petits n’en ont point; la paille est élevée et forte. Les details à remarquer ici dans la culture de l’avoine concernentle choix du sol, la quantité' de semence , le produit et la manière de battre. Les terres riches de la partie de l’ouest de la vallée sont singulièrement propres à l’avoine: il y a des champs où l’on en a fait six ou sept récoltes consécutives. Cependant ce n’est que dans les endroits qui ont été très-long-tems en pré. Ces terrains sont un lut sablonneux et gras. Ce genre de sol est singulièrement productif pour l’avoine , tandis que , si l’on y cultive du blé, il ne rend guères que de la paille. L’avoine paie incomparablement mieux les frais do culture ; et c’est avec beaucoup de raison que les lermiers ont renoncé à y semer du froment. On sème ordinairement cinq à six bushels , et quelquefois jusqu’à un quarter d’avoine par acre. Dans certains terrains on trouve que plus on sème épais et plus on recueille. Il me pa- roît cependant qu’il y a de l’imprudence à semer plus de six bushels par acre sur une grande étendue de terres. ü’torjkshire. 43g Quant au produit , il est en général considérable : on recueille souvent sept à huitquar- ters d’avoine dans de grandes exploitations; et on en recueille jusqu’à dix quarters par acre , sur une pièce qui contenoit plusieurs acres. Un fermier de la vallée en a vendu et conduit au marché dans une année mille quarters. Un usage très-singulier prévaut maintenant dans le battage de l’avoine : c’est le seul endroit du royaume où cette opération se fasse dans les champs, ou dans un aire auprès de la maison , en plein air. Il pa roît que la manière de battre le colza, dont je parlerai bientôt, a donné l’idée du battage de l’avoine en plein air ; car d’abord on la balloit sur des draps. Aujourd’hui on la bal sur l’aire, sans la précaution d’y étendre des draps : on trouve qu’en faisant passer les poules ou les cochons sur l’aire après le battage , la perte se réduit à rien. Ce qui peut paroître également étrange, c’est que ce travail se fait pendant la moisson : l’avoine passe immédiatement au marché, depuis le champ qui l’a produite ; mais il existe , dans ce district, un avantage très-marqué pour le fermier, sous ce rapport; c’est que l’avoine nouvelle est fort recherchée dans les marchés. Dans la partie manufacturière et occidentale - 'i 44o AG-RICUIiTURE de Yorkshire, on consomme beaucoup de pain d’avoine , et il y a toujours une demande considérable d’avoine nouvelle pour gruer. Cela explique le haut prix de ce grain dans le tems de la récolte, si on le compare aux prix des ' autres provinces à la même époque ; et la facilité de l’écoulement peut avoir conduit les fermiers à l’étrange usage de battre sur le champ même. La paille fraîche , débarrassée du grain et mise en tas avec précaution , subit une espèce de fermentation , et acquiert une excellente qualité comme fourrage. On voit quelquefois le bétail prendre de la chair en se nourrissant uniquement de cette paille ; mais cela s’observe dans les cantons où l’on cultive l’avoine sur les terres riches , et je doute si l’on ne doit pas attribuer cette qualité nourrissante à la richesse du sol, parce qu’bn remarque un fait analogue sur les foins. Le foin de Lincoln- sbire engraisse des bœufs que le foin de Norfolk nourriroit à peine. On allègue en faveur du battage dans les champs, l’épargne du travail, du tems, des bâtimens et des charriages. Un fermier qui avoit une grande étendue d’avoine fort éloignée de sa demeure , la fil battre en totalité pour un shelling par quarter , dans le tems de iii 0 d’ y O R K S H I R E. 44 1 la moisson , maigre la presse des ouvrages dans cette saison-là. Sans cette ressource , il auroit fallu, ou bâtir une grange, ou faire un nombre de charriages impraticables dans le moment de la moisson. La chance des pluies paroît la seule objection solide contre la me'thode ; mais on a toujours une grande quantité de paille pour couvrir le grain ; et l’expérience prouve qu’un peu de pluie sur la paille ne lui ôte rien de sa qualité'. II y a évidemment des cas où cette pratique est extrêmement avantageuse dans ce district, et je ne doute pas qu’on ne pût l’adopter avec profit dans bien des endroits. Turneps. Il y a vingt ans que l’on ne connoissoit point les turneps dans le district qui nous occupe ; même aujourd’hui cette culture est bien loin d’être généralement adoptée. Il y a quelques particuliers que l’esprit de perfectionnement a conduit à s’occuper de la culture des turneps, et qu’on peut mettre au rang des meilleurs cultivateurs de cette plante, après les fermiers de Norfolk. On ne peut pas attendre des détails de quelqu’importance , et vraiment nouveaux , sur la culture de celte racine , après ce que j’en ai dit en traitant de 44a agriculture la pratique de ÎNorfolk. Il y a néanmoins une circonstance qui me paroit digne d’être remarquée ÿ c’est une culture très-simple et très- utile que je ne me rappelle point d’avoir vu pratiquer en Norfolk. Elle consiste à enlever les plus grosses racines pour les châtier, et à laisser sur place les plus petites pour y être mangées par les moutons, surtout par les brebis et les agneaux au printems. De cette manière ou gagne beaucoup de tems pour l’arrachement et le charriage. Les petits turneps ont plus de place pour grossir dans l’arrière- automne , et pour pousser des feuilles au printems. Si l’on fait manger pendant l’hiver les petites racines qui restent , le terrain se trouve libre pour la charrue , comme si le tout eut été' charié. C’est dans cette circonstance seulement que gît la supériorité de la pratique de York; car il arrive quelquefois en Norfolk, ainsique je l’ai dit, que l’on arrache en automne les gros turneps , et qu’on laisse les petits sur pied jusqu’au printems. Colza. Ce district est le seul où j’aie vu le colza (brassica napus ) cultivé pour sa graine. Il y a trcs-long-tems que cette culture est 445 t>’ YORKSHTÏt E. pratiquée dans la vallée et sur une échelle considérable ; elle mérité donc un examen de- taille , et nous considérerons successivement. j.° La place qu’occupe le colza dans les assolemens. 2 . “ Le sol et sa pre'paration. 3. ° L’engrais et la manière de l’appliquer. 4. ° La semaille. 5. ° Les soins pendant la végétation. 6. ° La recolle. r j.° Les débouches du produit. Le colza se sème généralement sur un pré rompu ; dans les terres très-riches on le sème quelquefois sur une jachère , comme les tur- neps; on le hasarde même après une récolte de grains ; mais à moins que la terre ne soit très- riche et très-propre , il ne réussit pas. Sur les prés vierges , sur les gazons de communaux , il réussit ordinairement très-bien. Malgré l’extrême variétédes terrains de la vallée, on sème du colza sur toutes les terres. Le succès est toujours proportionné à la richesse du sol, indépendamment de sa qualité ; et pourvu que la pièce où l’on sème ait été long-tems en pré , et que l’écobuage en soit fait avec soin, ainsi que nous Tâtons explique, on peut espérer une belle récolte. On ne fume jamais le colza sur les prés rom- 444 AGRICULTURE pus qu’avec la cendre de l’écobuage, à laquelle on ajoute quelquefois un peu de chaux. Les cendres sont appliquées pour le colza seul, mais la chaux est plutôt destinée à améliorer le sol pour les récoltes suivantes. On sème dans le mois de juillet assez tôt pour que la feuille soit forte en automne, mais assez tard pour que la plante ne monte pas en graine avant l’hiver. On sème un gallon de graine par acre , sur un seul labour après l’é- cobuage. On enterre la graine à la herse d’épines ; quelquefois on passe deux herses sur la crête des sillons avant de semer, et quelquefois on ne herse ni avant ni après avoir répandu la graine. On ne donne, en général, aucune culture au colza pendant sa végétation , et l’on ne se met pas même en peine d’en arracher l’herbe ; mais on est dans l’usage de transplanter les plantes des endroits trop épais dans les endroits clairs, qui , communément, sont en grand nombre. Ce sont les femmes qui font cet ouvrage avec un plantoir. Les plants transplantés reprennent presque toujours, mais mûrissent plus tard que les autres ; néanmoins c’est un très-bon usage : c’est en Octobre que se fait cette transplantation. Lorsqu’un champ tout entier, ou d’yorkshire. 445 une grande partie d’un cliamp , vient à manquer, on emploie quelquefois la charrue pour transplanter; et alors les plantes se placent un peu inclinées dans les raies de charrue à un pied de distance, en laissant une raie sans planter. Ladistance est donc dix-huit à vingt pouces dans un sens, et un pied dans l’autre. L’expé- rience prouve , qu’en bonne terre cette distance est assez considérable. La dépense monte exactement à huit shel- lings par acre outre les frais de charrue. Huit femmes à six pence par jour plantent cette étendue.* Celte operation me conduit à croire qu’on pourroit obtenir une amelioration importante dans cette culture. La principale objection que l’on fait contre le colza , c’est qu’il occupe très-long-tems la terre. Toutes les mauvaises herbes bisannuelles ont le tems-de prendre possession du sol avant l’automne, et comme la récolte ne se fait qu’en Juillet ou en Août, elles donnent leur graine et empoisonnent la terre. Les plantes pivotantes s’e'tablissent aussi d’une manière qui devient embarrassante ; et le sol, qui demeure un an sans labours, se durcit considérablement. Unlabour d’automne remédieroità tout cela. Les plantes bisannuelles seroient extirpées ; 446 A G 11 I C U L T U R 13 les plantes pivotantes seroieut au moins affoi- blies , et le sol seroit conserve meuble. Ce qui me paroîlroit le mieux , seroit cle transplanter toute la re'eolte , et voici la marche que je proposerois. Il faudrait arracher dans le premier champ une quantité suffisante de plantes pour le dernier champ , en ayant soin d’enterrer les racines jusqu’au moment du besoin. On laboureroit ensuite le premier champ , en y plantant, de la manière ci-dessus décrite, les plantes prises dans le second champ. On feroit exactement la même opération sur Je second champ , avec des plantes du troisième, et en suivant ainsi jusqu’au dernier, qui seroit garni avec les plantes du premier. Outre les avantages indiqués ci-dessus, il faut observer que tous les champs seroieut fournis de plantes de choix , également espacées ; non-seulement le sol seroit occupé tout entier, mais la récolte mûriroit toute ensemble. La houe pourroit travailler librement dans les intervalles , et même le petit cultivateur pour- roit être employé avec un cheval. Au moyen de ce procédé, la récolte la plus épuisante , ou du moins la plus éprouvante pour le sol 1 , à cause de la quantité de mauvaises herbes qu’elle introduit, deviendroit ne récolte très-amélioraute. t 44 ? 1) ’ Y O R K S H I R E. Si l’on semoit sur un écobuage, le premier labour seroil très-superficiel; lelabour de transplantation croiseroit le premier, et se feroit à sillons relevés , pour maintenir le terrain à l’abri des eaux de l’biver. Une jachère fume'e , un chaume de blé en terre riche , ou tout autre sol suffisamment net et en bon état, pourroit recevoir ainsi les plants par transplantation ; et l’on pourroit avoir des pépinières pour y fournir. C’est ordinairement en Juillet que le colza est mûr : l’époque varie de quelques jours selon la saison. On commence à le couper lorsque la graine des plantes les plus avancées noircit. — Il se coupe à la laucille , par des femmes. On laisse le chaume ou le bas dès tiges d’un pied de long, et on dépose les javelles légèrement sur le chaume qui les soutient. Le battage du colza est une grande affaire : le choix du moment est important. Si l’on bat trop tôt, la graine des plantes les plus vertes n’est pas mûre , et ne sort pas des gousses ; si l’on bat trop tard , la graine des plantes les plus mûres s'est déjà répandue sur le champ : il importe donc de, profiter du moment favorable. Tous les autres ouvrages rustiques doivent céder à ce travail. Le battage se fait sur le champ même. Les voisius sont invités, quel- 448 AGRICULTURE quefois à plus d’un mille à la ronde , pour y concourir. La plupart des ouvriers ne sont point gage's : ils se contentent de la bonne chère qu’on leur fait dans cette espèce de fête. Les rôles sont distribués; chacun s’acquitte de ce qui le concerne avec une parfaire exactitude, une activité' et une gaîte' qui font de cette opération du battage un spectacle très-agréable. Mais il y a divers inconvéniens dans cette méthode. La dépense est considérable; les risques du mauvais tems sont très-grands. Les volontaires ignorans embarrassent le travail. La paille est à peu près perdue, parce que quoiqu’on la brûle sur le champ , la quantité de cendres produites est fort peu de chose; enfin le tems, dans cette saison-là , est extrêmement précieux pour les foins et la moisson, et cependant il faut que tout cède au battage du colza. Malgré ces inconvéniens évidens, l’usage est tellement tyrannique en agriculture, que, jusqu’en 1787, l’on n’a eu connoissance que d’un seul exemple dans lequel on se soit écarté de cette pratique, suivie depuis des siècles dans la vallée. Dans ce seul exemple , les tiges avoient été liées en petites gerbes , et placées debout sur le champ jusqu’au charriage , dans lequel on se servoit de draps pour prévenir la perte de la graine. Le colza resserré en grange sg d’yorkshire. 44g se battît ensuite à loisir. La dépense, dans cette méthode , ne revient qu’à 16 shellings 6 den. par acre, au lieu qu’il en coûte au moins 25 shellings dans l’autre procédé. D’ailleurs, la perte de la graine , sur le champ, est moindre, et surtout on profite de la paille. Les bestiaux mangent avec avidité les gousses et le haut des tiges , le reste fait une excellente litière. En 1787 une nouvelle méthode pour récolter et battre le colza s’est introduite dans la vallée, et gagnera probablement d’année en année. Dans cette nouvelle pratique on lie le colza en javelles , en se servant pour cela de plantes vertes et encore flexibles. On étend ces javelles liées sur le chaume, et lorsqu’elles sont sèches on en forme des tas réguliers sur le champ même. On transporte les javelles sur des traîneaux garnis de draps. La graine qui sue dans les gousses , de cette manière, est en général plus belle et plus estimée que celle qui sue après Je battage. On prend , pour battre le colza ainsi réduit en tas, le tems le plus favorable, et où les débouchés pour la graine sont les plus avantageux. 11 y a un grand nombre d’années que cette méthode de récolter et de battre le colza est généralement établie dans le district d’Egton à Tome 1. Ef 45 o AGRICULTURE dix milles seulement du bord de la vallée, où l’on n’a commence" qu’eu 1787 à la connoître ci à l’imiter. C’est un exemple frappant de la lenteur avec laquelle les bonnes pratiques se propagent, et il prouve la nécessité d’enregistrer les details des méthodes perfectionrie'es dans les cantons auxquels elles appartiennent, et de faire circuler ces details dans toutes les provinces. Il n’v a point de moulins à huile dans la vallée. Malton est le marche general de la graine ; elle va de là dans la partie manufacturière du comte , où les moulins abondent., IJn acre produit communément quatre quar- ters de graine. Le prix de celle-ci varie depuis 10 jusqu’à 5 o liv. sterlings les dix quarters. Les prix de la graine de colza dépendent en partie des succès des pêcheries sur la côte de Groenland ; et la récolte est toujours , jusqu’à un certain point, incertaine. Les gelées du printems , dans le moment où la plante est en fleurs, ou dans celui de la formation des sili- ques , sont extrêmement préjudiciables au produit. En 1780, les gelées de Mai firent un mal incalculable : un particulier vit presque détruire une de ses pièces de vingt acres. Au commencement de Mai la récolte prometloit 8 à 10 liv. sleil. par acre ; et à la fin du mois I)’ Y O R. K S H I R E. 45 i elle ‘ut offerte pour 20 liv. sterl. les vingt ar.-^sj ce qui fait une perte de i 5 o à 200 Jiv* «,ierl. sur un seul champ, et peut-être dans une matinée. Mais toutes les récoltes sont sujettes à des casualités , et toutes les denrées sont exposées à des variations dans les prix. Quoique le colza soit sujet à souffrir des gelées, il n’est guère exposé à en être détruit ; et à tout considérer, c’est une culture des plus profitables. On a vu quelquefois dans de vieux pâturages qui 11e donnoient plus rien , une récolte de colza payer le prix de la terre. Pommes de terre. Il n’y a qu’une seule espèce de pommes de terre (solarium tuberosum ), mais les variétés sont infinies 5 chaque province a sa sorte favorite ; toutes ces sortes diffèrent entr’elles, et leur énumération ne seroit qu’une suite de mots barbares qui ne donneroient aucune idée des objets. Les variétés de pommes de terre passent de mode dans chaque province 5 elles ont leur tems de faveur et de discrédit. La rusia tati a été pendant long-tems la pomme de terre favorite du district ; elle a passé , comme beaucoup d’autres variétés qui sont aujourd’hui 4£2 AGRICULTURE entièrement perdues , après avoir e'tè fort recherchées. Il y a quelques raisons de croire que la maladie nommée la frisolée ou la pivre, qui a e'te' commune depuis quelques années dans ce district et dans quelques autres, peut être attribuée à ce que l’on s’est obstiné à cultiver une variété qui dégénéroit (1). Quelle que soit la cause de cette maladie, on est généralement (1) Je viens de recevoir en date du 12 décembre 1797, une lettre écrite par un habile cultivateur du pays de Vaud , dont les observations sur la culture des pommes de terre se trouvent, à quelques égards, singulièrement d’accord avec les conjectures que les faits ont suggérées à l'auteur Anglois : voici un fragment de cette lettre. « La dégénération des pommes de terre offre encore « des questions bien intéressantes pour les Agriculteurs, j) J’ai vu se perdre ici une espèce qui donnoit très- » abondamment il y a quelques années : quels que î> soins que j’aie pris pour la conserver, je n’ai pu » y réussir. Les feuilles se frangent, se rident, les » fruits sont très-petits : c’est une maladie connue. Elle » est remarquable ici en ce que c’est la seule espèce » qui en ait été attaquée, et totalement détruite. » Les po.mmes de terre rouges ont dégénéré à tous 11 égards : elle ne valent plus la peine d’être plantées, » mais elles ne sont pas devenues frangées. Que pro- » duiroit le mélange des variétés? Voilà une question » bien intéressante. » b’ Y O R ï S H IK î, 455 convaincu en Yorkshirc , d’après l’expèrience, que les variétés nouvelles, Introduites au moyen de la graine, ne sont point sujettes à la frisole’e (1). (1) Ce fait n’est pas suffisamment constaté. Cette maladie a paru il y a quelques années, avec plus ou moins d’effet, dans toutes les parties de l’Angleterre, à ce que je crois. Dans quelques endroits, sa durée a été fort courte, et elle est déjà oubliée. J’ai observé un cas, et j’aurai occasion d’en parler dans la suite, où la guérison de cette maladie a été due, très-probablement, à l’introduction des nouvelles variétés. Il y a un fait très-remarquable à cet égard dans le Yorkshire. Les Morelands sont absolument affranchis ■ de cette maladie, tandis que la vallée en est encore infectée. Lorsqu’on tire les semences des Morelands, on évite la frisolée dans le district de Pickering la. première année ; mais si l’on continue à semer de la même sorte qu’on a recueillie, la frisolée rèparoît. La maladie est rarement sensible dans la première époque de la végétation ; mais à mesure que la plante croît, la frisolée fait des progrès. Les feuilles, puis les tiges se dessèchent et se rabougrissent comme si la sécheresse ou les insectes les affectoient. La plante ne meurt point cependant, mais ses progrès sont très- lents , et elle produit peu de pommes de terre. On a vu des champs presqu’entièrement perdus par cette maladie. Lorsque la frisolée est partielle, on dit que l’extraction des plantes affectées préviennent la communication ; et on dit aussi que les cultivateurs des Morelands se sont débarrassés de ce fléau par ce procédé. (A) AG-KICUX>TÜRE 454 Il V a dans ce district quelques cultivateurs inteiiigens , qui connoisseiit et pratiquent la culture des pommes de terre de graine. Yoici comment l’on s’y prend ordinairement : Lorsqxi’en automne , les baies commencent à tomber naturellement , on les ramasse à la main , et on les conserve dans le sable jusqu’au primeras. Lorsqu’on juge qu’il n’y a plus rien à risquer des gelées, on sème la graine dans du terreau bien prépare’; et dès que les plantes peuvent être transplantées sans les .gâter , on les transplante eu lignes , à distances égales , en terre de jardin , et on les tient sarcle'es pendant l’été. En automne , on les arrache. Les pommes de terre varient alors en grosseur depuis le volume d’une noisette jusqu’à celui d’une petite pomme. Au primeras suivant, on les replante ; elles donnent des tubercules de moyenne grosseur ; mais elles n’acquièrent tout leur volume qu’à la troisième ou quatrième an ne'e. Ce proce’dé peut s’abre’ger au moyen des serres chaudes. En semant la graine pendant l’hiver , on petit transplanter les plants dès qu’il n’y a plus de danger de gelée. Le volume des tubercules se trouve alors plus considérable dès la première année , et elles arrivent presque à leur perfection dès la seconde saison. 455 »’ Y O Tt K S II ' I U E. Les pommes de terre venues de graine sont un mélangé de variétés sans fin. Quelquefois on les séparé pour les planter chacune à part : souvent on les plante pêle-mêle, et sans distinguer les sortes. Lorsqu’on'choisit les variétés provenues do pommes de terre semées de graine , il faut faire attention à deux choses : la première , c’est la qualité' intrinsèque de la pomme de terre; la seconde , c’est la quantité de son produit. St l’on peut trouver ces deux avantages réunis, le choix est facile. C’est à des observations dirigées de cette manière que nous devons les diverses sortes de pommes de terre excellentes , qui sont connues dans les diverses provinces. Il faut observer toutefois , que certaines sortes sc plaisent dans certaines situations et certains terrains. Ce fait rend la culture des pommes de terre de graine d’une ressource plus grande; parce qu ? au moyen de ce procédé on obtient, avec une espèce de certitude, une sorte de- pomme de terre appropriée au sol et au climat. Mais , nous l’avons déjà dit , les variétés dégénèrent. Les sortes qui étoient réputées les meilleures', les plus profitables, dans le canton.; ont été abandonnées, parce qu’elles ne fen- doicnt plus en quantité que ce qu’on en planton. 456 À&RICÏÏ1THÏE Ceux qui ont suivi avec attention l’arraclie- ment des pommes de terre , ont observe combien elles varient en quantité' d’une plante à l’autre. La différence entre deux plantes voisines , et sur lesquelles la diversité’ du sol ne peut influer, est quelquefois de trois sur quatre. Il est donc évident que les variétés ont leur sous-variétés , au moyen desquelles il est extrêmement probable que la varie'te' favorite pourroit être perfectionnée , ou que la durée de sa supériorité, dans le canton pourroit être prolongée. Le cultivateur auroit ainsi entre ses mains le moyen de perfectionner une variété , ou , autrement dit, de faire un choix dans les sous-variétés pour les adapter à son sol et à la situation de ses terres. Tout cultivateur attentif doit sentir quelle différence il y a , en profit net , entre une pleine récolte , et une récolte médiocre de pommes de terre. La rente du sol, la semence, le travail sont les mêmes pour une mauvaise récolte que pour une récolte abondante : combien n’est-il donc pas absurde de propager une variété médiocre , tandis que les moyen de se procurer une variété productive sont si faciles, et les avantages si évidens. On cultive beaucoup de pommes de terre dans la vallée qui nous occupe. Quelles que d’yORKSHIRE. 457 soient les dimensions d’une ferme ou d’une propriété, on les y cultive en plain champ 5 et non pas comme dans plusieurs cantons du royaume , avec la bêche , mais à la charrue. Il y a un siècle entier qu’on les cultive de celte manière. Cela n’est pas particulier au Yorkshire , mais dans aucune province , je crois, l’usage de cultiver les pommes de terre à la charrue n’est aussi general. Il mérite donc quelques détails ; et il faut considérer séparément : 1. ° L’assolement dans lequel elles entrent. 2 . q Le sol et sa préparation. 3. ° L’engrais et la manière de l’appliquer. 4 . 9 La manière de semer ou planter. 5. ° Les procédés pendant la végétation. 6 . " La récolte. 7 . ° Les débouchés ou l’emploi de la récolte. 8 . ° Les effets de la production des pommes de terre sur le sol. Dans la pratique commune du pays , les pommes de terre servent de préparation à une récolte de blé ; on les regarde comme faisant l’effet d’une jachère d’été. On ne suit guères la méthode, adoptée dans bien des endroits , de semer les pommes de terre sur les prés rompus. On est cependant d’accord qu’elles réussissent mieux sur les terres nouvelles; c’esf l A O >1 r C U L T U R E 458 a-dire sur les terres qui n’ont pas été trop long-tems travaillées à la charrue. Autrelois on ne mettoit les pommes de terre que dans des bonnes terres légères et friables ; et peut-être que les sortes qui alors e'toient en faveur , exigeoient ce choix du terrain. Aujourd’hui on les met dans toutes les terres, parce que chaque variété' a son terrain favori. On observe néanmoins que quelle que soit la sorte que l’on cultive dans les glaises froides , on n’y recueille jamais des pommes de terre d’un goût agréable , et d’une substance légère. On rompt en hiver ou au printems , et on donne deux ou trois labours à la charrue et à la herse , comme pour les turneps. On rend le terrain aussi meuble que la nature de la saison où se fait ce travail peut le permettre. L’engrais ordinaire de cette récolte est toujours du fumier d’étable pailleux , que l’on dépose en tas auprès du terrain destiné tm plantage , et que l’on répand, à la quantité de vingt à trente charretées par acre. Autrefois on ne plantoit que des pommes de terres entières. En les - arrachant, on les divisoit en trois tas, les grosses, les petites , et celles pour planter , qui étoient les moyennes. Aujourd’hui l’usage est de couper les moyennes en deux , et les grosses en trois ou quatre por- d’y o r k s h i b. e. 45g tions ; mais on a soin cependant de laisser les morceaux plus gros qu’on ne le fait dans d’autres cantons, où l’on coupe quelquefois une pomme de terre en sept ou huit tranches qui n’ont qu’un oeil chacune. La raison que l’on donne pour faire les morceaux gros , c’est de faire acquérir aux jeunes plantes , dès les premiers tems , une habitude de vigueur qui se soutient ensuite ; et le motif que j’at entendu alléguer en faveur des grosses pommes de terre , de préfe'rence aux petites , pour planter, c’est que probablement elles en produisent plutôt des grosses , que ne font les petites. Il paroît que dans les deux cas c’est bien raisonner. Lorsque la semence est prêle , on donne Je dernier labour. Dans ce labour , on sillonne la terre par raies, distantes de deux pieds et demi à trois pieds , selon le jugement ou la fantaisie du fermier. Cette opération se fait avec une charrue ordinaire. Un cîieval suffit, si le sol est très-meuble ; sinon on en met deux de file pour ne pas gâter les raies , que l’on fait étroites, et aussi nettes qu’il est possible. Des lemmes, ou des enfans, jettent les pommes de Verre, ouïes quartiers , dans ces raies à douze ou dix-huit pouces de distance. Si l’on est borne pour l’étendue du terrain, la distance d’un pied 46o AGRICULTURE est suffisante $ mais si l’on a beaucoup de terrain , en proportion des pommes de terre que l’on veut planter , plus on les écarté et plus grand est le produit, en raison de la semence , toutes choses d’ailleurs e'gales. Pendant qu’une partie des ouvriers re'pand les pommes de terre , une autre partie est occupée à transporter le fumier sur des civières. On l’ètend re'gulièrement dans la raie ouverte, ou bien on l’applique par petites portions à chaque pomme de terre. Ceci peut paroître un ouvrage lent et fastidieux. Il est assurément sale, mais il n’est pas aussi lent qu’on l’imagineroit. Si les charretées de fumier sont distribue'es en trois ou quatre petits tas , placés convenablement, cinq ou six femmes suffisent à planter et fumer un acre dans une journée. La charrue termine l’ouvrage. C’est, ou une charrue ordinaire qui renverse dans la raie la terre déplacée, ou une charrue à double versoir qui refend les intervalles, et laisse le sol en billons sur les pommes de terre. Dès que les plantes paroissent , on herse dans le sens des billons , pour arracher les mauvaises herbes qui poussent sur le haut des billons , et étouffer celles qui croissent dans les raies, eu jetant de la terre dessus. Peu de tems après , on passe la charrue dans les in- D ’ Y O R K S II I R E. 46i tervalles , et on nettoie les plantes à la houe. Quelques semaines après , ces deux operations se répètent. Quelquefois on butte encore, à la main , chaque plante, et on arrache la mauvaise herbe. Par ces procédés, la terre peut être nettoyée aussi efficacement des mauvaises herbes qui viennent de graine, que par une jachère complète ; et assurément tout homme qui regarde à son intérêt et à la réputation de bon cultivateur , doit éviter ce qui se fait quelquefois, c’est-à-dire, de laisser sa récolte de pommes de terre croître parmi le chiendent et les chardons. Autrefois on arraclioit les pommes de terre à la charrue , et ayant soin de faire passer le soc au-dessous des racines. Mais, à moins d’un soin particulier, le soc coupe beaucoup de tubercules, et la charrue en enterre un grand nombre. II falloit sans cesse repasser, et on ne parvenoit pas à les recueillir toutes. Aujourd’hui celte méthode est abandonnée : on arrache les pommes de terre avec la fourche de fer dont on se sert pour le fumier. Cet instrument remplit très-bien l’objet ; et le travail n’est point aussi lent que si tout le terrain étoit garni. Dans les billons , chaque plante est distincte , et se trouve déchaussée de trois cotésj en sorte qu’en enfonçant le trident au- A G n i C V L T V R E 4 62 delà de la grappe des racines , on en dégagé d’un seul coup toute la masse. On conservoit autrefois les pommes de terre dans des creux profonds, ou dans les bâtimens, en les entourant de paille. Il s’agit de les préserver de l’humidité’ et de la gele'e , et on a trouve' qu’on n’y re'ussissoit pas toujours de cette manière. L’usage qui prévaut maintenant c’est de les ranger en longs tas sur les champs, et de les recouvrir de terre qu’on dispose en toit, ou double talus. Dans ce district , on n’envoie au marche' , en fait de pommés de terre, que les semences du printems. La plus grande partie de la re'- eolte s’emploie à engraisser les cochons : on en donne aussi quelquefois aux vaches. Dans la ; artie basse de la valle'e de York , on s’est mis dans l’usage d’engraisser le bétail avec des pommes de terre. Je ne crois pas qu’on hes donne autrement que crues, en les entremêlant de foin et de farine d’orge. La manière d’engraisser est la même qu’avec les turneps. Je n’ai pas eu l’occasion de m’assurer avec exactitude du profit que pouvoit fournir un acre de pommes de terre applique' à l’engrais des bestiaux. L’effet de la culture des pommes de terre sur la re'colte qui leur succède , est un objet D ’ Y O R K S H I n E. 465 de controverse parmi les cultivateurs. Les uns affirment qu’clles nuisent aux grains et aux foins artificiels qui succèdent ; les autres soutiennent qu’elles sont une bonne préparation pour les grains , et qu’elles ne nuisent pas aux près. Peut-être pourroit - on accorder tout le monde. La pomme de terre contient assurément une grande quantité de substance nourrissante, et sous ce rapport , elle doit épuiser le sol. Mais ce n’est pas seulement la quantité' de substance végétale, enlevée par cette re'colte, qui produit l’épuisement. Elle laisse le sol dans un état de friabilité et de fertilité qui cause d’abondans produits. Le cultivateur, prenant avantage de cette prodigalité de la terre, fait succéder les récoltes de grains -, et lorsque le sol ne rend plus selon ses espérances déraisonnables , il le met en pré. Faut-il s’étonner si, alors , la terre se trouve épuisée? Lorsqu’au contraire , on se contente d’une ou deux récoltes de grains après la récolte de pommes de terre , et que pendant que le sol est encore dans un état de fertilité (1), on le (1) Il est difficile qu'après deux récoltes de grains, uou fumées qui succèdent aux pommes de terre, le 464 AGRICULTURE remet en pré, la récolte des pommes de terre paroît ( au moins aux observateurs communs ) favorable aux récoltes qui succèdent. Il suit de là qu’une terre qui a produit des pommes de terre doit être promptement remise en pré , ou bien doit être refumée convenablement pour balancer l’effet de l’épuisement qu’elle a éprouvé. On peut considérer de la manière suivante la valeur des pommes de terre, comme récolte préparatoire, et comme moyen d’engrais pour les bestiaux , par comparaison avec les turneps et les choux. Les pommes de terre soét plus nourrissantes que les turneps et les choux ; et ceux qui en ont fait usage assurent qu’elles engraissent plus promptement le bétail. On les met aisément à couvert de la gelée, et elles fournissent ainsi terrain soit dans un état de fertilité. Si l’on veut se faire une juste idée de la faculté épuisante des pommes de terre, dans certains terrains et certaines circonstances, il faut étudier les belles expériences d’Art. Ydung. Elles fournissent une présomption très-forte, que, pour l'ordinaire, les pommes de terre sont une récolte exrêmement épuisante. Mais cela n’empêche pas que dans certains cas, l’ameublissement de la terre, et la grande quantité de l’engrais qu’on leur a appliqué, ne fassent plus que balancer cet effet. «ne d’yorkshire. 46 une ressource plus sûre, pendant l’hiver, que les turneps et les choux, qui sont sujets à périr par les alternatives de gelée et de dégel. Les turneps, en particulier, lorsqu’il y a beaucoup de neige , sont très-difficiles à re'colter ; il est même quelquefois impossible de le faire. Si les turneps et les choux survivent aux rigueurs de l’hiver , ils occupent le sol dans un moment où il importeroit de le préparer à la recolle qui va suivre; au Heu que les pommes de terre, conservées avec précaution , sont une nourriture qu’on peut continuer aux bestiaux, jusqu’au moment où l’herbe du printems est assez haute pour achever leur engrais en pâture. D’un autre côté, les pommes de terre sont d’une culture désagréable : lewr plantation est un ouvrage lent et sale, ainsi que leur arrachement, surtout dans les automnes pluvieux , et dans Jes terres tenaces et humides. Enfin , dans les terres légères , elles demandent une si grande quantité de fumier, que dans les situations ordinaires, il est impossible de les cultiver sur une grande échelle. Tout considéré, et en raisonnant d’après les connoissances positives dont je suis actuellement en possession , il me p'aroît évident que chacune de ces trois récoltes a de grands avan- To;we i. G g 466 AGRICULTURE tages dans les terres qui lui sont particulièrement propres. Une glaise tenace qui n’admet ni les turneps, ni les pommes de terre , est singulièrement propre aux choux. Un sol léger, aride , peu profond, ne convient ni aux pommes de terre ni aux choux j mais avec une bonne agriculture , on en tire un grand parti, au moyen des turneps (1). (i) Il me paroît que c’est aller trop loin que (l’exclure les pommes de terre des glaises tenaces et des sols légère, peu profonds. Je sais par expérience qu’avec les soins convenables on a de belles récoltes de pommes de terre dans ces deux terrains de nature opposée : surtout lorsque le sol n’a pas été soumis à la charrue depuis un grand nombre d’années. Si les pommes de terre ne pouvoient se cultiver que dans les très-bons terrains, et avec beaucoup d’engrais, leur ressource seroit peu considérable. Elles offrent en particulier un avantage d’une grande importance, qui ne ressort point dans le détail quel auteur donne: c’est de réussir très-bien sans fumier sur les prés rompus, et de contribuer par la culture qu’elles exigent à consumer le gazon, à ameublir et à mûrir la terre pour une récolte de grains ou de Fèves. Dans le canton dont il est ici question , le colza sur les prés rompus, donne plus de profit. L’auteur nous paroît mettre trop d’importance au désagrément de la saleté du travail pour planter et récolter : on n’est pas obligé de manier le fumier à la main, comme en York- sliire; et en prenant son tems pour arracher les pommes D’Y O R K S H I R E. 467 Un lut profond , riche et le'ger , convient aux trois productions egalement ; mais les pommes de terre ont certains avantages particuliers qui les rendent dignes de beaucoup d’attention , et qui mérité qu’on en fasse un objet distinct d’expériences dans les bonnes terres. Lin, Depuis vingt ans , on a cultivé beaucoup de lin dans la vallée. Les parties les plus riches sont assez propres à cette culture ; mais , soit que les meilleurs terrains soient déjà lassés de cette production , soit que les propriétaires aient mis des entraves à celte culture , il est évident qu’elle décline aujourd’hui*. Elle mérite cependant quelques détails. Nous n’avons qu’une espèce de lin cultivé , c’est le linum usitatissimum. La variété qui de terre avant les pluies d’automne, ce qui est convenable sous plus d’un rapport, ce n’est point un ouvrage sale. Enfin l’auteur ne fait pas entrer en ligne de compte l’avantage qu’a cette récolte d’être à l’abri des blanches- gelées , des grêles, des pucerons, et de souffrir moins de la sécheresse que les deux autres. La pivre et les vers de hannetons, qui quelquefois diminuent beaucoup la récolte des pommes de terre, sont des fléaux rares, si on les compare aux pucerons et aux autres accidens des tuvneps et des choux. 468 ACftlCUIiTURE prévaut daps le canton est le lin bleu , ou plombe. Le sol qui lui convient , est une terre riche et sèche. Le lin ne peut, je pense, être cultivé avec profit que dans un lut gras , sablonneux , et profond. Les prés rompus , dans des terrains de ce genre , sont ce qui convient le mieux à celle cultüre. Il réussit cependant quelquefois dans les terres que la charrue travaille depuis long-tems , pourvu qu’elles soient en très-bon état , bien ameublies , et nettes de mauvaises herbes. On ne laboure presque jamais qu’une fois pour le lin , soit qu’on le sème sur un pré rompu , ou sur une terre en pleine culture. Dans le dernier cas, c’est néanmoins une pra> t;que défectueuse : il convient alors de préparer la terre par une jachère d’été. On ne met presque jamais d’engraisen semant le lin. Ce qui importe principalement , c’est que la surface du champ soit, aussi unie qu’une terre de jardin. Il faut que le sol ne soit ni trop sec ni trop humide. La quantité de semence est de deux bushels par acre. On la recouvre souvent au râteau , après que la herse a passé. Un léger rouleau achève l’opération. L’arrachement de l’herbe est d’une grande importance à cette récolte : il faut le faire avec d’y ORKSHIKE. 469 le plus grand scrupule ; il est, par conséquent, bien avantageux d'avoir nettoyé la terre par Une jachère avant de semer. Si la sécheresse prend la re'colte , et qu’elle fasse deux levées , les tiges se bifurquent ; et la même chose arrive quand le lin est clair : dans les deux cas , la récolte est mauvaise. La nature de cette plante est telle, que lorsqu’elle a de la place dans le bas de sa tige , ou lorsqu’elle est parvenue à dominer les plantes voisines , elle pousse des branches latérales , et perd sa tendance à monter. Or, la valeur d’une récolte de lin dépend absolument de ce que les plantes n’aient qu’une tige , depuis la racine jusqu’à la graine. A quelle hauteur que la bifurcation de la tige s’opère , là se termine la longueur du lin. Les petits rameaux sont absolument inutiles ; et la lige elle-même se met au rebut lorsqu’elle est trop courte. Il est donc nécessaire d’obtenir une récolte pleine, égale et épaisse. Les petites mottes de terre qui se trouveut sur la surface en semant, font glisser les grains de semence, et empêchent .la parfaite égalité de la levée. Si-après avoir semé, on ne,brise pas parfaitement les petites mottes au rateau et au rouleau , les germes qui ne peuvent pas les percer, se développent circulaircment à l’entour ; et il reste ainsi des 470 AUKICÏÏLTU1E vides qui favorisent la ramification qu’on doit craindre. La nature de la plante étant telle que nous l’avons expliquée , toutes les fois qu’il se fait deux leve'es , la re'colte est mauvaise. Les plantes de la pemière leve'e étouffent de leur ombre celles de la seconde ; celles-là se ramifient, et celles-ci ne s’élèvent point; eu sorte , qu’à la re’colte, on arrache les plantes hautes sans pouvoir saisir les plantes basses : elles reslent sur pied , et inutiles. Ainsi donc , quand l’on sème par la sécheresse , la récolte est souvent perdue. La sécheresse n’est pas le seul ennemi du lin. La re'colte est souvent endommagée par les gelées du printems ; et la plante , lors même qu’elle a cinq ou six pouces de haut, est sujette à être attaquée par un petit limaçon blanc qui mange toutes les feuilles, et fait plier la tige , par son poids , jusqu’à terre. Lorsqu’au moment d’arracher la mauvaise herbe , la récolte de lin ne s’annonce pas pour bonne, il est plus profitable de n’y pas faire de nouveaux frais : une récolte de turneps ou de colza, dans le même terrain , rendra beaucoup plus que ne peut faire une mauvaise récolte de lin. C’est à la fin de Juillet, ou au commence- ( d’ Y O K K S H I K ï, 471 ment d’Aoùt, que l’on récolté le lin en York- sliire. Si l’on veut avoir du lin de première qualité', on prend le moment où la graine est formée , sans être mûre. Si on la laisse mûrir , la qualité du lin est moindre, les filamens sont moins souples, et la toile qu’on en fait ne se blanchit pas bien. La récolte se fait en arrachant à la poignée , les plantes que l’on saisit par le haut : elles se cassent ordinairement vers la racine. Tandis qu’on arrache d’une main , on rassemble les poignées dans l’autre; jusqu’à-ce qu’on en ait tout ce qu’on peut tenir des deux mains : on lie alors cette petite javelle avec des plantes chétives. On rassemble ces javelles en tas , et on les transporte immédiatement dans la mare à rouir, où on les fait tremper en les chargeant de gros gazons. Cette immersion doit être complète , et non interrompue ; car le lin qui n’a pas trempé constamment est d’une qualité inférieure. L’immersion dure plus ou moins long-tems selon la température et d’autres circonstances. Il faut qu’il soit suffisamment amolli, sans être pourri: il faut de la pratique pour saisir ce point convenable. Il trempe ordinairement dix jours , quelquefois jusqu’à quinze. En le tirant de la mare , on l’e'tend sur un 472 AGRICULTUB. 13 pré. La règle que l’on suit , pour qu’il ne soit pas trop e’pais, c’est qu’il couvre autant de terrain qu’en occupoit la recolle. Il demeure sur le pre jusqu’à-ce que les filamens de l’écorce se séparent aise'ment de la tige , sans que leur couleur soit altére'e. La duree de ce séjour , comme celle de l’immersion , varie donc selon la température, et doit être réglée d’après l’ins- pection journalière d’une personne qui ait l’expérience de la chose. Si, lorsque le lin est parvenu à ce point, le tems se trouve pluvieux , on le rassemble par petits tas en pain de sucre , jusqu’à-ce qu’on puisse le transporter sec , et le mettre à couvert pour le teilîer. Il y a des gens qui font métier de teillcr le lin, et qui vont-de ferme en ferme, dans la saison où cette opération se fait. Elle s’exécute avec un instrument de bois, au moyen duquel on brise les liges , et sépare leurs fragmens des filets de l’écorce. Les peigneurs enlèvent ensuite tous les petits fragmens de tige qui peuvent être restés; ils séparent les étoupes , et disposent le lin en paquets pour la vente. Le teillage se fait au poids. Le prix varie selon la qualité du lin. Celui qui est court et dur coûte plus cher à teillcr. On paie de dix- huit pence à deux shellings pour i4 livres , I) ’ Y O R K S TI T U E. ^0 outre le logement et la nourriture. Cinq quintaux de lin par acre sont une récolté moyenne» D’après le peu de details que nous venons de donner, on voit que la valeur de la récolté dépend de la longueur des tiges, et celte longueur, de l’égalité et de l’épaisseur delà récolte. Il faut que les tiges soient longues, droites, et déliées. Trois pieds sont une bonne longueur, et le diamètre d’une plume de corbeau, une bonne grosseur. Une tige mince donne plus de fiîamens qu’une grosse , et par conséquent, on doit désirer une récolte haute et épaisse. Mais , à moins que la terre ne soit riche, une récolte épaisse ne peut pas s’élever suffisamment, c’est donc une véritable folie que de semer du lin dans une terre médiocre. Da ns un sol convenable, en semant épais et fort égal , et avec une saison favorable , une récolte de lin peut être d’un très-grand profit. Mais cette culture n’est pas sans ses désavan- ' tages, La récolte vient au moment des moissons; et cette plante passe pour épuiser beaucoup la terre, surtoutlorsqu’on laisse mûrir la graine (t). (i) Lorsqu’on recueille la graine, on laisse sécher les javelles sur le champ, on transporte la récolte à la grange pour la battre, puis on la met macérer dans l'eau comme si elle n’avoit pas été battue, pour la rouir. 4y4 AGRICULTURE Sa culture doit donc être borne'e aux cantons de riches prairies , où les récoltes des grains forment un objet secondaire, et où l’épuisement qui résulte du lin est plutôt un avantage, parce qu’il corrige la disposition du sol à donner des récoltes prodigieuses en paille , et fort médiocres en grain. On voit aussi que la conduite de la récolte de son produit demande beaucoup de jugement et d’expérience. On ne doit donc pas s’aviser d’entreprendre cette culture en grand sans avoir des renseignemens très-précis sur la manière dont elle est pratiquée dans les pays où on la connoît le mieux , ou sans s’être procuré une personne qui entende , par une longue expérience , tous les détails qui y sont relatifs, Mais un cultivateur sage commencera toujours par s’assurer, dans des expériences en petit, si son terrain est suffisamment riche pour donner la Certitude morale d’une récolte profitable. Tabac. Il y a quelques années que l’on se mit à cul- 1 tiver le tabac dans les vallées de Pickering et de York. Le principal cultivateur de la première de ces vallées avoit été employé dans des plantations de tabac en Amérique. Il conduisit celte culture avec intelligence , et donna au d’yORKSHIRE. 475 taba'c récolté toutes les préparations ne'cessaires, jusqu’à le hacher même pour l’usage des fumeurs. L’administration n’en prit pas connois- sance ; mais, dans la vallée de York, les cultivateurs du tabac ne furent pas aussi heureux. Leur recolle fut saisie, brûlée , ils furent mis à une grosse amende et emprisonnes (1). Cela arrêta la culture illégale du tabac; mais il est fâcheux que cela effrayât même ceux qui le cultivoient dans les bornes permises par la loi, et pour les objets relatifs à l’art vétérinaire. L’etendine de terrain qu’il est permis d’appliquer à celte culture est, je crois, d’environ quinze yards carrées. Cette e'tendue , bien soignée , suffit aux besoins vétérinaires d’une ferme. Cette plante peut être d’un grand secours dans les maladies de la peau soit des moutons , soit des bêtes à cornes. Je dirai donc ce que j’ai eu occasion d’observer sur les details de sa culture en 1782. L’espèce etoit probablement la nieotianét rustica, ou le tabac Anglois , ainsi nomme' parce que c’est la première espèce qni ait e'te' connue en Angleterre. Les semences , achetées à Londres , furent (1) L’amende pour la culture du tabac revient à if>o» livres sterl. par acre. (A) 476 AGKICUIiTUB. E transmises d’un cultivateur à l’autre.' Le semis des plantons se fit dans de l’excellent terreau , au mois d’Avril , et aussitôt que le tems fut assez chaud pour faire ve’ge'ter la graine. Dès que les plants furent assez forts pour la transplantation , ils furent plantes en quinconce , à un pied de distance , en tout sens. Ou leur donna, à la main , des cultures soignées , et on eut l’attention de les maintenir exempts de mauvaises herbes. En automne , quand les fleurs commencèrent à tomber , on coupa les feuilles pour les sécher à l’omhre. Lorsqu’elles furent sèches, on en fit un choix , et on les renferma dans clés barils, où elles furent pressées en masse. Il paroît qu’un sol très-riche et très-chaud est nécessaire pour que le tabac puisse arriver à sa maturité dans ce pays-ci ; car comme le printems de 1782 avoit été tardif, les plantes ne purent pas mûrir avant les gelées d’automne. Cependant, avec la ressource des couches et des serres chaudes , on peut avancer suffisamment les semis du printems pour que la récolte puisse se faire avant les gelées d’automne. Foins artificiels. Les plantes cultivées dans ce district du d’yorkshire. 477 comté de York , pour foins artificiels , sont : Le trèfle , de quatre espèces , savoir trifolium pratense ( le trèfle à fleurs rouges ) 5 trifolium repens (le trèfle à fleurs blanches); trifolium agrarium, et trifoliumpracumbens. Le ray-grass ou lolium perenne ( l’ivraie vivace. > Le IIolcus lanatus (houlque laineuse ). Le plantago lanceolatus (plantain lancéolé). Lé sainfoin. Ces diverses plantes-^te cultivent soit ensemble , soit séparément , selon les circonstances. On peut distinguer , en général , les prés artificiels, qui en résultent, en prés annuels, et en prés durables. Les prés annuels , qui à présent sont en usage dans une grande partie de l’isle , et les prés bisannuels qui sont de la pratique de Norfolk , n’entrent point dans la culture de Yorkshire. On fait souvent servir la jachère de préparation au blé. Il est rare que l’on fasse précéder celui-ci par le trèfle : les cultivateurs imaginent que le trèfle produit de l’herbe dans le blé qui succède. Assurément si la terre est empoisonnée de chiendent lorsqu’on sème le trèfle , la récolte de blé qui suit, étant faite sur un seul labour, est souvent gâtée par l’herbe. II n’y a pas de 478 agriculture plus mauvaise ope'ration que de semer du blé sur un trèfle empoisonne de gramen ; mais ce n’est pas là un argument contre les pies annuels. Si la terre est nette lorsqu’on sème le trèfle, elle ne produira pas mieux du chiendent que des cannes à sucre (1). . Il faut remarquer cependant, que dans un pays de pâturages, on a moins besoin de trèfle que de blé y et dans, les parties de la vallée où la terre est fr profonde , il est peut-être assez convenable ^v/'dure cette récolte. Mais (1) C’est peut-être trop dire. Il arrive quelquefois que la sécheresse du printerus empêche le trèfle de lever., et qu’il y reste de grands intervalles vides. Si cela a lieu dans une terre qui produit spontanément les gramen, (comme on le remarque dans les bonnes terres légères) les intervalles du trèfle se remplissent d’herbe ; et le blé qui succède est sale, quoique la terre fût très- nette quand le trèfle a été semé; nous avons souvent eu occasion de le remarquer ; un beau trèfle est suivi d’un beau blé ; et ordinairement un trèfle clair est suivi d’une foible récolte de froment. Ce fait montre les très-grands avantages qu’il j a dans la réussite du trèfle : elle assure beaucoup de fourrage, beaucoup de blé, et la propreté des terres. Ces considérations forment, pour le dire en passant, un argument très- fort en faveur de la culture dans laquelle on sème le trèfle avec l’orge , et non pas sur le blé ; parce que sa réussite est incomparablement plus assurée. Voyez la culture de Norfolk. d’yorkshire. 479 dans les terres légères et sèches qui occupent la lisière des hauteurs , le long de la vallée , les trèfles rendoient incomparablement davantage que les prés arides qu’on y voit. La culture de Norfolk me paroîtroil singulièrement avantageuse dans les terrains qu’on nomme high dows , dont les parties les plus productives ne devroient jamais porter plus de deux récoltes de grains, ou de foin, successivement. Autrefois , dans ce canton-ci , comme dans d’autres parties du royaume , on mettoit les terres en pré par la seule cession des labours. Quand le terrain ne vouloit plus donner de grains on le laissoil, ce qu’on appeloit, reposer, c’est-à-dire en friche (1). Pendant plusieurs années , la terre ne produisoit que quelques mauvaises herbes. A la longue cependant, le sol se gazonnoit 5 et au bout de vingt ans , peut-être , on faisoit une récolte de foin. Avant qu’on connût dans notre isle les foins artificiels , ce procédé barbare ctoit, jusqu’à un certain point excusable ; mais il est permis de s’étonner que pendant un demi-siècle , les foins artificiels aient été cultivés en Norfolk, (1) Il y a encore des cantons en France et en Suisse ou cette triste méthode est suivie : c’est la culture des igttorans et des paresseux. t 480 agriculture sans que , dans les autres parties de l’isle , on s’avisât d’imiter cette culture. Il y a trente ans qu’on ne savoit pas dans la valide de Pickering, ce que c’e'toit que des foins artificiels^ on s’en fioit absolument à la nature pour creer les près ; et encore aujourd’hui , on trouve çà et là quelques personnages qui ne sont pas pour les foins artificiels (t). C’est assurément un fait curieux, que tous les près bien gazonnés qui existent dans cette valide , sont l’ouvrage de la nature. Il n’y a rien de plus riche, en produit comme en variété de plantes , que ces près naturels. C’est encore un fait certain qu’il n’existe ici aucun prd qui ait die semé en graines de foins artificiels , et qui soit bien gazonne , mais cela ne prouve rien contre la cullur.e des près artificiels. Si sur un sol e’puise par les grains , et déjà rempli de mauvaises herbes par defaut de bons labours , on répand de la poussière de foin , on y multiplie les mauvaises herbes de toute espèce. Si, ensuite , on fauche toutes les années, sans rien y mettre , il n’est pas (t) Ce fait n’étonnera pas ceux qui ont eu occasion cl’observer l’invincible opiniâtreté des paysans, dans leurs notions et leurs habitudes de culture. étonnant d’yorxshire. 48i étonnant que le gazon, au lieu de s’épaissir, s’éclaircisse avec le tems , que la récolte produite soit de plus en plus chétive , et qu’enfin il devienne ne'ccssaire de remettre la charrue dans un tel terrain. Si, au contraire, dans un sol naturellement propre aux prairies , bien net et bien en état , on sème de bonne graine de foin artificiel; si, pendant quelques anne'es , on fait pâturer le pre' au primeras , pour le couper ensuite au mois d’Août , on aura la certitude de faire un pre’ excellent, et sans perdre une seule année de produit. La durc'e d’un pre' de'pend beaucoup de la nature du terrain , et de la manière dont il a été' tenu. Les terrains qui ont été semés en graines depuis des siècles, sont, toutes choses; d*ailleurs égales , plus propres aux prés que d’autres. Ceux-ci s’y maintiennent gazonne's et vigoureux pendant long-tems , lors même que la qualité du sol n’est pas très^-favorable aux prairies. Quelques-uns des . prés de la vallée ont environ un siècle d’ancienneté ; et quoiqu’on les fauche tous les ans, sans les pâturer, ils se soutiennent dans un état florissant ; non pas tant, je pense à cause de la manière dont ils ont été établis , que parce que ces terrnins 1 - Tome i. IJh f 48a agriculture îà avoient été long-terns travailles à la charrue auparavant (l). Je suis persuade neanmoins que la variété' et i’e'paisseur des herbes de ces près , vient principalement de ce qu’ils se sont formés naturellement, Mais lors meme qu’on admettroit que le produit est un peu augmente par l’extrême .épaisseur du gazon et la variété des herbes , il faudroiî avoir perdu l’esprit pour préférer cette méthode , dans laquelle on sacrifie au moins dix ans de récolte. Depuis quelque tems, l’art d’établir des prés durables a fait de grands progrès , dans ce district. Les cultivateurs judicieux déterminent le choix des plantes d’après les terrains et les expositions. Sur les hauteurs et les pentes calcaires, au midi, on préfère le sainfoin, qui y dure très-long-tems. Dans la vallée on sème d’autres graines de prés. La poussière de foin étoit autrefois en grande estime, et il y a encore des gens qui en sont (1) Il faudroit que l’auteur rendît compte du genre des amendemens qu’on applique à ces prés. Sont-ils arrosés ? Sont-ils de tems en tems couverts de fumier de basse-cour, d,e compost, ou de fumier d’étable ? Cela pourroit compenser largement l’épuisement du fauchage, et expliqueroil mieux leur longue durée que la supposition ci-dessus. D’YORKSHIRE, 485 partisans. Cette poussière est composée de toutes les graines , de bonnes et de mauvaises plantes , qui se trouvent au printems sous les tas de foin. On appelé encore graines de foin ( hay seeds ) une graine moins mélangée , qu’on obtient, par le battage, de l’herbe appelée meadow soft-grass (holcuslanatus). Mais cette poussière ou graine de foin est d’un usage très-défectueux : les cultivateurs entendus l’ont absolument abandonnée et le ray-grass a ac-r quis parmi eux la réputation que lui méritent ses qualités (1). Toutefois , le ray-grass a encore ses ennemis. Mais ceux qui n’en sont pas partisans , ou ne le connoissent réellement pas , ou ont été malheureux dans leurs expériences. Si, comme cela arrive souvent, la graine du ray-grass est sale , l’herbe est d’une qualité médiocre. Si, au printems, on le laisse monter avant d’y mettre le bétail en pâture , la tige se durcit, et il y en a une partie que les bêles ne mangent plus. Si on attend trop tard à la couper, le foin est d’une qualité inférieure. Avec des soins mal entendus ou des procédés (i) Ceux qui cultivoient le meadow soft-grass pour vendre la graiue , sont les seuls qui aient gagné à sa culture. (A) V 484 AC R I C IJ ÏI T O R E vicieux : le blë lui-même est une récolte quille donne point de profit : en conclura-t-on que le blë n’a pas de grands avantages ? La graine du ray-grass doit être vannëe avec le même soin que celle du froment. Lorsqu’on destine le ray-grass à être pâture, il faut y mettre les bêtes au printems , dès que la terre peut porter le bétail j et la distribution des enclos, en proportion avec le bétail , doit être tel que les bestiaux n’aient jamais à brouter une herbe trop longue. Lorsqu’on destine le ray-grass à être fauche', il faut le couper dès que les tiges sont à leur hauteur , et avant que les fleurs sortent. Lorsqu’on destine le ray-grass à porter la graine , on ne le coupe que quand elle est mûre ; mais dans ce cas , il ne faut pas s’attendre que les tiges feront du foin. Qui est-ce qui s’est jamais avise' d’espërer du foin , en laissant mûrir de l’avoine ou de l’orge ? Comme fourrage de printems , il n’y a incontestablement aucune herbe qui ne le cède au ray-grass ; et en automne il reprend sa qualité nutritive. Cette qualité , la quantité de son produit, et la facilité avec laquelle on recueille sa graine en abondance , font du ray- grass la plus avantageuse de toutes les plantes 'ïj’yorkshire. 425 graminées , dont la culture soit connue dans notre isle comme fourrage ( 1 ). Mais le ray-grass, comme beaucoup d’autres plantes de prés , végète très-peu pendant les mois de sécheresse ; et en conse'quence , lorsqu'il s’agit de pâturage , il ne convient pas de le semer seul. Il faut y mêler le trèfle blanc , ou quelqu’autre herbe d’été. Tout ce qu’on peut ajouter à celle-ci pour rendre un pâturage aussi durable , et aussi parfait qu’il est possible, c’est une ou deux gra- mine'es d’été, d’une qualité nourrissante et d’un grand produit, dont la graine puisse être aisément recueillie, et séparée de celle des mauvaises herbes. La fesluque élevée ou des près , ( fesluca elatior, oupratensis) ,meadou> fescue, remplit très-bien cet objet. Le paturin des prés ( poa pratensis ) mecidow poee , est encore une plante dont les qualités sont très-recom- mandables pour cet objet ; mais il est difficile d’en obtenir la graine pure : c’est bien véritablement une herbe d’été : elle fleurit tard, et supporte singulièrement la sécheresse. Je l’ai vu prospérer sur une muraille pendant tout (0 Voyez ce que j’ai dit du ray -grass dans la culture de MorfolL 486 AGRICULTURE .l’été. En 1786, pendant la plus forte sécheresse , cette plante fournit un exemple de l’étonnante faculté' qu’elle a d’y résister. Elle se soutint verte et vigoureuse dans le jardin de plantes de Mr. Curtis , tandis qu’autour d’elle tout e'toit brûlé. On a adopté , dans la vallée , le plantain à feuilles étroites ou lancéolé, comme une herbe d’été. Il est fort estimé pour les bêles à cornes et les moutons, comme pâturage. Les chevaux n’en font pas grand cas. En qualité de foin, il nuit à la récolte. II retient sa se've extrêmement long-tems; et lorsqu’il est tout-à-fait scc, il se brise , et reste sur le pré. Cette herbe a un •avantage particulier : c’est qu’on peut en recueillir la graine très-pure. En petite quantité , cette plante est utile dans les prés. Il y a actuellement plus de vingt ans qu’on en a adopté l’usage dans le district, et il est toujours fort estimé , même parmi les cultivateurs qui observent et raisonnent. La quantité des semences, et le nombre des espèces , varient selon la fantaisie de ceux qui établissent des prés naturels. Les uns achètent les moins chères , et croient qu’une petite quantité suffit ; d’autres imaginent ne pouvoir en répandre trop , et choisissent avec soip les espérances assorties à leur sol. d’y.oïikshire. 487 Le pré de la plus belle apparence que j’aie eu occasion d’observer dans celte vallée , et qui appartenoit au meilleur fermier du canton r avoit été semé des graines suivantes : trèfle blanc quatorze livres , et quatorze livres de trèfle rouge j trèfle jaune, plantain lancéolé et raÿ- grass mêlés en quantité égale (l). Le mélange le plus ordinaire c’est un bushel (1) Ce mélange peut faire un pâturage très-abondant et très-durable. Le trèfle blanc qui y domine est une plante admirable pour le pâturage, soit par sa durée, soit par son abondance, sa qualité nourrissante, et la manière dont elle se maintient dans les sécheresses , mais elle ne s’élève que très-peu, et ne profite pas pour les prairies à faucher. En général, dans les cantons à prairies, l’industrie des cultivateurs Anglois se dirige principalement vers les moyens de rendre les prés très-productifs, comme pâturage : en France ce dont on s’occupe surtout, c’est de leur faire rendre beaucoup de foin. Cette différence essentielle, qui lient à tout le reste du système de la culture, concourt, avec la différence du climat, à expliquer comment certaines plantes de prés, singulièrement estimées en Angleterre, n’ont jamais eu en France qu’un succès médiocre. Pour juger une pratique d’agriculture, il faut la prendre avec toutes ses circonstances. On ne connoîtra jamais, par exemple, la véritable valeur du ray-grass si l’on ne le fait pâturer au printems par des bestiaux, dont il doit achever l’engrais. On s’en est dégoûté en France comme foin ; les Anglois le prisent comme herbe. 488 AGRICULTURE de ray-grass semé à part, pour quatorze livres de graines des quatre plantes ci-dessus. Cette quantité' de ray-grass est au reste, trop conside'rable. La quantité' moyenne entre un galon et un peelc de grain , est suffisante pour un acre, lorsqu’elle est vanne'e avec beaucoup de soin. Cela est conforme à la pratique de Norfolk. Le traitement des prairies pendant les premières anne'es est très-mal entendu ici, comme dans beaucoup d’autres parties de l’Angleterre. Laisser à la nature le soin de faire un pre’, et abandonner la terre à elle-même pendant une dixaine d’anne'es, n’est pas une pratique beaucoup plus vicieuse que de couper tous les ans un jeune pre' ,.sans y rien mettre. Dans le premier cas , on perd l’avantage présent pour un prolit à venir ; dans le second cas on sacrifie l’avenir au présent. Les fermiers à bien plaire , qui ne peuvent pas se fier au maître , ont quelque excuse pour en agir de la sorte 5 mais ils ne pensent pas que, par cette conduite , ils de'truisent la confiance du propriétaire, et se décréditent eux-mêmes. Les propriétaires de fonds tiennent en général beaucoup à leurs prés , et c’est avec raison, quoique la même terre en culture , pût peut- être rendre trois fois davantage pendant un certain tems\ d’yorkshire. 48g j’ai vu un exemple dans cetle valle'e , d’un pré rompu qui dans les re'coltes des trois premières années a donné la valeur de ce qu’il a voit coûté. Tout pré dont le sol n’est pas singulièrement fertile , et qu’on ne fume pas fréquemment, se ruine à la longue ( 1 ). Le gazon même des communaux sans cesse pâturés, s’éclaircit lorsqu’on les enclôt. Et cependant, il est plus sage, je pense , aux propriéteires de prairies , de les transmettre à leurs successeurs dans l’état où elles sont, que de permettre à leurs fermiers de les rompre , au hasard de la mauvaise gestion qui peut suivre , et dont il résultera que le fonds aura ensuite encore moins de valeur. Lorsqu’on n’a pas de moyen de prévenir l’abus, il vaut mieux refuser une facilité qui peut devenir dangereuse. Il en est des prés comme des haies : c’est le profit du fermier d’en tirer tout ce qu’il peut , et c’est l’affaire du maître de se défendre. Si , dans un fonds où il y a une juste proportion de prés et de terres arables, le fermier demande à rompre un pré peu productif, c’est un devoir du propriétaire envers la société que (1) L’auteur ne parle point des eaux : il paroît que tout ceci se rapporte aux prés secs. 4go AGRICULTURE de le permettre ; niais il est de son devoir envers ses héritiers d’exiger que le fermier remette en pre' la même étendue de terrain; et mon pas d’un terrain épuisé’ et sali par une succession de re’coltes de grains ; mais une terre en bon état, et purgée de plantes parasites, par des jachères complètes : enfin cette prairie ne doit pas être forme'c de graines mal choisies, ou mal nettoyées ; mais lorsque le fermier ne me'rite pas de confiance , ces graines doivent être choisies et préparées sous les yeux du propriétaire, aux frais du fermier. La conduite du pré pendant les premières années demande également la surveillance du maître. S’il permet que dans le premier hiver les moutons y pâturent, et que le gros bétail enfonce les plantes sous ses pieds; s’il permet que les jeunes plantes soient étouffées par celles qui montent en graines , ou que l’on fauche l’herbe du pré pendant les trois premières années ; si enfin , pendant les années qui suivent , il laisse faucher sa prairie deux saisons de suite, à moins que ce ne soit pour enlever les plantes parasites , il fait tort à la communauté , et à lui-même. Il faut bien entendre, néanmoins, qu’il n’est ici question que de prés qui doivent durer vingt, trente, cinquante ans, ou davantage; et non d’ Y O R ï S H I K E. 491 des prairies artificielles dont la duree ne doit pas se prolonger au-delà de six ans , au plus. Dans ce dernier cas, les foins entrent dans les assolemens des re'coltes arables, et ne demandent d'autres attentions que celles qu’on doit, en general , à la gestion d’un domaine. Les près en sainfoin , comme prairies durables, sont extrêmement inte’ressans pour les fermiers et les proprietaires. Le district qui nous occupe est très-favorable à l’étude de la culture du sainfoin. Il y a des terres où il réussit on ne peut mieux , et d’autres dans lesquelles on a essaye' à plusieurs reprises , sans succès. Le plus beau sainfoin que j’aie vu , étoit dans le voisinage de Malton. On dit que cette plante a rendu quelquefois jusqu’à trois char- rete’es de foin par acre : les sainfoins que j’ai vus m’ont paru devoir rendre autant. Le sol étoit un lut calcaire et sec , de dix à vingt pouces de profondeur. Le sol inférieur étoit rnarneux , à l’épaisseur de deux ou trois pieds, et au-dessous étoit un banc de roche calcaire. Cent grains de la terre de la surface dans le lieu dont il est ici question donnent vingt- cinq grains de terre calcaire. Cent grains de la marne inférieure , dans laquelle les racines du sainfoin pénétroient sans doute, donnent 4ga ACrRICUlTURE cinquante - neuf grains de terre calcaire (i). Dans les environs de Brompton, on voit de beaux sainfoins , mais non pas comparables , cependant, à ceux de Malton. Le sol est un lut loger , vraie terre de turneps et d’orge , dont la profondeur varie selon les lieux. Le sol inférieur est calcaire mêlé de pierres rouges, et repose sur une roche calcaire. Le sainfoin varie en beauté et en durée selon la profondeur à laquelle les racines trouvent le roc. Il dure environ vingt ans , un peu plus ou un peu moins, selon la profondeur du sol.... Dans le voisinage de Pickering, on a souvent essayé le sainfoin , et toujours sans succès , à ee que je crois. Les plantes levoient très-bien , mais ne donnoient pas même une première (i) On a pensé quelquefois que le sainfoin se nourrisson des pierres calcaires elles-mêmes, et non de la terre qui est dans leurs intervalles : et on a cherché à expliquer de celte manière la supériorité du sainfoin de Malton. Mais il paroît beaucoup plus probable que les racines tirent leurs sucs de la terre, surtout si l’on considère que cette terre est de la même nature que les pierres dont il est question. La surface supérieure du roc sur lequel repose la marne est composée de petites pierres réunies par une terre presqn’entièrement calcaire; en sorte que les racines ont suffisamment de quoi se nourrir, sans qu’on doiye avoir recours à la supposition ci-dessus. (A.) * B.' Y O K ï S H I K E, 4g5 récolté , et ne tardoient pas à dlsparoître toul- à-fait. En examinaut une pièce d’un terrain calcaire, qui avoit e'tè semé en sainfoin par mon père , cinquante ousoixante ansauparavant, je trouvai, dans un coin du champ, quelques plantes encore existantes. Pour reconnoître la nature de la terre qui pouvoit assurer une telle durée au sainfoin, en supposant que ces plantes eussent réellement existé depuis le moment où mon père avoit semé la pièce , je fis creuser à côté de deux plantes qui éloient à quelques pouces l’une de l’autre. L’une étoit extrêmement vigoureuse , sans être très-abondante en herbe 5 l’autre étoit dans un état de déclin , et sa couronne étoit à demi flétrie. Leurs racines pivotantes descendoient dans une direction verticale, et jeloient autour d’elles quelques fines radicules. Les racines de la pim- prenclle qui occupoit alors cette pièce , ne descendoient pas plus bas que deux pieds. A la profondeur de trois pieds , la racine de la plante malade se trouva pourrie. A quatre pieds, la racine de la plante vigoureuse , atteiguoit, le roc , ou plutôt les pierres détachées qui reposent sur le roc. J’observai avec une parfaite évidence la ma- 4g4 AGRICULTURE nière dont cette plante se nourrissoit par ses racines. Le pivot étoit une simple queue , ou cône renverse, de la grosseur d’mi roseau dans le haut, et d’une plume de corbeau dans le bas. Les radicules late'rales e'toient aussi de'lie'es que des cheveux, excepte la profondeur de deux pieds où quelques filets aussi gros que du fil sortoient du pivot pour pénétrer dans une mince couche de glaise de couleur pâle. A la profondeur de quatre pieds , j’observai une ramification du pivot, en plusieurs racines qui s’e’tcndoient presque horizontalement dans une couche de glaise très-pâle de trois ou quatre pouces d’épaisseur ; ce qui prouvoit que celte glaise leur fournissoit quelque principe nourrissant. Une seule radicule avoit essayé de descendre plus bas que cette glaise. En analysant les couches de glaise , et le terrain qui traversoit la racine pivotante , je m’assurai qu’il n’y avoit de terre calcaire que parmi la glaise, excepté quelques petites pierres à chaux , assez dures , qui se trouvoient parsemées dans le sol. Cent grains de la glaise supérieure (1) don- (ï) T/aulcur n’a parlé d’abord que de deux couches de glaise, et il en rappelle ensuite trois. Apparemment qu’à la surface même du champ il y avoit une Gouelie de glaise. v »’ YORKSHIRE. 4g5 nèrent sept grains et demi de terre calcaire. Cent grains de la couche du milieu donnèrent vingt-trois grains et demi; et cent grains de la couche inferieure , de laquelle la plante tiroit principalement sa nourriture en donnèrent vingt-neuf grains. De ces observations on peut conclure avec certitude que le sainfoin se plaît dans la terre calcaire; et on peut inférer avec beaucoup de probabilité qu’il ne sauroit prospérer dans les endroits où le sol supérieur et le sol inférieur se trouvent également dépourvus de terre calcaire. Dans une autre partie de la pièce dont je viens de parler, le roc s’élève jusqu’à environ dix pouces de la superficie du champ. La surface supérieure du roc est unie , et l’on n’y observe point de cette matière calcaire efflo- rescente que l’on voit dans d’autres endroits sur le roc de la même nature. Il ne paroît pas qu’il y ait un atôme calcaire dans ce terrain. On n’y voit pas une seule plante de sainfoin ; et probablement elles périrent toutes dès la première année. Il y a beaucoup de terres dans les environs de Pickering qui reposent sur le roc calcaire , et n’ont cependant, comme celle dont je viens de parler, aucunmélange de matières calcaires. 496 AGRICULTURE Cela peut expliquer comment le sainfoin n’y réussit jamais. Il y a néanmoins des cantons où le roc calcaire se termine à sa surface supérieure par une couche de matière efflorescente grisâtre qui recouvre les pierres détachées, et que j’ai trouvée purement calcaire. Le sainfoin y réussiroit certainement. II peut y avoir de grandes étendues d’un tel terrain : et l’objet vaut bien la peine qu’on fasse des recherches. Jeter de la graine , et perdre peut-être deux ou trois récoltes , sur une simple supposition , est une véritable imprudence ; mais ce seroit un tems bien utilement appliqué que celui qu’on emploieroit à la recherche des terrains propres au sainfoin. L’avantage caractéristique de cette plante , avantage qui la distingue de toutes les autres productions , c’est qu’elle tire sa nourriture des couches inférieures à celles dans lesquelles la végétation exerce son activité ( 1 ). Elle (1) L’auteur oublie la luzerne, qui a éminemment cette qualité. Le sainfoin (ou esparcette) a un caractère qui lui appartient véritablement, et qui en rend l’usage extrêmement précieux : c’est qu’il réussit admirablement dans les terrains pierreux, graveleux, sablonneux, dans les pentes roides et arides, qui sans cela seroient absolument inutiles à l’agriculture. amené d’yorkshire. 497 amène à la surface , des substances ve'ge'tales qui , sans cela , seroient demeurées à jamais inutiles à l’agriculture ; elle apporte au cultivateur des trésors qui, auparavant lui éloieut aussi inaccessibles que s’ils eussent été confinés au centre de la terre. Tandis qu’il recueille annuellement le foin le plus nourrissant que l’agriculture nous ait fait connoître , sa terre, loin de s’épuiser, (l) prend des fo'rces nouvelles pour produire ensuite une succession de récoltes de grains; et en outre de ces avantages, le cultivateur a le profit dés engrais produits par vingt ou trente récoltes de fourrage (2). Foins naturels. On peut distinguer dans cette partie de la province , trois espèces de prairies. (1) En effet, loin que le sainfoin épuise une bonne terre, il donne, ainsi que le trèfle, à un mauvais terrain , la faculté qu’il n’avoit jamais eue, de porter de beaux blés. (2) Il paroît que l’auteur ne calcule jamais qu’une coupe de sainfoin. Dans notre climat il en donne jusqu’à trois, ainsi que je l’ai éprouvé moi-même : il est vrai que la première est de beaucoup la plus abondante. A la seconde ou à la troisième coupe , succède un excellent pâturage. Les moutons y trouvent à manger jusqu’à la fin de décembre; mais leur dent tue la plante si l’on les laisse brouter trop ras. Tome 1. Il 4g8 AGRICULTURB i.° Les prairies basses, ou humides. 2 °. Les prairies moyennes. 3.° Les pâturages secs. Les premières se nomment, dans la langue du canton , ings ou car. Elles sont situe'es dans le voisinage des rivières, ou des ruisseaux; dans des lieux plats, et sujets aux inondations. Le terrain est une glaise froide et tenace , recouverte quelquefois d’une terre ve'ge'tale noire, qui est probablement le dépôt des eaux, avant qu’on leur eût procure' un e'coulement. Ï1 est probable que ces prairies basses ont été fauchées d’année en année , sans interruption , depuis dix siècles. Yoici les plantes naturelles de ces prés que la charrue n’a jamais touchés : j’ai tâché de les ranger dans l’ordre de leur abondance , et j’ai suivi les dénominations de Linnæus. Onopordon acanthicum. Scabiosa succisa. Sanguisorba ojjîcinalis. Juncus arliculatus. Schænus nigricans. Cardamine pratensis. Betonica ojjicinalis. Rhinantus crista-galli. Valeriana dioica. Anemone nernorosa. Juncus ca/npestris. Orches. Carices. Holcus la- natus. Anthoxanthum odoratum. Poa tri- pialis, Agrostis canina. Briza. media. Fes- tuca duriuscula. Aira coerulea. Phleum nodosum. Orobus tuberosus. Lotus corni- d’yorkshire. 49g culatus. Hypochæris radicata. Sermtula tinctoria. Achillea ptarmica. Peusedanurn silaus. Vicia cracca. Polygala vulgaris. Pedicularis palustris. Spirœa ulmaria. Ly- thrum salicaria. Arundo calamagrostis. Car- duus palustris. Lychnis jlos-cuculi. Juticus ejf'usus. Juncus inflexus. Cineraria palustris. Dentaurea jacea. Achillea millefoiium. Par- nassia palustris. Cerastium vulgatum. Po- tentilla anserina. Avenu jlavescens. Lolium perenne. Cynosorus cristata. Festuca elatior. Agrostis alba. Alopecurus geniculatus. Festuca Jluitans. Aira cœspitosa. Lathyrus pratensis. Trifolium pratense. Lotus corni- culatus. Ranunculus acris. Ranunculus re- pens. Rumex acetosa. Angelica sylvestris. Comarum palustre. Chrysanthemum leu- canth. Flypericum quaclrangulum. Prudella vulgaris. Genista tinctoria. Scilix. Epilobium parvijlorum. Eriophorum vaginatum. Sper- gula nodosa. Pingricula vulgaris Lysi - machia nummularia. Menthœ. Polyganum hydropiper. Sium nodiflorum. Caltha palustris. Iris pseudacorus. Menyanthes tri- foliata. Equisetum palustre. Veronica bec- cabunga. Slcymbrium nasturtium. Le produit de ces près est beaucoup au- dessus du pair. On peut juger de la qualité' du 5oO AGRIGUIiTURE foin par la nature des plantes. La quantité' est peu considérable , même dans'les parties encloses. Il y a des espaces e'tendus où l’on ne voit que des joncs ou des roseaux. Le produit moyen est d’environ une charretée de foin sur deux acres. La rente est de cinq à huit shel. l’acre. Il paroît évidemment par quelques parties rompues et qui donnent du grain, que la stérilité' de ces terrains n’est pas due à leur nature , mais à une mauvaise économie. C’est un exemple qui prouve que , dans certains cas, il est très- mal entendu de s’obstiner à défendre aux fermiers de rompre les vieux prés. Il n’y a qu’un botaniste qui puisse souffrir que son terrain soit occupé par celte légion de mauvaises herbes que nous venons d’énumérer; et surtout le remède étant aussi facile qu’il l’est. Il ne s’agit que d’anéantir le gazon actuel pour en créer un nouveau : cela peut se faire avec profit, en prenant quelques récoltes de grain» dans une rotation bien entendue. Mais ni la situation ni le terrain de ces prés n’admettent une succession indéfinie de récoltes arables. Il ne faut employer celle-ci que comme un moyen de purger le sol de mauvaises plantes, et de leur substituer une herbe nourrissante et durable. Dans le cas dont il s’agit., cette régénération 5oi d’yoîikshïri:. des près est très-facile, parce que les commissaires des clôtures ont eu la sagesse de faire ouvrir un large et profond fosse’ de de'gorgement qui dessèche toutes ccs prairies basses , suffisamment pour la charrue. Chacun peut choisir aujourd’hui de continuer à recueillir très-peu de foin de marais, ou d’obtenir des récoltes de grains , suivies du rétablissement de très- bons prés. Combien n’y a-t-il pas aujourd’hui de milliers d’acres, dans le royaume , qui sont susceptibles de la meme amélioration ! Les prairies moyennes sont ces champs qu’on a laissé se gazonner d’eux-mémes , et à la longue , ainsi que nous l’avons vu. On choisit pour cela des situations fraîches, mais cependant des terrains suffisamment secs pour pouvoir porter le bétail pendant l’hiver. Le sol est une terre sablonneuse et riche , mélangée de quelques petites pierres , et il est aussi propre aux grains qu’aux herbages. Yoici les plantes qui peuplent ccs prés. Les douze dernières es-i pèces croissent , de préférence , dans le voisinage des haies. Cynosurus cristafa. Dactilis glomerata. Agroslis canina. Anikoxanthum odoratum. JIolcus lancitus. Briza media. Avena/lapes - cens. Lolium perenne. Poa trivialis. Poa an~ nua. Poa pratensis. Alopecitrus pratensis, 002 agrtculture Festuca elatior. Festuca duriuscula. Bromtis mollis. Avenu elalior. Avena pubesceris. Agrostis capillaris. Hordeum murinum. Jun- cus camp es tris. Plantago lanceolata. Trifa- lium pratense. Trifolium repens. Trifolium procumbens. Lotus corniculatus. Lathyrus pratensis. Vicia saliva. Ranimeul-us repens, Ranunculus ba’lbosus. Leonlodon laroxacum. Leontodon hispidum. Hypocœris radicala. Rhinantus crista galli. Retonica ojjicinalis. Cerasiium vulgatum. Talentia cruciata. Prundui vulgaris. Veronica chamœdrys. Ranunculus jacaria. Prirnula perds. Rellis perennis. Tîemcleum sphondyliurn. Centaure a jacea. Senecio jacobœa. Achillea rnillefolium. Rumex acetosa. Campanula rotundifolia. Plantago major. Vicia cracca. Vicia sepiurn. Ervum hirsulurn. Trcigopogon pratense. Agrimonia eupatoria. Germanium pratense. Malva sylvestris. Malva rolundi- folia. Chasrophylium sylvestre. Rumex cris- pus. Rumex obtusifolius. Urtica dioica. On compte communément que trois acres nourrissent deux vaches , de Mai en Octobre. Les meilleurs de ces près nourrissent, dans le même espace de tenis , une vache par acre , et les vaches sont très-grosses. Le produit en loin est d’une à deux charrete : es ( à trois chevaux ) 5o5 d’ Y O R K S II I ït E. par acre. Il est d’excellente qualité, et tous les bestiaux le mangent avec plaisir. La rente varie de trente sliellings jusqu’à trois livres sterling l’acre. Le pâturage d’une vache , pour l’été, coûte de quarante à cinquante sliellings. Avant que les terres fussent encloses , dans le district , les pre's ou pâturages secs etoient laboures nouvellement ou servoient accidentellement de pâturage aux bestiaux , surtout aux moutons. Ces pre's sont situes sur les hauteurs qui s’élèvent brusquement au-dessus de la valie'e. Le noyau de ces monticules est une roche calcaire quis’èlève quelquefois jusqu’à la surface du sol. On y trouve aussi des veines de gravier rouge. La terre végétale varie en profondeur : elle est mélangée de petites pierres rouges, et de débris de pierre à chaux. Les endroits où la terre végétale a deux ou trois pieds de profondeur sont aussi propres aux grains que quelque terre du royaume que ce soit. Voici les plantes qui garnissent le gazon de ces pâturages. Leoniodon hispidum. Plantago media. IJypochœris radicata. Leontodon taraxacum. Rhinanthus criftla-galli. Ch ry s an tfi em uni leucanthemum. Linum calharticum. Alche- rnilla vulgaj'is. Polygala vulgaris. Festueata duriuscula. Anthoxanthumodoratum. Holcus 5o4 AG-ntCULTUB.» lanafus. Apena flave cens. Briza media. Agrostis canina. Dactylis glomerata. Poa irivialis. Lolium perenne. Cynosurus cris - tatus. Poa pratensis. Phleum nodosum. Apena elatior. Festuca opina. Juncus cam- pestris. Carex saxatilis. Plantago lanceo- lata. Trifolium pratensç. Trifolium alpestre. Trifolium repens. Trifolium agrarium. Lotus corniculatus. Lathyrus pratensis. Orobus tuberosus. Antyllis vulneraria. Gallium perum. Carnpanula rotundifolia. Veronica cî\amœdrys. Euphrasiaodontides. Euphrasia (fficinalis. Valeniia cruciata. Cerastium vulgatum. Belonica officinatis. Prunella vul- garis. Primula péris. Ranunculus ficaria. Bellis perennis. Draba verna. Thymus ser- pillum. Potentilla reptans. Centaurea jacea. Ranunculus repens. Scabiosa arpensis. Sca- biosa columbaria. Scabiosa succisa. Bunium bulbocastanum. Achillea millefolium. Senecio jacabœa. Heracleum sfondylium. Orchis mascula. Orchis morio. Orchis ustulata. Po- terium sanguisorba. Origanum pulgare. Spi- rœa filipendula. Agrimonia eupatoria. Va- leriana ojjicinalis. Marrubium vulgare. Sa- nicula europea. Gentiana centaurium. Réséda luteola. Crépis tectorum. Stellaria graminea. Vitia cracca. Ervum hirsutum. b’ Y O n K S II IK E. bo5 Géranium robertianum. Géranium cicuta- rium. Sherarclia arvensis. Hieraceuin pilo- cella. Aphanes arvensis. Pteris aquilina. Carduus lanceolatus. Carduus nutans. Cardans eriophorus. Serrafula arvensis. Carduus palustris. Carlina vulgaris. Ononis arvensis. Posa spinosissima ( 1 ). Dans les années sèches , le produit de ces près n’est rien, ou presque rien. Année commune , ils rendent une demi-charretée de foin par acre. On compte deux ou trois acres pour le pâturage d’une vache pendant l’été. La rente varie de dix à trente shellings. Ces terrains-là sont très-propres à un assolement dans lequel les grains et les herbages reviennent alternativement. Passons maintenant à la description des soins qu’on donne aux prairies. L’enlevement des fourmilières dans les prés, est assez négligé ici , comme dans beaucoup (i) Cette nomenclature complette des plantes naturelles dans les trois espèces de prés auxquelles on peut rapporter tous ceux qui sont situés de même, et dans des terrains semblables, est une donnée extrêmcmen t curieuse pour ceux qui étudient cette partie de l’économie rustique. Pour apprendre à bien seconder la Nature , il est utile d’observer avec soin ses productions spontanées dans telles ou telles circonstances. 5o6\ AGRICULTURE d’antres endroits. Lorsqu’on le fait, c’est ordinairement en coupant le monticule par-dessous avec une bêche ou une houe , pour le jeter dans les endroits creux , et semer ensuite de la poussière de foin à l’endroit où etoit la fourmilière. Quelquefois on enlève la superficie de la fourmilière comme un bonnet. On déblaie ensuite le cœur du monticule ; puis on remet le bonnet à l’endroit où etoit la fourmilière. Mais cette méthode est défectueuse. On ne peut point passer d’instrument sur celte cape , sans risquer de la déplacer, et les bestiaux, en pâturant , la déplacent aussi quelquefois. Quelques personnes commencent à faire , pour se débarrasser des fourmilières , l’opération qui est usitée en Norfolk , et que l’on nomme gelding : voici comment elle se pratique. L’ouvrier , muni d’une bêche acérée , partage le monticule en quatre , en enfonçant l’instrument verticalement. Il détache ensuite les quatre triangles de gazon , de la terre qu’ils recouvrent, en leur laissant un pouce ou deux d’épaisseur , et sans toucher à leur base. Il les renverse sur le pré , auquel ils tiennent par cette base , comme à la charnière. Il enlève la terre du milieu , qu’il brise et répand autour de lui , en laissant dans le centre de l’espace D ’ y O R X S H I R E. 507 qu’occupoit la fourmilière , uu creux où l’eau séjourne , pour que la cure soit radicale. Enlin, on referme les quatre gazons, qui se rejoignent, presque sans qu’il y paroisse. C’est d’Octobre en Décembre que celle opération se fait. Il faut , pour la parfaite réussite , bien ôter la terre près de la base des quatre gazons, aûn que lorsqu’ils sont replacés , il ne reste point de rebord que le traîneau à régaler les prés puisse accroclier. Si la surface de la prairie est inégale , ou que la terre enlevée des fourmilières ne se soit pas émiettée par les gelées de l’hiver , il faut faire précéder le traîneau , d’un pesant rouleau qui abaisse les petites sommités. Tous ceux qui ont fait attention à l’effet des fourmilières sur le produit des prés , sentent l’importance de ne rien négliger pour leur extirpation. On s’occupe assidûment, au printems , d’étendre le fumier et les taupicres , ce qui se fait à la main avec un râteau de bois qui a quatre dents applaties , ou au moyen du traîneau que nous avons décrit. J’ai vu soutenir dans ce pays-ci une singulière opinion concernant les taupes , c’est qu’elles sont utiles aux terres. En conséquence de celte opinion , le fermier qui Jh soutenoit , et qui étoit un bon observateur, n’avoil pas 5o8 AGRICULTURE fait prendre les taupes dans sa ferme depuis vingt ans. Il irouvoit que les taupes dessèchent le terrain , font parvenir de l’air aux racines des plantes , ramènent utilement de la terre fraîche sur les près, et tuent les vers, qui, disoit-il , se nourrissent des racines dans les près et les champs. Il est possible que les taupes soient en effet utiles aux terres glaises froides, et peut-être même à tous les près. ( Le fermier que je viens de citer avoit des terres argileuses et froides.) Mais il n’est pas probable que les taupes soient également utiles dans les terres légères, et surtout dans les champs. Il me paroit assez vraisemblable que les taupes nuisent aussi relativement aux vers communs dont elles se nourrissent. Il n’est point prouvé, que je sache, que les vers de terre mangent les racines des végétaux. Us attirent, dit-on, des feuilles et d’autres substances végétales, sous la terre. On ignore dans quel but ils font cette manœuvre , mais c’est peut-être dans un but qui est très-utile à la végétation. J’indique ce sujet en passant, parce que je le crois neuf, et que je n’ai pas été à portée de l’étudier. Je pense qu’il seroit digne d’occuper un naturaliste, car l’existence des vers de terre me paroît liée à la prospérité du règne végétal. f T)’ T O R K S HIRE. 5og ' On ne fume guères les prés dans ce canton par des charriages. Il ne se fait qu’une quantité' de fumier peu considérable , et qui est appliquée aux champs. Les boues , les revers de fossés , les raclures des chemins , et les autres engrais de ce genre, sont honteusement négligés. On regarde le parcours des moutons et l’usage de nourrir les bêles à cornes sur le pré l’hiver, comme un équivalent suffisant de l’épuisement causé par le fauchage. Si l’on rendoit convenablement en fumier , à un pré , tout ce qu’on lui ôte par la faux , il est probable qu’on pourroit le faucher très- long-lems sans l’épuiser ; mais il faudroit que l’opération se fît avec régularité, comme nous avons vu que l’on parque les bêtes à cornes dans Norfolk, et non pas comme on le fait ici, en donnant le foin aux bêtes vers les haies. Les haies doivent, sans doute, servir d’abri dans les tems d’orage; et il est évident, que . lorsqu’il fait un gros vent, le foin qu’on donne aux bestiaux ne peut pas tenir dans le milieu des prés ; mais dans les tems calmes, les bestiaux devroient toujours être éloignés des haies. Le bon effet de la nourriture des bestiaux sur les prés , pendant l’hiver, est de toute évidence, là où les terres sont de nature à supporter d’être foulées .sans inconvénient. i 5lO AGRICULTURE Quant aux terres glaises et tenaces , il y a le da nger qu’elles soient prises par la sécheresse , au printems , avant que le gazon ait été détrempé suffisamment par les pluies. Les dernières gele'es du printems , en soulevant la terre, ont aussi l’avantage de dégager les plantes de cette espèce de mastic que les pieds des hèles ont formé avec la terre humide. Il ne convient donc pas , sur les terres tenaces de prolonger cette opération jusqu’au printems. DanSles terres légères, il est très-avantageux de faire consommer ainsi le fourrage aux bêles à cornes , sur les prés mêmes, pendant l’hiver. En récoltant le foin , on l’entasse en meules, ( stacks ) sur le pré; et en le faisant ensuite manger sur place , le fumier se trouve transporté sans frais. La consistance du sol y gagne; et la mousse, qui est le grand ennemi des prés, en terres légères , est détruite par le piétinement des bestiaux. Mais il faut calculer , avant d’adopter celte méthode , si les champs de la ferme n’ont pas un plus grand besoin d’amélioration que les prés (1). (1) Ceux qui se persuadent que les bêtes à cornes ne sauraient être tenues, pendant l’hiver, dans des écuries trop chaudes, doivent être étonnés d’entendre dire que, sous une latitude si élevée que Norfolk et le Yorkshire, les bêtes à cornes passent souvent tout fhiver en plein air. t d’yorkshire. 5 1 x Quelqu’avantageux que ce procédé puisse être aux terres légères , j’ai vu un exemple frappant de son inutilité sur un pré de glaise froide : il s’agissoit cependant du parc des moutons. Ce pré fut parqué, dans toute son étendue, pendant l’hiver, et avec tant de soin , que la surface entière étoit noire de crottin. On s’at- tendoit à uu effet prodigieux : il n’en résulta aucun bénéfice sensible. Cet exemple , et quelques autres faits de la même nature , me persuadent que le parc d’hiver , soit des moutons soit des bêtes à cornes, ne convient pas mieux aux terres fortes et froides, qu’il ne convient à ces mêmes terres d’y répandre du fumier pendant l’hiver. J’ai éprouvé par moi-même l’utilité de ce dernier procédé , et on commence dans plusieurs endroits à la soupçonner. Or, dans ce pays-ci, le peu de fumier que l’on mène sur les prés se transporte dans le tems dos gelées , le plus mauvais moment que l’on puisse choisir pour cela. On croit généralement , dans le pays , que la chaux nuit plus aux prés qu’elle ne leur est utile. On cite des faits , mars ils ne sont pas concluans : les épreuves ont été faites sur des terres froides et tenaces , celles de toutes peut- être que la chaux améliore le moins. Quant 5l2 agriculture aux récoltés arables , c’est, principalement sur les terres légères que la chaux y produit un grand effet ; et quelques expériences nouvelles indiquent que cet effet de la chaux ne sera pas moins avantageux sur l’herbe des prés qui sont en terrains légers. Une certaine quantité de chaux ayant été répandue , par accident , sur un monceau de gazon , l’herbe parut en souffrir considérablement pendant trois ou quatre ans. Cela confirma l’idée où l’on étoit que la chaux nuisoit aux prés. Mais dans les années suivantes , ce même gazon prit un avantage très-marqué sur tout le reste , et cet avantage se soutint. Le sol est une terre végétale moyenne, sur le roc calcaire. Ce fait conduisit à essayer la chaux sur une plus grande étendue , mais en quantité moins considérable : savoir , quatre chcildrons par acre. C’étoit un pré gâté par la mousse , dans un terrain sablonneux et aride, et une situation élevée. L’expérience a été faite l’automne dernière : et maintenant (en Septembre) l’apparence du pré est absolument changée , dans la partie qui a été chaude'e. Le gazon y est d’un vert foncé et vigoureux , la mousse y a presque disparu; tandis que , le reste de la pièce est d’un jaune brûlé, et est couvert de mousse. Ainsi, autant qu’une 5i5 p’yorkshirb. qu’une expérience peut-être probante, celle-ci prouve l’avantage de la chaux dans les près de terres sablonneuses et arides. Elle rendroit aux pâturages de moutons et aux garennes situées dans de tels terrains , une fertilité' nouvelle. J’ai observe' à cet égard un fait remarquable, dans le voisinage de Pickering, Il y a une partie de communaux qui, de tems immémorial, a été employée à des blanchisseries. Le sol est un sable pur, qui est inondé de tems en tems par un ruisseau voisin. Le sol inférieur est du gravier. Malgré la nature très-ingrate de ce sol, l’apparence du gazon étoit telle , que les commissaires des clôtures évaluèrent ce terrain , l’été dernier , pendant la sécheresse , de quarante à cinquante shellings de rente l’acre. On a supprimé les blanchisseries ; et la rente de ce terrain ne vaut pas maintenant quatre shellings l’acre , quoiqu’en général la végétation des prés soit très-forte , cette année. Les endroits où les pièces de toile étoient étendues ne montrent pas un seul brin d’herbe : le sable y est à nu. Il est évident que le sol est épuisé; mais comment cet épuisement s’est- il opéré ? est-ce par la chaux employée pour blanchir ! est-ce par les arrosemens que ce soj recevoit régulièrement pendant l’été ? est-ce Tome i. Kk 5l4 AGRICUliTtTRE par l’application des pièces de toile, qui e'cliauf- fant le sol, ont produit une végétation plus forte que le terrain ne pouvoit la supporter ? L’effet est extrêmement frappant : mais sa véritable cause me paroît difficile à déterminer. Soins des prairies. Tout ce qui se fauche se nomme pré , soit que la pièce soit arrosée, humide ou sèche , sur les hauteurs ou dans des fonds. C’est par opposition au mot pâturage qui s’applique à tous les terrains où les bestiaux broutent l’herbe pendant l’été, La même pièce change ordinairement de nom d’une année à l’autre ; car c’est assez l’usage de faire pâturer une année ce qu’on fauche l’année suivante, et ainsi alternativement. On laisse ordinairement pâturer jusqu’au premier Mai les prés qu’on destine à être fauchés. Cela est mal imaginé sous le climat de Yorkshire ; cela retarde trop la saison des foins, et s’il y a une sécheresse dans le mois de Mai elle fait beaucoup plus de mal, parce que la terre n’est point couverte. Dans Surrey et dans les environs de Londres, les prés destinés à la faux sont clos dès les prin- tems, et on n’y laisse jamais pâturer le bétail dans cette saison-là. C’est aussi un tort : si le x>’torkshib.e. 5x5 terrain est de nature à porter les bestiaux, il ne faut pas perdre la pousse du printems , que les blanches gelées gâteront egalement. En général , on peut faire pâturer les près jusqu’au i5 Avril sans diminuer la coupe du foin. Les mauvaises herbes printannières se trouvent ainsi retardées , et les plantes qui forment le meilleur foin prennent le dessus. On compte qu’un homme , dans sa journée, fauche un acre ; cette journe'e se paie entre un shelling et un shelling et demi, outre la nourriture. Communément les ouvriers ne travaillent que le matin et le soir ; pendant le fort de la chaleur ils dorment. Ils avancent beaucoup en travaillant ; leurs faux sont très-longues , et le coup de faux qu’ils prennent est d’une grandeur extraordinaire , quelquefois jusqu’à onze pieds de large. Ils ont quelque chose de particulier encore dans leur manière de travailler, c’est qu’ils donnent tous le coup de faux à la fois , ce qui forme un coup-d’œil très-agréable. L’art de faire les foins est rarement bien entendu, et quoiqu’on ne l’entende pas mal en Yorkshire , cependant on y est bien loin du point de perfection. Le foin ne se resserre pas toujours aussi promptement qu’on le devroit, et on en perd beaucoup faute de soins. 5l6 A aRlOXJLTVRE On a recours à un singulier expédient pour mettre , comme on dit, le foin hors d’accident, c’est de le disposer par gros monceaux d’en- vifon une charretée, avant qu’il soit prêt à mettre en meules. Malheureusement cela se fait souvent avant que le foin soit prêt à être mis en monceaux, comme à l’ordinaire. On considère ce moyen comme propre à faire un peu suer le foin , avant que de le faire suer tout de bon dans la meule. Si le foin est sec, c’est-à-dire exempt d’eau, mais encore trop plein de sève pour pouvoir être mis en meule, sans danger, on trouve en effet de l’avantage à le mettre en gros tas pour le préparer à l’arrangement final ; mais j’ai vu souvent ces tas, quand on les ouvroit, présenter du foinjmoisi ou pourri. Les meilleurs procèdes dont on fasse usage dans le district sont les suivans : des travailleurs suivent les faucheurs pour étendre les ondains, à moins que le tems ne soit incertain ; dans lequel cas , on attend qu’il soit assuré pour faire ccttc opération. Le soir on met en monceaux ce qui a séché pendant la journée (1). ( 1 ) *A moins que le foin ne soit très-clair, et la chaleur extraordinaire, l’herbe coupée dans la matinée ne peut pas être mise en monceaux le soir; parce que s’il D’ y O R K S H IRE. 5 J 7 Si le jour suivant le lems est beau, on ëtend les monceaux pour les refaire le soir , après avoir tourne le foin pendant la journée. Ces seconds monceaux se font, plus gros , c’est-à- dire, que quand la sécheresse du foin le permet, huit ou dix de ces monceaux font la valeur d’une charretée. Lorsqu’on se propose de mettre la récolte en meules sur le pré meme , on laisse sur place les premiers monceaux faits , jusqu’à ce que tout le reste soit prêt à être mis en meule. De cette manière il n’y a jamais qu’une partie du fourrage exposée à la fois. L’usage le plus général est de le mettre en meules dans le pré même , soit qu’on se propose de l’y faire manger , soit qu’on ait dessein de le transporter ensuite dans les granges, en lems de gelée. Cependant on charic une partie du foin dans les bâlimens de ferme , pendant les fenaisons, soit pour faire des meules dans les cours, soit pour le réduire dans les granges : celte dernière méthode est réputée meilleure, lorsqu’on a de la place. Il est plus sûrement à l’abri; il survient tics pluies qui empêchent de défaire les monceaux pendant trois ou quatre jours, le foin fermente, et est perdu : il a beaucoup moins de mal quand on le laisse épars sur le pré. 5i8 ÀfiRICTJX/TtIRE est tout transporte à l’endroit où il doit être consomme ; et l’on ne remarque point que le foin engrange ait une odeur de moisi comme on le pre'tend souvent ailleurs. Çctte pratique de mettre le foin en meules, dans les près mêmes, expédie beaucoup la besogne. En plaçant les meules dans le centre de la pièce, une partie du foin peut y être transportée , sans l’embarras et la peine de charger et décharger les chars. Lorsqu’il est en gros tas, un cheval fait glisser le monceau tout entier jusqu’auprès de la meule, au moyen d’une corde à laquelle on l’attèle, et qui cerne la masse du foin suffisamment pour le tenir ensemble. On se sert très-généralement de eet expédient, en variant un peu le procédé, toutes les fois que les bras sont rares. De cette manière l’ouvrage est extrêmement simplifié et abrégé 5 on n’a , pour ainsi dire , qu’à râteler; et on a soin , en râtelant, de ramener le foin que l’on ramasse sur la voie que doit suivre le monceau qui va glisser, afin qu’il pousse devant lui ce que le râteau a rassemblé. Lorsqu’on a nettoyé le pré tout autour de la meule, à une certaine distance, on amène avec des chariots les monceaux les plus éloignés. Dans la bonne pratique du district, on ne commence jamais une meule que l’on n’ait assez I)’ Y O RX S H I R ï. 5 J y de foin sec pour l’élever le même jour jusqu’à la hauteur où la pente du couvert de la meule doit finir. Si la totalité du foin est sèche , on arrondit la partie supérieure de la meule , puis on range, tout à l’entour , le foin sec en monceaux élevés , jusqu’à ce que la meule se soit affaissée suffisamment ; enfin on entasse ces monceaux sur le sommet de la meule , en choisissant pour cela un tems sûr. Il me semble que cette méthode se rapproche autant de la perfection, que la nature de la chose le permet. Les meules se font toujours sùr un plan circulaire ; la forme à la mode , à présent, est celle d’un œuf; c’est la plus agréable à la vue, mais ce n’est point la plus convenable (1). Lorsque le foin a fini de suer , on termine le toit de la meule , on la peigne , on lui met le bonnet ou la cape qui est de paille ; mais la plus grande partie du toit n’est formée que du foin même. Dans les pays ou l’on est dans l’usage de couvrir toujours les meules avee de (i) Dans le Cleveland le type des meules c’est le turnep. Si on fait la meule sur un plan circulaire, il convient mieux de prendre le milieu entre l’œuf et la rave, c’est-à-dire, de ne la faire ni trop allongée, ni trop npplatie; mais, à mon avis, le meilleur modèle d’une meule, c’est une grange. 520 'agriculture la paille, cela passeroit pour une négligence impardonnable ; mais en Yorksliire on rcgar- deroit comme un acte de prodigalité , de recouvrir en paille une meule de foin : l’une et l’autre méthode sont bonnes quand la main- d’œuvre est bien soignée. On environne les meules d’une barrière composée de diverses claies d’épines réunies par des piquets , auxquelles elles tiennent par des chevilles ; celte précaution suffit contre les bestiaux. Il y a des endroits où l’usage est de mettre les bestiaux dans les prés , aussitôt après avoir fauché : c’est salir le terrain inutilement; les bêtes à cornes ne trouvent rien à brouter là où la faux vient de passer. En Yorksliire, on donne dans l’extrême opposé; on ne met les bestiaux en pâture sur le regain que vers le 10 Octobre , et quelquefois même qu’au milieu de Novembre. Dans ce dernier cas il y a peut- être une moitié de fourrage perdue , soit à cause des gelées , soit parce que , si le tems est pluvieux (ce que l’on doit craindre dans cette saison-là) les bestiaux détruisent autant de cette grande herbe avec les pieds , qu’ils peuvent en brouter. S’il y a de la blanche gelée, toutes les places sur lesquelles portent les pieds des bestiaux sont absolument perdues. 521 \ d’ r O R. K S H i n E. On doit s’étonner de ne voir adopter dans aucun pays une méthode économique sur le pâturage des regains. J’ai vu quelques particuliers qui suivoient, à cet egard , des proce'- de's raisonnables , mais je ne connois aucun canton dans lequel la pratique soit généralement bonne. Il y a un principe fondamental dont il ne faut point s’écarter si l’on veut tirer parti des pâturages des regains, c’est de ne jamais permettre ni que les bestiaux passent la nuit sur le pre', ni qu’ils y entrent le matin, avant que la blanche gelee soit dissipée. Pour bien faire il ne faut jamais permettre que les bêtes se couchent sur le regain ; dès qu’elles ont mange suffisamment il faut les faire sortir du pre’. La plus grande partie du regain, dans ce district, est desline'e aux vaches de rente. On en fait aussi manger un peu aux vaches ou boeufs à l’engrais. Les près dont le regain a e'te' foule' par les bestiaux en pâture, ont au primeras une surface inégalé, c’est-à-dire , que le gazon n’est pas , comme il faut qu’il le soit, uniformément raz partout. Deux des pi us habiles cultivateurs du royaume (l’un en Lancashire , l’autre en Leicestcrshirc) gardent très-soigneusement leur regain sur pied v2â AGRICULTURE pendant l’hiver , pour le faire manger au prin- tcms; et leur méthode est, je crois, très-bonne j mais il faut faire une distinction ; si l’herbe est longue elle est sujette à se coucher et à pourrir sur place pendant l’hiver. 11 faut donc dans les bons près, où. le regain est abondant, mettre les bêtes en pâture dès la fin de Septembre ; puis, si l’on veut garder ce pâturage pourIç printems, on en ôte les bestiaux lorsque l’herbe est réduite à la longueur convenable. Les pâturages proprement dits, ne reçoivent pas les bestiaux avant le mois de Mai ; à cette époque il y a ordinairement à pâturer abondamment dans toute la pièce. Les bétes préfèrent les bonnes plantes et les choisissent ; les mauvaises herbes montent en graine , et répandent leurs semences sur le sol. Si même on suppose que le pâturage est exempt de mauvaises plantes , c’est toujours une pratique mal entendue que de mettre des vaches de rente dans un pâturage trop abondant, parce qu’il est impossible qu’elles le maintiennent brouté égalementdans toute son étendue ; alors il y a nécessairement des parties qui montent en graines , et forment des touffes d’herbes sèches. Tous ces espaces où l’herbe a séché sur pied sont parfaitement inutiles pendant le courant de l’été 5 ils diminuent la sur- 5a5 D ’ T O R K S H I lt E. face du pâturage , tout autant que s’ils se trou- voient hors de son enceinte. Si, au contraire , on a soin de faire entrer les bestiaux au pâturage pendant que toute l’herbe est encore tendre , les mauvaises plantes se broutent tout comme le reste. Les roseaux memes , lorsqu’ils sont tendres, font une nourriture que les bêtes à corties et les chevaux ne rebutent point, surtout sur ceux-ci. Mais outre l’avantage de changer les mau-*- vaises plantes en fourrage et d’augmenter la surface susceptible de pâture , il y a encore ceci à remarquer à l’appui de celle méthode, c’est qu’il convient beaucoup aux bestiaux de passer graduellement de la nourriture sèche à l’herbe. Il est probable qu’on leur évité ainsi plusieurs maladies auxquelles ils sont exposes lorsqu’ils passent brusquement de la paille à un pâturage abondant. Pour les bestiaux presque gras, et qu’il ne s’agit que d’achever, il convient peut-être de les mettre d’abord dans un pâturage abondant, mais c’est le seul cas où il ne soit pas plus avantageux de faire commencer les bêtes par un pâturage qui donne peu. On objectera peut-être, qu’en faisant brour ter l’herbe de bonne heure on expose plus la terre à la sécheresse. Je crois que relativement au tort qui en peut re’sulter pour les bestiaux, 5fî4 AGRICULTURE l’objection n’est pas fondée. On remarque , en général, que les bêtes prospèrent davantage pendant les se'cheresses que pendant les tems pluvieux. Ce n’est pas la longueur de l’herbe qui importe , mais la quantité de nourriture qu’elle donne. La qualité' nutritive des productions ve'ge'tales paroît proportionne'e à la quantité de chaleur employée à leur végétation. La saveur des fruits profite de la réflexion des murailles , et je suis convaincu que la saveur de l’herbe profite de la réflexion du sol. L’herbe longue couvre le sol de son ombre , et profite moins de cette réflexion; mais le bétail qui la broute est plus promptement rassasié, et a plus de tems pour le repos. U y a donc un milieu à tenir : il faut prendre en considération le but du pâturage relativement aux bestiaux qu’on y met, et la nature du sol et la saison. Une herbe savoureuse profite beaucoup plus au bétail qu’une herbe aqueuse et sans goût; et un engraisseur qui a du jugement ne regarde pas tant à la longueur de l’herbe qu’à toutes ces circonstances réunies. C’est du l. cr au i§ d’Avril, selon que la saison est plus ou moins avancée , que je conseillerois de fermer les prés et d’ouvrir les pâturages. On mêle les bestiaux à la pâture, c’est-à- dire , qu’on met des chevaux avec des bêtes à cornes, non-seulement pour faire brouter plus d’ y o a u h i o, 5a5 raz par les premiers ce que celles-ci ont déjà pâture , mais aussi pour profiter d’une plus grande surface, parce qu’on remarque que chaque espèce a de la répugnance à brouter trop près de sa propre fiente , sans être égale- ment rebute'e par le voisinage de la fiente d’autres animaux. Les chevaux semblent aimer de pre’fe'rence certaines places dans les pâturages, ce qui a fait Croire qu’ils y trouvoienl des herbes favorites. Je n’ai jamais su remarquer aucune différence dans la nature de l’herbe des places qu’ils préfèrent ; mais je crois que quand une fois un certain espace a été brouté raz, ils y reviennent plus volontiers, parce que l’herbe tendre qui repousse est plus douce et de meilleure saveur. C’est ainsi que les lièvres et les lapins broutent certaines places dans les orges ou autres graines , et les tiennent ensuite broutées très-raz , parce que les nouvelles pousses sont tendres et de meilleur goût. La cheval a un autre inconvénient dans les pâturages , c’est que sa fiente y est inutile. Les moutons ne se mettent guère dans les mêmes pâtures que le gros bétail ; ils ont l’in- A conve'nient de parcourir.beaucoup de terrain , en choisissant toujours les meilleures herbes partout. Dans ce district, les troupeaux de 626 AGRICULTURE moutons pâturent sur les hauteurs, dans les pâturages secs , qui leur sont à tous égards plus convenables. Quant à la quantité' de bétail qu’une e'tendue donnée de pâturages peut entretenir, il faut se garder des deux extrêmes ; il faut examiner son terrain , et tâtonner quelque tems pour en bien juger. U y a moins d’inconve'niens à mettre peu de bétail sur un terrain qu’a y en mettre trop. Je dirai en peu de mots ce que je pense sur les principaux soins que demandent les pâturages , et qu’on négligé assez gene’ralement. La situation influe beaucoup sur la convenance de certaines dispositions : l’eau est un objet si capital, que lorsqu’on dépend d’un e'tang ou d’un abreuvoir , on fait comme on peut ; mais toutes les fois que cela est possible, il faut diviser ses pâturages en deux parties au moins, pour y mettre alternativement les bestiaux. La meilleure méthode, quand l’eau le permet, c’est d’avoir trois divisions 5 l’une pour les bestiaux à l’engrais et les vaches de rente ; la seconde pour le bétail maigre , et la troisième pour le repos, qui la pre'pare à recevoir de nouveau les bestiaux à l’engrais, j Si, quand les bêtes maigres entrent dans une division, il y a beaucoup d’herbe engraine, d’YGRKSHIRE. 527 il faut la laisser sur pied , et ne faucher que ce qui en reste lorsqu’ils passent à la division suivante. S’il y a des grandes plantes dures, il faut les couper à la faucille quelques jours avant que le bétail maigre quitte l’enclos. Ces plantes s’amollissent bientôt après avoir ète' coupées; et fùt-Ce des chardons, les bestiaux les ramassent pour les manger. Enfin, ce qui importe, dans tous les cas, soit qu’on ait deux ou trois divisions differentes, c’est qu’il ne reste jamais aucune mauvaise herbe sur pied qui donne sa graine , ni une seule touffe de bonne herbe que la faux n’enlève , pour mettre le gazon de niveau ; car de cette manière on convertit les mauvaises plantes en herbe nourrissante, et des espaces perdus , en places productives. Chevaux. Il y a long-tems que le Yorkslnre est fameux pour ses chevaux. Fitzherbert, qui écrivoit il y a deux cent cinquante ans, parle d’une course qu’il fit à Rippon pour y acheter des poulins. L’influence du climat sur la constitution des animaux , c’est-à-dire sur la partie de leur organisation qui est sujette à des changemens, est un point difficile à démontrer 5 mais l’observation fournit, relativement aux chevaux, des faits frappans à cet e'gard. 5a 8 ACritictriiTURE On n’a jamais réussi à élever en Angleterre des chevaux arabes , ni des chevaux anglais en France, ni des chevaux de Yorkshire dans le reste de l’Angleterre. On a fait en Norfolk des essais re'pétés pour élever des chevaux de selle., On fait venir les étalons de Yorkshire. Les poulins sont souvent très-beaux , et ils perdent leur belle forme en prenant leur accroissement. Dans le Yorkshire , au contraire, lors même que le poulin n’est poirjt beau d’abord , il le devient en grandissant ; il acquiert de la tournure , de la force , de l’activité : c’est, à mon avis , une preuve évidente que l’air, l’eau, le sc11 et l’herbe influent sur la constitution des ch (/Vaux. Le district dont nous nous occupons est peut- être le premier de l’Angleterre pour les chevaux j et cependant ce n’est pas un métier ou une exploitation généralement répandue parmi les cultivateurs, que d’élever des chevaux : ce n’est guères que par hasard,ou par caprice que les fermiers s’en occupent. Il seroit difficile d’estimer au juste le nombre qui s’en élève. La vallée , le pays élevé , et le district d’Holderness emploient environ cent étalons. On compte tout au plus cent jumens pour un étalon ; quelques-uns n’en ont pas cinquante.,Il paroîlroit qu’on peut évaluer entre cinq d’yorkshiue. 5 ag cinq et dix mille chevaux le nombre qui s’en élève annuellement entre VHumbert et les marais de l’Est. Il y a cinquante ans que la principale race de la vallée étoit celle des forts chevaux de selle. Depuis vingt ans on a e'ieve' des chevaux de chasse de grand prix. Ce changement a été principalement effectué par un seul étalon de race , le fameux Jalap , dont les exploits sont bien connus dans les fastes de jNevvmarket ( 1 ). La race favorite maintenant dans la vallée de Pikering, est celle des grands chevaux de carrosse, qui ne sont que des chevaux de chasse de grande taille, et plus corse's : la race a conservé sa tournure , mais les chevaux sont plus gros. Les éleveurs ont été fort encouragés à élever des chevaux de carrosse, par le haut prix où ils se vendent, et parce qu’un cheval de celte espèce qui a un accident ou un défaut, peut être employé à la charrue, au lieu que les chevaux de race, ou qui tiennent beaucoup de race , sont trop légers pour le trait. 11 y a encore une raison qui a fait diminuer le nombre des chevaux de chasse légers ( provenant d’un (1) Il est mort en décembre 1787 , âgé de 3 1 ans. Il faisoit encore le service d’étalon à 3o ans , et se louoit cinq guinées par jument. Tome 1. L1 55 O AGRICULTURE cheval arabe ou de race arabe), c’est que parmi les fils nombreux de Jalap il ne s’en est trouve que très-peu qui pussent servir comme étalon de race (1). Mais ce qui est certainement mal entendu , c’est d’encourager la multiplication de l’espèce nommée J'en breed, ou black cart horses (race de marais ou gros chevaux noirs de charrettes). La race des rats de champs n’est pas plus nuisible que celle de ces énormes chevaux de charrette , du moins dans les lems de cherté du bétail , et tant qu’on ne mangera pas la chair de cheval. Ces animaux consomment plus qu’ils ne travaillent, et rendent leurs conducteurs aussi paresseux qu’ils le sont eux-mêmes. On a senti en Norfolk les inconvéniens desencou- ragemens donnés à la propagation de cette race : il faut espérer que ce pays-ci ne s’exposera pas à recevoir de l’expérience la même leçon. (i) Le mot race y en Anglois , signifie également race ou lignée, et source. Race-horse ou blood-horne signifie un cheval de source, un cheval arabe, ou un cheval de sang arabe. On reconnoît le blood, ou le sang arabe , pendant plusieurs générations, malgré les croiscmens successifs des races. Lorsqu’on retrouve quelque caractère du cheval arabe dans une bêle du pays, on dit there is some blood in t-he horse : (Il y a du sang dans ce cheval ) c’est-à-dire : il tient de race. d’yorkshire. 55i C’estune chose remarquable que tandis qu’on a fait de l’art d’élever des chevaux de course une véritable science ; tandis que , dans certaines provinces, on donne à la propagation, des chevaux de charrette les mêmes soins et les mêmes attentions qu’au choix des raees de bêtes à cornes et de brebis , on abandonne presqu’au hasard la multiplication des pré- cieuses races du Yorkshire. On ne met, au moins, aucun soin quelconque dans le choix des jumens. Un fermier de Yorkshire ne don- neroit pas cinq guinées de la meilleure jument poulinière du royaume ,, si elle ne pouvoit le porter à la ville voisine , dans les jours de marche. Il préfère garder une rosse qu’il a élevée, et dont il tire de la race, comme si elle étoit une bête de choix : on a peine à concevoir cette absurdité. Les frais d’entretien de la jument , les soins et les dépenses de l’éducation des poulins sont les mêmes, soit que la mère ait coûté de dix à quinze , ou de quarante à cinquante guine'es ; et cependant , presque tout dépend de la mère. J’ai vu des cas où les poulins se sont vendus, dans ce «anton-ci, quatre et cinq cents guinées 5 qu’est-ce que c’est donc qu’une économie de quelques gui- nées sur l’achat d’une jument poulinière ? et comment peut-on faire entrer en ligne de 552 AGRICULTURE compte quelques journées de charrue, ou quelques courses au marche , lorsqu’il s’agit de se procurer un avantage aussi précieux? II est donc e'vident qu’il y a beaucoup à perfectionner dans ce departement de l’économie rurale. On trouve toujours de bons e'talonspour de l’argent j et quant aux jumens, les chasseurs des provinces méridionales de l’Angleterre en peuvent toujours fournir; celles qui deviennent boiteuses par accident , ou qui baissent pour avoir été surmenées , font d’excellentes poulinières , et ou peut les avoir à bas prix. Quant aux jumens propres à en tirer de beaux chevaux de carrosse , on peut les acheter dans toutes les provinces. Les prix actuels sont un \ puissant encouragement; il ne manque qu’un Bakewelx, pour donner l’exemple. Les chevaux ne se vendent en général qu’à quatre ou cinq ans. Quelques fermiers dressent eux-mêmes leurs chevaux au travail , et s’en servent réellement dans leur ferme avant de les vendre aux maquignons , qui les empâtent, leur donnent un poil fin , leur font l’opération de la queue, et les dressent au manège de l’écurie. Il y a des fermiers-maquignons qui achètent les chevaux à deux ans , les nourrissent bien , les accoutument à la selle , et les préparent pour faire effet dans les foires. D ’ y O R K S H I R E. 535 Il y a un fermier de la valle’e qui en revend' ainsi chaque annee environ cent ; et il y en a un autre à Mal ton , qui a quelquefois jusqu’à trois cents chevaux dans ses e'curies à la fois. Pour un homme qui a les connoissances ne-' cessaires , c’est un métier tr'es-lucratif. L’avoine , le foin , la paille, trouvent leur de- bouche' sur le lieu même , et on se procure ainsi du fumier de ville sans avoir les frais de charriage. La seule foire de chevaux est celle de Malton, qui dure huit jours. Il s’y vend beaucoup de chevaux faits : c’est là que les marchands de Londres, et les marchands françois et prussiens viennent se fournir. Les prix ordinaires sont de quinze à cinquante guinees. On retrouve ici un usage qui est plus geindrai peut-être que partout ailleurs , quoiqu’il soit celui de tout le royaume , c’est de mettre en pâture un cheval de chasse , ou un cheval de selle, dans les jours d’hiver , sans egard au tems froid ou pluvieux. J’ai toujours regarde' cela comme un usage vicieux ; cependant il m’arriva , en 1782, de me conformer à cet egard à la pratique du pays, et de laisser pâturer une jument de selle pendant l’hiver, dans les jours où je ne la montois pas. Je m’en trouvai mal, et l’exemple me parut assez frappant 534 AGRICULTURE pour en conserver les détails dans mes minutes: je vais copier ici ce que je notai dans le tems. « 1783, le 11 Mars. Il y a peu de chevaux , je pense , qui puissent soutenir de chasser un jour , et d’être mis au pâturage le lendemain. Mon frère est dans l’usage de mettre ses che-, vaux à la pâture l’hiver, pendant le jour. On mcttoil ma jument avec les autres , quand je ne la montois pas. Quand j’arrivai ici l’année dernière , en Novembre , quoique cette bêle eût fait une tournée de deux cents milles, elle étoit grasse à pleine peau. Je la montai souvent, au commencement de l’hiver, et pile chassoit au moins une fois la semaine. Je ne fus pas surpris de la voir s’efflanquer un peu par cet exercice. Je lui donnai ensuite plus de repos 5 mais elle ne se remit point ,• elle s’efflari- qua même davantage. : elle avoit la peau collée sur le corps ; elle luissoit l’avoine dans la crèche. Je la fis saigner pce fut inutile : j’essayai alors de ne pas la laisser sortir. Au bout de dix jours sa. peau s’est détachée , son poil a repris son lustre ; elle hennit pour l’avoine dès qu’on entre dans l’écurie, et elle a repris toute sa vivacité. « Mon frère a mis en pâture une jument qui avoit chassé le jour précédent ; elle a pris un rhume violent et a été fort malade. » \ ► d’yorksiixxie. 555 )> II a essaye tic faire sortir de même une bête de prix qu’il a fait chasser quelquefois ; mais voyant qu’elle commençoit à refuser le foin, il a discontinue, et elle a repris l’appétit. Son cheval de chasse , qui a été extrêmement soigne’ de tout tems , et que l’on panse avec beaucoup d’attention , a l’air d’une rosse. » « II V a deux raisons pour ne pas faire pâturer au froid des chevaux sujets à un exercice violent 5 cela interrompt la re'gularite' de leur nourriture, et les expose à des arrêts de transpiration , dont il résulté des maladies violentes. Cependant, il faut avouer que le cheval accoutume' à ces changemens journaliers du chaud au froid , supporte mieux une tempe’ralure rigoureuse quand on est oblige de l’y exposer, que Celui qui habite constamment une e’curie chaude. Ses jambes sont aussi plus souples et plus franches que s’il demeuroit toujours immobile. Ma jument n’avoil pas la jambe plus nette à quatre ans qu’elle ne l’a eue pendant tout l’inver. Je suis convaincu que si l’on choi- sissoit les beaux jours d’hiver pour faire sortir les chevaux de chasse, eri liberté, dans une grande enceinte, où on leur donneroit du foin et de l’avoine, ils s’en trouveroient très-bien. Les chevaux qui sont nécessairement exposés au repos, dans une température froide aumo- 535 'AGHCIIT, TüUE ment où ils sont couverts de sueur, devroient certainement être tenus dans une écurie froide, et on devroit leur faire prendre l’air toutes les fois que cela se peut sans compromettre évidemment leur santé. » Je ferai une observation sur l’usage où l’on est dans le district de ne donner la liberté que le soir à un chéval qu’on met à la pâture pour la première fois au printems ; cela est très- bien entendu. Ailleurs on met les chevaux dehors pendant le soleil de la matinée ; la bête mange alors toi# le jour , et souffre du froid pendant son repos de la nuit, au lieu qu’en la faisant sortir le soir , elle mange toute la nuit, et ne se couche qu’au lever du soleil le lendemain. Les chevaux à l’herbe ne sont point censés avoir besoin de boire ; on les tient quelquefois pendant des mois entiers dans des pâturages élevés où ils n’ont point d’eau du tout, sans qu’il en résulte aucun inconvénient apparent. Dans une vallée écartée où les pâturages abondent, les bêtes à cornes forment naturellement les troupeaux les plus importans. Quand le pays éloit ouvert, on élevoit beaucoup de bœufs pour le travail $ maintenant que les terres sont encloses , il y a plus de laiteries et d’engraisscurs. 536 d’yorkshikb. En general les bêtes que l’on engraisse dans la vallée de Pickering y ont etc élevées; cependant on tire d’Ecosse annuellement un certain nombre de bestiaux pour achever de faire manger les pâturages pendant l’hiver, et pour les engraisser sur les regains l’année suivante. Pour donner une idée complète de l’économie desbestiaux, il faut considérer séparément, 1. ° La race. 2 . ° Les laiteries. 3. ° L’éducation des bestiaux. 4. " L’engrais. Un homme encore vivant se souvient du lems où tous les bestiaux e'toient noirs dans cette province ; il y a de cela environ soixante- dix ans. Il est probable que les races noires prévaloient autrefois dans toute l’Angleterre, puisque l’on appelle encore les bêtes à cornes, en général, blackcattle ( bestiaux noirs). La description des animaux répond à celle des races que l’on trouve dans les vallées d’Ecosse ; celles-ci sont ou tout-à-fait noires , ou noires à tête blanche, la plupart avec des cornes , mais quelques-unes sans cornes. La race noire et blanche ; celle des vaches rouges dont le lait e'toit réputé avoir des qualités médicales ; celle des bestiaux noirs , sans cornes , et la race à longues cornes, ou de Crciven, se succédèrent dans la vallée. 538 AGRICULTURE Cette race à longues cornes parut embarrassante dans un canton où tous les travaux se faisoient avec des bœufs. Des cornes de trois pieds de long sont même dangereuses pour les attelages : le pays avoit beaucoup de chemins creux et étroits; il n’étoit pas rare de voir arriver des accidens, parce que les bœufs s’enga- geoient les cornes dans les haies. Cela fit enfin pre'fe'rer la race d’IIolderuess à petites cornes, qui est probablement originaire de Hollande. II y a une quarantaine d’an- ne'es que cette race s’introduisit, et elle pré- vaut encore, quoiqu’elle ait subi diverses alterations. Cette race avoit l’inconve'nient d’être chargée d’os, et de ne s’engraisser jamais complètement; chaque anne'e il pe'rissoit un grand nombre de vaches en faisant le veau. On s’occupa d’améliorer cette race hollandoise, en choisissant les taureaux et les vaches qui étoient les mieux faits,'pour en tirer de la race. Dans l’espace de vingt ans, on a réussi à obtenir des animaur^qui s’engraissent beaucoup mieux, et qui ont beaucoup moins d’os. Dans cette altération de la race, les cornes se sont sensiblement allongées. La mode parmi les fermiers, c’est de préférerles cornes minces, longues et pointues; et les variétés obtenues d’yorkshirï;. 55g sans mélange de races étrangères prouvent jusqu’à quel point on pourroit perfectionner les races défectueuses, sans l’admission de races étrangères ; mais par la seule attention au choix des individus. Une nouvelle variété se propage maintenant dans la vallée, on la nomme Tees-water-breed: elle a les cornes courtes, et est très-profitable pour Pengraisseur et le boucher , parce qu’elle a les os petits et s’engraisse facilement ; mais les bœufs de l’autre race sont plus forts et plus propres au travail. Les cornes donnent un caractère distinctif des races qui est permanent et commode à employer pour bien établir les variétés. La couleur des bestiaux est variable; la forme, la chair , la faculté de s’engraisser n’olfrent rien de permanent et de certain. On peut trouver des individus de belle forme et qui donnent de ld bonne viande, dans toutes les races quelconques ; mais on n’a jamais vu une bête delà race de Craven avoir des cornes de six pouces de long , ni une vache de Ilolderness avoir des cornes de trois pieds. Les races de Here- fordshire, de Sussex et d’autres parties de l’Angleterre peuvent également se distinguer par les cornes. Sous ce rapport, les cornes ont donc de l’importance, mais c’est peut-être 54o ÀG-RICUIiTUUE sous ce rapport seulement; car d’ailleurs leur forme et leur longueur n’influent point sur la qualité' du be'tail. On risqueroit de se tromper beaucoup en jugeant d’après les cornes de la valeur de certaines bêtes ; les gens qui s’y con- noissent s’attacheront toujours de pre'fe'rence à la tournure et à la forme. Deux individus de même race peuvent avoir exactement les mêmes cornes et être très-différens dans les qualités essentielles. S’il y a une partie qui puisse servir ge'ne'ralement à diriger l’acheteur c’est l’œil : les yeux des bêtes à cornes sont le miroir de leuç santé' et de leurs dispositions. Dans l’article des laiteries, il faut considérer d’abord l’économie des vaches. En général chacun élève ses vaches dans la vallée; mais lorsqu’il s’agit d’en acheter, on regarde aux caractères suivans : la cuisse longue et mince , la croupe rabattue et maigre ; les pis longs et donnant le lait facilement, sans le perdre ; les veines du flanc grosses , et les cornes jaunes. Tous ces caractères né sont pas sans doute également infaillibles; mais ce qu’il y a de certain c’est qu’on ne voit jamais de vaches qui ait la cuisse épaisse et charnue , et qui soit forte en lait. Ici, comme dans tous les endroits où là laiterie est la principale affaire, les vaches à lait \ d’yorkshire. 54i ont ce que la ferme fournit de meilleur : les plus gras pâturages l’éte' et l’automne , et ordinairement du foin tout l’hiver. Si la race de la vallée a besoin de foin quand elle ne donne point de lait, c’est un inconvénient sensible de cette variété'. La même race a un autre désavantage , c’est la difficulté avec laquelle les vaches font leurs veaux 5 cela tient à ce que ceux-ci ont les os des hanches très-protubérans. Mais la manière de nourrir les vaches pleines augmente cet inconvénient. Il est certain qu’un mois avant de faire son veau une vache ne peut guères être trop maigre. Lorsque dans les trois semaines qni précèdent la délivrance on a soin de la bien nourrir , elle a toute la force nécessaire, et beaucoup de lait. Les vaches à petites cornes ne font presque jamais le veau sans être aidées 5 on veille le moment de la délivrance avec inquiétude , et quelquefois on passe la nuit sans dormir de peur de le manquer. Cependant il est certain que , dans les autres races , celte précaution n’est point nécessaire , et qu’un vacher qui a de l’expérience peut toujours juger , avant de se coucher, si une de ses vaches doit faire le veau dans la nuit , et à quelle heure. Ordinairenjent dans les foires on vend une 54.2 AGRICULTURE vache avec son veau qui la suit. Le prix moyen d’une vache et son veau, à le compter dans les dix dernières années, est de 7 à g liv. sterling. Les vaches maigres qu’on destine à l’engrais, se vendent de 5 à 6 liv. sterling. Les objets de vente ou de consommation dans les laiteries sont : les veaux , le beurre, les fromages maigres et les cochons. Il y a un usage relativement aux veaux qui est plus singulier que profitable , c’est de ne jamais leur laisser teter la mère 5 on leur fait boire son lait tout chaud dès le premier moment , et ils apprennent d’abord à boire. La principale raison de cet usage bizarre , c’est que la mère ne demande pas autant son veau que lorsqu’on le lui ôte après quelques semaines d’allaitement. Lorsqu’on veut élever les veaux, il n’y a à cette me'thode d’autre inconvénient que d’augmenter les soins du vacher 5 mais lorsqu’on engraisse le veau pour le Vendre, il faut plus de tems , et il s’engraisse moins bien. La vallée fournit annuellement une grande quantité de beurre «à Londres et à York. Il y a une police très-exacte relativement à la qualité des beurres qui s’envoient à Londres. Les agensde la compagnie des revendeurs ( cheese - mongers ) marquent les pièces à trois marques différentes , selon la qualité -, ils vérifient éga- d’yorkshire. 543 lement les poids, et s’il y a quelque fraude ils en sont responsables, et ont leur recours sur le fermier donlla pièce porte egalement le nom. La propreté', qui est la base de l’industrie des laiteries, est suivie avec une extrême attention dans ce canton-ci. Les vases de plomb dans lesquels on dépose le lait pour Pe'crêmer, se lavent à l’eau chaude tous les jours et s’é- curent tous les mois. Mais un bon observateur m’a assure' que le beurre que l’on bat la première fois après que les vases de plomb ont été' écure's , ne se garde point , et prend très- promptement un goût de rance ; cela peut- être dû à l’action des particules de plomb que l’on a détachées des vases dans l’écurage. * Le baril à battre le beurre est maintenant d’un usage général. On a perfectionné sa forme. C’étoit autrefois un cylindre : dans sa forme actuelle le centre est renflé ; et au moven de celte modification , un barri! suffisamment grand pour battre tout à la fois un jirkin de beurre (cinquante-six livres pesant) peut également battre trois ou quatre livres, parce que dans le mouvement rotatoire , la crème , rassemblée vers le centre, reçoit l’agitation convenable. La beurrière fixe, instrument défectueux , passe de mode. Un barril à battre le beurre, qui a trente pouces de long, deux 544 ÀCRICÜ1TVRE pieds de diamètre vis-à-vis de la porte , et vingt-un pouces aux extre'mite's, suffit à battre un jirbin : son prix ordinaire, avec sa garniture complète, les cercles de fer , etc. est de cinquante shellings. Les Jîrkins , qui sont des vases cylindriques de bois de frêne , se font dans le pays : on les lave à beau bouillante , et on les garnit de sel, av^nt d’y mettre le beurre. Le beurre du prin- tems s’envoie ordinairement au marche tout frais ; celui qui se fait entre le mois de Mai et de Novembre , s’envoie de tems en tems chez les agens qui en forment des dépôts, et les font passer à Londres. Le prix d’un firbin , à prendre la moyenne des dix dernières années, est de 28 à 52 shellings. On fait un peu de fromages gras dans la partie où les pâturages de la vallée sont de la meilleure qualité ; mais en général on ne fait guères que des fromages maigres, dépendance naturelle des laiteries : ceux-ci se consomment dans le canton. Lorsqu’ils sont faits avec soin et gardés un an, ils sont fort bons, et tout le monde en mange avec plaisir. Leur prix commun , depuis dix ans , est de 2 shellings à 2 shellings et demi le stone de quatorze livres. Le petit-lait est excellent pour les cochons, comme boisson 5 il est nourrisant lorsqu’on y mêle 545 X)’ T O R K S H I R E. mêle le lait de beurre. On élève des cochons, et on les engraisse même quelquefois, uniquement avec les rebuts de la laiterie. On calcule le produit d’une bonne vache, ^ année commune, comme suit XJn veau à élever . . liv. O i5 sh. Trois firhins de beurre • 4 ÎO Demi quintal de fromage maigre o 9 Petit-lait et lait de beurre pour les cochons .... o 18 Liv. sterî. 6 12 sh. On ne choisit les e'ièves que parmi les veaux qui naissent depuis la Chandeleur à Notre- Dame. On rejette d’ordinaire, comme de'Iicats, les veaux qui ont le museau blanc et l’inte'rieur des narines rouges : on recherche les museaux noirs ou bruns. On rejette encore les veaux tout blanc comme délicats , sujets aux poux , et parce qu’on prétend que les bœufs blancs ne sont pas aime's des autres bœufs. La plus petite tache à l’oreille , ou ailleurs, les sauve du boucher, parce qu’on suppose qu’elle suffit pour les rendre robustes et les préserver des autres désavantages attribués à la couleur. Nous avons vu qu’on ne fait point teter le veau ; il boit le lait chaud de la mère jusqu’à trois semaines $ on lui fait boire moitié lait de Tome i . Mm 546 agriculture la mère et moitié lait e'crèmé bouilli, pendant; trois autres semaines ; on le met ensuite au lait e'crèmé pur avec un peu de farine ou de gruau d’avoine , un peu d’herbe ou de foin. Dans le courant de Juin, ordinairement, on les met tout-à-fait à l’herbe, et ils ne boivent plus que de l’eau. Le premier hiver se passe dans l’étable , ou sous les hangars, en liberté. On donne aux jeunes bêles le meilleur foin de la ferme. Leur pâturage de l’été est ordinairement de seconde qualité. Au second hiver les bêtes mangent de la paille d’avoine , et sont attachées sous les hangars. Leur pâturage de l’été suivant est ordinairement de qualité inférieure. Dès l’âge de deux ans , les jeunes bœufs sont accoutumés au joug, mais on a soin de ne les faire travailler que très-peu. C’est également l’âge où l’on donne le taureau aux genisses. II arrive même quelquefois qu’elles prennent le taureau au bout d’un an, et font leur premier veau à deux ans. On n’est pas d’accord sur le moment le plus profitable à choisir pour donner le taureau aux genisses , et c’est cependant un point important pour les fermiers. Les uns disent qu’on ne sauroit trop se hâter de mettre une genisse D’YORKSHIRE. 547 en état cle rente, et que si l’on attend à trois ans, il y a trop à perdre en nourriture et en soins. Les autres observent qu’en faisant porter la bête trop jeune on interrompt son accroisse- mont, et que c’est le moyen de n’avoir jamais de belles vaches. Je ne crois pas que personne se soit avisé encore d’éprouver exactement laquelle des deux méthodes est la plus profitable. On sait que les arbres qui portent leur fruit trop tôt n’acquièrent pas toute leur croissance. En raisonnant par analogie , O11 peut croire que les vaches qui ont porté trop tôt ne se développent jamais complètement. S’il en résul- toit seulement que la vache fût moins grosse, mais qu’elle ne perdît rien en lait et en faculté de prendre la graisse, le mal seroit nul; mais si la race en souffre , c’est un mal réel. Il est probablement utile de laisser prendre le taureau aux genisses quand elles le demandent; il y a un profit présent pour Iç fermier «entrer plus tôt eu rente, et d est très douteux qu’une vache moyenne ne soit plus avantageuse à entretenir qu’une grosse vache. Les soins et la nourriture doivent être comptés pour beaucoup : une bête d’un an qui a été mal nourrie , ne prend pas le taureau à.ce,t âge • et si après l’avoir pris à un an , une genisse est 548 A (I K IC U L T U RE ensuite mal nourrie, elle est en danger depe'rir en faisant son veau, ou après l’avoir fait ; enfin si on lui e'pargne le fourrage après son premier veau , elle ne prend souvent pas le taureau l’anne'e suivante. La convenance de donner le taureau à un an , à deux ans, ou à trois, peut de'pendre de la situation du fermier , de la qualité des fourrages , et de la nature du terrain. Moutons. Il y a peu de troupeaux nombreux dans ce canton ; mais chaque fermier tient un certain nombre de bêtes à laine proportionne’ à l’e'ten- due de sa ferme , ordinairement peu considé- rable ; chacun élève son troupeau, quelle que soit sa force. Dans la vallée on vend les agneaux gras , les moutons de deux ans et les vieilles brebis ; mais dans les Morelancls on élève tous les agneaux , ét on ne vend ordinairement les moutons qu’à l’âge de quatre ans : ce sont les fermiers des vallées qui les achètent, ainsi que les vieilles brebis , pour les mettre à l’engrais. La race commune de la vallée est petite , mal faite , à face blanche et sans cornes. Mais On l’a considérablement améliorée depuis quelques années, par l’introduction des bebers de b’ y o ik s n i r ï, 54c) Leicestershire et de Tees-xvater. Les'premiers ont été fournis par M. Ccilly de Northum- berland , élève de M. Basavell de Leices- tersbire : les derniers sont sortis de chez M. Collins , dans le voisinage de Darlington sur la Tees. Il est heureux peut-être , pour le canton , que deux des plus gros fermiers du pays se soient trouve's en opposition d’avis sur la valeur des races , et que chacun des deux ait fait tout son possible pour encourager celle qu’il proie- geoit : l’une et l’autre sont excellentes. Nous aurons occasion de parler ailleurs de la race de Leicester :■ voici les caractères de la race de Tees-water. La race nommée mudsheeps est établie de lems immémorial sur les bords de la Tees. Il y a vingt-cinq ou trente ans que cette race éloit d’une grosseur extraordinaire : la chair étoit très-esliinée ; et sa laine belle, longue, éloil admirable pour les manufactures qui emploient les laines à peigner. Aujourd’hui la race nommée de Tees-vvater est beaucoup plus petite , mais elle est encore fort supérieure en taille à la race de Leicester. Elle a les os sensiblement plus gros; elle est moins bien formée, mais sa chair est également bonne ; elle s’engraisse avec facilité, et 55o aguictjXjTur k sa laine est toujours fort estimée : c’est une race admirable pour des pâturages riches et gras. La race des Morelaricls a toujours été très- diiTérente de celle de la vallée ; et il y a peut- être plusieurs siècles qu’elle est constamment la même : elle est parfaitement adaptée à la rudesse du clirîiat et à la qualité grossière de l’herbe; elle vit toute l’année sur les bruyères: les joncs et les herbes dures sont la seule variété à sa nourriture. 11 n’y a peut-être aucune autre race en Angleterre qui pût soutenir ce régime. Lesbrebis du Morelands sont probablement originaire d’Ecosse : elles ont de grandes cornes qui vont en s’écartant, la face noire ou tachetée. Elles ressemblent singulièrement, pour la tournure, à la race de Norfolk; mais leur laine est plus grossière et plus longue. Leur toupet est du poil grossier , comme le toupet d’une chèvre , mais cela est considéré comme un signe de force , et les bergers préfèrent les individus qui ont un toupet très-abondant. Cette race est petite ; les moutons passablement gras pèsent de dix à quatorze livres le quartier. On donne le belier pendant tout le mois d’Oclobre, en sorte que les agneaux naissent à la fin de Mars, ou au commencement d’Àvril. Pour avoir la chance des jumeaux } on donne I) ’ Y O K. k S II IRE. 55 1 aux brebis une nourriture plus forte , avant qu’elles prennent le belièr. Les bergers soigneux ont aussi l’attention d’augmenter la nourriture des brebis quelques semaines avant qu’elles meltentbas ; d’autres, moins instruits , imaginent qu’il suffit de les bien tenir lorsqu’elles font leur agneau. Le véritable secret pour la réussite des agneaux, c’est de donner à la mère une grande abondance de lait pour le moment où elle met bas ; mais ce n’est pas l’affaire de quelques heures que de préparer la mère à donner beaucoup de lait ; et si l’on s’y prend trop tard , l’agneau souffre d’une manière irréparable , pendant que la mère se prépare à donner une grande abondance de lait. Il faut de grands soins pour faire de l’e'du- cation des moutons un me'ticr profitable. Ce n’est qu’aux très-petits propriétaires qu’il peut convenir d’avoir un petit nombre de brebis ; en général , il faut qu’un troupeau soit assez considérable pour occuper un berger , si l’on veut qu’il y ait vraiment du profit pour le propriétaire,- et alors les moutons sont, dans la plupart des situations, plus avantageux à tenir que d’autres bestiaux. 11 y a un procédé en usage ici qui mérite d’ètre cité , c’est l’opération de goudronner et* graisser les moutons en automne. Cet usage 5 o 2 A G R I C U T, T U K E vient probablement du Nord , où l’on le trouve encore ; car dans les provinces du Midi il n’v a pas de traces d’une pareille pratique. Le but de l’ope'raiion est de tuer les poux , de faire croître la laine , et de pre'cautionner l’animal contre le froid. Il est difficile de décider si ces differens objets sont remplis , mais il est certain que depuis une cinquantaine d’anne'es cet usage est ge'ne'ralement établi dans le district. Un habile cultivateur substitue à cette graisse une infusion de tabac, dont il trouve l’effet plus sûr contre les poux. L’effet de la graisse peut être utile pour les crevasses; mais il est douteux qu’elle influe sur la croissance de la laine; et tout compense, les frais de cette opération l’emportent peut- être sur les avantages. Le marché des- laines est la partie occidentale du Yorkshire. / Les marchés de la viande de mouton, sont les villes du voisinage , et les ports de Scarborough et’W'hilby. Les JlFolds. Les hauteurs du Yorkshire , qu’on nomme les Wolds , contiennent une étendue circulaire d’environ fioo milles de surface. Le noyau des hauteurs dont l’aggrégalion D ’ Y O R K S H r R I',. 555 forme le canton nomme les JVolds est une craie dure , qui, dans quelques endroits , se montre à la surface. Le sol inferieur est un dé- tritus de craie de differentes consistances, que l’on trouve entre le gazon et le roc. Le sol le plus commun est une terre calcaire qui varie en profondeur et en fertilité. La partie des Wolds situee au Nord-Est est ingrate, et ne sert que de pâturage aux moulons; la plus grande partie est couverte de bruyères et de fougères , comme les Dovvns de Surrey. Mais la valle'e peu profonde comprise dans l’enceinte des Wolds, et qui renferme les arrondissemens de Duggleby, Kirby, Lut- ton , Helperlhorp , Weavcrlborp , Foxhnles, Woldnewton , et dans laquelle coule un ruisseau, est en general d’une terre profonde, riche et soumise au travail de la charrue. Dans le reste des W'olds la terre n’a guères que six à huit pouces de profondeur, rarement un pied. Elle seroit propre aux turneps , à l’orge et au sainfoin ; mais elle est consacrée presqu’en entier aux pâturages de moutons et aux garennes. Le climat des Wolds est froid ; ce qui est dû en grande partie au de'nuement absolu d’arbres. Les vents de Nord et d’Est les baleyent dans toute leur e’tendue sans obstacle. La végétation y est un peu pins hâtive que 554 A G II I C U I, T U R E dans les Moorelands , mais plus tardive que dans la vallée. Le seul avantage de ce district, quant à la ve'ge'tation, c’est que le sol inferieur est toujours sec. Autrefois la totalité du district e'toit ouverte; aujourd’hui une partie desWolds, du côte de l’Ouest, est enclose. On avoit fait, à diverses reprises , des essais de plantations qui avoient manque' parce que ces essais etoient trop petits. Sir Christophe Sykes a pris le bon moyen ; il a fait un marche' pour planter cinq cents acres dans dix ans , il a re'ussi. On doit regretter qu’une si belle plantation soit presque entièrement de pins ou sapins d’Ecosse, le bois de tous qui a le moins de valeur pour les constructions. Pour modifier le climat en attirant l’humidile' et arrêtant les vents, cette plantation pourra être fort utile ; mais le hêtre au- roit eu une utilité’ tout autrement durable , et auroit mieux orne' le paysage. En élevant cet arbre du faîne, il n’y a pas de doute qu’il ne réussît sur les Wolds; on le voit en Ecosse dans des terrains et des situations semblables , et dans des expositions encore plus froides. Dans quelques endroits on a plante’ des haies vives qui ont fort bien re'ussi. Les enclos sont encore grands ; ils ont environ trente à quarante acres ; mais à mesure que l’usage des plantations se répandra, retendue des enclos 555 D ’ Y O R K S H ï R E. deviendra moins considérable, le climat se modifiera de plusieurs degrés, et les produits du sol pourront être doublés. Les propriétés des Wolds sont très-vastes et occupées par des fermiers ; on n'y voit point de petits propriétaires cultivateurs, comme dans la vallée et le Moorelands. Il y a des fermes qui approchent de deux mille acres. Les baux sont en général de sept ans , quelques-uns de quatorze. La rente des plus grandes fermes varie de six à douze sheümgs l’acre j ce prix est plus liant ou plus lias, selon que le fermier a, ou n’a pas , le droit de rompre les pâturages de moutons. Ces terrains, à considérer le gazon qu’ils portent, ne valent pas plus de cinq sludüngs ; mais comme ils ont été de tems immémorial en pâturages, ils valent au moins l5 sliellings si l’on les laboure. Il n’est pas étonnant que les propriétaires soient jaloux de cette iaculté de rompre le gazon des pâturages. Ceux-ci sont un trésor dont ils veulent conserver la clef ; mais c’est un véritable tort qu’ils font 5 la communauté que de s’obstiner à ne les jamais rompre. On voit les plus belles fermes honteusement inutiles , par la clause que le propriétaire a mis au bail de ne point rompre les pâturages qui en com- 556 AGUICriTOKE posent presque la totalité. Le fermier ne peut hiverner ses moutons; il n’a pas de quoi cultiver des turneps en proportion suffisante, avec la nourriture d’été. Il paie souvent 20 îiv. sterl. par mois pour la nourriture d’hiver de ses moutons, et il a le désagrément d’être oblige de les disperser jusqu’à dix ou quinze milles de sa ferme. Les objets de l’industrie des fermiers des Wolds sont principalement les moutons et les lapins; il y a très-peu de gros bétail. On élève quelques chevaux, mais en général on préfère d’acheter des poulinsd’un an pour les revendre à quatre ou cinq ans. Sur les hauteurs on cultive l’avoine , l’orge et les pois ; les vallées donnent du blé. Le gazon rompu donne des récoltes prodigieuses d’avoine; il pourroit en donner de semblables de colza : il y a même des exemples de récoltes de colza dont la valeur a égalé le prix d’achat du terrain. On cultive un peu de turneps , de trèfle et de sainfoin. On ne trouve point dans les Vl'olds de svs- lème régulier pour la succession des récoltes; là où le gazon est très-mince, on écobue pour mettre des turneps ; on sème ensuite de l’avoine deux ans de suite , puis de l’orge avec de la graine de pré. Dans les vallées desWolds, d’yorxshire. 55j où le blé se cultive , on suit l’ancien, assolement de Norfolk , turneps , orge , trèfle et froment. La population des Wolds est peu considérable, elle ne suffit point , pendant les moissons , à l’ouvrage nécessaire. Il vient des ouvriers des districts environnans, à cette époque des travaux. Les fermiers noürrissent les ouvriers. On emploie les chevaux à tous les travaux. Le char ordinaire des fermiers est à flèche ; on y attelle quatre chevaux, conduits en postillon. A la charrue on met ordinairement quatre chevaux sans conducteur ; le laboureur les dirige avec les rênes. Lorsqu’il s’agit d’un second labour on n’en attelle que deux ; mais les fermiers ont un singulier usage , c’est d’attacher à côté du cheval de droite un autre cheval ordinairement vieux , ou un poulin qui traîne une herse , et que le laboureur dirige avec les deux autres. Au prinlems, quand la terre est sèche, c’est un bon usage, parce que les semences des mauvaises graines se dessèchent ou végètent plus promptement; mais en automne ou en hiver celte pratique est vicieuse , parce que la surface des champs ne sauroit être trop raboteuse pendant les gelées. La journée de charrue est très-longue. 11 S58 AGRICULTURE n’eslpas rare que le laboureur reste aux champs depuis six heures du matin jusqu’à six heures du soir, IJ porte son dîner avec lui, et ses chevaux passent le jour entier sans manger. Dans les terrains le'gers , et lorsqu’on est presse pour refaire les seconds labours, on * 07 E . îiiiiO:i r -ïï oo o O 3 O O > rt -O a S cr c£ w e p « >S.C a V ji O 5» a O o S u » ci ^ci J *» «> C U n O O v g a- O "O rt O •U O Cl.